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1760, 01, vol. 1-2, 02-03
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MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ A U ROI .
JANVIE R. 1760 .
PREMIER VOLUME.
Diverfité , c'est ma devife . La Fontaine.
Chez
Вор
Cachin
Silius inve
Sculp
A PARIS ,
( CHAUBERT , rue du Hurepoix.
JORRY , vis a-vis la Comédie Françoife .
PISSOT , quai de Conti.
DUCHESNE , rue Saint Jacques.
CAILLEAU , quai des Auguftins.
CELLOT , grande Salle du Palais.
Avec Approbation & Privilége du Roi,
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY
335306
ASTOR , LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
1905
AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier Commis au
Greffe Civil du Parlement , Commis au
recouvrement du Mercure,rue Sainte Anne,
Butte Saint Roch , à côté du Sellier du Roi.
C'eft à lui que l'on prie d'adreffer, francs
deport , les paquets & lettres , pour remeetre
, quant à la partie littéraire , à M.
MARMONTEL, Auteur du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36fols ,
mais l'on ne payera d'avance , en s'abonnant
, que 24 livres pour feize volumes
à raifon de 30 fols pièce.
Les perfonnes de province auxquelles on
enverra le Mercure par la pofte , payeront
pour feize volumes 32 livres d'avance en
s'abonnant , & elles les recevront francs
de port.
Celles qui auront des occafions pour le
faire venir, ou qui prendront lesfrais du port
fur leur compte , ne payeront comme à
Paris , qu'à raifon de 30 fols par volume ,
c'eft - à- dire 24 livres d'avance , en s'abonnant
pour 16 volumes.
>
Les Libraires des provinces ou des pays
étrangers qui voudront faire venir le
Mercure , écriront à l'adreffe ci- deffus.
A ij
On fupplie les perfonnes des Provinces
d'envoyer par lapofte , en payant le droit ,
le prix de leur abonnement , ou de donner
leurs ordres , afin que le payement enfoit
fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neferont pas affranchis ,
refteront au rebut.
On prie les perfonnes qui envoient des
Livres , Eftampes & Mufique à annoncer ,
d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Piéces tirées des
Mercures & autres Journaux , par M.
Marmontel , fe trouve auffi au Bureau
du Mercure. Le format , le nombre de
volumes & les conditions font les mêmes
pour une année.
A VI S.
On trouvera le Mercure dans les Villes
nommées ci- après.
Abbeville chez L. Voyez.
Amiens , chez François , & Godard .
Angers , chez Jahier.
Arras , chez Nicolas , & Laureau.
Auxerre , chez Fournier.
Bâle en Suiffe , à la Pofte.
Beauvais , chez Deffaint.
Berlin , chez Jean Neaulme , Libraire François.
Befançon , chez Briffault.
Blois , chez Maſſon.
Bordeaux , chez Chappuis l'aîné , à la nouvelle
Bourſe , Place royale ; les freres Labottiere ,
Place du Palais ; L. G. Labottiere , rue Saint
Pierre , vis- à-vis le puits de la Samaritaine , &
J. P. Labottiere , rue S. James , & à la Pofte .
Breft , chez Malaflis.
Brie , chez Lefevre,
Bruxelles , chez Pierre Vaffe , F. Serſtevens , &
J. Vendenberghen.
Caen , chez Manouri.
Calais , chez Gilles Née , fur la grande Place.
Châlons en Champagne , chez Bricquet.
Charleville , chez Thezin.
Chartres , chez Feftil & Goblin .
Coppenhague , chez Chevalier , Libraire François .
Dijon , à la Pofte , chez Mailly, & Coignard de la
Pinelle.
Falaife , chez Piftel- Préfontaine. '
A iij
Francfort.
Fribourg en Suifle , chez Charles de Boffe.
La Rochelle , chez Salvin & Chabou.
Liege , chez Bourguignon .
Leipfik , chez M. de Mauvillon ..
Lille , chez la veuve Pankouke.
Lyon , à la Poſte , chez J. Deville.
Marſeille , chez Sibié , Moffy , Boyer & Ifnard
fur le Port.
Meaux , chez Charles.
Montargis , chez Bobin.
Moulins , chez Faure , & la veuve -Vernois.
Nancy , chez Nicolas.
Nantes , chez la veuve Vatar.
Nifmes , chez Gaude.
Noyon , chez Bonvalet.
Orléans , chez Roſeau de Monteau.
Poitiers , chez Faulcon l'aîné , & Félix Faulcon.
Rennes , chez Vatar pere , Vatar fils , Julien Vatar
,Julien - Charles Vatar , & Garnier & Com—
pagnie
Rheims , chez Godard.
Rouen , chez Hérault , & Fouques.
Saint- Malo , chez Hovius.
Saint-Omer , chez Jean Huguet .
Senlis , chez Desroques.
Soiffons , chez Courtois.
Strafbourg , chez Dulfecker , & Pohole .
Touloufe , chez Robert , & à la Pofte.
Tours , chez Lambert , & Billaut.
Troyes , chez Bouillerot.
Verſailles , chez Fournier.
Vitry-le-François , chez Seneuze.
2
AVANT - PROPOS.
vij
LA
A bienveillance que m'ont témoignée
les gens de Lettres , les Sçavans &
les Artiſtes , & les fecours que j'en ai
reçus , exigent toute ma reconnoiſſance ,
& je leur en dois un témoignage public.
Je dois auffi des excufes à ceux dont les
piéces tardent à paroître : l'efpace deftiné
aux Sciences & aux Arts utiles , ne
fuffit prefque jamais à l'affluence des mémoires
qui me font remis ; & la crainte de
rendre ce recueil trop férieux , m'empêche
d'étendre cette partie.
On fe plaint depuis longtemps que
la Poëfie eft négligée ; on peut voir
cependant par les effais de quelques
jeunes Poëtes dont j'ai eu le bonheur de
faire mes amis , & qui ont bien voulu
enrichir le Mercure des premiers fruits
de leurs talens ; on peut voir , dis - je ,
qu'ils n'auroient befoin que d'être encouragés.
Le moyen de faire fleurir les Arts,
A iv
viij
-
AVANT
PROPOS
.
c'eft de paroître s'occuper du bien-être
des Artiſtes.
Les bons Ecrivains en profe font pref
que tous appliqués à des ouvrages de longue
haleine , & les Pièces fugitives qu'ils
me donnent par intervalles ne doivent
être regardées que comme leurs délaffemens.
Je tâche quelquefois d'y fuppléer
par de petits Contes ; & fi le Public veut
bien s'en amufer , je fuis plus que dédommagé
du travail & du temps qu'il m'en
coute .
Ce qui m'occupe le plus férieuſement ,
ce font les extraits des Livres nouveaux .
Mais je me propofe dans cette partie
deux différens objets , felon la nature
des Ouvrages que j'examine : L'un eft
de rappeller , autant qu'il eft en moi ,
la Philofophie & la Littérature à leurs
vrais principes , par l'analyfe & la difcuffion
de tout ce qui eft du reffort de
la raiſon & du goût ; L'autre eft de donner
à mes Lecteurs une idée fubftantielle
des Livres hiftoriques ou fcientifiques
AVANT - PROPOS. ix
qu'ils ne font pas en état d'acquérir , ou
qu'ils n'ont pas le loifir de lire , & dont
l'examen critique eft d'ailleurs trop audeffus
de mes lumières .Ainfi, par exemple,
l'extrait d'un Livre d'hiftoire n'en fera
dans le Mercure que le tableau très- abrégé
, c'est - à - dire , à- peu -près ce qui en
reſteroit dans la mémoire après une lecture
attentive. Ma méthode eft la même.
à l'égard de tous les Livres qui roulent
fur des obfervations , des découvertes ou
des faits. Je fçai bien que le petit nombre
des gens ftudieux qui lifent à fond ces.
Ouvrages , en doivent trouver les extraits
fuperflus ; mais le grand nombre de ceux
qui ne veulent ni ne peuvent tout lire ,
doivent me fçavoir gré d'un travail que
je me fuis impofé pour eux.
On m'a communiqué fur la rédaction .
du Mercure des obfervations qui peuvent
m'être utiles , & dont je tâcherai de faire
uſage avec le temps ; juſqu'ici les marques
de fatisfaction que je reçois me perfuadent
que le Public eft content de mes
A▾
x AVANT - PROPOS.
foins , & cet encouragement ne fera
que redoubler mon zèle. Je fupplie les
gens de Lettres, les Sçavans & les Artiftes
de continuer à le feconder.
On me preffe depuis quelque temps de
donner un recueil de mes Contes ; & je
m'y fuis déterminé , furtout par la crainte
de les voir paroître ailleurs avec des fautes
d'impreffion , qu'on ne manqueroit
pas d'ajouter aux négligences qui me font
échappées dans une compofition trop
rapide. Je travaille actuellement à donner
le premier volume du recueil de
ces Contes que j'ai retouchés avec foin.
On pourra fe les procurer par la même
voie que le Mercure .
MERCURE
DE FRANCE.
JANVIE R. 1760.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
L'ESPRIT ET LA BEAUTÉ ,
FABLE .
FIERE d'avoir reçu mille attraits en partage ,
La Beauté , de l'Esprit qui lui rendoit hommage
Dédaignoit les dons enchanteurs.
»Qu'ai-je befoin pour enchaîner les coeurs ,
»(Difoit- elle à l'Eſprit :)) de ce brillant langage
» Dont vous me vantez les douceurs ?
» En ai-je moins d'adorateurs ?
1. Vol. A vi
11 MERCURE DE FRANCE..
» Allez , je prife davantage
>> Un ruban, un pompon , ou la moindre des fleurs
Que tout votre vain étalage .
>>
>> O Beauté ! quelque jour vous changerez de ton »
Lui répondit l'Efprit d'un air doux & modefte :
>> Ceci n'eft point une chanson.
» Mais pour vous arracher à votre erreur funefte
>> Retenez bien cette leçon :
La Beauté fuit , & l'Elprit refte .
Par M. LE MONNIER.
A MON FILS.
J'ENTRO ' ENTROIS dans ma vingtième année ,
Et je me plaignois à l'Amour
De la lenteur de l'hyménée :
Il m'exauça , tu vis le jour.
Dans l'émotion la plus tendre
Entre mes brasje te reçois :
Hélas ! que ne peux- tu m'entendre ,
Mon fils , & répondre à ma voix ?
Dans la langueur du premier âge ,
Parmi les larmes & les ris ,
A peine connois - tu l'ufage
De tes organes afſoupis.
JAN VTE R. 1760 . 15
Sçais-tu qu'on te verra peut -être
A nos maux communs deſtiné ,
Moins affecté du plaifir d'être
Que du vain regret d'être né?
Sçais- tu qu'aux paffions en proie ,
Dévorés de mille defirs ,
Mon fils , jufqu'au fein de la joie
Il nous échappe des foupirs ?
Dans la carrière de l'étude ,
Que tu vas répandre de pleurs !'
Que le travail nous paroît rude ! ·
Que d'épines parmi les fleurs!
Dans cet âge que la Nature
A rendu fi propre aux amours ,
Mon fils , quelle vapeur obfcure
Se répand fur tes plus beaux jours !
Tremble... Je vois une Maîtreffe
Fixer tes regards incertains :
D'abord ta naïve tendreffe
Ne t'offre que d'heureux deſtins.
Un nouveau monde vient d'éclore ,
L'air eft plus pur , le jour plus beau ; *
De l'objet que ton coeur adore
Tout emprunte un éclat nouveau.
14 MERCURE DE FRANCE.
Du bonheur , cette vaine image
Te prépare un triſte avenir ;
Infenfé ! c'eſt dans l'esclavage
Que tu vas chercher le plaifir .
Ces Peuples des riches contrées
Que l'Eſpagnol audacieux
Dans fes fureurs dénaturées
Força d'abandonner leurs Dieux ;
Ces infortunés que la guerre
Retient dans nos fers abattus ,
Qui jadis de notre hémisphere
Ne connoiffoient que les vertus ;
Mon fils , ils font moins miſérables
Que ces coeurs féduits & charmés
Qu'on voit d'inconftance incapables
Languir fans l'efpoir d'être aimés.
Souvent une ardeur réciproque
Entraîne encor de vrais malheurs ;
Crois-moi , ce bonheur équivoque
Eft la fource de bien des pleurs,
De l'avarice , de l'envie ,
Et même de l'ambition ,
Je redoute peu pour ta vie
La dangereufe impreſſion.
1
JANVIER. 1760 . 15
Pour toi l'amour eft plus à craindre ,
L'amour dont l'immenſe pouvoir
Sçait fi facilement enfreindre
Tout ce que prefcrit le devoir.
De fes faux attraits idolâtre
Le héros même eft dans les fers :
Antoine aux pieds de Cléopatre ,
Oublioit Rome & l'Univers.
De la tranquille indifférence
L'ennuyeuſe infipidité
Infulte en vain à la puiſſance
Qu'a prife fur nous la Beauté.
La Beauté du Ciel eft l'ouvrage :
Pour aimer les hommes font faits.
Du Ciel , mon fils , reçois en Sage
Et les rigueurs & les bienfaits.
Par M. de C.*** des Académies de Caën ,
de Ville -francke , d'Angers, & de la Société
littéraire- militaire de Befançon .
16 MERCURE DE FRANCE.
TRADUCTION libre de l'Ode d'Horace,
Paftor cum traheret per freta navibus , &c.
LORSQUE ORSQUE bravant des Grecs la colère éclatante,
Loin des bords d'Eurotas fuyant dans fes vailfeaux
,
Le perfide Pâris aux pieds de fon amante
Fendoit le fein des mers & voloit fur les eaux ,]
Du liquide élément les cavernes profondes
Retentirent foudain d'affreux mugiſſemens ;
Un effroyable voix fortant du fein des ondes ,
Confondit en ces mots ces coupables amans:
Ceffe de t'applaudir de tes lâches conquêtes :
La honte te fuivra juſques dans ton palais.
Mars entouré de feux appelle les tempêtes
Qui vont renverfer Troye & punir tes forfaits.
Tyfiphone éclaira ton fatal hyménée ,
La difcorde infernale a volé fur tes pas ;
Elle aflemble les Rois , & fa bouche effrénée
Souffle dans l'univers la fureur des combats .
En vain fur tes vaiſſeaux tú fuis Lacédémone ;
Tu trouveras partout les guerriers inhumains.
Affife fur lon ch.r l'invincible Bellone
A déja fait briller le glaive dans fes mains.
JANVIE R. 1760 . 17
Bientôt des Phrygiens les fuperbes murailles
Se verront menacer par de fiers bataillons :-
O Ville déplorable ! ô que de funérailles
Vont de tes champs déferts engraiffer les fillons !!
Au fond de ton Palais , ta voix tendre & galante
En vain s'unira -t- elle au fon des inftrumens ,
Par fes fons belliqueux la trompette éclatante
Bientôt viendra troubler tes timides accens.
Dans les bras du fommeil Bellone enfanglantée
T'offrira des combats le funefte appareil ,
Et de tous leurs périls l'image redoutée ,.
Perfide , te fuivra jufques à ton réveil .
Le choc des bataillons , le bruit confus des armes,
Les cris pénétreront jufqu'à tes lits de fleurs 3
Si des combats fanglans Pâris fuit les allarmes,
Qu'il n'en puiffe du moins éviter les malheurs..
Que dis je ? De la mort le glaive redoutable :
Sufpendu fur ta tête accompagne tes pas ;
Tu n'en peux arrêter le coup inévitable :
Tu deſcendras enfin dans la nuit du trépas.
De rage étincelant , guidé par la vengeance ,
Ménélas dans ton fang veut laver fon affront.-
Vois le fier Mérion que la terreur devance :
Sa valeur intrépide éclate fur fon front..
18 MERCURE DE FRANCE.
Vois Pyrrhus au hazard répandant le carnage :
Bientôt il paroîtra dans tes fuperbes tours :
Au milieu des Troyens qu'immole fon courage ,
Ses yeux cherchent tes traits , fa main pourfuit tes
jours.
Tu fuiras devant lui comme on voit dans la
plaine
Le cerf à pas légers fuir devant un Chaffeur ;
Lâche , tu fuis en vain , arrête ! Ton Hélène
Te regarde indignée , & voit ton deshonneur.
Achille s'eft armé du glaive de la guerre ,
Troyens, vous ne pourrez rallentir les tranfports :
Hector vient d'expirer fous fa main fanguinaire ;
Fuyez ; Achille & Mars ont uni leurs efforts.
CALYPSO à TELEMAQUE.
HEROIDE.
A INSI donc le deſtin dans les murs de Salante
Fixe pour un moment ta fortune flottante ;
Tu triomphes , ingrat , & ta crédulité
S'eft de tous tes forfaits promis l'impunité.
Que fais-je ? En ce moment ta coupable imprudence
Peut- être ofe accufer ma haine d'impuiffance.
JANVIE R. 1760.
19
Je veux avec le jour t'arracher ton erreur :
Par mon amour paſſé juge de ma fureur .
Non , tu ne verras point cette Ithaque chérie
Ce fejour que je hais , cette obfcure patrie
Pour qui ton coeur jadis d'un vain eſpoir flatté
Méprifa mon amour & l'immortalité .
Grands Dieux , fi vos décrets permettent qu'il la
voie ,
Puiſſe- t- il ne goûter qu'une trompeuſe joie.
Oui , traître , qu'auffi-tôt un nuage odieux
Abufant ton eſpoir la dérobe à tes yeux ;
Qu'à te perfécuter la fortune conftante
Promène fur les mers ta deftinée errante ;
Que les vents échappés de leurs fombres cachots
De la mer contre toi foulevent tous les flots ;
Et pour combler mes voeux,qu'un funefte naufrage
M'offre ton corps mourant pouffé vers mon rivage;
Que ta Nymphe en pleurant fur ton malheureux
fort
Par fes cris douloureux appelle en vain la mort.
Dieux , quel plaifir de voir ma rivale plaintive
Rappeller vainement ton ame fugitive !
Mes yeux au lieu des tiens jouiront de fes pleurs
Et ma préfence encore aigrira fes douleurs.
Sans me déplaire alors , de cyprès couronnée ,
Elle pourra gémir à tes pieds profternée ,
Et je n'envirai plus ni ſes gémiſſemens ,
Ni fes tendres regards , ni ſes embraſſemens.
20 MERCURE DE FRANCE.
Mais je frémis ; mon coeur, mon foible coeur foupire
:
Dieux, feroit- ce d'amour? .. Ah ma fureur expire !
Malheureuſe , je l'aime & le hais tour-à- tour.
Que dis-je ! cette haine eft un tranſport d'amour .
Télémaque , je céde : oui , c'eſt ma deſtinée.
Sous le joug de l'amour ma haine eſt enchaînée .
N'en crois pas les tranfports où j'ai pu me livrer ,
Ne crains rien ; Calypo ne peut que t'adorer.
Grands Dieux , n'exaucez pas ma funefte prière ;
C'étoit contre moi - même armer votre colère.
Quand mon coeur pour l'ingrat tremble au moindre
danger ,
Hélas ! que je fuis loin de vouloir me venger !
Quelle étoit ma fureur ? Oui , Dieux , je vous
implore ,
Mais ce n'eft qu'en faveur de l'objet que j'adore ;
Et s'il faut éprouver far lui votre pouvoir ,
Confultez mon amour , & non mon déſeſpoir.
Mais , hélas ! que dis- tu , malheureufe Deelle ?
Arrête , où t'emportoit une indigne foibleffe ?
Songes-tu qué le traître , au mépris de ta foi ,
Ole former des voeux qui ne font pas pour Toi?
Oui, tandis que pour lui lâchement fuppliante
Je fais des voeux ... l'ingrat en fait pour fon
amante ,
Et fon farouche orgueil , que je n'ai pu dompter ,
Ne fe fouvient de moi que pour me déteſter.
JANVIER . 1760.
21
Ah ! quand tu vins tremblant au fortir du naufrage
M'offrir de tes malheurs l'attendriffante image ,
Moi-même je devois , prévénant tes affronts ,
Te replonger vivant dans ces gouffres profonds ,
Dans ces gouffres affreux que le fort te prépare ,
Habités par la mort , & voifins du Ténare .
'Dans ton coeur ennemi pourquoi mon foible bras
Héfita- t-il alors de porter le trépas ?
Sur la tête du fils offert à ma colère
Ma main devoit venger la trahiſon du pere ;
Et ta mort m'épargnant un fatal entretien
Devoit punir fon crime & prévenir le tien .
Mon orgueil offenſé des mépris d'un parjure
Se croyoit déformais à l'abri d'une injure :
Je défiois l'Amour , auteur de tous mes maux ;
Je jurai d'immoler au foin de mon repos
Tous les infortunés que leur deftin funeſte
Conduiroit vers ces bords que Calypfo détefte
Leur fang a cimenté cet horrible ferment ;
J'ai cru dans chacun d'eux immoler un amant.
Tu parus , mon courroux s'armoit pour ton fupplice
;
Tu t'avances , je vois... J'aime le fils d'Ulyſſe ,
A la tendre pitié j'abandonne mon coeur ,
J'y laiffe entrer l'amour au lieu de la fureur.
Au meurtre dès longtemps ma main accoutumée,
22 MERCURE DE FRANCE.
Ma main par un mortel ſe vit donc défarmée ,
Je n'ofai la plonger dans ton coupable flanc !
Sanglante , je craignis de répandre le fang!
Cette divinité dont le mâle courage
Jadis fe nourriffoit de meurtre & de carnage ,
Dont la rage guidoit les farouches tranſports ,
Dont le bras tant de fois enfanglanta ces bords ,
A l'aspect d'un mortel défarmée & tremblante
Soupire & n'eft déja qu'une timide amante .
Calypfo ne hait plus en ce funefte jour ;
Le poignard à la main elle implore l'amour.
Qu'aifément tu furpris ma raifon égarée !
De mon coeur imprudent je te livrai l'entrée.
Je respectois ces jours , ces jours infortunés
Des piéges du trépas fans ceffe environnés ,
O fouvenir cruel d'une ardeur inſenſée !
O pleurs ! déſeſpoir d'une amante offenſée !
Télémaque ! .. Eucharis ! .. déteſtables amans ! ..
Malheureufe ! que faire en ces affreux momens ?
Vous m'évitez en vain , je vole fur vos traces ...
Mais , que dis-je ? voudrois-je augmenter mes difgraces
!
Mes yeux pourroient - ils voir leurs tranſports
amoureux ,
Et leurs embraffemens infulter à mes feux ?
Encor fi je pouvois au gré de ma furie
Brifer le noeud cruel qui m'enchaîne à la vie ,
Étouffer mes douleurs dans le fein du trépas...
JANVIE R. 1760. 23
Mais je ne peux mourir... Eh bien toi , tu mourras.
Oui je veux dans ton fang plonger ma main
fumante ,
Sous les yeux,dans les bras de ton indigne amante:
Oui dans fes bras fanglants , ingrat , tu vas périr :
Dieux , vengez par mes mains fon infidélité ;
Je vous pardonne alors mon immortalité.
Non , c'eſt peu de la mort pour une telle offenſe.
Sombre Divinité des malheureux amans ,
Cruelle jaloufie , arme tous tes ferpens ,
Allume dans mon coeur tous les feux de la rage ,
Je le foumets à toi , régne en moi fans partage.
Etouffe de l'amour les foupirs & les voeux :
C'en eft fait , je me livre à tes plaifirs affreux ,
Change en noire furie une timide amante ,
Enhardis ce poignard dans ma main chancelante..
Que dis-je ! il n'eft plus temps , il a fçu m'échaper
Eucharis , dans tes bras il falloit le frapper.
O fouvenir affreux ! jour fatal à ma gloire ,
Où ma préfence même ennoblit fa victoire !
Je courois me venger & te percer le fein ,
Elle vit le poignard qui tomboit de ma main ,
Elle vit expirer mon impuiffante rage...
Qu'elle va détefter ce funefte avantage !
Oui ſur elle je veux, punir ta trahiſon ;
Je veux de tes mépris lui demander raiſon .
Si tu veux adoucir le malheur qui l'accable ,
24 MERCURE DE FRANCE.
Pour la juftifier , ceffe d'être coupable ,
Viens me rendre le coeur qu'elle m'avoit ravi.
Ah ! fi du repentir le crime étoit fuivi ,
Si tu venois enfin , terminant mon fupplice ,
Dans mes yeux attendris lire ton injuſtice :
Si ta bouche abjuroit ta haine & ta fierté ,
Je ne me fouviendrois de ma divinité
Que pour rendre immortels tes feux & ma tendreffe.
Viens défarmer mon bras, c'eſt l'amour qui t'en
preffe ;
Viens régner avec moi ; c'en eft fait , oui je veux
Que le Dieu de mon coeur foit le Dieu de ces
lieux ,
Que du bruit de mes feux l'Univers retentiſſe ;
Qu'à ma félicité tout l'Olympe applaudiffe ;
Qu'élevé déformais au rang des Immortels,
Tu partages l'encens qu'on offre à mes autels.
Sous les berceaux fleuris de ce riant boccage ,
Dans cet Olympe enfin , le célefte breuvage
Nous fera préfenté par la main des Amours ,
Et feuls ils fileront la trame de nos jours.
Ne crains point qu'à leurs mains la Parque les
raville.
Viens merendre un bonheur qui jamais ne finiſſe;
Que d'éternels plaifirs fcellent notre union...
Songe délicieux ! charmante illuſion !
Pouvez- vous un moment occuper ma penſée ?
Ah ,
JAN VIE R. 1760 . 25
Ah , ceffez d'abufer une amante infenfée :
Pour mon coeur malheureux les plaifirs font-ils
faits ?
Inutiles foupirs ! inutiles fouhaits !
Aveugle Calypfo ! Déeffe infortunée !
Hélas ! à mon malheur je fuis donc enchaînée.
Il faudra de regrets me nourrir chaque jour :
Je verrai tout finir excepté mon amour.
Comment me dérober au feu qui me dévore ?,
Je retrouve partout le cruel qui mabhorre.
Ton image importune irrite mes ennuis ;
Préfent tu me fuyois , abfent tu me pourfuis.
Peut-être apprendras- tu ma trifte deſtinée ;
Mais fitu fçais les maux où tu m'as condamnée ,
Si du moins la pitié peut encor t'attendrir ,
Plains - moi furtout , plains - moi de ne pouvoir
mourir.
Voilà ce que j'ofe appeller une belle Héroïde. Puif.
fent les talens du jeune Poëte intéreffer en fa favear
les véritables Amis des Lettres !
'I. Vol.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
FIDELIA ,
HISTOIRE ANGLOISE.
Nota. Ce Morceau m'a paru rempli d'une
morale faine & profonde : ceux qui le regarderoient
comme un conte frivole n'y auroient pas
affez réfléchi,
JEE fuis fille d'un Gentilhomme qui
étant le cadet d'une ancienne famille
avoit employé toute fa fortune à acquérir
une charge confidérable à la Cour.'
Quand je perdis ma mere je n'avois encore
que douze ans, Mon pere qui m'aimoit
avec une tendreffe exceffive , réfo
lut d'être mon précepteur. Sa prévention
pour moi lui fit croire que mon efprit
étoit au- deffus du commun : rempli de
cette idée , il ne négligea rien pour cultiver
mes talens naturels par tous les fecours
d'une bonne éducation. C'étoit un
homme de bon fens & qui ne manquoit
pas de fçavoir. Il avoit été libertin dans
fa jeuneffe , & il étoit devenu ce qu'on
appeile efprit-fort ; mais quelque liberté
qu'il fe fût donnée dans fes premiers
ans , comme il fe trouvoit alors avancé
en âge , il avoit affez de fageffe monJANVIE
R. 1760 . 27
daine pour fentir qu'il falloit préferver
fa fille des excès qu'il n'avoit regardés
dans fa propre conduite que comme de
légers écarts.
Il s'appliqua donc férieufement à
m'inspirer l'amour de l'ordre , à me donner
une jufte idée de la bonté morale ,
& du bonheur qui doit être la récompenfe
de la vertu ; mais en même temps
il ne craignoit pas de me dire que fon
but étoit d'affranchir mon efprit de la
fuperftition & des préjugés vulgaires.
Comme les motifs qu'il me propofoit
pour m'attacher à la vertu & m'éloigner
du vice , n'avoient point de liaifon néceffaire
avec l'immortalité de l'ame , je
n'avois aucune raifon pour enviſager un
état à venir avec des fentimens d'efpérance
ou de crainte . Toutes les fois que
je preffois mon pere fur ce fujet , il m'enfeignoit
toujours que la doctrine de l'immortalité
ne devoit point influer fur ma
conduite , ou troubler la paix de mon
ame ; parce que la vertu qui fuffifoit pour
affurer notre bonheur en cette vie , nous
Paffureroit auffi dans l'autre. Je m'accoutumai
donc à ne faire aucune attention
à cet avenir, où pour parler fincérement,
je n'y ajoutois aucune foi : car , fans
que mon pere s'expliquât , je m'apper-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
cevois clairement qu'il n'y croyoit pas
lui-même .
Douée d'un caractére fléxible & doux ,
je n'avois point de paffion vive dans l'ame
, & je n'étois pas moins docile aux
leçons de mon pere que fenfible à fon
amour. Il ne lui fut donc pas difficile de
me faire adopter tous les fentimens que
je crus les fiens.
J'avois à peine vingt ans , lorfqu'abandonnée
à moi-même je fus réduite à
me fervir de toute cette Philofophie qu'il
m'avoit fi bien enfeignée. Sa mort , non
feulement me priva d'un pere qui m'ayoit
tendrement aimée , mais me fit perdre
encore l'aifance dans laquelle j'avois
vêcu jufqu'alors. Tout fon bien ne confiftoit
que dans un revenu qui fe trouvoit
éteint avec lui , & bien loin que pendant
fa vie il eût fait la moindre épargne
, fa dépense avoit le plus fouvent excédé
fes rentes. Il me laiffa donc pour
tout héritage un affez grand fond d'orgueil
& un goût vif pour le luxe en tout
genre , avec une fenfibilité & une délicateffe
qui me rendoient le malaiſe infupportable.
Le frere de ma mere , que
le commerce avoit enrichi , me reçut
dans fa maiſon , & m'aflura qu'il vouloit
prendre autant de foin de moi que
JANVIE R. 1760. 29
fi j'étois fon enfant. Dès que les premiers
tranfports de ma douleur furent
calmés , je me trouvai chez lui dans une
fituation. agréable , & ma gaîté naturelle
me rendit de nouveau le fentiment
du bonheur .
Mon oncle, qui étoit un homme d'un
efprit borné , & qui avoit eu peu d'éducation
, prit bientôt quelque dégoût pour
moi , parce qu'il trouvoit que j'employois
trop de temps à lire . Ce fut bien pis ,
lorfque s'étant avifé un jour d'examiner
mes livres , il entrevit par les titres , que
quelques-uns d'eux contenoient ce qu'il
appelloit des blafphêmes , & tendoient
à me jetter, à ce qu'il croyoit , dans l'Athéisme.
Je tâchai de lui expliquer mes
principes , que j'aurois cru indigne de
moi de déguiſer ou de défavouer ; mais
n'ayant jamais pu venir à bout de lui
faire comprendre la différence qu'il y a
entre un Déifte & un Athée , mes argumens
ne fervirent qu'à le confirmer dans
l'opinion que j'étois une miférable fans
religion & fans moeurs . Comme c'étoit au
fond un homme doux , rempli de zèle ,
fans être fort éclairé , mes égaremens fur
ce point lui cauferent une extrême affiction
: je m'en apperçus avec le plus
grand chagrin. Je remarquai que dès-
Bij
30 MERCURE DE FRANCE.
し
lors il ne me regarda plus qu'avec un
oeil d'averfion & de pitié tout enfemble ,
& que je ne devois qu'à fon bon naturel
la protection & les bienfaits que j'avois
efpéré ne tenir que de fon amitié. Je me
confolai cependant par le fentiment de
de mon innocence , mais plus encore
par celui d'un orgueil fecret qui me fai
foit envifager mes fouffrances comme
une perfécution caufée par l'ignorance &
par la folie , & comme la fuite inévitable
d'une fupériorité de lumières qui me
mettoit au-deffus des erreurs communes ,
& de la fuperftition du vulgaire..
Je vêcus quelques mois dans cette
fituation pénible où l'on fe trouve ,
quand on reçoit des bienfaits d'une perfonne
dont on a perdu l'eftime & l'affec
tion. Enfin mon oncle vint un jour dans
ma chambre , & après m'avoir comme
préparée à m'entendre annoncer quelque
bonheur inefpéré , il conclut par
une propofition de mariage à laquelle ,
dit il , je n'aurois rien à objecter . Il me
nomma alors un Marchand avec quije
m'étois trouvée plufieurs fois à fa table.
Comme c'étoit un homme qui n'étoit ni
vieux , ni difforme , qui avoit une grande
fortune & de bonnes moeurs , mon oncle
ne voyoit aucune difficulté à conJANVIER.
1760 . 31
clure ce mariage : celle que j'avois à oppofer
, & que j'oppofai effectivement aux
intentions de mon oncle , me fembloit
cependant invincible : c'étoit que celui
qu'il me deftinoit pour être le compagnon
, le guide & le confeil de toute ma
vie , à qui je devois non feulement l'obéiffance
, mais l'amour , n'avoit rien qui
pût gagner mon coeur . Avec un efprit
borné il avoit , difois -je , des fentimens
bas & peu délicats , des manières impolies
& défagréables .
Quel jargon eft cela ? repartit mon one
cle : Des fentimens peu délicats , des mas
nières impolies ! Sans doute que vous ne
lui trouvez pas un génie qui égale le vôtre
? Ah , mon enfant , il vaudroit bien
mieux que vous euffiez la tête moins
remplie de romans , moins d'amour pour
le bel- efprit , moins d'arrogance & plus
de bon fens ces difpofitions vous feroient
bien plus avantageufes que cette
lecture d'ouvrages fçavans , qui ont troublé
votre petite tête . Je vous avoue que
je me faifois bien quelque fcrupule d'accepter
la propofition de mon bon ami ,
& de lui donner une folle comme vous
pour femme ; mais que fçavois-je fi un
mari raifonnable ne pourroit pas guérir
une femme infenfée ? Quant à vos ob-
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
jections , elles font fi déraisonnables que
je m'étonne que vous me croyez affez
imbécille pour m'y laiffer tromper. Non,
ma fille , quelque habile que vous foyez ,
vous ne fçauriez en impofer à un homme
qui a autant vêcu que moi . Je vois
votre motif : quelque malheureux libertin
avec lequel vous voulez courir à votre
perte , vous aura donné dans la vue ;
mais je prendrai foin de n'avoir pas à répondre
de votre perfonne. Vous n'avez
donc qu'à choifir : ou vous prendrez pour
mari cet honnête homme , qui peut vous
retirer du bord de l'abîme , ou vous difpoſerez
de vous-même comme il vous
plaira. Je fuis bien décidé à ne pas me
mêler davantage de vos affaires , fi vous
refufez ma propofition . Je vous laiffe donc
le foin de confidérer fi la tendreſſe que je
vous ai toujours témoignée ne me donne
pas quelque droit fur vos réfolutions ; &
quel eft le parti que vous préférez , ou
celui de renoncer à une inclination frivole
, ou celui de rejetter la favorable
reffource que le Ciel daigne vous offrir.
Mon oncle , après cet entretien , me
laiffa livrée à mes réfléxions ; & je me
mis à confidérer férieufement , commeil
me l'avoit recommandé , lequel des
deux états qu'il m'avoit mis fous les yeux.
JANVIE R. 1760. 33
devoit déterminer mon choix. Il s'agiffoit
pour moi de fçavoir fi je devois me
réfoudre à ce que j'appellois une proftitution
légale aggravée par le crime du
parjure , ou fi je m'expoferois à tous les
malheurs de la pauvreté & de l'abandon .
Quoique je fentiffe que ma délicateffe
auroit beaucoup à fouffrir d'un engagement
avec un époux qui du moins
m'étoit indifférent , cependant comme
mon coeur étoit naturellement docile , il
me fembloit que je ferois moins malheureufe
en fuivant les avis de mon oncle
qu'en les rejettant. Mais dans le premier
cas il me falloit faire un acte de mauvaiſe
foi que je ne pouvois me juſtifier à
moi-même : Ce n'étoit pas là un procédé
digne d'un efprit philofophique . On m'avoit
toujours enfeigné que la vertu fuffifoit
par elle-même pour rendre heureux ;
&
que ces accidents qu'on regarde communément
comme des maux étoient
incapables de troubler le bonheur d'une
ame gouvernée par les régles éternelles
de l'ordre , & véritablement éprife des
charmes de la beauté morale. Je réfolus
donc de m'expofer plutôt à tout ,
que de me départir de ce glorieux principe.
Je me fentis élevée par l'effai que
j'en fis ; je m'applaudiffois d'avoir trouvé
BY
34 MERCURE DE FRANCE.
une occafion de montrer mon mépris
pour les careffes & les dédains de la
fortune , & de
jattribuois à la vertu de mettre l'ame
au-deffus de tous les accidens de la vie.
Je
comme
pouvoir
que
ma réſolution à mon
oncle , en l'affurant de mon éternelle
reconnoiffance & de mon reſpect. Je lui
déclarai que rien ne pouvoit m'engager
à lui défobéir & à lui déplaire hors ma
raifon & ma confcience qui s'oppofoient
à ce qu'il exigeoit de moi ; qu'en fup .
pofant que les avantages des richelles
fuffent auffi grands qu'il les faifoit , ceux
de la vertu l'étoient encore plus , & que
je ne pouvois pas me réfoudre à acquérir
les uns aux dépens des autres ; qu'une
fauffe promeffe étoit certainement criminelle
; que ce feroit faire un Acte de
la plus haute injuftice que de contracter
un engagement folemnel fans fe fentir
en état de le remplir ; que mes affections
ne dépendoient pas de ma volonté
; & qu'en un mot jamais qui que
ce fût ne poffederoit ma perfonne, fans
avoir auparavant obtenu mon coeur.
Je fus furprife de ce que l'impatience
de mon oncle me laiffa achever mon difcours
; mais je vis bien à fon air , que
c'étoit la colere qui lui avoit fermé la
JANVIER. 1760. 35
bouche : enfin elle fe fit jour par un torrent
de reproches. Mes raifons furent
traitées d'abfurdités romanefques , auxquelles
je ne pouvois pas moi - même
ajouter foi ; il m'accufa de vouloir me
perdre moi- même , & me jetter dans les
bras de quelque libertin dont les principes
étoient auffi corrompus que les
miens. Ce fut en vain que j'afurai mon
oncle que je n'avois jamais eu de telles
penſées , & que je ne me fentois aucune
inclination pour le mariage. Il auroit
plutôt ajouté foi au prodige le plus
inoui , que de croire qu'une jeune fille
pût refufer un époux , à moins qu'elle
n'eût le coeur engagé ailleurs. Comme
je me crus traitée injuftement , je ne me
mis point en peine de calmer fa colere .
Il prit le Ciel à témoin de la justice de
fon reffentiment , implora fa vengeance
contre mon ingratitude & ma rébellion ;
& conclut en me donnant un billet de
cinquante livres fterling , pour me préferver
me dit - il , d'une indigence
prochaine ; enfuite il me donna mon
congé , & depuis je ne l'ai plus revu . Je
m'inclinai en figne d'obéiflance ; & raffemblant
toute ma dignité & ma réfolution
, je me levai , je lui rendis graces
de tous les bienfaits que j'avois reçus de
,
B vj
36 MERCURE DE FRANCE .
lui , & fortis en lui faiſant une profonde
révérence .
En moins d'une heure je partis avec
ma petite garderobe , pour me rendre
dans la maifon d'une perfonne qui avoit
autrefois fervi mon pere , & qui tenoit
alors des logemens à louer. J'allai le lendemain
vifiter le neveu de mon pere ,
qui étoit en poffeffion du bien de la
famille , & qui venoit de fe marier avec
une demoiſelle fort riche. Cétoit un jeune
homme aimable , dont les principes
étoient les mêmes que ceux de mon pere.
Quoique fa conduite ne fût pas auffi
féverement réglée par les loix de la morale
, cependant , à l'exception de quelques
vices que le monde n'envifage plus
que comme des qualités agréables , furtout
dans les jeunes gens riches , je voyois
en lui un homme de bien ; & comme
nous avions toujours vêcu enfemble dans
une étroite union , je comptai bien trouver
en lui un ami qui du moins me donneroit
des encouragemens & des éloges ,
fi je n'en pouvois obtenir des fecours. Je
lui racontai ce qui s'étoit paffé , & les
raifons qui m'avoient portée au refus par
lequel j'avois encouru la difgrace de mon
- oncle . Mais que je fus déconcertée quand
au lieu des applaudiffemens que j'avois
JANVIER. 1760. 37
promis à mon héroïque vertu , je découvris
für fon vifage un fouris méprifant
qu'il accompagna des paroles fuivantes !
Eft-il poffible qu'une fille qui a tant det
bon fens que vous , fe conduife comme
une imbécille ! Quoi ! renoncer à toutes.
les efpérances que votre oncle vous laiffoit
entrevoir ; refufer par caprice un
mariage excellent ; vous réduire à la mendicité
, pourquoi ? parce que vous ne fentez
pas de l'amour ? Un enfant de quinze
ans le fût mieux conduit. Et qui eft- ce
dans le monde qui fe marie felon fon
choix ? Moi -même , quoiqu'avec quinze
cent livres fterling de revenu , & par
là bien mieux fondé que vous , qui n'avez
pas un fcheling , à ne confulter que
mon goût ; je n'ai pas jugé à propos de
le fuivre , & il m'a paru qu'il y avoit de
meilleures chofes à chercher en fe mariant
qu'un joli viſage ou un efprit agréable.
Croyez- vous que je me foucie beaucoup
de la femme que j'ai époufée ? Elle
avoit trente mille livres fterling ; & avec
cette fortune je me fuis compofé une
fociété dans laquelle je me procure tous
les plaifirs que l'hymen ne me donne pas.
Que m'importe à moi que ma femme
ait de la beauté , de l'efprit & des graces
, lorfque l'argent qu'elle m'apporte
38 MERCURE DE FRANCE.
peut me faire trouver tout cela dans le
monde ? Vous avez perdu , ma coufine ,
l'occafion de vous affurer le même bonheur
; les hommes , croyez-moi , ne vous
en auroient pas moins recherchée ; au
contraire vous auriez vu que pour un qui
s'attacheroit à vous comme fille , mille
auroient été vos adorateurs dès qu'ils
n'auroient plus eu à craindre d'être pris
au filet. C'eſt ainfi que vous auriez trouvé
le moyen de fatisfaire tous vos goûts , de
briller dans le monde , & de choisir pour
votre amant un berger auffi poëtique &
anffi romanefque que vous le pouvez defirer
; & cela , fans manquer aux bienféances
, ni aux ménagemens qu'une femme
doit à fon mari. A ce difcours , il ne me
fut pas poffible de retenir mon indignation
; & je le quittois avec dédain , lorfque,
me prenant par la main , il ajouta :
Point de ces airs violens , ma chere
coufine ; nous nous connoiffons depuis
longtemps. Laiffez ces petits efprits qui
ont été inftruits par des nourrices , laiffezles
fe faire des crimes d'avoir vécu felon
la nature & rendu leur vie agréable ; laiffez-
les être auffi ridiculement vertueux
qu'il leur plaira : vous avez trop de fens
pour être efclave de leurs préjugés. Vous
fçavez que la durée de votre existence eft
JANVIE R. 1760 . 39
fort courte, & que par conféquent il n'eft
rien de plus raifonnable que d'y mêler
autant d'agrément qu'il eft poffible.
J'étois trop en colere pour entreprendre
de réfuter ce difcours ; mais en reti-
`rant ma main qu'il tenoit , je lui dis que
je me garderois bien de lui fournir une
autre occafion d'infulter à mon malheur.
En achevant ces paroles je quittai fa maifon
, bien déterminée à n'y rentrer jamais.
Je revins chez moi , auffi confufe que
déconcertée de l'accueil que je venois
de recevoir ; j'étois tellement abbatue
que je perdis pour plufieurs jours toute
envie de fortir & de voir perfonne : enfin
je me déterminai à éprouver fi l'indigence
& l'amitié étoient deux chofes abfolument
incompatibles , & fi j'effuyerois
le même accueil d'une amie dont l'attachement
avoit fait le plus grand plaifir
de ma jeuneffe . Certainement , difoisje
en moi - même , l'aimable Fanny , dont
le coeur paroît fufceptible des fentimens
les plus tendres & les plus généreux ,
rendra juſtice à l'innocence & à la droiture
de fon amie infortunée ; fes louanges
& fon amitié adouciront tous mes malheurs.
Fanny étoit une Demoiſelle qui
jouiffoit d'une fortune honnête & indépendante.
Je venois d'apprendre qu'elle
40 MERCURE DE FRANCE.
contrat
alloit époufer un jeune Officier qui
n'avoit rien , ou du moins fort peu de
chofe au-delà de fon emploi. Je ne doutai
point qu'elle n'approuvât le refus que
j'avois fait d'acquiefcer à un
mercenaire, puifqu'elle-même fe déterminoit
à fe donner un maître , par des
motifs fi oppofés à tout ce que le monde
appelle prudence. Elle avoit paffe quel
ques mois à la campagne , de forte que
mes malheurs lui étoient inconnus , juf
qu'à ce que je lui en fis moi-même Phif
toire. Elle m'écouta avec beaucoup d'at--
tention , & me répondit avec affez de
politeffe , mais avec une froideur qui me
glaça le coeur. Vous fçavez bien , me ditelle
, ma chere Fidelia , que je n'ai jamais
prétendu me mettre en parallèle
avec vous pour l'efprit , je connois toute
votre fupériorité ; auffi , quoiqu'il me parûr
que plufieurs de vos opinions étoient
affez fingulieres , je n'ai jamais entrepris
de difputer avec vous . Il eft bien für que
vous êtes en état de juger plus fainement
que moi ; mais cependant il me femble
que vous avez tenu une conduite bien
étrange pour une perfonne qui fe trouve
dans une fituation telle que la vôtre.
Vous mécontentez un oncle qui vous
fait du bien , d'abord en foutenant des
JANVIER. 1760 . 47
opinions qui , vraies ou fauffes ( ce que
je ne décide pas ) font du moins contraires
aux opinions reçues , & choquent
par conféquent le commun des hommes.
Puis vous aimez mieux renoncer à
fa protection , & vous expofer à manquer
de tout , que d'époufer un homme qu'il
vous a choifi , auquel , après tout , vous
n'avez rien à reprocher , & pour lequel
vous n'avez , de votre aveu , aucune forte
d'antipathie. He quoi , lui répondis- je en
Pinterrompant , n'y a - t- il donc pas biem
des degrés entre cet amour de préféren
ce qui fait diftinguer un homme de tous
les autres , & l'averfion que l'on fentiroit
pour lui Cet amour que je n'avois pas ,
eft d'une obligation indifpenfable pour
une femme ; elle s'y engage volontairement
& par le contrat le plus folemnel .
M'auriez-vous confeillé de m'y engager
moi-même ? Quant aux défagrémens qui
peuvent accompagner l'état d'abandon
où je me trouve , puifque ce font les con
féquences d'une action vertueufe , ils ne
fçauroient être des maux , ni troubler le
bonheur que fait gouter la vertu. Je fuist
charmée , me répondit - elle , que vous
ayez trouvé le fecrer de vous rendre heureufe
par la force de votre imagination.
Je fouhaite de tout mon coeur que cet
42 MERCURE DE FRANCE.
enthoufiafme continue , & que vous puiffiez
vous convaincre par votre expérience
de la folie du genre humain , qui fuppofe
que la pauvreté & la difgrace font
des maux.
Je fus pénétrée jufqu'au fond de l'ame
du fourire mocqueur dont elle accompagna
cette ironie ; & j'allois me plaindre
du peu d'amitié qu'elle me marquoit ,
lorfque fon amant parut avec un autre
Cavalier. Malgré le dépit qui rempliffoit
mon coeur , ce dernier s'attira toute mon
attention , & me fit oublier tout ce qu'il
y avoit de choquant dans le procédé de
mon indigne amie . La beauté & les graces
qui éclatoient dans toute la perfonne de
ce jeune Cavalier , fixerent bientôt mes
regards ; & fa politeffe , fes diſcours me
prévinrent en faveur de fon efprit. Il fut
préſenté par le Capitaine à Fanny comme
fon ami le plus intime ; & il étoit aifé
de voir par fes manières & par fes propos
, qu'il cherchoit à juftifier l'éloge
qu'on avoit fait de lui . Il réuffit fi bien
que Fanny ne fut plus occupée que des
agrémens de la converfation , & du foin
d'amufer fon amant & fon nouvel hôte :
fes yeux en prirent un nouveau feu , &
les graces de l'enjouement fe répandirent
autour d'elle. Lorfque je me levai pour
JANVIE R. 1760 . 43
me retirer , elle me preffa fi obligeamment
de rester à dîner , que je ne pouvois
refufer fans découvrir combien j'étois
piquée des difcours qu'elle m'avoit tenus.
Cependant difpofée naturellement comme
je fuis à laiffer voir tous les mouvemens
de mon ame , je n'aurois pu me contraindre
, fi je n'avois fenti au fond de
mon coeur un defir fecret de connoître
un peu plus cet aimable étranger. Ce fut
ce fentiment qui me perfuada de diffimuler
mon reffentiment , & de me rendre
à l'invitation de Fanny. La converſation
devint de plus en plus vive & agréable ;
jy pris part , & ce fut moi qui attirai le
plus l'attention de celui qui m'intérefloit
fi vivement moi- même. La liberté & la
confiance s'établiffant parmi nous , Fanny
gliffa dans la converfation quelques traits
qui avoient rapport à ma fituation , à mes
fentimens , & à mes malheurs . Le Chevalier
George Freelove ( c'étoit le nom
de l'étranger) écoutoit attentivement tout
ce qu'on difoit de moi , & paroiffoit me
regarder avec autant de curiofité que
d'admiration. Nous nous féparâmes un
peu tard ; & le Chevalier fit tous les efforts
pour m'accompagner au logis : je m'obſtinai
à lui en refufer la permiffion par un
fentiment plus digne d'une femme que
·
44 MERCURE DE FRANCE.
=
d'un Philofophe , & que je condamnois
moi - même comme l'effet d'un orgueik
vicieux. Je ne pouvois me réfoudre à
laiffer voir à un homme auffi élégant que
le Chevalier la fimplicité philofophique
de mon logement . Pour me tirer d'embarras
je demandai une chaife à porteurs
mais je ne fus pas moins confufe lorfque
je vis que le Chevalier fe préparoit à
me fuivre à pied avec fes domeftiques ,
comme pour me fervir d'escorte. Je vou→
lus en vain my oppofer , il marcha de
vant, & fes laquais fuivirent la chaife. La
rougeur me monta au vifage , lorfqu'après
toute cette cérémonie il me donna la
main pour me conduite à une maiſon
petite & baffe , & qu'il prit congé de moi
avec autant de refpect que s'il m'eût
conduite à un-fuperbe palais. Mille penfées
diverfes m'empêcherent de fermer
l'oeil toute la nuit. La conduite de Fanny
bleffoit mon coeur jufqu'au vif ; je venois
de me convaincre que je ne pouvois plus
la regarder que fur le pied de fimple connoiffance
; & qu'il n'étoit plus perfonne
dans le monde à qui je puffe donner le
doux nom d'amie. Mon coeur étoit plongé
dans l'amertume & la défolation ; je
ne fçavois quel parti prendre pour pourvoir
à ma fubfiftance ; le chagrin que:
JANVIER. 1760 . 45
mon orgueil venoit de me faire éprouver
, m'apprenoit que j'étois encore bien
éloignée d'avoir fubjugué toutes les paffons
humaines , & que je n'étois que
trop fenfible aux mortifications qui accompagnent
inféparablement la pauvreté.
Je réfolus cependant de foumettre
mon orgueil , d'appeller à mon fecours
les exemples de ces anciens Sages qui
avoient méprifé les richeffes & les honneurs
, & à la félicité defquels toute la
malice de la fortune n'avoit pu porter
aucune atteinte.
Il me fembloit que j'étois parvenue à
me remplir de mépris pour le monde , &
à me rendre fupérieure aux rigueurs &
aux faveurs de la fortune ; mais bientôt
Jidée du Chevalier fe rendant maîtreffe
de mon ame , détruiſoit la force de tous
mes raiſonnemens. Je fentois qu'indifférente
fur les jugemens de tout le refte du
monde , je ne pouvois l'être fur l'opinion
qu'il avoit de moi . Je trouvois ma condition
bien différente de celle de ces anciens
Philofophes qui , s'attirant par leurs
haillons l'attention & le refpect des aures
hommes, nourriffoient leur orgueil de
tes hommages . Les regards & la conduite
du Chevalier ne me laiffoient pas lieu de
douter que je n'euffe fait fur lui la même
46 MERCURE DE FRANCE.
impreffion qu'il avoit faite fur moi . Je ne
pouvois me réfoudre à être humiliée dans
fon efprit , & à embraffer un parti qui
me mît au- deffous de fes attentions . Je
rejettois cependant bien loin de moi la
penfée de lui en impofer fur ma fituation
préfente , dans le cas où il auroit des intentions
favorables pour moi ; mais de me
dégrader pour toujours à fes yeux en me
mettant en fervice, ou en recourant à quel
qu'autre maniere abjecte de gagner ma
vie: c'est à quoi je ne pouvois me réfoudre.
Le lendemain , je fus fort furprife de
recevoir la vifite du Chevalier au milieu
de toutes ces réflexions qui m'agitoient.
Il me demanda d'abord refpectueufement
pardon de la liberté qu'il prenoit . Il me
dit que mon amie lui avoit confié la dureté
& la tyrannie de mon oncle , qui me
réduifoit dans une fituation très - fâcheufe ;
& qu'il n'avoir pu apprendre que la fortune
traitât fi mal une, perfonne de mon
mérite , fans fouhaiter ardemment de
réparer cette injuftice. Il me conjura de
l'aider à rendre fa vie plus glorieufe , en
le mettant en état de contribuer au bonheur
de la mienne. Il me fit les offres de
fervice les plus empreflés ; je l'interrompi
en lui difant qu'il n'avoit rien en fon
JANVIER. 1760 . 47
pouvoir que je puffe accepter avec honneur
, & qui pût rendre mon fort plus
heureux ; que le refpect qu'il me devoit
comme à une femme , & à une femme de
qualité , auroit dû m'épargner ces offres
de fervice de la part d'un étranger ,
puifqu'il n'y avoit qu'une amitié longue
& éprouvée qui pût les juftifier ; que je
n'étois pas en fituation de recevoir fes
vifites , & que je me trouverois dans la
néceffité d'éviter avec lui des liaiſons qui
m'auroient été bien agréables dans les
plus heureux temps de ma vie.
Le Chevalier eut alors recours à tous
les artifices de fon féxe. Il imputa fસaિ trop
grande liberté à la force de fa paffion ; il
me fit des proteſtations d'un reſpect inviolable
; il fe jetta à mes genoux en me
conjurant les larmes aux yeux de ne le
pas punir au point de lui interdire l'entrée
de ma maifon & de lui ôter les
moyens de fe rendre toujours plus digne
de mon eftime. Mon foible coeur ne fur
que trop fenfible à fes difcours artificieux ;
& je ne confervai que la force dont j'avois
précisément befoin pour perfévérer
dans le refus que je faifois de fes vifites
& pour infifter fur l'ordre que je lui
avois donné de me quitter. Il obéit donc
enfin , mais ce fut avec une telle effufion
48 MERCURE DE FRANCE.
de tendreffe , de prieres & de proteſtations,
qu'il me fallut quelque temps pour
rappeller ma raifon . Enfin fa conduite
& ma fituation comparées enfemble ne
me laifferent plus douter de l'illégitimité
de fes vues.
vifites ,
Je réfolus donc de ne plus fouffrir des
& je donnai ordre en conféquence
de lui refufer ma porte s'il fe
préfentoit. Ma raifon applaudiffoit à cette
réfolution ; mais mon coeur s'en plaignoit
& murmuroit contre la loi févère que
la prudence m'impofoit. Je fçavois que
j'agiffois felon les règles de la vertu ,
& je me flattois que ce fentiment pourroit
me rendre plus heureufe ; mais que
je fus trompée dans mes efpérances !
J'éprouvois des peines au-delà de tout
ce que j'avois jamais fenti ou imaginé ; je
ne pouvois plus me diffimuler que mon
coeur étoit dominé par une paffion qu'il
me faudroit , ou combattre fans ceffe
ou fatisfaire aux dépens de ma vertu. Je
commençai à regarder les richeffes.comme
véritablement dignes de notre recherche
, puifqu'elles m'auroient miſe à
couvert de toute entrepriſe téméraire
en me donnant des efpérances raifonnables
de devenir l'époufe du Chevalier.
tois mécontente & malheureuſe ; mais
j'étois
›
>
JANVIER. 1760. 49
j'étois encore plus furpriſe , plus déconcertée
de me trouver dans cet état , puifque
jufqu'à ce moment je n'avois rien
à me reprocher , & qu'au contraire toutes
mes peines ne procédoient que de
mon refpect pour les loix de la vertu.
Je perfévérai cependant à vouloir effayer
quel étoit fon pouvoir , & fi le
bonheur réfidoit en elle : je pris le parti
de m'affermir dans la foumiffion à fes
loix , & d'attendre patiemment quels en
feroient les fruits ; mais les difficultés
que je rencontrai furent plus grandes
encore que toutes celles que j'avois déja
éprouvées. Le Chevalier étoit trop exercé
dans l'art de la féduction , pour être
rebuté par un premier refus. Chaque
jour il faifoit de nouvelles tentatives ;
il m'écrivoit des Lettres remplies des proteftations
, les plus paffionnées & des defirs
les plus ardens d'obtenir la permiffion
de me voir. En vain je défendois de te
cevoir fes lettres , il avoit tant de différentes
rufes pour me les faire parvenir ,
que j'étois engagée à les lire malgré mes
réfolutions. Toutes les fois que je fortois
je le trouvois fur mes pas ; & il ne manquoit
pas de fe fervir de tous les artifices
du langage le plus féduifant , pour furprendre
mon coeur , aveugler ma raiſon ,
C
To MERCURE DE FRANCE
& réveiller ma fenfibilité naturelle.
Ma vertu cependant combattoit encore
; mais la paix de mon amme étoit détruite.
Quand je me trouvois avec lui , je
raffemblois toutes mes forces , & je lui
reitérois conftamment l'ordre de me quitter
: fa défobéiffance allumoit mon reffentiment
; & malgré mon coeur , hélas !
trop tendre , j'armois mes yeux de colere
, & je le traitois avec toute la rigueur
que méritoient fes deffeins offenfans.
Dès que j'étois feule , je me plaignois
de mon fort , je murmurois contre le
Čiel de m'avoir affujettie à des paffions
qu'il ne m'avoit pas donné la force de
vaincre , & qu'il ne me permettoit pas
de fatisfaire . Je comparois ma fituation
avec celle de mon libertin de coufin ,
dont je n'avois écouté les raifonnemens
qu'avec horreur ; lui qui s'abandonnoit
à tous fes defirs , dont la maiſon étoit le
centre de la joie & des délices , dont le
vifage étoit toujours riant & le coeur toujours
libre & tranquille. Cet homme- là ,
difois -je , n'eft- il pas plus heureux que
moi ? Et s'il l'eft , où eft donc l'utilité de
la vertu Ne lui ai - je pas immolć mą
fortune & mes amis ? Ne lui fais- je pas
encore chaque jour le facrifice de ma
paffion la plus chere ? Où eft cependant
a récompenfe que j'en retire ? Quelle
JANVIER. 1760. SI
perfpective aaii--jjee eenn ce monde que la
pauvreté , l'humiliation , la douleur ? Je
m'oppofe à tous les voeux de mon ame ;
je combats chacune de mes paffions , fans
en pouvoir vaincre aucune. Sont- ce donc
là les faveurs par lefquelles le Ciel diftingue
fes favoris ? Permet- il donc que
fes malheureufes créatures foient le jouet
du hazard , la proie de la corruption &
de la malice ? certainement cela ne peut
être. Cependant la condition de l'homme
vertueux n'eft -elle pas quelquefois pire
que
celle
du vicieux
? Et ne l'ai-je pas
éprouvé
? Je fuis très malheureufe
, & je
ne vois
pas que mon
fort puiffe
s'adoucir
dans
ce monde
; cependant
il n'y a
que
des ténèbres
éternelles
au - delà
du
tombeau
. Mais
que dis-je ? & pourquoi
me plaindre
de n'avoir
aucun
bonheur
à
attendre
? Le plus
aimable
, le plus généreux
de tous
les hommes
, ne m'offre
t-il
pas tous
les plaifirs
que l'amour
& la fortune
peuvent
procurer
de concert
? Ne
me mettra
- t-il pas à l'abri
de toutes
les
infultes
qu'un
monde
orgueilleux
fait effuyer
à la pauvreté
? Sa main
libérale
ne
m'offre
-t-elle pas les moyens
de fatisfaire
tous
mes goûts
? les moyens
de me procurer
le plus
grand
& le plus
noble
de
tous
les plaifirs
; celui
de foulager
les êtres
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
.
femblables à moi qui font dans les fouffrances
de changer les pleurs de la détreffe
en ceux de la joie & de la reconnoiffance
, & de répandre le bonheur fur
tout ce qui m'environne ? n'eft - ce pas un
état préférable à celui où la vertu m'a
placée ? Mais qu'eft- ce que la vertu ? Le
bonheur n'eft- il pas le louable objet de
la pourfuite d'une raiſon éclairée ? N'eftil
donc pas digne de l'homme de le chercher
les
par moyens les plus probables?
N'ai- je pas eu tort d'accufer la Providence
de dureté , tandis qu'il n'y a que
moi qui fuis coupable en méprifant les
faveurs qu'elle m'offre ? Je me fuis certainement
écartée des fentiers de la vertu
; il n'y en a point d'autres que ceux
qui conduisent au bonheur.
La route où j'ai marché jufqu'à préfent
eft pleine d'épines & de ronces , &
fe termine à une ténébreuſe obſcurité ;
mais j'en découvre une autre femée de
fleurs , qui fait briller à mes yeux l'éclat
de la profpérité : c'eſt certainement le
fentier de la vertu & la route du bonheur
; c'eft vers elle que je dois tourner
mes pas. De vains & de chimériques préjugés
ne doivent point me caufer un effroi
capable de m'arrêter. En m'accordant
une exiſtence paffagere , le Ciel a
#
JANVIER. 1760. 53
mis devant moi le bien & le mal ; qu'eftce
que le bien , fi ce n'eſt le plaiſir ? Quel
autre mal y a- t-il que la peine ? La raifon
& la nature s'accordent à me faire defirer
l'un & éviter l'autre. J'ai cherché le bonheur
dans ce qui s'appelle vertu , mais je
ne l'y ai pas trouvé : ce qui s'appelle vertu
n'eft donc pas la vertu même.
C'est ainsi que mes foibles penfées me
jetterent dans l'abîme de l'erreur , & que
je m'écartai de tous les principes de la
morale , en fuivant dans toutes leurs
conféquences des principes qu'on mavoit
préfentés comme les régles de la vie & .
les préceptes du bonheur , comme les
moyens de me foutenir au milieu des
tempêtes de l'adverfité & d'écouter fans
danger les firenes de la tentation. Dans
ce fatal moment de préfomption, où feule
dans ma chambre je raffemblois tous
Tes argumens qui favorifoient ma paffion ,
où , emportée par mes doutes , je me
plongeois de plus en plus dans l'erreur ,
je vis tout d'un coup à mes pieds le Chevalier
qui s'étoit introduit par furprife
en corrompant mon hôte. Je n'ai
pas befoin de décrire ici fa féduifante
adreffe , & les foibles efforts de cette
vertu qui avoit été foigneufement culti
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
vée dans mon coeur , mais que , par un
effort impie , j'avois travaillé à déraciner
avec mes faux raifonnemens . Il me fuffit
de dire que je fubis l'humiliation que j'avois
fi bien méritée ; que , dans l'orgueil
qui infpiroit ma raiſon , j'ofai accufer de
foibleffe & de préjugé cette voix de la
confcience qui m'auroit garantie du
péril fi je l'avois écoutée ; que mon
innocence , mon honneur furent facrifiés
à la paffion & au fophifme ; que ma philofophie
rant vantée , & fi applaudie ,
ne m'empêcherent point de tomber
dans l'abîme de l'infamie ; malheur
que la religion & Thumilité auroient
fait éviter à la plus faible de mon fexe .
,
Je me trouvai en proie depuis ce fatal
moment à une nouvelle efpèce de tourment
mon féducteur tâchoit en vain
de me réconcilier avec l'aviliffement
auquel il m'avoit réduite , en me prodiguant
les ajuftemens les plus beaux ,
& en faifant fervir fa fortune à me procurer
toutes fortes de plaifirs . Je n'avois
plus de goût pour les fentir , & fa magnificence
même fembloit infulter à ma difgrace.
En vain tâchois-je de me rappeller
les argumens qui m'avoient autrefois convaincue
de la légitimité des plaifirs qui
JANVIER. 1766. ss
m'étoient offerts & du droit que j'avois de
fuivre mon inclination ; la lumière de mon
entendement étoit bien obfcurcie , mais
le fentiment de ma faute vivoit au fond
de mon coeur. Mon orgueil & ma délicateffe
, fi je puis encore me fervir de ces
expreffions après la faute que j'avois commife
, me faifoient fouffrir une mortification
& un dégoût infupportables. Chaque
fois que je confidérois mon aviliffement ,
tous les yeux , jufqu'à ceux de mon triomphant
féducteur , fembloient me reprocher
ma honte . O comble de mifere ! Je
fentois que j'avois mérité le mépris de
celui en faveur de qui je m'étois rendue
méprifable à moi - même. Tel fut l'état de
mon ame pendant une année que je paffai
dans la maifon du Chevalier. Sa paffion
fe foutint dans toute fon ardeur pendant
environ huit mois ; & comme je n'avois
point d'autre objet qui attirat mon attention
, ni ami , ni parent qui partageât
mon attachement , tout l'amour d'un
coeur naturellement tendre fut concentré
en lui feul . Les premières apparences de
fon refroidiffement n'échapperent pas તે
des yeux auffi clairvoyans que les miens :
je fus alors en proie à tous les tourmens
de la jaloufie , jufqu'à ce qu'une cruelle
certitude tourna mes craintes en réalité
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
J'appris enfin que mon perfide alloit fe
marier avec une demoiſelle fort riche. Je
réfolus fur le champ de le quitter ; mais il
falloit , avant que d'en venir là , que toute
l'amertume de mon coeur s'exhalât par
des plaintes & par des reproches.
Le reste au Mercure fuivant.
LET TRE
A L'AUTEUR DU MERCURE.
ONSIEUR ;
M. Moreau , Chirurgien - Major de
l'Hôtel - Dieu de Paris , a dans la même
femaine accouché fa fille , & fait à
fon fils l'opération de la taille . Les vers
que j'ai l'honneur de vous adreffer , lui
ont été préfentés le jour que pour la
premiere fois il a eu la confolation de
les voir l'un & l'autre à fa table en parfaite
fanté.
TU les vois donc enfin , ô pere refpectable !
Ces enfans tendrement aimés ,
Tu les vois affis à ta table :
Tes yeux en font furpris, tes fens en font charmés
JANVIER. 1760. 57
Ta joie enfin peut le répandre ,
Et ton coeur n'a plus rien qui le doive allarmer.
Heureux enfans ! pour vous quel charme de l'entendre
!
Vos yeux mouillés de pleurs difent d'un regard
tendre
Ce que vos voix ne sçauroient exprimer.
Pour un pere auffi bon quelle douce entrevue !
Pour nous quel fpectacle touchant !
Et de quel fouvenir notre ame encor émue
Compare à ce beau jour le plus cruel inftant ;
Cet inftant où guidé par ton amour extrême ,
Procurant à l'un d'eux le plus puiffant fecours,
Quoique fûr du fuccès , ton coeur , oui , ton coeur
même
Te reprochoit un art qui confervoit les jours !
Ton courage , il eft vrai , de ce combat terrible
Sçut d'abord cacher tout l'effet ;
Mais la nature enfin juſqu'alors inflexible
Fit voir en fuccombant l'effort qu'elle avoit fait.
L'oeuvre avance & promet la fin la plus heureuſe ,.
Un doux baiſer apprend que tour eſt achevé :
Et foudain tout couvert d'une pâleur affreuſe
Tu tombes près d'un fils que ta main a fauvé.
C'eft pourtant à ce prix , c'eft parmi ces allarmes
Que tu retrouves tes enfans ;
Si ton amour pour eux ta couté tant de larmes,
Cy
58 MERCURE DE FRANCE.
Tu fçais auffi pour toi quels font leurs fentimens.
Oui le double titre de pere
Que tu viens de mériter
Ranime dans leurs coeurs leur tendreffe premiere,
Mais ne lafçauroit augmenter.
Il n'eft pour te payer de fi rares ſervices
Qu'un moyen que leur coeur fçaura leur indiquer:
Ces jours que tu fauvas vont faire tes délices ;
J'ofe te le pronostiquer.
Tu verras l'un , émule de fon pere ,
Ainſi que toi , mériter de l'état .
Et les enfans dont l'autre fera mere
De ton nom foutenir l'éclat.
L'ACCORD PARFAIT ,
STANCES.
JEUNE EUNE Eglé , le Dieu de Cythère
Eft l'ame de nos entretiens.
Je vous fuis cher, vous n'êtes chère ,
Et tous vos plaiſirs font les miens.
Une tendreffe égale & pure
Unit nos coeurs , fixe nos voeux ;
Et l'artifice & l'impoſture
Nous font étrangers à tous deux.
JANVIER. 1760. 59
Le Dieu charmant qui nous enflamme
S'applaudit de notre bonheur :
Vous régnez feule fur mon ame,
Je pofféde feul votre coeur.
Je fuis tendre , empreffé , fincere ,
L'Amour vous fit pour tout charmer :
Je borne ma gloire à vous plaire ,
Vous bornez vos voeux à m'aimer.
Sur cette malheureuſe terre
Où l'homme né pour la douleur ,
Des maux qui lui livrent la guerre
Ne peut éviter la fureur ;
Eft-il quelque bonheur fuprême
Qui ne céde au plaifir touchant
De trouver dans l'objet qu'on aime
Même goût & même penchant ?
Fortune , tes frivoles charines
Qu'on ne rougit point d'encenfer ,
Tes tréfors valent- ils les larmes
Que l'amour nous a fait verſer ?
Quand un lien doux & paifible ,
Mortel , fuffit à ton bonheur ,
Ne feras-tu jamais fenfible
Qu'au faux éclat de la grandeur ?
C vj
o MERCURE DE FRANCE
Loin de nous la foule importune
Des vils efclaves de la Cour :
L'orgueil naquit de la fortune ,
Le bonheur eft fils de l'Amour.
Jeune objet que mon coeur adore
Vous qu'amour prit foin d'élever ,
D'un poifon plus funefte encore
Vous avez fçu me préſerver.
Quand le tendre Dieu qui m'infpire ,
Guidant lui-même mon pinceau ,
Des attraits que chez vous j'admire
J'ai voulu tracer le tableau ;
J'ai vu votre ame courroucée ,
Contre moi s'armant de rigueur ,
Prendre une vérité ſenſée
Pour les louanges d'un fatteur.
Je fçai qu'une vertu modefte ,
Une aimable fimplicité ,
Bien loin d'obscurcir la beauté ,
En font la parure céleſte.
Mais fi l'amour en vous dotans
Fit de vous fa brillante image,
. Peut-on trop louer un ouvrage
Qu'il embellit à chaque inſtant ?
JANVIER. 1760. ANVIE
Br
A Mademoiselle N.*** le jour de fa fête
BOUQUET.
LE petit Dieu charmant qui dompte tous les
coeurs ,
A déſerté Cythère & prévenu l'aurore .
Que fait- il fi matin dans les jardins de Flore ? '
Il compofe un bouquet dont il choifit les fleurs.
Hélas ! il prend ce ſoin pour l'offrir à ſa mere, -
Ah! Cypris , quel bouquet ! fi je pouvois l'avoir 3 :
Si d'en faire un pareil j'avois l'heureux pouvoir ,
Amour , je n'irois pas le porter à Cythère.
Il eſt une Cloris , qu'un efprit enchanteur
Un modefte enjoument , une figure aimable
A mille Déités me rendent préférable :
Elle auroit mon bouquet. N'a- t- elle pas mon
coeur ?
VERS
A Madame la Marquise de *** accou
RARE
chée d'une fille.
AREMENT du fuccès nos defirs font fuivis
Difoit en fourjant Cupidon à fon frere,
62 MERCURE DE FRANCE.
Seigneur hymen , vous attendiez un fils ,
Et vous êtes déçu ; mais laiffons le mystère ,
.Et foit dit fans vous offenfer :
N'eft-il pas vrai qu'en époufant Glycère ,
Vous aviez pris une Grace à ma mere ?
Il falloit bien la remplacer.
VERS
A Madame *** , dont le fils s'étoit enrôlé.
TU le revois ce fils dont la cruelle abſence
Faifoit un vuide à ton bonheur ;
Ce fils qui loin de ta préſence ,
N'en fut pas moins cher à ton coeur ;
Ce fils que tes tendres allarmes
Offroient mourant à tes efprits ;
Ce fils digne objet de tes larmes ,
Et qui femble renaître à tes yeux attendris
Son filence , fon air timide
Te difent ce qu'il ne dit pas :
Auprès de toi l'amour le guide ,
Mais la crainte retient fes pas .
De tes regards la douceur le raffure ,
Et foudain je le vois courir
Entre tes bras , que la Nature
A déja forcés de s'ouvrir.
Yous fentez tous les deux vos deux coeurs treffaillir
,
JANVIER. 1760 . 63
Ilss'interrogent , ſe répondent ,
Et vos larmes qui fe confondent
Sont garants du pardon comme du repentir.
Par M. P *** de Lyon.
SUITE des jugemens fur les Auteurs
Anglois , traduit de l'Hiftoire d'Angleterre
, par M. HUME.
AVANT
VANT les guerres civiles qui troublerent
l'Angleterre fous le régne du malheureux
Charles I , les Lettres & les Arts
étoient favorisés à la Cour , & le goût
commençoit à fe former. Le Roi aimoit la
peinture , il cultivoit lui-même ce bel art
& s'y connoifloit très - bien. Les tableaux
des Maîtres étrangers furent portés au
plus haut prix , & leur valeur doubla en
Europe par l'émulation qui s'éleva entre
Charles I & le Roi d'Efpagne Philippe
IV. Charles appella Wandick à fa
Cour, il le combla de biens & de careffes;
il donna la direction de fes bâtimens à
Inigo Jones: mais ce grand Architecte qui
n'a été furpaffé dans aucun fiécle & dans
aucune Nation , fut enfuite perſécuté
par le Parlement , à caufe de la past
64 MERCURE DE FRANCE.
qu'il avoit eue à la réédification de l'Eglife'
S. Paul ; & pour avoir fait abbattre par
ordre du Confeil quelques maiſons dont
l'emplacement fut employé à la conftruction
de cet édifice. Laws , Muficien
fupérieur à tous ceux qui avoient paru
avant lui , étoit dans la plus grande faveur
auprès du Roi qui l'appelloit le
Pere de la Mufique. Il fuivit le parti des
Royaliftes , & fut tué au fiége de Chefter.
Charles étoit un bon Juge en Littérature
; on lui a même reproché d'être plus
délicat fur la pureté du ftyle , qu'il ne
convenoit à un Monarque. Quoiqu'il
n'eût que des revenus très - modiques , &
aucune forte de vanité , il vêcut dans la
plus grande magnificence . Il avoit à la
fois vingt- quatre Palais, tous élégamment
meublés , & fi complettement affortiss
qu'en paffant de l'un à l'autre , il trouvoit
dans chacun d'eux tout ce qui lui
étoit néceffaire pour lui & pour fa Cour.
Il manqua cependant de générofité envers
Ben-Johnſon. Lorsque ce Poëte acca→
blé par la vieilleffe , l'indigence & la ma-
✓ ladie , lui envoya demander quelque
fecours , le Prince lui fit tenir une fomme
fi petite , que Johnſon ne put s'empêcher
de dire avec humeur : Je fuis logé fort
Pétroit , mais je vois bien à l'étendue des
JANVIE R. 1760. ૬
bontés du Roi , que fon ame n'est pas plus
au large. ( 1 ).
Cromwel , quoiqu'il ne fût lui-même
qu'un barbare , n'étoit pas infenfible au
mérite litteraire. Ufher, tout Evêque qu'il
étoit, avoit une penfion de lui ; Marvel & .
Milton étoient attachés à fon fervice. Il
fit beaucoup de careffes à Waller qui étoit
fon parent , & qui a toujours dit , que le
Protecteur n'étoit pas auffi ignorant qu'on
le croyoit communément. Il donna centlivres
sterling par an au Profeffeur de
Théologie d'Oxford , & il eut le deffein
d'établir un Collége à Durham , en faveur
des Provinces du Nord.
Les guerres civiles, lorfqu'elles font fondées
fur des principes de liberté , ne font
pas pour l'ordinaire nuifibles aux talens de
l'éloquence & de la compofition ; ou plutôt
en préfentant des objets plus élevés &
plus intéreffans aux hommes de génie, elles
les dédommagent par-là de la tranquillité
qu'elles leur ôtent. Les difcours qui furent
( 1 ) Il y a dans l'Anglois : Je fuis logé dans
une allée , mais je vois bien que l'ame de Sa Majesté
eft auffi logée dans une allée. On ne pouvoit
pas traduire cette réponſe littéralement d'ailleurs
le mot Anglois qui fignifie allée a une fignification
plus vague & moins déterminée que
le mot françois .
66 MERCURE DE FRANCE.
prononcés au Parlement pendant cet intervalle
, font d'une force bien fupérieure
à tous ceux qui avoient paru jufques - là en
Angleterre on effaya pour lors d'éten
dre les limites & les reffources de notre
langue . Il faut avouer cependant que le
malheureux fanatifme qui infectoit le
parti des Parlementaires , tendoit également
à la deftruction du goût & des fciences
, & à celle de l'ordre & des loix. Le
bel efprit & la plaifanterie étoient profcrits
, toutes les fciences humaines méprifées
, la liberté philofophique déteſtée ;
l'hypocrifie feule étoit en faveur . Dans
les préliminaires du traité d'Uxbrige , un
des premiers articles fur lefquels on infifta
particulièrement , fut l'abolition totale
des Spectacles ( 2) . Tous les meubles du
Roi furent mis en vente : fes tableaux
donnés à vil prix , enrichirent toutes les
Collections de l'Europe ; fes palais furent
démolis , & les matériaux en furent vendus
. Les Généraux avoient même réfolu
·
( 2 ) C'est dans ce moment critique que le
Chevalier Davenant ofa donner un Opéra , le
premier qui ait paru en Angleterre. C'eft une
chofe digne d'attention que ces auftères Fanatiques
qui venoient d'affaffiner juridiquement
leur Roi , fans le moindre fcrupule , aient profcrit
par délicateffe de confcience les plaifirs innocens
des fpectacles ; mais la fuperſtition eſt
prefque toujours abfurde & barbare.
JANVIER. 1760.
67
de faire vendre le Cabinet des Médailles
qui étoit à S. James, pour entretenir quelques
régimens de Cavalerie qui étoient
en quartier près de Londres : mais Selden,
pour prévenir une perte irréparable,
engagea fon ami Whiteloeke qui étoit
Lord- garde de la République , à fe charger
de la garde des Médailles. Cet expédient
fauva cette belle Collection.
Il est bien extraordinaire que le plus
grand génie qui ait brillé en Angleterre
pendant cet intervalle , ait été entièrement
livré à ces fanatiques , & qu'il ait
proftitué fa plume à des controverfes
théologiques , à des difputes factieuſes ,
& à l'apologie des excès les plus violents
du parti. Je parle de Jean Milton , dont
les Poëfies font admirables quoiqu'elles
ne foient pas fans défaut. Ses ouvrages
en profe font écrits d'une manière déſagréable
; mais ils ne font pas fans génie.
Tous fes Poëmes ne font pas également
beaux ; fon Paradis perdu , fon Comus ,
& quelques autres , brillent au milieu de
plufieurs plates & infipides compofitions.
Dans fon Paradis perdu même , qui eft
fon principal ouvrage , il y en a près du
tiers prefqu'entièrement dénué , non feulement
d'harmonie & d'élégance , mais
encore de cette force d'imagination qu'on
68 MERCURE DE FRANCE.
admire dans le refte. L'inégalité ( 3 ) na→
turelle du génie de Milton , fe joignoit
encore aux inégalités de fon fujet , dont
quelques endroits font d'une élévation
fupérieure à tout ce que l'efprit humain
peut concevoir , & d'autres ne peuvent
fe foutenir que par la richeffe du travail
& l'élégance du détail. Il eft certain que.
lorfque ce Poëte traite un fujet élevé , &
que fon imagination jouit de toute fa liberté
, il eft le plus admirable & le plus
fublime de tous les Poëtes , & je n'en
excepte ni Homère , ni Lucréce , ni le
Taffe. Plus concis qu'Homère , plus fimple
que le Taffe , plus énergique que Lu
( 3 ) Il y avoit des temps dans l'année où le
génie de Milton produifoit avec facilité & avec
abondance , & d'autres où il ne compofoit qu'avec
peine. Il paroît par ces Vers d'une Elegie
Latine de Milton fur l'approche du Printems ,
que c'eft dans cette faifon que fon imagination
étoit dans toute la force.
Fallor? an & nobis redeunt in carmina vires,
Ingeniumque mihi munere veris adeft?
Munere veris adeft ? iterumque vigefcit ab illo ,
( Quis putet ) atque aliquod jam fibipofcit opus .
Je placerai ici un mot fingulier fur Milton. M.
Richardfon dans fes remarques fur la vie & les
ouvrages de ce grand homme , dit : que c'étoit un
Ancien né deux mille ans après Terme.
JANVIER . 1760 .
69
créce , s'il eût vêcu dans un fiècle plus
cultivé , & qu'il eût adouci la rudeffe que
l'on trouve quelquefois dans fes vers ; s'il
eût eu affez de fortune & de loifir pour
attendre & faifir les retours heureux de
fon génie , il auroit atteint le faîte de la
perfection humaine , & enlevé la palme
du Poëme épique.
On fçait affez que Milton n'a jamais
joui pendant fa vie de la réputation qu'il
méritoit. Son Paradis perdu fut longtemps
négligé : les préventions qu'on avoit
confervée contre l'Apologifte des Régicides
, & contre un ouvrage encore
teint du jargon de ces temps fanatiques ,
déroboient aux yeux des ignorans les
beautés extraordinaires de cet ouvrage.
L'édition que le Lord Somers en fit faire
environ vingt ans après la mort de l'Auteur
, commença fa réputation ; & le Libraire
Tonfon dans la Dédicace qu'il mit
à la tête d'un autre édition , en parle
comme d'un ouvrage qui commençoit
feulement à être connu. Il ne paroît pas
que l'on ait jamais fait beaucoup de cas
du Poëme de Milton , lors même que fon
parti étoit triomphant ; Whitloke parle
d'un certain Milton , c'eft ainfi qu'il l'appelle
, comme d'un aveugle que l'on
employoit à traduire un traité du Suédois
70 MERCURE DE FRANCE.
"
en latin. De femblables expreffions fon
plaifantes aux yeux de la poftérité qu
confidere conbien le nom de Whitloke
lui- même , quoique Lord- Garde , Ambaffadeur
, & même homme de beaucoup
de mérite & de capacité , eft aujourd'hui
obfcur & inconnu , en comparaiſon de
celui de Milton .
Il n'eft pas étrange que Milton n'ait
reçu aucun encouragement après la reftauration
il faut bien plutôt admirer
qu'il ne lui en ait pas coûté la vie. Plufieurs
cavaliers condamnerent hautement
cette indulgence à fon égard qui fit tant
d'honneur à Charles II , & qui a été fi
avantageufe à la poftérité. On dit qu'il
avoit fauvé la vie à Davenant fous le
régne du Protecteur , & que Davenant à
fon tour lui rendit le même ſervice après
la reftauration. Les gens de lettres doivent
toujours regarder les rapports de
goût & d'étude comme de puiffans motifs
d'union , que les différences d'opinions
& de partis ne doivent jamais rompre.
C'est au milieu de l'indigence & des dangers
qui menaçoient fa liberté & fa vie
que Milton vieux & privé,de la vue compofa
le poème admirable qui furpaffe non
feulement tous les ouvrages de fes contemporains
, mais encore tous ceux qui
JANVIE R. 1760.
71
font fortis de fa plume , dans la vigueur
de la jeuneſſe , & dans le temps de fa
plus grande poftérité . Cette circonstance
n'eft pas la moins finguliere de celles
qu'on trouve dans la vie de ce grand
génie.
Waller ( s ) eft le premier qui ait épuré la
poëfie Angloiſe, ou du moins la verification
rimée. Mais fes ouvrages font défigurés
par bien des fautes , & ce qui eſt
plus effentiel encore , ils n'offrent que des
beautés foibles & fuperficielles. La gaîté ,
l'efprit & le naturel caractériſent fon génie
; il n'afpire point au fublime , & encore
moins au pathétique . Il parle de l'amour
fans infpirer aucun fentiment de
tendreffe , & il abonde en éloges , fans
jamais exciter l'admiration . Waller étoit
né avec une fortune confidérable ; il pa-
(4 ) Waller a paffe jufqu'ici pour le Poëte
d'Angleterre qui a eu le plus de goût & de délicateffe
; c'eft l'Anacréon & l'Horace des Anglois
. Il paffa la vie à la Cour , & il en prit lés
moeurs. Il fe prêta à tous les partis fans en
époufer aucun , & flatta tous les Souverains fous
lefquels il vêcut. Il loua tour- à- tour & Charles I
& Cromwel, & Charles II . Selon lui ,
Le Monarque qui régne est toujours leplus grand, į
C'eft fans doute fon inconftance & les adula--
tions que M. Hume appelle les erreurs de fa vie .
72 MERCURE DE FRANCE.
rut de bonne heure à la Cour , & paffa
fa vie dans la meilleure compagnie . Il pof
féda le talent de l'éloquence auffi bien
que celui de la poefie , & jufqu'à fa mort
qui n'arriva que fort tard , il fut l'idole
de la chambre des Communes. Les erreurs
de fa vie doivent être plutôt attribuées
à un défaut de courage qu'à un défaut.
d'honneur & de probité.
(5) Cowley eft un Auteur très - cor-
(5 ) Le jugement que M. Hume porte de
Cowley paroîtra bien févère , fi on le compare
avec ce qu'en ont dit les meilleurs Critiques Anglois
. Driden dit que ce Poëte furpaffe tous les
autres par le feu & l'abondance de l'imagination ,
& qu'il a porté la poësie pindarique auffi près de
laperfection qu'ilétoit poffible . Congreve dit qu'il
a fouvent égalé Pindare pour la fublimité duftyle
& la beauté des images . On ne fçait , dit le Chevalier
Denham , qui l'emporte dans Cowley de la
Nature ou de l'Art. Le judicieux Adiffon en parle
comme d'un des plus grands Poëtes d'Angleterre.
Pope a placé des plaintes touchantes fur fa
mort dans la Forêt de Windfor. Qui charmera
déformais ces ombrages où Cowley montoit autrefois
fa lyre &c. Et voilà M. Hume qui le met
aujourd'hui fort au- deſſous du médiocre comme
Poëte : ces fentimens font bien contradictoires !
11 femble que M. Hume veuille répandre fur
la Littérature comme fur la Philofophie les ombres
du Pirrhonifme. Le feul point fur lequel
tous les Écrivains s'accordent à l'égard de Cowley
, c'eſt ſur l'honnêteté & la douceur de fes
rompu
JANVIER . 1760. 73
rompu par le mauvais goût de fon ficcle ;
mais quand il auroit vêcu dans les plus
beaux jours de la Gréce & de Rome , il
auroit toujours été un Poëte très - médiocre.
Il n'avoit point d'oreille , & fes
vers ne font diftingués de la profe que
par la rime qui les termine. Sa poefie
fans douceur & fans harmonie n'offre
pour l'ordinaire que des fentimens forcés
, des allégories obfcures , des allufions
éloignées , & des idées alambiquées.
On apperçoit cependant quelquefois au
milieu de ces conceptions peu naturelles
beaucoup de fineffe & de force de penfées.
Cowley a quelques Odes anacréontiques
charmantes par la gaîté & la facilité.
On aime dans fes ouvrages de profe
l'honnêteté & la bonté qui femblent s'y
peindre , & un certain ton d'humeur &
de mélancolie qui attache. Cet Auteur a
été beaucoup plus loué & plus admiré
pendant fa vie , & a eu plus de réputation
après fa mort que le grand Milton même.
Le Chevalier Jean Denham a fait voir
dans fon poëme du Mont- Cooper une
vigueur & une élévation que l'on n'avoit
mours. Son plus bel éloge eft forti de la bouche
de Charles II. Ce Prince dit en apprenant la
mort : M. Cowley n'apas laiffé de plus honnête
homme que lui en Angleterre.
·I, Vol.
74 MERCURE DE FRANCE.
encore trouvée dans aucun des Poëtes
Anglois qui ont écrit en rimes . Les difficultés
méchaniques de ce genre de vers ,,
ont retardé fes progrès.
Shakeſpeare , dont les fcènes tragiques
ont une énergie & une chaleur fi admirable
, n'eft plus qu'un Poëte ordinaire
lorfqu'il veut rimer. La précifion & la
netteté manquent particuliérement aux
poëfies du Chevalier Denham .
Parmi les Ecrivains de ce fiécle il n'y
en a aucun qui ait eu autant de célébrité
& dans fa patrie & chez les Etrangers
que Hobbes. Aujourd'hui fes écrits font
fort négligés fon exemple prouve combien
les réputations font incertaines &
précaires , lorfqu'elles ne font fondées
que fur des ouvrages de raifonnement &
de philofophie . Une comédie agréable qui
nous peint les moeurs d'un fiécle & nous
offre un tableau fidèle de la nature , eft
un ouvrage durable qui paffera à la pof
térité la plus reculée ; mais un fyſtême
de phyfique & de métaphyfique ne doit
fon fuccès qu'à fa nouveauté. Dès qu'on
l'analyse avec impartialité , on découvre
bientôt fon infuffifance . La politique de
Hobbes femble ne tendre qu'à exciter
la tyrannie , comme fa morale n'eft
propre qu'à encourager la licence . QuoiJANVIE
R. 1760. 75
qu'il foit ennemi de toute Religion , il
n'a rien de l'efprit de fcepticifme ; il eft
au contraire auffi dogmatique & auffi
tranchant que fi la raiſon humaine , & fa
propre raifon en particulier , pouvoit atteindre
à une pleine conviction fur ces
matières. La clarté & la propriété d'expreffions
forment le mérite principal des
écrits de Hobbes : quant à fon caractère
perfonnel , il paroit avoit été un homme
de probité ; ce qui ne doit point étonner
malgré le libertinage de fon fyftême
de morale. La timidité eft le plus grand
défaut qu'on lui reproche : il a vêcu jufqu'à
un âge très avancé fans pouvoir jamais
aguerrir fon imagination contre la
penfée de la mort . Ce trait de fon caractère
forme un contrafte bien fingulier
avec l'audace de fes opinions & de fes
principes .
L'Oceana d'Harrington ( 6 ) étoit ap-
( 6 ) On trouvera dans la première Partie de
cette Traduction , ( Merc. de Décembre, pag. ss .)
une note fur Jean Harrington , qui feroit mieux
placée ici. Harrington établit pour principe dans
fon Oceana que tout bon gouvernement doit être
compofe d'un Sénat qui délibére & qui propofe , du
Peuple qui décide , & du Magiftrat qui exécute ; &
il prétendoit que la République des Hébreux
étoit formée fur ce modele. Il dit entr'autres
chofes que les Ifraëlites choifirent Dieu pour leur
Dij
MERCURE DE FRANCE.
proprié au goût d'un fiécle où les fyftêmes
de Républiques imaginaires étoient
le fujet continuel de toutes les difputes
& de toutes les converfations ; on admire
encore aujourd'hui le génie & l'invention
qui brille dans cet ouvrage. Au reſte
l'idée d'une République parfaite & éternelle
fera toujours auffi chimérique que
celle d'un homme parfait & immortel .
Le ftyle d'Harrington manque de douceur
& de facilité , mais ce défaut eft
réparé par la folidité de l'ouvrage.
( 7 ) Harvey a la gloire d'avoir fait par
Roi , & qu'ils le dépoférent enfuite , & que rien
n'a eu force de loi chez eux que ce qui avoit été
déterminé par le Peuple.
(7 ) Il est bien vrai qu'il n'entra dans fa découverte
de la circulation du fang aucun de ces hazards
heureux qui ont produit prefque toutes les grandes
inventions , mais il eft vrai auffi qu'Harvey
ne dut pas à fon génie feul cette belle découverte,
Il y fut amené par des vérités particulières , apperçues
avant lui , & qui l'ont conduit facilement
à celle-là. L'efprit humain ne cherche que par
degrés , & toutes les vérités d'obſervation ne le
développent que par une progreffion lente & fenfible
; on en voit les femences le préparer, germer
& murir, Je ne prétends pas renouveller içi
l'injufte & ridicule imputation de Plagiat , dont
on a chargé Harvey. Il a eu le fort de tous les
Inventeurs. Lorsqu'il écrivit que le fang circule
continuellement dans le corps , on lui dit que
cela n'étoit pas vrai , & lorfqu'il fut prouvé que
JANVIER. 1760. 77
raifonnement feul , & fans le fecours du
cela étoit vrai , on dit que cela n'étoit pas neuf.
On trouve la circulation du fang dans Hippocrate
comme on avoit découvert l'attraction dans
Empedocle ou la Trinité dans Platon . Il est bien
fûr qu'Hippocrate ne connoiffoit pas la circulation
, lui qui plaçoit l'ame dans le côté gauche
du coeur , d'où il difoit qu'elle faifoit mouvoir le
fang à ſon gré fans aucune loi conftante & certaine.
Le premier pas que l'on a fait vers cette gran
de vérité eſt dû vraisemblablement à Michel Servet
, le même qui fut brulé à Genève , plutôt
pour avoir dit des injures à Calvin , que des abfurdités
fur la Trinité . Il établit très- clairement
dans fon Chriftianifmi reftitutio , imprimé en
Iss3 , que le fang palle à travers les poûmons du
ventricule gauche du coeur au ventricule droit ,
fans paffer par la partie qui fépare les deux ventricules
, comme on le croyoit communément.
On peut voir le paffage de Servet dans la Bibliothèque
Angloife 1717 , Tom. I , pag. 309.
Realdus Colombus,Médecin de Crémone, en parla
enfuite avec plus de précision encore que Servet.
André Cifalpinus , dans fes queflions fur la
Médecine ( ann. 1593. ) étendit cette vue plus
loin & indiqua affez clairement la circulation .
Quant à ce qu'on a prétendu que le célèbre
Fra-paolo avoit deviné les valvules des veines ,
mais que la crainte de paffer pour hérétique l'avoit
empêché de publier cette nouveauté , il n'eſt
pas bien prouvé que ce foit une fable. Je finirai
cettelongue note par un paffage d'un Ecrivain Anglois
, jaloux comme tous les Anglois de la gloire
de fes compatriotes , mais qui a écrit avec beaucoup
de jugement & d'impartialité fur les travaux
des Modernes. C'eft M. Wotton , ( Réflex .
D- iij
8 MERCURE DE FRANCE.
hazard , une découverte importante dans
l'une des branches les plus effentielles de
la philofophie. Il a établi en même tems
fa théorie fur les preuves les plus folides
& les plus convaincantes , & la poftérité
n'a ajouté que peu de chofe aux raifons
que fa fagacité & fes travaux lui avoient
fuggerées. Son Traité de la circulation du
fang eft encore embelli par la hardieffe &
la chaleur qui accompagnent ordinairement
l'efprit d'invention . Ce grand homme
fut très favorifé par Charles I , qui
lui permit de prendre dans fes forêts
toutes les bêtes fauves dont il auroit
befoin pour perfectionner les découvertes
fur la génération des animaux.
-
On nous a laiffé dans ce fiécle beaufur
la Littérature ancienne & moderne. ) Il rap
porte les fentimens d'Ariftote , d'Hippocrate , les
découvertes de Servet & de Colombus , & dit.
enfuite : Le chemin étoit tracé quand Harvey parut
; il bâtit fa doctrine fur les obfervations de
ceux qui l'avoient précédé ; & il trouva l'ouvrage
d'autant plus avancé que l'ufage des valvules des:
veines avoit été découvert par le P. Paul de Vencie
, & expliqué enfuite par Fabricius d' Aquapen
dente. Harvey acheva de donner à fon hypothefe
la démonftration dont elle étoit fufceptible . Quoi
qu'il en foit , il eft clair qu'Harvey a fenti le.
premier toute l'étendue & la généralité de cette
découverte , & qu'il l'a développée & établie avec
une force, une clarté & une fupériorité de raifonnement
qui caractériſe l'invention & le génie..
JANVIER . 1760.
coup de matériaux pour l'Hiftoire ; mais
il n'a produit aucun Hiftorien fupérieur :
Clarendon cependant fera toujouts regardé
comme un Auteur agréable , même
indépendamment de la curiofité qu'on
les peut avoir pour faits qu'il rapporte
Son ftyle eft redondant & diffus , il nous
fuffoque par la longueur des périodes ;
mais il eft animé par l'imagination & le
fentiment , & il nous plaît en même tems
que nous le condamnons. Clarendon à
Fair plus partial qu'il ne l'eft en effet ; il
paroît fans ceffe occupé à juftifier le Roi ,
mais ſes motifs de juftification font ordinairement
bien fondés. Il eft plus fidèle
dans la narration des faits que dans la
peinture des caractères : il eft trop honnête
homme pour altérer les faits , & fes
préventions lui ont fait quelquefois déguifer
les caractères fans qu'il s'en apperçût
lui- même. D'ailleurs fon ouvrage eft
embelli par un certain air de bonté &
de probité , qui peint les moeurs & l'ame
de l'Auteur.
Ce font là les principaux ouvrages
qui méritent l'attention de la postérité.
Pour ces fatyres de parti , ces déclamations
de la chaire , ces controverfes théologiques
, il y a longtems que ces abfurdes
& innombrables productions dont l'An-
Div
So MERCURE DE FRANCE
gleterre étoit alors innondée , font tombées
dans le mépris & l'oubli ; des Ecrivains
même tels que Selden , dont l'érudition
faifoit le plus grand mérite , ou
Chillingworth qui a difputé avec beaucoup
de fubtilité contre les Papiftes , ne
feront jamais mis au rang des Ecrivains
claffiques de notre nation.
Cet excellent morceau de littérature , dont je
donnerai la fuite dans le Mercure prochain , eſt
traduit par M. Suart , connu des gens de lettres &
des fçavans pour un efprit de la meilleure trempe
, plein de lumières & de goûr.
FRAGMENS du quatrième Livre des
GEORGIQUES de Virgile .
ONN eft d'accord que les bons Poëtes,
& furtout les Poëtes anciens , ne peuvent
être traduits qu'à leur défavantage.
Ils y perdent leur couleur & leur harmonie
naturelle , beautés précieuſes dans la
Poëfie en général , plus précieufes encore
dans les Poëmes dont elles font les qualités
dominantes;& ineftimables dans les
Géorgiques de Virgile , le mieux écrit des
Poëmes latins . On ne peut donc guére efpérer
d'en avoir dans notre langue que de
foibles imitations , foit du côté du coloris
qui fera toujours altéré , foit du côté de
l'harmonie , dont nos vers n'ont confervé
JANVIE R. 1760 .
qu'une ombre. Quant aux détails de l'agriculture
, ils s'ennobliffent chaque jour
parmi nous , & à l'honneur de notre fiécle
, nous commençons à entendre fans
dégoût les termes de l'art qui nous nourrit.
Nous n'en fommes pas encore à regarder
comme honorable pour un Roi un
cortège de deux cens charrues attelées ;
mais la Philofophie a fait aſſez de progrès
pour impoſer filence à cette vaine délicateffe
, qui a énervé la langue à force
de la polir,& c'eſt un obstacle de moins à
la traduction des Géorgiques de Virgile.
On nous en promet une d'un homme célèbre
; mais l'effai que je vais donner eft
d'un jeune homme qui commence & qui
me paroît mériter toute forte d'encouragemens.
Après la Dédicace à Mécène , il
débute ainfi :
Aux Abeilles d'abord que vos foins vigilans
Préparent un afyle inacceffible aux vents :
Un fouffle impétueux arrêtant leur cohorte
Lui fait abandonner le butin qu'elle apporte
Eloignez d'alentour ces troupeaux bondiffans
Qui foulent l'herbe tendre & les gazons naiſſans ,
Et font tomber des fleurs ces perles de roſée
Qui brillent le matin fur la plaine arrofée :
Ecartez le lézard peint de mille couleurs
Dv
Sz MERCURE DE FRANCE.
Progné dont le plumage annonce les malheurs ,
Les frélons pareffeux , & ces oifeaux avides
Qui fondent tout -à-coup fur vos effains timides ,
Les faififfent dans l'air , & volant dans leurs nids
De ce repas cruel vont nourrir leurs petits .
Qu'auprès de leur demeure une onde fraîche &
1
pure
Des prez en murmurant careffe la verdure :
Qu'un fauvage olivier , & qu'un palmier épais
De leurs rameaux unis ombragent leur palais :
Au retour du printemps quand leur vive jeuneffe
Près de fon nouveau Roi fe raffemble & s'em
prelle ,
Et va fous un ciel pur fe jouer dans les champs
Le frais délicieux de ces gafons rians
Et des arbres touffus dont le bois s'entrelaffe
L'ombrage officieux l'arrête & la délaffe ...
Du thim , du romarin l'ambre délicieux ,
Et mille autres parfums embaumeront ces lieux
La parmi les gafons humblement inclinée
La pâle violette annoncer a l'année....
Soitque de vos effains les paifibles réduits
Soient tiffus d'un jong fouple , ou d'écorce conf
truits ;
Ne leur laiſſez jamais qu'une étroite ouverture....
Nouvelle colonie errante à l'aventure ,
Souvent on les a vûs choifir pour le cacher
Du le creux d'un vieux chêne ou les flancs d'un
rocher.
JANVIE R. 1760. 8';
Sécondez leur prudence , & que leur toît fragile
Soit couvert de feuillée , & cimenté d'argile :
Eloignez d'alentour les ifs contagieux ;
Ne les placez jamais près d'un marais bourbeux ,
Ni près de ces amas de roches efcarpées
Qui nous rendent la voix dont elles font frappées.
Lorſque le Roi brillant de l'Empire de l'air
A fous notre horifon précipité l'hyver ,
Voyez près d'un ruiffeau leurs troupes vagabon
des ;
Là d'une aîle légere ils effleurent les ondes.
Bientôt ils vont chercher dans les champs reffeuris
La lavande & le thim , leurs mêts les plus chéris
Et le foir dans leurs nids revolant avec joie
Vont revoir leurs enfans & dépofer leur proie
Et là du fuc des fleurs leur art induſtrieur
Compofe de leur miel le tréfor précieux.
Lorſque dans un beau jour , tel qu'un nuage
immenſe ,
༡ A vos yeux étonnés leur bataillon s'avance ,
nage lentement dans le vuide des airs ;
Aux bords d'un clair ruiffeau , fous des ombrages
Et
verds
Répandez des parfums ies vapeurs odorantes
Faites entendre autour les cimbales bruyantes
Là pour le repofer s'abattront vos ellains ;
Ilsreviendrons le foir remplir leurs magafins
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
Entre deux Rois rivaux la difcorde cruelle
Allume quelquefois une guerre mortelle.
Mais vous pourrez dès - lors preſſentir ailément
L'effet tulmultueux de leur reffentiment.
Tel que l'airain bruyant , précurfeur des batailles
Des bourdonnemens fourds rempliffent leurs mu
railles ;
Et foudain enflâmés d'une bouillante ardeur
Leurs efcadrons épars s'attroupent en fureur .
Leur corps pour le combat prend des forces nou
velles. ,
Ils aiguilent leurs dards , ils agitent leurs aîles;
Et rangés près du Roi , ces efcadrons volans
Appellent à grands cris leurs ennemis trop lents.
Si le jour eft ferein , leurs ardentes cohortes
S'élancent tout-à-coup , & franchiffent les portes.
On fe mêle , on combat , le bruyant bataillon
Forme au milieu des airs un épais . tourbillon .
Des Cieux précipités les morts jonchent la terre,
Les autans aux forêts lorſqu'ils livrent la guerre
Font pleuvoir moins de glands des chênes agités.
Leur Roi tout brillant d'or , vole de tous côtés ;
Il va dans tous les rangs échauffer le carnage ,
Et dans un foible corps déploye un grand courage.
La mort ne peut enfin affouvir leur fureur
Qu'un des partis vaincu ne le.céde au vainqueur
Que votre main dans l'air jette un peu de pouffiere
Elle éteint tout-à-coup cette ardeur meurtriere.
JANVIE R. 1760. 85
Lorsqu'ils font rappellés de ce combat fatal ,
Du maître légitime immolez le rival ;
Mais lorsque vous verrez leurs troupes incertaines
Pour voltiger dans l'air , ou jouer dans les plaines,
Oublier leurs travaux , & déferter leurs toîts ,
Arracher fans pitié les aîles de leurs Rois.
Que l'ambre précieux des fleurs les plus brillantes
Arrête vos effains dans des plaines riantes ;
Que Priape en fa main portant fa longue faulx
Y donne l'épouvante aux avides oiſeaux:
Vous-même , pour fixer leur courſe vagabonde,
Embelliffez pour eux cette plaine féconde .
Que la rofe & l'oeillet parfume leur féjour ;
Que les fruits les plus doux mûriffent à l'entour ;
Et que les pins altiers deſcendus des montagnes
Viennent de leur rameaux ombrager les campagnes.
Si mon frêle vaiffeau fur les ondes flottant ,
Ne fe hâtoit d'entrer dans le port qui l'attend,
Peut-être , invitant l'art à fervir la nature ,
Ma Mufe des jardins chanteroit la culture ,
Peindroit l'oeillet vermeil , & la rofe & les lys ,
La tulipe étalant fon or & fes rubis ,
Ces végétaux heureux dont l'utile verdure
Se plait à s'abbreuver d'une onde vive & pure ,
Et les rameaux pliants du docile arbrifſeau
Que l'art induſtrieux fait courber en berceau ;
Le liere tortueur rampant dans nos boccages ,
6 MERCURE DE FRANCE.
Le myrthe qui fe plaît fur d'humides rivages ,
Et les flancs arrondis de cet énorme fruic
Qui preffe en ferpentant le champ qui l'a produit.
J'ai vu fous les remparts de l'antique balie
Un vieillard fortuné couler en paix ſa vie :
Aux bords du Galefus qui dans des champs féconds
Arrofe de Cérès les flotantes moitfons ,
Ce vieillard cultivoit (on tranquille héritage .
Là mes yeux n'ont point vu dans un gras pâturage
Errer en mugiffant de fuperbes troupeaux ,
Ni les dons de Bacchus couronner des côtea ux.
Un parterre de fleurs , quelques plantes heureuſes
Qu'élevoient avec foin fes mains laborieuſes ;
Un jardin , un verger , dociles à fes loix ,
Lui donnoient le bonheur qui s'enfuit loin des Rois.
Des fruits qu'avec plaifir ſes yeux avoient vu naître
Ses mains couvroient le foir une table champêtre..
Il cueilloit le premier les rofes du printems ,
Le premier de l'automne amaſſoit les préfens
Quand les froids aquilons des rapides rivieres
Enchaînoient dans leurs lits les ondes prifonnieress
Quand les rochers brifés cédoient à leur fureur
Des zéphirs parelleux accufant la lenteur
Déjà la ferpe en main , de l'acanthe docile
Ce vieillard retranchoit le feuillage inutile.
Il voyoit le premier d'innombrables effains
Faire couler leur miel dans fes heureuſes mains
La Flore tous les ans confervoir à Pomone
JANVIER. 1760. 87
Les fruins que le printems promettoit à l'automnes.
Là pour flatter les yeux , placés en rangs égaux,.
Des pins audacieux , de fuperbes ormeaux ,
L'arbre dont le buveur aime l'épais ombrage ,
Le chêne , le tilleul confondoient leur feuillage.
Mais d'autres chanteront tous ces objets divers.
Le temps fuit, je revole à l'objer de mes vers.
Admirons aujourd'hui dans ce Peuple fi lage:
Ce merveilleux inſtinct qu'il reçut en partage,.
Quand fur le mont Ida leur zèle officieux
Nourrit dans le berceau le Souverain des Dieux ;-
Quand les bourdonnemens de leur troupe fidèle
Se mêlèrent aux cris des Prêtres de Cybèle.
De tant d'êtres divers eux feuls unis entr'eux ,
D'un Etat politique ont fçu former les nouds..
Dans les mêmes travaux ils confument leur vie ,,
Eux feuls ils ont connu le doux nom de Patrie ;
Et dans les mêmes murs foumis aux mêmes Rois
Paifibles Citoyens faivent d'égales loix.
Pour la froide faifon leur utile fagelle
Groffit pendant l'Eté leur commune richeffe.
De ce Peuple nombreux pour foulager la faim ,
Les unes dans les champs vont moillonner le thim
Des jeunes Citoyens , d'autres formant l'enfance ,
Cultivent de l'Etat la débile efpérance.
Une autre d'un miel pur épaiflit les rayons,
At d'un nectar brillant dore fes pavillong
88 MERCURE DE FRANCE.
Plufieurs en fentinelle aux portes font placées ;
Plufieurs vont décharger leurs compagnes laffées.
D'autres vont confulter les préfages des Cieux ,
Ou chaffer le troupeau des frêlons envieux.
Tels les fils de l'Etna, dans leur prifon brulante,
Se hâtent de forger la foudre étincelante.
L'un tour-à-tour enferme & déchaîne les vents ;
L'autre plonge l'acier dans les flots frémillans ;
L'autre attife & nourrit le brafier qui s'allume .
L'Etna tremblant gémit fous le poids de l'enclume ,
Leurs bras appefantis foulevés lentement
A coups précipités frappent l'airain brulant ;
Et d'un mordant acier les branches rapprochées
Roulent fous les marteaux les foudres ébauchées.
Vos effains montreront à votre oeil enchanté
Pour de moindres travaux la même activité .
Chacune a fon emploi : celles qu'affoiblit l'âge
De l'enceinte des murs ont la garde en partage.
Par leurs foins élevés contre les vils frêlons ,
De folides remparts défendent leurs rayons ;
Ou de l'art des humains leur adreffe rivale
Conftruit de leur palais l'ingénieux Dédale.
Les plus jeunes , du thim vont recueillir la fleur
De fon calice ouvert expriment la liqueur ;
Et du faffran vermeil , ou des roſes naiſſantes ,
Enlèvent en volant les déponilles brillantes
Et le foir fous leurs toîts leur diligent effain
Rapporte avec effort cet immenfe butin,
JANVIER. 1760 .
89
On les voit s'occuper , ſe repoſer enſemble.
Pour leurs communs travaux l'aurore les raffemble.
Le ſignal eſt donné ; leurs bataillons ardens
Tout-à-coup déployés s'élancent dans les champs.
L'approche de la nuit interrompt leur ouvrage :
Leur troupeau difperfé fur les fleurs du rivage
Revient fe délaffer des fatigues du jour :
De longs bourdonnemens annoncent leur retour.
Un miel pur & frugal ranime leur foibleffe
Leur couche les reçoit ; on fe taît , le bruit ceffe.
Un filence profond régne jufqu'au réveil ,
Et ce peuple affoupi s'abandonne au fommeil.
;
Quand les airs frémiffans annoncent les orages,
Quand d'humides vapeurs groffiffent les nuages ,
Sous un ciel menaçant , les timides effains
N'ofent tenter alors des voyages lointains.
A l'abri des remparts de leur cité tranquille
Ils vont puifer une onde à leurs travaux utile ;
Ou de fable dans l'air quelque grain emporté
Donne un jufte équilibre à leur corps agité.
Ainfi le matelot qu'un orage épouvante ,
Leſte d'un poids utile une barque flotante .
Sans l'Amour ni Vénus repeuplant leurs états,
Par de honteux plaifirs ils ne s'énervent pas.
Les jeunes citoyens que nourrit la patrie ,
Dans les flancs maternels n'ont point reçu la vie ,
Sur le duvet des fleurs des infectes rampans
90 MERCURE DE FRANCE.
Adoptés par l'Etat deviennent fes enfans ;
Et des ans deſtructeurs réparant le ravage ,
De cette Cour brillante éternifent l'ouvrage.
Souvent en voltigeant contre un rocher aigu ,
Leurs aîles ont briſé leur fragile tiſſu ;
Et regrettant le prix de leur noble induſtrie ,
Sous leur charge pefante elles rendent la vie.
De leurs jours paſſagers éteignant le flambeau ,
Lefort après fept ans les replonge au tombeau
Mais leur Etat fubfifte , & leur race immortelle
Compte de longs ayeux une fuite éternelle.
Le Méde , le Perfan , le fage Egyptien ,
Les Peuples de l'Euphrate , & le noir Indien ,
Profternés en tremblant aux pieds de leurs Mo
narques ,
Du pouvoir fouverain refpectent moins les mar
ques.
Mais heureux fi le Ciel lui conferve fon Roi ,
Ce peuple , s'il le perd , ne connoît point de lo
Defon riche palais les tréfors fe difperfent ;
Ses travaux font détruits , fes remparts fe ren
verſent .
C'eſt l'appui de l'Etat : leurs flots impétueux
Suivent en frémiffant ce Roi majestueux.
L'aîle de ſes ſujets dans les champs de Bellone ,
Pour l'élever dans l'air fouvent lui fert de trône ;;
Leurs corps font les remparts au milieu des com
bats i
JANVIER. 1760. 91
Ils briguent fous fes yeux un glorieux trépas.
Ces traits ont fait penfer que l'effence éternelle
Leur donna de ſa flamme une pure étincelle ;
Que fon fouffle divin répandu dans les corps
De ce vafte Univers fait mouvoir les refforts ,
Remplit en même tems le ciel , la terre & l'onde;
Que dans l'immenfité de cette ame féconde
Les êtres animés qui peuplent ce féjour
Vont puifer le rayon qui leur donne le jour ;
Qu'enfin lorfque la mort , de cette foible argile
A détruit de les mains l'édifice fragile ,
Transformés auffitôt en aftres radieux ,
Des fanges de la terre ils s'envolent aux cieux.
LEE mot de l'Enigme du Mercure
précédent eſt Pelotte aux épingles . Celui
du Logogryphe eft Tactique , dans lequel
on trouve itaque , tiquer , vie , tait , cas
quet , écu , acquit , jeu , cité , attique ,
Tacite , acte , quiet , caque , eau , cave ,
étau , étui , até, víte , Tite , Eu , & vice.
92 MERCURE DE FRANCE.
ENIGM E.
TOUT OUT fier des trésors que je porte ,
J'élevois mon front hériffé ;
Ils m'ont pris , ils m'ont renversé ,
Et m'ont battu de telle forte ,
Qu'enfin je leur ai tout laillé ,
Mais plus pauvre que Job ils m'ont mis à la porte.
Que mon état préfent diffère du premier !
J'arrivai fur un char , je fuis fur un fumier.
LOGOGRYPHE.
SOUouSs mille & mille afpects plus ou moins féduifans
,
J'ai dequoi plaire aux yeux, dequoi flatter les fens
Si dans mes jeunes ans j'embellis la Nature ,
Sur mon déclin , hélas ! que de tourmens j'endure!
Sur mon corps mutilé chacun frappe & lévit ;
De mès membres épars chacun fait ſon profit .
Déplacez l'un des pieds dont mon tout ſe com- -
poſe ,
Ce pied feul pris au centre , à leur tête porté ,
Préſente à tes regards une toute autre choſe
Utile à qui chez foi veut être en fureté .
Regarde tes jardins , ta porte , ta fenêtre ,
Ce corps, même le mien, s'y remarquent peut-être.
JANVIER. 1760 . 93
AUTRE.
MON tout de fept lettres orné ,
N'offre pourtant au regard étonné
Qu'une confonne unie à trois voyelles ,
S'il faut , Lecteur , te dire un mot du jeune objer
Qu'à mon aſpect tu te rappelles ,
Apprends , hélas ! qu'à des nouvelles
Çent fois fon innocence a fervi de ſujet ,
Dans un livre apperçu je n'ai que deux fyllabes ,
Mais chacune eftun mot, & porte un fens complet;
L'une eſt le mot chéri des gens durs , des Arabes ;
L'autre eft celui d'un avorton.
Mais dans un miroir me voit- on ;
Ma forme renverfée y prend un nouvel être ,
D'une fyllabe accru tu m'y verras paroître
Et chacune encor fait un mot,
Mot d'ufage & connu dès le temps de Marot.
Le premier lie , enchaîne , attroupe
Les objets que l'efprit exclut d'un autre groupe.
Un autre eft meſure du temps ,
Mefure comme lui fuyante & paffagère .
Quant au dernier , c'eſt un mot fort de fens ,
Et qui prefque toujours vaut une phraſe entière ;
Mais je l'ai déjà peint, .. Où ? .. Tu vas le favoir ;
C'est un mor que ne peut détourner le miroir.
94 MERCURE DE FRANCE.
LOGOGRYPHUS.
TRINA dabit pedibus cuin fenis fyllaba nonten,
In partes cautus quod fi diviferis æquas ,
Nomen habet prima ,activum tenet altera verbum ,
Sed fi diverfo libeat componere membra
Ordine , repperies in me quod dividat urbem ,
Quot deceat juvenem , fignum commune fene&tæ,
Quodque ignara viri prænofcitur effe puella .
Par M. le Curé de la Ville-du-Bois.
CHANSON.
L'INCONSTA
'INCONSTANT papillon fur l'aîle des zéphirs
Volant parmi les fleurs promène ſes defirs ;
Et fans fixer fon choix on le voit difparoître :
C'eſt le portrait de l'amour Petit- Maitre.
Mais dans un fi riant féjour
Confidérez la Tourterelle ,
Toujours tendre & toujours fidelle ;
C'eſt le portrait de mon amour.
Legerem
L'inconstant papillon sur l'aile
des Zé
phirs, Volantparmi les fleurs promène ses désirs,E
wx
sansfixer son choix on le voitdispa - roure, C'es
3
le portrait de l'amour petit maitre:
Mesure
Mais dans un riant séjour Considérés la
tourterelle , Toujours tendre et toujours fidelle
Toujours tendre ettoujoursfidelle Cest leportrait de
mon amour, C'est le portrait de mon amour.
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOW AND
TILDEN -FOUNDATION
JANVIER. 1760. 95
ARTICLE II.
NOUVELLES LITTERAIRES.
AMENOPHIS ,
Tragédie repréfentée le 12 Nov. 1752..
LEE bruit s'eft répandu qu'on va donner
bientôt une Tragédie de M. Saurin ,
dont le fujet eft la conjuration de Spartacus
; & les perfonnes qui l'ont vue
en parlent avec éloge. Dans cette circonftance
on n'a pas manqué de rappeller
le mauvais fuccès d'Aménophis , Tragédie
du même Auteur : il eft des gens
qui ne croyent jamais ſaiſir affez- tôt l'oc
cafion de nuire. Pour moi , dont le devoir
& l'objet font de rendre juftice aux
talens eftimables , fans prétendre qu'Aménophis
méritât un fuccès qu'il n'a
pas eu , je me propofe de faire voir par
I'Extrait même de la pièce , que l'Auteur
eft très en état de s'élever au-deffus
de ce premier effai ; que fon ftyle en général
eft le vrai ftyle de la Tragédie; que
96 MERCURE DE FRANCE.
fes vers difent ce qu'ils doivent dire avec
nobleffe , avec préciſion , & fouvent avec
énergie ; qu'en un mot Aménophis doit
prévenir en faveur de Spartacus : car ce
n'eſt pas fur quelques traits particuliers
que l'on doit juger du talent d'un écrivain.
Chapelain a de bons vers , le grand Corneille
en a de mauvais ; c'eft le nombre
dominant qui décide . Celui qui fait cinq
cens vers auffi bien qu'il eft poffible ,
a dequoi en faire dix mille avec la même
correction . Les négligences ne prouvent
qu'une compofition trop précipitée ;
& ce n'eft que par l'ufage qu'on s'habitue
à écrire difficilement.
-
Arthéfis , fille de Ménès , Roi d'Hécatompyle
, captive à Memphis dans le
Palais des Rois , eft condamnée à épouſer
Amafis , ufurpateur du trône d'Aménophis
fon amant , qu'elle croit mort dans
un combat. Elle confie fes douleurs à
Iphife qui la confole.
IP HIS E.
Eh quoi ! lorfque la paix à Memphis de retour ,
Pour votre augufte hymen a marqué ce grand
jour ,
Par nos mains , malgré vous,pompeufement parce
En victime à l'Autel , vous marchez éplorée .
Madame , ah ! que je plains l'état où je vous voi !
On
JANVIER. 1760 . 97
On lit dans vos regards & l'horreur & l'effroi ;
Une pâleur mortelle obſcurcit tous vos charmes;
Le voile de l'hymen eft trempé de vos larmes.
ARTHESIS.
Plût au Ciel que ce fût le voile de la Mort !
Qu'a donc fait Arthéfis pour mériter ſon ſort ?
Dieux juftes , dont la main s'appefantit ſur elle !
Iphife lui repréfente que cet hymen
rend à fon pere Ménès fes Etats & fa
Couronne ; qu'Améfis met à fes pieds
Nephté fa fuperbe rivale. Enfin , lui
dit- elle , il vous épouſe , il eft Roi.
ARTHESIS.
Lui , grands Dieux !
Lui Roi ! Je ne connois qu'un tyran dans ces lieux,
Un monftre qui du trône ufurpateur perfide ,
A porté fur fon Maître une main parricide :
Meurtrier d'Apriès , fes droits font fes fureurs.
Il m'époufe, & tu peux demander mes malheurs !
Elle lui avoue fon amour pour Aménophis.
Ce Prince réfugié à la Cour de
fon pere , lui avoit été promis dès l'enfance
; & la gloire qui les animoit l'un &
l'autre fut le principe de leur amour.
Iphife s'étonne que Ménès eût voulu donner
fa fille à un Prince fugitif & détrôné .
1. Vol.
E
98 MERCURE DE FRANCE
ARTHESIS.
Iphife , il n'appartient qu'à des ames communes
De pefer les Mortels au poids de leurs fortunes.
Mes fentimens pour lui n'étoient pas combattus ;
Il n'avoit point de trône , il avoit des vertus ;
C'eſt au fort irrité qu'il les devoit peut - être.
Il connut le malheur avant de fe connoître :
Rarement on eft grand au faîte des grandeurs.
A la Cour de fon pere , entouré de flatteurs ,
Et trop fûr de monter au rang de fes ancêtres ,
L'orgueil & la molleffe auroient été les maîtres
Mais le fort pour tout bien lui laiſſant le danger
D'un trône à conquérir , & d'un Pere à venger ,
A toutes les vertus on exerça fon ame ;
De l'amour de la gloire on y porta la flâme ,
On endurcit fon corps aux plus rudes travaux ;
Du Prince on fit un homme , & de l'homme un
héros.
Je demande à tout Juge impartial fi
celui qui a fait ces vers n'a pas le ſtyle
de la Tragédie ?
Ramefsès, zélé Sujet d'Aménophis dans
le coeur , mais en apparence attaché au
Tyran , reproche à Arthéfis d'avoir confenti
à époufer cet ufurpateur parricide ,
& lui fait entendre que la mort étoit pour
elle préférable à cet hymnen.
JANVIER. 1760. 99
ARTHESIS.
"
4
Eh !me plaindrois-je hélas ! fi je pouvois mourir !
Connois donc Amafis : » ton pere va périr ,
M'a-t-il dit : vois le fer fufpendu fur la tête ;
» Vois aux mains des foldats la flamme touse
» prête;
Ni prieres , ni pleurs ne pourront me toucher.
>> Je vais de ton Pays faire un vaſte bucher ,
Et de fleuves de fang en arrofer la cendre.
RAMESSES.
Quel monftre , juſte - Ciel !
THESIS.
Il a fallu me rendre.
Nephte , qu'Amaſis a forcée à s'humilier
devant fa rivale , veut que Sofis lui immole
Amafis fon frere , qu'il régne luimême
, & qu'il la couronne. Palmis , fa
confidente , faifie d'horreur à ce projet ,
lui demande fi elle n'en eft pas épouvantée
.
NEPHTÉ .
Quand par uncrime heureux un fceptre eſt acheté,
Qui monte fur le trône y trouve fon refuge.
Il n'eſt plus de forfait quand il n'eſt plus de Juge.
Au fecond Acte Aménophis arrivé
inconnu dans le palais de fes Pères,
336806
E ij
Too MERCURE DE FRANCE.
Fugitif à ma Cour , étranger dans Memphis ,
Palais de mes ayeux , oui , c'eft Aménophis.
Apriès eft tombé fous un fer parricide.
Palais teint de fon fang , demeure d'un perfide ;
Tes murs ont vu fonder par le meurtre & l'effroi
Le trône d'un tyran fur la tombe d'un Roi.
Mon Pere mallacré ! ... Mes entrailles frémiffent
Je crois entendre ici fes mânes qui gémiſſent.
Ils ne font pas vengés , & je refpire ! Ah, Ciet !.
Pour comble de malheur , dans les fers d'un cruel,
Arthéfis & Ménès ! .. Ciel vengeur , je t'implore.
Tu le braves , tyran tremble , je vis encore :
Je vis ; & dans ces lieux que tu remplis d'effroi ,
La vengeance & la mort déjà fondent fur toi.
Ce Prince dont on pleure la mort , ſẹ
fait reconnoître à Rameſsès .
RAMÉSSES.
Vous vivez, ô mon Prince ! après tant de douleurs,
Quel fecourable Dieu vous redonne à nos pleurs !
AMENOPHIS.
Dans des ruiffeaux de fang couché fur la pouſſierę
Je touchois , Ramelles , à mon heure dernieres
Eh , plût aux Dieux puiffans , feuls arbitres du
fore ,
Qui tiennent dans leurs mains la victoire & la
mort
JANVIER. 1760. Iof
Qu'en ce combat fanglant à tous les miens funeſte
,
Ils euffent de mes jours éteint le foible reſte !
Dieux cruels , dont le bras voulut me fecourir ;
Vous ne m'avez laiffé ni vaincre ni mourir.
Il vient fe venger & punir le Tyran ,
fecourir Arthéfis & fon pere ; mais il ар-
prend qu'elle s'eft déterminée à époufer
Amafis , & que cet hymen eft le prix de
la paix.
AMÉN OPHIS.
Prix honteux ! paix infâme ! & dont l'indigne loi
D'un vil ufurpateur fait l'Allié d'un Roi.
A cette affreale paix tout étoit préférable.
Soutiens - moi;je fuccombe à ce coup effroyable...
Qu'à la face des Dieux par un noeud folemnel !
Elle ait couvert fon front d'un opprobre éternel.
Arthéfis ! ... ô vertu,n'es-tu qu'une ombre vaine ! ...
Une jufte fureur me faifit & m'entraîne.
J'ai vécu , c'en eft fait , allons.
RAMESSES.
Où courez- vous ?
AMÉNOPHIS.
Dans les bras d'Arthéfis immoler cet époux.
RAMESSES.
Ah ! quittez un deffein à vos jours fi funefte.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE
AMÉN OPHIS.
Tu me verrois trancher ces jours que je détefte
Mais qui n'eft pas vangé n'a pas droit de mourir.
1
Arthéfis , après avoir obtenu la liberté
& le retour de fon pere dans fes Etats ,
réduite au choix de defcendre au tombeau
, ou d'entrer dans la couche nuptia
le avec le Tyran qui vient de recevoir fa
main , Arthéfis eft réfolue à fe donner la
mort. Elle va fe frapper. Aménophis furvient
, & lui arrachant le poignard :
O Ciel ! que faites -vous ?
ARTHESIS .
Quelle pitié cruelle
( Elle le reconnaît. )
Laiffez...Aménophis !
AMÉNOPHIS.
Amante trop fidelle
Vous voulez le rejoindre , il eft à vos genoux.
ARTHÉSI S.
Ah ! Prince , je me meurs... cher amant , eſt-co
vous ?
Voilà
certainement une fituation pathétique
; & bien naturellement amenée.
Aménophis fort dans la réfolution d'immoler
le tyran , & Arthéfis apprend qu'em
effet Amafis expire.
JANVIER. 1760. 103
Dans le troisième Acte Sofis perfuadé
que le coup vient de Nephté , & que l'affaffin
n'eft pas inftruit de leur intelligence
, veut qu'il foit entendu , qu'il accufe
Nephté , qu'elle périffe. Par-là , dit- il , je
régne en paix, & l'eſpoir d'épouſer Arthéfis
me refte. Il fait venir le coupable ; &
pour fe mettre au-deffus du foupçon , il
veut que fans témoin Arthéfis l'interroge
elle-même. Aménophis paroît enchaîne ,
& tombe aux genoux d'Arthéfis.
ARTHESIS.
Du fang d'Amafis quoi cette main fumante
Preffe encor mes genoux ! ....
AMÉNOPHIS.
Ma main eft innocente
ARTHESIS.
Aux mânes paternels tu devois fon trépas ,
Je le fçais , je connois tes droits , ſes attentats :
Il étoit un tyran , le Ciel te fit fon Maître ;
Mais un Prince jamais doit-il agir en traître
S'il a droit de punir , ce n'eſt qu'avec la loi ,
Et tout allaffinat eft indigne d'un Roi.
Un autre a porté le coup mortel au
tyran , lorfqu'Aménophis alloit l'immoler.
L'affaffin a difparu , & le Prince
arrêté dans le lieu même du crime , elt
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
accufé de l'avoir commis. Il va être jugé
par le Tribunal des Prêtres d'Egypte , &
fans doute il fera condamné. Sofis revient
fçavoir quelle a été la dépofition de
l'affaffin , & il reconnoît Aménophis. Ce
n'eſt pas moi ,
moi , dit le Prince , qui ai
frappé le tyran :
J'ignore de quel bras les Dieux fe font fervi ;
Cet honneur m'étoit dû , mais on me l'a ravi.
SOSIS.
Ceffez de feindre , Prince.
AMINOPHIS.
Eh , qui peut m'y contraindre
Qui n'a point à rougir s'abaiſſe - t-il à feindre ?
Si le coup par ma main avoit été porté ,
Je te l'ai déja dit , je m'en ferois vanté :
Eh, de quel front , dis -moi, complice d'un perfide
Teint du fang de tes Rois , noirci d'un parricide ,
Pourrois-tu reprocher à ton Maître outragé
Un meurtre que j'envie , & qui m'auroit vangé ?
Apprends - moi de quel droit un monftre qui
m'opprime.....
SOSIS.
Mon pouvoir eft mon droit , ta foibleffe eft ton
crime.
Il fait arrêter Aménophis ; & Rameſsès
qui vient lui apprendre que le véritable
affaffin n'eft plus , & que Nephté l'a fait
JANVIER. 1760 . 105
périr , Ramefsès lui -même forme le deffein
de tout entreprendre pour délivrer le
Prince.
Dans le quatrième Acte , Nephté reproche
à Sofis de différer la mort du Roi
légitime. Sofis veut qu'il paroiffe jugé par
les loix.
SOSIS.
Je n'en impoſerai fans doute qu'au vulgaire ;
Mais c'eft à lui furtout qu'il importe de plaire.
Sofis tâche d'éblouir Nephté , en lui
difant qu'il va lui donner la foi qu'il lui
a promife; mais dès qu'elle eft fortie : va ,
dit-il ,
Va , je fçaurai bientôt dégager cette foi ;
Tu pourras chez les morts t'aller plaindre de moi.
Aménophis eft dans les fers ; & Sofis
qui feint de le croire le meurtrier du
tyran , apprend à Arthéfis qu'on l'accufe
elle- même d'en être complice.
A vos vertus , ( dit- il ) je rends plus de juſtice ;
Et vous allez vous-même én rehauffer l'éclat ,
En condamnant le Prince & vengeant l'attentat.
ARTHESIS.
Si fa main l'eût commis , ce que vous nommez
crime
Seroit de fa juftice un acte légitime :
Ev
06 MERCURE DE FRANCE
Mais fans examiner s'il eut droit d'en ufer ,,
Sofis ,.eft- ce bien lui qu'il en faut accufer ?
Elle ne diffimule point à Sofis qu'elle
l'en foupçonne lui-même ; & fa douleur
imprudente ne fait que hâter le nouvel
attentat que Sofis a médité.
La fcène où le Prince paroît devant les
Prêtres d'Ifis , qu'on lui donne pour Juges,
eft pleine de force & de nobleffe. Celle ou
Arthéfis le défend & le juſtifie , & où les
Prêtres le condamnent , n'eft pas moins
théâtrale. Enfin la propofition que le
Tyran fait à Arthéfis d'acheter la grace:
du Prince en confentant à l'époufer luimême
, termine cet Acte par une belle
fituation .
ARTHESIS à Aménophis
Quelle mort plus cruelle
Sa rage contre nous pourroit- elle inventer ?-
Non.
Se tournant. vers. Sofis
AMENOPHIS.
Je n'avois pas craint de vous voir hésiters.
ARTHESIS..
Va ,je ne ferai point à tous deux cet outrage :
Je l'avouerai , ta mort étonne mon courage ;
Je t'aime mais , cher Prince , & tes jours & les
miens
JANVIER. 1760.
107
Seroient trop achetés par d'indignes liens.
Aux deftins d'un Tyran l'hymen m'avoit unie
Mais ce qui , pour fauver mon pere & ma Patrie ,
Fut grandeur d'ame alors & générofité ,
Deviendroit aujourd'hui foibleffe & lâcheté.
Sofis ordonne qu'on les fépare ; &
Aménophis va périr.
Acte V. Le frere de Nephté commande :
la garde du Tyran ; Rameſsès a recours
à elle pour fauver le Prince : il lui apprend
que Sofis la trahit elle -même & veut couronner
Arthéfis.
NEPHTE en fortant..
Le traître ! ... Ses projets lui deviendront funeftes ::
O trône, je te perds ; vengeance , tu me reſtes.
Mais bientôt elle revient empoisonnée
trouver Arthéfis ; & en préfence de Sofis
fon complice, elle déclare tous leurs for--
faits. Arthéfis , que le crime environne ,
croit toucher au moment où Aménophis
va être immolé. Tout-à- coup elle le voire
paroître avec Ramefsès & fa fuite.
SOSIS.
Ramefsès & le Prince ! ô trahifon ! o fort !!
Mais dans mes mains du moins j'ai le prix de
ma mort.
SOSIS léve lepoignard fur le fein d'Arthéfis
Evi
Arrête , Aménophis .. g
108 MERCURE DE FRANCE.
AMÉNOPHIS.
Barbare !
SOSIS.
Je vais l'être .
Et puifque de les jours le fort me laiſſe maître ,
Tout trahi que je fuis , c'eſt à toi de trembler..
AMÉNOPHIS.
Que dis-tu malheureux ! tu pourrois immoler...
SOSIS.
Je fçais qu'il faut périr ; mais ma victime eft prête..
Tout fon fang va couler : régne à ce prix.
A.MÉNOPHIS.
Arrête
En ce moment, grands Dieux , qui me fecourra
ARTHESIS , frappant Sofis
Moi...
Telle eft la catastrophe de cette Piéce ,
où le péril pour être plus effrayant encore
n'avoit befoin que d'être prolongé ::
c'eft ce qu'a fait l'Auteur d'Hypermneftre..
La politique d'un fcélérat qui fait périr
l'un par l'autre tous les complices de fes
crimes , & qui s'en réferve le fruit à hui
feul , eft un fujet terrible & qui n'avoit
pas encore été mis fur le Théâtre . M. Saurin
y a obfervé toutes les régles de la
yraifemblance & de l'unité. L'intéret feul
JANVIER. 1760. 109
n'y eft pas affez vif , & cela vient , je
crois , de ce qu'il a donné plus de fierté que de tendreffe
au caractère
d'Arthéfis
& plus de hauteur
que de pathétique
à celui du Prince
. Le grand
art de rendre les malheureux
intéreffans
, c'eft de les rendre
eux-mêmes
très-fenfibles
à leurs
malheurs
. La peinture
des foupçons
& de l'horreur
que s'infpirent
mutuellement
les coupables
, pouvoit
ajouter
dans tout le cours
de cette intrigue
le pathétique
de la terreur
à celui de la pitié ; & d'un côté , tout ce que l'amour
& la vertu dans le malheur
ont de plus touchant
, de l'autre
tout ce que la complicité
des
forfaits
a de plus noir & de plus funeſ- te , pouvoient
faire du tableau
d'Aménophis
l'un des plus intéreffans
qu'on ait vus fur la Scène tragique
, fans rien changer
à l'enchaînement
ni au progrès
de l'action
qui me paroît fagement
conduite.
Mais il n'eft pas étonnant
que dans un premier
ouvrage
où tant de difficultés
fe réuniffent
, on fe contente
de les applanir
, fans creufer
affez avant dans le fajet pour en épuifer
les reffources
. C'eſt
à préfent
que M. Saurin
en peut fen- tir tous les avantages
, en approfondir
les caractères
, en développer
les fituations
, & preffentir
tout l'effet
des contraftes
Tro MERCURE DE FRANCE:
qu'il lui préfente. Mais , je le répéte , cet
effai , tel qu'il eft , ne peut donner qu'u
ne idée avantageufe de fes talens pour
la Tragédie , & de la manière dont il
doit avoir traité la confpiration de Spar--
tacus , cet efclave né du fang des Rois ;
qui avoit pour deffein en brifant fes fers
de rendre la liberté au monde.
HISTOIRE de Dannemarc , Tome I.
contenant ce qui s'eft paffé depuis l'établissement
de la Monarchie , jusqu'à
l'avènement de la Maifon d'Oldenbourg
au trêne. Par M. Mallet , Profeffeur
Royal de Belles Lettres Françoifes ,
Membre des Académies de Lyon &
d'Upfal. A Copenhague , chez les Frè
res Philibert.
DANS
·
ANS l'Extrait
que j'ai donné de l'in
troduction
à l'Hiftoire de Dannemarc
,
( Mercures de Juin & Juillet 1759 , ) on
a vu l'origine & la fondation de cette
Monarchie
, les moeurs , la religion , les
loix & le génie de fes Fondateurs. Tout
cela fe foutint à- peu-près dans le même
état pendant neuf ou dix fiécles , juſqu'à
ce que la lumière du Chriftianifme fe
répandit dans ces climats. Auffi M. Maller
JANVIER. 1760: TIT
paffe-t- il bien rapidement fur les premiers
régnes , depuis Sciold , fils d'Odin
jufqu'à Harald II , vingt - huitième Roi ;
& en Hiſtorien fage , il aime mieux dire
peu de chofe de ces régnes inconnus , que
de répéter des fables dépourvues de vraifemblance
; mais dans le peu qu'il en dit,
on voit les recherches les plus foigneufes
& la difcuffion la plus réfléchie des témoignages
& des faits.
Harald II fit une defcente en Normandie
avec une flotte & une armée
confidérable ,,
pour fecourir le jeune Duc
Richard contre le Roi de France Louis:
d'Outre- mer , qu'il fit prifonnier dans une
bataille. Ce même Harald , moins heureux
dans une guerre contre l'Empereur
Othon I , n'eut pour en obtenir la paix
d'autre condition à fubir que de ſe faire:
baptifer lui & fon fils Suenon , qui n'en
fut pas moins peu de temps après le défenfeur
du paganifme. » L'impatience de
régner , qui en prouve fouvent l'incapacité,
engagea ce jeune homme féroce
» & impétueux à fe révolter contre fon
» pere. Il avoit été élevé , fuivant quel-
» ques Auteurs , dans cette ville de Ju
»lin , ou fous les yeux d'un brave nom-
»mé Palnatoko , la jeuneffe Danoiſe fe
formoit aux vertus inhumaines de ces
"
12 MERCURE DE FRANCE.
ور
temps- là . Plein de la valeur effrénée
»qu'on refpiroit à cette école , Suénon
» crut qu'il ne lui manquoit rien pour
régner : il demande à fon pere une par-
» tie du Royaume , & fur fon refus il
» arme fecrettement ; il fe fait un parti
» chez les Vandales , il promet, aux Da-
" nois , dont le plus grand nombre étoient
" encore payens dans le coeur , de rétablir
» le culte de leurs Pères. Palnatoko lui-
» même ſe joint à lui avec fes Julinois.
» Perfécuté par fon fils , trahi par fes fujets
, le malheureux Harald fe voit
" obligé d'abandonner fon Royaume , &
» de chercher un afyle en Normandie
» auprès de ce Duc Richard à qui il avoit
» rendu dans des temps plus heureux le
» fervice qu'il venoit lui demander à fon
ן כ
tour. Richard lui donna le Comté de
Coutance , en attendant qu'il eût pu
» armer pour la défenſe de fon libérateur.
La reconnoiffance des Princes ,
( ajoute M. Mallet ) » produit rarement
de grands évènemens dans le monde :
celle de Richard étoit fincere , & Ha-
» rald lui dût fon rétabliffement ; mais il
» n'en jouit que peu d'années. Suenon
» loin d'être touché du pardon que fon
pere lui avoit accordé , fe révolta de
nouveau , & Patnaioko fon complice
33
JANVIE R. 1760.
113
»
ayant furpris le Roi dans une forêt accompagné
d'un petit nombre de fes
»gardes , le tua d'un coup de flêche.
» Telle fut la fin tragique de ce Prince ,
» dont le nom doit être cher aux Danois,
s'il eft vrai que le premier de leurs
Rois , il profeffa ouvertement la Re-
» ligion Chrétienne , la favorifa & la fir
» régner avec lui dans fes Etats ; » ce
que l'Hiftorien croit devoir cependant
révoquer en doute .
Le régne de Suenon I , fils & fucceffeur
d'Harald , eft marqué par la conquête
de l'Angleterre en 1014 ; la mort
l'y furprit après un an de régne. On raconte
affez diverfement les circonstances
de cette mort ; & il paroît feulement
qu'elle n'a pas ééttéé nnaattuurreellllee.. »» Quelques
" Auteurs prétendent qu'il fut affommé
» la nuit d'un coup de maffue que lui
» donna l'Ombre de Saint Edmond dont
"il avoit parlé avec peu de refpect.
L'Hiftorien explique ce miracle d'une manière
affez vraisemblable.
Ce régne eft le dernier de la premiere
époque de cette Hiftoire ; c'est- à - dire juſqu'à
l'établiſſement de la Religion Chrétienné
en Dannemarc , depuis l'an 60
avant J. C. jufqu'à l'an 1ois après fa
naiffance.
14 MERCURE DE FRANCE
Avant de paffer aux régnes fuivans
PHiftorien confidére l'état de l'Eglife de
Dannemarc , depuis que la Religion
Chrétienne commença à y être prêchée ,
jufqu'à la fin du régne de Suenon I ; & il
fuit les progrès de cette révolution , la
plus intéreffante , dit- il , que puiffe nous
fournir l'Hiftoire. On y voit les Empereurs
prêcher , les armes à la main , faire
du baptême des Peuples la première condition
de la paix , & planter l'étendart
de la foi avec celui de la victoire. Charlemagne
commença par les Saxons ; » &
39 quand il les eut défarmés & réduits
» il établit , pour les contenir dans l'o-
» béiffance , cette Inquifition cruelle
» connue fous le nom de Tribunalfecret
» ou des Jugemens de Weftphalie. Ce Tribunal
étoit compofé d'un certain nom-
» bre de Juges à qui l'Empereur avoit
»donné le pouvoir de faire mourir , fans
» aucune forme de procès , & partout où
»l'on pouvoit les faifir , tous ceux qui
» avoient abjuré la Religion qu'on les
» avoit contraint de profeffer fans la leur
» avoir fait connoître . C'eft ainfi que les
» Saxons vaincus , affoiblis , diminués
» livrés à des frayeurs perpétuelles , ſe
» foumirent à tout ce qu'on voulut, & de-
» vinrent enfin Chrétiens , fi on peut le
1
JANVIER. 1760. vis
ود
devenir , dit l'Hiftorien , par force &
» fans perfuafion. » Il en fur à- peu- près
de même de tous les autres Peuples du
Nord. » Ces Peuples, ajoute M.Mallet, ne
furent en effet convertis que quand ,
» inftruits & perfuadés , ils eurent donné
»un libre acquiefcement à la doctrine
» qui leur étoit propofée. Il eft difficile
»de dire quand ce temps eft arrivé.
Le fecond Livre de cette Hiftoire com
mence au régne de Canut II , dit le Grand,
trentième Roi de Dannemarc & fecond .
Roi Danois d'Angleterre. On voit dans:
Phiftoire d'Angleterre comment ce royaume
fut difputé à Canut par le vaillant
& malheureux Edmond , & comment le
héros Danois après la mort de fon rival ,
fut couronné par les Anglois eux-mêmes.
A la conquête de l'Angleterre Canut joignit
celle de la Norvége , & il s'éleva ,
dit l'Hiftorien , par fa puiffance autant
que par fa prudence & fa valeur au- deffus
de tous les Rois fes contemporains.
Canut, qui pendant les guerres qu'il avoit
eues à foutenir , avoit montré un courage
féroce , & qui avoit même terni fa
gloire par la lâcheté d'un affaffinat , devint
dans fes profpérités paifibles , un
modèle de piété , de clémence & de bon116
MERCURE DE FRANCE.
té. Après un voyage qu'il fit à Rome ,
» de retour en Angleterre , il ne s'occupa
qu'à y faire régner l'ordre & la juf-
» tice , à donner de bonnes loix , à bâtir
» & à doter des Eglifes , & mourut quel-
» ques années après ( le 12 Novembre
1035 ) après avoir régné 21 ans en
» Dannemarc , 19 ans en Angleterre , &
7 ans en Norvége . » L'Antiquité a bien
des héros qui le cédent à celui- ci ; mais
pour la gloire des grands hommes ce n'eft
pas affez qu'ils faffent de grandes chofes
, il leur faut des Ecrivains qui les
célébrent dignement
.
On voit un monument de la fageffe
de Canut dans le Code qu'il fit compofer
pour prévenir les différends qui
s'élevoient fans ceffe entre les Officiers
de l'armée & de la Cour.
» On dit que peu de temps après avoir
publié ces Réglemens , il lui arriva ,
foit dans le vin , foit dans un mou-
» vement de colere , de tuer de fa pro-
»pre main un de fes Domeftiques , enforte
qu'il fe trouvoit le premier_qui
» eût enfreint fa propre foi auffirôt
qu'il eut repris l'ufage de fa raiſon , il
» vit les conféquences de l'exemple qu'il
» venoit de donner , & pour les prévenir
» il fit affembler les Juges , & le préſen-
99
JANVIER. 1760. 117
» tant devant eux dans la poſture d'un
» criminel , il leur ordonna de prononcer
»fa fentence. Les Juges fe défiant de la
» fincérité du Roi , lui dirent que c'étoit
» affez expier fa faute que de la recon-
" noître ainfi en public , & que cette
» humiliation d'un grand Roi étoit une
»fatisfaction plus que fuffifante pour les
» parens du mort. Canut ne fe contenta
» pas de cette réponſe , & voyant qu'il
» ne pouvoit engager les Juges à parler ,
il fe condamna lui-même à payer 360
marcs d'argent. La Loi n'en exigeoit
» que quarante pour un pareil meurtre ,
" fuivant en cela l'efprit de l'ancienne
Jurifprudence de tous les Peuples du
» Nord qui évaluoit tous les crimes
» en argent. Mais il voulut en payer
» neuf fois autant & confacrer aux pau-
» vres la portion qui lui en revenoit
» en qualité de Roi , afin que la févérité
de la peine croiffant à proportion
» de la fortune & du rang des coupables ,
» elle pûr retenir dans le devoir les hom-
"mes de toute condition . C'est ainsi
» la férocité des moeurs de ce fiècle s'al-
» lioit dans la perfonne de ce Prince à
» ce que la fageffe a de plus ferme & de
plus élevé. »
»
و د
"
>
que
Le trait fuivant eft fort connu , mais il
mérite bien d'être rappellé.
18 MERCURE DE FRANCE.
» Un jour qu'il fe promenoit fur le
bord de la mer , ceux qui l'accompagnoient
l'élevoient jufques au Ciel par
leurs louanges , & ofoient même le
» comparer à Dieu. Canut indigné ďun
» éloge abfurde & impie , voulut leur en
faire fentir l'extravagance. Il fit placer
un fiége dans un endroit qui devoit
» être bientôt couvert par la marée qui
montoit dans ce moment , & s'y étant
affis , il adreffa à la mer ces paroles :
» ô mer ! tu dépens de moi , & cette terre
'n m'appartient ; je te defends d'avancer
» davantage & de mouiller les pieds de
ton maître. Peu d'inftans après , la mer
montant toujours , il fut obligé de fe
retirer précipitamment. » On auroit
fouvent , fi l'on vouloit , de pareilles occafions
de fermer la bouche à la flatterie.
Des enfans de Canut , l'un nommé
Harald, mourut d'une mort prématurée ;
l'autre nommé Horde- Canut , régna peu
de temps , mais affez pour des honorer
fon nom. Il eut pour fucceffeur Magnus
le Bon , Roi de Norvége. Ce fut lui qui
détruifit la ville de Julin ou Jomsbourg ,
cette petite Sparte du Nord , qui s'étoit
fi fouvent révoltée contre les Rois de
Dannemarc dont elle étoit une Colonie ,
& qui rétablie dans la fuite fut renversée
JANVIER. 1760. 119
de nouveau par Valdemar I , dans le
temps qu'elle étoit une des villes les plus
floriflantes de l'Europe.
Le régne de Magnus eft le tableau
d'une guerre opiniâtre & continuelle entre
ce Prince & Suénon , neveu du grand
Canut , qu'il avoit élevé par un excès de
confiance à la dignité de Viceroi ou de
Régent de Dannemarc , & qui abuſant
de fon autorité , fit révolter contre Magnus
les Peuples qu'il lui avoit foumis. Ce
qu'il y a de plus étonnant dans l'hiftoire
de ce Roi digne des temps les plus héroïques
, ceft qu'en mourant il nomma pour
fon fucceffeur ce même Suén on qu'il avoit
eu à combattre toute fa vie , mais dans
lequel fans doute il avoit reconnu les
qualités dignes du trône. Magnus avoit
fur le Royaume d'Angleterre plus de titres
qu'il n'en eûr fallu pour juftifier fes
prétentions. Il avoit un foible ennemi à
détrôner dans Edouard le Confeffeur ;
mais il fut touché d'une Lettre que lui
écrivit ce Prince , & dans laquelle il lui
faifoit quelques reproches de ne pouvoir
borner fon ambition à la poffeffion de
deux couronnes , lui qui s'étoit vu longtemps
privé de toute efpérance d'en pofféder
aucune. Magnus après quelque réflexion
, fit aux Envoyés Anglois cette
120 MERCURE DE FRANCE.
réponſe plus glorieufe que les plus bril
lantes conquêtes
. » C'eft affez en effet
39 que d'avoir deux Royaumes à gouver
» ner , fi Dieu m'accorde affez de fageffe
» pour y réuffir. Je ne puis oublier que
» j'ai été longtemps moi-même errant
» & perfécuté par la mauvaiſe fortune.
» Dites à Edouard que je ne fongerai
plus à lui ôter le Royaume de fes peres,
» & qu'il en peut jouir en paix. Cet exemple
d'un Roi défarmé par la juftice & la
raiſon eft un des traits les plus étonnans
qui foient confacrés dans l'Hiftoire.
39
La candeur , la fianchife , la magnanimité
de ce Prince tiennent beaucoup
du caractère de notre Henri IV , le modèle
des Rois ; mais la clémence de Magnus
fe laffa d'épargner fes fujets rebelles :
celle de Henri fut inépuisable & ne ſe
démentit jamais.
Suénon défigné par Magnas lui- même
pour lui fuccéder , eft unanimemenr proclamé
par les Peuples. Harald , à qui
Magnus avoit cédé la Norvége , diſpute
à Suénon le Dannemarc . Cette grande
querelle fe termina dans une bataille
navale où l'on combattit toute la nuit
avec un carnage effroyable , & dans lequel
les Danois furent vaincus. Suénon
après la défaite le préſente & ſe fait connoître
JANVIER. 1760. 727
noître au Comte Haquin , Général Norvégien
, qui avoit décidé la victoire ; &
cet ennemi généreux lui donne le moyen
de s'échapper & de regagner le rivage.
La férocité de ces temps là n'étoit rien
moins
qu'incompatible avec la magnanimité
; & à la honte des fiècles polis ,
on y voit peu de femblables exemples.
Suénon fe retire en Dannemarc , y lève
une nouvelle armée , & oblige Harald à
lui propoſer la paix avec la condition de
garder chacun leurs Etats. En paix avec
la Norvége , Suénon renouvelle les prétentions
du Dannemarc fur l'Angleterre ;
il y envoie une flotte
confidérable : mais
le Prince qui la commandoit
s'étant laiffé
corrompre , revient chargé de richeſſes
qui périffent au retour . Il n'eft pas étonnant
que les vertus de ces Rois fuffent
quelquefois
dégradées par un mêlange
de barbarie. Suénon joignit le
facrilège
à l'affaffinat , en faifant égorger dans une
Eglife
quelques
Seigneurs
Danois qui
dans un feftin avoient tenu contre lui des
diſcours
injurieux ; mais ce crime fut expié
autant qu'il
pouvoit l'être par un
acte folemnel
d'humilité & de
repentir
.
L'Evêque qui avoit
chaffé de
l'Eglife le
Roi
prophanateur , y reçut le Roi pénitent.
» Jufques - là , dit
l'Hiſtorien , cet
1. Vol.
F
22 MERCURE DE FRANCE.
Évêque avoit montré la fermeté magna-
» nime de Saint Ambroife ; il mit le comble
à fa gloire en ne finiffant pas com-
» me lui. >>
Suénon II fut le chef de la race
des Rois de Dannemarc, appellée moyenne,
& qui occupa le trône plus de trois
fiécles.
•
L'exceffive douceur d'Harald III , fils
aîné de Suénon, plongea le Royaume dans
un défordre d'où le retira Canut fon frere
& fon Succeffeur : celui-ci en 1085 , fir
un armement pour la conquête de l'Angleterre
, mais il en fut détourné par la
révolte des Vandales ; & ce fut la dernière
tentative des Danois fur ce Royaume,
Canut eft affaffiné aux pieds des autels
par une troupe de conjurés ; & Olaüs fils
de Suénon II , lui fuccéde. Pendant ce
régne le Dannemarc fut défolé par une
cruelle famine : on étoit réduit à s'y nourrir
de chiens & de chevaux comme dans
une ville affiégée ; ce qui annonce bien
peu de prévoyance & d'induftrie dans un
Etat auquel fes forces maritimes pou-.
voient fi facilement procurer des fecours
Olaus fut trouvé mort dans fon lit. Il eut
pour Succeffeur Eric I , quatrième fils de
Suénon II . L'extrême abondance fuccéde
à la famine. Eric châtie rigoureufement
JANVIER. 1760. 123
les Vandales & les fait rentrer dans leur
devoir ; mais ayant entrepris un voyage
à Jérusalem pour expier un meurtre qu'il
avoit commis , il meurt en chemin dans
l'ifle de Chypre . Le furnom de Bon fut
donné avec juftice à ce Prince. Il vécut
avec fes peuples comme un pere avec fes
enfans , & perfonne ne le quittoit fans
confolation : ce font les propres termes
d'une des plus anciennes Chroniques .
Le régne de Nicolas , & celui d'Eric II,
font une fuite de foulévemens & de difcordes.
Ce fut fous celui d'Eric ( vers l'an
1136 ) que les Danois mirent pour la première
fois de la Cavalerie fur leurs flottes.
Eric III , vaincu par les Vandales , fe
retire dans un cloître. Son extrême douceur
qui alloit jufqu'à la fimplicité , l'avoit
fait furnommer l'Agneau. Alors le Royaume
fe partage entre trois Princes rivaux.
Canut , Suénon & Valdemar. Suénon
invite les deux autres à un feftin , où il a
réfolu de les faire périr. Canut y eſt maſfacré
, mais Valdemar s'échappe , léve
une armée , attaque celle du perfide Suénon
, la défait , l'oblige lui -même à ſe
retirer dans un marais d'où il ne peut
fortir ; un des foldats de Valdemar reconnoît
Suénon & lui tranche la tête .
Valdemar refte feul poffeffeur du Royau-
Fij
124 MERCURE DE FRANCE
1
me, y ramene la fureté , l'abondance &
le calme : la mort de Suénon III fut , dit
l'Hiftorien , l'heureufe époque qui termina
les malheurs du Dannemarc , &
porta la gloire & la puiffance de ce
Royaume à un degré d'élévation où elles
n'étoient jamais parvenues. Je ne
fçai pourquoi M. Malet croit voir les
malheurs du Dannemarc terminés à
cette époque ; les régnes fuivans nous
préfentent un tableau prefque continuel
des plus fanglantes révolutions.
Valdemar I fut fans ceffe occupé par
les guerres qu'il eut à foutenir contre les
Vandales , les plus redoutables ennemis
des Danois . On voit fous fon régne quelle
étoit l'autorité des Evêques dans ces
climats à peine foumis à l'Eglife. Efchill ,
Archevêque de Lunden le fit menacer
d'une guerre ouverte s'il ne lui faifoit
rendre un tréfor qu'on lui avoit enlevé.
Valdemar répondit au Meffager de l'Archevêque
: » Votre Maître a longtemps
»
pu boire
le fang
des
Rois
mes
prédé-
» ceffeurs
, & je vois
qu'il
eft auffi
altéré
» du mien
; mais
dites
-lui que
j'ai reçu
» de Dieu
une
épée
pour
faire
rentrer
les
» rebelles
dans
leur
devoir
. » Bientôt
Efchill
demanda
grace
, & Valdemar
la
lui
accorda
. Ce Prélat
fut fous
le régne
JANVIER 1760. 125
fuivant un modèle de fainteté.
L'Empereur Fréderic Barberoufe ayant
attiré Valdemar dans une affemblée où
il avoit appellé les Rois de France , de
Hongrie , de Bohême &c. pour appaiſer ,
difoit- il , les troubles de l'Eglife , mais
en effet pour contraindre ces Rois à lui
rendre hommage ; Valdemar , dis - je ,
reconnut le piége , & tâcha vainemeut
de s'évader. » Fréderic, qui le faifoit ob-
» ferver & qui avoit la force en main ,
prévint fon évafion , & le fit fommer
» une feconde fois au nom de l'Empire:
» de prêter le ferment auquel fon prédeceffeur
s'étoit engagé. Nous n'attri
» buons point ici , ( dit M. Mallet) une réponſe
fière & éloquente à Valdemar ,
parce que nous n'en trouvons aucun
» veftige dans les Auteurs contemporains
» & originaux , & que nous croyons de-
ور
ود
33
voir méprifer toutes ces futiles reffour-
» ces de la rhétorique & de la partialité.
» Nous dirons feulement , dans les ter-
» mes mêmes de Saxon , que Valdemar
» touché d'un vif repentir d'avoir méprifé
» des avis falutaires , & voyant que l'Em-
» pereur tenoit une épée fufpendue fur fa
» tête , déclara qu'il aimeroit mieux en
» être frappé mortellement que de confentir
à l'afferviffement de fa Patrie ::
Fiij.
126 MERCURE DE FRANCE.
"
» que quelques jours fe pafferent dans de
» vaines tentatives faites de part & d'au-
" tre pour amener fon adverfaire à fon
" but ; qu'enfin l'Empereur jugeant fans
doute qu'il eût été trop dangereux de
" triompher par des violences de la fer-
» meté du Roi , eut recours aux bienfaits
» & furtout aux promeffes.
ן כ
Valdemar s'y laiffa gagner & rendit à
l'Empereur l'hommage qu'il exigeoit de
lui , mais avec des modifications qui rendoient
cette espéce de dépendance moins
dure & moins humiliante .
Il y avoit dix ans que Canut VI , fils
aîné de Valdemar , partageoit avec lui
les honneurs & l'autorité du trône , lorfque
par la mort de fon pere il en refta
feul poffeffeur. Ce fut fous fon régne que
les Vandales furent foumis , & que leur
Roi fe déclara vaffal du Roi de Dannemarc.
Le Pape Clément III engagea
plufieurs Seigneurs Danois à fe croifer
pour la conquête de la Terre - Sainte ;
mais Canut eat la fageffe de n'y prendre
aucune part . Le régne de ce Prince
fut un enchaînement de victoires & de
conquêtes. Jamais la Nation Danoile
n'avoit été fi floriffante ; & la pêche des
harengs que la Bonté divine donne fi
libéralement & fi gratuitement à ce peu-
<
JANVIER. 1760. 127
ple , dit un Hiftorien de ce temps- là »
en faifoit la principale richeſſe.
»
""
le
Le Dannemarc doit beaucoup au zèle,
aux vertus & aux lumières d'Abfalon , ou
Axel , Evêque de Rofchild & Archevêque
de Lunden.« Il fut à la fois grand Général
» & grand homme de mer , fans négliger
gouvernement de fes deux Diocèles ,
» la propagation de la Foi dans les pays
qu'il conquéroit , & le maintien de la
» Religion dans l'intérieur du Royaume.
» A l'exemple de tous les Miniftres qui
» ont eu quelque élévation dans l'efprit ,
» & quelque goût pour la vraie, gloire ,
» il admit les gens de lettres à fa familia-
» rité ; il les encouragea en ami éclairé
» & en protecteur véritablement zélé &
puiffant . Par-là ce grand homme a ren-
» du à fa nation des fervices méconnus
peut-être & méprifés de fes, contempo-
» rains , mais dont elle tire aujourd'hui
plus de fatisfaction & de gloire que des
victoires les plus fignalées.
"
"
و ر
La vie de Valdemar II fut éprouvée
par toutes les viciffitudes de la fortune.
Aprés une longue fuite de victoires , il
prête le fecours d'une nombreuſe armée
au Roi de Suéde , avec laquelle ce Prince
eft battu , & l'armée Danoiſe eſt preſque
entiérement détruite. L'Empereur Othon
Fiv
28 MERCURE DE FRANCE.
irrité de l'alliance que Valdemar avoit
contractée avec l'Empereur Fréderic , déclare
la guerre au Dannemarc ; mais
Othon , vaincu par Valdemar , eft réduit
à prendre la fuite. Valdemar pris en trahiſon
dans un feftin par un Prince fon
allié , fe vit chargé de chaînes & conduit
dans les Etats du perfide qui le retint prifonnier
l'efpace de deux ans , & ne lui
rendit fa liberté que fous les conditions
les plus dures. Il obtint cependant qu'elles
fuffent adoucies , & le refte de ſa vie fut
employé aux foins de réformer les loix
de fon pays. La mort le furprit dans ces
Occupations utiles & vraîment dignes , dit
l'Hiftorien , du Juge & du Pere d'une
nation.
Les feux de la guerre civile fe répandent
dans le Royaume ; & les premiers
régnes du quatriéme Livre de cette Hiftoire
ne font qu'un mêlange de révoltes
& d'affaffinats. Eric IV périt dans des
embûches que lui tendit fon frere Abel .
Abel lui fuccéde , & eft maffacré dans un
bourbier au paffage d'une rivière . Chriftophe
leur frere & leur fucceffeur eſt empoifonné.
Eric V , dont la minorité n'eſt
pas moins orageufe fous la régence de
Marguerite fa mere , eft trahi par fon
Chambellan , & affommé par des affaffing
1
JANVIER. 1760.
129
Le régne d'Eric VI , quoiqu'agité de
'divers troubles , fut , dit M. Malet , avantageux
au Dannemarc . Sa douceur & fa
modération lui attirerent la confiance des
Princes d'Allemagne fes voifins , & l'alliance
de ceux qui fembloient être fes
ennemis naturels. » Pourquoi , demande
» l'Hiftorien , pourquoi faut - il que les
» Princes ayent tous un defir fi vif de fe
» faire refpecter de leurs voifins , & qu'il
» y en ait cependant fi peu qui fe mon-
» trent jaloux de fe faire une réputation
» méritée de modération & de probité ?
» Eft- ce l'injuſtice du coeur , ou les bornes
» de l'efprit qui empêchent de voir com-
» bien l'Empire fondé fur ces vertus eft
"
+
plus facile , plus noble , plus durable
» que celui qui n'eft dû qu'à la violence :
» & à la mauvaiſe foi ; armes qui peu--
» vent être d'abord heureuſes , mais qui
» ſe tournent tôt ou tard contre celui qui
» les employe toujours.
Chriftophe II , frere & fucceffeur d'Eric,
eft chaffé du trône , & le Dannemarc eſt
partagé entre les chefs des féditieux . Il
rachete enfin fa couronne à prix d'argent.
La Scanie fe révolte , & fe livre au Roi
de Suéde . Pendant la nuit on met le feu
au palais du Roi de Dannemarç. Il s'échappe
, on l'arrête, & on le conduit dans
F w
130 MERCURE DE FRANCE.
une fortereſſe ; fon frere à qui elle appar
tenoit , lui rend la liberté. Chriftophe
meurt l'année fuivante.
Après un interrégne d'environ deux
années , pendant lequel le Dannemarc
eft déchiré par les guerres civiles , Valdemar
III , fecond fils de Chriftophe , eft
proclamé Roi. Il rétablit le bon ordre
dans le Royaume , pacifie l'Allemagne ,
fe fait un allié de Cafimir , Roi de Pologne
, défait le parti rebelle à la tête
duquel étoit la Nobleffe de Jutlande &
les Comtes de Holſtein , & s'empare de
la Fionie. Il recouvre la Scanie & les Provinces
qui en dépendent . Il bat la flotte
de plufieurs Princes alliés contre lui , délivre
les places dont ils s'étoient emparés,
& les oblige à faire la paix. Ce fur dans
cette guerre ( en 1363 ) que les Peuples
du Nord firent pour la première fois ufage
de la poudre à canon. La paix eft violée ,
& les mêmes ennemis recommencent la
guerre .
Il fe forme une puiffante ligue de
Princes étrangers contre le Dannemarc ,
& ce n'eft qu'après deux ans d'une guerre
malheureufe que Valdemar en obtient la
paix. Il fe met en poffeffion du Duché
de Slefwig après la mort de fon Prince. I
employe les dernières années de fa vie
ANVIER. 1760 . 131
·
à laiffer fes Etats floriflans à fes fucceffeurs
; & après 33 ans de régne , il court
âgé de 60 ans , des remèdes qu'uv. Charlatan
lui avoit donnés contre la. goutte.
Ce Roi laiffa plufieurs enfans , entr'autres
la célébre Reine Marguerite qui régna
quelque temps après fon pere , & avec
autant de gloire que fes plus illuftres prédéceffeurs.
Valdemar eft le premier Roi
de Dannemarc qui ait joint à fes titres
celui de Roi des Goths , qu'il prit après
qu'Albert , Roi de Suéde , fe fut engagé
à lui céder un grand nombre de places
dans les Provinces de Veftro- Gothie &
d'Oftro -Gothie.
Ce fut fous le régne de Valdemar III ,
( en 1350 ) que la plus cruelle pefte dont
l'Hiftoire faffe mention , étendit fur les
pays du Nord les ravages qu'elle avoit
faits dans les autres parties du monde
connu.
Olaus III , fils de Haquin , Roi de
Norvége , eft proclamé Roi de Dannemarc
à l'âge de cinq ans. La Reine
Marguerite fa mere , eft déclarée Régente
du Royaume pendant la minorité
du jeune Roi , fur la tête duquel la couronne
de Norvége eſt réunie à celle de
Dannemarc , par la mort de Haquin fon
pere , en l'année 1380. Olaus rentre en
F vj
32 MERCURE DE FRANCE
poffeffion de la Scanie , & meurt âgé de
dix-fept ans.
La Reine Marguerite eft élue avec
l'applaudiffement des peuples , mais feulement
comme Adminiftratrice du Royaume
pendant la minorité d'Eric VII , fon
petit neveu , qui n'avoit alors que cinq
ans. Elle gagne les Seigneurs Suédois mécontens
du régne d'Albert , & parvient à
réunir la couronne de Suéde à celles de
Dannemarc & de Norvége , après avoir
remporté une victoire complette fur Albert
, qui dans fa déroute étoit tombé au
pouvoir des vainqueurs. Le jeune Eric eft
reconnu Souverain des trois Royaumes
du Nord par leurs Députés réunis . Marguerite
parcourt avec lui les principales
provinces de Dannemarc , établiffant
partout l'ordre , la juſtice & la concorde.
Ce fut dans cet efprit qu'elle publia une
longue Ordonnance qui s'eft confervée ,
& qui fait également honneur à fes intentions
& à fes lumieres. Elle convoqua
à Colmar l'affemblée des Etats des trois
Royaumes , & y fit couronner Eric avec
beaucoup de magnificence. Mais ce qui
fait une époque des plus mémorables de
l'hiftoire du Nord , c'eft que dans cette
affemblée , Marguerite engagea les Etats
à faire de l'union des trois Royaumes fous
JANVIER. 1760. 133
un même Monarque , une loi fondamen
tale & irrévocable.
Le Roi de Suéde eft mis en liberté au
bout de trois ans de prifon : mais les deux:
feules provinces qui tenoient encore pour
lui , l'abandonnent & fe foumettent fans.
difficulté à la Reine.
Telle fut la Régence de Marguerite ,
le plus beau moment de la Monarchie.
Danoife depuis fa fondation . Sa politique.
eut deux objets ; l'un de tenir la Suéde fous
l'obéiffance en l'affoibliflant par les impôts
, en n'y donnant pas à des Suédois
les gouvernemens des Provinces & des
Places , & en évitant d'y nommer aux
dignités de Grand Maître & de Maréchal
du Royaume ; l'autre , d'affoiblir l'ordre
de la Nobleffe en Dannemarck comme
en Suéde , en retirant de fes mains les
terres aliénées de la Couronne , qu'elle
que la lectular préférence au Clergé.
en eft noble Ppris de Valdemar fon pere,
correction rien & de fa propre expémais
ce , que la Nobleffe étoit alors
tous les ordres de l'Etat celui dont
» l'ambition oppofoit les plus grands
» obftacles à la fienne ; & elle ne diffimuloit
pas le deffein qu'elle avoit for-
» mé d'abaiffer les familles qui , fous les
» régnes précédens , s'étoient rendues re
»
134 MERCURE DE FRANCE .
» doutables à leurs Princes. Ce fut en
" partie dans cette vue qu'elle combla le
Clergé de tant de bienfaits. Je laiffe à.
juger , continue M. Malet , fi les avan-
» tages de cette politique en compen-
» foient les inconvéniens.
"
Marguerite mourut fubitement à bord
d'un vaiffeau , âgée de 60 ans ( en 1412 )
comme elle ſe diſpoſoit à fortir du Duché
de Slefwig pour retourner en Dannemarc.
Les Hiftoriens Suédois l'ont peinte avec
les couleurs les plus noires ; & fon apologie
eft un morceau intéreffant dans
FHiftoire de M. Malet .
Eric , du vivant de la mere , auſſi impatient
qu'incapable de régner , prend
fur lui de faire dans le Duché de Slefwig
une expédition dont le mauvais fuccès
fut le premier malheur de fon régne.
Marguerite avoit élevé Abraham ne
derfon , Seigneur Suédois confervée
toute la Nobleffe des troisur à fes in-
Eric lui fit trancher la tête. T
du régne de ce Prince ne préfente rais
fuite d'égaremens & de folie. On voit ce
Prince obstiné à fe perdre lui-même dans
Pefprit de tous fes fujets,, forcer la Suéde
à fe fouftraire à fon obéiffance , & le
Dannemarc à fe nommer un autre Roi ;
fe retirer dans l'Ifle de Gothlande , & y
convoqua
JANVIER. 1460 .
135
exercer l'infâme métier de Pirate ; s'en
faire chaffer par les Suédois , & aller
mourir à Rugenwald en Pomeranie , dans
l'obfcurité & dans le mépris.
Entre le caractère de ce Prince & celui
de Néron , la reffemblance eft frappante.
Chriſtophe III , Duc de Baviere , élu
Roi de Dannemarc à la place d'Eric , eut
bien de la peine à fe faire reconnoître
par les Etats de Suéde & de Norvége ;
mais à la fin il en vint à bout. Son régne
de huit années fut employé à rétablir partout
le bon ordre & la juftice. Il réunit à
la Couronne la ville de Copenhague , &
réſolut d'y établir fa réfidence. La mort
le furprit dans une expédition qu'il avoit
entrepriſe contre la ville de Lubeck & les
villes anféatiques de Vandalie , en 1448 .
Par l'abrégé du premier volume de
cette Hiftoire , il eft ailé d'appercevoir
que la lecture en eft intéreffante. Le ftyle
en eft noble & rapide , & du côté de la
correction il y a peu de choſe à defirer ;
mais ce qui fait le mérite effentiel de
cet ouvrage , c'eft la franchiſe philofophique
dont l'Hiftorien s'eft fait une loi..
T38 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE
DE M..
LE PRESIDENT HENAULT ,,
A M. MARMONTEL ,
EN
Auteur du Mercure.
N lifant , Monfieur , votre Mercure
que je lis toujours avec le même plaifir ,
j'y ai trouvé un Article qui me regarde ,
& la queftion me paroît affez intéreffante
pour devoir y répondre. Voici les termes
du Mercure d'Octobre 1759 , page 131.
EXTRAIT de l'abrégé de M. de Thou ,
par M. Rémond de Sainte- Albine.
Les Traducteurs de M. de Thou ont.
ajouté un grand nombre de fautes à celles
de cer Hiftorien . M. de Sainte- Albine
relève les unes comme les autres ; quelquefois
même il relève celles de plufieurs
autres Auteurs , furtout des Ecrivains
les plus eftimés dont les erreurs pourroient
être dangereufes ; mais il le fait
avec tous les égards & le ton d'eftime
que l'on doit aux Écrivains célèbres Je
rapporterai pour exemple une remarque
JANVIER. 1760 37
fur l'excellent abrégé de M. le Préfident
Hénault , qui prend tant de foin de corriger
les plus petites fautes qui ont pu
fe gliffer dans fon Ouvrage , qu'il fçaura
gré à M. de Sainte Albine de l'avertir de
celles qui font encore échappées à fon
exactitude , au cas que la critique de
M. de Sainte-Albine foit fondée . Selon
M. le Préfident Hénault , Catherine de
Médicis n'eut point le titre de Régente
pendant la minorité de Charles IX.
» Sans doute , dit M. de Sainte - Albine
Tome III , page 1. » l'autorité de M. le
» Préfident Hénault , auffi exact pour les
» faits qu'élégant dans la manière de les
préfenter , eft d'un grand poids . Je crois
>> cependant devoir déférer au témoigna-
» ge de Belleforêt, qui étoit contemporain .
» Cet Hiftorien n'eft pas toujours un
guide fûr ; mais il ne pouvoit guère plus.
prendre le change fur l'article dont il
s'agit , qu'un Ecrivain de ce temps - ci
» ne pourroit fe tromper fur le titre dont.
» feu M. le Régent a été revêtu pendant
» la minorité de Louis XV ..
"
>>
33
رد
Il n'y a rien de fi poli que cette critique
; mais c'en eft une , & il m'importe.
d'autant plus de l'éclaircir , qu'il faut.
avoir raifon quand on combat des autorités
telles que celles de M. de Thou , de
138 MERCURE DE FRANCE
Mézerai , du Pere Daniel , de le Gendre
&c. que M. de Sainte - Albine pouvoit
citer.
En de pareilles matières il n'y a d'autorité
légitime que les titres , quoique les
Hiftoriens aient pû écrire , même les
contemporains , foit qu'ils fe foient copiés
les uns les autres , ce qui arrive fi
fouvent , & ce qui alors ne fait qu'une
feule autorité , foit que chacun ait parlé
d'après foi ; il faut examiner leurs preuyes
, & s'ils n'en ont donné ni n'en ont
pu donner aucune , comme on va le reconnoître
; fi au contraire les titres font
contr'eux , il en faudra conclure qu'ils
fe font trompés. Les autorités ne font que
le fupplément des fairs.
Il est vrai que l'on ne peut être affez
étonné de voir tous les Hiftoriens s'accorder
pour donner à Catherine de Médicis
le titre de Régente qu'elle n'a jamais
eu ; & l'on doit me rendre la juftice
qu'au milieu de cette foule d'autorités ,
il m'a fallu une conviction bien forte
pour contredire une tradition fi conftante.
Le parti que j'ai pris doit être d'autant
moins fufpect , que lorsque je me ſuis
mis à lire les Mémoires de Condé , qui
font comme le dépôt des loix de ce temps
là , j'ai voulu y voir partout , & j'y ai
JANVIER . 1760. 139
erché avec des yeux prévenus ce titre
e Régente que j'avois cru jufques- là inconteſtable
: mais quelle a été ma furrife
lorfque je n'ai trouvé dans aucun
Edit , dans aucune Déclaration , dans aucun
Réglement , dans aucune Remontrance
; en un mot , dans aucun acte public
, la moindre trace que Catherine de
Médicis eût éré Régente.
Et pour commencer d'abord par des
preuves plus légères , j'ai lû toutes les
dépêches , toutes les Lettres , tous les
Mémoires des miniftres étrangers , rapportés
dans les Mémoires de Condé. Il y
eft parlé à tous momens de la Reine mere
& du Roi de Navarre : on ne les fépare
jamais , leur pouvoir va de pair fi ce n'eſt
que la Reine eft nommée la première ;
on ne les fépare jamais je le répete , non
feulement dans ces fortes de Lettres ou
de dépêches , mais dans toutes les Re--
quêtes préſentées , ſoit par des Corps
foit par des particuliers , c'est toujours la
Reine & M. de Vendofme , & jamais iln'échappe
le mot de Régente.
EXTRAITS Mem. de Condé T. II.
" Il s'eft paffé quelque propos de jaloufie
» entre la Reine de France & M. de
59
Vendofme ( le Roi de Navarre ) com140
MERCURE DE FRANCE.
» me il entrevient fouvent entre ceux qu
» font compagons en un gouvernement .
» Ledit Seig . de Vendofme a renouvellé
fes mal contentemens , & a fallu
» pour éviter le plus grand inconvé-
» nient .... qu'il commande également la
» Reine & lui.
Il faudroit copier ce volume tout entier
où l'on voit toujours reparoître les
mêmes termes.
Les Etats particuliers de la ville de
Paris délibérent d'élire le Roi de Navarre
Régent du Royaume ; voici ce que l'on
trouve écrit aux Regiftres du Confeil du
Parlement de Paris .
,
(p. 279. ) Lettres du Roi , de la Reine
mere & du Roi de Navarre au Parlement
de Paris par lesquelles en lui envoyant
les Lettres du Roi , pour lui indiquer une
affemblée d'Erats Généraux à Tours , ils
lui mandent qu'il s'eft fait fur l'adminif
tration du Royaume un accord entre la
Reine mere , le Roi de Navarre & les
Princes du Sang.
Ce dit jour , la Cour a reçu les Lettres:
miffives du Roi , de la Reine mere & du
Roi de Navarre , avec la copie des Lettres
dont ès miffives du Roi eft faite mention.
De par le Roi. Nos amès & féaux s'eftant
congneu en noftre Confeil , que en PAL
JANVIER. 1760. 341
emblée des Etats dernierement tenus en
notre Ville de Paris , la réſolution n'a
pas été prife telle qu'il feroit befoin pour
le fecours que nos fi grands affaires , &
-la néceffité d'iceux , le requiérent ; auſſi
que plufieurs de ceux qui fe y font trouvés
, fe font amufés à difputer fur le fait
du gouvernement & adminiftration de ce
Royaume. Il a été advifé en noftre dict
Confeil , faire nouvelle convocation &
aſſemblée deſdits Etats , au temps & ainfi
que vous verrez par la copie de la commiffion
que en avons fait expédier partout
, que préfentement vous envoyons ;
Vous voulans faire participans du contenu
, pour l'affurance que nous avons que
Vous aurez à grand plaifir d'entendre
auffi par ladite commiffion , l'union , accord
& parfaite intelligence bien fignée
& arrêtée pour le fait de ladite adminif
tration , entre la Royne noftre très - honorée
Dame & Mere , noftre oncle le
Roi de Navarre , & nos coufins les Princes
de Condey , Duc de Montpenſier ,
& Prince de la Roche-fur-Yon .
1
Que portoit cet écrit ? ( & ceci n'eſt
point une preuve négative ) que la Reine
mere auroit l'adminiftration générale des
affaires , & que le Roi de Navarre feroit
déclaré Lieutenant- général du Roi par
142 MERCURE DE FRANCE.
tout le Royaume. Voilà la bafe du go
vernement pendant la minorité de Cha
les IX : Et bien loin que les volontés
portaffent vers Catherine , au cas de
nomination d'une Régence , les homm
fages au contraire vouloient que ce f
le Roi de Navarre , car la Reine avo
déjà eu le temps de fe faire connoîtr
Voici un manufcrit auquel je ne donn
pas plus de crédit qu'il ne faut , ma
qui fera voir l'opinion du temps.
Principaux points nouvellement d
erétés au Confeil de France avec l
Députés des Etats.
Que la Reine mere aura le foin de
perlonné du Roi,
Le Roi de Navarre , comme plus.pr
the parent , aura le Gouvernement
Régence du Royaume : en fon refus
Prince de Condé fon frere ou autre pl
proche du fang .
Que fera un Confeil établi des Princ
& autres Seigneurs & perfonnages pri
cipaux , qui adminiftreront & gouvern
ront conjunctement avec le Régent Ch
dudit Confeil , foumis à icelui.
Le Coneftable & trois Maréchaux fero
du Confeil : ceux de Guife comme étra
gers & ayant occupé l'adminiftration
Royaume , feront privés du Confeil
JANVIER. 1760 . 143
tous les Etats qu'ils ont donné pendant
ladite oceupation, déclarés vacans ; mefmement
le Chancelier de l'Hopital comme
mis par eux , privé de fa charge.
Qne nuls Cardinaux , Evêque ou autres
ayant ferment fpécial au Pape ne feront
du Confeil ; ne mefmement le Cardinal
de Bourbon , s'il ne renvoye le chapeau.
Le Maréchal de Saint André tenu de
rendre compte , & reftituer les donations
immenfes & exceffives que le feu Roi
Henri lui a donné ; & jufques là privé
du Confeil.
Que l'argent ne fe portera plus hors
de France : conféquemment l'annate ſera
abolie ou levée pour les affaires du
Royaume .
Que l'état Eccléfiaftique rachêtera le
Domaine , les Gabelles & Aydes aliénés
& engagés par les Rois pour la néceffité
de la guerre.
Parcourons les autres titres plus importans.
» Lettres du Roi du 3 Mai 1561 , À
" l'Evêque de Paris , pour lui demander
» une déclaration de la valeur des Cures
de fon Diocèfe .
"
» Commandement de par le Roi au
Maréchal de Termes de faire quitter
Paris à M. Fumée , Confeiller en la
44 MERCURE DE FRANCE.
Cour , & à Martin , Procureur du Roi.
» Lettres Patentes du même mois pour
contraindre tous Bénéficiers de bailler
la déclaration du revenu de leurs bé-
› néfices . »
Dans tous ces actes nulle mention de
Catherine de Médicis , & dans le dernier
furtout , qui eft important , le Roi âgé
alors d'onze ans auroit-il manqué de dire
de l'avis de notre très- honorée Mere &
Régente , fi elle l'avoit été ?
Lettres Patentes du 25 Juillet portant
permiffion de venir à l'aſſemblée de Poiffi,
contenant ces termes : à ces caufes nous ,
par l'avis de notre très - honorée Dame &
"Mere la Reine. Si elle avoit été Régente ,
c'étoit bien l'occafion de le dire.
Edit du Roi fur le fait de la religion ,
dans lequel Catherine de Médicis n'eft
pas même nommée , tandis que le Roi y
nomme le Roi de Navarre , les Princes
du Sang , les Pairs , & c.
Autres Lettres Patentes fur le fait de
de la religion, dans leſquelles ni Catherine
ni le Roi de Navarre ne font nommés.
Donné à S. Germain le 16 jour d'Août
2561 & de noftre régne le premier.
Signées par le Roi en fon Confeil, de Laubefpine
. C'étoit M. de l'Hofpital qui étoit
alors Chancelier . Croira -t- on qu'il igno-
"
râr
JANVIER . 1760. 145
rât les régles , ´eſt- ce par oubli qu'il n'eſt
pas fait mention de la Régente , s'il y
en avoit eu? On fent la force de cette
obfervation.
Ordonnance pour défendre le port
d'armes. La Reine n'y eft pas même
nommée .
Remontrances de l'Eglife de Paris au
Prince de la Roche- fur-Yon. Plaira à
M. le Prince de la Roche-fur- Yon remontrer
au Roi & à Meffeigneurs de fon Confeil
&c. Quoi ! pas encore un mot de la
Régente ?
Le fameux Edit de Janvier en faveur
des Proteftans , Edit qui caufa tant de
troubles , & qui portoit une fi grande atteinte
à la Religion . Comment le Roi s'y
explique-t- il ? Fait par le confeil & avis
de la Reine ma mere , du Roi de Navarre
, &c. Quoi! fi la Reine avoit été
Régente on n'auroit pas fortifié une réfolution
fi odieufe au Parlement & au
Peuple par le titre de Régente , qui feul
pouvoit donner du poids à l'autorité fouveraine
dans une minorité ?
Le 11 Avril 1562 le Roi rend une Déclaration
portant défenfes de faire Prêches
& c. ... dans les mêmes termes de l'Edit
de Janvier .
Le 17 Mai le Roi vint en la Cour pour
I. Vol.
G
146 MERCURE DE FRANCE
un Edit portant aliénation de cent mille
écus d'or de rente en fond de terre du
temporel & du domaine de l'Eglife ; il
eft dit qu'il y vint accompagné de la Reine
mere , de Meffieurs les Princes , &c. Elle
eft nommée la premiere , mais fans être
appellée Régente . Il faut convenir que
ce filence feroit bien étonnant fi elle l'avoit
été & comment l'auroit- elle pu
fouffrir ?
Enfin dans la Déclaration de la majo
rité que Charles IX fit au Parlement de
Rouen le 17 Août 1563 , on s'attend de
trouver , 1°. que la Reine lui remet le
dépôt des affaires qui lui a été confié pendant
fa Régence ; 2 ° . que le Roi la remercie
de fa geftion ; que le Chancelier
& autres qui parlerent dans cette occafion
, releveront felon l'ufage , à tort ou
raifon , la fageffe de la Régence ; pas un
mot n'en eft dit ; & ce n'eft pas par
crainte de la nommer , car le Roi dit au
Parlement qu'il efpere de bien gouverner
avec le confeil de la Reine fa mere qui luż
fait ce bien de prendre la peine de manier
fes affaires. Enfuite le Roi interpelle tous
les gens de fon confeil pour qu'ils ayent
à dire fi ce n'eft pas par leurs avis qu'il
s'eft conduit jufqu'à préfent : auroit - il
parlé ainfi s'il y avoit eu une Régente , &
JANVIER . 1760.
147
une Régente telle que Catherine de Médicis
?
Mais en effet pourquoi Catherine n'eftelle
nommée Régente nulle part ? On
n'ignore point quelle fut fon autorité
fous les malheureux régnes de fes trois
enfans : comment négligeoit - elle de confolider
cette autorité par un titre légitime
& reconnu , & d'affurer l'empire
qu'elle avoit fur l'efprit de Charles IX
par la forme des loix ; fi ce n'eft qu'elle
n'étoit pas Régente ?
Auroit - elle voulu faire revivre l'Ordonnance
de Charles VII qui fupprima
les Régences ? Et comme elle croyoit
n'avoir pas befoin de titre pour exercer
un pouvoir auquel fon génie feul fuffifoit,
aura-t-elle voulu donner l'exemple ou
plutôt ſuivre celui de la Dame de Beaujeu,
& fe charger du Gouvernement fans
prendre de qualité , dans l'efpérance d'éteindre
à l'avenir toute Régence dont
elle reconnoiffoit le danger ? Cela peut
être , mais ce que je vois feulement , c'eſt
que le titre de Régente no lui a été donné
par aucun monument juridique , &
qu'elle ne l'a point pris.
Je fçais avec tout le monde que Catherine
de Médicis a eu le
gouvernement
de l'Etat fous fon fils Charles IX tel que
G ij
148 MERCURE DE FRANCE.
l'avoit eu la Dame de Beaujeu fous
Charles VIII , & qui ne fut pas plus Régente
que Catherine.
Il eft vrai cependant que fi d'un côté
l'abfolu pouvoir de Catherine fur fon
fils a fait confondre l'autorité avec la
Régence , de l'autre on a pu être induit
en erreur , parce qu'en effet Catherine
de Médicis a été Régente. Mais quand
l'a-t-elle été ? Par un dernier acte de volonté
de Charles IX mourant , qui l'a
déclarée Régente jufqu'à l'arrivée de Po
logne de fon frere Henri III ; mais cela
ne fait pas qu'elle ait été Régente pendant
la minorité de Charles IX , puiſque
c'eft Charles IX majeur & mourant qui
lui donne ce titre , pour ne pas laiſſer le
Royaume fans, gouvernement.
Si Catherine avoit été Régente , on
conviendra de bonne foi que c'étoit là
le moment de le rappeller , & de fonder
cette nouvelle marque de confiance du
Roi en la Reine fa mere , par le ſouvenir
des travaux de fa Régence : c'est ce que
n'a point fait Charles IX. Henri III dans
les Lettres Patentes confirmatives de
celles de Charles IX données à Cracovie,
n'en dit pas davantage , & il ne les motive
que par l'expérience qu'elle avoit eue
dans le maniment & la direction des af
JANVIE R. 1760. 149
faires , depuis qu'elle y avoit été requife
jufqu'àpréfent . Que l'on faffe attention à
ces mots jufqu'à préfent , qui font voir
que Catherine n'a pas eu plus de titre
fous la minorité de fon fils qu'elle n'en a
eu depuis ; & remarquez encore que
Henri III avoit intérêt de ne rien omettre
de tout ce qui pouvoit fortifier l'autorité
d'une mere qu'il aimoit , dont il étoit
aimé paffionnément , & qui alloit lui devenir
plus néceffaire que jamais.
Enfin je termine cette queſtion par ce
qui eft dit dans le Nouv. abr. chr. à l'année
1563. Charles IX eft déclaré ma-
» jeur à treize ans & un jour au Parle-
» ment de Rouen , après la priſe du Havre
» fur les Anglois , qui avoient envoyé du
» fecours aux Huguenots . Le Roi fe trouva
" en perfonne à ce fiége. Le Parlement
»de Paris n'enregiftra cette Déclaration
» qu'après d'itératives Remontrances
» fondé fur le droit qu'il avoit de vérifier
» les Edits avant tout autre Parlement du
Royaume. Charles IX eft le premier de
"nos Rois qui fe foit fait déclarer majeur
au Parlement ; c'étoit l'intérêt de
» Catherine de Médicis , qui , en avan-
»çant l'âge de la majorité , fixé par
Charles V à quatorze ans accomplis , fit
» déclarer par fon fils dans cette affem-
"
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
.
» blée , qu'il lui continuoit l'adminiſtra
» tion des affaires , & écarta par- là tous
» ceux qui pouvoient y prétendre. Ces
» mêmes motifs firent agir Marie de Mé-
» dicis & Amme d'Autriche , en faisant
» déclarer majeur leur fils Louis XIII &
» Louis XIV. Mais l'impatience de Catherine
, de faire finir la minorité , eft
» une nouvelle preuve de ce que nous-
» avons avancé qu'elle n'étoit pas Ré-
» gente.
CONCLUSION.
On ne peut dire qu'une Reine ait eu
la Régence que fous deux conditions ;
T'une qu'elle ait été déclarée Régente ;
l'autre qu'elle en ait pris le titre. Premiere
condition : elle eft déclarée Régente
ou par le Roi majeur , ou par le
Parlement , en minorité ; par le Roi majeur
, telle l'a été la Reine Blanche par
Louis VIII fon mari . Ce qui fut atteſté
par plufieurs Prélats , qui certifièrent
après la mort du Roi , que ce Prince
étant malade , avoit ordonné qu'après fa
mort , fon fils & fon Royaume fuffent
fous la tutelle & le gouvernement de la
Reine fon épouse. Voluit & difpofuit
quod filius ejus , qui in regno fuccederet ,
cum ipfo regno effet fub bello five tutela
JANVIER . 1760.
cariffima domina noftra B. Regina . Ce qui
eft conforme au texte de Guillaume de
Nangis. Invidebant quod Regina Blanca
mater Regis tutelam Regni , & filii videbatur
habere. Remarquez bien qu'il eft
dit cum ipfo Regno tutelam Regni ; ce
que le Chancelier de l'Hofpital a bien
diftingué depuis , lorfque parlant dans
fon Teftament de Catherine de Médicis ,
qu'il ne croyoit point Régente , il fe
contente de dire , tutelam Regii corporis
& bonorum , mais jamais Regni , voulant
par le terme bonorum exclure l'idée de
Régence, parce qu'affurément le Royaume
n'eft pas un effet de communauté. Ainfi
voit-on que Philippe le Bel par fes Lettres
de 1300 déclare que fon intention eft en
cas qu'il trépaſſat de ce fiècle avant que -
fon aîné fils fut en âge , le gouvernement .
& la cure du Royaume être en la difpofition
de fa chère & aimée compagne ,
& c.
De même François I donne à la Reine
fa mere le titre de Régente , ( Dupui )
ainfi que Charles IX mourant à la Reine
fa mere. Au défaut de la nomination du
Roi , la Reine eft déclarée Régente par
le Parlement dans le cas de minorité :
c'eſt ce qui arriva à la mort d'Henri IV.
Marie de Médicis envoya dire au Parlement
de s'affembler pour délibérer fur la
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
Régence , ce qu'il fit , & la déclara Ré
gente. Le Roi vint le lendemain tenir
fon Lit de Juſtice , & le Chancelier ayant
prononcé Le Roi ..... a déclaré & déclare
la Reine fa mere Régente. M. le P. P.
lui remontra qu'il devoit prononcer conformément
à l'Arrêt donné en fa Cour de
Parlement du jour d'hier. Le Chancelier
lui répondit que c'étoit par oubliance
& en effet on lit dans l'enregistrement
,
conformément
à l'Arrêt donné en fa Cour
de Parlement du jour d'hier.
>
La feconde condition , qui eft une fuite
de la premiere , eft que dans les Edits
Ordonnances & déclarations rendus en
minorité , il foit dit de l'avis de la Reine
Régente , & jùfqu'à préſent on ne nous a
rapporté aucun titre de ce genre fous le
gouvernement de Catherine de Médicis.
Ainfi Catherine de Médicis n'a ni reçu
ni pris le titre de Régente.
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Suéde. Par M. L. *** 2 vol. in 12. A Vil
lefranche , chez Hardi Filocrate.
LES Après-foupers de la Campagne ,
ou Recueil d'Hiftoires courtes , amufantes
& intéreffantes , Tomes I. & II. A
Amfterdam , & fe trouvent à Paris chez
Bauche , quai des Auguftins , Lambert ,
rue de la Comédie Françoife, & Duchefne,
rue S. Jacques.
VOYAGE d'Alcimédon , ou Naufrage
qui conduit au Port : Hiftoire plus vraie
vraisemblable , mais qui peut encourager
à la recherche des terres inconnues .
A Amfterdam.
que
LE Militaire Citoyen , ou l'Emploi des
Hommes. Par Jacques de Malzet. A Amfterdam
& le trouve à Paris chez
Duchefne , rue S. Jacques.
, >
ORNITHOLOGIE , ou Méthode contenant
la divifion des Oiseaux en ordres ,fections,
genres , efpéces & variétés ; à laquelle on
a joint une Defcription exacte de chaque
efpéce ; avec les citations des Auteurs qui
en ont traité , les noms qu'ils leur ont
donnés ; ceux que leur ont donné les différentes
Nations,& les noms vulgaires, en
JANVIER. 1760. 155
Latin & en François. Par M. Briffon , de
l'Académie Royale des Sciences ,avec 220
Planches gravées en Taille-douce. 6 vol.
in-4. propofés par Souſcription . A Paris,
chez Bauche , quai des Auguſtins.
Le petit Apparat Royal , ou le nouveau
Dictionnaire François & Latin , enrichi
des meilleures façons de parler en
P'une & l'autre langue. Nouvelle édition
revue , corrigée & augmentée ; par M.
l'Abbé Dinouart. A Paris chez Barbou .
rue S. Jacques. Ce Dictionnaire eft augmenté
de plus de deux mille mots , &
pour mettre le Public en état de juger des
additions & des corrections , on les a notées
avec une étoile .
L'OFFICE de la Vierge en François . A
Paris , chez le même.
De Imitatione Chrifti ; Libri quatuor ,
ad manufcriptorum ac primarum editio
num fidem caftigati ; & mendis plus fex--
centis expurgati. Ex recenfione J. Valart
, ac. Amb. Nova editio. Chez le même:
Libraire.
ETRENNES du Chrétien , chez le même.
PLAIDOYERS & Mémoires , contenant
des questions intéreffantes , tant en mar
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
tieres Civiles , Canoniques, & Criminelles,
que de Police & de Commerce , avec les
Jugemens , & leurs motifs fommaires , &
plufieurs Difcours fur différentes matières
foit de Droit public , foit d'Hiſtoire. Par
M. Mannory , ancien Avocat au Parlement.
Tome III. A Paris , chez Claude
Hériffant , rue neuve Notre-Dame.
MÉMOIRE fur l'air , la terre & les eaux
de Boulogne-fur - mer , & des environs .
Par M. Desmars , Médecin- Penfionnaire
de la Ville. A Amiens , chez la veuve
Godart , rue du Beau-Puits.
EXPOSITION de quelques nouvelles
vues mathématiques dans la théorie de
la Mufique. A Amfterdam , & fe trouve
à Paris , chez Cailleau , quai des Auguſtins.
TABLES Géographiques. A Paris , chez
Barbou , rue S. Jacques.
LA Veuve indécife , Opéra- Comique
de feu M. Vadé ; Parodie de la Veuve
Coquette. Nouvelle édition , corrigée
& augmentée , telle qu'on la joue actuellement.
Par M. Anféaume . Le prix
eft de 1 liv. 4 f. A Paris , chez Duchefne,
rue S. Jacques.
EPHÉMÉRIDES Troyennes pour l'année
JANVIE R. 1760 : 157
Biffextile 1760. A Troyes chez la veuve
Michelin , grande rue , & fe vend à Paris ,
chez Duchefne , ainfi que les Almanachs
fuivans .
Almanach Turc , ou tableau de l'Empire
Ottoman. Alm. pour fervir de guide
aux Voyageurs . Alm. Géographique du
Commerce. Alm. Chinois . Bagatelles à
tout le monde . Nouvelles Tablettes de
Thalie. Nouveaux Calendrier du Deftin.
Alm. de table chantant. La Magie blanche.
Les Tablettes de l'Amour. Alm. pour
les jeunes gens. Alm. chantant . Alm .
danfant & chantant. Alm. Lyrico- myftique.
Alm. du Marc d'or . Alm. de perte &
gain. Alm. du fort.
EXPLICATION du Calendrier de Cabinet,
Chez Cuiffart , quai de Gêvres , ainfi que
les Almanachs fuivans.
LES plaifirs de la nouveauté. L'Ami
de tout le monde. Almanach du temps .
Almanach pour rire. Almanach fingulier.
Almanach nouveau ou Recueil de Chanfons
de table. Almanach géographi- historique
. Babioles amufantes . Le véritable
& bon Parifien. Le Miroir amufant . Etrennes
d'Apollon.
Petites Etrennes , ou Emblêmes facrées.
chez Maillard , au magafin des belles
Emblêmes , rue Saint Jacques
158 MERCURE DE FRANCE.
Almanach des badinages : Etrennes
poiffardes. L'Ecole amoureufe ; chez
Gueffier pere , Parvis Notre-Dame.
Le Cornet magique , ou les Etrennes
enchantées.Chez Valleyre fils , rue Saint
Jacques.
Almanach des Curieux. Chez Giffey
rue de la vieille Bouclerie. Etrennes hiftofiques.
Chez le même.
Le bon Jardinier , Almanach pour
l'Année 1760 , contenant une idée géné
rale des quatre fortes de Jardins , les régles
pour les cultiver ; & la manière d'élever
les plus belles fleurs . Nouvelle Edi
tion confidérablement augmentée , &
dans laquelle la partie des fleurs a été entierement
refondue par un Amateur. A
Paris , chez Guillyn , quai des Auguſtins.
ÉTAT du Parlement de Normandie.
Pâques 1759. A Paris , chez Befongne
Cour du Palais.
OBSERVATIONS fommaires & dernières
des Marchands & Fabriquans de Lyon ,
Rouen & Tours , & des fix Corps des
Marchands de la Ville de Paris , fur l'Ouvrage
intitulé : Réfléxions für divers ob
jets de Commerce , & notamment fur les
Toiles peintes.
JANVIER. 1760 159
ARTICLE IIL
SCIENCES ET BELLES- LETTRES
ACADEMIES.
LE 14 Septembre , l'Académie des
Sciences tint fon Affemblée publique d'après
les vacances . M. de Fouchy Secrétaire
de l'Académie , ouvrit la Séance par la
lecture de l'éloge de M. de Valliere, dont
je vais donner quelques traits.
M. de Fouchy dit en parlant de la
famille de cet homme illuftre : une longue
fuite de Sujets vertueux eft la plus
grande faveur que le Ciel puiffe répan
dre fur une famille , & ce don plus précieux
que tous les dons de la fortune ,"
mérite d'être envié de tous ceux qui fçavent
penſer noblement.
Lorfque M. de Valliere entra dans les
Cadets d'Artillerie , âgé d'environ dixhuit
ans , rien n'étoit moins connu que
les effets de la poudre ; on regardoit fon
action , dit M. de Fouchy , comme
fujette à des bizarreries qui échappoient
à toutes les régles : M. de Valliere s'ap
160 MERCURE DE FRANCE.
perçut qu'elles tenoient à des principes
fimples ; & il en découvrit affez pout
faire prefque changer de face au fervice
de l'Artillerie. Il porta fes recherches
fi loin dans la partie des mines ,
qu'il démontra qu'un même point pouvoit
être enlevé juſqu'à vingt fois : phénomène
alors inoui , mais qui devenoit
une fuite néceffaire de fes découvertes.
M. de Fouchy parcourt rapidement les
opérations nombreuſes où M. de Valliere
a fignalé dans fa jeuneffe fon génie &
fa valeur.
Les bornes d'un éloge n'ont pas même
permis de rappeller tous les fiéges
auxquels M. de Valliere s'eft trouvé , &
au fuccès defquels il a contribué , foit
pour l'attaque , foit pour la défenfe . Non
feulement il avoit l'art de rendre l'Artillerie
formidable à l'ennemi , mais encore
le fecret bien plus précieux , dit M. de
Fouchy, de ménager la vie des hommes &
les frais de la guerre. Après les fiéges du
Quefnoy, deDouay & de Bouchain , on préfenta
à Louis XIV les Mémoires de la
dépenfe de l'Artillerie. Ce grand Prince
qui fe connoilloit fi bien en expéditions de
cette nature , ne put d'abord fe perfuader
que la dépenfe qu'on lui préfentoit
fût celle des trois fiéges ; & lorfqu'il s'en
JANVIER. 1760. 161
fut bien affuré il en témoigna fa fatisfaction
à M. de Valliere par une gratification
de douze mille livres , & par quatre
mille livres de penfion : récompenfe juftement
méritée , remarque l'Auteur de
cet éloge , à laquelle la manière même
de l'accorder à l'infçu de M. de Valliere ,
ajoutoit un nouveau prix . Il n'eft pas aifé
de décider qui elle honoroit le plus ,
ou du Souverain qui fçavoit fi bien reconnoître
les fervices , ou du Sujet qui
fçavoit les rendre avec un zèle fi pur &
fi défintéressé .
L'Orateur n'a eu qu'à nommer les batailles
où M. de Valliere s'eft trouvé fous
le même régne , pour nous rappelles la
part qu'il a eu à la gloire des armes françoiſes.
Il avoit trop bien mérité la confiance
de Louis XIV , pour ne pas obtenir celle
de M. le Duc d'Orléans , Régent ; &
c'eft au digne ufage qu'il en fit que l'artillerie
françoife eft redevable de ces
fages réglemens , de ces établiſſemens
glorieux qui l'ont rendue fi redoutable .
On jugera aifément , ajoute M. de Fouchy
, que les Mathématiques & la Phyfique
entroient pour beaucoup dans l'exécution
de fes deffeins , & que l'Académie
qui a pour objet l'avancement de ces
762 MERCURE DE FRANCE
fciences , & leur application a des ou
vrages utiles , ne pouvoit pas négliger de
s'acquérir un citoyen qui les rappelloit
fi directement aux befoins de la fociété.
Parmi les actions qui ont couronné
les travaux de M. de Valliere dans fa
vieilleffe , la plus éclatante eft celle de
la malheureufe journée de Dertinghen .
L'Orateur , qui rend comme préfent aux
yeux le tableau de cette bataille , compare
la pofition où M. le Maréchal de
Noailles avoit eu l'art d'amener les Anglois
à celle où les Samnites avoient fçu
attirer les Romains aux Fourches Caudines
; mais le Commandant Samnite
» fut obéi , & le Général François ne
» le fut pas. » Le Public , ajoute l'Orateur
, rendit pleine & entiere juſtice
à M. de Valliere. Mais un des plus dignes
éloges qu'il ait reçus , eft la réponſe de
M. le Maréchal de Lowendal au Miniftre
qui lui confeilloit de préférer la place
d'Affocié honoraire de l'Académie des
Sciences à celle d'Affocié libre. Je ſerai
toujours flatté , répondit ce grand Capiraine
, d'occuper à l'Académie une place
où je me trouverai à côté de M. de
Valliere. Ce mot , ajoute M. de Fouchy ,
eft trop honorable à celui qui en étoit
le Sujet , & à l'Académie même , pour
JANVIER. 1760. 163
Ne pas trouver place dans cet éloge.
Après avoir fait le portrait le plus
touchant & le plus vrai de la vie privée
de M. de Valliere ; C'eft prefque lui faire
tort , dit M. de Fouchy , que de parler
ici de fa candeur & de fa probité. Se
réputation étoit fi entiere & fi générale
fur cet article , que nous ne pourrions
en rien dire qui n'affoiblit l'idée que
l'on en avoit . Toutes ces vertus , d'autant
plus eſtimables qu'elles étoient foutenues
d'un grand fond de religion ,
étoient couronnées par une rare modeſtie
& par cette noble fimplicité qui fied fi
bien aux grands hommes , & dont le dé
faut à terni la gloire de plus d'un Héros.
Cet éloge fut fuivi de la lecture d'un
Mémoire intitulé , Eclairciffement fur
les maladies des os , par M. Hériffant . On
regarde l'analyſe que cefavant Académicien
a donnée de la fubftance des os comme
une des plus belles & des plus utiles
découvertes que l'on ait faites en Méde
cine je vais en donner une idée.
LE méchaniſme de l'offification des
parties molles a été de tout temps fi peu
connu des Phyficiens , qu'il auroit été bien
étonnant qu'ils euffent pu faifir la véritable
caufe de toutes les métamorphofes
fingulieres auxquelles les pièces dures &
164 MERCURE DE FRANCE.
folides qui fervent d'appui & de foutier
à toute la maffe du corps des animaux ,
font fujettes pendant tout le temps de la
vie.
M. Hériffant , Docteur- Régent de la
Faculté de Médecine de Paris , s'étant
donc apperçu qu'on pourroit encore defirer
quelque chofe de plus exact que
ce qu'on nous avoit appris fur cette
matière , s'eft déterminé à faire de nouvelles
recherches qui lui ont fourni deux
Mémoires.
Dans le premier , qu'il a lu le S Avril
1750 à l'Affemblée publique de l'Académie
Royale des Sciences , il rapporte
un grand nombre d'expériences très- curieufes
& même par lefquelles il eft indubitablement
prouvé, 1. qu'il y a en
tout temps dans les Os une fubftance de
nature cartilagineufe qui ne s'offifie jamais
à proprement parler , mais qui entre pour
beaucoup dans leur compofition : 2.° que
la transformation finguliere des cartilages
en des parties offeufes n'eft que l'effet
d'une espèce d'incruftation animale d'une
nature très - particulière , formée par l'addition
d'une fubftance purement crétacée,
laquelle, au moyen d'un fuc très- vifqueux,
contracte une intime adhérence avec
chaque point du raiſeau fpongieux dont
JANVIER. 1760 . 165
la fubftance cartilagineufe n'eft qu'un
tiffu 3.° que pour faire reparoître fous
leur premiere forme les cartilages qui
fe font offifiés , il ne faut que les dépouiller
entierement de la fubftance crétacée
qui leur donne la dureté & la folidité
qu'ils acquierent lorsqu'ils fe convertiſſent
en Os. C'est ce que M. Hériffant a clairement
démontré en fe feryant pour cet
effet d'une liqueur acide compofée d'une
partie de bon efprit de nitre & de trois
parties d'eau commune ; par ce moyen
M. Hériffant enléve la matière crétacée
de l'os qu'il y a laiffé tremper quelque
temps , & il ne refte plus alors qu'une
partie cartilagineufe & fpongieufe dont
les cellules fe trouvent tapiffées de petits
facs membraneux qui font autant de
prolongemens qui émanent immédiatement
du périofte.
M. Hériffant donne de plus les moyens
de retrouver la fubftance crétacée que les
os perdent dans fa liqueur acide ; pour
cela il fe fert d'huile de tartre par défaillance
qu'il jette dans cette liqueur , &
il obtient un précipité très - blanc qu'il
laiffe bien fécher , & qui forme une poudre
très- fine dont le poids égale celui
qu'un os perd lorfqu'il a trempé plus ou
moins de temps dans la liqueur acidę .
166 MERCURE DE FRANCE.
M. Hériffant fe fert encore d'un autre
procédé pour retirer cette matière crétacée
de la liqueur acide qui s'en eft foulée
; il fait évaporer à une chaleur douce
cette liqueur acide , & il obtient par cette
manoeuvre des criftaux jaunâtres fort
applatis , très-friables & gras , qu'il fait
bien calciner dans un creufet : il lui refte
par ce procédé une matière très-blanche
qui a toutes les qualités d'une vraie terre
abforbante ou d'une véritable craye.
Il fuit de tout ceci que , felon M. Hériffant
, les Os font compofés de quatre
fubftances principales & élémentaires : la
premiere eft une matière crétacée ; la
feconde eft de nature cartilagineufe ; la
troisième eft un fuc vifqueux ; la quatrième
enfin eft membraneufe & fournie
par le périofte : cette dernière fubftance
s'infinue entre chaque fibre & fibrille de
la fubftance cartilagineufe ; elle les accompagne
partout fans pour cela changer
de nature , car elle ne s'offifie jamais,
elle refte toujours membraneuſe ; & c'eſt
entr'elle & la cartilagineufe que la matiere
crétacée fe dépofe dans le temps de
l'offification , &c.
Les conféquences qu'on peut tirer de
cette organiſation des Os fe préfentent fi
naturellement qu'il ne paroît pas à M.
JANVIER. 1960. 167
Hériffant qu'on puiffe avoir lieu de douter
de la faine théorie qui doit en réfulter
pour l'intelligence des maladies de
ces organes. Cette théorie fait l'objet
principal de fon fecond Mémoire qu'il a
lu à la rentrée publique de la même Académie
le 14 Novembre de l'année 1759 .
L'Auteur rapporte dans ce fecond Mémoire
plufieurs expériences très - intéreſfantes
qui démontrent clairement que
toutes les maladies des Os ( fi l'on en
excepte les fractures & les luxations )
commencent par un ramolliffement plus
ou moins confidérable , qui eft une fuite
de la déperdition de la matiere crétacée
que les levains morbifiques diffolvent &
entraînent infenfiblement de la fubftance
cartilagineufe qui en eft incrustée ; d'ou
il réfulteune décompofition plus ou moins
compliquée des quatre fubftances primitives
& élémentaires , & par conféquent
différentes espéces de maladies qui doi
vent être diftinguées en plufieurs claffes ,
fuivant que ces fubftances font altérées
& viciées enſemble ou féparément.
Il n'a pas paru fuffifant à M. Hériffant
de fçavoir que lorfqu'un Os eft ma→
lade , il faut néceffairement
que la portion
viciée fe décompofe jufqu'au vif
pour fe récompofer de nouveau , & jouis
168 MERCURE DE FRANCE.
par-là d'un nouvel état de fanté ; il a
pouffé fes recherches encore plus loin ,
& elles lui ont fait connoître que la fubftance
crétacée eft celle des quatre fubftances
élémentaires , qui joue le plus
grand rôle dans la plupart des maladies
des pièces de la charpente du corps animal
: qu'elle fe détache dans certains cas
en fi grande abondance des cartilages
qui en font incruftés , qu'alors ces parties
deviennent affez molles & affez flexibles
pour qu'on puiffe les plier en différens
fens , comme on l'a vu en 1752 fur la
femme Supiot, & c. dont les urines étoient
chargées d'une quantité prodigieufe de
matière gypfeufe ou crétacée que fes Os
perdoient dans le temps , difoit - elle ,
qu'ils travailloient .
Ce n'étoit pas encore affez pour M.
Hériffant de fçavoir que dans cette efpéce
de maladie où les Os fe ramolliffent
confidérablement , & qu'Abraham Bauda
a intitulée Microcofmus mirabilis ,feu, Homoin
miferrimum compendium redactus , la
matière crétacée eft entraînée hors du
corps par la voie des urines ; plufieurs expériences
qu'il a imaginées lui ont encore
fait connoître que quelquefois les urines
de perfonnes vivement attaquées de fcorbut
ou de maladie vénérienne avec exoftofe
,
JAN VIE R. 1760. 169
tofe , anchylofe , carie , &c. font pareillement
plus ou moins chargées de la matière
crétacée des os. Les urines des rachitiques
, c'est-à- dire , celles des enfans
qui fe nouent , ont de plus appris à M.
Hériffant que dans cette maladie les parties
offeufes ne fe ramolliffent & ne fe
contournent que parce qu'elles perdent
plus ou moins de leur matiere crétacée ;
ce qui a fait imaginer à ce Médecin une
maniere particuliere de traiter ces petits
malades, & bien différente de celle qu'on
a miſe en uſage juſqu'ici.
Enfin M. Hériffant ayant eu occafion
depuis plusieurs années de traiter un
affez grand nombre de perfonnes cruellement
attaquées de goutte avec des Nodus
dans les articles , il s'eft apperçu par
le moyen de certaines expériences qu'il
a faites , que ces malades rendoient dans
certains temps par les urines plus ou
moins de matiere crétacée . Les recherches
& les obfervations qu'il a faites fur
beaucoup de ces malades , lui ont appris
de plus que la goute eft une maladie
propre aux os , qu'elle confifte principalement
en une diffolution imparfaite de
leur matiere crétacée qui fe dépofe quelquefois
dans les articles , s'y mêle avec
la fynonie , & y forment enfemble cer-
I. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
taines crétions gypfeufes ou crétacées
tout-à-fait diffoutes dans la liqueur acide
déja citée : qu'enfin cette matiere, ne trouvant
plus d'iffue dans les articulations qui
en font comme farcies , fe porte fur
les vifceres , & caufe ce qu'on appelle
vulgairement la goutte remontée ; ou
bien que lorsque cette matiere eft , entraînée
par les urines , elle fe dépofe dans:
la veffie , & y occafionne certaines
pierres gypfeufes auxquelles les gouteux
font fort fujets , & qui different beaucoup
des pierres ordinaires de ce vifcere:
qui font de nature fabloneufe.
D'après ces connoiffances M. Hériffant
s'eft apperçu que les préjugés qu'on a
généralement conçus de l'incurabilité de
la goutte , n'étoient fondés que fur ce .
qu'on ignoroit la véritable caufe de cette
facheufe maladie ; c'eft ce qu'il a occafion
d'éprouver tous les jours avec le
plus grand fuccès , par la conduite fimple
qu'il tient dans le traitement de cette
maladie fi redoutée , & en effet fi redou
table.
En un mot , M. Hériffant termine ce
fecond Mémoire en rapportant plufieurs
expériences & obfervations qui lui ont
encore fait appercevoir que les os malades
ne font
pas les feuls qui fe décompoJANVIER.
1760. 171
fent ; il a démontré que dans l'extrême
vieilleffe les urines fe trouvent quelquefois
pareillement chargées de matiere
crétacée, qui vraisemblablement provient
des parties offeufes , furtout des vertèbres
qui s'émacient au point qu'on paroît
plus petit à cet âge qu'on étoit dans un
âge moyen.
Enfin des expériences fort ingénieufes
ont fait voir à M. Hériffant que le fuc
huileux des os eft de toutes les humeurs
celle qui attaque immédiatement ces organes
, & que les fubftances élémentaires
de ces parties ne font attirées que lorfque
ce fuc fe trouve infecté des virus fcorbu-.
tique , vérolique , & c.
PRIX propofe par l'Académie Royale
ide Chirurgie pour l'Année 1761 .
L'A 'ACADÉMIE Royale de Chirurgie propofe
pour le Prix de l'année 1761 , le
Sujet fuivant :
Etablir la théorie des contrecoups dans
les léfions de la Téte , & les conféquences
pratiques qu'on peut en tirer.
Ceux qui envoyeront des Mémoires¹
font priés de les écrire en François ou en
Hij
172 MERCURE DE FRAN.CE.'
Latin & d'avoir attention qu'ils foient
fort lifibles.
Les Auteurs mettront fimplement une
devife à leurs Ouvrages ; mais pour fe
faire connoître , ils y joindront à part
dans un papier cacheté & écrit de leur
propre main , leurs nom , demeure &
qualités ; & ce papier ne fera ouvert qu'en
cas que la Piéce ait remporté le prix .
Ils adrefferont leurs ouvrages, franc de
port , à M. Morand , Secrétaire perpétuel
de l'Académie Royale de Chirur
gie , à Paris , ou les lui feront remettre
entre les mains.
Toutes perfonnes , de quelque qualité
& pays qu'elles foient , pourront afpirer
au Prix ; on n'en excepte que les Membres
de l'Académie.
Le Prix eft une Médaille d'or de la va
leur de cinq cens livres , fondée par M.
de la Peyronie , qui fera donnée à celui
qui , au jugement de l'Académie , aura
fait le meilleur Mémoire fur le Sujet
propofé.
La Médaille ſera délivrée à l'Auteur
même qui fe fera fait connoître , ou au
Porteur d'une procuration de fa part ;
l'un ou l'autre repréfentant la marque dif
tinctive , & une copie nette du Mémoire.
Les Ouvrages feront reçus jufqu'au
JANVIER. 1760. 173
dernier jour de Décembre 1760 inclufi
fivement ; & l'Académie , à fon Affemblée
publique de 1761 , qui fe tiendra
le Jeudi d'après la quinzaine de Pâques ,
proclamera la Pièce qui aura remporté
je Prix.
L'Académie ayant établi qu'elle donneroit
tous les ans fur les fonds qui lui
ont été légués par M. de la Peyronie ,
une Médaille d'or de deux cens livres , à
celui des Chirurgiens Etrangers ou Regnicoles
, non Membres de l'Académie , qui
l'aura mérité par un Ouvrage fur quelque
matière de Chirurgie que ce foit , an
choix de l'Auteur , elle l'adjugera à celui
qui aura envoyé le meilleur Ouvrage
dans le courant de l'année 1760. Ce
Prix d'Emulation fera proclamé le jour
de la Séance publique.
Le même jour , elle diftribuera cing
Médailles d'or de cent francs chacune , à
cinq Chirurgiens , foit Académiciens de la
Claffe des Libres , foit fimplement Régnicoles
, qui auront fourni dans le cours de
l'année précédente un Mémoire , ou trois
Obfervations intéreſſantes.
Je donnerai dans le prochain Mercure
P'Extrait des autres Mémoires qui ont été
fûs dans la même Affemblée , & qu'on a
bien voulu me confier. H iij
174 MERCURE DE FRANCE .
ARTICLE IV.
BEAUX ARTS.
ARTS AGRÉABLES.
PEINTURE.
PRIX propofé à l'Académie de Peinture.
'ETUDE de la maniere dont les paffions
fe manifeftent à l'extérieur , eft une
des plus difficiles de l'art du deffein ; &
c'eft principalement par les mouvemens
variés des parties du vifage , qu'on les ap
perçoit le plus fenfiblement. Ces changemens
caractéristiques , fi difficiles à failir ,
font l'ame de la Peinture & de la Sculpture
, & ce qui produit la plus forte & la
plus délicieufe impreffion fur le Specta→
teur cependant l'étude de cette partie
de l'art finéceffaire n'avoit encore été
encouragée dans les Académies anciennes
& modernes par aucun motif d'émulation
particulière
.
M. le Comte de Caylus , cet amateur
refpectable qui a donné tant de preuves de
JANVIER. 1760. 175
fon zéle pour le progrès des arts, après avoir
longtemps réfléchi fur les moyens qu'on
pourroit employer pour engager les Eléves
à s'attacher effentiellement à cette étude ,
a propofé à l'Académie Royale de Peinture
& de Sculpture , dont il eft honoraire
, l'établiffement d'un Prix uniquement
deſtiné à cet objet , ajoutant qu'il
défireroit que l'effai en fut fait cette année
à fes frais , foit pour le prix propofé aux
Eléves , foit pour les honoraires accordés
à la perfonne qui voudra bien avoir la
complaifance de tenir fa tête , dont il
eft effentiel que le caractère foit beau
foit pour toutes les dépenfes que pourra
exiger cet effai. L'Académie a reçu
avec applaudiffement un projet fi utile &
fi digne de fon Auteur ; & conformément
aux intentions de M. le Comte de
Caylus , l'ouverture de ce concours auquel
ne font admis que les Eléves les plus
avancés a été déterminée au 17 Décembre
1759. Le prix propofé eft une
fomme de cent livres , accordée à celui
d'entre les Eléves qui , aidé de la préfence
du modéle , réuffira le mieux à deffiner
, peindre ou modéler en bas relief
une tête de grandeur naturelle. Cette
tête doit repréfenter l'expreffion d'une
paffion indiquée par le Profeffeur qui pré-
>
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
fidera à cet exercice . Ce prix fera adjugé
par l'Académie affemblée le dernier jour
de l'année .
GRAVURE.
AVIS aux Soufcripteurs de l'Encyclopédie
ON
& autres.
N grave actuellement les planches
fur les Sciences & fur les Arts. Il y en a
déjà près de deux cens d'exécutées. On
invite ceux qui s'intéreffent pour & contre
cet ouvrage à les aller voir chez les
Libraires affociés , où elles font exposées
aux yeux de tout le monde. On y montrera
les fuivantes à meſure qu'elles fortiront
d'entre les mains des Artiftes.Toutes
fe dépofent encore fucceffivement
chez le Magiftrat qui préfide à la Librairie.
Voilà ce que l'on répond quant à
préfent à un homme qu'on a exclu de
cette entrepriſe pour deux raifons.
Na. Les deffeins ont couté trente mille
francs à faire , fans compter les dépen -
Les journalieres pour en augmenter le
nombre.
M. M. Cochin & le Bas , qui ont entreTANVIE
R. 1760 . 177
pris & proposé par ſouſcription les Eftampes
des Ports de France par M. Vernet , fe
trouvent obligés d'apporter un retard de
quelques mois à la livraifon des quatre
premieres Estampes qu'ils avoient promifes
en Décembre 1759 ; elles font trèsavancées
les curieux peuvent s'en affurer
& les voir chez M. le Bas. Le defir
qu'ils ont de rendre ces admirables Tableaux
le mieux qu'il leur eft poffible ,
exige encore ce retard, qui eft principalement
occafionné par les foins & le grand
fini qu'ils ont voulu y donner . C'eſt pourquoi
ils efperent que le Public leur pardonnera
ce manquement , dont il fera
dédommagé par une meilleure exécution.
Ils avertiront par la voye des Journaux ,
auffi - tôt qu'ils feront en état de délivrer.
EOLE,
MUSIQUE.
OLE , Cantate de Baffe-Taille avec
Symphonie , par le fieur le Jay. Les paroles
font de M. Sedaine. Les Parties
font gravées féparément. Le prix eft de
liv. Elle peut fe chanter par un basdeffus.
Se vend aux adreffes ordinaires.
Hv
178 MERGURE DE FRANCE.
GÉOGRAPHIE.
M. MACLOT , Auteur des Inftitutions
abrégées de Géographie annoncées dans
le Mercure du mois de Janvier 1759 , a
commencé le 25 Novembre dernier un
Cours gratuit de leçons élémentaires fur
la Géographie , le Calcul , la Géométrie,
& la partie d'Aftronomie qui fe combine
avec la Géographie ; il le continue tous
les Dimanches depuis trois heures après
midi jufqu'à cinq , rue neuve S. Médé,
ric , vis-à-vis l'Hôtel de Jabac. Le Lundi
7 Janvier 1760 , il commencera en faveur
des perfonnes qui voudront acquérir
des connoiffances plus particulières fur
le Calcul , un autre Cours qui n'embraf
fera que cet objet feul. Toutes les parties
du Calcul & leur application aux
matières les plus utiles , particulierement
à celles de Commerce telles que les
Changes étrangers &c. y feront expliquées
felon la méthode la plus claire &
la plus intelligible. On ne s'y bornera
à la fimple pratique , la théorie y fera
mife à la portée de tous les efprits. On
foufcrira pour le fecondCours à l'endroit
>
pas
JANVIER. 1760. 179
ci-deffus indiqué : les leçons fe donneront
tous les Lundis , Mercredis & Vendredis
de chaque femaine depuis deux
heures après midi juſqu'à quatre.
ETRENNES géographiques , chez
Ballard , feul Imprimeur du Roi pour
la Mufique. On les diftribuera auffi aux
Spectacles , & au Palais Royal , Cour de
Richelieu. Le prix eft de 12 liv . en marroquin
.
Ces Etrennes font un petit Atlas porfatif
exécuté avec le plus grand foin & la
plus grande exactitude. On ne connoît
rien en ce genre de fi délicatement gravé ;
& quant à la perfection géographique ,
l'Avertiffement qui eft à la tête du Recueil
en peut donner une jufte idée.
AVERTISSEMENT.
TOUTES les Cartes contenues dans
ce Recueil ont été réduites d'après les
meilleurs Auteurs par M. Rizzi ZANNONI,
de la Société Cofmographique de Nuremberg.
Il a fuivi principalement les Cartes
de M. Danville , la nouvelle Carte d'Allemagne
publiée par l'Académie Royale
des Sciences & des Belles - Lettres de
Pruffe , la Collection du Comptoir géo
grap hique de Stockolm, & la Pruffe Bran
H vj
180 MERCURE DE FRANCE:
debourgeoife manufcrite , dont les dé
tails lui ont été communiqués par le Pere
Szewzowski , Jéfuite , & que M. Rizzi-
Zannoni publiera inceffamment en qua
tre feuilles , à Nuremberg.
Ce Géographe s'eft fervi pour la repréfentation
de la Mappemonde ou de deux
hémisphères , de la projection ftéréogra
phique fur le plan du premier Méridien ,
comme étant la plus ufitée , & à plufleurs
égards la plus commode.
Dans les différentes projections fur
lefquelles les autres Cartes ont été conftruites
, on a eu égard au plus ou moins
d'étendue de pays qu'elles devoient repréfenter.
Si le Public daigne accueillir favorablement
cet Ouvrage , l'Editeur fe propofe
de donner fucceffivement chaque
année un Recueil qui contiendra le détail
de la France , de l'Allemagne , de la
Flandre , de l'Amérique , & des différen
Parties du monde.
CATALOGUE des Cartes contenues
dans ce Recueil.
Mappemonde orientale ,
Mappemonde occidentale ,
Europe
Afie
N.° f
JANVIER. 1760. 181
'Afrique.
Amérique feptentrionale.
Amérique méridionale.
Ifles Britanniques
.
Dannemarck.
N ° S.
6.
Suéde & Norwege.
France, Carte générale.
France. Premiere Partie.
9.
10.
II.
12 .
France. Seconde Partie. 13.
France. Troifième Partie.
14.
France. Quatrième Partie. 15.
Flandre , le Pays - bas .
Allemagne . Carte générale .
16.
17.
Allemagne. Premiere Partie. 18.
Allemagne. Seconde Partie.
19.
Allemagne . Troisième Partie. 20.
Allemagne. Quatrième Partie. 21.
Allemagne. Cinquième Partie. 22.
Allemagne . Sixième Partie. 23.
Royaume de Pruffe.
24.
Eſpagne & Portugal. 25.
Italie,
26,
82 MERCURE DE FRANCE.
HORLOGERIE.
LETTRE de M. Lepaute , Horloger du
Roi à M. *** fur la mort de M. Julien
le Roi.
LA réputation dont M. le Roi jouiſfoit
depuis un fi grand nombre d'années,
les obligations que lui avoit l'horlogerie
Françoife , le caractère même que tout le
monde lui connoiffoit , tout femble intéreffer
le Public à cette perte , & mériter
que l'on rende quelque hommage à fa
mémoire. Ce que j'en dirai , Monfieur
ne fera point fufpect ; bien des perſonnes
feront même étonnées de trouver mon
nom à la tête de fon éloge , mais il n'en
fera que plus honorable & pour lui &
Pour moi.
Les dattes , les époques , les petits détails
de la vie , me paroiffent en général
de peu de conféquence. Ainfi je paffe fous
filence fes premières années , & j'obſerve
feulement que dès 1728 lorfque la France
eut perdu le célébre artife Sully , qui y
avoit fi bien ranimé le goût de l'horlogerie
, M. le Roi parut êtte celui qui
JAN VIE R. 1760. 183
alloit nous dédommager de cette perte :
non feulement l'excellence des piéces
qu'il finiffoit le fit eftimer de ſes confreres,
mais les vues nouvelles , le génie qu'il
portoit fur toutes les parties de fon Art ,
le rendirent cher aux Sçavans . L'Hiftoire
de l'Académie des Sciences fit mention
plus d'une fois de fes tentatives , de fes
expériences , de fes réflexions à différens
égards .
M. Saurin , Géométre célèbre de cette
Académie , dans les Mémoires de 1720 ,
rapporte les expériences qu'il avoit faites
fur deux pendules à ancre , par lesquelles
il avoit trouvé qu'en augmentant le poids
à toutes les deux également , l'une avançoit
& l'autre retardoit ; il cite M. le Bon
& M. le Roi comme l'ayant aidé dans
fes expériences. On n'eft point étonné de
trouver là M. le Bon , qui depuis plufieurs
années étoit connu parmi les Horlogers
les plus habiles ; mais on doit y admirer
M. le Roi qui , jeune encore , annonçoit
ce qu'il feroit un jour.
Lorfque M. Sully vint en France pour
établir à Verfailles une Manufacture
d'horlogerie , par ordre de M. le Régent,
un de fes meilleurs amis fut M. le Roi ;
ils vécurent enfemble & ils concurent
entr'eux le projet de l'Horloge à levien
184 MERCURE DE FRANCE.
horisontal , qui eut pendant quelque tems
une fi grande célébrité . M. le Roi , après
avoir furvécu à fon illuftre ami & avoir
hérité de fa réputation , nous donna en
1737 une nouvelle édition de la Régle
artificielle du temps ; ouvrage que M. Sully
avoit publié en 1717 , auquel M. le Roi
ajouta de précieufes remarques fur la vie
de l'Auteur de cet
ouvrage.
On voit à la fuite de ce même Livre
des marques du génie de M. le Roi , &
des vues profondes qu'il avoit en horlo
gerie . Les Horloges horifontales y font
décrites avec de nouvelles perfections ;
il y donne une nouvelle maniere de placer
dans les pendules les quadratures de
répétition ; il y propofe jufqu'à un inftrument
qu'il avoit lui-même imaginé pour
tracer les cadrans folaires.
Si je pouvois m'étendre ici fur les détails
de mon Art , je trouverois de quoi
placer par tout le nom de M. le Roi ; les
pendules d'équation , les thermomètres
métalliques , les répétitions fans rouage,
& une multitude d'autres inventions curieufes
& utiles , lui doivent ou leur perfection
ou leur naiffance. C'eft à vous ,
Monfieur , qui avez fait de fi belles &
de fi profondes recherches fur l'hiftoire
de l'Horlogerie , à rendre à mon illuftre
JANVIER. 1760. T
Confrere la Juftice qui lui eft dûe ; vous
augmenterez les regrets de la poftérité
fur la perte de ce grand Artifte , mais
vous n'ajoûterez rien à l'eftime unique ,
pour ainfi dire , que toute l'Europe avoit
pour lui.
Je fuis , & c. LEPAUTE
A Paris , le 15 Novembre 1759.
On voit avec plaifir un Artiffe habile
s'empreffer de rendre un hommage public
à la mémoire d'un homme célèbre dans
le même Art. Je donnerai dans le Mercure
prochain de nouveaux Mémoires fur
les progrès dont l'Horlogerie eft redevable
en France à M. le Roi : fon éloge
ne peut qu'être une fource de lumières &
d'émulation pour les Artiſtes.
EXTRAIT d'une Lettre écrite à l'Auteur
du Mercure,
PRES avoir fait fur le ftyle de quelques
Ouvrages nouveaux des obfervations
très -judicieuſes , mais dont ce n'eft
point ici la place , je crois ne pouvoir
mieux terminer ces remarques , ajoute
186 MERCURE DE FRANCE .
l'Auteur de cette Lettre , qu'en vous follicitant
, Monfieur , de faire mieux connoître
les Conférences de M. Touflaint
fur la Langue & la Littérature Françoife.
On ne paroît pas les regarder dans le Public
comme auffi importantes qu'elles le
font en effet ; & quoique M. T. ne manque
pas d'Auditeurs , fi on fçavoit lui rendre
juftice & à foi - même , le nombre en
devroit être bien plus confidérable. Mais
qui eft ce qui penfe ne pas pofféder à
fond une langue qu'il parle depuis fa premiere
jeuneffe ? Et cependant qui eft- ce
qui n'a pas beſoin de s'y perfectionner ?
On s'imagine peut- être que dans ces
Conférences il n'eft question que de difcuffions
ennuyeufes de Grammaire & de
Littérature ; au lieu que ce n'eft que par
des exemples , & d'après les meilleurs
Auteurs en tous genres dont on y fait la
lecture , qu'on s'inftruit de ce qu'il faut
imiter ou éviter pour le ftyle & pour les
penfées. Je ne crains pas de nommer ces
Conférences une Ecole de bon goût , où
l'on fe forme fur les meilleurs modèles ,
& où l'on apprend à mépriſer toutes ces
expreffions qui n'ont de mérite que la
nouveauté , toutes ces phrafes recherchées
, pleines d'enflure & d'obſcurité ,
toutes ces penſées brillantes , mais déJANVIER
1760187
à
placées & fans folidité ; en un mot ,
connoître les beautés & les défauts de nos
Ecrivains célébres , pour imiter les unes ,
& fe précautionner contre les autres . On
peut s'infcrire à la moitié du cours , &
alors on aura droit d'affifter à la premiere
moitié du cours fuivant , en ne payant
que pour un feul.
ARTICLE V.
SPECTACLES.
O
OPERA.
N continue de donner l'Opera d'Amadis
; & fi le fuccès de ce Spectacle
n'a pas été bien vif , au moins eft - il bien
foutenu. Les dernieres repréfentations
ont été auffi fortes que les premières :
Mlle Arnoud y a repris le rôle d'Ariane
qu'elle chante avec un peu de lenteur
pour ménager fes forces , mais qu'elle
joue avec beaucoup de pathétique & de
vérité.
On donne les Jeudis les mêmes fragmens
qu'on avoit quittés pour mettre
Amadis au Théâtre ; & le public ne fe
38 MERCURE DE FRANCE.
J
laffe point de voir & d'applaudir Mlle
Lemiere & M. Larrivée dans l'acte d'fmène.
Le talent de Mlle Leclerc , jeune
Danfeufe , fe développe de jour en jour :
elle a doublé quelquefois Mlle Lani dans
les Ballets d'Amadis ; & le Public furpris
de fes progrès , s'eft fait un plaiſir
de l'encourager par des applaudiffemens
unanimes .
COMEDIE FRANÇOISE.
ON fe N fe prépare à donner inceffamment
à ce Théâtre une Tragédie nouvelle intirulée
Zalica : en attendant , le Public. y
eft attiré par d'excellentes pièces anciennes.
On a remis le Philofophe marié
dans lequel M. Granval a joué pour la
première fois le rôle d'Arifte. La réputation
de cet excellent Acteur eft au - deffus
de mes éloges .
,
Madame Durancy , connue fous le nom
de Mlle Darimat , a débuté dans les rôles
de caractère : l'indiſpoſition d'une Actrice
a interrompu ce début.
JANVIER 1760. 189
COMEDIE ITALIENNE.
LE
M.
E fuccès de l'Impromptu de l'Amour
Comédie en un Acte & en Profe par
de Moiffy , n'a pas été auffi brillant que
celui de la nouvelle Ecole des Femmes ,
Comédie du même Auteur , quoique
Mile Favart ait mis dans le rôle de la
jeune Américaine tout ce qui peut inté
reffer & plaire. Voici l'idée de cette Co
médie. Une jeune Américaine nommée
Agathine , nouvellement arrivée en France
, infpire de l'amour à Cliton frere de
Bélife qui s'eft chargée d'Agathine. Cliton
pour s'en faire aimer fe travestit en
Jardinier , & prend le nom de Lucas ;
fous ce déguisement il plaît à Agathine,
qui lui avoue naïvement fon penchant .
Ĉliton a formé le deffein de l'époufer ,
mais il craint que cette jeune Américaine
ne refuſe ſa main s'il ſe découvre à elle,
parce qu'elle voit que les époux riches
ne s'aiment point en France ; ce qui lui
donne une grande répugnance pour épou
fer un homme riche.Cliton pour détruire
cette répugnance imagine de faire venir
des Acteurs de Paris qui exécuteront une
190 MERCURE DE FRANCE .
Scène entre l'Amour & la Sageffe , dont
l'effet doit faire revenirAgathine de fa prévention.
On fait croire à cette jeune fille
que l'Amour doit venir dans ce lieu pour,
fe juftifier aux yeux de la Sageffe , de
tous les torts qu'on lui impute. Elle fe
prête avec docilité à cette invention ;
& après avoir écouté la juftification de
l'Amour , elle demande confeil à ce
Dieu fur le parti qu'elle a à prendre.
Elle aime Lucas , dit-elle , mais elle
lui trouve une ame ambitieuſe ; il veut
devenir riche , & elle craint que leur
amour ne puiffe fubfifter avec les richeſſes.
L'amour la raffure , & lui dit qu'il
veut faire leur fortune , qu'elle peut l'accepter
de lui fans crainte , & que la tendreffe
de Cliton n'y perdra rien. Agathine
fe rend, elle donne la main à Lucas, qu'elle
réconnoît enfuite pour Cliton , &la Piéce
finit par un Ballet . On a trouvé dans cette
Pièce peu d'action , & le dénoument un
peu romanefque; d'ailleurs on y remarque
des chofes agréables , & le ftyle en eft
fimple & naturel . L'Auteur a répandu du
comique dans le rôle d'Arlequin , & dans
celui de Julien, Jardinier méchant & rufe,
amoureux d'Agathine & qui voudroit l'en ,
lever à Cliton.
JANVIER. 1760. 19-
CONCERT SPIRITUEL.
LE Signor Potenza , dont les talens
>
ont brillé fur prefque tous les Théâtres
de l'Europe a chanté quelques Airs ,
Italiens au Concert Spirituel la veille
& le jour de Noël. On n'a point entendu
depuis longtemps de chanteurs Italiens
qui euffent fait plus de plaifir . Sa voix eſt
douce , agréable , flexible & harmonieuſe,
Il fait enfler & éteindre les fons fans fortir
de la ligne précieuſe au-delà & en deçà
de laquelle il n'y a plus de jufteffe , &
par conféquent plus de chant. Il poffede
l'art admirable que Farinelli a porté à
un fi haut degré de perfection , de paffer
des fons aigus aux fons graves, par des intervalles
à peine perceptibles . La facilité
& la durée de fes tenues ont étonné ; fes
trilles font brillans & foutenus. Il a rendu
avec un fuccès égal & les morceaux
fiers & les morceaux purement agréables
qu'il a chantés . M. Gaviniés qui a acompagné
le fieur Potenza , a partagé avec lui
les applaudiffemens du Public dans les airs
qu'ils ont exécutés . Il fe trouvoit des défis
entre le Chanteur & l'Accompagnateur
qui ont été exécutés avec tant de fidélité
qu'on prenoit la voix pour l'inftrument
社
92 MERCURE DE FRANCE:
& l'inftrument pour la voix. On ne peut
qu'encourager M. Potenza à chanter déformais
avec plus d'affurance & à compter
davantage fur le plaifir qu'il fera toujours
aux oreilles un peu exercées à la Mufique
Italienne.Je prendrai la liberté de lui dire
de la part de tous les gens de goût de ne
pas imiter la plupart desChanteursItaliens
qui cherchent moins à plaire dans les morceaux
qu'ils exécutent, qu'à fe faire admirer.
Ce qui n'eſt que difficile frappe d'abord;
mais la curiofité une fois fatisfaite ,
l'intérêt s'éteint ; au lieu que ce qui eft
vraiment agréable & touchant eſt toujours
fûr de plaire.
On a exécuté dans ces deux Concerts
Fugit Nox,Motet à Grand-Choeur mêlé de
Noëls , par M. Boismortier ; Caniate Domino
, Motet à Grand-Choeur par M. de
la Lande , avec différens Concertos &
quelques petits Motets. On a fini par
Cali enarrant, & Venite exultemus , Motets
de M. de Mondonville dont on connoît
les grandes beautés. On a revu Mlle Fel
avec le plus grand plaifir. Mlle Lemiere a
chanté avec la grace,la précifion & la légèreté
qu'on lui connoît. M. Gelin & M.
de Xaintis ont reçu beaucoup d'applaudiffemens:
Le jeu brillant & facile de M.
Balbâtre fait toujours un nouveau plaifir.
ARTICLE
JANVIE R. 1760. 193
ARTICLE VI
NOUVELLES POLITIQUES.
LE
DE VIENNE , le 10 Novembre.
E 22 , le Baron de Laudon avec le Corps
qu'il commande fe rendit maître des hauteurs
près d'Hernftadt. Dès qu'il y fut établi , il fit
menacer le Commandant de la Place de la réduire
en cendres s'il ne l'abandonnoit pas fur le
champ. Le Commandant répondit qu'il ne pouvoit
pas fe retirer , fans un ordre du Roi de
Prufle , & il demanda quelques heures pour
prendre fa réfolution . L'armée des Ruſſes arriva ,
& occupa le camp que le Baron de Laudon venoit
de lui marquer. Il s'avança à Babiele fur le
flanc gauche de cette armée ; & vers le foir on
obferva que les Pruffiens faifoient divers mouvemens
fur les hauteurs qui font derriere la Place
& au- delà de la rivière.
On apperçut le lendemain leur armée qui
campoit fur ces hauteurs . Sur les neuf heures du
matin , le Comte de Soltikoff envoya un de fes
Aides de Camp pour fommer de nouveau le Commandant
de la Place. Celui - ci répondit qu'il
avoit ordre du Roi fon Maître de fe défendre jufqu'à
la derniere extrêmité. Sur cette réponſe le
Comte de Soltikoff fit démafquer une grande
batterie qui venoit d'être conftruite fur les hauteurs.
Le feu des canons & des mortiers fit beaucoup
d'effet fur la Ville & embrafa les fauxbourgs.
I. Vol.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
Le fieur Holmer , Lieutenant- général d'Artillerie
, fe tranfporta l'après - midi dans les Fauxbourgs
qui venoient d'étre brûlés , afin de reconnoître
deplus près l'état dela Place . Il fut découvert
par l'ennemi , & effuya une décharge de
moufqueterie. Le Comte de Soltikoff, à qui il
rendit compte de fes obfervations , fit approcher
la groffe artillerie pour embrafer la ville . Ses
ordres furent exécutés fi ponctuellement , que le
feu prit tout à la fois en quatre endroits différens,
Pendant ce temps-là l'artillerie des Autrichiens.
foudroyoit l'avant - garde des Pruffiens . Cette
canonnade dura jufqu'à la nuit , & la Ville de
Hernftadt fut entièrement détruite .
De l'Armée Autrichienne , le 3 Novembre.
Le détachement que le Général Prentano commande
fut attaqué près de Vogelang . Les Pruf
fiens firent les plus grands efforts pour le chaffer
de ce pofte. L'attaque commença par un grand
feu de moufqueterie qui fut fuivi d'une canonnade
des plus vives. L'ennemi après avoir été
repouffé deux fois , fut obligé d'abandonner cette
entrepriſe . Sa perte fut confidérable . Nos troupes
lui firent foixante - dix prifonniers , & n'eurent
qu'une vingtaine de foldats bleffés .
DE HAMBOURG , le 4 Novembre.
On mande de Pomeranie , que les Pruffiens
ont été forcés d'abandonner la Ville de Demmin
, qu'ils avoient furprife. Les troupes Suédoifes
arrivées trop tard pour fauver la Place ,
pourfuivirent les Prufliens dans leur retraite , &
les atteignirent à Malchin le 25 au foir . Les Barons
de Wrangel & de Sprengport, qui commandoient
ces troupes , firent enfoncer les portes de
JANVIER. 1760 . 195
La Ville , chafsèrent l'ennemi de rue en rue , &
le forcèrent de fe retirer en défordre. Ils lui enlevèrent
le butin & les prifonniers . Les Pruffiens
eurent beaucoup de foldats tués dans cette artaque.
Un de leurs Lieutenans , dix Bas - Officiers
& cent Soldats furent enveloppés & obligés de ſe
rendre.
DE LONDRES , le 11 Novembre.
L'expédition tentée contre Suratte a eu le fuccès
qu'on defiroit. La flotte partit de Bombai à la fin
de Février. Les troupes de débarquement étoient
comparées de huit cens Européens & de trois
mille Cipayes. On arriva heureuſement ſur la
côte; mais quand il fut queftion d'entrer dans la
riviere , on ne pût faire aucun ulage des gros
vaiffeaux . On eut beaucoup de peine à faire avancer
jufqu'à la ville un bâtiment de vingt pièces
de canon , & quatre galiotes à bombes. Les troupes
débarquèrent ; elles attaquèrent la place , &
furent repouffées deux fois avec beaucoup de
perte. La défertion , qui devint confidérable , en
diminua encore le nombre. On tenta un dernier
effort. Le bâtiment & les galiotes eurent ordre
de rompre la chaîne qui fermoir l'entrée du port.
Dès que la chaîne fut rompue , on reprit l'attaque
de la place , & dans l'efpace de quatre heures
ony jetta quarante - deux bombes & cinq cens
boulets. La garnifon répondit à ce feu violent par
celui de quatre batteries, qui tuèrent ou bleſsèrent
près de la moitié des équipages de nos bâtimens.
Le 2 Mars le Château capitula , & nos troupes
entrèrent dans la place .
Du 16.
Le 13 de ce mois , le Parlement fut aſſemblé.
Les féances commencèrent dans les deux Cham-
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
bres par la lecture d'un Difcours qui leur fut
adreffé de la part du Roi. Ce Difcours rappelle
les principaux fuccès qui ont couronné les armes
de Sa Majesté. Le Roi déclare que comme il n'a
point commencé la guerre par des vues d'ambi
tion , il eft fort éloigné de la continuer par un
motif de reffentiment ; qu'il defire fincèrement de
voir la paix rétablie , & qu'il écoutera volontiers
les propofitions qui pourront lui être faites , pourvu
qu'elles foient honorables pour Sa Majesté &
pour les Alliés.
Du 30.
Nous venons de recevoir les nouvelles fuivantes
de Charleſtown dans la Caroline . Les François
ont mis en mouvement la Nation Indienne
des Chorokées . Ces Sauvages au nombre de trois
mille hommes ont pénétré dans quelques - unes
de nos Colonies. Ils ont paru dans le voisinage
du Fort Laudon , & ont enlevé la chevelure à
quelques foldats de la garnison de ce Fort. Les
habitans de ces contrées ont pris l'épouvante à
leur approche , & ont cherché un afyle dans le
Fort Prince-George. Ils ont rencontré dans les
bois plufieurs partis de ces Sauvages , dont ils
n'ont évité la fureur qu'en abandonnant la plus
grande partie de leurs effets . Plufieurs des Indiens
qui avoient marqué le plus de zèle pour
nos intérêts , font juftement foupçonnés de fomenter
la guerre. Plufieurs établiflemens de
grande valeur ont été abandonnés . Les Fermiers
& les Cultivateurs ont pris la fuite , pour ne
pas demeurer expofés à la cruauté des Sauvages.
Le Capitaine , Stuart marche avec un Corps
de troupes vers le pays des Cherokées . On efpere
beaucoup de l'habileté & de la bravoure de
cet Officier. Les Compagnies Provinciales & fes
Milices ont ordre de fe tenir prêtes à marcher.
JANVIER. 1966 . 197
Ön mande de la nouvelle York les détails
fuivans. Les troupes aux ordres du Général Amherft
ont été occupées jufqu'au 10 Octobre à
fortifier la pointe de la Couronne . On a entrepris
d'y conftruire trois Forts fur les hauteurs
qui commandent cette Place. Dès les premiers
jours d'Octobre , le Général Amherst fit fes dif
pofitions pour traverfer le Lac Champlin. Toutes
les difpofitions étant faites pour l'embarquement,
les troupes au nombre de quatre mille cinq cens
hommes , fe rendirent à bord des bateaux . Le
11 Novembre la flotte mit à la voile , & quelques
jours après elle mouilla à la hauteur du
Fort Saint Jean. Trois bâtimens François étoient
fur cette côte. Le Général Amherſt les fit attaquer.
Deux furent coulés à fond , & le troifiéme
échoua . Les vents contraires empêcherent ce Général
de poursuivre fon expédition ; & le 21 , il
fut obligé de revenir à la pointe de la Couronne .
Un corps de dix mille hommes de troupes fran
çoifes occupe différens poftes , & ne laifle aucune
fureté entre Québec & la pointe de la Couronne.
Le Général Amherſt a beaucoup à craindre
d'un Corps i nombreux. Les Officiers qui le
commandoient , annoncent faas diffimulation ,
qu'auffitôt que la glace fera affez forte pour porter
leur artillerie , ils paroîtront fur les murs de
Québec.
De WESEL , le is Novembre.
Les nouvelles qu'on vient de recevoir de Munfter
nous apprennent que les Ennemis ont ouvert
la tranchée devant cette Place la nuit du 8 au 9
de ce mois , à la Porte Sainte-Egide , & que la
nuit du 10 au 11 ils ont formé une feconde
attaque entre la Porte neuve & la Citadelle. On
affure qu'ils ont fait auffi un petit retranchement
devant la Porte d'Exter.
I iij
598 MERCURE DE FRANCE
Du 22 .
7.
Le 19 de ce mois , les Marquis Dauvet & de
Maupeou , Maréchaux de Camp, furent détachés,
le premier à Amelbure en avant de la droite
le fecond à Albachten en avant de la gauche .
Ce dernier Pofte étoit important à occuper, pour
fçavoir le parti qu'avoient pris les Ennemis , &
pour être certain de leur pofition . Le Marquis
d'Armentieres ordonna l'attaque de ce Village.
Elle fut faite par le Marquis de Maupeou. La
troupe de Fischer qui s'y eft fort diftinguée , &
les Grenadiers de l'Infanterie emporterent le Châ
teau & le Village , après une réſiſtance affez opiniâtre
de la part des Ennemis. Le Marquis Dau--
vet a chaffé les Ennemis du Village d'Amelbure.
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
DE VERSAILLES le 22 Novembre.
LEE Roi a donné le Gouvernement de Rodez
au Baron de Tuillier , Mestre de Camp de Dragons
, & Inſpecteur des Côtes de Guyenne.
Du 29.
Le 19 de ce mois le Roi tint le Sceau.
Sa Majesté a donné au Duc de Briffac le Gou
vernement de Sar-Louis , vacant par la mort du
Prince de Talmont.
Le 21 , le fieur de Silhouette ayant fupplié le
Roi de permettre qu'il fe démît de la place de
Contrôleur Général des Finances , Sa Majesté a
fait choix du fieur Bertin , pour le remplacer. Le
JANVIER. 1760. 199
24 , le nouveau Contrôleur Général eut l'hon
neur d'être préfenté au Roi , par le Comte de
Saint-Florentin , Miniftre & Secrétaire d'Etat ,
ainfi que le fieur de Sartines , qui a été fubftitué
au fieur Bertin dans la place de Lieutenant Général
de Police.
De PARIS , le 1 Décembre.
Le zo du mois dernier , l'Eſcadre aux ordres
du Maréchal de Conflans fut rencontrée à la hauteur
de Belle- Ifle par celle de l'Amiral Hawke ,
renforcée de tous les vaiffeaux que les Anglois
avoient à la côte de Bretagne. La mer étoit fort
grofle , il y a eu des changemens de vent par
grains dans la journée , ce qui n'a permis à aucune
des deux Efcadres de fe mettre en ligne . Cependant
le combat s'engagea vers deux heures aprèsmidi
entre les vaiffeaux de l'arriere garde , qui
étoient le Magnifique , le Héros & le Formidable
, lefquels furent attaqués & environnés
par huit ou dix vaiffeaux Anglois. Peu de tems
après le combat devint général , mais fans ordre
de part & d'autre. Le Formidable commandé par
le fieur de Saint-André du Verger , Chef d'Efcadre
des armées navales , eft le feul vaiffeau qui ait été
pris. On a eu le malheur de perdre le vaiffeau le
Théfée & le Superbe , commandés par les fieurs de
Kerfaint & de Montalais , Capitaines de Vaiffeau.
Ils ont coulé à fond dans le combat , pen
dant lequel un Vaiffeau de l'Eſcadre Angloife
dont on ignore le nom , a auffi coulé à fond. Le
Vailleau le Soleil Royal , que montoit le Maréchal
de Conflans , s'eſt brûlé à la côte du Croific
le 21 , après qu'on a eu fauvé l'équipage . Le
Héros , commandé par le Vicomte de Sanfay ,
qui a eu trente hommes tués , & quatre-vingt-fix
bleffés dans le combat , s'eſt brûlé au même en-
Liv
200 MERCURE DE FRANCE.
droit. Le Jufte , commandé par le fieur de Saint-
Allouarn , Capitaine de Vaiffeau , tué dans le combat,
& après lui par le fieur Rofmader de Saint-
Allouarn , fon frere , auffi tué dans le combat , a
péri à l'ance d'Ecoublas à l'entrée de la Loire , &
on a fauvé une partie de l'équipage . Les vaiffeaux
Anglois la Réfolution , de foixante- quatorze canons
, & l'Effex de foixante - dix , ont péri à la
côte du Croilic. Un autre vaiffeau Anglois dont
on ignore lenom a aufli péri à l'entrée de la Loire.
Une partie des vaiffeaux de l'efcadre de Breſt eſt à
la rade de l'lfle d'Aix , & les autres font dans la
rivière de Vilaine.
Le fieur Galibert , dépêché par le Comte de
Montazet, apporta la nouvelle fuivante . Le Maréchal
de Daun attaqua le 20 Novembre un corps
de Pruffiens d'environ vingt-quatre mille hommes
commandés par les Généraux Finck "
Wunsch & Rebentiſch. Le combat s'eft donné
à Maxen à deux lieues de Pyrna & à trois lieues
de Drefde. Il a commencé à midi & n'a fini
qu'a la nuit Les Prufliens ayant été dépoftés des
hauteurs qu'il occupoient & forcés de ſe retirer
dans un fond , ont perdu dans cette occafion
la plus grande partie de leur artillerie & toutes
leurs munitions.
Le Maréchal de Daun avoit fait fes difpofitions,
de maniere que ce Corps d'Arinée étoit entouré
par les troupes Autrichiennes & par celles de
l'Empire. Le lendemain le Général Rebentiſch fur
envoyé au Maréchal de Daun par le Général
Finck , pour capituler. Le Maréchal de Daun exigea
que cette armée mit les arines bas , & fe rendit
prifonniere de guerre ; & il ne donna que
quatre minutes pour fe déterminer . Les Pruffiens
ont été forcés de fubir ces conditions . On les a fait
partir ce même jour pour la Bohême . Il y avoit
JANVIER. 1760 .
201
dans ce corps d'armée fix mille hommes de Cavalerie.
On aifure que le Roi de Pruffe & le Prince
Henri étoient à quatre lieues du champ de bataille
avec trente mille hommes.
On affure auffi qu'il a envoyé ordre dans tous
fes Etats d'enrôler tout ce qu'il y refte d'hommes
depuis l'âge de 14 ans jufqu'à celui de 60 .
Du 8.
La garnifon de Munfter a capitulé le 21 du
mois dernier. Elle a obtenu les honneurs de la
guerre Les ennemis ont donné toutes fortes de
marques de confidérations aux troupes qui la
compofent ainsi qu'au Marquis de Gayon , Maréchal-
de-camp , qui la commande , & au fieur de
Boisclaireau , Lieutenant de Roi & de la Ville,
La garnifon eft arrivée à Wefel le 26 .
De FRANCFORT , le 8 Décembre.
Le Prince héréditaire de Brunfwick ayant été
détaché de l'armée du Prince Ferdinand avec un
nombre confidérable de troupes , s'eft porté par
des marches forcées vers Fulde , où le Duc de
Wirtemberg étoit depuis quelques jours avec fes
troupes , que le Roi a prifes à fa folde , & dont
une partie s'étoit avancée dans la Heffe . Les
Poftes avancés du Duc de Wirtemberg ayant été
forcés de fe replier , le Prince héréditaire s'avança
rapidement vers Fulde , & parut le premier
de ce mois à neuf heures du matin près de
cette Ville .
Le Duc de Wirtemberg avoit déja raffemblé
la plus grande partie de fes Grenadiers & quelques
piéces de canon avec un de fes Régimens de
Cuiralliers fur la rive gauche de la Fulde , difpu
tant le terrein aux Ennemis , afin d'avoir le temps;
de faire arriver le refte de fes troupes.
Pendant ce temps-là , le Prince héréditaire
I w
202 MERCURE, DE FRANCE.
avançoit en force vers Fulde , faiſant filer par
fa droite une colonne d'Infanterie & de Cava-
Jerie pour attaquer les ponts & couper la retraite
du Duc de Wirtemberg. Le pont de la
Ville fur attaqué avec beaucoup de vigueur. Les
Grenadiers de Wirtemberg s'y défendirent avec
toute la valeur poffible ; mais le canon des Ennemis
qui les plongeoit , les maltraita extrêmement.
Ils fe retirerent en fe défendant pied - àpied
dans la Ville. Le fecond pont fut également
force ; le canon des Ennemis ayant tou-
Jours la fupériorité , & les Grenadiers de Wirten
berg continuant de montrer la même valeur.,
La Ville fut difputée ; mais les Ennemis la foumirent.
Ce Prince fe trouvoit alors léparé d'une
grande partie de fon corps d'armée , qui n'avoit
pu arriver à cauſe de l'éloignement de fa pofition
. Il fut obligé d'ordonner la retraite , qui ſe
fit fous les yeux des Ennemis avec tout l'ordre
poffible jufqu'au-delà du pont de l'Enherode , fur
un des ruilleaux que forme la riviere de Fulde.
Après cette expédition le Prince héréditaire
s'eft replié ; & dès le 2 de ce mois, les Huffards
du Duc de Wirtemberg étoient rentrés dans
Fulde.
MARIAGES.
Le 25 , le Roi , la Reine & la Famille Royale
fignerent le Contrat de mariage du Baron de
Mariolles , Brigadier des Armées du Roi , Enfeigne
& Aide-Major des Gardes du Corps , avec
la Marquife de la Roche- Foucauld " veuve du
Marquis de la Roche - Foucauld - Coufages. Ce
mariage avoit été célébré le 15 Mai dernier.
Le Marquis de Vareilles , fils du Comte de VaJANVIE
R. 1760. 203
reilles , Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
Enfeigne des Gardes du Corps de Sa Majesté ,
époula le 8 Septembre la Demoiselle Langlois
de Montri , née Comteffe de l'Empire , veuve du
fieur de l'Efguilé du Roc . L'Abbé de Varailles
leur donna la bénédiction nuptiale dans l'Eglife
Paroiffiale de S. Jean -le- Rond . Leurs Majeftés &
la Famille Royale ont figné leur Contrat de mariage.
MORT S.
ÉLOGE HISTORIQUE
DEM.
LE MARQUIS DE MONTCALM.
SI
&
I l'on doit apprécier les hommes par les facrifices
qu'ils font à la fociété , & par les fervices
qu'ils lui rendent , qui jamais fut plus digne que
M. le Marquis de Montcalm de nos éloges & de
nos regrets ? Immoler fon repos à l'Etat , fe féparer
pour lui de rout ce qu'on a de plus cher
lui donner fon fang & fa vie , eft un devoir attaché
à la noble profeffion des armes , & ce dévoûment
héroïque eft la vertu des Guerriers de
tous les pays & de tous les temps . Mais cette
vertu reçoit un nouveau luftre des talens qui la
fecondent , & des circonftances qui l'éprouvent ;
& jamais elle n'a été ni plus éprouvée ni mieux
foutenue que dans le héros que nous pleurons.
LOUIS-JOSEPH , MARQUIS DE MONTCALMGOZON
DE SAINT VÉRAN , Seigneur de Gabriac
& c. Lieutenant - Général des Armées du Roi ,
Commandeur honoraire de l'Ordre Royal & Mi-
I vi
204 MERCURE
DE FRANCE.
litaire de Saint- Louis , commandant en Chef les :
Troupes Françoifes dans l'Amérique Septentrionale
, étoit né en 1712 d'une très- ancienne famille
de Rouergue . ( a )
le
Elève de M. Dumas , Inventeur du Bureau Typographique
, il ne fit pas moins d'honneur aux
leçons de ce Maître habile que Jeune Candiac
fon frere cader , mort à l'âge de ſept ans , & mis
au nombre des enfans célèbres . (b)
"
M. de Montcalm employa fes premieres années
à l'étude des Langues; & perfonne n'étoit.
plus verfé dans la Littérature Grecque & Latine.
La mémoire eft la nourrice de l'efprit , &
celle de M. de Montcalm étoit fi heureuſe , qu'il
n'oublioit rien de ce qu'il avoit appris une fois.
Il a confervé le goût de l'étude au milieu de
tous les travaux ; & parmi les agrémens de fa
retraite , il comptoit pour beaucoup l'efpérance
d'être reçu
à l'Académie des Belles- Lettres .
Il avoit fervi pendant dix fept ans dans le Régiment
de Hainault Infanterie , où il avoit été
fucceffivement Enfeigne , Lieutenant & Capitaine.
Il fut fait Colonel du Régiment d'Auxerrois
Infanterie , en. 1743 ; Brigadier des Armées du
Roi en 1747 ; Meſtre de Camp d'un nouveau
Régiment de Cavalerie de fon nom , en 1749 ;
a voit ( a ) Jean de Montcalm , l'un de fes ancêtres ,
éponfé Jeanne de Gozon , petite nièce du Grand Maître
Diodat de Gozon , vainqueur du dragon qui defoloit l'Iffs
de Rhodes.
( b ) Jean -Louis- Pierre - Elifabeth de Montcalm de Can
diac , né à Candiac le 7 Novembre 1739 , mort à Paris
le 8 Octobre 1726. Il avoit fait des progrès furprenans
dans les langues Hébraïque , Grecque & Latine , & acquis
des connoiffances prodigieufes pour fon âge. L'Auteur du Bureau typographique avoit fait fur lui la
première expérience de cette nouvelle méthode. Voyez le
Supplément de Moreri à l'Article CANDIA· C.
JANVIER. 1760. 205
Maréchal de Camp & Commandant des Troupes
Françoiles en Amérique , en 1756-3 Commandeur
par honneur de l'Ordre de Saint- Louis , en
175 ; & Lieutenant Général , en 1758 .
Dans les grades inférieurs il le diftingua par
une ardeur & une application fans relâche ; attentif
à recueillir dans chacun de ces emplois les
lumières & l'expérience qui leur font propres &
qui compofent par degrés le fyftême de l'Art
militaire.
Devenu Colonel ' , la connoiffance qu'on avoit
de fes talens & de fon activité , lui fit confier
dans toutes les occafions des commandemens
particuliers ; & il y foutine avec éclat la réputation
qu'il avoit acquife . Il reçut trois bleffures à
la bataille fous Plaifance , donnée le 13 Juin
1746 ; & comme il fe faifoit guérir à Montpellier
de deux coups de fabre à la tête , il apprit
que fon Régiment marchoit pour aller attaquer
le pofte de l'affiette où M. le Chevalier de Belleifle
fut tué. Il part , la tête enveloppée , & , fest
bleffures encore ouvertes , joint fon Corps , fe
trouve à l'attaque , & y reçoit deux coups de feu.
Mais c'eft en Amérique furtout que les qualités
de ce grand Capitaine ont paru dans tour
leur jour. C'est là qu'il a fait voir à quel degré
il réuniſſoit la bravoure du Soldat & la grandeur
d'ame du héros ; la prudence du confeil & l'activité
de l'exécution ; ce fang- froid que rien n'altére
, cette patience que rien ne rebute , & cette
réfolution courageule qui ofe répondre du fuccès
dans des circonftances où la timide (péculation
auroit à peine entrevu des refources. C'eft
là qu'au milieu des Sauvages dont il étoit devenu
le pere , on l'a vu fe plier à leur caractère
féroce , s'endurcir aux mêmes travaux , & fe reftreindre
aux mémes befoins , les apprivoiler par
200 MERCURE DE FRANCE.
la douceur, les attirer par la confiance, les attendrir
par tous les foins de l'humanité compâtiffante , &
faire dominer le refpect & l'amour fur des ames
également indociles au joug de l'obéiffance & au
frein de la difcipline militaire ( c) . C'est là que des
fatigues & des dangers fans nombre & inconnus en
Europe n'ontjamais rallenti fon zèle . Tantôt préfent
à des fpectacles dont l'idée feule fait frémir
la nature tantôt expofé à manquer de
tout , & fouvent à mourir de faim ; réduit pendant
onze mois à quatre onces de pain par
jour ; mangeant du cheval pour donner l'exem
ple , il fut le même dans tous les temps , fati
fait de tout endurer pour la caufe de la Patrie &
pour la gloire de fon Roi. C'eſt là qu'il a exécuté
des chofes prefque incroyables , & que nós
Ennemis eux- mêmes ont regardées comme des
prodiges ; qu'avec fix bataillons François & quelques
troupes de la Colonie , non feulement il a
fait tête à trente , quarante , cinquante mille
hommes , mais qu'il leur en a impofé partout , les
a vaincus , les a diffipés , jufqu'à la malheureufe
journée où vient de périr ce grand homme.
Arrivé dans la Colonie en 1756 , il arrête par
fes bonnes difpofitions l'armée du Général Lou-
( c ) Il étoit venu à bout de les conduire fans leur donner
ni vin , ni eau - de - vie , ni même les chofes dont ils
avoient un befoin réel , & dont on manquoit à l'armée ;
mais il avoit le plus grand foin de leurs malades & de
leurs bleffés . Il connoît , difoient -ils , nos ufages & nos
manières comme s'il avoit été élevé au milieu de nos cabanes.
Loriqu'il reçut à Choueguen la nouvelle que le
Roi l'avoit honoré du Cordon rouge , ils vinrent le complimenter.
Nous fommes charmés ; lui dirent - ils , de la
grace que le grand Onowthio vient de t'accorder , parce
que nous fçavons qu'elle te caufe de la joie. Pour nous ,
nous ne t'en aimons ni ne t'en eftimons davantage , car
F'eft ta perfonne que nous eftimons & que nous aimons.
JANVIER 1760 . 207
don au lac Saint - Sacrement , laiffe des inftruce
tions au Chevalier de Lévi , Commandant en ?
fecond , revient à Montréal & marche rapidement
au lac Ontario , où il trouve trois bataillons
François & environ douze cens hommes de milices .
du pays. Avec cette petite armée qu'il allemble à
Frontenac, il court à Choueguen, y aborde fous le
feu de huit barques de dix , douze & vingt pièces
de canon que l'Anglois avoit fur ce lac , forme
un fiége , ouvre une tranchée , & enlève en cinq ,
jours les trois Forts de l'ennemi ( d ). Il y faic
dix-fept cens quarante-deux prifonniers , parmi
lefquels fe trouvoient quatre-vingt Officiers , &
deux Régimens de cette brave Infanterie Angloife.
qui avoit combattu à Fontenoy. Il rafe les Forts ,
revient à Montréal & retourne au lac Saint-Sacrement
avec les troupes victorieufes. Là il fait.
face de nouveau au Général Loudon qui eft obligé
de fe retirer à Albani , fans avoir ofé l'attaquer
malgré la fupériorité de fes forces . Il revint de
cette expédition à la fin de Novembre fur les
glaces , fouffrant depuis plus de deux mois unfroid
exceffif , & ayant parcouru depuis le mois
de Juin environ huit cens lieues de pays déferts.
C'eft ainfi que les François animés par fon exemple
ont fait la guerre en Amérique.
La campagne de 1757 ne fut pas moins furprenante
. M. de Montcalm réunit fes forces , confiftant
en fix bataillons de troupes régléesc , en
viron deux mille hommes de milice , & dix- huit
cens Sauvages de trente- deux Nations différen
tes , à la chute du lac Saint - Sacrement . Là il diviſe
fon armée en deux parties ; l'une marche
par terre , fe frayant une route à travers des
montagnes & dans des bois jufqu'alors incon
(d ) Le fort Ontario, le fort Chouëguen & le fort Georget
208 MERCURE DE FRANCE.
nus ; l'autre eſt embarquée fur le lac. Après
quatorze lieues de marche il entreprend de forcer
l'Ennemi retranché dans fon camp fous le
Fort Guillaume - Henry. Ce Fort eſt défendu par
une garnison de cinq cens hommes continuellement
rafraîchie par les troupes du camp : il l'attaque
, il le détruit , & s'il ne retint pas la garniton
prifonniere , ce ne fut que dans l'impoffibilité
où l'on étoit de la nourrir ( e ) . Peut- être
n'en feroit- il pas refté là s'il n'avoit été obligé
de renvoyer les Milices pour faire la récolte , &
de lailler partir les Sauvages dont quelques- uns
étoient venus de huit cent lieues uniquement
pour voir par eux-mêmes ce que la renommée
leur avoit appris de cet homme prodigieux.
Mais fi l'on ajoute à la circonftance du départ
des Sauvages & des Colons le défaut de munitions
de guerre & de bouché , l'extrême difficulté
du transport de tout ce qu'exige l'appareil
d'un fiége , à fix lieues de diftance , & à bras
d'hommes , avec une armée épuisée de fatigue,
& plus affoiblie encore par la mauvaiſe nourriture
, que penfera- t- on du reproche qu'on lui
fit alors de n'avoir pas marché du Fort Guillau
me au Fort Edouard ? Il fe vengea de fes Ennemis
en grand homme : il mit le comble à faréputation
dans la Campagne de 1758 , & les
accabla du poids de fa gloire.
La difette affreufe de l'Automne 1757 , qui
dura jufqu'a la fin du Printemps 1758 , mit la
Colonie à deux doigts de fa perte. M. de Montcalm
avoit reçu de France le fecours de deux
bataillons très-affoiblis par une maladie épidémi-,
que qui les avoit attaqués fur la iner, Les Anglois
( e ) Les habitans de Québec étoient alors réduits à un
quarteron de pain par jour ,
JANVIE R. 1760. 209
toujours infiniment fupérieurs en nombre & ea
moyens , avoient été renforcés de plufieurs régimens
envoyés d'Europe. Le Lord Loudon venoit
d'être rappellé pendant l'Hiver & remplacé par
le Général Abercromby. Celui-ci fait tous fes
préparatifs pour entrer de bonne heure en campa
gne & prévenir le Marquis de Montcalm . Retardé
par le défaut de vivres , le Général François ne
put mettre en mouvement qu'au mois de Juin
les huit bataillons affoiblis, les uns par les pertes de
la Campagne précédente , les autres par la maladie.
Ces bataillons ne formoient en total que trois
mille trois cens hommes. M. de Montcalm fe
porta avec cette poignée de monde fur la frontière
du Lac Saint - Sacrement ; le Général Anglois
marchoit à lui avec une armée de plus de vingtfept
mille hommes. Si M. de Montcalm étoit
battu , il n'avoit aucune retraite ; l'Ennemi pouvoit
s'avancer jufqu'a Montréal & couper en deux
la Colonie. Le Héros du canada prend dans cette
extrémité le feul parti qu'il y avoit à prendre. Il
reconnoit & choifit lui-même une polition avantageufe
fur les hauteurs de Carillon ; il y fait
tracer un retranchement en abattis , laiffe un
bataillon pour commencer l'ouvrage, & en même
temps pour garder le fort , fait avec fa petite-
Armée un mouvement audacieux , en fe portant
à quatre lieues en avant , envoie reconnoître &
reconnoît lui - même la marche de l'Ennemi ,
l'examine , le tâte , lui en impofe par fa conte
nance. Cette manoeuvre digne des plus grands
Maîtres rallentit l'ardeur de la multitude ennemie,&
occafionne dans fes mouvemens une lenteur
dont M. de Montcalm fçait tirer avantage.
Ceci fe palloit le 6 Juillet 17 58. Il écrivit le
foir en ces termes à M. Doreil , Commillaire Or210
MERCURE DE FRANCE.
donnateur. Je n'ai que pour huit jours de vivres,
> point de Canadiens (f) , pas un feul Sauvage ;
> ils ne font point arrivés : j'ai affaire à une armée
i formidable ; malgré cela je ne défefpere de
> rien , j'ai de bonnes troupes. A la contenance
» de l'ennemi je vois qu'il tatonne ; fi , par fa
lenteur , il me donne le temps de gagner la
pofition que j'ai choifie fur les hauteurs de
» Carillon , & de m'y retrancher , je le battrai . ››
M. de Montcalmrfe replia dans la nuit du 6 au 7 ,
& fit faire à la hâte fon retranchement auquel
il travailla lui- même. L'abattis n'étoit pas encore
entierement achevé , lorfqu'il fut attaqué le 8-
Juillet par dix- huit mille hommes , avec la plus
grande valeur (g) . L'ennemi toujours repouffé
revient fept fois à la charge , où plutôt on combat
fept heures préfque fans relâche depuis` midi jufqu'à
la nuit : alors le découragement & l'effroi
s'emparent des Anglois ; & , cherchant leur falut
dans la fuite , il fe retirent l'efpace de douze lieues
jufques vers les ruines du fort George , laiffant
en chemin leurs bleffés , leurs vivres & leurs équi
pages. ( h)
Cettejournée à jamais glorieuſe pour la nation
(f) Quelques relations dífent qu'il avoit 1 5 ſauvages &
450 hommes , tant de la Colonie que de la marine , mais
que les fauvages abandonnèrent dans les montagnes le détachement
auquel ils fervoient de guide , & que les 450
hommes de la Colonie & de la marine demeurèrent postés
dans la plaine , & n'y furent point attaqués.
(g) M. le Chevalier de Lévi commandoit la droite de
notre armée , M. de Bourlamaque la gauche , M. de Montcalm
le centre.
(b) Le lendemain du combat , àla pointe du jour , M.
de Montcalm envoya M. le Chevalier de Lévi , fi digne de
fa confiance par fa valeur & fon habileté ; reconnoître ce
qu'étoit devenue l'armée Anglaife . Partout M de Léyi nẹ
trouva que les traces d'une fuite précipitée.
JANVIE R. 1760. 217
Françoife couta à l'ennemi , de fon aveu , fix
mille morts ou bleffés , dont trois mille cadavres
étoient au pied de l'abattis . Le Marquis de Montcalm
étoit partout ; fes difpofitions avoient préparé
la victoire , fon exemple la décida : ni les
Canadiens ni les Sauvages ne participèrent à
l'honneur de cette journée ; ils ne joignirent l'Armée
que cinq jours après. Les foldats , pendant
le combat crioient à chaque inftant : Vive le
Roi & notre Général ! C'elt cette confiance por-`
tée jufqu'à l'entoufiafme qui fait le fort des batail-'
les : une Armée eft presque toujours affurée de
vaincre quand elle le croit invincible , & l'opinion
qu'elle a d'elle-même dépend furtout de
l'idée qu'elle a de ſon Chef.
..
לכ
En écrivant au mêine M. Doreil , dù champ
de bataille à huit heures du foir , voici comment
s'exprimoit ce Vainqueur auffi modefte dans le
triomphe qu'intrépide dans le combat : » l'Armée
»& trop petite Armée du Roi vient de battre fes>
>> ennemis. Quelle journée pour la France ! Siv
» j'avois eu deux cens Sauvages pour fervir de
» tête à un détachement de mille hommes d'élite ,
>> dont j'aurois confié le commandement au
>> Chevalier de Lévi , il n'en feroit pas échappé
» beaucoup dans leur fuite . Ah ! quelles troupes ,
>> mon cher Doreil , que les nôtres ! je n'en ai
»jamais vu de pareilles : que n'étoient- elles à
Louifbourg » Cette lettre eft digne de M. de
Turenne comme l'action qui en eft le fujet.
Dans la relation qu'il envoya le lendemain à
M. le Marquis de Vaudreuil après avoir fait
l'éloge des troupes en général , celui de MM. de
Lévi , de Bourlamaque , Officiers fupérieurs &
de la plus grande diftinction , des Commandans
des Corps , & pour ainfi dire de chaque Officier
en particulier , il ajoutoit Pour moi je n'ai
λ
2
212 MERCURE DE FRANCE.
que le mérite de m'être trouvé Général de
aufli valeureuſes.
>> troupes
Il eut toujours la même attention de rendre à
chacun de fes Officiers la part qu'ils avoient à
fa gloire. J'ai lu dans une lettre qu'il écrivit du
Camp de Carillon le 28 Septembre . » M. le Che-
» valier de Lévi qui connoît très- bien cette fron-
» tière , y a fait les meilleures difpofitions du
» monde , & je les ai fuivies.
.
Il y a de lui une infinité de traits qui caractérifent
le patriote , le guerrier , l'homme jufte ,
vertueux & modefte ; mais la diſtance des lieux
ne m'a pas permis d'en recueillir les preuves 3
& comme je ne veux dire que la vérité , je n'ai
pas cru devoir m'en tenir à la tradition , qui s'altere
de bouche en bouche.
La conftance & la réfolution furent de toutes
fes vertus les plus éprouvées & les plus éclatanres
; mais elles n'avoient rien d'une présomption
aveugle ; & perfonne ne voyoit mieux que lui
les dangers qu'il alloit courir.
Il écrivoit de Montréal le 14 Avril 1759 , » Le
» nouveau Général Anglois Amherſt a de gran-
» des forces & de grands moyens , 22 bataillons
de troupes réglées , plus de 30000 hommes de
milices auffi les Anglois comptent attaquer
» le Canada par plufieurs endroits & l'envahir.
Nous avons fauvé cette Colonie l'année der-
> nière par un fuccès qui tient quafi du prodige.
Faut il en efpérer un pareil ? il faudra au
> moins le tenter. Quel dommage que nous
n'ayons pas un plus grand nombre d'auffi va-
>> leureux foldats ! » L'arrivée de l'Efcadre Angloife
, en mettant le comble aux dangers qui
menaçoient la Colonie , ne fit que redoubler le
courage & le zèle de fon défenſeur .
On n'eft que trop inftruit du détail du combat
JANVIER . 1760. 213
qui a précédé la prife de Québec , & dans lequel
a péri M. de Montcalm. Tous les effets qu'on
peut attendre de la prudence , de la valeur , de
l'activité d'un Général , avoient été employés
par celui- ci , foit pour défendre à l'Ennemi l'approche
de la Ville , foit pour conferver la communication
de l'armée avec les vailleaux qui
avoient remonté le fleuve , & où les vivres
étoient déposés.
Le combat du 31 Juillet , où huit cens Grenadiers
Anglois refterent fur la place à l'attaque du
camp de Beauport qu'ils ne purent jamais forcer ,
quoique la gauche du camp qu'ils attaquoient
efit à foutenir en même temps le feu croiſé de
plus de 80 pièces d'artillerie ; ce combat , dis-je ,
prouve affez la bonté du pofte & l'intrépide réfolution
de celui qui le défendoit ( i ) .
La communication avec les vivres ne fut pas
moins courageufement défendue . Quatre fois
les Anglois tenterent de débarquer au- deffous de
Québec , & quatre fois M. de Bougainville chargé
du foin pénible & critique de couvrir quinze
lieues de pays avec une poignée de monde répandue
fur le rivage , les repouffe & les oblige
de s'éloigner , quoique toujours fupérieurs en
nombre , & foutenus par le feu des frégates qui
les protégeoient. Mais comment une Armée de
huit à neuf mille hommes répandue fur la rivé
d'un fleuve immenfe auroit - elle pu la rendre
inacceffible dans toute fon étendue à dix mille
hommes de troupes réglées , qui , au moyen d'une
flotte de vingt cinq vaiffeaux de guerre , de trente
(i) Je ne dois pas négliger de dire , à la gloire de M. le
Chevalier de Lévi , que c'etoit lui qui avoit demandé que
se camp , dont la gauche n'étoit d'abord appuyée qu'au
ruiffeau de Beauport , fût étendu juſqu'à la riviere de Montmorenci
, dont le paffage étoit plus difficile .
214 MERCURE DE FRANCE
frégates & d'environ cent quatre-vingt bâtimens
de tranfport , exécutoient fur le fleuve & à la faveur
de la marée & de la nuit , des mouvemens
continuels & rapides qu'il étoit impotlible à nos
troupes de terre de prévoir , d'obferver & de
fuivre? Ces infatigables troupes n'avoient , pas
aillé que de faire face partout , de défendre ce
rivage pendant plus de deux mois , prodige incroyable
de vigilance ( k) & d'activité , Torfqu'enfin
le 13 Septembre , tandis que M. de
Bougainville étoit occupé au Cap- rouge , trois
lieues au-deflus de Québec , par les démonftrations
d'une attaque , les Anglois furprirent &
forcerent pendant la nuit un pofte à demie lieue
de la Ville & s'y établirent avant le jour.
M. de Montcalm accourut du camp de Beauport
avec trois mille hommes ; il en trouva
fix mille de débarqués ; & plein de cette noble
ardeur qui avoit toujours décidé la victoire , il
réfolut de les attaquer avant qu'ils fuffent en
plus grand nombre. Dans cette action décifive &
meurtriere , il fut bleflé de deux coups de feu ;
& ce moment fatal fut le premier où la victoire
l'abandonna ( 1 ) . Quoique bleffé mortellement
il eut le courage de refter à cheval , & fit luianême
la retraite de l'armée fous les murailles
de Québec , ou plutôt fur les débris de ces murailles
que l'artillerie Angloife battoit fans relâche
( k ) Le détachement de M. de Bougainville avoit paſſé
trois mois au Bivouac .
( 2 ) Il est très - certain que M. de Bougainville ne fut
averti au Cap rouge du débarquement des Anglois qu'à
zeuf heures du matin , & qu'ayant plus de trois lieues de
chemin à faire , il ne put arriver fur le champ de bataille
qu'après la déroute. Il n'en fit pas moins bonne contenance
, & fa retraite comme fa conduite dans cette pénible
campagne , a justifié pleinement la confiance que M. de
Montcalm avoit en lui.
JAN VIER. 1760. LIS
د ر
depuis deux mois. Il entra dans cette Ville ruinée ,
donna les ordres à tout , fe fit panfer , interrogea
le Chirurgien ; & fur la réponſe , dit au Lieutenant
de Roi & au Commandant de Royal Rouffillon
, Meffieurs , je vous recommande de
ménager l'honneur de la France , & de tâcher
»que ma petite armée puiffe fe retirer cette nuit
» au delà de la riviere du Cap- rouge , pour joindre
le Corps aux ordres de M. de Bougainville
: pour moi je vais la paller avec Dieu , &
me préparer à la mort . Qu'on ne me parle
» plus d'autres chofes. » Il mourut en Héros le
lendemain 14 Septembre à cinq heures du matin,
& fut enterré fans fafte dans un trou de bombe ,
fépulture digne d'un homme qui avoit réfolu de
défendre le Canada ou de s'enfevelir fous fes
ruines ( m ).
Je n'ai eu qu'à raconter les faits dans toute
lear fimplicité , pour faire des talents & des vertus
militaires de M. le Marquis de Montcalm un
éloge peut-être unique. L'Hiftoire les atteftera ,
& la postérité aura peine à les croire ; mais la
Colonie qu'il a défendue , les Guerriers qu'il a
commandés (n ) , les ennemis qu'il a vaincus
tant de fois, en rendront d'éclatans témoignages ;
& ces mêmes Sauvages qu'il a étonnés par des
prodiges de conftance , de réfolution & de valeur
, montreront à leurs enfans dans leurs dé-
(m)Les Anglois lui ont rendu les mêmes honneurs funébres
qu'au Général Wolf tué dans le même combat .
( n) L'un d'eux écrit du Canada : » Je ne me confo-
" lerai jamais de la perte de mon Général ; qu'elle eft
grande & pour nous & pour ce pays & pour l'Etat !
,, C'étoit un bon Général , un Citoyen zélé , un ami folide ,
,, un Pere pour nous tous. Il a été enlevé au moment de
,, jouir du fruit d'une campagne que M. de Turenne n'au
défavouée. Tous les jours je le chercherai , &
tous les jours ma douleur fera plus vive,
23 roit
pas
216 MERCURE DE FRANCE.
ferts inhabités les traces de ce Guerrier qui les
menoit à la victoire , & les lieux où ils ont eu
la gloire de combattre & de vaincre avec lui .
C'elt furtout dans le coeur des François que M.
de Montcalm doit fe furvivre . Notre Nation
qu'on accufe d'oublier trop ailément les grands
hommes qu'elle a perdus , eft profondément
frappée de la mort de celui-ci , & lui donne les
plus juftes larmes.
Madame Infante , Ducheffe de Parme, mourut
à Versailles le 6 Décembre , âgée de trente - deux
ans . Son affabilité , fon humeur bienfaisante , &
toutes les vertus qui formoient fon caractère , la
font univerfellement regretter.
Anne- Charles Frédéric de la Trémoille , Prince
de Tallemond , Duc de Châtelleraut , Brigadier
des Armées du Roi , eft niort à Paris le 20 Novembre
, âgé de quarante - huit ans .
Jacques- Hippolite Mazarini-Mancini , Marquis
de Mancini , ancien Colonel d'Infanterie , frere
du Duc de Nevers , mourut à Paris le 25 Novem
bre , dans la foixante-dixième année de fon âge.
La Comteffe de Riberac , veuve de Mellire
Charles - Antoine- Armand Odet d'Aydie , Comte
de Riberac, mourut à Montauban le 27 du même
mois , âgée de quatre vingt - trois ans.
ÉTAT
JANVIER. 1760. 217
ÉTAT
De la Vaiffelle portée à la Monnoie de Paris:
LEROI & la Famille Royale ayant jugé à propos d'envoyer
à la Monnoie leur Vaiffelle d'argent pour fubvenir
aux befoins actuels de l'Etat , les Princes du Sang , les
Seigneurs de la Cour , & à leur exemple les Citoyens riches
, ont donné dans cette occafion les plus grandes
marques de zèle , en envoyant de même la leur . Voici la
lifte qui m'en a été remiſe.
Novembre 1759.
du 2 dud .
m.o.g.
1972.31 m. o. g.
M. le Duc d'Or
du 10 dud.
léans.
373-37 2691 6 2:
I
du 14 dud , 345.7 27.
M. le Prince
de Clermont ,
de Condé ,
M. le Comte
de Charolois.
M. le Comte
Mde la Princeffe '
de Conti ,
du 3 Déc. 110351
du 16 Nov. 81355
du 2 Nov. 842-75
du 24 Nov. 468 2
M. le Prince
du 13 Nov.
835 2
de Conti ,
M. le Comte
de la Marche ,
Mile de Sens ,
M. le Comte
d'Eu ,
Mde la Comteffe
de Toulouſe ,
M. le Duc de
Penthièvre,
I. Vol.
du 13 Nov. 204. 37
du 16 dud. 135.74
du 9 Nov.
du 2 dud.
340 33
.....
4345 I
1442 26
39064
6 } 2077 3 3
du 31 Oct. 1324. 25
i du 14 Nov. 753 .
31335
K
218 MERCURE DE FRANCE
Du 29 Octobre 1759.
Meffieurs
'de Silhouette , Contrôleur Gén .
le Comte de Mailly d'Haucourt.
( Autre envoi du 4 Novembre. )
Richard , Recev. gen. des Finan.
( Autre envoi du 12 Novembre. )
( Autre dudit jour.)
Du 30 Octobre.
Gooffens , Banquier.
Beaujon , Recev . gen. des Finan.
de Saint Vaft , Recev. gen, du 2 se.
de Boullongne , Confeiller d'Etat.
de la Borde , Banquier de la Cour.
Bertin , Recev. gen . des Part. Caf.
Boutin , Recev. gen . des Finan.
Dumas , Recev. gen. des Finan.
Marquet, Recev. gen. des Finan
de Bourgades , Munitionnaire
des Vivres.
m. 0. gà
GIS 7 I
210 I 4
174 7
T
1000 $
284
133 7 4
714 S
378 L
453 57
215 17
221 2 I
7
282 7.4
424 43
30635
Chauvelin , Confeiller d'Etat , In
tendant des Finances, 38544
415876
Du 31 Octobre.
Mad, la Marquise de Ximenés , 187 7 7
Roi.
Teixier , Intendant des Ecuries du
Geoffroy , Caiffier des Recettes générales
des Finances.
( Autre envoi le 17 Décembre )
de Saint - Jullien , Receveur gen.
du Clergé,
19 3
51567
321 $ 7
JANVIER. 1760. 219
Suite du 31 Octobre .
Meffieurs
de Bonneval , Tréſorier de la Maifon
de la Reine .
Watelet , Recev. gen . des Finan.
de la Ferté, Intendant des Menus.
Baur , Banquier.
de Lage , Recev. gen . des Finan
de Machault , ancien Garde解 des
Sceaux.
le Premier Préſident de la
Chambre des Comptes.
le Duc de Choiſeul , Secrétaire
m. 0. g.
*
152 53
167 1
39 36
5
280
9436
749 I 6
28973
d'Etat , Min. des affaires Errang . 1556 333
( Autre envoi du 2 Novembre.
Moufle de Georville , Tréforiergénéral
de la Marine .
le Prêtre , Trélorier gen. de la
Maifon du Roi.
( Autre envoi le 8 Novembre. )
Poujaud , Directeur des Fermes.
MM Bouret freres . 339 4 3
Bouret free
Plus des mêmes.
1
3383 42
( Autre envoi le 14 Novembre. )
205 7
157 6 3
105 6
677 77
(Autre envoi le 16 dudit . )
Daugny , Fermier général .
de Beaumont , Intendant des Finan.
le Duc de la Vauguyon .
de Villette , ancien Tréforier
442 S₁
217 6
435 13
gen.
420 265/
de l'extraordinaire des Guerres .
de Lifle , Munitionnaire général.
Darnay, Fermier général.
de Parfeval , Fermier général .
206 5 7
147 3 6
246 4 2
11971 31
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Du . Novembre .
le Marquis de Marigny.
le Marquis de Lugeac , Commandant
des Grenadiers à cheval .
le Prince de Soubiſe , Maréchal de
France.
Plus a remis en or 5 m . 5 òn . 3 g.
& demi 30 g.
Autre-envoi le 14 Novembre.
m.o.g
35033
61. 4
1742 4 2
Du 2 Novembre .
14125 3
297 6 5 Dormeffon , Intendant des Finan
4 Autre envoi le 7 Novembre )
le Duc de la Valliere.
Mad, la Comteffe de Marfan.
Mad. la Princeffe d'Armagnac.
Herbin , Ecuyer de la bouche du Roi.
Plus a remis en or 5 on. 5 gros 18
Baron l'aîné , Notaire.
g .
le Bailly de Grille , Lieutenant -Général
des armées du Roi.
le Comte de Jarnac Rohan Chabot.
#
( Autre envoi du 6 Novembre. )
le Duc de Fleury .
3931 6
555
96 5
I
57 5 3
2117 2
288 6 I
89 27
439 2 2
( Autre envoi du $ Novembre.
Dargental , Confeiller d'honneur
au Parlement, & Miniſtre.
Mad. la Duch . de Brancas, Douairiere .
Daucourt , Fermier général.
Hocquard , Fermier général .
le Duc de Choifeul , Miniftre des
affaires Etrangeres.
( A réunir au 31 Octobre. )
218 5 4
61 "
1885 2
362 3
13.7
le Marquis de Grammont , Lieutenant-
Général des armées du Roi. 113
2
JANVIER. 1760. 221
Meffieurs
Mad. la Comt . de Teffé, Douairiere.
Suite du 2 Novembre.
de Villemur, Fermier genéral.
m. c. g.
172 4 4
372 6 5
18058 1
Du 3 Novembre .
Mad. la Marquife Saffenages. 232 22
Texier de Menetou , Receveur gen.
des Finances .
257 53
le Marquis de la Chenelaye.
245 66
le Comte de la Marck.
le Marquis de Loris.
50965
835
Paris du Verney.
Mlle le Borgne Brifeval .
Perfonnet , Inſpecteur des Ponts & Ch .
de Servandé , Recev . gen . des Fin..
Autre envoi le 9 Novembre. )
le Cardinal de Luynes.
Lignez , Chef de la Fruiterie du Roi.
le Marquis de Cremille , Lieutenant-
Général des armées & Miniftre.
le Duc de Biron l'aîné .
le Duc de Gontault.
( Autre envoi du 12 Novembre. )
Mad. la Marquise de Pompadour.
( Autre envoi le 17 Novembre. )
dé la Reyniere , Fermier général.
Berrier , Miniftre de la Marine.
le Maréchal de Belleifle , Miniftre
de la Guerre.
Collin , Tréforier de l'Ordre Militaire
de S. Louis.
Mlle le Duc.
87452
44 6
17 5 4
158 1 4
463 3
88 4 6
*
424 6
128 6 I
175 4 6
1781 I Z
359 3
29972
2023 2 3
195 6 1
203 I
26625.763
Kilj
222 MERCURE DE FRANCE .
Du 4 Novembre.
Meffieurs
de Preffigny , Fermier général.
de Pange , Tréforier général de
l'extraordinaire des Guerres .
le Maréchal Duc de Luxembourg.
( Autre envoi le 25 Novembre. )
le Comte de Saint Florentin , Secrétaire
d'Etat.
Paris de Montmartel.
Boutret , Echevin.
Mailly Daucourt.
( A réunir au 29 Octobre. )
Du 5 Novembre.
le Maréchal de Noailles.
Millin , Secrétaire du Roi.
l'Evêque de Verdun .
m : 0.
68
491 7
580 5 4
375 4 4
1804 2 4
122 3 5
20474
302737 2
83844
162
282 65
le Duc de Fleury .
( A réunir au 2 Novembre. )
de Boullongne , Trélorier de l'extraordinaire
des Guerres.
Dupont , Secrétaire du Roi , Envoyé
de Portugal .
Chateau , Secrétaire de l'Intendance
de Paris.
Mad. la Comteffe de Luzelbourg.
Mazade de Saint Breffan , Tréforier
général des Etats de Languedoc.
l'ancien Evêque de Limoges.
l'Abbé de Radouvilliers , Sous- précepteur
de M. le Duc de Bourgogne.
Puiffant , Fermier général.
de Vergne , Secrétaire du Roi.
de Beaumont , Fermier général.
57 46
368 26
7 6
2925
71 2.3
262 3
48 37
24 2
121 37
280 2.
434 67
JAN VIER. 1760. 223
Suite dus Novembre.
Meffieurs
le Duc de Duras.
Mad , la Comtelle de Baviere.
Pajot , Recev. gen. des Finan.
le Maréchal de Lautrec.
de Monginor , Secrétaire du Roi.
FAbbé de Broglie.
m. o. g.
609 5 7
6256
166.7 3
218 7
3563
337 2 6
de Roquemont, Commandant du Guet. 23
Binet , premier Valet de Chambre
du Roi. 162 63
Gabriel , premier Architecte. 14934
Mad, la Comteffe de S. Severin.
201 S
( Autre envoi le 12 Décembre. )
de la Boiffiere , Tréforier général des
Etats de Bretagne.
698 1 3
Borda , Fermier général.
de Fontpertuis , Fermier gén.
de Launay , ancien Tréforier gén, de
l'extraordinaire des guerres.
(Autre envoi du 21 Novembre. )
de Belleguife , Receveur gén. des Fin.
de Champlot , premier Valet de Ch.
du Roi.
le Comte de Mailly Rubempré, prem.
Ecuyer de Made la Dauphine.
( Autre envoi du 19 Novembre. )
PEmpereur, ancien Echevin.
Made Dupile.
Made la Marquife de Merangere.
Made de Savalette la veuve.
le Comte de Bethune , Ch. d'honn.
Bertier de Sauvigny , Intend. de la
Généralité de Paris.
T 374 I
202 3 4
12586
1347 3
173 4
108
187 27
273 3
17 4 2.
424 6
18 52
570 7
38598
224 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Du 6 Novembre.
Randon de Boiffet , Rec. g. des Fin.
Made la Marquise de Brancas.
Joly , Avocat .
le Maréchal de Coigny.
de Caze.
le Maréchal Duc de Biron.
Made la Princeffe de Carignan.
Gilly , Dir . de la Comp. des Indes.
l'Abbé de Breteuil , Chanc. de M. le
Duc d'Orléans .
Mlle Marie Moineau.
Made la Ducheffe de Grammont.
MM. de Montcrif, freres , l'un Lecteur
de la Reine.
m..o . g.
203 4
332.7.3
47 3 I
454 56
107 6
738
403 16
8-6
369 3
198
120 4 7674
2674
42 16
27042
140
277 2
3605 6
6557
Made la Comteffe de Lhôpital.
Boudrey , prem . Commis des Fin.
de Maupeou , ancien Prem . Préſid.
de Cypierre , Maître des Requêtes .
Pellerin , pr, Commis de la Marine.
le Comte de Jarnac Rohan Chabot,
( A réunir au 2 Novembre . )
Trudaine , Conf. d'Etat , Int. des Fin.
Dufour , Maître d'Hôtel du Roi.
le Comte de Courten ', Lieutenant ››
gén. des Armées du Roi.
Godeheu, Dir. de la Comp. des Indes.
Rothe , Dir. de la Comp. des Indes.
l'Allemand de Betz , anc. Ferm. gén .
le Comte de Brionne , grand Ecuyer.
Michel , Dir. de la Comp. des Indes.
de la Live d'Epinay , Fermier gén.
de Boullongne , grand Tréforier de
T'Ordre du S. Efprit. 1
Autre envoi le 7 Novembre. )
l'Evêque d'Orléans,
283 6 7
1233
175 15
275 3 3
2747
333 , 7 3
313 4
436 1 3
264922
bé
-397-7 7
25752
f
JANVIER. 1760. 225
Meffieurs
Suite du 6 Novembre.
Harvoin , Secrétaire du Roi.
Mad Maillard ,
Clairambaut , Généalogifte du Roi.
le Duc d'Aumont ,
pere.
Bourjot, Marchand de foie.
le Comte du Luc , Maréch . de camp.
de Gourge , Maître des Requêtes .
Peilhon , Secrétaire du Roi.
Bouret de Villaumont .
le Comte, Notaire.
le Comte de la Riviere , Commandant
des Moufquetaires noirs.
1
m. o. g.
60 3
8 17
23035
333 2 X
$7 I S
43 2 2
108 6 7
27655
311 6
68 26
23552
47394 65
Du 7 Novembre.
De la Bouexiere, Fermier général . 522 43
De Vaugrenant , Chevalier des Ordres
du Roi 379 6 3
Mad. De Buteler , Sous- Gouvernante
des Enfans de France. 157 7 2
Le Marquis de Broglie.
208 6 3
275 26
De Viarmes , Prevot des Marchands.
De Brou , Doyen des Confeillers d'Etat . 251 35
Bégon, Receveur Général des Finances. 18+
Briffard , Fermier Général.
Sainfon , Secrétaire du Roi & Moufquetaire.
Le Marquis de Villeroi.
Le Préfident Henault.
Dugatz , Ecuyer.
S
481
109 3 6
386 3
401 4 3
46 6
L'Abbé de Roileve de Chamballant ,
Préfident honoraire au Parlement de
de Bretagne.
Randon , Receveur Général des Financès.
143 7 6
32036
226 MERCURE DE FRANCE .
Suite du 7 Novembre:
Meffieurs
m. o . g.
Mlle Hus , de la Comédie Françoife. 107
de Montamand , Concierge du Palais
Royal.
de Laurimier , Maître de la Chambre
aux deniers du Roi.
Perriner du Pezeau , Receveur Général
des Finances .
Himber , premier Apoticaire du Roi.
le Duc , Tailleur du Roi.
Le Maréchal Prince d'Ifenghien."
Barbier , Marchand de la Cour.
Le Baron de Mufparault.
Mad. la Comteffe Dailly.
( Autre envoi du 10 Novembre )
Denis , Auditeur des Comptes.
Le Comte de Langeron , Lieut. Gén .
Mad.la Duchefle d'Elbeuf.
Le Prince de Turenne.
Blin des Marais , Banquier.
D'Ormeflon , Intendant des Finances.
( A réunir au 2 Novembre )
De Cramayel , Fermier Général . ·
De Neuville , Fermier Général .
L'Archevêque de Rouen.
De Boullongne , Grand Tréforier de
l'Ordre da S. Efprit.
( A réunir au 6 Novembre )
Jollivet de Vannes , Procureur du Roi
de la Ville.
Tourton , Banquier.
113
2
317
167 2
159 5
6
35 5
71447
De Villemorien , Fermier général.
MM. Petit , rue de la Magdeleine.
Périchon de Vandeuil , Régiffeur des
nouveaux droits.
47 552
20
40
6 3
9052
173 7 6
133 4 I
109 4
66 7 3
436 4
335 13
264 2 4
350 25
632
137
234 6 I
260 16
23 22
54.24
I
JANVIER . 1760. 227
Meffieurs
Suite du 7 Novembre.
Le Marquis de Matignon ,
m . 0.
g .
314 14
7626 Mazouret , Tréf. de France , à Paris .
Gaigne , prem.Val.Garde-Robe du Roi. 40
Mlle de Jarente , niéce de M. l'Evêque
d'Orléans .
De Bacquancourt , Me. des Requêtes.
Poultier , Confeiller d'Etat
Anniffon du Perran , Directeur de
l'Imprimerie Royale.
Maziere , Fermier général.
Mad. la Marquife d'Auffi , fous-gouvernante
des Enfans de France.
De Séchelle , Miniftre.
5.
5236
257 4 4
405 24
213 47 .
20376
$7 4 5.
Mad. Hérault, veuve du Conf. d'Etát . 127 6 6
De Moras , Miniftre.
Le Marg , duTerrail. Marcc. de Camp .
Philippe, anc. prem. Commis des Fin.
Delmoulins , Rec, gén, des Finances.
Le Duc de Nevers.
Bertin, Lieutenant de Police.
Plus 3 onces 5 gr. 21 gr.à 22 karas ..
Brion ancien Echevin.
de Simian, Dép . du Com. de Marfeille.
Choart , Recev, gén . des Finances .
Douet , Fermier général.
de
Cheneviere , pr,
Regnaud , Notaire.
Com , de la Guerre.
508 61
407 2 2½
221 1 11
108 I
2154 I
272 7
162 2 11
82 1 6
267 1 2.
337 3 S
so 2 7
33 3 11
Mad Chambon, veuve du Fermier gén. 146 I s
60366 1 Q
Du 8 Novembre,
Mad. Grimaud Dumas, 301 4 31
128 MERCURE DE FRANCE.
Suite du 8 Novembre.
Meffieurs
Le Maréchal de Balincourt .
L'Abbé Alary, Prieur de Gournay.
Le Marquis de Béthune.
Mad. la Marquife de Mancini.
Geneve , marchand de foie.
Fortier , Incendant du Commerce.
Mad. la Comteffe de Liffemore .
Rouffin , Architecte .
Laloy , Bourgeois de Paris.
Plus en or , 2 onc. 9 gr. 18 grains.
Daalhieme , fils, Ecuyer.
Mad . la Ducheffe de Lauragais.
De Lauzy , Curé de S. Jac. la Bouch .
( Autre envoi du 10 Novembre.
Mlle Liard Davot , de l'Opera.
D'Argenlieu , Colonel d'Infanterie,
Mad. la Duchelle de la Valliere.
De Montcrif, Direct, des Fermes, 1
m. o.
g.
I
1803 2
175 3
..
111 26
134 I
87 24
111 32
153 4 4
48 4 4
19
28 5.6
110 3 7
108 4 2
57.7 6
191 6 7
2734
441332
Lević , Commiffaire au Châtelet.prove $950 3 Si
Richard , Fermier Général
Mad . Heynard de Ravannes.
·298.
290324-2.7
Mad.laMarq.d'Entragues , Douairiere , 140
Jannel , Intendant des Poftes.
Le Prêtre , Trél. gén. des troupes de
la Maiſon du Roi, en 8 jettons d'or,
2 onc. 3 gr. 1 grains.
( A réunir au 31 Octobre )
De Saint Fargeot, Avocat général .
De Cuiffy , Fermier général,
སྙ སྙམ
Prevôt, Tréforier général des Ponts &
Chauffées.
Dupont , Bourgeois de Paris .
Malon de Bercy, Me des Req. hon.
273 7.6
489 2
24 S
5767
•
149 2 I
2
*
Suite
JANVIER. 1760 . 229
Suite du 8 Novembre.
Meffieurs
Le Duc de Rohan,
Taitbour, Greffier de l'Hôtel de Ville.
Mad . la Marquile de Saint Remy.
De S. Hilaire, Maître d'Hôtel du Roi.
Le Curé de Meudon,
Le Marquis de Jumilhac , Commandant
des Moufquetaires gris.
Perriner , Fermier général.
Le Prince de Rohan .
Le Prince de Beauveau.
Bellin , Ingénieur de la Marine.
Dormeſſon , Préſident à Mortier.
Mlle Couturier .
De Coulombier , Agent de Change.
Mollet , Gentilhomme ord. du Roi.
L'abbé Mollet , frere du fufdit.
Doubre , Maître des Comptes.
Dupin , Fermier général.
Le Marquis de Roquépine.
Mollé , Pr. Préfident au Parlement.
De Salabéry , Confeiller d'Etat.
m. o. g.
951 27.
173 76
5875
155 4 7
14 S 3.
Bernard deMontigny, Rec. gén. des Fin.
Baillon , Horloger de Sa Majefté .
De Monin, Sécr. de M. le Pr. de Conty.
Le Comte de Maurepas , Miniftre .
Mefnard pere , Chanc. de l'Ordre .
Mad. la Marquife de S. Sauveur.
Mad . la Marquife de la Ferriere.
de la Rue , Bourgeois de Paris.
Mad. d'Hoppen , Nourrice de Meſd.
Victoire & Louife.
de Meflé , Privilégié des Gazettes
& Affiches.
I. Vol.
211 5 4
308 2
99 I
547 7 5
795 2
179 2
64 2 2-5
7 192
7635
51 3
45 6
325 II
46 3
602 I 3
357 3 45
260 5
109 4 E
11
K
2
2
2
448 3 I
4 2
1967
13
456 3 6
296
5762
L
29 7
230 MERCURE DE FRANCE.
Suite du 8 Novembre.
Meffieurs
Mad. la Veuve Afforty , Médecin.
Du 9 Novembre.
Mad. de Vougny , veuve du Maître
des Requêtes.
Mad, la Vicomteffe Durtubit.
le Monnier , Fermier général ,
Aftruc , Maître des Requêtes.
Mad . la Ducheffe Dantin.
Marfollier , Secrétaire du Roi.
l'Abbe le Blond .
de Servandé , Recev . gen. des Fin.
( A rétablir au 3 Novembre. )
de Villars , ancien Capit. aux Gardes .
Cheron , Md . Bijoutier Jouaillier.
Leonard , Confeiller au Châtelet.
Mad, du Roncey , veuve de l'Ecuyer
de M. le Duc d'Orléans.
m.o.g
39-5
70807 6 3
de Viteman , ci- devant Intéreffé dans
les Fermes .
Mad. de Viteman femme du fuftit.
de la Genetiere , Tréforier de M. le
Prince de Condé .
de Savigny , ancien Capit. d'Infant.
Péron , Officier de la Chambre
du Roi.
de la Maisonneuve , Valet de Garderobe
du Roi.
Mad. de Fulvy.
Caron pere , Secrétaire du Roi , &
Payeur des Rentes .
Mad.la Marquife de Clermont Galle-
46 2
174 6 6
581 7 71
188 3 2
134 3 7
2877 42
124 4 I
I
20 3 61
16 4 71
I
75 172
246 3
225 24
226 I
9
83 7
201 3 £ 1
176 I 4
2835
144 2 6
2367
JANVIER, 1760. 232
Meffieurs
Suite du 9 Novembre.
rande, Dame d'Arour .
Chapvelin , ancien Garde des Sceaux .
Mad. Daverne , Place des Victoires.
Danic Dumouron , Entrepreneur des
Hôpitaux Militaires ; & fon frere.
Martinført , Munitionnaire des Vivres .
Senac , premier Medecin'du Roi.
le Riche de la Paupliniere, F. gen.
de Mornay , Gentilhom . ord . du Roi.
Mad. de Lagarde , veuve du F.
( Autre envoi le 17 Novembre. )
(:Autre envoi au se art, ci- après.
de Lautrec , Capit. aux Gardes Franç .
Teyraffe de Lolleda , Fermier du Roi.
Mlle Tronchet de Mainville.
gen.
le Baillif de Froulay , Amballa deur
de Malthe.
Mad. de Lagarde.
( A réunir au se art , ci-deſſus. )
Paul , Md. rue S. Denis , à la Reine
de France.
m.of.
2825
6137
188
47 4 I
17 7 3
19167
415 41
464 $ -3
733671
18 7
47 24
202 $ 2
255 I 3
1643
41 1 4
Dubuiffen , ancien Com . de la Guerre . 106 1 ;
le Comte de la Serre , Gouverneur
des Invalides .
Mad. la Marquife de la Force .
Mad, la Duchelle de Brancas
le Duc de Chaulnes.
Mad. la Comteffe de Villemenard,
Prignaut de Beauregard , Noraire.
de Barjol , Ecuyer.
Dufour de Villeneuve , Maît .des Req.
Mad. la Maréchale de Villars .
Mad . la Marquife Dupleffis- Chatillon .
Boudier,chez M. le Comte de Brionne.
107 'S
64 12
26554
22146
105 7 5
38 S
37 7 4
145 7 4
435 74
996 1
16 7 6
Lij
232 MERCURE DE FRANCE.
Suite du Novembre. 9
Meffieurs
Guoffe , Secrétaire de M. Dormeſſon ,
Intendant des Finances.
Wal , Valet de Chambre du Roi,
l'Abbé de la Ville.
1
de Crancé , Ecuyer de Madame la
Dauphine.
Thiroux de Montregard.
Bronod l'aîné , Notaire.
Du 10 Novembre.
Gaignat , Secrétaire du Roi honoraire .
Pantigny , Recev. gen . des Finances.
Mad. la Ducheffe de Lorges.
le Marquis de Scepeaux , Lieutenant
des Gardes du Corps.
le Comte de la Marck , Lieutenant
de Roi des Invalides .
m. 0. g.
215 2
147 I 6
23767
1937
60 I
335 54
797866
195 2 4
9067
148 2
57 I
de Lucé , Abbé de Turpennay .
le Févre , Ameriquain.
Mad. la Marquifé de Menard,
le Marquis de Rieux , Lieutenant-
Genéral des armées du Roi.
Glain , Peintre.
Regnier , Baillifde Verfailles.
le Tourneur , Lieut. de la Connétab .
de la Borde , ancien Fermier gen.
Bellanger , Secrét. du Roi , Notaire.
( Autre partie le 12 Novembre. )
42 I 5
t
2
37 3 3
2
5674
X
405 2 2
I
563 2
8627
317 1
2197 2
174 3 4
145
Coupart , Recev . gen . des Dom . & Bois . 199 I
le Préfident Rougault.
Sibire , Notaire.
Pelletier de Beaupré , Conſ. d'Etat.
170 7 I
116 7 f
318 3 4
JANVIER. 1760. 233
Suite du Q Novembre.
Meffieurs
de S. Vallery , Recev. gen. des Fin.
Barjoles , Ecuyer.
le Marquis de Janſon , Mar. de Camp .
Mlle de Bracq.
Baudon , Fermier général .
de la Porte , Secrétaire du Roi.
Aubert , Violon de l'Opéra.
Gautier de la Pommeray , Procureur
au Parlement .
Mad, la Marquife de Scoraille.
Darla , Quartinier de la Ville de
Paris.
Lorrain, premier Commis de M. de
Courteille.
Mad, la veuve Hibert , ci -devant
Marchande de Paris .
Janffin , Gentilhomme Anglois.
de Montarant , Maître des Requêtes ,
Intendant du Commerce.
de Lamanche , Notaire.
Teffier , Intendant des Ecuries &
Livrées du Roi.
Thevenin , Secrétaire du Roi , Payeur
de Rentes.
le Comte de Mailly , premier Ecuyer
de Madame la Dauphine.
( A réunir au រ Novembre. )
Foubeft , Lieutenant du premier
Chirurgien du Roi.
Raymond , Secrétaire du Roi.
Mad. la Comtelle Dailly.
( A réunir au Novembre. J
Foucault , Marchand de Vin
m. 0. g.
192 5 4
37 1 3
57
2
27 6 7
447 3 3
439 3
62
3057
77 7
101 4
55
18556
401 I 2
373 6
22.6
I
2
253461
166 5 2
367
183 2
2
167-5-61
467
Bood 1 7:
Li
234 MERCURE DE FRANCE.
Suite du 10 Novembre.
Meffieurs
Cottin , Direct. de la Comp.des Ind.
Mercier , Marchand Orphévre ,
Confeiller de Ville .
Bernard , Marchand Epicier.
le Noir le jeune , Notaire.
Olivier , Marchand , rue des Arcis.
De Viers , ci-devant Md de drap.
Mad. Vatart, veuve du Sécr. du Roi.
Gueffier, Concierge de l'Hôtel des Ambaffadeurs
extraordinaires .
Garnier , Me d'Hôtel de la Reine.
Waimel de Launay.
Micault d'Harvelay, Gar. du Tr.Royal.
Le Comte de Lannion , Mar. de Camp.
Mad.la Marquife de Caftelmoron .
m. o. g.
256 7 6
8064
70 4 7
1543
55 3 3
29276
184 2 4
108 7 6
33147
207 I
171 7 -21
133 7 4
138 6
2
87375 7 4
Du Novembre.
Marfollierdes Vivetieres, Sécr. du Roi . 212 7 6
Collabeau , Syndic de la Compagnie
des Indes .
Pelletier , Fermier général.
439 5 6
64 6.7
88089 4
318 4 3
40 2 IT
2
481 2 2
29422
Du 12 Novembre.
Bernage , Confeiller d'Etat .
( Autre renvoi le 14 Novembre )
l'Abbé Junot, Aumôn, des Gard.Franç.
le Duc de Villeroi.
Chaillon de Joinville , Gentilhomme
ordinaire du Roi.
JANVIER. 1760 . 235
Meffieurs
Suite du 12 Novembre.
le Marquis de Laftic , Chef de Brigade
des Gardes du Corps.
Mad. Laurés.
Baron , Fermier du Roi .
Mad. la Marq . de Fenelon, Douairiere.
Mlle Deſchamps.
le Marq. de Raffetot, Cap. de Gend.
le Duc de Chevreufe .
le Doux , Receveur des Tailles.
Richard , Recev. gén. des Finances.
(Autre envoi au 28 Octobre )
le Comte de Rothe, Lieut. Général.
Mad . de Loifé.
Ferrand , Fermier général.
m. o. g.
I
233 5 2
101 5 2
74 7 I
170 6 3
45 6 2
111 6 •
523 52
363 7.72
129 I 2
191 6 4
29641
2
21726
le Marq. de Roncherolles, Lieut. gén. 194 3 3
Vanno, Fermier gén . des Etats de l'Infant
Dom Philippe.
de Montferrier , Syndic des Etats de
de Languedoc.
Mad. d'Urville, veuve du Sous-ferm .
la veuve Joft .
Baille , Conſeiller au Gr.Confeil.
{ Autre envoi ci- deſſous )
Hocquet, ancien munitionnaire.
("Autre envoi ci-deſſous )
Richer , Quartinier.
Mad. Compaut.
Coupart , Sécrétaire du Roi.
le Duc de Gontault.
( A réunir au 3 Novembre )
le Comte de Noailles.
Madi la Marquile d'Arpajon.
19 5 42
41 4
9656
39 5 7
2
147 7 S
44 7 I
24
255
298
21
4
I 228
203 5 6
2
ܐ܂
236 MERCURE DE FRANCE.
Suite du 12 Novembre.
Meffieurs
Mad. Rolignol , veuve de l'Intentendant
de Lyon.
Dupont , Notaire.
Richard , Rec. Gén . des Fin .
( A réunir au 28 Octobre )
m.q.
80
so 7 .
I
F'Evêque de Chartres.
Hoquet , ancien munitionnaire.
( A réunir ci - deſſus )
Baille , Confeiller au Gr . Conſeil.
24 ( A`réunir¸ci -deſſus }
4
Mad. la veuve Lemoine , Valet de
garde-robe du Roi.
Breuzart , Doyen des Subftituts de M.
le Proc. Gén . du Gr . Confeil ..
Durand , Greffier au Châtelet.
Bellanger , Séc. du Roi , Notaire.
(A réunir au 10 Novembre )
Paty.
Cotte , Directeur de la Monnoye des
Médailles.
Jeaume , Banquier.
Mad la veuve le Prêtre, Rotiffear.
Pierre , Peintre du Roi ,
Arnoult , Auteur des Sachets contre
l'Apoplexie.
Cappron , Dentiſte du Roi.
le Maréchal de Contades.
Mad. Geoffrin , veuve du Séc. du Roi
ade Lauzy, Curé de S. Jacq. la Bouch.
( A réunir au 8 Novembre )
de la Chapelle , ancien premier Com
nis des Affaires Etrangeres.
P'Archevêque de Rheims
16 67
87 73.
32 -£
445 F
161 2 4
70 7
82
560 7.
273 I
287-352
166 7.4
# :I
108 5
21
2 $4 4 2
289 6-7
249 46
46:14
$77 3
2
JANVIER
. 1760 . 237
•
Suite du 12 Novembre .
Meffieurs
Tilferand , Garde -vaiffelle ordinaire
m. o. 3.
du Roi.
Du 13 Novembre.
Mad . la Marquise de Laſſay.
Prêtre , Marchand.
Guindre , Apothicaire de Madame la
Dauphine.
15375
94060 2 11
72465
168 7 S
53441
72 6!
245
f
212 7 11
257 2
3 .
Lieutaud , Médecin de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne.
de Buffy , Secrétaire du Roi .
Duchêne , Prevôt des Bâtimens du Roi. 40
Philippe l'aîné.
le Comte de Houdelot, Cap . de Gend.
Tinel , Marchand.
Mad. la Marq . de Pertuis & M. fon fils
ci-dev . Col. au Rég , de Lufiguan.
le Maréchal d'Eftrées.
Bonnami Drotfin.
Rouffel , Fermier général .
Playet, Contrôl , des Bât, da Ro
Bergier , Agent de Change.
le Comte de Rohan Chabot.
Senffe , Secrétaire du Roi .
Barjol , Ecuyer.
de Brige , Ecuyer du Roi.
Paffot,anc.Tailleur de M. le Dauphin.
Rabuffeau , Bourgeois de Paris .
Doublet , Marchand .
Fériol d'Argental .
Mad. la Marquife du Guefclin.
40
175 2 5
768 2 61
2
34 7 71/
2
17 7 31
484 1.21
865212
134 3 4
192 I I
854
27 3.5
68
55 5
6
42 37
1364
60 64
238 MERCURE DE FRANCE.
Suite du 13 Novembre.
Meffieurs
Sandrier, Entrepr. des Bâtim . du Roi.
Mad. Lievin , Bourgeoile de Paris.
Mile Lany , Danfeufe de l'Opéra .
Le Normand , Fermier général.
Mad. la Marquife de Mezaga .
de Guimps, Maître d'Hôtel de la Reine.
Mad. Fremier,du Palais Royal .
Mad. la Comteffe du Roure.
le Chevalier Judde .
de Fourqueux , Procureur Général de
la Chambre des Comptes,
Haudry , Fermier général.
le Quai , Pr . Commis de la Marine .
de Tourdonnais , Ecuyer du Roi.
Touchard , Officier de Madanie
la Dauphine.
Couvray , Secrétaire du Roi.
Mad . la Princeffe Talmont.
( Autre envoi ci- deſſous. )
Autre du 14 Novembre. )
de Faventines , Fermier général,
Morinay , Gentilhom. ord. du Roi.
de Cafaubon , Syndic de la Compagnie
des Indes .
le Prince de Robecq .
Mad . la Princeffe Talmont.
A réunir ci - deffus . )
Mad. la Préfidente Portail .
le Comte de Caraman.
Mad. Landet.
Chomel , Notaire & Echevin.
Autre envoi du 14 Novembre. )
Mad . Chomel.
m. org.
48 15
19 6 5
8 1 3
5564
3595 4
69.7 37
174 "
2955 3 >
381 1 II
2
6265
349 6 7
138 45
13 7 7
39 3 3
85 2 1
4967
237 442
2,547
321 6 1
285 24
92 7
186 6 7
160 25
I 1917 2
134.6
31 3
JANVIER. 1760. 139
Suite du 13 Novembre.
Meffieurs
le Marquis de Raffetot.
Maiziere , Recev. gen. des Fermes.
D'Invault , Intendant d'Amiens.
Dupont , Confeiller au Châtelet.
de Pommery , & Mad. de Floffac
fa belle- mere.
le Prince de Salm.
Du 14 Novembre.
Mad. la Marquife Dambre.
de Bernage , Confeiller d'Etat,
m. o. g.
6473
15953
359
1912
280 S } ;
87 3
105637 47
256 37
866
A réunir au 12 Novembre. )
Halma de Balmont , Gr. Audiencier
de France honoraire.
MM. Bouret freres .
A réunir au 31 Octobre, )
Bouillard , Intérellé dans les affaires
du Roi,
Coignard , Secrétaire du Roi.
Mad. la Duchefle de la Trémoille.
le Comte de la Billarderie .
André , Echevin .
le Bloeur , Echevin.
de la Croix , Dirceur des Domaines.
le Comte de Broglie.
de Villevaut , Maître des Requêtes ,
pour Madme la mere.
Hermant, Intéreffé dans les Affaires
du Roi.
Mad. la Princeffe Talmont.
( A réunir au 13 Novembre. )
Choppin , premier Préſident de la
Cour des Monnoyes,
392 26
82 S
190 3
166 3 3
164 4
132 4 4
44 4 2
40 4
I
276 6 2
163711
176651
224 I
376
108
761
240 MERCURE DE FRANCE.
Suite du 14 Novembre.
Meffieurs
de Brezé , Préſident de la Cour des
Monnoyes.
Mad. la Comteffe de Guerchy.
le Cardinal de Bernis.
Chomel.
( A réunir au 13 Novembre. )
Dupré de la Grange.
Mad. Dodart.
Mad. Chevillon ..
Mad. Boutet.
Mad. Poiffonnier , Nourrice de M. le
Duc de Bourgogne.
le Page , & Mlle Hermens.
le Marquis de Caftres.
( Autre envoi le 23 Novembre, )
le Prince de Soubife.
( A réunir au premier Novembre. )
Mad. la Comteffe de Morville.
le Noir de Laye , ancien Fermier.
Mad. Beaumier.
de la Faye , Tréforier des 4 den.
& fa mere.
Mad. la Duch.de Beauvilliers , Douair.
le Marquis Defcars.
Rouffel , Conf. honor. au Parlem.
Boudet , Avocat.
Partyet, Intendant des Invalides .
Rivier , Gentilhomme fervant du Roi.
le Baron de Wels , Lieutenant- Colonel
d'Infanterie
Mad, la Comtefe de Rochefort.
le Marquis de Sourches.
Dangé , Fermier général .
m.
105 8
2942
82, I I
276
161 37
88 7
18 6 I
75 14
F
50462
126 1 42
252 14
3972
Iso 4 6
134 6 112
46
135 34
253 6 75
132 2 P
29866
523 1
16267
186
70 4 I
36 3 6
209.3
248 7
2
Suite
JANVIE R. 1760. 241
Suite du 14 Novembre.
Meffieurs
le Maréchal de Duras , & Madame
fon épouse.
Dufort , Introducteur des Ambaſſ.
Mad la Ducheffe de S Pierre.
Rebel , Surintend. de la Marq d'or.
le Marq de Balincourt , Lieut gen.
Raynal , Secrétaire du Roi,
Clautrier , premier Commis des Fin .
de Vézanne , Maréchal de Camp .
de Vauréal , ancien Evêq. de Rennes,
Mad . de Forcy.
Moreau , Procureur du Roi au Chât .
de Croifmare , Ecuyer de main du
Roi.
Soufflor , Contrôleur des Bâtimens
du Roi.
Perrinet Dorval , Fermier général
des Poudres.
Dubois , Notaire.
Millet & M Canivet , Négocians.
Dubuiffon , Gentilhomme.
de l'Abbaye de Sainte Génevieve.
de l'Abbaye de Longemeau , dépendante
de Sainte Genevieve ,
Nau , Notaire
.
Darnoncourt , Recev gen des Fin.
( Autre partie le 16 Novembre. )
le Marquis de Gouffier , Maréchal
de Camp .
Mile Quinault l'aînée.
l'Abbé Pefié , Conf. au Châtelet.
le Comte de Bombelles , Lieut. gen.
m. o. g.
2564 1
120 3 5
196 6 6
79 2
193 5
87 6 4
162 3 2
5833
802 4 2
34 7
139 7 4
35 16
43 4 3
75 2 S
2
184 3 2 2
614 5
2
31 2 I
2
I 279
445 6
6253
391 6
170 3 3
170 4 T
57 6
70 27
2
1. Vol.
115800 67
2
M
242 MERCURE DE FRANCE
Meffieurs
Du 15 Novembre.
Neyret de Grandville , anc. Sous Fer.
Moras , premier Com. du Dom.
le Gras de la Charmote , Secrét. du Roi.
Tarlé , Huiflier du Cabinet du Roi ,
Nau , ancien grand Juge Conful .
Pauly, Bourgeois de Paris.
le Comte d'Herouville de Claye ,
Lieutenant-Général.
Boifte , Procureur au Châtelet.
Agede , Directeur des Fermes ,
Desfourniel , Fermier général.
de S. Marc , Contrôleur des Rentes.
Sanfon , Receveur des Confignations
du Parlement .
de Courmont , Fermier général .
Odeau , Bourgeois de Paris.
Gaultier , Payeur des Rentes.
Mad. Lafond , Bourgeoife de Paris.
( Autre envoi au 2 art. ci- après )
le Gendre de Villemorien , Receveur
général des Finances .
Mad Lafond , Bourgeoife de Paris .
( A réunir avec l'envoi ci deffus. )
le Comte de Bloft , Brigadier des
armées du Roi .
Mad. la Marquife de Frémur.
l'Evêque de Meaux.
le Chevalier Jenffin , Gentilh. Anglois.
le Marquis de Fervaques.
Mad. Tacher , Nourrice de Madame
Sophie.
Mad. Duvelais.
de Lepé , Architecte du Roi ,
m. ò. g.
108 1
62.4
47 s s
45 4 3
120 3
19 7 6
49 6 7
76 7 I
542 I
327 4 2
68 7 5
167 I
309 S
48 5 3
164 4 3
43 6 5.
184 I S
44 3 7
44 S S
107 I 2
28354
107
2
7
5653
I@ 3. SZ
18547
$47 6
JANVIER. 1760 . 243
Suite du 15 Novembre.
Meffieurs
Botentuit Langlois , l'oncle.
de France , Maréchal général des Logis
des Suifles & Grifons.
de l'Efpronniere .
le Chevalier de la Chaife , pr. Sous-
Lieutenant des Moufquetaires.
de Saint Amarant, Fermier général .
Bouron , Notaire.
Pierre , fils de l'Echevin.
de Pille , Procureur en la Chambre des
Comptes.
Séguier , Avocat général .
m. o. g.
31 4 It
2 .
50 371
.
56 621
524 1
225 4 11
244 3
130 S
224 3 7
180 6 1
172 5 7
25 3 3
268 2 5
Françaife , Receveur général des Fin . 2001
de Fougieres , Lieutenant général.
le Comte de Fougieres.
de la Grandville , Confeiller d'Etat .
Du 16 Novembre.
Antoine , Garçon ordinaire du Roi.
Milord Duc de Perth.
deLargentieres , Doyen honoraire.
le Chancelier .
Veroneze , de la Comédie Italienne.
Du Chapitre de Saint Louis.
Darnoncourt , Rec. gén . des Fin.
( A réunir au 14 Novembre )
Thoré , Secrétaire du Roi .
Toffier , marchand Tapiffier.
2
120977 2 32
Mad. de Montgival , premiere Femme
de Chambre de Mad. Adélaïde .
2
47 2 1
193 7 S
22 IS
604 3 7
75 1 312
74
2 II
216 7 6
23 5 41/2
2
50 425
Mij
244 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Suite du 16 Novembre.
de Marivet , Ecuyer du Roi.
Dupuy , ci-devant Marchand Mercier.
Jamart, Fermier général de M. le Dac
d'Orléans.
m . o. g.
3.
20 2
31
56 4
36 4
130 3 3
58
2
Caron , fils , Payeur des Rentes.
1953
Trois autres envois le 3 Déc.
Mlle de l'Efpinaffe du Prat.
Babaud de Chauffade , Sec. du Roi.
Trudon , Entrepreneur de la Manufacture
de cire d'Antony.
Autre envoi du 10 dudit.
Autre du 13 dudit .
Autre du 14 dudit.
Autre du 20 dudit.
Fannellier , Fourniffeur des bois de la
Marine.
Mad . Dufeu , Marchande à Paris.
Hebert Secrétaire du Roi.
Les Dames Hofpitalieres du Fauxb.
Saint Marcel.
Mad. Harang , veuve du Négociant.
Douin , premier Commis de M. de
Saint Florentin .
Lottin , Sellier .
Paul , Ecuyer de la feconde Ecurie du
Roi.
4562
56 5 72
168 6 32
8756
443
54 3 3
130 541
81 27
de Saint Conteſt , Intend . de Champ. 461 5.45
( Autre envoi le 17 Novembre )
Chaumiel , Médecin du Roi.
Barbereux , Fermier des Carroffes de
Rheims.
de Livry , premier Commis de M. le
Comte de Saint Florentin .
161 4 5
884 1
155 32
JANVIER. 1760. 245
Suite du 16 Novembre.
Meffieurs
Bouret , freres.
! A réunir au 31 Octobre )
Gilbert de Voifins , Confeiller d'Etat .
Mad . la Préfid . Gilbert de Voisins.
Efmangart , du Palais Royal .
de Montmort , Major des Gardes du
m. o. g.
169 3
80 7 5
Corp's.
Du 17 Novembre.
Mad. de la Garde , Douairiere .
( A réunir au 9 Novembre )
le Préfident d'Arcouville.
173 4 6
1563 5
15136
125309 2 2
303
168 4 i
443 7 61 de la Chabrerie , Fermier général .
Boutin , Préfident au Parlement .
Brillon , Confervateur des hypotèques
& Recev. des Décimes de Paris,
Aimeret de Gazot , Conſeiller honoraire
au Parlement.
de Caffiny , de l'Acad . des Sciences.
156 2
108
853 26
47 6 6
de Saint Contest , Intend . de Champ. 16 5.7.
( A réunir au 16 Novembre )
Mad. la Ducheffe de Ruffec.
Mad la Marquise de Pompadour.
(A réunir au 3 Novembre )
Cugniot du Lys , Etudiant en Droit.
Cugniot de la Ronciere .
Cugniot d'Aubigny.
Cugniot , Prêtre .
de Montmorin & M. le Marquis de
Saint Hérem .
Mefnil & M. Maréchal fon gendre ,
Econome général du Clergé.
330.7
80:7 7
4
25 11
21 2 I
31 2
* 2
2
29 2 6
12936
64
294
Mij
246 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Suite du 17 Novembre.
l'Abbé Defmé , Prevôt de Saint Martin
de Tours .
Defmé Recev. des Tailles de Mantes.
de Saint Georges , ancien Capitaine aux
Gardes Françoifes.
Thomas , Tréforier général de l'Ordrede
Saint Louis.
Gigault , Secrétaire du Roi & Directeur
général des entrées de Paris .
Millet , ancien Avocat .
Les RR. PP. Feuillans de la rue Saint
Honoré.
Mad le Maire , veuve de M. de Montreuil
, Commiſſaire des Guerres.
Guenon , Notaire & anc. Echevin.
Mad. d'Agueffeau , veuve de M. le
le Comte de Chatelux.
de Sartine , Lieutenant- Criminel .
l'ancien Evêque de Québec.
de Courbeton , Commiſſaire général
des Poudres.
( Autre envoi du 19 Novembre.
le Marquis d'Oife Brancas , Maréchal
de camp.
Mad. la Maréchale de Montmorency.
Pineau , Bourgeois de Paris.
m. o. g-
65
65 4
61 f
539 4 6
187 7 4
89 7 11
2
88 13
24 4 4
46 7
204 3
77 7
12 6 412
Bauvin , Md de Dentelle fuiv . la Cour.
La Confrérie des Maîtres Limonad.
Du 18 Novembre.
Poullain , Réc. g. des Dom. & Bois.
13327
27 2,51
91 2 3
51 4 412
80 55
60 64
129561 471
1395 3
129701 2 21
2
JANVIER, 1760. 247
Du 19 Novembre.
Meffieurs
Mad. de la Vigne , de la fucceffion de
m. o. g.
Mad la Vigne, pr. Méd. de la Reine. 102 4 7
Brocham des Tourterelles , Md fourniffeur
de la Maifon du Roi.
le Duc de Broglie,
Michel , Chantre de la Sainte Chapelle
de Vincennes.
Mad. Thiroux de Lailly.
Cabanel , Secrétaire du Roi.
140 57
148 2 6
47 S S 2
323 3
183 4
Pinffeau, anc. Rec. des Tailles de Paris. 56 45
le Comte d'Ampus .
Bofquillon , Procureur au Châtelet.
Mad . de Villemur , veuve du Garde
du Tréfor royal.
le Comte d'Ozenbray , Lieur. gén .
Rulhierre , Inſpecteur des Maréch .
des environs de Paris.
Mad. Chamtepie des Balences , veuve
du Lieutenant de Maréchauffée.
le Marquis d'Autefort.
de Courbeton, Comm. g. des Poudres.
( A réunir au 17 Novembre. )
238 57
3554
379 4 2
400 1 2
496 4
Y
527
I
305 7 3
Mad. la Comt. de Coetlogon , douair . 185 1 ,
l'Evêque de Senlis.
Maffe , Secrétaire du Roi.
Mad. la Comteffe d'Eftrades.
Angrand , Proc. gén. au Gr . Confeil .
d'Eneau , Fourrier de la Reine.
d'Argouges , Lieutenant Civil.
Moufle , ancien Tréforier de l'extr.
des
guerres.
de Laporte , Intendant du Dauphiné.
Leroi de Senneville , Contrôleur gén.
des Ligues Suiffes & Grifons.
39 43
38852
47 3
112
221 3.2
48 i S
6
139 7
145 4
144 S.
248 MERCURE DE FRANCE :
Suite du 19 Novembre.
Meffieurs
Guidi , Payeur des rentes.
Les Prêtres de la Doct. Chrétienne ,
de la Maifon de S. Charles.
Marie , prem . Commis du Bureau
de la Guerre.
Cotton , intéreЛlé dans les affaires
du Roi.
Maquer , Notaire.
le Marquis du Muy , prem . Maître
d'Hôtel de Mad la Dauphine.
( Autre envoi le 18 Décembre )
( Aurre envoi led jour 18 Déc. )
Du 20 Novembre.
de Nantouillet , Fermier général.
le Comte de la Guiche.
le Marquis de Rochechouard..
Geoffroy , Secrétaire du Roi
Judde , Secr, du Roi , Not. honor.
Turodin , ancien Receveur des Fin.
Hubardiere , Bourgeois de Paris.
de Beaufort , Lieutenant des Maréchaux
de France.
Roffignol , Fermier des Poftes .
de la Noue , Gentilh . ord. du Roi.
Mad. la Comteffe d'Ampus.
Andrieu , Notaire .
de Puilegur , Maréchal de camp.
Chevert , Lieutenant général .
Vaudeleau , Ecuyer de la Vennerie.
Barjac , Tréf. de la Maiſon du Roi,
m.org-
189 2 3
48 34 .
116
76.5 5
8367
8326
1342406 S
2056
57 5 7
8334
23567
97 7.3
40 I 71
2
8336F
2
MI I ZI
2
211 I 2
140 7 6
25762
$ 3 2.1
66 4 I
2
301 7 31
79 7 6
2
253 I L2
JANVIER. 1760 . 249
Meffieurs
Suite du zo Novembre.
Mad Caré , Horlogere.
Pelletier , Confeiller au Châtelet .
Mad . Peltier.
le Comte de Graville , Lieut. génér.
Bullat , Cominis des Finances .
Lamouroux , Recev . général des Fin .
( Autre envoi le 22 Novembre )
Sigogne , Greffier au Parlement.
Mile Goffelin.
Guionnet , Lieutenant de Roi de
Vincennes.
Cheveau , Secrétaire du Roi , &
M. Peftalotzy , fon gendre.
de Tourniere , Payeur des Rentes.
le Boeuf de le Bret , Notaire.
Nau , Marchand de la Cour.
le Marquis de Luigné.
m. 0.g.
94759
44 4
14 6
484 7
52 4 4
197 I S
16 1 4
124 2 I
41 2 22
213 7
179 I 4
32 15
40 56
8034
124 6 I
7363
4325
de Boifneuf, Receveur de la Capitation
de la Cour,
( Autre envoi le 21 Novembre. )
le Coeur , Traiteur
.
le Marquis de la Fare Lopris.
de Tourniere .
de Villiers , Employé à la Compagnie
des Indes.
Taillapied , Recev gen. des Fin,
de Tourny , Conſeiller d'Etat.
Caron , Notaire.
Potor , Secrétaire du Roi.
de la Palu.
le Comte de Sommery.
2
30 1 2
171 S 7
311 3
118
35
Isi se
45 S I
20 7 3
Faudral , Exempt des Gardes du Corps. 44 2 2
Poulletier , Notaire , & Madame
de Vinfrais.
46 2 3 Σ
250 MERCURE DE FRANCE .
Meffieurs
Suite du 20 Novembre.
Bourraint , Receveur des Tailles
d'Estampes.
Mad. la Maréchale de Monteſquiou,
la Ville du Portault , Confeiller en la
Cour des Aydes.
le Vicomte de Noé .
m . o.
25
2
10 4
23 I
91 3 2.
Dulivier , Député du Commerce
Cendrić , pere. fo 4 7
139619,3 3
Du 21 Novembre.
Mad. la veuve Bourelier. 61 3 4
de Bayonne.
582 I
2
Angot , Notaire. 1953 2
3
9232
337
Mad. la Comtefle de Chateauregnault . 16
Touchet , Baigneur, à la fuite du Roi,
l'Abbé de Raftignac.
Martin , Apothicaire du Roi.
de Julienne , Entrepreneur aux
Gobelins.
le Normand de Maizieres , Commiff.
des Guerres.
de Chabreuil , Ecuyer de bouche de
Mad. la Dauphine.
67 7
*
253 3 3
$6 16
150 6 202
le Noir de Maiziere , Payeur des Rentes . 55 54
le Duc de Fitzjames.
Roflin , ancien Fermier général .
de Boifneuf , Recev. de la Capitation
de la Cour
( A réunir au 20 Novembre.
de Maranzel , Contrôleur des Bâtimens
de Fontainebleau.
le Vicomte de Vaudreuil , Lieut. gen.
(Autre envoi du 26 Novembre. )
+
471 1 4
3125611
2
657
8535
172 7 I
JANVIE R. 1760. 258
Suite du 21 Novembre.
Meffieurs
l'Abbé Thevenard.
Acaron , premier Commis de la Marine ,
& Mad. Roydot fa belle- mere.
Brallet , ancien Echevin.
Pelletier , Contrôleur des Rentes.
Mad. Tourolle.
( Autre envoi le 23 Novembre )
m. o. g.
953 2
712-3 [
2
62 2 512
6855
68 7 7
le Marquis de Beringhen , prem. Ecuyer. 763 5 6
de la Frefnaye , ancien Echevin .
Oblin , Payeur des gages de la Chancellerie
de Lyon.
Mad. du Noyer , veuve du Confeiller
au Parlement .
de Launay , ancien Tréforier de l'extraordinaire
des guerres
( A réunir au Novembre )
Doutreleau , Tréf. de la Chancellerie.
Nolin , Greff de l'Election de Paris .
Cleret , Commiffaire honoraire au
Châtelet.
le Marquis de Puyfieulx .
Langlois , Secrétaire du Sceau .
Simon de Meaufard , Avocat.
Bochard , Confeiller au Parlement .
de Zurauben , Colonel des Gardeş
Suifles.
le Cardinal de Gèvres .
Roitier , Orphévre du Roi ,
de Chalabre , Brigadier des Armées
du Roi.
Mad, la Préfidente de Villeneuve .
235 7 31
67 7 5
44 7 4
763 I
7212
540 I 2
97 67
363 3 3
117 4 I
162 6 7
343 2 4
134 6
74 3 3
187 6 7
145227 3
I
252 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Du 22 Novembre.
Gayart , Avocat au Parlement .
m . o.·g.
48 4 S
l'Archevêque de Paris. 589 7 7
le Duc de Trêmes. 275 6-2
Delerot , Aubergifte du Jufte à Verfailles.
175 7 4
Laideguive , Notaire. 63 6
Mad . la Comteffe de Poitiers. 147 3.
Mad. la Princeffe de Guimenée. 7066
Helvetius , ancien Ferm gén. 144 I
1 Comte de Mauroy , Lieuten Génér. 140 7
Boilemont Fermier général .
Caffel , Secrétaire du Roi.
198 7 4
61 6
Pilet , Architecte.
Nau , Greffier au Grand Confeil.
de la Folie , ancien Contrôleur de la
Mailon du Roi.
Saide , Opticien du Roi.
Mad. Helvetius , mere.
Dumetz de Ronfay , Préfident à la
Chambre des Comptes.
Pilet des Poftes.
Bourgevin , Tréforier général des Maréchauffées
.
le Duc de Nivernois.
( Autre envoi ci - deſſous )
Galet , Marchand .
Loufteau , Chirurgien Major des
Gardes du Corps.
de Fontanieu , Confeiller d'Etat.
Bergeret , ancien Fermier général .
Gouault , Procureur Général en la
Cour des Monnoyes.
43 4 21
2276
13
28 3
151 4 21
162 I I
•
157 3 5
108 6 31
896 2-
73 3
•
24 12
105 26
2733 31
43 I 4
Suite
JANVIER. 1760. 253
Meffieurs
Suite du 22 Novembre.
de l'Amouroux , Receveur Général
des Finances.
( A réunir au 10 Novembre )
Gautier de Beauvais , Receveur Général
des Finances.
le Duc de Nivernois.
( A réunir ci-deffus )
m. o. g.
637
251 6
40 4 I
Mad , la Marq . de la Salle, Douairiete . 151 3 5
Mad . de la Fontaine.
Mad . la Marq . de Flamenville, veuve.
le Marquis de Raray , Officier de Gen.
darmerie
le Marquis de la Vaupalliere, Sous-Lieutenant
de la pr . Comp . des Moufq.
le Marquis de Bruflart.
Pecquer , Officier du Gobelet.
69 I I
44 5 4
244 7 2
83 16
36 16
Viard de Molleron , Gendarme de la
Garde.
51 52
2964
Mad . la veuve le Gendre. 28
150336 41
Jean-Thomas Hériſſant , Libraire .
Du 23 Novembre.
Hébert , Traiteur à Verſailles . 97 26
Blanchet , Traiteur à Paris. 41 6 2
Pafferat . Préſident de la Cour des
Monnoies. 54 3 1
14 4 3
de la Fond , ancien Capitaine de
Cavalerie.
le Marquis de Beuvron.
Mad, Mars femme du Proc . au Parl.
Pelletier de Rozambaut , Préfident
au Parlement.
I. Vol.
214 I
5026
25275
N
254 MERCURE DE FRANCE.
Suite du 23 Novembre.
Meffieurs
le Marquis de Caftres.
( A réunir au 14 Novembre )
Millin de Grand-Maiſon.
Mad. Tourolle.
( A réunir au 21 Novembre )
Bèchefer , Banquier en Cour de Rome.
Mad. Conftant.
le Maréchal de Maillebois.
Fleuret , Contrôl . gén. de la Maiſon de
M.Ang
38 3 L
102.6
56. I
71 4
16 6 6
104 S
M. le Duc d'Orléans , & fon Epoule, 155 5 65
le Cointre , Notaire.
Defprez , Greffier au Châtelet.
Fourgeret de Montpreuil , ci -devant
Sous-Fermier.
le Duc de Briffac.
Mlle Dumoulin .
le Fevre , Traiteur.
Montabon , Traiteur.
Carré , Bourgeois de Paris .
Jomard , Huiffier Prifeur.
Mad. la veuve Mauger.
de Varennes , Moufquetaire gris,
le Comte de Montruel , Colonel .
Billaudet , Intendant des Bâtimens
du Roi.
Du 24 Novembre,
Cochu , ancien Avocat au Parlement.
de,Vandeneffe , Marchand.
Mlle Belin.
Demay, Notaire & Secrét. du Roi..
l'Archevêque d'Alby.
14
716'3
775
66 13
14 7 I
7847
298 17
1466
94
46 I 9
1 3 2
240 7 2
44 6 →
152536 2
45 7
71 2
3521 25
25475
167 S
Allen , Procureur en la Ch . des Compt. 2006
JANVIER. 1760. 255
Suite du 24 Novembre.
Mefieurs
le Chirurgien des Moufquetaires.
Robinneau , Notaire.
Olivier , Recev. gen. des Finances.
le Comte d'Hervilly de Canify , Colonel
du Régiment Dauphin , Dragons.
Mad. Pellerin , veuve.
Mlle Bodeau , Bourgeoiſe de Paris.
Landrieux , Bourgeois de Paris.
de Vougny de la Chauffée.
le Préfident d'Aligre.
Mile Deſchaux , Bourgeoise de Paris.
m. o.g
48 2
356
35 47
2
40 761
209 3 6
160 3 I
276
3946
216 2 I
4533
le Febvre , ancien Capit. de Cavalerie. 145 4 5
le Comte de Carvoisin , Maréchal
de Camp.
Du 25 Novembre..
133 26
15488255
Defparbès , Colonel du Régiment de
Piémont , Infanterie . 9424
154977
Du 26 Novembre.
de la Marre , Intendant de M. le
101 4 3
le Comte de Fontaine - Françoiſe ,
premier Préſident.
Maréchal de Camp
Mad.la Marquife de Bertillat.
le Marquis de Soyecourt , Maréchal
de Camp.
de la Hubardiere.
Mad. Defcouffaut.
Quarré , Marchand Tapiffier.
Mad: la Préfidente Portail , la jeune.
68 66
2277
257 35
II 6 21
2147
10 4 S
200 22
2
Nij
256 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Suite du 26 Novembre.
le Vicomte de Vaudreuil.
i
( A réunir au 21 Novembre. )
Mad. la Comteffe de Brienne , mere.
Barbaut de Glatigny , Intendant
général des Poudres.
de Maupou d'Ablaige.
Bourfier , Secrétaire du Roi.
de S. Memin , Prévôt général
des Maréchauffées à Moulins.
le Comte de Mortagne , Lieut . gén .
Armet , Notaire .
Mad. Tartereaut , veuve de M. de
Bertemont , Capit. des Grenadiers.
Sareau.
Duperrier , Procureur au Châtelet.
de Bérulle , Intendant de Moulins.
Mad. Rouffel.
m. 6. g.
312 4
61 3 I
42 4 1 1
21 I
43 7 6
72 33
347 7 3
57 4.6
9236
24
45 2.4
2
N
I
2
Du 27 Novembre.
Poncieu Vié , Négociant à Paris .
l'Abbé de Cîteaux
297 S
28 2
156896 6.21
113 21
2
689 4 I
Autre envoi le 15 Décembre. )
le Mercier , de S. Germain en Laye.
Mad. la veuve Baillon , de S. Germain
en Laye.
le Duc de S. Aignan.
Hazon , Intendant des Bâtimens du Roi .
de Meulan , Recev. gen . des Finances.
Mad. Drouillet , Veuve .
Boulogne de Préninville.
Mad. de la Bliniere.
17
17 7 71
320 37
35 27
365.5 6
271 6
103 6 S
123
JANVIER. 1760. 257
Suite du 27 Novembre .
Meffieurs
Marchand , Argentier de la Reine ,
Payeur des Rentes .
Du 28 Novembre.
m. o. g.
5756
159011 5
de Jor de Fribois , Fermier général.
le Comte de Montboiffier.
Henry , Maître des Comptes ,
l'Abbé Chauvelin .
Jean-Paul Silveftre , Suiffe de nation.
Mad. de Lemeric.
Hefnin , Maître d'Hôtel du Roi.
le Marquis de S. Prić .
Garet.
le Maréchal de Luxembourg.
( A réunir au 4 Novembre.)
le Bar de Pailly , Gentilhomme de
Madame la Dauphine.
Bereul , Rec. des Tailles , à Blois.
de Maupaffant , Secrétaire du Roi ; &
fes fils.
Mad. la Maréchale de Löwendhal.
Du 29 Novembre.
Haliffan , Payeur des rentes.
de Chavannes , Confeiller au Parl.
Dudit fieur.
Nigon , Rec gén. des Dom . & Bois ,
Généralité de Caen,
Du fufdit,
320 I 3
166 4 6
40 S
I
2
216 21
2
45 7
I
2
99 6 1
138 2 11
2
93 171
2
I I I
2
672
2214 2
3854
2017 2
72 2
160480 3,612
207 I 2
131 1
21 1 61
42 T 4
353
2
N iij
258 MERCURE DE FRANCE.
Suite du 29 Novembre.
Meffieurs
'de Lafontaine le jeune , Sellier du Roi.
Roullier , Miniftre & Surintendant
des Poftes.
de Laporte , Orphévre , rue de l'arbre
fec.
m. o. g.
63 57/2/20
765 5 11
19 3 S
le Marq. d'Equevilly , Mar. de camp. 185
le Marquis de Marolles , anc. Capit.
au Régiment du Roi , Infant.
l'Abbé Ballin , Chanoine de S. Louis
du Louvre.
le Vicomte de Courteaumer , Brigad.
des armées du Roi.
Mad. de Waubert.
Varin , Secrétaire du Roi .
Viard de Molleron , Gendarme de
la Garde.
Mad. la veuve Dorneau.
I
92 7
49 2 7
5046
127 7 4
133 7.
IS 4 4
L'Hôtel de Ville de Paris.
204 I
433 6 7
162892 6 4
Du 30 Novembre.
Mad. Perrin , Veuve du Gouverneur
des Pages de la grande Ecurie.
Gaultier de Vinffre , prem. Lieuten.
de la Prevôté de l'Ifle de France .
Renard, Officier de Marine.
Du Décembre.
Clément , Notaire .
Mad. la Première Préfid . Pelletier.
l'Archevêque de Narbonne.
de Saint-Amand , Fermier gén.
35 26
2354/2/2
86
163037 7 11
4063
15673
857 1
29423
JANVIE R. 1760. 259
Suite du Décembre.
Meffieurs
Terray de Rofieres , Procureur gén.
de la Cour des Aydes.
Clément de Feuillet , Conf.au Parl.
Mad. l'Abbeffe de Fervacques.
de Courteille , Confeiller d'Etat ,
Intendant des Finances.
Meffen , fils , Confeiller au Parlem.
de Lagarde , Fermier général.
le Maréchal de la Tour Maubourg.
le Marquis de Valory , Lieut. gén .
Arthault Bourgeois de Paris.
Bernard de Boulainvilliers , Préfid .
au Parlement.
Mad Befchard, Mde à la toilette.
Mile Didon.
(Autre envoi le 7 Décembre. )
{ Au.re envoi le 11 Décembre. )
de la Live de Pailly , Brigadier des
Armées du Roi.
Mouchard , Receveur gén. des fin.
Du 3 Décembre.
Marefchal , Falotier du Roi.
Mad. de Montmorency , Veuve du
Colonel .
de Vernege , Major des Gendarmes
de la Garde .
Cornueau , Tréforier de M. le Duc
de Penthièvre .
Hufnot , Avocat au Parlement,
le Maréchal de Richelieu .
d'Oriac , Confeiller d'Etat , Prem.
Préfident au Grand Confeil.
Plus
m. o. g.
23036
61 II
64 4
38326
247S
22632
171 6
307 3 3
25
343621
53
163 62
46 4
448 6.2
166113 7 1
33 36
5925
4253
•
23252
88
ΤΙ
148 3 S
61
487 7
[
260 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Suite du 3 Décembre.
de Fontette , Intendant de Caen.
le Monnier , de l'Académie des Sc.
Caron fils , Payeur des
rentes.
Plus ,
m. o.
g
38 71
356
61 667
2383 5
159 37
Plus ,
( A réunir au 16 Nov. )
17 7
de Manneville , Confeiller au Parl.
Guinaud , Portemanteau du Roi.
Favieres , Confeiller hon. au Parl.
Aubry , Traiteur.
Mad. la Veuve Dorneau.
Huet Prieur d'Hatys , Chanoine
de St. Victor.
Defgranges , Maître des Cérém.
de Boifqueftans , ancien Capitaine
de Cavalerie .
Mad . la Maréchale de Lamotte-
Houdandourt.
de Laporte , Bourgeois de Paris.
Mlle Jacquet , Bourgeoife de Paris.
Tiffet , Mar. des Logis de la Reine.
Mad. la Veuve de M. de Lahaye ,
Fermier général .
Noel , Maître Layetier.
Dumoulin , Traiteur .
* 60 ·4
186 6 3
114 2 2
686 &
7 3
2367
162
389 64
1516 1
20-52
39 44
135 7.
2935r
827
96 22
Martel , Notaire. 136 3
Lambert , Tréſorier de Fr. de la
Généralité de Paris.
2362
769815 4 6
Du 4 Décembre.
le Comte de Troiville , Gouverneur
du Pays de Soule. 167 32
JANVIER. 1760.
261
Suite du 4 Décembre.
Meffieurs
Broulle , Avocat.
le Carpentier , Architecte du Roi.
Mad. la Veuve Baillon.
de Charlais , Secrétaire du Roi.
l'Abbé Belon , ancien Chapelain
du Roi.
Mlle Demont , fille du Capit. Suiffe.
le Duc de Mortemart.
Chalut de Verin , Fermier général.
Thiroux de Chameville , Régiffeur
des Poftes.
l'Evêque de Langres.
Mad. Duval , Veuve du Commandant
du Guet.
de Tourville , Capit, aux Gardes.
de Bieuville , ancien Gouverneur
de la Loufianne.
de Pernon , Député du Commerce.
Mad. la Comteffe de Létang , petite
fille de M. le Maréchal du Bourg.
Léger , Ecuyer.
Mad . la Préfidente Talon.
le Comte d'Efpars.
de Saint- Jean , Greffier en chef des
dépôts civiis du Parlement.
l'Avocat , Maître des Comptes.
Das Décembre.
le Comte de Valentinois .
Roffignol de Baligny , Secrétaire des
Commandemens de la Reine.
'm . o. f.
764
81
16 6
1437
7
53411
133 1
1967 6
172 6 2
624 63
83
185 si
132
173 4 1
81 S 4
404 4 S
785
225 75
7511
344 3
245 S
172916 43
127 3
9026
6
33
Guyon . Directeur gén. des Monnoies. 182
Brunet , Bourgeois de Paris.
282 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Mile Didon.
Suite du Décembre. S
( A réunir au 1 Décembre )
m.o.g
75
Mad. Drouin, de la Comédie Franç. 32 7
( Autre envoi le 7 Décembre. ).
Deseffarts , Correcteur des Comptes .
Mad. la Ducheffe de Luynes..
le Cointe de Vaſtan .
157 6 1
4
2066 5
158 i
23 1 6
Mlle Millot.
Mad. la veuve Pellet , ancien Echevin. 113 1 I
Mad . la veuve Dorneau.
Rode , Négociant .
Mad . Valon.
Mlle Deftouches.
le Marquis de la Ferriere , Lieutenant
des Gardes du Corps.
Laifné , Notaire.
Mad. la veuve Taffin , & fes fils ,
Banquiers.
Du 6 Décembre.
667
88 4 4
37 3 2.
46 7
1764 2
94 I I
180 2 5
174774 2 2
248 3 I
573
209 S.
205 4.4
140
102 7
2
Romerey , Confeiller au Parlement.
Chevalier , Major de la Baftille.
le frince Tingry .
Mad . Tribolet , veuve du Secrétaire
du Roi.
Mad Dufauffois , veuve de l'Ecuyer
du Roi.
Plus en or 2 on. 6 g. 27 d.
Grégoire , Elu.
de la Leu , Secrétaire du Roi.
de la Leu , Notaire & Secrét . du Roi.
le Conne d'Harcourt.
Mad. la Marquile Dorvillé.
149 7 4
153
113 7
3574
JANVIER. 1760. 263
Meffieurs
Suite du 6 Décembre.
Perin , Bourgeois de Paris.
Carpentier , Auditeur des Comptes.
Mlle Girardeau de Préfond , Bourgeois
de Paris.
le Marquis de la Rouvoie.
le Marq de Verneuil , gr. Echanfon.
Pean de Mofnac , Maît. des Comptes.
Ourfin d'Igoville , Recev. gen. des Fin .
Du 7 Décembre.
m.o.g
36 3
4843
6747
12335
142 7 3
59 5 .
214 3 4
176829 ཉ ;
le Baron d'Oppe le,Capit . de Gendarm . 46 7 3
Mad. Drouin , de la Comédie Franç.
a porté en or 6 on . 2 g.,& demi..
( A réunir aus Décembre. )
Maurin , Notaire.
l'Abbé Bélon , en ors on. 3_g•
Portail , ancien Pr. Préfid . au Parlem.
Galet , Secrétaire du Roi.
Gillet , Trésorier de France.
Belnier , G effier en chef de la Cour
des Aydes.
de Carbon , Secrétaire du Roi.
le Comte d'Argenfon , & Madame
fon épouſe.
le Duc de Chevreuſe , de la fucceffion
de M. le Duc de Luynes.
14 7
338
67
2473
171 6 :2
91
421-4
417 S S
de Ruelle , Traiteur privilégié du Roi. 29 6 2
le Duc de Villars .
Fontaine , Recev . gen. des Fin.
Guerin , Notaire.
35 42
254 I
8628
de la Haye des Folles , Secrét. du Roi. 150 5 7
Cadeau , Payeur des Rentes. 75 47
179953 I
264 MERCURE DE FRANCE
Du 8 Décembre.
Meffieurs m. o. g.
Amelin , Officier du Roi, 146 I S.
179199 2 5!
Du 9 Décembre.
de Cogorde , Secrétaire Greffier du
Confeil privé du Roi.
de Chaffelas , Bourgeois de Paris.
de Richebourg, Recev. général des
Aydes de Noyon.
Du 10 Décembre.
Houftet , Chirurgien de Paris.
de Monge , Ingénieur en chef do
Bergue-Saint- Vinok.
Démur , Notaire.
Blanchet pere , Proc, au Parlem.
Pierre , Jouaillier.
le Marquis de Charleval.
Huillot , Fermier des Poudres.
le Comte de Pont S. Maurice .
Gilet , ancien Echevin , rue des
Lombards.
Gondoin , Secrétaire du Roi.
Hupeau , premier Ingénieur des
Ponts & Chauffées.
le Marquis de la Tour-du- Pin .
l'Evêque de Metz .
Plus ,
Bijot , pere , Maître des Comptes.
Bijot fils , Maître des Comptes.
2825 I
23266
63 7 x
479778 S S
3835
40 6 6
46 3 I
217 2
2
I
35.7 2
47 7 3
275 6
167 3 5
93 3 4
1256
I
903 51
2
474 4 S
609 I 6
14 4
67 7 11
2
363 2
Suite
JANVIER. 1760. 265
Meffieurs
Suite du 10 Décembre,
de Saint Hilaire , Conf. au Parlem.
Mad. Mouhette.
Seriny , Avocat au Confeil.
( Autre envoi du 12 Décembre. )
Gigault de Crifenoy , Fermier gen.
l'Abbé Couturier , Supérieur du Séminaire
de S. Sulpice.
Mad Bellanger Deffenlis , Veuve
du Confeiller au Parlement.
Caron , fils, Payeur des rentes.
( A réunir au 16 Novembre. )
de Mortieres , Colonel d'Infanterie.
Rouffeau , Payeur des rentes.
de l'Eglife de Notre - Dame.
Mlle Guichon , Bourgeoife de Paris.
Barion , Bourgeois de Paris.
de la Briffe Damilly , Prem. Préfid.
au Parlement de Bretagne.
de Montreuil , Préſident de la Cour
des Aydes.
de Vanolles , Confeiller d'Etat.
de Courchamp , ancien Capitaine
aux Gardes.
Mlle de Monteffon.
Titon , Confeiller de Grand'-Ch.
au Parlement .
Titon , fils , Confeiller des Enquêtes
du Parlement .
l'Abbé de Clermont - Tonnerre.
l'Abbé de Villarceau.
Salmont Avocat du Roi au Grenier
à Sel de Paris.
Verzare de Beauchamps.
I. Vol.
m. o. g.
122 I
18 6 [
2
43 27
208 I 2
29 6 6 1
164 3
121 3 5
18 7 41
185 05
6
58 t
6
942
70
1984
33 53
26956
158 I I
64 I S
673
2349
855 6
323 1
7615
45 14
о
266 MERCURE DE FRANCE:
Suite du 10 Décembre.
Meffieurs
de Lelo , Bourgeois de Paris.
Tercier , ancien premier Commis
des affaires étrangeres.
Doutremont , Avocat au Parlem ,
Pronfteau , Capitaine de la feconde
Comp . des Gardes de la Ville.
Plus , en or , 4 onc. 4 gr. 2., 12 gr .
Du 11 Décembre .
m. o. g.
27 1
6966
65 5 3
47
185149 $ 2
Carpentier , Contrôl . de la Chancelle .
Mad. Cochepect, veuve du Secrétaire
du Roi.
Plus , en or , I m. 2 onc. 2 g.
( Autre envoi le 12 Décembre. )
Thiroux de Montfauge , Ferm . gén .
des Poftes.
Tourol , premier Valet de chambre
de M. le Duc de Bourgogne.
Rougeuil , Boulanger.
Langlois , Traiteur.
le Marquis de Percez .
Lavoifies , Procureur au Parlement,
Perichon , Tréforier des Colonies .
d'Arnaud , ancien Conful.
de la Lourcé , Avocat,
Mlle Didon .
( A réunir au Décembre. )
43 I E
66 I
86 I
ช
2
28 22
17
41 6 5
I
2
177 5 7 2
42 34
127 I
35 2 1
16
s
2 1
41/2
Mad. de la Leu , Veuve du Secr . du Roi . 35 2 4
de Vaudefir , Tréforier général des
Colonies.
de Boiffablou , ancien Prevôt de la
Connétablie.
243 56
2374
JANVIER. 1760. 267
Suite du Décembre.
Meffieurs
le Prince de Monaco .
Mad. la Veuve Gallier.
l'Abbé Baifle , Chapelain ord. du Roi.
Dujardin , ci-devant Me d'Hôtel de
feue Son Alteffe Royale Madame.
Chuppin , Tréforier du Marc d'or.
de Vauffel , Grand Maître des Eaux
& Forêts de France.
Terray , Conf. de Grand' -Chambre .
Cabeuil , ancien Subrecargue de la
Compagnie des Indes .
le Comte le Danois , Lieuten . gén.
Mad. Volande , Bourgeoife de Paris.
Damours , Avocat au Confeil , Secr.
du Roi.
Mad. Defaudrais .
Marin Carto , Md Mercier.
Bernard de Ballinvillier , pere.
Lebegue , Md Mercier.
( Autre envoi le 20 Décembre. )
Mad . Beurder , Bourg, de Paris.
Mad. Nantiat.
Plus , en or , 3 onc. I g. 21 gr.
Du 12 Décembre .
de Vernage , Médecin.
( Il a fait porter le furplus à la
Monnoie de Tours. )
de Vigny , Ecuyer du Roi.
Mad . de Lange , Veuve du Payeur
des rentes.
Thiron , Orphévre.
Thiron , ſon frere , Orphévre.
m. o. g.
604 3 2
604 6
56 36 7
21 35
104 4
365 3
220 4 I
95 12
187 7 3
119 6 6
45 52
119 7
44 4 4
169 2 4
6 14
4 3 3
2784 %
188644 4 I
168 36
38
IIO 4 7
96 4
60 36
O ij
268 MERCURE DE FRANCE.
Suite du 12 Décembre.
Meffieurs
Mad. la Comteffe de S. Severin .
{ A réunir au 5 Novembre. }
le Marquis de Putange.
les Gardes du Corps de la Mercerie.
de Seriny , Avocat .
( Aréunir au ro Décembre )
les Freres Religieux de la Charité.
Miotte de Ravanne , Grand Maître
des Eaux & Forêts , arrivant de fa
tournée.
l'Évêque d'Auxerre.
Mad. Cocheput.
*
m. o. g.
2
141 1 61
2
119 2 1
2
Plus en or on. 2 gros & demi 24 g.
( A réunir au 11 Décembre. )
Bouffi & Dangnart , Négocians .
Plus en or son. 2 gros & demi 24 g.
de Valcourt , Maître d'Hôtel du Roi ,
& Maître des Comptes.
Rouffel , Avocat .
de Bonnefoi , Officier de la Reine.
du Coin de Lenti , Négociant .
Devry , Maréchal-des-Logis de la Cavalerie
de l'armée du Bas Rhin.
44
so s si
300 3 3,
124
I 120 7 11
58 4 4
19 2 3
334
200 2 S
40 2 3
le Préfident Defvieux. 15846
les Jacobins de la rue S. Dominique ,
Fauxbourg S. Germain.
84 4 5
Loftanges , Marquis de S. Alvere . 139 24
Mad. la Marquife de Goisbriant , Dame
de Mefdames.
1223
Hemart, Secrétaire du Roi , ancien
Payeur des Rentes.
Duval pere , Bourgeois de Paris.
8124
5467.
Plus
14 7
JANVIER. 1760. 269
Suite du 12 Décembre.
Meffieurs
Landry , Recev . gen. des Fin .
la Ducheffe de Villeroi.
Paul Vincelius , Banquier.
le Marquis de Chaziron.
Dutartre , Notaire.
Du 13 Décembre.
Bontems , Notaire.
Auvray , Secrétaire du Roi.
Mad. Auvray.
le Marquis de Villemur.
l'Abbé Cher.
Chauffechat , Confeiller en la Cour
des Aydes.
Raimond , ci-devant Maitre d'Hôtel
du Roi.
Plus ,
Junot , Notaire.
Plus ,
Rolland de Trémeville , Recev. gén.
des Finances.
le Marquis de la Sonne , Lieut. gén.
Monfle de Champigny , Confeiller
de Grand'Chambre.
m . o. g.
213 7 3
158 4 1
35 7
179 I 2
94 4
19158574
Plus ,
Chevalier , pr. Commis de la Marine.
Pageaut , Secrétaire du Roi.
les Religieux Bénédictins du Prieuré
de S. Martin .
Jolly de Fleury , Intendant de Bourgogne
, en or 7 on. 3 gros 6 grains.
127 I S
107 S I
46 7 5
159 22 2
173 I I
109 7 4
46 6
149 I 3
204 I
"
2 472/
148 7
378 4 33
136 7 3 /
12 64
44 3 S
63 I S
I2I
O iij
270 MERCURE DE FRANCE.
Suite du 13 Décembre.
Meffieurs
Caron , fils , Payeur des Rentes.
( A réunir au 16 Novembre . )
Barge , Bourgeois de Paris .
Vailfelle de la fucceffion de M. le Duc
de Béthune .
de Bazoncourt , Me d'Hôtel du Roi.
de Beaumanoir , Tréforier de la Maréchauffée
de France.
Voigny , Secrétaire du Roi.
m. o. g.
2 2 4
12 7 6 1
794 67
243 7
147 4 2
le Marquis de Galifet.
Chicquet , Secrétaire du Roi.
Chicquet , Chevalier de S. Louis.
Chicquet de Champrenard.
Verne , Avocat.
Jard , Accoucheur de Mad. la Dauphine.
l'Evêque de Soiffons.
Nau , Marchand de drap , fourniffant
l'armée.
de Seve , Confeiller au Parlement.
la veuve Dát , Bourgeoile de Paris .
Mad. Ploffoin , veuve , Bourgeoife
de Paris.
Plus en or 2 on. 3 g. & demi 30 gr.
Guillet , Maréchal - des- Logis du Roi.
Prevoft , Secrétaire du Roi.
Mad. la veuve Thoynard.
Du 14 Décembre ..
ISS 6 I
292 I
57 3 4
40 4
45 S 4
48 6 7
58
9862
•
6567
110 2 2
13 2 3
39 $ 3
35
209 3 6
196 4 6
196285 471
62 46
Mad. l'Abbeffe de Jouanne .
Jolly , Bourgeois de Paris.
de Motte , Tréforier da France.
Barois , Payeur des Rentes.
27 36
131 4 I
47 2 7
le MarquisDarmentieres , Lieut . gen. 171 2 7
JANVIER . 1760 . 271
Suite du 14 Décembre.
Meffieurs
Chatillon , Tréforier de M. le Comte
de Charolois.
le Comte Defcignac.
Plus ,
Ravot , Banquier en Cour de Rome.
de la Fontaine le jeune , Sellier du Roi.
Rolin Deffarts , Grand Maître des
Eaux & Forêts.
Plus , en or 3 on. 4 gros.
Caron , fils , Payeur des rentes ,
en or , ƒ onc. 4 gr. ! .
(A réunir au 16 Novembre. )
Mad. de Bacquencourt.
Mad. Gaultier , Bourgeoile de Paris.
Mlle Clairon , de la Com . Franç .
m. o. g.
607712
279 4 S
943
78 47
82 1
142 3 I
20656
9575
131 5 4
3654 Hazon , Confeiller au Châtelet.
Patu , de Compiègne.
66 13
l'Abbé Aniffon 214 7 6
Mad. la veuve de M. Gobelin , Au- .
diteur des Comptes. XII 3 3
Mad . l'Abbeffe de Port- Royal . 24 6
Mad. Guimaudet , Bourg. de Paris. 167 6 S
Gaultier, Fermier général.
Hégron, Directeur des Aydes de
Vitry-le-François.
Mad , la Préfidente Saulnier.
Boulonnois , Subftitut de M. le
645 2
39 5
19 7
Proc. gén . 199 2 2
198695 6 4
Du 15 Décembre.
de la Hogue , freres.
Duchaufour.
Bargé.
60 3
144 64
I 3
272 MERCURE DE FRANCE .
Suite du is Décembre.
Meffieurs
Maffon de Pliffay, Ch . de S. Michel .
les Bénédictins Blancs- manteaux,
La Paroiffe de Bonnes - nouvelles.
de Creil , Confeiller d'Etat .
( Autre envoi le 17 Décembre. )
( Autre dudit jour. )
Mad. la Marquife de Latafte.
Maillard , Proc . au Parlement.
Girault l'aîné , Notaire.
de Brie , Huiffier au Confeil .
de Luze , Chirurgien du Roi.
l'Abbé de Cîteaux.
(A réunir au 27 Novembre.)
les Gardes de la Mercerie.
Loir , Confeiller au Change de la
Monnoje.
de la Porte , Commiſſaire général
de la Marine .
Patu , Notaire .
le Marquis de Rothelin.
de la Salle , Lieutenant général .
de Chateauvillard , Me des Comptes
& Commiffaire des Invalides.
Mlle de Beffe de la Richarderie .
de la Croniere , Confeiller à la Cour
des Aydes.
Mercier, Fermier général.
Charon , Fermier général .
Lavocat, Maître des Comptes.
de Montmorand , Baillif d'épée de
l'artillerie de France .
le Curé de Marck , Diocèſe de Boulogne
près Calais.
m. 0. g
243 17
586
;
18 I
79 2 [
2
181 2
812
39 3
42
24
717
20 S 4
54 3 5
246 2
48 3 3
1996
146 6
130 2 4
98 14
816
118 7
179 S S
10 2 4
2766
13.64
2
I
MNMN
I
2
JANVIER . 1760. 273
Suite du 15 Décembre.
Meffieurs
De places , Notaire.
du Chapitre de Saint-Honoré.
m. o. g.
196 2
100 4 312
Du 16 Décembre.
La Chambre des Orphévres a porté
le 15 dudit après l'état envoyé.
Nau , Payeur des rentes , pour Mad .
fa mere.
le Marquis de Champigny de
Montgon.
Du 17 Décembre.
Mad. la Comteffe du Rumain .
Labbé du Lingondés .
Bataillon , Bourgeois de Paris.
Gachier , Maître des Comptes.
du Caffau de Montfort , Bourgeois
de Paris .
Philippes , Lieutenant général.
Durieux , Bourgeois de Paris.
Mad. la veuve Saugrain.
201990 45
de Saulx , Chev. d'hon . de la Reine.
Mad. Poupart , veuve de M. Cottin ,
Entrepreneur des Manufact. des
toiles peintes de l'Arfenal .
le Préfident Ronard.
100
3872
1
80 I 3
2022095 2
146 S
178 4 6
192 I 6
(Autre envoi le 18 Décembre. )
Mad. la veuve Dat , Bourg. de Paris.
Maffé , Confeiller de l'Acad . Royale
de Peinture & Sculpture .
Roland de Fonferieres , Secr . du Roi.
Geoffroy , Caiffier général .
Viel , Procureur au Parlement.
29. I
73 17
92 6 I
20 2.2
157 6 I
197 S 4
71 6
8472
7
62
66 IS
I
2333 2
6
125 4
48 I 3
274 MERCURE DE FRANCE.
Suite du 17 Décembre.
Meffieurs
Mad . Geoffroy , veuve de M. le Grand ,
m. o.
Maître des Eaux & Forêts.
214 4 5
( A réunir au 31 Octobre. )
de la Chambre , Md. Orphévre. 102 S
Meulan des Fontaines . 171 4 7
Mad. Roettiers , épouſe
du Graveur général
114
des Monnoies. 107 3
Plus , 6-5 I
de Creil , Confeiller d'Etat.
( A réunir au 15 Décembre . )
le Comte de Beaujeu Chavigny.
58 1 2
8163
les Dames Feuillantines du Fauxbourg
Saint Germain.
9362
La Paroiffe de la Chapelle S. Denis ,
Fauxbourg S. Lazare . 2355
93 2
le Duc
d'Aiguillon.
Morlet a porté de la fucceffion de
M. Bidaut , Huifier de la Chambre
du Roi.
de Broqueville , Négociant.
Les Religieux Picpus , Fauxbourg
S. Antoine .
107 6 I
29 7.3
80 S
Mad. la veuve Gliffe , Maît. Rubanniere. 22 44
( Autre envoi le 18 Décembre. )
( Encore le 20 dud . )
Riquet , Marchand de Paris.
Mauduis , Traiteur.
de Novion , Præfident à Mortier.
de Valville , Subdélégué de Nogent
fur Seine .
Graffin , Maréchal de Camp .
( Autré envoi le 18 Décembre. )
Les RR. PP. Jéfuites du Collège de
105 2
IS 4 4
182 4
47 I S
190 I 4
JANVIER , 1760 . 275
Suite du 17 Décembre.
Meffieurs
Louis le Grand.
m . 0. g.
63335
de Creil , Confeiller d'Etat. 159 47
( A réunir au 15 Décembre. )
Mad. la veuve de S. Jean. 166 11
206488
Mad. la Marquife de Chevoile. 155 12
Du 18 Décembre .
de Tabois , Gentilhomme ord . du Roi. 244 2 2
Le Chapitre de S. Etienne- des - Grès.
Guyot , Doyen de MM . de la Cour
des Aydes.
L'Abbaye S. Germain des-Près.
Mad. de la Bourdonnois.
Mad. la Marquife de la Lande .
le Préfident de Guébriant.
ود
6753
194 6
I
300 1 2
84 7
368 S Chevalier , pr. Com . de la Marine.
130 IS
Pavé , Secrétaire du Roi. 322 3 6
26
35
Graffin , Maréchal de Camp .
Muly , Elu à Meaux .
( A réunir au 17 Décembre. )
Patu , Secrétaire du Roi .
Mad . Saulnier , Légatrice de M. de
14 4 I
5537
la Peironnie , pr . Chirurgien du Roi. 106 r
Hoquart , Tréforier général de
l'artillerie .
Mad. la veuve Gliffe.
( A réunir au 17 Décembre. )
Mad . de la Briffe , ancienne Intendante
de Caen .
MM, de l'Inftitution de l'Oratoire.
Begon , Procureur au Châtelet.
MM . de l'Oratoire , rue S. Honoré ,
Maucler , Directeur gén . des Vivres.
le Dran , Tréforier des Vivres.
189 7 S
254
125 36
336
90 12
200 2
523
39 42
276 MERCURE DE FRANCE.
Suite du 18 Décembre.
Meffieurs
Mad. Poupart , veuve de M. Cottin ,
Entrepreneur de la Manufacture
des Toilles peintes de l'Arfenal.
( A réunir au 17 Décembre. )
M. Bonneau , Secrétaire du Roi.
Efmonen , intéreflé dans les affaires
du Roi.
Panelier, Recev, des bois de Senlis
& Compiegne.
Maincent , Syndic des Tontines .
Morand , Chirurg. Maj . des Inval.
Cochin , ancien Echevin.
le Comte de Manherbe , Lieut . gén.
Saget , Conf.au Parlement .
Eftienne , Traiteur.
Mefd. de l'Abbaye du Val de Grace.
Jolly, grand Audiencier de France.
le Marquis du Muy , prem. Maître
d'Hôtel de Madame la Dauphine ;
de la fucceffion de M. fon pere.
( A réunir au 19 Novembre. )
Gitton de la Ribellerie , Secr . du Roi.
le Marquis de Souvré.
le Caron , Maître Particulier & Lieutenant
des Chaffes de Laifgue.
de Beauval , Major de Compiègne.
Hardy , Contrôleur des rentes fur
les Fermes,
de Montion , Confeiller au Grand
Confeil.
le Marquis du Muy, de la fucceffion
de Madanie fa mere.
( A réunir au 19 Nov. )
•
m.o.g
2326
1965 6
187.6 I
34 23
215 3
7552
46 I 6
2
59 I
99 3 3 t
III 3
32 3
202 4 6
46 4 7
51 27
145 4
30 3 2
24 4 I
48 I
2
177 7 41
309 I 4
211301 312
I
Du
JANVIER. 1760. 277
Du 19 Décembre.
Meffieurs
Les Religieufes Filles- Dieu.
Mad. de Sabourni.
Teftard Dulis , Ecuyer.
Brochand , Marchand .
Gauzen.
Prépaud, Régiffeur des Droits réunis .
de la Bourdonnois , Conf. d'Etat .
l'Abbé Mercier.
Mad. Chalé.
le Comte de Varas.
le Blond , Contrôleur des rentes.
Antoine Day , Officier de la Chambre
du Roi , Chev. de S. Louis.
Gorand , fils , Marchand.
m. o. g.
33 4
207 7 1
89 7 7
23067
6062
97 I
142 S 6
124 4 7
5572
817 !
64 2
2839
24 4
Gorand , pere.
Les Carmes Billettes,
Les Dames de l'Union Chrétienne de
Saint-Chaumont,
Meffager , Md Epicier.
Mad. Latour , Veuve .
Dauffet de Coulange , Munitionn.
des Vivres de la Marine.
Tellès Dacosta , Secrétaire du Roi.
Bignon , Bibliothécaire du Roi,
Mlle Delin , Bourgeoife.
Billeheu , Contrôl. Contregarde.
de Varenne , anc. Conful , & Quartin.
Aubry , Avocat au Parlement.
Les Jacobins de la rue S. Honoré,
Les Auguftins du Grand Couvent.
le Duc d'Ancezune.
1. Vol.
55 4: 312
5356
66 47
74
21
2206 t
15563
104 4 42
24 IS
48 3
72
834
6
927 I
757
114 2
140 3 2
213824 3 4
P
2
278 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Du 20 Décembre
Mad . de Bouju, demeurante à Cham
amyong.
pagne , près Baumont fur Oife, cd14 4 54
Cury , Contrôleur des Tréforiers desa
troupes de la Maiſon du Roi.
MM. Mercier.
le Comte de Soyecourt , Meftre de
camp , Capitaine de Dragons au
Régiment de Thiange.
Petit , ancien Conful.
Mad . la veuve Langlois de Rezy ,
Confeiller au Parlement
Bernard de Balinvillier , pere .
( A réunir au 11 Décembre. )
Faget , Chirurgien Major des Gardes
Françoiles.
Mlle Carbonnet.
de St. Roman , Maître des Comptes.
Marchand , Secrétaire du Roi.
Marchand le jeune , Notaire.
le Comte de Valbelle .
Doublet , Avocat au Parlement.
Berthelin , Bourgeois de Paris.
Mad . de la Coré la mere.
du Poulpry.
de Beaumont , ancien Directeur de
l'Académie de S. Luc.
bir
24 : 4
101 2 3
105 1 4
856 1
116 4 6
I 4
97
125 1
68
42 7 2
109 3
1966
$ 3.4.71
72 5
542 25
42 2 5
de Bragelonne , anc. Capit. aux Gardes. 58 5 a
Mad . Gliffe,
( A réunir au 17. Décembre. )
Caron , fils , Payeur des Rentes , a remis
en or 3 onc 4 gr . 12 grains.
(A réunir au 16 Novembre. )
Les Barnabires.
Cazalu , Tiéforier de France ,
3866
79 5 4
JANVIER . 1760. 279
Meffieurs
Suite du 26 Décembre.
Pirrepape , Négociant.
Guillaume , Serrurier.
Plus en or 3 gros & demi 27 gráins.
Mlle du Pourpry.
le Paige Ecuyer de Mad.la Dauphine .
Kornmann , Banquier.
Bayeux Infpecteur des Ponts & Chauff.
Les Religieufes de Sainte Elifabeth.
Les Religieu es de Sainte Marie , rue
S. Antoine.
Mad . la veuve Bonfils.
Les Religieufes de la Conception .
Moucade , Avocat.o
7 21 Du 21 Décembre :"
Marteau , Docteur en Médecine.
m . o. g.
7657
3621
41 6
542 $
117 2 4
17 6 41
46 1
·5167
176 1 6
34 62
832
215714 1 2 !
16 2 41
26 33 Prevost Defpreaux , Agent de Change .
I
11 Du 22 Décembre.
le Comte de la Vieuville .
l'Abbé Junot , Aumonier des Gardes
Françoiſes.
Durand , Avocat.
Duret , Avocat.
Plus , en or 5 on . 3 gr . 3 grains.
le Gueux - de-la -Varenne , ancien
Intéreflé dans les Fermes.
de la Buffiere , demeurant à Tréguy.
le Préfident Mallet,
Jannelle Douville , Prevoc général
de la Connétablie.
Delpuech de la Loubiere.
425 7
44 2
24272/2
36 17
32 1612
FI 3 I
54 2 3
149 3 7
27 5 4
155 7 1 -
Pij
280 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Suite du 22 Décembre
l'Abbé Lambert , Garde des Archives
de la Chapelle du Roi.
Thierry , Ecuyer ordinaire de la
bouche du Roi.
de Vougny de Petitmont.
des Ragues , ancien Commandant
du Fort Socoa.
Menault , Bourgeois de Paris.
Charpentier , Bourgeois de Paris.
Guircan , Ecuyer.
Robineau, Notaire.
de la Chauffade , Secrétaire du Roi.
Heron de Courgis , Secrétaire du Roi.
Les Mathurins.
l'Abbaye de Chelles.
d'Hericourt , Intendant de Marine.
Mad. Geoffroy .
( A réunir au 17 Décembre . ) 27.
Hurel , Payer des Rentes.
Petit , Confeiller de la Cour des
Monnoies.
Les Chartreux .
Dargent , Avocat.
le Begue , Sécrétaire du Roi.
Cartaut , Huifſier Priſeur.
de Changy .
de Linguede .
le Préſident de Mele ...
m. o. g.
42.6 31
60 7 I
109 7.7
110:
28621
147 5·
80 I I
36
4465
88 65
137 7 2
.
49 S 4
104 4 5
31
113300 64
.
2
11 5 61
98 3 5
72 1
382
934
219 1
19 7-7
de Camp , Pay eur des gages de la
Chancellerie . 1
de S. Georges , Capit . de Vaiffeaux.
Ies Religieufes Miramionnes.
Baillon .
249 1 6
1
194 3 4
13 3 1
2
IS 4 4
12 27
I
JAN VIER. 1760.
281
Meffieurs
Suite du 22 Décembre.
Mad. la Préfidente Saulnier .
( A réunir au 14 Décembre. )
Even.
Corbec , Traiteur
le Préfident Ricouves.
de Moreuil.
Les Hofpitalieres de S. Gervais .
le Baron de Thiers .
Le Séminaire S. Magloire.
m. 0.
4 3 3
5.
16 7 I
823
23 6 3
12 1 4
653
362 41
20 I 4
Les Céleftins .
Les léfuites du Noviciat .
Les Chanoines de S. Victor.
de Laillevault , ancien Brigadier des
Gardes du Corps .
147 2 7
3525
165 7 5
Camufat , Auditeur des Comptes.
Befnier , Greffier de la Cour des Aydes ,
& M. Darcilly , Régiffeur des nouveaux
droits.
71 4 4
6376
192 7 S
3671 4 4
Du 23 Décembre.
Mad. l'Abbeffe de Pont- aux - Dames .
Mad . la veuve Facq.
Mignoneau.
de Derchigny , ancien Intendant de
la Marine.
544
4 6 7
5825 2
2
119 5 3
4683 21
2
Faute effentielle à corriger au total qui eft au bas
de la premiere Page de cet Etat.
Au lieu de 31335 0 4 , lifez 19894 2 S.
P iij
282 MERCURE DE FRANCE.
VIS à Meffieurs les Abonnés du
M..S
Mercure.
ESIEURS les Abonnés font priés
inftamment de croire que ce n'eft point
par négligence dans l'expédition qu'ils
reçoivent quelquefois le Mercure plus
tard qu'ils ne devroient ; le retard, quand
il
y en a , et toujours forcé. Une impreffion
extraordinaire , fans d'autres caufes ,
a retardé le premier Volume de ce mois.
JANVIE R. 1760. 283
HOUEL ,
AVIS.
OUEL, Marchand Chaudronnier , fait ,
vend & achete toutes fortes de Batteries de Cuifine
, & eft inventeur des Fontaines doublées en
plomb laminé , tant fablées que non fablées , &
double de la même manière les vieilles Fontaines ,
ce qui les préferve du verd de- gris , & procure
l'avantage de ne les jamais faire étamer , l'eau ne
pouvant toucher le cuivre en aucun endroit , pas
même aux robinets , qui font de plomb , & tes
boiffeaux compofés d'une matière extrêmement
dure , & dans laquelle il n'entre point de
cuivre. L'Académie Royale des Sciences , après
avoir examiné ces Fontaines , les a approuvées ,
& a reconnu leur grande utilité.
Il vient d'inventer des Fontaines de bois doublées
en plomb , de la même forme & grandeur
des Fontaines de cuivre. Ces Fontaines font d'une
grande durée , & coûtent beaucoup moins.
Il fait des Cuifinières portatives d'une trèsgrande
propreté , très - utiles pour les voyages ,
dans lefquelles on fait du bouillon en trois heures
& cuire de la volaille.
Il vend & loue toutes fortes de Baignoires, avec
un cylindre pour faire chauffer l'eau . Il entreprend
& exécute toutes pièces en cuivre , toutes
fortes de pièces de Chaudronnerie. Sa demeuré
eft au milieu du Marché-neuf , aux Trois Caffétières
du Levant.
284 MERCURE DE FRANCE.
.
Fautes à corriger dans le Mercure précédent.
Page 14 , lignes 15 & 16 : le cinquiéme ou le
fixiéme jour : lifez le quinziéme où le feizième .
Dans le préfent Volume.
Page 23 , effacez le quatriéme vers . Après le,
fixième ,
Non , c'est peu de la mort pour une telle offenfe ,
ajoutez celui - ci :
Que ne puis -je a fon crime égaler ma vengeance !
Page 76 , ligne 24 : cherche : lifez marche.
On a omis à la page 208 , ligne 15, cette note ,
qui fe rapporte à ces mots , de cet homme prodi
gieux : Un des Chefs de ces Sauvages lointains
étonné de trouver qu'un homme qui faifoit de fi
grandes chofes fûr d'une petite taille , s'écria en le
voyant pour la première fois , Ah , mon pere , que
tu es petit ! mais je vois dans tes yeux la hauteur
des chênes & la vivacité des aigles..
Autre note à ajouter à la pénultième ligne de
la Page 212 , fous ces mots , le zèle de fon défenfeur.
Quand toutes nos forces auroient été raffemblées
à portée de Québec , elles n'auroient pas
à beaucoup près égalé celles qui attaquoient cette
capitale , tandis que d'autres corps prefqu'aufli
nombreux envahilloient les deux autres frontières.
Mais il s'en falloit bien que tout ce que nous
avions de troupes fût réuni. La néceffité de faire
face partout avoit contraint de les partager. Un
détachement confidérable couvroit la frontière
du lac Ontario , & devoit foutenir la garniſon du
fort Niagara. M. de Bouriamaque envoyé dès le
JAN VIER. 1768. 285
mois de Mai vers le lac Champlain avec trois bataillons
de troupes réglées , douze cens Canadiens,
& la plupart de nos Sauvages , étoit chargé
d'y tenir tête au Général Amherst . Il le fit avec
fuccès : les Ennemis ne purent le chaffer du
pofte qu'il prit fur le lac Champlain . Il foutine
cette frontiere importante contre tous les efforts
qu'ils firent pendant cette campagne , & même
au mois d'Octobre dernier. Pour difputer la frontière
de Québec , & cette Ville même aux forces
normes des Anglois , il ne reftoit à M. de Montcalm
que cinq bataillons , qui ne faifoient pas
deux mille combattans , & cinq à fix mille kommes
de milices.
APPROBATION.
'Ailu, par ordre de Monfeigneur le Chancelier ,
le premier Mercure du mois de Janvier 1760 ,
& je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreffion . A Paris , ce 31 Décembre 1759 .
GUIROY .
TABLE DES ARTICLES.
AVANT - PROPOS .
Page vij
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE.
ARTICLE PREMIER.
L'Elprit & la Beauté , Fable.
A mon fils .
II
42
286 MERCURE DE FRANCE.
Traduction libre de l'Ode d'Horace ,
- Paftor cum traheret perfreta navibus
Calypto a Télémaque , Héroïde .
Fidelia , Hiftoire Angloife.
16
18
Lettre à l'Auteur du Mercure.
L'Accord parfait , Stances.
A Mile N *** le jour de fa fête .
Vers à Mad. la Marquise de *** . accouchée
d'une fille .
A Madame *** , dont le fils s'étoit enrôlé.
26
56
S &
161
ibid.
Suite des Jugemens fur les Auteurs Anglois .
Fragmens du quatrième Livre des Géorgiques .
de Virgile.
Enigme & Logogryphe.
Aute Logogryphe .
Logogryphus & Chanfon .
62
63
80
93
94
ART. II. NOUVELLES LITTÉRAIRES, ART . II .
NOUVELLES
Aménophis , Tragédie .
Hiftoire de Dannemarc , Tome I.
Letre de M. le Préfident Hénault à M.
Marmontel , Auteur du Mercure...
95
I
136
Annonces de Livres nouveaux. 152 &fuiv !
ART. III. SCIENCES ET BELLES-LETTRES .
Académies. Séance publique de l'Académie
Royale des Sciences. 159
Prix propofé par l'Académie Royale de Chirurgie
pour l'Année 1761 . 171
ART. IV. BEAUX -ARTS.
ARTS AGRÉABLES..
A
PEINTURE.
Prix propofé à l'Academie de Peinture .
Avis aux Soufcripteurs de l'Encyclopédie &
autres.
Mufique.
174
176
177
JANVIER. 1760 . 287
Stographie.
Horlogerie.
trait d'une Lettre écrite à l'Auteur du
Mercure.
ART. V. SPECTACLES.
Opéra .
Komédie
Françoife.
Comédie Italienne.
Concert Spirituel.
ART. VI . Nouvelles Politiques.
Mariages.
Morts.Eloge hiftorique de M. le Marquis de
Montcalm .
fat de la Vaiffelle portée à la Monnoie
de Paris.
Avis à MM. les Abonnés du Mercure .
AVIS.
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De l'Imprimerie de SEBASTIEN JORRY,
que vis-à-vis la Comédie Françoiſe.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI .
JANVIER . 1760 .
SECOND VOLUME.
Diverfité , c'est ma devife. La Fontaine.
Chez
Cochin
Filiusinve
BrillonSculp 1235.
A PARIS ,
CHAUBERT, rue du Hurepoix.
JORRY , vis à-vis la Comédie Françoife.
PISSOT , quai de Conti.
DUCHESNE, rue Saint Jacques.
CAILLEAU , quai des Auguftins.
CELLOT , grande Salle du Palais.
Avec Approbation & Privilége du Roi
AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier Commis au
Greffe Civil du Parlement Commis au
recouvrement du Mercure, rue Sainte Anne,
Butte Saint Roch, à côté duSellier du Roi .
C'eft à lui que l'on prie d'adreffer , francs
de port , les paquets & lettres, pour remettre
, quant à la partie littéraire , à M.
DE LA PLACE , nouvellement pourvu
par le Roi , du Privilége du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36fols,
mais l'on ne payera d'avance , en s'abonnant
, que 24 livres pour ſeize volumes ,
à raifon de 30 fols pièce .
Les perfonnes de province auxquelles on
enverra le Mercure par la pofte , payeront
pour feize volumes 32 livres d'avance en
s'abonnant , & elles les recevront francs
de
port.
port
Celles qui auront des occafions pour le
faire venir, ou qui prendront les frais du
fur leur compte ,
ne payeront comme à
Paris , qu'à raifon de 30 fols par volume
c'est-à-dire 24 livres d'avance , en s'abonnant
pour 16 volumes.
Les Libraires des provinces ou des pays
étrangers , qui voudront faire venir le
Mercure , écriront à l'adreffe ci- deffus.
A ij
On fupplie les perfonnes des provinces
d'envoyer par la pofte , en payant le droit,
Le prix de leur abonnement , ou de donner
leurs ordres , afin que le payement enfoit
fait d'avance au Bureau .
Les paquets qui neferont pas affranchis,
refteront au rebut.
On prie les perfonnes qui envoyent des
Livres , Eftampes & Mufique à annoncer ,
d'en marquer le prix .
Le Nouveau Choix de Pièces tirées des
Mercures & autres Journaux , par M.
De la Place , fe trouve auffi au Bureau .
du Mercure. Le format , le nombre de
volumes & les conditions font les mêmes
pour une année .
N. B. Le nouvel Auteur du Mercure ,
fe trouve dans l'impoffibilité de donner
le volume de Février , avant le 25 dudit
mois . On fupplie Meffieurs les Abonnés ,
de n'attribuer ce retard qu'aux nouveaux
arrangemens qui l'occafionnent.
MERCURE
DE FRANCE.
JAN VIE R. 1760.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LES DEUX LINOTS ,
Les
FABLE.
Es premieres amours font les plus violentes ,
Mais rarement les plus conftantes.
Un Linot dans fon nid périffoit de chagrin :
Qui fent bien le plaifir fent encor mieux la peine:
L'amour & fon mauvais deſtin
Caufoient tous fes malheurs ; non que d'une inhumaine
II. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
.
Son hommage fût méprifé :
D'une jeune Linote épris , favorilé ,
Il l'avoir ſurpriſe infidèle.
Je fuccombe , dit- il , à ma douleur mortelle:
De ce trait inoui la noirceur me confond.
A fa plainte fuccéde un filence profond ,
A ce filence un défeſpoir extrême.
Il voudroit fe venger ; mais hélas ! le
Quand il faut
aime ?
peut- on
que le coup tombe fuf ce qu'on
Un Linot fon voifin l'entend fe défoler !
Et vole pour le confoler.
L'Amant infortuné s'empreffe de lui dire
Tout ce qui caule fon martyre ,
De lui peindre les traits de l'objet de fes feux
Comme il l'avoit aimé , comme il devint heureux,
Comme il le fuivoit dès l'enfance ,
Comme il fe repafoit fur fa fidélité ; 2
Enfin comme on l'avoit quitté ,
Comme on avoit trahi fa plus douce eſpérance.
Ceffe de t'affliger , lui dit l'autre Linot ,
Je penfois comme toi dans ma tendre jeuneffe ,
· Jeune Linote étoit mon lot ?
Je voulois beauté , gentilleffe ;
Je trouvai tout cela , mon deftin fut charmant ;
Mais l'objet de mes voeux fit choix d'un autre
Amant ;
JANVIER. 1760 . 7
Je ne pus voir fon inconſtance
Sans former le deffein de punir cette offenſe.
Je cherche mon heureux rival ;
Je l'attaque , & je vois , dans ce combat fatal ,
L'ingrate qui prend la défenſe.
Le mépris me rend la raiſon :
Je quitte l'infidèle après fa trahifon .
J'ai pris le lendemain Linote raiſonnable
Qui plaît moins , mais qui plaît toujours également.
i
Peu jaloux des attraits que détruit un moment ,
Je trouve en ce lien durable
Moins d'éclat , mais plus d'agrément.
Les feuls plaifirs du fentiment
Ont une fource inaltérable .
Ami , pour être heureux , tu dois en faire autant :
Efprit folide , coeur conftant ,
A la jeuneffe eft préférable .
Par M. L. PICHENOT .
L'AMOUR DÉSARME.
ᎠDUU Soleil fur notre hémisphère
L'aurore annonçoit le retour ;
Et des heures la main légère ,
En fe fuccédant tour-à- tour ,
De l'Olympe ouvroit la barrière
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Au char brillant du Dieu du jour.
Par degrés verfant la lumière ,
Du fombre cahos de la nuit
Il tire la nature entière ,
Et l'Univers eft reproduit.
Déjà Cérès & fes compagnes
Pour moiffonner les dons nouveau
Se répandoient dans les campagnes.
Les Bergères , loin des hameaux ,
Devant elles dans la prairie
Chaffoient lentement leurs troupeaus
Bondiflans fur l'herbe fleurie.
Sous le verd des berceaux naiffans
Embaumés des parfums de Flore ,
Au bruit des Zéphirs careffans ,
Thémire repofoit encore.
On voyoit briller fur fon tein
Les couleurs vives que la rofe ,
Au foufle de l'Amour écloſe ,
Déploye à nos yeux le matin.
Des fleurs compofoient fa parure :
Sans le fecours de l'impoſture
Elle étoit belle , & fes appas
Fouloient un tapis de verdure ,
Trône immortel de la Nature
Que les Rois ne connoiffent pas !
L'Amour paré des mains des Graces ,
Des ris & des jeux , fur les traces
JANVIER. 1760.
Raffemblant le folatre eſſain ,
Vit Thémire , vola près d'elle ,
Se repofa fur fon beau fein ,
Et fur elle étendant une aîle
Qu'il laiffa tomber mollement ,
Parmi les fleurs , ce Dieu charmant
S'endormir près de l'immortelle..
Les rayons dorés du Soleil
Perçant à travers le feuillage ,
Eclairoient ce riant boccage
Où dans le modefte appareil
D'une jeune & ſimple bergère ,
Thémire fe livre au fommeil :
Du roffignol la voix légère
Chante l'inftant de fon réveil.
Sa foible & timide paupière
Que l'éclat du jour éblouit
Par degrés s'ouvre à la lumière::
Thémire voit, penfe & jouit
Du fentiment d'un nouvel être ::
Comme une fleur qui vient de naître
Son front ferein s'épanouit.
Des fens les organes renaiffent;
Et des fonges qui difparoiffent
Le preftige s'évanouit.
Tremblante & prefque inanimée
En voyant l'amour dans fes bras,
Thémire éprouve l'embarras
Ar
10 MERCURE DE FRANCE.
Qui peint la fageffe allarmée...
91
2
De la pudeur le cri perçanta
Echappe à la bouche ingénue :
Avec tranfport fon ame fent ? A
Le befoin d'être foutenues og
Contre le charme triomphants I
De ce Dieu , qui s'offre à fa vué 3
Avec les graces d'un enfant, pred
Thémire en tremblant le careffe :
Le fouris de la volupté ,
Peint fur la lévre enchantereffectidea
De cet enfant fi redouté ,
Dans l'ame de Thémire excite
AT
.}
Ce fentiment , ce feu vainqueur
Qu'elle ignoroit & qui l'agite :
Un foupir échappe à fon coeur.
Sa foible vertu qui chancelle
Céde & triomphe tour-à- tours
Mais fa fierté qu'elle rappelle
Détruit le charme de l'Amour.
» Enchaînons le Tyran du monde ,
Dit- elle , » & que chargé de fers ,
>> Il laiffe en une paix profonde
» Refpirer enfin l'Univers.
Soudain du brillant affemblage
Des treffes de fes beaux cheveur ,
Certe Nymphe formant des noeuds;
Elle enchaîne l'amour volage.
JANVIER. 1960, 11
Ce Dieu s'éveille , & tranfporté
Des même feux qu'il nous inſpire ,
Il fixe avec avidité
Ses regards tendres fur Thémire :
L'amour avec rapidité
La voit , brule , adore & defire.
Dans les yeux plus beaux que les fiens
Avec complaifance il fe mire :
Il veut s'élancer , & foupire
En appercevant fes liens.
Ses regards languiſſans expriment
Et fes regrets & fes douleurs ;
D'un feu nouveau fes yeux s'animent :
Mais ce feu s'éteint dans les pleurs.
» Divinité de ce boccage ,
Lui dit ce Dieu tout éploré ,
>> Plaignez l'erreur & le nauffrage
» D'un enfant qui s'eſt égaré :
» Prenez pitié de ma jeuneſſe :
L'yvreffe fuit la volupté ;
>> Et l'amour s'égare fans ceffe
» Sur les traces de la beauté.
» Des bras de Plyché que j'adore ,
» Echappé pour faire un bouquet ,
» Dans ces jardins qu'embellit Flore
>> J'ai cru la retrou ver encore
>> En vous voyant dans ce bolquer.
22 Amour , necrois pas me féduire
A vi
12 MERCURE DE FRANCE.
» Par un langage fi flatteur ,
Dit la Nymphe avec un fourire ;
» Je connois ton art enchanteur ,
» Il n'eut jamais fur moi d'empire.
» Tendre , emporté , vif & preffant ,
» L'Amour eſt un enfant perfide
» Qui nous bleffe en nous careffant.
>> Armé d'une fléche homicide ,
» Ton orgueil oſoit afpirer
» A triompher d'un coeur timide ,
>>Et peut-être à le déchirer.
. Pour calmer vos vives allarmes ,
» Lui dit le Dieu , prenez mes armes,
>> Et rendez-moi ma liberté :
» Je n'en aurai pas moins de charmes
>> Et j'en ferai moins redouté.
En brifant fes liens , Thémire
Saifit fon arc & fon carquois ;
Elle parcourt , contemple , admire
f
Les flêches dont l'Amour déchire
Le coeur des Bergers & des Rois.
Depuis ce jour, ce Dieu volage
Parmi les jeux du badinage
Promène fes douces erreurs ,
Et l'Univers paisible & fage
N'eft plus troublé par fes fureurs.
Il folâtre autour de Thémire
Qui fur les mortels , chaque jour ,
JANVIER. 1760 . 13
Lance les fêches qu'elle tire
Du carquois doré de l'Amour.
ENVOI
A Mademoifelle de B ***.
Tor dont l'heureux printems ſçait embellir les ΟΙ
traces
Des rofes de la volupté ,
Reçois ces vers : ils font le prix de la Beauté ,
Et l'Amour les fit pour les Graces,
STANCES
D'une femme à ſon Amant qui partoit
pour l'Amérique.
QUOI voi tu parts cher amant ! Quoi tu quittes
ces lieux
Sans être retenu par le noeud le plus tendre !
Tu parts , fans que les pleurs qui coulent de mes
yeux ,
Ni mes triftes, foupirs puiffent fe faire entendre!
Va , perfide , pourfuis ton deffein odieux ;
Va chercher les dangers juſques au bout du
monde ;
Fuis fans attendre ici mes funeftes adieux ,
Laille mon coeur en proie à fa douleur pro
fonde,
12 MERCURE DE FRANCE .
» Par un langage fi flatteur ,
Dit la Nymphe avec un fourire ;
» Je connois ton art enchanteur ,
» Il n'eut jamais fur moi d'empire .
» Tendre , emporté , vif & preffant
» L'Amour eſt un enfant perfide
» Qui nous bleſſe en nous careffant.
›› Armé d'une fléche homicide ,
» Ton orgueil oſoit afpirer
» A triompher d'un coeur timide , ‹
>> Et peut-être à le déchirer.
• Pour calmer vos vives allarmes
» Lui dit le Dieu , prenez mes armes,
>> Et rendez-moi ma liberté :
>> Je n'en aurai pas moins de charmes
>> Et j'en ferai moins redouté.
En brifant fes liens , Thémire
Saifit fon arc & fon carquois ;
Elle parcourt , contemple , admire
Les flêches dont l'Amour déchire
Le coeur des Bergers & des Rois,
Depuis ce jour, ce Dieu volage
Parmi les jeux du badinage
Promène fes douces erreurs ,
Et l'Univers paisible & fage
N'eft plus troublé par fes fureurs.
Il folâtre autour de Thémire
Qui fur les mortels , chaque jour ,
JANVIER . 1760. 13
Lance les flêches qu'elle tire
Du carquois doré de l'Amour.
ENVOI
A Mademoifelle de B ***,
Tor dont l'heureux printems fçait embellir fés ΟΙ
traces
Des roles de la volupté ,
Reçois ces vers : ils font le prix de la Beauté ,
les
Et l'Amour les fit pour les Graces.
I
STANCES
D'une femme à fon Amant qui partoit
pour l'Amérique.
QUOUOII tu parts cher amant ! Quoi tu quittes
ces lieux
Sans être retenu par le noeud le plus tendre !
Tu parts , fans que les pleurs qui coulent de mes
yeux ,
Ni mes triftes , foupirs puiffent fe faire entendre
Va , perfide , pourfuis ton deffein odieux ;
Va chercher les dangers juſques au bout du
monde ;
Fuis fans attendre ici mes funeftes adieux ,
Laiffe mon coeur en proie à fa douleur pro
fonde.
14 MERCURE DE FRANCE.
Hâte -toi , le temps preffe , & déja loin des mers
Le Ciel vient de porter ſes plus fombres nuages ;
L'onde eft calme , & les vents enchaînés dans les
airs
Ne la foulèvent plus par de fréquens orages.
Qu'attends- tu ? ton vaiffeau prêt à fendre les flots,
Au gré d'un doux zéphir laiſſe agiter les voiles
Le jour attire au port le chef , les matelots ,
Et l'éclat de l'aurore a chaffé les étoiles .
Fuis donc , éloigne- toi d'une terre odieufe
Qui n'offroit à tes yeux que de triſtes objets ;
Quitte-moi , romps le joug d'une amitié trompeale
,
Et forme loin d'ici tes généreux projets.
Mais que dis-je !. où mon coeur va-t- il done
s'égarer ! ...
Je fouffre en te parlant le plus cruel martyre.
Je tremble ...je gémis ...je voudrois t'abhorrer ,
Et ma timide voix fur mes lèvres expire.
O moitié de mon être ! O foutien de mes jours !
Objet digne de haine & digne de tendreffe !
Cher amant,fouviens - toi de nos premiers amours ,
Viens effuyer mes pleurs , & calmer ma trifteffe.
Viens par un prompt retour appaifer mes tranf
ports ,
JANVIER. 1760. 15
Soulage ma douleur , diffipe mes allarmes ;
Ne livre pas mon ame à fes fombres remords ;
D'un aimable repos fais - lui goûter les charmés .
Que te dirai-je enfin Rappelle tes fermens;
Rends moi le feul efpoir fur qui mon coeur fe
fonde ;
Rends-moi l'unique fruit de nos embraſſemens ,
Et qu'avec toi je puiffe oublier tout le monde.
SUITE de Fidelia , Hiftoire Angloife.
IL m'annonça lui- même fon projet d'un
air froid & tranquille : quoique je fuffe
prévenue fur toutes les circonftances de
fa perfidie , je me fentis frappée comme
d'un coup de foudre , & je perdis jufqu'au
fentiment de mon malheur. Mais cet
anéantiffement fut court ; la plus vive
douleur vint déchirer mon ame. Ah, barbare
! `m'écriai -je , en laiſſant échapper
un torrent de larmes , étoit- ce là ce que
tu réfervois à mon amour? C'étoit donc
pour me précipiter dans un abîme de
honte & de défefpoir que tu cherchois
à féduire mon foible coeur , fous les apparences
d'une fauffe tendrefle ! Ingrat,j'ai
perdu pour toi cette paix ineftimable
16 MERCURE DE FRANCE.
que donne l'innocence ; j'ai étouffé le
cris de la vertu ; j'ai bravé le mépri
public : tu me tenois lieu de tout , & ti
m'abandonnes!Pour prix de ton bonheur
tu me livres à l'infamie : devenue l'op
probre de mon fexe, abandonnée de tout
I'Univers , avilie à mes propres yeux ,
ah ! j'ai bien mérité tous les maux que
j'éprouve mais étoit- ce à toi de m'en
punir ? Malheureux ! fi tu ne crains point
"les remords qui fuivent le crime , crains
du moins les fureurs d'une amante outragée
& qui n'a plus rien à perdre.
Ce difcours excita fa rage , & le & le porta
à une infolence que je n'étois pas faite
à fupporter , quoique je la méritaffe bien .
Je lui rendis , avec un mépris qui ne me
convenoit plus , tous les vains ornemens
& les bijoux qui avoient été la récompenfe
de ma foibleffe , & j'abandonnai fa
maifon avec toute la fureur du reffentiment
& du déſeſpoir.
Je retournai à mon ancien logement :
mais incapable de foutenir le fpectacle
d'un lieu qui me rappelloit chaque circonftance
de ma défaite , honteufe de
regarder tous ceux qui m'avoient autrefois
vue innocente , déchirée au fond du
coeur, eſpérant enfin quelque foulagement
à mes maux en changeant de place , je
JANVIER. 1760 . 17
me mis en chaife de pofte à deux heures
du matin , & donnai ordre à mon cocher
de me mener auffi loin de la Ville qu'il
feroit poffible d'aller avant le retour de
la nuit , en lui laiffant d'ailleurs le choix
de la route.
Ma raiſon & mes fens étoient troublés
& confondus pendant mon voyage ; je
ne faifois aucune réflexion fur mon fort
préfent , & je ne formois aucun plan pour
l'avenir. Quand la nuit fut arrivée , mon
guide voulut s'arrêter dans une grande
ville ; mais je le priai de me mener jufqu'au
village prochain. J'entrai dans une
petite auberge , & je congédiai mon cocher
fans confidérer ce que je deviendrois
& fi je choifirois ce lieu pour ma demeu
re. A dire le vrai je ne fçaurois rendre
compte de mes penfées pendant cet efpace
de temps ; elles étoient toutes confufes:
& fans fuite : il faut que ce foit un court
accès de phrénéfie dont il ne me.refte que
des traces imparfaites , qui ait rempli ces
heures là ; je me fouviens feulement que
je fortis de mon auberge dès que je vis
paroître le jour , & que je quittai le. village.
Le hazard me conduifit à une allée de
faules qui bordoit une riviere ; après m'y
être quelque tems promenée , la fraîcheur18
MERCURE DE FRANCE.
de l'air ranima mes fens & réveilla ma
raifon. Ma mémoire , ma douleur &
mon déſeſpoir revinrent enſemble ; chaque
circonftance de ma vie paffée fe
retraçoit à mon efprit : l'idée de mon
infidèle amant & de mon criminel amour
tourmentoit mon imagination & déchiroit
mon coeur fenfible qui , malgré tous
les torts de mon féducteur , confervoit
encore pour lui la plus vive & la plus
tendre affection. Cet attachement fans
défiance que j'avois eu pour lui , effet
d'un caractère honnête & doux , augmentoit
l'ardeur de mon reffentiment , &
mettoit le comble à mon malheur. Envain
m'efforçois-je de retirer mes idées
du trifte fujet qui les occupoit , & de
former quelque perspective qui pût me
confoler , celle que j'avois devant moi
n'étoit pas moins effrayante. La pauvreté
accompagnée de l'infamie , gémiſſant
fous la main cruelle de l'oppreffion , &
fous les hauteurs de l'infolence , étoient
devant mes yeux. Moi qui avois fait la
gloire & l'amour de mes parens , qui m'étois
vue aimée , reſpectée & admirée , je
ne pouvois plus me regarder que comme
le rebut du genre humain , l'objet du
mépris de tous ceux que j'avois le plus
aimés & qui m'avoient le plus chérie ,
JANVIER. 1760 . 19
un objet d'averfion pour moi - même ,
n'appartenant à perfonne , expofée aux
infultes de tout le monde.
Je m'appliquai à rechercher la cauſe
d'un fiaffreux changement, & à examiner
comment j'y avois contribué . Quoique
je condamnaffe ma conduite à l'égard du
Chevalier , je me flattois cependant de la
juſtifier en me rappellant les réflexions
qui lui avoient fervi de motifs ; mais autant
que mes principes avoient été infuffifans
pour me garantir du vice , autant
ils étoient impuiffans pour me foutenir
dans l'adverfité . Ma confiance n'avoit pas
été éteinte par ces fophifmes qui avoient
aveuglé ma raiſon ; & s'il fe trouvoit quel
qu'un qui voulût me juftifier, en imputant
ma conduite à l'erreurs qu'il confidere
je l'en fupplie, que dans cette détreffe extrême
où je me trouvois je n'étois fourtenue
ni par le fentiment de mon innocence
, ni par cette joie extérieure
que donne la vertu , ni par l'efpoir de la
récompenfe : foit que je regardaffe en arriere
ou en avant , tout étoit pour moi
confufion , douleur , déchirement , déſeſpoir.
J'accufois l'Etre Suprême d'injuftice
de ce qu'il me châtioit par toutes
les peines qui marchent à la fuite d'une
paffion fatisfaite , puifqu'il ne m'avoit
20 MERCURE DE FRANCE
pas
donné des forces fuffifantes pour lu
réfifter . Non , difois-je , je ne puis plus
longtemps fupporter une exiſtence qui ne
m'offre que des malheurs que je n'ai poin
mérités. Que ce foit le hazard ou le def
fin qui gouverne le monde , peu m'importe
; je me jette dans l'anéantiſſement
qui terminera ma cruelle perſpective. Reprends
donc , ajoutois- je en lançant mes
yeux vers le Ciel , reprends l'existence
que tu m'as donnée ; que cette pouffiere
dont je fuis formée ne foit plus animée
pour fouffrir.
En achevantc es paroles , je courus fur
les bords de la riviere , & j'allois me
précipiter lorfque les cris d'une perfonne
qui étoit près de moi me firent tourner
les yeux de fon côté. Je fus dans le
même inftant abordée par un vénérable
Eccléfiaftique , qui avec des regards où
l'on voyoit à la fois la terreur, la pitié &
la bienveillance , me demanda ce que je
voulois faire. Je ne lui répondis rien d'a--
bord ; mais infenfiblement la compaſſion
qu'il me montroit , & la tendreffe avec
laquelle il me parla , adoucirent mon
coeur & firent couler mes larmes.
O Madame , me dit- il , voilà des mouvemens
plus doux & bien différens de
ceux qui ont attiré mon attention &
JANVIER. 1760 .
21
qui m'ont engagé à vous obferver dans
la crainte que vous n'euffiez conçu quelque
funefte deffein . Quelles font donc
les penfées qui peuvent convertir un
vilage comme le vôtre en un tableau
d'horreur ? Je me promenois ce matin ,
& je vous ai fuivie longtemps des yeux;
je vous ai vue tantôt vous arrêter toutà-
coup en tordant vos mains , tantôt
précipitant vos pas , quelquefois vous
promenant lentement , les yeux fixés fur
la terre , jufqu'à ce que vous les avez
enfin levés au Ciel avec un air qui marquoit
plus le défeſpoir & l'indignation
que la douleur touchante d'une perfonne
qui l'invoque. Dites- moi donc , je vous
en conjure , ce qui peut être la caufe.
de cet emportement contre vous - même ,
contre la vie , & même contre le Ciel
rappellez votre raifon & vos eſpérances ,
& regardez le bonheur que vous en avez
eu d'avoir été arrêtée dans votre finiftre
projet , comme un augure d'un meilleur
fort , comme une marque que la miféricorde
de Dieu ne s'eft pas encore retirée
de vous , & comme un fujet d'ef
pérer que vous pouvez encore obtenirle
falut de votre ame. Les pleurs qui coulerent
de mes yeux me foulagerent &
me mirent en état de témoigner à ce
22 MERCURE DE FRANCE.
vénérable Eccléfiaftique la reconnoiffanc
dont me pénétroit l'intérêt qu'il prenoi
à moi.
Il y avoit longtemps que je ne con
noiffois plus la fatisfaction qu'il y a
répandre fon coeur : je trouvai donc au
tant de plaifir que de confolation à Pé
pancher dans le fein de mon généreu:
libérateur , en lui racontant toutes le
circonftances de mon hiftoire , & en lu
avouant quelle avoit été la fource d
mon égarement. Il frémit des reproche :
-infenfés que je faifois à la Providence
& il m'arrêta tout court en difant qu'il
vouloit me conduire auprès d'une perfomme
qui m'enfeigneroit la patience en
m'en donnant l'exemple.no es
Il me mena enfuite chez lui , & me
préfenta à fa femme. Elle étoit dans le
déclin de la jeuneffe , mais d'une pâleur
mortelle & d'une maigreur effrayante.
Elle me reçut avec autant de rendreffe
que d'humanité ; elle vit bien que j'étois
-dans une fituation accablante ,& fa com-
-paffion devança mes plaintes : fes regards
& le feul ton de fa voix marquoient le
plus tendre intérêt , & fes foins empreffés
caractérifoient cette vraie politeffe
cet efprit d'hofpitalité , qui n'eft pas
l'effet de Part , mais d'une bienveillance
>
JANVIE R. 1760. 23
intérieure. Tandis qu'elle m'engageoit à
prendre quelque nourriture , fon mari lui
fit un court récit de mon hiftoire & de
l'état où il m'avoit trouvée . Cette pauvre
Demoiselle , dit - il , par le vice de fon
éducation & de fes principes , vait toutes
choſes à travers un nuage qui les obfcurcit
; elle accufe le Ciel , & dérefte
fon existence pour des maux qui font le
partage commun du genre humain dans
l'état d'épreuve où nous fommes tous
ici bas. Vous , ma chere , qui avez plus
fouffert qu'aucune des perfonnes que j'aie
jamais connues, vous êtes plus propre que
qui que ce foit à la guérir de fa coupable
impatience , & à la convaincre par votre
expérience que ce monde n'eft pas le lieu
où le bonheur eft le partage de la vertu .
Je n'ai, Mademoifelle, me dit cette femme
charitable , je n'ai fur vous d'autre avántage
que celui d'être foutenue par des
principes conftans ; mais cet avantage eft
d'un prix au - deffus de toutes chofes , I
n'y a que dix jours que j'ai accompagné
au tombeau mon fils unique , le feul qui
me reftoit de huit enfans qui étoient tous
également les objets de ma tendreffe.
Mon coeur n'eft pas moins tendre que le
vôtre ; mes affections ne font pas moins
fortes . Pendant toute l'année qui a pré-
*
24 MERCURE DE FRANCE.
cédé la mort de mon fils , j'ai vu le progrès
fatal de fa maladie , & j'ai été rémoin
des fouffrances horribles qu'il a
endurées. La pauvreté , ce mal auquel
yous avez tant de peine à vous foumertre
, eft venu auffi augmenter le nombre
de mes maux. Quoique mon mari exerce
de toutes les profeffions la plus honorable
, fon revenu eft fi médiocre que mes
enfans & moi avons fouvent manqué du
néceffaire ; & quoique ma conftitution
foit très- foible , j'ai été obligée de nourrir
ma famille du travail de mes mains.
Ce n'eft pas tout encore ; au milieu de
toutes ces difgraces , j'éprouve un tourment
continuel par le progrès d'un cancer
qui me donnera bientôt la mort.
Mes douleurs pourroient être adoucies
par des remedes convenables ; mais je
n'ai aucun moyen de m'en procurer de
tels. Finiffez ce trifte récit , m'écriai: je
en l'interrompant ; toute mon ame fuccombe
à la feule idée de tant de fouffrances
infupportables : comment les pouvez-
vous foutenir ? Pourquoi ne vous
vois- je pas dans un défefpoir femblable
au mien renoncer à votre exiſtence
& mettre fin à vos tourmens ? Mais furtout
dites -moi comment vous pouvez
conferver au milieu d'une mifére fi com-
>
pliquée
JANVIER. 1760 . 25
pliquée cette apparence de gaîté & de férénité
qui brille fi clairement dans votre
contenance , qui anime tous vos regards
& tous vos mouvemens ?
C'est dans mon coeur, me répondit cette
vertueuſe femme , que je fens la joie &
la férénité : mon efprit non feulement eft
calme , mais j'éprouve fouvent les plusdouces
émotions que l'efpérance puiffe
donner. D'où tirez- vous , lui repliquaije
, cet art merveilleux de faire fortir
la joie du fein de la mifère , & les confolations
du milieu de toutes les horreurs
, de la peine , de la douleur , de la
pauvreté , de la mort ! Elle réfléchit un
moment , puis étant entrée dans fon cabinet
, elle apporta un livre qu'elle me
remit. Voilà , dit- elle , où j'ai appris ce
grand art : ce livre m'affure que mes affictions
paffagères ne font qu'un moyen
de me préparer à un bonheur éternel &
inconcevable ce bonheur eft près de
moi ; ce court eſpace de vie qui me refte
ne me paroît qu'un point au delà duquel
s'ouvre à mes yeux la glorieuſe perfpective
de l'immortalité. Soutenue par
de fi nobles efpérances , comment pourrois-
je me laiſſer abattre par mes maux ?
Tandis qu'elle parloit , fes yeux brilloient
d'un nouveau feu , & toute fa phy-
11. Vol.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
fionomie étoit animée d'une joie célefte.
Je fus auffi frappée du ton & de l'air dont
elle m'avoit parlé , que des paroles même
que je venois d'entendre. Je réfolus
d'examiner une religion capable de produire
des effets qu'on ne pouvoit attribuer
au hazard ou à l'erreur. Ce couple!
obligeant me preffa avec une bonté fi
naturelle d'agréer une retraite dans leur
humble demeure , jufqu'à ce que j'euffe
pu difpofer covenablement de moi , que
j'acceptai leur offre . C'eft là qu'avec le
fecours de ce refpectable Eccléfiaftique ,
qui eft un homme fimple , fenfible & véritablement
pieux , j'ai étudié l'Ecriture
Sainte ; & après avoir lû ce livre fublime
avec candeur & avec attention , j'ai trouvé
les preuves de fa fainteté en lui- même.
L'excellence de fes préceptes , la
confiftence de fa doctrine , les glorieux
motifs & les puiffans encouragemens
qu'il fournit à la vertu , foutenus de
l'exemple frappant de leur falutaire efficacité
que j'avois fous les yeux, ne m'ont
plus laiffe de doute fur fa révélation
divine.
Pendant mon féjour dans la Cure que
j'habitois , j'ai été témoin de la mort
héroïque & triomphante de ma chere
bienfaitrice. Je l'ai vu réunir à une douJANVIER.
1760. 27
teur & à une tendreffe qui furpaffoient
celles des femmes qui en ont le plus , une
intrépidité plus grande que celle des
Philofophes les plus fermes & des héros
les plus courageux. Il n'étoit point de
douleur qui pût ébranler la conftance de
fon ame , ni de peine affez longue pour
épuifer fa patience. La mort étoit pour
lelle un objet d'efpérance , & non pas
d'horreur. Quand je lui entendis pouffer
fon dernier foupir avec action de graces ,
& que je vis le fouris de l'extafe régner
encore fur fes lévres éteintes , au moment
où elle alloit abandonner la vie ; je ne
pus m'empêcher de m'écrier dans ce beau
langage que je venois d'apprendre de
l'Ecriture Sainte: 6 Mort ! où eft ton aiguillon
? 6fepulcre ! où eft ta victoire ?
Me voilà à préfent fur le point de quitter
mon excellent bienfaiteur , & de gagner
ma vie au fervice d'une Dame du
voifinage à laquelle il m'a recommandée.
L'état de fervitude auquel je ne pouvois
autrefois me réfoudre , n'a plus rien qui
m'épouvante. La Religion Chrétienne à
fubjugué l'orgueil qui me faifoit regarder
cette fituation comme abjecte , quoique
la Philofophie eût en vain tenté d'en
venir à bout . Comme pénitente , je me
foumets volontiers à l'humiliation de mon
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
état ; mais comme Chrétienne je me fen
fupérieure à toutes les humiliations d
la vie , excepté celles qui naiffent du fen
timent de nos fautes . Ainfi les nouveau
fentimens dont mon ame eft pénétréc
l'ont remplie d'une paix & d'une joie que
le monde ne peut ni me donner ni me ravir.
Que ceux qui ont mis leur confiance er
lui & en eux-mêmes apprennent de mo
cette vérité que je dois à l'expérience:
fçavoir , que fi la peine marche fans ceffe
à côté du vice , elle eft fouvent auffi la
compagne de la vertu ; que la vertu même
ne peut être conftamment heureufe dans
cette vie que par l'efpérance & le pref
fentiment du bonheur qui l'attend audelà.
S'll eft
ÉPITRE.
eft un vrai bienfait des Dieux
S'il eft un bonheur dans la vie ,
S'il eft quelque bien précieux ,
C'eft votre amour pour Emilie.
Les mots tracés de votre main
Ont pour elle un charme invincible :
Votre voix , cette voix fenfible ,
De fon coeur fçait trop le chemin.
Vous parlez , ce coeur vous écoute
JANVIER. 1760.
29
Qui vous écoute eft enchanté ,
L'efprit par ce charme emporté
N'oſe vous oppoſer un doute.
Vous pensez , dites- vous , à moi ;
Et moi je pense à ce que j'aime.
Je vous le dis de bonne foi ;
Je crois que vous parlez de même.
Chez moi l'ardeur du fentiment
Eft à l'épreuve de l'abſence ,
Mais fous les ennuis du filence
Mon efprit fuccombe aisément :
Le plaifir de votre préſence
Diffipe un nuage odieux ,
Mais un inftant de défiance
Vous peint infidèle à mes yeux .
Qui connoît fon peu de mérite
N'a-t-il pas droit de s'allarmer ?
Non , ce n'eft point affez d'aimer ...
A ce mot ma crainte s'irrite :
C'eft à vous de mé raffurer .
Je me laffe enfin d'eſpérer ,
Et pour moi craindre eft un fupplice.
Venez donc me rendre juſtice ,
Et vous convaincre par vos yeux
Qu'un coeur qui fent le prix d'une chaîne
éternelle
Ne trouva jamais fous les cieux
Un feul motif d'être infidèle .
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
LE TEMPLE DE L'AMOUR
SONGE.
SUR la fin d'un beau jour , triſte & charg
d'ennuis ,
Je rêvois aux rigueurs de la belle Thémire ;
»Atis pour toi feule foupire ,
Il t'adore , difois je , ingrate , & tu le fuis !
»O toi qui régnes dans mon ame,
>>Amour , prends pitié de ma flâme ;
» Lance encor une flêche , & tu me rends heureux.
» Mais pourquoi t'implorer ? Tu mépriſes mes
» voeux.
» Damon a fçu toucher le coeur de ma bergere
» Ce rival fortuné .... Va , puifque tu le fers. I
› Je renonce à tes loix , & je briſe mes fers.
Tu n'es plus qu'un tyran dont je dois me dé-
>> faire.
» Viens , vole à mon fecours
» Paifible indifférence ,
» Aſſure ma vengeance ;
> C'eſt de toi que j'attends le repos de mes jours.
Aux accens de ma voix plaintive ,
S'unit le bruit flatteur d'une onde fugitive ,
Et mille oiſeaux divers y joignent leurs accords.
Autour de moi Zéphire agite le feuillage ;
JANVIER. 1766. 31
La douceur de fon fouffle , & le frais de l'ombrage,
Tour m'invite au fommeil ..... Je ſoupire , &
m'endors.
Le fommeil m'eut à peine verfé fes
pavots , que mon efprit fit un de ces
voyages imaginaires qu'on appelle Songes
, qui durant leur cours ne flattent pas
moins les fens que la réalité même. Je
croyois me promener dans une belle forêt
impénétrable aux rayons du Soleil ;
elle étoit coupée par de fuperbes allées ;
mille ruiffeaux y rouloient leurs flots argentés
à travers une verdure riante ; un
profond filence y régnoit alors . Saifi de
frayeur j'y fuivois une route incertaine ,
lorfque dans une de ces perspectives dont
l'ail eft enchanté , j'apperçus quelques
caractères diftinctement tracés. Je m'ap
proche & je lis :
Si jamais le hazard vous conduit en ces lieux ,
Fuyez ; c'eſt le féjour des foucis & des peines :
On y lance des traits , on y forge des chaînes
Qui pourroient vous ôter un repos précieux.
Je friffonne à ces mots ; le trouble &
la crainte m'agitent à la fois je ne doute
plus qu'une troupe de brigands n'attire
les paffans par les appas féducteurs d'une
retraite que la Nature & l'Art em-
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
belliffent de concert . Je fuis déja pour
fauver ma liberté des fers de ces barbares
dont je me crois pourfuivi : on court
après moi , ma crainte redouble , elle enchaîne
mes pas. Je me tourne en tremblant
, ô furprife ! un enfant d'une beauté
raviffante frappe mes regards ; fon
front qui refpire je ne fçai quoi de divin
m'imprime du refpect : tandis que je l'admire
avec étonnement , il m'aborde , &
d'un ton affable , » raffurez -vous , me dit-
» il , jeune Etranger , banniffez une vai-
» ne terreur.
Ces lieux font confacrés aux plaifirs des humains,
» Et les traits qu'on y lance y partent de mes
>> mains ;
Je fuis le dieu des coeurs
> révère :
> partout on me
>> Dans le temple voifin j'ai fixé mon féjour.
» Là , de jeunes beautés , l'ornement de ma cour ,'
» Apprennent fous mes yeux l'art d'aimer & de
» plaire.
»
» Damon , homme bizarre , défiant ,
»foupçonneux , épris d'un objet qui vit
fous mes loix , & dont la rigueur fait
» fon tourment , m'adreffe chaque jour
» d'inutiles voeux , je ris de fon naturel
jaloux , & je rejette fon encens . Ré
100
0
An
101
JANVIER. 1760. 33
duit au plus affreux défefpoir, il a placé
» lui-même dans le bois cette infcriptiou
» dont la lecture a preflé votre fuite ; il
s'eft flatté vainement de me ravir un
» adorateur , en vous éloignant de ces
» bords. Venez, fuivez-moi dans le Temple
, une ame fenfible & généreufe qui
» me rend les hommages a droit de pré-
»tendre à mes faveurs.
30
» Pour couler de beaux jours , il faut qu'Atis s'en-
» gage ;
>>>La tendreffe conduit à la félicité.
» L'amour vous tend les bras , c'eft le Dieu du
», bel âge.
» Lui feul procure un eſclavage
» Préférable à la liberté.
Que je fus étonné d'entendre l'Amour
me tenir un langage fi flatteur !.. Thémire
eft infenfible aux feux de mon rival ! &
ce Dieu m'en affure , lui que j'avois chargé
de toute ma haine , parce que je le
faifois l'auteur de mes maux, il s'empreffe
de me défabufer ! Quel bienfait ! .. pour
lui témoigner ma reconnoiffance je tombe
à fes genoux , je l'implore , il me relève
avec un fourire agréable, & me montre
la route de fa demeure fortunée . J
B v
34 MERCURE DE FRANCE.
le fuis avec empreffement. L'inftant ar
rive où je verrai Thémire... ô douceurs !
J'entre dans le Temple , je le parcours
; mes yeux cherchent partout l'objet
fi cher à mes defirs , mais quoi ...
rien ne paroît... Me fuit-il ? .. Non , l'amour
malin diffère mon bonheur ; par
mille détours il me conduit dans des lieux
fombres.... A leur afpect je frémis , je
chancelle , j'hésite ; l'efpérance m'anime
& me foutient. Une troupe nombreuſe
d'enfans femblables à celui qui me fert
de guide , habite cet afyle. Eclairé du
feu de cent fourneaux qui l'environnent,
» ce font mes freres , me dit l'Amour
c'eft ici qu'ils forgent eux-mêmes ( a )
» ces chaînes & ces traits qui font le
» bonheur de la vie : ils en forgent auffi
» qui la rendent languiffante , ennuyeufe..
» Ces fers ( b ) je les deftine à ceux qui
"
gémiffent fous le joug d'un hymen dont
» je ne formai pas les noeuds , de ces fléches
( c ) j'ai percé le malheureux Da-
» mon ; & voici , dit- il , en tendant fon
ta ) Les Amours ont deux fortes de traits ; les
uns qui font d'or infpirent la tendreffe ; d'autres.
qui font de plomb empêchent d'aimer.
(b) Chaînes de fer.
(c) Traits de plomb.
9.
JANVIER. 1760. 35
are, celles que je réſerve à mes favoris (e) .
A ces mots le trait part , il me bleffe ;
mon coeur eft embrafé de la plus vive
flamme ; je quitte au plutôt le fombre
féjour , je ne veux plus que Thémire , je
l'appelle ... elle eſt fourde à moi.
L'amour qui vole fur mes traces guide
enfin mes pas
dans un jardin de délices .
La volupté , les ris , les jeux y réſident
toujours. Quel fpectacle enchanteur ! un
effain de beautés y folâtrent fans ceffe
avec leurs amans.
Là , près de l'objet qu'il adore ,
Lifidor chante fes langueurs ;
Il en reçoit pour prix de légeres faveurs :
Le jeu plaît au berger , ... il en demande encore,
Ici , d'un myrthe naiſſant
Tyrcis couronne Lifette :
La bergere , de fleurs entoure fa houlette ;
Il lui donne un baifer ..... Lifette le lui rend
Plus loin une amante éplorée ,
Sur un lit de gazon gémit défefperée ;
Son air triſte , rêveur , fes charmes languiffans ...
Que vois-je ! ... c'eſt Thémire ……..ô joie ! ……
O doux momens !
Elle m'apperçoit & devance mes pas ;
quel changement foudain ! une rougeur
(e ) Fléches d'or.
B vi
36 MERCURE DE FRANCE
vive anime fes attraits à notre appro
che une égale férénité fe répand fur notre
vifage ; nos ames femblent fe confondre
dans nos mutuels embraffemens . Je
veux exprimer à Thémire l'ardeur dont
je me fens bruler , ma voix expire fur
mes lévres pour répondre à mes tranfports
, elle n'a que le langage des yeux :
le filence , la vivacité de nos regards font
les interprêtes de nos fentimens & de
nos plaifirs .
Témoins de ces épanchemens réciproques
, les habitans fortunés de ce riant
jardin s'affemblent autour de nous ; l'Amour
s'avance au milieu d'eux , & nous
parle ainfi :
>>Du véritable amour , vos noeuds font le modèle,
» Venez à mes autels jouir de mes bienfaits ,
>>Venez-y vous jurer une ardeur éternelle ,
» Et que le dieu des coeurs vous uniffe à jamais.
Nous rentrons dans le Temple entourés
d'un cortège brillant ; on nous
conduit à l'Autel de l'Amour : il étoit
fimple & conforme à la fête qu'on alloit
y célébrer. On y voit un arc fur lequel
s'élève une flêche qui foutient deux
coeurs ; ils font liés par une chaîne d'or ,
& leurs flammes fe réuniffent : l'Amour
JANVIER. 1760. 37
qui eſt peint au- deffus les regarde avec
un air de complaifance & de douceur.
Tandis que Thémire & moi nous fommes
profternés aux pieds de cette image,
emblème de notre union , un nombre
choifi de voix harmonieufes foutenues
par un concert d'inftrumens , chante les
paroles fuivantes :
Chantons l'heureux lien
D'Atis & de Thémire ;
S'aimer & fe le dire
C'eft leur unique bien.
Tendres amans , d'une chaîne éternelle,
L'Amour unit vos coeurs & vos defirs ;
Tendres amans , couple fidèle ,
Ne vivez que pour les plaifirs.
Ainfi finit la cérémonie . Ennuyé de la
pompe & de l'éclat qui m'environne , il
me tarde d'aller jouir auprès de Thémire
des biens que l'Amour procure ; inutiles
fouhaits ! Un cri perçant vient tirer mes
efprits d'une erreur fi flatteufe , je m'entends
appeller , je m'éveille tout-à- coup..
ô ciel ... eft ce un effet du fonge ?
En croirai- je mes yeux ?...Thémire ... Oui ,
c'eft elle... Heureux réveil , c'eſt fa voix
qui m'appelle.
-
Embrafé des mêmes feux dont je bru38
MERCURE DE FRANCE.
lois au Temple de l'Amour , je me léve
je ferre Thémire dans mes bras , ma bou
che lui fait un récit paffionné de mes dou
ces rêveries , elle l'écoute avec plaifir
& j'ai lieu d'augurer du refte de notre
entretien › que le fonge pourroit être
fuivi de la réalité.
EPITRE
A M. le Comte de T ** pour le premier
jour de l'An.
DANANS cejour où les Dieux propices
Reçoivent l'encens des mortels ,
Qui par d'injuftes facrifices
Souvent profanent leurs Autels ,
Je vous confacre les prémices
De mes voeux les plus folemnels.
Admirateur bien - légitime
Et des talens & des vertus ,
Je viens leur payer les tributs
Du fentiment & de l'eftime
Que mon coeur refuſe à Plutus
L'intérêt nila perfidie
N'ont point infecté dans mes mains
L'encens que ma Muſe enhardie
Par le plus charmant des humains
JANVIER. 1760.
Offre au favori d'Uranie.
Pour parer votre front des fleurs
Dont on couronne le génie,
Vingt fois du Dieu de l'harmonie
J'empruntai les fons enchanteurs,
Bientôt las de toucher la lyre
Je fuccombai ſous mes efforts ;
Mais dans le plus charmant délire,
Sentant ranimer mes tranſports ,
Au Temple chanté par Vokaire
J'allai furprendre les accords
Du Dieu du goût qui vous éclaire.
Toujours redoutable aux Cotins ,
Mais des bons Auteurs révérée ,
La critique aux regards malins
Du Temple défendoit l'entrée.
» Daignez , lui dis-je , fans façon
» Avoir égard à la priere
» D'un jeune élève d'Apollon;
Des Mufes je ſuis nourriffon :
» De grace ouvrez - moi la barriere.
J'étois fûr que mon oraiſon
Dérideroit fon front févère ;
Car je la fis en votre nom .
J'avançai juſqu'au ſanctuaire ;
Et puis du Dieu qu'on y révere
J'implorai la protection
Par cette oraifon familiere :
40 MERCURE DE FRANCE.
"O vous ! par qui feul un Auteur
»
Qui fuit les routes du vulgaire
»Peut pofféder l'art enchanteur
>> Et l'heureux don de toujours plaire ,
>> Guidez mon vol ambitieux ;
» Dieu du goût , prêtez à ma lyre
» Ces fons doux & mélodieux ,
» Ce charme flatteur qui m'attire အ
و د
Lorfque l'Homere ingénieux
>> Du fameux vainqueur de Mayenne,
>> Chante les Héros & les Dieux.
>> Par fes accords harmonieux
» Sa voix puiſſante nous enchaîne.
و د
Enſeignez - moi ces tours nouveaux
» Que votre main féme fans peine
» Dans les écrits de mon héros.
» Du champ de Mars , par fon génie
» Porté dans le facré vallon ,
» T *** conduit par Polymnie
» Monte la lyre d'Apollon ,
» Ou pour le compas d'Uranie
» Quitte le luth d'Anacréon.
» Formé pour les jeux & la gloire ,
» On l'a vu , dans fes plus beaux jours,
» Souvent du char de la victoire
» Voler dans le fein des amours.
» Généreux , bienfaifant , fincere ,
» Le Ciel pour lui fut moins ſévère
JANVIER. 1760 . 41
» Que pour le commun des humains ;
›› Et dans ſon coeur les traits divins
>> Ont imprimé ce caractère
» Qui vertueux fans être auſtère ,
>> Eft le chef d'oeuvre de fes mains.
» Sa Mufe légère & facile ,
» Dans la carrière que je cours ,
» Avec une peine inutile ,
» Des ans que la parque lui file
» Connoît l'art d'embellir le cours,
» Eſprit vaſte , ame univerſelle ! ...
» Celui que tu peins fous ces traits
» Reprit le Dieu , je le connois ;
» Je l'ai formé fur mon modèle :
» Si la main des Graces polit
>>Tous les Ecrits de Fontenelle ,
» La plus légere bagatelle
>> Sous la fienne auffi s'embellit ,
» Et prend une forme nouvelle .
» Déjà dans ce temple enchanté
»J'ai marqué fa place immortelle,
»Et le rang qu'il a mérité ,
» A côté des places fuperbes
» Et des Racans & des Malherbes.
Mais dans ce féjour fi vanté
» Il ne doit pas jouir encore
>> Des droits de l'immortalité :
»Son goût chez les Mortels m'honore
}
41 MERCURE DE FRANCE.
" Sous fon nom je fuis refpecté :
» Il foutient feul par les exemples
» Mes Autels fouvent profanés ,
» Et fans lui je verrois mes Temples
» Au mauvais goût abandonnés .
> Pour toi dont la naiſſante aurore
» Semble annoncer un jour heureux
» Que la raiſon va faire éclore
» Du fein des plaifirs & des jeux
» Que ta jeuneſſe ſuit encore;
Dans l'horreur de la nuit des ans
» Tu verras ton nom difparoître ,
» Si pour former res jours nailfans
» T*** ne daigne être ton maître.
» Avoir pour guide & pour cenfeur
» Le foatien de mon diadême ,
» Et mon plus zélé défenſeur ,
» C'eft être éclairé par moi- même.
Illuftre Comte , en ma faveur
Vérifiez l'heureux augure
Sur qui le Dieu du goût affure
Et ma fortune & mon bonheur.
Soyez mon maître , & dans mon ame
Portez le plus foible rayon
Du feu divin qui vons enflâme.
Bientôt avoué d'Apollon
J'irai fur les bords du Permeſſe
Puifer l'ineftimable don
JANVIER. 1760. 43
De mêler avec quelque adreffe
Le fentiment à la raiſon ,
Et les rofes d'Anacréon
Aux lauriers brillans de Lucréce.
Bientôt dans ma courſe emporté
Au Temple où la gloire préfide ,
Je vais avec rapidité
Sous les lois du Dieu qui me guide,
Voler à l'immortalité.
Par M. LEGIER.
BOUQUET
DE M. *** à ſon ami , qui avoit le même
nom de baptême que lui.
TIRCIS , IRCIS, à l'amitié tout invite nos coeurs.
Des mêmes fleurs ceindre fa tête ,
Avoir mêmes plaifirs & même jour de fête ,
De l'amitié déjà c'eft goûter la douceur.
Le Ciel a commencé , confommons fon ouvrage.
Mon coeur avec tranſport vous offre ſon hom
mage.
Sage , heureux & content , fans defirs , fans humeur
,
Mon amitié pure & fincere
N'a plus pour vous de voeux à faire,
44 MERCURE DE FRANCE.
Eh ! que pourroit- on defirer
A qui peut tous les jours voir , entendre , adorer
Cette divine Aminte , à tous les coeurs fi chere ,
La fille des Vertus & des Graces la mere.
PENSÉES
SUR L'AMITIE'.
Un homme de ce fiècle a défini l'Amitié
un beſoin réciproque. Il a dit que
tous les hommes n'ayant pas les mêmes
befoins , l'amitié entr'eux étoit fondée
fur des motifs différens ; qu'il étoit des
amis de plaifir , d'argent , d'intrigue, d'efprit
& de malheur ; en un mot qu'aimer
c'étoit avoir befoin, & qu'une amitié fans
befoin feroit un effet fans caufe . Qué ne
puifoit- il fa définition dans fon coeur ? II
en auroit tiré des notions de l'amitié
bien plus juftes que celles qu'il a effayé
de nous en donner. Que n'en jugeoit-il
d'après ce qu'il fentoit ? Que ne mettoitil
les fentimens nobles & élevés de fon
ame à la place des illufions de fon eſprit ?
L'expérience de fon propre coeur l'auroit
plus éclairé que tous fes vains raiſonnemens.
Eh ! comment auroit-il pu voir fans
JANVIER. 1760. 45
ceffe l'intérêt perfonnel dans l'amitié ,
lui qui s'eft tant de fois oublié en faveur
de fes amis ?
La plupart des Auteurs qui ont écrit
fur l'amitié n'ont pas fçu le renfermer
dans de juſtes bornes ; ils ont donné dans
deux excès contraires & également dangereux.
Les uns en ont fait des peintures
magnifiques ; mais ils ont exigé un défintéreffement
, un facrifice perpétuel de
l'amour- propre , une grandeur d'ame ,
une élévation de fentimens , dont la plus
grande partie des hommes n'eft pas capable.
Les autres au contraire n'ont
cherché qu'à dégrader ce fentiment précieux
; ils ont défini l'amitié par le befoin
& par le plaifir , & n'ont peint en
elle que l'amour propre & l'intérêt.
Ainfi leurs écrits n'ont fait que nuire à
l'amitié , loin d'infpirer aux hommes le
defir d'en connoître & d'en fentir les
charmes. Les uns l'avoient mife trop
haut , & la plupart des hommes ont défefpéré
de pouvoir y atteindre ; les autres
l'avoient placée trop bas , & les
coeurs nobles n'ont pas daigné defcendre
jufqu'à elle.
Il n'eft pas poffible de concevoir de
l'amitié une idée plus grande & plus fublime
que celle que les anciens s'en
48 MERCURE DE FRANCE.
étoient formée. En recueillant les traits
divers fous lefquels ils nous en ont tra
cé l'image , on trouvera qu'il n'eft guère
donné à l'homme de porter plus loin la
vertu .
L'amitié , felon eux , eft une union parfaite
des coeurs fondée fur une entiere
conformité de fentimens : elle eft le fruit
d'une connoiffance mutuelle & d'une
longue habitude : les bienfaits & les fervices
rendus ne lui donnent point naiffance
; fes liens font tiffus & ferrés par
la vertu , & la main de l'intérêt ne peut
point les délier : elle nous fait immoler
nos goûts , nos plaifirs & nos plus chers
intérêts en faveur de notre ami : nos
ames unies par elle fe découvrent toutes
entieres l'une à l'autre , elles lifent au
fond d'elles-mêmes leurs plus fecrettes
penſées , & n'ont plus que la même volonté
& les mêmes defirs. L'amitié nous
rend prefqu'infenfibles à nos malheurs ,
pour ne nous attendrir que fur ceux de
notre ami : elle ne connoît pas la diftinction
des biens ; elle eft pure comme la
vertu qui l'a fait naître : elle ne fe flétrit
ni par l'abfence ni par le temps ; les
malheurs & les difgraces ne l'abbatent
point. Un homme touché de ce noble
fentiment ne méconnoîtroit point fon
JANVIER. 1760 . 47
sami dans l'indigence ; il le fuivroit dans
l'exil & dans les fers ; il partageroit fes
malheurs , fes gémiffemens & fes larmes
avec la même ardeur & le même tranfport
qu'il partageoit autrefois fon bonheur
& fes plaifirs.
Ces fentimens , qui tiennent de l'héroifme
, ne font guère faits pour être propofés
à des hommes : mais qu'ils foient
dans la Nature ou qu'ils s'élèvent audeffus
d'elle , il font trop d'honneur à
l'homme pour que j'entreprenne de les
détruire.
Ceux qui ont fuivi une route contraire
ont regardé l'amitié comme une affection
fondée fur le plaifir & fur l'intérêt : ce
n'eft plus felon eux ce mouvement tendre
& généreux du coeur qui ne naît que
de la vertu , qui croît par l'eftime , &
qui nous porte vers notre ami par le
feul attrait du plaifir que nous goûtons
à l'aimer : c'eft l'intérêt qui a formé nos
liens & qui les brifera à fon gré. La vivacité
& la force de nos fentimens ne fe mefurent
que fur l'étendue de nos befoins .
Si vous demandiez à Epicure pourquoi il
avoit choisi un tel homme pour fon ami ,
il ne vous difoit pas que fa probité , ſes
vertus , fa fageffe , la douceur aimable
de fes moeurs l'avoient charmé ; il vous
48 MERCURE DE FRANCE.
répondoit naïvement qu'il l'avoit choifi
pour fon ami à caufe des fervices qu'il
en attendoit ; qu'il s'étoit attaché à lui
afin qu'il le défendît contre les ennemis
qu'il le fecourût dans fes maladies , qu'il
l'aidât dans fes befoins , & qu'il contribuât
à rendre fa vie plus agréable , en
lui procurant des amuſemens & des
plaifirs.
Je ne fçai pas pourquoi la plupart des
Modernes , qui ont écrit fur la morale ,
fe font plû à nous peindre les hommes
auffi méchans qu'ils l'ont fait. J'ai malheureufement
éprouvé comme un autre
leur injuſtice & leur perfidie , mais je
crois qu'il reste encore des vertus parmi
eux ; on les a peints durs , méchans
fourbes & toujours injuftes , lorfqu'ils
pouvoient l'être impunément . On les a
dépouillés de toutes leurs vertus , pour
ne leur en laiffer que les apparences ,
& on les a toutes affervies au joug de
l'intérêt. Cette peinture n'eft ni vraie ni
confolante. Il eût été bien plus raiſonnable
de montrer aux hommes la vertu
dans toute fa beauté & dans tout fon
éclat , de les élever jufqu'à elle & de
chercher à donner à notre ame de la
force & du reffort , au lieu de la dégrader
, de l'avilir & de rendre toutes nos
vertus
JANVIER. 1760. 49
vertus arbitraires , variables & inconftantes,
comme l'intérêt qui les fait naître.
Il me femble qu'entre ces deux excès
contraires , dont je viens de parler , il y
auroit un milieu fage à tenir. Je me
garderai bien de propofer aux hommes
qui veulent goûter les douceurs de l'amitié
de renoncer entièrement à eux-mêmes
, de fe dépouiller de tout amour - propre
, de n'être fenfibles qu'aux charmes
des vertus qu'ils admirent dans leurs amis ,
de leur demeurer attachés aux dépens
de leur fortune , & de les accompagner
dans les fers. Jouets malheureux de tant
de paffions diverfes , les hommes ne font
pas faits pour de fi généreux efforts.
Victimes de tant de foibleffes , comment
pourroit on efpérer d'arracher
entièrement de leur coeur ce fentiment
d'amour-propre qui cherche à ramener
tout à foi ? C'eft du choc de leurs intéque
nous voyons partir tous les jours
ces étincelles qui vont allumer entr'eux
les flambeaux de la haine. Je ne propofe
donc point aux hommes de chercher à
étouffer en eux tous les mouvemens de
l'amour -propre ; mais de travailler à le
modérer & à le régler. S'ils connoiffent
tout le prix de la vertu ; fi la Nature leur
a donné un coeur ; s'ils ont une ame
II. Vol.
rêts
-
-
C
so MERCURE DE FRANCE.
noble & fenfible , capable en un mot d
goûter des plaifirs purs , ils connoîtron
qu'on peut aimer un homme qui n'a
que du mérite , ou un homme vertueux
& puiffant , fans laiffer tomber ſes premiers
regards fur les avantages qu'on
peut receuillir de fon amitié. Ils fentirom
toutes les douceurs , la tendreffe & les
charmes d'une confiance réciproque ; il :
apprendront l'art de foulager leurs peines
& leurs chagrins , en les répandant dans
le fein d'un ami ; leur bonheur même
aura pour eux de nouveaux charmes ,
lorfqu'ils verront des hommes s'y intéreffer.
Au milieu des cris tumultueux qu'élevera
l'envie , ils entendront avec une
joie pure & fecrete la voix d'un ami
qui viendra y applaudir : ils connoîtront
qu'on peut aimer encore un homme à
qui il ne reste plus que la vertu ; & que
fi nous n'avons pas affez de force pour
lui faire le facrifice de notre fortune ,
nous pouvons au moins lui demeurer attachés
dans fa difgrace ; qu'en un mot on
ne doit point affecter de ne plus connoître
un ami malheureux , au moment
où il a ceffé de nous être utile.
L'amitié eft une affection libre &
de notre choix , fondée fur une eftime
réciproque & fur la reffemblance des
JANVIER. 1760.
maurs. Ce que l'on aime dans fon ami
ce n'eſt ni la nobleffe de fon origine , ni
l'éclat qui l'environne , ni l'autorité de
fa place , ni fa puiffance , ni fes richeſſes
ni le fafte qui orne fon Palais , ni les
plaifirs qui le rempliffent ; on aime fon
mérite & fa vertu , la fimplicité de fes
moeurs , fa noble franchife , les agrémens
de fon efprit , la beauté de fon caractère
ce n'eft point à ce qui eft hors
de lui qu'on s'attache ; c'eft lui , c'eſt
fon ame que l'on aime l'autorité , le
crédit , les richeffes , font des complaifans
& des flatteurs : l'eftime réciproque & la
conformité des bonnes moeurs font les
amis.
:
Vous vous plaignez de ce que tous les
hommes unis avec vous autrefois , & dans
des temps plus heureux vous ont abandonné
dans votre difgrace : l'intérêt les
avoit approchés de vous , l'appas de la
louange & de la flatterie , ou le goût du
plaifir vous les a fait rechercher , vous
les avez regardés comme de vrais amis.
Laiffez - vous inftruire par le malheur.
Voyez s'écrouler l'édifice de votre fortune
& voyez en même temps tous vos arnis
entraînés dans fa chûte : il ne vous en
refte pas un feul qui daigne au moins
vous confoler fur fes ruines . Vous aviez
Cij
52 MERCURE
DE FRANCE .
pris pour des amis des hommes qui aimoient
à jouir de vos richeſſes , à briller
de votre fafte , & à partager vos plaifirs :
aucun ne vous aimoit pour vous- même ;
ils n'étoient attachés qu'à tout ce qui
vous environnoit .
Il eft trifte d'être obligé de convenir
que la vanité , l'intérêt ou le plaifir forment
presque toutes les liaifons que nous
voyons parmi les hommes. Mais cela
prouve feulement qu'on prend trop légétement
le titre d'ami , & que
& que fouvent
on l'emprunte afin de tromper plus furement
; & cela ne détruit point l'idée
nous avons donnée de l'amitié.
que
Amitié divine flamme ! mouvement
délicieux du coeur ! tu unis les hommes
par des liens charmans & pleins d'attraits
, & tu les laiffes toujours libres au
milieu des chaînes que tu leur donnes.
& Tu leur fais goûter des plaifirs purs ,
qui ne les dégradent point. Tu attendris
notre ame , & tu ne l'amollis jamais. Ta
flamme toujours pure échauffe le coeur ;
mais elle n'y excite ni trouble ni ravage.
Ton flambeau n'éclaire point les horreurs
qu'a tant de fois éclairées celui de
l'amour. Compagne toujours aimable de
pas ;
la vertu , tu affermis & tu diriges fes
ta voix tendre , & jamais fevère , nous
JANVIER. 1760. 53.
rappelle à elle , lorfque les paffions nous
égarent & nous emportent loin de nousmêmes.
Toujours généreufe & bienfaifante
, tu nous confoles dans nos malheurs
, & tu nous aides à fupporter les.
caprices de la fortune & les injuſtices
des hommes. Tu rends la profpérité plus.
touchante , & tu nous fais mieux fentir
le prix du bonheur. Dans l'adverfité , tu
adoucis & tu foulages nos peines les
larmes que tu répands fur nous femblent
diminuer la fource des nôtres . Ennemie
de l'adulation , de la baffeffe & de l'or-.
gueil des Grands , tu te plais à conferver
l'image de l'égalité primitive que la nature
avoit établie entre les hommes.
Amitié tendre amitié ! ne nous refufe
pas le fecours de tes mains ; il eſt encore
des coeurs dignes de te connoître : que
l'intérêt ne te force jamais à t'exiler de
la terre ; reftes - y longtemps pour nous.
confoler des maux dont la vie eft femée ,
& pour adoucir les amertumes dont elle
eft remplie.
Il ne faut pas confondre avec l'amitié
les liens de l'habitude & du fang , ni les
bienséances , la politeſſe & les égards que
l'on obferve avec les hommes , dans la
fociété defquels on vit. La reconnoiffance
même n'eſt pas l'amitié , quoique fou-
A
C iij
54
MERCURE DE FRANCE.
vent elle la faffe naître . On peut fentir
tout le prix des bienfaits qu'on a reçus ,
honorer la main qui nous en a comblés ,
être pénétrés de la reconnoiffance la plus
vive , & ne pas goûter l'humeur , l'efprit
& le caractère de fon bienfaiteur. De
tous les mouvemens du coeur , il n'en eft
pas qui ait plus de rapport avec l'amitié
que celui de l'amour ; mais quoique ces
deux affections fe reffemblent en beaucoup
de chofes , & que fouvent la ligne
qui les fépare ne foit pas bien fenfible
elles ont cependant des traits qui les diftinguent
, & qui ne permettent pas de les
confondre.
L'amour naît brufquement dans nos
coeurs , & prévient toujours la réflexion ;
l'amitié fe forme lentement & par degrés.
L'amour naît prefque toujours d'un
coup d'oeil ; l'amitié eft toujours le fruit
d'une longue connoiffance. Le temps refferre
les liens de l'amitié ; le tems brite les
chaînes de l'amour . Les foins, les complaifances,
les fervices nourriffent & fortifient
l'amitié ; l'amour s'enflamme par les rigueurs
& par les caprices. L'amitié douce
& paifible écarte loin d'elle les foupçons ;
elle aime le calme & la tranquillité . Tel
que l'éclair qui naît du fein des orages ,
& qui brille au milieu de l'obfcurité &
JANVIER. 1760. 55
de la tempête , l'amour fort du fein de
la jaloufie , & fait éclater fes feux au
milieu des emportemens & des fureurs.
L'amour entre dans notre ame par les
fens ; l'amitié n'émane que de la raison .
L'amour eft une paffion ; l'amitié eft un
fentiment. C'eft la vertu qui unit les
amis ; c'eſt le plaifir qui unit les amans.
L'amour fort dans fa naiſſance parvient
en peu de temps à fon dernier degré pour
s'affoiblir enfuite telle qu'un ruiffeau
qui tombe du fommet des montagnes ,
foible dans fon origine , mais qui bientôt
accru par les eaux qu'il reçoit de toutes
parts , devient un fleuve confidérable,
& ne ceffe de s'aggrandir dans fa courſe ,
jufqu'à ce qu'il aille fe perdre dans le
fein des mers ; l'amitié croît par l'habitude
& par le temps , & fe fortifie fans
ceffe jufqu'au moment cruel qui vient
pour jamais féparer deux amis . L'amour
finit par lui-même , & fans autre raiſon
que d'avoir trop duré ; l'amitié faite pour
durer toujours ne peut être détruite que
par des paffions étrangères.
Ce n'eft guères qu'à un certain âge
que les femmes font fures d'avoir des
amis. Il est bien difficile que dans leur
jeuneffe elles puiffent diftinguer un ami
d'avec un amant. Ce n'eft pas , comme
Civ
50 MERCURE DE FRANCE.
nous l'avons déja dit , que l'amour &
l'amitié ne différent beaucoup ; mais
F'amour fçait fe déguifer de mille ma→
nières ; & lorfqu'il craint de fe montrer ,
il ne réuffit jamais mieux à entrer dans
un coeur qu'en ſe cachant fous les traits
de l'amitié.
De tous les attachemens qui uniffent
les hommes , il n'en eft peut-être pas
qui ait plus de charmes que ceux qu'é
prouvent des amans , qui après avoir ceffè
de l'être , s'eftiment encore aſſez pour
être amis. Une pareille union a toute la
tranquillité , la douceur & la folidité de
l'amitié ; & fans avoir les inquiétudes ,
les foupçons & les emportemens de l'amour
, elle en a la fenfibilité , la tendreffe
& les attraits touchans.
L'amitié ne peut unir que des hommes
vertueux. Les méchans ne font pas faits
pour en connoître les douceurs il faut
s'eftimer pour être amis , & les méchans
fe méprifent & déteftent dans les autres
les mêmes vices qu'ils chériffent dans euxmêmes.
Qu'on ceffe de nous parler des
liaifons de quelques fcélérats unis pendant
un temps pour l'exécution des mêmes
deffeins. Quelle amitié que celle
qui n'eft fondée que fur le vice ! quels
liens affreux que ceux qui ne font for
JANVIER. 1760. 57
इ
més que par le crime ! Non , les hommes
criminels ne s'aiment point ; ils fe fervent
mutuellement de leurs vices pour
2- accomplir leurs projets funeftes , réfolus
de fe fuir lorfqu'ils cefferont d'avoir
befoin les uns des autres. Augufte , dans
un Triumvirat rempli d'horreurs , paroît
étroitement uni avec fes collégues . Ces
tyrans cruels fe reuniffent pour opprimer
les restes de la République , & pour
étouffer les derniers gémiflemens de la
liberté Romaine ; mais ils ne font point
amis . Augufte médite leur perte dans le
temps même où ils fe fert d'eux pour
remplir les vues ambitieufes. Laiffez tomber
la République , vous le verrez bientôt
tourner fes armes contre Antoine
& pourfuivre partout avec fureur le rival
odieux qui lui difpute le trône du mondɛ.
C
Ceux qui ont foutenu que la vertu &
l'eftime n'étoient pas toujours les prineipes
de l'amitié , ont dir , pour prouver
leur opinion , qu'on pouvoit être attaché
à un homme riche , & aimer dans lui la
puiffance qu'il avoit d'obliger ; que ceux
qui avoient befoin d'argent chériffoient
avec tendreffe ceux qui pouvoient leur
en procurer ; qu'ils étoient amis nés de
la ticheffe & de celui qui la poffede.
C'eft abufer du fens des mots que d'ap-
Cy
58 MERCURE DE FRANCE.
•
peller amitié & tendreffe le foin que l'or
a de chercher à plaire à un homme de
qui l'on attend fa fortune : l'intérêt peut
bien rendre attentif , complaifant & empreffé
autour de lui ; mais on ne l'aimera
jamais , s'il n'eft point eftimable par luimême
, ou s'il a une ame foible & un
coeur bas. Il y a des bienféances & des
égards dûs à la diftinction des rangs , &
rien ne peut difpenfer de les remplir ;
mais il y a un hommage intérieur de
l'ame qui n'eft dû qu'au mérite & à la
vertu. Les talens excitent l'admiration ;
la nobleffe & l'élévation de l'ame concilient
l'eftime : les qualités du coeur font
naître l'amitié , & la reffemblance des
moeurs la confirme.
SUITE des fragmens des Géorgiques
de Virgile.
POUR
LIVRE IV . Des Abeilles.
OUR enlever le miel dont leur ville eftfemée
,
Portez-y d'un tifon l'importune fumée.
Deux fois on le recueille & lorfqu'après l'hyver ,
Frappant d'un pied léger les plaines de la mer ,
Vers les voûtes des Cieux la pleyade s'élance ;
Et lorfque cette Nymphe évitant la préfence
Des fignes pluvieux qui viennent l'affliger ,
JANVIER. 1760. 59
Dans le froid Océan commence à ſe plonger.
Mais alors de l'abeille évitez la furie ;
Elle aime à fe venger , même au prix de fa vie ;
Et verfant fur la playe un funefte poiſon
Y laiffe en expirant fon cruel aiguillon.
Si l'hyver de vos foins allarme la prudence;
Si dans leur République une oifive indolence
Sufpend tous leurs travaux , & glace leur ardeur ;
Alors prenant pitié de leur trifte langueur ,
Des dépouilles du thym parfumez leur aſyle ,
Et retranchez l'amas d'une cire inutile .
Pour confumer leur miel , par des détours obfcurs,
Le lezard tacheté ſe gliſſe dans leurs murs.
Là fe cachent fouvent la rampante chenille ,
Du cloporte affoupi l'innombrable famille ,
Le bourdon dévorant , qui dans un vil repos
Se nourrit lâchement du fruit de leurs travaux.
Là le frêlon leur livre une guerre inégale :
Là fouvent de Pallas l'odieuſe rivale ,
D'un tiffu dangereux par fes mains étendu ,
Sufpend adroitement le piége inattendu.
Chaffez ce vil troupeau ; bientôt leur induſtrie
S'empreffe d'enrichir , de peupler leur patrie.
Leurs greniersfont remplis d'une moiffon de fleurs;
Mais , hélas ! comme nous eſclave des douleurs ,
Ce peuple voit fouvent la pâle maladie
Dans fes murs défolés exercer fa furie.
Leurs membres affoiblis ont perdu leur couleur,
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
Et leurs corps décharnés ont féché de langueur.
Les effains confternés autour de leurs murailles
Conduisent lentement de triftes funérailles.
Les pieds entrelaffés , enſemble confondus ,
A leurs murs quelquefois ils reftent fufpendus ;
Ou glacé par le froid dans fa retraite obfcure
Tout ce peuple mourant languit fans nourriture.
D'autres fois un bruit fourd élevé fous leurs toits
Imite l'aquilon qui gronde dans les bois
De l'Océan troublé les vagues frémillantes ,
Et le feu qui mugit dans des forges brûlantes.
Pour reprendre leur force & leur premiere ardeur,
Que des parfums brûlés ils refpirent l'odeur ;
Qué leur miel diſtillé par un roſeau fragile
Pour foulager leur faim coule dans leur aſyle ;
Et par un bruit léger que ce peuple invité
Accoure à ce repas avec avidité.
;
Préfentez-feur encor quelques grappes mûries
Du thim , du romarin , ou des rofes flétries ,
La plante du centaure , & le fuc épaiffi
Du raifin par le feu lentement adouci .
Il eſt une autre fleur que le Mella voit naître,
Et vos yeux aifément peuvent la reconnoître
Sa racine féconde au- deffus des gazons
Elève une forêt de nombreux rejettons .
Couronnant l'or vermeil de fa tige fleurie ,
Ses feuilles font briller leur pourpre rembrunie
Le berger qui la cueille en de riches vallons ,
Aux Autels de les Dieux la fufpend en feftons
JANVIER. 1760.
Gi
Mais de fon fuc amer l'importune rudeffe
En piquant le palais le révolte & le bleſſe.
Arrachez la racine , & que dans un vin pur
Elle perde en cuifant fon goût fauvage & dur.
Enfuite dans des joncs façonnés en corbeilles
Préfentez -la vous- même au peuple des abeilles.
Si vous voyez un jour ce peuple infortuné
Par la contagion fous vos yeux moiflonné ,
Apprenez les fecrets & l'heureuſe induſtrie
Du berger qui régna dans les champs d'Arcadie ,
Quand du fang d'un taureau qu'immolèrent fes
mains ,
Il vit naître autrefois d'innombrables eſſains .
Les peuples fortunés de ces riches contrées ,
Par le nom d'Alexandre à jamais confacrées ,
Les habitans du Nil , que de brillans canots
Promènent dans leurs champs inondés de ſes flots;
Toutes les nations que voit ce fleuve immenſe ,
Depuis les lieux brûlans où ſa courſe commence
Jufques à l'Océan , dont le gouffre profond
Par fept bouches reçoit ce fleuve vagabond ;
Les voisins des Perfans qu'en fon cours il inonde
L'Egypte qu'il nourrit du limon de fon onde ,
Par cet art qu'Ariſtée apprit à l'Univers ,
De mille effains nouveaux fçavent peupler les airs
Que d'un efpace étroit l'enceinte préparée
Par quatre murs couverts foit d'abord reflerrée ;
Et que des quatre points qui divifent le jour ,
62 MERCURE DE FRANCE.
La lumière pénetre en cet obſcur ſéjour.
Choififfez un Taureau dont les cornes naiffantes
Commencent à courber leurs pointes menaçantes.
Pendant que fur la terre il fe débat en vain
Fermez tous les conduits qui portent dans ſon
fein
Ces atômes de l'air alimens de la vie :
Qu'il meure fous vos coups ; mais après ſon trépas
Que vos mains de fa peau ne le dépouillent pas.
Dans cet obfcur afyle ordonnez qu'on l'étende
Sur un lit de rameaux de thim & de lavande ;
Surtout n'attendez pas que le retour des fleurs
Rende à nos prez flétris leur brillantes couleurs;
Qu'à l'aide de fon bec l'hirondelle bâtiffe
De fon nid fufpendu l'étonnant édifice .
Immolez ce Taureau dès que les doux zéphirs
Rident le fein des eaux par leurs premiers foupirs.
De fon fang cependant la liqueur bouillonnante
Dans fes flancs fe corrompt , dans fes veines fermente.
י
D'infectes tout -à-coup un innombrable effain
De cette humeur impure eft formé dans ſon ſein.
Ce foible effain d'abord fans pied rampe & fetraîne
;
Sur des ailes bientôt foutenus avec peine
Dans les ondes de l'air ils nâgent en tremblant.
Plus vigoureux enfin , leur bataillon volant
JANVIER . 1760 . 63
S'élève , & dans les airs forme un épais nuage.
Tels dans les champs de Mars , au fignal du carnage
,
Mille traits en filant dans les airs font lancés
Fels les torrens du ciel fondent à flots preflés.
Mufe , raconte- moi de quel Dieu tutelaire
Les mortels ont reçu ce ſecret ſalutaire.
Le berger Ariftée , iffu du fang des Dieux ,
Par le fouffle infecté d'un vent contagieux ,
De fes nombreux effains vit éteindre la race.
Il fuit ces lieux cruels témoins de fa difgrace.
Des valons du Penée il part en foupirant ;
Vers la fource du fleuve il arrive en pleurant.
Il s'arrête ; il s'écrie en fa douleur amere ,
Toi dont je tiens le jour , ô firene , ô ma mere !
Hélas, pour être en butte aux deftins ennemis
Pourquoi du fang des Dieux as- tu formé ton fils?
Ma mere, qu'as-tu fait de cet amour fi tendre ?
Où font donc ces honneurs où je devois prétendre
!
Hélas ! lorfque ta voix me promet des autels ,
Ton fils languit fans gloire au milieu des mor
tels !
Ce fruit de tant de foins , qui charmoit ma mifere
,
Mes effains ne font plus , & vous êtes ma mere ♪
Achevez. De vos mains ravagez ces côteaux ,
Embrafez mes moiſſons, immolez mes troupeaux,
64 MERCURE DE FRANCE.
Dans ces jeunes forêts allez porter la flamme
Puifque l'honneur d'un fils ne touche plus votre
ame.
Sa mere l'entendit . Sur des lits de roſeaux ,
Près d'elle en ce moment mille Nymphes des eaux
Filoient d'un doigt léger de précieuſes laines
Que coloroit l'azur de ces liquides plaines.
L'or de leurs blonds cheveux avec grace flottaris
Dérobe de leurs fein les lys éblouiffans.
Là s'occupent enſemble & Thémire & Silvie ,
La légere Elia , la modefte Dalie ;
Eglé, l'aimable Eglé , qui vient de mettre au jour
Le tendre & premier fruit de fon heureux amour
Péa , qu'hymen encor n'a point rendu féconde ;
Ephère & Beroë , filles du Dieu de l'onde .
D'un hôte des forêts peint de mille couleurs
La dépouille brillante embellit ces deux fours.
Le feu des diamans brille fur leur parure ,
Et des agraffes d'or attachent leur ceinture.
Pour l'empire des eaux abandonnant les bois
La timide Aréthule a quitté fon carquois.
Pourcharmer leur ennui, Climène au milieu d'elles
Leur raconte des Dieux les amours infidelles ,
Les doux larcins de Mars , les faveurs de Vénus,
Les rufes de Vulcain & fes foins fuperflus.
Pendant qu'à l'écouter les Nymphes attentives
Font tourner leurs fuſeaux entre leurs mains ac
zives,
N.
JANVIER. 1760. 65
ר י י ו
Du malheureux berger la gémiſſante voix-
Parvient juſqu'à ſa mere une ſeconde fois.
A ce bruit imprévu fes compagnes timides
Ont treffailli d'effroi dans leurs grottes humides.
Aréchuſe , du ſein de leur brillant Palais
S'éleve & porte au loin fes regards inquiets.
O Cyrêne ! dit elle , ô compagne chérie !
D'une vaine frayeur tu n'étois point faiſie.
Ton fils près de ces lieux , accablé de douleurs
T'accufe en gémiflant du fujet de ſes pleurs.
Mon fils ! répond Sirene en pâliſſant de crainte.
Qu'il vienne. Et quel eſt donc le ſujet de ſa plainte?
Qu'on amene mon fils , qu'il paroille à mes yeux :
Mon fils, a droit d'entrer dans le Palais des Dieux,
Fleuve , retire- toi vers ton double rivage ;
Laiffe aux pas d'Ariftée un facile paſſage.
Elle dit le Penée ouvrant pour lui ſes flots ,
S'éleve à les côtés en deux montagnes d'eaux;
Et dans fon vafte fein ſon onde obéiffante
Le porté avec reſpect à fa mere tremblante.
Il s'avance fans crainte ; & fon oeil étonné
Contempleautour de luice grand fleuve enchaîné,
It admire en paffant ces Royaumes humides
Les marbres affurés de ces Palais liquides ,
Les vaftes réfervoirs où frémiffent les flots ,
Ces lacs retentiffans de la chute des eaux >
Des fleuves fouterrains les mugillantes ondes.
Ils fortent en grondant de ces grottes profondes,
66 MERCURE DE FRANCE.
Et fur la terree au loin en cent lieux répandus ,
A ce vafte océan font fans ceffe rendus ;
Et du Phafe & du Tibre il découvre la fource.
Là fe forme l'Agno , paifible dans fa courſe ,
Le rapide Hypanis , le Pô tumultueux
Qui roule avec fureur fes flots impétueux.
Mais déja du Palais il touchoit les murailles ,
Conduit fous ces lambris enrichis de rocailles ,
Ariſtée à ſa mere expofa fes malheurs ;
Avec un doux fourire elle effuya fes pleurs.
De Nymphes auffitôt une foule empreffée
L'entoure , & fur fes mains une eau pure eft
verfée 3
Elles font les apprêts d'un fuperbe feftin ,
Dans un brillant criſtal verfent un jus divin ;
Et d'autres d'un encens qui s'exhale en fumée
Rempliffent du Palais la voute parfumée.
Prends ce vafe facré , dit Sirene à fon fils ;
D'un précieux nectar arrofons ce parvis.
Accepte notre hommage , ô Déité feconde ,
Océan qui nourris & conferve le monde.
Et vous mes foeurs , & vous , écoutez notre voix ,
Nymphes , Reine des mers , des fleuves & des
bois ,
Contre le fort cruel protégez Ariftée.
Elle dit : d'un vin pur la flamme eft hu nectée ;
Elle en verfe trois fois , trois fois le feu brillant
Aux voutes du Palais s'élance en pétillant :
JANVIER. 1760.
67
.
Sirene avec plaifir acceptant ce préfage ,
A fon fils attentif adreffe ce langage.
Dans la mer Carpathée un célébre Devin
Pourra feul , ô mon fils , t'annoncer ton deftin:
Sur fon char attelé par deux courfiers rapides
Il fillonne en volant les campagnes humides
Et du lieu fortuné qui lui donna le jour
Va revoir aujourd'hui l'agréable ſéjour .
Les Nymphes de ce fleuve , & le vieillard Nérée ,
Réverent de ce Dieu la fcience facrée .
Le fouverain puiſſant qui régne fur les flots
A fa garde a commis fes immenfes troupeaux ,
Ces monftres de la mer , ces baleines pefantes
Qui femblent ſe jouer des vagues écumantes ;
Et pour prix de les foins à fon regard perçant
Découvre l'avenir , le paffé , le préfent.
Mais pour forcer fa bouche à te parler fans
feinte ,
Il te faut employer la force & la contrainte.
Va faifir dans tes bras ce vieillard étonné ;
Malgré lui dans tes fers qu'il demeure enchaîné.
N'attends pas de fa bouche un confeil volontaire
:
On a beau le prier ; il s'obſtine à fe taire.
Moi-même du midi quand les rayons brulans
Sécheront fur les prés les gazons jauniſſans ;
Lorfqu'avec fon troupeau le berger cherche
l'ombre ,
68 MERCURE DE FRANCE.
Je guiderai tes pas vers une grotte fombre ,
Où le paſteur des mers forti du fein des flors ,
Dans les bras du fommeil va gouter le repos.
Saifis , enchaîne alors le vieillard immobile ;
Bientôt fon art divin en miracles fertile ,
Pour laffer de ton bras l'effort impérieux ,
De preſtiges fans nombre éblouira tes yeux.
Tantôt tigre farouche , il rugit , il s'irrite s
Tantôt lion terrible , il s'élance & s'agite 3.
Tantôt en feu brulant, il s'éleve à grand bruit §
En torrent quelquefois il s'échappe & s'enfuit .
Plus il fera d'efforts pour vaincre ta conftance,
Plus il faudra , mon fils , dompter ſa réſiſtance ;
Et bientôt reprenant la figure & fes traits ,
Il va de l'avenir révéler les fecrets.
Elle dit , & prenant une effence choifie ,
Sa main répand fur lui cette pure ambroisie :
Du précieux nectar la puiffante liqueur
De les membres nerveux augmente la vigueur.
Et de l'ambre céleſte une douce fumée
S'exhale autour de lui dans la grotte embaumée,
JANVIER . 1760 . 69
SUITE des Jugemens fur les Auteurs
Anglois , par M. HUME.
AU milieu des nuages épais dont la ſuperftition
& l'ignorance couvrirent l'Angleterre
, dans le temps de la République
& du Protectorat , un petit nombre
de Philofophes paifibles retirés à Oxford ,
cultiverent leur raifon & établirent des
conférences , pour fe communiquer mutuellement
leurs découvertes dans la Phyfique
, & dans la Géométrie. Wilkina
Eccléfiaftique qui avoit épousé la foeur
de Cromwel & qui devint enfuite Evêque
de Chefter , fut le Promoteur de ces
converfations philofophiques . Immédiatement
après la reftauration , ces gens de
de lettres , dont le nombre s'étoit accru ,
obtinrent des Lettres patentes , & prirent
le nom de Société Royale ; mais ces Lettres
furent tout ce qu'ils obtinrent du Roi.
Quoique Charles II aimât beaucoup les
Sciences, furtout l'Alchymie & la Méchanique
, il fe contenta de les animer par
fon exemple , & non par fes bienfaits. La
foule infatiable des courtifans & des
maîtreffes dont il étoft fans ceffe environné
, abſorboit tous fes revenus ; & ne
C
70 MERCURE DE FRANCE .
lui laiffoit ni les moyens ni le loifir d
récompenfer le mérite littéraire. So
contemporain Louis XIV , qui étoit bie
inférieur à Charles en génie & en con
noiffances , le furpaffa beaucoup en libé
ralité. Outre les penfions qu'il donna
un grand nombre de Sçavans dans tout
l'Europe, il fit des règles pour la police d
fes Académies , & affigna des fonds pou
leur entrerien : générofité qui fait beau
coup d'honneur à fa mémoire , & qu
effacera aux yeux des hommes éclairé
une partie des malheurs de fon régne. O
doit être furpris que cet exemple n'ai
pas été plus fuivi en Europe ; car il efi
certain que cette libéralité fi étendue ,
fi généreufe & fi hautement célébrée , ne
couta pas à ce Monarque autant d'argent
que d'autres Princes en ont fouvent prodigué
à un feul & inutile courtifan.
Mais quoique l'Académie des Sciences
en France fût gouvernée , encouragée
& foutenue par le Souverain , il s'éleva
en Angleterre des hommes d'un génie
fupérieur , qui firent pencher la balance *
de leur côté , & attirerent fur eux & fur
leur patrie les regards & l'attention de
toute l'Europe.Outre l'Evêque Wilkins &
Wallis , qui étoient de grands Mathématiciens
, Hoke, célèbre par ces obfervations
* C'eſt un Anglois qui parle.
JANVIER. 1760 . 71
microſcopiques , & Sydenham le reſtaurateur
de la véritable Médecine ; c'eſt
dans ce période que fleurirent Boyle &
Newton, qui marcherent d'un pas timide,
mais qui n'en étoient que plus furs dans
la feule route qui mène à la vraie Philofophie.
Boyle perfectionna la machine pneu
matique inventée par Otto de Guericke ,
& elle lui fervit à faire plufieurs expériences
neuves & curieufes fur l'air &
fur d'autres corps : fa Chymie eft fort
admirée par ceux qui font inftruits dans
cette fcience : on trouva dans fon hidroftatique
plus d'invention & de raiſonnement
mêlés aux expériences , que dans
aucun autre de fes ouvrages ; mais fes
raifonnemens font toujours fort éloignés
de la hardieffe & de la témérité qui ont
égaré tant de Philofophes. Boyle fut un
grand partifan de la Philofophie méchanique
, théorie qui en découvrant quelques-
uns des fecrets de la nature & en
nous laiffant imaginer les autres , eft fi
commode pour la vanité & la curiofité
naturelle de l'homme.
Notre Ifle peut fe vanter d'avoir produit
dans Newton le plus grand & le
plus rare génie qui fait jamais né pour
P'ornement & l'inftruction de l'efpéce
humaine. Circonſpect à n'admettre d'au72
MERCURE DE FRANCE .
tres principes que ceux qui étoient fondés
fur l'expérience ; mais déterminé à
adopter ceux - ci , quelques nouveaux &
extraordinaires qu'ils fuffent , il chercha
plus à mériter qu'à acquérir de la répu
tation : fa modeftie lui laiffoit ignorer la
fupériorité qu'il avoit fur le refte de
hommes , & par là même il fe foucion
moins de mettre les idées à la portée des
efprits ordinaires : c'eft ce qui fit que fon
mérite fut longtemps ignoré dans le
monde ; mais fa réputation perça à la
fin , & jetta un éclat dont aucun Ecrivain
peut-être n'a vu fon nom couvert pendant
fa vie. Tandis que Newton paroifoit
tirer le voile qui couvroit quelques- uns
des myſtères de la nature , il montroit
en même temps les imperfections de la
Philofophie méchanique : & par là il
replongeoit les fecrets intimes de la nature
dans l'abîme d'obſcurité où ils ont
toujours été & feront toujours enſevelis.
Ce fiècle ne fut pas à beaucoup près
auffi favorable à la Littérature agréable
qu'aux fciences. Charles aimoit paffionément
l'efprit & en avoit beaucoup luimême
: il avoit de la juſteſſe & de la force
dans la converfation ; cependant il contribua
plus à la corruption qu'au progrès
de l'éloquence & de la poëfie. Lorsqu'à la
reftauration
JANVIER. 1760. 73
reftauration on eut r'ouvert les Théâtres
& rendu la liberté à la gaîté & au génie ,
après une auffi longue abftinence on rechercha
ces plaifirs avec plus d'avidité
que de goût : les plus groffieres & les plus
informes productions de l'efprit furent
accueillies par la Cour & par le Peuple.
Les Piéces que l'on repréfentoit alors fur
le Théâtre , chefs - d'oeuvre d'extravagance
& d'abfurdité , étoient fi abſolument
dénuées de toute raifon , même de fens
commun , qu'elles feroient l'opprobre de
la Littérature Angloife fi la nation n'avoit
effacé la honte de les avoir admirées
d'abord , par le profond oubli auquel elles
font aujourd'hui condamnées. La répétition
du Duc de Buckingam , qui tournoit
en ridicule ces productions barbares , a
l'air d'une fatyre trop exagérée ; il eft
cependant vrai que la copie égale à peine
quelques - unes des abfurdités que l'on
trouve dans les originaux .
Cette fatyre mordante , jointe au bon
fens de la nation , corrigea au bout de
quelque tems les extravagances de l'efprit
à la mode ; mais les ouvrages de
Littérature ne purent jamais atteindre
à cette correction & à cette délicateffe
que nous admirons fi fort dans les anciens
& dans leurs judicieux imitateurs le
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
François. Ce fut à la vérité durant ce
période que cette nation laiffa les Anglois
fort au- deffous d'elle dans les productions
de la Poëfie , de l'Eloquence , de l'Hiſtoire
, & des autres branches de la belle
Littérature , & qu'elle s'acquit une fupériorité
que les efforts des Ecrivains Anglois
dans le fiécle fuivant on balancée
avec plus d'avantage. Les Arts & les
Sciences furent tranfportés d'Italie en
Angleterre auffitôt qu'en France ; & ils y
firent d'abord des progrès plus furprenans.
Spencer , Shakespeare , Bâcon , Johnſon ,
fur pafferent de beaucoup les Ecrivains
François qui vécurent en même - temps.
Milton , Waller , Denhant , Cowley ,
Harvey , furent au moins égaux à leurs
contemporains. Le régne de Charles II
qu'on regarde très - mal- à- propos comme
le fiècle d'Augufte de l'Angleterre , y
retarda les progrès de la Littérature polie ;
& l'on vit alors que cette licence fans
bornes que l'on permettoit ou plutôt que
l'on applaudiffoit à la Cour , étoit plus
contraire à la perfection des beaux Arts ,
que le jargon inintelligible & le fanatifme
du période précédent ne l'avoient été,
Plufieurs des plus célèbres Ecrivains
de ce fiécle nous ont laiffé des monumens
d'un génie corrompu par l'indécence & le
>
JANVIER, 1760. 75
mauvais goût : il n'y en a point d'exemple
plus frappant que celui de Driden ,
auffi remarquable par la fupériorité de ſes
talens que par l'abus déplorable qu'il en
a fait. Ses Pièces de théâtre , à l'exception
de quelques Scènes , font entièrement
défigurées par le vice ou par l'extravagance
, ou par l'un & l'autre : fes
traductions paroiffent ordinairement le
fruit de la précipitation & de la faim ; ſes
fables même ne font que des contes mal
choifis revêtus d'une verfification incorrecte
quoique ingénieufe. Cependant au
milieu de ce grand nombre de productions
informes , le rebut de notre Littérature ,
Driden a fait voir dans quelques petites
piéces , dans fon Ode à Sie Cécile , dans
la plus grande partie d'Abfalon & Architophel
, & dans un petit nombre d'autres
Inorceaux, tant de génie , tant de richeffe
dans l'expreffion , tant de pompe & de
variété dans les nombres , qu'on ne peut
fe défendre d'un fentiment de regret &
d'indignation quand on confidere l'infériorité
, ou plutôt l'abfurdité de fes autres
ouvrages .
Le nom feul de Rochefter offenfe les
oreilles pudiques , cependant on remarque
dans fes Poefies une énergie de ſtyle
& une force de fatyre qui laiffent imagi
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
ner ce qu'un auffi beau génie auroit été
capable de produire s'il eût vêcu dans un
temps plus heureux , & s'il eût fuivi de
meilleurs modèles . Les anciens Satyriques
fe font fouvent donné une grande liberté
dans leurs expreffions ; mais leur licence.
ne reffemble pas plus à celle de Rocheſter
que la nudité d'une Indienne ne reffemble
à celle d'une fille publique.
Wycherley ambitionna la réputation
de bel- efprit & de libertin , & il l'obtint.
Il étoit vraisemblablement capable de
briller dans la carriere de la bonne Comédie
, & dn ridicule inftructif.Otway avoit
un génie heureuſement tourné au pathétique
; mais il ne s'affujettit ni aux règles
du Drame , ni aux règles encore plus
effentielles de la décence & de la raifon.
La fatyre feule du Duc de Bukingam rendit
un grand fervice à fon fiécle & fit
beaucoup d'honneur à fon nom. Les ouvrages
des Comtes de Mulgrave , de
Dorfet & deRofcammont font écrits d'un
bon goût , mais foibles & négligés. Le
Marquis d'Halifax avoit un génie délicat,
& il paroît qu'il ne lui a manqué que du
loifir & une condition moins élevée pour
fe faire une plus grande réputation dans
les Lettres .
De tous les grands Ecrivains de ce
temps , le Chevalier Guillaume Temple
"a
"
JANVIER. 1760 . 77
eft prefque le feul qui ait fçu fe préferver
de cette contagion de vices &
de licence qui avoient corrompu la Nation.
Le ftyle de cet Auteur , quoique
très négligé & fouvent mêlé d'idiomes
étrangers , eft agréable & intéreſſant . Une
teinte de vanité qu'on remarque dans
fes ouvrages , femble les rendre plus piquans
, parce qu'elle nous fait connoître
le caractère de l'Auteur qui eft plein
d'honneur & d'humanité , & que nous
croyons plutôt converfer avec lui que
lire fon ouvrage.
Quoiqu'Hudibras ait été publié & probablement
compofé fous le régne de
Charles , on doit regarder Butler áuſſibien
que Milton comme appartenant aut
période précédent . Il n'y a point d'ouvrage
dans lequel on trouve autant de traits
d'un efprit droit & inimitable que dans
Hudibras ; mais il y en a beaucoup qu'on
lit avec autant & même plus de plaifir.
Les allufions font fouvent obfcures &
trop recherchées ; & quoiqu'il n'y ait
peut-être aucun Ecrivain qui ait eu le
talent d'exprimer fes penfées en auffi peu
de mots , Butler prodigue fouvent des
penfées fur un même fujet , & trouve
par là un moyen tout nouveau de ſe
rendre prolixe . C'eft une chofe admirable
D iij
30 MERCURE DE FRANCE.
Il vous eût confacré le tribut légitime:
La beauté vous donna droit de régner fur eux s
Mais la vertu qui vous animé
Ne pouvoit leur permettre , en acceptant leurs
voeux ,
D'autre fentiment que l'eftime.
VERS à Madame T. *** D . ***
le jour de l'an.
pour
J'ALLOIS, 'ALLOIS , charmante Eglé , faire des voeux
pour vous ;
Et déjà plein du feu qu'un bel objet inſpire ,
Au ton du fentiment j'avois monté ma lyre ;
Et l'Hymen loin d'être jaloux
Sembloit favorifer mon aimable délire ;
Mais Apollon lui -même arrêta mes tranſports
Tu formes pour Eglé des fouhaits inutiles ,
Tous les Dieux ont fur elle épuisé leurs trésors :
Attraits , fagcflè , eſprit , plaiſirs doux & tranquilles.
Un feul don peut être ajouté
A tant d'heureux préfens qu'ils ont verfés fur elle !
Quoi ! dis - je , au Dieu des vers ? C'eft l'immortalité.
Ah ! puiffe- t-elle être immortelle !
Pour être égale en tout à la divinité .
JANVIER. 1760.
81
EPITRE
De M. ***, à fon pere.
PERI ERI aimable , plein de tendreffe ;
Qui ne ceffez de me former
Par vos leçons à la fageffe ,
Que votre exemple fait aimer ;
Qui de l'ignorance & des vices
Avez fauvé mes jeunes ans ;
De mon coeur & de mes talens
Voyez avec des yeux propices
Les hommages reconnoillans ,
At dans mes premiers vers acceptez mon encens
Telle une tendre fleur qu'on dérobe aux caprices
Ou de l'hyver jaloux , ou des vents en fureur ,
En s'ouvrant au Printems fous de plus douxaufpices
,
De fon parfum naiffant exhale les prémices
Sur fon heureux cultivateur.
VERS à M. *' ** .
OUR peindre l'amitié,fçais-tu ce qu'il faut faire
Il faut chercher l'Original ;
Car fans lui tu la peindrois mal ,
Et tu ne tracerois , Damon , qu'une chimeres
D▾
82 MERCURE DE FRANCE .
Mais, pour éviter la longueur
D'une recherche difficile ,
Je vais t'enſeigner cet afyle :
Tu la trouveras dans mon coeur.
EPITRE
SUR L'AMITIÉ ,
A M. de C ** Maréchal des Camps &
Armées du Roi.
F AVORI du Dieu des Beaux-arts ,
Qui loin de vos foyers tranquilles
Allez porter au champ de Mars
Et le courage des Bayards
Et l'aménité des Joinvilles ;
Vous à qui mon coeur eft lié
Par ce goût pur qui vous éclaire ,
Lifez des vers faits pour vous plaire ;
Et du tableau de l'Amitié
Recevez l'éfquiffe légère.
Le fentiment feul fait le prix
Des traits de mon crayon fincère ;
Et c'eft pour le coeur que j'écris.
Du ciel l'amitié defcendue
Au temps heureux de l'âge d'or ,
Des mortels compagne affidue ,
Charmoit leurs coeurs juftes encor
JANVIER. 1760 .
83
Thémis avec elle adorée
Répandoit fes dons bienfaifans :
Sa main propice & confacrée
Aux malheureux , aux innocens ,
N'avoit point d'un fer redoutable
Gravé fur le bronze immuable
Ses arrêts toujours menaçans.
On voyoit régner fur la terre
Des moeurs plus faintes que les loix.
Mais bientôt du Dieu de la guerre
L'intérêt animant la voix ,
Au mépris même du tonnerre ,
De l'honneur ufurpa les droits.
Bientôt la difcorde fatale ,
Dans les coeurs les plus vertueux
Ofa de fa coupe infernale
Verfer le poifon dangereux ;
Et s'excitant à la vengeance ,
De fon foufle contagieux
Infefta bientôt l'innocence.
Les vices les plus odieux
Sortis du fein de l'avarice ,
A des excès pernicieux
Portèrent nos foibles ayeux .
Bientôt on ne vit qu'injuſtice ,
Que projets vains' , ambitieux ,
Que menfonge , orgueil , artifice,
Ce fut alors que vers les Cieux
D vi
$4
MERCURE
DE
FRANCE
On vit s'envoler la Juftice.
Victime des folles erreurs ,
De la difcorde triomphante ,
L'amitié foible & chancelante .
For immolée à fes fureurs .
Mais la terre au crime livrée
Compta toujours quelques, vertus ;
Et l'amitié fut honorée
Dans les temps les plus corrompus :
Dans les climats les plus barbares ,
Chez les peuples les moins polis
Elle eut des temples embellis
Par les offrandes les plus rares.
Le fiècle même plein d'horreur
Marqué par le courroux célefte ,
Et fignalé par les fureurs
Du cruel frere de Thieſte ,
Fut confacré par les douceurs
De la tendre amitié d'Orefte...
Au milieu de tous ſes malheurs
Pylade eft l'ami qui lui refte ,
Et du deftin le plus funefte .
Sa vue adoucit les rigueurs
De l'amitié l'effort rapide
Fit voler Pylade au trépas :
C'eft elle dont l'ame intrépide
Excita fes nobles combats
Qu'on vit au fein de la Tauride
JANVIER. 17601 $5
Orefte , victime à la fois
Des crimes que fon coeur expie ,
Et de la cruauté des Rois ,
Aux coups d'un facrifice impie
Eft prêt enfin de fuccomber :
Pylade pour le dérober
Au trait qui menace fa vie ,
Difpute l'honneur de tomber
Sous le couteau d'Iphigénie.-
Unie avec la liberté
L'amitié fçait , dans la balance
Rétabliffant l'égalité ,
Rapprocher l'intervalle immenfe
Et des fortunes & des rangs ,
Où la fuprême Intelligence
Marqua des degrés différens .
De l'appareil qui l'environne,
Oubliant l'état ſéducteur ,
Un Prince daigne ouvrir fon coeur
A l'ami que le Ciel lui donne.
Et du fardeau de la Couronne
Il ne fent plus la peſanteur.
Sur tous les âges de la vie
L'amitié répand fes bienfaits ;
Et quand la pâle & fombre envie-
Veut nous accabler de fes traits.
Compâtillante & généreuſe
86 MERCURE DE FRANCE
L'amitié fçait par la douceur
Corriger l'amertume affreufe
Du fiel qu'apprête la noirceur.
Des coeurs en butte à l'infortune
Elle eſt ſouvent l'heureux recours :
Contre les fureurs de Neptune
Son bras leur prête ſon ſecours :
Sa bonté répand fur leurs jours
Cet enjoument vif & facile
Que l'on ne connoît pas toujours
Ni dans le luxe de la Ville ,
Ni parmi le fafte des Cours ;
Les charmes d'un ami folide
Font trouver le Palais d'Armide
Dans le plus trifte des féjours,
>> Defcends de la voute azurée ,
» Vierge pure , adorable foeur
» Du jeune fils de Cythérée !
» Viens embellir par ta douceur
>> Ces lieux où j'ai peint ton image' ;
>> Reçois mon immortel hommage
→ Sous ces lambris préfque abattus
» Par la faulx du temps dont l'outrage
» N'a refpecté que les verrus
>> D'un poffeffeur tranquille & fage.
» Longtemps au nombre de mes Dieux
J'ai compté ton aimable frere;
"
Mais j'ai puifé dans tes beaux yeux
14
JANVIER. 1760 .
31
.
»Un feu divin que rien n'altere .
» Je t'offre aujourd'hui mon encens ,
>> O ma Déeffe tutélaire !
>> Avec tous tes attraits defcends
→ Dans ces lieux où ma voix fincere
>> T'adreffe fes tendres accens :
>> Tu n'y feras point étrangere.
» Nymphe charmante, objet vainqueur !
» Un Sage formé pour te plaire
» T'élève un temple dans fon coeur.
» Ce Sage daigne être mon Maître :
» Son efprit éclaire le mien ;
» Et fouvent prête à diſparoître ,
» Ma raiſon dans fon entretien
» Semble reprendre un nouvel être.
LE mot de l'Enigme du Mercure
précédent eft Epi. Le mot du premier
Logogryphe eft Arbre , dans lequel on
trouve barre. Le mot du fecond Logogryphe
eſt Nonnain , qui renferme non ,
nain , ni & an. Le mot du Logogryphe
Latin eft Virago , dans lequel le trouvent
vir , ago, via , vigor , ruga & virgo.
$ 8 MERCURE DE FRANCE.
ENIGM E.
LECTEUR , partout où je préfide-
Iln'eft point de parfait bonheur.
Je prends ma fource dans le coeur ;
En y naillant je laiffe un vuide
Que ma mort feule peut remplir .
Que mon fort eft digne d'envie !
Le plaifir me donne la vie ,
Et le plaifir me fait mourir.
AUTR E.
N prifon,dans les fers , je reçois la naiſſance ;
Cependant les humains redoutent ma puillance.
Dès que je ne fçai quoi me fait prendre l'effor.
En creufant mon tombeau je leur donne la mort.
SITOT
AUTRE.
ITÔT que je fuis né ma forme m'abandonne.
Je ne garde en mon fein qu'une plante à la fois
Et je fuis toujours chez les Rois
Antipode de la Couronne,
JANVIER. 1760 .
89
LOGOGRYPHE.
D U deftin je fuis le miniftre
Et l'organe de fes decrets.
Mais ne vous plaignez pas fi l'Oracle eft finiftre
Vous me forcez vous- même à trahir fes fecrets .
Me voici commençons . Je finis par vous dire
Comme on doit s'expliquer pour trancher tous
débats ;
Siquelqu'un cependant aime à voir des combats,
Pour tonner le fignal j'ai ce que l'on defire.
Vous ferez avec moi le plus bruyant fracas :
Et fi mon tout n'y fuffit pas,, ·
Du moins ma moitié peut fuffire.
Mon corps n'eft pas bien compliqué.
Six élémens l'ont fabriqué ,
Cinq donnent une arme offenfive
Dont les hommes ne veulent point.
Lecteur , n'oubliez pas ce point.
Quatre font de vos biens la vente alternative ,
Quatre font une fête , & trois font d'un foupé
Bon foir , ami Lecteur , je vous laiffe occupé
90 MERCURE DE FRANCE.
AUTRE.
PAR la févère modeſtie
Mon ufage fut impofé ;
Bizarre effet du fort ! un Génie oppoſe
L'a rendu plus utile à la coquetterie .
Je m'en rapporte à vous qui l'avez adopté ,
Sexe charmant , mais qui de ce côté
Ainrez un peu la tricherie :
N'eft-il pas vrai quand je n'exiftois pas ,
Vous étiez obligé de cacher des appas ,
Ou de les expofer au moins à la cenfure :
Si douce qu'elle foit , elle est toujours trop dure...
Mon Art a prévenu ce cruel embarras.
Que ne me doivent point les belles !
Je fçais éclipfer les défauts ,
Je fais imaginer mille beautés nouvelles :
Je fçais même aux beautés réelles
Ajouter des charmes nouveaux .
Lecteur , me connois-tu ? Peut- être.
Te faudroit- il encor quelque combinaiſon ?
Eh bien , prends les fept pieds qui commencent
mon nom ,
Je t'offre un fentiment facile à reconnoître.
S'il s'accorde avec ta raiſon ,
Amant , chez toi l'amour a dû le faire naître.
JANVIER. 1760 . 91
Au dernier de ces fept unis les deux fuivans ,
Par ce cri le vainqueur , prêt à faire main - baſſe ,
Annonce aux vaincus fupplians
L'arrêt de leur mort , point de grace.
Mes trois derniers enfin des autres défunis
Peignent ce que du temps fait la lime rapide.
Ce trait fans doute te décide ,
Raffemble ces trois mots , & lis.
P. B. T. De Charméla , de Paris.
LOGOGRYPHUS.
CERVICE obfcifâ , demulces cantibus aures ;
Integer, humanum torqueo fæpe genus.
CHANSON
SUR l'air de la Romance de Daphné.
Ακου
MOUR, quelle eft ta puiſſance !
Tout cède à tes traits vainqueurs :
Après tant de réfiftance ,
J'éprouve ta violence :
Tu régnes fur tous les coeurs,
En vain la raifon févere
S'élève contre tes loix ,..
92 MERCURE DE FRANCE
Elle cherche à m'y fouftraire ,
Mais l'ennuyeule a beau faire ,
Tu n'y perds rien de tes droits.
Tout reconnoît ton empire
Dans cet aimable féjour ;
Jufqu'à l'air qu'on y refpire ,
Tour ici femble nous dire
F*** eft fait pour l'amour.
Dieu puiffant , lance ta flâme,
Embrafe-moi de tes feux ;
C'est toi feul que je réclame ,
Amour régne dans mon ame ,
Mais favorife mes voeux.
JANVIER. 1760. 93
ARTICLE II.
NOUVELLES LITTERAIRES;
LETTRES de Miftris Fanni Butlerd , à
Mylord Charles Alfred , Duc de Caitombridge
, écrites en 1735 , traduites
de l'Anglois en i756 par Marie
de M. *** Nouvelle Edition . A Paris
, chez Humblot , Libraire , ruefaint
Jacques . 1760 .
LA premiere Edition de ces Lettres
a paru il y a trois ans. Malgré l'air de
traduction
qu'on a voulu leur donner
elles ont un caractère
nationnal
fur lequel
le Public ne s'eft pas mépris . Au
refte elles ont eu un fuccès mérité quoique
moins brillant que celui de l'Hiftoire
du Marquis
de Creffy & des Lettres de Juliette
Catesby, deux romans très- bien écrits
& qu'on croit être de la meme main que
les Lettres de Fanni Butlerd. Cette nouvelle
Edition eft corrigée avec foin &
augmentée
de plus d'un tiers. Je vais
tranfcrire une des lettres qu'on y a ajoutées
; elle fuffira pour donner une idée
du ftyle & du ton de l'Ouvrage
.
Lettre XXIV. Le moi fur lequel vous
94 MERCURE DE FRANCE .
comptez n'eft pas toujours le plus for
j'ai comme Sofie un autre moi diffici
à réduire , & qui l'emporte fouvent f
tout ce que je lui oppofe . Ce mécha
moi ne m'a pas laiffée tranquille un inſta
depuis que j'ai quitté Londres ; il m
fait pleurer , vous quereller , pardon
ner , me fâcher , refter ici pour vous ch
griner , m'ennuyer , me priver du fe
plaifir où mon coeur puiffe être fenfibl
Je voulois partir ce matin , mais Myloi
Clarendon a changé ma réfolution .
vint hier fouper ici , on vous nomme
il nous dit qu'il vous avoit laiffé chez l
Ducheffe de Rutland que vous y étie
feul. O quel mouvement ce difcours éle
va dans mon ame ! quoi feul chez cett
femme qui vous cherche , qui vous fui
avec affectation ! il me fut impoffible d
fouper. Je me plains de la migraine
je cours m'enfermer. Je relis ce bille
fi tendre , où vous vous foumettez à tou
tes nas volontés , où vous me conjure:
de revenir avec un empreffement fi flat
teur ; je n'y trouvé plus que de la fauf
feté , des menfonges , le defir de tromper
. Une heure fonne , je vous vois feu
avec la Ducheffe. Cette image ne peut
s'effacer ; je vous écris des duretés ; puis
je ne faurois écrire . Pan , la lettre chif
JANVIER. 176 0 . 95.
fonnée , déchirée , la plume à terre , la
table repouffée , je me couche , tout
l'enfer eft dans mon lit. Je ne peux
dormir , je ne fçaurois lire ; l'Anglois , le
François , l'Efpagnol , tout m'eft odieux.
Je me léve brufquement , je vais , je
viens dans ma chambre ; je me fais honte
de mon peu de raiſon . Le jour luit , & .
fes premiers rayons me font appercevoir
de mon accablement . Je retourne dans
mon lit , l'extrême laffitude m'affoupit.
Réveillée à dix heures , je vous écris à
onze une plate & courte élégie dans la
profe la plus commune : j'admire ce
chef-d'oeuvre. Je plie le papier tout de
travers ; je mets la cire fur mes doigts ,
& le cachet à côté de la lettre ; puis je
fonne , & puis je ne veux rien . Je déchire
la belle Lettre ; on m'apporte la
vôtre ; je la prends , & je me fache de
ce que vous me dites , avant de l'avoir
ouverte fans fçavoir ce qu'elle contient.
Après... Après je ne fçais ce que je veux.
Je fuis malheureufe , en vérité, mon état
eft bifarre , ridicule . Une ame tendre eft
la fource de toutes les peines d'une femme
; la fenfibilité eft en elle un poifon
actif, que les foins d'un homme qui
veut plaire fait fermenter pour détruire
fon bonheur , égarer fa raifon , & répan6
MERCURE DE FRANCE .
dre l'amertune fur tous fes fentimens.
J'ai envie de m'établir ici ; je hais Londres
, fes habitans , l'Univers , vous, moi ,
l'amour , & toutes les folies qu'il inſpire.
Aimez- moi , ne m'aimez pas , reftez ,
partez , que m'importe ? O ma paiſible
indifférence, qu'êtes - vous devenue ? Laiffez-
moi , Mylord , laiffez - moi ...
TRAITE général des droits d'Aydes ,
par M. Lefebvre de la Bellonde . A Paris
, chez Pierre Prault , quai de Gévres
au´ Paradis. 1759 , in- 4 °.
SOUS ous la premiere & la feconde race
de nos Rois & au commencement de
la troifiéme , la Couronne n'avoit d'autre
revenu que le Domaine , qu'on appelloit
Tréfor. Dans un befoin de l'Etat
on levoit des impofitions extraordinaires ,
qui ceffoient avec la caufe qui les avoit
fait établir. On rapporte la plus ancienne
de ces impofitions à l'année 584 , fous le
régne de Chilpéric. Ce fut lui qui mit
fur le vin l'impôt d'une amphore , ou huitiéme
de muid par arpent. Peu de tems
après cet impôt fut fupprimé . Ces fubfides
qu'on appelloit Aydes , expreffions
qui fembloient défigner les circonstances
où
JANVIER. 1760. 97
ù elles étoient accordeés , pour aider &
ecourir l'Etat :) n'étoient ordinairement
tablis que pour un an : mais par la fuite
les temps , le Royaume en étendant fes
imites cut befoin de s'affermir par un
lus grand nombre de places fortes , &
par l'entretien d'armées plus nombreuſes ;
es établiſſemens pour la défenfe & l'utilité
de l'Etat fe multiplièrent , & les ef
péces d'ailleurs étant devenues plus com
munes , les dépenfes & les charges augmentèrent
à proportion. Les revenus
ordinaires ne furent plus fuffifans : il fallut
avoir recours, mêine en temps de paix ,
aux impofitions extraordinaires , & la
même néceffité qui les fit proroger pour
quelques années les rendit bientôt perpétuelles.
Ces fubfides , de quelque eſpéce qu'ils
fuffent , conferverent longtemps le nom
générique d'Aydes , qui embraffoit même
le droit de la gabelle , & une grande
partie de ce qui compofe les traites.
Cette énonciation aujourd'hui n'eft plus
confacrée qu'à certains impôts qui fe lèvent
fur les boiffons & fur quelques autres
denrées , & ce n'eft plus même que
dans ce fens que le mot d'Aydes eft en
ufage relativement aux droits.
Avant François I , toutes les parties des
II. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
Finances étoient dans la plus grande co
fufion. C'eft fous ce Prince qu'on
commencé à mettre de l'ordre & de
clarté dans la perception des fubfides,
dans l'adminiftration des deniers de l'I
tat . Les Ordonnances qui ont été rer
dues en différens temps fous le régn
de ce Prince & de fon fucceffeur , ont ét
la baze des Réglemens généraux rendu
fous les régnes fuivans.
Les droits qui compofoient la Ferm
des Aydes étoient pour lors divifés er
plufieurs Fermes particulieres qui s'adju
geoient tous les ans. Ce ne fut qu'er
1604 qu'ils furent réunis en une Ferme
générale , & adjugés pour plufieurs an
nées. Les Aydes, telles qu'elles fubfiftent
aujourd'hui , ne fe lèvent que dans le ref
fort des Cours des Aydes de Paris & de
Rouen , c'est-à- dire , dans la partie des
Provinces qui ont compofé d'abord le
patrimoine de nos Rois , & qui font environ
le tiers de notre Royaume.
Il s'en faut bien , par rapport aux droits
généraux feulement, fans parler des droits
particuliers, que les mêmes droits d'Aides
foient établis uniformément dans toutes
les généralités & élections . Plufieurs de
ces mêmes droits varient encore tant par
rapport à leur qualité , que relativement
JANVIER. 1760 . 99
à la façonde les percevoir. Ces variations
ont donné lieu à une infinité de queſtions
& de cas particuliers qui ont produit cette
multiplicité de réglements dont la partie
des aides eft chargée. On éprouve tous les
jours les difficultés que produit dans la
perception , ce défaut d'uniformité. Il
fubfifte cependant toujours par l'inconvénient
de donner atteinte à des usages que
le temps a confacrés , & que les Peuples
le plus fouvent confondent avec leurs
priviléges.
Il faut dire cependant qu'il y auroit
peut - être de l'inconvénient à fimplifier
les droits jufqu'où plufieurs perfonnes
femblent le defirer. On convient malgré
cela que dans l'état actuel des droits , il
y a plufieurs parties qui pourroient être
reformées ; mais c'eft avec bien de la réferve
& de grandes précautions. Toute la
prudence humaine eft fouvent en défaut
lorfqu'il eft queftion de corriger ce qui
eft l'ouvrage du temps & de l'expérience,
& fouvent de la nature même des choſes.
L'objet de ce traité eſt de raſſembler
fous un même point de vue les difpofifitions
fur les droits des Aydes , éparfes
dans plus de neuf ou dix mille Réglemens
, d'entrer dans l'efprit de ces dif
pofitions , d'en démontrer le principe ,
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
l'enchaînement & la fin, & de former un
corps d'ouvrage qui puiffe en mêmetemps
fixer la perception vis-à- vis des redevables
& des Fermiers des Aides , &
rendre fur cette matière la jurifprudence
plus lumineufe & plus certaine dans les
tribunaux où la connoiffance doit en être
portée.
La Jurifprudence , la Politique , le
» Commerce , dit l'Auteur , ont des trai-
» tés où l'on peut puifer les connoiffan-
» ces qui leur font propres. On peut s'é-
» tonner que la finance , une des parties
» les plus intéreffantes au gouvernement,
» qui fait dans le Royaume l'occupation
» & l'état de tant de Citoyens , foit en-
" tièrement dépourvue de ce fecours dans
»fes branches les plus effentielles . Elle
» ne manque cependant point de gens
» habiles & éclairés qui joignent aux lu-
» mières acquifes le talent de les com-
» muniquer. Mais cette même habileté
» leur a fans doute toujours procuré des
occupations trop preffantes , pour pou-
» voir s'y fouftraire & fe livrer en faveur
» de l'intérêt commun à un travail qui
>> demande beaucoup de fuite & de tems.»
"
On doit donc fçavoir gré à M. Lefebvre
de la Bellande d'avoir donné à la partie
des Aides une attention auffi fuivie que
JANVIER. 1760.
101
رو
celle dont il a eu befoin dans des recherches
laborieufes fur une matiere féche &
aride par elle-même. Son ouvrage eft immenfe
, minutieux & ingrat , & l'Auteur
convient lui-même , » qu'il ne peut flatter
» l'amour - propre que par le mérite du
» travail & de la méthode , mais il peut
» être utile. Je ferai trop heureux , ajou-
» te-t- il , fi j'ai pu rendre le chemin plus
» facile à ceux qui entrent dans cette car-
» riere , ou foulager la mémoire de ceux
» qui font déjà inftruits , & d'un autre
» côté jetter fur cette matiere affez de
» clarté pour écarter de l'eſprit du Public
» ce préjugé
de vexation
& d'injuſtice
» qui naît de la confufion
apparente
des
» droits ; préjugé qui ne retombe
que trop >> fouvent
fur ceux qui font chargés
de la >> perception
.
Quant au plan que l'Auteur a ſuivi , il
eft fage , méthodique , & auffi lié que des
matieres de la nature de celles- ci peuvent
le comporter. En général fon ouvrage
doit être d'une grande utilité , &
par- là même faire beaucoup d'honneur à
fon Auteur.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
DISSERTATION de M. de Bruyn , fur
les progrès que les hommes privés des
fecours de la révélation ontfaits dans la
Morale avec les feuls fecours de la lu
mière naturelle , & qui a remporté lé
prix de l'Inftitut de M. Stolp , le 13
Octobre 1758 , fuivie de trois Differtations
anonymes fur le même Sujet ;
deux defquelles , ainfi que celle de M.
de Bruyn, font écrites en Latin , & la
troifiéme en Hollandois. Ouvrage in-
4.° A Leyde , chez Luchtmans 1759.
IL feroit à fouhaiter que toutes les Académies
propofaffent des Sujets auffi intéreffans
que celui qui fait la matière de
ces Differtations . C'eft un objet digne de
l'attention des Philofophes que le tableau
des progrès de l'efprit humain dans la
fcience de la morale. Dans les Differtations
dont nous allons donner le précis ,
on verra de fçavans Philofophes apprécier
avec équité les forces & les progrès de la
raifon humaine , dans un temps où tant
d'autres exagerent fon pouvoir avec une
affectation qui rendroit leurs intentions
fufpectes , quand même ils mettroient
JANVIER 1760. 103
plus d'art encore à les déguifer. Peu reconnoiffans
de la lumière qui les éclaire ,
il ne tiendroit pas à eux qu'ils ne l'éteisniffent
entièrement , ou ils voudroient
du moins nous perfuader que ce n'eft pas
à elle que nous devons la clarté qui nous
luit. L'ouvrage dont il s'agit ici fera très-
3 propre à leur faire ouvrir les yeux. Sans
fejetter dans la controverſe , on examine
la queftion avec impartialité , en s'appuyant
toujours fur des autorités inconteftables.
Nous n'oferions cependant promettre
à nos Auteurs que leurs travaux
auront tout le fuccès qu'ils en attendent :
le voile épais dont s'enveloppe l'incrédule
lui dérobe toute l'évidence & toute
la force de la vérité.
Les fçavans Directeurs de la fondation
de M. Stolp ont trouvé la troisième
& la quatrième de ces Differtations dignes
de l'attention du Public . La premiere
& la feconde leur ont femblé éga
lement dignes d'être couronnées : le fort
a décidé en faveur de celle de M. de
Bruyn , fçavant Jurifconfulte de Harlem.
On remarque dans la premiere Differtation
une profonde doctrine , une lecture
immenfe, une critique modérée , des
recherches intéreffantes , des difcuffions
bien raifonnées en forme de digreffions
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
fur plufieurs paffages des Anciens & fu
diverfes opinions des Philofophes.
La feconde Differtation femble écrite
avec plus d'ordre & de préciſion , de méthode
& de jufteffe . L'Auteur y a répandu
moins d'érudition qu'on n'en trouve:
dans la premiere ; c'est qu'il craignoit de
fortir des bornes prefcrites aux difcours
Académiques. On voit bien que les fources
où il eût pu puifer pour éclaircir fon
fujet , ne lui font pas inconnues.
L'Auteur de la quatrième a parcouru
prefque tous les devoirs de l'homme à
l'égard de Dieu , à l'égard de lui- même
& des autres ; & fur ce fujet il a ramaffé
les Sentences des Philofophes Payens de
tous les âges, en forte qu'on peut regarder
fa Differtation comme un recueil utile
de préceptes bien exprimés fur les devoirs
de l'homme , fuivant ces différents
rapports .
Le troifième de ces Auteurs femble
s'être propofé principalement de faire
fentir l'imperfection de la morale du paganifme
, comparée furtout à celle de
l'Evangile , & d'en conclurre la néceffité
de la révélation. Dans cette vue il examine
les opinions des Philofophes fur la
fin & le but de la morale , qui doit être
la félicité de l'homme , fur les moyens
JANVIER. 1760. 105
d'obtenir cette félicité , ce qui forme les
préceptes ; enfin fur les motifs qui font
la bafe de ces préceptes.
Sur le premier dè ces points l'Auteur
ne trouve que contradiction , ince rtitude
& ignorance totale de la nature de l'homme.
Sur le fecond point il remarque diverfes
omiffions , un grand mêlange de
bien & de mal qui rend tout - à- fait défectueux
ce que les Anciens ont pa écrire
de meilleur en ce genre . Leurs motifs
font toujours foibles & imparfaits ; ce
qui produit l'inefficacité de leurs préceptes.
Telle étoit , fuivant notre Auteur , la
morale du Paganiſme , qui n'avoit que
très-peu d'influence fur ceux même qui
l'enfeignoient pour s'en convaincre , il
fuffit de faire attention aux moeurs de
prefque tous ces Philofophes.
Oferons-nous dire notre fentiment fur
une matière auffi délicate ? L'exemple de
J. C. & des premiers Hérauts de l'Evangile
, eft affurément admirable : mais par
qui , & pendant combien de temps a- t- il
été ſuivi ? Pagina nobis lafciva eft , vita
proba , difoit un Ancien. Cette propofition
peut être vraie , mais la contraire
l'eft incontestablement davantage. D'un
autre côté on ne rend pas affez de juftice
aux Philofophes dont on parle dans cette
E v
106 MERCURE DE FRANCE .
Differtation ; on les traite de méchans ,
d'hypocrites , qui cherchoient à fe couvrir
du manteau de la Philofophie, à peuprès
comme on en voit beaucoup aujourd'hui
fe cacher fous celui de la Religion ;
mais que s'enfuit- il de - là ? Faudra- t- il les
envelopper tous dans la même condamnation
, & appliquer à chacun d'eux des
épithéces injurieufes qui n'appartiennent
peut - être qu'à un feul ? Et pourquoi ,
avec notre Anonyme , traiter le grand
Platon de fcélérat , Socrate de corrupteur
de la jeuneffe ? Eft- ce qu'il croiroit relever
davantage la gloire du Chriftianiſme
en deshonorant ainfi l'humanité même ?
Nous aimons mieux accufer l'Auteur d'un
excès de zèle que d'ignorance & de mauvaiſe
foi ; cependant nous ne fçavons à
quoi attribuer ce qu'il dit de Socrate. » Je
33
fçais bien , dit - il , que dans tous les
» temps il a eu des apologiftes , qui ont
» fait tous leurs efforts pour le laver de
» cette tache ; mais il ne feroit pas diffi-
» cile de démontrer qu'aucun d'eux n'y a
» réuffi. » Nous n'entrerons point dans
cette difpute ; mais nous defirerions vivement
voir la démonftration du fçavant
Anonyme. Nous le prions en attendant
de relire avec attention l'excellente Dif
fertation du célèbre M. Geſner fur cette
JANVIER. 1760. 107
matière ; il y reconnoîtra peut-être qu'il
s'eft trompé en croyant que Socrate a fait
l'éloge de cet amour abominable auquel
on l'accufe de s'être livré. Ceci fuffira
pour donner une idée des deux dernieres
Differtations : effayons de contenter la
curiofité que nous avons pu faire naître ,
par ce que nous avons dit en général des
deux premières.
M. de Bruyn fait fentir au commencement
de la fienne , combien il eft difficile
de répondre à la queftion propofée ; on
demande une expofition claire des fentiments
des Philofophes . Mais comment
les connoître ? plufieurs d'entr'eux n'ont
rien écrit ; les Ouvrages des autres fe
* trouvent détruits & perdus ; & il n'eſt
guères fûr de s'en rapporter à des Ecrivains
poftérieurs pour nous en inftruire :
peu exacts, ou peu inftruits, ils attribuent
fouvent à un Philofophe des fentimens
entierement oppofés aux fiens ; de là ces
difputes éternelles entre les différentes
fectes touchant les opinions des Anciens ,
chacun s'efforçant de groffir fon parti : il
arrivoit d'ailleurs dans ces temps -là ce
qu'on voit arriver de nos jours ; ces fectes
fe haïffoient & fe déchiroient mutuellement
, & chacune d'elles donnoit les
interprétations les plus odieufes aux fen-
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
timens des autres. Quel moyen donc de
fe tirer d'embarras , & de découvrir la
vérité enveloppée de ténébres fi épaiffes
? Il eft encore un autre écueil auquel
plufieurs Peres de l'Eglife , & quelques
Modernes après eux , font venus échouer ,
& duquel on ne fe défie pas affez ; c'eft de
trop déprimer la morale des Payens , de
tourner leurs vertus en autant de péchés,
& de juger de leur morale par la conduite
de quelques uns de ceux qui l'enfeignoient.
Cet avis eft fage à la vérité
, mais il nous paroît hors de faifon ;
on péche de nos jours ordinairement par
Fexcès oppofé. L'Auteur fe tient conf
tamment dans un jufte milieu ; il s'attache
moins à rapporter ce qu'ont fait les
anciens Philofophes que ce qu'ils ont
dit ; & il expofe leurs idées avec beaucoup
d'exactitude & de clarté. Sa Differtation
eft divifée en deux parties ; dans
P'une il développe la beauté de la morale
Payenne , & dans l'autre fes défauts &
fes imperfections. Il ne fuit pas ici l'ordre
des devoirs de l'homme ; il fe conzente
d'en dire quelque chofe , & de citer
quelques maximes des Sages de la Gréce
& des plus anciens Philofophes. De-là il
paffe à l'examen de ce qu'on a dit de
mieux fur les vérités fondamentales de
JANVIER. 1760. 109
la Morale & de la Théologie naturelle ,
fur l'existence & les perfections de Dieu,
la nature & la.fin de l'homme , l'immortalité
de l'ame , & la vie à venir.
Sur chacun de ces objets il difcute les
opinions des différentes fectes , & les
conféquences qu'elles pourroient en tirer
, ou qu'elles en tiroient réellement :
il paſſe en revue Pythagore , Socrate ,
Platon , Zenon , & leurs Sectateurs les
plus diftingués. La morale d'Epicure n'arrête
pas longtemps M. de Bruyn ; Ariftote
a des principes fi incertains , & il
s'exprime avec tant d'obfcurité , qu'il eſt
difficile d'imaginer ce qu'il a voulu dire.
L'Académie , le Portique & l'Ecole de
Pythagore , offrent à l'Auteur un champ
plus vafte & une moiffon plus abondante.
On pourra peut- être lui reprocher de
n'avoir pas affez obfervé la différence
des temps , & de s'en rapporter trop
fouvent
aux Ouvrages des Pythagoriciens &
des Stoïciens qui ont vêcu dans les premiers
fiècles de l'Eglife : par exemple ,
tout ce qu'il dit des fentimens de Pythagore
eft tiré des fentimens d'Hyéroclès.
La plus grande partie des Philofophes
affectoient de combattre ou de méprifer
L'Evangile ; il n'eft cependant pas dou
110 MERCURE DE FRANCE.
teux qu'ils n'en ayent tiré de grande
lumières. Quoiqu'il en foit , l'Auteur
enrichi fa Differtation d'un grand nom
bre de beaux paffages de Philofophe
Grecs & Latins de toutes les Ecoles fu
la nature & les perfections de l'Etre fuprême
, fur la Providence , la fin de
l'homme , & l'immortalité de l'ame .
Il réfulte de cette premiere partie de la
Differtation que les Sages du Paganiſme
ont fouvent entrevu la vérité : fur les
objets les plus importans , ils ont eu les
plus grandes & les plus faines idées , les
ont exprimées avec clarté , avec force ,
avec nobleffe : ils nous ont laiffé de bons
préceptes & des leçons utiles ; ils ont
parlé de Dieu en termes magnifiques ; ils
ont peint la vertu en hommes qui la
connoiffoient bien . Si leurs principes
avoient été fixés avec plus de précision ,
& s'ils en avoient tiré des conféquences
plus profondes & plus juttes , il y auroit
eu peu de chofe à refaire à leur fyftême
de morale. Mais on les voit flottans dans
une incertitude perpétuelle , & ils n'avoient
pas une baze affez ferme pour
donner de la folidité à l'édifice qu'ils vouloient
élever : c'eft ce que M. de Bruyn
entreprend de démontrer dans fa feconde
partie. En fuivant le plan de fa premiere ,
JANVIER. 1760. III
il fait voir que fi les Philofophes ont
quelquefois prouvé qu'ils avoient des
idées juftes & faines de Dieu & de fes
perfections, plus fouvent encore ils en ont
eu de fauffes ; que quoiqu'ils ayent quelquefois
paru perfuadés de l'exiſtence d'un
Dieu éternel , Créateur & Confervateur
de cet Univers , ils n'ont pas laiffé de lui
affocier des Divinités inférieures auxquelles
, tout de même que le vulgaire ignorant
, ils rendoient un culte , dreffoient
des Autels , & offroient des facrifices . En
général ils reconnoiffoient une Providence
; mais fur cet article leurs idées n'étoient
ni claires, ni préciſes. C'est ce dont
feront forcés de convenir tous ceux qui
liront les preuves qu'en donne M. de
Bruyn.
On ne doit pas foupçonner qu'un zèle
outré l'ait aveuglé ; car dans l'occaſion
loin d'exagérer les erreurs des Philofophes
, il en fait bien fouvent l'apologie.
Par exemple , il juftifie les Stoiciens ,
qu'on accufe communément de détruire
la liberté de Dieu par leur doctrine du
deftin ; ce qui donne occafion à notre
Auteur de faire voir qu'en ce point ils
penfoient plus jufte qu'on ne l'a cru : il
fe fert pour cela d'un paffage de Seneque ,
d'après lequel il croit pouvoir conclurre
112 MERCURE DE FRANC E.
que le deftin , fuivant l'idée qu'ils s'e
étoient formée , n'étoit que l'ordre de
chofes que Dieu lui-même avoit choi
& établi * ; ce qui ne détruit en aucune
façon fa liberté.
Enfin M. de Bruyn fait voir que les
idées que les Philofophes avoient fur l'im
mortalité de l'ame , n'étoient ni conftantes
ni juftes . Quelqu'un d'entr'eux la fouhaitoient
, l'efpéroient ; mais aucun ne l'a
établie fur des preuves folides & convainquantes.
que tout
On ne peut à la vérité difconvenir
qu'il n'y ait de très - beaux paffages fur
cet objet dans Platon , Cicéron & Senéque
, mais il faut avouer auffi
ce qu'ils en ont 'dit eft plein d'erreurs &
d'incertitudes ; & en effet à quoi s'eft
jamais réduit le fyftême de ces Philofophes
, de ceux même qui femblent avoir
raifonné plus jufte fur ce point ? les Pytagoriciens
& les Platoniciens, qui avoient
à peu-près les mêmes idées , croyoient à
la Métempfycofe , & l'admettoient dans
toure la rigueur de la lettre ; au moins
notre Auteur en prend- il occafion de le
prouver ici contre quelques Sçavans qui
* Ille ipfe omnium conditor ac rector fcripfit qui
dem fata, fed fequitur , femper paret , femel juffita
De Provid. Cap. 5. *
い
JANVIER. 1760. 113
renfent le contraire , & furtout le célèbre
M. Irhoven , qui dans fon Livre de Palingenefiá
veterum, a effayé de donner au terme
de Métempfycofe un fens adouci &
allégorique. Au refte cette espèce de difpute
pourra paroître aux Lecteurs une
digreffion ; mais ce n'eft pas la moindre
partie de l'ouvrage, & on là lira furement
avec plaifir. L'opinion des Stoiciens n'étoit
pas mieux fondée : ils fuppofoient
que les ames des méchans étoient anéanties
à l'inftant de leur féparation d'avec
le corps , & que celles des juftes au
contraire exiftoient encore longtemps
après cette vie , & fe réuniffoient enfin
à l'ame du monde.
Après avoir expofé ces fyftêmes &
démontré leur foibleffe , notre Auteur
conclud que quoique la morale du Paganifme
contînt plufieurs préceptes fages
& utiles fur différens devoirs de l'homme
, elle devoit cependant être fort
défectueule , parce qu'elle manquoit de
fondemens folides & des motifs les plus
efficaces pour conduire l'homme à la vertu
, c'est- à- dire , des fecours de la religion.
Dans cette courte analyſe de la Differ
tation de M. de Bruyn , nous avons tâ
ché d'expofer fa méthode & fes principes,
& de fuivre le fil de fes raifonnemens :
114 MERCURE DE FRANCE.
il ne feroit cependant pas étonnant que
nous l'euffions quelquefois perdu de vue
dans un labyrinthe de citations & de
fçavantes difcuffions , qui de temps en
temps interrompent & embarraffent fa
marche. Du refte , nous ne diffimulerons
pas qu'affez fouvent l'Auteur femble oublier
fon fujet pour ſe jetter dans des digreffions
qui l'en éloignent toujours davantage
; & fa Differtation paroît tenir
plus à la Théologie qu'à la Morale des
Payens.
La feconde Differtation eft plus fimple
, plus concife , moins chargée d'érudition
, quoique l'Auteur y indique les
fources où l'on peut puifer des lumières
fur la matière dont il parle. Il feroit peutêtre
plus aifé de traduire tout l'Ouvrage ,
que d'en faire une analyfe , parce que
tout est lié à l'objet principal. Ce Difcours
eft intitulé : Effais fur la perfection
de la Morale naturelle. Quels font
les points principaux de la Morale ?
Qu'en ont penfé les Philofophes du Paganifme
? Ce font là les deux points qui
font la divifion de cette Differtation .
L'Auteur définit ainfi la Morale : Une
Science qui enfeigne à l'homme le moyen
de parvenir à la plus grande félicité dont
il eft capable , en pratiquant la vertu &
1
JANVIER. 1760. 115
fuyant le vice. Cette définition contient
le but de la Morale , & les routes par
lefquelles elle nous y conduit. Il eft facile
d'en déduire les moyens d'y parvenir.
La Morale doit d'abord confidérer
l'homme tel qu'il eft en lui - même , dans
fon état actuel , c'eſt-à- dire déchu de fon
innocence primitive ; elle doit enſeigner
en quoi confifte particulierement le véritable
bonheur de l'homme qui ne peut
confifter que dans le bon ufage & la
perfection de fes facultés . Elle doit par
conféquent lui apprendre à perfectionner
fon entendement , & à fe rendre maître
de fes paffions , afin que fa volonté ne
l'entraîne jamais que vers les objets qui
peuvent le rendre vraiment heureux.C'eft
à cela feul que fe bornent les préceptes
de la Morale ; mais ces préceptes ne fuffilent
pas. Ce n'eft pas affez d'indiquer le
chemin qu'il faut prendre ; il eft encore
important de guider celui qui doit y entrer,
en lui faifant remarquer les obftacles
qu'il y rencontrera , en lui donnant
les moyens de les vaincre , & en lui offrant
des motifs fuffifans pour lui faire
pourfuivre fa carrière , fans qu'il fe laffe.
ni fe dégoute jamais . Tels font en général
les objets dont la morale doit s'occuper
; un fyftême qui les embrafferoit &
T16 MERCURE DE FRANCE .
les développeroit tous , nous donneroi
une morale parfaite : mais un tel ſyſtêm‹
pourroit- il être le réſultat des recherches
de la raifon feule privées des fecours de la
révélation ? C'eft une grande queftion à
difcuter , & dont le développement oceupe
notre fçavant Anonyme dans la
feconde partie de fa Differtation. C'eft
une queftion de fait très - épineufe, & dont
les difficultés fe préfentent d'elles-mêmes
au premier coup d'oeil ; car outre la lecture
immenfe , les recherches & les difcuffions
qu'elle exige , elle fuppofe auffi deux autres
chofes dont il n'eft pas aifé de s'affurer.
Il faudroit d'abord être certain que les
Philofophes du Paganiſme n'ont rien emprunté
de la révélation . Sans s'arrêter aux
fecours que Platon & Pythagore , felon
quelques Auteurs , ont pu tirer des Livres
des Hébreux , il paroît inconteftable que
les premiers Philofophes de l'Antiquité
ont reçu de la tradition les principaux
points de leur doctrine. Dieu s'étoit fouvent
manifefté aux Patriarches : mais il
eft difficile d'expliquer comment ces révélations
auroient pu tranfpirer parmi les
Sages de l'Orient , qui furent les Maîtres
des Grecs. Qui pourra fe flatter jamais
d'être en état de féparer exactement les
idées qui leur vinrent par la tradition ,
JANVIER. 1760. 117
d'avec celles qu'ils n'ont dues qu'aux efforts
de la raifon ?
Quand on fuppoferoit ces deux points
fuffifamment éclaircis , il faudroit encore
favoir fi les Philofophes dont on examine
les opinions , ont attaché véritablement
à leurs expreffions le fens que nous y
donnons aujourd'hui. On s'y eft mépris
plus d'une fois * ; & l'on a déjà démontré
que dans certains cas où ils paroiffoient
s'exprimer comme nous , non feulement
ils n'avoient pas les mêmes idées ,
mais ils en avoient d'entierement oppofées
. Notre Auteur examine les défauts
de la Morale , fuivant le plan qu'il a
établi dans fa première partie ; & de cet
examen il conclut que non feulement
aucun Philofophe n'a jamais donné un
fyftême complet de Morale , mais même
qu'il feroit difficile d'en compoſer un
de tous les traits qu'on trouve épars
dans leurs écrits , quoique d'ailleurs il
convienne qu'ils contiennent beaucoup
d'utiles leçons de vertu , de préceptes falutaires
& de fages réflexions , qu'il ne
prétend en aucune façon déprifer. Mais
outre que ces fentences font éparfes çà
& là , ( Ciceron & Ariftote étant les
* On trouvera des exemples de ces mépriſes
dans Leclerc , Art. critic . Part. II . Sect . 1. C. 15.
118 MERCURE DE FRANCE.
feuls qui ont traité des devoirs de l'hom
me avec quelque méthode ) la précifion
la fimplicité & la facilité fi néceffaire
pour un Ouvrage qui doit être à la por
tée de tout le monde , manquent abfolument
aux leurs . Combien de défauts
combien d'omiffions ne remarque t- on
pas dans les détails de leur Morale :
S'ils traitent des devoirs de l'homme
envers Dieu , c'eſt fuperficiellement &
imparfaitement. Ils ont parlé avec plus
d'exactitude des devoirs envers nous-
-mêmes ; mais il y a quelques-uns de ces
devoirs qu'ils ne paroiffent pas avoir connus.
Ils ont loué la chafteté ; mais pour
fe convaincre que malgré l'éloge qu'ils
en ont fait , ils n'ont pas laiffe d'être fort
relâchés fur cet article , il fuffit d'ouvrir
leurs Livres . Les Inftitutions de Lycurgue
& celles de Platon dans fa République ,
n'en laiffent pas douter. Les devoirs de
l'homme envers les autres font ceux dont
ils ont le mieux parlé mais ont- ils fait
un précepte du pardon des injures & de
l'amour de fes ennemis ? Enfin juſqu'où
n'ont - ils pas étendu les droits des peres
fur leurs enfans ?
On ne doit pas être furpris de ces défauts
& d'autres femblables. Il eût fallu
à ces Sages du Paganiíme , fur la nature
JANVIER . 1760. 119
de l'homme , des lumières que la raifon
feule ne pouvoit pas leur donner. Ils
ignoroient fon origine , fa chute qui eft la
vraie fource de cette corruption , de cette
dépravation que quelques uns d'entre
eux déploroient fi pathétiquement . Quels
remedes y euffent- ils jamais pu apporter ?
Par quel chemin l'euffent- ils pu conduire
au fouverain bonheur ? Ils ne le connoiffoient
pas , eux qui placoient la félicité
les uns dans la vertu même , les autres
dans la vertu & la poffeffion des biens
du corps & de l'efprit ; ceux- ci dans une
parfaite tranquillité de corps & d'ame
qu'on ne peut trouver que dans une conduite
conforme à la nature de l'homme .
On ne difconvient pas que toutes ccs chofes
ne puiffent contribuer à la félicité ;
mais à peine peut - on comprendre aujourd'hui
que les hommes aient pu les
regarder comme la félicité & le fouverain
bien. Cette ignorance de la nature
de l'homme & du fouverain bien a dû
néceffairement influer fur les motifs que
propofoient les Philofophes . Ils en tiroient
quelques uns de la beauté de la
vertu niême & de fes effets : elle nous
approche des Dieux , difoient ils , & établit
une forte de commerce & de fociété
entr'eux & nous , & nous rend en quel-
-
420 MERCURE DE FRANCE.
que façon femblables à eux par l'imita
tion de leurs perfections. La vertu, conti
nuoient- ils , fait régner la paix au -dedans
de nous - mêmes ; elle nous procure la
tranquillité de l'ame , la fanté du corps ,
des plaifirs honnêtes , & un bonheur folide
. A tout cela fe joignoit l'efpérance
d'une félicité immortelle , de laquelle les
'bons devoient jouir dans la fociété des
Dieux & des Héros ; dans le temps que
les méchans au contraire feroient abandonnés
dans le tartare à des fupplices
éternels . Ces motifs femblent devoir fuffire
; mais écoutons notre judicieux Au-.
teur : l'espérance d'une autre vie pouvoit
plutôt paffer pour un effet de la tradition
que pour celui de la raifon : du moins
il est très- certain qu'à cet égard l'efpérance
des Payens n'étoit pas bien affurée :
ils n'avoient nulle idée de la réfurection
des corps ; & quand on la leur annonça ,
ils la traitèrent de fable. Le dogme de
l'existence & de l'immortalité de notre
ame eft propre en particulier à l'Evangile.
La raifon laiffée à elle-même n'a fait que
l'entrevoir ; elle donnoit des efpérances
appuyées fur des argumens folides tirés.
de fon propre fond , mais ce n'étoit ni
une démonftration ni l'évidence : c'eſt
ce qu'on remarque clairement dans les
diſcours
JANVIER. 1760.
121
difcours de Socrate , dans les écrits de
Cicéron & de Senéque. Que dirons- nous
des autres Philofophes qui nioient l'immortalité
de l'ame & difputoient avec
tant d'obſcurité & de fubtilité , qu'il ſeroit
difficile de fe déterminer d'après leurs
raifonnemens.
En général ils parloient de la vertu
dans des termes magnifiques , ils en recommandoient
la pratique avec chaleur ;
mais leurs exhortations n'avoient pas affez
de poids , & eux-mêmes n'avoient pas
affez d'autorité pour les faire recevoir.
La volonté , l'ordre exprès de Dieu , voilà
les raifons qu'il faut alléguer à la plupart
des hommes , fur lesquels la notion du
jufte & de l'injufte n'ont que bien peu
de force. Etoit- ce les raifons qu'on leur
propofoit non les Philofophes n'avoient
jamais penfé à les animer à la
vertu par des motifs puifés dans le fond
de la Religion , comme fi la Morale lui
étoit entierement étrangère. Les idées
que la plupart d'entr'eux avoient fur la
nature de la Divinité, étoient fi obſcures ,
fi fauffes & fi injurieufes à l'Etre fuprême,
qu'elles ne pouvoient aucunement fervir
à perfectionner leur Morale. Quel ufage
faifoient de leurs idées ceux qui en
avoient de plus faines ? Ils fe mocquoient
11. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
des opinions du vulgaire , & rioient del
crédulité du Peuple dont ils entretenoier
la fuperftition par leur exemple.
Pour fentir combien tout cela raffer
blé doit affoiblir ce que d'un autre côt
les Philofophes difoient de meilleur & d
plus fort , il fuffira de fe rappeller quel
ont été le culte & les coutumes dc
minantes de tous les Peuples du Paga
nifme , de ceux même qui étoient le
plus polis & les plus éclairés.
Que devons - nous donc conclure d
tout ceci ? que la raiſon toute ſeule a pr
montrer à l'homme une partie de ce qu'i
avoit à faire pour être heureux. Elle a p
le conduire jufqu'à la porte du Templ
de la fuprême & éternelle félicité : mai
il n'y a que la révélation qui ait pi
l'introduire dans le Sanctuaire.
Tel eft le réſultat des fages & fçavantes
réflexions de notre Auteur ; nous
pourrions bien en avoir affoibli le mérite
en les abrégeant , c'eft pourquoi nous
invitons nos Lecteurs à lire ce recueil ,
qui ne peut qu'être agréable à ceux qui
aiment la bonne & folide Philofophie.
Nota. Cet Extrait qui m'a été communiqué
, eft prefque littéralement traduit
d'un fort bon Journal Italien qui s'imprime
à Berne.
JANVIER. 1760. 123
PROSPECTUS du nouveau Journal
Etranger , par M. l'Abbé Arnaud.
CE Journal , qui avoit été commencé
en 1754, & abandonné à la fin de 1758,
eft repris aujourd'hui par un homme de
beaucoup d'efprit , dont les lumières &
les talens connus des gens de Lettres , le
feront bientôt du Public . Le Profpectus
que M. l'Abbé Arnaud vient de publier
n'eft pas fimplement l'annonce du plan
& de la forme qu'il donnera à fon Journal
; il y a joint une Differtation trèsprofonde
& très- bien écrite fur la nature
, l'origine & les principes des Langues
anciennes & modernes. Je vais extraire
de cette Differtation quelques morceaux
qui feront juger du caractère de
l'efprit & du ftyle de l'Auteur.
Il prévient d'abord le reproche qu'on
pourroit lui faire d'ajouter un nouveau
Journal à cette multitude de Journaux
dont on eft furchargé . On peut bien fe
plaindre de voir vingt Ouvrages différens
, qui avec quelques différences dans
le titre & dans la forme n'ont au fond
que le même objet ; mais ces plaintes
Fij
124 MERCURE DE FRANCE
n'ont jamais regardé le Journal Etrang
dont l'utilité a été fentie & reconnue d
le moment de fa naiffance. M. l'Abb
Arnaud paffe enfuite à l'hiftoire philofc
phique des Langnes. Il remonte au temp
où les Sçavans de l'Europe , qui ne s'oc
cupoient guère que de l'Antiquité , e
empruntoient le langage , comme le feu
qui fût digne & même capable de répan
dre leurs ouvrages & leur réputatior
On fentit enfin combien il étoit contrair
à la dignité de l'efprit humain de fubor :
donner la pensée à la mémoire , l'objek
aux moyens , & impoffible de faire paffe ,
fon ame & fes traits dans la langue d'ur
Peuple dont les moeurs n'existent plus
Les hommes de génie , à qui feuls il ef
donné de renverfer & d'établir , ofè
rent enfin parler leur langue naturelle ,
& préfenter les Sciences , les Lettres &
les Arts fous les formes des différenson
idiomes de l'Europe . La Langue Françoife
eft fans doute la plus propre à
répandre les connoiffances humaines.
» Ce que la Latine obtint des conquêtes
» de ce Peuple immortel , qui moins ja
" loux de fubjuguer les hommes que
» de commander à l'efprit humain , mite
fes loix dans les coeurs & fon langage &
» dans la bouche de toutes les Nations
JANVIER . 1760 .
125
ود
»
» de la terre , la Langue Françoiſe ne
» l'a - t-elle pas obtenu , du confentement
univerfel de l'Europe : C'eft ainfi qu'a-
» vant même qu'Alexandre eût introduit
la Langue Grecque dans les vaftes contrees
que lui fit parcourir fon ambi-
» tion , on la vit répandue dans plufieurs
Parties de l'Afie & de l'Europe où les
» Grecs n'avoient jamais porté la guerre ;
" & que des Princes Barbares qui détef
» toient les moeurs & la liberté de la
» Gréce , non feulement s'emprefferent
d'apprendre , mais même fe plurent à
parler fa langue .
"
dit-
M. l'Abbé Arnaud prend de là occafion
de faire le portrait de la Langue Grecque
, & il en parle avec une chaleur , un
enthoufiafme qui frappera ceux même qui
ne la connoiffent pas. Elle ne fut pas ,
il , l'ouvrage des Dieux fans doute , mais
elle le fut inconteftablement des hommes
les plus fenfibles , les plus heureuſement
organifés qui fuffent jamais. On diroit ,
ajoute - t-il , que la nature , à laquelle il
femble qu'ils tenoient de plus près , s'étoit
offerte à eux par les côtés les plus frappans
& les plus riches ; qu'avant que
d'avoir rien nommé , ils avoient parcouru
l'univerfalité des chofes , & en avoient
faifi les rapports , les différences , l'en-
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
chaînement , en un mot toutes les propriétés,
tant la Langue Grecque eft l'image
fidèle des actions des objets fur les fens ,
& de l'action de l'ame fur elle - même. Il
parcourt enfuite les différentes propriétés
de cette langue , qui fuivant l'expreffion
de Lafcaris , eft aux fciences & aux arts
ce que la lumière eft aux couleurs , &
paroît avoir été formée , moins par le
befoin & par la convention que par la
nature même.
La langue Grecque communiqua à la
langue latine la plupart de fes propriétés
, & furtout l'art d'ordonner les mots.
La différence du génie & du caractère
des Latins altéra ceux qu'ils en reçurent.
La langue latine ne conferva ni l'harmonie
, ni l'agrément , ni la fécondité.
de la Grecque ; mais cette perte fut com .
penfée par la pompe & la magnificence
de fon ftyle , où fe réfléchiffent encore:
l'éclat & la majefté de la République
Romaine. Cette Langue , après avoir atteint
fa perfection fous Augufte , dégénéra
avec l'ame de ceux qui la parloient. La
tranflation de l'Empire dans la Grèce ,
& l'irruption des Barbares , en achevèrent
la décadence. » L'édifice de la Langue
» tomba, & entraîna dans fa chûte & les
» Sciences , & les Lettres , & les Arts
JANVIER. 1760. 127
& les moeurs & les loix dont elle étoit
dépofitaire. Forcés de recourir à fes
ruines , les defcendans des Maîtres du
monde , y puiferent le peu de mots
dont pouvoient avoir befoin des hommes
avilis par l'ignorance & par la fervitude.
Ces mots furent pris comme
au hafard & fans choix , l'énergie en
» fur rétrécie , & même fouvent dénaturée.
Il étoit impoffible que des efclaves
ignorans pénétraffent & faififfent le fens
qu'y avoient attaché des ames inftruites
& libres. » Enfin cette analogie précieufe
qu'on voit régner dans les Langues
Grecque & Latine , & qui répond
fi fidèlement à la chaîne des connoiffances
humaines , fut déchirée & mife en
piéces. De là l'indigence , la foibleffe
l'imperfection , l'air de délabrement &
de ruine que nous fommes forcés de déplorer
encore dans les Langues qui fe
font formées de la Latine. Ce que M.-
l'Abbé Arnaud dit ici de la deftruction
de l'analogie eft une idée très- réfléchie ,
mais dont la jufteffe & la profondeur*
échapperoient à des efprits peu attentifs
& à tous ceux qui n'ont jamais médité
fur les principes méthaphyfiques des
Langues. Je vais fuppléer par une obfervation
au développement que M.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
l'Abbé Arnaud n'a pu donner à fon idée ,
parce que fa Differtation ne lui laiffoit
pas affez d'eſpace. Les Langues anciennes
, furtout la Grecque , formoient un
vrai fyftême encyclopédique. D'un même
mot qui exprime l'idée ou la fenfation
fondamentale , elles faifoient fortir
fous diverfes modifications des mots
analogues pour repréfenter les idées & les
fenfations analogues & diverfement modifiées.
L'expreffion fuivoit au dehors les
mêmes nuances que l'impreffion intérieure
dont elle devoit être l'image . Ainfi un
mot, en vertu de l'analogie, étoit propre
à réveiller dans l'efprit beaucoup d'idées
relatives. Les Langues dérivées ont perdu
ce précieux avantage , & les Modernes
ne paroiffent pas en avoir fenti le prix .
Tantôt ils ont tranfplanté la racine &
coupé les rameaux ; tantôt ils fe font approprié
les rameaux & ont laiffé la racine.
Je ne citerai qu'un exemple pour
éclaircir cette obfervation ; c'eft celui du
verbe loqui. Les Latins en ont formé
locutio , loquela , loquax , loquacitas
eloquentia , eloquium , elocutio ; alloqui ,
colloqui , circumloqui &c.
On fent combien ces différentes ramifications
d'une même racine étoient propres
à porter vivement à l'efprit les modif
JANVIER. 1760. 129
cations d'idées qu'on vouloit exprimer.
Nous difons en François parler , babil ,
éloquence , difcours &c. Quelle analogie
ces mots ont ils entr'eux ? Que fignifient
dans notre Langue les élémens ifolés de
circonlocution, dont le fens eft fi fimple
& fi expreffif dans le Latin circumlocutio ?
On voit encore par cet exemple que nous
n'avons pas tous les termes correfpondans
aux mots Latins dérivés de loqui .
Des trois idiomes dont la Langue Latine
fut la fource commune , l'Italien arriva
le plutôt à la perfection. Cette Langue
a confervé prefque tous les procédés
des Langues Grecque & Latine . Elle
trouble & rompt à fon gré l'ordre grammatical
& naturel, pour y fubftituer l'ordre
muſical , c'eſt - à-dire , ce défordre harmonieux
de paroles , à qui feul il appartient
de rendre les Langues fufceptibles de
ces figures hardies , impétueufes & robuftes
qui femblent moins naître de l'art , que de
la vivacité du fentiment & de la véhémence
des paffions. Abondante , variée , propre
à tous les ftyles , elle fe porte plus volontiers
vers la tendreffe & la douceur . Elle
tire de la quantité de fes fyllabes des
mouvemens variés , foutenus & cadencés ;
mais ce qu'elle a d'exclufif , c'eft que
quoiqu'elle ait fon caractère, elle fe prête
EY
130 MERCURE DE FRANCE:
au caractère de toutes les Langues , fans
violence & même fans contrainte.
L'Auteur , en parlant de l'Efpagnol ,
dit que cette Langue par fa marche lente
& majeftueufe fait fouvenir de ces chants:
Spondaïques que Platon vouloit que
l'on confacrât exclufivement au culte des
Dieux. Elle fe prête aux inverfions avec
plus de fobriété que l'Italienne ; mais fes
mots ont tant de réfonnance , qu'elle eft
nombreuſe lors même qu'elle s'affujettit
le plus à l'ordre naturel & grammatical.
C'est à leur méchanifme que les Langues
Italienne & Efpagnole ont dû l'avantage
d'être fixées plutôt que la Françoife.
Toutes les Langues, des Peuples polis
tendent à l'euphonie , c'est - à - dire ,
à la prononciation la plus douce & la
plus agréable qui puiffe convenir à leur
caractère. Or des Langues dont les élémens
font tous prononcés & fonores , ont
dû faire fentir tout d'un coup à l'oreille,
à qui feule il appartient de juger de la
perfection extérieure du langage , toute
l'harmonie & tout l'effet dont elles.
étoient fufceptibles .
M. l'Abbé Arnaud n'entre point dans
le détail des viciffitudes que la langue
latine éprouva dans les Gaules , où elle
perdit tous fes rapports , foit harmoni
JANVIER. 1760. 731
es , foit philofophiques. Il fe borne à
faire connoître une partie du caractère
extérieur & matériel de notre Langue.
1. En remplaçant par un élément muet
la derniere fyllabe des mots Latins , nous
détruifimes la variété des terminaifons
propres à défigner le genre dans les fubftances
, comme on voit dans les mots
Peuple, Langue , & celles qui marquoient
les perfonnes dans les verbes : nous difons
aime à la première & troifième perfonne,
& nous n'entendons que le même fon à la
feconde. Ce procédé entraîna la néceffité
des pronoms. Il détruifit les rapports de
la pénultième fyllabe , qui animoit pour
ainfi dire le premier corps du mot . Ainfi
le mot perfide en Latin eft plein de mouvement
& d'action ; perfide le traîne dans
le François d'où notre Langue eft devenue
fourde & languiffante , fa quantité
foible & nulle. 2. ° Le penchant des Lan--
gues vers l'euphonie dût infenfiblement.
abolir la prononciation des terminaifons
latines que nous avions adoptées. Les Latins
étoient dédommagés de leur dureté
par l'harmonie qui réfultoit de la valeur
profodique des fyllabes. Rien ne rachetoit
dans notre langue cette dureté : l'oreille
,. ce fens dédaigneux & fuperbe ,
en bannit la prononciation ; ainfi au lieu
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
1
de prononcer , par exemple , tous les élé-
2
mens du verbe avoient comme les Latins
faifoient habebant , nous avons dit avè
avec un e très -ouvert : de là la différence
qui fe trouve entre la manière dont notre
Langue eft écrite & celle dont elle eft
prononcée de là l'uniformité ou plutôt.
la monotonie de la plupartde nos définences
, aimois aimoit , aimoient , progrès
jamais de là , pouvons - nous, ajouter ,
l'embarras de l'efprit fur les mots différens
dont la prononciation eft la même
vin, vingt , vain , vint , vins & c. la fréquence
des équivoques, & la néceffité de
rapprocher la langue parlée de la langue:
écrite , pour entendre celle- là . De toutes.
ces opérations enfin réfulta les befoins de
fuivre l'ordre grammatical ; c'eſt-à- dire ,.
que la langue qui devoit être l'inftrument
de l'efprit , en devint le tyran. La tranfpofition
qui renferme le double avantage
de donner de l'harmonie à la phrafe &
de l'exercice à l'efprit qu'elle oblige de
replacer les mots dans leur ordre naturel,
la tranfpofition, au moyen de laquelle
les mots , comme le dit l'Auteur en par→
lant de la langue Grecque , tantôt procèdent
comme la raifon tranquille , tantôt
s'élancent , fe troublent & fe défordonnent
comme les paffions , la tranfpofition fi néJANVIER
. 1760 . 133
رد
ceffaire à l'éloquence & à la poefie pour
rendre les grandes images & les grands
mouvemens , fut bannie de la langue
Françoiſe , où elle n'eût porté que la
confufion . Elle facrifia à la clarté & à
l'ordre les plus puiffantes reffources de
l'élocution . Elle abandonna fans regret
aux langues étrangères l'avantage de peindre
les paffions . Elle n'ambitionna que la
gloire de devenir la langue du raifonnement.
La poefie ne différa effentiellement
de la profe que par l'uniformité des
repos & des définences. » Après tout , ces
» temps n'étoient plus où la Poëfie dictoit
» les loix , régloit les moeurs , faifoit dé-
» tefter les tyrans : elle avoit perdu le
» droit de faire defcendre les Dieux fur
» la terre , & de leur égaler les hommes.
L'éloquence, autrefois maîtreffe des loix,
» maîtreffe même du fort des Républi-
» ques , n'avoit plus befoin de ces traits
» vigoureux & terribles dont Démoſthé-
» nes & Cicéron l'avoient armée. Les
paffions avoient perdu leur plus grand.
» reffort. Les principales fources du mera
veilleux étoient taries : à la Philofophie
» ancienne , qui n'envifageoit les êtres
» que relativement à l'homme , fuccé-
" doit une Philofophie , qui fondée fur
l'obfervation & fur l'expérience , ne
"
"}
134 MERCURE DE FRANCE.
25 confidéroit les chofes que dans le rap
" port qu'elles ont avec l'univers. Def
» cartes enfeigna l'art de la penfée & du
» doute. Les hommes , que rien ne fépa-
" roit tant de la vérité que leurs propres
» connoiffances , s'interrogèrent fur leurs
» propres opinions ; ils voulurent con-
» noître la chaîne , l'origine & l'ordre de
leurs idées : l'exercice de l'entende--
» ment & de la réflexion détruifoit de
» jour en jour & les objets & la puiffance
» de l'imagination , à qui l'ignorance &
» l'erreur donnent tant de force & d'em--
pire ; faut-il être furpris qu'une langue
claire, nette , méthodique , qui procède
» comme la pensée & l'obfervation , que
» la Langue Françoife en un mot , foit
» devenue la Langue dominante de l'Eu-
» rope ? »>
27
Ceux de nos Ecrivains qui ont examiné
la caufe de l'univerfalité de la Langue
Françoife , l'avoient attribuée aux conquêtes
de Louis XIV, à notre commerce,
au grand nombre de bons Auteurs qui
parurent fous le régne de ce Monarque :
mais Louis XIV n'impofa pas le joug de fa
Langue, comme le faifoient les Romains,
& ce joug ne fe feroit pas étendu fur
toute l'Europe & au-delà. Le commerce
des Anglois n'a pas obtenu à leur Langue
JANVIER 1760. 135
le même privilége ; les Auteurs Italiens
du fiècle de Leon X , n'avoient pas fait :
régner la leur hors de l'Italie , la réunion
de ces circonfiances a pu favorifer l'em--
pire que notre Langue s'eft acquis , mais
fon caractère a dû être la principale caufe
de fes fuccès . C'eft ce qui réfulte de l'ob--
fervation de M. l'Abbé Arnaud..
l'on
Après avoir parlé du caractère des Langues
Angloife & Allemande , M. l'Abbér
Arnaud expofe enfuite le plan que
fuivra dans la compofition de fon Journal
. I a affocié à fon entrepriſe des
hommes de Lettres très - capables de le
feconder avec fuccès. M. de Montucla ,
M. de Querlon , M. Suard , M. Baer,font
fes coopérateurs ; & il a trouvé d'ailleurs
chez les étrangers d'habiles gens pour
remplir les différentes parties de fa correfpondance.
M. l'Abbé Arnaud a montré
dans fon Prospectus un efprit folide ,
une imagination forte & brillante , des
connoiffances très-étendues , & un ſtyle
nerveux & pittorefque. Ses talens & ceux
de fes affociés doivent faire préfumer bien
favorablement du fuccès de cette entreprife
à laquelle tous les gens de Lettres
doivent s'empreffer de concourir.
On foufcrit pour cet Ouvrage à Paris
chez Lambert , Imprimeur - Libraire , rue
136 MERCURE DE FRANCE.
& à côté de la Comédie Françoiſe , au
Parnaffe. Chaque volume du Journal fera
compofé de dix feuilles , & paroîtra exactement
le quinze de chaque mois . Let
prix de la foufcription des douze volumes
pour l'année, fera de vingt - quatre livres.
Les Soufcripteurs de Province le recevront
franc de port pour le même prix
pourvu qu'ils ayent foin d'affranchir leurs
lettres & le port de leur argent .
J
ETRENNES Chronométriques , ou
Calendrier pour l'année biffextile 1760 ,
contenant ce qu'on fçait de plus intéresfant
fur la divifion & la mefure du temps,
par M. Leroi l'aîné , Horloger du Roi ,
de l'Académie Royale d'Angers. A Paris
chez l'Auteur ; Defaint & Saillant , rue
Saint Jean de Beauvais Prault pere ,
Quai de Gêvres ; Nyon , Quai des Au--
guftins ; Lambert , à côté de la Comédie
Françoife.
Il ne faut pas confondre ce Calendrier
avec cette foule d'Almanachs dont nous
fommes aujourd'hui inondés : le titre que
l'Auteur lui a donné eft un trait de complaifance
pour le gout de la multitude. La
nature des objets que l'on y confidere, les
recherches étendues dont on y expofe le
JANVIER. 1760 .. 137
-
réfultat , la clarté & la précifion avec lefquelles
les matières y font traitées , rendent
ce petit ouvrage très - curieux &
très utile. On fera étonné du grand
nombre d'objets que l'Auteur a fçu
réunir dans un fi petit efpace. Il a divifé
fon Livre en huit parties ; dans la premiere
, après quelques réflexions fur la
durée , il parle de fes divifions naturelles
telles que l'année , le mois , la femaine ,
&c. La feconde partie traite des divifions
artificielles du temps , & de la
formation du Calendrier. La troisième
expofe les différens fyftêmes de Chronologie.
La quatrième , qui eft la plus
curieufe , traite des inftrumens propres à
mefurer le temps . On y remonte à l'invention
des Horloges , & l'on y fuit les
progrès de l'Horlogerie jufqu'à nos jours.
On montre dans la cinquième partie l'utilité
des mefures méchaniques du temps
appliquées aux fciences pofitives. La fixiéme
donne les moyens de connoître & de
régler les Montres & les Pendules . La
feptième parle des mefures naturelles du
temps & des méthodes pour régler les
Montres & les Pendules par leur moyen.
La huitième & derniere partie contient
quelques inventions de l'Auteur , fils aîné
du célèbre Julien Leroi que la nation
vient de perdre : il a fuccédé à fon perę
138 MERCURE DE FRANCE.
dans la place d'Horloger du Roi , & il
eft bien digne par fes talens & fon caractère
de le remplacer dans l'eftime publique.
M. Leroi indique un projet pour rendre
utile la colonne de l'Hôtel de Soif- ·
fons , & il a fait exécuter fon idée dans
le frontifpice qu'il a mis à la tête de fon
Calendrier. Je vais tranfcrire ici l'Article
où il développe fon projet.
Lorfqu'on compare nos cadrans folaires
aux gnomons que les Anciens ont élevés
dans prefque tous les climats , on voit
qu'il régne dans ceux ci autant de grandeur
& de majefté que de petiteffe & de
mefquinerie dans les nôtres.
Qu'est- ce en effet qu'une petite bran→
che de fer dont l'ombre fe projette fur
une muraille , comparée au gnomon de
cent quatre vingt pieds Romains de hau--
teur dont Ulugh- Beigh , Prince Tartare ,
petit- fils de Tamerlan , fit ufage en 1437.
On a ce magnifique obélifque dont on
voit encore des veftiges à Rome , & qui
avoit près de cent vingt pieds de haureur
fans compter la bafe , obélifque approprié
par Augufte aux ufages des cadrans
folaires : Ei qui eft in campo ,
Pline , ( Hift. nat . Chap. 10. ) Divus Auguftus
addidit mirabilem ufum ad deprehendit
JANVIER . 1760. 139
dendasfolis umbras dierumque ac noctium
magnitudines , &c. Une telle meſure du
temps paroît réellement être l'ouvrage
d'un Souverain , & deftinée à l'ufage de
tout un peuple.
On objecte , contre ces gnomons , que
l'ombre du globe dont ils étoient toujours
furmontés , fur le fol , n'eft jamais auffibien
terminée que l'image du foleil, lorfque
les rayons paffent par le trou d'une
plaque ; mais il feroit facile d'obvier à
cer inconvénient , en faisant le globecreux
, en retranchant une certaine portion
de ce globe par la partie méridionale
& par la boréale , c'eſt - à- dire , par
le côté qui regarderoit le Soleil à midi ,
& par celui qui lui feroit oppofé ; enfin
en ajuftant dans le globe une plaque dans
laquelle on pût faire un trou qui occupât
le centre de ce globe , & par lequel
les rayons du foleil puffent paffer comme
dans nos méridiens ordinaires : alors ce
globe marqueroit l'heure de deux manieres
, par fon ombre & par l'image du
foleil.
Ces confidérations m'ont fait penfer
que fi on approprioit la colonne de l'Hôtel
de Soiffons , érigée en 1572: par Catherine
de Médicis , aux mêmes ufages,
auxquels. Augufte avoit approprié l'obé140
MERCURE DE FRANCE.
lifque du champ de Mars , qu'on lui fit
marquer les heures , les quarts , & par
les différentes hauteurs méridiennes ou
déclinaifons du foleil, la longueur du jour
& de la nuit dans tout le courant de l'année
; ce feroit une chofe curieufe , utile
au Public , & qui fans beaucoup de dépenfe
, contribueroit à orner la Ville de
Paris. Cette idée fait le fujet du frontifpice
de cet ouvrage . M. Gravelot a bien
voulu la rendre avec cette élégance &
ce goût admiré dans tout ce qui part de
fon crayon
.
Au reste ce que je propoſe a été exécuté
dans l'antiquité la plus reculée.
Moyfe , ( dit Appion dans fes Egyptiaques
) éleva au lieu d'obélifque des colonnes
dont le pied étoit dans une espèce d'ef
quifou de baffin , & il y avoit au fommet
une figure ou tête d'homme dont l'ombre
fourniffoit le même cours que le foleil.
Lorfqu'on étoit fur le point d'abattre
cette fuperbe colonne , dont Sauval fait
l'éloge dans fon Hiftoire des Antiquités
de Paris , & qui nous ayant été confervée
par les foins & la générofité de M. de
Bachaumont , fait aujourd'hui l'admiration
de tous les gens de goût , le zèle
patriotique
de l'illuftre M. Greffet lui fit
publier une pièce de vers , dans laquelle
JANVIER. 1760 . 14t
il s'oppofoit fortement à ce deffein , propofant
d'orner ce monument d'une ftatue
du Roi , & de l'appeller déformais la
Colonne Lodoïque , à l'inftar des colonnes
Trajannes & Antonines qu'on voit à
Rome . C'eft dans cette vue que j'ai fait
graver aux deux tiers de la colonne un
médaillon de Sa Majesté . Il ne me conviendroit
point d'indiquer ici les differens
attributs dont on pourroit l'accompagner
: de fi nobles foins regarderoient
le Miniftre éclairé qui préfide aux Arts ,
& qui eft chéri de tous les Artiftes .
LETTRES fur différens fujets . A Avignon
1760. Cette petite brochure contient
une Lettre à l'Auteur du Livre verd
fur l'art de perfuader ; des Remontrances
aux Bourgeoifes du bon ton ; une Lettre à
un Ami fur l'éducation de fon fils ; la
gloire des Chenilles , adreffée aux Jardiniers.
Ces Lettres , dont l'Auteur fe déclare
Jardinier, ont été compofées la bêche
& le rateau à la main , & à ce titre elles
demandent plus d'indulgence que l'our
vrage d'un Auteur de profeffion .
SUPPLÉMENT à la France littéraire de
l'année 1758 , pour les années 1759 &
1760. A Paris chez Duchefne , Libraire ,
rue Saint Jacques,
42 MERCURE DE FRANCE.
ALMANACH Parifien , dédié aux Provinciaux.
A Paris chez Grangé, au Palais.
LETTRES de Miledi Goods Berrys & du
Chevalier Hynfon , traduites de l'Anglois
; ou Réfléxions différentes de celles
des Moraliſtes du temps , adreffées à ceux
qui voudront les lire. A Amfterdam , &
fe trouvent à Paris chez Celot , Grand-
Salle du Palais.
ESSAIS fur divers Sujets de Littérature
& de Morale, par M. l'Abbé Trublet, Tome
IV. A Paris, chez Briafſſon , rue S.Jacq.
LETTRES fur la Danfe & fur les Ballets,
par M. Noverre , Maître des Ballets de
S. A. S. Monfeigneur le Duc de Wirtemberg
, & ci-devant des Théâtres de Paris
, Lyon , Marfeille , Londres &c. A
Stutgard , & fe vend à Lyon , chez Aimé
de la Roche , aux Halles de la Grenette .
AÉTAT Militaire de France pour l'année
1760. Troifiéme Edition corrigée & augmentée
de plufieurs Articles par les fieurs
de Montandre. A Paris , chez Guillyn ,
quai des Auguftins.
ANNALES Topographiques , dédiées à
Mgr le Duc de Bourgogne , par une Société
de gens de Lettres . A Paris chez
Vincent , rue S. Severin. 1760 .
JANVIER. 1760. 143
LETTRE de M. DE VOLTAIRE.
QUELQUE répugnance , Monfieur ,
qu'on puiffe fentir à parler de foi- même
au Public , & quelques vains que puiffent
être tous les petits intérêts d'Auteur ,
vous jugerez peut- être qu'il eft des circonftances
où un homme qui a eu le
malheur d'écrire , doit au moins en qualité
de Citoyen réfuter la calomrie. Il
n'eft pas bien intéreflant pour le Public
que quelques hommes obfcurs ayent depuis
dix ans mis leurs Ouvrages fous le
nom d'un homme obfcur tel que je le
fuis , mais il m'eft permis d'avertir qu'on
m'a fouvent apporté dans ma retraite
des Brochures de Paris qui portoient mon
nom avec ce titre : Imprimées à Genève.
Je peux protefter que non feulement
aucune de ces brochures n'eft de moi ,
mais qu'à Genêve rien n'eft imprimé
fans la permiffion expreffe de trois Magiftrats
, & que toutes ces puérilités ,
pour ne rien dire de pis , font abfolument
ignorées dans ce Pays , où l'on n'eft occupé
que de fes devoirs , de fon commerce
& de l'agriculture , & où les dou144
MERCURE DE FRANCE
ceurs de la fociété ne font jamais aigries
par des querelles d'Auteur.
Ceux qui ont voulu troubler ainfi ma
vieilleffe & mon repos , fe font imaginé
que je demeurois à Genève. Il est vrai
que j'ai pris depuis longtemps le parti
de la retraite , pour n'être plus en butte
aux cabales & aux calomnies qui défolent
à Paris la Littérature ; mais il n'eft
pas vrai que je me fois retiré à Genêve :
mon habitation naturelle eft dans des
terres que je pofféde en France fur la
frontiére, & auxquelles Sa Majefté a daigné
accorder des priviléges & des droits
qui me rendent ces terres plus précieuſes :
c'est là que ma principale occupation ,
allez connue dans le Pays , eft de cultiver
en paix mes campagnes , & de n'y pas
être inutile à quelques infortunés. Je fuis
fi éloigné d'envoyer à Paris aucun ouvrage
, que je n'ai nul commerce avec
aucun Libraire , ni directement , ni indirectement
, ni même avec aucun homme
de Lettres de Paris ; & hors je ne
fçais quelle Tragédie , intitulée l'Orphelin
de la Chine , qu'un ami refpectable m'arracha
il y a cinq ou fix années , & dont
je fis le médiocre préfent aux Acteurs
de votre Théâtre , je n'ai certainement
rien fait imprimer dans cette Ville .
J'ai
JANVIER. 1760 . 145
J'ai été aflez furpris de recevoir , le
dernier Décembre, une feuille d'une Brochure
périodique intitulée l'Année Littéraire,
dont j'ignorois abfolument l'exiftence
dans ma retraite : cette feuille
étoit accompagnée d'une petite Comédie
qui a pour titre , la Femme qui a raifon ,
repréfentée à Karonge , donnée par M. de
V. & imprimée à Genève.
Ily a dans ce titre trois fauffetés : cette
Piéce , telle qu'elle eft défigurée par le
Libraire , n'eft affurément pas mon ouvrage
: elle n'a jamais été imprimée à
Genêve il n'y a nul endroit dans ce
Pays- ci qui s'appelle Karonge , & j'ajoute
que le Libraire de Paris qui l'a imprimée
fous mon nom , fans mon aveu , eft trèsépréhenfible.
Mais voici une autre réponſe aux politeffes
de l'Auteur de l'Année Littéraire.
La Piéce qu'il croit nouvelle fut jouée il
ya douze ans à Lunéville dans le Palais
du Roi de Pologne où j'avois l'honneur
de demeurer. Les premieres perſonnes
du Royaume pour la naiffance & peutêtre
pour l'efprit & le goût , la jouerent
en préſence de ce Monarque : il fuffit de
dire que Madame la Marquife du Chatelet
, Lorraire , repréfenta la Femme qui
a raifon , avec un applaudiffement uni-
II. Vol.
G
146 MERCURE DE FRANCE.
verfel . On taît par refpect le nom des
autres perfonnes illuftres qui vivent encore
, ou plutôt par la crainte de bleſſer
leur modeftie. Une telle affemblée fçavoit
peut-être auffi bien que l'Auteur de
l'Année Littéraire , ce que c'eft que la
bonne plaifanterie & la bienséance . Les
deux tiers de la Pièce furent compofés
par un homme dont j'envierois les talents
fi la jufte horreur qu'il a pour les tracafferies
d'Auteur , & pour les cabales du
Théâtre , ne l'avoit fait renoncer à un
Art pour lequel il avoit beaucoup de génie.
Je fis la derniere partie de l'ouvrage ;
je remis enfuite le tout en trois Actes ,
avec quelques changemens légers que
cette forme exigeoit ; & ce petit divertiffement
en trois Actes qui n'a jamais été
deftiné au Public , eft très-différent de la
Piéce qu'on a très- mal-à - propos imprimée
fous mon nom.
Vous voyez , Monfieur , que je ne fuis
pas le feul qui doive des remercimens
à l'Auteur de l'Année littéraire , pour les
belles imputations de groffièreté Tudefque,
de baffeffe & d'indécence , qu'il prodigue.
Le Roi de Pologne , les premières Dames
du Royaume , & des Princes , peuvent
en prendre leur part avec la même reconnoiffance;
& le reſpectable Auteur qui
JANVIER. 1760. 147
m’aida dans cette fête , doit partager les
mêmes fentimens.
Je me fuis informé de ce qu'étoit
cette Année Littéraire , & j'ai appris que
c'eft un Ouvrage où les hommes les plus
célébres que nous ayons aujourd'hui dans
la Littérature font fouvent outragés ; c'eft
pour moi un nouveau fujet de remercimens.
J'ai parcouru quelques pages de la
Brochure , j'y ai trouvé quelques injures
un peu fortes contre M. le Mierre : on l'y
traite d'homme fans génie , de plagiaire ,
de Joueur de gobelets , parce que ce jeune
homme eftimable a remporté trois
prix à notre Académie , & qu'il a réuffi
dans une Tragédie longtemps honorée
des fuffrages encourageans du Public .
Je dois dire en général , & fans avoir
perfonne en vue , qu'il eft un peu
hardi
de s'ériger en Juge de tous les Ouvrages
& qu'il vaudroit mieux en faire de bons.
La fatyre en vers , & même en beaux
vers , eft aujourd'hui décriée ; à plus forte
raifon la fatyre en profe , furtout quand
on y réuffit d'autant plus mal , qu'il eft
plus aifé d'écrire dans ce pitoyable genre.
Je fuis très éloigné de caractérifer ici
l'Auteur de l'Année littéraire , qui m'eft
abfolument inconnu . On me dit qu'il eft
depuis longtemps mon ennemi ; à la bon-
-
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
ne heure on a beau me le dire , je vous
affure que je n'en fçais rien.
Si dans la crife où eft l'Europe , &
dans les malheurs qui défolent tant d'E
tats , il eſt encore quelques Amateurs de
la Littérature qui s'amufent du bien &
du mal qu'elle peut produire , je les prie
de croire que je mépriſe la fatyre , & que
je n'en fais point.
DE VOLTAIRE.
ARTICLE IIL
SCIENCES ET BELLES- LETTRES.
ACADÉMIE S.
SUITE de la Séance publique de l'Académie
des Sciences du 14 Novembre.
APRÉs la lecture du Mémoire de M.
Hériffant , M. Pingré lut un Difcours fur
la Cométographie.
A ce Difcours fuccéda un Mémoire
fur la diffolution du Phoſphore d'urine ou
de Kunckel , par M. Fougeroux , dont
Voici l'extrait .
La premiere découverte du phoſphore
JANVIER. 1760 . 149
eft due à un nommé Brandt , Alchymifte
de Hambourg , qui le trouva en 1669
s'occupant de la pierre philofophale . II
mourut fans révéler fon fecret.
Kunckel , Chymifte de l'Electeur de
Saxe , rechercha la façon de faire le
phofpore , & y réuffit . Il communiqua fa
découverte à quelques - uns de fes amis .
L'illuftre Boyle, de Londres , apprit la
compofition du phofphore , de Kraff Médecin
de Drefde. Il le rendit public en
1680 dans fon ouvrage intitulé Nodiluca
aërea.
,
,
M. Homberg de l'Académie des
Sciences , donna fa préparation dans le
volume de l'Académie de 1692. Feu M.
Dufay , M. Hellot & M. Duhamel furent
chargés par l'Académie d'examiner un
procédé qui fut préfenté à la Compagnie
comme plus für & plus aifé que celui
décrit par M. Homberg. C'eft cette derniere
façon de fe le procurer , & les obfervations
qui fe font préfentées en l'exécutant
, que M. Hellot a exactement rendues
. ( volume Académique , année 1737)
MM. Margraff & Pott ont depuis beaucoup
perfectionné ce travail encore aujourd'hui
défagréable*,pénible & couteux .
* En général les procédés de ce Phoſphore one
toujours eu pour baſe l'urine.
G. iij
150 MERCURE DE FRANCE.
Depuis longtemps l'on avoit prêté attention
à la lumière que répandent certaines
fubftances que l'on peut regarder
comme des phofphores naturels ; le bois
pourri , les vers luifants , l'eau de la mer,
les poiffons falés , l'urine , la chair d'animaux
devenus lumineux par certaines
circonftances , avoient été fouvent obfervés.
Les travaux des Chymiftes ayant encore
ajouté à ceux- ci les phofphores que
l'on peut fe procuret par art , ils ont
rendu par-là la claffe des phoſphores trèsnombreuſe.
Ils nous ont appris que certaines
chaux métalliques , une grande
partie des terres fondantes , les pierres
précieufes , les fphats expofés à un grand
feu , retirés & portés à l'obfcurité , offrent
auffi de la lueur ; mais M. Fougeroux
a cru trouver ces phénomènes joints
à plufieurs autres , & d'une manière bien
plus frappante encore dans le phofphore
d'urine.
Certains phénomènes communs au
phoſphore & à l'électricité ne fembleroient-
ils pas donner lieu à conjecturer
que ces deux fingulières découvertes pourroient
fe rapprocher , & en fe prêtant
mutuellement des lumières , devenir plus
connues M. Fougeroux le conjecture ;
mais il avoue ne s'être point attaché à
JANVIER. 1960 . 151
fuivré cette partie , quoiqu'elle lui ait
paru mériter d'être approfondie.
Le peu de durée des Affemblées publiques
a obligé M. Fougeroux de reftreindre
fon Mémoire aux faits principaux.
Je ferai ici encore plus concis .
Le phofphore d'urine ou de Kunckel ,
tel qu'on l'achete , eft une espèce particulière
de fouffre réduit fous la forme
d'une pâte folide , dans lequel le phlogiftique
eft très - concentré. Pour empêcher
cette partie de fe perdre en fe confumant
à l'air , on a coutume de plonger
les bâtons de phofphore dans de l'eau.
M. Fougeroux croit qu'il y fouffre une
efpéce de décompofition , puifque l'eau
devient lumineufe , & que les bâtons y
diminuent de pefanteur au bout d'un
certain temps
.
Les propriétés & fingularités du phofphore
en bâton ayant été détaillées par
les Auteurs qui ont précédé M. Fougeroux
, il ne fait dans fon Mémoire qu'ajouter
celles qui font dues à fes nouvelles
obfervations.
On fçait que le phofphore en bâton
tiré de l'eau & expofé à l'air , y répand
une fumée lumineufe ; qu'il ne mét point
le feu aux matières qu'on en approche ,
à moins qu'en le frottant on ne lui pro-
Giv
154 MERCURE DE FRANCE.
propriétés par une ébullition longtemps
continuée dans différentes liqueurs . M.
Fougeroux infifte fur une espéce de terre
qui nâgeoit dans l'eau où fon phoſphore
avoit bouilli longtemps ; mais elle ne
s'eft pas dépofée fur le filtre , & n'y a
rendu aucune lumière ; le phofphore n'en
a pas même paru altéré. Il a cru cependant
en devoir parler , parce qu'il fçait
que M. Margraff a foupçonné dans le
phoſphore une terre vitrifiable qu'il a cru
femblable à la baſe du fel marin . M. Fougeroux
regrette de n'en avoir pu obtenir
affez pour éclaircir les doutes de ce fçavant
Chymifte.
Je ne peux pas non plus rapporter le
travail de cet Académicien fur le phofphore
combiné avec les fubftances métalliques
. Il a dit dans fon Mémoire n'avoir
donné , faute de temps , qu'un Extrait
de cette feconde Partie qu'il réfervoit
pour les Affemblées particulières de
l'Académie.
Après ce Mémoire M. le Gentil en lut
un fur le prochain paffage de Vénus devant
le Soleil .
Le temps prefcrit à ces Affemblées ne
permit pas la lecture entiere d'un Mémoire
de M. Adanfon , qui eft le plan
d'un ouvrage fur la Botanique. Il n'en
JANVIER. 1760. 155
put
lire que les deux premières Parties ;
la troifième qui étoit la plus intéreffante ,
n'a point été entendue du Public. On a
témoigné le defir de la connoître. Je
vais donner une idée de l'ouvrage en
entier.
Ce Mémoire a trois parties : dans la
premiere , on démontre les abus des préceptes
de la Botanique.
La feconde donne les moyens d'y remédier.
La troifième expofe le plan d'un nouvel
ouvrage fur cette fcience.
Perfonne n'ignore les avantages que
peut procurer la connoiffance des plantes.
On a beaucoup écrit fur la Botanique;
on croiroit, à voir tant d'ouvrages fur
cette fcience , qu'elle marche à grands
pas vers fa perfection , mais nombre
d'abus en arrêtent les progrès.
Le premier de ces abus c'eft la nomenclature
. Rien de fi effentiel à la clarté
de la fcience que cette partie , & cependant
rien de fi obfcur chez les Botaniftes
modernes que leurs préceptes fur
les noms qui conviennent aux plantes.
Ils en ont fait chacun fuivant leur idée ;
ils ont pofé des axiomes qui fe font dé
truits fucceffivement & mutuellement ,
& ne font encore convenus d'aucun prin-
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
cipe certain à cet égard. Ils s'accordent
néanmoins en ce point que le nom doit
exprimer le caractère distinctif de chaque
plante , c'eſt- à-dire , ſa différence de tout
autre .
Ces noms ont d'abord répondu à l'idée
de leurs inventeurs tant que le nombre
des plantes a été borné , ou que leur
connoiffance a été peu approfondie ; mais
dès que l'on eft venu à découvrir de nouvelles
espéces ou de nouvelles propriétés
dans ces plantes , on a reconnu que ces
noms fignificatifs étoient applicables à
rout autre objet que celui qu'on vouloit
défigner. On a donc été forcé de les changer
, de les compofer, d'en faire de courtes
defcriptions qu'on appelle Phrafes , &
on les change encore dans la fauffe efpérance
de les perfectionner un jour.
Tel ouvrage de Botanique eft forti ſous
dix formes différentes de la main de fone
Auteur , avec des. changemens fi multipliés
dans ces noms , que leur citation
feule feroit un Volume confidérable .
Le fecond abus qui arrête le progrès:
de la Botanique , ce font les fyftêmes
fondés fur la confidération d'une feule
partie des plantes. Si l'on excepte Tournefort
, tous les méthodiftes ont prétendu
qu'on ne pourroit tirer des caracteres
JANVIER. 1760. 157
naturels & diftinctifs des plantes que de
la fructification feule , c'eft à - dire , du
calice, de la corolle ou du petale , des étamines
, du piftil , du fruit & des graines .
En conféquence toutes ces parties ont
été traitées fyftématiquement : le piftil
a cependant été oublié . M. Adanfon en
eft d'autant plus furpris, qu'il a reconnu
que cette partie peut fournir des caractères
plus généraux & moins variables que
les autres , & il a dreffé un tableau de
toutes les plantes rangées fur ce plan qu'il
fe propofe de donner en abrégé , fous la
forme de Catalogue , pour éviter les répétitions
comme dans tous les fyftêmes.
La balance de ces divers fyftêmes fait
voir que celui de Tournefort fur la corolle
ou le petale, tient le fecond rang après
celui du piftil , que le fyftême de M. Linnæus
fur le calice vient enfuite ; & que
celui qu'il a donné fur les étamines ne
tient que le quatrième rang. Ce dernier
paroît cependant prévaloir , on ne fçait
trop par quelle fatalité.
M. Adanfon croit devoir prendre en
cette circonftance la défenſe de Tournefort
contre le jugement indécent que M.
Linnæus en a porté dans plufieurs endroits
de fes Ouvrages , & venger pour
ainfi dire la Nation d'une injure qu'elle
158 MERCURE DE FRANCE.
femble fe faire à elle même , en laiffant
cette erreur s'accréditer. » Tournefort
( dit- il ) » a porté le premier le flambeau
» qui éclaire aujourd'hui la Botanique ;
» il en a tracé les routes ; & ce qu'il y a
>> de plus glorieux pour lui , c'eft que
» tous ceux qui l'ont fuivi n'ont été que
» fes copiftes ou fes imitateurs .
»Mais la mémoire de ce grand homme
» n'a pas befoin de mon appui.
"
» Ses écrits, qui font honneur à l'Aca-
» dérnie & à la Nation , font des monu-
» mens authentiques de la fupériorité de
» fes connoiffances ; fon introduction à la
» Botanique qui n'eft citée prefque nulle
" part , contient les principes les plus fûrs
» & les plus fages que nous ayons fur
» cette Science : ce morceau rempli d'é-
» rudition eft le mieux touché & le plus
éloquent que la Botanique ancienne
» & moderne ait encore produit. Enfin
fon fyftême quoiqu'imparfait , comme
» il l'a reconnu & avoué lui- même , eſt
» infiniment au- deffus de tous ceux qui
» ont été faits fur le même plan , parce
"
ود
"
qu'il a été pofé par un homme qui joi-
» gnoit à l'efprit d'invention une fcience
"profonde , acquife non dans le cabinet
» ou dans quelques jardins , mais par de
longs voyages où il avoit recueilli ce
(
JANVIER. 1760. 159
nombre prodigieux d'obſervations , qui
»feules caractérisent le grand Botaniſte .
M. Linnæus , fans fortir de l'Europe ,
a eu le talent de raffembler dans fon
fyftême toutes les connoiffances de Botanique
éparles dans les voyageurs. Il eſt
entré dans quelques détails de plus que
fes prédéceffeurs. Il en a d'utiles : mais
Tournefort a cru avec raifon en devoir
négliger une partie; par exemple, le nombre
des étamines.
Quelqu'eftimables que foient les ouvrages
de Tournefort , de M. Linnæus , &
de tant d'autres Botanistes célèbres , leurs
fyftêmes fondés fur une feule partie ont
des défauts effentiels & inévitables. Il
n'en eft aucun qui rempliffe fon objet en
entier.
La nature ne fuit pas affez invariablement
les loix qu'on lui fuppofe ; elle
fait trop fouvent des écarts qui font perdre
aux Methodistes le fil de leur fyftêmes ,
& qui les forcent à varier dans l'application
de leurs caractères. Tous fe font
propofés 1.° d'y renfermer toutes les
plantes , & en fecond lieu de décrire au
moins le nombre , la figure , la fituation
de leurs parties. Mais il n'eft aucun de
ces fyftêmes qui n'exclue naturellement
toutes les plantes qui n'ont pas celle
160 MERCURE DE FRANCE.
de ces parties qui lui fert de fondement ;
ce qui arrive non feulement dans toutes
celles qui portent leurs fleurs fur un pied
pendant que leurs fruits font répandus
fur un autre , mais encore dans beaucoup
de plantes hermaphrodites. Enfin
l'on a oublié prefque partout la fituation
refpective de ces parties , qui offre le caractère
le plus conſtant & le plus univerfel
pour diftinguer les plantes . Ces diverfes
remarques font accompagnées de preuves
détaillées dans le Mémoire.
Le moyen de remédier aux abus des
noms expreffifs & trop compofés qui furchargent
la Botanique c'eft de conferver
à chaque plante le nom fimple & primitif
de fon pays & d'en inventer de nouveaux
fans fignification , c'eſt- à- dire , ſans aucune
étymologie diftinctive pour celles
qui n'en ont pas.
Cette nouvelle nomenclature que M.
Adanfon a fuivie en 1757 dans fon Hift.
Nat. des coquillages du Sénégal , donne
naturellement lieu à une digreffion fur
la néceffité d'un Dictionnaire univerfel
de tous les termes d'Arts & de Sciences
des trois langues les plus ufitées parmi les
Sçavans , le François , le Latin & le Grec.
Il en afini la premiere Lettre ; mais fes
Occupations ne lui permettent pas de la
JANVIER. 1760. 161
continuer. Cet Ouvrage , qui exige plufieurs
années de travail , ne formera pas
moins qu'un gros volume in - folio. Un
homme lettré attaché par état à la retraite,
& qui poffederoit fuffifament ces trois langues,
feroit en état d'exécuter ce projet, &
M. Adanfon s'offre à communiquer au
Sçavant qui voudra s'en charger , nonfeulement
la premiere lettre de ce Dictionnaire
, mais encore fes recherches &
ſes réfléxions à ce fujet. Un pareil Ouvrage
préviendroit le double emploi des
noms & les répétitions qui caufent aujourd'hui
tant de confufion dans les Sciences
naturelles. Si ce Dictionnaire n'a pas
lieu, M. Adanfon publiera celui d'Hiftoire
naturelle qu'il a prefque entierement fini.
On évitera pareillement les abus des
fyftêmes fondés fur une feule partie , en
employant la confidération de toutes les
parties des plantes . C'eft le feul moyen
de les réunir toutes dans un corps d'Ouvrage
régulier , & d'y comprendre nombre
de plantes étrangères qui fe refuſent
à tous les fyftêmes publiés jufqu'ici , &
qui embarraffent fouvent les voyageurs
même les plus inftruits. » En effet ( dis
» M. Adanfon ) la Botanique change en-
» tierement de face dès qu'on quitte les
Pays tempérés pour rentrer dans la
22
162 MERCURE DE FRANCE.
» zone torride. Ce font toujours des
» plantes , mais elles font fi fingulières ,
» elles ont des attributs i nouveaux, qu'ils
» éludent la plupart de nos fyftêmes dont
les limites ne s'étendent pas au -delà
des plantes de nos climats.
"
» Pour en convaincre ceux qui pour-
" roient en douter , il fuffira de leur
» faire remarquer qu'il y a entre les tropiques
des Pays immenfes où l'on ne
» trouve aucune plante de certaines fa-
» milles qui femblent réfervées à l'Euro-
" pe , & qu'au contraire il y a dans ces
" mêmes Pays des familles entieres dont
l'Europe n'a pas un feul individu. "
» C'eft ainfi qu'en parcourant l'Afri-
» que , je n'ai pu trouver une feule Ombellifere
: le P. Plumier dans tous fes
» voyages de l'Amérique chaude , Sloane
» & beaucoup d'autres Botaniftes , n'en
» ont découvert que deux efpèces , fça-
» voir un hydrocotyle & un eringium . Je
» n'ai rencontré au Sénégal aucune mouffe
, aucune plante de la famille des
» Zenoncules , ni de celle des Orchis ;
» pas une espèce de Geranium dont le
33
nombre eft fi confidérable dans l'Afri-
» que fituée au- delà des Tropiques . Je
» n'y ai obfervé que 1 crucifere , I ou
plantes à 72 fleurons , & 2 ou 3 fouJANVIER.
1760. 163
» geres. En Europe nous n'avons pas une
» plante de la famille des cléacies , pas
» un palmier ; car les deux efpèces qui
» femblent aujourd'hui naturelles à l'Ef-
" pagne & à l'Italie , y ont été apportéés
» de l'Afrique ; auffi cette famille n'eft-
» elle pas bien connue à nos Botaniſtes
» de l'Europe. Il en ek de même de plu-
» fieurs autres familles étrangères que
» j'ai eu lieu de découvrir au Sénégal.
Ces diverfes remarques , en démontrant
l'utilité des voyages , prouvent la
néceffité de confidérer les plantes d'une
façon toute nouvelle , & c'est ici la troifiéme
partie du Mémoire de M. Adanſon
qui contient fon plan, dont le Public n'a
pas eu la fatisfaction d'entendre la lecture.
Il confifte à divifer toutes les plantes
en un certain nombre de familles , &
à raffembler dans chacune toutes cellesqui
ont naturellement le plus grand nombre
de rapports entr'elles indépendemment
de tous les préjugés ou des erreurs
qui pourroient naître de la façon de les
confidérer .
Comme ce n'eft que par des defcriptions
entieres qu'on peut bien définir &
caractériſer les diverfes efpèces de plantes
, ce n'eft auffi que par la confidération
de toutes leurs parties qu'on peut
fixer les familles auxquelles elles fe rap164
MERCURE DE FRANCE.
portent naturellement. C'eft de cet enfemble
que dépend leur connoiffance parfaite.
M. Adanfon. fait donc entrer dans
le caractère de ces familles toutes les parties
en général des plantes , non ſeulement
celles de la fructification , la fleur
& le fruit , mais encore toutes celles
que les Méthodiítes ont rejettées avec
tant de chaleur & fi peu de fondement ,
telles que les feuilles , leur fituation , la
manière dont elles font pliées avant le
développement , les ftipules , les vrilles ,
la fituation des fleurs , les bourjons &
tant d'autres parties qu'ils ont regardées
comme inutiles ou fuperflues .
On verra par la façon dont il les confidére
, combien elles font utiles & même
abfolument néceffaires pour rappeller
les plantes douteufes à leurs familles naturelles
.
Ce plan eft celui que M. Adanfon a
toujours fuivi , & qui lui a facilité l'étude
de la Botanique d'une manière fi
fingulière qu'il ofe avancer qu'on y peut
faire plus de progrès pendant fix mois
par fon moyen qu'on n'en fait communément
en fix ans par le fecours de toutes
les Méthodes publiées jufqu'à ce jour. If
eft même le feul qui puiffe faire connoître
& fupprimer les détails inutiles , &
JANVIER. 1760 . 165
conduire furement & en peu de temps
aux vaftes connoiffances de la Botanique
: il abrégera donc le travail ; il fera
comme le précis de toutes les connoiffances
actuelles dans cette partie , puifqu'il
réunira l'objet de tous les fyftêmes
qui ont été faits & de ceux qui reſtoient
à faire.
Outre ces avantages , il est encore
univerfel en ce qu'il s'étend fur toutes les
plantes , non feulement des zones tem- -
pérées & glaciales , mais encore de la
zone torride. On pourroit même dire
qu'il n'eft point borné , c'eft-à- dire , que
s'il fe trouvoit encore quelques familles
de plantes qui nous fuffent inconnues ,
ou que s'il étoit poffible que la nature
vînt à varier un jour dans la production
de quelques familles végétales , on les y
rapporteroit auffi facilement que toutes
les autres découvertes fans le rendre difforme.
De quelque manière qu'on combine
ces diverfes familles , on n'en changera
jamais le fond , parce que les plantes
qui y feront rapportées ne peuvent être
éloignées les unes des autres fans faire
violence à la nature.
Ce plan pourroit être regardé comme
la continuation de l'Hiftoire générale des
plantes que M. Dodard avoit commencée
166 MERCURE DE FRANCE.
vers la fin du dernier fiécle , fous les yeux
de l'Académie. Attaché dès fa plus tendre
jeuneffe à l'étude de la Botanique , ayant
eu pour but dans fon voyage au Senégal
d'en étendre les connoiffances , M. Adanfon
fe croit en quelque forte engagé à
fuivre le premier projet de l'Académie ,
depuis qu'elle l'a admis au nombre de
fes Membres pour la Botanique , & c'eſt
dans cette partie qu'il veut d'abord confacrer
au Public fes foins & fes recherches.
Il compte publier d'abord ces familles
avec leurs caractères en abrégé , & celui
des genres établis. Il les donnera enfuite
avec des notions plus étendues. Enfin il
rapportera à ces genres toutes les efpèces
de plantes connues, décrites ou défigurées ,
auxquelles il ajoutera celles qui demeurent
encore ignorées dans les herbiers.
immenfes de nos Botaniftes.
Si l'on confidére le nombre prodigieux
des plantes qu'il faut obferver ou revoir
de nouveau , la multitude des ouvrages
de Botanique qu'il faut concilier
combien la briéveté ou les omiffions des,
uns & les imperfections des autres laiffent
à ajouter & à corriger , on aura dẹ
la peine à fe perfuader que cet Ouvrage
foit praticable, ou l'on conviendra facile-
2
JANVIER. 1760. 167
ment que c'est peut-être le plus ingrat &
le plus difficile que nous offre l'Hiftoire
naturelle , furtout aujourd'hui que la plupart
de ces Traités font remplis de citations
entaffées fans beaucoup d'examen ,
& fouvent avec trop peu de connoiſſances
Botaniques .
Auffi fa première exécution ne fera - t - elle
pas exempte de quelques taches qui n'appartiendront
pas cependant à M. Adanfon.
Ces défauts tomberont fur les caractères
génériques qu'il va donner . Il n'y en a
que la moitié fur lefquels on puiffe comp
ter. Car de nos genres établis jufqu'ici il
y en a la moitié d'étranges que nos Botaniftes
n'ont pas vus , & qu'ils ont caractérisés
d'après des defcriptions ou des
figures fouvent peu exactes , & la moitié
du refte eft remplie d'omiffions qui laiffent
ces genres fort indécis, Il a corrigé
la moitié des genres étrangers pendant
fes voyages , & il a fait de même à l'égard
de la moitié des plantes de l'Europe
, en forte qu'il croit que cette partie
ne laiffera rien à defirer. Pour ce qui eft
des autres plantes que le temps ne lui a
pas encore permis de voir par lui-même,
& qu'il obfervera par la fuite , il a
fuivi les defcriptions & les figures des
meilleurs Auteurs , furtout de Tournefort
168 MERCURE DE FRANCE.
& de M. de Linnæus ; ainfi l'on ne pourra
lui reprocher les imperfections qui s'y
rencontreront . Il en a rectifié quelquesunes
par le fecours de M. de Juffieu ,
dont perfonne n'ignore les profondes
connoiffances en Botanique , & il a tout
lieu de compter fur fes fçavantes lumières.
Enfin à l'égard des plantes étrangères
qui ne fleuriffent pas ou qui fleuriffent
mal dans nos ferres , il les rapportera
le mieux qu'il fera poffible , par les caractères
que fourniffent leurs fleurs &
leurs fruits defféchés qu'on conferve dans
les herbiers.
Une autre imperfection qui fe rencontrera
auffi quelquefois dans ce nouveau
plan , c'eft que quelques plantes fe rap
porteront à deux familles voifines , fans
qu'aucun caractère les décide plutôt pour
l'une que pour l'autre ; mais ce cas fera
très-rare. Cela donne lieu à M. Adanfon
de parler d'un autre ouvrage bien plus
important que celui dont il s'agit . Je
» remédierai, ( dit -il ) un jour à cette imperfection
apparente ; par un autre
plan beaucoup plus parfait qui fans.
» rien changer à celui-ci le contiendra
en entier. Ce plan dont j'ai ébauché
ailleurs l'idée , eft la découverte de ce
» qu'on
39
"
»
JANVIER . 1760. 169
ן כ
qu'on appelle le fyftême de la nature.
» Il ne reflemble en rien à tout ce qu'on
» a publié jufqu'ici fous ce nom ; & quoi-
" qu'il promette à l'Hiftoire naturelle &
» à la Phyfique le plus haut degré de per-
» fection auquel ces deux fciences puiffent
prétendre,je pense que le Public ne me
fçaura pas mauvais gré de le tenir encore
caché jufqu'à ce que j'aie fait toutes
" les obfervations que je crois néceffaires
pour lui fervir de preuves & le ren-
" dre inébranlable. Je n'en parle même
" aujourd'hui que pour en rendre la date
plus authentique . Je l'avois entierement
dreffé lorfque j'en écrivis du Sénégal
en 1750 à M. de Juffieu, qui m'exhorta
fort à continuer ce grand Ouvrage. Je
travaille depuis ce temps à l'étendre &
» à le perfectionner , pour en mettre le
» Public en poffeffion dès que les circonf-
" tances favorables me permettront de
» fournir aux dépenfes confidérables que
» fon exécution exige.
33
ر د
PROGRAMME de l'Académie
de Befançon.
L'ACADÉMIE diftribuera le 24 du mois
d'Août 1760 , deux Prix fondés par feu
II, Vol.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
M. le Duc de Tallard , & un troiſième
fondé par la Ville de Befançon .
Le Prix de l'Éloquence eft une médaille
d'or de la valeur de trois cens
cinquante livres ; le fujet du Difcours ,
qui doit être d'environ une demie - heure ,
fera : La candeur & la franchife font.communément
plus utiles dans le maniement
des affaires que la rufe & la diffimulation .
Le Prix d'Erudition eft une médaille
d'or de la valeur de deux cens cinquante
livres , dont le fujet fera : L'airain de
Corinthe a- t-il été formé par le mélange
divers métaux fondus lorfque cette Ville
fut brulée par les Romains ?
de
Le Prix des Arts eſt une médaille d'or
'de la valeur de deux cens livres , deſtinée
à celui qui indiquera les meilleurs moyens
de perfectionner les manufactures de Papier.
mais
Les Auteurs font avertis de ne pas
mettre leurs noms à leurs
ouvrages,
une marque ou paraphe , avec telle de
vife ou fentence qu'il leur plaira . Ils la
répéteront dans un billet cacheté , dans
lequel ils écriront leurs noms & leur
adreffe. Les Piéces de ceux qui fe feront
connoître , foit par eux- mêmes , foit par
leurs amis , ne feront pas admifes au
Concours.
JANVIER. 1760. 171
Ceux qui prétendront aux Prix font
avertis de faire remettre leurs ouvrages ,
avant le premier du mois de Mai prochain,
au Sieur DACLIN, Imprimeur de
'Académie , & d'en affranchir le port ,
précaution fans laquelle ils ne feroient
pas retirés.
ASTRONOMI E.
La paru une nouvelle Comete ; elle a commencé
à être apperçue le 8 de ce mois, avant neuf
eures du foir , dans l'Obfervatoire de la Marine, à
Hôtel de Clugny. Elle étoit dans la conftellaon
d'Orion , auprès d'une étoile de la feconde
troifiéme grandeur qui eft dans le genou droit
e cette conftellation . Le fieur Meffier la découit
avant qu'elle paſsât par le Méridien où il l'a
bfervée. Son mouvement qui fe fait contre la
uite des fignes eft fort prompt . Elle s'eft élevée en
approchant de l'Equateur qu'elle a dû traverer
vers le 15 du mois. On la voit fans peine
la vue fimple. Le noyau eft environné d'une
umière nébuleufe , dont le diamètre a près de
uinze minutes d'un grand cercle. La queue eft
irigée vers l'Eft , longue de quatre degrés ; mais
eu fenfible à la fimple vue. Le 8 , à dix heures
ngt-fix minutes de temps vrai , la Comete avoit
afcenfion droite quatre- vingt- fix degrés , douze
inutes & demie , & de déclinaiſon auſtrale neuf
grés , dix minutes,
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE IV.
BEAUX ARTS.
ARTS UTILES.
CHIRURGIE.
REPONSE de M. Daviel , Maître ès
Arts & en Chirurgie de la ville de Marfeille
, ancien Chirurgien & Penfionnaire
des Galères du Roi , Profeffeur & Dé
monftrateur Royal de Chirurgie & d'A
natomie de la même Ville , des Acade
mies Royales des Sciences de Toulouse
Bordeaux , Dijon , de l'Inftitue de
Sciences de Bologne , de la Sociét
Royale des Sciences de Londres , de Sto
kolm , Affocié Correfpondant de l'Aca
démie Royale de Chirurgie de Paris , Chi
rurgien ordinaire du Roi par quartier
& Oculifte de Sa Majesté.
A M. Hoin , Maitre ès Arts & en Chi
rurgie , Penfionnaire de l'Académie de
Sciences de Dijon dans la claffe de li
Médecine , & Chirurgien en chef di
grand Hôpital à Dijon.
MONSI ONSIEUR ,
J'ai lû avec plaifir votre Lettre du
JANVIER
. 1760 .
173
Mars paffé , inferée dans le Mercure de
France du mois d'Août dernier , pag. 178 ;.
& les remarques curieufes que vous avez
faites fur diverfes eſpèces de cataractes ,
principalement
fur la cataracte radice :
quoique cette maladie du criftalin ne foit
pas nouvelle , il n'eft pas moins vrai ce ·
pendant que c'eft de toutes les cataractes
celle qui a toujours été regardée commet
une des plus difficiles à opérer & à guérir ,
après les adhérentes. C'eft cette eſpèce de
cataracte que les plus habiles Oculiftes
n'ofoient entreprendre
, à caufe de fon
immaturité & de fon peu de folidité. Vous
ne vous trompez pas , Monfieur , en difant
que j'ai vraisemblablement
rencontré plufieurs
fois cette eſpèce de cataracte , nou
feulement depuis que je fais l'extraction ,
mais même encore longtems avant ; il eſt
vrai auffi que j'en ai trouvé l'abaiffement
très-difficile , tant par la molleffe du criftallin
, que par la difficulté de pouvoir
rompre & déchirer la membrane qui l'enveloppe,
laquelle est toujours extrêmement
dure & coriace : c'eft du tiraillement
qui
fe fait ſur cette membrane que réſultent
preſque toutes les inflammations
qui ont
coutume d'accompagner
l'opération de ces
fortes de cataractes par abaiffement. J'ai
eu occafion d'en opérer plufieurs de cette
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
efpéce depuis que je pratique l'extrac
tion , comme vous pouvez le voir dans
une Lettre de mon fils du 6 Décembr
1756 , inférée dans le Journal des Sçavan
du mois de Février même année, page 1 1.
12 & 31 , vous y verrez l'hiftoire de deus
cataractes opérées avec fuccès & femblables
à celles que vous avez citées dans
votre Lettre.
Feu M. de Saint-Yves a connu cett
efpèce de cataracte, puifqu'il en parle dan
fon nouveau Traité des Maladies des Yeu
page 196 , Article IV. de la cataracte cau
fée par l'altération de la membrane d
chaton. » On apperçoit , ( dit M. de Saint
Yves ) » dans le fond de l'oeil par le tro
ر د
de la prunelle une blancheur qui paroî
» plate & mince , comme fi c'étoit k
membrane qui recouvre le fond du cha
» ton de l'humeur vitrée , qui eft altérée
» elle prend fouvent la forme d'une étoile
» laiffant des efpaces où il n'y a poin
d'opacité, & d'autres où il y en a.
Voilà précisément , Monfieur , la véri
table figure de votre cataracte radiée.
M. de Saint -Yves prétend que cette efpè
ce d'opacité qui paroît à la partie poftérieure
du cristallin eft la membrane qui
recouvre le fond du chaton de l'humeur
vitrée , & que c'eft elle qui forme cette
JANVIER. 1760. 175
cataracte ; mais l'expérience m'a prouvé
le contraire dans plufieurs occafions , puifqu'aprés
l'extraction du cristallin , j'ai reconnu
que les espèces de fibres rayonnées
( que j'avois apperçues au travers de la
prunelle avant l'opération ) étoient abſo
lument attachées à la partie poftérieure:
du cristallin même , lequel étant une fois
forti , le chaton étoit clair & tranfparent,
ce que l'on n'auroit pas remarqué fi la
membrane dudit chaton ( qui n'eſt qu'une
continuation de celle de la vitrée ) eût
été trouvée opaque après l'opération.
On ne doit pas être furpris fi les plus
habiles Oculiftes ne vouloient pas entreprendre
l'opération de cette eſpèce de cătaracté
, puifquelle étoit fi douteufe ; fon
peu de confiſtance & la dureté de la mentbrane
qui enveloppoit le criftallin en étoit
Funique caufe : j'ai cependant abaiffé plufieurs
de ces cataractes avec bien du fuccès
quoiqu'elles fuffent fort molles , & j'en
ai abaiffé & extrait de fi folides qu'elles
reffembloient à de la corne polie , & don't
le bifeau du cristallin étoit auffi tranchant
qu'un verre telles étoient les deux cataractes
que j'ai opérées a Strafbourg , dont
mon fils a parlé dans la Lettre du Journal
déja citée. J'ai toujours regardé ces
fortes de cataractes comme des cataractes
Hiv
76 MERCURE DE FRANCE.
barrées ; mais les unes ni les autres n'affectent
pas toujours un ordre régulier dans
leur formation , comme il eft fort ailé
de le voir, Celles- ci font molles dès leur
commencement ; celles- là font en partie
molles , & en partie dures , quelquefois
même pierreufes & offeufes comme je l'ai
prouvé il y a déja longtemps. Voyez ma
réponse à M. Rouffilles inférée dans le
Mercure de Juillet 1749 , page 206 du
Livre , & 18 page de la Lettre , fur une
obfervation envoyée à l'Académie Royale
des Sciences , adreffée à M. Morand , dont
voici la réponſe.
"
30
J'ai préfenté à l'Académie Royale
des Sciences celle de vos obfervations
qui roule fur la pétrification du crif-
» tallin & l'offification des membranes ;
cette obfervation a été très- bien reçue ,
» elle fera inférée dans l'Hiftoire de cette
» année.
Paris , ce 2 Avril 1742. Signé Morand.
Il eft d'autres cataractes fi molles qu'el
les reffemblent à des hydatides , ( & qui
ne font à proprement parler que la fonte
du cristallin dans fa capfule ) dont j'ai
déjà donné auffi des exemples . Voyez la
même. Lettre de mon fils , p. 9. 10. & 11.
Lorfque j'ai reconnu une cataracte de
cette espèce , ayant ouvert la cornée , je
JANVIER 1760 . 177
faifis cette cataracte avec des petites pincettes
, & je la tire dehors , ce que j'ai
fait plufieurs fois ; j'en ai même préfenté
une de cette nature à l'Académie Royale
de Chirurgie le Jeudi premier Décembre
1757 , laquelle cataracte j'avois tirée de
l'oeil gauche d'Antoine Coulon , de Preau
en Gâtinois , le 25 Octobre précédent.
L'humeur vitrée ne fut point entamée , ce
qui prouve manifeftement que le criſtallin
a un fac particulier qui lui eft propre.
M. Platner parle de cette efpèce de cataracte
dans fes Inftitutions de Chirurgie ,
page 88i , de cataractá vel de fuffufione.
Il arrive quelquefois auffi que la cata .
racte le forme tout d'un coup , & comme
par une espèce de fluxion ; je pense que
cette formation fubite procéde d'un fluide
porté dans le cristallin avec trop de rapidité
, où il s'engage & forme cette opacité
prompte , ce que j'ai vu arriver plu
fieurs fois en 1749 à Paris , & furtout à une
malade qui m'avoit confulté un mois aupa
ravant pour un fimple larmoyement périodique
qu'elle avoit aux deux yeux , à la fuite
duquel cette malade perdit la vue en 48
heures , & dans ce court efpace de temps
les deux cristallins ( qui deux jours auparavant
étoient extrêmement diaphanes )
devinrent fi opaques & fi folides , qu'on
1
H v
178 MERCURE DE FRANCE.
>
auroit pu en faire l'extraction dès le lendemain
, mais que je ne fis cependant que
deux mois après , parce que la malade s'étoit
imaginée que fes cataractes n'étoient
pas mûres , ( préjugé qui féduit encore la
plupart des malades & bien des Oculiftes
même ceux qui admettent l'extraction ; )
mais comme j'abaiffois encore le plus fouvent
la cataracte par une méthode à la
vérité qui m'étoit particulière , & que je
ne faifois encore l'extraction que de loin
à loin , ma malade ne retira pas tout le
fruit qu'elle attendoit de mon opération
que je fis avec mon aiguille fans pointe ni
tranchant .
Un cristallin devient opaque dans le
moment lorsqu'il a été ébranlé par quelque
coup porté fur un oeil , ou que cette organe
a été piqué par quelqu'inftrument
pointu , ou tranchant, comme une aiguille,
des cifeaux &c . Vous avez vû un exemple
de cette efpéce à Dijon au mois de Juin
1754 dans l'opération que j'ai faite en
votre préſence fur l'oeil de Mlle Marillier :
vous fçavez que la malade s'étoit bleſſée
quelque mois avant l'opération avec la
pointe de fes cifeaux , & vous avez vû
l'entier fuccès de l'opération ; en voici
trois autres de la même nature qui prouvent
la poffibilité & la néceſſité de l'opéJANVIER.
1760. 179
ration immédiatement après le coup reçu.
Jean Humbert , Compagnon Coutelier
chez le fieur Gallois , fut bleffé à l'oeil
droit , le 12 Octobre 1758 , par un fer rouge
qui fauta dans cet oeil en travaillant ;
la violence du coup fut grande , la cornée
en fut cautérisée , & le malade perdit dans
l'inttant la vue de cet oeil , dont la conjonctive
& les paupieres fe bourfouflerent dansle
moment : ce malade vint me voir le 14
fuivant , l'oeil me parut fort trouble , & dans
un tel état , que j'en fis le plus mauvais
prognoftic ; un ftaphilome de la groffeur
d'une lentille s'étoit élevé vers le milieu
de la cornée , de la hauteur d'une ligne ,
ce qui avoit été occafionné par la brulure
du fer rouge : la difficulté que le malade
avoit de tenir fes paupieres ouvertes & le
relâchement de la cornée me donnerent
bien de la peine pour ouvrir la chambre
antérieure, j'en vins cependant à bout avec
un peu de patience ( qui eft très- néceffaire
en pareil cas ; ) & comme la première
lame de la membrane du cristallin avoit
été déchirée par le coup , je ne fus pas
obligé de l'ouvrir , mais je portai feule--
ment ma petite curette d'or dans la pru
nelle , au moyen de laquelle curette je
tirai tout le corps du criftallin , qui étoit
glaireux & femblable à de l'empois blan
*
Ḥ vj
So MERCURE DE FRANCE.
châtre ; je nettoyai enſuite exactement
toute la prunelle , après quoi je rabaiſſai
la calotte de la cornée , & je panſai enfuite
mon malade à l'ordinaire , qui n'eut
pas la moindre douleur , ni le plus petit
accident , & fut radicalement guéri le
quinzième jour après l'opération ; & le
premier jour de Juillet dernier ce malade
lut en ma préfence plufieurs lignes d'un
Livre avec une lunette à cataracte du n°.
4: l'oeil en a été quitte pour une légere
tache fuperficielle qui n'empeche pas le
malade de voir les objets , & même de
lire & d'écrire.
Louis Seguier, vigneron du village d'Ecouan
près Paris , reçut le 13 Juin paffé
un coup du fep d'une vigne fur l'oeil gauche,
ce qui le renverfa par terre étourdi , &
lui fit perdre la vue fur le champ de cet
oeil , dont la prunelle vint opaque dans le
moment; ce coup fut fuivi peu après d'une
grande douleur dans toute la circonférence
de l'orbite , & répondoit au derriere
de la tête je fis l'extraction du criftallin
quatre jours après le coup reçu ; & malgré
la grande inflammation qu'il y avoit alors
à cet ceil , il fut guéri le dixième jour
après . Le malade vint me voir le 14
Février fuivant & lut auffi quelques lignes
d'un Livre avec la même lunette à cataJANVIER,
1760 .
18
racte du N.° 4 : la cicatrice de la cornée
étoit unie la conjonctive blanche ,.
& l'oeil prefque dans l'état naturel.
Barbe Stadelli,femme de Claude Benoît, -
Gagne- petit , âgée de 47 ans , demeurant
an gros Caillou , s'enfonca par accident, le
22 Juin dernier , la pointe de fes cifeaux :
dans l'oeil gauche ; la cornée & l'iris en
furent ouverts du côté du grand angle ,.
& toute la partie antérieure du cristallin
fendue , & par conféquent la lame antérieure
de la capfule : l'oeil s'affaiffa fur le
champ par l'effufion entière de l'humeur
aqueufe , & la prunelle devint entièrement
opaque ; les paupières & la conjonctive
fe gonflèrent confidérablement ; la chambre
antérieure fut remplie de fang , & la
malade ceffa de voir l'inftant d'après le
coup reçu.
Le Dimanche 24 , cette malade vint
me trouver , & lui ayant propofé de tirer
le corps opaque qui paroiffoit dans la prunelle
, elle y confentit , & tout de fuite je
fis l'opération , quoique la conjonctive &
les paupières fuffent fort gonflées ; &
malgré la violente douleur de tête que la
malade reffentoit depuis le moment du
coup , à peine la chambre antérieure fut
ouverte , que le cristallin ( qui étoit for182
MERCURE DE FRANCE.
tement engagé dans le milieu de la pru
nelle ) s'élança avec autant de vîteſſe qu'une
bale qui fort d'un piftolet chargé , &
tomba fur la ferviette. Ce fut alors que
la malade s'écria qu'elle voyoit , & qu'elle
ne reffentoit plus de mal. Cette malade
diftingua fur le champ un chapeau bordé
& un chandelier d'argent , & elle reconnut
fon mari , paffa la nuit fans aucune
douleur ni le moindre accident , & fut
radicalement guérie le & Juillet fuivant ,
qui étoit le quinzième jour de fon opération.
Ladite malade peut voir aujourd'hui
tous les objets parfaitement .
ཟ
Les cas que je viens de citer ne font pas
nouveaux ; je compte qu'il n'eft gueres
d'Oculiftes qui ne les ayentremarqués pour
le peu qu'ils ayent pratiqué les maladies des
yeux , mais je fuis perfuadé que fort peu.
en ont voulu entreprendre la curation ;
j'avoue à la vérité que ces fortes d'opérations
font très difficiles furtout avec l'aiguille
ordinaire ; j'ofe dire cependant que
j'en ai fait plufieurs lorfque je ne me
fervois encore que de mon aiguille fans
pointe ni tranchant , ce qui avoit fi fort
étonné M. Rouffilles , Chirurgien - Oculifte
de Chartres en Beauce , qu'il regarda dèslors
cette opération comme un miracle.
Ce font les propres termes de fa Lettre du
JANVIER. 1760.. 153
mois de Février 1749 , inférée dans le
Journal de Verdun , p. 101 , & ma réponſe
à cette Lettre du mois de Juillet même
année, dans le Mercure de France, p . 206.
M. Rouffilles n'eft pas le feul qui n'air ^ ~
pas ofé entreprendre cette opération : M..
Briffeau, Médecin de Tournai , dit qu'il ne
faut jamais la faire. Voyez fon Traité de
la cataracte , page 173 & 174. Plufieurs
Oculiftes font auffi de cet avis, mal à pro
pos cependant , car fi ces fortes de cataractes
ne réuffiffent pas , c'eft parce qu'on
les entreprend trop tard , & qu'on les laif
fe contracter une adhérence . à l'iris , & à
la partie poftérieure de la prunelle , ce qui
fert à multiplier les difficultés & fait d'une
maladie très fimple , une très compofée.
Je me fuis référvé de faire un chapitre
particulier de cette efpéce de cataracte
dans le Traité complet des maladies des
yeux , que je me fuis propofé déja depuis
longtems dé donner au public , & auquel
je travaillé fans relâche .
Je n'entrerai dans aucun détail fur la
façon dont le forment les cataractes , cela
nous méneroit trop loin , & pafferoit les
bornes d'une Lettre ; revenons feulement
au corps vitré ( de l'oeil du cadavre ) que
vous avez anatomifé : Vous dites que ce
corps avoit toute fa tranfparence , qu'il
3
184 MERCURE DE FRANCE.
.
étoit convexe en devant comme en ar
rière , & qu'on ni remarquoit plus de
chaton au milieu.
2
L'humeur vitrée ne devient jamais opaque
après l'opération de la cataracte , à
moins que les membranes qui l'enveloppent
n'aient fouffert inflammation , ou
que ces mêmes membranes ( ou la rétine
furtout ) ne foient décolées les unes dess
autres , comme je l'ai obfervé affez fouvent
dans l'opération de la cataracte par
abaiffement ; mais je n'ai jamais trouvé
l'humeur vitrée convexe antérieurement
comme les Anciens l'avoient préſumé ;
car la chofe n'eft pas poffible , comme je
vais le prouver dans le moment.
Vous n'ignorez pas, Monfieur , que tout
le corps vitré eft enveloppé par une membrane
, & que par conféquent il eft moralement
impoffible qu'il puiffe fe déranger
à moins que cette même membrane ne
vint à être déchirée à l'endroit du chaton,
par l'aiguille ou par quelque effott , foit
dans l'abaiffement ou dans l'extraction du
cristallin ; pour lors les cellules qui contiennent
l'humeur vitrée étant rompues ,
cette humeur s'épanche dans la chambre
postérieure & antérieure de l'oeil , & fe
mêle avec l'humeur acqueufe ; mais lorfque
la cicatrice de ces mêmes cellules fe
JANVIER. 1760. 185
forme , on s'apperçoit bientôt que le chaton
s'applatit , ( remarque facile à faire }
puifque la plupart des yeux qui ont ſouffert
l'abaiffement ou l'extraction de la
cataracte ont prefque tous la prunelle retirée
en arrière , ce qui n'arriveroit pas fi
l'humeur vitrée faifoit boffe , car alors la
prunelle feroit pouffée en avant , la chambre
antérieure feroit plus étroite , & less
malades opérés de la cataracte verroient
beaucoup plus loin qu'ils ne voyent après
cette opération , & pourroient lire avec
des lunettes à cataractes moins fortes
qu'à l'ordinaire , au lieu qu'après l'opération
de la cataracte par abaiffement out
par extraction , la chambre antérieure fe
trouve plus large qu'avant l'opération ;
mais le chaton devient enfuite fi plat , &
s'efface fi parfaitement , qu'il n'en reſte
qu'une espèce de veftige prefque imperceptible
en forme d'anneau circulaire , comme
vous l'avez très- bien obfervé ; c'eft cet
anneau qui marque à- peu- près la rondeur
qu'occupoit le cristallin dans le chaton de
l'humeur vitrée avant l'opération , ce que
j'ai encore obfervé fur l'oeil d'un mouton :
auquel j'avois fait l'opération de la cataracte
par extraction , & que j'ai montré
à S. A. S. Monfeigneur l'Electeur Palatin
& à toute la Cour de ce Prince lorfque
186 MERCURE DE FRANCE.
j'étois à Manheim pour Madame la Primceffe
Palatine des Deux- Ponts , au mois
de Novembre de l'année 1750.
Pour ce qui concerne la régénération de
l'humeur vitrée , il n'y a aucun lieu d'en
douter , par la quantité d'expériences que
j'ai à ce fujet ; j'en pourrois citer au moins
vingt , s'il étoit néceffaire : mais comme
vous en avez une affez belle preuve dans
l'opération que vous m'avez vû faire à Dijon
fur l'oeil de Mile Joly , en 1756 , au
mois d'Août , le Jeudi 13 ; ce que vousavez
cité dans votre Lettre du Mercure
d'Août , page 184 , c'eft auffi pourquoi
lorfqu'un pareil accident viendroit à m'ar
river , je n'en augurerois pas moins bien
de l'opération dans ce cas feulement.
J'en ai une autre preuve toute récente
dans l'opération que j'ai faite à M. le
Comte de Banans , Chevalier d'honneur
de la Chambre des Comptes du Parlement
de Besançon que vous avez vû le 19 Juillet
dernier lorfqu'il paffa par Dijon pour aller
à Salins en Franche-Comté,lieu de fa réfi
dence.
M. le Comte de Banans étoit atteint
de deux cataractes depuis environ fix ans ;
ees cataractes me parurent molles lorfque
je les examinois j'en fis l'extraction le
mardi premier jour de Mai dernier ; la
cataracte droite me parut adhérente ; la
JANVIER. 1760. 137
gauche un peu moins , & les deux prunelles
avoient très peu de mouvement ,
on remarquoit une espece de flottement
dans la chambre antérieure de l'oeil droit ;
ce flottement m'annonça une foibleffe dans
cet oeil mais comme le malade voyoit
encore fort bien l'ombre des objets & les
couleurs frappantes des deux yeux , c'eſt
ce qui me détermina de faire l'extraction
de ces deux cataractes , après avoir préparé
le malade à l'ordinaire. Voici ce qui arriva:
pendant l'opération .
Lorfque j'eus ouvert la chambre antérieure
de l'oeil droit ( par lequel je commer
çai ) il s'écoula fubitement une fi grande
quantité d'une humeur limpide , que tout
l'oeil en fut noyé & flétri : j'étois cependant
bien fûr de n'avoir rien déchiré , je levai
fur le champ la calotte de la cornée afin
d'incifer la lame antérieure de la capfule
cristalline , mais ce fut avec beaucoup de
peine , attendu que tout l'intérieur de l'oeil
étoit abfolument relâché par l'effufion de
cette humeur qui avoit forti au commencement
de l'opération que je jugeai être
une partie de l'humeur vitrée ; la preffion
du globe fut inutile pour faire fortir le
cristallin ; je fus obligé de porter ma curette
d'or dans la prunelle pour tirer ce corps ;:
cette opération fe paffa cependant fans la
188 MERCURE DE FRANCE.
moindre douleur : j'opérai enfuite l'oeil
gauche , où il arriva la même chose qu'au
droit ; mais cet accident furvenu aux deux
yeux n'empêcha pas le malade de voir tous
les objets que je lui préſentai. Je remarquai
que les deux criſtallins étoient molaffes
à leurs furfaces antérieures , mais fort
folides intérieurement.
L'opération dont je viens de parler ne
fut fuivie d'aucune douleur ni accident ;
il est vrai que les yeux furent larmoyans
pendant quelques jours . Du refte tout alla
fi parfaitement bien , que le malade partit
le 15 Juin dernier en très- bon état : il eſt
vrai auffi que M. le Comte de Barans s'eft
toujours comporté avec une prudence infinie
pendant fa maladie . Vous avez vu fes
yeux , Monfieur , le 25 du même mois de
Juin , comme ce malade me l'a marqué ;;
vous en avez paru content , de même que
de la régularité des cicatrices des cornées
tranfparentes ; c'eft pourtant toujours avec
mes cifeaux que je continue d'opérer .
Vous connoiffiez déjà la bonté & la perfection
de ces inftrumens avant cette époque
, c'est pourquoi il eft inutile que je la
répéte.
Vous avez jugé fainement, Monfieur , fur
les yeux de M. le Comte de Banans . Les
cataractes étoient réellement adhérentes ,
JANVIER. 1760. 189.
cependant l'opération n'a été fuivie d'au
cun mauvais fuccès , le malade m'a écrit
de Salins le 22 Juillet paffé , qu'il eft au
mieux pour fa fanté , & qu'il voit parfaitement
.
:
Revenons préfentement à l'anneau irrégulier
que vous avez obfervé dans l'oeil
droit & dont vous parlez dans votre Let- ,
tre ce ne devoit être autre chofe que la
lame antérieure de la capfule cristalline ,
qui avoit été déchirée en opérant , Ces
fragmens de membranes s'étoient froncés
& racornis fans doute en fe retirant , car
il n'eft guère poffible de précipiter entierement
tout le corps entier du cristallin ( fi
exactement renfermé dans fes lames ) qu'une
partie de ce corps , ne reste prefque
toujours colée aux parois internes de la
membrane qui l'enveloppe , comme je l'ai
déja prouvé il y a longtems : voyez ma
Lettre à M. Rouffilles dans le Mcrcnre
de Juillet 1749 , page 206 , & de la Lete
tre page 11. Ainfi toutes les figures que
vous avez obfervées fur l'oeil droit dont
vous parlez dans votre Lettre , ne m'ont
paru avoir rien de particulier que ce qui a
coutume d'arriver lors de la formation des
cicatrices dans les corps membraneufes ,
& furtout après l'opération de la cataracte
par abaiffement : la même chofe arrive
190 MERCURE DE FRANCE.
auffi après l'extraction , à moins que dans
les deux méthodes d'opérer , le criſtallin ne
foit fi folide tant antérieurement que poftérieurement
, qu'il ne puiffe laiffer aucune
portion glaireufe , ou baveufe dans le fac
criftalloïde ; ou que ce même fac ne ſoit
abfolument emporté de la chambre poftérieure
de l'oeil ; ce qui eft tout à fait impoffible
avec l'aiguille ronde ou tranchante
, de forte que dans ce cas les portions
des membranes déchirées s'infiltrent
prefque toujours , & par la fuite fe rendent
auffi prefque toujours adhérentes à la
partie poftérieure de la prunelle & de l'iris
; mais il eft fort difficile de s'appercevoir
de la manoeuvre d'un opérateur hardi
qui a la main agile ; & c'eft ce brillant
coup de main qui faſcine prefque toujours
les yeux des Maîtres de l'art même les plus
éclairés. Mais fi ce coup de main n'eſt
point porté à propos , comme vous le
dites fort bien , il éblouit , il furprend ,
& ne guérit pas . Ce n'eft pas affez d'avoir
fait en peu de minutes une belle opération
, il faut encore en prévoir les fuites ,
qui deviennent fi fouvent fàcheufes , furtout
dans l'opération de la cataracte , lorfqu'on
la fait fans réflexion . Les accidens
qui fuivent cette opération font en grand
nombre , lorfqu'elle eft faite par quelqu'un
qui ne réfléchit pas , comme le larmoye
JANVIER. 1760 . 191
ment , le ftaphilome , le renversement des
paupières fur la cornée , un rétréciffement de
la prunelle , un épanchement total d'humeur
vitrée , une portion de membrane reftée
dans l'une des chambres , & cette portion
de membrane infiltrée , quelques parties
du cristallin qu'on aura laiflées dans la prunelle
ou dans la chambre antérieure . Une
compreffion trop forte ou trop foible , ou
une expofition trop fubite au grand air ,
& une infinité d'autres accidens qui peuvent
arriver , empêchent le plus fouvent le
fuccès des opérations les mieux faites , ce
qui devroit faire ouvrir les усих à ceux
qui pratiquent l'extraction , ou qui veulent
la pratiquer . Cette opération est toute
fimple lorfqu'elle fera faite par un Chirurgien
habile ; mais qui fera toujours dangereufe
entre les mains d'un étourdi , d'un
ignorant & d'un empirique. La dextérité
feule ne fuffit pas à beaucoup près , comme
vous l'avez vu dans l'Oculifte dont vous
parlez : apparemment que fon opération
fut mal faite , ou que fon malade fut mal
conduit ; car on ne peut nier fans partialité
que l'abaiffement de la cataracte ( que
pratiquoit cet Oculifte ) n'ait fouvent
réuffi , furtout lorfque le criftallin étoit
affez folide pour foutenir l'aiguille. Il eft
bien vrai que cette méthode d'opérer la
192 MERCURE DE FRANCE.
cataracte n'eft pas comparable à l'extraction
, comme je l'ai affez prouvé dans mon
Mémoire , & vous êtes très - fondé à dire
que l'extraction de la cataracte fera toujours
préférable à l'abaiffement : il n'eft
pas douteux même que dans la fuite tous
les gens fenfés penferont de même. Le
grand nombre d'opérations que j'ai fait
par cette méthode depuis trois ans que je
ne vous ai vu , m'autorife de plus en
plus à le croire , & depuis environ fix mois
j'ai fait l'extraction de 80 cataractes avec
un fuccès fi parfait , qu'il n'y en a qu'une
feule qui n'ait pas réuffi , & encore ç'a été
par la faute du malade , qui a voulu s'expofer
trop vîte au grand air.
Cette nombreuſe quantité d'opérations
faites avec autant de fuccès , doit encourager
les malades à fe livrer avec confiance
à ma nouvelle méthode , & engager les
jeunes Chirurgiens à la fuivre , mais à ne
fe pas écarter des régles que j'ai prefcrites
s'ils veulent réuffir ; il eft vrai que le defir
de paffer pour Auteur , une facilité apparente
d'opérer avec un feul iuftrument ,
flatte un peu l'amour - propre,mais ce defir
a déjà couté bien des yeux.
Quels progrès rapides l'extraction de la
cataracte n'auroit - elle pas dé à fait , fi
ceux qui l'ont voulu pratiquer à mon exemple,
JANVIER. 1760. 193
ple , en euffent ufé avec autant de franchile
, de prudence & de probité que vous
l'avez fait , & que chacun eût voulu m'aider
comme vous par fes confeils à perfectionner
ma nouvelle méthode , fans
chercher à la détruire par mille mauvais.
raifonnemens , par des mauvaiſes & fades
critiques déplacées , & par l'invention de
plufieurs inftrumens dangereux . Il paroît
qu'on en a reconnu le mauvais uſage un
peu trop tard ; il eft vrai auffi que le jugement
impartial qui a été rendu par l'Académie
Royale de Chirurgie le 9 Décem→
bre 1756 , fur le rapport du célèbre M.
Louis, Secrétaire des Extraits , & Chirurgien
- Major , Adjoint de la Charité , a
renverfé & renverfe encore jufqu'à préfent
toutes ces prétendues perfections , & m'a
rendu la juſtice qui m'étoit due . On vouloit
détruire mes cifeaux : un Oculifte avoit
préfenté un Mémoire à l'Académie , qui
me fut communiqué , & auquel je fis une
réponſe , d'où il réfulte en précis le rapport
fuivant, qui fut unanimement reçu par
cette illuftre Affemblée , & inféré dans
les regiftres.
» Si la perfection de l'incifion dela cornée
( dit M. Louis ) confifte à la couper
» bien exactement dans le cercle qu'elle
décrit auprès de la conjonctive , & dans
11. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
و د
ود
» une affez grande étendue de fa circon
» férence , pour que le cristallin puiffe
» fortir fans réfiftance ; il fera difficile de
» prouver que cette opération puiffe fe
» mieux faire qu'avec les cifeaux qui font
appropriés à cette découpure ( fi j'oſe me
fervir de ce terme ) Nous avons vû des
perfonnes opérées par cette méthode , &
» il falloit en être averti , car l'inſpection
» de l'oeil ne l'auroit pas fait connoître : on
» ne voyoit aucun veftige de ces angles
» formés ( dit-on ) par les différens coups
» de cifeaux qui ont laiffé dès fiftules par
» où l'humeur acqueufe s'écouloit les
» cifeaux ( continue M. Louis ) n'ont pas
» l'inconvénient de couper l'iris qui le pré-
» fente quelquefois dans le bord de l'in-
» cifion , une friction légère fur les paupières
fermées fait rentrer cette mem-
» brane qu'on ne craint point de bleffer
» par l'introduction d'une branche de ci-
» feaux émouffés . On peut donner un peu
» de repos au malade entre les différens
» mouvemens qu'exige cette opération
s'il en eft befoin , on n'a point cet
avantage avec l'inftrument tranchant :
» une fois introduit dans l'oeil , il faut
» finir l'opération bien ou mal..
و
ور
Tout ce qui a été dit fur l'opération
» de M. Daviel n'a pas démontré qu'il
JANVIER. 1760 . 195.
"
fit mal ; on a cherché a faire , non pas
» mieux , car fon opération eft parfaite :
» on ne peut le dire fans s'expofer au défagrément
d'être contredit avec raiſon :
» on a cherché a faire auffi bien que lui ,
" avec plus de facilité , ces tentatives font
louables ; mais elles n'ont pas encore.
» eu l'effet qu'on en efpéroit. Il y a plus ,
» c'eſt qu'il ne paroit pas qu'on puiſſe ſe le.
"promettre. J'ai examiné toutes les mé-
» thodes fans prévention , je les ai répétées
» en particulier: j'ai confidéré les difficultés
» que pourroient apporter à chaque méthode
des yeux petits , enfoncés & c.
» L'opération , telle que la pratique M.-
Daviel, m'a paru adopter le procédé qui
» mérite la préférence fur tout ce qui a
» été imaginé & propofé. A Paris , le 9
» Octobre 1756. Signé Louis. Bon
» pour Copie , MORAND .
20
Ce rapport fut fi univerfellement reçu
de l'Académie qu'il n'y eut pas une feule
voix contre , de forte que je fuis très- fondé
à dire aujourd'hui que ma nouvelle méthode
l'emporte fur toutes les autres méthodes
pour opérer la cataracte ; car fi
la plus célèbre Compagnie de l'Univers
pour tout ce qui concerne la Chirurgie a
prononcé pour moi, dois - je craindre qu'un
pareil jugement foit révoqué en doute ?
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Ce jugement eft confirmé tous les jours
par mes fuccès réitérés , & par les opérations
que plufieurs autres Chirurgiens ont
pratiquées à mon exemple , & avec mes
mêmes inftrumens , tant dans le Royaume
que dans le Pays étranger.
Ma méthode eft fimple à tous égards ;
l'oeil doit être libre quand on l'opère,
furtout fi on veut travailler artiſtement :
ainfi les pincettes , les errhines , les fpecu
lum oculi , & les canifs étroits ou larges
font des inftrumens dangereux , capables
d'exciter des convulfions dans l'ail , de
déchirer l'iris , & d'expulfer entierement
l'humeur vitrée en opérant.
Je me fçaurai bon gré d'avoir applani
la véritable route qu'on doit tenir pour
la guérifon de la cataracte ; & ma fatisfaction
fera parfaite , fi le Public y trouve fon
avantage comme je m'en flatte , & que
ma Lettre ne vous ait point ennuyé.
J'ai l'honneur d'être , & c .
DAVIEL.
A Paris , le 15 Décembre 1759.
JANVIER. 1760% 197
ARTICLE V.
SPECTACLES.
OPERA.
LAfituation accablante où j'ai été depuis quel
que temps ne m'a pas permis de fréquenter les
Spectacles , & je n'en puis parler que d'après la
voix publique.
Le
30 Décembre
, Mlle
de S. Hilaire
débuta
par
le rôle
d'Oriane
dans
l'Opéra
d'Amadis
; elle
l'a joué
quatre
fois
, & les applaudiffemens
qu'elle
a reçus
ont
été
confirmés
par
l'empreffement
du
Publie
à l'aller
entendre
. Dans
les premières
repréfentations
, la crainte
avoit
extrêmement
affuibli
fa voix
; dans
les dernières
elle
en a donné
davantage
; mais
dans
aucune
elle
n'en
a développé
tout
le volume
: c'eft
le témoignage
unaninie
de ceux
qui
l'ont
entendue
hors
du Théâtre
Du
refte
cette
voix
naturellement
fort
timbrée
, & dont
la crainte
diminuoit
le corps
, a
dû
paroître
trop
mordante
aux
oreilles
délicates
qui
ont
pris
cela
pour
de l'aigreur
; ce qui
fans.
doute
ne fût point
arrivé
fi on l'eût
entendue
dans
fa plénitude
. Cependant
on l'a trouvée
jufte
, fléxible
& touchante
. On
affure
même
qu'elle
joint
à
ces
qualités
une
exécution
facile
& brillante
dans
les
morceaux
de légéreté
. A l'égard
de l'action
,
Mlle
de S. Hilaire
a paffé
de beaucoup
ce qu'on
peut
attendre
d'une
Débutante
. Sa taille
eft pleine
d'élégance
& de nobleffe
; fes geftes
& les pofitions
ont
autant
de grace
que
de vérité
: il n'a
man-
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
qué à fon jeu que ce dernier degré de chaleur
que l'affurance peut feule donner ; & la crainte
qui l'a empêchée de développer tout le volume
de la voix , a été de même la caufe qu'elle ne
s'eft pas affez livrée à l'illufion théâtrale. Mais
en général c'eſt un de ces débuts dont on ne voit
guère d exemples , & qui méritent qu'on s'attache
a perfectionner les talents qu'ils annoncent.
Le 8 Janvier on a repris l'Opéra de Pirame &
Thisbé , dans lequel Mlle Arnoud a joué mieux
que jamais ce dernier rôle.
M. Lany a compofé fur la chacone du fecond
Acte un nouveau Ballet qu'on dit être un des plus
beaux qu'on ait vus fur le Théâtre .
Le Jeudi 18 , on a repris le Ballet du Carnaval
du Parnaffe , & l'on continue de le donner
les mardis & jeudis.
On le prépare à mettre au Théâtre un Opéra
de M. Rameau dans le genre comique. Le Public
l'attend avec l'impatience que doit naturellement
exciter le nom de fon Auteur .
COMEDIE FRANÇOISE.
LE
E 7 Janvier , on a donné pour la première
fois la Tragédie de Zulica , de M. Dorat , connu
par des Pièces de Poëfie qui annonçoient déjà
beaucoup de talens. Cette Pièce n'ayant pas eu
un plein fuccès à la première repréſentation , l'Au
teur , dans l'espace de huit jours , y a fait des corrections
très-confidérables : cet effort de talent &
d'émulation a furpris & intéreffé le Public. La
Pièce a été accueillie avec de grands applaudi
femens ; & l'Auteur a été demandé . Le zr de ce
mois on l'a donnée pour la cinquième fois . En
JANVIER. 1760 . 199
général on la trouve noblement & élégamment
écrite , mais on prétend qu'il n'y a pas affez de
pathétique & d'intérêt. On en donnera vraifemblablement
une idée dans le Mercure fuivant..
COMEDIE ITALIENNE.
O
>
Na donné felon l'ufage de ce Théâtrẻ ,
une ancienne Parodie de l'Opéra d'Amadis , ornée
de divertiffemens , & fuivie de Vénus & Adonis ,
Ballet Pantomime. Le mercredi 16 du mois
on a remis au Théâtre les Talens à la mode
Comédie de feu M. de Boiffy , en trois actes &
<en vers.-M. le Jeune , nouvel Acteur , y a débuté
dans le rôle de l'Amant ; & l'effai qu'il a fait de
fes talents pour le jeu , pour le chant & pour la
danfe , a été agréé du Public ; mais il paroît qu'on
veut le voir dans quelque rôle où la partie effentielle
du Comédien ait plus dequoi le développer.
PROTESTATION de M. MARMONTEL:
V oici le dernier volume du Mercure que je
donne au Public . Mon malheur fera pour tes
perfonnes éloignées & vaguement inftruites une
fource intariffable de conjectures défavantageufes
pour moi. Je n'ai pas même la confolation
de pouvoir prévenir, par le détail de cette cruelle
avanture , le tort qu'elle va me faire dans les efprits.
Mais ce que je dois à mon honneur & à la
vérité , m'oblige de déclarer hautement que les
yers puniffables qu'on a répandus dans le Public ,
?
I iv
oo MERCURE DE FRANCE.
& qui m'ont été attribués ne font point de moi
ne viennent point de moi ; que je les ai jamais
écrits , jamais dictés , jamais récités , jamais fçus ,
& que perfonne au monde ne peut dire les temir
de ma main , ni les avoir entendus de ma bouche.
Je n'ai rien fait de ſemblable en ma vie ; &
je fuis bien fûr qu'il eft impoffible de prouver par
aucun exemple qu'un Écrit de cette eſpèce foit
dans le caractère de mon coeur ou de mon eſprit.
ARTICLE VI.
NOUVELLES POLITIQUES
LA
De COPPENHAGUE , le 16 Décembre.
A Princeffe Louife , feconde Fille du Roi
qui vient d'avoir la petite vérole , eft actuellament
hors de danger . Cette maladie a fait ici de
grands ravages pendant quatre mois . Il y mearoit
plus de cent perfonnes par ſemaine,
De VIENNE , le 6 Décembre.
Les derniers avantages remportés par nos
Troupes en Saxe , ont déterminé l'Impératrice
Reine à leur accorder des gratifications pour les
encourager à continuer La guerre pendant
l'hyver.
Un Corps de troupes Pruffiennes , aux ordrès
du Général Hulfen , étoit pofté le 4 à Meiſſen får
la rive droite de l'Elbe qu'il avoit derriere lui. Ce
corps étoit de fept mille hommes d'élite. Les bateaux
étoient difpofés pour le paffer ſur l'autre
tive du fleuve. Le Baron de Beck , avec le corps
JANVIER, 1760 .
201
de troupes qu'il commande , fe préfenta ce même
jour en bataille devant le Corps Pruffien . Il l'attaqua
avec la plus grande impétuofité , & le défit
totalement. Environ la moitié du corps ennemi eut
le temps de fe jetter dans les bateaux , & de fe
fauver , en laiffant fur le champ de bataille huit
cens morts , quinze cens prifonniers & huit piéces
de canon. Mais l'artillerie Autrichienne poinrée
en diligence fur les bateaux fit effuyer aux
vaincus une feconde perte d'environ fix cens hom
mes qui furent précipités & noyés dans l'Elbe.
De LEIPSICK , le 16 Décembre.
Après l'affaire de Meiffen , le Général Beck
s'eft porté fur Torgau avec un Corps de feize
mille hommes . Il a rencontré fur l'Elbe foixante
barques chargées de proviſions pour les Pruffiens .
Il a fait attaquer ce convoi , & toutes les barques
ont été brulées ou coulées à fond . Il a brulé les
magafins que les Ennemis avoient à Riella , à
Striehlen & à Belgern ; enfuire il s'eft préſenté
devant Torgau. Mais ayant reconnu qu'il lui
étoit impoffible de tenter le paffage de l'Elbe ,
il s'eft contenté de jetter quelques bombes dans
la Place , & il s'eft replié fur Efter werda .
Le 23 , les Pruffiens évacuerent Dippoldiswalde
, que le Général Prentano fit occuper fur le
champ ; & ils fe retirerent fur Freyberg.
De PRAGUE, le 22 Décembre.
rompre
Le 17 de ce mois un détachement de 1800
Pruffiens furprit le Monaftère d'Offeg. L'Officier
qui les commandoit demanda l'Abbé ; & comme
on lui dit qu'il étoit abfent , il fit
les portes de la chambre du dépôt , & enleva
l'argent. Enfuite il ordonna au Prieur de fournir
cent mille écus , avec menace s'il n'obéifloit
pas , de faire brüler le Monaffère. Le lende
?
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
main , la Communauté n'ayant pu raffembler
que mille florins , le Monaftère & l'Eglife furent
mis au plus affreux pillage.
De' LONDRES , le 10 Décembre .
Le Général Amherst , qui n'a pu réuffir dans
l'expédition qu'il avoit projettée contre le fort
Saint Jean , fur le Lac Champlain dans l'Amérique
Septentrionale , n'a pas été plus heureux
dans le deffein d'occuper le pofte avantageux de
la Galette . Le Général Gage qu'il avoit chargé
de cette entrepriſe lui écrivit le 11 Septembre
que la faifon étoit trop avancée.
Les réparations du fort Carillon font entierement
finies. Le Général Amherſt affure que le terrein
fur lequel la Fortereffe de la pointe de la couronne
eft fituée , eft le plus avantageux qu'il ait
vu en Amérique. Rien ne le commande ; & il
préfente toutes les commodités pour une fortification
régulière. Les Grenadiers & les troupes
légères continuent de travailler à la conftruction
de trois forts , qui rendront cette place des
plus formidables. Le Général Amherſt ne ſe flatte
pas qu'il puiffe porter tous ces travaux au point
de leur perfection ; mais il croit pouvoir garantir
qu'ils feront affez avancés pour empêcher le fuccès
de l'ennemi , au cas qu'il tentât de reprendre fur
nous la pointe de la Couronne.
L'on a appris que trois des vaiffeaux de l'Efcadre
de l'Amiral Boys , qui eft depuis fi longtems
à la recherche du fieur Thurot , ont eu le malheur
d'être défemparés de tous leurs mâts par un
gros vent , & ont relâché dans un Port d'Ecoffe.
Sur cette nouvelle on affure que l'Amirauré
envoyé ordre au fieur Brett , qui étoit aux Dunes ,
d'en partir auffitôt avec les vailleaux à ſes ordres ,
pouraller à la pourfuite de la petite Efcadre Françoiſe.
a
JANVIER. 1760. 203
Nous avons ici de nouvelles Lettres de Québec
en date du to Octobre. Elles portent que le fieur
de Bougainville , Colonel dans les troupes Françoiſes
, eft venu dans cette Ville traiter de quelque
arrangement avec le fieur Murray , qui en eft le
Gouverneur ; mais on en ignore encore l'objet.
Les vivres y font extraordinairement chers ; toutes
les maifons abattues laiffoient le Soldat fans abri.
Un autre inconvénient , au moins aufli grand ,
c'eft qu'il n'y avoit point du tout de bois pour le
chauffage.
Di 15.
Un bâtiment venu des Indes Orientales nous
a apporté les nouvelles fuivantes. Le fieur d'Aché
eft parti de l'Ifle de Bourbon pour ſe rendre fur
la côte de Coromandel.
Il fut appercu le 2 du mois d'Août dernier au
Sud de Madagascar , faifant route avec onze
vaiffeaux , trois frégates , & plufieurs bâtimens
de tranfport. Les François fe flattent que ce Général
, avec des forces fi confidérables , réparera
les pertes qu'ils ont faites précédemment.
De ROME , le 10 Décembre .
On mande de Naples , qu'il y a eu le 24 dù
mois dernier une éruption du Véfuve des plus
confidérables ; qu'il en eft forti , par cinq nouvelles
ouvertures , une quantité prodigieufe de
matière enflammée ; & que diverfes exploſions
ont pouffé le bitume & les cendres jufques vers
la Tour de la Nunziata : ce qui a rempli d'effroi
tous les habitans du canton .
Le 14 de ce mois le Pape a créé Prince le
Duc de Galean des Iffarts , Colonel d'Infanterie
au fervice de France , Chevalier des Ordres de
S. Hubert au Palatinat , & de Malthe. Sa Sainteté
a fait expédier à ce Seigneur le diplome conçu
dans les termes les plus honorables.
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
De VENISE le 2 Décembre.
Le 25 du mois dernier le Marquis de Durført ,
Ambaffadeur de Sa Majefté Très - Chrétienne
fit avec beaucoup d'éclat & de magnificence fon
entrée publique en cette Ville.
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
De VERSAILLES le 20 Décembre .
LAfanté de Monfeigneur le Duc de Bourgogne
qui étoit fort dérangée depuis quelques mois , fe
rétablit de plus en plus , & l'on eft actuellement
hors de toute inquiétude fur l'état de ce jeune
Prince.
Le Roi a donné à l'Abbé Bulté de Clairy la furvivance
de l'Abbé Baifle , pour la Charge de
Chapelain ordinaire .
Sa Majefté a fait Maréchal de France le Duc
de Broglie , Lieutenant- Général de fes Armées.
Le Roi a donné l'Abbaye réguliere & élective
d'Eftrun , ordre de S. Benoît , Diocèle d'Arras ,
à la Dame de Gennevieres de Samettes , Religieufe
de la même Abbaye.
Le 12 de ce mois , le Duc de Momorency
Luxembourg prêta ferment entre les mains du
Roi , pour la furvivance de la charge de Capitaine
des Gardes du Corps , dont le Maréchal Duc de
Luxembourg eft titulaire.
Le 21 le Roi tint le Sceau.
Sa Majefté a difpofé de la charge de Maître
de fa Garderobe , vacante par la démiffion du
JANVIER. 1760. 205
Marquis de Souvré , en faveur du Marquis de
Chauvelin. Le Roi a auffi difpofé de la pareille
Charge , vacante par la démiffion du Maréchal
de Maillebois , en faveur du Comte de Roisgelin
de Cucé .
De PARIS , le 22 Décembre .
Le 17 de ce mois le Parlement , toutes les
Chambres affemblées , enregistra un Edit , portant
création de trois millions de rentes viagè
res , en forme de Tontine , divifées en actions
de deux cens livres chacune , diſtribuées en huit
claffes & établies fur la Ferme Générale des Pof
tes & fur les Aydes & Gabelles .
On mande de Vannes , que plufieurs vaiſſeaux
Anglois ont paru à la hauteur du Croific. Le
Chef d'Efcadre qui les commande a envoyé un
Officier à terre, qui a demandé que l'on rendît
le canon des vailleaux de leur Nation qui ont
été brulés fur cette côte , avec menace de bombarder
le Croific fi on ne les rendoit pas . On a
rejetté la demande & mépriſé la menace. Au
fitôt les vaiffeaux ennemis ont commencé le
bombardement de cette Ville .
Suivant les dernieres nouvelles du 23 de ce
mois , l'armée d'Allemagne continue d'occuper
fes cantonnemens dans les environs de Friedberg
; celle des ennemis eft toujours dans la
même poſition . Il y a eu quelques eſcarmouches
entre les poftes avancés ; on a fait quelques
prifonniers aux ennemis.
Du s. Janvier.
Le feur Canon , Lieutenant de frégate , qui
étoit parti au mois de Mars de l'année derniere
avec un convoi pour le Canada , en eft de retour.
Suivant les dernieres Lettres de Cadix , on
ne défarme point les vaiffeaux ; on a reçu des
ordres contraires , ainfi que pour les troupes de
206 MERCURE DE FRANCE.
•
terre. Ces Lettres ajoutent qu'une tempête a difperfé
l'Efcadre Angloife qui croifoit dans ces parages
, & que trois de fes plus gros vaiffeaux ont
été démâtés , & mis hors d'état de tenir la mer.
Les cinq vaiffeaux François & les quatre frégates
qui étoient fortis du Portles , ont été obligés
d'y rentrer le 7 .
Du Quartier général de Friedberg , le 5 Janvier,
Le Corps aux ordres du Marquis de Voyer
venu du Bas-Rhin malgré les difficultés prefqu'infurmontables
qu'il a éprouvées pendant fa marche
, & celui qui étoit à Limbourg aux ordres
du Marquis de Vogué , fe font joints le 31 du
: mois dernier , dans les environs de Mengerskif
ken. Les Troupes commandées par le Marquis
de Vogué fe porterent le 4 de ce mois avant le
jour fur la Ville d'Herborn. Ce Général après
avoir fait fes difpofitions pour l'attaquer , la fit
fommer. La Garnifon au nombre de cent cinquante
hommes , fe rendit prifonniere de guerre.
Pendant ce temps- là le Marquis Dauvet détaché
par le Marquis de Voyer , s'empara de la
Ville de Dillenbourg , où il fit quelques prifonniers.
Les troupes légères de ces deux Corps firent
de leur côté des courfes dans le Pays , &
enleverent plufieurs poftes & patrouilles des Ennemis.
Pour favorifer l'expédition fur Herborn
& Dillenbourg , le Maréchal de Broglie avoit
fait fortir de Gieffen des détachemens de la garnifon
aux ordres du Marquis de Blaifel & il
avoit fait avancer des troupes légères du côté de
Marbourg. Toutes les difpofitions ont eu le plus
grand fuccès . Partout on fait des prifonniers aux
Ennemis.
MARIAGES.
>
Marie- Charles de Rohan , Vicomte de Chabot ,
Capitaine de Cavalerie au Régiment de RoyalJANVIER.
1760 . 207
Etranger , fils de Gui-Augufte de Rohan- Chabot ,
Lieutenant Général des Armées du Roi , & de
feue Dame Yvonne - Silvie de Breyl de Rays ,
époufa le 17 Décembre Gyronne Hyacinthe de
Pons , fille de Charles- Philippe de Pons , Lieutenant
-Général des Armées du Roi , & de Dame
Charlotte-Marie l'Allemand de Betz. La bénédiction
nuptiale leur fut donnée à Paris dans la
Chapelle du Cardinal de Gefvres . Leur Contrat
de Mariage avoit été figné le 16 par le Roi , la
Reine , & la Famille Royale.
MORT S
Dame Angelique - Marguerite de Ifabeau ,
veuve de Charles - François-Anne- Thomas Sibille,
Marquis de Roncherolles , époufe de Pierre-Charles
de Montboiffier - Beaufort , Marquis de Canillac
, Lieutenant - Général des Armées du Roi ,
Gouverneur de Fecamps , ci- devant premier Enfeigne
de la feconde Compagnie des Moufquetaires
de la Garde du Roi , eft morte à Paris le
29 Novembre dans la cinquante-cinquiéme année
de fon âge.
Dame Marie- Françoife le Maiftre , veuve de
Meffire Guillaume- François Joly de Fleury,ancien
Procureur Général , eft morte le 1 Décembre ,
âgée de quatre -vingt- trois ans.
François de Franquetot , Duc de Coigny , Maréchal
de France , Chevalier des Ordres du Roi
& de celui de la Toifon d'Or , Gouverneur de la
Haute & Baffe Alface , Grand- Bailli de Caen ,
mourut ici le 18 dans la quatre-vingt- dixiéme
année de fon âge.
1
Meffire Guillaume Bouvier de la Motte , Marquis
de Cepoy , ancien Colonel d'Infanterie ,
Grand Bailli & Gouverneur des Ville & Château
de Montargis , eft mort le 13 , dans fa terre de
Cepoy , agé de foixante-douze ans.
208 MERCURE DE FRANCE..
Marie- Renée de Montmorency Luxembourg ,
époufe de Louis - François- Anne de Neufville ,
Duc de Villeroi , Pair de France , Chevalier des
Ordres du Roi , Maréchal des Camps & Armées
de Sa Majefté , Gouverneur des Provinces de
Lyonnois , de Forêts & de Beaujollois , Gouverneur
Particulier de Lyon , Capitaine de la feconde
Compagnie des Gardes du Corps du Roi , mourut
à Paris le dans la foixante-troifiéme
année de fon âge.
22 ,
Philippe - Louife , née Princeffe de Furftemberg,
Comteffe de Lannoy , eft morte en fon*
Château de la Motte , âgée de foixante- feize ans.
Elle ne laiffe de fon mariage que le Comte de
Lannoy , Brigadier des Armées du Roi , Capitaine-
Lieutenant de la Compagnie des Gendarmes
Anglois , qui a été bleffé dangereuſement
à la bataille de Minden.
Louife- Félicité de Flavacourt , époufe de Louis
Roger , Marquis d'Eftampes , Colonel des Grenadiers
de France , mourut à Paris le 31 Décembre
, âgée de dix- fept ans.
Meffire Claude- Alexandre de Pons , Marquis
de Renepont , Maréchal des Camps & Armées
du Roi , eft mort en fon Château d'Anmeville
en Lorraine les Décembre , âgé de 79 ans.
·
Meffire Jofeph Auguftin Menjo de Sarré ,
Meftre de Camp de Cavalerie , Maréchal des Logis
de la première Compagnie des Moufquetaires
de la Garde ordinaire du Roi , Chevalier de
l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis , mourut
à Paris le 13 dans la cinquante- huitième année
de fon âge.
Dame Marie- Louife- Chrétienne de Saint-Blimond
, Comteffe de Renepont , belle - fille du
Marquis de Pons- Renepont , eft morte en fon
Château de Roche en Champagne le 21 ,
de trente-fix ans.
âgée
JANVIER. 1760. 209
SUITE de la Lifte de la Vaiffelle portée
à la Monnoie de Paris .
Meffieurs
Du 24 Décembre 1759.
Courget , Bourgeois de Paris.
Mad. Le Blanc, Veuve du Contrôl.
des Rentes .
Brillon , Notaire.
Made Marbourg.
Plus , en or , 4 m. 4 on. ƒ gr. 4.
Le Général des Mathurias.
Pouffot , Infpecteur de Police .
Jourdain de Blicourt , intéreſſé dans
les affaires du Roi.
le Marquis de la Palun , Gouverneur
d'Orange.
De Nefines , fils , Munitionn. gén.
Telles de Saint-Andolle .
De la Salle , Secrétaire du Roi.
Voutier , Secrétaire du Roi .
De la Chenay , Fermier du Roi,
Telles de Lacofte, Grand Maître des
Eaux & Forêts,
Plus , en or , gr. & demi.
Les Peres de Nazareth.
Telle , Traiteur.
Le Marquis de Gouy , Maréchal des
Camps.
Made Gallot , Marchande.
Morinais , ( Quatrième envoi. )
de Pontcarré , ancien Prem . Préfid .
du Parlement de Rouen ,"
Made d'Emery.
m. o.g
9 7 f
II 23
125 1
30 17
10 0 0
5555
276 17
18326
5424
534
6.03
130 4 6
93 10
606
44 7 2
4657
84 1
394 3
4 2
98.1
II ƒ 6
110 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Suite du 24 Décembre.
Duport , Maître des Comptes.
de Fontenay.
Geury , Officier de la Reine .
Criftel , Receveur , Port S. Paul.
de la Touche, Intendant des Menus.
Brillon , Notaire.
Darey.
Tourton , Procureur au Châtelet.
de la Brouillaie .
Chalumeau , Proc. au Parlement.
Les Filles de l'Ave- Maria,
Made la Veuve Briffet.
le Marquis de Merry .
les Cordeliers du Grand- Couvent.
Made de Lafontaine , demeurant
au Château de Vincennes .
l'Héritier , Notaire , & Granier
ancien Marchand .
Jacob , Contrôleur de la Maifon
du Roi.
Mérault , Préfident du Bureau des
Finances & Chambre du Domaine
de la Généralité de Paris .
Plus , en or , 7 onc. gr. 12 g.
le Curé de Saint Euſtache.
Tingris , Profeffeur. de Philofophie.
Mile Rouffe , Bourgeoise de Paris .
l'Abbé de la Coffade.
m.o. g.
181 7 £
57 11
2845
456
I
177 7 6
I 2 4
79352
3342
5120
17 7 3
35
60 7
132 I
66 5 x
2472
105 12
35 1 21
10 I 41
49 4 2
915
712 S
12976
Made la Baronne de Befeuval &
M. fon fils . 18302
de Croville , ancien Exempt des
Gardes du Corps.
les Prémontrés , Chef- d'Ordre.
Made Guefnot , Veuve.
2366
222
57
9331
JANVIER. 1760 . 211
Meffieurs
Suite du 24 Décembre.
Gueriot du Vivier , Receveur des
Tailles à Moulins .
Donjon , Commis à la Recette des
Finances à Moulins.
Magnier , Notaire.
Duvieux , Secret . de M. Chauvelin ,
Intendant des Finances .
Plus , pour Mile Durieux fa foeur ,
a remis en or I onc. 4 gr. 24 g.
Made Girard de Buffon.
Mlle Rainteau de Lamarre.
m. O
g.
5651
60 O I
is 4 s
44 0 I
45 0 2
13465
3460 3 11
Du 26 Décembre.
Made Huaut , Marchande.
l'Abbé Graffin .
Made de Pormore.
Made de Montaigu , De de Pinceloup .
de Ségent , prem. Commis du Bureau
de la Guerre.
14 2 2
7001
692
29 161
Boiftel , Traiteur.
176 271
6029
356301
Du 27 Décembre.
Mlle Tinelle , 1 flacon d'or , 2 on. 27 g.
Chenu , Commiffaire au Châtelet.
Ruffet , Chirurgien.
l'Abbelle de Maubuſſon .
Made Pagnion .
Made de Vaudré , Abbeffe de l'Eau ,
Ordre de Citeaux.
49 7 61
31 7 7
6620
71 S 4
24 29
de Verneuil , Meftre de camp de Cav .
Randon de Malboiffiere .
57 2 2
173 06
474 4 7
212 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Du 28 Décembre.
Conftantin , ancien Commis de la
Marine.
le Maréchal de Clermont-Tonnerre.
Barthélemi le Coulteux.
Caruel, Marchand.
Mile Fournier ; à la Communauté
de Saint Chaumont,
les Carmes de la Place Maubert.
Aubin , Confeiller au Parlement.
Plus , en or , 3 one. 4 gr. 18 d.
de Saint Laurent , ancien premier
Commis de la Guerre.
Graffin de Mailly , Ingén. du Roi.
Made l'Abbeffe de Maubuffon.
Made l'Abbelle de Pont- aux-Dames.
La Fabrique de S. Pierre aux Boeufs.
le Président de Paris.
de Hemant , Maître des Comptes.
Made de Crillon , Abbeffe de Villier ,
Ordre de Citeaux.
Gagnat de Longuy , Maître des
Requêtes.
Gaunat de Lamotte , Secrét . du Roi,
L'Eglife de Charonne- les- Paris.
le Marquis de Poyanne ,
Petiton , Bourgeois de Paris .
Malartic , Ecayer,
Du 29 Décembre.
m. o.
2145
78 10
149 01
17 3 4
14 3.7
4936
145 of
177 5 3
102 7 S
995 S
5460
764
5.92 1
13674
79 I I
28544
SI 4 4
3.1 3. 6
428 13
700
12 7
1910 I 2
Deschamps , Tréf. gén . des Monnoies. 34 065
Made de Gouy.
Mlle de Poulprie de Tribodinie .
2
12 3 I
2
17 I IL
JANVIER. 1760 . 213
Suite du 29 Décembre.
Meffieurs
Baubec , Secrétaire du Roi.
le Marquis de Senety , Capitaine aux
Gardes.
Neigre , ancien Lieuten . Criminel.
de Marville , Confeiller d'Etat.
Prevolt , Avocat. 2 onc, 21 gr.
Bruau , Correcteur des Comptes.
Made Saunier.
Claeffen , Direct. de la Compagnie
des Indes.
Les Carmélites , rue Chapon.
m. o. g.
48 13
100 5 6
191 34
84 7 4
2844
129 12
74-4 O
2
113 I 21
2
2932
12 4 I
de Bougainville , de l'Acad . Françoife. 53 5 7 ļ
Maigrot , Secrét. de M. de Valliere.
Guillaume , Contrôleur de la Maiſon
de M. le Comte d'Eu.
Germain , Greffier des Req. du Palais.
Couette d'Eaubonne.
le Marquis d'Asfeld , Maréchal de
Camp.
le Marquis des Seftaux.
Made Hayez.
L'Eglife des Invalides.
La Cathédrale de Chartres.
de Louvel .
Les Petits Auguftins .
Made Dauderau .
Les Théatins.
Les Auguftins , Petits Peres .
Les Carmelites , Fauxb . S. Germain.
Les Cordelieres du Fauxb . S. Marcel.
le Duc de la Rochefoucault.
Les Jacobins de la rue S. Jacques.
Made Prieur , Bourgeoile de Paris.
7847
2277
44 571
66
73
IOI 4 6
4752-7
92 I 6
192 1 5
2006
55 66
677
44 2 0
5003
61-34
II 0 6
581 6 1
68 5 4
44 0 I
1
214 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Suite du 29 Décembre.
Boyer , Medecin du Roi.
Made Duclos , Bourgeoile de Paris.
Delaunay , Marchand de Vin .
Made & M. le Marquis d'Antery.
Made de Crillon , Abbeffe de Villiers.
Bercher , Receveur des Domaines
du Roi.
Magny , Maître Peintre.
l'Evêque de Séez.
Dubois de Beauvail.
Les Minimes de la Place Royale.
Vincent , Prem. Commis de M. Chauvelin.
Moraine de Lamotte , Ecuyer , demeurant
à Laval .
Made la Ducheffe de Briffac.
Les Prémontrés de l'Abbaye d'Hérmieres.
m. o. g.
177.0 G
18 I S
25 1 I
221 7
25 I 5
21-6
36 4 4
103 6 0
3202
2 I
27 371
48 4 3
57 S
14 2 I
385502
Du 31 Décembre.
Rolland , Confeiller de Grand'- Ch.
le Marquis de Boiſé de Courſenay .
Dufranc Caftel , Huiffier- Prifeur.
le Duc de la Trémoille.
Davignon , Secrétaire du Roi.
de la Salle , Secrétaire du Roi.
Lenoir l'aîné , Notaire.
Les Bénédictins de la Ville- l'Evêque .
de Moutier , Lieutenant génér, à Pon- *
toife.
Les Religieufes de Bellechaffe.
Les Religieufes du Cherchemidi .
20
907
2
39061
132 3 0
118 0 0
375
I I
70 7 4
129 7 0
88 7 5
6
43 5
2
JANVIER. 17601 215
Meffieurs
Suite du 31 Décembre,
Les Bénédictins de S. Luc d'Efferans ,
près Chantilly.
Made de Chamourfet.
Made l'Abbeffe de Montmartre.
Made Geliffe.
Graffin , Directeur général des Monnoies
, Honoraire.
Frecot de Lanty, Confeiller au Grand
Confeil.
Les Célestins de Morcoucy .
Beat , Receveur au Change de la
Monnoie.
}
Bellanger , Avocat général de la Cour
des Aydes.
le Comte de la Riviere , Vicomte de
Tonnerre .
Made la Veuve de Chancourt .
m.
9.g.
45 7 3
1503 2
I
12 69
61761
403 4 I
636 27
100 4
1857
216 2 2
98 30
169 4 2
245663
2
2
TABLE DES ARTICLES.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE.
ARTICLE PREMIER.
Les deux Linots ,
L'Amour defarmé.
Envoi à Mile de B ***.
Stances d'une femme à fon Amant.
Suite de Fidelia , Hiſtoire Angloiſe,
Epître.
Le Temple de l'Amour , Songe.
Epître à M. le Comte de T **.
Bouquet de M. *** à ſon ami .
Penftes fur l'amitié ,
Page 5
7
13
ibid.
IS
28
30
38
43
44 ,
1
216 MERCURE DE FRANCE.
Suite des fragmens des Georg de Virgile.
Suite des Jugemens fur les Auteurs Anglois .
Etrennes à Madame T .** D ,**
Vers à Madame T . *** D. ***
58
.69
79
80
Epître de M. *** à ſon pere .
81
Vers à M. *** ibid.
Epître fur l'Amitié , à M. de C ** . 82
Enigmes. 88
Logogryphes.
R9 & 90
Logogryphus & Chanfon. 91 & 92
ART . II. NOUVELLES LITTERAIRES.
Lettre de Miftris Fanni Butlerd &c.
Traité général des droits d'Aydes & c .
Diflertation de M. Bruyn & c.
Profpectus du nouveau Journal Etranger.
Annonces des Livres nouveaux.
Lettre de M. de Voltaire .
93
96
102
123
136 &fuiv
143
ART. III. SCIENCES ET BELLES-LETTRES.
n
ACADEMIES..
Suite de la Séance publique de l'Académie
des Sciences.
Aftronomie.
ART. IV. BEAUX - ARTS.
ARTS UTILES.
CHIRURGIE,
Réponse de M. Daviel à M. Hoin &c.
ART. V. SPECTACLES,
Opéra.
Comédie Françoife .
Comédie Italienne.
148
17-1
172
397
198
Proteftation de M. Marmontel .
199
ibid.
193
207 & 208
ART. VI. Nouvelles Politiques.
Mariages & Merts .
Suite de la vaiffelle portée à la Monnoie. 209
De l'Imprimerie de SEBASTIEN JORRY.
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
FEVRIER. 1760 .
Diverfité , c'est ma devife . La Fontaine
Chez
Cachin
Filus inv
PapilionSculp
A PARIS ,
CCHAUBERT, rue du Hurepoix.
JORRY , vis à - vis la Comédie Françoife.
PISSOT , quai de Conti.
DUCHESNE, rue Saint Jacques.
CAILLEAU , quai des Auguftins.
CELLOT , grande Salle du Palais.
Avec Approbation & Privilége du Ro
krala
AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier Commis au
Greffe Civil du Parlement , Commis au
recouvrement du Mercure, rue Sainte Anne,
Butte Saint Roch, à côté du Sellier du Roi.
C'eft à lui que l'on prie d'adreffer, francs
de port , les paquets & lettres , pour remettre
, quant à la partie littéraire , à M.
DE LA PLACE , nouvellement pourvu
par le Roi , du Privilége du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36fols,
mais l'on ne payera d'avance , en s'abonnant
, que 24 livres pour feize volumes
à raifon de 30 fols piéce.
Les perfonnes de province auxquelles on
enverra le Mercure par la pofte , payeront
pour feize volumes 32 livres d'avance en
s'abonnant , & elles les recevront francs
de port.
Celles qui auront des occafions pour le
faire venir,ou quiprendront lesfrais du port
fur leur compte , ne payeront comme à
Paris , qu'à raifon de 30 fols par volume
c'est- à- dire 24 livres d'avance , en s'abon
nant pour 16 volumes .
Les Libraires des provinces ou des pays
étrangers , qui voudront faire venir le
Mercure , écriront à l'adreffe ci- deffus.
A ij
Onfupplie les perfonnes des provinces
d'envoyer par la pofte , en payant le droit
le prix de leur abonnement , ou de donner
leurs ordres , afin que le payement enfoit
fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neferont pas affranchis
réfteront au rebut.
On prie les perfonnes qui envoyent des
Livres , Eftampes & Mufique à annoncer
d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Pièces tirées des
Mercures & autres Journaux , par M.
De la Place , fe trouve auffi au Bureau
da Mercure. Le format , le nombre de
volumes & les conditions font les mêmes
pour une année.
AVANT - PROPOS.
S'IILL étoit néceffaire de faire connoître
& l'utilité de cet ouvrage , & combien
il mérite la confiance & l'attention du
Public ; s'il falloit encore prouver , que
la bonté d'un Livre , de la nature de
celui - ci dépend , pour la plus grande
partie , des fecours que les gens de Lettres
en tout genre , & les Artiſtes , veulent
bien donner à celui qui en eft chargé:
je ne pourrois mieux faire que de répéter
ce qu'a dit mon prédéceffeur , dans le
Mercure du mois d'Août 1758. J'adopte
tous fes principes , dont la jufteffe a été
généralement reconnue ; & je me propofe
de l'imiter , dans l'exécution . Je ne
puis promettre les mêmes talens : mais
on reconnoîtra du moins , en moi , le
même zèle , & la même exactitude à
remplir mes engagemens. Je recevrai ,
avec beaucoup de reconnoiffance, tous les
avis que l'on jugera pouvoir contribuer
à la perfection de l'ouvrage.
MERCURE
DE FRANCE
FEVRIER. 1760 .
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE
LA SOURCE ET LE RÉSERVOIR ,
ALLEGORIE
UNriche Seigneur de campagne ,
Sur le penchant d'une haute montagne
Avait conftruit un vafte réfervoir.
Le plomb, le fer, & la pierre detaille ,
Formoient autour une épaille muraille ,
Pour retenir les eaux qu'il devoit recevoir.
Dans un canal , formépar la fimple nature,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Un peu plus bas , fur le même côteau ,
D'une fource d'eau vive & pure ,
Couloit un tranquille ruiffeau .
Le Réfervoir, que l'abondance
Gonfloit d'orgueil dans fes épais contours
Crut pouvoir , avec arrogance ,
Infulter fa voifine ; & lui tint ce Diſcours ;
Dis- moi , foible fource , ma mic ,
Que fais -tu là fi près de moi?
Viens-tu , méprifable ennemie ,
Pour recevoir , ou me donner la loi ?
Je ne prétends ni l'un ni l'autre ,
... Dit la Source : par cent détours ,
Je fuis paifiblement mon cours ,
Sans nul deffein d'interrompre le vôtre ;
Dequoi , dit le fier Réſervoir ,
Oferiez-vous vous prévaloir ?. I
Si vous appercevez mon fuperbe rivage ,
Du pied de vos foibles rofeaux ,
>
Il doit vous annoncer ce prompt & jufte hommage
Que doivent me rendre vos eaux.
Admirez mes bouillons, mes cafcades , mes gerbes;
Et comparez mes napes de criſtal ,
A votre humble & chetif canal ,
Que bordent par pitié quelques joncs , quelques
herbes...
Alte là , s'il vous plaît , Monfieur le Réſervoir :
Permettez-moi de vous répondre ,
Dit la Source ; je crois , fans me faire valoir ,
FEVRIER. 1760.
Avoir en moi dequoi confondre
L'orgueil que vous nous faites voir.
Il eft vrai, vos effets ont tout l'air de miracles)
Ce font autant d'enchantemens
;
Et par cent divers changemens ,
Vous nous offrez de furprenans fpectacles.
Mais à qui devez-vous ces fuccès éclatans ?
Au poids que forme en vous l'amas d'eaux étrang
geres ,
Qui produit pour quelques inftans
Ces illufions paffageres.
1.1
De ce volume d'eau , dont vous êtes ſi vain ,
Je le fçais , votre enceinte eft le fuperbe vale :
Mais elle croupit dans fon fein ;
fain.
Et contractant le goût & l'odeur de la vafe ,
Elle n'offre aux mortels qu'un breuvage peu
Enfin de vos priſons , vos ondes échappées ,
Dans une mare infectent nos hameaux ;
En horreur aux jeunes Nappées ,
Leurs places n'y font occupées , h
Que par les plus vils animaux.
Tel eft votre deftin , telles font vos proueffes !
Si vous accumulez d'abondantes richeſſes ;
.3
Votre limen corrompt leur bon alloi.
Vous n'avez rien à vous , & mon onde eft à moi.
Si j'en raffemble moins , je la conſerve pure.
En arrofant ces prés , je les fème de fleurs .
A vos preftiges vains , à vos charmes trompeurs ,
H
A iv
MERCURE DE FRANCE.
On Fréfere mon: doux murmure.
Partout je répands mes faveurs.--
Dans ma courfe lente & timide ,
Sans danger mon onde, limpide .
Défaltere les voyageurs. I
fortune : 21
Ce n'est pas tout ; admirez ma f
Réunie en mon cours à cent autres ruiffeaux ,
Je deviens Aeuve enfin, & je conduis mes eaux
Jufques dans le fein de Neptune ....
Que dit le Réfervoir à cela ? Pas, le mot.
Stupide par état , il garde le filence
Car pour être dans l'abondance
Un Réservoir n'eft pas moins for.fot
Vous , dont l'intrépide mémoire
Fatigue les humains de fon pefant fçavoir ,
Sçavantas importuns ! perdez un vain eſpoir,
Un mérite étranger , qui vous en fait accroire,
Rarement conduit à la gloire ;
Elle eft due à l'efprit , qui feul fait tout valoir.
Il eft la Source , & vous le Réfervoir.
CONGÉ, A L'AMOUR,
EPITRE A SILFANIRE.
SILVANTRE
TOYS AT 2WC
ILVANIRE, il est temps que je t'ouvre mon
âme,
Je le dois à la vérité ;
FEVRIER. 1760.
Fa compterois en vain fur cette vive flâme ,
Qui faifoit ton eſpoir & ma félicité.
Douze luftres & plus , n'ont fait de ma carrière ,
Qu'un enchaînement de plaifirs ::
Mais fij'exifte encor , fi je vois la lumière ,
J'ai plus perdu, j'ai perdu les deurs.
Peut-être en fecret tu m'accules ,
D'indifférence ou de légèreté ?
Non, Silvanire , to t'abules.
Peut-on être toujours, ce qu'on a trop été
Croi-moi, je ne fuis ni volage ,
Ni rebuté des foins qu'on fe donne en aimant
Mais il faut l'avouer , je ne fuis plus d'un âge
Auquel convienne encor le rôle d'un amant. ›
Eh , quoi! fi ta brillante & ta vive jeuneffe , ´ ›
Mc fit fouvent revoir les jours de mon printemps
Dois- je fouffrir que ta tendrelle,
Pour prix de ces doux pafletemps ,
Ne reçoive de ma vieillefle
I i
Que les reftes caducs d'une trop longue ivrella,
Quand pour toi les plaifirs font dans leur plus
beau temps ?
Silvanire,tu dois jouir du fort aimable
Que t'offre ta jeune ſaiſon :
Oublie un amant miſérable ,
Et fois légère par raiſon.
Dans cer amant , qu'envain l'amour voudrois te
rendre ;
A'v
10 MERCURE DE FRANCE.
Dans ce coeur, dont en vain il feroit le tourment,
Tu trouveras un ami tendre ,
Auffi fenfible qu'un amant.
Souffre que la raifon , dans ce retour funefte ,
De mes jours languiffans reçoive la moitié :
Je n'en veux confacrer le refte ,
Qu'au deux repos , qu'à la tendre amitié .
Je t'entends , Silvanire ! & tu diras peut-être ,
Que vivre fans aimer , qu'exifter fans defirs ,
C'eft s'enfevelir , ceffer d'être ; ›
Et qu'on ne vit , qu'autant qu'on jouit des plaiſirs ?
Mais reconnois quel bien mon coeur ofe pourfuivre
,
Quand la Raifon m'attache à ſon autel.
Oui , j'en conviens , aimer c'eſt vivre :
Mais penfer , c'eft être immortel.
EPITRE à M. l'Abbé CARRELET
DE ROSAY, Doyen de l'Eglife de
Soiffons ; fur l'envoi de fa Vaiffelle à
la Monnoie de Rheims .
DEE ton zèle patriotique ,
Abbé , fincere admirateur ,
Je viens , pour éclairer mon coeur ,
Confulter ton ame héroïque.
Dois- je , en vertueux Citoyen ,
FEVRIER. 1759.
11
Porter , Émule de ta joye ,
Dans les creufets de la Monnoye
Le plus éclatant de mon bien?
Ou dois -je , d'une main cruelle ,
Dans la terre aller l'enfouir ?
Me réfoudre à ne plus jouir
Du ſpectacle de ma Vaiffelle ?
Tous mes doutes , font réfolus ;
Et c'eft Louis qui me décide.
Son exemple , me fert de guide :
Mes Plats , vous deviendrez Écus.
Glorieufe métamorphofe
Sur vous , on gravera mon Roi.
Et cette empreinte , felon moi ,
Vaut l'honneur d'une Apothéole.
Allez , volez , faites- vous voir >
Sous cette figure nouvelle ;
Et foyez le figne du zèle is
ཉ །
Que tout bon François doit avoir,
D'ane inutile Argenterie ,
Puis- je en paix contemplet l'éclat ,
Quand la voix forte de l'État
La demande pour la Patrie ?
Et quand d'intrépides Guerriers ,
Bravent la mort pour fon ſervice ;
Dois-je , paiſible en mes foyers,
Lui refufer ce facrifice ?
Non, jamais l'Argent , fous mes yeux,
A vj
2 MERCURE DE FRANCE.
N'ornera ma table fragale :
Je veux déformais qu'elle égale
Celle de nos premiers-Areux.
Alors , dans l'Argile modefte,
Un repas fimple , préfenté
Par un Art à nos jours funefte,
N'éveilloit point la Volupté.
Moins faftueux , plus équitables ,
A l'Argile rendons fes droits ;
Et qu'elle foit, comme autrefois ,
L'ornement chéri de nos Tables.
Jadis les Hôtes refpectables ,
De Baucis & de Philémon,
Sur des Vafes faits de Limon ,ɛ105
Trouvèrent leurs Fruits délectables
Ainfi vivoient les Curius ,
Dans le fein même de la Gloire ,
Quand , au retour de la Victoire,
Ils refufoient l'Or des Vaincus,
De Cannes le Vainqueur rapide ,
A Rome croit donner des fers ;
Rome généreuse , intrépide ,
Va réparer tous les revers .
Tout l'Or des Siens , au Capitole ,
Se transforme en glaives vengeurs
Du fein du luxe qu'elle immole,
Je vois fortir des traits vainqueurs
Votre main même les aiguilen.
FEVRIER , 1760 .
Romaines & votre fierté ,
Des ornemens de la beauté
Vous dépouille & s'immortalife.
Ainfi vous triomphez du fort ;
Et votre grande âme partage
L'honneur du vertueux effort
Qui terraffe à jamais Carthage,
Soyons Romains , & même plust
De notre Argent faifons l'uſage
Que nous prefcrit la voix du Sage ,,
Pour la Patrie & les vertuss
Delà dépend fon exiſtence ,
Et tout l'éclat de fa couleur :
Un noble emploi fait fon effence,
Fixe fon titre & fa valeur.
Enfans d'une même Famille ,
Au bien commun confpirons tous ;
A nos yeux , cet Argent qui brille ,
Eft a l'Etat bien plus qu'à nous .
Miniftres du Dieu des Armées
De fes tréfors zélés Gardiens ,
A vos prieres enflâmées
"
Joignez l'hommage de ces biens.
La Foi confacre ces exemples ,
Parmi les faftes immortels :
}
Dépouiller aina les faints Temples,
C'eft combattre pour leurs Autels.
Donnons à l'envi ces ſpectacles,
14 MERCURE DE FRANCE.
Armons les bras de nos Guerriers ;
Du pied des facrés Tabernacles
Nous aurons part à leurs Lauriers.
Ainfi , du haut de l'Empirée ,
De la Paix hâtons le retour ;
Que fa préſence defirée ,
Faffe le prix de notre amour !
Je cours préfenter mon offrande ,
Non moins joyeuſement que toi ,
Abbé : mon coeur me la demande ,
L'honneur , la Patrie & mon Roi.
Par M. DE SAULX , Chanoine de l'Eglife
de Rheims , & Chancelier de l'Univerfité.
Traduction du Monologue de GEORGE
BARNWEL , dans la Tragédie Angloife
qui porte fon nom ; lorfqu'il eft
fur le point d'arracher la vie àfon oncle.
D.
A zub meidd &
EPUIS que j'ai formé cet horrible deffein , hot
sa
Le Soleil obfcurci me
cache fa lumière ;
Sous mes pas criminels je fens trembler la tèrre.
La préſence d'un affaflin
Confterne la nature entière .
Malheureux! quels étoient, & quels font tes defirs ?
Cette eau , dont autrefois le tranquille murmure ,
Amon coeur innocent , infpiroit les plaiſirs ,
Me femble maintenant exhaler des foupirs ;
FEVRIER. 1760. Is
Et prononcer les noms de monftre , de parjure! ...
Mais pourquoi m'étonner de ces fons douloureux !
De voir partout régner l'horreur la plus profonde ?
C'eſt un châtiment , pour le monde ,
Que le premier forfait de l'homme vertueux,
TABLEAU des anciens Ménages , tiré
d'un Manufcrit du XIVefiecle.
UN Gentilhomme , cherchant les préuves
de l'ancienneté de fon extraction , me
préfenta dernierement à lire un rouleau
de vieux papier , confondu parmi ſes titres
. Le caractère , rempli d'abbréviations,
le rend prefque indéchiffrable. A l'écriture
, au ftyle & au papier , on peut donner
400 ans à ce Manufcrit. C'eft un Jourmal
tenu exactement, par un Seigneur Lorrain
, de toutes les petites tracafferies
journalieres de l'intérieur de fon domeftique.
Il y a apparence, que l'Ecrivain étoit
un Philofophe poli , qui n'ayant point
d'ami dans le fein duquel il pût ouvrir
fon coeur , confioit fes fecrets au papier.
Comme on m'a permis l'ufage de ce Manufcrit
; je vous l'envoie , Monfieur , pour
le rendre public , fi vous croyez qu'il
puiffe fervir à faire connoître les moeurs de
16 MERCURE DE FRANCE.
nas Ancêtres. L'ancien langage eft traduir
en François un peu plus moderne.
Journal du Janvier 63. ( Peut-être 1363. )
J'ai reçu , dans mon Châtel , les vifites
des Damoifeaux & les hommages de mes
vaffaux. Madame n'a pas été vifible. Elle
a fait les préfens de l'année à fes ſervi
teurs.
2. J'ai été voir le Commandeur des
Hofpitaliers , & le Recteur ( le Curé. ),
3. Fête de Sainte Genevieve. J'ai beau
coup gagné au jeu.
4. Madame a été d'une humeur infupportable.
Moi , fa mere , fes femmes &
fes gens ; tout s'en eft reffenti.
5. On a tiré la féve. Dieu , la Sainte
Vierge & les Fauvres, ont eu les premières
parts. J'ai été Roi.
6. Le Recteur eft venu fouper au
Châtel.
7. J'ai été à la chaffe , avec le Baron.
8. Madame a pris de la liqueur du Le
vant, que le Docteur lui a ordonnée.
Madame a acheté , d'un Ambulant,
des Colliers , des Ceintures dorées , &
autres fuperfluités. Elle m'en a avoué une
partie. J'ai découvert le reſte.
10. J'ai été à Nanci , pour des affaires.
11. La mere de Madame, m'a querellé,
& fa fille auffi.
FEVRIER 1760. 17
12. Mauvaiſe mine. J'ai menacé de
rompre.
13. Tiré les Rois Machurés. * Madame
a été Reine.
14. Je fuis parti pour Nanci , tenir les
Afifes de Monfeigneur le Duc.
19. Reçu des amitiés de Madame, toutà-
fait aimable aujourd'hui.
20. Madame a fait venir des bijoux
précieux de la grande Ville.
21. Madame s'ennuye ; elle est malade
pendant quatre jours. Pour éprouver ma
tendreffe , elle me querelle fur toutes
chofes. Comme je fuis conftant à lui témoigner
de l'amitié ; elle m'accufe de
feindre , & d'en aimer une autre
25. Le Commandeur vient. Madame
fe déride.
#
26. La belle-mere me chagrine : je
perds patience ; elle m'accable d'injures.
27. Madame fait mille careffes au Baron,
& affecte de me mortifier devant lui.
Je diffimule.
28. Le Recteur vient au Chatel , &
amufe Madame par fa fimplicité.
29. J'effuie mille caprices, de la part
de
It'eft encore d'ufage, en Lorraine , de tirer
un Gâteau le jour de l'Octave des Rois .. Celui qui
a la féve, ſe barbouille , & en fait faire autant aux.
Convives ,en mémoire fans doute du Roi Maure.
18 MERCURE DE FRANCE.
Madame. Impatienté, je monte à cheval ,
& vais à la chaffe avec des amis.
30, 31.- Je retourne à la chaffe de la
groffe bête. Madame y vient , montée fur
une haquénée , & accompagnée de fa
fuite.
Le z Février.
Reproches piquans de Madame, fans
grand fujet je lui donne fa revanche ,
avec plus de taifon. Pleurs , cris , fecondés
la belle-mere. Je regrette les momens
heureux de ma liberté. La fille , enhardie
par les leçons & les exemples de fa mere ,
ofe me . Il y a ici une lacune .
par
2. Le Recteur me préfente à la Meſſe
la Chandelle bénite, l'Eau -bénite , le Pain
& l'Encens.
3. Réconciliation fincere avec Madame
; & plâtrée avec la mere.
4. Projet d'aller tous demeurer à la
grande Ville. ( Nanci. ) ⠀⠀
5. Madame , eft d'une gaîté inconcevable.
6. De même. Mais fur un mot échappé ;
plaintes , regrets , reproches , pleurs. J'ai
tout effuyé je rongé mon frein .
7. J'ai fuï de la maiſon ; je fuis monté
à cheval , pour aller voir le Comte .
114. Je fuis revenu. Careffes , plaintes ,
réconciliation.
FEVRIER. 1760. 19
15. Madame fait des emplettes extraordinaires.
Je me fâche.
16. Madame , en colere , gronde toute
la maiſon.
17. On parle de Couvent & de féparation.
Je menace d'y confentir.
18. Le Recteur & le Commandeur ,
rétabliffent la paix. Moi , qui devrois me
plaindre , on me fait la loi. Allons , patience
!
19. Madame fe brouille avec le Recteur
, parce qu'il avoit déclamé contre le
fafte , la coquetterie & la parure.
20. La belle- mere s'en va.
26. La tranquillité renaît .
Je vais au rendez -vous , pour l'arriereban.
Le 17 Mars.
Je reviens, & trouve Madame affligée.
Elle avoit perdu au jeu tout ce que je lui
avois laiffé. Elle n'en veut pas convenir ,
& dit qu'elle a été volée . Je la conſole ,
& lui donne d'autre argent.
18. Des Créanciers de Madame , m'apportent
de longs Mémoires à payer. Elle
me prévient,fur les reproches que je pourrois
lui faire.
19. Le Chevalier, fait la partie de Madame
elle eft de belle humeur. Je me
trouve encore trop heureux.
20 MERCURE DE FRANCE.
20: Madame , part avec le Commandeur
, pour voir la Cour. Je lui donne
vingt florins du Rhin.
21. Je vais à la chaffe..
2.5. Je fais éfforiller un malfaîteur , par
Tes Officiers de ma haute Juftice.
26. Je fuis feul , paiſible , fans femme ,
& le plus heureux des mortels.
27. Madame revient , me careffe , me
jure qu'elle m'aime.
28. Madame grande , de ce que je
trouve mauvais qu'elle ait encore em
prunté à la Cour pour jouer.
29. Madame me cherche querelle. Je
lui céde. Elle reprend fon enjoûment.
30. Madame paffe une partie du jour
à l'Eglife.
31. Madame me fait de longues morales
; & veut que je porte un chapelet ,
des images & des reliques &c.
z Avril
La belle-mere revient. Joie entiere. De
là , nuages , de là tempête. Je lui montre
un mémoire de soo ducats , que Madame
a dépensé fans m'en avertir. J'ai
encore tort.
2. La mere de Madame , gronde & s'en
va. La fille pleure ; je ris.
3. Les Baladins, paffagers, nous diver
tiffent.
FEVRIER. 1768. 21
4. Sur un reproche fondé que je fais à
Madame, qu'elle me facrifie à ſa famille ;
pleurs , cris , menaces & c.
5. Grand repas donné à des Seigneurs
voifins . Les Baladins reftent .
6. Ordre , de fuivre le bon Duc à Jérufalem.
Pleurs , tendreffes de la part de
Madame. Je me réfous à partir.
7. On m'apporte différentes parties ;
montant à de groffes fommes , dont je
n'avois jamais eu connoiffance. Je gronde
Madame, fur fes diffipations fecrettes. On
ne me répond rien.
8. Je range mes affaires domeſtiques ;
je fais mon teftament.
9. Je donne à l'Eglife , ( à précaire )
une terre , avec les ferfs.
10. Je fais mes adieux , aux Seigneurs
mes voisins.
11. Je reçois les adieux de la belle
mere , du Recteur & du Commandeur.
12. Je mets Madame dans un Couvent
à Nanci.
13. Je parts pour Jérufalem , avec plu
fieurs de mes vaffaux.
Nota. Il y a ici quelques feuillets de
blanc ; le Journal enfuite recommence :
mais il eft impoffible de le lire , parce
que l'humidité a enlevé la fubftance de
PEcriture dans plufieurs endroits.
Je fuis &c.
LE M.A
22 MERCURE DE FRANCE.
OCCUPE CCUPÉ d'une Hiftoire , que fon devoir
lui rend intéreffante , M. de Saintfoix
femble avoir renoncé à donner des
Piéces de Théâtre. Nous lui en avons
demandé quelques-unes, qu'il a lûes à fes
amis, & qu'il néglige de faire repréfenter.
LES TROIS ESCLAVES ,
Comédie en trois Actes .
ACTEURS.
OSMIN.
FLORISE.
VALERE.
LEONOR.
ROSETTE.
FRONTIN.
La Scène eft à Smirne.
SCENE PREMIERE .
VALERE, FRONTIN.
ENFIN ,
VALERE.
NFIN , mon cher Frontin , j'ai le
plaifir de te revoir. Mais comme te voilà
pâle , défiguré , changé !
FRONTIN.
Parbleu , Monfieur , on le feroit à
moins .
FEVRIER. 1760 . 23
VALERE.
Tu as donc bien fouffert , mon ami ?
FRONTIN.
Si j'ai fouffert ! vous fçavez que le
Corfaire qui nous avoit pris , ne fut pas
plutôt arrrivé dans ce Port , qu'il nous
expofa en vente. Pour mon malheur
j'attirai les regards d'un maudit Marabou,
qui paffoit. Il s'approcha de moi , m'examina
les pieds , les mains , l'encolure ;
me fit marcher , trotter , courir ; &
m'ayant enfuite longtemps marchandé ,
m'acheta cent piaftres.
VALERE.
Oh , tu valois mieux !
FRONTIN.
Trève de complimens. Mon nouveau
de- patron , dès que je fus chez lui , me
manda ce que je fçavois faire. Je lui
répondis , que j'étois Valet - de - chambre
dans mon Pays ; & je lui en détaillai les
fonctions. Il me regarda brutalement . Je
me flattois qu'il me trouvoit très - inutile ,
& qu'il alloit me revendre : malheureufement
je ne lui parus que fainéant. Il me
fit conduire à une de fes maifons de cam24
MERCURE DE FRANCE.
pagne, où je fus employé aux travaux les
plus pénibles , me couchant tard , me
levant matin , mal nourri , nial vêtu , &
fréquemment røffé .
$
VALEREG DIK
Mon efclavage a été bien différent du
tien. Un jeune homme très riche , dont
le pere venoit de mourir , m'achèta ; &
dès que je fas feul avec lui , me parla
avec tant de douceur & de bonté , que
je ne cherchai point à dai cacher ma
naillance & ma fortune : Je lui avouai que
j'étois François , homme de condition ;
qu'après avoir vû l'Italie , je m'étois embarqué
à Gênes pour paffer en Espagne :
mais que le vaiffeau où j'étois , ayant été
jetté par un coup de vent fur les côtes
d'Afrique , nous y avions été attaqués &
pris. J'aime ceux de ta Nation , me répondit
- il ; & ton efclavage auprès de
moi ne fera pas rude. En effet , il y avoit
quatre ou cinq jours que j'étois chez lui ,
qu'il n'avoit pas encore exige de moi le
moindre fervice ; lorfqu'un foir , il me dit
de le fuivre. Après avoir traverfé plufieurs
rues , il s'arrêta devant une maifon
d'une affez belle apparence. A un fignal
qu'il fit , on ouvrit la fenêtre d'un balcon,
où il monta à l'aide d'une échelle de
corde ;
FEVRIER. 1760 ;
25
corde ; mais à peine étoit-il entré , que
j'entendis des cris ; je le vis defcendre
avec précipitation ; la porte de la rue
s'ouvrit ; trois hommes , le fabre à la
main, fondirent fur lui ; il les reçut avec
beaucoup de valeur ; & je le fecondai fi
heureufement, que deux tomberent à nos
pieds : le troifiéme prit bientôt la fuite.
Je ne fçaurois t'exprimer tous les fentimens
de reconnoiffance , d'eftime & d'a
mitié que lui a infpirés cette action ; où
après tout , je n'avois fait que mon devoir
. Dès ce moment , je ne fus plus fon
efclave , mais fon frere , fon plus intime
ami avec qui il veut partager fes richeffes
, qui font immenfes . Ce font des attentions
continuelles à me prévenir fur
tout ce que je puis defirer. Je lui marquai
, il y a quelques jours , que j'étois
inquiet du fort d'un domeftique , qui
avoit été pris avec moi : il ordonna , fur
le champ , qu'on tâchât de découvrir à
qui tu avois été vendu ; & qu'on te ra
chetât , à quelque prix que ce fût.
FRONTIN.
Ma foi , Monfieur , je ne me croirai
racheté , que lorsque je ferai hors de ce
maudit pays - ci ; je n'y marche qu'en
tremblant ; & mes épaules... puifque ce
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Turc eft fi généreux , preffes-le de nous
renvoyer en France.
VALER E.
Tu ne dois pas douter que je ne lui en
aye déjà parlé ; mais il m'a prié avec tant
d'inftances de refter encore quelque tems
avec lui , que je n'ai pas voulu trop infifter
, dans la crainte de paroître ingrat
& peu fenfible à fes bontés. Elles vont ,
te dis- je, au-delà de tout ce que tu peux
t'imaginer. Tu vois ces beaux jardins ,
cette maifon à la Porte de la Ville : il
l'a louée pour moi ; j'y fuis fervi comme
lui -même , avec une magnificence , une
profufion , ( en fouriant ) & j'ai compagnie.
FRONTIN.
Compagnie ? ...
VALERE,
Oui ! trois jeunes Efelaves fort jolies ,
qu'il fit acheter il y a quatre jours ; &
que l'on me préfenta de fa part,
FRNOTIN.
Oh cela s'appelle faire bien les choſes !
on n'a point de ces procédés- là en France;
& voilà, un honnête Turc ! Monfieur ,
des trois , n'y en a uroit- il pas une , dont
vous feriez déjà un peu dégoûté ?
FEVRIER. 1760 . 27:
VALERE.
J'entens... & les épaules ne te font
plus tant de mal ?
FRONTIN.
Ma foi , Monfieur , c'eft... qu'en vérité...
j'ai toujours beaucoup aimé les
femmes.
VALERE.
Et moi auffi . Mais tu devrois affez me
connoître, pour être perfuadé qu'avec les
habits du Pays , je n'en ai pas pris les
mours ; & que j'ai toujours la délicateffe
d'un François...
FRONTIN.
De la délicateffe quoi , vous vous
amufez à tâcher de gagner le coeur avant...
Ah ! fi j'étois à votre place...
VALERE.
Heureufement , pour ces trois jeunes
perfonnes , tu n'y es pas... Mais j'apperçois
Ofmin , ton libérateur & le mien. Jette
Toi à fes pieds , pour le remercier...
Bi
28 MERCURE DE FRANCE.
SCENE II.
VALERE. OSMIN. FRONTIN
OSMIN.
BONJOUR , mon cher Valere . (En regardant
Frontin , qui s'eft jetté à fes pieds . )
Ah! voilà apparemment ce domeftique ,
que vous fouhaitiez tant de retrouver ?
On m'a dit , ce matin , qu'on l'avoit racheté.
J'ai ordonné , tout de fuite , qu'on
vous l'amenât .
VALERE.
J'éprouve chaque jour , à chaque inf
tant , de nouveaux traits de votre bonté,
de votre générofité...
OSMIN, à Frontin.
Léve-toi , mon ami . Croyez, mon cher
Valere , que rien au monde ne m'eft plus
cher que le plaifir de vous obliger. J'ai eu
mille embarras , tous ces jours - ci ; je n'ai
pu venir vous voir. Eh bien , nos trois jeumes
efclaves ? comment va le petit ména
ge ? Se porte - ton bien ? Où en êtesvous
?
FEVRIER. 1760. 29
VALERE.
A ne fçavoir pas encore,pour laquelle
mon coeur fe déterminera .
OSMIN.
Vous les trouvez également aimables ?
VALERE.
Adorables , toutes les trois !
OSMIN, en l'embraſſant.
Que je vous embraffe , mon cher rival !
VALERE.
Votre rival?
OSMIN.
Oui.
VALERE.
Comment on m'avoit dit , que vous
me les donnîez ?
OSMIN.
Sans doute ! vous en êtes le maître ;
elles font à vous... comme fi vous les
aviez époufées. Mais , en vous les donnant
, je n'ai pas prétendu y renoncer :
au contraire , quand on les amena chez
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
moi ; j'eus le temps de les confidérer , à
travers une jaloufie , fans qu'elles me
viffent. Je les trouvai charmantes ! ..
VALERE.
Eh ! pourquoi donc , ne les gardiezvous
pas ?
OSMIN.
Ecoutez -moi , mon cher ami . A la
mort de mon pere , qui m'a laiffé la fortune
la plus brillante ; je penfai comme
tous les jeunes gens ; je n'imaginai rien
d'égal au plaifir d'avoir un ferrail . On
m'amena de tous côtés des objets raviſfans.
Mais croiriez- vous , que plus mon
tréfor augmentoit , & moins je m'en
fouciois ? Ces idées fi délicieufes , que je
m'étois faites d'avance , fembloient s'évanouir
au moment de la poffeffion. A la
vue de toutes ces beautés , que j'avois
tant defirées avant que de les avoir ;
j'avois beau me reprocher l'indolente
tranquillité de mon coeur : je ne pouvois
la vaincre . Je fentis que la liberté d'être
heureux , ôte le goût & l'empreffement
de le devenir ; & je ' réfolus de
n'avoir plus de femmes à moi
VALERE.
Parbleu , mon cher patron , je vous
FEVRIER. 1760. 3 ཝཱ
entends : il vous faut le piquant de l'intrigue
, un rival , des difficultés à furmonter
, des plaifirs dérobés , en un mot
des femmes aux autres ?
OS MIN.
Hélas oui & pour vous développer
toute la bifarrerie de mon coeur ; j'adore
ces trois jeunes perfonnes , depuis que je
vous les ai données ; je fuis fans ceffe
occupé d'elles & de leurs charmes...
VALERE.
Eh bien , reprenez- les.
OS MIN.
Mais fongez donc , que je ne m'en foucierois
plus , fi elles étoient à moi !
VALERE.
Que voulez -vous donc ?
OSMIN.
Que vous les gardiez ; que vous en
foyez poffeffeur ; qu'à chaque inftant du
jour , vous puiffiez les voir , leur parler ,
& être à portée d'employer tous les
moyens que vous croirez propres à vous
en faire aimer ; tandis que , par rufe &
fecrettemént , je tâcherai de m'introduire
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
auprès d'elles ; & de vous fupplanter dans
leur coeur.
VALERE.
Oh,volontiers ! je fuis François ; vous
piquez un peu trop mon amour- propre
& je fuis prefque auffi charmé que vous
d'avoir un rival...
La fuite pour le prochain Mercure.
LE VERITABLE AMOUR ,
EGLOGUE à Milady
MIRTIL, EGON..
QU'AS- TU ,
EGON.
'AS - TU , mon cher Mirtil ? Quoi, dans ces
champs heureux ,
Syrinx ne gémit plus fous tes doigts amoureux !
L'écho ne redit plus aux rives de la Seine
Ces galantes Chanſons , qu'elle oublie avec peine !
Mirtil , qui ne marchoit qu'entouré de bergers ,
Fuit leurs amuſemens, nos hameaux , nos vergers ?
Si quelque afyle encor en ces lieux peut te plaire,
C'eſt le bois le plus fombre & le plus folitaire .
Amarillis , Églé , demandent aux ruifſeaux ,
Si leurs yeux pour les tiens n'ont plus d'attraits
nouveaux ;.
FEVRIER, 1760. 33
Tu rejettes les fleurs dont leur main te couronné !
Mirtil , je l'avourai , ce changement m'étonne !
La trifteffe & l'ennui , ne font pas faits pour toi.
Ah berger ! ...
MIRTIL.
EGON. 1
Aurois- tu quelque fecret pour moi ?
MIRTIL.
Egon! ..
EGON.
Eh bien ?..
MIRTIL.
Egon ... j'aime ; & c'eft pour ma vie !
EGON.
Quoi ! voilà le fujet de ta mélancolie ?
Trouverois- tu l'Amour un mal fi dangereux ;
Toi , qui chantas fi bien ſes plaiſirs & fes feux >
Puiffes-tu le fentir , comme il eft dans mon âme !
Vai l'on n'eft point heureux,fans l'Amour & fa
flâme.
C'eft le Dieu des bergers ; il fe plaît dans nos
coeurs.
Nous aimons : que les Rois poffèdent les grane
deurs.
MIRTIL.
Qui j'aime ; & des bergers , je fuis le plus à plaindre.
EGON.
Qu'a donc enfin l'Amour,que Mirtil doive crain
dre 2
B ▼
34 MERCURE DE •
FRANCE.
1
MIRTIL.
Tout , fans doute ; des maux , plus cruels que
mort.
la
Que ne vient- elle , hélas ! finir mon trifte fort !...
Tu connois bien Ifmene
EGON.
Ifmene que Titire...
MIRTIL
Oui, cette Iſmene ... ô Dieux ! ... qu'un autre a feu
féduire...
Qui brule pour un autre , & fera fon bonheur...
Plains -moi ; plains mes tourmens.. je l'aime ,
avec fureur.
•
EGON.
Ah ! malheureux Mirtil.
MIRTIL.
Je fçais... que je m'égare
Je vois tous les malheurs que le fort me prépare :
Je fçais, que j'aurois pû toucher la jeune Ifbé .
Mais à fon afcendant , mon coeur a fuccombé.
Ifmene en eft l'arbitre , & le tyran fans doute.
Eh,peut- elle ignorer les maux qu'elle me coûte ?
Ne pas connoître enfin le pouvoir de fes yeux ?
Je lui fuis attaché , par d'invincibles noeuds :
Elle feule me guide ; elle feule m'entraîne :
Je l'adore, dans tout. Que dis- je ? j'aime Ifmène ,
Jufque dans mon rival ....
EGON.
Quel aveugle deſtin ,
A fait naître , Mirtil , cet amour dans ton ſein ?
FEVRIER. 1760 . 35
MIRTIL.
De myrthe couronné , couché fur la fougère ;
J'enſeignois aux bergers l'art d'aimer & de plaire.
Des peines de l'Amour , je me faifois un jeu ;
J'avois pour voltiger les aîles de ce Dieu .
Le premier dans nos champs , le premier dans
nos fêtes ,
Je comptois mes beaux jours par autant de Conquêtes.
Si l'Amour m'enchaînoit , c'étoit avec des fleurs :
Je fentois fes plaifirs ; je goûtois fes douceurs.
La Nature changeoit , je changeois avec elle ;
Et je cueillois toujours la roſe la plus belle.
J'imitois ce ruiffeau , dans fon cours incertain ,
Qui tantôt de nos prés va rafraîchir le fein ,
Et tantôt dans nos bois fe perd fous les ombrages;
Et revient careffer ces innocens rivages.
Charite , Amarillis , d'Orimene , Chloé ,
La fille d'Eurilas , & fa focur Aglaé ,
Tour-à-tour emportoient , fans fixer mon hom
mage ,
Les vains defirs d'un coeur né fenfible & volage.
J'étois heureux : Amour ! j'ignorois tes rigueurs:
Qu'ai-je dit ? J'ignorois tes plus chères faveurs.
Enfin , je vois Ilmene ; & je ne vois plus qu'elle ;
J'admire fon beau tein , dans la rofe nouvelle ;
J'admire fa blancheur , dans le lys argenté :
Cette onde, à mes regards , retrace La beauté.
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Dans le fouffle enchanteur de l'amoureux Zéphire,
C'eft Ifmene à longs traits que mon âme refpire.
Dans cet ormeau , qu'entoure un lierre conftant,
C'eſt Ifmene cent fois qu'embraffe ſon amant.
De fleurs de diamans , & de feux entourée ,
L'aurore , dans les champs , de la voute azurée ,
Revient- elle s'offrir à nos yeux fatisfaits :
Egon , c'eft ma bergère , avec tous les attraits !
Cet amour , chaque inftant , croît , & fe fortifie ;
Ifmene me devient une nouvelle vie :
Plus fortuné qu'un Roi , de careffer fon chien ;
D'égarer quelquefois mon troupeau près du fien;
De partager enfin fa douce rêverie ;
Je la fuis en tous lieux , au bois , à la prairie.
Ne puis-je voir les yeux , fes charmes fi puillans
De fa flatteufe voix j'entends les doux accens.
Ne puis-je m'enivrer du plaifir de l'entendre ?
Le plaifir d'y penfer, remplit mon ame tendre.
Au gafon où les pas , où fa robe a touché ,
A tout ce qui lui plaît mon coeur reſte attaché.
Je baile mille fois , contre mon fein je preffe
Le bouquet qui para le fein de ma Déeſſe :
Car j'aime dans lfinene une Divinité ! ..
Dieux avec quels tranfports , & quelle volupté,
J'ai couru me plonger dans l'heureuſe fontaine,
Qui dans les eaux reçut l'Amour avec Ifmene !
Afon nom feul,fuyoient, ou s'irritoient mes maux
Que j'ai dit , en gravant fur nos jeunes ormeaux
FEVRIER. 1760.
3.7
Cenom , dont cent › baifers accompagnoient la
trace :
» O nom de ma bergere ! ou plutôt d'une Grace ,
Qu'avec plaifir mes mains , fur l'écorce ont
» gravé ,
» Et qui t'embelliras par les temps confervé !
» Dans mon fenfible coeur ! Nom charmant, quet
» j'adore ,
» L'Amour , le tendre Amour , t'a gravé mieux
> encore !
A ma fidelle ardeur , rien n'étoit échappé…….
Moi , qui de près ai vu , fans en être frappé ,
La Cour & fon éclat , la grandeur fouveraine ;
Ce n'étoit qu'en tremblant que j'approchois
d'Ifmene
Je onlois lui parler , lui peindre mon ardeur ;
Et ma voix retournoit dans le fond de mon coeur..
D'un regard , je voulois de mon ſecret l'inſtruire 3
Ermes regards mouroient, fans ofer lui rien dire,
Je craignois de laiffer échapper mes foupirs :
A peine même ofois-je écouter mes defirs.
Cruel effet , hélas , d'un amour véritable !
Enfin, j'allois me rendre indifcret & coupable s
Faire éclater , un feu , trop longtemps renfermé
Quand j'apprends,que Titire eft d'Ifmene charmé.
Qu'elle l'aime à fon tour ; que bientôt l'hyménée,
A mon heureux rival unit fa deſtinée ;
Que cenceud fi fatal, eft près d'ètre formé !...
38 MERCURE DE FRANCE
EGON.
Quel eft donc ton eſpoir ?
MIRTIL.
D'aimer.
EGON.
Sans être aimé ?
MIRTIL.
Je l'aimerai du moins ! je trouverai des charmes,
A me plaindre , à gémir , à répandre des larmes
Je chérirai des maux, dont Ifmene eſt l'objet !
Content de l'adorer , de bruler en ſecret ;
De répéter fon nom dans le fond de mon âme ;
Je fçaurai me nourrir de l'excès de ma flâme.
L'Amour a des plaifirs jufque dans fes tourmens :
Son feu m'animera jufqu'au dernier moment.
J'aime Ifinene aujourd'hui , dirai- je , à chaque
>> aurore :
» Demain, mon tendre coeur l'aimera plus encore.
Je reverrai ces lieux , où j'ai fubi fes loix ,
Où j'ai connu l'Amour , pour la premiere fois.
Egon j'irai rêver fous le même feuillage ,
Où quelquefois Ilmene a cherché de l'ombrage.
Je me dirai: c'eſt là ! qu'un fortuné repos ,
Sur les yeux que j'adore épancha fes pavots ,
Tandis que je veillois accablé de ma peine ;
Que... j'étois trop heureux ! je m'occupois d'Ifmerre.
C'est ici , que l'Amour , en papillon changé ,
FÉVRIER . 1760. 39
Autour de ma bergère a vingt fois voltigé.
Là, d'une fimple Abeille , empruntant la figure ,
Il effleura fon doigt d'une foible piquure ;
Bleffure bien légère , au prix de ces douleurs
Que me font éprouver Ilmene , & fes rigueurs.
Bleffure cependant qui me faifit de crainte,
Et porta dans mon coeur une mortelle atteinte.
Que ces bords , attendris , m'entendront répéter
Cet air , qu'elle a daigné tout entier écouter !
Mes pleurs arroferont les fleurs qu'elle préfère ;
La brebis qu'elle aimoir , me fera la plus chère.
Ifmene hait Paris ; Paris m'eſt odieux :
Imene aime les champs ; ils font pour moi les
Cieux.
Mes pas fe fixeront fur fa trace légère .
"Mes pas ? ah ! qu'ai- je dit ? mon âme route entière .
Je préviendrai les fiens ; j'irai fur fon chemin ,
Semer le lys , l'oeillet , la rofe , à pleine main .
A de femblables traits , elle dira peut -être ,
Mirtil , qui m'aime tant , étoit digne de l'être.
J'oferai , fous le nom de Flore ou de Vénus ,
Lui dreffer un autel , paré de més tributs
Enrichi chaque jour de nouvelles guirlandes ,
Mes moutons les plus beaux lui ferviront d'offrandes.
Je lui facrifierois , fans peine , mon troupeau :
N'euffé je pour tout bien qu'un malheureux
·
agneau ,
Qu'une colombe chère, & dans mon fein nourrie;
40 MERCURE DE FRANCE..
Pour la divine Ifinene , elle perdroit la vie.....
Eh , qu'eft de non troupean l'hommage pent
brillant?
*
Que font tous les tributs , pour un fidèle amant,
Qui donneroit fon coeur , la vie, & plus encore ,
S'il pouvoit donner plus à l'objet qu'il adore?
Egon ! au joug d'Ifmene à jamais enchaîné ,
Aux pieds de cet autel , foumis & profterné ;
Avec tout mon amour , je redirai -fans ceffe ,
Imene ! de mes voeux la fuprême maîtreſſe,
Qui me rendez fi chers les maux que je reffens
Ifmene ! avec les Dieux partagez nion encens.
Permettez , qu'en fecret, votre amant vous adore :
Fermettez,qu'en fecret, votre amant vous implore :
Vivez : d'un autre , hélas ! récompenſez la foi ;
Et que vos cruautés , Ifmene , foient pour moi.
Eh bien, mon cher Egon , penfes-tu que Titire
Fuiffe fentir jamais cette ardeur qui m'inſpire ?
Ses feux fe nourriront des plus douces faveurs :
Les miens vivront d'ennui , d'amertume , & de
pleurs.
Le temps... Des moindres voeux ma tendreſſe
s'offenfe...
Oui ! je m'interdis tout , jufques à l'efpérance ;
Je veux t'apprendre enfin , qu'un véritable amour,
Peut bruler , fans efpoir , ainfi que fans retour.
Jeune Beauté, nourrie au bord de la Tamiley
FEVRIER. 1760. 41
Vous , dont Paris encor n'a pas gâté le coeur ;
Vous , qui de vos climats conſervez la franchiſe ,
La fimplicité , la candeur !
Vous enfin, qui l'amour,l'honneur de la Nature ,
Bergère dans les Cours , & Déeſſe à mes yeux ,
Dans un Pays trop dangereux ,
Où tout refpire l'impoſture ,
Ofez aimer Euterpe , & fes chants ingénus ,
Les combats des Bergers , leurs plaiſirs , leurs vertus;
Accordez à mes vers un regard favorable !
Le fentiment , fous les traits les plus doux ,
Y peignit l'Amour véritable :
L'hommage , n'étoit dû qu'à vous !
L'Eclogue , quelquefois , rivale de la Fable,
Sans altérer la vérité ,
A fes champêtres fleurs , à la naïveté
De l'Art flatteur , & du Menfonge aimable ,
Mêle l'étrangère beauté.
Aux charmes , aux rigueurs d'Iſmene ,
Que le fidéle Amour ne fçauroit attendrir ,
Et qu'un autre penchant entraîne ;
Si vous daignez un moment réfléchir :
Vous pourrez deviner , fans peine ,
Quel portrait , dans Mirtil , j'ai voulu vous offrir
Par M. D'ARNAUD , Confeiller
d'Ambaffade de S. M. le Roi de Pologne ,
Électeur de Saxe..
42 MERCURE DE FRANCE
J.
VERS , faits à l'iffue du Spectacle ;
pour Mile Clairon , jouant le rôle de
Didon.
NON
1
ON , je n'en rougis point ; j'ai vû couler mes
larmes ! ...
Que mon ame eft troublée , ô , divine Clairon !
Attendri, par ton art , entraîné par tes charmes ;
Je partage ton feu : je meurs avec Didon .
Je vois , avec mépris , fuir ce Héros perfide ,
Parjure par devoir , qu'un phantome intimide.
Pour un amant épris d'une auffi belle ardeur ,
Tous les Dieux font muéts : fon oracle , eft fon
coeur...
Dans ces tranfports , que tu fais naître
Clairon ! j'ofe t'offrir un téméraire encens.
Pardonne ! je t'adore ; & ne fuis point le maître,
De renfermer ce que je fens.
Jaloux de leur grandeur , jaloux de notre hom
mage,
Les Dieux, d'un oeil égal, fouffrent fur leurs autels
Des offrandes des Rois le fuperbe étalage ,
Et les dons toujours purs des plus fimples mortels.
Par M. D ****.
FEVRIER. 1780. 43
VERS , de Mlle Suzette , de la Comédie
Italienne , à Mlle Catinon , fa foeur ;
le jour de fa fête.
DES Amar Es amans , fixés dans vos chaines
Rejettez les voeux affidus :
Par mille rigueurs inhumaines ,
Rendez tous leurs foins fuperflus.
J'y confens , puifqu'à ce fyftême ,
Vous attachez votre bonheur :
Pourvu qu'une foeur , qui vous aime ,
N'éprouve point votre froideur ;
Et que , fenfible à fa tendreffe ,
L'amitié profite toujours
Des tributs , que votre ſageffe
Ofe refufer aux Amours .
VERS, de Mlle Catinon , à Madame Deheffe
, fa coufine ; le jour defa fête.
OUVENT les fleurs , qu'amour moiffonne,
Deviennent des fers dangereux.
Mais celles que l'amitié donne ,
Ne forment que d'aimables noeuds.
44 MERCURE DE FRANCE.
La durée en eft éternelle ;
Leur éclat n'eſt jamais trompeur.
Elles font l'image fidelle ,
Des voeur que vous offre mon coeur.
" LETTRE , à Madame PoUPONNE
DE MOLAC , DE L'ESTIVAL.
J'A1 traduit , Madame , & abrégé votre
Anecdote Provençale. Si je n'ofe efpérer
de jamais bien parler ce langage léger ,
auquel vous prêtez tant d'agrémens ; vous
conviendrez que je l'entends. Je lui donnerois
prèfque la préférence fur l'Italien ,
par la douceur de fes fons & la variété
de fes images ; furtout lorfque votre
bouche l'anime , & que vos grâces l'embéliffent.
Envoyez- moi l'hiftoire des cent
quarre Amans d'Efclarmonde : je retrancherai
, j'ajouterai , comme j'ai fait à celle-
ci . Cette Anecdote, du vieux tems , d'une
femme laide , minaudière , & jalouſe de
faire des paffions , doit être intéreffante ;
& peut-être bien des traits ne feront pas
perdus pour notre fiecle.
FEVRIER. 1760.
45
ANECDOTE PROVENÇA LE.
Le bel Fringaïre.
af
DANS les tems de Chevalerie, des grands
fentimens de galanterie romanefque , où
la Cour d'Amour fubfiftoit en Provence
, où le Parlement d'Amour y donnoit
des Arrêts , où l'on traitoit avec un efprit
fubtil , & des cérémonies myftérieufes ,
tout ce qui a rapport à cette paffion , où
l'on s'occupoit de mots tendres & doucereux,
des faveurs plus ou moins flatteufes
de fa Dame , où le fond des paffions ,
& furtout de la galanterie , étoit le même
qu'aujourd'hui , parce qu'il eft égal dans
tous les temps, que ce n'eft jamais que la
forme qui change; & que le penchant à la
tendreffe étant dans tous les coeurs , il ne
fçauroit changer : dans ces tems, dis- je, les
Troubadours , cette Nation de Poëtes gålans,
étoient fouhaités & reçus à la Ville &
dans les Cours. Ils en faifoient les délices
; & beaucoup de Seigneurs fe faifoient
Troubadours . Les Rois même , mêloient
quelques vers à leurs chanfons . Ce n'étoit
pas alors un médiocre talent pour
faire fortune , que d'avoir du goût pour
la Poefie , de compofer quelques Pièces
galantes , de les animer avec grâce par
46 MERCURE DE FRANCE.
une voix agréable.Tout cela étoit néceffaire,
pour former un excellent Troubadour.
A l'exemple d'Homere, ils alloient , la
lyre en main, accompagnant leurs chanfons.
Mais ce dernier , nous dit l'Hiftoire ,
avoit peine à vivre en chantant fes fublimes
vers ; & nos Troubadours faifoient
fortune par des chanfons qui n'avoient
que du naturel , de la naïveté , & quelquefois
du fel & de la fatyre.
Savari de Mauléon , grand Seigneur du
Poitou , & Troubadour diftingué , étoit
allé à la Cour du Comte de Provence ,
où ce genre de Poëfie avoit pris naiffance;
& où ceux qui y réuffiffoient, étoient bien
accueillis. Il ne voulut s'y diftinguer , que
par fon efprit & fa galanterie. Il cacha
fon nom. Il prit celui de Fringaïre , qui ,
dans cette langue , ne fignifie qu'Amant ;
& on y ajouta l'épithète de bel. Ainfi ,
il n'y fut connu , que fous le nom du
bel Fringaïre.
Le Comte de Provence l'aima ; & le
protégea , d'une façon particulière. Il
n'étoit Dame, à la Cour, qui ne voulût en
être chantée , & qui n'eût fouhaité de fe
l'attacher. Les Troubadours , avoient des
droits finguliers auprès des Dames ; &
les Poëtes, d'alors , alloient par ce chemin
à a faveur des Princes , de la fortune , &
FEVRIER . 1760 . 47
des Belles. Que les temps font changés !
Le bel Fringaïre , avoit , outre fa délicateffe
d'efprit , la voix harmonieufe , la
figure revenante & agréable , le tein bazané
, les cheveux noirs , les épaules
larges , & l'air robufte . Tout cet accefloire,
du bel Fringaïre , ne diminuoit rien
fans doute aux droits du Troubadour, auprès
des femmes .
Il chanta la Comteffe de Provence : Il
parla plufieurs fois , à la Cour d'Amour ;
il s'y fit admirer ; & on lui en offrit lest
premieres places . Elles étoient auffi lucratives
qu'honorables. Il refufa tout , en
difant qué la libertat eft lou cap d'el Troubadour
, & lou fervaïge de fa dame lou
fan bonhou del Fringaïre. Il ne vouloit
entendre parler d'aucun autre lien. Ce
défintérellement , fit foupçonner fa haute
naiſſance, On ſe difoit , tout bas , qu'il
étoit fils de Roi , ou de Prince ; qu'il n'étoit
Troubadour , que pour fon plaifir
& pour celui des Dames ; qu'il n'en cherchoit
qu'une, qui lui plût affez pour qu'il
fe fit connoître. Sa réputation s'en açcrut.
Ses vers , en parurent meilleurs ;
& le bel Fringaïre eut pour rivaux
tous les Troubadours , qui dépriférent
fes ouvrages ; & toutes les Belles chercherent
à le fixer. Celles qu'il chantoit
de préférence , devinrent ennemies. La
48 MERCURE DE FRANCE.
Cour d'Amour , fut divifée ; fon Parlement
, plein de factions . Les Arrêts , ne fe
rendoient plus d'une voix unanime . Toutes
les femmes , car elles y fiégeoient, fe
déclaroient toujours de fon avis. On dit
même , qu'il abufa de fa faveur ; qu'il fit
donner des déciſions , dont il fe moquoit
enfuite ce qui eft difficile à croire, d'un
fi loyal Chevalier & fi brave Troubadour.
Il vit Marie de Sicile , fille de Robert
, furnommé le Bon & Sage , qui
étoit alors Comte de Provence. Il la vit ;
il l'aima. Il auroit voulu le lui dire ; mais
la tante de cette Princeffe , Efclarmonde
de Foix , ( qui étendoit fort loin les droits
de protection qu'elle accordoit au bel
Fringaïre ) y mit fans ceffe des obſtacles .
Il en étoit défefpéré. Marie, entroit dans la
fleur de fon âge : elle avoit une taille admirable
, de grands yeux bleus, des traits
délicats , une bouche charmante, de belles
dents , un tein de rofe , des cheveux
blonds cendrés , qu'elle portoit toujours
flottans : ce qui lui alloit fi bien, que toutes
les Dames l'imiterent ; & pour la plupart,
fe rendirent ridicules : le pied, d'une
petitefle & d'un agrément extraordinaire.
Enfin , Marie de Sicile , étoit une Princeſſe
parfaite,& fon efprit répondoit à fa beauté.
Elle cut place à la Cour d'Amour ; &
perfonne
FEVRIER. 160.
49
perfonne ne ſourioit & n'applaudiffoit fi
à propos, à ce qui s'y difoit de délicat.
Le bel Fringaire foutint plufieurs thèſes
fingulières pour lui plaire. Il prétendit ,
qu'un petit pied , étoit l'agrément le plus
touchant d'une Belle ; que les blondes ,
l'emportoient de beaucoup fur les brunes
; que les yeux noirs,annonçoient toujours
de la dureté , & caractériſoient l'inconftance
; que les cheveux flottans, coëffoient
mieux que les diamans , les perles
& les pierreries.Il défend tous ces points,
avec des raifons plaufibles, ingénieufes, &
des applicatons toujours aifées à faire.
C'eft grand dommage , que nous ayons
perdu la plupart de ces rares pièces ! Il
étoit infpiré par l'Amour , excité par
defir de plaire ; quels avantages n'avoit-il
pas fur fes rivaux ? Ses vers , & fes thèses ,
firent tout découvrir.
le
Le Comte Robert , gronda. Il vouloit
renvoyer le bel Fringaïre. Efclarmonde
éclata ; & vouloit forcer le Comte à faire
arrêter le Troubadour. Peu s'en fallut
qu'on ne le fit juger par un autre Cour ,
que celle d'Amour.
>
Efclarmonde , n'avoit pû fe fâcher de
ce que le Troubadour avoit donné la préférence
aux yeux bleus , parce qu'elle ne
les avoit d'aucune couleur . Elle avoit cru
C
So MERCURE DE FRANCE.
néanmoins, que c'étoit de fes yeux dent il
avoit voulu parler. Elle avoit la
peau livide,
& tannée ; les pieds petits , à la vérité,
mais formés en boule , & dont l'épaiffeur
égaloit l'étendue : Elle avoit pourtant encore
pris pour elle l'éloge du petit pied.
Elle avoit le fon de voix rauque ; mais la
parole douce & le ton gracieux. Aufſi
chantoit-elle rarement , & fe contentoit
de déclamer fes Poëfies : car elle vouloit
être belle & fpirituelle. Le Troubadour ,
informé de la colère du Comte ; & ne
craignant rien tant que d'être obligé de
s'éloigner de la Princeffe Marie , alla voir
Efclarmonde , dont il connoiffoit tout le
crédit.
La préſence du bel Fringaïre , la tranſporta
de joie ; elle éffaya de le fixer , par
de nouveaux préfens. Elle fit venir une
coupe d'or , où étoient cifelées les amours
de Titon & de l'Aurore. Mais fa niéce arrivant
, dans l'inſtant qu'Efclarmonde préfentoit
la coupe au Troubadour : la tante
fe trouble; la coupe lui échappe : la niéce
& le Troubadour s'empreffent pour la
ramaffer ; & la main de Marie de Sicile, le
trouve fur celle du bel Fringaïre ! On
ignore encore , fi ce fut à deffein : La vérité
de ce point de fait , eft encore perdüe
dans l'obſcurité des temps . Mais ce
que l'Hiftoire nous a confervé ; c'eſt que
FEVRIER . 1760 .
le
Troubadour , plus
amoureux que prudent
, fortit
enchanté de cette
vifite ; &
qu'auffitôt, il alla faire une
tençon * , (comme
on difoit alors, ) où il
demande , quel
eft le plus
favorifé de trois
Amans , dont
l'un avoit reçu un regard
favorable de
fa Dame ; l'autre , dont elle avoit ferré
la main ; le
troisième , à qui elle avoit
preffé le pied? Voilà où nos
devanciers
bornoient
leur
Métaphyfique , plus ridicule
peut - être , mais moins
dangereufe
que la nôtre. Cette
dernière
avanture
étoit
arrivée au bel
Fringaïre , dans un
des
grands jours de la Cour
d'Amour :
Marie de Sicile, en
paffant pour fe placer
fur le
Tribunal , avoit
marché fur le pied
du
Troubadour , avec
quelque
affectation
: tout le
monde s'en étoit
apperçu ;
& il avoit
même
porté
longtemps fur
e pied , un ruban lilas , couleur
favorite
de la Princeffſe.
Il balança le mérite des deux dernières
faveurs , avec une efpèce d'indéciion.
Ce qui eft récent , eft ce qui touche
lavantage: il ſe détermina pour le dernier
parti . Et , finiffoit , par dire , que tout l'or
lu Pactole & les richeffes de l'Inde , tou-
Choient bien moins fon coeur , qu'une faweur
de cette eſpèce. Les Suivantes d'Ef
* Pièce de vers , ainfi appellée.
C ij
52 MERCURE DE FRANCE
clarmonde , jaloufes de Marie de Sicile ,
parce qu'elle étoit jeune , & qu'elles ne
l'étoient plus , lui firent remarquer cette
démarche de fa niéce. On en parla. La
tençon nouvelle , écrite avec l'art que
poffédoit le bel Fringaïre , rendit la choſe
publique. Efclarmonde ne put plus diffimuler.
Elle éclata de nouveau ; & le
Troubadour fut trop heureux de n'être
contraint qu'à s'éloigner. Il quitta la
Cour de Provence ; & fe rendit à celle de
France. Il y étoit dejà , parmi les Grands
& les beaux-efprits , dans un haut degré
d'eftime. La crainte de fon pere, le forçoit
à taire fon nom. Il n'aimoit que les vers
& la galanterie ; & le pere n'avoit de
goût que pour les grands feftins , les chevaux
& la chaffe. Če pere mourut , bleſſe
par unSanglier. Savari de Mauléon pleura
fa mort , & ne cacha plus fon nom.
Il ne fut pas plutôt connu , que toutes
les Dames prétendirent à fon coeur & à
fon alliance. Il déclara, alors, fa paffion
pour Marie de Sicile; & fe hâta de retour
ner à la Cour de Provence. Efclarmonde
étoit morte ; mais il trouva la Princeffe,
fa niéce, attachée au fameux Bocace , Flo
rentin , Celui - ci chantoit auffi- bien queSa
vari , & il étoit plus jeune. Elle ne rejetta
point les Chanfons du Fringaïre ; mais
FEVRIER 1760. 53
elle s'en tint à fon nouvel amant. Savari,
défefpéré, fe retira dans fes Terres ; & n'y
fit plus que des vers langoureux , jufqu'en
1382 , que la malheureufe Marie de
Sicile , foupçonnée d'avoir été complice
de la mort d'André de Hongrie , Roi de
Naples , eut la tête tranchée. Savari de
Mauléon , ou le bel Fringaïre , en mourut
de douleur ; & fut pleuré de tous fes
vaffaux , qu'il avoit comblé des bienfaits .
Par le Montagnard des Pyrenées.
EPITR E ,
A M. le Comte de LAVAUGUYON,
Gouverneur de Mgr le Duc de Bourgogne.
Tor , qu'appelle la France an 'plus grand des
emplois ,
Et qui,pour fon bonheur, doit lui former des Rois !
Souffre, qu'à tes vertus,rendant un jufte hommage,
Aujourd'hui d'Apollon j'emprunte le langage.
Je voulois , en ces vers, crayonner le tableau
Des fublimes talens dont le Ciel te couronne :
Mais de l'éclat qui t'environne ,
Mon Appollon frappé , m'arrache le pinceau.
Je n'afpirois qu'à peindre un Héros qu'on révère
C iij
34 MERCURE DE FRANCE
Dont l'aimable fimplicité ,
Offre de la candeur le facré caractère ;
Un ami de la vérité,
Guerrier & vertueux , Courtiſan , mais fincère
Par le mérite feul aux honneurs parvenu :
Chacun , à ce portrait , t'eût ſoudain reconnu !
Des dangers de la Cour, préfervant ta jeuneſſe,
Sans doute avec plus de talens ,
Tu fçais de Montaufier retracer la ſageffe.
En butte aux écueils différens ,
D'une mer fertile en naufrages ,
Tu fembles te jouer , au milieu des orages ,
Qu'affemble autour de toi l'iniquité des temps.
Le Ciel , t'accordant l'art de plaire ,
Le defir des vertus , ces fentimens humains,
Dont l'affemblage heureux orne ton caractère ,
T'avoit fait pour former celui des Souverains :
Un Prince juſte & magnanime ,
Pour couronner en toi les vertus qu'il eſtime ,
De fon augufte Fils t'a commis les deſtins.
C'eſt à cet art de plaire , autant qu'à ta naiſſance
Que tu dois le dépôt facré ,
Qu'un Roi, de fes Sujets juftement adoré ,
A daigné confier à ta rare prudence.
Choix jufte , mais peut- être encor plus glorieux ,
Et mérité par ta ſageſſe !
D'un Prince , iffu d'un fang fertile en demi-Dieux,
Tes mains vont former la jeuneffe :
FEVRIER . 1760 .
En lui montrant la route où marchoient fes
ayeux,
Tu l'inſtruiras dans l'art de régner fans foibletle,
Tu vas bientôt , nouveau Burrhus ,
Aidé d'un naturel , qui l'écarte du crime ,
Cultiver par tes foins le germe des vertus
Que le Ciel a placé dans fon âme fublime.
Par des fentiers, tracés for l'équité des Loix ,
Ta fageffe fçaura l'éloigner de l'abîme ,
Où les lâches flatteurs précipitent les Rois.
Docile à la voix qui l'infpire ,
Ce Prince nous promet, un jour, par fes bienfaits ,
Un Maître à l'Univers , un Pére à cet Empire,
Et l'on verra régner l'abondance & la paix :
Terme, où tendent tous les projets
D'un Roi , dont le coeur la defire ,
Pour le bonheur de fes Sujets !
Pourfuis ! & pour fervir & l'État &tes Maîtres
Volant à l'Immortalité ,
Lavauguyon ! fuis toujours les pas de tes ancêtres ;
Sois l'exemple & l'amour de la poſtérité .
Par M. DE GUENET , de Toul.
A Madame la Comteffe D'EGMONT ;
SEROIT-CE
au Bal.
BROIT-CE Hébé ? Seroit- ce Flore ,
Dont l'éclat embellit ces lieux ?
A fa danfe , c'eft Terpficore ;
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
A fa taille , à fon port , c'eft la Reine des Dieux.
Ciel ,que d'appas ! rien ne l'éfface.
Mais, c'eft de Richelieu qu'elle a reçû le jour
Et le Favori de l'Amour,
Ne pouvoit former qu'une Grâce.
Par M. B***
VERS ,
Madame DE LA P*** ; pour fa fête
NONON , l'âme & le corps ne font pas
Une feule & même fubftance :
Le corps , fujet à la diſtance ,
Ne peut changer que , pas à pas
La prifon de fon exiſtence.
L'âme vôle , & , fans réfiſtance ,
Franchit d'un élan vingt climats.
Elle eft, où le defir l'appelle : ~
L'Univers , n'eft qu'un point pour elle
Ainfi , loin des lieux pleins d'appas ,,
Où l'amitié pure & divine
Brûle fes parfums délicats :
Qu, d'une voix tendre & badine ,
Le coeur anime les éclats ;
Où le fentiment imagine
Des jeux , où lui-même il domine,
Les feuls plaifirs dont tu fais cas ;
FEVRIER. 1760 . $7
Loin de ces lieux fi pleins d'appas ,
Dont la fageffe eft l'héroïne ;
Où la Vertu tient les états ;
Mais trop près d'un féjour , hélas !
Où la politeffe affaffine
Sur les coeurs répand ſon verglas ;
Où les amis , à la fourdine,
A leurs amis tendent des lacs ;
Où , d'une bouche pateline ,
La fourbe diftile , tout bas ,
Les noirs poifons qu'elle rafine.. >
Près de ce féjour des ingrats ,
Le fort enchaîne ma machine :
Mais mon corps , fût-il à la Chine ,
Mon âme feroit dans tes bras !
L'ORIGINE DE LA SAIGNÉE.
IDYLE , à Madlle de GR. ** ( a )
V.
ous , qui fçavez unir , à la hauteur du rang ,
Les talens de Zeuxis , d'Orphée, & d'Euphrofine ,
Rivale de Minerve ! écoutez l'origine
D'un Art , qui fait couler une liqueur divine ,
( a ) Mlle de Gr ** , pendant fon féjour à Perpignan ,
a appris l'opération la plus ufitée , & la plus délicate de
Ja Chirurgie; & a faigné avec fuccès , dans cette Ville ,
plufieurs pauvres malades.
Cy
58 MERCURE DE FRANCE.
Qu'Eſculape , & fes Fils , ont appellé le Sang.
L'Amour , ce Dieu charmant , qu'on adore à
Cythere ,
Revenoit de Memphis , pour aller voir fa Mere.
Sur fes pas folâtroient les jeux & les plaifirs ,
Qu'une chaîne de fleurs attachoit aux defirs .
Qu'apperçoit- il ? ôCiel ! la Déeffe couchée. ..
Triftement , fur un bras , fa tête étoit penchée:
Ses charmes , par les Dieux , tant de fois adorés ,
D'une vive rougeur fe trouvoient colorés.
Ses yeux étincellans , d'une fubtile flâme ,
Annonçoient les chagrias qui déchiroient fon âme.
Ah ! mon Fils , dit Vénus , étouffez cette ardeur ,
Que l'abfence de Mars allume dans mon coeur...
Pour calmer , de ces feux , les vives étincelles ,
L'Amour agitoit l'air en agitant fes aîles.
Zéphire , s'empreffoit pour calmer fon tourment.
Mais , aux maux de Vénus , foible foulagement !
» Attendez ! dit l'Amour , j'y vois un fûr remède :
> Je me fais Médecin : qu'à mon fçavoir tout cède ..
>>Un jour je traverfois d'un vol impétueux
Ces plaines qu'enrichit le Nil majestueux ;
>>Un Monftre (a) fort du fleuve, & paroît fur la rive,
(b) L'Hyppopotame a donné l'idée de la Saignée . Sa
graiffe , & Pabondance extraordinaire de fon fang , le
rendent fort fujet à l'apoplexie . Aufli , lorfque cet ani
mal fe fent plethorique , il s'ouvre une veine avec la
pointe d'un rofeau récemment coupé ; & lorfqu'il s'eft
tire affez de fang , il fe couche dans la fange pour en
fermer l'ouverture. PLIN. Hift . Nat. Liv. VIII . Chapa
26. Labate
FEVRIER. 1760 . 59
Je fufpens dans les airs ma courſe fugitive...
» J'apperçois l'animal , l'oeil morne & languiffant,
Chercher d'un vieux roſeau le tronc le plus perçant :
>> Pour conferver les jours , inftruit par la nature, (b)
» Il fe fait dans le corps une utile bleſſure ;
» Laiffe couler fon fang, qui , par la quantité,
» Dérangeoit l'équilibre , appui de la fanté ;
» Puis , avec le limon , il défend la fortie
>> Du fluide qui meut les refforts de la vie ...
Effayons , dit l'Amour , un fecours fi puiffant:
Vénus , de votre mal il fera triomphant.
La Déeſſe fourit : le fils de Cythérée ,
Tire de fon carquois une flêche acérée ,
Roule de fon bandeau le bras qu'il veut piquer ,
Tâte légèrement l'endroit qu'il doit percer :
Il pique ; puis , levant l'inftrument falutaire,
Il voit jaillir le fang de fon aimable mere.
Dans un vafe , formé d'un précieux métal ,
La liqueur fe changeoit en Rofes , en Coral.
Cupidon eft furpris de la métamorphofe !
(c) Il y a une certaine thérapeutique , naturelle aux
animaux , & aux hommes. Le Chien , pour fe purger ,
fans être Botanifte , mange le gramen. Les Chevres , étant
en furie , fe guériffent par l'hellébore : ce qu'ayant pbfervé
Melampe , il en fit prendre avec fuccès à des Prin
ceffes Maniaques. Un oifeau , connu en Egypte fous le
nom d'Ibis , c'est- à - dire , bête qui mange les Serpens ,
lorfqu'il fe fent conftipé , s'introduit , par le moyen de
fon bec , de l'eau dans fes inteftins. C'eft ce qui a donné
aux hommes l'idée des lavemens. Enfin , les enfans ,
pour abforber les acides lorsqu'ils prédominent dans leur
eftomach , mangent de la terre,
C vj
60 MERCURE DE FRANCE
Et foudain , pour Pfiché, ce Dieu prend une Rofe....
Quel prodige, grands Dieux ! la Reine de Paphos,
Dans l'inftant, voit calmer fes feux avec ſes maux. (d)
Alors , pour arrêter la fource de la vie,
L'Amour prend de ſon aîle une plume choiſie ;
Sur le mal qu'il a fait, l'applique adroitement ;
Avec fon doigt léger, la retient un moment ;
Et prenant , de Cypris , la brillante Ceinture ,.
Entortille le bras , réunit l'ouverture.
✪ , mon fils ! ( dit Vénus ) inſtruiſez les humains
Du reméde nouveau qu'ont exercé vos mains ! :
Partez ; allez apprendre au favant Podalyre , (e}}
Ce fecret merveilleux que votre mere admire..
Par M. A ***, Correfpondant de la:
Société Royale des Sciences de Montpellier..
(d) Les forces des liquidés, étant comme les produits
de leur maffe , par les quarrés de leur vîteffe ; la faignée ;
en diminuant la quantité du fang , en tempère le mous
vements & devient par là rafraîchiffante : & comme la
fièvre confifte , prèfque toujours , dans le mouvement
accéleré de ce . liquide , la faignée peut guérir la pre
mière en fufpendant le mouvement de ce dernier ; c'eft
ce qu'a vû Galien , lorsqu'il s'écria , en parlant de la Saignée
: 0 , homo : febrem jugulaſti .
(e ) Podalyre, eft le premier qui ait pratiqué là Sai
gnée chez les hommes par laquelle il fauva la fille da
Roi Damoëthe , du péril dans lequel l'avoit mife une
chute funefte. Stephan. Byfantin.
FEVRIER. 1760. Gr
LES REGRETS. *
AIR, des Vieillards de Thését.
LE JOUEUR.
Pourllee JJeeu , ma fureur étonnante,
D'effets & de rente ,
M'a fçu priver.
Une époufe fidelle ,
Quoique jeune & belle ,
Jamais n'a pû m'en ſauver.
L'affreufe mifère ,
Maintenant m'attère ,
Par fon poids fatal.
Que faut-il que j'espère ?
C'eſt l'hôpital .
L'A VAR E.
J'AI paffé les trois quarts de ma vie ,,
Sans la moindre envie
De dépenser.
J'ai, pourra-t-on le croire ?
De manger & boire ,
Tâché de me difpenfer..
Frivole avantage !
* Les deux premiers Couplets ont été fupprimés ;
& l'Auteur enfentira probablement la raison.
62 MERCURE DE FRANCE
Maintenant je nâge
Dans l'or & l'argent ;
Mais je n'ai , dont j'enrage
Pas une dent.
L'AMANT BUVEUR.
D'UN vin vieux , d'une jeune Sylvie ,
Mon ame ravie ,
Fit mille excès .
En fortant de l'ivreffe ,
J'avois la foibletſe ,
De boire , & d'aimer après
Plaifir , qu'il m'en coûte !
Tu fais ma déroute ,
Voulant me prouver ,
Qu'après toi , c'est la goute
Qu'on doit trouver.
LE JALOUX.
PLUS jaloux qu'un Mari d'Italie ,
Par ma frénéfie ,
Je fus connu .
Mille & mille ferrures ,
Toutes auffi fûres ,
S'offroient au premier venu
Je fis , dans ma rage,
Trembler le courage
Du plus fier galant.
Feuffe été bien plus fage
D'être indulgent !
Par M. FUZILLIER , à Amiens
FEVRIER . 1760. 63
LA CEINTURE DE VENUS ,
OU
LES TROIS GRACES.-
POEME.
A Madame la Comteffe de Durban.-
A Madame la Marquise de Gléon .
A Madame la Marquife de Saint -Félix.
CHANT PREMIER.
LEfeu facré , qui fur la Tèrre
A roulé du faîte des Cieur ,
N'eft point un larcin odieux
Qu'ait fait aux Maîtres du Tonnèrre
Un de leur fils audacieux.
L'Amour , qui fait voler des flâmes ,
Jufques au fein même des Dieux
A fait jaillir de deur beaux yeux
Les feux allumés dans nos âmes.
Puiffant moteur des élémens ,
11 féconda les mouvemens
De la jeune & tendre Nature ;
Tandis, qu'exempte d'impofture ,
Dans les heureux frémiffemens ,
Que donne une volupté pure,
4 MERCURE DE FRANCE .
Elle favouroit les préfens .
Jours fereins , jours remplis de charmes
Vous n'êtes plus ! l'affreufe nuit ,
Éteint dans des ruiffeaux de larmes
Ce feu que l'Amour a produit.
Le front ridé par les allarmes ,
Des vices le plus redoutés ,
La licence , oppoſe ſes armes
Au cri des fages voluptés.
Dieu des coeurs ! au fein des ténèbres ,
Je vois l'Envie & la Fureur ,
Au feu de tes flambeaux célèbres
Allumer des torches funèbres ,
Qu'éteignent la Honte & l'Horreur.
Plus loin, fur la vile pouffière ,
La Molleffe , à l'oeil entr'ouvèrt ,
Laiffe agir le feu mercénaire
De la lâcheté qui la fèrt.
Par la cruelle indifférence ,
Du goût, des jeux , de la décence ,
Les traits divins font effacés :
Bacchus fe pèrd dans fon délire ;
Et les Amours font tèrraffés ,
Sur la Sagèffe qui foupire.
Vole fur le char des Zéphirs ,
Divin protecteur d'Amathonte !
Au fouffle heureux de tes foupirs
Epure des coeurs , que la honte
J
FÉVRIER. 1760. 25
Vouloit dérober aux plaifirs.....
O Dieux ! Glycère ! je t'adore :
Au nouveau feu qui vient d'éclôre ,
Je fens que l'Amour applaudit ...
Quels traits ont percé ces lieux fombres
Le vif éclat qu'ils ont produi
Diffipe les fatales ombres
De la triftèffe & de la Nuit.
Les cruels Autans difparoiffent ,
Tandis , qu'au fouffle de leurs cours ;
Zéphire & Flore le carèffent
Sur un tapis femé de fleurs.
Ne craignez point d'être flétries ,
Images de la volupté !
Le Dieu de la légèreté ,
Ne prèffe vos tiges chéries ,
Que pour rajeunir leur beauté.
Où vont ces Nymphes , couronnées
De Myrthes & de Pampres vèrds ?
Leurs mains , de guirlandes ornées ,
Aux Sylvains préparent des fèrs ,
Vele , dans leur aimable chaîne ,
Enlaffer tes bras amoureux ,
Jeune Lycas ! la tendre Hélène,
Attend , pour partager tes feux ,
Que tu la nommes ſouveraine
Et de ta flâme & de tes voeux.
Lecharme de la dépendance,
66 MERCURE DE FRANCE:
Ouvre les trésors de Cypris
Et l'on ne goûte , qu'à ce prix ,
Les plaifirs que l'Amour diſpenſe....
Qu'entends je? ...Quels nouveaux concèrts?
Les oifeaux animent les airs
Par leurs tranfports & leurs ramages....
D'une tendrèffe fans
nuages ,
Ils lancent les premiers éclairs.
Ici , la jeune tourterèlle ,
D'une tendrèffe mutuelle
Ofe exprimer le fentiment ;
Et plus loin , j'entends Philomèle
Par le plus doux gazouillement
Tracer l'ardeur la plus fidelle .
Le lierre , au jeune ormeau s'unit ,
Les prés fe parent de ver lure ;
Tout le nuance & s'embellit
Au cri que jette la Nature !
Répondez-nous , Ataciens , ( a )
Quel Dieu ?.. mais non , quelle Déèſf e
Fait germer la délicatèlle
Dans vos coeurs , que de fes liens
Vouloit accabler la molèffe ? ...
Un pur éclat ouvre les Cieux :
Les pleurs , dont la nouvelle Aurore
Abuſe un Amant trop heureux ,.
( a ) Peuples qui habitent le Languedoc , le long de la
rivière d'Aude , près de Narbonne , d'où Varron fut fure
nommé l'Atacien.
FEVRIER. 1760. 67
Forment des miroirs radieux ,
Dont la flâme agiffante dore
L'aimable horifon de ces lieux.
Du milieu des ondes brûlantes ,
Tu t'élances . Père du jour !
Eft ce fur nos tèrres riantes ,
Que de tes flammes éclatantes ,
Tu dois un tribut à l'Amour ?
Quelle ceinture de lumière , ( b ):
éblouis ? Enchaîne mes yeux
Quoi ! pour retarder ta carrière ,
Les douze Signes réunis ,
T'oppofent- ils une barrière ? ...
Non , les Amours & les Zéphirs ,
Ont levé ce doute funèſte ;
Et de la Reine des plaiſirs ,
Je les vois entourer le Cèfte.
C'en eft fait , & belle Vénus !
Tes attraits ne charmeront plus ,
Auprès de la tendre Sagèffe ;
Et nos Bergers , à ta molèffe ,
Scauront préférer les vertus.
Du Dieu qui répand les allarmes
Hâte-toi de remplir l'ardeur ;
(b ) Pour l'intelligence de ce qui fuit , il faut fe reffous
venir que , felon la Fable , Apollon fut jaloux de Vé
qu'il furprit avec le Dieu Mars. Le Poëte feint , ici ,
qu'Apollon enleva , rour lors , ar ordre de l'Amour , la
ceinture de cette Deeffe , dans laquelle les Grâces étoient :
renfermées.
nus ,
68 MERCURE DE FRANCE.
Mais quand , à l'auſtère pudeur ,
Tu voudras oppofer des armes ,
Tu connoftras qu'un Dieu vangeur
Vient de te ravir tous tes charmes.
L'Amour difpofe de tes droits ,
Pour en former notre couronne :
Du Dieu qui nous les abandonné,
Phébus , exécute les Loix.
Volez au haut de l'Empirée ,
Tranſports naiffants , jeunes foupirs :
Sur les aîles de nos defirs
Guidez la Ceinture facrée ,
Où font recélés nos plaifirs...
Que vois-je ? la Zône s'entr'ouvre ;
Mon ceil curieux y découvre
L'efprit , les attraits , la beauté...
Deſcendez , Grâces immortelles , ( c)
Que votre charme redouté,
Chea les Ataciens fidèles,
Fixe les vives ésincèlles
D'une éternèlle volupté.
( c ) Selon la Fable , les trois Grâces fe nommoient
Euphrofine , Thalie & Aglaé .
FEVRIER. 1760 .
EUPHROSIN E.
O
CHANT SECOND ,
Toi ! dont la Philofophie ,
Eft l'heureux fruit du fentiment ;
Quifur les ronces de la vie
Jettes les fleurs & l'agrément ,
Euphrofine ! offre- moi la trace
Du Stoicifme & des plaifirs ;
Et par ta voix remplis l'efpace
Qui mène des jeux aux foupirs.
Pour un tendre coeur qui defife ,
Tous les inftans font précieux ;
Et l'Amour est délicieux
Soit qu'il nous charme , ou qu'il foupire.
Mais quand , d'an regard dédaigneux,
L'âme voit tout ce qui rèfpire ;
Les vices les plus odieux ,
Sont les fruis du fombre délire
Qu'excite un ennui furieux.
Heureux , qui de l'indifférence
Evite les traits dangereux !
Et dont l'efprit jette des feux
Sur les routes de l'indolence.
Euphrofine , de tes deſtins ,
Ta raiſon fut toujours l'arbitre ,
Sans pèrdre le fupèrbe titre
7
70 MERCURE DE FRANCE.
C
D'être l'idôle des humains.
D'une élégante raillerie ,
Que Momus lui-même a dicté ,
De tes yeux , l'aimable faillie ,
Aiguiſe la naïveté:
L'ingénieufe vérité ,
Par ton art , fe voit embellie
De l'attrait de la nouveauté !
Vois cet élain d'âmes timides ;
Dont la foule afliège tes pas :
Dans les coeurs , jadis intrépides ,
Vois naître un aimable embarras.
Soit que ta franchife fe joue,
Soit que ta fageffe dénoue
Les noeuds que forment tes appas ;
Tu peux nous voir ſans te contraindre :
Tu peux nous quitter fans nous craindre ;
Mais notre coeur ne te pèrd pas ,
Sans foupirer , & fans fe plaindre.
Qui pourroit échapper aux traits
De ton éſprit femé de charmes ?
Et de ton coeur , exempt d'allarmes ,
Qui peut foutenir les attraits ?
Par une divine éloquence ,
Tu paroîs fur notre ignorance ,
Jetter les ombres du fçavoir ;
Tandis que l'auftère fcience ,
Des prodiges qu'elle diſpenſe
FEVRIER. 1760 . 71
Trouve dans tes yeux le miroir.
Varton , Euphrofine t'infpire: ( d)
Perds , ſur ſes pas , ta majeſté :
Approche auffi tendre Palmire ...
Craindrois- tu d'offrir ta beauté
A l'aimable Divinité
Par qui ton jeune coeur foupire? ...
que vois -je ? ... Au fein des forêts ,
Euphrofine , un Berger t'entraîne ! <}
Ton âme nâquit fouveraine :
Iphis parle ; tu te ſoumèts.
Des Bergers , les voeux indifcrèts ,
Vont amuſer tes rêveries.
Celle qui charme les Palais ,
Doit enchanter les Bèrgeries.
Dieux des champs ! quittez vos guérèts :
Hâtez-vous d'inftruire une Grâce ,
Qui pour marcher fur votre trace ,
Des Villes va fuir les attraits .
Elle les quitte fans murmure :
Qui de l'art connoît les fecrèts ,
Veut fçavoir ceux de la Nature.
Dieu d'Amour , tu guides fes pas
Dans une douce ſolitude ;
Où, d'une tendre inquiétude
( d) M. le Vicomte de Graves , Auteur de Varron &
de Palmire , lit fes ouvrages à Madame de Durban.
( e ) Madame de Durban fut paffer quelque temps dans
fes terres avec le Comte fon époux,
72 MERCURE DE FRANCE
Elle ofe éffayer les appas.
Des ruiffeaux , le charmant murmure,
Lui paroît une image pure
Des tranſports vifs & délicats ,
Premiers enfans de la Nature,
L'efprit , en trace la peinture ;
Et fon coeur ne la dément pas.
Tantôt , de l'Amant de Leſbie ,
De ceux de Laure , de Délie ,
Elle prend & faffe les traits :
Ce tableau flatte fon envie ,
Quand du fage ami d'Aſpaſie ,
Elle y peut placer les attraits,
Tantôt , d'une plume légère ,
Elle ébauche fur la pouffière
L'éloge des jeux & des ris ; ( f )
Et quand l'enfant , Dieu de Cythère ,
Du charme d'inftruire & de plaire ,
Vole lui préfenter le Prix ; a
Elle fuit , avec un fouris ,
En le renvoyant à fa mère.
Venez occuper fes loifirs ;
Accourez , Amitié fincère !
Soyez l'âme de fes plaifirs.
Volez de l'un à l'autre Pôle ,
. 2
Écrits , dont le ftyle enchanté,
f) Madame de Durban faifoit , à la campagne , des
vrages de fentiment, d'une délicateffe infinie ..
Nous
FEVRIER. 1760 . 73
Nous offre l'aimable ſymbole
De la belle ingénuité. (g)
O Mufe! arrête ton audace :
Ici ,de la premiere Grâce,
Tu dois terminer le tableau :
Rivale de Pline & d'Horace ,
Euphrofine offre , à ton pinceau ,
Un charme léger , mais nouveau ,'
Dont tu ne peux fuivre la trace.
Euphrofine , il faut donc celler :
Quoiqu'un trait manque à mon hommage :
Si l'Amour achève l'ouvrage,
Pourrai je bien te l'adreffer ?
( g) Madame de Durban écrit des Lettres charmantės.
**
THALIE.
CHANT TROISIÉM E.
UN!NE divine mélodie,
Du fougueux amant d'Orithie ,
Sufpend le foufle & les tranfports :
Au fon des plus tendres accords ,
Des Mufes , la troupe chérie ,
Au grouppe des attraits unie ,.
Accompagne deffus ces bords
Les pas de la belle Thalie .
Au flambeau du Dieu des appas ,
/ D
74 MERCURE DE FRANCE
Elle defcend , dans ces climats ,
Tracer fa brillante carrière :
Ataciens , ne fuyez pas ;
Elle ménage la lumière
Du Dieu dont elle fuit les
pas.
Rendez-lui le premier hommage ;
Qu'éxige de vous la Beauté :
Unjour , votre coeur enchanté ,
En elle adorera le gage
D'une douce félicité.
Grands Dieux ! le charme d'être belle ,
Cette flâme , dont l'étincelle
Meut l'habitant de l'Univers ,
Nous offre les premiers éclairs
De notre fplendeur immortelle !
Accours , Stoicien rebèlle :
Sur les écueils de la beauté ?
Vois , de ta froideur criminelle ,
Échouer la férocité.
Que ton coeur , ouvert aux allarmes,
Qui naiſſent du charmant amour ,
Reconnoiſe enfin , à fon tour 2
Le plaifir de verfer des larmes.
Et pourrois-tu braver des yeux,
Qui des ombres de la décence ,
Voilent l'éclat qui nous diſpenſe
La pure lumière des Cieux ?
Autour des lèvres de Thalie,
FEVRIER. 1760 .
75
Vois voltiger la volupté.
Si , du charme de ſa beauté ,
Ton âme n'eſt point attendrie ;
Puiffe- t- elle être anéantie
Sous les traits de la majeſté ,
Dontles deftins l'ont ennoblie .
Du divin buſte de Vénus
Regarde , admire l'élégance ;
Adore la voix qui diſpenſe
L'efprit , lesjeux , & les vertus .
Quel eft cet enfant téméraire ,
O grâce ! dont l'heureux flambeau ,
Ofe confumer le bandeau ,
Dont l'Amour jaloux de vous plaire ,
Ornoit fon thrône le plus beau ?
Dieu des coeurs ! de tes fleurs écloſes ,
L'Hymen ofe enlever l'éclat .
Cours te venger d'un attentat,
Dont les tranfports fanent tes roles.
Ah ! plutôt reflèrre, à jamais ,
Les noeuds d'une union fidelle ;
Et que ta flâme renouvelle
Ce que l'Hymen perdra d'attraits.
C'eſt une Grâce qui t'implore :
De l'époux, que fon coeur adore ,
Oferois -tu ravir les traits ?
Vertus , achevez votre ouvrage :
Votre voix a dicté l'hommage ,
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Que Thalie a fait de fon coeur :
Que votre éclat la dédommage
Des vuides d'une tendre ardeur .
Vertueux enfans du Permèſſe !
Accourez talents , & Beaux Arts:
Venez affranchir des hazards ,
Trop d'amour & trop de fageffe.
Offrez la lyre d'Amphion ,
Aux heureux tranſports de Thalie:
Par une douce mélodie ,
Amufez fon émotion .
Toi, qui du feu de l'harmonie,
Ouvris les veines des cailloux !
Des doigts d'nne Grâce chérie ,
Entends éclorre un fon plus doux.
A ta vive délicateſſe ,
Des jeux, enfans de la ſageſſe ,
Elle fçait joindre le fecours :
Chaque touche , que fa main prèffe,
Eft le cri plaintif des Amours .
Volez , Euterpe , Terpficore ;
A fa beauté joignez vos traits :
Que par vous , fa danfe décore
fa voix offre d'attraits. Ce que
Eft- ce affe: non , de Melpomène
J'entrevois les tréſors ouverts ......
O Dieux ! Thalie ouvre la fcêne. ( h ).
Madame de Gréon a joué à Narbonne, d'une façondif
Lingue , Zaires, & la Chercheuse d'esprit.
FEVRIER. 17607
יא
27
Cette fuperbe fouveraine ,
Veut-elle étèrnifer nos fers ?
Je la vois ! .... puis je être prophane ?
Zaïre ! .. je fuis Orofmane ; .....
Mais je vole au Dieu que tu fèrs ....
Qu'ai- je dit ? non , belle Zaïre ,
Tu brûles d'un feu trop divin :
Deviens Nicètte ; écoute Alain ;
Et pourjamais mon coeur ſoupire:
AGLA É.
CHANT QUATRIEME.
Toor , qui voltiges dans les airs
Au gré de l'aimable Folie ;
Qui ris de la mifantropie ,
Qui veut t'arreter dans fes fers
"Aglaé ! d'un jeune caprice ,
Effaye à mes yeux le délice ;
Mon coeur a volé fur tes pas :
Que ta vivacité charmante ,
Dans une courſe impatiente ,
M'offre , & m'enlève tes appas .
Quoi !toujours d'un tendre martyre,
Occuper les triftes loisirs ?
Aimer fans ceffe , & fe le dire ?
Vivre du feu de ſes ſoupirs ?
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
Dieux ! quel ennui pour une Grâce ,
Qui ne fcauroit fuivre la trace
Des voeux qu'elle vient de former
Et dont le coeur , bientôt fe laffe
Du fouci de plaire & d'aimer.
La volage Aglaé fe paſſe "
De l'art pénible d'enflâmer :
Elle a des momens pour charmer ;
Mais l'inftant qui fuit les éfface.
Dieu des coeurs ; ne la fuivez pas !
Un Livre de fombre Morale,
Va mettre un affreux intervalle
Entre fon coeur & vos appas.
Dieu d'amour ! reviens fur tes pas &
Son âme adorable , inégale ,
Veut oppoſer aux ' embarras ,
Qu'un livre trop prudent étale ,
De tes Romans le beau fracas.
Dieu du jeu reçois fon hommage : ( i )
Sois facile , prompt & volage ;
Elle te devra fes plaifirs.
Réfléchir , eft un art funèfte ,
Quipourroit , fur un don celèfte ,
Lui faire pouffer des foupirs.
En vain , les ennuis les plus fombres,
Veulent obfcurcir fes beaux jours ;
Du bout de l'aile des Amours ,
(i ) Madame de Saint - Félix , ne joue guère que le Ca
Wagnol.
FEVRIER. 1760
Elle fçait écarter leurs ombres
Vile grimace des vèrtus ,
En vain la fauffe bienséance ,
D'une tyrannique décence
Offre les voiles fupèrflus :
Aglaé méprife une chaîne ,
Où le vice outrage, les coeurs :
Et la fageffe qui l'entraîne ,
Afçu de nos vainės erreurs ,
Rendre fon ame fouveraine.
Pourquoi déguifer des tranfports ,
Enfans de la faine Nature ?
¡C'eft des feux d'une vèrtu pure,
Qu'Aglaé brille fur nos bords.
Peut-elle avouer les éfforts ,
Que fcait fe faire l'impofture ?
Difparoiffez , voiles épais ,
Dehors trompeurs , vil artifice
Vous, qui de l'obfcure malice,
Ofez ennoblir les forfaits.
Jamais une Grâce naïve ,
Sous une enveloppe craintive ,
Ne pourra déguifer fes traits.
Lâches ! qu'infulte fon courage ,
Craignez-vous d'offrir votre hommage
A fa vive légèreté ?
Scachez , que l'ingénuité ,
De l'efprit eft le fûr préfage,
Div
So MERCURE DE FRANCE.
Et l'organe de la Beauté.
Lorſqu'Aglaé , de la décence ,
Saifit le voile & le bandeau ;
Le charme de la bienféance ,
Renaît plus touchant & plus beau.
Ses doigts ont volé fur fa lyre ;
Sa voix nous parle & nous féduit s
Et du fentiment qu'elle inſpire ,
La Raiſon même s'applaudit.
Mais du mortel , vain & frivole ,
Sûre d'enchanter le regard ;
Doit-elle fe parer d'un fard,
Qui du menfonge eft le fymbole a
Vous , de qui les jeux innocens ,
Sont à l'Amour le premier gage .
De vos futurs enchantemens !
Courez lui porter votre hommage
Apprenez, dès vos jeunes ans ,
A conferver une âme fage ,
Inaccéffible aux voeux ardents ,
Par qui notre Raiſon partage ,
Le honteux délire des fens .
De vos plus tendres mouvements ,
Faites le plus naïf uſage :
Aglaé n'offre fon encens ,
Qu'à des objèts indifférents ,
Qui permettent d'être volage..
FEVRIER. 1760 .
Tel eft le fortuné poiſon ,
D'une tendre & fombre manie :
Il faut écouter la Folie ,
Pour être fûr de fa Raifon .
Viens , cependant , Grâce chérie ,
Effayer encor les humains :
Viens, de tes traits vifs , enfantins ,
Orner la fcène de Thalie . ( k )
Combien de tranfports généreux ,
O, Lifette ! tu fais éclorre ! ( 1 )
Tout m'offre , Carlin amoureux ;
Et chaque fpectateur t'adore.
Aini , dans fes tranſports heureux ,
De tous côtés la jeune Flore,
Sous des fleurs fait briller des feux ! ...
Puiffes - tu , dans ce doux emblême ,
Grâce ! trouver des plaifirs :
Je fais , alors , mon bien ſuprême ,
D'être mis au rang des Zéphirs.-
( k ) Mufe de la Comédie.
Madame de Saint - Félix , a joué fupérieurement ,
Narbonne , le rôle de Lifette , dans le Diftrait.
DANS
ENVOI
ANS ce féjour , Grouppe adorable !
Fixez les vèrtus , les attraits .
Pour rendre leur éclat durable ,
Joignez le charme de vos traits .
Dw
82 MERCURE DE FRANCE.
Déèffes ! jufqu'aux derniers âges ,
A nos neveux dićtez vos loix ;
Et que les accens de vos voix ,
Soient les garants de leurs hommages.
Par M. BARTHES,de MarmoriereS,
de Narbonne.
DIALOGUE DES MORTS.
SUR le foin qu'on doit avoir , en écrivant,
de moins envifager fon fiècle , que l'avenir.
Q
Madame DE GRAFFIGNY.
Mademoiselle DE SCUDERY.
Madame DE GRAFFIGNY.
UEL parti prenez-vous ,dans la difpute
qui vient de s'élever entre les beaux-
Efprits ?
Mlle D SCUDERY.
Moi celui que vous prendrez vousmême
: celui du bon fens . Ne doit- on pas ,
en écrivant, envifager fon fiécle préférablement
à la postérité ? La queftion qu'on
a propofée, n'eft point douteufe ; & vous
FEVRIER. 1760. 83
êtes fûrement étonnée de la voir traiter
comme problêmatique ?
M. DE GRAFF.
Sans doute, que le parti du bon fens , ne
manquera pas de raifons ? Voyons , quels
font les motifs qui vous ont portée à
vous décider en faveur de votre fiécle ?
M. DE SCUD.
Les voici . Mon but, eft de me voir applaudie.
Pour y parvenir, il faut plaire à
mon fiècle : & fi je veux lui plaire ; il
faut , que j'en fuive le goût.
M. DE GRAFF.
Que direz- vous donc , fi je vous fais
voir, qu'en enviſageant le fiécle , préférablement
à la postérité , l'on rifque ou de
ne pas plaire , ou de ne plaire qu'un moment
? & qu'on eft fûr , au contraire, de
plaire dans peu , & de plaire longtemps ,
quand on envifage la poftérité , préférablement
au fiécle :
M. DE SCUD.
Je quitterai mon opinion.
M. DE GRAFF ..
Quand vous envifagez votre fiécle, préférablement
à l'avenir ; vous en fuivez le
Dvj
$4 MERCURE DE FRANCE.
goût : ce goût, on l'appelle la mode. Lorfque
vous envifagez l'avenir préférablement
à votre ficcle , vous confultez le
goût de la postérité: ce goût, eft la Nature.
D'un côté, vous avez la Nature pour guide
; de l'autre la mode. Il me reste à vous
prouver,que fuivre la Nature eft une voie
plus fûre de plaire , & de plaire longtemps
, que de fuivre la mode.
M. DE SCU D.
Je ne crois pas qu'il y ait un véritable
goût , fondé fur la Nature . La manière de
compofer eft différente , felon la différence
des temps , des lieux, & des circonftances
: le bon & le mauvais, dans les ouvrages,
font arbitraires je me les figure
comme ces loix, qui font excellentes dans
un temps , & qui dans un autre font un
effet tout oppofé : en forte, qu'on les fupprime
; & qu'on eft même quelquefois
obligé d'en faire de contraires , qui paroiffent
fort fages , quoique les premières,
l'aient été dans leur fiècle.
M. DE GRAFF.
Il у a réellement, un bon goût, fondé
fur la Nature , & qui ne varie point; comme
il y a des loix , qui font immuables.
Votre comparaifon,du bon & du mauvais,
FEVRIER. 1760.. 5
dans les écrits de Littérature , avec cette
forte de loix que des circonftances font
naître, & que d'autres circonftances abrogent,
n'eft pas jufte. On doit trouver d'abord
, dans les ouvrages , un bon réel : ce
bon , n'eft autre chofe que le vrai , l'utile,
& le fimple , qui eft le même dans tous
les temps. La manière de bien compofer,
confifte à faire voir ce vrai , cet utile , &
à l'énoncer d'une maniere fimple & convenable.
Il eft cependant certain , que la
différence des temps , des lieux , des circonftances
, des perfonnes , de leur gé
nie , & de leurs moeurs , doit en mettre
dans le ftyle & dans les précautions : maís
ces differences mêmes , doivent être puifées
dans la Nature. Tous ces fameux
Ecrits de l'Antiquité , marqués au coin du
bon goût , auroient- ils été univerfellement
applaudis depuis tant de fiécles
s'ils n'euffent été bons en eux- mêmes ?
Car, on ne peut affurer qu'un de ces fiècles
ait parfaitement reffemblé à un autre ?
que le goût de l'un ait le goût de l'autre?
Tous ont éprouvé différentes révolu
tions : les moeurs, n'ont pas été uniformes;
les idées fur l'éloquence, n'ont pas été exprimées
dela même façon . Cependant on
a toujours goûté Homère , Virgile , Dé
moftènes, Cicéron , Pindare , Horace , &
36 MERCURE DE FRANCE.
plufieurs autres. Pourquoi , ce concours
de fentimens ... Ne prouve-t- il pas mieux
que les meilleurs argumens , qu'il eft un
Beau & un Bon réel , qui fortent du fond
des chofes mêmes ??
M. DE SCU D.
En quoi , confiftent donc ces beautés
réelles ?
M. DE GRA FF.
Dans l'imitation de la belle Nature.
M. DE SCU D.
Expliquez-vous : l'imitation de la belle
Nature , eftune énigme pour moi.
M. DE GRA F F.
Un faux- fuyant affez ufité , c'eſt de
traiter d'obfcur & d'énigmatique , ce que
l'on ne comprend qu'à regret. Un peu de
bonne foi , Madame ; & vous conviendrez,
que l'imitation de la belle Nature,
eft toute entiere dans l'art de rendre avec
élégance les chofes telles qu'elles font ;
de bien faifir les attributs , qui les compofent
, & les différencient des autres êtres
diftingués d'elles.
M. DE SCUD.
A ce qu'il me femble , vous voulez raifonner
en forme ? C'eft de la Métaphylque
la plus rafinée !
FEVRIER. 1760. $7
M. DE GRAFF.
Elle eft à la portée de tout le monde.
Ea Nature eft , dans les attributs quicompofent
les êtres , & les différencient
entr'eux. Ainfi les hommes , que la qualité
d'Animal confond avec les brutes ,
en font diftingués par la Raifon. Imiter
la Nature ; c'eft, par conféquent, conferver
aux chofes les qualités qui les conftituent
, & qui les diftinguent ; c'eft fuivre
cet ordre & cette fubordination, qui font
dans les êtres ; c'eft ne pas les confondre
; c'eft les montrer tels qu'ils font; c'eft
allier les idées qui ont du rapport entre
elles ; féparer celles qui n'en ont point :
& voilà pour la vérité , & contre l'erreur.
La belle Nature, n'eft autre chofe , que la
Nature parée , & embellie des ornemens
dont elle eft fufceptible , & qui la rendent
plus aimable : c'eft un jardin, où les
fruits font entremêlés de fleurs. Imiter
la belle Nature , c'eft conféquemment dire
des vérités utiles ; & les dire de telle forte
, qu'on les faffe aimer : la Nature toute
feule , eft trop fimple ; il lui faut quelque
chofe qui la relève ; & voilà pour l'agré
ment , & contre la féchereffe . Imiter la
belle Nature, en écrivant , c'est donc , comme
nous l'avons déja infinué , dire des
$8 MERCURE DE FRANCE.
chofes , qui aient la vérité pour origine
P'utilité pour but ; & les dire de façon a
perfuader & à convaincre, par tous les ornemens
de la véritable Eloquence. C'eſt
mêler , habilement , l'utile à l'agréable ;
c'eft n'employer l'agréable , que pour
faire recevoir & goûter l'utile : comme
les fleurs font les avantcoureurs des fruits
qui en naiffent. Vous voyez que, fi l'imitation
de la belle Nature eft une énigme,
au moins il ne faut pas un dipe pour
la deviner.
M. DE SCU D.
Je vous avoue , que jufqu'à préfents
j'avois pris cela pour des mots dépourvus
de fens , à- peu-près, comme cette horreur
du vuides qu'on attribuoit à la Nature ,
pour expliquer différens phénomènes de
Phyfique.
M. DE GRAFF.
Vous convenez donc , qu'il eft une manière
fûre de bien compofer , qui s'allie
aux circonftances , & qui confifte dans
cette imitation de la belle Nature ?
M. DE SCUD.
J'en conviens.
FEVRIER: 1760.
89
M. DE GRAFF.
Que c'eft cette manière de bien com-
, que l'on emploie , quand on enviſage
moins fon fiécle que l'avenir 2
pofer
M. DE SCU D.
J'en doute.
M. DE GRAFF .
Je veux vous en convaincre , en deux
mots. Vous ne nierez pas , que les plus
fameux , parmi les Anciens & les Modernes
, ne fe foient attachés dans leurs
ouvrages , à cette imitation de la belle
nature ? Vous ne nierez pas non plus ,
qu'ils n'aient envisagé la postérité , préfé→
rablement à leur fiécle ?
M. DE SCU D.
Je n'ai garde d'en convenir Ces Auteurs
, préparent mon triomphe : car ils
ont fuivi la mode de leur temps.
M. DE GRAFF.
Il faut diftinguer les différentes mo
des : le bon goût peut être à la mode , &
devroit y être toûjours. Les Auteurs, dont
vous prétendez vous appuyer , avoient
fait naître celle- ci . Mais , il y a auffi une
30 MERCURE DE FRANCE.
mode , qu'on doit rejetter , & qui n'eſt
autre chofe que la Nature fardée. Si le
goût du fiècle eft pour cette mode : alors
il le faut moins envifager , que l'avenir.
M. DE SCUD.
Et pourquoi , ne plairai - je pas tout de
fuite , & longtemps , fi je le faifis ? Quand
on n'envifage point l'avenir , on ne lui
plaît pas , felon vous : c'eft avouer que je
déplairai à mon frècle , fi je ne le confulte
pas. Et en vérité , ce ne fut jamais mon
projet !
M. DE GRA FF.
Il y a, dans tous les tems, des perfonnes
'de bon goût , qui vous applaudiront ; &
dont les fuffrages valent furement mieux
que les battemens de mains d'une multitude
aveugle, & féduite par la nouveauté.
Outre cela , fi la multitude ne revient pas
bientôt elle- même de fon erreur, par fa légèreté
& fon inconftance naturelles ; ces
perfonnes de bon goût , & vos ouvrages ,
lui deffilleront les yeux. Le faux éclat ne
peut fixer , & difparoit bien vite. Ce qui
eft vrai , ce qui eft beau , a des attraits
trop puiffans pour être longtemps fans fe
faire fentir ; & lorfqu'on le fent une fois ,
ce n'eft
pas pour un moment : parce que
FEVRIER. 1760.
Pefprit eft fatisfait , & ne cherche plusrien
au- delà : ce n'eft point à ces beautés,
que l'on devient infidelle * : les grands hommes
les aiment toujours : & voilà le point
de différence. Rappellez-vous , ce qui eft
arrivé au fiécle de Quintilien ; le mauvais
goût regnoir ; on préferoit le ftyle:
enflé , à tout ce qui étoit fimple & judieieux:
on employoit de grands mots ,pour
rendre de petites idées. Quintilien , loin
de fe laiffer entraîner par la mode , la
combattit hardiment , défendit les Anciens
, & montra quelle étoit la véritable
Eloquence. On ouvrir les yeux ; on lui
applaudit on l'a toujours fait depuis ;
& à peine a t-on retenu les noms de
ceux qui fe font aveuglément conformés
au goût de ce temps- là.
M. DE SCUD,
Vous infiftez, en vain: la curiofité & le
defir d'apprendre , nous portent à tout
ce qui a l'air de la nouveauté. J'avoue
que l'antiquité eft refpectable .Qu'ileft bon
de fe conformer aux Anciens : mais le
neuf à bien des charmes pour nous ! vousmême
, ne feriez- vous pas bien - aiſe de
mettre au jour une jolie penſée , une jolie
matière que l'on n'auroit pas encore
vuc ?
Phrafe de Madame de Graffigni dans Cénie..
92 MERCURE DE FRANCE.
M. DE GRA FF.
Oui , fi la penſée étoit jufte & folide:
Tout le brillant d'une penſée neuve , ne
confifte fouvent , que dans la fauſſeté &
dans la hardieffe ; qui , d'abord , ont uu
air de vraiſemblance . J'aimerois auſſi une
matière neuve : mais je ne voudrois pas,
que la nouveauté feule en fit le mérite .
Je defirerois , qu'en la traitant , on pût
être utile ; qu'on ne s'écartât point de la
vérité ; & que le bon fens , ne fût
crifié à l'efprit.
M. DE SCUD.
pas
fa
Vous ne blâmez donc pas , tout- à-fait,
la mode ?
M. DE GRAF F.
Je ne blâme que fon excès. On ne gagneroit
rien à brufquer ce goût , que l'on
a généralement pour le brillant , & pour
tout ce qui frappe. Je ne prétends pas
que vous faffiez des ouvrages, qui n'aient
que de la folidité : c'eft une autre extrê
mité , également à craindre. La plûpart
des vérités , font défagréables par ellesmêmes
; parce qu'elles frondent nos paffions
, ou contrarient nos penchans . Si
vous les annoncez fimplement , elles re
FEVRIER. 1760 . 93
buteront : il eft néceffaire de les parer.
On aime la nouveauté , & ce qui a de
l'éclat ? eh bien , ayez un peu d'indulgence
pour la mode : peut- être , avec du travail
, viendrez - vous à bout de l'accorder
avec le bon goût . Que la prudence conduife
votre main employez l'art ; mais
que tous vos rafinemens aboutiffent à le
cacher : en forte , qu'on s'imagine que c'eſt
la Nature elle- même ; & que ces vérités ,
qui paroiffent fi belles , fi aimables , on
croye qu'elles le font naturellement , &
que vous ne leur prêtez rien.
M. DE SCU D.¹
Que feriez-vous donc , fi les équivo
ques , le burlefque , les antithèfes trop
fréquentes , & le ftyle découpé , étoient
à la mode ?
M. DE GRAFF.
Pour les équivoques , les antithefes
trop fréquentes , le ftyle découpé : je les
bannirois. Mais n'en feroit- on pas bien
dédommagé , par le foin de mettre de la
fineffe dans mes penfées , de les rendre
délicatement , de ne pas tout dire fcrupuleuſement
, & de donner à penfer plus.
encore que je n'aurois exprimé ? Pour le
burlefque ; en évitant le bas & le bouf
94 MERCURE DE FRANCE.
fon , je répandrois dans mes ouvrages
cette gaîté & cet enjoûment , dont les
matières les plus férieufes font quelquefois
fufceptibles : je voudrois , qu'il y eût
du fel , des railleries fines & placées , des
plaifanteries agréables ; en un mot , tout
ce qui peut décemment amufer , fans
laiffer perdre de vue l'utile, qu'il faut toujours
le propoſer pour but. Ce font de
petites attentions , qu'on ne peut négliger,
fans bleffer ceux qui ont droit de les attendre
: elles ne font pas incompatibles
avec le bon , le vrai , le naturel & le fimple.
De cette forte , je donnerois quelque
chofe au goût de mon fiécle ; & je
me garderois bien d'oublier la poſtérité.
M. DE SCUD.
Il n'eft guères poffible, de fuivre cette
méthode , fans donner, ou dans l'un , ou
dans l'autre excès.
M. DE GRA F F.
En ce cas , ne compofez donc pas.
M. DE SCUD.
Vous êtes févère, dans vos confeils!..
Avez-vous toujours agi en conféquence ?
N'avez-vous pas fuivi la mode ?
FEVRIER. 1760. 95
M. DE GRAFE.
Oui ; mais dans ce qu'elle avoit de
bon , je me fuis fait une étude d'orner &
d'embellir . Sans courir après l'efprit, j'en
ai mis où j'ai cru qu'il faifoit fortir le
fond des chofes : j'ai étudié la Nature ;
j'ai fortifié mes réfléxions , par la lecture
des Anciens & des meilleurs d'entre les
Modernes . J'aurois voulu éviter leurs défauts
, & imiter leurs beautés.
M. DE SCUD.
Je vois, par tout ce que vous dites, que
vous n'êtes pas difpofée à juger favorablement
de mes Romans. Les avez-vous
lûs ?
M. DE GRAFF.
J'ai commencé......
M. DE SCU D.
Commencé ! Si vous euffiez achevé ;
avec attention , on auroit joué plus d'une
fois la Fille d'Ariftide . Mes romans font
encore lûs par des gens de goût.
*
M. DE GRAFF.
Je les ai oui parler : ils y trouvent
* Piéce de Madame de Graffigni , qui n'a pas
réuffi au Théâtre.
96 MERCURE DE FRANCE.
une longueur énorme , des enchaîne
mens de faits fans nombre , & qui ne
conduifent à rien , des caractères hors
de nature , le défaut de goût, & d'utilité .
M. DE SCU D.
On ne pouvoit mieux contenter votre
jaloufie !
M. DE GRAFF.
Je n'en ai point ; & je ferois auſſi făchée
d'être l'Auteur du grand Cyrus &
de Clélie , que je ferois charmée d'avoir
fait le Quatrain au Prince de Condé , &
le Difcours fur la Gloire.
M. DE SCUD.
A votre avis , je ne ne devois donc
point compofer de Romans ?
M. DE GRAFF ,
C'étoit le goût de votre fiécle : il n'y
avoit pas de mal à le fuivre le mal eft
dans la manière dont vous l'avez fuivi. Il
falloit....
M. DE SCUD.
Miféricorde ! vous m'apprendrez la
méthode , de bien compofer un Roman ?
M.
FEVRIER. 1760. 97
M. DE GRAFF,
Dès que vous le fçavez , au moins vous
montrerai-je que vous vous en êtes écartée.
Le but du Roman , (comme de tous
les autres ouvrages ) doit être l'utile ; il
faut qu'il infpire l'amour de la vertu , &
l'horreur du vice. Une fi agréable fiction ,
doit cependant voiler des préceptes: c'eft,
à proprement parler , une morale allégorique.
Il faut y conferver la vraifemblance
, fuivre la Nature , éviter le puérile
, le frivole , le ridicule , l'outré. Si
les Héros font tirés de l'Histoire , on
leur conferve le caractère que l'Hiftoire
leur donne : s'ils font imaginaires , vous
leur donnez tel caractère que vous voulez;
pourvu qu'il foit convenable à leur rang ,
aux circonftances , & aux temps où ils
vivoient ; pourvû, que le merveilleux ne
foit pas préféré au vraisemblable , que
les faits intéreffans ne fe trouvent pas
noyés dans de longues & ennuyeuſes
converfations , que partout on voye des
vertus aimables , toujours aimées , & fouvent
récompenfées , des vices odieux, toujours
haïs , & fouvent punis ; enfin , pourvû
que tout foit également fuivi ; & conduife
, le plutôt qu'il eft poffible , au but
propofé.
E
98 MERCURE DE FRANCE
M. DE SCU D.
Tous ces beaux préceptes,les euffiez - vous
vous même fuivis dans vos Ouvrages , ne
doivent pas vous faire efpérer un meilleur
fort que moi. On m'a applaudie pour
un temps ; on m'oublie , à préfent : vos
Lettres , votre Cénie , font aujourd'hui en
vogue ; je veux que dans peu, l'on ne fâche
pas même ſi vous avez écrit .
M. DE GRAFF.
Bien des chofes me préfagent le contraire
: j'ai moins enviſagé mon fiècle que
l'avenir. On a goûté mes ouvrages , parce
qu'ils étoient bons , & non parce qu'ils
étoient à la mode : j'ai eu l'approbation ,
non d'une multitude ignorante , que le
caprice conduit; non d'une foule infenfée,
que les préjugés & la nouveauté entraînent
; mais de Sçavans illuftres , de Génies
fublimes , de Gens de goût , auffi capables
de bien écrire , que de bien juger . Une
plume délicate , eût- elle traduit en vers
François Cénie , qui eft en profe , fi Cénie
ne méritoit pas l'Immortalité ?
M. DE SCUD.
Effectivement , vous pouvez bien citer
cette traduction ,
FEVRIER. 1760 . 99
M. DE GRAFF.
Il n'eft pas queftion de celle que nous
avons vue , il y a quelque tems ; j'ai été
la première à reconnoître qu'elle étoit
inférieure à l'original : je parle d'une
autre , dont je fuis enchantée ; je ne puis
mieux vous en faire l'éloge , qu'en vous
difant que je ne fçai lequel je préférerois
à préfent , ou d'avoir compofé Cénie, ou
de l'avoir auffi bien traduite.
M. DE SCU D.
Je brûle de la voir !
M. DE GRAFF.
Je crois que ce plaifir fera différé :
c'eft par hazard , qu'elle eft tombée entre
mes mains. Ceux qui donnent les meilleurs
Ouvrages au Public , font ceux qui
tardent le plus longtemps à les lui livrer ,
pour profiter à loifir des remarques &
des cenfures de leurs amis.
M. DE SCUD .
Dites ce qu'il vous plaira , je vous laiffe
* M. le Comte de Breffy , Meftre de Camp
de Cavalerie , Membre de la Société L tiéraire dé
Nanci , a traduit Cénie , en vers François.
E ij
Moo MERCURE DE FRANCE
rêver à la postérité : mais Cénie , Arifi.
de , Civan , Aza & Zilia, ne valent pas
le feul Cyrus.
M. DE GRAFF.
On pardonne à une tendre mere , d'ignorer
les défauts de fes enfans. Je vais
voir fi la Marquife de Lambert , & la
Comteffe de la Fayete , penfent comme
vous.
M. DE SCU D.
Vous n'irez pas bien loin . Ne voyez- vous
pas Madame de Lambert ? ( en s'adreffant
à elle ) Dites- nous , Madame ; dites - nous
avec franchife , votre fentiment fur la
queftion que nous allons vous propofer ?
M. la Marquife de LAMBERT.
Ne répétez rien : j'étois dans l'allée
voifine ; j'ai tout entendu. J'accepte ce
que vous me propofez , à condition que
vous ferez toujours amies , & que je ne
courrerai aucun rifque de devenir votre
ennemie. Je ne crois pas, Meldames, qu'on
doive négliger de plaire à ſon fiécle : on
rifqueroit de ne pas lui être utile ; & il
y auroit de la milantropie à penfer que
ceux qui vivent avec nous , font indignes
de nos foins. Mais on peut s'affurer de
FEVRIER . 1760 . 101
leur plaire , & de leur être utile , fi dans
la compofition , l'on envifage toute la
poftérité, plus encore que le fiécle où l'on
vit : car , en obfervant cette méthode , on
confulte la raifon univerfelle, on apprend
de fes réponſes toutes les bienféances , on
apprend que le bon goût qui tient aux Arts,
& qui enfait la perfection , fe forme fur
l'expérience, & peut être mis en principes.*
On voit que la mode change: il faut donc
s'inquiéter peu de ce qui s'échappe avec
tant de promptitude : qu'au contraire , la
Nature ne change pas... Qu'il faut donc
l'étudier , & la fuivre avec conſtance .
* Lettres de Madame de Lambert.
Claudite jam rivos , pueri , fat prata biberunt.
L
VIRG. Eclog.
Par M. DE BERMANN , Bachelier
en Droit , à Pont- à- Mouffon.
E mot de la première Enigme du
Mercure précédent , eft Defir. Celui de la
feconde , eft Bale. Et celui de la troifième
, Soulier.
Le mot du premier Logogryphe ,
eft Cornet ; dans lequel on trouve , net ,
cor, corne , troc , nóce , rot . Le mot du
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
fecond Logogryphe , eft Refpectueux ;
qui renferme Refpect , tuë , ufe . Celui du
Logogryphe Latin , eft Dolor ; dans lequel
on trouve olor .
Մ
ENIGM E.
Nous fommes cing , ou foeurs ou freress
Au genre humain nous fervons tous.
Guerres , paix , cabales , affaires ,
Les hommes ne font rien fans nous,
On nous croît nés en Phénicie :
Nous fommes venus de l'Afie.
Aucun de mes freres n'en fort.
Quelques-uns , font dans l'indigence.
Pour moi , l'Europe & l'opulence ,
Me procurent un autre fort :
On me place au milieu du Trône.
Sans moi , l'on n'eût jamais de Rois.
Je fuis utile à la Couronne ;
Et je le fuis encor aux loix.
J'habite en Ecoffe , en Hongrie ,
Dans la Pologne , en Mofcovie.
J'habite dans toutes les Cours.
Je tiens le fecond rang dans Rome:
A la porte , je fers à l'homme ;
Et fans le temps , je fais les jours.
FEVRIER. 1760. 103
DIS
AUTRE .
Es Phyficiens , de grand renom ,
M'ont jadis donné la naiſſance.
Veux-tu fçavoir quel eft mon nom ?
Deux corps , Lecteur , font ma ſubſtance,
L'un , eft tiré des Minéraux :
Il eft pefant , & très-utile ;
L'autre , eft tiré des Végétaux :
Il pèfe moins ; il eft fragile.
Souvent , tu viens me confulter ;
Toûjours je te donne réponſe ;
Et je te dis , fans te parler ,
Ce qu'il convient que je t'annonce.
Par M. DE SAINT-MARTIN , Vicomte
de Briouze.
LICTEUR,
AUTRE.
ECTEUR , quoique tortue, on me barre le corps;
Sans cela je ferois aux vivans comme aux morts.
Ce n'eft point encor tout. Pour forger monfuplices
On me met dans les fers : juge de l'injuftice !
Compagne , pour jamais , de la félicité ,
Je fers également à l'infidélité .
A la femme, je prête auffi mon miniſtére ;
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
Et l'on ne peut , fans moi, terminer nulle affaire
En Latin , en Français , je fais des fortunés.
Devine, fi tu peux ; car je fuis fous ton nés.
LOGO GRYPHE.
'EXISTE, dès longtems , dans ce vafte Univers
J'étonne , je ravis par mes charmes divers.
Une Ville , jadis célèbre dans l'hiftoire ,
Servira , pour toujours , de trophée à ma gloire.
Au premier Roi des Juifs , je fus d'un grand
fecours :
Je fers même aux Amans , dans leurs tendres
Amours.
De dix lettres , Lecteur , fi tu fais l'analyſe ,
Tu trouveras d'abord , le contraire de bize ;.
La Mere des mortels, qu'un Héros, autrefois ,
Baifa , diſant aux fiens , je la tiens fous mes loix
Un animal rempant ; quatre tons de Mufique ;
Un endroit foûterrain , fertile en Amérique ,
D'où l'on tire un métal , nuifible & précieux.
a Ville , où du Sauveur, nâquit un des Ayeux ;
Un fleuve, un vafe, propre à la liqueur vermeille,
Que le Dieu des Côteaux fair couler de la treille ;,
La Déeffe aux yeux doux ; le cercle coloré ,
Qu'admit au Ciel Junon , pour la fidélité ;
Un Latin fugitif , Auteur de ma Patrie ,,
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN
FOUNDATION
Tendrem .
Romance .
Tristes regrets sortes de ma pense
Tout me l'apprendj'aiperdu mon ami Colin
-moit , Colin m'a délaissé-e; Raison
dit de l'oublier aussi . Raison je
f
cède à ta voix courou- cée : Mais qu
mais meplaira come lu ?Raisonje cède .
Gravée
par M Charpentie
Imprimée
par Tournelle.
FEVRIER. 1760. 105
Contraint d'abandonner au Troyen , Lavinie.
En un mot , au Bourgeois , au Ruftique je plais :
Je ne puis , cher Lecteur , t'éviter à ces traits.
Par M. GUAY DE TOURNUS , Eccléfiaftique .
U
AUTRE.
TILE en plus d'un lieu , furtout dans un
Vaiffeau ,
On m'y voit des premiers voler à l'abordage :
Mais, en coupant mon chef, fi le Pilote eft fage ,
Il cherche à m'éviter ; car j'en fuis le fléau .
ROMANCE TENDRE.
TRISTES regrets ! fortez de ma penſée ;
Tout me l'apprend' ; j'ai perdu mon ami !
Colin m'aimoit ; Colin m'a délaiffée :
Raifon me dit , de l'oublier auíli .
Raifon je cède à ta voix courroucée...
Mais qui , jamais , me plaira comme lui ?
Tous nos Bergers , empreſſés à me plàire ,
S'offrent fans ceffe à calmer mon ennui;
Je puis ravir Lycidas à Glycère :
Le beau Cléon , pour moi s'eft attendri.
Contre un ingrat , tout aigrit ma colère....
Mais qui , jamais , me plaira comme lui ?
EV
106. MERCURE DE FRANCE.
Le grave Orgon , l'Oracle du Village ,
De mes parens , a mendié l'appui.
Le fier Hylas , fi riche & fi volage ,
Semble , pour moi , fe fixer aujourd'hui.
L'ingrat Colin , n'eft ni riche , ni fage ! ...
Mais qui , jamais , me plaira comme lui ?
Parmi les pleurs , l'efpoir , & les allarmes ,
Mon foible coeur , laffé d'avoir langui ;
Pour le combattre , éffaya d'autres armes ,
Dont en fecret ce coeur même a rougi.
Du changement , j'ai confulté les charmes...
Mais nul , jamais , ne m'a plu comme lui !
Les Paroles & la Mufique ,font de M. D. L**.
FEVRIER. 1760 .. 107
ARTICLE II.
NOUVELLES LITTERAIRES:
DESCRIPTION hiftorique - géographique.
des Ifles Britanniques , ou des Royaumes
d'Angleterre , d'Ecoffe , & d'Irlande.
Par M. l'Abbé EXPILLY.
de la Société Royale des Sciences &
Belles Lettres de Nanci . Paris , 1759,
chez Prault , pere , Quai de Gévres ;
Bauche, Quai des Auguftins ; Defprez ,
rue Saint Jacques ; Duchefne, rue Saint
Jacques.
"
·
ON aime trop à cenfurer les Ouvrages
de goût ; & les ouvrages purement
utiles , font fouvent trop dédaignés
; comme fi ceux-là n'étoient faits
que pour donner de l'exercice à la malignité
; & ceux- ci , pour ne procurer que
du dégoût & de l'ennui . Combien d'efprits
ne fâvent , ni jouir des uns , ni profiter
des autres ? L'utilité, que ces derniers
renferment , eft rarement fuffifante pour
exciter l'attention : il faut encore que
des circonstances, tout-à-fait étrangères
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
au mérite de ces productions , invitent å
les faire rechercher. L'Auteur de la Def
cription Hiftorique Géographique des Ifles
Britanniques , qui connoît le Public , a
choifi un moment des plus favorables
pour faire paroître fon Ouvrage .
La guerre que nous avons contre la
nation , dont il nous dépeint les moeurs.
& les ufages , intéreffe pour fon travail ,
& le rend d'une utilité plus préfente , &
plus palpable . Il ne tient qu'à nous de
nous faire une idée jufte de ce Peuple, en:
tout temps fi jaloux de notre gloire, & denotre
puiffance ; de connoître tout ce qui
concerne le Pays qu'il habite , fes différens
Royaumes , leur fituation & leur
étendue , les Rivières , les Ports de Mer ,
les revenus , les taxes , les forces de cet
Etat , la nature de fon Gouvernement, fes
Loix , fes Sciences , fes Arts , ſon Com .
merce , fa Religion , fa Politique , le naturel
des Habitans , toutes leurs Vertus
& leurs vices . M. l'Abbé Expilly nous
préfente, fur tout cela , un tableau qui ne
laille rien à defirer. On ne peut s'empêcher
d'applaudir à l'ordre & à l'exactitude
qui régnent dans cette Defcription
remplie d'une foule d'objets fi différens ,
& fi fufceptibles de confufion : tout y eft
à fa place. Il en résulte une clarté , qui
FEVRIER. 1760. 109
met le Lecteur à ſon aife ; & qui l'inftruit
& l'éclaire , comme malgré lui . L'Auteur
s'eft fervi, dans la divifion de fon Ouvrage
, de celle du Pays qu'il avoit à décrire
; il l'a partagé en autant de Parties,
qu'il y a de Royaumes foûmis à la domination
Angloife. Il traite , dans la première,
du Royaume d'Angleterre ; dans la
feconde , de celui d'Ecoffe ; & dans la
troifième , de celui d'Irlande. Chaque
partie, eft fubdivifée en plufieurs articles ;.
& quelques articles , en plufieurs Paragraphes
on trouve partout des traits intéreffans
, fur le Parlemen , fur le Roi
ou la Reine , la Nobleffe , le Peuple , fur
les diverfes Maifons qui ont regné en
Angleterre , en Ecoffe , en Irlande , fur
la nature du climat , le Commerce , la
Population, les Langues , &c. Après avoir
donné une idée générale de tous les objets
compris dans cet Ouvrage ; je vais
m'arrêter à quelques faits particuliers ,
qui me paroîtront renfermer quelque :
chofe de curieux , ou pouvoir occafionner
quelques réfléxions utiles.
Le bled abonde prodigieufement, en
Angleterre. M. l'Abbé Expilly attribue:
cette grande fertilité autant à la bonté
du Gouvernement , qu'à la bonté du fol..
Le Laboureur eft encouragé par des ré
110. MERCURE DE FRANCE.
compenfes. On a remarqué , que depuis
environ 200 ans , qu'elles font établies ,
l'Angleterre produit infiniment plus de
grains , qu'elle n'en produifoit avant cet
établiſſement .
Dans la Bibliothèque de l'Univerfité
d'Edimbourg , on montre une corne , de :
plufieurs pouces de long , qui fut coupée:
en 1671 , à une femme de 50 ans , qui
en vécut encore 12 après l'opération.
L'Ifle de Man , Mona ou Mannia, dont
la circonférence eft de 70 milles , produit
peu de bled ; le bois y eft eft rare:
les Habitans fe nourriffent de pain d'Orge
& d'Avoine , ont des moeurs douces ,
& fe gouvernent par des Loix , ou plu
tôt par des Ufages , qui leur font particuliers.
Les Juges, qu'on appelle Deemf
ters , après avoir entendu les Parties, décident
toutes les affaires , fur le feul ,
rapport des Témoins. Le bon fens , inftruit
les Procès ; & l'équité dicte les Senitences.
Les Habitans de la Province de
Kent , ont auffi des Coutûmes particulières
, mais dont quelques- unes ne paroiffent
pas fi fenfées. Ils joüiffent du
Droit de contracter , & de difpofer de
leurs biens , dès qu'ils ont atteint l'âge
de 15 ans.
Il n'y a aucun animal venimeux , dans
FEVRIER . 1760.
l'Ifle de Garnefey : on y trouve la pierre
Emeril , qui fert aux Orfévres , pour nettoyer
les Pierreries ; & aux Vitriers, pour
tailler le Verre.
L'Ifle d'Iona
quoique petite , eft fameufe par le Monaftère
, qui y étoit autrefois. On dit que
huit Rois de Norwege quarante-huit
Rois d'Ecofle , quatre Rois d'Irlande
& un grand nombre de perfonnes du
premier rang , y ont leur fépulture .
ou de Kolen Kill ;
>
Les Femmes , en Angleterre , joüiffent
de la plus grande liberté; elles font maî-:
treffes non feulement de leurs volontés ,.
mais encore de leurs caprices. On rapporte
l'origine de leur indépendance à
une action , qui reffemble affez à l'avanture
des Danaïdes. Sous le régne d'Ethelrede
III , les Danois qui avoient déjà
fait, avec fuccès, plufieurs defcentes enAngleterre
, vinrent à bout de s'établir en
ce Pays. Le Roi fut obligé de leur payer
d'abord un tribut , annuel de dix mille
livres fterlings ; & dans la fuite , ce tribut
paffa quarante-huit mille livres . Cependant
, les deux Nations fe faifoient
continuellement la guerre. Les fuccès furent
variés pendant quelque temps :
mais enfin la fortune fe déclara pour les
r12 MERCURE DE FRANCE
Danois ; & ceux - ci , fe rendirent maîtres
du Royaume.
Swenon , premier Roi Danois qui
régna en Angleterre , après avoir affermi
fon nouvel Empire retourna en
Dannemark , pour y prendre connoiffance
de fes affaires domeftiques. Ethelrede ,
qui avoit été obligé de defcendre du
Trône , d'abandonner fes États , & de
fe réfugier en Normandie , profita de
l'abfence du Roi Swenon , fit fon poffible
pour détruire fes ennemis , & pour
affranchir fon Pays . Ce fut alors que fe
fit le fameux maffacre des Danois , par
les ordres , & fous le régne d'Ethelrede ,
Pan 1002 .
Il n'y a point de fait, dans l'Hiftoire ,
plus incroyable , & en même temps plus:
vrai que celui-ci , quoiqu'en difent certains
Auteurs , qui ont apparemment
quelque intérêt particulier pour taire
la vérité , ou pour la diffimuler. On a
peine à comprendre, comment une confpiration
fi générale, & communiquée à
toute la Nation Angloife , qui n'eſt point
renommée pour le mérite du fecret , ne
fut découverte par perfonne avant le
temps de l'exécution. Cela prouve inconreftablement
, l'antipathie des deux Peu
FEVRIER. 1760.
ples ; furtout quand on confidère que
ni les liens du Sang ( car ils s'étoient unis
par des mariages? ) ni la tendreffe conjugale
, ni leurs enfans , gages mutuels
de leur affection , & qui communément
réuniffent plus étroitement les
coeurs de leurs parens ; rien en un mot, ne
put toucher le fexe le plus tendre : car
ce fut lui qui fervit d'inftrument à une
action fi horrible !
Quelle idée peut - on fe former de ces
femmes qui égorgent leurs maris , dans
le temps qu'ils fe croyent le plus en fûreté
entre leurs bras ? ... Ce qui rend cette
action encore plus étrange , c'eft qu'elle
fut générale. On affure , que fur chaque
maifon d'Angleterre , il y eut un Soldat
Danois maflacré & écartelé ; & que cela
fe
ſe fit en même temps , & par les mêmes
mains.
Ce tragique événement , où le beau
Sexe Anglois a eu tant de part , pourroit
fournir à un génie heureux, un fujet trèspiquant
pour la Scéne Françoiſe. Il arriva
la veille de S. Brice . Ce jour , eft encore
célébré par les Anglois du Nord , en mémoire
de cette infâme action. Les fem--
mes courent les rues , & chantent, au fon
de certains inftrumens de cuivre , de vieil
114 MERCURE DE FRANCE.
les chanfons à la louange de leurs cruélles
ancêtres.
A cette occafion , il arriva , à la fin du
fiécle dernier , un incident affez plaiſant.
Plufieurs Régimens Danois , qu'on avoit
pris au fervice d'Angleterre , pour les employer
à la réduction de l'Irlande , prirent
terre dans le Nord d'Angleterre , vers
le temps de cet anniverſaire. Comme ils
paffoient dans une Ville , la veille de S.
Brice , ils furent furpris de l'étrange céré
monie qui s'obfervoit dant les rues : ce
qui excita leur curiofité. Ils apprirent ,
avec le plus grand étonnement , que
cette cérémonie étoit en mémoire des
Danois que les Angloifes avoient égorgés.
Les Danois, pleins de frayeur , prirent les
armes , & pafferent toute la nuit au bivouac,
dans la crainte d'éprouver le même
fort que leurs ancêtres avoient éprouvé
fept cens ans auparavanr.
Les fautes envers le Sexe Anglois ,
quand elles font déférées à la Juſtice ,
font prefque toujours punies par des
amendes pécuniaires. En 1730, Sir R. L.
fut condamné, par Arrêt du Banc du Roi,
à payer à la Ladi , Epoufe du Lord A...
une fomme de dix mille livres fterlings ,
parce qu'il avoit eu la témérité de faire
FEVRIER. 1760. 115
à cette Dame plufieurs propofitions trop
galantes. La même année. Sir K. C. fut
condamné, par le même Tribunal ,à payer
à la jeune Demoiſelle H. D. H. une fomme
de deux mille livres sterlings , pour
réparer , autant qu'il étoit poffible , l'outrage
que le défendeur lui avoit fait , en
ne rempliffant pas la promeffe de mariage
dont elle avoit eu foin de fe pourvoir.
Il y a une infinité d'exemples de
perfonnes du premier rang , condamnées
à des amendes pécuniaires , pour avoir
entretenu un commerce criminel avec
des femmes de qualité . Le mari offenſe ,
eft prèfque toujours dédommagé par la
diffolution de fon mariage , & par la li
berté que lui donne l'Arrêt , de paffer à
de fecondes nôces.
Dans les Etats , qui dépendent de la
Couronne d'Angleterre , on parle cinq
langues : Anglois , en Angleterre ; Galois,
dans la Principauté de Gales ; Ecoffois ,
en Ecoffe; Irlandois , en Irlande ; & François
, dans l'Ifle de Jerfey, & dans celle
de Garnefey & d'Aurigny. Il n'a pas tenu
aux Princes Normands , qui ont regné
fur les Anglois , que la Langue Françoife
n'ait prévalu , fur toutes les autres.
Ils publièrent des Édits , à cette fin ; & la
plupart des Loix que l'on fuit encore au
116 MERCURE DE FRANCE.
1
jourd'hui en Angleterre , étoient écrites
en François. C'eft en François , que toutes
les Procédures s'y font faites durant
un grand nombre d'années. Les Avocats
étoient obligés de paffer Docteurs en
cette Langue. Ce n'eft qu'en 1731 , qu'il
fut ordonné, par un Bill , que les Procédures
fe feroient déformais en Anglois ,
dans toutes les Cours de Justice du
Royaume ; & dans celle de l'Échiquier,
en Ecoffe. Ce Bill , n'eut cependant fon
effet qu'en 1733. L'antipathie vint à bout
de profcrire entièrement, des Tribunaux ,
la Langue Françoife introduite en Angleterre
par Guillaume le Conquérant ,
qui crdonna que toutes les affaires fe
traitaffent en François. A peine la reconnoît-
on aujourd'hui. On en voit cependant
encore des veftiges , dans l'Écriture
Angloife , & dans la racine des mots. If
refte même bien des mots Anglois , qui
paroiffent purement François ; tels par
exemple , que ceux- ci Guerif, guérir ;
Gwain, gaine ; Derchefu, derechef ; Bad,
bateau ; Gormod , gourmand ; Paftown,
bafton ; Cablu , accabler ; & une infinité
d'autres.
Les Druides Bretons , jouiffoient d'une
grande confidération parmi les Gaulois
ceux- ci envoyoient leurs enfans
FEVRIER. 1760. 117
dans la grande Bretagne ; & les Druides
fe chargeoient de les élever dans les maximes
de leur Religion. C'eſt à cette coûtume,
que les Gaulois font redevables des
premieres connoiffances qu'ils acquirent
fur l'Angleterre. Les difciples raportoient,
dans leur Patrie , quelques notions du
pays qu'habitoient leurs Maîtres , au
moins de la partie Méridionale ; car on
ignoroit , alors , que la Bretagne fûr une
Ifle. Les Romains, qui y pénétrèrent dans
la fuite , ne l'ont connue d'abord que d'après
ces relations.
L'Angleterre paffa des Romains aux
Saxons , & des Saxons aux Danois . Enfuite
trois Provinces de France lui donnèrent
des Rois . Depuis l'an 1066 jufqu'en 1135,
elle fut gouvernée par trois Rois de la
Maifon de Normandie . Depuis 1135 jufqu'en
1154 , par un Roi de la Maifon de
Champagne , des Comtes de Blois ; &
depuis 1154 jufqu'en 1485 , par quatorze
Rois de la Maifon des Comtes d'Anjou ,'
dits , Plantagenets .
Guillaume le Conquérant, attribuoit le
fuccès de fes conquêtes à la providence ;
& fembloit fe glorifier de n'avoir aucun
titre , comme il s'en explique lui- même.
» Ce n'eft point en vertu de quelques
? droits, mais par la pure grâce de l'Eter
118 MERCURE DE FRANCE.
» nel, que j'ai obtenu la couronne, qu'au-
» cun de mes ancêtres n'avoit portée
» avant moi. (V. l'Hift. de l'Abbaye de S.
Etienne de Caen. ) Ce Prince , arriva à
Pewenfey, dans le Comté de Suffex, avec
une armée de cinquante mille hommes.
Dès qu'elle fut à terre , il fit brûler tous
fes Vaiffeaux. On remarque, qu'ayant fait
un faux pas , en fortant de fon navire , il
tomba fur les deux mains , le vifage
dans la boue accident , dont il fçut fe
tirer , avec autant d'habileté & de préfence
d'efprit, que Scipion l'Afriquain, en
abordant l'Afrique. Il s'écria , en ſe relevant
: Je prends poffeffion de l'Angleterre
: elle eft à moi ; je l'ai faifie des deux
mains.
Les Anglois tirent , de la France , un
grand nombre de denrées ; mais le Commerce
le plus confidérable , eft celui du
Vin. On eftime , qu'en temps de paix , il
monte à plus de 25 millions.
Tous les Souverains , dans la Grande-
Bretagne , étoient Chrétiens , dès l'an
660. Dans l'efpace de 200 ans , plus de
trente Têtes couronnées renoncerent au
Trône , pour aller vivre dans la folitude.
De fi grands exemples peuplèrent l'Angleterre
, en peu de temps , d'un nombre
prodigieux de Moines .
FEVRIER. 1760. 119
ja LETTRE à M *** . fur quelques reftes
de l'Enceinte de Paris ; faite par ordre
de Philippe-Augufte.
ONSIEUR ,
SANS vouloir uſer de flatterie , je puis
dire , que peu de perfonnes connoiffent
mieux Paris, ancien & nouveau, que vous.
J'en connois affez bien le topographique:
mais je ne fuis ni Hiftorien , ni Antiquaire.
Auffi ne prétends - je pas, que mes
conjectures foient abfolument vraies : je
les propofe , parce qu'elles me paroiffent
probables ; & je les foumèrs à vos lumiè
res. Quant aux monumens , ou reftes , que
j'indique ; je n'ai trouvé que M. l'Abbé
de la Grive qui les connût . Peut - être , les
connoiffez - vous auffi. Suppofez,en ce cas,
que je n'ai rien dit. Si vous ne les connoiffez
pas ; je vais tâcher de vous conduire.
Toutes les Deſcriptions de Paris , difent
bien où paffoient les différentes enceintes
de cette Ville. Celle de Philippe Augufte,
étant la plus célèbre , on en indique
720 MERCURE DE FRANCE.
quelques reftes ; & cela fe borne à ce qui
fe trouve le long de la rue des Foffes
S. Victor , dans le Couvent des Jacobins,
& dans celui des Cordeliers . Les deux
premiers font bien vrais ; mais le dernier,
tel qu'on l'indique , en difant , que c'eft
le mur qui termine leur Jardin , du côté
de la rue des Foffés de M. le Prince , me
paroît douteux ; & je crois que je le prouverai
ci-après.
Paffant un jour par le Jeu de Boule ,
qui donne dans la rue de la Comédie &
dans celle de S. André des Arts ; je vis
une tour , ou plutôt une demie tour, colée
contre un long mur. L'un & l'autre me
paroiffant très -vieux ; & me rappellant
que l'enceinte avoit paffé par-là , tant par
ce que j'en avois lû , que par les Infcriptions
de la rue S. André , & de la rue des
Cordeliers ; je penfai que cela pouvoit
bien être dés reftes de l'enceinte de Philippe-
Augufte : & cela me porta à voir
fi je n'en trouverois pas d'autres , dans le
quartier , qui en marquaffent exactement
la fuite. Sans vous parler de tous les
tours que je fis ; voici la route que vous
devez tenir , fi vous ne les connoiffez
pas , & qu'ils piquent votre curiofité.
Étant dans la rue des Cordeliers , on
voit, tout près de l'égoût , une infcription
en
FEVRIER. 1760. 121
étoit là ;
en marbre , qui dit que la porte
& le marbre eft fur la coupure même du
mur , dont on en voit encore un refte
dans l'allée à côté. Il y a de l'autre côté
de la rue , prefque vis - à-vis cette infcription
, une porte cochere : entrez-y , vous ,
verrez au fond de la cour , dans le coin
à droite , le haut d'une tour . Vous verrez,
au milieu du fond de cette cour,une porte
chartiere : pouffez- la , (pourvu que ce foit
un jour de travail ) vous vous trouverez
dans le chantier d'un Charron ; & dans
le coin , à droite , vous verrez le bas de
la même tour , dont vous venez de voir
le haut. Elle , & le mur , qui eft le long
du chantier , font de l'enceinte . Étant arrivé
au bout de ce chantier : ouvrez deux
portes , l'une après l'autre ; & vous vous
trouverez dans le Jeu de Boule, dont j'ai
parlé , tout le long duquel régne encore
le même mur ; & vous verrez une tour ,
vers le milieu , qui fépare le Jeu de Boule
en deux. Si vous continuez votre chemin ;
vous pafferez dans une allée , qui vous
mettra dans la rue S. André. En chemin
faifant, vous remarquerez des regards , ou
grilles de puifard, fous vos pieds, qui donnent
dans un égoût, qu'on a conftruit dans
le foffé même de la Ville ; qui , prenant
l'eau de la rue des Cordeliers , va pren
F
122 MERCURE DE FRANCE.
dre celle de la rue S. André : & paffant
enfuite fous les maifons de la rue Contreſcarpe
, traverſe le deffous de la ruë
Dauphine , paffe fous les cours des maifons
de la rue Mazarine, prend les eaux de
la rue Guénégaud;& continuant en droite
ligne, paffe fous les cours du Collège des
Quatre-Nations , & finit dans la rivière.
Le local, par lequel vous pafferez , pour
aller de la rue des Cordeliers à la ruë
S. André , vous fera conclure , que la
maifon par laquelle vous êtes entré par
la rue des Cordeliers , fa cour , le chantier
du Charon , le Jeu de Boule , & la
maifon du Marchand de Vin, par laquelle
vous arrivez à la rue S. André , & celle
à côté , occupent la place du Foffé de la
Ville , & marquent fa largeur , ou à- peu .
près: ce qu'il faut remarquer, pour ce que
j'ai à dire fur le Jardin des Cordeliers. Il
étoit tout naturel de fe fervir de la fouille
du foffe , qui fe trouvoit toute faite ,
pour conftruire l'égoût. J'ajouterai même,
que c'eft le foffé qui a occafionné l'égoût,
dont on auroit pû fe paffer , fi on avoit
voulu , & on auroit beaucoup mieux fait.
Ces remarques , m'engagerent à voir
fi je ne trouverois pas d'autres reftes de
cetre enceinte, le long de la rue Mazarine.
J'entrai dans le fond des cours, que je
FEVRIER. 1760. 123
voyois profondes je trouvai le même
mur prèfque partout , & une tour dans le
fond de l'écurie du deuxième Loueur de
Caroffe , à l'image S. Louis . Le mur , ne
continue plus jufqu'à la rue Guéné gaud, ou
l'on en voit les arrachemens à côté de l'égoût
. En entrant chez le Sellier Caroffier,
qui eft auprès de cet égoût; vous verrez encore
une autre tour de la même enceinte ,
dans le coin de fon engard. L'on voit ici ,
comme dans le Jeu de Boule , la féparation
des maiſons , bâties les unes dans
la Ville , & les autres dehors.
Si vous entrez dans la maifon de la
ruë Guénégaud , qui eft de l'autre côté &
dans l'allignement ; vous verrez , que le
Collége des Quatre-Nations eft hors de
l'enceinte , excepté le pavillon de la Bibliothèque
; que la même enceinte le fépare
exactement du Jardin , & d'une portion
de l'Hôtel de Conti , & des maiſons
qui font fur la place ; & qu'ainfi , la porte
de Néelle n'étoit pas où eft la première
cour du Collége , comme il eft dit dans
quelques Defcripteurs de Paris ; mais dans
le mur mitoyen , avec les maifons qui
font fur la place. Vous verrez , de même ,
que le marbre , qui eft dans la rue S. André
, pour marquer où étoit le mur , eft
mal placé : il marque le milieu du foffé ,
Fij
$24 MERCURE DE FRANCE.
& non la place où étoit le mur. Cette
infcription devroit être , entre la maiſon
du Marchand de Vin , & celle de l'Épicier.
Cette remarque , pourroit intéreſſer
le Domaine : mais ceux qui le régiffent ,
le fçavent fans doute avant moi.
Je viens aux Cordeliers ; & je dis , que
le mur qui fépare leur Jardin des maifons
de la rue des Foffés de M. le
Prince , n'eſt pas celui de l'enceinte ,
comme on le dit ; mais un mur fait de
l'autre côté du foffé , ou à la rue Contre
ſcarpe. Ce qui me le fait croire , c'eſt une
tour qu'on voit dans un petit jardin ,
qui eft celui de l'Apoticairerie du Couvent,
qui a tout l'air d'une tour de la même
enceinte dont il eft queftion. En effet
, entrez dans l'Apoticairerie & dans
le petit Jardin ; vous verrez que cette
tour, eft très-ancienne. Vous verrez,fur le
côté,la marque ou coupure d'un mur fort
épais, qu'on a coupé , qui fe continuoit de
côté & d'autre. La diftance qu'il y a de
cette tour au mur qui termine le Jardin ,
qui eft la même , ou à- peu-près , que la
largeur du Jeu de Boule dont on a parlé
ci-devant , fait penfer que la tour étoit
de l'enceinte , & la muraille le bord du
foffé. Auffi , voit - on qu'aucun de leurs
vieux bâtimens ne va , à ce qu'on dit, être
FEVRIER. 1760. 125
de l'enceinte. On la prend donc mal : car
il est dit, dans toutes les Annales de Paris ,
que leur Couvent tenoit aux murs de la
Ville. L'Apoticairerie , eft un de leurs
plus vieux bâtimens ; & cette tour en fait
partie: donc &c. l'enceinte étant devenue
inutile par la quantité de maifons qui
étoient dehors ; on leur aura donné le
foffé , & permis d'abattre le mur. La
jonction de leur bâtiment neuf, avec le
vieux ( qui eft ce qui compofe leur Chapitre
, & ce qui eft derrière ) eſt une forte
conjecture de ce que j'avance.
Il eft bien dit , partout , que les limites
de Paris paffoient par- là , ou à peu- près :
mais un peu plus de précifion ne gâteroit
rien ; & l'indication de ces reftes
pourroit faire plaifir à bien des Lecteurs.
Tout le monde a vû ce qu'on a découvert
de cette enceinte , dans le Jardin de
PHôtel de Soiffons : mais tout le monde
ne connoît pas une tour qui refte encore
en entier dans l'Hôtel de Grammont, en
tre le vieux Louvre & les Peres de l'Oratoire
; & encore une autre,ruë Mauconfeil
, dans une maifon où demeure M. de
la Rue. On voit encore une belle tour ,
dans le même quarré ; mais elle appartenoit
à l'Hôtel de Bourgogne, & non à l'enceinte
de la Ville. Les Armoiries , & au-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
tres Sculptures , qu'on voit dans l'întérieur
de cette tour ; & la propreté avec
laquelle elle a été bâtie , le font voir.
Elle mérite d'être vue par les Curieux en
ce genre. On y entre par la rue du Petit-
Lyon.
J'ai l'honneur d'être & c.
LETTRE de M. DU BOIS DE
LAGARDE , Affocié à plufieurs
Académies du Royaume ; à M. ***
MONSIE ONSIEUR ,
PERMETTEZ que je me ferve de la
voie du Mercure , pour faire parvenir à
M. l'Abbé Trublet , deux Lettres du célèbre
Fontenelle , adreffées à un jeune Militaire
, de mes amis , qui voudra bien
me pardonner cette petite infidélité. Elle
ne peut tourner qu'à fa gloire. Je crois
qu'elles feront plaifir au Public , & au
fçavant & refpectable Editeur du Fontenelliana.
J'y voudrois pouvoir joindre une
Lettre de M. de Voltaire , qui fait auffi
beaucoup d'honneur aux talens de mon
ami , à qui votre Journal rend fouvent
juſtice , ainſi qu'à Mademoiſelle fa foeur..
FEVRIER. 1760. 127
11 feroit à fouhaiter , Monfieur , qu'ils
vouluffent , l'un & l'autre , nous faire
part plus fouvent encore , de leurs amufemens
Poctiques. Je vous prie de les y
engager , en faveur de vos Lecteurs , qui
ne cherchent, dans la Poëfie, que le naturel
& le fentiment . Si M. l'Abbé Trublet
paroiffoit defirer les Lettres qui ont
donné lieu à ces réponſes , je ferois en
forte de les avoir de même , de la main
de l'Auteur , & de les lui envoyer. De
plus ; comme il fe pourroit qu'il n'eût pas
connoiffance d'un portrait de Fontenelle ,
par feue Mlle le Couvreur , ( qui doit naturellement
entrer dans fon plan ) je me
ferois encore un vrai plaifir de le lui faire
tenir.
J'ai l'honneur d'être , &c.
LETTRES de M. DE FONTENELLE
à M. le Chevalier de JUILLY - THO❤
MASSIN , Gardé du Corps du Roi.
MONS ONSIEUR ,
VOTRE Lettre , vos Vers ; & votre
Differtation , fur le Sentiment > annoncent
tout-à-la - fois , un Cavalier de
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
Moeurs aimables , d'un goût délicat , &
d'un génie heureux. On n'y voit rien
qui n'affecte également le coeur & l'ef
prit ; dont votre ftyle, eft l'expreffion la
plus touchante. Que nous fommes élorgnés
de cette barbarie des fiécles paffés !
où les Militaires , fçavoient à peine figner
leur nom , & s'en faifoient gloire !
La Politeffe , la Science,& la Valeur , ne
vont plus guère , l'une fans l'autre : elles
femblent être devenues inféparables.
Qu'il fait beau voir ceux qu'une orgueilleufe
ignorance , qu'une férocité de caractère,
aviliffoient jadis , même dans la
carrière de la gloire , fe diftinguer aujourd'hui
par des manières affables , &
par les talents ! L'amour feul de la Littérature,
pouvoit les changer ; mais il étoit
réfervé à notre fiécle de leur inſpirer cet
amour. Telle eft , Monfieur , l'idée que
je me fais de vous : jugez , fi je dois être
infenfible au plaifir de recevoir de vos
nouvelles , & de lire vos agréables Productions
, ainfi que celles de Mademoifelle
votre Soeur ; à qui , je vous prie de
faire agréer mon refpectueux hommage.
Ce commerce aura , pour moi , trop de
charmes : il me fera trop d'honneur, pour
le négliger ; furtout , fi cette jeune Mufe
veut bien y entrer pour quelque chofe.
•
FEVRIER. 1760. 129
que
On ne peut trop l'engager , ainfi
vous , Monfieur , à cultiver les dons qu'on
voit briller en vous . Je voudrois , de tout
mon coeur , être à portée de fortifier encore,
par mes confeils , ce penchant , que
vous avez pour les Lettres. Je vous ferois
part de ces lumières , que beaucoup d'étude
, & qu'un long âge m'ont acquifes .
Vous vous plaignez , de ce que vous êtes
obligé de refter à la Campagne , où le
goût des Belles - Lettres , dites -vous , s'affoiblit
bientôt ? Confolez - vous , Monfieur
à en juger par vos Ouvrages , on
pourroit croire que vous habitez la Capitale.
Ainfi , ne craignez donc pas de
m'ennuyer , par vos Lettres . Quoique je
fois extrêmement vieux , & que j'écrive
difficilement ; je ne ferai point pareffeux
à vous répondre. Je me reflouviens
toûjours, d'avoir été Berger ; & je vous en
trouve , à l'un & à l'autre , la douceur &
le fentiment. S'il me reftoit encore affez
d'haleine , je fredonnerois quelques Airs
Champêtres , où je célébrerois votre charmante
Emule , qui doit faire la gloire de
vos Hameaux ; & je témoignerois à Mademoiſelle
votre Soeur, & à vous , autrement
qu'en Profe , l'eftime parfaite avec
laquelle , j'ai l'honneur d'être , &c .
DE FONTENELLE
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
Autre Lettre , de M. de Fontenelle ,
au même.
J'AI và ,
Monfieur , avec beaucoup de
plaifir , vos nouveaux Effais Littéraires . Ils
n'ont fait que me confirmer , dans l'idée
avantageufe que vos premiers Ouvrages
m'avoient donnée de vous. Vos Réfléxions
Philofophiques ,font le langage de
la Raifon & de la Vertu ; comme vos
Vers le font, du Sentiment & des Grâces.
Je doute beaucoup, que j'en aye tant
mis dans mes Ouvrages , qui , dites-vous,
ont fçû vous infpirer ce goût de la Littérature
& de la Sageffe ? En vérité , Monfieur
, vous n'en pouviez faire un éloge
plus -flatteur ! & je m'applaudis de ce
ce qu'ils ont procuré à la République
des Lettres des fujets tels que vous , &
Mademoiſelle votre fçavante Soeur , que
j'honore infiniment. Je m'apperçois , par
l'impreffion que vos oeuvres font fur moi,
que le coeur ne vieillit point : je fens encore
; & l'âge ne me prive point du plaifir
de vous admirer l'un & l'autre. Tout
ce qui fort de votre plume, eſt charmant.
Vos négligences même , ont de la grâce;
FEVRIER. 1760. 131
Et, peut-être , perdriez-vous à être plus
châtiés. Je vous fais mon compliment
Monfieur , & à notre jeune Sapho , fur le
genre de Pocfie Paftorale , que vous faites
revivre avec avantage. Vos Mufettes
, font d'un goût , qui fans doute leur
donnera la vogue , & qui vous en fera
appeller un jour les Reftaurateurs. Quet
ces amufemens font dignes d'un jeune
Militaire , qui , à la faveur de la Paix ,
fe repofe & fe joue à l'ombre de fes Lauriers
! Que c'eft employer noblement un
loifir , dont les inftans ne peuvent être
mieux remplis , que par le commerce des
Mufes & des Amours ! Je peux bien vous
appliquer ici en particulier , ce que vous
avez dit pour le général :
Livrez-vous , vaillante jeuneſſe ,
Aux doux penchans de votre coeur
C'eſt à la gloire , à la tendreſſe ,
A récompenfer la valeur.
Quant à Mademoiſelle votre foeur ;
pour la louer dignement , je ne peux
mieux faire que d'être l'écho du galant
& ingénieux Académicien , dont vous
avez bien voulu m'envoyer le Diſcours ,
qu'il a prononcé en faveur du beau Sexe.
On ne pouvoit faire une plus jufte &
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
plus jolie allufion , au Pays natal de cette
nouvelle Amazone.
A Thomaffin , à la Pucelle ,
L'une , comme l'autre , immortelle ,
Ces bords , également , vont ſe glorifier
D'avoir donné naiſſance.
La Pucelle , fauva la France ;
Et Thomaffin , doit l'éclairer !
Reffouvenez - vous toujours , l'un &
l'autre, s'il vous plaît , que celui qui vous
écrit eft un vieillard qui mérite quelque
indulgence ; & qu'il ne peut être auffi
long qu'il le voudroit , pour répondre à
toutes les beautés , & à tout ce qu'il y a
d'obligeant dans votre Lettre. Recevezen
, je vous prie , mes excufes ; & foyez
affurés , qu'on ne peut être avec plus
d'eftime & de confidération , & c.
DE FONTENELLE.
TABLEAUX
DES ÉTATS DE LA VIE.
SUR un Char , à quatre rouës , ( fymboles
des quatre âges de la vie , ) paroif
FEVRIER. 1760 . 133
fent perfonnifiés le Clergé , la Nobleffe ,
& le Tiers- État. Le Clergé , par un Pontife
; la Nobleffe , par un Roi ; le Tiers--
État , par un Laboureur.
La Charité les tient tous unis , au
moyen d'une chaîne , que des Enfans ,
( fymboles des befoins communs ) mertent
entre les mains de la Foi & de l'Efpérance.
Celles- ci tirent le Char , & le
font avancer dans la carrière du falut.
UNE manière de repréfenter les Etatsde
la vie , moins noble à la vérité , mais
non pas moins inftructive, eft la fuivante.
Un Prêtre, avec ces mots .. Je prie pour vous tous
Un Soldat
Un Paylan
· •
•
Un Homme de Loi
• •
• ·
• •
•
Je vous défends tous.
Je vous nourris tous
Je vous mange tous .
J'ajouterois volontièrs , un Homme de
Lettres , avec quelque Infcription , qui
fignifieroit: je vous inftruits , je vous amufe
, je vous confole , je vous encourage ,
je vous défennuïe tous ; je vous obſerve ,
je vous examine , je vous peins , je vous
approfondis , je vous caractèrife tous ;
j'apprécie vos occupations , vos travaux ,
vos talens , vos qualités ; je vous éclaire,
je vous guide , je vous recherche , je
vous élève , je vous foutiens. Sans moi,
14 MERCURE DE FRANCE.
vous fericz tous enfevelis dans les ténè
bres de l'ignorance ; fans moi , vous feriez
encore couverts de tous les oppro
bres de la barbarie. Si je n'avois foin
de rectifier vos idées d'ennoblir vos
fentimens , d'épurer vos moeurs , de polir
vos manières ; la fociété que vous formez,
les uns & les autres, n'auroit rien que d'agrèfte
, de féroce , ou d'indécent .
,
Vous êtes tous redevables à mes veilles
, des biens les plus doux & les plus
précieux de la vie . Sentiriez - vous , fans
moi , le prix des Sciences & des Arts ?
Sans moi , diftingueriez-vous les vrayes
vertus , des fauffes ?
Quand vous négligez de faire ufage
des fecours que je vous offre ; les facultez
de votre âme font , tantôt en létargie
, tantôt en convulfion. Eft- il rien de
plus groffier , que votre langage ? de
moins correct que votre ftyle ? Eft-il enfin
, fans moi , rien de plus pefant , rien
de plus infipide , rien de plus frivole ,
rien de plus ftérile que votre converfation
?
Il n'eft aucun de vous , qu'à quelques
égards au moins , je n'élève au-deffus
de fa condition. Je tiens compagnie à
l'un , je délaffe l'autre ; je divertis celuiçi
, je réveille celui-là ; & je plais à
FEVRIER. 1760 . 135
rous par la raison, que je peins les hommes
, ou tels qu'ils furent autrefois , ou
tels qu'ils font aujourd'hui ; & que je
facilite à tous , les moyens de fe rendre
tels qu'ils pourroient , ou qu'ils devroient
être.
L'expofition fuccinte des avantages
qui reviendroient à la fociété , des talens
de l'homme de Lettres , fi Pulage
en étoit toujours dirigé par un efprit de
fagelle & de religion , donne occafion ' à
l'Auteur de faire la Defcription d'un Tableau
allégorique , des influences du génie
Littéraire fur tous les Efprits qu'il
éclaire , fur tous les coeurs qu'il échauffe ,
& qu'il rend fenfibles aux charmes de la
la gloire.
1
Au milieu d'un payfage , ou la Nature
fe jouë de toutes les manières qui peuvent
flatter les yeux , intéreffer la curiofité
, ouvrir la plus vaſte carrière à l'imagination
Poctique & Pittorefque ; le Génie
touche la lyre , à l'ombre d'arbres ,
qui par l'entrelas de leurs branches forment
une efpèce de berceau ruftique ,
dont la fombre verdure fait valoir les
couleurs brillantes dont font peints mille
Oifeaux qui s'y repofent , & qui paroiffent
être les échos vivans du génie
de la nature.
136 MERCURE DE FRANCE.
Il eſt peint ( ce Génie ) tel qu'on le
voit repréſenté fur les Monumens antiques
: c'est- à-dire , que fes membres ont
la foupleffe , la vigueur , l'agilité , la fraicheur
, les proportions de la Jeuneſſe la
plus belle & la plus vive. Sa tête , eft futmontée
d'une langue de feu ; il a des
aîles aux épaules ; & fes yeux, élevés vers
le Ciel , marquent affez qu'un efprit tout
divin l'infpire.
A fes pieds , les animaux, les plus fauvages,
perdent leur férocité ; les plus ftupides
, fe montrent fenfibles aux charmes
de l'harmonie ; les plus inquiers ,
les plus timides , y font fans défiance &
fans crainte ; les plus antipathiques, y vivent
dans l'intelligence la plus parfaire.
Ainfi la Colombe ne craint pas de percher
fur la même branche , où le Vautour
, où le Milan fe repofe ; la Brebis
ofe fe coucher à côté du Loup; les Cerfs,
les Liévres , les Lapins , les uns debout ,
les autres blottis fur le gazon , groupent
avec des chevaux & des chiens de chaffe.
A peu de diftance , on apperçoit des
Satyres & des Faunes , qui prêtent au
génie toute l'attention dont ils font capables.
Plus loin , font des jeunes filles ,
& des jeunes garçons , dont les différens
airs de tête offrent des expreffions de
FEVRIER. 1760. T3*
refpect , d'admiration , de tendreffe &
de raviſſement . Mais rien n'intéreffe le
Spectateur, comme les caractères de trois
Philofophes , dont l'un écoute le Génie ,
dans le plus profond recueillement; tandis
que l'autre , s'empreffe d'écrire ce qu'il
vient d'entendre ; & qu'un troisième fait
figne d'approcher , à des enfans , qu'il invite
à jetter les yeux fur les figures qu'il
a deffinées , pour leur rendre les idées du
Génie plus fenfibles & plus familières.
Les figures , que préfente la partie fi
périeure du Tableau , font celles de la
vérité , de la paix , de la fanté , du travail
, de l'abondance & de la gaîté . Le
Génie les attire du Ciel... La terre , va
changer de face...
Le menfonge , l'erreur , l'efprit de vertige
, la difcorde , la guèrre , la pareffe ',
le libertinage , les maladies , la trifteffe ,
rentreront dans les enfers. La bonne foi,
la fimplicité , la modeftie , la frugalité ,
la fincérité , la concorde, reprendront la
place que leurs ennemis avoient ufurpée.
Parlez , Saints Pontifes ! & vous ferez
écoutés. Puiffans Monarques ! faites des
loix , & elles. feront obfervées . Héros !
volez où la gloire vous appelle : la terreur
vous précédera , la victoire vous fuivra
; la fureur , l'envie , l'ambition aveu
138 MERCURE DE FRANCE:
gle , l'infatiable cupidité, tomberont fous
vos coups. Sages Magiftrats réprimez la
licence , protégez l'innocent , puniffez le
coupable , arrachez le mafque à l'hypocrifie
, détournez le voile , qui nous déro
be les attraits de la vérité , rétabliffez
l'ordre , raffermiffez le trône de la Religion
, faites triompher la Juftice. Les
fleuves battront des mains ; les collines ,
les montagnes , & les vallées, retentiront
des cris d'allégreffe que pouffera le Laboureur
, foit qu'il cultive fon champ
dans le filence d'une paix profonde , foit
qu'après une heureufe récolte , il fe repofe
à l'ombre de la vigne & de fon figuier ,
ou que dans les longues foirées de l'hyver,
il confacre une partie de fon loifir à graver
dans la mémoire , & plus encore dans
le coeur de fes enfans , les noms que les
Mufes ont confignés aux archives de la
gloire.
Non ! les Mufes ne connoiffent point
d'occupation plus noble & plus importante
, de plaifir plus doux , plus fatisfai
fant , que d'aflurer le bonheur de la poftérité
, en lui confervant le portrait des
hommes qu'elles jugent dignes d'en être
les oracles & les modèles .
Pieux & fçavans Miniftres des Autels ;
Princes puiffans , intrépides, clémens , &
FEVRIER. 1760. 139
généreux ; Magiftrats équitables ; Artiſtes
induſtrieux ; infatigables Cultivateurs ;
Artifans laborieux ; les Mufes ne fouffriront
point que les ténèbres de l'oubli cachent
, même à nos derniers neveux , ce
que vous avez conçu , ce que vous avez
entrepris , ce que vous avez fouffert , ce
que vous avez exécuté , pour calmer nos
craintes , pour effuyer nos larmes , nous
conferver le fruit de nos travaux , diminuer
nos peines, & multiplier nos plaifirs !
Vous donc , qui reffentez , ou les plus
douces influences , ou les plus vives impreffions
, ou les plus ardents tranſporrs
du génie ; hâtez - vous d'en faire. part à
vos compatriotes , à vos concitoyens.Que
dis-je ? Livrez-vous à la bienveillance univerfelle.
Piquez- vous de faire partout des
heureux , en vous faifant partout des
femblables ; & que la pureté , la décence
, la facilité de vos moeurs, rendent aux
Lettres , aux Arts , aux talents , aux travaux
utiles , aux Profeffions férieufes, un
luftre , une conſidération , un crédit , que
des Profeffions purement lucratives , leur
ont énlevé.
440 MERCURE DE FRANCE
LES SAISONS ;
POEME , traduit de l'Anglois , de
Thompſon. Volume in- 12 . Belle édi
tion , avec Eftampes , de très- bon goût
Chez Chaubert, & Hériffant , à Paris.
IL
"
Ly a longtemps que les Amateurs de
la Poëfie afpiroient après une Traduction
des Saifons , de Thompfon. Le Traductear
annonce , dans un Avertiffement très-bien
écrit , qu'il fera tous fes éfforts pour fe
rapprocher de fon original. J'ai tou-
» jours cru , dit- il , que le principal mé-
» rite d'une Traduction , confiftoit dans
» la plus ſcrupuleuſe exactitude ; de manière
, que
, que fi une Traduction pouvoit
» être , pour ainſi dire , tranſparente , &
» laiffer voir Poriginal dans tout fon na-
» turel , elle feroit la plus parfaite.
On ne peut qu'applaudir au deffein &
à l'exécution du Traducteur : ce qui gâte
la plupart de nos Traductions , c'eft ce
prétendu air François , que nous voulons
donner aux Ouvrages , que nous faifons
paffer dans notre langue ; nous les dénarurons
, fi je puis m'exprimer ainfi , en
FEVRIER. 1760. 141
eur ôtant les traits qui leur font propres :
le forte , que nous ctéons des efpèces de
nonftres qui n'appartiennent ni au goût
ationnal , ni à celui des étrangers. Ce
défaut rétrécit la carrière des talents ; &
fije puis le dire , appefantit le vol du génie
: il répand fur nos écrits, cette monotonie
, qui nous enchaîne dans la médiocrité,
& dans la fervile imitation .
La Traduction du Poëme de Thompſon,
eft dédiée à M. le Marquis de Mirabeau ,
défigné fous ce titre fi glorieux , à l'ami
des hommes!.. on ne peut que donner des
éloges à l'Auteur de la Dédicace : elle
eft digne de celui à qui elle eft confacrée.
Ce Poëme débute, par le Printems . On
diroit que Thompson ena emprunté toutes
les fleurs , toutes les grâces, pour les répandre
dans ce champ . C'eft ainfi qu'il
peint une des parties , d'un jour de Printems.
» Ainfi pendant le haut du jour , les
» nuages chargés répandent leurs tréfors
» naturels fur la tèrre humectée , qui reçoit
dans fon fein la vie végétative ;
"
"
jufqu'au moment où le Soleil, penchant
» vers fon déclin , paroît tout - à - coup ,
» dans le Firmament accidentel. Il perce ,
» éclaire , & change en lames d'or les
» nuages voifins : la lumière rapide frap-
» pe fubitement les montagnes rougies :
742 MERCURE DE FRANCE.
» fes rayons pénètrent les forêts , le répandent
fur les fleuves , éclairent un
brouillard' jauniffant , qui s'élève fur la
plaine brillante , & colorent les per-
» les de la rofée. Le Payfage brille de
» fraîcheur , de verdure & de joie les
» bois s'épaiffiffent , la mufique des airs
» commence , s'accroît , fe mêle en
» concèrt champêtre au murmure des
33
eaux. Les troupeaux bêlent fur les cô-
» teaux ; l'écho leur répond , du fond des
» vallons : le zéphir s'élève ; le bruit de
» fes aîles , réunit toutes les voix de la
»> nature réjouie : l'arc- en-Ciel , au même
inftant , fort des nuages oppofés ; il fe
déploye , il embraffe l'horizon , & dé-
» veloppe toutes les couleurs premières ,
depuis le rouge jufqu'au violet , qui fe
» perd dans le firmament que l'arc célefte
embraffe , & dans lequel il femble.
» fe confondre .
33
33
Le Poëte , à propos des couleurs , célèbre
le grand Newton , & l'invention de
fon fameux Priſme. La peinture de l'âge
d'or , doit de nouvelles grâces au pinceau
de Thompson. Il paffe , de ce tableau ,
aux plaifirs de la pêche ; il parcourt les
champs ; il vient fe renfermer dans les
jardins ; il en décrit les diverfes fleurs.
Du régne végétal , il s'élève parmi les
FEVRIER. 1760. 143
ifeaux ; & détaille , avec toutes les grâes
de la Poefie , leurs amours , leurs
laifirs , leurs différentes façons de s'exrimer
dans leurs ramages ; il pénètre
ufques dans les abîmes des mers , & y
ait voir l'amour enflammant de fes
eux les froids habitans des eaux . Enfin ,
vient à peindre la tendreffe innocente
e la jeune Bergere , & les tranſports
ifs du berger il mêle à ce portrait
agréable , les ombres de la jaloufie , les
Houleurs , les tourmens qui la fuivent .
Il termine ce Chant , par un morceau ,
digne du pinceau d'or de Milton : c'eſt la
Defcription des vrais plaifirs , & du bonheur
tranquille , qui accompagnent le
mariage . Rien de plus touchant , de plus
pathétique , en même temps de plus fimple
& de plus naturel ! Ce morceau , du
Poëte Anglois, peut fe comparer aux plus
beaux endroits de nos Poëtes Grecs &
Latins ce qui prouve , qu'un Écrivain
qui nous repréfentera bien la Nature ,
fera prefque toujour für de plaire & de
réuffir.
Voici de quelle façon Thompfon ouvre
fon Chant de l'Eté, apres avoir donné une
defcription rapide des Planettes.
» Les Gémeaux , ceffent d'être embrâfés;
» & le Cancer , rougit des
rayons du So144
MERCURE DE FRANCE.
;
leil ; la nuit n'exerce plus qu'un em
pire court & douteux ; à peine elle
» avance fur les traces du jour qui s'éloigne
, qu'elle prévoit & obferve , en
tremblant , l'approche de celui qui va
» lui fuccéder : déjà paroît le Matin, pere
» de la rofée ; une lumière douce & foi-
» ble l'annonce dans l'Orient tâcheté ;
» mais bientôt la lumière s'étend , fe répand
, brife , éclaircit les ombres , &
chaffe la Nuit , qui fuit d'un pas précipité.
Le jour naiffant perce rapidement,
» & préfente à la vue de vaftes payfages:
» le rocher humide , le fommet des mon-
» tagnes couvert de brouillards , s'enflent
» à l'oeil , & brillent à l'aube du jour ....
» L'harmonie annonce le réveil de la
» joie univerfelle ; les bois retentiffent.
» de chants réunis ; le Berger difpos , ré-
» veillé par le chant du Cocq , quitte la
» cabane mouffeufe où il habite avec la
paix il ouvre fa bergerie , & fait for-
» tir par ordre fes nombreux troupeaux
» & les mène paître l'herbe fraîche du
و ر
و ر
» matin.
Je ne fçais finos Lecteurs François
pafferont au Traducteur , les expreffions
brife & s'enflent , interprétations trop
fidelles des mots Anglois, Bréak & Swell,
qu'on
FEVRIER. 1760 . 145
qu'on auroit pû rendre par défunit , ou
diffout , & groffiffent.
Notre Poëte, réunit fes plus brillantes
couleurs dans la peinture du Soleil levant.
Tous les effets de cet Aftre font détaillés :
ce tableau eft d'une riche compofition .
Thompſon, fuit les progrès du Soleil dans
le jour d'Eté.Il s'arrête fur la Defcription
des Infectes, que la chaleur met en action.
» Ces nations éparfes , s'agitent dans les
» rayons du Soleil , & jouent de mille
» manières , en haut , en bas , s'entor
» tillent , s'enveloppent enſemble , juf-
» qu'aux tems où la tempête aîlée , le fier
» hyver,les chaffe de la face du jour. Ainfi
» l'homme , adonné au luxe , paffe , fans y
» penfer , l'été de fa vie dans l'oifiveté
» d'une fortune brillante , qui fuit auffi
>> rapidement que la faifon , & voltige
» de bagatelles en bagatelles , de la va-
»> nité au vice , jufqu'à ce qu'emporté par
» la mort , l'oubli le fuit , & l'efface du
» Livre de vie.
Cette comparaifon , je crois , doit plaire
, par la jufteffe & le coup d'oeil philofophique
,fous lequel elle peut être confidérée.
C'eft ainfi , que la grande Poëfie
préfente de fublimes vérités !
Notre Auteur,décrit les divers exercices
du jour d'Eté. Des plaifirs de la con-
G
146 MER CURE DE FRANCE.
templation , qui nous élève jufqu'à une
efpèce de converfation avec les Efprits
céleftes . Il s'élance à la Zone Torride ; il
met , pour ainfi dire , fous les yeux les
montagnes , les fleuves de l'Afrique , fes
monftres tout ce vafte pays , brûlé des
rayons du Soleil , & défléché par des chaleurs
infupportables,les ravagesde la pefte ,
qu'il dit être née des bois empoisonnés de
l'Éthiopie, des matières impures du grand
Caire , & des champs empuantis par
» des armées de fauterelles , entaffées &
"putréfiées.
ود
Le Traducteur auroit pû adoucir cette
image dégoutante : notre langue, qu'il faut
refpecter , ne fe prête pas à ces traits défagréables
nous ne voulons voir la Nature
repréfentée qu'en beau. Il eft vrai ,
que le Traducteur , s'eft piqué de fidélité ,
Thompson n'oublie pas la peinture des
orages ; il excite nos larmes fur la mort
d'Amélie , frappée du tonnèrre aux yeux
de fon Amant , qui demeure immobile ,
& écrasé , pour ainsi dire , du même coup
qui lui a ravi fon amante. L'épisode de
Mufidore & de Damon , dans un genre
délicat eft extrêmement agréable : la
peinture de Mufidore , qui fe baigne aux
yeux de Damon dont elle ne fe croit
pas vuc , forme un tableau digne de l'AL
,
FEVRIER. 1760.
147
ود
bane . Ce Chant finit par les louanges de
plufieurs Héros & Beaux-Efprits qu'a produits
l'Angleterre , & par un long panégyrique
de la Philofophie , où eft renfer
mé cet éloge de la Poefie. » La Poëfie ,
» quand tu ( la Philofophie ) daignes la.
» gouverner , fait éclarer fa voix ; elle.
parle aux fiécles ; elle inftruit , plaît ,
employe l'harmonie , l'ornage , le fen-
» timent , & la penfée ; elle acquiert , &
» donne
l'Immortalité : c'eft le tréfor du
" genre humain , fa gloire , & fa plus vé-
» ritable joie,
"
Thompfon , qui écrit pour fa patrie ,
tranfporte dans l'Automne le tableau de
la moiffon. C'est ainsi qu'il entre en matière.
27
ود
و د
Quand le Signe éclatant de la Vierge
» céde les beaux jours , & que la Balarce
péfe les Saifons avec égalité ; le fier
» éclat de l'été , quitte la voûte des cieux,
» & un bleu plus ferein , mêlé d'une lu-
» mière dorée , anime & enveloppe le
>> monde heureux ; le Soleil tempéré s'é-
» lève avec de doux rayons , & verfe , à
» travers les nuages brillants , un calme
agréable fur la terre . La moiffon étendue
, abondante , & mûre , foutient fa
» tête pefante ; elle eft riche , tranquille
» & riante pas un fouffle de vent ne
"
""
Gij
148 MERCURE DE FRANCE
roule fes vagues légères fur la plaine ;
" c'eft le calme de l'abondance . Si l'air
» agité, fort de fon équilibre , & prépare
» la marche des vents ; alors le manteau
» blanc du Firmament fe déchire , les
»nuages fuyent épars ; le Soleil , toutà
- coup dore les champs éclairés , &
» par intervalle , femble chaffer ſur la
» terre des flots d'une ombre noire. La
» vue s'étend avec joie fur cette mer in-
» certaine ; l'oeil perce auffi loin qu'il
» peut atteindre , s'égaye, & s'agite dans
» un fleuve immenfe de bled.
Notre Poëte , dans une longue énumération
, célèbre l'induftrie & fes divers
avantages : l'épifode de Lavinie,Fille d'Acafte
& de Palémon , réunit l'intérêt & la
fimplicité , qualités fi recommandées , &
fi employées par les Anciens ! defcription
d'une tempête d'Automne , des différentes
eſpèces de chaffe , des vergers ; coup
d'oeil jetté à peine fur la vendange , qui
enrichit les autres Pays. Cette Peinture
manque abfolument au riche tableau de
Thompson. Il recherche & expofe les
fources des fontaines & des rivières ; il
nous fait voir la joie & les amuſemens
innocens des Laboureurs , après leur récolte.
Le portrait fuivant de l'Agriculture
, où il a raffemblé tous les traits
1
FEVRIER. 1760 . 149
épars dans les Anciens , & même dans
les Modernes , conclut ce Chant.
»
"
L'Agriculteur, libre de toutes les paf-
"fions orageufes qui tourmentent les
» hommes inquiets , écoute , & n'en
tend que de loin , & en fûreté , rugir
» la témérité du monde , & n'en fent que
» mieux le prix , dont il eft environné.
" La chûte des Rois , la rage des Na-
» tions , le renversement des États, n'a-
» gitent point l'homme , qui échappé du
» monde dans des retraites tranquilles ,
» & des folitudes fleuries , étudie la Na-
» ture , & fuit fa voix de mois en mois,
» & de jour en jour , pendant tout le
cours de l'année. Il l'admire , & la
» voit dans toutes fes formes ; il fent ,
» dans fon coeur, la douceur des fes émotions
, jouit de ce qu'elle donne libé-
» ralement , & ne defire rien de plus ..
Un Ami , un Livre , font cou-
» ler tranquillement fes heures fages &
utiles ; il parcourt , en imagination , la
terre & les mers ; la vérité travaille
» d'une main divine fur fon efprit, élève
»fon être , & développe fes facultés :
» les vertus héroïques , brûlent dans fon
» coeur il fent auffi l'amour & l'ami-
» tié : fon oeil modefte , brille & expri-
» me fon raviffement ; les embraffemens
"
»
...
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
» de fes jeunes enfans , qui lui fautent au
» col , & qui defirent de lui plaire , re-
» muent fon ame tendre & paternelle :
» il ne méprife pas avec humeur la gatté
, les amuſemens , les chants , & les
» danfes ; car le bonheur & la vraie
»philofophie, font toujours fociables , &
» d'une amitié fouriante , & c.
. د ر
Thompson " arrive enfin à la dernière
des Saiſons. » Le Centaure céde au
» Capricorne , le trifte empire du Firma-
» ment; & le fier Verfeau , obfcurcitle
» Berceau de l'année ; le Soleil panché
» vers les extrêmités de l'Univers , répand
à peine un foible jour fur le
» monde il darde , obliquement , fes
» rayons émouffés dans l'air épars : enveloppé
dans des nuages obfcurs , fon
» orbe foible , pâle & large , borde le
Sud , & defcend auffitôt , livrant à la
» nuit longue & profonde, l'Univers languiffant
...... L'hyver , porté fur une
» obfcurité pefante qui affaiffe le monde,
» verfe fur les Nations , fes malignes in-
» fluences , & féconde la femence des
» maladies , &c.
>>
هد
Notre Auteur , entre dans les détails
des diverfes fortes d'Orages que l'Hyvu
amène à ſa ſuite ; il décrit la pluye ,
le vent , la neige : la mort de cet homFEVRIER.
1760 . 151
me de la campagne, qui périt , accablé de
froid au milieu des neiges , eft d'une vérité,
qui arrache des larmes ; il parle des
plaifirs que l'on goûte à converfer avec
ces Morts illuftres de l'Antiquité, Ariftide,
Timoléon, Phocion , Numa, &c. Il rend,
avec une naïveté inexprimable, l'image
des foirées de Village.
و د
" Le village allume fes feux : c'est là ,
» qu'à la ronde , on raconte des Hiſtoi-
» res de Spèctres , bien atteftées , bien
» crues , bien écoutées ; jufqu'à ce qu'une
» horreur fuperftitieufe faififfe toute l'af-
» femblée. Souvent, on s'éxerce à la dan-
» fe ruftique la gaîté champêtre , ré-
» gne à grand bruit ; le fimple badinage
» s'empare du coeur du Berger , ſenſible
" à la joie , le rire bruyant & fincère ;
»le balfer furpris à la jeune fille , vo
» lontairement diftraite , ou qui feint de
» dormir. Les fauts , les jeux de mains ,
» & les ris joints à la Danfe , qui mar-
"que les temps de la Mufique naturel-
» le ; tout concourt à leur faire paffer
gaîment les foirées d'hyver. C'est là ,
précisément , un tableau de Ténières.
Le Poëte fe tranfporte dans les glaces
du Nord. Voici l'éloge qu'il nous a
laiffé du fameux Czar, Pierre Alexiowits:
» L'immortel Pierre , ce vafte génie
?
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
infpiré du Ciel , tira , du ſein de
» l'obfcurité Gothique , un Peuple fauvage
, dont la râce s'étendoit & for-
» moit un Empire immenſe & négligé . Ce
» Héros , le premier d'entre les Monar-
" ques , dompta fon Pays rebelle , fes ro-
» chers, fes marais, fes fleuves, fes mers &
» fon propre peuple révolté : il fut re-
» trouver l'homme , dans le fier barbare
» même qu'il fubjuguoit ... Il écarte la
» pompe nonchalante des Cours ; il par-
» court chaque lieu , & chaque Port ; if
dépofe le fceptre ; & daigne armer
»fa main glorieufe de l'outil mécanique :
» il raffemble les femences du Com-
» merce , des Arts utiles , de la fagefle
"
civile , de la Science de la guerre ,
» & revient chargé des vrais trefors de
l'Europe. A fon retour , les Villes
» femblent fortir de la terre ; l'agri-
» culture fourit fur les déferts ; il ma-
» rie les fleuves les plus éloignés : l'Eu
» xin , étonné , entend rugir la Baltique
des poupes orgueilleufes , vo-
» guent fur des mers inconnues à là
navigation........ Empire heureux !
» qui te vis délivré du joug de la pa-
» reffe , de l'ignorance , & de l'antique &
orgueuilleufe barbarie tu fus cultivé
par la même main Royale , qui
»
ور
ود
FEVRIER. 1760. 153
donnoit la vie à tout ; & qui te ren-
» dit le théâtre des Arts , de la valeur
» militaire , & du commerce fleuriſſant ,
& c.
Ce Poëme, eft terminé par un morceau
philofophique, qui n'eft pas un des moins
beau de l'Ouvrage.
Voici le jugement que les Connoiffeurs
portent,dit -on,fur ce Poëme. On y trouve
richeffes de la Poëfie,fouvent le coloris
du Génie , l'énergie du fentiment , une
heureuſe alliance de la Phyfique avec les
grâces des fictions du Parnaffe. Mais je
le comparerois à un arbre , dont l'amas:
des feuilles étouffe les fleurs & les fruits :
ce font toujours les mêmes tours , les
mêmes cadres. Thompſon tombe , de ſaifon
en faifon ; & il s'éteint entierement ,
& fe glace avec l'hyver. La Phyfique, domine
trop la Poefie : il y régne une uniformité
, qui détruit l'intérêt & le brillant
de l'imagination : c'eft un Ouvrage
éftimable, qui avoit befoin d'être corrige ,
élagué, retouché. On prétend , que Thomp
fon ne compofoit, que lorsqu'il étoit ivre ;
& cette ivreffe paroît avoir fait torr à fon
enthoufiafme. On peut mettre cet Auteur,
à la tête de la feconde Claffe des Poëtes
Anglois; c'eft-à- dire, après les Dryden, les
Cowley , les Popes &c. Ces imperfec-
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
tions n'empêchent pas que ce Poëme ne
fe faffe lire avec plaifir . Et on ne fçauroit
trop louer le Traducteur , qui s'eft dépouillé
du génie François, pour prendre
l'efprit Anglois. Il a fçu s'approprier fon
original , de façon que l'on croit lire
Thompſon lui- même. On ne peut lui reprocher
que de très petites négligences ,
des répétitions , des expreffions qui,fans
fe détourner du fens , pourroient être
plus exactes & plus conformes à notre
goût François. Ces légers défauts font ai
fés à corriger dans une nouvelle édition :
car, nous ne doutons pas que cet Ouyrage
n'en ait plufieurs.Les Libraires même,
n'ont rien oublié pour embellir celle- ci
On trouve , à la fuite du Poërne
Traduction d'une Hymne à Dieu , par
le même Auteur , qui fait également honneur
au Poëte Anglois , & à fon Interprête.
une
MERCURE , de Vittorio Siri , coatenant
l'Hiftoire générale de l'Europe ,
depuis 1640 , jufqu'en 1645 ; traduit de
I'Italien , par M. Regnier , in- 12 . Tome
18. A Paris , chez Durand, rue du Foin.
ALMANACH de la Ville de Lyon , &
des Provinces de Lyonnois , Forez &
Beaujolois , pour l'année 1760 ; avec une
FEVRIER. 1760 . 155
Deſcription , par ordre alphabétique , des
Villes , Bourgs , Villages , Seigneuries ,
Fiefs , Rivières , Montagnes &c. defdites
Provinces. Vol. in- 8 ° . A Lyon , chez
d'Aimé de la Roche.
... CRITIQUE d'un Livre , contre les Spectacles
, intitulé J. J. Rouffeau, Citoyen de
Genêve , à M. Dalembert., Amfterdam ; &
fe trouve à Paris chez Lambert , rue & à
côté de la Comédie ; & chez Duchefne
rue S. Jacques. In - 8. 1760 .
?
EFFETS de l'Air , fur le corps humain ,
confidérés dans le fon ; ou , Difcours fur
la nature du Chant , par M. M... A Amfflerdam
, 1760 ; & fe trouve à Paris , chez
les mêmes Libraires.
VOYAGE de Paris , à la Rocheguyon; en
vers burlesques ; divifé en fix Chants. Par
M. M...Ala Haye. Et fe trouve à Paris,
chez les Libraires affociés.
JOURNAL hiftorique , de la Campagne
du Capitaine Thurot , fur les Côtes d'Ecoffe
& d'Irlande , en 1757 & 1758. A
Dunkerque , 1759 ; & fe trouve à Paris
chez Cuiffart , quai de Gèvres.
Le Goûté des Porcherons & c. pour fervir
de deffert au déjeuné de la Rapée ; &
G vj
56 MERCURE DE FRANCE .
les nouveaux Bouquets Poiffards ; fe trou
vent chez Cailleau , Libraire , quai des
Auguftins .
LA Reffource des Théâtres , Piéce en
un Acte , par M. C... repréſentée à l'Opéra
Comique , le 31 Janvier 1760.APa=
is , chez Duchefne , rue S. Jacques.
AMADIS , Parodie nouvelle de l'Opéra,
mêlée d'Ariettes ; repréfentée pour la
première fois , fur le Théâtre des Comé
diens Italiens, le 31 Décembre 1759. A
Paris , chez Cailleau , quai des Auguſtins,
1760.
LE Théâtre de M. Fagan , contenant
les Pièces qu'il a données à la Comédie
Françoiſe , à la Comédie Italienne , & à
l'Opéra Comique , 4 vol . in- 12 . Belle
Edition;chez Duchefne, tue S. Jacq. 1760.
La Mort d'Abel , Poëme en cinqChants,
traduit de l'Allemand de M. Geffner, par
M. Huber. A Paris , chez Hardy , rue
S. Jacques , 1760.
ALMANACH Poliffon , ou Étrennes bou
fonnes & Poiffardes.
ÉTRENNES gentilles , & de bon goûr ;
ou Almanach Lyrique , & Prophétique.
FEVRIER. 1760. IST
ALMANACH pointu , ou Tablettes néceffaires
; fe trouvent chez Cailleau , Li
braire , Quai des Auguftins.
> ASSASSINAT de *** ou Epître d'un
Amant à fon Ami , fur la mort de fa Maî
treffe , affaffinée par un Bonze. 1759.
ARTICLE III.
SCIENCES ET BELLES- LETTRES.
SUITE de la Séance publique de l'Académie
des Sciences , du 14 Novembre.
EXTRAIT du Mémoire , lû par
M. PINGRE'.
SUR LA CO MÉTOGRAPHIE.
CE
E Difcours , contient le Plan , &
comme le précis d'un Ouvrage , que M.
Pingré prépare , fur la nature & les
mouvemens des Cométes . Durant un
nombre prefque infini de fiécles on
s'eft contenté d'admirer les Cométes comme
des corps produits par une générazion
fubite : l'ignorance les avoit relé
,
158 MERCURE DE FRANCE.
guées dans la claffe des Météores : la fuperftition
les regardoit avec effroi, comme
des fignes de la colère célefte ; comme
les avantcoureurs des plus affreux défaftres.
Le rideau eft enfin levé : le retour
d'une Comete , dans le tems & dans les
circonstances prédites , doit achever de
convaincre ceux que la fimplicité du ſyſtême
de Newton n'avoit pas encore perfuadés.
Le préjugé ne fera plus déformais
affez puiffant pour empêcher de reconnoître
que les Cometes font des Aftres
auffi anciens que le monde , & fujets
aux mêmes loix de mouvement que tous
les autres corps céleftes . Et comment de
fimples météores pourroient-ils être affujettis
à des mouvemens parfaitement réglés?
Comment leurs retours périodiques,
pourroient ils s'annoncer avec fuccès ?
Mais fi les Cometes font de vraies Planettes
, combien s'écoulera -t- il de fiécles
avant qu'on ait pu acquérir la connoiffance
du mouvement de chacune en particulier!
Il eftvrai qu'il s'écoulera bien des
générations , avant qu'on puiffe déterminer
feulement le nombre des Cometes qui
errent entre Saturne & les Etoiles fixes.
Mais notre fiècle aura du moins la gloire,
d'avoir pofé tous les principes,fur lefquels
nous laiffons à la poftérité le foin d'établir
une Cométologie détaillée . Newton a péFEVRIER
. 1760. 159
nétré dans le fecret du mouvement des
Cometes. Halley , les a foumifes aux loix
du calcul. M. Clairaut , dans un Ouvrage
qui eft fous preffe , enfeigne la méthode
d'apprécier les dérangemens que les Planettes
peuvent occafionner dans leur
cours. C'eft aux obfervations , au temps ,
à la patience , qu'il appartient de perfectionner
l'ouvrage , par la fimple application
des régles que ces grands génies
ont imaginées.
L'objet de M. P. dans fon Ouvrage, eſt
de raffembler tout ce qui peut être utile
pour hâter la connoiffance des retours
des Cometes. D'ailleurs , les Cometes ,
devenues Planettes , forment, en quelque
forte , un fpectacle nouveau , & digne de
la curiofité du Public. Nous ne doutons
point, qu'il ne foit fatisfait d'apprendre
par quels degrés on eft parvenu à connoître
la nature & les nouvemens des
Cometes ; quels obftacles cette fcience a
éprouvé de la part de l'ignorance , ou du
préjugé ; fur quels fondemens elle s'eft
enfin établie ; & jufqu'à , quel degré , on
peut dire que monte fa certitude. L'Ouvrage
eft divifé , en quatre parties.
L'Hiftoire , & la critique des opinions
des Philofophes, tant anciens que moderpés
,
fur le lieu , la nature , & le mou
T60 MERCURE DE FRANCE.
vement des Cometes , fait l'objet de la
premiere Partie. La réfutation des faux
fyftêmes , ne demande point ordinairement
de longs détails : quelques réfléxions
fimples , courtes & naturelles, fuffifent
pour en faire appercevoir le défaut.
Il n'eft pas néceffaire de s'étendre beau
coup plus , pour faire concevoir le vrai
fyftême , & pour l'appuyer par des raifons
capables à la fois de convaincre ,
& de perfuader
.
La feconde Partie , contient une hif
toire générale de toutes les Cometes, dont
M. P. a pu acquérir quelque connoiffance .
Cetre hiftoire, peut fans doute beaucoup
fervir à accélérer la connoiffance du refour
périodique des Cometes. Mais M. P.
fait remarquer , & avec raifon , que cette
partie eft bien plus utile que facile à exécuter.
En effet,les anciens ne regardoient
point les Cometes comme des aftres à
obferver ; mais comme des fignes d'événemens
futurs , qu'il faloit remarquer
& comparer avec ces événemens. En
conféquence , pour connoître les apparitions
des Cometes , il feroit inutile de
feuilleter les écrits des Aftronomes : les
Annales , les Hiftoires , les Chroniques
de tous les Pays & de
voilà les fources où il
tous les fiécles ;
faut puifer. On
FEVRIER. 1760. 768
conçoit facilement l'étendue & l'immenfité
de ce travail.
Il ne fuffit pas de confulter les Auteurs:
il faut apprécier leurs expreffions ; il faut
y démêler les vraies Cometes , ce qui
n'eft pas même toujours poffible : car
non feulement les Anciens , mais même
plufieurs Modernes , ont défigné les Cometes
par des noms qui ne leur étoient
pas naturels quelquefois leurs termes
font abfolument équivoques : fouvent
même ils accordent le nom de Cometes
à des météores, qui ne le furent jamais. Au
refte , quand il y a du doute , M. P. le
remarque ; il rapporte les propres termes
des Auteurs qu'il a confultés , & laiffe le
jugement au Lecteur.
Enfin, il eft effentiel , pour bien déterminer
la durée des révolutions périodiques
des Cometes , de connoître le temps de
leurs apparitions ; & ceci eft une nouvelle
fource de difficultés. Les Auteurs caractériſent
ſouvent ce temps , par celui d'une
bataille , de la naiffance d'un Prince , de
fon avénement à la Couronne , de fa
mort. Or, fouvent la Chronologie ſe trou
ve en défaut fur ces époques. M. P. a
cru trouver des fondemens légitimes, pour
en déterminer quelques-unes : il n'a pu
les retirer abfolument toutes de l'incer
62 MERCURE DE FRANCE.
titude , quoique les fecours extérieurs ne
lui ayent pas manqué . Dépofitaire d'une
des plus nombreufes Bibliothéques de
Paris , il lui a été facile de puifer dans les
fources mêmes. Il l'a fait ; & il y a tout
lieu de croire que fon hiftoire des Cometes
fera auffi exacte , que celles qui ont été
faites précédemment le font peu ; fi on
en excepte cependant celle de M.Struyck,
écrite en Hollandois , & dans laquelle M.
P. reconnoit qu'il a trouvé de grands fecours
, ainfi que dans les autres Differtations,
du même Auteur, fur les Cometes.
Dans la troifième Partie , M. P. a raffemblé
tout ce qui eft néceffaire & même
utile pour le calcul du mouvement
des Cometes. Les préceptes font éclaircis
par des exemples . On y ajoute des Tables
fort étendues , pour faciliter le calcul
; & l'on expofe les principes fur lefquels
ces Tables font conftruites , pour
les étendre encore davantage , fi on le
juge à propos.
Enfin , dans la quatrième & derniere
Partie , M. Pingré réfout plufieurs queftions,
qu'on peut propofer fur les Cometes.
Quelles font celles dont on connoît ;
ou dont on peut conjecturer les retours?
Toutes reviennent- elles ? Quelle peut
être leur utilité? Quels effets peuvent- elles
FEVRIER. 1760. 163
produire fur les Planettes, & principalement
fur la terre ? Peuvent - elles éclipfer
le Soleil , la Lune & les Planettes , &
en être éclipfées elles - mêmes ? Nous
refte - t-il quelques monumens anciens de
femblables éclipfes ? Quelle eft la nature
& la caufe de la queue des Cometes ?
Voilà les queſtions : on n'exigera pas fans
doute que toutes les réponſes foient également
fondées fur l'évidence . Sur plufieurs ,
il n'eft permis que de conjecturer : une
décifion abfolue, montreroit plus de préfomption
que de fageffe.
EXTRAIT du Mémoire de M. LE
GENTIL, fur le prochain paffage
de Vénus , pardevant le Soleil .
CE Mémoire , qui eft une annonce du
voyage que l'Auteur va faire , par ordre
du Roi , dans l'Inde , pour y faire l'obſervation
de ce célèbre paffage , renferme
deux Parties.
Dans la premiere , M. Legentil donne
un précis hiftorique d'un pareil paffage
de Venus pardevant le Soleil ; lequel
paffage arriva , en 1639 , le 14 de Novembre
N. S ; & eft le feul exemple que
164 MERCURE DE FRANCE.
nous ayons d'obfervation de cetre espéce.
Ce fut Horroxe , jeune Aftronome Anglois
, dit M. Legentil , qui prédit cette
obfervation , peu de jours avant qu'elle
arrivât. Il en avertit auffitôt fon frere , &
fon ami Crabtrée, qui étoient l'un à Liverpoole
, l'autre à Mancheftre , à quelques
milles de diftance de Hoole , village où
étoit pour lors Horroxe.
Horroxe & Crabtrée firent l'obſervation,
partie à travers les nuages , & partie fans
nuages. Mais le frere d'Horroxe , fur
moins heureux : les nuages couvrirent le
Ciel par rapport à lui , & lui en dérobèrent
la vue pendant toute la journée
de l'obfervation,
Comme Vénus n'entra fur le Soleil,
qu'une demi - heure, ou un peu plus, avant
le coucher de cet aftre ; Horroxe ne put
fuivre Vénus pendant tout le tems de fa
traversée fur le difque apparent du Soleil :
au refte, il ne perdit point de tems ; il fit
pendant cette demi- heure les obfervations
qu'il crut propres à rectifier les Tables
aftronomiques , & à fixer les principaux
élémens de la théorie de Vénus.
Les autres Aftronomes , n'avoient pas
même de foupçon de ce phénomène. Toute
l'Europe fçavante avoit été trompée , dit
M. Legentil , par l'oracle du temps ( l'ilFEVRIER.
1760 . 165
luftre Kepler. ) Ce grand Mathématicien
avoit annoncé, d'après fes propres Tables ,
que Vénus pafferoit fur le Soleil, en 1631 ;
& que le même phénomène n'auroit plus
lieu , qu'en 1761.
Cependant le paffage de Vénus fur le
Soleil, annoncé par ce grand homme pour
le mois de Novembre 163 1 , n'arriva point.
Gaffendi eut l'oeil à la lunette , pendant
deux jours entiers , ( le 16 & le 17 de
Novembre) & par le ciel le plus clair : il
ne vit point Venus fur le Soleil , quoique
Kepler eût annoncé cette éclipfe.
Cet événement , dit M. Legentil, auroit
dû inſpirer aux Aftronomes quelque méfiance
fur ce que Kepler avoit annoncé , au
fujet des conjonctions écliptiques de Vénus
avec le Soleil , & les porter à examiner
celles qui devoient arriver dans la fuite
mais ils reftèrent tranquilles.
;
Horroxe ( continue notre Auteur ) fit
donc la leçon aux autres Aftronomes ; il
s'étoit fait,à l'aide de veilles réitérées , des
éphémerides pour quelques années fur les
prétendues Tables perpétuelles de Lanf
berge ; & en examinant d'après ces éphémerides
les conjonctions des Planettes
entr'elles ; il s'apperçut que Vénus pafleroit
devant le Soleil , vers le commence166
MERCURE DE FRANCE.
ment de Décembre de l'année 1639 ,felon
les Tables de Lansberge.
Comme Horroxe avoit remarqué plus
d'une fois, que les Tables Aftronomiques
de Lansberge , loin d'être perpétuelles , s'écartoient
du ciel plus que les autres Tables;
il confulta les Tables Rudolphines , de
Kepler, Tables dont il avoit lieu de louer
l'exactitude , & qui étoient déja fort eſtimées.
Il vit ce que Kepler n'avoit point
vu ; c'est-à- dire , que le centre de Vénus
devoit paffer pardevant le Soleil , felon
les propres Tables de ce célèbre Auteur.
Il est vrai que ces Tables faifoient la
latitude de Vénus , ( pour le moment de
fa conjonction ) fort auftrale , c'eſt- à- dire,
de 14' 9" , pendant que celles de Lanfberge
la faifoient au contraire boréale, &
de 8' 8 " feulement. Ainfi . felon les Tables
de Kepler , le bord méridional de
Vénus ne devoit que rafer en quelque
forte celui du Soleil ; & au contraire ,
cette Planette devoit employer au moins
fix heures à faire fa traversée fur le Soleil,
felon les Tables de Lansberge,
Par fon obfervation, Horroxe trouva la
latitude de Vénus , pour l'inftant de fa
conjonction avec le Soleil, de 8 ' , 31 '', auftrale
; de forte que les Tables de Kepier
FEVRIER. 1760. 167
ne s'écartèrent du ciel que de s ' , 38 " ; &
celles de Lansberge, de 17 ' , 29 ' ; parce
que ces tables , comme il vient d'être dit,
faifoient la latitude de Vénus boréale ,"
c'eft - à- dire , en fens contraire de l'obfervation
, & des Tables de Kepler.
>
Ce fut donc , en quelque façon , dit
M. Legentil , à l'erreur monftrueufe des
Tables de Lansberge , qu'Horroxe dût
l'importante obfervation du paffage de
Vénus pardevant le Soleil, le 14 de Nov.
1639. Il fe fervit de cette obfervation
pour corriger les mouvemens vrais de Vénus
, que donnoient les Tables Rudolphines.
Il auroit bien defiré , pour confirmer
fon obfervation , que d'autres Aftronomes
fe fuffent apperçus , comme lui ,
de cette conjonction écliptique de Vénus
& du Soleil : mais il ne parut pas qu'ils
en euffent eu aucun foupçon.
Au refte , quand cette conjonction auroit
été obfervée ,de toutes les différentes
parties de la terre habitée ; on fçait , continue
M. Legentil , quelle étoit la groffiéreté
des obfervations de ces temps-là.
Quel moyen donc de les faire fervir à tous
les points importans de l'Aftronomie ,
lefquels fe trouveront fixés d'une manière
incontestable , à la faveur du prochain
paffage de Vénus fur le Soleil, le G.
Juin 1761 ?
168 MERCURE DE FRANCE.
C'eft ainfi , que M. Legentil paffe à la
feconde partie de fon Mémoire.
Dans cette feconde Partie, M. Legentil
fait voir que l'obfervation de la conjonction
écliptique,de Venus avec le Soleil, le
6 Juin au matin 1761. achevera de perfectionner
le fyftême planetaire , & nous
procurera la parallaxe du Soleil , dans
toute l'exactitude que l'on doit attendre
du haut degré de perfection où l'on fçait
que l'Aftronomie- pratique eft montée aujourd'hui.
M. Legentil , parle enfuite de
la manière de bien obferver ce célèbre
paffage.
Kepler eft le premier , dit M. Legentil
, qui a prédit ce fameux paffage ; mais
M. Halley a beaucoup enchéri fur la prédiction
de Kepler. Ce célèbre Aftronome,
a trouvé une méthode très fimple de déterminer,
à une cinq centième partie près,
la diftance Soleil à la terre, par le prochain
paffage de Vénus,fur le difque apparent
de cet aftre. Il a détaillé , fort au
long , fa méthode , dans un excellent Mémoire
qu'on trouve dans les Tranſactions
philofophiques , ( Année 1716 , N. ° 438. )
M. Legentil fe contente de rapporter,
en très - peu de mots, la fubftance de ce
Mémoire, comme la chofe la plus effentielle
à fon fujet ; & il renvoye au texte
ceux
FEVRIER. 1760. 169
Ceux qui feroient curieux d'un plus ample
détail.
La méthode de M. Halley fuppofe , dit
M. Legentil , que l'obfervation , dont on
parle , fe faffe aux grandes Indes d'une
part , foit à Batavia , foit à Madras , foit
à Pondichery ; & , de l'autre part, au nord
de l'Amérique,vers la baye d'Hudſon , dans
la partie opposée du Méridien . Dans le
premier cas, Vénus ( lorfque cette planette
fera parvenue au milieu de fa route fur le
Soleil ) fe trouvera prefqu'au Méridien ,
& au zénith , par rapport au golphe de
Bengale ; & dans le fecond cas , cette
même planette entrera fur le Soleil , un
peu avant fon coucher , & elle en fortira
un peu après fon lever par rapport à la
baye d'Hudfon: d'où il fuit , ( en fuppofant
la parallaxe horisontale du Soleil de
12 " ) que Vénus doit paroître , 11 ′ ou
environ de moins à faire fa traverfée fur
le Soleil , étant vue du golphe de Bengale
, qu'étant vue du centre de la terre ;
& qu'au contraire, cette planette doit paroître
employer 6' de plus à faire fa traverfée
fur le Soleil , étant vue de la baye
d'Hudſon , qu'étant vue du centre de la
terre ; de forte que la durée du paffage
de Vénus,fur le difque apparent du Soleil,
doit paroître de 17' de temps plus grande
H
170 MERCURE DE FRANCE
dans la baye d'Hudfon qu'au golphe de
Bengale. Or ces 17 de temps répondant
à 12" de parallaxe horisontale du Soleil , 1/20
il s'enfuit qu'une feconde de parallaxe
répond à plus de 1 ' 20 " de temps , & que
2 " d'erreur fur ces 17' ne produiroient
qu'une erreur d'un quarantième de feconde
de degré dans la détermination de
la parallaxe horisontale du Soleil. On
aura donc par ce moyen , conclud M. Legentil
d'après Halley , la diftance du Soleil
à la terre à partie près ; puifque
2" multiplié par 40 , donnent soo
I
[
100
M. Legentil paffe à la maniere d'obferver
ce célèbre paffage de Vénus fur le
Soleil du 6 Juin 1761. Il ne faut , dit- il ,
d'autres inftrumens que des pendules à
fecondes & des lunettes ordinaires , mais
bonnes ; de l'adreffe, & de l'exercice dans
l'Obfervateur.
Lorfque M. Halley obferva , en 1677 ;
dans l'Ile de Sainte Hélene, le paffage de
Mercure fur le Soleil ; il fe fervit d'une
excellente lunette de 24 pieds Anglois ,
de longueur ; & il nous affure ( dit M. Legentil
) qu'il pouvoit répondre jufqu'à la
précifion d'une feconde de temps de la
durée de ce paffage de Mercure fur le Soleil
en 1677 .
M. Legentil a fait la même remarque
FEVRIER. 1769. 171]
que M. Halley, lorfque Mercure paffa pardevant
le Soleil en 1753. Cet Aftronome
n'avoit,pour cette obfervation, qu'une lunette
de 15 pieds de longueur , médiocrement
bonne ; cependant Mercure luž
parut quitter le Soleil avec une vîteffe ,
telle qu'il en put marquer l'inftant en
moins d'une feconde de temps. ( Mém. de
l'Acad. année 1753 ) . Il eft vrai que M.
Legentil avoue qu'il eut plus de peine à
faidir le moment auquel le bord précédent
de Mercure commença de toucher
le bord intérieur du Soleil ; pendant que
M. Caffini de Thury , qui fe fervoit en
même- temps de l'excellent objectif de
Campani , de 32 pieds de foyer , n'eut
aucune peine à faifir cette phaſe avec la
derniere évidence . ( Mém. de l'Académie,
année 1753. )
Pour éviter d'entrer dans les difcuffions
des effets que doivent produire, dans
ces fortes d'obſervations , les lunettes de
différentes longueurs ; M. Legentil exhorte
les Aftronomes, à ne pas employer
de lunettes au - deffous de 25 pieds de
longueur, pour faire l'obfervation des différens
contacts des bords de Vénus & du
Soleil dans leur prochaine conjonction
écliptique. ( Cet Aftronome emporte avec
lui,pour faire cette obfervation , un objectif
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
de Borelli, de 32 pieds 10 pouces de foyer. )
M. Legentil penfe auffi , qu'il feroit bon
que les Aftronomes préféraffent les lunettes
aux téleſfcopes , afin d'avoir des
points de comparaifon plus connus ; à
moins que les télescopes dont ils fe ferviront
n'aient été comparés auparavant
avec d'excellentes lunettes, pour juger de
leur effet & de leur bonté ; car M. Legentil
doute qu'on ait encore exécuté des
télescopes qui aient exactement tous les
avantages optiques des excellentes lunettes
, dont ces télescopes doivent faire
l'effet.
Quant à l'obfervation de la plus petite
diftance des centres , lorfque Vénus fera
parvenue au milieu de fa route , fur le
Soleil ; cette phaſe , dit M. Legentil , fe
pourra meſureravec la derniere préciſion,
par le moyen de l'héliomètre. Cet inftrument
, eft de l'invention de feu M. Bouguer
; & ce qui fait beaucoup d'honneur
à fon auteur , c'eft qu'en Angleterre comme
en France , l'héliomètre y a été reçu
avec applaudiffement. M. Legentil en recommande
très fort l'ufage aux Aftronomes,
pour le prochain paffage de Vénus
pardevant le Soleil. Cet Académicien en
emporte avec lui un qui a douze pieds, de
foyer. C'est celui de feu M, Bouguer,
1
FEVRIER. 1760 . 173
Le Mémoire de M. Legentil finit , en
ces termes .
Ce que nous venons de dire, fur le prochain
paffage de Venus fur le Soleil , nous
fait fuffifamment connoître l'importance
dont en doit être l'obfervation , pour perfectionner
le fyftême planétaire ; & combien
une telle obfervation méritoit de faveur,
pour ceux qui pouvoient entreprendre
de la faire.
Dans cette vue, j'ai offert de me rendre
dans l'Inde ; & j'ai préſenté, dans le tems,
mon projet à M. le Duc de Chaulnes ,.
Pair de France , & Préfident de l'Académie.
M. le Comte de Saint Florentin ,
Secrétaire d'Etat , & honoraire de l'Académie
, & M. de Silhouette , Miniftre d'Etat
& Contrôleur général, ont bien voula
favorifer cette expédition Aftronomique ,
malgré la circonftance de la guerre ce
qui fera éternellement honneur à notre
fiécle , à l'Etat , & à ceux qui le gouvernent.
La Compagnie des Indes , toujours
zélée pour les entreprifes utiles , s'em-,
preffe de répondre aux vues du miniſtère.
Je trouve , auprès de M. Boutin , Maître
des Requêtes , & Commiffaire pour le
Roi en cette Compagnie , tous les fecours
& toutes les facilités que je peux defirer .
Les Nations fçavantes de nos jours , &
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
celles qui font deſtinées à l'être dans la
fuite des fiécles, doivent voir avec admiration
, que la France a fait elle feule les
grandes entrepriſes qui concourent fi fort
au progrès des Sciences les plus utiles
l'Aftronomie , la Géographie , & la Navigation.
Le calcul fuivant eft à la fuite du Mémoire
de M. Legentil.
CALCUL du paffage de Vénus , pardevant
le Soleil , le 6 Juin au matin
1761 ; fur les Tables de M. Halley.
( Edit. Lat. publiée à Londres , 1749.)
Conjonction inférieure de Vénus
avec le Soleil, le 6 Juin 1761 , au:
Méridien de l'Obfervatoire Royal
de Paris . · · 5. h. 54', 56 " du matin.
Long. de Vénus pour ce mo-
8. f. 15°. 35. 47 "
ment.
Mouv. horaire du Soleil. · 2. 23 .
Mouv. horaire de Vénus... 3. 57. 9
Latitude auftrale & croiffante
de Vénus , •
Inclin. vraie de l'orbite avec
3.55.7
le cercle de latitude.. 86. 36. 9.5
Mouv. horaire de Vénus au J
Soleil.. · • 1.35.6
FEVRIER. 1760. 17
Plus petite dift. helif. des
centres..
Dift. entre la conjonction &
le milieu de l'éclipfe . •
•
·
•
3. 53. I.
0.34.7
· 21. 49. 9
·
15. 48.
La même diftance en tems.
Demid. app. du Soleil.
Dift. de la ter. au Sol. 101552.
Dift. de Vénus au Sol. 72642.
Demid . du cercle de project.
Angle d'incidence. . 38.
Moitié de la ttaverfée .
6. 17. $
8. 10. 5
456 92
h.
1. 17
Moitié de la traversée en tems. 3 6 20 2
Le centre de Vénus entrera donc fur le
Soleil à . . 2. h. 26 '. 45".
Vénus fera au milieu de fa
• traversée à
Elle fortira de deffus le
Soleil à
Durée de la traversée.
2. du matin .
• S. 33. 6. I
8. 39. 26. 3
• 6. 12. 40. 4
· •
9. 45.7
Plus petite dift. géoc . des
centres. ·
Le tout vu du centre de la terre.
Selon ce calcul , on ne doit point voir
l'éntrée de Vénus fur le Soleil.
Si on fuppofe la parallaxe horisontale
du Soleil de 10" , la fortie de Vénus de
deffus le Soleil , paroîtra plutôt à Paris
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
qu'étant vue du centre de la terre de
o ' . 59" . 5 , & de 1 '. 18" . 3. fi on fuppofe
la parallaxe horisontale du Soleil de 11 พ .
On n'a point eu égard, dans les calculs
précédens, au diamètre apparent de Vénus;
parce qu'il n'eft pas encore connu .
ARTICLE IV.
BEAUX ARTS.
ARTS UTILES.
CHIRURGIE.
EXTRAIT des Regiftres de l'Académie
Royale des Sciences , du 23 Juin
2759 .
M. MORAND a lú l'Ecrit fuivant.
Occuré , depuis quatre ans , à faire
pour Sa Majefté l'Impératrice de Ruffie,
une collection des inftrumens , machines
, & modèles néceffaires à la Chirurgie
, j'ai été chargé d'y joindre une Anatomie
artificielle , qui pût fervir aux démonftrations
fur cette matiere ; & comFEVRIER
. 1760 . 177
me je fuis fur le point de l'envoyer à
fa deftination ; j'ai defiré qu'elle fût vuë
par l'Académie , dont le Certificat ne
peut que faire honneur à l'entrepriſe.
Il ne falloit pas moins que les rares
talens de Mademoiſelle Bicheron , pour
l'exécuter à un fi haut point de perfection.
Cette Demoiselle, qui poffede bien
le deffein , la peinture , & l'art de mouler
, s'eft trouvée avoir un goût decidé
pour l'Anatomie. Elle a tiré le meilleur
parti des démonftrations, qui lui ont été
faites fur les cadavres ; & c'eft d'après
ces démonftrations , qu'elle a entrepris
cette pièce , fous ma direction.
Ceux qui ont vu les Anatomies en
cire , de feu M. Denouës ; & depuis ce
temps- là , des morceaux détachés , faits
par quelques particuliers ; trouveront , à
l'avantage de ce qu'elle va montrer , des
différences très - effentielles .
1º. Depuis le tranfport de l'Anatomie
de M. Denouës , en Angleterre, l'on n'en
avoit point vû , où fur un même corps
f'on pût démontrer les vifcères contenus
dans les trois ventres.
2º. Ce qui avoit été fait jufqu'ici , en
ce genre - là , ne préfente que des blocs
de cire , qui expriment mal les parties
minces , & dont les reliefs & les couleurs
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
au
font le feul mérite. Le corps même, eft
fait de cire ; ce qui peut entraîner beaucoup
d'inconvéniens : car la furface extérieure
fe jaunit à la longue , & ne repréfente
point du tout la peau. Les vifcères,
que l'on déplace pour en faire la
démonſtration, font fujets à fe caffer ,
plus petit accident ; & le tout fe fend par
l'effet de la grande féchereffe . Le corps
qu'on préfente à l'Académie eft recouvert
d'une vraie peau , qui imite bien
mieux l'enveloppe extérieure & générale
que de la cire , & qui permet le tranfport
de toute la pièce,facile & fans danger.
3 °. On a imité les membranes naturelles
, à tromper les yeux des Spectateurs
; ce qui eft furtout très- remarquable
dans l'épiploon, avec fes bandes graiffeuſes
.
4°. Les vifcères creux & membraneux,
tels que l'eftomac & les inteftins , font
rendus artificiellement, avec la confiftanla
foupleffe & la légèreté des vifcères
naturels. On peut même enfler l'ef
tomach , pour en faire mieux voir le relief
, la figure , les courbures , & c.
2
5° . Les parties folides , comme le foye,
les reins , le cerveau , font faites de cire;
mais avec un alliage particulier, qui les
FEVRIER. 1760. 179
empêche d'être fufceptibles d'amoliffement
, dans le temps des chaleurs ; & de
caffure , dans le temps froid , ou par accident
.
6 °. Enfin , les proportions naturelles ,
les rapports des parties entr'elles , m'ont:
paru bien obfervées ; & pour tout dire ,.
quoique cette pièce ne foit pas abſolument
fans défauts , j'espère que les Ana--
tomiftes conviendront , qu'on n'étoit
point encore parvenu à copier la nature
avec la précifion & la vérité qu'on remarquera
dans celle- ci.
Après la lecture de cet Ecrit , Mademoiſelle
Bicheron eft entrée , & à démon--
tré la pièce même; dont la vue a confirmé
tout ce que M. Morand en venoit de
dire. L'Académie à admiré la jufteffe du
choix des matières qu'elle a employées à
repréſenter les différentes parties ; l'a--
dreffe avec laquelle elle a pû parvenir à:
copier la nature , avec tant de vérité ,
qu'on croit voir les pièces mêmes qu'elle
a repréfentées : & Elle n'a pû refufer à
cet ouvrage les juftes éloges qu'il mérite.
JE certifie l'Extrait ci - deffus conforme à fon
Original. A Paris , le 26 Juillet 1759.
GRANDJEAN DE FOUCHY ,
Secrétaire perpétuel de l'Académie
Royale des Sciences.
Hvi
180 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE V.
SPECTACLE S.
LE
OPERA.
E mauvais état de ma fanté , ne
m'ayant point permis de fréquenter les
Spectacles ; ce n'eft que d'après la voix
publique , & furtout d'après celle des perfonnes
inftruites , que je vais hazarder
d'en rendre compte..
On a continué de donner , fur le Théâtre
de l'Opéra , jufqu'au Dimanche 10 de
ce mois , Pirame & Thisbé , Tragédie ;
que l'on a toujours revue avec plaifir.
Le Vendredi 1 Février , & le Dimanche
3 , Mlle Dubois a chanté le rôle de
Zoraïde , qu'une indifpofition avoit obligé
Mlle Chevalier de quitter , & qu'elle
a repris le Mardi § . Le même jour s
Mlle Dubois a chanté le rôle de Thisbe
elle a , dit- on , chanté ces deux rôles , &
furtout le premier, qu'elle a continué jufqu'au
Dimanche to inclufivement , de
façon à mériter les applaudiffemens qu'el
le a reçus.
FEVRIER. 1760 . 1 & r
Le même jour 5 , le rôle de Ninus a
été rempli par M. Muguet , qui l'a auffi
continué jufqu'au 10. C'eft le premier
rôle de ce genre , qui lui ait été confié ;
& il s'en eft acquitté de manière à faire
efpérer , qu'avec les progrès qu'il a montrés
, & en continuant de travailler tant
par rapport au chant qu'à la déclamation
, il pourra mériter les fuffrages du
Public, qui l'a encouragé par des applaudiffemens
. M. Jaubert a chanté le rôle
de Zoroaftre , le Vendredi 1 Février. Il a
continué ce rôle le Dimanche 3 , le Mardi
5 , & le Dimanche io . Cet Acteur, n'eft
pas encore formé. Le Public a paru content
de fa voix , & de fes difpofitions
pour le Théâtre.
On a continué de donner, pendant ce
temps , les Jeudis , le Carnaval du Parnaffe
, Ballet.
Le Jeudi 7 , M. Compain y a débuté
dans le rôle d'Apollon ; & M. Dupont ,
dans le Prologue , où il a chanté le Morceau
qui commence par ces paroles : Cé
lébrons le Printems & c.
Le Mardi 12 , on a donné la premiere
repréſentation des Paladins , Comédie-
Ballet , en trois Actes , dont la Mufique
eft de M. Rameau , & les paroles , d'un
Auteur qui ne s'eft point fait connoître.
182 MERCURE DE FRANCE.
Mlle Rivier y a remplacé , dans le
rôle d'Argie , Mlle Arnoud , qu'une ma
ladie a empêchée de remplir ce rôle juf
qu'à préfent. On a continué de donner
cet Opéra le Jeudi 14 , & le Vendredi
15; & on le donnera Dimanche 17 , Lundi
18 , & Mardi 19 de ce mois. Je compte
en parler plus au long , dans le prochain
Mercure.
COMEDIE FRANÇOISE.
ZULICA , TRAGÉDIE.
CE fujet eft tout d'imagination , quoiqu'il
ait quelque rapport avec des moeurs
vraies , & qu'il reffemble beaucoup à
des événemens arrivés de nos jours . L'Auteur
a faifi , avec art , ce qui pouvoit le
rendre piquant ; mais il a eu la fågelle
d'éloigner les traits odieux , & les per
fonnalités frappantes, qui choquent quelquefois
les Nations. C'eſt un Monarque
éclairé , qui né dans un Pays encore bar
bare, a conçu le projet de civiliſer ſes Peuples.
Un Prince de fon fang, dévoré par
l'ambition , veut profiter de ces changemens
, & de la fermenration qu'ils caufent
dans les efprits , pour détrôner fon
FEVRIER. 1760 . 183
Roi. Il facrifie tout à ce defir funefte ; &
fe réfout, pour réuffir dans fon entrepriſe,
à perdre , s'il le faut , jufqu'à fa propre
fille. La fcène eft à Samarcande, en Tartarie
; & cela ne contredit point l'Hiftoire.
On fçait que le célèbre Tamerlan ,
qui fit de cette ville la capitale de fes
Etats , y introduifit les Arts & les Sciences
: il y fonda une Univerfité , dont la
gloire après s'être longtemps foutenue
a eté enfin anéantie fous l'empire deftruêteur
des Turcs .
Le Prince factieux , Zéhangir , ouvre la
Scène , avec Azor , fon confident ; il développe
fes deffeins avec une netteté , &
une précifion, qui commencent à devenir
rares fur notre Théâtre. Il veut régner ;
il veut perdre l'Empereur. A peine Ti
mur , dit- il , fe vit fur le trône ,
Qu'il jura de détruire
Nos coûtumes , nos moeurs , & les loix de l'Em
pire.
Ces vices déguifés , les fciences , les arts ,
Dans nos champs , à fa voix , volent de toutes
parts.
C'étoit peu dépouillant la majefté fuprême,
De climats en climats il les chercha lui- même.
De cet éloignement je fentis tout le prix ;
A la rebellion , j'excitai les efprits.
·
184 MERCURE DE FRANCE .
Le fceptre , cher Omar , paffoit entre mes mains ;
Je triomphois : foudain on vit Timur paroître.
Tout le Peuple pâlit , & reconnut ſon Maître.
Il revint, entouré d'un cortège nombreux,
D'hommes efféminés , d'Artiftes dangereux ;
Lâches , qui fans remords , défertant leur Patrie ,
Apportoient en ces lieux leur fervile induſtrie.
Timur , inftruit de la confpiration , lui
a pardonné. Mais cette générofité, eft un
nouvel affront pour lui . Son orgueil s'irrite
de ſe voir éclipfer par Zulica , le favori
du Roi ; & pour ſe défaire à la fois
de deux obftacles redoutables , c'eſt par
la main même du favori qu'il veut que
le Roi périffe. Amétis , fa fille , Princeffe
vertueufe , attachée à tous fes devoirs ,
eft adorée de Zulica. Zéhangir la tient
depuis deux ans dans l'éxil ; mais il la
fait revenir cette nuit - là même. Il veut
Ja propofer à fon amant , comme la récompenfe
du crime qu'il exige. Il connoit
le caractère de ce jeune Tartare ,
Ardent & facile ,
Vertueux par foibleffe , aimant avec fureur ,
Toutes les paffions vont entrer dans fon coeur.
Dans ce coeur égaré , devenu ma victime ,
Même au ſein des remords , je porterai le crime.
Tu le verras flotter , trembler , fe repentir ,
Déteſter les fermens ; & pourtant les remplir..
FEVRIER. 1760 . 185
. ا
Enfin , s'il balance , l'unique reffource
de Zéhangir , eft dans un corps de Géorgiens
, campé près de la Ville. Ces foldats
, mécontens de Timur , lui ont promis
leur fecours ; & il eft d'autant plus
affuré de leur bonne volonté , que dans
ce temps - là même on fçait que Timur
penfe à les détruire . Zulica , qu'il a fait
avertir , paroît. Il lui annonce le retour
d'Amétis , & lui laiffe même entrevoir
qu'il peut efpérer de l'époufer. Mais
lorfque ce Prince s'abandonne à la joie ;
il l'arrête , en lui propofant de le feconder
dans de vaftes projets , & même
criminels .
Tu vois ( dit il ) fi l'effort eft aifé ,
Par le prix glorieux que je t'ai propofé.
La récompenfe à peine eft égale au fervice.
Je t'impofe , en un mot , un cruel facrifice ;
J'ai befoin & d'un coeur & d'un bras affurés :
Il s'agit de brifer les noeuds les plus facrés ,
D'opposer au remords une âme indifférente ,
D'immoler d'un oeil fec l'amitié gémiſſante ,
De t'armer d'un poignard .
...
A ce mot , Zulica frémit : Zéhangir le
quitte fans s'expliquer davantage , bien
réfolu d'employer les moyens les plus
violens pour arracher fon confentement :
86 MERCURE DE FRANCE.
& Zulica , refté feul , exprime fon trouble
& fon incertitude. Cependant il finit par
fe livrer à fa paffion .
Au fecond Acte , Zéhangir annonce à
fa fille , qu'elle doit renoncer à Zulica ,
& qu'il a fait pour elle un autre choix.
C'eft en vain que l'infortunée Princeffe
cherche à l'attendrir , ou à le changer ; il
lui ordonne même, d'inftruire fon amant
de fes difpofitions ; & le voyant avancer,
il fort , pour revenir bientôt profiter du
trouble où l'aura jetté l'aveu de ſa Maîtreffe.
Dès qu'il apprend fon malheur ,
il s'emporte , il s'abandonne au reffentiment
le plus vif; & dans fa fureur , il
n'épargne pas Zéhangir. Mais , fenfible &
vertueufe , Amétis l'arrête:
Qu'as-tu dit ? Où t'emporte une aveugle colère ?
Connois mes fentimens , & reſpecte mon père.
Tu fçais trop fi jamais ſon inſenſible coeur ,
D'un regard careſſant , m'accorda la douceur.
Il m'exile , il m'arrache à tout ce que j'adore :·
Sa haine me pourfuit ; & moi je l'aime encore.
Pour lui fauver le jour , tu me verrois périr.
S'il enfreint fes devoirs , j'ai les miens à remplir.
Ofe donc m'imiter : fouffrons , mais fans murmure
;
Et n'étouffons jamais la voix de la nature.
FEVRIER. 1760. 187
Au moment où la fureur de Zulica eft
fon comble , Zéhangir paroît. Il fait retier
fa fille ; & voyant le coeur du Prince
dans la fituation où il le veut , il lui fait
ane confidence entière de fes deffeins . II
n'oublie rien de ce qui peut le féduire . Il
lui montre fa maîtreffe dans les bras d'un
autre. A cette affreufe idée , Zulica n'eſt
plus fon maître .
ZULICA.
Je cède : vers l'abîme ,
Vous entraînez mes pas fur les traces du crime:
Dans un gouffre d'horreurs , je vois l'amour fan
glant :
Il préfente à mes yeux un glaive étincelant...
ZEHANGIR.
Ofe en armer tes mains : J'accepte ce préfage.
Démon de la vengeance , affermis fon courage !
S'il feconde mes voeux , je jure qu'aujourd'hui ,
Pour prix d'un tel bienfait , Amétis eſt à lui,
ZULICA.
Qu'exigez-vous enfin ?
ZEHANGIR.
Il faut fervir ma haine..
•
Il faut à mes deffeins prêter un bras vengeurs
Immoler un tyran.
>
188 MERCURE DE FRANCE
C
ZULICA. nd
Queltyran ?
Ве
12
ZEHANGIR.
L'Empereur.
ZULICA.
L'Empereur !
ZEHANGIR.
Lui.
ZULICA.
Mon Roi?
ZEHANGIR.
Tu te tais . & fans doute... ..
Connois tes intérêts , ton danger même...Ecoute.
L'amitié de Timur doit- elle t'avengler ?
Peut-être , qu'en fecret, il cherche à t'accabler.
Juge mieux de la Cour , & prévois ton naufrage.
Le calme , dans ces lieux , eft voifin de l'orage.
Un Favori des Rois , envié dans les fers ,
Au plus beau de fes jours, doit craindre les revers.
Illuftre malheureux , que la foudre environne ,
Il doit toujours trembler, en approchant du trône.
La pâle jaloufie , & l'inquiet orgueil,
Veillent autour de lui pour creufer ſon cercueil ;
-L'éclat de la faveur , l'éblouit fur fa perte :
On le flatte , il triomphe, & fa tombe eft ouverte
FEVRIER. 1760. 189
è
Cette tirade éloquente , ne décide point
core Zulica. Alors le confpirateur fraples
derniers coups : il ne parle plus de
arter fa Maîtreffe ; il la poignardera luiême
& par cette rufe , il arrache à
Amant intimidé , le confentement fuefte
qu'il attendoit.
Cependant Timur , informé des mouemens
fecrets qu'on remarque parmi les
éorgiens , reprend le deffein qu'il a eu
e les exterminer. Il confulte fes deux
Miniftres Zulica & Azor : celui- ci le porà
la clémence . Zulica irréfolu , confeille
rigueur. Il femble que fon coeur , éloiné
malgré lui de la vertu , veuille s'ôter
s moyens d'accomplir le crime qu'il eft
rcé de commettre. Cette Scène , imitée
Çinna,nous a paruë écrite avec nobleſſe ,
pleine, comme le refte de la pièce, de très
eaux Vers. Ce n'eft point l'affujértiffeent
fervile d'un copifte ; c'eft une imition
aifée, dont on ne peut fçavoir que
eaucoup de gré à l'Auteur. Timur s'arère
à l'avis de Zulica ; & remet entre
es mains , avec confiance , le foin de fes
urs & de fon trône. Cette marque d'aitié
, de la part d'un Roi qu'il a juré
' affaffiner , redouble fes remords. Il eft
rêt de s'abandonner au repentir , lorfu'il
voit Amétis. Cette Princeffe, inquiet190
MERCURE DE FRANCE
te des deffeins de fon père , veut en être
inftruite par fon Amant. Elle exige qu'o
l'éclairciffe , & ne les apprend qu'ave
horreur. Après cet aveu terrible , elle
s'écrie :
>
De mes feux , voilà donc le déteſtable effet !
J'étois , fans le fçavoir , la cauſe d'un forfait !
Mon déplorable pere eft l'artifan du crime ,
Mon amant l'affaffin , & mon Roi la victime.
Mais qu'ofois-tu prétendre ? Offrir à ton Amante,
Du fang de l'Empereur ta main encor fumante?
Et d'un finiftre hymen, allumant le flambeau ,
Par cette pompe horrible outrager ſon tombeau?
Crois- tu donc , qu'Amétis , aux forfaits enhardie,
Puiffe applaudir au meurtre , armer la perfidie?
Je ne te retiens plus : précipite tes pas ;
Va , cours , va t'illuftrer par des affaffinats :
Va te placer au rang de ces fameux coupables ,
Des fureurs des humains , exemples mémorables.) ,
Partage le fupplice , & l'opprobre éternel ,
De ces vils meurtriers , dont le bras criminel
A levé fans frémir nn glaive parricide ,
Sur le trône , où des Dieux la majefté réfide ;
Monftres que la vengeance a vômi des enfers ,
Pour immoler les Rois , & punir l'Univers.
Zulica, épouvanté, retracte fon ferment,
FEVRIER . 1760. 191
il ne veut que le temps de parler à Zéhangir
, pour le détourner d'un attentat fi
affreux : Amétis , de fon côté , fort pour
le chercher , & le fléchir.
Au quatrième Acte , Zéhangir, qui a tout
préparé, vient fçavoir ce que lui veut fon
complice . Celui -ci emploie à fon tour ce
que l'éloquence & la vertu peuvent lui
infpirer de plus vif, pour défarmer le père
de fa maîtreffe ; mais il ne peut toucher
ce coeur infléxible , qui ne refpire que la
vengeance . Il comprend , qu'il eft trahi.
Furieux alors , il va fortir pour fe baigner
dans le fang de fa fille, dont il fent bien
que la vertu a ranimé celle de Zulica.
Dans ce moment , il la voit paroître . Ne
le trouvant point , elle a pris le parti de
revenir le chercher au Palais. Sa rage
augmente à la vue.
ZEHANGIR.
Malheureuſe , fuis-moi.
ZULIGA.
N'avance point , cruel.
Oui , je la défendrai d'un pere criminel.
Avant de m'arracher le feul objet que j'aime ,
Tu me verras périr , ou t'immoler toi- même.
Voyant enfin , que l'amour & la crainte
ne font point des motifs affez forts pour
192 MERCURE DE FRANCE .
arrêter Amétis qui veut fuivre fon père . Il
appelle des gardes , à qui il la configne ;
mais il a encore la générofité d'épargner
Zéhangir, à qui il laiffe le temps de fe retirer.
Čelui ci fort, en effet, pour fe mettre
à la tête des révoltés ; mais ce n'eft qu'après
avoir fait les menaces les plus terribles
contre Zulica , qui renverfe fes projets,
& contre Amétis elle-même. Confternée,
tremblante des horreurs qu'elle a vuës ,
elle fuit à l'aspect de Timur irrité , qui
vient d'apprendre le foulevement des
Géorgiens , & qui part avec Zulica pour
les aller combattre.
Au cinquiéme Acte , lorfque la trifte
Amétis livrée à la plus affreufe inquiétude
, ne s'occupe que de fa douleur ; elle
apprend que les Géorgiens font défaits ;
& l'Empereur qui s'avance donne ordre
qu'on amène Zéhangir , qui a été pris les
armes à la main. Elle fe jette aux genoux
du Roi, & demande qu'on la faffe mourir
avec l'auteur de fes jours.
TIMUR.
Vous mérițiez , Madame , un père vertueux ;
Je fuis fenfible aux pleurs qui coulent de vos yeux :
Mais il faut oublier , de qui vous êtes née.
AMETIS.
Non , Seigneur , avec lui je me vois condamnée.
Lorſqu'un
FEVRIER. 1760. 193
Lorfqu'un danger commun vous menaçoit tous
deux ,
Entre vous il eft vrai , j'ai partagé mes voeux.
Si le fuccès avoit favorifé fon crime ,
De mon zèle pour vous j'euſſe été la victime .
Je vous vengeois fur moi de mon pere inhumain
Et rien n'auroit alors pû retenir ma main.
Il eft feul à préfent , Seigneur ; tout l'abandonne :
Peut-être, que fa mort doit affermir le Trône.
Il faut bien que la fille , en ces affreux momens
Aille , en les partageant , adoucir les tourmens;
Et dans ce jour terrible , où le deſtin l'accable ,
Je vois un malheureux , & non pas un coupable.
?
Zulica , défefpéré d'une réfolution fi
cruelle , prend le parti d'avouer à l'Empereur
fon amour ; il eft prêt à découvrir
la foibleffe qu'il a jufques- là fi heureuſement
réparée mais il s'arrête , en voyant
Zéhangir enchaîné , conduit par des gardes.
TIMUR , à Zéhangir.
•
De ton ambition , vois le terme funeſte :
La honte , le remords ; voilà ce qui te refte.
ZEHANGIR.
La honte ? . Mais jouis de la faveur du fort.
Au fond de ton palais , je t'apportois la mort.
Accablé par le tien , mon parti m'abandonne.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
La foudre m'a frappé ſur les degrés du trône.
N'importe: je te laiffe entouré d'affaffins.
Puiflent les noirs foupçons , augmenter ton fupplice
!
Je ne veux ni trahir , ni nommer mon complice,
Tu frémis ? ..Je triomphe.
Timur étonné , demande à Zulica quels
font ces affaffins & ce complice ?
ZULIC A.
Moi.
TIMUR.
Tu me trahis !
ZULIC A.
Je tombe aux genoux de mon Roi.
Il fait un aveu fincère de tout ce qui
s'eft paffé. Timur , accablé par un contretemps
fi terrible , fe livre à fes réfléxions.
La vie lui devient à charge; & ce moment
de fufpenfion eft très- beau , par l'incertirude
où il met le fpectateur , & par la
façon dont il motive le dénoument . Il fe
décide enfin ; & fait grace à fon favori.
Puis , s'adreffant à Zéhangir.
TIMUR.
Par tout ce que tu vois ,
Juge enfin , Zéhangir , quel eft le fort des Rois.
FEVRIER. 1760 . 195
Je porte , en frémiffant , alors que l'on m'envie ,
Et le fardeau du trône , & le poids de la vie.
Environné d'écueils , accablé , fans fecours ;
Tout ,jufqu'à l'amitié , s'arme contre mes jours .
Ofe vouloir régner ! ... Sujets ingrats que j'aime !
Arrachez de mon front ce fanglant diadême ;
Ou pour mieux yous venger de mes juſtes rigueurs
;
Venez , dans mon palais contempler mes malheurs
.
Aux Gardes de Zéhangir .
Qu'on détache fes fers.
A Zéhangir.
Une feconde fois , jouis de mes bontés :
Je te pardonne .
ZEHANGIR.
A moi !
TIMUR.
Mais ce n'eft pas affez : jaloux de la couronne ,
Tu voulois me ravir & la vie & le trône ?
Prends ce poignard ; tiens .
ZEHANGIR.
Donne.
AMETIS.
O moment , plein d'effroi !
I ij
196 MERCURE DE FRANCE
TIMUR.
Te voilà libre ; frappe : ofe immoler ton Roi,
ZEHANGIR , en fe frappant.
Tu dictes mon arrêt .
à Amétis.
Cache tes pleurs ; j'ai fait ce que je devois faire.
Et toi , Timur , apprends qu'un coeur ambitieur,
Et même criminel , peut être généreux.
Humilié par toi , je dois haïr la vie :
Mais je rougirois trop de te l'avoir ravie.
Ta clémence , a pourtant enchaîné mes fureurs.
Va ; le trône t'eft dû : je t'admire... je meurs.
Ce dénoument , fur lequel la critique
auroit peut -être bien des réfléxions a faire
, a toujours produit le plus grand effet
au Théâtre . C'eft je crois la meilleure
preuve qu'on puiſſe donner de ſa bonté.
Cette Tragédie, d'un jeune homme de
24 ans , fait avec juftice concevoir les
plus grandes efpérances de fon Auteur.
Son ftyle eft noble, harmonieux , fon dialogue
aifé , & fa diction très-pure. La
rapidité avec laquelle il a changé totalement
, en quatre jours , fes deux derniers
actes , découvre une docilité , & des difpofitions
prèfque fans exemple. Il eſt à
Touhaiter, pour le Théâtre, qu'il ne s'endorme
pas dans le fuccès ; & qu'il cultive
1
FEVRIER. 1760. 197
avec ardeur un talent né
brillante réuffite.
pour
la
plus
L'Auteur a retiré fa pièce , après la feptième
repréſentation ; qui cependant étoit
nombreuſe.
Le Jeudi 17 Janvier , Madame Hus a
débuté par le rôle de Madame de Groupil
lac, dans l'Enfant Prodigue ; & par celui
de la Meunière , dans les Trois Coufines .
Elle a joué , le Dimanche 20 , le rôle de
Dona Beatrix , dans l'Ambitieux ; & celui
de la Mère , dans l'Esprit de contradiction.
Elle n'a point donné au Public le
temps de juger de fes talens . Elle s'eſt
retiréé , après ces deux repréfentations .
Le fieur Molé , qui avoit déja paru fur
leur ,Théâtre , il y a quatre ans , a débuté
de nouveau , le 28 Janvier , par le rôle
Andronic , dans la Tragédie de ce nom.
Il a été fort applaudi. Cet Acteur eſt jeune
, d'une figure agréable , a de l'intelligence
, jouë d'après lui- même , a peu de
voix , mais fe fait bien entendre. On lui
reproche , d'être un peu maniéré : défaut
qu'il a pris en Province. On lui defireroit ,
un peu plus de chaleur ; & il lui eft poffible
d'en avoir davantage. Enfin , il annonce
beaucoup de talent.
Il a joué , depuis , Don Pedre , dans
I iij
98 MERCURE DE FRANCE.
Inès ; Séyde , dans Mahomet ; Titus ,
dans Brutus ; Egifte , dans Mérope ;
d'Arvianne , dans Mélanide. Il a joué ,
furtout , avec un applaudiffement général
, le cinquiéme Acte de cette Comédie
; où il a prouvé qu'il peut mettre de la
chaleur quand il voudra ; & que l'Acteur
n'eft jamais auffi bon , que quand il eft
entraîné par le fentiment.
Il continue fon début.
Le 10 Février , on a remis Pourceaugnac
, Comédie en trois actes , de Molière
, qui n'avoit point été jouée depuis la
mort de Poiffon. Le fieur Préville , qui
le remplace fi bien , a joué le rôle de
Pourceaugnac avec une perfection fingu- :
lière. Si fon efprit lui fert à donner un
caractère particulier à tous fes rôles ; il'
femble que la Nature lui ait accordé le
don de fe choifir un vifage , pour chacun
de ces mêmes rôles. C'eſt , exactement
un Protée.
Mlle Hus,a fait auffi le plus grand plaifir
, dans le rôle de la Languedocienne.
Elle a faifi, on ne peut pas mieux , le ton ,
le parler , & le vêtement du Pays .
7
FEVRIER. 1760. 199
COMEDIE ITALIENNE.
MLLE Martin , a débuté le x6 , & a joué le
rôle de Silvia , dans le Jeu de l'Amour & du Hazard
; le 20 , dans la Coquette fixée , celui de la
Comteffe ; & le 30 , dans la Servante maîtreſſe , celui
de Zerbine . Le 3 Février , elle a rempli le rôle
de Nife dans la Bohémienne ; & le 7 , dans la Servante
maitreffe , & dans le Maître de Muſique ,
elle a chanté les rôles de Zerbine ,& de Laurette.
Quelles que foient les raifons qui ont forcé cette
Actrice à le retirer fi fubitemeat ; il eſt aflez généralement
convenu qu'elle a montré de l'intel--
ligence & de l'âme , dans la Coquette fixée . Mais ,
Mlle Silvia n'eft plus. Et Madame Favart , dont
la Dlle Martin a auffi voulu doubler les rôles , eft
un objet préfent, dont les talens font trop chers.
au Public , pour que la concurrence entr'elle &
quelque débutante que ce foit , puiffe être longtems
indécife.
Le fieur Lejeune a débuté , le 3 Février , par le
rôle d'Amoureux , dans les Talens à la mode ,
Comédie en trois Actes , remife . La Pièce & l'Acteur
, ont été fort applaudis . On l'a jouée huit fois
de fuite .
Le même Acteur, a joué le s & le 6 , le rôle de
Sigifmond , dans La Vie eft unfonge ; celui du
Prince , dans Ninette à la Cour , & celui d'Amadis
, dans la Parodie , avec les mêmes applaudiffemens
; & donne les plus grandes espérances .
La Dlle Jourdani , Italienne , a débuté le 27 & le
29 Janvier , dans l'Epoufefuppofee , Comédie Italienne
; le 1 Février , dans la Servante de Qualité;
& le , dans le Divorce . Elle a joué le rôle de
Soubrette dans ces trois pièces ; & s'eft retirée.
I
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
OPERA- COMIQUE.
CEUx qui ont fuccédé au fieur Monct , dans
l'entreprise de ce Spectacle , ne fe démentent pas
dans le zèle qu'ils ont montré depuis deux ans ,
pour attirer & fatisfaire le Public : auffi en fontils
récompenfés , par l'affluence journalière des
Spectateurs. La Refource des Théâtres , Prologue
en 6 Scènes , eft la premiere Piéce qu'on y a
exécutée , comme compliment d'ouverture . L'Auteur
ne le nomme pas ; & M. Favart , dont les
productions de ce genre font fi connues par le
plaifir qu'elles ont toujours droit de faire › y a
joint un Vaudeville , en douze couplets , dont la
finelle & les faillies plaifent au point , qu'on imagine
chaque jour les entendre pour la premiere
fois. La Veuve indécife , Opéra-comique, annoncé
dans le Mercure de Septembre 1759 , aˆété re-›
mis le même jour avec quelques légères corrections
, qui n'ont fait qu'ajouter à ce qu'il valoitdéja
. Le lieur Duni y a joint entr'autres chofes ,
une Ariette , dont la réuflite eft toujours certaine.
Mercredi , 13 Février , on a donné la premiere
repréſentation du Maitre en Droit , Opéra- Comique
mêlé d'Ariettes & de Vaudevilles. Les paroles
font de M. le Monnier , jeune homme qui
donne de grandes efpérances pour ce genre ; &.
la Mufique , de M. de Monfigny , Auteur de celledes
Aveux indifcrets dont la réuffite eft connue.
Cette Piéce a été très -bien reçuë , & fait
honneur aux deux Auteurs.
,
Le Peintre , amoureux de fon modèle , la Rofe ,
la Reine du Barofan , la Chercheufe d'efprit , Blaife
le Savetier, & le Docteur Sangrado , font les Piéces
de rempliilage qui ont été jouées juſqu'à préFEVRIER
. 1760 . 201
fent. La Contredanfe des Portraits à la mode , &
le Ballet de la Guinguette Allemande , ont fait
beaucoup de plaifir , par la vivacité & la vérité
de leur exécution . Les Dlles Prudhomme , Luzy &
Thomaffin ; les feurs Pietro , Duval , Defnoyers ,
& Dupuis , fe font voir à chaque inftant avec de
nouveaux talens ; & les applaudiffemens du jour ,
ne font que les encourager à mieux valoir encore
le lendemain .
ARTICLE V I.
NOUVELLES POLITIQUES.
De CONSTANTINOPLE ,
SA
le
14 Décembre 1759
A Hauteffe a donné , il y a peu de jours , audience
à l'Envoyé extraordinaire de Ruffie. Ce
Miniftre étoit accompagné du fieur d'Obereskoff ,
réfident à Conftantinople de la part de la même
Cour. Il préfenta dans cette audience les Lettres
de félicitation , adreffées au Grand- Seigneur par
l'Impératrice de Ruffie , fur fon avènement au
Trône. Les deux Miniftres furent reçus de fa
Hautefle avec beaucoup de témoignages d'affection
& d'intelligence,
De PETERSBOURG , du 28 Dicembre
&jours fuivans.
Il eft déja arrivé ici un grand nombre d'Offciers
relâchés , en vertu du cartel convenu avec
Sa Majesté Pruffienne . On fait de grand prépa
ratifs pour la Campagne prochaine.
I w
202 MERCURE DE FRANCE.
Le quartier général de notre Armée , étoit le
20 de ce mois a Martenboury : cette Armée eſt
encore compofée de plus de cinquante mille hommes
, & en aflez bon état . On confirme , qu'une
partie de cette Armée ne s'écartera pas de la
Viftule , afin de ne pas trop s'éloigner des Corps
qui font reftés en Pomeranie. Ces Corps continuent
d'y faire la petite guerre : le Général Fermer
eft resté à Thorn avec un Corps de Ruffes.
Le 29, on célébra l'anniverfaire de l'Impératrice,
qui entroit dans fa cinquantième année. S. M.
eft toujours ferme dans la réfolution de n'entendre
à aucune propofition d'accommodement, que
de concert avec fes Alliés . Son Chancelier a remis
par fon ordre au fieur Keith , Miniftre d'Angleterre
, à la Cour , une déclaration très - poſitive à
ce fujet. Elle porte en ſubſtance , qu'Elle ne s'eft
déterminée à prendre part à la guerre que parles
confidérations les plus graves , & après avoir
vü attaquer fes Alliés de la manière la plus contraire
au droit des gens : c'eft pourquoi elle ne
mettra bas les armes qu'après avoir procuré aux
parties lézées les fatisfactions convenables , & après
avoir vu le repos de l'Allemagne appuyé fur des
fondemens ftables . Elle a fait envoyer cette déclaration
à tous fes Miniftres dans les Cours étran
geres , pour y être communiquée.
De STOCKOLM , le 1 Janvier 1760.
Les forces navales de la Suéde , qui étoient à la
rade de Carlſcroon le Printems dernier , confiftent
en 28 vaiſleaux de ligne , depuis 90 canons jufqu'à
42 ; 12 frégates , depuis so juſqu'à 26 ; 3
brigantins ; 4 chaloupes de guerre ; 9 galeres &
24 brulots & galiotes à bombes. Il y a encore
plufieurs galeres , prêtes à fortir du port , auffitôt
que le befoin l'exigera .
FEVRIER. 1760.
203
De COPPENHAGUE , le 2 Janvier.
Depuis que Sa Majefté eft parfaitement rétablie
, le genre de fa maladie n'eft plus un mystère.
La crainte d'allarmer fes fujets , dans un temps'
où la petite vérole faifoit de cruels ravages , avoit
fait câcher foigneufement que le Roi en étoit
attaqué. Il y a eu des momens où l'on a été dans
de grandes appréhenfions pour fa vie Cette maladie
épidémique , diminue beaucoup . Nous n'avons
perdu, la femaine dernière , qu'un cinquième
des perfonnes qui mouroient dans les femaines
précédentes.
De VIENNE, le 8 Janvier..
Sa Majefté Impériale , accompagnée des Ar
chiducs & des Chevaliers de la Toifon d'Or , fie
le 6 de ce mois , la cérémonie de revêtir du
manteau & des marques diftinctives de l'Ordre ,
le Feld Maréchal Prince de Deux - ponts ; qui fur
auffi reçu le 21 , Grand Croix de l'Ordre Mili--
taire de Marie- Thérèfe.
Notre Cour a fait publier un détail exact &
dreffé par
le Commiffariat des guerres , du nom
bre d'hommes faits prifonniers à l'affaire de Ma
ken. Ce nombre monte à quatorze mille neufcens
vingt-deux , parmi lefquels il y a cinq cens trentedeux
Officiers .
On a expofé , depuis peu de jours , à la vuẽ đư
Public , le magnifique Maufolée du Prince Eu
gène , conftruit dans l'Eglife de Saint Etienne .
Ce monument , lui a été élevé par la Ducheffe
douairière de Savoye , née Princeffe de Lichtenf
tein. Il répond , par fa magnificence , & par l'inf¹
cription qui l'accompagne , à la haute réputation
du Héros , à la mémoire duquel il eft confacré.
Le Prince Léopold de Lobkowitz , Major du
Ivi
204 MERCURE DE FRANCE.
Régiment des Deux ponts, eft mort à Drefde ,
après peu de jours de maladie , à l'âge de 25 ans .
On a appris, de Pologne , que les Haydamacs ,.
dont les cour fes avoient cellé depuis quelque
temps , venoient de les recommencer. Ils ont
fondu à l'improvifte fur les Terres du Prince.
Jablonowski, & ils y ont commis mille défordres,.
pillant & mailacrant tout ce qui eft tombé entre
leurs mains.
Le quartier du Maréchal de Daun eſt toujours
dans les environs de Drefde. Le Roi de Pruile , a
abandonné fon pofte de Prefchendorff. Il a établi
de nouveau fon quartier général à Freyberg. Ce
Prince , loin de fonger à attaquer le Maréchal de
Daun, femble fe borner, pour le moment préfent,
à la défenfive.
>
Le Comte de Schmetrau , s'eft porté depuis
peu , à la tête de fix mille Pruffiens vers .
Lauban , Gorlitz , & Oftritz. Le Maréchal de
Daun a auffitôt détaché les chevaux légers faxons,
les Régimens de Vieux Modene, & de Schmertzing
, Cuirafiers , & les deux Régimens de Marf
hall & d'Angern , Infanterie , qui ont arrêté fes
progrès. Le Général Beck tient toujours en échec
le corps aux ordres du Général Fouquet , &
l'empêche de fe joindre à l'Armée du Roi , Ce
Corps a été obligé, par les manoeuvres du Général
Autrichien , de refter près de Glogaw en Silćfie .
Le Général de Ried a eu près de Marienberg ,
une efcarmouche avec un Corps Pruffien. La fupériorité
du nombre , l'a obligé d'abandonner fon
pofte. Ila cependant fait quelques prifonniers,
Pruffiens.
De BERLIN , le 8 Janvier.
Nous commençons à efpérer que le Prince
FEVRIER. 1760. 205
Ferdinand de Pruffe fe rétablira parfaitement de
l'état de dépériffement où il étoit tombé depuis
quelque temps . Cette belle cure eft due au fieur
Cothenius , Médecin du Roi .
De LEIPSIK , le 24 Janvier.
Le Roi de Pruffe continue de traiter avec la
même rigueur les habitans de cette Ville , ainſi
que tout l'Electorat de Saxe , dont il exige de terribles
contributions. Le château de Pleiflembourg
fe remplit tous les jours de malheureux ôtages
tant de Léipfick que des autres Villes ,que le Roi
fait refferrer avec la derniere dureté.
De PRAGUE , le 31 Décembre 1759.
La garnison de Drefde , renforcée jufqu'à vingt
mille hommes , met cette Ville à couvert de toute
infulte ; & la bonne pofition du Maréchal de
Daun , qui a fon quartier à Pyrna , rend fes habitans
tranquilles fur les entreprifes du Roi de
Pruffe.
L'Impératrice Reine , a nommé le Baron de
Laudon Général Commandant de fes troupes en
Bohême & en Moravie . Sa nouvelle Armée eft
déjà de vingt mille hommes ; & on a pris des
mefures pour qu'avant le milieu du mois , elle
foit forte de trente . Il a tranſporté fon quartier
général de Brillin où il étoit , à Brixen , afin d'être
plus à portée d'obferver les mouvemens du Prince
de Brunswick.
DE HAMBO U R G, le 12 Janvier 1760 .
L'armée Ruffienne.continue d'occuper les quartiers
aux environs de la Viftule . leur peu d'éloignement
de cette rivière fait conjecturer qu'on ſe
propofe de les faire agir de bonne heure .
De BAMBERG , le 6 Janvier.
L'armée de l'Empire vient de prendre les quar
tiers dans la Franconie & dans le Voigtland. Le
106 MERCURE DE FRANCE.
Maréchal de Serbelloni , qui la commande , en
Fabfence du Prince de Deux- ponts , a établi ici
fon quartier général. Les différens corps dont
elle eft compofée , font difpofés de manière à le
raffembler facilement & avec promptitude.
de
Un détachement de Chaffeurs & de Huffards
de cette armée , furprit , le 29 du mois derniér ,
la Ville d'Erfurth. Il y avoit un détachement de
l'armée des Alliés , qui fut obligé de fe rendre prifonnier.
On a pris dans cette occafion un grand
nombre de chariots chargés de malades ,
vivres , & de bagage. Il s'eft fait encore, de la part
de ces détachemens de Huffards , la prife d'un
convoi de quarante chariots chargés de pain & de
farine , avec ſon eſcorte , deſtiné pour l'armée du
Prince Ferdinand ; & à Néda , celle d'un petit
corps d'artillerie Heffoife .
De LISBONE , le 30 Décembre 1759.
Le 13 , on effuya une violente tempête , qui a
caufé beaucoup de dommage parmi les vaiffeaux
qui étoient dans la Baye. Quelques - uns ont péri ,
d'autres ont échoué, & ont eu feur cargaiſon fort
endommagée. Cependant la perte eft beaucoup
moins grande qu'on ne l'avoit d'abord eftimée,
On a embarqué , pour la fortereffe de Mafagan
en Affrique , plufieurs prifonniers d'Etat:
c'étoient, fuivant les conjectures , des coupables
de la derniere conjuration .
•
De MADRID , le 23 Janvier 1760 .
Le 20 de ce mois , le Roi entra dans fa quarante-
quatrième année . La Cour fut à cette occa
fion en grand gala , & fut admife à complimenter
le Roi & à lui baifer la main. Il y avoit longtemps
qu'elle n'avoit été fi nombreuſe , ni fi brillante ;
chacun s'étant efforcé de témoigner ſon attachement
, & fon amour pour fon nouveau Souverain.
FEVRIER. 1760. 2:07
De ROME , le 12 Janvier.
On croit que notre Cour & celle de Portugal
font d'accord fur les points qui les divifoient. Sa
Sainteté accorde, pour toujours , au Roi de Portugal
& à fon Confeil de Confcience , la déciſion
de tous les différends eccléfiaftiques qui pourroient
furvenir dans les États. Elle demande feulement,
qu'on y appelle un Evêque qui ait fait une étude
fpéciale des cas de confcience & du Droit eccléfaflique.
La nomination du Nonce , à la Cour de
Portugal , ne fe fera aufli que de concert avec
cette Cour. Le Pape propoſe pour cette nonciature
quatre Prélats , parmi lefquels Sa Majesté
Très-fidelle fera un choix.
Les pluies , qui afgeoient ce Pays dépuis plufieurs
mois , & qui fembloient ôter aux gens de
la campagne toute eſpérance de récolte , ont enfin
ceffé. Suivant les nouvelles du 19 , le temps
eft redevenu ferein ; & ce changement a l'appa
rence d'être durable.
De LONDRES , le 8 Janvier.
On est toujours dans l'inquiétude au fujet dur
fieur Thurot, & de fa petite efcadre. Quelques avis
venus des Côtes de Norwege , vers la fin du mois
dernier , apprenoient qu'il croifoit fur ces Côtes ,
& qu'il avoit intercepté plufieurs vaiffeaux Anglois.
On dépêcha auffitôt un Courier au Chef
d'efcadre Boys , qui étoit ftationné dans la rade
de Leith en Ecoffe , avec ordre de fe remettre à fa
pourfuite. I fit à l'inftant fes difpofitions pour
appareiller au premier vent favorable , & il fit
prendre les devans aux canots le Scourge & l'Ai
gle. On n'en a plus eu de nouvelles depuis.
On a appris,du 30 , que l'Amiral Saunders eft,
fur fon départ pour aller relever l'Amiral Brode
208 MERCURE DE FRANCE.
rick , qui eft forti de Cadix le 4 du mois dernier.
Il a été de nouveau accueilli par une violente
tempête , qui l'a obligé de fe réfugier en trèsmauvais
état à Gibraltar . On eftime ici qu'il a
été heureux d'être fi près de ce port : car l'eſcadre
Françoife , compofée de cinq vaiffeaux de ligne, &
de trois frégates , eft fortie bientôt après , On
fçait qu'elle a paffé fans oppofition le détroit ,
failant voile pour Toulon .
Après bien des conteftations , la Chambre des
Communes donna , le 23 de ce mois , fon approbation
au Bill concernant l'emprunt de huit millions
de livres sterling , par annuités ; & il vient
feulement d'être arrêté . On dit , qu'on portera.
jufqu'à vingt mille hommes , le corps de troupes
deftiné à renforcer le Prince Ferdinand , fous lesordres
des Généraux Barington & Honeywood.
Il eft mort, à Lithe , dans le Comté de Weftmerland
, un aveugle dès l'enfance , qui par fes
connoiffances pouvoit être réputé l'émule du
célèbre Saunderfon . Il fe nommoit Georges Bercket
, ou , plus vulgairement ,Georges l'Aveugle.
La privation de la vue ne l'avoit pas empêché
de faire dans la Théologie , la Morale , la Métaphyfique
, la Mufique & la Philofophie naturelle ,
des progrès qui étonnoient ceux même qui étoient
le plus verfés dans ces fciences .
De LA HAYE , le 27 Janvier.
Tout annonce ici les difpofitions pacifiques du
gouvernement, & on en peut inférer le peu de
fondement des bruits répandus de toutes parts ,
que nous allions être entraînés dans la querelle
qui divife toute l'Europe.
Il est mort en cette ville , la femaine derniere,
une femme âgée de cent quinze ans & quelques
mois. Elle a confervé fa raifon &.la vuë juſqu'à
la fin .
FEVRIER. 1760. 209
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
De VERSAILLES , le 17 Janvier 1760 , &
jours fuivans.
SA Majeſté a nommé le Comte de Polaſtron ,
ci- devant Colonel du Régiment de la Couronne ,
Infanterie , grand Sénéchal du Comté d'Armagnac
, & Gouverneur de la Ville d'Auch .
Le 6 , la Comteffe de Jumilhac eut l'honneur
d'être préſentée à leurs Majeftés & à la Famille
Royale.
Le Roi a nommé la Comteffe de Narbonne ,
ci-devant Dame du Palais de feue Madame Infante
, Ducheffe de Parme , pour accompagner
Madame .
Sa Majesté a difpofé du Régiment Royal de
Corfe , vacant par la mort du Comte de Vence ,
en faveur du Vicomte de Vence , Colonel réformé
à la fuite de ce Régiment.
Le 27 de ce mois , le Maréchal de Maillebois ,
prêta ferment entre les mains de Sa Majefté ,pour
le gouvernement d'Alface .
Sa Majefté a nommé , pour fon Ambaffadeur
extraordinaire auprès du Roi des Deux - Siciles ,
le Marquis de Durfort, actuellement Ambaffadeur
auprès de la République de Venife .
Le Comte de Bafchi , ci - devant Ambaffadeur
auprès du Roi de Portugal , remplacera le Marquis
de Durfort à Venife.
Sa Majefté a aufli nommé le Marquis de
210 MERCURE DE FRANCE.
Beauflet, fon Miniftre Plénipotentiaire auprès de
I'Electeur de Cologne .
Le 1 Février , le Roi tint le Sceau. Le même
jour , les Officiers de la Chancellerie de France ,
de fervice & en quartier , & deux Syndics des
Secrétaires du Roi , eurent l'honneur de remettre
à Sa Majefté , en la manière accoutumée &
fuivant l'ufage , les cierges de la Chandeleur . Ils
furent préſentés par le fieur de Brou , Doyen des
Confeillers d'État.
Le lendemain, fête de la Purification de la fainte
Vierge , les Chevaliers , Commandeurs & Offciers
de l'Ordre du S. Elprit , s'étant aſſemblés ,
vers les onze heures du matin dans le cabinet du
Roi , Sa Majesté tint chapitre , & admit au nombre
des Chevaliers , le Prince des Afturies, & l'Infant
Don Louis. Le Roi fortit enfuite de fon appartement
, pour fe rendre à la Chapelle . S. M.
étoit en manteau , avec le Collier de l'Ordre pardellus
. Les deux Huiffiers de la Chambre marchoient
devant Elle avec leurs maffes , & Elle
étoit précédée de Monfeigneur le Dauphin , du
Duc d'Orléans , du Prince de Condé , du Comte
de Clermont , du Prince de Conti , du Comte de
la Marche , du Comte d'Eu , du Duc de Penthiévre
, des Chevaliers , Commandeurs & Offciers
de l'Ordre. Le Roi affiſta à la Bénédiction
des Cierges & à la Proceflion qui fe fit dans la
Chapelle . La Grand-Meffe fut célébrée par l'Archevêque
de Narbonne, Prélat Commandeur. La
Reine , Madame la Dauphine , Madame, & Mefdame
Victoire , Sophie & Louife , étoient dans la
tribune.
Après la Meffe , S. M. fut reconduite à fon ap
partement en la manière accoutumée.
Le Roi a accordé l'Abbaye de Vezelai , Diocèſe
Autun , à l'Abbé Berthier , Doyen du Chapitre
FEVRIER. 1760. 211
de la même Abbaye , & ci- devant Vicaire- Géné
ral du Diocèſe de Troyes.
L'Abbaye d'Igny , Ordre de Citeaux , Diocèle
de Rheims , à l'Abbé de Puyfignieux , ancien
Vicaire - Général du Diocèfe de Lyon.
De l'Armée , à Gieffen , le 8 Janvier.
L'Armée aux ordres du Maréchal de Broglie ,
décampa d'ici les du mois dernier . Ce même
jour , le Baron du Blaifel fut fommé de fe rendre
par un Aide-de- Camp du Prince Ferdinand . Sur
fon refus , le Prince prit fes mefures pour l'invef
tiffement de Gieffen . Le 7 , à trois heures après
midi , un ſecond Aide-de- Camp du Prince demanda
à parler au Baron du Blaifel . Il lui propofa
de te rendre , & lui offrit les conditions les
plus honorables. Mais le Baron répondit , qu'il
étoit dans la Place pour la défendre. Ily a trenta
ans , ajouta - t- il que je fers le Roi , & quelque
temps que je fuis guéri de la peur. Quand le Prince .
voudra , nous commencerons.
Le 21 , le Baron du Blaifel reçut ordre du Maréchal
de Broglie de faire attaquer , le lendemain
avant le jour, le poſte de Klein Linnes , pour que
cette diverfion favorifât l'attaque que l'armée , de- .
voit faire à Langgon . Le 22 , à deux heures du
matin , Klein-Linnes fut attaqué très-vivement
& avec avantage. Pendant ce temps- là le Maréchal
de Broglie fit attaquer , avec fuccès , par fes
troupes légères les portes de Langgon & de Sich
Le 25 , le Baron de Blaifel , ayant eu avis que
les ennemis repaffoient la Lohn , envoya un détachement
à Wifek. Les troupes qui gardoient ce
pofte,s'enfuirent avec précipitation ,à fon approche..
On trouva dans le village une grande quantité
d'échelles , de crochets de fer & de cordes , que
le détachement enleva . Pendant la nuit du 27 au
212 MERCURE DE FRANCE.
28 , le Maréchal de Broglie , qui étoit arrivé ici ,
fit donner différentes alertes à l'ennemi ; ce qui
obligea le Prince Ferdinand , de faire fortir toutes
Les troupes de leurs cantonnemens , & de les
ranger en bataille fur les hauteurs de Kleyberg &
de Hezchelheim . Après s'étre ainfi affuré que toutes
les troupes desAlliés étoient dans leur ancienne
pofition , le Maréchal reprit la route de Friedberg.
Les fages difpofitions qu'il a faites , ont rétabli
notre communication avec fon Armée .
On a appris du 10 , que les troupes qui avoient
été placées dans la Ville de Dillenbourg , depuis
que nous nous en étions rendus maîtres , y ont été
attaquées par un corps des Ennemis , de huit à
neuf mille hommes , aux ordres du Baron Vengenheim
; & qu'après une défenſe opiniâtre de
notre part, la garnifon a été obligée de ſe rendre
prifonnière de guerre On a perdu , dans cette
occafion , le fieur Paravicini , Brigadier , Officier
d'un mérite diftingué & généralement regretté .
Suite du Journal de l'Armée .
La retraite du Prince Ferdinand , de l'autre côté
de Marburge , au- delà de la rivière d'Ohin , à
déterminé le Maréchal de Broglie à prendre fes
quartiers d'hyver. Il a établi fon quartier général, à
Francfort. On a laiffé dans Gieffen une garnifon
confidérable : le Baron du Blaifel , Maréchal de
Camp , eft refté dans cette place pour y commander.
Les troupes aux ordres du Marquis de Muy
& du Marquis de Voyer , ont repris la route de
Cologne , pour aller occuper les quartiers d'hyver
qui leur font deſtinés fur le Rhin & la Meuſe ,
où elles feront aux ordres du chevalier de Muy.
Le corps des Saxons & les troupes de Wirtemberg
hyverneront fur le haut Mein.Le Comte de Luface,
prendra fon quartier dans Wurtzbourg.
Depuis que ces quartiers d'hyver ont été pris ,
il ne s'eft rien paffé de remarquable.
FEVRIER. 1760 . 213
De PARIS , le 19 Janvier 1760 , &jours fuivans .
Le 1s de ce mois , on fit dans l'Eglife Métropolitaine
de cette Ville , un Service folemnel , par
ordre du Roi , pour le repos de l'ame de Ferdinand
, VI du nom , Roi d'Espagne , & de Marie-
Madelaine de Portugal , Reine d'Espagne , fon
époufe . Sa Majefté avoit nommé pour le grand
deuil du Roi d'Eſpagne, Monfeigneur le Dauphin ,
le Duc d'Orléans , le Prince de Condé ; & pour
celui de la Reine d'Espagne , Madame la Dauphine
, Madame , & Madame Victoire . Ces Princes
& Princeffes s'étant rendus à l'Archevêché , où
le Marquis de Dreux, Grand Maître des Cérémonies
, & le fieur de Nantouillet , Maître des Cérémonies
en furvivance , allerent les prendre ,
lorfque tout fut prêt. Ils les conduifirent à l'Eglife ;
ils entrèrent par la grande porte , & furent pla
cés dans les hautes Italles , à droite & à gauche.
Plusieurs Archevêques & Evêques affiftèrent à
cette cérémonie , ainfi que le Parlement , la
Chambre des Comptes , la Cour des Aides , l'Univerfité
, & le Corps de Ville. L'Archevêque de
Paris y officia pontificalement. L'Evêque de Vence
prononça l'Oraifon funèbre.
Le portail de l'Eglife étoit tendu en noir , avec
trois lès de velours, chargés d'écuffons , entre lelquels
étoient placés trois cartels chargés des
armes & des chiffres du Roi & de la Reine d'ELpagne
Le pourtour du choeur , étoit décoré d'un ordre
Ionique , en pilaftres & arcades , furmonté d'un
entablement , dont la frife étoit femée de fleursde-
lys d'or. Cette architecture étoit figurée en
marbre antique, & tous les ornemens étoient
dorés. Ses arcades étoient garnies de rideaux
noirs , rayés d'hermine , retroulés avec des cordons
treffés en or. Au-deffus de l'entablement ,
214 MERCURE DE FRANCE.
étoit un attique , orné à l'aplomb des arcades ,
de grands écullons aux armes d'Espagne , foutenus
par des lions , entourés de palmes & de guirlandes
en or , accompagnés de chiffres du Roi &
de la Rei e d'Espagne , fur un fond d'azur , groupés
de branches de cyprès.
L'Autel , élevé de plufieurs marches , étoit au
pied d'une niche , en marbre blanc. Le fond de
la niche étoit rempli par le fymbole de la Divinité
, entouré de nuages & de grands rayons dorés.
Au haut de l'attique , terminé en fronton, un
grand dais étoit placé en baldaquin , avec des
rideaux pendans & retrouffés , rayés d'hermine.
Le Catafalque , placé à l'entrée du choeur , étoit
fur un plan quarré long. Aux quatre angles, s'élevoient
quatre focles ,; d'où partoient , quatre
corps folides . Deux colonnes , d'ordre Ionique ,
étoient engagées dans chacun de ces corps , &
portoient un entablement pareil à celui de l'architecture
du choeur. Les deux petites faces de ce monument
, étoient difpofées en arcades . Les deux
grands côtés étoient terminés , quarrément , par
la plate-bande de l'entablement . Les colonnes de
verd antique , avoient leurs bafes & leurs chapiteaux
en or. Les corps folides étoient en marbre
jaune antique , avec des encadremens renfoncés ,
chargés de trophées militaires , & de médaillons
en or , liés par des guirlandes de lauriers.
Une pyramide de brêche violette, portée par un
piédeſtal de même marbre , terminoit le monument.
Sur les quatre faces de ce piédeſtal, étoient
les Ecuffons d'Eſpagne en relief, fupportés par
deux lions ; & fur les faces de la pyramide , des
Ecuffons d'Anjou , en or.
Sous la voute du Catafalque , fur une eſtrade
élevée de fix marches , pofoit un focle de verd
campan , chargé fur fes faces de bas-reliefs & de
agures de marbre en ronde boffe. Au-deffus du foFEVRIER
. 1760. 215
cle & fur les griffes de lion , étoit un farcophage
de porphire , couvert d'un drap mortuaire en or,
chargé des écuffons d'Eſpagne en broderie d'or ,
avec deux couronnes voilées d'un crêpe .
Le Catafalque étoit couvert d'un grand poêle à
quatre rideaux pendans & retrouflés , noirs , &
rayés d'hermine.
Toute cette décoration étoit dans le goût antique.
Ses ornemens , étoient du meilleur choix.
Leur éclat étoit relevé par le grand nombre &
par l'heureufe difpofition des lumieres. Il y avoit
beaucoup de richeffe dans les détails , beaucoup
de nobleſſe & de magnificence dans l'enfemble.
Cette pompe funèbre , ordonnée de la part de
Sa Majesté , par le Duc de Duras , Pair de France ,
premier Gentilhomme de la Chambre du Roi ,
a été dirigée par le fieur de la Ferté , Intendant
des Menus- plaifirs du Roi , fur les deffeins du fieur
Michel Ange Slodtz , Deffinateur ordinaire de la
Chambre & du Cabinet de Sa Majeſté .
Suivant les regiftres publics des Eglifes Paroiffiales
de cette Ville , il eft mort , pendant le cours
de l'année derniére , 18446 perfonnes ; il s'y eſt
fait 4059 mariages ; il y a eu 19058 baptêmes ; &
le nombre des enfans trouvés monte à 5 264.
Le 20 Janvier, on a reſſenti ici , à dix heures & un
quart du foir , une légère ſecoufle de tremblement
de terre ; mais elle a été fi peu fenfible , que trèspeu
de perfonnes s'en font apperçues . On l'a reffentie
plus diftinctement , à Verlailles. On a appris
depuis, que ce tremblement de terre a été fenti
à Amfterdam , à Leyde & à Utrecht. Les lettres
de Bruxelles & de Cologne , parlent de quelques
fecoufles qui le précédèrent le 19. Il a été affez
violent dans ces deux Villes . Suivant les lettres de
Cologne , on a reffenti une nouvelle fecouffe le
21 , vers les quatre heures du matin. A Peronne,
les fecouffes du 20 au foir, durerent deux ou trois
216 MERCURE DE FRANCE.
minutes , & effrayerent plufieurs perfonnes , qui
fortirent précipitamment de leurs maifons , de
crainte d'être écralées fur leurs ruines. On a ap .
pris auffi , que le 22 de Décembre , la fecouffe di
tremblement de terre s'étoit faite fentir dans la
Norwege & dans le Duché de Holſtein . Cette fecoulle
a été précédée , en divers , endroits par un
violent coup de tonnerre.L'ébranlement a été confidérable,
à Hadersleben. Dans quelques villes, routes
les tuilles ont été jettées par terre. Cet accident
n'a pas eu d'autres fuites.
Le 1 Février , le fieur Gigot , Recteur de l'Uni-¸
verfité , accompagné des Doyens des quatre Facultés
& des Procureurs des Nations , ſe rendit à Verfailles
; & fuivant l'ancien ufage, il préſenta un
cierge au Roi , à la Reine , à Monfeigneur le Dauphin
, à Madame la Dauphine , & à Monfeigneur
le Duc de Bourgogne.
Le mêmejour, le Pere Aubert, Docteur de Sorbonne
, & Commandeur de l'Ordre de Notre
Dame de la Mercy , Rédemption des Captifs, accompagné
de trois Religieux de cet Ordre , eut
l'honneur de préfenter à la Reine un cierge , en
hommage & en reconnoillance de leur établiſſement
à Paris , par la feue Reine Marie de Médicis.
On a reçu avis de Toulon , que les vaiffeaux &
les frégates , qui étoient à Cadix depuis le combat
du fieur de la Clue , font rentrés dans le premier
de ces deux ports , au nombre de cinq vaiſſeaux &
trois frégates. Ils étoient fortis de Cadix immédiatement
après la tempête qui avoit difperfé l'Efcadre
Angloife.
Le tirage de la Loterie de l'Ecole Royale Militaire
, s'eft fait le s de Février , en la manière
accoutumée. Les Numéros fortis de la roue de
fortune font 39 , 30 , 64 , 28 , 56. Le prochain
tirage fe fera le 6 du mois de Mars.
Suite
FEVRIER. 1760. 217
SUITE de la Lifte de la Vaiffelle portée
à la Monnoie de Paris.
Meffieurs
Du 2 Janvier 1760 .
Les Dames de la Croix , rue S. Honoré.
De Vaujoye , Receveur du Domaine
de Verſailles .
Le Marquis de Laigues .
Thiroux , Maître des Requêtes.
Chenu , Marchand Epicier.
Ribert , Bourgeois de Paris.
Daudafne , Avocat.
De Saint Jullien , Receveur général
du Clergé. ( Second Envoi. )
De Perfan , Maître des Requêtes,
Du 4 Janvier.
De Saint Jullien , Receveur général
du Clergé. ( Troisième Article . )
MM .Joly de Fleury , frères ; Avocat
gén. & Procureur général.
Les Prêtres de la Doctrine Chrét. de
la Maiſon de Saint Jullien .
Loir , Marchand Orfévre.
Les Peres Jéfuites de la Maiſon
Trofeffe.
Lés Dames du Bon Pasteur , du
Fauxbourg S. Germain .
Mlle Aubron , en or , 3 on. I g. 24 g.
m.o.g.
6 2
20 5 3
35 2 }
8174
30 4 3
26112
S I
57 6
21476
414 6 2
2
208
17 I 6
2 4
291 3
I
S
7525-5-6
K
218 MERCURE DE FRANCE
Suite du 4 Janvier.
Madame Cottin , épouse du Direct .
de la Compagnie des Indes ,
en or , 4 onc . 4 gr. 6 g.
La Veuve Datte.
1.0.g.
6 6
53236
Du s Janvier.
Roberdeau , Bourgeois.
Madame la Préſidence Chauvelin .
Meffieurs
Le Marquis de Voyer d'Argenſon .
De Bonnaire , Confeiller au Grand
Confeil .
Madame la Marquiſe de Roye.
Des 6 & 7 Janvier.
Rouillé de Roiffy , Conſeiller honor .
au Parlement .
La Fabrique de Garges , Comté
d'Arnouville .
Du 8 Janvier.
Les Bénédictins de Provins.
Lefévre , Agent de Change.
La Maison de Sorbonne .
m. o. g..
49 3
42 7 S
303 3
39563
172 4 6
2016 3
331 62
97 I
716 I 4
35 7.0-
***
Is 5 2
114 7 I
IO I O
176 4 3
Dů 9 Janvier.
Meld, de l'Abbaye S , Antoine. IOS 3 4
Les Bénédictins de Saint Pere , de
Chartres.
2952
FEVRIER. 1760. 219
Meffieurs
Suite du 9 Janvier.
Thierry , Directeur du Tabac.
Les Bénédictins Anglois
La Paroille de Moret , près Fonrainebleau.
Blondel de Gagny , Tréforier gén .
de la Caiffe des Amortiifemens.
L'Abbé de la Porte.
Les Prémontrés de l'Abbaye de
m . o. g.
I I • G
49 S 2
37 3 4
1ƒ6 1 6
3660
Bellozane , en Bray. 4256
4687 2
Du 10 Janvier.
Vielle , Bourgeois de Paris. 16 6 3
Gervaife , Noraire . 36 3 I
Les Dames Religieufes de S. Dominique
, de Montargis.
Bofcheron , Marchand de Dentelles,
16 54
374 2
107 2 7
Du Janvier.
Liége , Apothicaire du Roi. 64 I 4 %
Fremin , Maître des Comptes.
126 I S
190 3 L
Du 12 Janvier.
Bergeret , Receveur général.
160 6 0
Coudot , Bourgeois de S. Germain.
Vaudive , Greffier au Grand Confeil.
Du 13 Janvier.
Gaudin , Secrétaire du Roi.
822
19 0 1
138
206 0 3
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Du 14 Janvier.
De Lorme , Bourgeois de Paris.
Mlle Dubois .
Allut, Secrétaire du Roi.
Les Religieufes Annonciades.
Madame Boulle , Veuve du Payeur
des rentes.
.m. o.
40 5 6
80 4 7
129 6 5
154 4 2
ISI S
420 7 I
Du 15 Janvier.
De la Bardouliere , Lieutenant
aux Gardes.
Le Séminaire de S. Sulpice.
Morlac de Montour , ci -dev . Doyen
de Mrs les Maîtres des Requêtes.
Foulon , Intendant de la guerre.
De Fontette , Intendant de Caen ,
( Second Article. )
Du 16 Janvier.
Le Marquis de Chabonnois.
853
41 4 3
144 3 I
8554
Nicolas Bazin , Marchand.
Du 17 Janvier,
Rouleau , Bourgeois de Paris.
Duvivier , Recev. des Confignations
de l'Arfenal.
Madame Mailluet , Marchande,
Le Marquis de Cany.
Elmaugard d'Arioche.
Les Dames de la Vilitation ,
rue
du
Bacq.
19 2 4
2994 S i
2532
206 2
274
18 6
O
42 7 S
46 I G
441 3 7
603 S
33 6 3
1
FEVRIER. 1760 . 221
Suite du 17 Janvier.
Meffieurs
Poujand , Directeur des Fermes .
Les Dames du Prieuré de Haute
Brières , Diocèle de Chartres.
Les Religieufes de Sainte Marie de
Chartres.
(
m. og
47 4 3
68.22
225 2
782 3w.
Du 18 Janvier.
Ribes , Banquier. 77 I
Saulnier , Bourgeois de Paris.
9672
Pagnon , Ecuyer. 742 4
Mufnier de Pleine , Auditeur des
Comptes.
27 3 4
188 $ 7
Du 19 Janvier.
Chomel , ancien Evêque d'Orange . 49 07
Morin , Secrétaire du Roi.
88 54
137 6 3
Des 20 & 21 Janvier.
Le Comte , Conſeiller de l'Election de
Paris , & Subdélégué de M. l'Intendant.
Dibon , Chirurgien Major des Cent-
Suiffes.
Madame la Comteffe de Kerdrain .
Bourgeois , Chirurgien Accoucheur.
L'Abbaye de Saint Denis .
11 3 51
22 7 4
-100 6 7
8625
15226
Checieu , Avocat au Parlement.
Salior , ancien Tapiffier du Roi,
Jobert , chargé de la diftribution du
Mercure de France.
96351
104 I 2
2 4
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Du 22 Janvier.
Les Religieux de l'Abbaye de Preuilly ,
Ordre de Citeaux .
Le Marquis de Moutier.
Le Comte de Chateauneuf de Randan .
Madame la Préfidente d'Aligre, Douairiere
; & Madame de S. Fargeau ,
auffi Douairiere.
Des mêmes. ( Second Article . )
Blanchart de Guénégaud , Secrétaire
Interprête du Roi.
La Paroiffe de Seaux du Maine .
Madame Fourcoual , Bourgeoife de
Paris.
Erembert , Marchand de Paris .
Le Commandeur Bocheron.
m.
37 3 S
40 6 0
49 4 S
341 I 2
44
43 I I
15 57
9056
15 35
2547
,664 I I
Du 23 Janvier.
Tonnellier , Marchand . ΙΟ
Les Chanoines Réguliers de S. Jeanles-
Sens.
Les Céleftins de Sens.
119 6 4
36 6
Les Pénitens de Sens.
Le Chevalier de Racoins , Capitaine
de Dragons , Régim . Dauphin.
S 41
26222
433 7
Du 24 Janvier.
Rezard , Bourgeois. 27 2 6
Bonin.' S1 7 4
Madame la Marquife de Neufchelles ,
& M. le Marquis de Quigné , fon
petit- fils.
Le Cointe d'Ofmont.
100 6 7
60 6 31
FEVRIER. 1760 . 223
1
Meffieurs
Suite du 24 Janvier.
Teiraffe de Loffedat , Fermier du Roi.
Les Bénédictins , de l'Abbaye de
Thiron.
Lorillier , Intéreffé dans les affaires
m. o.g
24 65
79 74
du Roi.
3105.
376 62
De Saint-Mars , Avocat.
Le Comte de Fennelon.
Du 25 Janvier.
Macquer , Chef de Fruiterie du Roi.
De Corberon , ancien Préfident du
Confeil fouverain d'Alface.
114 1 7
8350
32-751
33 161
264 3
Du 26 Janvier.
Le Comte de Billy.
19271
d'Etampes.
$7 4 *
La Congrégation de Notre-Dame
L'Abbaye de Morigny, près Etampes.
La Paroiffe Notre- Dame d'Etampes.
Du 28 Janvier.
Les Filles Hofpitalières du Fauxb.
S. Marcel , rue de l'Arbalêtre.
Madame l'Abbeffe de Gomer- Fontaine
, en Vexin- François .
Madame de Laborde , Bourgeoife
de Paris.
Jourdain , Bourgeois.
Jourdain , Bourgeois , & Conforts.
Les Dames de l'Abbaye aux Bois.
19. 4 4
30 40
126 7 S
1367
୨
583 2
6862
70 7 4
27 3 I
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
Suite du 28 Janvier.
Meffieurs
m.o.g.
Les Bernardins de l'Abbaye de Chailly. 39 1 6
Les Bernardins de l'Abbaye de Barbour .
Du 29 Janvier.
Les Bénédictins de Provins.
L'Abbaye de S. Jacques , de Provins.
Le Chapitre de Notre- Dame de Prov.
Foreft , Bourgeois.
83 2 7
370 7 7
32 02
101 2 4
35 24
30 4 2
67
199 I 4
Du 30 Janvier.
Madame la Comtelle d'Egmont ,
Douairiere... 219 3 I
Dumoufleaux , Payeur des rentes. 114 2 3
D'Agueffeau, l'aîné , Confeiller d'Etat
ordin . & au Confeil du Commerce . 238 10 !
Mégref de la Boullay , Officier des
Chaffes.
Lalouette , Marchand de Gallons.
Franget , Orfévre.
Le Comte d'Egmont
.
"
972
753
5404
179 6 I
823 17
FEVRIER. 1760. 225
ÉTAT
DE la Vaiffelle portée aux Monnoies
des Villes de Province.
ROUEN.
Du 11 au 17 Novembre 1759.
Meffieurs
Feydeau de Brou , Intendant de
Rouen .
De Miromenil , Prem . Président .
De Blanville , Major du Régiment
de Bretagne.
Dailly , Secrétaire de M. l'Intendant.
Le Duc de Bouillon.
Sevrey, Directeur du Vingtième.
De Marchis , Receveur des Tailles.
L'Abbé Dandigné , Aumônier de
la Reine.
Carré , pere , ancien Commiffaire
de la Monnoie.
De la Londe , Contrôleur de la
Monnoie.
De Valliquierville , Prem. Préfid .
de la Chambre des Comptes .
Fremont , Juge - Garde de la
Monnoie.
De Baude , Rentième de M. l'Archevêque.
m.
o . g. d.
J
244 I 12
337 2 6
50 16 12
33 7
436 6 15
4 3 6
98 7
49 6
24 5
8 3 12
255 712
6
39 6 6
1587 1 $ 12
K v
226 MERCURE DE FRANCE .
LYON.
Du 10 au 24 Novembre 1759 .
Meffieurs
L'Archevêque de Lyon.
De Lamichodiere , Intendant.
Pupil , Prem . Préſident de la Cour
des Monnoies.
De Quuifon.
De Fleurieu , Préfident.
De la Verpiliere , Major.
MM. Auriol , freres , Banquiers.
Croppet de Variflan.
De Rochebaron , Commandant.
Madaine la Comtelle de Grolée.
Aniffon .
Adine.
Dellervo , Confeiller.
Desfours , Confeiller.
Les Recteurs de la Charité.
Les Recteurs de l'Hôpital.
Le Comte de Lhopital.
Gayot d'Auffere .
m . o . g.
509 6 18
341 7 18
2.6 18
60
3
189 4 6
155 4 3
1285
107 4
642
125
181 I 12
61 2 12
74 3 15
67 2
*
258 5 12
138 3 9
191 3.18
622 16
Les R. P. Jéfuites du Grand College . 428 2 15
Flachat , Prevôt des Marchands.
De la Verpiliere , Major.
Les Comtes de Lyon.
Cannac.
Quinfon , Tréforier de France.
MM . Duc , freres.
Siran .
Mogniat , Tréforier de France,
Mogniat , Confeiller.
177 7
109 4 18
916 2 6
244 7
677
- 3
S
79 4 14
31 472
19.6 6
229 2 21
- Geneve.
355 18
FEVRIER. 1760. 227
Meffieurs
Suite de Lyon,
Les Cuftodes de Sainte Croix.
De Sugny , Confeiller .
De Morainval.
Les R. P. Jéfuites , du fecond
Collége,
MM . Hubert , freres.
Les R. P. Jéfuites de Saint Jofeph.
Les R. P. Minimes.
Gras , Tréforier de France .
Crupiffon , Prêtre .
Morin , Secrétaire du Roi.
Einguerlin , Suiffe.
Gayot d'Aufferre.
Fitler , Négociant Suiffe .
Scherb , Négociant Suiffe.
Madame Meuricoffre.
Meuricoffre.
La Chapelle des Marchands.
Giraud , Tréforier de l'Hôpital.
m. o. g.
54 0 18
532
49 I
39 4
16 2 12
38 1 9
90 $ 15
37 4
582 B
552 8
?
33 7 4
66 6 18
19 7 21
20 18
16 O 3
17 7 18
595
34 1 13
6605 I
LA ROCHELLE.
Du 10 Novembre au Décembre 1759.
Meffieurs
Baillon , Intendant .
Le Comte de Vence , Maréchalde-
Camp.
Bonnaventure , Lieutenant de Roi.
Bonnermort , Receveur des Fermes
du Roi.
Froger de la Rigaudiere , Capitaine
général des Gardes- Côtes.
m. o. g.
290 4 18.
52
50 2.12
48 6.18
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Suite de la Rochelle .
De Ruis Embito , Intendant de la
Marine à Rochefort.
De Fetilly , Chevalier d'honneur
du Bureau des Finances .
L'Evêque de Luçon.
Rouffy de Lazeneuve , Doyen du
Chapitre .
Beraudin , ancien Lieutenant gén.
de l'Amirauté .
L'Evêque de la Rochelle.
Frefneau, ancien Ingénieur du Roi,
m. o. g.
37 I 6
47 I 12
95512
8 4
18 I
260 4 12
II 6 6
BORDEA U X.
Du 23 Novembre au 10 Décembre 1759-
Meffieurs
L'Evêque de Condom .
Le Marquis de Tourny, Intendant
de Guienne .
Le Comte de Langeron , Commandant
de Guienne.
De Tourny ( Second Article . )
Le Marquis de Montferrant.
Le Maréchal de Richelieu , Gouverneur.
Robert, Directeur des Aydes de
Barbefieux.
L'Evêque de Baras.
Le Berton , Premier Préfid . du
Parlement.
Le Préfident Lalanne.
m . o . g.
577 15
337 4 18
184 7
24 2 18
66
946 I 18
24 6 18
786
328 2 18
80 18
FEVRIER. 1760 . 229
Meffieurs
Suite de Bordeaux.
Le Président de Gafq.
Madame Charot Dupleffis.
L'Evêque d'Agen .
m . 0. g.
190 6 IZ
42 6 18
191 2 9
TOULOUSE.
Du 17 Novembre au 10 Décembre
Meffieurs
Lacoré , Intendant de Montauban.
Riquet , Procureur général .
Maniban , Premier Préfident.
L'Evêque de Montauban.
Loffieux , Officier des Vailleaux.
Le Maréchal de Lautrec.
L'Evêque de Lombés .
L'Abbé Coftos .
De Boiffy.
L'Archevêque d'Auch."
Laborde , Receveur des Domaines
d'Auch.
Comminiant , Tréforier de France.
Le Comte de Marfan.
Defclaux , Tréforier de France .
L'Evêque de Comminges.
De Bartal , Evêque de Caftres.
1759.
m. o. g.
987
335 7
220
253 4 12
22 4 12
833
69 I " -3
11 3 18
7 I
6526
SIS 12
212 I
2033
2951
982 18
1
230 MERCURE DE FRANCE.
MONTPELLIER.
Du 12 au 29 Novembre 1759 .
Meffieurs
De Saint-Prieft , Intendant.
m. o.g
347 4 12
Pitot , Ingénieur , Chevalier de
Saint Michel.
L'Evêque de Nimes.
Mazade , Tréforier général de la
Province .
Journet , Avocat .
Le Baron de Sauve.
Reynaud , Gouverneur de Frontignan.
Salzes , Confeiller à la Cour
des Ayles .
Madame de Salzes.
Le Comte du Cayla , Lieuten . gén .
Boucaud , Préfident à la Cour des
Aydes.
Valat , Tréforier de l'Hôpital gén.
"
de Paris.
Morel , Chanoine de la Cathédrale.
Huart , Directeur des Fermes .
Defpioch , Tréforier de France.
Le Syndic du Collège des Jéfuites.
L'Evêque de Montpellier.
236
123
I 12
424 6
173 712
54 6
56 6
76 6
64 4
Ι
115
753
41 4
72 6
169
80 12
39 2
114
2050 4
FEVRIER. 1760 . 231
DIJON .
Du 12 Novembre au 4 Décembre 1759
Meffieurs
Le Comte de Tavannes, Commandant
en Bourgogne.
De la Marche , Premier Préfident
du Parlement .
Joly de Fleury , Intendant.
De Clugny , Confeiller au Parlem .
m. o. g.
400 7
186 0 12
292 0 5
& Intend. de l'Ifle S. Domingue. 141 2
D'Ogny , Tréforier des Etats de -
Bourgogne.
De la Marche Second Article . )
Joly de Fleury . Second Article. )
Marlor , Maire de Dijon .
le Comte de Tavanne . ( Second Art : 】
De Buffon , Intendant du Jardin
du Roi.
= L'Evêque de Dijon.
Potier , Commiffaire de la Marine
à Auxonne.
De Champrenault , Commandant
de la Ville de Dijon .
220 6 12
274 6
18 2
17 6 12
4 4
96
100 4
25 4
24 2 18
3I
1737 § 7
PERPIGNAN.
Du 15 Novembre au 6 Décembre 1759 .
Meffieurs
De Saint- Affricque , Commiſſaire.
De Bon , Intendant .
m. o. g.
825 6
51 6 12
232 MERCURE DE FRANCE
Meffieurs
Suite de Perpignan.
Canclaux , Tréforier des troupes.
Gonfalye , Procureur au Confeil .
Befombes , Receveur des impofitions.
L'Evêque de Perpignan.
le Comte de Ros.
Duffaut.
le Marquis d'Aguilard.
le Baron de Sournia.
le Marquis de Saint Marfal.
Gonfalve , premier Conful.
Le Préfident de Madaillon.
56 3
m. o. g.
23.4 IL
54 6
57 I
21 3 21
135 2
141
20 4
135 I 12
6 3
4 I 18
Defprés , Confeiller.
749
De Sallele , Confeiller.
7 15
Arnaud , faifant la recette des impofitions.
16
3 14
Hugues.
le Commandant de Cahors .
Du même.
217
86 3 о
6 S 12
8377 1
6
ORLEANS.
19 Du 9 Novembre au 31 Décembre 1759.
Meffieurs
m. o. g.
Phelipet , Secrétaire du Roi.
Le Noir , Directeur des Aydes .
Laurent , Directeur du Vingtiéme.
L'Abbé Colbert, Doyen de Sainte-
Croix.
168 I o
53
31 4 18
53.7.12
De Laage de Meux , Receveur des
Tailles.
53218
FEVRIER. 1760´´ 233
Suite d'Orléans .
Meffieurs
Determont , Evêque de Blois . ( En
deux envois . )
De Montaran, Chanoine , Chancelier
de l'Univerfité .
De Barentin , Intendant.-
MM. du Chapitre de S. Pierre.
Leroi Secrétaire de l'Intendance .
Les R. P. Auguftins.
Les Bénédictins de Bonne-nouvelle .
m. o. g.
91 I
31 7 6
77 3
6 I
22 5
65
52 6
MM. du Chap. de l'Eglife d'Orléans. 268 6
976 2 6
RHEIMS.
Du 9 au 29 Novembre 1759 .
Meffieurs
Clicquot , Directeur de la Monnoye.
Meliand , Intendant de Soillons.
Le Gendre , Ingénieur des ponts &
chauffées.
D'Armancy , Receveur général de
la Champagne.
Colleau , Commiffaire du Confeil à
Rheims.
L'Abbé Cazotte , Chanoine.
m . 0.
g.
43
228
27 2
38 5
6
SI 6 9
145 15
De Choifeuil , Evêque de Châalons . 221 3 12
L'Abbé Parchape , de Vinay , Prevôt
de l'Eglife de Rheims.
Carralet de Rofay , Doyen de l'Egliſe
de Soiffons .
Madame Fillion , veuve de M.le Doux ,
Secrétaire du Roi.
21 3
585 12
289 1 21
134 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Suite de Rheims.
m . o.
Le Maire,Seigneur d'Huifel, à Soiffons. 109 2
De Verneuil , Capitaine au Regiment
de Piemont. 49
Bellons , Direct . des Aides à Soiffons . 18 1 12 ,
Rogier , Préfident à Rheims .
Bauduin , Receveur des gabelles à
Châalons.
Hoccart , Grand Baillif d'épée à
Châalons.
113 7
179
40
Gargam , Diacre de l'Eglife de Châalons 81 6 12
Bourgogne , Juge Conful à Rheims. 117 4 18
NANTES.
1834 3 f
Du 13 Novembre au 6 Décembre 1759.
Meffieurs
L'Evêque de Nantes.
Premion , Maire.
De Bellabre , Préfident Sénéchal.
De Gallifon , Ellayeur.
De la Rive , Changeur.
Libault, Secrétaire du Roi.
Portier , Négociant.
Michel Portier , ancien Conful.
Le Cour de Painboeuf.
Le Comte de Menou .
Barre , Avocat général .
Le Comte de Rochefort.
De Lorre de Clifton,
Becdelievre , premier Préſident à
la Chambre des Comptes.
Madame la veuve Mangin.
29 6
m. o. go
249 6 II
59 3 6
65 18
12 0 18
68 6 9.
3
9
29 0
521
2 2
150 6
48 2 13 13
58 1 1 3
7 4 11 13
´375 6 22 14
$ 7 16 12
FEVRIER. 1760. 235
GRENOBLE.
le Chevalier de Marcieux , Brigadier
des armées .
Du 11 au 29 Décembre 1759:
11 .
Meffieurs
De la Porte , Intend . du Dauphiné , 321 0
L'Evêque de Grenoble.
le Comte de Marcieux , Command.
en Dauphiné.
De Funelet , Confeiller au Parlem ,
le Comte de S. André.
Bourfet , Maréchal - de- camp.
153 6
373 6
33 12
28 4
37 6
74 7
39 I IZ
60 7 O
$7 4 12
De Gantés , Maréchal de-camp.
la Marquife de Puifigneux.
le Comte des Adriets .
de Chaponay , Second Préſident.
de Moydien , Procureur général au
Parlement.
Rouveyre de l'Etang , Subdélegué
1 à Valence
Levet , Préſident de la Commiſſion
÷ du Confeil, à Valence.
Bachaffon , Procureur en la Maréchauffée
de Valence.
Du Perrau , Major de Valence.
de Marquis de Montignard , Lieutenant
général
L'Evêque de Dye.
Defquers , Commiſſaire ordonnateur
des guerres, en Dauphiné.
De Rofting.
100.4
32 6
354
5631
49.7 12
55 7
66 7
117 6 0
23 4 21
176 I 2
236 MERCURE DE FRANCE.
A IX.
Du 15 au 29 Novembre 1759.
Mereurs
De la Tour , premier Préſident ,
Intendant.
le Duc de Villars, Gouverneur.
De Montclar , Procureur gén.
Palteau , Tréforier de France.
De Brancas , Archevêque d'Aix,
Gautier du Poet , Confeiller au
Parlement.
George de Roux , Marquis de
Breue , de Marſeille.
Dourfin , Conf. au Parlement.
Jaubert , Recev. de la Viguerie.
le Chev. de Fireau de la Barte.
m.no, g.
437 7 IS
3686 15
97 4 12
92 5 6
448.7 19
110
746 I
28 7. 3
3
23 7 12
18 650
Le Marq. de Pille , Gouv . de Marſeille. 64 6
Trupheme , Commiffaire Provincial
des Guerres.
De la Tour. ( Deuxième envoi. )
De Broglie , Confeiller Doyen à la
Cour des Comptes.
Les Jéfuites.
Bourquet , Confeiller au Parlement.
Villeneuve , Comman. de la Citadelle
de Marſeille.
André de Barrique, Confeiller Notaire
au Parlement.
Maunier fils .
Fortis , Confeiller au Parlement.
Blacas, Marquis d'Aups , premier Confeiller
d'Aix.
Meyronnet Château- Neuf, Confeiller
au Parlement.
106 7
9
77 5.21
.
24 S 12
28
12
31 1 12
148 4 12
152 5 18
6715
22 f 12
3406
50 4 18
FEVRIER. 1760. 237
Meffieurs
Suite d'Aix.
m. o. g:
34 4 6
18
De Fenelon , Maréchal- de-Camp .
De Lille , Secrét . du Roi à Marſeille . 191 5
.e Marquis Delpinoufe , Préfident au
Parlement.
Romegas , Lieut. Gén . en la Sénéch. de
Provence .
87 7
14
De Perole , Avoc. Gen. au Parlement. 59 4
L'Abbé d'Aupede , ancien Aumônier
du Roi
Avon de Cadenet.
II S
8 2
RENNES.
Du 14
Novembre au
3
Décembre 1759.
Meffieurs
m. o. g.
4 12
Intendant. 4:9 6 12
L'Abbé de la Pomerais , Chanoine. 24
le Bret ,
L'Hôtel des Ventes de l'Orient. 526 7 3 Q
· Godheu , Directeur de la Compagnie
à l'Orient.
De Grand- Ville- Loquet , Seigneur
de Fougeray..
De la Chatre , Gouv. de S. Malo .
Dacofta , pour la Compagnie des
Indes.
De Bagallon.
1896-13 12
308 3 3 18
156
127
10 12
I
3 o
So 3 10 12
238 MERCURE DE FRANCE.
BOURGES.
Du 10 Novembre au 31 Décembre 1759.
Meffieurs
m. o. g.
Dodard , Intendant.
le Blanc de Marnavalle .
Le même.
l'Evêque de Bourges.
6473
236.3 11
5167
54 S
37 22
2336
de S. Leger , & Madame de Vouet.
de Vie , grand- Prévôt du Berty.
Deferennes & des Taupaux , d'Ilfoudun . 33 7 1
de Marpon , Chanoine de la Cathédrale
de Bourges.
Madaudier , Elu à Bourges.
Duret , Receveur Général des Gabelles
à Bourges.
Goyer , Rec. des Tailles de Bourges.
Le Marquis de Lancômes.
2325
25 7
20 7 4
27 22
58 67
CAEN.
657 75
Du
Meffieurs
19 Novembre , au 10 Décembre.
De Neuville , de Saint Henry , Directeur
Gén . des Fermes du Roi.
De Fontelle , Intendant. "
La Marquife de Fontenay ,
Le Duc d'Harcourt.
m. 0. g.
199 I 2
J
216 7 I
43 2 2
Houfel , Directeur des Poftes à Caen . ' 44 7 I
Le Marquis de Saint Germain.
Le Comte de Oilliamſon .
Turgot , de Saint Clair, Confeiller
197 6 4
105 27
3852
FEVRIER. 1760 . 239
Meffieurs
Suite de Caen.
au Parlement de Paris.
De Fontelle , Intendant de Caen.
m. o. g.
220 3
178 or
L'Evêque de Saint Pons. 236 6
Le Marquis de Malherbe. 118
71
Les Religieux de l'Abbaye de Saint
Etienne de Caen. 147 4
L'Evêque de Bayeux. 375 5
2123 3 I
TOURS.
Du 16 Novembre au 31 Décembre 17.59.
Meffieurs
L'Archevêque de Tours.
Le Comte de Vaudreuil , Lieutenant
des armées navales.
m. o. g.
215 0
25.0
Mad. la Duch . de Fleury , Douariere. 112 o
Le Marquis de Beaumont.
De Vermage , Médecin à Paris .
De Lefcalopier , Intendant de la Généralité
de Tours.
Le même. ( Second envoi. )
Plus, un lingot d'or , provenant de
bijoux fondus.
De Chamnigny , Recev. des Aydes
à Tours.
De Gizeux , ancien Maître des Cérémonies.
De Lanau , Tréforier de France à
Tours.
Palas , Chanoine.
2
I
32
50 4 2
20 7 6 2.
I
14
394 42
21.4 2
2.
29 7 4
105 1 S
Τ
15 3
II I
73
I
2
240 MERCURE DE FRANCE
Suite de Tours.
Meffieurs
Mignon.
Le Marquis de Mailly.
Le Comte de Mailly , fils .
Les Religieux du Louroux , Ordre de
Citeaux, un lingot d'or de 6 onces
7 gros,
m. o. g.
26 4
127 2
14 6
775
25 4 7
I 195 4 4
MET Z.
Du 9 au 20 Novembre 1759.
Meffieurs
m . 0. g.
L'Intendant. 154 7 4
De la Serre , Lieutenant de Roi, 114 3 2
De Villemont , Tréforier.
108 2 5
De la Croix , Lieutenant de Police . 10 4 7
26 2
De Magenville , Primier de la Cathéd. 48 6 6
Ferrand , Commiffaire Provincial . 43 3 7
De la Croix , Greffier en chef du Parl .
De la Salle , Directeur des vivres.
Suby , Notaire.
Patieau de Vaumerange , Commiffaire
des guerres .
Perrain de Bui .
Pichon, Commiffaire des guerres.
De Montholon , premier Préfident.
De Caftel.
Carriére , premier Préſident du Bureau
des Finances..
141 4 3
14 52
376
39 72
47 4 0
424 2
68 6 3
62.4736
971 7 2
STRASBOURG. TRA
FEVRIER. 1760.
241
STRASBOURG.
Du 8 Novembre , au 16 dudit.
Meffieurs
De Lucé , Intendant.
Bentabol , Directeur des fourrages .
De Lutzelbourg d'Altroff.
m. o. g.
368 2
$7
aos
107 0 10
Gayot , Intendant de l'armée.
Gayot de Bellombre.
Brunck , Receveur des Finances.
69 7 12
3623 3
109 6
Maréchal Grosjean , Secret. de l'Intend. 46 6 18
De Regemorte , Prêteur Royal.
81 3
Deneft , Directeur des vivres.
528 12
Roulin , Subdélegué général , Secretaire
de l'Intendance.
382 6
1
Pons , Secrétaire du Roi .
De Monconfeil , Lieutenant général
&
Commandant de la Province.
Hermanny & Dieterich.
D'Armeville , Lieutenant de Roi ,
Commandant à Schleftatt.
Terrain , Receveur des Finances .
Noblat ,
Commiffaire des guerres , &
7224 22
153 I 19
109 6
9
127 S
58 0
62
Subdélegué à Belfort.
47 2 10
Meffieurs
LILLE.
Du 10 au 21 Novembre.
L'Intendant du Hainaut.
Daubert , premier Préfident du Farlement
de Flandre.
m. o. ga
331 3
2023 6
L
242 MERCURE DE FRANCE.
Messieurs
Suite de Lille.
D'Arment , Major de ladite Ville.
De Ran fault , Directeur du Grenier
à fel.
De Bonneguife , Evêque d'Arras.
Dronquier , freres , Négocians .
l'Evêque d'Arras .
Vanderweken , Confeiller-Juge ,
Garde de la Monnoye.
Picaut Desjannaux , Préfid . à Mortier.
Defwatines , Bailli des Etats.
Daubert , premier Préfident .
Lécolier , Avocat à S. Amand ,
De Page , Lieutenant de Roi.
Le Camus , Lieut. de Roi de la Citad.
Le Procureur du Roi , Syndic.
m. 0. 5.
23
43 3 I
242 I 4
365 1 5
26 0 6
55 6
215
0 6
77 S I
61.7 3
If I 4
550 I
41 7 I
86 0 2
l'Efpagnol , Confeil. honor. des Etats . 43 0
l'Espagnol de Grimbry , Confeiller des
Etats .
de Liefdart , Confeiller du Roi.
S
2106
5760
de Boiſmorel , Lieut . Col. d'Infanterie . 17 3 0
de Vauderlinde, Ecuyer , Sr de la Falque . 88 4 4
PAU.
Du 20 Novembre au 4 Décembre 1759.
Messieurs
d'Etigny , Intendant .
m. o. g.
836490
fe Baron du Pau , Préfident à Mortier
du Parlement.
Bourdier de Beauregard , Directeur
du Domaine,
143 6
72
FEVRIER. 1760 . 243
Messieurs
Suite de Pau .
S. Martin , Tréforier de l'extraordinaire
des Guerres.
l'Evêque de Tarbe .
de S. Saudens , Confeiller au Parlement.
le Marquis de Cafaux , Procureur-
Général au Parlement.
le Marquis de Fraclieu.
l'Evêque d'Oléron .
le Marquis de Montlezun , en Bigore.
Damou , Lieut. de Roi à Bayonne.
le Baron de Caplane .
l'Evêque de Lax.
m. o. g.
4 200
875 17
59 3 30
148 13 0
98 2 1 I
131 II I
14 2 3 0
142 6 25
4 3 14
14 4 I
TROY E S.
Du 13 Novembre au 24 Décembre 1759.
Messieurs
l'Abbé Gouault.
de Corbigny.
Madame la veuve Flobert.
Flobert.
Jean Berthelin.
m. o. g.
103 6 22 12
57 322 O
39 4 10
40 2 IS
12
109 I 13 12
de Troyes.
Berthelin.
de Clairvaux.
Mefdames de N. D. des Preys.
de Larivoue.
24 I ISI
18 4 3
427 3 3
31°17
10 6 3 12
Lij
244 MERCURE DE FRANCE.
POITIERS.
Du 26 Novembre au 29 Décembre 1759.
Meffieurs
De Bloflac , Intendant.
Fumée , Abbé de Sainte Radegonde.
l'Abbaye de S. Cyprien , Ordre de
S.Benoît.
le Marq de Peruffe , Colonel du Rég.
de Normandie.
De la Roche , Directeur des Aides.
m. o. g.
237 6 21
179 $ 12
36 4 12
257
86 21
BESANÇON .
Du 14 Novembre au 19 Décembre 1759.
Meffieurs
de Boyennes.
de Marival .
de Richemont.
de la Fuente .
de Beaufremont .
Michotay.
de Choifeuil.
Michotay.
m. o. g.
458 7
3636
IS I .
6 7 12
66 0 12
259 3 17
244 Ο
8 2 18
le Duc de Randans. 225 7 о
de Vinet .
27 I 12
de Beaufremont.
Dumenil
de Monier.
du Chélat.
Rouffel.
d'Audelange .
Langloix.
37 7
107 3
535
126.3
6
10 6 12
31 0 13
2.9 I 21
FEVRIER. 1760. 245
LIMOGES.
Du 9 Novembre au 29 Décembre 1759.
ہ و
Meffieurs
m. o. g.
8955
Pajot de Marcheval , Intendant.
Martin de la Baſtide , ancien Préfident.
de Remond de Villevignon , Maréchal de
Camp , Commandant d'Angoulême.
de Bônie , Marquis de l'Avergne..
d'Autichamp , Evêque de Tulle.
Simon , Curé de S. Pierre.
33 4.4
18 4 2
48 0 3
8055
64 I
AMIENS.
277
Du 8 Novembre 1759 , au 25 Janvier 1760.
Meffieurs
d'Invau , Intendant de Picardie.
de Gand fils .
de Gand pere.
Buchere Receveur des Gabelles à
>
Amiens.
m. o g.
37 31 2
de la Maiſon Rouge , Receveur du Grenier
à Sel.
Dincourt de Frechemour , ancien
Capitaine au Régiment de Poitou .
Brion , Commillaire des guerres à
Abbeville.
Langlois de Courcette.
Champion , Secrétaire du Roi,
906
17 67
38361
2
2507
50 5 2
49 3 £
209 3 4
104 6 I
Liij
246 MERCURE DE FRANCE.
Messieurs
Suite d'Amiens .
Langlois , Ingénieur des Fortifications
de Picardie .
l'Abbé de Maiſon , Chantre de la
Cathédrale d'Abbeville.
le Marquis de Wargemon , Enfeigne
des Gendarmes de la Garde .
Morel de Bonneril
m . o. g.
3150
40 6 7
74 73
17 5 3
le Comte de Rume B: fieux . 64 67
Ancellet , Directeur des Cartes. 30 27
Madame la Veuve de Varenne.
15 30
60
8 00
74 75
Mily, Juge- Conful .
Madame de Villevielle .
de Sevelinges.
le Camus , Secrétaire de l'Intendant.
Samuel Vaurobois .
Abraham Vorobais , père .
Abraham Vaurobais , fils
de Mondard , Directeur Général des
Fermes.
Scellier , ancien Changeur , à Montdidier
.
Bourrée, Recev . des Tailles à Abbeville.
Gouffier , Maréchal de Camp.
Madame la veuve Poujal , & fon fils.
Madame la veuve Cornet.
L'Abbaye Royale de Saint Riquer.
27 66
997 z
100 6 2
180 0 0
297 f
15 13
103 2 2
66 3 4
60 32
I
5543
254 0 7
Dufrene , Conf. au Bailliage d'Amiens. 5 o 6
Renouard , Receveur des Tailles.
De Bonnaire , Brigadier des armées
du Roi.
De Trouville.
Lincoùr , Maire.
De Donqueur.
24 4 3.
Z
25232
227 I
32 I 41
57 101
6
FEVRIER. 1760 . 247
Messieurs
Suite d'Amiens .
Madame la veuve Cornet.
Madame la veuve de Querieux .
Joron , Adminiftrateur de l'Hôpital.
Cornet , Négociant à Amiens.
m . o . g.
II I I
น
[
2674 2
28
61 04
L'Abbaye de Valoir , Ordre de Citeaux. 87 7 4
Goubet , Receveur du Tabac à Amiens. 47 5 4
De Lievreville , Direct. du Vingtiéme. 22 0 3
De Verville , Receveur des Tailles.
D'Hedenville.
De Pleffelle.
Debonnaire.
42 7 7
34 2 2
27 45
12 2 3
I De Monfure , Capitaine de Cavalerie . 7 2 1
De Lamotte Tonard .
Madame la veuve de Court.
De Verant , Receveur des Tailles à
Montdidier.
Dauvunghin , de Boulogne.
L'Abbaye de Sumer.
Neret , Receveur des Fermes de Saint
Quentin.
286
61 4 9
68 0 7
43 6 I
22021
57 33
Σ
Cottin , Négociant à Saint Quentin 4+ 1
Fromager , Négociant .
Fizeux , de Saint Quentin .
Fizeux , Négociant à Saint Quentin.
De Villechelle , Subdélegué.
De Vic , de Saint Quentin.
Ofanne , & Mademoiſelle fa foeur.
De Modône , Doyen du Choeur de
Saint Quentin .
La veuve Samuel & fils.
9547
77 I ▸
14 1 4
t
1343 2
11 I 4
48 0 3 2
109 o fi
46 3 4
Brillac.
18
5
Liv
248 MERCURE DE FRANCE.
Suite d'Amiens.
Meffieurs
Madame l'Abbeffe de Paraclet ,
d'Amiens.
L'Abbaye du Gard , Ordre de Cîteaux.
L'Abbaye de Saint Vallery.
l'Abbaye de Beaupré , Ordre de
Cîteaux
De Mouchy de Sully.
le Comte de Mouchy.
De Beauwroy , Lieutenant de Roi.
De la Chauffée , Major de Montreuil.
Heuzé de Filbert , du même lieu.
Du Puis , du même lieu.
De Bloc , du même lieu .
Madame Dheuzé , du même lieu.
De Charnneux de la Valliére , idem.
De la Fontaine , du même lieu .
Theilier , Juge- Garde de la Monnoye.
l'Abbaye de Villancour.
Pirlot , Directeur de la Monnoye.
m .
0. gr
43 541
10 7 S!
16 7 4
17 4 7
61 5
637
2
3
62
14436
7 6
57
33 2
54 2.
14 2
S
17 2 I
70 .
90 24
so
RIOM.
Du 10 au 25 Novembre 1759.
Meffieurs
m. o.
g..
De Balenvilliers. 2.4 I I
2
Le Normant. III 6
l'Abbé de Vienne. 173 4
l'Evêque de Clermont. 153 7
Du Lac. 534
le Marquis de Monboiffier.
834
FEVRIER. 1760. 249
Meffieurs
De Chazerat .
Suite de Riom .
le Marquis Defpnichal.
la Cointelle de Pagna .
Guerin.
m. 0. g.
229 4
81 7
18 0
96 7 5.
1146 5 3
MARIAGE.
Meffire Armand Gabriel de Rafilly , Lieutenant
général des Armées duRoi , Commandeur de l'Ordre
royal & Militaire de S.Louis Ancien Comman→
dant de bataillon du Régiment des Gardes Françoifes
Gouverneur de l'ifle de Ré a épousé ,,
le 23 du mois dernier , Damoiſelle Amédée Adélaïde
de Lorme , fille de . Jean Amédée de Lorme
, Intendant des Finances de feu M. le Duc
d'Orléans , Régent , Intendant de l'Ordre Royal
& Militaire de S. Louis , & de Louife- Margueritede
Graville , foeur de M. le Comte de Graville ,
Lieutenant général des Armées du Roi, Infpecteur
général de Cavalerie , & Chevalier des Ordres da
Roi:
MORTS.
Claude - Aléxandre de Villeneuve , Comte de
Vence , Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
Colonel Lieutenant du Régiment Royal Corfe,
Commandant à la Rochelle , eſt mort en cette
même Ville , le 12 Janvier , âgé de cinquante-
Septans
Lv
250 MERCURE DE FRANCE.
Mefire Jérôme Alexandre Lever , Comte de
Caux , Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire
de S. Louis , Meftre de Camp de Cavalerie , cidevant
Enftigne des Chevaux légers de la Reine ,
eft mort en cette Ville le 12 Janvier , dans la foixante
-huitième année de fon âge.
Le Curé d'Hervilly , Election de Péronne , eft
mort , vers le milieu de Janvier , âgé de cent trois
aps. Il ne manqua jamais , pas même dans les
dernieres années de la vie , de faire les fonctions les
plus pénibles de fon miniftère..
Le nommé Jean Dutheil , eft mort à S. Andronie
près de Blaye , âgé de cent- fept ans & dix mois.
La nommée Jacquette Coulers , du village de
Albe Laflagne , Paroille de Salviac en Quercy ,
y eft morte le 17 Novembre dernier , âgée de
cent dix-fept ans , un mois & un jour.
NAISSANCE.
Le 7 Octobre dernier , les cérémonies de Baptême
ont été fuppléées par l'Abbé Rey- de Loupiac
, Bachelier de Sorbonne , dans l'Eglife S.
Pierre de la Ville de Gaillac au Diocèfe d'Alby ,
en préfence du Curé de la Paroifle ; à un fils de
Mellire Jean-Louis - Etienne d'Huteau de Dalmas ,
Chevalier, Seigneur d'Amours , Lieutenant de
Roi au Gouvernement de la Province de Languedoc
, & de MM les Maréchaux de France en
Albigeois , Chevalier d'honneur de la Cour des
Aides de Montauban , & de Dame Jeanne- Simone
Charlotte de B'anc- Fenayrols , Dame dudit
lieu , né le 25 Février 1755, & ondoyé le même
jour. Le parrein a été M.'Abbé de Foucaud , Albé
de l'Abbaye d'Eaulnes fon grand oncle , repréfenté
par M. l'Abbé de Laftic , Abbé de celle de
Gaillac. La marraine , Madame la Comtelle de
FEVRIER. 1760.
251
ftanges fa grande tante , repréfentée par
adame la Préfidente de Foucaud : Il a été nomé
Jean- Marie- Guy - Etienne-Pulchérie .
Jean- Louis - Etienne- Anze , & Jean - Louis- Conftance
, fes freres , nés le 26 juin 1752 , & le 14
Décembre 153. & ondoyés le jour de leur naiffance
, avoient été fuppléés aux cérémonies du
Baptême le as Décembre 1753 , en prétence du
Curé de la Paroiffe S. Pierre , par Mellire Jean-
Marie de Laftic S. Jal , Abbé de l'Abbaye lécolière
S. Michel de la Ville de Gaillac , grand
Vicaire de l'Archevêché d'Alby , à la tête de fon
Chapitre.
Les armes de la maifon d'Huteau , originaire
de Bretagne , font d'azur , à trois étoiles d'or ;
écartelées d'argent à la Croix de gueules ancrée ,
avec une couronne murale, pour timbre de l'écu ,
concédée par Charles VII.
Voyez Palliot ; le Céfar armorial ; le Promptuaire
armorial ; les Tablettes hiftoriques , Morery ,
les armoriaux de Bretagne & de Languedoc , les
Arrêts de Maintenue & c.
AVIS.
"
S'il eft de notre devoir de publier tout ce qui
a rapport à la confervation des Citoyens , les
Remédes qui préviennent ou guériffent des maux
regardés comme incurables méritent furtout
cette attention de notre part. Tel eft le Spécifique
da fieur Arnoult contre l'Apoplexie , cette maladie
cruelle devenue aujourd'hui fi commune ,
dont les faites font fi funeftes , & qui refifte fi
fouvent aux remédes ordinaires de la Médecine.
Depuis plus de foixante ans , l'expérience la plus
conftante & une foule innombrable d'autorités
ont accru chaque jour la réputation de ce pré-
L vj
252 MERCURE DE FRANCE.
cieux Topique , fans que l'on ait pu prouver que
dans ce long pace de temps , il foit arrivé à
au un de ceux qui s'en font fervis exactement, un
feul accident d'Apoplexie.
Le Roi de France , fur le rapport de M. Chicoyneau
, Confeiller d'Etat , premier Médecin de
Sa Majefté , Chancelier de l'Univerfité de Montpellier
, & de l'Académie Royale des Sciences ,
par un Arrêt de fon Confeil d'Etat , maintient
le fieur Arnoult dans le droit de compofer
& de vendre feul le reméde anti -Apoplectique ,
& défend à toutes perfonnes de quelqu'état &
condition qu'elles foient , de contrefaire , vendre
ni débiter ce reméde , à peine de 1000 liv . d'amende.
Cet Arrêt a été auffi rendu fur les témoignages
authentiques des perfonnes les plus
éminentes en dignité , & fur un nombre infini
d'expériences heureuſes , atteftées par les plus
grands Médecins de l'Europe , entr'autres , par
MM. Dumoulin & Sylva , Médecins confultans du
Roi de France , & Wolter , premier Médecin de
l'Empereur Charles VII , dont les noms immortels
dureront autant que l'Art même auquel ils
ont fait tant d'honneur. On peut joindre à ces
autorités refpectables , l'exemple d'un des plus célèbres
Médecins de nos jours , dont le nom va de
pair avec ceux de Dumoulin & de Sylva. Une
Lettre de M le Gagneur , Médecin de l'Hôpital
Royal de Verfailles , diftingué par fon mérite &
par les connoiffances , attefte que M. Helvétius ,
Médecin de la Faculté de Paris , premier Médecin
de la Reine de France , & de l'Académie Royale
des Sciences, tomba en apoplexie & paralyfie en
1746 ; que tous remédes lui ayant été inutiles ,
on lui mit le Sachet du fieur Arnoult, qui le rézablit
parfaitement , fous les yeux de toute la
FEVRIER. 1760. 253
Cour ; qu'il l'a foigneufement porté pendant
douze ans & jufqu'à la mort , qui n'a été caufée par
par aucune atteinte de cette maladie. Cette Lettre
ajoute , que M. Helvétius avoit d'abord été contraire
à ce remède ; mais que des expériences
réïtérées , & une connoiffance plus particulière de
fes vertus , l'avoient enfin obligé de s'en fervir &
d'en conſeiller l'uſage aux autres ..
On peut encore ajouter , que ces graves témoi
gnages, une foule de certificats authentiques , délivrés
par des perfonnes de la plus haute diftinction ,
tant dans l'Eglife que dans la Robe , telles que le
feu Cardinal deFleury, premier Miniftre de France,
le Cardinal de Polignac , qui a fait l'éloge de ce
reméde en pleine Académie , en citant douze Seigneurs
de fes parens & amis qu'il a certifié avoir
été guéris de l'apoplexie par l'ufage de ces précieux
topiques , S. A. Madame la Princeffe Henriette de
Naffau,M.l'Abbé deS.Hubert, Prince, Monfeigneur
leDuc de Gévres , Gouverneur de Paris , M. Mérault,
Confeiller d'Etat , Procureur Général du Grand-
Confeil , M. Hérault , Confeiller d'Etat & Lieute
nant Général de Police de la Ville de Paris , M..
l'Abbé Franquini , ci - devant Envoyé de Florence ,
Milady Simpil , M. le Baron de Hooke , Lieutenant-
Général des Armées du Roi , M. le Baron de
Rol, Brigadier des Armées du Roi à Soleure ,
M. de Molondin , Gouverneur de Soleure en
Suiffe , & un très grand nombre de Médecins &
de Chirurgiens très éclairés , & d'une réputation
bien établie : tels que MM. Garnier, Médecin de
la Faculté de Paris , premier Médecin du Roi à la
Martinique ; Foreflier , Médecin du Roi à Saintes ;
Mauran , Médecin à Bergerac ; le Mercier , Médecin
des Hôpitaux militaires ; Gaulard , Médecin
ordinaire du Roi ; Santeuil , Docteur Régent
de la Faculté de Paris ; Procop , Docteur - Régent
254 MERCURE DE FRANCE.
de la même Faculté ; l'Archevêque , Médecin de
Rouen & de la Faculté de Paris , Dionis , Fourneau
& Befnier , Docteurs Régens de la même
Faculté , le Comte , Médecin à Réthel - Mazarin ;
la Croix , Médecin à Bailleul en Flandre , Fels ,
Médecin & Bourguemeftre de Scheleſtat en Alface
; des Ruelles , Médecin à Mons ; Fourchat,
Médecin à Bagnols en bas - Languedoc ; Tuyard,
Médecin à Sens ; Desjours , Fevrier , & Dubertran
, Chirurgiens Jurés a Paris , Difport , premier
Chirurgien des armées du Roi , & Chirurgien
ordinaire de la Reine ; Deformeaux , Chirur
gien à Blois & une infinité d'autres , que l'on a
cités dans tous les Ouvrages périodiques , & dans
le petit Mémoire qui accompagne le ſpécifique.
Le fieur ARNOULT , feul poffeffeur du Sachet
antique -apoplectique , demeure à Paris , ruë Quincampoix.
Il avertit , que tous les Sachets quife diftribuentfous
fon nom , font faux & contrefaits , &
qu'il ne reconnoît que ceux qui font accompagnés
d'un Imprimé figné defa main.
Le prix eft de 12 livres.
Eau de Perle , trouvée par le fieur Dubois.
Les Dames fe plaignant à Londres du peu de
foin que les Artiftes avoient de faire la recherche
d'une Eau propre à conferver le tein , & à
maintenir la fraîcheur de la peau ; le fieur Dubois ,
connu par des expériences chymiques & phyfiques,
s'eft mis à travailler à cette opération . Il a recherché
avec foin , ce qui pouvoit être le plus convenable
, & en ayant fait l'analyfe propre à ce fujet
, il a trouvé cette Eau admirable , préparée fans
feu, & fimplement travaillée à la faveur d'une chafeur
tempérée. Les expériences que ledit neur DuFEVRIER.
1760. 255
bois a faites de cette Eau de Perle , ( c'eft ainfi qu'il
l'appelle ) puifqu'elle tire fon origine de la plus pure
rofée , tirée par attraction dans le mois de Mai ,
& purifiée par l'Art avec des ingrédiens doux &
benins , qui l'a tranfment en crême & en lait ,
comme on le verra dans la manière de s'en fervir :
Les expériences , dis - je , qu'il en a faites fur différentes
perfonnes , lui ont fait connoître les propriétés
qu'elle renferme : les voici en peu de mots ,
telles qu'elles font approuvées des Médecins , &
connues du Public : Cette Eau , fans être du fard ,
ôte toutes les taches , auxquelles les peaux fines
font fujettes , & que le nitre de l'air leur procure ;
elle clarifie le tein de celles qui l'ont brouillé , blanchit
la peau des brunes , & ouvre les pores , & leur
procure un tein admirable. Elle ôte les rougeurs
du vilage , féche & guérit les boutons en peu de
jours , leur tient la peau fraîche & faine , la rafermit
en la nourriffant , & la conferve fans rites,
Les hommes s'en fervent , après que la barbe eſt
faite ; elle ôte le feu du rafoir , rafraîchit , & conferve
la peau.
Lifte des Bureaux établis en Europe , où l'on vend
cette Eau de Perle .
Amfterdam , chez le fieur Joly , Libraire.
Augsbourg , chez le fieur Manichenbauer ,
braire.
Li-
Bruxelles , chez le fieur Delille , fur la Canterfteen
.
Conftantinople , chez le fieur Broffard , Marchand
François .
Francfort fur le Mein , chez le fieur Pierre
Faffel .
Hambourg , chez les fieurs Petit & Dumoutier,
Libraires .
1
256 MERCURE DE FRANCE.
Leipzic , chez le fieur Bloeherberger , Libraire.
Liége , chez le fieur Mandoux , près l'Eglife S.
Lambert.
Londres , chez le fieur Kippax , vis - à- vis la
Bourie Royale.
A Paris , chez le fieur Leduc , Marchand Droguifte
, rue Dauphine , au Magazin de Provence.
Le Prix eft de trois livres la bouteille . C'eft où
fe vend le véritable Elixir de Garrus. On prie
d'affranchir les lettres.
Elence volatile d'Ambre gris. Les propriétés
extraordinaires de cette Elence volatile , l'ont
rendue d'un ufage univerfel. La Nobleife en
porte conltamment une bouteille dans la poche ;
& en général , elle fait équilibre du côté oppolé
avec la tabatiere. La décadence des célébres eaur
de la Reine d'Hongrie & de Lavande, a commencé
dès que celle - ci a paffé , & ne font prèſque
point d'ufage aujourd'hui.Cette liqueur eft douce,
d'une odeur plus vive & pénétrante qu'aucune de
l'Angleterre dès qu'on la fent , eile ranime les
efprits défaillants , rappelle les perdus , & porte
un remede auffi fubit qu'efficace aux affections
hystériques. On s'en fert heureuſement dans les
maux de tête , défaillances , toutes affections nerveufes
& hypocondriaques , & pour siguifer l'ima
gination dans les affections foporeufes. Cette
Ellence volatile fe vend chez M. le Duc , Marchand
Epicier Drogaifte , au Magazin de
Provence , rue Dauphine. Le prix eſt de trois livres
le flacon . il y en a auffi à quatre francs.
-
MUSIQUE.
M. Correte , Organifte des RR. PP . Jéfuites ,
vient de donner au Public une Cantatille , qui a
FEVRIER . 1760. 257
our titre , Polymnie , avec fymphonie , dans
aquelle il y a un violoncelle obligé. Prix 1 1. 16 f
Se vend à Paris , chez l'Auteur , rue Montorzueil
; & aux adreſſes ordinaires.
›
L'emploi du temps , Cantatille à voix feule de
feffus ou haute- contre , avec fymphonie. Par M.
e Chevalier d'Herbain. Partition & parties fépaées.
Prix 3 liv . ^
Le portraitd'Iris , Ariette de deffus , avec fymphonie
, ou pour une haute-contre . Par le même
Auteur. Prix , I liv. 4- L.
Le miracle de Thémire , grande Ariette , du même
Auteur . 1 liv. 4 f.
La puiffance de l'Amour , Ariette Italienne ,
avec la traduction françoife , & grande fymphonie.
Idem. Se vend 1 liv . 16 f..
Veggio l'ombra , Aria Italien , & traduction
françoife , avec grande fymphonie. Du même
Auteur. Prix , 2 liv . 8 f
Le tout fe vend à Paris , aux adreffes ordinaires
de Mufique , & chez Made Vendôme , Graveufe,.
rue S. Jacques , vis - à - vis celle de la Parcheminerie..
GRAVURE.
Nous annonçâmes en 1758 , deux eftampest
gravées par M. Gaillard , d'après M. Boucher ,
& qui ont pour titre , les amansfurpris , & l'agréa
ble leçon. Le gracieux de ces eftampes , ayant
parfaitement imité la beauté des tableaux , le
Public a marqué combien elles lui faifoient de
258 MERCURE DE FRANCE.
plaifir , par le prompt débit qui s'en eft fait . Ainfi
on a lieu d'efpérer , qu'il recevra avec le même
agrément deux autres nouvelles Eftampes , gravées
par la même main , d'après le mêine grand
Peintre , & de la forme des précédentes . Elles ont
pour titre , le Berger récompenfé , & le Panier
mystérieux.
Elles fe vendent chez l'Auteur , rue S. Jacques ,
au-deilus des Jacobins , entre un Perruquier &
une Lingére.
Mademoiſelle FELOIX , chez M. JORRY,
Imprimeur-Libraire , vis- à-vis la Comédie Françoile
, a une COLLECTION de 1000 pierres de
compofition , de couleurs différentes , imitant
les pierres fines , & repréfentant divers íujets exécutés
d'après les pierres antiques gravées , qui font
dans le Cabinet du Roi , & chez plufieurs Princes
François & Etrangers . Le prix desdites pierres eft
depuis 1 liv. jufqu'à 3. En lui envoyant des portraits
, médailles , cachets ou armes gravés , elle
en tire les copies de différentes couleurs , qu'elle
vend 6 liv. S'il le trouvoit quelque Curieux qui
voulût faireacquifition de cette Collection entiére ,
elle s'engageroit à lui enfeigner la compofition de
fes pierres & la manière de les travailler .
Le Pere Simplicien , Auguftin de la Place des
Victoires , connu par fon Hiftoire Généalogique
& Chronologique de la Maifon Royale de France
& des Grands Officiers de la Couronne , étant
mort au mois d'Octobre, de l'année dernière ; le
Pere Alexis , Religieux de la même Maiſon , s'eſt
chargé de donner au Public le fupplément de
cette Hiftoire. 11 fe propofe d'obferver dans cet
Ouvrage l'exactitude fcrupuleufe , qui a fait tant
d'honneur à fon Prédéceffeur. En conféquence,
FEVRIER. 1760 . 259
prie ceux qui ont droit de faire inférer leur
Généalogie dans ce Livre , ou qui , y étant déja
iés , auroient quelques additions à communiquer
, de lui envoyer leurs titres & papiers , le
lutôt qu'ils pourront ; étant dans l'intention de
e faire imprimer à la fin de cette année , ou au
commencement de la fuivante .
IV. Recueil de Piéces Françoifes & Italiennes .
M. Taillart , l'aîné , excellent Maître de Flûte ,
demeurant rue du Plat d'Etain , même maiſon
qu'un Marchand de Scie , a lieu d'eípérer que ce
nouveau Recueil fera recherché avec autant d'émpreffement
par les Maîtres & Amateurs de Mufique
, que ceux qu'il a donnés précédemment au
Public.
Aux Adreffes ordinaires.
Fautes à corriger dans les Liftes de la
Vaiffelle.
Dans le premier Mercure , de Janvier , on lit.
M. le Marquis de Fervaques , &c . Il faut lire Madame
la Marquife de Fervaques . Son mari eſt mort
depuis longtemps .
On a omis , dans la premiere Lifte , fous la
datte du 3 Décembre , d'inférer M. le Marquis
d'Hervilly , pour Ici marcs , 7 onces s gros.
Dans cette même Lifte , à l'article Pelletier,
il faut lire Peletier.
APPROBATION.
J'Arlu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier ,
le Mercure du mois de Février 1760 , & je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion.
A Paris , ce 23 Février 1760 GUIROY.
160 MER CURE DE FRANCE
TABLE DES ARTICLES.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE
ARTICLE PREMIER.
LAA Source & le Réſervoir.
Congé à l'Amour.
Epitre à M. l'Abbé Carrelet de Rofay.
Traduction du Monologue de George
Barnwel & c .
Tableau des anciens ménages.
Page
8
10
Vers faits à l'iffue du Spectacle , pour Mlle
Clairon , jouant le rôle de Didon .
Vers de Mlle Suzette , de la Comédie Italienne
, à Mlle Catinon .
14
Is
42
Vers de Mlle Catinon , a Madame Deheſſe. ibid.
Lettre à Madame Pouponne de Molac , de
l'Eſtival.
Anecdote Provençale .
Epitre à M. le Comte de la Vauguyon.
Vers à Madame la Comtefle d'Egmont.
Vers à Madame de la P *** .
44
45
ST
L'Origine de la Saignée , Idyle , à Mlle de Gr. 57
Les Regrets.
La Ceinture de Vénus , ou les trois Graces.
Envoi.
Dialogue des Morts,
61
63
81
72
ART. II. NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Defcription hiftorique- géographique des Ifles
Britanniques & c.
Lettre à M *** . fur l'Enceinte de Paris .
Lettre de M. Dubois Delagarde .
Lettres de M. de Fontenelle, à M. le Chevalier
107
119
126
FEVRIER. 1760 . 261
de Juilly- Thomaſlin . 127
Autre Lettre de M. de Fontenelle , au même . 1 30
Tableau des États de la Vie
Annonces des Livres nouveaux ,
Les Saifons , Poëme , traduit de l'Anglois .
132
140
154 & fuiv
ART. III. SCIENCES ET BELLES- LETTRES.
ACADEMIES.
Suite de la Séance publique de l'Académie des
Sciences.
Extrait du Mémoire de M. Legentil , fur le
prochain paflage de Vénus pardevant le
Soleil.
ART. IV. BEAUX - ARTS.
ARTS UTILES.
CHIRURGIE.
Extrait des Regiftres de l'Académie Royale
des Sciences.
Opéra .
ART. V. SPECTACLES.
Comédie Françoiſe.
157
163
Comédie Italienne.
Opéra Comique.
ART. VI . Nouvelles Politiques.
Suite de la Vaiffelle portée à la Monnoie
de Paris .
Etat de la Vaiffelle portée aux Monnoies
des Villes de Province.
Mariages & Morts.
Naiflance.
Avis.
176
380
182
199
200
201
217
225
249 & fuiv.
250
251 & fuiv.
106.
La Chanfon notée doit regarder la page i
De l'Imprimerie de SEBASTIEN JORRY
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI .
MAR S. 1760 .
Diverfité , c'eft ma devife. La Fontaine.
Chez
Pers1o7n1S5ulp
Cashie
A PARIS ,
CHAUBERT, rue du Hurepoix.
JORRY , vis- à-vis la Comédie Françoife.
PISSOT , quai de Conti.
DUCHESNE , rue Saint Jacques.
CAILLEAU , quai des Auguftins.
CELLOT , grande Salle du Palais.
Avec Approbation & Privilége du Reï
1
AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier Commis au
Greffe Civil du Parlement , Commis au
recouvrement du Mercure, rue Sainte Anne,
Butte Saint Roch , à côté du Sellier du Roi.
C'eft à lui que l'on prie d'adreffer, francs
de port , les paquets
& lettres , pour remettre
, quant
à la partie
littéraire
, à M.
DE LA PLACE
, nouvellement
pourvu
par le Roi , du Privilége
du Mercure
.
Le prix de chaque volume eft de 36 fols,
mais l'on ne payera d'avance , en s'abon
nant , que 24 livres pour feize volumes
à raifon de 30 fols piéce.
Les perfonnes de province auxquelles on
enverra le Mercure par la pofte , payeront
pour feize volumes 32 livres d'avance en
s'abonnant & elles les recevront francs
le
de
port.
Celles
qui
auront
des
occafions
pour
faire
venir
,ou qui
prendront
les frais
duport
fur
leur
compte
, ne
payeront
comme
à
Paris
, qu'à
raifon
de 30
fols
par
volume
,
c'eft
- à- dire
24
livres
d'avance
, en s'abonnant
pour
16
volumes
.
Les Libraires des provinces ou des pays
'étrangers , qui voudront faire venir le
Mercure , écriront à l'adreffe ci deffus .
A ij
On fupplie les perfonnes des province
d'envoyer par la pofte , en payant le droit,
le prix de leur abonnement , ou de donner
leurs ordres , afin que le payement enfoit
fait d'avance au Bureau .
Les paquets qui ne feront pas affranchis,
refteront au rebut.
On prie les perſonnes qui envoyent des
Livres , Eftampes & Mufique à annoncer ,
d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Pièces tirées des
Mercures & autres Journaux , par M.
De la Place , fe trouve auffi au Bureau
du Mercure. Le format , le nombre de
volumes & les conditions font les mêmes
pour une année.
MERCURE
DE FRANCE.
MAR S. 1760.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LE PRIEUR ET SON JARDINIER ,
C
CONTE.
ERTAIN Prieur , plus renté que fçavant,
Avec fon Jardinier , homme plus lourd que bête,
Dans fon partèrre , alloit l'interrogeant ,
Sur fon métier , fur fa femme Perrette.
Puis , tout-à-coup , de propos lui changeant ,
Sile Ciel , ( lui dit-il à qui tout eft poffible ,
A ij
6 MERCURE. DE FRANCE.
Qui t'a fait Jardinier , moi Prieur , LOUIS Roi ,
D'être âne , ou bien cheval , par un arrêt terrible,
T'impofoit aujourd'hui la loi ;
Quel parti prendrois - tu ? Parle de bonne foi ? ..
Le choix n'eft pas douteux à faire ;
Mieux que moi ( dit Lucas ) vous pourriez décider.
Si le fort à tel point me devenoit contraire ;
Loin d'aimer mieux hennir , que braire ,
En âne ,fur le champ , je me ferois brider.
Certe , (dit le Prieur ) un tel difcours me pafle!
Pour un homme d'efprit , tu choifis affez mal :
Pourquoi vouloir plutôt être âne , que cheval?
C'eft quitter l'or fin , pour la craffe .
Un cheval eft fringant , alèrte , bien dreſſé ;
Il fuit les plus grands Rois, à la guèrre, à la chaſſe ;
Il ſe voit en tout temps , bien foigné , bien panſé ;
Bon foin au ratelier , deffous litière grâſſe.
Mais bien loin que d'un âne un Prince s'embarraſſe;
Par fon afpect honteux , tout Manant eft bleſſe
On le baffoue , on le menace ;
Er quand il eft bien harraſſé ,
Même, en le bâtonnant , on croit lui faire grâce...
Comme , dans fon état , chacun ſe méconnoît !
Dit Lucas , vous croyez avoir raiſon , je gage ?
Mais je vais vous confondre , en vous prouvant
routnet ,
Que j'ai fait le choix le plus fage.
Le deftin du cheval, ( j'en conviens ), éblouit : .
! MARS. 7766
Tour, au premier coup d'oeil , lui paroît plus propice.
Mais fi vous les mettez tous deux én exercice ;
Qu'un éclat fi brillant , bientôt s'évanouit ! ...
Le cheval court le bénéfice ;
Et l'âne , Monfieur , en jouit.
Par M. F ***.
PARMI
Bon Mot , d'Henri IV.
ARMI les Courtiſans , qui lui rendoient hommage
,
Un jour Henri le Grand , dans la foule apperçur ,
Un homme affez mal mis , & fort laid de viſage.
Ne le connoiffant pas , ce Monarque conçut
Le defir de fçavoir le rang du perfonnage.
Il l'appelle ...& lui dit : quel eft donc votre emploi?
Qui fervez-vous ? ... Le ruftre , amoureux de fon
être ,
Répondit d'un ton fier : Je n'appartiens qu'à moi .
Je vous plains , mon ami ! lui repliqua le Roi :
Vous ne pouviez jamais, avoir un plus fot maître .
Par le même.
ÉPIGRAM ME.
UNN ennuyeux ignorant ,
Me faifoit mainte viſite . -
A iv
MERCURE DE FRANCE.
Pour en être plutôt quitte ,
Que j'euffe donné d'argent !
Mais le hazard m'en délivre.
Lui qui n'a jamais rien lû ,
Veut que je lui prête un Livre .
Oncques depuis ne l'ai vû.
IMITATION DE CATULLE
AD LESBIAM.
Vivamus , mea Lesbia , atque amemus- &c.
CROIS - MO |ROIS-MOI ; vivons , chere Lesbie:
Mais ne vivons que pour aimer !
Laiffe , à la vieilleſſe ennemie ,
Le trifte emploi de déclamer
Contre l'amoureuſe folie .
Hélas ! le jour fuccède au jour ;
Et chaque matin renouvelle
L'aftre , dont la courfeimmortelle ,
De la Tèrre embraffe le tour .
Et nous , lorfque la mort cruèlle ,
Sur nos yeux répand fon fommeil ;
Plongés dans la nuit éternelle ,
Il n'eft plus pour nous de réveil !
Que mon âme , unie à la tienne ,
Quitte la vie & la reprenne ,
MARS. 1760.
Dans tes bailers remplis de feux.
De ces faveurs dont , plus facile ,
Tu combles aujourd'hui mes voeux ,
D'abord , je t'en demande mille;
Puis , mille encore , & mille en fus ,
Pour expier tes longs refus
Mille , pour fécher les allarmes
Que m'avoit caufé ta rigueur ;
Mille , pour fceller mon bonheur ;
Et mille , en faveur de tes charmes.
Mille , pour m'arracher ces larmes ,
Plus douces que le doux plaifir.
Mille , que mes voeux te demandent ;-
Et mille , pour les prévenir.
Mille , pour les maux à venir ,
Et pour les biens qui nous attendent.
De ces baifers multipliés ,
Lorfque j'aurai perdu le nombre;
Quel plaifir de voir à nos pieds
L'Envie , au teint pâle , à l'oeil fombre,
S'occuper à les fupputer ;
Frémir ; & s'enfuyant , dans l'ombre ,
Défefpérer de les compter ! ...
An
J. A. Tr.
10 MERCURE DE FRANCE.
REFLEXIONS für la Génération des
Idées en Poësie..
LAA Poëfie, dans fes premiers tems, mar
choit d'un pas égal avec la Religion.
La Religion empruntoit fa voix , pour
dévoiler fes myſtères aux yeux des hommes
les hommes s'en fervoient à leur
tour, pour rendre hommage à la Religion.
Les Prophètes, dans l'ancienne loi, dans
les erreurs de la Mythologie,l'Oracle de
Delphes , celui de Jupiter Ammon , &
furtout , la Sybille de Cumes faifoient
ufage de la Poëfie.
'Fata canit , foliifque notas & carmina mandat ,
Quæcumque in foliis defcripfit carmina virgo ,
Digerit in numerum ; atque antro feclufa relinquit.
Virg.
L'Hymne de Sapho , celles d'Orphée,
de Proclus , & plufieurs autres , le Carmen:
feculare des Latins ; nos Hymnes d'aujourd'hui
; & mieux encore, peut- être , la
Tradition univerfelle des Nations , nous:
apprennent, que les hommes ont ufé, dans
tous les temps , du fecours de la Poëfie
MARS. 1760. II
pour chanter les louanges de la Divinité
: foit que la cadence & la meſure aient
parues plus propres à infpirer le refpect ;
foit que la Poefie en elle - même , & par
fes allégories , foit plus analogue à la Religion
, dont l'expreffion eft toujours emblématique.
On remarque , que les productions de
F'efprit humain, éprouvent les viciffitudes
qui agitent leurs caufes phyfiques. La
Poëfie , ainfi que les autres Sciences , s'eft.
trouvée affujettie à ces révolutions néceffaires
elle a été comprife dans la régle
générale, que la Nature s'eft impofée,
de changer toûjours , pour ne changer
jamais ; elle s'eft trouvée , comme le reſte
des Arts , tantôt dans un oubli profond ,
ignorée , méconnue , enfevelie ; tantôt ,
fortant avec eux de la pouffière , on l'a
vue s'élever avec éclat , faire l'ornement
des fiécles , devenir le langage des Dieux.
Il y a des momens fixés par les Annales
de l'Hiftoire , où les Sciences & les
Arts répandent avec plus d'abondance la
lumière qui les environne : tous les tempsi
& tous les lieux ne font pas également
féconds en génies . L'expérience nous apprend
, que la Nature , réglée ordinairement
pour fes autres productions , net
fuit aucune mefure dans la création des
1
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
efprits : elle s'enflamme, elle crée , & s'ar
rête ; puis , fe réchauffant tout- à- coup ,
elle fe réveille , produit par bouffées , &
fe replonge dans le fommeil. Si l'ordre
immuable des deftinées l'oblige , par inzervalles
, à produire quelques génies fugitifs
& féparés , dans les temps intermé
diaires à ces grandes révolutions ; elle
femble faire connoître , par leur petit
nombre , qu'elle n'obéit qu'à regret à la
néceffité , & qu'elle voudroit les réſerver
pour des fiécles plus heureux.
Dans ces momens d'action , la Nature
obferve toûjours à- peu- près les mêmes
progreffions : ainfi , par exemple , les
époques les plus intéreffantes , pour les
Lettres & pour les Arts , n'ont fait que
nous ramener un même enchaînément d'idees.
La manière deles préfenter a changé,
cette variation dépend de la trempe d'efprit
qui les employe : les mêmes fucs de
la terre.reçus par les racines des différentes
plantes ,fe changent à nos yeux , & fuivent
l'organiſation du corps qui les reçoit.
Un Pythagoricien diroit, qu'il fe forme
une Métempficofe d'idées , qui paffent
d'efprits en efprits ; & qui ne font modi
fiées différemment , que felon la différence
des êtres auxquels elles font unies.
Nullum eft jam dictum, quod non dictum
MARS. 1760
13
fit priùs , difoit un des Auteurs les plus :
élégans de la Latinité , ( Terence ) . On
fe plaignoit , il y a dix- huit fiécles , de la
difette des idées : un autre âge de grands
hommes étoit venu , avoit écrit, & enlevé
à l'âge qui devoit fuivre , la fleur des
idées & des images .
Ces propofitions générales , fur la formation
des idées , qui demanderoient fans.
doute un détail fuivi , fe manifeſtent plus
aifément en Poefie que dans les autres
Sciences : il n'eft point d'art qui préfente
à nos yeux des rapports plus frappans ;
& l'on pourroit lui appliquer à juſte titre
ce que Quintilien a dit de l'Eloquence :
Haber omnis eloquentia aliquid commune.
Les hommes ont reçu de la Nature
eertains principes , dont tous les Arts font
émanés fucceffivement : c'eft ce que Lon
gin appelle les élémens de la génération.
Ces principes font en petit nombre , &
leur effet eft limité. L'efprit humain , déterminé
dans une certaine fphère , voudroit
en vain s'élancer au- delà de fes
bornes.
La Poëfie emprunte des autres arts les
idées qui leur font propres , & elle fçait
enfuite fe les approprier à fon tour : la
Philofophie elle - même , lui en fournit
quelquefois. Lucien & Sénèque , avoient
14 MERCURE DE FRANCE.
diftingué deux Amours : le premier, fils de
Vénus céleste , qui infpire les fentimens
honnêtes ; le fecond,fils d'une autre Vénus,
mere des plaifirs déréglés . Cette idée Philofophique
, émanoit elle-même originairement
de la diftinction morale faite
par les Peuples de l'Orient , des deux principes
du bien & du mal : la Poëfie l'a
revêtue des grâces dont elle étoit fufceptible
. Plufieurs Auteurs , l'ont employée
dans leurs ouvrages ; & il n'en eft point
où elle ait été mieux développée que dans
le Madrigal François , qui commence par
ce vers :
Certain enfant , qu'avec crainte on careffe...
La Poëfie renonce- t- elle aux fecours
des autres Sciences ? Riche de fes propres
richeffes , elle devient pour elle- même
un fond inépuifable de reffources . Toujours
nouvelle , toujours féconde , & toujours
variée ; elle trouve , dans fon fein ,
des tréfors qui ne tariffent jamais : fes
idées font alors comme la matière magnétique
; elles circulent fans ceffe , &
ne s'arrêtent point.
Mellin de S. Gelais , s'adreffe à un petit
chien , qui paffe la nuit fur le fein de fa
maîtreffe:
Ha , petit Ghien ! que tu as de bonheur
MARS. 1760.
Si tu avois le fens de le comprendre !
Tu vas au lieu & c.
Pavillon , né dans un fiècle plus poli ,
dit plus élégament encore , en parlant à
des fleurs :
Que votre fort eſt doux , fleurs qui venez d'éclore,
Et qu'un coeur amoureux en connoît bien le prix :
Vous naiffez fur le fein de Flore ,
Vous mourrez fur le fein d'Iris ! .
Enyvré de fes feux , pénétré de l'objet
qu'il aime , un Poëte veut-il annoncer à
fon Amante la durée de fon amour ; il
puiſe dans Virgile, l'expreffion de ce fentiment.
Virgile dit que les fleuves changeront
de lit , avant que l'image d'Octave
s'éfface de fon coeur..
Ante leves ergo pafcentur in æthere cervi ,
Et freta deftituent nude in littore pifces ,
Aut Ararim Parthus bibet, aut Germania Tigrim,
Quam nofter illius labatur pectore vultus.
Properce écrit , de même.:
Terra priùs falfo partu deludet amantes
,
Et citius nigros fol agitabit equos :
Fluminaque ad caput incipient revocare liquores
Arduus & ficco gurgite pifcis erit .2 .
16 MERCURE DE FRANCE.
Quam poffim noftros aliò transferre colores.
D'après ces deux paffages , le Peuple ,
imitateur des Poëtes , a faifi cette idée ;
elle eft répandue dans tous leurs ouvrages.
On trouve dans le Varchi :
Quando filli potra , fenza Damone ,
Viver ; eb altro che lui non penſa e cura
Ad ogni altro paftore acerba e dura ,
Tornerà indietro al fonte fuo Mugnone.
Au furplus , fi l'on généraliſe cette idée,
on verra qu'elle dérive d'une autre idée
ordinaire en Poëfie , & qui offre bien des
reſſources ; je veux dire, de l'uſage où font
les Poëtes , d'intéreffer dans leurs Ouvra
ges les phénomènes dans la Nature.
Mofchus , fur la mort de Bion , invite
les fleurs à le pleurer avec lui : que la Rofe
& l'Anemone , dit - il , expriment leur
affliction par un rouge plus fombre , &
vous hyacinthes ! prononcez dans ce moment
, vos lettres plaintives.
dans fes regrets
La jeune Deshoulieres , dans fes
fur l'abſence d'un amant , veut que l'Univers
fe reffente de fa douleur.
Redoublez vos fureurs , terribles Aquilons ,
Jufqu'au retour du Berger que j'adore !
Que par vous , la charinante Flore
MARS. 1760.
Difparoiffe dans ces vallons !
Que la Nature languiffante ,
Senfible à mes ennais , vienne les partager !
Que tout , aujourd'hui fe reffente
De l'abfence de mon Berger.
C'est par une fuite de la même idée, que
Regnier demande fa Maîtreffe à tous les
lieux où elle s'arrête ;
O ,bois ! ô prés ! ô monts ! ô vous , qui la cachez
Et qui , contre mon gré , l'avez tant retenuë' !
Si jamais , de pitié , vous vous vîtes touchés ,
Hélas ! répondez - moi : qu'eſt- elle devenuë ?
Enfin, l'on veut fuivre encore l'expreffion
de ce fentiment, on la retrouve dans
ces vers de Triftan :
Rofes de ce verger , qui vous montrez fi vives ,
Vous paroiffez trop tôt , pour mon contentements
Pourquoi n'êtes vous plus tardives ?
Que ne refpectez-vous la foi de mon Amant ?
L'expofition de ces derniers paffages ,
peut demander quelques réflexions. Si
l'on y fait attention , on verra que ce ne
font point des imitations , encore moins
des plagiats : les paffages auroient enfemble
plus de conformité. En effet , l'imi
MERCURE
DE
FRANCE
.
confifte
àfaifir
une
idée
, à l'adopter
, à
tation
,foit
volontaire
, foit
involontaire
,
la
décompofer
, à l'analyſer
, &
à
s'en
fervir
:enfuite
, en
la dénaturant
par
l'expreffon
ou
par
les
circonftances
, mais
en
confervant
toujours
le
fond
&
l'effence
qui
demeurent
les
mêmes
. Dans
les
derniers
exemples
que
je
viens
de
rapporter
, on
ne
trouve
point
cette
uniformité
, cette
identi
té
de
pensées
qui
conftitue
l'imitation
;ony
remarque
feulement
, fi je
ne
me
trompe
,
un
caractère
général
d'analogie
qui
indi
que
que
la
même
idée
a
germé
à la
fois
dans
les
efprits
de
ces
différens
Auteurs
,
&
qu'elle
s'eft
manifeftée
différemment
fous
la
plume
de
chacun
d'eux
.
;.
Ces nuances de goût font difficiles à
pouvoir apprécier : je m'explique néanmoins
le paffage cité plus haut , & tiré
de Vigile , paroît imité par les Auteurs
qui l'ont fuivi , car la penſée eft directement
la même que dans le Poëte ; ils ne
préfentent point d'autre idée , que de voir
remonter les fleuves vers leurfource.Cette
idée , qui eft identique chez tous , qui n'a
point de formation , ni de compofition ,
me paroît une & fimple , & je l'appelle
idée pofitive , ou idée d'imitation pour
tout autre Poëte que le premier ; mais
dans les derniers exemples, je ne remar
MARS. 1760.
que rien autre chofe que des dérivations
particulières & différentes d'une idée générale
& commune. En effet , ce font des
plaintes fur une abfence , & chaque Poëte
s'adreffe à tous les objets qui l'environnent.
L'idée eft née fans imitation dans.
l'efprit de chacun de ces Auteurs ; & c'eſt
cette claffe d'idées primitives , que la Nature
a pris foin de rendre commune à
tous les Poctes .
Mais fi les idées des Poëtes font en général
communes à tous ; il eft aifé de le
découvrir , principalement parmi celles
qui expriment des fentimens. Le coeur hu
main fuit toujours une marche égale ; &
il eft dans la Nature des cordes fenfibles.
pour toutes les âmes.
Jodelle veut, que fes vers ne foient que
les interprêtes de fa douleur.
Allez,mes vers , enfant d'un deuil tant ennuyeux.
Pétrarque avoit dit , avant lui :.
>> Ite rime dolenti.
Ce dernier Auteur , exprime ainfi la
joie qu'il a de revoir fa Maîtreffe : tous
fes maux font oubliés.....
Verve che'l dolce manfueto rifo
Pur' acquita gli ardenti miei defiri ,
16 MERCURE DE FRANCE
E mi fottrage al foro de' martiri ;
Mentr'io fon'a mirarvi intento e fifo.
La vue de fon amante, fufpend fes malheurs.
Narciffe dit , dans Britannicus ,
en parlant de ce Prince :
Il alloit voir Junie , & revenoit content.
Veut-on faifir encore des rapports plus
intéreffans cherchons- les dans les détails
de la volupté ; non que fes effets foient
les mêmes chez tous car je crois que la
volupté n'eft jamais la même pour deux ;
mais parce que la peinture des fenfations,
eft plus uniforme que les fenfations mê→
mes.
Dans un Idylle de Bion , Vénus dit au
mouranr Adonis : Embraffe encore ton
Amante afin que ton âme puiffe paſſer de
ma bouche dans mon coeur. Cette idée ,
la circonftance rend trifte , fe peint
d'une manière plus féduifante dans nos
Auteurs François.
que
Voici la fin d'un Rondeau de Marot.
Brief, mon eſprit , fans congnoiffance d'âme ,
Vivoit alors fur la bouche à ma Dame ,
Dont fe mouroit le corps enamouré
Et fi fa lèvre eût guères demouré
Contre la mienne ; elle m'eût fucé l'âme ,
En la baifant.
MARS. 1760.
27
Marot n'avoit pas emprunté cette idée
de Bion ; mais Rouffeau , qui l'a ſuivi ,
peut avoir imité Marot.
Mon âme trouvera
-9
Le fleuve noir : mais Califte , Califte
Dans ce baifer , en mes veines gliſſa
Part de la fienne , avec quoi je fubfifte.
Cette idée voluptueuſe , devient plus
fage , & peut- être plus tendre , dans le
quatrième Livre de l'Eneïde ; où la foeur
I de Didon , dit, en embraffant le corps de
cette malheureuſe Princeffe :
Si quis fuper halitus errat ,
Ore legam ,
La même expreffion , ou le même fentiment
, fe trouve dans l'Hercule au Mont
Oeta , de Sénèque :
Spiritus fugiens , meo
Legatur ore.
Si l'on y prend garde , c'eft la même
idée , qui s'eft multipliée fous plufieurs
formes , fuivant la différence & la fitua
tion .
Il y a des idées , dont le rapport fe développe
par l'expreffion ; & il y a des expreffions
, tellement affectées à des idées,
22 MERCURE DE FRANCE.
qu'elles font les mêmes dans toutes les
Langues & dans tous les Pays.
On trouve dans le Prophète :
Furatus eft Abfalon , cor virorum Ifrael.
Les Auteurs Prophânes ont appliqué
ce terme à l'effet de la beauté.
Properce :
Una meos quoniam prædata in femina fenfus.
Ovide :
Illic fæpe animo juvenum rapuere puellæ.
Pétrarque :
Queſta che col mirar gli animi fúra .
En déterminant ces rapports d'idées
& d'expreffions , je n'imiterai pas néanmoins
Madame Dacier , qui lifant dans
le Plutus d'Ariftophane , cette penſée ,
que la vie de l'homme eft un carquois
rempli de flêches , qui fe vuide inceſſamment
; a regardé comme une application
à une fuite de cetre comparaifon , le vers
qui fe trouve au Livre des Odes d'Horace,
Quid brevi fortes jaculamur ævo
Multa ?
Ce rapport ne me paroît pas affez établi
, pour ofer le propofer. Les affertions
MARS. 1760. 25
que j'ai effayé de prouver,demanderoient,
fans doute , comme je l'ai déjà dit , un
examen plus détaillé : mais avant de
finir , je ne puis m'empêcher d'appliquer
à toute eſpèce de Poefie , les principes
dont je n'ai donné les exemples que relativement
à la Pocfie légère.
Car il y a deux fortes de Poëfies ; l'une,
badine & d'amufement , qui délaffe l'efprit
, & qui le promène fur des objets
enjoués: l'autre férieuſe , & d'inftruction,
qui élève l'ame , & qui la fixe fur de
grands fpectacles. Cette dernière ne préfente
pas moins de rapports, que la Poëfie
d'agrément.
Premièrement , tout Poëte qui fe livre
à cette carrière , emprunte néceffairement
l'idée du genre ; & fecondement ,
il eft affujetti, par la chofe même, à fuivre
certaines régles , qui ont été tracées.
Indépendamment de ces rapports généraux
, il en eft d'autres plus fenfibles
dans le détail. Homère , avoit perfonnifié
, ou plutôt défié , les vertus & les
vices ; & fuivant cette apothéofe univerfelle
, il avoit rangé chacune des affections
de l'âme , fous les étendarts de
chacun de ces nouveaux Dieux. Ainfi ™,
par exemple , la fureur , la vengeance ,
la difcorde , l'envie , l'amitié , l'amour ,
24 MERCURE DE FRANCE:
font repréſentés dans fes Ouvrages , fous
les couleurs de la Divinité . Les autres
Poëtes ont fuivi cette Méthode ; & de là
réfultent des idées qui font communes à
tous.
Je difois tout-à-l'heure , qu'il y a dans
la Pocfie des régles que l'on fuit commu
nément ; & en effet , la Poefie a fes données
, ainfi que la Géomètrie. Par exem
ple , il faut de grands traits dans de
grands ouvrages , il faut des objets qui
émeuvent puiflamment : de là les paffions
violentes , les événemens , les batailles :
enfuite il faut des objets qui intéreſſent
plus particulièrement ; delà les fituations
adroites & les combats finguliers : fpectacles
touchans , auxquels notre âme eft
attentive , parce qu'ils ont plus de rapport
avec notre individu particulier.
De grandes Batailles , dans Homère.
dans Virgile, dans l'Ariofte , dans le Taffe,
dans la Henriade. Il n'y a pas jufqu'à
Milton , qui faute de pouvoir faire combattre
les hommes , a fait combattre les
Efprits.
Des Defcriptions , dans Homère , dans
Virgile , dans le Taffe , dans tous les autres
: haine , amour , terreur , vengeance,
perfonnifiés .
De grandes paffions en mouvement ,
de
MARS. 1760. 25
1
de grands intérêts fufpendus , de grands
objets , en un mot , qui produiſent de
grands effets.
A côté de ces tableaux , des objets
moindres qui intéreffent ; les adieux
d'Hector & Andromaque ; la féparation.
d'Enée & de Didon ; les Amours d'Herminie
; la Belle Gabrielle ; & plufieurs
autres. Traits de grandeur qui étonnent ,
traits de délicateffe qui occupent tels
font les coups de pinceau , qui , ménagés
avec art,forment des enfembles inimitables
mais chacun a les mêmes matériaux
, c'eſt- à- dire , qu'il a les mêmes
idées. Tous ne réuffiffent pas autant. Le
Peintre de Taverne fe fert des mêmes
couleurs que le Correge & Raphaël ; il ne
différe que dans la méthode , & dans la
la forme d'en uſer : bien afforties , elles
font le grand Peintre ; mal afforties , elles
forment le peintre médiocre : c'eſt la différence
des génies . Oui , il faut avoir du
génie , pour être un grand Peintre : il
faut en avoir, pour être un grand Poëte :
mais foyez-en certains , Peintres , vous
ne travaillerez qu'avec les couleurs des
autres Poëtes. Vous n'employerez que
des idées anciennes : le tout confifte dans
l'affemblage.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
V
MADRIGAL.
OLEZ , papillon libertin ;
Aux fleurs de nos vergers , le printems vous rap
pelle :
Plus preflant qu'amoureux, plus galant que fidèle,
De la rofe coquette allez , baiſer le fein.
Qu'un goût vif & léger, vous amufe auprès d'elle,
Triomphez , & volez foudain ,
Auprès d'une role nouvelle.
D'aimer & de changer , faites-vous une loi :
A ces douces erreurs , confacrez votre vie.
Ce font là des confeils que j'aurois pris pour moi
Si je n'avois pas vû Sylvie.
AUTRE.
Apeine eft -elle diſparue" :
Grand Dieu ! dis- je à l'Amour , j'implore ton
pouvoir...
Rapproche les momens , où je pourrai la voir,
Du moment où je l'ai vuë.
こ
MAR S. 1760 . 27
SUR ce qu'on lui reprochoit des Vapeurs
L E Créateur , dans mon trifte partages
Ne voulut point comprendre la fanté :
J'ai , juſqu'ici , fouffert avec courage
Les maux fréquens dont je fuis tourmenté.
Mais, dans vos yeux , j'ai vu de la colère ,
Contre ma fombre & ftupide langueur.
Elle m'ôtoit le moyen de vous plaire :
De ce moment , j'ai ſenti mon malheur.
J
Première Ode d'Anacreon.
' AI voulu célébrer la gloire ,
De ces Héros , dont la mémoire ,
Et les exploits , vivront toujours.
Malyre, a chanté les amours.
J'ai démonté toute ma lyre...
Helas ! quand j'ai voulu redire
Les faits célèbres de nos jours !
Ma lyre , a chanté les amours .
Cadmús , Alcide , enfans d'Atrée ;
Ma lyre, à Vénus confacrée ,
Vous abandonne pour toujours ;
Et ne chante , que les amours.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Seconde Ode de Sapho.
N'ENVI 'ENVIEZ point le fort des Dieux ,
Vous qui pouvez toujours ou la voir,ou l'entendre
Oui , ma Thémire , tes beaux yeux ,
Ta voix , ce fourire fi tendre ,
Tout confpire à troubler mon coeur.
Quand tu parois , ma voix ſe glace :
Je demeure immobile ; une fecrette ardeur ;
De ma raifon a pris la place :
Mes yeux font éblouis ; j'entends un bruit confus
Je tremble , je pâlis ; la force m'abandonne 、
Mes fens s'égarent , je friffonne ,
Je vais mourir ...
je ne vis plus.
MADRIGAL de Paulus Silentiarius ,
tire de l'Anthologie Grecque.
CONTREP ONTRE l'Amour , tâchez de vous défendre;
On ne ferend , que lorsqu'on veut fe rendre.
Si vous ofez lui réfiſter ;
Si du bras prêt à vous dompter ,
Vous voulez amortir la force ;
L'Amour fera vaincu , vous reſterez vainqueur,
Mais fi , trompé par une douce amorce
MARS. 1760. 25
Vous écoutez un efpoir trop flatteur :
Si vous cédez ; & fi , dans votre coeur ,
Un penchant dangereux , trouve un accès facile...
Pour l'en chaffer , l'effort eft inutile :
L'Amour fera vainqueur.
EPITRE à Madame de *** ,
C'ESTÀà l'Amour,ce tyran de mon coeur ,
Que j'offre mon premier hommage :
Puille-t-il , d'un regard flatteur ,
Accueillir l'Auteur , & l'ouvrage !
C'eft lui , qui , dans l'art de rimer ,
M'a dicté fon tendre langage:
S'il m'enfeignoit l'art de me faire aimer ,
Je lui devrois bien davantage !
Vous , de qui les charmes vainqueurs ,
Seuls auteurs & témoins de l'ardeur la plus tendre,
M'ont appris à verſer des pleurs ,
Et le plaifir qu'on goûte à les répandre :
Amour le veut , régnez toujours fur moi !
Et fi mes dons peuvent vous plaire ;
Jeune & belle N .... acceptez fans colère ,
Le tendre gage de ma foi.
Mes Vers vont vous tracer l'hiftoire déplorable
De deux Amans formés dans le fein des amours,
Jaloux de leur bonheur , le fort impitoyable ,
Biij
MERCURE DE FRANCE
De leurs plaifirs borna le cours.
On crut les défunir ; ils vainquirent toujours !
Envain , la fortune cruelle ,
Soppofe au fuccès de nos voeux :
Si nous brûlons d'une flâme fidelle ;
Nous triomphons , en dépit d'elle .
C'eft par le coeur , qu'on eft heureux.
LETTRES
ET
MEMOIRES
•
DE Mlle de GONDREVILLE , &
du Comte de S. FARGE O L.
AVERTISSEMENT.
de l'Editeur.
CEE manufcrit , dont je vais donner
des fragmens, s'eft trouvé dans le cabinet
de feu M. le Comte D**** : les noms de
Gondreville , & de S. Fargeol , n'y font
défignés dans le titre, & dans l'ouvrage ,
que par les lettres initiales G , & S. F.... ;
& ce n'eft que pour foulager la mémoire
du lecteur , que j'ai cru devoir imaginer
ces deux noms. On m'affure, que les faits
MAR S. 1760 . དྷ་
contenus dans cet ouvrage,font très- réels,
& fe font paffés depuis l'année 1721 , jufqu'au
commencement de 1725. On verra
même , qu'il s'y trouve plufieurs perfonnes
nommées , qui vivent encore aujour
d'hui. J'ai eu l'honneur d'en confulter
quelques- unes , qui m'ont certifié la vérité
de l'hiftoire ; & ne m'ont point caché
Fes noms des principaux perfonnages.
Mais , attendu que ç'a été fous le fecret:
le plus inviolable ; le Public ne fçauroit
me fçavoir mauvais gré , d'y être fidèle.
2
JE ne parlerai , ni de celui à qui j'ai
dû la naiffance , ni du lieu où je fuis née ;
parce que j'ignorois l'un & l'autre , lorſque
j'eus occafion de connoître le Comte
de S. Fargeol ; & que je n'en ai été inf→
truite que longtemps après l'avoir connu.
Il fuffit qu'on fçâche , que j'avois été éle→
vée avec affez de diftinction , dans un
Couvent à Nanci , depuis que j'étois fortie
des mains de ma nourrice ; & qu'on
m'y avoit donné la plus grande éducation .
J'y étois fouvent vifitée par la Comteffe
de *** , Chanoineffe de *** , qui m'ap
pelloir fa niéce , & qui prenoit foin de
moi. J'y voyois quelquefois les Princes
F... & H... lorfqu'ils paffoient en Lor-
B iv
32 MERCURE DE FRANCE.
raine.Et ces vifites me rendoient affez fière .
avec mes compagnes. Tantôt elles m'ap
pelloient , par dérifion , la petite Prin
ceffe ; d'autres fois , lorfque je voulois
prendre fur eiles quelque empire , elles
m'apoftrophoient du nom de Bâtarde ; &
je leur paffois volontiers une injure dont
je ne fentois point alors l'humiliation, en
faveur d'une raillerie qui flattoit ma vanité.
Je ne connoiffois , de ma famille ,
que la Chanoineffe ma tante : elle m'avoit
fans ceffe entretenue dans l'idée
que
j'avois perdu mes parens avant l'âge où
j'aurois pû les connoitre. Ses foins ne
m'avoient jamais laiffé manquer de rien :
fa tendre amitié , à laquelle j'étois extrê
mement fenfible , auroit pû me tenir lieu
de tout. Ainfi , je vivois heureuſe , contente
du préfent , fans curiofité pour le
paffé , fans inquiétude même pour l'ave
nir. C'est ainsi que je paffai les quinze
premieres années de ma vie. Alors , ma
tante me retira du Couvent , pour me
faire vivre avec elle . Elle me conduisit à
Strasbourg , fa véritable patrie. M. let
Comte Dubourg , depuis Maréchal de
France , y commandoit alors . M. d'Angervilliers,
y étoit Intendant. C'étoit dans
leurs maifons , & dans celle du Préteur,
royal , que fe raffembloient tous les jours
la meilleure & la plus grande compagnie.
MARS. 1760. 33
Je commencois à y être quelquefois admife
, & toujours très-fêtée par une légion
de jeunes Officiers François , qui
compofoient la garnifon de cette grande
& importante Place. Mais , ce qui acheva
de me tourner la tête , ce fut le féjour du
magnifique château de Saverne . Il y avoit
près de trois ans que j'étois à Strasbourg;
& je m'y étois affez bien formée & inftruite
par d'excéllentes lectures , lorfque
M. le Cardinal de Rohan vint y paffer
quelques mois c'est-à-dire , y tenir la
cour la plus brillante . Ce Prince y étoit
adoré, & le méritoit fans doute : il en fai- ·
foit les honneurs en fouverain,fans affecter
d'y paroître le maître. Les égards & la
liberté , le bon ordre & la profufion , l'abondance
& la délicateffe , la magnificence
& les grâces, faifoient les délices de
ce palais enchanté . Ma tante avoit toujours
été du nombre des Dames choifies ,
qui compofoient cette charmante cour :
elle n'enfaifoit peut- être pas un des moindres
ornemens; & elle eut, cette année- là ,
l'ordre ou la permiffion de m'y conduire.
Lorfque j'arrivai à Saverne , j'étois toute
accoutumée , par la galanterie des Officiers
François , à tirer quelque vanité de
ma figure , de ma taille , & de mes talens
; mais elle fut confidérablement aug-
By
34 MERCURE DE FRANCE.
mentée , par les louanges que je reçûs de
tout ce que j'imaginois qu'il y eût de plus
grand , & de plus galant à la Cour de
France . Ce que j'appelle ici ma vanité ,
c'étoit un fentiment de complaifance
pour ma petite perfonne , qui fe renfermoit
en moi-même , & qui ne donnoit
aucun air de prétention ni à mes façons ,
ni à mes difcours. Lorsqu'on me difoit
que j'étois belle comme un ange , faite
comme une nymphe , que je chantois
comme une firène ; je le croyois : mais ,
je rougiffois , comme fi l'on m'eût fait
quelque reproche.Tout cela ne veut peutêtre
pas dire autre chofe,finon que je n'avois
pas l'efprit de valoir ce que je valois.
Cette façon d'être , au refte , ne m'a
jamais nui auprès des hommes ; & auroit
dû me réuffir encore mieux auprès
des femmes : cependant cette efpèce de
modeftie , quoiqu'elle fût chez moi bien
naturelle , & fans affectation , leur en a
rarement impofé dans la fuite. Etoit- ce
pénétration , ou jaloufie de leur part ?
Ceft ce que je laifferai décider à ceux
qui m'ont le mieux connue. En un mot ,
voilà quelle j'étois , lors de mon début à
Saverne. Après les attentions de préféren
ce , dont j'eus à me louer de la part des
Princes Henri, & Frédéric d'Auvergne, &
MARS. 1760.
des Comtes Ferdinand , & Antoine
Hohenzolern , feigneurs Allemands
ne dois point oublier celles de M. l'Abbé
de Ravanne. 11 faifoit parfaitement les.
honneurs de la maifon du Cardinal ; &
dans les foins qu'il prenoit , pour que
tout le monde y fût à fon aife & bien fervi
; ma tante , qui étoit ſon amie , & moi,
nous n'étions jamais des derniers à nous
en reffentir. Il parut , même, me prendre
dans une affection plus particulière. Et ce
fut lui , qui le premier , s'imagina qu'on
devoit dès lors penfer à mon établiſſement.
Il en parla , d'abord , à ma tante ,
en ma préfence , enfuite au Cardinal ; &
bientôt à tout le monde. En forte , que je
devins l'affaire du jour ; & qu'il ne pa
roiffoit aucun Officier un peu de mife , à
la cour de Saverne , dont on ne s'efforçâtt
de tourner toute la galanterie en ma faveur.
Je dois avouer , à la honte de mess
charmes , que ce fut fans aucun fuccèss
folide. Et je puis dire auffi , pour Phon
neur de ma Raifon, que ce fut fans aucun
regret fenfible de ma part. Cependant ,
comme il paroiffoit que tout le mondeavoit
cette affaire extrêmement à coeur ;
& que j'étois la feule à qui elle parût
tout-à-fait indifférente ; ma tante crut
enfin , devoir me reprocher en particu
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
lier , la manière froide & défintéreffée
avec laquelle j'avois reçû juſqu'alors les
complimens flatteurs de quelques jeunes
gens ; & entr'autres, les avances brufquement
polies d'un cavalier Allemand, qui,
à dire vrai , m'avoit extrêmement déplu.
Je ne le cachai point à ma tante : je lur
avouai , que j'aimois mieux paffer toute
ma vie auprès d'elle , que de m'en féparer
; furtout , s'il s'agiffoit d'époufer ur
homme pour lequel je me fentois une
averfion invincible. Ce fut à ce propos ,
que j'eus , pour la première fois , la trifte:
connoiffance de mon fort.
" Mademoiſelle me dit ma tante ,
il n'y a perfonne dans le monde qui
doive être moins difficile que vous fur
le choix d'un parti. Je vais vous affliger
fans doute ; mais il eft temps , que vous
vous connoiffiez . Quand les parens ,
auxquels vous devez le jour , feroient
auffi illuftres que votre vanité , & l'éducation
que vous avez reçue , ont pu
vous le faire penfer ; votre orgueil n'aupas
plus à s'en applaudir ces parens ,!
ne feront jamais en état de vous
avouer. Je me fuis chargée , par amitié
pour eux , & pour vous , du foin de
de vous élever. Mais , fi vous veniez
à me perdre , il ne vous refteroit , ma.
ܪ܂
MARS. 1760. 37
1
chere Gondreville , ( car c'eft ainfi que
j'avois toujours été nommée ) il ne vous
vous reſteroit , me dit- elle , que la mifère
, & la honte de votre naiffance.
Quoi , Madame ! m'écriai- je , toute
en larmes : quoi , je ne connoîtrai jamais
ceux à qui je dois le jour ?
Non , ma chere enfant , continuat-
elle ; vous ne devez point vous y attendre
. Mais laiffez moi : vos larmes me
déchirent le coeur !
En effet , fes pleurs inonderent fon
vifage. Je me jettai dans ſes bras : elle
me ferra tendrement fur fon coeur , fans
que nous euffions la force de nous exprimer
, que par nos mutuelles larmes. Mais
enfin recueillant fes efprits , & fa Raiſon;,
elle continua de me parler ainfi :
Ma chère Gondreville ! vous avez
befoin de bien du courage , pour foutenir
le coup affreux que je viens de.
porter à votre âme croyez qu'il ne
m'en a pas fallu moins à moi-même ,
pour m'y réfoudre. Je n'en aurois jamais
eu la force , fi les circonftances
ne m'y avoient contrainte. Songer.
donc , que vous n'avez d'autre reffource
, pour être établie convenablement ,,
que les fentimens dans lefquels vous
avez été élevée ; que les charmes que
38 MERCURE DE FRANCE.
Vous devez à la nature ; & le crédit des
perfonnes qui s'intéreffent à vous. Vous
ne devez rien négliger pour profiter de
ces avantages , tandis que vous les poffédez
vous ne devez pas même vous en
rapporter uniquement à votre coeur.
Cette noble franchife , qui fait votre
caractère , toute aimable , toute loüable
qu'elle eft ; cette délicateffe de fentiment,
que vous apporteriez à faire un choir ;
ne manqueroient pas d'éloigner les oc
cafions de faire votre bonheur & votre
fortune. Vous le voyez : tout le monde ,
ici , s'intéreffe pour vous. Gardez- vous
de rebuter leur bienveillance , par des
difficultés , ou par des dégoûts qui ne
conviennent point à votre état.
Elle termina ce difcours
braffant plus tendrement que jamais ; &
en m'ordonnant de réfléchir en mon
particulier fur ce qu'elle venoit de me
dire. Mon coeur étoit fi pénétré de dou
leur & d'amertume , que je me retiral
dans ma chambre , fans pouvoir me ren
dre compte à moi - même de mes propres
fentimens ; & fans en marquer d'au
tre à ma tante , que celui de ma tendreffe.
Mais je ne fus pas plutôt feule ,
que je fus frapée d'un fouvenir qui m'af
en m'èm
MARS. 1760.. 39
fligea plus encore que tout ce que je venois
d'apprendre : je me rappellai , qu'on:
m'avoit quelquefois reproché ma naiffance
, dans le couvent ou j'avois été éle
vée... Cette idée , me fit répandre un
- torrent de larmes .
Quoi ! me difois - je , mon infortune
eft donc connue de tout le monde ? ...
- Eh , de quel front foutiendrai - je , déformais
, les regards de tant de per
fonnes inftruites de ma honte ?
Un autre fentiment ; fuccéda bientôt
à celui - ci ce fut celui de la curiofité.
J'imaginai, que mon pere , quel qu'il fût,
devoit être du nombre de ceux qui compofoient
la Cour brillante de Saverne..
M. l'Abbé de Ravanne étoit , de tous
ceux que j'y voyois , celui qui m'avoit
marqué le plus d'amitié , & qui avoit eu
le plus d'attention pour moi je ne fçais
pourquoi ma vanité ne s'accommodoit
point de l'idée de lui appartenir . Elle fe
feroit , en effet trompée mais elle ne
fe trompoit pas moins , en portant fes
vues fur ce qu'il y avoit à mes yeux de
plus élevé dans l'affemblage de tant de
perfonnes Illuftres . A l'égard du defir , de
reconnoître ma mere ; mes vues ne pouvoient
raiſonnablement fe tourner que
fur l'aimable Chanoineffe que j'avois tou
40 MERCURE DE FRANCE
jours regardée comme ma tante . Mais
outre que je ne me trouvois aucun de
fes traits ; je ne pouvois me perfuader ,
qu'ayant à fe reprocher de m'avoir mife
au monde , elle eût ofé me produire visà-
vis tant de perfonnes qui devoient avoit
quelque connoiffance , ou du moins quelque
foupçon de fon aventure . Je reftai
donc , dans mon ignorance ; & cependant
, je n'en reffentis pas moins un re
doublement de tendreffe pour elle. Cette
Dame , en effet, devoit me devenir d'autant
plus chère , que je penfois qu'elle
eût moins de raifons de s'intéreſſer à
à moi. Ces triftes réfléxions , jetterent
dans mon maintien un air d'inquiétude,
& de timidité , qui fut remarqué : j'en
effuyai les reproches de tout le monde ;
& je fus obligée de prétexter quelque
incommodité , pour me donner le temps
de raffurer ma contenance. L'empreffement
& les attentions qu'on daigna me
marquer , me rendirent bientôt la phyfionomie
moins fombre , & plus de liberté
dans mes façons . Enfin le moment marqué
, par mon étoile , ne tarda pas à fe
préfenter. M. le Comte de Saint Fargeol
, arriva,des Pays étrangers , à Saverne.
Il avoit été obligé de fortir de France
, pour une affaire d'honneur. Il y
MARS. 1766. 41
>
avoit plus de trois ans qu'il s'étoit réfugié
à la Cour de Manheim , & qu'il
voyageoit dans quelques autres Cours
d'Allemagne ; pendant lefquels , M. le
Cardinal avoit employé fon crédit pour
arranger fes affaires de façon qu'il pûc
- obtenir de revenir en France. La mort.
du Marquis de *** dont il avoit tué
le fils , venoit de rendre cette affaire
plus facile à accommoder ; & le Comte
de S. Fargeol , crut pouvoir venir en attendre
l'iffue chez fon protecteur. Le
Comte , paroiffoit âgé d'environ vingthuit
ans ; fa figure étoit noble , & intéreffante;
fa taille , extrêmement avantageufe.
Il me parût , comme à tout le
monde , un peu mélancolique , & foucieux
fe livrant pourtant aux plaiſirs ,
avec affez de liberté ; mais retombant
fouvent dans la rêverie. Je ne parle point
de fon efprit : je n'étois pas capable d'en
juger. Et fes lettres , mieux que moi
rendront bientôt compte de ce qu'il pouvoit
en avoir. Il eft certain , que j'en
jugeai d'abord favorablement ; mais
peut-être ce fut avec un peu de prévention
: car il faut avouer que , dès que
je le vis , je fus prévenue en fa faveur.
Le Comte , tel que je viens de le dépeindre
, jouiffoit , dès-lors , de vingt à
42 MERCURE DE FRANCE.
vingt- cinq mille livres de rente ; & pou
voit en efpérer encore autant , pour le
moins , d'un oncle maternel ; pour lequel,
par conféquent , il étoit obligé d'avoir
beaucoup d'égards . L'idée d'un par
ti fi avantageux pour moi , ne pouvoir
échapper au zèle que l'Abbé de Ravanne
paroifloit avoir pour mon établiffement.
Auffi mit- il- tout en oeuvre pour
me faire paroître avec avantage aux yeux
de M. de Saint Fargeol ; & pour me produrer
toutes les occafions de faire fa
conquête. Je m'y livrois de trop bonne
grâce ; & le Comte étoit trop galant :
fes attentions de préférence étoient
même trop marquées , pour que l'Abbé
n'en conçut pas les efpérances les plus
folides , & pour que mon imagination
n'en fût pas féduite elle- même. Nos idées
dévinrent fi bien celles de tout le monde
, qu'enfin le Cardinal crut ne rien ha
zarder d'en parler férieuſement au Com
te de Saint Fargeol. Ce ne fut cependant
qu'après avoir fondé fa façon de penfer ,
fur ce qui fait communément la baſe
de pareils engagemens ; je veux dire ,
fur l'égalité des conditions , & fur celle
de la fortune . Le Comte répondit aux
difcours du Prince , avec autant de mo
deftie que de défintéreffement ; ( On verra
RE
MARS. 1760.
bientôt "
*
"
qu'il avoit plus d'une raifon
pour s'expliquer ainfi , ) en forte que le
Cardinal ne lui parla plus de moi que
comme d'une perfonne qu'il croyoit
pouvoir lui convenir ; & qui méritoit la
diftinction qu'il paroiffoit en faire . Il
ajouta , qu'il ne fe cachoit point d'avoir
fort à coeur de m'établir en France ;
& qu'il fe flattoit même de m'y placer
honorablement à la Cour. Le Comte pa-
- rut entrer dans toutes les vues ; & ne
demanda au Prince que le temps de
faire agréer à fon oncle une propofition
dont il efpéroit qu'il dût fe troùver
honoré. Voilà de quoi ma tante eut
foin de m'inftruire ; & ce que j'appris
d'elle , avec de vrais tranfports de joie.
-De ce moment, je ne me contraignis plus,
qu'autant qu'il convenoit à la bienféance,
-pour laiffer voir au Comte l'impreffion
qu'il avoit faite dans mon âme : lui- même,.
parut redoubler de foins & d'attentions :
pout moi. Mais la mort du Marquis, fon
ennemi , dont j'ai déjà parlé , donna
-bientôt la plus entière efficacité aux follicitations
que depuis longtemps M. le
Cardinal de Rohan faifoit en fa faveur ;
& lui rendit enfin la liberté de reparoître
à Paris , & à la Cour. Il ne tarda pås
à en profiter. Tout ce qui me reſte à
44 MERCURE DE FRANCE.
dire , pour l'intelligence de nos Lettres ;
c'eft , qu'en prenant congé de ma tante
& de moi , en particulier , au moment
de fon départ ; il demanda à ma tante,
la permiffion de m'écrire ; & me dit à
moi , en me ferrant la main. Mademoifelle
, je pars , plus pénétré que je ne
puis vous dire , de tout ce que vous méritez
; & je ferois inconfolable de me
féparer de vous , fi je n'étois affuré que
je vous perfuaderai bientôt que je mérite
quelque part dans votre eſtime ;
& que le tendre & fincère attachement
que j'ai pris pour vous , eft de nature
à ne s'altérer jamais.
Je crus voir quelques larmes s'échapper
de fes yeux ; & fon départ m'en fit
répandre d'un genre de tendreffe que j'avois
ignoré jufqu'alors. Dès que je fus en
état de réfléchir feule fur ce qui ſe paffoit
dans mon âme , par rapport au Comte
de Saint Fargeol ; je me rappellai ce
qu'il m'avoit dit, en me quittant. Aucune
de fes paroles , ne m'étoit échappée ; &
le point fur lequel il me paroiffoit avoir
le plus infifté , c'étoit fur le defir de mériter
mon eftime. Je penfai , avec plus de
raifon qu'on n'a coûtume d'en avoir à
mon âge , que ce fentiment étoit donc
le plus néceffaire à la folidité de l'union
MAR S. 1760 . 45
que j'efpérois devoir fe former entre
ous . Je rêvai quelques jours à ce qui
suroit pu me mériter , de fa part , cette
ftime qu'il fe flattoit de mériter bienôt
de la mienne. J'en imaginai un
moyen ; & je fus affez fimple pour ne
pas prévoir , que les fuites pouvoient en
être dangereufes... J'ignorois , fi l'on avoit
inftruit le Comte de l'obfcurité de ma
naiffance ; & je penfois , que pour le
mieux engager , on avoit eu grand foin.
de la lui cacher.J'enviſageai cette réſerve,
comme une vraie fauffeté. Je me reprochai
, de ne lui avoir pas découvert moimême
ce mystère ; & je réfolus de le dé-
Cromper. Je fçus adroitement, d'un des Secrétaires
, l'adreffe du Comte , à Paris ; &
je pris le parti de lui écrire en fecret :
bien perfuadée , que ma franchiſe m'attireroit
fon eftime & fa confiance. Il y
avoit dix à douze jours qu'il étoit parti
de Saverne , lorfque je lui écrivis la lettre
qui fuit ; & qui fut , finon l'occaſion ,
du moins la première de toutes celles
que je livre aujourd'hui au Public . Je
n'en interromprai la fuite , par quelques
réfléxions ou par quelques détails de ma
vie, qu'autant que je les croirai néceffaires
pour faire mieux connoître à mes lecteurs
Les différentes épreuves par lefquelles j'ai
do
46 MERCURE DE FRANCE.
été obligée de paſſer , avant que d'arriver
au terme heureux qui a mis fin à mes in
certitudes , & à mes malheurs.
PREMIERE LETTRE,
A.M. le Comte de S. Fargeol.
J'AI 'AI bien peu d'expérience , Monfieur
& je vous avoue que j'ignore fi je ne
commets pas une faute contre la décen
ce , en prenant fur moi la réfolution de
vous écrire , fans en avoir demandé , ni
obtenu la permiffion de ma chere tante.:
Mais j'ai été fi frappée de vos dernieres
paroles , lorfque vous m'avez affurée que
vous alliez travailler à mériter mon eftime;
que j'ai pensé que je devois , de mon
côté, faire les derniers efforts pour mériter
la vôtre. En me parlant de la forte, vous.
avez acquis ma confiance ; & j'avouë que
vous poffédiez déja ce que vous paroiffiez
defirer de moi. Si vous me rendez juſtice,
comme je vous la rends, vous ne douterez
point de ce que je vous dis ; mais me la
rendrez- vous, à votre tour, en me voyant
franchir les bornes d'une efpèce de pu
deur , fi recommandée aux perfonnes de
mon fexe , & de mon âge ? Apprenez- en
R 47 MARS. 1760
du moins le motif , avant que de me
condamner ; & fâchez , que je me condamnerois
la premiere , fi je n'étois perfuadée
, Monfieur , qu'en vous manquant,
je perdrois plus dans votre eftime , que
je n'y dois perdre en me manquant à
moi même par un excès de franchiſe &
de fincérité. Ces deux vertus , qu'on m'a
toujours prêchées , appartiennent à tous
les fexes , & à tous les âges : elles font la
bafe de mon caractère ; & je n'ai rien
tant en horreur , que la tromperie & la
faufleté. Je vais vous le prouver , d'une
façon bien humiliante pour moi ! & c'eſt
ce qui doit juftifier , à vos yeux , la feule
démarche hafardée que j'ai faite de ma
vie. Vous n'êtes pas le premier , Mon
fieur , ni le feul auquel on fe foit efforcé
de donner du goût pour moi : mais je
fuis trop franche , pour ne pas vous
avouer , que vous êtes le feul , & le premier
, pour qui j'en aye pris . Que ne
m'eft-il auffi facile de vous prouver que
je fuis digne de vous , qu'il me le feroit
de vous convaincre de la fincérité de l'a
veu que je viens de vous faire ! Mais , je
fuis bien éloignée de chercher à vous
féduire. Je ne veux , que vous éclairer :
parce que je crains qu'on ne l'ait pas fait ;
& vous guérir même d'un fentiment qui,
Lout généreux qu'il pourroit être de *
48 MERCURE DE FRANCE.
votre part , ne conviendroit ni à votre
naiſſance , ni à votre fortune. Vous
voyez , Monfieur , par tout ce qui précé
de ici l'aveu de ma honte , qu'il ne laiffe
pas de m'en coûter beaucoup pour m'y
déterminer. Ce n'eſt pas que je ne fente
que je me le dois , autant que je crois vous
le devoir àvous - même. Ainfi , le voici cet
aveu... Ma naiffance eft incertaine : ceux
à qui je dois le jour , ne peuvent m'avouer.
On m'aflure même , que je ne les
connoîtrai jamais ? ... C'eſt dans votre
fein , Monfieur , que je dépofe une triſte
vérité , qui doit vous éloigner de moi
pour toujours. Je ne me plaindrai point
de mon fort , fi elle fert à me conferver
votre eftime c'eft le feul bien que je
puiffe déformais attendre de la perfonne
du monde que j'eftime le plus.
GONDREVILLE.
Le lendemain que cette lettre fut par
tie pour Paris , M. l'Abbé de Ravanne me
joignit , en particulier ; & m'en remit , en
fecret , une , qu'il avoit , me dit- il , reçue
pour moi ; & qu'on lui avoit recom.
mandé de me rendre , fans témoins. J'at
tendis , avec beaucoup d'impatience , le
moment d'être feule pour la lire. Cette
lettre , étoit du Comte de S. Fargeol ; &
telle qu'on va la voir ici.
SECONDE
MARS. 1760, 49
SECONDE LETTRE.
Le Comte de S. Fargeol , à Mademoiselle
de Gondreville.
MADEMOISELLE,
*
JE ne me pardonnerai jamais le rôle
que j'ai été contraint de jouer vis - à- vis de
vous , & de Madame la Comteſſe votre
tante , pendant le féjour que j'ai fait à
Saverne . Si les remords font capables de
rendre l'innocence à celui qui l'a perduë ,
je devrois me croire juſtifié d'une diffimulation
qui m'avoit éte impofée par une
autorité refpectable : mais je ne puis l'être
, à mes propres yeux ; & tant que je
vivrai , vous ferez vangée du crime qu'on
m'a fait commettre , par les reproches
amers que je ne cefferai jamais de m'en
faire à moi-même. Vous confier , aujour
d'hui , que jefuis mariés ! vous avouer, que
toute ma tendreffe appartient à la perfonne
qui a fait mon bonheur ,avant que j'euffe
celui de vous connoître : c'eft m'expcfer
fans doute à des peines plus cruelles
encore que celles que j'éprouve ; puifque
c'eft me livrer moi- même à toute votre
indignation ! Je ſens , avec douleur ,
que
je me fuis bien trompé moi-même , lorf
C
so MERCURE DE FRANCE.
paseu
que je vous dis, en vous quittant, que je me
fattois de mériter bientôt votre eſtime .
Hélas ! en vous tenant ce difcours , je m'éloignois
encore , ( quoique ce fût involontairement
) de cette fincérité , par laquelle
j'efpérois de m'en rendre digne !
Cependant , Mademoiſelle , après vous
avoir expofé mon crime , avec toutes les
couleurs qui pourroient le faire paroître
inexcufable ; permettez- moi d'en rejetter
au moins une partie, fur une trifte néceffité
, que l'état de mes affaires rendroit indifpenfable.
Si mon coeur avoit été libre ,
en arrivant à Saverne , fon Eminence
n'auroit befoin de me faire appercevoir
que vous étiez faite pour faire le
bonheur du plus honnête homme du monde
; il m'avoit fuffi de vous voir , & de
vous entendre , pour découvrir en vous
un fond d'efprit & de caractère , préférable
même aux grâces que la nature vous
a fi libéralement départies. Ce fut fur l'éloge
fincere que je fis de vous à ce Prince
, qu'il daigna s'ouvrir à moi fur le défir
qu'il avoit de vous marier en France ;
& fur les avantages que , par fon crédit ,
il fe flattoit , à juste titre , d'y faire trouver
dans l'honneur de votre alliance . Je
répondis à cette confidence , d'une façon
qui lui parut veritablement animée. Elle
MAR S. 1760.. SI
l'étoit en effet par l'intérêt qu'on ne peut
s'empêcher de prendre à ce qui vous
touche. Ce fut ce qui le porta, fans doute
, à me propofer de penfer , pour moimême,
au bonheur de vous poffeder . Je ne
me défendis d'abord , que fur la néceffité
de confulter un oncle qui m'eft cher , &
de qui dépend la meilleure partie de ma
fortune. Le Prince s'offrit à me ménager
lui- même fon confentement. Ce fut alors ,
que je me trouvai contraint de lui confier
un fecret , que j'avois un intérêt confidérable
de cacher. Il eut la bonté d'entrer
dans mes vuës ; & d'en fentir fi bien
les conféquences , qu'il m'ordonna luimême
de vous faire myftère , ainfi qu'à
Madame votre tante , & à tout le monde
, des engagemens que j'avois pris : fe
réfervant , maffura- t-il , de me juftifier à
vos yeux d'une diffimulation qui devoir
me coûter d'autant plus , qu'elle n'eft
point dans mon caractère , & qu'elle fait
actuellement le tourment de ma vie . Il
n'y a que deux jours que je fuis arrivé
ici , parce que je me fuis arrêté à la Cour
de Lorraine. Je n'ai encore rien confié à
mon oncle de l'état de mes affaires ; &
je vous jure , Mademoiselle , qu'elles ne
m'ont point autant occupé que le repentir
fincère de la conduite que j'ai euë
Cij
so MERCURE DE FRANCE.
que je vous dis, en vous quittant, que je me
flattois de mériter bientôt votre eftime .
Hélas ! en vous tenant ce difcours , je m'éloignois
encore , ( quoique ce fût invo
lontairement ) de cette fincérité , par
laquelle
j'efpérois de m'en rendre digne !
Cependant , Mademoiſelle , après vous
avoir expofé mon crime , avec toutes les
couleurs qui pourroient le faire paroître
inexcufable ; permettez- moi d'en rejetter
au moins une partie, fur une trifte néceffité
, que l'état de mes affaires rendroit indifpenfable
. Si mon coeur avoit été libre ,
en arrivant à Saverne , fon Eminence
n'auroit paseu befoin de me faire appercevoir
que vous étiez faite pour faire le
bonheur du plus honnête homme du mon.
de ; il m'avoit fuffi de vous voir , & de
vous entendre , pour découvrir en vous
un fond d'efprit & de caractère , préfé
rable même aux grâces que la nature vous
a fi libéralement départies. Ce fut fur l'éloge
fincere que je fis de vous à ce Prince
, qu'il daigna s'ouvrir à moi fur le défir
qu'il avoit de vous marier en France ;
& fur les avantages que , par fon crédit ,
il fe flattoit , à juste titre , d'y faire trouver
dans l'honneur de votre alliance. Je
répondis à cette confidence , d'une façon
qui lui parut veritablement animée. Elle
MARS. 1760 . 53
fureur fe tourna contre le Cardinal ; &
elle vouloit aller fur le champ , la Lettre
à la main , lui faire les plus vifs reproches
de l'avoir trompée. J'eus le bonheur d'appaifer
ce premier tranfport ; & je vins enfin
à bout de lui perfuader qu'un pareil
éclairciffement pouvoit encore faire tort
au Comte ; parce , qu'infailliblement ,fon
fecret en feroit divulgué. Elle me dit ,
que j'étois trop bonne : mais elle ne put
s'empêcher de louer ma difcrétion ; &-
fon véritable caractère la détermina bientôt
à l'imiter. Il y avoit plus de huit à
dix jours que nous vivions dans la plus
exacte réferve , fur le compte de M. de
Saint Fargeol , lorfque je reçus une feconde
Lettre de lui , par le même canal
dont il s'étoit fervi pour la première. La
modeftie devroit peut - être m'en faire
retrancher les éloges ; mais les idées
avantageufes que le Comte avoit daigné
prendre de moi , ne doivent- elles pas juſ
tifier fa conduite à mon égard ? & s'il eft
vrai , que ma vanité en dût être flattée ;
dois -je cacher au public , qu'elle le fut
en effet des louanges d'un homme qui
en étoit fi digne lui-même ? Je prie le
Lecteur de fe rappeller cette réfléxion ,
toutes les fois qu'il croira avoir occafion
de faire le même reproche à mon amourpropre.
C iij
14 MERCURE DE FRANCE.
TROISIEME LETTRE ,
De M. le Comte de S. Fargeol , à Mlle
de Gondreville.
MADE ADEMOISELLE ,
De quelle admiration venez - vous de
me frapper ! Quelle Lettre vous m'avez
fait l'honneur de m'écrire ! N'étoit - ce
point affez pour vous , de pofféder tous
les avantages que votre fexe a naturellement
fur le nôtre ,fans prétendre encore
à nous égaler & à nous furpaffer même
par une force d'efprit & d'âme , qui femble
ne devoir appartenir qu'à nous?Non ,
Mademoiſelle , je ne puis m'en taire : le
courage que vous me montrez , dans un
âge fi tendre , eft infiniment fupérieur à
celui qui nous fait affronter les plus
grands dangers. Son Eminence ne m'avoit
point caché ce que vous venez de m'apprendre
mais ce qui eût pû fufpendre
mes prétentions , en l'apprenant de ce
Prince , ne ferviroit qu'à les rendre plus
vives & plus empreffées , lorfque je l'apprends
de vous , fans l'obftacle infurmontable
qui s'y oppoſe. Après cela , MadeMARS.
1760. 55
per- moifelle , pourrez- vous craindre de
dre l'eftime d'un homme que vous venez
encore de rendre plus jaloux que jamais
de la vôtre ? C'eft à vous , déformais , à
me raffurer fur cet article. Dois- je craindre
que ma fincérité m'ait fait quelque
tort dans votre efprit ? Et pourquoi le
craindrois- je ? C'eft avec les mêmes armes
que vous achevez de triompher de ma
raifon , & de vous foumettre tous les
fentimens dont mon âme eft capable ,
& dont elle n'eft que trop fufceptible.
Mais avec cette façon de penfer & de
fentir ; quelle va devenir la vôtre for mon
compte , lorfque je fuis obligé de vous
avouer , que je dois le plus grand bonheur
de ma vie à ce qui ne fembloit être
fait que pour l'empoisonner à jamais ? Oui,
Mademoiſelle , il fuffifoit à ma douleur
de vous avoir connue trop tard : Il n'étoit
pas néceffaire , pour me la rendre plus
fenfible , qu'on me fit entrevoir que j'au
rois pû afpirer au bonheur de vous pofféder.
L'oppofition de mon oncle , fon entêtement
& fes chimères , fi j'avois été
libre de difpofer de moi , m'auroient réduit
au plus cruel défefpoir ; & ce font
ces mêmes chimères , & ce même entêtement
; ou plutôt , c'eſt votre lettre, Mademoiſelle
, qui vient de lui arracher un
C iv
36 MERCURE DE FRANCE.
confentement qu'il ne m'auroit peut- être
jamais accordé. Je viens d'obtenir de lui
la confirmation des noeuds que j'avois ofe
former , fans fon aveu. C'eft à vous que je
dois ce miracle : c'eft vous , qui affurez
le bonheur de ma vie : vous ! avec qui je
regretterai fans ceffe, qu'il ne me foit pas
permis de le partager. Sans vous , mon
nom eût été longtemps à charge à Madame
de S. Fargeol; & peut-être, ne l'eûtelle
jamais porté tranquillement dans le
fein de ma famille. J'aurois été privé ,
moi-même , de tous les avantages qui
feuls pouvoient me procurer le moyen
de le lui faire foutenir avec honneur.
Que ne vous devons-nous point l'un &
l'autre ? Et par où , pourrons - nous jamais
nous acquitter avec vous ? J'espère , qu'à
fon paffage pour fe rendre en France , elle
fera aflez heureufe pour vous marquer
toute fa reconnoiffance. Je vous prie
inftamment, de le lui permettre.Pour moi,
Mademoiſelle , je vous promets & vous
jure d'employer tous les inftans d'une vie
que vous feule pouviez rendre auffi parfaitement
heureufe , à vous prouver par
mes foins , & s'il fe peut par mes fervices
, de quelle façon je reffens le bien
que je vous dois. Il me refte encore une
grace à vous demander , qui peut n'être
MAR S. 1760 .
57
pas inutile à mes vuës ; c'eſt qu'il me foit
permis de vous écrire , & d'efpérer de
recevoir quelquefois de vos nouvelles.
C'eſt une faveur bien grande , je l'avouë !
mais j'espère m'en rendre digne ... ainfi
que de votre amitié : parce que les fentimens
qui n'attachent à vous , ne s'écarteront
jamais de celui du refpect que je
vous dois , & avec lequel je ne cefferai
jamais d'être , Mademoiſelle , votre &c.
P. S. J'ai l'honneur d'écrire, par ce même
ordinaire , à fon Eminence , & à Madame
la Comteffe votre tante , pour leur faire
part de l'heureux fuccès de mes affaires ,
& des obligations que je vous ai.
M. le Cardinal , & ma tante , reçûrent
en effet les Lettres du Comte : on
publia fon mariage. Quelques perfonnes
voulurent m'en faire des complimens de
condoléance : mais fon Eminence , & M.
l'Abbé de Ravanne , eurent foin de dire
que M. de S. Fargeol m'avoit inftruite de
fes engagemens ; & que je ne m'étois
prêtée à fes galanteries , pendant fon féjour
à Saverne , que par une difcrétion
très- louable à mon âge , dans une circonftance
où le fecret étoit fi important aux
intérêts du Comte de S. Fargeol . En effet,
je n'eus pas befoin de me contraindre,
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
pour paroître extrêmement contente de
la tournure avantageufe que fes affaires
venoient de prendre , par l'approbation
d'un oncle dont il avoit tout à eſpérer ,
& tout à craindre . J'avouerai cependant ,
avec ingénuité , que mon petit amour →
propre ne laiffa pas d'en fouffrir intérieu
rement. Mais j'étois fi fatisfaite de l'acquifition
d'un tel ami ; je me trouvois fi
honorée de fa confiance , & fi flattée de
fes promeffes ; j'avois eu même juſqu'alors
fi peu de penchant à la jaloufie ; que
je me crus fuffifamment dédommagée de
la perte
de mes premieres efpérances. Ce
qui acheva de confoler mon coeur , & de
les mettre à fon aiſe ; ce fut la permiſfion
que ma tante me donna d'écrire au
Comte , lorfque je lui communiquai la
lettre qu'il m'avoit écrite , & l'original
de celle qui m'avoit attiré de fa part une
réponſe fi obligeante. Le motif qui me
l'avoit fait écrire , parut fi louable à ma
chere tante , qu'elle n'eut pas la force
de me blâmer de lui en avoir fait un
myftère. Elle me dit même , à ce fujet ,
qu'elle croyoit pouvoir déformais fe fier
à ma prudence ; & me laiffer une entiere
liberté, fur un commerce, qui ne pouvoit
tourner qu'à l'avantage de mon efprit &
de mes fentimens. Si j'en profitai , pour
MARS. 1760 59
écrire la lettre fuivante , & celles que
j'ai écrites depuis ; je n'en abuſai point :
je n'en écrivis prèfque aucune , fans les
lui avoir montrées , avant que de les copier
; je recevois , avec docilité , les correc
tions qu'elle jugeoit à propo sďd'y faire ; &
je confeffe , de bonne foi , que c'eft en cer
état qu'elles ont été envoyées , & que
je les publie. Je puis cependant dire , avec
la même franchife , que ces corrections
étoient légères ; & qu'en géneral , ma
tante , pendant que j'ai eu le bonheur
de la conferver , fut toujours affez contente
de ma façon de penfer & de m'exprimer.
QUATRIÈME LETTRE ,
De Mlle de Gondreville , à M. le Comte
de S. Fargeol.
R₁
IEN n'égale , Monfieur , la joie que
j'ai reffentie de l'heureufe nouvelle que
vous venez de m'apprendre. Je ne vous
cacherai point , qu'il y a eu des momens
où cette nouvelle auroit på m'affliger
beaucoup. Mais , dans les dernières
difpofitions où votre fincérité & vote
confiance ont miſe mon âme , à votre
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
égard , je crois partager votre bonheur,
lorfque je vous le pardonne. Et le compliment
, par lequel je vous félicite , eſt
auffi fincère que l'aveu par lequel j'avois
pris foin de vous inftruire , que je ne me
croyois pas digne de cet honneur. Je
n'aurois jamais cru , Monfieur , qu'il pût
y avoir aucun cas où j'euffe à m'applaudir
du malheur de ma naiffance : cependant
, vous me forcez à m'en fçavoir au
jourd'hui quelque gré ; car enfin , quoique
vous ayez la difcrétion de vous expliquer
d'une façon mystérieuse , & même obligeante
, fur l'utilité dont ma Lettre a
pû vous être pour le fuccès de vos vues ;
je pénètre affez que vous devez l'approbation
de vos engagemens fecrets , à
la crainte que devoit naturellement inf
pirer à M. votre oncle le crédit de fon
Eminence , joint à l'intérêt vif que ce
Prince daignoit prendre à mon établiffement.
Je puis donc vous dire , avec une
fincérité dont il ne doit plus vous être
permis de douter , que mon âme eft plus
fatisfaite qu'humiliée , de n'avoir point
été jugée digne de vous. Je vous dirai
plus ; mon imagination même flattée
de pouvoir penfer , que l'incertitude de
mon état a fait la certitude du vôtre , &
de celui de Madame la Comteffe de S.
MARS. 1760.
61
Fargeol: L'efpérance que vous me donnez,
de voir ici cette Dame , m'en donne une
véritable impatience . Sans elle , votre
façon de penfer , en ma faveur , m'auroit
peut- être affuré votre conquête . Mais je
ne veux m'en vanger , qu'en m'éfforçant
de faire la fienne. C'est ici , Monfieur ,
que je dois vous dire , que quelque plaifir
que me faffe votre derniere Lettre , elle
ne me laiffe point oublier les engagemens
que vous avez pris avec moi. Dans la première
que vous m'avez écrite, vous m'avez
affurée, que je trouverois en vous un ami :
je vous en accorde , ou plutôt , j'exige
de vous , que vous en preniez tous les
priviléges. C'eft peut-être le feul , ou du
moins le meilleur titre que j'aye , pour
obtenir l'amitié de Madame la Comteffe
de S. Fargeol ; & j'en fuis déjà prefque
auffi jaloufe que de la vôtre . Il ne feroit
plus tems , pour vous , de vouloir
me la refufer. Vous m'offrez , Monfieur ,
de l'entretenir par vos Lettres & l'on
vient de me permettre , de la cultiver par
les miennes. Je connois toute l'étendue
des droits que l'amitié doit vous donner
fur mon coeur, fur mes volontés, fur toute
ma perfonne. Je ne crains point de les
voir exercer par un ami tel que vous ; &
je ne prétends acquérir que celui de vous
62 MERCURE DE FRANCE.
confulter , & de tourner à mon profit vos
confeils , & les connoiffances que vous
voudrez bien me communiquer. Après
cela , Monfieur , permettez- moi de vous
donner l'exemple de la liberté qui doit
déformais régner dans nos Lettres , & de
vons impofer même la loi de ne prendre
plus vis - à - vis de moi d'autre titre , en
finiffant les vôtres , que celui de mon ami ;
comme je prends, vis- à - vis deļvous , celui,
de votre amie .
Depuis cette Lettre , jufqu'au jour ou
je reçûs la réponſe de M. le Comte de
S. Fargeol , il ne fe paffa rien d'intéreffant
pour moi , que le départ de M. le
Cardinal de Rohan , pour fe rendre à la
Cour. De notre côté , nous retournâmes ,
ma tante & moi , à Strasbourg ; après
avoir reçû de fon Eminence , & de M.
l'Abbé de Ravanne , mille nouvelles affurances
de leur amitié , & de leurs bons
offices. Je ne reçûs de réponſe , à ma Lettre
, que plus de quinze jours après.
MAR S. 1760. 63
CINQUIÈME LETTRE ,
De M. le Comte de S. Fargeol , à Mlle de
QUOI
Gondreville,
UOIQUE jaye été enchanté, Mademoiselle
, de la derniere Lettre que j'ai
reçuë de vous , il ne m'a pas été poffible
d'y répondre plutôt . Vous connoiffez la
fituation dans laquelle je me trouve :
vous vous ferez portée , de vous- même ,
à m'excufer, par la multiplicité des embarras
qu'elle doit néceffairement me caufer.
L'impatience que j'ai de revoir Madame
de S. Fargeol ; & le defir que j'ai de la
recevoir ici de façon à ne lui pas laiffer
lieu de fe repentir de fon choix , me donnent
des foins de toute eſpèce. La prévention
que vous me paroiffez avoir déjà
prife en fa faveur , vous rendra plus
excufables & mon empreffement & le
délai que j'ai pris pour avoir l'honneur
de vous répondre. J'efpére lui procurer
bientôt l'avantage de vous connoître ; &
je ne fuis point en peine fur le defir que
vous me marquez de faire fa conquête.
Je fouhaite , feulement , qu'elle faffe la
vôtre , comme vous avez fait la mienne
64 MERCURE DE FRANCE.
& que , dans les arrangemens de votre
amitié , vous la jugiez digne du même
titre dont vous m'honorez.
Mais , Mademoiſelle , permettez - moi
de vous dire , que puifque vous en connoiffez
fi bien tous les droits , vous en
faites un partage trop inégal entre nous ,
lorfque vous me parlez de ceux que l'amitié
donne fur les coeurs , fur les volontés
, & fur toute la perfonne de fes amis ..
En paroiffant me les abandonner , vous
vous les affurez plus que jamais à vousmême
; & fi vous vous réferviez encore
à vous feule le droit de confulter , & de
tourner à votre profit les confeils & les
connoiffances que vous efpérez , dites-.
vous , recevoir de notre correfpondance ;
vous me priveriez de toute l'utilité dont
je l'envifage pour moi- même , & d'une
reffource,dont je fens que ma raiſon aura
plus fouvent befoin , que la vôtre. Jugez
à ce reproche , Mademoiſelle , fi je fuis
bien réfolu de conferver tous les privilé
ges dont vous me permettez d'entrer en
jouiffance : Il eft vrai que je ne puis prendre
ici mes avantages , qu'en vous confirmant
, plus que jamais , tous ceux que
vous avez fur moi . Mais c'eft , je penfe ,
la meilleure façon d'entrer dans vos vues;
& vous me trouverez toujours exact , jufMAR
S. 1760 . 65
qu'au fcrupule , à m'y conformer. Vous
m'affurez , Mademoifelle , que Madame
la Comteffe de ..... votre très -aimable
tante , veut bien autorifer de fon approbation
, le commerce de nos Lettres ? Que
ne lui dois - je point ! mais quels nouveaux
reproches n'aurois -je pas à vous faire , fi
vous veniez jamais à le laiffer languir ?
Vous me priveriez d'un bien , que je compterai
déformais tenir tout à la fois de
deux perfonnes trop refpectables , & trop
chères , pour qu'il ne faffe pas en même
temps ma gloire , & la douceur de ma
vie.
Permettez-moi de rendre ici les graces
les plus étendues à Madame votre tante ,
de la confiance qu'elle veut bien m'accorder
; & de lui préfenter mes très humbles
refpects . M. le Cardinal de Rohan ,
chez qui j'eus l'honneur de dîner avanthier
à Versailles , m'a chargé de vous
faire à toutes deux mille tendres complimens
de fa part . On parla beaucoup
de vous , Mademoifelle , pendant & après
le repas ce Prince fit , en cent façons ,
votre éloge. Il ne me laiffa pas le moyen
d'y rien ajouter ; & je crois que , ( s'il eſt
permis d'enchérir fur ce qu'il penfe de
vous ) cet avantage appartient moins à la
connoiffance , qu'au fentiment ; & per66
MERCURE DE FRANCE.
fonne ne peut être plus en droit de le
revendiquer , que celui que vous avei
élevé à la dignité de votre Ami.
P. S. Je viens de vous exhorter , Mademoiſelle
, à ne pas laiffer languir notre
commerce ; & je me trouve moi- même
dans le cas de vous demander grace pour
quelque temps : une maifon à lever , des
meubles , un équipage , de la vaiſſelle ,
toutes les néceffités d'un nouvel établiffement
après une longue abfence ; ce
font là de véritables embarras , furtout
pour un homme qui a vêcu garçon , &
qui ceffe de l'être . Ne penfez qu'au motif
qui me les cauſe , fi vous voulez trouver
mon excufe recevable.
SIXIEME LETTRÉ ,
De Mlle de Gondreville , à M. le Comte
de S. Fargeol.
Il y a quinze jours , Monfieur L que
j'ai reçû votre lettre : c'eft ce me ſemble ,
avoir affez refpecté vos férieufes occupa
tions : mais c'eft avoir réfifté trop longtemps
à l'impatience de m'entretenir
avec vous ; quoique je n'aye peut- être
rien de fort intéreffant à vous dire. C'eft
MARS. 1760 .
"
en effet s'y prendre affez mal-adroitement,
& même à contre-temps , que de prétendre
réveiller le fentiment de l'amitié dans
un coeur tout occupé de fon amour , &
qui doit s'en pénétrer de plus en plus ,
par tout ce qu'il s'efforce de faire pour
le
prouver. Eh bien , Monfieur , laiffons dormir
notre amitié ; je ne vous dirai point ,
jufqu'à ce que l'amour s'endorme : car
je pense que le vôtre ne s'endormira
pas , comme il arrive affez communément
, à ce qu'on dit , lorfqu'il pofféde
fon objet fans aucun obftacle : mais , je
vous demande , pour l'amitié , fa foeur
chérie , les momens que l'amour lui- même
eft obligé de facrifier à des interês moins
chers. Ne parlons donc , que de lui : je
comptois affez fur votre impatience ,
pour me flatter , de jour en jour , de voir
arriver ici Madame la Comteſſe de Saint
Fargeol ; ou , du moins , pour en être prévenue
: cependant je n'entends parler
ni d'elle , ni de vous. Encore fi vous euffrez
épargnéà mon imagination , de s'en
faire le portrait : c'eſt à dire, fi vous m'aviez
donné quelqu'idée de fes grâces , de
fon efprit, & de fon caractère ; je m'en
occupérois , & je m'arrangerois avec moimême
, pour ne luipas paroître tout- àfait
étrangère,lorfque j'aurai l'honneur de
68 MERCURE DE FRANCE.
la voir ; ne prenez ceci que pour un pur
mouvement de curiofité , qui ne ſçauroi
être ni jaloufe ni maligne de ma part ; je
n'ai d'autre motif, que celui de lui plaire;
& c'eft pour cet unique interêt
, que j'ambitionne
de connoître tout ce qu'elle
vaut, avant d'être à portée d'en juger par
moi- même. S'il vous eft donc poſſible de
vous diftraire un quart d'heure, faites -moi
le plaifir de me fatisfaire fur cet article.
Mais , fur tout , ne manquez pas de m'informer
du temps , à -peu - près, auquel elle
doit arriver ici. J'efpere que vous lui permettrez
de s'y repofer quelques jours.
C'est encore une grace que je vous demande
; quoique j'imagine bien tout ce
qu'elle doit vous coûter. Me permettrezvous
, en finiffant cette Lettre , de vous
faire faire une obfervation que j'ai faite
il y a quelques jours , en relifant celles
que nous nous fommes écrites depuis
votre départ ? Elles me paroiffent montées
fur un ton bien férieux , & bien complimenteur
je crois que vous ne m'avez
rien dit que vous ne penfiez ; & moi je
fuis trop vraie pour vous avoir écrit quelque
chofe que je ne penfe pas . Cela pofé
, nous fçavons tous deux à quoi nous
en tenir fur les fentimens que nous avons
l'un pour l'autre . Ne feroit- il pas àpropos
MARS. 1760 . 69
de refter où nous en fommes fur les complimens
, & d'égayer notre ftyle ? Mon
caractère , eft naturellement gai ; & je
penfe qu'on peut mettre de la plaifanterie
& dans les confultations que j'aurai fans
doute à vous faire , & dans les confeils
que vous aurez fouvent à me donner.
Commencez par me dire fur cela votre
avis , quand vous le pourrez ; car mon intention
, quoi qu'il arrive , eft affurément
de m'y conformer.
Votre Amie.
SEPTIEME LETTRE ,
De M. le Comte de S. Fargeol , à Mlle
de Gondreville.
NON,
ON , Mademoiſelle , il n'y aura jamais
, pour vous , à craindre ni contretems
, ni maladreffe, dans les marques que
vous voudrez bien me donner de votre
fouvenir ; je fuis même à-peu - près quitte
des 'foins que j'aidû me donner pour me
préparer à recevoir ici ma femmie. Mais
avant de répondre à quelques articles de
votre Lettre , qui font très -férieux pour
moi ; je vais tâcher d'entrer dans vos
vues , en égayant celle- ci par le récit de
70 MERCURE DE FRANCE.
quelques fçénes plaifantes que mes pré
paratifs m'ont occafionné . Comme les
perfonnes qui ont été admiſes dans mon
fecret , à Saverne , me l'ont exactement
gardé dès qu'on : a fçû que je prenois &
que je meublois une affez belle maiſon ;
les uns m'ont blâmé de le prendre fur un
ton trop haut ; les autres ont jugé , plus
fainement , que je penfois à me marier :
parmi ceux- ci , plufieurs m'ont reproché
de vouloir faire une fottife ; quelquesuns
fe font empreffés à m'offrir des partis
, en cas que je n'euffe point encore
fait un choix . Je vous avoue , que ces
différentes manieres du Public , de s'intéreffer
aux affaires d'autrui , m'ont fort
diverti ; & je vous ferois un détail plus
circonftancié de toutes les ridicules propofitions
qu'on m'a faites , & de tous les
mauvais compliments que j'ai reçûs
fi je croyois qu'ils puffent vous amuſer
comme moi , & fije n'avois rien de plus
intéreffant à vous dire. Mais paffez- moi
encore quelque chofe de férieux , & de
très -ferieux.Vous me parlez de laiffer dormir
mon amitié ? Non , Mademoiſelle ;
puifque vous m'avez infpiré & permis ce
fentiment pour vous ; ne craignez pas
qu'il s'endorme jamais l'amour luimême
, prendra foin de le tenir toujours
MARS. 1760 . 71
très- éveillé . Soyez bien affurée que l'amitié
de Madame de Saint Fargeol , dès
qu'elle aura l'honneur de vous connoître
, feroit le réveille-matin de la mienne,
fi elle étoit jamais capable de s'endormir.
Me voici au moment de vous parler
d'elle ; & c'eft encore là du ferieux.
Si j'avois eu l'honneur de vous voir , il y
a fix mois , & que vous m'euffiez demandé
fon portrait & fon caractère , j'aurois
peut-être flatté l'un & l'autre , en
vous la comparant ; mais aujourd'hui ,
que je fuis obligé d'en faire les honneurs,
fi je parle en mari , je n'oferai jamais
vous dire tout ce qu'elle vaut à mes
yeux ; & fi je parle en Amant , je dois
craindre de prévenir trop avantageufement
les vôtres ; & qui plus eft , votre
jugement. Mais enfin , vous le voulez ;
& je vais m'efforcer de vous fatisfaire ,
en homme défintereffé. Ses yeux feroient
les plus beaux du monde , fi je n'en
connoiffois point qui le lui difputent.
Son tein , eft de ces beaux teins d'Allemagne
, propres à faire pâlir toutes nos
Françoifes ; mais il aura votre approbation
, parce que vous le verrez fans jaloufie.
Son nés , un peu aquilin , n'a pas
le bonheur de paroître fi friand que le
vôtre ; mais , il donne un grand carac72
MERCURE DE FRANCE.
tère de douceur à toute fa phyfionomie
Il n'eft pas bien décidé , fi celui - ci dor
l'emporter fur celui de vivacité , fur
tout quand ils font également intéref
fans . je ne me déciderai pas mieux fur
la bouche de Madame de Saint Fargeol
j'ai cru affez longtemps , qu'elle étoit
la demeure de toutes les grâces : mais
vous m'avez contraint de reconnoître
mon erreur. Il eft pourtant vrai , qu'elles
font un peu plus grandement logées
chez elle , que chez vous . Si fon fou
rire eft plus tendre , le vôtre pourroit
bien être plus malin . Vous anoncerai-je ,
qu'elle et la plus belle blonde que
j'aye connue ? De quel front , ferois-je
fon éloge , à ce titre , en parlant à la
brune la plus piquante qui foit au mon
de ? Si je ne vous dis rien de fa taille ;
vous jugerez peut- être , que c'est par
modeftie , ou par prudence , que je me
tais fur cet article ? Non , je vous avouč
rai , de bonne foi , que c'eft par amourpropre.
Pourquoi donc auffi, êtes - vous faite
comme perfonne ne l'eft ? Pardonnezmoi
ce petit trait de colère contre votre
taille. Vous allez penfer , que ma femme
abufe de la permiffion d'être petite :
C'eft précisément tout le contraire. A l'égard
de l'efprit , je voudrois que vous
lui
MARS. 1760 . 73
lui en trouvaffiez , pour m'affurer que je
ne me fuis pas trompé dans le jugement
que j'en ai fait. Pour ce qui eft de fon
caractère ; vous lui trouverez tant de
conformité avec le vôtre , que vous ne
pourrez me reprocher , fans vous montrer
injufte envers vous- même , la véritable
eſtime & le tendre attachement qu'il
m'a fait prendre pour elle. Je m'apperçois,
Mademoiſelle, que je ne vous ai que
trop bien obéi , en vous parlant de
Madame de Saint Fargeol , puifque je
ne finis point de vous parler d'elle : mais
peut - on s'arrêter , quand on parle de ce
qu'on aime , & de ce qui nous intéreffe ?
les perfonnes avec lesquelles j'ai eu
l'honneur de m'entretenir de vous , pourroient
vous en dire des nouvelles . je ne
puis pas vous informer encore bien pofitivement
du temps auquel ma femme.
paffera à Strasbourg ; j'en ai plus d'impatience
que je ne puis vous le dire :
mais on ne finit point avec les Ouvriers.
J'ai , furtout , un Sellier & des Peintres ,
qui m'excédent par leur lenteur . Je veux
bien vous avouer, ( mais fous le plus grand
fecret ! ) que j'ai plus d'un motif pour
defirer ardemment l'arrivée de Madame
de Saint Fargeol : le coeur y cft pour
beaucoup ; mais l'ambition y eft pour
D
74 MERCURE DE FRANCE.
quelque chofe , puifque j'ai parole pour
un beau Régiment , dont je ne dois apprendre
la nomination que de fa bouche,
& ne recevoir le Brévet que de fa main.
Vous reconnoîtrez , à cette attention ,
les grâces que notre adorable Cardinal
fçait joindre à fes bienfaits ; & je fuis
afluré , que votre prudence ménagera
l'agréable furprife de Madame de Saint
Fargeol , en lui faifant myſtère comme
à tout le monde , de ce que je ne confie
qu'à vous , & à Madame votre tante ,
à qui je préfente mes refpects . De la
façon dont vous daignez vous intéreffer
à ce qui me touche ; votre gaîté naturelle
aura dequoi s'épanouir , en finiſfant
de lire cette longue Lettre , puifque
vous aurez à partager la joie de votre ami .
La fuite pour le prochain Mercure.
IMITATION , de la dixième Ode du
premier Livre d'Horace ,
N
Tu ne quæfieris , &c.
E jettons point , Delphine , un regard téméraire
Sur la fin qu'à nos jours ont marqué les deſtins ;
Et ne cherchons jamais à fonder le myftere
Du fombre calcul des Devins.
MARS. 1760. 75
Sans trop approfondir leur art impénétrable ,
Il faut plutôt nous éprouver ,
A fouffrir d'un coeur doux , d'une âme inébranlable
Tout ce qui peut nous arriver.
Peut-être qu'Atropos , eft encor éloignée :
Nous pouvons échapper à fon fatal cizeau.
Peut-être auffi , que cettte année ,
Nous conduira dans le tombeau.
Ainfi , fans nous flatter d'une longue vieilleffe ,
A profiter du tems , attachons -nous toujours ;
Et confacrons à la fageffe
Ce qui peut nous refter de jours .
Le temps ne refpecte perfonne ,
D'une aîle rapide il s'enfuit ;
Et chaque moment qu'il nous donne ,
L'inftant après il le ravit.
Ne mettons point notre espérance ,
Dans un avenir incertain :
Paflons ce jour dans l'innocence ,
Sans nous flatter d'être demain.
Par une jeune Religiauſe.
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
VERS de M. de la Louptière , à l'oc
cafion des précédens .
Sox efprit , fes ralens , immolés dans ce lieu ,
Méritent à bon droit la couronne immortelle,
Sans les voeux , qu'elle a fait pour Dieu ;
L'Univers , en feroit pour elle.
A M. MAȘ Ș E' , Peintre du Roi , & de
fon Académie de Peinture & Sculpture;
au fujet de la grande Galerie de Verfailles
, gravée par fes fains , & furfes
deffeins.
MASSE, ASS , tes moeurs , & tes talens ,
Reüniffent tous les fuffrages :
En l'un , tu fers d'exemple aux fages ,
En l'autre , de modèle aux Artiſtes favans.
Ton Pinceau , que la Cour admira fi longtemps ,
Fut dépofé, pour fuivre un projet plus immenfe :
Ton amour pour les Arts , anima ta conftance;
Un travail de trente ans , ne t'a pas rebuté.
Nous le voyons enfin , set oeuvre fouhaité
Ces Deffeins précieux , que reſpecte l'envie ;
Dont le connoiffeur enchanté રૈ
MARS. 1760. 77
Jouit , en ádmirant cette touche hardië,
Ces contours fiers , ce fini gracieux ,
Dont les favans accords , forment une harmonie,
Le charme de l'efprit , & le plaifir des yeux.
Ce fruit des beaux jours de ta vie ,
Multiplié par le burin ,
Ajamais fixe le deftin
De la célèbre Galerie ,
Où des Peintres , le plus fameux ,
Traça , dans fes Tableaux , une brillante hiftoire
Des mémorables faits d'un Roi victorieux .
De ces travaux , qui te comblent de gloire ,
Tu recevras le prix au temple de mémoire :
J'y vois placé ton nom , à côté de le Brun.
Celui du grand LOUIS , aux deux vôtres s'allie ;
L'affemblage n'eſt pas commun :
C'eft le prix des talents , & celui du génie.
Mais , en attendant cet honneur ,
Jouis longtemps de la faveur
Que te procure ton ouvrage !
Un Monarque chéri , lui donna ſon ſuffrage ; (a )
Sa bonté le paye aujourd'hui.
Le pofte , dont il veut faire ta récompenſe , (b)
Te flatte plus , venant de lui ,
Que par le bien qu'il te produit.
Oui ! c'est ainsi que ton coeur penfe.
( a ) Le Roi dit , lorſqu'il lui préfenta cette fuite d'Ef
tampes : Voilà donc ma Galerie , immortalifeé!
(b) La place de Garde des Tableaux de Sa Majesté.
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
Le Ministre des Arrts en étoit informé ,
Lorfqu'à la place il t'a nommé.
Pour répondre à la confiance ,
Et remplir les voeux de fon Roi ,
La brigue , le crédit , foutiens de l'ignorance ,
N'ont point de parṛ aux grâces qu'il diſpenſe :
Etre jufte , voilà ſa loi.
Par fon difcernement , il écarte la fuite
Des prétendans , dont il eft obfédé :
Et tel qui n'a rien demandé ,
Obtient , à titre de mérite ,
Ce qu'un autre a follicité . ( a )
On peut mettre dans la balance.
Ta conduite , & fon procédé ;
Mais , les pefant au poids de l'équité ,
A qui donner la préférence ,
Du Citoyen laborieux ,
Qui mérite la récompenfe ,
Ou du Mecène généreux ,
Qui le prévient fans qu'il y penfe ?
Pour moi , je crois dans cette circonſtance ,
La gloire égale pour tous deux ,
Puifqu'il eft vrai que l'on ne pouvoit mieux
Confier le tréfor des Beaux Arts de la France.
Ami , pour bien louer l'ouvrage & fon Auteur ,
Il eût fallu plus d'élégance :
( a ) M. le Marquis de Marigny a écrit à M. Maſſé une
Lettre des plus obligeantes , en lui annonçant qu'il étoit
nonané à cette place , qu'il n'avoit pas demandée.
MARS. 1760. 79
Mais quand , de toi , je tiens ce chef- d'oeuvre
enchanteur ;
Du moins,pour t'en marquer de la reconnoiffance,
I eft bien flatteur pour mon coeur
De ne dire que ce qu'il penfe t
LE
"
E mot de la première Enigme du
Mercure précédent, eft la lettre O. Celui
de la feconde , eft Barométre. Et celui de
la troifième , eft la lettre F.
Le mot du premier . Logogryphe , eft
Inftrument ; dans lequel on trouve vent ,
terre , ver, mi , té , ut,fi , mine , or,feine,
verre , Vénus , Iris , Turnus . Celui du
fecond Logogryphe , eft Croc ; ôtez le C,
refte roc.
ENIG ME.
LECTEUR ECTEUR , ma figure eft ovale :
J'ai des frères fans nombre; & je n'ai point de foeur.
On voit en moi deux brillantes couleurs.
Pour ne te rien cacher , ma forme eft inégale ,
Prefque rond par un bout , par l'autre plus aigu.
Je fers au Grand , au Bourgeois , au Vulgaire."
Juge par là fi je fuis néceſſaire !
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
Et fi je dois être connt ?
Ce n'eft pas tout : car je fuis l'origine ,
D'un très-grand nombre d'animaux.
De plus , j'ai produit les jumeaux ,
Connus par l'union divine ,
Qu'on vit toujours régner entre eux.
Je fuis un mêts délicieux ;
Surtout dans la convalefcence ,
Chacun vante mon excellence .
Trouve-moi , Lecteur , fi tu peux.
Par M. H. S. D'EVREUX,
DES
AUTR E.
Es mystères facrés , interprête fameur ,
Membre d'un corps très redoutable ,
Je goûtois autrefois un deftin glorieux.
Le temps, qui change tout, par un fort déplorable,
En confervant mon nom , m'a tout défiguré.
Un habit modefte , une treffe ,
Ufurpèrent l'honneur d'un nom fi révéré.
Paffe encor mais par quelle yvrelſe ,
Par quel bizarre tour d'imagination ,
Petits & grands , toute une nation ,
S'accordent- ils , pour mieux me méconnoître ?
A transformer mon état & mon être ,
En meuble malhonnête & de mince valeur ,
MARS. 1760 . $1
Orné de diverſe couleur ,
Moins rond qu'ovale , & plus ou moins folide ?
Eft-ce une main fans malice , ou perfide ,
Qui mit en oeuvre un pareil inftrument ,
Pour me deshonorer & faire mon tourment ?
LOGOGRYPHE.
VINI ENEZ dans nos climats , ô Nymphes du
Permeffe ,
Joindre vos doux accens , à nos chants d'allégreffe !
Dans un nom chéri , reſpecté ,
Quelle illuftre fécondité !
Du pur fang des Héros , une fource brillante ,
Met le comble à nos voeux , rempliſſant notre
attente .
Bien plus , elle nous rend plus d'une Déité ,
Célèbre dans l'antiquité.
Témoins , le Dieu des Bois , & la chafte Déeffe.
L'Eternelle Sageffe ,
Le Créateur , Arbitre fouverain ,
Habitant toujours dans fon fein .
Si la haine y paroît , c'eſt la haine du vice ,
Oppofée à toute injuſtice ,
Dont elle abhorre les effets .
Elle produit encor , outre ces quatre objets ,
Des amours de Phoebus , une Nymphe allarmée ,
Dv
81 MERCURE DE FRANCE.
Et qui fut , dans fa fuite , en laurier transformée
Le Mont facré. Ce qu'au fort de l'hyver ,
L'Alcyon fait fur les flots de la mer.
Ce qui fert de réveil aux enfans de Bellone ;
Et ce qui , de Cérès , compofe la couronne.;
L'arbre, dont la figure, au bon vieux temps jadis
Par les Dieux , fut donnée à la Nymphe Pithys.
Une Province , & deux Villes de France.
L'Evêché d'un pays , voifin de la Provence.
La fille de Lia ,
Qu'aux fureurs de l'amour , Sichem facrifia ;
Mais dont le crime affreux , tragique dans fes
fuites ,
Le fit périr avec les Sichémites .
Un des tributs d'Ifraël.
Ce que le Prêtre offre à l'Autel .
Un pays riche. Un grand fleuve d'Afie .
Ce qu'en partant , on dit par courtoifie ;
Et qu'un Banqueroutier ,
Ne dit guère à fon Créancier .
Au défaut de voiture, un membre utile à l'homme,
Pour faire le chemin de Warfovie à Rome.
Un des quatre élémens : une faine liqueur,
Qui ne fait pas broncher fon avide buveur.
Et pour finir , Lecteur , un nom pris par cinq
Papes.
Huit pieds font tous ces mots... Vois fi tu les
attrapes.
MARS. 1760. 83
LOGOGRYPHUS.
NOSTE OSTER amor citiùs citiùs properate
camoenæ !
Laudibus afpirate meis , avitoque , meoque
Obfequio , gratique animi & pietatis honori .
Grande , novem pedibus , fert grandia nomina
nomen;
Quo coelum , quo terra , tremunt , atque infera
regna.
Qui mare , qui terras , qui torquet fidera metu.
Pieridum collis . Famofa Oracula Phoebi.
Et natale folum Phoebi. Cognomen amicum .
Quæ pharios foecundat agros feptemfluus annis.
Quæ per Erithræos , gemmata allabitur unda..
Eneæ foboles. Sævi regnator Averni.
Rex à quoTroja fuit , nati quoque Apollinis ambe
Quæ tenuere moræ , quid dicam plura , tenenti
Omnia ; pigraris ! tibi pauca velim addere : perge.
Pars tribus una viris Romæque Auguftoque rebellis.
Arboris induruit trunco Cibeleius atys.
Æneadum fratres . Fidique , Helvetia , amici.
Urbem Alphæus amat. Palmas Epirus equarum .
Mulctatus nece , natorumque , fuâque facerdos.
Thronus ubi fulget nexis adamante columnis.
D vi
84 MERCURE DE FRANCE.
Quinque & Pontificum nomen , fucceffor honoris
Petri. Jamque feris laniandum tradit acaftus .
Credulus innocuum ; nunc ungues rodere ceſſa
Imperio Bacchi , piſcis fert nauta figuram .
Pifcis ab eximiâ virtute refertur in aftra , -
Pifcis amans pueros , geftansque per æquora dorfo,
Piſces Avionæi melleus dulcedine plectri .
Edipe , te fallis , vanoque labore fatifcis ;
Non pifcis , fed homo eft , claræ fpes altera gentis ,
Gentis amor , legum cuftos , pietatis amicus ;
Delicium Phoebi ; natis , uxore beatus.
CHANSON.
PAPILLON, APILLON , ton penchant volage ,
Te porte à tout , fans t'arrêter :
Tu voltiges , rien ne t'engage .
Ah , que ne puis-je r'imiter !
De l'Amour , tu n'as que les aîles ;
Ce Dieu me retient dans les fers :
Tu ne trouves point de cruelles ;
C'est une ingrate que je fers.
Chaque fleur , que ton coeur defire ,
Eft prête à fervir tes plaifirs.
Que ne vois-je, hélas ! ma Thémire
Recevoir ainfi mes foupirs !
LE
PAPILLON,
Idille
Papillon ton
penchant vo
-lage ,
3
жо
+
T'incline à tout sans
t'arrêter: Tu vol =
3
= tige,
rien ne
t'en -
gage
,
Ah!
que
ne
puis -je ti- miter.
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
***
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
MAR S. 1760. 85
Le Soleil ouvre fa carrière ;
C'eſt pour éclairer ton bonheur ,
Dès qu'il a frappé ma paupière :
Il eft témoin de ma douleur .
Chaque jour , plus chéri de Flore ,
Tu lui fais de nouveaux préfens ;.
Et la bergère que j'adore ,
Dédaigne toujours mon encens.
A te rendre heureux , tout confpire :
Tout , contre moi , femble irrité :
Mais le plaifir d'aimer Thémire ,
Vaut au moins ta félicité !
Par M. REGN AULT DUMESNIL , Avocat.
L'Air eft de M. DELLAIN .
38 MERGURE DE FRANCE.
ARTICLE II.
NOUVELLES LITTERAIRES,
LA MORT D'ABEL ,
Poëme en cinq Chants , traduit de l'Allemand
de M. Geffner ; par M. Huber.
Chez Hardy , Libraire , rue S. Jacques,
à la Colonne d'Or.
LESES Partifans de la belle Poëfie ,, qui
font aujourd'hui en très- petit nombre ,
ne peuvent honorer d'un accueil trop
flatteur le Poëme de la Mort d'Abel. La
partie du fentiment , y eft maniée par le
fentiment même : il s'y trouve peut- être
autant de grâces que dans le fixiéme Livre
de Milton. L'Auteur , eft un Imprimeur-
Libraire à Zurich ; on le nomme
M. Geffner : il s'eft déja effayé dans des
Paftorales , où reſpirent la nature & la
vérité . Il marche dans la carrière du génie
, fur les traces du célèbre Haller. Son
Poëme eft diftribué en cinq Chants. En
voici , à- peu-près , le plan.
MARS. 1760.
87
PREMIER CHANT.
Le Poëte , dans une invocation un peu
trop longue & trop détaillée , a recours à
Kenthoufiafme. C'eft ainfi qu'il entre en
matière.
» Les heures paisibles ramenoient l'au-
» rore au teint de rofe , & rabattoient les
» vapeurs de la nuit fur la terre ombragée
; le foleil , dardant fes premiers
" rayons , de derrière les noirs cédres de
» la montagne , teignoit d'un pourpre
» étincelant les nuées qui nâgeoient dans
» le vague , des airs , encore foiblement
»éclairés ; lorfqu' Abel , & fa bien- aimée
Thirza , fortirent de leur cabane pour
» fe rendre fous le prochain berceau, tiſſu
» de jafmin & de rofes entrelaffées . L'a-
» mour le plus tendre , & la vertu la
plus pure , répandoient un doux fouris
» dans les beaux yeux bleus de Thirza, &
» des grâces attrayantes fur l'incarnat de
» de fes jouës ; pendant que les ondes
"
de fa blonde chevelure defcendoient
» fur fon col d'albâtre ; ou fe jouant fur
» fes épaules , ornoient fa taille fine &
» déliée. ود
Ce Morceau annonce une Poëfie agréa
ble & brillante: c'eft un tableau du Cor
rége , ou de l'Albane.
88 MERCURE DE FRANCE.
Le Poëte , de ce même pinceau , dépeint
les grâces nobles & fières de la beauté
d'Abel. Thirza l'invite à chanter un cantique
, en l'honneur de Dieu.
Le cantique , eft fublime. M.Geffner eft
rempli de la force & de l'onction des
Prophètes ; & il s'éléve même au-deffus
de fon vol , dans cet endroit de fon Poëme.
Adam & Eve , entrent dans le berceau
d'Abel. Caïn , paffant devant le berceau
eft témoin des careffes que fon pere
& fa mere prodiguent à fon frere : il en
conçoit une fombre jaloufie , un dépit
qui s'exhalent. Abel, qui s'en eft déja apperçu
, veut l'aller trouver aux champs; &
dans de tendres embraſſemens , étouffer
ces femences de haine. Adam prend la
réfolution de fe charger lui-même du
foin de cette réconciliation , & d'employer
l'amour & l'autorité paternelles . Il
fe rend donc , à la place d'Abel, auprès de
Cain. Cette fituation fi fimple , d'un pere
qui veut remettre la paix & l'amitié dans
le coeur de fes enfans , eft traitée avec une
énergie qui n'étoit connue que des Auteurs
anciens : c'eft la Nature même. On
voit Adam , Cain , on les entend , on
pleure avec l'un & l'autre ; rien n'eft fi
touchant , fi pathétique que ce morceau.
Nous n'avons pas , fur nos Théâtres , une
MARS. 1760 . 89
·
fcène mieux filée , ni plus intéreſſante.
Les deux caractères du pere & du fils ,
font développés. Caïn laiffe voir à Adam
cette jaloufie , qui le dévore malgré lui
qui empoisonne fes jours , qui répand fur
toutes les actions une rudeffe , une férocité
, un fombre , qu'il eft le premier à
condamner. Il confent cependant , à fe
raccommoder avec fon frere ; mais d'un
ton , qui raffure peu Adam. Cebon pere ,
repréfenté fous les couleurs de la tendreffe
paternelle la plus vive, la plus affectueufe,
fe retire, le coeur ferré de douleur.
" Ainfi parla Adam , en fe retirant des
وو
"
champs , contrifté , la face panchée
» contre terre de temps en temps , feu-
» lement , il levoit les yeux au Ciel , en
gémiffant tout haut , & portoit fes
» deux mains jointes au-deffus de fa tête.
» Caïn le regardoit ; & s'écria pénétré de
» douleur, à fon tour : comme il lève trif-
» tement les mains vers le Ciel ! comme
» il fe lamente ! comme il gémit ! .....
» je lui ai fait des reproches infultans , à
» ce bon pere ! Où m'emporte mon aveugle
rage ? Un enfer , déchire mes en-
» trailles .... Le voilà déja loin de moi ; &
je l'entends encore gémir ! Comme il
≫ chancelle , accablé par la douleur ! Sije
33
+
90 MERCURE DE FRANCE.
courois après lui ? Si j'allois embraffer
» fes genoux ; & lui demander ma grace ,
» par ce qu'il ya de plus facré? ... Voilà
mon pere , arrêté , là-bas , comme fans
» fentimens , les mains levées au Ciel ,
qu'il paroît implorer . Je cours me jet-
» ter à fes pieds .... ô miférable que
» je fuis !
"
Cain , court à fon pere ; tous deux s'embraffent
, en verfant un torrent de larmes.
Adam , pardonne à fon fils ; il le mène à
Abel. Nouvelle effufion de tendreffe : les
deux freres , volent dans les bras l'un de
Pautre . Abel , preffe Cain contre fon
coeur , & lui témoigne toute la joie que
lui caufe leur reconciliation . Eve , prend
part aux plaifirs d'un fi doux racommodement.
Les foeurs de Caïn & d'Abel, parent
une table de divers fruits. » Ils s'af
feyent pour ce repas charmant & déli-
» cieux la joie , la gaîté , les doux en-
» tretiens , amènent rapidement la fraî
» che foirée.
Tel eft le premier Chant . Je le répéte ;
cette fituation de Cain , ébranlé par les
larmes de fon pere , & qui va fe jetter à
fes pieds , eft dans ce beau fimple , digne
d'Homère ; les mêmes poftures , le même
pathétique , le même développement de
fentimens. Ce Chant , eft appuyé ſur un
MARS. 1760.
dramatique admirablement bien traité .
peut-être, y defireroit - on un peu plus d'invention
& de machine : ce qui conftitue ,
en un mot , le Poëme & la différence du
Drame ; qui cependant y doit être employé
comme un des principaux refforts
de l'intérêt & de l'attendriſſement.
SECOND CHANT.
Abel invite fon pere , dans le fecond
Chant , » à leur faire le tableau des
jours qui fe font écoulés depuis l'époque
» de leur fatale tranfmigration en cette
» vafte terre , jufqu'au mement préſent.
Il ne faut point oublier un trait de fentiment
, qui doit faire honneur à l'adrefle
& au génie du Poëte. » Dis - moi , chere
» Eve , ( s'écrie Adam ) où commencerai-
je cette importante hiftoire ? Sera-
» ce à l'inftant où , nous tenant par la
» main , nous nous éloignâmes du Para-
» dis ? Mais , ô ma bien aimée ! déja je
vois tes yeux inondés de pleurs. Com-
» mence-la , dit- elle , cher Epoux , à l'en-
» droit où jettant nos derniers regards fur
» le Paradis , avec un torrent de larmes ,
» je me laiffai tomber dans tes bras , ac-
» cablée de regrets & de défeſpoir.
Que ce trait eft touchant ! il eſt digne
de notre illuftre Racine.
92 MER CURE DE FRANCE.
Eve commence donc cette defcription ;
& Adam reprend le fil de la narration .
A peine ont- ils quitté le Paradis terreftre,
qu'ils s'apperçoivent bientôt , que les
» animaux ne leur obéiffent plus ; que les
» liens d'amitié font rompus entre les
» êtres vivans ; & que le plus foible , eft
» la proie du plus fort. Adam continue de
décrire les divers phénomènes qui les
frappèrent d'étonnement ; l'orage , le
tonnèrre , le fpectacle d'un oifeau mort ,
qu'Eve prend pour un oifeau plongé dans
Le fommeil . Cette derniere image , eſt ingénieufe
; d'autant plus qu'Adam & Eve
ignorent entièrement ce que c'eft que la
mort. Ils arrivent enfin aux peids d'un
cèdre ; Ils y établiffent leur demeure , y
conftruifent une cabane. Eve eft chargée
du foin de détourner les fources à
» travers les fleurs , & d'arranger les ar-
" briffeaux en efpaliers , ou de foutenir
» avec des baguettes des fleurs penchées ;
» ou enfin , de cueillir des fruits parvenus
» à leur maturité.
Tous les détails de cette narration
font gracieux , intéreffans , revêtus des
charmes de la plus riante Poëfie. Un Ange
vient vifiter Adam ; il lui annonce ce qui
doit arriver à fa poftérité ; que la clé
mence de Dieu balancera toujours fa
MARS. 1760 .
95
ర
juftice. Il lui révèle , qu'ils ne font pas
fi feuls fur ce globe qu'il leur femble ;
ور
و د &
39
que cette terre , toute maudite
» qu'elle eft , eft encore habitée par de
purs efprits . >>
L'Ange , à l'inftant , touche les yeux
d'Adam & d'Eve ; & leurs yeux , déffillés ,
voyent des beautés au- deffus de toute
expreffion .
Ce morceau - ci , eft de la plus riche
invention : il fe trouve appuyé par le fentiment
de quelques Peres de l'Eglife .
Je croirois faire tort au Lecteur , que de
paffer fous filence un des plus beaux endroits
peut- être de ce Poëme.
พ
» Toute la contrée étoit peuplée d'en-
» fans des Cieux , plus beaux que n'étoit
Eve , lorfque nouvellement créée , elle
» fortit des mains de l'Eternel , & qu'elle
» me réveilla , d'une voix gracieuſe , en
» me tendant les bras avec tendrelle.
Quelques uns recueillirent de légers
» brouillards de la terre , & les portèrent
» en haut fur leurs aîles déployées , pour
» en faire de douces rofées & des pluyes
rafraîchiſſantes ; d'autres , repoferent
près des ruiffeaux gazouillans , veillant
» à ce que la fource ne tarît point , de
» peur que les plantes ne fuffent privées
» de leur humide nourriture. Plufieurs ,
»
»
94 MERCURE
DE FRANCE
.
23
» étoient difperfés
dans la plaine : là ils
préfidoient
à la croiffance
des fruits , » répandoient
fur des fleurs naiffantes
& » couleur
de feu , l'aurore
ou l'azur ; &
>> leur infinuoient
des parfums
agréables
,
» en les fomentant
de leur haleine . D'au-
» tres , étoient diverſement
occupés
dans
» l'ombre
des boccages
; & de leurs aîles
brillantes
, faifoient
éclorre , à chaque
pas de doux zéphirs , qui tantôt volti-
-"geoient
en murmurant
à travers
les
» ombrages
, tantôt planoient
agréable- » ment fur les fleurs , & s'alloient
enfuite
» rafraîchir
fur la furface
frémiffante
des
» ruiffeaux
ou des lacs .
•
2
"3
On ne peut trop donner
d'éloges
à ce morceau
, qui affurément
n'eft point dû à
l'efprit
d'oftentation
. On peut voir , parlà
, combien
il y a encore
de reffources
pour le génie ; & qu'il fçait toujours
s'ouvrir
de nouvelles
routes.
""
Les yeux d'Adam
& d'Eve retombent
,
& cette fçène raviffante
difparoît
. L'Ange
continue
à leur expliquer
les diverles fonctions
de ces enfans
des Cieux , qui
peuplent
l'efpace
: il leur ordonne
de » bâtir un Autel fur une colline , & d'
» immoler
deflus un jeune agneau ; &i » leur promet
, de la part de l'Eternel
, » d'envoyer
du haut des Cieux un feu dé-
» vorant , qui confumera
la victime.
و د
MARS. 1760 .
25
Adam & Eve, obéiffent à l'Ange : nouvelle
occafion au Pocte de déployer fon
art de peindre . Ils décrivent les effets de
l'hyver , qui juſqu'alors leur avoit été inconnu.
Adam égorge , en l'honneur du
Seigneur , le plus beau de fes agneaux,
comme il l'avoit promis à l'Ange. M. Geffner
, femble avoir pris plaifir à repréfenter
l'innocent animal , lutant contre le
couteau menaçant. Nous ofons le dire ,
avec cette franchiſe qui accompagne le
goût des arts & l'éloge du talent , le
Poëte ici me paroît manquer d'adreſſe : il
rend cet agneau fiintéreffant , qu'il jette de
l'odieux fur le facrifice, & même furAdam.
11
y aa des objets , que la pocfie , comme la
peinture , doit traiter légerement ; &, pour
ainfi dire , efquiffer. Vouloir tout peindre ,
eft un défaut , peut- être auffi grand que
de ne point affez appuyer le pinceau.
C'eft au goût & à la nature , à décider
quand il faut ne donner qu'un coup de
crayon , ou achever la figure . Adam , raconte
la furpriſe & la douleur qu'éprouva
Eve dans fon premier enfantement . Il
parle auffi des divers enfans qu'elle lui
donna.
Ce fecond Chant, eft rempli de beautés.
Il nous femble, cependant, refroidir l'action,
qui , dans un petit Poëme, doit avoir
96 MERCURE
DE FRANCE
.
une marche plus rapide & plus refferrée ;
que dans un Poëme Epique , étendu dans
toutes fes parties . Les Poëtes , comme les
Peintres & les Sculpteurs , ont des proportions
à garder ; & notre Auteur , dans
ce Chant , s'eft écarté de la regle.
TROISIEME
CHANT.
Adam ceffe de parler . Ils fortent tous
du berceau : Abel embraffe tendrement
fon frere ; chaque couple prend le chemin
de fa cabane . Abel & fa femme , fe félicitent
mutuellement , fur la réconciliation
avec Cain , qui fe retire de fon côté ,
avec fa femme Méhala. Il laiſſe voir fon
âme féroce, qui a de la peine à fe foumettre
; il paroît offenfé contre les parens de
ce qu'ils ont raconté l'hiftoire de leur
chûte , la caufe de tous les défaftres qu'ils
ont éprouvés. Méhala l'embrasle tendrement,
avec des larmes; & cherche à diffiper
cette humeur fombre & mélancolique
, oùfon mari fe replonge toujours. Un
démon , nommé Anamalech , qui ne le
céde point en ambition à Satan , s'élève
des enfers , & pénétrant jufqu'à Cain , ſe
gliffe contre lui , tandis qu'il eft livré au
repos. Ce génie infernal, eft une foible, &
très-foible imitation de Milton , qui introduit
le Diable dans le Paradis terreftre ,
fous
MARS. 1760 . 97
fous cette forme hideufe, près de l'oreille
d'Eve fommeillante. Adam , vient à tomber
malade ; toute fa famille eft allarmée .
Eve craint que ce ne foit la mort ,qui s'ap
prête à le frapper. Abel , fait une prière
au Ciel un Ange en defcend , qui lui
donne des fimples , ceuillies de fa main célefte
,lui commande de les faire bouillir , &
deporter ce breuvage à fon pere; ajoutant,
que ce remède lui rendroit la fanté. Adam,
par ce moyen , la recouvre : il bénit fon
fils Abel. Cain, en eft jaloux ; & la fureur,
fuit la jaloufie. Cependant, Adam le bénit
auffi . Cette bénédiction , ne rend point le
calme à l'âme de Caïn , qui eft toujours
plus ulcéré , & ne peut repouffer les fombres
penfées qui le dominent. Adam, à la
convalescence , chante un cantique , dont
nous citerons unpaffage , plein d'une poëfie
agréable & touchante.
"
Je te falue, aimable foleil ! Je té falue,
avant ton coucher. Lorfque tes rayons
» du matin , commençoient à briller der-
» riere les cèdres, je gémiffois, accablé par
la douleur : lorfqu'ils éclairérent ma cabane
, je te faluai par des foupirs : lorf-
» que , le foir, tes rayons brillent derriere
» les montagnes ; profterné, à genoux , je
» rends graces au Seigneur, qui m'a déjà
» fecouru , qui a diffipé mes douleurs.
E
98 MERCURE DE FRANCE.
Je vous falue, montagnes élevées,& vous
collines répandues dans les plaines ; mon
» oeil vous verra encore, quand vous reflé-
» chirez les rayons vermeils de l'un & l'au
tre crépufcule. Je vous falue , oifeaux ,
ود
و د
qui chantez les louanges de l'Eternel :vo-
» tre chant recrééra encore mon oreille ,
» dès le matin, pour chanter des hymnes au
Seigneur. Vous, fontaines murmurantes,
» mes membres fe repoferont encore fous
» vos bords émaillés de fleurs , où le bruit
de vos doux flots fait naître un fommeil
» bienfaiſant : & vous, bocages , buiffons ,
» berceaux,je me promenerai encore fous
» vos ombrages : vous verferez encore vo-
» tre douce fraîcheur fur ma tête , lorf-
" qu'enfeveli dans de profondes méditations
, j'entrerai dans vos charmans
labyrinthes '
"
Abel & Cain , offrent des facrifices à
Dieu , en action de graces , pour le
fetour de la fanté de leur pere . Abel ,
égorge un de fes agneaux : l'holocaufte ,
paroît agréable à Dieu . Cain, de fon côté,
fui préfente des fruits . Sur fon Autel , un
tourbillon orageux diffipe le facrifice &
couvre Caïn de flamme & de fumée. Une
voix , fort de l'obfcurité de la nuit , qui
l'avertit » de fe corriger ; de ne point haïr
fon frere. Cain, eft déchiré par des »
'MARS. 1760. Go
mouvemens contraires : l'afpect de la flâme
du facrifice d'Abel , le rend à toutes
fes fureurs ; il eft accablé de douleur , de
défefpoir : il fuccombe , fous les diverſes
paffions qui partagent fon coeur. Le caractere
de Caïn , eft admirablement bien exprimé,
dans tout ce Poëme. Ce Chant, n'eft
core qu'un rempliffage , qui retarde l'action,
On voit que lePoëte a cherché à étendre
une matiere , dont le peu d'abondance
trahit à chaque inftant l'Auteur , malgré
tous les efforts qu'il fait , & les beautés
qu'il prodigue.
QUATRIÈME CHANT.
Caïn fort de fa cabane , avec le trouble
affreux qui le pourfuit ; il s'affied au pied
d'un buiffon. L'Efprit malin, Anamalech,
lui envoie le fommeil, & des fonges horribles,
qui lui repréfentent Abel & fa poftérité,
dans les plaifirs de l'abondance, &
au comble des honneurs. L'agitation de
Cain , paroît fur fon front : il voit auffi
dans ces fonges , fi favorables à fon frere,
& fi odieux pour lui , fes defcendans
accablés par l'infortune , l'esclavage &
l'humiliation . Cette image , redouble ſa
rage. Abel, fur ces entrefaites, l'apperçoit :
il court à lui ; il le voit endormi , & dans
un trouble extraordinaire.Caïn feréveille,
E ij
100 MERCURE DE FRANCE .
pourſuivi , pour ainsi dire, par les furies, &
accablé par ce mauvais génie, qui lui avoit
fufcité ces fonges affreux . Il jette les yeux
fur Abel , qui vole dans fes bras .... Toutes
fes fureurs , à cette vuc, fe raniment : il
faifit une lourde maffuë; & il la laiffe tomber
avec impétuofité fur la tête de fon
frere , qui tombe mort , baigné de fang ,
aux pieds de fon meurtrier. Les remords
de Cain , fuivent de près fon crime. Anamalech,
charmé de l'attentat qu'il a excité,
retombe avec joie aux enfers . L'Ange de
la mort,à la voix de Dieu, vole du haut des
airs , & ya recueillir l'âme d'Abel ; que
l'Auteur nous peint comme ces fubftances
, ces corps éthérés , décrits dans Homere.
Elle s'élève dans les Cieux , au bruit
des Cantiques des Efprits bienheureux .
Cain, erre dans les bocages, perfécuté par
l'image de fon forfait.Une voix effrayante,
fort d'un nuage , qui lui demande où eft
fon frere ? ... Le Poëte, en cela, s'eft conformé
aux faintes Ecritures . Un Ange
paroît , qui lui annonce fa malédiction .
Adam & Eve, le promènent enfemble :
ils prennent la réfolution d'aller juſqu'à
Ja prairie , où paiffent les troupeaux d'Abel.
Enfin , ils apperçoivent fon cadavre
enfanglanté. Le Poete a très - bien exprimé
l'étonnement , la douleur , le déſef
MARS. 1760 . for
poir du pere & de la mere , à un fembla
ble fpectacle. Un Ange vient à eux , qui
leur annonce que l'âme d'Abel a été tranfportée
dans les Cieux ; & qui leur ordonne
, de la part de Dieu, de creafer une
foffe , d'y mettre le corps de leur malheureux
fils , & de le couvrir de terre . Ils
s'apprêtent à obéir. » Adam prend le cadavre
fur fes épaules , pleurant fous ce
» trifte fardeau , & Eve fanglotant à fon
» côté.
Le Poëme , devroit fe terminer à ce
chant. La mort d'Abel , les fureurs , les
remords de Cain , la douleur d'Adam &
d'Eve ; tous ces divers tableaux , font de
main de Maître . Il y a pourtant encore
des longueurs dans ce chant.
CINQUIEME CHANT.
Thirza , femme d'Abel , après un fom
meil troublé par de noires vifions , ouvre
les yeux au jour naiffant , fe léve
avec précipitation , & fort de ſa cabane :
elle eft dominée par une trifteffe , un ouble
, dont elle ne peut démêler la caufe :
elle rencontre Méhala , fa belle-foeur , qui
lui fait part du chagrin que lui caufe la
mélancolie profonde où eft enfeveli fon
mari.
» Adam , d'un pas chancelant , fort de
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
» derriere les arbres ; il portoit fur fes
épaules le trifte fardeau , le corps de
» fon malheureux fils ! Eve , la tête pan
» chée , marchoit à côté de lui ; tantôt
"
elle tournoit fon vifage , flétri par la
» douleur , du côté du cadavre fanglant ;
stantót , elle l'enveloppoit dans fa che-
» velure , inondée de pleurs.
Quel fpectacle pour Thirza & Méhala !
'Adam , pour calmer leur douleur , leur
apprend ce que l'Ange lui a révélé ; que
l'âme d'Abel jouit d'un fort heureux.
Méhala demande , où eft Caïn ? elle ſçait
enfin , que c'eft for mari qui eft le meurtrier
de fon frere : elle s'abandonne , à
cette nouvelle , au plus violent défefpoir.
Funérailles d'Abel ; priere d'Adam ,
fur la foffe. Cain , continuë de promener
fes remords & fa douleur , il entend les
plaintes de Thirza : il l'entend prier le
Ciel pour fon pardon , pour fa confer
vation . Cette nobleffe d'âme , de la part
de Thirza , achève de déſeſpérer l'aſſaffin
d'Abel. Il retourne enfin , à fa cabane.
Méhala, à fa vuë, perd l'ufage de fes fens:
elle revient à la vie , pour verſer un tor
rent de larmes . Cette fituation eft extrêmement
touchante , & bien exprimée.
Caïn , lui dit un éternél adieu : il lui ap
prend , qu'il veut fuir loin de ces bocages
MARS. 1760. 103
qui lui rappellent fon crime , loin des
yeux d'Adam & d'Eve... qu'il voudroit
fuir la Nature entiere !
Méhala, en femme généreufe, en époufe
tendre, lui répond, qu'elle le fuivra avec
fes enfans , au bout de la terre ; qu'elle
veut le confoler , éffuyer fes larmes ,
être le témoin de fon repentir. La mere
& les enfans ,fe mettent donc en chemin,
avec le pere : un Ange leur apparoît ; du
moins une voix fe fait entendre , qui
s'adreffe à Méhala. » J'informerai , par
» un fonge agréable , ta tendre mere de
" ton courage magnanime ; je lui dirai ,
que tu es partie à côté de ton époux
pénitent , pour implorer la grace du
» fouverain Juge .
C'eſt ainfi que fe termine ce Poëme.
Si l'on me pardonne la répétition , voici
en peu de mots ce qu'on peut en penfer.
Cet ouvrage n'a qu'un très - foible
mérite , du côté de l'invention. Il s'y trou
ve des longueurs fans nombre , qui étouffent
le fujet principal. On auroit pû réduire
les cinq chants , à un feul chant un
peu confidérable , en retranchant, furtout ,
le fecond chant épifodique, acceffoire dont
on pouvoit fe paffer . Ce n'eft point l'éffor
de Milton. Mais fi la Poëfie de cet
ouvrage n'eft pas fublime , qu'elle eft
Fiv
104 MERCURE DE FRANCE.
généreufe , touchante ! que ce coloris eft
Frais ! On ne peut mieux rendre le ſentiment
: Cette partie y éclate dans toute
fa force : c'eft un tiffu de fcènes intéreffantes.
On pourroit appeller la mort
d'Abel , un Poëme dramatique. Pourquoi
ce Poëme n'auroit- il pas plufieurs genres ?
Ne feroit il confacré qu'à la feule Epopée
? …. En un mot, M. Geſſner , eft l'inter•
prête du fentiment & de la Nature. Nous
l'exhortons , feulement , à ne pas s'abandonner
à la pente facile de fon génie ,
à refferrer la trame de fes ouvrages :
leurs beautés en feront plus frappantes.
Le Traducteur ( M. Huber) doit partager
nos applaudiffemens , avec l'origi
nal : il en a rendu l'énergie , l'efprit ,
l'âme , fi je puis le dire. On ne peut y
reprendre que quelques expreffions , qu'il
fera tres ailé de corriger dans une nou
velle édition.
LETTRES choifies de Chriftine , Reine
de Suéde.
L'HIST 'HISTOIRE nous préfente peu de perfonnages
, dont la vie offre plus de révolutions
, plus de bifarrerie , plus de contrariétés
, que celle de Chriftine , Reine de
MARS. 1760 . 105
▪་
7
Suéde.Tout parut étonnant, danscettePrinceffe
extraordinaire. Affemblage fingulier
de force, & de foibleffe; elle étoit ambitieufe
, & quitta la couronne : elle aimoit la
gloire ; & commit des vices. On eft encore
étonné, qu'elle ait pût réunir le période
des vertus , & des vices . Mais l'on commence
à apprécier fon mérite ; & les événemens
de fa vie, qui ont fait le plus d'éclat
, ne font pas ceux qui lui font aujour
d'hui le plus d'honneur. Les Lettres , qu'un
homime de goût vient de donner au Public,
préfentent plufieurs traits dont l'enfemble
, bien faifi , peut donner une jufte
idée du caractère de cette Princeffe . On
fçait , qu'elle étoit en liaiſon avec les premieres
perfonnes de l'Europe , pour le
rang , la naiſſance , l'efprit & l'érudition .
Jaloufe , furtout , de l'admiration des Sçavans
& fçavante elle même , elle en
appella plufieurs à fa cour ; & entretint
un commerce de Lettres très -étroit avec
ceux qu'elle ne pouvoit s'attacher de plus
près. Elle écrivoit à Gaffendi : Souffrez que
j'interrompe queiquefois vos méditations ,
& votre loifir :je vous confulterai , comme
l'oracle de la vérité , pour m'éclaircirfur
mes doutes : & fi vous voulez prendre la
peine d'inftruire une groffiere ignorante,
yous augmenterez le nombre de vos admi
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
rateurs. Je vous prie de croire, que jefuivrai
vos préceptes auffi religieufement que l'on
eft accoûtumé d'obferver les loix des plus
célèbres Législateurs . Jugez , après cela ,
combien je vous ferai redevable des lumières
que je puiferai dans vos doctes Ecrits !
Que les fentimens qu'elle exprime à
Pafcal , font beaux ! & digne d'une Reine
Philofophe ! je brûle d'envie de vous voir';
& s'il m'étoit permis de m'échapper de mes
vaftes forêts je volerois vers votre patrie ,
pour vous admirer de plus près . Vous êtes le
précepteur du genre humain , & le flambeau
du monde : je lis vos ouvrages ;je les médite
fans ceffe ; & jefens que mon efprit fe
réveille & fe fortifie avec une telle nourritu
Te. Vous avez bien raifon , de prifer mille
fois plus les lumières de l'efprit , que toutes
les grandeurs chimériques , & le faux éclat
dont les Rois font environnés ..... Qu'ils
font vils à mes yeux , ces Potentats orgueil
leux , quand ils ne font que Souverains!
quel bien peuvent- ils faire aux hommes ?....
Pour moi, je travaille nuit & jour à remplir
les devoirs pénibles de ma place : la Natu
m'a donné un coeur fenfible ; & ma fupréme
félicité , eft de faire des heureux. C'eft
un plaifir raviſſant , & tendre , que je goûterai
toute ma vie.
Une bifarrerie , qui ne marque pas peu
MAR S. 1760. 107
les contrariétés des fentimens & du caractère
de Chriftine, font les reproches qu'elle
fait au Prince Frédéric , Landgrave de
Heffe , fur fa converfion à la Religion
Catholique , dans le temps même que
cette Princeffe fongeoit à l'embraffer.
à vous
Parmi les regrets de fon abdication , &
les chagrins qu'elle éffuyoit de la part
de
la Suéde; Chriſtine s'égayoit, quelquefois ,
dans fes Lettres. Elle étoit fort liée avec
les Comteffes de Brégi , & de Sparre. Ses
Lettres , remplies d'agrément , refpirent
quelquefois la tendreffe la plus vive. Que
je ferois heureufe, dit- elle à Madame de
Sparre , ) s'il m'étoit permis de vous voir,
belle Comteffe ! mais mon malheureux
deftin me condamne à vous aimer ,
defirer fans ceffe , à vous chercher partout
où je voudrois que vous fuffier , & à ne
jamais vous voir , ni vous entendre ! Je
ne ferai jamais heureufe , puifque je ne
peux l'être fans vous ; & que nous fommes
au bout du monde l'une & l'autre.
Cela eft bien naturel ! c'eft le langage du
coeur... Voici de l'efprit & de la Philofophie.
Ne croyez pas , belle Comteffe, ( -ditelle
, à la même perfonne , en peignant
les moeurs des Romains de fon temps , )
ne croyez pas que ce foit ici le pays des
Sages & des héros , ni l'afyle des talens
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
& de la vertu. O Cefar ! ó Caton ! o Ci-'
céron ! maîtres de la terre , votre patrie ,fi
illufirée par vos vertus , & par vos exploits
, devoit donc , pour la honie & le !
malheur de l'humanité , être en proie à
l'ignorance groffière , & à la fuperftition ,
aveugle ? .. Obelle Comteffe ! il n'y a plus
ici que des Statues , des obélifques & des
Palais fomptueux: mais des hommes... non.
Je ne crois pas qu'on puiffe badiner
plus agréablement qu'elle le fait , dans
une lettre à Benferade : Louez- vous , &
glorifiez- vous , ( lui dit- elle ) de votre bonne
fortune , qui vous a empêché de venir en
Suéde : un efprit auffi délicat que le vôtre ,
s'y fût morfondu ; & vous feriez retourné
enrhûmé très-fpirituellement . On vous ai
meroit trop à Paris , avec une barbe quar
rée , une robe de Lapon , & la chauffure de
même productions du pays des frimats.
Je m'imagine , que cet équipage vous feroit
triompher des vieilles coquettes .
Heft étonnant, que la culture des Lettres
& le commerce des Savans , n'ait
pas adouci la rudeffe des moeurs, & la ferocité
du caractère deChriftine. Elle avoit,
comme tous ceux de la maifon de Vafa ,
un penchant à la cruauté , qu'elle ne pouvoit
vaincre terrible , lorsqu'on l'offenfoit
, elle ignorait la premiere vertu des
T
MARS. 1760. 109
Rois ; la clémence & l'humanité. Les
horreurs qu'elle commit à Hambourg &
à Fontainebleau , jettent fur fa gloire une
tache , que fes autres qualités ne peuvent
effacer. Quelques - unes de fes Lettres , ne
refpirent que la fureur & la vengeance.
Rien ne me paroît mieux peindre fon
caractère de fierté , que fes Lettres au Roi
de Suéde , à l'occafion d'un libelle diffamatoire
, dont elle pourfuivoit l'Auteur.
J'ofe me flatter ( dit - elle ) que Votre Majefté
prendra affez de part à ma gloire outragée
, pour punir l'infâme Auteur de ce
libelle. Mais fi , par le plus grand des
malheurs , je n'obtenois pas une fatisfaction
entière ; Votre Majefté ne trouvera
pas étrange , que je remue ciel & terre ,
pour m'en vanger , même par le plus noir
des forfaits , fi Elle abuſe de ma patience.
Je fuis femme , & Reine outragée ; &
mon courroux eft fi terrible & fi impétueux
, que les Dieux même ne pourroient
l'appaifer. Si Votre Majefté m'eftime ; fi
elle prend foin de fa gloire , & de la mienne
; elle exterminera le Scélérat obfcur , qui
ofe m'outrager.
Le portrait de la Cour , que Chriftine,
fait , dans fa Lettre au Comte de Vaza-,
heat , m'a paru fi plein de force & de
vérité , que je ne peux me refufer de le
t
410 MERCURE DE FRANCE.
placer ici , en finiffant cet extrait. Seriez
vous affezfou , ou affez petit , pour ambitionner
d'être le favori d'un Roi ? Si vous
êtes dévoré d'ambition , pétri d'orgueil ;
fi vous avez le coeur bas , l'efprit rampant ;
fi vous voulez vous affervir , nuit & jour ,
aux caprices honteux d'un Monarque :
partez, & oubliez moi. Mais fi vous aimez
encore votre repos ; fi vous fçavez vous prifer
& vous connoître : fuyez les Cours ;
dédaignez le fafte impofant qui y règne.
L'airfubtil qu'on y refpire , porte au coeur,
& l'endurcit , &c.
Ce morceau , ainfi que beaucoup d'autres
, eft travaillé avec foin. Ces Lettres ,
en général , font écrites dans le ftyle qui
convient à ce genre d'écrire , ſimple ,
naturel , & quelquefois négligé. Ce Recueil
doit intéreffer , par la vérité des
portraits ; & plaire , furtout, par la variété
des objets qu'on y préfente , & qui m'ont
paru raffemblés avec goût. Galanterie , critique
, littérature , politique , & morale ;
voilà les objets qui compofent la partie
effentielle de ces Lettres . Plufieurs ne
roulent que fur des affaires domeftiques ,
qui intéreffent moins : mais les plus légers
détails de la vie des perfonnages
célèbres , deviennent précieux pour tout
le monde .
MARS. 1760. III
On m'a affuré , que l'Editeur de ces
Lettres , travailloit à une troiſième partie ,
plus piquante & plus intéreffante encore:
elle doit paroître , au mois d'Avril , avec
une nouvelle édition de ce Recueil , enrichi
de notes , & de remarques hiftoriques
, qui aideront beaucoup à l'intelligence
de plufieurs traits , dont la fineſſe
nous échappe , pour n'être pas inftruits de
quelques anecdotes particulières.
Les Lettres choifies de Chriftine , Reine
de Suéde , 2 volumes in - 12 , fe vendent
chez Durand , Libraire , rue du Foin ; &
chez Humblot , Libraire , rue S. Jacques ,
à Paris.
A l'Auteur du Mercure de France.
LA communication de nos idées , eſt
un des plus grands avantages de l'humanité
cette communication ſe fait principalement
par la lecture. Ainfi , les livres
font à l'efprit , ce que les alimens
font au corps : ils le nourriffent , ils l'entretiennent
; & fans ce fecours , il tombe
bientôt dans la langueur & l'épuiſement.
Il est donc néceffaire de lire . Mais il eft
tant de mauvais livres , & fi peu de bons,
112 MERCURE DE FRANCE.
que l'incertitude & la difficulté du choix ,
occafionne le
découragement de la plû
part des hommes. Ou on ne lit point ,
effrayé d'avoir trop à lire; oul'on recueille
peu, en lifant beaucoup.
La vie fuffit à peine , pour parcourir rapidement
, tout ce qui eft écrit fur une
feule partie des Sciences , ou des Lettres :
ainsi l'homme ſtudieux , qui veut s'infrui
re , fe voit forcé de fe borner à un cercle
de
connoiffances fort étroit, ou d'éffleurer
feulement les matiéres , fans en approfondir
aucune.
Celui qui a peu de temps à donner à la
lecture , en fuppofant qu'il ait un bon
guide , ne lira que les bons livres : mais
dans les plus mauvais , il y a quelquefois
de très bonnes chofes répandues , comme
des pailles d'or dans le fable , & qui font
perdues pour l'efprit humain .
Ce feroit donc rendre un fervice bien
utile à l'humanité , que de mettre dans
un nouveau jour , les lettres , les fçiences ,
8: toutes les connoiffances acquifes : c'eftà
- dire , de réduire à un petit nombre de
volumes, ce qui fe trouve de bon répandu
dans des milliers de Livres qu'on n'achete
"guère , & qu'on lit encore moins . Ainfi
tout Citoyen , fans être obligé de fe jetter
dans la dépenfe ruineufe d'une biblio-
1
MARS. 1760 . 113
théque entière , pourroit fe délaffer de fon
travail , & s'inftruire fur toutes fortes de
matières ; toûjours fûr , en ouvrant un
volume , au hazard , d'y trouver d'excellentes
chofes . Par-là , notre fiécle ouvriroit
une nouvelle route aux fciences , qui
ne feroit parfemée que de fleurs & de
fruits .
Les années de la vie , les plus précieufes
, font employées trop fouvent à de
mauvaiſes études , faute de Maîtres qui
fcachent diriger & préparer les matières .
Un abrégé choifi , de ce qui a été écrit de
mieux fur la Grammaire , faciliteroit aux
enfans l'étude de leur langue , & de toutes
les autres : un extrait des bons Auteurs
, en tout genre , leur formeroit en
peu de temps le goût , l'efprit , & le
coeur ; & leur épargneroit les dégoûts qui
jufqu'ici , ont trop fouvent étouffé les
talens .
Cet
ouvrage , fi utile, pourroit
être une
fuite du Dictionnaire
Encyclopédique
.
Ainfi , après avoir travaillé
à faire paſſer
nos Sciences
, nos Arts à la postérité
, on
travailleroit
auffi à y faire paffer nos chefd'oeuvres
d'Hiftoire
, d'Eloquence
& de
Poëfie
, en les raffemblant
dans un feul
corps d'ouvrage
.
Si les cent mille volumes , brûlés à
114 MERCURE DE FRANCE.
Alexandrie , avoient été réduits en un petiť
nombre ; cet extrait précieux auroit pû
être multiplié bien plus facilement ; &
feroit peut- être échappé , par- là , à la barbarie
des Sarrazins. L'Imprimerie , nous
met aujourd'hui à l'abri d'une pareille
perte ; mais mais que fert que cet Art ait été
découvert , fi on en abuſe , en multipliant
fi mal -à-propos les volumes ?
L'Ouvrage propofé , feroit peu nuiſible
aux intérêts de ceux qui jouiffent des priviléges
de l'impreffion des différens livres
dont on donneroit au Public ou des nouvelles
éditions , ou des extraits : parce
que les Sçavans , auxquels le complet de
ces Ouvrages feroit toujours néceffaire
pour leurs recherches , y auroient recours
comme par le paffé . D'ailleurs, en travaillant
, comme on feroit , à rendre le goût de
la littérature plus général , on travailleroit
pour l'utilité de tous ceux qui y font attachés
; & le bien particulier , fe trouveroit
néceffairement dans l'utilité commune.
L'abrégé chronologique de l'Hiftoire de
France , n'empêche point qu'on n'achete
celles de Daniel , & de Mézeray.
MAR S. 1760.
119
COURS PUBLIC
De la Langue Angloife.
L'HOMME de lettres , le Marin , & le
Commerçant , qui ont le plus fenti combien
la connoiffance de la langue Angloiſe
pourroit fervir à leur utilité ou à leur amufement
, fe font imaginés , par les tentatives
qu'ils y ont faites , que fa
ciation n'étoit réglée fur aucuns principes;
& qu'un François , furtout , perdroit fon
temps en voulant le parler par les voies
ordinaires.
pronon-
Quelque général que foit ce mauvais
fuccès , il prouve feulement , ou qu'ils
l'ont mal apprife , ou qu'elle leur a été
mal enfeignée. Que penfer du dernier
fiécle , qui nous a laiffè de fi belles connoiffances
, que nous devions ignorer pour
toujours , à en juger par les vains efforts
de tant de fiécles précédens Il y a dans
chaque Science , & dans chaque Art du
reffort de l'efprit humain , un principe
général , d'où émanent une infinité de principes
particuliers , qui , comme autant de
rayons d'un aftre lumineux , concentrés au
même point , ont un enchaînement très116
MERCURE DE FRANCE.
clair en lui- même , quoique mystérieux,
toutes les fois qu'on ne remonte pas à la
fource commune.
Que les principes d'une langue récente,
& parlée par un peuple fauvage , foient
arbitraires : l'on n'en difconvient point.
Mais qui eft ce qui penfera de même
quand il fera queftion de la langue d'une
nation éclairée , qui aime , encourage &
couronne chaque jour les Sciences & les
Arts? Il n'y a , en Angleterre , ni Académie
, ni Société, pour veiller à la confer
vation ou à l'embelliffement de la langue ;
à peine y trouve-t- on quelques mauvaiſes
Grammaires. Mais Milton , Pope , Locke,
Bacon, Addiffon , Swift, Dryden , Waller,
&c. ne valent-ils pas une Académie ? Ce
font comme autant de favoris de la nature
, qui femble avoir pris plaifir à les dirielle-
même différentes routes ; fuivant
un feul & même principe fondamen
tal , qui en fixant invariablement les rè
gles de la Profodie , eft l'âme de toutes
les beautés de l'expreffion . Le ftyle , qui
commença à fe former avec Chaucer , &
à fe perfectionner avec Spenfer , s'établit
auffi vers la fin du dix-feptiéme fiécle ,
dans les écrits immortels de ces grands
hommes, qui fçûrent lier l'art de bien écrire
, à l'art de bien penfer.
-ger par
MARS. 1760; 117
Un jeune Auteur , plein d'efprit , vient
de juger que leur ftyle eft mauvais : j'en
laiffe la décifion à l'Angleterre. Et je dirai,
tout uniment , que fon jugement peug
être l'effet du préjugé , qui n'eft fouvent.
qu'un efprit de mode . Si les hommes
avoient pû conferver , pour leur bonheur,
une langue univerfelle ; fon ftyle auroit
fans doute , de grandes reffemblances.
Puis donc, qu'il en eft tout autrement; convenons,
de bonne foi , que chaque langue
doit avoir une maniere d'écrire , conforme
à fon génie; & que le ftyle dePope,
ne doit pas être jugé d'après celui de Voltaire
, ou de Corneille . Le beau ftyle, eft
are ; & le bon l'eft encore plus , Une dic--
tion regulierement libre , plaît à l'Anglois ;
1 détefte les petites phrafes hachées & dé-.
coufues ; il aime , non pas les mots buinés
, mais les idées bien rendues relativement
à fa propre langue , & croit que
on oreille , ne doit jamais fouffrir lorfque
on efprit eft content.
?
C'eſt à quoi l'Auteur du Prospectus du
ournal Etranger , n'a pas fait attention
n difant , que les Anglois écrivolent au
ré de leurs caprices , & qu'ils fléchiffoient
eurs mots fuivant les différences des terninaifons
analogues. Deux imputations
jurieufes à la gloire de tant de génies
118 MERCURE DE FRANCE.
rares , juſtement admirés pour la beauté
de leur ftyle , felon la différence des idées
ou des fentimens qu'ils avoient à peindre.
L'Anglois eft badin & enjoué , dans
Rofcomon & Gay ; élégant & fin , dans
Swift & Waller ; pur & délicat , dans
le Chevalier Temple ; énergique & régulier
, dans Addiſon ; délicat , mâle , noble
& fublime , dans l'Homère Anglois.
L'indulgence , eft une juftice que leur célébrité
eft en droit d'exiger de tour homme
de Lettres ; & M. l'Abbé Arnaud , à
ce titre , ne sçauroit les condamner en
dernier reffort fans les entendre au
moins.
,
D'ailleurs , pourquoi faire porter à la
Langue Angloife , la livrée des Latins ?
Veut-on ignorer que ce qui paffe pour
beauté dans une langue tranfpofitive ,
peut n'en être qu'une illufion dans une
langue analogue, telle que l'Angloife ? Le
génie Romain, aimoit une différence modificative
de définences , pour exprimer
une idée acceffoire à l'idée principale des
mots ; mais le génie Anglois , qui n'eſt
pas
l'efclave du Romain , n'a jamais voulu
, dans les mots , qu'une fimplicité propre
à tous les rapports de l'efprit , &
exempte de ces délicateffes fuperflues ,
qu'on appelle genre , cas , déclinaiſon ,
MARS. 1760. · 119
& conjugaiſon. De - là , cette facilité d'apprendre
la Langue Angloife , lorfqu'elle
n'eft pas habillée à la Grecque ou à la
Romaine , & qu'elle eft montrée telle
qu'elle eft , fans analogie de terminaifons .
Comme les idées de la plûpart des mots
Anglois différent , à l'oreille , felon les
différences de la prononciation ; & qu'un
Anglois prononce , dans le difcours familier
un fon long , dans un temps égal à
celui qu'un François emploie à prononcer
un fon bref; pour faire parler l'un àpeu-
près comme l'autre , la prononciation
Angloife doit être rendue tellement
fenfible , que les organes du François puiffent
prendre infenfiblement les mêmes
difpofitions que ceux de l'Anglois n'ont
acquifes que par l'ufage ; puifque l'expérience
fait voir que l'application de la
valeur fyllabique des fons , c'eft-à- dire ,
de la meſure phyfique des fyllabes, eſt un
moyen très infuffifant pour y réuffir . C'eſt
cependant la feule méthode ufitée, juſqu'à
préfent! Pour triompher du préjugé grammatical
, en ce genre , il faut habituer les
Eléves à la valeur accidentelle de la prononciation
; cette habitude , les menera
peu-à- peu a leur but par le chemin le plus
court & le plus agréable , pourvu qu'on
leur faffe connoître auparavant le prinT20
MERCURE DE FRANCE.
cipe fondamental qui règne defpotiquement
fur tous les mots de la Langue , &
que les Grammairiens Anglois n'ont pas
encore voulu expofer au grand jour .
Pour démontrer d'une maniere auffi fimple
que nouvelle , tout ce qu'on vient de
dire , & pour fatisfaire à l'empreſſement
de quelques amateurs , qui ont raifon de
préférer une inftruction publique à une
inftruction ifolée : parce que l'émulation ,
& les difpofitions différentes , y devien
nent des caufes d'un progrès plus rapide ;
on commencera un Cours public de la
Langue Angloife , leio de Mars prochain.
On y donnera des leçons, depuis huit heu
res du matin jufqu'à neuf , les Mardis , les
Jeudis & les Sámedis , pendant trois mois.
Ceux qui voudront y affifter , pourront
prendre un fecond & un troifiéme Cours ,
fans aucuns frais , fi contre toute attente ,
le premier ne leur a pas été ſuffifant .
On s'adreffera, rue de la Comédie Francoife
, au Caffé de Provence , chez M.
Reilly,
MÉMOIRES
MAR S. 1760:
127
MÉMOIRES , fur la Langue Celtique ,
contenant ,. l'hiftoire de cette Langue ,
& une indication des fources où l'on peut
la trouver aujourd'hui . 2. Une Defcription
étymologique des Villes , Riviéres
Montagnes , Forêts , curiofités naturelles
des Gaules ; de la meilleure partie de l'ELpagne
& de l'Italie ; de la Grande- Bretagne
, dont les Gaulois ont été les premiers
Habitans. 3º . Un Dictionnaire Celtique,
renfermant tous les termes de cette
Langue . Par M. Bullet , premier Profelfeur
Royal , & Doyen de la Faculté de
Théologie de l'Univerfité de Befançon ,
de l'Académie des Sciences , Belles - Lettres
& Arts , de la même Ville ; in folio ,
Tomes I. & II. A Besançon , chez Cl.
Jof. Daclin , Imprimeur ordinaire du
Roi , de l'Académie & c. 1754 , & 1759.
Je ne puis faire un plus bel éloge de
cet Ouvrage qu'en inférant ici la lettre de
M. le Beau , Secrétaire perpétuel de l'Académie
des Belles- Lettres , à M. Bullet .
ONSIEUR ,
L'Académie a reçu avec reconno fancè &
votre grand Dictionnaire Celtique ; & Elle
F
122 MERCURE DE FRANCE.
m'a chargé de vous en remercier. Ce bel
Ouvrage , eft lefruit d'une érudition immenfe.
Cefera , déſormais , l'oracle auquel
nous aurons recours pour l'explication des
mots Celtiques , fur lesquels il furvient
fouvent des difputes. Acceptez , Monfieur,
nos complimens , fur le fuccès de voire
travail ; & foyez perfuadé du refpectueux
attachement &c.
On trouve des Exemplaires des deux
premiers volumes , chez le Prieur , rue
S. Jacques , à l'Olivier. Le troifiéme Volume
paroîtra bientôt.
L'ART de peindre , Poëme , avec des
réfléxions fur les différentes parties de la
Peinture. Par M. Watelet , Affocié libre
de l'Académie Royale de Peinture & de
Sculpture. Vol. in-4° . Tout ce que le
Deffein , la Gravure , & l'Imprimerie , ont
de plus exquis , s'eft réuni , pour donner
à l'édition de ce Poëme un degré de per-
'fection qui ne laiffe rien à defirer. Je
compte en parler , plus au long , dans le
Mercure prochain . Ce bel Ouvrage fe
vend chez Guerin & Delatour , rue
S. Jacques , à S. Thomas d'Aquin. 1760.
PHANTASIOLOGIE , ou Lettres Philofophiques
à Madame D *** , fur la faculté
MARS. 1760. 123
imaginative. Vol . in 16. A Oxford ,
1760 ; & le trouve à Paris , chez Cuiffart
, quai de Gêvres .
ANNALES Typographiques , ou Notice
du progrès des connoiffances humaines ;
dédiées à Mgr le Duc de Bourgogne : par
une Société de Gens de Lettres ; pour les
mois de Janvier & Février 1760. Brochures
in- 12 , de 96 pages chacune ; qui
feront continuées de mois en mois ; & fe
vendent chez Vincent , rue S. Severin.
M. Lutton , Commis au Mercure , reçoit
les foufcriptions de cet ouvrage.
EXPOSITION de quelques nouvelles vuës
Mathématiques, dans la théorie de la Mufique
; in- 12. 1760 , chez Cailleau , quai
des Auguftins .
LETTRE à Mgr le Maréchal de Biron
en faveur de M. Keyfer , & de fon reméde.
DISSERTATION Epiftolaire , adreffée au
même Seigneur ; fur une Lettre de l'Aureur
du Traité des Tumeurs & des Ulcères.
LE PATRIOTISME, Poëme, par M. l'Abbé
Desjardins , Docteur de Sorbonne. A
Avignon ; & le vend à Paris , chez
Fij
124 MERCURE DE FRANCE,
Cailleau , quai des Auguſtins . 8. ° 1.759
s
NOUVELLE Méthode, pour apprendre la
Langue Latine , par un fyftême fi facile,
qu'il eft à la portée d'un enfant de
à 6 ans , qui fçait lire ; & fi prompt ,
qu'on y fait plus de progrès en deux ou
trois années , qu'en 8 ou 10 , en fuivant
la route ordinaire. 4 vol. in - 8 . ° Paris ,
1760. Par M. Delaunay. Se vend chez
Girard , au Palais , vis - à-vis la Grand-
Chambre ; & chez Robuftel , quai des
Auguftins , près la rue Pavée.
Je compte parler plus au long de cet
intéreffant pour
ouvrage ,
trèsla
Jeuneffe.
ORAISON funèbre de très - haut
puiffant , & très- excellent Prince , Ferdinand
VI , & dè très- haute, très- puiſſante,
& très -excellente Princeffe , Marie de
Portugal , Roi & Reine d'Efpagne : pro
noncée dans l'Eglife de Paris , le Mardi
15 Janvier 1760 , par Meffire Gabriel-
François Moreau , Evêque de Vence,
in-4° AParis , chez Augufiin-Maṛtin Lostin
, rue S. Jacques .
ESSAI de Littérature & de Morale, par
M. l'Abbé Trublet, de l'Académie Royale
de Pruffe & e . Tome 4. A Paris , chez
Priaffon , rue S. Jacques, 1760. Je compte
parler , plus ampleinent , de cet ouvrage
enamable .
MARS. 1760. 125
ARTICLE III.
SCIENCES ET BELLES- LETTRES.
M.
ASTRONOMIE.
Meffier , chargé des Obfervations
Aftronomiques , qui fe font dans l'Obſervatoire
de la Marine , à l'Hôtel de Clugny
à Paris, déjà connu par la découverte
& les obfervations qu'il a faites des trois
dernières Cométes , vient d'en découvrir
une quatrième , dont il a communiqué les
Obfervations à l'Académie Royale des
Sciences. Il a découvert cette nouvelle
Cométe , le 26 Janvier , à une heure du
matin , en recherchant la pofition de
quelques petites étoiles avec lesquelles il
avoit comparé la célèbre Cométe de l'année
dernière , le 1 Mai. Cette Cométe ,
n'a d'abord été vue , qu'avec une petite
lunette d'un piéd ; & enfuite , fort difficilement,
à la vue fimple. Elle étoit compofée
d'un noyau , qui paroiffoit affez clair ,
& affez bien terminé , en le regardant
avec un télescope Newtonien de quatre
pieds & demi de longueur : il avoit une
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
demie minute de diamètre, entouré d'une
foible lumière , qui s'étendoit vers l'Occident.
Le jour de la découverte de cette
Cométe , le 26 Janvier , à une heure du
matin , elle étoit fituée entre l'étoile alpha
de la conftellation de la coupe , &
l'étoile nu de l'hydre. Elle paffa au Méridien
à 2h, 11 ', 30" du matin , temps
vrai , ayant 160 °, 56′ , 10 " , d'afcenfion
droite , & 14° , 25 ′, 50 " de déclinaiſon
auftrale. Le 30 , à 4 , 59 du matin , le
Ciel étant devenu paffablement ferein ,
M. Meffier revit encore la Cométe , qui
s'étoit beaucoup avancée vers l'Occident,
& qui montoit prefque perpendiculairement
vers l'Equateur : fon afcenfion droite
fut trouvée de 155 °, 28′ , 43 ", & fa déclinaifon
, de 3º , 56 ', 45 ″, auftrale. Le Ciel,
affez ferein durant la nuit du 4 aus Février
, dès les 9 heures du foir , M. Meffier
rechercha la Cométe , qu'il trouva
fans peine proche du coeur du lion . II
Pobferva enfuite au Méridien ; elle y paffa
à ob, 39 ' , minuit 39 , 54" du matin ; fon
afcenfion droite fut trouvée enfuite de
1 48 ° , 12 ′, 23 ″ ; & fa déclinaiſon , de 10 °,
'45", boréale alors. La grande lumière
de la lune , qui fe trouvoit dans le voifinage
de la Cométe , a empêché de voir fi
elle augmentoit ou diminuoit en lumière.
MARS. 1760. 127
Le Ciel , affez ferein depuis minuit
jufqu'au jour, la nuit du 5 au 6 , à 1 heure
53 , 26" du matin , l'afcenfion droite de
la Cométe fut concluë de 146 °, 59' , 51 " ,
& fa déclinaifon de 12 ° , 27' 57". La
même nuit du sau 6 , à 6 heurs 10 min .
3 fec. du matin , par un grand crépuscule ,
la Cométe fut comparée directement
avec le coeur du lion ; l'afcenfion droite
fut trouvée de 146 ° , 46′, 49 ″ , & fa déclinaifon
de 12 , 49 ' , 46 ". La Cométe égafoit
alors les étoiles de la quatriéme grandeur.
Le Ciel , paffablement ferein durant
la nuit du 6 au 7 ; à 8 heures , 37 ', 5 " , du
foir , l'afcenfion droite de la Cométe fut
conclue de 146 ° , 4′, 57 " ; & la déclinaifon
, de 14 , 1 , 54" . La Cométe paroiffoit
fort brillante.
Pendant la nuit du 7 au 8 , le Ciel fut
entièrement ferein. La Cométe paſſa au
Méridien à minuit 14 min. 21 fec. De
cette obfervation, fon afcenfion droite fur
trouvée de 144° 48′ 19″ , & fa déclinaifon
de 16° 20' 22 ". La Cométe fe voyoit
affez bien cette nuit avant le lever de la
Lune : elle paroiffoit à la vuë fimple égaler
les étoiles de la troifiéme ou quatriéme
grandeur. Le noyau ne paroiffoit
point terminé , & la lumière nébuleuſe
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
qui l'environnoit , étoit peu confidérable :
En regardant la Cométe avec une lunette
d'un pied , on lui remarquoit une queuë,
longue de plufieurs degrés , dirigée vers
l'Occident.
Le Ciel, étant également ferein la nuit
du 8 au 9 , la Cométe fut obfervée an
Méridien ; elle y paffa à minuit 6 min.
8 fecondes : fa pofition en afcenfion droite
, fut concluë de 143 ° 44′ 19 ″ , &fa
déclinaifon de 18° 12′ 58″ ; boréale.
9
"
Le Ciel continua d'être ferein , la nuit
du au 10 ; la Cométe paffa au Méridien
à 11 heures, 58 min. 1 fec. du foir,
avec plufieurs étoiles confidérables : fa
pofition , en afcenfion droite, fut trouvée
de 142 °, 41 , 26 " ; & fa déclinaifon de
19° 59'5 ". La lumière de la Cométe ne
parut pas avoir beaucoup diminuée depuis
le jour précédent ; fa queuë étoit
affez fenfible , en la regardant avec une
lunette d'un pied : elle étoit dirigée prèfque
perpendiculairement à l'écliptique ,
longue d'environ cinq degrés.
Voilà les principales obfervations que
M. Meffier a faites fur cette nouvelle Cométe
,jufqu'aujourd'hui 11 Février 1760 ;
il efpére les continuer jufqu'à la difparition
entiere de cette Cométe , qui ne
doit arriver qu'au mois d'Avril prochain.
MARS. 1760 . 129
Par le réſultat de ces obfervations, on
remarque , que le mouvement de cette
Cométe , eft peu confidérable , & fe rallentit
chaque jour , allant contre la fuite
des Signes , & s'élevant vers le Nord : ce'
qui fait voir qu'elle s'éloigne de la terre ,
& qu'elle perdra infenfiblement fa lumière.
Sur la fin des obfervations , elle ne
parcouroit qu'environ un degré en afcen-
Gon droite , & deux en déclinaifon , paroiffant
alors dans la conftellation du
Lion. On remarque auffi , par ces obfervations
, que la Cométe a paffé par
l'Equateur , le 31 Janvier ; & par l'Ecliptique
, le 6 Février au foir , vers le vingtquatrième
degré du figne du Lior ;qu'elle
s'eft trouvée le 9 , fur les 3 heures de
l'après- midi en oppofition avec le Soleil
MEMOIRE , de M. TREBUCHET¸d'Auxerre
, ancien Officier de la Reine , fur
l'éclipfe de Soleil , par Vénus , du 6 Juin
1761.
EN jurant, in verba Magiftri , on ne fait
fouvent qu'éternifer les erreurs d'un grand
Maître M. Halley a dit , en 1716 , dans
les Tranfactions Philofohiques , N° 348 ,
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
que la durée du paffage de Vénus fur le
Soleil , attendu le 6 Juin 1761 , devoit
paroître, à la Baye d'Hudſon, plus longue
de 17 minutes de temps que fur les rives
du Gange . M. Legentil , de l'Académie
Royale des Sciences de Paris , a ajouté fans
doute une nouvelle autorité à cette prédiction
, en l'annonçant , il y a huit jours,
dans la dernière Affemblée publique de
cette Académie. Mais il eft écrit : Nullius
in verba : C'eft la devife de la Société
Royale de Londres. En conféquence ,
quoique (à parler auffi fincérement, qu'af
tronomiquement ) mes connoiffances
foient affez éloignées de celles & du Docteur
Anglois qui a fait la prédiction , &
du fçavant François, qui l'a citée, pour ne
pas offrir une parallaxe fenfible ; j'ai ofé
n'en croire ni l'un ni l'autre. Et pour fçavoir
fur quoi compter , au défaut de M.
Halley , qui ne donne pas fa méthode ,
ne tadio Lectori fit ; ce font fes termes :
j'ai confulté MM. Caffini & Delifle , dans
les Mem. de l'Acad. année 1743. p. 385
& 419. Tous les deux,affez unanimement,
m'ont affuré que cette différence , au lieu
de 17 , ne feroit que de 5 minutes. Je
fouhaite les avoir mal entendus , en confidération
des avantages que M. Halley
promet à l'Aftronomie, d'après fa déterMARS.
1760. 131
mination. Mais il feroit affez fingulier ,
que ces deux fçavans Académiciens m'euffent
paru dire une même chofe , fans les
avoir bien entendus.
Quoi qu'il en foit, je dois obferver que
dans l'ufage que j'ai fait de leurs méthodes,
j'ai fuppofé les parallaxes du Soleil &
de Vénus de 12 & de 42 fecondes , àpeu-
près comme M. Halley ; que j'ai pris
les autres fondemens de mon calcul dans
le réſultat de celui de M. Legentil , fait
fur ce même paffage , avec les nouvelles
Tables de M. Halley , & inféré dans les
Mém. de l'Acad. année 1753 , p. 32 : &
qu'enfin, j'ai placé les deux Obfervateurs,
P'un, à la latitude feptentrionale, de 22 degrés,
41 min. fous la longitude abfolue de
116 degrés , 22 min. fous laquelle , fuivant
ce réſultat , le milieu de l'éclipfe
doit arriver à midi ; & l'autre , fous le méridien
oppofé à la latitude de 60 degrés.
J'ajouterai , qu'ayant fait le même calcul
pour Pekin , & pour un lieu placé
fous fon méridien dans la nouvelle Hollande
, à la latitude méridionale de 30
degrés , j'ai trouvé que la durée devoit
paroître dans ce lieu , à-peu près la même,
que vue du centre de la terre , &
plus petite d'environ douze minutes
à Pekin , ainfi que fur les rives du
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Gange d'où il paroît que la côte ocei
dentale de la nouvelle Hollande , eft plus
avantageufement fituée , que la Baye.
d'Hudfon.
Quoique M. Halley annonce , dans le
cours de fon Mémoire , une différence de
17 minutes entieres , totis ; il eſt à remarquer,
que fomme totale , à la fin de
fon calcul , il ne trouve que 15 min. 10
fecondes. La bonne envie que j'ai euë de
les trouver auffi , m'ayant fait employer
tous les élémens , il m'eft venu 15 min.
30 fecondes. Cet accord affez parfait entre
nos deux réfultats , fait affez voir que
la différence d'entre fes 15 ou 17 min.
& les s que j'ai trouvées d'abord , ne
vient pas de la différence des méthodes,
mais de la différence des élémens que
nous avons employés. Il en eft deux furtout
, qui différent beaucoup entr'eux.
C'eft 1.0 fa plus proche distance géocentrique
des centres de 4 min. au lieu de
9 min. 43 fec. que donnent fes nouvelles
Tables , d'après le calcul de M. Legentil.
2. Son inclinaifon de la route de Vénus
fur le parallèle à l'Equateur,de deux deg.
18 min. au lieu de 14 deg. 98 min. que
donne l'occurrence du Soleil dans les
fignes afcendans , & de Vénus dans fon
naud defcendant , en prenant , non la
0
MARS. 1760. 133
différence , mais la femme de deux angles
formés l'un par ce parallèle & l'écliptique
de 6 deg. 10 min. & l'autre , par l'Ecliptique
& l'orbite apparente de Vénus , de &
deg. 28 min.
En paffant pardeffus l'irrégularité de la
figure , qui a dirigé M. Halley dans fon
calcul , je m'arrête à faire quelques réfléxions
fur la raifon qu'il donne , pour
appuyer fa détermination .
Il dit, que la durée géocentrique, ou vuë
du centre de la terre , qu'il trouve de
7 heures 20 min. à compter depuis l'entrée
totale , jufqu'au commencement de
la fortie , doit être plus courte de 4 min.
qu'au Port Relfon ; parce que ce point
de la fuperficie de la terre , qui eft dans
la Baye d'Hudſon , a dans l'hémisphère
oppofé au Soleil , un mouvement qui
concourt avec celui de Vénus. Cette raifon
paroît trop générale , pour ne pas
mériter une exception ; puifque , d'après
les élémens de M. Legentil , cette durée ,
loin d'être plus courte de 4 min. fera plus
longue de 6 min.
"
Il dit , qu'au contraire elle fera plus
longue d'environ 20 min. que vers le
Gange ; parce qu'il a un mouvement oppofé
à celui de Vénus . La même réfléxions
fe préfente encore ici , puifque ,
134 MERCURE DE FRANCE.
comme je l'ai déjà dit , cette durée , vuë
du centre , fera vuë de la même longueur
dans la nouvelle Hollande , qui cependant
a un même mouvement que le Gange
, étant à- peu- près l'un & l'autre fous
le même Méridien . D'ailleurs, on pourroit
conclure du raifonnemens de M. Halley ,
qu'un Obfervateur, placé fur les glaces du
Pole Arctique , verroit la durée la même
que du centre de la terre , puifque la rotation
diurne ne lui donneroit pas plus
de mouvement que s'il étoit à ce centre :
& cependant , d'après les élémens mêmes
de M. Halley , il la verroit plus petite
de 4 minutes entieres .
Ne pourroit-on pas plutôt dire , en général,
que la durée géocentrique fera plus
ou moins longue , pour un endroit quelconque
de la furface de terre , felon que
l'entrée & la fortie paroîtront s'y faire
au-deffus ou au-deffous du diamêtre horifontal
du Soleil ? C'eft du moins l'idée
toute fimple , & fondée fur la nature des
parallaxes,que m'a fait naître la méthode
de M. Caffini.
Tout cela , foit dit, fans porter la moin.
dre atteinte à la mémoire du grand Hal
ley : quelques faux pas que je crois appercevoir
dans fa marche , & que je
n'expofe au grand jour dans nos faftes
j
MARS. 1760. 135
littéraires , que pour épargner quelques
mille lieuës à tout Européen , fans ent
excepter l'Anglois , à qui les Tranfactions
Philofophiques pourroient faire naître
l'envie d'aller à la baye d'Hudfon , furt
la foi de fa prédiction : quelques faux:
pas , dis-je , ne nous feront jamais perdre
de vue la glorieufe carrière qu'il a
fournie. Il en eft des Héros qui parcourent
les routes d'Uranie comme de
ceux qui parcourent le champ de Mars ;
tous font également fujets à s'éclipfer
quelquefois, & à trébucher; parce que tous,
ils font hommes : effere humanum eft. Si
donc le Prince des Aftronomes Anglois ,
fe trouve en faute , on en doit être bien
moins furpris , qu'on n'a dû l'être , en
lui entendant dire , que dans tous fes
calculs ( qui font ennuyeux , ) il ne s'eft
jamais trompé , pas même d'un ſeul chiffre.
Je tiens ce fait d'un Sçavant , digne
de toute créance , à qui il l'a affuré .
S'il a dit vrai , je me fuis bien trompé en
tout ceci : j'ai déjà dit que je le fouhaite
; & je déclare , avec la mème fincérité,
que ce ne feroit pas la première fois.
Au refte , on conçoit bien , que plus
la différence dont il eft ici queſtion , fera
petite , plus il devient néceffaire de doubler
le Cap de Bonne-Efpérance ; & que
136 MERCURE DE FRANCE.
l'obſervation , en devenant plus délicate
, demande un Obfervateur confommé
, tel que M. Legentil , qui fe difpofe
à partir , aux voeux de l'Académie ,
& fous les ordres du ministère. Que ne
puis -je fçavoir , qu'il fera beau pour lui ,
& pour nous , pendant les fix heures fi
defirées de cette écliple ! je ferois fûr de la
réuffite de fon voyage ; mais je ne fuis
pas Mathieu Lansberg.
HISTOIRE NATURELLE.
PROJET, pour connoître , fans dépense,
dans l'espace d'un mois , toutes les productions
foffiles de la France.
Omne tulit punctum , qui mifcuit utile dulci.
Horat.
DiCOUVRIR infailliblement , & fans
la moindre dépenfe , une fource intariffable
d'utilité , & d'agrémens , c'eft offrir
à l'Etat & à fes compatriotes un projet ,
qui ne peut manquer d'être bien accueilli
; & c'eft, de la part de l'Auteur, s'acquitter
en vers la Patrie , d'une dette légitime
.
Une infinité de grands hommes , ont
MARS. 1760. 137
étudié la nature ; & par des recherches
immenfes , ont enrichi l'Univers de leurs
découvertes.
Depuis Ariftote , jufqu'à nos jours ;
quelle prodigieufe quantité de connoiffances
, a rendu célèbre & illuftre le
nom des fçavans , & produit à l'humanité
des fecours en tout genre , & des
plaifirs de toute eſpèce !
Aujourd'hui , que toutes les Sciences &
les Arts ont atteint le dernier point de
perfection , il femble que , plus particulièrement
qu'autrefois , l'efprit cherche
à fe délaffer par l'application intéreffante
& amufante qu'il donne à l'Hiftoire
naturelle .
Ce goût, qui fait à préfent les délices
d'une infinité de perfonnes , domine
principalement dans la Capitale , où
le Cabinet du Roi , protecteur de la
Vertu , de la Science , & des Arts , offre
aux yeux le temple le mieux décoré
des merveilles de l'Univers.
Nos Princes , les Grands du Royaume ,
des amateurs opulens & éclairés , ont
formé & forment tous les jours des Collections
également brillantes & inftructives
, par l'accès facile que l'on y offre
à chacun pour fatisfaire fa curiofité.
Ce goût des belles chofes , a paffé juf
138 MERCURE DE FRANCE.
ques dans les Provinces ; & tout s'inté
reffe à ramaffer de toutes parts les richeffes
des deux Mondes , pour avoir
fous les yeux , & fous la main , des échantillons
( S'il eft permis de parler ainſi )
de tous les ouvrages de la Nature.
M. d'Argenville , Maître des Comp
tes à Paris , qui vient d'enrichir le Pubic
d'ouvrages intéreffans fur l'Hiftoire
Naturelle ; l'un , intitulé la Lythologie &
Conchliologie ; & l'autre, L'Oriathologie ;
& à qui je dois la plus parfaite reconnoiffance
, m'a infpiré le deffein que je
forme aujourd'hui , de faire voir que fans
dépenfe & fans frais , on peut , avec la
plus grande facilité , connoître dans l'efpace
d'un mois , toutes les productions
foffiles de la France.
Combien feroit-il avantageux au miniftère
de voir , d'un coup d'oeil, tous les en
droits d'où l'on pourroit tirer des marbres,
des grès , des pierres à bâtir , des pierres
à chaux , des fables , des marnes , des
mines , des charbons de terre , & c.
Combien feroit - il agréable aux curieux,
de voir auffi , d'un coup d'oeil , les
lieux , d'où ils pourroient fe procurer les
coquillages , les bois foffiles , toutes les
fortes de pétrification , & les autres raretés
du Monde fouterrrain ?
MAR S. 1760. 139
Dans l'Effai , fur l'Hiftoire Naturelle
des Foffiles , qui fe trouvent dans toutes
les Provinces de France , dont M. d'Argenville
a terminé fon volume de l'Oriethologie
, on trouve effectivement une
infinité d'éclairciffemens fur cette matière.
Mais l'Auteur , laborieux & éclairé
n'a pu donner à cet ouvrage que le nom
d'Effai , parce qu'il a fagement préffenti
que malgré le grand nombre de Mémoires
qui lui ont été fournis par beaucoup
de fçavans & d'amateurs , il devoit encore
refter une infinité de découvertes à
faire en ce genre. Et c'eft pour arriver à
la perfection de cette entreprife , que
j'ofe implorer le fecours de fes lumières
& de fon crédit , pour faire ouvrir enfin
une route qui puiffe conduire furement à
ce but fi defiré.
1º . Je penfe donc , qu'à cet effet, il devroit
paroître une Ordonnance du Roi
pour toute l'étendue du Royaume .
2°. Que Meffieurs les Intendans & Subdélégués
, en conféquence , engageroient
Meffieurs les Seigneurs & les Curés , pour
le bien de l'État , de donner leurs foins
& leur attention , à ce que ( chacun dans
leur diftrict ) ils fiffent ramaffer par les
Ouvriers qui travaillent dans les minières
, carrières , & différentes fouilles de
140 MERCURE DE FRANCĚ.
la terre , des échantillons choifis de chaque
eſpèce de productions foffiles qui s'y
trouvent.
3 °. Tous ces différens échantillons feroient
remis au Syndic de chaque lieu ;
& le Syndic feroit tenu de les apporter
ou faire apporter par les Collecteurs , ou
autres , à Meffieurs les Subdélégués , qui
les feroient paffer à Meffieurs les Intendans
, par le des voitures de recette
: & par la même voie ,
la même voie , Meffieurs
les Intendans , à Meffieurs de l'Académie
des Sciences où à Meffieurs les
Profeffeurs & Gardes du Jardin & Cabinet
du Roi.
moyen
L'exécution facile de ce Projet , feroit
de la plus grande utilité pour l'accroiffement
des connoiffances fur l'Hiftoire
Naturelle. Il en réfulteroit , d'abord , un
bien manifefte pour l'Etat.
1º. On fçauroit, dans chaque Province ,
Généralité , & Élection , combien il y
auroit de mines , carrières , fouilles ; &
de quelle eſpèce.
2º. On pourroit régler l'étenduë du
commerce de cette partie , & l'exportation
des pierres , fables , & c. pour la
conftruction des grands chemins , ponts ,
quais , ports , & autres ouvrages entrepris
, ou à entreprendre par le Gouver
ment , ou par des Compagnies.
MAR S. 1760. 147
3. Les curieux & amateurs de l'Hiftoire
Naturelle , fçauroient , à coup für
d'où tirer chaque eſpèce de foffiles , pour
l'embelliffement des Cabinets , par les
Tables inftructives , que des Sçavans
drefferoient , du nom , du genre , & de
l'eſpèce de chaque foffile , provenant de
telle Paroiffe , de telle Élection , de telle
Généralité , & de telle Province ; avec
les diftances préciſes de chaque Paroiffe ,
au chef-lieu.
On pourroit joindre à ce Projet , celui
d'avoir la même connoiffance de toutes
les espèces de Coquilles, & de plantes
marines , qui fe trouvent fur les côtes
de France ; ainfi que des poiffons ordinaires
, qui fe pêchent fur chaque côte ,
& des poiffons paffagers & extraordinainaires
qui ne fe voyent que dans certaines
faifons.
Pour cet effet , Meffieurs les Commiffaires
de marine , ou Commis aux Claffes
, chacun dans leur diſtrict , fe feroient
apporter par les Pêcheurs, toutes les fortes
de Coquilles pleines de leur Poiffon , &
les plantes marines qui fe rencontrent
dans leurs filets.
Meffieurs les Commiffaires de Marine ,
feroient le choix des plus entières , &
des plus belles , pour en envoyer auffi
142 MERCURE DE FRANCE.
des échantillons à Paris , à Meffieurs de
l'Académie des Sciences , ou du jardin
& Cabinet du Roi ; & auroient le foin
de mettre fur chaque échantillon : Coquilles
ou plantes Marines,pêchées fur telle
Côte , & à telle hauteur , en mer , fuivant
le rapport qui leur en feroit fait par les
Pêcheurs.
On pourroit encore ajouter , à ces
connoiffances, celle des différentes eſpèces
d'Oiseaux aquatiques , qui fe voyent fur
le bords des mers , dont on feroit un
catalogue à part , & raifonné.
Voilà mes idées , fur ce Projet avantageux.
Si l'on prévoyoit des difficultés pour
fon exécution ; je ferois flatté qu'on me
les communiquât , afin de pouvoir travailler
à les lever.
Par M. DALLET l'aîné , de Metz,
demeurant à Valognes.
MARS. 1760. 743
ARTICLE IV.
BEAUX ARTS.
ARTS UTILE S.
MÉDECINE.
LETTRE de M. DE LA CONDAMINE ,
à M. DANIEL BERNOULLI.
Na. Cette Lettre n'étoit pas faite pour entrer
dans le Mercure. Des raifons poftérieures ont
déterminé l'Auteur à nous la donner ; & nous
avons jugé , qu'une matière fi intéreſſante pour
le bien de l'humanité , ne pouvoit être trop
éclaircie.
J'ATTENDS avec impatience , Monfieur ,
les additions que vous me promettez à vos
réfléxions fur l'Inoculation de la petite
vérole . Jufqu'ici , je me croyois affez fort
pour faire face à tous les antinoculiftes :
j'avois écarté les plus dangereux , en prouvant
que la queftion , fous le point de vue
où je l'envifageois , ne regardoit , ni le
médecin , ni le cafuifte ; mais je fuis me
144 MERCURE DE FRANCE.
nacé d'un adverſaire dont je ne me défiois
pas . Un jeune architecte , ambitieux de fe
faire un nom , ennuyé de ne point trouver
de bafilique à édifier , veut s'illuftrer
en fappant les fondemens du temple que
j'élevois à l'inoculation . C'est dommage
que ce temple ne foit pas auffi fameux
que celui d'Ephèfe : fon deftructeur pourroit
afpirer à la célébrité d'Eroftrate . C'est
par de nouveaux calculs, qu'il prétend renverfer
mon édifice. J'implore votre fecours,
Monfieur : ce n'eft point une terreur panique
qui me faifit ; c'eft M. Gaullard , qui
m'annonce cer ennemi redoutable . Vous me
demandez ce que c'eft que M. G. & ce qui
m'a mis aux prifes avec lui ? Bien des gens
m'ont fait la même queftion que vous : il
faut vous fatisfaire. Apprenez , Monfieur,
que M. G. depuis longtems célèbre par
l'atteftation qu'il a donnée des miracles
d'un grand ferviteur de dien , a fait l'ac
quifition d'une charge de médecin ordinaire
de la petite écurie du roi : ce qui
donne bien le droit d'éxercer à Paris la
médecine , fans avoir pris de degrés dans
la Faculté ; mais non le privilége de ne fe
point méprendre aux apparences de la peti
te vérole , furtout quand on ne voit le
malade qu'une fois en paffant.
- Un enfant de huit à neuf ans ; inoculé
pat
MAR S. 1760, 145
par M. Tronchin , à Paris , en 1756, eut
au mois de novembre 1758 des boutons
à la peau . Ils parurent le mercredi 8. M.
G. vit l'enfant le 9 : il eft convenu qu'il
l'avoit trouvé fans fiévre . Le furlendemain
11 , jour de la S. Martin , on a vû cet
enfant jouer à la toupie.
Je me reftreins a rapporter des faits
dont j'ai donné la preuve : je m'abftiens
de tout raifonnement
M. G. au premier coup d'oeil, avoit qualifié
cette éruption de petite verole : il en
avoit répandu le bruit dans Paris par fes
lettres . Quatre docteurs ,M. de Vernage, ancien
doyen, de la faculté de médecine à leur
tête , chargés par M. le Duc d'Orléans de
vérifier le fait , ont publié le rapport de
leur exarnen & de leur information , infe
ré dans le Mercure de France de décembre
1758 ; d'où il résulte que le seune de
la Tour avoit une maladie de la peau , connuë
& diftinguée de la petite vérole , longtemps
avant que l'inoculation fût pratiquée
en Europe , une éruption cryftalline & ferieufe
qui fe termine fans fuppuration , dont
les quatre Docteurs ont vu plufieurs exemples
dans le cours de leur pratique : enfin
que cette maladie eft entiérement différente
de la petite vérole , qu'elle peut fuivre ,
ou précéder indifféremment.M. G. pour ne
G
146 MERCURE DE FRANCE.
pas le dédire , & pour expliquer comment
un malade de la petite vérole peut jouer à
la toupie le quatrièmejour, a déclaré, dans
une lettre , imprimée dans le Mercure de
février fuivant , qu'il appelloit petite vérole
toute éruption qui commençoit par
le vifage. De cette nouvelle & fingulière
définition, il conclud que le jeune la Tour
a, eu une feconde petite vérole véritable ;
qu'il avoit donc été inoculé en pure perte,
& qu'ainfi l'inoculation ne préferve pas de
la rechûte .
Les quatres docteurs n'ont pas daigné
s'appercevoir de la lettre de M. G. Je ne
fongeois pas plus qu'eux à y répondre, trois
mois après la publication , lorsqu'on me
preffa de défabufer un pere , que la lecture
de cette lettre empêchoit de faire inoculer
fon fils . J'eus la docilité de fuivre cet avis.
( Mercure de Juin, 1759. ) Je repréfentois
au pere , qu'il donnoit trop de poids à une
lettre , écrite uniquement pour étayer une
décifion précipitée , que l'auteur avoit paru
prêt d'abandonner , en convenant avec
fes quatres confrères , qu'il n'avoit vu l'enfant
qu'une feule fois , & qu'il eût fallu fuivre
régulièrement la maladie. M. G. repli-.
qua , dans le Mercure d'août , à ma lettre
avec beaucoup d'amertume , jufqu'à m'accufer
de mauvaiſe foi ; & ne fongeant plus
MARS. 1760.
147
qu'à détourner l'attention des Lecteurs du
fait contefté , qui n'étoit que trop bien
éclairci , il s'avifa de me défier publiquement
de me faire inoculer par lui- même ,
en me promettant une feconde petite vérole
de fa façon ; qu'il étoit prefque phyfiquement
für de me donner. On m'a répété
de toutes parts , que je devois méprifer les
fubterfuges de mon adverſaire , & furtout
fa propofition de m'inoculer : propofition
vifiblement étrangère à notre difpute , &
qu'on jugeoit d'ailleurs dérifoire , révoltante
, indécente même. Mais je n'ai pas
affez d'amour- propre , ou peut- être en ai
je trop , pour n'oppofer que le mépris à la
contradiction : je fais de trop bonne for
pour affecter du mépris pour des objec
tions , que j'ai vu faire illufion à des gens ,
qui ne cherchoient que la vérité. J'ai donc
une feconde fois répondu à M. G.
Après un délai de plus de trois mois , il
change fon défi en un pari ; il élude mon
acceptation , en exigeant de nouvelles conditions,
ou impoffibles, ou inacceptables . Il
me revient de plufieurs endroits, que je me
couvrirai de ridicule , fi je lui réplique
encore. On me condamne en ce cas à paffer
le refte de mes jours à répondre méthodiquement
à tous les abfurdes quadrateurs
de cercle , dont l'académie des fcien-
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
ces eft continuellement obfédée , & même
au nouvel écrit de M. le Chevalier de Caufans
, qui prend l'académie à parti fur le
jugement qu'elle a porté de ce qu'il appelle
fes démonftrations . Je fens toute la force
& la jufteffe du parallèle , & je n'hésiterois
pas à profiter de l'avis qu'on me donne , fi
je n'écrivois que pour Paris , ou du moins,
pour ce qui s'appelle la bonne compagnie ,
où ma réponse ne fera pas plus lue que la
lettre de M. G , où l'on plaifante de tout ,
où l'on n'écoute guére , où la premiére régle
eft de ne parler jamais deux minutes de
fuite de la même chofe ; & où par conféquent
, on doit être excédé d'entendre parler
d'inoculation . Mais par le grand nombre
de lettres que je reçois de nos provin
çes, & des péis étrangèrs , de perſonnes de
qui je n'ai pas l'honneur d'être connu ,
méme de médecins de nom , & par les
queftions que l'on me fait , je juge qu'on
traite ailleurs cette matière moins légèrement
qu'à Paris , & que ceux même qui
'y prennent pas un intérêt direct & préfent
, ne laiffent pas de s'occuper d'une
quefion de fait dont la prévention ou le
zèle aveugle , ont voulu faire un cas de
confcience ou une thèſe de médecine . Je
crois donc devoir à la confiance que me témoignent
ceux qui m'écrivent , de les dé
2
MARS. 1760. 145
fabufer des bruits faux & calomnieux que
les antinoculiftes fe plaifent à répandre fur
les prétendus accidens caufés à Paris par
l'inoculation.
J'ai fouvent été témoin , dans nos provinces
, qu'une lettre dattée de la capitale,
n'importe de qui , donnoit cours à la nou
velle la plus méprifable. Quelqu'un a dit ,
que les lettres ne rient point. On ignore
réciproquement d'un péis à l'autre les
ufages & les convenances , le ton national
& pour ainfi dire , le coftume. On ne voit
pas partout les chofes du même oeil . Ce
qui nous paroît ici ne mériter qu'un éclat
de rire , pour toute réponſe , fe débite
gravement en Espagne , en Italie & en
Allemagne. Nous fommes dans le même
cas à l'égard de ce qui fe paffe au - delà da
Rhin , des Alpes & des Pyrénées . J'ai vu
beaucoup d'honnêtes gens à Paris , prendre
très -férieufement la plaifanterie de l'Auteur
d'une préface bouffonne , qui qualifioit
M. Goldoni , d'avocat au Parlement
de Venife ; & dans le même tems , un
journaliſte Vénitien imprimoit , naïvement
, qu'un tribunal compofé d'archevêques
, d'évêques , de docteurs en théologie
& en droit canon , venoit d'être
érigé en France , pour juger en dernier
reffort le procès de l'inoculation. Ce n'eft
G iij
159 MERCURE DE FRANCE.
pas feulement dans quelques vallons de
l'Apennin , & pendant quelques mois , que
ces bruits ont fermenté fans contradiction
; c'eft dans de grandes villes d'Italie ,
c'eft dans des Cours , où nous avons des
ambaffadeurs ou des miniftres , de qui l'on
pouvoit aisément fçavoir ce qui fe paffoit
en France ; c'eſt à Brescia ; c'eft à Flo-
Tence; c'est à Gênes ; c'eſt à Rome , même ,
que ces fictions puériles fe répétent &
s'impriment. C'eft le premier médecin de
Sa Sainteté qui les accrédite , en écrivant
à M. Roncalli , qu'on attend la décifion
de l'univerfité de France. Enfin , c'eft
après plus de trois ans de raifonnemens ,
appuyés fur des fuppofitions qui ne nous
paroiffent que ridicules , qu'on me deman
de férieufement ce que le concile de France
a décidé , & s'il eft vrai que le roi de
Pruffe ait mis à l'amende tous les inoculans
& les inoculés.
>
D'un autre côté , M. G. à l'imitation de
cet auteur de romans qui compofoit
pour les colonies , inonde la province de
fes brochures , dont j'ai vainement cherché
la dernière à Paris , jufqu'à ce qu'il
ait averti , dans une feuille périodique ,
qu'on la débitoit gratis chez fon imprimeur.
Il nous apprend qu'il vient d'envoyer
, en Italie , une nombreuſe provifion
MARS. 1760.
,
d'exemplaires de fa derniere lettre. Il fe
flatte que M. le nonce en retournant à
Rome , les diftribuera fur fa route. Il en
tombera , fans doute , quelqu'un entre les
mains de M. le comte Roncalli Parolino ,
médecin célèbre de Brefcia , qui croit , de
la meilleure foi du monde, que l'inoculation
eft abandonnée en Europe depuis qu'il
l'a condamnée , en rapportant un exemple
propre à l'accréditer . Ce M. lecomte
Roncalli , brigue une place à l'académie
des belles - lettres , en lui préfentant
pour chef- d'oeuvre un ouvrage in folio ,
Europe Medicina , recueil de lettres de
complimens qu'il a reçues de fes correlpondans,
en réponse à celles qu'il leur avoit
écrites , & dont il nous promet un fecond
volume. En attendant , il vient de faire
imprimer la réponſe polie que lui a faite
M. de Fouchi , fecrétaire de l'académie des
fciences , fous le titre d'Action de gracés
de l'Académie des Sciences , au noble comie
Roncalli Parolino , &c. Ce n'eſt pas tout ,
Monfieur : cet illuftre auteur nous annonce
qu'il va faire le voyage de France uniquement
pour
fe jetter aux pieds de Sa Majefté
très chrétienne , & la conjurer d'achever
d'étouffer l'hydre renaiffante de l'inoculation.
Il m'exhorte tendrement à rentrer au
giron de l'églife , en abjurant une doc-
:
>
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
trine hétérodoxe que M. Zanettini , Médecin
de S. S. n'aprouve pas , & que l'Univerfité
de Montpellier n'a jamais enfeignée.
11 me promet qu'à l'infant où je cefferai
d'en être le protecteur , je deviendrai
beau comme un ange. Le burleſque enthoufiafme
de M. le comte Roncalli , va
fe réveiller à la vue de la lettre de M.
G. Bientôt on publiera dans toute l'Italie
que je n'ofe accepter le défi que m'a fait
le premier médecin du roi T. C. L'on ne
manquera pas de donner ce titre à M. G.
du même droit que les antinoculifics le
donnèrent à M. Huquet. On me foutiendra
peut-être que j'ai pris la petite vérole par
inoculation ; que j'en fuis mort , & que
cette méthode eft tout-à- fait abandonnée
en France. Ne le difoit on pas hautement
à Paris, à l'égard de l'Angleterre , dans le
temps où j'ai lû mon premier mémoire
à l'académie , en 1754 ?
La conféquence de tout ceci , Monfieur ,
c'eft que je ferois peut- être bien d'ignorer ,
en ce péis ci , la troiſième lettre de M. G.
d'autant plus que ma précédente y peut
fervir de réponſe complette ; mais que
pour les péis étrangers , où il cherche à la
répandre , & furtout pour mes correfpondans
, que je dois informer , au moins par
reconnoiffance , de ce qui fe paffe de nouMAR
S. 1760 . 153
veau fur cet objet , je ne puis refter
dans le filence : au lieu donc de leur répéter
à chacun , dans une lettre particuliere ,
ce que contient celle- ci , je ne trouve rien
de plus court & de plus fimple , que de la
livrer, à l'impreffion .
Ce qui achève de m'y déterminer , c'eft
que plufieurs perfonnes , en petit nombre
à la vérité , mais dont l'intention ni les
lumières ne peuvent m'être fufpectes , conviennent
que s'il n'étoit queftion que d'une
difpute perfonnelle ; je ferois très - bien
de ne plus répondre ; mais que dans un cas
our le bien général de l'humanité le trouve
intéreflé , la vérité ne peut être mife dans
un trop grand jour ; que mes adverfaires
ont fur moi l'avantage de flatter un préjugé
très général , & puifé dans la nature
qui prête de la force aux objections les plus
frivoles que je ne dois pas me contenter du
fuffrage des gens éclairés & déja convaincs ;
qu'il s'agit de perfuader le grand nombre ,
à qui le nom de médecin impofe dans une
matière qui paroît n'être que du reffort de
la médecine ; enfin , que je ne dois pas me
Jaffer de préfenter l'évidence , qui , dans les
circonstances actuelles , ne peut triompher
qu'avec le temps .
Je vais donc parcourir la nouvelle lettre
de M. G. & vous en rendre compte.
Gr
154 MERCURE DE FRANCE.
•
De plus de quarante articles , diſcutés
contradictoirement dans ma feconde lettre
, M. G. ne répond qu'à cinq ; c'eft en
quelque forte , de la part d'un homme qui
répond , paffer condamnation fur tous les
autres . Du moins ne peut on douter que
M. G. n'ait choifi les cinq articles les plus
propres à lui donner gain de caufe : j'y répondrai
l'un après l'autre , & fi je ne réuſ
fis pas à lui fermer la bouche , je me flatte
au moins de difpenfer mes lecteurs de lire
fa réplique , s'il s'avifoit encore d'en faire
une.
I. Le premier article mérite à peine d'être
difcuté. Peu importe au public , que
M. G. ait été piqué ou non de ce que fes
confreres ne lui ont pas propofé de figner
le rapport qu'ils ont donné de la maladie
du fils de M. de la Tour. Peu importe que
ce foit pour le dépiquer qu'il ait écrit fa
premiere lettre. La manière dont M. G.
s'eft expliqué devant les quatre docteurs ,
en convenant avec eux , qu'il n'avoit vù
l'enfant qu'une fois , & qu'il auroit fallu
avoirfuivi régulièrement la maladie , &c.
( Rapport des quatre docteurs , Mercure
de France , Déc. 1758. ) prouve affez qu'il
eût été de bonne compofition , s'ils lui euffent
propofé de joindre fa fignature à la
leur, Mais ce n'eft pas fur ce feul fondeMARS.
1760. 155
ment , tout légitime qu'il eft , que j'ai fuppofe
les difpofitions de M. G: cependant
il nie le fait. Il en fera ce qu'il lui plaira :
je n'infifte plus. Je ne citerai point mes auteurs
: M. G. prend la choſe trop vivement,
pour que je veuille compromettre perſonne
avec lui.
II. M. G. avançoit dans fa feconde lettre,
( Mercure de France, de Février 1759. )
que j'ai follicité à Rome , en faveur de l'inoculation
, un bref , que le feu pape m'a
refufé. Rien n'eft plus faux. Je ne me
fuis pas contenté de faire remarquer
que le plus grand ennemi de l'inoculation
n'auroit pu mieux s'y prendre pour
éternifer la difpute , qu'en traveſtiſfant un
problême d'arithmétique en une queſtion
de théologie ; & que faire dépendre l'établiffement
de cette méthode en France
de l'acceptation d'un bref , étoit un moyen
plus que doûteux d'y réuffir. Encore une
fois , je ne m'en fuis pas tenu là. En affirmant
que je n'avois pas follicité le bref
en queſtion , j'ai appuyé mon affertion
d'un témoignage propre à fermer la bouche
à tout autre qu'à M. G. Cependant il
revient à la charge , & foutient ce qu'il
avoit avancé , fans citer fes garans . En
vain l'auteur du Mercure de France a refuſé
d'admettre dans fon journal la lettre
G. vj
156 MERCURE DE FRANCE.
d. M. G. en lui difant, que lorſqu'on affuroit
un fait nié par un ambaffadeur de
France , il falloit au moins des preuves.
M. G. fe contente de faire entendre qu'il
l'a oui dire ainfi chez M. le Nonce , aujour
d'hui M. le cardinal Gualtieri. Il fe garde
bien d'avancer , qu'ill'ait appris de la bouche
même de cette Eminence : snais quand
cela feroit , quand on l'auroit ainfi mandé
de Rome à M. le nonce , feroit - ce une
preuve de la vérité du fait ? Je connois le
prem er auteur de cette plaifanterie , qui
m'avertit , avant mon départ pour l'Ita
lie , qu'il en alloit faire courir le bruit.
J'ai dit qu'il s'étoit en effet répandu
dans Rome, d'où l'on a pu l'écrire à Paris.
Mais M. G. fe croit il mieux inftruit que
M. le Duc de Choifeul , alors ambaſſadeur
de France , fous les yeux duquel tout
a dû le paffer , qui m'a fait l'honneur de
me loger , pendant un an , dans fon palais,
& de me préfenter à feu M. le cardinal
Valenti, premier miniftre de S. S. le pape
Benoit XIV, enfin , qui m'a permis de le
citer , comme témoin , que je n'ai fait
aucune démarche pour obtenir ce prétendu
bref ?
On peut remarquer à ce fujet la différence
entre ma maniére d'agir , & celle de
M. G. C'étoit aprés des gens , que j'ai lieu
MARS. 1760. 357
de croire bien inftruits , c'eft fur des faits
-même , dont M. G. eft convenu dans fa
conférence avec fes quatres confrères , que
j'avois jugé de fes difpofitions , à figner
leur raport , s'il en eût été requis. Il nie
le fait , fans en donner aucune preuve : je
me défifte , & je confens , qu'on le croie
fur fa parole , quoique dans un cas où
fon témoignage peut étre ſuſpect . De fon
côté , M. G. avance un fait que je nie ; j'ai
prouvé que le fait , tel qu'il le fuppofe ,
feroit contraire à mes vues : j'ai cité pour
témoin de fa fauffeté , un ambaffadeur, qui
n'a pu manquer d'être bien informé . M. G.
au lieu de fe rendre , perfifte dans fon imputation
, fur un fimple oui dire , à trois cens
lieues du lieu où le fait a dû fe paffer. Je
croirois manquer à ce que je dois au miniftre
, que j'ai nommé , fi j'apportois en
preuve un autre témoignage que le fien ,
fut- cé même celui du cardinal fecrétaire
des brefs , qui me permettroit bien auffi
de le citer. Mais pour confondre M. G. en
tournant contre lui fes propres armes , je
l'invite à s'adreffer à M. le cardinal Gualtieri
, de la faveur duquel il fe targue.;
qu'il le prie de s'informer aujourd'hui fur
les lieux mêmes , s'il eft vrai que j'aie fait
la plus légère démarche pour folliciter le
bref. Ce que cette Eminence mandera de
58 MERCURE DE FRANCE.
les
Rome , doit avoir plus de poids , que
bruits recueillis à Paris dans fon antichambre.
Voilà , je crois , les deux premiers articles
de la lettre de M. G. ſuffiſamment éclaircis
; paffons au troifiéme.
IH. Il s'agit de la mort du fils cadet de
de M. de Cafe , enfant de cinq ans , inoculé
en même temps que ſon frère aîné , qui ſe
porte très bien.
Il me faut entrer ici dans quelque dé
tail , pour tirer la vérité du nuage , dont
on la couvre. Mais je ne parle qu'à ceux ,
qui la cherchent , & qui me fauront gré da
foin que je prends pour la dévoiler .
Le quatorziéme jour depuis l'éruption ,
& pendant la déficcation d'une pétite vé
role bénigne , & fans fiévre de fupuration ,
le cadet des deux frères inoculés , tomba
dans un affoupiffement , qui augmenta par
degrés , qui devint létargique , & dont il
mourût le trente- troifiéme jour de fon
inoculation renouvellée . Son corps
fut ouvert
trente heures après , fans aucune apparence
de putréfaction ; mais on trouva
vers la bafe du crâne un épanchement de
férofité , qu'on jugea la cauſe immédiate
de la mort. Tous ces faits font conftans ,
par le raport de l'ouverture du corps ,
dreffé M. Boyer , doyen de la faculté par
MAR S. 1760. 159
& par trois de fes confrères. ( Voyez, Mercure
de Juin 1759. ) Voilà tout ce que l'inf
pection du cadavre avoit fait connoître ,
lorfque huit jours après , M. Hofty reçut
une lettre de M. Lorry , l'un des medecins,
appellés pour affifter à l'ouverture. Par
cette lettre, fon confrère lui donnoit avis
qu'il avoit appris par une femme de la maifon
, que l'enfant , quinze jours avant fa
mort , avoit fait unc chûte violente fur le
derrière de la tête , que la gouvernante &
la garde avoient tenue fecrette . Sur cet avis ,
M. Hofty demanda permiffion d'informer..
Les témoins ouis devant un commiffaire
au Châtelet , défigné par M. le lieutenant
de police , le fait fut conftaté juridiquement
par la dépofition de la garde , & par celle
de la jardinière de la maison . Le procès
verbal eft imprimé dans le Mercure de juin
1759. M. Hofty , dans celui de juillet , a
donné de nouveaux détails , tels que fa converfation
avec la garde , la déclaration du
frère aîné de l'enfant , le certificat de M. le
curé de Chaillot , &c . M. Gaullard s'élève
aujourd'hui contre tous ces témoignages . A
l'information juridique , il oppofe le nouvel
interrogatoire , qu'il a fait fubir de fon
autorité privée , à la jardinière .
Si ce moyen de contredire un fait , attefté
juridiquement , étoit admis , il ne fe
160 MERCURE DE FRANCE.
roit plus poffible d'en conftater aucun.
Daignons cependant , par un effort de complaifance
, nous prêter à ce moyen , tout
irrégulier qu'il eft . Prenons au pied de la
lettre tout le narré de M. G. & donnons à
fon interrogatoire privé , qu'il rapporte de
mémoire fix mois après le fait , le même
poids , la même autorité qu'à l'information
faite dans la forme légale , & dans le
tems même , par autorité du magiftrat ,
qu'en résultera- t -il ? rien autre chofe , finon
, que cette femme , qui dans fa dépofition
avoit dit feulement qu'elle avoit appris
la chûte de l'enfant par la garde , favoit
quelque chofe de plus , pu fqu'elle a
dit , & foutenu conftamment à M. G. qu'el
le avoit fçu l'accident dans le moment même,
étant entrée dans la chambre de l'enfant
, qui étoit encore pále , qui pleuroit ,
& à qui on faifoit tirer un mouchoir entre
Les dents pour voir fi la chûte , qu'il ve
noit de faire , lui répondoit dans la tête....
qu'elle s'enfouvenoit , comme fi celafe paf
foit à l'heure même. M. G. part de là pour
infirmer le témoignage de la jardiniére ,
comme fi l'omiffion d'une circonftance
dans fa déclaration , étoit une contradiction.
Il ne faut que lire cette déclaration
même , ( Mercure de Juin 1759 ) pour voir
qu'elle ne contient rien qui contredile ce
MARS. 1760. 161
que M. G. prétend que cette femme lui a
dit depuis . Quant à l'omiffion , qu'il lui reproche
, le motif en eft aifé à pénétrer . On
fait par la dépofition de la garde , premier
témoin , au témoignage de laquelle M. G.
n'a rien à oppofer , que la gouvernante
avoit caché cette chûte aux parens & au médecin
, & qu'elle avoit exigé le plus grand
fecret. La jardinière , qui l'avoit confié à
M. Lorry , fut fort étonnée , quand M.
Hofty lui lut la lettre qu'il avoit recue de
fon confrère , fáns lui dire de quelle part.
Interrogée par le commiflaire , elle a craint
de fe rendre coupable , en avouant qu'elle
avoit fcu la chûte le jour même ; elle a
donc tû cette circonftance . D'ailleurs elle
n'avoit pas été témoin de la chûte , elle n'avoit
fait que la foupçonner en voyant l'enfant
pâle & pleurant , à qui l'on faifoit tirer
un mouchoir ; elle n'a donc pu rien favoir
que par conjecture , juſqu'au moment
où la garde , qui étoit préfente , lui fit la
confidence entière peu avant la mort de
l'enfant. La jardinière n'a donc rien dit de
faux dans fa déclaration , quoiqu'elle n'ait
pas tout dit. Enfin elle n'a point été interrogée
par le commiffaire : il n'a fait que
recevoir fa déclaration volontaire , dans
-laquelle elle n'a rien nié de ce que M. G.
prétend qu'elle lui a certifié depuis.
162 MERCURE DE FRANCE.
Mais examinons comment M.G. a fait fa
nouvelle découverte , & quelles en font les
conféquences . Deux mois après la mort du
jeune de Cafe , M. G. fe fait conduire dans
la maison de Chaillot. Je dis deux mois
après la mort , arrivée le 7 mai ; puiſque
M. G. nous apprend que le Mercure de
juillet , étoit alors imprimé. Cependant
par fon récit , il fait entendre au lecteur
que c'étoit dans le temps même de l'accident.
Je voyois , dit- il , DANS CE TEMPS
LA Me... à Chaillot , je priai M... de
me conduire chez la Jardiniere , &c. Quoi
qu'il en foit : il entre en converfation avec
cette femme ; il la fait caufer familièrement
; il lui demande , comment elle a fça
la chute de l'enfant mort. Celle- ci lui conte
naïvement qu'elle eft entrée dans la chambre
le moment d'après la chute , qu'elle a
vû l'enfant pleurant, à qui l'on faifoit tirer
un mouchoir . Alors il prend le ton d'un
juge , il tire le Mercure de juillet de fa
poche , lit la dépofition qui portoit ( ditil
) , qu'elle n'avoit fçu la chute de cet enfant
que deux jours avant fa mort. Notez
que ce mot de deux jours n'eft pas dans la
dépofition. Il tourne le feuillet , lit la dépofition
de la garde malade , qui dit ( c'eſt
M. G. qui parle ) que c'étoit elle qui deux
jours avant la mort de l'enfant , avoit fait
MARS. 1760. 163
ła confidence de cette chute à la jardiniere.
Notez encore que ce mot de deux jours ne
fe trouve pas plus dans cette dépofition
que dans l'autre. M. G. dit à la jardiniere }
» Vous avez donc dépofé faux , en difant
» que vous n'aviez fçu l'accident que deux
jours avant la mort » ? Cette femme fe
croit fur la fellete ; elle s'intimide , s'embaraffe
; la circonftance des deux jours
avant la mort, toute neuve pour elle , la fait
fe recrier fur une fauffeté pareille . Elle fe
plaint qu'on a donc écrit autre chose que ce
qu'elle a dit : elle protefte à M. G. que ce
qu'elle vient de lui dire eft la pure vérité .
Il continue fon interrogatoire . » Pourquot
» donc ne l'avez vous pas déclaré plutôt ? ...
» C'eft , dit- elle , de crainte de faire du
» tort à la garde malade & à la gouvernante....
Qui vous à donc déterminé
» à le dire après la mort ? Vous avez craint
» de leur nuire quand il y avoit du reme-
» de, & vous ne craignez plus de nuire EN
»
"
93 RÉVÉLANT UN SECRET INUTILEMENT . »
La pauvre femme , ajoute M. G. refta
confondue. Je le crois bien : on le feroit à
moins. M. G. lui prouvoit très bien qu'elle
étoit inconféquente . Elle ne faut pas lui repliquer
qu'elle avoit promis le fecret par
foibleffe , & qu'elle l'avoit revélé pour l'acquit
de fa confcience : elle ne fongea qu'à
164 MERCURE DE FRANCE.
calmer M. G. en convenant,pour lui complaire
, que cet enfant étoit mort de la
petite vérole , & en lui promettant de ne
jamais faire inoculer fes enfans . Quelle
perte pour l'inoculation !
Il et fingulier que M. G. ne s'apperçoive
pas qu'en cherchant à détruire le témoi
gnage de cette pauvre femme , il ne fait
que lui donner une nouvelle force . Elle
avoit feulement dépofé qu'elle avoit appris
la chute de l'enfant , peu de temps avant
fa mort , par la confidence de la garde. M.
G. en la queftionnant adroitement , lui
arrache , qu'avant cette confidence , elle
avoit vu l'enfant pleurer l'inftant d'après
fa chute, & qu'on lui faifoit tirer un mouchoir
avec les dents . Nous n'avions que
la garde pour témoin oculaire , nous en
avons maintenant deux , graces à M. G:
la garde & la jardiniere .
On auroit au moins dû , dit- il , joindre
au témoignage de la garde celui de la gouvernante.
M. G. y penfe- t'il La garde &
la jardiniere , qui n'ont point de part à la
chute de l'enfant , ( puifque l'une dans ce
moment donnoit un bouillon au frere aîné,
& que l'autre n'étoit pas préfente ) ; qui
n'ont à fe reprocher toutes deux qu'un excès
de complaifance pour la gouvernante ,
ou de crainte de la défobliger , ont pû cé
MRR S. 1760 . 165
der à la voix de leur confcience pour rendre
hommage à la verité , furtout quand
M. Hofty les en a requifes en juftice réglée ;
mais peut-on exiger que la gouvernante ,
feule coupable de la mort de l'enfant , dont
elle eût prévenu la chute , en ne s'écartant
pas du lit du malade , vienne s'accufer
elle- même ? Son témoignage feroit nul .
Non auditur perire volens . Elle ne pouvoit
être interrogée que comme coupable
dans le cas où elle cût été poursuivie criminellement
.
Si M. G. en reftoit là , on lui pardonneroit
, en faveur de fon peu de fuccès , les
efforts qu'il fait pour obfcurcir une vérité
qui lui déplait, mais le chagrin qu'il a de ne
pouvoir imputer cette mort à l'inoculation
, lui fait franchir les bornes de l'honnêté
publique . C'eft pour exhaler ce chagrin
qu'il à l'audace , je ménage etles termes ,
d'infinuer que les témoins ont été corrompus
par fon confere ; que les parens de
Kenfant mortle font prêtés à la fubornation
maladroite d'un témoin qui n'auroitparlé
qua demi ', enfin , dejetter un foup-"
çon de complicité fur les perfonnes refi
pectables citées dans la lettre de M. Hofty,
dong la lecture feule fuffit pour détruire'
ces dieux foupçons .
M. G. qui tente en vain de tendre fuf
166 MERCURE DE FRANCE.
pect le témoignage de M. le curé de Chaillot
, devroit fentir qu'il eft de fon intérêt,
de ne pas laiffer croire que les certificats
fe donnent légèrement . Parmi les gens
qui n'ont pas le dégré de foi néceffaire
pour croire aux miracles de M. Paris , au
cun , que je fache , n'accufe M , G. d'avoir
manqué de bonne foi en donnant fon certificat
fur une matiere fi délicate. Venons
aux deux derniers articles de la lettre .
pro-
IV . M. G. avoit avancé qu'il favoit au
moins trois morts fur le nombre de ceux
qui ont été inoculés à Paris : Il effaye de
de s'en juftifier , (P. II . fa nouvelle lettre )
en difant qu'il a voulu défigner un fait qui
n'eft pas public , la mort d'un enfant que
fon pere avoit fait inoculer à l'infçu de
fa femme. Remarquons d'abord que M.
G. ne cite pas ici plus fidélement ſon
pre texte , qu'il n'a fouvent cité le mien ;
tant on a peine à fe défaire d'une mauvaife
habitude . Voici les termes de fa feconde
lettre : (Merc . d'Août 1759. p . 167.)
Je connois 80 inoculés à Paris. ) Sut ce nombre,
j'enfais au moins deux morts. J'ai demandé
compte à M. G. de cet au moins.
deux , parcequ'il n'en citoit réellement
que deux , & que par cette expreffion au
moins deux , ilen faifoit foupçonner un
troifième. Or il nous apprend aujourd'hui
}
il
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C
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D
MAR.S. 1760. 167
qu'il en fait non feulement deux , mais
au moins trois ; d'où l'on peut conclure ,
qu'il s'en réſerve un quatrième in petto.
Mais comme c'est un fecret , que je fuis
caution qu'il ne révélera jamais , il ne lui
eût pas plus couté de dire qu'il en connoiffoit
une douzaine. Il feroit d'autant plus
excufable d'employer un nombre vague ,
qu'il paroît n'avoir jamais eu bien préſent
le nombre précis . Dans fa feconde lettre ,
il favoit au moins deux morts de l'inoculation
fur 80 inoculés à Paris : il prétend
aujourd'hui , qu'il en favoit au moins trois.
Ne le preffons point , de peur qu'il n'en fache
au moins quatre. Si c'étoit une confidence
qu'on lui eût faite , ce feroit le comble
de la difcrétion que d'oublier le fecret
confié. C'est dommage qu'il nous avoue
qu'on a conftamment refufé de l'inftruiredu
fait. Ce n'eſt donc , de fon aveu , qu'un
pur foupçon de fa part. Mais quoi ? parce
qu'il plaît à M. G. de foupçonner qu'un
enfant mort de la petite vérole avoit été
fecrettement inoculé , il fe croit en droit
de dire au Public que c'eft un fait dont il
eft certain ! ( Page 11 ) Trouveroit - il bọn
que , fur un fimple foupçon , quelqu'un
s'avifat d'imprimer , qu'il eft certain que
trois malades , au moins , de M. G. font
morts par la faute ? Je me garderai bien
168 MERCURE DE FRANCE.
d'employer même , par repréfailles , de
pareilles armes contre lui . J'aurois même
plus de tort qu'un autre ; car je ne lui
connois aucun malade , quelque recherche
que j'en aie faite . C'est une juftice que je
lui rends avec plaifir . Peu de médecins peuvent
le vanter d'un pareil avantage .
*
M. G. en doutant de ma bonne foi
m'indique un moyen de la lui prouver :
moi , qui ne doute pas de la fienne , je le
prie de me mettre à portée d'en convaincre
ceux qui refuferoient de croire que ,
fachant au moins trois accidens funeftes
caufés par l'inoculation , il fe foit contenté
de dire , qu'il en favoit au moins deux , &
qui conclurront qu'il n'en favoit aucun.
Au refte , n'oubliez pas , Monfieur , que
des deux accidens cités par M. G. l'un eſt
celui d'un enfant de cinq ans , mort d'une
chûte , ( Voy. les preuves , Merc. de Juin &
de Juillet ) l'autre eft l'accident unique de
Mlle Chatelain la cadette. Il n'eft pas ici
Je me trompois je viens d'apprendre la
mort d'une parente de M. de M. entre les mains
dé M. G ... qui la traitoit de la petite vérole . Il
doit nous en citer fix qu'il ait tirés d'affaire , pour
prouver qu'il n'eft pas dans le cas du médecin ,
qu'il trouveroit fi fort à plaindre , s'il perdoit un
malade de la petite vérole fur fept ; & fi j'en
découvrois un fecond mort entre les mains , il
faudroit qu'il citât douze convalefcens.
queftion
*
MARS. 1760 . 169
à
queftion d'examiner la caufe de cet accident
, aujourd'hui trop connue. ( V. Merc .
d'Oct. 1755. II. v. p . 15 o . ) Il fuffit de remarquer
qu'il y a autant d'injuftice que de
malignité , pour ne rien dire de plus ,
faire entendre ( Lettre de M. G. page 14. )
que cette Dlle eft morte entre les mains
de M. Hofly , qui ne l'a jamais vue vuë , 8
qui fur le feul bruit qui fe répandit, qu'elle
n'avoit été réglée qu'une feule fois , & que
depuis fix mois rien n'avoit paru , augura
mal du fuccès de l'opération , dans de telles
circonstances . ( Voy Journal oeconomique
de novembre 1755. M. Hofty , qui d'ailleurs
n'a rien écrit fur ce fait , ni fur fa
cauſe , ne l'a pas plus fuppofé , comme
M. G. l'en accufe , qu'il n'a fuppofé la
chûte du jeune Caze , dont il a publié les
preuves juridiques .
Vous voyez , Monfieur , que M. G. eût
mieux fait de garder le filence fur cet article
, comme fur plus de trente-cinq autres ,
auxquels il ne répond pas un mot Je ne
fuis pas étonné , que ma lettre lui ait
paru fort longue , quoique so pages in- 12
ne femblent pas une longueur démefurée
pour un écrit , où plus de 40 articles font
réfutés . Parmi toutes les omiffion de M.
G. qui font autant de traits de prudence
de fa part , je n'en choifirai qu'une pour
H
170 MERCURE DE FRANCE.
vous prouver , que s'il n'eft pas heureux
dans le choix des articles auxquels il répond
, il fait quelquefois garder le filence
tres à- propos. C'eft à l'égard de l'article
de ma lettre , qui fuit immédiatement ce-
Tui que je viens de difcuter. M. G. après
avoir dit , qu'il connoilloitparmi les inoculés
de Paris , au moins deux morts , ajoutoit
ce qui fuit , & j'en ai cité trois qui ont
eu la petite vérole après l'inoculation . Sur
quoi je lui demandois , quel autre il avoit
cité que le fils de M. de la Tour , qui d'ailleurs
n'étoit point dans ce cas. Je conve
nois avec M. G. qu'il faifoit mention dans
fa lettre , d'un Anglois & d'un Hollandois ;
mais outre que leur inoculation n'eft rien
moins que prouvée , ni l'un ni l'autre ne
font du nombre des inoculés de Paris ; &
c'eſt parmi ceux - ci que M. G. affuroit
en avoir cité trois , qui avoient eu une
feconde petite vérole. Je lui demandois
donc s'il étoit honnête d'induire en erreur
les étrangers & les gens de province , qui
croiroient fur la parole de M. G. médecin
de la petite écurie du roi , que fur 80 perfonnes
inoculées à Paris , il avoit connoiffance
de trois rechûtes après l'inoculation ,
& qu'il avoit cité les trois perfonnes dans
un écrit public ; tandis qu'il eft de fait ,
qu'il n'en a cité qu'un feul exemple , &
MARS. 1760 . 171
quel exemple celui du petit de la Tour
que M. G. feul , entre tous les médecins ,
qualifie de récidive . Enfin , comme je fuis
grand queftionneur , je lui demandois encore
, fi publier un fait faux , & s'en donner
pour garant , c'eft refpecter le public & fe
: refpecter foi- même. Je pouvois encore lui
demander comment cela s'appelloit . A cela
M. G. fe tait ; je l'avois prévu . Il trouve
feulement mes queftions impolies , il les
qualifie de licences littéraires . Tout ceci
ne mériteroit- il pas un petit poftfcriptum
dans les feuilles des apologiftes , de la candeur
& de la force de fes écrits , & du fel
de fes plaifanteries ?
8
Je m'apperçois , Monfieur , que j'excéde
de beaucoup les bornes d'une lettre , & je
ne vous ai pas encore rendu compte des
nouvelles propofitions de M. G. & du pari
de 2600 louis , qu'il fubftitue à fon premier
défi , de me faire inoculer par lui.
Ce fera le fujet d'une autre lettre plus
courte , & qui fera , j'efpère , la dernière
fur cette matière. Je fuis , &c.
Paris , 15 décembre 1759 .
P.S. On me promet un éclairciffement
fur le certificat que j'ai cité de M. G. für
quoi je lui rendrai pleine juftice , fi j'ai été
mal informé.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE V.
SPECTACLE S.
OPERA.
LES PALADINS.
LA Comédie - Ballet , que nous avons
annoncée dans le Mercure précédent , a
été donnée fur le Théâtre de l'Opéra , le
12 du mois dernier. Une indifpofition ,
m'ayant empêché d'en voir les repréfentations
; je ne puis en rendre compte
que fur les rapports qui m'en ont été faits,
& fur la lecture du Poëme , dont l'Auteur
n'eft pas connu . Il a fait choix , d'un
Conte de la Fontaine , qui fans doute lui
a paru fufceptible des ornemens du Théâtre
lyrique , par la féerie & le merveilleux
qui s'y rencontrent . C'eft celui , du
petit chien , qui fecoue des pierreries .
La Fée Manto , protége un Paladin ;
nommé Atis , amoureux d'Argie , jeune
Italienne , qui doit époufer le Seigneur
Anfelme. L'Auteur , a pris ce fujet , au
moment qu'Anfelme arrive de fon ambaflade.
Argie & Nerine , gémiffent dans
MAR S. 1760. 173
fon château , fous la garde d'Orcan , furveillant
du jaloux. Nérine , qui voudroit
fe procurer plus de liberté , cherche à
féduire Orcan ; qui , de fon côté, cherche
à s'en faire aimer. Nérine lui dit :
Eh ! comment veux- tu que l'on aime ,
Dans ce trifte féjour ?
Confidére toi - même ,
L'afpect de ces barreaus , l'ombre de cette tour ,
Le cri de ces oiſeaux , qui volent à l'entour !
'
Tes yeux d'Argus , ta voix de Polyphême ,
蓄
Peuvent-ils infpirer l'amour ?
Et comment veux- tu que l'on aime ?
ORCAN.
Ce lieu , fi tu m'aimois , te paroîtroit charmant :
Tu trouverois ma voix plus tendre & plus fonore.
Tout s'embellit , tout s'éclaire en aimant :
L'amour , fait , d'un cachot , le palais de l'Aurore.
Ce lieu , fi tu m'aimois , te paroîtroit charmant.
Mais ton coeur répond froidement ,
Au feu qui me dévore.
Par ta pitié , prouve- moi ta tendreſſe ,
lui dit Nerine :
La pitié , n'eft qu'une foibleſſe ,
répond Orcan . Leur difpute donne lieu
à un Duo , de la plus grande beauté . On
Hiij
174 MER CURE DE FRANCE.
entend une fymphonie agréable , qui
donne des foupçons à Orcan ; qui va à
la découverte . Le jeune Paladin , dont
Argie fe croyoit oubliée , vient pour tenter
de la voir , déguiſé avec fa fuite , en
Pélerins. Nérine fort ; & revient inſtruire
fa maîtreffe des merveilles qu'elle a vuës.
Argie y paroît fort indifférente ; &, toute
occupée de fon Amant , rêve au coin du
Théâtre ; tandis que Nérine amène les Pélerins.
Atis , à leur tête , chante ces vers.
L'efpoir nous mène , au bout du monde ;
Il nous éveille chaque jour:
Si nous courons la terre & l'onde ,
C'est pour trouver un coeur digne de notre amour.
ARGIE.
Ah! j'en poffédois un , fi fidèle & fi tendre....
Je l'ai perdu.
ATIS.
Venez le chercher avec nous .
ARGIE.
Pour retrouver Atis , que ne puis je entreprendre
Un voyage fi doux !
ATIS , ( Sejettant aux pieds d'Argie )
Argie ! il eft à vos genoux.
Aris , raffure fa maîtreffe, fur le pouvoir
de la Fée. Nérine , éffrayée , annonce
l'arrivée d'Orcan; qui paroît ridiculement
armé , & prêt à combattre. Il tombe de
MARS. 1760. 175
frayeur , à l'approche d'Atis . On l'arrête ,
& on le reçoit Pélerin , avec des céré
monies ridicules. Un bruit , qui annonce
l'arrivée d'Anfelme , donne d'autres allarmes.
Le défordre fe met dans la fête.
Tout le monde fuit , & fe diſperſe dans
le bois.
Au fecond Acte ; Anfelme paroît , &
s'annonce par ce monologue .
Mon coeur , tu n'as que peu d'inftans
A defirer l'objet que ces lieux vont te rendre.
Je vais confoler un coeur tendre ,
Que j'ai fait languir trop longtems.
Il voit paffer Orcan, déguiſé . Il l'arrête
& croit qu'il eft fou. Argie , qu'il trouve
habillée en pélerine , l'étonne encore davantage.
Sous quel déguiſement , ô Dieux !
Vous me rendez votre préſence !".
Argie , eſt- ce ainfi , qu'à mes yeux,
Doit paroître votre innocence ?
La naïveté d'Argie ,lui fait tout avouer.
ANSELME.
J'ai donc perdu tout espoir de vous plaire ?
ARGIE.
Celui de vous aimer , n'eſt pas né dans mon coeur.
Donnez- moi mon amant , & goûtez la douceur
D'être aimé comme un père.
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
Anfelme , cache fa colère , feint de céder
; & après qu'il l'a renvoyée , tire un
poignard de deffous fa robe , & le remet
à Orcan , qui reparoît ; en le chargeant
du foin de fa vengeance . Orcan , effrayé
du crime qu'il va commettre , chante un
très-beau Monologue . Nérine , qui a vû
ce qui s'eft paffé , eft allée avertir les Paladins.
Elle revient, en chantant une ariette,
faite pour attirer Orcan . Il fe laiffe prendre
au piége : il lá fuit ; & fon amour lui
fait oublier fa vengeance , dans un Duo
fort agréable. Nérine , preffée trop vivement
par lui , appelle à fon fecours les
Paladins ; qui paroiffent fous la forme de
démons & de lutins. Ils défarment Orcan
, que ce fpectacle a effrayé. Argie ,
paroît. Atis dit , à Orcan:
Monftre ! vois la beauté , que menaçoit tes armes !
La terre alloit, par toi , perdre tous les trésors.
Contemple , admire tant de charmes ,
Pour emporter plus de remords.
Argie , demande qu'il vive ; & les Paladins
fe réjouiffent , & chantent la délivrance
d'Argie. Un bruit tumultueux annonce
l'arrivée d'Anfelme , qui vient avec
tous les gens armés. Atis ,pour fauver ſa
conquête , fe jette avec fa fuite, dans le
château d'Anfelme.
MARS. 1760 . 177
Anfelme paroît,au troifiéme Acte, l'épée
à la main , & fuivi des fiens', pour former
l'efcalade du château. Il s'annonce, par ce
monologue :
Tu vas tomber fous ma puiffance ,
Lâche & perfide raviffeur!
Ah ! je vais goûter la douceur,
De percer à tes yeux l'ingrate qui m'offenſe.
(àfa fuite. )
Venez , fecondez mon couroux :
Mon honneur outragé , vous demande vengeance.
Vengeance ! ô vengeance !
Vous êtes l'unique'efpérance ,
Des Amans trompés & jaloux !
Tu vas tomber & c . M
Au moment qu'on place les échelles ,
le vieux château difparoît. Anfelme voit,
à la place, un riche palais , & des jardins
délicieux , dont la décoration a été fort
applaudie. Manto , fous la forme d'une
efclave maure , traverfe le Théâtre. Anfelme
lui demande, quel Dieu habite cette
demeure ? Ces tréfors font à moi , dit la
fée ; & je t'en rendrai maître , fi tu veux
m'aimer. Anfelme s'excufe fur fon âge.
Manto , chante cette jolie ariette :
Le Printemps ,
Des Amans ร
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Rend leur flamme trop volage :
Le fardeau de l'âge
Rend les amours plus conftans.
Le Printems , &c.
Lorfque Manto lui dit , qu'elle va détruire
cet édifice ; au moment , qu'il eft à
fcs genoux , Argie paroît , & lui dit :
Quoi , dans le même jour ,
Etre fi cruel & tendre !
Il faut favoir vaincre l'amour ,
Pour avoir droit de le défendre.
Atis , le bel Atis , eft fait pour m'enflâmer :
Mais vous devez rougir du feu qui vous dévore.
Le crime n'eſt pas d'aimer:
C'eſt le choir qui déshonore.
ANSELME
Ah ! connois mieux mon coeur , & mes projets,
Ingrate ! à cet amour quand j'ai rendu les armes ,
C'étoit pour t'enrichir des dons que l'on m'a faits:
Et je n'enviois ce palais ,
Que pour l'embellir de tes charmes.
ARGIE.
Si je veux des palais , Atis m'en donnera .
༔ * Sans mon Atis , en peut-il être ?
Si je veux des tréfors , c'eſt lui qui les fait naître:
Et je les aurai tous , tant qu'Atis m'aimera.
Anfelme s'emporte contre Argie. Mante
MARS. 1760.
179
& les deux Acteurs , forment un trio fort
agréable & très- bien éxécuté. Atis paroît ;
& Manto le déclare par ces vers :
Reconnoiffez Manto fous ce déguiſement.
Approchez Atis .... Je dois rendre ,
La beauté la plus tendre ,
Au plus fidèle amant.
Elle les unit ; & les quitte enfuite , en
leur difant :
Je veux que ces jeux enchanteurs ,
Forment ici , pour vous , la cour la plus aimable.
Goûtez d'autres plaiſirs . Je laiſſe dans vos coeurs
Un enchantement plus durable.
Anfelme fuit le confeil de Nérine , qui
lui dit :
mée
Manto vous rend la liberté...
Je vois la foule qui s'avance.
Des caprices de leur gaîté ,
Sauvez , fauvez , votre Excellence..
La fête , qui termine le ballet , eft for
par des Pagodes , des Chinois & des
Paladins, par les Troubadours , & méneftrels
de la fuite d'Atis.
Ce qu'on a le plus critiqué, dans ce ballet
, eft le mêlange du férieux & da comi-
H vj
iso MERCURE DE FRANCE.
que , dont on a fait ufage . Il a révolté la
plus grande partie des Spectateurs , qui
voudroient voir ce théâtre uniquement
confacré au genre noble. Peut- être que
l'union de cesgenres oppofés,n'a point été
ménagée avec affez d'art . Auroit - on eu
en vue le contrafte des deux mufiques , la
françoife & l'italienne , pour fatisfaire les
amateurs fur ces deux genres différens ; &
le Poëte ne s'y feroit - il pas trop facrifié ?
Il femble , du moins , qu'il y ait facrifié l'intérêt
du récitatif & des fcènes , pour rapprocher
les divertiffemens ; où l'on n'a
pas trouvé , ni aflez de variété , ni affez
de gaîté. Un défaut effentiel , dans l'action
, eft la reffemblance du premier &
du fecond acte , où les Paladins fe trouvent
dans le même embarras . Il y a d'ailleurs
plufieurs fautes, dans les vers , qu'on
ne peut guère imputer qu'à l'impreſſion
de l'ouvrage. Quant à la mufique ; elle
eft partout marquée au coin de fon illuftre
Auteur. Selon fon effet ordinaire , elle
a été mieux fentie à chaque repréfentation
. On rend juftice à la beauté , à la
nouveauté même, des fymphonies. L'ouverture
, a été fort applaudie. Toutes les
Ariettes, du rôle de Nérine, & fon Duo,
avec Orcan ; celle de Manto , au dernier
acte , font des morceaux agréables & piMARS.
1760. 181
quants. Les rôles de Nérine & d'Orcan,
ont été chantés auffi bien qu'ils ont été
joués , par Mlle Lemiere & M. Larrivée :
leur art & leur intelligence, ayant fuppléé
au peu d'exercice qu'ils ont dans le
genre
comique . M. Gelin a très - bien rendu fon
rôle. Quoiqu'on ait tout lieu d'être content
de Mile Riviere dans le fien ; on a
defiré la jeune Actrice , à qui il avoit été
deſtiné , & qu'une indifpofition a empêchée
de paroître dans cet Opéra.
Le jeudi , 21 Février , on a donné une.
repréſentation du Carnaval du Parnaffe.
M. Muguet , a repris le rôle d'Apollon ,
qu'il avoit déja chanté dans cet Opéra.
Mlle Villette , a remplacé Mille Lemiere ,
dans le rôle de Florine , au Prologue ; &
dans celui de Thalie . Le vendredi 22 ,
dimanche 24 , & le mardi 26 , on a continué
de, repréfenter les Paladins . Mlle
Arnoud , a joué le 1ôle d'Argie , le 24 &
le 25, M. Muguet a chanté le rôle d'Atis,
dans les Paladins , en place de M. Lom-:
bard , le mardi 26 .
Mlle Villette a été vue , dans les deux
róles de Florine & de Thalie , avec fatisfaction
de la part du public , qui la lui a
marquée , & l'a encourageé par fes applaudiffemens
, à faire de nouveaux pro182
MERCURE DE FRANCE.
grès . M. Muguet , a été revu avec plaifir
dans le rôle d'Apollon , où il avoit déja
reçu de juttes applaudiffemens. A l'égard
du rôle d'Atis , il y a été accueilli favorablement
; & la manière dont il l'a joué ,
& chanté , donne lieu d'efpérer , qu'il deviendra
utile & agréable dans les rôles de
haute-contre.
Mlle Arnoud a fait, dans le rôle d Argie,
la fenfation , que fa figure & fes talens
produifent ordinairement fur le fpectateur
fenfible. Mlle Lany , qu'une indifpofition
avoit obligée de quitter fes entrées
dans les Paladins , le vendredi 15,
les a repriſes le vendredi 22. Le plaifir
qu'elle a fait , eſt égal à fes talens , qui
ne laiffent rien entrevoir au- delà. Le pas
de deux , du premier acte de cet Opéra
entre M. & Mlle Lyonnois , a toujours
caufé le plus grand plaifir. La compofition
& l'exécution de l'entrée des Troubadours,
au fecond acte , dont la mufique
eft charmante , a eu le fuccès le plus conf.
tant , & le mieux mérité : c'eft M. & Mlle
Lany, qui la danfent. Le ballet Chinois ,
du troifiéme acte , a auffi reçu des applau
diffemens.
3
1
MARS. 1760 ! 183
COMEDIE FRANÇOISE .
LEE 20 Février , les Comédiens François
on donné la premiere repréſentation.
de Spartacus , Tragédie nouvelle de M.
Saurin. A la feconde repréfentation ,
les fuffrages fe font réunis : l'ouvrage a
été généralement trouvé bon . L'Auteur
n'a été obligé que de retrancher quelques
endroits , que les efprits mal - intentionnés
avoient faifis avidement . On ne
veut point dire, que cette Piéce foit fans
défauts mais il femble qu'une partie du
Public n'aille plus aux nouveautés , qu'avec
le defir de les trouver défectueufes .
On continue les repréfentations de cette
Tragédie. Nous en donnerons un Extrait
circonftancić .
Le Dimanche 24 , le fieur Barnaut ,
qui avoit débuté , il y a fix ans , a joué
le rôle de Lifimon , dans le Glorieux ; &
celui de Joffelin, dans la Coupe enchantée
Il eft reçu.
184 MERCURE DE FRANCE.
COMEDIE ITALIENNE.
LE Samedi , 16 Février , on donna la
premiere repréfentation de l'Innocente
Supercherie ; Comédie en trois Actes , en
Profe , mélée d'Ariettes . Cette Piéce , n'a
réuffi que très foiblement. Voici le précis
de l'intrigue. Le vieux Concierge d'un
Château , homme riche & veuf , eſt devenu
amoureux de Florette , jeune Villageoife
orpheline, qui a été élevée chez M.
& Madame Cadeau. Cette Florette aime
Collin , fils du Concierge , & en eft aimée.
D'un autre côté , le Seigneur du lieu , à
qui le Concierge doit toute fa fortune ,
veut fe remarier à Madame Thomas , fa
femme de confiance , qui eft veuve auffi.
Le Concierge , qui ne fe fent plus aucun
goût pour Madame Thomas , & qui doir
ufer de ménagement à l'égard de fon Seigneur
, veut faire enforte que la coquetterie
de Madame Thomas lui ferve de
prétexte à éluder fon mariage avec elle.
Pour remplir ce deffein , il propofe à la
jeune Florette de déguifer fon fexe , &
de paffer pour un jeune garçon : elle
y confent. Colin eft fort intimidé de l'amour
que fon pere a pour elle ; mais elle
MARS. 1760 . 185
le raffure . Habillée en homme , le Concierge
la préfente à Madame Thomas ,
qui ne fait point de façon pour en devenir
amoureufe ; & comme il n'y a point
de chambre vuide dans le Château ; elle
propofe de faire coucher cette Florette ,
qui a pris le nom de Finet , dans la chambre
de Colin. Cette propofition ne plaît
point au Concierge ; mais eft fort du goût
de fon fils. Le Pere veut , que ce Finet
aille loger au donjon : à quoi Madame
Thomas répond, qu'étant fi haut, & dans
un corps de logis féparé , elle ne pourra
pas s'en faire entendre quand elle en aura
befoin. La conteftation finit . Madame
Thomas, feule avec Finet , lui fait l'amour;
& lui donne une bourfe de louis . Le Concierge
, revenu fur la fcène , & feul auffi
avec Finet , lui donne le contrat d'un
bien qu'il a acheté pour fa chere Florette ,
& qu'il lui avoit promis . Munie de ces
deux préfens, elle les montre à Colin, dont
elle raffure encore la tendreffe allarmée .
Le Concierge , a une affaire preffante qui
l'appelle à Paris ; & il veut y envoyer fon
fils à fa place. Colin s'en défend ; &
Florette , modeftement , s'offre à l'y fuivre.
Ce que le pere refufe. Madame Thomas
qui entre dans le moment , s'oppofe auſſi
à ce que Finet aille à Paris : elle veut au-
>
186 MERCURE DE FRANCE.
paravant lui donner quelques leçons de po
liteffe. Elle ajoute , qu'elle a des droits fur
lui. A ce mot , Finet lui rend la bourfe
qu'elle lui a donnée ; en lui difant , que
ée feroit un bien mal acquis de fa part.
Le Concierge triomphant , fait des reproches
à coquetterie de Madame Thomas
, & promet qu'il s'en plaindra àfon
protecteur. Dans le même temps , Finet
lui rend auffi , à lui-même , le Contrat
dont il lui a fait préfent ; ce qui donne
la revanche à Madame Thomas. Florette
alors, ne fe déguife plus. Elle avoue qu'elle
aime Colin , & qu'elle ne s'eft prêtée à
Finnocente fupercherie , que pour parve
nir au bonheur de s'unir à lui. J'en fuis
fâchée pour vous,dit- elle à Madame Thomas
; mais j'en fuis bien-aife , ponrfuitelle
, en courant dans les bras de Colin.
Madame Thomas , & le Concierge , renouent
leurs premieres amours. Ils font
la paix enſemble , & uniffent les deux jeunes
gens. La Piéce finit, par le double ma
riage & un quatuor.
1
La Mufique de cette Piéce , a plû ; le
choix des airs , en a parû très - agréable .
Mais la marche , n'en eft point théâtrale.
Il y a trop d'uniformité, dans les Scènes..
L'Auteur de cette Comédie , eft un jeune
homme , qui n'a point encore affez fenti
MARS. 1760.
189
que pour n'introduire que quatre interlocuteurs
dans une Piéce en trois Actes ,
il faut plus de variété dans les fituations ,
plus de chaleur & de délicateffe dans l'expreffion
, & plus d'adreffe dans la manière
d'amener, de foutenir , & de filer les
Scènes.
La coquetterie de Madame Thomas ,
n'a point aſſez de fineffe . Elle devient
trop brufquement amoureufe de Finet..
Mademoiſelle Desglands , qui a joué
ce rôle , quoiqu'entiérement éloigné de
fon caractère , la rendu avec beaucoup
d'intelligence , de naturel , & de vivacito.
Le fieur le Jeune , nouvel Acteur , a
continué de jouer , pendant ce mois , dans
différentes Pièces , avec le même fuccès.
que dans fes premiers débuts. Il eſt toujours
fort applaudi.
OPERA- COMIQUE.
L'OPÉRA
' OPÉRA- Comique , continue les repréfentations
du Maitre en Droit : quelques.
corrections , & quelques endroits élagués,
dans le fecond Acte , lui ont donné autant
de chaleur qu'en a le premier. La
contredanfe , des Portraits à la mode , eft
88 MERCURE DE FRANCE.
toujours vue avec le même plaifir . Mardi ,
26 Février , on a donné un petit Ballet ,
intitulé , Le Bouquet. La Dlle Luzy, a
montré que la Nature ne s'étoit pas contentée
de lui accorder le talent du jeu, &
la vérité de la déclamation. Tous les
Spectateurs ont été étonnés de fa danfe ,
dans ce Ballet . Quant à la Dlle Prudhom
me fa réputation , folidement établie
dans ce genre , ne ſe dément point ; elle
eft toujours fûre des applaudiffemens ,
parce qu'elle les mérite . On prépare, pout
ce Spectacle , une Piéce nouvelle, du fieur
Sedaine , Auteur du Diable-à quatre , &
de Blaife le Savetier. Ce fera fans doute
un Opéra Comique , plein d'action ; car
perfonne n'a connu l'art de donner du
mouvement aux Scènes & aux Acteurs ,
mieux que le fieur Sedaine ; que fes rivaux
mêmes appellent , le véritable Auteur
de l'Opéra - Comique , de ce genre.
MARS. 1760 . 189
SUPPLEMENT aux Nouvelles Littéraires .
Réponse aux Cahiers de l'Année Littéraire,
N. 35. 1739. & No. 4.276ọ
LESES Libraires intéreffés au Recueil des
planches qui étoient deſtinées pour l'Encyclopédie
, uniquement occupés du foin
de les faire graver , n'ont pas cru devoir
s'en diftraire , pour répondre aux imputa
tions inférées dans le cahier de l'Année
Littéraire 1759, n°.3 5.Ils fe font contentés
d'ouvrir leurs portefeuilles à l'Académie
des Sciences , au moment qu'Eile a paru
le defirer , & de foumettre à fon jugement
toutes les planches gravées , & tous
les deffeins qu'ils avoient , fans aucune
diſtinction .
C'eft fur leur offre , que l'Académie a
nommé des commiffaires ; & le rapport
que l'on a imprimé , dans le cahier de
l'Année Littéraire 1760,n °. 4. a fuivi l'examen
de ces commiffaires. Mais les Librai
res affociés , ne voulant pas que leurs accufateurs
puiffent tirer aucune conféquen
ce de ce rapport , fair fur un recueil nom
190 MERCURE DE FRANCE.
breux de planches , où les Sciences , les
Arts liberaux , les Arts mécaniques , &
toutes les matiéres étoient confondues ,
les ont féparés , en ont dreffé un état ; &
ont prié ceux d'entre les Commiſſaires , à
qui l'Académie avoit confié la fuite de
cette affaire , de procéder à un nouvel
examen plus précis & plus détaillé. A cet
effet , on a laiffé de côté toutes les planches
, fur les Sciences , les Arts libéraux
& autres , tels que la Chymie , la Chirurgie
, l'Architecture , la Fortification ,
la Marine ; & voici ce que Meffieurs les
Commiſſaires ont certifié d'après ce nouvel
examen , fait fur les feules planches
des Arts mécaniques , & fur l'état qui
leur en a été préſenté .
» Meffieurs les Libraires affociés à l'Encyclopédie
, ayant demandé à l'Acadé-
» mie des Commiffaires , pour vérifier le
» nombre des Deffeins & Gravûres , con-
» cernant les Arts & Métiers , qu'ils fe
» propofent de publier ; Nous Commif-
» faires fouffignés , avons vûs , examninės
» vérifiés toutes les planches & deffeins
» mentionnés au préfent état , montant
» au nombre de fix cens planches , ou environ
, fur cent trente Arts , dans lef
» quels nous n'avons rien reconnu , qui
mait été copié d'après les planches de M.
"9
MARS. 1760. 191
M. de Réaumur : en foi de quoi , nous
" avons figné le préfent Certificat. A
" Paris , ce 16 Janvier 1760 : Et ont
figné , MM. Nollet , Morand , de Par
» cieux , de la Lande.
"
Il eft à obferver , & on a eu foin de le
faire obferver à Meffieurs les Commiffaires
, que parmi ces Arts , il y en a quarante-
fix de ceux , qu'on a dit dans l'Année
Littéraire , avoir été copiés fur les
planches de M. de Réaumur. Il eft à obferver
encore, d'après la comparaifon faite
par les Commiffaires , des planches de M.
de Réaumur , avec celles des Libraires
affociés , qu'on les a accufés d'avoir copié
beaucoup d'Arts , que M. de Réaumur n'a
pas traités. Au refte, cette réponſe ſera l'unique
qui fera faite , à tout ce qu'on pourra
imaginer de nouveau fur cette affaire ;
parce qu'elle eft la feule que les Libraires
croyent devoir au Public , après avoir
fatisfait l'Académie. Ils préfèrent de fe
livrer entiérement à la conduite de leurs
gravares , pour le mettre en état d'en publier
dans le cours de cette année 1760 ,
le premier volume & les autres fucceffivement
alors le Public jugera du mérite de
ce travail , & de la valeur de l'accufation
. On concevra difficilement , ce qui a
192 MERCURE DE FRANCE.
déterminer à la former , fi l'on fe donne
la peine de lire la quittance qui fuit.
pu
" Je reconnois avoirreçu , par les mains
de M. Briaffon , la fomme de fix cens li-
»vres , pour tous les foins , vérifications ,
"confeils , tranfports , ou autres , de quel-
"ques façons que ce foit ; même tout
temps employé jufqu'à ce jour , y com-
»pris même les calques que j'ai faites
»pour l'Encyclopédie ; dont je fuis parfai-
» tement fatisfait : dont je quitte ledit
fieur & fa compagnie , foit que je les
aie faites à Paris ou à la
campagne.
A Paris, ce 9 Juin 1759. Signé, PATTE.
"
ARTICLE
MARS . 1760. 793
ARTICLE VI.
NOUVELLES POLITIQUES:
N
De PETERSBOURG , le 25 Janvier.
OTRE Cour a été informée , depuis peu , du
projet formé par l'Angleterre , d'envoyer une
forte Elcadre dans la mer Baltique , pour y protéger
le Commerce de cette Nation . Le Sr Keith ,
Miniftre de cette Puiffance , auprès de Sa Majeſté
Impériale , eft chargé , dit - on , de faire agréer
cet envoi. Mais le Commerce Anglois n'éprouvant
aucun obftacle dans la mer Baltique , où il
n'a aucun ennemi direct , il eſt aiſé de fentir que
cet armement , projetté par l'Angleterre , ne peut
avoir que des vues d'hoftilités , & que le Sr Keith
ne réuffira pas dans cette négociation.
Il a fait dans cette Ville un froid exceffif depuis
le milieu du mois de Décembre. Le 28 de
ce mois , à neuf heures & demie du matin , la
liqueur du Thermométre defcendit prefque au
vingt- huitiéme degré au - deffous de la congellation
, fuivant la divifion de Réaumur. En 1740 ,
année dont le froid eft mémorable , elle ne def
cendit qu'un peu au- delà du vingt- quatrième.
De STOKOLM , le premier Février.
Le Général Manteuffel , après le mauvais fuccès
de fon entreprife fur nos quartiers , fe retira
précipitamment à Anclam où il entra le 24
au foir. Il fut pouríuivi par le Général de Lan-
I
>
194 MERCURE DE FRANCE.
tingshaufen , qui lui enleva dans cette retraite
deux piéces de canon , & foixante dix-huit chariots
de bagages. Nous fimes auffi plus de centcinquante
prilonniers , & nous favorifâmes l'évafion
d'un grand nombre de déferteurs . Le Général
de Lantingshaufen , arriva le 25 devant Anclam
: il envoya auffitôt le Baron de Wrangel ,
fon Aide de camp général , au Comte de Monteuffel
, pour le lommer de rompre le pont qu'il
avoit fur la Péene . Sur fon refus , le Comte de
Lantingshaufen fit fes difpofitions pour l'attaquer.
Sept bataillons , commandés par le Comte de
Horn , en furent chargés. L'attaque commença
le 28 au matin , avant le jour , & nos troupes
forcèrent les Pruffiens d'abandonner le Fauxbourg
en deçà de la Péene , & la chauffée qui
conduit à la Ville. Un de nos bataillons , dans la
chaleur de la pourfuite , pénétra avec lesfuyards
dans la Ville. Le Comte de Manteuffel y étoit
occupé à rallier les troupes ; mais trois bieffures
qu'il reçut le mirent hors de combat , & il fut fait
prifonnier avec fon Aide de camp . Cependant
les Pruffiens s'étant ralliés , le bataillon Suédois
fongea à la retraite , & il l'exécuta en fe faifant
jour à travers le Régiment de Kalkstein , qui lui
barroit le pallage. Il fit même prifonniers le
Commandant de ce corps , & plufieurs foldats.
La perte des Prufliens dans cette occafion , &
dans leur incurfion en Pomeranie , a été de
quinze à feize cens hommes. La nôtre a été de
deux à trois cens.
Le Comte de Lantingshaufen envoya le lendemain
de fon expédition , un Officier au Gouverneur
d'Anclam , pour le fommer de nouveau
de détruire fon pont . Cet Officier étoit chargé
de lui déclarer , en cas de refus , que le Général
Suédois ne pourroit fe difpenfer , pour affurer
MARS. 1760. 195
la tranquillité de fes quartiers , de revenir fur
cette Ville , & de la bruler entièrement. Cette
fommation a fait impreffion fur le Commandant
Pruffien , & il a fait rompre le pont.
Le Général de Stutterheim a pris le comman
dement des Pruffiens , à la place du Comte de
Manteuffel. Cet événement a déconcerté les projets
des Pruffiens fur le Mecklembourg. Après
cette expédition , le Comte de Lantingshaufen a
renvoyé les Troupes dans leurs cantonnemens
& fon quartier général eſt établi à Gripswald .
>
Des avis venus de Norwège , apprennent que
le Capitaine Thurot,eft dans un des Ports de cette
Côte , avec fa petite Efcadre. Il y a amené quatre
Vaiffeaux Anglois , qu'il a intercepté à l'entrée
du Sund.
Le froid , qu'on a reffenti jufques vers la fin
du mois dernier , a été d'une rigueur exceffive.
détroit du Sund a été entièrement gelé , de
forte qu'on pouvoit paffer à pied ou en traîneaux ,
de la Selande , en Scanie.
De VIENNE , le premier Janvier.
Le dégel , qui a fuccédé tout-à coup au froid
le plus rigoureux qu'on ait fenti depuis long
temps , a entièrement interrompu toute opération
militaire. Les mêmes difficultés ont arrêté la
marche du corps du Baron de Laudon , qui a
cantonné fes troupes fur les confins de la Bohême.
On a écrit depuis , de Prague , que ce Géné
ral eſt tombé malade , & qu'il s'eft fait tranfporter
à Billin.
Les principaux Officiers & Généraux Pruffiens ,
pris à l'affaire de Maxen , vont être transférès à
Infpruck. Ils font au nombre de cent vingt- cinq.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
De BERLIN , le 26 Janvier.
On célébra , le 24 de ce mois , l'anniverſaire de
la Naillance du Roi , qui entra , de ce jour , dans
La quarante-neuvième année.
De DRESDE , le Février.
Notre armée, & celle du Roi de Pruffe, confervent
toujours , à peu- près , la même poſition.
Le Maréchal de Daun , ayant reçu , le 20 , de Sa
Majefté Impériale , Grand-Maître de l'Ordre
Militaire de Marie- Thérefe , les pouvoirs de procéder
à la réception de trois Grands- Croix , & de
trente-fept Chevaliers de cer Ordre , en fit la
cérémonie au Palais des Princes , près de la porte
de Pyrna , au bruit des trompettes & des timballes
. Les trois Grands-Croix font : le Prince de
Deux-Ponts , reçu à Vienne par Sa Majeſté Impériale
; le Général d'Infanterie , Maquire ; &le
Lieutenant- général Beck.
De LEIPSICK , le 31 Janvier,
La Ducheffe Douairiere de Courlande , Veuve
du Duc Ferdinand , née Princeffe de Saxe-Weilfenfels
, qui réfidoit ordnairement dans cette Ville,
y eft morte le 25 de ce mois , dans fa cinquante-
uniéme année. Il y a quelque eſpérance
d'adouciffement au fort de nos malheureux Concitoyens.
Plufieurs des prifonniers du Château de
Pleiffembourg , ont été relâchés , en payant moitié
de la fomme que le Roi de Pruffe exigeoit de
chacun d'eux .
De HAMBOURG , le 30 Janvier.
Nous venons de recevoir la nouvelle que le
Landgrave de Heffe , qui étoit depuis quelque
MARS. 1760 197
temps malade dans le château de Rintelen , y
eft mort la nuit du 28 au 29 de ce mois dans la
foixante dix -huitième année . Il hérita du Landgraviat
de Helle , le 18 Avril 1751 , par la mort
de Frédéric , Roi de Suéde & Landgrave de Heffe,
fon frere aîné .
Suivant les Lettres de Dantzik , les Ruffes recommencent
à fe mettre en mouvement ; its
raffemblent à Méve , dans le diftrict de Marienbourg
, un corps de vingt mille hommes , fous le
commandement du Général de Tottleben . Les
difpofitins, pour la marche dece corps, annoncent
qu'il eft deftiné pour agir en Siléfie .
De ROME , le 25 Janvier.
Dans la derniere affemblée des Nobles , tenue
au Capitole , la famille de Cinque a été reçuë
au nombre de foixante familles Patriciennes de
Rome , à la place de celle des Cinci , éteinte par
la mort du noble Chriftophe Cenci .
De LONDRES , le 4 Février.
Le Roi a nommé Gouverneur de Gibraltar le
Général -major Robert Leighton, qui partira dans
peu pour s'y rendre .
Quelque fujet qu'ait la Nation de s'applaudir
de fes fuccès en Amérique , dans les deux dernieres
années , on prétend aujourd'hui qu'ils ont été
trop lents. La conquête du Canada n'eût été ,
dit-on , que l'ouvrage d'une ou de deux campagnes
, fi nos Généraux fe fuffent comportés avec
l'intelligence & le défintéreffement convenabies.
En conféquence , la conduite des Lords Loudon
& Charles Hay , qui commandoient en 1756 &
1757 , doit être exaininée dans un Confeil de
guerre que Sa Majefté vient de nommer.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Il a fait un froid exceffif ici , depuis environ le
milieu de Décembre jufqu'à la fin du mois dernier.
Pendant tout en temps, on a trouvé, preſque chaque
jour, des perfonnes mortes de froid dans les
rues ou fur les chemins. La Tamile a été gelée ,
& plufieurs vaiffeaux ont été entraînés & brifés
par le choc des glaçons.
DE LA HAYE , le 6 Février.
Le mariage de la Princeffe Caroline avec le
Prince de Naffau-Weilbourg , vient d'être agréé
par les Etats. Cette union , quoique recommandée
par la mere de cette Princeffe , dans fes derniers
momens , avoit éprouvé jufqu'ici de grandes
oppofitions , fondées fur un article du tefta
ment du feu Stathouder. Cet article porte expreffément
, que les femmes feront exclues du Stathouderat
, fi le Prince qu'elles épouleront n'eſt pas
de la Religion Proteftante, adoptée par les fept Provinces.
Le Prince de Naffau- Weilbourg fait profeffion
de la religion Luthérienne. Mais enfin ces
difficultés fe font applanies . Son mariage avec
la Princeffe Caroline, doit être déclaré le 4 du mois
prochain ; & la célébration fe fera le lendemain.
On fait de grands préparatifs pour cette fête.
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.:
De VERSAILLES , le 14 Février.
LEE Roi a donné la Prévôté de S. Pierre de
Lille, à l'Abbé de Valory la Pommerays, Chanoine
de la même Eglife.
Du 21 du même mois.
Le 15 , jour anniverfaire de la naiffance du
MARS. 1760. 199
Roi , on chanta le Te Deum dans l'Eglife de Notre-
Dame , paroiffe du Château , & dans celles
de Saint Louis & des Récollets. Après la cérémo
nie , on alluma le Bucher qui avoit été préparé
vis- à - vis du portail de l'Eglife. Les Invalides
chargés de la garde de cette Ville , firent une
triple falve de moufquetterie.
>
Le même jour , Sa Majefté tint le Sceau ; & le
Comte de Luface arriva de l'Armée d'Allemagne.
Le 17 , le Roi s'étant fenti un peu indifpofé ,
Sa Majefté fe purgea le 19 ; & la ſanté eſt à préfent
entiérement rétablie.
De PARIS , le 16 Février.
2
Le Samedi 9 , le Sieur Vattelet , Receveur général
des Finances préfenta à l'Académie de
Peinture , fon Poëme Didactique , fur l'art de
peindre. On attendoit avec empreffement l'impreffion
d'un ouvrage fi utile , & fi bien annoncé
au Public , par le bon goût & par le talent de
l'Auteur.
Le , le Duc de Luynes , Gouverneur de Paris ,
fut reçu & prit féance au Parlement , en qualité
' de Pair de France. Le Prince de Condé , le Comte
de Clermont , le Prince de Conti , le Comte de
la Marche , Princes du Sang , l'Evêque Duc de
Langres, & les Ducs d'Uzès , de Briffac , de Richelieu
, de Rohan - Chabot , de Luxembourg , de
Saint- Aignan , de Trefmes , d'Harcourt , de Filtz
James , de Villars - Brancas , de Chaulnes , de
Rohan - Rohan , Prince de Soubiſe , de la Valliere
de Fleury , de Duras & de Choiſeul , aſſiſtèrent
à fa réception.
On célébra le 12 , dans l'Eglife Métropolitaine
de cette Ville , un fervice folemnel , que le Roi
avoit ordonné,pour le repos del'âme de feueMadame
Louiſe-Elifabeth de France , Infante d'Espagne,
I iv
200 MERCURE DE FRANCE .
Duchelle de Parme , de Plaifance & de Guaſtalla ,
Fille ainée de Sa Majesté . Le Roi avoit nommé ,
pour faire le grand deuil à cette cérémonie , Madame
la Dauphine , Madame , & Madame Victoire ;
& pour conduire les Princes & les Princeffes ,
Monfeigneur le Dauphin , le Duc d'Orléans , &
le Prince de Condé . Ces Princes & Princeffes ,
qui s'étoient d'abord rendus à l'Archevêché , le
mirent en marche pour aller à l'Eglife , lorfque
tout fut en état . Ils y furent conduits par le
Marquis de Dieux , Grand- Maître , & par le fieur
de Nantouillet , Maître des Cérémonies . Madame
la Dauphine , Madame , & Madame Victoire ,
menées par les Princes , pafferent par le dehors
de l'Eglife , & entrerent par la grande porte ; ils
furent placés dans les hautes ftalles , à droite & à
gauche. Un grand nombre d'Archevêques & Evêques
, affiftèrent à cette cérémonie , ainfi que le
Parlement , la Chambre des Comptes , la Cour
des Aydes, l'Univerfité , & le Corps de Ville. L'Archevêque
de Paris officia pontificalement ; &
l'ancien Evêque de Troyes , prononça l'Oraiſon
funèbre. Toutes les perfonnes qui compofoient
la maifon de Madame Intante , affiftèrent , en
grand deuil , à cette cérémonie , ainfi qu'aux Vêpres
des Morts , qui s'étoient dites la veille .
Le Portail de l'Eglife, étoit tendu de noir ; deux
lez de velours , femés de larmes & d'écuffons ,
& trois grands cartels , chargés des armes & des
chiffres de Madame Infante , ornoient cette tenzure
funèbre.
La décoration de l'intérieur du Choeur , étoit
une ordonnance ionique de pilaftres & d'arcades,
furmontée d'un attique. La frife de l'entablement
étoit femée de fleurs -de - lys , de lions , de tours
d'aigles , & de larmes , de même que la plattebande
qui couronnoit les ſtalles.
MARS. 1760. 201
1
Le Catafalque , placé à l'entrée du Choeur ,
repréfentoit un tombeau , élevé fur un piédeftal.
Quatre marches conduifoient à ce piédeſtal , qui
étoit de marbre verd d'Egypte . Il étoit décoré de
huit colonnes doriques , de porphyre , dont les
bafes & les chapiteaux étoient en or . L'entablement
étoit pareillement de porphyre ; & la frife
étoit ornée de fleurs- de- lys , dans les métopes.
Le farcophage , placé fur le piédeſtal , étoit de
marbre verd antique , & couvert du manteau
ducal. Il étoit accompagné de quatre figures
affiles , emblêmes des vertus de la Princeffe . Tout
le monument étoit couronné d'un vaſte pavillon ,
à rideaux doublés d'hermine , femés de larmes ,
& retrouffés.
La quantité de lumières , diftribuées avec art
dans toutes les parties de cette décoration ; l'éclat
des dorures & des bronzes ; la variété des
couleurs des marbres, alliées avec harmonie , formoient
un enfemble également magnifique , &
bien entendu .
Cette pompe funèbre , ordonnée de la part de
Sa Majefté , par le Duc de Fleury , Pair de France ,
& premier Gentilhomme de la Chambre , a été
conduite par le fieur de Fontpertuis , Intendant des
Menus - plaifirs du Roi , fur les deffeins du fieur
Michel - Ange Slodtz , Deffinateur ordinaire du
Cabinet de Sa Majesté.
Un Vailleau , arrivé du Levant à Marseille , a
apporté la nouvelle , que la ville de Saphet , en
Paleftine , a été renversée & abîmée par un tremblement
de terre ; de même que quantité de villages
des environs. Cette Ville , que l'on croit être
l'ancienne Béthulie , étoit fituée fur une haute
de diftance montagne , à peu de la mer , entre
Sey de , ou l'ancienne Sidon , & Saint Jean d'Acre.
Elle étoit fort révérée des Juifs , dont plufieurs s'y
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
rendoient de toutes les parties du monde , pour
finir leurs jours dans la terre de leurs peres.
La Compagnie des Indes , a reçu avis que les
quatre Vailleaux qu'elle attendoit des Indes , font
arrivés heureuſement , le Maffiac à l'Orient , deux
autres a Rochefort , & le quatriéme à la Corogne.
Tous ces Vaiffeaux font richement chargés .
MARIAGES
.
Louis - Antoine- Guſtave , Comte des Salles ,
Meftre-de-camp d'un Régiment de Cavalerie de
fon nom , Gouverneur & grand - Bailli de Neuchâteau
en Lorraine ; fils de Claude - Guſtave ;
Marquis des Salles , Lieutenant général des Ar
mées du Roi , Gouverneur de Rhinfeld , Chambellan
du Roi de Pologne , Duc de Lorraine &
de Bar; & de feueAdélaïde- Candide- Marie- Louiſe
de Villars - Brancas ; a épouſé le 17 Février , Marie-
Louife -Barnabé Mallet de Graville , fille de Louis-
Robert Mallet , Comte de Graville , Chevalier des
Ordres du Roi , Lieutenant général de les Armées,
Infpecteur général de la Čavalerie & des Dragons
; & de Magdeleine Bouton de Chamilly . La
Bénédiction nuptiale leur a été donnée dans
l'Eglife de la Paroiffe de Croiffy , par l'ancien Evê
que de Troyes. Leur Contrat de mariage avoit
été figné , le 10 , par Leurs Majeftés , & par la Fa
mille Royale.
Armand-Jofeph de Béthune , Duc de Charoft ,
Pair de France , Lieutenant général de la Province
de Picardie , & Pays Boulonnois , Gouverneur des
Ville & Citadelle de Calais , Meftre- de -camp du
Régiment de Cavalerie de fon nom ; fut marié le
19 à Louife- Suzanne - Edmée Martel , fille de
Charles Martel , Comte de Fontaine - Bolbec , Maréchal
des Camps & Armées du Roi , & de
MARS. 1760. 203
Françoife Martel . La Bénédiction nuptiale leur
a été donnée , dans l'Eglife de Saint Sulpice , par
l'Archevêque de Rouen. Le Duc de Charoft eft
fils de feu François - Jofeph de Bethune - Charoft ,
Duc d'Ancenis , Capitaine , en furvivance , d'une
Compagnie des Gardes -du-Corps , & d'Elizabeth-
Marthe de Roye de la Rochefoucault . Leur Contrat
de mariage avoit été figné , le 16 , par Leurs
Majeſtés , & par la Famille Royale.
MARC-ANTOINE Frond , de Beaupoil de S.
Aulaire ; Marquis de Lanmary , Baron de Milly ,
Seigneur d'Augerville , la Rivier & Rouvre , fils
de François Henri Comte de Lanmary , Enfeigne
des Gendarmes de Flandres , & d'Anne Elizabeth
de Lanmary , & petit - fils de marc- Antoine Frond
de Beaupoil de S. Aulaire , Marquis de Lanmary ,
ci devant Grand- Echanfon de France , Chevalier
des Ordres du Roi , Lieutenant- Général de ſes armées
, & fon Ambaſſadeur en Suéde , & d'Elizabeth
Neiret , de la Ravozé , a épousé le 18 Février
Charlotte de Bretonvilliers , fille de François ,
Comte de Bretonvilliers , Capitaine de Cavalerie
dans le Regiment Dauphin , & d'Adélaïde de Seuil ,
La Bénédiction nuptiale leur a été donnée dans
l'Eglife de S. Sulpice , par l'Evêque de Poitiers,
Leur Contrat de mariage avoit été figné, le dix,par
Leurs Majeftés & la Famille Royale.
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
MORTS.
Edouard Drummond , Duc de Perth , Pair d'Ecoffe
, Meſtre-de - camp de Cavalerie , mourut à
Paris le 7 Février . La Maiſon de Drummond a
eu l'honneur de donner une Reine à l'Ecoffe .
Anabella Drummond , épouſa Robert Stuard ,
IIIe du nom , Roi d'Ecoffe ; elle fut mere de
Jacques I , auffi Roi d'Ecole . Certe Princeffe mourut
en 1400.
Le fieur Colin de Blamont , Chevalier de l'Ordre
de Saint Michel , & Surintendant de la Mufique
du Roi , mourut à Verſailles le 14 Février .
Le nommé Content eft mort fubitement , à
la Croix en Champagne , diocèfe de Reims ,
âgé de cent vingt- un ans & neuf mois : on mande
qu'il marchoit encore fort bien , & qu'il n'avoiť
aucune infirmité.ˆ
AVIS.
Jeudi , 14 du mois de Février 1760 , les Religieux
Cordeliers du grand Couvent de Paris , ont
célébré dans leur Eglife , un fervice folemnel pour
le repos de l'ame , de feue Son Alteffe Royale
Madame Infante , Ducheffe de Parme , &c. Mère
& Protectrice de l'Ordre de faint François , fuivant
les intentions de leur Révérendiffime Père Général
, Clément de Palerme , & conformément aux
ordres par lui donnés à tous les Couvents du même
Inftitut. Des Ambaffadeurs de différentes
Cours y ont été invités . Son Excellence , M. le
Comte d'Argental , Miniftre Plénipotentiaire de
celle de Parme , y a fignalé fon zèle & fa piété.
MARS. 1760. 205
LE PUBLIC eft averti que la Confrérie du
S. Efprit , établi au couvent de Courbevois , a fait
chanter le cinq Février , au couvent des Révérends
Pères Récollets de Verfailles , un fervice pour le
repos de l'ame , de Très- Haute , Très- Puillante
& Très-Excellente Princeffe , Madame l'Infante
d'Efpagne ; où Monfeigneur le Dauphin , Madame
la Dauphine , Mefdames de France , ont eu la
bonté d'afflifter.
A.x Amateurs de l'Architecture.
LE SIEUR Malhortie s'eft livré tout entier depuis
plusieurs années , à l'étude de l'Architecture ,
& de tout ce qui peut être relatif à cet Art.
Il connoît les parties effentielles des Mathématiques
, & a cultivé également les connoiffances
de Théorie & de Pratique , telles que la coupe des
pierres , la conftruction & la compofition de la
Charpente , celle de la Menuiferie, &c. Il s'eft auffi
mis en état d'être employé dans la partie des Méchaniques
, pour accélérer la conſtruction des bâtimens
. Il peut faire & éxécuter les deffeins , des
plans , élévations géométrales , & perſpectives ,
les coupes & les développemens du bâtiment.
*. Comine le fieur Malhortie a. fuivi avec exactitude
& profit le Cours de M. Blondel , qui a joint
à fes autres bontés , celle de lui faire dicter fes
leçons à fes Eleves externes ; il eft en état de donner
les principes d'Architecture & de Mathématiques
, enfemble , ou féparément.
Son objet feroit , de fe rendre utile aux perfonnes
de qualité , foit en enfeignant aux uns les
Elémens , foit en repaffant avec les autres les
différens Cours de M. Blondel .
Le fieur Malhortie , fe rendra chez les perfon
nes, qui voudront l'employer , auxjours & heus
206 MERCURE DE FRANCE.
res qui leur feront le plus commodes. Il fe contentera
d'honoraires très modiques.
Le fieur Malhortie demeure fur le Pont Notre-
Dame , près & du côté de S. Denys de la Chartre ,
dans l'allée attenant le poreau d'affiche , entre le
Doreur & la Coutariére , au quatrième. En cas
d'abfence , on pourra remettre les billets d'avertiffement
qu'on lui enverra , chez le voisin au
deffous de lui , ou chez le Doreur.
Le fieur Sire Jacob donne avis au Public , que
fon père , Indien de Nation , lui a laiffé , avant que
de mourir , le fecret du parfait Carmin des Indes,
qa'il vient de mettre au jour , & après l'avoir fait
examiner par MM . de l'Académie Royale des
Peintres ; MM . Aved & Chardin de la fufdite Académie
, lui ont dit , qu'il n'y avoit rien de plus
beau & de plus brillant que fon Carmin , & qu'ils
lui permettoient , non feulement de citer leurs
noms , dans tous les billets qu'il diftribuera ;
mais même dans tout ce qu'il jugereit à propos.
Il fait auffi le rouge le plus parfait à l'ufage des
Dames ; comme auffi l'Opiat & le Corail , à l'épine
vinette, pour les dents . Le fieur Sire Jacob demeure
place du Puits d'Amour , chez le fieur Selle , marchand
Teinturier , rue la grande Truanderie , & fa
boutique eft au jardin du Palais Royal , vis-à-vis
le Caffé de Foi .
Ecole Latine & Grecque , où l'on enfeigne les Lan
gues Françoife , Italienne , Eſpagnole , Angloife
& Allemande.
L'Abbé Chocquart , par une longue étude de
tout ce qui peut abréger l'éducation morale &
politique de l'homme , par les divers Effais qu'il
a fait fur les Eléves qu'il a formés , a trouvé le
moyen d'ouvrir une route facile vers les Vertus
M'AR S. 1760 . 207
C
& les Sciences. La conduite que tenoient certains
Peuples , pour rendre chez eux l'amour de la
gloire , comme héréditaire , a facilité les recherches
qu'il a faites pour infpirer plus efficacement
à la jeunelle l'amour du vrai bien : & la nature ,
dont la marche eſt toujours heureuſe & rapide , lui
fert de guide dans les Belles- Lettres & les Beaux-
Arts. Si l'Enfant , fous les yeux de la Nourrice ,
apprend fans peine la langue qu'elle parle , pourquoi
faudroit- il confacrer tant d'années à l'uſage
d'une langue fouvent plus facile ? Les oreilles ontelles
plus d'empire fur l'ame , que les yeux ?
Convaincu d'ailleurs par l'experience , que rien
ne retarde tant nos études que le dégoût & l'ennui
qui les accompagnent ; il fait évanouir l'un &
l'autre , en diverfifiant tellement les exercices de la
journée , qu'une leçon devient comme le délaffement
de celle qui l'a précédée. Les premieres
heures de l'une & l'autre partie du jour , font don
nées aux études qui demandent le plus d'application
: des objets capables de réveiller l'attention
leur fuccédent , & font eux- mêmes fuivis par des
leçons plus amufantes. Ainfi les Langues Latine
& Françoife , le Calcul Numérique , la Mufiqué
& tous les exercices du Corps , qui peuvent entrer
dans une éducation noble & polie , occupent fuc
ceffivement les matinées.
Après la récréation qui fuit le dîné , l'Algébre ,
la Géométrie & les Fortifications , fous une même
marche ; les loix de l'Optique & le Deffein ; les
proportions des Méchaniques démontrées , conformes
aux Loix de l'Univers , & aux Expériences de
Phyfique ; la Géographie enfin & l'Hiftoire , réunies
par le moyen de Cartes pliées : de forte que
les faits & les lieux fe rappellent mutuellement ,
occupent toutes les heures de l'après -dîné .
Les leçons de Langue Françoife , d'Arithméti
208 MERCURE DE FRANCE.
que , de Géographie & d'Hiftoire , n'employant
que fort peu de temps dans le cours d'études ,
on donne les heures qu'elles occupoient , aux Langues
Allemande , Italienne , Angloife ou Efpagnoles
ou l'on s'occupe à des exercices militaires ,
ou à conftruire des Plans de Villes avec des pićces
rapportées , ou l'on s'exerce à des travaux du
Tour , de la Lime , &c. ou même à quelque
ſcience relative à l'état auquel on eſt deſtiné.
L'ufage , accompagnant partout la fpéculation ,
& l'Harmonie difpenfant tous les travaux , il eſt
facile de concevoir combien les jeunes gens deviennent
avides du fçavoir & quelle doit être la rapidité
de leurs progrès.
Pour les externes & tous ceux qui feront encore
dans le cas d'aller au Collége , on donnera des
leçons à part.
Les Maîtres, en chaque partie, font tous des hommes
choifis & connus.
- Les Curieux trouveront auffi chez l'Abbé Chocquart
, des machines de Phylique & furtout d'Optique
.
Il demeure dans la grande rue Taranne,Fauxbourg
S. Germain , entre la rue du Sépulchre &
le Carrefour S. Benoît à Paris.
Le fieur Rochefort , Maître Perruquier , dont
ik a été fait mention dans plufieurs Mercures ,
continue de monter les Perruques nouées , les
Bonnets & les Perruques à bourfe , par le moyen
des têtes artificielles , qu'il a inventées , enforte
qu'elles prennent naturellement d'elles- mêmes ,
le tour du vilage , fans avoir befoin de boucles ,
de cordons , de refforts , ni même de l'accommodage,
pour être alujetties à coller, fi parfaitement
que les cheveux ſemblent y avoir pris racine ;
on ne répétera point l'éloge qu'en ont fait les
MARS. 1760. 209
Officiers de fa Communauté , dans le Certificat en
I bonne forme qu'ils lui ont accordé. Les Perſonnes
qui demeurent en Province , ou hors du Royaume,
qui voudront avoir des Perruques de la façon ,
n'ont qu'à lai écrire ; il leur enverra un modéle
de mefure très -facile à prendre , & tel qu'il le faut,
pour pouvoir y rapporter exactement fes proportions
: & avec la facilité du modèle où tout eft
bien expliqué , les Perfonnes pourront faire prendre
aifément la meſure de leur tête. Elles font
priées d'affranchir leurs Lettres . Le fieur Rochefort,
demeure à Paris , rue de la Verrerie , près
Ela rue des Billettes.
DE PAR LE ROI.
Par Brevet& Privilége confirmé pardeux Arrêts
duParlement du 17 Mai & 4 Septembre 1747.
Mlle Desmoulins , & feue Madame fa mere ,
depuis plus de fo ans , compole & diftribue le
véritable Suc de Régliffe & Pâte de Guimauvefans
fucre , fecret qu'elle feule tient par Madame
fa mere , de la véritable Dlle qui décéda en 1714.
Elle continue de le diftribuer avec fuccès dans
Paris , à la Cour , & dans toutes les Cours de
l'Europe , où elle fait des envois dudit Suc de régliffe
, Pâte de Guimauve , de l'aveu & approbation
de Meffieurs les premiers Médecins du Roi
& de la Faculté de Paris , lefquels en ont reconnu
l'utilité , s'en fervant dans toutes les maladies
du poulmon , thumes , aſthmes , inflammations,
& fluxions de poitrine , & en ordonnant l'ufage à
leurs malades.
Propriété dudi: Suc & Pâte.
Il guérit le rhume , fortifie la poitrine , adoucit
210 MERCURE DE FRANCE.
la voix , dégage la parole enrouće , arrête le
crachement de fang, des pulmoniques , & afthmatiques
; les perfonnes âgées qui font fujettes à la
pituite & qui touflent fans ceffent , fe trouvent
fort foulagées par l'ufage qu'ils en font. Il eſt
auffi d'une grande utilité aux perfonnes qui ont
la poitrine & la gorge féche , altérée & échauffée
à force de parler , de chanter & d'enſeigner ; on
peut ufer en tout temps dudit Suc & Pâte , le
jour & la nuit, avant & après les repas , en le
la ffant fondre dans la bouche. Ils fe tranſportent
partout , & fe gardent aufli longtemps que l'on
veut fans fe gåter. Quoiqu'elle féche , elle ne
perd rien de fa qualité ; pour les malades qui
ne peuvent rien fouffrir dans leurs bouches , on
fera fondre deux onces dudit Suc & Pâte , dans
une pinte de ptifanne très - légére & bien paffée ,
qu'ils prendront dans la journée & la nuit ; il
ne faut point craindre qu'elle échauffe ; au contraire
, elle adoucit & rafraichit ; ledit Suc &
Pâre fe coupe de la groffeur d'un petit dez à
jouer. Le prix eft de 8 livres la livre. Comme
nombre de perfonnes contrefont ledit Suc de
Régliffe & Pâte de Guimauve ; pour empêcher
qu'on ne foit trompé , Mademoiſelle Defmou
lins fignera fur les paquets , pour les Provinces ,
& mettra fon cachet. Elle demeure , à Paris , rue
du Cimetière S. André des Arts , près le Cloître ,
chez Mademoiſelle Charmeton , au fecond Appar
tement
La Veuve du fieur Brenon , Dentiſte des Enfans
de France , donne avis qu'elle débite journellement
, chez elle , rue S. Avoye , au coin de la
rue de Braque, chez M. Georget , fon frère , Chirurgien
, les remédés de feu fon mari ; dont elle
a feule la compofition , & qu'elle a toujours préparée
elle-même.
$ 21f MARS. 1760.
S ç AVOIR :
1º. Un Elixir anti- fcorbutique , qui affermit les
dents , diffipe le gonflement & l'inflammation des
gencives, les fortifie , les fait recroître , diffipe &
prévient toutes les affections fcorbutiques , & ap
paiſe la douleur des dents .
2º. Une eau , appellée Souveraine , qui affermit
aufli les dents , rétablit les gencives , en diffipe
routes tumeurs , chancres & boutons , qui viennent
auſſi à la langue , à l'intérieur des lévres & des
joues , en fe rinçant la bouche de quelques goutes
dans l'eau tous les jours , elle la rend fraîche
& fans odeur , & en éloigne les corruptions.
Elle calme la douleur des dents.
13°. Un Opiat , pour affermir & blanchir les
dents , diffiper le fang épais & groffier des gencives
, qui les rend tendres & molaffes , & caufe
de l'odeur dans la bouche.
4. Une poudre de Corail , pour blanchir les
dents & les entretenir ; elle empêche que le limon
fe forme en tartre & qu'il ne corrompe les
gencives , & elles les conferve fermes & bonnes ,
de forte qu'elle peut fuffire pour les perfonnes
qui ont foin de leurs dents , fans qu'il foit néceffaire
de les faire nettoyer.
Les plus petites bouteilles d'Elixir , font d'une
livre dix fols.
Les plus petites bouteilles d'Eau Souveraine ,
font d'une livre quatre fols , mais plus grandes
que celles de l'Elixir .
Les petits pots d'Opiat, font d'une livre dix fols.
Les boetes de poudre de Corail , font d'une
livre quatre fols.
L'on y trouvera auffi des Racines préparées j
& des Eponges. fines.
212 MERCURE DE FRANCE:
LETTRE
A L'AUTEUR DU MERCURE,
JEE crois , Monfieur , que vous ne pouvez me
refufer le plaifir , que j'ai l'honneur de vous demander
, je ne doute pas même que vous ne le
regardiez comme juſtice ; ni vous ni moi ne pouvons
laiffer le Public dans l'erreur à ce ſujer,
voici le fait :
On lit dans le Mercure de Janvier 1758 , que
Robert- Antoine , Comte de Wignacourt , Baron
de Saint Loup , Seigneur des terres & fiefs nobles
de Warnecourt , Charlogne , & c. eſt mort en
fon château de Charlogne en Champagne , le 30
Octobre 1756 , âgé de 58 ans trois mois & quinze
jours , & qu'il étoit chef de l'ancienne Maiſon de
fon nom , quitient rang entre les plus grandes &
les plus illuftres , & qui a donné dans le dernier
fiécle deux Grands- Maîtres à l'Ordre de Malthe.
Calof de Wignacourt , élu avec le confentement
géneral & unanime de tout l'Ordre & un applaudiffement
univerfel en 1601 , & Adrien de
Wignacourt en 1690 , & fils d'Antoine de Wignacourt
, Seigneur de Warnecourt , Evignie ,
Charlogne , &c . Gouverneur de la ville de Don
cheri.
Je vous prie , Monfieur , d'inférer dans votre
Mercure, que c'eft moi , ( Guilain - Jofeph- Adrien-
François , Marquis de Wignacourt , Baron de
Pernes , Seigneur d'Ourton , ) qui me trouve le
chef de cette Maifon d'Artois , par la mort de
mon pere , arrivé le 8 Octobre 1758 , enfon château
de Comblain - Châtelain , que la terre du nom
MARS. 1760. 213
eft en Artois , que ceux , qui en Champagne prétendent
être de ma Maiſon , n'en font pas , qu'ils
ne pourroient le prouver, Je ne difconviens pas ,
qu'ils ne foient une des meilleures Maiſons de
Champagne , & qu'ils ne faffent honneur , à ceux
qu'ils adoptent pour parens ; mais je fuis obligé
de faire fentir le contraire au Public , de ce qui
a été publié dans les Journaux , j'ai lû cette prétention
dans quantité de Mercures.
Je ne reconnois , pour être de ma Maiſon , que
Monfieur de Wignacourt d'Humbercourt en Picardie
, dont la branche ne s'eft léparée de la mienne
, qu'à mon ayeul , il n'a que des filles. Meffeurs
de Wignacourt de Namur , ils font trois
freres , dont deux font mariés ; ils n'ont auſſi que
des filles : l'une a épousé un Grand d'Efpagne , &
une autre Chanoineffe à Andenne , & Monfieur
de Wignacourt de Fletres , dont les foeurs font
Chanoineſſes à Maubeuge , j'ai un frere Colonel
en Espagne , du Régiment de Bruxelles , & une
foeur Chanoineffe à Maubeuge ; ma mere eft
Croy , & la fienne étoit Créquis ; elle eſt tante , à
la mode de Bretagne , du Prince de Croy. Je fais
dans l'impatience devoir cet article dans le
Mercure , que ce foit, je vous fupplie, au premier,
J'ai l'honneur d'être , Monfieur
Votre très-humble , & très-
ལྟ་ obéiffant ferviteur Mar
quis de Wignacourt .
214 MERCURE DE FRANCE.
Fautes à corriger dans le Volume précédent.
Page 53. Epitre à M. le Comte de Lavauguyon :
lifez Duc de Lavauguyon.
On a oublié d'indiquer , dans la Table , ce qui
fuit.
Lės trois Efclaves , Comédie de M. de Saintfoix.
Enigmes & Logogryphes.
Et dans ce Volume.
Page 1os , ligne 5. commit des
commit des crimes .
Page 22
102 & fuiv,
vices : lifez
Dans le Logogryphe latin , page 83 , ligne 9 ,
fidera metu : lifez fidera nutu .
Ibid. ligne 12 , Que pharios : lifez Qui Pharios.
Ibid. ligne 21 , Helvetia , amici , lifez Helvetici ,
amici.
Page 84 , feptiéme vers : lifez-le ainfi :
Piſcis Arionæi mulfus dulcedine plectri.
APPROBATIO N.
J'Arlu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier ,
le Mercure du mois de Mars 1760 , & je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion.
A Paris , ce 29 Février 1760. GUIROY.
MAR.S. 1760. 215
TABLE DES ARTICLES.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE.
ARTICLE PREMIER..
L E Prieur & fon Jardinier , Page
7
ibid.
8
Bon Mot d'Henri IV.
Epigramme .
Imitation de Catulle ad Lesbiam.
Réfléxions fur la Génération des idées en
Poëfie.
Madrigal.
Autre.
Premiere Ode d'Anacréon .
Seconde Ode de Sapho .
Madrigal de Paulus Silentiarius &c.
Epître , à Madame de *** .
ΤΟ
26
ibid.
27
28
ibid.
29
30
74
76
ibid.
79 & 80.
Lettres & Mémoires de Mlle de Gondreville ,
& du Comte de S. Fargeol.
Imitation , de la dixiéme Ole du premier
Livre d'Horace Tu ne quæfieris &c.
Vers de M. de la Louptière , à l'occafion des
précédens.
A M. Mallé , Peintre du Roi & de fon Académie
de Peinture & Sculpture .
Enigmes & Logogrirhes .
"
ART. II. NOUVELLES LITTÉRAIRES.
La Mort d'Abel , Poëme en cinq Chants ,
traduit de l'Allemand de M. Geffner , &c.
Lettres choifies de Chriſtine, Reine de Suéde.
A l'Auteur du Mercure de France.
Cours public de la Langue Angloife .
Annonces des Livres nouveaux.
86
104
III
IIS
121 &fuiva
216 MERCURE DE FRANCE
ART. III. SCIENCES ET BELLES-LETTRES.
Aftronomie.
Mémoire , de M. Trébuchet d'Auxerre , ſur
réclipfe de Soleil , par Vénus.
HISTOIRE NATURELLE.
Projet , pour connoître , fans dépenfe , dans
l'efpace d'un mois , toutes les productions
foffiles de la France,
ART. IV . BEAUX - ARTS.
ARTS UTILES .
125
129.
136
MÉDECINE.
Lettre de M. de la Condamine , à M. Daniel
Bernoulli.
ART . V. SPECTACLES.
Opéra.
Comédie Françoiſe.
Comédie Italienne,
Opéra- Comique.
143
372
183
184
187
189
4
193
204 & 203
204 & fuiv.
Supplément aux Nouvelles Littéraires.
ART. VI. Nouvelles Politiques.
Mariages & Morts,
Avis.
Lettre à l'Auteur du Mercure. 212
Erat de la Vaiffelle portée aux Monnoies
des Villes de Province.
La Chanfon notée doit regarder la page 84.
217
SUITE
MARS. 1760.
277
SUITE de l'Etat de la Vaiffelle portée
aux Monnoies des Villes de Province.
RHEIM S.
Du 3 Décembre 1759 , au 31 dudit.
Meffieurs
Henri Duwalk , Comte de Dampierre.
L'Evêque de Sidon.
le Marquis de Longueval.
le Baron de Viffec de la Cude.
Duchêne de Ruville, Commiffaire
Provincial à Sedan.
Dubois de Livry , ancien Capitaine
au Régiment Dauphin , Caval.
Charonnier d'Hauterive , Lieuten.
pour le Roi à Rocroy.
Leleu , Receveur des Tailles à
Rheims.
Didelot , Direct. des Aides à Châlons.
l'Abbaye d'Igny , Ordre de Câteaux .
Croifat , Baron de Thiers.
l'Abbaye de S. Remi , de Rheinis .
l'Abbaye de S. Nicaife , de Rheims.
l'Abbaye de Valfecret , Ordre de
Prémontré.
l'Abbaye de Valchrétien , ' Ordre
dé Prémontré.
les R. P. Cordeliers de Rheims.
l'Abbaye de S. Pierre d'Hautvilliers.
Dorigny, Ecuyer , Seigneur d'Agny.
m. g.
33 7 12
IQ
3 6
133 6
53 2
18
60 S
$67 6
228
17
365 18
97 5
71
S
50 3
86
3-12
52
18
23 4
73 2 12
SI 4
218 MERCURE DE FRANCE
M.fieurs
Suite de Rheims .
m .
0. ğ
124 IS
82 3
21 2 6
De Cambray , Secrét. du Roi.
l'Abbaye des Trois- Fontaines.
d'Haudrecy , Brigadier des armées
du Roi.
La Compagnie de Meffieurs les
Chevaliers de l'Arquebule.
l'Abbaye de Saint Thierry.
l'Abbaye des Dames d'Argenfol .
Domilier , Directeur général des
Fermes à Soiffons .
l'Abbaye des Dames de l'Amour-
Dieu , Ordre de Cîteaux .
Maldan de Courchamps , Aide-
Major de la Ville de Sédan.
IS 618
17
20 2
40 6
36 33
II 7 12
NANTES.
Du 10 au 28 Décembre 1759.
Meffieurs
m. o. g.
Jofeph Poigneau du Pélevin . 4 14 14
Galbault Dufort , Maître des
Comptes.
245
18 Madame la Veuve Duguenot
Dubreil,
Demonti , ancien Garde du Roi.
Millain , Commiflaire général .
De Brice de Monpleflis- Defcartes,
Defpinofe , Seigneur de Frofay.
De la Rablais , Maître des Comtes.
Stabletonne , Comte de Trêves.
216 21
6 21
3
162 5
II 6
12
9
8559
197 4 12
114ƒ 9
MARS. 1760. 219
GRENOBLE.
Du 17 Décembre 1760. au 3 Janvier
Meffieurs
Du Perreau , Major de Valence.
Le Marq.de Montegnard , Lieutenant
général.
L'Evêque de Dye.
Defguers , Commiffaire or lonnateur
des Guerres en Dauphiné
De Roftaing , Seigneur de Fiancé.
L'Archevêque d'Ambrun .
D'Herculais.
De Fufferet , Confeiller au Parlement.
Le Chapitre de la Cathédrale de Gap .
m. o. g.
55.7
66 7
117 6
23 4 2E
176 2I
149 3
233 18
20.6 12
23 12
A IX.
Du 3 au 27 Décembre 1759.
Meffieurs
L'Archevêque d'Arles .
Le Duc de Villars. ( Second Article . )
Daynt.
Rollin , Marquis de Villeneuve .
m. o. g.
262 2
6
ts
43
164 7
"
153 2 12.
13 7
II 15
Mad. la Marquife de Valbelle.
Dezande-Maziere , Recev. à Siſteron .
Taurel , Gén . Provinc. des Monnoies.
Nicolas Borrelly , Ecuyer,de Marſeille. 186 6 1s
De Creiffel , ancien Lieutenant Colonel
de Cavalerie. 21 4
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Suite "d'Aix .
m. o. g. de
122
le Chap . de l'Eglife Métropolitaine
d'Aix .
Caftillon , Avocat gén . au Parlem.
l'Evêque de Fréjus .
Saurin de Muras , Confeiller àla
Chambre des Comptes.
Dalbertas , Premier Préſident de
la Cour des Comptes.
Fourbin , Baron d'Aupede.
le Baron de Forbs, Commandant
du Fort S. Jean à Marſeille.
Demie , Major du même Fort.
Mazenor , Préfident à la Cour des
Comptes.
Joannis , Procureur général à la
Cour des Comptes.
Jullien , Avocat au Parlement .
Daugery, Confeiller , Procureur
du Roi à Draguignan.
Michaëlis Dufeuil , Confeiller à la
Cour des Comptes.
de la Roquette , Préfident à ta
Cour des Comptes .
Philippe , Tréforier du Pays .
d'Ecrofe , Ecuyer de la ville du
Pertuis.
d'Albert , Préfident à la Cour des
Comptes.
Boiffon Lafalle , Confeiller à la
Cour des Comptes.
Rouffet , Marquis de Sillons.
Aillaud , Chevalier , Seigneur du
Caftellet.
13 2 18
13694
134
281 4 3
32 79
7512
113 I 21
33 4 28
9 I 3
15 3 18
35 615
91 3
100 I
29
455 3
26 1 13 12
SI I
1062 18
MARS. 1760.
221
RENNES,
Du 11 au 31 Décembre 1759.
Meffieurs
Le Comte de S. Pern - Ligouyer,
Seot , Lieut. de Roi de S. Mało .
Pariette , Receveur général des
devoirs.
ledit fieur.
le Comte Dubois de Lamotte.
Geflin de Trémargat , Préfident
au Parlement.
l'Evêque de S. Malo.
le Comte de Mufillac.
l'Abbaye royale de St Mélaine.
Duplefix d'Argentré , ancien
Major du Rég. de Brancas.
L'Abbaye royale de Redon.
La Communauté des Religieufes
du Colombier , de Rennes.
m . 0. g: d.
109 I
2.3
100 2 13 12
19 6 22 12
43 5 3
27 7
41 S 14
ส
49 4 ΙΣ
697. IS
34621
3.8 3 12
4 7 10 12
MĘT Z.
Du 21 Novembre au 13 Décembre 1759-
Meffieurs
De Carriere , ancien Capitaine des
Grenadiers de France , & Pre
mier Préfident du Bureau des
Finances ,
De Charel , ancien Tréforier.
m. o. g. d.
1 2
171 4 I
K iij
222 MERCURE DE FRANCE.
Suite de Metz.
Meffieurs
D'Aligre, Chanoine de la Collégiale
de S. Sauveur.
l'Evêque de Verdun .
les Chanoines féculiers de S. Louis ,
à Metz.
l'Abbé de Mareille , grand Doyen
de la Cathédrale .
le Comte de Fouquet , Maréchal
de camp.
l'Evêque de Toul .
l'Abbé Donnery, grand Doyen de
la Cathédrale de Toul.
de Vallory, Lieutenant pour le Roi ,
& Ingénieur en chef à Toul.
Le Marquis de Choiseul , Commandant
en Lorraine.
Le Comte de Guftine des Aufftans.
L'Abbé de la Richardie , Abbé de
S. Clément .
Sa Majefté le Roi de Pologne.
Le Chancelier de Lorraine.
De la Galaifiere , fils , Intendant
de Lorraine .
m. 0. g. d.
95536
483 5
12 3 7 36
108 4
174 6 6
193 34
165 6
19 1 2
173 34
812 336
7974
1875 36 IF
t 542 I
Aliot , Grand- Maître de la Maiſon
du Roi de Pologne .
Thomas , grand Doyen de la
Cathédrale.
De Verdun , Fermier général de
Tournée .
Deriffon , Lieuten. de Roi à Verdun.
De Verdun .
Le Baron de Béry , Brigadier des
Armées du Roi.
12967
157 37
17 1 6
90 2
2561
18 67
2376
Mad. la Compeffe de Choiſeul- Meuze. 118 7
MARS. 1760. 2237
STRASBOURG.
Du 22 Novembre , au 30 Décembre 1959.
Meffieurs
Grau , Directeur des Fermes , & Mad.
fa mere.
Etienne , Curé de la Paroiffe Royale de
S. Louis.
Barbier , Receveur des Finances .
Praz, Directeur des Fourrages.
De Trelans , Lieutenant de Roi à Straf
bourg.
De S. André , Lieutenant général , &
Commandant de la Province .
D'Hauteval , Major de la Place.
Baron , Commiffaire ordonnateur.
L'Evêque de Strasbourg.
m. o. g.
584 14
17 4 *
64 3 6
32 2 6
339 6 13
430 3
326 6
99421
731 1 }
2
9 49 3
Aubert , Major de la Place à Strasbourg. 12 7
Denac , Lieut. de Roi au neuf Brilac .
De Klinglin , premier Préfident à
Colmar.
Immendorff, Chancelier de la Collégiale
de Neuviller.
De Mougé , Receveur général des
Finances.
D'Authel , Seigneur de Namsheim.
Rouffeau , Directeur général des Salines
à Dieuſe.
147 4 18
60 3
14 S 1
30 5
6
14 7
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
LILLE .
De Burghelle Cotereau.
Lancy de la Rayere , Secrétaire du Roi.
Farez d'Ogmont , Tréforier des Etatsde
Lille
Imbert de la Plaleque.
Rinquier , Confeiller:
Raffin de Bodigny , Confeiller au Parlement
de Flandre.
De Madre Confeiller.
Bernard , Major de Condé.
Le Mefre du Quénel.
Poulle Davan , Mayeur.
De Wallerave.
De Verghelle.
44 6 7
142 3 6
117 17
1662
2842
47 3
1766
45 7
19 4 S
13 24
Rouffeau , Greffier Criminel.
Madame la Préfi lente de Briffeuille.
Le Baron de Briffeuille.
Pajor , Commiflaire des Guerres.
De Gouve , Subdélégué à Arras .
d'Haffrenques , Subdélégué à Lille.
Begon , Intendant de la Marine
Dunkerque.
de Caumartin , Intendant.
les Religieux de Marchiennes.
le Mefre Crateghem , Bourgeois de
Lille .
le Marquis de Cernay S. Gal
Madame la Marquife les Danois ,
Valenciennes.
Madame la Comteffe de Cernay ,
Valenciennes.
12 1 4
III 2
1964
176 6
60 2
70 6 4
71 2 I
244 I
à
222 7
335 4 S
15922
20 43
22532
à
263 46
à
62 27
Laurent , Commiffaire des Guerres. 246 2 2
MARS. 1760 : 225
Meffieurs
Suite de Lille.
Vanzeler de Santes .
les Religieux de Loos , près Lille.
Madame la Princeffe de Rohan , Abbelle
de Marquére.
les Jéfuites de Douay.
l'Abbaye de l'Oos , près Lille, ( Second
Article. )
Mademoiſelle Beviere , de Douay.
Raziere de la Howardrie , à Douay.
de Logny , Directeur des Fermes,
Dante.
l'Abbaye de Saint, à Douay.
le Marquis de Barbançon.
Muiffard.
le Marquis de Croix.
de Caumartin , Intendant.
Taverne de Reneſeure .
Malus , Commiſſaire des Guerres.
m. 0. g.
129 7 4
134 3 2
110 5 S
161 S
55 3
24
le Marquis de Caftejas , Commandant à
Manhove , Magiftrat.
Mariambourg.
Turpin , Préfident à Mortier.
Baffet , Secrétaire d'Intendance.
de S. Pern , Lieutenant général .
les Jéfuites Ecoffois , de Douay.
Mauroy , Directeur des Domaines au
Hameau.
Somming , Lieutenant de Roi à Valenciennes.
l'Evêque de S. Omer.
Ingiliart du Plois.
Stappens de Fléchinel.
J
de Lefpaule , Négociant à Lille.
MM. les Trinitaires de Douay..
**
32 I 3
7513
38 64
40 I 7
27, 7
80 4 2
359 37
14 2 2
79 $ 5
86
2164
14 7 2
26
9067
t
119 7 $
336 D
39.3
37 7
375 3
70 3 3
186 1 6
5563
1867
K.V
226 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Suite de Lille.
Les Dames Brigitines de Douay.
d'Henin.
André d'Henin.
Les jefuites d'Armentieres.
L'Abbaye de Phalempin.
de la Haye , de Lille.
Les Jéfuites du Collège de Lille .
l'Abbé Chomel , Chanoine d'Arras.
L'Abbaye de S Bertin , à S. Omer.
de la Tuillerie , Commiflaire Ordonnateur
à Dunkerque.
Belzunce , Lieutenant de Roi à Douay.
Madame la veuve Cramé..
de Surmont Flégart.
de Malezieux , Recev. des Domaines ,
Palifot de Beauvais , Receveur des
Domaines.
Rouffel , Tréforier.
de Fouilleufe , Commandant pour le
Roi à Philippeville.
L'Abbaye de Château ,. en Flandres.
Libert de Beaumont.
m. g.
12 2 2
1433
If I 2
7 3 L
17 4 I
3362
215 62
6023
277 22
6456
45 66
IS 74.
44 3
8922
58 6 1 .
23 6.
17 4 I
2667
63 7
ROUE N.
Du 19 Novembre , au 1 Décembre 1759-
Meffieurs
Chateau . Giron , Directeur des
Fermes.
De la Beuyere , Direct. des Dom
Charles Defchamps , Négociant.
m. o. g. d.
6 46. I
317 7 15
45 1 22 ΓΟ
MARS. 1760. 227
Meffieurs
Suite de Rouen.
Le Marquis Doudelor .
le Préfident du Moucel.
le Préfident Louraille.
Madame l'Abbeffe de S. Louis .
le Febvre , premier Echevin de
Ville.
le Préfident de Bailleul.
Morel , Infpect. des Manufact .
Godinot , Inſpecteur des Indes.
le Préfident de Rouville.
de Chaffaigne , Receveur des
Tailles.
le Président de la Londe.
la Confréirie de S. Clément.
“ Therine , Abbé de S. Victor.
le Président de Motteville.
l'Abbé de Saint Ouin.
m. o. g . d.
81 7 4 12
110 7 12
395 3 12
9 1
546
27 I
119 I
17 I
9 6
171 I
672
7 12
322 I 12
115 7 9
9
14 6 12
6
161 1 4 12
19 12
43
Pigeon , Confeiller au Parlement. 44 4 21
Guerin , de Tourville . 70 I 3
LYON.
Du 26 Novembre au 14 Décembre 1759.
Meffieurs
le Chevalier de Vatenges .
le Commandeur du Saillant .
Poffuel Defverneaux , Préfident.
Guillard , l'aîné Négociant , Suiffe.
de la Vernette de Mâcon .
Mogniat , Docteur de Sorbonne .
1992
m.
0. g.
3
I 2
175 6
152
18 7 21
58 6 18
29
K vj
128 MERCURE DE FRANCE.
Suite de Lyon.
Meffieurs
m. •. g.
Dervieux , Duvillars. 635
16 4 12
10 S
Defpa gnat , Commandant à Bourg.
Vianet.
Tronchin , de Genève , Négociant . 109 4 9
Du Villars , Comte de Lyon .
le Meau , de Ville - franche.
Picaud de la Motte,
Rollin , de Saint Etienne.
le Maître , Médecin à Saint Etienne.
Thioliere , Chang . à St. Etienne.
de Lurieux , de S. Etienne.
le Curé de la Platriere.
Dugas , de Bois S. Juft.
Bodin , Maire de Mâcon.
l'Abbaye de Béniffons- Dieu.
De la Tour- du Pin .
les Chanoines de S. Chef.
l'Archevêque de Vienne.
l'Abbaye de S. André- le-haut.
les Chanoines de Fourviere..
le Curé de Condrieu .
71 13
59 4 IS
544 12
18 2 18
37
8321
20 I 6
30 I
180 6 21
45 63
25 1 12
3 12
SI 4 18
225 3
24 7 12
62
3 I 3
les Chanoines de S. Pierre de Vienne. 75 2 20
de S. Torrent , Abbé de S. Sulpice ,
Ordre de Cîteaux .
les Chanoines de l'Eglife Cathédrale
de Vienne.
de a Roquette , Secrétaire du Roi.
Terraffon , Négociant.
Valfrai , Imprimeur du Roi.
Jaquette , Curé de Saint Bonet.
222 3 12
33 S IS
128 2 15
88 3 18
45 [ 21
1 2 6
MARS. 1760.
22.0
LA ROCHELLE.
Du au 24 Décembre 1.7.59.
Meffieurs
Valler , de Sallignac de Marennes.
Poujaud de Montjardin , Receveur
des Tailles.
le Maréchal de Senectere , Commandant.
Madame Desherbieres , veuve .
Andrien, Commiffaire de la Marine
à Rochefort .
du Barail , Vice- Amiral de France.
Rochard , A vocat.
Les Bénédictins de S. Michel en
Therm .
de Pont , Tréforier de France .
Bechillon de Vallans .
le Marquis de Brémond.
m. 0.
g.t
142 5
502 I 6
57 7
2316
I 2
67 6
6
109 7 12
33
143 S 12
Petit , Receveur général des Fermes
du Roi. 154 3 12
BORDEA U'X.
Du 13 au 29 Décembre 1759.
Meffieurs
Latour , Recev. des Tailles d'Agen.
Les Bénédictins de Bordeaux .
La Grauler , Commandant du
Château Trompette.
Les Bénédictins de la Réole.
46
196 7:18
32 1 18
36
230 MERCURE DE FRANCE
Suite de Bordeaux.
Messieurs
Le Duc de la Force.
m. o. g.
3636 6
24 I Les Bénédictins de la Sauve. 6
Meilhan , Syndic du Chapitre de
Saint Michel de la Réole.
Le même.
le Duc de Lorges , Commandant en
75
7 I
Guienne.
Canniere.
124 3 6
10 7 21
TOULOUSE.
Du 12 au 31 Décembre 1759 .
Meffieurs
du Guefclin , Evêque de Cahors.
de Langles , Evêque de S. Papoul .
Nárbonne , Evêque de Laftoure.
MM . les Chapelains de Gazeron.
le Marquis d'Alzan .
de Celés , Confeiller au Parlement .
Grimaldy , Evêque de Rhodés.
Baftard , Profeffeur.
les Dames Feuillentines , de Toulouſe.
l'Abbaye de la Baftide des Feuillans .
le Comte de Marlartie .
Catalan , Evêque de Rieux.
m. o. g.
253 I2
290 4 12
219 3
123 2 12
726
73
54
28
ΙΣ
16 6 18
47 6
168 6
88
124 2
II 4 ΙΣ
Boucaud , Evêque d'Alet.
Madame Doujat.
de Fontange , Evêque de Lavaur .
d'Aignant , Préfident au Préfidial à
Auch.
le Comte de Lupé du Garonné.
Madame de Bonnal de la Granliere .
L'Eglife de la Baſtide du Seron.
64 3 ri
27 3
652
81.
77
MARS. 1760. 13 སྨྲ
MONTPELLIER.
Du 30 Novembre au 31 Décembre 1759.
Mefsieurs
le Chevalier de Botteville , Commandant
à Alais .
l'Evêque d'Alais.
l'Archevêque de Narbonne.
le Maréchal de Thomond.
l'Archevêque de Toulouſe.
le Comte de Rhote , Lieut. général.
le Marquis de S. Felix .
d'Alfanty , d'Alais.
l'Evêque d'Uzès.
le Chevalier d'Alais .
l'Evêque de Carcaffonne.
l'Archidiacre de Narbonne.
m. o. go
45 7 18
22 7
415 6
66 3 12
ISS 5 12
203 4 12
118 6 12
356
125 I
33 3 6₁
228 I
74 6 12
60 3 12
ر
Delpech , Ecuyer.
l'Evêque de Beziers.
l'Evêque de Lodève.
l'Evêque de Mende.
204 12
985
le Marquis de Calviere , Lieut, gén . 78 4
de Montaulieu S , Hypolyte.
275 S
283
DIJON.
Du 4 Décembre 1759 , au 7 Janvier 1760%
Meffieurs
de Gramond , Préfident à la Chambre
des Comptes.
de Buffon.
de la Martine.
m. o. g
47.4 . 12
61 4
19 5 124
** MERCURE DE FRANCE.
Suite de Dijon
Messieurs
Poulletier , Receveur Général des Domaines.
de Vergennes , Préfident à la Chambre
des Comptes.
Madame la Comtelle des Barres .
Le Prieuré de Maiziere , Ordre de
Citeaux.
de Vellemont , Confeiller au Parlem.
de Varrene , Secrétaire des Etats de
m. o. g.
40 6 12
40 7
14 I
185 2
47 1 6
122 6
Bourgogne .
de la Valette , Capitaine de Vaiffeaux. 280
Madame Rigoley. 411 7 18
de Montigny , Directeur des Fermes, 200 4 6 de Bouhier de Chevigny
.
de Montdragon , Maître- d'hôtel du
Roi
Gaudelet , Ecuyer.
de Breffey , Seigneur du Baffin
Vaillant.
Cureau , Prêtre à Chaillon.
Les Dames Religieufes de la Vifitation
de Dijon.
le Marquis de Longecour , Capitaine
148
339 3 18
15 18
60
8 2 18
127
161 2 18
1296
3:23 4
55 12
Ruffey , Préfident . 170 I 6
4. 3
le Chevalier Bouhier , Brigadier des
Armées du Roi. 249 5
896 6
le Marqns d'Inceny , de Châlons, 158
Les jacobins de Dijon. 73-418
Lamy de Sameray , ancien Confeiller
de Cavalerie.
au Parlement .
Madame la Préfidente Richard.
Perrault , Maire de Châlons.
Madame l'Abbeffe de S Julien.
MARS. 1760, 233
Meffieurs
Suite de Dijon.
m.
Madame la Préfidente de Verfalieux . 79, 2
l'Abbé Ballin.
Les Dames Religienfes du Réfuge de
Dijon.
Madame la Préfidente de Périgny.
Madame de Migieux.
de Buffon . Second Article. )
Madame de la Foreſt,
63824
61 1 12
127 5 12
235 1 6
39 S 12
2303
PERPIGNAN.
Du 6 au 11 Décembre 1759.
Meffieurs
le Grand - Prieur de Cahors.
de Redon , Lieutenant de Roi.
le Commandant de Cahors,
Le même.
Hugues.
m. o. g.
93 12
102 I
86 3
65
12
21 7
Meffieurs
ORLEANS.
Du 2 au 11 Janvier 1760.
L'Eglife de S. Vincent d'Orléans.
L'Eglife Royale de S. Aignant.
Les anciens Carmes.
Les Carmes déchauffés.
Le Seminaire d'Orléans.
m. o.
15 S
132 5
34 6 12
35
z 2 X2
234 MERCURE DE FRANCE.
Messieurs
Suite d'Orléans:
Les Chartreux d'Orléans .
Les Minimes d'Orléans .
Les Jéfuites du Collège d'Orléans.
Les Jéfuites de la Congrégation.
Les Religieux d'Ambert.
de S. Michel , premier Préſident de
la Chambre des Comptes de Blois.
Les Religieux de l'Abbaye de l'Aumône
, dite le petit Cîteaux , dans
le Comté de Dunois .
"
Les Freres Prêcheurs d'Orléans .
Poulin , Prieur de Vouron.
MM. du Chapitre de l'Eglife de Notre-
Dame de Clery , Diocèſe d'Orléans.
m . o. g.
45 4
19 2
130
SI S
26 2 18
79 2 12
22 3
34 2
3 I
24 2 露
LIMOGES.
Du 17 Janvier au 3 Février 1760 .
" Meffieurs
Les Bénédictins de Limoges.
Limoges.
Madame l'Abbeffe des Allois , de
Alexandre Galard de Béarn.
L'Abbaye de Solignac.
L'Evêque de Perpignan .
m. o. g.
38
16
14 7
33 2
226 4 I
MARS. 1760. 235
BOURGES.
Du 22 Janvier au 11 Février 1760 .
Meffieurs
L'Eglife de Bourges.
Les Bénédictins de Bourges .
L'Abbaye de Saint Laurent .
MM. les Chanoines Réguliers de
Bourges.
Les Auguftins de Bourges.
m. o. g.
୨୨ 7
27.6
24 4
46
12 I
235
Les Bernardines de Bourges. 35 I
+44
La Paroiffe de Saint Pierre ,
le
Les Peres Jéfuites.
marché de Bourges.
La Congrégation deſdits Jéfuites .
d'Orfanne de Tizay , d'Iffoudun .
38 2 2
40 I
18 3 2
19 5 6
Meffieurs
AMIENS.
Du Février , au 13 dudit.
L'Abbaye de Cercamps .
le Vaffeur .
le Marquis de Clermont-Tonnerre.
m . o.
g.
34 7 S
10 I I
13857
23.6. MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
TOURS.
Du 2 au 28 Janvier 1760.
Les Religieux de l'Abbaye de Bourgueil.
MM. du Chapitre de S, Martin.
Les Dames Religieuf.de la Virginité,
Ordre de Citeaux.
L'Eglife de S. Gation, de Tours.
Les Jéfaites du Collège, de Tours.
Les Religieux Feuillans .
Les Peres Minimes du grand
Couvent lès- Tours.
m. 0. g.
31 7 16 12
991 19 12
14 3 22 12
6
9
34 2
so
11 3 19 12
18 6 9
CAEN.
Du 11 ay 31 Décembre 1.7 5.9º
Meffieurs m.
Les Jéfuites. 28 S
Les Dames de la Charité . 9 64%
Dufrêne. 43 3 S
Madame de la Narvanderie. 17 47
Boquet. 10 5 4
de la Virganerie.
Madame & Mlle de Sévaut.
Madame de Baron.
17 4 1
103 I f
7942
Madame de Claffy. 24 រ
d'Hermanville.
de Freſnel. 8967
MARS. 1760. 237
Suite de Caën.
Meffieurs
de Louvigny.
L'Abbaye de Beaumont.
L'Abbaye de S. Vigor.
Le Curé de Talvaude.
Madame de Carbonel.
L'Abbaye de Cérify.
Madame de Saint Louver.
Madame de Lagny.
M. 0. g.
55 24
17 6 1
19 6 4
20 2 I
2253
1422
IIS
46.4 5
31 53
13 47
de Caligny.
de Molandé.
d'Aurcher.
29 25
Madame de Branay. 154 6.4
l'Evêque de Lifieux. 201 I S
de Belleville.
de Miéville.
Marie , Avocat.
123 26
12 2 5
9.3.5
Les Confreres de Condé. ΤΟ 2
L'Abbaye de Barbery.
66 15
Madame le Vaillant.
de Baudis .
32 27
35 3 4
Madame de Buron.
d'Hourville.
le Marquis d'Harcourt.
de Therre.
de Caligny.
Piedoux.
Routier.
de Biodoffe.
Madame de Caftilly .
21 2
129 6 7
170 I 4
79 47
3525
134 7.3
45
16
27 66
203 7 I
238 MERCURE DE FRANCE.
RIOM.
Du 10 Décembre 1759 , au 5 Janvier 1760 .
Meffieurs
m. o. g.
Dufraiffe Duché , Procureur du Roi. 87 7 4
le Comte de Jampigny.
de la Vilatel.
Du tour Carré .
le Marquis de Chabanne .
1307
57 4
255
54 7
Disbray , Receveur des Tailles.
le Comte de la Richardie .
de Laval de la Crême , Subdélégué
. à Riom.
Les Bénédictins de la Chaife- Dieu.
Les Bénédictins de Saint Allir de
Clermont.
L'Evêque de S. Flour,
SS I
7936
746
193 16
30 52
191
PASU.
Du 12 au 28 Décembre 1759.
Meffieurs
m. o. g.
le Comte de Grammont. 328 1 15
de Lille , Commiff. des Guerres. 95 5 15
de Courreges Agnos , Confeiller
au Parlement .
le Baron d'Arboucave .
de Belegarde , Lieuten. de Roi.
108 7 15
34 6 18
87 3
MARS. 1760. 239
Meffieurs
Suite de Pau .
Lavant , Receveur des Décimes
à Tarbes.
Les Bénédictins de S. Severcap .
de Logras , Confeiller au Parlement
de Navarre.
m. o. g. d.
13 I
822
4 12
49.3 6
POITIERS.
Du 31 Décembre 1759 , au 17 Janvier 1760 .
Meffieurs
de Choupper , Major du Régiment
de Beauvilliers .
Fouen , Receveur des Tailles.
L'Abbaye de Ste , Croix de Poitiers .
L'Abbaye de l'Etoille , Ordre de
Cîteaux .
m . o. g.
156 5 12
26 I 12
36 6 12
42 If
52 3 12
26 4 18
>
L'Abbaye du Pin , Ordre de Cîteaux .
Palteau , Tréforier de France.
L'Abbaye Royale de Bonnevaux
Ordre de Cîteaux .
L'Abbaye de Saint Jouin , Ordre
de Saint Benoît.
II I
38 7 12
་ ,
I
240 MERCURE DE FRANCE.
BESANÇON.
Du 22 Décembre 1759 , au 8 Janvier 1760 .
Meffieurs
Sarrette.
L'Abbaye de Luzelle.
Colombe.
de Génevreuille.
Mirondot.
de la Rouffelliere.
de Villier.
de Franchevelle.
L'Abbaye de Chalieux.
le Comte de Molans.
´m. o. f.
576
25 5
3612
15378
14 7 If
12 I
d2f-12
18 3 12
-86
12 1
De l'Imprimerie de SEBASTIEN JORRY ,
rue & vis-à-vis la Comédie Françoiſe.
DE FRANCE ,
DÉDIÉ A U ROI .
JANVIE R. 1760 .
PREMIER VOLUME.
Diverfité , c'est ma devife . La Fontaine.
Chez
Вор
Cachin
Silius inve
Sculp
A PARIS ,
( CHAUBERT , rue du Hurepoix.
JORRY , vis a-vis la Comédie Françoife .
PISSOT , quai de Conti.
DUCHESNE , rue Saint Jacques.
CAILLEAU , quai des Auguftins.
CELLOT , grande Salle du Palais.
Avec Approbation & Privilége du Roi,
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY
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ASTOR , LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
1905
AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier Commis au
Greffe Civil du Parlement , Commis au
recouvrement du Mercure,rue Sainte Anne,
Butte Saint Roch , à côté du Sellier du Roi.
C'eft à lui que l'on prie d'adreffer, francs
deport , les paquets & lettres , pour remeetre
, quant à la partie littéraire , à M.
MARMONTEL, Auteur du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36fols ,
mais l'on ne payera d'avance , en s'abonnant
, que 24 livres pour feize volumes
à raifon de 30 fols pièce.
Les perfonnes de province auxquelles on
enverra le Mercure par la pofte , payeront
pour feize volumes 32 livres d'avance en
s'abonnant , & elles les recevront francs
de port.
Celles qui auront des occafions pour le
faire venir, ou qui prendront lesfrais du port
fur leur compte , ne payeront comme à
Paris , qu'à raifon de 30 fols par volume ,
c'eft - à- dire 24 livres d'avance , en s'abonnant
pour 16 volumes.
>
Les Libraires des provinces ou des pays
étrangers qui voudront faire venir le
Mercure , écriront à l'adreffe ci- deffus.
A ij
On fupplie les perfonnes des Provinces
d'envoyer par lapofte , en payant le droit ,
le prix de leur abonnement , ou de donner
leurs ordres , afin que le payement enfoit
fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neferont pas affranchis ,
refteront au rebut.
On prie les perfonnes qui envoient des
Livres , Eftampes & Mufique à annoncer ,
d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Piéces tirées des
Mercures & autres Journaux , par M.
Marmontel , fe trouve auffi au Bureau
du Mercure. Le format , le nombre de
volumes & les conditions font les mêmes
pour une année.
A VI S.
On trouvera le Mercure dans les Villes
nommées ci- après.
Abbeville chez L. Voyez.
Amiens , chez François , & Godard .
Angers , chez Jahier.
Arras , chez Nicolas , & Laureau.
Auxerre , chez Fournier.
Bâle en Suiffe , à la Pofte.
Beauvais , chez Deffaint.
Berlin , chez Jean Neaulme , Libraire François.
Befançon , chez Briffault.
Blois , chez Maſſon.
Bordeaux , chez Chappuis l'aîné , à la nouvelle
Bourſe , Place royale ; les freres Labottiere ,
Place du Palais ; L. G. Labottiere , rue Saint
Pierre , vis- à-vis le puits de la Samaritaine , &
J. P. Labottiere , rue S. James , & à la Pofte .
Breft , chez Malaflis.
Brie , chez Lefevre,
Bruxelles , chez Pierre Vaffe , F. Serſtevens , &
J. Vendenberghen.
Caen , chez Manouri.
Calais , chez Gilles Née , fur la grande Place.
Châlons en Champagne , chez Bricquet.
Charleville , chez Thezin.
Chartres , chez Feftil & Goblin .
Coppenhague , chez Chevalier , Libraire François .
Dijon , à la Pofte , chez Mailly, & Coignard de la
Pinelle.
Falaife , chez Piftel- Préfontaine. '
A iij
Francfort.
Fribourg en Suifle , chez Charles de Boffe.
La Rochelle , chez Salvin & Chabou.
Liege , chez Bourguignon .
Leipfik , chez M. de Mauvillon ..
Lille , chez la veuve Pankouke.
Lyon , à la Poſte , chez J. Deville.
Marſeille , chez Sibié , Moffy , Boyer & Ifnard
fur le Port.
Meaux , chez Charles.
Montargis , chez Bobin.
Moulins , chez Faure , & la veuve -Vernois.
Nancy , chez Nicolas.
Nantes , chez la veuve Vatar.
Nifmes , chez Gaude.
Noyon , chez Bonvalet.
Orléans , chez Roſeau de Monteau.
Poitiers , chez Faulcon l'aîné , & Félix Faulcon.
Rennes , chez Vatar pere , Vatar fils , Julien Vatar
,Julien - Charles Vatar , & Garnier & Com—
pagnie
Rheims , chez Godard.
Rouen , chez Hérault , & Fouques.
Saint- Malo , chez Hovius.
Saint-Omer , chez Jean Huguet .
Senlis , chez Desroques.
Soiffons , chez Courtois.
Strafbourg , chez Dulfecker , & Pohole .
Touloufe , chez Robert , & à la Pofte.
Tours , chez Lambert , & Billaut.
Troyes , chez Bouillerot.
Verſailles , chez Fournier.
Vitry-le-François , chez Seneuze.
2
AVANT - PROPOS.
vij
LA
A bienveillance que m'ont témoignée
les gens de Lettres , les Sçavans &
les Artiſtes , & les fecours que j'en ai
reçus , exigent toute ma reconnoiſſance ,
& je leur en dois un témoignage public.
Je dois auffi des excufes à ceux dont les
piéces tardent à paroître : l'efpace deftiné
aux Sciences & aux Arts utiles , ne
fuffit prefque jamais à l'affluence des mémoires
qui me font remis ; & la crainte de
rendre ce recueil trop férieux , m'empêche
d'étendre cette partie.
On fe plaint depuis longtemps que
la Poëfie eft négligée ; on peut voir
cependant par les effais de quelques
jeunes Poëtes dont j'ai eu le bonheur de
faire mes amis , & qui ont bien voulu
enrichir le Mercure des premiers fruits
de leurs talens ; on peut voir , dis - je ,
qu'ils n'auroient befoin que d'être encouragés.
Le moyen de faire fleurir les Arts,
A iv
viij
-
AVANT
PROPOS
.
c'eft de paroître s'occuper du bien-être
des Artiſtes.
Les bons Ecrivains en profe font pref
que tous appliqués à des ouvrages de longue
haleine , & les Pièces fugitives qu'ils
me donnent par intervalles ne doivent
être regardées que comme leurs délaffemens.
Je tâche quelquefois d'y fuppléer
par de petits Contes ; & fi le Public veut
bien s'en amufer , je fuis plus que dédommagé
du travail & du temps qu'il m'en
coute .
Ce qui m'occupe le plus férieuſement ,
ce font les extraits des Livres nouveaux .
Mais je me propofe dans cette partie
deux différens objets , felon la nature
des Ouvrages que j'examine : L'un eft
de rappeller , autant qu'il eft en moi ,
la Philofophie & la Littérature à leurs
vrais principes , par l'analyfe & la difcuffion
de tout ce qui eft du reffort de
la raiſon & du goût ; L'autre eft de donner
à mes Lecteurs une idée fubftantielle
des Livres hiftoriques ou fcientifiques
AVANT - PROPOS. ix
qu'ils ne font pas en état d'acquérir , ou
qu'ils n'ont pas le loifir de lire , & dont
l'examen critique eft d'ailleurs trop audeffus
de mes lumières .Ainfi, par exemple,
l'extrait d'un Livre d'hiftoire n'en fera
dans le Mercure que le tableau très- abrégé
, c'est - à - dire , à- peu -près ce qui en
reſteroit dans la mémoire après une lecture
attentive. Ma méthode eft la même.
à l'égard de tous les Livres qui roulent
fur des obfervations , des découvertes ou
des faits. Je fçai bien que le petit nombre
des gens ftudieux qui lifent à fond ces.
Ouvrages , en doivent trouver les extraits
fuperflus ; mais le grand nombre de ceux
qui ne veulent ni ne peuvent tout lire ,
doivent me fçavoir gré d'un travail que
je me fuis impofé pour eux.
On m'a communiqué fur la rédaction .
du Mercure des obfervations qui peuvent
m'être utiles , & dont je tâcherai de faire
uſage avec le temps ; juſqu'ici les marques
de fatisfaction que je reçois me perfuadent
que le Public eft content de mes
A▾
x AVANT - PROPOS.
foins , & cet encouragement ne fera
que redoubler mon zèle. Je fupplie les
gens de Lettres, les Sçavans & les Artiftes
de continuer à le feconder.
On me preffe depuis quelque temps de
donner un recueil de mes Contes ; & je
m'y fuis déterminé , furtout par la crainte
de les voir paroître ailleurs avec des fautes
d'impreffion , qu'on ne manqueroit
pas d'ajouter aux négligences qui me font
échappées dans une compofition trop
rapide. Je travaille actuellement à donner
le premier volume du recueil de
ces Contes que j'ai retouchés avec foin.
On pourra fe les procurer par la même
voie que le Mercure .
MERCURE
DE FRANCE.
JANVIE R. 1760.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
L'ESPRIT ET LA BEAUTÉ ,
FABLE .
FIERE d'avoir reçu mille attraits en partage ,
La Beauté , de l'Esprit qui lui rendoit hommage
Dédaignoit les dons enchanteurs.
»Qu'ai-je befoin pour enchaîner les coeurs ,
»(Difoit- elle à l'Eſprit :)) de ce brillant langage
» Dont vous me vantez les douceurs ?
» En ai-je moins d'adorateurs ?
1. Vol. A vi
11 MERCURE DE FRANCE..
» Allez , je prife davantage
>> Un ruban, un pompon , ou la moindre des fleurs
Que tout votre vain étalage .
>>
>> O Beauté ! quelque jour vous changerez de ton »
Lui répondit l'Efprit d'un air doux & modefte :
>> Ceci n'eft point une chanson.
» Mais pour vous arracher à votre erreur funefte
>> Retenez bien cette leçon :
La Beauté fuit , & l'Elprit refte .
Par M. LE MONNIER.
A MON FILS.
J'ENTRO ' ENTROIS dans ma vingtième année ,
Et je me plaignois à l'Amour
De la lenteur de l'hyménée :
Il m'exauça , tu vis le jour.
Dans l'émotion la plus tendre
Entre mes brasje te reçois :
Hélas ! que ne peux- tu m'entendre ,
Mon fils , & répondre à ma voix ?
Dans la langueur du premier âge ,
Parmi les larmes & les ris ,
A peine connois - tu l'ufage
De tes organes afſoupis.
JAN VTE R. 1760 . 15
Sçais-tu qu'on te verra peut -être
A nos maux communs deſtiné ,
Moins affecté du plaifir d'être
Que du vain regret d'être né?
Sçais- tu qu'aux paffions en proie ,
Dévorés de mille defirs ,
Mon fils , jufqu'au fein de la joie
Il nous échappe des foupirs ?
Dans la carrière de l'étude ,
Que tu vas répandre de pleurs !'
Que le travail nous paroît rude ! ·
Que d'épines parmi les fleurs!
Dans cet âge que la Nature
A rendu fi propre aux amours ,
Mon fils , quelle vapeur obfcure
Se répand fur tes plus beaux jours !
Tremble... Je vois une Maîtreffe
Fixer tes regards incertains :
D'abord ta naïve tendreffe
Ne t'offre que d'heureux deſtins.
Un nouveau monde vient d'éclore ,
L'air eft plus pur , le jour plus beau ; *
De l'objet que ton coeur adore
Tout emprunte un éclat nouveau.
14 MERCURE DE FRANCE.
Du bonheur , cette vaine image
Te prépare un triſte avenir ;
Infenfé ! c'eſt dans l'esclavage
Que tu vas chercher le plaifir .
Ces Peuples des riches contrées
Que l'Eſpagnol audacieux
Dans fes fureurs dénaturées
Força d'abandonner leurs Dieux ;
Ces infortunés que la guerre
Retient dans nos fers abattus ,
Qui jadis de notre hémisphere
Ne connoiffoient que les vertus ;
Mon fils , ils font moins miſérables
Que ces coeurs féduits & charmés
Qu'on voit d'inconftance incapables
Languir fans l'efpoir d'être aimés.
Souvent une ardeur réciproque
Entraîne encor de vrais malheurs ;
Crois-moi , ce bonheur équivoque
Eft la fource de bien des pleurs,
De l'avarice , de l'envie ,
Et même de l'ambition ,
Je redoute peu pour ta vie
La dangereufe impreſſion.
1
JANVIER. 1760 . 15
Pour toi l'amour eft plus à craindre ,
L'amour dont l'immenſe pouvoir
Sçait fi facilement enfreindre
Tout ce que prefcrit le devoir.
De fes faux attraits idolâtre
Le héros même eft dans les fers :
Antoine aux pieds de Cléopatre ,
Oublioit Rome & l'Univers.
De la tranquille indifférence
L'ennuyeuſe infipidité
Infulte en vain à la puiſſance
Qu'a prife fur nous la Beauté.
La Beauté du Ciel eft l'ouvrage :
Pour aimer les hommes font faits.
Du Ciel , mon fils , reçois en Sage
Et les rigueurs & les bienfaits.
Par M. de C.*** des Académies de Caën ,
de Ville -francke , d'Angers, & de la Société
littéraire- militaire de Befançon .
16 MERCURE DE FRANCE.
TRADUCTION libre de l'Ode d'Horace,
Paftor cum traheret per freta navibus , &c.
LORSQUE ORSQUE bravant des Grecs la colère éclatante,
Loin des bords d'Eurotas fuyant dans fes vailfeaux
,
Le perfide Pâris aux pieds de fon amante
Fendoit le fein des mers & voloit fur les eaux ,]
Du liquide élément les cavernes profondes
Retentirent foudain d'affreux mugiſſemens ;
Un effroyable voix fortant du fein des ondes ,
Confondit en ces mots ces coupables amans:
Ceffe de t'applaudir de tes lâches conquêtes :
La honte te fuivra juſques dans ton palais.
Mars entouré de feux appelle les tempêtes
Qui vont renverfer Troye & punir tes forfaits.
Tyfiphone éclaira ton fatal hyménée ,
La difcorde infernale a volé fur tes pas ;
Elle aflemble les Rois , & fa bouche effrénée
Souffle dans l'univers la fureur des combats .
En vain fur tes vaiſſeaux tú fuis Lacédémone ;
Tu trouveras partout les guerriers inhumains.
Affife fur lon ch.r l'invincible Bellone
A déja fait briller le glaive dans fes mains.
JANVIE R. 1760 . 17
Bientôt des Phrygiens les fuperbes murailles
Se verront menacer par de fiers bataillons :-
O Ville déplorable ! ô que de funérailles
Vont de tes champs déferts engraiffer les fillons !!
Au fond de ton Palais , ta voix tendre & galante
En vain s'unira -t- elle au fon des inftrumens ,
Par fes fons belliqueux la trompette éclatante
Bientôt viendra troubler tes timides accens.
Dans les bras du fommeil Bellone enfanglantée
T'offrira des combats le funefte appareil ,
Et de tous leurs périls l'image redoutée ,.
Perfide , te fuivra jufques à ton réveil .
Le choc des bataillons , le bruit confus des armes,
Les cris pénétreront jufqu'à tes lits de fleurs 3
Si des combats fanglans Pâris fuit les allarmes,
Qu'il n'en puiffe du moins éviter les malheurs..
Que dis je ? De la mort le glaive redoutable :
Sufpendu fur ta tête accompagne tes pas ;
Tu n'en peux arrêter le coup inévitable :
Tu deſcendras enfin dans la nuit du trépas.
De rage étincelant , guidé par la vengeance ,
Ménélas dans ton fang veut laver fon affront.-
Vois le fier Mérion que la terreur devance :
Sa valeur intrépide éclate fur fon front..
18 MERCURE DE FRANCE.
Vois Pyrrhus au hazard répandant le carnage :
Bientôt il paroîtra dans tes fuperbes tours :
Au milieu des Troyens qu'immole fon courage ,
Ses yeux cherchent tes traits , fa main pourfuit tes
jours.
Tu fuiras devant lui comme on voit dans la
plaine
Le cerf à pas légers fuir devant un Chaffeur ;
Lâche , tu fuis en vain , arrête ! Ton Hélène
Te regarde indignée , & voit ton deshonneur.
Achille s'eft armé du glaive de la guerre ,
Troyens, vous ne pourrez rallentir les tranfports :
Hector vient d'expirer fous fa main fanguinaire ;
Fuyez ; Achille & Mars ont uni leurs efforts.
CALYPSO à TELEMAQUE.
HEROIDE.
A INSI donc le deſtin dans les murs de Salante
Fixe pour un moment ta fortune flottante ;
Tu triomphes , ingrat , & ta crédulité
S'eft de tous tes forfaits promis l'impunité.
Que fais-je ? En ce moment ta coupable imprudence
Peut- être ofe accufer ma haine d'impuiffance.
JANVIE R. 1760.
19
Je veux avec le jour t'arracher ton erreur :
Par mon amour paſſé juge de ma fureur .
Non , tu ne verras point cette Ithaque chérie
Ce fejour que je hais , cette obfcure patrie
Pour qui ton coeur jadis d'un vain eſpoir flatté
Méprifa mon amour & l'immortalité .
Grands Dieux , fi vos décrets permettent qu'il la
voie ,
Puiſſe- t- il ne goûter qu'une trompeuſe joie.
Oui , traître , qu'auffi-tôt un nuage odieux
Abufant ton eſpoir la dérobe à tes yeux ;
Qu'à te perfécuter la fortune conftante
Promène fur les mers ta deftinée errante ;
Que les vents échappés de leurs fombres cachots
De la mer contre toi foulevent tous les flots ;
Et pour combler mes voeux,qu'un funefte naufrage
M'offre ton corps mourant pouffé vers mon rivage;
Que ta Nymphe en pleurant fur ton malheureux
fort
Par fes cris douloureux appelle en vain la mort.
Dieux , quel plaifir de voir ma rivale plaintive
Rappeller vainement ton ame fugitive !
Mes yeux au lieu des tiens jouiront de fes pleurs
Et ma préfence encore aigrira fes douleurs.
Sans me déplaire alors , de cyprès couronnée ,
Elle pourra gémir à tes pieds profternée ,
Et je n'envirai plus ni ſes gémiſſemens ,
Ni fes tendres regards , ni ſes embraſſemens.
20 MERCURE DE FRANCE.
Mais je frémis ; mon coeur, mon foible coeur foupire
:
Dieux, feroit- ce d'amour? .. Ah ma fureur expire !
Malheureuſe , je l'aime & le hais tour-à- tour.
Que dis-je ! cette haine eft un tranſport d'amour .
Télémaque , je céde : oui , c'eſt ma deſtinée.
Sous le joug de l'amour ma haine eſt enchaînée .
N'en crois pas les tranfports où j'ai pu me livrer ,
Ne crains rien ; Calypo ne peut que t'adorer.
Grands Dieux , n'exaucez pas ma funefte prière ;
C'étoit contre moi - même armer votre colère.
Quand mon coeur pour l'ingrat tremble au moindre
danger ,
Hélas ! que je fuis loin de vouloir me venger !
Quelle étoit ma fureur ? Oui , Dieux , je vous
implore ,
Mais ce n'eft qu'en faveur de l'objet que j'adore ;
Et s'il faut éprouver far lui votre pouvoir ,
Confultez mon amour , & non mon déſeſpoir.
Mais , hélas ! que dis- tu , malheureufe Deelle ?
Arrête , où t'emportoit une indigne foibleffe ?
Songes-tu qué le traître , au mépris de ta foi ,
Ole former des voeux qui ne font pas pour Toi?
Oui, tandis que pour lui lâchement fuppliante
Je fais des voeux ... l'ingrat en fait pour fon
amante ,
Et fon farouche orgueil , que je n'ai pu dompter ,
Ne fe fouvient de moi que pour me déteſter.
JANVIER . 1760.
21
Ah ! quand tu vins tremblant au fortir du naufrage
M'offrir de tes malheurs l'attendriffante image ,
Moi-même je devois , prévénant tes affronts ,
Te replonger vivant dans ces gouffres profonds ,
Dans ces gouffres affreux que le fort te prépare ,
Habités par la mort , & voifins du Ténare .
'Dans ton coeur ennemi pourquoi mon foible bras
Héfita- t-il alors de porter le trépas ?
Sur la tête du fils offert à ma colère
Ma main devoit venger la trahiſon du pere ;
Et ta mort m'épargnant un fatal entretien
Devoit punir fon crime & prévenir le tien .
Mon orgueil offenſé des mépris d'un parjure
Se croyoit déformais à l'abri d'une injure :
Je défiois l'Amour , auteur de tous mes maux ;
Je jurai d'immoler au foin de mon repos
Tous les infortunés que leur deftin funeſte
Conduiroit vers ces bords que Calypfo détefte
Leur fang a cimenté cet horrible ferment ;
J'ai cru dans chacun d'eux immoler un amant.
Tu parus , mon courroux s'armoit pour ton fupplice
;
Tu t'avances , je vois... J'aime le fils d'Ulyſſe ,
A la tendre pitié j'abandonne mon coeur ,
J'y laiffe entrer l'amour au lieu de la fureur.
Au meurtre dès longtemps ma main accoutumée,
22 MERCURE DE FRANCE.
Ma main par un mortel ſe vit donc défarmée ,
Je n'ofai la plonger dans ton coupable flanc !
Sanglante , je craignis de répandre le fang!
Cette divinité dont le mâle courage
Jadis fe nourriffoit de meurtre & de carnage ,
Dont la rage guidoit les farouches tranſports ,
Dont le bras tant de fois enfanglanta ces bords ,
A l'aspect d'un mortel défarmée & tremblante
Soupire & n'eft déja qu'une timide amante .
Calypfo ne hait plus en ce funefte jour ;
Le poignard à la main elle implore l'amour.
Qu'aifément tu furpris ma raifon égarée !
De mon coeur imprudent je te livrai l'entrée.
Je respectois ces jours , ces jours infortunés
Des piéges du trépas fans ceffe environnés ,
O fouvenir cruel d'une ardeur inſenſée !
O pleurs ! déſeſpoir d'une amante offenſée !
Télémaque ! .. Eucharis ! .. déteſtables amans ! ..
Malheureufe ! que faire en ces affreux momens ?
Vous m'évitez en vain , je vole fur vos traces ...
Mais , que dis-je ? voudrois-je augmenter mes difgraces
!
Mes yeux pourroient - ils voir leurs tranſports
amoureux ,
Et leurs embraffemens infulter à mes feux ?
Encor fi je pouvois au gré de ma furie
Brifer le noeud cruel qui m'enchaîne à la vie ,
Étouffer mes douleurs dans le fein du trépas...
JANVIE R. 1760. 23
Mais je ne peux mourir... Eh bien toi , tu mourras.
Oui je veux dans ton fang plonger ma main
fumante ,
Sous les yeux,dans les bras de ton indigne amante:
Oui dans fes bras fanglants , ingrat , tu vas périr :
Dieux , vengez par mes mains fon infidélité ;
Je vous pardonne alors mon immortalité.
Non , c'eſt peu de la mort pour une telle offenſe.
Sombre Divinité des malheureux amans ,
Cruelle jaloufie , arme tous tes ferpens ,
Allume dans mon coeur tous les feux de la rage ,
Je le foumets à toi , régne en moi fans partage.
Etouffe de l'amour les foupirs & les voeux :
C'en eft fait , je me livre à tes plaifirs affreux ,
Change en noire furie une timide amante ,
Enhardis ce poignard dans ma main chancelante..
Que dis-je ! il n'eft plus temps , il a fçu m'échaper
Eucharis , dans tes bras il falloit le frapper.
O fouvenir affreux ! jour fatal à ma gloire ,
Où ma préfence même ennoblit fa victoire !
Je courois me venger & te percer le fein ,
Elle vit le poignard qui tomboit de ma main ,
Elle vit expirer mon impuiffante rage...
Qu'elle va détefter ce funefte avantage !
Oui ſur elle je veux, punir ta trahiſon ;
Je veux de tes mépris lui demander raiſon .
Si tu veux adoucir le malheur qui l'accable ,
24 MERCURE DE FRANCE.
Pour la juftifier , ceffe d'être coupable ,
Viens me rendre le coeur qu'elle m'avoit ravi.
Ah ! fi du repentir le crime étoit fuivi ,
Si tu venois enfin , terminant mon fupplice ,
Dans mes yeux attendris lire ton injuſtice :
Si ta bouche abjuroit ta haine & ta fierté ,
Je ne me fouviendrois de ma divinité
Que pour rendre immortels tes feux & ma tendreffe.
Viens défarmer mon bras, c'eſt l'amour qui t'en
preffe ;
Viens régner avec moi ; c'en eft fait , oui je veux
Que le Dieu de mon coeur foit le Dieu de ces
lieux ,
Que du bruit de mes feux l'Univers retentiſſe ;
Qu'à ma félicité tout l'Olympe applaudiffe ;
Qu'élevé déformais au rang des Immortels,
Tu partages l'encens qu'on offre à mes autels.
Sous les berceaux fleuris de ce riant boccage ,
Dans cet Olympe enfin , le célefte breuvage
Nous fera préfenté par la main des Amours ,
Et feuls ils fileront la trame de nos jours.
Ne crains point qu'à leurs mains la Parque les
raville.
Viens merendre un bonheur qui jamais ne finiſſe;
Que d'éternels plaifirs fcellent notre union...
Songe délicieux ! charmante illuſion !
Pouvez- vous un moment occuper ma penſée ?
Ah ,
JAN VIE R. 1760 . 25
Ah , ceffez d'abufer une amante infenfée :
Pour mon coeur malheureux les plaifirs font-ils
faits ?
Inutiles foupirs ! inutiles fouhaits !
Aveugle Calypfo ! Déeffe infortunée !
Hélas ! à mon malheur je fuis donc enchaînée.
Il faudra de regrets me nourrir chaque jour :
Je verrai tout finir excepté mon amour.
Comment me dérober au feu qui me dévore ?,
Je retrouve partout le cruel qui mabhorre.
Ton image importune irrite mes ennuis ;
Préfent tu me fuyois , abfent tu me pourfuis.
Peut-être apprendras- tu ma trifte deſtinée ;
Mais fitu fçais les maux où tu m'as condamnée ,
Si du moins la pitié peut encor t'attendrir ,
Plains - moi furtout , plains - moi de ne pouvoir
mourir.
Voilà ce que j'ofe appeller une belle Héroïde. Puif.
fent les talens du jeune Poëte intéreffer en fa favear
les véritables Amis des Lettres !
'I. Vol.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
FIDELIA ,
HISTOIRE ANGLOISE.
Nota. Ce Morceau m'a paru rempli d'une
morale faine & profonde : ceux qui le regarderoient
comme un conte frivole n'y auroient pas
affez réfléchi,
JEE fuis fille d'un Gentilhomme qui
étant le cadet d'une ancienne famille
avoit employé toute fa fortune à acquérir
une charge confidérable à la Cour.'
Quand je perdis ma mere je n'avois encore
que douze ans, Mon pere qui m'aimoit
avec une tendreffe exceffive , réfo
lut d'être mon précepteur. Sa prévention
pour moi lui fit croire que mon efprit
étoit au- deffus du commun : rempli de
cette idée , il ne négligea rien pour cultiver
mes talens naturels par tous les fecours
d'une bonne éducation. C'étoit un
homme de bon fens & qui ne manquoit
pas de fçavoir. Il avoit été libertin dans
fa jeuneffe , & il étoit devenu ce qu'on
appeile efprit-fort ; mais quelque liberté
qu'il fe fût donnée dans fes premiers
ans , comme il fe trouvoit alors avancé
en âge , il avoit affez de fageffe monJANVIE
R. 1760 . 27
daine pour fentir qu'il falloit préferver
fa fille des excès qu'il n'avoit regardés
dans fa propre conduite que comme de
légers écarts.
Il s'appliqua donc férieufement à
m'inspirer l'amour de l'ordre , à me donner
une jufte idée de la bonté morale ,
& du bonheur qui doit être la récompenfe
de la vertu ; mais en même temps
il ne craignoit pas de me dire que fon
but étoit d'affranchir mon efprit de la
fuperftition & des préjugés vulgaires.
Comme les motifs qu'il me propofoit
pour m'attacher à la vertu & m'éloigner
du vice , n'avoient point de liaifon néceffaire
avec l'immortalité de l'ame , je
n'avois aucune raifon pour enviſager un
état à venir avec des fentimens d'efpérance
ou de crainte . Toutes les fois que
je preffois mon pere fur ce fujet , il m'enfeignoit
toujours que la doctrine de l'immortalité
ne devoit point influer fur ma
conduite , ou troubler la paix de mon
ame ; parce que la vertu qui fuffifoit pour
affurer notre bonheur en cette vie , nous
Paffureroit auffi dans l'autre. Je m'accoutumai
donc à ne faire aucune attention
à cet avenir, où pour parler fincérement,
je n'y ajoutois aucune foi : car , fans
que mon pere s'expliquât , je m'apper-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
cevois clairement qu'il n'y croyoit pas
lui-même .
Douée d'un caractére fléxible & doux ,
je n'avois point de paffion vive dans l'ame
, & je n'étois pas moins docile aux
leçons de mon pere que fenfible à fon
amour. Il ne lui fut donc pas difficile de
me faire adopter tous les fentimens que
je crus les fiens.
J'avois à peine vingt ans , lorfqu'abandonnée
à moi-même je fus réduite à
me fervir de toute cette Philofophie qu'il
m'avoit fi bien enfeignée. Sa mort , non
feulement me priva d'un pere qui m'ayoit
tendrement aimée , mais me fit perdre
encore l'aifance dans laquelle j'avois
vêcu jufqu'alors. Tout fon bien ne confiftoit
que dans un revenu qui fe trouvoit
éteint avec lui , & bien loin que pendant
fa vie il eût fait la moindre épargne
, fa dépense avoit le plus fouvent excédé
fes rentes. Il me laiffa donc pour
tout héritage un affez grand fond d'orgueil
& un goût vif pour le luxe en tout
genre , avec une fenfibilité & une délicateffe
qui me rendoient le malaiſe infupportable.
Le frere de ma mere , que
le commerce avoit enrichi , me reçut
dans fa maiſon , & m'aflura qu'il vouloit
prendre autant de foin de moi que
JANVIE R. 1760. 29
fi j'étois fon enfant. Dès que les premiers
tranfports de ma douleur furent
calmés , je me trouvai chez lui dans une
fituation. agréable , & ma gaîté naturelle
me rendit de nouveau le fentiment
du bonheur .
Mon oncle, qui étoit un homme d'un
efprit borné , & qui avoit eu peu d'éducation
, prit bientôt quelque dégoût pour
moi , parce qu'il trouvoit que j'employois
trop de temps à lire . Ce fut bien pis ,
lorfque s'étant avifé un jour d'examiner
mes livres , il entrevit par les titres , que
quelques-uns d'eux contenoient ce qu'il
appelloit des blafphêmes , & tendoient
à me jetter, à ce qu'il croyoit , dans l'Athéisme.
Je tâchai de lui expliquer mes
principes , que j'aurois cru indigne de
moi de déguiſer ou de défavouer ; mais
n'ayant jamais pu venir à bout de lui
faire comprendre la différence qu'il y a
entre un Déifte & un Athée , mes argumens
ne fervirent qu'à le confirmer dans
l'opinion que j'étois une miférable fans
religion & fans moeurs . Comme c'étoit au
fond un homme doux , rempli de zèle ,
fans être fort éclairé , mes égaremens fur
ce point lui cauferent une extrême affiction
: je m'en apperçus avec le plus
grand chagrin. Je remarquai que dès-
Bij
30 MERCURE DE FRANCE.
し
lors il ne me regarda plus qu'avec un
oeil d'averfion & de pitié tout enfemble ,
& que je ne devois qu'à fon bon naturel
la protection & les bienfaits que j'avois
efpéré ne tenir que de fon amitié. Je me
confolai cependant par le fentiment de
de mon innocence , mais plus encore
par celui d'un orgueil fecret qui me fai
foit envifager mes fouffrances comme
une perfécution caufée par l'ignorance &
par la folie , & comme la fuite inévitable
d'une fupériorité de lumières qui me
mettoit au-deffus des erreurs communes ,
& de la fuperftition du vulgaire..
Je vêcus quelques mois dans cette
fituation pénible où l'on fe trouve ,
quand on reçoit des bienfaits d'une perfonne
dont on a perdu l'eftime & l'affec
tion. Enfin mon oncle vint un jour dans
ma chambre , & après m'avoir comme
préparée à m'entendre annoncer quelque
bonheur inefpéré , il conclut par
une propofition de mariage à laquelle ,
dit il , je n'aurois rien à objecter . Il me
nomma alors un Marchand avec quije
m'étois trouvée plufieurs fois à fa table.
Comme c'étoit un homme qui n'étoit ni
vieux , ni difforme , qui avoit une grande
fortune & de bonnes moeurs , mon oncle
ne voyoit aucune difficulté à conJANVIER.
1760 . 31
clure ce mariage : celle que j'avois à oppofer
, & que j'oppofai effectivement aux
intentions de mon oncle , me fembloit
cependant invincible : c'étoit que celui
qu'il me deftinoit pour être le compagnon
, le guide & le confeil de toute ma
vie , à qui je devois non feulement l'obéiffance
, mais l'amour , n'avoit rien qui
pût gagner mon coeur . Avec un efprit
borné il avoit , difois -je , des fentimens
bas & peu délicats , des manières impolies
& défagréables .
Quel jargon eft cela ? repartit mon one
cle : Des fentimens peu délicats , des mas
nières impolies ! Sans doute que vous ne
lui trouvez pas un génie qui égale le vôtre
? Ah , mon enfant , il vaudroit bien
mieux que vous euffiez la tête moins
remplie de romans , moins d'amour pour
le bel- efprit , moins d'arrogance & plus
de bon fens ces difpofitions vous feroient
bien plus avantageufes que cette
lecture d'ouvrages fçavans , qui ont troublé
votre petite tête . Je vous avoue que
je me faifois bien quelque fcrupule d'accepter
la propofition de mon bon ami ,
& de lui donner une folle comme vous
pour femme ; mais que fçavois-je fi un
mari raifonnable ne pourroit pas guérir
une femme infenfée ? Quant à vos ob-
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
jections , elles font fi déraisonnables que
je m'étonne que vous me croyez affez
imbécille pour m'y laiffer tromper. Non,
ma fille , quelque habile que vous foyez ,
vous ne fçauriez en impofer à un homme
qui a autant vêcu que moi . Je vois
votre motif : quelque malheureux libertin
avec lequel vous voulez courir à votre
perte , vous aura donné dans la vue ;
mais je prendrai foin de n'avoir pas à répondre
de votre perfonne. Vous n'avez
donc qu'à choifir : ou vous prendrez pour
mari cet honnête homme , qui peut vous
retirer du bord de l'abîme , ou vous difpoſerez
de vous-même comme il vous
plaira. Je fuis bien décidé à ne pas me
mêler davantage de vos affaires , fi vous
refufez ma propofition . Je vous laiffe donc
le foin de confidérer fi la tendreſſe que je
vous ai toujours témoignée ne me donne
pas quelque droit fur vos réfolutions ; &
quel eft le parti que vous préférez , ou
celui de renoncer à une inclination frivole
, ou celui de rejetter la favorable
reffource que le Ciel daigne vous offrir.
Mon oncle , après cet entretien , me
laiffa livrée à mes réfléxions ; & je me
mis à confidérer férieufement , commeil
me l'avoit recommandé , lequel des
deux états qu'il m'avoit mis fous les yeux.
JANVIE R. 1760. 33
devoit déterminer mon choix. Il s'agiffoit
pour moi de fçavoir fi je devois me
réfoudre à ce que j'appellois une proftitution
légale aggravée par le crime du
parjure , ou fi je m'expoferois à tous les
malheurs de la pauvreté & de l'abandon .
Quoique je fentiffe que ma délicateffe
auroit beaucoup à fouffrir d'un engagement
avec un époux qui du moins
m'étoit indifférent , cependant comme
mon coeur étoit naturellement docile , il
me fembloit que je ferois moins malheureufe
en fuivant les avis de mon oncle
qu'en les rejettant. Mais dans le premier
cas il me falloit faire un acte de mauvaiſe
foi que je ne pouvois me juſtifier à
moi-même : Ce n'étoit pas là un procédé
digne d'un efprit philofophique . On m'avoit
toujours enfeigné que la vertu fuffifoit
par elle-même pour rendre heureux ;
&
que ces accidents qu'on regarde communément
comme des maux étoient
incapables de troubler le bonheur d'une
ame gouvernée par les régles éternelles
de l'ordre , & véritablement éprife des
charmes de la beauté morale. Je réfolus
donc de m'expofer plutôt à tout ,
que de me départir de ce glorieux principe.
Je me fentis élevée par l'effai que
j'en fis ; je m'applaudiffois d'avoir trouvé
BY
34 MERCURE DE FRANCE.
une occafion de montrer mon mépris
pour les careffes & les dédains de la
fortune , & de
jattribuois à la vertu de mettre l'ame
au-deffus de tous les accidens de la vie.
Je
comme
pouvoir
que
ma réſolution à mon
oncle , en l'affurant de mon éternelle
reconnoiffance & de mon reſpect. Je lui
déclarai que rien ne pouvoit m'engager
à lui défobéir & à lui déplaire hors ma
raifon & ma confcience qui s'oppofoient
à ce qu'il exigeoit de moi ; qu'en fup .
pofant que les avantages des richelles
fuffent auffi grands qu'il les faifoit , ceux
de la vertu l'étoient encore plus , & que
je ne pouvois pas me réfoudre à acquérir
les uns aux dépens des autres ; qu'une
fauffe promeffe étoit certainement criminelle
; que ce feroit faire un Acte de
la plus haute injuftice que de contracter
un engagement folemnel fans fe fentir
en état de le remplir ; que mes affections
ne dépendoient pas de ma volonté
; & qu'en un mot jamais qui que
ce fût ne poffederoit ma perfonne, fans
avoir auparavant obtenu mon coeur.
Je fus furprife de ce que l'impatience
de mon oncle me laiffa achever mon difcours
; mais je vis bien à fon air , que
c'étoit la colere qui lui avoit fermé la
JANVIER. 1760. 35
bouche : enfin elle fe fit jour par un torrent
de reproches. Mes raifons furent
traitées d'abfurdités romanefques , auxquelles
je ne pouvois pas moi - même
ajouter foi ; il m'accufa de vouloir me
perdre moi- même , & me jetter dans les
bras de quelque libertin dont les principes
étoient auffi corrompus que les
miens. Ce fut en vain que j'afurai mon
oncle que je n'avois jamais eu de telles
penſées , & que je ne me fentois aucune
inclination pour le mariage. Il auroit
plutôt ajouté foi au prodige le plus
inoui , que de croire qu'une jeune fille
pût refufer un époux , à moins qu'elle
n'eût le coeur engagé ailleurs. Comme
je me crus traitée injuftement , je ne me
mis point en peine de calmer fa colere .
Il prit le Ciel à témoin de la justice de
fon reffentiment , implora fa vengeance
contre mon ingratitude & ma rébellion ;
& conclut en me donnant un billet de
cinquante livres fterling , pour me préferver
me dit - il , d'une indigence
prochaine ; enfuite il me donna mon
congé , & depuis je ne l'ai plus revu . Je
m'inclinai en figne d'obéiflance ; & raffemblant
toute ma dignité & ma réfolution
, je me levai , je lui rendis graces
de tous les bienfaits que j'avois reçus de
,
B vj
36 MERCURE DE FRANCE .
lui , & fortis en lui faiſant une profonde
révérence .
En moins d'une heure je partis avec
ma petite garderobe , pour me rendre
dans la maifon d'une perfonne qui avoit
autrefois fervi mon pere , & qui tenoit
alors des logemens à louer. J'allai le lendemain
vifiter le neveu de mon pere ,
qui étoit en poffeffion du bien de la
famille , & qui venoit de fe marier avec
une demoiſelle fort riche. Cétoit un jeune
homme aimable , dont les principes
étoient les mêmes que ceux de mon pere.
Quoique fa conduite ne fût pas auffi
féverement réglée par les loix de la morale
, cependant , à l'exception de quelques
vices que le monde n'envifage plus
que comme des qualités agréables , furtout
dans les jeunes gens riches , je voyois
en lui un homme de bien ; & comme
nous avions toujours vêcu enfemble dans
une étroite union , je comptai bien trouver
en lui un ami qui du moins me donneroit
des encouragemens & des éloges ,
fi je n'en pouvois obtenir des fecours. Je
lui racontai ce qui s'étoit paffé , & les
raifons qui m'avoient portée au refus par
lequel j'avois encouru la difgrace de mon
- oncle . Mais que je fus déconcertée quand
au lieu des applaudiffemens que j'avois
JANVIER. 1760. 37
promis à mon héroïque vertu , je découvris
für fon vifage un fouris méprifant
qu'il accompagna des paroles fuivantes !
Eft-il poffible qu'une fille qui a tant det
bon fens que vous , fe conduife comme
une imbécille ! Quoi ! renoncer à toutes.
les efpérances que votre oncle vous laiffoit
entrevoir ; refufer par caprice un
mariage excellent ; vous réduire à la mendicité
, pourquoi ? parce que vous ne fentez
pas de l'amour ? Un enfant de quinze
ans le fût mieux conduit. Et qui eft- ce
dans le monde qui fe marie felon fon
choix ? Moi -même , quoiqu'avec quinze
cent livres fterling de revenu , & par
là bien mieux fondé que vous , qui n'avez
pas un fcheling , à ne confulter que
mon goût ; je n'ai pas jugé à propos de
le fuivre , & il m'a paru qu'il y avoit de
meilleures chofes à chercher en fe mariant
qu'un joli viſage ou un efprit agréable.
Croyez- vous que je me foucie beaucoup
de la femme que j'ai époufée ? Elle
avoit trente mille livres fterling ; & avec
cette fortune je me fuis compofé une
fociété dans laquelle je me procure tous
les plaifirs que l'hymen ne me donne pas.
Que m'importe à moi que ma femme
ait de la beauté , de l'efprit & des graces
, lorfque l'argent qu'elle m'apporte
38 MERCURE DE FRANCE.
peut me faire trouver tout cela dans le
monde ? Vous avez perdu , ma coufine ,
l'occafion de vous affurer le même bonheur
; les hommes , croyez-moi , ne vous
en auroient pas moins recherchée ; au
contraire vous auriez vu que pour un qui
s'attacheroit à vous comme fille , mille
auroient été vos adorateurs dès qu'ils
n'auroient plus eu à craindre d'être pris
au filet. C'eſt ainfi que vous auriez trouvé
le moyen de fatisfaire tous vos goûts , de
briller dans le monde , & de choisir pour
votre amant un berger auffi poëtique &
anffi romanefque que vous le pouvez defirer
; & cela , fans manquer aux bienféances
, ni aux ménagemens qu'une femme
doit à fon mari. A ce difcours , il ne me
fut pas poffible de retenir mon indignation
; & je le quittois avec dédain , lorfque,
me prenant par la main , il ajouta :
Point de ces airs violens , ma chere
coufine ; nous nous connoiffons depuis
longtemps. Laiffez ces petits efprits qui
ont été inftruits par des nourrices , laiffezles
fe faire des crimes d'avoir vécu felon
la nature & rendu leur vie agréable ; laiffez-
les être auffi ridiculement vertueux
qu'il leur plaira : vous avez trop de fens
pour être efclave de leurs préjugés. Vous
fçavez que la durée de votre existence eft
JANVIE R. 1760 . 39
fort courte, & que par conféquent il n'eft
rien de plus raifonnable que d'y mêler
autant d'agrément qu'il eft poffible.
J'étois trop en colere pour entreprendre
de réfuter ce difcours ; mais en reti-
`rant ma main qu'il tenoit , je lui dis que
je me garderois bien de lui fournir une
autre occafion d'infulter à mon malheur.
En achevant ces paroles je quittai fa maifon
, bien déterminée à n'y rentrer jamais.
Je revins chez moi , auffi confufe que
déconcertée de l'accueil que je venois
de recevoir ; j'étois tellement abbatue
que je perdis pour plufieurs jours toute
envie de fortir & de voir perfonne : enfin
je me déterminai à éprouver fi l'indigence
& l'amitié étoient deux chofes abfolument
incompatibles , & fi j'effuyerois
le même accueil d'une amie dont l'attachement
avoit fait le plus grand plaifir
de ma jeuneffe . Certainement , difoisje
en moi - même , l'aimable Fanny , dont
le coeur paroît fufceptible des fentimens
les plus tendres & les plus généreux ,
rendra juſtice à l'innocence & à la droiture
de fon amie infortunée ; fes louanges
& fon amitié adouciront tous mes malheurs.
Fanny étoit une Demoiſelle qui
jouiffoit d'une fortune honnête & indépendante.
Je venois d'apprendre qu'elle
40 MERCURE DE FRANCE.
contrat
alloit époufer un jeune Officier qui
n'avoit rien , ou du moins fort peu de
chofe au-delà de fon emploi. Je ne doutai
point qu'elle n'approuvât le refus que
j'avois fait d'acquiefcer à un
mercenaire, puifqu'elle-même fe déterminoit
à fe donner un maître , par des
motifs fi oppofés à tout ce que le monde
appelle prudence. Elle avoit paffe quel
ques mois à la campagne , de forte que
mes malheurs lui étoient inconnus , juf
qu'à ce que je lui en fis moi-même Phif
toire. Elle m'écouta avec beaucoup d'at--
tention , & me répondit avec affez de
politeffe , mais avec une froideur qui me
glaça le coeur. Vous fçavez bien , me ditelle
, ma chere Fidelia , que je n'ai jamais
prétendu me mettre en parallèle
avec vous pour l'efprit , je connois toute
votre fupériorité ; auffi , quoiqu'il me parûr
que plufieurs de vos opinions étoient
affez fingulieres , je n'ai jamais entrepris
de difputer avec vous . Il eft bien für que
vous êtes en état de juger plus fainement
que moi ; mais cependant il me femble
que vous avez tenu une conduite bien
étrange pour une perfonne qui fe trouve
dans une fituation telle que la vôtre.
Vous mécontentez un oncle qui vous
fait du bien , d'abord en foutenant des
JANVIER. 1760 . 47
opinions qui , vraies ou fauffes ( ce que
je ne décide pas ) font du moins contraires
aux opinions reçues , & choquent
par conféquent le commun des hommes.
Puis vous aimez mieux renoncer à
fa protection , & vous expofer à manquer
de tout , que d'époufer un homme qu'il
vous a choifi , auquel , après tout , vous
n'avez rien à reprocher , & pour lequel
vous n'avez , de votre aveu , aucune forte
d'antipathie. He quoi , lui répondis- je en
Pinterrompant , n'y a - t- il donc pas biem
des degrés entre cet amour de préféren
ce qui fait diftinguer un homme de tous
les autres , & l'averfion que l'on fentiroit
pour lui Cet amour que je n'avois pas ,
eft d'une obligation indifpenfable pour
une femme ; elle s'y engage volontairement
& par le contrat le plus folemnel .
M'auriez-vous confeillé de m'y engager
moi-même ? Quant aux défagrémens qui
peuvent accompagner l'état d'abandon
où je me trouve , puifque ce font les con
féquences d'une action vertueufe , ils ne
fçauroient être des maux , ni troubler le
bonheur que fait gouter la vertu. Je fuist
charmée , me répondit - elle , que vous
ayez trouvé le fecrer de vous rendre heureufe
par la force de votre imagination.
Je fouhaite de tout mon coeur que cet
42 MERCURE DE FRANCE.
enthoufiafme continue , & que vous puiffiez
vous convaincre par votre expérience
de la folie du genre humain , qui fuppofe
que la pauvreté & la difgrace font
des maux.
Je fus pénétrée jufqu'au fond de l'ame
du fourire mocqueur dont elle accompagna
cette ironie ; & j'allois me plaindre
du peu d'amitié qu'elle me marquoit ,
lorfque fon amant parut avec un autre
Cavalier. Malgré le dépit qui rempliffoit
mon coeur , ce dernier s'attira toute mon
attention , & me fit oublier tout ce qu'il
y avoit de choquant dans le procédé de
mon indigne amie . La beauté & les graces
qui éclatoient dans toute la perfonne de
ce jeune Cavalier , fixerent bientôt mes
regards ; & fa politeffe , fes diſcours me
prévinrent en faveur de fon efprit. Il fut
préſenté par le Capitaine à Fanny comme
fon ami le plus intime ; & il étoit aifé
de voir par fes manières & par fes propos
, qu'il cherchoit à juftifier l'éloge
qu'on avoit fait de lui . Il réuffit fi bien
que Fanny ne fut plus occupée que des
agrémens de la converfation , & du foin
d'amufer fon amant & fon nouvel hôte :
fes yeux en prirent un nouveau feu , &
les graces de l'enjouement fe répandirent
autour d'elle. Lorfque je me levai pour
JANVIE R. 1760 . 43
me retirer , elle me preffa fi obligeamment
de rester à dîner , que je ne pouvois
refufer fans découvrir combien j'étois
piquée des difcours qu'elle m'avoit tenus.
Cependant difpofée naturellement comme
je fuis à laiffer voir tous les mouvemens
de mon ame , je n'aurois pu me contraindre
, fi je n'avois fenti au fond de
mon coeur un defir fecret de connoître
un peu plus cet aimable étranger. Ce fut
ce fentiment qui me perfuada de diffimuler
mon reffentiment , & de me rendre
à l'invitation de Fanny. La converſation
devint de plus en plus vive & agréable ;
jy pris part , & ce fut moi qui attirai le
plus l'attention de celui qui m'intérefloit
fi vivement moi- même. La liberté & la
confiance s'établiffant parmi nous , Fanny
gliffa dans la converfation quelques traits
qui avoient rapport à ma fituation , à mes
fentimens , & à mes malheurs . Le Chevalier
George Freelove ( c'étoit le nom
de l'étranger) écoutoit attentivement tout
ce qu'on difoit de moi , & paroiffoit me
regarder avec autant de curiofité que
d'admiration. Nous nous féparâmes un
peu tard ; & le Chevalier fit tous les efforts
pour m'accompagner au logis : je m'obſtinai
à lui en refufer la permiffion par un
fentiment plus digne d'une femme que
·
44 MERCURE DE FRANCE.
=
d'un Philofophe , & que je condamnois
moi - même comme l'effet d'un orgueik
vicieux. Je ne pouvois me réfoudre à
laiffer voir à un homme auffi élégant que
le Chevalier la fimplicité philofophique
de mon logement . Pour me tirer d'embarras
je demandai une chaife à porteurs
mais je ne fus pas moins confufe lorfque
je vis que le Chevalier fe préparoit à
me fuivre à pied avec fes domeftiques ,
comme pour me fervir d'escorte. Je vou→
lus en vain my oppofer , il marcha de
vant, & fes laquais fuivirent la chaife. La
rougeur me monta au vifage , lorfqu'après
toute cette cérémonie il me donna la
main pour me conduite à une maiſon
petite & baffe , & qu'il prit congé de moi
avec autant de refpect que s'il m'eût
conduite à un-fuperbe palais. Mille penfées
diverfes m'empêcherent de fermer
l'oeil toute la nuit. La conduite de Fanny
bleffoit mon coeur jufqu'au vif ; je venois
de me convaincre que je ne pouvois plus
la regarder que fur le pied de fimple connoiffance
; & qu'il n'étoit plus perfonne
dans le monde à qui je puffe donner le
doux nom d'amie. Mon coeur étoit plongé
dans l'amertume & la défolation ; je
ne fçavois quel parti prendre pour pourvoir
à ma fubfiftance ; le chagrin que:
JANVIER. 1760 . 45
mon orgueil venoit de me faire éprouver
, m'apprenoit que j'étois encore bien
éloignée d'avoir fubjugué toutes les paffons
humaines , & que je n'étois que
trop fenfible aux mortifications qui accompagnent
inféparablement la pauvreté.
Je réfolus cependant de foumettre
mon orgueil , d'appeller à mon fecours
les exemples de ces anciens Sages qui
avoient méprifé les richeffes & les honneurs
, & à la félicité defquels toute la
malice de la fortune n'avoit pu porter
aucune atteinte.
Il me fembloit que j'étois parvenue à
me remplir de mépris pour le monde , &
à me rendre fupérieure aux rigueurs &
aux faveurs de la fortune ; mais bientôt
Jidée du Chevalier fe rendant maîtreffe
de mon ame , détruiſoit la force de tous
mes raiſonnemens. Je fentois qu'indifférente
fur les jugemens de tout le refte du
monde , je ne pouvois l'être fur l'opinion
qu'il avoit de moi . Je trouvois ma condition
bien différente de celle de ces anciens
Philofophes qui , s'attirant par leurs
haillons l'attention & le refpect des aures
hommes, nourriffoient leur orgueil de
tes hommages . Les regards & la conduite
du Chevalier ne me laiffoient pas lieu de
douter que je n'euffe fait fur lui la même
46 MERCURE DE FRANCE.
impreffion qu'il avoit faite fur moi . Je ne
pouvois me réfoudre à être humiliée dans
fon efprit , & à embraffer un parti qui
me mît au- deffous de fes attentions . Je
rejettois cependant bien loin de moi la
penfée de lui en impofer fur ma fituation
préfente , dans le cas où il auroit des intentions
favorables pour moi ; mais de me
dégrader pour toujours à fes yeux en me
mettant en fervice, ou en recourant à quel
qu'autre maniere abjecte de gagner ma
vie: c'est à quoi je ne pouvois me réfoudre.
Le lendemain , je fus fort furprife de
recevoir la vifite du Chevalier au milieu
de toutes ces réflexions qui m'agitoient.
Il me demanda d'abord refpectueufement
pardon de la liberté qu'il prenoit . Il me
dit que mon amie lui avoit confié la dureté
& la tyrannie de mon oncle , qui me
réduifoit dans une fituation très - fâcheufe ;
& qu'il n'avoir pu apprendre que la fortune
traitât fi mal une, perfonne de mon
mérite , fans fouhaiter ardemment de
réparer cette injuftice. Il me conjura de
l'aider à rendre fa vie plus glorieufe , en
le mettant en état de contribuer au bonheur
de la mienne. Il me fit les offres de
fervice les plus empreflés ; je l'interrompi
en lui difant qu'il n'avoit rien en fon
JANVIER. 1760 . 47
pouvoir que je puffe accepter avec honneur
, & qui pût rendre mon fort plus
heureux ; que le refpect qu'il me devoit
comme à une femme , & à une femme de
qualité , auroit dû m'épargner ces offres
de fervice de la part d'un étranger ,
puifqu'il n'y avoit qu'une amitié longue
& éprouvée qui pût les juftifier ; que je
n'étois pas en fituation de recevoir fes
vifites , & que je me trouverois dans la
néceffité d'éviter avec lui des liaiſons qui
m'auroient été bien agréables dans les
plus heureux temps de ma vie.
Le Chevalier eut alors recours à tous
les artifices de fon féxe. Il imputa fસaિ trop
grande liberté à la force de fa paffion ; il
me fit des proteſtations d'un reſpect inviolable
; il fe jetta à mes genoux en me
conjurant les larmes aux yeux de ne le
pas punir au point de lui interdire l'entrée
de ma maifon & de lui ôter les
moyens de fe rendre toujours plus digne
de mon eftime. Mon foible coeur ne fur
que trop fenfible à fes difcours artificieux ;
& je ne confervai que la force dont j'avois
précisément befoin pour perfévérer
dans le refus que je faifois de fes vifites
& pour infifter fur l'ordre que je lui
avois donné de me quitter. Il obéit donc
enfin , mais ce fut avec une telle effufion
48 MERCURE DE FRANCE.
de tendreffe , de prieres & de proteſtations,
qu'il me fallut quelque temps pour
rappeller ma raifon . Enfin fa conduite
& ma fituation comparées enfemble ne
me laifferent plus douter de l'illégitimité
de fes vues.
vifites ,
Je réfolus donc de ne plus fouffrir des
& je donnai ordre en conféquence
de lui refufer ma porte s'il fe
préfentoit. Ma raifon applaudiffoit à cette
réfolution ; mais mon coeur s'en plaignoit
& murmuroit contre la loi févère que
la prudence m'impofoit. Je fçavois que
j'agiffois felon les règles de la vertu ,
& je me flattois que ce fentiment pourroit
me rendre plus heureufe ; mais que
je fus trompée dans mes efpérances !
J'éprouvois des peines au-delà de tout
ce que j'avois jamais fenti ou imaginé ; je
ne pouvois plus me diffimuler que mon
coeur étoit dominé par une paffion qu'il
me faudroit , ou combattre fans ceffe
ou fatisfaire aux dépens de ma vertu. Je
commençai à regarder les richeffes.comme
véritablement dignes de notre recherche
, puifqu'elles m'auroient miſe à
couvert de toute entrepriſe téméraire
en me donnant des efpérances raifonnables
de devenir l'époufe du Chevalier.
tois mécontente & malheureuſe ; mais
j'étois
›
>
JANVIER. 1760. 49
j'étois encore plus furpriſe , plus déconcertée
de me trouver dans cet état , puifque
jufqu'à ce moment je n'avois rien
à me reprocher , & qu'au contraire toutes
mes peines ne procédoient que de
mon refpect pour les loix de la vertu.
Je perfévérai cependant à vouloir effayer
quel étoit fon pouvoir , & fi le
bonheur réfidoit en elle : je pris le parti
de m'affermir dans la foumiffion à fes
loix , & d'attendre patiemment quels en
feroient les fruits ; mais les difficultés
que je rencontrai furent plus grandes
encore que toutes celles que j'avois déja
éprouvées. Le Chevalier étoit trop exercé
dans l'art de la féduction , pour être
rebuté par un premier refus. Chaque
jour il faifoit de nouvelles tentatives ;
il m'écrivoit des Lettres remplies des proteftations
, les plus paffionnées & des defirs
les plus ardens d'obtenir la permiffion
de me voir. En vain je défendois de te
cevoir fes lettres , il avoit tant de différentes
rufes pour me les faire parvenir ,
que j'étois engagée à les lire malgré mes
réfolutions. Toutes les fois que je fortois
je le trouvois fur mes pas ; & il ne manquoit
pas de fe fervir de tous les artifices
du langage le plus féduifant , pour furprendre
mon coeur , aveugler ma raiſon ,
C
To MERCURE DE FRANCE
& réveiller ma fenfibilité naturelle.
Ma vertu cependant combattoit encore
; mais la paix de mon amme étoit détruite.
Quand je me trouvois avec lui , je
raffemblois toutes mes forces , & je lui
reitérois conftamment l'ordre de me quitter
: fa défobéiffance allumoit mon reffentiment
; & malgré mon coeur , hélas !
trop tendre , j'armois mes yeux de colere
, & je le traitois avec toute la rigueur
que méritoient fes deffeins offenfans.
Dès que j'étois feule , je me plaignois
de mon fort , je murmurois contre le
Čiel de m'avoir affujettie à des paffions
qu'il ne m'avoit pas donné la force de
vaincre , & qu'il ne me permettoit pas
de fatisfaire . Je comparois ma fituation
avec celle de mon libertin de coufin ,
dont je n'avois écouté les raifonnemens
qu'avec horreur ; lui qui s'abandonnoit
à tous fes defirs , dont la maiſon étoit le
centre de la joie & des délices , dont le
vifage étoit toujours riant & le coeur toujours
libre & tranquille. Cet homme- là ,
difois -je , n'eft- il pas plus heureux que
moi ? Et s'il l'eft , où eft donc l'utilité de
la vertu Ne lui ai - je pas immolć mą
fortune & mes amis ? Ne lui fais- je pas
encore chaque jour le facrifice de ma
paffion la plus chere ? Où eft cependant
a récompenfe que j'en retire ? Quelle
JANVIER. 1760. SI
perfpective aaii--jjee eenn ce monde que la
pauvreté , l'humiliation , la douleur ? Je
m'oppofe à tous les voeux de mon ame ;
je combats chacune de mes paffions , fans
en pouvoir vaincre aucune. Sont- ce donc
là les faveurs par lefquelles le Ciel diftingue
fes favoris ? Permet- il donc que
fes malheureufes créatures foient le jouet
du hazard , la proie de la corruption &
de la malice ? certainement cela ne peut
être. Cependant la condition de l'homme
vertueux n'eft -elle pas quelquefois pire
que
celle
du vicieux
? Et ne l'ai-je pas
éprouvé
? Je fuis très malheureufe
, & je
ne vois
pas que mon
fort puiffe
s'adoucir
dans
ce monde
; cependant
il n'y a
que
des ténèbres
éternelles
au - delà
du
tombeau
. Mais
que dis-je ? & pourquoi
me plaindre
de n'avoir
aucun
bonheur
à
attendre
? Le plus
aimable
, le plus généreux
de tous
les hommes
, ne m'offre
t-il
pas tous
les plaifirs
que l'amour
& la fortune
peuvent
procurer
de concert
? Ne
me mettra
- t-il pas à l'abri
de toutes
les
infultes
qu'un
monde
orgueilleux
fait effuyer
à la pauvreté
? Sa main
libérale
ne
m'offre
-t-elle pas les moyens
de fatisfaire
tous
mes goûts
? les moyens
de me procurer
le plus
grand
& le plus
noble
de
tous
les plaifirs
; celui
de foulager
les êtres
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
.
femblables à moi qui font dans les fouffrances
de changer les pleurs de la détreffe
en ceux de la joie & de la reconnoiffance
, & de répandre le bonheur fur
tout ce qui m'environne ? n'eft - ce pas un
état préférable à celui où la vertu m'a
placée ? Mais qu'eft- ce que la vertu ? Le
bonheur n'eft- il pas le louable objet de
la pourfuite d'une raiſon éclairée ? N'eftil
donc pas digne de l'homme de le chercher
les
par moyens les plus probables?
N'ai- je pas eu tort d'accufer la Providence
de dureté , tandis qu'il n'y a que
moi qui fuis coupable en méprifant les
faveurs qu'elle m'offre ? Je me fuis certainement
écartée des fentiers de la vertu
; il n'y en a point d'autres que ceux
qui conduisent au bonheur.
La route où j'ai marché jufqu'à préfent
eft pleine d'épines & de ronces , &
fe termine à une ténébreuſe obſcurité ;
mais j'en découvre une autre femée de
fleurs , qui fait briller à mes yeux l'éclat
de la profpérité : c'eſt certainement le
fentier de la vertu & la route du bonheur
; c'eft vers elle que je dois tourner
mes pas. De vains & de chimériques préjugés
ne doivent point me caufer un effroi
capable de m'arrêter. En m'accordant
une exiſtence paffagere , le Ciel a
#
JANVIER. 1760. 53
mis devant moi le bien & le mal ; qu'eftce
que le bien , fi ce n'eſt le plaiſir ? Quel
autre mal y a- t-il que la peine ? La raifon
& la nature s'accordent à me faire defirer
l'un & éviter l'autre. J'ai cherché le bonheur
dans ce qui s'appelle vertu , mais je
ne l'y ai pas trouvé : ce qui s'appelle vertu
n'eft donc pas la vertu même.
C'est ainsi que mes foibles penfées me
jetterent dans l'abîme de l'erreur , & que
je m'écartai de tous les principes de la
morale , en fuivant dans toutes leurs
conféquences des principes qu'on mavoit
préfentés comme les régles de la vie & .
les préceptes du bonheur , comme les
moyens de me foutenir au milieu des
tempêtes de l'adverfité & d'écouter fans
danger les firenes de la tentation. Dans
ce fatal moment de préfomption, où feule
dans ma chambre je raffemblois tous
Tes argumens qui favorifoient ma paffion ,
où , emportée par mes doutes , je me
plongeois de plus en plus dans l'erreur ,
je vis tout d'un coup à mes pieds le Chevalier
qui s'étoit introduit par furprife
en corrompant mon hôte. Je n'ai
pas befoin de décrire ici fa féduifante
adreffe , & les foibles efforts de cette
vertu qui avoit été foigneufement culti
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
vée dans mon coeur , mais que , par un
effort impie , j'avois travaillé à déraciner
avec mes faux raifonnemens . Il me fuffit
de dire que je fubis l'humiliation que j'avois
fi bien méritée ; que , dans l'orgueil
qui infpiroit ma raiſon , j'ofai accufer de
foibleffe & de préjugé cette voix de la
confcience qui m'auroit garantie du
péril fi je l'avois écoutée ; que mon
innocence , mon honneur furent facrifiés
à la paffion & au fophifme ; que ma philofophie
rant vantée , & fi applaudie ,
ne m'empêcherent point de tomber
dans l'abîme de l'infamie ; malheur
que la religion & Thumilité auroient
fait éviter à la plus faible de mon fexe .
,
Je me trouvai en proie depuis ce fatal
moment à une nouvelle efpèce de tourment
mon féducteur tâchoit en vain
de me réconcilier avec l'aviliffement
auquel il m'avoit réduite , en me prodiguant
les ajuftemens les plus beaux ,
& en faifant fervir fa fortune à me procurer
toutes fortes de plaifirs . Je n'avois
plus de goût pour les fentir , & fa magnificence
même fembloit infulter à ma difgrace.
En vain tâchois-je de me rappeller
les argumens qui m'avoient autrefois convaincue
de la légitimité des plaifirs qui
JANVIER. 1766. ss
m'étoient offerts & du droit que j'avois de
fuivre mon inclination ; la lumière de mon
entendement étoit bien obfcurcie , mais
le fentiment de ma faute vivoit au fond
de mon coeur. Mon orgueil & ma délicateffe
, fi je puis encore me fervir de ces
expreffions après la faute que j'avois commife
, me faifoient fouffrir une mortification
& un dégoût infupportables. Chaque
fois que je confidérois mon aviliffement ,
tous les yeux , jufqu'à ceux de mon triomphant
féducteur , fembloient me reprocher
ma honte . O comble de mifere ! Je
fentois que j'avois mérité le mépris de
celui en faveur de qui je m'étois rendue
méprifable à moi - même. Tel fut l'état de
mon ame pendant une année que je paffai
dans la maifon du Chevalier. Sa paffion
fe foutint dans toute fon ardeur pendant
environ huit mois ; & comme je n'avois
point d'autre objet qui attirat mon attention
, ni ami , ni parent qui partageât
mon attachement , tout l'amour d'un
coeur naturellement tendre fut concentré
en lui feul . Les premières apparences de
fon refroidiffement n'échapperent pas તે
des yeux auffi clairvoyans que les miens :
je fus alors en proie à tous les tourmens
de la jaloufie , jufqu'à ce qu'une cruelle
certitude tourna mes craintes en réalité
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
J'appris enfin que mon perfide alloit fe
marier avec une demoiſelle fort riche. Je
réfolus fur le champ de le quitter ; mais il
falloit , avant que d'en venir là , que toute
l'amertume de mon coeur s'exhalât par
des plaintes & par des reproches.
Le reste au Mercure fuivant.
LET TRE
A L'AUTEUR DU MERCURE.
ONSIEUR ;
M. Moreau , Chirurgien - Major de
l'Hôtel - Dieu de Paris , a dans la même
femaine accouché fa fille , & fait à
fon fils l'opération de la taille . Les vers
que j'ai l'honneur de vous adreffer , lui
ont été préfentés le jour que pour la
premiere fois il a eu la confolation de
les voir l'un & l'autre à fa table en parfaite
fanté.
TU les vois donc enfin , ô pere refpectable !
Ces enfans tendrement aimés ,
Tu les vois affis à ta table :
Tes yeux en font furpris, tes fens en font charmés
JANVIER. 1760. 57
Ta joie enfin peut le répandre ,
Et ton coeur n'a plus rien qui le doive allarmer.
Heureux enfans ! pour vous quel charme de l'entendre
!
Vos yeux mouillés de pleurs difent d'un regard
tendre
Ce que vos voix ne sçauroient exprimer.
Pour un pere auffi bon quelle douce entrevue !
Pour nous quel fpectacle touchant !
Et de quel fouvenir notre ame encor émue
Compare à ce beau jour le plus cruel inftant ;
Cet inftant où guidé par ton amour extrême ,
Procurant à l'un d'eux le plus puiffant fecours,
Quoique fûr du fuccès , ton coeur , oui , ton coeur
même
Te reprochoit un art qui confervoit les jours !
Ton courage , il eft vrai , de ce combat terrible
Sçut d'abord cacher tout l'effet ;
Mais la nature enfin juſqu'alors inflexible
Fit voir en fuccombant l'effort qu'elle avoit fait.
L'oeuvre avance & promet la fin la plus heureuſe ,.
Un doux baiſer apprend que tour eſt achevé :
Et foudain tout couvert d'une pâleur affreuſe
Tu tombes près d'un fils que ta main a fauvé.
C'eft pourtant à ce prix , c'eft parmi ces allarmes
Que tu retrouves tes enfans ;
Si ton amour pour eux ta couté tant de larmes,
Cy
58 MERCURE DE FRANCE.
Tu fçais auffi pour toi quels font leurs fentimens.
Oui le double titre de pere
Que tu viens de mériter
Ranime dans leurs coeurs leur tendreffe premiere,
Mais ne lafçauroit augmenter.
Il n'eft pour te payer de fi rares ſervices
Qu'un moyen que leur coeur fçaura leur indiquer:
Ces jours que tu fauvas vont faire tes délices ;
J'ofe te le pronostiquer.
Tu verras l'un , émule de fon pere ,
Ainſi que toi , mériter de l'état .
Et les enfans dont l'autre fera mere
De ton nom foutenir l'éclat.
L'ACCORD PARFAIT ,
STANCES.
JEUNE EUNE Eglé , le Dieu de Cythère
Eft l'ame de nos entretiens.
Je vous fuis cher, vous n'êtes chère ,
Et tous vos plaiſirs font les miens.
Une tendreffe égale & pure
Unit nos coeurs , fixe nos voeux ;
Et l'artifice & l'impoſture
Nous font étrangers à tous deux.
JANVIER. 1760. 59
Le Dieu charmant qui nous enflamme
S'applaudit de notre bonheur :
Vous régnez feule fur mon ame,
Je pofféde feul votre coeur.
Je fuis tendre , empreffé , fincere ,
L'Amour vous fit pour tout charmer :
Je borne ma gloire à vous plaire ,
Vous bornez vos voeux à m'aimer.
Sur cette malheureuſe terre
Où l'homme né pour la douleur ,
Des maux qui lui livrent la guerre
Ne peut éviter la fureur ;
Eft-il quelque bonheur fuprême
Qui ne céde au plaifir touchant
De trouver dans l'objet qu'on aime
Même goût & même penchant ?
Fortune , tes frivoles charines
Qu'on ne rougit point d'encenfer ,
Tes tréfors valent- ils les larmes
Que l'amour nous a fait verſer ?
Quand un lien doux & paifible ,
Mortel , fuffit à ton bonheur ,
Ne feras-tu jamais fenfible
Qu'au faux éclat de la grandeur ?
C vj
o MERCURE DE FRANCE
Loin de nous la foule importune
Des vils efclaves de la Cour :
L'orgueil naquit de la fortune ,
Le bonheur eft fils de l'Amour.
Jeune objet que mon coeur adore
Vous qu'amour prit foin d'élever ,
D'un poifon plus funefte encore
Vous avez fçu me préſerver.
Quand le tendre Dieu qui m'infpire ,
Guidant lui-même mon pinceau ,
Des attraits que chez vous j'admire
J'ai voulu tracer le tableau ;
J'ai vu votre ame courroucée ,
Contre moi s'armant de rigueur ,
Prendre une vérité ſenſée
Pour les louanges d'un fatteur.
Je fçai qu'une vertu modefte ,
Une aimable fimplicité ,
Bien loin d'obscurcir la beauté ,
En font la parure céleſte.
Mais fi l'amour en vous dotans
Fit de vous fa brillante image,
. Peut-on trop louer un ouvrage
Qu'il embellit à chaque inſtant ?
JANVIER. 1760. ANVIE
Br
A Mademoiselle N.*** le jour de fa fête
BOUQUET.
LE petit Dieu charmant qui dompte tous les
coeurs ,
A déſerté Cythère & prévenu l'aurore .
Que fait- il fi matin dans les jardins de Flore ? '
Il compofe un bouquet dont il choifit les fleurs.
Hélas ! il prend ce ſoin pour l'offrir à ſa mere, -
Ah! Cypris , quel bouquet ! fi je pouvois l'avoir 3 :
Si d'en faire un pareil j'avois l'heureux pouvoir ,
Amour , je n'irois pas le porter à Cythère.
Il eſt une Cloris , qu'un efprit enchanteur
Un modefte enjoument , une figure aimable
A mille Déités me rendent préférable :
Elle auroit mon bouquet. N'a- t- elle pas mon
coeur ?
VERS
A Madame la Marquise de *** accou
RARE
chée d'une fille.
AREMENT du fuccès nos defirs font fuivis
Difoit en fourjant Cupidon à fon frere,
62 MERCURE DE FRANCE.
Seigneur hymen , vous attendiez un fils ,
Et vous êtes déçu ; mais laiffons le mystère ,
.Et foit dit fans vous offenfer :
N'eft-il pas vrai qu'en époufant Glycère ,
Vous aviez pris une Grace à ma mere ?
Il falloit bien la remplacer.
VERS
A Madame *** , dont le fils s'étoit enrôlé.
TU le revois ce fils dont la cruelle abſence
Faifoit un vuide à ton bonheur ;
Ce fils qui loin de ta préſence ,
N'en fut pas moins cher à ton coeur ;
Ce fils que tes tendres allarmes
Offroient mourant à tes efprits ;
Ce fils digne objet de tes larmes ,
Et qui femble renaître à tes yeux attendris
Son filence , fon air timide
Te difent ce qu'il ne dit pas :
Auprès de toi l'amour le guide ,
Mais la crainte retient fes pas .
De tes regards la douceur le raffure ,
Et foudain je le vois courir
Entre tes bras , que la Nature
A déja forcés de s'ouvrir.
Yous fentez tous les deux vos deux coeurs treffaillir
,
JANVIER. 1760 . 63
Ilss'interrogent , ſe répondent ,
Et vos larmes qui fe confondent
Sont garants du pardon comme du repentir.
Par M. P *** de Lyon.
SUITE des jugemens fur les Auteurs
Anglois , traduit de l'Hiftoire d'Angleterre
, par M. HUME.
AVANT
VANT les guerres civiles qui troublerent
l'Angleterre fous le régne du malheureux
Charles I , les Lettres & les Arts
étoient favorisés à la Cour , & le goût
commençoit à fe former. Le Roi aimoit la
peinture , il cultivoit lui-même ce bel art
& s'y connoifloit très - bien. Les tableaux
des Maîtres étrangers furent portés au
plus haut prix , & leur valeur doubla en
Europe par l'émulation qui s'éleva entre
Charles I & le Roi d'Efpagne Philippe
IV. Charles appella Wandick à fa
Cour, il le combla de biens & de careffes;
il donna la direction de fes bâtimens à
Inigo Jones: mais ce grand Architecte qui
n'a été furpaffé dans aucun fiécle & dans
aucune Nation , fut enfuite perſécuté
par le Parlement , à caufe de la past
64 MERCURE DE FRANCE.
qu'il avoit eue à la réédification de l'Eglife'
S. Paul ; & pour avoir fait abbattre par
ordre du Confeil quelques maiſons dont
l'emplacement fut employé à la conftruction
de cet édifice. Laws , Muficien
fupérieur à tous ceux qui avoient paru
avant lui , étoit dans la plus grande faveur
auprès du Roi qui l'appelloit le
Pere de la Mufique. Il fuivit le parti des
Royaliftes , & fut tué au fiége de Chefter.
Charles étoit un bon Juge en Littérature
; on lui a même reproché d'être plus
délicat fur la pureté du ftyle , qu'il ne
convenoit à un Monarque. Quoiqu'il
n'eût que des revenus très - modiques , &
aucune forte de vanité , il vêcut dans la
plus grande magnificence . Il avoit à la
fois vingt- quatre Palais, tous élégamment
meublés , & fi complettement affortiss
qu'en paffant de l'un à l'autre , il trouvoit
dans chacun d'eux tout ce qui lui
étoit néceffaire pour lui & pour fa Cour.
Il manqua cependant de générofité envers
Ben-Johnſon. Lorsque ce Poëte acca→
blé par la vieilleffe , l'indigence & la ma-
✓ ladie , lui envoya demander quelque
fecours , le Prince lui fit tenir une fomme
fi petite , que Johnſon ne put s'empêcher
de dire avec humeur : Je fuis logé fort
Pétroit , mais je vois bien à l'étendue des
JANVIE R. 1760. ૬
bontés du Roi , que fon ame n'est pas plus
au large. ( 1 ).
Cromwel , quoiqu'il ne fût lui-même
qu'un barbare , n'étoit pas infenfible au
mérite litteraire. Ufher, tout Evêque qu'il
étoit, avoit une penfion de lui ; Marvel & .
Milton étoient attachés à fon fervice. Il
fit beaucoup de careffes à Waller qui étoit
fon parent , & qui a toujours dit , que le
Protecteur n'étoit pas auffi ignorant qu'on
le croyoit communément. Il donna centlivres
sterling par an au Profeffeur de
Théologie d'Oxford , & il eut le deffein
d'établir un Collége à Durham , en faveur
des Provinces du Nord.
Les guerres civiles, lorfqu'elles font fondées
fur des principes de liberté , ne font
pas pour l'ordinaire nuifibles aux talens de
l'éloquence & de la compofition ; ou plutôt
en préfentant des objets plus élevés &
plus intéreffans aux hommes de génie, elles
les dédommagent par-là de la tranquillité
qu'elles leur ôtent. Les difcours qui furent
( 1 ) Il y a dans l'Anglois : Je fuis logé dans
une allée , mais je vois bien que l'ame de Sa Majesté
eft auffi logée dans une allée. On ne pouvoit
pas traduire cette réponſe littéralement d'ailleurs
le mot Anglois qui fignifie allée a une fignification
plus vague & moins déterminée que
le mot françois .
66 MERCURE DE FRANCE.
prononcés au Parlement pendant cet intervalle
, font d'une force bien fupérieure
à tous ceux qui avoient paru jufques - là en
Angleterre on effaya pour lors d'éten
dre les limites & les reffources de notre
langue . Il faut avouer cependant que le
malheureux fanatifme qui infectoit le
parti des Parlementaires , tendoit également
à la deftruction du goût & des fciences
, & à celle de l'ordre & des loix. Le
bel efprit & la plaifanterie étoient profcrits
, toutes les fciences humaines méprifées
, la liberté philofophique déteſtée ;
l'hypocrifie feule étoit en faveur . Dans
les préliminaires du traité d'Uxbrige , un
des premiers articles fur lefquels on infifta
particulièrement , fut l'abolition totale
des Spectacles ( 2) . Tous les meubles du
Roi furent mis en vente : fes tableaux
donnés à vil prix , enrichirent toutes les
Collections de l'Europe ; fes palais furent
démolis , & les matériaux en furent vendus
. Les Généraux avoient même réfolu
·
( 2 ) C'est dans ce moment critique que le
Chevalier Davenant ofa donner un Opéra , le
premier qui ait paru en Angleterre. C'eft une
chofe digne d'attention que ces auftères Fanatiques
qui venoient d'affaffiner juridiquement
leur Roi , fans le moindre fcrupule , aient profcrit
par délicateffe de confcience les plaifirs innocens
des fpectacles ; mais la fuperſtition eſt
prefque toujours abfurde & barbare.
JANVIER. 1760.
67
de faire vendre le Cabinet des Médailles
qui étoit à S. James, pour entretenir quelques
régimens de Cavalerie qui étoient
en quartier près de Londres : mais Selden,
pour prévenir une perte irréparable,
engagea fon ami Whiteloeke qui étoit
Lord- garde de la République , à fe charger
de la garde des Médailles. Cet expédient
fauva cette belle Collection.
Il est bien extraordinaire que le plus
grand génie qui ait brillé en Angleterre
pendant cet intervalle , ait été entièrement
livré à ces fanatiques , & qu'il ait
proftitué fa plume à des controverfes
théologiques , à des difputes factieuſes ,
& à l'apologie des excès les plus violents
du parti. Je parle de Jean Milton , dont
les Poëfies font admirables quoiqu'elles
ne foient pas fans défaut. Ses ouvrages
en profe font écrits d'une manière déſagréable
; mais ils ne font pas fans génie.
Tous fes Poëmes ne font pas également
beaux ; fon Paradis perdu , fon Comus ,
& quelques autres , brillent au milieu de
plufieurs plates & infipides compofitions.
Dans fon Paradis perdu même , qui eft
fon principal ouvrage , il y en a près du
tiers prefqu'entièrement dénué , non feulement
d'harmonie & d'élégance , mais
encore de cette force d'imagination qu'on
68 MERCURE DE FRANCE.
admire dans le refte. L'inégalité ( 3 ) na→
turelle du génie de Milton , fe joignoit
encore aux inégalités de fon fujet , dont
quelques endroits font d'une élévation
fupérieure à tout ce que l'efprit humain
peut concevoir , & d'autres ne peuvent
fe foutenir que par la richeffe du travail
& l'élégance du détail. Il eft certain que.
lorfque ce Poëte traite un fujet élevé , &
que fon imagination jouit de toute fa liberté
, il eft le plus admirable & le plus
fublime de tous les Poëtes , & je n'en
excepte ni Homère , ni Lucréce , ni le
Taffe. Plus concis qu'Homère , plus fimple
que le Taffe , plus énergique que Lu
( 3 ) Il y avoit des temps dans l'année où le
génie de Milton produifoit avec facilité & avec
abondance , & d'autres où il ne compofoit qu'avec
peine. Il paroît par ces Vers d'une Elegie
Latine de Milton fur l'approche du Printems ,
que c'eft dans cette faifon que fon imagination
étoit dans toute la force.
Fallor? an & nobis redeunt in carmina vires,
Ingeniumque mihi munere veris adeft?
Munere veris adeft ? iterumque vigefcit ab illo ,
( Quis putet ) atque aliquod jam fibipofcit opus .
Je placerai ici un mot fingulier fur Milton. M.
Richardfon dans fes remarques fur la vie & les
ouvrages de ce grand homme , dit : que c'étoit un
Ancien né deux mille ans après Terme.
JANVIER . 1760 .
69
créce , s'il eût vêcu dans un fiècle plus
cultivé , & qu'il eût adouci la rudeffe que
l'on trouve quelquefois dans fes vers ; s'il
eût eu affez de fortune & de loifir pour
attendre & faifir les retours heureux de
fon génie , il auroit atteint le faîte de la
perfection humaine , & enlevé la palme
du Poëme épique.
On fçait affez que Milton n'a jamais
joui pendant fa vie de la réputation qu'il
méritoit. Son Paradis perdu fut longtemps
négligé : les préventions qu'on avoit
confervée contre l'Apologifte des Régicides
, & contre un ouvrage encore
teint du jargon de ces temps fanatiques ,
déroboient aux yeux des ignorans les
beautés extraordinaires de cet ouvrage.
L'édition que le Lord Somers en fit faire
environ vingt ans après la mort de l'Auteur
, commença fa réputation ; & le Libraire
Tonfon dans la Dédicace qu'il mit
à la tête d'un autre édition , en parle
comme d'un ouvrage qui commençoit
feulement à être connu. Il ne paroît pas
que l'on ait jamais fait beaucoup de cas
du Poëme de Milton , lors même que fon
parti étoit triomphant ; Whitloke parle
d'un certain Milton , c'eft ainfi qu'il l'appelle
, comme d'un aveugle que l'on
employoit à traduire un traité du Suédois
70 MERCURE DE FRANCE.
"
en latin. De femblables expreffions fon
plaifantes aux yeux de la poftérité qu
confidere conbien le nom de Whitloke
lui- même , quoique Lord- Garde , Ambaffadeur
, & même homme de beaucoup
de mérite & de capacité , eft aujourd'hui
obfcur & inconnu , en comparaiſon de
celui de Milton .
Il n'eft pas étrange que Milton n'ait
reçu aucun encouragement après la reftauration
il faut bien plutôt admirer
qu'il ne lui en ait pas coûté la vie. Plufieurs
cavaliers condamnerent hautement
cette indulgence à fon égard qui fit tant
d'honneur à Charles II , & qui a été fi
avantageufe à la poftérité. On dit qu'il
avoit fauvé la vie à Davenant fous le
régne du Protecteur , & que Davenant à
fon tour lui rendit le même ſervice après
la reftauration. Les gens de lettres doivent
toujours regarder les rapports de
goût & d'étude comme de puiffans motifs
d'union , que les différences d'opinions
& de partis ne doivent jamais rompre.
C'est au milieu de l'indigence & des dangers
qui menaçoient fa liberté & fa vie
que Milton vieux & privé,de la vue compofa
le poème admirable qui furpaffe non
feulement tous les ouvrages de fes contemporains
, mais encore tous ceux qui
JANVIE R. 1760.
71
font fortis de fa plume , dans la vigueur
de la jeuneſſe , & dans le temps de fa
plus grande poftérité . Cette circonstance
n'eft pas la moins finguliere de celles
qu'on trouve dans la vie de ce grand
génie.
Waller ( s ) eft le premier qui ait épuré la
poëfie Angloiſe, ou du moins la verification
rimée. Mais fes ouvrages font défigurés
par bien des fautes , & ce qui eſt
plus effentiel encore , ils n'offrent que des
beautés foibles & fuperficielles. La gaîté ,
l'efprit & le naturel caractériſent fon génie
; il n'afpire point au fublime , & encore
moins au pathétique . Il parle de l'amour
fans infpirer aucun fentiment de
tendreffe , & il abonde en éloges , fans
jamais exciter l'admiration . Waller étoit
né avec une fortune confidérable ; il pa-
(4 ) Waller a paffe jufqu'ici pour le Poëte
d'Angleterre qui a eu le plus de goût & de délicateffe
; c'eft l'Anacréon & l'Horace des Anglois
. Il paffa la vie à la Cour , & il en prit lés
moeurs. Il fe prêta à tous les partis fans en
époufer aucun , & flatta tous les Souverains fous
lefquels il vêcut. Il loua tour- à- tour & Charles I
& Cromwel, & Charles II . Selon lui ,
Le Monarque qui régne est toujours leplus grand, į
C'eft fans doute fon inconftance & les adula--
tions que M. Hume appelle les erreurs de fa vie .
72 MERCURE DE FRANCE.
rut de bonne heure à la Cour , & paffa
fa vie dans la meilleure compagnie . Il pof
féda le talent de l'éloquence auffi bien
que celui de la poefie , & jufqu'à fa mort
qui n'arriva que fort tard , il fut l'idole
de la chambre des Communes. Les erreurs
de fa vie doivent être plutôt attribuées
à un défaut de courage qu'à un défaut.
d'honneur & de probité.
(5) Cowley eft un Auteur très - cor-
(5 ) Le jugement que M. Hume porte de
Cowley paroîtra bien févère , fi on le compare
avec ce qu'en ont dit les meilleurs Critiques Anglois
. Driden dit que ce Poëte furpaffe tous les
autres par le feu & l'abondance de l'imagination ,
& qu'il a porté la poësie pindarique auffi près de
laperfection qu'ilétoit poffible . Congreve dit qu'il
a fouvent égalé Pindare pour la fublimité duftyle
& la beauté des images . On ne fçait , dit le Chevalier
Denham , qui l'emporte dans Cowley de la
Nature ou de l'Art. Le judicieux Adiffon en parle
comme d'un des plus grands Poëtes d'Angleterre.
Pope a placé des plaintes touchantes fur fa
mort dans la Forêt de Windfor. Qui charmera
déformais ces ombrages où Cowley montoit autrefois
fa lyre &c. Et voilà M. Hume qui le met
aujourd'hui fort au- deſſous du médiocre comme
Poëte : ces fentimens font bien contradictoires !
11 femble que M. Hume veuille répandre fur
la Littérature comme fur la Philofophie les ombres
du Pirrhonifme. Le feul point fur lequel
tous les Écrivains s'accordent à l'égard de Cowley
, c'eſt ſur l'honnêteté & la douceur de fes
rompu
JANVIER . 1760. 73
rompu par le mauvais goût de fon ficcle ;
mais quand il auroit vêcu dans les plus
beaux jours de la Gréce & de Rome , il
auroit toujours été un Poëte très - médiocre.
Il n'avoit point d'oreille , & fes
vers ne font diftingués de la profe que
par la rime qui les termine. Sa poefie
fans douceur & fans harmonie n'offre
pour l'ordinaire que des fentimens forcés
, des allégories obfcures , des allufions
éloignées , & des idées alambiquées.
On apperçoit cependant quelquefois au
milieu de ces conceptions peu naturelles
beaucoup de fineffe & de force de penfées.
Cowley a quelques Odes anacréontiques
charmantes par la gaîté & la facilité.
On aime dans fes ouvrages de profe
l'honnêteté & la bonté qui femblent s'y
peindre , & un certain ton d'humeur &
de mélancolie qui attache. Cet Auteur a
été beaucoup plus loué & plus admiré
pendant fa vie , & a eu plus de réputation
après fa mort que le grand Milton même.
Le Chevalier Jean Denham a fait voir
dans fon poëme du Mont- Cooper une
vigueur & une élévation que l'on n'avoit
mours. Son plus bel éloge eft forti de la bouche
de Charles II. Ce Prince dit en apprenant la
mort : M. Cowley n'apas laiffé de plus honnête
homme que lui en Angleterre.
·I, Vol.
74 MERCURE DE FRANCE.
encore trouvée dans aucun des Poëtes
Anglois qui ont écrit en rimes . Les difficultés
méchaniques de ce genre de vers ,,
ont retardé fes progrès.
Shakeſpeare , dont les fcènes tragiques
ont une énergie & une chaleur fi admirable
, n'eft plus qu'un Poëte ordinaire
lorfqu'il veut rimer. La précifion & la
netteté manquent particuliérement aux
poëfies du Chevalier Denham .
Parmi les Ecrivains de ce fiécle il n'y
en a aucun qui ait eu autant de célébrité
& dans fa patrie & chez les Etrangers
que Hobbes. Aujourd'hui fes écrits font
fort négligés fon exemple prouve combien
les réputations font incertaines &
précaires , lorfqu'elles ne font fondées
que fur des ouvrages de raifonnement &
de philofophie . Une comédie agréable qui
nous peint les moeurs d'un fiécle & nous
offre un tableau fidèle de la nature , eft
un ouvrage durable qui paffera à la pof
térité la plus reculée ; mais un fyſtême
de phyfique & de métaphyfique ne doit
fon fuccès qu'à fa nouveauté. Dès qu'on
l'analyse avec impartialité , on découvre
bientôt fon infuffifance . La politique de
Hobbes femble ne tendre qu'à exciter
la tyrannie , comme fa morale n'eft
propre qu'à encourager la licence . QuoiJANVIE
R. 1760. 75
qu'il foit ennemi de toute Religion , il
n'a rien de l'efprit de fcepticifme ; il eft
au contraire auffi dogmatique & auffi
tranchant que fi la raiſon humaine , & fa
propre raifon en particulier , pouvoit atteindre
à une pleine conviction fur ces
matières. La clarté & la propriété d'expreffions
forment le mérite principal des
écrits de Hobbes : quant à fon caractère
perfonnel , il paroit avoit été un homme
de probité ; ce qui ne doit point étonner
malgré le libertinage de fon fyftême
de morale. La timidité eft le plus grand
défaut qu'on lui reproche : il a vêcu jufqu'à
un âge très avancé fans pouvoir jamais
aguerrir fon imagination contre la
penfée de la mort . Ce trait de fon caractère
forme un contrafte bien fingulier
avec l'audace de fes opinions & de fes
principes .
L'Oceana d'Harrington ( 6 ) étoit ap-
( 6 ) On trouvera dans la première Partie de
cette Traduction , ( Merc. de Décembre, pag. ss .)
une note fur Jean Harrington , qui feroit mieux
placée ici. Harrington établit pour principe dans
fon Oceana que tout bon gouvernement doit être
compofe d'un Sénat qui délibére & qui propofe , du
Peuple qui décide , & du Magiftrat qui exécute ; &
il prétendoit que la République des Hébreux
étoit formée fur ce modele. Il dit entr'autres
chofes que les Ifraëlites choifirent Dieu pour leur
Dij
MERCURE DE FRANCE.
proprié au goût d'un fiécle où les fyftêmes
de Républiques imaginaires étoient
le fujet continuel de toutes les difputes
& de toutes les converfations ; on admire
encore aujourd'hui le génie & l'invention
qui brille dans cet ouvrage. Au reſte
l'idée d'une République parfaite & éternelle
fera toujours auffi chimérique que
celle d'un homme parfait & immortel .
Le ftyle d'Harrington manque de douceur
& de facilité , mais ce défaut eft
réparé par la folidité de l'ouvrage.
( 7 ) Harvey a la gloire d'avoir fait par
Roi , & qu'ils le dépoférent enfuite , & que rien
n'a eu force de loi chez eux que ce qui avoit été
déterminé par le Peuple.
(7 ) Il est bien vrai qu'il n'entra dans fa découverte
de la circulation du fang aucun de ces hazards
heureux qui ont produit prefque toutes les grandes
inventions , mais il eft vrai auffi qu'Harvey
ne dut pas à fon génie feul cette belle découverte,
Il y fut amené par des vérités particulières , apperçues
avant lui , & qui l'ont conduit facilement
à celle-là. L'efprit humain ne cherche que par
degrés , & toutes les vérités d'obſervation ne le
développent que par une progreffion lente & fenfible
; on en voit les femences le préparer, germer
& murir, Je ne prétends pas renouveller içi
l'injufte & ridicule imputation de Plagiat , dont
on a chargé Harvey. Il a eu le fort de tous les
Inventeurs. Lorsqu'il écrivit que le fang circule
continuellement dans le corps , on lui dit que
cela n'étoit pas vrai , & lorfqu'il fut prouvé que
JANVIER. 1760. 77
raifonnement feul , & fans le fecours du
cela étoit vrai , on dit que cela n'étoit pas neuf.
On trouve la circulation du fang dans Hippocrate
comme on avoit découvert l'attraction dans
Empedocle ou la Trinité dans Platon . Il est bien
fûr qu'Hippocrate ne connoiffoit pas la circulation
, lui qui plaçoit l'ame dans le côté gauche
du coeur , d'où il difoit qu'elle faifoit mouvoir le
fang à ſon gré fans aucune loi conftante & certaine.
Le premier pas que l'on a fait vers cette gran
de vérité eſt dû vraisemblablement à Michel Servet
, le même qui fut brulé à Genève , plutôt
pour avoir dit des injures à Calvin , que des abfurdités
fur la Trinité . Il établit très- clairement
dans fon Chriftianifmi reftitutio , imprimé en
Iss3 , que le fang palle à travers les poûmons du
ventricule gauche du coeur au ventricule droit ,
fans paffer par la partie qui fépare les deux ventricules
, comme on le croyoit communément.
On peut voir le paffage de Servet dans la Bibliothèque
Angloife 1717 , Tom. I , pag. 309.
Realdus Colombus,Médecin de Crémone, en parla
enfuite avec plus de précision encore que Servet.
André Cifalpinus , dans fes queflions fur la
Médecine ( ann. 1593. ) étendit cette vue plus
loin & indiqua affez clairement la circulation .
Quant à ce qu'on a prétendu que le célèbre
Fra-paolo avoit deviné les valvules des veines ,
mais que la crainte de paffer pour hérétique l'avoit
empêché de publier cette nouveauté , il n'eſt
pas bien prouvé que ce foit une fable. Je finirai
cettelongue note par un paffage d'un Ecrivain Anglois
, jaloux comme tous les Anglois de la gloire
de fes compatriotes , mais qui a écrit avec beaucoup
de jugement & d'impartialité fur les travaux
des Modernes. C'eft M. Wotton , ( Réflex .
D- iij
8 MERCURE DE FRANCE.
hazard , une découverte importante dans
l'une des branches les plus effentielles de
la philofophie. Il a établi en même tems
fa théorie fur les preuves les plus folides
& les plus convaincantes , & la poftérité
n'a ajouté que peu de chofe aux raifons
que fa fagacité & fes travaux lui avoient
fuggerées. Son Traité de la circulation du
fang eft encore embelli par la hardieffe &
la chaleur qui accompagnent ordinairement
l'efprit d'invention . Ce grand homme
fut très favorifé par Charles I , qui
lui permit de prendre dans fes forêts
toutes les bêtes fauves dont il auroit
befoin pour perfectionner les découvertes
fur la génération des animaux.
-
On nous a laiffé dans ce fiécle beaufur
la Littérature ancienne & moderne. ) Il rap
porte les fentimens d'Ariftote , d'Hippocrate , les
découvertes de Servet & de Colombus , & dit.
enfuite : Le chemin étoit tracé quand Harvey parut
; il bâtit fa doctrine fur les obfervations de
ceux qui l'avoient précédé ; & il trouva l'ouvrage
d'autant plus avancé que l'ufage des valvules des:
veines avoit été découvert par le P. Paul de Vencie
, & expliqué enfuite par Fabricius d' Aquapen
dente. Harvey acheva de donner à fon hypothefe
la démonftration dont elle étoit fufceptible . Quoi
qu'il en foit , il eft clair qu'Harvey a fenti le.
premier toute l'étendue & la généralité de cette
découverte , & qu'il l'a développée & établie avec
une force, une clarté & une fupériorité de raifonnement
qui caractériſe l'invention & le génie..
JANVIER . 1760.
coup de matériaux pour l'Hiftoire ; mais
il n'a produit aucun Hiftorien fupérieur :
Clarendon cependant fera toujouts regardé
comme un Auteur agréable , même
indépendamment de la curiofité qu'on
les peut avoir pour faits qu'il rapporte
Son ftyle eft redondant & diffus , il nous
fuffoque par la longueur des périodes ;
mais il eft animé par l'imagination & le
fentiment , & il nous plaît en même tems
que nous le condamnons. Clarendon à
Fair plus partial qu'il ne l'eft en effet ; il
paroît fans ceffe occupé à juftifier le Roi ,
mais ſes motifs de juftification font ordinairement
bien fondés. Il eft plus fidèle
dans la narration des faits que dans la
peinture des caractères : il eft trop honnête
homme pour altérer les faits , & fes
préventions lui ont fait quelquefois déguifer
les caractères fans qu'il s'en apperçût
lui- même. D'ailleurs fon ouvrage eft
embelli par un certain air de bonté &
de probité , qui peint les moeurs & l'ame
de l'Auteur.
Ce font là les principaux ouvrages
qui méritent l'attention de la postérité.
Pour ces fatyres de parti , ces déclamations
de la chaire , ces controverfes théologiques
, il y a longtems que ces abfurdes
& innombrables productions dont l'An-
Div
So MERCURE DE FRANCE
gleterre étoit alors innondée , font tombées
dans le mépris & l'oubli ; des Ecrivains
même tels que Selden , dont l'érudition
faifoit le plus grand mérite , ou
Chillingworth qui a difputé avec beaucoup
de fubtilité contre les Papiftes , ne
feront jamais mis au rang des Ecrivains
claffiques de notre nation.
Cet excellent morceau de littérature , dont je
donnerai la fuite dans le Mercure prochain , eſt
traduit par M. Suart , connu des gens de lettres &
des fçavans pour un efprit de la meilleure trempe
, plein de lumières & de goûr.
FRAGMENS du quatrième Livre des
GEORGIQUES de Virgile .
ONN eft d'accord que les bons Poëtes,
& furtout les Poëtes anciens , ne peuvent
être traduits qu'à leur défavantage.
Ils y perdent leur couleur & leur harmonie
naturelle , beautés précieuſes dans la
Poëfie en général , plus précieufes encore
dans les Poëmes dont elles font les qualités
dominantes;& ineftimables dans les
Géorgiques de Virgile , le mieux écrit des
Poëmes latins . On ne peut donc guére efpérer
d'en avoir dans notre langue que de
foibles imitations , foit du côté du coloris
qui fera toujours altéré , foit du côté de
l'harmonie , dont nos vers n'ont confervé
JANVIE R. 1760 .
qu'une ombre. Quant aux détails de l'agriculture
, ils s'ennobliffent chaque jour
parmi nous , & à l'honneur de notre fiécle
, nous commençons à entendre fans
dégoût les termes de l'art qui nous nourrit.
Nous n'en fommes pas encore à regarder
comme honorable pour un Roi un
cortège de deux cens charrues attelées ;
mais la Philofophie a fait aſſez de progrès
pour impoſer filence à cette vaine délicateffe
, qui a énervé la langue à force
de la polir,& c'eſt un obstacle de moins à
la traduction des Géorgiques de Virgile.
On nous en promet une d'un homme célèbre
; mais l'effai que je vais donner eft
d'un jeune homme qui commence & qui
me paroît mériter toute forte d'encouragemens.
Après la Dédicace à Mécène , il
débute ainfi :
Aux Abeilles d'abord que vos foins vigilans
Préparent un afyle inacceffible aux vents :
Un fouffle impétueux arrêtant leur cohorte
Lui fait abandonner le butin qu'elle apporte
Eloignez d'alentour ces troupeaux bondiffans
Qui foulent l'herbe tendre & les gazons naiſſans ,
Et font tomber des fleurs ces perles de roſée
Qui brillent le matin fur la plaine arrofée :
Ecartez le lézard peint de mille couleurs
Dv
Sz MERCURE DE FRANCE.
Progné dont le plumage annonce les malheurs ,
Les frélons pareffeux , & ces oifeaux avides
Qui fondent tout -à-coup fur vos effains timides ,
Les faififfent dans l'air , & volant dans leurs nids
De ce repas cruel vont nourrir leurs petits .
Qu'auprès de leur demeure une onde fraîche &
1
pure
Des prez en murmurant careffe la verdure :
Qu'un fauvage olivier , & qu'un palmier épais
De leurs rameaux unis ombragent leur palais :
Au retour du printemps quand leur vive jeuneffe
Près de fon nouveau Roi fe raffemble & s'em
prelle ,
Et va fous un ciel pur fe jouer dans les champs
Le frais délicieux de ces gafons rians
Et des arbres touffus dont le bois s'entrelaffe
L'ombrage officieux l'arrête & la délaffe ...
Du thim , du romarin l'ambre délicieux ,
Et mille autres parfums embaumeront ces lieux
La parmi les gafons humblement inclinée
La pâle violette annoncer a l'année....
Soitque de vos effains les paifibles réduits
Soient tiffus d'un jong fouple , ou d'écorce conf
truits ;
Ne leur laiſſez jamais qu'une étroite ouverture....
Nouvelle colonie errante à l'aventure ,
Souvent on les a vûs choifir pour le cacher
Du le creux d'un vieux chêne ou les flancs d'un
rocher.
JANVIE R. 1760. 8';
Sécondez leur prudence , & que leur toît fragile
Soit couvert de feuillée , & cimenté d'argile :
Eloignez d'alentour les ifs contagieux ;
Ne les placez jamais près d'un marais bourbeux ,
Ni près de ces amas de roches efcarpées
Qui nous rendent la voix dont elles font frappées.
Lorſque le Roi brillant de l'Empire de l'air
A fous notre horifon précipité l'hyver ,
Voyez près d'un ruiffeau leurs troupes vagabon
des ;
Là d'une aîle légere ils effleurent les ondes.
Bientôt ils vont chercher dans les champs reffeuris
La lavande & le thim , leurs mêts les plus chéris
Et le foir dans leurs nids revolant avec joie
Vont revoir leurs enfans & dépofer leur proie
Et là du fuc des fleurs leur art induſtrieur
Compofe de leur miel le tréfor précieux.
Lorſque dans un beau jour , tel qu'un nuage
immenſe ,
༡ A vos yeux étonnés leur bataillon s'avance ,
nage lentement dans le vuide des airs ;
Aux bords d'un clair ruiffeau , fous des ombrages
Et
verds
Répandez des parfums ies vapeurs odorantes
Faites entendre autour les cimbales bruyantes
Là pour le repofer s'abattront vos ellains ;
Ilsreviendrons le foir remplir leurs magafins
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
Entre deux Rois rivaux la difcorde cruelle
Allume quelquefois une guerre mortelle.
Mais vous pourrez dès - lors preſſentir ailément
L'effet tulmultueux de leur reffentiment.
Tel que l'airain bruyant , précurfeur des batailles
Des bourdonnemens fourds rempliffent leurs mu
railles ;
Et foudain enflâmés d'une bouillante ardeur
Leurs efcadrons épars s'attroupent en fureur .
Leur corps pour le combat prend des forces nou
velles. ,
Ils aiguilent leurs dards , ils agitent leurs aîles;
Et rangés près du Roi , ces efcadrons volans
Appellent à grands cris leurs ennemis trop lents.
Si le jour eft ferein , leurs ardentes cohortes
S'élancent tout-à-coup , & franchiffent les portes.
On fe mêle , on combat , le bruyant bataillon
Forme au milieu des airs un épais . tourbillon .
Des Cieux précipités les morts jonchent la terre,
Les autans aux forêts lorſqu'ils livrent la guerre
Font pleuvoir moins de glands des chênes agités.
Leur Roi tout brillant d'or , vole de tous côtés ;
Il va dans tous les rangs échauffer le carnage ,
Et dans un foible corps déploye un grand courage.
La mort ne peut enfin affouvir leur fureur
Qu'un des partis vaincu ne le.céde au vainqueur
Que votre main dans l'air jette un peu de pouffiere
Elle éteint tout-à-coup cette ardeur meurtriere.
JANVIE R. 1760. 85
Lorsqu'ils font rappellés de ce combat fatal ,
Du maître légitime immolez le rival ;
Mais lorsque vous verrez leurs troupes incertaines
Pour voltiger dans l'air , ou jouer dans les plaines,
Oublier leurs travaux , & déferter leurs toîts ,
Arracher fans pitié les aîles de leurs Rois.
Que l'ambre précieux des fleurs les plus brillantes
Arrête vos effains dans des plaines riantes ;
Que Priape en fa main portant fa longue faulx
Y donne l'épouvante aux avides oiſeaux:
Vous-même , pour fixer leur courſe vagabonde,
Embelliffez pour eux cette plaine féconde .
Que la rofe & l'oeillet parfume leur féjour ;
Que les fruits les plus doux mûriffent à l'entour ;
Et que les pins altiers deſcendus des montagnes
Viennent de leur rameaux ombrager les campagnes.
Si mon frêle vaiffeau fur les ondes flottant ,
Ne fe hâtoit d'entrer dans le port qui l'attend,
Peut-être , invitant l'art à fervir la nature ,
Ma Mufe des jardins chanteroit la culture ,
Peindroit l'oeillet vermeil , & la rofe & les lys ,
La tulipe étalant fon or & fes rubis ,
Ces végétaux heureux dont l'utile verdure
Se plait à s'abbreuver d'une onde vive & pure ,
Et les rameaux pliants du docile arbrifſeau
Que l'art induſtrieux fait courber en berceau ;
Le liere tortueur rampant dans nos boccages ,
6 MERCURE DE FRANCE.
Le myrthe qui fe plaît fur d'humides rivages ,
Et les flancs arrondis de cet énorme fruic
Qui preffe en ferpentant le champ qui l'a produit.
J'ai vu fous les remparts de l'antique balie
Un vieillard fortuné couler en paix ſa vie :
Aux bords du Galefus qui dans des champs féconds
Arrofe de Cérès les flotantes moitfons ,
Ce vieillard cultivoit (on tranquille héritage .
Là mes yeux n'ont point vu dans un gras pâturage
Errer en mugiffant de fuperbes troupeaux ,
Ni les dons de Bacchus couronner des côtea ux.
Un parterre de fleurs , quelques plantes heureuſes
Qu'élevoient avec foin fes mains laborieuſes ;
Un jardin , un verger , dociles à fes loix ,
Lui donnoient le bonheur qui s'enfuit loin des Rois.
Des fruits qu'avec plaifir ſes yeux avoient vu naître
Ses mains couvroient le foir une table champêtre..
Il cueilloit le premier les rofes du printems ,
Le premier de l'automne amaſſoit les préfens
Quand les froids aquilons des rapides rivieres
Enchaînoient dans leurs lits les ondes prifonnieress
Quand les rochers brifés cédoient à leur fureur
Des zéphirs parelleux accufant la lenteur
Déjà la ferpe en main , de l'acanthe docile
Ce vieillard retranchoit le feuillage inutile.
Il voyoit le premier d'innombrables effains
Faire couler leur miel dans fes heureuſes mains
La Flore tous les ans confervoir à Pomone
JANVIER. 1760. 87
Les fruins que le printems promettoit à l'automnes.
Là pour flatter les yeux , placés en rangs égaux,.
Des pins audacieux , de fuperbes ormeaux ,
L'arbre dont le buveur aime l'épais ombrage ,
Le chêne , le tilleul confondoient leur feuillage.
Mais d'autres chanteront tous ces objets divers.
Le temps fuit, je revole à l'objer de mes vers.
Admirons aujourd'hui dans ce Peuple fi lage:
Ce merveilleux inſtinct qu'il reçut en partage,.
Quand fur le mont Ida leur zèle officieux
Nourrit dans le berceau le Souverain des Dieux ;-
Quand les bourdonnemens de leur troupe fidèle
Se mêlèrent aux cris des Prêtres de Cybèle.
De tant d'êtres divers eux feuls unis entr'eux ,
D'un Etat politique ont fçu former les nouds..
Dans les mêmes travaux ils confument leur vie ,,
Eux feuls ils ont connu le doux nom de Patrie ;
Et dans les mêmes murs foumis aux mêmes Rois
Paifibles Citoyens faivent d'égales loix.
Pour la froide faifon leur utile fagelle
Groffit pendant l'Eté leur commune richeffe.
De ce Peuple nombreux pour foulager la faim ,
Les unes dans les champs vont moillonner le thim
Des jeunes Citoyens , d'autres formant l'enfance ,
Cultivent de l'Etat la débile efpérance.
Une autre d'un miel pur épaiflit les rayons,
At d'un nectar brillant dore fes pavillong
88 MERCURE DE FRANCE.
Plufieurs en fentinelle aux portes font placées ;
Plufieurs vont décharger leurs compagnes laffées.
D'autres vont confulter les préfages des Cieux ,
Ou chaffer le troupeau des frêlons envieux.
Tels les fils de l'Etna, dans leur prifon brulante,
Se hâtent de forger la foudre étincelante.
L'un tour-à-tour enferme & déchaîne les vents ;
L'autre plonge l'acier dans les flots frémillans ;
L'autre attife & nourrit le brafier qui s'allume .
L'Etna tremblant gémit fous le poids de l'enclume ,
Leurs bras appefantis foulevés lentement
A coups précipités frappent l'airain brulant ;
Et d'un mordant acier les branches rapprochées
Roulent fous les marteaux les foudres ébauchées.
Vos effains montreront à votre oeil enchanté
Pour de moindres travaux la même activité .
Chacune a fon emploi : celles qu'affoiblit l'âge
De l'enceinte des murs ont la garde en partage.
Par leurs foins élevés contre les vils frêlons ,
De folides remparts défendent leurs rayons ;
Ou de l'art des humains leur adreffe rivale
Conftruit de leur palais l'ingénieux Dédale.
Les plus jeunes , du thim vont recueillir la fleur
De fon calice ouvert expriment la liqueur ;
Et du faffran vermeil , ou des roſes naiſſantes ,
Enlèvent en volant les déponilles brillantes
Et le foir fous leurs toîts leur diligent effain
Rapporte avec effort cet immenfe butin,
JANVIER. 1760 .
89
On les voit s'occuper , ſe repoſer enſemble.
Pour leurs communs travaux l'aurore les raffemble.
Le ſignal eſt donné ; leurs bataillons ardens
Tout-à-coup déployés s'élancent dans les champs.
L'approche de la nuit interrompt leur ouvrage :
Leur troupeau difperfé fur les fleurs du rivage
Revient fe délaffer des fatigues du jour :
De longs bourdonnemens annoncent leur retour.
Un miel pur & frugal ranime leur foibleffe
Leur couche les reçoit ; on fe taît , le bruit ceffe.
Un filence profond régne jufqu'au réveil ,
Et ce peuple affoupi s'abandonne au fommeil.
;
Quand les airs frémiffans annoncent les orages,
Quand d'humides vapeurs groffiffent les nuages ,
Sous un ciel menaçant , les timides effains
N'ofent tenter alors des voyages lointains.
A l'abri des remparts de leur cité tranquille
Ils vont puifer une onde à leurs travaux utile ;
Ou de fable dans l'air quelque grain emporté
Donne un jufte équilibre à leur corps agité.
Ainfi le matelot qu'un orage épouvante ,
Leſte d'un poids utile une barque flotante .
Sans l'Amour ni Vénus repeuplant leurs états,
Par de honteux plaifirs ils ne s'énervent pas.
Les jeunes citoyens que nourrit la patrie ,
Dans les flancs maternels n'ont point reçu la vie ,
Sur le duvet des fleurs des infectes rampans
90 MERCURE DE FRANCE.
Adoptés par l'Etat deviennent fes enfans ;
Et des ans deſtructeurs réparant le ravage ,
De cette Cour brillante éternifent l'ouvrage.
Souvent en voltigeant contre un rocher aigu ,
Leurs aîles ont briſé leur fragile tiſſu ;
Et regrettant le prix de leur noble induſtrie ,
Sous leur charge pefante elles rendent la vie.
De leurs jours paſſagers éteignant le flambeau ,
Lefort après fept ans les replonge au tombeau
Mais leur Etat fubfifte , & leur race immortelle
Compte de longs ayeux une fuite éternelle.
Le Méde , le Perfan , le fage Egyptien ,
Les Peuples de l'Euphrate , & le noir Indien ,
Profternés en tremblant aux pieds de leurs Mo
narques ,
Du pouvoir fouverain refpectent moins les mar
ques.
Mais heureux fi le Ciel lui conferve fon Roi ,
Ce peuple , s'il le perd , ne connoît point de lo
Defon riche palais les tréfors fe difperfent ;
Ses travaux font détruits , fes remparts fe ren
verſent .
C'eſt l'appui de l'Etat : leurs flots impétueux
Suivent en frémiffant ce Roi majestueux.
L'aîle de ſes ſujets dans les champs de Bellone ,
Pour l'élever dans l'air fouvent lui fert de trône ;;
Leurs corps font les remparts au milieu des com
bats i
JANVIER. 1760. 91
Ils briguent fous fes yeux un glorieux trépas.
Ces traits ont fait penfer que l'effence éternelle
Leur donna de ſa flamme une pure étincelle ;
Que fon fouffle divin répandu dans les corps
De ce vafte Univers fait mouvoir les refforts ,
Remplit en même tems le ciel , la terre & l'onde;
Que dans l'immenfité de cette ame féconde
Les êtres animés qui peuplent ce féjour
Vont puifer le rayon qui leur donne le jour ;
Qu'enfin lorfque la mort , de cette foible argile
A détruit de les mains l'édifice fragile ,
Transformés auffitôt en aftres radieux ,
Des fanges de la terre ils s'envolent aux cieux.
LEE mot de l'Enigme du Mercure
précédent eſt Pelotte aux épingles . Celui
du Logogryphe eft Tactique , dans lequel
on trouve itaque , tiquer , vie , tait , cas
quet , écu , acquit , jeu , cité , attique ,
Tacite , acte , quiet , caque , eau , cave ,
étau , étui , até, víte , Tite , Eu , & vice.
92 MERCURE DE FRANCE.
ENIGM E.
TOUT OUT fier des trésors que je porte ,
J'élevois mon front hériffé ;
Ils m'ont pris , ils m'ont renversé ,
Et m'ont battu de telle forte ,
Qu'enfin je leur ai tout laillé ,
Mais plus pauvre que Job ils m'ont mis à la porte.
Que mon état préfent diffère du premier !
J'arrivai fur un char , je fuis fur un fumier.
LOGOGRYPHE.
SOUouSs mille & mille afpects plus ou moins féduifans
,
J'ai dequoi plaire aux yeux, dequoi flatter les fens
Si dans mes jeunes ans j'embellis la Nature ,
Sur mon déclin , hélas ! que de tourmens j'endure!
Sur mon corps mutilé chacun frappe & lévit ;
De mès membres épars chacun fait ſon profit .
Déplacez l'un des pieds dont mon tout ſe com- -
poſe ,
Ce pied feul pris au centre , à leur tête porté ,
Préſente à tes regards une toute autre choſe
Utile à qui chez foi veut être en fureté .
Regarde tes jardins , ta porte , ta fenêtre ,
Ce corps, même le mien, s'y remarquent peut-être.
JANVIER. 1760 . 93
AUTRE.
MON tout de fept lettres orné ,
N'offre pourtant au regard étonné
Qu'une confonne unie à trois voyelles ,
S'il faut , Lecteur , te dire un mot du jeune objer
Qu'à mon aſpect tu te rappelles ,
Apprends , hélas ! qu'à des nouvelles
Çent fois fon innocence a fervi de ſujet ,
Dans un livre apperçu je n'ai que deux fyllabes ,
Mais chacune eftun mot, & porte un fens complet;
L'une eſt le mot chéri des gens durs , des Arabes ;
L'autre eft celui d'un avorton.
Mais dans un miroir me voit- on ;
Ma forme renverfée y prend un nouvel être ,
D'une fyllabe accru tu m'y verras paroître
Et chacune encor fait un mot,
Mot d'ufage & connu dès le temps de Marot.
Le premier lie , enchaîne , attroupe
Les objets que l'efprit exclut d'un autre groupe.
Un autre eft meſure du temps ,
Mefure comme lui fuyante & paffagère .
Quant au dernier , c'eſt un mot fort de fens ,
Et qui prefque toujours vaut une phraſe entière ;
Mais je l'ai déjà peint, .. Où ? .. Tu vas le favoir ;
C'est un mor que ne peut détourner le miroir.
94 MERCURE DE FRANCE.
LOGOGRYPHUS.
TRINA dabit pedibus cuin fenis fyllaba nonten,
In partes cautus quod fi diviferis æquas ,
Nomen habet prima ,activum tenet altera verbum ,
Sed fi diverfo libeat componere membra
Ordine , repperies in me quod dividat urbem ,
Quot deceat juvenem , fignum commune fene&tæ,
Quodque ignara viri prænofcitur effe puella .
Par M. le Curé de la Ville-du-Bois.
CHANSON.
L'INCONSTA
'INCONSTANT papillon fur l'aîle des zéphirs
Volant parmi les fleurs promène ſes defirs ;
Et fans fixer fon choix on le voit difparoître :
C'eſt le portrait de l'amour Petit- Maitre.
Mais dans un fi riant féjour
Confidérez la Tourterelle ,
Toujours tendre & toujours fidelle ;
C'eſt le portrait de mon amour.
Legerem
L'inconstant papillon sur l'aile
des Zé
phirs, Volantparmi les fleurs promène ses désirs,E
wx
sansfixer son choix on le voitdispa - roure, C'es
3
le portrait de l'amour petit maitre:
Mesure
Mais dans un riant séjour Considérés la
tourterelle , Toujours tendre et toujours fidelle
Toujours tendre ettoujoursfidelle Cest leportrait de
mon amour, C'est le portrait de mon amour.
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOW AND
TILDEN -FOUNDATION
JANVIER. 1760. 95
ARTICLE II.
NOUVELLES LITTERAIRES.
AMENOPHIS ,
Tragédie repréfentée le 12 Nov. 1752..
LEE bruit s'eft répandu qu'on va donner
bientôt une Tragédie de M. Saurin ,
dont le fujet eft la conjuration de Spartacus
; & les perfonnes qui l'ont vue
en parlent avec éloge. Dans cette circonftance
on n'a pas manqué de rappeller
le mauvais fuccès d'Aménophis , Tragédie
du même Auteur : il eft des gens
qui ne croyent jamais ſaiſir affez- tôt l'oc
cafion de nuire. Pour moi , dont le devoir
& l'objet font de rendre juftice aux
talens eftimables , fans prétendre qu'Aménophis
méritât un fuccès qu'il n'a
pas eu , je me propofe de faire voir par
I'Extrait même de la pièce , que l'Auteur
eft très en état de s'élever au-deffus
de ce premier effai ; que fon ftyle en général
eft le vrai ftyle de la Tragédie; que
96 MERCURE DE FRANCE.
fes vers difent ce qu'ils doivent dire avec
nobleffe , avec préciſion , & fouvent avec
énergie ; qu'en un mot Aménophis doit
prévenir en faveur de Spartacus : car ce
n'eſt pas fur quelques traits particuliers
que l'on doit juger du talent d'un écrivain.
Chapelain a de bons vers , le grand Corneille
en a de mauvais ; c'eft le nombre
dominant qui décide . Celui qui fait cinq
cens vers auffi bien qu'il eft poffible ,
a dequoi en faire dix mille avec la même
correction . Les négligences ne prouvent
qu'une compofition trop précipitée ;
& ce n'eft que par l'ufage qu'on s'habitue
à écrire difficilement.
-
Arthéfis , fille de Ménès , Roi d'Hécatompyle
, captive à Memphis dans le
Palais des Rois , eft condamnée à épouſer
Amafis , ufurpateur du trône d'Aménophis
fon amant , qu'elle croit mort dans
un combat. Elle confie fes douleurs à
Iphife qui la confole.
IP HIS E.
Eh quoi ! lorfque la paix à Memphis de retour ,
Pour votre augufte hymen a marqué ce grand
jour ,
Par nos mains , malgré vous,pompeufement parce
En victime à l'Autel , vous marchez éplorée .
Madame , ah ! que je plains l'état où je vous voi !
On
JANVIER. 1760 . 97
On lit dans vos regards & l'horreur & l'effroi ;
Une pâleur mortelle obſcurcit tous vos charmes;
Le voile de l'hymen eft trempé de vos larmes.
ARTHESIS.
Plût au Ciel que ce fût le voile de la Mort !
Qu'a donc fait Arthéfis pour mériter ſon ſort ?
Dieux juftes , dont la main s'appefantit ſur elle !
Iphife lui repréfente que cet hymen
rend à fon pere Ménès fes Etats & fa
Couronne ; qu'Améfis met à fes pieds
Nephté fa fuperbe rivale. Enfin , lui
dit- elle , il vous épouſe , il eft Roi.
ARTHESIS.
Lui , grands Dieux !
Lui Roi ! Je ne connois qu'un tyran dans ces lieux,
Un monftre qui du trône ufurpateur perfide ,
A porté fur fon Maître une main parricide :
Meurtrier d'Apriès , fes droits font fes fureurs.
Il m'époufe, & tu peux demander mes malheurs !
Elle lui avoue fon amour pour Aménophis.
Ce Prince réfugié à la Cour de
fon pere , lui avoit été promis dès l'enfance
; & la gloire qui les animoit l'un &
l'autre fut le principe de leur amour.
Iphife s'étonne que Ménès eût voulu donner
fa fille à un Prince fugitif & détrôné .
1. Vol.
E
98 MERCURE DE FRANCE
ARTHESIS.
Iphife , il n'appartient qu'à des ames communes
De pefer les Mortels au poids de leurs fortunes.
Mes fentimens pour lui n'étoient pas combattus ;
Il n'avoit point de trône , il avoit des vertus ;
C'eſt au fort irrité qu'il les devoit peut - être.
Il connut le malheur avant de fe connoître :
Rarement on eft grand au faîte des grandeurs.
A la Cour de fon pere , entouré de flatteurs ,
Et trop fûr de monter au rang de fes ancêtres ,
L'orgueil & la molleffe auroient été les maîtres
Mais le fort pour tout bien lui laiſſant le danger
D'un trône à conquérir , & d'un Pere à venger ,
A toutes les vertus on exerça fon ame ;
De l'amour de la gloire on y porta la flâme ,
On endurcit fon corps aux plus rudes travaux ;
Du Prince on fit un homme , & de l'homme un
héros.
Je demande à tout Juge impartial fi
celui qui a fait ces vers n'a pas le ſtyle
de la Tragédie ?
Ramefsès, zélé Sujet d'Aménophis dans
le coeur , mais en apparence attaché au
Tyran , reproche à Arthéfis d'avoir confenti
à époufer cet ufurpateur parricide ,
& lui fait entendre que la mort étoit pour
elle préférable à cet hymnen.
JANVIER. 1760. 99
ARTHESIS.
"
4
Eh !me plaindrois-je hélas ! fi je pouvois mourir !
Connois donc Amafis : » ton pere va périr ,
M'a-t-il dit : vois le fer fufpendu fur la tête ;
» Vois aux mains des foldats la flamme touse
» prête;
Ni prieres , ni pleurs ne pourront me toucher.
>> Je vais de ton Pays faire un vaſte bucher ,
Et de fleuves de fang en arrofer la cendre.
RAMESSES.
Quel monftre , juſte - Ciel !
THESIS.
Il a fallu me rendre.
Nephte , qu'Amaſis a forcée à s'humilier
devant fa rivale , veut que Sofis lui immole
Amafis fon frere , qu'il régne luimême
, & qu'il la couronne. Palmis , fa
confidente , faifie d'horreur à ce projet ,
lui demande fi elle n'en eft pas épouvantée
.
NEPHTÉ .
Quand par uncrime heureux un fceptre eſt acheté,
Qui monte fur le trône y trouve fon refuge.
Il n'eſt plus de forfait quand il n'eſt plus de Juge.
Au fecond Acte Aménophis arrivé
inconnu dans le palais de fes Pères,
336806
E ij
Too MERCURE DE FRANCE.
Fugitif à ma Cour , étranger dans Memphis ,
Palais de mes ayeux , oui , c'eft Aménophis.
Apriès eft tombé fous un fer parricide.
Palais teint de fon fang , demeure d'un perfide ;
Tes murs ont vu fonder par le meurtre & l'effroi
Le trône d'un tyran fur la tombe d'un Roi.
Mon Pere mallacré ! ... Mes entrailles frémiffent
Je crois entendre ici fes mânes qui gémiſſent.
Ils ne font pas vengés , & je refpire ! Ah, Ciet !.
Pour comble de malheur , dans les fers d'un cruel,
Arthéfis & Ménès ! .. Ciel vengeur , je t'implore.
Tu le braves , tyran tremble , je vis encore :
Je vis ; & dans ces lieux que tu remplis d'effroi ,
La vengeance & la mort déjà fondent fur toi.
Ce Prince dont on pleure la mort , ſẹ
fait reconnoître à Rameſsès .
RAMÉSSES.
Vous vivez, ô mon Prince ! après tant de douleurs,
Quel fecourable Dieu vous redonne à nos pleurs !
AMENOPHIS.
Dans des ruiffeaux de fang couché fur la pouſſierę
Je touchois , Ramelles , à mon heure dernieres
Eh , plût aux Dieux puiffans , feuls arbitres du
fore ,
Qui tiennent dans leurs mains la victoire & la
mort
JANVIER. 1760. Iof
Qu'en ce combat fanglant à tous les miens funeſte
,
Ils euffent de mes jours éteint le foible reſte !
Dieux cruels , dont le bras voulut me fecourir ;
Vous ne m'avez laiffé ni vaincre ni mourir.
Il vient fe venger & punir le Tyran ,
fecourir Arthéfis & fon pere ; mais il ар-
prend qu'elle s'eft déterminée à époufer
Amafis , & que cet hymen eft le prix de
la paix.
AMÉN OPHIS.
Prix honteux ! paix infâme ! & dont l'indigne loi
D'un vil ufurpateur fait l'Allié d'un Roi.
A cette affreale paix tout étoit préférable.
Soutiens - moi;je fuccombe à ce coup effroyable...
Qu'à la face des Dieux par un noeud folemnel !
Elle ait couvert fon front d'un opprobre éternel.
Arthéfis ! ... ô vertu,n'es-tu qu'une ombre vaine ! ...
Une jufte fureur me faifit & m'entraîne.
J'ai vécu , c'en eft fait , allons.
RAMESSES.
Où courez- vous ?
AMÉNOPHIS.
Dans les bras d'Arthéfis immoler cet époux.
RAMESSES.
Ah ! quittez un deffein à vos jours fi funefte.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE
AMÉN OPHIS.
Tu me verrois trancher ces jours que je détefte
Mais qui n'eft pas vangé n'a pas droit de mourir.
1
Arthéfis , après avoir obtenu la liberté
& le retour de fon pere dans fes Etats ,
réduite au choix de defcendre au tombeau
, ou d'entrer dans la couche nuptia
le avec le Tyran qui vient de recevoir fa
main , Arthéfis eft réfolue à fe donner la
mort. Elle va fe frapper. Aménophis furvient
, & lui arrachant le poignard :
O Ciel ! que faites -vous ?
ARTHESIS .
Quelle pitié cruelle
( Elle le reconnaît. )
Laiffez...Aménophis !
AMÉNOPHIS.
Amante trop fidelle
Vous voulez le rejoindre , il eft à vos genoux.
ARTHÉSI S.
Ah ! Prince , je me meurs... cher amant , eſt-co
vous ?
Voilà
certainement une fituation pathétique
; & bien naturellement amenée.
Aménophis fort dans la réfolution d'immoler
le tyran , & Arthéfis apprend qu'em
effet Amafis expire.
JANVIER. 1760. 103
Dans le troisième Acte Sofis perfuadé
que le coup vient de Nephté , & que l'affaffin
n'eft pas inftruit de leur intelligence
, veut qu'il foit entendu , qu'il accufe
Nephté , qu'elle périffe. Par-là , dit- il , je
régne en paix, & l'eſpoir d'épouſer Arthéfis
me refte. Il fait venir le coupable ; &
pour fe mettre au-deffus du foupçon , il
veut que fans témoin Arthéfis l'interroge
elle-même. Aménophis paroît enchaîne ,
& tombe aux genoux d'Arthéfis.
ARTHESIS.
Du fang d'Amafis quoi cette main fumante
Preffe encor mes genoux ! ....
AMÉNOPHIS.
Ma main eft innocente
ARTHESIS.
Aux mânes paternels tu devois fon trépas ,
Je le fçais , je connois tes droits , ſes attentats :
Il étoit un tyran , le Ciel te fit fon Maître ;
Mais un Prince jamais doit-il agir en traître
S'il a droit de punir , ce n'eſt qu'avec la loi ,
Et tout allaffinat eft indigne d'un Roi.
Un autre a porté le coup mortel au
tyran , lorfqu'Aménophis alloit l'immoler.
L'affaffin a difparu , & le Prince
arrêté dans le lieu même du crime , elt
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
accufé de l'avoir commis. Il va être jugé
par le Tribunal des Prêtres d'Egypte , &
fans doute il fera condamné. Sofis revient
fçavoir quelle a été la dépofition de
l'affaffin , & il reconnoît Aménophis. Ce
n'eſt pas moi ,
moi , dit le Prince , qui ai
frappé le tyran :
J'ignore de quel bras les Dieux fe font fervi ;
Cet honneur m'étoit dû , mais on me l'a ravi.
SOSIS.
Ceffez de feindre , Prince.
AMINOPHIS.
Eh , qui peut m'y contraindre
Qui n'a point à rougir s'abaiſſe - t-il à feindre ?
Si le coup par ma main avoit été porté ,
Je te l'ai déja dit , je m'en ferois vanté :
Eh, de quel front , dis -moi, complice d'un perfide
Teint du fang de tes Rois , noirci d'un parricide ,
Pourrois-tu reprocher à ton Maître outragé
Un meurtre que j'envie , & qui m'auroit vangé ?
Apprends - moi de quel droit un monftre qui
m'opprime.....
SOSIS.
Mon pouvoir eft mon droit , ta foibleffe eft ton
crime.
Il fait arrêter Aménophis ; & Rameſsès
qui vient lui apprendre que le véritable
affaffin n'eft plus , & que Nephté l'a fait
JANVIER. 1760 . 105
périr , Ramefsès lui -même forme le deffein
de tout entreprendre pour délivrer le
Prince.
Dans le quatrième Acte , Nephté reproche
à Sofis de différer la mort du Roi
légitime. Sofis veut qu'il paroiffe jugé par
les loix.
SOSIS.
Je n'en impoſerai fans doute qu'au vulgaire ;
Mais c'eft à lui furtout qu'il importe de plaire.
Sofis tâche d'éblouir Nephté , en lui
difant qu'il va lui donner la foi qu'il lui
a promife; mais dès qu'elle eft fortie : va ,
dit-il ,
Va , je fçaurai bientôt dégager cette foi ;
Tu pourras chez les morts t'aller plaindre de moi.
Aménophis eft dans les fers ; & Sofis
qui feint de le croire le meurtrier du
tyran , apprend à Arthéfis qu'on l'accufe
elle- même d'en être complice.
A vos vertus , ( dit- il ) je rends plus de juſtice ;
Et vous allez vous-même én rehauffer l'éclat ,
En condamnant le Prince & vengeant l'attentat.
ARTHESIS.
Si fa main l'eût commis , ce que vous nommez
crime
Seroit de fa juftice un acte légitime :
Ev
06 MERCURE DE FRANCE
Mais fans examiner s'il eut droit d'en ufer ,,
Sofis ,.eft- ce bien lui qu'il en faut accufer ?
Elle ne diffimule point à Sofis qu'elle
l'en foupçonne lui-même ; & fa douleur
imprudente ne fait que hâter le nouvel
attentat que Sofis a médité.
La fcène où le Prince paroît devant les
Prêtres d'Ifis , qu'on lui donne pour Juges,
eft pleine de force & de nobleffe. Celle ou
Arthéfis le défend & le juſtifie , & où les
Prêtres le condamnent , n'eft pas moins
théâtrale. Enfin la propofition que le
Tyran fait à Arthéfis d'acheter la grace:
du Prince en confentant à l'époufer luimême
, termine cet Acte par une belle
fituation .
ARTHESIS à Aménophis
Quelle mort plus cruelle
Sa rage contre nous pourroit- elle inventer ?-
Non.
Se tournant. vers. Sofis
AMENOPHIS.
Je n'avois pas craint de vous voir hésiters.
ARTHESIS..
Va ,je ne ferai point à tous deux cet outrage :
Je l'avouerai , ta mort étonne mon courage ;
Je t'aime mais , cher Prince , & tes jours & les
miens
JANVIER. 1760.
107
Seroient trop achetés par d'indignes liens.
Aux deftins d'un Tyran l'hymen m'avoit unie
Mais ce qui , pour fauver mon pere & ma Patrie ,
Fut grandeur d'ame alors & générofité ,
Deviendroit aujourd'hui foibleffe & lâcheté.
Sofis ordonne qu'on les fépare ; &
Aménophis va périr.
Acte V. Le frere de Nephté commande :
la garde du Tyran ; Rameſsès a recours
à elle pour fauver le Prince : il lui apprend
que Sofis la trahit elle -même & veut couronner
Arthéfis.
NEPHTE en fortant..
Le traître ! ... Ses projets lui deviendront funeftes ::
O trône, je te perds ; vengeance , tu me reſtes.
Mais bientôt elle revient empoisonnée
trouver Arthéfis ; & en préfence de Sofis
fon complice, elle déclare tous leurs for--
faits. Arthéfis , que le crime environne ,
croit toucher au moment où Aménophis
va être immolé. Tout-à- coup elle le voire
paroître avec Ramefsès & fa fuite.
SOSIS.
Ramefsès & le Prince ! ô trahifon ! o fort !!
Mais dans mes mains du moins j'ai le prix de
ma mort.
SOSIS léve lepoignard fur le fein d'Arthéfis
Evi
Arrête , Aménophis .. g
108 MERCURE DE FRANCE.
AMÉNOPHIS.
Barbare !
SOSIS.
Je vais l'être .
Et puifque de les jours le fort me laiſſe maître ,
Tout trahi que je fuis , c'eſt à toi de trembler..
AMÉNOPHIS.
Que dis-tu malheureux ! tu pourrois immoler...
SOSIS.
Je fçais qu'il faut périr ; mais ma victime eft prête..
Tout fon fang va couler : régne à ce prix.
A.MÉNOPHIS.
Arrête
En ce moment, grands Dieux , qui me fecourra
ARTHESIS , frappant Sofis
Moi...
Telle eft la catastrophe de cette Piéce ,
où le péril pour être plus effrayant encore
n'avoit befoin que d'être prolongé ::
c'eft ce qu'a fait l'Auteur d'Hypermneftre..
La politique d'un fcélérat qui fait périr
l'un par l'autre tous les complices de fes
crimes , & qui s'en réferve le fruit à hui
feul , eft un fujet terrible & qui n'avoit
pas encore été mis fur le Théâtre . M. Saurin
y a obfervé toutes les régles de la
yraifemblance & de l'unité. L'intéret feul
JANVIER. 1760. 109
n'y eft pas affez vif , & cela vient , je
crois , de ce qu'il a donné plus de fierté que de tendreffe
au caractère
d'Arthéfis
& plus de hauteur
que de pathétique
à celui du Prince
. Le grand
art de rendre les malheureux
intéreffans
, c'eft de les rendre
eux-mêmes
très-fenfibles
à leurs
malheurs
. La peinture
des foupçons
& de l'horreur
que s'infpirent
mutuellement
les coupables
, pouvoit
ajouter
dans tout le cours
de cette intrigue
le pathétique
de la terreur
à celui de la pitié ; & d'un côté , tout ce que l'amour
& la vertu dans le malheur
ont de plus touchant
, de l'autre
tout ce que la complicité
des
forfaits
a de plus noir & de plus funeſ- te , pouvoient
faire du tableau
d'Aménophis
l'un des plus intéreffans
qu'on ait vus fur la Scène tragique
, fans rien changer
à l'enchaînement
ni au progrès
de l'action
qui me paroît fagement
conduite.
Mais il n'eft pas étonnant
que dans un premier
ouvrage
où tant de difficultés
fe réuniffent
, on fe contente
de les applanir
, fans creufer
affez avant dans le fajet pour en épuifer
les reffources
. C'eſt
à préfent
que M. Saurin
en peut fen- tir tous les avantages
, en approfondir
les caractères
, en développer
les fituations
, & preffentir
tout l'effet
des contraftes
Tro MERCURE DE FRANCE:
qu'il lui préfente. Mais , je le répéte , cet
effai , tel qu'il eft , ne peut donner qu'u
ne idée avantageufe de fes talens pour
la Tragédie , & de la manière dont il
doit avoir traité la confpiration de Spar--
tacus , cet efclave né du fang des Rois ;
qui avoit pour deffein en brifant fes fers
de rendre la liberté au monde.
HISTOIRE de Dannemarc , Tome I.
contenant ce qui s'eft paffé depuis l'établissement
de la Monarchie , jusqu'à
l'avènement de la Maifon d'Oldenbourg
au trêne. Par M. Mallet , Profeffeur
Royal de Belles Lettres Françoifes ,
Membre des Académies de Lyon &
d'Upfal. A Copenhague , chez les Frè
res Philibert.
DANS
·
ANS l'Extrait
que j'ai donné de l'in
troduction
à l'Hiftoire de Dannemarc
,
( Mercures de Juin & Juillet 1759 , ) on
a vu l'origine & la fondation de cette
Monarchie
, les moeurs , la religion , les
loix & le génie de fes Fondateurs. Tout
cela fe foutint à- peu-près dans le même
état pendant neuf ou dix fiécles , juſqu'à
ce que la lumière du Chriftianifme fe
répandit dans ces climats. Auffi M. Maller
JANVIER. 1760: TIT
paffe-t- il bien rapidement fur les premiers
régnes , depuis Sciold , fils d'Odin
jufqu'à Harald II , vingt - huitième Roi ;
& en Hiſtorien fage , il aime mieux dire
peu de chofe de ces régnes inconnus , que
de répéter des fables dépourvues de vraifemblance
; mais dans le peu qu'il en dit,
on voit les recherches les plus foigneufes
& la difcuffion la plus réfléchie des témoignages
& des faits.
Harald II fit une defcente en Normandie
avec une flotte & une armée
confidérable ,,
pour fecourir le jeune Duc
Richard contre le Roi de France Louis:
d'Outre- mer , qu'il fit prifonnier dans une
bataille. Ce même Harald , moins heureux
dans une guerre contre l'Empereur
Othon I , n'eut pour en obtenir la paix
d'autre condition à fubir que de ſe faire:
baptifer lui & fon fils Suenon , qui n'en
fut pas moins peu de temps après le défenfeur
du paganifme. » L'impatience de
régner , qui en prouve fouvent l'incapacité,
engagea ce jeune homme féroce
» & impétueux à fe révolter contre fon
» pere. Il avoit été élevé , fuivant quel-
» ques Auteurs , dans cette ville de Ju
»lin , ou fous les yeux d'un brave nom-
»mé Palnatoko , la jeuneffe Danoiſe fe
formoit aux vertus inhumaines de ces
"
12 MERCURE DE FRANCE.
ور
temps- là . Plein de la valeur effrénée
»qu'on refpiroit à cette école , Suénon
» crut qu'il ne lui manquoit rien pour
régner : il demande à fon pere une par-
» tie du Royaume , & fur fon refus il
» arme fecrettement ; il fe fait un parti
» chez les Vandales , il promet, aux Da-
" nois , dont le plus grand nombre étoient
" encore payens dans le coeur , de rétablir
» le culte de leurs Pères. Palnatoko lui-
» même ſe joint à lui avec fes Julinois.
» Perfécuté par fon fils , trahi par fes fujets
, le malheureux Harald fe voit
" obligé d'abandonner fon Royaume , &
» de chercher un afyle en Normandie
» auprès de ce Duc Richard à qui il avoit
» rendu dans des temps plus heureux le
» fervice qu'il venoit lui demander à fon
ן כ
tour. Richard lui donna le Comté de
Coutance , en attendant qu'il eût pu
» armer pour la défenſe de fon libérateur.
La reconnoiffance des Princes ,
( ajoute M. Mallet ) » produit rarement
de grands évènemens dans le monde :
celle de Richard étoit fincere , & Ha-
» rald lui dût fon rétabliffement ; mais il
» n'en jouit que peu d'années. Suenon
» loin d'être touché du pardon que fon
pere lui avoit accordé , fe révolta de
nouveau , & Patnaioko fon complice
33
JANVIE R. 1760.
113
»
ayant furpris le Roi dans une forêt accompagné
d'un petit nombre de fes
»gardes , le tua d'un coup de flêche.
» Telle fut la fin tragique de ce Prince ,
» dont le nom doit être cher aux Danois,
s'il eft vrai que le premier de leurs
Rois , il profeffa ouvertement la Re-
» ligion Chrétienne , la favorifa & la fir
» régner avec lui dans fes Etats ; » ce
que l'Hiftorien croit devoir cependant
révoquer en doute .
Le régne de Suenon I , fils & fucceffeur
d'Harald , eft marqué par la conquête
de l'Angleterre en 1014 ; la mort
l'y furprit après un an de régne. On raconte
affez diverfement les circonstances
de cette mort ; & il paroît feulement
qu'elle n'a pas ééttéé nnaattuurreellllee.. »» Quelques
" Auteurs prétendent qu'il fut affommé
» la nuit d'un coup de maffue que lui
» donna l'Ombre de Saint Edmond dont
"il avoit parlé avec peu de refpect.
L'Hiftorien explique ce miracle d'une manière
affez vraisemblable.
Ce régne eft le dernier de la premiere
époque de cette Hiftoire ; c'est- à - dire juſqu'à
l'établiſſement de la Religion Chrétienné
en Dannemarc , depuis l'an 60
avant J. C. jufqu'à l'an 1ois après fa
naiffance.
14 MERCURE DE FRANCE
Avant de paffer aux régnes fuivans
PHiftorien confidére l'état de l'Eglife de
Dannemarc , depuis que la Religion
Chrétienne commença à y être prêchée ,
jufqu'à la fin du régne de Suenon I ; & il
fuit les progrès de cette révolution , la
plus intéreffante , dit- il , que puiffe nous
fournir l'Hiftoire. On y voit les Empereurs
prêcher , les armes à la main , faire
du baptême des Peuples la première condition
de la paix , & planter l'étendart
de la foi avec celui de la victoire. Charlemagne
commença par les Saxons ; » &
39 quand il les eut défarmés & réduits
» il établit , pour les contenir dans l'o-
» béiffance , cette Inquifition cruelle
» connue fous le nom de Tribunalfecret
» ou des Jugemens de Weftphalie. Ce Tribunal
étoit compofé d'un certain nom-
» bre de Juges à qui l'Empereur avoit
»donné le pouvoir de faire mourir , fans
» aucune forme de procès , & partout où
»l'on pouvoit les faifir , tous ceux qui
» avoient abjuré la Religion qu'on les
» avoit contraint de profeffer fans la leur
» avoir fait connoître . C'eft ainfi que les
» Saxons vaincus , affoiblis , diminués
» livrés à des frayeurs perpétuelles , ſe
» foumirent à tout ce qu'on voulut, & de-
» vinrent enfin Chrétiens , fi on peut le
1
JANVIER. 1760. vis
ود
devenir , dit l'Hiftorien , par force &
» fans perfuafion. » Il en fur à- peu- près
de même de tous les autres Peuples du
Nord. » Ces Peuples, ajoute M.Mallet, ne
furent en effet convertis que quand ,
» inftruits & perfuadés , ils eurent donné
»un libre acquiefcement à la doctrine
» qui leur étoit propofée. Il eft difficile
»de dire quand ce temps eft arrivé.
Le fecond Livre de cette Hiftoire com
mence au régne de Canut II , dit le Grand,
trentième Roi de Dannemarc & fecond .
Roi Danois d'Angleterre. On voit dans:
Phiftoire d'Angleterre comment ce royaume
fut difputé à Canut par le vaillant
& malheureux Edmond , & comment le
héros Danois après la mort de fon rival ,
fut couronné par les Anglois eux-mêmes.
A la conquête de l'Angleterre Canut joignit
celle de la Norvége , & il s'éleva ,
dit l'Hiftorien , par fa puiffance autant
que par fa prudence & fa valeur au- deffus
de tous les Rois fes contemporains.
Canut, qui pendant les guerres qu'il avoit
eues à foutenir , avoit montré un courage
féroce , & qui avoit même terni fa
gloire par la lâcheté d'un affaffinat , devint
dans fes profpérités paifibles , un
modèle de piété , de clémence & de bon116
MERCURE DE FRANCE.
té. Après un voyage qu'il fit à Rome ,
» de retour en Angleterre , il ne s'occupa
qu'à y faire régner l'ordre & la juf-
» tice , à donner de bonnes loix , à bâtir
» & à doter des Eglifes , & mourut quel-
» ques années après ( le 12 Novembre
1035 ) après avoir régné 21 ans en
» Dannemarc , 19 ans en Angleterre , &
7 ans en Norvége . » L'Antiquité a bien
des héros qui le cédent à celui- ci ; mais
pour la gloire des grands hommes ce n'eft
pas affez qu'ils faffent de grandes chofes
, il leur faut des Ecrivains qui les
célébrent dignement
.
On voit un monument de la fageffe
de Canut dans le Code qu'il fit compofer
pour prévenir les différends qui
s'élevoient fans ceffe entre les Officiers
de l'armée & de la Cour.
» On dit que peu de temps après avoir
publié ces Réglemens , il lui arriva ,
foit dans le vin , foit dans un mou-
» vement de colere , de tuer de fa pro-
»pre main un de fes Domeftiques , enforte
qu'il fe trouvoit le premier_qui
» eût enfreint fa propre foi auffirôt
qu'il eut repris l'ufage de fa raiſon , il
» vit les conféquences de l'exemple qu'il
» venoit de donner , & pour les prévenir
» il fit affembler les Juges , & le préſen-
99
JANVIER. 1760. 117
» tant devant eux dans la poſture d'un
» criminel , il leur ordonna de prononcer
»fa fentence. Les Juges fe défiant de la
» fincérité du Roi , lui dirent que c'étoit
» affez expier fa faute que de la recon-
" noître ainfi en public , & que cette
» humiliation d'un grand Roi étoit une
»fatisfaction plus que fuffifante pour les
» parens du mort. Canut ne fe contenta
» pas de cette réponſe , & voyant qu'il
» ne pouvoit engager les Juges à parler ,
il fe condamna lui-même à payer 360
marcs d'argent. La Loi n'en exigeoit
» que quarante pour un pareil meurtre ,
" fuivant en cela l'efprit de l'ancienne
Jurifprudence de tous les Peuples du
» Nord qui évaluoit tous les crimes
» en argent. Mais il voulut en payer
» neuf fois autant & confacrer aux pau-
» vres la portion qui lui en revenoit
» en qualité de Roi , afin que la févérité
de la peine croiffant à proportion
» de la fortune & du rang des coupables ,
» elle pûr retenir dans le devoir les hom-
"mes de toute condition . C'est ainsi
» la férocité des moeurs de ce fiècle s'al-
» lioit dans la perfonne de ce Prince à
» ce que la fageffe a de plus ferme & de
plus élevé. »
»
و د
"
>
que
Le trait fuivant eft fort connu , mais il
mérite bien d'être rappellé.
18 MERCURE DE FRANCE.
» Un jour qu'il fe promenoit fur le
bord de la mer , ceux qui l'accompagnoient
l'élevoient jufques au Ciel par
leurs louanges , & ofoient même le
» comparer à Dieu. Canut indigné ďun
» éloge abfurde & impie , voulut leur en
faire fentir l'extravagance. Il fit placer
un fiége dans un endroit qui devoit
» être bientôt couvert par la marée qui
montoit dans ce moment , & s'y étant
affis , il adreffa à la mer ces paroles :
» ô mer ! tu dépens de moi , & cette terre
'n m'appartient ; je te defends d'avancer
» davantage & de mouiller les pieds de
ton maître. Peu d'inftans après , la mer
montant toujours , il fut obligé de fe
retirer précipitamment. » On auroit
fouvent , fi l'on vouloit , de pareilles occafions
de fermer la bouche à la flatterie.
Des enfans de Canut , l'un nommé
Harald, mourut d'une mort prématurée ;
l'autre nommé Horde- Canut , régna peu
de temps , mais affez pour des honorer
fon nom. Il eut pour fucceffeur Magnus
le Bon , Roi de Norvége. Ce fut lui qui
détruifit la ville de Julin ou Jomsbourg ,
cette petite Sparte du Nord , qui s'étoit
fi fouvent révoltée contre les Rois de
Dannemarc dont elle étoit une Colonie ,
& qui rétablie dans la fuite fut renversée
JANVIER. 1760. 119
de nouveau par Valdemar I , dans le
temps qu'elle étoit une des villes les plus
floriflantes de l'Europe.
Le régne de Magnus eft le tableau
d'une guerre opiniâtre & continuelle entre
ce Prince & Suénon , neveu du grand
Canut , qu'il avoit élevé par un excès de
confiance à la dignité de Viceroi ou de
Régent de Dannemarc , & qui abuſant
de fon autorité , fit révolter contre Magnus
les Peuples qu'il lui avoit foumis. Ce
qu'il y a de plus étonnant dans l'hiftoire
de ce Roi digne des temps les plus héroïques
, ceft qu'en mourant il nomma pour
fon fucceffeur ce même Suén on qu'il avoit
eu à combattre toute fa vie , mais dans
lequel fans doute il avoit reconnu les
qualités dignes du trône. Magnus avoit
fur le Royaume d'Angleterre plus de titres
qu'il n'en eûr fallu pour juftifier fes
prétentions. Il avoit un foible ennemi à
détrôner dans Edouard le Confeffeur ;
mais il fut touché d'une Lettre que lui
écrivit ce Prince , & dans laquelle il lui
faifoit quelques reproches de ne pouvoir
borner fon ambition à la poffeffion de
deux couronnes , lui qui s'étoit vu longtemps
privé de toute efpérance d'en pofféder
aucune. Magnus après quelque réflexion
, fit aux Envoyés Anglois cette
120 MERCURE DE FRANCE.
réponſe plus glorieufe que les plus bril
lantes conquêtes
. » C'eft affez en effet
39 que d'avoir deux Royaumes à gouver
» ner , fi Dieu m'accorde affez de fageffe
» pour y réuffir. Je ne puis oublier que
» j'ai été longtemps moi-même errant
» & perfécuté par la mauvaiſe fortune.
» Dites à Edouard que je ne fongerai
plus à lui ôter le Royaume de fes peres,
» & qu'il en peut jouir en paix. Cet exemple
d'un Roi défarmé par la juftice & la
raiſon eft un des traits les plus étonnans
qui foient confacrés dans l'Hiftoire.
39
La candeur , la fianchife , la magnanimité
de ce Prince tiennent beaucoup
du caractère de notre Henri IV , le modèle
des Rois ; mais la clémence de Magnus
fe laffa d'épargner fes fujets rebelles :
celle de Henri fut inépuisable & ne ſe
démentit jamais.
Suénon défigné par Magnas lui- même
pour lui fuccéder , eft unanimemenr proclamé
par les Peuples. Harald , à qui
Magnus avoit cédé la Norvége , diſpute
à Suénon le Dannemarc . Cette grande
querelle fe termina dans une bataille
navale où l'on combattit toute la nuit
avec un carnage effroyable , & dans lequel
les Danois furent vaincus. Suénon
après la défaite le préſente & ſe fait connoître
JANVIER. 1760. 727
noître au Comte Haquin , Général Norvégien
, qui avoit décidé la victoire ; &
cet ennemi généreux lui donne le moyen
de s'échapper & de regagner le rivage.
La férocité de ces temps là n'étoit rien
moins
qu'incompatible avec la magnanimité
; & à la honte des fiècles polis ,
on y voit peu de femblables exemples.
Suénon fe retire en Dannemarc , y lève
une nouvelle armée , & oblige Harald à
lui propoſer la paix avec la condition de
garder chacun leurs Etats. En paix avec
la Norvége , Suénon renouvelle les prétentions
du Dannemarc fur l'Angleterre ;
il y envoie une flotte
confidérable : mais
le Prince qui la commandoit
s'étant laiffé
corrompre , revient chargé de richeſſes
qui périffent au retour . Il n'eft pas étonnant
que les vertus de ces Rois fuffent
quelquefois
dégradées par un mêlange
de barbarie. Suénon joignit le
facrilège
à l'affaffinat , en faifant égorger dans une
Eglife
quelques
Seigneurs
Danois qui
dans un feftin avoient tenu contre lui des
diſcours
injurieux ; mais ce crime fut expié
autant qu'il
pouvoit l'être par un
acte folemnel
d'humilité & de
repentir
.
L'Evêque qui avoit
chaffé de
l'Eglife le
Roi
prophanateur , y reçut le Roi pénitent.
» Jufques - là , dit
l'Hiſtorien , cet
1. Vol.
F
22 MERCURE DE FRANCE.
Évêque avoit montré la fermeté magna-
» nime de Saint Ambroife ; il mit le comble
à fa gloire en ne finiffant pas com-
» me lui. >>
Suénon II fut le chef de la race
des Rois de Dannemarc, appellée moyenne,
& qui occupa le trône plus de trois
fiécles.
•
L'exceffive douceur d'Harald III , fils
aîné de Suénon, plongea le Royaume dans
un défordre d'où le retira Canut fon frere
& fon Succeffeur : celui-ci en 1085 , fir
un armement pour la conquête de l'Angleterre
, mais il en fut détourné par la
révolte des Vandales ; & ce fut la dernière
tentative des Danois fur ce Royaume,
Canut eft affaffiné aux pieds des autels
par une troupe de conjurés ; & Olaüs fils
de Suénon II , lui fuccéde. Pendant ce
régne le Dannemarc fut défolé par une
cruelle famine : on étoit réduit à s'y nourrir
de chiens & de chevaux comme dans
une ville affiégée ; ce qui annonce bien
peu de prévoyance & d'induftrie dans un
Etat auquel fes forces maritimes pou-.
voient fi facilement procurer des fecours
Olaus fut trouvé mort dans fon lit. Il eut
pour Succeffeur Eric I , quatrième fils de
Suénon II . L'extrême abondance fuccéde
à la famine. Eric châtie rigoureufement
JANVIER. 1760. 123
les Vandales & les fait rentrer dans leur
devoir ; mais ayant entrepris un voyage
à Jérusalem pour expier un meurtre qu'il
avoit commis , il meurt en chemin dans
l'ifle de Chypre . Le furnom de Bon fut
donné avec juftice à ce Prince. Il vécut
avec fes peuples comme un pere avec fes
enfans , & perfonne ne le quittoit fans
confolation : ce font les propres termes
d'une des plus anciennes Chroniques .
Le régne de Nicolas , & celui d'Eric II,
font une fuite de foulévemens & de difcordes.
Ce fut fous celui d'Eric ( vers l'an
1136 ) que les Danois mirent pour la première
fois de la Cavalerie fur leurs flottes.
Eric III , vaincu par les Vandales , fe
retire dans un cloître. Son extrême douceur
qui alloit jufqu'à la fimplicité , l'avoit
fait furnommer l'Agneau. Alors le Royaume
fe partage entre trois Princes rivaux.
Canut , Suénon & Valdemar. Suénon
invite les deux autres à un feftin , où il a
réfolu de les faire périr. Canut y eſt maſfacré
, mais Valdemar s'échappe , léve
une armée , attaque celle du perfide Suénon
, la défait , l'oblige lui -même à ſe
retirer dans un marais d'où il ne peut
fortir ; un des foldats de Valdemar reconnoît
Suénon & lui tranche la tête .
Valdemar refte feul poffeffeur du Royau-
Fij
124 MERCURE DE FRANCE
1
me, y ramene la fureté , l'abondance &
le calme : la mort de Suénon III fut , dit
l'Hiftorien , l'heureufe époque qui termina
les malheurs du Dannemarc , &
porta la gloire & la puiffance de ce
Royaume à un degré d'élévation où elles
n'étoient jamais parvenues. Je ne
fçai pourquoi M. Malet croit voir les
malheurs du Dannemarc terminés à
cette époque ; les régnes fuivans nous
préfentent un tableau prefque continuel
des plus fanglantes révolutions.
Valdemar I fut fans ceffe occupé par
les guerres qu'il eut à foutenir contre les
Vandales , les plus redoutables ennemis
des Danois . On voit fous fon régne quelle
étoit l'autorité des Evêques dans ces
climats à peine foumis à l'Eglife. Efchill ,
Archevêque de Lunden le fit menacer
d'une guerre ouverte s'il ne lui faifoit
rendre un tréfor qu'on lui avoit enlevé.
Valdemar répondit au Meffager de l'Archevêque
: » Votre Maître a longtemps
»
pu boire
le fang
des
Rois
mes
prédé-
» ceffeurs
, & je vois
qu'il
eft auffi
altéré
» du mien
; mais
dites
-lui que
j'ai reçu
» de Dieu
une
épée
pour
faire
rentrer
les
» rebelles
dans
leur
devoir
. » Bientôt
Efchill
demanda
grace
, & Valdemar
la
lui
accorda
. Ce Prélat
fut fous
le régne
JANVIER 1760. 125
fuivant un modèle de fainteté.
L'Empereur Fréderic Barberoufe ayant
attiré Valdemar dans une affemblée où
il avoit appellé les Rois de France , de
Hongrie , de Bohême &c. pour appaiſer ,
difoit- il , les troubles de l'Eglife , mais
en effet pour contraindre ces Rois à lui
rendre hommage ; Valdemar , dis - je ,
reconnut le piége , & tâcha vainemeut
de s'évader. » Fréderic, qui le faifoit ob-
» ferver & qui avoit la force en main ,
prévint fon évafion , & le fit fommer
» une feconde fois au nom de l'Empire:
» de prêter le ferment auquel fon prédeceffeur
s'étoit engagé. Nous n'attri
» buons point ici , ( dit M. Mallet) une réponſe
fière & éloquente à Valdemar ,
parce que nous n'en trouvons aucun
» veftige dans les Auteurs contemporains
» & originaux , & que nous croyons de-
ور
ود
33
voir méprifer toutes ces futiles reffour-
» ces de la rhétorique & de la partialité.
» Nous dirons feulement , dans les ter-
» mes mêmes de Saxon , que Valdemar
» touché d'un vif repentir d'avoir méprifé
» des avis falutaires , & voyant que l'Em-
» pereur tenoit une épée fufpendue fur fa
» tête , déclara qu'il aimeroit mieux en
» être frappé mortellement que de confentir
à l'afferviffement de fa Patrie ::
Fiij.
126 MERCURE DE FRANCE.
"
» que quelques jours fe pafferent dans de
» vaines tentatives faites de part & d'au-
" tre pour amener fon adverfaire à fon
" but ; qu'enfin l'Empereur jugeant fans
doute qu'il eût été trop dangereux de
" triompher par des violences de la fer-
» meté du Roi , eut recours aux bienfaits
» & furtout aux promeffes.
ן כ
Valdemar s'y laiffa gagner & rendit à
l'Empereur l'hommage qu'il exigeoit de
lui , mais avec des modifications qui rendoient
cette espéce de dépendance moins
dure & moins humiliante .
Il y avoit dix ans que Canut VI , fils
aîné de Valdemar , partageoit avec lui
les honneurs & l'autorité du trône , lorfque
par la mort de fon pere il en refta
feul poffeffeur. Ce fut fous fon régne que
les Vandales furent foumis , & que leur
Roi fe déclara vaffal du Roi de Dannemarc.
Le Pape Clément III engagea
plufieurs Seigneurs Danois à fe croifer
pour la conquête de la Terre - Sainte ;
mais Canut eat la fageffe de n'y prendre
aucune part . Le régne de ce Prince
fut un enchaînement de victoires & de
conquêtes. Jamais la Nation Danoile
n'avoit été fi floriffante ; & la pêche des
harengs que la Bonté divine donne fi
libéralement & fi gratuitement à ce peu-
<
JANVIER. 1760. 127
ple , dit un Hiftorien de ce temps- là »
en faifoit la principale richeſſe.
»
""
le
Le Dannemarc doit beaucoup au zèle,
aux vertus & aux lumières d'Abfalon , ou
Axel , Evêque de Rofchild & Archevêque
de Lunden.« Il fut à la fois grand Général
» & grand homme de mer , fans négliger
gouvernement de fes deux Diocèles ,
» la propagation de la Foi dans les pays
qu'il conquéroit , & le maintien de la
» Religion dans l'intérieur du Royaume.
» A l'exemple de tous les Miniftres qui
» ont eu quelque élévation dans l'efprit ,
» & quelque goût pour la vraie, gloire ,
» il admit les gens de lettres à fa familia-
» rité ; il les encouragea en ami éclairé
» & en protecteur véritablement zélé &
puiffant . Par-là ce grand homme a ren-
» du à fa nation des fervices méconnus
peut-être & méprifés de fes, contempo-
» rains , mais dont elle tire aujourd'hui
plus de fatisfaction & de gloire que des
victoires les plus fignalées.
"
"
و ر
La vie de Valdemar II fut éprouvée
par toutes les viciffitudes de la fortune.
Aprés une longue fuite de victoires , il
prête le fecours d'une nombreuſe armée
au Roi de Suéde , avec laquelle ce Prince
eft battu , & l'armée Danoiſe eſt preſque
entiérement détruite. L'Empereur Othon
Fiv
28 MERCURE DE FRANCE.
irrité de l'alliance que Valdemar avoit
contractée avec l'Empereur Fréderic , déclare
la guerre au Dannemarc ; mais
Othon , vaincu par Valdemar , eft réduit
à prendre la fuite. Valdemar pris en trahiſon
dans un feftin par un Prince fon
allié , fe vit chargé de chaînes & conduit
dans les Etats du perfide qui le retint prifonnier
l'efpace de deux ans , & ne lui
rendit fa liberté que fous les conditions
les plus dures. Il obtint cependant qu'elles
fuffent adoucies , & le refte de ſa vie fut
employé aux foins de réformer les loix
de fon pays. La mort le furprit dans ces
Occupations utiles & vraîment dignes , dit
l'Hiftorien , du Juge & du Pere d'une
nation.
Les feux de la guerre civile fe répandent
dans le Royaume ; & les premiers
régnes du quatriéme Livre de cette Hiftoire
ne font qu'un mêlange de révoltes
& d'affaffinats. Eric IV périt dans des
embûches que lui tendit fon frere Abel .
Abel lui fuccéde , & eft maffacré dans un
bourbier au paffage d'une rivière . Chriftophe
leur frere & leur fucceffeur eſt empoifonné.
Eric V , dont la minorité n'eſt
pas moins orageufe fous la régence de
Marguerite fa mere , eft trahi par fon
Chambellan , & affommé par des affaffing
1
JANVIER. 1760.
129
Le régne d'Eric VI , quoiqu'agité de
'divers troubles , fut , dit M. Malet , avantageux
au Dannemarc . Sa douceur & fa
modération lui attirerent la confiance des
Princes d'Allemagne fes voifins , & l'alliance
de ceux qui fembloient être fes
ennemis naturels. » Pourquoi , demande
» l'Hiftorien , pourquoi faut - il que les
» Princes ayent tous un defir fi vif de fe
» faire refpecter de leurs voifins , & qu'il
» y en ait cependant fi peu qui fe mon-
» trent jaloux de fe faire une réputation
» méritée de modération & de probité ?
» Eft- ce l'injuſtice du coeur , ou les bornes
» de l'efprit qui empêchent de voir com-
» bien l'Empire fondé fur ces vertus eft
"
+
plus facile , plus noble , plus durable
» que celui qui n'eft dû qu'à la violence :
» & à la mauvaiſe foi ; armes qui peu--
» vent être d'abord heureuſes , mais qui
» ſe tournent tôt ou tard contre celui qui
» les employe toujours.
Chriftophe II , frere & fucceffeur d'Eric,
eft chaffé du trône , & le Dannemarc eſt
partagé entre les chefs des féditieux . Il
rachete enfin fa couronne à prix d'argent.
La Scanie fe révolte , & fe livre au Roi
de Suéde . Pendant la nuit on met le feu
au palais du Roi de Dannemarç. Il s'échappe
, on l'arrête, & on le conduit dans
F w
130 MERCURE DE FRANCE.
une fortereſſe ; fon frere à qui elle appar
tenoit , lui rend la liberté. Chriftophe
meurt l'année fuivante.
Après un interrégne d'environ deux
années , pendant lequel le Dannemarc
eft déchiré par les guerres civiles , Valdemar
III , fecond fils de Chriftophe , eft
proclamé Roi. Il rétablit le bon ordre
dans le Royaume , pacifie l'Allemagne ,
fe fait un allié de Cafimir , Roi de Pologne
, défait le parti rebelle à la tête
duquel étoit la Nobleffe de Jutlande &
les Comtes de Holſtein , & s'empare de
la Fionie. Il recouvre la Scanie & les Provinces
qui en dépendent . Il bat la flotte
de plufieurs Princes alliés contre lui , délivre
les places dont ils s'étoient emparés,
& les oblige à faire la paix. Ce fur dans
cette guerre ( en 1363 ) que les Peuples
du Nord firent pour la première fois ufage
de la poudre à canon. La paix eft violée ,
& les mêmes ennemis recommencent la
guerre .
Il fe forme une puiffante ligue de
Princes étrangers contre le Dannemarc ,
& ce n'eft qu'après deux ans d'une guerre
malheureufe que Valdemar en obtient la
paix. Il fe met en poffeffion du Duché
de Slefwig après la mort de fon Prince. I
employe les dernières années de fa vie
ANVIER. 1760 . 131
·
à laiffer fes Etats floriflans à fes fucceffeurs
; & après 33 ans de régne , il court
âgé de 60 ans , des remèdes qu'uv. Charlatan
lui avoit donnés contre la. goutte.
Ce Roi laiffa plufieurs enfans , entr'autres
la célébre Reine Marguerite qui régna
quelque temps après fon pere , & avec
autant de gloire que fes plus illuftres prédéceffeurs.
Valdemar eft le premier Roi
de Dannemarc qui ait joint à fes titres
celui de Roi des Goths , qu'il prit après
qu'Albert , Roi de Suéde , fe fut engagé
à lui céder un grand nombre de places
dans les Provinces de Veftro- Gothie &
d'Oftro -Gothie.
Ce fut fous le régne de Valdemar III ,
( en 1350 ) que la plus cruelle pefte dont
l'Hiftoire faffe mention , étendit fur les
pays du Nord les ravages qu'elle avoit
faits dans les autres parties du monde
connu.
Olaus III , fils de Haquin , Roi de
Norvége , eft proclamé Roi de Dannemarc
à l'âge de cinq ans. La Reine
Marguerite fa mere , eft déclarée Régente
du Royaume pendant la minorité
du jeune Roi , fur la tête duquel la couronne
de Norvége eſt réunie à celle de
Dannemarc , par la mort de Haquin fon
pere , en l'année 1380. Olaus rentre en
F vj
32 MERCURE DE FRANCE
poffeffion de la Scanie , & meurt âgé de
dix-fept ans.
La Reine Marguerite eft élue avec
l'applaudiffement des peuples , mais feulement
comme Adminiftratrice du Royaume
pendant la minorité d'Eric VII , fon
petit neveu , qui n'avoit alors que cinq
ans. Elle gagne les Seigneurs Suédois mécontens
du régne d'Albert , & parvient à
réunir la couronne de Suéde à celles de
Dannemarc & de Norvége , après avoir
remporté une victoire complette fur Albert
, qui dans fa déroute étoit tombé au
pouvoir des vainqueurs. Le jeune Eric eft
reconnu Souverain des trois Royaumes
du Nord par leurs Députés réunis . Marguerite
parcourt avec lui les principales
provinces de Dannemarc , établiffant
partout l'ordre , la juſtice & la concorde.
Ce fut dans cet efprit qu'elle publia une
longue Ordonnance qui s'eft confervée ,
& qui fait également honneur à fes intentions
& à fes lumieres. Elle convoqua
à Colmar l'affemblée des Etats des trois
Royaumes , & y fit couronner Eric avec
beaucoup de magnificence. Mais ce qui
fait une époque des plus mémorables de
l'hiftoire du Nord , c'eft que dans cette
affemblée , Marguerite engagea les Etats
à faire de l'union des trois Royaumes fous
JANVIER. 1760. 133
un même Monarque , une loi fondamen
tale & irrévocable.
Le Roi de Suéde eft mis en liberté au
bout de trois ans de prifon : mais les deux:
feules provinces qui tenoient encore pour
lui , l'abandonnent & fe foumettent fans.
difficulté à la Reine.
Telle fut la Régence de Marguerite ,
le plus beau moment de la Monarchie.
Danoife depuis fa fondation . Sa politique.
eut deux objets ; l'un de tenir la Suéde fous
l'obéiffance en l'affoibliflant par les impôts
, en n'y donnant pas à des Suédois
les gouvernemens des Provinces & des
Places , & en évitant d'y nommer aux
dignités de Grand Maître & de Maréchal
du Royaume ; l'autre , d'affoiblir l'ordre
de la Nobleffe en Dannemarck comme
en Suéde , en retirant de fes mains les
terres aliénées de la Couronne , qu'elle
que la lectular préférence au Clergé.
en eft noble Ppris de Valdemar fon pere,
correction rien & de fa propre expémais
ce , que la Nobleffe étoit alors
tous les ordres de l'Etat celui dont
» l'ambition oppofoit les plus grands
» obftacles à la fienne ; & elle ne diffimuloit
pas le deffein qu'elle avoit for-
» mé d'abaiffer les familles qui , fous les
» régnes précédens , s'étoient rendues re
»
134 MERCURE DE FRANCE .
» doutables à leurs Princes. Ce fut en
" partie dans cette vue qu'elle combla le
Clergé de tant de bienfaits. Je laiffe à.
juger , continue M. Malet , fi les avan-
» tages de cette politique en compen-
» foient les inconvéniens.
"
Marguerite mourut fubitement à bord
d'un vaiffeau , âgée de 60 ans ( en 1412 )
comme elle ſe diſpoſoit à fortir du Duché
de Slefwig pour retourner en Dannemarc.
Les Hiftoriens Suédois l'ont peinte avec
les couleurs les plus noires ; & fon apologie
eft un morceau intéreffant dans
FHiftoire de M. Malet .
Eric , du vivant de la mere , auſſi impatient
qu'incapable de régner , prend
fur lui de faire dans le Duché de Slefwig
une expédition dont le mauvais fuccès
fut le premier malheur de fon régne.
Marguerite avoit élevé Abraham ne
derfon , Seigneur Suédois confervée
toute la Nobleffe des troisur à fes in-
Eric lui fit trancher la tête. T
du régne de ce Prince ne préfente rais
fuite d'égaremens & de folie. On voit ce
Prince obstiné à fe perdre lui-même dans
Pefprit de tous fes fujets,, forcer la Suéde
à fe fouftraire à fon obéiffance , & le
Dannemarc à fe nommer un autre Roi ;
fe retirer dans l'Ifle de Gothlande , & y
convoqua
JANVIER. 1460 .
135
exercer l'infâme métier de Pirate ; s'en
faire chaffer par les Suédois , & aller
mourir à Rugenwald en Pomeranie , dans
l'obfcurité & dans le mépris.
Entre le caractère de ce Prince & celui
de Néron , la reffemblance eft frappante.
Chriſtophe III , Duc de Baviere , élu
Roi de Dannemarc à la place d'Eric , eut
bien de la peine à fe faire reconnoître
par les Etats de Suéde & de Norvége ;
mais à la fin il en vint à bout. Son régne
de huit années fut employé à rétablir partout
le bon ordre & la juftice. Il réunit à
la Couronne la ville de Copenhague , &
réſolut d'y établir fa réfidence. La mort
le furprit dans une expédition qu'il avoit
entrepriſe contre la ville de Lubeck & les
villes anféatiques de Vandalie , en 1448 .
Par l'abrégé du premier volume de
cette Hiftoire , il eft ailé d'appercevoir
que la lecture en eft intéreffante. Le ftyle
en eft noble & rapide , & du côté de la
correction il y a peu de choſe à defirer ;
mais ce qui fait le mérite effentiel de
cet ouvrage , c'eft la franchiſe philofophique
dont l'Hiftorien s'eft fait une loi..
T38 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE
DE M..
LE PRESIDENT HENAULT ,,
A M. MARMONTEL ,
EN
Auteur du Mercure.
N lifant , Monfieur , votre Mercure
que je lis toujours avec le même plaifir ,
j'y ai trouvé un Article qui me regarde ,
& la queftion me paroît affez intéreffante
pour devoir y répondre. Voici les termes
du Mercure d'Octobre 1759 , page 131.
EXTRAIT de l'abrégé de M. de Thou ,
par M. Rémond de Sainte- Albine.
Les Traducteurs de M. de Thou ont.
ajouté un grand nombre de fautes à celles
de cer Hiftorien . M. de Sainte- Albine
relève les unes comme les autres ; quelquefois
même il relève celles de plufieurs
autres Auteurs , furtout des Ecrivains
les plus eftimés dont les erreurs pourroient
être dangereufes ; mais il le fait
avec tous les égards & le ton d'eftime
que l'on doit aux Écrivains célèbres Je
rapporterai pour exemple une remarque
JANVIER. 1760 37
fur l'excellent abrégé de M. le Préfident
Hénault , qui prend tant de foin de corriger
les plus petites fautes qui ont pu
fe gliffer dans fon Ouvrage , qu'il fçaura
gré à M. de Sainte Albine de l'avertir de
celles qui font encore échappées à fon
exactitude , au cas que la critique de
M. de Sainte-Albine foit fondée . Selon
M. le Préfident Hénault , Catherine de
Médicis n'eut point le titre de Régente
pendant la minorité de Charles IX.
» Sans doute , dit M. de Sainte - Albine
Tome III , page 1. » l'autorité de M. le
» Préfident Hénault , auffi exact pour les
» faits qu'élégant dans la manière de les
préfenter , eft d'un grand poids . Je crois
>> cependant devoir déférer au témoigna-
» ge de Belleforêt, qui étoit contemporain .
» Cet Hiftorien n'eft pas toujours un
guide fûr ; mais il ne pouvoit guère plus.
prendre le change fur l'article dont il
s'agit , qu'un Ecrivain de ce temps - ci
» ne pourroit fe tromper fur le titre dont.
» feu M. le Régent a été revêtu pendant
» la minorité de Louis XV ..
"
>>
33
رد
Il n'y a rien de fi poli que cette critique
; mais c'en eft une , & il m'importe.
d'autant plus de l'éclaircir , qu'il faut.
avoir raifon quand on combat des autorités
telles que celles de M. de Thou , de
138 MERCURE DE FRANCE
Mézerai , du Pere Daniel , de le Gendre
&c. que M. de Sainte - Albine pouvoit
citer.
En de pareilles matières il n'y a d'autorité
légitime que les titres , quoique les
Hiftoriens aient pû écrire , même les
contemporains , foit qu'ils fe foient copiés
les uns les autres , ce qui arrive fi
fouvent , & ce qui alors ne fait qu'une
feule autorité , foit que chacun ait parlé
d'après foi ; il faut examiner leurs preuyes
, & s'ils n'en ont donné ni n'en ont
pu donner aucune , comme on va le reconnoître
; fi au contraire les titres font
contr'eux , il en faudra conclure qu'ils
fe font trompés. Les autorités ne font que
le fupplément des fairs.
Il est vrai que l'on ne peut être affez
étonné de voir tous les Hiftoriens s'accorder
pour donner à Catherine de Médicis
le titre de Régente qu'elle n'a jamais
eu ; & l'on doit me rendre la juftice
qu'au milieu de cette foule d'autorités ,
il m'a fallu une conviction bien forte
pour contredire une tradition fi conftante.
Le parti que j'ai pris doit être d'autant
moins fufpect , que lorsque je me ſuis
mis à lire les Mémoires de Condé , qui
font comme le dépôt des loix de ce temps
là , j'ai voulu y voir partout , & j'y ai
JANVIER . 1760. 139
erché avec des yeux prévenus ce titre
e Régente que j'avois cru jufques- là inconteſtable
: mais quelle a été ma furrife
lorfque je n'ai trouvé dans aucun
Edit , dans aucune Déclaration , dans aucun
Réglement , dans aucune Remontrance
; en un mot , dans aucun acte public
, la moindre trace que Catherine de
Médicis eût éré Régente.
Et pour commencer d'abord par des
preuves plus légères , j'ai lû toutes les
dépêches , toutes les Lettres , tous les
Mémoires des miniftres étrangers , rapportés
dans les Mémoires de Condé. Il y
eft parlé à tous momens de la Reine mere
& du Roi de Navarre : on ne les fépare
jamais , leur pouvoir va de pair fi ce n'eſt
que la Reine eft nommée la première ;
on ne les fépare jamais je le répete , non
feulement dans ces fortes de Lettres ou
de dépêches , mais dans toutes les Re--
quêtes préſentées , ſoit par des Corps
foit par des particuliers , c'est toujours la
Reine & M. de Vendofme , & jamais iln'échappe
le mot de Régente.
EXTRAITS Mem. de Condé T. II.
" Il s'eft paffé quelque propos de jaloufie
» entre la Reine de France & M. de
59
Vendofme ( le Roi de Navarre ) com140
MERCURE DE FRANCE.
» me il entrevient fouvent entre ceux qu
» font compagons en un gouvernement .
» Ledit Seig . de Vendofme a renouvellé
fes mal contentemens , & a fallu
» pour éviter le plus grand inconvé-
» nient .... qu'il commande également la
» Reine & lui.
Il faudroit copier ce volume tout entier
où l'on voit toujours reparoître les
mêmes termes.
Les Etats particuliers de la ville de
Paris délibérent d'élire le Roi de Navarre
Régent du Royaume ; voici ce que l'on
trouve écrit aux Regiftres du Confeil du
Parlement de Paris .
,
(p. 279. ) Lettres du Roi , de la Reine
mere & du Roi de Navarre au Parlement
de Paris par lesquelles en lui envoyant
les Lettres du Roi , pour lui indiquer une
affemblée d'Erats Généraux à Tours , ils
lui mandent qu'il s'eft fait fur l'adminif
tration du Royaume un accord entre la
Reine mere , le Roi de Navarre & les
Princes du Sang.
Ce dit jour , la Cour a reçu les Lettres:
miffives du Roi , de la Reine mere & du
Roi de Navarre , avec la copie des Lettres
dont ès miffives du Roi eft faite mention.
De par le Roi. Nos amès & féaux s'eftant
congneu en noftre Confeil , que en PAL
JANVIER. 1760. 341
emblée des Etats dernierement tenus en
notre Ville de Paris , la réſolution n'a
pas été prife telle qu'il feroit befoin pour
le fecours que nos fi grands affaires , &
-la néceffité d'iceux , le requiérent ; auſſi
que plufieurs de ceux qui fe y font trouvés
, fe font amufés à difputer fur le fait
du gouvernement & adminiftration de ce
Royaume. Il a été advifé en noftre dict
Confeil , faire nouvelle convocation &
aſſemblée deſdits Etats , au temps & ainfi
que vous verrez par la copie de la commiffion
que en avons fait expédier partout
, que préfentement vous envoyons ;
Vous voulans faire participans du contenu
, pour l'affurance que nous avons que
Vous aurez à grand plaifir d'entendre
auffi par ladite commiffion , l'union , accord
& parfaite intelligence bien fignée
& arrêtée pour le fait de ladite adminif
tration , entre la Royne noftre très - honorée
Dame & Mere , noftre oncle le
Roi de Navarre , & nos coufins les Princes
de Condey , Duc de Montpenſier ,
& Prince de la Roche-fur-Yon .
1
Que portoit cet écrit ? ( & ceci n'eſt
point une preuve négative ) que la Reine
mere auroit l'adminiftration générale des
affaires , & que le Roi de Navarre feroit
déclaré Lieutenant- général du Roi par
142 MERCURE DE FRANCE.
tout le Royaume. Voilà la bafe du go
vernement pendant la minorité de Cha
les IX : Et bien loin que les volontés
portaffent vers Catherine , au cas de
nomination d'une Régence , les homm
fages au contraire vouloient que ce f
le Roi de Navarre , car la Reine avo
déjà eu le temps de fe faire connoîtr
Voici un manufcrit auquel je ne donn
pas plus de crédit qu'il ne faut , ma
qui fera voir l'opinion du temps.
Principaux points nouvellement d
erétés au Confeil de France avec l
Députés des Etats.
Que la Reine mere aura le foin de
perlonné du Roi,
Le Roi de Navarre , comme plus.pr
the parent , aura le Gouvernement
Régence du Royaume : en fon refus
Prince de Condé fon frere ou autre pl
proche du fang .
Que fera un Confeil établi des Princ
& autres Seigneurs & perfonnages pri
cipaux , qui adminiftreront & gouvern
ront conjunctement avec le Régent Ch
dudit Confeil , foumis à icelui.
Le Coneftable & trois Maréchaux fero
du Confeil : ceux de Guife comme étra
gers & ayant occupé l'adminiftration
Royaume , feront privés du Confeil
JANVIER. 1760 . 143
tous les Etats qu'ils ont donné pendant
ladite oceupation, déclarés vacans ; mefmement
le Chancelier de l'Hopital comme
mis par eux , privé de fa charge.
Qne nuls Cardinaux , Evêque ou autres
ayant ferment fpécial au Pape ne feront
du Confeil ; ne mefmement le Cardinal
de Bourbon , s'il ne renvoye le chapeau.
Le Maréchal de Saint André tenu de
rendre compte , & reftituer les donations
immenfes & exceffives que le feu Roi
Henri lui a donné ; & jufques là privé
du Confeil.
Que l'argent ne fe portera plus hors
de France : conféquemment l'annate ſera
abolie ou levée pour les affaires du
Royaume .
Que l'état Eccléfiaftique rachêtera le
Domaine , les Gabelles & Aydes aliénés
& engagés par les Rois pour la néceffité
de la guerre.
Parcourons les autres titres plus importans.
» Lettres du Roi du 3 Mai 1561 , À
" l'Evêque de Paris , pour lui demander
» une déclaration de la valeur des Cures
de fon Diocèfe .
"
» Commandement de par le Roi au
Maréchal de Termes de faire quitter
Paris à M. Fumée , Confeiller en la
44 MERCURE DE FRANCE.
Cour , & à Martin , Procureur du Roi.
» Lettres Patentes du même mois pour
contraindre tous Bénéficiers de bailler
la déclaration du revenu de leurs bé-
› néfices . »
Dans tous ces actes nulle mention de
Catherine de Médicis , & dans le dernier
furtout , qui eft important , le Roi âgé
alors d'onze ans auroit-il manqué de dire
de l'avis de notre très- honorée Mere &
Régente , fi elle l'avoit été ?
Lettres Patentes du 25 Juillet portant
permiffion de venir à l'aſſemblée de Poiffi,
contenant ces termes : à ces caufes nous ,
par l'avis de notre très - honorée Dame &
"Mere la Reine. Si elle avoit été Régente ,
c'étoit bien l'occafion de le dire.
Edit du Roi fur le fait de la religion ,
dans lequel Catherine de Médicis n'eft
pas même nommée , tandis que le Roi y
nomme le Roi de Navarre , les Princes
du Sang , les Pairs , & c.
Autres Lettres Patentes fur le fait de
de la religion, dans leſquelles ni Catherine
ni le Roi de Navarre ne font nommés.
Donné à S. Germain le 16 jour d'Août
2561 & de noftre régne le premier.
Signées par le Roi en fon Confeil, de Laubefpine
. C'étoit M. de l'Hofpital qui étoit
alors Chancelier . Croira -t- on qu'il igno-
"
râr
JANVIER . 1760. 145
rât les régles , ´eſt- ce par oubli qu'il n'eſt
pas fait mention de la Régente , s'il y
en avoit eu? On fent la force de cette
obfervation.
Ordonnance pour défendre le port
d'armes. La Reine n'y eft pas même
nommée .
Remontrances de l'Eglife de Paris au
Prince de la Roche- fur-Yon. Plaira à
M. le Prince de la Roche-fur- Yon remontrer
au Roi & à Meffeigneurs de fon Confeil
&c. Quoi ! pas encore un mot de la
Régente ?
Le fameux Edit de Janvier en faveur
des Proteftans , Edit qui caufa tant de
troubles , & qui portoit une fi grande atteinte
à la Religion . Comment le Roi s'y
explique-t- il ? Fait par le confeil & avis
de la Reine ma mere , du Roi de Navarre
, &c. Quoi! fi la Reine avoit été
Régente on n'auroit pas fortifié une réfolution
fi odieufe au Parlement & au
Peuple par le titre de Régente , qui feul
pouvoit donner du poids à l'autorité fouveraine
dans une minorité ?
Le 11 Avril 1562 le Roi rend une Déclaration
portant défenfes de faire Prêches
& c. ... dans les mêmes termes de l'Edit
de Janvier .
Le 17 Mai le Roi vint en la Cour pour
I. Vol.
G
146 MERCURE DE FRANCE
un Edit portant aliénation de cent mille
écus d'or de rente en fond de terre du
temporel & du domaine de l'Eglife ; il
eft dit qu'il y vint accompagné de la Reine
mere , de Meffieurs les Princes , &c. Elle
eft nommée la premiere , mais fans être
appellée Régente . Il faut convenir que
ce filence feroit bien étonnant fi elle l'avoit
été & comment l'auroit- elle pu
fouffrir ?
Enfin dans la Déclaration de la majo
rité que Charles IX fit au Parlement de
Rouen le 17 Août 1563 , on s'attend de
trouver , 1°. que la Reine lui remet le
dépôt des affaires qui lui a été confié pendant
fa Régence ; 2 ° . que le Roi la remercie
de fa geftion ; que le Chancelier
& autres qui parlerent dans cette occafion
, releveront felon l'ufage , à tort ou
raifon , la fageffe de la Régence ; pas un
mot n'en eft dit ; & ce n'eft pas par
crainte de la nommer , car le Roi dit au
Parlement qu'il efpere de bien gouverner
avec le confeil de la Reine fa mere qui luż
fait ce bien de prendre la peine de manier
fes affaires. Enfuite le Roi interpelle tous
les gens de fon confeil pour qu'ils ayent
à dire fi ce n'eft pas par leurs avis qu'il
s'eft conduit jufqu'à préfent : auroit - il
parlé ainfi s'il y avoit eu une Régente , &
JANVIER . 1760.
147
une Régente telle que Catherine de Médicis
?
Mais en effet pourquoi Catherine n'eftelle
nommée Régente nulle part ? On
n'ignore point quelle fut fon autorité
fous les malheureux régnes de fes trois
enfans : comment négligeoit - elle de confolider
cette autorité par un titre légitime
& reconnu , & d'affurer l'empire
qu'elle avoit fur l'efprit de Charles IX
par la forme des loix ; fi ce n'eft qu'elle
n'étoit pas Régente ?
Auroit - elle voulu faire revivre l'Ordonnance
de Charles VII qui fupprima
les Régences ? Et comme elle croyoit
n'avoir pas befoin de titre pour exercer
un pouvoir auquel fon génie feul fuffifoit,
aura-t-elle voulu donner l'exemple ou
plutôt ſuivre celui de la Dame de Beaujeu,
& fe charger du Gouvernement fans
prendre de qualité , dans l'efpérance d'éteindre
à l'avenir toute Régence dont
elle reconnoiffoit le danger ? Cela peut
être , mais ce que je vois feulement , c'eſt
que le titre de Régente no lui a été donné
par aucun monument juridique , &
qu'elle ne l'a point pris.
Je fçais avec tout le monde que Catherine
de Médicis a eu le
gouvernement
de l'Etat fous fon fils Charles IX tel que
G ij
148 MERCURE DE FRANCE.
l'avoit eu la Dame de Beaujeu fous
Charles VIII , & qui ne fut pas plus Régente
que Catherine.
Il eft vrai cependant que fi d'un côté
l'abfolu pouvoir de Catherine fur fon
fils a fait confondre l'autorité avec la
Régence , de l'autre on a pu être induit
en erreur , parce qu'en effet Catherine
de Médicis a été Régente. Mais quand
l'a-t-elle été ? Par un dernier acte de volonté
de Charles IX mourant , qui l'a
déclarée Régente jufqu'à l'arrivée de Po
logne de fon frere Henri III ; mais cela
ne fait pas qu'elle ait été Régente pendant
la minorité de Charles IX , puiſque
c'eft Charles IX majeur & mourant qui
lui donne ce titre , pour ne pas laiſſer le
Royaume fans, gouvernement.
Si Catherine avoit été Régente , on
conviendra de bonne foi que c'étoit là
le moment de le rappeller , & de fonder
cette nouvelle marque de confiance du
Roi en la Reine fa mere , par le ſouvenir
des travaux de fa Régence : c'est ce que
n'a point fait Charles IX. Henri III dans
les Lettres Patentes confirmatives de
celles de Charles IX données à Cracovie,
n'en dit pas davantage , & il ne les motive
que par l'expérience qu'elle avoit eue
dans le maniment & la direction des af
JANVIE R. 1760. 149
faires , depuis qu'elle y avoit été requife
jufqu'àpréfent . Que l'on faffe attention à
ces mots jufqu'à préfent , qui font voir
que Catherine n'a pas eu plus de titre
fous la minorité de fon fils qu'elle n'en a
eu depuis ; & remarquez encore que
Henri III avoit intérêt de ne rien omettre
de tout ce qui pouvoit fortifier l'autorité
d'une mere qu'il aimoit , dont il étoit
aimé paffionnément , & qui alloit lui devenir
plus néceffaire que jamais.
Enfin je termine cette queſtion par ce
qui eft dit dans le Nouv. abr. chr. à l'année
1563. Charles IX eft déclaré ma-
» jeur à treize ans & un jour au Parle-
» ment de Rouen , après la priſe du Havre
» fur les Anglois , qui avoient envoyé du
» fecours aux Huguenots . Le Roi fe trouva
" en perfonne à ce fiége. Le Parlement
»de Paris n'enregiftra cette Déclaration
» qu'après d'itératives Remontrances
» fondé fur le droit qu'il avoit de vérifier
» les Edits avant tout autre Parlement du
Royaume. Charles IX eft le premier de
"nos Rois qui fe foit fait déclarer majeur
au Parlement ; c'étoit l'intérêt de
» Catherine de Médicis , qui , en avan-
»çant l'âge de la majorité , fixé par
Charles V à quatorze ans accomplis , fit
» déclarer par fon fils dans cette affem-
"
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
.
» blée , qu'il lui continuoit l'adminiſtra
» tion des affaires , & écarta par- là tous
» ceux qui pouvoient y prétendre. Ces
» mêmes motifs firent agir Marie de Mé-
» dicis & Amme d'Autriche , en faisant
» déclarer majeur leur fils Louis XIII &
» Louis XIV. Mais l'impatience de Catherine
, de faire finir la minorité , eft
» une nouvelle preuve de ce que nous-
» avons avancé qu'elle n'étoit pas Ré-
» gente.
CONCLUSION.
On ne peut dire qu'une Reine ait eu
la Régence que fous deux conditions ;
T'une qu'elle ait été déclarée Régente ;
l'autre qu'elle en ait pris le titre. Premiere
condition : elle eft déclarée Régente
ou par le Roi majeur , ou par le
Parlement , en minorité ; par le Roi majeur
, telle l'a été la Reine Blanche par
Louis VIII fon mari . Ce qui fut atteſté
par plufieurs Prélats , qui certifièrent
après la mort du Roi , que ce Prince
étant malade , avoit ordonné qu'après fa
mort , fon fils & fon Royaume fuffent
fous la tutelle & le gouvernement de la
Reine fon épouse. Voluit & difpofuit
quod filius ejus , qui in regno fuccederet ,
cum ipfo regno effet fub bello five tutela
JANVIER . 1760.
cariffima domina noftra B. Regina . Ce qui
eft conforme au texte de Guillaume de
Nangis. Invidebant quod Regina Blanca
mater Regis tutelam Regni , & filii videbatur
habere. Remarquez bien qu'il eft
dit cum ipfo Regno tutelam Regni ; ce
que le Chancelier de l'Hofpital a bien
diftingué depuis , lorfque parlant dans
fon Teftament de Catherine de Médicis ,
qu'il ne croyoit point Régente , il fe
contente de dire , tutelam Regii corporis
& bonorum , mais jamais Regni , voulant
par le terme bonorum exclure l'idée de
Régence, parce qu'affurément le Royaume
n'eft pas un effet de communauté. Ainfi
voit-on que Philippe le Bel par fes Lettres
de 1300 déclare que fon intention eft en
cas qu'il trépaſſat de ce fiècle avant que -
fon aîné fils fut en âge , le gouvernement .
& la cure du Royaume être en la difpofition
de fa chère & aimée compagne ,
& c.
De même François I donne à la Reine
fa mere le titre de Régente , ( Dupui )
ainfi que Charles IX mourant à la Reine
fa mere. Au défaut de la nomination du
Roi , la Reine eft déclarée Régente par
le Parlement dans le cas de minorité :
c'eſt ce qui arriva à la mort d'Henri IV.
Marie de Médicis envoya dire au Parlement
de s'affembler pour délibérer fur la
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
Régence , ce qu'il fit , & la déclara Ré
gente. Le Roi vint le lendemain tenir
fon Lit de Juſtice , & le Chancelier ayant
prononcé Le Roi ..... a déclaré & déclare
la Reine fa mere Régente. M. le P. P.
lui remontra qu'il devoit prononcer conformément
à l'Arrêt donné en fa Cour de
Parlement du jour d'hier. Le Chancelier
lui répondit que c'étoit par oubliance
& en effet on lit dans l'enregistrement
,
conformément
à l'Arrêt donné en fa Cour
de Parlement du jour d'hier.
>
La feconde condition , qui eft une fuite
de la premiere , eft que dans les Edits
Ordonnances & déclarations rendus en
minorité , il foit dit de l'avis de la Reine
Régente , & jùfqu'à préſent on ne nous a
rapporté aucun titre de ce genre fous le
gouvernement de Catherine de Médicis.
Ainfi Catherine de Médicis n'a ni reçu
ni pris le titre de Régente.
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intitulé : Réfléxions für divers ob
jets de Commerce , & notamment fur les
Toiles peintes.
JANVIER. 1760 159
ARTICLE IIL
SCIENCES ET BELLES- LETTRES
ACADEMIES.
LE 14 Septembre , l'Académie des
Sciences tint fon Affemblée publique d'après
les vacances . M. de Fouchy Secrétaire
de l'Académie , ouvrit la Séance par la
lecture de l'éloge de M. de Valliere, dont
je vais donner quelques traits.
M. de Fouchy dit en parlant de la
famille de cet homme illuftre : une longue
fuite de Sujets vertueux eft la plus
grande faveur que le Ciel puiffe répan
dre fur une famille , & ce don plus précieux
que tous les dons de la fortune ,"
mérite d'être envié de tous ceux qui fçavent
penſer noblement.
Lorfque M. de Valliere entra dans les
Cadets d'Artillerie , âgé d'environ dixhuit
ans , rien n'étoit moins connu que
les effets de la poudre ; on regardoit fon
action , dit M. de Fouchy , comme
fujette à des bizarreries qui échappoient
à toutes les régles : M. de Valliere s'ap
160 MERCURE DE FRANCE.
perçut qu'elles tenoient à des principes
fimples ; & il en découvrit affez pout
faire prefque changer de face au fervice
de l'Artillerie. Il porta fes recherches
fi loin dans la partie des mines ,
qu'il démontra qu'un même point pouvoit
être enlevé juſqu'à vingt fois : phénomène
alors inoui , mais qui devenoit
une fuite néceffaire de fes découvertes.
M. de Fouchy parcourt rapidement les
opérations nombreuſes où M. de Valliere
a fignalé dans fa jeuneffe fon génie &
fa valeur.
Les bornes d'un éloge n'ont pas même
permis de rappeller tous les fiéges
auxquels M. de Valliere s'eft trouvé , &
au fuccès defquels il a contribué , foit
pour l'attaque , foit pour la défenfe . Non
feulement il avoit l'art de rendre l'Artillerie
formidable à l'ennemi , mais encore
le fecret bien plus précieux , dit M. de
Fouchy, de ménager la vie des hommes &
les frais de la guerre. Après les fiéges du
Quefnoy, deDouay & de Bouchain , on préfenta
à Louis XIV les Mémoires de la
dépenfe de l'Artillerie. Ce grand Prince
qui fe connoilloit fi bien en expéditions de
cette nature , ne put d'abord fe perfuader
que la dépenfe qu'on lui préfentoit
fût celle des trois fiéges ; & lorfqu'il s'en
JANVIER. 1760. 161
fut bien affuré il en témoigna fa fatisfaction
à M. de Valliere par une gratification
de douze mille livres , & par quatre
mille livres de penfion : récompenfe juftement
méritée , remarque l'Auteur de
cet éloge , à laquelle la manière même
de l'accorder à l'infçu de M. de Valliere ,
ajoutoit un nouveau prix . Il n'eft pas aifé
de décider qui elle honoroit le plus ,
ou du Souverain qui fçavoit fi bien reconnoître
les fervices , ou du Sujet qui
fçavoit les rendre avec un zèle fi pur &
fi défintéressé .
L'Orateur n'a eu qu'à nommer les batailles
où M. de Valliere s'eft trouvé fous
le même régne , pour nous rappelles la
part qu'il a eu à la gloire des armes françoiſes.
Il avoit trop bien mérité la confiance
de Louis XIV , pour ne pas obtenir celle
de M. le Duc d'Orléans , Régent ; &
c'eft au digne ufage qu'il en fit que l'artillerie
françoife eft redevable de ces
fages réglemens , de ces établiſſemens
glorieux qui l'ont rendue fi redoutable .
On jugera aifément , ajoute M. de Fouchy
, que les Mathématiques & la Phyfique
entroient pour beaucoup dans l'exécution
de fes deffeins , & que l'Académie
qui a pour objet l'avancement de ces
762 MERCURE DE FRANCE
fciences , & leur application a des ou
vrages utiles , ne pouvoit pas négliger de
s'acquérir un citoyen qui les rappelloit
fi directement aux befoins de la fociété.
Parmi les actions qui ont couronné
les travaux de M. de Valliere dans fa
vieilleffe , la plus éclatante eft celle de
la malheureufe journée de Dertinghen .
L'Orateur , qui rend comme préfent aux
yeux le tableau de cette bataille , compare
la pofition où M. le Maréchal de
Noailles avoit eu l'art d'amener les Anglois
à celle où les Samnites avoient fçu
attirer les Romains aux Fourches Caudines
; mais le Commandant Samnite
» fut obéi , & le Général François ne
» le fut pas. » Le Public , ajoute l'Orateur
, rendit pleine & entiere juſtice
à M. de Valliere. Mais un des plus dignes
éloges qu'il ait reçus , eft la réponſe de
M. le Maréchal de Lowendal au Miniftre
qui lui confeilloit de préférer la place
d'Affocié honoraire de l'Académie des
Sciences à celle d'Affocié libre. Je ſerai
toujours flatté , répondit ce grand Capiraine
, d'occuper à l'Académie une place
où je me trouverai à côté de M. de
Valliere. Ce mot , ajoute M. de Fouchy ,
eft trop honorable à celui qui en étoit
le Sujet , & à l'Académie même , pour
JANVIER. 1760. 163
Ne pas trouver place dans cet éloge.
Après avoir fait le portrait le plus
touchant & le plus vrai de la vie privée
de M. de Valliere ; C'eft prefque lui faire
tort , dit M. de Fouchy , que de parler
ici de fa candeur & de fa probité. Se
réputation étoit fi entiere & fi générale
fur cet article , que nous ne pourrions
en rien dire qui n'affoiblit l'idée que
l'on en avoit . Toutes ces vertus , d'autant
plus eſtimables qu'elles étoient foutenues
d'un grand fond de religion ,
étoient couronnées par une rare modeſtie
& par cette noble fimplicité qui fied fi
bien aux grands hommes , & dont le dé
faut à terni la gloire de plus d'un Héros.
Cet éloge fut fuivi de la lecture d'un
Mémoire intitulé , Eclairciffement fur
les maladies des os , par M. Hériffant . On
regarde l'analyſe que cefavant Académicien
a donnée de la fubftance des os comme
une des plus belles & des plus utiles
découvertes que l'on ait faites en Méde
cine je vais en donner une idée.
LE méchaniſme de l'offification des
parties molles a été de tout temps fi peu
connu des Phyficiens , qu'il auroit été bien
étonnant qu'ils euffent pu faifir la véritable
caufe de toutes les métamorphofes
fingulieres auxquelles les pièces dures &
164 MERCURE DE FRANCE.
folides qui fervent d'appui & de foutier
à toute la maffe du corps des animaux ,
font fujettes pendant tout le temps de la
vie.
M. Hériffant , Docteur- Régent de la
Faculté de Médecine de Paris , s'étant
donc apperçu qu'on pourroit encore defirer
quelque chofe de plus exact que
ce qu'on nous avoit appris fur cette
matière , s'eft déterminé à faire de nouvelles
recherches qui lui ont fourni deux
Mémoires.
Dans le premier , qu'il a lu le S Avril
1750 à l'Affemblée publique de l'Académie
Royale des Sciences , il rapporte
un grand nombre d'expériences très- curieufes
& même par lefquelles il eft indubitablement
prouvé, 1. qu'il y a en
tout temps dans les Os une fubftance de
nature cartilagineufe qui ne s'offifie jamais
à proprement parler , mais qui entre pour
beaucoup dans leur compofition : 2.° que
la transformation finguliere des cartilages
en des parties offeufes n'eft que l'effet
d'une espèce d'incruftation animale d'une
nature très - particulière , formée par l'addition
d'une fubftance purement crétacée,
laquelle, au moyen d'un fuc très- vifqueux,
contracte une intime adhérence avec
chaque point du raiſeau fpongieux dont
JANVIER. 1760 . 165
la fubftance cartilagineufe n'eft qu'un
tiffu 3.° que pour faire reparoître fous
leur premiere forme les cartilages qui
fe font offifiés , il ne faut que les dépouiller
entierement de la fubftance crétacée
qui leur donne la dureté & la folidité
qu'ils acquierent lorsqu'ils fe convertiſſent
en Os. C'est ce que M. Hériffant a clairement
démontré en fe feryant pour cet
effet d'une liqueur acide compofée d'une
partie de bon efprit de nitre & de trois
parties d'eau commune ; par ce moyen
M. Hériffant enléve la matière crétacée
de l'os qu'il y a laiffé tremper quelque
temps , & il ne refte plus alors qu'une
partie cartilagineufe & fpongieufe dont
les cellules fe trouvent tapiffées de petits
facs membraneux qui font autant de
prolongemens qui émanent immédiatement
du périofte.
M. Hériffant donne de plus les moyens
de retrouver la fubftance crétacée que les
os perdent dans fa liqueur acide ; pour
cela il fe fert d'huile de tartre par défaillance
qu'il jette dans cette liqueur , &
il obtient un précipité très - blanc qu'il
laiffe bien fécher , & qui forme une poudre
très- fine dont le poids égale celui
qu'un os perd lorfqu'il a trempé plus ou
moins de temps dans la liqueur acidę .
166 MERCURE DE FRANCE.
M. Hériffant fe fert encore d'un autre
procédé pour retirer cette matière crétacée
de la liqueur acide qui s'en eft foulée
; il fait évaporer à une chaleur douce
cette liqueur acide , & il obtient par cette
manoeuvre des criftaux jaunâtres fort
applatis , très-friables & gras , qu'il fait
bien calciner dans un creufet : il lui refte
par ce procédé une matière très-blanche
qui a toutes les qualités d'une vraie terre
abforbante ou d'une véritable craye.
Il fuit de tout ceci que , felon M. Hériffant
, les Os font compofés de quatre
fubftances principales & élémentaires : la
premiere eft une matière crétacée ; la
feconde eft de nature cartilagineufe ; la
troisième eft un fuc vifqueux ; la quatrième
enfin eft membraneufe & fournie
par le périofte : cette dernière fubftance
s'infinue entre chaque fibre & fibrille de
la fubftance cartilagineufe ; elle les accompagne
partout fans pour cela changer
de nature , car elle ne s'offifie jamais,
elle refte toujours membraneuſe ; & c'eſt
entr'elle & la cartilagineufe que la matiere
crétacée fe dépofe dans le temps de
l'offification , &c.
Les conféquences qu'on peut tirer de
cette organiſation des Os fe préfentent fi
naturellement qu'il ne paroît pas à M.
JANVIER. 1960. 167
Hériffant qu'on puiffe avoir lieu de douter
de la faine théorie qui doit en réfulter
pour l'intelligence des maladies de
ces organes. Cette théorie fait l'objet
principal de fon fecond Mémoire qu'il a
lu à la rentrée publique de la même Académie
le 14 Novembre de l'année 1759 .
L'Auteur rapporte dans ce fecond Mémoire
plufieurs expériences très - intéreſfantes
qui démontrent clairement que
toutes les maladies des Os ( fi l'on en
excepte les fractures & les luxations )
commencent par un ramolliffement plus
ou moins confidérable , qui eft une fuite
de la déperdition de la matiere crétacée
que les levains morbifiques diffolvent &
entraînent infenfiblement de la fubftance
cartilagineufe qui en eft incrustée ; d'ou
il réfulteune décompofition plus ou moins
compliquée des quatre fubftances primitives
& élémentaires , & par conféquent
différentes espéces de maladies qui doi
vent être diftinguées en plufieurs claffes ,
fuivant que ces fubftances font altérées
& viciées enſemble ou féparément.
Il n'a pas paru fuffifant à M. Hériffant
de fçavoir que lorfqu'un Os eft ma→
lade , il faut néceffairement
que la portion
viciée fe décompofe jufqu'au vif
pour fe récompofer de nouveau , & jouis
168 MERCURE DE FRANCE.
par-là d'un nouvel état de fanté ; il a
pouffé fes recherches encore plus loin ,
& elles lui ont fait connoître que la fubftance
crétacée eft celle des quatre fubftances
élémentaires , qui joue le plus
grand rôle dans la plupart des maladies
des pièces de la charpente du corps animal
: qu'elle fe détache dans certains cas
en fi grande abondance des cartilages
qui en font incruftés , qu'alors ces parties
deviennent affez molles & affez flexibles
pour qu'on puiffe les plier en différens
fens , comme on l'a vu en 1752 fur la
femme Supiot, & c. dont les urines étoient
chargées d'une quantité prodigieufe de
matière gypfeufe ou crétacée que fes Os
perdoient dans le temps , difoit - elle ,
qu'ils travailloient .
Ce n'étoit pas encore affez pour M.
Hériffant de fçavoir que dans cette efpéce
de maladie où les Os fe ramolliffent
confidérablement , & qu'Abraham Bauda
a intitulée Microcofmus mirabilis ,feu, Homoin
miferrimum compendium redactus , la
matière crétacée eft entraînée hors du
corps par la voie des urines ; plufieurs expériences
qu'il a imaginées lui ont encore
fait connoître que quelquefois les urines
de perfonnes vivement attaquées de fcorbut
ou de maladie vénérienne avec exoftofe
,
JAN VIE R. 1760. 169
tofe , anchylofe , carie , &c. font pareillement
plus ou moins chargées de la matière
crétacée des os. Les urines des rachitiques
, c'est-à- dire , celles des enfans
qui fe nouent , ont de plus appris à M.
Hériffant que dans cette maladie les parties
offeufes ne fe ramolliffent & ne fe
contournent que parce qu'elles perdent
plus ou moins de leur matiere crétacée ;
ce qui a fait imaginer à ce Médecin une
maniere particuliere de traiter ces petits
malades, & bien différente de celle qu'on
a miſe en uſage juſqu'ici.
Enfin M. Hériffant ayant eu occafion
depuis plusieurs années de traiter un
affez grand nombre de perfonnes cruellement
attaquées de goutte avec des Nodus
dans les articles , il s'eft apperçu par
le moyen de certaines expériences qu'il
a faites , que ces malades rendoient dans
certains temps par les urines plus ou
moins de matiere crétacée . Les recherches
& les obfervations qu'il a faites fur
beaucoup de ces malades , lui ont appris
de plus que la goute eft une maladie
propre aux os , qu'elle confifte principalement
en une diffolution imparfaite de
leur matiere crétacée qui fe dépofe quelquefois
dans les articles , s'y mêle avec
la fynonie , & y forment enfemble cer-
I. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
taines crétions gypfeufes ou crétacées
tout-à-fait diffoutes dans la liqueur acide
déja citée : qu'enfin cette matiere, ne trouvant
plus d'iffue dans les articulations qui
en font comme farcies , fe porte fur
les vifceres , & caufe ce qu'on appelle
vulgairement la goutte remontée ; ou
bien que lorsque cette matiere eft , entraînée
par les urines , elle fe dépofe dans:
la veffie , & y occafionne certaines
pierres gypfeufes auxquelles les gouteux
font fort fujets , & qui different beaucoup
des pierres ordinaires de ce vifcere:
qui font de nature fabloneufe.
D'après ces connoiffances M. Hériffant
s'eft apperçu que les préjugés qu'on a
généralement conçus de l'incurabilité de
la goutte , n'étoient fondés que fur ce .
qu'on ignoroit la véritable caufe de cette
facheufe maladie ; c'eft ce qu'il a occafion
d'éprouver tous les jours avec le
plus grand fuccès , par la conduite fimple
qu'il tient dans le traitement de cette
maladie fi redoutée , & en effet fi redou
table.
En un mot , M. Hériffant termine ce
fecond Mémoire en rapportant plufieurs
expériences & obfervations qui lui ont
encore fait appercevoir que les os malades
ne font
pas les feuls qui fe décompoJANVIER.
1760. 171
fent ; il a démontré que dans l'extrême
vieilleffe les urines fe trouvent quelquefois
pareillement chargées de matiere
crétacée, qui vraisemblablement provient
des parties offeufes , furtout des vertèbres
qui s'émacient au point qu'on paroît
plus petit à cet âge qu'on étoit dans un
âge moyen.
Enfin des expériences fort ingénieufes
ont fait voir à M. Hériffant que le fuc
huileux des os eft de toutes les humeurs
celle qui attaque immédiatement ces organes
, & que les fubftances élémentaires
de ces parties ne font attirées que lorfque
ce fuc fe trouve infecté des virus fcorbu-.
tique , vérolique , & c.
PRIX propofe par l'Académie Royale
ide Chirurgie pour l'Année 1761 .
L'A 'ACADÉMIE Royale de Chirurgie propofe
pour le Prix de l'année 1761 , le
Sujet fuivant :
Etablir la théorie des contrecoups dans
les léfions de la Téte , & les conféquences
pratiques qu'on peut en tirer.
Ceux qui envoyeront des Mémoires¹
font priés de les écrire en François ou en
Hij
172 MERCURE DE FRAN.CE.'
Latin & d'avoir attention qu'ils foient
fort lifibles.
Les Auteurs mettront fimplement une
devife à leurs Ouvrages ; mais pour fe
faire connoître , ils y joindront à part
dans un papier cacheté & écrit de leur
propre main , leurs nom , demeure &
qualités ; & ce papier ne fera ouvert qu'en
cas que la Piéce ait remporté le prix .
Ils adrefferont leurs ouvrages, franc de
port , à M. Morand , Secrétaire perpétuel
de l'Académie Royale de Chirur
gie , à Paris , ou les lui feront remettre
entre les mains.
Toutes perfonnes , de quelque qualité
& pays qu'elles foient , pourront afpirer
au Prix ; on n'en excepte que les Membres
de l'Académie.
Le Prix eft une Médaille d'or de la va
leur de cinq cens livres , fondée par M.
de la Peyronie , qui fera donnée à celui
qui , au jugement de l'Académie , aura
fait le meilleur Mémoire fur le Sujet
propofé.
La Médaille ſera délivrée à l'Auteur
même qui fe fera fait connoître , ou au
Porteur d'une procuration de fa part ;
l'un ou l'autre repréfentant la marque dif
tinctive , & une copie nette du Mémoire.
Les Ouvrages feront reçus jufqu'au
JANVIER. 1760. 173
dernier jour de Décembre 1760 inclufi
fivement ; & l'Académie , à fon Affemblée
publique de 1761 , qui fe tiendra
le Jeudi d'après la quinzaine de Pâques ,
proclamera la Pièce qui aura remporté
je Prix.
L'Académie ayant établi qu'elle donneroit
tous les ans fur les fonds qui lui
ont été légués par M. de la Peyronie ,
une Médaille d'or de deux cens livres , à
celui des Chirurgiens Etrangers ou Regnicoles
, non Membres de l'Académie , qui
l'aura mérité par un Ouvrage fur quelque
matière de Chirurgie que ce foit , an
choix de l'Auteur , elle l'adjugera à celui
qui aura envoyé le meilleur Ouvrage
dans le courant de l'année 1760. Ce
Prix d'Emulation fera proclamé le jour
de la Séance publique.
Le même jour , elle diftribuera cing
Médailles d'or de cent francs chacune , à
cinq Chirurgiens , foit Académiciens de la
Claffe des Libres , foit fimplement Régnicoles
, qui auront fourni dans le cours de
l'année précédente un Mémoire , ou trois
Obfervations intéreſſantes.
Je donnerai dans le prochain Mercure
P'Extrait des autres Mémoires qui ont été
fûs dans la même Affemblée , & qu'on a
bien voulu me confier. H iij
174 MERCURE DE FRANCE .
ARTICLE IV.
BEAUX ARTS.
ARTS AGRÉABLES.
PEINTURE.
PRIX propofé à l'Académie de Peinture.
'ETUDE de la maniere dont les paffions
fe manifeftent à l'extérieur , eft une
des plus difficiles de l'art du deffein ; &
c'eft principalement par les mouvemens
variés des parties du vifage , qu'on les ap
perçoit le plus fenfiblement. Ces changemens
caractéristiques , fi difficiles à failir ,
font l'ame de la Peinture & de la Sculpture
, & ce qui produit la plus forte & la
plus délicieufe impreffion fur le Specta→
teur cependant l'étude de cette partie
de l'art finéceffaire n'avoit encore été
encouragée dans les Académies anciennes
& modernes par aucun motif d'émulation
particulière
.
M. le Comte de Caylus , cet amateur
refpectable qui a donné tant de preuves de
JANVIER. 1760. 175
fon zéle pour le progrès des arts, après avoir
longtemps réfléchi fur les moyens qu'on
pourroit employer pour engager les Eléves
à s'attacher effentiellement à cette étude ,
a propofé à l'Académie Royale de Peinture
& de Sculpture , dont il eft honoraire
, l'établiffement d'un Prix uniquement
deſtiné à cet objet , ajoutant qu'il
défireroit que l'effai en fut fait cette année
à fes frais , foit pour le prix propofé aux
Eléves , foit pour les honoraires accordés
à la perfonne qui voudra bien avoir la
complaifance de tenir fa tête , dont il
eft effentiel que le caractère foit beau
foit pour toutes les dépenfes que pourra
exiger cet effai. L'Académie a reçu
avec applaudiffement un projet fi utile &
fi digne de fon Auteur ; & conformément
aux intentions de M. le Comte de
Caylus , l'ouverture de ce concours auquel
ne font admis que les Eléves les plus
avancés a été déterminée au 17 Décembre
1759. Le prix propofé eft une
fomme de cent livres , accordée à celui
d'entre les Eléves qui , aidé de la préfence
du modéle , réuffira le mieux à deffiner
, peindre ou modéler en bas relief
une tête de grandeur naturelle. Cette
tête doit repréfenter l'expreffion d'une
paffion indiquée par le Profeffeur qui pré-
>
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
fidera à cet exercice . Ce prix fera adjugé
par l'Académie affemblée le dernier jour
de l'année .
GRAVURE.
AVIS aux Soufcripteurs de l'Encyclopédie
ON
& autres.
N grave actuellement les planches
fur les Sciences & fur les Arts. Il y en a
déjà près de deux cens d'exécutées. On
invite ceux qui s'intéreffent pour & contre
cet ouvrage à les aller voir chez les
Libraires affociés , où elles font exposées
aux yeux de tout le monde. On y montrera
les fuivantes à meſure qu'elles fortiront
d'entre les mains des Artiftes.Toutes
fe dépofent encore fucceffivement
chez le Magiftrat qui préfide à la Librairie.
Voilà ce que l'on répond quant à
préfent à un homme qu'on a exclu de
cette entrepriſe pour deux raifons.
Na. Les deffeins ont couté trente mille
francs à faire , fans compter les dépen -
Les journalieres pour en augmenter le
nombre.
M. M. Cochin & le Bas , qui ont entreTANVIE
R. 1760 . 177
pris & proposé par ſouſcription les Eftampes
des Ports de France par M. Vernet , fe
trouvent obligés d'apporter un retard de
quelques mois à la livraifon des quatre
premieres Estampes qu'ils avoient promifes
en Décembre 1759 ; elles font trèsavancées
les curieux peuvent s'en affurer
& les voir chez M. le Bas. Le defir
qu'ils ont de rendre ces admirables Tableaux
le mieux qu'il leur eft poffible ,
exige encore ce retard, qui eft principalement
occafionné par les foins & le grand
fini qu'ils ont voulu y donner . C'eſt pourquoi
ils efperent que le Public leur pardonnera
ce manquement , dont il fera
dédommagé par une meilleure exécution.
Ils avertiront par la voye des Journaux ,
auffi - tôt qu'ils feront en état de délivrer.
EOLE,
MUSIQUE.
OLE , Cantate de Baffe-Taille avec
Symphonie , par le fieur le Jay. Les paroles
font de M. Sedaine. Les Parties
font gravées féparément. Le prix eft de
liv. Elle peut fe chanter par un basdeffus.
Se vend aux adreffes ordinaires.
Hv
178 MERGURE DE FRANCE.
GÉOGRAPHIE.
M. MACLOT , Auteur des Inftitutions
abrégées de Géographie annoncées dans
le Mercure du mois de Janvier 1759 , a
commencé le 25 Novembre dernier un
Cours gratuit de leçons élémentaires fur
la Géographie , le Calcul , la Géométrie,
& la partie d'Aftronomie qui fe combine
avec la Géographie ; il le continue tous
les Dimanches depuis trois heures après
midi jufqu'à cinq , rue neuve S. Médé,
ric , vis-à-vis l'Hôtel de Jabac. Le Lundi
7 Janvier 1760 , il commencera en faveur
des perfonnes qui voudront acquérir
des connoiffances plus particulières fur
le Calcul , un autre Cours qui n'embraf
fera que cet objet feul. Toutes les parties
du Calcul & leur application aux
matières les plus utiles , particulierement
à celles de Commerce telles que les
Changes étrangers &c. y feront expliquées
felon la méthode la plus claire &
la plus intelligible. On ne s'y bornera
à la fimple pratique , la théorie y fera
mife à la portée de tous les efprits. On
foufcrira pour le fecondCours à l'endroit
>
pas
JANVIER. 1760. 179
ci-deffus indiqué : les leçons fe donneront
tous les Lundis , Mercredis & Vendredis
de chaque femaine depuis deux
heures après midi juſqu'à quatre.
ETRENNES géographiques , chez
Ballard , feul Imprimeur du Roi pour
la Mufique. On les diftribuera auffi aux
Spectacles , & au Palais Royal , Cour de
Richelieu. Le prix eft de 12 liv . en marroquin
.
Ces Etrennes font un petit Atlas porfatif
exécuté avec le plus grand foin & la
plus grande exactitude. On ne connoît
rien en ce genre de fi délicatement gravé ;
& quant à la perfection géographique ,
l'Avertiffement qui eft à la tête du Recueil
en peut donner une jufte idée.
AVERTISSEMENT.
TOUTES les Cartes contenues dans
ce Recueil ont été réduites d'après les
meilleurs Auteurs par M. Rizzi ZANNONI,
de la Société Cofmographique de Nuremberg.
Il a fuivi principalement les Cartes
de M. Danville , la nouvelle Carte d'Allemagne
publiée par l'Académie Royale
des Sciences & des Belles - Lettres de
Pruffe , la Collection du Comptoir géo
grap hique de Stockolm, & la Pruffe Bran
H vj
180 MERCURE DE FRANCE:
debourgeoife manufcrite , dont les dé
tails lui ont été communiqués par le Pere
Szewzowski , Jéfuite , & que M. Rizzi-
Zannoni publiera inceffamment en qua
tre feuilles , à Nuremberg.
Ce Géographe s'eft fervi pour la repréfentation
de la Mappemonde ou de deux
hémisphères , de la projection ftéréogra
phique fur le plan du premier Méridien ,
comme étant la plus ufitée , & à plufleurs
égards la plus commode.
Dans les différentes projections fur
lefquelles les autres Cartes ont été conftruites
, on a eu égard au plus ou moins
d'étendue de pays qu'elles devoient repréfenter.
Si le Public daigne accueillir favorablement
cet Ouvrage , l'Editeur fe propofe
de donner fucceffivement chaque
année un Recueil qui contiendra le détail
de la France , de l'Allemagne , de la
Flandre , de l'Amérique , & des différen
Parties du monde.
CATALOGUE des Cartes contenues
dans ce Recueil.
Mappemonde orientale ,
Mappemonde occidentale ,
Europe
Afie
N.° f
JANVIER. 1760. 181
'Afrique.
Amérique feptentrionale.
Amérique méridionale.
Ifles Britanniques
.
Dannemarck.
N ° S.
6.
Suéde & Norwege.
France, Carte générale.
France. Premiere Partie.
9.
10.
II.
12 .
France. Seconde Partie. 13.
France. Troifième Partie.
14.
France. Quatrième Partie. 15.
Flandre , le Pays - bas .
Allemagne . Carte générale .
16.
17.
Allemagne. Premiere Partie. 18.
Allemagne. Seconde Partie.
19.
Allemagne . Troisième Partie. 20.
Allemagne. Quatrième Partie. 21.
Allemagne. Cinquième Partie. 22.
Allemagne . Sixième Partie. 23.
Royaume de Pruffe.
24.
Eſpagne & Portugal. 25.
Italie,
26,
82 MERCURE DE FRANCE.
HORLOGERIE.
LETTRE de M. Lepaute , Horloger du
Roi à M. *** fur la mort de M. Julien
le Roi.
LA réputation dont M. le Roi jouiſfoit
depuis un fi grand nombre d'années,
les obligations que lui avoit l'horlogerie
Françoife , le caractère même que tout le
monde lui connoiffoit , tout femble intéreffer
le Public à cette perte , & mériter
que l'on rende quelque hommage à fa
mémoire. Ce que j'en dirai , Monfieur
ne fera point fufpect ; bien des perſonnes
feront même étonnées de trouver mon
nom à la tête de fon éloge , mais il n'en
fera que plus honorable & pour lui &
Pour moi.
Les dattes , les époques , les petits détails
de la vie , me paroiffent en général
de peu de conféquence. Ainfi je paffe fous
filence fes premières années , & j'obſerve
feulement que dès 1728 lorfque la France
eut perdu le célébre artife Sully , qui y
avoit fi bien ranimé le goût de l'horlogerie
, M. le Roi parut êtte celui qui
JAN VIE R. 1760. 183
alloit nous dédommager de cette perte :
non feulement l'excellence des piéces
qu'il finiffoit le fit eftimer de ſes confreres,
mais les vues nouvelles , le génie qu'il
portoit fur toutes les parties de fon Art ,
le rendirent cher aux Sçavans . L'Hiftoire
de l'Académie des Sciences fit mention
plus d'une fois de fes tentatives , de fes
expériences , de fes réflexions à différens
égards .
M. Saurin , Géométre célèbre de cette
Académie , dans les Mémoires de 1720 ,
rapporte les expériences qu'il avoit faites
fur deux pendules à ancre , par lesquelles
il avoit trouvé qu'en augmentant le poids
à toutes les deux également , l'une avançoit
& l'autre retardoit ; il cite M. le Bon
& M. le Roi comme l'ayant aidé dans
fes expériences. On n'eft point étonné de
trouver là M. le Bon , qui depuis plufieurs
années étoit connu parmi les Horlogers
les plus habiles ; mais on doit y admirer
M. le Roi qui , jeune encore , annonçoit
ce qu'il feroit un jour.
Lorfque M. Sully vint en France pour
établir à Verfailles une Manufacture
d'horlogerie , par ordre de M. le Régent,
un de fes meilleurs amis fut M. le Roi ;
ils vécurent enfemble & ils concurent
entr'eux le projet de l'Horloge à levien
184 MERCURE DE FRANCE.
horisontal , qui eut pendant quelque tems
une fi grande célébrité . M. le Roi , après
avoir furvécu à fon illuftre ami & avoir
hérité de fa réputation , nous donna en
1737 une nouvelle édition de la Régle
artificielle du temps ; ouvrage que M. Sully
avoit publié en 1717 , auquel M. le Roi
ajouta de précieufes remarques fur la vie
de l'Auteur de cet
ouvrage.
On voit à la fuite de ce même Livre
des marques du génie de M. le Roi , &
des vues profondes qu'il avoit en horlo
gerie . Les Horloges horifontales y font
décrites avec de nouvelles perfections ;
il y donne une nouvelle maniere de placer
dans les pendules les quadratures de
répétition ; il y propofe jufqu'à un inftrument
qu'il avoit lui-même imaginé pour
tracer les cadrans folaires.
Si je pouvois m'étendre ici fur les détails
de mon Art , je trouverois de quoi
placer par tout le nom de M. le Roi ; les
pendules d'équation , les thermomètres
métalliques , les répétitions fans rouage,
& une multitude d'autres inventions curieufes
& utiles , lui doivent ou leur perfection
ou leur naiffance. C'eft à vous ,
Monfieur , qui avez fait de fi belles &
de fi profondes recherches fur l'hiftoire
de l'Horlogerie , à rendre à mon illuftre
JANVIER. 1760. T
Confrere la Juftice qui lui eft dûe ; vous
augmenterez les regrets de la poftérité
fur la perte de ce grand Artifte , mais
vous n'ajoûterez rien à l'eftime unique ,
pour ainfi dire , que toute l'Europe avoit
pour lui.
Je fuis , & c. LEPAUTE
A Paris , le 15 Novembre 1759.
On voit avec plaifir un Artiffe habile
s'empreffer de rendre un hommage public
à la mémoire d'un homme célèbre dans
le même Art. Je donnerai dans le Mercure
prochain de nouveaux Mémoires fur
les progrès dont l'Horlogerie eft redevable
en France à M. le Roi : fon éloge
ne peut qu'être une fource de lumières &
d'émulation pour les Artiſtes.
EXTRAIT d'une Lettre écrite à l'Auteur
du Mercure,
PRES avoir fait fur le ftyle de quelques
Ouvrages nouveaux des obfervations
très -judicieuſes , mais dont ce n'eft
point ici la place , je crois ne pouvoir
mieux terminer ces remarques , ajoute
186 MERCURE DE FRANCE .
l'Auteur de cette Lettre , qu'en vous follicitant
, Monfieur , de faire mieux connoître
les Conférences de M. Touflaint
fur la Langue & la Littérature Françoife.
On ne paroît pas les regarder dans le Public
comme auffi importantes qu'elles le
font en effet ; & quoique M. T. ne manque
pas d'Auditeurs , fi on fçavoit lui rendre
juftice & à foi - même , le nombre en
devroit être bien plus confidérable. Mais
qui eft ce qui penfe ne pas pofféder à
fond une langue qu'il parle depuis fa premiere
jeuneffe ? Et cependant qui eft- ce
qui n'a pas beſoin de s'y perfectionner ?
On s'imagine peut- être que dans ces
Conférences il n'eft question que de difcuffions
ennuyeufes de Grammaire & de
Littérature ; au lieu que ce n'eft que par
des exemples , & d'après les meilleurs
Auteurs en tous genres dont on y fait la
lecture , qu'on s'inftruit de ce qu'il faut
imiter ou éviter pour le ftyle & pour les
penfées. Je ne crains pas de nommer ces
Conférences une Ecole de bon goût , où
l'on fe forme fur les meilleurs modèles ,
& où l'on apprend à mépriſer toutes ces
expreffions qui n'ont de mérite que la
nouveauté , toutes ces phrafes recherchées
, pleines d'enflure & d'obſcurité ,
toutes ces penſées brillantes , mais déJANVIER
1760187
à
placées & fans folidité ; en un mot ,
connoître les beautés & les défauts de nos
Ecrivains célébres , pour imiter les unes ,
& fe précautionner contre les autres . On
peut s'infcrire à la moitié du cours , &
alors on aura droit d'affifter à la premiere
moitié du cours fuivant , en ne payant
que pour un feul.
ARTICLE V.
SPECTACLES.
O
OPERA.
N continue de donner l'Opera d'Amadis
; & fi le fuccès de ce Spectacle
n'a pas été bien vif , au moins eft - il bien
foutenu. Les dernieres repréfentations
ont été auffi fortes que les premières :
Mlle Arnoud y a repris le rôle d'Ariane
qu'elle chante avec un peu de lenteur
pour ménager fes forces , mais qu'elle
joue avec beaucoup de pathétique & de
vérité.
On donne les Jeudis les mêmes fragmens
qu'on avoit quittés pour mettre
Amadis au Théâtre ; & le public ne fe
38 MERCURE DE FRANCE.
J
laffe point de voir & d'applaudir Mlle
Lemiere & M. Larrivée dans l'acte d'fmène.
Le talent de Mlle Leclerc , jeune
Danfeufe , fe développe de jour en jour :
elle a doublé quelquefois Mlle Lani dans
les Ballets d'Amadis ; & le Public furpris
de fes progrès , s'eft fait un plaiſir
de l'encourager par des applaudiffemens
unanimes .
COMEDIE FRANÇOISE.
ON fe N fe prépare à donner inceffamment
à ce Théâtre une Tragédie nouvelle intirulée
Zalica : en attendant , le Public. y
eft attiré par d'excellentes pièces anciennes.
On a remis le Philofophe marié
dans lequel M. Granval a joué pour la
première fois le rôle d'Arifte. La réputation
de cet excellent Acteur eft au - deffus
de mes éloges .
,
Madame Durancy , connue fous le nom
de Mlle Darimat , a débuté dans les rôles
de caractère : l'indiſpoſition d'une Actrice
a interrompu ce début.
JANVIER 1760. 189
COMEDIE ITALIENNE.
LE
M.
E fuccès de l'Impromptu de l'Amour
Comédie en un Acte & en Profe par
de Moiffy , n'a pas été auffi brillant que
celui de la nouvelle Ecole des Femmes ,
Comédie du même Auteur , quoique
Mile Favart ait mis dans le rôle de la
jeune Américaine tout ce qui peut inté
reffer & plaire. Voici l'idée de cette Co
médie. Une jeune Américaine nommée
Agathine , nouvellement arrivée en France
, infpire de l'amour à Cliton frere de
Bélife qui s'eft chargée d'Agathine. Cliton
pour s'en faire aimer fe travestit en
Jardinier , & prend le nom de Lucas ;
fous ce déguisement il plaît à Agathine,
qui lui avoue naïvement fon penchant .
Ĉliton a formé le deffein de l'époufer ,
mais il craint que cette jeune Américaine
ne refuſe ſa main s'il ſe découvre à elle,
parce qu'elle voit que les époux riches
ne s'aiment point en France ; ce qui lui
donne une grande répugnance pour épou
fer un homme riche.Cliton pour détruire
cette répugnance imagine de faire venir
des Acteurs de Paris qui exécuteront une
190 MERCURE DE FRANCE .
Scène entre l'Amour & la Sageffe , dont
l'effet doit faire revenirAgathine de fa prévention.
On fait croire à cette jeune fille
que l'Amour doit venir dans ce lieu pour,
fe juftifier aux yeux de la Sageffe , de
tous les torts qu'on lui impute. Elle fe
prête avec docilité à cette invention ;
& après avoir écouté la juftification de
l'Amour , elle demande confeil à ce
Dieu fur le parti qu'elle a à prendre.
Elle aime Lucas , dit-elle , mais elle
lui trouve une ame ambitieuſe ; il veut
devenir riche , & elle craint que leur
amour ne puiffe fubfifter avec les richeſſes.
L'amour la raffure , & lui dit qu'il
veut faire leur fortune , qu'elle peut l'accepter
de lui fans crainte , & que la tendreffe
de Cliton n'y perdra rien. Agathine
fe rend, elle donne la main à Lucas, qu'elle
réconnoît enfuite pour Cliton , &la Piéce
finit par un Ballet . On a trouvé dans cette
Pièce peu d'action , & le dénoument un
peu romanefque; d'ailleurs on y remarque
des chofes agréables , & le ftyle en eft
fimple & naturel . L'Auteur a répandu du
comique dans le rôle d'Arlequin , & dans
celui de Julien, Jardinier méchant & rufe,
amoureux d'Agathine & qui voudroit l'en ,
lever à Cliton.
JANVIER. 1760. 19-
CONCERT SPIRITUEL.
LE Signor Potenza , dont les talens
>
ont brillé fur prefque tous les Théâtres
de l'Europe a chanté quelques Airs ,
Italiens au Concert Spirituel la veille
& le jour de Noël. On n'a point entendu
depuis longtemps de chanteurs Italiens
qui euffent fait plus de plaifir . Sa voix eſt
douce , agréable , flexible & harmonieuſe,
Il fait enfler & éteindre les fons fans fortir
de la ligne précieuſe au-delà & en deçà
de laquelle il n'y a plus de jufteffe , &
par conféquent plus de chant. Il poffede
l'art admirable que Farinelli a porté à
un fi haut degré de perfection , de paffer
des fons aigus aux fons graves, par des intervalles
à peine perceptibles . La facilité
& la durée de fes tenues ont étonné ; fes
trilles font brillans & foutenus. Il a rendu
avec un fuccès égal & les morceaux
fiers & les morceaux purement agréables
qu'il a chantés . M. Gaviniés qui a acompagné
le fieur Potenza , a partagé avec lui
les applaudiffemens du Public dans les airs
qu'ils ont exécutés . Il fe trouvoit des défis
entre le Chanteur & l'Accompagnateur
qui ont été exécutés avec tant de fidélité
qu'on prenoit la voix pour l'inftrument
社
92 MERCURE DE FRANCE:
& l'inftrument pour la voix. On ne peut
qu'encourager M. Potenza à chanter déformais
avec plus d'affurance & à compter
davantage fur le plaifir qu'il fera toujours
aux oreilles un peu exercées à la Mufique
Italienne.Je prendrai la liberté de lui dire
de la part de tous les gens de goût de ne
pas imiter la plupart desChanteursItaliens
qui cherchent moins à plaire dans les morceaux
qu'ils exécutent, qu'à fe faire admirer.
Ce qui n'eſt que difficile frappe d'abord;
mais la curiofité une fois fatisfaite ,
l'intérêt s'éteint ; au lieu que ce qui eft
vraiment agréable & touchant eſt toujours
fûr de plaire.
On a exécuté dans ces deux Concerts
Fugit Nox,Motet à Grand-Choeur mêlé de
Noëls , par M. Boismortier ; Caniate Domino
, Motet à Grand-Choeur par M. de
la Lande , avec différens Concertos &
quelques petits Motets. On a fini par
Cali enarrant, & Venite exultemus , Motets
de M. de Mondonville dont on connoît
les grandes beautés. On a revu Mlle Fel
avec le plus grand plaifir. Mlle Lemiere a
chanté avec la grace,la précifion & la légèreté
qu'on lui connoît. M. Gelin & M.
de Xaintis ont reçu beaucoup d'applaudiffemens:
Le jeu brillant & facile de M.
Balbâtre fait toujours un nouveau plaifir.
ARTICLE
JANVIE R. 1760. 193
ARTICLE VI
NOUVELLES POLITIQUES.
LE
DE VIENNE , le 10 Novembre.
E 22 , le Baron de Laudon avec le Corps
qu'il commande fe rendit maître des hauteurs
près d'Hernftadt. Dès qu'il y fut établi , il fit
menacer le Commandant de la Place de la réduire
en cendres s'il ne l'abandonnoit pas fur le
champ. Le Commandant répondit qu'il ne pouvoit
pas fe retirer , fans un ordre du Roi de
Prufle , & il demanda quelques heures pour
prendre fa réfolution . L'armée des Ruſſes arriva ,
& occupa le camp que le Baron de Laudon venoit
de lui marquer. Il s'avança à Babiele fur le
flanc gauche de cette armée ; & vers le foir on
obferva que les Pruffiens faifoient divers mouvemens
fur les hauteurs qui font derriere la Place
& au- delà de la rivière.
On apperçut le lendemain leur armée qui
campoit fur ces hauteurs . Sur les neuf heures du
matin , le Comte de Soltikoff envoya un de fes
Aides de Camp pour fommer de nouveau le Commandant
de la Place. Celui - ci répondit qu'il
avoit ordre du Roi fon Maître de fe défendre jufqu'à
la derniere extrêmité. Sur cette réponſe le
Comte de Soltikoff fit démafquer une grande
batterie qui venoit d'être conftruite fur les hauteurs.
Le feu des canons & des mortiers fit beaucoup
d'effet fur la Ville & embrafa les fauxbourgs.
I. Vol.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
Le fieur Holmer , Lieutenant- général d'Artillerie
, fe tranfporta l'après - midi dans les Fauxbourgs
qui venoient d'étre brûlés , afin de reconnoître
deplus près l'état dela Place . Il fut découvert
par l'ennemi , & effuya une décharge de
moufqueterie. Le Comte de Soltikoff, à qui il
rendit compte de fes obfervations , fit approcher
la groffe artillerie pour embrafer la ville . Ses
ordres furent exécutés fi ponctuellement , que le
feu prit tout à la fois en quatre endroits différens,
Pendant ce temps-là l'artillerie des Autrichiens.
foudroyoit l'avant - garde des Pruffiens . Cette
canonnade dura jufqu'à la nuit , & la Ville de
Hernftadt fut entièrement détruite .
De l'Armée Autrichienne , le 3 Novembre.
Le détachement que le Général Prentano commande
fut attaqué près de Vogelang . Les Pruf
fiens firent les plus grands efforts pour le chaffer
de ce pofte. L'attaque commença par un grand
feu de moufqueterie qui fut fuivi d'une canonnade
des plus vives. L'ennemi après avoir été
repouffé deux fois , fut obligé d'abandonner cette
entrepriſe . Sa perte fut confidérable . Nos troupes
lui firent foixante - dix prifonniers , & n'eurent
qu'une vingtaine de foldats bleffés .
DE HAMBOURG , le 4 Novembre.
On mande de Pomeranie , que les Pruffiens
ont été forcés d'abandonner la Ville de Demmin
, qu'ils avoient furprife. Les troupes Suédoifes
arrivées trop tard pour fauver la Place ,
pourfuivirent les Prufliens dans leur retraite , &
les atteignirent à Malchin le 25 au foir . Les Barons
de Wrangel & de Sprengport, qui commandoient
ces troupes , firent enfoncer les portes de
JANVIER. 1760 . 195
La Ville , chafsèrent l'ennemi de rue en rue , &
le forcèrent de fe retirer en défordre. Ils lui enlevèrent
le butin & les prifonniers . Les Pruffiens
eurent beaucoup de foldats tués dans cette artaque.
Un de leurs Lieutenans , dix Bas - Officiers
& cent Soldats furent enveloppés & obligés de ſe
rendre.
DE LONDRES , le 11 Novembre.
L'expédition tentée contre Suratte a eu le fuccès
qu'on defiroit. La flotte partit de Bombai à la fin
de Février. Les troupes de débarquement étoient
comparées de huit cens Européens & de trois
mille Cipayes. On arriva heureuſement ſur la
côte; mais quand il fut queftion d'entrer dans la
riviere , on ne pût faire aucun ulage des gros
vaiffeaux . On eut beaucoup de peine à faire avancer
jufqu'à la ville un bâtiment de vingt pièces
de canon , & quatre galiotes à bombes. Les troupes
débarquèrent ; elles attaquèrent la place , &
furent repouffées deux fois avec beaucoup de
perte. La défertion , qui devint confidérable , en
diminua encore le nombre. On tenta un dernier
effort. Le bâtiment & les galiotes eurent ordre
de rompre la chaîne qui fermoir l'entrée du port.
Dès que la chaîne fut rompue , on reprit l'attaque
de la place , & dans l'efpace de quatre heures
ony jetta quarante - deux bombes & cinq cens
boulets. La garnifon répondit à ce feu violent par
celui de quatre batteries, qui tuèrent ou bleſsèrent
près de la moitié des équipages de nos bâtimens.
Le 2 Mars le Château capitula , & nos troupes
entrèrent dans la place .
Du 16.
Le 13 de ce mois , le Parlement fut aſſemblé.
Les féances commencèrent dans les deux Cham-
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
bres par la lecture d'un Difcours qui leur fut
adreffé de la part du Roi. Ce Difcours rappelle
les principaux fuccès qui ont couronné les armes
de Sa Majesté. Le Roi déclare que comme il n'a
point commencé la guerre par des vues d'ambi
tion , il eft fort éloigné de la continuer par un
motif de reffentiment ; qu'il defire fincèrement de
voir la paix rétablie , & qu'il écoutera volontiers
les propofitions qui pourront lui être faites , pourvu
qu'elles foient honorables pour Sa Majesté &
pour les Alliés.
Du 30.
Nous venons de recevoir les nouvelles fuivantes
de Charleſtown dans la Caroline . Les François
ont mis en mouvement la Nation Indienne
des Chorokées . Ces Sauvages au nombre de trois
mille hommes ont pénétré dans quelques - unes
de nos Colonies. Ils ont paru dans le voisinage
du Fort Laudon , & ont enlevé la chevelure à
quelques foldats de la garnison de ce Fort. Les
habitans de ces contrées ont pris l'épouvante à
leur approche , & ont cherché un afyle dans le
Fort Prince-George. Ils ont rencontré dans les
bois plufieurs partis de ces Sauvages , dont ils
n'ont évité la fureur qu'en abandonnant la plus
grande partie de leurs effets . Plufieurs des Indiens
qui avoient marqué le plus de zèle pour
nos intérêts , font juftement foupçonnés de fomenter
la guerre. Plufieurs établiflemens de
grande valeur ont été abandonnés . Les Fermiers
& les Cultivateurs ont pris la fuite , pour ne
pas demeurer expofés à la cruauté des Sauvages.
Le Capitaine , Stuart marche avec un Corps
de troupes vers le pays des Cherokées . On efpere
beaucoup de l'habileté & de la bravoure de
cet Officier. Les Compagnies Provinciales & fes
Milices ont ordre de fe tenir prêtes à marcher.
JANVIER. 1966 . 197
Ön mande de la nouvelle York les détails
fuivans. Les troupes aux ordres du Général Amherft
ont été occupées jufqu'au 10 Octobre à
fortifier la pointe de la Couronne . On a entrepris
d'y conftruire trois Forts fur les hauteurs
qui commandent cette Place. Dès les premiers
jours d'Octobre , le Général Amherst fit fes dif
pofitions pour traverfer le Lac Champlin. Toutes
les difpofitions étant faites pour l'embarquement,
les troupes au nombre de quatre mille cinq cens
hommes , fe rendirent à bord des bateaux . Le
11 Novembre la flotte mit à la voile , & quelques
jours après elle mouilla à la hauteur du
Fort Saint Jean. Trois bâtimens François étoient
fur cette côte. Le Général Amherſt les fit attaquer.
Deux furent coulés à fond , & le troifiéme
échoua . Les vents contraires empêcherent ce Général
de poursuivre fon expédition ; & le 21 , il
fut obligé de revenir à la pointe de la Couronne .
Un corps de dix mille hommes de troupes fran
çoifes occupe différens poftes , & ne laifle aucune
fureté entre Québec & la pointe de la Couronne.
Le Général Amherſt a beaucoup à craindre
d'un Corps i nombreux. Les Officiers qui le
commandoient , annoncent faas diffimulation ,
qu'auffitôt que la glace fera affez forte pour porter
leur artillerie , ils paroîtront fur les murs de
Québec.
De WESEL , le is Novembre.
Les nouvelles qu'on vient de recevoir de Munfter
nous apprennent que les Ennemis ont ouvert
la tranchée devant cette Place la nuit du 8 au 9
de ce mois , à la Porte Sainte-Egide , & que la
nuit du 10 au 11 ils ont formé une feconde
attaque entre la Porte neuve & la Citadelle. On
affure qu'ils ont fait auffi un petit retranchement
devant la Porte d'Exter.
I iij
598 MERCURE DE FRANCE
Du 22 .
7.
Le 19 de ce mois , les Marquis Dauvet & de
Maupeou , Maréchaux de Camp, furent détachés,
le premier à Amelbure en avant de la droite
le fecond à Albachten en avant de la gauche .
Ce dernier Pofte étoit important à occuper, pour
fçavoir le parti qu'avoient pris les Ennemis , &
pour être certain de leur pofition . Le Marquis
d'Armentieres ordonna l'attaque de ce Village.
Elle fut faite par le Marquis de Maupeou. La
troupe de Fischer qui s'y eft fort diftinguée , &
les Grenadiers de l'Infanterie emporterent le Châ
teau & le Village , après une réſiſtance affez opiniâtre
de la part des Ennemis. Le Marquis Dau--
vet a chaffé les Ennemis du Village d'Amelbure.
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
DE VERSAILLES le 22 Novembre.
LEE Roi a donné le Gouvernement de Rodez
au Baron de Tuillier , Mestre de Camp de Dragons
, & Inſpecteur des Côtes de Guyenne.
Du 29.
Le 19 de ce mois le Roi tint le Sceau.
Sa Majesté a donné au Duc de Briffac le Gou
vernement de Sar-Louis , vacant par la mort du
Prince de Talmont.
Le 21 , le fieur de Silhouette ayant fupplié le
Roi de permettre qu'il fe démît de la place de
Contrôleur Général des Finances , Sa Majesté a
fait choix du fieur Bertin , pour le remplacer. Le
JANVIER. 1760. 199
24 , le nouveau Contrôleur Général eut l'hon
neur d'être préfenté au Roi , par le Comte de
Saint-Florentin , Miniftre & Secrétaire d'Etat ,
ainfi que le fieur de Sartines , qui a été fubftitué
au fieur Bertin dans la place de Lieutenant Général
de Police.
De PARIS , le 1 Décembre.
Le zo du mois dernier , l'Eſcadre aux ordres
du Maréchal de Conflans fut rencontrée à la hauteur
de Belle- Ifle par celle de l'Amiral Hawke ,
renforcée de tous les vaiffeaux que les Anglois
avoient à la côte de Bretagne. La mer étoit fort
grofle , il y a eu des changemens de vent par
grains dans la journée , ce qui n'a permis à aucune
des deux Efcadres de fe mettre en ligne . Cependant
le combat s'engagea vers deux heures aprèsmidi
entre les vaiffeaux de l'arriere garde , qui
étoient le Magnifique , le Héros & le Formidable
, lefquels furent attaqués & environnés
par huit ou dix vaiffeaux Anglois. Peu de tems
après le combat devint général , mais fans ordre
de part & d'autre. Le Formidable commandé par
le fieur de Saint-André du Verger , Chef d'Efcadre
des armées navales , eft le feul vaiffeau qui ait été
pris. On a eu le malheur de perdre le vaiffeau le
Théfée & le Superbe , commandés par les fieurs de
Kerfaint & de Montalais , Capitaines de Vaiffeau.
Ils ont coulé à fond dans le combat , pen
dant lequel un Vaiffeau de l'Eſcadre Angloife
dont on ignore le nom , a auffi coulé à fond. Le
Vailleau le Soleil Royal , que montoit le Maréchal
de Conflans , s'eſt brûlé à la côte du Croific
le 21 , après qu'on a eu fauvé l'équipage . Le
Héros , commandé par le Vicomte de Sanfay ,
qui a eu trente hommes tués , & quatre-vingt-fix
bleffés dans le combat , s'eſt brûlé au même en-
Liv
200 MERCURE DE FRANCE.
droit. Le Jufte , commandé par le fieur de Saint-
Allouarn , Capitaine de Vaiffeau , tué dans le combat,
& après lui par le fieur Rofmader de Saint-
Allouarn , fon frere , auffi tué dans le combat , a
péri à l'ance d'Ecoublas à l'entrée de la Loire , &
on a fauvé une partie de l'équipage . Les vaiffeaux
Anglois la Réfolution , de foixante- quatorze canons
, & l'Effex de foixante - dix , ont péri à la
côte du Croilic. Un autre vaiffeau Anglois dont
on ignore lenom a aufli péri à l'entrée de la Loire.
Une partie des vaiffeaux de l'efcadre de Breſt eſt à
la rade de l'lfle d'Aix , & les autres font dans la
rivière de Vilaine.
Le fieur Galibert , dépêché par le Comte de
Montazet, apporta la nouvelle fuivante . Le Maréchal
de Daun attaqua le 20 Novembre un corps
de Pruffiens d'environ vingt-quatre mille hommes
commandés par les Généraux Finck "
Wunsch & Rebentiſch. Le combat s'eft donné
à Maxen à deux lieues de Pyrna & à trois lieues
de Drefde. Il a commencé à midi & n'a fini
qu'a la nuit Les Prufliens ayant été dépoftés des
hauteurs qu'il occupoient & forcés de ſe retirer
dans un fond , ont perdu dans cette occafion
la plus grande partie de leur artillerie & toutes
leurs munitions.
Le Maréchal de Daun avoit fait fes difpofitions,
de maniere que ce Corps d'Arinée étoit entouré
par les troupes Autrichiennes & par celles de
l'Empire. Le lendemain le Général Rebentiſch fur
envoyé au Maréchal de Daun par le Général
Finck , pour capituler. Le Maréchal de Daun exigea
que cette armée mit les arines bas , & fe rendit
prifonniere de guerre ; & il ne donna que
quatre minutes pour fe déterminer . Les Pruffiens
ont été forcés de fubir ces conditions . On les a fait
partir ce même jour pour la Bohême . Il y avoit
JANVIER. 1760 .
201
dans ce corps d'armée fix mille hommes de Cavalerie.
On aifure que le Roi de Pruffe & le Prince
Henri étoient à quatre lieues du champ de bataille
avec trente mille hommes.
On affure auffi qu'il a envoyé ordre dans tous
fes Etats d'enrôler tout ce qu'il y refte d'hommes
depuis l'âge de 14 ans jufqu'à celui de 60 .
Du 8.
La garnifon de Munfter a capitulé le 21 du
mois dernier. Elle a obtenu les honneurs de la
guerre Les ennemis ont donné toutes fortes de
marques de confidérations aux troupes qui la
compofent ainsi qu'au Marquis de Gayon , Maréchal-
de-camp , qui la commande , & au fieur de
Boisclaireau , Lieutenant de Roi & de la Ville,
La garnifon eft arrivée à Wefel le 26 .
De FRANCFORT , le 8 Décembre.
Le Prince héréditaire de Brunfwick ayant été
détaché de l'armée du Prince Ferdinand avec un
nombre confidérable de troupes , s'eft porté par
des marches forcées vers Fulde , où le Duc de
Wirtemberg étoit depuis quelques jours avec fes
troupes , que le Roi a prifes à fa folde , & dont
une partie s'étoit avancée dans la Heffe . Les
Poftes avancés du Duc de Wirtemberg ayant été
forcés de fe replier , le Prince héréditaire s'avança
rapidement vers Fulde , & parut le premier
de ce mois à neuf heures du matin près de
cette Ville .
Le Duc de Wirtemberg avoit déja raffemblé
la plus grande partie de fes Grenadiers & quelques
piéces de canon avec un de fes Régimens de
Cuiralliers fur la rive gauche de la Fulde , difpu
tant le terrein aux Ennemis , afin d'avoir le temps;
de faire arriver le refte de fes troupes.
Pendant ce temps-là , le Prince héréditaire
I w
202 MERCURE, DE FRANCE.
avançoit en force vers Fulde , faiſant filer par
fa droite une colonne d'Infanterie & de Cava-
Jerie pour attaquer les ponts & couper la retraite
du Duc de Wirtemberg. Le pont de la
Ville fur attaqué avec beaucoup de vigueur. Les
Grenadiers de Wirtemberg s'y défendirent avec
toute la valeur poffible ; mais le canon des Ennemis
qui les plongeoit , les maltraita extrêmement.
Ils fe retirerent en fe défendant pied - àpied
dans la Ville. Le fecond pont fut également
force ; le canon des Ennemis ayant tou-
Jours la fupériorité , & les Grenadiers de Wirten
berg continuant de montrer la même valeur.,
La Ville fut difputée ; mais les Ennemis la foumirent.
Ce Prince fe trouvoit alors léparé d'une
grande partie de fon corps d'armée , qui n'avoit
pu arriver à cauſe de l'éloignement de fa pofition
. Il fut obligé d'ordonner la retraite , qui ſe
fit fous les yeux des Ennemis avec tout l'ordre
poffible jufqu'au-delà du pont de l'Enherode , fur
un des ruilleaux que forme la riviere de Fulde.
Après cette expédition le Prince héréditaire
s'eft replié ; & dès le 2 de ce mois, les Huffards
du Duc de Wirtemberg étoient rentrés dans
Fulde.
MARIAGES.
Le 25 , le Roi , la Reine & la Famille Royale
fignerent le Contrat de mariage du Baron de
Mariolles , Brigadier des Armées du Roi , Enfeigne
& Aide-Major des Gardes du Corps , avec
la Marquife de la Roche- Foucauld " veuve du
Marquis de la Roche - Foucauld - Coufages. Ce
mariage avoit été célébré le 15 Mai dernier.
Le Marquis de Vareilles , fils du Comte de VaJANVIE
R. 1760. 203
reilles , Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
Enfeigne des Gardes du Corps de Sa Majesté ,
époula le 8 Septembre la Demoiselle Langlois
de Montri , née Comteffe de l'Empire , veuve du
fieur de l'Efguilé du Roc . L'Abbé de Varailles
leur donna la bénédiction nuptiale dans l'Eglife
Paroiffiale de S. Jean -le- Rond . Leurs Majeftés &
la Famille Royale ont figné leur Contrat de mariage.
MORT S.
ÉLOGE HISTORIQUE
DEM.
LE MARQUIS DE MONTCALM.
SI
&
I l'on doit apprécier les hommes par les facrifices
qu'ils font à la fociété , & par les fervices
qu'ils lui rendent , qui jamais fut plus digne que
M. le Marquis de Montcalm de nos éloges & de
nos regrets ? Immoler fon repos à l'Etat , fe féparer
pour lui de rout ce qu'on a de plus cher
lui donner fon fang & fa vie , eft un devoir attaché
à la noble profeffion des armes , & ce dévoûment
héroïque eft la vertu des Guerriers de
tous les pays & de tous les temps . Mais cette
vertu reçoit un nouveau luftre des talens qui la
fecondent , & des circonftances qui l'éprouvent ;
& jamais elle n'a été ni plus éprouvée ni mieux
foutenue que dans le héros que nous pleurons.
LOUIS-JOSEPH , MARQUIS DE MONTCALMGOZON
DE SAINT VÉRAN , Seigneur de Gabriac
& c. Lieutenant - Général des Armées du Roi ,
Commandeur honoraire de l'Ordre Royal & Mi-
I vi
204 MERCURE
DE FRANCE.
litaire de Saint- Louis , commandant en Chef les :
Troupes Françoifes dans l'Amérique Septentrionale
, étoit né en 1712 d'une très- ancienne famille
de Rouergue . ( a )
le
Elève de M. Dumas , Inventeur du Bureau Typographique
, il ne fit pas moins d'honneur aux
leçons de ce Maître habile que Jeune Candiac
fon frere cader , mort à l'âge de ſept ans , & mis
au nombre des enfans célèbres . (b)
"
M. de Montcalm employa fes premieres années
à l'étude des Langues; & perfonne n'étoit.
plus verfé dans la Littérature Grecque & Latine.
La mémoire eft la nourrice de l'efprit , &
celle de M. de Montcalm étoit fi heureuſe , qu'il
n'oublioit rien de ce qu'il avoit appris une fois.
Il a confervé le goût de l'étude au milieu de
tous les travaux ; & parmi les agrémens de fa
retraite , il comptoit pour beaucoup l'efpérance
d'être reçu
à l'Académie des Belles- Lettres .
Il avoit fervi pendant dix fept ans dans le Régiment
de Hainault Infanterie , où il avoit été
fucceffivement Enfeigne , Lieutenant & Capitaine.
Il fut fait Colonel du Régiment d'Auxerrois
Infanterie , en. 1743 ; Brigadier des Armées du
Roi en 1747 ; Meſtre de Camp d'un nouveau
Régiment de Cavalerie de fon nom , en 1749 ;
a voit ( a ) Jean de Montcalm , l'un de fes ancêtres ,
éponfé Jeanne de Gozon , petite nièce du Grand Maître
Diodat de Gozon , vainqueur du dragon qui defoloit l'Iffs
de Rhodes.
( b ) Jean -Louis- Pierre - Elifabeth de Montcalm de Can
diac , né à Candiac le 7 Novembre 1739 , mort à Paris
le 8 Octobre 1726. Il avoit fait des progrès furprenans
dans les langues Hébraïque , Grecque & Latine , & acquis
des connoiffances prodigieufes pour fon âge. L'Auteur du Bureau typographique avoit fait fur lui la
première expérience de cette nouvelle méthode. Voyez le
Supplément de Moreri à l'Article CANDIA· C.
JANVIER. 1760. 205
Maréchal de Camp & Commandant des Troupes
Françoiles en Amérique , en 1756-3 Commandeur
par honneur de l'Ordre de Saint- Louis , en
175 ; & Lieutenant Général , en 1758 .
Dans les grades inférieurs il le diftingua par
une ardeur & une application fans relâche ; attentif
à recueillir dans chacun de ces emplois les
lumières & l'expérience qui leur font propres &
qui compofent par degrés le fyftême de l'Art
militaire.
Devenu Colonel ' , la connoiffance qu'on avoit
de fes talens & de fon activité , lui fit confier
dans toutes les occafions des commandemens
particuliers ; & il y foutine avec éclat la réputation
qu'il avoit acquife . Il reçut trois bleffures à
la bataille fous Plaifance , donnée le 13 Juin
1746 ; & comme il fe faifoit guérir à Montpellier
de deux coups de fabre à la tête , il apprit
que fon Régiment marchoit pour aller attaquer
le pofte de l'affiette où M. le Chevalier de Belleifle
fut tué. Il part , la tête enveloppée , & , fest
bleffures encore ouvertes , joint fon Corps , fe
trouve à l'attaque , & y reçoit deux coups de feu.
Mais c'eft en Amérique furtout que les qualités
de ce grand Capitaine ont paru dans tour
leur jour. C'est là qu'il a fait voir à quel degré
il réuniſſoit la bravoure du Soldat & la grandeur
d'ame du héros ; la prudence du confeil & l'activité
de l'exécution ; ce fang- froid que rien n'altére
, cette patience que rien ne rebute , & cette
réfolution courageule qui ofe répondre du fuccès
dans des circonftances où la timide (péculation
auroit à peine entrevu des refources. C'eft
là qu'au milieu des Sauvages dont il étoit devenu
le pere , on l'a vu fe plier à leur caractère
féroce , s'endurcir aux mêmes travaux , & fe reftreindre
aux mémes befoins , les apprivoiler par
200 MERCURE DE FRANCE.
la douceur, les attirer par la confiance, les attendrir
par tous les foins de l'humanité compâtiffante , &
faire dominer le refpect & l'amour fur des ames
également indociles au joug de l'obéiffance & au
frein de la difcipline militaire ( c) . C'est là que des
fatigues & des dangers fans nombre & inconnus en
Europe n'ontjamais rallenti fon zèle . Tantôt préfent
à des fpectacles dont l'idée feule fait frémir
la nature tantôt expofé à manquer de
tout , & fouvent à mourir de faim ; réduit pendant
onze mois à quatre onces de pain par
jour ; mangeant du cheval pour donner l'exem
ple , il fut le même dans tous les temps , fati
fait de tout endurer pour la caufe de la Patrie &
pour la gloire de fon Roi. C'eſt là qu'il a exécuté
des chofes prefque incroyables , & que nós
Ennemis eux- mêmes ont regardées comme des
prodiges ; qu'avec fix bataillons François & quelques
troupes de la Colonie , non feulement il a
fait tête à trente , quarante , cinquante mille
hommes , mais qu'il leur en a impofé partout , les
a vaincus , les a diffipés , jufqu'à la malheureufe
journée où vient de périr ce grand homme.
Arrivé dans la Colonie en 1756 , il arrête par
fes bonnes difpofitions l'armée du Général Lou-
( c ) Il étoit venu à bout de les conduire fans leur donner
ni vin , ni eau - de - vie , ni même les chofes dont ils
avoient un befoin réel , & dont on manquoit à l'armée ;
mais il avoit le plus grand foin de leurs malades & de
leurs bleffés . Il connoît , difoient -ils , nos ufages & nos
manières comme s'il avoit été élevé au milieu de nos cabanes.
Loriqu'il reçut à Choueguen la nouvelle que le
Roi l'avoit honoré du Cordon rouge , ils vinrent le complimenter.
Nous fommes charmés ; lui dirent - ils , de la
grace que le grand Onowthio vient de t'accorder , parce
que nous fçavons qu'elle te caufe de la joie. Pour nous ,
nous ne t'en aimons ni ne t'en eftimons davantage , car
F'eft ta perfonne que nous eftimons & que nous aimons.
JANVIER 1760 . 207
don au lac Saint - Sacrement , laiffe des inftruce
tions au Chevalier de Lévi , Commandant en ?
fecond , revient à Montréal & marche rapidement
au lac Ontario , où il trouve trois bataillons
François & environ douze cens hommes de milices .
du pays. Avec cette petite armée qu'il allemble à
Frontenac, il court à Choueguen, y aborde fous le
feu de huit barques de dix , douze & vingt pièces
de canon que l'Anglois avoit fur ce lac , forme
un fiége , ouvre une tranchée , & enlève en cinq ,
jours les trois Forts de l'ennemi ( d ). Il y faic
dix-fept cens quarante-deux prifonniers , parmi
lefquels fe trouvoient quatre-vingt Officiers , &
deux Régimens de cette brave Infanterie Angloife.
qui avoit combattu à Fontenoy. Il rafe les Forts ,
revient à Montréal & retourne au lac Saint-Sacrement
avec les troupes victorieufes. Là il fait.
face de nouveau au Général Loudon qui eft obligé
de fe retirer à Albani , fans avoir ofé l'attaquer
malgré la fupériorité de fes forces . Il revint de
cette expédition à la fin de Novembre fur les
glaces , fouffrant depuis plus de deux mois unfroid
exceffif , & ayant parcouru depuis le mois
de Juin environ huit cens lieues de pays déferts.
C'eft ainfi que les François animés par fon exemple
ont fait la guerre en Amérique.
La campagne de 1757 ne fut pas moins furprenante
. M. de Montcalm réunit fes forces , confiftant
en fix bataillons de troupes régléesc , en
viron deux mille hommes de milice , & dix- huit
cens Sauvages de trente- deux Nations différen
tes , à la chute du lac Saint - Sacrement . Là il diviſe
fon armée en deux parties ; l'une marche
par terre , fe frayant une route à travers des
montagnes & dans des bois jufqu'alors incon
(d ) Le fort Ontario, le fort Chouëguen & le fort Georget
208 MERCURE DE FRANCE.
nus ; l'autre eſt embarquée fur le lac. Après
quatorze lieues de marche il entreprend de forcer
l'Ennemi retranché dans fon camp fous le
Fort Guillaume - Henry. Ce Fort eſt défendu par
une garnison de cinq cens hommes continuellement
rafraîchie par les troupes du camp : il l'attaque
, il le détruit , & s'il ne retint pas la garniton
prifonniere , ce ne fut que dans l'impoffibilité
où l'on étoit de la nourrir ( e ) . Peut- être
n'en feroit- il pas refté là s'il n'avoit été obligé
de renvoyer les Milices pour faire la récolte , &
de lailler partir les Sauvages dont quelques- uns
étoient venus de huit cent lieues uniquement
pour voir par eux-mêmes ce que la renommée
leur avoit appris de cet homme prodigieux.
Mais fi l'on ajoute à la circonftance du départ
des Sauvages & des Colons le défaut de munitions
de guerre & de bouché , l'extrême difficulté
du transport de tout ce qu'exige l'appareil
d'un fiége , à fix lieues de diftance , & à bras
d'hommes , avec une armée épuisée de fatigue,
& plus affoiblie encore par la mauvaiſe nourriture
, que penfera- t- on du reproche qu'on lui
fit alors de n'avoir pas marché du Fort Guillau
me au Fort Edouard ? Il fe vengea de fes Ennemis
en grand homme : il mit le comble à faréputation
dans la Campagne de 1758 , & les
accabla du poids de fa gloire.
La difette affreufe de l'Automne 1757 , qui
dura jufqu'a la fin du Printemps 1758 , mit la
Colonie à deux doigts de fa perte. M. de Montcalm
avoit reçu de France le fecours de deux
bataillons très-affoiblis par une maladie épidémi-,
que qui les avoit attaqués fur la iner, Les Anglois
( e ) Les habitans de Québec étoient alors réduits à un
quarteron de pain par jour ,
JANVIE R. 1760. 209
toujours infiniment fupérieurs en nombre & ea
moyens , avoient été renforcés de plufieurs régimens
envoyés d'Europe. Le Lord Loudon venoit
d'être rappellé pendant l'Hiver & remplacé par
le Général Abercromby. Celui-ci fait tous fes
préparatifs pour entrer de bonne heure en campa
gne & prévenir le Marquis de Montcalm . Retardé
par le défaut de vivres , le Général François ne
put mettre en mouvement qu'au mois de Juin
les huit bataillons affoiblis, les uns par les pertes de
la Campagne précédente , les autres par la maladie.
Ces bataillons ne formoient en total que trois
mille trois cens hommes. M. de Montcalm fe
porta avec cette poignée de monde fur la frontière
du Lac Saint - Sacrement ; le Général Anglois
marchoit à lui avec une armée de plus de vingtfept
mille hommes. Si M. de Montcalm étoit
battu , il n'avoit aucune retraite ; l'Ennemi pouvoit
s'avancer jufqu'a Montréal & couper en deux
la Colonie. Le Héros du canada prend dans cette
extrémité le feul parti qu'il y avoit à prendre. Il
reconnoit & choifit lui-même une polition avantageufe
fur les hauteurs de Carillon ; il y fait
tracer un retranchement en abattis , laiffe un
bataillon pour commencer l'ouvrage, & en même
temps pour garder le fort , fait avec fa petite-
Armée un mouvement audacieux , en fe portant
à quatre lieues en avant , envoie reconnoître &
reconnoît lui - même la marche de l'Ennemi ,
l'examine , le tâte , lui en impofe par fa conte
nance. Cette manoeuvre digne des plus grands
Maîtres rallentit l'ardeur de la multitude ennemie,&
occafionne dans fes mouvemens une lenteur
dont M. de Montcalm fçait tirer avantage.
Ceci fe palloit le 6 Juillet 17 58. Il écrivit le
foir en ces termes à M. Doreil , Commillaire Or210
MERCURE DE FRANCE.
donnateur. Je n'ai que pour huit jours de vivres,
> point de Canadiens (f) , pas un feul Sauvage ;
> ils ne font point arrivés : j'ai affaire à une armée
i formidable ; malgré cela je ne défefpere de
> rien , j'ai de bonnes troupes. A la contenance
» de l'ennemi je vois qu'il tatonne ; fi , par fa
lenteur , il me donne le temps de gagner la
pofition que j'ai choifie fur les hauteurs de
» Carillon , & de m'y retrancher , je le battrai . ››
M. de Montcalmrfe replia dans la nuit du 6 au 7 ,
& fit faire à la hâte fon retranchement auquel
il travailla lui- même. L'abattis n'étoit pas encore
entierement achevé , lorfqu'il fut attaqué le 8-
Juillet par dix- huit mille hommes , avec la plus
grande valeur (g) . L'ennemi toujours repouffé
revient fept fois à la charge , où plutôt on combat
fept heures préfque fans relâche depuis` midi jufqu'à
la nuit : alors le découragement & l'effroi
s'emparent des Anglois ; & , cherchant leur falut
dans la fuite , il fe retirent l'efpace de douze lieues
jufques vers les ruines du fort George , laiffant
en chemin leurs bleffés , leurs vivres & leurs équi
pages. ( h)
Cettejournée à jamais glorieuſe pour la nation
(f) Quelques relations dífent qu'il avoit 1 5 ſauvages &
450 hommes , tant de la Colonie que de la marine , mais
que les fauvages abandonnèrent dans les montagnes le détachement
auquel ils fervoient de guide , & que les 450
hommes de la Colonie & de la marine demeurèrent postés
dans la plaine , & n'y furent point attaqués.
(g) M. le Chevalier de Lévi commandoit la droite de
notre armée , M. de Bourlamaque la gauche , M. de Montcalm
le centre.
(b) Le lendemain du combat , àla pointe du jour , M.
de Montcalm envoya M. le Chevalier de Lévi , fi digne de
fa confiance par fa valeur & fon habileté ; reconnoître ce
qu'étoit devenue l'armée Anglaife . Partout M de Léyi nẹ
trouva que les traces d'une fuite précipitée.
JANVIE R. 1760. 217
Françoife couta à l'ennemi , de fon aveu , fix
mille morts ou bleffés , dont trois mille cadavres
étoient au pied de l'abattis . Le Marquis de Montcalm
étoit partout ; fes difpofitions avoient préparé
la victoire , fon exemple la décida : ni les
Canadiens ni les Sauvages ne participèrent à
l'honneur de cette journée ; ils ne joignirent l'Armée
que cinq jours après. Les foldats , pendant
le combat crioient à chaque inftant : Vive le
Roi & notre Général ! C'elt cette confiance por-`
tée jufqu'à l'entoufiafme qui fait le fort des batail-'
les : une Armée eft presque toujours affurée de
vaincre quand elle le croit invincible , & l'opinion
qu'elle a d'elle-même dépend furtout de
l'idée qu'elle a de ſon Chef.
..
לכ
En écrivant au mêine M. Doreil , dù champ
de bataille à huit heures du foir , voici comment
s'exprimoit ce Vainqueur auffi modefte dans le
triomphe qu'intrépide dans le combat : » l'Armée
»& trop petite Armée du Roi vient de battre fes>
>> ennemis. Quelle journée pour la France ! Siv
» j'avois eu deux cens Sauvages pour fervir de
» tête à un détachement de mille hommes d'élite ,
>> dont j'aurois confié le commandement au
>> Chevalier de Lévi , il n'en feroit pas échappé
» beaucoup dans leur fuite . Ah ! quelles troupes ,
>> mon cher Doreil , que les nôtres ! je n'en ai
»jamais vu de pareilles : que n'étoient- elles à
Louifbourg » Cette lettre eft digne de M. de
Turenne comme l'action qui en eft le fujet.
Dans la relation qu'il envoya le lendemain à
M. le Marquis de Vaudreuil après avoir fait
l'éloge des troupes en général , celui de MM. de
Lévi , de Bourlamaque , Officiers fupérieurs &
de la plus grande diftinction , des Commandans
des Corps , & pour ainfi dire de chaque Officier
en particulier , il ajoutoit Pour moi je n'ai
λ
2
212 MERCURE DE FRANCE.
que le mérite de m'être trouvé Général de
aufli valeureuſes.
>> troupes
Il eut toujours la même attention de rendre à
chacun de fes Officiers la part qu'ils avoient à
fa gloire. J'ai lu dans une lettre qu'il écrivit du
Camp de Carillon le 28 Septembre . » M. le Che-
» valier de Lévi qui connoît très- bien cette fron-
» tière , y a fait les meilleures difpofitions du
» monde , & je les ai fuivies.
.
Il y a de lui une infinité de traits qui caractérifent
le patriote , le guerrier , l'homme jufte ,
vertueux & modefte ; mais la diſtance des lieux
ne m'a pas permis d'en recueillir les preuves 3
& comme je ne veux dire que la vérité , je n'ai
pas cru devoir m'en tenir à la tradition , qui s'altere
de bouche en bouche.
La conftance & la réfolution furent de toutes
fes vertus les plus éprouvées & les plus éclatanres
; mais elles n'avoient rien d'une présomption
aveugle ; & perfonne ne voyoit mieux que lui
les dangers qu'il alloit courir.
Il écrivoit de Montréal le 14 Avril 1759 , » Le
» nouveau Général Anglois Amherſt a de gran-
» des forces & de grands moyens , 22 bataillons
de troupes réglées , plus de 30000 hommes de
milices auffi les Anglois comptent attaquer
» le Canada par plufieurs endroits & l'envahir.
Nous avons fauvé cette Colonie l'année der-
> nière par un fuccès qui tient quafi du prodige.
Faut il en efpérer un pareil ? il faudra au
> moins le tenter. Quel dommage que nous
n'ayons pas un plus grand nombre d'auffi va-
>> leureux foldats ! » L'arrivée de l'Efcadre Angloife
, en mettant le comble aux dangers qui
menaçoient la Colonie , ne fit que redoubler le
courage & le zèle de fon défenſeur .
On n'eft que trop inftruit du détail du combat
JANVIER . 1760. 213
qui a précédé la prife de Québec , & dans lequel
a péri M. de Montcalm. Tous les effets qu'on
peut attendre de la prudence , de la valeur , de
l'activité d'un Général , avoient été employés
par celui- ci , foit pour défendre à l'Ennemi l'approche
de la Ville , foit pour conferver la communication
de l'armée avec les vailleaux qui
avoient remonté le fleuve , & où les vivres
étoient déposés.
Le combat du 31 Juillet , où huit cens Grenadiers
Anglois refterent fur la place à l'attaque du
camp de Beauport qu'ils ne purent jamais forcer ,
quoique la gauche du camp qu'ils attaquoient
efit à foutenir en même temps le feu croiſé de
plus de 80 pièces d'artillerie ; ce combat , dis-je ,
prouve affez la bonté du pofte & l'intrépide réfolution
de celui qui le défendoit ( i ) .
La communication avec les vivres ne fut pas
moins courageufement défendue . Quatre fois
les Anglois tenterent de débarquer au- deffous de
Québec , & quatre fois M. de Bougainville chargé
du foin pénible & critique de couvrir quinze
lieues de pays avec une poignée de monde répandue
fur le rivage , les repouffe & les oblige
de s'éloigner , quoique toujours fupérieurs en
nombre , & foutenus par le feu des frégates qui
les protégeoient. Mais comment une Armée de
huit à neuf mille hommes répandue fur la rivé
d'un fleuve immenfe auroit - elle pu la rendre
inacceffible dans toute fon étendue à dix mille
hommes de troupes réglées , qui , au moyen d'une
flotte de vingt cinq vaiffeaux de guerre , de trente
(i) Je ne dois pas négliger de dire , à la gloire de M. le
Chevalier de Lévi , que c'etoit lui qui avoit demandé que
se camp , dont la gauche n'étoit d'abord appuyée qu'au
ruiffeau de Beauport , fût étendu juſqu'à la riviere de Montmorenci
, dont le paffage étoit plus difficile .
214 MERCURE DE FRANCE
frégates & d'environ cent quatre-vingt bâtimens
de tranfport , exécutoient fur le fleuve & à la faveur
de la marée & de la nuit , des mouvemens
continuels & rapides qu'il étoit impotlible à nos
troupes de terre de prévoir , d'obferver & de
fuivre? Ces infatigables troupes n'avoient , pas
aillé que de faire face partout , de défendre ce
rivage pendant plus de deux mois , prodige incroyable
de vigilance ( k) & d'activité , Torfqu'enfin
le 13 Septembre , tandis que M. de
Bougainville étoit occupé au Cap- rouge , trois
lieues au-deflus de Québec , par les démonftrations
d'une attaque , les Anglois furprirent &
forcerent pendant la nuit un pofte à demie lieue
de la Ville & s'y établirent avant le jour.
M. de Montcalm accourut du camp de Beauport
avec trois mille hommes ; il en trouva
fix mille de débarqués ; & plein de cette noble
ardeur qui avoit toujours décidé la victoire , il
réfolut de les attaquer avant qu'ils fuffent en
plus grand nombre. Dans cette action décifive &
meurtriere , il fut bleflé de deux coups de feu ;
& ce moment fatal fut le premier où la victoire
l'abandonna ( 1 ) . Quoique bleffé mortellement
il eut le courage de refter à cheval , & fit luianême
la retraite de l'armée fous les murailles
de Québec , ou plutôt fur les débris de ces murailles
que l'artillerie Angloife battoit fans relâche
( k ) Le détachement de M. de Bougainville avoit paſſé
trois mois au Bivouac .
( 2 ) Il est très - certain que M. de Bougainville ne fut
averti au Cap rouge du débarquement des Anglois qu'à
zeuf heures du matin , & qu'ayant plus de trois lieues de
chemin à faire , il ne put arriver fur le champ de bataille
qu'après la déroute. Il n'en fit pas moins bonne contenance
, & fa retraite comme fa conduite dans cette pénible
campagne , a justifié pleinement la confiance que M. de
Montcalm avoit en lui.
JAN VIER. 1760. LIS
د ر
depuis deux mois. Il entra dans cette Ville ruinée ,
donna les ordres à tout , fe fit panfer , interrogea
le Chirurgien ; & fur la réponſe , dit au Lieutenant
de Roi & au Commandant de Royal Rouffillon
, Meffieurs , je vous recommande de
ménager l'honneur de la France , & de tâcher
»que ma petite armée puiffe fe retirer cette nuit
» au delà de la riviere du Cap- rouge , pour joindre
le Corps aux ordres de M. de Bougainville
: pour moi je vais la paller avec Dieu , &
me préparer à la mort . Qu'on ne me parle
» plus d'autres chofes. » Il mourut en Héros le
lendemain 14 Septembre à cinq heures du matin,
& fut enterré fans fafte dans un trou de bombe ,
fépulture digne d'un homme qui avoit réfolu de
défendre le Canada ou de s'enfevelir fous fes
ruines ( m ).
Je n'ai eu qu'à raconter les faits dans toute
lear fimplicité , pour faire des talents & des vertus
militaires de M. le Marquis de Montcalm un
éloge peut-être unique. L'Hiftoire les atteftera ,
& la postérité aura peine à les croire ; mais la
Colonie qu'il a défendue , les Guerriers qu'il a
commandés (n ) , les ennemis qu'il a vaincus
tant de fois, en rendront d'éclatans témoignages ;
& ces mêmes Sauvages qu'il a étonnés par des
prodiges de conftance , de réfolution & de valeur
, montreront à leurs enfans dans leurs dé-
(m)Les Anglois lui ont rendu les mêmes honneurs funébres
qu'au Général Wolf tué dans le même combat .
( n) L'un d'eux écrit du Canada : » Je ne me confo-
" lerai jamais de la perte de mon Général ; qu'elle eft
grande & pour nous & pour ce pays & pour l'Etat !
,, C'étoit un bon Général , un Citoyen zélé , un ami folide ,
,, un Pere pour nous tous. Il a été enlevé au moment de
,, jouir du fruit d'une campagne que M. de Turenne n'au
défavouée. Tous les jours je le chercherai , &
tous les jours ma douleur fera plus vive,
23 roit
pas
216 MERCURE DE FRANCE.
ferts inhabités les traces de ce Guerrier qui les
menoit à la victoire , & les lieux où ils ont eu
la gloire de combattre & de vaincre avec lui .
C'elt furtout dans le coeur des François que M.
de Montcalm doit fe furvivre . Notre Nation
qu'on accufe d'oublier trop ailément les grands
hommes qu'elle a perdus , eft profondément
frappée de la mort de celui-ci , & lui donne les
plus juftes larmes.
Madame Infante , Ducheffe de Parme, mourut
à Versailles le 6 Décembre , âgée de trente - deux
ans . Son affabilité , fon humeur bienfaisante , &
toutes les vertus qui formoient fon caractère , la
font univerfellement regretter.
Anne- Charles Frédéric de la Trémoille , Prince
de Tallemond , Duc de Châtelleraut , Brigadier
des Armées du Roi , eft niort à Paris le 20 Novembre
, âgé de quarante - huit ans .
Jacques- Hippolite Mazarini-Mancini , Marquis
de Mancini , ancien Colonel d'Infanterie , frere
du Duc de Nevers , mourut à Paris le 25 Novem
bre , dans la foixante-dixième année de fon âge.
La Comteffe de Riberac , veuve de Mellire
Charles - Antoine- Armand Odet d'Aydie , Comte
de Riberac, mourut à Montauban le 27 du même
mois , âgée de quatre vingt - trois ans.
ÉTAT
JANVIER. 1760. 217
ÉTAT
De la Vaiffelle portée à la Monnoie de Paris:
LEROI & la Famille Royale ayant jugé à propos d'envoyer
à la Monnoie leur Vaiffelle d'argent pour fubvenir
aux befoins actuels de l'Etat , les Princes du Sang , les
Seigneurs de la Cour , & à leur exemple les Citoyens riches
, ont donné dans cette occafion les plus grandes
marques de zèle , en envoyant de même la leur . Voici la
lifte qui m'en a été remiſe.
Novembre 1759.
du 2 dud .
m.o.g.
1972.31 m. o. g.
M. le Duc d'Or
du 10 dud.
léans.
373-37 2691 6 2:
I
du 14 dud , 345.7 27.
M. le Prince
de Clermont ,
de Condé ,
M. le Comte
de Charolois.
M. le Comte
Mde la Princeffe '
de Conti ,
du 3 Déc. 110351
du 16 Nov. 81355
du 2 Nov. 842-75
du 24 Nov. 468 2
M. le Prince
du 13 Nov.
835 2
de Conti ,
M. le Comte
de la Marche ,
Mile de Sens ,
M. le Comte
d'Eu ,
Mde la Comteffe
de Toulouſe ,
M. le Duc de
Penthièvre,
I. Vol.
du 13 Nov. 204. 37
du 16 dud. 135.74
du 9 Nov.
du 2 dud.
340 33
.....
4345 I
1442 26
39064
6 } 2077 3 3
du 31 Oct. 1324. 25
i du 14 Nov. 753 .
31335
K
218 MERCURE DE FRANCE
Du 29 Octobre 1759.
Meffieurs
'de Silhouette , Contrôleur Gén .
le Comte de Mailly d'Haucourt.
( Autre envoi du 4 Novembre. )
Richard , Recev. gen. des Finan.
( Autre envoi du 12 Novembre. )
( Autre dudit jour.)
Du 30 Octobre.
Gooffens , Banquier.
Beaujon , Recev . gen. des Finan.
de Saint Vaft , Recev. gen, du 2 se.
de Boullongne , Confeiller d'Etat.
de la Borde , Banquier de la Cour.
Bertin , Recev. gen . des Part. Caf.
Boutin , Recev. gen . des Finan.
Dumas , Recev. gen. des Finan.
Marquet, Recev. gen. des Finan
de Bourgades , Munitionnaire
des Vivres.
m. 0. gà
GIS 7 I
210 I 4
174 7
T
1000 $
284
133 7 4
714 S
378 L
453 57
215 17
221 2 I
7
282 7.4
424 43
30635
Chauvelin , Confeiller d'Etat , In
tendant des Finances, 38544
415876
Du 31 Octobre.
Mad, la Marquise de Ximenés , 187 7 7
Roi.
Teixier , Intendant des Ecuries du
Geoffroy , Caiffier des Recettes générales
des Finances.
( Autre envoi le 17 Décembre )
de Saint - Jullien , Receveur gen.
du Clergé,
19 3
51567
321 $ 7
JANVIER. 1760. 219
Suite du 31 Octobre .
Meffieurs
de Bonneval , Tréſorier de la Maifon
de la Reine .
Watelet , Recev. gen . des Finan.
de la Ferté, Intendant des Menus.
Baur , Banquier.
de Lage , Recev. gen . des Finan
de Machault , ancien Garde解 des
Sceaux.
le Premier Préſident de la
Chambre des Comptes.
le Duc de Choiſeul , Secrétaire
m. 0. g.
*
152 53
167 1
39 36
5
280
9436
749 I 6
28973
d'Etat , Min. des affaires Errang . 1556 333
( Autre envoi du 2 Novembre.
Moufle de Georville , Tréforiergénéral
de la Marine .
le Prêtre , Trélorier gen. de la
Maifon du Roi.
( Autre envoi le 8 Novembre. )
Poujaud , Directeur des Fermes.
MM Bouret freres . 339 4 3
Bouret free
Plus des mêmes.
1
3383 42
( Autre envoi le 14 Novembre. )
205 7
157 6 3
105 6
677 77
(Autre envoi le 16 dudit . )
Daugny , Fermier général .
de Beaumont , Intendant des Finan.
le Duc de la Vauguyon .
de Villette , ancien Tréforier
442 S₁
217 6
435 13
gen.
420 265/
de l'extraordinaire des Guerres .
de Lifle , Munitionnaire général.
Darnay, Fermier général.
de Parfeval , Fermier général .
206 5 7
147 3 6
246 4 2
11971 31
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Du . Novembre .
le Marquis de Marigny.
le Marquis de Lugeac , Commandant
des Grenadiers à cheval .
le Prince de Soubiſe , Maréchal de
France.
Plus a remis en or 5 m . 5 òn . 3 g.
& demi 30 g.
Autre-envoi le 14 Novembre.
m.o.g
35033
61. 4
1742 4 2
Du 2 Novembre .
14125 3
297 6 5 Dormeffon , Intendant des Finan
4 Autre envoi le 7 Novembre )
le Duc de la Valliere.
Mad, la Comteffe de Marfan.
Mad. la Princeffe d'Armagnac.
Herbin , Ecuyer de la bouche du Roi.
Plus a remis en or 5 on. 5 gros 18
Baron l'aîné , Notaire.
g .
le Bailly de Grille , Lieutenant -Général
des armées du Roi.
le Comte de Jarnac Rohan Chabot.
#
( Autre envoi du 6 Novembre. )
le Duc de Fleury .
3931 6
555
96 5
I
57 5 3
2117 2
288 6 I
89 27
439 2 2
( Autre envoi du $ Novembre.
Dargental , Confeiller d'honneur
au Parlement, & Miniſtre.
Mad. la Duch . de Brancas, Douairiere .
Daucourt , Fermier général.
Hocquard , Fermier général .
le Duc de Choifeul , Miniftre des
affaires Etrangeres.
( A réunir au 31 Octobre. )
218 5 4
61 "
1885 2
362 3
13.7
le Marquis de Grammont , Lieutenant-
Général des armées du Roi. 113
2
JANVIER. 1760. 221
Meffieurs
Mad. la Comt . de Teffé, Douairiere.
Suite du 2 Novembre.
de Villemur, Fermier genéral.
m. c. g.
172 4 4
372 6 5
18058 1
Du 3 Novembre .
Mad. la Marquife Saffenages. 232 22
Texier de Menetou , Receveur gen.
des Finances .
257 53
le Marquis de la Chenelaye.
245 66
le Comte de la Marck.
le Marquis de Loris.
50965
835
Paris du Verney.
Mlle le Borgne Brifeval .
Perfonnet , Inſpecteur des Ponts & Ch .
de Servandé , Recev . gen . des Fin..
Autre envoi le 9 Novembre. )
le Cardinal de Luynes.
Lignez , Chef de la Fruiterie du Roi.
le Marquis de Cremille , Lieutenant-
Général des armées & Miniftre.
le Duc de Biron l'aîné .
le Duc de Gontault.
( Autre envoi du 12 Novembre. )
Mad. la Marquise de Pompadour.
( Autre envoi le 17 Novembre. )
dé la Reyniere , Fermier général.
Berrier , Miniftre de la Marine.
le Maréchal de Belleifle , Miniftre
de la Guerre.
Collin , Tréforier de l'Ordre Militaire
de S. Louis.
Mlle le Duc.
87452
44 6
17 5 4
158 1 4
463 3
88 4 6
*
424 6
128 6 I
175 4 6
1781 I Z
359 3
29972
2023 2 3
195 6 1
203 I
26625.763
Kilj
222 MERCURE DE FRANCE .
Du 4 Novembre.
Meffieurs
de Preffigny , Fermier général.
de Pange , Tréforier général de
l'extraordinaire des Guerres .
le Maréchal Duc de Luxembourg.
( Autre envoi le 25 Novembre. )
le Comte de Saint Florentin , Secrétaire
d'Etat.
Paris de Montmartel.
Boutret , Echevin.
Mailly Daucourt.
( A réunir au 29 Octobre. )
Du 5 Novembre.
le Maréchal de Noailles.
Millin , Secrétaire du Roi.
l'Evêque de Verdun .
m : 0.
68
491 7
580 5 4
375 4 4
1804 2 4
122 3 5
20474
302737 2
83844
162
282 65
le Duc de Fleury .
( A réunir au 2 Novembre. )
de Boullongne , Trélorier de l'extraordinaire
des Guerres.
Dupont , Secrétaire du Roi , Envoyé
de Portugal .
Chateau , Secrétaire de l'Intendance
de Paris.
Mad. la Comteffe de Luzelbourg.
Mazade de Saint Breffan , Tréforier
général des Etats de Languedoc.
l'ancien Evêque de Limoges.
l'Abbé de Radouvilliers , Sous- précepteur
de M. le Duc de Bourgogne.
Puiffant , Fermier général.
de Vergne , Secrétaire du Roi.
de Beaumont , Fermier général.
57 46
368 26
7 6
2925
71 2.3
262 3
48 37
24 2
121 37
280 2.
434 67
JAN VIER. 1760. 223
Suite dus Novembre.
Meffieurs
le Duc de Duras.
Mad , la Comtelle de Baviere.
Pajot , Recev. gen. des Finan.
le Maréchal de Lautrec.
de Monginor , Secrétaire du Roi.
FAbbé de Broglie.
m. o. g.
609 5 7
6256
166.7 3
218 7
3563
337 2 6
de Roquemont, Commandant du Guet. 23
Binet , premier Valet de Chambre
du Roi. 162 63
Gabriel , premier Architecte. 14934
Mad, la Comteffe de S. Severin.
201 S
( Autre envoi le 12 Décembre. )
de la Boiffiere , Tréforier général des
Etats de Bretagne.
698 1 3
Borda , Fermier général.
de Fontpertuis , Fermier gén.
de Launay , ancien Tréforier gén, de
l'extraordinaire des guerres.
(Autre envoi du 21 Novembre. )
de Belleguife , Receveur gén. des Fin.
de Champlot , premier Valet de Ch.
du Roi.
le Comte de Mailly Rubempré, prem.
Ecuyer de Made la Dauphine.
( Autre envoi du 19 Novembre. )
PEmpereur, ancien Echevin.
Made Dupile.
Made la Marquife de Merangere.
Made de Savalette la veuve.
le Comte de Bethune , Ch. d'honn.
Bertier de Sauvigny , Intend. de la
Généralité de Paris.
T 374 I
202 3 4
12586
1347 3
173 4
108
187 27
273 3
17 4 2.
424 6
18 52
570 7
38598
224 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Du 6 Novembre.
Randon de Boiffet , Rec. g. des Fin.
Made la Marquise de Brancas.
Joly , Avocat .
le Maréchal de Coigny.
de Caze.
le Maréchal Duc de Biron.
Made la Princeffe de Carignan.
Gilly , Dir . de la Comp. des Indes.
l'Abbé de Breteuil , Chanc. de M. le
Duc d'Orléans .
Mlle Marie Moineau.
Made la Ducheffe de Grammont.
MM. de Montcrif, freres , l'un Lecteur
de la Reine.
m..o . g.
203 4
332.7.3
47 3 I
454 56
107 6
738
403 16
8-6
369 3
198
120 4 7674
2674
42 16
27042
140
277 2
3605 6
6557
Made la Comteffe de Lhôpital.
Boudrey , prem . Commis des Fin.
de Maupeou , ancien Prem . Préſid.
de Cypierre , Maître des Requêtes .
Pellerin , pr, Commis de la Marine.
le Comte de Jarnac Rohan Chabot,
( A réunir au 2 Novembre . )
Trudaine , Conf. d'Etat , Int. des Fin.
Dufour , Maître d'Hôtel du Roi.
le Comte de Courten ', Lieutenant ››
gén. des Armées du Roi.
Godeheu, Dir. de la Comp. des Indes.
Rothe , Dir. de la Comp. des Indes.
l'Allemand de Betz , anc. Ferm. gén .
le Comte de Brionne , grand Ecuyer.
Michel , Dir. de la Comp. des Indes.
de la Live d'Epinay , Fermier gén.
de Boullongne , grand Tréforier de
T'Ordre du S. Efprit. 1
Autre envoi le 7 Novembre. )
l'Evêque d'Orléans,
283 6 7
1233
175 15
275 3 3
2747
333 , 7 3
313 4
436 1 3
264922
bé
-397-7 7
25752
f
JANVIER. 1760. 225
Meffieurs
Suite du 6 Novembre.
Harvoin , Secrétaire du Roi.
Mad Maillard ,
Clairambaut , Généalogifte du Roi.
le Duc d'Aumont ,
pere.
Bourjot, Marchand de foie.
le Comte du Luc , Maréch . de camp.
de Gourge , Maître des Requêtes .
Peilhon , Secrétaire du Roi.
Bouret de Villaumont .
le Comte, Notaire.
le Comte de la Riviere , Commandant
des Moufquetaires noirs.
1
m. o. g.
60 3
8 17
23035
333 2 X
$7 I S
43 2 2
108 6 7
27655
311 6
68 26
23552
47394 65
Du 7 Novembre.
De la Bouexiere, Fermier général . 522 43
De Vaugrenant , Chevalier des Ordres
du Roi 379 6 3
Mad. De Buteler , Sous- Gouvernante
des Enfans de France. 157 7 2
Le Marquis de Broglie.
208 6 3
275 26
De Viarmes , Prevot des Marchands.
De Brou , Doyen des Confeillers d'Etat . 251 35
Bégon, Receveur Général des Finances. 18+
Briffard , Fermier Général.
Sainfon , Secrétaire du Roi & Moufquetaire.
Le Marquis de Villeroi.
Le Préfident Henault.
Dugatz , Ecuyer.
S
481
109 3 6
386 3
401 4 3
46 6
L'Abbé de Roileve de Chamballant ,
Préfident honoraire au Parlement de
de Bretagne.
Randon , Receveur Général des Financès.
143 7 6
32036
226 MERCURE DE FRANCE .
Suite du 7 Novembre:
Meffieurs
m. o . g.
Mlle Hus , de la Comédie Françoife. 107
de Montamand , Concierge du Palais
Royal.
de Laurimier , Maître de la Chambre
aux deniers du Roi.
Perriner du Pezeau , Receveur Général
des Finances .
Himber , premier Apoticaire du Roi.
le Duc , Tailleur du Roi.
Le Maréchal Prince d'Ifenghien."
Barbier , Marchand de la Cour.
Le Baron de Mufparault.
Mad. la Comteffe Dailly.
( Autre envoi du 10 Novembre )
Denis , Auditeur des Comptes.
Le Comte de Langeron , Lieut. Gén .
Mad.la Duchefle d'Elbeuf.
Le Prince de Turenne.
Blin des Marais , Banquier.
D'Ormeflon , Intendant des Finances.
( A réunir au 2 Novembre )
De Cramayel , Fermier Général . ·
De Neuville , Fermier Général .
L'Archevêque de Rouen.
De Boullongne , Grand Tréforier de
l'Ordre da S. Efprit.
( A réunir au 6 Novembre )
Jollivet de Vannes , Procureur du Roi
de la Ville.
Tourton , Banquier.
113
2
317
167 2
159 5
6
35 5
71447
De Villemorien , Fermier général.
MM. Petit , rue de la Magdeleine.
Périchon de Vandeuil , Régiffeur des
nouveaux droits.
47 552
20
40
6 3
9052
173 7 6
133 4 I
109 4
66 7 3
436 4
335 13
264 2 4
350 25
632
137
234 6 I
260 16
23 22
54.24
I
JANVIER . 1760. 227
Meffieurs
Suite du 7 Novembre.
Le Marquis de Matignon ,
m . 0.
g .
314 14
7626 Mazouret , Tréf. de France , à Paris .
Gaigne , prem.Val.Garde-Robe du Roi. 40
Mlle de Jarente , niéce de M. l'Evêque
d'Orléans .
De Bacquancourt , Me. des Requêtes.
Poultier , Confeiller d'Etat
Anniffon du Perran , Directeur de
l'Imprimerie Royale.
Maziere , Fermier général.
Mad. la Marquife d'Auffi , fous-gouvernante
des Enfans de France.
De Séchelle , Miniftre.
5.
5236
257 4 4
405 24
213 47 .
20376
$7 4 5.
Mad. Hérault, veuve du Conf. d'Etát . 127 6 6
De Moras , Miniftre.
Le Marg , duTerrail. Marcc. de Camp .
Philippe, anc. prem. Commis des Fin.
Delmoulins , Rec, gén, des Finances.
Le Duc de Nevers.
Bertin, Lieutenant de Police.
Plus 3 onces 5 gr. 21 gr.à 22 karas ..
Brion ancien Echevin.
de Simian, Dép . du Com. de Marfeille.
Choart , Recev, gén . des Finances .
Douet , Fermier général.
de
Cheneviere , pr,
Regnaud , Notaire.
Com , de la Guerre.
508 61
407 2 2½
221 1 11
108 I
2154 I
272 7
162 2 11
82 1 6
267 1 2.
337 3 S
so 2 7
33 3 11
Mad Chambon, veuve du Fermier gén. 146 I s
60366 1 Q
Du 8 Novembre,
Mad. Grimaud Dumas, 301 4 31
128 MERCURE DE FRANCE.
Suite du 8 Novembre.
Meffieurs
Le Maréchal de Balincourt .
L'Abbé Alary, Prieur de Gournay.
Le Marquis de Béthune.
Mad. la Marquife de Mancini.
Geneve , marchand de foie.
Fortier , Incendant du Commerce.
Mad. la Comteffe de Liffemore .
Rouffin , Architecte .
Laloy , Bourgeois de Paris.
Plus en or , 2 onc. 9 gr. 18 grains.
Daalhieme , fils, Ecuyer.
Mad . la Ducheffe de Lauragais.
De Lauzy , Curé de S. Jac. la Bouch .
( Autre envoi du 10 Novembre.
Mlle Liard Davot , de l'Opera.
D'Argenlieu , Colonel d'Infanterie,
Mad. la Duchelle de la Valliere.
De Montcrif, Direct, des Fermes, 1
m. o.
g.
I
1803 2
175 3
..
111 26
134 I
87 24
111 32
153 4 4
48 4 4
19
28 5.6
110 3 7
108 4 2
57.7 6
191 6 7
2734
441332
Lević , Commiffaire au Châtelet.prove $950 3 Si
Richard , Fermier Général
Mad . Heynard de Ravannes.
·298.
290324-2.7
Mad.laMarq.d'Entragues , Douairiere , 140
Jannel , Intendant des Poftes.
Le Prêtre , Trél. gén. des troupes de
la Maiſon du Roi, en 8 jettons d'or,
2 onc. 3 gr. 1 grains.
( A réunir au 31 Octobre )
De Saint Fargeot, Avocat général .
De Cuiffy , Fermier général,
སྙ སྙམ
Prevôt, Tréforier général des Ponts &
Chauffées.
Dupont , Bourgeois de Paris .
Malon de Bercy, Me des Req. hon.
273 7.6
489 2
24 S
5767
•
149 2 I
2
*
Suite
JANVIER. 1760 . 229
Suite du 8 Novembre.
Meffieurs
Le Duc de Rohan,
Taitbour, Greffier de l'Hôtel de Ville.
Mad . la Marquile de Saint Remy.
De S. Hilaire, Maître d'Hôtel du Roi.
Le Curé de Meudon,
Le Marquis de Jumilhac , Commandant
des Moufquetaires gris.
Perriner , Fermier général.
Le Prince de Rohan .
Le Prince de Beauveau.
Bellin , Ingénieur de la Marine.
Dormeſſon , Préſident à Mortier.
Mlle Couturier .
De Coulombier , Agent de Change.
Mollet , Gentilhomme ord. du Roi.
L'abbé Mollet , frere du fufdit.
Doubre , Maître des Comptes.
Dupin , Fermier général.
Le Marquis de Roquépine.
Mollé , Pr. Préfident au Parlement.
De Salabéry , Confeiller d'Etat.
m. o. g.
951 27.
173 76
5875
155 4 7
14 S 3.
Bernard deMontigny, Rec. gén. des Fin.
Baillon , Horloger de Sa Majefté .
De Monin, Sécr. de M. le Pr. de Conty.
Le Comte de Maurepas , Miniftre .
Mefnard pere , Chanc. de l'Ordre .
Mad. la Marquife de S. Sauveur.
Mad . la Marquife de la Ferriere.
de la Rue , Bourgeois de Paris.
Mad. d'Hoppen , Nourrice de Meſd.
Victoire & Louife.
de Meflé , Privilégié des Gazettes
& Affiches.
I. Vol.
211 5 4
308 2
99 I
547 7 5
795 2
179 2
64 2 2-5
7 192
7635
51 3
45 6
325 II
46 3
602 I 3
357 3 45
260 5
109 4 E
11
K
2
2
2
448 3 I
4 2
1967
13
456 3 6
296
5762
L
29 7
230 MERCURE DE FRANCE.
Suite du 8 Novembre.
Meffieurs
Mad. la Veuve Afforty , Médecin.
Du 9 Novembre.
Mad. de Vougny , veuve du Maître
des Requêtes.
Mad, la Vicomteffe Durtubit.
le Monnier , Fermier général ,
Aftruc , Maître des Requêtes.
Mad . la Ducheffe Dantin.
Marfollier , Secrétaire du Roi.
l'Abbe le Blond .
de Servandé , Recev . gen. des Fin.
( A rétablir au 3 Novembre. )
de Villars , ancien Capit. aux Gardes .
Cheron , Md . Bijoutier Jouaillier.
Leonard , Confeiller au Châtelet.
Mad, du Roncey , veuve de l'Ecuyer
de M. le Duc d'Orléans.
m.o.g
39-5
70807 6 3
de Viteman , ci- devant Intéreffé dans
les Fermes .
Mad. de Viteman femme du fuftit.
de la Genetiere , Tréforier de M. le
Prince de Condé .
de Savigny , ancien Capit. d'Infant.
Péron , Officier de la Chambre
du Roi.
de la Maisonneuve , Valet de Garderobe
du Roi.
Mad. de Fulvy.
Caron pere , Secrétaire du Roi , &
Payeur des Rentes .
Mad.la Marquife de Clermont Galle-
46 2
174 6 6
581 7 71
188 3 2
134 3 7
2877 42
124 4 I
I
20 3 61
16 4 71
I
75 172
246 3
225 24
226 I
9
83 7
201 3 £ 1
176 I 4
2835
144 2 6
2367
JANVIER, 1760. 232
Meffieurs
Suite du 9 Novembre.
rande, Dame d'Arour .
Chapvelin , ancien Garde des Sceaux .
Mad. Daverne , Place des Victoires.
Danic Dumouron , Entrepreneur des
Hôpitaux Militaires ; & fon frere.
Martinført , Munitionnaire des Vivres .
Senac , premier Medecin'du Roi.
le Riche de la Paupliniere, F. gen.
de Mornay , Gentilhom . ord . du Roi.
Mad. de Lagarde , veuve du F.
( Autre envoi le 17 Novembre. )
(:Autre envoi au se art, ci- après.
de Lautrec , Capit. aux Gardes Franç .
Teyraffe de Lolleda , Fermier du Roi.
Mlle Tronchet de Mainville.
gen.
le Baillif de Froulay , Amballa deur
de Malthe.
Mad. de Lagarde.
( A réunir au se art , ci-deſſus. )
Paul , Md. rue S. Denis , à la Reine
de France.
m.of.
2825
6137
188
47 4 I
17 7 3
19167
415 41
464 $ -3
733671
18 7
47 24
202 $ 2
255 I 3
1643
41 1 4
Dubuiffen , ancien Com . de la Guerre . 106 1 ;
le Comte de la Serre , Gouverneur
des Invalides .
Mad. la Marquife de la Force .
Mad, la Duchelle de Brancas
le Duc de Chaulnes.
Mad. la Comteffe de Villemenard,
Prignaut de Beauregard , Noraire.
de Barjol , Ecuyer.
Dufour de Villeneuve , Maît .des Req.
Mad. la Maréchale de Villars .
Mad . la Marquife Dupleffis- Chatillon .
Boudier,chez M. le Comte de Brionne.
107 'S
64 12
26554
22146
105 7 5
38 S
37 7 4
145 7 4
435 74
996 1
16 7 6
Lij
232 MERCURE DE FRANCE.
Suite du Novembre. 9
Meffieurs
Guoffe , Secrétaire de M. Dormeſſon ,
Intendant des Finances.
Wal , Valet de Chambre du Roi,
l'Abbé de la Ville.
1
de Crancé , Ecuyer de Madame la
Dauphine.
Thiroux de Montregard.
Bronod l'aîné , Notaire.
Du 10 Novembre.
Gaignat , Secrétaire du Roi honoraire .
Pantigny , Recev. gen . des Finances.
Mad. la Ducheffe de Lorges.
le Marquis de Scepeaux , Lieutenant
des Gardes du Corps.
le Comte de la Marck , Lieutenant
de Roi des Invalides .
m. 0. g.
215 2
147 I 6
23767
1937
60 I
335 54
797866
195 2 4
9067
148 2
57 I
de Lucé , Abbé de Turpennay .
le Févre , Ameriquain.
Mad. la Marquifé de Menard,
le Marquis de Rieux , Lieutenant-
Genéral des armées du Roi.
Glain , Peintre.
Regnier , Baillifde Verfailles.
le Tourneur , Lieut. de la Connétab .
de la Borde , ancien Fermier gen.
Bellanger , Secrét. du Roi , Notaire.
( Autre partie le 12 Novembre. )
42 I 5
t
2
37 3 3
2
5674
X
405 2 2
I
563 2
8627
317 1
2197 2
174 3 4
145
Coupart , Recev . gen . des Dom . & Bois . 199 I
le Préfident Rougault.
Sibire , Notaire.
Pelletier de Beaupré , Conſ. d'Etat.
170 7 I
116 7 f
318 3 4
JANVIER. 1760. 233
Suite du Q Novembre.
Meffieurs
de S. Vallery , Recev. gen. des Fin.
Barjoles , Ecuyer.
le Marquis de Janſon , Mar. de Camp .
Mlle de Bracq.
Baudon , Fermier général .
de la Porte , Secrétaire du Roi.
Aubert , Violon de l'Opéra.
Gautier de la Pommeray , Procureur
au Parlement .
Mad, la Marquife de Scoraille.
Darla , Quartinier de la Ville de
Paris.
Lorrain, premier Commis de M. de
Courteille.
Mad, la veuve Hibert , ci -devant
Marchande de Paris .
Janffin , Gentilhomme Anglois.
de Montarant , Maître des Requêtes ,
Intendant du Commerce.
de Lamanche , Notaire.
Teffier , Intendant des Ecuries &
Livrées du Roi.
Thevenin , Secrétaire du Roi , Payeur
de Rentes.
le Comte de Mailly , premier Ecuyer
de Madame la Dauphine.
( A réunir au រ Novembre. )
Foubeft , Lieutenant du premier
Chirurgien du Roi.
Raymond , Secrétaire du Roi.
Mad. la Comtelle Dailly.
( A réunir au Novembre. J
Foucault , Marchand de Vin
m. 0. g.
192 5 4
37 1 3
57
2
27 6 7
447 3 3
439 3
62
3057
77 7
101 4
55
18556
401 I 2
373 6
22.6
I
2
253461
166 5 2
367
183 2
2
167-5-61
467
Bood 1 7:
Li
234 MERCURE DE FRANCE.
Suite du 10 Novembre.
Meffieurs
Cottin , Direct. de la Comp.des Ind.
Mercier , Marchand Orphévre ,
Confeiller de Ville .
Bernard , Marchand Epicier.
le Noir le jeune , Notaire.
Olivier , Marchand , rue des Arcis.
De Viers , ci-devant Md de drap.
Mad. Vatart, veuve du Sécr. du Roi.
Gueffier, Concierge de l'Hôtel des Ambaffadeurs
extraordinaires .
Garnier , Me d'Hôtel de la Reine.
Waimel de Launay.
Micault d'Harvelay, Gar. du Tr.Royal.
Le Comte de Lannion , Mar. de Camp.
Mad.la Marquife de Caftelmoron .
m. o. g.
256 7 6
8064
70 4 7
1543
55 3 3
29276
184 2 4
108 7 6
33147
207 I
171 7 -21
133 7 4
138 6
2
87375 7 4
Du Novembre.
Marfollierdes Vivetieres, Sécr. du Roi . 212 7 6
Collabeau , Syndic de la Compagnie
des Indes .
Pelletier , Fermier général.
439 5 6
64 6.7
88089 4
318 4 3
40 2 IT
2
481 2 2
29422
Du 12 Novembre.
Bernage , Confeiller d'Etat .
( Autre renvoi le 14 Novembre )
l'Abbé Junot, Aumôn, des Gard.Franç.
le Duc de Villeroi.
Chaillon de Joinville , Gentilhomme
ordinaire du Roi.
JANVIER. 1760 . 235
Meffieurs
Suite du 12 Novembre.
le Marquis de Laftic , Chef de Brigade
des Gardes du Corps.
Mad. Laurés.
Baron , Fermier du Roi .
Mad. la Marq . de Fenelon, Douairiere.
Mlle Deſchamps.
le Marq. de Raffetot, Cap. de Gend.
le Duc de Chevreufe .
le Doux , Receveur des Tailles.
Richard , Recev. gén. des Finances.
(Autre envoi au 28 Octobre )
le Comte de Rothe, Lieut. Général.
Mad . de Loifé.
Ferrand , Fermier général.
m. o. g.
I
233 5 2
101 5 2
74 7 I
170 6 3
45 6 2
111 6 •
523 52
363 7.72
129 I 2
191 6 4
29641
2
21726
le Marq. de Roncherolles, Lieut. gén. 194 3 3
Vanno, Fermier gén . des Etats de l'Infant
Dom Philippe.
de Montferrier , Syndic des Etats de
de Languedoc.
Mad. d'Urville, veuve du Sous-ferm .
la veuve Joft .
Baille , Conſeiller au Gr.Confeil.
{ Autre envoi ci- deſſous )
Hocquet, ancien munitionnaire.
("Autre envoi ci-deſſous )
Richer , Quartinier.
Mad. Compaut.
Coupart , Sécrétaire du Roi.
le Duc de Gontault.
( A réunir au 3 Novembre )
le Comte de Noailles.
Madi la Marquile d'Arpajon.
19 5 42
41 4
9656
39 5 7
2
147 7 S
44 7 I
24
255
298
21
4
I 228
203 5 6
2
ܐ܂
236 MERCURE DE FRANCE.
Suite du 12 Novembre.
Meffieurs
Mad. Rolignol , veuve de l'Intentendant
de Lyon.
Dupont , Notaire.
Richard , Rec. Gén . des Fin .
( A réunir au 28 Octobre )
m.q.
80
so 7 .
I
F'Evêque de Chartres.
Hoquet , ancien munitionnaire.
( A réunir ci - deſſus )
Baille , Confeiller au Gr . Conſeil.
24 ( A`réunir¸ci -deſſus }
4
Mad. la veuve Lemoine , Valet de
garde-robe du Roi.
Breuzart , Doyen des Subftituts de M.
le Proc. Gén . du Gr . Confeil ..
Durand , Greffier au Châtelet.
Bellanger , Séc. du Roi , Notaire.
(A réunir au 10 Novembre )
Paty.
Cotte , Directeur de la Monnoye des
Médailles.
Jeaume , Banquier.
Mad la veuve le Prêtre, Rotiffear.
Pierre , Peintre du Roi ,
Arnoult , Auteur des Sachets contre
l'Apoplexie.
Cappron , Dentiſte du Roi.
le Maréchal de Contades.
Mad. Geoffrin , veuve du Séc. du Roi
ade Lauzy, Curé de S. Jacq. la Bouch.
( A réunir au 8 Novembre )
de la Chapelle , ancien premier Com
nis des Affaires Etrangeres.
P'Archevêque de Rheims
16 67
87 73.
32 -£
445 F
161 2 4
70 7
82
560 7.
273 I
287-352
166 7.4
# :I
108 5
21
2 $4 4 2
289 6-7
249 46
46:14
$77 3
2
JANVIER
. 1760 . 237
•
Suite du 12 Novembre .
Meffieurs
Tilferand , Garde -vaiffelle ordinaire
m. o. 3.
du Roi.
Du 13 Novembre.
Mad . la Marquise de Laſſay.
Prêtre , Marchand.
Guindre , Apothicaire de Madame la
Dauphine.
15375
94060 2 11
72465
168 7 S
53441
72 6!
245
f
212 7 11
257 2
3 .
Lieutaud , Médecin de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne.
de Buffy , Secrétaire du Roi .
Duchêne , Prevôt des Bâtimens du Roi. 40
Philippe l'aîné.
le Comte de Houdelot, Cap . de Gend.
Tinel , Marchand.
Mad. la Marq . de Pertuis & M. fon fils
ci-dev . Col. au Rég , de Lufiguan.
le Maréchal d'Eftrées.
Bonnami Drotfin.
Rouffel , Fermier général .
Playet, Contrôl , des Bât, da Ro
Bergier , Agent de Change.
le Comte de Rohan Chabot.
Senffe , Secrétaire du Roi .
Barjol , Ecuyer.
de Brige , Ecuyer du Roi.
Paffot,anc.Tailleur de M. le Dauphin.
Rabuffeau , Bourgeois de Paris .
Doublet , Marchand .
Fériol d'Argental .
Mad. la Marquife du Guefclin.
40
175 2 5
768 2 61
2
34 7 71/
2
17 7 31
484 1.21
865212
134 3 4
192 I I
854
27 3.5
68
55 5
6
42 37
1364
60 64
238 MERCURE DE FRANCE.
Suite du 13 Novembre.
Meffieurs
Sandrier, Entrepr. des Bâtim . du Roi.
Mad. Lievin , Bourgeoile de Paris.
Mile Lany , Danfeufe de l'Opéra .
Le Normand , Fermier général.
Mad. la Marquife de Mezaga .
de Guimps, Maître d'Hôtel de la Reine.
Mad. Fremier,du Palais Royal .
Mad. la Comteffe du Roure.
le Chevalier Judde .
de Fourqueux , Procureur Général de
la Chambre des Comptes,
Haudry , Fermier général.
le Quai , Pr . Commis de la Marine .
de Tourdonnais , Ecuyer du Roi.
Touchard , Officier de Madanie
la Dauphine.
Couvray , Secrétaire du Roi.
Mad . la Princeffe Talmont.
( Autre envoi ci- deſſous. )
Autre du 14 Novembre. )
de Faventines , Fermier général,
Morinay , Gentilhom. ord. du Roi.
de Cafaubon , Syndic de la Compagnie
des Indes .
le Prince de Robecq .
Mad . la Princeffe Talmont.
A réunir ci - deffus . )
Mad. la Préfidente Portail .
le Comte de Caraman.
Mad. Landet.
Chomel , Notaire & Echevin.
Autre envoi du 14 Novembre. )
Mad . Chomel.
m. org.
48 15
19 6 5
8 1 3
5564
3595 4
69.7 37
174 "
2955 3 >
381 1 II
2
6265
349 6 7
138 45
13 7 7
39 3 3
85 2 1
4967
237 442
2,547
321 6 1
285 24
92 7
186 6 7
160 25
I 1917 2
134.6
31 3
JANVIER. 1760. 139
Suite du 13 Novembre.
Meffieurs
le Marquis de Raffetot.
Maiziere , Recev. gen. des Fermes.
D'Invault , Intendant d'Amiens.
Dupont , Confeiller au Châtelet.
de Pommery , & Mad. de Floffac
fa belle- mere.
le Prince de Salm.
Du 14 Novembre.
Mad. la Marquife Dambre.
de Bernage , Confeiller d'Etat,
m. o. g.
6473
15953
359
1912
280 S } ;
87 3
105637 47
256 37
866
A réunir au 12 Novembre. )
Halma de Balmont , Gr. Audiencier
de France honoraire.
MM. Bouret freres .
A réunir au 31 Octobre, )
Bouillard , Intérellé dans les affaires
du Roi,
Coignard , Secrétaire du Roi.
Mad. la Duchefle de la Trémoille.
le Comte de la Billarderie .
André , Echevin .
le Bloeur , Echevin.
de la Croix , Dirceur des Domaines.
le Comte de Broglie.
de Villevaut , Maître des Requêtes ,
pour Madme la mere.
Hermant, Intéreffé dans les Affaires
du Roi.
Mad. la Princeffe Talmont.
( A réunir au 13 Novembre. )
Choppin , premier Préſident de la
Cour des Monnoyes,
392 26
82 S
190 3
166 3 3
164 4
132 4 4
44 4 2
40 4
I
276 6 2
163711
176651
224 I
376
108
761
240 MERCURE DE FRANCE.
Suite du 14 Novembre.
Meffieurs
de Brezé , Préſident de la Cour des
Monnoyes.
Mad. la Comteffe de Guerchy.
le Cardinal de Bernis.
Chomel.
( A réunir au 13 Novembre. )
Dupré de la Grange.
Mad. Dodart.
Mad. Chevillon ..
Mad. Boutet.
Mad. Poiffonnier , Nourrice de M. le
Duc de Bourgogne.
le Page , & Mlle Hermens.
le Marquis de Caftres.
( Autre envoi le 23 Novembre, )
le Prince de Soubife.
( A réunir au premier Novembre. )
Mad. la Comteffe de Morville.
le Noir de Laye , ancien Fermier.
Mad. Beaumier.
de la Faye , Tréforier des 4 den.
& fa mere.
Mad. la Duch.de Beauvilliers , Douair.
le Marquis Defcars.
Rouffel , Conf. honor. au Parlem.
Boudet , Avocat.
Partyet, Intendant des Invalides .
Rivier , Gentilhomme fervant du Roi.
le Baron de Wels , Lieutenant- Colonel
d'Infanterie
Mad, la Comtefe de Rochefort.
le Marquis de Sourches.
Dangé , Fermier général .
m.
105 8
2942
82, I I
276
161 37
88 7
18 6 I
75 14
F
50462
126 1 42
252 14
3972
Iso 4 6
134 6 112
46
135 34
253 6 75
132 2 P
29866
523 1
16267
186
70 4 I
36 3 6
209.3
248 7
2
Suite
JANVIE R. 1760. 241
Suite du 14 Novembre.
Meffieurs
le Maréchal de Duras , & Madame
fon épouse.
Dufort , Introducteur des Ambaſſ.
Mad la Ducheffe de S Pierre.
Rebel , Surintend. de la Marq d'or.
le Marq de Balincourt , Lieut gen.
Raynal , Secrétaire du Roi,
Clautrier , premier Commis des Fin .
de Vézanne , Maréchal de Camp .
de Vauréal , ancien Evêq. de Rennes,
Mad . de Forcy.
Moreau , Procureur du Roi au Chât .
de Croifmare , Ecuyer de main du
Roi.
Soufflor , Contrôleur des Bâtimens
du Roi.
Perrinet Dorval , Fermier général
des Poudres.
Dubois , Notaire.
Millet & M Canivet , Négocians.
Dubuiffon , Gentilhomme.
de l'Abbaye de Sainte Génevieve.
de l'Abbaye de Longemeau , dépendante
de Sainte Genevieve ,
Nau , Notaire
.
Darnoncourt , Recev gen des Fin.
( Autre partie le 16 Novembre. )
le Marquis de Gouffier , Maréchal
de Camp .
Mile Quinault l'aînée.
l'Abbé Pefié , Conf. au Châtelet.
le Comte de Bombelles , Lieut. gen.
m. o. g.
2564 1
120 3 5
196 6 6
79 2
193 5
87 6 4
162 3 2
5833
802 4 2
34 7
139 7 4
35 16
43 4 3
75 2 S
2
184 3 2 2
614 5
2
31 2 I
2
I 279
445 6
6253
391 6
170 3 3
170 4 T
57 6
70 27
2
1. Vol.
115800 67
2
M
242 MERCURE DE FRANCE
Meffieurs
Du 15 Novembre.
Neyret de Grandville , anc. Sous Fer.
Moras , premier Com. du Dom.
le Gras de la Charmote , Secrét. du Roi.
Tarlé , Huiflier du Cabinet du Roi ,
Nau , ancien grand Juge Conful .
Pauly, Bourgeois de Paris.
le Comte d'Herouville de Claye ,
Lieutenant-Général.
Boifte , Procureur au Châtelet.
Agede , Directeur des Fermes ,
Desfourniel , Fermier général.
de S. Marc , Contrôleur des Rentes.
Sanfon , Receveur des Confignations
du Parlement .
de Courmont , Fermier général .
Odeau , Bourgeois de Paris.
Gaultier , Payeur des Rentes.
Mad. Lafond , Bourgeoife de Paris.
( Autre envoi au 2 art. ci- après )
le Gendre de Villemorien , Receveur
général des Finances .
Mad Lafond , Bourgeoife de Paris .
( A réunir avec l'envoi ci deffus. )
le Comte de Bloft , Brigadier des
armées du Roi .
Mad. la Marquife de Frémur.
l'Evêque de Meaux.
le Chevalier Jenffin , Gentilh. Anglois.
le Marquis de Fervaques.
Mad. Tacher , Nourrice de Madame
Sophie.
Mad. Duvelais.
de Lepé , Architecte du Roi ,
m. ò. g.
108 1
62.4
47 s s
45 4 3
120 3
19 7 6
49 6 7
76 7 I
542 I
327 4 2
68 7 5
167 I
309 S
48 5 3
164 4 3
43 6 5.
184 I S
44 3 7
44 S S
107 I 2
28354
107
2
7
5653
I@ 3. SZ
18547
$47 6
JANVIER. 1760 . 243
Suite du 15 Novembre.
Meffieurs
Botentuit Langlois , l'oncle.
de France , Maréchal général des Logis
des Suifles & Grifons.
de l'Efpronniere .
le Chevalier de la Chaife , pr. Sous-
Lieutenant des Moufquetaires.
de Saint Amarant, Fermier général .
Bouron , Notaire.
Pierre , fils de l'Echevin.
de Pille , Procureur en la Chambre des
Comptes.
Séguier , Avocat général .
m. o. g.
31 4 It
2 .
50 371
.
56 621
524 1
225 4 11
244 3
130 S
224 3 7
180 6 1
172 5 7
25 3 3
268 2 5
Françaife , Receveur général des Fin . 2001
de Fougieres , Lieutenant général.
le Comte de Fougieres.
de la Grandville , Confeiller d'Etat .
Du 16 Novembre.
Antoine , Garçon ordinaire du Roi.
Milord Duc de Perth.
deLargentieres , Doyen honoraire.
le Chancelier .
Veroneze , de la Comédie Italienne.
Du Chapitre de Saint Louis.
Darnoncourt , Rec. gén . des Fin.
( A réunir au 14 Novembre )
Thoré , Secrétaire du Roi .
Toffier , marchand Tapiffier.
2
120977 2 32
Mad. de Montgival , premiere Femme
de Chambre de Mad. Adélaïde .
2
47 2 1
193 7 S
22 IS
604 3 7
75 1 312
74
2 II
216 7 6
23 5 41/2
2
50 425
Mij
244 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Suite du 16 Novembre.
de Marivet , Ecuyer du Roi.
Dupuy , ci-devant Marchand Mercier.
Jamart, Fermier général de M. le Dac
d'Orléans.
m . o. g.
3.
20 2
31
56 4
36 4
130 3 3
58
2
Caron , fils , Payeur des Rentes.
1953
Trois autres envois le 3 Déc.
Mlle de l'Efpinaffe du Prat.
Babaud de Chauffade , Sec. du Roi.
Trudon , Entrepreneur de la Manufacture
de cire d'Antony.
Autre envoi du 10 dudit.
Autre du 13 dudit .
Autre du 14 dudit.
Autre du 20 dudit.
Fannellier , Fourniffeur des bois de la
Marine.
Mad . Dufeu , Marchande à Paris.
Hebert Secrétaire du Roi.
Les Dames Hofpitalieres du Fauxb.
Saint Marcel.
Mad. Harang , veuve du Négociant.
Douin , premier Commis de M. de
Saint Florentin .
Lottin , Sellier .
Paul , Ecuyer de la feconde Ecurie du
Roi.
4562
56 5 72
168 6 32
8756
443
54 3 3
130 541
81 27
de Saint Conteſt , Intend . de Champ. 461 5.45
( Autre envoi le 17 Novembre )
Chaumiel , Médecin du Roi.
Barbereux , Fermier des Carroffes de
Rheims.
de Livry , premier Commis de M. le
Comte de Saint Florentin .
161 4 5
884 1
155 32
JANVIER. 1760. 245
Suite du 16 Novembre.
Meffieurs
Bouret , freres.
! A réunir au 31 Octobre )
Gilbert de Voifins , Confeiller d'Etat .
Mad . la Préfid . Gilbert de Voisins.
Efmangart , du Palais Royal .
de Montmort , Major des Gardes du
m. o. g.
169 3
80 7 5
Corp's.
Du 17 Novembre.
Mad. de la Garde , Douairiere .
( A réunir au 9 Novembre )
le Préfident d'Arcouville.
173 4 6
1563 5
15136
125309 2 2
303
168 4 i
443 7 61 de la Chabrerie , Fermier général .
Boutin , Préfident au Parlement .
Brillon , Confervateur des hypotèques
& Recev. des Décimes de Paris,
Aimeret de Gazot , Conſeiller honoraire
au Parlement.
de Caffiny , de l'Acad . des Sciences.
156 2
108
853 26
47 6 6
de Saint Contest , Intend . de Champ. 16 5.7.
( A réunir au 16 Novembre )
Mad. la Ducheffe de Ruffec.
Mad la Marquise de Pompadour.
(A réunir au 3 Novembre )
Cugniot du Lys , Etudiant en Droit.
Cugniot de la Ronciere .
Cugniot d'Aubigny.
Cugniot , Prêtre .
de Montmorin & M. le Marquis de
Saint Hérem .
Mefnil & M. Maréchal fon gendre ,
Econome général du Clergé.
330.7
80:7 7
4
25 11
21 2 I
31 2
* 2
2
29 2 6
12936
64
294
Mij
246 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Suite du 17 Novembre.
l'Abbé Defmé , Prevôt de Saint Martin
de Tours .
Defmé Recev. des Tailles de Mantes.
de Saint Georges , ancien Capitaine aux
Gardes Françoifes.
Thomas , Tréforier général de l'Ordrede
Saint Louis.
Gigault , Secrétaire du Roi & Directeur
général des entrées de Paris .
Millet , ancien Avocat .
Les RR. PP. Feuillans de la rue Saint
Honoré.
Mad le Maire , veuve de M. de Montreuil
, Commiſſaire des Guerres.
Guenon , Notaire & anc. Echevin.
Mad. d'Agueffeau , veuve de M. le
le Comte de Chatelux.
de Sartine , Lieutenant- Criminel .
l'ancien Evêque de Québec.
de Courbeton , Commiſſaire général
des Poudres.
( Autre envoi du 19 Novembre.
le Marquis d'Oife Brancas , Maréchal
de camp.
Mad. la Maréchale de Montmorency.
Pineau , Bourgeois de Paris.
m. o. g-
65
65 4
61 f
539 4 6
187 7 4
89 7 11
2
88 13
24 4 4
46 7
204 3
77 7
12 6 412
Bauvin , Md de Dentelle fuiv . la Cour.
La Confrérie des Maîtres Limonad.
Du 18 Novembre.
Poullain , Réc. g. des Dom. & Bois.
13327
27 2,51
91 2 3
51 4 412
80 55
60 64
129561 471
1395 3
129701 2 21
2
JANVIER, 1760. 247
Du 19 Novembre.
Meffieurs
Mad. de la Vigne , de la fucceffion de
m. o. g.
Mad la Vigne, pr. Méd. de la Reine. 102 4 7
Brocham des Tourterelles , Md fourniffeur
de la Maifon du Roi.
le Duc de Broglie,
Michel , Chantre de la Sainte Chapelle
de Vincennes.
Mad. Thiroux de Lailly.
Cabanel , Secrétaire du Roi.
140 57
148 2 6
47 S S 2
323 3
183 4
Pinffeau, anc. Rec. des Tailles de Paris. 56 45
le Comte d'Ampus .
Bofquillon , Procureur au Châtelet.
Mad . de Villemur , veuve du Garde
du Tréfor royal.
le Comte d'Ozenbray , Lieur. gén .
Rulhierre , Inſpecteur des Maréch .
des environs de Paris.
Mad. Chamtepie des Balences , veuve
du Lieutenant de Maréchauffée.
le Marquis d'Autefort.
de Courbeton, Comm. g. des Poudres.
( A réunir au 17 Novembre. )
238 57
3554
379 4 2
400 1 2
496 4
Y
527
I
305 7 3
Mad. la Comt. de Coetlogon , douair . 185 1 ,
l'Evêque de Senlis.
Maffe , Secrétaire du Roi.
Mad. la Comteffe d'Eftrades.
Angrand , Proc. gén. au Gr . Confeil .
d'Eneau , Fourrier de la Reine.
d'Argouges , Lieutenant Civil.
Moufle , ancien Tréforier de l'extr.
des
guerres.
de Laporte , Intendant du Dauphiné.
Leroi de Senneville , Contrôleur gén.
des Ligues Suiffes & Grifons.
39 43
38852
47 3
112
221 3.2
48 i S
6
139 7
145 4
144 S.
248 MERCURE DE FRANCE :
Suite du 19 Novembre.
Meffieurs
Guidi , Payeur des rentes.
Les Prêtres de la Doct. Chrétienne ,
de la Maifon de S. Charles.
Marie , prem . Commis du Bureau
de la Guerre.
Cotton , intéreЛlé dans les affaires
du Roi.
Maquer , Notaire.
le Marquis du Muy , prem . Maître
d'Hôtel de Mad la Dauphine.
( Autre envoi le 18 Décembre )
( Aurre envoi led jour 18 Déc. )
Du 20 Novembre.
de Nantouillet , Fermier général.
le Comte de la Guiche.
le Marquis de Rochechouard..
Geoffroy , Secrétaire du Roi
Judde , Secr, du Roi , Not. honor.
Turodin , ancien Receveur des Fin.
Hubardiere , Bourgeois de Paris.
de Beaufort , Lieutenant des Maréchaux
de France.
Roffignol , Fermier des Poftes .
de la Noue , Gentilh . ord. du Roi.
Mad. la Comteffe d'Ampus.
Andrieu , Notaire .
de Puilegur , Maréchal de camp.
Chevert , Lieutenant général .
Vaudeleau , Ecuyer de la Vennerie.
Barjac , Tréf. de la Maiſon du Roi,
m.org-
189 2 3
48 34 .
116
76.5 5
8367
8326
1342406 S
2056
57 5 7
8334
23567
97 7.3
40 I 71
2
8336F
2
MI I ZI
2
211 I 2
140 7 6
25762
$ 3 2.1
66 4 I
2
301 7 31
79 7 6
2
253 I L2
JANVIER. 1760 . 249
Meffieurs
Suite du zo Novembre.
Mad Caré , Horlogere.
Pelletier , Confeiller au Châtelet .
Mad . Peltier.
le Comte de Graville , Lieut. génér.
Bullat , Cominis des Finances .
Lamouroux , Recev . général des Fin .
( Autre envoi le 22 Novembre )
Sigogne , Greffier au Parlement.
Mile Goffelin.
Guionnet , Lieutenant de Roi de
Vincennes.
Cheveau , Secrétaire du Roi , &
M. Peftalotzy , fon gendre.
de Tourniere , Payeur des Rentes.
le Boeuf de le Bret , Notaire.
Nau , Marchand de la Cour.
le Marquis de Luigné.
m. 0.g.
94759
44 4
14 6
484 7
52 4 4
197 I S
16 1 4
124 2 I
41 2 22
213 7
179 I 4
32 15
40 56
8034
124 6 I
7363
4325
de Boifneuf, Receveur de la Capitation
de la Cour,
( Autre envoi le 21 Novembre. )
le Coeur , Traiteur
.
le Marquis de la Fare Lopris.
de Tourniere .
de Villiers , Employé à la Compagnie
des Indes.
Taillapied , Recev gen. des Fin,
de Tourny , Conſeiller d'Etat.
Caron , Notaire.
Potor , Secrétaire du Roi.
de la Palu.
le Comte de Sommery.
2
30 1 2
171 S 7
311 3
118
35
Isi se
45 S I
20 7 3
Faudral , Exempt des Gardes du Corps. 44 2 2
Poulletier , Notaire , & Madame
de Vinfrais.
46 2 3 Σ
250 MERCURE DE FRANCE .
Meffieurs
Suite du 20 Novembre.
Bourraint , Receveur des Tailles
d'Estampes.
Mad. la Maréchale de Monteſquiou,
la Ville du Portault , Confeiller en la
Cour des Aydes.
le Vicomte de Noé .
m . o.
25
2
10 4
23 I
91 3 2.
Dulivier , Député du Commerce
Cendrić , pere. fo 4 7
139619,3 3
Du 21 Novembre.
Mad. la veuve Bourelier. 61 3 4
de Bayonne.
582 I
2
Angot , Notaire. 1953 2
3
9232
337
Mad. la Comtefle de Chateauregnault . 16
Touchet , Baigneur, à la fuite du Roi,
l'Abbé de Raftignac.
Martin , Apothicaire du Roi.
de Julienne , Entrepreneur aux
Gobelins.
le Normand de Maizieres , Commiff.
des Guerres.
de Chabreuil , Ecuyer de bouche de
Mad. la Dauphine.
67 7
*
253 3 3
$6 16
150 6 202
le Noir de Maiziere , Payeur des Rentes . 55 54
le Duc de Fitzjames.
Roflin , ancien Fermier général .
de Boifneuf , Recev. de la Capitation
de la Cour
( A réunir au 20 Novembre.
de Maranzel , Contrôleur des Bâtimens
de Fontainebleau.
le Vicomte de Vaudreuil , Lieut. gen.
(Autre envoi du 26 Novembre. )
+
471 1 4
3125611
2
657
8535
172 7 I
JANVIE R. 1760. 258
Suite du 21 Novembre.
Meffieurs
l'Abbé Thevenard.
Acaron , premier Commis de la Marine ,
& Mad. Roydot fa belle- mere.
Brallet , ancien Echevin.
Pelletier , Contrôleur des Rentes.
Mad. Tourolle.
( Autre envoi le 23 Novembre )
m. o. g.
953 2
712-3 [
2
62 2 512
6855
68 7 7
le Marquis de Beringhen , prem. Ecuyer. 763 5 6
de la Frefnaye , ancien Echevin .
Oblin , Payeur des gages de la Chancellerie
de Lyon.
Mad. du Noyer , veuve du Confeiller
au Parlement .
de Launay , ancien Tréforier de l'extraordinaire
des guerres
( A réunir au Novembre )
Doutreleau , Tréf. de la Chancellerie.
Nolin , Greff de l'Election de Paris .
Cleret , Commiffaire honoraire au
Châtelet.
le Marquis de Puyfieulx .
Langlois , Secrétaire du Sceau .
Simon de Meaufard , Avocat.
Bochard , Confeiller au Parlement .
de Zurauben , Colonel des Gardeş
Suifles.
le Cardinal de Gèvres .
Roitier , Orphévre du Roi ,
de Chalabre , Brigadier des Armées
du Roi.
Mad, la Préfidente de Villeneuve .
235 7 31
67 7 5
44 7 4
763 I
7212
540 I 2
97 67
363 3 3
117 4 I
162 6 7
343 2 4
134 6
74 3 3
187 6 7
145227 3
I
252 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Du 22 Novembre.
Gayart , Avocat au Parlement .
m . o.·g.
48 4 S
l'Archevêque de Paris. 589 7 7
le Duc de Trêmes. 275 6-2
Delerot , Aubergifte du Jufte à Verfailles.
175 7 4
Laideguive , Notaire. 63 6
Mad . la Comteffe de Poitiers. 147 3.
Mad. la Princeffe de Guimenée. 7066
Helvetius , ancien Ferm gén. 144 I
1 Comte de Mauroy , Lieuten Génér. 140 7
Boilemont Fermier général .
Caffel , Secrétaire du Roi.
198 7 4
61 6
Pilet , Architecte.
Nau , Greffier au Grand Confeil.
de la Folie , ancien Contrôleur de la
Mailon du Roi.
Saide , Opticien du Roi.
Mad. Helvetius , mere.
Dumetz de Ronfay , Préfident à la
Chambre des Comptes.
Pilet des Poftes.
Bourgevin , Tréforier général des Maréchauffées
.
le Duc de Nivernois.
( Autre envoi ci - deſſous )
Galet , Marchand .
Loufteau , Chirurgien Major des
Gardes du Corps.
de Fontanieu , Confeiller d'Etat.
Bergeret , ancien Fermier général .
Gouault , Procureur Général en la
Cour des Monnoyes.
43 4 21
2276
13
28 3
151 4 21
162 I I
•
157 3 5
108 6 31
896 2-
73 3
•
24 12
105 26
2733 31
43 I 4
Suite
JANVIER. 1760. 253
Meffieurs
Suite du 22 Novembre.
de l'Amouroux , Receveur Général
des Finances.
( A réunir au 10 Novembre )
Gautier de Beauvais , Receveur Général
des Finances.
le Duc de Nivernois.
( A réunir ci-deffus )
m. o. g.
637
251 6
40 4 I
Mad , la Marq . de la Salle, Douairiete . 151 3 5
Mad . de la Fontaine.
Mad . la Marq . de Flamenville, veuve.
le Marquis de Raray , Officier de Gen.
darmerie
le Marquis de la Vaupalliere, Sous-Lieutenant
de la pr . Comp . des Moufq.
le Marquis de Bruflart.
Pecquer , Officier du Gobelet.
69 I I
44 5 4
244 7 2
83 16
36 16
Viard de Molleron , Gendarme de la
Garde.
51 52
2964
Mad . la veuve le Gendre. 28
150336 41
Jean-Thomas Hériſſant , Libraire .
Du 23 Novembre.
Hébert , Traiteur à Verſailles . 97 26
Blanchet , Traiteur à Paris. 41 6 2
Pafferat . Préſident de la Cour des
Monnoies. 54 3 1
14 4 3
de la Fond , ancien Capitaine de
Cavalerie.
le Marquis de Beuvron.
Mad, Mars femme du Proc . au Parl.
Pelletier de Rozambaut , Préfident
au Parlement.
I. Vol.
214 I
5026
25275
N
254 MERCURE DE FRANCE.
Suite du 23 Novembre.
Meffieurs
le Marquis de Caftres.
( A réunir au 14 Novembre )
Millin de Grand-Maiſon.
Mad. Tourolle.
( A réunir au 21 Novembre )
Bèchefer , Banquier en Cour de Rome.
Mad. Conftant.
le Maréchal de Maillebois.
Fleuret , Contrôl . gén. de la Maiſon de
M.Ang
38 3 L
102.6
56. I
71 4
16 6 6
104 S
M. le Duc d'Orléans , & fon Epoule, 155 5 65
le Cointre , Notaire.
Defprez , Greffier au Châtelet.
Fourgeret de Montpreuil , ci -devant
Sous-Fermier.
le Duc de Briffac.
Mlle Dumoulin .
le Fevre , Traiteur.
Montabon , Traiteur.
Carré , Bourgeois de Paris .
Jomard , Huiffier Prifeur.
Mad. la veuve Mauger.
de Varennes , Moufquetaire gris,
le Comte de Montruel , Colonel .
Billaudet , Intendant des Bâtimens
du Roi.
Du 24 Novembre,
Cochu , ancien Avocat au Parlement.
de,Vandeneffe , Marchand.
Mlle Belin.
Demay, Notaire & Secrét. du Roi..
l'Archevêque d'Alby.
14
716'3
775
66 13
14 7 I
7847
298 17
1466
94
46 I 9
1 3 2
240 7 2
44 6 →
152536 2
45 7
71 2
3521 25
25475
167 S
Allen , Procureur en la Ch . des Compt. 2006
JANVIER. 1760. 255
Suite du 24 Novembre.
Mefieurs
le Chirurgien des Moufquetaires.
Robinneau , Notaire.
Olivier , Recev. gen. des Finances.
le Comte d'Hervilly de Canify , Colonel
du Régiment Dauphin , Dragons.
Mad. Pellerin , veuve.
Mlle Bodeau , Bourgeoiſe de Paris.
Landrieux , Bourgeois de Paris.
de Vougny de la Chauffée.
le Préfident d'Aligre.
Mile Deſchaux , Bourgeoise de Paris.
m. o.g
48 2
356
35 47
2
40 761
209 3 6
160 3 I
276
3946
216 2 I
4533
le Febvre , ancien Capit. de Cavalerie. 145 4 5
le Comte de Carvoisin , Maréchal
de Camp.
Du 25 Novembre..
133 26
15488255
Defparbès , Colonel du Régiment de
Piémont , Infanterie . 9424
154977
Du 26 Novembre.
de la Marre , Intendant de M. le
101 4 3
le Comte de Fontaine - Françoiſe ,
premier Préſident.
Maréchal de Camp
Mad.la Marquife de Bertillat.
le Marquis de Soyecourt , Maréchal
de Camp.
de la Hubardiere.
Mad. Defcouffaut.
Quarré , Marchand Tapiffier.
Mad: la Préfidente Portail , la jeune.
68 66
2277
257 35
II 6 21
2147
10 4 S
200 22
2
Nij
256 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Suite du 26 Novembre.
le Vicomte de Vaudreuil.
i
( A réunir au 21 Novembre. )
Mad. la Comteffe de Brienne , mere.
Barbaut de Glatigny , Intendant
général des Poudres.
de Maupou d'Ablaige.
Bourfier , Secrétaire du Roi.
de S. Memin , Prévôt général
des Maréchauffées à Moulins.
le Comte de Mortagne , Lieut . gén .
Armet , Notaire .
Mad. Tartereaut , veuve de M. de
Bertemont , Capit. des Grenadiers.
Sareau.
Duperrier , Procureur au Châtelet.
de Bérulle , Intendant de Moulins.
Mad. Rouffel.
m. 6. g.
312 4
61 3 I
42 4 1 1
21 I
43 7 6
72 33
347 7 3
57 4.6
9236
24
45 2.4
2
N
I
2
Du 27 Novembre.
Poncieu Vié , Négociant à Paris .
l'Abbé de Cîteaux
297 S
28 2
156896 6.21
113 21
2
689 4 I
Autre envoi le 15 Décembre. )
le Mercier , de S. Germain en Laye.
Mad. la veuve Baillon , de S. Germain
en Laye.
le Duc de S. Aignan.
Hazon , Intendant des Bâtimens du Roi .
de Meulan , Recev. gen . des Finances.
Mad. Drouillet , Veuve .
Boulogne de Préninville.
Mad. de la Bliniere.
17
17 7 71
320 37
35 27
365.5 6
271 6
103 6 S
123
JANVIER. 1760. 257
Suite du 27 Novembre .
Meffieurs
Marchand , Argentier de la Reine ,
Payeur des Rentes .
Du 28 Novembre.
m. o. g.
5756
159011 5
de Jor de Fribois , Fermier général.
le Comte de Montboiffier.
Henry , Maître des Comptes ,
l'Abbé Chauvelin .
Jean-Paul Silveftre , Suiffe de nation.
Mad. de Lemeric.
Hefnin , Maître d'Hôtel du Roi.
le Marquis de S. Prić .
Garet.
le Maréchal de Luxembourg.
( A réunir au 4 Novembre.)
le Bar de Pailly , Gentilhomme de
Madame la Dauphine.
Bereul , Rec. des Tailles , à Blois.
de Maupaffant , Secrétaire du Roi ; &
fes fils.
Mad. la Maréchale de Löwendhal.
Du 29 Novembre.
Haliffan , Payeur des rentes.
de Chavannes , Confeiller au Parl.
Dudit fieur.
Nigon , Rec gén. des Dom . & Bois ,
Généralité de Caen,
Du fufdit,
320 I 3
166 4 6
40 S
I
2
216 21
2
45 7
I
2
99 6 1
138 2 11
2
93 171
2
I I I
2
672
2214 2
3854
2017 2
72 2
160480 3,612
207 I 2
131 1
21 1 61
42 T 4
353
2
N iij
258 MERCURE DE FRANCE.
Suite du 29 Novembre.
Meffieurs
'de Lafontaine le jeune , Sellier du Roi.
Roullier , Miniftre & Surintendant
des Poftes.
de Laporte , Orphévre , rue de l'arbre
fec.
m. o. g.
63 57/2/20
765 5 11
19 3 S
le Marq. d'Equevilly , Mar. de camp. 185
le Marquis de Marolles , anc. Capit.
au Régiment du Roi , Infant.
l'Abbé Ballin , Chanoine de S. Louis
du Louvre.
le Vicomte de Courteaumer , Brigad.
des armées du Roi.
Mad. de Waubert.
Varin , Secrétaire du Roi .
Viard de Molleron , Gendarme de
la Garde.
Mad. la veuve Dorneau.
I
92 7
49 2 7
5046
127 7 4
133 7.
IS 4 4
L'Hôtel de Ville de Paris.
204 I
433 6 7
162892 6 4
Du 30 Novembre.
Mad. Perrin , Veuve du Gouverneur
des Pages de la grande Ecurie.
Gaultier de Vinffre , prem. Lieuten.
de la Prevôté de l'Ifle de France .
Renard, Officier de Marine.
Du Décembre.
Clément , Notaire .
Mad. la Première Préfid . Pelletier.
l'Archevêque de Narbonne.
de Saint-Amand , Fermier gén.
35 26
2354/2/2
86
163037 7 11
4063
15673
857 1
29423
JANVIE R. 1760. 259
Suite du Décembre.
Meffieurs
Terray de Rofieres , Procureur gén.
de la Cour des Aydes.
Clément de Feuillet , Conf.au Parl.
Mad. l'Abbeffe de Fervacques.
de Courteille , Confeiller d'Etat ,
Intendant des Finances.
Meffen , fils , Confeiller au Parlem.
de Lagarde , Fermier général.
le Maréchal de la Tour Maubourg.
le Marquis de Valory , Lieut. gén .
Arthault Bourgeois de Paris.
Bernard de Boulainvilliers , Préfid .
au Parlement.
Mad Befchard, Mde à la toilette.
Mile Didon.
(Autre envoi le 7 Décembre. )
{ Au.re envoi le 11 Décembre. )
de la Live de Pailly , Brigadier des
Armées du Roi.
Mouchard , Receveur gén. des fin.
Du 3 Décembre.
Marefchal , Falotier du Roi.
Mad. de Montmorency , Veuve du
Colonel .
de Vernege , Major des Gendarmes
de la Garde .
Cornueau , Tréforier de M. le Duc
de Penthièvre .
Hufnot , Avocat au Parlement,
le Maréchal de Richelieu .
d'Oriac , Confeiller d'Etat , Prem.
Préfident au Grand Confeil.
Plus
m. o. g.
23036
61 II
64 4
38326
247S
22632
171 6
307 3 3
25
343621
53
163 62
46 4
448 6.2
166113 7 1
33 36
5925
4253
•
23252
88
ΤΙ
148 3 S
61
487 7
[
260 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Suite du 3 Décembre.
de Fontette , Intendant de Caen.
le Monnier , de l'Académie des Sc.
Caron fils , Payeur des
rentes.
Plus ,
m. o.
g
38 71
356
61 667
2383 5
159 37
Plus ,
( A réunir au 16 Nov. )
17 7
de Manneville , Confeiller au Parl.
Guinaud , Portemanteau du Roi.
Favieres , Confeiller hon. au Parl.
Aubry , Traiteur.
Mad. la Veuve Dorneau.
Huet Prieur d'Hatys , Chanoine
de St. Victor.
Defgranges , Maître des Cérém.
de Boifqueftans , ancien Capitaine
de Cavalerie .
Mad . la Maréchale de Lamotte-
Houdandourt.
de Laporte , Bourgeois de Paris.
Mlle Jacquet , Bourgeoife de Paris.
Tiffet , Mar. des Logis de la Reine.
Mad. la Veuve de M. de Lahaye ,
Fermier général .
Noel , Maître Layetier.
Dumoulin , Traiteur .
* 60 ·4
186 6 3
114 2 2
686 &
7 3
2367
162
389 64
1516 1
20-52
39 44
135 7.
2935r
827
96 22
Martel , Notaire. 136 3
Lambert , Tréſorier de Fr. de la
Généralité de Paris.
2362
769815 4 6
Du 4 Décembre.
le Comte de Troiville , Gouverneur
du Pays de Soule. 167 32
JANVIER. 1760.
261
Suite du 4 Décembre.
Meffieurs
Broulle , Avocat.
le Carpentier , Architecte du Roi.
Mad. la Veuve Baillon.
de Charlais , Secrétaire du Roi.
l'Abbé Belon , ancien Chapelain
du Roi.
Mlle Demont , fille du Capit. Suiffe.
le Duc de Mortemart.
Chalut de Verin , Fermier général.
Thiroux de Chameville , Régiffeur
des Poftes.
l'Evêque de Langres.
Mad. Duval , Veuve du Commandant
du Guet.
de Tourville , Capit, aux Gardes.
de Bieuville , ancien Gouverneur
de la Loufianne.
de Pernon , Député du Commerce.
Mad. la Comteffe de Létang , petite
fille de M. le Maréchal du Bourg.
Léger , Ecuyer.
Mad . la Préfidente Talon.
le Comte d'Efpars.
de Saint- Jean , Greffier en chef des
dépôts civiis du Parlement.
l'Avocat , Maître des Comptes.
Das Décembre.
le Comte de Valentinois .
Roffignol de Baligny , Secrétaire des
Commandemens de la Reine.
'm . o. f.
764
81
16 6
1437
7
53411
133 1
1967 6
172 6 2
624 63
83
185 si
132
173 4 1
81 S 4
404 4 S
785
225 75
7511
344 3
245 S
172916 43
127 3
9026
6
33
Guyon . Directeur gén. des Monnoies. 182
Brunet , Bourgeois de Paris.
282 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Mile Didon.
Suite du Décembre. S
( A réunir au 1 Décembre )
m.o.g
75
Mad. Drouin, de la Comédie Franç. 32 7
( Autre envoi le 7 Décembre. ).
Deseffarts , Correcteur des Comptes .
Mad. la Ducheffe de Luynes..
le Cointe de Vaſtan .
157 6 1
4
2066 5
158 i
23 1 6
Mlle Millot.
Mad. la veuve Pellet , ancien Echevin. 113 1 I
Mad . la veuve Dorneau.
Rode , Négociant .
Mad . Valon.
Mlle Deftouches.
le Marquis de la Ferriere , Lieutenant
des Gardes du Corps.
Laifné , Notaire.
Mad. la veuve Taffin , & fes fils ,
Banquiers.
Du 6 Décembre.
667
88 4 4
37 3 2.
46 7
1764 2
94 I I
180 2 5
174774 2 2
248 3 I
573
209 S.
205 4.4
140
102 7
2
Romerey , Confeiller au Parlement.
Chevalier , Major de la Baftille.
le frince Tingry .
Mad . Tribolet , veuve du Secrétaire
du Roi.
Mad Dufauffois , veuve de l'Ecuyer
du Roi.
Plus en or 2 on. 6 g. 27 d.
Grégoire , Elu.
de la Leu , Secrétaire du Roi.
de la Leu , Notaire & Secrét . du Roi.
le Conne d'Harcourt.
Mad. la Marquile Dorvillé.
149 7 4
153
113 7
3574
JANVIER. 1760. 263
Meffieurs
Suite du 6 Décembre.
Perin , Bourgeois de Paris.
Carpentier , Auditeur des Comptes.
Mlle Girardeau de Préfond , Bourgeois
de Paris.
le Marquis de la Rouvoie.
le Marq de Verneuil , gr. Echanfon.
Pean de Mofnac , Maît. des Comptes.
Ourfin d'Igoville , Recev. gen. des Fin .
Du 7 Décembre.
m.o.g
36 3
4843
6747
12335
142 7 3
59 5 .
214 3 4
176829 ཉ ;
le Baron d'Oppe le,Capit . de Gendarm . 46 7 3
Mad. Drouin , de la Comédie Franç.
a porté en or 6 on . 2 g.,& demi..
( A réunir aus Décembre. )
Maurin , Notaire.
l'Abbé Bélon , en ors on. 3_g•
Portail , ancien Pr. Préfid . au Parlem.
Galet , Secrétaire du Roi.
Gillet , Trésorier de France.
Belnier , G effier en chef de la Cour
des Aydes.
de Carbon , Secrétaire du Roi.
le Comte d'Argenfon , & Madame
fon épouſe.
le Duc de Chevreuſe , de la fucceffion
de M. le Duc de Luynes.
14 7
338
67
2473
171 6 :2
91
421-4
417 S S
de Ruelle , Traiteur privilégié du Roi. 29 6 2
le Duc de Villars .
Fontaine , Recev . gen. des Fin.
Guerin , Notaire.
35 42
254 I
8628
de la Haye des Folles , Secrét. du Roi. 150 5 7
Cadeau , Payeur des Rentes. 75 47
179953 I
264 MERCURE DE FRANCE
Du 8 Décembre.
Meffieurs m. o. g.
Amelin , Officier du Roi, 146 I S.
179199 2 5!
Du 9 Décembre.
de Cogorde , Secrétaire Greffier du
Confeil privé du Roi.
de Chaffelas , Bourgeois de Paris.
de Richebourg, Recev. général des
Aydes de Noyon.
Du 10 Décembre.
Houftet , Chirurgien de Paris.
de Monge , Ingénieur en chef do
Bergue-Saint- Vinok.
Démur , Notaire.
Blanchet pere , Proc, au Parlem.
Pierre , Jouaillier.
le Marquis de Charleval.
Huillot , Fermier des Poudres.
le Comte de Pont S. Maurice .
Gilet , ancien Echevin , rue des
Lombards.
Gondoin , Secrétaire du Roi.
Hupeau , premier Ingénieur des
Ponts & Chauffées.
le Marquis de la Tour-du- Pin .
l'Evêque de Metz .
Plus ,
Bijot , pere , Maître des Comptes.
Bijot fils , Maître des Comptes.
2825 I
23266
63 7 x
479778 S S
3835
40 6 6
46 3 I
217 2
2
I
35.7 2
47 7 3
275 6
167 3 5
93 3 4
1256
I
903 51
2
474 4 S
609 I 6
14 4
67 7 11
2
363 2
Suite
JANVIER. 1760. 265
Meffieurs
Suite du 10 Décembre,
de Saint Hilaire , Conf. au Parlem.
Mad. Mouhette.
Seriny , Avocat au Confeil.
( Autre envoi du 12 Décembre. )
Gigault de Crifenoy , Fermier gen.
l'Abbé Couturier , Supérieur du Séminaire
de S. Sulpice.
Mad Bellanger Deffenlis , Veuve
du Confeiller au Parlement.
Caron , fils, Payeur des rentes.
( A réunir au 16 Novembre. )
de Mortieres , Colonel d'Infanterie.
Rouffeau , Payeur des rentes.
de l'Eglife de Notre - Dame.
Mlle Guichon , Bourgeoife de Paris.
Barion , Bourgeois de Paris.
de la Briffe Damilly , Prem. Préfid.
au Parlement de Bretagne.
de Montreuil , Préſident de la Cour
des Aydes.
de Vanolles , Confeiller d'Etat.
de Courchamp , ancien Capitaine
aux Gardes.
Mlle de Monteffon.
Titon , Confeiller de Grand'-Ch.
au Parlement .
Titon , fils , Confeiller des Enquêtes
du Parlement .
l'Abbé de Clermont - Tonnerre.
l'Abbé de Villarceau.
Salmont Avocat du Roi au Grenier
à Sel de Paris.
Verzare de Beauchamps.
I. Vol.
m. o. g.
122 I
18 6 [
2
43 27
208 I 2
29 6 6 1
164 3
121 3 5
18 7 41
185 05
6
58 t
6
942
70
1984
33 53
26956
158 I I
64 I S
673
2349
855 6
323 1
7615
45 14
о
266 MERCURE DE FRANCE:
Suite du 10 Décembre.
Meffieurs
de Lelo , Bourgeois de Paris.
Tercier , ancien premier Commis
des affaires étrangeres.
Doutremont , Avocat au Parlem ,
Pronfteau , Capitaine de la feconde
Comp . des Gardes de la Ville.
Plus , en or , 4 onc. 4 gr. 2., 12 gr .
Du 11 Décembre .
m. o. g.
27 1
6966
65 5 3
47
185149 $ 2
Carpentier , Contrôl . de la Chancelle .
Mad. Cochepect, veuve du Secrétaire
du Roi.
Plus , en or , I m. 2 onc. 2 g.
( Autre envoi le 12 Décembre. )
Thiroux de Montfauge , Ferm . gén .
des Poftes.
Tourol , premier Valet de chambre
de M. le Duc de Bourgogne.
Rougeuil , Boulanger.
Langlois , Traiteur.
le Marquis de Percez .
Lavoifies , Procureur au Parlement,
Perichon , Tréforier des Colonies .
d'Arnaud , ancien Conful.
de la Lourcé , Avocat,
Mlle Didon .
( A réunir au Décembre. )
43 I E
66 I
86 I
ช
2
28 22
17
41 6 5
I
2
177 5 7 2
42 34
127 I
35 2 1
16
s
2 1
41/2
Mad. de la Leu , Veuve du Secr . du Roi . 35 2 4
de Vaudefir , Tréforier général des
Colonies.
de Boiffablou , ancien Prevôt de la
Connétablie.
243 56
2374
JANVIER. 1760. 267
Suite du Décembre.
Meffieurs
le Prince de Monaco .
Mad. la Veuve Gallier.
l'Abbé Baifle , Chapelain ord. du Roi.
Dujardin , ci-devant Me d'Hôtel de
feue Son Alteffe Royale Madame.
Chuppin , Tréforier du Marc d'or.
de Vauffel , Grand Maître des Eaux
& Forêts de France.
Terray , Conf. de Grand' -Chambre .
Cabeuil , ancien Subrecargue de la
Compagnie des Indes .
le Comte le Danois , Lieuten . gén.
Mad. Volande , Bourgeoife de Paris.
Damours , Avocat au Confeil , Secr.
du Roi.
Mad. Defaudrais .
Marin Carto , Md Mercier.
Bernard de Ballinvillier , pere.
Lebegue , Md Mercier.
( Autre envoi le 20 Décembre. )
Mad . Beurder , Bourg, de Paris.
Mad. Nantiat.
Plus , en or , 3 onc. I g. 21 gr.
Du 12 Décembre .
de Vernage , Médecin.
( Il a fait porter le furplus à la
Monnoie de Tours. )
de Vigny , Ecuyer du Roi.
Mad . de Lange , Veuve du Payeur
des rentes.
Thiron , Orphévre.
Thiron , ſon frere , Orphévre.
m. o. g.
604 3 2
604 6
56 36 7
21 35
104 4
365 3
220 4 I
95 12
187 7 3
119 6 6
45 52
119 7
44 4 4
169 2 4
6 14
4 3 3
2784 %
188644 4 I
168 36
38
IIO 4 7
96 4
60 36
O ij
268 MERCURE DE FRANCE.
Suite du 12 Décembre.
Meffieurs
Mad. la Comteffe de S. Severin .
{ A réunir au 5 Novembre. }
le Marquis de Putange.
les Gardes du Corps de la Mercerie.
de Seriny , Avocat .
( Aréunir au ro Décembre )
les Freres Religieux de la Charité.
Miotte de Ravanne , Grand Maître
des Eaux & Forêts , arrivant de fa
tournée.
l'Évêque d'Auxerre.
Mad. Cocheput.
*
m. o. g.
2
141 1 61
2
119 2 1
2
Plus en or on. 2 gros & demi 24 g.
( A réunir au 11 Décembre. )
Bouffi & Dangnart , Négocians .
Plus en or son. 2 gros & demi 24 g.
de Valcourt , Maître d'Hôtel du Roi ,
& Maître des Comptes.
Rouffel , Avocat .
de Bonnefoi , Officier de la Reine.
du Coin de Lenti , Négociant .
Devry , Maréchal-des-Logis de la Cavalerie
de l'armée du Bas Rhin.
44
so s si
300 3 3,
124
I 120 7 11
58 4 4
19 2 3
334
200 2 S
40 2 3
le Préfident Defvieux. 15846
les Jacobins de la rue S. Dominique ,
Fauxbourg S. Germain.
84 4 5
Loftanges , Marquis de S. Alvere . 139 24
Mad. la Marquife de Goisbriant , Dame
de Mefdames.
1223
Hemart, Secrétaire du Roi , ancien
Payeur des Rentes.
Duval pere , Bourgeois de Paris.
8124
5467.
Plus
14 7
JANVIER. 1760. 269
Suite du 12 Décembre.
Meffieurs
Landry , Recev . gen. des Fin .
la Ducheffe de Villeroi.
Paul Vincelius , Banquier.
le Marquis de Chaziron.
Dutartre , Notaire.
Du 13 Décembre.
Bontems , Notaire.
Auvray , Secrétaire du Roi.
Mad. Auvray.
le Marquis de Villemur.
l'Abbé Cher.
Chauffechat , Confeiller en la Cour
des Aydes.
Raimond , ci-devant Maitre d'Hôtel
du Roi.
Plus ,
Junot , Notaire.
Plus ,
Rolland de Trémeville , Recev. gén.
des Finances.
le Marquis de la Sonne , Lieut. gén.
Monfle de Champigny , Confeiller
de Grand'Chambre.
m . o. g.
213 7 3
158 4 1
35 7
179 I 2
94 4
19158574
Plus ,
Chevalier , pr. Commis de la Marine.
Pageaut , Secrétaire du Roi.
les Religieux Bénédictins du Prieuré
de S. Martin .
Jolly de Fleury , Intendant de Bourgogne
, en or 7 on. 3 gros 6 grains.
127 I S
107 S I
46 7 5
159 22 2
173 I I
109 7 4
46 6
149 I 3
204 I
"
2 472/
148 7
378 4 33
136 7 3 /
12 64
44 3 S
63 I S
I2I
O iij
270 MERCURE DE FRANCE.
Suite du 13 Décembre.
Meffieurs
Caron , fils , Payeur des Rentes.
( A réunir au 16 Novembre . )
Barge , Bourgeois de Paris .
Vailfelle de la fucceffion de M. le Duc
de Béthune .
de Bazoncourt , Me d'Hôtel du Roi.
de Beaumanoir , Tréforier de la Maréchauffée
de France.
Voigny , Secrétaire du Roi.
m. o. g.
2 2 4
12 7 6 1
794 67
243 7
147 4 2
le Marquis de Galifet.
Chicquet , Secrétaire du Roi.
Chicquet , Chevalier de S. Louis.
Chicquet de Champrenard.
Verne , Avocat.
Jard , Accoucheur de Mad. la Dauphine.
l'Evêque de Soiffons.
Nau , Marchand de drap , fourniffant
l'armée.
de Seve , Confeiller au Parlement.
la veuve Dát , Bourgeoile de Paris .
Mad. Ploffoin , veuve , Bourgeoife
de Paris.
Plus en or 2 on. 3 g. & demi 30 gr.
Guillet , Maréchal - des- Logis du Roi.
Prevoft , Secrétaire du Roi.
Mad. la veuve Thoynard.
Du 14 Décembre ..
ISS 6 I
292 I
57 3 4
40 4
45 S 4
48 6 7
58
9862
•
6567
110 2 2
13 2 3
39 $ 3
35
209 3 6
196 4 6
196285 471
62 46
Mad. l'Abbeffe de Jouanne .
Jolly , Bourgeois de Paris.
de Motte , Tréforier da France.
Barois , Payeur des Rentes.
27 36
131 4 I
47 2 7
le MarquisDarmentieres , Lieut . gen. 171 2 7
JANVIER . 1760 . 271
Suite du 14 Décembre.
Meffieurs
Chatillon , Tréforier de M. le Comte
de Charolois.
le Comte Defcignac.
Plus ,
Ravot , Banquier en Cour de Rome.
de la Fontaine le jeune , Sellier du Roi.
Rolin Deffarts , Grand Maître des
Eaux & Forêts.
Plus , en or 3 on. 4 gros.
Caron , fils , Payeur des rentes ,
en or , ƒ onc. 4 gr. ! .
(A réunir au 16 Novembre. )
Mad. de Bacquencourt.
Mad. Gaultier , Bourgeoile de Paris.
Mlle Clairon , de la Com . Franç .
m. o. g.
607712
279 4 S
943
78 47
82 1
142 3 I
20656
9575
131 5 4
3654 Hazon , Confeiller au Châtelet.
Patu , de Compiègne.
66 13
l'Abbé Aniffon 214 7 6
Mad. la veuve de M. Gobelin , Au- .
diteur des Comptes. XII 3 3
Mad . l'Abbeffe de Port- Royal . 24 6
Mad. Guimaudet , Bourg. de Paris. 167 6 S
Gaultier, Fermier général.
Hégron, Directeur des Aydes de
Vitry-le-François.
Mad , la Préfidente Saulnier.
Boulonnois , Subftitut de M. le
645 2
39 5
19 7
Proc. gén . 199 2 2
198695 6 4
Du 15 Décembre.
de la Hogue , freres.
Duchaufour.
Bargé.
60 3
144 64
I 3
272 MERCURE DE FRANCE .
Suite du is Décembre.
Meffieurs
Maffon de Pliffay, Ch . de S. Michel .
les Bénédictins Blancs- manteaux,
La Paroiffe de Bonnes - nouvelles.
de Creil , Confeiller d'Etat .
( Autre envoi le 17 Décembre. )
( Autre dudit jour. )
Mad. la Marquife de Latafte.
Maillard , Proc . au Parlement.
Girault l'aîné , Notaire.
de Brie , Huiffier au Confeil .
de Luze , Chirurgien du Roi.
l'Abbé de Cîteaux.
(A réunir au 27 Novembre.)
les Gardes de la Mercerie.
Loir , Confeiller au Change de la
Monnoje.
de la Porte , Commiſſaire général
de la Marine .
Patu , Notaire .
le Marquis de Rothelin.
de la Salle , Lieutenant général .
de Chateauvillard , Me des Comptes
& Commiffaire des Invalides.
Mlle de Beffe de la Richarderie .
de la Croniere , Confeiller à la Cour
des Aydes.
Mercier, Fermier général.
Charon , Fermier général .
Lavocat, Maître des Comptes.
de Montmorand , Baillif d'épée de
l'artillerie de France .
le Curé de Marck , Diocèſe de Boulogne
près Calais.
m. 0. g
243 17
586
;
18 I
79 2 [
2
181 2
812
39 3
42
24
717
20 S 4
54 3 5
246 2
48 3 3
1996
146 6
130 2 4
98 14
816
118 7
179 S S
10 2 4
2766
13.64
2
I
MNMN
I
2
JANVIER . 1760. 273
Suite du 15 Décembre.
Meffieurs
De places , Notaire.
du Chapitre de Saint-Honoré.
m. o. g.
196 2
100 4 312
Du 16 Décembre.
La Chambre des Orphévres a porté
le 15 dudit après l'état envoyé.
Nau , Payeur des rentes , pour Mad .
fa mere.
le Marquis de Champigny de
Montgon.
Du 17 Décembre.
Mad. la Comteffe du Rumain .
Labbé du Lingondés .
Bataillon , Bourgeois de Paris.
Gachier , Maître des Comptes.
du Caffau de Montfort , Bourgeois
de Paris .
Philippes , Lieutenant général.
Durieux , Bourgeois de Paris.
Mad. la veuve Saugrain.
201990 45
de Saulx , Chev. d'hon . de la Reine.
Mad. Poupart , veuve de M. Cottin ,
Entrepreneur des Manufact. des
toiles peintes de l'Arfenal .
le Préfident Ronard.
100
3872
1
80 I 3
2022095 2
146 S
178 4 6
192 I 6
(Autre envoi le 18 Décembre. )
Mad. la veuve Dat , Bourg. de Paris.
Maffé , Confeiller de l'Acad . Royale
de Peinture & Sculpture .
Roland de Fonferieres , Secr . du Roi.
Geoffroy , Caiffier général .
Viel , Procureur au Parlement.
29. I
73 17
92 6 I
20 2.2
157 6 I
197 S 4
71 6
8472
7
62
66 IS
I
2333 2
6
125 4
48 I 3
274 MERCURE DE FRANCE.
Suite du 17 Décembre.
Meffieurs
Mad . Geoffroy , veuve de M. le Grand ,
m. o.
Maître des Eaux & Forêts.
214 4 5
( A réunir au 31 Octobre. )
de la Chambre , Md. Orphévre. 102 S
Meulan des Fontaines . 171 4 7
Mad. Roettiers , épouſe
du Graveur général
114
des Monnoies. 107 3
Plus , 6-5 I
de Creil , Confeiller d'Etat.
( A réunir au 15 Décembre . )
le Comte de Beaujeu Chavigny.
58 1 2
8163
les Dames Feuillantines du Fauxbourg
Saint Germain.
9362
La Paroiffe de la Chapelle S. Denis ,
Fauxbourg S. Lazare . 2355
93 2
le Duc
d'Aiguillon.
Morlet a porté de la fucceffion de
M. Bidaut , Huifier de la Chambre
du Roi.
de Broqueville , Négociant.
Les Religieux Picpus , Fauxbourg
S. Antoine .
107 6 I
29 7.3
80 S
Mad. la veuve Gliffe , Maît. Rubanniere. 22 44
( Autre envoi le 18 Décembre. )
( Encore le 20 dud . )
Riquet , Marchand de Paris.
Mauduis , Traiteur.
de Novion , Præfident à Mortier.
de Valville , Subdélégué de Nogent
fur Seine .
Graffin , Maréchal de Camp .
( Autré envoi le 18 Décembre. )
Les RR. PP. Jéfuites du Collège de
105 2
IS 4 4
182 4
47 I S
190 I 4
JANVIER , 1760 . 275
Suite du 17 Décembre.
Meffieurs
Louis le Grand.
m . 0. g.
63335
de Creil , Confeiller d'Etat. 159 47
( A réunir au 15 Décembre. )
Mad. la veuve de S. Jean. 166 11
206488
Mad. la Marquife de Chevoile. 155 12
Du 18 Décembre .
de Tabois , Gentilhomme ord . du Roi. 244 2 2
Le Chapitre de S. Etienne- des - Grès.
Guyot , Doyen de MM . de la Cour
des Aydes.
L'Abbaye S. Germain des-Près.
Mad. de la Bourdonnois.
Mad. la Marquife de la Lande .
le Préfident de Guébriant.
ود
6753
194 6
I
300 1 2
84 7
368 S Chevalier , pr. Com . de la Marine.
130 IS
Pavé , Secrétaire du Roi. 322 3 6
26
35
Graffin , Maréchal de Camp .
Muly , Elu à Meaux .
( A réunir au 17 Décembre. )
Patu , Secrétaire du Roi .
Mad . Saulnier , Légatrice de M. de
14 4 I
5537
la Peironnie , pr . Chirurgien du Roi. 106 r
Hoquart , Tréforier général de
l'artillerie .
Mad. la veuve Gliffe.
( A réunir au 17 Décembre. )
Mad . de la Briffe , ancienne Intendante
de Caen .
MM, de l'Inftitution de l'Oratoire.
Begon , Procureur au Châtelet.
MM . de l'Oratoire , rue S. Honoré ,
Maucler , Directeur gén . des Vivres.
le Dran , Tréforier des Vivres.
189 7 S
254
125 36
336
90 12
200 2
523
39 42
276 MERCURE DE FRANCE.
Suite du 18 Décembre.
Meffieurs
Mad. Poupart , veuve de M. Cottin ,
Entrepreneur de la Manufacture
des Toilles peintes de l'Arfenal.
( A réunir au 17 Décembre. )
M. Bonneau , Secrétaire du Roi.
Efmonen , intéreflé dans les affaires
du Roi.
Panelier, Recev, des bois de Senlis
& Compiegne.
Maincent , Syndic des Tontines .
Morand , Chirurg. Maj . des Inval.
Cochin , ancien Echevin.
le Comte de Manherbe , Lieut . gén.
Saget , Conf.au Parlement .
Eftienne , Traiteur.
Mefd. de l'Abbaye du Val de Grace.
Jolly, grand Audiencier de France.
le Marquis du Muy , prem. Maître
d'Hôtel de Madame la Dauphine ;
de la fucceffion de M. fon pere.
( A réunir au 19 Novembre. )
Gitton de la Ribellerie , Secr . du Roi.
le Marquis de Souvré.
le Caron , Maître Particulier & Lieutenant
des Chaffes de Laifgue.
de Beauval , Major de Compiègne.
Hardy , Contrôleur des rentes fur
les Fermes,
de Montion , Confeiller au Grand
Confeil.
le Marquis du Muy, de la fucceffion
de Madanie fa mere.
( A réunir au 19 Nov. )
•
m.o.g
2326
1965 6
187.6 I
34 23
215 3
7552
46 I 6
2
59 I
99 3 3 t
III 3
32 3
202 4 6
46 4 7
51 27
145 4
30 3 2
24 4 I
48 I
2
177 7 41
309 I 4
211301 312
I
Du
JANVIER. 1760. 277
Du 19 Décembre.
Meffieurs
Les Religieufes Filles- Dieu.
Mad. de Sabourni.
Teftard Dulis , Ecuyer.
Brochand , Marchand .
Gauzen.
Prépaud, Régiffeur des Droits réunis .
de la Bourdonnois , Conf. d'Etat .
l'Abbé Mercier.
Mad. Chalé.
le Comte de Varas.
le Blond , Contrôleur des rentes.
Antoine Day , Officier de la Chambre
du Roi , Chev. de S. Louis.
Gorand , fils , Marchand.
m. o. g.
33 4
207 7 1
89 7 7
23067
6062
97 I
142 S 6
124 4 7
5572
817 !
64 2
2839
24 4
Gorand , pere.
Les Carmes Billettes,
Les Dames de l'Union Chrétienne de
Saint-Chaumont,
Meffager , Md Epicier.
Mad. Latour , Veuve .
Dauffet de Coulange , Munitionn.
des Vivres de la Marine.
Tellès Dacosta , Secrétaire du Roi.
Bignon , Bibliothécaire du Roi,
Mlle Delin , Bourgeoife.
Billeheu , Contrôl. Contregarde.
de Varenne , anc. Conful , & Quartin.
Aubry , Avocat au Parlement.
Les Jacobins de la rue S. Honoré,
Les Auguftins du Grand Couvent.
le Duc d'Ancezune.
1. Vol.
55 4: 312
5356
66 47
74
21
2206 t
15563
104 4 42
24 IS
48 3
72
834
6
927 I
757
114 2
140 3 2
213824 3 4
P
2
278 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Du 20 Décembre
Mad . de Bouju, demeurante à Cham
amyong.
pagne , près Baumont fur Oife, cd14 4 54
Cury , Contrôleur des Tréforiers desa
troupes de la Maiſon du Roi.
MM. Mercier.
le Comte de Soyecourt , Meftre de
camp , Capitaine de Dragons au
Régiment de Thiange.
Petit , ancien Conful.
Mad . la veuve Langlois de Rezy ,
Confeiller au Parlement
Bernard de Balinvillier , pere .
( A réunir au 11 Décembre. )
Faget , Chirurgien Major des Gardes
Françoiles.
Mlle Carbonnet.
de St. Roman , Maître des Comptes.
Marchand , Secrétaire du Roi.
Marchand le jeune , Notaire.
le Comte de Valbelle .
Doublet , Avocat au Parlement.
Berthelin , Bourgeois de Paris.
Mad . de la Coré la mere.
du Poulpry.
de Beaumont , ancien Directeur de
l'Académie de S. Luc.
bir
24 : 4
101 2 3
105 1 4
856 1
116 4 6
I 4
97
125 1
68
42 7 2
109 3
1966
$ 3.4.71
72 5
542 25
42 2 5
de Bragelonne , anc. Capit. aux Gardes. 58 5 a
Mad . Gliffe,
( A réunir au 17. Décembre. )
Caron , fils , Payeur des Rentes , a remis
en or 3 onc 4 gr . 12 grains.
(A réunir au 16 Novembre. )
Les Barnabires.
Cazalu , Tiéforier de France ,
3866
79 5 4
JANVIER . 1760. 279
Meffieurs
Suite du 26 Décembre.
Pirrepape , Négociant.
Guillaume , Serrurier.
Plus en or 3 gros & demi 27 gráins.
Mlle du Pourpry.
le Paige Ecuyer de Mad.la Dauphine .
Kornmann , Banquier.
Bayeux Infpecteur des Ponts & Chauff.
Les Religieufes de Sainte Elifabeth.
Les Religieu es de Sainte Marie , rue
S. Antoine.
Mad . la veuve Bonfils.
Les Religieufes de la Conception .
Moucade , Avocat.o
7 21 Du 21 Décembre :"
Marteau , Docteur en Médecine.
m . o. g.
7657
3621
41 6
542 $
117 2 4
17 6 41
46 1
·5167
176 1 6
34 62
832
215714 1 2 !
16 2 41
26 33 Prevost Defpreaux , Agent de Change .
I
11 Du 22 Décembre.
le Comte de la Vieuville .
l'Abbé Junot , Aumonier des Gardes
Françoiſes.
Durand , Avocat.
Duret , Avocat.
Plus , en or 5 on . 3 gr . 3 grains.
le Gueux - de-la -Varenne , ancien
Intéreflé dans les Fermes.
de la Buffiere , demeurant à Tréguy.
le Préfident Mallet,
Jannelle Douville , Prevoc général
de la Connétablie.
Delpuech de la Loubiere.
425 7
44 2
24272/2
36 17
32 1612
FI 3 I
54 2 3
149 3 7
27 5 4
155 7 1 -
Pij
280 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Suite du 22 Décembre
l'Abbé Lambert , Garde des Archives
de la Chapelle du Roi.
Thierry , Ecuyer ordinaire de la
bouche du Roi.
de Vougny de Petitmont.
des Ragues , ancien Commandant
du Fort Socoa.
Menault , Bourgeois de Paris.
Charpentier , Bourgeois de Paris.
Guircan , Ecuyer.
Robineau, Notaire.
de la Chauffade , Secrétaire du Roi.
Heron de Courgis , Secrétaire du Roi.
Les Mathurins.
l'Abbaye de Chelles.
d'Hericourt , Intendant de Marine.
Mad. Geoffroy .
( A réunir au 17 Décembre . ) 27.
Hurel , Payer des Rentes.
Petit , Confeiller de la Cour des
Monnoies.
Les Chartreux .
Dargent , Avocat.
le Begue , Sécrétaire du Roi.
Cartaut , Huifſier Priſeur.
de Changy .
de Linguede .
le Préſident de Mele ...
m. o. g.
42.6 31
60 7 I
109 7.7
110:
28621
147 5·
80 I I
36
4465
88 65
137 7 2
.
49 S 4
104 4 5
31
113300 64
.
2
11 5 61
98 3 5
72 1
382
934
219 1
19 7-7
de Camp , Pay eur des gages de la
Chancellerie . 1
de S. Georges , Capit . de Vaiffeaux.
Ies Religieufes Miramionnes.
Baillon .
249 1 6
1
194 3 4
13 3 1
2
IS 4 4
12 27
I
JAN VIER. 1760.
281
Meffieurs
Suite du 22 Décembre.
Mad. la Préfidente Saulnier .
( A réunir au 14 Décembre. )
Even.
Corbec , Traiteur
le Préfident Ricouves.
de Moreuil.
Les Hofpitalieres de S. Gervais .
le Baron de Thiers .
Le Séminaire S. Magloire.
m. 0.
4 3 3
5.
16 7 I
823
23 6 3
12 1 4
653
362 41
20 I 4
Les Céleftins .
Les léfuites du Noviciat .
Les Chanoines de S. Victor.
de Laillevault , ancien Brigadier des
Gardes du Corps .
147 2 7
3525
165 7 5
Camufat , Auditeur des Comptes.
Befnier , Greffier de la Cour des Aydes ,
& M. Darcilly , Régiffeur des nouveaux
droits.
71 4 4
6376
192 7 S
3671 4 4
Du 23 Décembre.
Mad. l'Abbeffe de Pont- aux - Dames .
Mad . la veuve Facq.
Mignoneau.
de Derchigny , ancien Intendant de
la Marine.
544
4 6 7
5825 2
2
119 5 3
4683 21
2
Faute effentielle à corriger au total qui eft au bas
de la premiere Page de cet Etat.
Au lieu de 31335 0 4 , lifez 19894 2 S.
P iij
282 MERCURE DE FRANCE.
VIS à Meffieurs les Abonnés du
M..S
Mercure.
ESIEURS les Abonnés font priés
inftamment de croire que ce n'eft point
par négligence dans l'expédition qu'ils
reçoivent quelquefois le Mercure plus
tard qu'ils ne devroient ; le retard, quand
il
y en a , et toujours forcé. Une impreffion
extraordinaire , fans d'autres caufes ,
a retardé le premier Volume de ce mois.
JANVIE R. 1760. 283
HOUEL ,
AVIS.
OUEL, Marchand Chaudronnier , fait ,
vend & achete toutes fortes de Batteries de Cuifine
, & eft inventeur des Fontaines doublées en
plomb laminé , tant fablées que non fablées , &
double de la même manière les vieilles Fontaines ,
ce qui les préferve du verd de- gris , & procure
l'avantage de ne les jamais faire étamer , l'eau ne
pouvant toucher le cuivre en aucun endroit , pas
même aux robinets , qui font de plomb , & tes
boiffeaux compofés d'une matière extrêmement
dure , & dans laquelle il n'entre point de
cuivre. L'Académie Royale des Sciences , après
avoir examiné ces Fontaines , les a approuvées ,
& a reconnu leur grande utilité.
Il vient d'inventer des Fontaines de bois doublées
en plomb , de la même forme & grandeur
des Fontaines de cuivre. Ces Fontaines font d'une
grande durée , & coûtent beaucoup moins.
Il fait des Cuifinières portatives d'une trèsgrande
propreté , très - utiles pour les voyages ,
dans lefquelles on fait du bouillon en trois heures
& cuire de la volaille.
Il vend & loue toutes fortes de Baignoires, avec
un cylindre pour faire chauffer l'eau . Il entreprend
& exécute toutes pièces en cuivre , toutes
fortes de pièces de Chaudronnerie. Sa demeuré
eft au milieu du Marché-neuf , aux Trois Caffétières
du Levant.
284 MERCURE DE FRANCE.
.
Fautes à corriger dans le Mercure précédent.
Page 14 , lignes 15 & 16 : le cinquiéme ou le
fixiéme jour : lifez le quinziéme où le feizième .
Dans le préfent Volume.
Page 23 , effacez le quatriéme vers . Après le,
fixième ,
Non , c'est peu de la mort pour une telle offenfe ,
ajoutez celui - ci :
Que ne puis -je a fon crime égaler ma vengeance !
Page 76 , ligne 24 : cherche : lifez marche.
On a omis à la page 208 , ligne 15, cette note ,
qui fe rapporte à ces mots , de cet homme prodi
gieux : Un des Chefs de ces Sauvages lointains
étonné de trouver qu'un homme qui faifoit de fi
grandes chofes fûr d'une petite taille , s'écria en le
voyant pour la première fois , Ah , mon pere , que
tu es petit ! mais je vois dans tes yeux la hauteur
des chênes & la vivacité des aigles..
Autre note à ajouter à la pénultième ligne de
la Page 212 , fous ces mots , le zèle de fon défenfeur.
Quand toutes nos forces auroient été raffemblées
à portée de Québec , elles n'auroient pas
à beaucoup près égalé celles qui attaquoient cette
capitale , tandis que d'autres corps prefqu'aufli
nombreux envahilloient les deux autres frontières.
Mais il s'en falloit bien que tout ce que nous
avions de troupes fût réuni. La néceffité de faire
face partout avoit contraint de les partager. Un
détachement confidérable couvroit la frontière
du lac Ontario , & devoit foutenir la garniſon du
fort Niagara. M. de Bouriamaque envoyé dès le
JAN VIER. 1768. 285
mois de Mai vers le lac Champlain avec trois bataillons
de troupes réglées , douze cens Canadiens,
& la plupart de nos Sauvages , étoit chargé
d'y tenir tête au Général Amherst . Il le fit avec
fuccès : les Ennemis ne purent le chaffer du
pofte qu'il prit fur le lac Champlain . Il foutine
cette frontiere importante contre tous les efforts
qu'ils firent pendant cette campagne , & même
au mois d'Octobre dernier. Pour difputer la frontière
de Québec , & cette Ville même aux forces
normes des Anglois , il ne reftoit à M. de Montcalm
que cinq bataillons , qui ne faifoient pas
deux mille combattans , & cinq à fix mille kommes
de milices.
APPROBATION.
'Ailu, par ordre de Monfeigneur le Chancelier ,
le premier Mercure du mois de Janvier 1760 ,
& je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreffion . A Paris , ce 31 Décembre 1759 .
GUIROY .
TABLE DES ARTICLES.
AVANT - PROPOS .
Page vij
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE.
ARTICLE PREMIER.
L'Elprit & la Beauté , Fable.
A mon fils .
II
42
286 MERCURE DE FRANCE.
Traduction libre de l'Ode d'Horace ,
- Paftor cum traheret perfreta navibus
Calypto a Télémaque , Héroïde .
Fidelia , Hiftoire Angloife.
16
18
Lettre à l'Auteur du Mercure.
L'Accord parfait , Stances.
A Mile N *** le jour de fa fête .
Vers à Mad. la Marquise de *** . accouchée
d'une fille .
A Madame *** , dont le fils s'étoit enrôlé.
26
56
S &
161
ibid.
Suite des Jugemens fur les Auteurs Anglois .
Fragmens du quatrième Livre des Géorgiques .
de Virgile.
Enigme & Logogryphe.
Aute Logogryphe .
Logogryphus & Chanfon .
62
63
80
93
94
ART. II. NOUVELLES LITTÉRAIRES, ART . II .
NOUVELLES
Aménophis , Tragédie .
Hiftoire de Dannemarc , Tome I.
Letre de M. le Préfident Hénault à M.
Marmontel , Auteur du Mercure...
95
I
136
Annonces de Livres nouveaux. 152 &fuiv !
ART. III. SCIENCES ET BELLES-LETTRES .
Académies. Séance publique de l'Académie
Royale des Sciences. 159
Prix propofé par l'Académie Royale de Chirurgie
pour l'Année 1761 . 171
ART. IV. BEAUX -ARTS.
ARTS AGRÉABLES..
A
PEINTURE.
Prix propofé à l'Academie de Peinture .
Avis aux Soufcripteurs de l'Encyclopédie &
autres.
Mufique.
174
176
177
JANVIER. 1760 . 287
Stographie.
Horlogerie.
trait d'une Lettre écrite à l'Auteur du
Mercure.
ART. V. SPECTACLES.
Opéra .
Komédie
Françoife.
Comédie Italienne.
Concert Spirituel.
ART. VI . Nouvelles Politiques.
Mariages.
Morts.Eloge hiftorique de M. le Marquis de
Montcalm .
fat de la Vaiffelle portée à la Monnoie
de Paris.
Avis à MM. les Abonnés du Mercure .
AVIS.
178
182
185
187
188
189
191
193
202
203
217
282
283
De l'Imprimerie de SEBASTIEN JORRY,
que vis-à-vis la Comédie Françoiſe.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI .
JANVIER . 1760 .
SECOND VOLUME.
Diverfité , c'est ma devife. La Fontaine.
Chez
Cochin
Filiusinve
BrillonSculp 1235.
A PARIS ,
CHAUBERT, rue du Hurepoix.
JORRY , vis à-vis la Comédie Françoife.
PISSOT , quai de Conti.
DUCHESNE, rue Saint Jacques.
CAILLEAU , quai des Auguftins.
CELLOT , grande Salle du Palais.
Avec Approbation & Privilége du Roi
AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier Commis au
Greffe Civil du Parlement Commis au
recouvrement du Mercure, rue Sainte Anne,
Butte Saint Roch, à côté duSellier du Roi .
C'eft à lui que l'on prie d'adreffer , francs
de port , les paquets & lettres, pour remettre
, quant à la partie littéraire , à M.
DE LA PLACE , nouvellement pourvu
par le Roi , du Privilége du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36fols,
mais l'on ne payera d'avance , en s'abonnant
, que 24 livres pour ſeize volumes ,
à raifon de 30 fols pièce .
Les perfonnes de province auxquelles on
enverra le Mercure par la pofte , payeront
pour feize volumes 32 livres d'avance en
s'abonnant , & elles les recevront francs
de
port.
port
Celles qui auront des occafions pour le
faire venir, ou qui prendront les frais du
fur leur compte ,
ne payeront comme à
Paris , qu'à raifon de 30 fols par volume
c'est-à-dire 24 livres d'avance , en s'abonnant
pour 16 volumes.
Les Libraires des provinces ou des pays
étrangers , qui voudront faire venir le
Mercure , écriront à l'adreffe ci- deffus.
A ij
On fupplie les perfonnes des provinces
d'envoyer par la pofte , en payant le droit,
Le prix de leur abonnement , ou de donner
leurs ordres , afin que le payement enfoit
fait d'avance au Bureau .
Les paquets qui neferont pas affranchis,
refteront au rebut.
On prie les perfonnes qui envoyent des
Livres , Eftampes & Mufique à annoncer ,
d'en marquer le prix .
Le Nouveau Choix de Pièces tirées des
Mercures & autres Journaux , par M.
De la Place , fe trouve auffi au Bureau .
du Mercure. Le format , le nombre de
volumes & les conditions font les mêmes
pour une année .
N. B. Le nouvel Auteur du Mercure ,
fe trouve dans l'impoffibilité de donner
le volume de Février , avant le 25 dudit
mois . On fupplie Meffieurs les Abonnés ,
de n'attribuer ce retard qu'aux nouveaux
arrangemens qui l'occafionnent.
MERCURE
DE FRANCE.
JAN VIE R. 1760.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LES DEUX LINOTS ,
Les
FABLE.
Es premieres amours font les plus violentes ,
Mais rarement les plus conftantes.
Un Linot dans fon nid périffoit de chagrin :
Qui fent bien le plaifir fent encor mieux la peine:
L'amour & fon mauvais deſtin
Caufoient tous fes malheurs ; non que d'une inhumaine
II. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
.
Son hommage fût méprifé :
D'une jeune Linote épris , favorilé ,
Il l'avoir ſurpriſe infidèle.
Je fuccombe , dit- il , à ma douleur mortelle:
De ce trait inoui la noirceur me confond.
A fa plainte fuccéde un filence profond ,
A ce filence un défeſpoir extrême.
Il voudroit fe venger ; mais hélas ! le
Quand il faut
aime ?
peut- on
que le coup tombe fuf ce qu'on
Un Linot fon voifin l'entend fe défoler !
Et vole pour le confoler.
L'Amant infortuné s'empreffe de lui dire
Tout ce qui caule fon martyre ,
De lui peindre les traits de l'objet de fes feux
Comme il l'avoit aimé , comme il devint heureux,
Comme il le fuivoit dès l'enfance ,
Comme il fe repafoit fur fa fidélité ; 2
Enfin comme on l'avoit quitté ,
Comme on avoit trahi fa plus douce eſpérance.
Ceffe de t'affliger , lui dit l'autre Linot ,
Je penfois comme toi dans ma tendre jeuneffe ,
· Jeune Linote étoit mon lot ?
Je voulois beauté , gentilleffe ;
Je trouvai tout cela , mon deftin fut charmant ;
Mais l'objet de mes voeux fit choix d'un autre
Amant ;
JANVIER. 1760 . 7
Je ne pus voir fon inconſtance
Sans former le deffein de punir cette offenſe.
Je cherche mon heureux rival ;
Je l'attaque , & je vois , dans ce combat fatal ,
L'ingrate qui prend la défenſe.
Le mépris me rend la raiſon :
Je quitte l'infidèle après fa trahifon .
J'ai pris le lendemain Linote raiſonnable
Qui plaît moins , mais qui plaît toujours également.
i
Peu jaloux des attraits que détruit un moment ,
Je trouve en ce lien durable
Moins d'éclat , mais plus d'agrément.
Les feuls plaifirs du fentiment
Ont une fource inaltérable .
Ami , pour être heureux , tu dois en faire autant :
Efprit folide , coeur conftant ,
A la jeuneffe eft préférable .
Par M. L. PICHENOT .
L'AMOUR DÉSARME.
ᎠDUU Soleil fur notre hémisphère
L'aurore annonçoit le retour ;
Et des heures la main légère ,
En fe fuccédant tour-à- tour ,
De l'Olympe ouvroit la barrière
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Au char brillant du Dieu du jour.
Par degrés verfant la lumière ,
Du fombre cahos de la nuit
Il tire la nature entière ,
Et l'Univers eft reproduit.
Déjà Cérès & fes compagnes
Pour moiffonner les dons nouveau
Se répandoient dans les campagnes.
Les Bergères , loin des hameaux ,
Devant elles dans la prairie
Chaffoient lentement leurs troupeaus
Bondiflans fur l'herbe fleurie.
Sous le verd des berceaux naiffans
Embaumés des parfums de Flore ,
Au bruit des Zéphirs careffans ,
Thémire repofoit encore.
On voyoit briller fur fon tein
Les couleurs vives que la rofe ,
Au foufle de l'Amour écloſe ,
Déploye à nos yeux le matin.
Des fleurs compofoient fa parure :
Sans le fecours de l'impoſture
Elle étoit belle , & fes appas
Fouloient un tapis de verdure ,
Trône immortel de la Nature
Que les Rois ne connoiffent pas !
L'Amour paré des mains des Graces ,
Des ris & des jeux , fur les traces
JANVIER. 1760.
Raffemblant le folatre eſſain ,
Vit Thémire , vola près d'elle ,
Se repofa fur fon beau fein ,
Et fur elle étendant une aîle
Qu'il laiffa tomber mollement ,
Parmi les fleurs , ce Dieu charmant
S'endormir près de l'immortelle..
Les rayons dorés du Soleil
Perçant à travers le feuillage ,
Eclairoient ce riant boccage
Où dans le modefte appareil
D'une jeune & ſimple bergère ,
Thémire fe livre au fommeil :
Du roffignol la voix légère
Chante l'inftant de fon réveil.
Sa foible & timide paupière
Que l'éclat du jour éblouit
Par degrés s'ouvre à la lumière::
Thémire voit, penfe & jouit
Du fentiment d'un nouvel être ::
Comme une fleur qui vient de naître
Son front ferein s'épanouit.
Des fens les organes renaiffent;
Et des fonges qui difparoiffent
Le preftige s'évanouit.
Tremblante & prefque inanimée
En voyant l'amour dans fes bras,
Thémire éprouve l'embarras
Ar
10 MERCURE DE FRANCE.
Qui peint la fageffe allarmée...
91
2
De la pudeur le cri perçanta
Echappe à la bouche ingénue :
Avec tranfport fon ame fent ? A
Le befoin d'être foutenues og
Contre le charme triomphants I
De ce Dieu , qui s'offre à fa vué 3
Avec les graces d'un enfant, pred
Thémire en tremblant le careffe :
Le fouris de la volupté ,
Peint fur la lévre enchantereffectidea
De cet enfant fi redouté ,
Dans l'ame de Thémire excite
AT
.}
Ce fentiment , ce feu vainqueur
Qu'elle ignoroit & qui l'agite :
Un foupir échappe à fon coeur.
Sa foible vertu qui chancelle
Céde & triomphe tour-à- tours
Mais fa fierté qu'elle rappelle
Détruit le charme de l'Amour.
» Enchaînons le Tyran du monde ,
Dit- elle , » & que chargé de fers ,
>> Il laiffe en une paix profonde
» Refpirer enfin l'Univers.
Soudain du brillant affemblage
Des treffes de fes beaux cheveur ,
Certe Nymphe formant des noeuds;
Elle enchaîne l'amour volage.
JANVIER. 1960, 11
Ce Dieu s'éveille , & tranfporté
Des même feux qu'il nous inſpire ,
Il fixe avec avidité
Ses regards tendres fur Thémire :
L'amour avec rapidité
La voit , brule , adore & defire.
Dans les yeux plus beaux que les fiens
Avec complaifance il fe mire :
Il veut s'élancer , & foupire
En appercevant fes liens.
Ses regards languiſſans expriment
Et fes regrets & fes douleurs ;
D'un feu nouveau fes yeux s'animent :
Mais ce feu s'éteint dans les pleurs.
» Divinité de ce boccage ,
Lui dit ce Dieu tout éploré ,
>> Plaignez l'erreur & le nauffrage
» D'un enfant qui s'eſt égaré :
» Prenez pitié de ma jeuneſſe :
L'yvreffe fuit la volupté ;
>> Et l'amour s'égare fans ceffe
» Sur les traces de la beauté.
» Des bras de Plyché que j'adore ,
» Echappé pour faire un bouquet ,
» Dans ces jardins qu'embellit Flore
>> J'ai cru la retrou ver encore
>> En vous voyant dans ce bolquer.
22 Amour , necrois pas me féduire
A vi
12 MERCURE DE FRANCE.
» Par un langage fi flatteur ,
Dit la Nymphe avec un fourire ;
» Je connois ton art enchanteur ,
» Il n'eut jamais fur moi d'empire.
» Tendre , emporté , vif & preffant ,
» L'Amour eſt un enfant perfide
» Qui nous bleffe en nous careffant.
>> Armé d'une fléche homicide ,
» Ton orgueil oſoit afpirer
» A triompher d'un coeur timide ,
>>Et peut-être à le déchirer.
. Pour calmer vos vives allarmes ,
» Lui dit le Dieu , prenez mes armes,
>> Et rendez-moi ma liberté :
» Je n'en aurai pas moins de charmes
>> Et j'en ferai moins redouté.
En brifant fes liens , Thémire
Saifit fon arc & fon carquois ;
Elle parcourt , contemple , admire
f
Les flêches dont l'Amour déchire
Le coeur des Bergers & des Rois.
Depuis ce jour, ce Dieu volage
Parmi les jeux du badinage
Promène fes douces erreurs ,
Et l'Univers paisible & fage
N'eft plus troublé par fes fureurs.
Il folâtre autour de Thémire
Qui fur les mortels , chaque jour ,
JANVIER. 1760 . 13
Lance les fêches qu'elle tire
Du carquois doré de l'Amour.
ENVOI
A Mademoifelle de B ***.
Tor dont l'heureux printems ſçait embellir les ΟΙ
traces
Des rofes de la volupté ,
Reçois ces vers : ils font le prix de la Beauté ,
Et l'Amour les fit pour les Graces,
STANCES
D'une femme à ſon Amant qui partoit
pour l'Amérique.
QUOI voi tu parts cher amant ! Quoi tu quittes
ces lieux
Sans être retenu par le noeud le plus tendre !
Tu parts , fans que les pleurs qui coulent de mes
yeux ,
Ni mes triftes, foupirs puiffent fe faire entendre!
Va , perfide , pourfuis ton deffein odieux ;
Va chercher les dangers juſques au bout du
monde ;
Fuis fans attendre ici mes funeftes adieux ,
Laille mon coeur en proie à fa douleur pro
fonde,
12 MERCURE DE FRANCE .
» Par un langage fi flatteur ,
Dit la Nymphe avec un fourire ;
» Je connois ton art enchanteur ,
» Il n'eut jamais fur moi d'empire .
» Tendre , emporté , vif & preffant
» L'Amour eſt un enfant perfide
» Qui nous bleſſe en nous careffant.
›› Armé d'une fléche homicide ,
» Ton orgueil oſoit afpirer
» A triompher d'un coeur timide , ‹
>> Et peut-être à le déchirer.
• Pour calmer vos vives allarmes
» Lui dit le Dieu , prenez mes armes,
>> Et rendez-moi ma liberté :
>> Je n'en aurai pas moins de charmes
>> Et j'en ferai moins redouté.
En brifant fes liens , Thémire
Saifit fon arc & fon carquois ;
Elle parcourt , contemple , admire
Les flêches dont l'Amour déchire
Le coeur des Bergers & des Rois,
Depuis ce jour, ce Dieu volage
Parmi les jeux du badinage
Promène fes douces erreurs ,
Et l'Univers paisible & fage
N'eft plus troublé par fes fureurs.
Il folâtre autour de Thémire
Qui fur les mortels , chaque jour ,
JANVIER . 1760. 13
Lance les flêches qu'elle tire
Du carquois doré de l'Amour.
ENVOI
A Mademoifelle de B ***,
Tor dont l'heureux printems fçait embellir fés ΟΙ
traces
Des roles de la volupté ,
Reçois ces vers : ils font le prix de la Beauté ,
les
Et l'Amour les fit pour les Graces.
I
STANCES
D'une femme à fon Amant qui partoit
pour l'Amérique.
QUOUOII tu parts cher amant ! Quoi tu quittes
ces lieux
Sans être retenu par le noeud le plus tendre !
Tu parts , fans que les pleurs qui coulent de mes
yeux ,
Ni mes triftes , foupirs puiffent fe faire entendre
Va , perfide , pourfuis ton deffein odieux ;
Va chercher les dangers juſques au bout du
monde ;
Fuis fans attendre ici mes funeftes adieux ,
Laiffe mon coeur en proie à fa douleur pro
fonde.
14 MERCURE DE FRANCE.
Hâte -toi , le temps preffe , & déja loin des mers
Le Ciel vient de porter ſes plus fombres nuages ;
L'onde eft calme , & les vents enchaînés dans les
airs
Ne la foulèvent plus par de fréquens orages.
Qu'attends- tu ? ton vaiffeau prêt à fendre les flots,
Au gré d'un doux zéphir laiſſe agiter les voiles
Le jour attire au port le chef , les matelots ,
Et l'éclat de l'aurore a chaffé les étoiles .
Fuis donc , éloigne- toi d'une terre odieufe
Qui n'offroit à tes yeux que de triſtes objets ;
Quitte-moi , romps le joug d'une amitié trompeale
,
Et forme loin d'ici tes généreux projets.
Mais que dis-je !. où mon coeur va-t- il done
s'égarer ! ...
Je fouffre en te parlant le plus cruel martyre.
Je tremble ...je gémis ...je voudrois t'abhorrer ,
Et ma timide voix fur mes lèvres expire.
O moitié de mon être ! O foutien de mes jours !
Objet digne de haine & digne de tendreffe !
Cher amant,fouviens - toi de nos premiers amours ,
Viens effuyer mes pleurs , & calmer ma trifteffe.
Viens par un prompt retour appaifer mes tranf
ports ,
JANVIER. 1760. 15
Soulage ma douleur , diffipe mes allarmes ;
Ne livre pas mon ame à fes fombres remords ;
D'un aimable repos fais - lui goûter les charmés .
Que te dirai-je enfin Rappelle tes fermens;
Rends moi le feul efpoir fur qui mon coeur fe
fonde ;
Rends-moi l'unique fruit de nos embraſſemens ,
Et qu'avec toi je puiffe oublier tout le monde.
SUITE de Fidelia , Hiftoire Angloife.
IL m'annonça lui- même fon projet d'un
air froid & tranquille : quoique je fuffe
prévenue fur toutes les circonftances de
fa perfidie , je me fentis frappée comme
d'un coup de foudre , & je perdis jufqu'au
fentiment de mon malheur. Mais cet
anéantiffement fut court ; la plus vive
douleur vint déchirer mon ame. Ah, barbare
! `m'écriai -je , en laiſſant échapper
un torrent de larmes , étoit- ce là ce que
tu réfervois à mon amour? C'étoit donc
pour me précipiter dans un abîme de
honte & de défefpoir que tu cherchois
à féduire mon foible coeur , fous les apparences
d'une fauffe tendrefle ! Ingrat,j'ai
perdu pour toi cette paix ineftimable
16 MERCURE DE FRANCE.
que donne l'innocence ; j'ai étouffé le
cris de la vertu ; j'ai bravé le mépri
public : tu me tenois lieu de tout , & ti
m'abandonnes!Pour prix de ton bonheur
tu me livres à l'infamie : devenue l'op
probre de mon fexe, abandonnée de tout
I'Univers , avilie à mes propres yeux ,
ah ! j'ai bien mérité tous les maux que
j'éprouve mais étoit- ce à toi de m'en
punir ? Malheureux ! fi tu ne crains point
"les remords qui fuivent le crime , crains
du moins les fureurs d'une amante outragée
& qui n'a plus rien à perdre.
Ce difcours excita fa rage , & le & le porta
à une infolence que je n'étois pas faite
à fupporter , quoique je la méritaffe bien .
Je lui rendis , avec un mépris qui ne me
convenoit plus , tous les vains ornemens
& les bijoux qui avoient été la récompenfe
de ma foibleffe , & j'abandonnai fa
maifon avec toute la fureur du reffentiment
& du déſeſpoir.
Je retournai à mon ancien logement :
mais incapable de foutenir le fpectacle
d'un lieu qui me rappelloit chaque circonftance
de ma défaite , honteufe de
regarder tous ceux qui m'avoient autrefois
vue innocente , déchirée au fond du
coeur, eſpérant enfin quelque foulagement
à mes maux en changeant de place , je
JANVIER. 1760 . 17
me mis en chaife de pofte à deux heures
du matin , & donnai ordre à mon cocher
de me mener auffi loin de la Ville qu'il
feroit poffible d'aller avant le retour de
la nuit , en lui laiffant d'ailleurs le choix
de la route.
Ma raiſon & mes fens étoient troublés
& confondus pendant mon voyage ; je
ne faifois aucune réflexion fur mon fort
préfent , & je ne formois aucun plan pour
l'avenir. Quand la nuit fut arrivée , mon
guide voulut s'arrêter dans une grande
ville ; mais je le priai de me mener jufqu'au
village prochain. J'entrai dans une
petite auberge , & je congédiai mon cocher
fans confidérer ce que je deviendrois
& fi je choifirois ce lieu pour ma demeu
re. A dire le vrai je ne fçaurois rendre
compte de mes penfées pendant cet efpace
de temps ; elles étoient toutes confufes:
& fans fuite : il faut que ce foit un court
accès de phrénéfie dont il ne me.refte que
des traces imparfaites , qui ait rempli ces
heures là ; je me fouviens feulement que
je fortis de mon auberge dès que je vis
paroître le jour , & que je quittai le. village.
Le hazard me conduifit à une allée de
faules qui bordoit une riviere ; après m'y
être quelque tems promenée , la fraîcheur18
MERCURE DE FRANCE.
de l'air ranima mes fens & réveilla ma
raifon. Ma mémoire , ma douleur &
mon déſeſpoir revinrent enſemble ; chaque
circonftance de ma vie paffée fe
retraçoit à mon efprit : l'idée de mon
infidèle amant & de mon criminel amour
tourmentoit mon imagination & déchiroit
mon coeur fenfible qui , malgré tous
les torts de mon féducteur , confervoit
encore pour lui la plus vive & la plus
tendre affection. Cet attachement fans
défiance que j'avois eu pour lui , effet
d'un caractère honnête & doux , augmentoit
l'ardeur de mon reffentiment , &
mettoit le comble à mon malheur. Envain
m'efforçois-je de retirer mes idées
du trifte fujet qui les occupoit , & de
former quelque perspective qui pût me
confoler , celle que j'avois devant moi
n'étoit pas moins effrayante. La pauvreté
accompagnée de l'infamie , gémiſſant
fous la main cruelle de l'oppreffion , &
fous les hauteurs de l'infolence , étoient
devant mes yeux. Moi qui avois fait la
gloire & l'amour de mes parens , qui m'étois
vue aimée , reſpectée & admirée , je
ne pouvois plus me regarder que comme
le rebut du genre humain , l'objet du
mépris de tous ceux que j'avois le plus
aimés & qui m'avoient le plus chérie ,
JANVIER. 1760 . 19
un objet d'averfion pour moi - même ,
n'appartenant à perfonne , expofée aux
infultes de tout le monde.
Je m'appliquai à rechercher la cauſe
d'un fiaffreux changement, & à examiner
comment j'y avois contribué . Quoique
je condamnaffe ma conduite à l'égard du
Chevalier , je me flattois cependant de la
juſtifier en me rappellant les réflexions
qui lui avoient fervi de motifs ; mais autant
que mes principes avoient été infuffifans
pour me garantir du vice , autant
ils étoient impuiffans pour me foutenir
dans l'adverfité . Ma confiance n'avoit pas
été éteinte par ces fophifmes qui avoient
aveuglé ma raiſon ; & s'il fe trouvoit quel
qu'un qui voulût me juftifier, en imputant
ma conduite à l'erreurs qu'il confidere
je l'en fupplie, que dans cette détreffe extrême
où je me trouvois je n'étois fourtenue
ni par le fentiment de mon innocence
, ni par cette joie extérieure
que donne la vertu , ni par l'efpoir de la
récompenfe : foit que je regardaffe en arriere
ou en avant , tout étoit pour moi
confufion , douleur , déchirement , déſeſpoir.
J'accufois l'Etre Suprême d'injuftice
de ce qu'il me châtioit par toutes
les peines qui marchent à la fuite d'une
paffion fatisfaite , puifqu'il ne m'avoit
20 MERCURE DE FRANCE
pas
donné des forces fuffifantes pour lu
réfifter . Non , difois-je , je ne puis plus
longtemps fupporter une exiſtence qui ne
m'offre que des malheurs que je n'ai poin
mérités. Que ce foit le hazard ou le def
fin qui gouverne le monde , peu m'importe
; je me jette dans l'anéantiſſement
qui terminera ma cruelle perſpective. Reprends
donc , ajoutois- je en lançant mes
yeux vers le Ciel , reprends l'existence
que tu m'as donnée ; que cette pouffiere
dont je fuis formée ne foit plus animée
pour fouffrir.
En achevantc es paroles , je courus fur
les bords de la riviere , & j'allois me
précipiter lorfque les cris d'une perfonne
qui étoit près de moi me firent tourner
les yeux de fon côté. Je fus dans le
même inftant abordée par un vénérable
Eccléfiaftique , qui avec des regards où
l'on voyoit à la fois la terreur, la pitié &
la bienveillance , me demanda ce que je
voulois faire. Je ne lui répondis rien d'a--
bord ; mais infenfiblement la compaſſion
qu'il me montroit , & la tendreffe avec
laquelle il me parla , adoucirent mon
coeur & firent couler mes larmes.
O Madame , me dit- il , voilà des mouvemens
plus doux & bien différens de
ceux qui ont attiré mon attention &
JANVIER. 1760 .
21
qui m'ont engagé à vous obferver dans
la crainte que vous n'euffiez conçu quelque
funefte deffein . Quelles font donc
les penfées qui peuvent convertir un
vilage comme le vôtre en un tableau
d'horreur ? Je me promenois ce matin ,
& je vous ai fuivie longtemps des yeux;
je vous ai vue tantôt vous arrêter toutà-
coup en tordant vos mains , tantôt
précipitant vos pas , quelquefois vous
promenant lentement , les yeux fixés fur
la terre , jufqu'à ce que vous les avez
enfin levés au Ciel avec un air qui marquoit
plus le défeſpoir & l'indignation
que la douleur touchante d'une perfonne
qui l'invoque. Dites- moi donc , je vous
en conjure , ce qui peut être la caufe.
de cet emportement contre vous - même ,
contre la vie , & même contre le Ciel
rappellez votre raifon & vos eſpérances ,
& regardez le bonheur que vous en avez
eu d'avoir été arrêtée dans votre finiftre
projet , comme un augure d'un meilleur
fort , comme une marque que la miféricorde
de Dieu ne s'eft pas encore retirée
de vous , & comme un fujet d'ef
pérer que vous pouvez encore obtenirle
falut de votre ame. Les pleurs qui coulerent
de mes yeux me foulagerent &
me mirent en état de témoigner à ce
22 MERCURE DE FRANCE.
vénérable Eccléfiaftique la reconnoiffanc
dont me pénétroit l'intérêt qu'il prenoi
à moi.
Il y avoit longtemps que je ne con
noiffois plus la fatisfaction qu'il y a
répandre fon coeur : je trouvai donc au
tant de plaifir que de confolation à Pé
pancher dans le fein de mon généreu:
libérateur , en lui racontant toutes le
circonftances de mon hiftoire , & en lu
avouant quelle avoit été la fource d
mon égarement. Il frémit des reproche :
-infenfés que je faifois à la Providence
& il m'arrêta tout court en difant qu'il
vouloit me conduire auprès d'une perfomme
qui m'enfeigneroit la patience en
m'en donnant l'exemple.no es
Il me mena enfuite chez lui , & me
préfenta à fa femme. Elle étoit dans le
déclin de la jeuneffe , mais d'une pâleur
mortelle & d'une maigreur effrayante.
Elle me reçut avec autant de rendreffe
que d'humanité ; elle vit bien que j'étois
-dans une fituation accablante ,& fa com-
-paffion devança mes plaintes : fes regards
& le feul ton de fa voix marquoient le
plus tendre intérêt , & fes foins empreffés
caractérifoient cette vraie politeffe
cet efprit d'hofpitalité , qui n'eft pas
l'effet de Part , mais d'une bienveillance
>
JANVIE R. 1760. 23
intérieure. Tandis qu'elle m'engageoit à
prendre quelque nourriture , fon mari lui
fit un court récit de mon hiftoire & de
l'état où il m'avoit trouvée . Cette pauvre
Demoiselle , dit - il , par le vice de fon
éducation & de fes principes , vait toutes
choſes à travers un nuage qui les obfcurcit
; elle accufe le Ciel , & dérefte
fon existence pour des maux qui font le
partage commun du genre humain dans
l'état d'épreuve où nous fommes tous
ici bas. Vous , ma chere , qui avez plus
fouffert qu'aucune des perfonnes que j'aie
jamais connues, vous êtes plus propre que
qui que ce foit à la guérir de fa coupable
impatience , & à la convaincre par votre
expérience que ce monde n'eft pas le lieu
où le bonheur eft le partage de la vertu .
Je n'ai, Mademoifelle, me dit cette femme
charitable , je n'ai fur vous d'autre avántage
que celui d'être foutenue par des
principes conftans ; mais cet avantage eft
d'un prix au - deffus de toutes chofes , I
n'y a que dix jours que j'ai accompagné
au tombeau mon fils unique , le feul qui
me reftoit de huit enfans qui étoient tous
également les objets de ma tendreffe.
Mon coeur n'eft pas moins tendre que le
vôtre ; mes affections ne font pas moins
fortes . Pendant toute l'année qui a pré-
*
24 MERCURE DE FRANCE.
cédé la mort de mon fils , j'ai vu le progrès
fatal de fa maladie , & j'ai été rémoin
des fouffrances horribles qu'il a
endurées. La pauvreté , ce mal auquel
yous avez tant de peine à vous foumertre
, eft venu auffi augmenter le nombre
de mes maux. Quoique mon mari exerce
de toutes les profeffions la plus honorable
, fon revenu eft fi médiocre que mes
enfans & moi avons fouvent manqué du
néceffaire ; & quoique ma conftitution
foit très- foible , j'ai été obligée de nourrir
ma famille du travail de mes mains.
Ce n'eft pas tout encore ; au milieu de
toutes ces difgraces , j'éprouve un tourment
continuel par le progrès d'un cancer
qui me donnera bientôt la mort.
Mes douleurs pourroient être adoucies
par des remedes convenables ; mais je
n'ai aucun moyen de m'en procurer de
tels. Finiffez ce trifte récit , m'écriai: je
en l'interrompant ; toute mon ame fuccombe
à la feule idée de tant de fouffrances
infupportables : comment les pouvez-
vous foutenir ? Pourquoi ne vous
vois- je pas dans un défefpoir femblable
au mien renoncer à votre exiſtence
& mettre fin à vos tourmens ? Mais furtout
dites -moi comment vous pouvez
conferver au milieu d'une mifére fi com-
>
pliquée
JANVIER. 1760 . 25
pliquée cette apparence de gaîté & de férénité
qui brille fi clairement dans votre
contenance , qui anime tous vos regards
& tous vos mouvemens ?
C'est dans mon coeur, me répondit cette
vertueuſe femme , que je fens la joie &
la férénité : mon efprit non feulement eft
calme , mais j'éprouve fouvent les plusdouces
émotions que l'efpérance puiffe
donner. D'où tirez- vous , lui repliquaije
, cet art merveilleux de faire fortir
la joie du fein de la mifère , & les confolations
du milieu de toutes les horreurs
, de la peine , de la douleur , de la
pauvreté , de la mort ! Elle réfléchit un
moment , puis étant entrée dans fon cabinet
, elle apporta un livre qu'elle me
remit. Voilà , dit- elle , où j'ai appris ce
grand art : ce livre m'affure que mes affictions
paffagères ne font qu'un moyen
de me préparer à un bonheur éternel &
inconcevable ce bonheur eft près de
moi ; ce court eſpace de vie qui me refte
ne me paroît qu'un point au delà duquel
s'ouvre à mes yeux la glorieuſe perfpective
de l'immortalité. Soutenue par
de fi nobles efpérances , comment pourrois-
je me laiſſer abattre par mes maux ?
Tandis qu'elle parloit , fes yeux brilloient
d'un nouveau feu , & toute fa phy-
11. Vol.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
fionomie étoit animée d'une joie célefte.
Je fus auffi frappée du ton & de l'air dont
elle m'avoit parlé , que des paroles même
que je venois d'entendre. Je réfolus
d'examiner une religion capable de produire
des effets qu'on ne pouvoit attribuer
au hazard ou à l'erreur. Ce couple!
obligeant me preffa avec une bonté fi
naturelle d'agréer une retraite dans leur
humble demeure , jufqu'à ce que j'euffe
pu difpofer covenablement de moi , que
j'acceptai leur offre . C'eft là qu'avec le
fecours de ce refpectable Eccléfiaftique ,
qui eft un homme fimple , fenfible & véritablement
pieux , j'ai étudié l'Ecriture
Sainte ; & après avoir lû ce livre fublime
avec candeur & avec attention , j'ai trouvé
les preuves de fa fainteté en lui- même.
L'excellence de fes préceptes , la
confiftence de fa doctrine , les glorieux
motifs & les puiffans encouragemens
qu'il fournit à la vertu , foutenus de
l'exemple frappant de leur falutaire efficacité
que j'avois fous les yeux, ne m'ont
plus laiffe de doute fur fa révélation
divine.
Pendant mon féjour dans la Cure que
j'habitois , j'ai été témoin de la mort
héroïque & triomphante de ma chere
bienfaitrice. Je l'ai vu réunir à une douJANVIER.
1760. 27
teur & à une tendreffe qui furpaffoient
celles des femmes qui en ont le plus , une
intrépidité plus grande que celle des
Philofophes les plus fermes & des héros
les plus courageux. Il n'étoit point de
douleur qui pût ébranler la conftance de
fon ame , ni de peine affez longue pour
épuifer fa patience. La mort étoit pour
lelle un objet d'efpérance , & non pas
d'horreur. Quand je lui entendis pouffer
fon dernier foupir avec action de graces ,
& que je vis le fouris de l'extafe régner
encore fur fes lévres éteintes , au moment
où elle alloit abandonner la vie ; je ne
pus m'empêcher de m'écrier dans ce beau
langage que je venois d'apprendre de
l'Ecriture Sainte: 6 Mort ! où eft ton aiguillon
? 6fepulcre ! où eft ta victoire ?
Me voilà à préfent fur le point de quitter
mon excellent bienfaiteur , & de gagner
ma vie au fervice d'une Dame du
voifinage à laquelle il m'a recommandée.
L'état de fervitude auquel je ne pouvois
autrefois me réfoudre , n'a plus rien qui
m'épouvante. La Religion Chrétienne à
fubjugué l'orgueil qui me faifoit regarder
cette fituation comme abjecte , quoique
la Philofophie eût en vain tenté d'en
venir à bout . Comme pénitente , je me
foumets volontiers à l'humiliation de mon
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
état ; mais comme Chrétienne je me fen
fupérieure à toutes les humiliations d
la vie , excepté celles qui naiffent du fen
timent de nos fautes . Ainfi les nouveau
fentimens dont mon ame eft pénétréc
l'ont remplie d'une paix & d'une joie que
le monde ne peut ni me donner ni me ravir.
Que ceux qui ont mis leur confiance er
lui & en eux-mêmes apprennent de mo
cette vérité que je dois à l'expérience:
fçavoir , que fi la peine marche fans ceffe
à côté du vice , elle eft fouvent auffi la
compagne de la vertu ; que la vertu même
ne peut être conftamment heureufe dans
cette vie que par l'efpérance & le pref
fentiment du bonheur qui l'attend audelà.
S'll eft
ÉPITRE.
eft un vrai bienfait des Dieux
S'il eft un bonheur dans la vie ,
S'il eft quelque bien précieux ,
C'eft votre amour pour Emilie.
Les mots tracés de votre main
Ont pour elle un charme invincible :
Votre voix , cette voix fenfible ,
De fon coeur fçait trop le chemin.
Vous parlez , ce coeur vous écoute
JANVIER. 1760.
29
Qui vous écoute eft enchanté ,
L'efprit par ce charme emporté
N'oſe vous oppoſer un doute.
Vous pensez , dites- vous , à moi ;
Et moi je pense à ce que j'aime.
Je vous le dis de bonne foi ;
Je crois que vous parlez de même.
Chez moi l'ardeur du fentiment
Eft à l'épreuve de l'abſence ,
Mais fous les ennuis du filence
Mon efprit fuccombe aisément :
Le plaifir de votre préſence
Diffipe un nuage odieux ,
Mais un inftant de défiance
Vous peint infidèle à mes yeux .
Qui connoît fon peu de mérite
N'a-t-il pas droit de s'allarmer ?
Non , ce n'eft point affez d'aimer ...
A ce mot ma crainte s'irrite :
C'eft à vous de mé raffurer .
Je me laffe enfin d'eſpérer ,
Et pour moi craindre eft un fupplice.
Venez donc me rendre juſtice ,
Et vous convaincre par vos yeux
Qu'un coeur qui fent le prix d'une chaîne
éternelle
Ne trouva jamais fous les cieux
Un feul motif d'être infidèle .
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
LE TEMPLE DE L'AMOUR
SONGE.
SUR la fin d'un beau jour , triſte & charg
d'ennuis ,
Je rêvois aux rigueurs de la belle Thémire ;
»Atis pour toi feule foupire ,
Il t'adore , difois je , ingrate , & tu le fuis !
»O toi qui régnes dans mon ame,
>>Amour , prends pitié de ma flâme ;
» Lance encor une flêche , & tu me rends heureux.
» Mais pourquoi t'implorer ? Tu mépriſes mes
» voeux.
» Damon a fçu toucher le coeur de ma bergere
» Ce rival fortuné .... Va , puifque tu le fers. I
› Je renonce à tes loix , & je briſe mes fers.
Tu n'es plus qu'un tyran dont je dois me dé-
>> faire.
» Viens , vole à mon fecours
» Paifible indifférence ,
» Aſſure ma vengeance ;
> C'eſt de toi que j'attends le repos de mes jours.
Aux accens de ma voix plaintive ,
S'unit le bruit flatteur d'une onde fugitive ,
Et mille oiſeaux divers y joignent leurs accords.
Autour de moi Zéphire agite le feuillage ;
JANVIER. 1766. 31
La douceur de fon fouffle , & le frais de l'ombrage,
Tour m'invite au fommeil ..... Je ſoupire , &
m'endors.
Le fommeil m'eut à peine verfé fes
pavots , que mon efprit fit un de ces
voyages imaginaires qu'on appelle Songes
, qui durant leur cours ne flattent pas
moins les fens que la réalité même. Je
croyois me promener dans une belle forêt
impénétrable aux rayons du Soleil ;
elle étoit coupée par de fuperbes allées ;
mille ruiffeaux y rouloient leurs flots argentés
à travers une verdure riante ; un
profond filence y régnoit alors . Saifi de
frayeur j'y fuivois une route incertaine ,
lorfque dans une de ces perspectives dont
l'ail eft enchanté , j'apperçus quelques
caractères diftinctement tracés. Je m'ap
proche & je lis :
Si jamais le hazard vous conduit en ces lieux ,
Fuyez ; c'eſt le féjour des foucis & des peines :
On y lance des traits , on y forge des chaînes
Qui pourroient vous ôter un repos précieux.
Je friffonne à ces mots ; le trouble &
la crainte m'agitent à la fois je ne doute
plus qu'une troupe de brigands n'attire
les paffans par les appas féducteurs d'une
retraite que la Nature & l'Art em-
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
belliffent de concert . Je fuis déja pour
fauver ma liberté des fers de ces barbares
dont je me crois pourfuivi : on court
après moi , ma crainte redouble , elle enchaîne
mes pas. Je me tourne en tremblant
, ô furprife ! un enfant d'une beauté
raviffante frappe mes regards ; fon
front qui refpire je ne fçai quoi de divin
m'imprime du refpect : tandis que je l'admire
avec étonnement , il m'aborde , &
d'un ton affable , » raffurez -vous , me dit-
» il , jeune Etranger , banniffez une vai-
» ne terreur.
Ces lieux font confacrés aux plaifirs des humains,
» Et les traits qu'on y lance y partent de mes
>> mains ;
Je fuis le dieu des coeurs
> révère :
> partout on me
>> Dans le temple voifin j'ai fixé mon féjour.
» Là , de jeunes beautés , l'ornement de ma cour ,'
» Apprennent fous mes yeux l'art d'aimer & de
» plaire.
»
» Damon , homme bizarre , défiant ,
»foupçonneux , épris d'un objet qui vit
fous mes loix , & dont la rigueur fait
» fon tourment , m'adreffe chaque jour
» d'inutiles voeux , je ris de fon naturel
jaloux , & je rejette fon encens . Ré
100
0
An
101
JANVIER. 1760. 33
duit au plus affreux défefpoir, il a placé
» lui-même dans le bois cette infcriptiou
» dont la lecture a preflé votre fuite ; il
s'eft flatté vainement de me ravir un
» adorateur , en vous éloignant de ces
» bords. Venez, fuivez-moi dans le Temple
, une ame fenfible & généreufe qui
» me rend les hommages a droit de pré-
»tendre à mes faveurs.
30
» Pour couler de beaux jours , il faut qu'Atis s'en-
» gage ;
>>>La tendreffe conduit à la félicité.
» L'amour vous tend les bras , c'eft le Dieu du
», bel âge.
» Lui feul procure un eſclavage
» Préférable à la liberté.
Que je fus étonné d'entendre l'Amour
me tenir un langage fi flatteur !.. Thémire
eft infenfible aux feux de mon rival ! &
ce Dieu m'en affure , lui que j'avois chargé
de toute ma haine , parce que je le
faifois l'auteur de mes maux, il s'empreffe
de me défabufer ! Quel bienfait ! .. pour
lui témoigner ma reconnoiffance je tombe
à fes genoux , je l'implore , il me relève
avec un fourire agréable, & me montre
la route de fa demeure fortunée . J
B v
34 MERCURE DE FRANCE.
le fuis avec empreffement. L'inftant ar
rive où je verrai Thémire... ô douceurs !
J'entre dans le Temple , je le parcours
; mes yeux cherchent partout l'objet
fi cher à mes defirs , mais quoi ...
rien ne paroît... Me fuit-il ? .. Non , l'amour
malin diffère mon bonheur ; par
mille détours il me conduit dans des lieux
fombres.... A leur afpect je frémis , je
chancelle , j'hésite ; l'efpérance m'anime
& me foutient. Une troupe nombreuſe
d'enfans femblables à celui qui me fert
de guide , habite cet afyle. Eclairé du
feu de cent fourneaux qui l'environnent,
» ce font mes freres , me dit l'Amour
c'eft ici qu'ils forgent eux-mêmes ( a )
» ces chaînes & ces traits qui font le
» bonheur de la vie : ils en forgent auffi
» qui la rendent languiffante , ennuyeufe..
» Ces fers ( b ) je les deftine à ceux qui
"
gémiffent fous le joug d'un hymen dont
» je ne formai pas les noeuds , de ces fléches
( c ) j'ai percé le malheureux Da-
» mon ; & voici , dit- il , en tendant fon
ta ) Les Amours ont deux fortes de traits ; les
uns qui font d'or infpirent la tendreffe ; d'autres.
qui font de plomb empêchent d'aimer.
(b) Chaînes de fer.
(c) Traits de plomb.
9.
JANVIER. 1760. 35
are, celles que je réſerve à mes favoris (e) .
A ces mots le trait part , il me bleffe ;
mon coeur eft embrafé de la plus vive
flamme ; je quitte au plutôt le fombre
féjour , je ne veux plus que Thémire , je
l'appelle ... elle eſt fourde à moi.
L'amour qui vole fur mes traces guide
enfin mes pas
dans un jardin de délices .
La volupté , les ris , les jeux y réſident
toujours. Quel fpectacle enchanteur ! un
effain de beautés y folâtrent fans ceffe
avec leurs amans.
Là , près de l'objet qu'il adore ,
Lifidor chante fes langueurs ;
Il en reçoit pour prix de légeres faveurs :
Le jeu plaît au berger , ... il en demande encore,
Ici , d'un myrthe naiſſant
Tyrcis couronne Lifette :
La bergere , de fleurs entoure fa houlette ;
Il lui donne un baifer ..... Lifette le lui rend
Plus loin une amante éplorée ,
Sur un lit de gazon gémit défefperée ;
Son air triſte , rêveur , fes charmes languiffans ...
Que vois-je ! ... c'eſt Thémire ……..ô joie ! ……
O doux momens !
Elle m'apperçoit & devance mes pas ;
quel changement foudain ! une rougeur
(e ) Fléches d'or.
B vi
36 MERCURE DE FRANCE
vive anime fes attraits à notre appro
che une égale férénité fe répand fur notre
vifage ; nos ames femblent fe confondre
dans nos mutuels embraffemens . Je
veux exprimer à Thémire l'ardeur dont
je me fens bruler , ma voix expire fur
mes lévres pour répondre à mes tranfports
, elle n'a que le langage des yeux :
le filence , la vivacité de nos regards font
les interprêtes de nos fentimens & de
nos plaifirs .
Témoins de ces épanchemens réciproques
, les habitans fortunés de ce riant
jardin s'affemblent autour de nous ; l'Amour
s'avance au milieu d'eux , & nous
parle ainfi :
>>Du véritable amour , vos noeuds font le modèle,
» Venez à mes autels jouir de mes bienfaits ,
>>Venez-y vous jurer une ardeur éternelle ,
» Et que le dieu des coeurs vous uniffe à jamais.
Nous rentrons dans le Temple entourés
d'un cortège brillant ; on nous
conduit à l'Autel de l'Amour : il étoit
fimple & conforme à la fête qu'on alloit
y célébrer. On y voit un arc fur lequel
s'élève une flêche qui foutient deux
coeurs ; ils font liés par une chaîne d'or ,
& leurs flammes fe réuniffent : l'Amour
JANVIER. 1760. 37
qui eſt peint au- deffus les regarde avec
un air de complaifance & de douceur.
Tandis que Thémire & moi nous fommes
profternés aux pieds de cette image,
emblème de notre union , un nombre
choifi de voix harmonieufes foutenues
par un concert d'inftrumens , chante les
paroles fuivantes :
Chantons l'heureux lien
D'Atis & de Thémire ;
S'aimer & fe le dire
C'eft leur unique bien.
Tendres amans , d'une chaîne éternelle,
L'Amour unit vos coeurs & vos defirs ;
Tendres amans , couple fidèle ,
Ne vivez que pour les plaifirs.
Ainfi finit la cérémonie . Ennuyé de la
pompe & de l'éclat qui m'environne , il
me tarde d'aller jouir auprès de Thémire
des biens que l'Amour procure ; inutiles
fouhaits ! Un cri perçant vient tirer mes
efprits d'une erreur fi flatteufe , je m'entends
appeller , je m'éveille tout-à- coup..
ô ciel ... eft ce un effet du fonge ?
En croirai- je mes yeux ?...Thémire ... Oui ,
c'eft elle... Heureux réveil , c'eſt fa voix
qui m'appelle.
-
Embrafé des mêmes feux dont je bru38
MERCURE DE FRANCE.
lois au Temple de l'Amour , je me léve
je ferre Thémire dans mes bras , ma bou
che lui fait un récit paffionné de mes dou
ces rêveries , elle l'écoute avec plaifir
& j'ai lieu d'augurer du refte de notre
entretien › que le fonge pourroit être
fuivi de la réalité.
EPITRE
A M. le Comte de T ** pour le premier
jour de l'An.
DANANS cejour où les Dieux propices
Reçoivent l'encens des mortels ,
Qui par d'injuftes facrifices
Souvent profanent leurs Autels ,
Je vous confacre les prémices
De mes voeux les plus folemnels.
Admirateur bien - légitime
Et des talens & des vertus ,
Je viens leur payer les tributs
Du fentiment & de l'eftime
Que mon coeur refuſe à Plutus
L'intérêt nila perfidie
N'ont point infecté dans mes mains
L'encens que ma Muſe enhardie
Par le plus charmant des humains
JANVIER. 1760.
Offre au favori d'Uranie.
Pour parer votre front des fleurs
Dont on couronne le génie,
Vingt fois du Dieu de l'harmonie
J'empruntai les fons enchanteurs,
Bientôt las de toucher la lyre
Je fuccombai ſous mes efforts ;
Mais dans le plus charmant délire,
Sentant ranimer mes tranſports ,
Au Temple chanté par Vokaire
J'allai furprendre les accords
Du Dieu du goût qui vous éclaire.
Toujours redoutable aux Cotins ,
Mais des bons Auteurs révérée ,
La critique aux regards malins
Du Temple défendoit l'entrée.
» Daignez , lui dis-je , fans façon
» Avoir égard à la priere
» D'un jeune élève d'Apollon;
Des Mufes je ſuis nourriffon :
» De grace ouvrez - moi la barriere.
J'étois fûr que mon oraiſon
Dérideroit fon front févère ;
Car je la fis en votre nom .
J'avançai juſqu'au ſanctuaire ;
Et puis du Dieu qu'on y révere
J'implorai la protection
Par cette oraifon familiere :
40 MERCURE DE FRANCE.
"O vous ! par qui feul un Auteur
»
Qui fuit les routes du vulgaire
»Peut pofféder l'art enchanteur
>> Et l'heureux don de toujours plaire ,
>> Guidez mon vol ambitieux ;
» Dieu du goût , prêtez à ma lyre
» Ces fons doux & mélodieux ,
» Ce charme flatteur qui m'attire အ
و د
Lorfque l'Homere ingénieux
>> Du fameux vainqueur de Mayenne,
>> Chante les Héros & les Dieux.
>> Par fes accords harmonieux
» Sa voix puiſſante nous enchaîne.
و د
Enſeignez - moi ces tours nouveaux
» Que votre main féme fans peine
» Dans les écrits de mon héros.
» Du champ de Mars , par fon génie
» Porté dans le facré vallon ,
» T *** conduit par Polymnie
» Monte la lyre d'Apollon ,
» Ou pour le compas d'Uranie
» Quitte le luth d'Anacréon.
» Formé pour les jeux & la gloire ,
» On l'a vu , dans fes plus beaux jours,
» Souvent du char de la victoire
» Voler dans le fein des amours.
» Généreux , bienfaifant , fincere ,
» Le Ciel pour lui fut moins ſévère
JANVIER. 1760 . 41
» Que pour le commun des humains ;
›› Et dans ſon coeur les traits divins
>> Ont imprimé ce caractère
» Qui vertueux fans être auſtère ,
>> Eft le chef d'oeuvre de fes mains.
» Sa Mufe légère & facile ,
» Dans la carrière que je cours ,
» Avec une peine inutile ,
» Des ans que la parque lui file
» Connoît l'art d'embellir le cours,
» Eſprit vaſte , ame univerſelle ! ...
» Celui que tu peins fous ces traits
» Reprit le Dieu , je le connois ;
» Je l'ai formé fur mon modèle :
» Si la main des Graces polit
>>Tous les Ecrits de Fontenelle ,
» La plus légere bagatelle
>> Sous la fienne auffi s'embellit ,
» Et prend une forme nouvelle .
» Déjà dans ce temple enchanté
»J'ai marqué fa place immortelle,
»Et le rang qu'il a mérité ,
» A côté des places fuperbes
» Et des Racans & des Malherbes.
Mais dans ce féjour fi vanté
» Il ne doit pas jouir encore
>> Des droits de l'immortalité :
»Son goût chez les Mortels m'honore
}
41 MERCURE DE FRANCE.
" Sous fon nom je fuis refpecté :
» Il foutient feul par les exemples
» Mes Autels fouvent profanés ,
» Et fans lui je verrois mes Temples
» Au mauvais goût abandonnés .
> Pour toi dont la naiſſante aurore
» Semble annoncer un jour heureux
» Que la raiſon va faire éclore
» Du fein des plaifirs & des jeux
» Que ta jeuneſſe ſuit encore;
Dans l'horreur de la nuit des ans
» Tu verras ton nom difparoître ,
» Si pour former res jours nailfans
» T*** ne daigne être ton maître.
» Avoir pour guide & pour cenfeur
» Le foatien de mon diadême ,
» Et mon plus zélé défenſeur ,
» C'eft être éclairé par moi- même.
Illuftre Comte , en ma faveur
Vérifiez l'heureux augure
Sur qui le Dieu du goût affure
Et ma fortune & mon bonheur.
Soyez mon maître , & dans mon ame
Portez le plus foible rayon
Du feu divin qui vons enflâme.
Bientôt avoué d'Apollon
J'irai fur les bords du Permeſſe
Puifer l'ineftimable don
JANVIER. 1760. 43
De mêler avec quelque adreffe
Le fentiment à la raiſon ,
Et les rofes d'Anacréon
Aux lauriers brillans de Lucréce.
Bientôt dans ma courſe emporté
Au Temple où la gloire préfide ,
Je vais avec rapidité
Sous les lois du Dieu qui me guide,
Voler à l'immortalité.
Par M. LEGIER.
BOUQUET
DE M. *** à ſon ami , qui avoit le même
nom de baptême que lui.
TIRCIS , IRCIS, à l'amitié tout invite nos coeurs.
Des mêmes fleurs ceindre fa tête ,
Avoir mêmes plaifirs & même jour de fête ,
De l'amitié déjà c'eft goûter la douceur.
Le Ciel a commencé , confommons fon ouvrage.
Mon coeur avec tranſport vous offre ſon hom
mage.
Sage , heureux & content , fans defirs , fans humeur
,
Mon amitié pure & fincere
N'a plus pour vous de voeux à faire,
44 MERCURE DE FRANCE.
Eh ! que pourroit- on defirer
A qui peut tous les jours voir , entendre , adorer
Cette divine Aminte , à tous les coeurs fi chere ,
La fille des Vertus & des Graces la mere.
PENSÉES
SUR L'AMITIE'.
Un homme de ce fiècle a défini l'Amitié
un beſoin réciproque. Il a dit que
tous les hommes n'ayant pas les mêmes
befoins , l'amitié entr'eux étoit fondée
fur des motifs différens ; qu'il étoit des
amis de plaifir , d'argent , d'intrigue, d'efprit
& de malheur ; en un mot qu'aimer
c'étoit avoir befoin, & qu'une amitié fans
befoin feroit un effet fans caufe . Qué ne
puifoit- il fa définition dans fon coeur ? II
en auroit tiré des notions de l'amitié
bien plus juftes que celles qu'il a effayé
de nous en donner. Que n'en jugeoit-il
d'après ce qu'il fentoit ? Que ne mettoitil
les fentimens nobles & élevés de fon
ame à la place des illufions de fon eſprit ?
L'expérience de fon propre coeur l'auroit
plus éclairé que tous fes vains raiſonnemens.
Eh ! comment auroit-il pu voir fans
JANVIER. 1760. 45
ceffe l'intérêt perfonnel dans l'amitié ,
lui qui s'eft tant de fois oublié en faveur
de fes amis ?
La plupart des Auteurs qui ont écrit
fur l'amitié n'ont pas fçu le renfermer
dans de juſtes bornes ; ils ont donné dans
deux excès contraires & également dangereux.
Les uns en ont fait des peintures
magnifiques ; mais ils ont exigé un défintéreffement
, un facrifice perpétuel de
l'amour- propre , une grandeur d'ame ,
une élévation de fentimens , dont la plus
grande partie des hommes n'eft pas capable.
Les autres au contraire n'ont
cherché qu'à dégrader ce fentiment précieux
; ils ont défini l'amitié par le befoin
& par le plaifir , & n'ont peint en
elle que l'amour propre & l'intérêt.
Ainfi leurs écrits n'ont fait que nuire à
l'amitié , loin d'infpirer aux hommes le
defir d'en connoître & d'en fentir les
charmes. Les uns l'avoient mife trop
haut , & la plupart des hommes ont défefpéré
de pouvoir y atteindre ; les autres
l'avoient placée trop bas , & les
coeurs nobles n'ont pas daigné defcendre
jufqu'à elle.
Il n'eft pas poffible de concevoir de
l'amitié une idée plus grande & plus fublime
que celle que les anciens s'en
48 MERCURE DE FRANCE.
étoient formée. En recueillant les traits
divers fous lefquels ils nous en ont tra
cé l'image , on trouvera qu'il n'eft guère
donné à l'homme de porter plus loin la
vertu .
L'amitié , felon eux , eft une union parfaite
des coeurs fondée fur une entiere
conformité de fentimens : elle eft le fruit
d'une connoiffance mutuelle & d'une
longue habitude : les bienfaits & les fervices
rendus ne lui donnent point naiffance
; fes liens font tiffus & ferrés par
la vertu , & la main de l'intérêt ne peut
point les délier : elle nous fait immoler
nos goûts , nos plaifirs & nos plus chers
intérêts en faveur de notre ami : nos
ames unies par elle fe découvrent toutes
entieres l'une à l'autre , elles lifent au
fond d'elles-mêmes leurs plus fecrettes
penſées , & n'ont plus que la même volonté
& les mêmes defirs. L'amitié nous
rend prefqu'infenfibles à nos malheurs ,
pour ne nous attendrir que fur ceux de
notre ami : elle ne connoît pas la diftinction
des biens ; elle eft pure comme la
vertu qui l'a fait naître : elle ne fe flétrit
ni par l'abfence ni par le temps ; les
malheurs & les difgraces ne l'abbatent
point. Un homme touché de ce noble
fentiment ne méconnoîtroit point fon
JANVIER. 1760 . 47
sami dans l'indigence ; il le fuivroit dans
l'exil & dans les fers ; il partageroit fes
malheurs , fes gémiffemens & fes larmes
avec la même ardeur & le même tranfport
qu'il partageoit autrefois fon bonheur
& fes plaifirs.
Ces fentimens , qui tiennent de l'héroifme
, ne font guère faits pour être propofés
à des hommes : mais qu'ils foient
dans la Nature ou qu'ils s'élèvent audeffus
d'elle , il font trop d'honneur à
l'homme pour que j'entreprenne de les
détruire.
Ceux qui ont fuivi une route contraire
ont regardé l'amitié comme une affection
fondée fur le plaifir & fur l'intérêt : ce
n'eft plus felon eux ce mouvement tendre
& généreux du coeur qui ne naît que
de la vertu , qui croît par l'eftime , &
qui nous porte vers notre ami par le
feul attrait du plaifir que nous goûtons
à l'aimer : c'eft l'intérêt qui a formé nos
liens & qui les brifera à fon gré. La vivacité
& la force de nos fentimens ne fe mefurent
que fur l'étendue de nos befoins .
Si vous demandiez à Epicure pourquoi il
avoit choisi un tel homme pour fon ami ,
il ne vous difoit pas que fa probité , ſes
vertus , fa fageffe , la douceur aimable
de fes moeurs l'avoient charmé ; il vous
48 MERCURE DE FRANCE.
répondoit naïvement qu'il l'avoit choifi
pour fon ami à caufe des fervices qu'il
en attendoit ; qu'il s'étoit attaché à lui
afin qu'il le défendît contre les ennemis
qu'il le fecourût dans fes maladies , qu'il
l'aidât dans fes befoins , & qu'il contribuât
à rendre fa vie plus agréable , en
lui procurant des amuſemens & des
plaifirs.
Je ne fçai pas pourquoi la plupart des
Modernes , qui ont écrit fur la morale ,
fe font plû à nous peindre les hommes
auffi méchans qu'ils l'ont fait. J'ai malheureufement
éprouvé comme un autre
leur injuſtice & leur perfidie , mais je
crois qu'il reste encore des vertus parmi
eux ; on les a peints durs , méchans
fourbes & toujours injuftes , lorfqu'ils
pouvoient l'être impunément . On les a
dépouillés de toutes leurs vertus , pour
ne leur en laiffer que les apparences ,
& on les a toutes affervies au joug de
l'intérêt. Cette peinture n'eft ni vraie ni
confolante. Il eût été bien plus raiſonnable
de montrer aux hommes la vertu
dans toute fa beauté & dans tout fon
éclat , de les élever jufqu'à elle & de
chercher à donner à notre ame de la
force & du reffort , au lieu de la dégrader
, de l'avilir & de rendre toutes nos
vertus
JANVIER. 1760. 49
vertus arbitraires , variables & inconftantes,
comme l'intérêt qui les fait naître.
Il me femble qu'entre ces deux excès
contraires , dont je viens de parler , il y
auroit un milieu fage à tenir. Je me
garderai bien de propofer aux hommes
qui veulent goûter les douceurs de l'amitié
de renoncer entièrement à eux-mêmes
, de fe dépouiller de tout amour - propre
, de n'être fenfibles qu'aux charmes
des vertus qu'ils admirent dans leurs amis ,
de leur demeurer attachés aux dépens
de leur fortune , & de les accompagner
dans les fers. Jouets malheureux de tant
de paffions diverfes , les hommes ne font
pas faits pour de fi généreux efforts.
Victimes de tant de foibleffes , comment
pourroit on efpérer d'arracher
entièrement de leur coeur ce fentiment
d'amour-propre qui cherche à ramener
tout à foi ? C'eft du choc de leurs intéque
nous voyons partir tous les jours
ces étincelles qui vont allumer entr'eux
les flambeaux de la haine. Je ne propofe
donc point aux hommes de chercher à
étouffer en eux tous les mouvemens de
l'amour -propre ; mais de travailler à le
modérer & à le régler. S'ils connoiffent
tout le prix de la vertu ; fi la Nature leur
a donné un coeur ; s'ils ont une ame
II. Vol.
rêts
-
-
C
so MERCURE DE FRANCE.
noble & fenfible , capable en un mot d
goûter des plaifirs purs , ils connoîtron
qu'on peut aimer un homme qui n'a
que du mérite , ou un homme vertueux
& puiffant , fans laiffer tomber ſes premiers
regards fur les avantages qu'on
peut receuillir de fon amitié. Ils fentirom
toutes les douceurs , la tendreffe & les
charmes d'une confiance réciproque ; il :
apprendront l'art de foulager leurs peines
& leurs chagrins , en les répandant dans
le fein d'un ami ; leur bonheur même
aura pour eux de nouveaux charmes ,
lorfqu'ils verront des hommes s'y intéreffer.
Au milieu des cris tumultueux qu'élevera
l'envie , ils entendront avec une
joie pure & fecrete la voix d'un ami
qui viendra y applaudir : ils connoîtront
qu'on peut aimer encore un homme à
qui il ne reste plus que la vertu ; & que
fi nous n'avons pas affez de force pour
lui faire le facrifice de notre fortune ,
nous pouvons au moins lui demeurer attachés
dans fa difgrace ; qu'en un mot on
ne doit point affecter de ne plus connoître
un ami malheureux , au moment
où il a ceffé de nous être utile.
L'amitié eft une affection libre &
de notre choix , fondée fur une eftime
réciproque & fur la reffemblance des
JANVIER. 1760.
maurs. Ce que l'on aime dans fon ami
ce n'eſt ni la nobleffe de fon origine , ni
l'éclat qui l'environne , ni l'autorité de
fa place , ni fa puiffance , ni fes richeſſes
ni le fafte qui orne fon Palais , ni les
plaifirs qui le rempliffent ; on aime fon
mérite & fa vertu , la fimplicité de fes
moeurs , fa noble franchife , les agrémens
de fon efprit , la beauté de fon caractère
ce n'eft point à ce qui eft hors
de lui qu'on s'attache ; c'eft lui , c'eſt
fon ame que l'on aime l'autorité , le
crédit , les richeffes , font des complaifans
& des flatteurs : l'eftime réciproque & la
conformité des bonnes moeurs font les
amis.
:
Vous vous plaignez de ce que tous les
hommes unis avec vous autrefois , & dans
des temps plus heureux vous ont abandonné
dans votre difgrace : l'intérêt les
avoit approchés de vous , l'appas de la
louange & de la flatterie , ou le goût du
plaifir vous les a fait rechercher , vous
les avez regardés comme de vrais amis.
Laiffez - vous inftruire par le malheur.
Voyez s'écrouler l'édifice de votre fortune
& voyez en même temps tous vos arnis
entraînés dans fa chûte : il ne vous en
refte pas un feul qui daigne au moins
vous confoler fur fes ruines . Vous aviez
Cij
52 MERCURE
DE FRANCE .
pris pour des amis des hommes qui aimoient
à jouir de vos richeſſes , à briller
de votre fafte , & à partager vos plaifirs :
aucun ne vous aimoit pour vous- même ;
ils n'étoient attachés qu'à tout ce qui
vous environnoit .
Il eft trifte d'être obligé de convenir
que la vanité , l'intérêt ou le plaifir forment
presque toutes les liaifons que nous
voyons parmi les hommes. Mais cela
prouve feulement qu'on prend trop légétement
le titre d'ami , & que
& que fouvent
on l'emprunte afin de tromper plus furement
; & cela ne détruit point l'idée
nous avons donnée de l'amitié.
que
Amitié divine flamme ! mouvement
délicieux du coeur ! tu unis les hommes
par des liens charmans & pleins d'attraits
, & tu les laiffes toujours libres au
milieu des chaînes que tu leur donnes.
& Tu leur fais goûter des plaifirs purs ,
qui ne les dégradent point. Tu attendris
notre ame , & tu ne l'amollis jamais. Ta
flamme toujours pure échauffe le coeur ;
mais elle n'y excite ni trouble ni ravage.
Ton flambeau n'éclaire point les horreurs
qu'a tant de fois éclairées celui de
l'amour. Compagne toujours aimable de
pas ;
la vertu , tu affermis & tu diriges fes
ta voix tendre , & jamais fevère , nous
JANVIER. 1760. 53.
rappelle à elle , lorfque les paffions nous
égarent & nous emportent loin de nousmêmes.
Toujours généreufe & bienfaifante
, tu nous confoles dans nos malheurs
, & tu nous aides à fupporter les.
caprices de la fortune & les injuſtices
des hommes. Tu rends la profpérité plus.
touchante , & tu nous fais mieux fentir
le prix du bonheur. Dans l'adverfité , tu
adoucis & tu foulages nos peines les
larmes que tu répands fur nous femblent
diminuer la fource des nôtres . Ennemie
de l'adulation , de la baffeffe & de l'or-.
gueil des Grands , tu te plais à conferver
l'image de l'égalité primitive que la nature
avoit établie entre les hommes.
Amitié tendre amitié ! ne nous refufe
pas le fecours de tes mains ; il eſt encore
des coeurs dignes de te connoître : que
l'intérêt ne te force jamais à t'exiler de
la terre ; reftes - y longtemps pour nous.
confoler des maux dont la vie eft femée ,
& pour adoucir les amertumes dont elle
eft remplie.
Il ne faut pas confondre avec l'amitié
les liens de l'habitude & du fang , ni les
bienséances , la politeſſe & les égards que
l'on obferve avec les hommes , dans la
fociété defquels on vit. La reconnoiffance
même n'eſt pas l'amitié , quoique fou-
A
C iij
54
MERCURE DE FRANCE.
vent elle la faffe naître . On peut fentir
tout le prix des bienfaits qu'on a reçus ,
honorer la main qui nous en a comblés ,
être pénétrés de la reconnoiffance la plus
vive , & ne pas goûter l'humeur , l'efprit
& le caractère de fon bienfaiteur. De
tous les mouvemens du coeur , il n'en eft
pas qui ait plus de rapport avec l'amitié
que celui de l'amour ; mais quoique ces
deux affections fe reffemblent en beaucoup
de chofes , & que fouvent la ligne
qui les fépare ne foit pas bien fenfible
elles ont cependant des traits qui les diftinguent
, & qui ne permettent pas de les
confondre.
L'amour naît brufquement dans nos
coeurs , & prévient toujours la réflexion ;
l'amitié fe forme lentement & par degrés.
L'amour naît prefque toujours d'un
coup d'oeil ; l'amitié eft toujours le fruit
d'une longue connoiffance. Le temps refferre
les liens de l'amitié ; le tems brite les
chaînes de l'amour . Les foins, les complaifances,
les fervices nourriffent & fortifient
l'amitié ; l'amour s'enflamme par les rigueurs
& par les caprices. L'amitié douce
& paifible écarte loin d'elle les foupçons ;
elle aime le calme & la tranquillité . Tel
que l'éclair qui naît du fein des orages ,
& qui brille au milieu de l'obfcurité &
JANVIER. 1760. 55
de la tempête , l'amour fort du fein de
la jaloufie , & fait éclater fes feux au
milieu des emportemens & des fureurs.
L'amour entre dans notre ame par les
fens ; l'amitié n'émane que de la raison .
L'amour eft une paffion ; l'amitié eft un
fentiment. C'eft la vertu qui unit les
amis ; c'eſt le plaifir qui unit les amans.
L'amour fort dans fa naiſſance parvient
en peu de temps à fon dernier degré pour
s'affoiblir enfuite telle qu'un ruiffeau
qui tombe du fommet des montagnes ,
foible dans fon origine , mais qui bientôt
accru par les eaux qu'il reçoit de toutes
parts , devient un fleuve confidérable,
& ne ceffe de s'aggrandir dans fa courſe ,
jufqu'à ce qu'il aille fe perdre dans le
fein des mers ; l'amitié croît par l'habitude
& par le temps , & fe fortifie fans
ceffe jufqu'au moment cruel qui vient
pour jamais féparer deux amis . L'amour
finit par lui-même , & fans autre raiſon
que d'avoir trop duré ; l'amitié faite pour
durer toujours ne peut être détruite que
par des paffions étrangères.
Ce n'eft guères qu'à un certain âge
que les femmes font fures d'avoir des
amis. Il est bien difficile que dans leur
jeuneffe elles puiffent diftinguer un ami
d'avec un amant. Ce n'eft pas , comme
Civ
50 MERCURE DE FRANCE.
nous l'avons déja dit , que l'amour &
l'amitié ne différent beaucoup ; mais
F'amour fçait fe déguifer de mille ma→
nières ; & lorfqu'il craint de fe montrer ,
il ne réuffit jamais mieux à entrer dans
un coeur qu'en ſe cachant fous les traits
de l'amitié.
De tous les attachemens qui uniffent
les hommes , il n'en eft peut-être pas
qui ait plus de charmes que ceux qu'é
prouvent des amans , qui après avoir ceffè
de l'être , s'eftiment encore aſſez pour
être amis. Une pareille union a toute la
tranquillité , la douceur & la folidité de
l'amitié ; & fans avoir les inquiétudes ,
les foupçons & les emportemens de l'amour
, elle en a la fenfibilité , la tendreffe
& les attraits touchans.
L'amitié ne peut unir que des hommes
vertueux. Les méchans ne font pas faits
pour en connoître les douceurs il faut
s'eftimer pour être amis , & les méchans
fe méprifent & déteftent dans les autres
les mêmes vices qu'ils chériffent dans euxmêmes.
Qu'on ceffe de nous parler des
liaifons de quelques fcélérats unis pendant
un temps pour l'exécution des mêmes
deffeins. Quelle amitié que celle
qui n'eft fondée que fur le vice ! quels
liens affreux que ceux qui ne font for
JANVIER. 1760. 57
इ
més que par le crime ! Non , les hommes
criminels ne s'aiment point ; ils fe fervent
mutuellement de leurs vices pour
2- accomplir leurs projets funeftes , réfolus
de fe fuir lorfqu'ils cefferont d'avoir
befoin les uns des autres. Augufte , dans
un Triumvirat rempli d'horreurs , paroît
étroitement uni avec fes collégues . Ces
tyrans cruels fe reuniffent pour opprimer
les restes de la République , & pour
étouffer les derniers gémiflemens de la
liberté Romaine ; mais ils ne font point
amis . Augufte médite leur perte dans le
temps même où ils fe fert d'eux pour
remplir les vues ambitieufes. Laiffez tomber
la République , vous le verrez bientôt
tourner fes armes contre Antoine
& pourfuivre partout avec fureur le rival
odieux qui lui difpute le trône du mondɛ.
C
Ceux qui ont foutenu que la vertu &
l'eftime n'étoient pas toujours les prineipes
de l'amitié , ont dir , pour prouver
leur opinion , qu'on pouvoit être attaché
à un homme riche , & aimer dans lui la
puiffance qu'il avoit d'obliger ; que ceux
qui avoient befoin d'argent chériffoient
avec tendreffe ceux qui pouvoient leur
en procurer ; qu'ils étoient amis nés de
la ticheffe & de celui qui la poffede.
C'eft abufer du fens des mots que d'ap-
Cy
58 MERCURE DE FRANCE.
•
peller amitié & tendreffe le foin que l'or
a de chercher à plaire à un homme de
qui l'on attend fa fortune : l'intérêt peut
bien rendre attentif , complaifant & empreffé
autour de lui ; mais on ne l'aimera
jamais , s'il n'eft point eftimable par luimême
, ou s'il a une ame foible & un
coeur bas. Il y a des bienféances & des
égards dûs à la diftinction des rangs , &
rien ne peut difpenfer de les remplir ;
mais il y a un hommage intérieur de
l'ame qui n'eft dû qu'au mérite & à la
vertu. Les talens excitent l'admiration ;
la nobleffe & l'élévation de l'ame concilient
l'eftime : les qualités du coeur font
naître l'amitié , & la reffemblance des
moeurs la confirme.
SUITE des fragmens des Géorgiques
de Virgile.
POUR
LIVRE IV . Des Abeilles.
OUR enlever le miel dont leur ville eftfemée
,
Portez-y d'un tifon l'importune fumée.
Deux fois on le recueille & lorfqu'après l'hyver ,
Frappant d'un pied léger les plaines de la mer ,
Vers les voûtes des Cieux la pleyade s'élance ;
Et lorfque cette Nymphe évitant la préfence
Des fignes pluvieux qui viennent l'affliger ,
JANVIER. 1760. 59
Dans le froid Océan commence à ſe plonger.
Mais alors de l'abeille évitez la furie ;
Elle aime à fe venger , même au prix de fa vie ;
Et verfant fur la playe un funefte poiſon
Y laiffe en expirant fon cruel aiguillon.
Si l'hyver de vos foins allarme la prudence;
Si dans leur République une oifive indolence
Sufpend tous leurs travaux , & glace leur ardeur ;
Alors prenant pitié de leur trifte langueur ,
Des dépouilles du thym parfumez leur aſyle ,
Et retranchez l'amas d'une cire inutile .
Pour confumer leur miel , par des détours obfcurs,
Le lezard tacheté ſe gliſſe dans leurs murs.
Là fe cachent fouvent la rampante chenille ,
Du cloporte affoupi l'innombrable famille ,
Le bourdon dévorant , qui dans un vil repos
Se nourrit lâchement du fruit de leurs travaux.
Là le frêlon leur livre une guerre inégale :
Là fouvent de Pallas l'odieuſe rivale ,
D'un tiffu dangereux par fes mains étendu ,
Sufpend adroitement le piége inattendu.
Chaffez ce vil troupeau ; bientôt leur induſtrie
S'empreffe d'enrichir , de peupler leur patrie.
Leurs greniersfont remplis d'une moiffon de fleurs;
Mais , hélas ! comme nous eſclave des douleurs ,
Ce peuple voit fouvent la pâle maladie
Dans fes murs défolés exercer fa furie.
Leurs membres affoiblis ont perdu leur couleur,
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
Et leurs corps décharnés ont féché de langueur.
Les effains confternés autour de leurs murailles
Conduisent lentement de triftes funérailles.
Les pieds entrelaffés , enſemble confondus ,
A leurs murs quelquefois ils reftent fufpendus ;
Ou glacé par le froid dans fa retraite obfcure
Tout ce peuple mourant languit fans nourriture.
D'autres fois un bruit fourd élevé fous leurs toits
Imite l'aquilon qui gronde dans les bois
De l'Océan troublé les vagues frémillantes ,
Et le feu qui mugit dans des forges brûlantes.
Pour reprendre leur force & leur premiere ardeur,
Que des parfums brûlés ils refpirent l'odeur ;
Qué leur miel diſtillé par un roſeau fragile
Pour foulager leur faim coule dans leur aſyle ;
Et par un bruit léger que ce peuple invité
Accoure à ce repas avec avidité.
;
Préfentez-feur encor quelques grappes mûries
Du thim , du romarin , ou des rofes flétries ,
La plante du centaure , & le fuc épaiffi
Du raifin par le feu lentement adouci .
Il eſt une autre fleur que le Mella voit naître,
Et vos yeux aifément peuvent la reconnoître
Sa racine féconde au- deffus des gazons
Elève une forêt de nombreux rejettons .
Couronnant l'or vermeil de fa tige fleurie ,
Ses feuilles font briller leur pourpre rembrunie
Le berger qui la cueille en de riches vallons ,
Aux Autels de les Dieux la fufpend en feftons
JANVIER. 1760.
Gi
Mais de fon fuc amer l'importune rudeffe
En piquant le palais le révolte & le bleſſe.
Arrachez la racine , & que dans un vin pur
Elle perde en cuifant fon goût fauvage & dur.
Enfuite dans des joncs façonnés en corbeilles
Préfentez -la vous- même au peuple des abeilles.
Si vous voyez un jour ce peuple infortuné
Par la contagion fous vos yeux moiflonné ,
Apprenez les fecrets & l'heureuſe induſtrie
Du berger qui régna dans les champs d'Arcadie ,
Quand du fang d'un taureau qu'immolèrent fes
mains ,
Il vit naître autrefois d'innombrables eſſains .
Les peuples fortunés de ces riches contrées ,
Par le nom d'Alexandre à jamais confacrées ,
Les habitans du Nil , que de brillans canots
Promènent dans leurs champs inondés de ſes flots;
Toutes les nations que voit ce fleuve immenſe ,
Depuis les lieux brûlans où ſa courſe commence
Jufques à l'Océan , dont le gouffre profond
Par fept bouches reçoit ce fleuve vagabond ;
Les voisins des Perfans qu'en fon cours il inonde
L'Egypte qu'il nourrit du limon de fon onde ,
Par cet art qu'Ariſtée apprit à l'Univers ,
De mille effains nouveaux fçavent peupler les airs
Que d'un efpace étroit l'enceinte préparée
Par quatre murs couverts foit d'abord reflerrée ;
Et que des quatre points qui divifent le jour ,
62 MERCURE DE FRANCE.
La lumière pénetre en cet obſcur ſéjour.
Choififfez un Taureau dont les cornes naiffantes
Commencent à courber leurs pointes menaçantes.
Pendant que fur la terre il fe débat en vain
Fermez tous les conduits qui portent dans ſon
fein
Ces atômes de l'air alimens de la vie :
Qu'il meure fous vos coups ; mais après ſon trépas
Que vos mains de fa peau ne le dépouillent pas.
Dans cet obfcur afyle ordonnez qu'on l'étende
Sur un lit de rameaux de thim & de lavande ;
Surtout n'attendez pas que le retour des fleurs
Rende à nos prez flétris leur brillantes couleurs;
Qu'à l'aide de fon bec l'hirondelle bâtiffe
De fon nid fufpendu l'étonnant édifice .
Immolez ce Taureau dès que les doux zéphirs
Rident le fein des eaux par leurs premiers foupirs.
De fon fang cependant la liqueur bouillonnante
Dans fes flancs fe corrompt , dans fes veines fermente.
י
D'infectes tout -à-coup un innombrable effain
De cette humeur impure eft formé dans ſon ſein.
Ce foible effain d'abord fans pied rampe & fetraîne
;
Sur des ailes bientôt foutenus avec peine
Dans les ondes de l'air ils nâgent en tremblant.
Plus vigoureux enfin , leur bataillon volant
JANVIER . 1760 . 63
S'élève , & dans les airs forme un épais nuage.
Tels dans les champs de Mars , au fignal du carnage
,
Mille traits en filant dans les airs font lancés
Fels les torrens du ciel fondent à flots preflés.
Mufe , raconte- moi de quel Dieu tutelaire
Les mortels ont reçu ce ſecret ſalutaire.
Le berger Ariftée , iffu du fang des Dieux ,
Par le fouffle infecté d'un vent contagieux ,
De fes nombreux effains vit éteindre la race.
Il fuit ces lieux cruels témoins de fa difgrace.
Des valons du Penée il part en foupirant ;
Vers la fource du fleuve il arrive en pleurant.
Il s'arrête ; il s'écrie en fa douleur amere ,
Toi dont je tiens le jour , ô firene , ô ma mere !
Hélas, pour être en butte aux deftins ennemis
Pourquoi du fang des Dieux as- tu formé ton fils?
Ma mere, qu'as-tu fait de cet amour fi tendre ?
Où font donc ces honneurs où je devois prétendre
!
Hélas ! lorfque ta voix me promet des autels ,
Ton fils languit fans gloire au milieu des mor
tels !
Ce fruit de tant de foins , qui charmoit ma mifere
,
Mes effains ne font plus , & vous êtes ma mere ♪
Achevez. De vos mains ravagez ces côteaux ,
Embrafez mes moiſſons, immolez mes troupeaux,
64 MERCURE DE FRANCE.
Dans ces jeunes forêts allez porter la flamme
Puifque l'honneur d'un fils ne touche plus votre
ame.
Sa mere l'entendit . Sur des lits de roſeaux ,
Près d'elle en ce moment mille Nymphes des eaux
Filoient d'un doigt léger de précieuſes laines
Que coloroit l'azur de ces liquides plaines.
L'or de leurs blonds cheveux avec grace flottaris
Dérobe de leurs fein les lys éblouiffans.
Là s'occupent enſemble & Thémire & Silvie ,
La légere Elia , la modefte Dalie ;
Eglé, l'aimable Eglé , qui vient de mettre au jour
Le tendre & premier fruit de fon heureux amour
Péa , qu'hymen encor n'a point rendu féconde ;
Ephère & Beroë , filles du Dieu de l'onde .
D'un hôte des forêts peint de mille couleurs
La dépouille brillante embellit ces deux fours.
Le feu des diamans brille fur leur parure ,
Et des agraffes d'or attachent leur ceinture.
Pour l'empire des eaux abandonnant les bois
La timide Aréthule a quitté fon carquois.
Pourcharmer leur ennui, Climène au milieu d'elles
Leur raconte des Dieux les amours infidelles ,
Les doux larcins de Mars , les faveurs de Vénus,
Les rufes de Vulcain & fes foins fuperflus.
Pendant qu'à l'écouter les Nymphes attentives
Font tourner leurs fuſeaux entre leurs mains ac
zives,
N.
JANVIER. 1760. 65
ר י י ו
Du malheureux berger la gémiſſante voix-
Parvient juſqu'à ſa mere une ſeconde fois.
A ce bruit imprévu fes compagnes timides
Ont treffailli d'effroi dans leurs grottes humides.
Aréchuſe , du ſein de leur brillant Palais
S'éleve & porte au loin fes regards inquiets.
O Cyrêne ! dit elle , ô compagne chérie !
D'une vaine frayeur tu n'étois point faiſie.
Ton fils près de ces lieux , accablé de douleurs
T'accufe en gémiflant du fujet de ſes pleurs.
Mon fils ! répond Sirene en pâliſſant de crainte.
Qu'il vienne. Et quel eſt donc le ſujet de ſa plainte?
Qu'on amene mon fils , qu'il paroille à mes yeux :
Mon fils, a droit d'entrer dans le Palais des Dieux,
Fleuve , retire- toi vers ton double rivage ;
Laiffe aux pas d'Ariftée un facile paſſage.
Elle dit le Penée ouvrant pour lui ſes flots ,
S'éleve à les côtés en deux montagnes d'eaux;
Et dans fon vafte fein ſon onde obéiffante
Le porté avec reſpect à fa mere tremblante.
Il s'avance fans crainte ; & fon oeil étonné
Contempleautour de luice grand fleuve enchaîné,
It admire en paffant ces Royaumes humides
Les marbres affurés de ces Palais liquides ,
Les vaftes réfervoirs où frémiffent les flots ,
Ces lacs retentiffans de la chute des eaux >
Des fleuves fouterrains les mugillantes ondes.
Ils fortent en grondant de ces grottes profondes,
66 MERCURE DE FRANCE.
Et fur la terree au loin en cent lieux répandus ,
A ce vafte océan font fans ceffe rendus ;
Et du Phafe & du Tibre il découvre la fource.
Là fe forme l'Agno , paifible dans fa courſe ,
Le rapide Hypanis , le Pô tumultueux
Qui roule avec fureur fes flots impétueux.
Mais déja du Palais il touchoit les murailles ,
Conduit fous ces lambris enrichis de rocailles ,
Ariſtée à ſa mere expofa fes malheurs ;
Avec un doux fourire elle effuya fes pleurs.
De Nymphes auffitôt une foule empreffée
L'entoure , & fur fes mains une eau pure eft
verfée 3
Elles font les apprêts d'un fuperbe feftin ,
Dans un brillant criſtal verfent un jus divin ;
Et d'autres d'un encens qui s'exhale en fumée
Rempliffent du Palais la voute parfumée.
Prends ce vafe facré , dit Sirene à fon fils ;
D'un précieux nectar arrofons ce parvis.
Accepte notre hommage , ô Déité feconde ,
Océan qui nourris & conferve le monde.
Et vous mes foeurs , & vous , écoutez notre voix ,
Nymphes , Reine des mers , des fleuves & des
bois ,
Contre le fort cruel protégez Ariftée.
Elle dit : d'un vin pur la flamme eft hu nectée ;
Elle en verfe trois fois , trois fois le feu brillant
Aux voutes du Palais s'élance en pétillant :
JANVIER. 1760.
67
.
Sirene avec plaifir acceptant ce préfage ,
A fon fils attentif adreffe ce langage.
Dans la mer Carpathée un célébre Devin
Pourra feul , ô mon fils , t'annoncer ton deftin:
Sur fon char attelé par deux courfiers rapides
Il fillonne en volant les campagnes humides
Et du lieu fortuné qui lui donna le jour
Va revoir aujourd'hui l'agréable ſéjour .
Les Nymphes de ce fleuve , & le vieillard Nérée ,
Réverent de ce Dieu la fcience facrée .
Le fouverain puiſſant qui régne fur les flots
A fa garde a commis fes immenfes troupeaux ,
Ces monftres de la mer , ces baleines pefantes
Qui femblent ſe jouer des vagues écumantes ;
Et pour prix de les foins à fon regard perçant
Découvre l'avenir , le paffé , le préfent.
Mais pour forcer fa bouche à te parler fans
feinte ,
Il te faut employer la force & la contrainte.
Va faifir dans tes bras ce vieillard étonné ;
Malgré lui dans tes fers qu'il demeure enchaîné.
N'attends pas de fa bouche un confeil volontaire
:
On a beau le prier ; il s'obſtine à fe taire.
Moi-même du midi quand les rayons brulans
Sécheront fur les prés les gazons jauniſſans ;
Lorfqu'avec fon troupeau le berger cherche
l'ombre ,
68 MERCURE DE FRANCE.
Je guiderai tes pas vers une grotte fombre ,
Où le paſteur des mers forti du fein des flors ,
Dans les bras du fommeil va gouter le repos.
Saifis , enchaîne alors le vieillard immobile ;
Bientôt fon art divin en miracles fertile ,
Pour laffer de ton bras l'effort impérieux ,
De preſtiges fans nombre éblouira tes yeux.
Tantôt tigre farouche , il rugit , il s'irrite s
Tantôt lion terrible , il s'élance & s'agite 3.
Tantôt en feu brulant, il s'éleve à grand bruit §
En torrent quelquefois il s'échappe & s'enfuit .
Plus il fera d'efforts pour vaincre ta conftance,
Plus il faudra , mon fils , dompter ſa réſiſtance ;
Et bientôt reprenant la figure & fes traits ,
Il va de l'avenir révéler les fecrets.
Elle dit , & prenant une effence choifie ,
Sa main répand fur lui cette pure ambroisie :
Du précieux nectar la puiffante liqueur
De les membres nerveux augmente la vigueur.
Et de l'ambre céleſte une douce fumée
S'exhale autour de lui dans la grotte embaumée,
JANVIER . 1760 . 69
SUITE des Jugemens fur les Auteurs
Anglois , par M. HUME.
AU milieu des nuages épais dont la ſuperftition
& l'ignorance couvrirent l'Angleterre
, dans le temps de la République
& du Protectorat , un petit nombre
de Philofophes paifibles retirés à Oxford ,
cultiverent leur raifon & établirent des
conférences , pour fe communiquer mutuellement
leurs découvertes dans la Phyfique
, & dans la Géométrie. Wilkina
Eccléfiaftique qui avoit épousé la foeur
de Cromwel & qui devint enfuite Evêque
de Chefter , fut le Promoteur de ces
converfations philofophiques . Immédiatement
après la reftauration , ces gens de
de lettres , dont le nombre s'étoit accru ,
obtinrent des Lettres patentes , & prirent
le nom de Société Royale ; mais ces Lettres
furent tout ce qu'ils obtinrent du Roi.
Quoique Charles II aimât beaucoup les
Sciences, furtout l'Alchymie & la Méchanique
, il fe contenta de les animer par
fon exemple , & non par fes bienfaits. La
foule infatiable des courtifans & des
maîtreffes dont il étoft fans ceffe environné
, abſorboit tous fes revenus ; & ne
C
70 MERCURE DE FRANCE .
lui laiffoit ni les moyens ni le loifir d
récompenfer le mérite littéraire. So
contemporain Louis XIV , qui étoit bie
inférieur à Charles en génie & en con
noiffances , le furpaffa beaucoup en libé
ralité. Outre les penfions qu'il donna
un grand nombre de Sçavans dans tout
l'Europe, il fit des règles pour la police d
fes Académies , & affigna des fonds pou
leur entrerien : générofité qui fait beau
coup d'honneur à fa mémoire , & qu
effacera aux yeux des hommes éclairé
une partie des malheurs de fon régne. O
doit être furpris que cet exemple n'ai
pas été plus fuivi en Europe ; car il efi
certain que cette libéralité fi étendue ,
fi généreufe & fi hautement célébrée , ne
couta pas à ce Monarque autant d'argent
que d'autres Princes en ont fouvent prodigué
à un feul & inutile courtifan.
Mais quoique l'Académie des Sciences
en France fût gouvernée , encouragée
& foutenue par le Souverain , il s'éleva
en Angleterre des hommes d'un génie
fupérieur , qui firent pencher la balance *
de leur côté , & attirerent fur eux & fur
leur patrie les regards & l'attention de
toute l'Europe.Outre l'Evêque Wilkins &
Wallis , qui étoient de grands Mathématiciens
, Hoke, célèbre par ces obfervations
* C'eſt un Anglois qui parle.
JANVIER. 1760 . 71
microſcopiques , & Sydenham le reſtaurateur
de la véritable Médecine ; c'eſt
dans ce période que fleurirent Boyle &
Newton, qui marcherent d'un pas timide,
mais qui n'en étoient que plus furs dans
la feule route qui mène à la vraie Philofophie.
Boyle perfectionna la machine pneu
matique inventée par Otto de Guericke ,
& elle lui fervit à faire plufieurs expériences
neuves & curieufes fur l'air &
fur d'autres corps : fa Chymie eft fort
admirée par ceux qui font inftruits dans
cette fcience : on trouva dans fon hidroftatique
plus d'invention & de raiſonnement
mêlés aux expériences , que dans
aucun autre de fes ouvrages ; mais fes
raifonnemens font toujours fort éloignés
de la hardieffe & de la témérité qui ont
égaré tant de Philofophes. Boyle fut un
grand partifan de la Philofophie méchanique
, théorie qui en découvrant quelques-
uns des fecrets de la nature & en
nous laiffant imaginer les autres , eft fi
commode pour la vanité & la curiofité
naturelle de l'homme.
Notre Ifle peut fe vanter d'avoir produit
dans Newton le plus grand & le
plus rare génie qui fait jamais né pour
P'ornement & l'inftruction de l'efpéce
humaine. Circonſpect à n'admettre d'au72
MERCURE DE FRANCE .
tres principes que ceux qui étoient fondés
fur l'expérience ; mais déterminé à
adopter ceux - ci , quelques nouveaux &
extraordinaires qu'ils fuffent , il chercha
plus à mériter qu'à acquérir de la répu
tation : fa modeftie lui laiffoit ignorer la
fupériorité qu'il avoit fur le refte de
hommes , & par là même il fe foucion
moins de mettre les idées à la portée des
efprits ordinaires : c'eft ce qui fit que fon
mérite fut longtemps ignoré dans le
monde ; mais fa réputation perça à la
fin , & jetta un éclat dont aucun Ecrivain
peut-être n'a vu fon nom couvert pendant
fa vie. Tandis que Newton paroifoit
tirer le voile qui couvroit quelques- uns
des myſtères de la nature , il montroit
en même temps les imperfections de la
Philofophie méchanique : & par là il
replongeoit les fecrets intimes de la nature
dans l'abîme d'obſcurité où ils ont
toujours été & feront toujours enſevelis.
Ce fiècle ne fut pas à beaucoup près
auffi favorable à la Littérature agréable
qu'aux fciences. Charles aimoit paffionément
l'efprit & en avoit beaucoup luimême
: il avoit de la juſteſſe & de la force
dans la converfation ; cependant il contribua
plus à la corruption qu'au progrès
de l'éloquence & de la poëfie. Lorsqu'à la
reftauration
JANVIER. 1760. 73
reftauration on eut r'ouvert les Théâtres
& rendu la liberté à la gaîté & au génie ,
après une auffi longue abftinence on rechercha
ces plaifirs avec plus d'avidité
que de goût : les plus groffieres & les plus
informes productions de l'efprit furent
accueillies par la Cour & par le Peuple.
Les Piéces que l'on repréfentoit alors fur
le Théâtre , chefs - d'oeuvre d'extravagance
& d'abfurdité , étoient fi abſolument
dénuées de toute raifon , même de fens
commun , qu'elles feroient l'opprobre de
la Littérature Angloife fi la nation n'avoit
effacé la honte de les avoir admirées
d'abord , par le profond oubli auquel elles
font aujourd'hui condamnées. La répétition
du Duc de Buckingam , qui tournoit
en ridicule ces productions barbares , a
l'air d'une fatyre trop exagérée ; il eft
cependant vrai que la copie égale à peine
quelques - unes des abfurdités que l'on
trouve dans les originaux .
Cette fatyre mordante , jointe au bon
fens de la nation , corrigea au bout de
quelque tems les extravagances de l'efprit
à la mode ; mais les ouvrages de
Littérature ne purent jamais atteindre
à cette correction & à cette délicateffe
que nous admirons fi fort dans les anciens
& dans leurs judicieux imitateurs le
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
François. Ce fut à la vérité durant ce
période que cette nation laiffa les Anglois
fort au- deffous d'elle dans les productions
de la Poëfie , de l'Eloquence , de l'Hiſtoire
, & des autres branches de la belle
Littérature , & qu'elle s'acquit une fupériorité
que les efforts des Ecrivains Anglois
dans le fiécle fuivant on balancée
avec plus d'avantage. Les Arts & les
Sciences furent tranfportés d'Italie en
Angleterre auffitôt qu'en France ; & ils y
firent d'abord des progrès plus furprenans.
Spencer , Shakespeare , Bâcon , Johnſon ,
fur pafferent de beaucoup les Ecrivains
François qui vécurent en même - temps.
Milton , Waller , Denhant , Cowley ,
Harvey , furent au moins égaux à leurs
contemporains. Le régne de Charles II
qu'on regarde très - mal- à- propos comme
le fiècle d'Augufte de l'Angleterre , y
retarda les progrès de la Littérature polie ;
& l'on vit alors que cette licence fans
bornes que l'on permettoit ou plutôt que
l'on applaudiffoit à la Cour , étoit plus
contraire à la perfection des beaux Arts ,
que le jargon inintelligible & le fanatifme
du période précédent ne l'avoient été,
Plufieurs des plus célèbres Ecrivains
de ce fiécle nous ont laiffé des monumens
d'un génie corrompu par l'indécence & le
>
JANVIER, 1760. 75
mauvais goût : il n'y en a point d'exemple
plus frappant que celui de Driden ,
auffi remarquable par la fupériorité de ſes
talens que par l'abus déplorable qu'il en
a fait. Ses Pièces de théâtre , à l'exception
de quelques Scènes , font entièrement
défigurées par le vice ou par l'extravagance
, ou par l'un & l'autre : fes
traductions paroiffent ordinairement le
fruit de la précipitation & de la faim ; ſes
fables même ne font que des contes mal
choifis revêtus d'une verfification incorrecte
quoique ingénieufe. Cependant au
milieu de ce grand nombre de productions
informes , le rebut de notre Littérature ,
Driden a fait voir dans quelques petites
piéces , dans fon Ode à Sie Cécile , dans
la plus grande partie d'Abfalon & Architophel
, & dans un petit nombre d'autres
Inorceaux, tant de génie , tant de richeffe
dans l'expreffion , tant de pompe & de
variété dans les nombres , qu'on ne peut
fe défendre d'un fentiment de regret &
d'indignation quand on confidere l'infériorité
, ou plutôt l'abfurdité de fes autres
ouvrages .
Le nom feul de Rochefter offenfe les
oreilles pudiques , cependant on remarque
dans fes Poefies une énergie de ſtyle
& une force de fatyre qui laiffent imagi
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
ner ce qu'un auffi beau génie auroit été
capable de produire s'il eût vêcu dans un
temps plus heureux , & s'il eût fuivi de
meilleurs modèles . Les anciens Satyriques
fe font fouvent donné une grande liberté
dans leurs expreffions ; mais leur licence.
ne reffemble pas plus à celle de Rocheſter
que la nudité d'une Indienne ne reffemble
à celle d'une fille publique.
Wycherley ambitionna la réputation
de bel- efprit & de libertin , & il l'obtint.
Il étoit vraisemblablement capable de
briller dans la carriere de la bonne Comédie
, & dn ridicule inftructif.Otway avoit
un génie heureuſement tourné au pathétique
; mais il ne s'affujettit ni aux règles
du Drame , ni aux règles encore plus
effentielles de la décence & de la raifon.
La fatyre feule du Duc de Bukingam rendit
un grand fervice à fon fiécle & fit
beaucoup d'honneur à fon nom. Les ouvrages
des Comtes de Mulgrave , de
Dorfet & deRofcammont font écrits d'un
bon goût , mais foibles & négligés. Le
Marquis d'Halifax avoit un génie délicat,
& il paroît qu'il ne lui a manqué que du
loifir & une condition moins élevée pour
fe faire une plus grande réputation dans
les Lettres .
De tous les grands Ecrivains de ce
temps , le Chevalier Guillaume Temple
"a
"
JANVIER. 1760 . 77
eft prefque le feul qui ait fçu fe préferver
de cette contagion de vices &
de licence qui avoient corrompu la Nation.
Le ftyle de cet Auteur , quoique
très négligé & fouvent mêlé d'idiomes
étrangers , eft agréable & intéreſſant . Une
teinte de vanité qu'on remarque dans
fes ouvrages , femble les rendre plus piquans
, parce qu'elle nous fait connoître
le caractère de l'Auteur qui eft plein
d'honneur & d'humanité , & que nous
croyons plutôt converfer avec lui que
lire fon ouvrage.
Quoiqu'Hudibras ait été publié & probablement
compofé fous le régne de
Charles , on doit regarder Butler áuſſibien
que Milton comme appartenant aut
période précédent . Il n'y a point d'ouvrage
dans lequel on trouve autant de traits
d'un efprit droit & inimitable que dans
Hudibras ; mais il y en a beaucoup qu'on
lit avec autant & même plus de plaifir.
Les allufions font fouvent obfcures &
trop recherchées ; & quoiqu'il n'y ait
peut-être aucun Ecrivain qui ait eu le
talent d'exprimer fes penfées en auffi peu
de mots , Butler prodigue fouvent des
penfées fur un même fujet , & trouve
par là un moyen tout nouveau de ſe
rendre prolixe . C'eft une chofe admirable
D iij
30 MERCURE DE FRANCE.
Il vous eût confacré le tribut légitime:
La beauté vous donna droit de régner fur eux s
Mais la vertu qui vous animé
Ne pouvoit leur permettre , en acceptant leurs
voeux ,
D'autre fentiment que l'eftime.
VERS à Madame T. *** D . ***
le jour de l'an.
pour
J'ALLOIS, 'ALLOIS , charmante Eglé , faire des voeux
pour vous ;
Et déjà plein du feu qu'un bel objet inſpire ,
Au ton du fentiment j'avois monté ma lyre ;
Et l'Hymen loin d'être jaloux
Sembloit favorifer mon aimable délire ;
Mais Apollon lui -même arrêta mes tranſports
Tu formes pour Eglé des fouhaits inutiles ,
Tous les Dieux ont fur elle épuisé leurs trésors :
Attraits , fagcflè , eſprit , plaiſirs doux & tranquilles.
Un feul don peut être ajouté
A tant d'heureux préfens qu'ils ont verfés fur elle !
Quoi ! dis - je , au Dieu des vers ? C'eft l'immortalité.
Ah ! puiffe- t-elle être immortelle !
Pour être égale en tout à la divinité .
JANVIER. 1760.
81
EPITRE
De M. ***, à fon pere.
PERI ERI aimable , plein de tendreffe ;
Qui ne ceffez de me former
Par vos leçons à la fageffe ,
Que votre exemple fait aimer ;
Qui de l'ignorance & des vices
Avez fauvé mes jeunes ans ;
De mon coeur & de mes talens
Voyez avec des yeux propices
Les hommages reconnoillans ,
At dans mes premiers vers acceptez mon encens
Telle une tendre fleur qu'on dérobe aux caprices
Ou de l'hyver jaloux , ou des vents en fureur ,
En s'ouvrant au Printems fous de plus douxaufpices
,
De fon parfum naiffant exhale les prémices
Sur fon heureux cultivateur.
VERS à M. *' ** .
OUR peindre l'amitié,fçais-tu ce qu'il faut faire
Il faut chercher l'Original ;
Car fans lui tu la peindrois mal ,
Et tu ne tracerois , Damon , qu'une chimeres
D▾
82 MERCURE DE FRANCE .
Mais, pour éviter la longueur
D'une recherche difficile ,
Je vais t'enſeigner cet afyle :
Tu la trouveras dans mon coeur.
EPITRE
SUR L'AMITIÉ ,
A M. de C ** Maréchal des Camps &
Armées du Roi.
F AVORI du Dieu des Beaux-arts ,
Qui loin de vos foyers tranquilles
Allez porter au champ de Mars
Et le courage des Bayards
Et l'aménité des Joinvilles ;
Vous à qui mon coeur eft lié
Par ce goût pur qui vous éclaire ,
Lifez des vers faits pour vous plaire ;
Et du tableau de l'Amitié
Recevez l'éfquiffe légère.
Le fentiment feul fait le prix
Des traits de mon crayon fincère ;
Et c'eft pour le coeur que j'écris.
Du ciel l'amitié defcendue
Au temps heureux de l'âge d'or ,
Des mortels compagne affidue ,
Charmoit leurs coeurs juftes encor
JANVIER. 1760 .
83
Thémis avec elle adorée
Répandoit fes dons bienfaifans :
Sa main propice & confacrée
Aux malheureux , aux innocens ,
N'avoit point d'un fer redoutable
Gravé fur le bronze immuable
Ses arrêts toujours menaçans.
On voyoit régner fur la terre
Des moeurs plus faintes que les loix.
Mais bientôt du Dieu de la guerre
L'intérêt animant la voix ,
Au mépris même du tonnerre ,
De l'honneur ufurpa les droits.
Bientôt la difcorde fatale ,
Dans les coeurs les plus vertueux
Ofa de fa coupe infernale
Verfer le poifon dangereux ;
Et s'excitant à la vengeance ,
De fon foufle contagieux
Infefta bientôt l'innocence.
Les vices les plus odieux
Sortis du fein de l'avarice ,
A des excès pernicieux
Portèrent nos foibles ayeux .
Bientôt on ne vit qu'injuſtice ,
Que projets vains' , ambitieux ,
Que menfonge , orgueil , artifice,
Ce fut alors que vers les Cieux
D vi
$4
MERCURE
DE
FRANCE
On vit s'envoler la Juftice.
Victime des folles erreurs ,
De la difcorde triomphante ,
L'amitié foible & chancelante .
For immolée à fes fureurs .
Mais la terre au crime livrée
Compta toujours quelques, vertus ;
Et l'amitié fut honorée
Dans les temps les plus corrompus :
Dans les climats les plus barbares ,
Chez les peuples les moins polis
Elle eut des temples embellis
Par les offrandes les plus rares.
Le fiècle même plein d'horreur
Marqué par le courroux célefte ,
Et fignalé par les fureurs
Du cruel frere de Thieſte ,
Fut confacré par les douceurs
De la tendre amitié d'Orefte...
Au milieu de tous ſes malheurs
Pylade eft l'ami qui lui refte ,
Et du deftin le plus funefte .
Sa vue adoucit les rigueurs
De l'amitié l'effort rapide
Fit voler Pylade au trépas :
C'eft elle dont l'ame intrépide
Excita fes nobles combats
Qu'on vit au fein de la Tauride
JANVIER. 17601 $5
Orefte , victime à la fois
Des crimes que fon coeur expie ,
Et de la cruauté des Rois ,
Aux coups d'un facrifice impie
Eft prêt enfin de fuccomber :
Pylade pour le dérober
Au trait qui menace fa vie ,
Difpute l'honneur de tomber
Sous le couteau d'Iphigénie.-
Unie avec la liberté
L'amitié fçait , dans la balance
Rétabliffant l'égalité ,
Rapprocher l'intervalle immenfe
Et des fortunes & des rangs ,
Où la fuprême Intelligence
Marqua des degrés différens .
De l'appareil qui l'environne,
Oubliant l'état ſéducteur ,
Un Prince daigne ouvrir fon coeur
A l'ami que le Ciel lui donne.
Et du fardeau de la Couronne
Il ne fent plus la peſanteur.
Sur tous les âges de la vie
L'amitié répand fes bienfaits ;
Et quand la pâle & fombre envie-
Veut nous accabler de fes traits.
Compâtillante & généreuſe
86 MERCURE DE FRANCE
L'amitié fçait par la douceur
Corriger l'amertume affreufe
Du fiel qu'apprête la noirceur.
Des coeurs en butte à l'infortune
Elle eſt ſouvent l'heureux recours :
Contre les fureurs de Neptune
Son bras leur prête ſon ſecours :
Sa bonté répand fur leurs jours
Cet enjoument vif & facile
Que l'on ne connoît pas toujours
Ni dans le luxe de la Ville ,
Ni parmi le fafte des Cours ;
Les charmes d'un ami folide
Font trouver le Palais d'Armide
Dans le plus trifte des féjours,
>> Defcends de la voute azurée ,
» Vierge pure , adorable foeur
» Du jeune fils de Cythérée !
» Viens embellir par ta douceur
>> Ces lieux où j'ai peint ton image' ;
>> Reçois mon immortel hommage
→ Sous ces lambris préfque abattus
» Par la faulx du temps dont l'outrage
» N'a refpecté que les verrus
>> D'un poffeffeur tranquille & fage.
» Longtemps au nombre de mes Dieux
J'ai compté ton aimable frere;
"
Mais j'ai puifé dans tes beaux yeux
14
JANVIER. 1760 .
31
.
»Un feu divin que rien n'altere .
» Je t'offre aujourd'hui mon encens ,
>> O ma Déeffe tutélaire !
>> Avec tous tes attraits defcends
→ Dans ces lieux où ma voix fincere
>> T'adreffe fes tendres accens :
>> Tu n'y feras point étrangere.
» Nymphe charmante, objet vainqueur !
» Un Sage formé pour te plaire
» T'élève un temple dans fon coeur.
» Ce Sage daigne être mon Maître :
» Son efprit éclaire le mien ;
» Et fouvent prête à diſparoître ,
» Ma raiſon dans fon entretien
» Semble reprendre un nouvel être.
LE mot de l'Enigme du Mercure
précédent eft Epi. Le mot du premier
Logogryphe eft Arbre , dans lequel on
trouve barre. Le mot du fecond Logogryphe
eſt Nonnain , qui renferme non ,
nain , ni & an. Le mot du Logogryphe
Latin eft Virago , dans lequel le trouvent
vir , ago, via , vigor , ruga & virgo.
$ 8 MERCURE DE FRANCE.
ENIGM E.
LECTEUR , partout où je préfide-
Iln'eft point de parfait bonheur.
Je prends ma fource dans le coeur ;
En y naillant je laiffe un vuide
Que ma mort feule peut remplir .
Que mon fort eft digne d'envie !
Le plaifir me donne la vie ,
Et le plaifir me fait mourir.
AUTR E.
N prifon,dans les fers , je reçois la naiſſance ;
Cependant les humains redoutent ma puillance.
Dès que je ne fçai quoi me fait prendre l'effor.
En creufant mon tombeau je leur donne la mort.
SITOT
AUTRE.
ITÔT que je fuis né ma forme m'abandonne.
Je ne garde en mon fein qu'une plante à la fois
Et je fuis toujours chez les Rois
Antipode de la Couronne,
JANVIER. 1760 .
89
LOGOGRYPHE.
D U deftin je fuis le miniftre
Et l'organe de fes decrets.
Mais ne vous plaignez pas fi l'Oracle eft finiftre
Vous me forcez vous- même à trahir fes fecrets .
Me voici commençons . Je finis par vous dire
Comme on doit s'expliquer pour trancher tous
débats ;
Siquelqu'un cependant aime à voir des combats,
Pour tonner le fignal j'ai ce que l'on defire.
Vous ferez avec moi le plus bruyant fracas :
Et fi mon tout n'y fuffit pas,, ·
Du moins ma moitié peut fuffire.
Mon corps n'eft pas bien compliqué.
Six élémens l'ont fabriqué ,
Cinq donnent une arme offenfive
Dont les hommes ne veulent point.
Lecteur , n'oubliez pas ce point.
Quatre font de vos biens la vente alternative ,
Quatre font une fête , & trois font d'un foupé
Bon foir , ami Lecteur , je vous laiffe occupé
90 MERCURE DE FRANCE.
AUTRE.
PAR la févère modeſtie
Mon ufage fut impofé ;
Bizarre effet du fort ! un Génie oppoſe
L'a rendu plus utile à la coquetterie .
Je m'en rapporte à vous qui l'avez adopté ,
Sexe charmant , mais qui de ce côté
Ainrez un peu la tricherie :
N'eft-il pas vrai quand je n'exiftois pas ,
Vous étiez obligé de cacher des appas ,
Ou de les expofer au moins à la cenfure :
Si douce qu'elle foit , elle est toujours trop dure...
Mon Art a prévenu ce cruel embarras.
Que ne me doivent point les belles !
Je fçais éclipfer les défauts ,
Je fais imaginer mille beautés nouvelles :
Je fçais même aux beautés réelles
Ajouter des charmes nouveaux .
Lecteur , me connois-tu ? Peut- être.
Te faudroit- il encor quelque combinaiſon ?
Eh bien , prends les fept pieds qui commencent
mon nom ,
Je t'offre un fentiment facile à reconnoître.
S'il s'accorde avec ta raiſon ,
Amant , chez toi l'amour a dû le faire naître.
JANVIER. 1760 . 91
Au dernier de ces fept unis les deux fuivans ,
Par ce cri le vainqueur , prêt à faire main - baſſe ,
Annonce aux vaincus fupplians
L'arrêt de leur mort , point de grace.
Mes trois derniers enfin des autres défunis
Peignent ce que du temps fait la lime rapide.
Ce trait fans doute te décide ,
Raffemble ces trois mots , & lis.
P. B. T. De Charméla , de Paris.
LOGOGRYPHUS.
CERVICE obfcifâ , demulces cantibus aures ;
Integer, humanum torqueo fæpe genus.
CHANSON
SUR l'air de la Romance de Daphné.
Ακου
MOUR, quelle eft ta puiſſance !
Tout cède à tes traits vainqueurs :
Après tant de réfiftance ,
J'éprouve ta violence :
Tu régnes fur tous les coeurs,
En vain la raifon févere
S'élève contre tes loix ,..
92 MERCURE DE FRANCE
Elle cherche à m'y fouftraire ,
Mais l'ennuyeule a beau faire ,
Tu n'y perds rien de tes droits.
Tout reconnoît ton empire
Dans cet aimable féjour ;
Jufqu'à l'air qu'on y refpire ,
Tour ici femble nous dire
F*** eft fait pour l'amour.
Dieu puiffant , lance ta flâme,
Embrafe-moi de tes feux ;
C'est toi feul que je réclame ,
Amour régne dans mon ame ,
Mais favorife mes voeux.
JANVIER. 1760. 93
ARTICLE II.
NOUVELLES LITTERAIRES;
LETTRES de Miftris Fanni Butlerd , à
Mylord Charles Alfred , Duc de Caitombridge
, écrites en 1735 , traduites
de l'Anglois en i756 par Marie
de M. *** Nouvelle Edition . A Paris
, chez Humblot , Libraire , ruefaint
Jacques . 1760 .
LA premiere Edition de ces Lettres
a paru il y a trois ans. Malgré l'air de
traduction
qu'on a voulu leur donner
elles ont un caractère
nationnal
fur lequel
le Public ne s'eft pas mépris . Au
refte elles ont eu un fuccès mérité quoique
moins brillant que celui de l'Hiftoire
du Marquis
de Creffy & des Lettres de Juliette
Catesby, deux romans très- bien écrits
& qu'on croit être de la meme main que
les Lettres de Fanni Butlerd. Cette nouvelle
Edition eft corrigée avec foin &
augmentée
de plus d'un tiers. Je vais
tranfcrire une des lettres qu'on y a ajoutées
; elle fuffira pour donner une idée
du ftyle & du ton de l'Ouvrage
.
Lettre XXIV. Le moi fur lequel vous
94 MERCURE DE FRANCE .
comptez n'eft pas toujours le plus for
j'ai comme Sofie un autre moi diffici
à réduire , & qui l'emporte fouvent f
tout ce que je lui oppofe . Ce mécha
moi ne m'a pas laiffée tranquille un inſta
depuis que j'ai quitté Londres ; il m
fait pleurer , vous quereller , pardon
ner , me fâcher , refter ici pour vous ch
griner , m'ennuyer , me priver du fe
plaifir où mon coeur puiffe être fenfibl
Je voulois partir ce matin , mais Myloi
Clarendon a changé ma réfolution .
vint hier fouper ici , on vous nomme
il nous dit qu'il vous avoit laiffé chez l
Ducheffe de Rutland que vous y étie
feul. O quel mouvement ce difcours éle
va dans mon ame ! quoi feul chez cett
femme qui vous cherche , qui vous fui
avec affectation ! il me fut impoffible d
fouper. Je me plains de la migraine
je cours m'enfermer. Je relis ce bille
fi tendre , où vous vous foumettez à tou
tes nas volontés , où vous me conjure:
de revenir avec un empreffement fi flat
teur ; je n'y trouvé plus que de la fauf
feté , des menfonges , le defir de tromper
. Une heure fonne , je vous vois feu
avec la Ducheffe. Cette image ne peut
s'effacer ; je vous écris des duretés ; puis
je ne faurois écrire . Pan , la lettre chif
JANVIER. 176 0 . 95.
fonnée , déchirée , la plume à terre , la
table repouffée , je me couche , tout
l'enfer eft dans mon lit. Je ne peux
dormir , je ne fçaurois lire ; l'Anglois , le
François , l'Efpagnol , tout m'eft odieux.
Je me léve brufquement , je vais , je
viens dans ma chambre ; je me fais honte
de mon peu de raiſon . Le jour luit , & .
fes premiers rayons me font appercevoir
de mon accablement . Je retourne dans
mon lit , l'extrême laffitude m'affoupit.
Réveillée à dix heures , je vous écris à
onze une plate & courte élégie dans la
profe la plus commune : j'admire ce
chef-d'oeuvre. Je plie le papier tout de
travers ; je mets la cire fur mes doigts ,
& le cachet à côté de la lettre ; puis je
fonne , & puis je ne veux rien . Je déchire
la belle Lettre ; on m'apporte la
vôtre ; je la prends , & je me fache de
ce que vous me dites , avant de l'avoir
ouverte fans fçavoir ce qu'elle contient.
Après... Après je ne fçais ce que je veux.
Je fuis malheureufe , en vérité, mon état
eft bifarre , ridicule . Une ame tendre eft
la fource de toutes les peines d'une femme
; la fenfibilité eft en elle un poifon
actif, que les foins d'un homme qui
veut plaire fait fermenter pour détruire
fon bonheur , égarer fa raifon , & répan6
MERCURE DE FRANCE .
dre l'amertune fur tous fes fentimens.
J'ai envie de m'établir ici ; je hais Londres
, fes habitans , l'Univers , vous, moi ,
l'amour , & toutes les folies qu'il inſpire.
Aimez- moi , ne m'aimez pas , reftez ,
partez , que m'importe ? O ma paiſible
indifférence, qu'êtes - vous devenue ? Laiffez-
moi , Mylord , laiffez - moi ...
TRAITE général des droits d'Aydes ,
par M. Lefebvre de la Bellonde . A Paris
, chez Pierre Prault , quai de Gévres
au´ Paradis. 1759 , in- 4 °.
SOUS ous la premiere & la feconde race
de nos Rois & au commencement de
la troifiéme , la Couronne n'avoit d'autre
revenu que le Domaine , qu'on appelloit
Tréfor. Dans un befoin de l'Etat
on levoit des impofitions extraordinaires ,
qui ceffoient avec la caufe qui les avoit
fait établir. On rapporte la plus ancienne
de ces impofitions à l'année 584 , fous le
régne de Chilpéric. Ce fut lui qui mit
fur le vin l'impôt d'une amphore , ou huitiéme
de muid par arpent. Peu de tems
après cet impôt fut fupprimé . Ces fubfides
qu'on appelloit Aydes , expreffions
qui fembloient défigner les circonstances
où
JANVIER. 1760. 97
ù elles étoient accordeés , pour aider &
ecourir l'Etat :) n'étoient ordinairement
tablis que pour un an : mais par la fuite
les temps , le Royaume en étendant fes
imites cut befoin de s'affermir par un
lus grand nombre de places fortes , &
par l'entretien d'armées plus nombreuſes ;
es établiſſemens pour la défenfe & l'utilité
de l'Etat fe multiplièrent , & les ef
péces d'ailleurs étant devenues plus com
munes , les dépenfes & les charges augmentèrent
à proportion. Les revenus
ordinaires ne furent plus fuffifans : il fallut
avoir recours, mêine en temps de paix ,
aux impofitions extraordinaires , & la
même néceffité qui les fit proroger pour
quelques années les rendit bientôt perpétuelles.
Ces fubfides , de quelque eſpéce qu'ils
fuffent , conferverent longtemps le nom
générique d'Aydes , qui embraffoit même
le droit de la gabelle , & une grande
partie de ce qui compofe les traites.
Cette énonciation aujourd'hui n'eft plus
confacrée qu'à certains impôts qui fe lèvent
fur les boiffons & fur quelques autres
denrées , & ce n'eft plus même que
dans ce fens que le mot d'Aydes eft en
ufage relativement aux droits.
Avant François I , toutes les parties des
II. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
Finances étoient dans la plus grande co
fufion. C'eft fous ce Prince qu'on
commencé à mettre de l'ordre & de
clarté dans la perception des fubfides,
dans l'adminiftration des deniers de l'I
tat . Les Ordonnances qui ont été rer
dues en différens temps fous le régn
de ce Prince & de fon fucceffeur , ont ét
la baze des Réglemens généraux rendu
fous les régnes fuivans.
Les droits qui compofoient la Ferm
des Aydes étoient pour lors divifés er
plufieurs Fermes particulieres qui s'adju
geoient tous les ans. Ce ne fut qu'er
1604 qu'ils furent réunis en une Ferme
générale , & adjugés pour plufieurs an
nées. Les Aydes, telles qu'elles fubfiftent
aujourd'hui , ne fe lèvent que dans le ref
fort des Cours des Aydes de Paris & de
Rouen , c'est-à- dire , dans la partie des
Provinces qui ont compofé d'abord le
patrimoine de nos Rois , & qui font environ
le tiers de notre Royaume.
Il s'en faut bien , par rapport aux droits
généraux feulement, fans parler des droits
particuliers, que les mêmes droits d'Aides
foient établis uniformément dans toutes
les généralités & élections . Plufieurs de
ces mêmes droits varient encore tant par
rapport à leur qualité , que relativement
JANVIER. 1760 . 99
à la façonde les percevoir. Ces variations
ont donné lieu à une infinité de queſtions
& de cas particuliers qui ont produit cette
multiplicité de réglements dont la partie
des aides eft chargée. On éprouve tous les
jours les difficultés que produit dans la
perception , ce défaut d'uniformité. Il
fubfifte cependant toujours par l'inconvénient
de donner atteinte à des usages que
le temps a confacrés , & que les Peuples
le plus fouvent confondent avec leurs
priviléges.
Il faut dire cependant qu'il y auroit
peut - être de l'inconvénient à fimplifier
les droits jufqu'où plufieurs perfonnes
femblent le defirer. On convient malgré
cela que dans l'état actuel des droits , il
y a plufieurs parties qui pourroient être
reformées ; mais c'eft avec bien de la réferve
& de grandes précautions. Toute la
prudence humaine eft fouvent en défaut
lorfqu'il eft queftion de corriger ce qui
eft l'ouvrage du temps & de l'expérience,
& fouvent de la nature même des choſes.
L'objet de ce traité eſt de raſſembler
fous un même point de vue les difpofifitions
fur les droits des Aydes , éparfes
dans plus de neuf ou dix mille Réglemens
, d'entrer dans l'efprit de ces dif
pofitions , d'en démontrer le principe ,
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
l'enchaînement & la fin, & de former un
corps d'ouvrage qui puiffe en mêmetemps
fixer la perception vis-à- vis des redevables
& des Fermiers des Aides , &
rendre fur cette matière la jurifprudence
plus lumineufe & plus certaine dans les
tribunaux où la connoiffance doit en être
portée.
La Jurifprudence , la Politique , le
» Commerce , dit l'Auteur , ont des trai-
» tés où l'on peut puifer les connoiffan-
» ces qui leur font propres. On peut s'é-
» tonner que la finance , une des parties
» les plus intéreffantes au gouvernement,
» qui fait dans le Royaume l'occupation
» & l'état de tant de Citoyens , foit en-
" tièrement dépourvue de ce fecours dans
»fes branches les plus effentielles . Elle
» ne manque cependant point de gens
» habiles & éclairés qui joignent aux lu-
» mières acquifes le talent de les com-
» muniquer. Mais cette même habileté
» leur a fans doute toujours procuré des
occupations trop preffantes , pour pou-
» voir s'y fouftraire & fe livrer en faveur
» de l'intérêt commun à un travail qui
>> demande beaucoup de fuite & de tems.»
"
On doit donc fçavoir gré à M. Lefebvre
de la Bellande d'avoir donné à la partie
des Aides une attention auffi fuivie que
JANVIER. 1760.
101
رو
celle dont il a eu befoin dans des recherches
laborieufes fur une matiere féche &
aride par elle-même. Son ouvrage eft immenfe
, minutieux & ingrat , & l'Auteur
convient lui-même , » qu'il ne peut flatter
» l'amour - propre que par le mérite du
» travail & de la méthode , mais il peut
» être utile. Je ferai trop heureux , ajou-
» te-t- il , fi j'ai pu rendre le chemin plus
» facile à ceux qui entrent dans cette car-
» riere , ou foulager la mémoire de ceux
» qui font déjà inftruits , & d'un autre
» côté jetter fur cette matiere affez de
» clarté pour écarter de l'eſprit du Public
» ce préjugé
de vexation
& d'injuſtice
» qui naît de la confufion
apparente
des
» droits ; préjugé qui ne retombe
que trop >> fouvent
fur ceux qui font chargés
de la >> perception
.
Quant au plan que l'Auteur a ſuivi , il
eft fage , méthodique , & auffi lié que des
matieres de la nature de celles- ci peuvent
le comporter. En général fon ouvrage
doit être d'une grande utilité , &
par- là même faire beaucoup d'honneur à
fon Auteur.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
DISSERTATION de M. de Bruyn , fur
les progrès que les hommes privés des
fecours de la révélation ontfaits dans la
Morale avec les feuls fecours de la lu
mière naturelle , & qui a remporté lé
prix de l'Inftitut de M. Stolp , le 13
Octobre 1758 , fuivie de trois Differtations
anonymes fur le même Sujet ;
deux defquelles , ainfi que celle de M.
de Bruyn, font écrites en Latin , & la
troifiéme en Hollandois. Ouvrage in-
4.° A Leyde , chez Luchtmans 1759.
IL feroit à fouhaiter que toutes les Académies
propofaffent des Sujets auffi intéreffans
que celui qui fait la matière de
ces Differtations . C'eft un objet digne de
l'attention des Philofophes que le tableau
des progrès de l'efprit humain dans la
fcience de la morale. Dans les Differtations
dont nous allons donner le précis ,
on verra de fçavans Philofophes apprécier
avec équité les forces & les progrès de la
raifon humaine , dans un temps où tant
d'autres exagerent fon pouvoir avec une
affectation qui rendroit leurs intentions
fufpectes , quand même ils mettroient
JANVIER 1760. 103
plus d'art encore à les déguifer. Peu reconnoiffans
de la lumière qui les éclaire ,
il ne tiendroit pas à eux qu'ils ne l'éteisniffent
entièrement , ou ils voudroient
du moins nous perfuader que ce n'eft pas
à elle que nous devons la clarté qui nous
luit. L'ouvrage dont il s'agit ici fera très-
3 propre à leur faire ouvrir les yeux. Sans
fejetter dans la controverſe , on examine
la queftion avec impartialité , en s'appuyant
toujours fur des autorités inconteftables.
Nous n'oferions cependant promettre
à nos Auteurs que leurs travaux
auront tout le fuccès qu'ils en attendent :
le voile épais dont s'enveloppe l'incrédule
lui dérobe toute l'évidence & toute
la force de la vérité.
Les fçavans Directeurs de la fondation
de M. Stolp ont trouvé la troisième
& la quatrième de ces Differtations dignes
de l'attention du Public . La premiere
& la feconde leur ont femblé éga
lement dignes d'être couronnées : le fort
a décidé en faveur de celle de M. de
Bruyn , fçavant Jurifconfulte de Harlem.
On remarque dans la premiere Differtation
une profonde doctrine , une lecture
immenfe, une critique modérée , des
recherches intéreffantes , des difcuffions
bien raifonnées en forme de digreffions
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
fur plufieurs paffages des Anciens & fu
diverfes opinions des Philofophes.
La feconde Differtation femble écrite
avec plus d'ordre & de préciſion , de méthode
& de jufteffe . L'Auteur y a répandu
moins d'érudition qu'on n'en trouve:
dans la premiere ; c'est qu'il craignoit de
fortir des bornes prefcrites aux difcours
Académiques. On voit bien que les fources
où il eût pu puifer pour éclaircir fon
fujet , ne lui font pas inconnues.
L'Auteur de la quatrième a parcouru
prefque tous les devoirs de l'homme à
l'égard de Dieu , à l'égard de lui- même
& des autres ; & fur ce fujet il a ramaffé
les Sentences des Philofophes Payens de
tous les âges, en forte qu'on peut regarder
fa Differtation comme un recueil utile
de préceptes bien exprimés fur les devoirs
de l'homme , fuivant ces différents
rapports .
Le troifième de ces Auteurs femble
s'être propofé principalement de faire
fentir l'imperfection de la morale du paganifme
, comparée furtout à celle de
l'Evangile , & d'en conclurre la néceffité
de la révélation. Dans cette vue il examine
les opinions des Philofophes fur la
fin & le but de la morale , qui doit être
la félicité de l'homme , fur les moyens
JANVIER. 1760. 105
d'obtenir cette félicité , ce qui forme les
préceptes ; enfin fur les motifs qui font
la bafe de ces préceptes.
Sur le premier dè ces points l'Auteur
ne trouve que contradiction , ince rtitude
& ignorance totale de la nature de l'homme.
Sur le fecond point il remarque diverfes
omiffions , un grand mêlange de
bien & de mal qui rend tout - à- fait défectueux
ce que les Anciens ont pa écrire
de meilleur en ce genre . Leurs motifs
font toujours foibles & imparfaits ; ce
qui produit l'inefficacité de leurs préceptes.
Telle étoit , fuivant notre Auteur , la
morale du Paganiſme , qui n'avoit que
très-peu d'influence fur ceux même qui
l'enfeignoient pour s'en convaincre , il
fuffit de faire attention aux moeurs de
prefque tous ces Philofophes.
Oferons-nous dire notre fentiment fur
une matière auffi délicate ? L'exemple de
J. C. & des premiers Hérauts de l'Evangile
, eft affurément admirable : mais par
qui , & pendant combien de temps a- t- il
été ſuivi ? Pagina nobis lafciva eft , vita
proba , difoit un Ancien. Cette propofition
peut être vraie , mais la contraire
l'eft incontestablement davantage. D'un
autre côté on ne rend pas affez de juftice
aux Philofophes dont on parle dans cette
E v
106 MERCURE DE FRANCE .
Differtation ; on les traite de méchans ,
d'hypocrites , qui cherchoient à fe couvrir
du manteau de la Philofophie, à peuprès
comme on en voit beaucoup aujourd'hui
fe cacher fous celui de la Religion ;
mais que s'enfuit- il de - là ? Faudra- t- il les
envelopper tous dans la même condamnation
, & appliquer à chacun d'eux des
épithéces injurieufes qui n'appartiennent
peut - être qu'à un feul ? Et pourquoi ,
avec notre Anonyme , traiter le grand
Platon de fcélérat , Socrate de corrupteur
de la jeuneffe ? Eft- ce qu'il croiroit relever
davantage la gloire du Chriftianiſme
en deshonorant ainfi l'humanité même ?
Nous aimons mieux accufer l'Auteur d'un
excès de zèle que d'ignorance & de mauvaiſe
foi ; cependant nous ne fçavons à
quoi attribuer ce qu'il dit de Socrate. » Je
33
fçais bien , dit - il , que dans tous les
» temps il a eu des apologiftes , qui ont
» fait tous leurs efforts pour le laver de
» cette tache ; mais il ne feroit pas diffi-
» cile de démontrer qu'aucun d'eux n'y a
» réuffi. » Nous n'entrerons point dans
cette difpute ; mais nous defirerions vivement
voir la démonftration du fçavant
Anonyme. Nous le prions en attendant
de relire avec attention l'excellente Dif
fertation du célèbre M. Geſner fur cette
JANVIER. 1760. 107
matière ; il y reconnoîtra peut-être qu'il
s'eft trompé en croyant que Socrate a fait
l'éloge de cet amour abominable auquel
on l'accufe de s'être livré. Ceci fuffira
pour donner une idée des deux dernieres
Differtations : effayons de contenter la
curiofité que nous avons pu faire naître ,
par ce que nous avons dit en général des
deux premières.
M. de Bruyn fait fentir au commencement
de la fienne , combien il eft difficile
de répondre à la queftion propofée ; on
demande une expofition claire des fentiments
des Philofophes . Mais comment
les connoître ? plufieurs d'entr'eux n'ont
rien écrit ; les Ouvrages des autres fe
* trouvent détruits & perdus ; & il n'eſt
guères fûr de s'en rapporter à des Ecrivains
poftérieurs pour nous en inftruire :
peu exacts, ou peu inftruits, ils attribuent
fouvent à un Philofophe des fentimens
entierement oppofés aux fiens ; de là ces
difputes éternelles entre les différentes
fectes touchant les opinions des Anciens ,
chacun s'efforçant de groffir fon parti : il
arrivoit d'ailleurs dans ces temps -là ce
qu'on voit arriver de nos jours ; ces fectes
fe haïffoient & fe déchiroient mutuellement
, & chacune d'elles donnoit les
interprétations les plus odieufes aux fen-
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
timens des autres. Quel moyen donc de
fe tirer d'embarras , & de découvrir la
vérité enveloppée de ténébres fi épaiffes
? Il eft encore un autre écueil auquel
plufieurs Peres de l'Eglife , & quelques
Modernes après eux , font venus échouer ,
& duquel on ne fe défie pas affez ; c'eft de
trop déprimer la morale des Payens , de
tourner leurs vertus en autant de péchés,
& de juger de leur morale par la conduite
de quelques uns de ceux qui l'enfeignoient.
Cet avis eft fage à la vérité
, mais il nous paroît hors de faifon ;
on péche de nos jours ordinairement par
Fexcès oppofé. L'Auteur fe tient conf
tamment dans un jufte milieu ; il s'attache
moins à rapporter ce qu'ont fait les
anciens Philofophes que ce qu'ils ont
dit ; & il expofe leurs idées avec beaucoup
d'exactitude & de clarté. Sa Differtation
eft divifée en deux parties ; dans
P'une il développe la beauté de la morale
Payenne , & dans l'autre fes défauts &
fes imperfections. Il ne fuit pas ici l'ordre
des devoirs de l'homme ; il fe conzente
d'en dire quelque chofe , & de citer
quelques maximes des Sages de la Gréce
& des plus anciens Philofophes. De-là il
paffe à l'examen de ce qu'on a dit de
mieux fur les vérités fondamentales de
JANVIER. 1760. 109
la Morale & de la Théologie naturelle ,
fur l'existence & les perfections de Dieu,
la nature & la.fin de l'homme , l'immortalité
de l'ame , & la vie à venir.
Sur chacun de ces objets il difcute les
opinions des différentes fectes , & les
conféquences qu'elles pourroient en tirer
, ou qu'elles en tiroient réellement :
il paſſe en revue Pythagore , Socrate ,
Platon , Zenon , & leurs Sectateurs les
plus diftingués. La morale d'Epicure n'arrête
pas longtemps M. de Bruyn ; Ariftote
a des principes fi incertains , & il
s'exprime avec tant d'obfcurité , qu'il eſt
difficile d'imaginer ce qu'il a voulu dire.
L'Académie , le Portique & l'Ecole de
Pythagore , offrent à l'Auteur un champ
plus vafte & une moiffon plus abondante.
On pourra peut- être lui reprocher de
n'avoir pas affez obfervé la différence
des temps , & de s'en rapporter trop
fouvent
aux Ouvrages des Pythagoriciens &
des Stoïciens qui ont vêcu dans les premiers
fiècles de l'Eglife : par exemple ,
tout ce qu'il dit des fentimens de Pythagore
eft tiré des fentimens d'Hyéroclès.
La plus grande partie des Philofophes
affectoient de combattre ou de méprifer
L'Evangile ; il n'eft cependant pas dou
110 MERCURE DE FRANCE.
teux qu'ils n'en ayent tiré de grande
lumières. Quoiqu'il en foit , l'Auteur
enrichi fa Differtation d'un grand nom
bre de beaux paffages de Philofophe
Grecs & Latins de toutes les Ecoles fu
la nature & les perfections de l'Etre fuprême
, fur la Providence , la fin de
l'homme , & l'immortalité de l'ame .
Il réfulte de cette premiere partie de la
Differtation que les Sages du Paganiſme
ont fouvent entrevu la vérité : fur les
objets les plus importans , ils ont eu les
plus grandes & les plus faines idées , les
ont exprimées avec clarté , avec force ,
avec nobleffe : ils nous ont laiffé de bons
préceptes & des leçons utiles ; ils ont
parlé de Dieu en termes magnifiques ; ils
ont peint la vertu en hommes qui la
connoiffoient bien . Si leurs principes
avoient été fixés avec plus de précision ,
& s'ils en avoient tiré des conféquences
plus profondes & plus juttes , il y auroit
eu peu de chofe à refaire à leur fyftême
de morale. Mais on les voit flottans dans
une incertitude perpétuelle , & ils n'avoient
pas une baze affez ferme pour
donner de la folidité à l'édifice qu'ils vouloient
élever : c'eft ce que M. de Bruyn
entreprend de démontrer dans fa feconde
partie. En fuivant le plan de fa premiere ,
JANVIER. 1760. III
il fait voir que fi les Philofophes ont
quelquefois prouvé qu'ils avoient des
idées juftes & faines de Dieu & de fes
perfections, plus fouvent encore ils en ont
eu de fauffes ; que quoiqu'ils ayent quelquefois
paru perfuadés de l'exiſtence d'un
Dieu éternel , Créateur & Confervateur
de cet Univers , ils n'ont pas laiffé de lui
affocier des Divinités inférieures auxquelles
, tout de même que le vulgaire ignorant
, ils rendoient un culte , dreffoient
des Autels , & offroient des facrifices . En
général ils reconnoiffoient une Providence
; mais fur cet article leurs idées n'étoient
ni claires, ni préciſes. C'est ce dont
feront forcés de convenir tous ceux qui
liront les preuves qu'en donne M. de
Bruyn.
On ne doit pas foupçonner qu'un zèle
outré l'ait aveuglé ; car dans l'occaſion
loin d'exagérer les erreurs des Philofophes
, il en fait bien fouvent l'apologie.
Par exemple , il juftifie les Stoiciens ,
qu'on accufe communément de détruire
la liberté de Dieu par leur doctrine du
deftin ; ce qui donne occafion à notre
Auteur de faire voir qu'en ce point ils
penfoient plus jufte qu'on ne l'a cru : il
fe fert pour cela d'un paffage de Seneque ,
d'après lequel il croit pouvoir conclurre
112 MERCURE DE FRANC E.
que le deftin , fuivant l'idée qu'ils s'e
étoient formée , n'étoit que l'ordre de
chofes que Dieu lui-même avoit choi
& établi * ; ce qui ne détruit en aucune
façon fa liberté.
Enfin M. de Bruyn fait voir que les
idées que les Philofophes avoient fur l'im
mortalité de l'ame , n'étoient ni conftantes
ni juftes . Quelqu'un d'entr'eux la fouhaitoient
, l'efpéroient ; mais aucun ne l'a
établie fur des preuves folides & convainquantes.
que tout
On ne peut à la vérité difconvenir
qu'il n'y ait de très - beaux paffages fur
cet objet dans Platon , Cicéron & Senéque
, mais il faut avouer auffi
ce qu'ils en ont 'dit eft plein d'erreurs &
d'incertitudes ; & en effet à quoi s'eft
jamais réduit le fyftême de ces Philofophes
, de ceux même qui femblent avoir
raifonné plus jufte fur ce point ? les Pytagoriciens
& les Platoniciens, qui avoient
à peu-près les mêmes idées , croyoient à
la Métempfycofe , & l'admettoient dans
toure la rigueur de la lettre ; au moins
notre Auteur en prend- il occafion de le
prouver ici contre quelques Sçavans qui
* Ille ipfe omnium conditor ac rector fcripfit qui
dem fata, fed fequitur , femper paret , femel juffita
De Provid. Cap. 5. *
い
JANVIER. 1760. 113
renfent le contraire , & furtout le célèbre
M. Irhoven , qui dans fon Livre de Palingenefiá
veterum, a effayé de donner au terme
de Métempfycofe un fens adouci &
allégorique. Au refte cette espèce de difpute
pourra paroître aux Lecteurs une
digreffion ; mais ce n'eft pas la moindre
partie de l'ouvrage, & on là lira furement
avec plaifir. L'opinion des Stoiciens n'étoit
pas mieux fondée : ils fuppofoient
que les ames des méchans étoient anéanties
à l'inftant de leur féparation d'avec
le corps , & que celles des juftes au
contraire exiftoient encore longtemps
après cette vie , & fe réuniffoient enfin
à l'ame du monde.
Après avoir expofé ces fyftêmes &
démontré leur foibleffe , notre Auteur
conclud que quoique la morale du Paganifme
contînt plufieurs préceptes fages
& utiles fur différens devoirs de l'homme
, elle devoit cependant être fort
défectueule , parce qu'elle manquoit de
fondemens folides & des motifs les plus
efficaces pour conduire l'homme à la vertu
, c'est- à- dire , des fecours de la religion.
Dans cette courte analyſe de la Differ
tation de M. de Bruyn , nous avons tâ
ché d'expofer fa méthode & fes principes,
& de fuivre le fil de fes raifonnemens :
114 MERCURE DE FRANCE.
il ne feroit cependant pas étonnant que
nous l'euffions quelquefois perdu de vue
dans un labyrinthe de citations & de
fçavantes difcuffions , qui de temps en
temps interrompent & embarraffent fa
marche. Du refte , nous ne diffimulerons
pas qu'affez fouvent l'Auteur femble oublier
fon fujet pour ſe jetter dans des digreffions
qui l'en éloignent toujours davantage
; & fa Differtation paroît tenir
plus à la Théologie qu'à la Morale des
Payens.
La feconde Differtation eft plus fimple
, plus concife , moins chargée d'érudition
, quoique l'Auteur y indique les
fources où l'on peut puifer des lumières
fur la matière dont il parle. Il feroit peutêtre
plus aifé de traduire tout l'Ouvrage ,
que d'en faire une analyfe , parce que
tout est lié à l'objet principal. Ce Difcours
eft intitulé : Effais fur la perfection
de la Morale naturelle. Quels font
les points principaux de la Morale ?
Qu'en ont penfé les Philofophes du Paganifme
? Ce font là les deux points qui
font la divifion de cette Differtation .
L'Auteur définit ainfi la Morale : Une
Science qui enfeigne à l'homme le moyen
de parvenir à la plus grande félicité dont
il eft capable , en pratiquant la vertu &
1
JANVIER. 1760. 115
fuyant le vice. Cette définition contient
le but de la Morale , & les routes par
lefquelles elle nous y conduit. Il eft facile
d'en déduire les moyens d'y parvenir.
La Morale doit d'abord confidérer
l'homme tel qu'il eft en lui - même , dans
fon état actuel , c'eſt-à- dire déchu de fon
innocence primitive ; elle doit enſeigner
en quoi confifte particulierement le véritable
bonheur de l'homme qui ne peut
confifter que dans le bon ufage & la
perfection de fes facultés . Elle doit par
conféquent lui apprendre à perfectionner
fon entendement , & à fe rendre maître
de fes paffions , afin que fa volonté ne
l'entraîne jamais que vers les objets qui
peuvent le rendre vraiment heureux.C'eft
à cela feul que fe bornent les préceptes
de la Morale ; mais ces préceptes ne fuffilent
pas. Ce n'eft pas affez d'indiquer le
chemin qu'il faut prendre ; il eft encore
important de guider celui qui doit y entrer,
en lui faifant remarquer les obftacles
qu'il y rencontrera , en lui donnant
les moyens de les vaincre , & en lui offrant
des motifs fuffifans pour lui faire
pourfuivre fa carrière , fans qu'il fe laffe.
ni fe dégoute jamais . Tels font en général
les objets dont la morale doit s'occuper
; un fyftême qui les embrafferoit &
T16 MERCURE DE FRANCE .
les développeroit tous , nous donneroi
une morale parfaite : mais un tel ſyſtêm‹
pourroit- il être le réſultat des recherches
de la raifon feule privées des fecours de la
révélation ? C'eft une grande queftion à
difcuter , & dont le développement oceupe
notre fçavant Anonyme dans la
feconde partie de fa Differtation. C'eft
une queftion de fait très - épineufe, & dont
les difficultés fe préfentent d'elles-mêmes
au premier coup d'oeil ; car outre la lecture
immenfe , les recherches & les difcuffions
qu'elle exige , elle fuppofe auffi deux autres
chofes dont il n'eft pas aifé de s'affurer.
Il faudroit d'abord être certain que les
Philofophes du Paganiſme n'ont rien emprunté
de la révélation . Sans s'arrêter aux
fecours que Platon & Pythagore , felon
quelques Auteurs , ont pu tirer des Livres
des Hébreux , il paroît inconteftable que
les premiers Philofophes de l'Antiquité
ont reçu de la tradition les principaux
points de leur doctrine. Dieu s'étoit fouvent
manifefté aux Patriarches : mais il
eft difficile d'expliquer comment ces révélations
auroient pu tranfpirer parmi les
Sages de l'Orient , qui furent les Maîtres
des Grecs. Qui pourra fe flatter jamais
d'être en état de féparer exactement les
idées qui leur vinrent par la tradition ,
JANVIER. 1760. 117
d'avec celles qu'ils n'ont dues qu'aux efforts
de la raifon ?
Quand on fuppoferoit ces deux points
fuffifamment éclaircis , il faudroit encore
favoir fi les Philofophes dont on examine
les opinions , ont attaché véritablement
à leurs expreffions le fens que nous y
donnons aujourd'hui. On s'y eft mépris
plus d'une fois * ; & l'on a déjà démontré
que dans certains cas où ils paroiffoient
s'exprimer comme nous , non feulement
ils n'avoient pas les mêmes idées ,
mais ils en avoient d'entierement oppofées
. Notre Auteur examine les défauts
de la Morale , fuivant le plan qu'il a
établi dans fa première partie ; & de cet
examen il conclut que non feulement
aucun Philofophe n'a jamais donné un
fyftême complet de Morale , mais même
qu'il feroit difficile d'en compoſer un
de tous les traits qu'on trouve épars
dans leurs écrits , quoique d'ailleurs il
convienne qu'ils contiennent beaucoup
d'utiles leçons de vertu , de préceptes falutaires
& de fages réflexions , qu'il ne
prétend en aucune façon déprifer. Mais
outre que ces fentences font éparfes çà
& là , ( Ciceron & Ariftote étant les
* On trouvera des exemples de ces mépriſes
dans Leclerc , Art. critic . Part. II . Sect . 1. C. 15.
118 MERCURE DE FRANCE.
feuls qui ont traité des devoirs de l'hom
me avec quelque méthode ) la précifion
la fimplicité & la facilité fi néceffaire
pour un Ouvrage qui doit être à la por
tée de tout le monde , manquent abfolument
aux leurs . Combien de défauts
combien d'omiffions ne remarque t- on
pas dans les détails de leur Morale :
S'ils traitent des devoirs de l'homme
envers Dieu , c'eſt fuperficiellement &
imparfaitement. Ils ont parlé avec plus
d'exactitude des devoirs envers nous-
-mêmes ; mais il y a quelques-uns de ces
devoirs qu'ils ne paroiffent pas avoir connus.
Ils ont loué la chafteté ; mais pour
fe convaincre que malgré l'éloge qu'ils
en ont fait , ils n'ont pas laiffe d'être fort
relâchés fur cet article , il fuffit d'ouvrir
leurs Livres . Les Inftitutions de Lycurgue
& celles de Platon dans fa République ,
n'en laiffent pas douter. Les devoirs de
l'homme envers les autres font ceux dont
ils ont le mieux parlé mais ont- ils fait
un précepte du pardon des injures & de
l'amour de fes ennemis ? Enfin juſqu'où
n'ont - ils pas étendu les droits des peres
fur leurs enfans ?
On ne doit pas être furpris de ces défauts
& d'autres femblables. Il eût fallu
à ces Sages du Paganiíme , fur la nature
JANVIER . 1760. 119
de l'homme , des lumières que la raifon
feule ne pouvoit pas leur donner. Ils
ignoroient fon origine , fa chute qui eft la
vraie fource de cette corruption , de cette
dépravation que quelques uns d'entre
eux déploroient fi pathétiquement . Quels
remedes y euffent- ils jamais pu apporter ?
Par quel chemin l'euffent- ils pu conduire
au fouverain bonheur ? Ils ne le connoiffoient
pas , eux qui placoient la félicité
les uns dans la vertu même , les autres
dans la vertu & la poffeffion des biens
du corps & de l'efprit ; ceux- ci dans une
parfaite tranquillité de corps & d'ame
qu'on ne peut trouver que dans une conduite
conforme à la nature de l'homme .
On ne difconvient pas que toutes ccs chofes
ne puiffent contribuer à la félicité ;
mais à peine peut - on comprendre aujourd'hui
que les hommes aient pu les
regarder comme la félicité & le fouverain
bien. Cette ignorance de la nature
de l'homme & du fouverain bien a dû
néceffairement influer fur les motifs que
propofoient les Philofophes . Ils en tiroient
quelques uns de la beauté de la
vertu niême & de fes effets : elle nous
approche des Dieux , difoient ils , & établit
une forte de commerce & de fociété
entr'eux & nous , & nous rend en quel-
-
420 MERCURE DE FRANCE.
que façon femblables à eux par l'imita
tion de leurs perfections. La vertu, conti
nuoient- ils , fait régner la paix au -dedans
de nous - mêmes ; elle nous procure la
tranquillité de l'ame , la fanté du corps ,
des plaifirs honnêtes , & un bonheur folide
. A tout cela fe joignoit l'efpérance
d'une félicité immortelle , de laquelle les
'bons devoient jouir dans la fociété des
Dieux & des Héros ; dans le temps que
les méchans au contraire feroient abandonnés
dans le tartare à des fupplices
éternels . Ces motifs femblent devoir fuffire
; mais écoutons notre judicieux Au-.
teur : l'espérance d'une autre vie pouvoit
plutôt paffer pour un effet de la tradition
que pour celui de la raifon : du moins
il est très- certain qu'à cet égard l'efpérance
des Payens n'étoit pas bien affurée :
ils n'avoient nulle idée de la réfurection
des corps ; & quand on la leur annonça ,
ils la traitèrent de fable. Le dogme de
l'existence & de l'immortalité de notre
ame eft propre en particulier à l'Evangile.
La raifon laiffée à elle-même n'a fait que
l'entrevoir ; elle donnoit des efpérances
appuyées fur des argumens folides tirés.
de fon propre fond , mais ce n'étoit ni
une démonftration ni l'évidence : c'eſt
ce qu'on remarque clairement dans les
diſcours
JANVIER. 1760.
121
difcours de Socrate , dans les écrits de
Cicéron & de Senéque. Que dirons- nous
des autres Philofophes qui nioient l'immortalité
de l'ame & difputoient avec
tant d'obſcurité & de fubtilité , qu'il ſeroit
difficile de fe déterminer d'après leurs
raifonnemens.
En général ils parloient de la vertu
dans des termes magnifiques , ils en recommandoient
la pratique avec chaleur ;
mais leurs exhortations n'avoient pas affez
de poids , & eux-mêmes n'avoient pas
affez d'autorité pour les faire recevoir.
La volonté , l'ordre exprès de Dieu , voilà
les raifons qu'il faut alléguer à la plupart
des hommes , fur lesquels la notion du
jufte & de l'injufte n'ont que bien peu
de force. Etoit- ce les raifons qu'on leur
propofoit non les Philofophes n'avoient
jamais penfé à les animer à la
vertu par des motifs puifés dans le fond
de la Religion , comme fi la Morale lui
étoit entierement étrangère. Les idées
que la plupart d'entr'eux avoient fur la
nature de la Divinité, étoient fi obſcures ,
fi fauffes & fi injurieufes à l'Etre fuprême,
qu'elles ne pouvoient aucunement fervir
à perfectionner leur Morale. Quel ufage
faifoient de leurs idées ceux qui en
avoient de plus faines ? Ils fe mocquoient
11. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
des opinions du vulgaire , & rioient del
crédulité du Peuple dont ils entretenoier
la fuperftition par leur exemple.
Pour fentir combien tout cela raffer
blé doit affoiblir ce que d'un autre côt
les Philofophes difoient de meilleur & d
plus fort , il fuffira de fe rappeller quel
ont été le culte & les coutumes dc
minantes de tous les Peuples du Paga
nifme , de ceux même qui étoient le
plus polis & les plus éclairés.
Que devons - nous donc conclure d
tout ceci ? que la raiſon toute ſeule a pr
montrer à l'homme une partie de ce qu'i
avoit à faire pour être heureux. Elle a p
le conduire jufqu'à la porte du Templ
de la fuprême & éternelle félicité : mai
il n'y a que la révélation qui ait pi
l'introduire dans le Sanctuaire.
Tel eft le réſultat des fages & fçavantes
réflexions de notre Auteur ; nous
pourrions bien en avoir affoibli le mérite
en les abrégeant , c'eft pourquoi nous
invitons nos Lecteurs à lire ce recueil ,
qui ne peut qu'être agréable à ceux qui
aiment la bonne & folide Philofophie.
Nota. Cet Extrait qui m'a été communiqué
, eft prefque littéralement traduit
d'un fort bon Journal Italien qui s'imprime
à Berne.
JANVIER. 1760. 123
PROSPECTUS du nouveau Journal
Etranger , par M. l'Abbé Arnaud.
CE Journal , qui avoit été commencé
en 1754, & abandonné à la fin de 1758,
eft repris aujourd'hui par un homme de
beaucoup d'efprit , dont les lumières &
les talens connus des gens de Lettres , le
feront bientôt du Public . Le Profpectus
que M. l'Abbé Arnaud vient de publier
n'eft pas fimplement l'annonce du plan
& de la forme qu'il donnera à fon Journal
; il y a joint une Differtation trèsprofonde
& très- bien écrite fur la nature
, l'origine & les principes des Langues
anciennes & modernes. Je vais extraire
de cette Differtation quelques morceaux
qui feront juger du caractère de
l'efprit & du ftyle de l'Auteur.
Il prévient d'abord le reproche qu'on
pourroit lui faire d'ajouter un nouveau
Journal à cette multitude de Journaux
dont on eft furchargé . On peut bien fe
plaindre de voir vingt Ouvrages différens
, qui avec quelques différences dans
le titre & dans la forme n'ont au fond
que le même objet ; mais ces plaintes
Fij
124 MERCURE DE FRANCE
n'ont jamais regardé le Journal Etrang
dont l'utilité a été fentie & reconnue d
le moment de fa naiffance. M. l'Abb
Arnaud paffe enfuite à l'hiftoire philofc
phique des Langnes. Il remonte au temp
où les Sçavans de l'Europe , qui ne s'oc
cupoient guère que de l'Antiquité , e
empruntoient le langage , comme le feu
qui fût digne & même capable de répan
dre leurs ouvrages & leur réputatior
On fentit enfin combien il étoit contrair
à la dignité de l'efprit humain de fubor :
donner la pensée à la mémoire , l'objek
aux moyens , & impoffible de faire paffe ,
fon ame & fes traits dans la langue d'ur
Peuple dont les moeurs n'existent plus
Les hommes de génie , à qui feuls il ef
donné de renverfer & d'établir , ofè
rent enfin parler leur langue naturelle ,
& préfenter les Sciences , les Lettres &
les Arts fous les formes des différenson
idiomes de l'Europe . La Langue Françoife
eft fans doute la plus propre à
répandre les connoiffances humaines.
» Ce que la Latine obtint des conquêtes
» de ce Peuple immortel , qui moins ja
" loux de fubjuguer les hommes que
» de commander à l'efprit humain , mite
fes loix dans les coeurs & fon langage &
» dans la bouche de toutes les Nations
JANVIER . 1760 .
125
ود
»
» de la terre , la Langue Françoiſe ne
» l'a - t-elle pas obtenu , du confentement
univerfel de l'Europe : C'eft ainfi qu'a-
» vant même qu'Alexandre eût introduit
la Langue Grecque dans les vaftes contrees
que lui fit parcourir fon ambi-
» tion , on la vit répandue dans plufieurs
Parties de l'Afie & de l'Europe où les
» Grecs n'avoient jamais porté la guerre ;
" & que des Princes Barbares qui détef
» toient les moeurs & la liberté de la
» Gréce , non feulement s'emprefferent
d'apprendre , mais même fe plurent à
parler fa langue .
"
dit-
M. l'Abbé Arnaud prend de là occafion
de faire le portrait de la Langue Grecque
, & il en parle avec une chaleur , un
enthoufiafme qui frappera ceux même qui
ne la connoiffent pas. Elle ne fut pas ,
il , l'ouvrage des Dieux fans doute , mais
elle le fut inconteftablement des hommes
les plus fenfibles , les plus heureuſement
organifés qui fuffent jamais. On diroit ,
ajoute - t-il , que la nature , à laquelle il
femble qu'ils tenoient de plus près , s'étoit
offerte à eux par les côtés les plus frappans
& les plus riches ; qu'avant que
d'avoir rien nommé , ils avoient parcouru
l'univerfalité des chofes , & en avoient
faifi les rapports , les différences , l'en-
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
chaînement , en un mot toutes les propriétés,
tant la Langue Grecque eft l'image
fidèle des actions des objets fur les fens ,
& de l'action de l'ame fur elle - même. Il
parcourt enfuite les différentes propriétés
de cette langue , qui fuivant l'expreffion
de Lafcaris , eft aux fciences & aux arts
ce que la lumière eft aux couleurs , &
paroît avoir été formée , moins par le
befoin & par la convention que par la
nature même.
La langue Grecque communiqua à la
langue latine la plupart de fes propriétés
, & furtout l'art d'ordonner les mots.
La différence du génie & du caractère
des Latins altéra ceux qu'ils en reçurent.
La langue latine ne conferva ni l'harmonie
, ni l'agrément , ni la fécondité.
de la Grecque ; mais cette perte fut com .
penfée par la pompe & la magnificence
de fon ftyle , où fe réfléchiffent encore:
l'éclat & la majefté de la République
Romaine. Cette Langue , après avoir atteint
fa perfection fous Augufte , dégénéra
avec l'ame de ceux qui la parloient. La
tranflation de l'Empire dans la Grèce ,
& l'irruption des Barbares , en achevèrent
la décadence. » L'édifice de la Langue
» tomba, & entraîna dans fa chûte & les
» Sciences , & les Lettres , & les Arts
JANVIER. 1760. 127
& les moeurs & les loix dont elle étoit
dépofitaire. Forcés de recourir à fes
ruines , les defcendans des Maîtres du
monde , y puiferent le peu de mots
dont pouvoient avoir befoin des hommes
avilis par l'ignorance & par la fervitude.
Ces mots furent pris comme
au hafard & fans choix , l'énergie en
» fur rétrécie , & même fouvent dénaturée.
Il étoit impoffible que des efclaves
ignorans pénétraffent & faififfent le fens
qu'y avoient attaché des ames inftruites
& libres. » Enfin cette analogie précieufe
qu'on voit régner dans les Langues
Grecque & Latine , & qui répond
fi fidèlement à la chaîne des connoiffances
humaines , fut déchirée & mife en
piéces. De là l'indigence , la foibleffe
l'imperfection , l'air de délabrement &
de ruine que nous fommes forcés de déplorer
encore dans les Langues qui fe
font formées de la Latine. Ce que M.-
l'Abbé Arnaud dit ici de la deftruction
de l'analogie eft une idée très- réfléchie ,
mais dont la jufteffe & la profondeur*
échapperoient à des efprits peu attentifs
& à tous ceux qui n'ont jamais médité
fur les principes méthaphyfiques des
Langues. Je vais fuppléer par une obfervation
au développement que M.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
l'Abbé Arnaud n'a pu donner à fon idée ,
parce que fa Differtation ne lui laiffoit
pas affez d'eſpace. Les Langues anciennes
, furtout la Grecque , formoient un
vrai fyftême encyclopédique. D'un même
mot qui exprime l'idée ou la fenfation
fondamentale , elles faifoient fortir
fous diverfes modifications des mots
analogues pour repréfenter les idées & les
fenfations analogues & diverfement modifiées.
L'expreffion fuivoit au dehors les
mêmes nuances que l'impreffion intérieure
dont elle devoit être l'image . Ainfi un
mot, en vertu de l'analogie, étoit propre
à réveiller dans l'efprit beaucoup d'idées
relatives. Les Langues dérivées ont perdu
ce précieux avantage , & les Modernes
ne paroiffent pas en avoir fenti le prix .
Tantôt ils ont tranfplanté la racine &
coupé les rameaux ; tantôt ils fe font approprié
les rameaux & ont laiffé la racine.
Je ne citerai qu'un exemple pour
éclaircir cette obfervation ; c'eft celui du
verbe loqui. Les Latins en ont formé
locutio , loquela , loquax , loquacitas
eloquentia , eloquium , elocutio ; alloqui ,
colloqui , circumloqui &c.
On fent combien ces différentes ramifications
d'une même racine étoient propres
à porter vivement à l'efprit les modif
JANVIER. 1760. 129
cations d'idées qu'on vouloit exprimer.
Nous difons en François parler , babil ,
éloquence , difcours &c. Quelle analogie
ces mots ont ils entr'eux ? Que fignifient
dans notre Langue les élémens ifolés de
circonlocution, dont le fens eft fi fimple
& fi expreffif dans le Latin circumlocutio ?
On voit encore par cet exemple que nous
n'avons pas tous les termes correfpondans
aux mots Latins dérivés de loqui .
Des trois idiomes dont la Langue Latine
fut la fource commune , l'Italien arriva
le plutôt à la perfection. Cette Langue
a confervé prefque tous les procédés
des Langues Grecque & Latine . Elle
trouble & rompt à fon gré l'ordre grammatical
& naturel, pour y fubftituer l'ordre
muſical , c'eſt - à-dire , ce défordre harmonieux
de paroles , à qui feul il appartient
de rendre les Langues fufceptibles de
ces figures hardies , impétueufes & robuftes
qui femblent moins naître de l'art , que de
la vivacité du fentiment & de la véhémence
des paffions. Abondante , variée , propre
à tous les ftyles , elle fe porte plus volontiers
vers la tendreffe & la douceur . Elle
tire de la quantité de fes fyllabes des
mouvemens variés , foutenus & cadencés ;
mais ce qu'elle a d'exclufif , c'eft que
quoiqu'elle ait fon caractère, elle fe prête
EY
130 MERCURE DE FRANCE:
au caractère de toutes les Langues , fans
violence & même fans contrainte.
L'Auteur , en parlant de l'Efpagnol ,
dit que cette Langue par fa marche lente
& majeftueufe fait fouvenir de ces chants:
Spondaïques que Platon vouloit que
l'on confacrât exclufivement au culte des
Dieux. Elle fe prête aux inverfions avec
plus de fobriété que l'Italienne ; mais fes
mots ont tant de réfonnance , qu'elle eft
nombreuſe lors même qu'elle s'affujettit
le plus à l'ordre naturel & grammatical.
C'est à leur méchanifme que les Langues
Italienne & Efpagnole ont dû l'avantage
d'être fixées plutôt que la Françoife.
Toutes les Langues, des Peuples polis
tendent à l'euphonie , c'est - à - dire ,
à la prononciation la plus douce & la
plus agréable qui puiffe convenir à leur
caractère. Or des Langues dont les élémens
font tous prononcés & fonores , ont
dû faire fentir tout d'un coup à l'oreille,
à qui feule il appartient de juger de la
perfection extérieure du langage , toute
l'harmonie & tout l'effet dont elles.
étoient fufceptibles .
M. l'Abbé Arnaud n'entre point dans
le détail des viciffitudes que la langue
latine éprouva dans les Gaules , où elle
perdit tous fes rapports , foit harmoni
JANVIER. 1760. 731
es , foit philofophiques. Il fe borne à
faire connoître une partie du caractère
extérieur & matériel de notre Langue.
1. En remplaçant par un élément muet
la derniere fyllabe des mots Latins , nous
détruifimes la variété des terminaifons
propres à défigner le genre dans les fubftances
, comme on voit dans les mots
Peuple, Langue , & celles qui marquoient
les perfonnes dans les verbes : nous difons
aime à la première & troifième perfonne,
& nous n'entendons que le même fon à la
feconde. Ce procédé entraîna la néceffité
des pronoms. Il détruifit les rapports de
la pénultième fyllabe , qui animoit pour
ainfi dire le premier corps du mot . Ainfi
le mot perfide en Latin eft plein de mouvement
& d'action ; perfide le traîne dans
le François d'où notre Langue eft devenue
fourde & languiffante , fa quantité
foible & nulle. 2. ° Le penchant des Lan--
gues vers l'euphonie dût infenfiblement.
abolir la prononciation des terminaifons
latines que nous avions adoptées. Les Latins
étoient dédommagés de leur dureté
par l'harmonie qui réfultoit de la valeur
profodique des fyllabes. Rien ne rachetoit
dans notre langue cette dureté : l'oreille
,. ce fens dédaigneux & fuperbe ,
en bannit la prononciation ; ainfi au lieu
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
1
de prononcer , par exemple , tous les élé-
2
mens du verbe avoient comme les Latins
faifoient habebant , nous avons dit avè
avec un e très -ouvert : de là la différence
qui fe trouve entre la manière dont notre
Langue eft écrite & celle dont elle eft
prononcée de là l'uniformité ou plutôt.
la monotonie de la plupartde nos définences
, aimois aimoit , aimoient , progrès
jamais de là , pouvons - nous, ajouter ,
l'embarras de l'efprit fur les mots différens
dont la prononciation eft la même
vin, vingt , vain , vint , vins & c. la fréquence
des équivoques, & la néceffité de
rapprocher la langue parlée de la langue:
écrite , pour entendre celle- là . De toutes.
ces opérations enfin réfulta les befoins de
fuivre l'ordre grammatical ; c'eſt-à- dire ,.
que la langue qui devoit être l'inftrument
de l'efprit , en devint le tyran. La tranfpofition
qui renferme le double avantage
de donner de l'harmonie à la phrafe &
de l'exercice à l'efprit qu'elle oblige de
replacer les mots dans leur ordre naturel,
la tranfpofition, au moyen de laquelle
les mots , comme le dit l'Auteur en par→
lant de la langue Grecque , tantôt procèdent
comme la raifon tranquille , tantôt
s'élancent , fe troublent & fe défordonnent
comme les paffions , la tranfpofition fi néJANVIER
. 1760 . 133
رد
ceffaire à l'éloquence & à la poefie pour
rendre les grandes images & les grands
mouvemens , fut bannie de la langue
Françoiſe , où elle n'eût porté que la
confufion . Elle facrifia à la clarté & à
l'ordre les plus puiffantes reffources de
l'élocution . Elle abandonna fans regret
aux langues étrangères l'avantage de peindre
les paffions . Elle n'ambitionna que la
gloire de devenir la langue du raifonnement.
La poefie ne différa effentiellement
de la profe que par l'uniformité des
repos & des définences. » Après tout , ces
» temps n'étoient plus où la Poëfie dictoit
» les loix , régloit les moeurs , faifoit dé-
» tefter les tyrans : elle avoit perdu le
» droit de faire defcendre les Dieux fur
» la terre , & de leur égaler les hommes.
L'éloquence, autrefois maîtreffe des loix,
» maîtreffe même du fort des Républi-
» ques , n'avoit plus befoin de ces traits
» vigoureux & terribles dont Démoſthé-
» nes & Cicéron l'avoient armée. Les
paffions avoient perdu leur plus grand.
» reffort. Les principales fources du mera
veilleux étoient taries : à la Philofophie
» ancienne , qui n'envifageoit les êtres
» que relativement à l'homme , fuccé-
" doit une Philofophie , qui fondée fur
l'obfervation & fur l'expérience , ne
"
"}
134 MERCURE DE FRANCE.
25 confidéroit les chofes que dans le rap
" port qu'elles ont avec l'univers. Def
» cartes enfeigna l'art de la penfée & du
» doute. Les hommes , que rien ne fépa-
" roit tant de la vérité que leurs propres
» connoiffances , s'interrogèrent fur leurs
» propres opinions ; ils voulurent con-
» noître la chaîne , l'origine & l'ordre de
leurs idées : l'exercice de l'entende--
» ment & de la réflexion détruifoit de
» jour en jour & les objets & la puiffance
» de l'imagination , à qui l'ignorance &
» l'erreur donnent tant de force & d'em--
pire ; faut-il être furpris qu'une langue
claire, nette , méthodique , qui procède
» comme la pensée & l'obfervation , que
» la Langue Françoife en un mot , foit
» devenue la Langue dominante de l'Eu-
» rope ? »>
27
Ceux de nos Ecrivains qui ont examiné
la caufe de l'univerfalité de la Langue
Françoife , l'avoient attribuée aux conquêtes
de Louis XIV, à notre commerce,
au grand nombre de bons Auteurs qui
parurent fous le régne de ce Monarque :
mais Louis XIV n'impofa pas le joug de fa
Langue, comme le faifoient les Romains,
& ce joug ne fe feroit pas étendu fur
toute l'Europe & au-delà. Le commerce
des Anglois n'a pas obtenu à leur Langue
JANVIER 1760. 135
le même privilége ; les Auteurs Italiens
du fiècle de Leon X , n'avoient pas fait :
régner la leur hors de l'Italie , la réunion
de ces circonfiances a pu favorifer l'em--
pire que notre Langue s'eft acquis , mais
fon caractère a dû être la principale caufe
de fes fuccès . C'eft ce qui réfulte de l'ob--
fervation de M. l'Abbé Arnaud..
l'on
Après avoir parlé du caractère des Langues
Angloife & Allemande , M. l'Abbér
Arnaud expofe enfuite le plan que
fuivra dans la compofition de fon Journal
. I a affocié à fon entrepriſe des
hommes de Lettres très - capables de le
feconder avec fuccès. M. de Montucla ,
M. de Querlon , M. Suard , M. Baer,font
fes coopérateurs ; & il a trouvé d'ailleurs
chez les étrangers d'habiles gens pour
remplir les différentes parties de fa correfpondance.
M. l'Abbé Arnaud a montré
dans fon Prospectus un efprit folide ,
une imagination forte & brillante , des
connoiffances très-étendues , & un ſtyle
nerveux & pittorefque. Ses talens & ceux
de fes affociés doivent faire préfumer bien
favorablement du fuccès de cette entreprife
à laquelle tous les gens de Lettres
doivent s'empreffer de concourir.
On foufcrit pour cet Ouvrage à Paris
chez Lambert , Imprimeur - Libraire , rue
136 MERCURE DE FRANCE.
& à côté de la Comédie Françoiſe , au
Parnaffe. Chaque volume du Journal fera
compofé de dix feuilles , & paroîtra exactement
le quinze de chaque mois . Let
prix de la foufcription des douze volumes
pour l'année, fera de vingt - quatre livres.
Les Soufcripteurs de Province le recevront
franc de port pour le même prix
pourvu qu'ils ayent foin d'affranchir leurs
lettres & le port de leur argent .
J
ETRENNES Chronométriques , ou
Calendrier pour l'année biffextile 1760 ,
contenant ce qu'on fçait de plus intéresfant
fur la divifion & la mefure du temps,
par M. Leroi l'aîné , Horloger du Roi ,
de l'Académie Royale d'Angers. A Paris
chez l'Auteur ; Defaint & Saillant , rue
Saint Jean de Beauvais Prault pere ,
Quai de Gêvres ; Nyon , Quai des Au--
guftins ; Lambert , à côté de la Comédie
Françoife.
Il ne faut pas confondre ce Calendrier
avec cette foule d'Almanachs dont nous
fommes aujourd'hui inondés : le titre que
l'Auteur lui a donné eft un trait de complaifance
pour le gout de la multitude. La
nature des objets que l'on y confidere, les
recherches étendues dont on y expofe le
JANVIER. 1760 .. 137
-
réfultat , la clarté & la précifion avec lefquelles
les matières y font traitées , rendent
ce petit ouvrage très - curieux &
très utile. On fera étonné du grand
nombre d'objets que l'Auteur a fçu
réunir dans un fi petit efpace. Il a divifé
fon Livre en huit parties ; dans la premiere
, après quelques réflexions fur la
durée , il parle de fes divifions naturelles
telles que l'année , le mois , la femaine ,
&c. La feconde partie traite des divifions
artificielles du temps , & de la
formation du Calendrier. La troisième
expofe les différens fyftêmes de Chronologie.
La quatrième , qui eft la plus
curieufe , traite des inftrumens propres à
mefurer le temps . On y remonte à l'invention
des Horloges , & l'on y fuit les
progrès de l'Horlogerie jufqu'à nos jours.
On montre dans la cinquième partie l'utilité
des mefures méchaniques du temps
appliquées aux fciences pofitives. La fixiéme
donne les moyens de connoître & de
régler les Montres & les Pendules . La
feptième parle des mefures naturelles du
temps & des méthodes pour régler les
Montres & les Pendules par leur moyen.
La huitième & derniere partie contient
quelques inventions de l'Auteur , fils aîné
du célèbre Julien Leroi que la nation
vient de perdre : il a fuccédé à fon perę
138 MERCURE DE FRANCE.
dans la place d'Horloger du Roi , & il
eft bien digne par fes talens & fon caractère
de le remplacer dans l'eftime publique.
M. Leroi indique un projet pour rendre
utile la colonne de l'Hôtel de Soif- ·
fons , & il a fait exécuter fon idée dans
le frontifpice qu'il a mis à la tête de fon
Calendrier. Je vais tranfcrire ici l'Article
où il développe fon projet.
Lorfqu'on compare nos cadrans folaires
aux gnomons que les Anciens ont élevés
dans prefque tous les climats , on voit
qu'il régne dans ceux ci autant de grandeur
& de majefté que de petiteffe & de
mefquinerie dans les nôtres.
Qu'est- ce en effet qu'une petite bran→
che de fer dont l'ombre fe projette fur
une muraille , comparée au gnomon de
cent quatre vingt pieds Romains de hau--
teur dont Ulugh- Beigh , Prince Tartare ,
petit- fils de Tamerlan , fit ufage en 1437.
On a ce magnifique obélifque dont on
voit encore des veftiges à Rome , & qui
avoit près de cent vingt pieds de haureur
fans compter la bafe , obélifque approprié
par Augufte aux ufages des cadrans
folaires : Ei qui eft in campo ,
Pline , ( Hift. nat . Chap. 10. ) Divus Auguftus
addidit mirabilem ufum ad deprehendit
JANVIER . 1760. 139
dendasfolis umbras dierumque ac noctium
magnitudines , &c. Une telle meſure du
temps paroît réellement être l'ouvrage
d'un Souverain , & deftinée à l'ufage de
tout un peuple.
On objecte , contre ces gnomons , que
l'ombre du globe dont ils étoient toujours
furmontés , fur le fol , n'eft jamais auffibien
terminée que l'image du foleil, lorfque
les rayons paffent par le trou d'une
plaque ; mais il feroit facile d'obvier à
cer inconvénient , en faisant le globecreux
, en retranchant une certaine portion
de ce globe par la partie méridionale
& par la boréale , c'eſt - à- dire , par
le côté qui regarderoit le Soleil à midi ,
& par celui qui lui feroit oppofé ; enfin
en ajuftant dans le globe une plaque dans
laquelle on pût faire un trou qui occupât
le centre de ce globe , & par lequel
les rayons du foleil puffent paffer comme
dans nos méridiens ordinaires : alors ce
globe marqueroit l'heure de deux manieres
, par fon ombre & par l'image du
foleil.
Ces confidérations m'ont fait penfer
que fi on approprioit la colonne de l'Hôtel
de Soiffons , érigée en 1572: par Catherine
de Médicis , aux mêmes ufages,
auxquels. Augufte avoit approprié l'obé140
MERCURE DE FRANCE.
lifque du champ de Mars , qu'on lui fit
marquer les heures , les quarts , & par
les différentes hauteurs méridiennes ou
déclinaifons du foleil, la longueur du jour
& de la nuit dans tout le courant de l'année
; ce feroit une chofe curieufe , utile
au Public , & qui fans beaucoup de dépenfe
, contribueroit à orner la Ville de
Paris. Cette idée fait le fujet du frontifpice
de cet ouvrage . M. Gravelot a bien
voulu la rendre avec cette élégance &
ce goût admiré dans tout ce qui part de
fon crayon
.
Au reste ce que je propoſe a été exécuté
dans l'antiquité la plus reculée.
Moyfe , ( dit Appion dans fes Egyptiaques
) éleva au lieu d'obélifque des colonnes
dont le pied étoit dans une espèce d'ef
quifou de baffin , & il y avoit au fommet
une figure ou tête d'homme dont l'ombre
fourniffoit le même cours que le foleil.
Lorfqu'on étoit fur le point d'abattre
cette fuperbe colonne , dont Sauval fait
l'éloge dans fon Hiftoire des Antiquités
de Paris , & qui nous ayant été confervée
par les foins & la générofité de M. de
Bachaumont , fait aujourd'hui l'admiration
de tous les gens de goût , le zèle
patriotique
de l'illuftre M. Greffet lui fit
publier une pièce de vers , dans laquelle
JANVIER. 1760 . 14t
il s'oppofoit fortement à ce deffein , propofant
d'orner ce monument d'une ftatue
du Roi , & de l'appeller déformais la
Colonne Lodoïque , à l'inftar des colonnes
Trajannes & Antonines qu'on voit à
Rome . C'eft dans cette vue que j'ai fait
graver aux deux tiers de la colonne un
médaillon de Sa Majesté . Il ne me conviendroit
point d'indiquer ici les differens
attributs dont on pourroit l'accompagner
: de fi nobles foins regarderoient
le Miniftre éclairé qui préfide aux Arts ,
& qui eft chéri de tous les Artiftes .
LETTRES fur différens fujets . A Avignon
1760. Cette petite brochure contient
une Lettre à l'Auteur du Livre verd
fur l'art de perfuader ; des Remontrances
aux Bourgeoifes du bon ton ; une Lettre à
un Ami fur l'éducation de fon fils ; la
gloire des Chenilles , adreffée aux Jardiniers.
Ces Lettres , dont l'Auteur fe déclare
Jardinier, ont été compofées la bêche
& le rateau à la main , & à ce titre elles
demandent plus d'indulgence que l'our
vrage d'un Auteur de profeffion .
SUPPLÉMENT à la France littéraire de
l'année 1758 , pour les années 1759 &
1760. A Paris chez Duchefne , Libraire ,
rue Saint Jacques,
42 MERCURE DE FRANCE.
ALMANACH Parifien , dédié aux Provinciaux.
A Paris chez Grangé, au Palais.
LETTRES de Miledi Goods Berrys & du
Chevalier Hynfon , traduites de l'Anglois
; ou Réfléxions différentes de celles
des Moraliſtes du temps , adreffées à ceux
qui voudront les lire. A Amfterdam , &
fe trouvent à Paris chez Celot , Grand-
Salle du Palais.
ESSAIS fur divers Sujets de Littérature
& de Morale, par M. l'Abbé Trublet, Tome
IV. A Paris, chez Briafſſon , rue S.Jacq.
LETTRES fur la Danfe & fur les Ballets,
par M. Noverre , Maître des Ballets de
S. A. S. Monfeigneur le Duc de Wirtemberg
, & ci-devant des Théâtres de Paris
, Lyon , Marfeille , Londres &c. A
Stutgard , & fe vend à Lyon , chez Aimé
de la Roche , aux Halles de la Grenette .
AÉTAT Militaire de France pour l'année
1760. Troifiéme Edition corrigée & augmentée
de plufieurs Articles par les fieurs
de Montandre. A Paris , chez Guillyn ,
quai des Auguftins.
ANNALES Topographiques , dédiées à
Mgr le Duc de Bourgogne , par une Société
de gens de Lettres . A Paris chez
Vincent , rue S. Severin. 1760 .
JANVIER. 1760. 143
LETTRE de M. DE VOLTAIRE.
QUELQUE répugnance , Monfieur ,
qu'on puiffe fentir à parler de foi- même
au Public , & quelques vains que puiffent
être tous les petits intérêts d'Auteur ,
vous jugerez peut- être qu'il eft des circonftances
où un homme qui a eu le
malheur d'écrire , doit au moins en qualité
de Citoyen réfuter la calomrie. Il
n'eft pas bien intéreflant pour le Public
que quelques hommes obfcurs ayent depuis
dix ans mis leurs Ouvrages fous le
nom d'un homme obfcur tel que je le
fuis , mais il m'eft permis d'avertir qu'on
m'a fouvent apporté dans ma retraite
des Brochures de Paris qui portoient mon
nom avec ce titre : Imprimées à Genève.
Je peux protefter que non feulement
aucune de ces brochures n'eft de moi ,
mais qu'à Genêve rien n'eft imprimé
fans la permiffion expreffe de trois Magiftrats
, & que toutes ces puérilités ,
pour ne rien dire de pis , font abfolument
ignorées dans ce Pays , où l'on n'eft occupé
que de fes devoirs , de fon commerce
& de l'agriculture , & où les dou144
MERCURE DE FRANCE
ceurs de la fociété ne font jamais aigries
par des querelles d'Auteur.
Ceux qui ont voulu troubler ainfi ma
vieilleffe & mon repos , fe font imaginé
que je demeurois à Genève. Il est vrai
que j'ai pris depuis longtemps le parti
de la retraite , pour n'être plus en butte
aux cabales & aux calomnies qui défolent
à Paris la Littérature ; mais il n'eft
pas vrai que je me fois retiré à Genêve :
mon habitation naturelle eft dans des
terres que je pofféde en France fur la
frontiére, & auxquelles Sa Majefté a daigné
accorder des priviléges & des droits
qui me rendent ces terres plus précieuſes :
c'est là que ma principale occupation ,
allez connue dans le Pays , eft de cultiver
en paix mes campagnes , & de n'y pas
être inutile à quelques infortunés. Je fuis
fi éloigné d'envoyer à Paris aucun ouvrage
, que je n'ai nul commerce avec
aucun Libraire , ni directement , ni indirectement
, ni même avec aucun homme
de Lettres de Paris ; & hors je ne
fçais quelle Tragédie , intitulée l'Orphelin
de la Chine , qu'un ami refpectable m'arracha
il y a cinq ou fix années , & dont
je fis le médiocre préfent aux Acteurs
de votre Théâtre , je n'ai certainement
rien fait imprimer dans cette Ville .
J'ai
JANVIER. 1760 . 145
J'ai été aflez furpris de recevoir , le
dernier Décembre, une feuille d'une Brochure
périodique intitulée l'Année Littéraire,
dont j'ignorois abfolument l'exiftence
dans ma retraite : cette feuille
étoit accompagnée d'une petite Comédie
qui a pour titre , la Femme qui a raifon ,
repréfentée à Karonge , donnée par M. de
V. & imprimée à Genève.
Ily a dans ce titre trois fauffetés : cette
Piéce , telle qu'elle eft défigurée par le
Libraire , n'eft affurément pas mon ouvrage
: elle n'a jamais été imprimée à
Genêve il n'y a nul endroit dans ce
Pays- ci qui s'appelle Karonge , & j'ajoute
que le Libraire de Paris qui l'a imprimée
fous mon nom , fans mon aveu , eft trèsépréhenfible.
Mais voici une autre réponſe aux politeffes
de l'Auteur de l'Année Littéraire.
La Piéce qu'il croit nouvelle fut jouée il
ya douze ans à Lunéville dans le Palais
du Roi de Pologne où j'avois l'honneur
de demeurer. Les premieres perſonnes
du Royaume pour la naiffance & peutêtre
pour l'efprit & le goût , la jouerent
en préſence de ce Monarque : il fuffit de
dire que Madame la Marquife du Chatelet
, Lorraire , repréfenta la Femme qui
a raifon , avec un applaudiffement uni-
II. Vol.
G
146 MERCURE DE FRANCE.
verfel . On taît par refpect le nom des
autres perfonnes illuftres qui vivent encore
, ou plutôt par la crainte de bleſſer
leur modeftie. Une telle affemblée fçavoit
peut-être auffi bien que l'Auteur de
l'Année Littéraire , ce que c'eft que la
bonne plaifanterie & la bienséance . Les
deux tiers de la Pièce furent compofés
par un homme dont j'envierois les talents
fi la jufte horreur qu'il a pour les tracafferies
d'Auteur , & pour les cabales du
Théâtre , ne l'avoit fait renoncer à un
Art pour lequel il avoit beaucoup de génie.
Je fis la derniere partie de l'ouvrage ;
je remis enfuite le tout en trois Actes ,
avec quelques changemens légers que
cette forme exigeoit ; & ce petit divertiffement
en trois Actes qui n'a jamais été
deftiné au Public , eft très-différent de la
Piéce qu'on a très- mal-à - propos imprimée
fous mon nom.
Vous voyez , Monfieur , que je ne fuis
pas le feul qui doive des remercimens
à l'Auteur de l'Année littéraire , pour les
belles imputations de groffièreté Tudefque,
de baffeffe & d'indécence , qu'il prodigue.
Le Roi de Pologne , les premières Dames
du Royaume , & des Princes , peuvent
en prendre leur part avec la même reconnoiffance;
& le reſpectable Auteur qui
JANVIER. 1760. 147
m’aida dans cette fête , doit partager les
mêmes fentimens.
Je me fuis informé de ce qu'étoit
cette Année Littéraire , & j'ai appris que
c'eft un Ouvrage où les hommes les plus
célébres que nous ayons aujourd'hui dans
la Littérature font fouvent outragés ; c'eft
pour moi un nouveau fujet de remercimens.
J'ai parcouru quelques pages de la
Brochure , j'y ai trouvé quelques injures
un peu fortes contre M. le Mierre : on l'y
traite d'homme fans génie , de plagiaire ,
de Joueur de gobelets , parce que ce jeune
homme eftimable a remporté trois
prix à notre Académie , & qu'il a réuffi
dans une Tragédie longtemps honorée
des fuffrages encourageans du Public .
Je dois dire en général , & fans avoir
perfonne en vue , qu'il eft un peu
hardi
de s'ériger en Juge de tous les Ouvrages
& qu'il vaudroit mieux en faire de bons.
La fatyre en vers , & même en beaux
vers , eft aujourd'hui décriée ; à plus forte
raifon la fatyre en profe , furtout quand
on y réuffit d'autant plus mal , qu'il eft
plus aifé d'écrire dans ce pitoyable genre.
Je fuis très éloigné de caractérifer ici
l'Auteur de l'Année littéraire , qui m'eft
abfolument inconnu . On me dit qu'il eft
depuis longtemps mon ennemi ; à la bon-
-
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
ne heure on a beau me le dire , je vous
affure que je n'en fçais rien.
Si dans la crife où eft l'Europe , &
dans les malheurs qui défolent tant d'E
tats , il eſt encore quelques Amateurs de
la Littérature qui s'amufent du bien &
du mal qu'elle peut produire , je les prie
de croire que je mépriſe la fatyre , & que
je n'en fais point.
DE VOLTAIRE.
ARTICLE IIL
SCIENCES ET BELLES- LETTRES.
ACADÉMIE S.
SUITE de la Séance publique de l'Académie
des Sciences du 14 Novembre.
APRÉs la lecture du Mémoire de M.
Hériffant , M. Pingré lut un Difcours fur
la Cométographie.
A ce Difcours fuccéda un Mémoire
fur la diffolution du Phoſphore d'urine ou
de Kunckel , par M. Fougeroux , dont
Voici l'extrait .
La premiere découverte du phoſphore
JANVIER. 1760 . 149
eft due à un nommé Brandt , Alchymifte
de Hambourg , qui le trouva en 1669
s'occupant de la pierre philofophale . II
mourut fans révéler fon fecret.
Kunckel , Chymifte de l'Electeur de
Saxe , rechercha la façon de faire le
phofpore , & y réuffit . Il communiqua fa
découverte à quelques - uns de fes amis .
L'illuftre Boyle, de Londres , apprit la
compofition du phofphore , de Kraff Médecin
de Drefde. Il le rendit public en
1680 dans fon ouvrage intitulé Nodiluca
aërea.
,
,
M. Homberg de l'Académie des
Sciences , donna fa préparation dans le
volume de l'Académie de 1692. Feu M.
Dufay , M. Hellot & M. Duhamel furent
chargés par l'Académie d'examiner un
procédé qui fut préfenté à la Compagnie
comme plus für & plus aifé que celui
décrit par M. Homberg. C'eft cette derniere
façon de fe le procurer , & les obfervations
qui fe font préfentées en l'exécutant
, que M. Hellot a exactement rendues
. ( volume Académique , année 1737)
MM. Margraff & Pott ont depuis beaucoup
perfectionné ce travail encore aujourd'hui
défagréable*,pénible & couteux .
* En général les procédés de ce Phoſphore one
toujours eu pour baſe l'urine.
G. iij
150 MERCURE DE FRANCE.
Depuis longtemps l'on avoit prêté attention
à la lumière que répandent certaines
fubftances que l'on peut regarder
comme des phofphores naturels ; le bois
pourri , les vers luifants , l'eau de la mer,
les poiffons falés , l'urine , la chair d'animaux
devenus lumineux par certaines
circonftances , avoient été fouvent obfervés.
Les travaux des Chymiftes ayant encore
ajouté à ceux- ci les phofphores que
l'on peut fe procuret par art , ils ont
rendu par-là la claffe des phoſphores trèsnombreuſe.
Ils nous ont appris que certaines
chaux métalliques , une grande
partie des terres fondantes , les pierres
précieufes , les fphats expofés à un grand
feu , retirés & portés à l'obfcurité , offrent
auffi de la lueur ; mais M. Fougeroux
a cru trouver ces phénomènes joints
à plufieurs autres , & d'une manière bien
plus frappante encore dans le phofphore
d'urine.
Certains phénomènes communs au
phoſphore & à l'électricité ne fembleroient-
ils pas donner lieu à conjecturer
que ces deux fingulières découvertes pourroient
fe rapprocher , & en fe prêtant
mutuellement des lumières , devenir plus
connues M. Fougeroux le conjecture ;
mais il avoue ne s'être point attaché à
JANVIER. 1960 . 151
fuivré cette partie , quoiqu'elle lui ait
paru mériter d'être approfondie.
Le peu de durée des Affemblées publiques
a obligé M. Fougeroux de reftreindre
fon Mémoire aux faits principaux.
Je ferai ici encore plus concis .
Le phofphore d'urine ou de Kunckel ,
tel qu'on l'achete , eft une espèce particulière
de fouffre réduit fous la forme
d'une pâte folide , dans lequel le phlogiftique
eft très - concentré. Pour empêcher
cette partie de fe perdre en fe confumant
à l'air , on a coutume de plonger
les bâtons de phofphore dans de l'eau.
M. Fougeroux croit qu'il y fouffre une
efpéce de décompofition , puifque l'eau
devient lumineufe , & que les bâtons y
diminuent de pefanteur au bout d'un
certain temps
.
Les propriétés & fingularités du phofphore
en bâton ayant été détaillées par
les Auteurs qui ont précédé M. Fougeroux
, il ne fait dans fon Mémoire qu'ajouter
celles qui font dues à fes nouvelles
obfervations.
On fçait que le phofphore en bâton
tiré de l'eau & expofé à l'air , y répand
une fumée lumineufe ; qu'il ne mét point
le feu aux matières qu'on en approche ,
à moins qu'en le frottant on ne lui pro-
Giv
154 MERCURE DE FRANCE.
propriétés par une ébullition longtemps
continuée dans différentes liqueurs . M.
Fougeroux infifte fur une espéce de terre
qui nâgeoit dans l'eau où fon phoſphore
avoit bouilli longtemps ; mais elle ne
s'eft pas dépofée fur le filtre , & n'y a
rendu aucune lumière ; le phofphore n'en
a pas même paru altéré. Il a cru cependant
en devoir parler , parce qu'il fçait
que M. Margraff a foupçonné dans le
phoſphore une terre vitrifiable qu'il a cru
femblable à la baſe du fel marin . M. Fougeroux
regrette de n'en avoir pu obtenir
affez pour éclaircir les doutes de ce fçavant
Chymifte.
Je ne peux pas non plus rapporter le
travail de cet Académicien fur le phofphore
combiné avec les fubftances métalliques
. Il a dit dans fon Mémoire n'avoir
donné , faute de temps , qu'un Extrait
de cette feconde Partie qu'il réfervoit
pour les Affemblées particulières de
l'Académie.
Après ce Mémoire M. le Gentil en lut
un fur le prochain paffage de Vénus devant
le Soleil .
Le temps prefcrit à ces Affemblées ne
permit pas la lecture entiere d'un Mémoire
de M. Adanfon , qui eft le plan
d'un ouvrage fur la Botanique. Il n'en
JANVIER. 1760. 155
put
lire que les deux premières Parties ;
la troifième qui étoit la plus intéreffante ,
n'a point été entendue du Public. On a
témoigné le defir de la connoître. Je
vais donner une idée de l'ouvrage en
entier.
Ce Mémoire a trois parties : dans la
premiere , on démontre les abus des préceptes
de la Botanique.
La feconde donne les moyens d'y remédier.
La troifième expofe le plan d'un nouvel
ouvrage fur cette fcience.
Perfonne n'ignore les avantages que
peut procurer la connoiffance des plantes.
On a beaucoup écrit fur la Botanique;
on croiroit, à voir tant d'ouvrages fur
cette fcience , qu'elle marche à grands
pas vers fa perfection , mais nombre
d'abus en arrêtent les progrès.
Le premier de ces abus c'eft la nomenclature
. Rien de fi effentiel à la clarté
de la fcience que cette partie , & cependant
rien de fi obfcur chez les Botaniftes
modernes que leurs préceptes fur
les noms qui conviennent aux plantes.
Ils en ont fait chacun fuivant leur idée ;
ils ont pofé des axiomes qui fe font dé
truits fucceffivement & mutuellement ,
& ne font encore convenus d'aucun prin-
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
cipe certain à cet égard. Ils s'accordent
néanmoins en ce point que le nom doit
exprimer le caractère distinctif de chaque
plante , c'eſt- à-dire , ſa différence de tout
autre .
Ces noms ont d'abord répondu à l'idée
de leurs inventeurs tant que le nombre
des plantes a été borné , ou que leur
connoiffance a été peu approfondie ; mais
dès que l'on eft venu à découvrir de nouvelles
espéces ou de nouvelles propriétés
dans ces plantes , on a reconnu que ces
noms fignificatifs étoient applicables à
rout autre objet que celui qu'on vouloit
défigner. On a donc été forcé de les changer
, de les compofer, d'en faire de courtes
defcriptions qu'on appelle Phrafes , &
on les change encore dans la fauffe efpérance
de les perfectionner un jour.
Tel ouvrage de Botanique eft forti ſous
dix formes différentes de la main de fone
Auteur , avec des. changemens fi multipliés
dans ces noms , que leur citation
feule feroit un Volume confidérable .
Le fecond abus qui arrête le progrès:
de la Botanique , ce font les fyftêmes
fondés fur la confidération d'une feule
partie des plantes. Si l'on excepte Tournefort
, tous les méthodiftes ont prétendu
qu'on ne pourroit tirer des caracteres
JANVIER. 1760. 157
naturels & diftinctifs des plantes que de
la fructification feule , c'eft à - dire , du
calice, de la corolle ou du petale , des étamines
, du piftil , du fruit & des graines .
En conféquence toutes ces parties ont
été traitées fyftématiquement : le piftil
a cependant été oublié . M. Adanfon en
eft d'autant plus furpris, qu'il a reconnu
que cette partie peut fournir des caractères
plus généraux & moins variables que
les autres , & il a dreffé un tableau de
toutes les plantes rangées fur ce plan qu'il
fe propofe de donner en abrégé , fous la
forme de Catalogue , pour éviter les répétitions
comme dans tous les fyftêmes.
La balance de ces divers fyftêmes fait
voir que celui de Tournefort fur la corolle
ou le petale, tient le fecond rang après
celui du piftil , que le fyftême de M. Linnæus
fur le calice vient enfuite ; & que
celui qu'il a donné fur les étamines ne
tient que le quatrième rang. Ce dernier
paroît cependant prévaloir , on ne fçait
trop par quelle fatalité.
M. Adanfon croit devoir prendre en
cette circonftance la défenſe de Tournefort
contre le jugement indécent que M.
Linnæus en a porté dans plufieurs endroits
de fes Ouvrages , & venger pour
ainfi dire la Nation d'une injure qu'elle
158 MERCURE DE FRANCE.
femble fe faire à elle même , en laiffant
cette erreur s'accréditer. » Tournefort
( dit- il ) » a porté le premier le flambeau
» qui éclaire aujourd'hui la Botanique ;
» il en a tracé les routes ; & ce qu'il y a
>> de plus glorieux pour lui , c'eft que
» tous ceux qui l'ont fuivi n'ont été que
» fes copiftes ou fes imitateurs .
»Mais la mémoire de ce grand homme
» n'a pas befoin de mon appui.
"
» Ses écrits, qui font honneur à l'Aca-
» dérnie & à la Nation , font des monu-
» mens authentiques de la fupériorité de
» fes connoiffances ; fon introduction à la
» Botanique qui n'eft citée prefque nulle
" part , contient les principes les plus fûrs
» & les plus fages que nous ayons fur
» cette Science : ce morceau rempli d'é-
» rudition eft le mieux touché & le plus
éloquent que la Botanique ancienne
» & moderne ait encore produit. Enfin
fon fyftême quoiqu'imparfait , comme
» il l'a reconnu & avoué lui- même , eſt
» infiniment au- deffus de tous ceux qui
» ont été faits fur le même plan , parce
"
ود
"
qu'il a été pofé par un homme qui joi-
» gnoit à l'efprit d'invention une fcience
"profonde , acquife non dans le cabinet
» ou dans quelques jardins , mais par de
longs voyages où il avoit recueilli ce
(
JANVIER. 1760. 159
nombre prodigieux d'obſervations , qui
»feules caractérisent le grand Botaniſte .
M. Linnæus , fans fortir de l'Europe ,
a eu le talent de raffembler dans fon
fyftême toutes les connoiffances de Botanique
éparles dans les voyageurs. Il eſt
entré dans quelques détails de plus que
fes prédéceffeurs. Il en a d'utiles : mais
Tournefort a cru avec raifon en devoir
négliger une partie; par exemple, le nombre
des étamines.
Quelqu'eftimables que foient les ouvrages
de Tournefort , de M. Linnæus , &
de tant d'autres Botanistes célèbres , leurs
fyftêmes fondés fur une feule partie ont
des défauts effentiels & inévitables. Il
n'en eft aucun qui rempliffe fon objet en
entier.
La nature ne fuit pas affez invariablement
les loix qu'on lui fuppofe ; elle
fait trop fouvent des écarts qui font perdre
aux Methodistes le fil de leur fyftêmes ,
& qui les forcent à varier dans l'application
de leurs caractères. Tous fe font
propofés 1.° d'y renfermer toutes les
plantes , & en fecond lieu de décrire au
moins le nombre , la figure , la fituation
de leurs parties. Mais il n'eft aucun de
ces fyftêmes qui n'exclue naturellement
toutes les plantes qui n'ont pas celle
160 MERCURE DE FRANCE.
de ces parties qui lui fert de fondement ;
ce qui arrive non feulement dans toutes
celles qui portent leurs fleurs fur un pied
pendant que leurs fruits font répandus
fur un autre , mais encore dans beaucoup
de plantes hermaphrodites. Enfin
l'on a oublié prefque partout la fituation
refpective de ces parties , qui offre le caractère
le plus conſtant & le plus univerfel
pour diftinguer les plantes . Ces diverfes
remarques font accompagnées de preuves
détaillées dans le Mémoire.
Le moyen de remédier aux abus des
noms expreffifs & trop compofés qui furchargent
la Botanique c'eft de conferver
à chaque plante le nom fimple & primitif
de fon pays & d'en inventer de nouveaux
fans fignification , c'eſt- à- dire , ſans aucune
étymologie diftinctive pour celles
qui n'en ont pas.
Cette nouvelle nomenclature que M.
Adanfon a fuivie en 1757 dans fon Hift.
Nat. des coquillages du Sénégal , donne
naturellement lieu à une digreffion fur
la néceffité d'un Dictionnaire univerfel
de tous les termes d'Arts & de Sciences
des trois langues les plus ufitées parmi les
Sçavans , le François , le Latin & le Grec.
Il en afini la premiere Lettre ; mais fes
Occupations ne lui permettent pas de la
JANVIER. 1760. 161
continuer. Cet Ouvrage , qui exige plufieurs
années de travail , ne formera pas
moins qu'un gros volume in - folio. Un
homme lettré attaché par état à la retraite,
& qui poffederoit fuffifament ces trois langues,
feroit en état d'exécuter ce projet, &
M. Adanfon s'offre à communiquer au
Sçavant qui voudra s'en charger , nonfeulement
la premiere lettre de ce Dictionnaire
, mais encore fes recherches &
ſes réfléxions à ce fujet. Un pareil Ouvrage
préviendroit le double emploi des
noms & les répétitions qui caufent aujourd'hui
tant de confufion dans les Sciences
naturelles. Si ce Dictionnaire n'a pas
lieu, M. Adanfon publiera celui d'Hiftoire
naturelle qu'il a prefque entierement fini.
On évitera pareillement les abus des
fyftêmes fondés fur une feule partie , en
employant la confidération de toutes les
parties des plantes . C'eft le feul moyen
de les réunir toutes dans un corps d'Ouvrage
régulier , & d'y comprendre nombre
de plantes étrangères qui fe refuſent
à tous les fyftêmes publiés jufqu'ici , &
qui embarraffent fouvent les voyageurs
même les plus inftruits. » En effet ( dis
» M. Adanfon ) la Botanique change en-
» tierement de face dès qu'on quitte les
Pays tempérés pour rentrer dans la
22
162 MERCURE DE FRANCE.
» zone torride. Ce font toujours des
» plantes , mais elles font fi fingulières ,
» elles ont des attributs i nouveaux, qu'ils
» éludent la plupart de nos fyftêmes dont
les limites ne s'étendent pas au -delà
des plantes de nos climats.
"
» Pour en convaincre ceux qui pour-
" roient en douter , il fuffira de leur
» faire remarquer qu'il y a entre les tropiques
des Pays immenfes où l'on ne
» trouve aucune plante de certaines fa-
» milles qui femblent réfervées à l'Euro-
" pe , & qu'au contraire il y a dans ces
" mêmes Pays des familles entieres dont
l'Europe n'a pas un feul individu. "
» C'eft ainfi qu'en parcourant l'Afri-
» que , je n'ai pu trouver une feule Ombellifere
: le P. Plumier dans tous fes
» voyages de l'Amérique chaude , Sloane
» & beaucoup d'autres Botaniftes , n'en
» ont découvert que deux efpèces , fça-
» voir un hydrocotyle & un eringium . Je
» n'ai rencontré au Sénégal aucune mouffe
, aucune plante de la famille des
» Zenoncules , ni de celle des Orchis ;
» pas une espèce de Geranium dont le
33
nombre eft fi confidérable dans l'Afri-
» que fituée au- delà des Tropiques . Je
» n'y ai obfervé que 1 crucifere , I ou
plantes à 72 fleurons , & 2 ou 3 fouJANVIER.
1760. 163
» geres. En Europe nous n'avons pas une
» plante de la famille des cléacies , pas
» un palmier ; car les deux efpèces qui
» femblent aujourd'hui naturelles à l'Ef-
" pagne & à l'Italie , y ont été apportéés
» de l'Afrique ; auffi cette famille n'eft-
» elle pas bien connue à nos Botaniſtes
» de l'Europe. Il en ek de même de plu-
» fieurs autres familles étrangères que
» j'ai eu lieu de découvrir au Sénégal.
Ces diverfes remarques , en démontrant
l'utilité des voyages , prouvent la
néceffité de confidérer les plantes d'une
façon toute nouvelle , & c'est ici la troifiéme
partie du Mémoire de M. Adanſon
qui contient fon plan, dont le Public n'a
pas eu la fatisfaction d'entendre la lecture.
Il confifte à divifer toutes les plantes
en un certain nombre de familles , &
à raffembler dans chacune toutes cellesqui
ont naturellement le plus grand nombre
de rapports entr'elles indépendemment
de tous les préjugés ou des erreurs
qui pourroient naître de la façon de les
confidérer .
Comme ce n'eft que par des defcriptions
entieres qu'on peut bien définir &
caractériſer les diverfes efpèces de plantes
, ce n'eft auffi que par la confidération
de toutes leurs parties qu'on peut
fixer les familles auxquelles elles fe rap164
MERCURE DE FRANCE.
portent naturellement. C'eft de cet enfemble
que dépend leur connoiffance parfaite.
M. Adanfon. fait donc entrer dans
le caractère de ces familles toutes les parties
en général des plantes , non ſeulement
celles de la fructification , la fleur
& le fruit , mais encore toutes celles
que les Méthodiítes ont rejettées avec
tant de chaleur & fi peu de fondement ,
telles que les feuilles , leur fituation , la
manière dont elles font pliées avant le
développement , les ftipules , les vrilles ,
la fituation des fleurs , les bourjons &
tant d'autres parties qu'ils ont regardées
comme inutiles ou fuperflues .
On verra par la façon dont il les confidére
, combien elles font utiles & même
abfolument néceffaires pour rappeller
les plantes douteufes à leurs familles naturelles
.
Ce plan eft celui que M. Adanfon a
toujours fuivi , & qui lui a facilité l'étude
de la Botanique d'une manière fi
fingulière qu'il ofe avancer qu'on y peut
faire plus de progrès pendant fix mois
par fon moyen qu'on n'en fait communément
en fix ans par le fecours de toutes
les Méthodes publiées jufqu'à ce jour. If
eft même le feul qui puiffe faire connoître
& fupprimer les détails inutiles , &
JANVIER. 1760 . 165
conduire furement & en peu de temps
aux vaftes connoiffances de la Botanique
: il abrégera donc le travail ; il fera
comme le précis de toutes les connoiffances
actuelles dans cette partie , puifqu'il
réunira l'objet de tous les fyftêmes
qui ont été faits & de ceux qui reſtoient
à faire.
Outre ces avantages , il est encore
univerfel en ce qu'il s'étend fur toutes les
plantes , non feulement des zones tem- -
pérées & glaciales , mais encore de la
zone torride. On pourroit même dire
qu'il n'eft point borné , c'eft-à- dire , que
s'il fe trouvoit encore quelques familles
de plantes qui nous fuffent inconnues ,
ou que s'il étoit poffible que la nature
vînt à varier un jour dans la production
de quelques familles végétales , on les y
rapporteroit auffi facilement que toutes
les autres découvertes fans le rendre difforme.
De quelque manière qu'on combine
ces diverfes familles , on n'en changera
jamais le fond , parce que les plantes
qui y feront rapportées ne peuvent être
éloignées les unes des autres fans faire
violence à la nature.
Ce plan pourroit être regardé comme
la continuation de l'Hiftoire générale des
plantes que M. Dodard avoit commencée
166 MERCURE DE FRANCE.
vers la fin du dernier fiécle , fous les yeux
de l'Académie. Attaché dès fa plus tendre
jeuneffe à l'étude de la Botanique , ayant
eu pour but dans fon voyage au Senégal
d'en étendre les connoiffances , M. Adanfon
fe croit en quelque forte engagé à
fuivre le premier projet de l'Académie ,
depuis qu'elle l'a admis au nombre de
fes Membres pour la Botanique , & c'eſt
dans cette partie qu'il veut d'abord confacrer
au Public fes foins & fes recherches.
Il compte publier d'abord ces familles
avec leurs caractères en abrégé , & celui
des genres établis. Il les donnera enfuite
avec des notions plus étendues. Enfin il
rapportera à ces genres toutes les efpèces
de plantes connues, décrites ou défigurées ,
auxquelles il ajoutera celles qui demeurent
encore ignorées dans les herbiers.
immenfes de nos Botaniftes.
Si l'on confidére le nombre prodigieux
des plantes qu'il faut obferver ou revoir
de nouveau , la multitude des ouvrages
de Botanique qu'il faut concilier
combien la briéveté ou les omiffions des,
uns & les imperfections des autres laiffent
à ajouter & à corriger , on aura dẹ
la peine à fe perfuader que cet Ouvrage
foit praticable, ou l'on conviendra facile-
2
JANVIER. 1760. 167
ment que c'est peut-être le plus ingrat &
le plus difficile que nous offre l'Hiftoire
naturelle , furtout aujourd'hui que la plupart
de ces Traités font remplis de citations
entaffées fans beaucoup d'examen ,
& fouvent avec trop peu de connoiſſances
Botaniques .
Auffi fa première exécution ne fera - t - elle
pas exempte de quelques taches qui n'appartiendront
pas cependant à M. Adanfon.
Ces défauts tomberont fur les caractères
génériques qu'il va donner . Il n'y en a
que la moitié fur lefquels on puiffe comp
ter. Car de nos genres établis jufqu'ici il
y en a la moitié d'étranges que nos Botaniftes
n'ont pas vus , & qu'ils ont caractérisés
d'après des defcriptions ou des
figures fouvent peu exactes , & la moitié
du refte eft remplie d'omiffions qui laiffent
ces genres fort indécis, Il a corrigé
la moitié des genres étrangers pendant
fes voyages , & il a fait de même à l'égard
de la moitié des plantes de l'Europe
, en forte qu'il croit que cette partie
ne laiffera rien à defirer. Pour ce qui eft
des autres plantes que le temps ne lui a
pas encore permis de voir par lui-même,
& qu'il obfervera par la fuite , il a
fuivi les defcriptions & les figures des
meilleurs Auteurs , furtout de Tournefort
168 MERCURE DE FRANCE.
& de M. de Linnæus ; ainfi l'on ne pourra
lui reprocher les imperfections qui s'y
rencontreront . Il en a rectifié quelquesunes
par le fecours de M. de Juffieu ,
dont perfonne n'ignore les profondes
connoiffances en Botanique , & il a tout
lieu de compter fur fes fçavantes lumières.
Enfin à l'égard des plantes étrangères
qui ne fleuriffent pas ou qui fleuriffent
mal dans nos ferres , il les rapportera
le mieux qu'il fera poffible , par les caractères
que fourniffent leurs fleurs &
leurs fruits defféchés qu'on conferve dans
les herbiers.
Une autre imperfection qui fe rencontrera
auffi quelquefois dans ce nouveau
plan , c'eft que quelques plantes fe rap
porteront à deux familles voifines , fans
qu'aucun caractère les décide plutôt pour
l'une que pour l'autre ; mais ce cas fera
très-rare. Cela donne lieu à M. Adanfon
de parler d'un autre ouvrage bien plus
important que celui dont il s'agit . Je
» remédierai, ( dit -il ) un jour à cette imperfection
apparente ; par un autre
plan beaucoup plus parfait qui fans.
» rien changer à celui-ci le contiendra
en entier. Ce plan dont j'ai ébauché
ailleurs l'idée , eft la découverte de ce
» qu'on
39
"
»
JANVIER . 1760. 169
ן כ
qu'on appelle le fyftême de la nature.
» Il ne reflemble en rien à tout ce qu'on
» a publié jufqu'ici fous ce nom ; & quoi-
" qu'il promette à l'Hiftoire naturelle &
» à la Phyfique le plus haut degré de per-
» fection auquel ces deux fciences puiffent
prétendre,je pense que le Public ne me
fçaura pas mauvais gré de le tenir encore
caché jufqu'à ce que j'aie fait toutes
" les obfervations que je crois néceffaires
pour lui fervir de preuves & le ren-
" dre inébranlable. Je n'en parle même
" aujourd'hui que pour en rendre la date
plus authentique . Je l'avois entierement
dreffé lorfque j'en écrivis du Sénégal
en 1750 à M. de Juffieu, qui m'exhorta
fort à continuer ce grand Ouvrage. Je
travaille depuis ce temps à l'étendre &
» à le perfectionner , pour en mettre le
» Public en poffeffion dès que les circonf-
" tances favorables me permettront de
» fournir aux dépenfes confidérables que
» fon exécution exige.
33
ر د
PROGRAMME de l'Académie
de Befançon.
L'ACADÉMIE diftribuera le 24 du mois
d'Août 1760 , deux Prix fondés par feu
II, Vol.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
M. le Duc de Tallard , & un troiſième
fondé par la Ville de Befançon .
Le Prix de l'Éloquence eft une médaille
d'or de la valeur de trois cens
cinquante livres ; le fujet du Difcours ,
qui doit être d'environ une demie - heure ,
fera : La candeur & la franchife font.communément
plus utiles dans le maniement
des affaires que la rufe & la diffimulation .
Le Prix d'Erudition eft une médaille
d'or de la valeur de deux cens cinquante
livres , dont le fujet fera : L'airain de
Corinthe a- t-il été formé par le mélange
divers métaux fondus lorfque cette Ville
fut brulée par les Romains ?
de
Le Prix des Arts eſt une médaille d'or
'de la valeur de deux cens livres , deſtinée
à celui qui indiquera les meilleurs moyens
de perfectionner les manufactures de Papier.
mais
Les Auteurs font avertis de ne pas
mettre leurs noms à leurs
ouvrages,
une marque ou paraphe , avec telle de
vife ou fentence qu'il leur plaira . Ils la
répéteront dans un billet cacheté , dans
lequel ils écriront leurs noms & leur
adreffe. Les Piéces de ceux qui fe feront
connoître , foit par eux- mêmes , foit par
leurs amis , ne feront pas admifes au
Concours.
JANVIER. 1760. 171
Ceux qui prétendront aux Prix font
avertis de faire remettre leurs ouvrages ,
avant le premier du mois de Mai prochain,
au Sieur DACLIN, Imprimeur de
'Académie , & d'en affranchir le port ,
précaution fans laquelle ils ne feroient
pas retirés.
ASTRONOMI E.
La paru une nouvelle Comete ; elle a commencé
à être apperçue le 8 de ce mois, avant neuf
eures du foir , dans l'Obfervatoire de la Marine, à
Hôtel de Clugny. Elle étoit dans la conftellaon
d'Orion , auprès d'une étoile de la feconde
troifiéme grandeur qui eft dans le genou droit
e cette conftellation . Le fieur Meffier la découit
avant qu'elle paſsât par le Méridien où il l'a
bfervée. Son mouvement qui fe fait contre la
uite des fignes eft fort prompt . Elle s'eft élevée en
approchant de l'Equateur qu'elle a dû traverer
vers le 15 du mois. On la voit fans peine
la vue fimple. Le noyau eft environné d'une
umière nébuleufe , dont le diamètre a près de
uinze minutes d'un grand cercle. La queue eft
irigée vers l'Eft , longue de quatre degrés ; mais
eu fenfible à la fimple vue. Le 8 , à dix heures
ngt-fix minutes de temps vrai , la Comete avoit
afcenfion droite quatre- vingt- fix degrés , douze
inutes & demie , & de déclinaiſon auſtrale neuf
grés , dix minutes,
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE IV.
BEAUX ARTS.
ARTS UTILES.
CHIRURGIE.
REPONSE de M. Daviel , Maître ès
Arts & en Chirurgie de la ville de Marfeille
, ancien Chirurgien & Penfionnaire
des Galères du Roi , Profeffeur & Dé
monftrateur Royal de Chirurgie & d'A
natomie de la même Ville , des Acade
mies Royales des Sciences de Toulouse
Bordeaux , Dijon , de l'Inftitue de
Sciences de Bologne , de la Sociét
Royale des Sciences de Londres , de Sto
kolm , Affocié Correfpondant de l'Aca
démie Royale de Chirurgie de Paris , Chi
rurgien ordinaire du Roi par quartier
& Oculifte de Sa Majesté.
A M. Hoin , Maitre ès Arts & en Chi
rurgie , Penfionnaire de l'Académie de
Sciences de Dijon dans la claffe de li
Médecine , & Chirurgien en chef di
grand Hôpital à Dijon.
MONSI ONSIEUR ,
J'ai lû avec plaifir votre Lettre du
JANVIER
. 1760 .
173
Mars paffé , inferée dans le Mercure de
France du mois d'Août dernier , pag. 178 ;.
& les remarques curieufes que vous avez
faites fur diverfes eſpèces de cataractes ,
principalement
fur la cataracte radice :
quoique cette maladie du criftalin ne foit
pas nouvelle , il n'eft pas moins vrai ce ·
pendant que c'eft de toutes les cataractes
celle qui a toujours été regardée commet
une des plus difficiles à opérer & à guérir ,
après les adhérentes. C'eft cette eſpèce de
cataracte que les plus habiles Oculiftes
n'ofoient entreprendre
, à caufe de fon
immaturité & de fon peu de folidité. Vous
ne vous trompez pas , Monfieur , en difant
que j'ai vraisemblablement
rencontré plufieurs
fois cette eſpèce de cataracte , nou
feulement depuis que je fais l'extraction ,
mais même encore longtems avant ; il eſt
vrai auffi que j'en ai trouvé l'abaiffement
très-difficile , tant par la molleffe du criftallin
, que par la difficulté de pouvoir
rompre & déchirer la membrane qui l'enveloppe,
laquelle est toujours extrêmement
dure & coriace : c'eft du tiraillement
qui
fe fait ſur cette membrane que réſultent
preſque toutes les inflammations
qui ont
coutume d'accompagner
l'opération de ces
fortes de cataractes par abaiffement. J'ai
eu occafion d'en opérer plufieurs de cette
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
efpéce depuis que je pratique l'extrac
tion , comme vous pouvez le voir dans
une Lettre de mon fils du 6 Décembr
1756 , inférée dans le Journal des Sçavan
du mois de Février même année, page 1 1.
12 & 31 , vous y verrez l'hiftoire de deus
cataractes opérées avec fuccès & femblables
à celles que vous avez citées dans
votre Lettre.
Feu M. de Saint-Yves a connu cett
efpèce de cataracte, puifqu'il en parle dan
fon nouveau Traité des Maladies des Yeu
page 196 , Article IV. de la cataracte cau
fée par l'altération de la membrane d
chaton. » On apperçoit , ( dit M. de Saint
Yves ) » dans le fond de l'oeil par le tro
ر د
de la prunelle une blancheur qui paroî
» plate & mince , comme fi c'étoit k
membrane qui recouvre le fond du cha
» ton de l'humeur vitrée , qui eft altérée
» elle prend fouvent la forme d'une étoile
» laiffant des efpaces où il n'y a poin
d'opacité, & d'autres où il y en a.
Voilà précisément , Monfieur , la véri
table figure de votre cataracte radiée.
M. de Saint -Yves prétend que cette efpè
ce d'opacité qui paroît à la partie poftérieure
du cristallin eft la membrane qui
recouvre le fond du chaton de l'humeur
vitrée , & que c'eft elle qui forme cette
JANVIER. 1760. 175
cataracte ; mais l'expérience m'a prouvé
le contraire dans plufieurs occafions , puifqu'aprés
l'extraction du cristallin , j'ai reconnu
que les espèces de fibres rayonnées
( que j'avois apperçues au travers de la
prunelle avant l'opération ) étoient abſo
lument attachées à la partie poftérieure:
du cristallin même , lequel étant une fois
forti , le chaton étoit clair & tranfparent,
ce que l'on n'auroit pas remarqué fi la
membrane dudit chaton ( qui n'eſt qu'une
continuation de celle de la vitrée ) eût
été trouvée opaque après l'opération.
On ne doit pas être furpris fi les plus
habiles Oculiftes ne vouloient pas entreprendre
l'opération de cette eſpèce de cătaracté
, puifquelle étoit fi douteufe ; fon
peu de confiſtance & la dureté de la mentbrane
qui enveloppoit le criftallin en étoit
Funique caufe : j'ai cependant abaiffé plufieurs
de ces cataractes avec bien du fuccès
quoiqu'elles fuffent fort molles , & j'en
ai abaiffé & extrait de fi folides qu'elles
reffembloient à de la corne polie , & don't
le bifeau du cristallin étoit auffi tranchant
qu'un verre telles étoient les deux cataractes
que j'ai opérées a Strafbourg , dont
mon fils a parlé dans la Lettre du Journal
déja citée. J'ai toujours regardé ces
fortes de cataractes comme des cataractes
Hiv
76 MERCURE DE FRANCE.
barrées ; mais les unes ni les autres n'affectent
pas toujours un ordre régulier dans
leur formation , comme il eft fort ailé
de le voir, Celles- ci font molles dès leur
commencement ; celles- là font en partie
molles , & en partie dures , quelquefois
même pierreufes & offeufes comme je l'ai
prouvé il y a déja longtemps. Voyez ma
réponse à M. Rouffilles inférée dans le
Mercure de Juillet 1749 , page 206 du
Livre , & 18 page de la Lettre , fur une
obfervation envoyée à l'Académie Royale
des Sciences , adreffée à M. Morand , dont
voici la réponſe.
"
30
J'ai préfenté à l'Académie Royale
des Sciences celle de vos obfervations
qui roule fur la pétrification du crif-
» tallin & l'offification des membranes ;
cette obfervation a été très- bien reçue ,
» elle fera inférée dans l'Hiftoire de cette
» année.
Paris , ce 2 Avril 1742. Signé Morand.
Il eft d'autres cataractes fi molles qu'el
les reffemblent à des hydatides , ( & qui
ne font à proprement parler que la fonte
du cristallin dans fa capfule ) dont j'ai
déjà donné auffi des exemples . Voyez la
même. Lettre de mon fils , p. 9. 10. & 11.
Lorfque j'ai reconnu une cataracte de
cette espèce , ayant ouvert la cornée , je
JANVIER 1760 . 177
faifis cette cataracte avec des petites pincettes
, & je la tire dehors , ce que j'ai
fait plufieurs fois ; j'en ai même préfenté
une de cette nature à l'Académie Royale
de Chirurgie le Jeudi premier Décembre
1757 , laquelle cataracte j'avois tirée de
l'oeil gauche d'Antoine Coulon , de Preau
en Gâtinois , le 25 Octobre précédent.
L'humeur vitrée ne fut point entamée , ce
qui prouve manifeftement que le criſtallin
a un fac particulier qui lui eft propre.
M. Platner parle de cette efpèce de cataracte
dans fes Inftitutions de Chirurgie ,
page 88i , de cataractá vel de fuffufione.
Il arrive quelquefois auffi que la cata .
racte le forme tout d'un coup , & comme
par une espèce de fluxion ; je pense que
cette formation fubite procéde d'un fluide
porté dans le cristallin avec trop de rapidité
, où il s'engage & forme cette opacité
prompte , ce que j'ai vu arriver plu
fieurs fois en 1749 à Paris , & furtout à une
malade qui m'avoit confulté un mois aupa
ravant pour un fimple larmoyement périodique
qu'elle avoit aux deux yeux , à la fuite
duquel cette malade perdit la vue en 48
heures , & dans ce court efpace de temps
les deux cristallins ( qui deux jours auparavant
étoient extrêmement diaphanes )
devinrent fi opaques & fi folides , qu'on
1
H v
178 MERCURE DE FRANCE.
>
auroit pu en faire l'extraction dès le lendemain
, mais que je ne fis cependant que
deux mois après , parce que la malade s'étoit
imaginée que fes cataractes n'étoient
pas mûres , ( préjugé qui féduit encore la
plupart des malades & bien des Oculiftes
même ceux qui admettent l'extraction ; )
mais comme j'abaiffois encore le plus fouvent
la cataracte par une méthode à la
vérité qui m'étoit particulière , & que je
ne faifois encore l'extraction que de loin
à loin , ma malade ne retira pas tout le
fruit qu'elle attendoit de mon opération
que je fis avec mon aiguille fans pointe ni
tranchant .
Un cristallin devient opaque dans le
moment lorsqu'il a été ébranlé par quelque
coup porté fur un oeil , ou que cette organe
a été piqué par quelqu'inftrument
pointu , ou tranchant, comme une aiguille,
des cifeaux &c . Vous avez vû un exemple
de cette efpéce à Dijon au mois de Juin
1754 dans l'opération que j'ai faite en
votre préſence fur l'oeil de Mlle Marillier :
vous fçavez que la malade s'étoit bleſſée
quelque mois avant l'opération avec la
pointe de fes cifeaux , & vous avez vû
l'entier fuccès de l'opération ; en voici
trois autres de la même nature qui prouvent
la poffibilité & la néceſſité de l'opéJANVIER.
1760. 179
ration immédiatement après le coup reçu.
Jean Humbert , Compagnon Coutelier
chez le fieur Gallois , fut bleffé à l'oeil
droit , le 12 Octobre 1758 , par un fer rouge
qui fauta dans cet oeil en travaillant ;
la violence du coup fut grande , la cornée
en fut cautérisée , & le malade perdit dans
l'inttant la vue de cet oeil , dont la conjonctive
& les paupieres fe bourfouflerent dansle
moment : ce malade vint me voir le 14
fuivant , l'oeil me parut fort trouble , & dans
un tel état , que j'en fis le plus mauvais
prognoftic ; un ftaphilome de la groffeur
d'une lentille s'étoit élevé vers le milieu
de la cornée , de la hauteur d'une ligne ,
ce qui avoit été occafionné par la brulure
du fer rouge : la difficulté que le malade
avoit de tenir fes paupieres ouvertes & le
relâchement de la cornée me donnerent
bien de la peine pour ouvrir la chambre
antérieure, j'en vins cependant à bout avec
un peu de patience ( qui eft très- néceffaire
en pareil cas ; ) & comme la première
lame de la membrane du cristallin avoit
été déchirée par le coup , je ne fus pas
obligé de l'ouvrir , mais je portai feule--
ment ma petite curette d'or dans la pru
nelle , au moyen de laquelle curette je
tirai tout le corps du criftallin , qui étoit
glaireux & femblable à de l'empois blan
*
Ḥ vj
So MERCURE DE FRANCE.
châtre ; je nettoyai enſuite exactement
toute la prunelle , après quoi je rabaiſſai
la calotte de la cornée , & je panſai enfuite
mon malade à l'ordinaire , qui n'eut
pas la moindre douleur , ni le plus petit
accident , & fut radicalement guéri le
quinzième jour après l'opération ; & le
premier jour de Juillet dernier ce malade
lut en ma préfence plufieurs lignes d'un
Livre avec une lunette à cataracte du n°.
4: l'oeil en a été quitte pour une légere
tache fuperficielle qui n'empeche pas le
malade de voir les objets , & même de
lire & d'écrire.
Louis Seguier, vigneron du village d'Ecouan
près Paris , reçut le 13 Juin paffé
un coup du fep d'une vigne fur l'oeil gauche,
ce qui le renverfa par terre étourdi , &
lui fit perdre la vue fur le champ de cet
oeil , dont la prunelle vint opaque dans le
moment; ce coup fut fuivi peu après d'une
grande douleur dans toute la circonférence
de l'orbite , & répondoit au derriere
de la tête je fis l'extraction du criftallin
quatre jours après le coup reçu ; & malgré
la grande inflammation qu'il y avoit alors
à cet ceil , il fut guéri le dixième jour
après . Le malade vint me voir le 14
Février fuivant & lut auffi quelques lignes
d'un Livre avec la même lunette à cataJANVIER,
1760 .
18
racte du N.° 4 : la cicatrice de la cornée
étoit unie la conjonctive blanche ,.
& l'oeil prefque dans l'état naturel.
Barbe Stadelli,femme de Claude Benoît, -
Gagne- petit , âgée de 47 ans , demeurant
an gros Caillou , s'enfonca par accident, le
22 Juin dernier , la pointe de fes cifeaux :
dans l'oeil gauche ; la cornée & l'iris en
furent ouverts du côté du grand angle ,.
& toute la partie antérieure du cristallin
fendue , & par conféquent la lame antérieure
de la capfule : l'oeil s'affaiffa fur le
champ par l'effufion entière de l'humeur
aqueufe , & la prunelle devint entièrement
opaque ; les paupières & la conjonctive
fe gonflèrent confidérablement ; la chambre
antérieure fut remplie de fang , & la
malade ceffa de voir l'inftant d'après le
coup reçu.
Le Dimanche 24 , cette malade vint
me trouver , & lui ayant propofé de tirer
le corps opaque qui paroiffoit dans la prunelle
, elle y confentit , & tout de fuite je
fis l'opération , quoique la conjonctive &
les paupières fuffent fort gonflées ; &
malgré la violente douleur de tête que la
malade reffentoit depuis le moment du
coup , à peine la chambre antérieure fut
ouverte , que le cristallin ( qui étoit for182
MERCURE DE FRANCE.
tement engagé dans le milieu de la pru
nelle ) s'élança avec autant de vîteſſe qu'une
bale qui fort d'un piftolet chargé , &
tomba fur la ferviette. Ce fut alors que
la malade s'écria qu'elle voyoit , & qu'elle
ne reffentoit plus de mal. Cette malade
diftingua fur le champ un chapeau bordé
& un chandelier d'argent , & elle reconnut
fon mari , paffa la nuit fans aucune
douleur ni le moindre accident , & fut
radicalement guérie le & Juillet fuivant ,
qui étoit le quinzième jour de fon opération.
Ladite malade peut voir aujourd'hui
tous les objets parfaitement .
ཟ
Les cas que je viens de citer ne font pas
nouveaux ; je compte qu'il n'eft gueres
d'Oculiftes qui ne les ayentremarqués pour
le peu qu'ils ayent pratiqué les maladies des
yeux , mais je fuis perfuadé que fort peu.
en ont voulu entreprendre la curation ;
j'avoue à la vérité que ces fortes d'opérations
font très difficiles furtout avec l'aiguille
ordinaire ; j'ofe dire cependant que
j'en ai fait plufieurs lorfque je ne me
fervois encore que de mon aiguille fans
pointe ni tranchant , ce qui avoit fi fort
étonné M. Rouffilles , Chirurgien - Oculifte
de Chartres en Beauce , qu'il regarda dèslors
cette opération comme un miracle.
Ce font les propres termes de fa Lettre du
JANVIER. 1760.. 153
mois de Février 1749 , inférée dans le
Journal de Verdun , p. 101 , & ma réponſe
à cette Lettre du mois de Juillet même
année, dans le Mercure de France, p . 206.
M. Rouffilles n'eft pas le feul qui n'air ^ ~
pas ofé entreprendre cette opération : M..
Briffeau, Médecin de Tournai , dit qu'il ne
faut jamais la faire. Voyez fon Traité de
la cataracte , page 173 & 174. Plufieurs
Oculiftes font auffi de cet avis, mal à pro
pos cependant , car fi ces fortes de cataractes
ne réuffiffent pas , c'eft parce qu'on
les entreprend trop tard , & qu'on les laif
fe contracter une adhérence . à l'iris , & à
la partie poftérieure de la prunelle , ce qui
fert à multiplier les difficultés & fait d'une
maladie très fimple , une très compofée.
Je me fuis référvé de faire un chapitre
particulier de cette efpéce de cataracte
dans le Traité complet des maladies des
yeux , que je me fuis propofé déja depuis
longtems dé donner au public , & auquel
je travaillé fans relâche .
Je n'entrerai dans aucun détail fur la
façon dont le forment les cataractes , cela
nous méneroit trop loin , & pafferoit les
bornes d'une Lettre ; revenons feulement
au corps vitré ( de l'oeil du cadavre ) que
vous avez anatomifé : Vous dites que ce
corps avoit toute fa tranfparence , qu'il
3
184 MERCURE DE FRANCE.
.
étoit convexe en devant comme en ar
rière , & qu'on ni remarquoit plus de
chaton au milieu.
2
L'humeur vitrée ne devient jamais opaque
après l'opération de la cataracte , à
moins que les membranes qui l'enveloppent
n'aient fouffert inflammation , ou
que ces mêmes membranes ( ou la rétine
furtout ) ne foient décolées les unes dess
autres , comme je l'ai obfervé affez fouvent
dans l'opération de la cataracte par
abaiffement ; mais je n'ai jamais trouvé
l'humeur vitrée convexe antérieurement
comme les Anciens l'avoient préſumé ;
car la chofe n'eft pas poffible , comme je
vais le prouver dans le moment.
Vous n'ignorez pas, Monfieur , que tout
le corps vitré eft enveloppé par une membrane
, & que par conféquent il eft moralement
impoffible qu'il puiffe fe déranger
à moins que cette même membrane ne
vint à être déchirée à l'endroit du chaton,
par l'aiguille ou par quelque effott , foit
dans l'abaiffement ou dans l'extraction du
cristallin ; pour lors les cellules qui contiennent
l'humeur vitrée étant rompues ,
cette humeur s'épanche dans la chambre
postérieure & antérieure de l'oeil , & fe
mêle avec l'humeur acqueufe ; mais lorfque
la cicatrice de ces mêmes cellules fe
JANVIER. 1760. 185
forme , on s'apperçoit bientôt que le chaton
s'applatit , ( remarque facile à faire }
puifque la plupart des yeux qui ont ſouffert
l'abaiffement ou l'extraction de la
cataracte ont prefque tous la prunelle retirée
en arrière , ce qui n'arriveroit pas fi
l'humeur vitrée faifoit boffe , car alors la
prunelle feroit pouffée en avant , la chambre
antérieure feroit plus étroite , & less
malades opérés de la cataracte verroient
beaucoup plus loin qu'ils ne voyent après
cette opération , & pourroient lire avec
des lunettes à cataractes moins fortes
qu'à l'ordinaire , au lieu qu'après l'opération
de la cataracte par abaiffement out
par extraction , la chambre antérieure fe
trouve plus large qu'avant l'opération ;
mais le chaton devient enfuite fi plat , &
s'efface fi parfaitement , qu'il n'en reſte
qu'une espèce de veftige prefque imperceptible
en forme d'anneau circulaire , comme
vous l'avez très- bien obfervé ; c'eft cet
anneau qui marque à- peu- près la rondeur
qu'occupoit le cristallin dans le chaton de
l'humeur vitrée avant l'opération , ce que
j'ai encore obfervé fur l'oeil d'un mouton :
auquel j'avois fait l'opération de la cataracte
par extraction , & que j'ai montré
à S. A. S. Monfeigneur l'Electeur Palatin
& à toute la Cour de ce Prince lorfque
186 MERCURE DE FRANCE.
j'étois à Manheim pour Madame la Primceffe
Palatine des Deux- Ponts , au mois
de Novembre de l'année 1750.
Pour ce qui concerne la régénération de
l'humeur vitrée , il n'y a aucun lieu d'en
douter , par la quantité d'expériences que
j'ai à ce fujet ; j'en pourrois citer au moins
vingt , s'il étoit néceffaire : mais comme
vous en avez une affez belle preuve dans
l'opération que vous m'avez vû faire à Dijon
fur l'oeil de Mile Joly , en 1756 , au
mois d'Août , le Jeudi 13 ; ce que vousavez
cité dans votre Lettre du Mercure
d'Août , page 184 , c'eft auffi pourquoi
lorfqu'un pareil accident viendroit à m'ar
river , je n'en augurerois pas moins bien
de l'opération dans ce cas feulement.
J'en ai une autre preuve toute récente
dans l'opération que j'ai faite à M. le
Comte de Banans , Chevalier d'honneur
de la Chambre des Comptes du Parlement
de Besançon que vous avez vû le 19 Juillet
dernier lorfqu'il paffa par Dijon pour aller
à Salins en Franche-Comté,lieu de fa réfi
dence.
M. le Comte de Banans étoit atteint
de deux cataractes depuis environ fix ans ;
ees cataractes me parurent molles lorfque
je les examinois j'en fis l'extraction le
mardi premier jour de Mai dernier ; la
cataracte droite me parut adhérente ; la
JANVIER. 1760. 137
gauche un peu moins , & les deux prunelles
avoient très peu de mouvement ,
on remarquoit une espece de flottement
dans la chambre antérieure de l'oeil droit ;
ce flottement m'annonça une foibleffe dans
cet oeil mais comme le malade voyoit
encore fort bien l'ombre des objets & les
couleurs frappantes des deux yeux , c'eſt
ce qui me détermina de faire l'extraction
de ces deux cataractes , après avoir préparé
le malade à l'ordinaire. Voici ce qui arriva:
pendant l'opération .
Lorfque j'eus ouvert la chambre antérieure
de l'oeil droit ( par lequel je commer
çai ) il s'écoula fubitement une fi grande
quantité d'une humeur limpide , que tout
l'oeil en fut noyé & flétri : j'étois cependant
bien fûr de n'avoir rien déchiré , je levai
fur le champ la calotte de la cornée afin
d'incifer la lame antérieure de la capfule
cristalline , mais ce fut avec beaucoup de
peine , attendu que tout l'intérieur de l'oeil
étoit abfolument relâché par l'effufion de
cette humeur qui avoit forti au commencement
de l'opération que je jugeai être
une partie de l'humeur vitrée ; la preffion
du globe fut inutile pour faire fortir le
cristallin ; je fus obligé de porter ma curette
d'or dans la prunelle pour tirer ce corps ;:
cette opération fe paffa cependant fans la
188 MERCURE DE FRANCE.
moindre douleur : j'opérai enfuite l'oeil
gauche , où il arriva la même chose qu'au
droit ; mais cet accident furvenu aux deux
yeux n'empêcha pas le malade de voir tous
les objets que je lui préſentai. Je remarquai
que les deux criſtallins étoient molaffes
à leurs furfaces antérieures , mais fort
folides intérieurement.
L'opération dont je viens de parler ne
fut fuivie d'aucune douleur ni accident ;
il est vrai que les yeux furent larmoyans
pendant quelques jours . Du refte tout alla
fi parfaitement bien , que le malade partit
le 15 Juin dernier en très- bon état : il eſt
vrai auffi que M. le Comte de Barans s'eft
toujours comporté avec une prudence infinie
pendant fa maladie . Vous avez vu fes
yeux , Monfieur , le 25 du même mois de
Juin , comme ce malade me l'a marqué ;;
vous en avez paru content , de même que
de la régularité des cicatrices des cornées
tranfparentes ; c'eft pourtant toujours avec
mes cifeaux que je continue d'opérer .
Vous connoiffiez déjà la bonté & la perfection
de ces inftrumens avant cette époque
, c'est pourquoi il eft inutile que je la
répéte.
Vous avez jugé fainement, Monfieur , fur
les yeux de M. le Comte de Banans . Les
cataractes étoient réellement adhérentes ,
JANVIER. 1760. 189.
cependant l'opération n'a été fuivie d'au
cun mauvais fuccès , le malade m'a écrit
de Salins le 22 Juillet paffé , qu'il eft au
mieux pour fa fanté , & qu'il voit parfaitement
.
:
Revenons préfentement à l'anneau irrégulier
que vous avez obfervé dans l'oeil
droit & dont vous parlez dans votre Let- ,
tre ce ne devoit être autre chofe que la
lame antérieure de la capfule cristalline ,
qui avoit été déchirée en opérant , Ces
fragmens de membranes s'étoient froncés
& racornis fans doute en fe retirant , car
il n'eft guère poffible de précipiter entierement
tout le corps entier du cristallin ( fi
exactement renfermé dans fes lames ) qu'une
partie de ce corps , ne reste prefque
toujours colée aux parois internes de la
membrane qui l'enveloppe , comme je l'ai
déja prouvé il y a longtems : voyez ma
Lettre à M. Rouffilles dans le Mcrcnre
de Juillet 1749 , page 206 , & de la Lete
tre page 11. Ainfi toutes les figures que
vous avez obfervées fur l'oeil droit dont
vous parlez dans votre Lettre , ne m'ont
paru avoir rien de particulier que ce qui a
coutume d'arriver lors de la formation des
cicatrices dans les corps membraneufes ,
& furtout après l'opération de la cataracte
par abaiffement : la même chofe arrive
190 MERCURE DE FRANCE.
auffi après l'extraction , à moins que dans
les deux méthodes d'opérer , le criſtallin ne
foit fi folide tant antérieurement que poftérieurement
, qu'il ne puiffe laiffer aucune
portion glaireufe , ou baveufe dans le fac
criftalloïde ; ou que ce même fac ne ſoit
abfolument emporté de la chambre poftérieure
de l'oeil ; ce qui eft tout à fait impoffible
avec l'aiguille ronde ou tranchante
, de forte que dans ce cas les portions
des membranes déchirées s'infiltrent
prefque toujours , & par la fuite fe rendent
auffi prefque toujours adhérentes à la
partie poftérieure de la prunelle & de l'iris
; mais il eft fort difficile de s'appercevoir
de la manoeuvre d'un opérateur hardi
qui a la main agile ; & c'eft ce brillant
coup de main qui faſcine prefque toujours
les yeux des Maîtres de l'art même les plus
éclairés. Mais fi ce coup de main n'eſt
point porté à propos , comme vous le
dites fort bien , il éblouit , il furprend ,
& ne guérit pas . Ce n'eft pas affez d'avoir
fait en peu de minutes une belle opération
, il faut encore en prévoir les fuites ,
qui deviennent fi fouvent fàcheufes , furtout
dans l'opération de la cataracte , lorfqu'on
la fait fans réflexion . Les accidens
qui fuivent cette opération font en grand
nombre , lorfqu'elle eft faite par quelqu'un
qui ne réfléchit pas , comme le larmoye
JANVIER. 1760 . 191
ment , le ftaphilome , le renversement des
paupières fur la cornée , un rétréciffement de
la prunelle , un épanchement total d'humeur
vitrée , une portion de membrane reftée
dans l'une des chambres , & cette portion
de membrane infiltrée , quelques parties
du cristallin qu'on aura laiflées dans la prunelle
ou dans la chambre antérieure . Une
compreffion trop forte ou trop foible , ou
une expofition trop fubite au grand air ,
& une infinité d'autres accidens qui peuvent
arriver , empêchent le plus fouvent le
fuccès des opérations les mieux faites , ce
qui devroit faire ouvrir les усих à ceux
qui pratiquent l'extraction , ou qui veulent
la pratiquer . Cette opération est toute
fimple lorfqu'elle fera faite par un Chirurgien
habile ; mais qui fera toujours dangereufe
entre les mains d'un étourdi , d'un
ignorant & d'un empirique. La dextérité
feule ne fuffit pas à beaucoup près , comme
vous l'avez vu dans l'Oculifte dont vous
parlez : apparemment que fon opération
fut mal faite , ou que fon malade fut mal
conduit ; car on ne peut nier fans partialité
que l'abaiffement de la cataracte ( que
pratiquoit cet Oculifte ) n'ait fouvent
réuffi , furtout lorfque le criftallin étoit
affez folide pour foutenir l'aiguille. Il eft
bien vrai que cette méthode d'opérer la
192 MERCURE DE FRANCE.
cataracte n'eft pas comparable à l'extraction
, comme je l'ai affez prouvé dans mon
Mémoire , & vous êtes très - fondé à dire
que l'extraction de la cataracte fera toujours
préférable à l'abaiffement : il n'eft
pas douteux même que dans la fuite tous
les gens fenfés penferont de même. Le
grand nombre d'opérations que j'ai fait
par cette méthode depuis trois ans que je
ne vous ai vu , m'autorife de plus en
plus à le croire , & depuis environ fix mois
j'ai fait l'extraction de 80 cataractes avec
un fuccès fi parfait , qu'il n'y en a qu'une
feule qui n'ait pas réuffi , & encore ç'a été
par la faute du malade , qui a voulu s'expofer
trop vîte au grand air.
Cette nombreuſe quantité d'opérations
faites avec autant de fuccès , doit encourager
les malades à fe livrer avec confiance
à ma nouvelle méthode , & engager les
jeunes Chirurgiens à la fuivre , mais à ne
fe pas écarter des régles que j'ai prefcrites
s'ils veulent réuffir ; il eft vrai que le defir
de paffer pour Auteur , une facilité apparente
d'opérer avec un feul iuftrument ,
flatte un peu l'amour - propre,mais ce defir
a déjà couté bien des yeux.
Quels progrès rapides l'extraction de la
cataracte n'auroit - elle pas dé à fait , fi
ceux qui l'ont voulu pratiquer à mon exemple,
JANVIER. 1760. 193
ple , en euffent ufé avec autant de franchile
, de prudence & de probité que vous
l'avez fait , & que chacun eût voulu m'aider
comme vous par fes confeils à perfectionner
ma nouvelle méthode , fans
chercher à la détruire par mille mauvais.
raifonnemens , par des mauvaiſes & fades
critiques déplacées , & par l'invention de
plufieurs inftrumens dangereux . Il paroît
qu'on en a reconnu le mauvais uſage un
peu trop tard ; il eft vrai auffi que le jugement
impartial qui a été rendu par l'Académie
Royale de Chirurgie le 9 Décem→
bre 1756 , fur le rapport du célèbre M.
Louis, Secrétaire des Extraits , & Chirurgien
- Major , Adjoint de la Charité , a
renverfé & renverfe encore jufqu'à préfent
toutes ces prétendues perfections , & m'a
rendu la juſtice qui m'étoit due . On vouloit
détruire mes cifeaux : un Oculifte avoit
préfenté un Mémoire à l'Académie , qui
me fut communiqué , & auquel je fis une
réponſe , d'où il réfulte en précis le rapport
fuivant, qui fut unanimement reçu par
cette illuftre Affemblée , & inféré dans
les regiftres.
» Si la perfection de l'incifion dela cornée
( dit M. Louis ) confifte à la couper
» bien exactement dans le cercle qu'elle
décrit auprès de la conjonctive , & dans
11. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
و د
ود
» une affez grande étendue de fa circon
» férence , pour que le cristallin puiffe
» fortir fans réfiftance ; il fera difficile de
» prouver que cette opération puiffe fe
» mieux faire qu'avec les cifeaux qui font
appropriés à cette découpure ( fi j'oſe me
fervir de ce terme ) Nous avons vû des
perfonnes opérées par cette méthode , &
» il falloit en être averti , car l'inſpection
» de l'oeil ne l'auroit pas fait connoître : on
» ne voyoit aucun veftige de ces angles
» formés ( dit-on ) par les différens coups
» de cifeaux qui ont laiffé dès fiftules par
» où l'humeur acqueufe s'écouloit les
» cifeaux ( continue M. Louis ) n'ont pas
» l'inconvénient de couper l'iris qui le pré-
» fente quelquefois dans le bord de l'in-
» cifion , une friction légère fur les paupières
fermées fait rentrer cette mem-
» brane qu'on ne craint point de bleffer
» par l'introduction d'une branche de ci-
» feaux émouffés . On peut donner un peu
» de repos au malade entre les différens
» mouvemens qu'exige cette opération
s'il en eft befoin , on n'a point cet
avantage avec l'inftrument tranchant :
» une fois introduit dans l'oeil , il faut
» finir l'opération bien ou mal..
و
ور
Tout ce qui a été dit fur l'opération
» de M. Daviel n'a pas démontré qu'il
JANVIER. 1760 . 195.
"
fit mal ; on a cherché a faire , non pas
» mieux , car fon opération eft parfaite :
» on ne peut le dire fans s'expofer au défagrément
d'être contredit avec raiſon :
» on a cherché a faire auffi bien que lui ,
" avec plus de facilité , ces tentatives font
louables ; mais elles n'ont pas encore.
» eu l'effet qu'on en efpéroit. Il y a plus ,
» c'eſt qu'il ne paroit pas qu'on puiſſe ſe le.
"promettre. J'ai examiné toutes les mé-
» thodes fans prévention , je les ai répétées
» en particulier: j'ai confidéré les difficultés
» que pourroient apporter à chaque méthode
des yeux petits , enfoncés & c.
» L'opération , telle que la pratique M.-
Daviel, m'a paru adopter le procédé qui
» mérite la préférence fur tout ce qui a
» été imaginé & propofé. A Paris , le 9
» Octobre 1756. Signé Louis. Bon
» pour Copie , MORAND .
20
Ce rapport fut fi univerfellement reçu
de l'Académie qu'il n'y eut pas une feule
voix contre , de forte que je fuis très- fondé
à dire aujourd'hui que ma nouvelle méthode
l'emporte fur toutes les autres méthodes
pour opérer la cataracte ; car fi
la plus célèbre Compagnie de l'Univers
pour tout ce qui concerne la Chirurgie a
prononcé pour moi, dois - je craindre qu'un
pareil jugement foit révoqué en doute ?
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Ce jugement eft confirmé tous les jours
par mes fuccès réitérés , & par les opérations
que plufieurs autres Chirurgiens ont
pratiquées à mon exemple , & avec mes
mêmes inftrumens , tant dans le Royaume
que dans le Pays étranger.
Ma méthode eft fimple à tous égards ;
l'oeil doit être libre quand on l'opère,
furtout fi on veut travailler artiſtement :
ainfi les pincettes , les errhines , les fpecu
lum oculi , & les canifs étroits ou larges
font des inftrumens dangereux , capables
d'exciter des convulfions dans l'ail , de
déchirer l'iris , & d'expulfer entierement
l'humeur vitrée en opérant.
Je me fçaurai bon gré d'avoir applani
la véritable route qu'on doit tenir pour
la guérifon de la cataracte ; & ma fatisfaction
fera parfaite , fi le Public y trouve fon
avantage comme je m'en flatte , & que
ma Lettre ne vous ait point ennuyé.
J'ai l'honneur d'être , & c .
DAVIEL.
A Paris , le 15 Décembre 1759.
JANVIER. 1760% 197
ARTICLE V.
SPECTACLES.
OPERA.
LAfituation accablante où j'ai été depuis quel
que temps ne m'a pas permis de fréquenter les
Spectacles , & je n'en puis parler que d'après la
voix publique.
Le
30 Décembre
, Mlle
de S. Hilaire
débuta
par
le rôle
d'Oriane
dans
l'Opéra
d'Amadis
; elle
l'a joué
quatre
fois
, & les applaudiffemens
qu'elle
a reçus
ont
été
confirmés
par
l'empreffement
du
Publie
à l'aller
entendre
. Dans
les premières
repréfentations
, la crainte
avoit
extrêmement
affuibli
fa voix
; dans
les dernières
elle
en a donné
davantage
; mais
dans
aucune
elle
n'en
a développé
tout
le volume
: c'eft
le témoignage
unaninie
de ceux
qui
l'ont
entendue
hors
du Théâtre
Du
refte
cette
voix
naturellement
fort
timbrée
, & dont
la crainte
diminuoit
le corps
, a
dû
paroître
trop
mordante
aux
oreilles
délicates
qui
ont
pris
cela
pour
de l'aigreur
; ce qui
fans.
doute
ne fût point
arrivé
fi on l'eût
entendue
dans
fa plénitude
. Cependant
on l'a trouvée
jufte
, fléxible
& touchante
. On
affure
même
qu'elle
joint
à
ces
qualités
une
exécution
facile
& brillante
dans
les
morceaux
de légéreté
. A l'égard
de l'action
,
Mlle
de S. Hilaire
a paffé
de beaucoup
ce qu'on
peut
attendre
d'une
Débutante
. Sa taille
eft pleine
d'élégance
& de nobleffe
; fes geftes
& les pofitions
ont
autant
de grace
que
de vérité
: il n'a
man-
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
qué à fon jeu que ce dernier degré de chaleur
que l'affurance peut feule donner ; & la crainte
qui l'a empêchée de développer tout le volume
de la voix , a été de même la caufe qu'elle ne
s'eft pas affez livrée à l'illufion théâtrale. Mais
en général c'eſt un de ces débuts dont on ne voit
guère d exemples , & qui méritent qu'on s'attache
a perfectionner les talents qu'ils annoncent.
Le 8 Janvier on a repris l'Opéra de Pirame &
Thisbé , dans lequel Mlle Arnoud a joué mieux
que jamais ce dernier rôle.
M. Lany a compofé fur la chacone du fecond
Acte un nouveau Ballet qu'on dit être un des plus
beaux qu'on ait vus fur le Théâtre .
Le Jeudi 18 , on a repris le Ballet du Carnaval
du Parnaffe , & l'on continue de le donner
les mardis & jeudis.
On le prépare à mettre au Théâtre un Opéra
de M. Rameau dans le genre comique. Le Public
l'attend avec l'impatience que doit naturellement
exciter le nom de fon Auteur .
COMEDIE FRANÇOISE.
LE
E 7 Janvier , on a donné pour la première
fois la Tragédie de Zulica , de M. Dorat , connu
par des Pièces de Poëfie qui annonçoient déjà
beaucoup de talens. Cette Pièce n'ayant pas eu
un plein fuccès à la première repréſentation , l'Au
teur , dans l'espace de huit jours , y a fait des corrections
très-confidérables : cet effort de talent &
d'émulation a furpris & intéreffé le Public. La
Pièce a été accueillie avec de grands applaudi
femens ; & l'Auteur a été demandé . Le zr de ce
mois on l'a donnée pour la cinquième fois . En
JANVIER. 1760 . 199
général on la trouve noblement & élégamment
écrite , mais on prétend qu'il n'y a pas affez de
pathétique & d'intérêt. On en donnera vraifemblablement
une idée dans le Mercure fuivant..
COMEDIE ITALIENNE.
O
>
Na donné felon l'ufage de ce Théâtrẻ ,
une ancienne Parodie de l'Opéra d'Amadis , ornée
de divertiffemens , & fuivie de Vénus & Adonis ,
Ballet Pantomime. Le mercredi 16 du mois
on a remis au Théâtre les Talens à la mode
Comédie de feu M. de Boiffy , en trois actes &
<en vers.-M. le Jeune , nouvel Acteur , y a débuté
dans le rôle de l'Amant ; & l'effai qu'il a fait de
fes talents pour le jeu , pour le chant & pour la
danfe , a été agréé du Public ; mais il paroît qu'on
veut le voir dans quelque rôle où la partie effentielle
du Comédien ait plus dequoi le développer.
PROTESTATION de M. MARMONTEL:
V oici le dernier volume du Mercure que je
donne au Public . Mon malheur fera pour tes
perfonnes éloignées & vaguement inftruites une
fource intariffable de conjectures défavantageufes
pour moi. Je n'ai pas même la confolation
de pouvoir prévenir, par le détail de cette cruelle
avanture , le tort qu'elle va me faire dans les efprits.
Mais ce que je dois à mon honneur & à la
vérité , m'oblige de déclarer hautement que les
yers puniffables qu'on a répandus dans le Public ,
?
I iv
oo MERCURE DE FRANCE.
& qui m'ont été attribués ne font point de moi
ne viennent point de moi ; que je les ai jamais
écrits , jamais dictés , jamais récités , jamais fçus ,
& que perfonne au monde ne peut dire les temir
de ma main , ni les avoir entendus de ma bouche.
Je n'ai rien fait de ſemblable en ma vie ; &
je fuis bien fûr qu'il eft impoffible de prouver par
aucun exemple qu'un Écrit de cette eſpèce foit
dans le caractère de mon coeur ou de mon eſprit.
ARTICLE VI.
NOUVELLES POLITIQUES
LA
De COPPENHAGUE , le 16 Décembre.
A Princeffe Louife , feconde Fille du Roi
qui vient d'avoir la petite vérole , eft actuellament
hors de danger . Cette maladie a fait ici de
grands ravages pendant quatre mois . Il y mearoit
plus de cent perfonnes par ſemaine,
De VIENNE , le 6 Décembre.
Les derniers avantages remportés par nos
Troupes en Saxe , ont déterminé l'Impératrice
Reine à leur accorder des gratifications pour les
encourager à continuer La guerre pendant
l'hyver.
Un Corps de troupes Pruffiennes , aux ordrès
du Général Hulfen , étoit pofté le 4 à Meiſſen får
la rive droite de l'Elbe qu'il avoit derriere lui. Ce
corps étoit de fept mille hommes d'élite. Les bateaux
étoient difpofés pour le paffer ſur l'autre
tive du fleuve. Le Baron de Beck , avec le corps
JANVIER, 1760 .
201
de troupes qu'il commande , fe préfenta ce même
jour en bataille devant le Corps Pruffien . Il l'attaqua
avec la plus grande impétuofité , & le défit
totalement. Environ la moitié du corps ennemi eut
le temps de fe jetter dans les bateaux , & de fe
fauver , en laiffant fur le champ de bataille huit
cens morts , quinze cens prifonniers & huit piéces
de canon. Mais l'artillerie Autrichienne poinrée
en diligence fur les bateaux fit effuyer aux
vaincus une feconde perte d'environ fix cens hom
mes qui furent précipités & noyés dans l'Elbe.
De LEIPSICK , le 16 Décembre.
Après l'affaire de Meiffen , le Général Beck
s'eft porté fur Torgau avec un Corps de feize
mille hommes . Il a rencontré fur l'Elbe foixante
barques chargées de proviſions pour les Pruffiens .
Il a fait attaquer ce convoi , & toutes les barques
ont été brulées ou coulées à fond . Il a brulé les
magafins que les Ennemis avoient à Riella , à
Striehlen & à Belgern ; enfuire il s'eft préſenté
devant Torgau. Mais ayant reconnu qu'il lui
étoit impoffible de tenter le paffage de l'Elbe ,
il s'eft contenté de jetter quelques bombes dans
la Place , & il s'eft replié fur Efter werda .
Le 23 , les Pruffiens évacuerent Dippoldiswalde
, que le Général Prentano fit occuper fur le
champ ; & ils fe retirerent fur Freyberg.
De PRAGUE, le 22 Décembre.
rompre
Le 17 de ce mois un détachement de 1800
Pruffiens furprit le Monaftère d'Offeg. L'Officier
qui les commandoit demanda l'Abbé ; & comme
on lui dit qu'il étoit abfent , il fit
les portes de la chambre du dépôt , & enleva
l'argent. Enfuite il ordonna au Prieur de fournir
cent mille écus , avec menace s'il n'obéifloit
pas , de faire brüler le Monaffère. Le lende
?
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
main , la Communauté n'ayant pu raffembler
que mille florins , le Monaftère & l'Eglife furent
mis au plus affreux pillage.
De' LONDRES , le 10 Décembre .
Le Général Amherst , qui n'a pu réuffir dans
l'expédition qu'il avoit projettée contre le fort
Saint Jean , fur le Lac Champlain dans l'Amérique
Septentrionale , n'a pas été plus heureux
dans le deffein d'occuper le pofte avantageux de
la Galette . Le Général Gage qu'il avoit chargé
de cette entrepriſe lui écrivit le 11 Septembre
que la faifon étoit trop avancée.
Les réparations du fort Carillon font entierement
finies. Le Général Amherſt affure que le terrein
fur lequel la Fortereffe de la pointe de la couronne
eft fituée , eft le plus avantageux qu'il ait
vu en Amérique. Rien ne le commande ; & il
préfente toutes les commodités pour une fortification
régulière. Les Grenadiers & les troupes
légères continuent de travailler à la conftruction
de trois forts , qui rendront cette place des
plus formidables. Le Général Amherſt ne ſe flatte
pas qu'il puiffe porter tous ces travaux au point
de leur perfection ; mais il croit pouvoir garantir
qu'ils feront affez avancés pour empêcher le fuccès
de l'ennemi , au cas qu'il tentât de reprendre fur
nous la pointe de la Couronne.
L'on a appris que trois des vaiffeaux de l'Efcadre
de l'Amiral Boys , qui eft depuis fi longtems
à la recherche du fieur Thurot , ont eu le malheur
d'être défemparés de tous leurs mâts par un
gros vent , & ont relâché dans un Port d'Ecoffe.
Sur cette nouvelle on affure que l'Amirauré
envoyé ordre au fieur Brett , qui étoit aux Dunes ,
d'en partir auffitôt avec les vailleaux à ſes ordres ,
pouraller à la pourfuite de la petite Efcadre Françoiſe.
a
JANVIER. 1760. 203
Nous avons ici de nouvelles Lettres de Québec
en date du to Octobre. Elles portent que le fieur
de Bougainville , Colonel dans les troupes Françoiſes
, eft venu dans cette Ville traiter de quelque
arrangement avec le fieur Murray , qui en eft le
Gouverneur ; mais on en ignore encore l'objet.
Les vivres y font extraordinairement chers ; toutes
les maifons abattues laiffoient le Soldat fans abri.
Un autre inconvénient , au moins aufli grand ,
c'eft qu'il n'y avoit point du tout de bois pour le
chauffage.
Di 15.
Un bâtiment venu des Indes Orientales nous
a apporté les nouvelles fuivantes. Le fieur d'Aché
eft parti de l'Ifle de Bourbon pour ſe rendre fur
la côte de Coromandel.
Il fut appercu le 2 du mois d'Août dernier au
Sud de Madagascar , faifant route avec onze
vaiffeaux , trois frégates , & plufieurs bâtimens
de tranfport. Les François fe flattent que ce Général
, avec des forces fi confidérables , réparera
les pertes qu'ils ont faites précédemment.
De ROME , le 10 Décembre .
On mande de Naples , qu'il y a eu le 24 dù
mois dernier une éruption du Véfuve des plus
confidérables ; qu'il en eft forti , par cinq nouvelles
ouvertures , une quantité prodigieufe de
matière enflammée ; & que diverfes exploſions
ont pouffé le bitume & les cendres jufques vers
la Tour de la Nunziata : ce qui a rempli d'effroi
tous les habitans du canton .
Le 14 de ce mois le Pape a créé Prince le
Duc de Galean des Iffarts , Colonel d'Infanterie
au fervice de France , Chevalier des Ordres de
S. Hubert au Palatinat , & de Malthe. Sa Sainteté
a fait expédier à ce Seigneur le diplome conçu
dans les termes les plus honorables.
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
De VENISE le 2 Décembre.
Le 25 du mois dernier le Marquis de Durført ,
Ambaffadeur de Sa Majefté Très - Chrétienne
fit avec beaucoup d'éclat & de magnificence fon
entrée publique en cette Ville.
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
De VERSAILLES le 20 Décembre .
LAfanté de Monfeigneur le Duc de Bourgogne
qui étoit fort dérangée depuis quelques mois , fe
rétablit de plus en plus , & l'on eft actuellement
hors de toute inquiétude fur l'état de ce jeune
Prince.
Le Roi a donné à l'Abbé Bulté de Clairy la furvivance
de l'Abbé Baifle , pour la Charge de
Chapelain ordinaire .
Sa Majefté a fait Maréchal de France le Duc
de Broglie , Lieutenant- Général de fes Armées.
Le Roi a donné l'Abbaye réguliere & élective
d'Eftrun , ordre de S. Benoît , Diocèle d'Arras ,
à la Dame de Gennevieres de Samettes , Religieufe
de la même Abbaye.
Le 12 de ce mois , le Duc de Momorency
Luxembourg prêta ferment entre les mains du
Roi , pour la furvivance de la charge de Capitaine
des Gardes du Corps , dont le Maréchal Duc de
Luxembourg eft titulaire.
Le 21 le Roi tint le Sceau.
Sa Majefté a difpofé de la charge de Maître
de fa Garderobe , vacante par la démiffion du
JANVIER. 1760. 205
Marquis de Souvré , en faveur du Marquis de
Chauvelin. Le Roi a auffi difpofé de la pareille
Charge , vacante par la démiffion du Maréchal
de Maillebois , en faveur du Comte de Roisgelin
de Cucé .
De PARIS , le 22 Décembre .
Le 17 de ce mois le Parlement , toutes les
Chambres affemblées , enregistra un Edit , portant
création de trois millions de rentes viagè
res , en forme de Tontine , divifées en actions
de deux cens livres chacune , diſtribuées en huit
claffes & établies fur la Ferme Générale des Pof
tes & fur les Aydes & Gabelles .
On mande de Vannes , que plufieurs vaiſſeaux
Anglois ont paru à la hauteur du Croific. Le
Chef d'Efcadre qui les commande a envoyé un
Officier à terre, qui a demandé que l'on rendît
le canon des vailleaux de leur Nation qui ont
été brulés fur cette côte , avec menace de bombarder
le Croific fi on ne les rendoit pas . On a
rejetté la demande & mépriſé la menace. Au
fitôt les vaiffeaux ennemis ont commencé le
bombardement de cette Ville .
Suivant les dernieres nouvelles du 23 de ce
mois , l'armée d'Allemagne continue d'occuper
fes cantonnemens dans les environs de Friedberg
; celle des ennemis eft toujours dans la
même poſition . Il y a eu quelques eſcarmouches
entre les poftes avancés ; on a fait quelques
prifonniers aux ennemis.
Du s. Janvier.
Le feur Canon , Lieutenant de frégate , qui
étoit parti au mois de Mars de l'année derniere
avec un convoi pour le Canada , en eft de retour.
Suivant les dernieres Lettres de Cadix , on
ne défarme point les vaiffeaux ; on a reçu des
ordres contraires , ainfi que pour les troupes de
206 MERCURE DE FRANCE.
•
terre. Ces Lettres ajoutent qu'une tempête a difperfé
l'Efcadre Angloife qui croifoit dans ces parages
, & que trois de fes plus gros vaiffeaux ont
été démâtés , & mis hors d'état de tenir la mer.
Les cinq vaiffeaux François & les quatre frégates
qui étoient fortis du Portles , ont été obligés
d'y rentrer le 7 .
Du Quartier général de Friedberg , le 5 Janvier,
Le Corps aux ordres du Marquis de Voyer
venu du Bas-Rhin malgré les difficultés prefqu'infurmontables
qu'il a éprouvées pendant fa marche
, & celui qui étoit à Limbourg aux ordres
du Marquis de Vogué , fe font joints le 31 du
: mois dernier , dans les environs de Mengerskif
ken. Les Troupes commandées par le Marquis
de Vogué fe porterent le 4 de ce mois avant le
jour fur la Ville d'Herborn. Ce Général après
avoir fait fes difpofitions pour l'attaquer , la fit
fommer. La Garnifon au nombre de cent cinquante
hommes , fe rendit prifonniere de guerre.
Pendant ce temps- là le Marquis Dauvet détaché
par le Marquis de Voyer , s'empara de la
Ville de Dillenbourg , où il fit quelques prifonniers.
Les troupes légères de ces deux Corps firent
de leur côté des courfes dans le Pays , &
enleverent plufieurs poftes & patrouilles des Ennemis.
Pour favorifer l'expédition fur Herborn
& Dillenbourg , le Maréchal de Broglie avoit
fait fortir de Gieffen des détachemens de la garnifon
aux ordres du Marquis de Blaifel & il
avoit fait avancer des troupes légères du côté de
Marbourg. Toutes les difpofitions ont eu le plus
grand fuccès . Partout on fait des prifonniers aux
Ennemis.
MARIAGES.
>
Marie- Charles de Rohan , Vicomte de Chabot ,
Capitaine de Cavalerie au Régiment de RoyalJANVIER.
1760 . 207
Etranger , fils de Gui-Augufte de Rohan- Chabot ,
Lieutenant Général des Armées du Roi , & de
feue Dame Yvonne - Silvie de Breyl de Rays ,
époufa le 17 Décembre Gyronne Hyacinthe de
Pons , fille de Charles- Philippe de Pons , Lieutenant
-Général des Armées du Roi , & de Dame
Charlotte-Marie l'Allemand de Betz. La bénédiction
nuptiale leur fut donnée à Paris dans la
Chapelle du Cardinal de Gefvres . Leur Contrat
de Mariage avoit été figné le 16 par le Roi , la
Reine , & la Famille Royale.
MORT S
Dame Angelique - Marguerite de Ifabeau ,
veuve de Charles - François-Anne- Thomas Sibille,
Marquis de Roncherolles , époufe de Pierre-Charles
de Montboiffier - Beaufort , Marquis de Canillac
, Lieutenant - Général des Armées du Roi ,
Gouverneur de Fecamps , ci- devant premier Enfeigne
de la feconde Compagnie des Moufquetaires
de la Garde du Roi , eft morte à Paris le
29 Novembre dans la cinquante-cinquiéme année
de fon âge.
Dame Marie- Françoife le Maiftre , veuve de
Meffire Guillaume- François Joly de Fleury,ancien
Procureur Général , eft morte le 1 Décembre ,
âgée de quatre -vingt- trois ans.
François de Franquetot , Duc de Coigny , Maréchal
de France , Chevalier des Ordres du Roi
& de celui de la Toifon d'Or , Gouverneur de la
Haute & Baffe Alface , Grand- Bailli de Caen ,
mourut ici le 18 dans la quatre-vingt- dixiéme
année de fon âge.
1
Meffire Guillaume Bouvier de la Motte , Marquis
de Cepoy , ancien Colonel d'Infanterie ,
Grand Bailli & Gouverneur des Ville & Château
de Montargis , eft mort le 13 , dans fa terre de
Cepoy , agé de foixante-douze ans.
208 MERCURE DE FRANCE..
Marie- Renée de Montmorency Luxembourg ,
époufe de Louis - François- Anne de Neufville ,
Duc de Villeroi , Pair de France , Chevalier des
Ordres du Roi , Maréchal des Camps & Armées
de Sa Majefté , Gouverneur des Provinces de
Lyonnois , de Forêts & de Beaujollois , Gouverneur
Particulier de Lyon , Capitaine de la feconde
Compagnie des Gardes du Corps du Roi , mourut
à Paris le dans la foixante-troifiéme
année de fon âge.
22 ,
Philippe - Louife , née Princeffe de Furftemberg,
Comteffe de Lannoy , eft morte en fon*
Château de la Motte , âgée de foixante- feize ans.
Elle ne laiffe de fon mariage que le Comte de
Lannoy , Brigadier des Armées du Roi , Capitaine-
Lieutenant de la Compagnie des Gendarmes
Anglois , qui a été bleffé dangereuſement
à la bataille de Minden.
Louife- Félicité de Flavacourt , époufe de Louis
Roger , Marquis d'Eftampes , Colonel des Grenadiers
de France , mourut à Paris le 31 Décembre
, âgée de dix- fept ans.
Meffire Claude- Alexandre de Pons , Marquis
de Renepont , Maréchal des Camps & Armées
du Roi , eft mort en fon Château d'Anmeville
en Lorraine les Décembre , âgé de 79 ans.
·
Meffire Jofeph Auguftin Menjo de Sarré ,
Meftre de Camp de Cavalerie , Maréchal des Logis
de la première Compagnie des Moufquetaires
de la Garde ordinaire du Roi , Chevalier de
l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis , mourut
à Paris le 13 dans la cinquante- huitième année
de fon âge.
Dame Marie- Louife- Chrétienne de Saint-Blimond
, Comteffe de Renepont , belle - fille du
Marquis de Pons- Renepont , eft morte en fon
Château de Roche en Champagne le 21 ,
de trente-fix ans.
âgée
JANVIER. 1760. 209
SUITE de la Lifte de la Vaiffelle portée
à la Monnoie de Paris .
Meffieurs
Du 24 Décembre 1759.
Courget , Bourgeois de Paris.
Mad. Le Blanc, Veuve du Contrôl.
des Rentes .
Brillon , Notaire.
Made Marbourg.
Plus , en or , 4 m. 4 on. ƒ gr. 4.
Le Général des Mathurias.
Pouffot , Infpecteur de Police .
Jourdain de Blicourt , intéreſſé dans
les affaires du Roi.
le Marquis de la Palun , Gouverneur
d'Orange.
De Nefines , fils , Munitionn. gén.
Telles de Saint-Andolle .
De la Salle , Secrétaire du Roi.
Voutier , Secrétaire du Roi .
De la Chenay , Fermier du Roi,
Telles de Lacofte, Grand Maître des
Eaux & Forêts,
Plus , en or , gr. & demi.
Les Peres de Nazareth.
Telle , Traiteur.
Le Marquis de Gouy , Maréchal des
Camps.
Made Gallot , Marchande.
Morinais , ( Quatrième envoi. )
de Pontcarré , ancien Prem . Préfid .
du Parlement de Rouen ,"
Made d'Emery.
m. o.g
9 7 f
II 23
125 1
30 17
10 0 0
5555
276 17
18326
5424
534
6.03
130 4 6
93 10
606
44 7 2
4657
84 1
394 3
4 2
98.1
II ƒ 6
110 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Suite du 24 Décembre.
Duport , Maître des Comptes.
de Fontenay.
Geury , Officier de la Reine .
Criftel , Receveur , Port S. Paul.
de la Touche, Intendant des Menus.
Brillon , Notaire.
Darey.
Tourton , Procureur au Châtelet.
de la Brouillaie .
Chalumeau , Proc. au Parlement.
Les Filles de l'Ave- Maria,
Made la Veuve Briffet.
le Marquis de Merry .
les Cordeliers du Grand- Couvent.
Made de Lafontaine , demeurant
au Château de Vincennes .
l'Héritier , Notaire , & Granier
ancien Marchand .
Jacob , Contrôleur de la Maifon
du Roi.
Mérault , Préfident du Bureau des
Finances & Chambre du Domaine
de la Généralité de Paris .
Plus , en or , 7 onc. gr. 12 g.
le Curé de Saint Euſtache.
Tingris , Profeffeur. de Philofophie.
Mile Rouffe , Bourgeoise de Paris .
l'Abbé de la Coffade.
m.o. g.
181 7 £
57 11
2845
456
I
177 7 6
I 2 4
79352
3342
5120
17 7 3
35
60 7
132 I
66 5 x
2472
105 12
35 1 21
10 I 41
49 4 2
915
712 S
12976
Made la Baronne de Befeuval &
M. fon fils . 18302
de Croville , ancien Exempt des
Gardes du Corps.
les Prémontrés , Chef- d'Ordre.
Made Guefnot , Veuve.
2366
222
57
9331
JANVIER. 1760 . 211
Meffieurs
Suite du 24 Décembre.
Gueriot du Vivier , Receveur des
Tailles à Moulins .
Donjon , Commis à la Recette des
Finances à Moulins.
Magnier , Notaire.
Duvieux , Secret . de M. Chauvelin ,
Intendant des Finances .
Plus , pour Mile Durieux fa foeur ,
a remis en or I onc. 4 gr. 24 g.
Made Girard de Buffon.
Mlle Rainteau de Lamarre.
m. O
g.
5651
60 O I
is 4 s
44 0 I
45 0 2
13465
3460 3 11
Du 26 Décembre.
Made Huaut , Marchande.
l'Abbé Graffin .
Made de Pormore.
Made de Montaigu , De de Pinceloup .
de Ségent , prem. Commis du Bureau
de la Guerre.
14 2 2
7001
692
29 161
Boiftel , Traiteur.
176 271
6029
356301
Du 27 Décembre.
Mlle Tinelle , 1 flacon d'or , 2 on. 27 g.
Chenu , Commiffaire au Châtelet.
Ruffet , Chirurgien.
l'Abbelle de Maubuſſon .
Made Pagnion .
Made de Vaudré , Abbeffe de l'Eau ,
Ordre de Citeaux.
49 7 61
31 7 7
6620
71 S 4
24 29
de Verneuil , Meftre de camp de Cav .
Randon de Malboiffiere .
57 2 2
173 06
474 4 7
212 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Du 28 Décembre.
Conftantin , ancien Commis de la
Marine.
le Maréchal de Clermont-Tonnerre.
Barthélemi le Coulteux.
Caruel, Marchand.
Mile Fournier ; à la Communauté
de Saint Chaumont,
les Carmes de la Place Maubert.
Aubin , Confeiller au Parlement.
Plus , en or , 3 one. 4 gr. 18 d.
de Saint Laurent , ancien premier
Commis de la Guerre.
Graffin de Mailly , Ingén. du Roi.
Made l'Abbeffe de Maubuffon.
Made l'Abbelle de Pont- aux-Dames.
La Fabrique de S. Pierre aux Boeufs.
le Président de Paris.
de Hemant , Maître des Comptes.
Made de Crillon , Abbeffe de Villier ,
Ordre de Citeaux.
Gagnat de Longuy , Maître des
Requêtes.
Gaunat de Lamotte , Secrét . du Roi,
L'Eglife de Charonne- les- Paris.
le Marquis de Poyanne ,
Petiton , Bourgeois de Paris .
Malartic , Ecayer,
Du 29 Décembre.
m. o.
2145
78 10
149 01
17 3 4
14 3.7
4936
145 of
177 5 3
102 7 S
995 S
5460
764
5.92 1
13674
79 I I
28544
SI 4 4
3.1 3. 6
428 13
700
12 7
1910 I 2
Deschamps , Tréf. gén . des Monnoies. 34 065
Made de Gouy.
Mlle de Poulprie de Tribodinie .
2
12 3 I
2
17 I IL
JANVIER. 1760 . 213
Suite du 29 Décembre.
Meffieurs
Baubec , Secrétaire du Roi.
le Marquis de Senety , Capitaine aux
Gardes.
Neigre , ancien Lieuten . Criminel.
de Marville , Confeiller d'Etat.
Prevolt , Avocat. 2 onc, 21 gr.
Bruau , Correcteur des Comptes.
Made Saunier.
Claeffen , Direct. de la Compagnie
des Indes.
Les Carmélites , rue Chapon.
m. o. g.
48 13
100 5 6
191 34
84 7 4
2844
129 12
74-4 O
2
113 I 21
2
2932
12 4 I
de Bougainville , de l'Acad . Françoife. 53 5 7 ļ
Maigrot , Secrét. de M. de Valliere.
Guillaume , Contrôleur de la Maiſon
de M. le Comte d'Eu.
Germain , Greffier des Req. du Palais.
Couette d'Eaubonne.
le Marquis d'Asfeld , Maréchal de
Camp.
le Marquis des Seftaux.
Made Hayez.
L'Eglife des Invalides.
La Cathédrale de Chartres.
de Louvel .
Les Petits Auguftins .
Made Dauderau .
Les Théatins.
Les Auguftins , Petits Peres .
Les Carmelites , Fauxb . S. Germain.
Les Cordelieres du Fauxb . S. Marcel.
le Duc de la Rochefoucault.
Les Jacobins de la rue S. Jacques.
Made Prieur , Bourgeoile de Paris.
7847
2277
44 571
66
73
IOI 4 6
4752-7
92 I 6
192 1 5
2006
55 66
677
44 2 0
5003
61-34
II 0 6
581 6 1
68 5 4
44 0 I
1
214 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Suite du 29 Décembre.
Boyer , Medecin du Roi.
Made Duclos , Bourgeoile de Paris.
Delaunay , Marchand de Vin .
Made & M. le Marquis d'Antery.
Made de Crillon , Abbeffe de Villiers.
Bercher , Receveur des Domaines
du Roi.
Magny , Maître Peintre.
l'Evêque de Séez.
Dubois de Beauvail.
Les Minimes de la Place Royale.
Vincent , Prem. Commis de M. Chauvelin.
Moraine de Lamotte , Ecuyer , demeurant
à Laval .
Made la Ducheffe de Briffac.
Les Prémontrés de l'Abbaye d'Hérmieres.
m. o. g.
177.0 G
18 I S
25 1 I
221 7
25 I 5
21-6
36 4 4
103 6 0
3202
2 I
27 371
48 4 3
57 S
14 2 I
385502
Du 31 Décembre.
Rolland , Confeiller de Grand'- Ch.
le Marquis de Boiſé de Courſenay .
Dufranc Caftel , Huiffier- Prifeur.
le Duc de la Trémoille.
Davignon , Secrétaire du Roi.
de la Salle , Secrétaire du Roi.
Lenoir l'aîné , Notaire.
Les Bénédictins de la Ville- l'Evêque .
de Moutier , Lieutenant génér, à Pon- *
toife.
Les Religieufes de Bellechaffe.
Les Religieufes du Cherchemidi .
20
907
2
39061
132 3 0
118 0 0
375
I I
70 7 4
129 7 0
88 7 5
6
43 5
2
JANVIER. 17601 215
Meffieurs
Suite du 31 Décembre,
Les Bénédictins de S. Luc d'Efferans ,
près Chantilly.
Made de Chamourfet.
Made l'Abbeffe de Montmartre.
Made Geliffe.
Graffin , Directeur général des Monnoies
, Honoraire.
Frecot de Lanty, Confeiller au Grand
Confeil.
Les Célestins de Morcoucy .
Beat , Receveur au Change de la
Monnoie.
}
Bellanger , Avocat général de la Cour
des Aydes.
le Comte de la Riviere , Vicomte de
Tonnerre .
Made la Veuve de Chancourt .
m.
9.g.
45 7 3
1503 2
I
12 69
61761
403 4 I
636 27
100 4
1857
216 2 2
98 30
169 4 2
245663
2
2
TABLE DES ARTICLES.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE.
ARTICLE PREMIER.
Les deux Linots ,
L'Amour defarmé.
Envoi à Mile de B ***.
Stances d'une femme à fon Amant.
Suite de Fidelia , Hiſtoire Angloiſe,
Epître.
Le Temple de l'Amour , Songe.
Epître à M. le Comte de T **.
Bouquet de M. *** à ſon ami .
Penftes fur l'amitié ,
Page 5
7
13
ibid.
IS
28
30
38
43
44 ,
1
216 MERCURE DE FRANCE.
Suite des fragmens des Georg de Virgile.
Suite des Jugemens fur les Auteurs Anglois .
Etrennes à Madame T .** D ,**
Vers à Madame T . *** D. ***
58
.69
79
80
Epître de M. *** à ſon pere .
81
Vers à M. *** ibid.
Epître fur l'Amitié , à M. de C ** . 82
Enigmes. 88
Logogryphes.
R9 & 90
Logogryphus & Chanfon. 91 & 92
ART . II. NOUVELLES LITTERAIRES.
Lettre de Miftris Fanni Butlerd &c.
Traité général des droits d'Aydes & c .
Diflertation de M. Bruyn & c.
Profpectus du nouveau Journal Etranger.
Annonces des Livres nouveaux.
Lettre de M. de Voltaire .
93
96
102
123
136 &fuiv
143
ART. III. SCIENCES ET BELLES-LETTRES.
n
ACADEMIES..
Suite de la Séance publique de l'Académie
des Sciences.
Aftronomie.
ART. IV. BEAUX - ARTS.
ARTS UTILES.
CHIRURGIE,
Réponse de M. Daviel à M. Hoin &c.
ART. V. SPECTACLES,
Opéra.
Comédie Françoife .
Comédie Italienne.
148
17-1
172
397
198
Proteftation de M. Marmontel .
199
ibid.
193
207 & 208
ART. VI. Nouvelles Politiques.
Mariages & Merts .
Suite de la vaiffelle portée à la Monnoie. 209
De l'Imprimerie de SEBASTIEN JORRY.
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
FEVRIER. 1760 .
Diverfité , c'est ma devife . La Fontaine
Chez
Cachin
Filus inv
PapilionSculp
A PARIS ,
CCHAUBERT, rue du Hurepoix.
JORRY , vis à - vis la Comédie Françoife.
PISSOT , quai de Conti.
DUCHESNE, rue Saint Jacques.
CAILLEAU , quai des Auguftins.
CELLOT , grande Salle du Palais.
Avec Approbation & Privilége du Ro
krala
AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier Commis au
Greffe Civil du Parlement , Commis au
recouvrement du Mercure, rue Sainte Anne,
Butte Saint Roch, à côté du Sellier du Roi.
C'eft à lui que l'on prie d'adreffer, francs
de port , les paquets & lettres , pour remettre
, quant à la partie littéraire , à M.
DE LA PLACE , nouvellement pourvu
par le Roi , du Privilége du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36fols,
mais l'on ne payera d'avance , en s'abonnant
, que 24 livres pour feize volumes
à raifon de 30 fols piéce.
Les perfonnes de province auxquelles on
enverra le Mercure par la pofte , payeront
pour feize volumes 32 livres d'avance en
s'abonnant , & elles les recevront francs
de port.
Celles qui auront des occafions pour le
faire venir,ou quiprendront lesfrais du port
fur leur compte , ne payeront comme à
Paris , qu'à raifon de 30 fols par volume
c'est- à- dire 24 livres d'avance , en s'abon
nant pour 16 volumes .
Les Libraires des provinces ou des pays
étrangers , qui voudront faire venir le
Mercure , écriront à l'adreffe ci- deffus.
A ij
Onfupplie les perfonnes des provinces
d'envoyer par la pofte , en payant le droit
le prix de leur abonnement , ou de donner
leurs ordres , afin que le payement enfoit
fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neferont pas affranchis
réfteront au rebut.
On prie les perfonnes qui envoyent des
Livres , Eftampes & Mufique à annoncer
d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Pièces tirées des
Mercures & autres Journaux , par M.
De la Place , fe trouve auffi au Bureau
da Mercure. Le format , le nombre de
volumes & les conditions font les mêmes
pour une année.
AVANT - PROPOS.
S'IILL étoit néceffaire de faire connoître
& l'utilité de cet ouvrage , & combien
il mérite la confiance & l'attention du
Public ; s'il falloit encore prouver , que
la bonté d'un Livre , de la nature de
celui - ci dépend , pour la plus grande
partie , des fecours que les gens de Lettres
en tout genre , & les Artiſtes , veulent
bien donner à celui qui en eft chargé:
je ne pourrois mieux faire que de répéter
ce qu'a dit mon prédéceffeur , dans le
Mercure du mois d'Août 1758. J'adopte
tous fes principes , dont la jufteffe a été
généralement reconnue ; & je me propofe
de l'imiter , dans l'exécution . Je ne
puis promettre les mêmes talens : mais
on reconnoîtra du moins , en moi , le
même zèle , & la même exactitude à
remplir mes engagemens. Je recevrai ,
avec beaucoup de reconnoiffance, tous les
avis que l'on jugera pouvoir contribuer
à la perfection de l'ouvrage.
MERCURE
DE FRANCE
FEVRIER. 1760 .
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE
LA SOURCE ET LE RÉSERVOIR ,
ALLEGORIE
UNriche Seigneur de campagne ,
Sur le penchant d'une haute montagne
Avait conftruit un vafte réfervoir.
Le plomb, le fer, & la pierre detaille ,
Formoient autour une épaille muraille ,
Pour retenir les eaux qu'il devoit recevoir.
Dans un canal , formépar la fimple nature,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Un peu plus bas , fur le même côteau ,
D'une fource d'eau vive & pure ,
Couloit un tranquille ruiffeau .
Le Réfervoir, que l'abondance
Gonfloit d'orgueil dans fes épais contours
Crut pouvoir , avec arrogance ,
Infulter fa voifine ; & lui tint ce Diſcours ;
Dis- moi , foible fource , ma mic ,
Que fais -tu là fi près de moi?
Viens-tu , méprifable ennemie ,
Pour recevoir , ou me donner la loi ?
Je ne prétends ni l'un ni l'autre ,
... Dit la Source : par cent détours ,
Je fuis paifiblement mon cours ,
Sans nul deffein d'interrompre le vôtre ;
Dequoi , dit le fier Réſervoir ,
Oferiez-vous vous prévaloir ?. I
Si vous appercevez mon fuperbe rivage ,
Du pied de vos foibles rofeaux ,
>
Il doit vous annoncer ce prompt & jufte hommage
Que doivent me rendre vos eaux.
Admirez mes bouillons, mes cafcades , mes gerbes;
Et comparez mes napes de criſtal ,
A votre humble & chetif canal ,
Que bordent par pitié quelques joncs , quelques
herbes...
Alte là , s'il vous plaît , Monfieur le Réſervoir :
Permettez-moi de vous répondre ,
Dit la Source ; je crois , fans me faire valoir ,
FEVRIER. 1760.
Avoir en moi dequoi confondre
L'orgueil que vous nous faites voir.
Il eft vrai, vos effets ont tout l'air de miracles)
Ce font autant d'enchantemens
;
Et par cent divers changemens ,
Vous nous offrez de furprenans fpectacles.
Mais à qui devez-vous ces fuccès éclatans ?
Au poids que forme en vous l'amas d'eaux étrang
geres ,
Qui produit pour quelques inftans
Ces illufions paffageres.
1.1
De ce volume d'eau , dont vous êtes ſi vain ,
Je le fçais , votre enceinte eft le fuperbe vale :
Mais elle croupit dans fon fein ;
fain.
Et contractant le goût & l'odeur de la vafe ,
Elle n'offre aux mortels qu'un breuvage peu
Enfin de vos priſons , vos ondes échappées ,
Dans une mare infectent nos hameaux ;
En horreur aux jeunes Nappées ,
Leurs places n'y font occupées , h
Que par les plus vils animaux.
Tel eft votre deftin , telles font vos proueffes !
Si vous accumulez d'abondantes richeſſes ;
.3
Votre limen corrompt leur bon alloi.
Vous n'avez rien à vous , & mon onde eft à moi.
Si j'en raffemble moins , je la conſerve pure.
En arrofant ces prés , je les fème de fleurs .
A vos preftiges vains , à vos charmes trompeurs ,
H
A iv
MERCURE DE FRANCE.
On Fréfere mon: doux murmure.
Partout je répands mes faveurs.--
Dans ma courfe lente & timide ,
Sans danger mon onde, limpide .
Défaltere les voyageurs. I
fortune : 21
Ce n'est pas tout ; admirez ma f
Réunie en mon cours à cent autres ruiffeaux ,
Je deviens Aeuve enfin, & je conduis mes eaux
Jufques dans le fein de Neptune ....
Que dit le Réfervoir à cela ? Pas, le mot.
Stupide par état , il garde le filence
Car pour être dans l'abondance
Un Réservoir n'eft pas moins for.fot
Vous , dont l'intrépide mémoire
Fatigue les humains de fon pefant fçavoir ,
Sçavantas importuns ! perdez un vain eſpoir,
Un mérite étranger , qui vous en fait accroire,
Rarement conduit à la gloire ;
Elle eft due à l'efprit , qui feul fait tout valoir.
Il eft la Source , & vous le Réfervoir.
CONGÉ, A L'AMOUR,
EPITRE A SILFANIRE.
SILVANTRE
TOYS AT 2WC
ILVANIRE, il est temps que je t'ouvre mon
âme,
Je le dois à la vérité ;
FEVRIER. 1760.
Fa compterois en vain fur cette vive flâme ,
Qui faifoit ton eſpoir & ma félicité.
Douze luftres & plus , n'ont fait de ma carrière ,
Qu'un enchaînement de plaifirs ::
Mais fij'exifte encor , fi je vois la lumière ,
J'ai plus perdu, j'ai perdu les deurs.
Peut-être en fecret tu m'accules ,
D'indifférence ou de légèreté ?
Non, Silvanire , to t'abules.
Peut-on être toujours, ce qu'on a trop été
Croi-moi, je ne fuis ni volage ,
Ni rebuté des foins qu'on fe donne en aimant
Mais il faut l'avouer , je ne fuis plus d'un âge
Auquel convienne encor le rôle d'un amant. ›
Eh , quoi! fi ta brillante & ta vive jeuneffe , ´ ›
Mc fit fouvent revoir les jours de mon printemps
Dois- je fouffrir que ta tendrelle,
Pour prix de ces doux pafletemps ,
Ne reçoive de ma vieillefle
I i
Que les reftes caducs d'une trop longue ivrella,
Quand pour toi les plaifirs font dans leur plus
beau temps ?
Silvanire,tu dois jouir du fort aimable
Que t'offre ta jeune ſaiſon :
Oublie un amant miſérable ,
Et fois légère par raiſon.
Dans cer amant , qu'envain l'amour voudrois te
rendre ;
A'v
10 MERCURE DE FRANCE.
Dans ce coeur, dont en vain il feroit le tourment,
Tu trouveras un ami tendre ,
Auffi fenfible qu'un amant.
Souffre que la raifon , dans ce retour funefte ,
De mes jours languiffans reçoive la moitié :
Je n'en veux confacrer le refte ,
Qu'au deux repos , qu'à la tendre amitié .
Je t'entends , Silvanire ! & tu diras peut-être ,
Que vivre fans aimer , qu'exifter fans defirs ,
C'eft s'enfevelir , ceffer d'être ; ›
Et qu'on ne vit , qu'autant qu'on jouit des plaiſirs ?
Mais reconnois quel bien mon coeur ofe pourfuivre
,
Quand la Raifon m'attache à ſon autel.
Oui , j'en conviens , aimer c'eſt vivre :
Mais penfer , c'eft être immortel.
EPITRE à M. l'Abbé CARRELET
DE ROSAY, Doyen de l'Eglife de
Soiffons ; fur l'envoi de fa Vaiffelle à
la Monnoie de Rheims .
DEE ton zèle patriotique ,
Abbé , fincere admirateur ,
Je viens , pour éclairer mon coeur ,
Confulter ton ame héroïque.
Dois- je , en vertueux Citoyen ,
FEVRIER. 1759.
11
Porter , Émule de ta joye ,
Dans les creufets de la Monnoye
Le plus éclatant de mon bien?
Ou dois -je , d'une main cruelle ,
Dans la terre aller l'enfouir ?
Me réfoudre à ne plus jouir
Du ſpectacle de ma Vaiffelle ?
Tous mes doutes , font réfolus ;
Et c'eft Louis qui me décide.
Son exemple , me fert de guide :
Mes Plats , vous deviendrez Écus.
Glorieufe métamorphofe
Sur vous , on gravera mon Roi.
Et cette empreinte , felon moi ,
Vaut l'honneur d'une Apothéole.
Allez , volez , faites- vous voir >
Sous cette figure nouvelle ;
Et foyez le figne du zèle is
ཉ །
Que tout bon François doit avoir,
D'ane inutile Argenterie ,
Puis- je en paix contemplet l'éclat ,
Quand la voix forte de l'État
La demande pour la Patrie ?
Et quand d'intrépides Guerriers ,
Bravent la mort pour fon ſervice ;
Dois-je , paiſible en mes foyers,
Lui refufer ce facrifice ?
Non, jamais l'Argent , fous mes yeux,
A vj
2 MERCURE DE FRANCE.
N'ornera ma table fragale :
Je veux déformais qu'elle égale
Celle de nos premiers-Areux.
Alors , dans l'Argile modefte,
Un repas fimple , préfenté
Par un Art à nos jours funefte,
N'éveilloit point la Volupté.
Moins faftueux , plus équitables ,
A l'Argile rendons fes droits ;
Et qu'elle foit, comme autrefois ,
L'ornement chéri de nos Tables.
Jadis les Hôtes refpectables ,
De Baucis & de Philémon,
Sur des Vafes faits de Limon ,ɛ105
Trouvèrent leurs Fruits délectables
Ainfi vivoient les Curius ,
Dans le fein même de la Gloire ,
Quand , au retour de la Victoire,
Ils refufoient l'Or des Vaincus,
De Cannes le Vainqueur rapide ,
A Rome croit donner des fers ;
Rome généreuse , intrépide ,
Va réparer tous les revers .
Tout l'Or des Siens , au Capitole ,
Se transforme en glaives vengeurs
Du fein du luxe qu'elle immole,
Je vois fortir des traits vainqueurs
Votre main même les aiguilen.
FEVRIER , 1760 .
Romaines & votre fierté ,
Des ornemens de la beauté
Vous dépouille & s'immortalife.
Ainfi vous triomphez du fort ;
Et votre grande âme partage
L'honneur du vertueux effort
Qui terraffe à jamais Carthage,
Soyons Romains , & même plust
De notre Argent faifons l'uſage
Que nous prefcrit la voix du Sage ,,
Pour la Patrie & les vertuss
Delà dépend fon exiſtence ,
Et tout l'éclat de fa couleur :
Un noble emploi fait fon effence,
Fixe fon titre & fa valeur.
Enfans d'une même Famille ,
Au bien commun confpirons tous ;
A nos yeux , cet Argent qui brille ,
Eft a l'Etat bien plus qu'à nous .
Miniftres du Dieu des Armées
De fes tréfors zélés Gardiens ,
A vos prieres enflâmées
"
Joignez l'hommage de ces biens.
La Foi confacre ces exemples ,
Parmi les faftes immortels :
}
Dépouiller aina les faints Temples,
C'eft combattre pour leurs Autels.
Donnons à l'envi ces ſpectacles,
14 MERCURE DE FRANCE.
Armons les bras de nos Guerriers ;
Du pied des facrés Tabernacles
Nous aurons part à leurs Lauriers.
Ainfi , du haut de l'Empirée ,
De la Paix hâtons le retour ;
Que fa préſence defirée ,
Faffe le prix de notre amour !
Je cours préfenter mon offrande ,
Non moins joyeuſement que toi ,
Abbé : mon coeur me la demande ,
L'honneur , la Patrie & mon Roi.
Par M. DE SAULX , Chanoine de l'Eglife
de Rheims , & Chancelier de l'Univerfité.
Traduction du Monologue de GEORGE
BARNWEL , dans la Tragédie Angloife
qui porte fon nom ; lorfqu'il eft
fur le point d'arracher la vie àfon oncle.
D.
A zub meidd &
EPUIS que j'ai formé cet horrible deffein , hot
sa
Le Soleil obfcurci me
cache fa lumière ;
Sous mes pas criminels je fens trembler la tèrre.
La préſence d'un affaflin
Confterne la nature entière .
Malheureux! quels étoient, & quels font tes defirs ?
Cette eau , dont autrefois le tranquille murmure ,
Amon coeur innocent , infpiroit les plaiſirs ,
Me femble maintenant exhaler des foupirs ;
FEVRIER. 1760. Is
Et prononcer les noms de monftre , de parjure! ...
Mais pourquoi m'étonner de ces fons douloureux !
De voir partout régner l'horreur la plus profonde ?
C'eſt un châtiment , pour le monde ,
Que le premier forfait de l'homme vertueux,
TABLEAU des anciens Ménages , tiré
d'un Manufcrit du XIVefiecle.
UN Gentilhomme , cherchant les préuves
de l'ancienneté de fon extraction , me
préfenta dernierement à lire un rouleau
de vieux papier , confondu parmi ſes titres
. Le caractère , rempli d'abbréviations,
le rend prefque indéchiffrable. A l'écriture
, au ftyle & au papier , on peut donner
400 ans à ce Manufcrit. C'eft un Jourmal
tenu exactement, par un Seigneur Lorrain
, de toutes les petites tracafferies
journalieres de l'intérieur de fon domeftique.
Il y a apparence, que l'Ecrivain étoit
un Philofophe poli , qui n'ayant point
d'ami dans le fein duquel il pût ouvrir
fon coeur , confioit fes fecrets au papier.
Comme on m'a permis l'ufage de ce Manufcrit
; je vous l'envoie , Monfieur , pour
le rendre public , fi vous croyez qu'il
puiffe fervir à faire connoître les moeurs de
16 MERCURE DE FRANCE.
nas Ancêtres. L'ancien langage eft traduir
en François un peu plus moderne.
Journal du Janvier 63. ( Peut-être 1363. )
J'ai reçu , dans mon Châtel , les vifites
des Damoifeaux & les hommages de mes
vaffaux. Madame n'a pas été vifible. Elle
a fait les préfens de l'année à fes ſervi
teurs.
2. J'ai été voir le Commandeur des
Hofpitaliers , & le Recteur ( le Curé. ),
3. Fête de Sainte Genevieve. J'ai beau
coup gagné au jeu.
4. Madame a été d'une humeur infupportable.
Moi , fa mere , fes femmes &
fes gens ; tout s'en eft reffenti.
5. On a tiré la féve. Dieu , la Sainte
Vierge & les Fauvres, ont eu les premières
parts. J'ai été Roi.
6. Le Recteur eft venu fouper au
Châtel.
7. J'ai été à la chaffe , avec le Baron.
8. Madame a pris de la liqueur du Le
vant, que le Docteur lui a ordonnée.
Madame a acheté , d'un Ambulant,
des Colliers , des Ceintures dorées , &
autres fuperfluités. Elle m'en a avoué une
partie. J'ai découvert le reſte.
10. J'ai été à Nanci , pour des affaires.
11. La mere de Madame, m'a querellé,
& fa fille auffi.
FEVRIER 1760. 17
12. Mauvaiſe mine. J'ai menacé de
rompre.
13. Tiré les Rois Machurés. * Madame
a été Reine.
14. Je fuis parti pour Nanci , tenir les
Afifes de Monfeigneur le Duc.
19. Reçu des amitiés de Madame, toutà-
fait aimable aujourd'hui.
20. Madame a fait venir des bijoux
précieux de la grande Ville.
21. Madame s'ennuye ; elle est malade
pendant quatre jours. Pour éprouver ma
tendreffe , elle me querelle fur toutes
chofes. Comme je fuis conftant à lui témoigner
de l'amitié ; elle m'accufe de
feindre , & d'en aimer une autre
25. Le Commandeur vient. Madame
fe déride.
#
26. La belle-mere me chagrine : je
perds patience ; elle m'accable d'injures.
27. Madame fait mille careffes au Baron,
& affecte de me mortifier devant lui.
Je diffimule.
28. Le Recteur vient au Chatel , &
amufe Madame par fa fimplicité.
29. J'effuie mille caprices, de la part
de
It'eft encore d'ufage, en Lorraine , de tirer
un Gâteau le jour de l'Octave des Rois .. Celui qui
a la féve, ſe barbouille , & en fait faire autant aux.
Convives ,en mémoire fans doute du Roi Maure.
18 MERCURE DE FRANCE.
Madame. Impatienté, je monte à cheval ,
& vais à la chaffe avec des amis.
30, 31.- Je retourne à la chaffe de la
groffe bête. Madame y vient , montée fur
une haquénée , & accompagnée de fa
fuite.
Le z Février.
Reproches piquans de Madame, fans
grand fujet je lui donne fa revanche ,
avec plus de taifon. Pleurs , cris , fecondés
la belle-mere. Je regrette les momens
heureux de ma liberté. La fille , enhardie
par les leçons & les exemples de fa mere ,
ofe me . Il y a ici une lacune .
par
2. Le Recteur me préfente à la Meſſe
la Chandelle bénite, l'Eau -bénite , le Pain
& l'Encens.
3. Réconciliation fincere avec Madame
; & plâtrée avec la mere.
4. Projet d'aller tous demeurer à la
grande Ville. ( Nanci. ) ⠀⠀
5. Madame , eft d'une gaîté inconcevable.
6. De même. Mais fur un mot échappé ;
plaintes , regrets , reproches , pleurs. J'ai
tout effuyé je rongé mon frein .
7. J'ai fuï de la maiſon ; je fuis monté
à cheval , pour aller voir le Comte .
114. Je fuis revenu. Careffes , plaintes ,
réconciliation.
FEVRIER. 1760. 19
15. Madame fait des emplettes extraordinaires.
Je me fâche.
16. Madame , en colere , gronde toute
la maiſon.
17. On parle de Couvent & de féparation.
Je menace d'y confentir.
18. Le Recteur & le Commandeur ,
rétabliffent la paix. Moi , qui devrois me
plaindre , on me fait la loi. Allons , patience
!
19. Madame fe brouille avec le Recteur
, parce qu'il avoit déclamé contre le
fafte , la coquetterie & la parure.
20. La belle- mere s'en va.
26. La tranquillité renaît .
Je vais au rendez -vous , pour l'arriereban.
Le 17 Mars.
Je reviens, & trouve Madame affligée.
Elle avoit perdu au jeu tout ce que je lui
avois laiffé. Elle n'en veut pas convenir ,
& dit qu'elle a été volée . Je la conſole ,
& lui donne d'autre argent.
18. Des Créanciers de Madame , m'apportent
de longs Mémoires à payer. Elle
me prévient,fur les reproches que je pourrois
lui faire.
19. Le Chevalier, fait la partie de Madame
elle eft de belle humeur. Je me
trouve encore trop heureux.
20 MERCURE DE FRANCE.
20: Madame , part avec le Commandeur
, pour voir la Cour. Je lui donne
vingt florins du Rhin.
21. Je vais à la chaffe..
2.5. Je fais éfforiller un malfaîteur , par
Tes Officiers de ma haute Juftice.
26. Je fuis feul , paiſible , fans femme ,
& le plus heureux des mortels.
27. Madame revient , me careffe , me
jure qu'elle m'aime.
28. Madame grande , de ce que je
trouve mauvais qu'elle ait encore em
prunté à la Cour pour jouer.
29. Madame me cherche querelle. Je
lui céde. Elle reprend fon enjoûment.
30. Madame paffe une partie du jour
à l'Eglife.
31. Madame me fait de longues morales
; & veut que je porte un chapelet ,
des images & des reliques &c.
z Avril
La belle-mere revient. Joie entiere. De
là , nuages , de là tempête. Je lui montre
un mémoire de soo ducats , que Madame
a dépensé fans m'en avertir. J'ai
encore tort.
2. La mere de Madame , gronde & s'en
va. La fille pleure ; je ris.
3. Les Baladins, paffagers, nous diver
tiffent.
FEVRIER. 1768. 21
4. Sur un reproche fondé que je fais à
Madame, qu'elle me facrifie à ſa famille ;
pleurs , cris , menaces & c.
5. Grand repas donné à des Seigneurs
voifins . Les Baladins reftent .
6. Ordre , de fuivre le bon Duc à Jérufalem.
Pleurs , tendreffes de la part de
Madame. Je me réfous à partir.
7. On m'apporte différentes parties ;
montant à de groffes fommes , dont je
n'avois jamais eu connoiffance. Je gronde
Madame, fur fes diffipations fecrettes. On
ne me répond rien.
8. Je range mes affaires domeſtiques ;
je fais mon teftament.
9. Je donne à l'Eglife , ( à précaire )
une terre , avec les ferfs.
10. Je fais mes adieux , aux Seigneurs
mes voisins.
11. Je reçois les adieux de la belle
mere , du Recteur & du Commandeur.
12. Je mets Madame dans un Couvent
à Nanci.
13. Je parts pour Jérufalem , avec plu
fieurs de mes vaffaux.
Nota. Il y a ici quelques feuillets de
blanc ; le Journal enfuite recommence :
mais il eft impoffible de le lire , parce
que l'humidité a enlevé la fubftance de
PEcriture dans plufieurs endroits.
Je fuis &c.
LE M.A
22 MERCURE DE FRANCE.
OCCUPE CCUPÉ d'une Hiftoire , que fon devoir
lui rend intéreffante , M. de Saintfoix
femble avoir renoncé à donner des
Piéces de Théâtre. Nous lui en avons
demandé quelques-unes, qu'il a lûes à fes
amis, & qu'il néglige de faire repréfenter.
LES TROIS ESCLAVES ,
Comédie en trois Actes .
ACTEURS.
OSMIN.
FLORISE.
VALERE.
LEONOR.
ROSETTE.
FRONTIN.
La Scène eft à Smirne.
SCENE PREMIERE .
VALERE, FRONTIN.
ENFIN ,
VALERE.
NFIN , mon cher Frontin , j'ai le
plaifir de te revoir. Mais comme te voilà
pâle , défiguré , changé !
FRONTIN.
Parbleu , Monfieur , on le feroit à
moins .
FEVRIER. 1760 . 23
VALERE.
Tu as donc bien fouffert , mon ami ?
FRONTIN.
Si j'ai fouffert ! vous fçavez que le
Corfaire qui nous avoit pris , ne fut pas
plutôt arrrivé dans ce Port , qu'il nous
expofa en vente. Pour mon malheur
j'attirai les regards d'un maudit Marabou,
qui paffoit. Il s'approcha de moi , m'examina
les pieds , les mains , l'encolure ;
me fit marcher , trotter , courir ; &
m'ayant enfuite longtemps marchandé ,
m'acheta cent piaftres.
VALERE.
Oh , tu valois mieux !
FRONTIN.
Trève de complimens. Mon nouveau
de- patron , dès que je fus chez lui , me
manda ce que je fçavois faire. Je lui
répondis , que j'étois Valet - de - chambre
dans mon Pays ; & je lui en détaillai les
fonctions. Il me regarda brutalement . Je
me flattois qu'il me trouvoit très - inutile ,
& qu'il alloit me revendre : malheureufement
je ne lui parus que fainéant. Il me
fit conduire à une de fes maifons de cam24
MERCURE DE FRANCE.
pagne, où je fus employé aux travaux les
plus pénibles , me couchant tard , me
levant matin , mal nourri , nial vêtu , &
fréquemment røffé .
$
VALEREG DIK
Mon efclavage a été bien différent du
tien. Un jeune homme très riche , dont
le pere venoit de mourir , m'achèta ; &
dès que je fas feul avec lui , me parla
avec tant de douceur & de bonté , que
je ne cherchai point à dai cacher ma
naillance & ma fortune : Je lui avouai que
j'étois François , homme de condition ;
qu'après avoir vû l'Italie , je m'étois embarqué
à Gênes pour paffer en Espagne :
mais que le vaiffeau où j'étois , ayant été
jetté par un coup de vent fur les côtes
d'Afrique , nous y avions été attaqués &
pris. J'aime ceux de ta Nation , me répondit
- il ; & ton efclavage auprès de
moi ne fera pas rude. En effet , il y avoit
quatre ou cinq jours que j'étois chez lui ,
qu'il n'avoit pas encore exige de moi le
moindre fervice ; lorfqu'un foir , il me dit
de le fuivre. Après avoir traverfé plufieurs
rues , il s'arrêta devant une maifon
d'une affez belle apparence. A un fignal
qu'il fit , on ouvrit la fenêtre d'un balcon,
où il monta à l'aide d'une échelle de
corde ;
FEVRIER. 1760 ;
25
corde ; mais à peine étoit-il entré , que
j'entendis des cris ; je le vis defcendre
avec précipitation ; la porte de la rue
s'ouvrit ; trois hommes , le fabre à la
main, fondirent fur lui ; il les reçut avec
beaucoup de valeur ; & je le fecondai fi
heureufement, que deux tomberent à nos
pieds : le troifiéme prit bientôt la fuite.
Je ne fçaurois t'exprimer tous les fentimens
de reconnoiffance , d'eftime & d'a
mitié que lui a infpirés cette action ; où
après tout , je n'avois fait que mon devoir
. Dès ce moment , je ne fus plus fon
efclave , mais fon frere , fon plus intime
ami avec qui il veut partager fes richeffes
, qui font immenfes . Ce font des attentions
continuelles à me prévenir fur
tout ce que je puis defirer. Je lui marquai
, il y a quelques jours , que j'étois
inquiet du fort d'un domeftique , qui
avoit été pris avec moi : il ordonna , fur
le champ , qu'on tâchât de découvrir à
qui tu avois été vendu ; & qu'on te ra
chetât , à quelque prix que ce fût.
FRONTIN.
Ma foi , Monfieur , je ne me croirai
racheté , que lorsque je ferai hors de ce
maudit pays - ci ; je n'y marche qu'en
tremblant ; & mes épaules... puifque ce
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Turc eft fi généreux , preffes-le de nous
renvoyer en France.
VALER E.
Tu ne dois pas douter que je ne lui en
aye déjà parlé ; mais il m'a prié avec tant
d'inftances de refter encore quelque tems
avec lui , que je n'ai pas voulu trop infifter
, dans la crainte de paroître ingrat
& peu fenfible à fes bontés. Elles vont ,
te dis- je, au-delà de tout ce que tu peux
t'imaginer. Tu vois ces beaux jardins ,
cette maifon à la Porte de la Ville : il
l'a louée pour moi ; j'y fuis fervi comme
lui -même , avec une magnificence , une
profufion , ( en fouriant ) & j'ai compagnie.
FRONTIN.
Compagnie ? ...
VALERE,
Oui ! trois jeunes Efelaves fort jolies ,
qu'il fit acheter il y a quatre jours ; &
que l'on me préfenta de fa part,
FRNOTIN.
Oh cela s'appelle faire bien les choſes !
on n'a point de ces procédés- là en France;
& voilà, un honnête Turc ! Monfieur ,
des trois , n'y en a uroit- il pas une , dont
vous feriez déjà un peu dégoûté ?
FEVRIER. 1760 . 27:
VALERE.
J'entens... & les épaules ne te font
plus tant de mal ?
FRONTIN.
Ma foi , Monfieur , c'eft... qu'en vérité...
j'ai toujours beaucoup aimé les
femmes.
VALERE.
Et moi auffi . Mais tu devrois affez me
connoître, pour être perfuadé qu'avec les
habits du Pays , je n'en ai pas pris les
mours ; & que j'ai toujours la délicateffe
d'un François...
FRONTIN.
De la délicateffe quoi , vous vous
amufez à tâcher de gagner le coeur avant...
Ah ! fi j'étois à votre place...
VALERE.
Heureufement , pour ces trois jeunes
perfonnes , tu n'y es pas... Mais j'apperçois
Ofmin , ton libérateur & le mien. Jette
Toi à fes pieds , pour le remercier...
Bi
28 MERCURE DE FRANCE.
SCENE II.
VALERE. OSMIN. FRONTIN
OSMIN.
BONJOUR , mon cher Valere . (En regardant
Frontin , qui s'eft jetté à fes pieds . )
Ah! voilà apparemment ce domeftique ,
que vous fouhaitiez tant de retrouver ?
On m'a dit , ce matin , qu'on l'avoit racheté.
J'ai ordonné , tout de fuite , qu'on
vous l'amenât .
VALERE.
J'éprouve chaque jour , à chaque inf
tant , de nouveaux traits de votre bonté,
de votre générofité...
OSMIN, à Frontin.
Léve-toi , mon ami . Croyez, mon cher
Valere , que rien au monde ne m'eft plus
cher que le plaifir de vous obliger. J'ai eu
mille embarras , tous ces jours - ci ; je n'ai
pu venir vous voir. Eh bien , nos trois jeumes
efclaves ? comment va le petit ména
ge ? Se porte - ton bien ? Où en êtesvous
?
FEVRIER. 1760. 29
VALERE.
A ne fçavoir pas encore,pour laquelle
mon coeur fe déterminera .
OSMIN.
Vous les trouvez également aimables ?
VALERE.
Adorables , toutes les trois !
OSMIN, en l'embraſſant.
Que je vous embraffe , mon cher rival !
VALERE.
Votre rival?
OSMIN.
Oui.
VALERE.
Comment on m'avoit dit , que vous
me les donnîez ?
OSMIN.
Sans doute ! vous en êtes le maître ;
elles font à vous... comme fi vous les
aviez époufées. Mais , en vous les donnant
, je n'ai pas prétendu y renoncer :
au contraire , quand on les amena chez
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
moi ; j'eus le temps de les confidérer , à
travers une jaloufie , fans qu'elles me
viffent. Je les trouvai charmantes ! ..
VALERE.
Eh ! pourquoi donc , ne les gardiezvous
pas ?
OSMIN.
Ecoutez -moi , mon cher ami . A la
mort de mon pere , qui m'a laiffé la fortune
la plus brillante ; je penfai comme
tous les jeunes gens ; je n'imaginai rien
d'égal au plaifir d'avoir un ferrail . On
m'amena de tous côtés des objets raviſfans.
Mais croiriez- vous , que plus mon
tréfor augmentoit , & moins je m'en
fouciois ? Ces idées fi délicieufes , que je
m'étois faites d'avance , fembloient s'évanouir
au moment de la poffeffion. A la
vue de toutes ces beautés , que j'avois
tant defirées avant que de les avoir ;
j'avois beau me reprocher l'indolente
tranquillité de mon coeur : je ne pouvois
la vaincre . Je fentis que la liberté d'être
heureux , ôte le goût & l'empreffement
de le devenir ; & je ' réfolus de
n'avoir plus de femmes à moi
VALERE.
Parbleu , mon cher patron , je vous
FEVRIER. 1760. 3 ཝཱ
entends : il vous faut le piquant de l'intrigue
, un rival , des difficultés à furmonter
, des plaifirs dérobés , en un mot
des femmes aux autres ?
OS MIN.
Hélas oui & pour vous développer
toute la bifarrerie de mon coeur ; j'adore
ces trois jeunes perfonnes , depuis que je
vous les ai données ; je fuis fans ceffe
occupé d'elles & de leurs charmes...
VALERE.
Eh bien , reprenez- les.
OS MIN.
Mais fongez donc , que je ne m'en foucierois
plus , fi elles étoient à moi !
VALERE.
Que voulez -vous donc ?
OSMIN.
Que vous les gardiez ; que vous en
foyez poffeffeur ; qu'à chaque inftant du
jour , vous puiffiez les voir , leur parler ,
& être à portée d'employer tous les
moyens que vous croirez propres à vous
en faire aimer ; tandis que , par rufe &
fecrettemént , je tâcherai de m'introduire
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
auprès d'elles ; & de vous fupplanter dans
leur coeur.
VALERE.
Oh,volontiers ! je fuis François ; vous
piquez un peu trop mon amour- propre
& je fuis prefque auffi charmé que vous
d'avoir un rival...
La fuite pour le prochain Mercure.
LE VERITABLE AMOUR ,
EGLOGUE à Milady
MIRTIL, EGON..
QU'AS- TU ,
EGON.
'AS - TU , mon cher Mirtil ? Quoi, dans ces
champs heureux ,
Syrinx ne gémit plus fous tes doigts amoureux !
L'écho ne redit plus aux rives de la Seine
Ces galantes Chanſons , qu'elle oublie avec peine !
Mirtil , qui ne marchoit qu'entouré de bergers ,
Fuit leurs amuſemens, nos hameaux , nos vergers ?
Si quelque afyle encor en ces lieux peut te plaire,
C'eſt le bois le plus fombre & le plus folitaire .
Amarillis , Églé , demandent aux ruifſeaux ,
Si leurs yeux pour les tiens n'ont plus d'attraits
nouveaux ;.
FEVRIER, 1760. 33
Tu rejettes les fleurs dont leur main te couronné !
Mirtil , je l'avourai , ce changement m'étonne !
La trifteffe & l'ennui , ne font pas faits pour toi.
Ah berger ! ...
MIRTIL.
EGON. 1
Aurois- tu quelque fecret pour moi ?
MIRTIL.
Egon! ..
EGON.
Eh bien ?..
MIRTIL.
Egon ... j'aime ; & c'eft pour ma vie !
EGON.
Quoi ! voilà le fujet de ta mélancolie ?
Trouverois- tu l'Amour un mal fi dangereux ;
Toi , qui chantas fi bien ſes plaiſirs & fes feux >
Puiffes-tu le fentir , comme il eft dans mon âme !
Vai l'on n'eft point heureux,fans l'Amour & fa
flâme.
C'eft le Dieu des bergers ; il fe plaît dans nos
coeurs.
Nous aimons : que les Rois poffèdent les grane
deurs.
MIRTIL.
Qui j'aime ; & des bergers , je fuis le plus à plaindre.
EGON.
Qu'a donc enfin l'Amour,que Mirtil doive crain
dre 2
B ▼
34 MERCURE DE •
FRANCE.
1
MIRTIL.
Tout , fans doute ; des maux , plus cruels que
mort.
la
Que ne vient- elle , hélas ! finir mon trifte fort !...
Tu connois bien Ifmene
EGON.
Ifmene que Titire...
MIRTIL
Oui, cette Iſmene ... ô Dieux ! ... qu'un autre a feu
féduire...
Qui brule pour un autre , & fera fon bonheur...
Plains -moi ; plains mes tourmens.. je l'aime ,
avec fureur.
•
EGON.
Ah ! malheureux Mirtil.
MIRTIL.
Je fçais... que je m'égare
Je vois tous les malheurs que le fort me prépare :
Je fçais, que j'aurois pû toucher la jeune Ifbé .
Mais à fon afcendant , mon coeur a fuccombé.
Ifmene en eft l'arbitre , & le tyran fans doute.
Eh,peut- elle ignorer les maux qu'elle me coûte ?
Ne pas connoître enfin le pouvoir de fes yeux ?
Je lui fuis attaché , par d'invincibles noeuds :
Elle feule me guide ; elle feule m'entraîne :
Je l'adore, dans tout. Que dis- je ? j'aime Ifmène ,
Jufque dans mon rival ....
EGON.
Quel aveugle deſtin ,
A fait naître , Mirtil , cet amour dans ton ſein ?
FEVRIER. 1760 . 35
MIRTIL.
De myrthe couronné , couché fur la fougère ;
J'enſeignois aux bergers l'art d'aimer & de plaire.
Des peines de l'Amour , je me faifois un jeu ;
J'avois pour voltiger les aîles de ce Dieu .
Le premier dans nos champs , le premier dans
nos fêtes ,
Je comptois mes beaux jours par autant de Conquêtes.
Si l'Amour m'enchaînoit , c'étoit avec des fleurs :
Je fentois fes plaifirs ; je goûtois fes douceurs.
La Nature changeoit , je changeois avec elle ;
Et je cueillois toujours la roſe la plus belle.
J'imitois ce ruiffeau , dans fon cours incertain ,
Qui tantôt de nos prés va rafraîchir le fein ,
Et tantôt dans nos bois fe perd fous les ombrages;
Et revient careffer ces innocens rivages.
Charite , Amarillis , d'Orimene , Chloé ,
La fille d'Eurilas , & fa focur Aglaé ,
Tour-à-tour emportoient , fans fixer mon hom
mage ,
Les vains defirs d'un coeur né fenfible & volage.
J'étois heureux : Amour ! j'ignorois tes rigueurs:
Qu'ai-je dit ? J'ignorois tes plus chères faveurs.
Enfin , je vois Ilmene ; & je ne vois plus qu'elle ;
J'admire fon beau tein , dans la rofe nouvelle ;
J'admire fa blancheur , dans le lys argenté :
Cette onde, à mes regards , retrace La beauté.
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Dans le fouffle enchanteur de l'amoureux Zéphire,
C'eft Ifmene à longs traits que mon âme refpire.
Dans cet ormeau , qu'entoure un lierre conftant,
C'eſt Ifmene cent fois qu'embraffe ſon amant.
De fleurs de diamans , & de feux entourée ,
L'aurore , dans les champs , de la voute azurée ,
Revient- elle s'offrir à nos yeux fatisfaits :
Egon , c'eft ma bergère , avec tous les attraits !
Cet amour , chaque inftant , croît , & fe fortifie ;
Ifmene me devient une nouvelle vie :
Plus fortuné qu'un Roi , de careffer fon chien ;
D'égarer quelquefois mon troupeau près du fien;
De partager enfin fa douce rêverie ;
Je la fuis en tous lieux , au bois , à la prairie.
Ne puis-je voir les yeux , fes charmes fi puillans
De fa flatteufe voix j'entends les doux accens.
Ne puis-je m'enivrer du plaifir de l'entendre ?
Le plaifir d'y penfer, remplit mon ame tendre.
Au gafon où les pas , où fa robe a touché ,
A tout ce qui lui plaît mon coeur reſte attaché.
Je baile mille fois , contre mon fein je preffe
Le bouquet qui para le fein de ma Déeſſe :
Car j'aime dans lfinene une Divinité ! ..
Dieux avec quels tranfports , & quelle volupté,
J'ai couru me plonger dans l'heureuſe fontaine,
Qui dans les eaux reçut l'Amour avec Ifmene !
Afon nom feul,fuyoient, ou s'irritoient mes maux
Que j'ai dit , en gravant fur nos jeunes ormeaux
FEVRIER. 1760.
3.7
Cenom , dont cent › baifers accompagnoient la
trace :
» O nom de ma bergere ! ou plutôt d'une Grace ,
Qu'avec plaifir mes mains , fur l'écorce ont
» gravé ,
» Et qui t'embelliras par les temps confervé !
» Dans mon fenfible coeur ! Nom charmant, quet
» j'adore ,
» L'Amour , le tendre Amour , t'a gravé mieux
> encore !
A ma fidelle ardeur , rien n'étoit échappé…….
Moi , qui de près ai vu , fans en être frappé ,
La Cour & fon éclat , la grandeur fouveraine ;
Ce n'étoit qu'en tremblant que j'approchois
d'Ifmene
Je onlois lui parler , lui peindre mon ardeur ;
Et ma voix retournoit dans le fond de mon coeur..
D'un regard , je voulois de mon ſecret l'inſtruire 3
Ermes regards mouroient, fans ofer lui rien dire,
Je craignois de laiffer échapper mes foupirs :
A peine même ofois-je écouter mes defirs.
Cruel effet , hélas , d'un amour véritable !
Enfin, j'allois me rendre indifcret & coupable s
Faire éclater , un feu , trop longtemps renfermé
Quand j'apprends,que Titire eft d'Ifmene charmé.
Qu'elle l'aime à fon tour ; que bientôt l'hyménée,
A mon heureux rival unit fa deſtinée ;
Que cenceud fi fatal, eft près d'ètre formé !...
38 MERCURE DE FRANCE
EGON.
Quel eft donc ton eſpoir ?
MIRTIL.
D'aimer.
EGON.
Sans être aimé ?
MIRTIL.
Je l'aimerai du moins ! je trouverai des charmes,
A me plaindre , à gémir , à répandre des larmes
Je chérirai des maux, dont Ifmene eſt l'objet !
Content de l'adorer , de bruler en ſecret ;
De répéter fon nom dans le fond de mon âme ;
Je fçaurai me nourrir de l'excès de ma flâme.
L'Amour a des plaifirs jufque dans fes tourmens :
Son feu m'animera jufqu'au dernier moment.
J'aime Ifinene aujourd'hui , dirai- je , à chaque
>> aurore :
» Demain, mon tendre coeur l'aimera plus encore.
Je reverrai ces lieux , où j'ai fubi fes loix ,
Où j'ai connu l'Amour , pour la premiere fois.
Egon j'irai rêver fous le même feuillage ,
Où quelquefois Ilmene a cherché de l'ombrage.
Je me dirai: c'eſt là ! qu'un fortuné repos ,
Sur les yeux que j'adore épancha fes pavots ,
Tandis que je veillois accablé de ma peine ;
Que... j'étois trop heureux ! je m'occupois d'Ifmerre.
C'est ici , que l'Amour , en papillon changé ,
FÉVRIER . 1760. 39
Autour de ma bergère a vingt fois voltigé.
Là, d'une fimple Abeille , empruntant la figure ,
Il effleura fon doigt d'une foible piquure ;
Bleffure bien légère , au prix de ces douleurs
Que me font éprouver Ilmene , & fes rigueurs.
Bleffure cependant qui me faifit de crainte,
Et porta dans mon coeur une mortelle atteinte.
Que ces bords , attendris , m'entendront répéter
Cet air , qu'elle a daigné tout entier écouter !
Mes pleurs arroferont les fleurs qu'elle préfère ;
La brebis qu'elle aimoir , me fera la plus chère.
Ifmene hait Paris ; Paris m'eſt odieux :
Imene aime les champs ; ils font pour moi les
Cieux.
Mes pas fe fixeront fur fa trace légère .
"Mes pas ? ah ! qu'ai- je dit ? mon âme route entière .
Je préviendrai les fiens ; j'irai fur fon chemin ,
Semer le lys , l'oeillet , la rofe , à pleine main .
A de femblables traits , elle dira peut -être ,
Mirtil , qui m'aime tant , étoit digne de l'être.
J'oferai , fous le nom de Flore ou de Vénus ,
Lui dreffer un autel , paré de més tributs
Enrichi chaque jour de nouvelles guirlandes ,
Mes moutons les plus beaux lui ferviront d'offrandes.
Je lui facrifierois , fans peine , mon troupeau :
N'euffé je pour tout bien qu'un malheureux
·
agneau ,
Qu'une colombe chère, & dans mon fein nourrie;
40 MERCURE DE FRANCE..
Pour la divine Ifinene , elle perdroit la vie.....
Eh , qu'eft de non troupean l'hommage pent
brillant?
*
Que font tous les tributs , pour un fidèle amant,
Qui donneroit fon coeur , la vie, & plus encore ,
S'il pouvoit donner plus à l'objet qu'il adore?
Egon ! au joug d'Ifmene à jamais enchaîné ,
Aux pieds de cet autel , foumis & profterné ;
Avec tout mon amour , je redirai -fans ceffe ,
Imene ! de mes voeux la fuprême maîtreſſe,
Qui me rendez fi chers les maux que je reffens
Ifmene ! avec les Dieux partagez nion encens.
Permettez , qu'en fecret, votre amant vous adore :
Fermettez,qu'en fecret, votre amant vous implore :
Vivez : d'un autre , hélas ! récompenſez la foi ;
Et que vos cruautés , Ifmene , foient pour moi.
Eh bien, mon cher Egon , penfes-tu que Titire
Fuiffe fentir jamais cette ardeur qui m'inſpire ?
Ses feux fe nourriront des plus douces faveurs :
Les miens vivront d'ennui , d'amertume , & de
pleurs.
Le temps... Des moindres voeux ma tendreſſe
s'offenfe...
Oui ! je m'interdis tout , jufques à l'efpérance ;
Je veux t'apprendre enfin , qu'un véritable amour,
Peut bruler , fans efpoir , ainfi que fans retour.
Jeune Beauté, nourrie au bord de la Tamiley
FEVRIER. 1760. 41
Vous , dont Paris encor n'a pas gâté le coeur ;
Vous , qui de vos climats conſervez la franchiſe ,
La fimplicité , la candeur !
Vous enfin, qui l'amour,l'honneur de la Nature ,
Bergère dans les Cours , & Déeſſe à mes yeux ,
Dans un Pays trop dangereux ,
Où tout refpire l'impoſture ,
Ofez aimer Euterpe , & fes chants ingénus ,
Les combats des Bergers , leurs plaiſirs , leurs vertus;
Accordez à mes vers un regard favorable !
Le fentiment , fous les traits les plus doux ,
Y peignit l'Amour véritable :
L'hommage , n'étoit dû qu'à vous !
L'Eclogue , quelquefois , rivale de la Fable,
Sans altérer la vérité ,
A fes champêtres fleurs , à la naïveté
De l'Art flatteur , & du Menfonge aimable ,
Mêle l'étrangère beauté.
Aux charmes , aux rigueurs d'Iſmene ,
Que le fidéle Amour ne fçauroit attendrir ,
Et qu'un autre penchant entraîne ;
Si vous daignez un moment réfléchir :
Vous pourrez deviner , fans peine ,
Quel portrait , dans Mirtil , j'ai voulu vous offrir
Par M. D'ARNAUD , Confeiller
d'Ambaffade de S. M. le Roi de Pologne ,
Électeur de Saxe..
42 MERCURE DE FRANCE
J.
VERS , faits à l'iffue du Spectacle ;
pour Mile Clairon , jouant le rôle de
Didon.
NON
1
ON , je n'en rougis point ; j'ai vû couler mes
larmes ! ...
Que mon ame eft troublée , ô , divine Clairon !
Attendri, par ton art , entraîné par tes charmes ;
Je partage ton feu : je meurs avec Didon .
Je vois , avec mépris , fuir ce Héros perfide ,
Parjure par devoir , qu'un phantome intimide.
Pour un amant épris d'une auffi belle ardeur ,
Tous les Dieux font muéts : fon oracle , eft fon
coeur...
Dans ces tranfports , que tu fais naître
Clairon ! j'ofe t'offrir un téméraire encens.
Pardonne ! je t'adore ; & ne fuis point le maître,
De renfermer ce que je fens.
Jaloux de leur grandeur , jaloux de notre hom
mage,
Les Dieux, d'un oeil égal, fouffrent fur leurs autels
Des offrandes des Rois le fuperbe étalage ,
Et les dons toujours purs des plus fimples mortels.
Par M. D ****.
FEVRIER. 1780. 43
VERS , de Mlle Suzette , de la Comédie
Italienne , à Mlle Catinon , fa foeur ;
le jour de fa fête.
DES Amar Es amans , fixés dans vos chaines
Rejettez les voeux affidus :
Par mille rigueurs inhumaines ,
Rendez tous leurs foins fuperflus.
J'y confens , puifqu'à ce fyftême ,
Vous attachez votre bonheur :
Pourvu qu'une foeur , qui vous aime ,
N'éprouve point votre froideur ;
Et que , fenfible à fa tendreffe ,
L'amitié profite toujours
Des tributs , que votre ſageffe
Ofe refufer aux Amours .
VERS, de Mlle Catinon , à Madame Deheffe
, fa coufine ; le jour defa fête.
OUVENT les fleurs , qu'amour moiffonne,
Deviennent des fers dangereux.
Mais celles que l'amitié donne ,
Ne forment que d'aimables noeuds.
44 MERCURE DE FRANCE.
La durée en eft éternelle ;
Leur éclat n'eſt jamais trompeur.
Elles font l'image fidelle ,
Des voeur que vous offre mon coeur.
" LETTRE , à Madame PoUPONNE
DE MOLAC , DE L'ESTIVAL.
J'A1 traduit , Madame , & abrégé votre
Anecdote Provençale. Si je n'ofe efpérer
de jamais bien parler ce langage léger ,
auquel vous prêtez tant d'agrémens ; vous
conviendrez que je l'entends. Je lui donnerois
prèfque la préférence fur l'Italien ,
par la douceur de fes fons & la variété
de fes images ; furtout lorfque votre
bouche l'anime , & que vos grâces l'embéliffent.
Envoyez- moi l'hiftoire des cent
quarre Amans d'Efclarmonde : je retrancherai
, j'ajouterai , comme j'ai fait à celle-
ci . Cette Anecdote, du vieux tems , d'une
femme laide , minaudière , & jalouſe de
faire des paffions , doit être intéreffante ;
& peut-être bien des traits ne feront pas
perdus pour notre fiecle.
FEVRIER. 1760.
45
ANECDOTE PROVENÇA LE.
Le bel Fringaïre.
af
DANS les tems de Chevalerie, des grands
fentimens de galanterie romanefque , où
la Cour d'Amour fubfiftoit en Provence
, où le Parlement d'Amour y donnoit
des Arrêts , où l'on traitoit avec un efprit
fubtil , & des cérémonies myftérieufes ,
tout ce qui a rapport à cette paffion , où
l'on s'occupoit de mots tendres & doucereux,
des faveurs plus ou moins flatteufes
de fa Dame , où le fond des paffions ,
& furtout de la galanterie , étoit le même
qu'aujourd'hui , parce qu'il eft égal dans
tous les temps, que ce n'eft jamais que la
forme qui change; & que le penchant à la
tendreffe étant dans tous les coeurs , il ne
fçauroit changer : dans ces tems, dis- je, les
Troubadours , cette Nation de Poëtes gålans,
étoient fouhaités & reçus à la Ville &
dans les Cours. Ils en faifoient les délices
; & beaucoup de Seigneurs fe faifoient
Troubadours . Les Rois même , mêloient
quelques vers à leurs chanfons . Ce n'étoit
pas alors un médiocre talent pour
faire fortune , que d'avoir du goût pour
la Poefie , de compofer quelques Pièces
galantes , de les animer avec grâce par
46 MERCURE DE FRANCE.
une voix agréable.Tout cela étoit néceffaire,
pour former un excellent Troubadour.
A l'exemple d'Homere, ils alloient , la
lyre en main, accompagnant leurs chanfons.
Mais ce dernier , nous dit l'Hiftoire ,
avoit peine à vivre en chantant fes fublimes
vers ; & nos Troubadours faifoient
fortune par des chanfons qui n'avoient
que du naturel , de la naïveté , & quelquefois
du fel & de la fatyre.
Savari de Mauléon , grand Seigneur du
Poitou , & Troubadour diftingué , étoit
allé à la Cour du Comte de Provence ,
où ce genre de Poëfie avoit pris naiffance;
& où ceux qui y réuffiffoient, étoient bien
accueillis. Il ne voulut s'y diftinguer , que
par fon efprit & fa galanterie. Il cacha
fon nom. Il prit celui de Fringaïre , qui ,
dans cette langue , ne fignifie qu'Amant ;
& on y ajouta l'épithète de bel. Ainfi ,
il n'y fut connu , que fous le nom du
bel Fringaïre.
Le Comte de Provence l'aima ; & le
protégea , d'une façon particulière. Il
n'étoit Dame, à la Cour, qui ne voulût en
être chantée , & qui n'eût fouhaité de fe
l'attacher. Les Troubadours , avoient des
droits finguliers auprès des Dames ; &
les Poëtes, d'alors , alloient par ce chemin
à a faveur des Princes , de la fortune , &
FEVRIER . 1760 . 47
des Belles. Que les temps font changés !
Le bel Fringaïre , avoit , outre fa délicateffe
d'efprit , la voix harmonieufe , la
figure revenante & agréable , le tein bazané
, les cheveux noirs , les épaules
larges , & l'air robufte . Tout cet accefloire,
du bel Fringaïre , ne diminuoit rien
fans doute aux droits du Troubadour, auprès
des femmes .
Il chanta la Comteffe de Provence : Il
parla plufieurs fois , à la Cour d'Amour ;
il s'y fit admirer ; & on lui en offrit lest
premieres places . Elles étoient auffi lucratives
qu'honorables. Il refufa tout , en
difant qué la libertat eft lou cap d'el Troubadour
, & lou fervaïge de fa dame lou
fan bonhou del Fringaïre. Il ne vouloit
entendre parler d'aucun autre lien. Ce
défintérellement , fit foupçonner fa haute
naiſſance, On ſe difoit , tout bas , qu'il
étoit fils de Roi , ou de Prince ; qu'il n'étoit
Troubadour , que pour fon plaifir
& pour celui des Dames ; qu'il n'en cherchoit
qu'une, qui lui plût affez pour qu'il
fe fit connoître. Sa réputation s'en açcrut.
Ses vers , en parurent meilleurs ;
& le bel Fringaïre eut pour rivaux
tous les Troubadours , qui dépriférent
fes ouvrages ; & toutes les Belles chercherent
à le fixer. Celles qu'il chantoit
de préférence , devinrent ennemies. La
48 MERCURE DE FRANCE.
Cour d'Amour , fut divifée ; fon Parlement
, plein de factions . Les Arrêts , ne fe
rendoient plus d'une voix unanime . Toutes
les femmes , car elles y fiégeoient, fe
déclaroient toujours de fon avis. On dit
même , qu'il abufa de fa faveur ; qu'il fit
donner des déciſions , dont il fe moquoit
enfuite ce qui eft difficile à croire, d'un
fi loyal Chevalier & fi brave Troubadour.
Il vit Marie de Sicile , fille de Robert
, furnommé le Bon & Sage , qui
étoit alors Comte de Provence. Il la vit ;
il l'aima. Il auroit voulu le lui dire ; mais
la tante de cette Princeffe , Efclarmonde
de Foix , ( qui étendoit fort loin les droits
de protection qu'elle accordoit au bel
Fringaïre ) y mit fans ceffe des obſtacles .
Il en étoit défefpéré. Marie, entroit dans la
fleur de fon âge : elle avoit une taille admirable
, de grands yeux bleus, des traits
délicats , une bouche charmante, de belles
dents , un tein de rofe , des cheveux
blonds cendrés , qu'elle portoit toujours
flottans : ce qui lui alloit fi bien, que toutes
les Dames l'imiterent ; & pour la plupart,
fe rendirent ridicules : le pied, d'une
petitefle & d'un agrément extraordinaire.
Enfin , Marie de Sicile , étoit une Princeſſe
parfaite,& fon efprit répondoit à fa beauté.
Elle cut place à la Cour d'Amour ; &
perfonne
FEVRIER. 160.
49
perfonne ne ſourioit & n'applaudiffoit fi
à propos, à ce qui s'y difoit de délicat.
Le bel Fringaire foutint plufieurs thèſes
fingulières pour lui plaire. Il prétendit ,
qu'un petit pied , étoit l'agrément le plus
touchant d'une Belle ; que les blondes ,
l'emportoient de beaucoup fur les brunes
; que les yeux noirs,annonçoient toujours
de la dureté , & caractériſoient l'inconftance
; que les cheveux flottans, coëffoient
mieux que les diamans , les perles
& les pierreries.Il défend tous ces points,
avec des raifons plaufibles, ingénieufes, &
des applicatons toujours aifées à faire.
C'eft grand dommage , que nous ayons
perdu la plupart de ces rares pièces ! Il
étoit infpiré par l'Amour , excité par
defir de plaire ; quels avantages n'avoit-il
pas fur fes rivaux ? Ses vers , & fes thèses ,
firent tout découvrir.
le
Le Comte Robert , gronda. Il vouloit
renvoyer le bel Fringaïre. Efclarmonde
éclata ; & vouloit forcer le Comte à faire
arrêter le Troubadour. Peu s'en fallut
qu'on ne le fit juger par un autre Cour ,
que celle d'Amour.
>
Efclarmonde , n'avoit pû fe fâcher de
ce que le Troubadour avoit donné la préférence
aux yeux bleus , parce qu'elle ne
les avoit d'aucune couleur . Elle avoit cru
C
So MERCURE DE FRANCE.
néanmoins, que c'étoit de fes yeux dent il
avoit voulu parler. Elle avoit la
peau livide,
& tannée ; les pieds petits , à la vérité,
mais formés en boule , & dont l'épaiffeur
égaloit l'étendue : Elle avoit pourtant encore
pris pour elle l'éloge du petit pied.
Elle avoit le fon de voix rauque ; mais la
parole douce & le ton gracieux. Aufſi
chantoit-elle rarement , & fe contentoit
de déclamer fes Poëfies : car elle vouloit
être belle & fpirituelle. Le Troubadour ,
informé de la colère du Comte ; & ne
craignant rien tant que d'être obligé de
s'éloigner de la Princeffe Marie , alla voir
Efclarmonde , dont il connoiffoit tout le
crédit.
La préſence du bel Fringaïre , la tranſporta
de joie ; elle éffaya de le fixer , par
de nouveaux préfens. Elle fit venir une
coupe d'or , où étoient cifelées les amours
de Titon & de l'Aurore. Mais fa niéce arrivant
, dans l'inſtant qu'Efclarmonde préfentoit
la coupe au Troubadour : la tante
fe trouble; la coupe lui échappe : la niéce
& le Troubadour s'empreffent pour la
ramaffer ; & la main de Marie de Sicile, le
trouve fur celle du bel Fringaïre ! On
ignore encore , fi ce fut à deffein : La vérité
de ce point de fait , eft encore perdüe
dans l'obſcurité des temps . Mais ce
que l'Hiftoire nous a confervé ; c'eſt que
FEVRIER . 1760 .
le
Troubadour , plus
amoureux que prudent
, fortit
enchanté de cette
vifite ; &
qu'auffitôt, il alla faire une
tençon * , (comme
on difoit alors, ) où il
demande , quel
eft le plus
favorifé de trois
Amans , dont
l'un avoit reçu un regard
favorable de
fa Dame ; l'autre , dont elle avoit ferré
la main ; le
troisième , à qui elle avoit
preffé le pied? Voilà où nos
devanciers
bornoient
leur
Métaphyfique , plus ridicule
peut - être , mais moins
dangereufe
que la nôtre. Cette
dernière
avanture
étoit
arrivée au bel
Fringaïre , dans un
des
grands jours de la Cour
d'Amour :
Marie de Sicile, en
paffant pour fe placer
fur le
Tribunal , avoit
marché fur le pied
du
Troubadour , avec
quelque
affectation
: tout le
monde s'en étoit
apperçu ;
& il avoit
même
porté
longtemps fur
e pied , un ruban lilas , couleur
favorite
de la Princeffſe.
Il balança le mérite des deux dernières
faveurs , avec une efpèce d'indéciion.
Ce qui eft récent , eft ce qui touche
lavantage: il ſe détermina pour le dernier
parti . Et , finiffoit , par dire , que tout l'or
lu Pactole & les richeffes de l'Inde , tou-
Choient bien moins fon coeur , qu'une faweur
de cette eſpèce. Les Suivantes d'Ef
* Pièce de vers , ainfi appellée.
C ij
52 MERCURE DE FRANCE
clarmonde , jaloufes de Marie de Sicile ,
parce qu'elle étoit jeune , & qu'elles ne
l'étoient plus , lui firent remarquer cette
démarche de fa niéce. On en parla. La
tençon nouvelle , écrite avec l'art que
poffédoit le bel Fringaïre , rendit la choſe
publique. Efclarmonde ne put plus diffimuler.
Elle éclata de nouveau ; & le
Troubadour fut trop heureux de n'être
contraint qu'à s'éloigner. Il quitta la
Cour de Provence ; & fe rendit à celle de
France. Il y étoit dejà , parmi les Grands
& les beaux-efprits , dans un haut degré
d'eftime. La crainte de fon pere, le forçoit
à taire fon nom. Il n'aimoit que les vers
& la galanterie ; & le pere n'avoit de
goût que pour les grands feftins , les chevaux
& la chaffe. Če pere mourut , bleſſe
par unSanglier. Savari de Mauléon pleura
fa mort , & ne cacha plus fon nom.
Il ne fut pas plutôt connu , que toutes
les Dames prétendirent à fon coeur & à
fon alliance. Il déclara, alors, fa paffion
pour Marie de Sicile; & fe hâta de retour
ner à la Cour de Provence. Efclarmonde
étoit morte ; mais il trouva la Princeffe,
fa niéce, attachée au fameux Bocace , Flo
rentin , Celui - ci chantoit auffi- bien queSa
vari , & il étoit plus jeune. Elle ne rejetta
point les Chanfons du Fringaïre ; mais
FEVRIER 1760. 53
elle s'en tint à fon nouvel amant. Savari,
défefpéré, fe retira dans fes Terres ; & n'y
fit plus que des vers langoureux , jufqu'en
1382 , que la malheureufe Marie de
Sicile , foupçonnée d'avoir été complice
de la mort d'André de Hongrie , Roi de
Naples , eut la tête tranchée. Savari de
Mauléon , ou le bel Fringaïre , en mourut
de douleur ; & fut pleuré de tous fes
vaffaux , qu'il avoit comblé des bienfaits .
Par le Montagnard des Pyrenées.
EPITR E ,
A M. le Comte de LAVAUGUYON,
Gouverneur de Mgr le Duc de Bourgogne.
Tor , qu'appelle la France an 'plus grand des
emplois ,
Et qui,pour fon bonheur, doit lui former des Rois !
Souffre, qu'à tes vertus,rendant un jufte hommage,
Aujourd'hui d'Apollon j'emprunte le langage.
Je voulois , en ces vers, crayonner le tableau
Des fublimes talens dont le Ciel te couronne :
Mais de l'éclat qui t'environne ,
Mon Appollon frappé , m'arrache le pinceau.
Je n'afpirois qu'à peindre un Héros qu'on révère
C iij
34 MERCURE DE FRANCE
Dont l'aimable fimplicité ,
Offre de la candeur le facré caractère ;
Un ami de la vérité,
Guerrier & vertueux , Courtiſan , mais fincère
Par le mérite feul aux honneurs parvenu :
Chacun , à ce portrait , t'eût ſoudain reconnu !
Des dangers de la Cour, préfervant ta jeuneſſe,
Sans doute avec plus de talens ,
Tu fçais de Montaufier retracer la ſageffe.
En butte aux écueils différens ,
D'une mer fertile en naufrages ,
Tu fembles te jouer , au milieu des orages ,
Qu'affemble autour de toi l'iniquité des temps.
Le Ciel , t'accordant l'art de plaire ,
Le defir des vertus , ces fentimens humains,
Dont l'affemblage heureux orne ton caractère ,
T'avoit fait pour former celui des Souverains :
Un Prince juſte & magnanime ,
Pour couronner en toi les vertus qu'il eſtime ,
De fon augufte Fils t'a commis les deſtins.
C'eſt à cet art de plaire , autant qu'à ta naiſſance
Que tu dois le dépôt facré ,
Qu'un Roi, de fes Sujets juftement adoré ,
A daigné confier à ta rare prudence.
Choix jufte , mais peut- être encor plus glorieux ,
Et mérité par ta ſageſſe !
D'un Prince , iffu d'un fang fertile en demi-Dieux,
Tes mains vont former la jeuneffe :
FEVRIER . 1760 .
En lui montrant la route où marchoient fes
ayeux,
Tu l'inſtruiras dans l'art de régner fans foibletle,
Tu vas bientôt , nouveau Burrhus ,
Aidé d'un naturel , qui l'écarte du crime ,
Cultiver par tes foins le germe des vertus
Que le Ciel a placé dans fon âme fublime.
Par des fentiers, tracés for l'équité des Loix ,
Ta fageffe fçaura l'éloigner de l'abîme ,
Où les lâches flatteurs précipitent les Rois.
Docile à la voix qui l'infpire ,
Ce Prince nous promet, un jour, par fes bienfaits ,
Un Maître à l'Univers , un Pére à cet Empire,
Et l'on verra régner l'abondance & la paix :
Terme, où tendent tous les projets
D'un Roi , dont le coeur la defire ,
Pour le bonheur de fes Sujets !
Pourfuis ! & pour fervir & l'État &tes Maîtres
Volant à l'Immortalité ,
Lavauguyon ! fuis toujours les pas de tes ancêtres ;
Sois l'exemple & l'amour de la poſtérité .
Par M. DE GUENET , de Toul.
A Madame la Comteffe D'EGMONT ;
SEROIT-CE
au Bal.
BROIT-CE Hébé ? Seroit- ce Flore ,
Dont l'éclat embellit ces lieux ?
A fa danfe , c'eft Terpficore ;
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
A fa taille , à fon port , c'eft la Reine des Dieux.
Ciel ,que d'appas ! rien ne l'éfface.
Mais, c'eft de Richelieu qu'elle a reçû le jour
Et le Favori de l'Amour,
Ne pouvoit former qu'une Grâce.
Par M. B***
VERS ,
Madame DE LA P*** ; pour fa fête
NONON , l'âme & le corps ne font pas
Une feule & même fubftance :
Le corps , fujet à la diſtance ,
Ne peut changer que , pas à pas
La prifon de fon exiſtence.
L'âme vôle , & , fans réfiſtance ,
Franchit d'un élan vingt climats.
Elle eft, où le defir l'appelle : ~
L'Univers , n'eft qu'un point pour elle
Ainfi , loin des lieux pleins d'appas ,,
Où l'amitié pure & divine
Brûle fes parfums délicats :
Qu, d'une voix tendre & badine ,
Le coeur anime les éclats ;
Où le fentiment imagine
Des jeux , où lui-même il domine,
Les feuls plaifirs dont tu fais cas ;
FEVRIER. 1760 . $7
Loin de ces lieux fi pleins d'appas ,
Dont la fageffe eft l'héroïne ;
Où la Vertu tient les états ;
Mais trop près d'un féjour , hélas !
Où la politeffe affaffine
Sur les coeurs répand ſon verglas ;
Où les amis , à la fourdine,
A leurs amis tendent des lacs ;
Où , d'une bouche pateline ,
La fourbe diftile , tout bas ,
Les noirs poifons qu'elle rafine.. >
Près de ce féjour des ingrats ,
Le fort enchaîne ma machine :
Mais mon corps , fût-il à la Chine ,
Mon âme feroit dans tes bras !
L'ORIGINE DE LA SAIGNÉE.
IDYLE , à Madlle de GR. ** ( a )
V.
ous , qui fçavez unir , à la hauteur du rang ,
Les talens de Zeuxis , d'Orphée, & d'Euphrofine ,
Rivale de Minerve ! écoutez l'origine
D'un Art , qui fait couler une liqueur divine ,
( a ) Mlle de Gr ** , pendant fon féjour à Perpignan ,
a appris l'opération la plus ufitée , & la plus délicate de
Ja Chirurgie; & a faigné avec fuccès , dans cette Ville ,
plufieurs pauvres malades.
Cy
58 MERCURE DE FRANCE.
Qu'Eſculape , & fes Fils , ont appellé le Sang.
L'Amour , ce Dieu charmant , qu'on adore à
Cythere ,
Revenoit de Memphis , pour aller voir fa Mere.
Sur fes pas folâtroient les jeux & les plaifirs ,
Qu'une chaîne de fleurs attachoit aux defirs .
Qu'apperçoit- il ? ôCiel ! la Déeffe couchée. ..
Triftement , fur un bras , fa tête étoit penchée:
Ses charmes , par les Dieux , tant de fois adorés ,
D'une vive rougeur fe trouvoient colorés.
Ses yeux étincellans , d'une fubtile flâme ,
Annonçoient les chagrias qui déchiroient fon âme.
Ah ! mon Fils , dit Vénus , étouffez cette ardeur ,
Que l'abfence de Mars allume dans mon coeur...
Pour calmer , de ces feux , les vives étincelles ,
L'Amour agitoit l'air en agitant fes aîles.
Zéphire , s'empreffoit pour calmer fon tourment.
Mais , aux maux de Vénus , foible foulagement !
» Attendez ! dit l'Amour , j'y vois un fûr remède :
> Je me fais Médecin : qu'à mon fçavoir tout cède ..
>>Un jour je traverfois d'un vol impétueux
Ces plaines qu'enrichit le Nil majestueux ;
>>Un Monftre (a) fort du fleuve, & paroît fur la rive,
(b) L'Hyppopotame a donné l'idée de la Saignée . Sa
graiffe , & Pabondance extraordinaire de fon fang , le
rendent fort fujet à l'apoplexie . Aufli , lorfque cet ani
mal fe fent plethorique , il s'ouvre une veine avec la
pointe d'un rofeau récemment coupé ; & lorfqu'il s'eft
tire affez de fang , il fe couche dans la fange pour en
fermer l'ouverture. PLIN. Hift . Nat. Liv. VIII . Chapa
26. Labate
FEVRIER. 1760 . 59
Je fufpens dans les airs ma courſe fugitive...
» J'apperçois l'animal , l'oeil morne & languiffant,
Chercher d'un vieux roſeau le tronc le plus perçant :
>> Pour conferver les jours , inftruit par la nature, (b)
» Il fe fait dans le corps une utile bleſſure ;
» Laiffe couler fon fang, qui , par la quantité,
» Dérangeoit l'équilibre , appui de la fanté ;
» Puis , avec le limon , il défend la fortie
>> Du fluide qui meut les refforts de la vie ...
Effayons , dit l'Amour , un fecours fi puiffant:
Vénus , de votre mal il fera triomphant.
La Déeſſe fourit : le fils de Cythérée ,
Tire de fon carquois une flêche acérée ,
Roule de fon bandeau le bras qu'il veut piquer ,
Tâte légèrement l'endroit qu'il doit percer :
Il pique ; puis , levant l'inftrument falutaire,
Il voit jaillir le fang de fon aimable mere.
Dans un vafe , formé d'un précieux métal ,
La liqueur fe changeoit en Rofes , en Coral.
Cupidon eft furpris de la métamorphofe !
(c) Il y a une certaine thérapeutique , naturelle aux
animaux , & aux hommes. Le Chien , pour fe purger ,
fans être Botanifte , mange le gramen. Les Chevres , étant
en furie , fe guériffent par l'hellébore : ce qu'ayant pbfervé
Melampe , il en fit prendre avec fuccès à des Prin
ceffes Maniaques. Un oifeau , connu en Egypte fous le
nom d'Ibis , c'est- à - dire , bête qui mange les Serpens ,
lorfqu'il fe fent conftipé , s'introduit , par le moyen de
fon bec , de l'eau dans fes inteftins. C'eft ce qui a donné
aux hommes l'idée des lavemens. Enfin , les enfans ,
pour abforber les acides lorsqu'ils prédominent dans leur
eftomach , mangent de la terre,
C vj
60 MERCURE DE FRANCE
Et foudain , pour Pfiché, ce Dieu prend une Rofe....
Quel prodige, grands Dieux ! la Reine de Paphos,
Dans l'inftant, voit calmer fes feux avec ſes maux. (d)
Alors , pour arrêter la fource de la vie,
L'Amour prend de ſon aîle une plume choiſie ;
Sur le mal qu'il a fait, l'applique adroitement ;
Avec fon doigt léger, la retient un moment ;
Et prenant , de Cypris , la brillante Ceinture ,.
Entortille le bras , réunit l'ouverture.
✪ , mon fils ! ( dit Vénus ) inſtruiſez les humains
Du reméde nouveau qu'ont exercé vos mains ! :
Partez ; allez apprendre au favant Podalyre , (e}}
Ce fecret merveilleux que votre mere admire..
Par M. A ***, Correfpondant de la:
Société Royale des Sciences de Montpellier..
(d) Les forces des liquidés, étant comme les produits
de leur maffe , par les quarrés de leur vîteffe ; la faignée ;
en diminuant la quantité du fang , en tempère le mous
vements & devient par là rafraîchiffante : & comme la
fièvre confifte , prèfque toujours , dans le mouvement
accéleré de ce . liquide , la faignée peut guérir la pre
mière en fufpendant le mouvement de ce dernier ; c'eft
ce qu'a vû Galien , lorsqu'il s'écria , en parlant de la Saignée
: 0 , homo : febrem jugulaſti .
(e ) Podalyre, eft le premier qui ait pratiqué là Sai
gnée chez les hommes par laquelle il fauva la fille da
Roi Damoëthe , du péril dans lequel l'avoit mife une
chute funefte. Stephan. Byfantin.
FEVRIER. 1760. Gr
LES REGRETS. *
AIR, des Vieillards de Thését.
LE JOUEUR.
Pourllee JJeeu , ma fureur étonnante,
D'effets & de rente ,
M'a fçu priver.
Une époufe fidelle ,
Quoique jeune & belle ,
Jamais n'a pû m'en ſauver.
L'affreufe mifère ,
Maintenant m'attère ,
Par fon poids fatal.
Que faut-il que j'espère ?
C'eſt l'hôpital .
L'A VAR E.
J'AI paffé les trois quarts de ma vie ,,
Sans la moindre envie
De dépenser.
J'ai, pourra-t-on le croire ?
De manger & boire ,
Tâché de me difpenfer..
Frivole avantage !
* Les deux premiers Couplets ont été fupprimés ;
& l'Auteur enfentira probablement la raison.
62 MERCURE DE FRANCE
Maintenant je nâge
Dans l'or & l'argent ;
Mais je n'ai , dont j'enrage
Pas une dent.
L'AMANT BUVEUR.
D'UN vin vieux , d'une jeune Sylvie ,
Mon ame ravie ,
Fit mille excès .
En fortant de l'ivreffe ,
J'avois la foibletſe ,
De boire , & d'aimer après
Plaifir , qu'il m'en coûte !
Tu fais ma déroute ,
Voulant me prouver ,
Qu'après toi , c'est la goute
Qu'on doit trouver.
LE JALOUX.
PLUS jaloux qu'un Mari d'Italie ,
Par ma frénéfie ,
Je fus connu .
Mille & mille ferrures ,
Toutes auffi fûres ,
S'offroient au premier venu
Je fis , dans ma rage,
Trembler le courage
Du plus fier galant.
Feuffe été bien plus fage
D'être indulgent !
Par M. FUZILLIER , à Amiens
FEVRIER . 1760. 63
LA CEINTURE DE VENUS ,
OU
LES TROIS GRACES.-
POEME.
A Madame la Comteffe de Durban.-
A Madame la Marquise de Gléon .
A Madame la Marquife de Saint -Félix.
CHANT PREMIER.
LEfeu facré , qui fur la Tèrre
A roulé du faîte des Cieur ,
N'eft point un larcin odieux
Qu'ait fait aux Maîtres du Tonnèrre
Un de leur fils audacieux.
L'Amour , qui fait voler des flâmes ,
Jufques au fein même des Dieux
A fait jaillir de deur beaux yeux
Les feux allumés dans nos âmes.
Puiffant moteur des élémens ,
11 féconda les mouvemens
De la jeune & tendre Nature ;
Tandis, qu'exempte d'impofture ,
Dans les heureux frémiffemens ,
Que donne une volupté pure,
4 MERCURE DE FRANCE .
Elle favouroit les préfens .
Jours fereins , jours remplis de charmes
Vous n'êtes plus ! l'affreufe nuit ,
Éteint dans des ruiffeaux de larmes
Ce feu que l'Amour a produit.
Le front ridé par les allarmes ,
Des vices le plus redoutés ,
La licence , oppoſe ſes armes
Au cri des fages voluptés.
Dieu des coeurs ! au fein des ténèbres ,
Je vois l'Envie & la Fureur ,
Au feu de tes flambeaux célèbres
Allumer des torches funèbres ,
Qu'éteignent la Honte & l'Horreur.
Plus loin, fur la vile pouffière ,
La Molleffe , à l'oeil entr'ouvèrt ,
Laiffe agir le feu mercénaire
De la lâcheté qui la fèrt.
Par la cruelle indifférence ,
Du goût, des jeux , de la décence ,
Les traits divins font effacés :
Bacchus fe pèrd dans fon délire ;
Et les Amours font tèrraffés ,
Sur la Sagèffe qui foupire.
Vole fur le char des Zéphirs ,
Divin protecteur d'Amathonte !
Au fouffle heureux de tes foupirs
Epure des coeurs , que la honte
J
FÉVRIER. 1760. 25
Vouloit dérober aux plaifirs.....
O Dieux ! Glycère ! je t'adore :
Au nouveau feu qui vient d'éclôre ,
Je fens que l'Amour applaudit ...
Quels traits ont percé ces lieux fombres
Le vif éclat qu'ils ont produi
Diffipe les fatales ombres
De la triftèffe & de la Nuit.
Les cruels Autans difparoiffent ,
Tandis , qu'au fouffle de leurs cours ;
Zéphire & Flore le carèffent
Sur un tapis femé de fleurs.
Ne craignez point d'être flétries ,
Images de la volupté !
Le Dieu de la légèreté ,
Ne prèffe vos tiges chéries ,
Que pour rajeunir leur beauté.
Où vont ces Nymphes , couronnées
De Myrthes & de Pampres vèrds ?
Leurs mains , de guirlandes ornées ,
Aux Sylvains préparent des fèrs ,
Vele , dans leur aimable chaîne ,
Enlaffer tes bras amoureux ,
Jeune Lycas ! la tendre Hélène,
Attend , pour partager tes feux ,
Que tu la nommes ſouveraine
Et de ta flâme & de tes voeux.
Lecharme de la dépendance,
66 MERCURE DE FRANCE:
Ouvre les trésors de Cypris
Et l'on ne goûte , qu'à ce prix ,
Les plaifirs que l'Amour diſpenſe....
Qu'entends je? ...Quels nouveaux concèrts?
Les oifeaux animent les airs
Par leurs tranfports & leurs ramages....
D'une tendrèffe fans
nuages ,
Ils lancent les premiers éclairs.
Ici , la jeune tourterèlle ,
D'une tendrèffe mutuelle
Ofe exprimer le fentiment ;
Et plus loin , j'entends Philomèle
Par le plus doux gazouillement
Tracer l'ardeur la plus fidelle .
Le lierre , au jeune ormeau s'unit ,
Les prés fe parent de ver lure ;
Tout le nuance & s'embellit
Au cri que jette la Nature !
Répondez-nous , Ataciens , ( a )
Quel Dieu ?.. mais non , quelle Déèſf e
Fait germer la délicatèlle
Dans vos coeurs , que de fes liens
Vouloit accabler la molèffe ? ...
Un pur éclat ouvre les Cieux :
Les pleurs , dont la nouvelle Aurore
Abuſe un Amant trop heureux ,.
( a ) Peuples qui habitent le Languedoc , le long de la
rivière d'Aude , près de Narbonne , d'où Varron fut fure
nommé l'Atacien.
FEVRIER. 1760. 67
Forment des miroirs radieux ,
Dont la flâme agiffante dore
L'aimable horifon de ces lieux.
Du milieu des ondes brûlantes ,
Tu t'élances . Père du jour !
Eft ce fur nos tèrres riantes ,
Que de tes flammes éclatantes ,
Tu dois un tribut à l'Amour ?
Quelle ceinture de lumière , ( b ):
éblouis ? Enchaîne mes yeux
Quoi ! pour retarder ta carrière ,
Les douze Signes réunis ,
T'oppofent- ils une barrière ? ...
Non , les Amours & les Zéphirs ,
Ont levé ce doute funèſte ;
Et de la Reine des plaiſirs ,
Je les vois entourer le Cèfte.
C'en eft fait , & belle Vénus !
Tes attraits ne charmeront plus ,
Auprès de la tendre Sagèffe ;
Et nos Bergers , à ta molèffe ,
Scauront préférer les vertus.
Du Dieu qui répand les allarmes
Hâte-toi de remplir l'ardeur ;
(b ) Pour l'intelligence de ce qui fuit , il faut fe reffous
venir que , felon la Fable , Apollon fut jaloux de Vé
qu'il furprit avec le Dieu Mars. Le Poëte feint , ici ,
qu'Apollon enleva , rour lors , ar ordre de l'Amour , la
ceinture de cette Deeffe , dans laquelle les Grâces étoient :
renfermées.
nus ,
68 MERCURE DE FRANCE.
Mais quand , à l'auſtère pudeur ,
Tu voudras oppofer des armes ,
Tu connoftras qu'un Dieu vangeur
Vient de te ravir tous tes charmes.
L'Amour difpofe de tes droits ,
Pour en former notre couronne :
Du Dieu qui nous les abandonné,
Phébus , exécute les Loix.
Volez au haut de l'Empirée ,
Tranſports naiffants , jeunes foupirs :
Sur les aîles de nos defirs
Guidez la Ceinture facrée ,
Où font recélés nos plaifirs...
Que vois-je ? la Zône s'entr'ouvre ;
Mon ceil curieux y découvre
L'efprit , les attraits , la beauté...
Deſcendez , Grâces immortelles , ( c)
Que votre charme redouté,
Chea les Ataciens fidèles,
Fixe les vives ésincèlles
D'une éternèlle volupté.
( c ) Selon la Fable , les trois Grâces fe nommoient
Euphrofine , Thalie & Aglaé .
FEVRIER. 1760 .
EUPHROSIN E.
O
CHANT SECOND ,
Toi ! dont la Philofophie ,
Eft l'heureux fruit du fentiment ;
Quifur les ronces de la vie
Jettes les fleurs & l'agrément ,
Euphrofine ! offre- moi la trace
Du Stoicifme & des plaifirs ;
Et par ta voix remplis l'efpace
Qui mène des jeux aux foupirs.
Pour un tendre coeur qui defife ,
Tous les inftans font précieux ;
Et l'Amour est délicieux
Soit qu'il nous charme , ou qu'il foupire.
Mais quand , d'an regard dédaigneux,
L'âme voit tout ce qui rèfpire ;
Les vices les plus odieux ,
Sont les fruis du fombre délire
Qu'excite un ennui furieux.
Heureux , qui de l'indifférence
Evite les traits dangereux !
Et dont l'efprit jette des feux
Sur les routes de l'indolence.
Euphrofine , de tes deſtins ,
Ta raiſon fut toujours l'arbitre ,
Sans pèrdre le fupèrbe titre
7
70 MERCURE DE FRANCE.
C
D'être l'idôle des humains.
D'une élégante raillerie ,
Que Momus lui-même a dicté ,
De tes yeux , l'aimable faillie ,
Aiguiſe la naïveté:
L'ingénieufe vérité ,
Par ton art , fe voit embellie
De l'attrait de la nouveauté !
Vois cet élain d'âmes timides ;
Dont la foule afliège tes pas :
Dans les coeurs , jadis intrépides ,
Vois naître un aimable embarras.
Soit que ta franchife fe joue,
Soit que ta fageffe dénoue
Les noeuds que forment tes appas ;
Tu peux nous voir ſans te contraindre :
Tu peux nous quitter fans nous craindre ;
Mais notre coeur ne te pèrd pas ,
Sans foupirer , & fans fe plaindre.
Qui pourroit échapper aux traits
De ton éſprit femé de charmes ?
Et de ton coeur , exempt d'allarmes ,
Qui peut foutenir les attraits ?
Par une divine éloquence ,
Tu paroîs fur notre ignorance ,
Jetter les ombres du fçavoir ;
Tandis que l'auftère fcience ,
Des prodiges qu'elle diſpenſe
FEVRIER. 1760 . 71
Trouve dans tes yeux le miroir.
Varton , Euphrofine t'infpire: ( d)
Perds , ſur ſes pas , ta majeſté :
Approche auffi tendre Palmire ...
Craindrois- tu d'offrir ta beauté
A l'aimable Divinité
Par qui ton jeune coeur foupire? ...
que vois -je ? ... Au fein des forêts ,
Euphrofine , un Berger t'entraîne ! <}
Ton âme nâquit fouveraine :
Iphis parle ; tu te ſoumèts.
Des Bergers , les voeux indifcrèts ,
Vont amuſer tes rêveries.
Celle qui charme les Palais ,
Doit enchanter les Bèrgeries.
Dieux des champs ! quittez vos guérèts :
Hâtez-vous d'inftruire une Grâce ,
Qui pour marcher fur votre trace ,
Des Villes va fuir les attraits .
Elle les quitte fans murmure :
Qui de l'art connoît les fecrèts ,
Veut fçavoir ceux de la Nature.
Dieu d'Amour , tu guides fes pas
Dans une douce ſolitude ;
Où, d'une tendre inquiétude
( d) M. le Vicomte de Graves , Auteur de Varron &
de Palmire , lit fes ouvrages à Madame de Durban.
( e ) Madame de Durban fut paffer quelque temps dans
fes terres avec le Comte fon époux,
72 MERCURE DE FRANCE
Elle ofe éffayer les appas.
Des ruiffeaux , le charmant murmure,
Lui paroît une image pure
Des tranſports vifs & délicats ,
Premiers enfans de la Nature,
L'efprit , en trace la peinture ;
Et fon coeur ne la dément pas.
Tantôt , de l'Amant de Leſbie ,
De ceux de Laure , de Délie ,
Elle prend & faffe les traits :
Ce tableau flatte fon envie ,
Quand du fage ami d'Aſpaſie ,
Elle y peut placer les attraits,
Tantôt , d'une plume légère ,
Elle ébauche fur la pouffière
L'éloge des jeux & des ris ; ( f )
Et quand l'enfant , Dieu de Cythère ,
Du charme d'inftruire & de plaire ,
Vole lui préfenter le Prix ; a
Elle fuit , avec un fouris ,
En le renvoyant à fa mère.
Venez occuper fes loifirs ;
Accourez , Amitié fincère !
Soyez l'âme de fes plaifirs.
Volez de l'un à l'autre Pôle ,
. 2
Écrits , dont le ftyle enchanté,
f) Madame de Durban faifoit , à la campagne , des
vrages de fentiment, d'une délicateffe infinie ..
Nous
FEVRIER. 1760 . 73
Nous offre l'aimable ſymbole
De la belle ingénuité. (g)
O Mufe! arrête ton audace :
Ici ,de la premiere Grâce,
Tu dois terminer le tableau :
Rivale de Pline & d'Horace ,
Euphrofine offre , à ton pinceau ,
Un charme léger , mais nouveau ,'
Dont tu ne peux fuivre la trace.
Euphrofine , il faut donc celler :
Quoiqu'un trait manque à mon hommage :
Si l'Amour achève l'ouvrage,
Pourrai je bien te l'adreffer ?
( g) Madame de Durban écrit des Lettres charmantės.
**
THALIE.
CHANT TROISIÉM E.
UN!NE divine mélodie,
Du fougueux amant d'Orithie ,
Sufpend le foufle & les tranfports :
Au fon des plus tendres accords ,
Des Mufes , la troupe chérie ,
Au grouppe des attraits unie ,.
Accompagne deffus ces bords
Les pas de la belle Thalie .
Au flambeau du Dieu des appas ,
/ D
74 MERCURE DE FRANCE
Elle defcend , dans ces climats ,
Tracer fa brillante carrière :
Ataciens , ne fuyez pas ;
Elle ménage la lumière
Du Dieu dont elle fuit les
pas.
Rendez-lui le premier hommage ;
Qu'éxige de vous la Beauté :
Unjour , votre coeur enchanté ,
En elle adorera le gage
D'une douce félicité.
Grands Dieux ! le charme d'être belle ,
Cette flâme , dont l'étincelle
Meut l'habitant de l'Univers ,
Nous offre les premiers éclairs
De notre fplendeur immortelle !
Accours , Stoicien rebèlle :
Sur les écueils de la beauté ?
Vois , de ta froideur criminelle ,
Échouer la férocité.
Que ton coeur , ouvert aux allarmes,
Qui naiſſent du charmant amour ,
Reconnoiſe enfin , à fon tour 2
Le plaifir de verfer des larmes.
Et pourrois-tu braver des yeux,
Qui des ombres de la décence ,
Voilent l'éclat qui nous diſpenſe
La pure lumière des Cieux ?
Autour des lèvres de Thalie,
FEVRIER. 1760 .
75
Vois voltiger la volupté.
Si , du charme de ſa beauté ,
Ton âme n'eſt point attendrie ;
Puiffe- t- elle être anéantie
Sous les traits de la majeſté ,
Dontles deftins l'ont ennoblie .
Du divin buſte de Vénus
Regarde , admire l'élégance ;
Adore la voix qui diſpenſe
L'efprit , lesjeux , & les vertus .
Quel eft cet enfant téméraire ,
O grâce ! dont l'heureux flambeau ,
Ofe confumer le bandeau ,
Dont l'Amour jaloux de vous plaire ,
Ornoit fon thrône le plus beau ?
Dieu des coeurs ! de tes fleurs écloſes ,
L'Hymen ofe enlever l'éclat .
Cours te venger d'un attentat,
Dont les tranfports fanent tes roles.
Ah ! plutôt reflèrre, à jamais ,
Les noeuds d'une union fidelle ;
Et que ta flâme renouvelle
Ce que l'Hymen perdra d'attraits.
C'eſt une Grâce qui t'implore :
De l'époux, que fon coeur adore ,
Oferois -tu ravir les traits ?
Vertus , achevez votre ouvrage :
Votre voix a dicté l'hommage ,
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Que Thalie a fait de fon coeur :
Que votre éclat la dédommage
Des vuides d'une tendre ardeur .
Vertueux enfans du Permèſſe !
Accourez talents , & Beaux Arts:
Venez affranchir des hazards ,
Trop d'amour & trop de fageffe.
Offrez la lyre d'Amphion ,
Aux heureux tranſports de Thalie:
Par une douce mélodie ,
Amufez fon émotion .
Toi, qui du feu de l'harmonie,
Ouvris les veines des cailloux !
Des doigts d'nne Grâce chérie ,
Entends éclorre un fon plus doux.
A ta vive délicateſſe ,
Des jeux, enfans de la ſageſſe ,
Elle fçait joindre le fecours :
Chaque touche , que fa main prèffe,
Eft le cri plaintif des Amours .
Volez , Euterpe , Terpficore ;
A fa beauté joignez vos traits :
Que par vous , fa danfe décore
fa voix offre d'attraits. Ce que
Eft- ce affe: non , de Melpomène
J'entrevois les tréſors ouverts ......
O Dieux ! Thalie ouvre la fcêne. ( h ).
Madame de Gréon a joué à Narbonne, d'une façondif
Lingue , Zaires, & la Chercheuse d'esprit.
FEVRIER. 17607
יא
27
Cette fuperbe fouveraine ,
Veut-elle étèrnifer nos fers ?
Je la vois ! .... puis je être prophane ?
Zaïre ! .. je fuis Orofmane ; .....
Mais je vole au Dieu que tu fèrs ....
Qu'ai- je dit ? non , belle Zaïre ,
Tu brûles d'un feu trop divin :
Deviens Nicètte ; écoute Alain ;
Et pourjamais mon coeur ſoupire:
AGLA É.
CHANT QUATRIEME.
Toor , qui voltiges dans les airs
Au gré de l'aimable Folie ;
Qui ris de la mifantropie ,
Qui veut t'arreter dans fes fers
"Aglaé ! d'un jeune caprice ,
Effaye à mes yeux le délice ;
Mon coeur a volé fur tes pas :
Que ta vivacité charmante ,
Dans une courſe impatiente ,
M'offre , & m'enlève tes appas .
Quoi !toujours d'un tendre martyre,
Occuper les triftes loisirs ?
Aimer fans ceffe , & fe le dire ?
Vivre du feu de ſes ſoupirs ?
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
Dieux ! quel ennui pour une Grâce ,
Qui ne fcauroit fuivre la trace
Des voeux qu'elle vient de former
Et dont le coeur , bientôt fe laffe
Du fouci de plaire & d'aimer.
La volage Aglaé fe paſſe "
De l'art pénible d'enflâmer :
Elle a des momens pour charmer ;
Mais l'inftant qui fuit les éfface.
Dieu des coeurs ; ne la fuivez pas !
Un Livre de fombre Morale,
Va mettre un affreux intervalle
Entre fon coeur & vos appas.
Dieu d'amour ! reviens fur tes pas &
Son âme adorable , inégale ,
Veut oppoſer aux ' embarras ,
Qu'un livre trop prudent étale ,
De tes Romans le beau fracas.
Dieu du jeu reçois fon hommage : ( i )
Sois facile , prompt & volage ;
Elle te devra fes plaifirs.
Réfléchir , eft un art funèfte ,
Quipourroit , fur un don celèfte ,
Lui faire pouffer des foupirs.
En vain , les ennuis les plus fombres,
Veulent obfcurcir fes beaux jours ;
Du bout de l'aile des Amours ,
(i ) Madame de Saint - Félix , ne joue guère que le Ca
Wagnol.
FEVRIER. 1760
Elle fçait écarter leurs ombres
Vile grimace des vèrtus ,
En vain la fauffe bienséance ,
D'une tyrannique décence
Offre les voiles fupèrflus :
Aglaé méprife une chaîne ,
Où le vice outrage, les coeurs :
Et la fageffe qui l'entraîne ,
Afçu de nos vainės erreurs ,
Rendre fon ame fouveraine.
Pourquoi déguifer des tranfports ,
Enfans de la faine Nature ?
¡C'eft des feux d'une vèrtu pure,
Qu'Aglaé brille fur nos bords.
Peut-elle avouer les éfforts ,
Que fcait fe faire l'impofture ?
Difparoiffez , voiles épais ,
Dehors trompeurs , vil artifice
Vous, qui de l'obfcure malice,
Ofez ennoblir les forfaits.
Jamais une Grâce naïve ,
Sous une enveloppe craintive ,
Ne pourra déguifer fes traits.
Lâches ! qu'infulte fon courage ,
Craignez-vous d'offrir votre hommage
A fa vive légèreté ?
Scachez , que l'ingénuité ,
De l'efprit eft le fûr préfage,
Div
So MERCURE DE FRANCE.
Et l'organe de la Beauté.
Lorſqu'Aglaé , de la décence ,
Saifit le voile & le bandeau ;
Le charme de la bienféance ,
Renaît plus touchant & plus beau.
Ses doigts ont volé fur fa lyre ;
Sa voix nous parle & nous féduit s
Et du fentiment qu'elle inſpire ,
La Raiſon même s'applaudit.
Mais du mortel , vain & frivole ,
Sûre d'enchanter le regard ;
Doit-elle fe parer d'un fard,
Qui du menfonge eft le fymbole a
Vous , de qui les jeux innocens ,
Sont à l'Amour le premier gage .
De vos futurs enchantemens !
Courez lui porter votre hommage
Apprenez, dès vos jeunes ans ,
A conferver une âme fage ,
Inaccéffible aux voeux ardents ,
Par qui notre Raiſon partage ,
Le honteux délire des fens .
De vos plus tendres mouvements ,
Faites le plus naïf uſage :
Aglaé n'offre fon encens ,
Qu'à des objèts indifférents ,
Qui permettent d'être volage..
FEVRIER. 1760 .
Tel eft le fortuné poiſon ,
D'une tendre & fombre manie :
Il faut écouter la Folie ,
Pour être fûr de fa Raifon .
Viens , cependant , Grâce chérie ,
Effayer encor les humains :
Viens, de tes traits vifs , enfantins ,
Orner la fcène de Thalie . ( k )
Combien de tranfports généreux ,
O, Lifette ! tu fais éclorre ! ( 1 )
Tout m'offre , Carlin amoureux ;
Et chaque fpectateur t'adore.
Aini , dans fes tranſports heureux ,
De tous côtés la jeune Flore,
Sous des fleurs fait briller des feux ! ...
Puiffes - tu , dans ce doux emblême ,
Grâce ! trouver des plaifirs :
Je fais , alors , mon bien ſuprême ,
D'être mis au rang des Zéphirs.-
( k ) Mufe de la Comédie.
Madame de Saint - Félix , a joué fupérieurement ,
Narbonne , le rôle de Lifette , dans le Diftrait.
DANS
ENVOI
ANS ce féjour , Grouppe adorable !
Fixez les vèrtus , les attraits .
Pour rendre leur éclat durable ,
Joignez le charme de vos traits .
Dw
82 MERCURE DE FRANCE.
Déèffes ! jufqu'aux derniers âges ,
A nos neveux dićtez vos loix ;
Et que les accens de vos voix ,
Soient les garants de leurs hommages.
Par M. BARTHES,de MarmoriereS,
de Narbonne.
DIALOGUE DES MORTS.
SUR le foin qu'on doit avoir , en écrivant,
de moins envifager fon fiècle , que l'avenir.
Q
Madame DE GRAFFIGNY.
Mademoiselle DE SCUDERY.
Madame DE GRAFFIGNY.
UEL parti prenez-vous ,dans la difpute
qui vient de s'élever entre les beaux-
Efprits ?
Mlle D SCUDERY.
Moi celui que vous prendrez vousmême
: celui du bon fens . Ne doit- on pas ,
en écrivant, envifager fon fiécle préférablement
à la postérité ? La queftion qu'on
a propofée, n'eft point douteufe ; & vous
FEVRIER. 1760. 83
êtes fûrement étonnée de la voir traiter
comme problêmatique ?
M. DE GRAFF.
Sans doute, que le parti du bon fens , ne
manquera pas de raifons ? Voyons , quels
font les motifs qui vous ont portée à
vous décider en faveur de votre fiécle ?
M. DE SCUD.
Les voici . Mon but, eft de me voir applaudie.
Pour y parvenir, il faut plaire à
mon fiècle : & fi je veux lui plaire ; il
faut , que j'en fuive le goût.
M. DE GRAFF.
Que direz- vous donc , fi je vous fais
voir, qu'en enviſageant le fiécle , préférablement
à la postérité , l'on rifque ou de
ne pas plaire , ou de ne plaire qu'un moment
? & qu'on eft fûr , au contraire, de
plaire dans peu , & de plaire longtemps ,
quand on envifage la poftérité , préférablement
au fiécle :
M. DE SCUD.
Je quitterai mon opinion.
M. DE GRAFF ..
Quand vous envifagez votre fiécle, préférablement
à l'avenir ; vous en fuivez le
Dvj
$4 MERCURE DE FRANCE.
goût : ce goût, on l'appelle la mode. Lorfque
vous envifagez l'avenir préférablement
à votre ficcle , vous confultez le
goût de la postérité: ce goût, eft la Nature.
D'un côté, vous avez la Nature pour guide
; de l'autre la mode. Il me reste à vous
prouver,que fuivre la Nature eft une voie
plus fûre de plaire , & de plaire longtemps
, que de fuivre la mode.
M. DE SCU D.
Je ne crois pas qu'il y ait un véritable
goût , fondé fur la Nature . La manière de
compofer eft différente , felon la différence
des temps , des lieux, & des circonftances
: le bon & le mauvais, dans les ouvrages,
font arbitraires je me les figure
comme ces loix, qui font excellentes dans
un temps , & qui dans un autre font un
effet tout oppofé : en forte, qu'on les fupprime
; & qu'on eft même quelquefois
obligé d'en faire de contraires , qui paroiffent
fort fages , quoique les premières,
l'aient été dans leur fiècle.
M. DE GRAFF.
Il у a réellement, un bon goût, fondé
fur la Nature , & qui ne varie point; comme
il y a des loix , qui font immuables.
Votre comparaifon,du bon & du mauvais,
FEVRIER. 1760.. 5
dans les écrits de Littérature , avec cette
forte de loix que des circonftances font
naître, & que d'autres circonftances abrogent,
n'eft pas jufte. On doit trouver d'abord
, dans les ouvrages , un bon réel : ce
bon , n'eft autre chofe que le vrai , l'utile,
& le fimple , qui eft le même dans tous
les temps. La manière de bien compofer,
confifte à faire voir ce vrai , cet utile , &
à l'énoncer d'une maniere fimple & convenable.
Il eft cependant certain , que la
différence des temps , des lieux , des circonftances
, des perfonnes , de leur gé
nie , & de leurs moeurs , doit en mettre
dans le ftyle & dans les précautions : maís
ces differences mêmes , doivent être puifées
dans la Nature. Tous ces fameux
Ecrits de l'Antiquité , marqués au coin du
bon goût , auroient- ils été univerfellement
applaudis depuis tant de fiécles
s'ils n'euffent été bons en eux- mêmes ?
Car, on ne peut affurer qu'un de ces fiècles
ait parfaitement reffemblé à un autre ?
que le goût de l'un ait le goût de l'autre?
Tous ont éprouvé différentes révolu
tions : les moeurs, n'ont pas été uniformes;
les idées fur l'éloquence, n'ont pas été exprimées
dela même façon . Cependant on
a toujours goûté Homère , Virgile , Dé
moftènes, Cicéron , Pindare , Horace , &
36 MERCURE DE FRANCE.
plufieurs autres. Pourquoi , ce concours
de fentimens ... Ne prouve-t- il pas mieux
que les meilleurs argumens , qu'il eft un
Beau & un Bon réel , qui fortent du fond
des chofes mêmes ??
M. DE SCU D.
En quoi , confiftent donc ces beautés
réelles ?
M. DE GRA FF.
Dans l'imitation de la belle Nature.
M. DE SCU D.
Expliquez-vous : l'imitation de la belle
Nature , eftune énigme pour moi.
M. DE GRA F F.
Un faux- fuyant affez ufité , c'eſt de
traiter d'obfcur & d'énigmatique , ce que
l'on ne comprend qu'à regret. Un peu de
bonne foi , Madame ; & vous conviendrez,
que l'imitation de la belle Nature,
eft toute entiere dans l'art de rendre avec
élégance les chofes telles qu'elles font ;
de bien faifir les attributs , qui les compofent
, & les différencient des autres êtres
diftingués d'elles.
M. DE SCUD.
A ce qu'il me femble , vous voulez raifonner
en forme ? C'eft de la Métaphylque
la plus rafinée !
FEVRIER. 1760. $7
M. DE GRAFF.
Elle eft à la portée de tout le monde.
Ea Nature eft , dans les attributs quicompofent
les êtres , & les différencient
entr'eux. Ainfi les hommes , que la qualité
d'Animal confond avec les brutes ,
en font diftingués par la Raifon. Imiter
la Nature ; c'eft, par conféquent, conferver
aux chofes les qualités qui les conftituent
, & qui les diftinguent ; c'eft fuivre
cet ordre & cette fubordination, qui font
dans les êtres ; c'eft ne pas les confondre
; c'eft les montrer tels qu'ils font; c'eft
allier les idées qui ont du rapport entre
elles ; féparer celles qui n'en ont point :
& voilà pour la vérité , & contre l'erreur.
La belle Nature, n'eft autre chofe , que la
Nature parée , & embellie des ornemens
dont elle eft fufceptible , & qui la rendent
plus aimable : c'eft un jardin, où les
fruits font entremêlés de fleurs. Imiter
la belle Nature , c'eft conféquemment dire
des vérités utiles ; & les dire de telle forte
, qu'on les faffe aimer : la Nature toute
feule , eft trop fimple ; il lui faut quelque
chofe qui la relève ; & voilà pour l'agré
ment , & contre la féchereffe . Imiter la
belle Nature, en écrivant , c'est donc , comme
nous l'avons déja infinué , dire des
$8 MERCURE DE FRANCE.
chofes , qui aient la vérité pour origine
P'utilité pour but ; & les dire de façon a
perfuader & à convaincre, par tous les ornemens
de la véritable Eloquence. C'eſt
mêler , habilement , l'utile à l'agréable ;
c'eft n'employer l'agréable , que pour
faire recevoir & goûter l'utile : comme
les fleurs font les avantcoureurs des fruits
qui en naiffent. Vous voyez que, fi l'imitation
de la belle Nature eft une énigme,
au moins il ne faut pas un dipe pour
la deviner.
M. DE SCU D.
Je vous avoue , que jufqu'à préfents
j'avois pris cela pour des mots dépourvus
de fens , à- peu-près, comme cette horreur
du vuides qu'on attribuoit à la Nature ,
pour expliquer différens phénomènes de
Phyfique.
M. DE GRAFF.
Vous convenez donc , qu'il eft une manière
fûre de bien compofer , qui s'allie
aux circonftances , & qui confifte dans
cette imitation de la belle Nature ?
M. DE SCUD.
J'en conviens.
FEVRIER: 1760.
89
M. DE GRAFF.
Que c'eft cette manière de bien com-
, que l'on emploie , quand on enviſage
moins fon fiécle que l'avenir 2
pofer
M. DE SCU D.
J'en doute.
M. DE GRAFF .
Je veux vous en convaincre , en deux
mots. Vous ne nierez pas , que les plus
fameux , parmi les Anciens & les Modernes
, ne fe foient attachés dans leurs
ouvrages , à cette imitation de la belle
nature ? Vous ne nierez pas non plus ,
qu'ils n'aient envisagé la postérité , préfé→
rablement à leur fiécle ?
M. DE SCU D.
Je n'ai garde d'en convenir Ces Auteurs
, préparent mon triomphe : car ils
ont fuivi la mode de leur temps.
M. DE GRAFF.
Il faut diftinguer les différentes mo
des : le bon goût peut être à la mode , &
devroit y être toûjours. Les Auteurs, dont
vous prétendez vous appuyer , avoient
fait naître celle- ci . Mais , il y a auffi une
30 MERCURE DE FRANCE.
mode , qu'on doit rejetter , & qui n'eſt
autre chofe que la Nature fardée. Si le
goût du fiècle eft pour cette mode : alors
il le faut moins envifager , que l'avenir.
M. DE SCUD.
Et pourquoi , ne plairai - je pas tout de
fuite , & longtemps , fi je le faifis ? Quand
on n'envifage point l'avenir , on ne lui
plaît pas , felon vous : c'eft avouer que je
déplairai à mon frècle , fi je ne le confulte
pas. Et en vérité , ce ne fut jamais mon
projet !
M. DE GRA FF.
Il y a, dans tous les tems, des perfonnes
'de bon goût , qui vous applaudiront ; &
dont les fuffrages valent furement mieux
que les battemens de mains d'une multitude
aveugle, & féduite par la nouveauté.
Outre cela , fi la multitude ne revient pas
bientôt elle- même de fon erreur, par fa légèreté
& fon inconftance naturelles ; ces
perfonnes de bon goût , & vos ouvrages ,
lui deffilleront les yeux. Le faux éclat ne
peut fixer , & difparoit bien vite. Ce qui
eft vrai , ce qui eft beau , a des attraits
trop puiffans pour être longtemps fans fe
faire fentir ; & lorfqu'on le fent une fois ,
ce n'eft
pas pour un moment : parce que
FEVRIER. 1760.
Pefprit eft fatisfait , & ne cherche plusrien
au- delà : ce n'eft point à ces beautés,
que l'on devient infidelle * : les grands hommes
les aiment toujours : & voilà le point
de différence. Rappellez-vous , ce qui eft
arrivé au fiécle de Quintilien ; le mauvais
goût regnoir ; on préferoit le ftyle:
enflé , à tout ce qui étoit fimple & judieieux:
on employoit de grands mots ,pour
rendre de petites idées. Quintilien , loin
de fe laiffer entraîner par la mode , la
combattit hardiment , défendit les Anciens
, & montra quelle étoit la véritable
Eloquence. On ouvrir les yeux ; on lui
applaudit on l'a toujours fait depuis ;
& à peine a t-on retenu les noms de
ceux qui fe font aveuglément conformés
au goût de ce temps- là.
M. DE SCUD,
Vous infiftez, en vain: la curiofité & le
defir d'apprendre , nous portent à tout
ce qui a l'air de la nouveauté. J'avoue
que l'antiquité eft refpectable .Qu'ileft bon
de fe conformer aux Anciens : mais le
neuf à bien des charmes pour nous ! vousmême
, ne feriez- vous pas bien - aiſe de
mettre au jour une jolie penſée , une jolie
matière que l'on n'auroit pas encore
vuc ?
Phrafe de Madame de Graffigni dans Cénie..
92 MERCURE DE FRANCE.
M. DE GRA FF.
Oui , fi la penſée étoit jufte & folide:
Tout le brillant d'une penſée neuve , ne
confifte fouvent , que dans la fauſſeté &
dans la hardieffe ; qui , d'abord , ont uu
air de vraiſemblance . J'aimerois auſſi une
matière neuve : mais je ne voudrois pas,
que la nouveauté feule en fit le mérite .
Je defirerois , qu'en la traitant , on pût
être utile ; qu'on ne s'écartât point de la
vérité ; & que le bon fens , ne fût
crifié à l'efprit.
M. DE SCUD.
pas
fa
Vous ne blâmez donc pas , tout- à-fait,
la mode ?
M. DE GRAF F.
Je ne blâme que fon excès. On ne gagneroit
rien à brufquer ce goût , que l'on
a généralement pour le brillant , & pour
tout ce qui frappe. Je ne prétends pas
que vous faffiez des ouvrages, qui n'aient
que de la folidité : c'eft une autre extrê
mité , également à craindre. La plûpart
des vérités , font défagréables par ellesmêmes
; parce qu'elles frondent nos paffions
, ou contrarient nos penchans . Si
vous les annoncez fimplement , elles re
FEVRIER. 1760 . 93
buteront : il eft néceffaire de les parer.
On aime la nouveauté , & ce qui a de
l'éclat ? eh bien , ayez un peu d'indulgence
pour la mode : peut- être , avec du travail
, viendrez - vous à bout de l'accorder
avec le bon goût . Que la prudence conduife
votre main employez l'art ; mais
que tous vos rafinemens aboutiffent à le
cacher : en forte , qu'on s'imagine que c'eſt
la Nature elle- même ; & que ces vérités ,
qui paroiffent fi belles , fi aimables , on
croye qu'elles le font naturellement , &
que vous ne leur prêtez rien.
M. DE SCU D.¹
Que feriez-vous donc , fi les équivo
ques , le burlefque , les antithèfes trop
fréquentes , & le ftyle découpé , étoient
à la mode ?
M. DE GRAFF.
Pour les équivoques , les antithefes
trop fréquentes , le ftyle découpé : je les
bannirois. Mais n'en feroit- on pas bien
dédommagé , par le foin de mettre de la
fineffe dans mes penfées , de les rendre
délicatement , de ne pas tout dire fcrupuleuſement
, & de donner à penfer plus.
encore que je n'aurois exprimé ? Pour le
burlefque ; en évitant le bas & le bouf
94 MERCURE DE FRANCE.
fon , je répandrois dans mes ouvrages
cette gaîté & cet enjoûment , dont les
matières les plus férieufes font quelquefois
fufceptibles : je voudrois , qu'il y eût
du fel , des railleries fines & placées , des
plaifanteries agréables ; en un mot , tout
ce qui peut décemment amufer , fans
laiffer perdre de vue l'utile, qu'il faut toujours
le propoſer pour but. Ce font de
petites attentions , qu'on ne peut négliger,
fans bleffer ceux qui ont droit de les attendre
: elles ne font pas incompatibles
avec le bon , le vrai , le naturel & le fimple.
De cette forte , je donnerois quelque
chofe au goût de mon fiécle ; & je
me garderois bien d'oublier la poſtérité.
M. DE SCUD.
Il n'eft guères poffible, de fuivre cette
méthode , fans donner, ou dans l'un , ou
dans l'autre excès.
M. DE GRA F F.
En ce cas , ne compofez donc pas.
M. DE SCUD.
Vous êtes févère, dans vos confeils!..
Avez-vous toujours agi en conféquence ?
N'avez-vous pas fuivi la mode ?
FEVRIER. 1760. 95
M. DE GRAFE.
Oui ; mais dans ce qu'elle avoit de
bon , je me fuis fait une étude d'orner &
d'embellir . Sans courir après l'efprit, j'en
ai mis où j'ai cru qu'il faifoit fortir le
fond des chofes : j'ai étudié la Nature ;
j'ai fortifié mes réfléxions , par la lecture
des Anciens & des meilleurs d'entre les
Modernes . J'aurois voulu éviter leurs défauts
, & imiter leurs beautés.
M. DE SCUD.
Je vois, par tout ce que vous dites, que
vous n'êtes pas difpofée à juger favorablement
de mes Romans. Les avez-vous
lûs ?
M. DE GRAFF.
J'ai commencé......
M. DE SCU D.
Commencé ! Si vous euffiez achevé ;
avec attention , on auroit joué plus d'une
fois la Fille d'Ariftide . Mes romans font
encore lûs par des gens de goût.
*
M. DE GRAFF.
Je les ai oui parler : ils y trouvent
* Piéce de Madame de Graffigni , qui n'a pas
réuffi au Théâtre.
96 MERCURE DE FRANCE.
une longueur énorme , des enchaîne
mens de faits fans nombre , & qui ne
conduifent à rien , des caractères hors
de nature , le défaut de goût, & d'utilité .
M. DE SCU D.
On ne pouvoit mieux contenter votre
jaloufie !
M. DE GRAFF.
Je n'en ai point ; & je ferois auſſi făchée
d'être l'Auteur du grand Cyrus &
de Clélie , que je ferois charmée d'avoir
fait le Quatrain au Prince de Condé , &
le Difcours fur la Gloire.
M. DE SCUD.
A votre avis , je ne ne devois donc
point compofer de Romans ?
M. DE GRAFF ,
C'étoit le goût de votre fiécle : il n'y
avoit pas de mal à le fuivre le mal eft
dans la manière dont vous l'avez fuivi. Il
falloit....
M. DE SCUD.
Miféricorde ! vous m'apprendrez la
méthode , de bien compofer un Roman ?
M.
FEVRIER. 1760. 97
M. DE GRAFF,
Dès que vous le fçavez , au moins vous
montrerai-je que vous vous en êtes écartée.
Le but du Roman , (comme de tous
les autres ouvrages ) doit être l'utile ; il
faut qu'il infpire l'amour de la vertu , &
l'horreur du vice. Une fi agréable fiction ,
doit cependant voiler des préceptes: c'eft,
à proprement parler , une morale allégorique.
Il faut y conferver la vraifemblance
, fuivre la Nature , éviter le puérile
, le frivole , le ridicule , l'outré. Si
les Héros font tirés de l'Histoire , on
leur conferve le caractère que l'Hiftoire
leur donne : s'ils font imaginaires , vous
leur donnez tel caractère que vous voulez;
pourvu qu'il foit convenable à leur rang ,
aux circonftances , & aux temps où ils
vivoient ; pourvû, que le merveilleux ne
foit pas préféré au vraisemblable , que
les faits intéreffans ne fe trouvent pas
noyés dans de longues & ennuyeuſes
converfations , que partout on voye des
vertus aimables , toujours aimées , & fouvent
récompenfées , des vices odieux, toujours
haïs , & fouvent punis ; enfin , pourvû
que tout foit également fuivi ; & conduife
, le plutôt qu'il eft poffible , au but
propofé.
E
98 MERCURE DE FRANCE
M. DE SCU D.
Tous ces beaux préceptes,les euffiez - vous
vous même fuivis dans vos Ouvrages , ne
doivent pas vous faire efpérer un meilleur
fort que moi. On m'a applaudie pour
un temps ; on m'oublie , à préfent : vos
Lettres , votre Cénie , font aujourd'hui en
vogue ; je veux que dans peu, l'on ne fâche
pas même ſi vous avez écrit .
M. DE GRAFF.
Bien des chofes me préfagent le contraire
: j'ai moins enviſagé mon fiècle que
l'avenir. On a goûté mes ouvrages , parce
qu'ils étoient bons , & non parce qu'ils
étoient à la mode : j'ai eu l'approbation ,
non d'une multitude ignorante , que le
caprice conduit; non d'une foule infenfée,
que les préjugés & la nouveauté entraînent
; mais de Sçavans illuftres , de Génies
fublimes , de Gens de goût , auffi capables
de bien écrire , que de bien juger . Une
plume délicate , eût- elle traduit en vers
François Cénie , qui eft en profe , fi Cénie
ne méritoit pas l'Immortalité ?
M. DE SCUD.
Effectivement , vous pouvez bien citer
cette traduction ,
FEVRIER. 1760 . 99
M. DE GRAFF.
Il n'eft pas queftion de celle que nous
avons vue , il y a quelque tems ; j'ai été
la première à reconnoître qu'elle étoit
inférieure à l'original : je parle d'une
autre , dont je fuis enchantée ; je ne puis
mieux vous en faire l'éloge , qu'en vous
difant que je ne fçai lequel je préférerois
à préfent , ou d'avoir compofé Cénie, ou
de l'avoir auffi bien traduite.
M. DE SCU D.
Je brûle de la voir !
M. DE GRAFF.
Je crois que ce plaifir fera différé :
c'eft par hazard , qu'elle eft tombée entre
mes mains. Ceux qui donnent les meilleurs
Ouvrages au Public , font ceux qui
tardent le plus longtemps à les lui livrer ,
pour profiter à loifir des remarques &
des cenfures de leurs amis.
M. DE SCUD .
Dites ce qu'il vous plaira , je vous laiffe
* M. le Comte de Breffy , Meftre de Camp
de Cavalerie , Membre de la Société L tiéraire dé
Nanci , a traduit Cénie , en vers François.
E ij
Moo MERCURE DE FRANCE
rêver à la postérité : mais Cénie , Arifi.
de , Civan , Aza & Zilia, ne valent pas
le feul Cyrus.
M. DE GRAFF.
On pardonne à une tendre mere , d'ignorer
les défauts de fes enfans. Je vais
voir fi la Marquife de Lambert , & la
Comteffe de la Fayete , penfent comme
vous.
M. DE SCU D.
Vous n'irez pas bien loin . Ne voyez- vous
pas Madame de Lambert ? ( en s'adreffant
à elle ) Dites- nous , Madame ; dites - nous
avec franchife , votre fentiment fur la
queftion que nous allons vous propofer ?
M. la Marquife de LAMBERT.
Ne répétez rien : j'étois dans l'allée
voifine ; j'ai tout entendu. J'accepte ce
que vous me propofez , à condition que
vous ferez toujours amies , & que je ne
courrerai aucun rifque de devenir votre
ennemie. Je ne crois pas, Meldames, qu'on
doive négliger de plaire à ſon fiécle : on
rifqueroit de ne pas lui être utile ; & il
y auroit de la milantropie à penfer que
ceux qui vivent avec nous , font indignes
de nos foins. Mais on peut s'affurer de
FEVRIER . 1760 . 101
leur plaire , & de leur être utile , fi dans
la compofition , l'on envifage toute la
poftérité, plus encore que le fiécle où l'on
vit : car , en obfervant cette méthode , on
confulte la raifon univerfelle, on apprend
de fes réponſes toutes les bienféances , on
apprend que le bon goût qui tient aux Arts,
& qui enfait la perfection , fe forme fur
l'expérience, & peut être mis en principes.*
On voit que la mode change: il faut donc
s'inquiéter peu de ce qui s'échappe avec
tant de promptitude : qu'au contraire , la
Nature ne change pas... Qu'il faut donc
l'étudier , & la fuivre avec conſtance .
* Lettres de Madame de Lambert.
Claudite jam rivos , pueri , fat prata biberunt.
L
VIRG. Eclog.
Par M. DE BERMANN , Bachelier
en Droit , à Pont- à- Mouffon.
E mot de la première Enigme du
Mercure précédent , eft Defir. Celui de la
feconde , eft Bale. Et celui de la troifième
, Soulier.
Le mot du premier Logogryphe ,
eft Cornet ; dans lequel on trouve , net ,
cor, corne , troc , nóce , rot . Le mot du
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
fecond Logogryphe , eft Refpectueux ;
qui renferme Refpect , tuë , ufe . Celui du
Logogryphe Latin , eft Dolor ; dans lequel
on trouve olor .
Մ
ENIGM E.
Nous fommes cing , ou foeurs ou freress
Au genre humain nous fervons tous.
Guerres , paix , cabales , affaires ,
Les hommes ne font rien fans nous,
On nous croît nés en Phénicie :
Nous fommes venus de l'Afie.
Aucun de mes freres n'en fort.
Quelques-uns , font dans l'indigence.
Pour moi , l'Europe & l'opulence ,
Me procurent un autre fort :
On me place au milieu du Trône.
Sans moi , l'on n'eût jamais de Rois.
Je fuis utile à la Couronne ;
Et je le fuis encor aux loix.
J'habite en Ecoffe , en Hongrie ,
Dans la Pologne , en Mofcovie.
J'habite dans toutes les Cours.
Je tiens le fecond rang dans Rome:
A la porte , je fers à l'homme ;
Et fans le temps , je fais les jours.
FEVRIER. 1760. 103
DIS
AUTRE .
Es Phyficiens , de grand renom ,
M'ont jadis donné la naiſſance.
Veux-tu fçavoir quel eft mon nom ?
Deux corps , Lecteur , font ma ſubſtance,
L'un , eft tiré des Minéraux :
Il eft pefant , & très-utile ;
L'autre , eft tiré des Végétaux :
Il pèfe moins ; il eft fragile.
Souvent , tu viens me confulter ;
Toûjours je te donne réponſe ;
Et je te dis , fans te parler ,
Ce qu'il convient que je t'annonce.
Par M. DE SAINT-MARTIN , Vicomte
de Briouze.
LICTEUR,
AUTRE.
ECTEUR , quoique tortue, on me barre le corps;
Sans cela je ferois aux vivans comme aux morts.
Ce n'eft point encor tout. Pour forger monfuplices
On me met dans les fers : juge de l'injuftice !
Compagne , pour jamais , de la félicité ,
Je fers également à l'infidélité .
A la femme, je prête auffi mon miniſtére ;
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
Et l'on ne peut , fans moi, terminer nulle affaire
En Latin , en Français , je fais des fortunés.
Devine, fi tu peux ; car je fuis fous ton nés.
LOGO GRYPHE.
'EXISTE, dès longtems , dans ce vafte Univers
J'étonne , je ravis par mes charmes divers.
Une Ville , jadis célèbre dans l'hiftoire ,
Servira , pour toujours , de trophée à ma gloire.
Au premier Roi des Juifs , je fus d'un grand
fecours :
Je fers même aux Amans , dans leurs tendres
Amours.
De dix lettres , Lecteur , fi tu fais l'analyſe ,
Tu trouveras d'abord , le contraire de bize ;.
La Mere des mortels, qu'un Héros, autrefois ,
Baifa , diſant aux fiens , je la tiens fous mes loix
Un animal rempant ; quatre tons de Mufique ;
Un endroit foûterrain , fertile en Amérique ,
D'où l'on tire un métal , nuifible & précieux.
a Ville , où du Sauveur, nâquit un des Ayeux ;
Un fleuve, un vafe, propre à la liqueur vermeille,
Que le Dieu des Côteaux fair couler de la treille ;,
La Déeffe aux yeux doux ; le cercle coloré ,
Qu'admit au Ciel Junon , pour la fidélité ;
Un Latin fugitif , Auteur de ma Patrie ,,
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN
FOUNDATION
Tendrem .
Romance .
Tristes regrets sortes de ma pense
Tout me l'apprendj'aiperdu mon ami Colin
-moit , Colin m'a délaissé-e; Raison
dit de l'oublier aussi . Raison je
f
cède à ta voix courou- cée : Mais qu
mais meplaira come lu ?Raisonje cède .
Gravée
par M Charpentie
Imprimée
par Tournelle.
FEVRIER. 1760. 105
Contraint d'abandonner au Troyen , Lavinie.
En un mot , au Bourgeois , au Ruftique je plais :
Je ne puis , cher Lecteur , t'éviter à ces traits.
Par M. GUAY DE TOURNUS , Eccléfiaftique .
U
AUTRE.
TILE en plus d'un lieu , furtout dans un
Vaiffeau ,
On m'y voit des premiers voler à l'abordage :
Mais, en coupant mon chef, fi le Pilote eft fage ,
Il cherche à m'éviter ; car j'en fuis le fléau .
ROMANCE TENDRE.
TRISTES regrets ! fortez de ma penſée ;
Tout me l'apprend' ; j'ai perdu mon ami !
Colin m'aimoit ; Colin m'a délaiffée :
Raifon me dit , de l'oublier auíli .
Raifon je cède à ta voix courroucée...
Mais qui , jamais , me plaira comme lui ?
Tous nos Bergers , empreſſés à me plàire ,
S'offrent fans ceffe à calmer mon ennui;
Je puis ravir Lycidas à Glycère :
Le beau Cléon , pour moi s'eft attendri.
Contre un ingrat , tout aigrit ma colère....
Mais qui , jamais , me plaira comme lui ?
EV
106. MERCURE DE FRANCE.
Le grave Orgon , l'Oracle du Village ,
De mes parens , a mendié l'appui.
Le fier Hylas , fi riche & fi volage ,
Semble , pour moi , fe fixer aujourd'hui.
L'ingrat Colin , n'eft ni riche , ni fage ! ...
Mais qui , jamais , me plaira comme lui ?
Parmi les pleurs , l'efpoir , & les allarmes ,
Mon foible coeur , laffé d'avoir langui ;
Pour le combattre , éffaya d'autres armes ,
Dont en fecret ce coeur même a rougi.
Du changement , j'ai confulté les charmes...
Mais nul , jamais , ne m'a plu comme lui !
Les Paroles & la Mufique ,font de M. D. L**.
FEVRIER. 1760 .. 107
ARTICLE II.
NOUVELLES LITTERAIRES:
DESCRIPTION hiftorique - géographique.
des Ifles Britanniques , ou des Royaumes
d'Angleterre , d'Ecoffe , & d'Irlande.
Par M. l'Abbé EXPILLY.
de la Société Royale des Sciences &
Belles Lettres de Nanci . Paris , 1759,
chez Prault , pere , Quai de Gévres ;
Bauche, Quai des Auguftins ; Defprez ,
rue Saint Jacques ; Duchefne, rue Saint
Jacques.
"
·
ON aime trop à cenfurer les Ouvrages
de goût ; & les ouvrages purement
utiles , font fouvent trop dédaignés
; comme fi ceux-là n'étoient faits
que pour donner de l'exercice à la malignité
; & ceux- ci , pour ne procurer que
du dégoût & de l'ennui . Combien d'efprits
ne fâvent , ni jouir des uns , ni profiter
des autres ? L'utilité, que ces derniers
renferment , eft rarement fuffifante pour
exciter l'attention : il faut encore que
des circonstances, tout-à-fait étrangères
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
au mérite de ces productions , invitent å
les faire rechercher. L'Auteur de la Def
cription Hiftorique Géographique des Ifles
Britanniques , qui connoît le Public , a
choifi un moment des plus favorables
pour faire paroître fon Ouvrage .
La guerre que nous avons contre la
nation , dont il nous dépeint les moeurs.
& les ufages , intéreffe pour fon travail ,
& le rend d'une utilité plus préfente , &
plus palpable . Il ne tient qu'à nous de
nous faire une idée jufte de ce Peuple, en:
tout temps fi jaloux de notre gloire, & denotre
puiffance ; de connoître tout ce qui
concerne le Pays qu'il habite , fes différens
Royaumes , leur fituation & leur
étendue , les Rivières , les Ports de Mer ,
les revenus , les taxes , les forces de cet
Etat , la nature de fon Gouvernement, fes
Loix , fes Sciences , fes Arts , ſon Com .
merce , fa Religion , fa Politique , le naturel
des Habitans , toutes leurs Vertus
& leurs vices . M. l'Abbé Expilly nous
préfente, fur tout cela , un tableau qui ne
laille rien à defirer. On ne peut s'empêcher
d'applaudir à l'ordre & à l'exactitude
qui régnent dans cette Defcription
remplie d'une foule d'objets fi différens ,
& fi fufceptibles de confufion : tout y eft
à fa place. Il en résulte une clarté , qui
FEVRIER. 1760. 109
met le Lecteur à ſon aife ; & qui l'inftruit
& l'éclaire , comme malgré lui . L'Auteur
s'eft fervi, dans la divifion de fon Ouvrage
, de celle du Pays qu'il avoit à décrire
; il l'a partagé en autant de Parties,
qu'il y a de Royaumes foûmis à la domination
Angloife. Il traite , dans la première,
du Royaume d'Angleterre ; dans la
feconde , de celui d'Ecoffe ; & dans la
troifième , de celui d'Irlande. Chaque
partie, eft fubdivifée en plufieurs articles ;.
& quelques articles , en plufieurs Paragraphes
on trouve partout des traits intéreffans
, fur le Parlemen , fur le Roi
ou la Reine , la Nobleffe , le Peuple , fur
les diverfes Maifons qui ont regné en
Angleterre , en Ecoffe , en Irlande , fur
la nature du climat , le Commerce , la
Population, les Langues , &c. Après avoir
donné une idée générale de tous les objets
compris dans cet Ouvrage ; je vais
m'arrêter à quelques faits particuliers ,
qui me paroîtront renfermer quelque :
chofe de curieux , ou pouvoir occafionner
quelques réfléxions utiles.
Le bled abonde prodigieufement, en
Angleterre. M. l'Abbé Expilly attribue:
cette grande fertilité autant à la bonté
du Gouvernement , qu'à la bonté du fol..
Le Laboureur eft encouragé par des ré
110. MERCURE DE FRANCE.
compenfes. On a remarqué , que depuis
environ 200 ans , qu'elles font établies ,
l'Angleterre produit infiniment plus de
grains , qu'elle n'en produifoit avant cet
établiſſement .
Dans la Bibliothèque de l'Univerfité
d'Edimbourg , on montre une corne , de :
plufieurs pouces de long , qui fut coupée:
en 1671 , à une femme de 50 ans , qui
en vécut encore 12 après l'opération.
L'Ifle de Man , Mona ou Mannia, dont
la circonférence eft de 70 milles , produit
peu de bled ; le bois y eft eft rare:
les Habitans fe nourriffent de pain d'Orge
& d'Avoine , ont des moeurs douces ,
& fe gouvernent par des Loix , ou plu
tôt par des Ufages , qui leur font particuliers.
Les Juges, qu'on appelle Deemf
ters , après avoir entendu les Parties, décident
toutes les affaires , fur le feul ,
rapport des Témoins. Le bon fens , inftruit
les Procès ; & l'équité dicte les Senitences.
Les Habitans de la Province de
Kent , ont auffi des Coutûmes particulières
, mais dont quelques- unes ne paroiffent
pas fi fenfées. Ils joüiffent du
Droit de contracter , & de difpofer de
leurs biens , dès qu'ils ont atteint l'âge
de 15 ans.
Il n'y a aucun animal venimeux , dans
FEVRIER . 1760.
l'Ifle de Garnefey : on y trouve la pierre
Emeril , qui fert aux Orfévres , pour nettoyer
les Pierreries ; & aux Vitriers, pour
tailler le Verre.
L'Ifle d'Iona
quoique petite , eft fameufe par le Monaftère
, qui y étoit autrefois. On dit que
huit Rois de Norwege quarante-huit
Rois d'Ecofle , quatre Rois d'Irlande
& un grand nombre de perfonnes du
premier rang , y ont leur fépulture .
ou de Kolen Kill ;
>
Les Femmes , en Angleterre , joüiffent
de la plus grande liberté; elles font maî-:
treffes non feulement de leurs volontés ,.
mais encore de leurs caprices. On rapporte
l'origine de leur indépendance à
une action , qui reffemble affez à l'avanture
des Danaïdes. Sous le régne d'Ethelrede
III , les Danois qui avoient déjà
fait, avec fuccès, plufieurs defcentes enAngleterre
, vinrent à bout de s'établir en
ce Pays. Le Roi fut obligé de leur payer
d'abord un tribut , annuel de dix mille
livres fterlings ; & dans la fuite , ce tribut
paffa quarante-huit mille livres . Cependant
, les deux Nations fe faifoient
continuellement la guerre. Les fuccès furent
variés pendant quelque temps :
mais enfin la fortune fe déclara pour les
r12 MERCURE DE FRANCE
Danois ; & ceux - ci , fe rendirent maîtres
du Royaume.
Swenon , premier Roi Danois qui
régna en Angleterre , après avoir affermi
fon nouvel Empire retourna en
Dannemark , pour y prendre connoiffance
de fes affaires domeftiques. Ethelrede ,
qui avoit été obligé de defcendre du
Trône , d'abandonner fes États , & de
fe réfugier en Normandie , profita de
l'abfence du Roi Swenon , fit fon poffible
pour détruire fes ennemis , & pour
affranchir fon Pays . Ce fut alors que fe
fit le fameux maffacre des Danois , par
les ordres , & fous le régne d'Ethelrede ,
Pan 1002 .
Il n'y a point de fait, dans l'Hiftoire ,
plus incroyable , & en même temps plus:
vrai que celui-ci , quoiqu'en difent certains
Auteurs , qui ont apparemment
quelque intérêt particulier pour taire
la vérité , ou pour la diffimuler. On a
peine à comprendre, comment une confpiration
fi générale, & communiquée à
toute la Nation Angloife , qui n'eſt point
renommée pour le mérite du fecret , ne
fut découverte par perfonne avant le
temps de l'exécution. Cela prouve inconreftablement
, l'antipathie des deux Peu
FEVRIER. 1760.
ples ; furtout quand on confidère que
ni les liens du Sang ( car ils s'étoient unis
par des mariages? ) ni la tendreffe conjugale
, ni leurs enfans , gages mutuels
de leur affection , & qui communément
réuniffent plus étroitement les
coeurs de leurs parens ; rien en un mot, ne
put toucher le fexe le plus tendre : car
ce fut lui qui fervit d'inftrument à une
action fi horrible !
Quelle idée peut - on fe former de ces
femmes qui égorgent leurs maris , dans
le temps qu'ils fe croyent le plus en fûreté
entre leurs bras ? ... Ce qui rend cette
action encore plus étrange , c'eft qu'elle
fut générale. On affure , que fur chaque
maifon d'Angleterre , il y eut un Soldat
Danois maflacré & écartelé ; & que cela
fe
ſe fit en même temps , & par les mêmes
mains.
Ce tragique événement , où le beau
Sexe Anglois a eu tant de part , pourroit
fournir à un génie heureux, un fujet trèspiquant
pour la Scéne Françoiſe. Il arriva
la veille de S. Brice . Ce jour , eft encore
célébré par les Anglois du Nord , en mémoire
de cette infâme action. Les fem--
mes courent les rues , & chantent, au fon
de certains inftrumens de cuivre , de vieil
114 MERCURE DE FRANCE.
les chanfons à la louange de leurs cruélles
ancêtres.
A cette occafion , il arriva , à la fin du
fiécle dernier , un incident affez plaiſant.
Plufieurs Régimens Danois , qu'on avoit
pris au fervice d'Angleterre , pour les employer
à la réduction de l'Irlande , prirent
terre dans le Nord d'Angleterre , vers
le temps de cet anniverſaire. Comme ils
paffoient dans une Ville , la veille de S.
Brice , ils furent furpris de l'étrange céré
monie qui s'obfervoit dant les rues : ce
qui excita leur curiofité. Ils apprirent ,
avec le plus grand étonnement , que
cette cérémonie étoit en mémoire des
Danois que les Angloifes avoient égorgés.
Les Danois, pleins de frayeur , prirent les
armes , & pafferent toute la nuit au bivouac,
dans la crainte d'éprouver le même
fort que leurs ancêtres avoient éprouvé
fept cens ans auparavanr.
Les fautes envers le Sexe Anglois ,
quand elles font déférées à la Juſtice ,
font prefque toujours punies par des
amendes pécuniaires. En 1730, Sir R. L.
fut condamné, par Arrêt du Banc du Roi,
à payer à la Ladi , Epoufe du Lord A...
une fomme de dix mille livres fterlings ,
parce qu'il avoit eu la témérité de faire
FEVRIER. 1760. 115
à cette Dame plufieurs propofitions trop
galantes. La même année. Sir K. C. fut
condamné, par le même Tribunal ,à payer
à la jeune Demoiſelle H. D. H. une fomme
de deux mille livres sterlings , pour
réparer , autant qu'il étoit poffible , l'outrage
que le défendeur lui avoit fait , en
ne rempliffant pas la promeffe de mariage
dont elle avoit eu foin de fe pourvoir.
Il y a une infinité d'exemples de
perfonnes du premier rang , condamnées
à des amendes pécuniaires , pour avoir
entretenu un commerce criminel avec
des femmes de qualité . Le mari offenſe ,
eft prèfque toujours dédommagé par la
diffolution de fon mariage , & par la li
berté que lui donne l'Arrêt , de paffer à
de fecondes nôces.
Dans les Etats , qui dépendent de la
Couronne d'Angleterre , on parle cinq
langues : Anglois , en Angleterre ; Galois,
dans la Principauté de Gales ; Ecoffois ,
en Ecoffe; Irlandois , en Irlande ; & François
, dans l'Ifle de Jerfey, & dans celle
de Garnefey & d'Aurigny. Il n'a pas tenu
aux Princes Normands , qui ont regné
fur les Anglois , que la Langue Françoife
n'ait prévalu , fur toutes les autres.
Ils publièrent des Édits , à cette fin ; & la
plupart des Loix que l'on fuit encore au
116 MERCURE DE FRANCE.
1
jourd'hui en Angleterre , étoient écrites
en François. C'eft en François , que toutes
les Procédures s'y font faites durant
un grand nombre d'années. Les Avocats
étoient obligés de paffer Docteurs en
cette Langue. Ce n'eft qu'en 1731 , qu'il
fut ordonné, par un Bill , que les Procédures
fe feroient déformais en Anglois ,
dans toutes les Cours de Justice du
Royaume ; & dans celle de l'Échiquier,
en Ecoffe. Ce Bill , n'eut cependant fon
effet qu'en 1733. L'antipathie vint à bout
de profcrire entièrement, des Tribunaux ,
la Langue Françoife introduite en Angleterre
par Guillaume le Conquérant ,
qui crdonna que toutes les affaires fe
traitaffent en François. A peine la reconnoît-
on aujourd'hui. On en voit cependant
encore des veftiges , dans l'Écriture
Angloife , & dans la racine des mots. If
refte même bien des mots Anglois , qui
paroiffent purement François ; tels par
exemple , que ceux- ci Guerif, guérir ;
Gwain, gaine ; Derchefu, derechef ; Bad,
bateau ; Gormod , gourmand ; Paftown,
bafton ; Cablu , accabler ; & une infinité
d'autres.
Les Druides Bretons , jouiffoient d'une
grande confidération parmi les Gaulois
ceux- ci envoyoient leurs enfans
FEVRIER. 1760. 117
dans la grande Bretagne ; & les Druides
fe chargeoient de les élever dans les maximes
de leur Religion. C'eſt à cette coûtume,
que les Gaulois font redevables des
premieres connoiffances qu'ils acquirent
fur l'Angleterre. Les difciples raportoient,
dans leur Patrie , quelques notions du
pays qu'habitoient leurs Maîtres , au
moins de la partie Méridionale ; car on
ignoroit , alors , que la Bretagne fûr une
Ifle. Les Romains, qui y pénétrèrent dans
la fuite , ne l'ont connue d'abord que d'après
ces relations.
L'Angleterre paffa des Romains aux
Saxons , & des Saxons aux Danois . Enfuite
trois Provinces de France lui donnèrent
des Rois . Depuis l'an 1066 jufqu'en 1135,
elle fut gouvernée par trois Rois de la
Maifon de Normandie . Depuis 1135 jufqu'en
1154 , par un Roi de la Maifon de
Champagne , des Comtes de Blois ; &
depuis 1154 jufqu'en 1485 , par quatorze
Rois de la Maifon des Comtes d'Anjou ,'
dits , Plantagenets .
Guillaume le Conquérant, attribuoit le
fuccès de fes conquêtes à la providence ;
& fembloit fe glorifier de n'avoir aucun
titre , comme il s'en explique lui- même.
» Ce n'eft point en vertu de quelques
? droits, mais par la pure grâce de l'Eter
118 MERCURE DE FRANCE.
» nel, que j'ai obtenu la couronne, qu'au-
» cun de mes ancêtres n'avoit portée
» avant moi. (V. l'Hift. de l'Abbaye de S.
Etienne de Caen. ) Ce Prince , arriva à
Pewenfey, dans le Comté de Suffex, avec
une armée de cinquante mille hommes.
Dès qu'elle fut à terre , il fit brûler tous
fes Vaiffeaux. On remarque, qu'ayant fait
un faux pas , en fortant de fon navire , il
tomba fur les deux mains , le vifage
dans la boue accident , dont il fçut fe
tirer , avec autant d'habileté & de préfence
d'efprit, que Scipion l'Afriquain, en
abordant l'Afrique. Il s'écria , en ſe relevant
: Je prends poffeffion de l'Angleterre
: elle eft à moi ; je l'ai faifie des deux
mains.
Les Anglois tirent , de la France , un
grand nombre de denrées ; mais le Commerce
le plus confidérable , eft celui du
Vin. On eftime , qu'en temps de paix , il
monte à plus de 25 millions.
Tous les Souverains , dans la Grande-
Bretagne , étoient Chrétiens , dès l'an
660. Dans l'efpace de 200 ans , plus de
trente Têtes couronnées renoncerent au
Trône , pour aller vivre dans la folitude.
De fi grands exemples peuplèrent l'Angleterre
, en peu de temps , d'un nombre
prodigieux de Moines .
FEVRIER. 1760. 119
ja LETTRE à M *** . fur quelques reftes
de l'Enceinte de Paris ; faite par ordre
de Philippe-Augufte.
ONSIEUR ,
SANS vouloir uſer de flatterie , je puis
dire , que peu de perfonnes connoiffent
mieux Paris, ancien & nouveau, que vous.
J'en connois affez bien le topographique:
mais je ne fuis ni Hiftorien , ni Antiquaire.
Auffi ne prétends - je pas, que mes
conjectures foient abfolument vraies : je
les propofe , parce qu'elles me paroiffent
probables ; & je les foumèrs à vos lumiè
res. Quant aux monumens , ou reftes , que
j'indique ; je n'ai trouvé que M. l'Abbé
de la Grive qui les connût . Peut - être , les
connoiffez - vous auffi. Suppofez,en ce cas,
que je n'ai rien dit. Si vous ne les connoiffez
pas ; je vais tâcher de vous conduire.
Toutes les Deſcriptions de Paris , difent
bien où paffoient les différentes enceintes
de cette Ville. Celle de Philippe Augufte,
étant la plus célèbre , on en indique
720 MERCURE DE FRANCE.
quelques reftes ; & cela fe borne à ce qui
fe trouve le long de la rue des Foffes
S. Victor , dans le Couvent des Jacobins,
& dans celui des Cordeliers . Les deux
premiers font bien vrais ; mais le dernier,
tel qu'on l'indique , en difant , que c'eft
le mur qui termine leur Jardin , du côté
de la rue des Foffés de M. le Prince , me
paroît douteux ; & je crois que je le prouverai
ci-après.
Paffant un jour par le Jeu de Boule ,
qui donne dans la rue de la Comédie &
dans celle de S. André des Arts ; je vis
une tour , ou plutôt une demie tour, colée
contre un long mur. L'un & l'autre me
paroiffant très -vieux ; & me rappellant
que l'enceinte avoit paffé par-là , tant par
ce que j'en avois lû , que par les Infcriptions
de la rue S. André , & de la rue des
Cordeliers ; je penfai que cela pouvoit
bien être dés reftes de l'enceinte de Philippe-
Augufte : & cela me porta à voir
fi je n'en trouverois pas d'autres , dans le
quartier , qui en marquaffent exactement
la fuite. Sans vous parler de tous les
tours que je fis ; voici la route que vous
devez tenir , fi vous ne les connoiffez
pas , & qu'ils piquent votre curiofité.
Étant dans la rue des Cordeliers , on
voit, tout près de l'égoût , une infcription
en
FEVRIER. 1760. 121
étoit là ;
en marbre , qui dit que la porte
& le marbre eft fur la coupure même du
mur , dont on en voit encore un refte
dans l'allée à côté. Il y a de l'autre côté
de la rue , prefque vis - à-vis cette infcription
, une porte cochere : entrez-y , vous ,
verrez au fond de la cour , dans le coin
à droite , le haut d'une tour . Vous verrez,
au milieu du fond de cette cour,une porte
chartiere : pouffez- la , (pourvu que ce foit
un jour de travail ) vous vous trouverez
dans le chantier d'un Charron ; & dans
le coin , à droite , vous verrez le bas de
la même tour , dont vous venez de voir
le haut. Elle , & le mur , qui eft le long
du chantier , font de l'enceinte . Étant arrivé
au bout de ce chantier : ouvrez deux
portes , l'une après l'autre ; & vous vous
trouverez dans le Jeu de Boule, dont j'ai
parlé , tout le long duquel régne encore
le même mur ; & vous verrez une tour ,
vers le milieu , qui fépare le Jeu de Boule
en deux. Si vous continuez votre chemin ;
vous pafferez dans une allée , qui vous
mettra dans la rue S. André. En chemin
faifant, vous remarquerez des regards , ou
grilles de puifard, fous vos pieds, qui donnent
dans un égoût, qu'on a conftruit dans
le foffé même de la Ville ; qui , prenant
l'eau de la rue des Cordeliers , va pren
F
122 MERCURE DE FRANCE.
dre celle de la rue S. André : & paffant
enfuite fous les maifons de la rue Contreſcarpe
, traverſe le deffous de la ruë
Dauphine , paffe fous les cours des maifons
de la rue Mazarine, prend les eaux de
la rue Guénégaud;& continuant en droite
ligne, paffe fous les cours du Collège des
Quatre-Nations , & finit dans la rivière.
Le local, par lequel vous pafferez , pour
aller de la rue des Cordeliers à la ruë
S. André , vous fera conclure , que la
maifon par laquelle vous êtes entré par
la rue des Cordeliers , fa cour , le chantier
du Charon , le Jeu de Boule , & la
maifon du Marchand de Vin, par laquelle
vous arrivez à la rue S. André , & celle
à côté , occupent la place du Foffé de la
Ville , & marquent fa largeur , ou à- peu .
près: ce qu'il faut remarquer, pour ce que
j'ai à dire fur le Jardin des Cordeliers. Il
étoit tout naturel de fe fervir de la fouille
du foffe , qui fe trouvoit toute faite ,
pour conftruire l'égoût. J'ajouterai même,
que c'eft le foffé qui a occafionné l'égoût,
dont on auroit pû fe paffer , fi on avoit
voulu , & on auroit beaucoup mieux fait.
Ces remarques , m'engagerent à voir
fi je ne trouverois pas d'autres reftes de
cetre enceinte, le long de la rue Mazarine.
J'entrai dans le fond des cours, que je
FEVRIER. 1760. 123
voyois profondes je trouvai le même
mur prèfque partout , & une tour dans le
fond de l'écurie du deuxième Loueur de
Caroffe , à l'image S. Louis . Le mur , ne
continue plus jufqu'à la rue Guéné gaud, ou
l'on en voit les arrachemens à côté de l'égoût
. En entrant chez le Sellier Caroffier,
qui eft auprès de cet égoût; vous verrez encore
une autre tour de la même enceinte ,
dans le coin de fon engard. L'on voit ici ,
comme dans le Jeu de Boule , la féparation
des maiſons , bâties les unes dans
la Ville , & les autres dehors.
Si vous entrez dans la maifon de la
ruë Guénégaud , qui eft de l'autre côté &
dans l'allignement ; vous verrez , que le
Collége des Quatre-Nations eft hors de
l'enceinte , excepté le pavillon de la Bibliothèque
; que la même enceinte le fépare
exactement du Jardin , & d'une portion
de l'Hôtel de Conti , & des maiſons
qui font fur la place ; & qu'ainfi , la porte
de Néelle n'étoit pas où eft la première
cour du Collége , comme il eft dit dans
quelques Defcripteurs de Paris ; mais dans
le mur mitoyen , avec les maifons qui
font fur la place. Vous verrez , de même ,
que le marbre , qui eft dans la rue S. André
, pour marquer où étoit le mur , eft
mal placé : il marque le milieu du foffé ,
Fij
$24 MERCURE DE FRANCE.
& non la place où étoit le mur. Cette
infcription devroit être , entre la maiſon
du Marchand de Vin , & celle de l'Épicier.
Cette remarque , pourroit intéreſſer
le Domaine : mais ceux qui le régiffent ,
le fçavent fans doute avant moi.
Je viens aux Cordeliers ; & je dis , que
le mur qui fépare leur Jardin des maifons
de la rue des Foffés de M. le
Prince , n'eſt pas celui de l'enceinte ,
comme on le dit ; mais un mur fait de
l'autre côté du foffé , ou à la rue Contre
ſcarpe. Ce qui me le fait croire , c'eſt une
tour qu'on voit dans un petit jardin ,
qui eft celui de l'Apoticairerie du Couvent,
qui a tout l'air d'une tour de la même
enceinte dont il eft queftion. En effet
, entrez dans l'Apoticairerie & dans
le petit Jardin ; vous verrez que cette
tour, eft très-ancienne. Vous verrez,fur le
côté,la marque ou coupure d'un mur fort
épais, qu'on a coupé , qui fe continuoit de
côté & d'autre. La diftance qu'il y a de
cette tour au mur qui termine le Jardin ,
qui eft la même , ou à- peu-près , que la
largeur du Jeu de Boule dont on a parlé
ci-devant , fait penfer que la tour étoit
de l'enceinte , & la muraille le bord du
foffé. Auffi , voit - on qu'aucun de leurs
vieux bâtimens ne va , à ce qu'on dit, être
FEVRIER. 1760. 125
de l'enceinte. On la prend donc mal : car
il est dit, dans toutes les Annales de Paris ,
que leur Couvent tenoit aux murs de la
Ville. L'Apoticairerie , eft un de leurs
plus vieux bâtimens ; & cette tour en fait
partie: donc &c. l'enceinte étant devenue
inutile par la quantité de maifons qui
étoient dehors ; on leur aura donné le
foffé , & permis d'abattre le mur. La
jonction de leur bâtiment neuf, avec le
vieux ( qui eft ce qui compofe leur Chapitre
, & ce qui eft derrière ) eſt une forte
conjecture de ce que j'avance.
Il eft bien dit , partout , que les limites
de Paris paffoient par- là , ou à peu- près :
mais un peu plus de précifion ne gâteroit
rien ; & l'indication de ces reftes
pourroit faire plaifir à bien des Lecteurs.
Tout le monde a vû ce qu'on a découvert
de cette enceinte , dans le Jardin de
PHôtel de Soiffons : mais tout le monde
ne connoît pas une tour qui refte encore
en entier dans l'Hôtel de Grammont, en
tre le vieux Louvre & les Peres de l'Oratoire
; & encore une autre,ruë Mauconfeil
, dans une maifon où demeure M. de
la Rue. On voit encore une belle tour ,
dans le même quarré ; mais elle appartenoit
à l'Hôtel de Bourgogne, & non à l'enceinte
de la Ville. Les Armoiries , & au-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
tres Sculptures , qu'on voit dans l'întérieur
de cette tour ; & la propreté avec
laquelle elle a été bâtie , le font voir.
Elle mérite d'être vue par les Curieux en
ce genre. On y entre par la rue du Petit-
Lyon.
J'ai l'honneur d'être & c.
LETTRE de M. DU BOIS DE
LAGARDE , Affocié à plufieurs
Académies du Royaume ; à M. ***
MONSIE ONSIEUR ,
PERMETTEZ que je me ferve de la
voie du Mercure , pour faire parvenir à
M. l'Abbé Trublet , deux Lettres du célèbre
Fontenelle , adreffées à un jeune Militaire
, de mes amis , qui voudra bien
me pardonner cette petite infidélité. Elle
ne peut tourner qu'à fa gloire. Je crois
qu'elles feront plaifir au Public , & au
fçavant & refpectable Editeur du Fontenelliana.
J'y voudrois pouvoir joindre une
Lettre de M. de Voltaire , qui fait auffi
beaucoup d'honneur aux talens de mon
ami , à qui votre Journal rend fouvent
juſtice , ainſi qu'à Mademoiſelle fa foeur..
FEVRIER. 1760. 127
11 feroit à fouhaiter , Monfieur , qu'ils
vouluffent , l'un & l'autre , nous faire
part plus fouvent encore , de leurs amufemens
Poctiques. Je vous prie de les y
engager , en faveur de vos Lecteurs , qui
ne cherchent, dans la Poëfie, que le naturel
& le fentiment . Si M. l'Abbé Trublet
paroiffoit defirer les Lettres qui ont
donné lieu à ces réponſes , je ferois en
forte de les avoir de même , de la main
de l'Auteur , & de les lui envoyer. De
plus ; comme il fe pourroit qu'il n'eût pas
connoiffance d'un portrait de Fontenelle ,
par feue Mlle le Couvreur , ( qui doit naturellement
entrer dans fon plan ) je me
ferois encore un vrai plaifir de le lui faire
tenir.
J'ai l'honneur d'être , &c.
LETTRES de M. DE FONTENELLE
à M. le Chevalier de JUILLY - THO❤
MASSIN , Gardé du Corps du Roi.
MONS ONSIEUR ,
VOTRE Lettre , vos Vers ; & votre
Differtation , fur le Sentiment > annoncent
tout-à-la - fois , un Cavalier de
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
Moeurs aimables , d'un goût délicat , &
d'un génie heureux. On n'y voit rien
qui n'affecte également le coeur & l'ef
prit ; dont votre ftyle, eft l'expreffion la
plus touchante. Que nous fommes élorgnés
de cette barbarie des fiécles paffés !
où les Militaires , fçavoient à peine figner
leur nom , & s'en faifoient gloire !
La Politeffe , la Science,& la Valeur , ne
vont plus guère , l'une fans l'autre : elles
femblent être devenues inféparables.
Qu'il fait beau voir ceux qu'une orgueilleufe
ignorance , qu'une férocité de caractère,
aviliffoient jadis , même dans la
carrière de la gloire , fe diftinguer aujourd'hui
par des manières affables , &
par les talents ! L'amour feul de la Littérature,
pouvoit les changer ; mais il étoit
réfervé à notre fiécle de leur inſpirer cet
amour. Telle eft , Monfieur , l'idée que
je me fais de vous : jugez , fi je dois être
infenfible au plaifir de recevoir de vos
nouvelles , & de lire vos agréables Productions
, ainfi que celles de Mademoifelle
votre Soeur ; à qui , je vous prie de
faire agréer mon refpectueux hommage.
Ce commerce aura , pour moi , trop de
charmes : il me fera trop d'honneur, pour
le négliger ; furtout , fi cette jeune Mufe
veut bien y entrer pour quelque chofe.
•
FEVRIER. 1760. 129
que
On ne peut trop l'engager , ainfi
vous , Monfieur , à cultiver les dons qu'on
voit briller en vous . Je voudrois , de tout
mon coeur , être à portée de fortifier encore,
par mes confeils , ce penchant , que
vous avez pour les Lettres. Je vous ferois
part de ces lumières , que beaucoup d'étude
, & qu'un long âge m'ont acquifes .
Vous vous plaignez , de ce que vous êtes
obligé de refter à la Campagne , où le
goût des Belles - Lettres , dites -vous , s'affoiblit
bientôt ? Confolez - vous , Monfieur
à en juger par vos Ouvrages , on
pourroit croire que vous habitez la Capitale.
Ainfi , ne craignez donc pas de
m'ennuyer , par vos Lettres . Quoique je
fois extrêmement vieux , & que j'écrive
difficilement ; je ne ferai point pareffeux
à vous répondre. Je me reflouviens
toûjours, d'avoir été Berger ; & je vous en
trouve , à l'un & à l'autre , la douceur &
le fentiment. S'il me reftoit encore affez
d'haleine , je fredonnerois quelques Airs
Champêtres , où je célébrerois votre charmante
Emule , qui doit faire la gloire de
vos Hameaux ; & je témoignerois à Mademoiſelle
votre Soeur, & à vous , autrement
qu'en Profe , l'eftime parfaite avec
laquelle , j'ai l'honneur d'être , &c .
DE FONTENELLE
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
Autre Lettre , de M. de Fontenelle ,
au même.
J'AI và ,
Monfieur , avec beaucoup de
plaifir , vos nouveaux Effais Littéraires . Ils
n'ont fait que me confirmer , dans l'idée
avantageufe que vos premiers Ouvrages
m'avoient donnée de vous. Vos Réfléxions
Philofophiques ,font le langage de
la Raifon & de la Vertu ; comme vos
Vers le font, du Sentiment & des Grâces.
Je doute beaucoup, que j'en aye tant
mis dans mes Ouvrages , qui , dites-vous,
ont fçû vous infpirer ce goût de la Littérature
& de la Sageffe ? En vérité , Monfieur
, vous n'en pouviez faire un éloge
plus -flatteur ! & je m'applaudis de ce
ce qu'ils ont procuré à la République
des Lettres des fujets tels que vous , &
Mademoiſelle votre fçavante Soeur , que
j'honore infiniment. Je m'apperçois , par
l'impreffion que vos oeuvres font fur moi,
que le coeur ne vieillit point : je fens encore
; & l'âge ne me prive point du plaifir
de vous admirer l'un & l'autre. Tout
ce qui fort de votre plume, eſt charmant.
Vos négligences même , ont de la grâce;
FEVRIER. 1760. 131
Et, peut-être , perdriez-vous à être plus
châtiés. Je vous fais mon compliment
Monfieur , & à notre jeune Sapho , fur le
genre de Pocfie Paftorale , que vous faites
revivre avec avantage. Vos Mufettes
, font d'un goût , qui fans doute leur
donnera la vogue , & qui vous en fera
appeller un jour les Reftaurateurs. Quet
ces amufemens font dignes d'un jeune
Militaire , qui , à la faveur de la Paix ,
fe repofe & fe joue à l'ombre de fes Lauriers
! Que c'eft employer noblement un
loifir , dont les inftans ne peuvent être
mieux remplis , que par le commerce des
Mufes & des Amours ! Je peux bien vous
appliquer ici en particulier , ce que vous
avez dit pour le général :
Livrez-vous , vaillante jeuneſſe ,
Aux doux penchans de votre coeur
C'eſt à la gloire , à la tendreſſe ,
A récompenfer la valeur.
Quant à Mademoiſelle votre foeur ;
pour la louer dignement , je ne peux
mieux faire que d'être l'écho du galant
& ingénieux Académicien , dont vous
avez bien voulu m'envoyer le Diſcours ,
qu'il a prononcé en faveur du beau Sexe.
On ne pouvoit faire une plus jufte &
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
plus jolie allufion , au Pays natal de cette
nouvelle Amazone.
A Thomaffin , à la Pucelle ,
L'une , comme l'autre , immortelle ,
Ces bords , également , vont ſe glorifier
D'avoir donné naiſſance.
La Pucelle , fauva la France ;
Et Thomaffin , doit l'éclairer !
Reffouvenez - vous toujours , l'un &
l'autre, s'il vous plaît , que celui qui vous
écrit eft un vieillard qui mérite quelque
indulgence ; & qu'il ne peut être auffi
long qu'il le voudroit , pour répondre à
toutes les beautés , & à tout ce qu'il y a
d'obligeant dans votre Lettre. Recevezen
, je vous prie , mes excufes ; & foyez
affurés , qu'on ne peut être avec plus
d'eftime & de confidération , & c.
DE FONTENELLE.
TABLEAUX
DES ÉTATS DE LA VIE.
SUR un Char , à quatre rouës , ( fymboles
des quatre âges de la vie , ) paroif
FEVRIER. 1760 . 133
fent perfonnifiés le Clergé , la Nobleffe ,
& le Tiers- État. Le Clergé , par un Pontife
; la Nobleffe , par un Roi ; le Tiers--
État , par un Laboureur.
La Charité les tient tous unis , au
moyen d'une chaîne , que des Enfans ,
( fymboles des befoins communs ) mertent
entre les mains de la Foi & de l'Efpérance.
Celles- ci tirent le Char , & le
font avancer dans la carrière du falut.
UNE manière de repréfenter les Etatsde
la vie , moins noble à la vérité , mais
non pas moins inftructive, eft la fuivante.
Un Prêtre, avec ces mots .. Je prie pour vous tous
Un Soldat
Un Paylan
· •
•
Un Homme de Loi
• •
• ·
• •
•
Je vous défends tous.
Je vous nourris tous
Je vous mange tous .
J'ajouterois volontièrs , un Homme de
Lettres , avec quelque Infcription , qui
fignifieroit: je vous inftruits , je vous amufe
, je vous confole , je vous encourage ,
je vous défennuïe tous ; je vous obſerve ,
je vous examine , je vous peins , je vous
approfondis , je vous caractèrife tous ;
j'apprécie vos occupations , vos travaux ,
vos talens , vos qualités ; je vous éclaire,
je vous guide , je vous recherche , je
vous élève , je vous foutiens. Sans moi,
14 MERCURE DE FRANCE.
vous fericz tous enfevelis dans les ténè
bres de l'ignorance ; fans moi , vous feriez
encore couverts de tous les oppro
bres de la barbarie. Si je n'avois foin
de rectifier vos idées d'ennoblir vos
fentimens , d'épurer vos moeurs , de polir
vos manières ; la fociété que vous formez,
les uns & les autres, n'auroit rien que d'agrèfte
, de féroce , ou d'indécent .
,
Vous êtes tous redevables à mes veilles
, des biens les plus doux & les plus
précieux de la vie . Sentiriez - vous , fans
moi , le prix des Sciences & des Arts ?
Sans moi , diftingueriez-vous les vrayes
vertus , des fauffes ?
Quand vous négligez de faire ufage
des fecours que je vous offre ; les facultez
de votre âme font , tantôt en létargie
, tantôt en convulfion. Eft- il rien de
plus groffier , que votre langage ? de
moins correct que votre ftyle ? Eft-il enfin
, fans moi , rien de plus pefant , rien
de plus infipide , rien de plus frivole ,
rien de plus ftérile que votre converfation
?
Il n'eft aucun de vous , qu'à quelques
égards au moins , je n'élève au-deffus
de fa condition. Je tiens compagnie à
l'un , je délaffe l'autre ; je divertis celuiçi
, je réveille celui-là ; & je plais à
FEVRIER. 1760 . 135
rous par la raison, que je peins les hommes
, ou tels qu'ils furent autrefois , ou
tels qu'ils font aujourd'hui ; & que je
facilite à tous , les moyens de fe rendre
tels qu'ils pourroient , ou qu'ils devroient
être.
L'expofition fuccinte des avantages
qui reviendroient à la fociété , des talens
de l'homme de Lettres , fi Pulage
en étoit toujours dirigé par un efprit de
fagelle & de religion , donne occafion ' à
l'Auteur de faire la Defcription d'un Tableau
allégorique , des influences du génie
Littéraire fur tous les Efprits qu'il
éclaire , fur tous les coeurs qu'il échauffe ,
& qu'il rend fenfibles aux charmes de la
la gloire.
1
Au milieu d'un payfage , ou la Nature
fe jouë de toutes les manières qui peuvent
flatter les yeux , intéreffer la curiofité
, ouvrir la plus vaſte carrière à l'imagination
Poctique & Pittorefque ; le Génie
touche la lyre , à l'ombre d'arbres ,
qui par l'entrelas de leurs branches forment
une efpèce de berceau ruftique ,
dont la fombre verdure fait valoir les
couleurs brillantes dont font peints mille
Oifeaux qui s'y repofent , & qui paroiffent
être les échos vivans du génie
de la nature.
136 MERCURE DE FRANCE.
Il eſt peint ( ce Génie ) tel qu'on le
voit repréſenté fur les Monumens antiques
: c'est- à-dire , que fes membres ont
la foupleffe , la vigueur , l'agilité , la fraicheur
, les proportions de la Jeuneſſe la
plus belle & la plus vive. Sa tête , eft futmontée
d'une langue de feu ; il a des
aîles aux épaules ; & fes yeux, élevés vers
le Ciel , marquent affez qu'un efprit tout
divin l'infpire.
A fes pieds , les animaux, les plus fauvages,
perdent leur férocité ; les plus ftupides
, fe montrent fenfibles aux charmes
de l'harmonie ; les plus inquiers ,
les plus timides , y font fans défiance &
fans crainte ; les plus antipathiques, y vivent
dans l'intelligence la plus parfaire.
Ainfi la Colombe ne craint pas de percher
fur la même branche , où le Vautour
, où le Milan fe repofe ; la Brebis
ofe fe coucher à côté du Loup; les Cerfs,
les Liévres , les Lapins , les uns debout ,
les autres blottis fur le gazon , groupent
avec des chevaux & des chiens de chaffe.
A peu de diftance , on apperçoit des
Satyres & des Faunes , qui prêtent au
génie toute l'attention dont ils font capables.
Plus loin , font des jeunes filles ,
& des jeunes garçons , dont les différens
airs de tête offrent des expreffions de
FEVRIER. 1760. T3*
refpect , d'admiration , de tendreffe &
de raviſſement . Mais rien n'intéreffe le
Spectateur, comme les caractères de trois
Philofophes , dont l'un écoute le Génie ,
dans le plus profond recueillement; tandis
que l'autre , s'empreffe d'écrire ce qu'il
vient d'entendre ; & qu'un troisième fait
figne d'approcher , à des enfans , qu'il invite
à jetter les yeux fur les figures qu'il
a deffinées , pour leur rendre les idées du
Génie plus fenfibles & plus familières.
Les figures , que préfente la partie fi
périeure du Tableau , font celles de la
vérité , de la paix , de la fanté , du travail
, de l'abondance & de la gaîté . Le
Génie les attire du Ciel... La terre , va
changer de face...
Le menfonge , l'erreur , l'efprit de vertige
, la difcorde , la guèrre , la pareffe ',
le libertinage , les maladies , la trifteffe ,
rentreront dans les enfers. La bonne foi,
la fimplicité , la modeftie , la frugalité ,
la fincérité , la concorde, reprendront la
place que leurs ennemis avoient ufurpée.
Parlez , Saints Pontifes ! & vous ferez
écoutés. Puiffans Monarques ! faites des
loix , & elles. feront obfervées . Héros !
volez où la gloire vous appelle : la terreur
vous précédera , la victoire vous fuivra
; la fureur , l'envie , l'ambition aveu
138 MERCURE DE FRANCE:
gle , l'infatiable cupidité, tomberont fous
vos coups. Sages Magiftrats réprimez la
licence , protégez l'innocent , puniffez le
coupable , arrachez le mafque à l'hypocrifie
, détournez le voile , qui nous déro
be les attraits de la vérité , rétabliffez
l'ordre , raffermiffez le trône de la Religion
, faites triompher la Juftice. Les
fleuves battront des mains ; les collines ,
les montagnes , & les vallées, retentiront
des cris d'allégreffe que pouffera le Laboureur
, foit qu'il cultive fon champ
dans le filence d'une paix profonde , foit
qu'après une heureufe récolte , il fe repofe
à l'ombre de la vigne & de fon figuier ,
ou que dans les longues foirées de l'hyver,
il confacre une partie de fon loifir à graver
dans la mémoire , & plus encore dans
le coeur de fes enfans , les noms que les
Mufes ont confignés aux archives de la
gloire.
Non ! les Mufes ne connoiffent point
d'occupation plus noble & plus importante
, de plaifir plus doux , plus fatisfai
fant , que d'aflurer le bonheur de la poftérité
, en lui confervant le portrait des
hommes qu'elles jugent dignes d'en être
les oracles & les modèles .
Pieux & fçavans Miniftres des Autels ;
Princes puiffans , intrépides, clémens , &
FEVRIER. 1760. 139
généreux ; Magiftrats équitables ; Artiſtes
induſtrieux ; infatigables Cultivateurs ;
Artifans laborieux ; les Mufes ne fouffriront
point que les ténèbres de l'oubli cachent
, même à nos derniers neveux , ce
que vous avez conçu , ce que vous avez
entrepris , ce que vous avez fouffert , ce
que vous avez exécuté , pour calmer nos
craintes , pour effuyer nos larmes , nous
conferver le fruit de nos travaux , diminuer
nos peines, & multiplier nos plaifirs !
Vous donc , qui reffentez , ou les plus
douces influences , ou les plus vives impreffions
, ou les plus ardents tranſporrs
du génie ; hâtez - vous d'en faire. part à
vos compatriotes , à vos concitoyens.Que
dis-je ? Livrez-vous à la bienveillance univerfelle.
Piquez- vous de faire partout des
heureux , en vous faifant partout des
femblables ; & que la pureté , la décence
, la facilité de vos moeurs, rendent aux
Lettres , aux Arts , aux talents , aux travaux
utiles , aux Profeffions férieufes, un
luftre , une conſidération , un crédit , que
des Profeffions purement lucratives , leur
ont énlevé.
440 MERCURE DE FRANCE
LES SAISONS ;
POEME , traduit de l'Anglois , de
Thompſon. Volume in- 12 . Belle édi
tion , avec Eftampes , de très- bon goût
Chez Chaubert, & Hériffant , à Paris.
IL
"
Ly a longtemps que les Amateurs de
la Poëfie afpiroient après une Traduction
des Saifons , de Thompfon. Le Traductear
annonce , dans un Avertiffement très-bien
écrit , qu'il fera tous fes éfforts pour fe
rapprocher de fon original. J'ai tou-
» jours cru , dit- il , que le principal mé-
» rite d'une Traduction , confiftoit dans
» la plus ſcrupuleuſe exactitude ; de manière
, que
, que fi une Traduction pouvoit
» être , pour ainſi dire , tranſparente , &
» laiffer voir Poriginal dans tout fon na-
» turel , elle feroit la plus parfaite.
On ne peut qu'applaudir au deffein &
à l'exécution du Traducteur : ce qui gâte
la plupart de nos Traductions , c'eft ce
prétendu air François , que nous voulons
donner aux Ouvrages , que nous faifons
paffer dans notre langue ; nous les dénarurons
, fi je puis m'exprimer ainfi , en
FEVRIER. 1760. 141
eur ôtant les traits qui leur font propres :
le forte , que nous ctéons des efpèces de
nonftres qui n'appartiennent ni au goût
ationnal , ni à celui des étrangers. Ce
défaut rétrécit la carrière des talents ; &
fije puis le dire , appefantit le vol du génie
: il répand fur nos écrits, cette monotonie
, qui nous enchaîne dans la médiocrité,
& dans la fervile imitation .
La Traduction du Poëme de Thompſon,
eft dédiée à M. le Marquis de Mirabeau ,
défigné fous ce titre fi glorieux , à l'ami
des hommes!.. on ne peut que donner des
éloges à l'Auteur de la Dédicace : elle
eft digne de celui à qui elle eft confacrée.
Ce Poëme débute, par le Printems . On
diroit que Thompson ena emprunté toutes
les fleurs , toutes les grâces, pour les répandre
dans ce champ . C'eft ainfi qu'il
peint une des parties , d'un jour de Printems.
» Ainfi pendant le haut du jour , les
» nuages chargés répandent leurs tréfors
» naturels fur la tèrre humectée , qui reçoit
dans fon fein la vie végétative ;
"
"
jufqu'au moment où le Soleil, penchant
» vers fon déclin , paroît tout - à - coup ,
» dans le Firmament accidentel. Il perce ,
» éclaire , & change en lames d'or les
» nuages voifins : la lumière rapide frap-
» pe fubitement les montagnes rougies :
742 MERCURE DE FRANCE.
» fes rayons pénètrent les forêts , le répandent
fur les fleuves , éclairent un
brouillard' jauniffant , qui s'élève fur la
plaine brillante , & colorent les per-
» les de la rofée. Le Payfage brille de
» fraîcheur , de verdure & de joie les
» bois s'épaiffiffent , la mufique des airs
» commence , s'accroît , fe mêle en
» concèrt champêtre au murmure des
33
eaux. Les troupeaux bêlent fur les cô-
» teaux ; l'écho leur répond , du fond des
» vallons : le zéphir s'élève ; le bruit de
» fes aîles , réunit toutes les voix de la
»> nature réjouie : l'arc- en-Ciel , au même
inftant , fort des nuages oppofés ; il fe
déploye , il embraffe l'horizon , & dé-
» veloppe toutes les couleurs premières ,
depuis le rouge jufqu'au violet , qui fe
» perd dans le firmament que l'arc célefte
embraffe , & dans lequel il femble.
» fe confondre .
33
33
Le Poëte , à propos des couleurs , célèbre
le grand Newton , & l'invention de
fon fameux Priſme. La peinture de l'âge
d'or , doit de nouvelles grâces au pinceau
de Thompson. Il paffe , de ce tableau ,
aux plaifirs de la pêche ; il parcourt les
champs ; il vient fe renfermer dans les
jardins ; il en décrit les diverfes fleurs.
Du régne végétal , il s'élève parmi les
FEVRIER. 1760. 143
ifeaux ; & détaille , avec toutes les grâes
de la Poefie , leurs amours , leurs
laifirs , leurs différentes façons de s'exrimer
dans leurs ramages ; il pénètre
ufques dans les abîmes des mers , & y
ait voir l'amour enflammant de fes
eux les froids habitans des eaux . Enfin ,
vient à peindre la tendreffe innocente
e la jeune Bergere , & les tranſports
ifs du berger il mêle à ce portrait
agréable , les ombres de la jaloufie , les
Houleurs , les tourmens qui la fuivent .
Il termine ce Chant , par un morceau ,
digne du pinceau d'or de Milton : c'eſt la
Defcription des vrais plaifirs , & du bonheur
tranquille , qui accompagnent le
mariage . Rien de plus touchant , de plus
pathétique , en même temps de plus fimple
& de plus naturel ! Ce morceau , du
Poëte Anglois, peut fe comparer aux plus
beaux endroits de nos Poëtes Grecs &
Latins ce qui prouve , qu'un Écrivain
qui nous repréfentera bien la Nature ,
fera prefque toujour für de plaire & de
réuffir.
Voici de quelle façon Thompfon ouvre
fon Chant de l'Eté, apres avoir donné une
defcription rapide des Planettes.
» Les Gémeaux , ceffent d'être embrâfés;
» & le Cancer , rougit des
rayons du So144
MERCURE DE FRANCE.
;
leil ; la nuit n'exerce plus qu'un em
pire court & douteux ; à peine elle
» avance fur les traces du jour qui s'éloigne
, qu'elle prévoit & obferve , en
tremblant , l'approche de celui qui va
» lui fuccéder : déjà paroît le Matin, pere
» de la rofée ; une lumière douce & foi-
» ble l'annonce dans l'Orient tâcheté ;
» mais bientôt la lumière s'étend , fe répand
, brife , éclaircit les ombres , &
chaffe la Nuit , qui fuit d'un pas précipité.
Le jour naiffant perce rapidement,
» & préfente à la vue de vaftes payfages:
» le rocher humide , le fommet des mon-
» tagnes couvert de brouillards , s'enflent
» à l'oeil , & brillent à l'aube du jour ....
» L'harmonie annonce le réveil de la
» joie univerfelle ; les bois retentiffent.
» de chants réunis ; le Berger difpos , ré-
» veillé par le chant du Cocq , quitte la
» cabane mouffeufe où il habite avec la
paix il ouvre fa bergerie , & fait for-
» tir par ordre fes nombreux troupeaux
» & les mène paître l'herbe fraîche du
و ر
و ر
» matin.
Je ne fçais finos Lecteurs François
pafferont au Traducteur , les expreffions
brife & s'enflent , interprétations trop
fidelles des mots Anglois, Bréak & Swell,
qu'on
FEVRIER. 1760 . 145
qu'on auroit pû rendre par défunit , ou
diffout , & groffiffent.
Notre Poëte, réunit fes plus brillantes
couleurs dans la peinture du Soleil levant.
Tous les effets de cet Aftre font détaillés :
ce tableau eft d'une riche compofition .
Thompſon, fuit les progrès du Soleil dans
le jour d'Eté.Il s'arrête fur la Defcription
des Infectes, que la chaleur met en action.
» Ces nations éparfes , s'agitent dans les
» rayons du Soleil , & jouent de mille
» manières , en haut , en bas , s'entor
» tillent , s'enveloppent enſemble , juf-
» qu'aux tems où la tempête aîlée , le fier
» hyver,les chaffe de la face du jour. Ainfi
» l'homme , adonné au luxe , paffe , fans y
» penfer , l'été de fa vie dans l'oifiveté
» d'une fortune brillante , qui fuit auffi
>> rapidement que la faifon , & voltige
» de bagatelles en bagatelles , de la va-
»> nité au vice , jufqu'à ce qu'emporté par
» la mort , l'oubli le fuit , & l'efface du
» Livre de vie.
Cette comparaifon , je crois , doit plaire
, par la jufteffe & le coup d'oeil philofophique
,fous lequel elle peut être confidérée.
C'eft ainfi , que la grande Poëfie
préfente de fublimes vérités !
Notre Auteur,décrit les divers exercices
du jour d'Eté. Des plaifirs de la con-
G
146 MER CURE DE FRANCE.
templation , qui nous élève jufqu'à une
efpèce de converfation avec les Efprits
céleftes . Il s'élance à la Zone Torride ; il
met , pour ainfi dire , fous les yeux les
montagnes , les fleuves de l'Afrique , fes
monftres tout ce vafte pays , brûlé des
rayons du Soleil , & défléché par des chaleurs
infupportables,les ravagesde la pefte ,
qu'il dit être née des bois empoisonnés de
l'Éthiopie, des matières impures du grand
Caire , & des champs empuantis par
» des armées de fauterelles , entaffées &
"putréfiées.
ود
Le Traducteur auroit pû adoucir cette
image dégoutante : notre langue, qu'il faut
refpecter , ne fe prête pas à ces traits défagréables
nous ne voulons voir la Nature
repréfentée qu'en beau. Il eft vrai ,
que le Traducteur , s'eft piqué de fidélité ,
Thompson n'oublie pas la peinture des
orages ; il excite nos larmes fur la mort
d'Amélie , frappée du tonnèrre aux yeux
de fon Amant , qui demeure immobile ,
& écrasé , pour ainsi dire , du même coup
qui lui a ravi fon amante. L'épisode de
Mufidore & de Damon , dans un genre
délicat eft extrêmement agréable : la
peinture de Mufidore , qui fe baigne aux
yeux de Damon dont elle ne fe croit
pas vuc , forme un tableau digne de l'AL
,
FEVRIER. 1760.
147
ود
bane . Ce Chant finit par les louanges de
plufieurs Héros & Beaux-Efprits qu'a produits
l'Angleterre , & par un long panégyrique
de la Philofophie , où eft renfer
mé cet éloge de la Poefie. » La Poëfie ,
» quand tu ( la Philofophie ) daignes la.
» gouverner , fait éclarer fa voix ; elle.
parle aux fiécles ; elle inftruit , plaît ,
employe l'harmonie , l'ornage , le fen-
» timent , & la penfée ; elle acquiert , &
» donne
l'Immortalité : c'eft le tréfor du
" genre humain , fa gloire , & fa plus vé-
» ritable joie,
"
Thompfon , qui écrit pour fa patrie ,
tranfporte dans l'Automne le tableau de
la moiffon. C'est ainsi qu'il entre en matière.
27
ود
و د
Quand le Signe éclatant de la Vierge
» céde les beaux jours , & que la Balarce
péfe les Saifons avec égalité ; le fier
» éclat de l'été , quitte la voûte des cieux,
» & un bleu plus ferein , mêlé d'une lu-
» mière dorée , anime & enveloppe le
>> monde heureux ; le Soleil tempéré s'é-
» lève avec de doux rayons , & verfe , à
» travers les nuages brillants , un calme
agréable fur la terre . La moiffon étendue
, abondante , & mûre , foutient fa
» tête pefante ; elle eft riche , tranquille
» & riante pas un fouffle de vent ne
"
""
Gij
148 MERCURE DE FRANCE
roule fes vagues légères fur la plaine ;
" c'eft le calme de l'abondance . Si l'air
» agité, fort de fon équilibre , & prépare
» la marche des vents ; alors le manteau
» blanc du Firmament fe déchire , les
»nuages fuyent épars ; le Soleil , toutà
- coup dore les champs éclairés , &
» par intervalle , femble chaffer ſur la
» terre des flots d'une ombre noire. La
» vue s'étend avec joie fur cette mer in-
» certaine ; l'oeil perce auffi loin qu'il
» peut atteindre , s'égaye, & s'agite dans
» un fleuve immenfe de bled.
Notre Poëte , dans une longue énumération
, célèbre l'induftrie & fes divers
avantages : l'épifode de Lavinie,Fille d'Acafte
& de Palémon , réunit l'intérêt & la
fimplicité , qualités fi recommandées , &
fi employées par les Anciens ! defcription
d'une tempête d'Automne , des différentes
eſpèces de chaffe , des vergers ; coup
d'oeil jetté à peine fur la vendange , qui
enrichit les autres Pays. Cette Peinture
manque abfolument au riche tableau de
Thompson. Il recherche & expofe les
fources des fontaines & des rivières ; il
nous fait voir la joie & les amuſemens
innocens des Laboureurs , après leur récolte.
Le portrait fuivant de l'Agriculture
, où il a raffemblé tous les traits
1
FEVRIER. 1760 . 149
épars dans les Anciens , & même dans
les Modernes , conclut ce Chant.
»
"
L'Agriculteur, libre de toutes les paf-
"fions orageufes qui tourmentent les
» hommes inquiets , écoute , & n'en
tend que de loin , & en fûreté , rugir
» la témérité du monde , & n'en fent que
» mieux le prix , dont il eft environné.
" La chûte des Rois , la rage des Na-
» tions , le renversement des États, n'a-
» gitent point l'homme , qui échappé du
» monde dans des retraites tranquilles ,
» & des folitudes fleuries , étudie la Na-
» ture , & fuit fa voix de mois en mois,
» & de jour en jour , pendant tout le
cours de l'année. Il l'admire , & la
» voit dans toutes fes formes ; il fent ,
» dans fon coeur, la douceur des fes émotions
, jouit de ce qu'elle donne libé-
» ralement , & ne defire rien de plus ..
Un Ami , un Livre , font cou-
» ler tranquillement fes heures fages &
utiles ; il parcourt , en imagination , la
terre & les mers ; la vérité travaille
» d'une main divine fur fon efprit, élève
»fon être , & développe fes facultés :
» les vertus héroïques , brûlent dans fon
» coeur il fent auffi l'amour & l'ami-
» tié : fon oeil modefte , brille & expri-
» me fon raviffement ; les embraffemens
"
»
...
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
» de fes jeunes enfans , qui lui fautent au
» col , & qui defirent de lui plaire , re-
» muent fon ame tendre & paternelle :
» il ne méprife pas avec humeur la gatté
, les amuſemens , les chants , & les
» danfes ; car le bonheur & la vraie
»philofophie, font toujours fociables , &
» d'une amitié fouriante , & c.
. د ر
Thompson " arrive enfin à la dernière
des Saiſons. » Le Centaure céde au
» Capricorne , le trifte empire du Firma-
» ment; & le fier Verfeau , obfcurcitle
» Berceau de l'année ; le Soleil panché
» vers les extrêmités de l'Univers , répand
à peine un foible jour fur le
» monde il darde , obliquement , fes
» rayons émouffés dans l'air épars : enveloppé
dans des nuages obfcurs , fon
» orbe foible , pâle & large , borde le
Sud , & defcend auffitôt , livrant à la
» nuit longue & profonde, l'Univers languiffant
...... L'hyver , porté fur une
» obfcurité pefante qui affaiffe le monde,
» verfe fur les Nations , fes malignes in-
» fluences , & féconde la femence des
» maladies , &c.
>>
هد
Notre Auteur , entre dans les détails
des diverfes fortes d'Orages que l'Hyvu
amène à ſa ſuite ; il décrit la pluye ,
le vent , la neige : la mort de cet homFEVRIER.
1760 . 151
me de la campagne, qui périt , accablé de
froid au milieu des neiges , eft d'une vérité,
qui arrache des larmes ; il parle des
plaifirs que l'on goûte à converfer avec
ces Morts illuftres de l'Antiquité, Ariftide,
Timoléon, Phocion , Numa, &c. Il rend,
avec une naïveté inexprimable, l'image
des foirées de Village.
و د
" Le village allume fes feux : c'est là ,
» qu'à la ronde , on raconte des Hiſtoi-
» res de Spèctres , bien atteftées , bien
» crues , bien écoutées ; jufqu'à ce qu'une
» horreur fuperftitieufe faififfe toute l'af-
» femblée. Souvent, on s'éxerce à la dan-
» fe ruftique la gaîté champêtre , ré-
» gne à grand bruit ; le fimple badinage
» s'empare du coeur du Berger , ſenſible
" à la joie , le rire bruyant & fincère ;
»le balfer furpris à la jeune fille , vo
» lontairement diftraite , ou qui feint de
» dormir. Les fauts , les jeux de mains ,
» & les ris joints à la Danfe , qui mar-
"que les temps de la Mufique naturel-
» le ; tout concourt à leur faire paffer
gaîment les foirées d'hyver. C'est là ,
précisément , un tableau de Ténières.
Le Poëte fe tranfporte dans les glaces
du Nord. Voici l'éloge qu'il nous a
laiffé du fameux Czar, Pierre Alexiowits:
» L'immortel Pierre , ce vafte génie
?
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
infpiré du Ciel , tira , du ſein de
» l'obfcurité Gothique , un Peuple fauvage
, dont la râce s'étendoit & for-
» moit un Empire immenſe & négligé . Ce
» Héros , le premier d'entre les Monar-
" ques , dompta fon Pays rebelle , fes ro-
» chers, fes marais, fes fleuves, fes mers &
» fon propre peuple révolté : il fut re-
» trouver l'homme , dans le fier barbare
» même qu'il fubjuguoit ... Il écarte la
» pompe nonchalante des Cours ; il par-
» court chaque lieu , & chaque Port ; if
dépofe le fceptre ; & daigne armer
»fa main glorieufe de l'outil mécanique :
» il raffemble les femences du Com-
» merce , des Arts utiles , de la fagefle
"
civile , de la Science de la guerre ,
» & revient chargé des vrais trefors de
l'Europe. A fon retour , les Villes
» femblent fortir de la terre ; l'agri-
» culture fourit fur les déferts ; il ma-
» rie les fleuves les plus éloignés : l'Eu
» xin , étonné , entend rugir la Baltique
des poupes orgueilleufes , vo-
» guent fur des mers inconnues à là
navigation........ Empire heureux !
» qui te vis délivré du joug de la pa-
» reffe , de l'ignorance , & de l'antique &
orgueuilleufe barbarie tu fus cultivé
par la même main Royale , qui
»
ور
ود
FEVRIER. 1760. 153
donnoit la vie à tout ; & qui te ren-
» dit le théâtre des Arts , de la valeur
» militaire , & du commerce fleuriſſant ,
& c.
Ce Poëme, eft terminé par un morceau
philofophique, qui n'eft pas un des moins
beau de l'Ouvrage.
Voici le jugement que les Connoiffeurs
portent,dit -on,fur ce Poëme. On y trouve
richeffes de la Poëfie,fouvent le coloris
du Génie , l'énergie du fentiment , une
heureuſe alliance de la Phyfique avec les
grâces des fictions du Parnaffe. Mais je
le comparerois à un arbre , dont l'amas:
des feuilles étouffe les fleurs & les fruits :
ce font toujours les mêmes tours , les
mêmes cadres. Thompſon tombe , de ſaifon
en faifon ; & il s'éteint entierement ,
& fe glace avec l'hyver. La Phyfique, domine
trop la Poefie : il y régne une uniformité
, qui détruit l'intérêt & le brillant
de l'imagination : c'eft un Ouvrage
éftimable, qui avoit befoin d'être corrige ,
élagué, retouché. On prétend , que Thomp
fon ne compofoit, que lorsqu'il étoit ivre ;
& cette ivreffe paroît avoir fait torr à fon
enthoufiafme. On peut mettre cet Auteur,
à la tête de la feconde Claffe des Poëtes
Anglois; c'eft-à- dire, après les Dryden, les
Cowley , les Popes &c. Ces imperfec-
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
tions n'empêchent pas que ce Poëme ne
fe faffe lire avec plaifir . Et on ne fçauroit
trop louer le Traducteur , qui s'eft dépouillé
du génie François, pour prendre
l'efprit Anglois. Il a fçu s'approprier fon
original , de façon que l'on croit lire
Thompſon lui- même. On ne peut lui reprocher
que de très petites négligences ,
des répétitions , des expreffions qui,fans
fe détourner du fens , pourroient être
plus exactes & plus conformes à notre
goût François. Ces légers défauts font ai
fés à corriger dans une nouvelle édition :
car, nous ne doutons pas que cet Ouyrage
n'en ait plufieurs.Les Libraires même,
n'ont rien oublié pour embellir celle- ci
On trouve , à la fuite du Poërne
Traduction d'une Hymne à Dieu , par
le même Auteur , qui fait également honneur
au Poëte Anglois , & à fon Interprête.
une
MERCURE , de Vittorio Siri , coatenant
l'Hiftoire générale de l'Europe ,
depuis 1640 , jufqu'en 1645 ; traduit de
I'Italien , par M. Regnier , in- 12 . Tome
18. A Paris , chez Durand, rue du Foin.
ALMANACH de la Ville de Lyon , &
des Provinces de Lyonnois , Forez &
Beaujolois , pour l'année 1760 ; avec une
FEVRIER. 1760 . 155
Deſcription , par ordre alphabétique , des
Villes , Bourgs , Villages , Seigneuries ,
Fiefs , Rivières , Montagnes &c. defdites
Provinces. Vol. in- 8 ° . A Lyon , chez
d'Aimé de la Roche.
... CRITIQUE d'un Livre , contre les Spectacles
, intitulé J. J. Rouffeau, Citoyen de
Genêve , à M. Dalembert., Amfterdam ; &
fe trouve à Paris chez Lambert , rue & à
côté de la Comédie ; & chez Duchefne
rue S. Jacques. In - 8. 1760 .
?
EFFETS de l'Air , fur le corps humain ,
confidérés dans le fon ; ou , Difcours fur
la nature du Chant , par M. M... A Amfflerdam
, 1760 ; & fe trouve à Paris , chez
les mêmes Libraires.
VOYAGE de Paris , à la Rocheguyon; en
vers burlesques ; divifé en fix Chants. Par
M. M...Ala Haye. Et fe trouve à Paris,
chez les Libraires affociés.
JOURNAL hiftorique , de la Campagne
du Capitaine Thurot , fur les Côtes d'Ecoffe
& d'Irlande , en 1757 & 1758. A
Dunkerque , 1759 ; & fe trouve à Paris
chez Cuiffart , quai de Gèvres.
Le Goûté des Porcherons & c. pour fervir
de deffert au déjeuné de la Rapée ; &
G vj
56 MERCURE DE FRANCE .
les nouveaux Bouquets Poiffards ; fe trou
vent chez Cailleau , Libraire , quai des
Auguftins .
LA Reffource des Théâtres , Piéce en
un Acte , par M. C... repréſentée à l'Opéra
Comique , le 31 Janvier 1760.APa=
is , chez Duchefne , rue S. Jacques.
AMADIS , Parodie nouvelle de l'Opéra,
mêlée d'Ariettes ; repréfentée pour la
première fois , fur le Théâtre des Comé
diens Italiens, le 31 Décembre 1759. A
Paris , chez Cailleau , quai des Auguſtins,
1760.
LE Théâtre de M. Fagan , contenant
les Pièces qu'il a données à la Comédie
Françoiſe , à la Comédie Italienne , & à
l'Opéra Comique , 4 vol . in- 12 . Belle
Edition;chez Duchefne, tue S. Jacq. 1760.
La Mort d'Abel , Poëme en cinqChants,
traduit de l'Allemand de M. Geffner, par
M. Huber. A Paris , chez Hardy , rue
S. Jacques , 1760.
ALMANACH Poliffon , ou Étrennes bou
fonnes & Poiffardes.
ÉTRENNES gentilles , & de bon goûr ;
ou Almanach Lyrique , & Prophétique.
FEVRIER. 1760. IST
ALMANACH pointu , ou Tablettes néceffaires
; fe trouvent chez Cailleau , Li
braire , Quai des Auguftins.
> ASSASSINAT de *** ou Epître d'un
Amant à fon Ami , fur la mort de fa Maî
treffe , affaffinée par un Bonze. 1759.
ARTICLE III.
SCIENCES ET BELLES- LETTRES.
SUITE de la Séance publique de l'Académie
des Sciences , du 14 Novembre.
EXTRAIT du Mémoire , lû par
M. PINGRE'.
SUR LA CO MÉTOGRAPHIE.
CE
E Difcours , contient le Plan , &
comme le précis d'un Ouvrage , que M.
Pingré prépare , fur la nature & les
mouvemens des Cométes . Durant un
nombre prefque infini de fiécles on
s'eft contenté d'admirer les Cométes comme
des corps produits par une générazion
fubite : l'ignorance les avoit relé
,
158 MERCURE DE FRANCE.
guées dans la claffe des Météores : la fuperftition
les regardoit avec effroi, comme
des fignes de la colère célefte ; comme
les avantcoureurs des plus affreux défaftres.
Le rideau eft enfin levé : le retour
d'une Comete , dans le tems & dans les
circonstances prédites , doit achever de
convaincre ceux que la fimplicité du ſyſtême
de Newton n'avoit pas encore perfuadés.
Le préjugé ne fera plus déformais
affez puiffant pour empêcher de reconnoître
que les Cometes font des Aftres
auffi anciens que le monde , & fujets
aux mêmes loix de mouvement que tous
les autres corps céleftes . Et comment de
fimples météores pourroient-ils être affujettis
à des mouvemens parfaitement réglés?
Comment leurs retours périodiques,
pourroient ils s'annoncer avec fuccès ?
Mais fi les Cometes font de vraies Planettes
, combien s'écoulera -t- il de fiécles
avant qu'on ait pu acquérir la connoiffance
du mouvement de chacune en particulier!
Il eftvrai qu'il s'écoulera bien des
générations , avant qu'on puiffe déterminer
feulement le nombre des Cometes qui
errent entre Saturne & les Etoiles fixes.
Mais notre fiècle aura du moins la gloire,
d'avoir pofé tous les principes,fur lefquels
nous laiffons à la poftérité le foin d'établir
une Cométologie détaillée . Newton a péFEVRIER
. 1760. 159
nétré dans le fecret du mouvement des
Cometes. Halley , les a foumifes aux loix
du calcul. M. Clairaut , dans un Ouvrage
qui eft fous preffe , enfeigne la méthode
d'apprécier les dérangemens que les Planettes
peuvent occafionner dans leur
cours. C'eft aux obfervations , au temps ,
à la patience , qu'il appartient de perfectionner
l'ouvrage , par la fimple application
des régles que ces grands génies
ont imaginées.
L'objet de M. P. dans fon Ouvrage, eſt
de raffembler tout ce qui peut être utile
pour hâter la connoiffance des retours
des Cometes. D'ailleurs , les Cometes ,
devenues Planettes , forment, en quelque
forte , un fpectacle nouveau , & digne de
la curiofité du Public. Nous ne doutons
point, qu'il ne foit fatisfait d'apprendre
par quels degrés on eft parvenu à connoître
la nature & les nouvemens des
Cometes ; quels obftacles cette fcience a
éprouvé de la part de l'ignorance , ou du
préjugé ; fur quels fondemens elle s'eft
enfin établie ; & jufqu'à , quel degré , on
peut dire que monte fa certitude. L'Ouvrage
eft divifé , en quatre parties.
L'Hiftoire , & la critique des opinions
des Philofophes, tant anciens que moderpés
,
fur le lieu , la nature , & le mou
T60 MERCURE DE FRANCE.
vement des Cometes , fait l'objet de la
premiere Partie. La réfutation des faux
fyftêmes , ne demande point ordinairement
de longs détails : quelques réfléxions
fimples , courtes & naturelles, fuffifent
pour en faire appercevoir le défaut.
Il n'eft pas néceffaire de s'étendre beau
coup plus , pour faire concevoir le vrai
fyftême , & pour l'appuyer par des raifons
capables à la fois de convaincre ,
& de perfuader
.
La feconde Partie , contient une hif
toire générale de toutes les Cometes, dont
M. P. a pu acquérir quelque connoiffance .
Cetre hiftoire, peut fans doute beaucoup
fervir à accélérer la connoiffance du refour
périodique des Cometes. Mais M. P.
fait remarquer , & avec raifon , que cette
partie eft bien plus utile que facile à exécuter.
En effet,les anciens ne regardoient
point les Cometes comme des aftres à
obferver ; mais comme des fignes d'événemens
futurs , qu'il faloit remarquer
& comparer avec ces événemens. En
conféquence , pour connoître les apparitions
des Cometes , il feroit inutile de
feuilleter les écrits des Aftronomes : les
Annales , les Hiftoires , les Chroniques
de tous les Pays & de
voilà les fources où il
tous les fiécles ;
faut puifer. On
FEVRIER. 1760. 768
conçoit facilement l'étendue & l'immenfité
de ce travail.
Il ne fuffit pas de confulter les Auteurs:
il faut apprécier leurs expreffions ; il faut
y démêler les vraies Cometes , ce qui
n'eft pas même toujours poffible : car
non feulement les Anciens , mais même
plufieurs Modernes , ont défigné les Cometes
par des noms qui ne leur étoient
pas naturels quelquefois leurs termes
font abfolument équivoques : fouvent
même ils accordent le nom de Cometes
à des météores, qui ne le furent jamais. Au
refte , quand il y a du doute , M. P. le
remarque ; il rapporte les propres termes
des Auteurs qu'il a confultés , & laiffe le
jugement au Lecteur.
Enfin, il eft effentiel , pour bien déterminer
la durée des révolutions périodiques
des Cometes , de connoître le temps de
leurs apparitions ; & ceci eft une nouvelle
fource de difficultés. Les Auteurs caractériſent
ſouvent ce temps , par celui d'une
bataille , de la naiffance d'un Prince , de
fon avénement à la Couronne , de fa
mort. Or, fouvent la Chronologie ſe trou
ve en défaut fur ces époques. M. P. a
cru trouver des fondemens légitimes, pour
en déterminer quelques-unes : il n'a pu
les retirer abfolument toutes de l'incer
62 MERCURE DE FRANCE.
titude , quoique les fecours extérieurs ne
lui ayent pas manqué . Dépofitaire d'une
des plus nombreufes Bibliothéques de
Paris , il lui a été facile de puifer dans les
fources mêmes. Il l'a fait ; & il y a tout
lieu de croire que fon hiftoire des Cometes
fera auffi exacte , que celles qui ont été
faites précédemment le font peu ; fi on
en excepte cependant celle de M.Struyck,
écrite en Hollandois , & dans laquelle M.
P. reconnoit qu'il a trouvé de grands fecours
, ainfi que dans les autres Differtations,
du même Auteur, fur les Cometes.
Dans la troifième Partie , M. P. a raffemblé
tout ce qui eft néceffaire & même
utile pour le calcul du mouvement
des Cometes. Les préceptes font éclaircis
par des exemples . On y ajoute des Tables
fort étendues , pour faciliter le calcul
; & l'on expofe les principes fur lefquels
ces Tables font conftruites , pour
les étendre encore davantage , fi on le
juge à propos.
Enfin , dans la quatrième & derniere
Partie , M. Pingré réfout plufieurs queftions,
qu'on peut propofer fur les Cometes.
Quelles font celles dont on connoît ;
ou dont on peut conjecturer les retours?
Toutes reviennent- elles ? Quelle peut
être leur utilité? Quels effets peuvent- elles
FEVRIER. 1760. 163
produire fur les Planettes, & principalement
fur la terre ? Peuvent - elles éclipfer
le Soleil , la Lune & les Planettes , &
en être éclipfées elles - mêmes ? Nous
refte - t-il quelques monumens anciens de
femblables éclipfes ? Quelle eft la nature
& la caufe de la queue des Cometes ?
Voilà les queſtions : on n'exigera pas fans
doute que toutes les réponſes foient également
fondées fur l'évidence . Sur plufieurs ,
il n'eft permis que de conjecturer : une
décifion abfolue, montreroit plus de préfomption
que de fageffe.
EXTRAIT du Mémoire de M. LE
GENTIL, fur le prochain paffage
de Vénus , pardevant le Soleil .
CE Mémoire , qui eft une annonce du
voyage que l'Auteur va faire , par ordre
du Roi , dans l'Inde , pour y faire l'obſervation
de ce célèbre paffage , renferme
deux Parties.
Dans la premiere , M. Legentil donne
un précis hiftorique d'un pareil paffage
de Venus pardevant le Soleil ; lequel
paffage arriva , en 1639 , le 14 de Novembre
N. S ; & eft le feul exemple que
164 MERCURE DE FRANCE.
nous ayons d'obfervation de cetre espéce.
Ce fut Horroxe , jeune Aftronome Anglois
, dit M. Legentil , qui prédit cette
obfervation , peu de jours avant qu'elle
arrivât. Il en avertit auffitôt fon frere , &
fon ami Crabtrée, qui étoient l'un à Liverpoole
, l'autre à Mancheftre , à quelques
milles de diftance de Hoole , village où
étoit pour lors Horroxe.
Horroxe & Crabtrée firent l'obſervation,
partie à travers les nuages , & partie fans
nuages. Mais le frere d'Horroxe , fur
moins heureux : les nuages couvrirent le
Ciel par rapport à lui , & lui en dérobèrent
la vue pendant toute la journée
de l'obfervation,
Comme Vénus n'entra fur le Soleil,
qu'une demi - heure, ou un peu plus, avant
le coucher de cet aftre ; Horroxe ne put
fuivre Vénus pendant tout le tems de fa
traversée fur le difque apparent du Soleil :
au refte, il ne perdit point de tems ; il fit
pendant cette demi- heure les obfervations
qu'il crut propres à rectifier les Tables
aftronomiques , & à fixer les principaux
élémens de la théorie de Vénus.
Les autres Aftronomes , n'avoient pas
même de foupçon de ce phénomène. Toute
l'Europe fçavante avoit été trompée , dit
M. Legentil , par l'oracle du temps ( l'ilFEVRIER.
1760 . 165
luftre Kepler. ) Ce grand Mathématicien
avoit annoncé, d'après fes propres Tables ,
que Vénus pafferoit fur le Soleil, en 1631 ;
& que le même phénomène n'auroit plus
lieu , qu'en 1761.
Cependant le paffage de Vénus fur le
Soleil, annoncé par ce grand homme pour
le mois de Novembre 163 1 , n'arriva point.
Gaffendi eut l'oeil à la lunette , pendant
deux jours entiers , ( le 16 & le 17 de
Novembre) & par le ciel le plus clair : il
ne vit point Venus fur le Soleil , quoique
Kepler eût annoncé cette éclipfe.
Cet événement , dit M. Legentil, auroit
dû inſpirer aux Aftronomes quelque méfiance
fur ce que Kepler avoit annoncé , au
fujet des conjonctions écliptiques de Vénus
avec le Soleil , & les porter à examiner
celles qui devoient arriver dans la fuite
mais ils reftèrent tranquilles.
;
Horroxe ( continue notre Auteur ) fit
donc la leçon aux autres Aftronomes ; il
s'étoit fait,à l'aide de veilles réitérées , des
éphémerides pour quelques années fur les
prétendues Tables perpétuelles de Lanf
berge ; & en examinant d'après ces éphémerides
les conjonctions des Planettes
entr'elles ; il s'apperçut que Vénus pafleroit
devant le Soleil , vers le commence166
MERCURE DE FRANCE.
ment de Décembre de l'année 1639 ,felon
les Tables de Lansberge.
Comme Horroxe avoit remarqué plus
d'une fois, que les Tables Aftronomiques
de Lansberge , loin d'être perpétuelles , s'écartoient
du ciel plus que les autres Tables;
il confulta les Tables Rudolphines , de
Kepler, Tables dont il avoit lieu de louer
l'exactitude , & qui étoient déja fort eſtimées.
Il vit ce que Kepler n'avoit point
vu ; c'est-à- dire , que le centre de Vénus
devoit paffer pardevant le Soleil , felon
les propres Tables de ce célèbre Auteur.
Il est vrai que ces Tables faifoient la
latitude de Vénus , ( pour le moment de
fa conjonction ) fort auftrale , c'eſt- à- dire,
de 14' 9" , pendant que celles de Lanfberge
la faifoient au contraire boréale, &
de 8' 8 " feulement. Ainfi . felon les Tables
de Kepler , le bord méridional de
Vénus ne devoit que rafer en quelque
forte celui du Soleil ; & au contraire ,
cette Planette devoit employer au moins
fix heures à faire fa traversée fur le Soleil,
felon les Tables de Lansberge,
Par fon obfervation, Horroxe trouva la
latitude de Vénus , pour l'inftant de fa
conjonction avec le Soleil, de 8 ' , 31 '', auftrale
; de forte que les Tables de Kepier
FEVRIER. 1760. 167
ne s'écartèrent du ciel que de s ' , 38 " ; &
celles de Lansberge, de 17 ' , 29 ' ; parce
que ces tables , comme il vient d'être dit,
faifoient la latitude de Vénus boréale ,"
c'eft - à- dire , en fens contraire de l'obfervation
, & des Tables de Kepler.
>
Ce fut donc , en quelque façon , dit
M. Legentil , à l'erreur monftrueufe des
Tables de Lansberge , qu'Horroxe dût
l'importante obfervation du paffage de
Vénus pardevant le Soleil, le 14 de Nov.
1639. Il fe fervit de cette obfervation
pour corriger les mouvemens vrais de Vénus
, que donnoient les Tables Rudolphines.
Il auroit bien defiré , pour confirmer
fon obfervation , que d'autres Aftronomes
fe fuffent apperçus , comme lui ,
de cette conjonction écliptique de Vénus
& du Soleil : mais il ne parut pas qu'ils
en euffent eu aucun foupçon.
Au refte , quand cette conjonction auroit
été obfervée ,de toutes les différentes
parties de la terre habitée ; on fçait , continue
M. Legentil , quelle étoit la groffiéreté
des obfervations de ces temps-là.
Quel moyen donc de les faire fervir à tous
les points importans de l'Aftronomie ,
lefquels fe trouveront fixés d'une manière
incontestable , à la faveur du prochain
paffage de Vénus fur le Soleil, le G.
Juin 1761 ?
168 MERCURE DE FRANCE.
C'eft ainfi , que M. Legentil paffe à la
feconde partie de fon Mémoire.
Dans cette feconde Partie, M. Legentil
fait voir que l'obfervation de la conjonction
écliptique,de Venus avec le Soleil, le
6 Juin au matin 1761. achevera de perfectionner
le fyftême planetaire , & nous
procurera la parallaxe du Soleil , dans
toute l'exactitude que l'on doit attendre
du haut degré de perfection où l'on fçait
que l'Aftronomie- pratique eft montée aujourd'hui.
M. Legentil , parle enfuite de
la manière de bien obferver ce célèbre
paffage.
Kepler eft le premier , dit M. Legentil
, qui a prédit ce fameux paffage ; mais
M. Halley a beaucoup enchéri fur la prédiction
de Kepler. Ce célèbre Aftronome,
a trouvé une méthode très fimple de déterminer,
à une cinq centième partie près,
la diftance Soleil à la terre, par le prochain
paffage de Vénus,fur le difque apparent
de cet aftre. Il a détaillé , fort au
long , fa méthode , dans un excellent Mémoire
qu'on trouve dans les Tranſactions
philofophiques , ( Année 1716 , N. ° 438. )
M. Legentil fe contente de rapporter,
en très - peu de mots, la fubftance de ce
Mémoire, comme la chofe la plus effentielle
à fon fujet ; & il renvoye au texte
ceux
FEVRIER. 1760. 169
Ceux qui feroient curieux d'un plus ample
détail.
La méthode de M. Halley fuppofe , dit
M. Legentil , que l'obfervation , dont on
parle , fe faffe aux grandes Indes d'une
part , foit à Batavia , foit à Madras , foit
à Pondichery ; & , de l'autre part, au nord
de l'Amérique,vers la baye d'Hudſon , dans
la partie opposée du Méridien . Dans le
premier cas, Vénus ( lorfque cette planette
fera parvenue au milieu de fa route fur le
Soleil ) fe trouvera prefqu'au Méridien ,
& au zénith , par rapport au golphe de
Bengale ; & dans le fecond cas , cette
même planette entrera fur le Soleil , un
peu avant fon coucher , & elle en fortira
un peu après fon lever par rapport à la
baye d'Hudfon: d'où il fuit , ( en fuppofant
la parallaxe horisontale du Soleil de
12 " ) que Vénus doit paroître , 11 ′ ou
environ de moins à faire fa traverfée fur
le Soleil , étant vue du golphe de Bengale
, qu'étant vue du centre de la terre ;
& qu'au contraire, cette planette doit paroître
employer 6' de plus à faire fa traverfée
fur le Soleil , étant vue de la baye
d'Hudſon , qu'étant vue du centre de la
terre ; de forte que la durée du paffage
de Vénus,fur le difque apparent du Soleil,
doit paroître de 17' de temps plus grande
H
170 MERCURE DE FRANCE
dans la baye d'Hudfon qu'au golphe de
Bengale. Or ces 17 de temps répondant
à 12" de parallaxe horisontale du Soleil , 1/20
il s'enfuit qu'une feconde de parallaxe
répond à plus de 1 ' 20 " de temps , & que
2 " d'erreur fur ces 17' ne produiroient
qu'une erreur d'un quarantième de feconde
de degré dans la détermination de
la parallaxe horisontale du Soleil. On
aura donc par ce moyen , conclud M. Legentil
d'après Halley , la diftance du Soleil
à la terre à partie près ; puifque
2" multiplié par 40 , donnent soo
I
[
100
M. Legentil paffe à la maniere d'obferver
ce célèbre paffage de Vénus fur le
Soleil du 6 Juin 1761. Il ne faut , dit- il ,
d'autres inftrumens que des pendules à
fecondes & des lunettes ordinaires , mais
bonnes ; de l'adreffe, & de l'exercice dans
l'Obfervateur.
Lorfque M. Halley obferva , en 1677 ;
dans l'Ile de Sainte Hélene, le paffage de
Mercure fur le Soleil ; il fe fervit d'une
excellente lunette de 24 pieds Anglois ,
de longueur ; & il nous affure ( dit M. Legentil
) qu'il pouvoit répondre jufqu'à la
précifion d'une feconde de temps de la
durée de ce paffage de Mercure fur le Soleil
en 1677 .
M. Legentil a fait la même remarque
FEVRIER. 1769. 171]
que M. Halley, lorfque Mercure paffa pardevant
le Soleil en 1753. Cet Aftronome
n'avoit,pour cette obfervation, qu'une lunette
de 15 pieds de longueur , médiocrement
bonne ; cependant Mercure luž
parut quitter le Soleil avec une vîteffe ,
telle qu'il en put marquer l'inftant en
moins d'une feconde de temps. ( Mém. de
l'Acad. année 1753 ) . Il eft vrai que M.
Legentil avoue qu'il eut plus de peine à
faidir le moment auquel le bord précédent
de Mercure commença de toucher
le bord intérieur du Soleil ; pendant que
M. Caffini de Thury , qui fe fervoit en
même- temps de l'excellent objectif de
Campani , de 32 pieds de foyer , n'eut
aucune peine à faifir cette phaſe avec la
derniere évidence . ( Mém. de l'Académie,
année 1753. )
Pour éviter d'entrer dans les difcuffions
des effets que doivent produire, dans
ces fortes d'obſervations , les lunettes de
différentes longueurs ; M. Legentil exhorte
les Aftronomes, à ne pas employer
de lunettes au - deffous de 25 pieds de
longueur, pour faire l'obfervation des différens
contacts des bords de Vénus & du
Soleil dans leur prochaine conjonction
écliptique. ( Cet Aftronome emporte avec
lui,pour faire cette obfervation , un objectif
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
de Borelli, de 32 pieds 10 pouces de foyer. )
M. Legentil penfe auffi , qu'il feroit bon
que les Aftronomes préféraffent les lunettes
aux téleſfcopes , afin d'avoir des
points de comparaifon plus connus ; à
moins que les télescopes dont ils fe ferviront
n'aient été comparés auparavant
avec d'excellentes lunettes, pour juger de
leur effet & de leur bonté ; car M. Legentil
doute qu'on ait encore exécuté des
télescopes qui aient exactement tous les
avantages optiques des excellentes lunettes
, dont ces télescopes doivent faire
l'effet.
Quant à l'obfervation de la plus petite
diftance des centres , lorfque Vénus fera
parvenue au milieu de fa route , fur le
Soleil ; cette phaſe , dit M. Legentil , fe
pourra meſureravec la derniere préciſion,
par le moyen de l'héliomètre. Cet inftrument
, eft de l'invention de feu M. Bouguer
; & ce qui fait beaucoup d'honneur
à fon auteur , c'eft qu'en Angleterre comme
en France , l'héliomètre y a été reçu
avec applaudiffement. M. Legentil en recommande
très fort l'ufage aux Aftronomes,
pour le prochain paffage de Vénus
pardevant le Soleil. Cet Académicien en
emporte avec lui un qui a douze pieds, de
foyer. C'est celui de feu M, Bouguer,
1
FEVRIER. 1760 . 173
Le Mémoire de M. Legentil finit , en
ces termes .
Ce que nous venons de dire, fur le prochain
paffage de Venus fur le Soleil , nous
fait fuffifamment connoître l'importance
dont en doit être l'obfervation , pour perfectionner
le fyftême planétaire ; & combien
une telle obfervation méritoit de faveur,
pour ceux qui pouvoient entreprendre
de la faire.
Dans cette vue, j'ai offert de me rendre
dans l'Inde ; & j'ai préſenté, dans le tems,
mon projet à M. le Duc de Chaulnes ,.
Pair de France , & Préfident de l'Académie.
M. le Comte de Saint Florentin ,
Secrétaire d'Etat , & honoraire de l'Académie
, & M. de Silhouette , Miniftre d'Etat
& Contrôleur général, ont bien voula
favorifer cette expédition Aftronomique ,
malgré la circonftance de la guerre ce
qui fera éternellement honneur à notre
fiécle , à l'Etat , & à ceux qui le gouvernent.
La Compagnie des Indes , toujours
zélée pour les entreprifes utiles , s'em-,
preffe de répondre aux vues du miniſtère.
Je trouve , auprès de M. Boutin , Maître
des Requêtes , & Commiffaire pour le
Roi en cette Compagnie , tous les fecours
& toutes les facilités que je peux defirer .
Les Nations fçavantes de nos jours , &
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
celles qui font deſtinées à l'être dans la
fuite des fiécles, doivent voir avec admiration
, que la France a fait elle feule les
grandes entrepriſes qui concourent fi fort
au progrès des Sciences les plus utiles
l'Aftronomie , la Géographie , & la Navigation.
Le calcul fuivant eft à la fuite du Mémoire
de M. Legentil.
CALCUL du paffage de Vénus , pardevant
le Soleil , le 6 Juin au matin
1761 ; fur les Tables de M. Halley.
( Edit. Lat. publiée à Londres , 1749.)
Conjonction inférieure de Vénus
avec le Soleil, le 6 Juin 1761 , au:
Méridien de l'Obfervatoire Royal
de Paris . · · 5. h. 54', 56 " du matin.
Long. de Vénus pour ce mo-
8. f. 15°. 35. 47 "
ment.
Mouv. horaire du Soleil. · 2. 23 .
Mouv. horaire de Vénus... 3. 57. 9
Latitude auftrale & croiffante
de Vénus , •
Inclin. vraie de l'orbite avec
3.55.7
le cercle de latitude.. 86. 36. 9.5
Mouv. horaire de Vénus au J
Soleil.. · • 1.35.6
FEVRIER. 1760. 17
Plus petite dift. helif. des
centres..
Dift. entre la conjonction &
le milieu de l'éclipfe . •
•
·
•
3. 53. I.
0.34.7
· 21. 49. 9
·
15. 48.
La même diftance en tems.
Demid. app. du Soleil.
Dift. de la ter. au Sol. 101552.
Dift. de Vénus au Sol. 72642.
Demid . du cercle de project.
Angle d'incidence. . 38.
Moitié de la ttaverfée .
6. 17. $
8. 10. 5
456 92
h.
1. 17
Moitié de la traversée en tems. 3 6 20 2
Le centre de Vénus entrera donc fur le
Soleil à . . 2. h. 26 '. 45".
Vénus fera au milieu de fa
• traversée à
Elle fortira de deffus le
Soleil à
Durée de la traversée.
2. du matin .
• S. 33. 6. I
8. 39. 26. 3
• 6. 12. 40. 4
· •
9. 45.7
Plus petite dift. géoc . des
centres. ·
Le tout vu du centre de la terre.
Selon ce calcul , on ne doit point voir
l'éntrée de Vénus fur le Soleil.
Si on fuppofe la parallaxe horisontale
du Soleil de 10" , la fortie de Vénus de
deffus le Soleil , paroîtra plutôt à Paris
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
qu'étant vue du centre de la terre de
o ' . 59" . 5 , & de 1 '. 18" . 3. fi on fuppofe
la parallaxe horisontale du Soleil de 11 พ .
On n'a point eu égard, dans les calculs
précédens, au diamètre apparent de Vénus;
parce qu'il n'eft pas encore connu .
ARTICLE IV.
BEAUX ARTS.
ARTS UTILES.
CHIRURGIE.
EXTRAIT des Regiftres de l'Académie
Royale des Sciences , du 23 Juin
2759 .
M. MORAND a lú l'Ecrit fuivant.
Occuré , depuis quatre ans , à faire
pour Sa Majefté l'Impératrice de Ruffie,
une collection des inftrumens , machines
, & modèles néceffaires à la Chirurgie
, j'ai été chargé d'y joindre une Anatomie
artificielle , qui pût fervir aux démonftrations
fur cette matiere ; & comFEVRIER
. 1760 . 177
me je fuis fur le point de l'envoyer à
fa deftination ; j'ai defiré qu'elle fût vuë
par l'Académie , dont le Certificat ne
peut que faire honneur à l'entrepriſe.
Il ne falloit pas moins que les rares
talens de Mademoiſelle Bicheron , pour
l'exécuter à un fi haut point de perfection.
Cette Demoiselle, qui poffede bien
le deffein , la peinture , & l'art de mouler
, s'eft trouvée avoir un goût decidé
pour l'Anatomie. Elle a tiré le meilleur
parti des démonftrations, qui lui ont été
faites fur les cadavres ; & c'eft d'après
ces démonftrations , qu'elle a entrepris
cette pièce , fous ma direction.
Ceux qui ont vu les Anatomies en
cire , de feu M. Denouës ; & depuis ce
temps- là , des morceaux détachés , faits
par quelques particuliers ; trouveront , à
l'avantage de ce qu'elle va montrer , des
différences très - effentielles .
1º. Depuis le tranfport de l'Anatomie
de M. Denouës , en Angleterre, l'on n'en
avoit point vû , où fur un même corps
f'on pût démontrer les vifcères contenus
dans les trois ventres.
2º. Ce qui avoit été fait jufqu'ici , en
ce genre - là , ne préfente que des blocs
de cire , qui expriment mal les parties
minces , & dont les reliefs & les couleurs
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
au
font le feul mérite. Le corps même, eft
fait de cire ; ce qui peut entraîner beaucoup
d'inconvéniens : car la furface extérieure
fe jaunit à la longue , & ne repréfente
point du tout la peau. Les vifcères,
que l'on déplace pour en faire la
démonſtration, font fujets à fe caffer ,
plus petit accident ; & le tout fe fend par
l'effet de la grande féchereffe . Le corps
qu'on préfente à l'Académie eft recouvert
d'une vraie peau , qui imite bien
mieux l'enveloppe extérieure & générale
que de la cire , & qui permet le tranfport
de toute la pièce,facile & fans danger.
3 °. On a imité les membranes naturelles
, à tromper les yeux des Spectateurs
; ce qui eft furtout très- remarquable
dans l'épiploon, avec fes bandes graiffeuſes
.
4°. Les vifcères creux & membraneux,
tels que l'eftomac & les inteftins , font
rendus artificiellement, avec la confiftanla
foupleffe & la légèreté des vifcères
naturels. On peut même enfler l'ef
tomach , pour en faire mieux voir le relief
, la figure , les courbures , & c.
2
5° . Les parties folides , comme le foye,
les reins , le cerveau , font faites de cire;
mais avec un alliage particulier, qui les
FEVRIER. 1760. 179
empêche d'être fufceptibles d'amoliffement
, dans le temps des chaleurs ; & de
caffure , dans le temps froid , ou par accident
.
6 °. Enfin , les proportions naturelles ,
les rapports des parties entr'elles , m'ont:
paru bien obfervées ; & pour tout dire ,.
quoique cette pièce ne foit pas abſolument
fans défauts , j'espère que les Ana--
tomiftes conviendront , qu'on n'étoit
point encore parvenu à copier la nature
avec la précifion & la vérité qu'on remarquera
dans celle- ci.
Après la lecture de cet Ecrit , Mademoiſelle
Bicheron eft entrée , & à démon--
tré la pièce même; dont la vue a confirmé
tout ce que M. Morand en venoit de
dire. L'Académie à admiré la jufteffe du
choix des matières qu'elle a employées à
repréſenter les différentes parties ; l'a--
dreffe avec laquelle elle a pû parvenir à:
copier la nature , avec tant de vérité ,
qu'on croit voir les pièces mêmes qu'elle
a repréfentées : & Elle n'a pû refufer à
cet ouvrage les juftes éloges qu'il mérite.
JE certifie l'Extrait ci - deffus conforme à fon
Original. A Paris , le 26 Juillet 1759.
GRANDJEAN DE FOUCHY ,
Secrétaire perpétuel de l'Académie
Royale des Sciences.
Hvi
180 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE V.
SPECTACLE S.
LE
OPERA.
E mauvais état de ma fanté , ne
m'ayant point permis de fréquenter les
Spectacles ; ce n'eft que d'après la voix
publique , & furtout d'après celle des perfonnes
inftruites , que je vais hazarder
d'en rendre compte..
On a continué de donner , fur le Théâtre
de l'Opéra , jufqu'au Dimanche 10 de
ce mois , Pirame & Thisbé , Tragédie ;
que l'on a toujours revue avec plaifir.
Le Vendredi 1 Février , & le Dimanche
3 , Mlle Dubois a chanté le rôle de
Zoraïde , qu'une indifpofition avoit obligé
Mlle Chevalier de quitter , & qu'elle
a repris le Mardi § . Le même jour s
Mlle Dubois a chanté le rôle de Thisbe
elle a , dit- on , chanté ces deux rôles , &
furtout le premier, qu'elle a continué jufqu'au
Dimanche to inclufivement , de
façon à mériter les applaudiffemens qu'el
le a reçus.
FEVRIER. 1760 . 1 & r
Le même jour 5 , le rôle de Ninus a
été rempli par M. Muguet , qui l'a auffi
continué jufqu'au 10. C'eft le premier
rôle de ce genre , qui lui ait été confié ;
& il s'en eft acquitté de manière à faire
efpérer , qu'avec les progrès qu'il a montrés
, & en continuant de travailler tant
par rapport au chant qu'à la déclamation
, il pourra mériter les fuffrages du
Public, qui l'a encouragé par des applaudiffemens
. M. Jaubert a chanté le rôle
de Zoroaftre , le Vendredi 1 Février. Il a
continué ce rôle le Dimanche 3 , le Mardi
5 , & le Dimanche io . Cet Acteur, n'eft
pas encore formé. Le Public a paru content
de fa voix , & de fes difpofitions
pour le Théâtre.
On a continué de donner, pendant ce
temps , les Jeudis , le Carnaval du Parnaffe
, Ballet.
Le Jeudi 7 , M. Compain y a débuté
dans le rôle d'Apollon ; & M. Dupont ,
dans le Prologue , où il a chanté le Morceau
qui commence par ces paroles : Cé
lébrons le Printems & c.
Le Mardi 12 , on a donné la premiere
repréſentation des Paladins , Comédie-
Ballet , en trois Actes , dont la Mufique
eft de M. Rameau , & les paroles , d'un
Auteur qui ne s'eft point fait connoître.
182 MERCURE DE FRANCE.
Mlle Rivier y a remplacé , dans le
rôle d'Argie , Mlle Arnoud , qu'une ma
ladie a empêchée de remplir ce rôle juf
qu'à préfent. On a continué de donner
cet Opéra le Jeudi 14 , & le Vendredi
15; & on le donnera Dimanche 17 , Lundi
18 , & Mardi 19 de ce mois. Je compte
en parler plus au long , dans le prochain
Mercure.
COMEDIE FRANÇOISE.
ZULICA , TRAGÉDIE.
CE fujet eft tout d'imagination , quoiqu'il
ait quelque rapport avec des moeurs
vraies , & qu'il reffemble beaucoup à
des événemens arrivés de nos jours . L'Auteur
a faifi , avec art , ce qui pouvoit le
rendre piquant ; mais il a eu la fågelle
d'éloigner les traits odieux , & les per
fonnalités frappantes, qui choquent quelquefois
les Nations. C'eſt un Monarque
éclairé , qui né dans un Pays encore bar
bare, a conçu le projet de civiliſer ſes Peuples.
Un Prince de fon fang, dévoré par
l'ambition , veut profiter de ces changemens
, & de la fermenration qu'ils caufent
dans les efprits , pour détrôner fon
FEVRIER. 1760 . 183
Roi. Il facrifie tout à ce defir funefte ; &
fe réfout, pour réuffir dans fon entrepriſe,
à perdre , s'il le faut , jufqu'à fa propre
fille. La fcène eft à Samarcande, en Tartarie
; & cela ne contredit point l'Hiftoire.
On fçait que le célèbre Tamerlan ,
qui fit de cette ville la capitale de fes
Etats , y introduifit les Arts & les Sciences
: il y fonda une Univerfité , dont la
gloire après s'être longtemps foutenue
a eté enfin anéantie fous l'empire deftruêteur
des Turcs .
Le Prince factieux , Zéhangir , ouvre la
Scène , avec Azor , fon confident ; il développe
fes deffeins avec une netteté , &
une précifion, qui commencent à devenir
rares fur notre Théâtre. Il veut régner ;
il veut perdre l'Empereur. A peine Ti
mur , dit- il , fe vit fur le trône ,
Qu'il jura de détruire
Nos coûtumes , nos moeurs , & les loix de l'Em
pire.
Ces vices déguifés , les fciences , les arts ,
Dans nos champs , à fa voix , volent de toutes
parts.
C'étoit peu dépouillant la majefté fuprême,
De climats en climats il les chercha lui- même.
De cet éloignement je fentis tout le prix ;
A la rebellion , j'excitai les efprits.
·
184 MERCURE DE FRANCE .
Le fceptre , cher Omar , paffoit entre mes mains ;
Je triomphois : foudain on vit Timur paroître.
Tout le Peuple pâlit , & reconnut ſon Maître.
Il revint, entouré d'un cortège nombreux,
D'hommes efféminés , d'Artiftes dangereux ;
Lâches , qui fans remords , défertant leur Patrie ,
Apportoient en ces lieux leur fervile induſtrie.
Timur , inftruit de la confpiration , lui
a pardonné. Mais cette générofité, eft un
nouvel affront pour lui . Son orgueil s'irrite
de ſe voir éclipfer par Zulica , le favori
du Roi ; & pour ſe défaire à la fois
de deux obftacles redoutables , c'eſt par
la main même du favori qu'il veut que
le Roi périffe. Amétis , fa fille , Princeffe
vertueufe , attachée à tous fes devoirs ,
eft adorée de Zulica. Zéhangir la tient
depuis deux ans dans l'éxil ; mais il la
fait revenir cette nuit - là même. Il veut
Ja propofer à fon amant , comme la récompenfe
du crime qu'il exige. Il connoit
le caractère de ce jeune Tartare ,
Ardent & facile ,
Vertueux par foibleffe , aimant avec fureur ,
Toutes les paffions vont entrer dans fon coeur.
Dans ce coeur égaré , devenu ma victime ,
Même au ſein des remords , je porterai le crime.
Tu le verras flotter , trembler , fe repentir ,
Déteſter les fermens ; & pourtant les remplir..
FEVRIER. 1760 . 185
. ا
Enfin , s'il balance , l'unique reffource
de Zéhangir , eft dans un corps de Géorgiens
, campé près de la Ville. Ces foldats
, mécontens de Timur , lui ont promis
leur fecours ; & il eft d'autant plus
affuré de leur bonne volonté , que dans
ce temps - là même on fçait que Timur
penfe à les détruire . Zulica , qu'il a fait
avertir , paroît. Il lui annonce le retour
d'Amétis , & lui laiffe même entrevoir
qu'il peut efpérer de l'époufer. Mais
lorfque ce Prince s'abandonne à la joie ;
il l'arrête , en lui propofant de le feconder
dans de vaftes projets , & même
criminels .
Tu vois ( dit il ) fi l'effort eft aifé ,
Par le prix glorieux que je t'ai propofé.
La récompenfe à peine eft égale au fervice.
Je t'impofe , en un mot , un cruel facrifice ;
J'ai befoin & d'un coeur & d'un bras affurés :
Il s'agit de brifer les noeuds les plus facrés ,
D'opposer au remords une âme indifférente ,
D'immoler d'un oeil fec l'amitié gémiſſante ,
De t'armer d'un poignard .
...
A ce mot , Zulica frémit : Zéhangir le
quitte fans s'expliquer davantage , bien
réfolu d'employer les moyens les plus
violens pour arracher fon confentement :
86 MERCURE DE FRANCE.
& Zulica , refté feul , exprime fon trouble
& fon incertitude. Cependant il finit par
fe livrer à fa paffion .
Au fecond Acte , Zéhangir annonce à
fa fille , qu'elle doit renoncer à Zulica ,
& qu'il a fait pour elle un autre choix.
C'eft en vain que l'infortunée Princeffe
cherche à l'attendrir , ou à le changer ; il
lui ordonne même, d'inftruire fon amant
de fes difpofitions ; & le voyant avancer,
il fort , pour revenir bientôt profiter du
trouble où l'aura jetté l'aveu de ſa Maîtreffe.
Dès qu'il apprend fon malheur ,
il s'emporte , il s'abandonne au reffentiment
le plus vif; & dans fa fureur , il
n'épargne pas Zéhangir. Mais , fenfible &
vertueufe , Amétis l'arrête:
Qu'as-tu dit ? Où t'emporte une aveugle colère ?
Connois mes fentimens , & reſpecte mon père.
Tu fçais trop fi jamais ſon inſenſible coeur ,
D'un regard careſſant , m'accorda la douceur.
Il m'exile , il m'arrache à tout ce que j'adore :·
Sa haine me pourfuit ; & moi je l'aime encore.
Pour lui fauver le jour , tu me verrois périr.
S'il enfreint fes devoirs , j'ai les miens à remplir.
Ofe donc m'imiter : fouffrons , mais fans murmure
;
Et n'étouffons jamais la voix de la nature.
FEVRIER. 1760. 187
Au moment où la fureur de Zulica eft
fon comble , Zéhangir paroît. Il fait retier
fa fille ; & voyant le coeur du Prince
dans la fituation où il le veut , il lui fait
ane confidence entière de fes deffeins . II
n'oublie rien de ce qui peut le féduire . Il
lui montre fa maîtreffe dans les bras d'un
autre. A cette affreufe idée , Zulica n'eſt
plus fon maître .
ZULICA.
Je cède : vers l'abîme ,
Vous entraînez mes pas fur les traces du crime:
Dans un gouffre d'horreurs , je vois l'amour fan
glant :
Il préfente à mes yeux un glaive étincelant...
ZEHANGIR.
Ofe en armer tes mains : J'accepte ce préfage.
Démon de la vengeance , affermis fon courage !
S'il feconde mes voeux , je jure qu'aujourd'hui ,
Pour prix d'un tel bienfait , Amétis eſt à lui,
ZULICA.
Qu'exigez-vous enfin ?
ZEHANGIR.
Il faut fervir ma haine..
•
Il faut à mes deffeins prêter un bras vengeurs
Immoler un tyran.
>
188 MERCURE DE FRANCE
C
ZULICA. nd
Queltyran ?
Ве
12
ZEHANGIR.
L'Empereur.
ZULICA.
L'Empereur !
ZEHANGIR.
Lui.
ZULICA.
Mon Roi?
ZEHANGIR.
Tu te tais . & fans doute... ..
Connois tes intérêts , ton danger même...Ecoute.
L'amitié de Timur doit- elle t'avengler ?
Peut-être , qu'en fecret, il cherche à t'accabler.
Juge mieux de la Cour , & prévois ton naufrage.
Le calme , dans ces lieux , eft voifin de l'orage.
Un Favori des Rois , envié dans les fers ,
Au plus beau de fes jours, doit craindre les revers.
Illuftre malheureux , que la foudre environne ,
Il doit toujours trembler, en approchant du trône.
La pâle jaloufie , & l'inquiet orgueil,
Veillent autour de lui pour creufer ſon cercueil ;
-L'éclat de la faveur , l'éblouit fur fa perte :
On le flatte , il triomphe, & fa tombe eft ouverte
FEVRIER. 1760. 189
è
Cette tirade éloquente , ne décide point
core Zulica. Alors le confpirateur fraples
derniers coups : il ne parle plus de
arter fa Maîtreffe ; il la poignardera luiême
& par cette rufe , il arrache à
Amant intimidé , le confentement fuefte
qu'il attendoit.
Cependant Timur , informé des mouemens
fecrets qu'on remarque parmi les
éorgiens , reprend le deffein qu'il a eu
e les exterminer. Il confulte fes deux
Miniftres Zulica & Azor : celui- ci le porà
la clémence . Zulica irréfolu , confeille
rigueur. Il femble que fon coeur , éloiné
malgré lui de la vertu , veuille s'ôter
s moyens d'accomplir le crime qu'il eft
rcé de commettre. Cette Scène , imitée
Çinna,nous a paruë écrite avec nobleſſe ,
pleine, comme le refte de la pièce, de très
eaux Vers. Ce n'eft point l'affujértiffeent
fervile d'un copifte ; c'eft une imition
aifée, dont on ne peut fçavoir que
eaucoup de gré à l'Auteur. Timur s'arère
à l'avis de Zulica ; & remet entre
es mains , avec confiance , le foin de fes
urs & de fon trône. Cette marque d'aitié
, de la part d'un Roi qu'il a juré
' affaffiner , redouble fes remords. Il eft
rêt de s'abandonner au repentir , lorfu'il
voit Amétis. Cette Princeffe, inquiet190
MERCURE DE FRANCE
te des deffeins de fon père , veut en être
inftruite par fon Amant. Elle exige qu'o
l'éclairciffe , & ne les apprend qu'ave
horreur. Après cet aveu terrible , elle
s'écrie :
>
De mes feux , voilà donc le déteſtable effet !
J'étois , fans le fçavoir , la cauſe d'un forfait !
Mon déplorable pere eft l'artifan du crime ,
Mon amant l'affaffin , & mon Roi la victime.
Mais qu'ofois-tu prétendre ? Offrir à ton Amante,
Du fang de l'Empereur ta main encor fumante?
Et d'un finiftre hymen, allumant le flambeau ,
Par cette pompe horrible outrager ſon tombeau?
Crois- tu donc , qu'Amétis , aux forfaits enhardie,
Puiffe applaudir au meurtre , armer la perfidie?
Je ne te retiens plus : précipite tes pas ;
Va , cours , va t'illuftrer par des affaffinats :
Va te placer au rang de ces fameux coupables ,
Des fureurs des humains , exemples mémorables.) ,
Partage le fupplice , & l'opprobre éternel ,
De ces vils meurtriers , dont le bras criminel
A levé fans frémir nn glaive parricide ,
Sur le trône , où des Dieux la majefté réfide ;
Monftres que la vengeance a vômi des enfers ,
Pour immoler les Rois , & punir l'Univers.
Zulica, épouvanté, retracte fon ferment,
FEVRIER . 1760. 191
il ne veut que le temps de parler à Zéhangir
, pour le détourner d'un attentat fi
affreux : Amétis , de fon côté , fort pour
le chercher , & le fléchir.
Au quatrième Acte , Zéhangir, qui a tout
préparé, vient fçavoir ce que lui veut fon
complice . Celui -ci emploie à fon tour ce
que l'éloquence & la vertu peuvent lui
infpirer de plus vif, pour défarmer le père
de fa maîtreffe ; mais il ne peut toucher
ce coeur infléxible , qui ne refpire que la
vengeance . Il comprend , qu'il eft trahi.
Furieux alors , il va fortir pour fe baigner
dans le fang de fa fille, dont il fent bien
que la vertu a ranimé celle de Zulica.
Dans ce moment , il la voit paroître . Ne
le trouvant point , elle a pris le parti de
revenir le chercher au Palais. Sa rage
augmente à la vue.
ZEHANGIR.
Malheureuſe , fuis-moi.
ZULIGA.
N'avance point , cruel.
Oui , je la défendrai d'un pere criminel.
Avant de m'arracher le feul objet que j'aime ,
Tu me verras périr , ou t'immoler toi- même.
Voyant enfin , que l'amour & la crainte
ne font point des motifs affez forts pour
192 MERCURE DE FRANCE .
arrêter Amétis qui veut fuivre fon père . Il
appelle des gardes , à qui il la configne ;
mais il a encore la générofité d'épargner
Zéhangir, à qui il laiffe le temps de fe retirer.
Čelui ci fort, en effet, pour fe mettre
à la tête des révoltés ; mais ce n'eft qu'après
avoir fait les menaces les plus terribles
contre Zulica , qui renverfe fes projets,
& contre Amétis elle-même. Confternée,
tremblante des horreurs qu'elle a vuës ,
elle fuit à l'aspect de Timur irrité , qui
vient d'apprendre le foulevement des
Géorgiens , & qui part avec Zulica pour
les aller combattre.
Au cinquiéme Acte , lorfque la trifte
Amétis livrée à la plus affreufe inquiétude
, ne s'occupe que de fa douleur ; elle
apprend que les Géorgiens font défaits ;
& l'Empereur qui s'avance donne ordre
qu'on amène Zéhangir , qui a été pris les
armes à la main. Elle fe jette aux genoux
du Roi, & demande qu'on la faffe mourir
avec l'auteur de fes jours.
TIMUR.
Vous mérițiez , Madame , un père vertueux ;
Je fuis fenfible aux pleurs qui coulent de vos yeux :
Mais il faut oublier , de qui vous êtes née.
AMETIS.
Non , Seigneur , avec lui je me vois condamnée.
Lorſqu'un
FEVRIER. 1760. 193
Lorfqu'un danger commun vous menaçoit tous
deux ,
Entre vous il eft vrai , j'ai partagé mes voeux.
Si le fuccès avoit favorifé fon crime ,
De mon zèle pour vous j'euſſe été la victime .
Je vous vengeois fur moi de mon pere inhumain
Et rien n'auroit alors pû retenir ma main.
Il eft feul à préfent , Seigneur ; tout l'abandonne :
Peut-être, que fa mort doit affermir le Trône.
Il faut bien que la fille , en ces affreux momens
Aille , en les partageant , adoucir les tourmens;
Et dans ce jour terrible , où le deſtin l'accable ,
Je vois un malheureux , & non pas un coupable.
?
Zulica , défefpéré d'une réfolution fi
cruelle , prend le parti d'avouer à l'Empereur
fon amour ; il eft prêt à découvrir
la foibleffe qu'il a jufques- là fi heureuſement
réparée mais il s'arrête , en voyant
Zéhangir enchaîné , conduit par des gardes.
TIMUR , à Zéhangir.
•
De ton ambition , vois le terme funeſte :
La honte , le remords ; voilà ce qui te refte.
ZEHANGIR.
La honte ? . Mais jouis de la faveur du fort.
Au fond de ton palais , je t'apportois la mort.
Accablé par le tien , mon parti m'abandonne.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
La foudre m'a frappé ſur les degrés du trône.
N'importe: je te laiffe entouré d'affaffins.
Puiflent les noirs foupçons , augmenter ton fupplice
!
Je ne veux ni trahir , ni nommer mon complice,
Tu frémis ? ..Je triomphe.
Timur étonné , demande à Zulica quels
font ces affaffins & ce complice ?
ZULIC A.
Moi.
TIMUR.
Tu me trahis !
ZULIC A.
Je tombe aux genoux de mon Roi.
Il fait un aveu fincère de tout ce qui
s'eft paffé. Timur , accablé par un contretemps
fi terrible , fe livre à fes réfléxions.
La vie lui devient à charge; & ce moment
de fufpenfion eft très- beau , par l'incertirude
où il met le fpectateur , & par la
façon dont il motive le dénoument . Il fe
décide enfin ; & fait grace à fon favori.
Puis , s'adreffant à Zéhangir.
TIMUR.
Par tout ce que tu vois ,
Juge enfin , Zéhangir , quel eft le fort des Rois.
FEVRIER. 1760 . 195
Je porte , en frémiffant , alors que l'on m'envie ,
Et le fardeau du trône , & le poids de la vie.
Environné d'écueils , accablé , fans fecours ;
Tout ,jufqu'à l'amitié , s'arme contre mes jours .
Ofe vouloir régner ! ... Sujets ingrats que j'aime !
Arrachez de mon front ce fanglant diadême ;
Ou pour mieux yous venger de mes juſtes rigueurs
;
Venez , dans mon palais contempler mes malheurs
.
Aux Gardes de Zéhangir .
Qu'on détache fes fers.
A Zéhangir.
Une feconde fois , jouis de mes bontés :
Je te pardonne .
ZEHANGIR.
A moi !
TIMUR.
Mais ce n'eft pas affez : jaloux de la couronne ,
Tu voulois me ravir & la vie & le trône ?
Prends ce poignard ; tiens .
ZEHANGIR.
Donne.
AMETIS.
O moment , plein d'effroi !
I ij
196 MERCURE DE FRANCE
TIMUR.
Te voilà libre ; frappe : ofe immoler ton Roi,
ZEHANGIR , en fe frappant.
Tu dictes mon arrêt .
à Amétis.
Cache tes pleurs ; j'ai fait ce que je devois faire.
Et toi , Timur , apprends qu'un coeur ambitieur,
Et même criminel , peut être généreux.
Humilié par toi , je dois haïr la vie :
Mais je rougirois trop de te l'avoir ravie.
Ta clémence , a pourtant enchaîné mes fureurs.
Va ; le trône t'eft dû : je t'admire... je meurs.
Ce dénoument , fur lequel la critique
auroit peut -être bien des réfléxions a faire
, a toujours produit le plus grand effet
au Théâtre . C'eft je crois la meilleure
preuve qu'on puiſſe donner de ſa bonté.
Cette Tragédie, d'un jeune homme de
24 ans , fait avec juftice concevoir les
plus grandes efpérances de fon Auteur.
Son ftyle eft noble, harmonieux , fon dialogue
aifé , & fa diction très-pure. La
rapidité avec laquelle il a changé totalement
, en quatre jours , fes deux derniers
actes , découvre une docilité , & des difpofitions
prèfque fans exemple. Il eſt à
Touhaiter, pour le Théâtre, qu'il ne s'endorme
pas dans le fuccès ; & qu'il cultive
1
FEVRIER. 1760. 197
avec ardeur un talent né
brillante réuffite.
pour
la
plus
L'Auteur a retiré fa pièce , après la feptième
repréſentation ; qui cependant étoit
nombreuſe.
Le Jeudi 17 Janvier , Madame Hus a
débuté par le rôle de Madame de Groupil
lac, dans l'Enfant Prodigue ; & par celui
de la Meunière , dans les Trois Coufines .
Elle a joué , le Dimanche 20 , le rôle de
Dona Beatrix , dans l'Ambitieux ; & celui
de la Mère , dans l'Esprit de contradiction.
Elle n'a point donné au Public le
temps de juger de fes talens . Elle s'eſt
retiréé , après ces deux repréfentations .
Le fieur Molé , qui avoit déja paru fur
leur ,Théâtre , il y a quatre ans , a débuté
de nouveau , le 28 Janvier , par le rôle
Andronic , dans la Tragédie de ce nom.
Il a été fort applaudi. Cet Acteur eſt jeune
, d'une figure agréable , a de l'intelligence
, jouë d'après lui- même , a peu de
voix , mais fe fait bien entendre. On lui
reproche , d'être un peu maniéré : défaut
qu'il a pris en Province. On lui defireroit ,
un peu plus de chaleur ; & il lui eft poffible
d'en avoir davantage. Enfin , il annonce
beaucoup de talent.
Il a joué , depuis , Don Pedre , dans
I iij
98 MERCURE DE FRANCE.
Inès ; Séyde , dans Mahomet ; Titus ,
dans Brutus ; Egifte , dans Mérope ;
d'Arvianne , dans Mélanide. Il a joué ,
furtout , avec un applaudiffement général
, le cinquiéme Acte de cette Comédie
; où il a prouvé qu'il peut mettre de la
chaleur quand il voudra ; & que l'Acteur
n'eft jamais auffi bon , que quand il eft
entraîné par le fentiment.
Il continue fon début.
Le 10 Février , on a remis Pourceaugnac
, Comédie en trois actes , de Molière
, qui n'avoit point été jouée depuis la
mort de Poiffon. Le fieur Préville , qui
le remplace fi bien , a joué le rôle de
Pourceaugnac avec une perfection fingu- :
lière. Si fon efprit lui fert à donner un
caractère particulier à tous fes rôles ; il'
femble que la Nature lui ait accordé le
don de fe choifir un vifage , pour chacun
de ces mêmes rôles. C'eſt , exactement
un Protée.
Mlle Hus,a fait auffi le plus grand plaifir
, dans le rôle de la Languedocienne.
Elle a faifi, on ne peut pas mieux , le ton ,
le parler , & le vêtement du Pays .
7
FEVRIER. 1760. 199
COMEDIE ITALIENNE.
MLLE Martin , a débuté le x6 , & a joué le
rôle de Silvia , dans le Jeu de l'Amour & du Hazard
; le 20 , dans la Coquette fixée , celui de la
Comteffe ; & le 30 , dans la Servante maîtreſſe , celui
de Zerbine . Le 3 Février , elle a rempli le rôle
de Nife dans la Bohémienne ; & le 7 , dans la Servante
maitreffe , & dans le Maître de Muſique ,
elle a chanté les rôles de Zerbine ,& de Laurette.
Quelles que foient les raifons qui ont forcé cette
Actrice à le retirer fi fubitemeat ; il eſt aflez généralement
convenu qu'elle a montré de l'intel--
ligence & de l'âme , dans la Coquette fixée . Mais ,
Mlle Silvia n'eft plus. Et Madame Favart , dont
la Dlle Martin a auffi voulu doubler les rôles , eft
un objet préfent, dont les talens font trop chers.
au Public , pour que la concurrence entr'elle &
quelque débutante que ce foit , puiffe être longtems
indécife.
Le fieur Lejeune a débuté , le 3 Février , par le
rôle d'Amoureux , dans les Talens à la mode ,
Comédie en trois Actes , remife . La Pièce & l'Acteur
, ont été fort applaudis . On l'a jouée huit fois
de fuite .
Le même Acteur, a joué le s & le 6 , le rôle de
Sigifmond , dans La Vie eft unfonge ; celui du
Prince , dans Ninette à la Cour , & celui d'Amadis
, dans la Parodie , avec les mêmes applaudiffemens
; & donne les plus grandes espérances .
La Dlle Jourdani , Italienne , a débuté le 27 & le
29 Janvier , dans l'Epoufefuppofee , Comédie Italienne
; le 1 Février , dans la Servante de Qualité;
& le , dans le Divorce . Elle a joué le rôle de
Soubrette dans ces trois pièces ; & s'eft retirée.
I
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
OPERA- COMIQUE.
CEUx qui ont fuccédé au fieur Monct , dans
l'entreprise de ce Spectacle , ne fe démentent pas
dans le zèle qu'ils ont montré depuis deux ans ,
pour attirer & fatisfaire le Public : auffi en fontils
récompenfés , par l'affluence journalière des
Spectateurs. La Refource des Théâtres , Prologue
en 6 Scènes , eft la premiere Piéce qu'on y a
exécutée , comme compliment d'ouverture . L'Auteur
ne le nomme pas ; & M. Favart , dont les
productions de ce genre font fi connues par le
plaifir qu'elles ont toujours droit de faire › y a
joint un Vaudeville , en douze couplets , dont la
finelle & les faillies plaifent au point , qu'on imagine
chaque jour les entendre pour la premiere
fois. La Veuve indécife , Opéra-comique, annoncé
dans le Mercure de Septembre 1759 , aˆété re-›
mis le même jour avec quelques légères corrections
, qui n'ont fait qu'ajouter à ce qu'il valoitdéja
. Le lieur Duni y a joint entr'autres chofes ,
une Ariette , dont la réuflite eft toujours certaine.
Mercredi , 13 Février , on a donné la premiere
repréſentation du Maitre en Droit , Opéra- Comique
mêlé d'Ariettes & de Vaudevilles. Les paroles
font de M. le Monnier , jeune homme qui
donne de grandes efpérances pour ce genre ; &.
la Mufique , de M. de Monfigny , Auteur de celledes
Aveux indifcrets dont la réuffite eft connue.
Cette Piéce a été très -bien reçuë , & fait
honneur aux deux Auteurs.
,
Le Peintre , amoureux de fon modèle , la Rofe ,
la Reine du Barofan , la Chercheufe d'efprit , Blaife
le Savetier, & le Docteur Sangrado , font les Piéces
de rempliilage qui ont été jouées juſqu'à préFEVRIER
. 1760 . 201
fent. La Contredanfe des Portraits à la mode , &
le Ballet de la Guinguette Allemande , ont fait
beaucoup de plaifir , par la vivacité & la vérité
de leur exécution . Les Dlles Prudhomme , Luzy &
Thomaffin ; les feurs Pietro , Duval , Defnoyers ,
& Dupuis , fe font voir à chaque inftant avec de
nouveaux talens ; & les applaudiffemens du jour ,
ne font que les encourager à mieux valoir encore
le lendemain .
ARTICLE V I.
NOUVELLES POLITIQUES.
De CONSTANTINOPLE ,
SA
le
14 Décembre 1759
A Hauteffe a donné , il y a peu de jours , audience
à l'Envoyé extraordinaire de Ruffie. Ce
Miniftre étoit accompagné du fieur d'Obereskoff ,
réfident à Conftantinople de la part de la même
Cour. Il préfenta dans cette audience les Lettres
de félicitation , adreffées au Grand- Seigneur par
l'Impératrice de Ruffie , fur fon avènement au
Trône. Les deux Miniftres furent reçus de fa
Hautefle avec beaucoup de témoignages d'affection
& d'intelligence,
De PETERSBOURG , du 28 Dicembre
&jours fuivans.
Il eft déja arrivé ici un grand nombre d'Offciers
relâchés , en vertu du cartel convenu avec
Sa Majesté Pruffienne . On fait de grand prépa
ratifs pour la Campagne prochaine.
I w
202 MERCURE DE FRANCE.
Le quartier général de notre Armée , étoit le
20 de ce mois a Martenboury : cette Armée eſt
encore compofée de plus de cinquante mille hommes
, & en aflez bon état . On confirme , qu'une
partie de cette Armée ne s'écartera pas de la
Viftule , afin de ne pas trop s'éloigner des Corps
qui font reftés en Pomeranie. Ces Corps continuent
d'y faire la petite guerre : le Général Fermer
eft resté à Thorn avec un Corps de Ruffes.
Le 29, on célébra l'anniverfaire de l'Impératrice,
qui entroit dans fa cinquantième année. S. M.
eft toujours ferme dans la réfolution de n'entendre
à aucune propofition d'accommodement, que
de concert avec fes Alliés . Son Chancelier a remis
par fon ordre au fieur Keith , Miniftre d'Angleterre
, à la Cour , une déclaration très - poſitive à
ce fujet. Elle porte en ſubſtance , qu'Elle ne s'eft
déterminée à prendre part à la guerre que parles
confidérations les plus graves , & après avoir
vü attaquer fes Alliés de la manière la plus contraire
au droit des gens : c'eft pourquoi elle ne
mettra bas les armes qu'après avoir procuré aux
parties lézées les fatisfactions convenables , & après
avoir vu le repos de l'Allemagne appuyé fur des
fondemens ftables . Elle a fait envoyer cette déclaration
à tous fes Miniftres dans les Cours étran
geres , pour y être communiquée.
De STOCKOLM , le 1 Janvier 1760.
Les forces navales de la Suéde , qui étoient à la
rade de Carlſcroon le Printems dernier , confiftent
en 28 vaiſleaux de ligne , depuis 90 canons jufqu'à
42 ; 12 frégates , depuis so juſqu'à 26 ; 3
brigantins ; 4 chaloupes de guerre ; 9 galeres &
24 brulots & galiotes à bombes. Il y a encore
plufieurs galeres , prêtes à fortir du port , auffitôt
que le befoin l'exigera .
FEVRIER. 1760.
203
De COPPENHAGUE , le 2 Janvier.
Depuis que Sa Majefté eft parfaitement rétablie
, le genre de fa maladie n'eft plus un mystère.
La crainte d'allarmer fes fujets , dans un temps'
où la petite vérole faifoit de cruels ravages , avoit
fait câcher foigneufement que le Roi en étoit
attaqué. Il y a eu des momens où l'on a été dans
de grandes appréhenfions pour fa vie Cette maladie
épidémique , diminue beaucoup . Nous n'avons
perdu, la femaine dernière , qu'un cinquième
des perfonnes qui mouroient dans les femaines
précédentes.
De VIENNE, le 8 Janvier..
Sa Majefté Impériale , accompagnée des Ar
chiducs & des Chevaliers de la Toifon d'Or , fie
le 6 de ce mois , la cérémonie de revêtir du
manteau & des marques diftinctives de l'Ordre ,
le Feld Maréchal Prince de Deux - ponts ; qui fur
auffi reçu le 21 , Grand Croix de l'Ordre Mili--
taire de Marie- Thérèfe.
Notre Cour a fait publier un détail exact &
dreffé par
le Commiffariat des guerres , du nom
bre d'hommes faits prifonniers à l'affaire de Ma
ken. Ce nombre monte à quatorze mille neufcens
vingt-deux , parmi lefquels il y a cinq cens trentedeux
Officiers .
On a expofé , depuis peu de jours , à la vuẽ đư
Public , le magnifique Maufolée du Prince Eu
gène , conftruit dans l'Eglife de Saint Etienne .
Ce monument , lui a été élevé par la Ducheffe
douairière de Savoye , née Princeffe de Lichtenf
tein. Il répond , par fa magnificence , & par l'inf¹
cription qui l'accompagne , à la haute réputation
du Héros , à la mémoire duquel il eft confacré.
Le Prince Léopold de Lobkowitz , Major du
Ivi
204 MERCURE DE FRANCE.
Régiment des Deux ponts, eft mort à Drefde ,
après peu de jours de maladie , à l'âge de 25 ans .
On a appris, de Pologne , que les Haydamacs ,.
dont les cour fes avoient cellé depuis quelque
temps , venoient de les recommencer. Ils ont
fondu à l'improvifte fur les Terres du Prince.
Jablonowski, & ils y ont commis mille défordres,.
pillant & mailacrant tout ce qui eft tombé entre
leurs mains.
Le quartier du Maréchal de Daun eſt toujours
dans les environs de Drefde. Le Roi de Pruile , a
abandonné fon pofte de Prefchendorff. Il a établi
de nouveau fon quartier général à Freyberg. Ce
Prince , loin de fonger à attaquer le Maréchal de
Daun, femble fe borner, pour le moment préfent,
à la défenfive.
>
Le Comte de Schmetrau , s'eft porté depuis
peu , à la tête de fix mille Pruffiens vers .
Lauban , Gorlitz , & Oftritz. Le Maréchal de
Daun a auffitôt détaché les chevaux légers faxons,
les Régimens de Vieux Modene, & de Schmertzing
, Cuirafiers , & les deux Régimens de Marf
hall & d'Angern , Infanterie , qui ont arrêté fes
progrès. Le Général Beck tient toujours en échec
le corps aux ordres du Général Fouquet , &
l'empêche de fe joindre à l'Armée du Roi , Ce
Corps a été obligé, par les manoeuvres du Général
Autrichien , de refter près de Glogaw en Silćfie .
Le Général de Ried a eu près de Marienberg ,
une efcarmouche avec un Corps Pruffien. La fupériorité
du nombre , l'a obligé d'abandonner fon
pofte. Ila cependant fait quelques prifonniers,
Pruffiens.
De BERLIN , le 8 Janvier.
Nous commençons à efpérer que le Prince
FEVRIER. 1760. 205
Ferdinand de Pruffe fe rétablira parfaitement de
l'état de dépériffement où il étoit tombé depuis
quelque temps . Cette belle cure eft due au fieur
Cothenius , Médecin du Roi .
De LEIPSIK , le 24 Janvier.
Le Roi de Pruffe continue de traiter avec la
même rigueur les habitans de cette Ville , ainſi
que tout l'Electorat de Saxe , dont il exige de terribles
contributions. Le château de Pleiflembourg
fe remplit tous les jours de malheureux ôtages
tant de Léipfick que des autres Villes ,que le Roi
fait refferrer avec la derniere dureté.
De PRAGUE , le 31 Décembre 1759.
La garnison de Drefde , renforcée jufqu'à vingt
mille hommes , met cette Ville à couvert de toute
infulte ; & la bonne pofition du Maréchal de
Daun , qui a fon quartier à Pyrna , rend fes habitans
tranquilles fur les entreprifes du Roi de
Pruffe.
L'Impératrice Reine , a nommé le Baron de
Laudon Général Commandant de fes troupes en
Bohême & en Moravie . Sa nouvelle Armée eft
déjà de vingt mille hommes ; & on a pris des
mefures pour qu'avant le milieu du mois , elle
foit forte de trente . Il a tranſporté fon quartier
général de Brillin où il étoit , à Brixen , afin d'être
plus à portée d'obferver les mouvemens du Prince
de Brunswick.
DE HAMBO U R G, le 12 Janvier 1760 .
L'armée Ruffienne.continue d'occuper les quartiers
aux environs de la Viftule . leur peu d'éloignement
de cette rivière fait conjecturer qu'on ſe
propofe de les faire agir de bonne heure .
De BAMBERG , le 6 Janvier.
L'armée de l'Empire vient de prendre les quar
tiers dans la Franconie & dans le Voigtland. Le
106 MERCURE DE FRANCE.
Maréchal de Serbelloni , qui la commande , en
Fabfence du Prince de Deux- ponts , a établi ici
fon quartier général. Les différens corps dont
elle eft compofée , font difpofés de manière à le
raffembler facilement & avec promptitude.
de
Un détachement de Chaffeurs & de Huffards
de cette armée , furprit , le 29 du mois derniér ,
la Ville d'Erfurth. Il y avoit un détachement de
l'armée des Alliés , qui fut obligé de fe rendre prifonnier.
On a pris dans cette occafion un grand
nombre de chariots chargés de malades ,
vivres , & de bagage. Il s'eft fait encore, de la part
de ces détachemens de Huffards , la prife d'un
convoi de quarante chariots chargés de pain & de
farine , avec ſon eſcorte , deſtiné pour l'armée du
Prince Ferdinand ; & à Néda , celle d'un petit
corps d'artillerie Heffoife .
De LISBONE , le 30 Décembre 1759.
Le 13 , on effuya une violente tempête , qui a
caufé beaucoup de dommage parmi les vaiffeaux
qui étoient dans la Baye. Quelques - uns ont péri ,
d'autres ont échoué, & ont eu feur cargaiſon fort
endommagée. Cependant la perte eft beaucoup
moins grande qu'on ne l'avoit d'abord eftimée,
On a embarqué , pour la fortereffe de Mafagan
en Affrique , plufieurs prifonniers d'Etat:
c'étoient, fuivant les conjectures , des coupables
de la derniere conjuration .
•
De MADRID , le 23 Janvier 1760 .
Le 20 de ce mois , le Roi entra dans fa quarante-
quatrième année . La Cour fut à cette occa
fion en grand gala , & fut admife à complimenter
le Roi & à lui baifer la main. Il y avoit longtemps
qu'elle n'avoit été fi nombreuſe , ni fi brillante ;
chacun s'étant efforcé de témoigner ſon attachement
, & fon amour pour fon nouveau Souverain.
FEVRIER. 1760. 2:07
De ROME , le 12 Janvier.
On croit que notre Cour & celle de Portugal
font d'accord fur les points qui les divifoient. Sa
Sainteté accorde, pour toujours , au Roi de Portugal
& à fon Confeil de Confcience , la déciſion
de tous les différends eccléfiaftiques qui pourroient
furvenir dans les États. Elle demande feulement,
qu'on y appelle un Evêque qui ait fait une étude
fpéciale des cas de confcience & du Droit eccléfaflique.
La nomination du Nonce , à la Cour de
Portugal , ne fe fera aufli que de concert avec
cette Cour. Le Pape propoſe pour cette nonciature
quatre Prélats , parmi lefquels Sa Majesté
Très-fidelle fera un choix.
Les pluies , qui afgeoient ce Pays dépuis plufieurs
mois , & qui fembloient ôter aux gens de
la campagne toute eſpérance de récolte , ont enfin
ceffé. Suivant les nouvelles du 19 , le temps
eft redevenu ferein ; & ce changement a l'appa
rence d'être durable.
De LONDRES , le 8 Janvier.
On est toujours dans l'inquiétude au fujet dur
fieur Thurot, & de fa petite efcadre. Quelques avis
venus des Côtes de Norwege , vers la fin du mois
dernier , apprenoient qu'il croifoit fur ces Côtes ,
& qu'il avoit intercepté plufieurs vaiffeaux Anglois.
On dépêcha auffitôt un Courier au Chef
d'efcadre Boys , qui étoit ftationné dans la rade
de Leith en Ecoffe , avec ordre de fe remettre à fa
pourfuite. I fit à l'inftant fes difpofitions pour
appareiller au premier vent favorable , & il fit
prendre les devans aux canots le Scourge & l'Ai
gle. On n'en a plus eu de nouvelles depuis.
On a appris,du 30 , que l'Amiral Saunders eft,
fur fon départ pour aller relever l'Amiral Brode
208 MERCURE DE FRANCE.
rick , qui eft forti de Cadix le 4 du mois dernier.
Il a été de nouveau accueilli par une violente
tempête , qui l'a obligé de fe réfugier en trèsmauvais
état à Gibraltar . On eftime ici qu'il a
été heureux d'être fi près de ce port : car l'eſcadre
Françoife , compofée de cinq vaiffeaux de ligne, &
de trois frégates , eft fortie bientôt après , On
fçait qu'elle a paffé fans oppofition le détroit ,
failant voile pour Toulon .
Après bien des conteftations , la Chambre des
Communes donna , le 23 de ce mois , fon approbation
au Bill concernant l'emprunt de huit millions
de livres sterling , par annuités ; & il vient
feulement d'être arrêté . On dit , qu'on portera.
jufqu'à vingt mille hommes , le corps de troupes
deftiné à renforcer le Prince Ferdinand , fous lesordres
des Généraux Barington & Honeywood.
Il eft mort, à Lithe , dans le Comté de Weftmerland
, un aveugle dès l'enfance , qui par fes
connoiffances pouvoit être réputé l'émule du
célèbre Saunderfon . Il fe nommoit Georges Bercket
, ou , plus vulgairement ,Georges l'Aveugle.
La privation de la vue ne l'avoit pas empêché
de faire dans la Théologie , la Morale , la Métaphyfique
, la Mufique & la Philofophie naturelle ,
des progrès qui étonnoient ceux même qui étoient
le plus verfés dans ces fciences .
De LA HAYE , le 27 Janvier.
Tout annonce ici les difpofitions pacifiques du
gouvernement, & on en peut inférer le peu de
fondement des bruits répandus de toutes parts ,
que nous allions être entraînés dans la querelle
qui divife toute l'Europe.
Il est mort en cette ville , la femaine derniere,
une femme âgée de cent quinze ans & quelques
mois. Elle a confervé fa raifon &.la vuë juſqu'à
la fin .
FEVRIER. 1760. 209
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
De VERSAILLES , le 17 Janvier 1760 , &
jours fuivans.
SA Majeſté a nommé le Comte de Polaſtron ,
ci- devant Colonel du Régiment de la Couronne ,
Infanterie , grand Sénéchal du Comté d'Armagnac
, & Gouverneur de la Ville d'Auch .
Le 6 , la Comteffe de Jumilhac eut l'honneur
d'être préſentée à leurs Majeftés & à la Famille
Royale.
Le Roi a nommé la Comteffe de Narbonne ,
ci-devant Dame du Palais de feue Madame Infante
, Ducheffe de Parme , pour accompagner
Madame .
Sa Majesté a difpofé du Régiment Royal de
Corfe , vacant par la mort du Comte de Vence ,
en faveur du Vicomte de Vence , Colonel réformé
à la fuite de ce Régiment.
Le 27 de ce mois , le Maréchal de Maillebois ,
prêta ferment entre les mains de Sa Majefté ,pour
le gouvernement d'Alface .
Sa Majefté a nommé , pour fon Ambaffadeur
extraordinaire auprès du Roi des Deux - Siciles ,
le Marquis de Durfort, actuellement Ambaffadeur
auprès de la République de Venife .
Le Comte de Bafchi , ci - devant Ambaffadeur
auprès du Roi de Portugal , remplacera le Marquis
de Durfort à Venife.
Sa Majefté a aufli nommé le Marquis de
210 MERCURE DE FRANCE.
Beauflet, fon Miniftre Plénipotentiaire auprès de
I'Electeur de Cologne .
Le 1 Février , le Roi tint le Sceau. Le même
jour , les Officiers de la Chancellerie de France ,
de fervice & en quartier , & deux Syndics des
Secrétaires du Roi , eurent l'honneur de remettre
à Sa Majefté , en la manière accoutumée &
fuivant l'ufage , les cierges de la Chandeleur . Ils
furent préſentés par le fieur de Brou , Doyen des
Confeillers d'État.
Le lendemain, fête de la Purification de la fainte
Vierge , les Chevaliers , Commandeurs & Offciers
de l'Ordre du S. Elprit , s'étant aſſemblés ,
vers les onze heures du matin dans le cabinet du
Roi , Sa Majesté tint chapitre , & admit au nombre
des Chevaliers , le Prince des Afturies, & l'Infant
Don Louis. Le Roi fortit enfuite de fon appartement
, pour fe rendre à la Chapelle . S. M.
étoit en manteau , avec le Collier de l'Ordre pardellus
. Les deux Huiffiers de la Chambre marchoient
devant Elle avec leurs maffes , & Elle
étoit précédée de Monfeigneur le Dauphin , du
Duc d'Orléans , du Prince de Condé , du Comte
de Clermont , du Prince de Conti , du Comte de
la Marche , du Comte d'Eu , du Duc de Penthiévre
, des Chevaliers , Commandeurs & Offciers
de l'Ordre. Le Roi affiſta à la Bénédiction
des Cierges & à la Proceflion qui fe fit dans la
Chapelle . La Grand-Meffe fut célébrée par l'Archevêque
de Narbonne, Prélat Commandeur. La
Reine , Madame la Dauphine , Madame, & Mefdame
Victoire , Sophie & Louife , étoient dans la
tribune.
Après la Meffe , S. M. fut reconduite à fon ap
partement en la manière accoutumée.
Le Roi a accordé l'Abbaye de Vezelai , Diocèſe
Autun , à l'Abbé Berthier , Doyen du Chapitre
FEVRIER. 1760. 211
de la même Abbaye , & ci- devant Vicaire- Géné
ral du Diocèſe de Troyes.
L'Abbaye d'Igny , Ordre de Citeaux , Diocèle
de Rheims , à l'Abbé de Puyfignieux , ancien
Vicaire - Général du Diocèfe de Lyon.
De l'Armée , à Gieffen , le 8 Janvier.
L'Armée aux ordres du Maréchal de Broglie ,
décampa d'ici les du mois dernier . Ce même
jour , le Baron du Blaifel fut fommé de fe rendre
par un Aide-de- Camp du Prince Ferdinand . Sur
fon refus , le Prince prit fes mefures pour l'invef
tiffement de Gieffen . Le 7 , à trois heures après
midi , un ſecond Aide-de- Camp du Prince demanda
à parler au Baron du Blaifel . Il lui propofa
de te rendre , & lui offrit les conditions les
plus honorables. Mais le Baron répondit , qu'il
étoit dans la Place pour la défendre. Ily a trenta
ans , ajouta - t- il que je fers le Roi , & quelque
temps que je fuis guéri de la peur. Quand le Prince .
voudra , nous commencerons.
Le 21 , le Baron du Blaifel reçut ordre du Maréchal
de Broglie de faire attaquer , le lendemain
avant le jour, le poſte de Klein Linnes , pour que
cette diverfion favorifât l'attaque que l'armée , de- .
voit faire à Langgon . Le 22 , à deux heures du
matin , Klein-Linnes fut attaqué très-vivement
& avec avantage. Pendant ce temps- là le Maréchal
de Broglie fit attaquer , avec fuccès , par fes
troupes légères les portes de Langgon & de Sich
Le 25 , le Baron de Blaifel , ayant eu avis que
les ennemis repaffoient la Lohn , envoya un détachement
à Wifek. Les troupes qui gardoient ce
pofte,s'enfuirent avec précipitation ,à fon approche..
On trouva dans le village une grande quantité
d'échelles , de crochets de fer & de cordes , que
le détachement enleva . Pendant la nuit du 27 au
212 MERCURE DE FRANCE.
28 , le Maréchal de Broglie , qui étoit arrivé ici ,
fit donner différentes alertes à l'ennemi ; ce qui
obligea le Prince Ferdinand , de faire fortir toutes
Les troupes de leurs cantonnemens , & de les
ranger en bataille fur les hauteurs de Kleyberg &
de Hezchelheim . Après s'étre ainfi affuré que toutes
les troupes desAlliés étoient dans leur ancienne
pofition , le Maréchal reprit la route de Friedberg.
Les fages difpofitions qu'il a faites , ont rétabli
notre communication avec fon Armée .
On a appris du 10 , que les troupes qui avoient
été placées dans la Ville de Dillenbourg , depuis
que nous nous en étions rendus maîtres , y ont été
attaquées par un corps des Ennemis , de huit à
neuf mille hommes , aux ordres du Baron Vengenheim
; & qu'après une défenſe opiniâtre de
notre part, la garnifon a été obligée de ſe rendre
prifonnière de guerre On a perdu , dans cette
occafion , le fieur Paravicini , Brigadier , Officier
d'un mérite diftingué & généralement regretté .
Suite du Journal de l'Armée .
La retraite du Prince Ferdinand , de l'autre côté
de Marburge , au- delà de la rivière d'Ohin , à
déterminé le Maréchal de Broglie à prendre fes
quartiers d'hyver. Il a établi fon quartier général, à
Francfort. On a laiffé dans Gieffen une garnifon
confidérable : le Baron du Blaifel , Maréchal de
Camp , eft refté dans cette place pour y commander.
Les troupes aux ordres du Marquis de Muy
& du Marquis de Voyer , ont repris la route de
Cologne , pour aller occuper les quartiers d'hyver
qui leur font deſtinés fur le Rhin & la Meuſe ,
où elles feront aux ordres du chevalier de Muy.
Le corps des Saxons & les troupes de Wirtemberg
hyverneront fur le haut Mein.Le Comte de Luface,
prendra fon quartier dans Wurtzbourg.
Depuis que ces quartiers d'hyver ont été pris ,
il ne s'eft rien paffé de remarquable.
FEVRIER. 1760 . 213
De PARIS , le 19 Janvier 1760 , &jours fuivans .
Le 1s de ce mois , on fit dans l'Eglife Métropolitaine
de cette Ville , un Service folemnel , par
ordre du Roi , pour le repos de l'ame de Ferdinand
, VI du nom , Roi d'Espagne , & de Marie-
Madelaine de Portugal , Reine d'Espagne , fon
époufe . Sa Majefté avoit nommé pour le grand
deuil du Roi d'Eſpagne, Monfeigneur le Dauphin ,
le Duc d'Orléans , le Prince de Condé ; & pour
celui de la Reine d'Espagne , Madame la Dauphine
, Madame , & Madame Victoire . Ces Princes
& Princeffes s'étant rendus à l'Archevêché , où
le Marquis de Dreux, Grand Maître des Cérémonies
, & le fieur de Nantouillet , Maître des Cérémonies
en furvivance , allerent les prendre ,
lorfque tout fut prêt. Ils les conduifirent à l'Eglife ;
ils entrèrent par la grande porte , & furent pla
cés dans les hautes Italles , à droite & à gauche.
Plusieurs Archevêques & Evêques affiftèrent à
cette cérémonie , ainfi que le Parlement , la
Chambre des Comptes , la Cour des Aides , l'Univerfité
, & le Corps de Ville. L'Archevêque de
Paris y officia pontificalement. L'Evêque de Vence
prononça l'Oraifon funèbre.
Le portail de l'Eglife étoit tendu en noir , avec
trois lès de velours, chargés d'écuffons , entre lelquels
étoient placés trois cartels chargés des
armes & des chiffres du Roi & de la Reine d'ELpagne
Le pourtour du choeur , étoit décoré d'un ordre
Ionique , en pilaftres & arcades , furmonté d'un
entablement , dont la frife étoit femée de fleursde-
lys d'or. Cette architecture étoit figurée en
marbre antique, & tous les ornemens étoient
dorés. Ses arcades étoient garnies de rideaux
noirs , rayés d'hermine , retroulés avec des cordons
treffés en or. Au-deffus de l'entablement ,
214 MERCURE DE FRANCE.
étoit un attique , orné à l'aplomb des arcades ,
de grands écullons aux armes d'Espagne , foutenus
par des lions , entourés de palmes & de guirlandes
en or , accompagnés de chiffres du Roi &
de la Rei e d'Espagne , fur un fond d'azur , groupés
de branches de cyprès.
L'Autel , élevé de plufieurs marches , étoit au
pied d'une niche , en marbre blanc. Le fond de
la niche étoit rempli par le fymbole de la Divinité
, entouré de nuages & de grands rayons dorés.
Au haut de l'attique , terminé en fronton, un
grand dais étoit placé en baldaquin , avec des
rideaux pendans & retrouffés , rayés d'hermine.
Le Catafalque , placé à l'entrée du choeur , étoit
fur un plan quarré long. Aux quatre angles, s'élevoient
quatre focles ,; d'où partoient , quatre
corps folides . Deux colonnes , d'ordre Ionique ,
étoient engagées dans chacun de ces corps , &
portoient un entablement pareil à celui de l'architecture
du choeur. Les deux petites faces de ce monument
, étoient difpofées en arcades . Les deux
grands côtés étoient terminés , quarrément , par
la plate-bande de l'entablement . Les colonnes de
verd antique , avoient leurs bafes & leurs chapiteaux
en or. Les corps folides étoient en marbre
jaune antique , avec des encadremens renfoncés ,
chargés de trophées militaires , & de médaillons
en or , liés par des guirlandes de lauriers.
Une pyramide de brêche violette, portée par un
piédeſtal de même marbre , terminoit le monument.
Sur les quatre faces de ce piédeſtal, étoient
les Ecuffons d'Eſpagne en relief, fupportés par
deux lions ; & fur les faces de la pyramide , des
Ecuffons d'Anjou , en or.
Sous la voute du Catafalque , fur une eſtrade
élevée de fix marches , pofoit un focle de verd
campan , chargé fur fes faces de bas-reliefs & de
agures de marbre en ronde boffe. Au-deffus du foFEVRIER
. 1760. 215
cle & fur les griffes de lion , étoit un farcophage
de porphire , couvert d'un drap mortuaire en or,
chargé des écuffons d'Eſpagne en broderie d'or ,
avec deux couronnes voilées d'un crêpe .
Le Catafalque étoit couvert d'un grand poêle à
quatre rideaux pendans & retrouflés , noirs , &
rayés d'hermine.
Toute cette décoration étoit dans le goût antique.
Ses ornemens , étoient du meilleur choix.
Leur éclat étoit relevé par le grand nombre &
par l'heureufe difpofition des lumieres. Il y avoit
beaucoup de richeffe dans les détails , beaucoup
de nobleſſe & de magnificence dans l'enfemble.
Cette pompe funèbre , ordonnée de la part de
Sa Majesté , par le Duc de Duras , Pair de France ,
premier Gentilhomme de la Chambre du Roi ,
a été dirigée par le fieur de la Ferté , Intendant
des Menus- plaifirs du Roi , fur les deffeins du fieur
Michel Ange Slodtz , Deffinateur ordinaire de la
Chambre & du Cabinet de Sa Majeſté .
Suivant les regiftres publics des Eglifes Paroiffiales
de cette Ville , il eft mort , pendant le cours
de l'année derniére , 18446 perfonnes ; il s'y eſt
fait 4059 mariages ; il y a eu 19058 baptêmes ; &
le nombre des enfans trouvés monte à 5 264.
Le 20 Janvier, on a reſſenti ici , à dix heures & un
quart du foir , une légère ſecoufle de tremblement
de terre ; mais elle a été fi peu fenfible , que trèspeu
de perfonnes s'en font apperçues . On l'a reffentie
plus diftinctement , à Verlailles. On a appris
depuis, que ce tremblement de terre a été fenti
à Amfterdam , à Leyde & à Utrecht. Les lettres
de Bruxelles & de Cologne , parlent de quelques
fecoufles qui le précédèrent le 19. Il a été affez
violent dans ces deux Villes . Suivant les lettres de
Cologne , on a reffenti une nouvelle fecouffe le
21 , vers les quatre heures du matin. A Peronne,
les fecouffes du 20 au foir, durerent deux ou trois
216 MERCURE DE FRANCE.
minutes , & effrayerent plufieurs perfonnes , qui
fortirent précipitamment de leurs maifons , de
crainte d'être écralées fur leurs ruines. On a ap .
pris auffi , que le 22 de Décembre , la fecouffe di
tremblement de terre s'étoit faite fentir dans la
Norwege & dans le Duché de Holſtein . Cette fecoulle
a été précédée , en divers , endroits par un
violent coup de tonnerre.L'ébranlement a été confidérable,
à Hadersleben. Dans quelques villes, routes
les tuilles ont été jettées par terre. Cet accident
n'a pas eu d'autres fuites.
Le 1 Février , le fieur Gigot , Recteur de l'Uni-¸
verfité , accompagné des Doyens des quatre Facultés
& des Procureurs des Nations , ſe rendit à Verfailles
; & fuivant l'ancien ufage, il préſenta un
cierge au Roi , à la Reine , à Monfeigneur le Dauphin
, à Madame la Dauphine , & à Monfeigneur
le Duc de Bourgogne.
Le mêmejour, le Pere Aubert, Docteur de Sorbonne
, & Commandeur de l'Ordre de Notre
Dame de la Mercy , Rédemption des Captifs, accompagné
de trois Religieux de cet Ordre , eut
l'honneur de préfenter à la Reine un cierge , en
hommage & en reconnoillance de leur établiſſement
à Paris , par la feue Reine Marie de Médicis.
On a reçu avis de Toulon , que les vaiffeaux &
les frégates , qui étoient à Cadix depuis le combat
du fieur de la Clue , font rentrés dans le premier
de ces deux ports , au nombre de cinq vaiſſeaux &
trois frégates. Ils étoient fortis de Cadix immédiatement
après la tempête qui avoit difperfé l'Efcadre
Angloife.
Le tirage de la Loterie de l'Ecole Royale Militaire
, s'eft fait le s de Février , en la manière
accoutumée. Les Numéros fortis de la roue de
fortune font 39 , 30 , 64 , 28 , 56. Le prochain
tirage fe fera le 6 du mois de Mars.
Suite
FEVRIER. 1760. 217
SUITE de la Lifte de la Vaiffelle portée
à la Monnoie de Paris.
Meffieurs
Du 2 Janvier 1760 .
Les Dames de la Croix , rue S. Honoré.
De Vaujoye , Receveur du Domaine
de Verſailles .
Le Marquis de Laigues .
Thiroux , Maître des Requêtes.
Chenu , Marchand Epicier.
Ribert , Bourgeois de Paris.
Daudafne , Avocat.
De Saint Jullien , Receveur général
du Clergé. ( Second Envoi. )
De Perfan , Maître des Requêtes,
Du 4 Janvier.
De Saint Jullien , Receveur général
du Clergé. ( Troisième Article . )
MM .Joly de Fleury , frères ; Avocat
gén. & Procureur général.
Les Prêtres de la Doctrine Chrét. de
la Maiſon de Saint Jullien .
Loir , Marchand Orfévre.
Les Peres Jéfuites de la Maiſon
Trofeffe.
Lés Dames du Bon Pasteur , du
Fauxbourg S. Germain .
Mlle Aubron , en or , 3 on. I g. 24 g.
m.o.g.
6 2
20 5 3
35 2 }
8174
30 4 3
26112
S I
57 6
21476
414 6 2
2
208
17 I 6
2 4
291 3
I
S
7525-5-6
K
218 MERCURE DE FRANCE
Suite du 4 Janvier.
Madame Cottin , épouse du Direct .
de la Compagnie des Indes ,
en or , 4 onc . 4 gr. 6 g.
La Veuve Datte.
1.0.g.
6 6
53236
Du s Janvier.
Roberdeau , Bourgeois.
Madame la Préſidence Chauvelin .
Meffieurs
Le Marquis de Voyer d'Argenſon .
De Bonnaire , Confeiller au Grand
Confeil .
Madame la Marquiſe de Roye.
Des 6 & 7 Janvier.
Rouillé de Roiffy , Conſeiller honor .
au Parlement .
La Fabrique de Garges , Comté
d'Arnouville .
Du 8 Janvier.
Les Bénédictins de Provins.
Lefévre , Agent de Change.
La Maison de Sorbonne .
m. o. g..
49 3
42 7 S
303 3
39563
172 4 6
2016 3
331 62
97 I
716 I 4
35 7.0-
***
Is 5 2
114 7 I
IO I O
176 4 3
Dů 9 Janvier.
Meld, de l'Abbaye S , Antoine. IOS 3 4
Les Bénédictins de Saint Pere , de
Chartres.
2952
FEVRIER. 1760. 219
Meffieurs
Suite du 9 Janvier.
Thierry , Directeur du Tabac.
Les Bénédictins Anglois
La Paroille de Moret , près Fonrainebleau.
Blondel de Gagny , Tréforier gén .
de la Caiffe des Amortiifemens.
L'Abbé de la Porte.
Les Prémontrés de l'Abbaye de
m . o. g.
I I • G
49 S 2
37 3 4
1ƒ6 1 6
3660
Bellozane , en Bray. 4256
4687 2
Du 10 Janvier.
Vielle , Bourgeois de Paris. 16 6 3
Gervaife , Noraire . 36 3 I
Les Dames Religieufes de S. Dominique
, de Montargis.
Bofcheron , Marchand de Dentelles,
16 54
374 2
107 2 7
Du Janvier.
Liége , Apothicaire du Roi. 64 I 4 %
Fremin , Maître des Comptes.
126 I S
190 3 L
Du 12 Janvier.
Bergeret , Receveur général.
160 6 0
Coudot , Bourgeois de S. Germain.
Vaudive , Greffier au Grand Confeil.
Du 13 Janvier.
Gaudin , Secrétaire du Roi.
822
19 0 1
138
206 0 3
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Du 14 Janvier.
De Lorme , Bourgeois de Paris.
Mlle Dubois .
Allut, Secrétaire du Roi.
Les Religieufes Annonciades.
Madame Boulle , Veuve du Payeur
des rentes.
.m. o.
40 5 6
80 4 7
129 6 5
154 4 2
ISI S
420 7 I
Du 15 Janvier.
De la Bardouliere , Lieutenant
aux Gardes.
Le Séminaire de S. Sulpice.
Morlac de Montour , ci -dev . Doyen
de Mrs les Maîtres des Requêtes.
Foulon , Intendant de la guerre.
De Fontette , Intendant de Caen ,
( Second Article. )
Du 16 Janvier.
Le Marquis de Chabonnois.
853
41 4 3
144 3 I
8554
Nicolas Bazin , Marchand.
Du 17 Janvier,
Rouleau , Bourgeois de Paris.
Duvivier , Recev. des Confignations
de l'Arfenal.
Madame Mailluet , Marchande,
Le Marquis de Cany.
Elmaugard d'Arioche.
Les Dames de la Vilitation ,
rue
du
Bacq.
19 2 4
2994 S i
2532
206 2
274
18 6
O
42 7 S
46 I G
441 3 7
603 S
33 6 3
1
FEVRIER. 1760 . 221
Suite du 17 Janvier.
Meffieurs
Poujand , Directeur des Fermes .
Les Dames du Prieuré de Haute
Brières , Diocèle de Chartres.
Les Religieufes de Sainte Marie de
Chartres.
(
m. og
47 4 3
68.22
225 2
782 3w.
Du 18 Janvier.
Ribes , Banquier. 77 I
Saulnier , Bourgeois de Paris.
9672
Pagnon , Ecuyer. 742 4
Mufnier de Pleine , Auditeur des
Comptes.
27 3 4
188 $ 7
Du 19 Janvier.
Chomel , ancien Evêque d'Orange . 49 07
Morin , Secrétaire du Roi.
88 54
137 6 3
Des 20 & 21 Janvier.
Le Comte , Conſeiller de l'Election de
Paris , & Subdélégué de M. l'Intendant.
Dibon , Chirurgien Major des Cent-
Suiffes.
Madame la Comteffe de Kerdrain .
Bourgeois , Chirurgien Accoucheur.
L'Abbaye de Saint Denis .
11 3 51
22 7 4
-100 6 7
8625
15226
Checieu , Avocat au Parlement.
Salior , ancien Tapiffier du Roi,
Jobert , chargé de la diftribution du
Mercure de France.
96351
104 I 2
2 4
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Du 22 Janvier.
Les Religieux de l'Abbaye de Preuilly ,
Ordre de Citeaux .
Le Marquis de Moutier.
Le Comte de Chateauneuf de Randan .
Madame la Préfidente d'Aligre, Douairiere
; & Madame de S. Fargeau ,
auffi Douairiere.
Des mêmes. ( Second Article . )
Blanchart de Guénégaud , Secrétaire
Interprête du Roi.
La Paroiffe de Seaux du Maine .
Madame Fourcoual , Bourgeoife de
Paris.
Erembert , Marchand de Paris .
Le Commandeur Bocheron.
m.
37 3 S
40 6 0
49 4 S
341 I 2
44
43 I I
15 57
9056
15 35
2547
,664 I I
Du 23 Janvier.
Tonnellier , Marchand . ΙΟ
Les Chanoines Réguliers de S. Jeanles-
Sens.
Les Céleftins de Sens.
119 6 4
36 6
Les Pénitens de Sens.
Le Chevalier de Racoins , Capitaine
de Dragons , Régim . Dauphin.
S 41
26222
433 7
Du 24 Janvier.
Rezard , Bourgeois. 27 2 6
Bonin.' S1 7 4
Madame la Marquife de Neufchelles ,
& M. le Marquis de Quigné , fon
petit- fils.
Le Cointe d'Ofmont.
100 6 7
60 6 31
FEVRIER. 1760 . 223
1
Meffieurs
Suite du 24 Janvier.
Teiraffe de Loffedat , Fermier du Roi.
Les Bénédictins , de l'Abbaye de
Thiron.
Lorillier , Intéreffé dans les affaires
m. o.g
24 65
79 74
du Roi.
3105.
376 62
De Saint-Mars , Avocat.
Le Comte de Fennelon.
Du 25 Janvier.
Macquer , Chef de Fruiterie du Roi.
De Corberon , ancien Préfident du
Confeil fouverain d'Alface.
114 1 7
8350
32-751
33 161
264 3
Du 26 Janvier.
Le Comte de Billy.
19271
d'Etampes.
$7 4 *
La Congrégation de Notre-Dame
L'Abbaye de Morigny, près Etampes.
La Paroiffe Notre- Dame d'Etampes.
Du 28 Janvier.
Les Filles Hofpitalières du Fauxb.
S. Marcel , rue de l'Arbalêtre.
Madame l'Abbeffe de Gomer- Fontaine
, en Vexin- François .
Madame de Laborde , Bourgeoife
de Paris.
Jourdain , Bourgeois.
Jourdain , Bourgeois , & Conforts.
Les Dames de l'Abbaye aux Bois.
19. 4 4
30 40
126 7 S
1367
୨
583 2
6862
70 7 4
27 3 I
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
Suite du 28 Janvier.
Meffieurs
m.o.g.
Les Bernardins de l'Abbaye de Chailly. 39 1 6
Les Bernardins de l'Abbaye de Barbour .
Du 29 Janvier.
Les Bénédictins de Provins.
L'Abbaye de S. Jacques , de Provins.
Le Chapitre de Notre- Dame de Prov.
Foreft , Bourgeois.
83 2 7
370 7 7
32 02
101 2 4
35 24
30 4 2
67
199 I 4
Du 30 Janvier.
Madame la Comtelle d'Egmont ,
Douairiere... 219 3 I
Dumoufleaux , Payeur des rentes. 114 2 3
D'Agueffeau, l'aîné , Confeiller d'Etat
ordin . & au Confeil du Commerce . 238 10 !
Mégref de la Boullay , Officier des
Chaffes.
Lalouette , Marchand de Gallons.
Franget , Orfévre.
Le Comte d'Egmont
.
"
972
753
5404
179 6 I
823 17
FEVRIER. 1760. 225
ÉTAT
DE la Vaiffelle portée aux Monnoies
des Villes de Province.
ROUEN.
Du 11 au 17 Novembre 1759.
Meffieurs
Feydeau de Brou , Intendant de
Rouen .
De Miromenil , Prem . Président .
De Blanville , Major du Régiment
de Bretagne.
Dailly , Secrétaire de M. l'Intendant.
Le Duc de Bouillon.
Sevrey, Directeur du Vingtième.
De Marchis , Receveur des Tailles.
L'Abbé Dandigné , Aumônier de
la Reine.
Carré , pere , ancien Commiffaire
de la Monnoie.
De la Londe , Contrôleur de la
Monnoie.
De Valliquierville , Prem. Préfid .
de la Chambre des Comptes .
Fremont , Juge - Garde de la
Monnoie.
De Baude , Rentième de M. l'Archevêque.
m.
o . g. d.
J
244 I 12
337 2 6
50 16 12
33 7
436 6 15
4 3 6
98 7
49 6
24 5
8 3 12
255 712
6
39 6 6
1587 1 $ 12
K v
226 MERCURE DE FRANCE .
LYON.
Du 10 au 24 Novembre 1759 .
Meffieurs
L'Archevêque de Lyon.
De Lamichodiere , Intendant.
Pupil , Prem . Préſident de la Cour
des Monnoies.
De Quuifon.
De Fleurieu , Préfident.
De la Verpiliere , Major.
MM. Auriol , freres , Banquiers.
Croppet de Variflan.
De Rochebaron , Commandant.
Madaine la Comtelle de Grolée.
Aniffon .
Adine.
Dellervo , Confeiller.
Desfours , Confeiller.
Les Recteurs de la Charité.
Les Recteurs de l'Hôpital.
Le Comte de Lhopital.
Gayot d'Auffere .
m . o . g.
509 6 18
341 7 18
2.6 18
60
3
189 4 6
155 4 3
1285
107 4
642
125
181 I 12
61 2 12
74 3 15
67 2
*
258 5 12
138 3 9
191 3.18
622 16
Les R. P. Jéfuites du Grand College . 428 2 15
Flachat , Prevôt des Marchands.
De la Verpiliere , Major.
Les Comtes de Lyon.
Cannac.
Quinfon , Tréforier de France.
MM . Duc , freres.
Siran .
Mogniat , Tréforier de France,
Mogniat , Confeiller.
177 7
109 4 18
916 2 6
244 7
677
- 3
S
79 4 14
31 472
19.6 6
229 2 21
- Geneve.
355 18
FEVRIER. 1760. 227
Meffieurs
Suite de Lyon,
Les Cuftodes de Sainte Croix.
De Sugny , Confeiller .
De Morainval.
Les R. P. Jéfuites , du fecond
Collége,
MM . Hubert , freres.
Les R. P. Jéfuites de Saint Jofeph.
Les R. P. Minimes.
Gras , Tréforier de France .
Crupiffon , Prêtre .
Morin , Secrétaire du Roi.
Einguerlin , Suiffe.
Gayot d'Aufferre.
Fitler , Négociant Suiffe .
Scherb , Négociant Suiffe.
Madame Meuricoffre.
Meuricoffre.
La Chapelle des Marchands.
Giraud , Tréforier de l'Hôpital.
m. o. g.
54 0 18
532
49 I
39 4
16 2 12
38 1 9
90 $ 15
37 4
582 B
552 8
?
33 7 4
66 6 18
19 7 21
20 18
16 O 3
17 7 18
595
34 1 13
6605 I
LA ROCHELLE.
Du 10 Novembre au Décembre 1759.
Meffieurs
Baillon , Intendant .
Le Comte de Vence , Maréchalde-
Camp.
Bonnaventure , Lieutenant de Roi.
Bonnermort , Receveur des Fermes
du Roi.
Froger de la Rigaudiere , Capitaine
général des Gardes- Côtes.
m. o. g.
290 4 18.
52
50 2.12
48 6.18
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Suite de la Rochelle .
De Ruis Embito , Intendant de la
Marine à Rochefort.
De Fetilly , Chevalier d'honneur
du Bureau des Finances .
L'Evêque de Luçon.
Rouffy de Lazeneuve , Doyen du
Chapitre .
Beraudin , ancien Lieutenant gén.
de l'Amirauté .
L'Evêque de la Rochelle.
Frefneau, ancien Ingénieur du Roi,
m. o. g.
37 I 6
47 I 12
95512
8 4
18 I
260 4 12
II 6 6
BORDEA U X.
Du 23 Novembre au 10 Décembre 1759-
Meffieurs
L'Evêque de Condom .
Le Marquis de Tourny, Intendant
de Guienne .
Le Comte de Langeron , Commandant
de Guienne.
De Tourny ( Second Article . )
Le Marquis de Montferrant.
Le Maréchal de Richelieu , Gouverneur.
Robert, Directeur des Aydes de
Barbefieux.
L'Evêque de Baras.
Le Berton , Premier Préfid . du
Parlement.
Le Préfident Lalanne.
m . o . g.
577 15
337 4 18
184 7
24 2 18
66
946 I 18
24 6 18
786
328 2 18
80 18
FEVRIER. 1760 . 229
Meffieurs
Suite de Bordeaux.
Le Président de Gafq.
Madame Charot Dupleffis.
L'Evêque d'Agen .
m . 0. g.
190 6 IZ
42 6 18
191 2 9
TOULOUSE.
Du 17 Novembre au 10 Décembre
Meffieurs
Lacoré , Intendant de Montauban.
Riquet , Procureur général .
Maniban , Premier Préfident.
L'Evêque de Montauban.
Loffieux , Officier des Vailleaux.
Le Maréchal de Lautrec.
L'Evêque de Lombés .
L'Abbé Coftos .
De Boiffy.
L'Archevêque d'Auch."
Laborde , Receveur des Domaines
d'Auch.
Comminiant , Tréforier de France.
Le Comte de Marfan.
Defclaux , Tréforier de France .
L'Evêque de Comminges.
De Bartal , Evêque de Caftres.
1759.
m. o. g.
987
335 7
220
253 4 12
22 4 12
833
69 I " -3
11 3 18
7 I
6526
SIS 12
212 I
2033
2951
982 18
1
230 MERCURE DE FRANCE.
MONTPELLIER.
Du 12 au 29 Novembre 1759 .
Meffieurs
De Saint-Prieft , Intendant.
m. o.g
347 4 12
Pitot , Ingénieur , Chevalier de
Saint Michel.
L'Evêque de Nimes.
Mazade , Tréforier général de la
Province .
Journet , Avocat .
Le Baron de Sauve.
Reynaud , Gouverneur de Frontignan.
Salzes , Confeiller à la Cour
des Ayles .
Madame de Salzes.
Le Comte du Cayla , Lieuten . gén .
Boucaud , Préfident à la Cour des
Aydes.
Valat , Tréforier de l'Hôpital gén.
"
de Paris.
Morel , Chanoine de la Cathédrale.
Huart , Directeur des Fermes .
Defpioch , Tréforier de France.
Le Syndic du Collège des Jéfuites.
L'Evêque de Montpellier.
236
123
I 12
424 6
173 712
54 6
56 6
76 6
64 4
Ι
115
753
41 4
72 6
169
80 12
39 2
114
2050 4
FEVRIER. 1760 . 231
DIJON .
Du 12 Novembre au 4 Décembre 1759
Meffieurs
Le Comte de Tavannes, Commandant
en Bourgogne.
De la Marche , Premier Préfident
du Parlement .
Joly de Fleury , Intendant.
De Clugny , Confeiller au Parlem .
m. o. g.
400 7
186 0 12
292 0 5
& Intend. de l'Ifle S. Domingue. 141 2
D'Ogny , Tréforier des Etats de -
Bourgogne.
De la Marche Second Article . )
Joly de Fleury . Second Article. )
Marlor , Maire de Dijon .
le Comte de Tavanne . ( Second Art : 】
De Buffon , Intendant du Jardin
du Roi.
= L'Evêque de Dijon.
Potier , Commiffaire de la Marine
à Auxonne.
De Champrenault , Commandant
de la Ville de Dijon .
220 6 12
274 6
18 2
17 6 12
4 4
96
100 4
25 4
24 2 18
3I
1737 § 7
PERPIGNAN.
Du 15 Novembre au 6 Décembre 1759 .
Meffieurs
De Saint- Affricque , Commiſſaire.
De Bon , Intendant .
m. o. g.
825 6
51 6 12
232 MERCURE DE FRANCE
Meffieurs
Suite de Perpignan.
Canclaux , Tréforier des troupes.
Gonfalye , Procureur au Confeil .
Befombes , Receveur des impofitions.
L'Evêque de Perpignan.
le Comte de Ros.
Duffaut.
le Marquis d'Aguilard.
le Baron de Sournia.
le Marquis de Saint Marfal.
Gonfalve , premier Conful.
Le Préfident de Madaillon.
56 3
m. o. g.
23.4 IL
54 6
57 I
21 3 21
135 2
141
20 4
135 I 12
6 3
4 I 18
Defprés , Confeiller.
749
De Sallele , Confeiller.
7 15
Arnaud , faifant la recette des impofitions.
16
3 14
Hugues.
le Commandant de Cahors .
Du même.
217
86 3 о
6 S 12
8377 1
6
ORLEANS.
19 Du 9 Novembre au 31 Décembre 1759.
Meffieurs
m. o. g.
Phelipet , Secrétaire du Roi.
Le Noir , Directeur des Aydes .
Laurent , Directeur du Vingtiéme.
L'Abbé Colbert, Doyen de Sainte-
Croix.
168 I o
53
31 4 18
53.7.12
De Laage de Meux , Receveur des
Tailles.
53218
FEVRIER. 1760´´ 233
Suite d'Orléans .
Meffieurs
Determont , Evêque de Blois . ( En
deux envois . )
De Montaran, Chanoine , Chancelier
de l'Univerfité .
De Barentin , Intendant.-
MM. du Chapitre de S. Pierre.
Leroi Secrétaire de l'Intendance .
Les R. P. Auguftins.
Les Bénédictins de Bonne-nouvelle .
m. o. g.
91 I
31 7 6
77 3
6 I
22 5
65
52 6
MM. du Chap. de l'Eglife d'Orléans. 268 6
976 2 6
RHEIMS.
Du 9 au 29 Novembre 1759 .
Meffieurs
Clicquot , Directeur de la Monnoye.
Meliand , Intendant de Soillons.
Le Gendre , Ingénieur des ponts &
chauffées.
D'Armancy , Receveur général de
la Champagne.
Colleau , Commiffaire du Confeil à
Rheims.
L'Abbé Cazotte , Chanoine.
m . 0.
g.
43
228
27 2
38 5
6
SI 6 9
145 15
De Choifeuil , Evêque de Châalons . 221 3 12
L'Abbé Parchape , de Vinay , Prevôt
de l'Eglife de Rheims.
Carralet de Rofay , Doyen de l'Egliſe
de Soiffons .
Madame Fillion , veuve de M.le Doux ,
Secrétaire du Roi.
21 3
585 12
289 1 21
134 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Suite de Rheims.
m . o.
Le Maire,Seigneur d'Huifel, à Soiffons. 109 2
De Verneuil , Capitaine au Regiment
de Piemont. 49
Bellons , Direct . des Aides à Soiffons . 18 1 12 ,
Rogier , Préfident à Rheims .
Bauduin , Receveur des gabelles à
Châalons.
Hoccart , Grand Baillif d'épée à
Châalons.
113 7
179
40
Gargam , Diacre de l'Eglife de Châalons 81 6 12
Bourgogne , Juge Conful à Rheims. 117 4 18
NANTES.
1834 3 f
Du 13 Novembre au 6 Décembre 1759.
Meffieurs
L'Evêque de Nantes.
Premion , Maire.
De Bellabre , Préfident Sénéchal.
De Gallifon , Ellayeur.
De la Rive , Changeur.
Libault, Secrétaire du Roi.
Portier , Négociant.
Michel Portier , ancien Conful.
Le Cour de Painboeuf.
Le Comte de Menou .
Barre , Avocat général .
Le Comte de Rochefort.
De Lorre de Clifton,
Becdelievre , premier Préſident à
la Chambre des Comptes.
Madame la veuve Mangin.
29 6
m. o. go
249 6 II
59 3 6
65 18
12 0 18
68 6 9.
3
9
29 0
521
2 2
150 6
48 2 13 13
58 1 1 3
7 4 11 13
´375 6 22 14
$ 7 16 12
FEVRIER. 1760. 235
GRENOBLE.
le Chevalier de Marcieux , Brigadier
des armées .
Du 11 au 29 Décembre 1759:
11 .
Meffieurs
De la Porte , Intend . du Dauphiné , 321 0
L'Evêque de Grenoble.
le Comte de Marcieux , Command.
en Dauphiné.
De Funelet , Confeiller au Parlem ,
le Comte de S. André.
Bourfet , Maréchal - de- camp.
153 6
373 6
33 12
28 4
37 6
74 7
39 I IZ
60 7 O
$7 4 12
De Gantés , Maréchal de-camp.
la Marquife de Puifigneux.
le Comte des Adriets .
de Chaponay , Second Préſident.
de Moydien , Procureur général au
Parlement.
Rouveyre de l'Etang , Subdélegué
1 à Valence
Levet , Préſident de la Commiſſion
÷ du Confeil, à Valence.
Bachaffon , Procureur en la Maréchauffée
de Valence.
Du Perrau , Major de Valence.
de Marquis de Montignard , Lieutenant
général
L'Evêque de Dye.
Defquers , Commiſſaire ordonnateur
des guerres, en Dauphiné.
De Rofting.
100.4
32 6
354
5631
49.7 12
55 7
66 7
117 6 0
23 4 21
176 I 2
236 MERCURE DE FRANCE.
A IX.
Du 15 au 29 Novembre 1759.
Mereurs
De la Tour , premier Préſident ,
Intendant.
le Duc de Villars, Gouverneur.
De Montclar , Procureur gén.
Palteau , Tréforier de France.
De Brancas , Archevêque d'Aix,
Gautier du Poet , Confeiller au
Parlement.
George de Roux , Marquis de
Breue , de Marſeille.
Dourfin , Conf. au Parlement.
Jaubert , Recev. de la Viguerie.
le Chev. de Fireau de la Barte.
m.no, g.
437 7 IS
3686 15
97 4 12
92 5 6
448.7 19
110
746 I
28 7. 3
3
23 7 12
18 650
Le Marq. de Pille , Gouv . de Marſeille. 64 6
Trupheme , Commiffaire Provincial
des Guerres.
De la Tour. ( Deuxième envoi. )
De Broglie , Confeiller Doyen à la
Cour des Comptes.
Les Jéfuites.
Bourquet , Confeiller au Parlement.
Villeneuve , Comman. de la Citadelle
de Marſeille.
André de Barrique, Confeiller Notaire
au Parlement.
Maunier fils .
Fortis , Confeiller au Parlement.
Blacas, Marquis d'Aups , premier Confeiller
d'Aix.
Meyronnet Château- Neuf, Confeiller
au Parlement.
106 7
9
77 5.21
.
24 S 12
28
12
31 1 12
148 4 12
152 5 18
6715
22 f 12
3406
50 4 18
FEVRIER. 1760. 237
Meffieurs
Suite d'Aix.
m. o. g:
34 4 6
18
De Fenelon , Maréchal- de-Camp .
De Lille , Secrét . du Roi à Marſeille . 191 5
.e Marquis Delpinoufe , Préfident au
Parlement.
Romegas , Lieut. Gén . en la Sénéch. de
Provence .
87 7
14
De Perole , Avoc. Gen. au Parlement. 59 4
L'Abbé d'Aupede , ancien Aumônier
du Roi
Avon de Cadenet.
II S
8 2
RENNES.
Du 14
Novembre au
3
Décembre 1759.
Meffieurs
m. o. g.
4 12
Intendant. 4:9 6 12
L'Abbé de la Pomerais , Chanoine. 24
le Bret ,
L'Hôtel des Ventes de l'Orient. 526 7 3 Q
· Godheu , Directeur de la Compagnie
à l'Orient.
De Grand- Ville- Loquet , Seigneur
de Fougeray..
De la Chatre , Gouv. de S. Malo .
Dacofta , pour la Compagnie des
Indes.
De Bagallon.
1896-13 12
308 3 3 18
156
127
10 12
I
3 o
So 3 10 12
238 MERCURE DE FRANCE.
BOURGES.
Du 10 Novembre au 31 Décembre 1759.
Meffieurs
m. o. g.
Dodard , Intendant.
le Blanc de Marnavalle .
Le même.
l'Evêque de Bourges.
6473
236.3 11
5167
54 S
37 22
2336
de S. Leger , & Madame de Vouet.
de Vie , grand- Prévôt du Berty.
Deferennes & des Taupaux , d'Ilfoudun . 33 7 1
de Marpon , Chanoine de la Cathédrale
de Bourges.
Madaudier , Elu à Bourges.
Duret , Receveur Général des Gabelles
à Bourges.
Goyer , Rec. des Tailles de Bourges.
Le Marquis de Lancômes.
2325
25 7
20 7 4
27 22
58 67
CAEN.
657 75
Du
Meffieurs
19 Novembre , au 10 Décembre.
De Neuville , de Saint Henry , Directeur
Gén . des Fermes du Roi.
De Fontelle , Intendant. "
La Marquife de Fontenay ,
Le Duc d'Harcourt.
m. 0. g.
199 I 2
J
216 7 I
43 2 2
Houfel , Directeur des Poftes à Caen . ' 44 7 I
Le Marquis de Saint Germain.
Le Comte de Oilliamſon .
Turgot , de Saint Clair, Confeiller
197 6 4
105 27
3852
FEVRIER. 1760 . 239
Meffieurs
Suite de Caen.
au Parlement de Paris.
De Fontelle , Intendant de Caen.
m. o. g.
220 3
178 or
L'Evêque de Saint Pons. 236 6
Le Marquis de Malherbe. 118
71
Les Religieux de l'Abbaye de Saint
Etienne de Caen. 147 4
L'Evêque de Bayeux. 375 5
2123 3 I
TOURS.
Du 16 Novembre au 31 Décembre 17.59.
Meffieurs
L'Archevêque de Tours.
Le Comte de Vaudreuil , Lieutenant
des armées navales.
m. o. g.
215 0
25.0
Mad. la Duch . de Fleury , Douariere. 112 o
Le Marquis de Beaumont.
De Vermage , Médecin à Paris .
De Lefcalopier , Intendant de la Généralité
de Tours.
Le même. ( Second envoi. )
Plus, un lingot d'or , provenant de
bijoux fondus.
De Chamnigny , Recev. des Aydes
à Tours.
De Gizeux , ancien Maître des Cérémonies.
De Lanau , Tréforier de France à
Tours.
Palas , Chanoine.
2
I
32
50 4 2
20 7 6 2.
I
14
394 42
21.4 2
2.
29 7 4
105 1 S
Τ
15 3
II I
73
I
2
240 MERCURE DE FRANCE
Suite de Tours.
Meffieurs
Mignon.
Le Marquis de Mailly.
Le Comte de Mailly , fils .
Les Religieux du Louroux , Ordre de
Citeaux, un lingot d'or de 6 onces
7 gros,
m. o. g.
26 4
127 2
14 6
775
25 4 7
I 195 4 4
MET Z.
Du 9 au 20 Novembre 1759.
Meffieurs
m . 0. g.
L'Intendant. 154 7 4
De la Serre , Lieutenant de Roi, 114 3 2
De Villemont , Tréforier.
108 2 5
De la Croix , Lieutenant de Police . 10 4 7
26 2
De Magenville , Primier de la Cathéd. 48 6 6
Ferrand , Commiffaire Provincial . 43 3 7
De la Croix , Greffier en chef du Parl .
De la Salle , Directeur des vivres.
Suby , Notaire.
Patieau de Vaumerange , Commiffaire
des guerres .
Perrain de Bui .
Pichon, Commiffaire des guerres.
De Montholon , premier Préfident.
De Caftel.
Carriére , premier Préſident du Bureau
des Finances..
141 4 3
14 52
376
39 72
47 4 0
424 2
68 6 3
62.4736
971 7 2
STRASBOURG. TRA
FEVRIER. 1760.
241
STRASBOURG.
Du 8 Novembre , au 16 dudit.
Meffieurs
De Lucé , Intendant.
Bentabol , Directeur des fourrages .
De Lutzelbourg d'Altroff.
m. o. g.
368 2
$7
aos
107 0 10
Gayot , Intendant de l'armée.
Gayot de Bellombre.
Brunck , Receveur des Finances.
69 7 12
3623 3
109 6
Maréchal Grosjean , Secret. de l'Intend. 46 6 18
De Regemorte , Prêteur Royal.
81 3
Deneft , Directeur des vivres.
528 12
Roulin , Subdélegué général , Secretaire
de l'Intendance.
382 6
1
Pons , Secrétaire du Roi .
De Monconfeil , Lieutenant général
&
Commandant de la Province.
Hermanny & Dieterich.
D'Armeville , Lieutenant de Roi ,
Commandant à Schleftatt.
Terrain , Receveur des Finances .
Noblat ,
Commiffaire des guerres , &
7224 22
153 I 19
109 6
9
127 S
58 0
62
Subdélegué à Belfort.
47 2 10
Meffieurs
LILLE.
Du 10 au 21 Novembre.
L'Intendant du Hainaut.
Daubert , premier Préfident du Farlement
de Flandre.
m. o. ga
331 3
2023 6
L
242 MERCURE DE FRANCE.
Messieurs
Suite de Lille.
D'Arment , Major de ladite Ville.
De Ran fault , Directeur du Grenier
à fel.
De Bonneguife , Evêque d'Arras.
Dronquier , freres , Négocians .
l'Evêque d'Arras .
Vanderweken , Confeiller-Juge ,
Garde de la Monnoye.
Picaut Desjannaux , Préfid . à Mortier.
Defwatines , Bailli des Etats.
Daubert , premier Préfident .
Lécolier , Avocat à S. Amand ,
De Page , Lieutenant de Roi.
Le Camus , Lieut. de Roi de la Citad.
Le Procureur du Roi , Syndic.
m. 0. 5.
23
43 3 I
242 I 4
365 1 5
26 0 6
55 6
215
0 6
77 S I
61.7 3
If I 4
550 I
41 7 I
86 0 2
l'Efpagnol , Confeil. honor. des Etats . 43 0
l'Espagnol de Grimbry , Confeiller des
Etats .
de Liefdart , Confeiller du Roi.
S
2106
5760
de Boiſmorel , Lieut . Col. d'Infanterie . 17 3 0
de Vauderlinde, Ecuyer , Sr de la Falque . 88 4 4
PAU.
Du 20 Novembre au 4 Décembre 1759.
Messieurs
d'Etigny , Intendant .
m. o. g.
836490
fe Baron du Pau , Préfident à Mortier
du Parlement.
Bourdier de Beauregard , Directeur
du Domaine,
143 6
72
FEVRIER. 1760 . 243
Messieurs
Suite de Pau .
S. Martin , Tréforier de l'extraordinaire
des Guerres.
l'Evêque de Tarbe .
de S. Saudens , Confeiller au Parlement.
le Marquis de Cafaux , Procureur-
Général au Parlement.
le Marquis de Fraclieu.
l'Evêque d'Oléron .
le Marquis de Montlezun , en Bigore.
Damou , Lieut. de Roi à Bayonne.
le Baron de Caplane .
l'Evêque de Lax.
m. o. g.
4 200
875 17
59 3 30
148 13 0
98 2 1 I
131 II I
14 2 3 0
142 6 25
4 3 14
14 4 I
TROY E S.
Du 13 Novembre au 24 Décembre 1759.
Messieurs
l'Abbé Gouault.
de Corbigny.
Madame la veuve Flobert.
Flobert.
Jean Berthelin.
m. o. g.
103 6 22 12
57 322 O
39 4 10
40 2 IS
12
109 I 13 12
de Troyes.
Berthelin.
de Clairvaux.
Mefdames de N. D. des Preys.
de Larivoue.
24 I ISI
18 4 3
427 3 3
31°17
10 6 3 12
Lij
244 MERCURE DE FRANCE.
POITIERS.
Du 26 Novembre au 29 Décembre 1759.
Meffieurs
De Bloflac , Intendant.
Fumée , Abbé de Sainte Radegonde.
l'Abbaye de S. Cyprien , Ordre de
S.Benoît.
le Marq de Peruffe , Colonel du Rég.
de Normandie.
De la Roche , Directeur des Aides.
m. o. g.
237 6 21
179 $ 12
36 4 12
257
86 21
BESANÇON .
Du 14 Novembre au 19 Décembre 1759.
Meffieurs
de Boyennes.
de Marival .
de Richemont.
de la Fuente .
de Beaufremont .
Michotay.
de Choifeuil.
Michotay.
m. o. g.
458 7
3636
IS I .
6 7 12
66 0 12
259 3 17
244 Ο
8 2 18
le Duc de Randans. 225 7 о
de Vinet .
27 I 12
de Beaufremont.
Dumenil
de Monier.
du Chélat.
Rouffel.
d'Audelange .
Langloix.
37 7
107 3
535
126.3
6
10 6 12
31 0 13
2.9 I 21
FEVRIER. 1760. 245
LIMOGES.
Du 9 Novembre au 29 Décembre 1759.
ہ و
Meffieurs
m. o. g.
8955
Pajot de Marcheval , Intendant.
Martin de la Baſtide , ancien Préfident.
de Remond de Villevignon , Maréchal de
Camp , Commandant d'Angoulême.
de Bônie , Marquis de l'Avergne..
d'Autichamp , Evêque de Tulle.
Simon , Curé de S. Pierre.
33 4.4
18 4 2
48 0 3
8055
64 I
AMIENS.
277
Du 8 Novembre 1759 , au 25 Janvier 1760.
Meffieurs
d'Invau , Intendant de Picardie.
de Gand fils .
de Gand pere.
Buchere Receveur des Gabelles à
>
Amiens.
m. o g.
37 31 2
de la Maiſon Rouge , Receveur du Grenier
à Sel.
Dincourt de Frechemour , ancien
Capitaine au Régiment de Poitou .
Brion , Commillaire des guerres à
Abbeville.
Langlois de Courcette.
Champion , Secrétaire du Roi,
906
17 67
38361
2
2507
50 5 2
49 3 £
209 3 4
104 6 I
Liij
246 MERCURE DE FRANCE.
Messieurs
Suite d'Amiens .
Langlois , Ingénieur des Fortifications
de Picardie .
l'Abbé de Maiſon , Chantre de la
Cathédrale d'Abbeville.
le Marquis de Wargemon , Enfeigne
des Gendarmes de la Garde .
Morel de Bonneril
m . o. g.
3150
40 6 7
74 73
17 5 3
le Comte de Rume B: fieux . 64 67
Ancellet , Directeur des Cartes. 30 27
Madame la Veuve de Varenne.
15 30
60
8 00
74 75
Mily, Juge- Conful .
Madame de Villevielle .
de Sevelinges.
le Camus , Secrétaire de l'Intendant.
Samuel Vaurobois .
Abraham Vorobais , père .
Abraham Vaurobais , fils
de Mondard , Directeur Général des
Fermes.
Scellier , ancien Changeur , à Montdidier
.
Bourrée, Recev . des Tailles à Abbeville.
Gouffier , Maréchal de Camp.
Madame la veuve Poujal , & fon fils.
Madame la veuve Cornet.
L'Abbaye Royale de Saint Riquer.
27 66
997 z
100 6 2
180 0 0
297 f
15 13
103 2 2
66 3 4
60 32
I
5543
254 0 7
Dufrene , Conf. au Bailliage d'Amiens. 5 o 6
Renouard , Receveur des Tailles.
De Bonnaire , Brigadier des armées
du Roi.
De Trouville.
Lincoùr , Maire.
De Donqueur.
24 4 3.
Z
25232
227 I
32 I 41
57 101
6
FEVRIER. 1760 . 247
Messieurs
Suite d'Amiens .
Madame la veuve Cornet.
Madame la veuve de Querieux .
Joron , Adminiftrateur de l'Hôpital.
Cornet , Négociant à Amiens.
m . o . g.
II I I
น
[
2674 2
28
61 04
L'Abbaye de Valoir , Ordre de Citeaux. 87 7 4
Goubet , Receveur du Tabac à Amiens. 47 5 4
De Lievreville , Direct. du Vingtiéme. 22 0 3
De Verville , Receveur des Tailles.
D'Hedenville.
De Pleffelle.
Debonnaire.
42 7 7
34 2 2
27 45
12 2 3
I De Monfure , Capitaine de Cavalerie . 7 2 1
De Lamotte Tonard .
Madame la veuve de Court.
De Verant , Receveur des Tailles à
Montdidier.
Dauvunghin , de Boulogne.
L'Abbaye de Sumer.
Neret , Receveur des Fermes de Saint
Quentin.
286
61 4 9
68 0 7
43 6 I
22021
57 33
Σ
Cottin , Négociant à Saint Quentin 4+ 1
Fromager , Négociant .
Fizeux , de Saint Quentin .
Fizeux , Négociant à Saint Quentin.
De Villechelle , Subdélegué.
De Vic , de Saint Quentin.
Ofanne , & Mademoiſelle fa foeur.
De Modône , Doyen du Choeur de
Saint Quentin .
La veuve Samuel & fils.
9547
77 I ▸
14 1 4
t
1343 2
11 I 4
48 0 3 2
109 o fi
46 3 4
Brillac.
18
5
Liv
248 MERCURE DE FRANCE.
Suite d'Amiens.
Meffieurs
Madame l'Abbeffe de Paraclet ,
d'Amiens.
L'Abbaye du Gard , Ordre de Cîteaux.
L'Abbaye de Saint Vallery.
l'Abbaye de Beaupré , Ordre de
Cîteaux
De Mouchy de Sully.
le Comte de Mouchy.
De Beauwroy , Lieutenant de Roi.
De la Chauffée , Major de Montreuil.
Heuzé de Filbert , du même lieu.
Du Puis , du même lieu.
De Bloc , du même lieu .
Madame Dheuzé , du même lieu.
De Charnneux de la Valliére , idem.
De la Fontaine , du même lieu .
Theilier , Juge- Garde de la Monnoye.
l'Abbaye de Villancour.
Pirlot , Directeur de la Monnoye.
m .
0. gr
43 541
10 7 S!
16 7 4
17 4 7
61 5
637
2
3
62
14436
7 6
57
33 2
54 2.
14 2
S
17 2 I
70 .
90 24
so
RIOM.
Du 10 au 25 Novembre 1759.
Meffieurs
m. o.
g..
De Balenvilliers. 2.4 I I
2
Le Normant. III 6
l'Abbé de Vienne. 173 4
l'Evêque de Clermont. 153 7
Du Lac. 534
le Marquis de Monboiffier.
834
FEVRIER. 1760. 249
Meffieurs
De Chazerat .
Suite de Riom .
le Marquis Defpnichal.
la Cointelle de Pagna .
Guerin.
m. 0. g.
229 4
81 7
18 0
96 7 5.
1146 5 3
MARIAGE.
Meffire Armand Gabriel de Rafilly , Lieutenant
général des Armées duRoi , Commandeur de l'Ordre
royal & Militaire de S.Louis Ancien Comman→
dant de bataillon du Régiment des Gardes Françoifes
Gouverneur de l'ifle de Ré a épousé ,,
le 23 du mois dernier , Damoiſelle Amédée Adélaïde
de Lorme , fille de . Jean Amédée de Lorme
, Intendant des Finances de feu M. le Duc
d'Orléans , Régent , Intendant de l'Ordre Royal
& Militaire de S. Louis , & de Louife- Margueritede
Graville , foeur de M. le Comte de Graville ,
Lieutenant général des Armées du Roi, Infpecteur
général de Cavalerie , & Chevalier des Ordres da
Roi:
MORTS.
Claude - Aléxandre de Villeneuve , Comte de
Vence , Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
Colonel Lieutenant du Régiment Royal Corfe,
Commandant à la Rochelle , eſt mort en cette
même Ville , le 12 Janvier , âgé de cinquante-
Septans
Lv
250 MERCURE DE FRANCE.
Mefire Jérôme Alexandre Lever , Comte de
Caux , Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire
de S. Louis , Meftre de Camp de Cavalerie , cidevant
Enftigne des Chevaux légers de la Reine ,
eft mort en cette Ville le 12 Janvier , dans la foixante
-huitième année de fon âge.
Le Curé d'Hervilly , Election de Péronne , eft
mort , vers le milieu de Janvier , âgé de cent trois
aps. Il ne manqua jamais , pas même dans les
dernieres années de la vie , de faire les fonctions les
plus pénibles de fon miniftère..
Le nommé Jean Dutheil , eft mort à S. Andronie
près de Blaye , âgé de cent- fept ans & dix mois.
La nommée Jacquette Coulers , du village de
Albe Laflagne , Paroille de Salviac en Quercy ,
y eft morte le 17 Novembre dernier , âgée de
cent dix-fept ans , un mois & un jour.
NAISSANCE.
Le 7 Octobre dernier , les cérémonies de Baptême
ont été fuppléées par l'Abbé Rey- de Loupiac
, Bachelier de Sorbonne , dans l'Eglife S.
Pierre de la Ville de Gaillac au Diocèfe d'Alby ,
en préfence du Curé de la Paroifle ; à un fils de
Mellire Jean-Louis - Etienne d'Huteau de Dalmas ,
Chevalier, Seigneur d'Amours , Lieutenant de
Roi au Gouvernement de la Province de Languedoc
, & de MM les Maréchaux de France en
Albigeois , Chevalier d'honneur de la Cour des
Aides de Montauban , & de Dame Jeanne- Simone
Charlotte de B'anc- Fenayrols , Dame dudit
lieu , né le 25 Février 1755, & ondoyé le même
jour. Le parrein a été M.'Abbé de Foucaud , Albé
de l'Abbaye d'Eaulnes fon grand oncle , repréfenté
par M. l'Abbé de Laftic , Abbé de celle de
Gaillac. La marraine , Madame la Comtelle de
FEVRIER. 1760.
251
ftanges fa grande tante , repréfentée par
adame la Préfidente de Foucaud : Il a été nomé
Jean- Marie- Guy - Etienne-Pulchérie .
Jean- Louis - Etienne- Anze , & Jean - Louis- Conftance
, fes freres , nés le 26 juin 1752 , & le 14
Décembre 153. & ondoyés le jour de leur naiffance
, avoient été fuppléés aux cérémonies du
Baptême le as Décembre 1753 , en prétence du
Curé de la Paroiffe S. Pierre , par Mellire Jean-
Marie de Laftic S. Jal , Abbé de l'Abbaye lécolière
S. Michel de la Ville de Gaillac , grand
Vicaire de l'Archevêché d'Alby , à la tête de fon
Chapitre.
Les armes de la maifon d'Huteau , originaire
de Bretagne , font d'azur , à trois étoiles d'or ;
écartelées d'argent à la Croix de gueules ancrée ,
avec une couronne murale, pour timbre de l'écu ,
concédée par Charles VII.
Voyez Palliot ; le Céfar armorial ; le Promptuaire
armorial ; les Tablettes hiftoriques , Morery ,
les armoriaux de Bretagne & de Languedoc , les
Arrêts de Maintenue & c.
AVIS.
"
S'il eft de notre devoir de publier tout ce qui
a rapport à la confervation des Citoyens , les
Remédes qui préviennent ou guériffent des maux
regardés comme incurables méritent furtout
cette attention de notre part. Tel eft le Spécifique
da fieur Arnoult contre l'Apoplexie , cette maladie
cruelle devenue aujourd'hui fi commune ,
dont les faites font fi funeftes , & qui refifte fi
fouvent aux remédes ordinaires de la Médecine.
Depuis plus de foixante ans , l'expérience la plus
conftante & une foule innombrable d'autorités
ont accru chaque jour la réputation de ce pré-
L vj
252 MERCURE DE FRANCE.
cieux Topique , fans que l'on ait pu prouver que
dans ce long pace de temps , il foit arrivé à
au un de ceux qui s'en font fervis exactement, un
feul accident d'Apoplexie.
Le Roi de France , fur le rapport de M. Chicoyneau
, Confeiller d'Etat , premier Médecin de
Sa Majefté , Chancelier de l'Univerfité de Montpellier
, & de l'Académie Royale des Sciences ,
par un Arrêt de fon Confeil d'Etat , maintient
le fieur Arnoult dans le droit de compofer
& de vendre feul le reméde anti -Apoplectique ,
& défend à toutes perfonnes de quelqu'état &
condition qu'elles foient , de contrefaire , vendre
ni débiter ce reméde , à peine de 1000 liv . d'amende.
Cet Arrêt a été auffi rendu fur les témoignages
authentiques des perfonnes les plus
éminentes en dignité , & fur un nombre infini
d'expériences heureuſes , atteftées par les plus
grands Médecins de l'Europe , entr'autres , par
MM. Dumoulin & Sylva , Médecins confultans du
Roi de France , & Wolter , premier Médecin de
l'Empereur Charles VII , dont les noms immortels
dureront autant que l'Art même auquel ils
ont fait tant d'honneur. On peut joindre à ces
autorités refpectables , l'exemple d'un des plus célèbres
Médecins de nos jours , dont le nom va de
pair avec ceux de Dumoulin & de Sylva. Une
Lettre de M le Gagneur , Médecin de l'Hôpital
Royal de Verfailles , diftingué par fon mérite &
par les connoiffances , attefte que M. Helvétius ,
Médecin de la Faculté de Paris , premier Médecin
de la Reine de France , & de l'Académie Royale
des Sciences, tomba en apoplexie & paralyfie en
1746 ; que tous remédes lui ayant été inutiles ,
on lui mit le Sachet du fieur Arnoult, qui le rézablit
parfaitement , fous les yeux de toute la
FEVRIER. 1760. 253
Cour ; qu'il l'a foigneufement porté pendant
douze ans & jufqu'à la mort , qui n'a été caufée par
par aucune atteinte de cette maladie. Cette Lettre
ajoute , que M. Helvétius avoit d'abord été contraire
à ce remède ; mais que des expériences
réïtérées , & une connoiffance plus particulière de
fes vertus , l'avoient enfin obligé de s'en fervir &
d'en conſeiller l'uſage aux autres ..
On peut encore ajouter , que ces graves témoi
gnages, une foule de certificats authentiques , délivrés
par des perfonnes de la plus haute diftinction ,
tant dans l'Eglife que dans la Robe , telles que le
feu Cardinal deFleury, premier Miniftre de France,
le Cardinal de Polignac , qui a fait l'éloge de ce
reméde en pleine Académie , en citant douze Seigneurs
de fes parens & amis qu'il a certifié avoir
été guéris de l'apoplexie par l'ufage de ces précieux
topiques , S. A. Madame la Princeffe Henriette de
Naffau,M.l'Abbé deS.Hubert, Prince, Monfeigneur
leDuc de Gévres , Gouverneur de Paris , M. Mérault,
Confeiller d'Etat , Procureur Général du Grand-
Confeil , M. Hérault , Confeiller d'Etat & Lieute
nant Général de Police de la Ville de Paris , M..
l'Abbé Franquini , ci - devant Envoyé de Florence ,
Milady Simpil , M. le Baron de Hooke , Lieutenant-
Général des Armées du Roi , M. le Baron de
Rol, Brigadier des Armées du Roi à Soleure ,
M. de Molondin , Gouverneur de Soleure en
Suiffe , & un très grand nombre de Médecins &
de Chirurgiens très éclairés , & d'une réputation
bien établie : tels que MM. Garnier, Médecin de
la Faculté de Paris , premier Médecin du Roi à la
Martinique ; Foreflier , Médecin du Roi à Saintes ;
Mauran , Médecin à Bergerac ; le Mercier , Médecin
des Hôpitaux militaires ; Gaulard , Médecin
ordinaire du Roi ; Santeuil , Docteur Régent
de la Faculté de Paris ; Procop , Docteur - Régent
254 MERCURE DE FRANCE.
de la même Faculté ; l'Archevêque , Médecin de
Rouen & de la Faculté de Paris , Dionis , Fourneau
& Befnier , Docteurs Régens de la même
Faculté , le Comte , Médecin à Réthel - Mazarin ;
la Croix , Médecin à Bailleul en Flandre , Fels ,
Médecin & Bourguemeftre de Scheleſtat en Alface
; des Ruelles , Médecin à Mons ; Fourchat,
Médecin à Bagnols en bas - Languedoc ; Tuyard,
Médecin à Sens ; Desjours , Fevrier , & Dubertran
, Chirurgiens Jurés a Paris , Difport , premier
Chirurgien des armées du Roi , & Chirurgien
ordinaire de la Reine ; Deformeaux , Chirur
gien à Blois & une infinité d'autres , que l'on a
cités dans tous les Ouvrages périodiques , & dans
le petit Mémoire qui accompagne le ſpécifique.
Le fieur ARNOULT , feul poffeffeur du Sachet
antique -apoplectique , demeure à Paris , ruë Quincampoix.
Il avertit , que tous les Sachets quife diftribuentfous
fon nom , font faux & contrefaits , &
qu'il ne reconnoît que ceux qui font accompagnés
d'un Imprimé figné defa main.
Le prix eft de 12 livres.
Eau de Perle , trouvée par le fieur Dubois.
Les Dames fe plaignant à Londres du peu de
foin que les Artiftes avoient de faire la recherche
d'une Eau propre à conferver le tein , & à
maintenir la fraîcheur de la peau ; le fieur Dubois ,
connu par des expériences chymiques & phyfiques,
s'eft mis à travailler à cette opération . Il a recherché
avec foin , ce qui pouvoit être le plus convenable
, & en ayant fait l'analyfe propre à ce fujet
, il a trouvé cette Eau admirable , préparée fans
feu, & fimplement travaillée à la faveur d'une chafeur
tempérée. Les expériences que ledit neur DuFEVRIER.
1760. 255
bois a faites de cette Eau de Perle , ( c'eft ainfi qu'il
l'appelle ) puifqu'elle tire fon origine de la plus pure
rofée , tirée par attraction dans le mois de Mai ,
& purifiée par l'Art avec des ingrédiens doux &
benins , qui l'a tranfment en crême & en lait ,
comme on le verra dans la manière de s'en fervir :
Les expériences , dis - je , qu'il en a faites fur différentes
perfonnes , lui ont fait connoître les propriétés
qu'elle renferme : les voici en peu de mots ,
telles qu'elles font approuvées des Médecins , &
connues du Public : Cette Eau , fans être du fard ,
ôte toutes les taches , auxquelles les peaux fines
font fujettes , & que le nitre de l'air leur procure ;
elle clarifie le tein de celles qui l'ont brouillé , blanchit
la peau des brunes , & ouvre les pores , & leur
procure un tein admirable. Elle ôte les rougeurs
du vilage , féche & guérit les boutons en peu de
jours , leur tient la peau fraîche & faine , la rafermit
en la nourriffant , & la conferve fans rites,
Les hommes s'en fervent , après que la barbe eſt
faite ; elle ôte le feu du rafoir , rafraîchit , & conferve
la peau.
Lifte des Bureaux établis en Europe , où l'on vend
cette Eau de Perle .
Amfterdam , chez le fieur Joly , Libraire.
Augsbourg , chez le fieur Manichenbauer ,
braire.
Li-
Bruxelles , chez le fieur Delille , fur la Canterfteen
.
Conftantinople , chez le fieur Broffard , Marchand
François .
Francfort fur le Mein , chez le fieur Pierre
Faffel .
Hambourg , chez les fieurs Petit & Dumoutier,
Libraires .
1
256 MERCURE DE FRANCE.
Leipzic , chez le fieur Bloeherberger , Libraire.
Liége , chez le fieur Mandoux , près l'Eglife S.
Lambert.
Londres , chez le fieur Kippax , vis - à- vis la
Bourie Royale.
A Paris , chez le fieur Leduc , Marchand Droguifte
, rue Dauphine , au Magazin de Provence.
Le Prix eft de trois livres la bouteille . C'eft où
fe vend le véritable Elixir de Garrus. On prie
d'affranchir les lettres.
Elence volatile d'Ambre gris. Les propriétés
extraordinaires de cette Elence volatile , l'ont
rendue d'un ufage univerfel. La Nobleife en
porte conltamment une bouteille dans la poche ;
& en général , elle fait équilibre du côté oppolé
avec la tabatiere. La décadence des célébres eaur
de la Reine d'Hongrie & de Lavande, a commencé
dès que celle - ci a paffé , & ne font prèſque
point d'ufage aujourd'hui.Cette liqueur eft douce,
d'une odeur plus vive & pénétrante qu'aucune de
l'Angleterre dès qu'on la fent , eile ranime les
efprits défaillants , rappelle les perdus , & porte
un remede auffi fubit qu'efficace aux affections
hystériques. On s'en fert heureuſement dans les
maux de tête , défaillances , toutes affections nerveufes
& hypocondriaques , & pour siguifer l'ima
gination dans les affections foporeufes. Cette
Ellence volatile fe vend chez M. le Duc , Marchand
Epicier Drogaifte , au Magazin de
Provence , rue Dauphine. Le prix eſt de trois livres
le flacon . il y en a auffi à quatre francs.
-
MUSIQUE.
M. Correte , Organifte des RR. PP . Jéfuites ,
vient de donner au Public une Cantatille , qui a
FEVRIER . 1760. 257
our titre , Polymnie , avec fymphonie , dans
aquelle il y a un violoncelle obligé. Prix 1 1. 16 f
Se vend à Paris , chez l'Auteur , rue Montorzueil
; & aux adreſſes ordinaires.
›
L'emploi du temps , Cantatille à voix feule de
feffus ou haute- contre , avec fymphonie. Par M.
e Chevalier d'Herbain. Partition & parties fépaées.
Prix 3 liv . ^
Le portraitd'Iris , Ariette de deffus , avec fymphonie
, ou pour une haute-contre . Par le même
Auteur. Prix , I liv. 4- L.
Le miracle de Thémire , grande Ariette , du même
Auteur . 1 liv. 4 f.
La puiffance de l'Amour , Ariette Italienne ,
avec la traduction françoife , & grande fymphonie.
Idem. Se vend 1 liv . 16 f..
Veggio l'ombra , Aria Italien , & traduction
françoife , avec grande fymphonie. Du même
Auteur. Prix , 2 liv . 8 f
Le tout fe vend à Paris , aux adreffes ordinaires
de Mufique , & chez Made Vendôme , Graveufe,.
rue S. Jacques , vis - à - vis celle de la Parcheminerie..
GRAVURE.
Nous annonçâmes en 1758 , deux eftampest
gravées par M. Gaillard , d'après M. Boucher ,
& qui ont pour titre , les amansfurpris , & l'agréa
ble leçon. Le gracieux de ces eftampes , ayant
parfaitement imité la beauté des tableaux , le
Public a marqué combien elles lui faifoient de
258 MERCURE DE FRANCE.
plaifir , par le prompt débit qui s'en eft fait . Ainfi
on a lieu d'efpérer , qu'il recevra avec le même
agrément deux autres nouvelles Eftampes , gravées
par la même main , d'après le mêine grand
Peintre , & de la forme des précédentes . Elles ont
pour titre , le Berger récompenfé , & le Panier
mystérieux.
Elles fe vendent chez l'Auteur , rue S. Jacques ,
au-deilus des Jacobins , entre un Perruquier &
une Lingére.
Mademoiſelle FELOIX , chez M. JORRY,
Imprimeur-Libraire , vis- à-vis la Comédie Françoile
, a une COLLECTION de 1000 pierres de
compofition , de couleurs différentes , imitant
les pierres fines , & repréfentant divers íujets exécutés
d'après les pierres antiques gravées , qui font
dans le Cabinet du Roi , & chez plufieurs Princes
François & Etrangers . Le prix desdites pierres eft
depuis 1 liv. jufqu'à 3. En lui envoyant des portraits
, médailles , cachets ou armes gravés , elle
en tire les copies de différentes couleurs , qu'elle
vend 6 liv. S'il le trouvoit quelque Curieux qui
voulût faireacquifition de cette Collection entiére ,
elle s'engageroit à lui enfeigner la compofition de
fes pierres & la manière de les travailler .
Le Pere Simplicien , Auguftin de la Place des
Victoires , connu par fon Hiftoire Généalogique
& Chronologique de la Maifon Royale de France
& des Grands Officiers de la Couronne , étant
mort au mois d'Octobre, de l'année dernière ; le
Pere Alexis , Religieux de la même Maiſon , s'eſt
chargé de donner au Public le fupplément de
cette Hiftoire. 11 fe propofe d'obferver dans cet
Ouvrage l'exactitude fcrupuleufe , qui a fait tant
d'honneur à fon Prédéceffeur. En conféquence,
FEVRIER. 1760 . 259
prie ceux qui ont droit de faire inférer leur
Généalogie dans ce Livre , ou qui , y étant déja
iés , auroient quelques additions à communiquer
, de lui envoyer leurs titres & papiers , le
lutôt qu'ils pourront ; étant dans l'intention de
e faire imprimer à la fin de cette année , ou au
commencement de la fuivante .
IV. Recueil de Piéces Françoifes & Italiennes .
M. Taillart , l'aîné , excellent Maître de Flûte ,
demeurant rue du Plat d'Etain , même maiſon
qu'un Marchand de Scie , a lieu d'eípérer que ce
nouveau Recueil fera recherché avec autant d'émpreffement
par les Maîtres & Amateurs de Mufique
, que ceux qu'il a donnés précédemment au
Public.
Aux Adreffes ordinaires.
Fautes à corriger dans les Liftes de la
Vaiffelle.
Dans le premier Mercure , de Janvier , on lit.
M. le Marquis de Fervaques , &c . Il faut lire Madame
la Marquife de Fervaques . Son mari eſt mort
depuis longtemps .
On a omis , dans la premiere Lifte , fous la
datte du 3 Décembre , d'inférer M. le Marquis
d'Hervilly , pour Ici marcs , 7 onces s gros.
Dans cette même Lifte , à l'article Pelletier,
il faut lire Peletier.
APPROBATION.
J'Arlu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier ,
le Mercure du mois de Février 1760 , & je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion.
A Paris , ce 23 Février 1760 GUIROY.
160 MER CURE DE FRANCE
TABLE DES ARTICLES.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE
ARTICLE PREMIER.
LAA Source & le Réſervoir.
Congé à l'Amour.
Epitre à M. l'Abbé Carrelet de Rofay.
Traduction du Monologue de George
Barnwel & c .
Tableau des anciens ménages.
Page
8
10
Vers faits à l'iffue du Spectacle , pour Mlle
Clairon , jouant le rôle de Didon .
Vers de Mlle Suzette , de la Comédie Italienne
, à Mlle Catinon .
14
Is
42
Vers de Mlle Catinon , a Madame Deheſſe. ibid.
Lettre à Madame Pouponne de Molac , de
l'Eſtival.
Anecdote Provençale .
Epitre à M. le Comte de la Vauguyon.
Vers à Madame la Comtefle d'Egmont.
Vers à Madame de la P *** .
44
45
ST
L'Origine de la Saignée , Idyle , à Mlle de Gr. 57
Les Regrets.
La Ceinture de Vénus , ou les trois Graces.
Envoi.
Dialogue des Morts,
61
63
81
72
ART. II. NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Defcription hiftorique- géographique des Ifles
Britanniques & c.
Lettre à M *** . fur l'Enceinte de Paris .
Lettre de M. Dubois Delagarde .
Lettres de M. de Fontenelle, à M. le Chevalier
107
119
126
FEVRIER. 1760 . 261
de Juilly- Thomaſlin . 127
Autre Lettre de M. de Fontenelle , au même . 1 30
Tableau des États de la Vie
Annonces des Livres nouveaux ,
Les Saifons , Poëme , traduit de l'Anglois .
132
140
154 & fuiv
ART. III. SCIENCES ET BELLES- LETTRES.
ACADEMIES.
Suite de la Séance publique de l'Académie des
Sciences.
Extrait du Mémoire de M. Legentil , fur le
prochain paflage de Vénus pardevant le
Soleil.
ART. IV. BEAUX - ARTS.
ARTS UTILES.
CHIRURGIE.
Extrait des Regiftres de l'Académie Royale
des Sciences.
Opéra .
ART. V. SPECTACLES.
Comédie Françoiſe.
157
163
Comédie Italienne.
Opéra Comique.
ART. VI . Nouvelles Politiques.
Suite de la Vaiffelle portée à la Monnoie
de Paris .
Etat de la Vaiffelle portée aux Monnoies
des Villes de Province.
Mariages & Morts.
Naiflance.
Avis.
176
380
182
199
200
201
217
225
249 & fuiv.
250
251 & fuiv.
106.
La Chanfon notée doit regarder la page i
De l'Imprimerie de SEBASTIEN JORRY
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI .
MAR S. 1760 .
Diverfité , c'eft ma devife. La Fontaine.
Chez
Pers1o7n1S5ulp
Cashie
A PARIS ,
CHAUBERT, rue du Hurepoix.
JORRY , vis- à-vis la Comédie Françoife.
PISSOT , quai de Conti.
DUCHESNE , rue Saint Jacques.
CAILLEAU , quai des Auguftins.
CELLOT , grande Salle du Palais.
Avec Approbation & Privilége du Reï
1
AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier Commis au
Greffe Civil du Parlement , Commis au
recouvrement du Mercure, rue Sainte Anne,
Butte Saint Roch , à côté du Sellier du Roi.
C'eft à lui que l'on prie d'adreffer, francs
de port , les paquets
& lettres , pour remettre
, quant
à la partie
littéraire
, à M.
DE LA PLACE
, nouvellement
pourvu
par le Roi , du Privilége
du Mercure
.
Le prix de chaque volume eft de 36 fols,
mais l'on ne payera d'avance , en s'abon
nant , que 24 livres pour feize volumes
à raifon de 30 fols piéce.
Les perfonnes de province auxquelles on
enverra le Mercure par la pofte , payeront
pour feize volumes 32 livres d'avance en
s'abonnant & elles les recevront francs
le
de
port.
Celles
qui
auront
des
occafions
pour
faire
venir
,ou qui
prendront
les frais
duport
fur
leur
compte
, ne
payeront
comme
à
Paris
, qu'à
raifon
de 30
fols
par
volume
,
c'eft
- à- dire
24
livres
d'avance
, en s'abonnant
pour
16
volumes
.
Les Libraires des provinces ou des pays
'étrangers , qui voudront faire venir le
Mercure , écriront à l'adreffe ci deffus .
A ij
On fupplie les perfonnes des province
d'envoyer par la pofte , en payant le droit,
le prix de leur abonnement , ou de donner
leurs ordres , afin que le payement enfoit
fait d'avance au Bureau .
Les paquets qui ne feront pas affranchis,
refteront au rebut.
On prie les perſonnes qui envoyent des
Livres , Eftampes & Mufique à annoncer ,
d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Pièces tirées des
Mercures & autres Journaux , par M.
De la Place , fe trouve auffi au Bureau
du Mercure. Le format , le nombre de
volumes & les conditions font les mêmes
pour une année.
MERCURE
DE FRANCE.
MAR S. 1760.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LE PRIEUR ET SON JARDINIER ,
C
CONTE.
ERTAIN Prieur , plus renté que fçavant,
Avec fon Jardinier , homme plus lourd que bête,
Dans fon partèrre , alloit l'interrogeant ,
Sur fon métier , fur fa femme Perrette.
Puis , tout-à-coup , de propos lui changeant ,
Sile Ciel , ( lui dit-il à qui tout eft poffible ,
A ij
6 MERCURE. DE FRANCE.
Qui t'a fait Jardinier , moi Prieur , LOUIS Roi ,
D'être âne , ou bien cheval , par un arrêt terrible,
T'impofoit aujourd'hui la loi ;
Quel parti prendrois - tu ? Parle de bonne foi ? ..
Le choix n'eft pas douteux à faire ;
Mieux que moi ( dit Lucas ) vous pourriez décider.
Si le fort à tel point me devenoit contraire ;
Loin d'aimer mieux hennir , que braire ,
En âne ,fur le champ , je me ferois brider.
Certe , (dit le Prieur ) un tel difcours me pafle!
Pour un homme d'efprit , tu choifis affez mal :
Pourquoi vouloir plutôt être âne , que cheval?
C'eft quitter l'or fin , pour la craffe .
Un cheval eft fringant , alèrte , bien dreſſé ;
Il fuit les plus grands Rois, à la guèrre, à la chaſſe ;
Il ſe voit en tout temps , bien foigné , bien panſé ;
Bon foin au ratelier , deffous litière grâſſe.
Mais bien loin que d'un âne un Prince s'embarraſſe;
Par fon afpect honteux , tout Manant eft bleſſe
On le baffoue , on le menace ;
Er quand il eft bien harraſſé ,
Même, en le bâtonnant , on croit lui faire grâce...
Comme , dans fon état , chacun ſe méconnoît !
Dit Lucas , vous croyez avoir raiſon , je gage ?
Mais je vais vous confondre , en vous prouvant
routnet ,
Que j'ai fait le choix le plus fage.
Le deftin du cheval, ( j'en conviens ), éblouit : .
! MARS. 7766
Tour, au premier coup d'oeil , lui paroît plus propice.
Mais fi vous les mettez tous deux én exercice ;
Qu'un éclat fi brillant , bientôt s'évanouit ! ...
Le cheval court le bénéfice ;
Et l'âne , Monfieur , en jouit.
Par M. F ***.
PARMI
Bon Mot , d'Henri IV.
ARMI les Courtiſans , qui lui rendoient hommage
,
Un jour Henri le Grand , dans la foule apperçur ,
Un homme affez mal mis , & fort laid de viſage.
Ne le connoiffant pas , ce Monarque conçut
Le defir de fçavoir le rang du perfonnage.
Il l'appelle ...& lui dit : quel eft donc votre emploi?
Qui fervez-vous ? ... Le ruftre , amoureux de fon
être ,
Répondit d'un ton fier : Je n'appartiens qu'à moi .
Je vous plains , mon ami ! lui repliqua le Roi :
Vous ne pouviez jamais, avoir un plus fot maître .
Par le même.
ÉPIGRAM ME.
UNN ennuyeux ignorant ,
Me faifoit mainte viſite . -
A iv
MERCURE DE FRANCE.
Pour en être plutôt quitte ,
Que j'euffe donné d'argent !
Mais le hazard m'en délivre.
Lui qui n'a jamais rien lû ,
Veut que je lui prête un Livre .
Oncques depuis ne l'ai vû.
IMITATION DE CATULLE
AD LESBIAM.
Vivamus , mea Lesbia , atque amemus- &c.
CROIS - MO |ROIS-MOI ; vivons , chere Lesbie:
Mais ne vivons que pour aimer !
Laiffe , à la vieilleſſe ennemie ,
Le trifte emploi de déclamer
Contre l'amoureuſe folie .
Hélas ! le jour fuccède au jour ;
Et chaque matin renouvelle
L'aftre , dont la courfeimmortelle ,
De la Tèrre embraffe le tour .
Et nous , lorfque la mort cruèlle ,
Sur nos yeux répand fon fommeil ;
Plongés dans la nuit éternelle ,
Il n'eft plus pour nous de réveil !
Que mon âme , unie à la tienne ,
Quitte la vie & la reprenne ,
MARS. 1760.
Dans tes bailers remplis de feux.
De ces faveurs dont , plus facile ,
Tu combles aujourd'hui mes voeux ,
D'abord , je t'en demande mille;
Puis , mille encore , & mille en fus ,
Pour expier tes longs refus
Mille , pour fécher les allarmes
Que m'avoit caufé ta rigueur ;
Mille , pour fceller mon bonheur ;
Et mille , en faveur de tes charmes.
Mille , pour m'arracher ces larmes ,
Plus douces que le doux plaifir.
Mille , que mes voeux te demandent ;-
Et mille , pour les prévenir.
Mille , pour les maux à venir ,
Et pour les biens qui nous attendent.
De ces baifers multipliés ,
Lorfque j'aurai perdu le nombre;
Quel plaifir de voir à nos pieds
L'Envie , au teint pâle , à l'oeil fombre,
S'occuper à les fupputer ;
Frémir ; & s'enfuyant , dans l'ombre ,
Défefpérer de les compter ! ...
An
J. A. Tr.
10 MERCURE DE FRANCE.
REFLEXIONS für la Génération des
Idées en Poësie..
LAA Poëfie, dans fes premiers tems, mar
choit d'un pas égal avec la Religion.
La Religion empruntoit fa voix , pour
dévoiler fes myſtères aux yeux des hommes
les hommes s'en fervoient à leur
tour, pour rendre hommage à la Religion.
Les Prophètes, dans l'ancienne loi, dans
les erreurs de la Mythologie,l'Oracle de
Delphes , celui de Jupiter Ammon , &
furtout , la Sybille de Cumes faifoient
ufage de la Poëfie.
'Fata canit , foliifque notas & carmina mandat ,
Quæcumque in foliis defcripfit carmina virgo ,
Digerit in numerum ; atque antro feclufa relinquit.
Virg.
L'Hymne de Sapho , celles d'Orphée,
de Proclus , & plufieurs autres , le Carmen:
feculare des Latins ; nos Hymnes d'aujourd'hui
; & mieux encore, peut- être , la
Tradition univerfelle des Nations , nous:
apprennent, que les hommes ont ufé, dans
tous les temps , du fecours de la Poëfie
MARS. 1760. II
pour chanter les louanges de la Divinité
: foit que la cadence & la meſure aient
parues plus propres à infpirer le refpect ;
foit que la Poefie en elle - même , & par
fes allégories , foit plus analogue à la Religion
, dont l'expreffion eft toujours emblématique.
On remarque , que les productions de
F'efprit humain, éprouvent les viciffitudes
qui agitent leurs caufes phyfiques. La
Poëfie , ainfi que les autres Sciences , s'eft.
trouvée affujettie à ces révolutions néceffaires
elle a été comprife dans la régle
générale, que la Nature s'eft impofée,
de changer toûjours , pour ne changer
jamais ; elle s'eft trouvée , comme le reſte
des Arts , tantôt dans un oubli profond ,
ignorée , méconnue , enfevelie ; tantôt ,
fortant avec eux de la pouffière , on l'a
vue s'élever avec éclat , faire l'ornement
des fiécles , devenir le langage des Dieux.
Il y a des momens fixés par les Annales
de l'Hiftoire , où les Sciences & les
Arts répandent avec plus d'abondance la
lumière qui les environne : tous les tempsi
& tous les lieux ne font pas également
féconds en génies . L'expérience nous apprend
, que la Nature , réglée ordinairement
pour fes autres productions , net
fuit aucune mefure dans la création des
1
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
efprits : elle s'enflamme, elle crée , & s'ar
rête ; puis , fe réchauffant tout- à- coup ,
elle fe réveille , produit par bouffées , &
fe replonge dans le fommeil. Si l'ordre
immuable des deftinées l'oblige , par inzervalles
, à produire quelques génies fugitifs
& féparés , dans les temps intermé
diaires à ces grandes révolutions ; elle
femble faire connoître , par leur petit
nombre , qu'elle n'obéit qu'à regret à la
néceffité , & qu'elle voudroit les réſerver
pour des fiécles plus heureux.
Dans ces momens d'action , la Nature
obferve toûjours à- peu- près les mêmes
progreffions : ainfi , par exemple , les
époques les plus intéreffantes , pour les
Lettres & pour les Arts , n'ont fait que
nous ramener un même enchaînément d'idees.
La manière deles préfenter a changé,
cette variation dépend de la trempe d'efprit
qui les employe : les mêmes fucs de
la terre.reçus par les racines des différentes
plantes ,fe changent à nos yeux , & fuivent
l'organiſation du corps qui les reçoit.
Un Pythagoricien diroit, qu'il fe forme
une Métempficofe d'idées , qui paffent
d'efprits en efprits ; & qui ne font modi
fiées différemment , que felon la différence
des êtres auxquels elles font unies.
Nullum eft jam dictum, quod non dictum
MARS. 1760
13
fit priùs , difoit un des Auteurs les plus :
élégans de la Latinité , ( Terence ) . On
fe plaignoit , il y a dix- huit fiécles , de la
difette des idées : un autre âge de grands
hommes étoit venu , avoit écrit, & enlevé
à l'âge qui devoit fuivre , la fleur des
idées & des images .
Ces propofitions générales , fur la formation
des idées , qui demanderoient fans.
doute un détail fuivi , fe manifeſtent plus
aifément en Poefie que dans les autres
Sciences : il n'eft point d'art qui préfente
à nos yeux des rapports plus frappans ;
& l'on pourroit lui appliquer à juſte titre
ce que Quintilien a dit de l'Eloquence :
Haber omnis eloquentia aliquid commune.
Les hommes ont reçu de la Nature
eertains principes , dont tous les Arts font
émanés fucceffivement : c'eft ce que Lon
gin appelle les élémens de la génération.
Ces principes font en petit nombre , &
leur effet eft limité. L'efprit humain , déterminé
dans une certaine fphère , voudroit
en vain s'élancer au- delà de fes
bornes.
La Poëfie emprunte des autres arts les
idées qui leur font propres , & elle fçait
enfuite fe les approprier à fon tour : la
Philofophie elle - même , lui en fournit
quelquefois. Lucien & Sénèque , avoient
14 MERCURE DE FRANCE.
diftingué deux Amours : le premier, fils de
Vénus céleste , qui infpire les fentimens
honnêtes ; le fecond,fils d'une autre Vénus,
mere des plaifirs déréglés . Cette idée Philofophique
, émanoit elle-même originairement
de la diftinction morale faite
par les Peuples de l'Orient , des deux principes
du bien & du mal : la Poëfie l'a
revêtue des grâces dont elle étoit fufceptible
. Plufieurs Auteurs , l'ont employée
dans leurs ouvrages ; & il n'en eft point
où elle ait été mieux développée que dans
le Madrigal François , qui commence par
ce vers :
Certain enfant , qu'avec crainte on careffe...
La Poëfie renonce- t- elle aux fecours
des autres Sciences ? Riche de fes propres
richeffes , elle devient pour elle- même
un fond inépuifable de reffources . Toujours
nouvelle , toujours féconde , & toujours
variée ; elle trouve , dans fon fein ,
des tréfors qui ne tariffent jamais : fes
idées font alors comme la matière magnétique
; elles circulent fans ceffe , &
ne s'arrêtent point.
Mellin de S. Gelais , s'adreffe à un petit
chien , qui paffe la nuit fur le fein de fa
maîtreffe:
Ha , petit Ghien ! que tu as de bonheur
MARS. 1760.
Si tu avois le fens de le comprendre !
Tu vas au lieu & c.
Pavillon , né dans un fiècle plus poli ,
dit plus élégament encore , en parlant à
des fleurs :
Que votre fort eſt doux , fleurs qui venez d'éclore,
Et qu'un coeur amoureux en connoît bien le prix :
Vous naiffez fur le fein de Flore ,
Vous mourrez fur le fein d'Iris ! .
Enyvré de fes feux , pénétré de l'objet
qu'il aime , un Poëte veut-il annoncer à
fon Amante la durée de fon amour ; il
puiſe dans Virgile, l'expreffion de ce fentiment.
Virgile dit que les fleuves changeront
de lit , avant que l'image d'Octave
s'éfface de fon coeur..
Ante leves ergo pafcentur in æthere cervi ,
Et freta deftituent nude in littore pifces ,
Aut Ararim Parthus bibet, aut Germania Tigrim,
Quam nofter illius labatur pectore vultus.
Properce écrit , de même.:
Terra priùs falfo partu deludet amantes
,
Et citius nigros fol agitabit equos :
Fluminaque ad caput incipient revocare liquores
Arduus & ficco gurgite pifcis erit .2 .
16 MERCURE DE FRANCE.
Quam poffim noftros aliò transferre colores.
D'après ces deux paffages , le Peuple ,
imitateur des Poëtes , a faifi cette idée ;
elle eft répandue dans tous leurs ouvrages.
On trouve dans le Varchi :
Quando filli potra , fenza Damone ,
Viver ; eb altro che lui non penſa e cura
Ad ogni altro paftore acerba e dura ,
Tornerà indietro al fonte fuo Mugnone.
Au furplus , fi l'on généraliſe cette idée,
on verra qu'elle dérive d'une autre idée
ordinaire en Poëfie , & qui offre bien des
reſſources ; je veux dire, de l'uſage où font
les Poëtes , d'intéreffer dans leurs Ouvra
ges les phénomènes dans la Nature.
Mofchus , fur la mort de Bion , invite
les fleurs à le pleurer avec lui : que la Rofe
& l'Anemone , dit - il , expriment leur
affliction par un rouge plus fombre , &
vous hyacinthes ! prononcez dans ce moment
, vos lettres plaintives.
dans fes regrets
La jeune Deshoulieres , dans fes
fur l'abſence d'un amant , veut que l'Univers
fe reffente de fa douleur.
Redoublez vos fureurs , terribles Aquilons ,
Jufqu'au retour du Berger que j'adore !
Que par vous , la charinante Flore
MARS. 1760.
Difparoiffe dans ces vallons !
Que la Nature languiffante ,
Senfible à mes ennais , vienne les partager !
Que tout , aujourd'hui fe reffente
De l'abfence de mon Berger.
C'est par une fuite de la même idée, que
Regnier demande fa Maîtreffe à tous les
lieux où elle s'arrête ;
O ,bois ! ô prés ! ô monts ! ô vous , qui la cachez
Et qui , contre mon gré , l'avez tant retenuë' !
Si jamais , de pitié , vous vous vîtes touchés ,
Hélas ! répondez - moi : qu'eſt- elle devenuë ?
Enfin, l'on veut fuivre encore l'expreffion
de ce fentiment, on la retrouve dans
ces vers de Triftan :
Rofes de ce verger , qui vous montrez fi vives ,
Vous paroiffez trop tôt , pour mon contentements
Pourquoi n'êtes vous plus tardives ?
Que ne refpectez-vous la foi de mon Amant ?
L'expofition de ces derniers paffages ,
peut demander quelques réflexions. Si
l'on y fait attention , on verra que ce ne
font point des imitations , encore moins
des plagiats : les paffages auroient enfemble
plus de conformité. En effet , l'imi
MERCURE
DE
FRANCE
.
confifte
àfaifir
une
idée
, à l'adopter
, à
tation
,foit
volontaire
, foit
involontaire
,
la
décompofer
, à l'analyſer
, &
à
s'en
fervir
:enfuite
, en
la dénaturant
par
l'expreffon
ou
par
les
circonftances
, mais
en
confervant
toujours
le
fond
&
l'effence
qui
demeurent
les
mêmes
. Dans
les
derniers
exemples
que
je
viens
de
rapporter
, on
ne
trouve
point
cette
uniformité
, cette
identi
té
de
pensées
qui
conftitue
l'imitation
;ony
remarque
feulement
, fi je
ne
me
trompe
,
un
caractère
général
d'analogie
qui
indi
que
que
la
même
idée
a
germé
à la
fois
dans
les
efprits
de
ces
différens
Auteurs
,
&
qu'elle
s'eft
manifeftée
différemment
fous
la
plume
de
chacun
d'eux
.
;.
Ces nuances de goût font difficiles à
pouvoir apprécier : je m'explique néanmoins
le paffage cité plus haut , & tiré
de Vigile , paroît imité par les Auteurs
qui l'ont fuivi , car la penſée eft directement
la même que dans le Poëte ; ils ne
préfentent point d'autre idée , que de voir
remonter les fleuves vers leurfource.Cette
idée , qui eft identique chez tous , qui n'a
point de formation , ni de compofition ,
me paroît une & fimple , & je l'appelle
idée pofitive , ou idée d'imitation pour
tout autre Poëte que le premier ; mais
dans les derniers exemples, je ne remar
MARS. 1760.
que rien autre chofe que des dérivations
particulières & différentes d'une idée générale
& commune. En effet , ce font des
plaintes fur une abfence , & chaque Poëte
s'adreffe à tous les objets qui l'environnent.
L'idée eft née fans imitation dans.
l'efprit de chacun de ces Auteurs ; & c'eſt
cette claffe d'idées primitives , que la Nature
a pris foin de rendre commune à
tous les Poctes .
Mais fi les idées des Poëtes font en général
communes à tous ; il eft aifé de le
découvrir , principalement parmi celles
qui expriment des fentimens. Le coeur hu
main fuit toujours une marche égale ; &
il eft dans la Nature des cordes fenfibles.
pour toutes les âmes.
Jodelle veut, que fes vers ne foient que
les interprêtes de fa douleur.
Allez,mes vers , enfant d'un deuil tant ennuyeux.
Pétrarque avoit dit , avant lui :.
>> Ite rime dolenti.
Ce dernier Auteur , exprime ainfi la
joie qu'il a de revoir fa Maîtreffe : tous
fes maux font oubliés.....
Verve che'l dolce manfueto rifo
Pur' acquita gli ardenti miei defiri ,
16 MERCURE DE FRANCE
E mi fottrage al foro de' martiri ;
Mentr'io fon'a mirarvi intento e fifo.
La vue de fon amante, fufpend fes malheurs.
Narciffe dit , dans Britannicus ,
en parlant de ce Prince :
Il alloit voir Junie , & revenoit content.
Veut-on faifir encore des rapports plus
intéreffans cherchons- les dans les détails
de la volupté ; non que fes effets foient
les mêmes chez tous car je crois que la
volupté n'eft jamais la même pour deux ;
mais parce que la peinture des fenfations,
eft plus uniforme que les fenfations mê→
mes.
Dans un Idylle de Bion , Vénus dit au
mouranr Adonis : Embraffe encore ton
Amante afin que ton âme puiffe paſſer de
ma bouche dans mon coeur. Cette idée ,
la circonftance rend trifte , fe peint
d'une manière plus féduifante dans nos
Auteurs François.
que
Voici la fin d'un Rondeau de Marot.
Brief, mon eſprit , fans congnoiffance d'âme ,
Vivoit alors fur la bouche à ma Dame ,
Dont fe mouroit le corps enamouré
Et fi fa lèvre eût guères demouré
Contre la mienne ; elle m'eût fucé l'âme ,
En la baifant.
MARS. 1760.
27
Marot n'avoit pas emprunté cette idée
de Bion ; mais Rouffeau , qui l'a ſuivi ,
peut avoir imité Marot.
Mon âme trouvera
-9
Le fleuve noir : mais Califte , Califte
Dans ce baifer , en mes veines gliſſa
Part de la fienne , avec quoi je fubfifte.
Cette idée voluptueuſe , devient plus
fage , & peut- être plus tendre , dans le
quatrième Livre de l'Eneïde ; où la foeur
I de Didon , dit, en embraffant le corps de
cette malheureuſe Princeffe :
Si quis fuper halitus errat ,
Ore legam ,
La même expreffion , ou le même fentiment
, fe trouve dans l'Hercule au Mont
Oeta , de Sénèque :
Spiritus fugiens , meo
Legatur ore.
Si l'on y prend garde , c'eft la même
idée , qui s'eft multipliée fous plufieurs
formes , fuivant la différence & la fitua
tion .
Il y a des idées , dont le rapport fe développe
par l'expreffion ; & il y a des expreffions
, tellement affectées à des idées,
22 MERCURE DE FRANCE.
qu'elles font les mêmes dans toutes les
Langues & dans tous les Pays.
On trouve dans le Prophète :
Furatus eft Abfalon , cor virorum Ifrael.
Les Auteurs Prophânes ont appliqué
ce terme à l'effet de la beauté.
Properce :
Una meos quoniam prædata in femina fenfus.
Ovide :
Illic fæpe animo juvenum rapuere puellæ.
Pétrarque :
Queſta che col mirar gli animi fúra .
En déterminant ces rapports d'idées
& d'expreffions , je n'imiterai pas néanmoins
Madame Dacier , qui lifant dans
le Plutus d'Ariftophane , cette penſée ,
que la vie de l'homme eft un carquois
rempli de flêches , qui fe vuide inceſſamment
; a regardé comme une application
à une fuite de cetre comparaifon , le vers
qui fe trouve au Livre des Odes d'Horace,
Quid brevi fortes jaculamur ævo
Multa ?
Ce rapport ne me paroît pas affez établi
, pour ofer le propofer. Les affertions
MARS. 1760. 25
que j'ai effayé de prouver,demanderoient,
fans doute , comme je l'ai déjà dit , un
examen plus détaillé : mais avant de
finir , je ne puis m'empêcher d'appliquer
à toute eſpèce de Poefie , les principes
dont je n'ai donné les exemples que relativement
à la Pocfie légère.
Car il y a deux fortes de Poëfies ; l'une,
badine & d'amufement , qui délaffe l'efprit
, & qui le promène fur des objets
enjoués: l'autre férieuſe , & d'inftruction,
qui élève l'ame , & qui la fixe fur de
grands fpectacles. Cette dernière ne préfente
pas moins de rapports, que la Poëfie
d'agrément.
Premièrement , tout Poëte qui fe livre
à cette carrière , emprunte néceffairement
l'idée du genre ; & fecondement ,
il eft affujetti, par la chofe même, à fuivre
certaines régles , qui ont été tracées.
Indépendamment de ces rapports généraux
, il en eft d'autres plus fenfibles
dans le détail. Homère , avoit perfonnifié
, ou plutôt défié , les vertus & les
vices ; & fuivant cette apothéofe univerfelle
, il avoit rangé chacune des affections
de l'âme , fous les étendarts de
chacun de ces nouveaux Dieux. Ainfi ™,
par exemple , la fureur , la vengeance ,
la difcorde , l'envie , l'amitié , l'amour ,
24 MERCURE DE FRANCE:
font repréſentés dans fes Ouvrages , fous
les couleurs de la Divinité . Les autres
Poëtes ont fuivi cette Méthode ; & de là
réfultent des idées qui font communes à
tous.
Je difois tout-à-l'heure , qu'il y a dans
la Pocfie des régles que l'on fuit commu
nément ; & en effet , la Poefie a fes données
, ainfi que la Géomètrie. Par exem
ple , il faut de grands traits dans de
grands ouvrages , il faut des objets qui
émeuvent puiflamment : de là les paffions
violentes , les événemens , les batailles :
enfuite il faut des objets qui intéreſſent
plus particulièrement ; delà les fituations
adroites & les combats finguliers : fpectacles
touchans , auxquels notre âme eft
attentive , parce qu'ils ont plus de rapport
avec notre individu particulier.
De grandes Batailles , dans Homère.
dans Virgile, dans l'Ariofte , dans le Taffe,
dans la Henriade. Il n'y a pas jufqu'à
Milton , qui faute de pouvoir faire combattre
les hommes , a fait combattre les
Efprits.
Des Defcriptions , dans Homère , dans
Virgile , dans le Taffe , dans tous les autres
: haine , amour , terreur , vengeance,
perfonnifiés .
De grandes paffions en mouvement ,
de
MARS. 1760. 25
1
de grands intérêts fufpendus , de grands
objets , en un mot , qui produiſent de
grands effets.
A côté de ces tableaux , des objets
moindres qui intéreffent ; les adieux
d'Hector & Andromaque ; la féparation.
d'Enée & de Didon ; les Amours d'Herminie
; la Belle Gabrielle ; & plufieurs
autres. Traits de grandeur qui étonnent ,
traits de délicateffe qui occupent tels
font les coups de pinceau , qui , ménagés
avec art,forment des enfembles inimitables
mais chacun a les mêmes matériaux
, c'eſt- à- dire , qu'il a les mêmes
idées. Tous ne réuffiffent pas autant. Le
Peintre de Taverne fe fert des mêmes
couleurs que le Correge & Raphaël ; il ne
différe que dans la méthode , & dans la
la forme d'en uſer : bien afforties , elles
font le grand Peintre ; mal afforties , elles
forment le peintre médiocre : c'eſt la différence
des génies . Oui , il faut avoir du
génie , pour être un grand Peintre : il
faut en avoir, pour être un grand Poëte :
mais foyez-en certains , Peintres , vous
ne travaillerez qu'avec les couleurs des
autres Poëtes. Vous n'employerez que
des idées anciennes : le tout confifte dans
l'affemblage.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
V
MADRIGAL.
OLEZ , papillon libertin ;
Aux fleurs de nos vergers , le printems vous rap
pelle :
Plus preflant qu'amoureux, plus galant que fidèle,
De la rofe coquette allez , baiſer le fein.
Qu'un goût vif & léger, vous amufe auprès d'elle,
Triomphez , & volez foudain ,
Auprès d'une role nouvelle.
D'aimer & de changer , faites-vous une loi :
A ces douces erreurs , confacrez votre vie.
Ce font là des confeils que j'aurois pris pour moi
Si je n'avois pas vû Sylvie.
AUTRE.
Apeine eft -elle diſparue" :
Grand Dieu ! dis- je à l'Amour , j'implore ton
pouvoir...
Rapproche les momens , où je pourrai la voir,
Du moment où je l'ai vuë.
こ
MAR S. 1760 . 27
SUR ce qu'on lui reprochoit des Vapeurs
L E Créateur , dans mon trifte partages
Ne voulut point comprendre la fanté :
J'ai , juſqu'ici , fouffert avec courage
Les maux fréquens dont je fuis tourmenté.
Mais, dans vos yeux , j'ai vu de la colère ,
Contre ma fombre & ftupide langueur.
Elle m'ôtoit le moyen de vous plaire :
De ce moment , j'ai ſenti mon malheur.
J
Première Ode d'Anacreon.
' AI voulu célébrer la gloire ,
De ces Héros , dont la mémoire ,
Et les exploits , vivront toujours.
Malyre, a chanté les amours.
J'ai démonté toute ma lyre...
Helas ! quand j'ai voulu redire
Les faits célèbres de nos jours !
Ma lyre , a chanté les amours .
Cadmús , Alcide , enfans d'Atrée ;
Ma lyre, à Vénus confacrée ,
Vous abandonne pour toujours ;
Et ne chante , que les amours.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Seconde Ode de Sapho.
N'ENVI 'ENVIEZ point le fort des Dieux ,
Vous qui pouvez toujours ou la voir,ou l'entendre
Oui , ma Thémire , tes beaux yeux ,
Ta voix , ce fourire fi tendre ,
Tout confpire à troubler mon coeur.
Quand tu parois , ma voix ſe glace :
Je demeure immobile ; une fecrette ardeur ;
De ma raifon a pris la place :
Mes yeux font éblouis ; j'entends un bruit confus
Je tremble , je pâlis ; la force m'abandonne 、
Mes fens s'égarent , je friffonne ,
Je vais mourir ...
je ne vis plus.
MADRIGAL de Paulus Silentiarius ,
tire de l'Anthologie Grecque.
CONTREP ONTRE l'Amour , tâchez de vous défendre;
On ne ferend , que lorsqu'on veut fe rendre.
Si vous ofez lui réfiſter ;
Si du bras prêt à vous dompter ,
Vous voulez amortir la force ;
L'Amour fera vaincu , vous reſterez vainqueur,
Mais fi , trompé par une douce amorce
MARS. 1760. 25
Vous écoutez un efpoir trop flatteur :
Si vous cédez ; & fi , dans votre coeur ,
Un penchant dangereux , trouve un accès facile...
Pour l'en chaffer , l'effort eft inutile :
L'Amour fera vainqueur.
EPITRE à Madame de *** ,
C'ESTÀà l'Amour,ce tyran de mon coeur ,
Que j'offre mon premier hommage :
Puille-t-il , d'un regard flatteur ,
Accueillir l'Auteur , & l'ouvrage !
C'eft lui , qui , dans l'art de rimer ,
M'a dicté fon tendre langage:
S'il m'enfeignoit l'art de me faire aimer ,
Je lui devrois bien davantage !
Vous , de qui les charmes vainqueurs ,
Seuls auteurs & témoins de l'ardeur la plus tendre,
M'ont appris à verſer des pleurs ,
Et le plaifir qu'on goûte à les répandre :
Amour le veut , régnez toujours fur moi !
Et fi mes dons peuvent vous plaire ;
Jeune & belle N .... acceptez fans colère ,
Le tendre gage de ma foi.
Mes Vers vont vous tracer l'hiftoire déplorable
De deux Amans formés dans le fein des amours,
Jaloux de leur bonheur , le fort impitoyable ,
Biij
MERCURE DE FRANCE
De leurs plaifirs borna le cours.
On crut les défunir ; ils vainquirent toujours !
Envain , la fortune cruelle ,
Soppofe au fuccès de nos voeux :
Si nous brûlons d'une flâme fidelle ;
Nous triomphons , en dépit d'elle .
C'eft par le coeur , qu'on eft heureux.
LETTRES
ET
MEMOIRES
•
DE Mlle de GONDREVILLE , &
du Comte de S. FARGE O L.
AVERTISSEMENT.
de l'Editeur.
CEE manufcrit , dont je vais donner
des fragmens, s'eft trouvé dans le cabinet
de feu M. le Comte D**** : les noms de
Gondreville , & de S. Fargeol , n'y font
défignés dans le titre, & dans l'ouvrage ,
que par les lettres initiales G , & S. F.... ;
& ce n'eft que pour foulager la mémoire
du lecteur , que j'ai cru devoir imaginer
ces deux noms. On m'affure, que les faits
MAR S. 1760 . དྷ་
contenus dans cet ouvrage,font très- réels,
& fe font paffés depuis l'année 1721 , jufqu'au
commencement de 1725. On verra
même , qu'il s'y trouve plufieurs perfonnes
nommées , qui vivent encore aujour
d'hui. J'ai eu l'honneur d'en confulter
quelques- unes , qui m'ont certifié la vérité
de l'hiftoire ; & ne m'ont point caché
Fes noms des principaux perfonnages.
Mais , attendu que ç'a été fous le fecret:
le plus inviolable ; le Public ne fçauroit
me fçavoir mauvais gré , d'y être fidèle.
2
JE ne parlerai , ni de celui à qui j'ai
dû la naiffance , ni du lieu où je fuis née ;
parce que j'ignorois l'un & l'autre , lorſque
j'eus occafion de connoître le Comte
de S. Fargeol ; & que je n'en ai été inf→
truite que longtemps après l'avoir connu.
Il fuffit qu'on fçâche , que j'avois été éle→
vée avec affez de diftinction , dans un
Couvent à Nanci , depuis que j'étois fortie
des mains de ma nourrice ; & qu'on
m'y avoit donné la plus grande éducation .
J'y étois fouvent vifitée par la Comteffe
de *** , Chanoineffe de *** , qui m'ap
pelloir fa niéce , & qui prenoit foin de
moi. J'y voyois quelquefois les Princes
F... & H... lorfqu'ils paffoient en Lor-
B iv
32 MERCURE DE FRANCE.
raine.Et ces vifites me rendoient affez fière .
avec mes compagnes. Tantôt elles m'ap
pelloient , par dérifion , la petite Prin
ceffe ; d'autres fois , lorfque je voulois
prendre fur eiles quelque empire , elles
m'apoftrophoient du nom de Bâtarde ; &
je leur paffois volontiers une injure dont
je ne fentois point alors l'humiliation, en
faveur d'une raillerie qui flattoit ma vanité.
Je ne connoiffois , de ma famille ,
que la Chanoineffe ma tante : elle m'avoit
fans ceffe entretenue dans l'idée
que
j'avois perdu mes parens avant l'âge où
j'aurois pû les connoitre. Ses foins ne
m'avoient jamais laiffé manquer de rien :
fa tendre amitié , à laquelle j'étois extrê
mement fenfible , auroit pû me tenir lieu
de tout. Ainfi , je vivois heureuſe , contente
du préfent , fans curiofité pour le
paffé , fans inquiétude même pour l'ave
nir. C'est ainsi que je paffai les quinze
premieres années de ma vie. Alors , ma
tante me retira du Couvent , pour me
faire vivre avec elle . Elle me conduisit à
Strasbourg , fa véritable patrie. M. let
Comte Dubourg , depuis Maréchal de
France , y commandoit alors . M. d'Angervilliers,
y étoit Intendant. C'étoit dans
leurs maifons , & dans celle du Préteur,
royal , que fe raffembloient tous les jours
la meilleure & la plus grande compagnie.
MARS. 1760. 33
Je commencois à y être quelquefois admife
, & toujours très-fêtée par une légion
de jeunes Officiers François , qui
compofoient la garnifon de cette grande
& importante Place. Mais , ce qui acheva
de me tourner la tête , ce fut le féjour du
magnifique château de Saverne . Il y avoit
près de trois ans que j'étois à Strasbourg;
& je m'y étois affez bien formée & inftruite
par d'excéllentes lectures , lorfque
M. le Cardinal de Rohan vint y paffer
quelques mois c'est-à-dire , y tenir la
cour la plus brillante . Ce Prince y étoit
adoré, & le méritoit fans doute : il en fai- ·
foit les honneurs en fouverain,fans affecter
d'y paroître le maître. Les égards & la
liberté , le bon ordre & la profufion , l'abondance
& la délicateffe , la magnificence
& les grâces, faifoient les délices de
ce palais enchanté . Ma tante avoit toujours
été du nombre des Dames choifies ,
qui compofoient cette charmante cour :
elle n'enfaifoit peut- être pas un des moindres
ornemens; & elle eut, cette année- là ,
l'ordre ou la permiffion de m'y conduire.
Lorfque j'arrivai à Saverne , j'étois toute
accoutumée , par la galanterie des Officiers
François , à tirer quelque vanité de
ma figure , de ma taille , & de mes talens
; mais elle fut confidérablement aug-
By
34 MERCURE DE FRANCE.
mentée , par les louanges que je reçûs de
tout ce que j'imaginois qu'il y eût de plus
grand , & de plus galant à la Cour de
France . Ce que j'appelle ici ma vanité ,
c'étoit un fentiment de complaifance
pour ma petite perfonne , qui fe renfermoit
en moi-même , & qui ne donnoit
aucun air de prétention ni à mes façons ,
ni à mes difcours. Lorsqu'on me difoit
que j'étois belle comme un ange , faite
comme une nymphe , que je chantois
comme une firène ; je le croyois : mais ,
je rougiffois , comme fi l'on m'eût fait
quelque reproche.Tout cela ne veut peutêtre
pas dire autre chofe,finon que je n'avois
pas l'efprit de valoir ce que je valois.
Cette façon d'être , au refte , ne m'a
jamais nui auprès des hommes ; & auroit
dû me réuffir encore mieux auprès
des femmes : cependant cette efpèce de
modeftie , quoiqu'elle fût chez moi bien
naturelle , & fans affectation , leur en a
rarement impofé dans la fuite. Etoit- ce
pénétration , ou jaloufie de leur part ?
Ceft ce que je laifferai décider à ceux
qui m'ont le mieux connue. En un mot ,
voilà quelle j'étois , lors de mon début à
Saverne. Après les attentions de préféren
ce , dont j'eus à me louer de la part des
Princes Henri, & Frédéric d'Auvergne, &
MARS. 1760.
des Comtes Ferdinand , & Antoine
Hohenzolern , feigneurs Allemands
ne dois point oublier celles de M. l'Abbé
de Ravanne. 11 faifoit parfaitement les.
honneurs de la maifon du Cardinal ; &
dans les foins qu'il prenoit , pour que
tout le monde y fût à fon aife & bien fervi
; ma tante , qui étoit ſon amie , & moi,
nous n'étions jamais des derniers à nous
en reffentir. Il parut , même, me prendre
dans une affection plus particulière. Et ce
fut lui , qui le premier , s'imagina qu'on
devoit dès lors penfer à mon établiſſement.
Il en parla , d'abord , à ma tante ,
en ma préfence , enfuite au Cardinal ; &
bientôt à tout le monde. En forte , que je
devins l'affaire du jour ; & qu'il ne pa
roiffoit aucun Officier un peu de mife , à
la cour de Saverne , dont on ne s'efforçâtt
de tourner toute la galanterie en ma faveur.
Je dois avouer , à la honte de mess
charmes , que ce fut fans aucun fuccèss
folide. Et je puis dire auffi , pour Phon
neur de ma Raifon, que ce fut fans aucun
regret fenfible de ma part. Cependant ,
comme il paroiffoit que tout le mondeavoit
cette affaire extrêmement à coeur ;
& que j'étois la feule à qui elle parût
tout-à-fait indifférente ; ma tante crut
enfin , devoir me reprocher en particu
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
lier , la manière froide & défintéreffée
avec laquelle j'avois reçû juſqu'alors les
complimens flatteurs de quelques jeunes
gens ; & entr'autres, les avances brufquement
polies d'un cavalier Allemand, qui,
à dire vrai , m'avoit extrêmement déplu.
Je ne le cachai point à ma tante : je lur
avouai , que j'aimois mieux paffer toute
ma vie auprès d'elle , que de m'en féparer
; furtout , s'il s'agiffoit d'époufer ur
homme pour lequel je me fentois une
averfion invincible. Ce fut à ce propos ,
que j'eus , pour la première fois , la trifte:
connoiffance de mon fort.
" Mademoiſelle me dit ma tante ,
il n'y a perfonne dans le monde qui
doive être moins difficile que vous fur
le choix d'un parti. Je vais vous affliger
fans doute ; mais il eft temps , que vous
vous connoiffiez . Quand les parens ,
auxquels vous devez le jour , feroient
auffi illuftres que votre vanité , & l'éducation
que vous avez reçue , ont pu
vous le faire penfer ; votre orgueil n'aupas
plus à s'en applaudir ces parens ,!
ne feront jamais en état de vous
avouer. Je me fuis chargée , par amitié
pour eux , & pour vous , du foin de
de vous élever. Mais , fi vous veniez
à me perdre , il ne vous refteroit , ma.
ܪ܂
MARS. 1760. 37
1
chere Gondreville , ( car c'eft ainfi que
j'avois toujours été nommée ) il ne vous
vous reſteroit , me dit- elle , que la mifère
, & la honte de votre naiffance.
Quoi , Madame ! m'écriai- je , toute
en larmes : quoi , je ne connoîtrai jamais
ceux à qui je dois le jour ?
Non , ma chere enfant , continuat-
elle ; vous ne devez point vous y attendre
. Mais laiffez moi : vos larmes me
déchirent le coeur !
En effet , fes pleurs inonderent fon
vifage. Je me jettai dans ſes bras : elle
me ferra tendrement fur fon coeur , fans
que nous euffions la force de nous exprimer
, que par nos mutuelles larmes. Mais
enfin recueillant fes efprits , & fa Raiſon;,
elle continua de me parler ainfi :
Ma chère Gondreville ! vous avez
befoin de bien du courage , pour foutenir
le coup affreux que je viens de.
porter à votre âme croyez qu'il ne
m'en a pas fallu moins à moi-même ,
pour m'y réfoudre. Je n'en aurois jamais
eu la force , fi les circonftances
ne m'y avoient contrainte. Songer.
donc , que vous n'avez d'autre reffource
, pour être établie convenablement ,,
que les fentimens dans lefquels vous
avez été élevée ; que les charmes que
38 MERCURE DE FRANCE.
Vous devez à la nature ; & le crédit des
perfonnes qui s'intéreffent à vous. Vous
ne devez rien négliger pour profiter de
ces avantages , tandis que vous les poffédez
vous ne devez pas même vous en
rapporter uniquement à votre coeur.
Cette noble franchife , qui fait votre
caractère , toute aimable , toute loüable
qu'elle eft ; cette délicateffe de fentiment,
que vous apporteriez à faire un choir ;
ne manqueroient pas d'éloigner les oc
cafions de faire votre bonheur & votre
fortune. Vous le voyez : tout le monde ,
ici , s'intéreffe pour vous. Gardez- vous
de rebuter leur bienveillance , par des
difficultés , ou par des dégoûts qui ne
conviennent point à votre état.
Elle termina ce difcours
braffant plus tendrement que jamais ; &
en m'ordonnant de réfléchir en mon
particulier fur ce qu'elle venoit de me
dire. Mon coeur étoit fi pénétré de dou
leur & d'amertume , que je me retiral
dans ma chambre , fans pouvoir me ren
dre compte à moi - même de mes propres
fentimens ; & fans en marquer d'au
tre à ma tante , que celui de ma tendreffe.
Mais je ne fus pas plutôt feule ,
que je fus frapée d'un fouvenir qui m'af
en m'èm
MARS. 1760.. 39
fligea plus encore que tout ce que je venois
d'apprendre : je me rappellai , qu'on:
m'avoit quelquefois reproché ma naiffance
, dans le couvent ou j'avois été éle
vée... Cette idée , me fit répandre un
- torrent de larmes .
Quoi ! me difois - je , mon infortune
eft donc connue de tout le monde ? ...
- Eh , de quel front foutiendrai - je , déformais
, les regards de tant de per
fonnes inftruites de ma honte ?
Un autre fentiment ; fuccéda bientôt
à celui - ci ce fut celui de la curiofité.
J'imaginai, que mon pere , quel qu'il fût,
devoit être du nombre de ceux qui compofoient
la Cour brillante de Saverne..
M. l'Abbé de Ravanne étoit , de tous
ceux que j'y voyois , celui qui m'avoit
marqué le plus d'amitié , & qui avoit eu
le plus d'attention pour moi je ne fçais
pourquoi ma vanité ne s'accommodoit
point de l'idée de lui appartenir . Elle fe
feroit , en effet trompée mais elle ne
fe trompoit pas moins , en portant fes
vues fur ce qu'il y avoit à mes yeux de
plus élevé dans l'affemblage de tant de
perfonnes Illuftres . A l'égard du defir , de
reconnoître ma mere ; mes vues ne pouvoient
raiſonnablement fe tourner que
fur l'aimable Chanoineffe que j'avois tou
40 MERCURE DE FRANCE
jours regardée comme ma tante . Mais
outre que je ne me trouvois aucun de
fes traits ; je ne pouvois me perfuader ,
qu'ayant à fe reprocher de m'avoir mife
au monde , elle eût ofé me produire visà-
vis tant de perfonnes qui devoient avoit
quelque connoiffance , ou du moins quelque
foupçon de fon aventure . Je reftai
donc , dans mon ignorance ; & cependant
, je n'en reffentis pas moins un re
doublement de tendreffe pour elle. Cette
Dame , en effet, devoit me devenir d'autant
plus chère , que je penfois qu'elle
eût moins de raifons de s'intéreſſer à
à moi. Ces triftes réfléxions , jetterent
dans mon maintien un air d'inquiétude,
& de timidité , qui fut remarqué : j'en
effuyai les reproches de tout le monde ;
& je fus obligée de prétexter quelque
incommodité , pour me donner le temps
de raffurer ma contenance. L'empreffement
& les attentions qu'on daigna me
marquer , me rendirent bientôt la phyfionomie
moins fombre , & plus de liberté
dans mes façons . Enfin le moment marqué
, par mon étoile , ne tarda pas à fe
préfenter. M. le Comte de Saint Fargeol
, arriva,des Pays étrangers , à Saverne.
Il avoit été obligé de fortir de France
, pour une affaire d'honneur. Il y
MARS. 1766. 41
>
avoit plus de trois ans qu'il s'étoit réfugié
à la Cour de Manheim , & qu'il
voyageoit dans quelques autres Cours
d'Allemagne ; pendant lefquels , M. le
Cardinal avoit employé fon crédit pour
arranger fes affaires de façon qu'il pûc
- obtenir de revenir en France. La mort.
du Marquis de *** dont il avoit tué
le fils , venoit de rendre cette affaire
plus facile à accommoder ; & le Comte
de S. Fargeol , crut pouvoir venir en attendre
l'iffue chez fon protecteur. Le
Comte , paroiffoit âgé d'environ vingthuit
ans ; fa figure étoit noble , & intéreffante;
fa taille , extrêmement avantageufe.
Il me parût , comme à tout le
monde , un peu mélancolique , & foucieux
fe livrant pourtant aux plaiſirs ,
avec affez de liberté ; mais retombant
fouvent dans la rêverie. Je ne parle point
de fon efprit : je n'étois pas capable d'en
juger. Et fes lettres , mieux que moi
rendront bientôt compte de ce qu'il pouvoit
en avoir. Il eft certain , que j'en
jugeai d'abord favorablement ; mais
peut-être ce fut avec un peu de prévention
: car il faut avouer que , dès que
je le vis , je fus prévenue en fa faveur.
Le Comte , tel que je viens de le dépeindre
, jouiffoit , dès-lors , de vingt à
42 MERCURE DE FRANCE.
vingt- cinq mille livres de rente ; & pou
voit en efpérer encore autant , pour le
moins , d'un oncle maternel ; pour lequel,
par conféquent , il étoit obligé d'avoir
beaucoup d'égards . L'idée d'un par
ti fi avantageux pour moi , ne pouvoir
échapper au zèle que l'Abbé de Ravanne
paroifloit avoir pour mon établiffement.
Auffi mit- il- tout en oeuvre pour
me faire paroître avec avantage aux yeux
de M. de Saint Fargeol ; & pour me produrer
toutes les occafions de faire fa
conquête. Je m'y livrois de trop bonne
grâce ; & le Comte étoit trop galant :
fes attentions de préférence étoient
même trop marquées , pour que l'Abbé
n'en conçut pas les efpérances les plus
folides , & pour que mon imagination
n'en fût pas féduite elle- même. Nos idées
dévinrent fi bien celles de tout le monde
, qu'enfin le Cardinal crut ne rien ha
zarder d'en parler férieuſement au Com
te de Saint Fargeol. Ce ne fut cependant
qu'après avoir fondé fa façon de penfer ,
fur ce qui fait communément la baſe
de pareils engagemens ; je veux dire ,
fur l'égalité des conditions , & fur celle
de la fortune . Le Comte répondit aux
difcours du Prince , avec autant de mo
deftie que de défintéreffement ; ( On verra
RE
MARS. 1760.
bientôt "
*
"
qu'il avoit plus d'une raifon
pour s'expliquer ainfi , ) en forte que le
Cardinal ne lui parla plus de moi que
comme d'une perfonne qu'il croyoit
pouvoir lui convenir ; & qui méritoit la
diftinction qu'il paroiffoit en faire . Il
ajouta , qu'il ne fe cachoit point d'avoir
fort à coeur de m'établir en France ;
& qu'il fe flattoit même de m'y placer
honorablement à la Cour. Le Comte pa-
- rut entrer dans toutes les vues ; & ne
demanda au Prince que le temps de
faire agréer à fon oncle une propofition
dont il efpéroit qu'il dût fe troùver
honoré. Voilà de quoi ma tante eut
foin de m'inftruire ; & ce que j'appris
d'elle , avec de vrais tranfports de joie.
-De ce moment, je ne me contraignis plus,
qu'autant qu'il convenoit à la bienféance,
-pour laiffer voir au Comte l'impreffion
qu'il avoit faite dans mon âme : lui- même,.
parut redoubler de foins & d'attentions :
pout moi. Mais la mort du Marquis, fon
ennemi , dont j'ai déjà parlé , donna
-bientôt la plus entière efficacité aux follicitations
que depuis longtemps M. le
Cardinal de Rohan faifoit en fa faveur ;
& lui rendit enfin la liberté de reparoître
à Paris , & à la Cour. Il ne tarda pås
à en profiter. Tout ce qui me reſte à
44 MERCURE DE FRANCE.
dire , pour l'intelligence de nos Lettres ;
c'eft , qu'en prenant congé de ma tante
& de moi , en particulier , au moment
de fon départ ; il demanda à ma tante,
la permiffion de m'écrire ; & me dit à
moi , en me ferrant la main. Mademoifelle
, je pars , plus pénétré que je ne
puis vous dire , de tout ce que vous méritez
; & je ferois inconfolable de me
féparer de vous , fi je n'étois affuré que
je vous perfuaderai bientôt que je mérite
quelque part dans votre eſtime ;
& que le tendre & fincère attachement
que j'ai pris pour vous , eft de nature
à ne s'altérer jamais.
Je crus voir quelques larmes s'échapper
de fes yeux ; & fon départ m'en fit
répandre d'un genre de tendreffe que j'avois
ignoré jufqu'alors. Dès que je fus en
état de réfléchir feule fur ce qui ſe paffoit
dans mon âme , par rapport au Comte
de Saint Fargeol ; je me rappellai ce
qu'il m'avoit dit, en me quittant. Aucune
de fes paroles , ne m'étoit échappée ; &
le point fur lequel il me paroiffoit avoir
le plus infifté , c'étoit fur le defir de mériter
mon eftime. Je penfai , avec plus de
raifon qu'on n'a coûtume d'en avoir à
mon âge , que ce fentiment étoit donc
le plus néceffaire à la folidité de l'union
MAR S. 1760 . 45
que j'efpérois devoir fe former entre
ous . Je rêvai quelques jours à ce qui
suroit pu me mériter , de fa part , cette
ftime qu'il fe flattoit de mériter bienôt
de la mienne. J'en imaginai un
moyen ; & je fus affez fimple pour ne
pas prévoir , que les fuites pouvoient en
être dangereufes... J'ignorois , fi l'on avoit
inftruit le Comte de l'obfcurité de ma
naiffance ; & je penfois , que pour le
mieux engager , on avoit eu grand foin.
de la lui cacher.J'enviſageai cette réſerve,
comme une vraie fauffeté. Je me reprochai
, de ne lui avoir pas découvert moimême
ce mystère ; & je réfolus de le dé-
Cromper. Je fçus adroitement, d'un des Secrétaires
, l'adreffe du Comte , à Paris ; &
je pris le parti de lui écrire en fecret :
bien perfuadée , que ma franchiſe m'attireroit
fon eftime & fa confiance. Il y
avoit dix à douze jours qu'il étoit parti
de Saverne , lorfque je lui écrivis la lettre
qui fuit ; & qui fut , finon l'occaſion ,
du moins la première de toutes celles
que je livre aujourd'hui au Public . Je
n'en interromprai la fuite , par quelques
réfléxions ou par quelques détails de ma
vie, qu'autant que je les croirai néceffaires
pour faire mieux connoître à mes lecteurs
Les différentes épreuves par lefquelles j'ai
do
46 MERCURE DE FRANCE.
été obligée de paſſer , avant que d'arriver
au terme heureux qui a mis fin à mes in
certitudes , & à mes malheurs.
PREMIERE LETTRE,
A.M. le Comte de S. Fargeol.
J'AI 'AI bien peu d'expérience , Monfieur
& je vous avoue que j'ignore fi je ne
commets pas une faute contre la décen
ce , en prenant fur moi la réfolution de
vous écrire , fans en avoir demandé , ni
obtenu la permiffion de ma chere tante.:
Mais j'ai été fi frappée de vos dernieres
paroles , lorfque vous m'avez affurée que
vous alliez travailler à mériter mon eftime;
que j'ai pensé que je devois , de mon
côté, faire les derniers efforts pour mériter
la vôtre. En me parlant de la forte, vous.
avez acquis ma confiance ; & j'avouë que
vous poffédiez déja ce que vous paroiffiez
defirer de moi. Si vous me rendez juſtice,
comme je vous la rends, vous ne douterez
point de ce que je vous dis ; mais me la
rendrez- vous, à votre tour, en me voyant
franchir les bornes d'une efpèce de pu
deur , fi recommandée aux perfonnes de
mon fexe , & de mon âge ? Apprenez- en
R 47 MARS. 1760
du moins le motif , avant que de me
condamner ; & fâchez , que je me condamnerois
la premiere , fi je n'étois perfuadée
, Monfieur , qu'en vous manquant,
je perdrois plus dans votre eftime , que
je n'y dois perdre en me manquant à
moi même par un excès de franchiſe &
de fincérité. Ces deux vertus , qu'on m'a
toujours prêchées , appartiennent à tous
les fexes , & à tous les âges : elles font la
bafe de mon caractère ; & je n'ai rien
tant en horreur , que la tromperie & la
faufleté. Je vais vous le prouver , d'une
façon bien humiliante pour moi ! & c'eſt
ce qui doit juftifier , à vos yeux , la feule
démarche hafardée que j'ai faite de ma
vie. Vous n'êtes pas le premier , Mon
fieur , ni le feul auquel on fe foit efforcé
de donner du goût pour moi : mais je
fuis trop franche , pour ne pas vous
avouer , que vous êtes le feul , & le premier
, pour qui j'en aye pris . Que ne
m'eft-il auffi facile de vous prouver que
je fuis digne de vous , qu'il me le feroit
de vous convaincre de la fincérité de l'a
veu que je viens de vous faire ! Mais , je
fuis bien éloignée de chercher à vous
féduire. Je ne veux , que vous éclairer :
parce que je crains qu'on ne l'ait pas fait ;
& vous guérir même d'un fentiment qui,
Lout généreux qu'il pourroit être de *
48 MERCURE DE FRANCE.
votre part , ne conviendroit ni à votre
naiſſance , ni à votre fortune. Vous
voyez , Monfieur , par tout ce qui précé
de ici l'aveu de ma honte , qu'il ne laiffe
pas de m'en coûter beaucoup pour m'y
déterminer. Ce n'eſt pas que je ne fente
que je me le dois , autant que je crois vous
le devoir àvous - même. Ainfi , le voici cet
aveu... Ma naiffance eft incertaine : ceux
à qui je dois le jour , ne peuvent m'avouer.
On m'aflure même , que je ne les
connoîtrai jamais ? ... C'eſt dans votre
fein , Monfieur , que je dépofe une triſte
vérité , qui doit vous éloigner de moi
pour toujours. Je ne me plaindrai point
de mon fort , fi elle fert à me conferver
votre eftime c'eft le feul bien que je
puiffe déformais attendre de la perfonne
du monde que j'eftime le plus.
GONDREVILLE.
Le lendemain que cette lettre fut par
tie pour Paris , M. l'Abbé de Ravanne me
joignit , en particulier ; & m'en remit , en
fecret , une , qu'il avoit , me dit- il , reçue
pour moi ; & qu'on lui avoit recom.
mandé de me rendre , fans témoins. J'at
tendis , avec beaucoup d'impatience , le
moment d'être feule pour la lire. Cette
lettre , étoit du Comte de S. Fargeol ; &
telle qu'on va la voir ici.
SECONDE
MARS. 1760, 49
SECONDE LETTRE.
Le Comte de S. Fargeol , à Mademoiselle
de Gondreville.
MADEMOISELLE,
*
JE ne me pardonnerai jamais le rôle
que j'ai été contraint de jouer vis - à- vis de
vous , & de Madame la Comteſſe votre
tante , pendant le féjour que j'ai fait à
Saverne . Si les remords font capables de
rendre l'innocence à celui qui l'a perduë ,
je devrois me croire juſtifié d'une diffimulation
qui m'avoit éte impofée par une
autorité refpectable : mais je ne puis l'être
, à mes propres yeux ; & tant que je
vivrai , vous ferez vangée du crime qu'on
m'a fait commettre , par les reproches
amers que je ne cefferai jamais de m'en
faire à moi-même. Vous confier , aujour
d'hui , que jefuis mariés ! vous avouer, que
toute ma tendreffe appartient à la perfonne
qui a fait mon bonheur ,avant que j'euffe
celui de vous connoître : c'eft m'expcfer
fans doute à des peines plus cruelles
encore que celles que j'éprouve ; puifque
c'eft me livrer moi- même à toute votre
indignation ! Je ſens , avec douleur ,
que
je me fuis bien trompé moi-même , lorf
C
so MERCURE DE FRANCE.
paseu
que je vous dis, en vous quittant, que je me
fattois de mériter bientôt votre eſtime .
Hélas ! en vous tenant ce difcours , je m'éloignois
encore , ( quoique ce fût involontairement
) de cette fincérité , par laquelle
j'efpérois de m'en rendre digne !
Cependant , Mademoiſelle , après vous
avoir expofé mon crime , avec toutes les
couleurs qui pourroient le faire paroître
inexcufable ; permettez- moi d'en rejetter
au moins une partie, fur une trifte néceffité
, que l'état de mes affaires rendroit indifpenfable.
Si mon coeur avoit été libre ,
en arrivant à Saverne , fon Eminence
n'auroit befoin de me faire appercevoir
que vous étiez faite pour faire le
bonheur du plus honnête homme du monde
; il m'avoit fuffi de vous voir , & de
vous entendre , pour découvrir en vous
un fond d'efprit & de caractère , préférable
même aux grâces que la nature vous
a fi libéralement départies. Ce fut fur l'éloge
fincere que je fis de vous à ce Prince
, qu'il daigna s'ouvrir à moi fur le défir
qu'il avoit de vous marier en France ;
& fur les avantages que , par fon crédit ,
il fe flattoit , à juste titre , d'y faire trouver
dans l'honneur de votre alliance . Je
répondis à cette confidence , d'une façon
qui lui parut veritablement animée. Elle
MAR S. 1760.. SI
l'étoit en effet par l'intérêt qu'on ne peut
s'empêcher de prendre à ce qui vous
touche. Ce fut ce qui le porta, fans doute
, à me propofer de penfer , pour moimême,
au bonheur de vous poffeder . Je ne
me défendis d'abord , que fur la néceffité
de confulter un oncle qui m'eft cher , &
de qui dépend la meilleure partie de ma
fortune. Le Prince s'offrit à me ménager
lui- même fon confentement. Ce fut alors ,
que je me trouvai contraint de lui confier
un fecret , que j'avois un intérêt confidérable
de cacher. Il eut la bonté d'entrer
dans mes vuës ; & d'en fentir fi bien
les conféquences , qu'il m'ordonna luimême
de vous faire myftère , ainfi qu'à
Madame votre tante , & à tout le monde
, des engagemens que j'avois pris : fe
réfervant , maffura- t-il , de me juftifier à
vos yeux d'une diffimulation qui devoir
me coûter d'autant plus , qu'elle n'eft
point dans mon caractère , & qu'elle fait
actuellement le tourment de ma vie . Il
n'y a que deux jours que je fuis arrivé
ici , parce que je me fuis arrêté à la Cour
de Lorraine. Je n'ai encore rien confié à
mon oncle de l'état de mes affaires ; &
je vous jure , Mademoiselle , qu'elles ne
m'ont point autant occupé que le repentir
fincère de la conduite que j'ai euë
Cij
so MERCURE DE FRANCE.
que je vous dis, en vous quittant, que je me
flattois de mériter bientôt votre eftime .
Hélas ! en vous tenant ce difcours , je m'éloignois
encore , ( quoique ce fût invo
lontairement ) de cette fincérité , par
laquelle
j'efpérois de m'en rendre digne !
Cependant , Mademoiſelle , après vous
avoir expofé mon crime , avec toutes les
couleurs qui pourroient le faire paroître
inexcufable ; permettez- moi d'en rejetter
au moins une partie, fur une trifte néceffité
, que l'état de mes affaires rendroit indifpenfable
. Si mon coeur avoit été libre ,
en arrivant à Saverne , fon Eminence
n'auroit paseu befoin de me faire appercevoir
que vous étiez faite pour faire le
bonheur du plus honnête homme du mon.
de ; il m'avoit fuffi de vous voir , & de
vous entendre , pour découvrir en vous
un fond d'efprit & de caractère , préfé
rable même aux grâces que la nature vous
a fi libéralement départies. Ce fut fur l'éloge
fincere que je fis de vous à ce Prince
, qu'il daigna s'ouvrir à moi fur le défir
qu'il avoit de vous marier en France ;
& fur les avantages que , par fon crédit ,
il fe flattoit , à juste titre , d'y faire trouver
dans l'honneur de votre alliance. Je
répondis à cette confidence , d'une façon
qui lui parut veritablement animée. Elle
MARS. 1760 . 53
fureur fe tourna contre le Cardinal ; &
elle vouloit aller fur le champ , la Lettre
à la main , lui faire les plus vifs reproches
de l'avoir trompée. J'eus le bonheur d'appaifer
ce premier tranfport ; & je vins enfin
à bout de lui perfuader qu'un pareil
éclairciffement pouvoit encore faire tort
au Comte ; parce , qu'infailliblement ,fon
fecret en feroit divulgué. Elle me dit ,
que j'étois trop bonne : mais elle ne put
s'empêcher de louer ma difcrétion ; &-
fon véritable caractère la détermina bientôt
à l'imiter. Il y avoit plus de huit à
dix jours que nous vivions dans la plus
exacte réferve , fur le compte de M. de
Saint Fargeol , lorfque je reçus une feconde
Lettre de lui , par le même canal
dont il s'étoit fervi pour la première. La
modeftie devroit peut - être m'en faire
retrancher les éloges ; mais les idées
avantageufes que le Comte avoit daigné
prendre de moi , ne doivent- elles pas juſ
tifier fa conduite à mon égard ? & s'il eft
vrai , que ma vanité en dût être flattée ;
dois -je cacher au public , qu'elle le fut
en effet des louanges d'un homme qui
en étoit fi digne lui-même ? Je prie le
Lecteur de fe rappeller cette réfléxion ,
toutes les fois qu'il croira avoir occafion
de faire le même reproche à mon amourpropre.
C iij
14 MERCURE DE FRANCE.
TROISIEME LETTRE ,
De M. le Comte de S. Fargeol , à Mlle
de Gondreville.
MADE ADEMOISELLE ,
De quelle admiration venez - vous de
me frapper ! Quelle Lettre vous m'avez
fait l'honneur de m'écrire ! N'étoit - ce
point affez pour vous , de pofféder tous
les avantages que votre fexe a naturellement
fur le nôtre ,fans prétendre encore
à nous égaler & à nous furpaffer même
par une force d'efprit & d'âme , qui femble
ne devoir appartenir qu'à nous?Non ,
Mademoiſelle , je ne puis m'en taire : le
courage que vous me montrez , dans un
âge fi tendre , eft infiniment fupérieur à
celui qui nous fait affronter les plus
grands dangers. Son Eminence ne m'avoit
point caché ce que vous venez de m'apprendre
mais ce qui eût pû fufpendre
mes prétentions , en l'apprenant de ce
Prince , ne ferviroit qu'à les rendre plus
vives & plus empreffées , lorfque je l'apprends
de vous , fans l'obftacle infurmontable
qui s'y oppoſe. Après cela , MadeMARS.
1760. 55
per- moifelle , pourrez- vous craindre de
dre l'eftime d'un homme que vous venez
encore de rendre plus jaloux que jamais
de la vôtre ? C'eft à vous , déformais , à
me raffurer fur cet article. Dois- je craindre
que ma fincérité m'ait fait quelque
tort dans votre efprit ? Et pourquoi le
craindrois- je ? C'eft avec les mêmes armes
que vous achevez de triompher de ma
raifon , & de vous foumettre tous les
fentimens dont mon âme eft capable ,
& dont elle n'eft que trop fufceptible.
Mais avec cette façon de penfer & de
fentir ; quelle va devenir la vôtre for mon
compte , lorfque je fuis obligé de vous
avouer , que je dois le plus grand bonheur
de ma vie à ce qui ne fembloit être
fait que pour l'empoisonner à jamais ? Oui,
Mademoiſelle , il fuffifoit à ma douleur
de vous avoir connue trop tard : Il n'étoit
pas néceffaire , pour me la rendre plus
fenfible , qu'on me fit entrevoir que j'au
rois pû afpirer au bonheur de vous pofféder.
L'oppofition de mon oncle , fon entêtement
& fes chimères , fi j'avois été
libre de difpofer de moi , m'auroient réduit
au plus cruel défefpoir ; & ce font
ces mêmes chimères , & ce même entêtement
; ou plutôt , c'eſt votre lettre, Mademoiſelle
, qui vient de lui arracher un
C iv
36 MERCURE DE FRANCE.
confentement qu'il ne m'auroit peut- être
jamais accordé. Je viens d'obtenir de lui
la confirmation des noeuds que j'avois ofe
former , fans fon aveu. C'eft à vous que je
dois ce miracle : c'eft vous , qui affurez
le bonheur de ma vie : vous ! avec qui je
regretterai fans ceffe, qu'il ne me foit pas
permis de le partager. Sans vous , mon
nom eût été longtemps à charge à Madame
de S. Fargeol; & peut-être, ne l'eûtelle
jamais porté tranquillement dans le
fein de ma famille. J'aurois été privé ,
moi-même , de tous les avantages qui
feuls pouvoient me procurer le moyen
de le lui faire foutenir avec honneur.
Que ne vous devons-nous point l'un &
l'autre ? Et par où , pourrons - nous jamais
nous acquitter avec vous ? J'espère , qu'à
fon paffage pour fe rendre en France , elle
fera aflez heureufe pour vous marquer
toute fa reconnoiffance. Je vous prie
inftamment, de le lui permettre.Pour moi,
Mademoiſelle , je vous promets & vous
jure d'employer tous les inftans d'une vie
que vous feule pouviez rendre auffi parfaitement
heureufe , à vous prouver par
mes foins , & s'il fe peut par mes fervices
, de quelle façon je reffens le bien
que je vous dois. Il me refte encore une
grace à vous demander , qui peut n'être
MAR S. 1760 .
57
pas inutile à mes vuës ; c'eſt qu'il me foit
permis de vous écrire , & d'efpérer de
recevoir quelquefois de vos nouvelles.
C'eſt une faveur bien grande , je l'avouë !
mais j'espère m'en rendre digne ... ainfi
que de votre amitié : parce que les fentimens
qui n'attachent à vous , ne s'écarteront
jamais de celui du refpect que je
vous dois , & avec lequel je ne cefferai
jamais d'être , Mademoiſelle , votre &c.
P. S. J'ai l'honneur d'écrire, par ce même
ordinaire , à fon Eminence , & à Madame
la Comteffe votre tante , pour leur faire
part de l'heureux fuccès de mes affaires ,
& des obligations que je vous ai.
M. le Cardinal , & ma tante , reçûrent
en effet les Lettres du Comte : on
publia fon mariage. Quelques perfonnes
voulurent m'en faire des complimens de
condoléance : mais fon Eminence , & M.
l'Abbé de Ravanne , eurent foin de dire
que M. de S. Fargeol m'avoit inftruite de
fes engagemens ; & que je ne m'étois
prêtée à fes galanteries , pendant fon féjour
à Saverne , que par une difcrétion
très- louable à mon âge , dans une circonftance
où le fecret étoit fi important aux
intérêts du Comte de S. Fargeol . En effet,
je n'eus pas befoin de me contraindre,
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
pour paroître extrêmement contente de
la tournure avantageufe que fes affaires
venoient de prendre , par l'approbation
d'un oncle dont il avoit tout à eſpérer ,
& tout à craindre . J'avouerai cependant ,
avec ingénuité , que mon petit amour →
propre ne laiffa pas d'en fouffrir intérieu
rement. Mais j'étois fi fatisfaite de l'acquifition
d'un tel ami ; je me trouvois fi
honorée de fa confiance , & fi flattée de
fes promeffes ; j'avois eu même juſqu'alors
fi peu de penchant à la jaloufie ; que
je me crus fuffifamment dédommagée de
la perte
de mes premieres efpérances. Ce
qui acheva de confoler mon coeur , & de
les mettre à fon aiſe ; ce fut la permiſfion
que ma tante me donna d'écrire au
Comte , lorfque je lui communiquai la
lettre qu'il m'avoit écrite , & l'original
de celle qui m'avoit attiré de fa part une
réponſe fi obligeante. Le motif qui me
l'avoit fait écrire , parut fi louable à ma
chere tante , qu'elle n'eut pas la force
de me blâmer de lui en avoir fait un
myftère. Elle me dit même , à ce fujet ,
qu'elle croyoit pouvoir déformais fe fier
à ma prudence ; & me laiffer une entiere
liberté, fur un commerce, qui ne pouvoit
tourner qu'à l'avantage de mon efprit &
de mes fentimens. Si j'en profitai , pour
MARS. 1760 59
écrire la lettre fuivante , & celles que
j'ai écrites depuis ; je n'en abuſai point :
je n'en écrivis prèfque aucune , fans les
lui avoir montrées , avant que de les copier
; je recevois , avec docilité , les correc
tions qu'elle jugeoit à propo sďd'y faire ; &
je confeffe , de bonne foi , que c'eft en cer
état qu'elles ont été envoyées , & que
je les publie. Je puis cependant dire , avec
la même franchife , que ces corrections
étoient légères ; & qu'en géneral , ma
tante , pendant que j'ai eu le bonheur
de la conferver , fut toujours affez contente
de ma façon de penfer & de m'exprimer.
QUATRIÈME LETTRE ,
De Mlle de Gondreville , à M. le Comte
de S. Fargeol.
R₁
IEN n'égale , Monfieur , la joie que
j'ai reffentie de l'heureufe nouvelle que
vous venez de m'apprendre. Je ne vous
cacherai point , qu'il y a eu des momens
où cette nouvelle auroit på m'affliger
beaucoup. Mais , dans les dernières
difpofitions où votre fincérité & vote
confiance ont miſe mon âme , à votre
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
égard , je crois partager votre bonheur,
lorfque je vous le pardonne. Et le compliment
, par lequel je vous félicite , eſt
auffi fincère que l'aveu par lequel j'avois
pris foin de vous inftruire , que je ne me
croyois pas digne de cet honneur. Je
n'aurois jamais cru , Monfieur , qu'il pût
y avoir aucun cas où j'euffe à m'applaudir
du malheur de ma naiffance : cependant
, vous me forcez à m'en fçavoir au
jourd'hui quelque gré ; car enfin , quoique
vous ayez la difcrétion de vous expliquer
d'une façon mystérieuse , & même obligeante
, fur l'utilité dont ma Lettre a
pû vous être pour le fuccès de vos vues ;
je pénètre affez que vous devez l'approbation
de vos engagemens fecrets , à
la crainte que devoit naturellement inf
pirer à M. votre oncle le crédit de fon
Eminence , joint à l'intérêt vif que ce
Prince daignoit prendre à mon établiffement.
Je puis donc vous dire , avec une
fincérité dont il ne doit plus vous être
permis de douter , que mon âme eft plus
fatisfaite qu'humiliée , de n'avoir point
été jugée digne de vous. Je vous dirai
plus ; mon imagination même flattée
de pouvoir penfer , que l'incertitude de
mon état a fait la certitude du vôtre , &
de celui de Madame la Comteffe de S.
MARS. 1760.
61
Fargeol: L'efpérance que vous me donnez,
de voir ici cette Dame , m'en donne une
véritable impatience . Sans elle , votre
façon de penfer , en ma faveur , m'auroit
peut- être affuré votre conquête . Mais je
ne veux m'en vanger , qu'en m'éfforçant
de faire la fienne. C'est ici , Monfieur ,
que je dois vous dire , que quelque plaifir
que me faffe votre derniere Lettre , elle
ne me laiffe point oublier les engagemens
que vous avez pris avec moi. Dans la première
que vous m'avez écrite, vous m'avez
affurée, que je trouverois en vous un ami :
je vous en accorde , ou plutôt , j'exige
de vous , que vous en preniez tous les
priviléges. C'eft peut-être le feul , ou du
moins le meilleur titre que j'aye , pour
obtenir l'amitié de Madame la Comteffe
de S. Fargeol ; & j'en fuis déjà prefque
auffi jaloufe que de la vôtre . Il ne feroit
plus tems , pour vous , de vouloir
me la refufer. Vous m'offrez , Monfieur ,
de l'entretenir par vos Lettres & l'on
vient de me permettre , de la cultiver par
les miennes. Je connois toute l'étendue
des droits que l'amitié doit vous donner
fur mon coeur, fur mes volontés, fur toute
ma perfonne. Je ne crains point de les
voir exercer par un ami tel que vous ; &
je ne prétends acquérir que celui de vous
62 MERCURE DE FRANCE.
confulter , & de tourner à mon profit vos
confeils , & les connoiffances que vous
voudrez bien me communiquer. Après
cela , Monfieur , permettez- moi de vous
donner l'exemple de la liberté qui doit
déformais régner dans nos Lettres , & de
vons impofer même la loi de ne prendre
plus vis - à - vis de moi d'autre titre , en
finiffant les vôtres , que celui de mon ami ;
comme je prends, vis- à - vis deļvous , celui,
de votre amie .
Depuis cette Lettre , jufqu'au jour ou
je reçûs la réponſe de M. le Comte de
S. Fargeol , il ne fe paffa rien d'intéreffant
pour moi , que le départ de M. le
Cardinal de Rohan , pour fe rendre à la
Cour. De notre côté , nous retournâmes ,
ma tante & moi , à Strasbourg ; après
avoir reçû de fon Eminence , & de M.
l'Abbé de Ravanne , mille nouvelles affurances
de leur amitié , & de leurs bons
offices. Je ne reçûs de réponſe , à ma Lettre
, que plus de quinze jours après.
MAR S. 1760. 63
CINQUIÈME LETTRE ,
De M. le Comte de S. Fargeol , à Mlle de
QUOI
Gondreville,
UOIQUE jaye été enchanté, Mademoiselle
, de la derniere Lettre que j'ai
reçuë de vous , il ne m'a pas été poffible
d'y répondre plutôt . Vous connoiffez la
fituation dans laquelle je me trouve :
vous vous ferez portée , de vous- même ,
à m'excufer, par la multiplicité des embarras
qu'elle doit néceffairement me caufer.
L'impatience que j'ai de revoir Madame
de S. Fargeol ; & le defir que j'ai de la
recevoir ici de façon à ne lui pas laiffer
lieu de fe repentir de fon choix , me donnent
des foins de toute eſpèce. La prévention
que vous me paroiffez avoir déjà
prife en fa faveur , vous rendra plus
excufables & mon empreffement & le
délai que j'ai pris pour avoir l'honneur
de vous répondre. J'efpére lui procurer
bientôt l'avantage de vous connoître ; &
je ne fuis point en peine fur le defir que
vous me marquez de faire fa conquête.
Je fouhaite , feulement , qu'elle faffe la
vôtre , comme vous avez fait la mienne
64 MERCURE DE FRANCE.
& que , dans les arrangemens de votre
amitié , vous la jugiez digne du même
titre dont vous m'honorez.
Mais , Mademoiſelle , permettez - moi
de vous dire , que puifque vous en connoiffez
fi bien tous les droits , vous en
faites un partage trop inégal entre nous ,
lorfque vous me parlez de ceux que l'amitié
donne fur les coeurs , fur les volontés
, & fur toute la perfonne de fes amis ..
En paroiffant me les abandonner , vous
vous les affurez plus que jamais à vousmême
; & fi vous vous réferviez encore
à vous feule le droit de confulter , & de
tourner à votre profit les confeils & les
connoiffances que vous efpérez , dites-.
vous , recevoir de notre correfpondance ;
vous me priveriez de toute l'utilité dont
je l'envifage pour moi- même , & d'une
reffource,dont je fens que ma raiſon aura
plus fouvent befoin , que la vôtre. Jugez
à ce reproche , Mademoiſelle , fi je fuis
bien réfolu de conferver tous les privilé
ges dont vous me permettez d'entrer en
jouiffance : Il eft vrai que je ne puis prendre
ici mes avantages , qu'en vous confirmant
, plus que jamais , tous ceux que
vous avez fur moi . Mais c'eft , je penfe ,
la meilleure façon d'entrer dans vos vues;
& vous me trouverez toujours exact , jufMAR
S. 1760 . 65
qu'au fcrupule , à m'y conformer. Vous
m'affurez , Mademoifelle , que Madame
la Comteffe de ..... votre très -aimable
tante , veut bien autorifer de fon approbation
, le commerce de nos Lettres ? Que
ne lui dois - je point ! mais quels nouveaux
reproches n'aurois -je pas à vous faire , fi
vous veniez jamais à le laiffer languir ?
Vous me priveriez d'un bien , que je compterai
déformais tenir tout à la fois de
deux perfonnes trop refpectables , & trop
chères , pour qu'il ne faffe pas en même
temps ma gloire , & la douceur de ma
vie.
Permettez-moi de rendre ici les graces
les plus étendues à Madame votre tante ,
de la confiance qu'elle veut bien m'accorder
; & de lui préfenter mes très humbles
refpects . M. le Cardinal de Rohan ,
chez qui j'eus l'honneur de dîner avanthier
à Versailles , m'a chargé de vous
faire à toutes deux mille tendres complimens
de fa part . On parla beaucoup
de vous , Mademoifelle , pendant & après
le repas ce Prince fit , en cent façons ,
votre éloge. Il ne me laiffa pas le moyen
d'y rien ajouter ; & je crois que , ( s'il eſt
permis d'enchérir fur ce qu'il penfe de
vous ) cet avantage appartient moins à la
connoiffance , qu'au fentiment ; & per66
MERCURE DE FRANCE.
fonne ne peut être plus en droit de le
revendiquer , que celui que vous avei
élevé à la dignité de votre Ami.
P. S. Je viens de vous exhorter , Mademoiſelle
, à ne pas laiffer languir notre
commerce ; & je me trouve moi- même
dans le cas de vous demander grace pour
quelque temps : une maifon à lever , des
meubles , un équipage , de la vaiſſelle ,
toutes les néceffités d'un nouvel établiffement
après une longue abfence ; ce
font là de véritables embarras , furtout
pour un homme qui a vêcu garçon , &
qui ceffe de l'être . Ne penfez qu'au motif
qui me les cauſe , fi vous voulez trouver
mon excufe recevable.
SIXIEME LETTRÉ ,
De Mlle de Gondreville , à M. le Comte
de S. Fargeol.
Il y a quinze jours , Monfieur L que
j'ai reçû votre lettre : c'eft ce me ſemble ,
avoir affez refpecté vos férieufes occupa
tions : mais c'eft avoir réfifté trop longtemps
à l'impatience de m'entretenir
avec vous ; quoique je n'aye peut- être
rien de fort intéreffant à vous dire. C'eft
MARS. 1760 .
"
en effet s'y prendre affez mal-adroitement,
& même à contre-temps , que de prétendre
réveiller le fentiment de l'amitié dans
un coeur tout occupé de fon amour , &
qui doit s'en pénétrer de plus en plus ,
par tout ce qu'il s'efforce de faire pour
le
prouver. Eh bien , Monfieur , laiffons dormir
notre amitié ; je ne vous dirai point ,
jufqu'à ce que l'amour s'endorme : car
je pense que le vôtre ne s'endormira
pas , comme il arrive affez communément
, à ce qu'on dit , lorfqu'il pofféde
fon objet fans aucun obftacle : mais , je
vous demande , pour l'amitié , fa foeur
chérie , les momens que l'amour lui- même
eft obligé de facrifier à des interês moins
chers. Ne parlons donc , que de lui : je
comptois affez fur votre impatience ,
pour me flatter , de jour en jour , de voir
arriver ici Madame la Comteſſe de Saint
Fargeol ; ou , du moins , pour en être prévenue
: cependant je n'entends parler
ni d'elle , ni de vous. Encore fi vous euffrez
épargnéà mon imagination , de s'en
faire le portrait : c'eſt à dire, fi vous m'aviez
donné quelqu'idée de fes grâces , de
fon efprit, & de fon caractère ; je m'en
occupérois , & je m'arrangerois avec moimême
, pour ne luipas paroître tout- àfait
étrangère,lorfque j'aurai l'honneur de
68 MERCURE DE FRANCE.
la voir ; ne prenez ceci que pour un pur
mouvement de curiofité , qui ne ſçauroi
être ni jaloufe ni maligne de ma part ; je
n'ai d'autre motif, que celui de lui plaire;
& c'eft pour cet unique interêt
, que j'ambitionne
de connoître tout ce qu'elle
vaut, avant d'être à portée d'en juger par
moi- même. S'il vous eft donc poſſible de
vous diftraire un quart d'heure, faites -moi
le plaifir de me fatisfaire fur cet article.
Mais , fur tout , ne manquez pas de m'informer
du temps , à -peu - près, auquel elle
doit arriver ici. J'efpere que vous lui permettrez
de s'y repofer quelques jours.
C'est encore une grace que je vous demande
; quoique j'imagine bien tout ce
qu'elle doit vous coûter. Me permettrezvous
, en finiffant cette Lettre , de vous
faire faire une obfervation que j'ai faite
il y a quelques jours , en relifant celles
que nous nous fommes écrites depuis
votre départ ? Elles me paroiffent montées
fur un ton bien férieux , & bien complimenteur
je crois que vous ne m'avez
rien dit que vous ne penfiez ; & moi je
fuis trop vraie pour vous avoir écrit quelque
chofe que je ne penfe pas . Cela pofé
, nous fçavons tous deux à quoi nous
en tenir fur les fentimens que nous avons
l'un pour l'autre . Ne feroit- il pas àpropos
MARS. 1760 . 69
de refter où nous en fommes fur les complimens
, & d'égayer notre ftyle ? Mon
caractère , eft naturellement gai ; & je
penfe qu'on peut mettre de la plaifanterie
& dans les confultations que j'aurai fans
doute à vous faire , & dans les confeils
que vous aurez fouvent à me donner.
Commencez par me dire fur cela votre
avis , quand vous le pourrez ; car mon intention
, quoi qu'il arrive , eft affurément
de m'y conformer.
Votre Amie.
SEPTIEME LETTRE ,
De M. le Comte de S. Fargeol , à Mlle
de Gondreville.
NON,
ON , Mademoiſelle , il n'y aura jamais
, pour vous , à craindre ni contretems
, ni maladreffe, dans les marques que
vous voudrez bien me donner de votre
fouvenir ; je fuis même à-peu - près quitte
des 'foins que j'aidû me donner pour me
préparer à recevoir ici ma femmie. Mais
avant de répondre à quelques articles de
votre Lettre , qui font très -férieux pour
moi ; je vais tâcher d'entrer dans vos
vues , en égayant celle- ci par le récit de
70 MERCURE DE FRANCE.
quelques fçénes plaifantes que mes pré
paratifs m'ont occafionné . Comme les
perfonnes qui ont été admiſes dans mon
fecret , à Saverne , me l'ont exactement
gardé dès qu'on : a fçû que je prenois &
que je meublois une affez belle maiſon ;
les uns m'ont blâmé de le prendre fur un
ton trop haut ; les autres ont jugé , plus
fainement , que je penfois à me marier :
parmi ceux- ci , plufieurs m'ont reproché
de vouloir faire une fottife ; quelquesuns
fe font empreffés à m'offrir des partis
, en cas que je n'euffe point encore
fait un choix . Je vous avoue , que ces
différentes manieres du Public , de s'intéreffer
aux affaires d'autrui , m'ont fort
diverti ; & je vous ferois un détail plus
circonftancié de toutes les ridicules propofitions
qu'on m'a faites , & de tous les
mauvais compliments que j'ai reçûs
fi je croyois qu'ils puffent vous amuſer
comme moi , & fije n'avois rien de plus
intéreffant à vous dire. Mais paffez- moi
encore quelque chofe de férieux , & de
très -ferieux.Vous me parlez de laiffer dormir
mon amitié ? Non , Mademoiſelle ;
puifque vous m'avez infpiré & permis ce
fentiment pour vous ; ne craignez pas
qu'il s'endorme jamais l'amour luimême
, prendra foin de le tenir toujours
MARS. 1760 . 71
très- éveillé . Soyez bien affurée que l'amitié
de Madame de Saint Fargeol , dès
qu'elle aura l'honneur de vous connoître
, feroit le réveille-matin de la mienne,
fi elle étoit jamais capable de s'endormir.
Me voici au moment de vous parler
d'elle ; & c'eft encore là du ferieux.
Si j'avois eu l'honneur de vous voir , il y
a fix mois , & que vous m'euffiez demandé
fon portrait & fon caractère , j'aurois
peut-être flatté l'un & l'autre , en
vous la comparant ; mais aujourd'hui ,
que je fuis obligé d'en faire les honneurs,
fi je parle en mari , je n'oferai jamais
vous dire tout ce qu'elle vaut à mes
yeux ; & fi je parle en Amant , je dois
craindre de prévenir trop avantageufement
les vôtres ; & qui plus eft , votre
jugement. Mais enfin , vous le voulez ;
& je vais m'efforcer de vous fatisfaire ,
en homme défintereffé. Ses yeux feroient
les plus beaux du monde , fi je n'en
connoiffois point qui le lui difputent.
Son tein , eft de ces beaux teins d'Allemagne
, propres à faire pâlir toutes nos
Françoifes ; mais il aura votre approbation
, parce que vous le verrez fans jaloufie.
Son nés , un peu aquilin , n'a pas
le bonheur de paroître fi friand que le
vôtre ; mais , il donne un grand carac72
MERCURE DE FRANCE.
tère de douceur à toute fa phyfionomie
Il n'eft pas bien décidé , fi celui - ci dor
l'emporter fur celui de vivacité , fur
tout quand ils font également intéref
fans . je ne me déciderai pas mieux fur
la bouche de Madame de Saint Fargeol
j'ai cru affez longtemps , qu'elle étoit
la demeure de toutes les grâces : mais
vous m'avez contraint de reconnoître
mon erreur. Il eft pourtant vrai , qu'elles
font un peu plus grandement logées
chez elle , que chez vous . Si fon fou
rire eft plus tendre , le vôtre pourroit
bien être plus malin . Vous anoncerai-je ,
qu'elle et la plus belle blonde que
j'aye connue ? De quel front , ferois-je
fon éloge , à ce titre , en parlant à la
brune la plus piquante qui foit au mon
de ? Si je ne vous dis rien de fa taille ;
vous jugerez peut- être , que c'est par
modeftie , ou par prudence , que je me
tais fur cet article ? Non , je vous avouč
rai , de bonne foi , que c'eft par amourpropre.
Pourquoi donc auffi, êtes - vous faite
comme perfonne ne l'eft ? Pardonnezmoi
ce petit trait de colère contre votre
taille. Vous allez penfer , que ma femme
abufe de la permiffion d'être petite :
C'eft précisément tout le contraire. A l'égard
de l'efprit , je voudrois que vous
lui
MARS. 1760 . 73
lui en trouvaffiez , pour m'affurer que je
ne me fuis pas trompé dans le jugement
que j'en ai fait. Pour ce qui eft de fon
caractère ; vous lui trouverez tant de
conformité avec le vôtre , que vous ne
pourrez me reprocher , fans vous montrer
injufte envers vous- même , la véritable
eſtime & le tendre attachement qu'il
m'a fait prendre pour elle. Je m'apperçois,
Mademoiſelle, que je ne vous ai que
trop bien obéi , en vous parlant de
Madame de Saint Fargeol , puifque je
ne finis point de vous parler d'elle : mais
peut - on s'arrêter , quand on parle de ce
qu'on aime , & de ce qui nous intéreffe ?
les perfonnes avec lesquelles j'ai eu
l'honneur de m'entretenir de vous , pourroient
vous en dire des nouvelles . je ne
puis pas vous informer encore bien pofitivement
du temps auquel ma femme.
paffera à Strasbourg ; j'en ai plus d'impatience
que je ne puis vous le dire :
mais on ne finit point avec les Ouvriers.
J'ai , furtout , un Sellier & des Peintres ,
qui m'excédent par leur lenteur . Je veux
bien vous avouer, ( mais fous le plus grand
fecret ! ) que j'ai plus d'un motif pour
defirer ardemment l'arrivée de Madame
de Saint Fargeol : le coeur y cft pour
beaucoup ; mais l'ambition y eft pour
D
74 MERCURE DE FRANCE.
quelque chofe , puifque j'ai parole pour
un beau Régiment , dont je ne dois apprendre
la nomination que de fa bouche,
& ne recevoir le Brévet que de fa main.
Vous reconnoîtrez , à cette attention ,
les grâces que notre adorable Cardinal
fçait joindre à fes bienfaits ; & je fuis
afluré , que votre prudence ménagera
l'agréable furprife de Madame de Saint
Fargeol , en lui faifant myſtère comme
à tout le monde , de ce que je ne confie
qu'à vous , & à Madame votre tante ,
à qui je préfente mes refpects . De la
façon dont vous daignez vous intéreffer
à ce qui me touche ; votre gaîté naturelle
aura dequoi s'épanouir , en finiſfant
de lire cette longue Lettre , puifque
vous aurez à partager la joie de votre ami .
La fuite pour le prochain Mercure.
IMITATION , de la dixième Ode du
premier Livre d'Horace ,
N
Tu ne quæfieris , &c.
E jettons point , Delphine , un regard téméraire
Sur la fin qu'à nos jours ont marqué les deſtins ;
Et ne cherchons jamais à fonder le myftere
Du fombre calcul des Devins.
MARS. 1760. 75
Sans trop approfondir leur art impénétrable ,
Il faut plutôt nous éprouver ,
A fouffrir d'un coeur doux , d'une âme inébranlable
Tout ce qui peut nous arriver.
Peut-être qu'Atropos , eft encor éloignée :
Nous pouvons échapper à fon fatal cizeau.
Peut-être auffi , que cettte année ,
Nous conduira dans le tombeau.
Ainfi , fans nous flatter d'une longue vieilleffe ,
A profiter du tems , attachons -nous toujours ;
Et confacrons à la fageffe
Ce qui peut nous refter de jours .
Le temps ne refpecte perfonne ,
D'une aîle rapide il s'enfuit ;
Et chaque moment qu'il nous donne ,
L'inftant après il le ravit.
Ne mettons point notre espérance ,
Dans un avenir incertain :
Paflons ce jour dans l'innocence ,
Sans nous flatter d'être demain.
Par une jeune Religiauſe.
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
VERS de M. de la Louptière , à l'oc
cafion des précédens .
Sox efprit , fes ralens , immolés dans ce lieu ,
Méritent à bon droit la couronne immortelle,
Sans les voeux , qu'elle a fait pour Dieu ;
L'Univers , en feroit pour elle.
A M. MAȘ Ș E' , Peintre du Roi , & de
fon Académie de Peinture & Sculpture;
au fujet de la grande Galerie de Verfailles
, gravée par fes fains , & furfes
deffeins.
MASSE, ASS , tes moeurs , & tes talens ,
Reüniffent tous les fuffrages :
En l'un , tu fers d'exemple aux fages ,
En l'autre , de modèle aux Artiſtes favans.
Ton Pinceau , que la Cour admira fi longtemps ,
Fut dépofé, pour fuivre un projet plus immenfe :
Ton amour pour les Arts , anima ta conftance;
Un travail de trente ans , ne t'a pas rebuté.
Nous le voyons enfin , set oeuvre fouhaité
Ces Deffeins précieux , que reſpecte l'envie ;
Dont le connoiffeur enchanté રૈ
MARS. 1760. 77
Jouit , en ádmirant cette touche hardië,
Ces contours fiers , ce fini gracieux ,
Dont les favans accords , forment une harmonie,
Le charme de l'efprit , & le plaifir des yeux.
Ce fruit des beaux jours de ta vie ,
Multiplié par le burin ,
Ajamais fixe le deftin
De la célèbre Galerie ,
Où des Peintres , le plus fameux ,
Traça , dans fes Tableaux , une brillante hiftoire
Des mémorables faits d'un Roi victorieux .
De ces travaux , qui te comblent de gloire ,
Tu recevras le prix au temple de mémoire :
J'y vois placé ton nom , à côté de le Brun.
Celui du grand LOUIS , aux deux vôtres s'allie ;
L'affemblage n'eſt pas commun :
C'eft le prix des talents , & celui du génie.
Mais , en attendant cet honneur ,
Jouis longtemps de la faveur
Que te procure ton ouvrage !
Un Monarque chéri , lui donna ſon ſuffrage ; (a )
Sa bonté le paye aujourd'hui.
Le pofte , dont il veut faire ta récompenſe , (b)
Te flatte plus , venant de lui ,
Que par le bien qu'il te produit.
Oui ! c'est ainsi que ton coeur penfe.
( a ) Le Roi dit , lorſqu'il lui préfenta cette fuite d'Ef
tampes : Voilà donc ma Galerie , immortalifeé!
(b) La place de Garde des Tableaux de Sa Majesté.
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
Le Ministre des Arrts en étoit informé ,
Lorfqu'à la place il t'a nommé.
Pour répondre à la confiance ,
Et remplir les voeux de fon Roi ,
La brigue , le crédit , foutiens de l'ignorance ,
N'ont point de parṛ aux grâces qu'il diſpenſe :
Etre jufte , voilà ſa loi.
Par fon difcernement , il écarte la fuite
Des prétendans , dont il eft obfédé :
Et tel qui n'a rien demandé ,
Obtient , à titre de mérite ,
Ce qu'un autre a follicité . ( a )
On peut mettre dans la balance.
Ta conduite , & fon procédé ;
Mais , les pefant au poids de l'équité ,
A qui donner la préférence ,
Du Citoyen laborieux ,
Qui mérite la récompenfe ,
Ou du Mecène généreux ,
Qui le prévient fans qu'il y penfe ?
Pour moi , je crois dans cette circonſtance ,
La gloire égale pour tous deux ,
Puifqu'il eft vrai que l'on ne pouvoit mieux
Confier le tréfor des Beaux Arts de la France.
Ami , pour bien louer l'ouvrage & fon Auteur ,
Il eût fallu plus d'élégance :
( a ) M. le Marquis de Marigny a écrit à M. Maſſé une
Lettre des plus obligeantes , en lui annonçant qu'il étoit
nonané à cette place , qu'il n'avoit pas demandée.
MARS. 1760. 79
Mais quand , de toi , je tiens ce chef- d'oeuvre
enchanteur ;
Du moins,pour t'en marquer de la reconnoiffance,
I eft bien flatteur pour mon coeur
De ne dire que ce qu'il penfe t
LE
"
E mot de la première Enigme du
Mercure précédent, eft la lettre O. Celui
de la feconde , eft Barométre. Et celui de
la troifième , eft la lettre F.
Le mot du premier . Logogryphe , eft
Inftrument ; dans lequel on trouve vent ,
terre , ver, mi , té , ut,fi , mine , or,feine,
verre , Vénus , Iris , Turnus . Celui du
fecond Logogryphe , eft Croc ; ôtez le C,
refte roc.
ENIG ME.
LECTEUR ECTEUR , ma figure eft ovale :
J'ai des frères fans nombre; & je n'ai point de foeur.
On voit en moi deux brillantes couleurs.
Pour ne te rien cacher , ma forme eft inégale ,
Prefque rond par un bout , par l'autre plus aigu.
Je fers au Grand , au Bourgeois , au Vulgaire."
Juge par là fi je fuis néceſſaire !
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
Et fi je dois être connt ?
Ce n'eft pas tout : car je fuis l'origine ,
D'un très-grand nombre d'animaux.
De plus , j'ai produit les jumeaux ,
Connus par l'union divine ,
Qu'on vit toujours régner entre eux.
Je fuis un mêts délicieux ;
Surtout dans la convalefcence ,
Chacun vante mon excellence .
Trouve-moi , Lecteur , fi tu peux.
Par M. H. S. D'EVREUX,
DES
AUTR E.
Es mystères facrés , interprête fameur ,
Membre d'un corps très redoutable ,
Je goûtois autrefois un deftin glorieux.
Le temps, qui change tout, par un fort déplorable,
En confervant mon nom , m'a tout défiguré.
Un habit modefte , une treffe ,
Ufurpèrent l'honneur d'un nom fi révéré.
Paffe encor mais par quelle yvrelſe ,
Par quel bizarre tour d'imagination ,
Petits & grands , toute une nation ,
S'accordent- ils , pour mieux me méconnoître ?
A transformer mon état & mon être ,
En meuble malhonnête & de mince valeur ,
MARS. 1760 . $1
Orné de diverſe couleur ,
Moins rond qu'ovale , & plus ou moins folide ?
Eft-ce une main fans malice , ou perfide ,
Qui mit en oeuvre un pareil inftrument ,
Pour me deshonorer & faire mon tourment ?
LOGOGRYPHE.
VINI ENEZ dans nos climats , ô Nymphes du
Permeffe ,
Joindre vos doux accens , à nos chants d'allégreffe !
Dans un nom chéri , reſpecté ,
Quelle illuftre fécondité !
Du pur fang des Héros , une fource brillante ,
Met le comble à nos voeux , rempliſſant notre
attente .
Bien plus , elle nous rend plus d'une Déité ,
Célèbre dans l'antiquité.
Témoins , le Dieu des Bois , & la chafte Déeffe.
L'Eternelle Sageffe ,
Le Créateur , Arbitre fouverain ,
Habitant toujours dans fon fein .
Si la haine y paroît , c'eſt la haine du vice ,
Oppofée à toute injuſtice ,
Dont elle abhorre les effets .
Elle produit encor , outre ces quatre objets ,
Des amours de Phoebus , une Nymphe allarmée ,
Dv
81 MERCURE DE FRANCE.
Et qui fut , dans fa fuite , en laurier transformée
Le Mont facré. Ce qu'au fort de l'hyver ,
L'Alcyon fait fur les flots de la mer.
Ce qui fert de réveil aux enfans de Bellone ;
Et ce qui , de Cérès , compofe la couronne.;
L'arbre, dont la figure, au bon vieux temps jadis
Par les Dieux , fut donnée à la Nymphe Pithys.
Une Province , & deux Villes de France.
L'Evêché d'un pays , voifin de la Provence.
La fille de Lia ,
Qu'aux fureurs de l'amour , Sichem facrifia ;
Mais dont le crime affreux , tragique dans fes
fuites ,
Le fit périr avec les Sichémites .
Un des tributs d'Ifraël.
Ce que le Prêtre offre à l'Autel .
Un pays riche. Un grand fleuve d'Afie .
Ce qu'en partant , on dit par courtoifie ;
Et qu'un Banqueroutier ,
Ne dit guère à fon Créancier .
Au défaut de voiture, un membre utile à l'homme,
Pour faire le chemin de Warfovie à Rome.
Un des quatre élémens : une faine liqueur,
Qui ne fait pas broncher fon avide buveur.
Et pour finir , Lecteur , un nom pris par cinq
Papes.
Huit pieds font tous ces mots... Vois fi tu les
attrapes.
MARS. 1760. 83
LOGOGRYPHUS.
NOSTE OSTER amor citiùs citiùs properate
camoenæ !
Laudibus afpirate meis , avitoque , meoque
Obfequio , gratique animi & pietatis honori .
Grande , novem pedibus , fert grandia nomina
nomen;
Quo coelum , quo terra , tremunt , atque infera
regna.
Qui mare , qui terras , qui torquet fidera metu.
Pieridum collis . Famofa Oracula Phoebi.
Et natale folum Phoebi. Cognomen amicum .
Quæ pharios foecundat agros feptemfluus annis.
Quæ per Erithræos , gemmata allabitur unda..
Eneæ foboles. Sævi regnator Averni.
Rex à quoTroja fuit , nati quoque Apollinis ambe
Quæ tenuere moræ , quid dicam plura , tenenti
Omnia ; pigraris ! tibi pauca velim addere : perge.
Pars tribus una viris Romæque Auguftoque rebellis.
Arboris induruit trunco Cibeleius atys.
Æneadum fratres . Fidique , Helvetia , amici.
Urbem Alphæus amat. Palmas Epirus equarum .
Mulctatus nece , natorumque , fuâque facerdos.
Thronus ubi fulget nexis adamante columnis.
D vi
84 MERCURE DE FRANCE.
Quinque & Pontificum nomen , fucceffor honoris
Petri. Jamque feris laniandum tradit acaftus .
Credulus innocuum ; nunc ungues rodere ceſſa
Imperio Bacchi , piſcis fert nauta figuram .
Pifcis ab eximiâ virtute refertur in aftra , -
Pifcis amans pueros , geftansque per æquora dorfo,
Piſces Avionæi melleus dulcedine plectri .
Edipe , te fallis , vanoque labore fatifcis ;
Non pifcis , fed homo eft , claræ fpes altera gentis ,
Gentis amor , legum cuftos , pietatis amicus ;
Delicium Phoebi ; natis , uxore beatus.
CHANSON.
PAPILLON, APILLON , ton penchant volage ,
Te porte à tout , fans t'arrêter :
Tu voltiges , rien ne t'engage .
Ah , que ne puis-je r'imiter !
De l'Amour , tu n'as que les aîles ;
Ce Dieu me retient dans les fers :
Tu ne trouves point de cruelles ;
C'est une ingrate que je fers.
Chaque fleur , que ton coeur defire ,
Eft prête à fervir tes plaifirs.
Que ne vois-je, hélas ! ma Thémire
Recevoir ainfi mes foupirs !
LE
PAPILLON,
Idille
Papillon ton
penchant vo
-lage ,
3
жо
+
T'incline à tout sans
t'arrêter: Tu vol =
3
= tige,
rien ne
t'en -
gage
,
Ah!
que
ne
puis -je ti- miter.
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
***
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
MAR S. 1760. 85
Le Soleil ouvre fa carrière ;
C'eſt pour éclairer ton bonheur ,
Dès qu'il a frappé ma paupière :
Il eft témoin de ma douleur .
Chaque jour , plus chéri de Flore ,
Tu lui fais de nouveaux préfens ;.
Et la bergère que j'adore ,
Dédaigne toujours mon encens.
A te rendre heureux , tout confpire :
Tout , contre moi , femble irrité :
Mais le plaifir d'aimer Thémire ,
Vaut au moins ta félicité !
Par M. REGN AULT DUMESNIL , Avocat.
L'Air eft de M. DELLAIN .
38 MERGURE DE FRANCE.
ARTICLE II.
NOUVELLES LITTERAIRES,
LA MORT D'ABEL ,
Poëme en cinq Chants , traduit de l'Allemand
de M. Geffner ; par M. Huber.
Chez Hardy , Libraire , rue S. Jacques,
à la Colonne d'Or.
LESES Partifans de la belle Poëfie ,, qui
font aujourd'hui en très- petit nombre ,
ne peuvent honorer d'un accueil trop
flatteur le Poëme de la Mort d'Abel. La
partie du fentiment , y eft maniée par le
fentiment même : il s'y trouve peut- être
autant de grâces que dans le fixiéme Livre
de Milton. L'Auteur , eft un Imprimeur-
Libraire à Zurich ; on le nomme
M. Geffner : il s'eft déja effayé dans des
Paftorales , où reſpirent la nature & la
vérité . Il marche dans la carrière du génie
, fur les traces du célèbre Haller. Son
Poëme eft diftribué en cinq Chants. En
voici , à- peu-près , le plan.
MARS. 1760.
87
PREMIER CHANT.
Le Poëte , dans une invocation un peu
trop longue & trop détaillée , a recours à
Kenthoufiafme. C'eft ainfi qu'il entre en
matière.
» Les heures paisibles ramenoient l'au-
» rore au teint de rofe , & rabattoient les
» vapeurs de la nuit fur la terre ombragée
; le foleil , dardant fes premiers
" rayons , de derrière les noirs cédres de
» la montagne , teignoit d'un pourpre
» étincelant les nuées qui nâgeoient dans
» le vague , des airs , encore foiblement
»éclairés ; lorfqu' Abel , & fa bien- aimée
Thirza , fortirent de leur cabane pour
» fe rendre fous le prochain berceau, tiſſu
» de jafmin & de rofes entrelaffées . L'a-
» mour le plus tendre , & la vertu la
plus pure , répandoient un doux fouris
» dans les beaux yeux bleus de Thirza, &
» des grâces attrayantes fur l'incarnat de
» de fes jouës ; pendant que les ondes
"
de fa blonde chevelure defcendoient
» fur fon col d'albâtre ; ou fe jouant fur
» fes épaules , ornoient fa taille fine &
» déliée. ود
Ce Morceau annonce une Poëfie agréa
ble & brillante: c'eft un tableau du Cor
rége , ou de l'Albane.
88 MERCURE DE FRANCE.
Le Poëte , de ce même pinceau , dépeint
les grâces nobles & fières de la beauté
d'Abel. Thirza l'invite à chanter un cantique
, en l'honneur de Dieu.
Le cantique , eft fublime. M.Geffner eft
rempli de la force & de l'onction des
Prophètes ; & il s'éléve même au-deffus
de fon vol , dans cet endroit de fon Poëme.
Adam & Eve , entrent dans le berceau
d'Abel. Caïn , paffant devant le berceau
eft témoin des careffes que fon pere
& fa mere prodiguent à fon frere : il en
conçoit une fombre jaloufie , un dépit
qui s'exhalent. Abel, qui s'en eft déja apperçu
, veut l'aller trouver aux champs; &
dans de tendres embraſſemens , étouffer
ces femences de haine. Adam prend la
réfolution de fe charger lui-même du
foin de cette réconciliation , & d'employer
l'amour & l'autorité paternelles . Il
fe rend donc , à la place d'Abel, auprès de
Cain. Cette fituation fi fimple , d'un pere
qui veut remettre la paix & l'amitié dans
le coeur de fes enfans , eft traitée avec une
énergie qui n'étoit connue que des Auteurs
anciens : c'eft la Nature même. On
voit Adam , Cain , on les entend , on
pleure avec l'un & l'autre ; rien n'eft fi
touchant , fi pathétique que ce morceau.
Nous n'avons pas , fur nos Théâtres , une
MARS. 1760 . 89
·
fcène mieux filée , ni plus intéreſſante.
Les deux caractères du pere & du fils ,
font développés. Caïn laiffe voir à Adam
cette jaloufie , qui le dévore malgré lui
qui empoisonne fes jours , qui répand fur
toutes les actions une rudeffe , une férocité
, un fombre , qu'il eft le premier à
condamner. Il confent cependant , à fe
raccommoder avec fon frere ; mais d'un
ton , qui raffure peu Adam. Cebon pere ,
repréfenté fous les couleurs de la tendreffe
paternelle la plus vive, la plus affectueufe,
fe retire, le coeur ferré de douleur.
" Ainfi parla Adam , en fe retirant des
وو
"
champs , contrifté , la face panchée
» contre terre de temps en temps , feu-
» lement , il levoit les yeux au Ciel , en
gémiffant tout haut , & portoit fes
» deux mains jointes au-deffus de fa tête.
» Caïn le regardoit ; & s'écria pénétré de
» douleur, à fon tour : comme il lève trif-
» tement les mains vers le Ciel ! comme
» il fe lamente ! comme il gémit ! .....
» je lui ai fait des reproches infultans , à
» ce bon pere ! Où m'emporte mon aveugle
rage ? Un enfer , déchire mes en-
» trailles .... Le voilà déja loin de moi ; &
je l'entends encore gémir ! Comme il
≫ chancelle , accablé par la douleur ! Sije
33
+
90 MERCURE DE FRANCE.
courois après lui ? Si j'allois embraffer
» fes genoux ; & lui demander ma grace ,
» par ce qu'il ya de plus facré? ... Voilà
mon pere , arrêté , là-bas , comme fans
» fentimens , les mains levées au Ciel ,
qu'il paroît implorer . Je cours me jet-
» ter à fes pieds .... ô miférable que
» je fuis !
"
Cain , court à fon pere ; tous deux s'embraffent
, en verfant un torrent de larmes.
Adam , pardonne à fon fils ; il le mène à
Abel. Nouvelle effufion de tendreffe : les
deux freres , volent dans les bras l'un de
Pautre . Abel , preffe Cain contre fon
coeur , & lui témoigne toute la joie que
lui caufe leur reconciliation . Eve , prend
part aux plaifirs d'un fi doux racommodement.
Les foeurs de Caïn & d'Abel, parent
une table de divers fruits. » Ils s'af
feyent pour ce repas charmant & déli-
» cieux la joie , la gaîté , les doux en-
» tretiens , amènent rapidement la fraî
» che foirée.
Tel eft le premier Chant . Je le répéte ;
cette fituation de Cain , ébranlé par les
larmes de fon pere , & qui va fe jetter à
fes pieds , eft dans ce beau fimple , digne
d'Homère ; les mêmes poftures , le même
pathétique , le même développement de
fentimens. Ce Chant , eft appuyé ſur un
MARS. 1760.
dramatique admirablement bien traité .
peut-être, y defireroit - on un peu plus d'invention
& de machine : ce qui conftitue ,
en un mot , le Poëme & la différence du
Drame ; qui cependant y doit être employé
comme un des principaux refforts
de l'intérêt & de l'attendriſſement.
SECOND CHANT.
Abel invite fon pere , dans le fecond
Chant , » à leur faire le tableau des
jours qui fe font écoulés depuis l'époque
» de leur fatale tranfmigration en cette
» vafte terre , jufqu'au mement préſent.
Il ne faut point oublier un trait de fentiment
, qui doit faire honneur à l'adrefle
& au génie du Poëte. » Dis - moi , chere
» Eve , ( s'écrie Adam ) où commencerai-
je cette importante hiftoire ? Sera-
» ce à l'inftant où , nous tenant par la
» main , nous nous éloignâmes du Para-
» dis ? Mais , ô ma bien aimée ! déja je
vois tes yeux inondés de pleurs. Com-
» mence-la , dit- elle , cher Epoux , à l'en-
» droit où jettant nos derniers regards fur
» le Paradis , avec un torrent de larmes ,
» je me laiffai tomber dans tes bras , ac-
» cablée de regrets & de défeſpoir.
Que ce trait eft touchant ! il eſt digne
de notre illuftre Racine.
92 MER CURE DE FRANCE.
Eve commence donc cette defcription ;
& Adam reprend le fil de la narration .
A peine ont- ils quitté le Paradis terreftre,
qu'ils s'apperçoivent bientôt , que les
» animaux ne leur obéiffent plus ; que les
» liens d'amitié font rompus entre les
» êtres vivans ; & que le plus foible , eft
» la proie du plus fort. Adam continue de
décrire les divers phénomènes qui les
frappèrent d'étonnement ; l'orage , le
tonnèrre , le fpectacle d'un oifeau mort ,
qu'Eve prend pour un oifeau plongé dans
Le fommeil . Cette derniere image , eſt ingénieufe
; d'autant plus qu'Adam & Eve
ignorent entièrement ce que c'eft que la
mort. Ils arrivent enfin aux peids d'un
cèdre ; Ils y établiffent leur demeure , y
conftruifent une cabane. Eve eft chargée
du foin de détourner les fources à
» travers les fleurs , & d'arranger les ar-
" briffeaux en efpaliers , ou de foutenir
» avec des baguettes des fleurs penchées ;
» ou enfin , de cueillir des fruits parvenus
» à leur maturité.
Tous les détails de cette narration
font gracieux , intéreffans , revêtus des
charmes de la plus riante Poëfie. Un Ange
vient vifiter Adam ; il lui annonce ce qui
doit arriver à fa poftérité ; que la clé
mence de Dieu balancera toujours fa
MARS. 1760 .
95
ర
juftice. Il lui révèle , qu'ils ne font pas
fi feuls fur ce globe qu'il leur femble ;
ور
و د &
39
que cette terre , toute maudite
» qu'elle eft , eft encore habitée par de
purs efprits . >>
L'Ange , à l'inftant , touche les yeux
d'Adam & d'Eve ; & leurs yeux , déffillés ,
voyent des beautés au- deffus de toute
expreffion .
Ce morceau - ci , eft de la plus riche
invention : il fe trouve appuyé par le fentiment
de quelques Peres de l'Eglife .
Je croirois faire tort au Lecteur , que de
paffer fous filence un des plus beaux endroits
peut- être de ce Poëme.
พ
» Toute la contrée étoit peuplée d'en-
» fans des Cieux , plus beaux que n'étoit
Eve , lorfque nouvellement créée , elle
» fortit des mains de l'Eternel , & qu'elle
» me réveilla , d'une voix gracieuſe , en
» me tendant les bras avec tendrelle.
Quelques uns recueillirent de légers
» brouillards de la terre , & les portèrent
» en haut fur leurs aîles déployées , pour
» en faire de douces rofées & des pluyes
rafraîchiſſantes ; d'autres , repoferent
près des ruiffeaux gazouillans , veillant
» à ce que la fource ne tarît point , de
» peur que les plantes ne fuffent privées
» de leur humide nourriture. Plufieurs ,
»
»
94 MERCURE
DE FRANCE
.
23
» étoient difperfés
dans la plaine : là ils
préfidoient
à la croiffance
des fruits , » répandoient
fur des fleurs naiffantes
& » couleur
de feu , l'aurore
ou l'azur ; &
>> leur infinuoient
des parfums
agréables
,
» en les fomentant
de leur haleine . D'au-
» tres , étoient diverſement
occupés
dans
» l'ombre
des boccages
; & de leurs aîles
brillantes
, faifoient
éclorre , à chaque
pas de doux zéphirs , qui tantôt volti-
-"geoient
en murmurant
à travers
les
» ombrages
, tantôt planoient
agréable- » ment fur les fleurs , & s'alloient
enfuite
» rafraîchir
fur la furface
frémiffante
des
» ruiffeaux
ou des lacs .
•
2
"3
On ne peut trop donner
d'éloges
à ce morceau
, qui affurément
n'eft point dû à
l'efprit
d'oftentation
. On peut voir , parlà
, combien
il y a encore
de reffources
pour le génie ; & qu'il fçait toujours
s'ouvrir
de nouvelles
routes.
""
Les yeux d'Adam
& d'Eve retombent
,
& cette fçène raviffante
difparoît
. L'Ange
continue
à leur expliquer
les diverles fonctions
de ces enfans
des Cieux , qui
peuplent
l'efpace
: il leur ordonne
de » bâtir un Autel fur une colline , & d'
» immoler
deflus un jeune agneau ; &i » leur promet
, de la part de l'Eternel
, » d'envoyer
du haut des Cieux un feu dé-
» vorant , qui confumera
la victime.
و د
MARS. 1760 .
25
Adam & Eve, obéiffent à l'Ange : nouvelle
occafion au Pocte de déployer fon
art de peindre . Ils décrivent les effets de
l'hyver , qui juſqu'alors leur avoit été inconnu.
Adam égorge , en l'honneur du
Seigneur , le plus beau de fes agneaux,
comme il l'avoit promis à l'Ange. M. Geffner
, femble avoir pris plaifir à repréfenter
l'innocent animal , lutant contre le
couteau menaçant. Nous ofons le dire ,
avec cette franchiſe qui accompagne le
goût des arts & l'éloge du talent , le
Poëte ici me paroît manquer d'adreſſe : il
rend cet agneau fiintéreffant , qu'il jette de
l'odieux fur le facrifice, & même furAdam.
11
y aa des objets , que la pocfie , comme la
peinture , doit traiter légerement ; &, pour
ainfi dire , efquiffer. Vouloir tout peindre ,
eft un défaut , peut- être auffi grand que
de ne point affez appuyer le pinceau.
C'eft au goût & à la nature , à décider
quand il faut ne donner qu'un coup de
crayon , ou achever la figure . Adam , raconte
la furpriſe & la douleur qu'éprouva
Eve dans fon premier enfantement . Il
parle auffi des divers enfans qu'elle lui
donna.
Ce fecond Chant, eft rempli de beautés.
Il nous femble, cependant, refroidir l'action,
qui , dans un petit Poëme, doit avoir
96 MERCURE
DE FRANCE
.
une marche plus rapide & plus refferrée ;
que dans un Poëme Epique , étendu dans
toutes fes parties . Les Poëtes , comme les
Peintres & les Sculpteurs , ont des proportions
à garder ; & notre Auteur , dans
ce Chant , s'eft écarté de la regle.
TROISIEME
CHANT.
Adam ceffe de parler . Ils fortent tous
du berceau : Abel embraffe tendrement
fon frere ; chaque couple prend le chemin
de fa cabane . Abel & fa femme , fe félicitent
mutuellement , fur la réconciliation
avec Cain , qui fe retire de fon côté ,
avec fa femme Méhala. Il laiſſe voir fon
âme féroce, qui a de la peine à fe foumettre
; il paroît offenfé contre les parens de
ce qu'ils ont raconté l'hiftoire de leur
chûte , la caufe de tous les défaftres qu'ils
ont éprouvés. Méhala l'embrasle tendrement,
avec des larmes; & cherche à diffiper
cette humeur fombre & mélancolique
, oùfon mari fe replonge toujours. Un
démon , nommé Anamalech , qui ne le
céde point en ambition à Satan , s'élève
des enfers , & pénétrant jufqu'à Cain , ſe
gliffe contre lui , tandis qu'il eft livré au
repos. Ce génie infernal, eft une foible, &
très-foible imitation de Milton , qui introduit
le Diable dans le Paradis terreftre ,
fous
MARS. 1760 . 97
fous cette forme hideufe, près de l'oreille
d'Eve fommeillante. Adam , vient à tomber
malade ; toute fa famille eft allarmée .
Eve craint que ce ne foit la mort ,qui s'ap
prête à le frapper. Abel , fait une prière
au Ciel un Ange en defcend , qui lui
donne des fimples , ceuillies de fa main célefte
,lui commande de les faire bouillir , &
deporter ce breuvage à fon pere; ajoutant,
que ce remède lui rendroit la fanté. Adam,
par ce moyen , la recouvre : il bénit fon
fils Abel. Cain, en eft jaloux ; & la fureur,
fuit la jaloufie. Cependant, Adam le bénit
auffi . Cette bénédiction , ne rend point le
calme à l'âme de Caïn , qui eft toujours
plus ulcéré , & ne peut repouffer les fombres
penfées qui le dominent. Adam, à la
convalescence , chante un cantique , dont
nous citerons unpaffage , plein d'une poëfie
agréable & touchante.
"
Je te falue, aimable foleil ! Je té falue,
avant ton coucher. Lorfque tes rayons
» du matin , commençoient à briller der-
» riere les cèdres, je gémiffois, accablé par
la douleur : lorfqu'ils éclairérent ma cabane
, je te faluai par des foupirs : lorf-
» que , le foir, tes rayons brillent derriere
» les montagnes ; profterné, à genoux , je
» rends graces au Seigneur, qui m'a déjà
» fecouru , qui a diffipé mes douleurs.
E
98 MERCURE DE FRANCE.
Je vous falue, montagnes élevées,& vous
collines répandues dans les plaines ; mon
» oeil vous verra encore, quand vous reflé-
» chirez les rayons vermeils de l'un & l'au
tre crépufcule. Je vous falue , oifeaux ,
ود
و د
qui chantez les louanges de l'Eternel :vo-
» tre chant recrééra encore mon oreille ,
» dès le matin, pour chanter des hymnes au
Seigneur. Vous, fontaines murmurantes,
» mes membres fe repoferont encore fous
» vos bords émaillés de fleurs , où le bruit
de vos doux flots fait naître un fommeil
» bienfaiſant : & vous, bocages , buiffons ,
» berceaux,je me promenerai encore fous
» vos ombrages : vous verferez encore vo-
» tre douce fraîcheur fur ma tête , lorf-
" qu'enfeveli dans de profondes méditations
, j'entrerai dans vos charmans
labyrinthes '
"
Abel & Cain , offrent des facrifices à
Dieu , en action de graces , pour le
fetour de la fanté de leur pere . Abel ,
égorge un de fes agneaux : l'holocaufte ,
paroît agréable à Dieu . Cain, de fon côté,
fui préfente des fruits . Sur fon Autel , un
tourbillon orageux diffipe le facrifice &
couvre Caïn de flamme & de fumée. Une
voix , fort de l'obfcurité de la nuit , qui
l'avertit » de fe corriger ; de ne point haïr
fon frere. Cain, eft déchiré par des »
'MARS. 1760. Go
mouvemens contraires : l'afpect de la flâme
du facrifice d'Abel , le rend à toutes
fes fureurs ; il eft accablé de douleur , de
défefpoir : il fuccombe , fous les diverſes
paffions qui partagent fon coeur. Le caractere
de Caïn , eft admirablement bien exprimé,
dans tout ce Poëme. Ce Chant, n'eft
core qu'un rempliffage , qui retarde l'action,
On voit que lePoëte a cherché à étendre
une matiere , dont le peu d'abondance
trahit à chaque inftant l'Auteur , malgré
tous les efforts qu'il fait , & les beautés
qu'il prodigue.
QUATRIÈME CHANT.
Caïn fort de fa cabane , avec le trouble
affreux qui le pourfuit ; il s'affied au pied
d'un buiffon. L'Efprit malin, Anamalech,
lui envoie le fommeil, & des fonges horribles,
qui lui repréfentent Abel & fa poftérité,
dans les plaifirs de l'abondance, &
au comble des honneurs. L'agitation de
Cain , paroît fur fon front : il voit auffi
dans ces fonges , fi favorables à fon frere,
& fi odieux pour lui , fes defcendans
accablés par l'infortune , l'esclavage &
l'humiliation . Cette image , redouble ſa
rage. Abel, fur ces entrefaites, l'apperçoit :
il court à lui ; il le voit endormi , & dans
un trouble extraordinaire.Caïn feréveille,
E ij
100 MERCURE DE FRANCE .
pourſuivi , pour ainsi dire, par les furies, &
accablé par ce mauvais génie, qui lui avoit
fufcité ces fonges affreux . Il jette les yeux
fur Abel , qui vole dans fes bras .... Toutes
fes fureurs , à cette vuc, fe raniment : il
faifit une lourde maffuë; & il la laiffe tomber
avec impétuofité fur la tête de fon
frere , qui tombe mort , baigné de fang ,
aux pieds de fon meurtrier. Les remords
de Cain , fuivent de près fon crime. Anamalech,
charmé de l'attentat qu'il a excité,
retombe avec joie aux enfers . L'Ange de
la mort,à la voix de Dieu, vole du haut des
airs , & ya recueillir l'âme d'Abel ; que
l'Auteur nous peint comme ces fubftances
, ces corps éthérés , décrits dans Homere.
Elle s'élève dans les Cieux , au bruit
des Cantiques des Efprits bienheureux .
Cain, erre dans les bocages, perfécuté par
l'image de fon forfait.Une voix effrayante,
fort d'un nuage , qui lui demande où eft
fon frere ? ... Le Poëte, en cela, s'eft conformé
aux faintes Ecritures . Un Ange
paroît , qui lui annonce fa malédiction .
Adam & Eve, le promènent enfemble :
ils prennent la réfolution d'aller juſqu'à
Ja prairie , où paiffent les troupeaux d'Abel.
Enfin , ils apperçoivent fon cadavre
enfanglanté. Le Poete a très - bien exprimé
l'étonnement , la douleur , le déſef
MARS. 1760 . for
poir du pere & de la mere , à un fembla
ble fpectacle. Un Ange vient à eux , qui
leur annonce que l'âme d'Abel a été tranfportée
dans les Cieux ; & qui leur ordonne
, de la part de Dieu, de creafer une
foffe , d'y mettre le corps de leur malheureux
fils , & de le couvrir de terre . Ils
s'apprêtent à obéir. » Adam prend le cadavre
fur fes épaules , pleurant fous ce
» trifte fardeau , & Eve fanglotant à fon
» côté.
Le Poëme , devroit fe terminer à ce
chant. La mort d'Abel , les fureurs , les
remords de Cain , la douleur d'Adam &
d'Eve ; tous ces divers tableaux , font de
main de Maître . Il y a pourtant encore
des longueurs dans ce chant.
CINQUIEME CHANT.
Thirza , femme d'Abel , après un fom
meil troublé par de noires vifions , ouvre
les yeux au jour naiffant , fe léve
avec précipitation , & fort de ſa cabane :
elle eft dominée par une trifteffe , un ouble
, dont elle ne peut démêler la caufe :
elle rencontre Méhala , fa belle-foeur , qui
lui fait part du chagrin que lui caufe la
mélancolie profonde où eft enfeveli fon
mari.
» Adam , d'un pas chancelant , fort de
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
» derriere les arbres ; il portoit fur fes
épaules le trifte fardeau , le corps de
» fon malheureux fils ! Eve , la tête pan
» chée , marchoit à côté de lui ; tantôt
"
elle tournoit fon vifage , flétri par la
» douleur , du côté du cadavre fanglant ;
stantót , elle l'enveloppoit dans fa che-
» velure , inondée de pleurs.
Quel fpectacle pour Thirza & Méhala !
'Adam , pour calmer leur douleur , leur
apprend ce que l'Ange lui a révélé ; que
l'âme d'Abel jouit d'un fort heureux.
Méhala demande , où eft Caïn ? elle ſçait
enfin , que c'eft for mari qui eft le meurtrier
de fon frere : elle s'abandonne , à
cette nouvelle , au plus violent défefpoir.
Funérailles d'Abel ; priere d'Adam ,
fur la foffe. Cain , continuë de promener
fes remords & fa douleur , il entend les
plaintes de Thirza : il l'entend prier le
Ciel pour fon pardon , pour fa confer
vation . Cette nobleffe d'âme , de la part
de Thirza , achