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MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI .
JANVIER. 1762 .
PREMIER VOLUME.
Diverfité , c'eft ma devife . La Fontaine.
Cochin
Chez
Sitive inv.
PapilionSculp.
A PARIS ,
CCHAUBERT , rue du Hurepoix.
JORRY , vis à-vis la Comédie Françoiſe ,
PRAULT , quai de Conti.
DUCHESNE , rue Saint Jacques.
CAILLEAU , rue Saint Jacques.
CELLOT , grande Salle du Palais.
Avec Approbation & Privilége du Roi.
BIBLIOTHECA
REGIA
MINACENSIS
AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
an recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
Sellier du Roi.
C'eft à lui que l'on prie d'adreffer
francs de
port , les paquets
& lettres
pour remettre , quant à la partie littéraire
, à M. DE LA PLACE
, Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fols , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pour feize volumes
, à raifon de 30 fols piéce .
Les perfonnes de province aufquelles
on enverra le Mercure par la pofte
payeront pour feize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront des occafions pour
le faire venir , ou qui prendront lesfrais
du port fur leur compte , ne payeront
comme à Paris , qu'à raifon de 30 fols
par volume , c'est-à-dire 24 livres d'avance
, en s'abonnant pourfeize volumes.
Les Libraires des provinces ou des
A ij
pays étrangers , qui voudront faire venir
le Mercure écriront à l'adreſſe cideffus.
On fupplie les perfonnes des provinces
d'envoyer par la pofte , en payant
le droit , leurs ordres , afin que le payement
en foit fait d'avance au Bureau .
Les paquets qui neferont pas affranchis
, refteront au rebut.
On prie les perfonnes qui envoyent
des Livres , Eftampes & Mufique à annoncer
, d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Piéces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , fe trouve auffi au
Bureau du Mercure. Le format , le nombre
de volumes & les conditions font les
mêmes pour une année.
MERCURE
DE FRANCE.
JANVIER. 1762 .
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
STANCES.
MOINS votre coeur nourri dans l'innocence
Connoît encor les piéges de l'Amour,
Plus vous devez redouter fa puiffance ,
Quand fur vos pas il vole en ce ſéjour.
Ce Dieu malin , pour ſubjuguer nos âmes ,
Par vos beaux yeux nous lance mille traits .
Sans le fçavoir vous allumez fes flâmes ;
S'il regne ici , c'eft par vos feuls attraits.
I.Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
A vos genoux , d'un air tendre & fincère ,
On tient déja ce langage trompeur :
» Il n'eft qu'un temps pour aimer & pour plai-
» re ,
» Et fans l'amour il n'eft point de bonheur.
» Les jeux , les ris font nés dans fon empire ,
> A fes bienfaits on doit les doux plaifirs ;
» Il embellit les objets qu'il inſpire ,
» Et remplir feul nost voeux & nos defirs .
Si la Conſtance étoit commune aux hommes ,
Uu tel portrait ne feroit point flatté ;
Mais en amour , perfides que nous fommes ,
L'Amant heureux , eft bientôt dégouté.
Quand l'Amour cherche à vous paroître aimable
,
Il vous promet des jours purs & fereins ;
Mais fous les loix de ce Dieu redoutable ,
Pour un plaifir , comptez mille chagrins..
Les noirs foupçons , le dégoût, les allarmes
Sont constamment à fa fuite enchaînés.
Aux coeurs heureux il coûte bien des larmes
Et plus encore aux cecurs infortunés.
Que je vous plains , jeune & brillante Laure ,
Sur votre coeur le charme eft prêt d'agir.
Je ne fais point fi vous aimez encore 3
Mais on vous, aime , & je vous vois rougin
JANVIER 1762. 7
Défiez-vous du féduifant langage
Du beau Berger pour qui le coeur vous bat.
S'il n'eſt aimé , vous le verrez volage ;
S'il est heureux , vous le verrez ingrat.
Fuyez enfin , fi vous êtes prudente ,
Éloignez- vous de ces bords enchanteurs :
Le poiſon croft fur le fruit qui vous tente ,
Et le ferpent eft caché fous les fleurs.
Nonchalament affis fur lafougère ,
Ainfi Lycas s'exprimoit l'autre jour.
Laure écoutoie , & la jeune Bergère
Eût mieux aimé qu'il eût chanté l'amour.a
Par M. FRANÇOIS , ancien Cornette de Cavalerie.
EPITRE
A Mlle CLAIRON , jouant le rôle de
PULCHERIE dans HERACLIUS .
F NFIN je l'entends cette voix ,
Qui m'émeut , m'éléve & m'enflâme ,
Qui me dicte à fon gré des loix ,
Qui tonne ou gémit dans mon âme ;
Tu reviens par des fons vainqueurs
Fière, menaçante ou plaintive ,
Charmer une foule attentive
D'immobiles admirateurs.
>
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Oui , tu parois en Souveraine :
L'amour , l'ambition , la haine ,
Toutes les paffions enfin ,
Te reconnoiffent pour leur Reine ;
Elles s'élancent de ton ſein ,
Et volent embrâfer la scène.
Telle eft ta force & ta chaleur ;
Il n'eft rien que ton jeu n'exprime.
Cet Art , qu'a raiſonné ton coeur ,
Attendrit même pour le crime :
Nous chériflons la fombre horreur
Que fouvent ton aſpect imprime
Et ,F, grace à ton charme fublime ,
Le plaifir naît de la terreur.
Corneille, ô mon Maître , ô grand homme !
Toi , qui d'un vol majeſtueux ,
Planant fur les tombeaux de Rome ,
Evoquois les mânes fameux ;
Du trône où l'Olympe t'admire ,
Vois parmi nous fe reproduire
L'illuftre foeur d'Héraclius ,
Son âme entiere qui reſpire ,
Et tout l'orgueil de ſes vertus.
Lorſque ton fertile génie
Créa ce chef-d'oeuvre nouveau ;
Quand tu peignois ta Pulchérie ,
De Clairon tu fis le tableau.
Des temps tu franchis la diſtance :
JANVIER . 1762. 9.
Oui , tu voyois dans l'avenir
Ce front fuperbe avec décence ,
Ces yeux qu'enflamme la vengeance ,
Cet Art qu'on ne peut définir ,
Son port , fon gefte & fon filence.
Dès- lors Melpomène & l'Amour
Préſageant la gloire immortelle ,
T'offroient fon image fidelle ;
Même avant que de voir le jour ,
Elle t'a fervi de modéle.
Toi qui régnes par les talens,
Clairon , cet éloge eft fincere ;
Tout un Peuple avoûra mes chants.
Ma Mufe , avare pour les Grands ,
Divinife en toi l'art de plaire ,
De maît.ifer l'ame & les fens. ,
Et d'ajoûter même à Voltaire.
Mais , quoi ! Tu formes des defirs !
Hélas ! Tandis que notre hommage
Couronne tes nobles loifirs ;
Un Dieu jaloux , un Dieu fauvage
Ofe t'arracher des foupirs ,
Et voiler d'un trifte nuage ,
L'Aftre brillant de nos plaifirs.
Gloire , éblouiſſante fumée ,
Que ferois -tu fans le bonheur &
Tour l'éclat de la Renommée
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
Expire au fein de la douleur.
Ah ! loin cette funébre image!
Tu renais , je vois la fanté
De fes fleurs orner ton viſage ,
Et la palme qui les ombrage
Ajoûte encore à ta beauté.
Mufes , beaux Arts , je vous implore ,
Vous lui devez tous vos attraits :
Dans vous , c'eft Clairon qu'on adore ;
Veillez fur elle déformais.
Et toi , cruel Dieu d'Epidaure ,
A fes pieds rampe pour jamais :
Dûffé - je la voir plus brillante ,
Et cueillant des lauriers nouveaux ,
Ne prêter fa voix éloquente ,
Qu'aux vers de mes jeunes rivaux .
VERS préfentés à Mgr le Prince de
CONDE , à fon retour de l'Armée.
PRINCE, dont le courage égale la naiſſance ,
En qui nous admirons cette haute vaillance ,
Qui confacre à jamais le nom de vos Ayeux ,
Le Ciel vous rend donc à nos voeux !
Héros , aimé de la Victoire ,
Vous revenez couvert de gloire ,
Exercer parmi nous vos fublimes vertus:
JANVIER. 1761 . II
Vous , par qui de Meppen les murs font abbatus ,
Auffigrand à la Cour , qu'invincible à la Guerre ;
Venez , Prince , venez faire voir à la terre ,
Qu'au milieu des combats , comme au ſein de la
Paix ,
CONDÉ fait & l'honneur & l'amour des Français,
DOMICILLE.
COUPLETS chantés par M. le Duc de
BOURBON à S. A. S. Mgr le Prince
de CONDÉ , à fon retour.
AIR: J'avois toujours gardé mon coeur.,
MON Papa , puifqu'en ce moment ,
Chacun vous rend hommage ;
Je viens vous faire un compliment
En mon petit langage.
Par les vertus , par fes travaux ,
Papa fe fait connoître ;
S'il eft maintenant un Héros ,
A mon tour je veux l'être.
Je le fuivrai dans les combats,
Où , brillant de la gloire ,
Je ferai certain fur les pas
D'aller à la Victoire.
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Inftruit par les nobles leçons
Au métier de la Guèrre ,
Je ferai digne des BOURBONS ,
Et du nom de mon père.
Par le même.
LES MIROIRS ENCHANTÉS ,
It
CONTE.
SECONDE PARTIE .
L faut aimer pour concevoir dans
toute fon étendue la fituation de Finfinet.
Que de regrets , que de foupirs ,
que de larmes ! Et n'eft- ce pas mourir
toutes les fois qu'on fe rappelle fa félicité
paffée , cette douce habitude de fe
voir fans ceffe , de lire dans les yeux
de ce qu'on aime , de faire lire
dans les fiens toute la tendreffe qu'on
reffent & qu'on infpire , ces heureux
momens toujours trop promptement
raffés , ces épanchemens délicieux , ces
aveux mutuels d'un amour qui s'augmente
encore par le plaifir d'en parler
enfemble ; enfin tous ces amuſemens
fi chers que le coeur fournit à l'imagination
de deux Amans bien épris? PlaiJANVIER.
1762. 13:
firs trop grands , moins faits pour être
peints que pour
être fentis par les coeurs.
tendres.
Quel affreux changement pour un
Prince aimé ! Il ne vit plus que des.
objets de défefpoir. Il vouloit s'éloigner
de la Cour , ne plus reparoître aux
yeux de Déplaifante, forcer la Tourdes
regrets , & enlever Aimable. Ce dernier
projet fut celui auquel il s'arrêta. Il y
trouva bien des obftacles ; mais en eftil
contre l'appas de l'or ?
Déplaifante,délivrée de fa rivale, mit
tout en ufage pour fléchir le coeur de
Finfinet. Elle chercha dans les modes
& dans la parure les fecours que la
Nature lui avoit refufés pour plaire.
Mais rien ne fied à la laideur . Elle fit
entendre au Prince , qu'il nourriſſoit
un amour inutile , & qu'Aimable ne reviendroit
à la Cour que pour être mariée
au Prince des Lapons . Elle imaginoit
que la conftance ne furvit guères
à l'efpérance ; & cela feroit vrai ,fi l'efpérance
mouroit jamais . Elle crut enfin
devoir le prendre par l'ambition , en
faifant briller à fes yeux une des plus
belles couronnes du monde , & qui ne
devoit lui coûter que la complaifance
de fe laiffer aimer . Quelle étoit fon er14
MERCURE DE FRANCE.
reur ! Les plus grands témoignages d'amour
à qui n'en reffent pas pour nous,
loin d'attendrir un coeur indifférent
ne font qu'ajouter encore à notre
honte .
Déplaifante ne le fentit que trop , &
ne garda plus de mefure. Comme elle
n'étoit point aimée à la Cour , on ne
l'épargna pas ; on lâcha des couplets
contr'elle & on eut foin de les lui
faire lire. En voici un qui a été confervé.
>
Qu'un coeur toujours rebelle
Ne vous rebute pas :
La victoire eft moins belle ,
Quand on a des appas.
Il en couta la liberté à plufieurs
Agréables ; les couplets fe multiplierent,.
& Déplaifante en fut perfécutée . Ils
fervirent pourtant du moins à la for- ´
cer de réfléchir fur elle- même , & à lui
faire comprendre qu'elle pouvoit n'être
pas abfolument tout ce qu'elle penfoit
être. Quant à l'efprit , elle n'en avoit
pas affez pour defirer d'en avoir davantage.
Mais après une mûre réfléxion ,
elle ne put fe défendre de s'avouer fecrettement
qu'il pouvoit lui manquér
quelques charmes. La beauté , jufqu'a - ´´
4
JANVIER. 1762.
IS
lors , ne lui avoit paru qu'un avantage
indifférent pour une Souveraine , &
comme une efpéce de compenſation
que le Ciel accordoit à de fimples morrelles
pour adoucir leur état : mais
les préjugés changent avec les fituations
; & Déplaifante s'abaiffa jufqu'à
fouhaiter de devenir belle. Elle n'ignoroit
pas que fes ditformités n'avoient
eu d'autre caufe que la jaloufie
d'une Fée qu'on avoit oublié de prier
aux nôces de fa mere. Elle imagina
que ce mal n'étoit pas
fans reméde ;
qu'elle n'avoit point été faite pour être
moins belle que fa foeur ; & que le
dérangement de fa figure n'ayant été
qu'accidentel , il étoit probable que l'on
pouvoit lui reftituer les charmes qu'elle
auroit du avoir. En partant de cette
idée , elle réfolut d'avoir recours à l'une
des Fées qui étoient alors le plus en réputation.
C'étoit la Fée Malice : fon caractére .
répondoit à l'idée qu'en donnoit fon
nom. Elle ne rendoit guères de fervices
éffectifs , furtout aux perfonnes de
fon fexe , contre lequel elle avoit une
vieille rancune. On la confultoit pourtant
de toutes parts , peut-être parce
qu'elle aimoit à faire plus de mal que
16 MERCURE DE FRANCE.
de bien. Le pays qu'elle habitoit ( celui
des Chimires ) étoit ouvert à tout le
monde ; c'étoit comme le rendez - vous
de toutes les Nations .
C'est là que Déplaifante réfolut d'aller
fecrettement chercher de la beauté.
Le prétexte du voyage fut d'aller prendre
les eaux. Prèfque toutes les fontaines
de ce Pays font minérales ; & les
Médecins qui la virent déterminée à
les prendre , ne manquérent pas de les
lui ordonner.
Déplaifante donna fes ordres pour
faire obferver de plus en plus le Prince .
Elle en envoya de févères au Gouverneur
de la Tour des regrets. Enfin elle
partit. Fi finet , débarraffé d'elle , fentit
un peu moins fes malheurs. Il crut
pouvoir donner à fes foupirs un plus
libre cours , & ne craignit plus d'irriter
encore des yeux jaloux qu'il croyoit
rencontrer partout. Le Prince n'eut
rien de plus preffé que d'employer tous
les moyens qu'il avoit trouvés pour
hâter la réuffite de fon projet. Malgré
toutes les précautions de Déplaifante ,
il avoit pratiqué des intelligences fecrettes
avec le Gouverneur de la Tour
des regrets ; en forte qu'à peine Déplaifante
avoir-elle quitté les Etats de
JANVIER. 1762. I
fon Pere , que le Prince y fut fecrettement
introduit ..
Aimable n'étoit pas prévenue ; le
Prince étoit à fes genoux avant qu'elle
eût le temps de reconnoître fon
Amant. Laiffons-les au milieu des tranfports
inexprimables d'une pareille fituation
. Finfinet content de fon bonheur
, ne fe preffa pas de propofer un
enlévement à fa maitreffe ; & fes mefures
étoient fi bien prifes, qu'on ne s'apperçut
point de fes abfences de la Cour.
>
Déplaifante , en arrivant au Pays
des Chimères , s'informa fecrettement
de l'habitation de la Fée Malice : elle
étoit voifine de la fource où cette Prin- .
ceffe prenoit les eaux. Elle feignit un
jour de vouloir fe promener feule. Après.
s'être éloignée de fa fuite elle tourna
fes pas vers l'endroit qu'on lui avoit:
indiqué. A peine y fut- elle arrivée
qu'elle vit venir à elle un équipage d'une
apparence finguliere , fuivi d'un cortége
nombreux. La Fée qui avoit appris
l'arrivée de la Princeffe aux eaux
du Pays , avoit cru devoir lui envoyer
un Ambaffadeur pour la complimenter.
C'étoit un finge d'une taille avan- ,
tageufe , monté fur un char en forme ,
de coquille de limaçon & traîné par
18 MERCURE DE FRANCE.
vingt - quatre cloportes ailés d'une
énorme grandeur. Sa fuite étoit compofée
de tous les finges du Pays, montés
fur différens animaux . L'Ambaffadeur,
appercevant la Princeffe , defcendit
de fon char & s'acquitta gravement
des ordres de la Fée. Cette ridicule
ambaffade étonna fingulierement la
Princeffe , furtout , lorfque fon compliment
fini , M. l'Ambaffadeur oubliant
tout-à- coup la qualité de Déplaifante ,
fe mit à badiner avec une indécence :
dont la fierté de la Dame s'offenfa
beaucoup . Débarraffée enfin de cet ennuyeux
cortége,Déplaifante après avoir
marché quelque temps , ne tarda pas
à
découvrir le Palais de la Fée Malice.
Un coup de tonnerre annonça la Princeffe
; le pont s'abaiffa , & elle entra
dans la premiere cour. Ici toute fa
grandeur difparut : point de harangue ;
perfonne ne vint la recevoir. Un profond
filence régnoit partout ; elle ne
fçavoit où aller à qui s'adreffer ,
ni
comment fe faire introduire . Elle en- !
tra fous un long périftile qui la conduifit
à un grand veftibule , & de là
dans un fallon magnifique , dont les
quatre côtés ornés de grands tableaux ,
repréfentoient ce qui arrivoit continuel
JANVIER. 1762. 19
lement dans le monde . Le premier objet
qui la frappa , fut le Prince Finfiner
qui entroit fecrettement dans la Tour
des regrets , & qui l'inftant après , tomboit
aux genoux d'Aimable. Leurs geftes
, leurs regards étaient fi expreffifs ,
& montroient tant d'amour , qu'elle crut
entendre tout ce qu'ils fe difoient. Quel
fpectacle pour elle!Une porte s'ouvrit &
lui laiffa voir la Fée nonchalament affife,
qui lui fit figne d'approcher. En même
temps deux finges apporterent à Déplaifante
un carreau ; & après l'avoir
priée de s'affeoir , lui jouerent un tour
de Page . Elle fe remit cependant , &
fentit qu'il falloit à fon tour éffuyer
toutes les mortifications dont elle étoit
fi libérale envers fes inférieurs.
Après s'être un inftant recueillie :
Haute & puiffante Fée ( dit-elle ) vous
voyez à vos pieds une des plus grandes
Princeffes de la Terre , qui vient
vous demander un don qu'elle auroit
fans doute tenu de la Nature , fans la
mauvaiſe volonté d'une Fée malfaifante.
Jufqu'à préfent je ne m'étois pas
fouciée d'ètre belle . J'imaginois qu'une
couronne fuffifoit pour captiver le
coeur de l'objet qu'on en trouvoit digne....
Erreur , interrompit la Fée : il
20 MERCURE DE FRANCE.
n'eft rien tel que d'être belle ; il faur
toujours commencer par là. Je ne le
çais que trop , divine Fée ! répondit
Déplaifante. Et moi auffi, lui dit la Fée,
avec un fourire malin. Mais abrégeons;
levez la tête voyons ce qu'on peut
faire pour vous ... Oh ! quelle befogne !
comment raccommoder ce vifage !
J'aimerois autant vous en faire un tout
neuf.... Tout ce qu'il vous plaira, lui dit-
Déplaifante en foupirant , je vous l'abandonne.
J'ai befoin des Enfers pour réuffir..
Avez -vous du courage ? Hélas ! répondit
Déplaifante en tremblant , que ne
fait-on pas pour devenir belle?... Alors
la Fée raffembla tout ce que fon art
avoit de plus éffrayant.. Ce fpectacle
affreux épouvanta fi fort Déplaifante ,
qu'elle tomba à demi morte. Voyez ,
lui dit la Fée , après l'avoir fait revenir,
voyez ce qu'il en coute pour forcer la
nature mais raffurez-vous ; le charme
eft accompli.. A ces mots , la charitable
Fée lui paffa un mouchoir enflammé
fur le vifage : Déplaifante pouffa un cri
horrible , & tout difparut. Tenez, ajouta
Malice , en préfentant à la Princeffe
un miroir magique : regardez-vous , &
voyez fi vous êtes auffi contente de
JANVIER. 1762. 21
tente ;
moi que de vous - même. Ah ! Ciel ,
s'écria Déplaifante ! Eft - ce moi que
je vois ? Eh , qui donc ? dit Malice.
Déplaifante , enchantée d'elle-même ,
& n'ayant plus rien à defirer de la Fée ,
ceffa de fe contraindre , & reprit fa hauteur
ordinaire . C'eft affez , lui dit-elle ,
avec une fierté dont la Fée s'apperçut
fans en rien témoigner : je fuis affez conles
Dieux m'ont rendu les charmes
que je devois naturellement avoir :
vous les en remercirez de ma part. A
propos ! reprit-elle , en revenant fur fes
pas : il y a un inconvénient auquel je
n'avois pas penfé.Me reconnoîtra-t-on?
Qui , oui , répondit la Fée , je vous en
affure ; on vous reconnoîtra de refte.
Allez , & gardez bien votre miroir : votre
bonheur en dépend . Surtout n'en
croyez jamais que vos yeux , & défiezvous
de ceux des autres .
La Princeffe quitta la Fée après lui
avoir ainfi témoigné fa reconnoiffance ;
c'est-à-dire à-peu-près comme les Grands
la témoignent à ceux dont ils rougiffent
d'avoir eu befoin .
Aimable & Finfinet , comme nous
l'avons dit , profitoient de l'abfence de
Déplaifante. Ces heureux Amáns
étoient fi charmés de fe revoir libre
22 MERCURE DE FRANCE.
ment qu'ils avoient oublié le paffé
, & ne fongeoient point à l'avenir
le préfent feul les occupoit ; ils
s'en enyvroient ; ils paffoient des momens
délicieux dans des épanchemens
continuels & dans cette douce éffufion
de fentimens , toujours les mêmes &
toujours différens . Quelque certitude
que Finfinet pût avoir d'être aimé autant
qu'on peut l'être , il n'ofa jamais
parler d'enlèvement : tant il eft vrai qu'il
eft des Maîtreffes qui , quoique tendres ,
infpirent toujours autant de refpect que
d'amour !
La nouvelle arriva à la Cour du retour
prochain de Déplaifante. Nos Amans
l'avoient oubliée, comme fi elle n'eût jamais
dûreparoître .Ce fut alors qu'ils pen
ferent à ce qu'ils alloient devenir . L'état
heureux dont ils venoient de jouir , ne
fervoit qu'à leur rendre l'avenir plus affreux.
Prince , que deviendrons -nous ,
dit Aimable en pleurs ? ma foeur revient ,
je vous perds , elle va recommencer fes
perfécutions. Je fens trop que l'amour
qu'on a pour vous ne s'éteint point dans
Fabfence.... Il y auroit , dit ce Prince en
tremblant , un moyen de nous affranchir
de fa tyrannie. Non , non , interrompit
Aimable en foupirant , je n'en
JANVIER. 1761 . 23
veux point connoître ; il n'en eft d'autre
que de fouffrir. Ah ! fi l'indifférence
& les mépris peuvent guérir d'un amour
malheureux , s'écria le Prince , je vais
en accabler votre four. Je vous défie de
vous faire haïr , lui dit Aimable , en le
regardant plus tendrement qu'elle n'avoit
jamais fait. Hélas ! tant que vous
ferez le Prince le plus beau , le plus aimable
& le plus digne de plaire , vous
ne devez point vous flatter d'inspirer
aucune averfion .... Non , cher Prince
aimons-nous , & remettons le reste à la
fortune .
Finfinet fortit défefpéré , & arriva de
même à la Cour. Lorsqu'il fit réflexion
fur ce que lui avoit dit la Princeffe , que
tant qu'il feroit le plus beau & le plus
aimable de tous les Princes , il feroit
aimé de Déplaifante , & par conféquent
le plus malheureux des hommes , il lui
vint en penfée d'aller trouver la Fée
Malice , dont le caractère malfaifant lui
étoit connu , ne doutant pas qu'elle ne
faisît l'occafion de fatisfaire fon penchant
en lui enlevant cette beauté dont
il avoit tant à fe plaindre. L'idée étoit
bizarre , & la demande bien finguliére ;
mais il imaginoit n'avoir plus d'autre
reffource; & les extrémités deviennent
24 MERCURE DE FRANCE .
des moyens quand on croit n'en avoir
plus d'autres.
Il jugea fenfément que ce projet ne
feroit point du goût de la Princeffe
auffi aima - t - il mieux lui en faire un
myftère , que de fe mettre dans le cas
d'une défobéiffance forcée . Au lieu
de retourner à la Cour , il renvoya fa
fuite , fe traveftit , & prit la route du
Pays des Chimères.
Déplaifante approchoit alors de la
Cour ; cette Princeffe brûloit d'impatience
de faire l'éffai de fes charmes
prétendus fur le Prince qu'elle aimoit .
Son Père vint au-devant d'elle avec la
plupart des Grands du Royaume . Le bon
Roi , charmé & trop content de revoir
fa fille , crüt la trouver beaucoup mieux
qu'avant fon départ ; il la félicita fur le
recouvrement de fa fanté , & fe fçut
bon gré de lui avoir confeillé d'aller
aux Eaux. Toute la Cour imita le Roi ,
& rencherit encore fur fes complimens
: effectivement le plaifir de fe
croire belle , le contentement d'efprit
l'efpérance & la confiance de plaire ,
avoient influé fur les traits de Déplaifante
, & l'avoient rendue un peu plus
fupportable.La laideur, ainfi que la beauté
, cft quelquefois journaliere ; l'une &
>
l'autre
JANVIER . 1762. 25
l'autre dépendent affez fouvent de la
fituation de l'efprit & du coeur.
Déplaifante s'enyvra à longs traits
des louanges les plus outrées ; & fon
miroir la maintint dans cette yvreffe.
Mais quel fut fon chagrin , lorfqu'elle
apprit que Finfinet avoit difparu depuis
quelques jours ! Elle envoya de tous
côtés pour en fçavoir des nouvelles ; on
ne lui en rapporta aucunes. Elle n'ignoroit
pas que ce Prince avoit été à la Tour
des regrets ; elle y envoya des Efpions.
Soins inutiles. Elle apprit feulement le
détail des entrevues de Finfinet & d'Aimable
. Le Gouverneur fut condamné à
une prifon perpétuelle , & Aimable gardée
encore plus étroitement. Cependant
le Prince ne revenoit point. Quel contretems
, s'écrioit Déplaifante ! il me
fuit ; il ne fçait point ce qu'il abandonne
; il ignore que je fuis maintenant en
état de lui plaire . Ah! s'il avoit feulement
pû me voir , le cruel feroit à mes pieds.
Elle imagina enfin que le plus fur moyen
de faire revenir ce Prince à la Cour ,
étoit d'y rappeiler Aimable. Il manque
à ma gloire , s'écrioit - elle , de triompher
de la froideur de cet ingrat aux
yeux de ma rivale même. Déplaifante
feignit alors de fe laifler fléchir aux fol-
I. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE .
licitations de fon pere & de tous ceux
qui s'intéreffoient au retour d'Aimable ;
elle annonça même qu'elle vouloit la
marier au Prince Lapon , dont nous
avons déjà parlé , & que l'on attendoit
dans peu de jours. Son but étoit de ne
pas expofer Finfinet à voir fans ceffe
une Princeffe qui lui avoit fait prendre
ces premieres impreffions fi difficiles à
détruire , & que la préfence entretient
toujours .
Les deux Princeffes fe revirent ; &
il ne fut queftion dans cette entrevue
que de chofes indifférentes. Déplai
fante tira plufieurs fois fon miroir pour
fe comparer à Aimable , & s'adjugea à
elle-même le prix de la beauté.
Finfinet étoit enfin arrivé fur la frontière
du pays des Chimères. Il découvrit
bientôt le Palais de la Fée Malice . Il
entroit dans une avenue qui y conduifoit
, quand , à quelque diſtance de -là
il entendit pouffer des cris qui paroiffoient
venir d'une femme à qui l'on faifoit
quelque violence ; il en vit bientôt
une qui fe débattoit entre les mains
de cinq à fix hommes qui paroiffoient
être des Raviffeurs ; il pouffa fon cheval
pour fecourir l'infortunée qui étoit entre
leurs mains. Quelle fut fa furpriſe ,
JANVIER. 1762. 27
,
quand il crut reconnoître Aimable ellemême
au milieu de ces fcélérats ! Cette
Princeffe paroiffoit reconnoître Finfinet
; elle lui tendoit les bras , & pouffoit
les cris les plus preffans . Le Prince
s'imagina que Déplaifante avoit fait
enlever fa foeur & l'avoit livrée
à des affaffins ; il piqua à toute bride
vers ces brigands : mais ils avoient
de l'avance. Il les voyoit toujours devant
lui ; & bientôt il ne peut les fuivre
que des yeux. Il voit enfin ces raviffeurs
entrer , avec leur proie dans le
Château de la Fée Malice. Il y court ; le
pont étoit levé ; il crie , il appelle ; perfonne
ne l'entend. Il voit enfin un
More qui s'amufoit à badiner avec un
chien. Si vous voulez entrer , lui dit le
More , il faut me remettre vgs armes.
Quelle propofition pour un Héros ! Il
ne fçavoit quel parti prendre. Il falloit
cependant en prendre un . Le Prince
lui jetta fes armes , entra défefpéré ,
chercha des yeux , s'il ne pourroit rien
trouver pour fa défenfe , traverfa les
cours , les failes , & alloit entrer dans
un appartement qui étoit entr'ouvert ,
lorfqu'il fe fentit arrêter par une femme
qui étoit en-dedans . Où vas -tu , lui ditelle
? L'Amour te défend de troubler
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
l'entretien de deux tendres Amans qui
fe jurent de s'aimer toujours. Le Prince ,
malgré cette défenſe , avança brufquement
quelques pas. Mais quel fpectacle
frappe fes yeux ! la Princeffe Aimable
affife nonchalamment fur unfopha avec
un air d'attendriffement qu'il ne lui
avoit jamais vu ! Une de fes mains
entre celles d'un Inconnu qui eft
à fes genoux ; & tous deux fe lançant
à l'envi les regards les plus paffionnés.
Ciel , que vois-je , s'écria Finfinet
, en voulant entrer de force ! Mais
une puiffance fupérieure l'arrêta ; la violence
eft inutile içi , lui dit celle qui lui
avoit déjà parlé : fi votre Maîtreffe eft
infidelle , fouffrez ce que vous ne pouvez
empêcher ; les reproches & les emportemens
ne vous rendront point fon
coeur ; c'étoit à vous à le mieux retenir :
tout ce que vous pouvez faire de mieux ,
eft de vous guérir d'un amour inutile .
Moi ! que j'imite fon exemple ? Que je
devienne parjure ? Vous me faites horreur
, répondit le Prince ; non ! J'ai promis
de l'aimer jufqu'au tombeau. Prince
, répondit-on , apprenez qu'il eft ridicule
de n'être conftant que parce
qu'on a promis de l'être : fi ces fortes
de fermens étoient agréables à l'Amour ,
JANVIER. 1762 . 29
-ice
es
ils ne feroient jamais rompus. Finfinet ,
cédant à ſon défefpoir , tomba évanoui
aux pieds de celle qui lui parloit. Alors
un grand éclat de rire furprit le Prince
au point qu'il revint à lui - même . Reconnoiffez
-moi , lui dit l'inconnue ; je
fuis la Fée Malice , & tout ceci n'eft
qu'un enchantement : je voulois vous
éprouver. Raffurez-vous , Seigneur ; Aimable
vous eft & vous fera toujours
fidelle ; elle eft à préfent a la Cour du
Roi fon pere , où Déplaifante l'a fait
revenir pour la marier à un Prince Lapon.
Mais vous -même , qui vous améne
ici ? A quoi puis-je vous être bonne.?
Parlez , ajouta-t-elle , parlez avec la confiance
d'un Prince à qui l'on ne peut rien
refufer. Si vous n'êtes pas heureux , perfonne
ne mérite de l'être . Il est vrai , dit
le Prince , en rougiffant : je n'aurois rien
à defirer fi j'avois le bonheur de n'être
aimé que de celle que j'adore. Cela n'eſt
pas poffible , avec tant de charmes , reprit
la Fée. Et c'eft ce qui me défefpere
, continua Finfinet. Un timide embarras
fe fit voir dans fes yeux , & il
n'auroit jamais eu la force de fe plaindre
d'être trop beau , fi la Fée ne l'eût
encouragé à faire un aveu qui fembloit
fi fort lui coûter. Prince , lui dit- elle ,
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
vous craignez de m'avouer que tant de
charmes vous embarraffent , & vous
avez raiſon : mais je n'y vois point de
reméde . Ah ! Divine Fée , s'écria - t - il
avec tranfport , daignez m'ôter, cette
beauté fatale dont je me vois forcé de
convenir en cet inftant . Donnez-moi
en échange toute la laideur de Déplaifante
; elle ceffera de m'aimer ; & tous
mes maux feront finis. Oubliez- vous
répondit la Fée , que c'est peut-être à
ces mêmes charmes , dont vous vous
plaignez , que vous devez le coeur de
votre Amante ? Tout fert en amour , &
furtout une figure diftinguée . Je crois
bien , dit le Prince , que cette foible
beauté dont on dit que je fuis pourvû ,
a pû m'attirer les premiers regards d'Aimable
, & peut-être lui donner pour moi
cette forte de prévention qui ne décide
rien , fi on ne la mérite par d'autres endroits.
Mais , après ce que vous venez
de me dire , il y va de ma gloire & peutêtre
de mon repos , de m'affurer que je
ne dois pas le bonheur d'être aimé au frivole
avantage d'être plus beau qu'un autre.
Ctez-moi un don de la nature , qui
déformais va me rendre méprifable à
mes propres yeux. Non , Prince , lui dit
la Fée , & fi vous m'en croyez , contenJANVIER.
1762. 31
i
e
1-
tez-vous d'être aimé fans examiner pour
quoi vous l'êtes : les épreuves , en fait
d'amour, font prèfque toujours dangereufes.
Le Prince redoubla fes inftances,
gémit , foupira , fe déféfpera , & l'accufa
de barbarie. Déplaifante n'avoit jamais
demandé la beauté avec tant d'empreffement
, que Finfinet demandoit la laideur.
Vous triomphez , lui dit la Fée : je
me rends à regret ; mais voyons fi les
Dieux confentent à votre métamorphofe.
La plus douce des fymphonies fe fit
entendre ; l'air fe parfuma ; le parquet
fut couvert de fleurs ; Finfinet fe trouva
couronné de mirthes & de rofes , & fa
beauté parut s'accroître encore. Vous
le voyez s'écria, Malice !les Dieux, offenfés
d'une priére fi extraordinaire, vous accordent
le contraire de votre demande:
Vous ne futes jamais fi beau. Le Prince ,
déféfperé , arracha les vains ornemens
& les fleurs dont il étoit couronné.
Quoi , dit la Fée , rien ne peut vous
ôter cette funcfte réfolution ? Il faut
donc que je prenne fur moi de faire ce
que le Ciel n'a pas voulu faire . Alors
elle s'approcha du Prince , & le toucha
de fa baguette.
Ah Ciel , dit- elle, en le regardant fixe-
B iv
32 MERCURE DE FRANCE.
ment , j'ai trop bien réuffi : mon propre
ouvrage me fait peur. Tenez , Prince, (en
lui préfentant un miroir enchanté )
voyez fi je vous ai bien fervi. Finfinet ,
tranfporté de fe voir laid à éffrayer , lui
marqua la reconnoiffance la plus vive ,
& fe hâta de prendre congé d'elle . Il retrouva
fon cheval qui paiffoit tranquillement.
Enchanté de fa métamorphofe ,
il réfolut de prendre le nom du Prince des
Lapons que l'on attendoit à la Cour , &
d'aller lui-même demander la Princeffe
Aimable en mariage. Il raffembla une
troupe de gens qu'il fit habiller à la
Tartare , fe traveftit en Lapon , & fe
mit auffitôt en route. Il crut cependant
devoir écrire à la Princeffe Aimable ,
pour la prévenir de fon deffein , pour
la conjurer de ne fe point oppofer à ce
qu'il alloit tenter pour l'obtenir , & l'avertir
de ne pas le méconnoître fous le
nom & les habits du prétendu Prince
Lapon.
Aimable ne put apprendre ce rare facrifice,
fans conc voir tout ce qu'il avoit
dû coûter à fon Amant , & combien
elle étoit aimée . Elle étoit pourtant accoutumée
à le voir fi beau , qu'elle avoit
peine à fe priver d'un fi grand plaifir.
Alors , en foupirant & en pleurant la
JANVIER. 1762.
33
a
re
nt
-ur
ce
l'ale
ce
fawoit
Dien
acvoit
aifir
.
ot la
beauté de fon cher Prince , elle s'abandonna
à la douce efpérance de jouir
enfin d'un bonheur que l'Amour eût
pû rendre plus complet.
Cependant la Fée Malice n'avoit pas '
abandonné Finfinet à lui-même ; fon
Art l'inftruifit de tout ce qu'elle vouloit
fçavoir ; elle n'ignora pas le deffein du
Prince, ni l'ufage qu'il vouloit faire de ſa
prétendue laideur; & fe fit un vrai plaifir
de découvrir fon projet à Déplaifante
: car l'embarras d'autrui la réjouiffoit
infiniment . Elle écrivit donc à Déplaifante
que Finfinet étoit venu fecretement
lui demander le contraire de ce
qu'elle étoit venue chercher elle-même;
& qu'elle n'avoit pû refufer ce Prince
. Je l'ai dit-elle , rendu auffi laid
que je vous ai fait devenir belle . Il
eft auffitôt parti dans le deffein de vous
furprendre ; prenez -y garde ; & furtout
méffiez - vous du Prince des Lapons.
Cette nouvelle parut fi étrange & fi
étonnante , que Déplaifante n'ofoit y
ajouter foi. Mais le billet que Finfinet
avoit écrit à Aimable , étant tombé par
hafard dans fes mains , elle y trouva la
confirmation & l'explication de ce que
la Fée lui avoit mandé. Alors elle connut
le fujet de l'abfence de ce Prince ,
,
By
"
34 MERCURE
DE FRANCE.
crut que ce projet avoit été concerté
entre fa Soeur & fon Amant , imagina
qu'il n'y avoit point d'autre Prince Lapon
que Fnifinet , & que toutes les propofitions
de mariage avec lui étoient
feintes , & n'avoient été avancées que
pour mieux préparer la réuffite de cette
fupercherie. Déplaifante , en partant de
ces idées , fe prépara pour recevoir le
prétendu Prince des Lapons , & ſe fit
d'avance un plaifir de la confufion qu'il
auroit d'être reconnu d'elle. Qu'alloisfaire
, s'écria-t- elle , & que ferois- je
devenue ? Quoi ! j'aurois moi - même
livré ma rivale à fon amant , à cet ingrat
que je ne puis encore m'empêcher
d'aimer? Ciel , quelle trahifon ! Mais je
te punirai ; je m'offrirai moi -même au
lieu de ma foeur ; & je me fens prèſque
fâchée que les attraits dont je fuis maintenant
pourvue , ne te dédommagent
que trop de la perte de ton Aimable.
Ce fut dans ces entrefaites que le véritable
Prince des Lapons arriva enfin à
la Cour. Chirlipipi ( c'étoit fon nom )
fils unique du Roi de Groenland , étoit
affreux. Il croyoit pourtant être beau ;
& cet excès de confiance le rendoit encore
plus ridicule . Les idées qu'il avoit
apportées de la beauté , étoient relatives
JAN VIER. 1762. 35
t
it
es
à fes propres charmes : les vifages les plus
irréguliers , les traits les plus dépareillés
attiroient fes regards les plus favorables :
il lui falloit des traits qui n'euffent aucun
rapport entr'eux ; il prétendoit enfin que
la Nature eft bien plus admirable dans la
variété de fes productions , que dans leur
fymetrie. On regarda Chirlipipi comme
un barbare, & on eut raifon . Déplaifante
feule avoit les fiennes pour penfer autrement.
C'étoit le Prince Finfinet , qui ,
fuivant elle , affectoit un goût auffi bifarque
fa figure .Elle ne put réfifter à la curiofité
de l'aller voir incognito , pour examiner
par elle-même ce qui en étoit : elle
crut même tendre un piége à ce Prince
en menant avec elle la Princeffe Aimable.
La jeune Princeffe qui avoit été
prévenue de la métamorphofe de fon
Amant, crut en effet aller voir Finfinet ;
elles fe déguiferent de façon à être difficilement
reconnues , & fe glifferent parmi
la foule de celles que la curiofité y attiroit
de toutes parts. A peine le Prince Lapon
eut-il vuDéplaifante, qu'il l'a regarda
avec cet air de furprife & d'admiration
qu'on ne lui avoit point encore vu pour
perfonne. Elle eut même le plaifir de remarquer
que fa cadette n'avoit pas eu
Phonneur de fixerun inftant les regards du
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Prince.Quel triomphe pour elle ! Que de
reconnoiffance pour laFée Malice !
Aimable étoit dans une fituation de
coeur & d'efprit bien différente . Cette
Princeffe abufée , n'étoit pas capable de
trouver dans fon imagination le moindre
adouciffement à fon malheur qu'elle ne
croyoit que trop effectif. La crainte &
l'efpérance font toujours extrêmes . La
trop crédule Aimable s'abandonnoit à
toutes les penfées qui pouvoient confirmer
l'infidélité du Prince. Elle croioit
le coeur de fon amant tout auffi changé
que fes traits . Pour comble de malheur
, on lui apprit bientôt que Déplaifante
avoit obtenu de fon pere fon confentement
pour époufer le Prince des
Lapons , & que le mariage feroit déclaré
le lendemain. Elle étoit abîmée
dans les horreurs de cette fituation ,lorfque
Déplaifante lui apporta fon contrat
de mariage à figner. Aimable qui s'apperçut
du barbare plaifir que goûtoit
fa rivale en obfervant fes moindres
mouvemens , tâcha de fe contraindre ;
& ne fut pas plutôt feule , que s'abandonnant
à tout fon défefpoir , elle jura
de ne point furvivre à l'infidélité de fon
amant.
Finfinet, ignorant tout ce qui fe pafJANVIER.
1762 . 37
1-
es
éée
rfrat
-Ppit
res
ce ;
anura
fon
Daf
it
à
foit , approchoit cependant de la Capitale
avec fes trois cens Tartares ; &
comptoit à la faveur de fa métamorphofe
, obtenir aifément la Princeffe
Aimable. Il apprit, en arrivant , que le
Prince Chirlipipi l'avoit prévenu ; qu'on
déclaroit à l'inſtant même fon mariage
avec l'une des deux Princeffes .Ah ! c'eft
fans doute Aimable , s'écria-t- il ; je fçai
trop bien que fa cruelle foeur la deftinoit
au Prince des Lapons ! Secondezmoi
, ( dit- il à ſes Tartares ) c'eſt moi
qui fuis le vrai Chirlipipi ; l'autre
n'eft qu'un impofteur : venez m'aider
vanger cet affront. Ce difcours produifit
le plus grand effet: tous réfolurent
de le vanger ou de périr avec lui . Mais
à peine le Prince commençoit- il à
traverser la ville , que le Peuple s'écria
de toutes parts , Vive le Prince Finfinet!
Grands Dieux , qui peut ici m'avoir
trahi , dit le Prince étonné & confondu?..
Comment, Seigneur , lui dit un de
fes Officiers qui vint alors à fa rencontre
: votre déguifement peut-il faire
méconnoître ici le plus charmant de
tous les Princes ? ..... Ce témoignage
non fufpect, confirmé par cent autres ,
fit enfin foupçonner au Prince , que la
Fée Malice avoit pu le tromper. Suivez-
1
38 MERCURE DE FRANCE. .
moi , dit-il fièrement aux Tartares ; ou
je vais feul affronter le danger.... Il entre
alors dans le Palais avec toute fa
fuite , & pénétre fans réfiftance jufques
dans le fallon fatal où la Cour étoit affemblée
. Le mariage venoit de fe conclure
. Le Prince cherche fon amante ; il
la voit armée d'un poignard & prête à
s'en percer le fein . Arrête , Barbare ! s'écria-
t-il , en lui faififfant le bras & ent
tombant à fes pieds. Quel moment
pour Déplaifante, en reconnoiffant Finfinet
qu'elle croyoit avoir époufé ! quelle
furpriſe pour Aimable , qui croyoit
avoir perdu ce Prince , & qui n'ofoit
encore reconnoître fon amant fous fes
traits mêmes ! ..Cependant le tumulte augmente,
Chirlipipi, Finfinet & leurs gens
avoient commencé un combat dont les
fuites alloient devenir funeftes . Les deux
rivaux , fans s'être connus , s'étoient attachés
l'un à l'autre , & fe portoient les
plus terribles coups ; le fang couloit de
toutes parts. Mais tout-à-coup les deux
Princes & tous leurs gens demeurent
immobiles ; le plus profond filence fuccéde
au bruit le plus affreux ; qui n'eft
enfin interrompu que par un grand éclat
de rire.... Que de bruit faute de s'entendre
dit une voix que l'on reconnut
JANVIER. 1762.
39,
t
it
es
es
ux
tes
de
IX
nt
10-
eft
lat
ennut
, ,
pour celle de la Fée Malice. Vous, Prince
& vous femme de Chirlipipi
ajouta-t-elle en s'adreffant à Déplaifante
, regardez -vous tous deux dans vos
miroirs. L'un & l'autre obéirent & fe
virent avec étonnement tels qu'ils
avoient toujours été ; Déplaifante toute
auffi laide que jamais , & Finfinet tout
auffi beau que l'on peut l'être . Ces deux
miroirs , dit-t-elle , vous ont trompés
en vous faifant paroître à vos propres
yeux tels que vous fouhaitiez être : les
Dieux ne m'en ont pas permis davantage
: ils ont conduit le refte ; & tout
a réuffi . Vous , continua-t- elle , en adreffant
la parole à Déplaifante & à Chirlipipi
, vous êtes dignes l'un de l'autre ;
rendez-en graces aux Dieux : l'hymen
ne rencontre pas toujours fi jufte . Pour
vous , Prince chéri du Ciel , & vous ,
Princeffe digne d'un amant auffi parfait
, recevez la récompenfe qui vous
eft due. Heureux amans , foyez heureux
époux ; l'amour l'ordonne que
l'hymen obéiffe .... Bon , dit le Roi Pétau
, en embraffant fes gendres & fes
filles , enfin nous voici tous contens !
grand-merci , Madame Malice. Attrapez-
nous toujours de même.
FIN.
40 MERCURE DE FRANCE.
VERS préfentés à Madame DENIS
par Mlle CORNEILLE pour le jour
de fa fête.
A MON Couvent , j'ai lu dans un gros Livre en
Vers ,
Que le faint Roi Louis , dans un autre Univers ,
Etendit des Français les malheurs & les armes.
Plus heureufe que lui , votre esprit & vos charmes
Fixent les Arts dans vos déferts.
Votre maiſon , Maman , eft leur empire :
Ils viennent comme moi le ranger près de vous ;
D'an regard comme moi ces enfans font jaloux ;
Ils font glorieux d'un ſourire.
Je voudrais que mon coeur , que vous daignez
former ,
A vos yeux aujourd'hui pût fe peindre lui-même ;
Mais il ne fçait ,Maman , que dire qu'il vous aime,
Vous ne m'avez encore appris qu'à vous aimer.
Cependant l'enfant boude & ſon âme eft chagrine ,
Il ofe ici vous l'avouer.
Toutes les fois que je veux vous louer ,
Chacun me prévient , me devine .
Je gémis en fecret d'avoir fi peu d'efprit.
>
Qui, quel que foit pour vous l'éloge que j'apprête ,
Jamais ma bouche ne répéte
Que ce que tout le monde dit.
JANVIER. 1762. 41
Papa me fâche auffi . Ma peine eſt ſans égale
Quand je lis fes beaux vers dont mon coeur fe
nourrit.
Ainfi que les bontés j'adore fon efprit ;
Et l'on me dit que j'ai l'Europe pour rivale.
Tout cela finira par me déleſpérer.
Aufli l'enfant , pour fuir toute autre concurrence
Prétend choifir dès aujourd'hui
Un fentiment qui ne foit que pour lui :
Vous le devinez bien , c'eft la Reconnaiſſance.
Je ne veux pas non plus former pour vous des
voeux ,
Débiter ces grands mots qu'on dit aux grandes
Fêtes ;
On n'en fçait pas fi long dans mon Pays d'Evreux.
Soyez , belle Maman , toujours comme vous êtes ;
Je ne crois pas que l'on puiffe être mieux.
A Ferney , le 25. Août 1761 .
Cette naïveté ainsi que les Epitres à Madame
DENIS & à Mlle CORNEILLE , font de M.
POINSINET , le jeune.
MADRIGAL.
A YEVEC art de la jeune Elvire
B..... exprima les attraits .
Que de grace dans fon fourire !
Que de fineffe dans les traits !
42 MERCURE DE FRANCE .
Ah ! fi l'on pouvoit en peinture
Rendre fa candeur , fon efprit ;
B..... auroit fans contredit
Fait un chef- d'oeuvre de nature.
BOUQUET préfenté à Madame R ***¸
par Mlle CAMILLE de la Comédie
Italienne.
VERS ces bords chéris du Permeſſe
Où des Mufes , au front ferein ,
Apollon de fon feu divin
Nourrit la Troupe enchantereffe ;
Pour me fignaler en ce jour,
Mon coeur de la fublime cour
Voloit emprunter le langage.
R ** d'un encens fi doux
Jamais rien de plus beau que vous
A-il fçu mériter l'hommage ?
Etrangère dans ces climats ,
Où mon zéle guidoit ma vue ,
Par une route peu connue
Mon bonheur y porta mes pas.
Là , fous une voute azurèe ,
Je crois des Cieux franchir l'entrée ;
Le rubis , l'or , le diamant
Du Palais de ce Dieu charmant
JANVIER. 1762. 4.3
Compofent la riche ſtructure :
Dans les jardins délicieux
Les tréfors les plus précieux
Sont prodigués par la Nature ;
Les fruits , les fleurs & la verdure
Y charment le goût & les yeux.
Mais qui pouvoit me plaire mieux ,
Parmi ces raretés nouvelles ,
Qu'un bosquet qu'on trouve en ces lieux ,
Ой pour les coeurs dignes des Dieux
Naiffent les roſes immortelles ?
Brûlant de vous en embellir ,
Je m'avance pour les cueillir.
Un Génie , au regard févère ,
Qui , pour chaffer les indifcrets ,
Nuit & jour en défend l'accès ,
Me crie : Arrête , téméraire ,
Tremble de fuivre ton deffein !
Ici de notre auguſte Maître
On n'enfreint point les loix en vain.
De ces fleurs pour parer fon fein ,
Apprends du moins ce qu'il faut dire :
Beauté , grâces , vivacité ,
Elprit , douceur , égalité ,
Sont l'affemblage nécefaire
Des dons que l'on doit admirer
Dans les traits & le caractére
De qui l'on veut en décorer.
Ah ! je puis tout, lui répondis- je ,
44 MERCURE DE FRANCE .
De votre Dieu , quoi qu'il exige ,
Je ne crains point que la rigueur
De mes voeux réprouve l'ardeur ,
Pour R *** . mais quel prodige !
A peine ai- je de votre nom
Frappé l'écho de ce vallon ;
Je vois ces roles de la tige
D'elles mêmes ſe détacher ,
Et s'élancer pour me chercher
Sur le zéphir qui les dirige .
Le Génie , alors interdit ,
Par fon filence m'applaudit.
Soudain de mon fuccès ravie ,
Je m'éloigne de ce ſéjour. ...
Ciel qui retar de mon retour ?
L'Amour de près m'avoit fuivie.
Il connoilfoit bien le bofquet ;
Plus d'une fois fa main hardie
Pour y dérober un bouquet ,
Avoit fû tromper le Génie .
Honteux de fe voir prévenu ,
Déja fa promptejalousie,
Avec fureur , s'étoit faifie
Du bien que j'avois obtenu .
Une réfléxion très -ſage
Que je n'attendois pas de lui ,
Bientôt répara cet outrage ,
Et nous met d'accord aujourd'hui
JANVIER. 1762 . 45
Va , fans me craindre davantage ,
Me dit-il , vèrs cette Beauté
Dont les attraits font mon image :
Va , cours , de ta fidélité
Préfente- lui cet heureux gage.
Oui , fon coeur feroit moins flaté
De me devoir cette Couronne.
Hélas ! de l'encens que je donne ,
La plus vaine a fouvent douté !
Que la fincérité qu'elle aime ,
Par tes mains l'orne de ces fleurs.
Mais je veux y joindre moi- même
Le fuffrage de tous les coeurs.
Par M. BRUNET.
A Paris , le 3 Décembre 1761.
SUITE des Affifes d'Apollon.
N. B. Des raifons particulières ont retardé
l'impreffion de ce Morceau , dont le commencement
à paru dans le Mercure de Mai dernier .
...D ANS un des lieux les plus apparens
du Temple des Arts , on voyoit les ftatues
de deux de nos plus grands Maîtres
en Poëfie , Defpreaux
& la Fontaine.
Le premier au Génie ofa tracer des loix :
L'autre dans les Ecrits n'écouta que ſa voix.
46 MERCURE DE FRANCE.
Tous deux d'invention , peut - être, moins capables ;
Mais à l'art d'embellir joignant celui du choix ,
Et , même en imitant , tous deux inimitables .
J'apperçus le jeune & élégant Auteur
du Poëmefur la Déclamation . Il contemploit
avec refpect la ftatue de Defpreaux.
Un moderne Fabulifte rendoit le même
hommage à celle de la Fontaine ; d'autres
paffoient auprès d'elle avec moins
de recueillement , & leurs Ouvrages fe
reffentoient un peu de cette indifférence
.
Je fuivis le digne fils du grand Racine
, très-grand Poëte lui-même , jufqu'auprès
de la ftatue de fon illuftre Père.
Aux pieds de cette image , à jamais révérée ,
D'une main femant quelques fleurs ,
De l'autre faifiſſant la trompette facrée ,
Il afpiroit aux fublimes honneurs ,'
Et du Pinde & de l'Empirée.
J'entendis nommer l'Auteur du Poëme
fur les merveilles de la Nature. Ce
Poëte , arrivé fubitement du fond de la
Province , n'avoit point l'air Euanger
dans ce Palais.
P
d
Un autre , qui venoit de faire à
un affez long voyage , éci ton tou
JANVIER. 1762. 47
haut ce qu'il nommoit fon Odyffée . On
applaudit à l'énergie de l'expreffion & à
la richeffe des rimes. On jugea qu'il eût
mis encore plus d'aifance dans fa narration
, fi lui- même eût voyagé plus à fon
aife .
Je cherchois Euterpe , & j'arrivai fans
obftacle auprès d'elle. Sa Cour étoit
des moins nombreuſes.La Mufe s'occupoit
à relire quelques -unes de ces Eglogues
qu'on a tant lues & tant blâmées.
Elle regrettoit qu'aucun nouveau Fontenelle
ne parvint à déroger auffi ingénieufement
à fes Loix Ruftiques . De -là,
je fuivis différens perfonnages qui s'avançoient
d'un pas plus ou moins pefant
, plus ou moins grave, plus ou moins
léger vèrs laMufequi préfide à l'Eloquence
& à l'Hiftoire : Une foule de monumens
atteftoient le nombre des Orateurs
qu'elle avoit infpirés . Elle recommandoit
à fes nouveaux Difciples d'employer
tour -à - tour cette élégance qui
plaît , cette onction qui touche , cette
véhémence qui entraîne , cette force
qui fubjugue : mais elle leur défendoit
de faire trop fouvent parler l'Esprit ,
parce qu'alors il fait taire le Génie.
Un jeune Magiftrat, héritier d'un rom
cher aux Lettres , & qui les honore lui48
MERCURE DE FRANCE .
même
fes talens , reçut une palme
des mains de Clio.
par
Elle acceptoit quelques oraifons funébres
; elle en rejettoit d'autres ; &
montrant à leurs Auteurs les ftatues de
Boffuet & de Flechier , elle les exhortoit
à penfer , à voir comme le premier
, à méditer , & à écrire comme
le fecond.
Un d'eux furtout qui débitoit affez
mal de très-beaux difcours , obtint une
palme pour fa récompenfe. Ce fut fous
condition qu'il chargeroit du foin de
réciter fes ouvrages quelqu'un de ces
Orateurs qui ne débitent jamais que
ceux d'autrui.
Les Hiftoriens parurent à leur tour.
Ils étoient nombreux ; car depuis quelque
temps l'hiftoire eft à la mode parmi
nous. Clio plaçoit au premier rang de
fa Bibliothèque,l'hiftoire d'un fiécle qui
doit l'emporter lui-même fur tous les
autres . Elle y joignoit celle de Charles
XII & quelques autres Ecrits de ce
genre , moins parce qu'il font de la même
main, que parce qu'ils font de la même
force . Venoit enfuite un Abrégé
préférable à une grande Hiftoire ; &
enfin celles de Louis XI , celle de Julien,
celle du Stathouderat , les premiers
volumes
JANVIER. 1762. 49
4
Ivolumes de celle du Bas-Empire , ceux
de la nouvelle Hiftoire de France & c.
La Mufe plaçoit à côté des meilleures
Hiftoires les Effais fur Paris , ouvrage
d'un genre neuf & d'une exécution
fupérieure au genre . Elle recevoit même
dans fes Tablettes quelques compilations
utiles ; feulement elle prévenoit
leurs Auteurs d'être déformais plus fobres
& fur les répétitions & fur le nombre
des volumes.
En parcourant des yeux la Bibliotheque
de Clio , j'apperçus une foule d'autres
Ecrits différens quant au genre &
quant au but. Je diftinguai facilement
Efprit des Loix , ouvrage fublime où
le Génie remplace la méthode & contraint
à penfer ceux même qu'il n'inftruit
pas. Je reconnus l'Ami des hommes
, production noble , utile , & qui
n'eft pas moins le code de l'humanité
que celui d'une fage économie . Je vis
d'excellens ouvrages de Politique , de
Morale , de Philofophie , de goût & de
pur agrément. Parmi ceux de cette derniere
claffe brilloient quelques Romans
ingénieux . Les titres de Cleveland , de
Marianne , de Zadig , des Confeffions
du Comte de *** , de Tom Jones , de
Clarice & quelques autres fixerent en
1. Vol. C
50 MERCURE DE FRANCE .
particulier mes regards & rappellerent,à
mon efprit une foule d'idées agréables .
Dans cet inftant Clio propofoit deux
réglemens des plus fages . Le premier
d'établir un Tribunal qui , comme à la
Chine , interdît aux Hiftoriens la liberté
de mentir. ( Je jugeai que ce Tribunal
auroit de l'occupation . ) Le fecond,
de défendre à ceux qui poffédoient
trop bien les Langues mortes , d'écrire
dans leur Langue naturelle , fous peine
d'être condamnés à en étudier le génie,
à varier leurs réfléxions , & furtout à
les rendre philofophiques. Des- lors
j'efpérai voir diminuer le nombre des
in-folio .
Je fus bientôt attiré par une fymphonie
brillante & foutenue. Quelques
jeunes gens s'exerçoient fous les yeux
de Polymnie , & l'étonnoient par la
force & la rapidité de leur exécution .
Alors furvinrent deux célébres rivaux
dans ce genre. L'un avoit longtemps
fait l'admiration des connoiffeurs ; l'autre
dès qu'il parut fit les délices du Public
. Elle voulut que tous deux occupaffent
le premier rang dans fes concerts
; elle recommanda au plus ancien
d'aimer fon jeune Emule ; elle ordonna
à celui - ci d'admirer fon aîné.
JANVIER. 1762. 51
Un homme encore plus célèbre dans
un gener plus difficile , attiroit la principale
attention de Polymnie. Il étoit
prèfque le premier qui eût fait de la
Mufique dans un Pays où l'on chantoit
depuis près d'un fiécle ; mais il eut d'abord
plus d'admirateurs que de Partifans.
On regarda longtemps fon génie
comme barbare , parce qu'il parcouroit
des routes inconnues au vulgaire . En
vain découvrit-il le fentier qui y conduifoit
, au grand nombre de ceux qui
ne fuivoient que des chemins battus.
Nul n'y entra , ou ne put y entrer . Je
vis cet illuftre Artifte offrir à Polymnie
l'ouvrage qu'il intitule fi juftement Code
de Mufique ; je vis la Mufe le diftribuer
à fes Elèves , à la place des leçons qu'ellemême
fe propofoit de leur donner.
Un de fes favoris , qui n'avoit point
de Rivaux lorfqu'il falloit chanter les
Dieux , lui faifoit hommage de quel-.
ques Opéra. Ils furent acceptés , parce
qu'ils déceloient de la délicateffe & du
goût ; mais la Mufe lui demanda fur le
champ les productions de fon génie &
l'exhorta à les multiplier.
Survint un autre Artifte , connu par
des fuccès brillans . Il exprimoit avec la
même vérité , avec la même force , les
cij
52 MERCURE DE FRANCE .
regrets de Lucas , & les fureurs d'Hercule.
La Muſe fourioit à deux de fes plus
chers favoris , les mêmes à qui le foin de
fon Temple étoit confié. Ils offroient
à fes regards , un fpectacle fupérieur à
tous ceux qu'ils dirigeoient ; deux amis
qui couroient enfemble la même carrière
, & que ni l'intérêt , ni la rivalité
n'avoient pû défunir.
Celui qui mit de fi doux accens dans
la bouche d'Eglé , reçut de Polymnie ,
des éloges fur fes talens , & des reproches
fur fon filence ; elle en faifoit de
plus vifs encore à ce Cenfeur auftère ,
qui fit chanter fi gaîment Colette &
Colin ; mais qui voudroit la réduire ellemême
à ne chanter que dans une autre
Langue. Pour le pouffer à bout , elle fit
exécuter devant lui quelques Morceaux
d'Armide. Il fut attendri , ému , tranfporté
, & s'affermit plus que jamais
dans fon fyftême.
Là parurent auffi quelques jeunes Artiftes
, applaudis dans un genre nouvellement
accrédité. L'un affaifonnoit des
plus agréables fons l'aveu choquant de
Toinette, l'autre exprimoit la gaîté naïve
de Blaife ; prèfque tous méritoient des
éloges & tous furent loués , ou encourages
.
JANVIER. 1762. 53
En même temps Polymnie recevoit
l'hommage des Poëtes lyriques ; & c'étoit
là le moindre des facrifices qu'ils
lui faifoient. Du refte , ces nouveaux
courtisans étoient en petit nombre , &
rien n'annonçoit que ce nombre dût
s'accroître. La Mufe félicitoit fur leurs
fuccès paffés l'Auteur des Elémens &
celui de Zélindor ; elle exhortoit ceux
d'Hercule & d'Eglé à mériter de nouveaux
fuffrages.
Ce ne fut qu'en héfitant que je pénétrai
dans le fanctuaire d'Uranie : j'y
étois parfaitement étranger. Je reconnus
toutefois une partie de ceux à qui
ce féjour étoit le plus familier , les De
PIfe , les Mairan , les le Monier , les
Clairaut , les d'Alembert... Ce dernier ,
que j'aurois pu indifféremment nommer
plutôt , n'étoit étranger prèfque nullepart
dans ce Temple. Je vis d'autres
difciples d'Uranie qui , fans recourir au
calcul géométrique élevoient leurs
idées au-deffus de la fphère commune
& fubjuguoient notre efprit par la force
de leur imagination.
Mais du génie , enfin , telle eſt la noble audace.
Il détruit tour obſtacle , il franchit tout efpace ;
Il vole , rarement il ſe borne à marcher ;
C iij
54 MERCURE DE FRANCE .
Et du monde entier qu'il embraſſe ,
Les Poles à fon gré femblent ſe rapprocher.
Du lieu où fe diftribuoient tant de
fublimes leçons , je paffai dans un autre
où la Peinture & la Sculpture étaloient
de riches tréfors . Là une foule d'Artif
tes de l'un & de l'autre genre attendoient
les préceptes d'Uranie & méritoient
fes éloges .
Reftout , digne neveu d'un grand
Maître , parut facrifier à la force plutôt
qu'aux graces de l'expreffion ; mais fes
beautés mâles infpiroient le reſpect.
Vanloo réuniffoit le double avantage
d'attacher & de féduire ; il joignoit à la
plus belle ordonnance un coloris encore
fupérieur.
Pierre , éléve & rival du fecond , allioit
aux graces de fon pinceau , toute
l'énergie de la touche du premier.
Vien , qui dès fon début donna des
chefs- d'oeuvres & en fit efperer d'autres ,
tenoit exactement tout ce qu'il avoit
promis . A fes côtés une aimable Magicienne
traçoit quelques figures d'infectes
ou d'oifeaux , & fembloit créer pluque
peindre.
tôt
Natoire , dont le pinceau docte &
fage eft digne de la grandeur des fujets
JANVIER. 1761. 55
qu'il traite , & de la majefté des Temples
qu'il décore , s'attachoit à former
une troupe de jeunes éléves fous les
yeux mêmes d'Uranie & pat fon ordre.
Je vis la Mufe applaudir aux efforts du
Maître & aux progrès des Difciples.
Boucher , cet agréable impofteur
doué d'une imagination vive & tendre
offroit à nos yeux la Nature moins comme
elle eft , que comme elle devroit
être. Son Art va plus loin qu'elle ; il
nous fait defirer ce que , fans lui , nous
n'euffions pas même foupçonné.
Hallé , Jeaurat & Dumont peignoient
fçavamment l'Hiftoire . Chardin capioit
exactement la Nature , mais fans l'arranger.
Greufe l'arrangeoit & la vivifioit.
Un jeune Artifte pour fon coup d'effai ,
retraçoit à nos yeux cette journée fanglante
(2 ) où LOUIS -LE - BIEN-AIMÉ ,
arra qué par tant de Nations réunies ,
fignila fa fermeté durant le péril , & fa
clémence après la victoire .
Vernet , dans fes Marines , fembloit
preferire aux Mers le calme ou la tempête.
Ce n'eft point une imitation qu'il
nous offre , c'eſt la chofe même.
Enfin , j'apperçus beaucoup d'autres
( a ) La Bataille de Fontenoi , peinte par . M
Lanfant.
Civ
56 MERCURE DE FRANCE .
Artiſtes dont les productions faifoient
honneur à l'Art & au fiécle . J'en vis
deux , (b ) furtout , à qui l'âge n'avoit
pas encore permis de multiplier les preuves
de leur talent ; mais le mérite de ces
preuves fuppléoit à leur nombre . Je vis
des Portraits où Natier déployoit les
graces & la richeffe , Toqué l'exactitude
& la reffemblance , Aved , le naturel &
la vérité Je vis Latour peignant en
paflel Uranie elle - même exprimer la
majefté de fes traits , & tout le génie.
qui éclatoit dans fes yeux.
.
Le burin multiplioit chacun de ces
chefs - d'oeuvre . Les Cars , les Lebas ,
les Wile , les Lemire , faifoient triompher
cet Art inconnu aux Anciens. L'inimitable
Cochin s'aftraignoit rarement
à copier. Il inventoit , il créoit , il donnoit
libre carrière à fon génie . C'étoit
un Peintre auquel il ne manquoit que
la couleur.
Le nombre de nos Phidias ne me parut
pas le céder à celui de nos Apelles.
A leurtête on voyoit Bouchardon , le
même que cette Capitale a chargé du
foin d'acquitter fon zéle & fa reconnoiffance
dans un monument qui eft le fruit
(b ) MM. Doyen & Deshayes.
3
JANVIER. 1761. 57
de l'une & de l'autre . ( c ) On diſtinguoit
Lemoine , déjà célebre par fes travaux
& fes fuccès dans le même genre(d).
Pigal , qui , dans un feul ouvrage éternife
la vie & la mort d'un Héros (e) .
Falconnet qui femble avoir fourni de
nouveaux traits à l'Amour (f). Slodtz ,
qui enrichit de nouveaux attributs le zéle
& la piété (g ). D'autres Artifles moins
célebres , mais nés pour le devenir , s'attiroient
déjà les regards d'Uranie en
attendant qu'ils puffent partager ceux
du Public.
Divers Amateurs éclairoient les Artiftes
de leurs fages confeils. Quelquesuns
même embelliffoient leurs leçons
des charmes de la Poëfie. La Mufe admit
dans fon Sanctuaire l'ingénieux Auteur
de l'Art de peindre , couronné en
même tems des lauriers d'Erato . Un autre
perfonnage , né dans un rang où l'on
fe permet facilement de tout ignorer ,
( c) La Statue Equeſtre du Roi.
(d ) Les Statues du Roi qui font à Bordeaux &
à Rennes.
761
(e ) Le Maufolée du Maréchal de Saxe.
(f) Outre cette Figure de l'Amour , fi juftement
vantée , M. Falconnet a fait les nouveaux
embelliflemens de S. Roch où l'on compte des
chefs -d'oeuvres .
(g ) Le Monument du Curé de S. Sulpice.
Cv
58 MERCURE DE FRANCE .
joignoit à la noble ambition de tout fçavoir
, le courage & le génie propres à y
parvenir. Il n'étoit pas Peintre , & auroit
pû inventer la Peinture . Il avoit enrichi
d'un nouveau genre cet Art , déjà
fi riche en comparaifon de ce qu'il fut
autrefois ; il exhortoit les Peintres de fa
Fatrie , à connoître , à refpecter le Coftume
fi fouvent ignoré , ou négligé par
les plus fameux Peintres voifins .
Non loin de là, quelques plans d'Architecture
attiroient les regards & les
applaudiffemens d'Uranic. On admiroit
entr'autres l'élévation d'un nouveau
Temple qui par fa majefté , fa magnificence
& fon étendue méritoit de
porter ce nom , fi injuftement prodigué
à tant de petites Chapelles .
>
A côté on voyoit le Plan d'un nouweau
Palais deſtiné à être le berceau des
jeunes Eléves de Mars : Monument de
magnificence & de bonté , digne d'un
Roi qui , non content de récompenfer
les fervices , fçait encore les prévenir.
Tous ces ouvrages s'élevoient fous
les yeux & par les foins d'un Miniftre
choifi pour préfider aux Beaux - Arts ,
qu'il connoît & qu'il aime. Loin d'avoir
été retenu par des difficultés éffrayantes
, il a trouvé des reffources où
JANVIER. 17762.
59
d'autres ne trouvoient que des obftacles
, & à fait voir dequoi le zéle eſt
capable lorsqu'il eft dirigé par le goût.
De grandes acclamations , une lumière
plus éclatante annoncerent l'arrivée
du Dieu des Arts. Il parut content
de l'affluence des Spectateurs qu'il
trouva plus nombreufe que dans le
dernier fiécle. C'étoit déjà un préjugé
en faveur du nôtre , & à bien des
égards , le rapport de chaque Mufe confirma
ce préjugé. Caliope furtout , qui
à peine s'étoit montrée dans les Affifes
précédentes , parut dans celles - ci
avec la noble audace qui la caractérife.
Thalie montroit un peu moins d'affurance.
Mais celle de Melpomène étoit
à fon comble . Cette Mufe marchoit
même avec plus d'appareil que jamais.
Alors des cris féditieux fe firent en- t
tendre. Un de ces hommes qui n'eftiment
que les fiécles dont ils n'ont pas
été , voulut démontrer qu'il n'y avoit
rien de bon dans celui dont il étoit.
Heureuſement Apollon n'en jugea ni
par les difcours ni par les ouvrages de
ce Déclamateur . Il exhorta tous ces détracteurs
de leurs contemporains àlouer
tout ce qui eft louable , fans en voir la
date , à refpecter tout grand homme
C vj
60 MERCURE DE FRANCE .
fût-il encore vivant , à encourager tout
jeune Elève , dût - il promettre d'éffacer
un jour fes Maîtres.
Sur les pas de l'Aigle rapide,
Un jeune Aiglon peut s'égarer ;
Loin d'éffrayer fon vol timide ,
Ofez le foutenir & fçâchez l'éclairer.
Un coup d'éffai , fans être une merveille,
Peut de plus d'un Chef-d'oeuvre être l'avantcoureur.
Louez avec tranfport , reprenez fans aigreur :
Aufuccès de Mélite on dut le grand Corneille.
Il me parut que le Dieu des Arts approuvoit
encore moins la baffe adulation
, la louange mercenaire , qu'une
fatyre outrée. Il montroit aux vrais
Ariftarques le modéle qu'ils devoient
fuivre.
C'étoit , qui? la Critique , à l'oeil fixe & févére;
Au crayon fûr , au flambeau redouté ;
A l'Artifte , à l'Auteur , offrant une clarté ,
Trop certaine de leur déplaire.
De l'importune Vérité ,
Utile & fâcheufe interprête ,
Sa voix de l'Orateur confond la vanité ,
Fait taire l'Ignorant , fait trembler le Poëte.
Par elle du faux goût le mérite eft vengé ;
JANVIER. 1762.
61
Et jamais Faquin protégé
Ne rendit la bouche muette.
Enfuite Apollon s'adreffa à toute
l'Affemblée , & dit , en meilleurs termes
que je ne vais le répéter :
Renoncez aux foins fuperflus
De réunir tous les fuffrages :
Chaque fiécle eut les avantages ,
Et les écueils , & fes abus.
Reſtaurateur de votre Scène ,
Corneille au joug de Melpomène
Soumit l'âme du Spectateur.
Peut-être , avec moins de génie,
Mais plus de goût , plus d'harmonie,
Plus d'élégance & de douceur ,
L'Auteur de Phédre & d'Athalie
Connut mieux la route du coeur.
Mais à ce couple , qu'on admire ,
Ce fiécle donna des égaux.
D'un nouveau couple que j'infpire
Sçâchez eftimer les travaux.
A Monime oppoſez Zaïre ,
A Cinna , Rhadhamifte , à Rodogune, Alzire
Et gardez -vous alors , entre ces grands Rivaux ,
De prétendre affigner nul rang & nul empire.
Ce Peintre - né , ce Térence nouveau, anɔv dodá
62 MERCURE DE FRANCE.
Plus vif , plus gai que l'ami de Lélie ,
Ce favori de Momus , de Thalie ,
Du ridicule , ingénieux fléau ;
Moliere enfin , dans la nuit éternelle
N'emporta point fon fublime pinceau.
Plus d'un Diſciple à fes leçons fidéle ,
En hérita ; plus d'un heureux tableau
Semble partir de fa touche immörtelle
Lorsqu'il fubit les horreurs du tombeau .
O vous , Auteurs, & vous ,dont la douce impoſture,
Aux preſtiges de l'Art alfervit la Nature !
Voulez -vous obtenir , voulez vous mériter
La gloire , le feul prix digne de vous tenter ?
Marchez , ne voyez qu'elle au bout de la carrière³
Tout profane melange obfcurcit la lumière.
Fuyez de l'intérêt le fentier ténébreux ,
Ces obliques d'étours , ces accès plus honteux ,
Où tout efprit jaloux & fe plaît & s'égare.
D'où vient qu'un noir dépit de votre âme s'empare,
Si d'un autre à vos yeux on chérit les talens ?
11 eft plus de lauriers que de fronts triomphans.
Voyez ces fiers humains que le Dieu de la guerre
Pour défendre , ou détruire , arme de fon tonnerre
;
Voyez Daun , Frédéric , Broglie & Ferdinand,
Chacun d'eux eft rival , & chacun d'eux eft grand..
La Gloire , objet des voeux de toute âme fublime ,
Pour vous fource de haine , entr'eux produit leſtime.
JANVIER. 1762 . 63
Ah! ceffez d'avilir , par de honteux combats ,
Ces talens dont le luftre ennoblit vos climats.
Qu'ils foient toujours des Arts la paisible Patrie ;
Que par vous leur fplendeur jamais ne foit flétrie ;
Qu'elleattache en tout temps les yeux de l'Univers,
Mes bienfaits , mes rrefors vous font encore ouverts
:
N'en troublez point la fource & fçâchez vous
connoître .
Vous êtes toujours grands ; mais ôlez le paroître .
Après cette harangue, dont la Morale
ne corrigea fans doute perfonne, Apollon
levalaféance , & tout difparut: c'eftà-
dire , Madame , que je m'éveillai.Peutêtre
ce récit produit-il en vous un effet
tout contraire . C'eft , je l'avoue , rêver
longtemps pour ne voir que des
chofes de cette nature.
Ah , pour en voir d'une plus douce efpéce ,
Soit en erreur , ſoit en réalité ,
Puiffai-je avoir l'heureuſe faculté
Ou de dormir , ou de veiller fans ceffe !
64 MERCURE DE FRANCE .
ETRENNES à mettre en Chant..
A M. de P. E ***
Invidia virtutum comes , ( Pæd. )
SOIT que l'an commence ou s'écoute ,
Tels font mes foins affectueux ,
Qu'ils n'attendent jamais la foule ,
Pour vous affurer de mes voeux.
Le penchant plutôt que l'ufage ,
Me fait venir vous étrenner.
Que ces vers , Iris ,foit le gage
De ce que je vous puis donner.
Le feul préfent que j'aye à faire ,
Et que je vous ai fait cent fois ;
C'eft un tribut toujours fincère ,
Et de mon coeur & de ma voix.
Sans craindre l'odieux vulgaire ,
Chaque jour mon zéle & mes chants-
Vous développoient le mystère ,
De mes plus fecrets ſentimens.
Acceptez mon nouvel hommage ,
Dût-on en glofer encor plus :
C'eſt par le plus tendre langage ,
1
Qu'il faut célébrer vos vertus.
JANVIER. 1762 . ·65.
Auriez-vous pû me faire un crime ,
De mes airs , de mon dévoûment ?
Ils n'ont rien que de légitime :
On peut aimer fans être amant.
Qu'il m'eſt doux de laiffer paroître
Les fentimens reſpectueux
Qu'en moi , dès long- tems , ont fait naître
Votre bon coeur & vos beaux
Des Méchans la langue perfide
N'aura jamais prife fur nous
Ayant la fageffe pour guide ,
Et pour confident votre époux.
yeux
Rien n'honore tant le mérite
Dont l'éclat bleffe en vain les Sots ,
Que les murmures qu'il excite ,
Et la fureur de ſes Rivaux.
La vertu que rien n'épouvante ,
Doit raffurer nos tendres coeurs :
L'amitié la plus innocente
Trouvera toujours des Cenfeurs.
Une aimable Philofophie
Charme & remplit tous nos loisirs ;
Et nos devoirs , qu'elle varie ,
Deviennent nos premiers plaifirs.
66 MERCURE DE FRANCE.
Mais cette union tendre & pure
Ne peut nous faire un fort fi doux
Qu'enfin elle ne nous procure ,
Bien moins d'amis que de jaloux.
>
>
Non , rien n'irrite plus leur rage ,
Que la paix des coeurs vertueux .
Notre bonheur leur fait ombrage
Parce qu'il n'en eſt point pour eux.
Qu'une fi belle intelligence
Eft pour vous un tourment affreux ,
Vous , dont la haine & la vengeance
Ne font qu'en refferrer les noeuds !
Sur les douceurs de notre vie
Verfez le fielde vos difcours
Mais vous mourriez plutôt d'envie ,
Que d'en troubler jamais le cours,
EN VOI ,
A M. fon Epoux.
Que le deftin te fut profpère !
Rien n'égale , ami , ton bonheur :
Quels voeux pour toi fauroit- on faire ?
D'Iris , n'es-tu pas poffeffeur ?
Parle CHEVALIER DE JUILLY-THOMASSIN.
JANVIER 1762.
LeE mot de la premiere Enigme du
mois de Décembre eft le Plaifir. Celui
de la feconde eft la pelote de neige.
Celui du premier Logogryphe , eft
la Mouchette, dans lequel on trouve Met,
home , muet , houe , thé , écho , mouche ,
touche , écot , écume , mêche , Cométe ,
Tome , Eté , hotte , Muto Chouette
hote. Celui du fecond Logogryphe eſt
Hermaphrodite , où l'on trouve Epita
phe , en ajoutant un P. Hermite , thiare,
Admete , Priam , hidre , Pirrha , Pirame,
dipe , Pierre
Phédre Ор
phée , Morphée , Héroïde , Armide, Hé
ro , mort , hair , aimer.
Ja
ENIGME.
Ea fuis vieille & pleine d'appas :
Quoique noire , je fuis belle ;
Tel qui pourroit me voir où fon plaifir l'appelle ,
Pour cela ne me connoît pas .
Souvent , fans que l'on me querelle ,
Je fuis Quinteufe , & je m'en fais honnneur.
On me voit dans la régle obferver le filence ;
Je l'impofe aux humains & fais du bruit en France;
Je fais voir en mes traits des fignes de valeur .
68 MERCURE DE FRANCE.
Je fuis peu fans l'Amour , l'Amour eft peu fans
moi :
Mais pour le déclarer il faut bien des meſures ;
Mes foupirs font difcrets , mes paroles font pures;
Je plais enfin au Berger comme au Roi ,
AUTRE.
Jz fuis &courte & longue , & de plus très- légères E
Je brille pardevant , un peu moins par derrière ;
Je fers à bien des gens , & même aux animaux ;
Tous croyent en me portant paroître bien plus
beaux.
On me voit à la Cour , & je brille au Théâtre ;
Je pare avec orgueil la tête d'un Mulâtre.
Place avec art mes pieds , je regarde les Cieux ;
Mais je n'en vois pas plus , hélas ! je n'ai point
d'yeux ,
Et crains peu les regards de quiconque me porte.
Je plais pourtant fouvent ; mais , Lecteur , que
t'importe ?
Songe que malgré toi j'ai du moins pu t'orner. -
En ce cas-là, motus ! crains de me deviner.
ParMlle CHAPELAIN , à l'Éſſai, baſſe Normandie.
JANVIER. 1762. 69
AUTR E.
CUM fextis pedibus nomen venerabile geſto ;
Si medium tollas , turpiter ejicior.
D. N. Abonné au Mercure.
LOGO GRYP H Ẹ.
ZELL pour tout devoir qu'impoſe la valeur ,
Je n'écoute jamais que la voix de l'honneur.
Mais, Lecteur, fi tu veux à coup für me connoître ;
Il te faut , dans les pieds qui compofent mon être,
Trouver le Conquérant qui vainquit Bajazet ;
Celle dont la beauté captiva Charles- Sept ;
Cet endroit , où Montfort , animé par la Gloire ,
Ne dut qu'à fon courage une illuftre victoire ;
Un Théâtre , où jadis on vit le grand Henri
Triompher en Héros , d'un puiſſant Ennemi ;
Du Monde une partie en richeffes féconde ;
Une autre que Colomb... Que dis - je ? ... un nou
veau Monde ;
Un Peuple auquel le Cid livra plus d'un combat ;
Ce qu'en officiant , fait briller un Prélat ;
De notre Rédempteur l'incomparable Mère ;
Un Guerrier patriote autant que téméraire .
Je finis par la Ville , où Caten eut le fort
De laiſſer un vain titre à fon nom , par
Par M de LANEVERE , ancien Mousquetaire
du Roi , à Dax.
fa mort.
70 MERCURE DE FRANCE.
#
•
AUTRE.
F XPERT en fine Diablerie ,
Lecteur , je fuis un vrai Lutin ,
Engendré par l'Eſprit malin ,
Et le Tartare eft ma Patrie.
A ce début , criant haro ,
Et pouffé d'un faint héroïſme ,
L'Abbé va faire un exorciſme ,
Et me dira Vade retrò !
Je n'ai point defir de mal faire ,
Mon cher Abbé , raffure- toi ;
Je viens dans l'ombre du myſtère
T'entretenir , écoute- moi.
Invisible par ma nature ,
Quand je prends humaine figure ,
Mes pieds font au nombre de dix.
En les décompofant , le nom du fils d'Anchiſe
S'offre au premier abord ; ce que l'on voit dans
l'air
Quand le temps eft couvert ; ce qu'eſt ſans ſa chemife
Une femme ; un oiſeau ; un fruit , un bras de Mer
Connu dans le Levant ; le nom d'une Furie ;
L'Empire de Neptune ; un Eſclave tout noir ;
Un chemin dans Paris , éclairé chaque foir
De tous les végétaux le principe & la vie 1
ས:༧༣ ་
Gracieux.
W
En vain de coquettes beautés Prétendent
captiver nos a- - mes, Leurs ma
-neges
W
trop u - sites N'allument que defoibles.
fla mes: Dans l'art.peu commun de char =
mer, Rien n'est égal
ma
Sil.vi -
Quand on la voit ilfaut l'aimer,Quand on l'ai--
- me c'est
pour
la vie .
JANVIER. 1762. 71
Une plante aquatique ; un temps ou les oifeaux
Sont malades ; l'endroit où l'on met la volaille
Quand on veut l'engraiſſer ; l'abrégé de muraille ,
Ce qui d'un bâtiment aide aux matériaux ;
En faut- il encor davantage ›
Ce que fait un habit quand il eft trop étroit 3
La perfonne à qui chacun doit
L'honneur & le reſpect , la tendreffe à tout âge a
Ce qu'on regrette d'un bon koi ;
Ce que d'un méchant on déreſte
Aifément le trouve chez moi.
Adieu , Lecteur , voilà mon refte.
CHANSON,
FNVAIN de coquettes Beautés
Prétendent captiver nos âmes ,
Leurs manéges trop ufités
N'allument que de foibles flâmes.
Dans l'art peu commun de charmer
Rien n'eft égal à ma Silvie :
Quand on la voit , il faut l'aimer
Quand on l'aime , c'eſt pour la vie.
Plus encor que tous fes appas ,
Son efprit eft fûr de féduire ;
Ce qu'elle dit , je ne crois pas
Qu'une autre puiffe mieux le dire.
Dans l'art &c.
72
MERCURE DE FRANCE.
Comment peindre les traits divins
Qui rendent la Belle parfaite ?,
Le pinceau tombe de mes mains :
Plus Amant qu'Auteur , je répéte :
Dans l'art & c.
Les Paroles font de M. GUICHARD , & la
Muſique de M. LEGat de Furcy ,
NOUVELLES NOU
JANVIER. 1762. 73-
ARTICLE II.
NOUVELLES LITTERAIRES.
EXTRAIT d'un Manufcrit de la Bibliothèque
du Roi , intitulé : Miracles
de Notre-Dame : par Perfonnages.
ES recherches qu'on a faites de l'origine
du Théatre François , ne laiffent
plus douter qu'il doit fa naiffance à des
repréfentations données pour inftruire
& édifier le Peuple fimple & ignorant.
Quoique le célebre Auteur de l'Art
Poëtique n'ait pas trop approfondi ce
fait , qui n'étoit point encore bien
éclairci de fon temps ; il l'a cependant
annoncé comme certain. Il est inutile
de rapporter fes Vers , qui ne font ignorés
de perfonne ; mais on doit remarquer
qu'en ceci nos dévots Ayeux n'ont
fait que fuivre , fans le fçavoir , & par
néceffité , l'exemple des Grecs , des Romains
, & de toutes les Nations qui ont
eu l'idée du Poëme Dramatique. Il eft
démontré que ce genre eft très -propre,
I. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE .
& femble inventé pour répandre avec
plus de fuccès, des faits & des maximes
que la Religion avoit deffein de confa
crer , & que l'effet de la repréſentation ,
dans tous les temps , a étéle moyen le
plus
fùr pour
autorifer
& perfuader
une tradition. Ce n'eft donc point par
imitation , mais d'après leurs propres
lumieres & ce raifonnement commun
à tous les hommes , que nos Peres ont ,
pour ainfi dire , crée une efpece de
Poëfie Dramatique : & le premier ufa
ge qu'ils en ont fait , a été , ainfi que
chez les autres Peuples , pour l'utilité de
la Religion, & la correction des moeurs.
Les premiers éffais de cette Poëfie pa
rurent en latin , & fervirent à terminer ,
dans les Eglifes l'Office des Fêtes folemnelles,
Dans la fuite on les compofa en
langue vulgaire ; & comme ils avoient
pour
but l'inftruction des Affiftans , on
crut devoir étendre la durée de l'action
aux dépens du Sermon ordinaire dont
ils tenoient lieu ; & l'on réduifit cette
partie du Service Divin , à une Prédica
tion d'environ un quart d'heure. Cette
courte Homélie faifoit ordinairement
l'ouverture de la piéce ; quelquefois elle
la terminoit , ou s'y trouvoit inférée
fuivantla circonftance , ou le caprice de
l'Auteur
JANVIER . 1762. 75
On finiffoir toujours par le Te Deum.
C'eft de -là qu'a été introduit l'ufage
adopté par les Auteurs de la Paffion &
autres myſtères & moralités. Et quoique
ces Poëmes paffent pour les premiers
Dramatiques François , ils font cependant
tous poftérieurs à ceux dont on va
parler .
Il y a apparence qu'il en a été compofé
un grand nombre ; mais comme
ils ont précédé l'invention de l'Impri
merie , ils n'ont pu parvenir jufqu'à nous.
Le feul manufcrit qui en foit connu , eft
celui dont on entreprend de rendre
compte : on doit par conféquent le re
garder comme unique , l'un des plus
précieux Recueil de Poëfie Françoife',
& peut-être le feul dans cette partie Dramatique.
Les Poëmes qu'il contient étant inconteftablement
du nombre de ceux
qui ont établi & fondé le Théâtre François
, l'on fera fans doute furpris que
les Auteurs de l'Hiftoire de ce même
Théâtre ayent pu négliger une partie
auffi confidérable ; & ce reproche ne
feroit que trop bien fondé , s'ils n'avoient
pas à alléguer de plan de leur propre
ouvrage , qui ne leur a permis d'y
faire entrer que les Piéces repréfentées
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
au Théâtre ; conféquemment celles- ci
ayant précédé même la conftruction
des échafauts , n'y peuvent avoir place .
On pourroit auffi répondre qu'ils ont
eu tort de s'être impofé des bornes fi
étroites , qui femblent leur avoir interdir
l'avantage de pouvoir donner une
plus ample connoiffance de notre Poëfie
Dramatique . Quoiqu'il en foit , le préfent
article peut y fervir de fupplément :
c'eft par cette raifon qu'on a cru devoir
entrer dans des détails , & caractériſer ,
autant qu'il eft poffible , un monument
précieux , inconnu jufqu'à nos jours
qui ne peut qu'exciter & même intéreffer
la curiofité des Amateurs de ce genre
de Littérature.
Le Recueil en queftion eft divifé en
deux volumes in-folio , dont le premier
comprend vingt-deux Poëmes , & le fecond
dix-huit. Indépendemment du petit
Sermon en profe , dont chacun eſt
accompagné : il peut contenir environ
huit cent vers. Le manufcrit eft fur velin
, des mieux conditionnés : l'écriture
qui paroît toute de la même main , eſt
des meilleures du temps , parfaitement
lifible , fur deux colonnes , & ornée de
très-belles mignatures . Les quarante Piéces
font verfifiées dans le même genre.
JANVIER. 1762.
77
On ne peut cependant pas affurer qu'el
les foient toutes d'un feul Auteur.
Avant de paffer aux extraits des Poëmes
, il est néceffaire de juftifier leur
groffiere fimplicité , en faifant remarquer
qu'ils ont été compofés vers le
commencement du quatorziéme fiécle
dans un tems où l'ignorance étoit extrême.
Les pieux Auteurs de ces ouvrages
n'ofant hazarder ( comme on a fait depuis
) les mystères les plus facrés de la
Religion , crurent pouvoir prendre pour
fujets des récits fabuleux & ridicules
abandonnés à la crédulité du vulgaire ,
& que les Docteurs les plus éclairés du
temps avoient rejettés comme abfurdes.
Ajoutez à cela la dévotion particuliere
des François envers la Sainte Vierge :
ron fçait avec quel zéle , ils ont , par les
raifons les plus folides , foutenu le culte
religieux & légitime qui lui eft dû : comme
le Peuple ignorant n'eft pas à portée
de les comprendre , nos Auteurs animés
du même efprit , voulurent y fuppléer ,
& l'inftruire par le moyen de ces Drames
, dont la nouveauté attiroit un concours
prodigieux aux Prédications . Au
refte , on n'entreprend point d'excufer
entiérement la liberté que les Auteurs
ont ofé prendre , & que leurs fucceffeurs,
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
dans la même carrière ont étendu beaucoup
plus loin . Il fuffit que l'intention
des uns & des autres a été très-louable ;
que leurs productions , après avoir été
fouffertes & autorifées pendant environ
deux cent cinquante ans , ont donné
lieu à des ouvrages plus raifonnables ,
auxquels ont fuccedé d'autres plus réguliers
, & enfin ces chefs -d'oeuvres qui ont
élévé le Théâtre François au plus haut
degré , & l'ont rendu le modéle de tous
les autres. Ce font ces premiers commencemens
; c'eft ce premier degré du
Theatre , ignoré jufqu'à préfent , qu'il
eft néceffaire de faire connoître. Le Lecteur
judicieux ne doit pas y chercher
l'autorité des Faits , ou de la Morale ,
non plus que les Régles de la Poëfie
Dramatique. Cet article n'eft fait que
pour fatisfaire une curiofité d'autant plus
raifonnable , que par fon moyen on
éclaircit & on conftate l'époque la plus
ancienne , la moins connue , & la plus
importante de notre Théâtre.
JANVIER. 1762. 79
t
}
EXTRAITS des Miracles de NOTRE
DAME.
PREMIER MIRACLE.
Ci commence un Miracle de Notre-Da
me, d'in Enfant qui fut donné du Diable
quand ilfut engendré.
Un Seigneur & fa Femme prennent
de concert , la réfolution de vivre en
continence. Le Démon veut traverfer
ce deffein , & s'adreffant au mari , qu'il
croit le plus foible , il lui fuggére le defir
de ne point garder fa promeffe. La
Dame ne fe rend qu'à regret , & par dépit
, elle voue au malin-efprit l'enfant
qui doit naître . Lorfqu'elle reffent les
premieres douleurs , le Seigneur court
à l'Eglife prier Dieu & la Sainte Vierge,
d'accorder à fon Epouſe une heureu
Te délivrance. Pendant fon abfence , la
Dame met au jour un Fils ; & fans perdre
de temps , ordonne à fa voifine d'aller
chercher le Curé pour le baptifer. Le
Démon s'y oppofe , & déclare au Prêtre
que l'Enfant lui appartient , par le don
que
la Mere lui en a fait . Le Prêtre furpris
, interroge la Dame , qui convient
de fon crime , & demande grace à l'Ef-
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
1
prit-malin : il confent à lui laiffer cet
Enfant jufqu'à l'âge de fept ans , fous
condition que pendant ce temps-là , il
ne recevra point le Baptême. Au bout
de ce terme , nouvelle fupplication de
la
part de la Dame : Satan infifte , & n'ofant
rien faire fans ordre de fon maître
il retourne aux enfers. La certitude que
cet Enfant ne peut lui manquer , détermine
Lucifer à confentir à un délai de
huit années.
Enfin ce jeune Garçon entre à peine
dans fa quinziéme année , qu'un jour il
vient les larmes aux yeux , dire à fon
pere & à fa mere , qu'en jouant avec ſes
camarades , l'un d'eux l'a appellé Juif&
Payen. Le bon Seigneur & fa Femme
confternés , racontent naïvement leur
hiftoire. Sur ce récit , l'Enfant prend le
parti d'aller à Rome , pour fe fouftraire
au pouvoir du Démon . Le Pere & la Mere
de leur côté , vont en pélérinage à
Notre-Dame de Boulogne.
Arrivé à Rome , le Fils demande où
eft le Palais du Saint Pere . Les Sergens
d'armes lui refufent l'entrée ; & enfin ne
le laiffent paffer qu'à la faveur de deux
florins qu'il leur donne.
JANVIER . 1762 .
81.
PREMIER SERGENT D'ARMES ,
regardant les florins.
Ils font bons , mon ami ; paſſez.
Le Pape après avoir donné fa bénédiction
à l'Enfant , l'envoye à fon Confeffeur
, qui cft un Hermite. Ce Juge - ci
l'adreſſe à un autre Hermite , qui s'étant
mis au fait du cas où le jeune Garçon fe
trouve , le confole & l'exhorte à fe confier
en la protection de la mere de Dieu.'
Effectivement l'affaire eft portée au Tribunal
céleste . En vain le Démon veut-il
reclamer fon droit prétendu , la Sainte-
Vierge intercéde puiffamment ; & Dieu
déclare nul un traité criminel fait
par
une Mere , & auquel le Pere n'a aucune
part. La piéce finit par un Te Deum que
tous les Acteurs chantent avec les fpectateurs
, pour rendre graces à Dieu d'un
fi heureux événement..
EXTRAIT de l'Héroïde de GABRIELLE
D'ÉTRÉES à HEN RI
IV, de l'Auteur de Sapho & de Biblis..
LE fuccès de l'Epître d'Héloïſe à Abai-
Lard, a infpiré à plufieurs de nos jeunes
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
Auteurs le defir d'acquérir la même gloire.
On doit d'autant plus d'encouragement
à leurs travaux que c'eft dans ces
fortes d'éffais qu'il eft le plus facile de
difcerner le germe de génie tragique . II
femble qu'un nouveau fiécle va commencer
; & ceux qui s'intéreffent au
foutien des Lettres en France , fixent
leur attention avec une efpéce de curiofité
, mélée de plaifir , fur tout ouvrage
qui porte l'empreinte du talent & qui
pourroit leur faire concevoir l'efpérance
féduifante de voir remplacer parmi nous
les célèbres Dramatiques qui ont acquis
le droit de fe repofer fur leurs lauriers .
L'Auteur de la nouvelle Héroïde a
déjà mérité leurs regards par celles de
Sapho & de Biblis. On a remarqué
dans la premiere , des peintures vives &
animées , des fituations bien faifies , de
la douceur & de l'exactitude dans la
Verfification : dans la feconde , on a été
étonné de la force & de l'agitation qui
y régnent ; le Poëte a fçu faire paffer
dans l'âme de fes Lecteurs les mouvemens
tumultueux & les images éffrayantes
qui doivent troubler une femme
tourmentée tour-à-tour , & par l'impétuofité
de fes remords , & par Pafcendant
de la paffion inceftueufe qui la fubJANVIER.
1762 . 83
jugue malgré elle . On n'a reproché
cette derniere Piéce que quelques lonfaciles
à corriger. gueurs
Le Sujet de celle qui paroît aujourd'hui
a quelque chofe qui intereffe plus
particulierement la Nation . Il faut être
homme de Lettres pour connoîtreAbailard
, Philomèle , Biblis ; il ne faut
qu'être François pour connoître Gabrielle
d'Etrées & le nom chéri de fon
augufte Amant. La mémoire de ce Prince
vivra à jamais dans tous les coeurs.
J'ai connu , dit l'Auteur dans un Avertiffement
court & bien écrit , j'ai connu
même des Etrangers qui m'ont avoué
qu'en paffantfur le Pont- neuf, ils étoient
fouvent tentés de fe profterner devant la
ftatue de ce Roi.
Cette Héroïde eft dédiée à M. de
Voltaire & précédée d'une Epitre adreffée
à ce grand Ecrivain . On trouvera
dans cette petite Piéce beaucoup de traits
faillans , des graces & de la facilité : les
Vers en font pleins & harmonieux. En
voici quelques-uns qui juftificront cet
éloge :
Guide mon vol audacieux +
Et des rives de l'Hypocrène ,
Porte mon char au haut des Cieux ♣ ·
Ma Mufe a befoin d'un Mécène..
D vi
84 MERCURE DE FRANCE.
Le jeune lière fans appui ,
Triftement rampe fur l'arène ;
Mais foutenu par un vieux chêne ,
Le lière aux Cieux monte avec lui.
Pour toi , dans les routes divines
Des beaux jardins du Dieu des Vers ,
Les roſes naiſſent fans épines ,
Et les lauriers font toujours verds :
Pour moi , dès qu'un eſpoir funeſte
Me fait approcher de ces lieux ,
La rofe fuit , l'épine refte ,
Et le laurier fuit à mes yeux.
En un mot , cette Epître charmante
fait également honneur , & au talent
heureux qui l'a produite , & au Poëte
fameux qu'elle célèbre d'une maniere
digne de lui.
Mais revenons à Gabrielle d'Etrées.
Cet ouvrage prouve que l'Auteur peut
prétendre à une réputation plus brillante
que celle qu'on s'acquiert par des Poëfies
légères.
Gabrielle au lit de la mort , eft fuppofée
écrire à Henri IV. dans l'intervalle
de deux attaques d'apopléxie . Cette
fituation eft annoncée par ces beaux
Vers :
Dans ce calme éffrayant où la douleur moins vive
JANVIER. 1761 . 85
Retient chez les humains mon âme fugitive ;
Où , fufpendu fur moi , le glaive de la mort
S'apprête à terminer mes tourmens & mon fort ;
Où de ce Dieu vengeur que je crains & que j'aime,
J'attends en frémiffant la fentence ſuprême ,
Il m'eſt encor permis de tracer à tes yeux
Mes derniers fentimens & mes derniers adieux .
Elle fe rappelle les erreurs où l'a plongéfon
amour,qu'elle juftifie adroitement
par les vertus du Prince qui en eft l'objet
. Infléxible à fes feux , elle n'a pû réfifter
à des charmes plus puiffans furfon
coeur . Ce jour mémorable, où Henri tour
ché des miſéres d'un Peuple que le fanatifme
avoit réduit aux dernieres extrémités
cette époque fameufe a été celle de
fa défaite. Elle fe repréfente le féjour
délicieux , témoin de ſes plaifirs : elle fe
livre à fon amour.
Mais l'approche de la mort ramène
dans fon ame des idées plus éffrayantes ;
l'abîme éternel paroît fe découvrir à fes
yeux ; elle croit entendre fon Arrêt.
Dieu terrible , s'écrie- t- elle !
Un inftant de foibleffe & les plus grands forfaits
Sont-ils aux mêmes maux condamnés pour jamais?
86 MERCURE DE FRANCE.
Punirez-vous mon coeur d'avoir été fenfible ?
Eft-on fi criminel en aimant à la fois
Le plus grand des humains & le meileur des Rois ?
Hélas ! aimer Bourbon, c'eſt aimer votre ouvrage.
N'eft- ce pas vous , dont la main toute-
puiffante le conduifit vainqueur au
trône de fes ancêtres ? ...
Cher amant , pourfuit - elle , mes combats
te prouvent l'excès de mon amour !
fi ton coeur reffentit jamais la même ardeur
, j'ofe en exiger le prix de la mienne.
Je n'ai plus rienà prétendre à tes grandeurs
; mais fi ma voix t'intéreffa jamais.
pour les malheureux
Si je puis efpérer que pour grace derniere
Tu prêteras encor l'oreille à ma priere ;
Sur mes triſtes enfans daigne lever les yeux ;
Vois de nos tendres coeurs ces gages précieux':
Que la nature avoue , & que la loi rejette :
Formés du fang des Rois au ſein de ta ſujette ,
Ces innocens vèrs toi levent leurs foibles mains ;
Daigne les adopter , veille fur leurs deftins."
Verras-tu tes enfans , rebut de la fortune ,
Traîner dans les affronts une vie importune ?
Verras- tu fans pitié des Princes de ton ſang,
Dans la foule inconnus ramper au dernier rang ?
JANVIER. 1762
8T
Peux tu , les puniffant des fautes de leur mère ,
Les priver du plaifir de connoître leur père ?
Je ne demande point que placés après toi ,
Ils écartent du Trône un légitime Roi :
Funeſte ambition , injuftice cruelle ,
Non , vous neregnez pointau coeur de Gabrielle !
Je veux que mes enfans auprès de toi nourris ,
Au fentier des vertus fuivent tes pas chéris ;
Qu'ils fachent qu'en tout tempsfidéles à leurs maî
tres ,
La France au champ de Mars vit périr mes ancêtres;
Et qu'ils puiffent , comme eux , dédaignant le repos
,
S'ils ne font pas des Rois , être un jour des Héros.
Cette tirade nous a paru très- bien faite.
Vient enfuite le récit d'un fonge
qui eft un des plus beaux morceaux de
cette héroïde .
A peine le fommeil vient fermer mes
yeux à la lumière , que je vois , dit -elle
un fpectre menaçant fortir du fond de
fa tombe avec un grand cri.
n fceptre eft à les pieds ; la mort qui l'environ
ne ,
De les voiles affreux enveloppe le Trône.
Quevois-je, m'écriai-je ? Ah ! Valais , eft- ce rouss
88 MERCURÈ DE FRANCE.
» Oui , c'eſt moi , me dit- il , qui tombai fous les
>> coups
>> D'un peuple qu'un faux zéle a conduit dans le
>> crime :
» Grand Dieu, fais que j'en fois la derniere victime!
Le Spectre fuit , tout change ; & mon oeil étonné
De tes nombreux Sujets te trouve environné.
Mais tan dis qu'enivrés de tendreſſe & de joie ,
Tous les coeurs au plaifir s'abandonnent en proies
Soudain , armé d'un fer , un monftre furieux
Vient , vole , approche , frappe... & tout fuit à mes
yeux.
Elle avertit le Roi de redouter les reftes
de la Ligue , & ceux qu'il doit foupçonner
le plus de vouloir les ranimer :
elle lui remet devant les yeux les horreurs
de la S. Barthelemi.
Ces images funeftes produifent chez
elle les tranfports les plus touchans .
L'amour des François pour leur Roi
la raffure. Ici eft le tableau le plus attendriffant
de l'affliction qui accabla tous
les coeurs lorsqu'une maladie cruelle leur
fit craindre pour fa vie , & de l'allégreffe
qu'ils firent éclater quand le Ciel
le rendit à leurs voeux. Ce morceau
rempli de fentiment produit d'autant
mieux fon effet , qu'il eft une image
JANVIER. 1762. 89
fidelle de ce que nous avons reffenti
dans une circonftance toute pareille ..
Heureux les Monarques qui ont mérité
cet excès de tendreffe Heureuſe la
Nation qui a trouvé plufieurs fois des
Princes qui s'en font rendus dignes !
Gabrielle exhorte Henri IV à continuer
de prendre Louis XII pour modéle.
Crains , ajoute-t-elle , crains comme
lui l'artifice des flateurs : que la fagcffe
& l'humanité préfident dans tous
tes confeils.
Que dis-je ? Cher amant , excuſe mon erreur.
Quelle est donc la vertu qui n'eft point dans ton
coeur ?
Hélas ! je m'en fouviens , quand déployant fes
ailes ,
La mort couvroit Paris de les ombres cruelles ,
Quand tout fouillé de fang , un Peuple factieux
Sur des morts entaffés croyoit monter aux Cieux
Quand , le Chrift à la main , des monftres fanguinaires
Excitoient les enfans à maffacrer leurs pères :
ور
O Paris , difois - tu , les yeux baignés de pleurs ,
» Je ne puis à préfent que plaindre tes níalheurs !
» Mais fi jamais le Ciel , trompant mon eſpérance ,
Fait tomber dans mes mains le Sceptre de la
>>France ;
» Si du Maître des Rois l'immortelle clarté
go MERCURE DE FRANCE.
Fait du fein de l'Erreur fortir la Vérité ;
» Peuples que je chéris , ô François, & mes frères !
» Qu'avec plaifir ma main finira vos mifères !
» Ah , combien votre fang me fera précieux !
·
» J'enchaînerai vos coeurs par le noeud des bienfaits.
Suit une vive apoftrophe à ces Princes
tyranniques qui gouvernent leurs Sujets
avec un fceptre de fer. Contrafte de leur
orgueil avec la bonté des Bourbons.Cette
bonté n'eft point une foibleffe déguiſée
par la crainte , foibleffe qu'on brave toujours
impunément : c'eft une générofité
pleine de fageffe & de fermeté.
Priére de Gabrielle d'Etrées au Tout-
Puiffant. Cette Priére eft en même temps
une imprécation pleine de force contre
le Miniftre du plus horrible parricide :
fi Dieu prévoit qu'il naiffe jamais un pareil
monftre ; fi le fonge qu'elle a eu eft
un préfage certain des maux qu'elle appréhende
, elle conjure le Ciel de lui accorder
la mort : mais fi ce fonge n'eft
qu'un préftige paffager , produit par le
fommeil & la crainte , elle defire de voir
prolonger le cours de fa vie , pour être
témoin du bonheur qu'elle promet à la
France fous les loix d'un fi bon Roi.
·
JANVIER. 1762. 91
Defcription magnifique de la grandeur
future de fon régne. Elle finit par fouhaiter
au fiécle fuivant un Prince qui lui
reffemble.
Tel eft le fujet de cette Héroïde
qui eft , fans contredit , un des meilleurs
ouvrages qu'on ait encore donnés en ce
genre. Nous aurions voulu que les bornes
d'un Extrait nous euffent permis de
nous étendre fur tous les morceaux qui
méritent d'être.cités . La defeription des
Jardins d'Anet , celle de la douleur des
Peuples lors de la maladie d'Henri IV,
l'imprécation & l'efpéce de prédiction
qui termine le Poëme annoncent beaucoup
de talent ; la verfification eft noble,
& majestueufe , foutenue & analogue
aux différentes fituations. L'Auteur brille
furtout dans la partie des paffions &
du fentiment : on voit qu'il écrit d'après
fon coeur.
Nous croyons cependant devoir l'avertir
de quelques défauts qui fe trouvent
dans cet ouvrage. Les beautés dont
il eft rempli rendent le Lecteur plus
difficile. Les liaifons ne font peut-être
pas toutes ménagées avec la même adreffe.
On auroit defiré plus d'art dans la
tranfition qui précéde le fonge. Les vers
qui fuiventl'imprécation , quoique bien
92 MERCURE DE FRANCE.
faits , nous ont paru tenir un peu trop
de l'Elégie. L'Auteur nous pardonnera
fans doute cette légère critique : le Public
eft intéreffé à la perfection des talens
dont il a droit de concevoir de fi
flatteufes espérances .
J'AI
De Reims , le 19 Novembre.
' AI été bien-aiſe , Monfieur, de voir,
en revenant de l'armée par Reims , les
embelliffemens qu'on y faits . La Place
de Louis XV, qui eft déja fort avan
cée , m'a furtout fait plaifir . Je ne vous
en ferai pas la defcription. Je me contenterai
de vous faire part des vers que
l'eftime & la reconnoiffance m'ont inf
pirés pour les habitans de cette Ville .
Le zéle qu'ils font éclater pour le Roi
fe manifefte jufques dans le traitement
qu'ils croyent nous devoir comme à
fes gardes .
O Peuple généreux , fi digne d'un tel Maître !:
De ton amour pour lui j'admire les effets !
Tes voeux & tes autels lui feront bien connoître
Qu'un bon Prince eſt toujours un Dieu pour fes
Sujets.
JANVIER. 1762 .
93
Quelques-uns de ces vrais Citoyens ,
m'ayant demandé une Infcription pour
la ftatue du Monarque chéri , à laquelle
le célèbre Pigal travaille ; je lui répondis
fur le champ amor amori : qu'on
peut expliquer , fi cela mérite de l'être ,
par amor plebis , amori Regis. Ils faifirent
avec avidité le fens de ces mots ,
qui ne font peut-être ni affez clairs , ni
affez énergiques pour être confacrés.
Quoiqu'il en foit , Monfieur , je vous
livre le tout pour en faire l'ufage qu'il
mérite . Vous ne ferez jamais défavoué
du Public. Vous ne verrez que trop par
le défordre de ma Lettre , que je tâche
de mettre à profit le peu de temps qu'une
longue & pénible route me laiffe
fans avoir celui d'être plus correct.
J'ai l'honneur d'être & c.
LE CHEVALIER DE JUILLY- THOMASSIN.
>
LETTRE à M. DE LA PLACE ,
Auteur du Mercure , fur un Ouvrage
intitulé LE VRAI PHILOSOPHE.
J'ESPÉRE , Monfieur , que vous voudrez
bien inférer dans le Mercure l'Extrait
ci-joint du Vrai Philofophe. La
94 MERCURE DE FRANCE .
lecture de ce Livre m'a fait le plus grand
plaifir.Mon amour-propre me perfuade
qu'il doit généralement plaire ; & je
vous avoue que fi vous en portiez un
jugement différent , je ferois fort humiliée.
L'Auteur paroît un galant homme
fans être galant. Il parle à notre féxe
avec un ton de politeffe & d'honnêteté
qui ne laiffe pas appercevoir qu'il ait
des prétentions. Mais les vérités qu'il
nous dit ne doivent pas faire moins
d'impreffion fur nous ; bien entendu
que ce fera dans un autre genre . On
voit aisément que dans les trois parties
de fon ouvrage , il a eu deffein de tout
ramener à la vertu . Je vous déclare cependant
que , fi l'on prêchoit toujours
auffi bien , j'irois plus fouvent au Sermon.
Eft-il rien de plus gracieux que
l'apostrophe qu'il nous fait après quelques
portraits charmans , où il trace
avec un pinceau léger & délicat les
ridicules des principaux états de la vic
civile ? Sans acception des perfonnes ,
vraiment impartial , il n'épargne pas
plus le Militaire que l'homme de Robe,
lorfqu'il n'obferve pas éxactement les
bienféances : il en veut furtout aux
vieillards qui fe méconnoiffent. Je ne
JANVIER. 1762,
95
trouve pas qu'il ait tort : au contraire
je fuis très- fort de fon avis. » Pourquoi ,
» dit notre Philofophe , ce vieillard eft-
» il auffi accablé fous le poids du ridi-
» cule que fous celui des années ? Pour-
» quoi eft-il devenu un fujet de critique
» & un objet de raillerie ? C'est pour
» avoir voulu jouer un rôle étranger ,
» en s'efforçant de réunir avec les glaces
» de l'âge , les jeux & les ris, les goûts & les
» parures, les plaifirs & les priviléges d'u-
» ne jeuneffe folâtre & licencieufe, S'il
» eût écouté la voix de la fageffe, il n'eût
afpiré à fe diftinguer que par des qua-
» lités folides , par des agrémens ou des
» Occupations convenables à fon âge,
» Les plaifirs tumultueux ou trop vifs
» n'étoient plus de faifon pour l.L'au-
» tomne & l'hyver ne reffemblent
» au printemps.
22
pas
Laiffons-là ce Vieillard ; car nous ne
pourrons pas le rajeunir pour lui fauver
au moins un de fes ridícules.... J'oubliois
que j'ai à vous parler de chofes
plus intéreffantes . Ecoutez ce que notre
Philofophe dit fort fagement aux femmes
, pour les engager à fe comporter
avec décence : » La Vertu elle-même
» n'eft pas toujours fùre de plaire , fi elle
" ne fe produit en ménageant les bien96
MERCURE DE FRANCE.
"
la
féances que l'ufage du monde a intro-
» duites. Eh qui ne s'apperçoit que
» Beauté a beſoin de fe les affocier pour
faire des impreffions plus délicates &
» plus durables? Le beau Sexe perd beau-
» coup de fes agrémens , lorfqu'il veut
» paffer les bornes que la décence lui a
» préfcrites. Souffrez, aujourd'hui, Sexe
» aimable ! fouffrez une fois la vérité
» qu'on ofe à peine faire parvenir juf
» qu'à vos oreilles. Si la fageffe eft vo-
» tre guide , vous bannirez de votre
» perfonne l'affectation du favoir , les
» airs de hauteur & de fierté , l'amour
» éxceffif de la parure , & le defir im-
» modéré de plaire. Que la pudeur , la
» retenue , la modeftie foient à jamais
» votre plus bel ornement. Compofez
>> votre extérieur , foyez circonfpectes
» dans vos paroles , enjouées ou férieuſes
fuivant les circonftances ; en un mot,
» que les bienséances vous dirigent . Si
» ce moyen eft für pour réparer les dif-
» graces de la nature , il ne fera pas
» moins efficace pour embellir vos
» charmes. Avec ces armes innocentes
» vous triompherez de tous les coeurs
» & vous régnerez bientôt fur tous les
efprits. Tandis que la décence fera
» l'âme de votre conduite , vous aurez
>> beaucoup
JANVIER. 1762. 97
"
"
» beaucoup moins à craindre des atta-
» ques de la volupté : vous braverez les
» bruits impofteurs que la fureur du dé-
» pit & la rage d'une tendreffe méprifée
voudroient répandre dans le monde.
Le nombre de vos adorateurs ne
» fera que s'accroître ; & ils feront tous
» d'autant plus ardents à vous vanger de
» la calomnie , que leur amour pour
» vous fera fondé fur l'eftime.
J'avois encore deffein de vous parler
de ce que l'Auteur a dit fur les préjugés,
les paffions , les jugemens du Public ,
& fur beaucoup d'autres articles égalementtrreflans
; mais
cela
nous
méneroit
trop loin je viens au fupplément à
:
Pufage de la Philofophie .
Malgré l'averfion que j'ai pour le
Pyrrhonifme & pour tous ces gens qui
s'efforcent de nous ravir le peu que nous
fçavons , j'ai été bien aife de voir en
détail les raifonnemens fur lefquels ce
fyftême prétend s'appuyer . Notre Philofophe
n'a employé que des armes vicrieufes
pour les combattre. Quoiqu'il
renonce à l'honneur que peut lui faire
ce Supplément , je vous affure que je
l'eftime beaucoup j'aimerois mieux
connoître l'Auteur que MM. de Crouzas
& Deslandes , non feulement parce que
I.Vol.
E
98 MERCURE DE FRANCE.
ceux-ci n'exiftent plus , mais parce qu'ils
écrivoient avec beaucoup moins de
méthode que notre Philofophe. D'ailleurs
ils ne finiffoient jamais. Comment
une femme pourroit-elle être affez hardie
pour entreprendre cette lecture.? Il
eft bon de philofopher ; mais une jolie
femme n'eft pas faite pour paffer la jour-
' née dans fon Bondoir philofophique.
J'ai certainement du goût , j'ai voulu
dire un penchant bien décidé pour la
Philofophie ; mais j'en ai au moins autant
pour la Société . Le vrai Philofophe
eft auffi de cet avis. Le Sage , dit-il , ne
fe rend efclave d'aucune paffion en particulier
, laquelle en effet pourroit le dédommager
des biens dont toutes les autres
en général peuvent être la fource . Je
le choifis pour mon Directeur , parce
que nous avons la même façon de
'penfer.
Pardon , Monfieur , fi je
vous
préci pitament : J'apperçois une Compagnie
que j'aime à recevoir. En attendant
que, par votre moyen , ma lettre
devienne publique , je vous prie de
croire que je fuis avec eftime & que je
ferai avec reconnoiffance , Monfieur
votre très - humble & très- obéiffante
fervante . M. DE V ..
A Paris , le 14 Novembre 1761
·
JAVVIER. 1762. 99
P. S. Si vous faites honneur à ma
Lettre , je conclurai que de temps à autre
il me fera permis de vous en écrire
de femblables fur les Ouvrages nouveaux
qui paroîtront. Votre fuffrage
enflammera mon émulation , & je ferai
fans doute plus variée , plus enjouée ,
plus aimable.
TRAITÉ des Obligations . 2 vol. in-
12. Paris , 1761. Chez Debure l'aîné,
quai des Auguftins , à l'Image S. Paul ;
& à Orléans , chez Rouzeau-Montant ,
Imprimeur du Roi, & c . Prix , 5 l. reliés.
TRAGÉDIES DE SOPHOCLE , ' traduites
par M. Dupuy , de l'Académie
Royale des Infcriptions & Belles -Lettres.
2 vol. in - 12. Paris , 1762. Chez
C. J. B. Bauche Libraire , à l'Image
Ste Genevieve . 2.17
PRINCIPES DE CHIRURGIE , par
M. George de la Faye , Profeffeur &
Démonftrateur Royal en Chirurgie ,
ancien Chirurgien des Camps . & Armées
du Roi , ancien Directeur de l'Académie
Royale de Chirurgie , & Aiſpcié
de l'Academie de Madrid & de celle
E ij
100 MERCURE DE FRANCE .
de Rouen , 5 Edition corrigée & augmentée
, avec une Table des matières ,
vol. in- 12 . Paris , 1761. Chez P. G.
Cavelier , Libraire , rue S. Jacques , au
Lys d'Or. Le mérite de cet Ouvrage ,
vraiment claffique , ainfi que celui de
fon Auteur , font trop connus depuis
longtemps , pour que cette nouvelle
Edition ait befoin d'une plus ample
apologie .
LUDOVICI GERARDI M. D. Flora
Gallo -Provincialis, cum iconibus æneis.
In-8° . Parifiis , apud C. J. B. Bauche
Bibliopolam , ad Infigne fanctæ Genovefæ
, & fancti Joannis in deferto . Cum
Privilegio Regis.
DISCOURS fur la Poëfie lyrique,avec
les modéles du genre , tirés de Pindare ,
d'Anacreon , de Sapho , de Malherbe ,
de la Motte & de Rouſſeau avec une
courte notice fur la vie de ces Auteurs .
On y a ajouté quelques Piéces tirées
d'autres Ecrivains . Petit in - 12. Paris ,
1761. Chez Paul- Denys Brocas , rue S.
Jacques, auChef S. Jean; & chez Denys
Humblot,même rue,vis -à -vis les Jéfuites .
PRINCIPES généraux & raifonnés
de l'Ortographe Françoife , avec des
remarques fur la prononciation. Par M.
JANVIER. 1762 . ΙΟΙ
Douchet , Avocat au Parlement , & ancien
Profeffeur Royal en Langue Latine,
in-8° . Paris , 1762. Chez la veuve
Robinot , quai des Auguftins ; Lambert ,
rue de la Comédie Françoiſe , au Parnaffe
; Duchefne , rue S. Jacques , au
Temple du Goût ; P. F. Didot , quai
des Auguftins, à S. Auguftin ; & le Clerc,
Grand-Salle du Palais , à la Prudence.
Nous rendrons compte , avec plaiſir ,
de cet Ouvrage utile .
LES SAUVAGES DE L'EUROPE.
Seconde Edition , in - 12. Berlin, 1761 ;
& fe trouve à Paris , chez Gueffier ,
quai des Auguftins. Le fuccès de la premiere
Edition de cet Ouvrage amusant,
eft un grand préjugé pour celui de la
feconde.
IDYLLES nouvelles. A Bruxelles
1761 ; & fe trouvent à Paris , chez les
Libraires du Palais Royal.
>
L'ESPIEGLERIE AMOUREUSE , ou
l'Amour matois , Opéra- bouffon -Tragi-
Comico -Poiffard , en un A&te , mêlé
de Chanfons grivoifes fur des Airs
communs ; joué fur plufieurs Théâtres
Bourgeois , aux Porcherons , 1761 ; &
à Paris , chez Cailleau, rue S. Jacques,
E iij
102 MERCURE DE FRANCE . ?
au-deffus de la rue des Noyers, à S. André.
Prix , 12 f.
e ? LA PAYSANNE PHILOSOPHE , ou
les Avanturés de Madame la Comteffe
de R. P. 4 parties , petit in-12 . Amfter- .
dam , 1762 ; & fe trouve à Paris , au
Bureau du Mercure . Prix , 4 l . 16 f.
€
蔬
ALMANACH DE LA VIEILLESSE ,
on Notice de tous ceux qui ont vêcu
cent ans, & plus. Premier Supplément
pour l'année 1762. A Paris , chez, A,
M. Lottin , Libraire-Imprimeur de Mgr
le Duc de BERRI , rue S. Jacques , près
S. Yves , au Cocq.
N. B. Tous ceux & celles qui pourront
juftifier leur qualité de Centenaire ,
font priés d'envoyer leurs noms écrits
bien lifiblement , pour être cités dans
le Supplément de l'année prochaine .
MM . les Dépofitaires des Regiftres morruaires
des Paroiffes de Paris & des Provinces
font également invités à compulfer
leurs regiftres , foit pour vérifier
les noms & dates des perfonnes citées !
dans l'Almanach de la Vieilleffe de l'année
paffée & dans le préfent Supplément
, foit pour donner la note de celles
qui n'y font pas comprifes , com- .
11 3
JANVIER 1762 103
176201103
me quelques- uns de ces Meffieurs ont
bien voulu déja faire.
ALMANACH des Beaux - Arts , ou
Deſcription d'Architecture , Peinture
Sculpture , Gravure , Hiftoire Naturelle
, Antiquités , & dates des Etabliffemens
de Paris , pour l'année 1762. Dédié
à M. le Marquis de Marigny. Prix ,
liv. 10 f. broché. A Paris , chez C.
Hériffant , rue Neuve Notre- Dame , a
la Croix d'Or & aux trois Vertus . M.
Hébert , Auteur de cet Almanach, auffi
néceſſaire auxArtiftes qu'aux Amateurs,
invite les perfonnes qui auront des obfervations
à communiquer , de les lui'
faire parvenir à l'adreffe du Libraire ,
cet Ouvrage en étant fufceptible. Il fe
propofe d'en publier une nouvelle Edition
au commencement de chaque
année augmentée de, ce qui a pu
échapper à fes recherches , & corrigée
fur les obfervations qu'on aura bien
voulu lui envoyer , fon deffein étant de
porter cet Ouvrage à fa perfection.
›
116
OLL ALMANACH de la Lorraine
Étrennes de Robe & d'Epée , utiles &
curieufes , pour l'année 1762. A Nanci
, chez Charlot père & fils , Imprimeurs
des Cours Souveraines & c ; & fe trou-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
ve à Paris , chez Brocas & Humblot ;
Libraires , rue S. Jacques. Prix , 18 f.
LISTE des Almanachs qui fe trou
vent chez Dufour , Libraire , fonds de
Cuiffart , au milieu du quai de Gêvres ,
à l'Ange Gardien , en face de Guyot
Bijoutier.
L'Ami de tout le monde.
>
Un peu de tout ou le véritable &
bon Parifien.
Almanach fingulier.
Les Plaifirs de la Nouveauté.
Etrennes d'Apollon.
Almanach du Parnaffe , ou Tablettes
des Muſes.
Tablettes de perte & gain.
Le Triomphe de Bacchus, Almanach
Ramponeau.
Babioles amuſantes , ou le Badinage
d'un moment.
Collection Lyrique.
Folichon , ou le Joujou des Dames.
L'Amour vous le donne
nes .
pour
Etren-
Le deffert des bonnes Compagnies.
Calendrier perpétuel , Almanach du
Ménage , où l'on trouve fa devife.
L'Amour Poëte & Muficien .
Etrennes du Jour.
1
JANVIER. 1762. 105 .
La fuite du même Almanach .
Almanach de la Diverfité.
Almanach Mignon.
- Etrennes Nocturnes.'
Momus Fabuliſte .
Le Paffe-temps galant.
Etrennes badines & amufantes.
Prophéties galantes .
Le nouveau Chanfonnier de Pégafe.
Almanach pour rire .
Un Affortiment de tous les Almanach s
chantans & autres.
.
"
Almanachs d'Affortimens ,
Almanach Royal , relié & broché.
Extrait dudit Almanach .
Etat Militaire de France.
Colombat.
Etrennes Mignones.
Les Spectacles de Paris .
Etrennes hiftoriques.
La roue de fortune.
Le Meffager Boiteux.
Le véritable Liégeois .
Almanach des Pertes & Gains , pour
tous les jours de la ſemaine .
Différens Almanachs de Province.
Toutes fortes de jolies couvertures en
maroquin , peintures , glaces & brillans .
Les trois Almanachs reliés enſemble
E v
106 MERCURE DE FRANCE .
& chacun féparément. En avertiffant
d'avance , on en fait relier avec des petites
Meffes à la fin.
Des petites Heures , dédiées aux Princes
, en façon d'Almánach .
AVIS AU PUBLIC.
Malgré la mauvaife humeur de quelques
Critiques, les Ephémérides Troyennes
fe perpétuent & croiffent avec les
années Mgr le Comte de Clermont en
a accepté la dédicace pour cette année.
Elles offrent de nouveau :
1°. Une fuite de Mémoires fur divers
Établiffemens à defirer ou à étendre pour
l'avantage de la Capitale de la Champagne.
Ces Mémoires ont pour objet la
culture du lin , la Filature des cottons ,
les petites Manufactures, le Blanchiffage
des cires , un Dépôt pour les Actes publics
, des Fontaines publiques dont on
entrevoit le prochain établiſſement , les
Tanneries , les Papeteries , le verd de
véffie & ftilé de grain , enfin le renouvellement
des Châtaigniers dans un
Pays dont ils furent autrefois en poffeffion
.
2º. La vie du célèbre Jean Pafferat ,
rédigé fur les Mémoires contemporains.
& poftérieurs , avec une Piéce de Poëfie
Françoiſe du même Auteur.
JANVIER. 1762. 107
3. Des Recherches très -étendues fur
les Entrées des EvêquesdeTroyes, & fur
les quatre Barons de l'Evêché.
24 Des Additions & Corrections importantes
pour les précédentes années.
5°. Un Arrêt du Confeil , obtenu par
Madame de Ponchèr,pour l'établiſſement
d'une Foire à Chervey.
LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
MONSIEUR ,
MM. Cramer, Libraires de Genève ,
viennent de nous écrire pour nous autorifer
à recevoir les Soufcriptions des
Quvres de Pierre Corneille.
霉
Cette Edition , donnée par M. d. Voltaire
& avec 'fes Commentaires , fera en
12 ou 13 vol. in-8 ° . imprimée fur du
très-beau papier , avec des caractères de
M. Fournier le jeune; il y aura 33 figures
en taille douce , deffinées par M. Gra-,
velot & gravées fous les yeux; le prix des
Soufcriptions eft de 48 liv..
Nous avons l'honneur d'être &c .
ansions)
BROCAS & HUM BLOT ,* 1
Libraires , rue S. Jacques,
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE III
SCIENCES ET BELLES- LETTRES
RÉFLEXIONS fur l'application
du calcul des probabilités à l'Inoculation
de la Petite -Vérole ; lues à l'Af
Jembléepublique de l'Académie Royale
des Sciences , le 12 Novembre 1760 ,
M. d'ALEM BERT. (a) par
O Na tant écrit depuis quelques années
pour & contre l'Inoculation , &
principalement en fa faveur , que le
Public doit être aujourd'hui plus que
fuffifamment inftruit fur ce fujet , & par ;
conféquent fatigué d'avance de tout ce
qu'on pourroit ajouter encore pour
éclaircir ou pour embrouiller la queftion.
J'ai donc tout lieu de craindre que
ce Mémoire n'ennuye déjà par fon feul
( a ) Ce Mémoire fe trouve dans les Opufcules
Mathématiques de l'Auteur , dont nous avons
rendu compte dans le fecond Mercure d'Octobre.
Quoique l'Extrait en ait déjà été donné dans quelques
Journaux , nous avons cru , qu'attendu l'importance
de la matiére , nos Lecteurs ne feroient
pas fâchés de voir l'Ouvrage en entier.
JANVIER. 1761 . 109
"
titre , ceux qui me font l'honneur de
m'entendre. Je me propofe au moins de
ne pas les ennuyer longtemps ; & pour
leur tenir parole , j'entre promptement
en matiére .
Cet écrit aura deux objets : 1 ° . de
prouver que dans les calculs qu'on a faits
jufqu'à préfent en faveur de l'Inoculation
, on n'a point encore , ce me femble
, envifagé la queftion fous fon véritable
point de vue : 2°. que la difficulté ,
& peut-être l'impoffibilité de réduire au
calcul les avantages de l'Inoculation ,
n'eft point une raifon pour la profcrire.
On n'inocule guères avant l'âge de
quatre ans ; depuis cet âge jufqu'au terme
ordinaire de la vie , la petite Vérole
naturelle détruit , felon les Inoculateurs ,
environ la feptiéme partie du genre humain
; au contraire , felon eux , l'Inoculation
enléve à peine une victime fur
trois cens . Je ne prétends point leur
contefter ces faits , & je ne m'arrête
qu'à la conféquence qu'ils en tirent ;
donc , difent - ils , le rifque de mourir de
la petite Vérole naturelle , eft à celui de
mourir de la petite Vérole inoculée
comme 300 à 7 , c'eſt-à-dire , 40 à 50
fois plus grand.
110 MERCURE DE FRANCE .
Cette conféquence , ainfi préfentée ,
peut être attaquée avec quelqu'apparence
de droit par les adverfaires de
l'Inoculation . Car en fuppofant , dirontils
, que le nombre de ceux qui périffent
de la petite Vérole , foit 40 ou 50
fois plus grand que le nombre de ceux
qui meurent de l'Inoculation , s'enfuitil
que les deux rifques foient entr'eux
dans le même rapport ? La nature de
l'un & de l'autre eft bien différente .
Quelque petit qu'on veuille fuppofer le
rifque de mourir de l'Inoculation , celui
qui fe fait inoculer fe foumet à ce
rifque dans le court efpace de quinze
jours , dans celui d'un mois tout au
plus au contraire , le rifque de mourir
de la petite Vérole naturelle , fe répand
fur tout le temps de la vie , & en devient
d'autant plus petit pour chaque
année & pour chaque mois. Si l'on veut
faire, continueront- ils , un parallèle éxact
des deux rifques , il faut
les
temps
foient égaux ; il faut comparer le rifque
de mourir de l'Inoculation, non pas vaguement
& en général, au rifque de mourir
de la petite Vérole naturelle dans
tout le cours de la vie , mais au danger
qu'on court de mourir de cette maladie
pendant le même temps où l'on s'expofe
que
JANVIRE. 1762.
1111
à mourir de Pinóculation , c'est-à-dire ,
dans l'espace de quinze jours ou d'un
mois.
Il faut avouer que fi on admettoit.
cette maniere de comparer les deux rifques
elle donneroit beaucoup d'avantage
aux Adverfaires de l'Inoculation .
En effet , on ne peut raifonnablement
)
fappofer ( car on feroit démenti par les
faits que la petite Vérole emporte par
mois année commune ) la trois-centiéme
partie du genre humain ; donc le
nombre des victimes que la petite Vérole
naturelle feroit périr en un mois ,
eft beaucoup moindre que le nombre
de celles qui feroient facrifiées à l'Inoculation.
Donc on court moins de rif
que de mourir en un mois de la petite
Vérole naturelle qu'on attend , que de,
la petite Vérole qu'on fe donne. Or ne
peut- on pas , diront les Adverfaires de
l'Inoculation , faire à chaque mois, un
raifonnement femblable ? Donc jiajouteront-
ils , dans tout le cours de la vie ,
on ne pourra parvenir à aucun mois où
l'Inoculation foit réellement moins à
craindre que la petite Vérole naturelle ;
par conféquent on fera toujours plus.
fage d'attendre la petite Vérole que de
fe la donner at £5 SlujConsu
112 MERCURE DE FRANCE .
Cet argument qui n'a point encore
été propofé , que je fçache , d'une maniere
auffi frappante , a quelque chofe
de fpécieux. Cependant fi le calcul des
Inoculateurs eft défectueux en ce qu'on
y compare deux rifques dont la durée
eft différente , celui des adverfaires de
l'Inoculation péche auffi par le même
côté , quoiqu'à la vérité fous un autre
point de vue. Celui qui fe fait inoculer ,
court , fi l'on veut , plus de rifque de
mourir de la petite Vérole dans le mois ,
que s'il attendoit cette maladie ; mais le
mois étant paffé , le rifque une fois couru
s'éteint , & l'Inoculé en eft délivré ;
celui , au contraire , qui attend la petite
Vérole , court , fi l'on veut , pour chaque
mois un moindre rifque que l'Inoculé
; mais le mois fini , le rifque fe renouvelle
, & peut même devenir de jour.
en jour plus grand , au moins juſqu'à un
certain âge.
Ainfi , pour fçavoir ce qu'on gagne
ou ce qu'on rifque à fe faire inoculer ,
il ne fuffit pas d'avoir égard au danger
que l'on court en un mois de mourir de
la petite Vérole naturelle ; il faut ajouter
à ce danger celui que l'on court de
mourir de la même maladie dans les
mois fuivans , jufqu'à la fin de la vie,
JANVIER. 1762. 113
C'eft ici que la difficulté du calcul
commence à fe faire fentir . Non -feulement
on n'a point encore d'obſervations
fuffifantes pour conftater au jufte ,
ni même à-peu-près , quel eft le rifque
qu'on court à chaque âge de mourir de
la petite Vérole naturelle dans le courant
d'un mois mais quand on pourroit
apprécier éxactement ce danger
pour chaque mois pris féparément
comment apprécier enfuite le rifque total
, réfultant de la fomme de ces rifques
particuliers , qui s'affoibliffent en s'éloignant
, non-feulement par la diſtance
où on les voit , diſtance qui tout-à- lafois
les rend incertains , & en adoucit la
vue , mais par l'efpace de temps qui doit
les précéder , & durant lequel on doit
jouir de l'avantage de vivre ? Il faudroit
pouvoir déterminer fuivant quel rapport
un rifque de cette eſpèce diminue
quand on l'envifage dans le lointain
& fuyant, pour ainfi dire , devant nous.
Problême qui me paroît infoluble , &
dont la folution d'ailleurs , quand elle
feroit poffible , feroit vraisemblablement
différente pour chaque individu ,
eû égard aux circonftances où il fe trouve.
"
Un très-grand Géométre , qui nous a
114 MERCURE DE FRANCE.
donné fur l'Inoculation un fçavant Mé
moire Mathématique , a cherché à répandre
fur ce fujet toute la lumière dont
il l'a cru fufceptible.
M. Daniel Bernoulli fuppofe d'abord,
que parmi tous ceux qui n'ont pas eu la
petite Vérole , & qui font de même âge ,
cette maladie en attaque conflamment
un huitiéme chaque année ; & qu'il périffe
auffi un huitiéme de ceux qui en
font attaqués. D'après cette hypothefe ,
if détermine , par une Analyfe très-ingénieufe
, la loi de la mortalité caufée par .
la petite Vérole naturelle. Il fuppofe enfuite
que l'Inoculation enléve une victime
für 200 , & il en déduit la loi de
mortalité dans l'hypothèſe de l'Inoculation
: comparant enfin les réfultats que
les deux hypothèſes fourniffent , il détermine
pour chaque âge le tems qu'on
peut efpérer de vivre de plus , en fe faifant
inoculer , qu'en attendant la petite
Vérole .
Quelques éloges que cette théorie
mérite , par l'habileté & la fineffe avec
laquelle l'Auteur l'a développée , elle
laiffe , ce me ſemble , beaucoup à defirer
encore.
En premier lieu, la fuppofition que
fait l'illuftre Mathématicien fur le nombre
de perfonnes de châque âge qui
JANVIER . 1762. 115
prennent la petite Vérole , & fur le nom→
bre de ceux qui en meurent , paroît abfolument
gratuite . Il n'eft nullement certain
, il eft même plus que douteux , pour
ne rien dire de plus , que la petite Verole`
attaque conftamment ( à quelque âge
que ce foit ) la huitiéme partie de ceux '
qui n'ont pas eu cette maladie ; & il eft
plus douteux encore qu'elle faffe périr
conftamment ( à quelqu'âge que ce foit)
lá huitiéme partie de ceux qu'elle attaque .
Il faudroit fçavoir de plus , fi l'Inoculation
emporte toujours, comme on lefuppofe
, la même partie conftante des Inoculés
, à quelque âge qu'on les inocule.
J'avouerai cependant que s'il n'y avoit
que des difficultés de cette efpéce , qui
empêchaffent de fixer par le calcul les
avantages de l'Inoculation , ces difficultés
n'auroient lieu , que vù l'imperfection
actuelle de nos connoiffances fur
cette matiere , & le petit nombre d'obfervations
certaines qu'on a recueillies
jufqu'à préfent . En formant , avec le
temps , des tables éxactes de ceux qui
prennent la petite Vérole à chaque âge ,
de ceux qui en meurent , & du fort des
Inoculés, on parviendroit dans la fuite à
une connoiffance précife de la mortalité
du genre humain , dans l'hypothèſe
qu'on laiffe agir la petite Vérole natu116
MERCURE DE FRANCE.
relle , & dans l'hypothèſe de l'Inocula
tion ; & on auroit la différence de mortalité
dans les deux cas.
Mais qu'apprendra-t-on par cette différence
de mortalité ? On apprendra , je :
le veux , que la vie moyenne de ceux qui
fe font inoculer , c'eft-à-dire , le temps
que chacun d'eux peut raifonnablement
efpérer de vivre après avoir fubr l'Inoculation
, furpaffe la vie moyenne de
ceux du même âge qui prennent le parti
d'attendre la petite Vérole ; on déterminera
, pour chaque âge , de combien la
vie moyenne , dans le premier cas , eſt
plus grande que dans le fecond ; & par
conféquent on aura , en comparant ces
deux rifques , le temps qu'on peut efpérer
d'ajouter à fa vie , en fe faifant inoculer.
Or cette connoiffance ne me paroît
pas
fuffire pour fixer d'une maniere fatisfaifante
les avantages de l'Inoculation
. Afin de me faire mieux entendre
j'appliquerai à un exemple le raifonnement
que je vais faire. Je fuppofe que la
vie moyenne d'un homme de trente ans ,
foit trente autres années , c'est-à-dire ,
que ,
fuivant les tables de mortalité connues
, il puiffe raifonnablement eſpérer
de vivre encore trente ans , en s'abandonnant
à la nature , & en ne fe faifant
JANVIER. 1762. 117
/
point inoculer. Je fuppofe enfuite , qu'en
fe foumettant à cette operation , fa vie
moyenne foit de trente - quatre ans ,
c'eft -à-dire , de quatre ans de plus que
s'il attendoit la petite Vérole. Je fuppofe
enfin , avec M. de Bernoulli , que le rifque
de mourir de l'Inoculation foit de 1
fur 200, Cela pofé , il me femble que
pour apprécier l'avantage de l'Inoculation
, il faut comparer , non la vie
moyenne de trente- quatre ans à la vie
moyenne de trente ; mais le rifque de 1
fur 200, auquel on s'expofe de mourir
en un mois par l'Inoculation ( & cela à
l'âge de trente ans , dans la force de la
fanté & de la jeuneffe ) , à l'avantage
éloigné de vivre quatre ans de plus au
bout de foixante ans , lorfqu'on fera
beaucoup moins en étatde jouir de la vie.
En un mot , fi on admet les fuppofitions
précédentes , celui qui fe fait inoculer
, eft à - peu - près dans le cas d'un
Joueur , qui rifque un contre deux cens,
de perdre tout fon bien dans la journée
,, pour l'efpérance d'ajouter à ce
bien une fomme inconnue & même
affez petite , au bout d'un nombre d'années
fort éloigné , & lorfqu'il fera beaucoup
moins fenfible à la jouiffance de
cette augmentation de fortune. Or, comment
comparer ce rifque préfent à cep
118 MERCURE DE FRANCE.
avantage inconnu & éloigné? C'eft fur
quoi l'Analyfe des probabilités ne peut
rien nous apprendre. Toutes les régles
de cette Analyſe n'enfeignent qu'à comparer
un rifque préfent ou proche , à un
avantage également préfent ou proche ,
& non un rifque préfent à un avantage
qui diminue par fa diftance même , fans
qu'on puiffe eftimer au jufte , ni même
à peu près , fuivant quelle loi fe fait
cette diminution.-
Voilà , il n'en faut point douter , ce
qui rend tant de perfonnes , & furtout
tant de meres , peu favorables parmi
nous à l'Inoculation. Le raifonnement
que nous venons de développer , elles le
font implicitement : fans pouvoir comparer
éxactement leur crainte à leur efpérance
; elles prennent acte , fi on peut
parler ainfi , de l'aveu que font les Inoculateurs
, qu'on peut mourir de la petite
Vérole artificielle ; elles voyent l'Inoculation
comme un péril inftant & prochain
de perdre la vie en un mois ; & la
petite Vérole comme un danger incentain
, & dont on ne peut affigner la place
dans le cours d'une longue vie. Ne
pouvant donc faire un parallèle éxact
des deux rifques , & en fixer le rapport ,
-la préfence du premier les frappe plus
TO CACHI
JANVIER. 1762. 119
3:
que la grandeur incertaine du fecond;
& l'on fçait combien la préfence ou la
proximité d'un danger qu'on craint , ou
d'un avantage qu'on efpere , a de poids
pour déterminer la multitude . Jouir du
préfent , & s'inquiéter peu de l'avenir ,
voilà la Logique cominune ; Logique
moitié bonne , moitié mauvaife , dont
il ne faut pas efpérer que les hommes fe
corrigent.
La fuite au Mercure prochain.
ARTICLE IV.
BEAUX- ARTS.
ARTS UTILES.
T
CHIRURGIE.
SUITE de l'Extrait des Mémoires lûs
à la Séance publique de l'Académie
Royale de Chirurgie.
CETT
ETTE lecture fut fuivie de celle
d'un Mémoire intitulé , Réfléxions fur
la Fracture de la Clavicule : M. Brafdor,
qui en eft l'Auteur , y donne la defcription
d'un nouveau Bandage pour cette
1241
120 MERCURE DE FRANCE.
Fracture. Ceux que les Anciens avoient
imaginés , & qui ont été en ufage jufqu'à
préfent , ne rempliffent qu'imparfaitement
les vues qu'ils s'étoient propofées.
Il s'agit de contenir les piéces
offenfées de niveau , afin que la confolidation
puiffe en être exacte. M. Brafdor
examine l'ufage de la Clavicule ;
c'eft , dit-il , un arc-boutant qui donne
de la folidité à l'appui fur lequel la tête
de l'Humerus roule en pivot , dans fes
différens mouvemens ; ou pour exprimer
la chofe plus fimplement , la Clavicule
affujettit l'omoplate. Lorfque cet
arc-boutant eft fracturé , les bouts divifés
fe déplacent différemment , fuivant
le lieu de la fracture , par l'action des
différens mufcles qui ont des attaches à
cet os. L'Auteur examine les caufes &
les raifons de ces différences ; & elles
établiffent la partie théorique de fon
Mémoire. Ces principes ne peuvent
manquer de rendre la pratique plus lumineufe
, & les procédés opératoires
plus fürs & plus utiles. Dans les fractures
des os longs , les extenfions &
contre - extenfions néceffaires mettent
l'Opérateur en état d'ajufter les piéces
fracturées ; & après une bonne confor- .
mation , un bandage approprié au cas ,
contient
JANVIER. 1762. 121
contient les piéces dont on a fait la réduction
. M. Brafdor fait voir dans la
fracture de la Clavicule , la néceffité de
continuer l'extenfion & la contre - extenfion
pendant tout le temps de la cure
; il affure que les Auteurs fe font
trompés en s'occupant d'une réduction
inftantanée , croyant avoir rempli toutes
les vues de l'Art , lorfqu'ils ont mis
une fois les piéces offenfées de niveau ,
& abandonnant enfuite au bandage
contentif , le maintien de ces piéces .
Les moyens ordinaires ne peuvent retenir
les bouts de l'os ; ils fe déplacent
par l'action des mufcles , fur-tout dans
les fractures obliques ; ce que l'expérience
montre affez dans les calus difformes
de cet os.M.Brafdor rappelle les
préceptes donnés ou adoptés par les
meilleurs Auteurs , fur la fracture de la
Clavicule ; tels qu'Ambroife Paré , la
Motte , Heifter , MM. Petit & Duverney.
Il fait des remarques fur ce qu'il y a à
prendre & à rejetter, des méthodes qu'ils
ont décrites ; & fes obfervations ont
pour bafe l'expérience . Le bandage qu'il
a imaginé , cft une efpèce de corfet qui
fe lace par derrière , & qui au moyen
des manches qui embraffent le moignon
de l'épaule , tire en arrière
I. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE . '
l'extrémité humérale de la Clavicule ,
au degré convenable ; & contrebalance
l'action des mufcles qui feroient perdre
aux bouts de l'os , leur niveau . On
applique enfuite l'appareil contentiffur
le lieu même de la fracture . M. Brafdor
rend juftice à l'invention fimple &
ingénieufe de M. Legrand , Chirurgien
à Arles , qui a communiqué, depuis peu ,
à l'Académie un bandage pour la fracture
de la Clavicule , fait fur les principes
qui lui ont fuggéré le fien . İl en a
fait remarquer quelques défauts faciles
à rectifier. L'Auteur fait auffi une mention
honorable de M. Pipelet le jeune
Membre de l'Académie , & dévoué à
la partie des hernies , qui lui a prêté fon
fecours dans la conftruction du bandage
, dont on a démontré l'utilité,
I V.
par
>
la
M. Thomas termina la féance
lecture d'un Mémoire fur une nouvelle
méthode de faire l'opération de la Taille.
Cette importante matiere a été plus
que toute autre,l'objet des recherches &
de l'application des Chirurgiens , depuis
le commencement de ce fiécle. On a
examiné attentivement tous les rapports
qu'a la veffie avec les parties qui l'environnent
, pour ouvrir les routes les
1
JANVIER. 1762. 123
plus fires , qui puiffent conduire dans
l'intérieur de ce vifcère , afin de pouvoir
en tirer les corps étrangers , qui y
font une caufe continuelle des douleurs
les plus aigues. La maniere d'opérer la
plus généralement admife , de quelque
inftrument qu'on fe ferve pour la pratiquer
, eft celle qui ouvre d'abord le
canal de l'uretre au perinée , & par laquelle
on débride le col de la veffie . On
fe propofe , par cette fection , d'établir
une voie libre pour l'extraction des pierres
mais il n'eft que trop certain , qu'il
n'eft pas poffible de préparer par ce
moyen une iffue fuffifante aux pierres
d'un volume un peu confidérable. Dans
ce cas , les parties ne font pas à l'abri
d'une violence dont les fuites peuvent
être dangereufes . C'eft le col de la veffie
& la proftate qui fouffrent l'incifion ,
& les déchiremens inévitables dans l'extraction
d'une groffe pierre. Or la proftate
foutient les vaiffeaux éjaculateurs ,
dont la meurtriffure ou l'inflammation
doivent avoir des inconvéniens qu'on
fent affez , lorfqu'on réfléchit aux ufages
de ces organes . C'étoit pour ménager
& mettre à couvert de toute eſpèce
de léfion , les parties qui fervent au paf-
-fage naturel de l'urine & de l'humeur
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
prolifique , & en même temps pour trouver
moins d'obstacles à la fortie des plus
groffes pierres dont il foit poffible de
renter l'extraction , que M, Foubert avoit
imaginé la méthode qui porte fon nom :
elle mérite exclufivement celui de Tail
le latérale ; puifque dans cette opération,
l'on pénétré dans le propre corps de la
veffie , fans ouvrir fon col ni le canal
de l'urètre. La defcription & les avantages
de cette methode font exposés
dans le premier Volume des Mémoires
de l'Académie Royale de Chirurgie ; &
l'on en a parlé encore dans le troifiéme
Volume, à l'article des expériences faites
par l'Académie fur différentes méthodes
de taillér.Il eft auffi fait mention de l'opération
qui eft le fujet du Mémoire de
M. Thomas ; c'eft la Taille même de M.
Foubert perfectionnée : c'eſt-à -dire , que
M. Thomas perfuadé de toutes les raifons
de préférence qui ſe réuniffent en
faveur de l'incifion du propre corps de
la veffie , a adopté cette fection , & a
cherché à la faire par un procédé particulier
, qui la rende plus fùre & plus
aifée à pratiquer. Il eft inutile d'entrer
ici dans le détail des différences
qu'il y a entre les inftrumens dont fe
fert M. Foubert , & celui que M. ThoJANVIER.
1762. 125
mas a approprié à fon opération if
fuffira de dire que celui- ci forme une
tige terminée en pointe à grain d'orge ,
pour pénétrer dans la veffie par une
ponction au-deffous de l'os pubis ; que
cette tige loge dans une fente la lame
d'un lithotome qui s'ouvre à différens
degrés au choix de l'Opérateur , fuivant
la Taille des fujets & le Volume des
pierres , & que le dos de cette tige porte
un conducteur en forme de gorgeret
, lequel placé dans la veffie même
lors de la ponction , fert à y conduire
les tenettes après qu'on a fait l'incifion
néceffaire , en retirant l'inftrument tranchant.
M. Thomas a multiplié les planches
qui fervent à faire connoître cet
inftrument , avec les différentes parties.
qui le compofent , & leur action fimultanée
& fucceffive. On voit fut ces planchés
, dans le plus grand détail , quelles
font les parties intéreffées dans cette
opération , & tous les avantages qu'on
peut s'en prometre. L'Auteur fixe le
point où il faut atteindre la veffie ; il
détermine le degré de compreffion
qu'un aide doit faire fur le ventre , pour
que la veffie , qui doit contenir une certaine
quantité d'urine , préfente une plus
grande furface vers le périnée : il ex-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE,
*
1
plique dans quelle fituation le fujet doit
être maintenu ; enfin il ne néglige aucune
des circonftances dont l'obfervation
doit concourir à la fureté des procédés
qu'il décrit , & il fait connoître
les inconvéniens qui réfulteroient de
l'inattention à fuivre les régles qu'il a
pofées avec la plus exacte précifion .
Ces régles font le fruit des recherches
les plus fuivies , des diffections multipliées
, des expériences , fans nombre ,
faites fur des fujets de tout âge , & fur
des veffies de capacités différentes.M.de
la Martiniere , premier Chirurgien du
Roi , a été plufieurs fois à l'Hôpital de
Bicêtre , pour s'affurer par lui-même de
ce qu'on pouvoit efpérer de cette nouvelle
méthode d'opérer: il a jugé par le réfultat
des tentatives faites fur les cadavres
qu'on pouvoit fe flatter d'avoir des fuccès
fur l'homme vivant. M. Thomas dér
terminé par un fuffrage auffi éclairé , &
par celui de M. le premier Médecin du
Roi , dont il avoit demandé les lumières
& les confeils , rapporte une fuite
affez étendue de cas qui prouvent que
la pratique a juftifié l'utilité & les avantages
de fa méthode : c'eft le genre de
preuves auquel on acquiefce le plus volontiers
. Les exemples cités ont toute la
JANVIER. 1762 . 127
notoriété poffible , par les noms &
demeures des malades qui font indiqués,
& l'on doit y avoir d'autant plus de
confiance, qu'on y fait fans déguiſement
l'aveu de quelques fautes dans lefquelles
il étoit préfqu'impoffible de ne pas tomber
, en faisant les premiers pas dans
une carrière nouvelle & difficile . Parmi
ces faits , il y en a un qui eft des plus
frappans : c'eſt la guérifon du nommé
André Crochet , Domestique de M.
Monnier , Dentifte , rue S. Thomas du
Louvre , & taillé le 21 Juillet 1758 , en
préſence de MM. Louis , Dulattier , Bordenave
, Bufnel , Vermond & autres. La
veffie étoit faine ; les premieres vingequatre
heures s'étoient paffées fans accident
, M. Thomas voulut tenter la
plus prompte réunion de la plaie. Il introduifit
à cet effet une algalie , par l'urètre
dans la veffie ; fir coucher le malade
fur le côté droit , afin que l'urine
paffat par la fonde , & ceffât de mouiller
les lévres de la plaie . Elle fut couverte
de compreffes uniffantes & d'un bandage
convenable. 24 heures après , on leva
cet appareil qui n'avoit aucune humidité.
La plaie étoit bien réunie. M. Thomas
laiffa par pure précaution la fonde
encore fix heures dans la veffie ; les uri-
Fiv
18 MERCURE DE FRANCE.
nes ont toujours coulé depuis par l'uretre,
en forte que la guérifon a été décidée
radicale, & des plus parfaites 54 heures
après l'opération . Ce fait eft avéré ;
& un fuccès auffi brillant n'eft poffible
que dans une méthode où les conduits
naturels du l'urine font intacts ; & c'eſt
là un des principaux avantages de la
méthode dont il s'agit. M.Thomas donne
ces faits authentiques pour réponſe aux
critiques qu'on pourroit faire de fon
opération ; il fe propofe de ne la jamais
défendre autrement . Si elle trouve quelcues
oppofitions , elle aura auffi des
Partifans. Déja M. Bufnel , dans le cas
de pratiquer la Lithotomie s'eft décidé
Four la méthode de M. Thomas ; le fuccès
a répondu à l'efpérance qu'il en
avoit conçue .
PRIX propofe par l'Académie Royale
de Chirurgie , pour l'année 1763.
L'ACADÉMIE Royale de Chirurgie
propofe pour le Prix de l'année 1763 le
Süjet fuivant :
Expofer la théorie des Maladies DE
L'OREILLE , & détailler les moyens
JANVIER. 1762. 129
1
que la Chirurgie peut employer pour leur
curation .
Ceux qui envoyeront des Mémoires ,
font priés de les écrire en François ou
en Latin , & d'avoir attention qu'ils
foient fort lifibles .
part
Les Auteurs mettront fimplement une
devife à leurs Ouvrages ; mais , pour fe
faire connoître ; ils y joindront à
dans un papier cacheté & écrit de leur
propre main , leurs nom , demeure &
qualité ; & ce papier ne fera ouvert
qu'en cas que la Piéce ait remporté le
Prix .
de
Ils adrefferont leurs Ouvrages , francs
port , à M. Morand , Secrétaire perpétuel
de l'Académie Royale de Chirur
gie , à Paris , ou les lui feront remettre
entre les mains .
Toutes perfonnes de quelque qualité
& pays qu'elles foient , pourront afpirer
au Prix , on n'en excepte que les Mem
bres de l'Académie.
Le prix eft une Médaille d'or de la valeur
de cinq cens livres , fondée par
M. de la Peyronie , qui fera donnée à celui
qui , au Jugement de l'Académie ,
aura fait le meilleur Mémoire fur le Sujer
propofé.
F v
130 MERCURE DE FRANCE ,
La Médaille fera délivrée à l'Auteur
même qui fe fera fait connoître , ou au
Porteur d'une procuration de fa part ;
P'un ou l'autre repréfentant la marque
diſtinctive , & une copie netre du Mémoire.
Les Ouvrages feront reçus jufqu'au
dernier jour de Décembre 1762 inclufivement
; & l'Académie , a fon Affemblée
publique de 1763 , qui fe tiendra
le Jeudi d'après la quinzaine de Pâques ,
proclamera la Piéce qui aura remporté
le Prix .
L'Académie ayant établi qu'elle donneroit
tous les ans , fur les fonds qui lui
ont été légués par M. DE LA PEYRO--
NIE , une Médaille d'or de deux cens
livres , à celui des Chirurgiens Etrangers
ou Regnicoles , non Membres de
l'Académie , qui l'aura mérité par un
Ouvragefur quelque matiere de Chirurgie
que ce foit , au choix de l'Auteur;
elle l'adjugera à celui qui aura envoyé le
meilleur Ouvrage dans le courant de l'année
1762. Ce prix d'émulation fera proclamé
le jour de la Séance publique.
Le même jour , elle diftribuera cinq
Médailles d'or de cent francs chacune ,
à cinq Chirurgiens , foit Académiciens
de la Claffe des Libres , foit fimplement
JANVIER. 1762.
131
Regnicoles , qui auront fourni dans le
cours de l'année précédente , un Mémoire,
ou trois Obfervations intéreffantes .
ARTS A GREABLES.
GRAVURE.
AVERTISSEMENT.
DEEPPUUIIS l'annonce publiée fur le
nouvel Art de rendre le Deffein , par le ,
fieur Magny , des perfonnes fe fontempreffées
d'en prendre des épreuves, & de
les débiter dans plufieurs maifons à un,
prix beaucoup au-deffus de celui qui a
été fixé par l'Auteur : ce qui l'oblige de ,
donner de nouveau , la lifte des Piéces
miſes au jour , avec leur prix , afin de
prévenir des abus , qui ne peuvent être
qu'à charge , & à l'Auteur & au Public.
N°. 1. Une Tête de caractere d'après
M. Boucher ,
N° . 2. Une petite Académie ,
d'après M. Carlo -Vanloo ,
N°.3. Une petite Tête , d'après
M. Boucher ,
10 f.
I l.
8ft
No. 4. Une grande Tête ,
15 f
d'après le même ,
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
No. 5. Une grande & belle
Académie , figure d'Hercule , I
N°. 6. Une Tête de goût ,
du fieur Gonord ,
N°. 7. Une Académie, figure
de femme , d'après M. Cochin ,
crayon eftampé ,
10 f.
10
I ΙΟ
Depuis la premiere annonce des Piéces ,
ci-deffus , l'Auteur a mis au jour les
trois Piéces fuivantes.
No. 8. Une grande Académie,
d'après M. Carlo -Vanloo , I
No. 9. Une feconde Académie
ou Etude , d'après M. Cochin
, crayon eftampé ,
N°. 10. Une petite Tête ,
dans le goût de Vatteau ,
ΤΟ
I TO
OBSERVATION,
10
Les Connoiffeurs & les Amateurs
font priés de faire attention , que les
Académies au crayon eftampé , font
des Etudes que M. Cochin a faites d'après
nature , dans la vue de les drapper :
ce qui les rend légers d'ouvrage , mais
elles n'en font pas moins précieufes
pour les Eléves.
Le fieur Magny fe difpofe à mettre
au jour des principes de grand Maître ,
JANVIER . 1762. 133
& d'en faire une fuite des plus étendues ,
pour fatisfaire aux inftances qui lui ont
été faites à ce fujet.
Après ces premiers principes , il fe
propofe d'en donner aux deux crayons
eftampés , & fera en forte de mettre le
tout dans l'ordre le plus méthodique ,
afin d'aider de plus en plus à l'intelligence
des Emules.
On trouve à Paris chez M. Dupuis ,
Graveur du Roi , rue de la Vannerie , à
l'Ange S. Michel , deux Cartes Géographiques
, l'une concernant les environs
de Madrid , l'autre , le Royaume de Cordoue
, conftruites par M. Lopez , Penfionnaire
de S. M. C. L'Auteur offre de
faire fur la même échelle toutes les Provinces
d'Efpagne que l'on fouhaite depuis
longtemps. Le prix eft de vingt fols
la feuille.
MECHANIQUES.
LETTRE à l'Auteur du Mercure ,fur
les nouvelles Orgues de Saint Martin
de Tours.
LEE Chapitre de S. Martin de Tours ,
dont le nom vous eft fans doute connu ,
134 MERCURE DE FRANCE.
me charge , Mr. de vous adreffer cette
Lettre , & l'article fuivant, que nous vous
prions de vouloir bien inférer tout au
long dans votre Mercure. L'utilité publique
, la perfection des Arts , furtout
la décoration des Temples , & ce qui
peut contribuer à augmenter la majeſté
& la fplendeur de l'Office Divin , font
les motifs qui nous déterminent à donner
au Public une idée de l'Orgue que
nous venons de faire conftruire dans
notre Eglife , & le Jugement qu'en a
porté le R. P. Dom Bedos de Celles ,
Religieux Bénédictin de la Congrégation
de S. Maur , de l'Académie des
Sciences de Bordeaux , connu par fon
excellent Traité de la Gnomonique-pratique
, très- renommé lui-même pour la
Facture des Orgues , & par les ouvrages
qu'il a faits en ce genre dans plufieurs
Eglifes de fon Ordre , & chargé ,
par l'Académie des Sciences de Paris
de faire , fur cette matiere , un Traité
complet , dont on fentira bientôt le prix
& l'utilité. En attendant cé curieux Ouvrage
( unique en fon genre ) nous fommes
perfuadés que le détail très -abrégé
que nous donnons au Public , fera utile
aux grandes Eglifes qui voudront faire
faire de nouvelles Orgues , ou augmen
JANVIER. 1762. 135
ter celles qu'elles ont déjà , & aux Facteurs
qui voudront furpaffer M. le Fevre
qui eft le fçavant Auteur que nous poffédons
, & que les Connoiffeurs adınirent
à juste titre ; c'eft en même temps le
témoignage que nous devons à cet habile
homme , dont la probité égale l'étendue
du génie . Voici le Verbal que
nous a donné de cetre Orgue le R. P.
Dom Bedos qui a bien voulu en être le
Vérificateur & le Critique , & qui l'a
revue avec toute la fatisfaction imaginable.
VERBAL DE RECEPTION.
Nous fouffignés , Prêtre , Bénédictin
de la Congrégation de S. Maur , ayant
été appellés par Meffieurs les Doyen ,
Tréforier , Chanoines & Chapitre de la
noble & infigne Eglife de S. Martin de
Tours , d'une part ; & par le fieur Jean-
Baptifte-Nicolas le Fevre , Maître Facteur
d'Orgues de la Ville de Rouen ,
d'autre ; pour faire la vérification de l'Orgue
pofée dans le fonds de ladite Eglife ,
y avons procédé ainfi que s'enfuit.
Nous avons trouvé la plus grande
& la plus belle Orgue qui ait été faite en
France jufqu'à préfent. Elle confifte
1. En un 32 pieds , dont l'F-utfa de 24
136 MERCURE DE FRANCE.
pieds eft en montre & parlant très- bien .
Les cinq premiers tuyaux , fçavoir , Cfol
ut , C-fol ut dieze , D-la re , E-fi mi
Bemol , & E -fi mi dudit Jeu font en
bois , & 16 pieds , bouché, pofés en-dedans.
2°. Un fecond Jeu de 32 pieds en
réfonnance étant un 16 pieds bouché.
3°. Un 15pieds , ouvert , en étain . 4° .Un
Bourdon de 16 pieds , ordinaire . 5º. Un
Bourdon de quatre pieds , bouché , fonnant
8. 6°. Trois autres , huit pieds , ouverts
, dont un en étain , & les deux autres
en étoffe qui font un très -bel effet.
Enfuite viennent le Preftant , les Nazards
, Quarte , les Tierces & Doublette
ordinaires ; le Larigot , un plein Jeu
de quinze tuyaux fur marche , une Bombarde
, quatre Trompettes , trois Clairons
, & enfin un petit Bourdon , un
Preftant & deux grands Cornets : voilà
les Jeux qui font pofés fur le grand
Sommier , dont la Bombarde ,
Trompette , un Clairon , un petit Bourdon
, un Preftant & un Cornet font relatifs
au troifiéme Clavier.
हूँ
Les Pédalles confiftent pour les fonds,
en un 16 pieds ouvert , deux 8 pieds
ouverts en bois ; deux Fluttes de quatre
pieds en étoffe ; gros & petit Nazards ;
Quarte ; groffe & petite Tierces.
JANVIER. 1762. 137
Pourles Jeux d'Enche, ils confiftent en
1 Bombarde qui defcend jufqu'en G - re
fol plus bas que le C-fol ut de 16 pieds ;
deux Trompettes & deux Clairons ; ce
qui fait quinze Jeux de Pédalles , dont
l'étendue monte une octave plus haut
que la clef d'-F ut fa.
Les Jeux du Récit font à l'ordinaire ,
& defcendent jufqu'à la clef d'F-ufa.
L'Echo confifte en un Cornet de trois
octave & demie .
Le Pofitif eft un 8 pieds en montre
avec un Bourdon de 16 pieds en dedans
; un grand Cornet defcendant juf
qu'à la clef d'F ut fa . Petit Bourdon ordinaire
; deux autres 8 pieds ouverts ;
des Jeux ordinaires de Preftant , Nazard ,
Quarte , Doublette , Tierce & Larigot ;
un plein Jeu de neuftuyaux fur marche ,
unc Trompette , un Clairon , un Chromorne
& une voix humaine.
Il y a cinq Claviers de cinquante-trois
touches chacun , commerçants en Cfol
ut en bas , ut dieze , &c. jufqu'à Efi
mi en haut. Le premier fait jouer le
Pofitif, le fecond fait jouer la grande
Orgue , fur lequel Clavier il y a trois
Trompettes & deux Clairons , avec tout
ce que nous avons mentionné ci -deſſus .
Le troifiéme Clavier fait jouer un Bour138
MERCURE DE FRANCE.
don , un Preftant , une Bombarde , une
Trompette , un Clairon & un grand
Cornet. Le quatriéme fait jouer le Récit,
& le cinquiéme , l'Echo .
La Soufflerie eft compofée de treize
Soufflets à vent , féparés , dont trois
fourniffent leur vent au Fofitif, quatre
font jouer les Jeux du troifiéme Clavier
avec ceux des Pédalles , & les fix
autres font jouer la grande Orgue , Récit
& Echo .
Le grand Buffet de l'Orgue a quarante-
huit pieds de hauteur fur vingt- neuf
de largeur. Le Buffet du Pofitif eft proportionné
à la grande Orgue , ayant
quatorze pieds de hauteur fur treize de
largeur : ce qui forme une très - belle
façade d'Orgue d'une figure élégante , '
remplie de grands & gros tuyaux , dont
le plus petit du grand Buffet eft un B-fa
fi bémol au-deffus de huit pieds. La décoration
d'ailleurs en eft très- bien entendue.
Telle eft la magnifique Orgue que
nous avons été chargé d'examiner . Ainfi,
1º. nous avons vifité les deux Souffleries
fur lefquelles nous avons fait les
épreuves ordinaires pour en reconnoître
la fuffifance & la folidité . Nous les
avons trouvées très- bien conditionnées
& bien entendues .
JANVIER. 1762.
139
2. Nous avons examiné les cinq
Claviers , que nous avons trouvés propres
, doux , vifs , & bien folides .
3º. Nous avons vifité tout l'intérieur
de la grande Orgue & du Pofitif, c'est -àdire
, les Sommiers dans toutes leurs parties
, comme les layes , les foupapes , les
bourfettes , les refforts , & c . Enfuite les
tirans, les tournans , les abrégés , les mouvemens,
les pilotes , balanciers , bafcules,
& c. Nous avons trouvé le tout d'une
fimplicité furprenante , d'une difpofition
admirable , le tout très-folidè , &
chaque Piéce faiſant fa fonction avec
beaucoup d'aifance & de précifion . On
y a obfervé toutes fortes de facilités de
pourvoir à l'entretien de toutes ces machines
.
4°. Nous avons enfuite examiné tous
les tuyaux que nous avons trouvés trèspropres
, extraordinairement folides &
étoffés , pofés bien à plomb , & juftes
dans leurs faux Sommiers ; accordés
d'ailleurs fi proprement , qu'il ne paroît
point qu'ils ayent été touchés avec aucun
inftrument , ayant été coupés trèsjuftes
dans leur accord.
5º. Etant revenu aux claviers & ayant
fait fouffler , nous avons fait les épreuves
ordinaires. pour découvrir s'il y au140
MERCURE DE FRANCE .
roit quelques défauts dans les fommiers,
comme des emprunts , des altérations ,
cornemens & c , & les ayant trouvés
bien étanchés & fans défaut , nous
avons fait parler chaque tuyau en particulier
fur tous les jeux , nous les avons
trouvé parlant dans leur harmonie propre
& égale , fans en avoir pû remarquer
un feul qui fût défectueux . Et ce
qui nous a le plus furpris , c'eft la beauté
& la perfection de l'harmonie des
plus grands tuyaux des deux jeux de 32
pieds avec tout le fond de l'orgue fur
tout le double ravallement de la bombarde
de pédalle , & particulierement le
grand Gré fol , quarte plus bas que le .
16 pieds. C'eſt le feul qui foit dans le
Royaume ce tuyau parle auffi net &
auffi promptement que tout autre ,
faifant
fentir un fond d'harmonie qui
faifit.
6° . Nous avons enfuite foigneufement
examiné la partition fur le preftant
de la grande orgue ; & l'ayant
trouvée jufte & réguliere , nous avons
confronté ce preftant avec celui du pofitif
que nous avons trouvé bien conforme
dans fon accord. Nous avons enfuite
examiné tous les autres jeux de
l'orgue que nous avons trouvés d'un
JANVIER. 1762. 141
accord le plus précis & le plus délicat .
C'eft ainfi que nous avons procédé
dans la vérification de la fufdite orgue
à laquelle nous devons ce témoignage ,
que nous n'avons jamais rien trouvé
dont l'exécution fût auffi parfaite , la
difpofition auffi bien entendue , le Méchanifme
auffi bien raifonné, les tuyaux
auſſi étoffés , auffi bien pofés & diapazonnés
& furtout d'une harmonie auffi
égale & auffi belle , ayant toute la
douceur , le brillant & l'éclat qu'on
peut fouhaiter. Nous n'avons remarqué
dans toute l'orgue aucun veftige d'épargne
; tout nous y a paru fourni avec
profufion ; auffi cette orgue eft la plus
harmonieufe & la plus folide que nous
ayons yue. C'est ce qui nous a donné
l'idée la plus avantageufe de la grande
& profonde habileté de M. le Fevre ,
que nous regardons ( fondé fur tout ce
nous avons vu dans fon ouvrage )
comme l'homme le plus confommé
dans l'art de la Facture de l'Orgue & en
même temps plein de droiture & de
probité. C'est le moindre témoignage
que nous puiffions rendre à un homme
auffi eftimable , dont l'Ouvrage n'avoit
befoin de Vérificateur que pour en faire
connoître le mérite . Ainfi en confé142
MERCURE DE FRANCE.
"
w
quence de tout ce deffus , nous eſtimons
que ladite Orgue eft très - recevable.
Fait double a Tours , le 24 Juillet 1761 .
Signé Dom FRANÇOIS BEDOS .
J'ai l'honneur d'être , & c.
DUPERCHE , Chapelain de S. Martin
de Tours , l'un des Commiffaires à
la Confection de ladite Orgue.
A Tours , le 6 ... 1761.
ARCHITECTURE.
OBSERVATIONS fur l'Architecture
&fes Acceffoires.
L'AARRCCHHIITTEECCTURE a fes Régles prefcrites
par le goût. Les Régles d'Architecture
& fes acceffoires doivent donc
s'entr'aider pour faire un tout qui annonce
le vrai caractère de l'édifice ; ce caractère
doit entrer dans toutes les productions
du génie de l'Architecture ; la
deſtination de l'édifice doit toujours lui
être préfente ; il doit auffi raiſonner en
même temps fes formes de plans avec
fes détails de décorations , & fentir ,
faifant fon plan , Weffet de fes élévations,
& celui de fes coupes , afin d'en pouvoir
en
JANVIER . 1762. 143
.
conclure le caractère diftinctif de la
deftination du monument.
Un Palais doit moins annoncer la
magnificence d'un Grand par fon immenfité
, que par fes formes & par fes
richeffes de détails amenées naturellement,
Le Temple doit pénétrer de refpect ,
d: vénération par la nobleffe de fon
ordonnance , & par le ménagement de
fes jours.
Úne Place publique doit faire fentir
intimement que le Monarque pour qui
'elle eft faite , eft un Héros victorieux ,
ou un Héros pacifique,
Une Salle de Spectacle , par fes iffues
multipliées , fes vaftes portiques , fes
veftibules & fes Efcaliers bien annoncés
, doit faire juger au premier afpect ,
que c'eft un monument fait pour recevoir
une grande multitude , & que l'on
n'a rien oublié de toutes les aifances
& agrémens poffibles pour l'y attirer.
Ainfi , c'eft autant dans les formes du
plan qu'on doit puifer ce caractère , que
dans l'ordonnance de l'édifice & fes acceffoires
.
On pourroit comparer un Edifice à
un Tableau où l'on pratique des ombres
pour faire valoir les clairs , & des
144 MERCURE DE FRANCE .
demi teintes pour les foutenir. Les ar
rières corps font , pour ainfi dire , l'éffet
de l'ombre ; ils font valoir les maffes
d'avant- corps & les parties liffes forment
des repos qui en foutenant les acceffoires
de Sculpture , foutiennent en
même temps le caractère de l'ordre &
celui de la deftination de l'édifice .
Il feroit à fouhaiter que l'on pût donner
des régles par l'application de tous
les acceffoires de l'Architecture ; mais
il n'eft guère poffible , parce qu'ils dépendent
en partie du goût : il faut donc
travailler à l'acquérir ce goût par un
examen réfléchi des édifices dont les
beautés ont mérité à jufte titre l'estime
du Public . Mais parmi les acceffoires il
en eft cependant qu'on pourroit affujettir
à des proportions pour les rendre
d'accord avec celles des ordres que l'on
veut employer ; ce font les figures dont
la proportion doit être en raifon des
diametres qui déterminent la hauteur
de l'ordre .
Si donc à un ordre de deux pieds de
diametre l'on applique des figures de
cinq à fix pieds de hauteur , elles pourront
bien faire ainfi que tous les autres
ornemens , comme trophées , buftes
, médaillons proportionés à ces même's
JANVIER. 1762 145
mes figures. Si le diametre étoit moindre
de deux pieds , il faudroit , s'il étoit
poffible , éviter d'y placer des figures
en pierre , parce qu'elles deviendroient
trop au-deffous de la proportion des figures
humaines ; il n'y a que le bronze
& le marbre précieux qui conviennent
à cette proportion , parce qu'alors ils
ne font confidérés que comme bijoux
précieux & beautés d'ornement particulier,
propres à décorer & à faire l'embelliffement
du dedans d'une grande
Piéce , comme Sallon , Gallerie ou Cabinet
d'Amateur.
Quant à l'Architecture Coloffale , où
les ordres font employés les uns fur les
autres , la hauteur , la grandeur , la difpofition
, les points d'où elle peut être
vue commodément pour bien juger de
l'enſemble du Bâtiment , doivent déterminer
les proportions des ornemens &
des acceffoires;alors il ne faut pas donner
indiftinctement le tiers ou le quart de la
hauteur des colomnes aux figures que
l'on auroit à y placer . Ces proportions
doivent,je penfe,varier fuivant l'augmen
tation ou la diminution des diametres,
& fuivant que l'application doit en être
faite dans les dedans ou dans les dehors .
Si donc l'on avoit des figures à intro
I. Vol. G
145 MERCURE DE FRANCE.
duire dans des ordres de trois & quatre
pieds de diamétre dans le dedans , il
faudroit leur donner le quart de la hauteur
des colomnes ou pilaftres : & dans
la décoration extérieure on leur donneroit
le tiers.
Avec des ordres de cinq pieds de diamétre
dans les dedans il feroit à
propos
de leur donner le cinquiéme de la hauteur
, & pour les dehors le quart.
On fent aisément que fur des diamétres
plus confidérables , on peut ſe régler
relativement aux proportions que
je viens d'établir reftant en raifon les
unes des autres . De cette façon on tiendroit
les figures plus petites dans les dedans,
attendu que les objets y font beaucoup
plus fenfibles & plus frappans qu'au
dehors , où la hauteur & la diftance du
point de vue , les diminuent de beaucoup
de ce qu'ils font réellement.
Je penfe , par la même raifon , qu'il
feroit plus à propos de fuivre les proportions
des ordres de Palladio , ou de Scamozzi
pour les dedans des édifices que
celles de Vignole , qui comme plus fortes
, ferviroient pour les décorations extérieures
.
Plufieurs Auteurs ont prétendu qu'il
falloit forcer les proportions des figures ,
JANVIER . 1761. 147
lorfqu'on en auroit à placer à différens
étages ; ce qui eft évidemment contraire
aux bonnes régles d'Architecture ,
qui veulent qu'on allégiffe & diminue
toutes les parties fupérieures , tant pour
la grace que pour la folidite . Et en effet,
fuppofé que l'édifice exige deux ordres
l'un fur l'autre , un attique , une lanterne
ou autre couronnement fort élevé ,
fufceptible de recevoir des figures dans
toute la hauteur ; quelle difproportion
n'y auroit- il pas dans la Sculpture comparée
à l'Architecture , fi l'on forçoit
par gradation les proportions des figures
les plus élevées ? Les parties fupérieures
d'Architecture qui doivent avoir un air
de légéreté , fe trouveroient comme
anéanties par l'énormité des figures deftinées
à accompagner ces couronnemens.
Ces parties feroient entr'elles un
contrafte qui les rendroient néceffairement
difcordantes ; & tout l'édifice que
l'on fe feroit propofé de rendre pyramidal,
deviendroit renverfé ; il eft donc
à fouhaiter qu'on proportionne la Sculpture
aux parties d'Architecture qu'elle
doit accompagner ; & fi je ne me trompe
, je penfe qu'en fuivant l'ordre que
je viens de donner, l'on y réuffira , puifque
les figures du haut d'un édifice , de
>
Gij
148 MERCURE DE FRANCE .
"
viendront dans la raifon des ordres , ou
tout au plus , feront de la même proportion
que celles du bas : alors toutes les
parties de l'édifice concourront entr'elles
à lui donner l'élégance & la folidité
qu'on exige avec jufte raifon.
Le reste au Mercure prochain,
ARTICLE V.
SPECTACLES.
OPERA,
L'ACADÉMIE Royale deMufique con.
tinue trois fois la femaine les repréfenta
tions d'Armide. Il eft très -peu d'exemple
d'un fuccès foutenu avec autant de
chaleur que celui de cet Opéra . Il femble
que le nombre des Repréfentations
deptiis le 3 Novembre dernier n'ait
fervi qu'à redoubler l'affluence ; en
forte qu'à la fin du mois dernier , il ne
s'étoit pas trouvé un feul jour où tous
ceux qui fe préfentoient ayent trouvé
place à ce Spectacle . Les 20 premieres
repréſentations avoient produit 66opo 1.
JANVIER. 1762. 149
Mile Chevalier avoit chanté fans interruption
le rôle d'Armide . En rendant
un compte détaillé de toutes les parties
de ce Spectacle. ( a ) Nous avons éffayé
de donner une idée des éloges qu'elle
méritoit dans ce rôle . Cette Actrice
chaque jour donne lieu à de nouveaux
fuffrages , & le Public a généralement
confirmé la juftice que nous avions
cherché à lui rendre .
M. Jolli a chanté le rôle de Renaud.
On a paru fatisfait de la maniere dont
il s'en eft acquitté ; ce qui doit d'autant
plus l'encourager , que l'emploi de dou-.
bler M. Pillot dans ce rôle , eft devenu
difficile par le talent avec lequel il l'a
toujours rempli. M. Pillot a repris après
deux repréfentations , le 18 Décembre.
Mlle Lani & Mlle Allard que leur
fanté avoit empêchées de danfer au
commencement des Repréfentations ,
exécutent les Entrées qui leur étoient
deftinées dans les Ballets. On doit juger
des applaudiffemens qu'elles y reçoivent
, par ceux que l'on fçait qu'elles
méritent toujours.
Le Public donne à M. Gardel , qui
danfe en l'abſence de M. Veftris , de
(a )V. le Mercure de Décembre 1751 .
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
nouveaux motifs
d'encouragement.
On continue les Jeudis Camille.
Tragédie.
COMÉDIE
FRANÇOISE.
ONN a continué les Repréſentations
d'Héraclius avec autant de concours &
d'applaudiffemens qu'en aurolt occafionné
la nouveauté la plus brillante.
Nous avons fait connoître dans le Mercure
précédent quelle part ont eue les
Acteurs à la réuffite de cette repriſe. Indépendemment
de ce fecours , elle fera
toujours remarquable , en ce que de
tous les chef- d'oeuvres de notre Théâtre
Héraclius eft un de ceux qu'on y repréfentoit
le plus fouvent , & dans lequel
les mêmestalens avoient paru. Le
grand fuccès d'Armide à l'Opéra , a
rendu les vrais Amateurs plus fenfibles
& plus attentifs à celui- ci. Dans des
conjonctures que l'on croyoit contraires
au goût le plus honorable pour la
Nation , on a reconnu que dès qu'on
rappelloit le Public aux idées du vrai &
du fublime , il le faififfoit dans les différens
genres où il fe trouve ; ce qui
confirme très- évidemment que ce n'eft
JANVIER. 1762. 151
jamais le Public qui doit être chargé
du ridicule de ceux qui cherchent à
furprendre la jufteffe de fon goût & la
délicateffe de fon fentiment , par l'efpéce
des nouveaux plaifirs qu'ils lui préfentent
, auxquels la mode & le befoin
d'amufement donnent quelquefois un
fuccès éphémére. Nous ofons croire de
là que ces deux derniers volumes de
notre Mercure & celui-ci deviendront
intéreffans dans les Annales du Théâtre
François & utiles aux Scénographes qui
nous fuccéderont.
Le 7 ? à la
fixiéme
Repréſentation
d'Héraclius
, on
a remis
pour
petite
Piéce
à la
fuite
de
cette
Tragédie
, les
Moeurs
du
Temps
, Comédie
en
Profe
de
M.
Saurin
. Elle
a fait
le même
plaifir
, & a été
jouée
avec
autant
de
perfection
que
dans
fa
nouveauté
. Nous
avons
donné
l'Extrait
de
cette
Piéce
&
le détail
de
la maniere
admirable
dont
elle
eft
rendue
. V.
le Mercure
de
Janvier
1761
.
Le Lundi 14 , on a remis au Théâtre
l'Ingrat , Comédie en vers & en
5 Actes de feu M. Néricault Destouches
repréfentée pour la premiere fois le 28
Janvier 1712. Elle fut interrompue
après la feptiéme repréfentation , par
Giv
152 MERCURE DE FRANCE,
les triftes conjonctures des deuils publics
qui firent fermer les Théâtres ; reprifc
le 28 Octobre , elle eut 8 repréfentations
, en tout quinze dans cette
année ; ce qui conftate un fuccès . Cependant
ce fuccès fut alors très-affoibli
par le caractère du Perfonnage principal
qui parut trop odieux , quoique
cette Piéce foit une de celles que l'Auteur
avoit retravaillée . Ce même défaut
a fortement balancé aujourd'hui le mérite
du vrai & bon comique répandu
dans cette Comédie ; ainfi que celui du
Jeu des Acteurs à l'égard duquel il
fuffira de les nommer pour en donner
l'idée. Les principaux talens de notre
Scène Françoife font tels aujourd'hui
que , quoiqu'ils donnent de nouveaux
motifs à notre admiration , il n'eft pas
facile de trouver de nouvelles expreffions
pour la rendre .
PERSONNAGES.
DAMIS.
GERONTE .
CLEON .
PASQUIN.
DORANTE .
ARISTE.
ACTEURS.
M. Belcour.
M. Bonneval.
M. Molé .
M. Préville .
M. Bernault.
M. Blainville.
JANVIER. 7612 . 153
ISABELLE.
ORPHISE .
LISETTE .
NERINE.
Mlle Huffe.
Mlle Préville.
Mlle Dangeville,
Mlle Belcour.
On devoit donner à la fin de Décembre
la premiere repréfentation de Zulime
, Tragédie de M. de Voltaire. On
en rendra compte dans le fecond Volume
du préfent mois.
COMÉDIE ITALIENNE.
ON a repréſenté pour la premiere
fois, le Septembre ウ , le Vieux Coquet ,
ou les deux Amies , Comédie en trois
Actes mêlée d'Ariettes. L'intrigue de
cette Comédie étoit connue par une
Piéce Angloife , dont on a lù la traduction
avec plaifir (a) ; mais tranfportée
fur notre Scène , elle a éprouvé la différence
de goût national que produit la
différence des moeurs. Оп peut dire ,
d'ailleurs , que cette Comédie & la Mufique
dont elle étoit chargée , ont été
prèfqu'également l'une & l'autre les vic-
(4 ) Les Commères de Windfor , de Shakeſpare
, Théâtre Anglois de M. de la Place ,Tome
IV.
Gv
154
MERCURE DE FRANCE.
times d'une mode du jour qui tarira les
plus agréables fources de nos plaifirs , en
croyant les augmenter par un mélange
fouvent trop peu ménagé .
La Comédie , & fur-tout la Comédie
d'intrigue , ne peut jamais qu'être embarraffée
dans fa marche par le faftueux
coitége de l'harmonie ; fes forces accablent
la fimplicité des agrémens propres
à Thalie. La Mufique , à fon tour ,
ne peut y trouver de quoi appuyer ou
développer convenablement l'étendue
de fon travail. Cette piéce nouvelle n'a
point été jugée mal écrite ni mal verfifiée
; d'autre part , dans la Mufique , qui
eft de M. Papavoine , les Connoiffeurs
ont été fatisfaits de l'harmonie ; le Pu
blic y a diftingué & applaudi plufieurs
Ariettes , entr'autres celles du Vieux Coquet
très-bien chantées par M. Rochard ,
& fur-tout celle du vieux Cocq careffant
des poulettes. Heureufe imitation , rendue
avec toutfon agrément , par l'adreffe
d'exécution de Mademoiſelle Favart.
Cependant comme il y a des gens fort
aimables , dont l'union eft fort malheureufe
, telle doit être en général celle de
la Mufique & de la Comédie ; le Vieux
Coquet a été retiré après cette premiere
repréſentation.
JANVIER . 1762. 155
On a repris le 14 le Prétendu , Comédie
en trois Actes , mêlée d'Ariettes ,
par M. Riccoboni , Mufique, de M. Gaviniéz
Le 19 , on a remis Soliman fecond ou
les Sultannes , par M. Favart , fuivie du
couronnement de Roxelane , divertiffement.
Le grand fuccès de cet agréable Ouvrage
, dont nous avons rendu compre
dans plufieurs Mercures de cette année ,
doitfaire juger du plaifir que le Public
a eu de le revoir. Un très-grand nombre
de repréſentations dans fa nouveauté
, n'avoit pû épuifer ni le concours ,
ni la fatisfaction des fpectateurs. Cependant
il y a très-peu d'Ariettes dans cette
Piéce , & elles n'y font que d'agrément
hors-d'oeuvre. Le dialogue des Scènes
eft parlé tout naturellement comme les
hommes parlent : elle ne fait de bruit
& de plaifir qu'à l'efprit , par le faillant
des penfées , & par les graces de la plus
élégante verfification . Apparemment
que les oreilles gourmandes de Mufique
ne dominent pas encore dans le Public.
*
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE .
CONCERT SPIRITUEL.
Le 8 Décembre , Fête de la Conception.
LE Concert a commencé par une
Symphonie del Signor Haffe , fuivie de
Regina Cali , Motet de M. *** . MM .
Duport & Capron ont joué feuls l'un
une Sonate de violoncel , & l'autre un
concerto de violon,de leur compofition ;
on les a entendus avec ce filence qui
marque la plus grande fatisfaction ; ` la
fineffe & la jufteffe des fons duVioloncel
étonnent & raviffent ; on eft plus accoutumé
à entendre briller le Violon ; la
Mufique de ces deux jeunes Symphoniftes
a paru agréable & variée . Mademoifelle
Fel & M. Godart ont chanté chacun
un petit Motet , & le Concert a fini
par Nifi Dominus, Motet à grand Choeur
de M. Mondonville.
Fautes à corriger dans les art . des Spectacles du
Mercure de Décembre 1761 , à l' Article de l'Opéra ,
pag. 123. Réfléxions , lifez Infléxions .
Article de la Comédie Françaife , fur l'Ecole des
Amis , pag. 232. Dordane , lifex Dornane Ibid.
M. Molet, lifez M. Molé.
·
·
JANVIER. 1762. 157
RÉPONSE de Madame BOUCH AIT
à la Lettre de Madame GASTIN
D'ENTREVILLE
, inférée dans
le Mercure de Novembre 176r .
N
OUS apprenons
ici , Madame , les
fuccès éclatans d'Armide & d'Héraclius
.
On dit , que malgré le grand âge , &
toute la gravité du ton de ces deux Chefd'oeuvres
, ils font devenus ce que l'on
appelleroit , dans une autre occafion , la
folie du jour. Convenez , d'après votre
Lettre , que vous ne vous y feriez pas
attendue. Je fuis bien-aife que le Public
vous ait joué ce tour-là , pour vous apprendre
à le mieux connoître. Qu'allezvous
devenir ? Il vous faut toujours quelque
fujet d'impatience
: vous en êtes
plus agréable . Mais il femble qu'on ait
fervi votre goût , de maniere à ne pas
laiffer le moindre prétexte à votre humeur.
Voilà , pour me fervir de vos expreffions
, votre petit monftre burlesque ,
négligé , prefqu'oublié
, fes Partifans
déconcertés
, fans force & fans voix.
Vous n'avez point d'ennemi , qui aurezvous
à quereller ? ....Ah ! pourquoitou158
MERCURE DE FRANCE.
jours quereller ? Ecoutez ; ( nous pouvons
nous parler avec confiance . ) . vous étiez
naturellement tendre , je le fçais : eft- ce
que vous auriez fi fouvent prévenu ou
tant de fois fatisfait le befoin d'aimer
que celui de haïr vous foit devenu abfolument
néceffaire ? S'il vous faut haïr
quelque chofe , changez d'objet . Ces
prétendues bagatelles que vous traitez
fi mal , ces Opera-comiques , que vous
dites qui n'en font pas , mériteront de
votre part plus de confidération , quand
Vous aurez bien voulu m'entendre . A
cette propofition j'imagine toute votre
colere , vous voyez que j'aime votre
fanté ; je vous cache encore cependant
jufqu'où je prétends vous mener.
Le motifde votre vénération pour ce
que vous appellez les créateurs & les
foutiens de l'Art Dramatique , ne vientil
pas de ce qu'ils ont bien vu, & parfaitement
faifi ce qui les environnoit.
Qu'ont fait la plupart d'entr'eux ? Ils ont
peint des caracteres , de grands vices &
de grandes vertus , ou des ridicules faillants.
Cela eft fort bien ; mais cela eft- il
fi merveilleux ? Ils voyoient de bons
modéles. Un homme , dans ces temps
reculés , avoit un caractere qu'il vous
gardoit fort bien toute fa vie ; il s'en
JANVIER . 1762 . 159
tenoit à celui-là , & toutes fes actions
s'y rapportoient. Eft- ce qu'un caractere
fuffit aujourd'hui ? On les a tous , pour
en changer au befoin , & s'il en manque
quelqu'un, on l'emprunte. Je veux qu'on
n'en ait qu'un à la fois , & que l'on en
foit vraiment propriétaire ; c'eft la circonftance
, c'eſt le moment , qui le décide
; auroit-on le temps de le fuivre
affez pour le faifir ? Quand on le feroit ,
ce ne feroit l'image de perfonne . En
s'éclairant davantage , on s'eft corrigé
des grandes vertus auffi bien pour le
moins que des grands vices. Cela embarraffoit
trop dans la fociété ; il n'en
eft plus question. Des ridicules faillants ?
Où les remarquer ? Ils ne fe diftinguent
plus , tant ils font devenus communs.
Vous allez me renvoyer à votre vieille
intrigue , reffort ufé de vos anciens Drames
? Je ne dis pas qu'on n'ait aujourd'hui
de l'intrigue dans le monde &
beaucoup. Mais ce n'eft pas celle-là que
vous entendez . La vôtre eft une action
bien établie , bien exactement conduite ,
dont il faut que tous les incidens ayent
des rapports entr'eux , & un rapport général
au principe de l'action , & c . Ceci
fera encore plus étranger à nos meurs.
Nous les fupportons quand on prend
160 MERCURE DE FRANCE.
"
des fujets du temps paffé , parce qu'une
pareille conduite étoit analogue à celle
de ces bonnes gens-là. Mais lorsqu'on
voudra faire des Piéces de notre temps ,
cela y auroit - il le moindre rapport ?
Dans nos plaifirs , dans nos paffions ,
jufques dans les progrès de notre for →
tune , voit-on cette marche réguliere ?
Vous le dites vous-même ; jamais on
n'a vécu fi rapidement ; comment vou→
lez-vous donc que des intrigues filées
nous intéreffent? Il vous faut peut-être
des Piéces où brille la faillie ; des Scènes
toutes pétillantes d'heureufes plaifanteries
, dictées par la fineffe , & foutenues
par la vérité des Portraits ? Il eft vrai
que nous fumes affez plaifans autrefois ,
mais nous fommes ennuyés de cela ;
pour nous récréer , nous nous étions
faits Philofophes , nous en voilà déjà
excédés. Que falloit-il faire en de pareilles
circonftances , pour réuffir fur la
Scène ? Précisément ce qu'on a fait ;
créer un genre nouveau. Ce genre , dites-
vous , ne reffemble à rien ? Eh , c'eftlà
le fublime de l'à-propos. Voilà ce qui
s'appelle faifir fur le temps. Voilà ce qui
n'appartient qu'à de vrais & grands génies
; & ce qui les conftitue véritable
ment génies créateurs. Eh bien , ma
JANVIER. 1762. 161
chere , où en êtes -vous , avec votre humeur
âcre , vos comparaifons piquantes
contre notre nouveau Spectacle ?
Rendez hommage à ceux qui vous ont
fait un préfent fi convenable à nos
moeurs & au tour de notre efprit. Fléchiffez
les genoux , & écoutez encore .
Dans ce nouveau genre de Drames ,
la Mufique paroît vous fâcher davantage
que tout le refte : vous avez au moins
autant de tort. Pour vous en convaincre
, il faut
il faut un peu raiſonner.
Il n'en eft pas , ma chere , d'un Art de
génie , comme d'un Art fimplement
méchanique. Plus la pratique de celuici
s'étend dans la Société , plus il doit
fe perfectionner , parce que la fagacité
pour les moyens pratiques étant l'indemnité
des efprits bornés , dont le nombre
excéde toujours , cet Art méchanique
doit s'enrichir , de ce que chacun y apporte.
Tout au contraire de l'Art qui
exige un certain goût de génie qui fe
fent , & ne fe définit pas.
Quoique l'efprit foit le premier objet
de cet Art , quoiqu'il doive avoir le goût
& le génie pour âme , il lui faut un corps
matériel pour fe produire : & ce corps
eft la méchanique - pratique. Ceux qui
162 MERCURE DE FRANCE.
ont des difpofitions pour cette partic ,
renfermés dans une fphère très- petite ,
ne voyent , ne fentent rien au - delà ,
ne peuvent même pardonner le ridicule
, felon eux , de prétendre voir plus
loin. Or , cette claffe d'hommes étant
fort fupérieure en nombre , il eſt tout
fimple que dès que la connoiffance
pratique de cet Art s'étendra , on donnera
tout au matériel , & que l'âme,
par fucceffion de temps , en fera préf
qu'entierement abforbée. Puifque cela
doit arriver néceffairement , & que la
Mufique a été dans ce cas-là plus qu'aucun
autre , il faut fupporter fans chagrin
ce léger malheur. Les Arts , en général
, Madame , ont à-peu -près le fort
des hommes : ceux - ci naiffent , croiffent
, vieilliffent , & finiffent par mourir.
Regretter ceux qu'on avoit lieu d'aimer,
eft à-peu-près tout ce que la raifon
permet; voyez combien il eft ridicule
d'avoir plus de chagrin pour le fort de la
Mufique , que pour celui de vos meilleurs
amis ? La Mufique , direz - vous
parloit autrefois ; elle exprimoit & infpiroit
des fentimens ; elle ajoutoit de la
grace aux penfées : elle a commencé à
radoter , elle finit à préfent dans le délire
: mais je n'y vois rien , moi , que de
JANVIER. 1762. 163
fort naturel , & qui ne foit arrivé à beaucoup
de gens de ma connoiffance , que
j'aimois mieux que votre Mufique ; je
n'ai cherché querelle à perfonne pour
cela , pas même aux Médecins. Tran-.
quilifez vous , ma trop tendre amie ,
plufieurs autres Arts ont éprouvé les
mêmes accidens , & en font revenus .
La Peinture , par exemple , avoit penfé
mourir de foibleffe parmi nous. Il s'eft
trouvé des génies reftaurateurs, qui ,à l'appui
d'une protection éclairée, l'ont ranimée
, la fortifient , la foutiennent , & la
conduifent au plus grand accroiffement.
Par la même puiffance, l'Architecture, qui
avoit eu tant d'éclat en France , qui s'y
étoit prefqu'anéantie enfuite , & dont on
avoit chargé les triftes reftes de ridicu
les Pompons , l'Architecture , dis - je ,
vient d'y renaître avec plus de fplendeur,
& prend chaque jour de nouvelles forces.
L'un & l'autre de ces Arts paroiffent
affurés de la plus grande gloire , fi
les Praticiens bornés ne fe multiplient
pas , & fi leur parti ne devient pas trop
fort. 1
Pourquoi ne fe trouveroit - il pas aufi
pour la Mufique quelque Génie reftaurateur?
Nous ignorons ce que les deftins
lui réfervent. Le defir effréné de la
164 MERCURE DE FRANCE .
nouveauté trompe quelquefois ceux qu'il
enflamme. Il leur donne , pour ce que
le goût puife dans les anciennes fources
, toute l'ardeur qu'exciteroit une
chofe nouvelle. Nous en avons l'exemple
dans un autre genre que la Mufique .
Quelques fortes d'ornemens en ufage
dans les Edifices antiques , avoient été
depuis peu fort judicieufement employés
par des Artiftes modernes , à des
parties & dans des lieux qui exigeoient
nne mâle fimplicité. Auffitôt on a étendu
ce genre jufqu'aux chofes où il convient
le moins . Un de mes amis qui ar
rive de Paris , m'a rapporté , que , frappé
du caractere de force & d'antiquité
dans lequel étoit décorée une maifon
qu'on venoit de bâtir dans je ne fçais
quel beau quartier de cette Ville , il s'étoit
cru tranfporté au milieu d'Athenes ,
où il penfoit qu'on achevoit d'édifier
un Palais pour l'Aréopage ; il s'informe ,
c'étoit la maifon d'un Caffé qu'on vient
de reconſtruire. Je fçais par moi-même ,
que tous les bijoux , tous les petits uftenciles
de toilettes qui nous arrivent à préfent
de Paris , font traités en bâtons rompus.
Ainfi qu'un Auteur , dont j'ai oublié
le nom , fe plaint que l'on traitoit
de fon temps les matieres les plus graJANVIER
1762, 165
ves. Ces difparates font encore apparemment
le fruit de cette aptitude renfermée
dans le matériel des Arts , Mais
n'importe ; cela vous fait voir que le
Public n'a pas , pour tout ce qui eſt ancien
, la répugnance que vous paroiffez
lui fuppofer. N'en ayons pas plus que
le Public pour tout ce qui fe préfente,
C'eft le parti le plus raifonnable. Les
goûts exclufifs font de leurs Apôtres autant
de Martyrs . Ma foi , fi vous m'en
croyez , ne le foyons pas même de la
raifon. En attendant que la Mufique &
la Poëfie foient redevenues telles que
nous les defirons , amufons - nous à les
écouter telles qu'elles feront . Les célébres
Ouvrages des Corneille , des Quinault
, des Lulli , auront leur temps de
fuccès; pourquoi les Maréchaux ferrants,
les Jardiniers , les Maîtres en Droit
& c. n'auroient - ils pas le leur ? Il faut
qu'au Parnaffe , comme dans le Commerce
, chaque Marchandiſe ait fa Foire.
Si vos vénérables Dramatiques anciens
ont pris des routes différentes
pour aller à la gloire : on ne s'avife jamais
de tout fera la réponſe la plus
triomphante . Et croyez-vous , ma chere
, qu'un Mazet qui foutient autant de
repréfentations que celui de la Comé166
MERCURE DE FRANCE.
die Italienne , foit indigne de notre at
tention ? Je vous déclare que quand je
ferai à Paris , j'irai rire de tout mon
coeur de ce qu'il vous plaît nommer des
cliquetis harmoniques , pour le peu que
ces cliquetis produifent quelque chofe
de plaifant. Ma maiſon fera ouverte aux
Créateurs & aux Amateurs de tous ces
nouveaux genres. Ils auront , fans doute
, le bon efprit de rire avec moi des
applaudiffemens férieux qu'on leur donnera.
Vous rirez avec nous , Madame ;
car , pour vous faire enrager , vous ferez
de nos parties ; & l'arriette à la gorge
, nous vous forcerons de vous en
amufer.
Je fuis , Madame , & c. BOUCHAIT
DE SERÉE.
Au Château des Godh ...... ce 10 Décembre 1761 .
SUPPLÉMENT à l'Article de la
Comédie Italienne.
MENUET D'EX AU DET.
LESES Sultans
Du vieux temps ,
Par uſage
Au vin ne prenoient point parts
JANVIER. 1762. 167
L
Mais enfin , cher Favart ;
Tu changes leur breuvage ;
Mahomet
Le
permet ;
Sois tranquille ;
Quand on écrit comme toi ,
On fçait rendre une loi
Utile.
En effet ce grand Prophete
Peut-il blâmer la recette ?
L'Alcoran ,
Qui prétend
Le contraire ,
Doit près d'une belle main ,
Qui nous verfe du vin ,
Se taire.
Soliman
Eft charmant
A la table :
Oui , c'eſt un nouveau Pâris ,
Qui décore du prix
L'objet le plus aimable.
J'apperçois ,
Dans fon choix ,
Roxelane ,
Qui fous les traits de Favart
Devient d'un feul regard
Sultane.
ParM, GUERIN DE FREMICOURT,
168 MERCURE DE FRANCE .
HOPITAL
DE M. LE MARÉCHAL DUC DE BIRON .
Vingt-neuvième & trentiéme Traitemens
confécutifs, depuis l'Etabliſſement dudit
Hôpital
.
Les nommés
FOURNIER ,
Compagnies
Dufauzay .
Divertiffant ,
Villers.
Bellegarde ,
d'Anteroches,
Bourguignon ,
d'Anteroches
.
Malhert ,
d'Offranville .
S. Germain ,
Poudeux.
Lorange.
Poudeux .
Poudeux .
Tournay
Bien-aimé ,
Chevalier.
Triquart ,
Binot ,
Etienne ,
Villers.
Nolivos.
Nolivos.
Ces douze Soldats ont été à l'ordinaire
radicalement guéris dans l'efpace
de fix femaines , & ont rejoint leurs
Compagnies
JANVIER. 1762. 169
Compagnies dès le lendemain de leurs
traitemens.
M. Keyfer a l'honneur de prévenir le
Public que fon reméde ayant acquis la
plus grande réputation , & il ofe le dire
, la plus généralement méritée , il ſe
forme continuellement dans quantité de
Provinces divers Etabliffemens & Hôpitaux
où l'on ne traite plus les Maladies
Vénériennes que par fon reméde
& fa méthode dont on eft généralement
fatisfait partout ; & comme cette
même réputation excite de plus en plus
l'envie & la jaloufie , & que conféquemment
, il fe trouve aujourd'hui dans les
Provinces une infinité de gens qui débitent
fous le nom de fes dragées des
remédes compofés & qui n'en peuvent
avoir tout au plus que la fauffe reffemblance
, il avertit le Public de fe tenir
en garde contre la plûpart de ces Charlatans
, & de ne s'en fervir que par les
mains de fes Correfpondans connus
dans toutes les principales Villes, & qui
en font les feuls dépofitaires. Il efpére
rendre compte dans peu des 3 à 400
guérifons dont les épreuves fe font ac--
tuellement , & qui feront tellement pu→
bliques , qu'il ne fera pas poffible de
les révoquer en doute ,
I. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
SUPPLÉMENT aux Annonces des
Livres nouveaux.
BRIASSON , le Breton > Durand &
David , Libraires à Paris , rue S. Jacques
, rue de la Harpe , rue du Foin &
rue des Mathurins , mettront en vente
au commencement de Janvier prochain
1762 le premier Volume du Recueil
des Planches , fur les Sciences , les
Arts , les Métiers & les Manufactures ,
avec Privilége & Approbation. La Collection
complette doit être de mille
Planches avec leur explication. Le prix
de chaque volume en feuilles fera de
100 livres.
ETAT Militaire de France , pour
l'Année 1762. Cinquiéme Edition , corrigée
& augmentée des Capitaines aux
Gardes , des Maréchaux des Logis de la
Gendarmerie , & des Troupes de la
Compagnie des Indes. Par MM. de Montandre-
Lonchamps , Chevalier de Montandre
, & de Rouffel. Prix 3 liv. relié.
A Paris , chez Guillyn , Libraire, quai
des Auguftins , du côté du Pont S. Michel
, au Lys d'or. 1762. Avec Approbation
& Privilége du Roi.
JANVIER. 1762. 171
ÉSSAI fur la Baffe fondamentale pour
fervir de Supplément à l'Esai fur
l'Accompagnement
du Claveffin , &
d'Introduction à la compofition-pratique.
Par M. CLÉMENT. Se vend
chez l'Auteur , rue & Cloître S. Tho
mas du Louvre , & aux adreſſes ordinaires
de Mufique.
LEE Public a reçu fi favorablement le
premier Effai de cet Auteur , qu'il a
hafardé celui-ci avec la même confiance
dans fon indulgence.
Tout eft rappellé dans cet Éffai au
premier principe harmonique ; c'eſt lui
qui régle tout dans la mélodie & dans
l'harmonie ce feul principe compofé
de tierces , de quintes & d'octaves, opére
tout dans la compofition : les différentes
formes qu'il prend & fes renverfemens
engendrent trois accords
fondamentaux aufquels il rappelle tous
les accords de l'harmonie.
On peut regarder la Baffe fondamentale
comme le repréſentant du principe
harmonique & de fes trois accords fon-
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
damentaux ; c'eſt par elle que tous les
autres ne font réellement que ces troislà
fous divers noms & fignes.
Enfin la Baffe fondamentale régle toutes
les routes qu'il faut fuivre dans la
mélodie & dans l'harmonie , & c'eft
par fon moyen que l'on peut rendre
raifon de tout dans la compofition .
L'Auteur ne dit rien qui ne foit fondé
fur les expériences les plus conftantes
faites fur le corps fonore & connues
de tout le monde.
Ce petit Éffai peut conduire auffi facilement
à apprendre la compofition
pratique , que fon premier Éffai a facilité
l'ufage de l'Accompagnement du
Claveffin tracé fur les mêmes régles de
la Baffe fondamentale,
JANVIER. 1762. 173
ARTICLE VI.
NOUVELLES
POLITIQUES.
De DANTZICK , le 21 Novembre 1761 .
DOUZE mille Ruffes aux ordres du Knès
Wolkonskoy viennent de prendre leurs quartiers
d'hyver dans le Palatinat de Pofnanie. Ces troupes
font chargées d'entretenir la communication entre
l'Armée du Feld-Maréchal de Butturlin & celle
du Général Comte de Romanzow . Les deux Corps
de la même Nation , commandés par le Général
Fermer & le Knès Gallitzin , font cantonnés fur
les bords de la Viftule dans les environs de Gradentz
& de Marienwerder .
De VIENNE, les Décembre.
"
· neuf
Il a été confirmé que le 23 du mois d'Aobre ,
le Général-Major Knobloch a été fait prifonnier, a
Treptow avec trois Colonels , quarante
Officiers , cent vingt - neuf Bas-Officiers , & feize
cens foixante-dix foldats . Les trophées remportés
en cette occafion , par les Ruffes qui le font em
parés de cette Ville, confiftent en fix Canons , deux
obufiers & quinze drapeaux. Selon les Lettres de
Pomeranie, les troupes . Ruffes aux ordres du Comte
de Romanzow , refferent de plus en plus la Ville
de Colberg ; & ce Général a fait occuper , par
une partie de fon Armée , les lignes que le
Prince Eugene de Wirtemberg a jugé à propos
d'abandonner,
H iij
174 MERCURE DE FRANCE .
Nous apprenons de Saxe , que le Général Kleiſt
a tenté de déloger de Roswein les troupes de l'Impératrice
Reine , qui occupent ce pofte. Non feulement
il n'a point réuffi , mais il a perdu beaucoup
de monde , & on lui a fait quelques centaines
de prifonniers . Tous nos Généraux donnent
les plus grandes louanges en cette occafion , aux
fages difpofitions faites par le Prince Albert de
Saxe.
Le Général Lafcy , à la tête de fix mille hommes
, s'étoit avancé jufqu'à quelques milles de
Berlin ; mais la difficulté des chemins l'a obligé
de renoncer à une entrepriſe qu'il méditoit.
De HAMBOURG , le 16 Novembre 1761 .
On apprend de Magdebourg , que le premier
de ce mois , la Princeffe , épouse du Prince Ferdinand
, frere du Roi de Prufſe , y eft accouchée
d'une Princeffe .
Le Feld Maréchal de Butturlin , continue d'avoir
fon quartier général à Stargard.
De BERLIN , le 19 Novembre.
Le 2 de ce mois , le Major Général Berg attaqua
le Général Plathen , entre Pyritz & Stargard ;
mais les ennemis furent repouffés avec perte de
cinq cens hommes tant tués que bleffés. Le 16 , le
Prince Eugene de Wirtemberg , après avoir abandonné
les lignes devant Colberg , a réuni fon
corps , à celui du Général Plathen .
Le Roi de Pruffe a toujours fon quartier général
à Waiffelwitz .
De DRESDE , le 24 Novembre .
Les de ce mois , le Feld Maréchal Comte de
Daun , fit attaquer les poſtes avancés du Prince
Henry. Le Général Ried , qui avoit été chargé
JANVIERER 175 . 1762 .
de cette expédition , obligea les Pruffiens d'aban
donner Noffen & Roswein. Il a pris à l'ennemi
dans ces Villages , deux canons , deux Capitaines
, trois Lieutenans , & cent trente foldats . Le
nombre des tués & des bleffés du côté des Pruffiens
eſt conſidérable. De notre côté , la perte né monte
qu'à huit hommes. A l'attaque d'un autre pofte
nous avons fait un Officier & foixante foldats prifonniers.
Le 6 , le Général Ried eut ordre de pénétrer
avec ſon Corps juſqu'à Gobeln » pour
vancer vers la Mulda . Deux autres Corps , commandés
l'un par le Prince Albert de Saxe , l'autre
par le Général Campitelli , fe font portés , le
premier fur la gauche , le fecond fur la droite ; par
ce mouvement , l'Armée ennemie fe trouve fort
reflerrée dans fon flanc .
s'a-
La pofition du Prince Henry eft à- peu-près toujours
la même , entre Meiffen & Katfenhaufen .
Le Feld Maréchal Comte de Daun a fait marcher
quelques régimens pour couvrir le cercle des
Montagnes. Le Corps commandé par le Général
Haddick a été confidérablement augmenté , & le
Général Lafcy continue de camper fur la rive gauche
de l'Elbe .
De ROME , le 25 Novembre-
Avant-hier , Sa Sainteté tint un Confiftoire
dans lequel Elle déclara la Promotion de Cardinaux
pour les Couronnes. Les Prélats compris
dans cette Promotion font :
Bonaventure de Cordoue-Spinola de la Cerda
Patriarche des Indes , Archevêque de Neocéfarée
in partibus , nommé par le Roi d'Espagne.
Antoine Cleriadus de Choifeul , Archevêque de
Befançon , nommé par le Chevalier de S. George.
Chriftophe de Migazzi , Archevêque de Vienne
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
en Autriche , nommé par l'Impératrice Reine de
Hongrie.
Jean-François-Jofeph de Rochechouart, Evêque-
Duc de Laon , nommé par le Roi de Pologne ,
Electeur de Saxe .
-
François Chriftophe de Hutten , Evêque de
Spire , nommé par l'Empereur.
François- Henri - Virginius Natta , Dominicain
Evêque d'Albe dans le Monferrat , nommé par le
Roi de Sardaigne.
Jean Molino , Vénitien , Evêque de Brescia.
Louis-Conftantin de Rohan , Evêque de Strafbourg
, nommé par le Roi Très- Chrétien.
Corneille Monti Caprara , Gouverneur de
Rome.
Et Balthafar Cenfi , Secrétaire de la Confulte .
Les Prélats , qui doivent porter les Barrettes
aux nouveaux Cardinaux abfens , font , le fieur
Mantica , pour Vienne & pour Spire ; le fieur
Lantes , pour la France ; le fieur de Palafox , pour
PEſpagne ; le fieur Ceva pour Turin , & le fieur
Rinaldi , pour Venife . Le Cardinal de Rochechouart
, Évêque- Duc de Laon , Ambaſſadeur
Extraordinaire de Sa Majefté Très- Chrétienne ,
auprès du S. Siége , recevra ici le Chapeau.
De GENES , le 23 Novembre.
Hier , il arriva de Corfe , un Courier , par lequel
on on a été informé que les Rebelles ont
fait une nouvelle tentative contre le Fort de Macinaggio
, mais qu'ils ont été repouffés avec une
perte très-considérable . Le Gouvernement eſt trèsfatisfait
de la valeur & de l'activité du fieur Lantiani
, Officier François qui commande dans ce
Fort. On a fçu auffi par le Courier d'hier , que le
fieur Mattra , Lieutenant - Colonel au fervice de la
République , eft allé , à la tête d'un Corps de
JANVIER. 1762. 177
Volontaires, dans la Pieve de Brando,où il a brûlé
plufieurs Maiſons des Rebelles.
De LONDRES , le 8 Décembre.
Le Roi a donné au Lord Ruffel , Duc de Bedfort
, le Sceau privé , que le Comte Temple avoit
remis à Sa Majesté.
Il paroît par une Lettre du Lord Granby que
les troupes employées en Allemagne ont beaucoup
fouffert fans en avoir été dédommagées par
aucun fuccès intéreffant ; que les Officiers & les
Soldats fe répandent en murmures , & que plufieurs
des premiers font réfolus de ne point faire
la Campagne prochaine. Le Prince Ferdinand de
Brunswick a diftribué des quartiers d'hyver aux
troupes Angloifes , partie dans l'Evêché d'Ofnabruck
, fous les ordres du Général Conway ; partie
dans l'Evêché de Munſter , où le Prince Héréditaire
de Brunſwick commandera.
FRANC E.
Nouvelles de la Cour , des Armées , de
Paris , &c.
De VERSAILLES , le 17 Décembre 1761.
L B 24 du mois dernier , le Comte de Wederfriès
, Envoyé Extraordinaire du Roi de Dannemarck
, eut l'honneur de préſenter au Roi , de la
part de Sa Majefté Danoife , plufieurs Faucons
d'Iflande.
Le 22 , le fieur Crozat de Thiers , Brigadier de
Dragons , prêta ferment entre les mains de Sa
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Majefté pour la Lieutenance Générale de Champagne
au département de Reims.
Les Chevaux- Légers de la Garde du Roi , étant
arrivés de l'Armée commandée par le Maréchal
Prince de Soubile , ont dépofé , ainfi que les Gendarmes
, leurs Etendards dans l'Appartement de
Sa Majesté.
Le Roi , ayant réfolu de doubler les Régimens
de fa Cavalerie , afin qu'ils foient compofés de
quatre Escadrons , a réglé , à cet effet , que les
quatre Compagnies du Régiment de Montcalme ,
feroient incorporées dans le Régiment du Colonel
Général ; les Régimens de Sciffel dans le Meſtre
de Camp Général ; Beauvilliers dans le Commilfaire
Général ; Vogué , dans Royal ; d'Archiac ,
dans du Roi ; Charoft , dans Royal - Etranger ;
Chabrillant , dans les Cuiraffiers ; Rai , dans les
Cravattes ; Balincourt , dans Royal - Rouffillon ;
Talleyrand , dans Royal - Piémont ; Saint Aldegonde
, dans la Reine ; Dauphin - Etranger , dans
Dauphin ; Efpinchal , dans Bourgogne Hérici ,
dans Aquitaine ; Lufignem , dans Berry ; Cruffol ,
dans Orléans ; Trafegnies , dans Chartres ; Touloufe-
Lautrec , dans Condé ; Noé , dans Bourbon ;
d'Eſcars, dans Penthiévre ; Touftain , dans Dellalles
; Bourbon Buffet , dans Fumel ; Preiſſac , dans
la Rochefoucault ; Mouftiers , dans Damas , &
Poly dans l'Efcouloubre .
Sa Majefté a difpofé du Gouvernement de Mont-
Dauphin , vacant par la mort du Marquis de Clermont
d'Amboife , en faveur du Duc de Laval ,
Lieutenant Général.
Elle a confirmé la grace qu'Elle avoit accordée
au Duc d'Aumont , dans l'année 1754 , en lui affurant
le Gouvernement de Montreuil à la mort
du Chevalier de Saint André.
Le 9 de ce mois , la Reine affiſta , ainſi que
JANVIER . 1762. 10
Monfeigneur le Dauphin , Madame la Dauphine ,
Madame Adélaïde , & Meſdames Victoire , Sophie
& Louiſe, au Service annuel qu'on a célébré , dans
I'Eglife de la Paroille du Château , pour le repos
de l'âme de Madame Louiſe- Elizabeth de France ,
Ducheffe de l'arine , de Plaifance & de Guaftalla
.
Le Roi a accordé au Duc d'Aiguillon les entrées
de la Chambre.
Le 6 , le Comte de Saint Florentin préſenta à la
Reine le fieur Pereire , & deux jeunes gens , qui
doivent l'ufage de la parole à ce Portugais , connu
par fon talent de procurer aux Sourds & aux
Muets de naiffance l'avantage d'entendre & de
parler. Le fieur Pereire a eu auffi l'honneur d'êtrepréfenté
avec fes Eléves à Monfeigneur le Duc de
Berry.
Les Sieurs Caffini de Thuri & Camus , de l'Académie
Royale des Sciences , Dire&eurs de la Carte
de France , ont préfenté au Roi la cinquante
huitiéme feuille de cette Carte , qui contient
Colmar , Schleff- Stat , & une partie des Monta--
gnes des Volges , & la cinquante - neuviéme qui
contient une partie du Bugey , le pays de Gex &
Genêve.
De l'Armée commandée par le Maréchal Prince de
Soubife , à Duffeldorp , le 4 Décembre.
Les Troupes font entrées dans leur quartier--
d'Hyver , & le Maréchal Prince de Soubife eft
parti aujourd'hui d'ici , pour fe rendre à la Cour..
De l'Armée auxordres du Maréchal Duc de Broglie,.
le 28 Novembre.
L'Armée quitta Eimbeck le ro de ce mois , &
alla camper à Moringuen . Le Comte de Stainville
fit l'arriére-garde , & alla à Dorillen .
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
Le 12 , l'Armée marcha à Haoſte.
Le 13 , les Corps commandés par le Comte de
Luface , & le Baron de Clofen repafferent la Rhum ,
le premier près de Northeim , le fecond à Kaklemburg.
Il y eut près de ce lieu un combat de Cavalerie
affez vif entre celle du Corps de Luckner & les
Régimens de Dragons du Roi & de la Ferronnays.
Nous avons eu une vingtaine d'hommes pris &
quelques-uns bleffés ; on a fait auffi quelques prifonniers
aux Ennemis . Le fieur de Villemain , Capitaine
au Régiment du Roi , a été tué , & le Marquis
de Bouillé , Capitaine dans celui de la Ferronays
, a été bleſſé d'un coup de fabre , & fait prifonnier.
Le 16 , l'Armée a paffé la Leyne. L'Infanterie
campa le long de la Chauffée de Goffingen à Northeim
; la Cavalerie fut cantonnée fur les derrieres.
Le Corps du Comte de Luface fut fur la Rhum ,
& occupa Kaklenburg & Lindau ; celui du Baron
de Clofen fut dans les environs de Gibelshauſen .
Le Prince Ferdinand s'étant retiré , une partie
de l'Armée est déjà en mouvement pour aller dans
fes Quartiers d'Hyver ; le refte fe repliera fucceffivement.
Le Maréchal de Broglie fe rendra dans
les premiers jours du mois prochain à Caſſel , où
il doit établir fon Quartier-Général .
De Paris le 19 Décembre.
Les quatre Bataillons des Gardes-Françoiſes ,
qui ont fait la Campagne fur le Bas- Rhin , font
revenus fucceffivement ici les 15 , 17 , 19 & 20 du
mois dernier. Ils ont été fuivis les 22 & 23 par les
deux Bataillons des Gardes- Suiffes , qui ont fervi
dans la même Armée.
Le 2 de ce mois , les Chevaliers de l'Ordre de
JANVIER . 1761 . 181
Saint Michel , tinrent , dans le Couvent des Religieux
de l'Obfervance , un Chapitre auquel le Marquis
de Saffenage , Chevalier des Ordres du Roi ,
préfida en qualité de Commiffaire de Sa Majeſté .
Il reçut Chevalier , avec les cérémonies ordinaires ,
le fieur Cromot , premier Commis des Finances ,
& Contrôleur du Marc d'Or.
L'EXEMPLE de zéle & de Patriotiſme , qu'ont
donné les Etats de Languedoc relativement à la
Marine , en offrant au Roi un Vailleau de ligne de
foixante quatorze piéces de canon , a été fuivi par
- les fieurs de Montmartel & la Borde , Banquiers
du Roi ; de Pange & de Boullongne , Tréforiers
Généraux de l'Extraordinaire des Guerres ; Michel
& le Maître , Tréſoriers de l'Artillerie ; & le fieur
Marquet de Bourgade, pour la Compagnie des Vivres,
qui ont donné leur foumiſſion pour la construction
d'un Vaiffeau de quatre-vingt canons , que le
Roi a nommé le Citoyen.
Les Receveurs Généraux des Finances ont donné
pareillement leur foumiffion pour un Vaiffeau de
même force , que le Roi a nommé le Zélé . i
La Compagnie des Fermiers Généraux , dans le
même temps a offert une fomme fuffifante , pour
conftruire un Vaiffeau & une Frégate. Le Vaiffeau
fera nommé la Ferme ; & la Frégate l'Utile.
La nuit du 9 au 10 , le Maréchal Prince de Soubife
arriva ici de l'Armée du Bas -Rhin. Il alla le
10 à Verſailles , où il a eu l'honneur de rendre fes
reſpects à Leurs Majeſtés & à la Famille Royale.
Les de ce mois , on célébra , dans l'Eglife de
l'Abbaye Royale de Saint Denis , l'Anniverfaire de
Madame Louife- Elizabeth de France , Ducheffe de
Parme , de Plaiſance & de Guastalla , fondé à perpétuité
par le Roi . La Ducheffe de Beauvilliers , le
Baron de Montmorency , & le Marquis de l'Hô182
MERCURE DE FRANCE.
44
(
pital y affifterent , ainfi que plufieurs Dames &
Officiers de la Maifon de Madame.
Les Prévôt des Marchands & Echevins s'étant
affemblés le 11 au Bureau de la Ville avec le Procureur
du Roi & de la Ville , le Bureau a arrêté
que le Prévôt des Marchands fupplieroit le Roi
d'agréer quefa bonne Ville de Paris fit inc - lamment
& fans délai , conftruire & armer pour le fervice
de Sa Majesté , aux frais & dépens de ladite
Ville , un Vaiffeau de ligne percé pour foixantequatorze
Canons ; de permettre que ce Vaiffeau portât
le nomde LA VILLE DE PARIS , & de le recevoir
comme un monument de fon reſpect , de fon zéle
& de fa reconnoiffance , & comme un témoignage
folemnel aux Ennemis de l'Etat , que tant qu'il
éxiftera des François , le Roi ne manquera ni
d'Hommes ni de Vaiffeaux , ni d'argent pourfoutenir
une guerre jufte , faire refpecterfon Pavillon , &
maintenir le commerce de fes Sujets .
Le 13 , le Corps- de-Ville fe rendit à Versailles
pour préfenter au Roi cette délibération .
Dans une Affemblée que les grands Gardes &
Gardes des fix Corps des Marchands de la Vilie de
Paris , ont tenue le 14 , il a été unanimement réfolu
que le Lieutenant Général de Police feroit
fupplié de préfenter aux Miniftres les Députés des
fix Corps des Marchands de la Ville de Paris , & de
vouloir bien l'engager à faire agréer au Roi leurs
offres de fournir à Sa Majeſté un Vailleau de foixante-
douze piéces de canon , ou la fomme de
fept cent mille livres , pour être employée à cer
ufage. Fait & délibéré en l'Aſſemblée des fix Corps
le 14 Décembre 1761. Signé , Defprez , Bezaffien ,
Guerin , L. J. Gouffe , Demoret , Brochant , Raulin,
Gautier, Bertrand , Bignot , Lolier , Dupeigne,
Bourfier, C, S, Brignon , Cheret , Riquier,
JANVIER. 1762. 183
Jacob de Bully , Billard , Brougniard , Conzier ,.
Ant. de Lamotte , Pochet , Guyot fils , Leblanc ,
Boudel , Migeon.
>>
LETTRE de M *** au Prévôt des Marchands .
» MONSIEUR ,
› Je ne ſuis d'aucun Corps par ma Charge ; ce
» n'eft que comme Bourgeois de Paris , que je puis
efpérer de n'être pas privé de l'honorable fatis-
» faction de participer à des démarches fi glorieu-
>> fes pour ceux des Sujets du Roi , qui , par la cir-
» conſtance de leur état , ont été allez heureux
» pour donner les premiers des marques de leur
» zéle. J'ai cru , en conféquence , devoir m'adref-
» fer à vous , Monfieur , comme étant à la tête de
» la Ville de Paris , pour vous demander en grace
» de vouloir bien m'admettre à ouvrir à tous ceux
» de mes Concitoyens , qui font pénétrés des mê-
>> mes fentimens , une voie pour leur donner l'éf-
» for. Je vous prie de permettre que j'envoye ,
>> comme Bourgeois de Paris , au Receveur de la
» Ville , ou à tel autre qu'il vous plaira commettre ,
>> une fomme de douze mille francs , pour contri-
>> buer aux dépenfes de la Marine , ou à la conf-
» truction d'un Vaiffeau , pour être offert à Sa
›› Majeſté au nom de la Capitale. Car je ne doute
» point que la réunion du zéle de tous les Sujets
» fidéles, dont elle eft remplie , ne la mette en
» état de ne le pas céder aux Provinces dans une
>> circonstance fi flatteufe : toute ma peine eft que
>> mes facultés ne répondent pas au mien . Je vous
» prie de m'honorer d'une prompte réponſe , &
›› je l'attends avec impatience. Je fuis avec ref-
>> pect , &c,
184 MERCURE DE FRANCE.
•
Réponse du Prevôt des Marchands.
>
» J'ai reçu , Monfieur , la Lettre que vous m'a-
> vez fait l'honneur de m'écrire le ii de ce mois
>> au moment où je partois pour aller préſenter
» au Roi la délibération , par laquelle le Bureau
de la Ville fupplie Sa Majefté d'agréer l'offre
» qu'il lui fait d'un Vaiffeau de ligne. J'ai rendu
» compte au Roi de celle que vous vouliez biên
» faire d'y contribuer ; Sa Majesté a paru ſatiſ-
» faite de cette marque de Patriotiſme , & du
» bon exemple que vous donnez à vos Conci-
» toyens ; & quoique le Corps de Ville fe foit ré-
» fervé l'honneur de fournir feul à la dépenfe que
» Sa Majesté lui a permis de faire , elle a approuvé
que votre offre particuliere fût reçue. J'ai
» donné des ordres en conféquence , pour que le
>> fieur Boucot fe rende dépofitaire de la fomme
›› que vous lui ferez remettre , & de celles qui lui
>> feront portées par les Citoyens qui voudront
» donner à l'Etat une preuve auſſi honorable de
>> leur zéle . J'ai l'honneur d'être &c. »
גכ
Quelques Citoyens zélés pour le bien de l'Etat ,
& qui par leur poſition ne tiennent à aucune Compagnie
ni à aucun Corps , ont defiré de n'être
pas privés de l'avantage honorable de contribuer ,
autant que leur fortune peut le leur permettre
aux befoins actuels du Royaume & au rétabliffement
de la Marine. Ils ont fait demander au Corps
de Ville de Paris d'être admis à fournir un contingent
pour la conftruction du Vaiffeau de ligne ,
dont la Capitale a fupplié le Roi de lui permettre
de faire la dépenfe. Ce Corps , jaloux de la gloire
de donner, fans aucun fecours étranger , cette nouvelle
preuve de fon attachement , de fa fidélité ,
de fon amour, & de fon reſpect pour ſon Maître ,
JANVIER. 1762. 185
n'a pas pû accepter les offres. Il en a été rendu
compte au Roi ; & Sa Majefte , pour marquer
d'une façon fenfible la fatisfaction , avec laquelle
Elle voit une émulation fi louable devenue générale
parmi les Sujets , a crû de voir leur ouvrir une
voie affurée de la fatisfaire. A cet effet , Sa Majefté
a donné les ordres , pour que le fieur Boucot ,
Receveur de la Ville , fût établi dépofitaire des
fonds qui feront portés volontairement , foit par
les perfonnes qui ont déjà fait des offres , foit par
celles qui voudront fuivre cet exemple de patriotilme
. Ces fonds feront employés à la conſtruction
d'un ou de plufieurs Vaiffeaux , ou aux autres dépenfes
de la Marine , dont on aura foin d'inſtruire
le Public.
PROMOTION de Maréchaux de Camp & de
Brigadiers.
MARICHAUX DE CAMP.
Les fieurs , Pestalozzi , Capitaine Commandant
de la Compagnie Générale des Suiffes ; Techtermann
, Major des Gardes Suiffes ; de Bragelogne
, Defpiés , & de Poudeux , Capitaines aux
Gardes Françoiles ; Salis de Mayenfeld , Colo.
nel d'un Régiment de Grifons ; Chevalier de
Groffoles , Colonel d'Infanterie ; Reding , Colonel
d'un Régiment Suiffe ; d'Auteuil , Lieutenant
Colonel du Régiment d'Infanterie de Flandre ;
d'Arbonnier , Colonel d'un Régiment Suiffe ;
Chevalier de Grammont , Lieutenant - Colonel
du Régiment de Vermandois ; Chevalier de Lemps,
Colonel d'un Régiment d'Infanterie ; d'Herouvil
le , Colonel du Régiment d'Infanterie de Bourgogne
; Comte de Civrac , Colonel du Régiment
Royal- Vaiffeaux ; Comte de Lewenhaupt , Colo186
MERCURE DE FRANCE.
nel du Régiment Royal - Baviere Chevalier de
Chantilly , Colonel d'un Régiment de Grenadiers
Royaux ; Comte de Blot , Colonel - Lieutenant du
Régiment d'Infanterie d'Orléans Marquis de
Belmont , Colonel du Régiment de la Marine.;
Comte de Montbarrey , Colonel du Régiment de
la Couronne ; Lochmann , Colonel d'un Régiment
Suiffe ; Chevalier de Saint - Pern , Colonel-Lieutenant
du Régiment d'Infanterie de Penthiévre ; de
la Tour d'Auvergne , Colonel du Régiment d'Infanterie
de Boulonnois ; Comte de Broc , Colonel-
Lieutenant du Régiment d'Infanterie de Bourbon ;
Chevalier d'Aulan Lieutenant de Roi à Lille ;
Prince d'Anhalt-Coethen , Colonel d'un Régiment
d'Infanterie Allemande ; Chevalier de la Mefſelliere
, Mestre de Camp réformé de Cavalerie ; de
Saint- Point , Enfeigne dans la Compagnie de
Beauveau des Gardes du Corps du Roi ; de Goyon,
Exempt dans la Compagnie de Villeroy ; Deheere ,
Lieutenant-Colonel du Régiment Royal- Rouffillon
, Cavalerie ; de Saint - Georges , Meſtre de
Camp- Lieutenant d'une Brigade de Carabiniers ;
du Poral , Meſtre de Camp réformé à la fuite du
Régiment des Cuiraffiers ; Comte d'Houdetot , Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes Bourguignons :
Comte de Bourbon- Buffet , Meftre de Camp d'un
Régiment de Cavalerie : Duc de Cruffol , Meſtre
de Camp d'un Régiment de Cavalerie : Marquis
de Loftanges , Meftre de Camp du Régiment des
Cuiraffiers : Rheingraff de Stein , Lieutenant Colonel
du Régiment Royal -Allemand : Prince de
Holſtein , Meftre de Camp du Régiment Royal-
Allemand : Marquis de Marcieu , Meftre de Camp
d'un Régiment de Cavalerie : Marquis de Mouftier,
Meftre de Camp d'un Régiment de Cavalerie :
Comte de Poly , Meftre de Camp d'un Régiment
de Cavalerie : Marquis de Goyon, Meftre de Camp
JANVIER. 1762 .. 187
réformé à la fuite du Régiment du Colonel Géné-
-ral Dragons : & Mallevieille , Lieutenant- Colonel
du Régiment de Dragons du Roi.
BRIGADIERS D'INFANTERIE.
Les fieurs , Colbert de Caftelhil , Lieutenant-
Colonel du Régiment Royal- Ecoffois ; Comte de
Rateliff , Colonel réformé à la faite du Régiment
d'Infanterie Irlandoife de Dillon ; Dieffenthaler ,
Lieutenant- Colonel du Régiment Suiffe de Caftellas
; Marquis de Sablé , Colonel du Régiment de
Haynaut : Comte de Narbonne , Colonel du Régiment
de Soiffonnois ; Marquis de Chaftellux ,
Colonel réformé à la ſuite du Régiment d'Auvergne
de Viennay , Capitaine aux Gardes Françoifes
;de Nolivos , Capitaine au même Régiment ;
Comte de Morangies , Colonel du Régiment de
Languedoc ; Baron de Copley , Colonel réformé
à la fuite du Régiment d'Infanterie de Rougé ;
Marquis de Meſme , Colonel du Régiment de
Medoc ; d'Hallebouft , Lieutenant- Colonel du Régiment
d'Infanterie de Boifgelin ; de Loffendiere ,.
Lieutenant - Colonel du Régiment d'Infanterie de
Chaftellux , ci- devant Talaru ; Comte de Puyfegur
, Colonel du Régiment Royal Comtois ; Comte
d'Elva , Colonel réformé à la fuire du Régi
mentRoyal- Italien ; la Pelleterie , Chef d'une Brigade
du Corps Royal de l'Artillerie ; Beaufire ,
Chef d'une Brigade du même Corps.
BRIGADIERS DE CAVALERIE.
Les fieurs , Durat , Exempt dans la Compagnie
de Beauveau des Gardes du Corps du Roi ; Chevalier
de Montaigu , Aide-Major des Gardes du
-Corps ; Comte de la Cofte, Enfeigne des Chevaux-
Légers de la Garde de Sa Majefté , la Source , Ma--
jor du Régiment d'Aquitaine ; Marquis de Foffeu188
MERCURE DE FRANCE.
fe , Capitaine - Lieutenant des Gendarmes de la
Reine Comte de Sommievre , Capitaine - Lieutenant
des Chevaux- Légers de la Reine ; Montbel de
Champeron , Enfeigne dans la Compagnie Ecoffoife
des Gardes du Corps ; Comte Deffalles ,
Meftre de Camp d'un Régiment ; Comte de Valbelle
, Meſtre de Camp du Régiment de Berry' ;
Comte de Chabot , Meftre de Camp du Régiment
Royal Etranger ; de Vernege , Aide- Major des
Gendarmes de la Garde : Thomas d'Omangeville
, Capitaine réformé à la fuite du Régiment de
la Rochefoucauld avec rang de Meſtre de Camp ;
Prince de Naffau- Ufingen , Meftre de Camp d'un
Régiment de Cavalerie Allemande ; Comte de
Lordat , Major de la Gendarmerie ; Patrice Wale ,
Capitaine dans le Régiment de Fitz - James avec
rang de Meſtre de Camp.
·
BRIGADIERS DE DRAGONS.
Les fleurs , Comte de Morant , Meſtre de Camp
du Régiment de la Reine ; Comte de Barrin , Meltre
de Camp du Régiment de Languedoc ; Comte
de Choifeul-la-Baume , Meftre de Camp d'un Régiment.
DISPOSITION DES RÉGIMENS.
DANS L'INFANTERIE.
Le Régiment de la Marine , au Comte d'Haulfonville
, Colonel du Régiment Royal- Rouffillon ;
celui de Royal- Vaiffeaux , au Marquis de Montefquiou
, Colonel dans les Grenadiers de France ;
celui de la Couronne , au Comte de Blangis , Colonel
du Régiment d'Infanterie d'Angoumois ; celui
de Bourgogne , au Comte de Bouzols , Capitaine
réformé à la fuite du Régiment d'Infanterie
de Bretagne ; celui de Lemps , au Chevalier de
JANVIER, 1762. 189
Paiſegur , Colonel d'un Régiment de Grenadiers
Royaux ; celui de Royal - Rouffillon , au Duc de
Chatillon , Colonel dans les Grenadiers de France
; celui d'Angoumois , au Comte de Fremur
Sous- Aide-Major dans le Régiment des Gardes
Françoifes ; celui de Puiſegur , Grenadiers Royaux ,
au Chevalier de la Rochelambert , Capitaine dans
le Régiment de Montmorin avec rang de Colonel
; celui de Chantilly , Grenadiers Royaux , au
fieur du Pleffis d'Argentré , Capitaine dans le Ré
giment de Limofin .
DANS LA CAVALERIE.
Le Régiment de Monfeigneur le Dauphin , vacant
par la promotion du Comte de Périgord au
grade de Maréchal de Camp , au Baron de Tal-
Teyrand , Capitaine réformé à la fuite du même
Régiment.
DEUX PLACES DE COLONELS.
Donnéespar Sa Majefté dans le Régiment des Gre➡
nadiers de France,
L'une au Chevalier de Talleyrand , Capitaine
réformé à la fuite du Régiment de Cavalerie de
Talleyrand : l'autre au Marquis de Citran , Capitaine
dans le Régiment de Cavalerie d'Eſpinchal.
MARIAGE.
>
Maximilen- Emanuel-François Van- Eyck, Comte
du Saint Empire defcendant des anciens
Barons de Van- Eyck de la Mairie de Bolduc
Confeiller d'Etat privé de l'Electeur de Baviere ,
&fon Envoyé extraordinaire près du Roi , époula,
le 19 Novembre , dans la Chapelle particuliere
de fon Hôtel , Marie-Anne , Fille du Comte d'Arco
du Saint Empire , d'une très- illuftre Maiſon
d'Allemagne,
190 MERCURE DE FRANCE.
MORT S.
Dame Elifabeth - Claire- Joféphine - Guillaine de
la Tour-Saint-Quentin , Comteffe de la Tour ,
Veuve de Meffire Louis - Jacques de Calonne ,
Marquis de Courtebourne , Maréchal de Camp ,
Lieutenant-de- Roi de la Province d'Artois , & auparavant
Commandant de la Gendarmerie , moutut
à Paris le 19 Novembre.
Guy- André-Marie-Jofeph , Comte de Laval ,
Fils aîné du Duc de Laval Montmorency , eſt
mort de la petité vérole à Eimbeck , le 13 du même
mois , âgé de dix-fept ans.
Meffire François de Beaumont d'Autichamp ,
Evêque de Tulles , & Abbé de l'Abbaye de la Victoire
, Ordre de Cîtteaux , Diocèfe de Senlis , mourut
en fon Diocèle le 20 , âgé de foixante - dix
ans.
Marie-Françoiſe de Noailles , veuve d'Emmanuel-
Henri de Beaumanoir, Marquis de Lavardin,
Lieutenant-Général pour le Roi au Gouverne
ment de Bretagne , eft morte à Puteaux le 28 ,
dans la foixante -quinzié.ne année de fon âge.
Dame Anne - Gabrielle d'Ofmond , veuve de
Meffire François - Dominique de Cardevac , Marquis
d'Havrincourt , Brigadier de Dragons , &
Gouverneur de Hefdin , elt morte le 12 à l'Abbaye
de Montreuil , dans fa quatre- vingt- deuxième année.
Dom Remi Ceillier , Religieux Bénédictin de la
Congrégation de Saint Vanne & Saint Hydulphe ,
connu par plufieurs Ouvrages qui lui avoient acquis
une réputation diftinguée , mourut le 17 en
fon Prieuré de Flavigny , près de Nancy , âgé de
foixante-treize ans.
Mellire René-Jean -Baptifte de la Vieux-Ville ,
Marquis de ce nom , mourut à Paris le 27 , âgé
JANVIER . 1762. 191
de foixante- dix ans. Il avoit été Colonel d'un Kégiment
d'Infanterie de fon nom , & enfuite Colonel-
Lieutenant du Régiment d'Infanterie de feu
Monfeigneur le Duc de Berry , Petit - Fils de Louis
XIV .
Meffire Jacques-Philippe de la Beaume , Comte
de Saint- Amour , Ancien Meftre de Camp de
Dragons , eft mort le 26 , au Château de Chantonnay
en Franche-Comté.
Dame Marie Maximilienne de Roifin , veuve de
Meffire Charles- Jofeph le Danois , Comte de Cernay
, Maréchal des Camps & Armées du Roi , eſt
morte le 9 Décembre à Valenciennes , dans la
quatre- vingt- cinquiéme année de fon âge.
Meffire Agéfilas - Gafton de Groffolles , Marquis
de Flamarens , Brigadier de Cavalerie , & Grand-
Louvetier de France , mourut à Paris le 14 , âgé
de foixante- quinze ans.
Le tirage de la onzième Loterie de la Ville de
Paris , fe fit le 18 du mois de Novembre dans
l'Hôtel-de- Ville , avec les formalités ordinaires.
Le premier lot , qui étoit de cinquante mille livres
, eft échu au Numéro 11783 ; celui de vingr
mille , au Numéro 14665 ; les deux lots de dix
mille font échus aux Numéros 14336 & 11386.
Le tirage de la Loterie de l'Ecole Royale Militaire
s'eft fait , le 12 Décembre , en la maniere
accoutumée , dans l'Hôtel - de- Ville. Les Numéros
fortis de la roue de fortune font 81 , 30 , 24 , 16 ,
83. Le prochain tirage fe fera le 12 Janvier 1762,
192 MERCURE DE FRANCE .
LETTRE duMarquis de VAUDREUIL
au Duc de CHOISEUL , du 30 Octobre
1762.
M ONSEIGNEUR
J'ai lu avec ſurpriſe , dans le Mémoire Hiſtorique
des Négociations de la France & de l'Angleterre
fur l'objet de la paix , l'imputation qui m'eft
faite par les Anglois à l'occafion des limites dut
Canada ; & comme il n'y a rien de plus faux & de
plus chimérique que cette affertion , je dois , Monfeigneur
, vous rendre compte de ce qui s'eſt paffé
à cet égard entre M. Amherſt & moi.
Je n'ai tracé aucunes limites quelconques , lorfque
j'ai capitulé , & ne me fuis jamais expliqué
dans mes pour-parlers avec ce Général , que par
les termes fimples de Canada . Sept à huit jours
après la reddition du Pays , Il m'envoya un Officier
, pour me demander des Cartes inftructives
fur l'étendue de cette Colonie ; à quoi je répondis
négativement , par la raison qu'elles avoient été
pillées avec mes effets à Quebec , contre la foi
de la capitulation de cette Place ; & cet Officier
m'ayant alors montré une Carte qu'il avoit par
devers lui , je niai les limites qu'elle indiquoit , &'
leur en ſubſtituai verbalement d'autres , qui étendoient
la Louifiane , d'un côté, jufqu'au Portage
des Miamis , qui eft à la hauteur des terres , dont
les eaux fe déchargent dans la riviere Ouabache ,
& de l'autre , juſqu'au haut de la riviere des Illinois.
Ce que j'ai l'honneur de vous marquer , Monfeigneur
, eft inconteftable ; je ne crains pas que
les Anglois produisent aucune preuve du contrairej
JANVIER. 1762. 193
re; parce qu'en outre il n'y a eu ni acte paffé , ni
ligne de tirée à ce fujet je fuis charmé de vous
en prévenir , afin qu'on n'en impofe pas davantage
à cet égard. J'ai l'honneur d'être , &c.
LE MARQUIS DE VAUDREUIL .
EVENEMENS SINGULIERS.
Du s Décembre 1761 .
Des lettres de Dijon font mention d'un Phénomene
effrayant.Le 12 du mois dernier, vers 5 heures
du matin ,il ſe forma autour de la Lune un nuage,
qui paroiffoit avoir environ so pieds de circonférences,
& d'où il fortit fubitement unfeu fi vif &
d'un volume fi confidérable , que la plupart des
fpectateurs , ne pouvant en foutenir l'éclat , fe
jetterent le vifage contre terre . Cette eſpèce d'embrafement
du Ciel dura quelques minutes. Il fut
fuivi d'un bruit femblable à celui de plufieurs carons
de batterie , qui tireroient en mêmetemps.
La commotion de l'air fut fi forte, qu'elle fit trembler
les fenêtres & les portes de toutes les maifons.
Le mêmejour , à deux heures & demie du matin,
on avoit vû en l'air, à Genève , un globe confidérable
de feu , qui peu après le changea en une
longue trainée de lumiere , & qui fe diffipa enfuite
avec une explofion affez forte. Pendant l'apparition
de ce Météore , on fentit une légère fecouffe
de tremblement de terre , accompagnée de
bruits fourds. La lumiere qu'il jetta , étoit fi éclatante
, que lorfqu'il difparut , les perfonnes qui
l'avoient obfervé, crurent être dans les plus profondes
ténébres , quoique le Ciel fût très ferein ,
& que la Lune eût encore plufieurs heures à eller
fur l'horifon ; il n'y a eu que des gens de la Cam-
I. Vol. I
194 MERCURE
DE FRANCE .
pagne & les Sentinelles de la Ville qui aient été
témoins de ce Phénomene . Ainfi l'on ne peur déterminer
avec certitude, à quelle élévation il a paru,
& l'on fçait feulement que la direction étoit du Sud
à l'Ouest. Le même jour auffi & vers la même
heure , deux Habitaus du Bourg de Dome , près
de Moulins en Bourbonnois , apperçurent un pareil
météore , qui tomba du Ciel , & qui , lorsqu'il
approcha de terre , leur parut être du volume &
de la forme d'une paille enflammée.
Le Météore enflammé , vû à Genêve & à Dijon,
a été apperçu la inême nuit & vers la même heure
, non- feulement à Paris par l'Abbé de la Caille ,
de l'Académie Royale des Sciences , & dans les
environs de Vernon par quelques gens de la Campagne
, mais encore à Ham dans la Picardie ( un
degré au Nord de Paris ) , en même- temps qu'il
a été obfervé à Ville-Franche en Beaujolois par le
Baron des Adrets , dont l'obſervation a été communiquée
à l'Académie des Sciences par le Cardinal
de Luynes . La diſtance des lieux , où l'on a
remarqué ce Phénomene , prouve qu'il étoit fort
au-deffus de la hauteur ordinaire des nuages.
On a écrit de Dantzick Novembre , le 19 que ,
vers les fept heures du foir , on s'apperçut que
Ciel , au lieu de devenir plus fombre à meſure
qu'on s'avançoit dans la nuit , s'éclairoit infenfiblement
,quoiqu'on eût encore plufieurs heures à attendre
le lever de la Lune. Cette clarté s'augmenta
confidérablement à huit heures , & peu après
on vit , dans la moyenne région de l'air , un grand
nombre de lames lumineufes s'élancer du Nord à
l'Eft vers un centre qui paroiffoit les réunir. Sur
les neuf heures , leur action devint extrêmement
vive , & dans leur mouvement , elles fe croifoient ,
les principales confervant toujours leur même direction
. Une heure après , leur lumiere & leur acle
JANVIER. 1762. 195
tivité diminuerent peu-à -peu ; & à minuit elles ne
fe firent plus remarquer que de moment à autre ;
mais il refta fuffisamment de clarté , pour qu'on
pût diftinguer les objets d'un certain volume.
Il avoit fait , dans le jour , un temps affez beau
pour la faifon. Le Soleil avoit brillé une partie de
l'après- midi , & le Ciel n'avoit été obfcurci d'aucun
nuage. L'air s'étoit refroidi vers le foir , & il
gela , dans la nuit , à glace.
Pendant la durée du Phénomene , que , fans
doute , les Phyficiens rangeront dans la claffe des
aurores Boréales , divers Marins affurérent qu'il
étoit l'avant-coureur d'une violente tempête . En
effet, le lendemain , on en éfluya une très- longue
& très-fâcheuſe.
SUITE des Nouvelles Politiques du
mois de Décembre 1761 .
De PARIS , le 21 Novembre.
Le Prince deCondé revint le premier de ce mois ,
de l'Armée commandée par le Maréchal Prince
de Soubile , & le 3 , il alla à Verſailles rendre fes
reſpects à Leurs Majeſtés.
Le Knès Repnin , que l'Impératrice de Ruffie a
nommé fon Miniftre Plénipotentiaire auprès du
Roi d'Espagne , & qui avoit été arrêté ici par une
maladie , fe difpofe à continuer inceffamment fa
route vers Madrid .
La Cornette vacante dans la feconde Compagnie
des Moufquetaires de la Garde du Roi , par
la mort du Comte de la Riviere ; a été accordée
au Marquis de Pimodan , ancien Lieutenant au
Régiment des Gardes-Françoiſes.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
L'Aide Majorité , qui vaquoit dans la même
Compagnie par la retraite du fieur de Garriffon ,
a été conférée au fieur de Girardot , déja Maréchal
des Logis . Le fieur de Pebarte eft monté au
grade de Maréchal des Logis ; le fieur de Saint-
Sardos a été nommé Brigadier , & le fieur de
Savoify Sous Brigadier.
Le 12 , l'Ouverture du Parlement fe fit , avec
les cérémonies accoutumées , par une Meffe Solemnelle
, à laquelle le fieur Molé , Premier Préfident
& les Chambres affiftérent , & qu : fut célébrée
par l'Abbé de Sailly , Chantre de la Sainte-
Chapelle & Aumônier de Madame la Dauphine.
Le 16 , la Princeffe de Rohan- Guémené accoucha
d'une fille.
Le tirage de la dixiéme Loterie de la Ville de
Paris fe fit le 21 du mois dernier dans l'Hôtelde
- Ville, avec les formalités ordinairest . Le premier
lot , qui étoit de cinquante mille livres , eft
échu au Numero 7173 1. celui de vingt mille au
Numero 2655. Les deux lots de dix mille font
échus aux Numeros 5113 & 123118.
Le tirage de la Loterie de l'Ecole - Royale - Militaire
s'eft fait le 14 Novembre , auffi dans l'Hôtelde-
Ville , en la maniere accoutumée . Les Numeros
fortis de la roue de fortune, font , 4 , 30 , 70 ,
6, 11. Le prochain tirage fe fera le 12 Décembre ,
NAISSANCE.
Dame Anne -Madelaine- Françoife Lallemant de
Montlangault , Epoufe de Meflire Jean - François
Del - Puéch de Coméiras , Colonel- Lieutenant du
Régiment des Volontaires Etrangers de Clermont-
Prince , eft accouchée , à S. Hippolite , en Languedoc
, le quatre Novembre , d'un fils , qui a
été nommé , Jean - François , par Meffire François
Del- Puéch , Seigneur de Comeiras , BrigaJAN
VIER. 1762. 197
dier des Armées du Roi , & par Dame Anne de
Bedos , fon Epoufe , fes Ayeul & Ayeule.
MORTS.
Dame Anne - Madelaine d'Aligny , veuve de
Mellire N. de Verron , Envoyé du Roi à la Cour
de Ruffie , eft morte au Château de Perfan , dans
la foixante- cinquième année de fon âge.
Gafpard , Marquis de Sabran , Brigadier de
Cavalerie , mourut le 2 en fon Château de Voinles
près de Rofay en Brie , âgé de foixante- douze
ans.
Le Marquis de la Riviere , Cornette dans la feconde
Compagnie des Moufquetaires de la Garde
du Roi , eft mort , le 10 Octobre , de la petite
vérole , à Éimbeck. Il fervoit à l'Armée du Maréchal
de Broglie.
N. de Cantimir , époufe du Knés de Gallitzin ,
ci- devant Miniftre de la Cour de Petersbourg auprès
du Roi , & actuellement nommé Ambalfadeur
de la même Cour à celle de Vienne , mourut
à Paris , le 2 Novembre , âgée de quarantedeux
ans. Elle étoit Dame d'Honneur de l'Impératrice
de Ruffie.
-
EUGENE de Larriateguy de Vignolles , Brigadier
des Armées du Roi , Colonel des Volontaires
d'Auftrafic , ci devant Major du Régiment de
Champagne , mourut à Gottingen le 15 Octobre
dernier , de la bleffure qu'il avoit reçue le 14 du
mois précédent , à l'attaque d'un Camp des ennemis
près de Neuhauff . Cet Officier , dont le mérite
& la bravoure étoient connus , depuis long-temps ,
de toutes les Troupes & des Généraux , eft univerfellement
regretté. Il defcendoit de l'ancienne &
illuftre Maifon de Larriateguy , de la Province de
Guypufcoa en Efpagne , dont une branche s'eft
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
J
étábie à Bayonne il y a environ deux cens ans ,
ainfi qu'il eft prouvé par la généalogie . Il époufa
en 1755 Dlle. Marie Morel , Fille aînée de M.
Morel , Doyen du Parlement de Metz , de laquelle
il a eu un Fils & une Fille.
Le 31 Octobre dernier , Dame Marie - Louiſe
de Rochon-de- la - Peyroufe-de-la - Motte , mourut
âgée de foixante feize ans dans le Monaſtère des
Dames Bénédictines de Sainte- Colombe-lez-Viennéén
Dauphiné , où elle s'étoit retirée depuis plufieurs
années . Elle étoit demeurée veuve depuis
l'an 1729 , de Meffire Jean-René de la Tour-du-
Pin-de-Montauban , Chevalier , Seigneur & Barón
de Monfroc , de Curel , de Saint Gervais & de
Roquebeau , Brigadier des Armées du Roi , Infpecteur
général de la Cavalerie & des Dragons
de France , avec lequel elle avoit été mariée par
contrat du 15 Février 1708 , étant alors âgée de
22 ans , Fille de Mellire Elie Guillaume de Rochon-
de- la-Peyroufe-de-la - Motte , Seigneur de
Châteauvieux & de Piles ( ou des Pilles ) , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , Lieutenant
pour le Roi au Gouvernement de Maubeuge , &
de Dame Marie- Geneviève d'Alléoud - de- Cheylane
, fa deuxième Femme , qu'il avoit épousée par
contrat du 3 Février 1680 , Fille de Meffire René
d'Alléoud , Seigneur de Cheylane & de Roquebeau
, & de Dame Marie- Ode de Bonior : lequel
Seigneur de Châteauvieux avoit eu de fon premier
mariage , Meffire Jacques- Théodore de Rochonde-
la- Peiroufe-de- la -Motte , Seigneur de Châteauvieux
, Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
Commandeur honoraire de l'Ordre Militaire de
S. Louis , & Gouverneur de la Citadelle de Valenciennes
, où il mourut le 14 Juillet 1738. Du
JANVIER . 1762. 199
mariage de ladite de Rochon , avec le fit Seigneur
de la Tour de Montauban , naquirent Mre Louis
de la Tour-du- Pin , Comte de Montauban , Brigadier
des Armées du Roi, & premier Ecuyer de Mgr
le Duc d'Orléans , premier Prince du Sang , dont
łe décès arrivé les Avril 1760 , a été annoncé
dans le Mercure du mois de Mai faivant ; Ange-
Nicolas de la Tour-du-Pin-de-Montauban , Capitaine
de Cavalerie dans le Régiment d'Orléans ,
mort l'an 1739 fans alliance ; & Marie-Anne de la
Damoifelle d'hon-
Tour-du Pin-de -Montauban >
neur de feue S. M. C. la Reine , feconde Douairière
d'Efpagne , décédée le 11 Novembre 1760 ,
fans avoir été mariée .
Les Lettres venues en dernier lieu des Indes ,
font mention de la mort d'Armand- François Lefebvre
, Vicaire Apoftolique des Royaumes de
Cochinchine , Camboye & Cyampa , arrivée en
Cambaye le 9 Mars 1760. Il étoit né à Calais en
1709. Il avoit été facré Evêque de Noelen en
Novembre 1741. Il laite par fa mort un grand
vuide dans la Miffion de ce Pays; & les traces
de fes travaux Apoftoliques y font trop bien gravées
pour n'y point fervir à jamais de monumens
de fa piété , & du zéle qu'il a employé pour
la Converfion des Idolâtres .
EVENEMENS SINGULIERS.
GRANDE - BRETAGNE.
De LONDRES , le 17 Novembre 1761 .
Voici la faifon dangereufe fur la Mer : nous
apprenons chaque jour quelque aventure fâcheufe
I iv
200
MERCURE DE FRANCE .
3
de nos Vaiffeaux . Deux Navires richement char-,
gés pour Leith en Ecoffe ont péri ; l'Equipage de
l'un a été entiérement perdu ; cinq perfonnes de
l'autre ont été noyées . Un Navire de Liverpool
a péri fur la côte d'Afrique. Un Senaut , chargé
de bois pour Londres , a péri fur la côte de Suéde.
Deux grands Bâtimens ont coulé à fond fur la
côte d'Irlande , & il ne s'en eft pas fauvé un feul
homme. Le Bâtiment nommé le Comte de Bute fut
onfumé par le feu , le même jour qu'il mit à la
voile de Pétersbourg pour Londres.
de
+
Un accident remarquable eft arrivé il y a peu
temps à Ely. Un bon Vieillard , âgé de cent
quatre ans, conduifoit une charrête. Son fils
qui avoit plus de foixante ans , tomba malheureufement
devant les roues qui pafférent fur fon
corps , & le tuerent fur le champ . Le Pere fut fi
vivement touché de la mort de fon Fils , qu'il mourut
de douleur deux jours après.
Le Château de Workou , appartenant au Duc
de Norfolk , & l'une des plus belles maifons de
Campagne de toute l'Angleterre , vient d'être confumé
par un incendie. Il y avoit cinq cens piéces
dans ce château , & le dommage eſt évalué à plus
de cent mille livres fterling , deux millions deux ou
trois cens mille livres de notre monnoie . )
FRANCE.
D'Alface , le 15 Novembre.
Agathe Hiff, veuve de Jean Jelfch de Hirfingen
, dans le Comté de Montjoie ou de Srobergen
en haute Alface , eft morte le 10 de ce mois
âgée de cent trois ans trois mois , ayant conſervé
une entiere préſence d'efprit jufqu'à fon dernier
moment. Ses Enfans attribuent fon grand âge au
JANVIER. 1762. 201
vin qui étoit fa feule boiffon , & , pour ainfi dire ,
toute la nourriture .
De MA U RS en Auvergne.
," Le 30 Août dernier , l'Abbé de Senerzergues
ci-devant Chanoine du Chapitre d'Aurillac , a pris
poffeffion de l'Abbaye de Maurs , Ordre de Saint
Benoît , Diocefe de Saint - Flour , à laquelle le Roi
l'avoit nommé depuis le mois de Mai. Le moment
de fon inſtallation , à laquelle un grand concours
de perfonnes diftinguées de la Province s'eft empreffé
d'affifter , a été d'autant plus flatteur pour
lui , que les marques vraies de la fatisfaction générale
dont elle a été accompagnée , en lui impofant
des motifs de reconnoillance bien précieux ,
lui ont été le témoignage le moins équivoque du
reſpect & de l'eſtime publique pour fa perfonne ,
de la confidération acquife à la famille , & de la
vénération qu'on conferve dans fon pays , pour la
mémoire de fon frere aîné tué auprès de Quebec.
en Canada le 13 Septembre 1759 , dont les nouvelles
publiques annoncerent la mort dans le
temps.
Meffire Louis Etienne- Guillaume de Senezergues
, Chevalier , Seigneur de Larode , Brigadier
des Armées du Roi , & Chevalier de l'Ordre Royal
& Militaire de Saint Louis , étoit né en 1709 à Aurillac
en Auvergne. Elévé de bonne heure au métier
des Armes fous les yeux d'un pere , qui avoit
lui - même fervi longtemps avec beaucoup de diftinction
, il fut fait Lieutenant , en 1724 , au Régiment
d'Infanterie de la Sarre , ( que fon pere ,
après avoir eu un bras emporté au fiége de Eribourg
de 1713 , étant alors Capitaine de Grenadiers
de ce même Régiment , avoit quitté pour
remplir la Majorité de Salins , qu'il a occupée ju
I v
202 MERCURE DE FRANCE .
qu'à la mort arrivée en 1735 ) . Son fils avoit été
fait Capitaine au commencement de la Campagne
de 1734 en Italie , d'où étant revenu après la paix
de 1736 , il paffa en Corfe l'année d'après , & il y
fit la guerre jufqu'en 1741 , que les Troupes qui
y étoient , étant repallées en France , fon Régiment
fut fucceffivement employé fur le Rhin , en Baviere
, fur le Mein , en Provence , en Piémont ,
dans la guerre générale qui finit par le Traité
d'Aix-la- Chapelle. Il en avoit été nommé Major
en 1745 , & après en avoir rempli les fonctions
avec toute l'exactitude & la diſtinction poſſibles ,
il fut fait , deux ans après , Commandant du fecond
Bataillon , lequel ayant été deſtiné à paſſet
en Canada en 1756 , le fieur de Senerzergues y
palla avec lui : il eut alors an Brevet de Lieute
nant Colonel ; & arrivé dans ce pays-lâ , les occafrons
fignalées , que lui & le Régiment qu'il commandoit
, eurent de montrer leur zéle pour le fervice
du Roi , & de s'y diftinguer , lui ayant mérité
les fuffrages & la confiance de M. le Marquis de
Moncalm & de M. le Marquis de Levi fous lefquels
il fervoit, & de recevoir les marques les plus
fatteufes de la ſatisfaction , dont le Miniſtre de la
Guerre , inftruir de fes fervices , avoit l'attention
de l'honorer , il fut fucceffivement pourvu d'une
penfion fur le Trélor- Royal , & far l'Ordre de
Saint-Louis , & nommé Brigadier des Armées da
Roi au mois de Février 1759. Il continuoit , par de
nouveaux fervices , à mériter de plus grandes graces
, lorsqu'il fut tué , le 13 Septembre de la même
année , d'un coup de feu au travers du corps , à la
fin de la Bataille donnée près de Quebec , & commandant
l'Armée du Roi après la bleſſure morrelle
que M. le Marquis de Moncalm avoit reçue s
& c'eſt ainſi qu'emportant les regrets de tous ceux
JANVIER. 1762. 203
qui l'avoient connu , il finit , à l'âge de cinquante
ans , une carrière que fes talens & fon zéle avoient
déjà rendue fi glorieufe dans l'état militaire , &
dont l'affemblage de toutes les vertus morales &
chrétiennes qu'il réuniffoit au plus haut point ,
rendra à jamais le fouvenir précieux à tous ceux
qui ont eu le bonheur de les lui voir pratiquer,
Il avoit été marié , en 1751 , avec Damoiselle
Charlotte de S. Chamans , fille aînée du Marquis
de S. Chamans du Pêcher ; mais il ne jouit pas
longtemps du bonheur de vivre avec elle , la petite
Vérole l'ayant emportée au bout de dix -huit
mois de mariage : il n'en avoit point eu d'enfans .
& il ne refte de fon nom que des foeurs , & l'Abbé
de Senerzergues fon frere unique , ( qui a donné
lieu à cet article ) en la perfonne duquel , Sa Majefté
, dont la bonté eſt toujours active , a bien
voulu montrer le fouvenir qu'elle conferve des
fervices de fa famille , en le nommant à l'Abbaye
de Maurs , dans un temps où elle répandoit fes
graces fur ceux qui venoient d'élfuyer les malheurs
de la guerre du Canada .
PREMIERE LETTRE à l'Auteurdu Mercure.
JE trouve , Monfieur , dans l'Ouvrage que vous
continuez avec beaucoup de fuccès , une faute ,
dont la correction intérelle beaucoup la Maiſon de
Ste Geneviève , & j'hélite d'autant moins à vous la
faire connoître , que votre zéle & votre envie d'obliger
me font également connus. « M. de Har
lai» , dit l'Auteur du Mercare , année 17 17. Août,
pag. 114 & 115 , a fait un Teſtament par lequel
il laiffé les Mémoires & les papiers qu'il avoit
paflemblés touchant la Charge d'Avocat Général
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
ל כ
›› à M. Chauvelin de Grifenoir qui occupe cette
place ; & au cas qe ce dernier vînt à décéder
>> fans enfans , il légue TOUS SES MANUSCRITS à
» la Bibliothèque de Ste Géneviéve , qui a été fort
>> augmentée par celle de feu M. l'Archevêque de
» Reims ». Ce narré , Monfieur , eft défectueux
dans tous les points : M. de Harlai fit préfent de
fes Manufcrits à M. de Chauvelin , par une donation
entre-vifs , paffée devant Me Savigny , Nataire,
le 11 Août 1716 , & bien antérieure à fon
Teftament qui eft du 19 Mars 1717. Par cette donation
il fubftitue , à la vérité , fes Manufcrits .
en cas que M. Chauvelin meure fans enfans qui
embraffent le parti de la Robe ; mais cette fubftitution
ne regarde point l'Abbaye de Ste Geneviève ,
mais celle de. S. Germain-des Prés. L'erreur du
Journaliſte eft d'autant plus furprenante , que rien
n'a pu l'occafionner ; M. de Harlai qui avoit difpolé
dès 1715 de fes Manufcrits , ne parlant dans
fon Teftament que de fes Livres imprimés qu'il
légue au College de Louis -le- Grand , où l'on fçair
qu'ils font confervés avec foin , & felon l'inten
jon du Teftateur. J'ai l'honneur d'être , &c.
?
MERCIER , Chanoine Régulier ,
& Bibliothécaire de Ste Géneviéve.
Le 14 Décembre 1761 .
SECONDE LETTRE à l'Auteur du Mercure.
TOUT ce qui eft digne de l'attention du Public ,
doit , à mon avis , lui être communiqué , & c'eſt
un vol manifefte que l'on fait au Peuple fçavant
de lui cacher quelques découvertes lorfqu'elles pa
JANVIER. 1762. 205
roiffent pouvoir être de quelque utilité à fes connoiffances
: c'eft dans cette vue que je prends la
liberté de vous adreffer le détail de l'événement
fuivant . . . . . . Le 12 Novembre , à cinq heures
fept minutes trois fecondes du matin , le Soleil
étant dans le vingtiéme degré du Scorpion , & la
Lune fur le vingtiéme degré du Taureau , a paru
un de ces Méteores de feu ou corps mixtes qui fe
forment dans différentes regions de l'air , & qui
s'y étant formés , s'y détruifent bientôt . C'étoit
une espéce d'étoile tombante dont la bafe qu
ron leur contenoit à mes yeux une eſpace auffi
grand que la Lune peut nous paroître . Ce corps
de feu qui formoit un câne , étoit d'un rouge trèsfenfible,
& étoit fuivi d'une queue fort longue &
proportionnée , compofée d'une lumiére la plus
pure & la plus vive que l'on puille voir. L'aprèsmidi
de la veille , jour de la Saint Martin , le Soleil
avoit paru dans tout fon éclat , quoiqu'il eût
beaucoup plu le matin. La Lune étoit très-brillante
, & le Ciel n'étoit alors brouillé d'aucune
apparence de nuages & de brouillards , quoique.
le vent fût un peu fort. Ce Méteore qui ne dura
pas plus de quatre fecondes , obfcurcit pour quelques
minutes le temps , qui fut enfuite très -beau
jufqu'au lendemain , & forma un bruit à peu-près
femblable à quelques fufées volantes qui commencent
à s'élever en l'air. Des Payfans & des
Poftillons m'ont affuré qu'ils avoient vu ce Mé- '
téore le cinq à quatre heures du matin . Quelques
perfonnes regardent cet événement comme quelque
chofe de furprenant ; pour moi ( je ne fçais fi
je me trompe ) je crois que ce n'eft autre chofe
qu'un amas d'exhalaifons de fouffre & de nître , qui
contenant une grande quantité de matiére éthérée,
s'allument bientôt dans l'air par le choc violent
206 MERCURE DE FRANCE.
& l'agitation impétueufe où les met le vent. Si
vous jugez , Monfieur , que cette expofition mérite
une place dans votre Mercure , je vous prie de l'y
inférer. J'ai l'honneur d'être , & c.
DEMAUGRAS , Bachelier en Droit ,
de la Facuité de Paris.'
A Fontainebleau , ce 21 Novemcre 1761 .
TROISIEME LETTRE à l'Auteur du Mercure.
JBE vous prie , Monfieur , de vouloir bien infé
rer dans les Nouvelles de votre Journal l'Avis
fuivant:
Mellieurs les Abonnés au Journal de Trévoux
font priés de s'adreffer pour le renouvellement
de leur abonnement directement à Chaubert , Libraire
, quai des Auguftins à Paris , maintenant
feul chargé de la vente & diftribution de cet Ouvrage
périodique . Vous obligerez fenfiblement ,
Monfieur , votre très-obéiffant Serviteur ,
CHAUBERT.
Paris , ce 21 Décembre 1761 .
AVERTISSEMENT de M. DE VOLTAIRE.
PLUSIEURS perfonnes s'étant plaintes de n'avoir
point reçu de réponse à des paquets envoyés
foit à Ferney , foit à Tournay , foit aux Déliees
; on eft obligé d'avertir , qu'attendu la multiplicité
immenfe de ces paquets , on a été oblige
de renvoyer tous ceux qui n'étoient pas adrefpar
des perfonnes avec qui l'on a l'honneur
d'être en relation.
fés
JANVIER. 1762 . 207
AVIS DIVER S.
Le fieur PELLETIER , Machinifte des Enfans de
France , expofe à la curiofité du Public un Cabinet
qui mérite réellement d'être vu , & il le fait voir
même gratuitement tous les jours depuis neuf
heures du matin jufqu'à une de l'après- midi . Paffé
cette heure jufqu'à celle de neuf du foir , il fera
aux ordres des perfonnes de diftinction & autres
qui voudront voir & entendre , excepté les Vendredi
& Samedi , & aux autres heures du jour &
de la nuit , à moins qu'on ne l'avertiſſe . Son procédé
, pour engager le monde à revenir le voir ,
eft des plus polis.
La principale Piéce de ce Cabinet que le fieur
Pelletier vient de finir , eft un magnifique Buffet
d'Orgue auquel eft adapté un cylindre par le
moyen duquel & des refforts qui l'animent , il exé
cure tout feul & fupérieurement l'ouverture de
Pygmalion en cinq parties , deux Mufettes de
M. Rameau , les Sauvages , les Variations de
M. Guignon , la Gigue de M. Mondonville , &c.
L'on y voit avec plaifir différentes autres piéces
organisées , & un modéle en petit & fimplifié de la
Machine de Marly , une Grue & un Chariot pour
enlever & tranfporter une Statue équestre avec
une facilité étonnante , un Rocher Chinois des plus
finguliers , &c. Sa demeure eft rue Charlot au
Marais , près le beau Boulevard , la premiere porté
cochere à gauche en entrant , par la rue de Bretagne.
LaVeuve BOUTTEVILLE , Marchande Confiſeuſe,
rue des Lombards , à la Reine de France , la premiere
Boutique en entrant par la rue St. Denis ,
fait avertir le Public qu'il vient de lui arriver de
208 MERCURE DE FRANCE. 1
Turin des Lettres galantes en paftilles , dont le
goût répond parfaitement à la gentilleffe de l'ouvrage.
On pourra envoyer pour Etrennes ces Lettres
per la petite Pofte de Paris , fans rifque qu'elles
foient callées , attendu que ladite Veuve Boutteville
a prévenu le Bureau général ſur ces envois
, pour qu'il donne des ordres à tous les Commis-
porteurs de Lettres , de les rendre à leur
adreſſe bien conditionnées .
Son Magafin eft très-bien aſſorti dans tout ce
qui regarde fon commerce.
Le fieur PASTEL Breveté du Roi , donne avis
au Public qu'il travaille avec beaucoup de fuccès , .,
pour la guérifon radicale des maladies Vénériennes
, fans friction ni falivation , & fans garder la
chambre, ainfi que les callofités & carnofités du canal
de l'urètre, par des bougies particulieres, qu'au
cun reméde n'aura pû détruire . Ses remédes
font incorruptibles , & fe tranfportent par tout.
Sa Demeure eft rue d'Anjou , près celle Dau--
phine à Paris
M. MACLOT commencera le Dimanche 10
Janvier 1762 à trois heures après midi , & continuera
tous les Dimanches & Fêtes & Jeudis de
chaque femaine à pareille heure , un Cours particulier
de Leçons élémentaires qui auront pour
objet , la Géographie , la partie d'Aftronomie qui
fe combine avec cette Science & les parties les
plus utiles des Mathématiques ; il y joindra les
notions générales des principaux Etats de l'Europe
, & une Defcription particuliere de l'Allemagne
; il renfermera le tout en 40 leçons de
2 heures chacune. Sa demeure eft au Caffé du
Fort qui fait le coin de la rue de la Verrerie
près S. Merri.
JANVIER. 1762 . 209
AVIS IMPORTANT AU PUBLIC.
Le fieur Cous , feul Auteur & Compofiteur,
des véritables Cuirs de la Chine . fans pareils ,
pour repaller les Rafoirs , les Canifs & c . La pierre.
devenant inutile avec lefdits Cuirs ; l'entretien &
la nourriture defdits Cuirs eft l'huile ; le contraire
de tous les autres Cuirs , le Rafoir coupant de
plus près avec une douceur non pareille . Vu l'applaudiffement
que ledit heur Coue a reçu de toutes
les perfonnes qui en font ufage , & les repréfentations
qui lui ont eté faites de l'incommodité
& obfcurité de monter chez lui l'ont engagé
pour la commodité & utilité du Public de changer
de demeure.
Il fait auffi des Cuirs pour 'repaffer & entretetenir
les Couteaux de table & autres , qui n'ont jamais
paru dans le Monde.
Il demeure Cloître Ste Opportune , vis - à - vis le
grand Portail de l'Eglife , au rez-de - chauffée.
Le Sr LASERRE à titre de Diftillateur, vient d'obtenir
un Privilége du Roi , qui l'aurorile à faire
part au Public d'un Elixir pour les dents , le fruit
de vingt années de travail & de recherches dans
les opérations chymiques de la diflillation . Ce Privilége
ne lui a été accordé par M. de Senac , premier
Médecin de Sa Majefté , que fur des Certifi
cats authentiques & lans nombre , de l'efficacité
de ce nouveau Reméde , & d'après la connoiffance
particuliere qu'il a prife lui- même de ce qui entre.
dans la compofition de ce fpécifique. C'est un des
meilleurs qui aient encore paru pour appaifer d'abord
, & guérir enfuite radicalement les maux de
dents les plus aigus & les plus invétérés , foit qu'ils
viennent de caries ou de fluxions , foit de tongo
210 MERCURE DE FRANCE .
autre cauſe. Cet Elixir a auffi la propriété de nétoyer
parfaitement les dents , d'entretenir leur
blancheur , & de la leur rendre lorfqu'elles l'ont
perdue. Le fieur Laferre fait des envois en Province
, & dans les Pays Etrangers , pourvu qu'on ait
l'attention de lui en faire toucher le montant , &
d'affranchir les lettres , qui fans cela reſteroient à
la poftes les bouteilles font de 3 livres , de 36 fols,
& de 24 fols. Il donne un imprimé qui indique la
maniere de s'en fervir. Sa demeure eft à Paris ,
dans l'Abbaye de Saint Germain-des- Prez , Cour
& vis-à vis la grande grille des Bénédictins , au
grand Magafin de Provence & de Montpellier.
Le fieur FERRON , Marchand à Paris , demeurant
Enclos de l'Abbaye S. Germain des Prés , en
entrant par la rue du Colombier , à l'Enſeigne
de S. Nicolas , a l'honneur de faire part au Pa
blic qu'il poffede feul le fecret de faire des Savonnettes
légères de pure Crême de Savon , qui
durent plus que les lourdes & ne fe mettent
point en pouffiere ou en bouillie dans le baffin
il eft le feul poffeffeur dudit fecret de la Veuve
Simon Bailly , que l'on a fait paffer pour morte.
Ceux qui voudront s'affurer du contraire , pourront
s'adreſſer à elle- même , en fa maiſon , rue
da Petit - Lion , vis - à- vis la rue Françoife , chez
laquelle ledit Ferron a travaillé longtemps pour
fe perfectionner dans ledit fecret : ledit Geur
vénd aufli des pains de Pâte graffe incorruptible
de fines odeurs pour les mains , d'une bonté finguliere.
Le Public étant trompé tous les jours par des
Savonnettes contrefaites , qui loin d'être utiles &
agréables , fe mettent en pouffiere ou en bouillie
dans le baffin , & ne font que gâter & tacher le
linge , ledit fieur pour y remédier continue de
JANVIER. 1762. 211
mettre le nom de Bailly fur chaque Savonnette.
Les prix font toujours les mêmes , & l'on trou
vera chez le fieur Ferron les mêmes facilités qu'avec
ladite Veuve Bailly.
M. DÉFOSSEDS Gentilhomme Picard établi
depuis vingt ans en Normandie dans le Comté
d'Evreux , où il eft Capitaine des Chaffes de
Mgr le Duc de Bouillon , avertit qu'il a inventé
un Barometre d'une conftruction finguliere &
nouvelle , qui lui annonce les variations du temps
huit jours à l'avance fans s'être trompé une feule
fois depuis très - longtemps qu'il en a fait l'obſervation
.
Des Curieux l'ont été voir , & ont admiré l'art
avec lequel le Barometre a été fait . Comme il
eft utile aux perfonnes qui habitent la campagne
, M. Défoffeds fe fera un plaifir de faire
part de la découverte aux Amateurs de cette
Science.
BAND AGES ÉLASTIQUES.
Le fieur BLAKEY , Expert , reçu à S. Côme ,
& Auteur des Bandages élastiques , reconnus depuis
plus de vingt- neuf ans pour les plus commodes
& les plus propres à contenir les Defcentes
, & à en procurer la guérifon , vient d'ajouter
une nouvelle perfection à ces Bandages , en forte
qu'ils contiennent les Defcentes les plus violentes,
& ne font aucune impreffion fur les hanches ni fur
les reins ; ils font également propres aux hommes
, aux femmes , & aux enfans ; l'un de ces Ban
dages eft fpécialement propre à foutenir le ventre.
des femmes nouvellement accouchées , & par
une preffion douce & infenfible , oblige la nature
à fe remettre dans fa premiere fituation .
7
212 MERCURE DE FRANCE .
On trouve chez l'Auteur les BANDAGES fuivans :
Des BANDAGES à Ceinture étroite ,
à Ceinture large ,
de Nombril ,
qui foutiennent le ventre pour
Femmes nouvellement accouchées.
Pour les Defcentes de Matrice .
Pour la chûte de l'Anus.
les
Des BANDAGES cachés , de maniere qu'on peut
changer de linge , fans qu'ils paroiffent.
à grande pulfion.
de précaution .
Pour redreffer les jambes.
Pour redreffer les vertebres ou l'épine
du dos.
On le trouve tous les jours en fa demeure à Paris
, rue des Prouvaires , au coin de la rue S. How
noré.
Les Perfonnes de Province qui voudront faire
ufage de ces Bandages , auront foin d'affranchir
leurs lettres , & d'envoyer leurs mesures ; elles
recevront exactement les Bandages qu'elles demanderont.
Les Pauvres peuvent y venir tous les matins
jufqu'à midi , ils y auront du fecours.
JANVIER. 1762. 213
N. B. Ajoutez à la page 183 , les Noms des Mar
chands , qui ont figné la Délibération.
DU CORPS DE LA DRAPERIE . Jean - Baptiſte Bezafier
& Pierre Guerin , Grands Gardes . Pierre
Delprez. Claude-Jean- Baptifte Brochant. Jean-
François Raulin. Jacques Billon . DU CORPS DE L'EPICERIE
. Jean Pochet. Ignace Théodore Brongniart
. Louis-jofeph Gouffé. Bertrand Couzier.
Barthelen i- Juftin Boudet. Louis Demoret Du
CORPS DE LA MERCERIE . Guillaume - Raphael Bofcheron
, Grand Garde . Charles - Jofeph Bertrand.
Etienne- Pierre Bourfier . Charles Conftantin Def
peigne. Etienne Bignot . Benigne Lolier . Antoine
Delamotte. DU CORPS DE LA PELLETERIE Pierre
Guyot , Grand Garde. Charles- Sébastien Brignon,
Jean Leduc. Nicolas Givelet , l'aîné . Jacques
Migeon. Jean - Baptifte Guyot , fils. Du
CORPS DE LA BONNETERIE. Sébastien - Nicolas
Nau, Grand Garde. Antoine Riquier. Pierre Jacob
de Bully. Jean Billard . Pierre- Claude Gautier.
Jean- Noël Boullenger , l'aîné . Jean Dupuis . Du
CORPS DE L'ORFEVRERIE . Jacques Roetiers ,
Doyen de l'année. Pierre - François Delafons & Nicolas
de Haynault , Grands Gardes . Jean - Louis
Morel. Louis Lenhendrick. Jean - Baptiste Leblanc,
Jean Formey.
>
Page 189 , ajoutez après defcendant des anciens
Barons Van-Eyck de la Mairie de Bolduc , Commandeur
& Grand- Croix de l'Ordre de S. Michel
de Raviere.
214 MERCURE DE FRANCE.
J
AP PROBATIO N.
'Ar lu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier,
le Mercure du premier volume de Janvier 1764 ,
& je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreffion. A Paris , ce 31. Décembre 1761 .
GUIROY.
TABLE DES ARTICLES.
PIÉCES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE.
ARTICLE PREMIER.
STANCES.
EPITRE à Mlle Clairon , jouant le rôle de
Pulchérie dans Héraclius .
VERS préfentés à Mgr le Prince de Condé
à fon retour de l'Armée .
Page 5
7
?
ΙΟ
à
II
COUPLETS chantés par M. le Duc de Bourbon
à S. A. S. Mgr le Prince de Condé ,
fon retour.
LES MIROIRS ENCHANTÉS , Conte . Seconde
Partie.
VERS préfentés à Madame Denis par Mlle
Corneille , le jour de la fête.
MADRIGAL .
BOUQUET préſenté à Madame R ***
Mlle Camille de la Comédie Italienne.
SUITE des Affifes d'Apollon .
12
40
4I
, par
42
45.
64
66
67 &68
ETRENNES à mettre en Chant. A M. de
P. E.
*** .
ENVOI à M. fon Epoux.
ENIGMES.
JANVIER. 1762. 215
LGGOGRYPHES. 69 &70
CHANSON. 71
ART. II. NOUVELLES LITTERAIRES.
EXTRAIT d'un Manufcrit de la Bibliothéque
du Roi , intitulé : Miracles de Notre-
Dame par Perfonnages.
LETTRE de Reims.
LETTRE à M. De la Place , Auteur du
Mercure , fur un Ouvrage intitulé le vrai
Philofophe.
ANNONCES des Livres nouveaux.
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
2253
73
92
93
99 &fuiv.
ART. III. SCIENCES ET BELLES-LETTRES.
RÉFLEXIONS fur l'application du calcul des
probabilités à l'Inoculation de la petite
Vérole.
ART. IV. BEAUX - ARTS.
ARTS UTILES.
CHIRURGIE.
SUITE de l'Extrait des Mémoires lûs à la
Séance publique de l'Académie Royale de
Chirurgie.
PRIX proposé par l'Académie Royale de
Chirurgie , pour l'année 1763 .
107.
108
119
128
ARTS AGRÉABLES.
GRAVURE.
MECHANIQUES.
131
LETTRE à l'Auteur du Mercure , fur fes
nouvelles Orgues de S. Martin de Tours. 133
216 MERCURE DE FRANCE.
ARCHITECTURE .
OBSERVATIONS fur l'Architecture & les acceffoires.
ART. V. SPECTACLE S.
142
OPÉRA .
COMÉDIE Françoife.
COMÉDIE Italienne.
CONCERT Spirituel.
RÉPONSE de Madame Bouchait à la Lettre
de Madame Gaflin d'Entreville &c.
SUPPLEMENT à l'Article de la Comédie Italienne
.
148
150
153
156
157 .
166
HOPITAL de M. le Maréchal Duc de Biron . 168
SUPPLEMENT aux Annonces des Livres nouveaux
.
ESSAI fut la Baffe fondamentale & c.
ART. VI . Nouvelles Politiques.
170
171
173
MARIAGE .
189
MORTS.
190
EVENEMENS finguliers.
193
SUITE des Nouvelles Politiques de Décem--
bre 761.
195
NAISSANCE. 196
MORTS 197
EVENEMENS finguliers. 198
AVIS DIVERS.
207 &fuiv.
De l'Imprimerie de SEBASTIEN JORRY,
rue & vis-à-vis la Comédie Françoife .
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI .
JANVIER. 1762 .
PREMIER VOLUME.
Diverfité , c'eft ma devife . La Fontaine.
Cochin
Chez
Sitive inv.
PapilionSculp.
A PARIS ,
CCHAUBERT , rue du Hurepoix.
JORRY , vis à-vis la Comédie Françoiſe ,
PRAULT , quai de Conti.
DUCHESNE , rue Saint Jacques.
CAILLEAU , rue Saint Jacques.
CELLOT , grande Salle du Palais.
Avec Approbation & Privilége du Roi.
BIBLIOTHECA
REGIA
MINACENSIS
AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
an recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
Sellier du Roi.
C'eft à lui que l'on prie d'adreffer
francs de
port , les paquets
& lettres
pour remettre , quant à la partie littéraire
, à M. DE LA PLACE
, Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fols , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pour feize volumes
, à raifon de 30 fols piéce .
Les perfonnes de province aufquelles
on enverra le Mercure par la pofte
payeront pour feize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront des occafions pour
le faire venir , ou qui prendront lesfrais
du port fur leur compte , ne payeront
comme à Paris , qu'à raifon de 30 fols
par volume , c'est-à-dire 24 livres d'avance
, en s'abonnant pourfeize volumes.
Les Libraires des provinces ou des
A ij
pays étrangers , qui voudront faire venir
le Mercure écriront à l'adreſſe cideffus.
On fupplie les perfonnes des provinces
d'envoyer par la pofte , en payant
le droit , leurs ordres , afin que le payement
en foit fait d'avance au Bureau .
Les paquets qui neferont pas affranchis
, refteront au rebut.
On prie les perfonnes qui envoyent
des Livres , Eftampes & Mufique à annoncer
, d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Piéces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , fe trouve auffi au
Bureau du Mercure. Le format , le nombre
de volumes & les conditions font les
mêmes pour une année.
MERCURE
DE FRANCE.
JANVIER. 1762 .
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
STANCES.
MOINS votre coeur nourri dans l'innocence
Connoît encor les piéges de l'Amour,
Plus vous devez redouter fa puiffance ,
Quand fur vos pas il vole en ce ſéjour.
Ce Dieu malin , pour ſubjuguer nos âmes ,
Par vos beaux yeux nous lance mille traits .
Sans le fçavoir vous allumez fes flâmes ;
S'il regne ici , c'eft par vos feuls attraits.
I.Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
A vos genoux , d'un air tendre & fincère ,
On tient déja ce langage trompeur :
» Il n'eft qu'un temps pour aimer & pour plai-
» re ,
» Et fans l'amour il n'eft point de bonheur.
» Les jeux , les ris font nés dans fon empire ,
> A fes bienfaits on doit les doux plaifirs ;
» Il embellit les objets qu'il inſpire ,
» Et remplir feul nost voeux & nos defirs .
Si la Conſtance étoit commune aux hommes ,
Uu tel portrait ne feroit point flatté ;
Mais en amour , perfides que nous fommes ,
L'Amant heureux , eft bientôt dégouté.
Quand l'Amour cherche à vous paroître aimable
,
Il vous promet des jours purs & fereins ;
Mais fous les loix de ce Dieu redoutable ,
Pour un plaifir , comptez mille chagrins..
Les noirs foupçons , le dégoût, les allarmes
Sont constamment à fa fuite enchaînés.
Aux coeurs heureux il coûte bien des larmes
Et plus encore aux cecurs infortunés.
Que je vous plains , jeune & brillante Laure ,
Sur votre coeur le charme eft prêt d'agir.
Je ne fais point fi vous aimez encore 3
Mais on vous, aime , & je vous vois rougin
JANVIER 1762. 7
Défiez-vous du féduifant langage
Du beau Berger pour qui le coeur vous bat.
S'il n'eſt aimé , vous le verrez volage ;
S'il est heureux , vous le verrez ingrat.
Fuyez enfin , fi vous êtes prudente ,
Éloignez- vous de ces bords enchanteurs :
Le poiſon croft fur le fruit qui vous tente ,
Et le ferpent eft caché fous les fleurs.
Nonchalament affis fur lafougère ,
Ainfi Lycas s'exprimoit l'autre jour.
Laure écoutoie , & la jeune Bergère
Eût mieux aimé qu'il eût chanté l'amour.a
Par M. FRANÇOIS , ancien Cornette de Cavalerie.
EPITRE
A Mlle CLAIRON , jouant le rôle de
PULCHERIE dans HERACLIUS .
F NFIN je l'entends cette voix ,
Qui m'émeut , m'éléve & m'enflâme ,
Qui me dicte à fon gré des loix ,
Qui tonne ou gémit dans mon âme ;
Tu reviens par des fons vainqueurs
Fière, menaçante ou plaintive ,
Charmer une foule attentive
D'immobiles admirateurs.
>
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Oui , tu parois en Souveraine :
L'amour , l'ambition , la haine ,
Toutes les paffions enfin ,
Te reconnoiffent pour leur Reine ;
Elles s'élancent de ton ſein ,
Et volent embrâfer la scène.
Telle eft ta force & ta chaleur ;
Il n'eft rien que ton jeu n'exprime.
Cet Art , qu'a raiſonné ton coeur ,
Attendrit même pour le crime :
Nous chériflons la fombre horreur
Que fouvent ton aſpect imprime
Et ,F, grace à ton charme fublime ,
Le plaifir naît de la terreur.
Corneille, ô mon Maître , ô grand homme !
Toi , qui d'un vol majeſtueux ,
Planant fur les tombeaux de Rome ,
Evoquois les mânes fameux ;
Du trône où l'Olympe t'admire ,
Vois parmi nous fe reproduire
L'illuftre foeur d'Héraclius ,
Son âme entiere qui reſpire ,
Et tout l'orgueil de ſes vertus.
Lorſque ton fertile génie
Créa ce chef-d'oeuvre nouveau ;
Quand tu peignois ta Pulchérie ,
De Clairon tu fis le tableau.
Des temps tu franchis la diſtance :
JANVIER . 1762. 9.
Oui , tu voyois dans l'avenir
Ce front fuperbe avec décence ,
Ces yeux qu'enflamme la vengeance ,
Cet Art qu'on ne peut définir ,
Son port , fon gefte & fon filence.
Dès- lors Melpomène & l'Amour
Préſageant la gloire immortelle ,
T'offroient fon image fidelle ;
Même avant que de voir le jour ,
Elle t'a fervi de modéle.
Toi qui régnes par les talens,
Clairon , cet éloge eft fincere ;
Tout un Peuple avoûra mes chants.
Ma Mufe , avare pour les Grands ,
Divinife en toi l'art de plaire ,
De maît.ifer l'ame & les fens. ,
Et d'ajoûter même à Voltaire.
Mais , quoi ! Tu formes des defirs !
Hélas ! Tandis que notre hommage
Couronne tes nobles loifirs ;
Un Dieu jaloux , un Dieu fauvage
Ofe t'arracher des foupirs ,
Et voiler d'un trifte nuage ,
L'Aftre brillant de nos plaifirs.
Gloire , éblouiſſante fumée ,
Que ferois -tu fans le bonheur &
Tour l'éclat de la Renommée
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
Expire au fein de la douleur.
Ah ! loin cette funébre image!
Tu renais , je vois la fanté
De fes fleurs orner ton viſage ,
Et la palme qui les ombrage
Ajoûte encore à ta beauté.
Mufes , beaux Arts , je vous implore ,
Vous lui devez tous vos attraits :
Dans vous , c'eft Clairon qu'on adore ;
Veillez fur elle déformais.
Et toi , cruel Dieu d'Epidaure ,
A fes pieds rampe pour jamais :
Dûffé - je la voir plus brillante ,
Et cueillant des lauriers nouveaux ,
Ne prêter fa voix éloquente ,
Qu'aux vers de mes jeunes rivaux .
VERS préfentés à Mgr le Prince de
CONDE , à fon retour de l'Armée.
PRINCE, dont le courage égale la naiſſance ,
En qui nous admirons cette haute vaillance ,
Qui confacre à jamais le nom de vos Ayeux ,
Le Ciel vous rend donc à nos voeux !
Héros , aimé de la Victoire ,
Vous revenez couvert de gloire ,
Exercer parmi nous vos fublimes vertus:
JANVIER. 1761 . II
Vous , par qui de Meppen les murs font abbatus ,
Auffigrand à la Cour , qu'invincible à la Guerre ;
Venez , Prince , venez faire voir à la terre ,
Qu'au milieu des combats , comme au ſein de la
Paix ,
CONDÉ fait & l'honneur & l'amour des Français,
DOMICILLE.
COUPLETS chantés par M. le Duc de
BOURBON à S. A. S. Mgr le Prince
de CONDÉ , à fon retour.
AIR: J'avois toujours gardé mon coeur.,
MON Papa , puifqu'en ce moment ,
Chacun vous rend hommage ;
Je viens vous faire un compliment
En mon petit langage.
Par les vertus , par fes travaux ,
Papa fe fait connoître ;
S'il eft maintenant un Héros ,
A mon tour je veux l'être.
Je le fuivrai dans les combats,
Où , brillant de la gloire ,
Je ferai certain fur les pas
D'aller à la Victoire.
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Inftruit par les nobles leçons
Au métier de la Guèrre ,
Je ferai digne des BOURBONS ,
Et du nom de mon père.
Par le même.
LES MIROIRS ENCHANTÉS ,
It
CONTE.
SECONDE PARTIE .
L faut aimer pour concevoir dans
toute fon étendue la fituation de Finfinet.
Que de regrets , que de foupirs ,
que de larmes ! Et n'eft- ce pas mourir
toutes les fois qu'on fe rappelle fa félicité
paffée , cette douce habitude de fe
voir fans ceffe , de lire dans les yeux
de ce qu'on aime , de faire lire
dans les fiens toute la tendreffe qu'on
reffent & qu'on infpire , ces heureux
momens toujours trop promptement
raffés , ces épanchemens délicieux , ces
aveux mutuels d'un amour qui s'augmente
encore par le plaifir d'en parler
enfemble ; enfin tous ces amuſemens
fi chers que le coeur fournit à l'imagination
de deux Amans bien épris? PlaiJANVIER.
1762. 13:
firs trop grands , moins faits pour être
peints que pour
être fentis par les coeurs.
tendres.
Quel affreux changement pour un
Prince aimé ! Il ne vit plus que des.
objets de défefpoir. Il vouloit s'éloigner
de la Cour , ne plus reparoître aux
yeux de Déplaifante, forcer la Tourdes
regrets , & enlever Aimable. Ce dernier
projet fut celui auquel il s'arrêta. Il y
trouva bien des obftacles ; mais en eftil
contre l'appas de l'or ?
Déplaifante,délivrée de fa rivale, mit
tout en ufage pour fléchir le coeur de
Finfinet. Elle chercha dans les modes
& dans la parure les fecours que la
Nature lui avoit refufés pour plaire.
Mais rien ne fied à la laideur . Elle fit
entendre au Prince , qu'il nourriſſoit
un amour inutile , & qu'Aimable ne reviendroit
à la Cour que pour être mariée
au Prince des Lapons . Elle imaginoit
que la conftance ne furvit guères
à l'efpérance ; & cela feroit vrai ,fi l'efpérance
mouroit jamais . Elle crut enfin
devoir le prendre par l'ambition , en
faifant briller à fes yeux une des plus
belles couronnes du monde , & qui ne
devoit lui coûter que la complaifance
de fe laiffer aimer . Quelle étoit fon er14
MERCURE DE FRANCE.
reur ! Les plus grands témoignages d'amour
à qui n'en reffent pas pour nous,
loin d'attendrir un coeur indifférent
ne font qu'ajouter encore à notre
honte .
Déplaifante ne le fentit que trop , &
ne garda plus de mefure. Comme elle
n'étoit point aimée à la Cour , on ne
l'épargna pas ; on lâcha des couplets
contr'elle & on eut foin de les lui
faire lire. En voici un qui a été confervé.
>
Qu'un coeur toujours rebelle
Ne vous rebute pas :
La victoire eft moins belle ,
Quand on a des appas.
Il en couta la liberté à plufieurs
Agréables ; les couplets fe multiplierent,.
& Déplaifante en fut perfécutée . Ils
fervirent pourtant du moins à la for- ´
cer de réfléchir fur elle- même , & à lui
faire comprendre qu'elle pouvoit n'être
pas abfolument tout ce qu'elle penfoit
être. Quant à l'efprit , elle n'en avoit
pas affez pour defirer d'en avoir davantage.
Mais après une mûre réfléxion ,
elle ne put fe défendre de s'avouer fecrettement
qu'il pouvoit lui manquér
quelques charmes. La beauté , jufqu'a - ´´
4
JANVIER. 1762.
IS
lors , ne lui avoit paru qu'un avantage
indifférent pour une Souveraine , &
comme une efpéce de compenſation
que le Ciel accordoit à de fimples morrelles
pour adoucir leur état : mais
les préjugés changent avec les fituations
; & Déplaifante s'abaiffa jufqu'à
fouhaiter de devenir belle. Elle n'ignoroit
pas que fes ditformités n'avoient
eu d'autre caufe que la jaloufie
d'une Fée qu'on avoit oublié de prier
aux nôces de fa mere. Elle imagina
que ce mal n'étoit pas
fans reméde ;
qu'elle n'avoit point été faite pour être
moins belle que fa foeur ; & que le
dérangement de fa figure n'ayant été
qu'accidentel , il étoit probable que l'on
pouvoit lui reftituer les charmes qu'elle
auroit du avoir. En partant de cette
idée , elle réfolut d'avoir recours à l'une
des Fées qui étoient alors le plus en réputation.
C'étoit la Fée Malice : fon caractére .
répondoit à l'idée qu'en donnoit fon
nom. Elle ne rendoit guères de fervices
éffectifs , furtout aux perfonnes de
fon fexe , contre lequel elle avoit une
vieille rancune. On la confultoit pourtant
de toutes parts , peut-être parce
qu'elle aimoit à faire plus de mal que
16 MERCURE DE FRANCE.
de bien. Le pays qu'elle habitoit ( celui
des Chimires ) étoit ouvert à tout le
monde ; c'étoit comme le rendez - vous
de toutes les Nations .
C'est là que Déplaifante réfolut d'aller
fecrettement chercher de la beauté.
Le prétexte du voyage fut d'aller prendre
les eaux. Prèfque toutes les fontaines
de ce Pays font minérales ; & les
Médecins qui la virent déterminée à
les prendre , ne manquérent pas de les
lui ordonner.
Déplaifante donna fes ordres pour
faire obferver de plus en plus le Prince .
Elle en envoya de févères au Gouverneur
de la Tour des regrets. Enfin elle
partit. Fi finet , débarraffé d'elle , fentit
un peu moins fes malheurs. Il crut
pouvoir donner à fes foupirs un plus
libre cours , & ne craignit plus d'irriter
encore des yeux jaloux qu'il croyoit
rencontrer partout. Le Prince n'eut
rien de plus preffé que d'employer tous
les moyens qu'il avoit trouvés pour
hâter la réuffite de fon projet. Malgré
toutes les précautions de Déplaifante ,
il avoit pratiqué des intelligences fecrettes
avec le Gouverneur de la Tour
des regrets ; en forte qu'à peine Déplaifante
avoir-elle quitté les Etats de
JANVIER. 1762. I
fon Pere , que le Prince y fut fecrettement
introduit ..
Aimable n'étoit pas prévenue ; le
Prince étoit à fes genoux avant qu'elle
eût le temps de reconnoître fon
Amant. Laiffons-les au milieu des tranfports
inexprimables d'une pareille fituation
. Finfinet content de fon bonheur
, ne fe preffa pas de propofer un
enlévement à fa maitreffe ; & fes mefures
étoient fi bien prifes, qu'on ne s'apperçut
point de fes abfences de la Cour.
>
Déplaifante , en arrivant au Pays
des Chimères , s'informa fecrettement
de l'habitation de la Fée Malice : elle
étoit voifine de la fource où cette Prin- .
ceffe prenoit les eaux. Elle feignit un
jour de vouloir fe promener feule. Après.
s'être éloignée de fa fuite elle tourna
fes pas vers l'endroit qu'on lui avoit:
indiqué. A peine y fut- elle arrivée
qu'elle vit venir à elle un équipage d'une
apparence finguliere , fuivi d'un cortége
nombreux. La Fée qui avoit appris
l'arrivée de la Princeffe aux eaux
du Pays , avoit cru devoir lui envoyer
un Ambaffadeur pour la complimenter.
C'étoit un finge d'une taille avan- ,
tageufe , monté fur un char en forme ,
de coquille de limaçon & traîné par
18 MERCURE DE FRANCE.
vingt - quatre cloportes ailés d'une
énorme grandeur. Sa fuite étoit compofée
de tous les finges du Pays, montés
fur différens animaux . L'Ambaffadeur,
appercevant la Princeffe , defcendit
de fon char & s'acquitta gravement
des ordres de la Fée. Cette ridicule
ambaffade étonna fingulierement la
Princeffe , furtout , lorfque fon compliment
fini , M. l'Ambaffadeur oubliant
tout-à- coup la qualité de Déplaifante ,
fe mit à badiner avec une indécence :
dont la fierté de la Dame s'offenfa
beaucoup . Débarraffée enfin de cet ennuyeux
cortége,Déplaifante après avoir
marché quelque temps , ne tarda pas
à
découvrir le Palais de la Fée Malice.
Un coup de tonnerre annonça la Princeffe
; le pont s'abaiffa , & elle entra
dans la premiere cour. Ici toute fa
grandeur difparut : point de harangue ;
perfonne ne vint la recevoir. Un profond
filence régnoit partout ; elle ne
fçavoit où aller à qui s'adreffer ,
ni
comment fe faire introduire . Elle en- !
tra fous un long périftile qui la conduifit
à un grand veftibule , & de là
dans un fallon magnifique , dont les
quatre côtés ornés de grands tableaux ,
repréfentoient ce qui arrivoit continuel
JANVIER. 1762. 19
lement dans le monde . Le premier objet
qui la frappa , fut le Prince Finfiner
qui entroit fecrettement dans la Tour
des regrets , & qui l'inftant après , tomboit
aux genoux d'Aimable. Leurs geftes
, leurs regards étaient fi expreffifs ,
& montroient tant d'amour , qu'elle crut
entendre tout ce qu'ils fe difoient. Quel
fpectacle pour elle!Une porte s'ouvrit &
lui laiffa voir la Fée nonchalament affife,
qui lui fit figne d'approcher. En même
temps deux finges apporterent à Déplaifante
un carreau ; & après l'avoir
priée de s'affeoir , lui jouerent un tour
de Page . Elle fe remit cependant , &
fentit qu'il falloit à fon tour éffuyer
toutes les mortifications dont elle étoit
fi libérale envers fes inférieurs.
Après s'être un inftant recueillie :
Haute & puiffante Fée ( dit-elle ) vous
voyez à vos pieds une des plus grandes
Princeffes de la Terre , qui vient
vous demander un don qu'elle auroit
fans doute tenu de la Nature , fans la
mauvaiſe volonté d'une Fée malfaifante.
Jufqu'à préfent je ne m'étois pas
fouciée d'ètre belle . J'imaginois qu'une
couronne fuffifoit pour captiver le
coeur de l'objet qu'on en trouvoit digne....
Erreur , interrompit la Fée : il
20 MERCURE DE FRANCE.
n'eft rien tel que d'être belle ; il faur
toujours commencer par là. Je ne le
çais que trop , divine Fée ! répondit
Déplaifante. Et moi auffi, lui dit la Fée,
avec un fourire malin. Mais abrégeons;
levez la tête voyons ce qu'on peut
faire pour vous ... Oh ! quelle befogne !
comment raccommoder ce vifage !
J'aimerois autant vous en faire un tout
neuf.... Tout ce qu'il vous plaira, lui dit-
Déplaifante en foupirant , je vous l'abandonne.
J'ai befoin des Enfers pour réuffir..
Avez -vous du courage ? Hélas ! répondit
Déplaifante en tremblant , que ne
fait-on pas pour devenir belle?... Alors
la Fée raffembla tout ce que fon art
avoit de plus éffrayant.. Ce fpectacle
affreux épouvanta fi fort Déplaifante ,
qu'elle tomba à demi morte. Voyez ,
lui dit la Fée , après l'avoir fait revenir,
voyez ce qu'il en coute pour forcer la
nature mais raffurez-vous ; le charme
eft accompli.. A ces mots , la charitable
Fée lui paffa un mouchoir enflammé
fur le vifage : Déplaifante pouffa un cri
horrible , & tout difparut. Tenez, ajouta
Malice , en préfentant à la Princeffe
un miroir magique : regardez-vous , &
voyez fi vous êtes auffi contente de
JANVIER. 1762. 21
tente ;
moi que de vous - même. Ah ! Ciel ,
s'écria Déplaifante ! Eft - ce moi que
je vois ? Eh , qui donc ? dit Malice.
Déplaifante , enchantée d'elle-même ,
& n'ayant plus rien à defirer de la Fée ,
ceffa de fe contraindre , & reprit fa hauteur
ordinaire . C'eft affez , lui dit-elle ,
avec une fierté dont la Fée s'apperçut
fans en rien témoigner : je fuis affez conles
Dieux m'ont rendu les charmes
que je devois naturellement avoir :
vous les en remercirez de ma part. A
propos ! reprit-elle , en revenant fur fes
pas : il y a un inconvénient auquel je
n'avois pas penfé.Me reconnoîtra-t-on?
Qui , oui , répondit la Fée , je vous en
affure ; on vous reconnoîtra de refte.
Allez , & gardez bien votre miroir : votre
bonheur en dépend . Surtout n'en
croyez jamais que vos yeux , & défiezvous
de ceux des autres .
La Princeffe quitta la Fée après lui
avoir ainfi témoigné fa reconnoiffance ;
c'est-à-dire à-peu-près comme les Grands
la témoignent à ceux dont ils rougiffent
d'avoir eu befoin .
Aimable & Finfinet , comme nous
l'avons dit , profitoient de l'abfence de
Déplaifante. Ces heureux Amáns
étoient fi charmés de fe revoir libre
22 MERCURE DE FRANCE.
ment qu'ils avoient oublié le paffé
, & ne fongeoient point à l'avenir
le préfent feul les occupoit ; ils
s'en enyvroient ; ils paffoient des momens
délicieux dans des épanchemens
continuels & dans cette douce éffufion
de fentimens , toujours les mêmes &
toujours différens . Quelque certitude
que Finfinet pût avoir d'être aimé autant
qu'on peut l'être , il n'ofa jamais
parler d'enlèvement : tant il eft vrai qu'il
eft des Maîtreffes qui , quoique tendres ,
infpirent toujours autant de refpect que
d'amour !
La nouvelle arriva à la Cour du retour
prochain de Déplaifante. Nos Amans
l'avoient oubliée, comme fi elle n'eût jamais
dûreparoître .Ce fut alors qu'ils pen
ferent à ce qu'ils alloient devenir . L'état
heureux dont ils venoient de jouir , ne
fervoit qu'à leur rendre l'avenir plus affreux.
Prince , que deviendrons -nous ,
dit Aimable en pleurs ? ma foeur revient ,
je vous perds , elle va recommencer fes
perfécutions. Je fens trop que l'amour
qu'on a pour vous ne s'éteint point dans
Fabfence.... Il y auroit , dit ce Prince en
tremblant , un moyen de nous affranchir
de fa tyrannie. Non , non , interrompit
Aimable en foupirant , je n'en
JANVIER. 1761 . 23
veux point connoître ; il n'en eft d'autre
que de fouffrir. Ah ! fi l'indifférence
& les mépris peuvent guérir d'un amour
malheureux , s'écria le Prince , je vais
en accabler votre four. Je vous défie de
vous faire haïr , lui dit Aimable , en le
regardant plus tendrement qu'elle n'avoit
jamais fait. Hélas ! tant que vous
ferez le Prince le plus beau , le plus aimable
& le plus digne de plaire , vous
ne devez point vous flatter d'inspirer
aucune averfion .... Non , cher Prince
aimons-nous , & remettons le reste à la
fortune .
Finfinet fortit défefpéré , & arriva de
même à la Cour. Lorsqu'il fit réflexion
fur ce que lui avoit dit la Princeffe , que
tant qu'il feroit le plus beau & le plus
aimable de tous les Princes , il feroit
aimé de Déplaifante , & par conféquent
le plus malheureux des hommes , il lui
vint en penfée d'aller trouver la Fée
Malice , dont le caractère malfaifant lui
étoit connu , ne doutant pas qu'elle ne
faisît l'occafion de fatisfaire fon penchant
en lui enlevant cette beauté dont
il avoit tant à fe plaindre. L'idée étoit
bizarre , & la demande bien finguliére ;
mais il imaginoit n'avoir plus d'autre
reffource; & les extrémités deviennent
24 MERCURE DE FRANCE .
des moyens quand on croit n'en avoir
plus d'autres.
Il jugea fenfément que ce projet ne
feroit point du goût de la Princeffe
auffi aima - t - il mieux lui en faire un
myftère , que de fe mettre dans le cas
d'une défobéiffance forcée . Au lieu
de retourner à la Cour , il renvoya fa
fuite , fe traveftit , & prit la route du
Pays des Chimères.
Déplaifante approchoit alors de la
Cour ; cette Princeffe brûloit d'impatience
de faire l'éffai de fes charmes
prétendus fur le Prince qu'elle aimoit .
Son Père vint au-devant d'elle avec la
plupart des Grands du Royaume . Le bon
Roi , charmé & trop content de revoir
fa fille , crüt la trouver beaucoup mieux
qu'avant fon départ ; il la félicita fur le
recouvrement de fa fanté , & fe fçut
bon gré de lui avoir confeillé d'aller
aux Eaux. Toute la Cour imita le Roi ,
& rencherit encore fur fes complimens
: effectivement le plaifir de fe
croire belle , le contentement d'efprit
l'efpérance & la confiance de plaire ,
avoient influé fur les traits de Déplaifante
, & l'avoient rendue un peu plus
fupportable.La laideur, ainfi que la beauté
, cft quelquefois journaliere ; l'une &
>
l'autre
JANVIER . 1762. 25
l'autre dépendent affez fouvent de la
fituation de l'efprit & du coeur.
Déplaifante s'enyvra à longs traits
des louanges les plus outrées ; & fon
miroir la maintint dans cette yvreffe.
Mais quel fut fon chagrin , lorfqu'elle
apprit que Finfinet avoit difparu depuis
quelques jours ! Elle envoya de tous
côtés pour en fçavoir des nouvelles ; on
ne lui en rapporta aucunes. Elle n'ignoroit
pas que ce Prince avoit été à la Tour
des regrets ; elle y envoya des Efpions.
Soins inutiles. Elle apprit feulement le
détail des entrevues de Finfinet & d'Aimable
. Le Gouverneur fut condamné à
une prifon perpétuelle , & Aimable gardée
encore plus étroitement. Cependant
le Prince ne revenoit point. Quel contretems
, s'écrioit Déplaifante ! il me
fuit ; il ne fçait point ce qu'il abandonne
; il ignore que je fuis maintenant en
état de lui plaire . Ah! s'il avoit feulement
pû me voir , le cruel feroit à mes pieds.
Elle imagina enfin que le plus fur moyen
de faire revenir ce Prince à la Cour ,
étoit d'y rappeiler Aimable. Il manque
à ma gloire , s'écrioit - elle , de triompher
de la froideur de cet ingrat aux
yeux de ma rivale même. Déplaifante
feignit alors de fe laifler fléchir aux fol-
I. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE .
licitations de fon pere & de tous ceux
qui s'intéreffoient au retour d'Aimable ;
elle annonça même qu'elle vouloit la
marier au Prince Lapon , dont nous
avons déjà parlé , & que l'on attendoit
dans peu de jours. Son but étoit de ne
pas expofer Finfinet à voir fans ceffe
une Princeffe qui lui avoit fait prendre
ces premieres impreffions fi difficiles à
détruire , & que la préfence entretient
toujours .
Les deux Princeffes fe revirent ; &
il ne fut queftion dans cette entrevue
que de chofes indifférentes. Déplai
fante tira plufieurs fois fon miroir pour
fe comparer à Aimable , & s'adjugea à
elle-même le prix de la beauté.
Finfinet étoit enfin arrivé fur la frontière
du pays des Chimères. Il découvrit
bientôt le Palais de la Fée Malice . Il
entroit dans une avenue qui y conduifoit
, quand , à quelque diſtance de -là
il entendit pouffer des cris qui paroiffoient
venir d'une femme à qui l'on faifoit
quelque violence ; il en vit bientôt
une qui fe débattoit entre les mains
de cinq à fix hommes qui paroiffoient
être des Raviffeurs ; il pouffa fon cheval
pour fecourir l'infortunée qui étoit entre
leurs mains. Quelle fut fa furpriſe ,
JANVIER. 1762. 27
,
quand il crut reconnoître Aimable ellemême
au milieu de ces fcélérats ! Cette
Princeffe paroiffoit reconnoître Finfinet
; elle lui tendoit les bras , & pouffoit
les cris les plus preffans . Le Prince
s'imagina que Déplaifante avoit fait
enlever fa foeur & l'avoit livrée
à des affaffins ; il piqua à toute bride
vers ces brigands : mais ils avoient
de l'avance. Il les voyoit toujours devant
lui ; & bientôt il ne peut les fuivre
que des yeux. Il voit enfin ces raviffeurs
entrer , avec leur proie dans le
Château de la Fée Malice. Il y court ; le
pont étoit levé ; il crie , il appelle ; perfonne
ne l'entend. Il voit enfin un
More qui s'amufoit à badiner avec un
chien. Si vous voulez entrer , lui dit le
More , il faut me remettre vgs armes.
Quelle propofition pour un Héros ! Il
ne fçavoit quel parti prendre. Il falloit
cependant en prendre un . Le Prince
lui jetta fes armes , entra défefpéré ,
chercha des yeux , s'il ne pourroit rien
trouver pour fa défenfe , traverfa les
cours , les failes , & alloit entrer dans
un appartement qui étoit entr'ouvert ,
lorfqu'il fe fentit arrêter par une femme
qui étoit en-dedans . Où vas -tu , lui ditelle
? L'Amour te défend de troubler
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
l'entretien de deux tendres Amans qui
fe jurent de s'aimer toujours. Le Prince ,
malgré cette défenſe , avança brufquement
quelques pas. Mais quel fpectacle
frappe fes yeux ! la Princeffe Aimable
affife nonchalamment fur unfopha avec
un air d'attendriffement qu'il ne lui
avoit jamais vu ! Une de fes mains
entre celles d'un Inconnu qui eft
à fes genoux ; & tous deux fe lançant
à l'envi les regards les plus paffionnés.
Ciel , que vois-je , s'écria Finfinet
, en voulant entrer de force ! Mais
une puiffance fupérieure l'arrêta ; la violence
eft inutile içi , lui dit celle qui lui
avoit déjà parlé : fi votre Maîtreffe eft
infidelle , fouffrez ce que vous ne pouvez
empêcher ; les reproches & les emportemens
ne vous rendront point fon
coeur ; c'étoit à vous à le mieux retenir :
tout ce que vous pouvez faire de mieux ,
eft de vous guérir d'un amour inutile .
Moi ! que j'imite fon exemple ? Que je
devienne parjure ? Vous me faites horreur
, répondit le Prince ; non ! J'ai promis
de l'aimer jufqu'au tombeau. Prince
, répondit-on , apprenez qu'il eft ridicule
de n'être conftant que parce
qu'on a promis de l'être : fi ces fortes
de fermens étoient agréables à l'Amour ,
JANVIER. 1762 . 29
-ice
es
ils ne feroient jamais rompus. Finfinet ,
cédant à ſon défefpoir , tomba évanoui
aux pieds de celle qui lui parloit. Alors
un grand éclat de rire furprit le Prince
au point qu'il revint à lui - même . Reconnoiffez
-moi , lui dit l'inconnue ; je
fuis la Fée Malice , & tout ceci n'eft
qu'un enchantement : je voulois vous
éprouver. Raffurez-vous , Seigneur ; Aimable
vous eft & vous fera toujours
fidelle ; elle eft à préfent a la Cour du
Roi fon pere , où Déplaifante l'a fait
revenir pour la marier à un Prince Lapon.
Mais vous -même , qui vous améne
ici ? A quoi puis-je vous être bonne.?
Parlez , ajouta-t-elle , parlez avec la confiance
d'un Prince à qui l'on ne peut rien
refufer. Si vous n'êtes pas heureux , perfonne
ne mérite de l'être . Il est vrai , dit
le Prince , en rougiffant : je n'aurois rien
à defirer fi j'avois le bonheur de n'être
aimé que de celle que j'adore. Cela n'eſt
pas poffible , avec tant de charmes , reprit
la Fée. Et c'eft ce qui me défefpere
, continua Finfinet. Un timide embarras
fe fit voir dans fes yeux , & il
n'auroit jamais eu la force de fe plaindre
d'être trop beau , fi la Fée ne l'eût
encouragé à faire un aveu qui fembloit
fi fort lui coûter. Prince , lui dit- elle ,
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
vous craignez de m'avouer que tant de
charmes vous embarraffent , & vous
avez raiſon : mais je n'y vois point de
reméde . Ah ! Divine Fée , s'écria - t - il
avec tranfport , daignez m'ôter, cette
beauté fatale dont je me vois forcé de
convenir en cet inftant . Donnez-moi
en échange toute la laideur de Déplaifante
; elle ceffera de m'aimer ; & tous
mes maux feront finis. Oubliez- vous
répondit la Fée , que c'est peut-être à
ces mêmes charmes , dont vous vous
plaignez , que vous devez le coeur de
votre Amante ? Tout fert en amour , &
furtout une figure diftinguée . Je crois
bien , dit le Prince , que cette foible
beauté dont on dit que je fuis pourvû ,
a pû m'attirer les premiers regards d'Aimable
, & peut-être lui donner pour moi
cette forte de prévention qui ne décide
rien , fi on ne la mérite par d'autres endroits.
Mais , après ce que vous venez
de me dire , il y va de ma gloire & peutêtre
de mon repos , de m'affurer que je
ne dois pas le bonheur d'être aimé au frivole
avantage d'être plus beau qu'un autre.
Ctez-moi un don de la nature , qui
déformais va me rendre méprifable à
mes propres yeux. Non , Prince , lui dit
la Fée , & fi vous m'en croyez , contenJANVIER.
1762. 31
i
e
1-
tez-vous d'être aimé fans examiner pour
quoi vous l'êtes : les épreuves , en fait
d'amour, font prèfque toujours dangereufes.
Le Prince redoubla fes inftances,
gémit , foupira , fe déféfpera , & l'accufa
de barbarie. Déplaifante n'avoit jamais
demandé la beauté avec tant d'empreffement
, que Finfinet demandoit la laideur.
Vous triomphez , lui dit la Fée : je
me rends à regret ; mais voyons fi les
Dieux confentent à votre métamorphofe.
La plus douce des fymphonies fe fit
entendre ; l'air fe parfuma ; le parquet
fut couvert de fleurs ; Finfinet fe trouva
couronné de mirthes & de rofes , & fa
beauté parut s'accroître encore. Vous
le voyez s'écria, Malice !les Dieux, offenfés
d'une priére fi extraordinaire, vous accordent
le contraire de votre demande:
Vous ne futes jamais fi beau. Le Prince ,
déféfperé , arracha les vains ornemens
& les fleurs dont il étoit couronné.
Quoi , dit la Fée , rien ne peut vous
ôter cette funcfte réfolution ? Il faut
donc que je prenne fur moi de faire ce
que le Ciel n'a pas voulu faire . Alors
elle s'approcha du Prince , & le toucha
de fa baguette.
Ah Ciel , dit- elle, en le regardant fixe-
B iv
32 MERCURE DE FRANCE.
ment , j'ai trop bien réuffi : mon propre
ouvrage me fait peur. Tenez , Prince, (en
lui préfentant un miroir enchanté )
voyez fi je vous ai bien fervi. Finfinet ,
tranfporté de fe voir laid à éffrayer , lui
marqua la reconnoiffance la plus vive ,
& fe hâta de prendre congé d'elle . Il retrouva
fon cheval qui paiffoit tranquillement.
Enchanté de fa métamorphofe ,
il réfolut de prendre le nom du Prince des
Lapons que l'on attendoit à la Cour , &
d'aller lui-même demander la Princeffe
Aimable en mariage. Il raffembla une
troupe de gens qu'il fit habiller à la
Tartare , fe traveftit en Lapon , & fe
mit auffitôt en route. Il crut cependant
devoir écrire à la Princeffe Aimable ,
pour la prévenir de fon deffein , pour
la conjurer de ne fe point oppofer à ce
qu'il alloit tenter pour l'obtenir , & l'avertir
de ne pas le méconnoître fous le
nom & les habits du prétendu Prince
Lapon.
Aimable ne put apprendre ce rare facrifice,
fans conc voir tout ce qu'il avoit
dû coûter à fon Amant , & combien
elle étoit aimée . Elle étoit pourtant accoutumée
à le voir fi beau , qu'elle avoit
peine à fe priver d'un fi grand plaifir.
Alors , en foupirant & en pleurant la
JANVIER. 1762.
33
a
re
nt
-ur
ce
l'ale
ce
fawoit
Dien
acvoit
aifir
.
ot la
beauté de fon cher Prince , elle s'abandonna
à la douce efpérance de jouir
enfin d'un bonheur que l'Amour eût
pû rendre plus complet.
Cependant la Fée Malice n'avoit pas '
abandonné Finfinet à lui-même ; fon
Art l'inftruifit de tout ce qu'elle vouloit
fçavoir ; elle n'ignora pas le deffein du
Prince, ni l'ufage qu'il vouloit faire de ſa
prétendue laideur; & fe fit un vrai plaifir
de découvrir fon projet à Déplaifante
: car l'embarras d'autrui la réjouiffoit
infiniment . Elle écrivit donc à Déplaifante
que Finfinet étoit venu fecretement
lui demander le contraire de ce
qu'elle étoit venue chercher elle-même;
& qu'elle n'avoit pû refufer ce Prince
. Je l'ai dit-elle , rendu auffi laid
que je vous ai fait devenir belle . Il
eft auffitôt parti dans le deffein de vous
furprendre ; prenez -y garde ; & furtout
méffiez - vous du Prince des Lapons.
Cette nouvelle parut fi étrange & fi
étonnante , que Déplaifante n'ofoit y
ajouter foi. Mais le billet que Finfinet
avoit écrit à Aimable , étant tombé par
hafard dans fes mains , elle y trouva la
confirmation & l'explication de ce que
la Fée lui avoit mandé. Alors elle connut
le fujet de l'abfence de ce Prince ,
,
By
"
34 MERCURE
DE FRANCE.
crut que ce projet avoit été concerté
entre fa Soeur & fon Amant , imagina
qu'il n'y avoit point d'autre Prince Lapon
que Fnifinet , & que toutes les propofitions
de mariage avec lui étoient
feintes , & n'avoient été avancées que
pour mieux préparer la réuffite de cette
fupercherie. Déplaifante , en partant de
ces idées , fe prépara pour recevoir le
prétendu Prince des Lapons , & ſe fit
d'avance un plaifir de la confufion qu'il
auroit d'être reconnu d'elle. Qu'alloisfaire
, s'écria-t- elle , & que ferois- je
devenue ? Quoi ! j'aurois moi - même
livré ma rivale à fon amant , à cet ingrat
que je ne puis encore m'empêcher
d'aimer? Ciel , quelle trahifon ! Mais je
te punirai ; je m'offrirai moi -même au
lieu de ma foeur ; & je me fens prèſque
fâchée que les attraits dont je fuis maintenant
pourvue , ne te dédommagent
que trop de la perte de ton Aimable.
Ce fut dans ces entrefaites que le véritable
Prince des Lapons arriva enfin à
la Cour. Chirlipipi ( c'étoit fon nom )
fils unique du Roi de Groenland , étoit
affreux. Il croyoit pourtant être beau ;
& cet excès de confiance le rendoit encore
plus ridicule . Les idées qu'il avoit
apportées de la beauté , étoient relatives
JAN VIER. 1762. 35
t
it
es
à fes propres charmes : les vifages les plus
irréguliers , les traits les plus dépareillés
attiroient fes regards les plus favorables :
il lui falloit des traits qui n'euffent aucun
rapport entr'eux ; il prétendoit enfin que
la Nature eft bien plus admirable dans la
variété de fes productions , que dans leur
fymetrie. On regarda Chirlipipi comme
un barbare, & on eut raifon . Déplaifante
feule avoit les fiennes pour penfer autrement.
C'étoit le Prince Finfinet , qui ,
fuivant elle , affectoit un goût auffi bifarque
fa figure .Elle ne put réfifter à la curiofité
de l'aller voir incognito , pour examiner
par elle-même ce qui en étoit : elle
crut même tendre un piége à ce Prince
en menant avec elle la Princeffe Aimable.
La jeune Princeffe qui avoit été
prévenue de la métamorphofe de fon
Amant, crut en effet aller voir Finfinet ;
elles fe déguiferent de façon à être difficilement
reconnues , & fe glifferent parmi
la foule de celles que la curiofité y attiroit
de toutes parts. A peine le Prince Lapon
eut-il vuDéplaifante, qu'il l'a regarda
avec cet air de furprife & d'admiration
qu'on ne lui avoit point encore vu pour
perfonne. Elle eut même le plaifir de remarquer
que fa cadette n'avoit pas eu
Phonneur de fixerun inftant les regards du
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Prince.Quel triomphe pour elle ! Que de
reconnoiffance pour laFée Malice !
Aimable étoit dans une fituation de
coeur & d'efprit bien différente . Cette
Princeffe abufée , n'étoit pas capable de
trouver dans fon imagination le moindre
adouciffement à fon malheur qu'elle ne
croyoit que trop effectif. La crainte &
l'efpérance font toujours extrêmes . La
trop crédule Aimable s'abandonnoit à
toutes les penfées qui pouvoient confirmer
l'infidélité du Prince. Elle croioit
le coeur de fon amant tout auffi changé
que fes traits . Pour comble de malheur
, on lui apprit bientôt que Déplaifante
avoit obtenu de fon pere fon confentement
pour époufer le Prince des
Lapons , & que le mariage feroit déclaré
le lendemain. Elle étoit abîmée
dans les horreurs de cette fituation ,lorfque
Déplaifante lui apporta fon contrat
de mariage à figner. Aimable qui s'apperçut
du barbare plaifir que goûtoit
fa rivale en obfervant fes moindres
mouvemens , tâcha de fe contraindre ;
& ne fut pas plutôt feule , que s'abandonnant
à tout fon défefpoir , elle jura
de ne point furvivre à l'infidélité de fon
amant.
Finfinet, ignorant tout ce qui fe pafJANVIER.
1762 . 37
1-
es
éée
rfrat
-Ppit
res
ce ;
anura
fon
Daf
it
à
foit , approchoit cependant de la Capitale
avec fes trois cens Tartares ; &
comptoit à la faveur de fa métamorphofe
, obtenir aifément la Princeffe
Aimable. Il apprit, en arrivant , que le
Prince Chirlipipi l'avoit prévenu ; qu'on
déclaroit à l'inſtant même fon mariage
avec l'une des deux Princeffes .Ah ! c'eft
fans doute Aimable , s'écria-t- il ; je fçai
trop bien que fa cruelle foeur la deftinoit
au Prince des Lapons ! Secondezmoi
, ( dit- il à ſes Tartares ) c'eſt moi
qui fuis le vrai Chirlipipi ; l'autre
n'eft qu'un impofteur : venez m'aider
vanger cet affront. Ce difcours produifit
le plus grand effet: tous réfolurent
de le vanger ou de périr avec lui . Mais
à peine le Prince commençoit- il à
traverser la ville , que le Peuple s'écria
de toutes parts , Vive le Prince Finfinet!
Grands Dieux , qui peut ici m'avoir
trahi , dit le Prince étonné & confondu?..
Comment, Seigneur , lui dit un de
fes Officiers qui vint alors à fa rencontre
: votre déguifement peut-il faire
méconnoître ici le plus charmant de
tous les Princes ? ..... Ce témoignage
non fufpect, confirmé par cent autres ,
fit enfin foupçonner au Prince , que la
Fée Malice avoit pu le tromper. Suivez-
1
38 MERCURE DE FRANCE. .
moi , dit-il fièrement aux Tartares ; ou
je vais feul affronter le danger.... Il entre
alors dans le Palais avec toute fa
fuite , & pénétre fans réfiftance jufques
dans le fallon fatal où la Cour étoit affemblée
. Le mariage venoit de fe conclure
. Le Prince cherche fon amante ; il
la voit armée d'un poignard & prête à
s'en percer le fein . Arrête , Barbare ! s'écria-
t-il , en lui faififfant le bras & ent
tombant à fes pieds. Quel moment
pour Déplaifante, en reconnoiffant Finfinet
qu'elle croyoit avoir époufé ! quelle
furpriſe pour Aimable , qui croyoit
avoir perdu ce Prince , & qui n'ofoit
encore reconnoître fon amant fous fes
traits mêmes ! ..Cependant le tumulte augmente,
Chirlipipi, Finfinet & leurs gens
avoient commencé un combat dont les
fuites alloient devenir funeftes . Les deux
rivaux , fans s'être connus , s'étoient attachés
l'un à l'autre , & fe portoient les
plus terribles coups ; le fang couloit de
toutes parts. Mais tout-à-coup les deux
Princes & tous leurs gens demeurent
immobiles ; le plus profond filence fuccéde
au bruit le plus affreux ; qui n'eft
enfin interrompu que par un grand éclat
de rire.... Que de bruit faute de s'entendre
dit une voix que l'on reconnut
JANVIER. 1762.
39,
t
it
es
es
ux
tes
de
IX
nt
10-
eft
lat
ennut
, ,
pour celle de la Fée Malice. Vous, Prince
& vous femme de Chirlipipi
ajouta-t-elle en s'adreffant à Déplaifante
, regardez -vous tous deux dans vos
miroirs. L'un & l'autre obéirent & fe
virent avec étonnement tels qu'ils
avoient toujours été ; Déplaifante toute
auffi laide que jamais , & Finfinet tout
auffi beau que l'on peut l'être . Ces deux
miroirs , dit-t-elle , vous ont trompés
en vous faifant paroître à vos propres
yeux tels que vous fouhaitiez être : les
Dieux ne m'en ont pas permis davantage
: ils ont conduit le refte ; & tout
a réuffi . Vous , continua-t- elle , en adreffant
la parole à Déplaifante & à Chirlipipi
, vous êtes dignes l'un de l'autre ;
rendez-en graces aux Dieux : l'hymen
ne rencontre pas toujours fi jufte . Pour
vous , Prince chéri du Ciel , & vous ,
Princeffe digne d'un amant auffi parfait
, recevez la récompenfe qui vous
eft due. Heureux amans , foyez heureux
époux ; l'amour l'ordonne que
l'hymen obéiffe .... Bon , dit le Roi Pétau
, en embraffant fes gendres & fes
filles , enfin nous voici tous contens !
grand-merci , Madame Malice. Attrapez-
nous toujours de même.
FIN.
40 MERCURE DE FRANCE.
VERS préfentés à Madame DENIS
par Mlle CORNEILLE pour le jour
de fa fête.
A MON Couvent , j'ai lu dans un gros Livre en
Vers ,
Que le faint Roi Louis , dans un autre Univers ,
Etendit des Français les malheurs & les armes.
Plus heureufe que lui , votre esprit & vos charmes
Fixent les Arts dans vos déferts.
Votre maiſon , Maman , eft leur empire :
Ils viennent comme moi le ranger près de vous ;
D'an regard comme moi ces enfans font jaloux ;
Ils font glorieux d'un ſourire.
Je voudrais que mon coeur , que vous daignez
former ,
A vos yeux aujourd'hui pût fe peindre lui-même ;
Mais il ne fçait ,Maman , que dire qu'il vous aime,
Vous ne m'avez encore appris qu'à vous aimer.
Cependant l'enfant boude & ſon âme eft chagrine ,
Il ofe ici vous l'avouer.
Toutes les fois que je veux vous louer ,
Chacun me prévient , me devine .
Je gémis en fecret d'avoir fi peu d'efprit.
>
Qui, quel que foit pour vous l'éloge que j'apprête ,
Jamais ma bouche ne répéte
Que ce que tout le monde dit.
JANVIER. 1762. 41
Papa me fâche auffi . Ma peine eſt ſans égale
Quand je lis fes beaux vers dont mon coeur fe
nourrit.
Ainfi que les bontés j'adore fon efprit ;
Et l'on me dit que j'ai l'Europe pour rivale.
Tout cela finira par me déleſpérer.
Aufli l'enfant , pour fuir toute autre concurrence
Prétend choifir dès aujourd'hui
Un fentiment qui ne foit que pour lui :
Vous le devinez bien , c'eft la Reconnaiſſance.
Je ne veux pas non plus former pour vous des
voeux ,
Débiter ces grands mots qu'on dit aux grandes
Fêtes ;
On n'en fçait pas fi long dans mon Pays d'Evreux.
Soyez , belle Maman , toujours comme vous êtes ;
Je ne crois pas que l'on puiffe être mieux.
A Ferney , le 25. Août 1761 .
Cette naïveté ainsi que les Epitres à Madame
DENIS & à Mlle CORNEILLE , font de M.
POINSINET , le jeune.
MADRIGAL.
A YEVEC art de la jeune Elvire
B..... exprima les attraits .
Que de grace dans fon fourire !
Que de fineffe dans les traits !
42 MERCURE DE FRANCE .
Ah ! fi l'on pouvoit en peinture
Rendre fa candeur , fon efprit ;
B..... auroit fans contredit
Fait un chef- d'oeuvre de nature.
BOUQUET préfenté à Madame R ***¸
par Mlle CAMILLE de la Comédie
Italienne.
VERS ces bords chéris du Permeſſe
Où des Mufes , au front ferein ,
Apollon de fon feu divin
Nourrit la Troupe enchantereffe ;
Pour me fignaler en ce jour,
Mon coeur de la fublime cour
Voloit emprunter le langage.
R ** d'un encens fi doux
Jamais rien de plus beau que vous
A-il fçu mériter l'hommage ?
Etrangère dans ces climats ,
Où mon zéle guidoit ma vue ,
Par une route peu connue
Mon bonheur y porta mes pas.
Là , fous une voute azurèe ,
Je crois des Cieux franchir l'entrée ;
Le rubis , l'or , le diamant
Du Palais de ce Dieu charmant
JANVIER. 1762. 4.3
Compofent la riche ſtructure :
Dans les jardins délicieux
Les tréfors les plus précieux
Sont prodigués par la Nature ;
Les fruits , les fleurs & la verdure
Y charment le goût & les yeux.
Mais qui pouvoit me plaire mieux ,
Parmi ces raretés nouvelles ,
Qu'un bosquet qu'on trouve en ces lieux ,
Ой pour les coeurs dignes des Dieux
Naiffent les roſes immortelles ?
Brûlant de vous en embellir ,
Je m'avance pour les cueillir.
Un Génie , au regard févère ,
Qui , pour chaffer les indifcrets ,
Nuit & jour en défend l'accès ,
Me crie : Arrête , téméraire ,
Tremble de fuivre ton deffein !
Ici de notre auguſte Maître
On n'enfreint point les loix en vain.
De ces fleurs pour parer fon fein ,
Apprends du moins ce qu'il faut dire :
Beauté , grâces , vivacité ,
Elprit , douceur , égalité ,
Sont l'affemblage nécefaire
Des dons que l'on doit admirer
Dans les traits & le caractére
De qui l'on veut en décorer.
Ah ! je puis tout, lui répondis- je ,
44 MERCURE DE FRANCE .
De votre Dieu , quoi qu'il exige ,
Je ne crains point que la rigueur
De mes voeux réprouve l'ardeur ,
Pour R *** . mais quel prodige !
A peine ai- je de votre nom
Frappé l'écho de ce vallon ;
Je vois ces roles de la tige
D'elles mêmes ſe détacher ,
Et s'élancer pour me chercher
Sur le zéphir qui les dirige .
Le Génie , alors interdit ,
Par fon filence m'applaudit.
Soudain de mon fuccès ravie ,
Je m'éloigne de ce ſéjour. ...
Ciel qui retar de mon retour ?
L'Amour de près m'avoit fuivie.
Il connoilfoit bien le bofquet ;
Plus d'une fois fa main hardie
Pour y dérober un bouquet ,
Avoit fû tromper le Génie .
Honteux de fe voir prévenu ,
Déja fa promptejalousie,
Avec fureur , s'étoit faifie
Du bien que j'avois obtenu .
Une réfléxion très -ſage
Que je n'attendois pas de lui ,
Bientôt répara cet outrage ,
Et nous met d'accord aujourd'hui
JANVIER. 1762 . 45
Va , fans me craindre davantage ,
Me dit-il , vèrs cette Beauté
Dont les attraits font mon image :
Va , cours , de ta fidélité
Préfente- lui cet heureux gage.
Oui , fon coeur feroit moins flaté
De me devoir cette Couronne.
Hélas ! de l'encens que je donne ,
La plus vaine a fouvent douté !
Que la fincérité qu'elle aime ,
Par tes mains l'orne de ces fleurs.
Mais je veux y joindre moi- même
Le fuffrage de tous les coeurs.
Par M. BRUNET.
A Paris , le 3 Décembre 1761.
SUITE des Affifes d'Apollon.
N. B. Des raifons particulières ont retardé
l'impreffion de ce Morceau , dont le commencement
à paru dans le Mercure de Mai dernier .
...D ANS un des lieux les plus apparens
du Temple des Arts , on voyoit les ftatues
de deux de nos plus grands Maîtres
en Poëfie , Defpreaux
& la Fontaine.
Le premier au Génie ofa tracer des loix :
L'autre dans les Ecrits n'écouta que ſa voix.
46 MERCURE DE FRANCE.
Tous deux d'invention , peut - être, moins capables ;
Mais à l'art d'embellir joignant celui du choix ,
Et , même en imitant , tous deux inimitables .
J'apperçus le jeune & élégant Auteur
du Poëmefur la Déclamation . Il contemploit
avec refpect la ftatue de Defpreaux.
Un moderne Fabulifte rendoit le même
hommage à celle de la Fontaine ; d'autres
paffoient auprès d'elle avec moins
de recueillement , & leurs Ouvrages fe
reffentoient un peu de cette indifférence
.
Je fuivis le digne fils du grand Racine
, très-grand Poëte lui-même , jufqu'auprès
de la ftatue de fon illuftre Père.
Aux pieds de cette image , à jamais révérée ,
D'une main femant quelques fleurs ,
De l'autre faifiſſant la trompette facrée ,
Il afpiroit aux fublimes honneurs ,'
Et du Pinde & de l'Empirée.
J'entendis nommer l'Auteur du Poëme
fur les merveilles de la Nature. Ce
Poëte , arrivé fubitement du fond de la
Province , n'avoit point l'air Euanger
dans ce Palais.
P
d
Un autre , qui venoit de faire à
un affez long voyage , éci ton tou
JANVIER. 1762. 47
haut ce qu'il nommoit fon Odyffée . On
applaudit à l'énergie de l'expreffion & à
la richeffe des rimes. On jugea qu'il eût
mis encore plus d'aifance dans fa narration
, fi lui- même eût voyagé plus à fon
aife .
Je cherchois Euterpe , & j'arrivai fans
obftacle auprès d'elle. Sa Cour étoit
des moins nombreuſes.La Mufe s'occupoit
à relire quelques -unes de ces Eglogues
qu'on a tant lues & tant blâmées.
Elle regrettoit qu'aucun nouveau Fontenelle
ne parvint à déroger auffi ingénieufement
à fes Loix Ruftiques . De -là,
je fuivis différens perfonnages qui s'avançoient
d'un pas plus ou moins pefant
, plus ou moins grave, plus ou moins
léger vèrs laMufequi préfide à l'Eloquence
& à l'Hiftoire : Une foule de monumens
atteftoient le nombre des Orateurs
qu'elle avoit infpirés . Elle recommandoit
à fes nouveaux Difciples d'employer
tour -à - tour cette élégance qui
plaît , cette onction qui touche , cette
véhémence qui entraîne , cette force
qui fubjugue : mais elle leur défendoit
de faire trop fouvent parler l'Esprit ,
parce qu'alors il fait taire le Génie.
Un jeune Magiftrat, héritier d'un rom
cher aux Lettres , & qui les honore lui48
MERCURE DE FRANCE .
même
fes talens , reçut une palme
des mains de Clio.
par
Elle acceptoit quelques oraifons funébres
; elle en rejettoit d'autres ; &
montrant à leurs Auteurs les ftatues de
Boffuet & de Flechier , elle les exhortoit
à penfer , à voir comme le premier
, à méditer , & à écrire comme
le fecond.
Un d'eux furtout qui débitoit affez
mal de très-beaux difcours , obtint une
palme pour fa récompenfe. Ce fut fous
condition qu'il chargeroit du foin de
réciter fes ouvrages quelqu'un de ces
Orateurs qui ne débitent jamais que
ceux d'autrui.
Les Hiftoriens parurent à leur tour.
Ils étoient nombreux ; car depuis quelque
temps l'hiftoire eft à la mode parmi
nous. Clio plaçoit au premier rang de
fa Bibliothèque,l'hiftoire d'un fiécle qui
doit l'emporter lui-même fur tous les
autres . Elle y joignoit celle de Charles
XII & quelques autres Ecrits de ce
genre , moins parce qu'il font de la même
main, que parce qu'ils font de la même
force . Venoit enfuite un Abrégé
préférable à une grande Hiftoire ; &
enfin celles de Louis XI , celle de Julien,
celle du Stathouderat , les premiers
volumes
JANVIER. 1762. 49
4
Ivolumes de celle du Bas-Empire , ceux
de la nouvelle Hiftoire de France & c.
La Mufe plaçoit à côté des meilleures
Hiftoires les Effais fur Paris , ouvrage
d'un genre neuf & d'une exécution
fupérieure au genre . Elle recevoit même
dans fes Tablettes quelques compilations
utiles ; feulement elle prévenoit
leurs Auteurs d'être déformais plus fobres
& fur les répétitions & fur le nombre
des volumes.
En parcourant des yeux la Bibliotheque
de Clio , j'apperçus une foule d'autres
Ecrits différens quant au genre &
quant au but. Je diftinguai facilement
Efprit des Loix , ouvrage fublime où
le Génie remplace la méthode & contraint
à penfer ceux même qu'il n'inftruit
pas. Je reconnus l'Ami des hommes
, production noble , utile , & qui
n'eft pas moins le code de l'humanité
que celui d'une fage économie . Je vis
d'excellens ouvrages de Politique , de
Morale , de Philofophie , de goût & de
pur agrément. Parmi ceux de cette derniere
claffe brilloient quelques Romans
ingénieux . Les titres de Cleveland , de
Marianne , de Zadig , des Confeffions
du Comte de *** , de Tom Jones , de
Clarice & quelques autres fixerent en
1. Vol. C
50 MERCURE DE FRANCE .
particulier mes regards & rappellerent,à
mon efprit une foule d'idées agréables .
Dans cet inftant Clio propofoit deux
réglemens des plus fages . Le premier
d'établir un Tribunal qui , comme à la
Chine , interdît aux Hiftoriens la liberté
de mentir. ( Je jugeai que ce Tribunal
auroit de l'occupation . ) Le fecond,
de défendre à ceux qui poffédoient
trop bien les Langues mortes , d'écrire
dans leur Langue naturelle , fous peine
d'être condamnés à en étudier le génie,
à varier leurs réfléxions , & furtout à
les rendre philofophiques. Des- lors
j'efpérai voir diminuer le nombre des
in-folio .
Je fus bientôt attiré par une fymphonie
brillante & foutenue. Quelques
jeunes gens s'exerçoient fous les yeux
de Polymnie , & l'étonnoient par la
force & la rapidité de leur exécution .
Alors furvinrent deux célébres rivaux
dans ce genre. L'un avoit longtemps
fait l'admiration des connoiffeurs ; l'autre
dès qu'il parut fit les délices du Public
. Elle voulut que tous deux occupaffent
le premier rang dans fes concerts
; elle recommanda au plus ancien
d'aimer fon jeune Emule ; elle ordonna
à celui - ci d'admirer fon aîné.
JANVIER. 1762. 51
Un homme encore plus célèbre dans
un gener plus difficile , attiroit la principale
attention de Polymnie. Il étoit
prèfque le premier qui eût fait de la
Mufique dans un Pays où l'on chantoit
depuis près d'un fiécle ; mais il eut d'abord
plus d'admirateurs que de Partifans.
On regarda longtemps fon génie
comme barbare , parce qu'il parcouroit
des routes inconnues au vulgaire . En
vain découvrit-il le fentier qui y conduifoit
, au grand nombre de ceux qui
ne fuivoient que des chemins battus.
Nul n'y entra , ou ne put y entrer . Je
vis cet illuftre Artifte offrir à Polymnie
l'ouvrage qu'il intitule fi juftement Code
de Mufique ; je vis la Mufe le diftribuer
à fes Elèves , à la place des leçons qu'ellemême
fe propofoit de leur donner.
Un de fes favoris , qui n'avoit point
de Rivaux lorfqu'il falloit chanter les
Dieux , lui faifoit hommage de quel-.
ques Opéra. Ils furent acceptés , parce
qu'ils déceloient de la délicateffe & du
goût ; mais la Mufe lui demanda fur le
champ les productions de fon génie &
l'exhorta à les multiplier.
Survint un autre Artifte , connu par
des fuccès brillans . Il exprimoit avec la
même vérité , avec la même force , les
cij
52 MERCURE DE FRANCE .
regrets de Lucas , & les fureurs d'Hercule.
La Muſe fourioit à deux de fes plus
chers favoris , les mêmes à qui le foin de
fon Temple étoit confié. Ils offroient
à fes regards , un fpectacle fupérieur à
tous ceux qu'ils dirigeoient ; deux amis
qui couroient enfemble la même carrière
, & que ni l'intérêt , ni la rivalité
n'avoient pû défunir.
Celui qui mit de fi doux accens dans
la bouche d'Eglé , reçut de Polymnie ,
des éloges fur fes talens , & des reproches
fur fon filence ; elle en faifoit de
plus vifs encore à ce Cenfeur auftère ,
qui fit chanter fi gaîment Colette &
Colin ; mais qui voudroit la réduire ellemême
à ne chanter que dans une autre
Langue. Pour le pouffer à bout , elle fit
exécuter devant lui quelques Morceaux
d'Armide. Il fut attendri , ému , tranfporté
, & s'affermit plus que jamais
dans fon fyftême.
Là parurent auffi quelques jeunes Artiftes
, applaudis dans un genre nouvellement
accrédité. L'un affaifonnoit des
plus agréables fons l'aveu choquant de
Toinette, l'autre exprimoit la gaîté naïve
de Blaife ; prèfque tous méritoient des
éloges & tous furent loués , ou encourages
.
JANVIER. 1762. 53
En même temps Polymnie recevoit
l'hommage des Poëtes lyriques ; & c'étoit
là le moindre des facrifices qu'ils
lui faifoient. Du refte , ces nouveaux
courtisans étoient en petit nombre , &
rien n'annonçoit que ce nombre dût
s'accroître. La Mufe félicitoit fur leurs
fuccès paffés l'Auteur des Elémens &
celui de Zélindor ; elle exhortoit ceux
d'Hercule & d'Eglé à mériter de nouveaux
fuffrages.
Ce ne fut qu'en héfitant que je pénétrai
dans le fanctuaire d'Uranie : j'y
étois parfaitement étranger. Je reconnus
toutefois une partie de ceux à qui
ce féjour étoit le plus familier , les De
PIfe , les Mairan , les le Monier , les
Clairaut , les d'Alembert... Ce dernier ,
que j'aurois pu indifféremment nommer
plutôt , n'étoit étranger prèfque nullepart
dans ce Temple. Je vis d'autres
difciples d'Uranie qui , fans recourir au
calcul géométrique élevoient leurs
idées au-deffus de la fphère commune
& fubjuguoient notre efprit par la force
de leur imagination.
Mais du génie , enfin , telle eſt la noble audace.
Il détruit tour obſtacle , il franchit tout efpace ;
Il vole , rarement il ſe borne à marcher ;
C iij
54 MERCURE DE FRANCE .
Et du monde entier qu'il embraſſe ,
Les Poles à fon gré femblent ſe rapprocher.
Du lieu où fe diftribuoient tant de
fublimes leçons , je paffai dans un autre
où la Peinture & la Sculpture étaloient
de riches tréfors . Là une foule d'Artif
tes de l'un & de l'autre genre attendoient
les préceptes d'Uranie & méritoient
fes éloges .
Reftout , digne neveu d'un grand
Maître , parut facrifier à la force plutôt
qu'aux graces de l'expreffion ; mais fes
beautés mâles infpiroient le reſpect.
Vanloo réuniffoit le double avantage
d'attacher & de féduire ; il joignoit à la
plus belle ordonnance un coloris encore
fupérieur.
Pierre , éléve & rival du fecond , allioit
aux graces de fon pinceau , toute
l'énergie de la touche du premier.
Vien , qui dès fon début donna des
chefs- d'oeuvres & en fit efperer d'autres ,
tenoit exactement tout ce qu'il avoit
promis . A fes côtés une aimable Magicienne
traçoit quelques figures d'infectes
ou d'oifeaux , & fembloit créer pluque
peindre.
tôt
Natoire , dont le pinceau docte &
fage eft digne de la grandeur des fujets
JANVIER. 1761. 55
qu'il traite , & de la majefté des Temples
qu'il décore , s'attachoit à former
une troupe de jeunes éléves fous les
yeux mêmes d'Uranie & pat fon ordre.
Je vis la Mufe applaudir aux efforts du
Maître & aux progrès des Difciples.
Boucher , cet agréable impofteur
doué d'une imagination vive & tendre
offroit à nos yeux la Nature moins comme
elle eft , que comme elle devroit
être. Son Art va plus loin qu'elle ; il
nous fait defirer ce que , fans lui , nous
n'euffions pas même foupçonné.
Hallé , Jeaurat & Dumont peignoient
fçavamment l'Hiftoire . Chardin capioit
exactement la Nature , mais fans l'arranger.
Greufe l'arrangeoit & la vivifioit.
Un jeune Artifte pour fon coup d'effai ,
retraçoit à nos yeux cette journée fanglante
(2 ) où LOUIS -LE - BIEN-AIMÉ ,
arra qué par tant de Nations réunies ,
fignila fa fermeté durant le péril , & fa
clémence après la victoire .
Vernet , dans fes Marines , fembloit
preferire aux Mers le calme ou la tempête.
Ce n'eft point une imitation qu'il
nous offre , c'eſt la chofe même.
Enfin , j'apperçus beaucoup d'autres
( a ) La Bataille de Fontenoi , peinte par . M
Lanfant.
Civ
56 MERCURE DE FRANCE .
Artiſtes dont les productions faifoient
honneur à l'Art & au fiécle . J'en vis
deux , (b ) furtout , à qui l'âge n'avoit
pas encore permis de multiplier les preuves
de leur talent ; mais le mérite de ces
preuves fuppléoit à leur nombre . Je vis
des Portraits où Natier déployoit les
graces & la richeffe , Toqué l'exactitude
& la reffemblance , Aved , le naturel &
la vérité Je vis Latour peignant en
paflel Uranie elle - même exprimer la
majefté de fes traits , & tout le génie.
qui éclatoit dans fes yeux.
.
Le burin multiplioit chacun de ces
chefs - d'oeuvre . Les Cars , les Lebas ,
les Wile , les Lemire , faifoient triompher
cet Art inconnu aux Anciens. L'inimitable
Cochin s'aftraignoit rarement
à copier. Il inventoit , il créoit , il donnoit
libre carrière à fon génie . C'étoit
un Peintre auquel il ne manquoit que
la couleur.
Le nombre de nos Phidias ne me parut
pas le céder à celui de nos Apelles.
A leurtête on voyoit Bouchardon , le
même que cette Capitale a chargé du
foin d'acquitter fon zéle & fa reconnoiffance
dans un monument qui eft le fruit
(b ) MM. Doyen & Deshayes.
3
JANVIER. 1761. 57
de l'une & de l'autre . ( c ) On diſtinguoit
Lemoine , déjà célebre par fes travaux
& fes fuccès dans le même genre(d).
Pigal , qui , dans un feul ouvrage éternife
la vie & la mort d'un Héros (e) .
Falconnet qui femble avoir fourni de
nouveaux traits à l'Amour (f). Slodtz ,
qui enrichit de nouveaux attributs le zéle
& la piété (g ). D'autres Artifles moins
célebres , mais nés pour le devenir , s'attiroient
déjà les regards d'Uranie en
attendant qu'ils puffent partager ceux
du Public.
Divers Amateurs éclairoient les Artiftes
de leurs fages confeils. Quelquesuns
même embelliffoient leurs leçons
des charmes de la Poëfie. La Mufe admit
dans fon Sanctuaire l'ingénieux Auteur
de l'Art de peindre , couronné en
même tems des lauriers d'Erato . Un autre
perfonnage , né dans un rang où l'on
fe permet facilement de tout ignorer ,
( c) La Statue Equeſtre du Roi.
(d ) Les Statues du Roi qui font à Bordeaux &
à Rennes.
761
(e ) Le Maufolée du Maréchal de Saxe.
(f) Outre cette Figure de l'Amour , fi juftement
vantée , M. Falconnet a fait les nouveaux
embelliflemens de S. Roch où l'on compte des
chefs -d'oeuvres .
(g ) Le Monument du Curé de S. Sulpice.
Cv
58 MERCURE DE FRANCE .
joignoit à la noble ambition de tout fçavoir
, le courage & le génie propres à y
parvenir. Il n'étoit pas Peintre , & auroit
pû inventer la Peinture . Il avoit enrichi
d'un nouveau genre cet Art , déjà
fi riche en comparaifon de ce qu'il fut
autrefois ; il exhortoit les Peintres de fa
Fatrie , à connoître , à refpecter le Coftume
fi fouvent ignoré , ou négligé par
les plus fameux Peintres voifins .
Non loin de là, quelques plans d'Architecture
attiroient les regards & les
applaudiffemens d'Uranic. On admiroit
entr'autres l'élévation d'un nouveau
Temple qui par fa majefté , fa magnificence
& fon étendue méritoit de
porter ce nom , fi injuftement prodigué
à tant de petites Chapelles .
>
A côté on voyoit le Plan d'un nouweau
Palais deſtiné à être le berceau des
jeunes Eléves de Mars : Monument de
magnificence & de bonté , digne d'un
Roi qui , non content de récompenfer
les fervices , fçait encore les prévenir.
Tous ces ouvrages s'élevoient fous
les yeux & par les foins d'un Miniftre
choifi pour préfider aux Beaux - Arts ,
qu'il connoît & qu'il aime. Loin d'avoir
été retenu par des difficultés éffrayantes
, il a trouvé des reffources où
JANVIER. 17762.
59
d'autres ne trouvoient que des obftacles
, & à fait voir dequoi le zéle eſt
capable lorsqu'il eft dirigé par le goût.
De grandes acclamations , une lumière
plus éclatante annoncerent l'arrivée
du Dieu des Arts. Il parut content
de l'affluence des Spectateurs qu'il
trouva plus nombreufe que dans le
dernier fiécle. C'étoit déjà un préjugé
en faveur du nôtre , & à bien des
égards , le rapport de chaque Mufe confirma
ce préjugé. Caliope furtout , qui
à peine s'étoit montrée dans les Affifes
précédentes , parut dans celles - ci
avec la noble audace qui la caractérife.
Thalie montroit un peu moins d'affurance.
Mais celle de Melpomène étoit
à fon comble . Cette Mufe marchoit
même avec plus d'appareil que jamais.
Alors des cris féditieux fe firent en- t
tendre. Un de ces hommes qui n'eftiment
que les fiécles dont ils n'ont pas
été , voulut démontrer qu'il n'y avoit
rien de bon dans celui dont il étoit.
Heureuſement Apollon n'en jugea ni
par les difcours ni par les ouvrages de
ce Déclamateur . Il exhorta tous ces détracteurs
de leurs contemporains àlouer
tout ce qui eft louable , fans en voir la
date , à refpecter tout grand homme
C vj
60 MERCURE DE FRANCE .
fût-il encore vivant , à encourager tout
jeune Elève , dût - il promettre d'éffacer
un jour fes Maîtres.
Sur les pas de l'Aigle rapide,
Un jeune Aiglon peut s'égarer ;
Loin d'éffrayer fon vol timide ,
Ofez le foutenir & fçâchez l'éclairer.
Un coup d'éffai , fans être une merveille,
Peut de plus d'un Chef-d'oeuvre être l'avantcoureur.
Louez avec tranfport , reprenez fans aigreur :
Aufuccès de Mélite on dut le grand Corneille.
Il me parut que le Dieu des Arts approuvoit
encore moins la baffe adulation
, la louange mercenaire , qu'une
fatyre outrée. Il montroit aux vrais
Ariftarques le modéle qu'ils devoient
fuivre.
C'étoit , qui? la Critique , à l'oeil fixe & févére;
Au crayon fûr , au flambeau redouté ;
A l'Artifte , à l'Auteur , offrant une clarté ,
Trop certaine de leur déplaire.
De l'importune Vérité ,
Utile & fâcheufe interprête ,
Sa voix de l'Orateur confond la vanité ,
Fait taire l'Ignorant , fait trembler le Poëte.
Par elle du faux goût le mérite eft vengé ;
JANVIER. 1762.
61
Et jamais Faquin protégé
Ne rendit la bouche muette.
Enfuite Apollon s'adreffa à toute
l'Affemblée , & dit , en meilleurs termes
que je ne vais le répéter :
Renoncez aux foins fuperflus
De réunir tous les fuffrages :
Chaque fiécle eut les avantages ,
Et les écueils , & fes abus.
Reſtaurateur de votre Scène ,
Corneille au joug de Melpomène
Soumit l'âme du Spectateur.
Peut-être , avec moins de génie,
Mais plus de goût , plus d'harmonie,
Plus d'élégance & de douceur ,
L'Auteur de Phédre & d'Athalie
Connut mieux la route du coeur.
Mais à ce couple , qu'on admire ,
Ce fiécle donna des égaux.
D'un nouveau couple que j'infpire
Sçâchez eftimer les travaux.
A Monime oppoſez Zaïre ,
A Cinna , Rhadhamifte , à Rodogune, Alzire
Et gardez -vous alors , entre ces grands Rivaux ,
De prétendre affigner nul rang & nul empire.
Ce Peintre - né , ce Térence nouveau, anɔv dodá
62 MERCURE DE FRANCE.
Plus vif , plus gai que l'ami de Lélie ,
Ce favori de Momus , de Thalie ,
Du ridicule , ingénieux fléau ;
Moliere enfin , dans la nuit éternelle
N'emporta point fon fublime pinceau.
Plus d'un Diſciple à fes leçons fidéle ,
En hérita ; plus d'un heureux tableau
Semble partir de fa touche immörtelle
Lorsqu'il fubit les horreurs du tombeau .
O vous , Auteurs, & vous ,dont la douce impoſture,
Aux preſtiges de l'Art alfervit la Nature !
Voulez -vous obtenir , voulez vous mériter
La gloire , le feul prix digne de vous tenter ?
Marchez , ne voyez qu'elle au bout de la carrière³
Tout profane melange obfcurcit la lumière.
Fuyez de l'intérêt le fentier ténébreux ,
Ces obliques d'étours , ces accès plus honteux ,
Où tout efprit jaloux & fe plaît & s'égare.
D'où vient qu'un noir dépit de votre âme s'empare,
Si d'un autre à vos yeux on chérit les talens ?
11 eft plus de lauriers que de fronts triomphans.
Voyez ces fiers humains que le Dieu de la guerre
Pour défendre , ou détruire , arme de fon tonnerre
;
Voyez Daun , Frédéric , Broglie & Ferdinand,
Chacun d'eux eft rival , & chacun d'eux eft grand..
La Gloire , objet des voeux de toute âme fublime ,
Pour vous fource de haine , entr'eux produit leſtime.
JANVIER. 1762 . 63
Ah! ceffez d'avilir , par de honteux combats ,
Ces talens dont le luftre ennoblit vos climats.
Qu'ils foient toujours des Arts la paisible Patrie ;
Que par vous leur fplendeur jamais ne foit flétrie ;
Qu'elleattache en tout temps les yeux de l'Univers,
Mes bienfaits , mes rrefors vous font encore ouverts
:
N'en troublez point la fource & fçâchez vous
connoître .
Vous êtes toujours grands ; mais ôlez le paroître .
Après cette harangue, dont la Morale
ne corrigea fans doute perfonne, Apollon
levalaféance , & tout difparut: c'eftà-
dire , Madame , que je m'éveillai.Peutêtre
ce récit produit-il en vous un effet
tout contraire . C'eft , je l'avoue , rêver
longtemps pour ne voir que des
chofes de cette nature.
Ah , pour en voir d'une plus douce efpéce ,
Soit en erreur , ſoit en réalité ,
Puiffai-je avoir l'heureuſe faculté
Ou de dormir , ou de veiller fans ceffe !
64 MERCURE DE FRANCE .
ETRENNES à mettre en Chant..
A M. de P. E ***
Invidia virtutum comes , ( Pæd. )
SOIT que l'an commence ou s'écoute ,
Tels font mes foins affectueux ,
Qu'ils n'attendent jamais la foule ,
Pour vous affurer de mes voeux.
Le penchant plutôt que l'ufage ,
Me fait venir vous étrenner.
Que ces vers , Iris ,foit le gage
De ce que je vous puis donner.
Le feul préfent que j'aye à faire ,
Et que je vous ai fait cent fois ;
C'eft un tribut toujours fincère ,
Et de mon coeur & de ma voix.
Sans craindre l'odieux vulgaire ,
Chaque jour mon zéle & mes chants-
Vous développoient le mystère ,
De mes plus fecrets ſentimens.
Acceptez mon nouvel hommage ,
Dût-on en glofer encor plus :
C'eſt par le plus tendre langage ,
1
Qu'il faut célébrer vos vertus.
JANVIER. 1762 . ·65.
Auriez-vous pû me faire un crime ,
De mes airs , de mon dévoûment ?
Ils n'ont rien que de légitime :
On peut aimer fans être amant.
Qu'il m'eſt doux de laiffer paroître
Les fentimens reſpectueux
Qu'en moi , dès long- tems , ont fait naître
Votre bon coeur & vos beaux
Des Méchans la langue perfide
N'aura jamais prife fur nous
Ayant la fageffe pour guide ,
Et pour confident votre époux.
yeux
Rien n'honore tant le mérite
Dont l'éclat bleffe en vain les Sots ,
Que les murmures qu'il excite ,
Et la fureur de ſes Rivaux.
La vertu que rien n'épouvante ,
Doit raffurer nos tendres coeurs :
L'amitié la plus innocente
Trouvera toujours des Cenfeurs.
Une aimable Philofophie
Charme & remplit tous nos loisirs ;
Et nos devoirs , qu'elle varie ,
Deviennent nos premiers plaifirs.
66 MERCURE DE FRANCE.
Mais cette union tendre & pure
Ne peut nous faire un fort fi doux
Qu'enfin elle ne nous procure ,
Bien moins d'amis que de jaloux.
>
>
Non , rien n'irrite plus leur rage ,
Que la paix des coeurs vertueux .
Notre bonheur leur fait ombrage
Parce qu'il n'en eſt point pour eux.
Qu'une fi belle intelligence
Eft pour vous un tourment affreux ,
Vous , dont la haine & la vengeance
Ne font qu'en refferrer les noeuds !
Sur les douceurs de notre vie
Verfez le fielde vos difcours
Mais vous mourriez plutôt d'envie ,
Que d'en troubler jamais le cours,
EN VOI ,
A M. fon Epoux.
Que le deftin te fut profpère !
Rien n'égale , ami , ton bonheur :
Quels voeux pour toi fauroit- on faire ?
D'Iris , n'es-tu pas poffeffeur ?
Parle CHEVALIER DE JUILLY-THOMASSIN.
JANVIER 1762.
LeE mot de la premiere Enigme du
mois de Décembre eft le Plaifir. Celui
de la feconde eft la pelote de neige.
Celui du premier Logogryphe , eft
la Mouchette, dans lequel on trouve Met,
home , muet , houe , thé , écho , mouche ,
touche , écot , écume , mêche , Cométe ,
Tome , Eté , hotte , Muto Chouette
hote. Celui du fecond Logogryphe eſt
Hermaphrodite , où l'on trouve Epita
phe , en ajoutant un P. Hermite , thiare,
Admete , Priam , hidre , Pirrha , Pirame,
dipe , Pierre
Phédre Ор
phée , Morphée , Héroïde , Armide, Hé
ro , mort , hair , aimer.
Ja
ENIGME.
Ea fuis vieille & pleine d'appas :
Quoique noire , je fuis belle ;
Tel qui pourroit me voir où fon plaifir l'appelle ,
Pour cela ne me connoît pas .
Souvent , fans que l'on me querelle ,
Je fuis Quinteufe , & je m'en fais honnneur.
On me voit dans la régle obferver le filence ;
Je l'impofe aux humains & fais du bruit en France;
Je fais voir en mes traits des fignes de valeur .
68 MERCURE DE FRANCE.
Je fuis peu fans l'Amour , l'Amour eft peu fans
moi :
Mais pour le déclarer il faut bien des meſures ;
Mes foupirs font difcrets , mes paroles font pures;
Je plais enfin au Berger comme au Roi ,
AUTRE.
Jz fuis &courte & longue , & de plus très- légères E
Je brille pardevant , un peu moins par derrière ;
Je fers à bien des gens , & même aux animaux ;
Tous croyent en me portant paroître bien plus
beaux.
On me voit à la Cour , & je brille au Théâtre ;
Je pare avec orgueil la tête d'un Mulâtre.
Place avec art mes pieds , je regarde les Cieux ;
Mais je n'en vois pas plus , hélas ! je n'ai point
d'yeux ,
Et crains peu les regards de quiconque me porte.
Je plais pourtant fouvent ; mais , Lecteur , que
t'importe ?
Songe que malgré toi j'ai du moins pu t'orner. -
En ce cas-là, motus ! crains de me deviner.
ParMlle CHAPELAIN , à l'Éſſai, baſſe Normandie.
JANVIER. 1762. 69
AUTR E.
CUM fextis pedibus nomen venerabile geſto ;
Si medium tollas , turpiter ejicior.
D. N. Abonné au Mercure.
LOGO GRYP H Ẹ.
ZELL pour tout devoir qu'impoſe la valeur ,
Je n'écoute jamais que la voix de l'honneur.
Mais, Lecteur, fi tu veux à coup für me connoître ;
Il te faut , dans les pieds qui compofent mon être,
Trouver le Conquérant qui vainquit Bajazet ;
Celle dont la beauté captiva Charles- Sept ;
Cet endroit , où Montfort , animé par la Gloire ,
Ne dut qu'à fon courage une illuftre victoire ;
Un Théâtre , où jadis on vit le grand Henri
Triompher en Héros , d'un puiſſant Ennemi ;
Du Monde une partie en richeffes féconde ;
Une autre que Colomb... Que dis - je ? ... un nou
veau Monde ;
Un Peuple auquel le Cid livra plus d'un combat ;
Ce qu'en officiant , fait briller un Prélat ;
De notre Rédempteur l'incomparable Mère ;
Un Guerrier patriote autant que téméraire .
Je finis par la Ville , où Caten eut le fort
De laiſſer un vain titre à fon nom , par
Par M de LANEVERE , ancien Mousquetaire
du Roi , à Dax.
fa mort.
70 MERCURE DE FRANCE.
#
•
AUTRE.
F XPERT en fine Diablerie ,
Lecteur , je fuis un vrai Lutin ,
Engendré par l'Eſprit malin ,
Et le Tartare eft ma Patrie.
A ce début , criant haro ,
Et pouffé d'un faint héroïſme ,
L'Abbé va faire un exorciſme ,
Et me dira Vade retrò !
Je n'ai point defir de mal faire ,
Mon cher Abbé , raffure- toi ;
Je viens dans l'ombre du myſtère
T'entretenir , écoute- moi.
Invisible par ma nature ,
Quand je prends humaine figure ,
Mes pieds font au nombre de dix.
En les décompofant , le nom du fils d'Anchiſe
S'offre au premier abord ; ce que l'on voit dans
l'air
Quand le temps eft couvert ; ce qu'eſt ſans ſa chemife
Une femme ; un oiſeau ; un fruit , un bras de Mer
Connu dans le Levant ; le nom d'une Furie ;
L'Empire de Neptune ; un Eſclave tout noir ;
Un chemin dans Paris , éclairé chaque foir
De tous les végétaux le principe & la vie 1
ས:༧༣ ་
Gracieux.
W
En vain de coquettes beautés Prétendent
captiver nos a- - mes, Leurs ma
-neges
W
trop u - sites N'allument que defoibles.
fla mes: Dans l'art.peu commun de char =
mer, Rien n'est égal
ma
Sil.vi -
Quand on la voit ilfaut l'aimer,Quand on l'ai--
- me c'est
pour
la vie .
JANVIER. 1762. 71
Une plante aquatique ; un temps ou les oifeaux
Sont malades ; l'endroit où l'on met la volaille
Quand on veut l'engraiſſer ; l'abrégé de muraille ,
Ce qui d'un bâtiment aide aux matériaux ;
En faut- il encor davantage ›
Ce que fait un habit quand il eft trop étroit 3
La perfonne à qui chacun doit
L'honneur & le reſpect , la tendreffe à tout âge a
Ce qu'on regrette d'un bon koi ;
Ce que d'un méchant on déreſte
Aifément le trouve chez moi.
Adieu , Lecteur , voilà mon refte.
CHANSON,
FNVAIN de coquettes Beautés
Prétendent captiver nos âmes ,
Leurs manéges trop ufités
N'allument que de foibles flâmes.
Dans l'art peu commun de charmer
Rien n'eft égal à ma Silvie :
Quand on la voit , il faut l'aimer
Quand on l'aime , c'eſt pour la vie.
Plus encor que tous fes appas ,
Son efprit eft fûr de féduire ;
Ce qu'elle dit , je ne crois pas
Qu'une autre puiffe mieux le dire.
Dans l'art &c.
72
MERCURE DE FRANCE.
Comment peindre les traits divins
Qui rendent la Belle parfaite ?,
Le pinceau tombe de mes mains :
Plus Amant qu'Auteur , je répéte :
Dans l'art & c.
Les Paroles font de M. GUICHARD , & la
Muſique de M. LEGat de Furcy ,
NOUVELLES NOU
JANVIER. 1762. 73-
ARTICLE II.
NOUVELLES LITTERAIRES.
EXTRAIT d'un Manufcrit de la Bibliothèque
du Roi , intitulé : Miracles
de Notre-Dame : par Perfonnages.
ES recherches qu'on a faites de l'origine
du Théatre François , ne laiffent
plus douter qu'il doit fa naiffance à des
repréfentations données pour inftruire
& édifier le Peuple fimple & ignorant.
Quoique le célebre Auteur de l'Art
Poëtique n'ait pas trop approfondi ce
fait , qui n'étoit point encore bien
éclairci de fon temps ; il l'a cependant
annoncé comme certain. Il est inutile
de rapporter fes Vers , qui ne font ignorés
de perfonne ; mais on doit remarquer
qu'en ceci nos dévots Ayeux n'ont
fait que fuivre , fans le fçavoir , & par
néceffité , l'exemple des Grecs , des Romains
, & de toutes les Nations qui ont
eu l'idée du Poëme Dramatique. Il eft
démontré que ce genre eft très -propre,
I. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE .
& femble inventé pour répandre avec
plus de fuccès, des faits & des maximes
que la Religion avoit deffein de confa
crer , & que l'effet de la repréſentation ,
dans tous les temps , a étéle moyen le
plus
fùr pour
autorifer
& perfuader
une tradition. Ce n'eft donc point par
imitation , mais d'après leurs propres
lumieres & ce raifonnement commun
à tous les hommes , que nos Peres ont ,
pour ainfi dire , crée une efpece de
Poëfie Dramatique : & le premier ufa
ge qu'ils en ont fait , a été , ainfi que
chez les autres Peuples , pour l'utilité de
la Religion, & la correction des moeurs.
Les premiers éffais de cette Poëfie pa
rurent en latin , & fervirent à terminer ,
dans les Eglifes l'Office des Fêtes folemnelles,
Dans la fuite on les compofa en
langue vulgaire ; & comme ils avoient
pour
but l'inftruction des Affiftans , on
crut devoir étendre la durée de l'action
aux dépens du Sermon ordinaire dont
ils tenoient lieu ; & l'on réduifit cette
partie du Service Divin , à une Prédica
tion d'environ un quart d'heure. Cette
courte Homélie faifoit ordinairement
l'ouverture de la piéce ; quelquefois elle
la terminoit , ou s'y trouvoit inférée
fuivantla circonftance , ou le caprice de
l'Auteur
JANVIER . 1762. 75
On finiffoir toujours par le Te Deum.
C'eft de -là qu'a été introduit l'ufage
adopté par les Auteurs de la Paffion &
autres myſtères & moralités. Et quoique
ces Poëmes paffent pour les premiers
Dramatiques François , ils font cependant
tous poftérieurs à ceux dont on va
parler .
Il y a apparence qu'il en a été compofé
un grand nombre ; mais comme
ils ont précédé l'invention de l'Impri
merie , ils n'ont pu parvenir jufqu'à nous.
Le feul manufcrit qui en foit connu , eft
celui dont on entreprend de rendre
compte : on doit par conféquent le re
garder comme unique , l'un des plus
précieux Recueil de Poëfie Françoife',
& peut-être le feul dans cette partie Dramatique.
Les Poëmes qu'il contient étant inconteftablement
du nombre de ceux
qui ont établi & fondé le Théâtre François
, l'on fera fans doute furpris que
les Auteurs de l'Hiftoire de ce même
Théâtre ayent pu négliger une partie
auffi confidérable ; & ce reproche ne
feroit que trop bien fondé , s'ils n'avoient
pas à alléguer de plan de leur propre
ouvrage , qui ne leur a permis d'y
faire entrer que les Piéces repréfentées
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
au Théâtre ; conféquemment celles- ci
ayant précédé même la conftruction
des échafauts , n'y peuvent avoir place .
On pourroit auffi répondre qu'ils ont
eu tort de s'être impofé des bornes fi
étroites , qui femblent leur avoir interdir
l'avantage de pouvoir donner une
plus ample connoiffance de notre Poëfie
Dramatique . Quoiqu'il en foit , le préfent
article peut y fervir de fupplément :
c'eft par cette raifon qu'on a cru devoir
entrer dans des détails , & caractériſer ,
autant qu'il eft poffible , un monument
précieux , inconnu jufqu'à nos jours
qui ne peut qu'exciter & même intéreffer
la curiofité des Amateurs de ce genre
de Littérature.
Le Recueil en queftion eft divifé en
deux volumes in-folio , dont le premier
comprend vingt-deux Poëmes , & le fecond
dix-huit. Indépendemment du petit
Sermon en profe , dont chacun eſt
accompagné : il peut contenir environ
huit cent vers. Le manufcrit eft fur velin
, des mieux conditionnés : l'écriture
qui paroît toute de la même main , eſt
des meilleures du temps , parfaitement
lifible , fur deux colonnes , & ornée de
très-belles mignatures . Les quarante Piéces
font verfifiées dans le même genre.
JANVIER. 1762.
77
On ne peut cependant pas affurer qu'el
les foient toutes d'un feul Auteur.
Avant de paffer aux extraits des Poëmes
, il est néceffaire de juftifier leur
groffiere fimplicité , en faifant remarquer
qu'ils ont été compofés vers le
commencement du quatorziéme fiécle
dans un tems où l'ignorance étoit extrême.
Les pieux Auteurs de ces ouvrages
n'ofant hazarder ( comme on a fait depuis
) les mystères les plus facrés de la
Religion , crurent pouvoir prendre pour
fujets des récits fabuleux & ridicules
abandonnés à la crédulité du vulgaire ,
& que les Docteurs les plus éclairés du
temps avoient rejettés comme abfurdes.
Ajoutez à cela la dévotion particuliere
des François envers la Sainte Vierge :
ron fçait avec quel zéle , ils ont , par les
raifons les plus folides , foutenu le culte
religieux & légitime qui lui eft dû : comme
le Peuple ignorant n'eft pas à portée
de les comprendre , nos Auteurs animés
du même efprit , voulurent y fuppléer ,
& l'inftruire par le moyen de ces Drames
, dont la nouveauté attiroit un concours
prodigieux aux Prédications . Au
refte , on n'entreprend point d'excufer
entiérement la liberté que les Auteurs
ont ofé prendre , & que leurs fucceffeurs,
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
dans la même carrière ont étendu beaucoup
plus loin . Il fuffit que l'intention
des uns & des autres a été très-louable ;
que leurs productions , après avoir été
fouffertes & autorifées pendant environ
deux cent cinquante ans , ont donné
lieu à des ouvrages plus raifonnables ,
auxquels ont fuccedé d'autres plus réguliers
, & enfin ces chefs -d'oeuvres qui ont
élévé le Théâtre François au plus haut
degré , & l'ont rendu le modéle de tous
les autres. Ce font ces premiers commencemens
; c'eft ce premier degré du
Theatre , ignoré jufqu'à préfent , qu'il
eft néceffaire de faire connoître. Le Lecteur
judicieux ne doit pas y chercher
l'autorité des Faits , ou de la Morale ,
non plus que les Régles de la Poëfie
Dramatique. Cet article n'eft fait que
pour fatisfaire une curiofité d'autant plus
raifonnable , que par fon moyen on
éclaircit & on conftate l'époque la plus
ancienne , la moins connue , & la plus
importante de notre Théâtre.
JANVIER. 1762. 79
t
}
EXTRAITS des Miracles de NOTRE
DAME.
PREMIER MIRACLE.
Ci commence un Miracle de Notre-Da
me, d'in Enfant qui fut donné du Diable
quand ilfut engendré.
Un Seigneur & fa Femme prennent
de concert , la réfolution de vivre en
continence. Le Démon veut traverfer
ce deffein , & s'adreffant au mari , qu'il
croit le plus foible , il lui fuggére le defir
de ne point garder fa promeffe. La
Dame ne fe rend qu'à regret , & par dépit
, elle voue au malin-efprit l'enfant
qui doit naître . Lorfqu'elle reffent les
premieres douleurs , le Seigneur court
à l'Eglife prier Dieu & la Sainte Vierge,
d'accorder à fon Epouſe une heureu
Te délivrance. Pendant fon abfence , la
Dame met au jour un Fils ; & fans perdre
de temps , ordonne à fa voifine d'aller
chercher le Curé pour le baptifer. Le
Démon s'y oppofe , & déclare au Prêtre
que l'Enfant lui appartient , par le don
que
la Mere lui en a fait . Le Prêtre furpris
, interroge la Dame , qui convient
de fon crime , & demande grace à l'Ef-
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
1
prit-malin : il confent à lui laiffer cet
Enfant jufqu'à l'âge de fept ans , fous
condition que pendant ce temps-là , il
ne recevra point le Baptême. Au bout
de ce terme , nouvelle fupplication de
la
part de la Dame : Satan infifte , & n'ofant
rien faire fans ordre de fon maître
il retourne aux enfers. La certitude que
cet Enfant ne peut lui manquer , détermine
Lucifer à confentir à un délai de
huit années.
Enfin ce jeune Garçon entre à peine
dans fa quinziéme année , qu'un jour il
vient les larmes aux yeux , dire à fon
pere & à fa mere , qu'en jouant avec ſes
camarades , l'un d'eux l'a appellé Juif&
Payen. Le bon Seigneur & fa Femme
confternés , racontent naïvement leur
hiftoire. Sur ce récit , l'Enfant prend le
parti d'aller à Rome , pour fe fouftraire
au pouvoir du Démon . Le Pere & la Mere
de leur côté , vont en pélérinage à
Notre-Dame de Boulogne.
Arrivé à Rome , le Fils demande où
eft le Palais du Saint Pere . Les Sergens
d'armes lui refufent l'entrée ; & enfin ne
le laiffent paffer qu'à la faveur de deux
florins qu'il leur donne.
JANVIER . 1762 .
81.
PREMIER SERGENT D'ARMES ,
regardant les florins.
Ils font bons , mon ami ; paſſez.
Le Pape après avoir donné fa bénédiction
à l'Enfant , l'envoye à fon Confeffeur
, qui cft un Hermite. Ce Juge - ci
l'adreſſe à un autre Hermite , qui s'étant
mis au fait du cas où le jeune Garçon fe
trouve , le confole & l'exhorte à fe confier
en la protection de la mere de Dieu.'
Effectivement l'affaire eft portée au Tribunal
céleste . En vain le Démon veut-il
reclamer fon droit prétendu , la Sainte-
Vierge intercéde puiffamment ; & Dieu
déclare nul un traité criminel fait
par
une Mere , & auquel le Pere n'a aucune
part. La piéce finit par un Te Deum que
tous les Acteurs chantent avec les fpectateurs
, pour rendre graces à Dieu d'un
fi heureux événement..
EXTRAIT de l'Héroïde de GABRIELLE
D'ÉTRÉES à HEN RI
IV, de l'Auteur de Sapho & de Biblis..
LE fuccès de l'Epître d'Héloïſe à Abai-
Lard, a infpiré à plufieurs de nos jeunes
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
Auteurs le defir d'acquérir la même gloire.
On doit d'autant plus d'encouragement
à leurs travaux que c'eft dans ces
fortes d'éffais qu'il eft le plus facile de
difcerner le germe de génie tragique . II
femble qu'un nouveau fiécle va commencer
; & ceux qui s'intéreffent au
foutien des Lettres en France , fixent
leur attention avec une efpéce de curiofité
, mélée de plaifir , fur tout ouvrage
qui porte l'empreinte du talent & qui
pourroit leur faire concevoir l'efpérance
féduifante de voir remplacer parmi nous
les célèbres Dramatiques qui ont acquis
le droit de fe repofer fur leurs lauriers .
L'Auteur de la nouvelle Héroïde a
déjà mérité leurs regards par celles de
Sapho & de Biblis. On a remarqué
dans la premiere , des peintures vives &
animées , des fituations bien faifies , de
la douceur & de l'exactitude dans la
Verfification : dans la feconde , on a été
étonné de la force & de l'agitation qui
y régnent ; le Poëte a fçu faire paffer
dans l'âme de fes Lecteurs les mouvemens
tumultueux & les images éffrayantes
qui doivent troubler une femme
tourmentée tour-à-tour , & par l'impétuofité
de fes remords , & par Pafcendant
de la paffion inceftueufe qui la fubJANVIER.
1762 . 83
jugue malgré elle . On n'a reproché
cette derniere Piéce que quelques lonfaciles
à corriger. gueurs
Le Sujet de celle qui paroît aujourd'hui
a quelque chofe qui intereffe plus
particulierement la Nation . Il faut être
homme de Lettres pour connoîtreAbailard
, Philomèle , Biblis ; il ne faut
qu'être François pour connoître Gabrielle
d'Etrées & le nom chéri de fon
augufte Amant. La mémoire de ce Prince
vivra à jamais dans tous les coeurs.
J'ai connu , dit l'Auteur dans un Avertiffement
court & bien écrit , j'ai connu
même des Etrangers qui m'ont avoué
qu'en paffantfur le Pont- neuf, ils étoient
fouvent tentés de fe profterner devant la
ftatue de ce Roi.
Cette Héroïde eft dédiée à M. de
Voltaire & précédée d'une Epitre adreffée
à ce grand Ecrivain . On trouvera
dans cette petite Piéce beaucoup de traits
faillans , des graces & de la facilité : les
Vers en font pleins & harmonieux. En
voici quelques-uns qui juftificront cet
éloge :
Guide mon vol audacieux +
Et des rives de l'Hypocrène ,
Porte mon char au haut des Cieux ♣ ·
Ma Mufe a befoin d'un Mécène..
D vi
84 MERCURE DE FRANCE.
Le jeune lière fans appui ,
Triftement rampe fur l'arène ;
Mais foutenu par un vieux chêne ,
Le lière aux Cieux monte avec lui.
Pour toi , dans les routes divines
Des beaux jardins du Dieu des Vers ,
Les roſes naiſſent fans épines ,
Et les lauriers font toujours verds :
Pour moi , dès qu'un eſpoir funeſte
Me fait approcher de ces lieux ,
La rofe fuit , l'épine refte ,
Et le laurier fuit à mes yeux.
En un mot , cette Epître charmante
fait également honneur , & au talent
heureux qui l'a produite , & au Poëte
fameux qu'elle célèbre d'une maniere
digne de lui.
Mais revenons à Gabrielle d'Etrées.
Cet ouvrage prouve que l'Auteur peut
prétendre à une réputation plus brillante
que celle qu'on s'acquiert par des Poëfies
légères.
Gabrielle au lit de la mort , eft fuppofée
écrire à Henri IV. dans l'intervalle
de deux attaques d'apopléxie . Cette
fituation eft annoncée par ces beaux
Vers :
Dans ce calme éffrayant où la douleur moins vive
JANVIER. 1761 . 85
Retient chez les humains mon âme fugitive ;
Où , fufpendu fur moi , le glaive de la mort
S'apprête à terminer mes tourmens & mon fort ;
Où de ce Dieu vengeur que je crains & que j'aime,
J'attends en frémiffant la fentence ſuprême ,
Il m'eſt encor permis de tracer à tes yeux
Mes derniers fentimens & mes derniers adieux .
Elle fe rappelle les erreurs où l'a plongéfon
amour,qu'elle juftifie adroitement
par les vertus du Prince qui en eft l'objet
. Infléxible à fes feux , elle n'a pû réfifter
à des charmes plus puiffans furfon
coeur . Ce jour mémorable, où Henri tour
ché des miſéres d'un Peuple que le fanatifme
avoit réduit aux dernieres extrémités
cette époque fameufe a été celle de
fa défaite. Elle fe repréfente le féjour
délicieux , témoin de ſes plaifirs : elle fe
livre à fon amour.
Mais l'approche de la mort ramène
dans fon ame des idées plus éffrayantes ;
l'abîme éternel paroît fe découvrir à fes
yeux ; elle croit entendre fon Arrêt.
Dieu terrible , s'écrie- t- elle !
Un inftant de foibleffe & les plus grands forfaits
Sont-ils aux mêmes maux condamnés pour jamais?
86 MERCURE DE FRANCE.
Punirez-vous mon coeur d'avoir été fenfible ?
Eft-on fi criminel en aimant à la fois
Le plus grand des humains & le meileur des Rois ?
Hélas ! aimer Bourbon, c'eſt aimer votre ouvrage.
N'eft- ce pas vous , dont la main toute-
puiffante le conduifit vainqueur au
trône de fes ancêtres ? ...
Cher amant , pourfuit - elle , mes combats
te prouvent l'excès de mon amour !
fi ton coeur reffentit jamais la même ardeur
, j'ofe en exiger le prix de la mienne.
Je n'ai plus rienà prétendre à tes grandeurs
; mais fi ma voix t'intéreffa jamais.
pour les malheureux
Si je puis efpérer que pour grace derniere
Tu prêteras encor l'oreille à ma priere ;
Sur mes triſtes enfans daigne lever les yeux ;
Vois de nos tendres coeurs ces gages précieux':
Que la nature avoue , & que la loi rejette :
Formés du fang des Rois au ſein de ta ſujette ,
Ces innocens vèrs toi levent leurs foibles mains ;
Daigne les adopter , veille fur leurs deftins."
Verras-tu tes enfans , rebut de la fortune ,
Traîner dans les affronts une vie importune ?
Verras- tu fans pitié des Princes de ton ſang,
Dans la foule inconnus ramper au dernier rang ?
JANVIER. 1762
8T
Peux tu , les puniffant des fautes de leur mère ,
Les priver du plaifir de connoître leur père ?
Je ne demande point que placés après toi ,
Ils écartent du Trône un légitime Roi :
Funeſte ambition , injuftice cruelle ,
Non , vous neregnez pointau coeur de Gabrielle !
Je veux que mes enfans auprès de toi nourris ,
Au fentier des vertus fuivent tes pas chéris ;
Qu'ils fachent qu'en tout tempsfidéles à leurs maî
tres ,
La France au champ de Mars vit périr mes ancêtres;
Et qu'ils puiffent , comme eux , dédaignant le repos
,
S'ils ne font pas des Rois , être un jour des Héros.
Cette tirade nous a paru très- bien faite.
Vient enfuite le récit d'un fonge
qui eft un des plus beaux morceaux de
cette héroïde .
A peine le fommeil vient fermer mes
yeux à la lumière , que je vois , dit -elle
un fpectre menaçant fortir du fond de
fa tombe avec un grand cri.
n fceptre eft à les pieds ; la mort qui l'environ
ne ,
De les voiles affreux enveloppe le Trône.
Quevois-je, m'écriai-je ? Ah ! Valais , eft- ce rouss
88 MERCURÈ DE FRANCE.
» Oui , c'eſt moi , me dit- il , qui tombai fous les
>> coups
>> D'un peuple qu'un faux zéle a conduit dans le
>> crime :
» Grand Dieu, fais que j'en fois la derniere victime!
Le Spectre fuit , tout change ; & mon oeil étonné
De tes nombreux Sujets te trouve environné.
Mais tan dis qu'enivrés de tendreſſe & de joie ,
Tous les coeurs au plaifir s'abandonnent en proies
Soudain , armé d'un fer , un monftre furieux
Vient , vole , approche , frappe... & tout fuit à mes
yeux.
Elle avertit le Roi de redouter les reftes
de la Ligue , & ceux qu'il doit foupçonner
le plus de vouloir les ranimer :
elle lui remet devant les yeux les horreurs
de la S. Barthelemi.
Ces images funeftes produifent chez
elle les tranfports les plus touchans .
L'amour des François pour leur Roi
la raffure. Ici eft le tableau le plus attendriffant
de l'affliction qui accabla tous
les coeurs lorsqu'une maladie cruelle leur
fit craindre pour fa vie , & de l'allégreffe
qu'ils firent éclater quand le Ciel
le rendit à leurs voeux. Ce morceau
rempli de fentiment produit d'autant
mieux fon effet , qu'il eft une image
JANVIER. 1762. 89
fidelle de ce que nous avons reffenti
dans une circonftance toute pareille ..
Heureux les Monarques qui ont mérité
cet excès de tendreffe Heureuſe la
Nation qui a trouvé plufieurs fois des
Princes qui s'en font rendus dignes !
Gabrielle exhorte Henri IV à continuer
de prendre Louis XII pour modéle.
Crains , ajoute-t-elle , crains comme
lui l'artifice des flateurs : que la fagcffe
& l'humanité préfident dans tous
tes confeils.
Que dis-je ? Cher amant , excuſe mon erreur.
Quelle est donc la vertu qui n'eft point dans ton
coeur ?
Hélas ! je m'en fouviens , quand déployant fes
ailes ,
La mort couvroit Paris de les ombres cruelles ,
Quand tout fouillé de fang , un Peuple factieux
Sur des morts entaffés croyoit monter aux Cieux
Quand , le Chrift à la main , des monftres fanguinaires
Excitoient les enfans à maffacrer leurs pères :
ور
O Paris , difois - tu , les yeux baignés de pleurs ,
» Je ne puis à préfent que plaindre tes níalheurs !
» Mais fi jamais le Ciel , trompant mon eſpérance ,
Fait tomber dans mes mains le Sceptre de la
>>France ;
» Si du Maître des Rois l'immortelle clarté
go MERCURE DE FRANCE.
Fait du fein de l'Erreur fortir la Vérité ;
» Peuples que je chéris , ô François, & mes frères !
» Qu'avec plaifir ma main finira vos mifères !
» Ah , combien votre fang me fera précieux !
·
» J'enchaînerai vos coeurs par le noeud des bienfaits.
Suit une vive apoftrophe à ces Princes
tyranniques qui gouvernent leurs Sujets
avec un fceptre de fer. Contrafte de leur
orgueil avec la bonté des Bourbons.Cette
bonté n'eft point une foibleffe déguiſée
par la crainte , foibleffe qu'on brave toujours
impunément : c'eft une générofité
pleine de fageffe & de fermeté.
Priére de Gabrielle d'Etrées au Tout-
Puiffant. Cette Priére eft en même temps
une imprécation pleine de force contre
le Miniftre du plus horrible parricide :
fi Dieu prévoit qu'il naiffe jamais un pareil
monftre ; fi le fonge qu'elle a eu eft
un préfage certain des maux qu'elle appréhende
, elle conjure le Ciel de lui accorder
la mort : mais fi ce fonge n'eft
qu'un préftige paffager , produit par le
fommeil & la crainte , elle defire de voir
prolonger le cours de fa vie , pour être
témoin du bonheur qu'elle promet à la
France fous les loix d'un fi bon Roi.
·
JANVIER. 1762. 91
Defcription magnifique de la grandeur
future de fon régne. Elle finit par fouhaiter
au fiécle fuivant un Prince qui lui
reffemble.
Tel eft le fujet de cette Héroïde
qui eft , fans contredit , un des meilleurs
ouvrages qu'on ait encore donnés en ce
genre. Nous aurions voulu que les bornes
d'un Extrait nous euffent permis de
nous étendre fur tous les morceaux qui
méritent d'être.cités . La defeription des
Jardins d'Anet , celle de la douleur des
Peuples lors de la maladie d'Henri IV,
l'imprécation & l'efpéce de prédiction
qui termine le Poëme annoncent beaucoup
de talent ; la verfification eft noble,
& majestueufe , foutenue & analogue
aux différentes fituations. L'Auteur brille
furtout dans la partie des paffions &
du fentiment : on voit qu'il écrit d'après
fon coeur.
Nous croyons cependant devoir l'avertir
de quelques défauts qui fe trouvent
dans cet ouvrage. Les beautés dont
il eft rempli rendent le Lecteur plus
difficile. Les liaifons ne font peut-être
pas toutes ménagées avec la même adreffe.
On auroit defiré plus d'art dans la
tranfition qui précéde le fonge. Les vers
qui fuiventl'imprécation , quoique bien
92 MERCURE DE FRANCE.
faits , nous ont paru tenir un peu trop
de l'Elégie. L'Auteur nous pardonnera
fans doute cette légère critique : le Public
eft intéreffé à la perfection des talens
dont il a droit de concevoir de fi
flatteufes espérances .
J'AI
De Reims , le 19 Novembre.
' AI été bien-aiſe , Monfieur, de voir,
en revenant de l'armée par Reims , les
embelliffemens qu'on y faits . La Place
de Louis XV, qui eft déja fort avan
cée , m'a furtout fait plaifir . Je ne vous
en ferai pas la defcription. Je me contenterai
de vous faire part des vers que
l'eftime & la reconnoiffance m'ont inf
pirés pour les habitans de cette Ville .
Le zéle qu'ils font éclater pour le Roi
fe manifefte jufques dans le traitement
qu'ils croyent nous devoir comme à
fes gardes .
O Peuple généreux , fi digne d'un tel Maître !:
De ton amour pour lui j'admire les effets !
Tes voeux & tes autels lui feront bien connoître
Qu'un bon Prince eſt toujours un Dieu pour fes
Sujets.
JANVIER. 1762 .
93
Quelques-uns de ces vrais Citoyens ,
m'ayant demandé une Infcription pour
la ftatue du Monarque chéri , à laquelle
le célèbre Pigal travaille ; je lui répondis
fur le champ amor amori : qu'on
peut expliquer , fi cela mérite de l'être ,
par amor plebis , amori Regis. Ils faifirent
avec avidité le fens de ces mots ,
qui ne font peut-être ni affez clairs , ni
affez énergiques pour être confacrés.
Quoiqu'il en foit , Monfieur , je vous
livre le tout pour en faire l'ufage qu'il
mérite . Vous ne ferez jamais défavoué
du Public. Vous ne verrez que trop par
le défordre de ma Lettre , que je tâche
de mettre à profit le peu de temps qu'une
longue & pénible route me laiffe
fans avoir celui d'être plus correct.
J'ai l'honneur d'être & c.
LE CHEVALIER DE JUILLY- THOMASSIN.
>
LETTRE à M. DE LA PLACE ,
Auteur du Mercure , fur un Ouvrage
intitulé LE VRAI PHILOSOPHE.
J'ESPÉRE , Monfieur , que vous voudrez
bien inférer dans le Mercure l'Extrait
ci-joint du Vrai Philofophe. La
94 MERCURE DE FRANCE .
lecture de ce Livre m'a fait le plus grand
plaifir.Mon amour-propre me perfuade
qu'il doit généralement plaire ; & je
vous avoue que fi vous en portiez un
jugement différent , je ferois fort humiliée.
L'Auteur paroît un galant homme
fans être galant. Il parle à notre féxe
avec un ton de politeffe & d'honnêteté
qui ne laiffe pas appercevoir qu'il ait
des prétentions. Mais les vérités qu'il
nous dit ne doivent pas faire moins
d'impreffion fur nous ; bien entendu
que ce fera dans un autre genre . On
voit aisément que dans les trois parties
de fon ouvrage , il a eu deffein de tout
ramener à la vertu . Je vous déclare cependant
que , fi l'on prêchoit toujours
auffi bien , j'irois plus fouvent au Sermon.
Eft-il rien de plus gracieux que
l'apostrophe qu'il nous fait après quelques
portraits charmans , où il trace
avec un pinceau léger & délicat les
ridicules des principaux états de la vic
civile ? Sans acception des perfonnes ,
vraiment impartial , il n'épargne pas
plus le Militaire que l'homme de Robe,
lorfqu'il n'obferve pas éxactement les
bienféances : il en veut furtout aux
vieillards qui fe méconnoiffent. Je ne
JANVIER. 1762,
95
trouve pas qu'il ait tort : au contraire
je fuis très- fort de fon avis. » Pourquoi ,
» dit notre Philofophe , ce vieillard eft-
» il auffi accablé fous le poids du ridi-
» cule que fous celui des années ? Pour-
» quoi eft-il devenu un fujet de critique
» & un objet de raillerie ? C'est pour
» avoir voulu jouer un rôle étranger ,
» en s'efforçant de réunir avec les glaces
» de l'âge , les jeux & les ris, les goûts & les
» parures, les plaifirs & les priviléges d'u-
» ne jeuneffe folâtre & licencieufe, S'il
» eût écouté la voix de la fageffe, il n'eût
afpiré à fe diftinguer que par des qua-
» lités folides , par des agrémens ou des
» Occupations convenables à fon âge,
» Les plaifirs tumultueux ou trop vifs
» n'étoient plus de faifon pour l.L'au-
» tomne & l'hyver ne reffemblent
» au printemps.
22
pas
Laiffons-là ce Vieillard ; car nous ne
pourrons pas le rajeunir pour lui fauver
au moins un de fes ridícules.... J'oubliois
que j'ai à vous parler de chofes
plus intéreffantes . Ecoutez ce que notre
Philofophe dit fort fagement aux femmes
, pour les engager à fe comporter
avec décence : » La Vertu elle-même
» n'eft pas toujours fùre de plaire , fi elle
" ne fe produit en ménageant les bien96
MERCURE DE FRANCE.
"
la
féances que l'ufage du monde a intro-
» duites. Eh qui ne s'apperçoit que
» Beauté a beſoin de fe les affocier pour
faire des impreffions plus délicates &
» plus durables? Le beau Sexe perd beau-
» coup de fes agrémens , lorfqu'il veut
» paffer les bornes que la décence lui a
» préfcrites. Souffrez, aujourd'hui, Sexe
» aimable ! fouffrez une fois la vérité
» qu'on ofe à peine faire parvenir juf
» qu'à vos oreilles. Si la fageffe eft vo-
» tre guide , vous bannirez de votre
» perfonne l'affectation du favoir , les
» airs de hauteur & de fierté , l'amour
» éxceffif de la parure , & le defir im-
» modéré de plaire. Que la pudeur , la
» retenue , la modeftie foient à jamais
» votre plus bel ornement. Compofez
>> votre extérieur , foyez circonfpectes
» dans vos paroles , enjouées ou férieuſes
fuivant les circonftances ; en un mot,
» que les bienséances vous dirigent . Si
» ce moyen eft für pour réparer les dif-
» graces de la nature , il ne fera pas
» moins efficace pour embellir vos
» charmes. Avec ces armes innocentes
» vous triompherez de tous les coeurs
» & vous régnerez bientôt fur tous les
efprits. Tandis que la décence fera
» l'âme de votre conduite , vous aurez
>> beaucoup
JANVIER. 1762. 97
"
"
» beaucoup moins à craindre des atta-
» ques de la volupté : vous braverez les
» bruits impofteurs que la fureur du dé-
» pit & la rage d'une tendreffe méprifée
voudroient répandre dans le monde.
Le nombre de vos adorateurs ne
» fera que s'accroître ; & ils feront tous
» d'autant plus ardents à vous vanger de
» la calomnie , que leur amour pour
» vous fera fondé fur l'eftime.
J'avois encore deffein de vous parler
de ce que l'Auteur a dit fur les préjugés,
les paffions , les jugemens du Public ,
& fur beaucoup d'autres articles égalementtrreflans
; mais
cela
nous
méneroit
trop loin je viens au fupplément à
:
Pufage de la Philofophie .
Malgré l'averfion que j'ai pour le
Pyrrhonifme & pour tous ces gens qui
s'efforcent de nous ravir le peu que nous
fçavons , j'ai été bien aife de voir en
détail les raifonnemens fur lefquels ce
fyftême prétend s'appuyer . Notre Philofophe
n'a employé que des armes vicrieufes
pour les combattre. Quoiqu'il
renonce à l'honneur que peut lui faire
ce Supplément , je vous affure que je
l'eftime beaucoup j'aimerois mieux
connoître l'Auteur que MM. de Crouzas
& Deslandes , non feulement parce que
I.Vol.
E
98 MERCURE DE FRANCE.
ceux-ci n'exiftent plus , mais parce qu'ils
écrivoient avec beaucoup moins de
méthode que notre Philofophe. D'ailleurs
ils ne finiffoient jamais. Comment
une femme pourroit-elle être affez hardie
pour entreprendre cette lecture.? Il
eft bon de philofopher ; mais une jolie
femme n'eft pas faite pour paffer la jour-
' née dans fon Bondoir philofophique.
J'ai certainement du goût , j'ai voulu
dire un penchant bien décidé pour la
Philofophie ; mais j'en ai au moins autant
pour la Société . Le vrai Philofophe
eft auffi de cet avis. Le Sage , dit-il , ne
fe rend efclave d'aucune paffion en particulier
, laquelle en effet pourroit le dédommager
des biens dont toutes les autres
en général peuvent être la fource . Je
le choifis pour mon Directeur , parce
que nous avons la même façon de
'penfer.
Pardon , Monfieur , fi je
vous
préci pitament : J'apperçois une Compagnie
que j'aime à recevoir. En attendant
que, par votre moyen , ma lettre
devienne publique , je vous prie de
croire que je fuis avec eftime & que je
ferai avec reconnoiffance , Monfieur
votre très - humble & très- obéiffante
fervante . M. DE V ..
A Paris , le 14 Novembre 1761
·
JAVVIER. 1762. 99
P. S. Si vous faites honneur à ma
Lettre , je conclurai que de temps à autre
il me fera permis de vous en écrire
de femblables fur les Ouvrages nouveaux
qui paroîtront. Votre fuffrage
enflammera mon émulation , & je ferai
fans doute plus variée , plus enjouée ,
plus aimable.
TRAITÉ des Obligations . 2 vol. in-
12. Paris , 1761. Chez Debure l'aîné,
quai des Auguftins , à l'Image S. Paul ;
& à Orléans , chez Rouzeau-Montant ,
Imprimeur du Roi, & c . Prix , 5 l. reliés.
TRAGÉDIES DE SOPHOCLE , ' traduites
par M. Dupuy , de l'Académie
Royale des Infcriptions & Belles -Lettres.
2 vol. in - 12. Paris , 1762. Chez
C. J. B. Bauche Libraire , à l'Image
Ste Genevieve . 2.17
PRINCIPES DE CHIRURGIE , par
M. George de la Faye , Profeffeur &
Démonftrateur Royal en Chirurgie ,
ancien Chirurgien des Camps . & Armées
du Roi , ancien Directeur de l'Académie
Royale de Chirurgie , & Aiſpcié
de l'Academie de Madrid & de celle
E ij
100 MERCURE DE FRANCE .
de Rouen , 5 Edition corrigée & augmentée
, avec une Table des matières ,
vol. in- 12 . Paris , 1761. Chez P. G.
Cavelier , Libraire , rue S. Jacques , au
Lys d'Or. Le mérite de cet Ouvrage ,
vraiment claffique , ainfi que celui de
fon Auteur , font trop connus depuis
longtemps , pour que cette nouvelle
Edition ait befoin d'une plus ample
apologie .
LUDOVICI GERARDI M. D. Flora
Gallo -Provincialis, cum iconibus æneis.
In-8° . Parifiis , apud C. J. B. Bauche
Bibliopolam , ad Infigne fanctæ Genovefæ
, & fancti Joannis in deferto . Cum
Privilegio Regis.
DISCOURS fur la Poëfie lyrique,avec
les modéles du genre , tirés de Pindare ,
d'Anacreon , de Sapho , de Malherbe ,
de la Motte & de Rouſſeau avec une
courte notice fur la vie de ces Auteurs .
On y a ajouté quelques Piéces tirées
d'autres Ecrivains . Petit in - 12. Paris ,
1761. Chez Paul- Denys Brocas , rue S.
Jacques, auChef S. Jean; & chez Denys
Humblot,même rue,vis -à -vis les Jéfuites .
PRINCIPES généraux & raifonnés
de l'Ortographe Françoife , avec des
remarques fur la prononciation. Par M.
JANVIER. 1762 . ΙΟΙ
Douchet , Avocat au Parlement , & ancien
Profeffeur Royal en Langue Latine,
in-8° . Paris , 1762. Chez la veuve
Robinot , quai des Auguftins ; Lambert ,
rue de la Comédie Françoiſe , au Parnaffe
; Duchefne , rue S. Jacques , au
Temple du Goût ; P. F. Didot , quai
des Auguftins, à S. Auguftin ; & le Clerc,
Grand-Salle du Palais , à la Prudence.
Nous rendrons compte , avec plaiſir ,
de cet Ouvrage utile .
LES SAUVAGES DE L'EUROPE.
Seconde Edition , in - 12. Berlin, 1761 ;
& fe trouve à Paris , chez Gueffier ,
quai des Auguftins. Le fuccès de la premiere
Edition de cet Ouvrage amusant,
eft un grand préjugé pour celui de la
feconde.
IDYLLES nouvelles. A Bruxelles
1761 ; & fe trouvent à Paris , chez les
Libraires du Palais Royal.
>
L'ESPIEGLERIE AMOUREUSE , ou
l'Amour matois , Opéra- bouffon -Tragi-
Comico -Poiffard , en un A&te , mêlé
de Chanfons grivoifes fur des Airs
communs ; joué fur plufieurs Théâtres
Bourgeois , aux Porcherons , 1761 ; &
à Paris , chez Cailleau, rue S. Jacques,
E iij
102 MERCURE DE FRANCE . ?
au-deffus de la rue des Noyers, à S. André.
Prix , 12 f.
e ? LA PAYSANNE PHILOSOPHE , ou
les Avanturés de Madame la Comteffe
de R. P. 4 parties , petit in-12 . Amfter- .
dam , 1762 ; & fe trouve à Paris , au
Bureau du Mercure . Prix , 4 l . 16 f.
€
蔬
ALMANACH DE LA VIEILLESSE ,
on Notice de tous ceux qui ont vêcu
cent ans, & plus. Premier Supplément
pour l'année 1762. A Paris , chez, A,
M. Lottin , Libraire-Imprimeur de Mgr
le Duc de BERRI , rue S. Jacques , près
S. Yves , au Cocq.
N. B. Tous ceux & celles qui pourront
juftifier leur qualité de Centenaire ,
font priés d'envoyer leurs noms écrits
bien lifiblement , pour être cités dans
le Supplément de l'année prochaine .
MM . les Dépofitaires des Regiftres morruaires
des Paroiffes de Paris & des Provinces
font également invités à compulfer
leurs regiftres , foit pour vérifier
les noms & dates des perfonnes citées !
dans l'Almanach de la Vieilleffe de l'année
paffée & dans le préfent Supplément
, foit pour donner la note de celles
qui n'y font pas comprifes , com- .
11 3
JANVIER 1762 103
176201103
me quelques- uns de ces Meffieurs ont
bien voulu déja faire.
ALMANACH des Beaux - Arts , ou
Deſcription d'Architecture , Peinture
Sculpture , Gravure , Hiftoire Naturelle
, Antiquités , & dates des Etabliffemens
de Paris , pour l'année 1762. Dédié
à M. le Marquis de Marigny. Prix ,
liv. 10 f. broché. A Paris , chez C.
Hériffant , rue Neuve Notre- Dame , a
la Croix d'Or & aux trois Vertus . M.
Hébert , Auteur de cet Almanach, auffi
néceſſaire auxArtiftes qu'aux Amateurs,
invite les perfonnes qui auront des obfervations
à communiquer , de les lui'
faire parvenir à l'adreffe du Libraire ,
cet Ouvrage en étant fufceptible. Il fe
propofe d'en publier une nouvelle Edition
au commencement de chaque
année augmentée de, ce qui a pu
échapper à fes recherches , & corrigée
fur les obfervations qu'on aura bien
voulu lui envoyer , fon deffein étant de
porter cet Ouvrage à fa perfection.
›
116
OLL ALMANACH de la Lorraine
Étrennes de Robe & d'Epée , utiles &
curieufes , pour l'année 1762. A Nanci
, chez Charlot père & fils , Imprimeurs
des Cours Souveraines & c ; & fe trou-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
ve à Paris , chez Brocas & Humblot ;
Libraires , rue S. Jacques. Prix , 18 f.
LISTE des Almanachs qui fe trou
vent chez Dufour , Libraire , fonds de
Cuiffart , au milieu du quai de Gêvres ,
à l'Ange Gardien , en face de Guyot
Bijoutier.
L'Ami de tout le monde.
>
Un peu de tout ou le véritable &
bon Parifien.
Almanach fingulier.
Les Plaifirs de la Nouveauté.
Etrennes d'Apollon.
Almanach du Parnaffe , ou Tablettes
des Muſes.
Tablettes de perte & gain.
Le Triomphe de Bacchus, Almanach
Ramponeau.
Babioles amuſantes , ou le Badinage
d'un moment.
Collection Lyrique.
Folichon , ou le Joujou des Dames.
L'Amour vous le donne
nes .
pour
Etren-
Le deffert des bonnes Compagnies.
Calendrier perpétuel , Almanach du
Ménage , où l'on trouve fa devife.
L'Amour Poëte & Muficien .
Etrennes du Jour.
1
JANVIER. 1762. 105 .
La fuite du même Almanach .
Almanach de la Diverfité.
Almanach Mignon.
- Etrennes Nocturnes.'
Momus Fabuliſte .
Le Paffe-temps galant.
Etrennes badines & amufantes.
Prophéties galantes .
Le nouveau Chanfonnier de Pégafe.
Almanach pour rire .
Un Affortiment de tous les Almanach s
chantans & autres.
.
"
Almanachs d'Affortimens ,
Almanach Royal , relié & broché.
Extrait dudit Almanach .
Etat Militaire de France.
Colombat.
Etrennes Mignones.
Les Spectacles de Paris .
Etrennes hiftoriques.
La roue de fortune.
Le Meffager Boiteux.
Le véritable Liégeois .
Almanach des Pertes & Gains , pour
tous les jours de la ſemaine .
Différens Almanachs de Province.
Toutes fortes de jolies couvertures en
maroquin , peintures , glaces & brillans .
Les trois Almanachs reliés enſemble
E v
106 MERCURE DE FRANCE .
& chacun féparément. En avertiffant
d'avance , on en fait relier avec des petites
Meffes à la fin.
Des petites Heures , dédiées aux Princes
, en façon d'Almánach .
AVIS AU PUBLIC.
Malgré la mauvaife humeur de quelques
Critiques, les Ephémérides Troyennes
fe perpétuent & croiffent avec les
années Mgr le Comte de Clermont en
a accepté la dédicace pour cette année.
Elles offrent de nouveau :
1°. Une fuite de Mémoires fur divers
Établiffemens à defirer ou à étendre pour
l'avantage de la Capitale de la Champagne.
Ces Mémoires ont pour objet la
culture du lin , la Filature des cottons ,
les petites Manufactures, le Blanchiffage
des cires , un Dépôt pour les Actes publics
, des Fontaines publiques dont on
entrevoit le prochain établiſſement , les
Tanneries , les Papeteries , le verd de
véffie & ftilé de grain , enfin le renouvellement
des Châtaigniers dans un
Pays dont ils furent autrefois en poffeffion
.
2º. La vie du célèbre Jean Pafferat ,
rédigé fur les Mémoires contemporains.
& poftérieurs , avec une Piéce de Poëfie
Françoiſe du même Auteur.
JANVIER. 1762. 107
3. Des Recherches très -étendues fur
les Entrées des EvêquesdeTroyes, & fur
les quatre Barons de l'Evêché.
24 Des Additions & Corrections importantes
pour les précédentes années.
5°. Un Arrêt du Confeil , obtenu par
Madame de Ponchèr,pour l'établiſſement
d'une Foire à Chervey.
LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
MONSIEUR ,
MM. Cramer, Libraires de Genève ,
viennent de nous écrire pour nous autorifer
à recevoir les Soufcriptions des
Quvres de Pierre Corneille.
霉
Cette Edition , donnée par M. d. Voltaire
& avec 'fes Commentaires , fera en
12 ou 13 vol. in-8 ° . imprimée fur du
très-beau papier , avec des caractères de
M. Fournier le jeune; il y aura 33 figures
en taille douce , deffinées par M. Gra-,
velot & gravées fous les yeux; le prix des
Soufcriptions eft de 48 liv..
Nous avons l'honneur d'être &c .
ansions)
BROCAS & HUM BLOT ,* 1
Libraires , rue S. Jacques,
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE III
SCIENCES ET BELLES- LETTRES
RÉFLEXIONS fur l'application
du calcul des probabilités à l'Inoculation
de la Petite -Vérole ; lues à l'Af
Jembléepublique de l'Académie Royale
des Sciences , le 12 Novembre 1760 ,
M. d'ALEM BERT. (a) par
O Na tant écrit depuis quelques années
pour & contre l'Inoculation , &
principalement en fa faveur , que le
Public doit être aujourd'hui plus que
fuffifamment inftruit fur ce fujet , & par ;
conféquent fatigué d'avance de tout ce
qu'on pourroit ajouter encore pour
éclaircir ou pour embrouiller la queftion.
J'ai donc tout lieu de craindre que
ce Mémoire n'ennuye déjà par fon feul
( a ) Ce Mémoire fe trouve dans les Opufcules
Mathématiques de l'Auteur , dont nous avons
rendu compte dans le fecond Mercure d'Octobre.
Quoique l'Extrait en ait déjà été donné dans quelques
Journaux , nous avons cru , qu'attendu l'importance
de la matiére , nos Lecteurs ne feroient
pas fâchés de voir l'Ouvrage en entier.
JANVIER. 1761 . 109
"
titre , ceux qui me font l'honneur de
m'entendre. Je me propofe au moins de
ne pas les ennuyer longtemps ; & pour
leur tenir parole , j'entre promptement
en matiére .
Cet écrit aura deux objets : 1 ° . de
prouver que dans les calculs qu'on a faits
jufqu'à préfent en faveur de l'Inoculation
, on n'a point encore , ce me femble
, envifagé la queftion fous fon véritable
point de vue : 2°. que la difficulté ,
& peut-être l'impoffibilité de réduire au
calcul les avantages de l'Inoculation ,
n'eft point une raifon pour la profcrire.
On n'inocule guères avant l'âge de
quatre ans ; depuis cet âge jufqu'au terme
ordinaire de la vie , la petite Vérole
naturelle détruit , felon les Inoculateurs ,
environ la feptiéme partie du genre humain
; au contraire , felon eux , l'Inoculation
enléve à peine une victime fur
trois cens . Je ne prétends point leur
contefter ces faits , & je ne m'arrête
qu'à la conféquence qu'ils en tirent ;
donc , difent - ils , le rifque de mourir de
la petite Vérole naturelle , eft à celui de
mourir de la petite Vérole inoculée
comme 300 à 7 , c'eſt-à-dire , 40 à 50
fois plus grand.
110 MERCURE DE FRANCE .
Cette conféquence , ainfi préfentée ,
peut être attaquée avec quelqu'apparence
de droit par les adverfaires de
l'Inoculation . Car en fuppofant , dirontils
, que le nombre de ceux qui périffent
de la petite Vérole , foit 40 ou 50
fois plus grand que le nombre de ceux
qui meurent de l'Inoculation , s'enfuitil
que les deux rifques foient entr'eux
dans le même rapport ? La nature de
l'un & de l'autre eft bien différente .
Quelque petit qu'on veuille fuppofer le
rifque de mourir de l'Inoculation , celui
qui fe fait inoculer fe foumet à ce
rifque dans le court efpace de quinze
jours , dans celui d'un mois tout au
plus au contraire , le rifque de mourir
de la petite Vérole naturelle , fe répand
fur tout le temps de la vie , & en devient
d'autant plus petit pour chaque
année & pour chaque mois. Si l'on veut
faire, continueront- ils , un parallèle éxact
des deux rifques , il faut
les
temps
foient égaux ; il faut comparer le rifque
de mourir de l'Inoculation, non pas vaguement
& en général, au rifque de mourir
de la petite Vérole naturelle dans
tout le cours de la vie , mais au danger
qu'on court de mourir de cette maladie
pendant le même temps où l'on s'expofe
que
JANVIRE. 1762.
1111
à mourir de Pinóculation , c'est-à-dire ,
dans l'espace de quinze jours ou d'un
mois.
Il faut avouer que fi on admettoit.
cette maniere de comparer les deux rifques
elle donneroit beaucoup d'avantage
aux Adverfaires de l'Inoculation .
En effet , on ne peut raifonnablement
)
fappofer ( car on feroit démenti par les
faits que la petite Vérole emporte par
mois année commune ) la trois-centiéme
partie du genre humain ; donc le
nombre des victimes que la petite Vérole
naturelle feroit périr en un mois ,
eft beaucoup moindre que le nombre
de celles qui feroient facrifiées à l'Inoculation.
Donc on court moins de rif
que de mourir en un mois de la petite
Vérole naturelle qu'on attend , que de,
la petite Vérole qu'on fe donne. Or ne
peut- on pas , diront les Adverfaires de
l'Inoculation , faire à chaque mois, un
raifonnement femblable ? Donc jiajouteront-
ils , dans tout le cours de la vie ,
on ne pourra parvenir à aucun mois où
l'Inoculation foit réellement moins à
craindre que la petite Vérole naturelle ;
par conféquent on fera toujours plus.
fage d'attendre la petite Vérole que de
fe la donner at £5 SlujConsu
112 MERCURE DE FRANCE .
Cet argument qui n'a point encore
été propofé , que je fçache , d'une maniere
auffi frappante , a quelque chofe
de fpécieux. Cependant fi le calcul des
Inoculateurs eft défectueux en ce qu'on
y compare deux rifques dont la durée
eft différente , celui des adverfaires de
l'Inoculation péche auffi par le même
côté , quoiqu'à la vérité fous un autre
point de vue. Celui qui fe fait inoculer ,
court , fi l'on veut , plus de rifque de
mourir de la petite Vérole dans le mois ,
que s'il attendoit cette maladie ; mais le
mois étant paffé , le rifque une fois couru
s'éteint , & l'Inoculé en eft délivré ;
celui , au contraire , qui attend la petite
Vérole , court , fi l'on veut , pour chaque
mois un moindre rifque que l'Inoculé
; mais le mois fini , le rifque fe renouvelle
, & peut même devenir de jour.
en jour plus grand , au moins juſqu'à un
certain âge.
Ainfi , pour fçavoir ce qu'on gagne
ou ce qu'on rifque à fe faire inoculer ,
il ne fuffit pas d'avoir égard au danger
que l'on court en un mois de mourir de
la petite Vérole naturelle ; il faut ajouter
à ce danger celui que l'on court de
mourir de la même maladie dans les
mois fuivans , jufqu'à la fin de la vie,
JANVIER. 1762. 113
C'eft ici que la difficulté du calcul
commence à fe faire fentir . Non -feulement
on n'a point encore d'obſervations
fuffifantes pour conftater au jufte ,
ni même à-peu-près , quel eft le rifque
qu'on court à chaque âge de mourir de
la petite Vérole naturelle dans le courant
d'un mois mais quand on pourroit
apprécier éxactement ce danger
pour chaque mois pris féparément
comment apprécier enfuite le rifque total
, réfultant de la fomme de ces rifques
particuliers , qui s'affoibliffent en s'éloignant
, non-feulement par la diſtance
où on les voit , diſtance qui tout-à- lafois
les rend incertains , & en adoucit la
vue , mais par l'efpace de temps qui doit
les précéder , & durant lequel on doit
jouir de l'avantage de vivre ? Il faudroit
pouvoir déterminer fuivant quel rapport
un rifque de cette eſpèce diminue
quand on l'envifage dans le lointain
& fuyant, pour ainfi dire , devant nous.
Problême qui me paroît infoluble , &
dont la folution d'ailleurs , quand elle
feroit poffible , feroit vraisemblablement
différente pour chaque individu ,
eû égard aux circonftances où il fe trouve.
"
Un très-grand Géométre , qui nous a
114 MERCURE DE FRANCE.
donné fur l'Inoculation un fçavant Mé
moire Mathématique , a cherché à répandre
fur ce fujet toute la lumière dont
il l'a cru fufceptible.
M. Daniel Bernoulli fuppofe d'abord,
que parmi tous ceux qui n'ont pas eu la
petite Vérole , & qui font de même âge ,
cette maladie en attaque conflamment
un huitiéme chaque année ; & qu'il périffe
auffi un huitiéme de ceux qui en
font attaqués. D'après cette hypothefe ,
if détermine , par une Analyfe très-ingénieufe
, la loi de la mortalité caufée par .
la petite Vérole naturelle. Il fuppofe enfuite
que l'Inoculation enléve une victime
für 200 , & il en déduit la loi de
mortalité dans l'hypothèſe de l'Inoculation
: comparant enfin les réfultats que
les deux hypothèſes fourniffent , il détermine
pour chaque âge le tems qu'on
peut efpérer de vivre de plus , en fe faifant
inoculer , qu'en attendant la petite
Vérole .
Quelques éloges que cette théorie
mérite , par l'habileté & la fineffe avec
laquelle l'Auteur l'a développée , elle
laiffe , ce me ſemble , beaucoup à defirer
encore.
En premier lieu, la fuppofition que
fait l'illuftre Mathématicien fur le nombre
de perfonnes de châque âge qui
JANVIER . 1762. 115
prennent la petite Vérole , & fur le nom→
bre de ceux qui en meurent , paroît abfolument
gratuite . Il n'eft nullement certain
, il eft même plus que douteux , pour
ne rien dire de plus , que la petite Verole`
attaque conftamment ( à quelque âge
que ce foit ) la huitiéme partie de ceux '
qui n'ont pas eu cette maladie ; & il eft
plus douteux encore qu'elle faffe périr
conftamment ( à quelqu'âge que ce foit)
lá huitiéme partie de ceux qu'elle attaque .
Il faudroit fçavoir de plus , fi l'Inoculation
emporte toujours, comme on lefuppofe
, la même partie conftante des Inoculés
, à quelque âge qu'on les inocule.
J'avouerai cependant que s'il n'y avoit
que des difficultés de cette efpéce , qui
empêchaffent de fixer par le calcul les
avantages de l'Inoculation , ces difficultés
n'auroient lieu , que vù l'imperfection
actuelle de nos connoiffances fur
cette matiere , & le petit nombre d'obfervations
certaines qu'on a recueillies
jufqu'à préfent . En formant , avec le
temps , des tables éxactes de ceux qui
prennent la petite Vérole à chaque âge ,
de ceux qui en meurent , & du fort des
Inoculés, on parviendroit dans la fuite à
une connoiffance précife de la mortalité
du genre humain , dans l'hypothèſe
qu'on laiffe agir la petite Vérole natu116
MERCURE DE FRANCE.
relle , & dans l'hypothèſe de l'Inocula
tion ; & on auroit la différence de mortalité
dans les deux cas.
Mais qu'apprendra-t-on par cette différence
de mortalité ? On apprendra , je :
le veux , que la vie moyenne de ceux qui
fe font inoculer , c'eft-à-dire , le temps
que chacun d'eux peut raifonnablement
efpérer de vivre après avoir fubr l'Inoculation
, furpaffe la vie moyenne de
ceux du même âge qui prennent le parti
d'attendre la petite Vérole ; on déterminera
, pour chaque âge , de combien la
vie moyenne , dans le premier cas , eſt
plus grande que dans le fecond ; & par
conféquent on aura , en comparant ces
deux rifques , le temps qu'on peut efpérer
d'ajouter à fa vie , en fe faifant inoculer.
Or cette connoiffance ne me paroît
pas
fuffire pour fixer d'une maniere fatisfaifante
les avantages de l'Inoculation
. Afin de me faire mieux entendre
j'appliquerai à un exemple le raifonnement
que je vais faire. Je fuppofe que la
vie moyenne d'un homme de trente ans ,
foit trente autres années , c'est-à-dire ,
que ,
fuivant les tables de mortalité connues
, il puiffe raifonnablement eſpérer
de vivre encore trente ans , en s'abandonnant
à la nature , & en ne fe faifant
JANVIER. 1762. 117
/
point inoculer. Je fuppofe enfuite , qu'en
fe foumettant à cette operation , fa vie
moyenne foit de trente - quatre ans ,
c'eft -à-dire , de quatre ans de plus que
s'il attendoit la petite Vérole. Je fuppofe
enfin , avec M. de Bernoulli , que le rifque
de mourir de l'Inoculation foit de 1
fur 200, Cela pofé , il me femble que
pour apprécier l'avantage de l'Inoculation
, il faut comparer , non la vie
moyenne de trente- quatre ans à la vie
moyenne de trente ; mais le rifque de 1
fur 200, auquel on s'expofe de mourir
en un mois par l'Inoculation ( & cela à
l'âge de trente ans , dans la force de la
fanté & de la jeuneffe ) , à l'avantage
éloigné de vivre quatre ans de plus au
bout de foixante ans , lorfqu'on fera
beaucoup moins en étatde jouir de la vie.
En un mot , fi on admet les fuppofitions
précédentes , celui qui fe fait inoculer
, eft à - peu - près dans le cas d'un
Joueur , qui rifque un contre deux cens,
de perdre tout fon bien dans la journée
,, pour l'efpérance d'ajouter à ce
bien une fomme inconnue & même
affez petite , au bout d'un nombre d'années
fort éloigné , & lorfqu'il fera beaucoup
moins fenfible à la jouiffance de
cette augmentation de fortune. Or, comment
comparer ce rifque préfent à cep
118 MERCURE DE FRANCE.
avantage inconnu & éloigné? C'eft fur
quoi l'Analyfe des probabilités ne peut
rien nous apprendre. Toutes les régles
de cette Analyſe n'enfeignent qu'à comparer
un rifque préfent ou proche , à un
avantage également préfent ou proche ,
& non un rifque préfent à un avantage
qui diminue par fa diftance même , fans
qu'on puiffe eftimer au jufte , ni même
à peu près , fuivant quelle loi fe fait
cette diminution.-
Voilà , il n'en faut point douter , ce
qui rend tant de perfonnes , & furtout
tant de meres , peu favorables parmi
nous à l'Inoculation. Le raifonnement
que nous venons de développer , elles le
font implicitement : fans pouvoir comparer
éxactement leur crainte à leur efpérance
; elles prennent acte , fi on peut
parler ainfi , de l'aveu que font les Inoculateurs
, qu'on peut mourir de la petite
Vérole artificielle ; elles voyent l'Inoculation
comme un péril inftant & prochain
de perdre la vie en un mois ; & la
petite Vérole comme un danger incentain
, & dont on ne peut affigner la place
dans le cours d'une longue vie. Ne
pouvant donc faire un parallèle éxact
des deux rifques , & en fixer le rapport ,
-la préfence du premier les frappe plus
TO CACHI
JANVIER. 1762. 119
3:
que la grandeur incertaine du fecond;
& l'on fçait combien la préfence ou la
proximité d'un danger qu'on craint , ou
d'un avantage qu'on efpere , a de poids
pour déterminer la multitude . Jouir du
préfent , & s'inquiéter peu de l'avenir ,
voilà la Logique cominune ; Logique
moitié bonne , moitié mauvaife , dont
il ne faut pas efpérer que les hommes fe
corrigent.
La fuite au Mercure prochain.
ARTICLE IV.
BEAUX- ARTS.
ARTS UTILES.
T
CHIRURGIE.
SUITE de l'Extrait des Mémoires lûs
à la Séance publique de l'Académie
Royale de Chirurgie.
CETT
ETTE lecture fut fuivie de celle
d'un Mémoire intitulé , Réfléxions fur
la Fracture de la Clavicule : M. Brafdor,
qui en eft l'Auteur , y donne la defcription
d'un nouveau Bandage pour cette
1241
120 MERCURE DE FRANCE.
Fracture. Ceux que les Anciens avoient
imaginés , & qui ont été en ufage jufqu'à
préfent , ne rempliffent qu'imparfaitement
les vues qu'ils s'étoient propofées.
Il s'agit de contenir les piéces
offenfées de niveau , afin que la confolidation
puiffe en être exacte. M. Brafdor
examine l'ufage de la Clavicule ;
c'eft , dit-il , un arc-boutant qui donne
de la folidité à l'appui fur lequel la tête
de l'Humerus roule en pivot , dans fes
différens mouvemens ; ou pour exprimer
la chofe plus fimplement , la Clavicule
affujettit l'omoplate. Lorfque cet
arc-boutant eft fracturé , les bouts divifés
fe déplacent différemment , fuivant
le lieu de la fracture , par l'action des
différens mufcles qui ont des attaches à
cet os. L'Auteur examine les caufes &
les raifons de ces différences ; & elles
établiffent la partie théorique de fon
Mémoire. Ces principes ne peuvent
manquer de rendre la pratique plus lumineufe
, & les procédés opératoires
plus fürs & plus utiles. Dans les fractures
des os longs , les extenfions &
contre - extenfions néceffaires mettent
l'Opérateur en état d'ajufter les piéces
fracturées ; & après une bonne confor- .
mation , un bandage approprié au cas ,
contient
JANVIER. 1762. 121
contient les piéces dont on a fait la réduction
. M. Brafdor fait voir dans la
fracture de la Clavicule , la néceffité de
continuer l'extenfion & la contre - extenfion
pendant tout le temps de la cure
; il affure que les Auteurs fe font
trompés en s'occupant d'une réduction
inftantanée , croyant avoir rempli toutes
les vues de l'Art , lorfqu'ils ont mis
une fois les piéces offenfées de niveau ,
& abandonnant enfuite au bandage
contentif , le maintien de ces piéces .
Les moyens ordinaires ne peuvent retenir
les bouts de l'os ; ils fe déplacent
par l'action des mufcles , fur-tout dans
les fractures obliques ; ce que l'expérience
montre affez dans les calus difformes
de cet os.M.Brafdor rappelle les
préceptes donnés ou adoptés par les
meilleurs Auteurs , fur la fracture de la
Clavicule ; tels qu'Ambroife Paré , la
Motte , Heifter , MM. Petit & Duverney.
Il fait des remarques fur ce qu'il y a à
prendre & à rejetter, des méthodes qu'ils
ont décrites ; & fes obfervations ont
pour bafe l'expérience . Le bandage qu'il
a imaginé , cft une efpèce de corfet qui
fe lace par derrière , & qui au moyen
des manches qui embraffent le moignon
de l'épaule , tire en arrière
I. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE . '
l'extrémité humérale de la Clavicule ,
au degré convenable ; & contrebalance
l'action des mufcles qui feroient perdre
aux bouts de l'os , leur niveau . On
applique enfuite l'appareil contentiffur
le lieu même de la fracture . M. Brafdor
rend juftice à l'invention fimple &
ingénieufe de M. Legrand , Chirurgien
à Arles , qui a communiqué, depuis peu ,
à l'Académie un bandage pour la fracture
de la Clavicule , fait fur les principes
qui lui ont fuggéré le fien . İl en a
fait remarquer quelques défauts faciles
à rectifier. L'Auteur fait auffi une mention
honorable de M. Pipelet le jeune
Membre de l'Académie , & dévoué à
la partie des hernies , qui lui a prêté fon
fecours dans la conftruction du bandage
, dont on a démontré l'utilité,
I V.
par
>
la
M. Thomas termina la féance
lecture d'un Mémoire fur une nouvelle
méthode de faire l'opération de la Taille.
Cette importante matiere a été plus
que toute autre,l'objet des recherches &
de l'application des Chirurgiens , depuis
le commencement de ce fiécle. On a
examiné attentivement tous les rapports
qu'a la veffie avec les parties qui l'environnent
, pour ouvrir les routes les
1
JANVIER. 1762. 123
plus fires , qui puiffent conduire dans
l'intérieur de ce vifcère , afin de pouvoir
en tirer les corps étrangers , qui y
font une caufe continuelle des douleurs
les plus aigues. La maniere d'opérer la
plus généralement admife , de quelque
inftrument qu'on fe ferve pour la pratiquer
, eft celle qui ouvre d'abord le
canal de l'uretre au perinée , & par laquelle
on débride le col de la veffie . On
fe propofe , par cette fection , d'établir
une voie libre pour l'extraction des pierres
mais il n'eft que trop certain , qu'il
n'eft pas poffible de préparer par ce
moyen une iffue fuffifante aux pierres
d'un volume un peu confidérable. Dans
ce cas , les parties ne font pas à l'abri
d'une violence dont les fuites peuvent
être dangereufes . C'eft le col de la veffie
& la proftate qui fouffrent l'incifion ,
& les déchiremens inévitables dans l'extraction
d'une groffe pierre. Or la proftate
foutient les vaiffeaux éjaculateurs ,
dont la meurtriffure ou l'inflammation
doivent avoir des inconvéniens qu'on
fent affez , lorfqu'on réfléchit aux ufages
de ces organes . C'étoit pour ménager
& mettre à couvert de toute eſpèce
de léfion , les parties qui fervent au paf-
-fage naturel de l'urine & de l'humeur
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
prolifique , & en même temps pour trouver
moins d'obstacles à la fortie des plus
groffes pierres dont il foit poffible de
renter l'extraction , que M, Foubert avoit
imaginé la méthode qui porte fon nom :
elle mérite exclufivement celui de Tail
le latérale ; puifque dans cette opération,
l'on pénétré dans le propre corps de la
veffie , fans ouvrir fon col ni le canal
de l'urètre. La defcription & les avantages
de cette methode font exposés
dans le premier Volume des Mémoires
de l'Académie Royale de Chirurgie ; &
l'on en a parlé encore dans le troifiéme
Volume, à l'article des expériences faites
par l'Académie fur différentes méthodes
de taillér.Il eft auffi fait mention de l'opération
qui eft le fujet du Mémoire de
M. Thomas ; c'eft la Taille même de M.
Foubert perfectionnée : c'eſt-à -dire , que
M. Thomas perfuadé de toutes les raifons
de préférence qui ſe réuniffent en
faveur de l'incifion du propre corps de
la veffie , a adopté cette fection , & a
cherché à la faire par un procédé particulier
, qui la rende plus fùre & plus
aifée à pratiquer. Il eft inutile d'entrer
ici dans le détail des différences
qu'il y a entre les inftrumens dont fe
fert M. Foubert , & celui que M. ThoJANVIER.
1762. 125
mas a approprié à fon opération if
fuffira de dire que celui- ci forme une
tige terminée en pointe à grain d'orge ,
pour pénétrer dans la veffie par une
ponction au-deffous de l'os pubis ; que
cette tige loge dans une fente la lame
d'un lithotome qui s'ouvre à différens
degrés au choix de l'Opérateur , fuivant
la Taille des fujets & le Volume des
pierres , & que le dos de cette tige porte
un conducteur en forme de gorgeret
, lequel placé dans la veffie même
lors de la ponction , fert à y conduire
les tenettes après qu'on a fait l'incifion
néceffaire , en retirant l'inftrument tranchant.
M. Thomas a multiplié les planches
qui fervent à faire connoître cet
inftrument , avec les différentes parties.
qui le compofent , & leur action fimultanée
& fucceffive. On voit fut ces planchés
, dans le plus grand détail , quelles
font les parties intéreffées dans cette
opération , & tous les avantages qu'on
peut s'en prometre. L'Auteur fixe le
point où il faut atteindre la veffie ; il
détermine le degré de compreffion
qu'un aide doit faire fur le ventre , pour
que la veffie , qui doit contenir une certaine
quantité d'urine , préfente une plus
grande furface vers le périnée : il ex-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE,
*
1
plique dans quelle fituation le fujet doit
être maintenu ; enfin il ne néglige aucune
des circonftances dont l'obfervation
doit concourir à la fureté des procédés
qu'il décrit , & il fait connoître
les inconvéniens qui réfulteroient de
l'inattention à fuivre les régles qu'il a
pofées avec la plus exacte précifion .
Ces régles font le fruit des recherches
les plus fuivies , des diffections multipliées
, des expériences , fans nombre ,
faites fur des fujets de tout âge , & fur
des veffies de capacités différentes.M.de
la Martiniere , premier Chirurgien du
Roi , a été plufieurs fois à l'Hôpital de
Bicêtre , pour s'affurer par lui-même de
ce qu'on pouvoit efpérer de cette nouvelle
méthode d'opérer: il a jugé par le réfultat
des tentatives faites fur les cadavres
qu'on pouvoit fe flatter d'avoir des fuccès
fur l'homme vivant. M. Thomas dér
terminé par un fuffrage auffi éclairé , &
par celui de M. le premier Médecin du
Roi , dont il avoit demandé les lumières
& les confeils , rapporte une fuite
affez étendue de cas qui prouvent que
la pratique a juftifié l'utilité & les avantages
de fa méthode : c'eft le genre de
preuves auquel on acquiefce le plus volontiers
. Les exemples cités ont toute la
JANVIER. 1762 . 127
notoriété poffible , par les noms &
demeures des malades qui font indiqués,
& l'on doit y avoir d'autant plus de
confiance, qu'on y fait fans déguiſement
l'aveu de quelques fautes dans lefquelles
il étoit préfqu'impoffible de ne pas tomber
, en faisant les premiers pas dans
une carrière nouvelle & difficile . Parmi
ces faits , il y en a un qui eft des plus
frappans : c'eſt la guérifon du nommé
André Crochet , Domestique de M.
Monnier , Dentifte , rue S. Thomas du
Louvre , & taillé le 21 Juillet 1758 , en
préſence de MM. Louis , Dulattier , Bordenave
, Bufnel , Vermond & autres. La
veffie étoit faine ; les premieres vingequatre
heures s'étoient paffées fans accident
, M. Thomas voulut tenter la
plus prompte réunion de la plaie. Il introduifit
à cet effet une algalie , par l'urètre
dans la veffie ; fir coucher le malade
fur le côté droit , afin que l'urine
paffat par la fonde , & ceffât de mouiller
les lévres de la plaie . Elle fut couverte
de compreffes uniffantes & d'un bandage
convenable. 24 heures après , on leva
cet appareil qui n'avoit aucune humidité.
La plaie étoit bien réunie. M. Thomas
laiffa par pure précaution la fonde
encore fix heures dans la veffie ; les uri-
Fiv
18 MERCURE DE FRANCE.
nes ont toujours coulé depuis par l'uretre,
en forte que la guérifon a été décidée
radicale, & des plus parfaites 54 heures
après l'opération . Ce fait eft avéré ;
& un fuccès auffi brillant n'eft poffible
que dans une méthode où les conduits
naturels du l'urine font intacts ; & c'eſt
là un des principaux avantages de la
méthode dont il s'agit. M.Thomas donne
ces faits authentiques pour réponſe aux
critiques qu'on pourroit faire de fon
opération ; il fe propofe de ne la jamais
défendre autrement . Si elle trouve quelcues
oppofitions , elle aura auffi des
Partifans. Déja M. Bufnel , dans le cas
de pratiquer la Lithotomie s'eft décidé
Four la méthode de M. Thomas ; le fuccès
a répondu à l'efpérance qu'il en
avoit conçue .
PRIX propofe par l'Académie Royale
de Chirurgie , pour l'année 1763.
L'ACADÉMIE Royale de Chirurgie
propofe pour le Prix de l'année 1763 le
Süjet fuivant :
Expofer la théorie des Maladies DE
L'OREILLE , & détailler les moyens
JANVIER. 1762. 129
1
que la Chirurgie peut employer pour leur
curation .
Ceux qui envoyeront des Mémoires ,
font priés de les écrire en François ou
en Latin , & d'avoir attention qu'ils
foient fort lifibles .
part
Les Auteurs mettront fimplement une
devife à leurs Ouvrages ; mais , pour fe
faire connoître ; ils y joindront à
dans un papier cacheté & écrit de leur
propre main , leurs nom , demeure &
qualité ; & ce papier ne fera ouvert
qu'en cas que la Piéce ait remporté le
Prix .
de
Ils adrefferont leurs Ouvrages , francs
port , à M. Morand , Secrétaire perpétuel
de l'Académie Royale de Chirur
gie , à Paris , ou les lui feront remettre
entre les mains .
Toutes perfonnes de quelque qualité
& pays qu'elles foient , pourront afpirer
au Prix , on n'en excepte que les Mem
bres de l'Académie.
Le prix eft une Médaille d'or de la valeur
de cinq cens livres , fondée par
M. de la Peyronie , qui fera donnée à celui
qui , au Jugement de l'Académie ,
aura fait le meilleur Mémoire fur le Sujer
propofé.
F v
130 MERCURE DE FRANCE ,
La Médaille fera délivrée à l'Auteur
même qui fe fera fait connoître , ou au
Porteur d'une procuration de fa part ;
P'un ou l'autre repréfentant la marque
diſtinctive , & une copie netre du Mémoire.
Les Ouvrages feront reçus jufqu'au
dernier jour de Décembre 1762 inclufivement
; & l'Académie , a fon Affemblée
publique de 1763 , qui fe tiendra
le Jeudi d'après la quinzaine de Pâques ,
proclamera la Piéce qui aura remporté
le Prix .
L'Académie ayant établi qu'elle donneroit
tous les ans , fur les fonds qui lui
ont été légués par M. DE LA PEYRO--
NIE , une Médaille d'or de deux cens
livres , à celui des Chirurgiens Etrangers
ou Regnicoles , non Membres de
l'Académie , qui l'aura mérité par un
Ouvragefur quelque matiere de Chirurgie
que ce foit , au choix de l'Auteur;
elle l'adjugera à celui qui aura envoyé le
meilleur Ouvrage dans le courant de l'année
1762. Ce prix d'émulation fera proclamé
le jour de la Séance publique.
Le même jour , elle diftribuera cinq
Médailles d'or de cent francs chacune ,
à cinq Chirurgiens , foit Académiciens
de la Claffe des Libres , foit fimplement
JANVIER. 1762.
131
Regnicoles , qui auront fourni dans le
cours de l'année précédente , un Mémoire,
ou trois Obfervations intéreffantes .
ARTS A GREABLES.
GRAVURE.
AVERTISSEMENT.
DEEPPUUIIS l'annonce publiée fur le
nouvel Art de rendre le Deffein , par le ,
fieur Magny , des perfonnes fe fontempreffées
d'en prendre des épreuves, & de
les débiter dans plufieurs maifons à un,
prix beaucoup au-deffus de celui qui a
été fixé par l'Auteur : ce qui l'oblige de ,
donner de nouveau , la lifte des Piéces
miſes au jour , avec leur prix , afin de
prévenir des abus , qui ne peuvent être
qu'à charge , & à l'Auteur & au Public.
N°. 1. Une Tête de caractere d'après
M. Boucher ,
N° . 2. Une petite Académie ,
d'après M. Carlo -Vanloo ,
N°.3. Une petite Tête , d'après
M. Boucher ,
10 f.
I l.
8ft
No. 4. Une grande Tête ,
15 f
d'après le même ,
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
No. 5. Une grande & belle
Académie , figure d'Hercule , I
N°. 6. Une Tête de goût ,
du fieur Gonord ,
N°. 7. Une Académie, figure
de femme , d'après M. Cochin ,
crayon eftampé ,
10 f.
10
I ΙΟ
Depuis la premiere annonce des Piéces ,
ci-deffus , l'Auteur a mis au jour les
trois Piéces fuivantes.
No. 8. Une grande Académie,
d'après M. Carlo -Vanloo , I
No. 9. Une feconde Académie
ou Etude , d'après M. Cochin
, crayon eftampé ,
N°. 10. Une petite Tête ,
dans le goût de Vatteau ,
ΤΟ
I TO
OBSERVATION,
10
Les Connoiffeurs & les Amateurs
font priés de faire attention , que les
Académies au crayon eftampé , font
des Etudes que M. Cochin a faites d'après
nature , dans la vue de les drapper :
ce qui les rend légers d'ouvrage , mais
elles n'en font pas moins précieufes
pour les Eléves.
Le fieur Magny fe difpofe à mettre
au jour des principes de grand Maître ,
JANVIER . 1762. 133
& d'en faire une fuite des plus étendues ,
pour fatisfaire aux inftances qui lui ont
été faites à ce fujet.
Après ces premiers principes , il fe
propofe d'en donner aux deux crayons
eftampés , & fera en forte de mettre le
tout dans l'ordre le plus méthodique ,
afin d'aider de plus en plus à l'intelligence
des Emules.
On trouve à Paris chez M. Dupuis ,
Graveur du Roi , rue de la Vannerie , à
l'Ange S. Michel , deux Cartes Géographiques
, l'une concernant les environs
de Madrid , l'autre , le Royaume de Cordoue
, conftruites par M. Lopez , Penfionnaire
de S. M. C. L'Auteur offre de
faire fur la même échelle toutes les Provinces
d'Efpagne que l'on fouhaite depuis
longtemps. Le prix eft de vingt fols
la feuille.
MECHANIQUES.
LETTRE à l'Auteur du Mercure ,fur
les nouvelles Orgues de Saint Martin
de Tours.
LEE Chapitre de S. Martin de Tours ,
dont le nom vous eft fans doute connu ,
134 MERCURE DE FRANCE.
me charge , Mr. de vous adreffer cette
Lettre , & l'article fuivant, que nous vous
prions de vouloir bien inférer tout au
long dans votre Mercure. L'utilité publique
, la perfection des Arts , furtout
la décoration des Temples , & ce qui
peut contribuer à augmenter la majeſté
& la fplendeur de l'Office Divin , font
les motifs qui nous déterminent à donner
au Public une idée de l'Orgue que
nous venons de faire conftruire dans
notre Eglife , & le Jugement qu'en a
porté le R. P. Dom Bedos de Celles ,
Religieux Bénédictin de la Congrégation
de S. Maur , de l'Académie des
Sciences de Bordeaux , connu par fon
excellent Traité de la Gnomonique-pratique
, très- renommé lui-même pour la
Facture des Orgues , & par les ouvrages
qu'il a faits en ce genre dans plufieurs
Eglifes de fon Ordre , & chargé ,
par l'Académie des Sciences de Paris
de faire , fur cette matiere , un Traité
complet , dont on fentira bientôt le prix
& l'utilité. En attendant cé curieux Ouvrage
( unique en fon genre ) nous fommes
perfuadés que le détail très -abrégé
que nous donnons au Public , fera utile
aux grandes Eglifes qui voudront faire
faire de nouvelles Orgues , ou augmen
JANVIER. 1762. 135
ter celles qu'elles ont déjà , & aux Facteurs
qui voudront furpaffer M. le Fevre
qui eft le fçavant Auteur que nous poffédons
, & que les Connoiffeurs adınirent
à juste titre ; c'eft en même temps le
témoignage que nous devons à cet habile
homme , dont la probité égale l'étendue
du génie . Voici le Verbal que
nous a donné de cetre Orgue le R. P.
Dom Bedos qui a bien voulu en être le
Vérificateur & le Critique , & qui l'a
revue avec toute la fatisfaction imaginable.
VERBAL DE RECEPTION.
Nous fouffignés , Prêtre , Bénédictin
de la Congrégation de S. Maur , ayant
été appellés par Meffieurs les Doyen ,
Tréforier , Chanoines & Chapitre de la
noble & infigne Eglife de S. Martin de
Tours , d'une part ; & par le fieur Jean-
Baptifte-Nicolas le Fevre , Maître Facteur
d'Orgues de la Ville de Rouen ,
d'autre ; pour faire la vérification de l'Orgue
pofée dans le fonds de ladite Eglife ,
y avons procédé ainfi que s'enfuit.
Nous avons trouvé la plus grande
& la plus belle Orgue qui ait été faite en
France jufqu'à préfent. Elle confifte
1. En un 32 pieds , dont l'F-utfa de 24
136 MERCURE DE FRANCE.
pieds eft en montre & parlant très- bien .
Les cinq premiers tuyaux , fçavoir , Cfol
ut , C-fol ut dieze , D-la re , E-fi mi
Bemol , & E -fi mi dudit Jeu font en
bois , & 16 pieds , bouché, pofés en-dedans.
2°. Un fecond Jeu de 32 pieds en
réfonnance étant un 16 pieds bouché.
3°. Un 15pieds , ouvert , en étain . 4° .Un
Bourdon de 16 pieds , ordinaire . 5º. Un
Bourdon de quatre pieds , bouché , fonnant
8. 6°. Trois autres , huit pieds , ouverts
, dont un en étain , & les deux autres
en étoffe qui font un très -bel effet.
Enfuite viennent le Preftant , les Nazards
, Quarte , les Tierces & Doublette
ordinaires ; le Larigot , un plein Jeu
de quinze tuyaux fur marche , une Bombarde
, quatre Trompettes , trois Clairons
, & enfin un petit Bourdon , un
Preftant & deux grands Cornets : voilà
les Jeux qui font pofés fur le grand
Sommier , dont la Bombarde ,
Trompette , un Clairon , un petit Bourdon
, un Preftant & un Cornet font relatifs
au troifiéme Clavier.
हूँ
Les Pédalles confiftent pour les fonds,
en un 16 pieds ouvert , deux 8 pieds
ouverts en bois ; deux Fluttes de quatre
pieds en étoffe ; gros & petit Nazards ;
Quarte ; groffe & petite Tierces.
JANVIER. 1762. 137
Pourles Jeux d'Enche, ils confiftent en
1 Bombarde qui defcend jufqu'en G - re
fol plus bas que le C-fol ut de 16 pieds ;
deux Trompettes & deux Clairons ; ce
qui fait quinze Jeux de Pédalles , dont
l'étendue monte une octave plus haut
que la clef d'-F ut fa.
Les Jeux du Récit font à l'ordinaire ,
& defcendent jufqu'à la clef d'F-ufa.
L'Echo confifte en un Cornet de trois
octave & demie .
Le Pofitif eft un 8 pieds en montre
avec un Bourdon de 16 pieds en dedans
; un grand Cornet defcendant juf
qu'à la clef d'F ut fa . Petit Bourdon ordinaire
; deux autres 8 pieds ouverts ;
des Jeux ordinaires de Preftant , Nazard ,
Quarte , Doublette , Tierce & Larigot ;
un plein Jeu de neuftuyaux fur marche ,
unc Trompette , un Clairon , un Chromorne
& une voix humaine.
Il y a cinq Claviers de cinquante-trois
touches chacun , commerçants en Cfol
ut en bas , ut dieze , &c. jufqu'à Efi
mi en haut. Le premier fait jouer le
Pofitif, le fecond fait jouer la grande
Orgue , fur lequel Clavier il y a trois
Trompettes & deux Clairons , avec tout
ce que nous avons mentionné ci -deſſus .
Le troifiéme Clavier fait jouer un Bour138
MERCURE DE FRANCE.
don , un Preftant , une Bombarde , une
Trompette , un Clairon & un grand
Cornet. Le quatriéme fait jouer le Récit,
& le cinquiéme , l'Echo .
La Soufflerie eft compofée de treize
Soufflets à vent , féparés , dont trois
fourniffent leur vent au Fofitif, quatre
font jouer les Jeux du troifiéme Clavier
avec ceux des Pédalles , & les fix
autres font jouer la grande Orgue , Récit
& Echo .
Le grand Buffet de l'Orgue a quarante-
huit pieds de hauteur fur vingt- neuf
de largeur. Le Buffet du Pofitif eft proportionné
à la grande Orgue , ayant
quatorze pieds de hauteur fur treize de
largeur : ce qui forme une très - belle
façade d'Orgue d'une figure élégante , '
remplie de grands & gros tuyaux , dont
le plus petit du grand Buffet eft un B-fa
fi bémol au-deffus de huit pieds. La décoration
d'ailleurs en eft très- bien entendue.
Telle eft la magnifique Orgue que
nous avons été chargé d'examiner . Ainfi,
1º. nous avons vifité les deux Souffleries
fur lefquelles nous avons fait les
épreuves ordinaires pour en reconnoître
la fuffifance & la folidité . Nous les
avons trouvées très- bien conditionnées
& bien entendues .
JANVIER. 1762.
139
2. Nous avons examiné les cinq
Claviers , que nous avons trouvés propres
, doux , vifs , & bien folides .
3º. Nous avons vifité tout l'intérieur
de la grande Orgue & du Pofitif, c'est -àdire
, les Sommiers dans toutes leurs parties
, comme les layes , les foupapes , les
bourfettes , les refforts , & c . Enfuite les
tirans, les tournans , les abrégés , les mouvemens,
les pilotes , balanciers , bafcules,
& c. Nous avons trouvé le tout d'une
fimplicité furprenante , d'une difpofition
admirable , le tout très-folidè , &
chaque Piéce faiſant fa fonction avec
beaucoup d'aifance & de précifion . On
y a obfervé toutes fortes de facilités de
pourvoir à l'entretien de toutes ces machines
.
4°. Nous avons enfuite examiné tous
les tuyaux que nous avons trouvés trèspropres
, extraordinairement folides &
étoffés , pofés bien à plomb , & juftes
dans leurs faux Sommiers ; accordés
d'ailleurs fi proprement , qu'il ne paroît
point qu'ils ayent été touchés avec aucun
inftrument , ayant été coupés trèsjuftes
dans leur accord.
5º. Etant revenu aux claviers & ayant
fait fouffler , nous avons fait les épreuves
ordinaires. pour découvrir s'il y au140
MERCURE DE FRANCE .
roit quelques défauts dans les fommiers,
comme des emprunts , des altérations ,
cornemens & c , & les ayant trouvés
bien étanchés & fans défaut , nous
avons fait parler chaque tuyau en particulier
fur tous les jeux , nous les avons
trouvé parlant dans leur harmonie propre
& égale , fans en avoir pû remarquer
un feul qui fût défectueux . Et ce
qui nous a le plus furpris , c'eft la beauté
& la perfection de l'harmonie des
plus grands tuyaux des deux jeux de 32
pieds avec tout le fond de l'orgue fur
tout le double ravallement de la bombarde
de pédalle , & particulierement le
grand Gré fol , quarte plus bas que le .
16 pieds. C'eſt le feul qui foit dans le
Royaume ce tuyau parle auffi net &
auffi promptement que tout autre ,
faifant
fentir un fond d'harmonie qui
faifit.
6° . Nous avons enfuite foigneufement
examiné la partition fur le preftant
de la grande orgue ; & l'ayant
trouvée jufte & réguliere , nous avons
confronté ce preftant avec celui du pofitif
que nous avons trouvé bien conforme
dans fon accord. Nous avons enfuite
examiné tous les autres jeux de
l'orgue que nous avons trouvés d'un
JANVIER. 1762. 141
accord le plus précis & le plus délicat .
C'eft ainfi que nous avons procédé
dans la vérification de la fufdite orgue
à laquelle nous devons ce témoignage ,
que nous n'avons jamais rien trouvé
dont l'exécution fût auffi parfaite , la
difpofition auffi bien entendue , le Méchanifme
auffi bien raifonné, les tuyaux
auſſi étoffés , auffi bien pofés & diapazonnés
& furtout d'une harmonie auffi
égale & auffi belle , ayant toute la
douceur , le brillant & l'éclat qu'on
peut fouhaiter. Nous n'avons remarqué
dans toute l'orgue aucun veftige d'épargne
; tout nous y a paru fourni avec
profufion ; auffi cette orgue eft la plus
harmonieufe & la plus folide que nous
ayons yue. C'est ce qui nous a donné
l'idée la plus avantageufe de la grande
& profonde habileté de M. le Fevre ,
que nous regardons ( fondé fur tout ce
nous avons vu dans fon ouvrage )
comme l'homme le plus confommé
dans l'art de la Facture de l'Orgue & en
même temps plein de droiture & de
probité. C'est le moindre témoignage
que nous puiffions rendre à un homme
auffi eftimable , dont l'Ouvrage n'avoit
befoin de Vérificateur que pour en faire
connoître le mérite . Ainfi en confé142
MERCURE DE FRANCE.
"
w
quence de tout ce deffus , nous eſtimons
que ladite Orgue eft très - recevable.
Fait double a Tours , le 24 Juillet 1761 .
Signé Dom FRANÇOIS BEDOS .
J'ai l'honneur d'être , & c.
DUPERCHE , Chapelain de S. Martin
de Tours , l'un des Commiffaires à
la Confection de ladite Orgue.
A Tours , le 6 ... 1761.
ARCHITECTURE.
OBSERVATIONS fur l'Architecture
&fes Acceffoires.
L'AARRCCHHIITTEECCTURE a fes Régles prefcrites
par le goût. Les Régles d'Architecture
& fes acceffoires doivent donc
s'entr'aider pour faire un tout qui annonce
le vrai caractère de l'édifice ; ce caractère
doit entrer dans toutes les productions
du génie de l'Architecture ; la
deſtination de l'édifice doit toujours lui
être préfente ; il doit auffi raiſonner en
même temps fes formes de plans avec
fes détails de décorations , & fentir ,
faifant fon plan , Weffet de fes élévations,
& celui de fes coupes , afin d'en pouvoir
en
JANVIER . 1762. 143
.
conclure le caractère diftinctif de la
deftination du monument.
Un Palais doit moins annoncer la
magnificence d'un Grand par fon immenfité
, que par fes formes & par fes
richeffes de détails amenées naturellement,
Le Temple doit pénétrer de refpect ,
d: vénération par la nobleffe de fon
ordonnance , & par le ménagement de
fes jours.
Úne Place publique doit faire fentir
intimement que le Monarque pour qui
'elle eft faite , eft un Héros victorieux ,
ou un Héros pacifique,
Une Salle de Spectacle , par fes iffues
multipliées , fes vaftes portiques , fes
veftibules & fes Efcaliers bien annoncés
, doit faire juger au premier afpect ,
que c'eft un monument fait pour recevoir
une grande multitude , & que l'on
n'a rien oublié de toutes les aifances
& agrémens poffibles pour l'y attirer.
Ainfi , c'eft autant dans les formes du
plan qu'on doit puifer ce caractère , que
dans l'ordonnance de l'édifice & fes acceffoires
.
On pourroit comparer un Edifice à
un Tableau où l'on pratique des ombres
pour faire valoir les clairs , & des
144 MERCURE DE FRANCE .
demi teintes pour les foutenir. Les ar
rières corps font , pour ainfi dire , l'éffet
de l'ombre ; ils font valoir les maffes
d'avant- corps & les parties liffes forment
des repos qui en foutenant les acceffoires
de Sculpture , foutiennent en
même temps le caractère de l'ordre &
celui de la deftination de l'édifice .
Il feroit à fouhaiter que l'on pût donner
des régles par l'application de tous
les acceffoires de l'Architecture ; mais
il n'eft guère poffible , parce qu'ils dépendent
en partie du goût : il faut donc
travailler à l'acquérir ce goût par un
examen réfléchi des édifices dont les
beautés ont mérité à jufte titre l'estime
du Public . Mais parmi les acceffoires il
en eft cependant qu'on pourroit affujettir
à des proportions pour les rendre
d'accord avec celles des ordres que l'on
veut employer ; ce font les figures dont
la proportion doit être en raifon des
diametres qui déterminent la hauteur
de l'ordre .
Si donc à un ordre de deux pieds de
diametre l'on applique des figures de
cinq à fix pieds de hauteur , elles pourront
bien faire ainfi que tous les autres
ornemens , comme trophées , buftes
, médaillons proportionés à ces même's
JANVIER. 1762 145
mes figures. Si le diametre étoit moindre
de deux pieds , il faudroit , s'il étoit
poffible , éviter d'y placer des figures
en pierre , parce qu'elles deviendroient
trop au-deffous de la proportion des figures
humaines ; il n'y a que le bronze
& le marbre précieux qui conviennent
à cette proportion , parce qu'alors ils
ne font confidérés que comme bijoux
précieux & beautés d'ornement particulier,
propres à décorer & à faire l'embelliffement
du dedans d'une grande
Piéce , comme Sallon , Gallerie ou Cabinet
d'Amateur.
Quant à l'Architecture Coloffale , où
les ordres font employés les uns fur les
autres , la hauteur , la grandeur , la difpofition
, les points d'où elle peut être
vue commodément pour bien juger de
l'enſemble du Bâtiment , doivent déterminer
les proportions des ornemens &
des acceffoires;alors il ne faut pas donner
indiftinctement le tiers ou le quart de la
hauteur des colomnes aux figures que
l'on auroit à y placer . Ces proportions
doivent,je penfe,varier fuivant l'augmen
tation ou la diminution des diametres,
& fuivant que l'application doit en être
faite dans les dedans ou dans les dehors .
Si donc l'on avoit des figures à intro
I. Vol. G
145 MERCURE DE FRANCE.
duire dans des ordres de trois & quatre
pieds de diamétre dans le dedans , il
faudroit leur donner le quart de la hauteur
des colomnes ou pilaftres : & dans
la décoration extérieure on leur donneroit
le tiers.
Avec des ordres de cinq pieds de diamétre
dans les dedans il feroit à
propos
de leur donner le cinquiéme de la hauteur
, & pour les dehors le quart.
On fent aisément que fur des diamétres
plus confidérables , on peut ſe régler
relativement aux proportions que
je viens d'établir reftant en raifon les
unes des autres . De cette façon on tiendroit
les figures plus petites dans les dedans,
attendu que les objets y font beaucoup
plus fenfibles & plus frappans qu'au
dehors , où la hauteur & la diftance du
point de vue , les diminuent de beaucoup
de ce qu'ils font réellement.
Je penfe , par la même raifon , qu'il
feroit plus à propos de fuivre les proportions
des ordres de Palladio , ou de Scamozzi
pour les dedans des édifices que
celles de Vignole , qui comme plus fortes
, ferviroient pour les décorations extérieures
.
Plufieurs Auteurs ont prétendu qu'il
falloit forcer les proportions des figures ,
JANVIER . 1761. 147
lorfqu'on en auroit à placer à différens
étages ; ce qui eft évidemment contraire
aux bonnes régles d'Architecture ,
qui veulent qu'on allégiffe & diminue
toutes les parties fupérieures , tant pour
la grace que pour la folidite . Et en effet,
fuppofé que l'édifice exige deux ordres
l'un fur l'autre , un attique , une lanterne
ou autre couronnement fort élevé ,
fufceptible de recevoir des figures dans
toute la hauteur ; quelle difproportion
n'y auroit- il pas dans la Sculpture comparée
à l'Architecture , fi l'on forçoit
par gradation les proportions des figures
les plus élevées ? Les parties fupérieures
d'Architecture qui doivent avoir un air
de légéreté , fe trouveroient comme
anéanties par l'énormité des figures deftinées
à accompagner ces couronnemens.
Ces parties feroient entr'elles un
contrafte qui les rendroient néceffairement
difcordantes ; & tout l'édifice que
l'on fe feroit propofé de rendre pyramidal,
deviendroit renverfé ; il eft donc
à fouhaiter qu'on proportionne la Sculpture
aux parties d'Architecture qu'elle
doit accompagner ; & fi je ne me trompe
, je penfe qu'en fuivant l'ordre que
je viens de donner, l'on y réuffira , puifque
les figures du haut d'un édifice , de
>
Gij
148 MERCURE DE FRANCE .
"
viendront dans la raifon des ordres , ou
tout au plus , feront de la même proportion
que celles du bas : alors toutes les
parties de l'édifice concourront entr'elles
à lui donner l'élégance & la folidité
qu'on exige avec jufte raifon.
Le reste au Mercure prochain,
ARTICLE V.
SPECTACLES.
OPERA,
L'ACADÉMIE Royale deMufique con.
tinue trois fois la femaine les repréfenta
tions d'Armide. Il eft très -peu d'exemple
d'un fuccès foutenu avec autant de
chaleur que celui de cet Opéra . Il femble
que le nombre des Repréfentations
deptiis le 3 Novembre dernier n'ait
fervi qu'à redoubler l'affluence ; en
forte qu'à la fin du mois dernier , il ne
s'étoit pas trouvé un feul jour où tous
ceux qui fe préfentoient ayent trouvé
place à ce Spectacle . Les 20 premieres
repréſentations avoient produit 66opo 1.
JANVIER. 1762. 149
Mile Chevalier avoit chanté fans interruption
le rôle d'Armide . En rendant
un compte détaillé de toutes les parties
de ce Spectacle. ( a ) Nous avons éffayé
de donner une idée des éloges qu'elle
méritoit dans ce rôle . Cette Actrice
chaque jour donne lieu à de nouveaux
fuffrages , & le Public a généralement
confirmé la juftice que nous avions
cherché à lui rendre .
M. Jolli a chanté le rôle de Renaud.
On a paru fatisfait de la maniere dont
il s'en eft acquitté ; ce qui doit d'autant
plus l'encourager , que l'emploi de dou-.
bler M. Pillot dans ce rôle , eft devenu
difficile par le talent avec lequel il l'a
toujours rempli. M. Pillot a repris après
deux repréfentations , le 18 Décembre.
Mlle Lani & Mlle Allard que leur
fanté avoit empêchées de danfer au
commencement des Repréfentations ,
exécutent les Entrées qui leur étoient
deftinées dans les Ballets. On doit juger
des applaudiffemens qu'elles y reçoivent
, par ceux que l'on fçait qu'elles
méritent toujours.
Le Public donne à M. Gardel , qui
danfe en l'abſence de M. Veftris , de
(a )V. le Mercure de Décembre 1751 .
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
nouveaux motifs
d'encouragement.
On continue les Jeudis Camille.
Tragédie.
COMÉDIE
FRANÇOISE.
ONN a continué les Repréſentations
d'Héraclius avec autant de concours &
d'applaudiffemens qu'en aurolt occafionné
la nouveauté la plus brillante.
Nous avons fait connoître dans le Mercure
précédent quelle part ont eue les
Acteurs à la réuffite de cette repriſe. Indépendemment
de ce fecours , elle fera
toujours remarquable , en ce que de
tous les chef- d'oeuvres de notre Théâtre
Héraclius eft un de ceux qu'on y repréfentoit
le plus fouvent , & dans lequel
les mêmestalens avoient paru. Le
grand fuccès d'Armide à l'Opéra , a
rendu les vrais Amateurs plus fenfibles
& plus attentifs à celui- ci. Dans des
conjonctures que l'on croyoit contraires
au goût le plus honorable pour la
Nation , on a reconnu que dès qu'on
rappelloit le Public aux idées du vrai &
du fublime , il le faififfoit dans les différens
genres où il fe trouve ; ce qui
confirme très- évidemment que ce n'eft
JANVIER. 1762. 151
jamais le Public qui doit être chargé
du ridicule de ceux qui cherchent à
furprendre la jufteffe de fon goût & la
délicateffe de fon fentiment , par l'efpéce
des nouveaux plaifirs qu'ils lui préfentent
, auxquels la mode & le befoin
d'amufement donnent quelquefois un
fuccès éphémére. Nous ofons croire de
là que ces deux derniers volumes de
notre Mercure & celui-ci deviendront
intéreffans dans les Annales du Théâtre
François & utiles aux Scénographes qui
nous fuccéderont.
Le 7 ? à la
fixiéme
Repréſentation
d'Héraclius
, on
a remis
pour
petite
Piéce
à la
fuite
de
cette
Tragédie
, les
Moeurs
du
Temps
, Comédie
en
Profe
de
M.
Saurin
. Elle
a fait
le même
plaifir
, & a été
jouée
avec
autant
de
perfection
que
dans
fa
nouveauté
. Nous
avons
donné
l'Extrait
de
cette
Piéce
&
le détail
de
la maniere
admirable
dont
elle
eft
rendue
. V.
le Mercure
de
Janvier
1761
.
Le Lundi 14 , on a remis au Théâtre
l'Ingrat , Comédie en vers & en
5 Actes de feu M. Néricault Destouches
repréfentée pour la premiere fois le 28
Janvier 1712. Elle fut interrompue
après la feptiéme repréfentation , par
Giv
152 MERCURE DE FRANCE,
les triftes conjonctures des deuils publics
qui firent fermer les Théâtres ; reprifc
le 28 Octobre , elle eut 8 repréfentations
, en tout quinze dans cette
année ; ce qui conftate un fuccès . Cependant
ce fuccès fut alors très-affoibli
par le caractère du Perfonnage principal
qui parut trop odieux , quoique
cette Piéce foit une de celles que l'Auteur
avoit retravaillée . Ce même défaut
a fortement balancé aujourd'hui le mérite
du vrai & bon comique répandu
dans cette Comédie ; ainfi que celui du
Jeu des Acteurs à l'égard duquel il
fuffira de les nommer pour en donner
l'idée. Les principaux talens de notre
Scène Françoife font tels aujourd'hui
que , quoiqu'ils donnent de nouveaux
motifs à notre admiration , il n'eft pas
facile de trouver de nouvelles expreffions
pour la rendre .
PERSONNAGES.
DAMIS.
GERONTE .
CLEON .
PASQUIN.
DORANTE .
ARISTE.
ACTEURS.
M. Belcour.
M. Bonneval.
M. Molé .
M. Préville .
M. Bernault.
M. Blainville.
JANVIER. 7612 . 153
ISABELLE.
ORPHISE .
LISETTE .
NERINE.
Mlle Huffe.
Mlle Préville.
Mlle Dangeville,
Mlle Belcour.
On devoit donner à la fin de Décembre
la premiere repréfentation de Zulime
, Tragédie de M. de Voltaire. On
en rendra compte dans le fecond Volume
du préfent mois.
COMÉDIE ITALIENNE.
ON a repréſenté pour la premiere
fois, le Septembre ウ , le Vieux Coquet ,
ou les deux Amies , Comédie en trois
Actes mêlée d'Ariettes. L'intrigue de
cette Comédie étoit connue par une
Piéce Angloife , dont on a lù la traduction
avec plaifir (a) ; mais tranfportée
fur notre Scène , elle a éprouvé la différence
de goût national que produit la
différence des moeurs. Оп peut dire ,
d'ailleurs , que cette Comédie & la Mufique
dont elle étoit chargée , ont été
prèfqu'également l'une & l'autre les vic-
(4 ) Les Commères de Windfor , de Shakeſpare
, Théâtre Anglois de M. de la Place ,Tome
IV.
Gv
154
MERCURE DE FRANCE.
times d'une mode du jour qui tarira les
plus agréables fources de nos plaifirs , en
croyant les augmenter par un mélange
fouvent trop peu ménagé .
La Comédie , & fur-tout la Comédie
d'intrigue , ne peut jamais qu'être embarraffée
dans fa marche par le faftueux
coitége de l'harmonie ; fes forces accablent
la fimplicité des agrémens propres
à Thalie. La Mufique , à fon tour ,
ne peut y trouver de quoi appuyer ou
développer convenablement l'étendue
de fon travail. Cette piéce nouvelle n'a
point été jugée mal écrite ni mal verfifiée
; d'autre part , dans la Mufique , qui
eft de M. Papavoine , les Connoiffeurs
ont été fatisfaits de l'harmonie ; le Pu
blic y a diftingué & applaudi plufieurs
Ariettes , entr'autres celles du Vieux Coquet
très-bien chantées par M. Rochard ,
& fur-tout celle du vieux Cocq careffant
des poulettes. Heureufe imitation , rendue
avec toutfon agrément , par l'adreffe
d'exécution de Mademoiſelle Favart.
Cependant comme il y a des gens fort
aimables , dont l'union eft fort malheureufe
, telle doit être en général celle de
la Mufique & de la Comédie ; le Vieux
Coquet a été retiré après cette premiere
repréſentation.
JANVIER . 1762. 155
On a repris le 14 le Prétendu , Comédie
en trois Actes , mêlée d'Ariettes ,
par M. Riccoboni , Mufique, de M. Gaviniéz
Le 19 , on a remis Soliman fecond ou
les Sultannes , par M. Favart , fuivie du
couronnement de Roxelane , divertiffement.
Le grand fuccès de cet agréable Ouvrage
, dont nous avons rendu compre
dans plufieurs Mercures de cette année ,
doitfaire juger du plaifir que le Public
a eu de le revoir. Un très-grand nombre
de repréſentations dans fa nouveauté
, n'avoit pû épuifer ni le concours ,
ni la fatisfaction des fpectateurs. Cependant
il y a très-peu d'Ariettes dans cette
Piéce , & elles n'y font que d'agrément
hors-d'oeuvre. Le dialogue des Scènes
eft parlé tout naturellement comme les
hommes parlent : elle ne fait de bruit
& de plaifir qu'à l'efprit , par le faillant
des penfées , & par les graces de la plus
élégante verfification . Apparemment
que les oreilles gourmandes de Mufique
ne dominent pas encore dans le Public.
*
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE .
CONCERT SPIRITUEL.
Le 8 Décembre , Fête de la Conception.
LE Concert a commencé par une
Symphonie del Signor Haffe , fuivie de
Regina Cali , Motet de M. *** . MM .
Duport & Capron ont joué feuls l'un
une Sonate de violoncel , & l'autre un
concerto de violon,de leur compofition ;
on les a entendus avec ce filence qui
marque la plus grande fatisfaction ; ` la
fineffe & la jufteffe des fons duVioloncel
étonnent & raviffent ; on eft plus accoutumé
à entendre briller le Violon ; la
Mufique de ces deux jeunes Symphoniftes
a paru agréable & variée . Mademoifelle
Fel & M. Godart ont chanté chacun
un petit Motet , & le Concert a fini
par Nifi Dominus, Motet à grand Choeur
de M. Mondonville.
Fautes à corriger dans les art . des Spectacles du
Mercure de Décembre 1761 , à l' Article de l'Opéra ,
pag. 123. Réfléxions , lifez Infléxions .
Article de la Comédie Françaife , fur l'Ecole des
Amis , pag. 232. Dordane , lifex Dornane Ibid.
M. Molet, lifez M. Molé.
·
·
JANVIER. 1762. 157
RÉPONSE de Madame BOUCH AIT
à la Lettre de Madame GASTIN
D'ENTREVILLE
, inférée dans
le Mercure de Novembre 176r .
N
OUS apprenons
ici , Madame , les
fuccès éclatans d'Armide & d'Héraclius
.
On dit , que malgré le grand âge , &
toute la gravité du ton de ces deux Chefd'oeuvres
, ils font devenus ce que l'on
appelleroit , dans une autre occafion , la
folie du jour. Convenez , d'après votre
Lettre , que vous ne vous y feriez pas
attendue. Je fuis bien-aife que le Public
vous ait joué ce tour-là , pour vous apprendre
à le mieux connoître. Qu'allezvous
devenir ? Il vous faut toujours quelque
fujet d'impatience
: vous en êtes
plus agréable . Mais il femble qu'on ait
fervi votre goût , de maniere à ne pas
laiffer le moindre prétexte à votre humeur.
Voilà , pour me fervir de vos expreffions
, votre petit monftre burlesque ,
négligé , prefqu'oublié
, fes Partifans
déconcertés
, fans force & fans voix.
Vous n'avez point d'ennemi , qui aurezvous
à quereller ? ....Ah ! pourquoitou158
MERCURE DE FRANCE.
jours quereller ? Ecoutez ; ( nous pouvons
nous parler avec confiance . ) . vous étiez
naturellement tendre , je le fçais : eft- ce
que vous auriez fi fouvent prévenu ou
tant de fois fatisfait le befoin d'aimer
que celui de haïr vous foit devenu abfolument
néceffaire ? S'il vous faut haïr
quelque chofe , changez d'objet . Ces
prétendues bagatelles que vous traitez
fi mal , ces Opera-comiques , que vous
dites qui n'en font pas , mériteront de
votre part plus de confidération , quand
Vous aurez bien voulu m'entendre . A
cette propofition j'imagine toute votre
colere , vous voyez que j'aime votre
fanté ; je vous cache encore cependant
jufqu'où je prétends vous mener.
Le motifde votre vénération pour ce
que vous appellez les créateurs & les
foutiens de l'Art Dramatique , ne vientil
pas de ce qu'ils ont bien vu, & parfaitement
faifi ce qui les environnoit.
Qu'ont fait la plupart d'entr'eux ? Ils ont
peint des caracteres , de grands vices &
de grandes vertus , ou des ridicules faillants.
Cela eft fort bien ; mais cela eft- il
fi merveilleux ? Ils voyoient de bons
modéles. Un homme , dans ces temps
reculés , avoit un caractere qu'il vous
gardoit fort bien toute fa vie ; il s'en
JANVIER . 1762 . 159
tenoit à celui-là , & toutes fes actions
s'y rapportoient. Eft- ce qu'un caractere
fuffit aujourd'hui ? On les a tous , pour
en changer au befoin , & s'il en manque
quelqu'un, on l'emprunte. Je veux qu'on
n'en ait qu'un à la fois , & que l'on en
foit vraiment propriétaire ; c'eft la circonftance
, c'eſt le moment , qui le décide
; auroit-on le temps de le fuivre
affez pour le faifir ? Quand on le feroit ,
ce ne feroit l'image de perfonne . En
s'éclairant davantage , on s'eft corrigé
des grandes vertus auffi bien pour le
moins que des grands vices. Cela embarraffoit
trop dans la fociété ; il n'en
eft plus question. Des ridicules faillants ?
Où les remarquer ? Ils ne fe diftinguent
plus , tant ils font devenus communs.
Vous allez me renvoyer à votre vieille
intrigue , reffort ufé de vos anciens Drames
? Je ne dis pas qu'on n'ait aujourd'hui
de l'intrigue dans le monde &
beaucoup. Mais ce n'eft pas celle-là que
vous entendez . La vôtre eft une action
bien établie , bien exactement conduite ,
dont il faut que tous les incidens ayent
des rapports entr'eux , & un rapport général
au principe de l'action , & c . Ceci
fera encore plus étranger à nos meurs.
Nous les fupportons quand on prend
160 MERCURE DE FRANCE.
"
des fujets du temps paffé , parce qu'une
pareille conduite étoit analogue à celle
de ces bonnes gens-là. Mais lorsqu'on
voudra faire des Piéces de notre temps ,
cela y auroit - il le moindre rapport ?
Dans nos plaifirs , dans nos paffions ,
jufques dans les progrès de notre for →
tune , voit-on cette marche réguliere ?
Vous le dites vous-même ; jamais on
n'a vécu fi rapidement ; comment vou→
lez-vous donc que des intrigues filées
nous intéreffent? Il vous faut peut-être
des Piéces où brille la faillie ; des Scènes
toutes pétillantes d'heureufes plaifanteries
, dictées par la fineffe , & foutenues
par la vérité des Portraits ? Il eft vrai
que nous fumes affez plaifans autrefois ,
mais nous fommes ennuyés de cela ;
pour nous récréer , nous nous étions
faits Philofophes , nous en voilà déjà
excédés. Que falloit-il faire en de pareilles
circonftances , pour réuffir fur la
Scène ? Précisément ce qu'on a fait ;
créer un genre nouveau. Ce genre , dites-
vous , ne reffemble à rien ? Eh , c'eftlà
le fublime de l'à-propos. Voilà ce qui
s'appelle faifir fur le temps. Voilà ce qui
n'appartient qu'à de vrais & grands génies
; & ce qui les conftitue véritable
ment génies créateurs. Eh bien , ma
JANVIER. 1762. 161
chere , où en êtes -vous , avec votre humeur
âcre , vos comparaifons piquantes
contre notre nouveau Spectacle ?
Rendez hommage à ceux qui vous ont
fait un préfent fi convenable à nos
moeurs & au tour de notre efprit. Fléchiffez
les genoux , & écoutez encore .
Dans ce nouveau genre de Drames ,
la Mufique paroît vous fâcher davantage
que tout le refte : vous avez au moins
autant de tort. Pour vous en convaincre
, il faut
il faut un peu raiſonner.
Il n'en eft pas , ma chere , d'un Art de
génie , comme d'un Art fimplement
méchanique. Plus la pratique de celuici
s'étend dans la Société , plus il doit
fe perfectionner , parce que la fagacité
pour les moyens pratiques étant l'indemnité
des efprits bornés , dont le nombre
excéde toujours , cet Art méchanique
doit s'enrichir , de ce que chacun y apporte.
Tout au contraire de l'Art qui
exige un certain goût de génie qui fe
fent , & ne fe définit pas.
Quoique l'efprit foit le premier objet
de cet Art , quoiqu'il doive avoir le goût
& le génie pour âme , il lui faut un corps
matériel pour fe produire : & ce corps
eft la méchanique - pratique. Ceux qui
162 MERCURE DE FRANCE.
ont des difpofitions pour cette partic ,
renfermés dans une fphère très- petite ,
ne voyent , ne fentent rien au - delà ,
ne peuvent même pardonner le ridicule
, felon eux , de prétendre voir plus
loin. Or , cette claffe d'hommes étant
fort fupérieure en nombre , il eſt tout
fimple que dès que la connoiffance
pratique de cet Art s'étendra , on donnera
tout au matériel , & que l'âme,
par fucceffion de temps , en fera préf
qu'entierement abforbée. Puifque cela
doit arriver néceffairement , & que la
Mufique a été dans ce cas-là plus qu'aucun
autre , il faut fupporter fans chagrin
ce léger malheur. Les Arts , en général
, Madame , ont à-peu -près le fort
des hommes : ceux - ci naiffent , croiffent
, vieilliffent , & finiffent par mourir.
Regretter ceux qu'on avoit lieu d'aimer,
eft à-peu-près tout ce que la raifon
permet; voyez combien il eft ridicule
d'avoir plus de chagrin pour le fort de la
Mufique , que pour celui de vos meilleurs
amis ? La Mufique , direz - vous
parloit autrefois ; elle exprimoit & infpiroit
des fentimens ; elle ajoutoit de la
grace aux penfées : elle a commencé à
radoter , elle finit à préfent dans le délire
: mais je n'y vois rien , moi , que de
JANVIER. 1762. 163
fort naturel , & qui ne foit arrivé à beaucoup
de gens de ma connoiffance , que
j'aimois mieux que votre Mufique ; je
n'ai cherché querelle à perfonne pour
cela , pas même aux Médecins. Tran-.
quilifez vous , ma trop tendre amie ,
plufieurs autres Arts ont éprouvé les
mêmes accidens , & en font revenus .
La Peinture , par exemple , avoit penfé
mourir de foibleffe parmi nous. Il s'eft
trouvé des génies reftaurateurs, qui ,à l'appui
d'une protection éclairée, l'ont ranimée
, la fortifient , la foutiennent , & la
conduifent au plus grand accroiffement.
Par la même puiffance, l'Architecture, qui
avoit eu tant d'éclat en France , qui s'y
étoit prefqu'anéantie enfuite , & dont on
avoit chargé les triftes reftes de ridicu
les Pompons , l'Architecture , dis - je ,
vient d'y renaître avec plus de fplendeur,
& prend chaque jour de nouvelles forces.
L'un & l'autre de ces Arts paroiffent
affurés de la plus grande gloire , fi
les Praticiens bornés ne fe multiplient
pas , & fi leur parti ne devient pas trop
fort. 1
Pourquoi ne fe trouveroit - il pas aufi
pour la Mufique quelque Génie reftaurateur?
Nous ignorons ce que les deftins
lui réfervent. Le defir effréné de la
164 MERCURE DE FRANCE .
nouveauté trompe quelquefois ceux qu'il
enflamme. Il leur donne , pour ce que
le goût puife dans les anciennes fources
, toute l'ardeur qu'exciteroit une
chofe nouvelle. Nous en avons l'exemple
dans un autre genre que la Mufique .
Quelques fortes d'ornemens en ufage
dans les Edifices antiques , avoient été
depuis peu fort judicieufement employés
par des Artiftes modernes , à des
parties & dans des lieux qui exigeoient
nne mâle fimplicité. Auffitôt on a étendu
ce genre jufqu'aux chofes où il convient
le moins . Un de mes amis qui ar
rive de Paris , m'a rapporté , que , frappé
du caractere de force & d'antiquité
dans lequel étoit décorée une maifon
qu'on venoit de bâtir dans je ne fçais
quel beau quartier de cette Ville , il s'étoit
cru tranfporté au milieu d'Athenes ,
où il penfoit qu'on achevoit d'édifier
un Palais pour l'Aréopage ; il s'informe ,
c'étoit la maifon d'un Caffé qu'on vient
de reconſtruire. Je fçais par moi-même ,
que tous les bijoux , tous les petits uftenciles
de toilettes qui nous arrivent à préfent
de Paris , font traités en bâtons rompus.
Ainfi qu'un Auteur , dont j'ai oublié
le nom , fe plaint que l'on traitoit
de fon temps les matieres les plus graJANVIER
1762, 165
ves. Ces difparates font encore apparemment
le fruit de cette aptitude renfermée
dans le matériel des Arts , Mais
n'importe ; cela vous fait voir que le
Public n'a pas , pour tout ce qui eſt ancien
, la répugnance que vous paroiffez
lui fuppofer. N'en ayons pas plus que
le Public pour tout ce qui fe préfente,
C'eft le parti le plus raifonnable. Les
goûts exclufifs font de leurs Apôtres autant
de Martyrs . Ma foi , fi vous m'en
croyez , ne le foyons pas même de la
raifon. En attendant que la Mufique &
la Poëfie foient redevenues telles que
nous les defirons , amufons - nous à les
écouter telles qu'elles feront . Les célébres
Ouvrages des Corneille , des Quinault
, des Lulli , auront leur temps de
fuccès; pourquoi les Maréchaux ferrants,
les Jardiniers , les Maîtres en Droit
& c. n'auroient - ils pas le leur ? Il faut
qu'au Parnaffe , comme dans le Commerce
, chaque Marchandiſe ait fa Foire.
Si vos vénérables Dramatiques anciens
ont pris des routes différentes
pour aller à la gloire : on ne s'avife jamais
de tout fera la réponſe la plus
triomphante . Et croyez-vous , ma chere
, qu'un Mazet qui foutient autant de
repréfentations que celui de la Comé166
MERCURE DE FRANCE.
die Italienne , foit indigne de notre at
tention ? Je vous déclare que quand je
ferai à Paris , j'irai rire de tout mon
coeur de ce qu'il vous plaît nommer des
cliquetis harmoniques , pour le peu que
ces cliquetis produifent quelque chofe
de plaifant. Ma maiſon fera ouverte aux
Créateurs & aux Amateurs de tous ces
nouveaux genres. Ils auront , fans doute
, le bon efprit de rire avec moi des
applaudiffemens férieux qu'on leur donnera.
Vous rirez avec nous , Madame ;
car , pour vous faire enrager , vous ferez
de nos parties ; & l'arriette à la gorge
, nous vous forcerons de vous en
amufer.
Je fuis , Madame , & c. BOUCHAIT
DE SERÉE.
Au Château des Godh ...... ce 10 Décembre 1761 .
SUPPLÉMENT à l'Article de la
Comédie Italienne.
MENUET D'EX AU DET.
LESES Sultans
Du vieux temps ,
Par uſage
Au vin ne prenoient point parts
JANVIER. 1762. 167
L
Mais enfin , cher Favart ;
Tu changes leur breuvage ;
Mahomet
Le
permet ;
Sois tranquille ;
Quand on écrit comme toi ,
On fçait rendre une loi
Utile.
En effet ce grand Prophete
Peut-il blâmer la recette ?
L'Alcoran ,
Qui prétend
Le contraire ,
Doit près d'une belle main ,
Qui nous verfe du vin ,
Se taire.
Soliman
Eft charmant
A la table :
Oui , c'eſt un nouveau Pâris ,
Qui décore du prix
L'objet le plus aimable.
J'apperçois ,
Dans fon choix ,
Roxelane ,
Qui fous les traits de Favart
Devient d'un feul regard
Sultane.
ParM, GUERIN DE FREMICOURT,
168 MERCURE DE FRANCE .
HOPITAL
DE M. LE MARÉCHAL DUC DE BIRON .
Vingt-neuvième & trentiéme Traitemens
confécutifs, depuis l'Etabliſſement dudit
Hôpital
.
Les nommés
FOURNIER ,
Compagnies
Dufauzay .
Divertiffant ,
Villers.
Bellegarde ,
d'Anteroches,
Bourguignon ,
d'Anteroches
.
Malhert ,
d'Offranville .
S. Germain ,
Poudeux.
Lorange.
Poudeux .
Poudeux .
Tournay
Bien-aimé ,
Chevalier.
Triquart ,
Binot ,
Etienne ,
Villers.
Nolivos.
Nolivos.
Ces douze Soldats ont été à l'ordinaire
radicalement guéris dans l'efpace
de fix femaines , & ont rejoint leurs
Compagnies
JANVIER. 1762. 169
Compagnies dès le lendemain de leurs
traitemens.
M. Keyfer a l'honneur de prévenir le
Public que fon reméde ayant acquis la
plus grande réputation , & il ofe le dire
, la plus généralement méritée , il ſe
forme continuellement dans quantité de
Provinces divers Etabliffemens & Hôpitaux
où l'on ne traite plus les Maladies
Vénériennes que par fon reméde
& fa méthode dont on eft généralement
fatisfait partout ; & comme cette
même réputation excite de plus en plus
l'envie & la jaloufie , & que conféquemment
, il fe trouve aujourd'hui dans les
Provinces une infinité de gens qui débitent
fous le nom de fes dragées des
remédes compofés & qui n'en peuvent
avoir tout au plus que la fauffe reffemblance
, il avertit le Public de fe tenir
en garde contre la plûpart de ces Charlatans
, & de ne s'en fervir que par les
mains de fes Correfpondans connus
dans toutes les principales Villes, & qui
en font les feuls dépofitaires. Il efpére
rendre compte dans peu des 3 à 400
guérifons dont les épreuves fe font ac--
tuellement , & qui feront tellement pu→
bliques , qu'il ne fera pas poffible de
les révoquer en doute ,
I. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
SUPPLÉMENT aux Annonces des
Livres nouveaux.
BRIASSON , le Breton > Durand &
David , Libraires à Paris , rue S. Jacques
, rue de la Harpe , rue du Foin &
rue des Mathurins , mettront en vente
au commencement de Janvier prochain
1762 le premier Volume du Recueil
des Planches , fur les Sciences , les
Arts , les Métiers & les Manufactures ,
avec Privilége & Approbation. La Collection
complette doit être de mille
Planches avec leur explication. Le prix
de chaque volume en feuilles fera de
100 livres.
ETAT Militaire de France , pour
l'Année 1762. Cinquiéme Edition , corrigée
& augmentée des Capitaines aux
Gardes , des Maréchaux des Logis de la
Gendarmerie , & des Troupes de la
Compagnie des Indes. Par MM. de Montandre-
Lonchamps , Chevalier de Montandre
, & de Rouffel. Prix 3 liv. relié.
A Paris , chez Guillyn , Libraire, quai
des Auguftins , du côté du Pont S. Michel
, au Lys d'or. 1762. Avec Approbation
& Privilége du Roi.
JANVIER. 1762. 171
ÉSSAI fur la Baffe fondamentale pour
fervir de Supplément à l'Esai fur
l'Accompagnement
du Claveffin , &
d'Introduction à la compofition-pratique.
Par M. CLÉMENT. Se vend
chez l'Auteur , rue & Cloître S. Tho
mas du Louvre , & aux adreſſes ordinaires
de Mufique.
LEE Public a reçu fi favorablement le
premier Effai de cet Auteur , qu'il a
hafardé celui-ci avec la même confiance
dans fon indulgence.
Tout eft rappellé dans cet Éffai au
premier principe harmonique ; c'eſt lui
qui régle tout dans la mélodie & dans
l'harmonie ce feul principe compofé
de tierces , de quintes & d'octaves, opére
tout dans la compofition : les différentes
formes qu'il prend & fes renverfemens
engendrent trois accords
fondamentaux aufquels il rappelle tous
les accords de l'harmonie.
On peut regarder la Baffe fondamentale
comme le repréſentant du principe
harmonique & de fes trois accords fon-
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
damentaux ; c'eſt par elle que tous les
autres ne font réellement que ces troislà
fous divers noms & fignes.
Enfin la Baffe fondamentale régle toutes
les routes qu'il faut fuivre dans la
mélodie & dans l'harmonie , & c'eft
par fon moyen que l'on peut rendre
raifon de tout dans la compofition .
L'Auteur ne dit rien qui ne foit fondé
fur les expériences les plus conftantes
faites fur le corps fonore & connues
de tout le monde.
Ce petit Éffai peut conduire auffi facilement
à apprendre la compofition
pratique , que fon premier Éffai a facilité
l'ufage de l'Accompagnement du
Claveffin tracé fur les mêmes régles de
la Baffe fondamentale,
JANVIER. 1762. 173
ARTICLE VI.
NOUVELLES
POLITIQUES.
De DANTZICK , le 21 Novembre 1761 .
DOUZE mille Ruffes aux ordres du Knès
Wolkonskoy viennent de prendre leurs quartiers
d'hyver dans le Palatinat de Pofnanie. Ces troupes
font chargées d'entretenir la communication entre
l'Armée du Feld-Maréchal de Butturlin & celle
du Général Comte de Romanzow . Les deux Corps
de la même Nation , commandés par le Général
Fermer & le Knès Gallitzin , font cantonnés fur
les bords de la Viftule dans les environs de Gradentz
& de Marienwerder .
De VIENNE, les Décembre.
"
· neuf
Il a été confirmé que le 23 du mois d'Aobre ,
le Général-Major Knobloch a été fait prifonnier, a
Treptow avec trois Colonels , quarante
Officiers , cent vingt - neuf Bas-Officiers , & feize
cens foixante-dix foldats . Les trophées remportés
en cette occafion , par les Ruffes qui le font em
parés de cette Ville, confiftent en fix Canons , deux
obufiers & quinze drapeaux. Selon les Lettres de
Pomeranie, les troupes . Ruffes aux ordres du Comte
de Romanzow , refferent de plus en plus la Ville
de Colberg ; & ce Général a fait occuper , par
une partie de fon Armée , les lignes que le
Prince Eugene de Wirtemberg a jugé à propos
d'abandonner,
H iij
174 MERCURE DE FRANCE .
Nous apprenons de Saxe , que le Général Kleiſt
a tenté de déloger de Roswein les troupes de l'Impératrice
Reine , qui occupent ce pofte. Non feulement
il n'a point réuffi , mais il a perdu beaucoup
de monde , & on lui a fait quelques centaines
de prifonniers . Tous nos Généraux donnent
les plus grandes louanges en cette occafion , aux
fages difpofitions faites par le Prince Albert de
Saxe.
Le Général Lafcy , à la tête de fix mille hommes
, s'étoit avancé jufqu'à quelques milles de
Berlin ; mais la difficulté des chemins l'a obligé
de renoncer à une entrepriſe qu'il méditoit.
De HAMBOURG , le 16 Novembre 1761 .
On apprend de Magdebourg , que le premier
de ce mois , la Princeffe , épouse du Prince Ferdinand
, frere du Roi de Prufſe , y eft accouchée
d'une Princeffe .
Le Feld Maréchal de Butturlin , continue d'avoir
fon quartier général à Stargard.
De BERLIN , le 19 Novembre.
Le 2 de ce mois , le Major Général Berg attaqua
le Général Plathen , entre Pyritz & Stargard ;
mais les ennemis furent repouffés avec perte de
cinq cens hommes tant tués que bleffés. Le 16 , le
Prince Eugene de Wirtemberg , après avoir abandonné
les lignes devant Colberg , a réuni fon
corps , à celui du Général Plathen .
Le Roi de Pruffe a toujours fon quartier général
à Waiffelwitz .
De DRESDE , le 24 Novembre .
Les de ce mois , le Feld Maréchal Comte de
Daun , fit attaquer les poſtes avancés du Prince
Henry. Le Général Ried , qui avoit été chargé
JANVIERER 175 . 1762 .
de cette expédition , obligea les Pruffiens d'aban
donner Noffen & Roswein. Il a pris à l'ennemi
dans ces Villages , deux canons , deux Capitaines
, trois Lieutenans , & cent trente foldats . Le
nombre des tués & des bleffés du côté des Pruffiens
eſt conſidérable. De notre côté , la perte né monte
qu'à huit hommes. A l'attaque d'un autre pofte
nous avons fait un Officier & foixante foldats prifonniers.
Le 6 , le Général Ried eut ordre de pénétrer
avec ſon Corps juſqu'à Gobeln » pour
vancer vers la Mulda . Deux autres Corps , commandés
l'un par le Prince Albert de Saxe , l'autre
par le Général Campitelli , fe font portés , le
premier fur la gauche , le fecond fur la droite ; par
ce mouvement , l'Armée ennemie fe trouve fort
reflerrée dans fon flanc .
s'a-
La pofition du Prince Henry eft à- peu-près toujours
la même , entre Meiffen & Katfenhaufen .
Le Feld Maréchal Comte de Daun a fait marcher
quelques régimens pour couvrir le cercle des
Montagnes. Le Corps commandé par le Général
Haddick a été confidérablement augmenté , & le
Général Lafcy continue de camper fur la rive gauche
de l'Elbe .
De ROME , le 25 Novembre-
Avant-hier , Sa Sainteté tint un Confiftoire
dans lequel Elle déclara la Promotion de Cardinaux
pour les Couronnes. Les Prélats compris
dans cette Promotion font :
Bonaventure de Cordoue-Spinola de la Cerda
Patriarche des Indes , Archevêque de Neocéfarée
in partibus , nommé par le Roi d'Espagne.
Antoine Cleriadus de Choifeul , Archevêque de
Befançon , nommé par le Chevalier de S. George.
Chriftophe de Migazzi , Archevêque de Vienne
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
en Autriche , nommé par l'Impératrice Reine de
Hongrie.
Jean-François-Jofeph de Rochechouart, Evêque-
Duc de Laon , nommé par le Roi de Pologne ,
Electeur de Saxe .
-
François Chriftophe de Hutten , Evêque de
Spire , nommé par l'Empereur.
François- Henri - Virginius Natta , Dominicain
Evêque d'Albe dans le Monferrat , nommé par le
Roi de Sardaigne.
Jean Molino , Vénitien , Evêque de Brescia.
Louis-Conftantin de Rohan , Evêque de Strafbourg
, nommé par le Roi Très- Chrétien.
Corneille Monti Caprara , Gouverneur de
Rome.
Et Balthafar Cenfi , Secrétaire de la Confulte .
Les Prélats , qui doivent porter les Barrettes
aux nouveaux Cardinaux abfens , font , le fieur
Mantica , pour Vienne & pour Spire ; le fieur
Lantes , pour la France ; le fieur de Palafox , pour
PEſpagne ; le fieur Ceva pour Turin , & le fieur
Rinaldi , pour Venife . Le Cardinal de Rochechouart
, Évêque- Duc de Laon , Ambaſſadeur
Extraordinaire de Sa Majefté Très- Chrétienne ,
auprès du S. Siége , recevra ici le Chapeau.
De GENES , le 23 Novembre.
Hier , il arriva de Corfe , un Courier , par lequel
on on a été informé que les Rebelles ont
fait une nouvelle tentative contre le Fort de Macinaggio
, mais qu'ils ont été repouffés avec une
perte très-considérable . Le Gouvernement eſt trèsfatisfait
de la valeur & de l'activité du fieur Lantiani
, Officier François qui commande dans ce
Fort. On a fçu auffi par le Courier d'hier , que le
fieur Mattra , Lieutenant - Colonel au fervice de la
République , eft allé , à la tête d'un Corps de
JANVIER. 1762. 177
Volontaires, dans la Pieve de Brando,où il a brûlé
plufieurs Maiſons des Rebelles.
De LONDRES , le 8 Décembre.
Le Roi a donné au Lord Ruffel , Duc de Bedfort
, le Sceau privé , que le Comte Temple avoit
remis à Sa Majesté.
Il paroît par une Lettre du Lord Granby que
les troupes employées en Allemagne ont beaucoup
fouffert fans en avoir été dédommagées par
aucun fuccès intéreffant ; que les Officiers & les
Soldats fe répandent en murmures , & que plufieurs
des premiers font réfolus de ne point faire
la Campagne prochaine. Le Prince Ferdinand de
Brunswick a diftribué des quartiers d'hyver aux
troupes Angloifes , partie dans l'Evêché d'Ofnabruck
, fous les ordres du Général Conway ; partie
dans l'Evêché de Munſter , où le Prince Héréditaire
de Brunſwick commandera.
FRANC E.
Nouvelles de la Cour , des Armées , de
Paris , &c.
De VERSAILLES , le 17 Décembre 1761.
L B 24 du mois dernier , le Comte de Wederfriès
, Envoyé Extraordinaire du Roi de Dannemarck
, eut l'honneur de préſenter au Roi , de la
part de Sa Majefté Danoife , plufieurs Faucons
d'Iflande.
Le 22 , le fieur Crozat de Thiers , Brigadier de
Dragons , prêta ferment entre les mains de Sa
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Majefté pour la Lieutenance Générale de Champagne
au département de Reims.
Les Chevaux- Légers de la Garde du Roi , étant
arrivés de l'Armée commandée par le Maréchal
Prince de Soubile , ont dépofé , ainfi que les Gendarmes
, leurs Etendards dans l'Appartement de
Sa Majesté.
Le Roi , ayant réfolu de doubler les Régimens
de fa Cavalerie , afin qu'ils foient compofés de
quatre Escadrons , a réglé , à cet effet , que les
quatre Compagnies du Régiment de Montcalme ,
feroient incorporées dans le Régiment du Colonel
Général ; les Régimens de Sciffel dans le Meſtre
de Camp Général ; Beauvilliers dans le Commilfaire
Général ; Vogué , dans Royal ; d'Archiac ,
dans du Roi ; Charoft , dans Royal - Etranger ;
Chabrillant , dans les Cuiraffiers ; Rai , dans les
Cravattes ; Balincourt , dans Royal - Rouffillon ;
Talleyrand , dans Royal - Piémont ; Saint Aldegonde
, dans la Reine ; Dauphin - Etranger , dans
Dauphin ; Efpinchal , dans Bourgogne Hérici ,
dans Aquitaine ; Lufignem , dans Berry ; Cruffol ,
dans Orléans ; Trafegnies , dans Chartres ; Touloufe-
Lautrec , dans Condé ; Noé , dans Bourbon ;
d'Eſcars, dans Penthiévre ; Touftain , dans Dellalles
; Bourbon Buffet , dans Fumel ; Preiſſac , dans
la Rochefoucault ; Mouftiers , dans Damas , &
Poly dans l'Efcouloubre .
Sa Majefté a difpofé du Gouvernement de Mont-
Dauphin , vacant par la mort du Marquis de Clermont
d'Amboife , en faveur du Duc de Laval ,
Lieutenant Général.
Elle a confirmé la grace qu'Elle avoit accordée
au Duc d'Aumont , dans l'année 1754 , en lui affurant
le Gouvernement de Montreuil à la mort
du Chevalier de Saint André.
Le 9 de ce mois , la Reine affiſta , ainſi que
JANVIER . 1762. 10
Monfeigneur le Dauphin , Madame la Dauphine ,
Madame Adélaïde , & Meſdames Victoire , Sophie
& Louiſe, au Service annuel qu'on a célébré , dans
I'Eglife de la Paroille du Château , pour le repos
de l'âme de Madame Louiſe- Elizabeth de France ,
Ducheffe de l'arine , de Plaifance & de Guaftalla
.
Le Roi a accordé au Duc d'Aiguillon les entrées
de la Chambre.
Le 6 , le Comte de Saint Florentin préſenta à la
Reine le fieur Pereire , & deux jeunes gens , qui
doivent l'ufage de la parole à ce Portugais , connu
par fon talent de procurer aux Sourds & aux
Muets de naiffance l'avantage d'entendre & de
parler. Le fieur Pereire a eu auffi l'honneur d'êtrepréfenté
avec fes Eléves à Monfeigneur le Duc de
Berry.
Les Sieurs Caffini de Thuri & Camus , de l'Académie
Royale des Sciences , Dire&eurs de la Carte
de France , ont préfenté au Roi la cinquante
huitiéme feuille de cette Carte , qui contient
Colmar , Schleff- Stat , & une partie des Monta--
gnes des Volges , & la cinquante - neuviéme qui
contient une partie du Bugey , le pays de Gex &
Genêve.
De l'Armée commandée par le Maréchal Prince de
Soubife , à Duffeldorp , le 4 Décembre.
Les Troupes font entrées dans leur quartier--
d'Hyver , & le Maréchal Prince de Soubife eft
parti aujourd'hui d'ici , pour fe rendre à la Cour..
De l'Armée auxordres du Maréchal Duc de Broglie,.
le 28 Novembre.
L'Armée quitta Eimbeck le ro de ce mois , &
alla camper à Moringuen . Le Comte de Stainville
fit l'arriére-garde , & alla à Dorillen .
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
Le 12 , l'Armée marcha à Haoſte.
Le 13 , les Corps commandés par le Comte de
Luface , & le Baron de Clofen repafferent la Rhum ,
le premier près de Northeim , le fecond à Kaklemburg.
Il y eut près de ce lieu un combat de Cavalerie
affez vif entre celle du Corps de Luckner & les
Régimens de Dragons du Roi & de la Ferronnays.
Nous avons eu une vingtaine d'hommes pris &
quelques-uns bleffés ; on a fait auffi quelques prifonniers
aux Ennemis . Le fieur de Villemain , Capitaine
au Régiment du Roi , a été tué , & le Marquis
de Bouillé , Capitaine dans celui de la Ferronays
, a été bleſſé d'un coup de fabre , & fait prifonnier.
Le 16 , l'Armée a paffé la Leyne. L'Infanterie
campa le long de la Chauffée de Goffingen à Northeim
; la Cavalerie fut cantonnée fur les derrieres.
Le Corps du Comte de Luface fut fur la Rhum ,
& occupa Kaklenburg & Lindau ; celui du Baron
de Clofen fut dans les environs de Gibelshauſen .
Le Prince Ferdinand s'étant retiré , une partie
de l'Armée est déjà en mouvement pour aller dans
fes Quartiers d'Hyver ; le refte fe repliera fucceffivement.
Le Maréchal de Broglie fe rendra dans
les premiers jours du mois prochain à Caſſel , où
il doit établir fon Quartier-Général .
De Paris le 19 Décembre.
Les quatre Bataillons des Gardes-Françoiſes ,
qui ont fait la Campagne fur le Bas- Rhin , font
revenus fucceffivement ici les 15 , 17 , 19 & 20 du
mois dernier. Ils ont été fuivis les 22 & 23 par les
deux Bataillons des Gardes- Suiffes , qui ont fervi
dans la même Armée.
Le 2 de ce mois , les Chevaliers de l'Ordre de
JANVIER . 1761 . 181
Saint Michel , tinrent , dans le Couvent des Religieux
de l'Obfervance , un Chapitre auquel le Marquis
de Saffenage , Chevalier des Ordres du Roi ,
préfida en qualité de Commiffaire de Sa Majeſté .
Il reçut Chevalier , avec les cérémonies ordinaires ,
le fieur Cromot , premier Commis des Finances ,
& Contrôleur du Marc d'Or.
L'EXEMPLE de zéle & de Patriotiſme , qu'ont
donné les Etats de Languedoc relativement à la
Marine , en offrant au Roi un Vailleau de ligne de
foixante quatorze piéces de canon , a été fuivi par
- les fieurs de Montmartel & la Borde , Banquiers
du Roi ; de Pange & de Boullongne , Tréforiers
Généraux de l'Extraordinaire des Guerres ; Michel
& le Maître , Tréſoriers de l'Artillerie ; & le fieur
Marquet de Bourgade, pour la Compagnie des Vivres,
qui ont donné leur foumiſſion pour la construction
d'un Vaiffeau de quatre-vingt canons , que le
Roi a nommé le Citoyen.
Les Receveurs Généraux des Finances ont donné
pareillement leur foumiffion pour un Vaiffeau de
même force , que le Roi a nommé le Zélé . i
La Compagnie des Fermiers Généraux , dans le
même temps a offert une fomme fuffifante , pour
conftruire un Vaiffeau & une Frégate. Le Vaiffeau
fera nommé la Ferme ; & la Frégate l'Utile.
La nuit du 9 au 10 , le Maréchal Prince de Soubife
arriva ici de l'Armée du Bas -Rhin. Il alla le
10 à Verſailles , où il a eu l'honneur de rendre fes
reſpects à Leurs Majeſtés & à la Famille Royale.
Les de ce mois , on célébra , dans l'Eglife de
l'Abbaye Royale de Saint Denis , l'Anniverfaire de
Madame Louife- Elizabeth de France , Ducheffe de
Parme , de Plaiſance & de Guastalla , fondé à perpétuité
par le Roi . La Ducheffe de Beauvilliers , le
Baron de Montmorency , & le Marquis de l'Hô182
MERCURE DE FRANCE.
44
(
pital y affifterent , ainfi que plufieurs Dames &
Officiers de la Maifon de Madame.
Les Prévôt des Marchands & Echevins s'étant
affemblés le 11 au Bureau de la Ville avec le Procureur
du Roi & de la Ville , le Bureau a arrêté
que le Prévôt des Marchands fupplieroit le Roi
d'agréer quefa bonne Ville de Paris fit inc - lamment
& fans délai , conftruire & armer pour le fervice
de Sa Majesté , aux frais & dépens de ladite
Ville , un Vaiffeau de ligne percé pour foixantequatorze
Canons ; de permettre que ce Vaiffeau portât
le nomde LA VILLE DE PARIS , & de le recevoir
comme un monument de fon reſpect , de fon zéle
& de fa reconnoiffance , & comme un témoignage
folemnel aux Ennemis de l'Etat , que tant qu'il
éxiftera des François , le Roi ne manquera ni
d'Hommes ni de Vaiffeaux , ni d'argent pourfoutenir
une guerre jufte , faire refpecterfon Pavillon , &
maintenir le commerce de fes Sujets .
Le 13 , le Corps- de-Ville fe rendit à Versailles
pour préfenter au Roi cette délibération .
Dans une Affemblée que les grands Gardes &
Gardes des fix Corps des Marchands de la Vilie de
Paris , ont tenue le 14 , il a été unanimement réfolu
que le Lieutenant Général de Police feroit
fupplié de préfenter aux Miniftres les Députés des
fix Corps des Marchands de la Ville de Paris , & de
vouloir bien l'engager à faire agréer au Roi leurs
offres de fournir à Sa Majeſté un Vailleau de foixante-
douze piéces de canon , ou la fomme de
fept cent mille livres , pour être employée à cer
ufage. Fait & délibéré en l'Aſſemblée des fix Corps
le 14 Décembre 1761. Signé , Defprez , Bezaffien ,
Guerin , L. J. Gouffe , Demoret , Brochant , Raulin,
Gautier, Bertrand , Bignot , Lolier , Dupeigne,
Bourfier, C, S, Brignon , Cheret , Riquier,
JANVIER. 1762. 183
Jacob de Bully , Billard , Brougniard , Conzier ,.
Ant. de Lamotte , Pochet , Guyot fils , Leblanc ,
Boudel , Migeon.
>>
LETTRE de M *** au Prévôt des Marchands .
» MONSIEUR ,
› Je ne ſuis d'aucun Corps par ma Charge ; ce
» n'eft que comme Bourgeois de Paris , que je puis
efpérer de n'être pas privé de l'honorable fatis-
» faction de participer à des démarches fi glorieu-
>> fes pour ceux des Sujets du Roi , qui , par la cir-
» conſtance de leur état , ont été allez heureux
» pour donner les premiers des marques de leur
» zéle. J'ai cru , en conféquence , devoir m'adref-
» fer à vous , Monfieur , comme étant à la tête de
» la Ville de Paris , pour vous demander en grace
» de vouloir bien m'admettre à ouvrir à tous ceux
» de mes Concitoyens , qui font pénétrés des mê-
>> mes fentimens , une voie pour leur donner l'éf-
» for. Je vous prie de permettre que j'envoye ,
>> comme Bourgeois de Paris , au Receveur de la
» Ville , ou à tel autre qu'il vous plaira commettre ,
>> une fomme de douze mille francs , pour contri-
>> buer aux dépenfes de la Marine , ou à la conf-
» truction d'un Vaiffeau , pour être offert à Sa
›› Majeſté au nom de la Capitale. Car je ne doute
» point que la réunion du zéle de tous les Sujets
» fidéles, dont elle eft remplie , ne la mette en
» état de ne le pas céder aux Provinces dans une
>> circonstance fi flatteufe : toute ma peine eft que
>> mes facultés ne répondent pas au mien . Je vous
» prie de m'honorer d'une prompte réponſe , &
›› je l'attends avec impatience. Je fuis avec ref-
>> pect , &c,
184 MERCURE DE FRANCE.
•
Réponse du Prevôt des Marchands.
>
» J'ai reçu , Monfieur , la Lettre que vous m'a-
> vez fait l'honneur de m'écrire le ii de ce mois
>> au moment où je partois pour aller préſenter
» au Roi la délibération , par laquelle le Bureau
de la Ville fupplie Sa Majefté d'agréer l'offre
» qu'il lui fait d'un Vaiffeau de ligne. J'ai rendu
» compte au Roi de celle que vous vouliez biên
» faire d'y contribuer ; Sa Majesté a paru ſatiſ-
» faite de cette marque de Patriotiſme , & du
» bon exemple que vous donnez à vos Conci-
» toyens ; & quoique le Corps de Ville fe foit ré-
» fervé l'honneur de fournir feul à la dépenfe que
» Sa Majesté lui a permis de faire , elle a approuvé
que votre offre particuliere fût reçue. J'ai
» donné des ordres en conféquence , pour que le
>> fieur Boucot fe rende dépofitaire de la fomme
›› que vous lui ferez remettre , & de celles qui lui
>> feront portées par les Citoyens qui voudront
» donner à l'Etat une preuve auſſi honorable de
>> leur zéle . J'ai l'honneur d'être &c. »
גכ
Quelques Citoyens zélés pour le bien de l'Etat ,
& qui par leur poſition ne tiennent à aucune Compagnie
ni à aucun Corps , ont defiré de n'être
pas privés de l'avantage honorable de contribuer ,
autant que leur fortune peut le leur permettre
aux befoins actuels du Royaume & au rétabliffement
de la Marine. Ils ont fait demander au Corps
de Ville de Paris d'être admis à fournir un contingent
pour la conftruction du Vaiffeau de ligne ,
dont la Capitale a fupplié le Roi de lui permettre
de faire la dépenfe. Ce Corps , jaloux de la gloire
de donner, fans aucun fecours étranger , cette nouvelle
preuve de fon attachement , de fa fidélité ,
de fon amour, & de fon reſpect pour ſon Maître ,
JANVIER. 1762. 185
n'a pas pû accepter les offres. Il en a été rendu
compte au Roi ; & Sa Majefte , pour marquer
d'une façon fenfible la fatisfaction , avec laquelle
Elle voit une émulation fi louable devenue générale
parmi les Sujets , a crû de voir leur ouvrir une
voie affurée de la fatisfaire. A cet effet , Sa Majefté
a donné les ordres , pour que le fieur Boucot ,
Receveur de la Ville , fût établi dépofitaire des
fonds qui feront portés volontairement , foit par
les perfonnes qui ont déjà fait des offres , foit par
celles qui voudront fuivre cet exemple de patriotilme
. Ces fonds feront employés à la conſtruction
d'un ou de plufieurs Vaiffeaux , ou aux autres dépenfes
de la Marine , dont on aura foin d'inſtruire
le Public.
PROMOTION de Maréchaux de Camp & de
Brigadiers.
MARICHAUX DE CAMP.
Les fieurs , Pestalozzi , Capitaine Commandant
de la Compagnie Générale des Suiffes ; Techtermann
, Major des Gardes Suiffes ; de Bragelogne
, Defpiés , & de Poudeux , Capitaines aux
Gardes Françoiles ; Salis de Mayenfeld , Colo.
nel d'un Régiment de Grifons ; Chevalier de
Groffoles , Colonel d'Infanterie ; Reding , Colonel
d'un Régiment Suiffe ; d'Auteuil , Lieutenant
Colonel du Régiment d'Infanterie de Flandre ;
d'Arbonnier , Colonel d'un Régiment Suiffe ;
Chevalier de Grammont , Lieutenant - Colonel
du Régiment de Vermandois ; Chevalier de Lemps,
Colonel d'un Régiment d'Infanterie ; d'Herouvil
le , Colonel du Régiment d'Infanterie de Bourgogne
; Comte de Civrac , Colonel du Régiment
Royal- Vaiffeaux ; Comte de Lewenhaupt , Colo186
MERCURE DE FRANCE.
nel du Régiment Royal - Baviere Chevalier de
Chantilly , Colonel d'un Régiment de Grenadiers
Royaux ; Comte de Blot , Colonel - Lieutenant du
Régiment d'Infanterie d'Orléans Marquis de
Belmont , Colonel du Régiment de la Marine.;
Comte de Montbarrey , Colonel du Régiment de
la Couronne ; Lochmann , Colonel d'un Régiment
Suiffe ; Chevalier de Saint - Pern , Colonel-Lieutenant
du Régiment d'Infanterie de Penthiévre ; de
la Tour d'Auvergne , Colonel du Régiment d'Infanterie
de Boulonnois ; Comte de Broc , Colonel-
Lieutenant du Régiment d'Infanterie de Bourbon ;
Chevalier d'Aulan Lieutenant de Roi à Lille ;
Prince d'Anhalt-Coethen , Colonel d'un Régiment
d'Infanterie Allemande ; Chevalier de la Mefſelliere
, Mestre de Camp réformé de Cavalerie ; de
Saint- Point , Enfeigne dans la Compagnie de
Beauveau des Gardes du Corps du Roi ; de Goyon,
Exempt dans la Compagnie de Villeroy ; Deheere ,
Lieutenant-Colonel du Régiment Royal- Rouffillon
, Cavalerie ; de Saint - Georges , Meſtre de
Camp- Lieutenant d'une Brigade de Carabiniers ;
du Poral , Meſtre de Camp réformé à la fuite du
Régiment des Cuiraffiers ; Comte d'Houdetot , Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes Bourguignons :
Comte de Bourbon- Buffet , Meftre de Camp d'un
Régiment de Cavalerie : Duc de Cruffol , Meſtre
de Camp d'un Régiment de Cavalerie : Marquis
de Loftanges , Meftre de Camp du Régiment des
Cuiraffiers : Rheingraff de Stein , Lieutenant Colonel
du Régiment Royal -Allemand : Prince de
Holſtein , Meftre de Camp du Régiment Royal-
Allemand : Marquis de Marcieu , Meftre de Camp
d'un Régiment de Cavalerie : Marquis de Mouftier,
Meftre de Camp d'un Régiment de Cavalerie :
Comte de Poly , Meftre de Camp d'un Régiment
de Cavalerie : Marquis de Goyon, Meftre de Camp
JANVIER. 1762 .. 187
réformé à la fuite du Régiment du Colonel Géné-
-ral Dragons : & Mallevieille , Lieutenant- Colonel
du Régiment de Dragons du Roi.
BRIGADIERS D'INFANTERIE.
Les fieurs , Colbert de Caftelhil , Lieutenant-
Colonel du Régiment Royal- Ecoffois ; Comte de
Rateliff , Colonel réformé à la faite du Régiment
d'Infanterie Irlandoife de Dillon ; Dieffenthaler ,
Lieutenant- Colonel du Régiment Suiffe de Caftellas
; Marquis de Sablé , Colonel du Régiment de
Haynaut : Comte de Narbonne , Colonel du Régiment
de Soiffonnois ; Marquis de Chaftellux ,
Colonel réformé à la ſuite du Régiment d'Auvergne
de Viennay , Capitaine aux Gardes Françoifes
;de Nolivos , Capitaine au même Régiment ;
Comte de Morangies , Colonel du Régiment de
Languedoc ; Baron de Copley , Colonel réformé
à la fuite du Régiment d'Infanterie de Rougé ;
Marquis de Meſme , Colonel du Régiment de
Medoc ; d'Hallebouft , Lieutenant- Colonel du Régiment
d'Infanterie de Boifgelin ; de Loffendiere ,.
Lieutenant - Colonel du Régiment d'Infanterie de
Chaftellux , ci- devant Talaru ; Comte de Puyfegur
, Colonel du Régiment Royal Comtois ; Comte
d'Elva , Colonel réformé à la fuire du Régi
mentRoyal- Italien ; la Pelleterie , Chef d'une Brigade
du Corps Royal de l'Artillerie ; Beaufire ,
Chef d'une Brigade du même Corps.
BRIGADIERS DE CAVALERIE.
Les fieurs , Durat , Exempt dans la Compagnie
de Beauveau des Gardes du Corps du Roi ; Chevalier
de Montaigu , Aide-Major des Gardes du
-Corps ; Comte de la Cofte, Enfeigne des Chevaux-
Légers de la Garde de Sa Majefté , la Source , Ma--
jor du Régiment d'Aquitaine ; Marquis de Foffeu188
MERCURE DE FRANCE.
fe , Capitaine - Lieutenant des Gendarmes de la
Reine Comte de Sommievre , Capitaine - Lieutenant
des Chevaux- Légers de la Reine ; Montbel de
Champeron , Enfeigne dans la Compagnie Ecoffoife
des Gardes du Corps ; Comte Deffalles ,
Meftre de Camp d'un Régiment ; Comte de Valbelle
, Meſtre de Camp du Régiment de Berry' ;
Comte de Chabot , Meftre de Camp du Régiment
Royal Etranger ; de Vernege , Aide- Major des
Gendarmes de la Garde : Thomas d'Omangeville
, Capitaine réformé à la fuite du Régiment de
la Rochefoucauld avec rang de Meſtre de Camp ;
Prince de Naffau- Ufingen , Meftre de Camp d'un
Régiment de Cavalerie Allemande ; Comte de
Lordat , Major de la Gendarmerie ; Patrice Wale ,
Capitaine dans le Régiment de Fitz - James avec
rang de Meſtre de Camp.
·
BRIGADIERS DE DRAGONS.
Les fleurs , Comte de Morant , Meſtre de Camp
du Régiment de la Reine ; Comte de Barrin , Meltre
de Camp du Régiment de Languedoc ; Comte
de Choifeul-la-Baume , Meftre de Camp d'un Régiment.
DISPOSITION DES RÉGIMENS.
DANS L'INFANTERIE.
Le Régiment de la Marine , au Comte d'Haulfonville
, Colonel du Régiment Royal- Rouffillon ;
celui de Royal- Vaiffeaux , au Marquis de Montefquiou
, Colonel dans les Grenadiers de France ;
celui de la Couronne , au Comte de Blangis , Colonel
du Régiment d'Infanterie d'Angoumois ; celui
de Bourgogne , au Comte de Bouzols , Capitaine
réformé à la fuite du Régiment d'Infanterie
de Bretagne ; celui de Lemps , au Chevalier de
JANVIER, 1762. 189
Paiſegur , Colonel d'un Régiment de Grenadiers
Royaux ; celui de Royal - Rouffillon , au Duc de
Chatillon , Colonel dans les Grenadiers de France
; celui d'Angoumois , au Comte de Fremur
Sous- Aide-Major dans le Régiment des Gardes
Françoifes ; celui de Puiſegur , Grenadiers Royaux ,
au Chevalier de la Rochelambert , Capitaine dans
le Régiment de Montmorin avec rang de Colonel
; celui de Chantilly , Grenadiers Royaux , au
fieur du Pleffis d'Argentré , Capitaine dans le Ré
giment de Limofin .
DANS LA CAVALERIE.
Le Régiment de Monfeigneur le Dauphin , vacant
par la promotion du Comte de Périgord au
grade de Maréchal de Camp , au Baron de Tal-
Teyrand , Capitaine réformé à la fuite du même
Régiment.
DEUX PLACES DE COLONELS.
Donnéespar Sa Majefté dans le Régiment des Gre➡
nadiers de France,
L'une au Chevalier de Talleyrand , Capitaine
réformé à la fuite du Régiment de Cavalerie de
Talleyrand : l'autre au Marquis de Citran , Capitaine
dans le Régiment de Cavalerie d'Eſpinchal.
MARIAGE.
>
Maximilen- Emanuel-François Van- Eyck, Comte
du Saint Empire defcendant des anciens
Barons de Van- Eyck de la Mairie de Bolduc
Confeiller d'Etat privé de l'Electeur de Baviere ,
&fon Envoyé extraordinaire près du Roi , époula,
le 19 Novembre , dans la Chapelle particuliere
de fon Hôtel , Marie-Anne , Fille du Comte d'Arco
du Saint Empire , d'une très- illuftre Maiſon
d'Allemagne,
190 MERCURE DE FRANCE.
MORT S.
Dame Elifabeth - Claire- Joféphine - Guillaine de
la Tour-Saint-Quentin , Comteffe de la Tour ,
Veuve de Meffire Louis - Jacques de Calonne ,
Marquis de Courtebourne , Maréchal de Camp ,
Lieutenant-de- Roi de la Province d'Artois , & auparavant
Commandant de la Gendarmerie , moutut
à Paris le 19 Novembre.
Guy- André-Marie-Jofeph , Comte de Laval ,
Fils aîné du Duc de Laval Montmorency , eſt
mort de la petité vérole à Eimbeck , le 13 du même
mois , âgé de dix-fept ans.
Meffire François de Beaumont d'Autichamp ,
Evêque de Tulles , & Abbé de l'Abbaye de la Victoire
, Ordre de Cîtteaux , Diocèfe de Senlis , mourut
en fon Diocèle le 20 , âgé de foixante - dix
ans.
Marie-Françoiſe de Noailles , veuve d'Emmanuel-
Henri de Beaumanoir, Marquis de Lavardin,
Lieutenant-Général pour le Roi au Gouverne
ment de Bretagne , eft morte à Puteaux le 28 ,
dans la foixante -quinzié.ne année de fon âge.
Dame Anne - Gabrielle d'Ofmond , veuve de
Meffire François - Dominique de Cardevac , Marquis
d'Havrincourt , Brigadier de Dragons , &
Gouverneur de Hefdin , elt morte le 12 à l'Abbaye
de Montreuil , dans fa quatre- vingt- deuxième année.
Dom Remi Ceillier , Religieux Bénédictin de la
Congrégation de Saint Vanne & Saint Hydulphe ,
connu par plufieurs Ouvrages qui lui avoient acquis
une réputation diftinguée , mourut le 17 en
fon Prieuré de Flavigny , près de Nancy , âgé de
foixante-treize ans.
Mellire René-Jean -Baptifte de la Vieux-Ville ,
Marquis de ce nom , mourut à Paris le 27 , âgé
JANVIER . 1762. 191
de foixante- dix ans. Il avoit été Colonel d'un Kégiment
d'Infanterie de fon nom , & enfuite Colonel-
Lieutenant du Régiment d'Infanterie de feu
Monfeigneur le Duc de Berry , Petit - Fils de Louis
XIV .
Meffire Jacques-Philippe de la Beaume , Comte
de Saint- Amour , Ancien Meftre de Camp de
Dragons , eft mort le 26 , au Château de Chantonnay
en Franche-Comté.
Dame Marie Maximilienne de Roifin , veuve de
Meffire Charles- Jofeph le Danois , Comte de Cernay
, Maréchal des Camps & Armées du Roi , eſt
morte le 9 Décembre à Valenciennes , dans la
quatre- vingt- cinquiéme année de fon âge.
Meffire Agéfilas - Gafton de Groffolles , Marquis
de Flamarens , Brigadier de Cavalerie , & Grand-
Louvetier de France , mourut à Paris le 14 , âgé
de foixante- quinze ans.
Le tirage de la onzième Loterie de la Ville de
Paris , fe fit le 18 du mois de Novembre dans
l'Hôtel-de- Ville , avec les formalités ordinaires.
Le premier lot , qui étoit de cinquante mille livres
, eft échu au Numéro 11783 ; celui de vingr
mille , au Numéro 14665 ; les deux lots de dix
mille font échus aux Numéros 14336 & 11386.
Le tirage de la Loterie de l'Ecole Royale Militaire
s'eft fait , le 12 Décembre , en la maniere
accoutumée , dans l'Hôtel - de- Ville. Les Numéros
fortis de la roue de fortune font 81 , 30 , 24 , 16 ,
83. Le prochain tirage fe fera le 12 Janvier 1762,
192 MERCURE DE FRANCE .
LETTRE duMarquis de VAUDREUIL
au Duc de CHOISEUL , du 30 Octobre
1762.
M ONSEIGNEUR
J'ai lu avec ſurpriſe , dans le Mémoire Hiſtorique
des Négociations de la France & de l'Angleterre
fur l'objet de la paix , l'imputation qui m'eft
faite par les Anglois à l'occafion des limites dut
Canada ; & comme il n'y a rien de plus faux & de
plus chimérique que cette affertion , je dois , Monfeigneur
, vous rendre compte de ce qui s'eſt paffé
à cet égard entre M. Amherſt & moi.
Je n'ai tracé aucunes limites quelconques , lorfque
j'ai capitulé , & ne me fuis jamais expliqué
dans mes pour-parlers avec ce Général , que par
les termes fimples de Canada . Sept à huit jours
après la reddition du Pays , Il m'envoya un Officier
, pour me demander des Cartes inftructives
fur l'étendue de cette Colonie ; à quoi je répondis
négativement , par la raison qu'elles avoient été
pillées avec mes effets à Quebec , contre la foi
de la capitulation de cette Place ; & cet Officier
m'ayant alors montré une Carte qu'il avoit par
devers lui , je niai les limites qu'elle indiquoit , &'
leur en ſubſtituai verbalement d'autres , qui étendoient
la Louifiane , d'un côté, jufqu'au Portage
des Miamis , qui eft à la hauteur des terres , dont
les eaux fe déchargent dans la riviere Ouabache ,
& de l'autre , juſqu'au haut de la riviere des Illinois.
Ce que j'ai l'honneur de vous marquer , Monfeigneur
, eft inconteftable ; je ne crains pas que
les Anglois produisent aucune preuve du contrairej
JANVIER. 1762. 193
re; parce qu'en outre il n'y a eu ni acte paffé , ni
ligne de tirée à ce fujet je fuis charmé de vous
en prévenir , afin qu'on n'en impofe pas davantage
à cet égard. J'ai l'honneur d'être , &c.
LE MARQUIS DE VAUDREUIL .
EVENEMENS SINGULIERS.
Du s Décembre 1761 .
Des lettres de Dijon font mention d'un Phénomene
effrayant.Le 12 du mois dernier, vers 5 heures
du matin ,il ſe forma autour de la Lune un nuage,
qui paroiffoit avoir environ so pieds de circonférences,
& d'où il fortit fubitement unfeu fi vif &
d'un volume fi confidérable , que la plupart des
fpectateurs , ne pouvant en foutenir l'éclat , fe
jetterent le vifage contre terre . Cette eſpèce d'embrafement
du Ciel dura quelques minutes. Il fut
fuivi d'un bruit femblable à celui de plufieurs carons
de batterie , qui tireroient en mêmetemps.
La commotion de l'air fut fi forte, qu'elle fit trembler
les fenêtres & les portes de toutes les maifons.
Le mêmejour , à deux heures & demie du matin,
on avoit vû en l'air, à Genève , un globe confidérable
de feu , qui peu après le changea en une
longue trainée de lumiere , & qui fe diffipa enfuite
avec une explofion affez forte. Pendant l'apparition
de ce Météore , on fentit une légère fecouffe
de tremblement de terre , accompagnée de
bruits fourds. La lumiere qu'il jetta , étoit fi éclatante
, que lorfqu'il difparut , les perfonnes qui
l'avoient obfervé, crurent être dans les plus profondes
ténébres , quoique le Ciel fût très ferein ,
& que la Lune eût encore plufieurs heures à eller
fur l'horifon ; il n'y a eu que des gens de la Cam-
I. Vol. I
194 MERCURE
DE FRANCE .
pagne & les Sentinelles de la Ville qui aient été
témoins de ce Phénomene . Ainfi l'on ne peur déterminer
avec certitude, à quelle élévation il a paru,
& l'on fçait feulement que la direction étoit du Sud
à l'Ouest. Le même jour auffi & vers la même
heure , deux Habitaus du Bourg de Dome , près
de Moulins en Bourbonnois , apperçurent un pareil
météore , qui tomba du Ciel , & qui , lorsqu'il
approcha de terre , leur parut être du volume &
de la forme d'une paille enflammée.
Le Météore enflammé , vû à Genêve & à Dijon,
a été apperçu la inême nuit & vers la même heure
, non- feulement à Paris par l'Abbé de la Caille ,
de l'Académie Royale des Sciences , & dans les
environs de Vernon par quelques gens de la Campagne
, mais encore à Ham dans la Picardie ( un
degré au Nord de Paris ) , en même- temps qu'il
a été obfervé à Ville-Franche en Beaujolois par le
Baron des Adrets , dont l'obſervation a été communiquée
à l'Académie des Sciences par le Cardinal
de Luynes . La diſtance des lieux , où l'on a
remarqué ce Phénomene , prouve qu'il étoit fort
au-deffus de la hauteur ordinaire des nuages.
On a écrit de Dantzick Novembre , le 19 que ,
vers les fept heures du foir , on s'apperçut que
Ciel , au lieu de devenir plus fombre à meſure
qu'on s'avançoit dans la nuit , s'éclairoit infenfiblement
,quoiqu'on eût encore plufieurs heures à attendre
le lever de la Lune. Cette clarté s'augmenta
confidérablement à huit heures , & peu après
on vit , dans la moyenne région de l'air , un grand
nombre de lames lumineufes s'élancer du Nord à
l'Eft vers un centre qui paroiffoit les réunir. Sur
les neuf heures , leur action devint extrêmement
vive , & dans leur mouvement , elles fe croifoient ,
les principales confervant toujours leur même direction
. Une heure après , leur lumiere & leur acle
JANVIER. 1762. 195
tivité diminuerent peu-à -peu ; & à minuit elles ne
fe firent plus remarquer que de moment à autre ;
mais il refta fuffisamment de clarté , pour qu'on
pût diftinguer les objets d'un certain volume.
Il avoit fait , dans le jour , un temps affez beau
pour la faifon. Le Soleil avoit brillé une partie de
l'après- midi , & le Ciel n'avoit été obfcurci d'aucun
nuage. L'air s'étoit refroidi vers le foir , & il
gela , dans la nuit , à glace.
Pendant la durée du Phénomene , que , fans
doute , les Phyficiens rangeront dans la claffe des
aurores Boréales , divers Marins affurérent qu'il
étoit l'avant-coureur d'une violente tempête . En
effet, le lendemain , on en éfluya une très- longue
& très-fâcheuſe.
SUITE des Nouvelles Politiques du
mois de Décembre 1761 .
De PARIS , le 21 Novembre.
Le Prince deCondé revint le premier de ce mois ,
de l'Armée commandée par le Maréchal Prince
de Soubile , & le 3 , il alla à Verſailles rendre fes
reſpects à Leurs Majeſtés.
Le Knès Repnin , que l'Impératrice de Ruffie a
nommé fon Miniftre Plénipotentiaire auprès du
Roi d'Espagne , & qui avoit été arrêté ici par une
maladie , fe difpofe à continuer inceffamment fa
route vers Madrid .
La Cornette vacante dans la feconde Compagnie
des Moufquetaires de la Garde du Roi , par
la mort du Comte de la Riviere ; a été accordée
au Marquis de Pimodan , ancien Lieutenant au
Régiment des Gardes-Françoiſes.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
L'Aide Majorité , qui vaquoit dans la même
Compagnie par la retraite du fieur de Garriffon ,
a été conférée au fieur de Girardot , déja Maréchal
des Logis . Le fieur de Pebarte eft monté au
grade de Maréchal des Logis ; le fieur de Saint-
Sardos a été nommé Brigadier , & le fieur de
Savoify Sous Brigadier.
Le 12 , l'Ouverture du Parlement fe fit , avec
les cérémonies accoutumées , par une Meffe Solemnelle
, à laquelle le fieur Molé , Premier Préfident
& les Chambres affiftérent , & qu : fut célébrée
par l'Abbé de Sailly , Chantre de la Sainte-
Chapelle & Aumônier de Madame la Dauphine.
Le 16 , la Princeffe de Rohan- Guémené accoucha
d'une fille.
Le tirage de la dixiéme Loterie de la Ville de
Paris fe fit le 21 du mois dernier dans l'Hôtelde
- Ville, avec les formalités ordinairest . Le premier
lot , qui étoit de cinquante mille livres , eft
échu au Numero 7173 1. celui de vingt mille au
Numero 2655. Les deux lots de dix mille font
échus aux Numeros 5113 & 123118.
Le tirage de la Loterie de l'Ecole - Royale - Militaire
s'eft fait le 14 Novembre , auffi dans l'Hôtelde-
Ville , en la maniere accoutumée . Les Numeros
fortis de la roue de fortune, font , 4 , 30 , 70 ,
6, 11. Le prochain tirage fe fera le 12 Décembre ,
NAISSANCE.
Dame Anne -Madelaine- Françoife Lallemant de
Montlangault , Epoufe de Meflire Jean - François
Del - Puéch de Coméiras , Colonel- Lieutenant du
Régiment des Volontaires Etrangers de Clermont-
Prince , eft accouchée , à S. Hippolite , en Languedoc
, le quatre Novembre , d'un fils , qui a
été nommé , Jean - François , par Meffire François
Del- Puéch , Seigneur de Comeiras , BrigaJAN
VIER. 1762. 197
dier des Armées du Roi , & par Dame Anne de
Bedos , fon Epoufe , fes Ayeul & Ayeule.
MORTS.
Dame Anne - Madelaine d'Aligny , veuve de
Mellire N. de Verron , Envoyé du Roi à la Cour
de Ruffie , eft morte au Château de Perfan , dans
la foixante- cinquième année de fon âge.
Gafpard , Marquis de Sabran , Brigadier de
Cavalerie , mourut le 2 en fon Château de Voinles
près de Rofay en Brie , âgé de foixante- douze
ans.
Le Marquis de la Riviere , Cornette dans la feconde
Compagnie des Moufquetaires de la Garde
du Roi , eft mort , le 10 Octobre , de la petite
vérole , à Éimbeck. Il fervoit à l'Armée du Maréchal
de Broglie.
N. de Cantimir , époufe du Knés de Gallitzin ,
ci- devant Miniftre de la Cour de Petersbourg auprès
du Roi , & actuellement nommé Ambalfadeur
de la même Cour à celle de Vienne , mourut
à Paris , le 2 Novembre , âgée de quarantedeux
ans. Elle étoit Dame d'Honneur de l'Impératrice
de Ruffie.
-
EUGENE de Larriateguy de Vignolles , Brigadier
des Armées du Roi , Colonel des Volontaires
d'Auftrafic , ci devant Major du Régiment de
Champagne , mourut à Gottingen le 15 Octobre
dernier , de la bleffure qu'il avoit reçue le 14 du
mois précédent , à l'attaque d'un Camp des ennemis
près de Neuhauff . Cet Officier , dont le mérite
& la bravoure étoient connus , depuis long-temps ,
de toutes les Troupes & des Généraux , eft univerfellement
regretté. Il defcendoit de l'ancienne &
illuftre Maifon de Larriateguy , de la Province de
Guypufcoa en Efpagne , dont une branche s'eft
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
J
étábie à Bayonne il y a environ deux cens ans ,
ainfi qu'il eft prouvé par la généalogie . Il époufa
en 1755 Dlle. Marie Morel , Fille aînée de M.
Morel , Doyen du Parlement de Metz , de laquelle
il a eu un Fils & une Fille.
Le 31 Octobre dernier , Dame Marie - Louiſe
de Rochon-de- la - Peyroufe-de-la - Motte , mourut
âgée de foixante feize ans dans le Monaſtère des
Dames Bénédictines de Sainte- Colombe-lez-Viennéén
Dauphiné , où elle s'étoit retirée depuis plufieurs
années . Elle étoit demeurée veuve depuis
l'an 1729 , de Meffire Jean-René de la Tour-du-
Pin-de-Montauban , Chevalier , Seigneur & Barón
de Monfroc , de Curel , de Saint Gervais & de
Roquebeau , Brigadier des Armées du Roi , Infpecteur
général de la Cavalerie & des Dragons
de France , avec lequel elle avoit été mariée par
contrat du 15 Février 1708 , étant alors âgée de
22 ans , Fille de Mellire Elie Guillaume de Rochon-
de- la-Peyroufe-de-la - Motte , Seigneur de
Châteauvieux & de Piles ( ou des Pilles ) , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , Lieutenant
pour le Roi au Gouvernement de Maubeuge , &
de Dame Marie- Geneviève d'Alléoud - de- Cheylane
, fa deuxième Femme , qu'il avoit épousée par
contrat du 3 Février 1680 , Fille de Meffire René
d'Alléoud , Seigneur de Cheylane & de Roquebeau
, & de Dame Marie- Ode de Bonior : lequel
Seigneur de Châteauvieux avoit eu de fon premier
mariage , Meffire Jacques- Théodore de Rochonde-
la- Peiroufe-de- la -Motte , Seigneur de Châteauvieux
, Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
Commandeur honoraire de l'Ordre Militaire de
S. Louis , & Gouverneur de la Citadelle de Valenciennes
, où il mourut le 14 Juillet 1738. Du
JANVIER . 1762. 199
mariage de ladite de Rochon , avec le fit Seigneur
de la Tour de Montauban , naquirent Mre Louis
de la Tour-du- Pin , Comte de Montauban , Brigadier
des Armées du Roi, & premier Ecuyer de Mgr
le Duc d'Orléans , premier Prince du Sang , dont
łe décès arrivé les Avril 1760 , a été annoncé
dans le Mercure du mois de Mai faivant ; Ange-
Nicolas de la Tour-du-Pin-de-Montauban , Capitaine
de Cavalerie dans le Régiment d'Orléans ,
mort l'an 1739 fans alliance ; & Marie-Anne de la
Damoifelle d'hon-
Tour-du Pin-de -Montauban >
neur de feue S. M. C. la Reine , feconde Douairière
d'Efpagne , décédée le 11 Novembre 1760 ,
fans avoir été mariée .
Les Lettres venues en dernier lieu des Indes ,
font mention de la mort d'Armand- François Lefebvre
, Vicaire Apoftolique des Royaumes de
Cochinchine , Camboye & Cyampa , arrivée en
Cambaye le 9 Mars 1760. Il étoit né à Calais en
1709. Il avoit été facré Evêque de Noelen en
Novembre 1741. Il laite par fa mort un grand
vuide dans la Miffion de ce Pays; & les traces
de fes travaux Apoftoliques y font trop bien gravées
pour n'y point fervir à jamais de monumens
de fa piété , & du zéle qu'il a employé pour
la Converfion des Idolâtres .
EVENEMENS SINGULIERS.
GRANDE - BRETAGNE.
De LONDRES , le 17 Novembre 1761 .
Voici la faifon dangereufe fur la Mer : nous
apprenons chaque jour quelque aventure fâcheufe
I iv
200
MERCURE DE FRANCE .
3
de nos Vaiffeaux . Deux Navires richement char-,
gés pour Leith en Ecoffe ont péri ; l'Equipage de
l'un a été entiérement perdu ; cinq perfonnes de
l'autre ont été noyées . Un Navire de Liverpool
a péri fur la côte d'Afrique. Un Senaut , chargé
de bois pour Londres , a péri fur la côte de Suéde.
Deux grands Bâtimens ont coulé à fond fur la
côte d'Irlande , & il ne s'en eft pas fauvé un feul
homme. Le Bâtiment nommé le Comte de Bute fut
onfumé par le feu , le même jour qu'il mit à la
voile de Pétersbourg pour Londres.
de
+
Un accident remarquable eft arrivé il y a peu
temps à Ely. Un bon Vieillard , âgé de cent
quatre ans, conduifoit une charrête. Son fils
qui avoit plus de foixante ans , tomba malheureufement
devant les roues qui pafférent fur fon
corps , & le tuerent fur le champ . Le Pere fut fi
vivement touché de la mort de fon Fils , qu'il mourut
de douleur deux jours après.
Le Château de Workou , appartenant au Duc
de Norfolk , & l'une des plus belles maifons de
Campagne de toute l'Angleterre , vient d'être confumé
par un incendie. Il y avoit cinq cens piéces
dans ce château , & le dommage eſt évalué à plus
de cent mille livres fterling , deux millions deux ou
trois cens mille livres de notre monnoie . )
FRANCE.
D'Alface , le 15 Novembre.
Agathe Hiff, veuve de Jean Jelfch de Hirfingen
, dans le Comté de Montjoie ou de Srobergen
en haute Alface , eft morte le 10 de ce mois
âgée de cent trois ans trois mois , ayant conſervé
une entiere préſence d'efprit jufqu'à fon dernier
moment. Ses Enfans attribuent fon grand âge au
JANVIER. 1762. 201
vin qui étoit fa feule boiffon , & , pour ainfi dire ,
toute la nourriture .
De MA U RS en Auvergne.
," Le 30 Août dernier , l'Abbé de Senerzergues
ci-devant Chanoine du Chapitre d'Aurillac , a pris
poffeffion de l'Abbaye de Maurs , Ordre de Saint
Benoît , Diocefe de Saint - Flour , à laquelle le Roi
l'avoit nommé depuis le mois de Mai. Le moment
de fon inſtallation , à laquelle un grand concours
de perfonnes diftinguées de la Province s'eft empreffé
d'affifter , a été d'autant plus flatteur pour
lui , que les marques vraies de la fatisfaction générale
dont elle a été accompagnée , en lui impofant
des motifs de reconnoillance bien précieux ,
lui ont été le témoignage le moins équivoque du
reſpect & de l'eſtime publique pour fa perfonne ,
de la confidération acquife à la famille , & de la
vénération qu'on conferve dans fon pays , pour la
mémoire de fon frere aîné tué auprès de Quebec.
en Canada le 13 Septembre 1759 , dont les nouvelles
publiques annoncerent la mort dans le
temps.
Meffire Louis Etienne- Guillaume de Senezergues
, Chevalier , Seigneur de Larode , Brigadier
des Armées du Roi , & Chevalier de l'Ordre Royal
& Militaire de Saint Louis , étoit né en 1709 à Aurillac
en Auvergne. Elévé de bonne heure au métier
des Armes fous les yeux d'un pere , qui avoit
lui - même fervi longtemps avec beaucoup de diftinction
, il fut fait Lieutenant , en 1724 , au Régiment
d'Infanterie de la Sarre , ( que fon pere ,
après avoir eu un bras emporté au fiége de Eribourg
de 1713 , étant alors Capitaine de Grenadiers
de ce même Régiment , avoit quitté pour
remplir la Majorité de Salins , qu'il a occupée ju
I v
202 MERCURE DE FRANCE .
qu'à la mort arrivée en 1735 ) . Son fils avoit été
fait Capitaine au commencement de la Campagne
de 1734 en Italie , d'où étant revenu après la paix
de 1736 , il paffa en Corfe l'année d'après , & il y
fit la guerre jufqu'en 1741 , que les Troupes qui
y étoient , étant repallées en France , fon Régiment
fut fucceffivement employé fur le Rhin , en Baviere
, fur le Mein , en Provence , en Piémont ,
dans la guerre générale qui finit par le Traité
d'Aix-la- Chapelle. Il en avoit été nommé Major
en 1745 , & après en avoir rempli les fonctions
avec toute l'exactitude & la diſtinction poſſibles ,
il fut fait , deux ans après , Commandant du fecond
Bataillon , lequel ayant été deſtiné à paſſet
en Canada en 1756 , le fieur de Senerzergues y
palla avec lui : il eut alors an Brevet de Lieute
nant Colonel ; & arrivé dans ce pays-lâ , les occafrons
fignalées , que lui & le Régiment qu'il commandoit
, eurent de montrer leur zéle pour le fervice
du Roi , & de s'y diftinguer , lui ayant mérité
les fuffrages & la confiance de M. le Marquis de
Moncalm & de M. le Marquis de Levi fous lefquels
il fervoit, & de recevoir les marques les plus
fatteufes de la ſatisfaction , dont le Miniſtre de la
Guerre , inftruir de fes fervices , avoit l'attention
de l'honorer , il fut fucceffivement pourvu d'une
penfion fur le Trélor- Royal , & far l'Ordre de
Saint-Louis , & nommé Brigadier des Armées da
Roi au mois de Février 1759. Il continuoit , par de
nouveaux fervices , à mériter de plus grandes graces
, lorsqu'il fut tué , le 13 Septembre de la même
année , d'un coup de feu au travers du corps , à la
fin de la Bataille donnée près de Quebec , & commandant
l'Armée du Roi après la bleſſure morrelle
que M. le Marquis de Moncalm avoit reçue s
& c'eſt ainſi qu'emportant les regrets de tous ceux
JANVIER. 1762. 203
qui l'avoient connu , il finit , à l'âge de cinquante
ans , une carrière que fes talens & fon zéle avoient
déjà rendue fi glorieufe dans l'état militaire , &
dont l'affemblage de toutes les vertus morales &
chrétiennes qu'il réuniffoit au plus haut point ,
rendra à jamais le fouvenir précieux à tous ceux
qui ont eu le bonheur de les lui voir pratiquer,
Il avoit été marié , en 1751 , avec Damoiselle
Charlotte de S. Chamans , fille aînée du Marquis
de S. Chamans du Pêcher ; mais il ne jouit pas
longtemps du bonheur de vivre avec elle , la petite
Vérole l'ayant emportée au bout de dix -huit
mois de mariage : il n'en avoit point eu d'enfans .
& il ne refte de fon nom que des foeurs , & l'Abbé
de Senerzergues fon frere unique , ( qui a donné
lieu à cet article ) en la perfonne duquel , Sa Majefté
, dont la bonté eſt toujours active , a bien
voulu montrer le fouvenir qu'elle conferve des
fervices de fa famille , en le nommant à l'Abbaye
de Maurs , dans un temps où elle répandoit fes
graces fur ceux qui venoient d'élfuyer les malheurs
de la guerre du Canada .
PREMIERE LETTRE à l'Auteurdu Mercure.
JE trouve , Monfieur , dans l'Ouvrage que vous
continuez avec beaucoup de fuccès , une faute ,
dont la correction intérelle beaucoup la Maiſon de
Ste Geneviève , & j'hélite d'autant moins à vous la
faire connoître , que votre zéle & votre envie d'obliger
me font également connus. « M. de Har
lai» , dit l'Auteur du Mercare , année 17 17. Août,
pag. 114 & 115 , a fait un Teſtament par lequel
il laiffé les Mémoires & les papiers qu'il avoit
paflemblés touchant la Charge d'Avocat Général
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
ל כ
›› à M. Chauvelin de Grifenoir qui occupe cette
place ; & au cas qe ce dernier vînt à décéder
>> fans enfans , il légue TOUS SES MANUSCRITS à
» la Bibliothèque de Ste Géneviéve , qui a été fort
>> augmentée par celle de feu M. l'Archevêque de
» Reims ». Ce narré , Monfieur , eft défectueux
dans tous les points : M. de Harlai fit préfent de
fes Manufcrits à M. de Chauvelin , par une donation
entre-vifs , paffée devant Me Savigny , Nataire,
le 11 Août 1716 , & bien antérieure à fon
Teftament qui eft du 19 Mars 1717. Par cette donation
il fubftitue , à la vérité , fes Manufcrits .
en cas que M. Chauvelin meure fans enfans qui
embraffent le parti de la Robe ; mais cette fubftitution
ne regarde point l'Abbaye de Ste Geneviève ,
mais celle de. S. Germain-des Prés. L'erreur du
Journaliſte eft d'autant plus furprenante , que rien
n'a pu l'occafionner ; M. de Harlai qui avoit difpolé
dès 1715 de fes Manufcrits , ne parlant dans
fon Teftament que de fes Livres imprimés qu'il
légue au College de Louis -le- Grand , où l'on fçair
qu'ils font confervés avec foin , & felon l'inten
jon du Teftateur. J'ai l'honneur d'être , &c.
?
MERCIER , Chanoine Régulier ,
& Bibliothécaire de Ste Géneviéve.
Le 14 Décembre 1761 .
SECONDE LETTRE à l'Auteur du Mercure.
TOUT ce qui eft digne de l'attention du Public ,
doit , à mon avis , lui être communiqué , & c'eſt
un vol manifefte que l'on fait au Peuple fçavant
de lui cacher quelques découvertes lorfqu'elles pa
JANVIER. 1762. 205
roiffent pouvoir être de quelque utilité à fes connoiffances
: c'eft dans cette vue que je prends la
liberté de vous adreffer le détail de l'événement
fuivant . . . . . . Le 12 Novembre , à cinq heures
fept minutes trois fecondes du matin , le Soleil
étant dans le vingtiéme degré du Scorpion , & la
Lune fur le vingtiéme degré du Taureau , a paru
un de ces Méteores de feu ou corps mixtes qui fe
forment dans différentes regions de l'air , & qui
s'y étant formés , s'y détruifent bientôt . C'étoit
une espéce d'étoile tombante dont la bafe qu
ron leur contenoit à mes yeux une eſpace auffi
grand que la Lune peut nous paroître . Ce corps
de feu qui formoit un câne , étoit d'un rouge trèsfenfible,
& étoit fuivi d'une queue fort longue &
proportionnée , compofée d'une lumiére la plus
pure & la plus vive que l'on puille voir. L'aprèsmidi
de la veille , jour de la Saint Martin , le Soleil
avoit paru dans tout fon éclat , quoiqu'il eût
beaucoup plu le matin. La Lune étoit très-brillante
, & le Ciel n'étoit alors brouillé d'aucune
apparence de nuages & de brouillards , quoique.
le vent fût un peu fort. Ce Méteore qui ne dura
pas plus de quatre fecondes , obfcurcit pour quelques
minutes le temps , qui fut enfuite très -beau
jufqu'au lendemain , & forma un bruit à peu-près
femblable à quelques fufées volantes qui commencent
à s'élever en l'air. Des Payfans & des
Poftillons m'ont affuré qu'ils avoient vu ce Mé- '
téore le cinq à quatre heures du matin . Quelques
perfonnes regardent cet événement comme quelque
chofe de furprenant ; pour moi ( je ne fçais fi
je me trompe ) je crois que ce n'eft autre chofe
qu'un amas d'exhalaifons de fouffre & de nître , qui
contenant une grande quantité de matiére éthérée,
s'allument bientôt dans l'air par le choc violent
206 MERCURE DE FRANCE.
& l'agitation impétueufe où les met le vent. Si
vous jugez , Monfieur , que cette expofition mérite
une place dans votre Mercure , je vous prie de l'y
inférer. J'ai l'honneur d'être , & c.
DEMAUGRAS , Bachelier en Droit ,
de la Facuité de Paris.'
A Fontainebleau , ce 21 Novemcre 1761 .
TROISIEME LETTRE à l'Auteur du Mercure.
JBE vous prie , Monfieur , de vouloir bien infé
rer dans les Nouvelles de votre Journal l'Avis
fuivant:
Mellieurs les Abonnés au Journal de Trévoux
font priés de s'adreffer pour le renouvellement
de leur abonnement directement à Chaubert , Libraire
, quai des Auguftins à Paris , maintenant
feul chargé de la vente & diftribution de cet Ouvrage
périodique . Vous obligerez fenfiblement ,
Monfieur , votre très-obéiffant Serviteur ,
CHAUBERT.
Paris , ce 21 Décembre 1761 .
AVERTISSEMENT de M. DE VOLTAIRE.
PLUSIEURS perfonnes s'étant plaintes de n'avoir
point reçu de réponse à des paquets envoyés
foit à Ferney , foit à Tournay , foit aux Déliees
; on eft obligé d'avertir , qu'attendu la multiplicité
immenfe de ces paquets , on a été oblige
de renvoyer tous ceux qui n'étoient pas adrefpar
des perfonnes avec qui l'on a l'honneur
d'être en relation.
fés
JANVIER. 1762 . 207
AVIS DIVER S.
Le fieur PELLETIER , Machinifte des Enfans de
France , expofe à la curiofité du Public un Cabinet
qui mérite réellement d'être vu , & il le fait voir
même gratuitement tous les jours depuis neuf
heures du matin jufqu'à une de l'après- midi . Paffé
cette heure jufqu'à celle de neuf du foir , il fera
aux ordres des perfonnes de diftinction & autres
qui voudront voir & entendre , excepté les Vendredi
& Samedi , & aux autres heures du jour &
de la nuit , à moins qu'on ne l'avertiſſe . Son procédé
, pour engager le monde à revenir le voir ,
eft des plus polis.
La principale Piéce de ce Cabinet que le fieur
Pelletier vient de finir , eft un magnifique Buffet
d'Orgue auquel eft adapté un cylindre par le
moyen duquel & des refforts qui l'animent , il exé
cure tout feul & fupérieurement l'ouverture de
Pygmalion en cinq parties , deux Mufettes de
M. Rameau , les Sauvages , les Variations de
M. Guignon , la Gigue de M. Mondonville , &c.
L'on y voit avec plaifir différentes autres piéces
organisées , & un modéle en petit & fimplifié de la
Machine de Marly , une Grue & un Chariot pour
enlever & tranfporter une Statue équestre avec
une facilité étonnante , un Rocher Chinois des plus
finguliers , &c. Sa demeure eft rue Charlot au
Marais , près le beau Boulevard , la premiere porté
cochere à gauche en entrant , par la rue de Bretagne.
LaVeuve BOUTTEVILLE , Marchande Confiſeuſe,
rue des Lombards , à la Reine de France , la premiere
Boutique en entrant par la rue St. Denis ,
fait avertir le Public qu'il vient de lui arriver de
208 MERCURE DE FRANCE. 1
Turin des Lettres galantes en paftilles , dont le
goût répond parfaitement à la gentilleffe de l'ouvrage.
On pourra envoyer pour Etrennes ces Lettres
per la petite Pofte de Paris , fans rifque qu'elles
foient callées , attendu que ladite Veuve Boutteville
a prévenu le Bureau général ſur ces envois
, pour qu'il donne des ordres à tous les Commis-
porteurs de Lettres , de les rendre à leur
adreſſe bien conditionnées .
Son Magafin eft très-bien aſſorti dans tout ce
qui regarde fon commerce.
Le fieur PASTEL Breveté du Roi , donne avis
au Public qu'il travaille avec beaucoup de fuccès , .,
pour la guérifon radicale des maladies Vénériennes
, fans friction ni falivation , & fans garder la
chambre, ainfi que les callofités & carnofités du canal
de l'urètre, par des bougies particulieres, qu'au
cun reméde n'aura pû détruire . Ses remédes
font incorruptibles , & fe tranfportent par tout.
Sa Demeure eft rue d'Anjou , près celle Dau--
phine à Paris
M. MACLOT commencera le Dimanche 10
Janvier 1762 à trois heures après midi , & continuera
tous les Dimanches & Fêtes & Jeudis de
chaque femaine à pareille heure , un Cours particulier
de Leçons élémentaires qui auront pour
objet , la Géographie , la partie d'Aftronomie qui
fe combine avec cette Science & les parties les
plus utiles des Mathématiques ; il y joindra les
notions générales des principaux Etats de l'Europe
, & une Defcription particuliere de l'Allemagne
; il renfermera le tout en 40 leçons de
2 heures chacune. Sa demeure eft au Caffé du
Fort qui fait le coin de la rue de la Verrerie
près S. Merri.
JANVIER. 1762 . 209
AVIS IMPORTANT AU PUBLIC.
Le fieur Cous , feul Auteur & Compofiteur,
des véritables Cuirs de la Chine . fans pareils ,
pour repaller les Rafoirs , les Canifs & c . La pierre.
devenant inutile avec lefdits Cuirs ; l'entretien &
la nourriture defdits Cuirs eft l'huile ; le contraire
de tous les autres Cuirs , le Rafoir coupant de
plus près avec une douceur non pareille . Vu l'applaudiffement
que ledit heur Coue a reçu de toutes
les perfonnes qui en font ufage , & les repréfentations
qui lui ont eté faites de l'incommodité
& obfcurité de monter chez lui l'ont engagé
pour la commodité & utilité du Public de changer
de demeure.
Il fait auffi des Cuirs pour 'repaffer & entretetenir
les Couteaux de table & autres , qui n'ont jamais
paru dans le Monde.
Il demeure Cloître Ste Opportune , vis - à - vis le
grand Portail de l'Eglife , au rez-de - chauffée.
Le Sr LASERRE à titre de Diftillateur, vient d'obtenir
un Privilége du Roi , qui l'aurorile à faire
part au Public d'un Elixir pour les dents , le fruit
de vingt années de travail & de recherches dans
les opérations chymiques de la diflillation . Ce Privilége
ne lui a été accordé par M. de Senac , premier
Médecin de Sa Majefté , que fur des Certifi
cats authentiques & lans nombre , de l'efficacité
de ce nouveau Reméde , & d'après la connoiffance
particuliere qu'il a prife lui- même de ce qui entre.
dans la compofition de ce fpécifique. C'est un des
meilleurs qui aient encore paru pour appaifer d'abord
, & guérir enfuite radicalement les maux de
dents les plus aigus & les plus invétérés , foit qu'ils
viennent de caries ou de fluxions , foit de tongo
210 MERCURE DE FRANCE .
autre cauſe. Cet Elixir a auffi la propriété de nétoyer
parfaitement les dents , d'entretenir leur
blancheur , & de la leur rendre lorfqu'elles l'ont
perdue. Le fieur Laferre fait des envois en Province
, & dans les Pays Etrangers , pourvu qu'on ait
l'attention de lui en faire toucher le montant , &
d'affranchir les lettres , qui fans cela reſteroient à
la poftes les bouteilles font de 3 livres , de 36 fols,
& de 24 fols. Il donne un imprimé qui indique la
maniere de s'en fervir. Sa demeure eft à Paris ,
dans l'Abbaye de Saint Germain-des- Prez , Cour
& vis-à vis la grande grille des Bénédictins , au
grand Magafin de Provence & de Montpellier.
Le fieur FERRON , Marchand à Paris , demeurant
Enclos de l'Abbaye S. Germain des Prés , en
entrant par la rue du Colombier , à l'Enſeigne
de S. Nicolas , a l'honneur de faire part au Pa
blic qu'il poffede feul le fecret de faire des Savonnettes
légères de pure Crême de Savon , qui
durent plus que les lourdes & ne fe mettent
point en pouffiere ou en bouillie dans le baffin
il eft le feul poffeffeur dudit fecret de la Veuve
Simon Bailly , que l'on a fait paffer pour morte.
Ceux qui voudront s'affurer du contraire , pourront
s'adreſſer à elle- même , en fa maiſon , rue
da Petit - Lion , vis - à- vis la rue Françoife , chez
laquelle ledit Ferron a travaillé longtemps pour
fe perfectionner dans ledit fecret : ledit Geur
vénd aufli des pains de Pâte graffe incorruptible
de fines odeurs pour les mains , d'une bonté finguliere.
Le Public étant trompé tous les jours par des
Savonnettes contrefaites , qui loin d'être utiles &
agréables , fe mettent en pouffiere ou en bouillie
dans le baffin , & ne font que gâter & tacher le
linge , ledit fieur pour y remédier continue de
JANVIER. 1762. 211
mettre le nom de Bailly fur chaque Savonnette.
Les prix font toujours les mêmes , & l'on trou
vera chez le fieur Ferron les mêmes facilités qu'avec
ladite Veuve Bailly.
M. DÉFOSSEDS Gentilhomme Picard établi
depuis vingt ans en Normandie dans le Comté
d'Evreux , où il eft Capitaine des Chaffes de
Mgr le Duc de Bouillon , avertit qu'il a inventé
un Barometre d'une conftruction finguliere &
nouvelle , qui lui annonce les variations du temps
huit jours à l'avance fans s'être trompé une feule
fois depuis très - longtemps qu'il en a fait l'obſervation
.
Des Curieux l'ont été voir , & ont admiré l'art
avec lequel le Barometre a été fait . Comme il
eft utile aux perfonnes qui habitent la campagne
, M. Défoffeds fe fera un plaifir de faire
part de la découverte aux Amateurs de cette
Science.
BAND AGES ÉLASTIQUES.
Le fieur BLAKEY , Expert , reçu à S. Côme ,
& Auteur des Bandages élastiques , reconnus depuis
plus de vingt- neuf ans pour les plus commodes
& les plus propres à contenir les Defcentes
, & à en procurer la guérifon , vient d'ajouter
une nouvelle perfection à ces Bandages , en forte
qu'ils contiennent les Defcentes les plus violentes,
& ne font aucune impreffion fur les hanches ni fur
les reins ; ils font également propres aux hommes
, aux femmes , & aux enfans ; l'un de ces Ban
dages eft fpécialement propre à foutenir le ventre.
des femmes nouvellement accouchées , & par
une preffion douce & infenfible , oblige la nature
à fe remettre dans fa premiere fituation .
7
212 MERCURE DE FRANCE .
On trouve chez l'Auteur les BANDAGES fuivans :
Des BANDAGES à Ceinture étroite ,
à Ceinture large ,
de Nombril ,
qui foutiennent le ventre pour
Femmes nouvellement accouchées.
Pour les Defcentes de Matrice .
Pour la chûte de l'Anus.
les
Des BANDAGES cachés , de maniere qu'on peut
changer de linge , fans qu'ils paroiffent.
à grande pulfion.
de précaution .
Pour redreffer les jambes.
Pour redreffer les vertebres ou l'épine
du dos.
On le trouve tous les jours en fa demeure à Paris
, rue des Prouvaires , au coin de la rue S. How
noré.
Les Perfonnes de Province qui voudront faire
ufage de ces Bandages , auront foin d'affranchir
leurs lettres , & d'envoyer leurs mesures ; elles
recevront exactement les Bandages qu'elles demanderont.
Les Pauvres peuvent y venir tous les matins
jufqu'à midi , ils y auront du fecours.
JANVIER. 1762. 213
N. B. Ajoutez à la page 183 , les Noms des Mar
chands , qui ont figné la Délibération.
DU CORPS DE LA DRAPERIE . Jean - Baptiſte Bezafier
& Pierre Guerin , Grands Gardes . Pierre
Delprez. Claude-Jean- Baptifte Brochant. Jean-
François Raulin. Jacques Billon . DU CORPS DE L'EPICERIE
. Jean Pochet. Ignace Théodore Brongniart
. Louis-jofeph Gouffé. Bertrand Couzier.
Barthelen i- Juftin Boudet. Louis Demoret Du
CORPS DE LA MERCERIE . Guillaume - Raphael Bofcheron
, Grand Garde . Charles - Jofeph Bertrand.
Etienne- Pierre Bourfier . Charles Conftantin Def
peigne. Etienne Bignot . Benigne Lolier . Antoine
Delamotte. DU CORPS DE LA PELLETERIE Pierre
Guyot , Grand Garde. Charles- Sébastien Brignon,
Jean Leduc. Nicolas Givelet , l'aîné . Jacques
Migeon. Jean - Baptifte Guyot , fils. Du
CORPS DE LA BONNETERIE. Sébastien - Nicolas
Nau, Grand Garde. Antoine Riquier. Pierre Jacob
de Bully. Jean Billard . Pierre- Claude Gautier.
Jean- Noël Boullenger , l'aîné . Jean Dupuis . Du
CORPS DE L'ORFEVRERIE . Jacques Roetiers ,
Doyen de l'année. Pierre - François Delafons & Nicolas
de Haynault , Grands Gardes . Jean - Louis
Morel. Louis Lenhendrick. Jean - Baptiste Leblanc,
Jean Formey.
>
Page 189 , ajoutez après defcendant des anciens
Barons Van-Eyck de la Mairie de Bolduc , Commandeur
& Grand- Croix de l'Ordre de S. Michel
de Raviere.
214 MERCURE DE FRANCE.
J
AP PROBATIO N.
'Ar lu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier,
le Mercure du premier volume de Janvier 1764 ,
& je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreffion. A Paris , ce 31. Décembre 1761 .
GUIROY.
TABLE DES ARTICLES.
PIÉCES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE.
ARTICLE PREMIER.
STANCES.
EPITRE à Mlle Clairon , jouant le rôle de
Pulchérie dans Héraclius .
VERS préfentés à Mgr le Prince de Condé
à fon retour de l'Armée .
Page 5
7
?
ΙΟ
à
II
COUPLETS chantés par M. le Duc de Bourbon
à S. A. S. Mgr le Prince de Condé ,
fon retour.
LES MIROIRS ENCHANTÉS , Conte . Seconde
Partie.
VERS préfentés à Madame Denis par Mlle
Corneille , le jour de la fête.
MADRIGAL .
BOUQUET préſenté à Madame R ***
Mlle Camille de la Comédie Italienne.
SUITE des Affifes d'Apollon .
12
40
4I
, par
42
45.
64
66
67 &68
ETRENNES à mettre en Chant. A M. de
P. E.
*** .
ENVOI à M. fon Epoux.
ENIGMES.
JANVIER. 1762. 215
LGGOGRYPHES. 69 &70
CHANSON. 71
ART. II. NOUVELLES LITTERAIRES.
EXTRAIT d'un Manufcrit de la Bibliothéque
du Roi , intitulé : Miracles de Notre-
Dame par Perfonnages.
LETTRE de Reims.
LETTRE à M. De la Place , Auteur du
Mercure , fur un Ouvrage intitulé le vrai
Philofophe.
ANNONCES des Livres nouveaux.
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
2253
73
92
93
99 &fuiv.
ART. III. SCIENCES ET BELLES-LETTRES.
RÉFLEXIONS fur l'application du calcul des
probabilités à l'Inoculation de la petite
Vérole.
ART. IV. BEAUX - ARTS.
ARTS UTILES.
CHIRURGIE.
SUITE de l'Extrait des Mémoires lûs à la
Séance publique de l'Académie Royale de
Chirurgie.
PRIX proposé par l'Académie Royale de
Chirurgie , pour l'année 1763 .
107.
108
119
128
ARTS AGRÉABLES.
GRAVURE.
MECHANIQUES.
131
LETTRE à l'Auteur du Mercure , fur fes
nouvelles Orgues de S. Martin de Tours. 133
216 MERCURE DE FRANCE.
ARCHITECTURE .
OBSERVATIONS fur l'Architecture & les acceffoires.
ART. V. SPECTACLE S.
142
OPÉRA .
COMÉDIE Françoife.
COMÉDIE Italienne.
CONCERT Spirituel.
RÉPONSE de Madame Bouchait à la Lettre
de Madame Gaflin d'Entreville &c.
SUPPLEMENT à l'Article de la Comédie Italienne
.
148
150
153
156
157 .
166
HOPITAL de M. le Maréchal Duc de Biron . 168
SUPPLEMENT aux Annonces des Livres nouveaux
.
ESSAI fut la Baffe fondamentale & c.
ART. VI . Nouvelles Politiques.
170
171
173
MARIAGE .
189
MORTS.
190
EVENEMENS finguliers.
193
SUITE des Nouvelles Politiques de Décem--
bre 761.
195
NAISSANCE. 196
MORTS 197
EVENEMENS finguliers. 198
AVIS DIVERS.
207 &fuiv.
De l'Imprimerie de SEBASTIEN JORRY,
rue & vis-à-vis la Comédie Françoife .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères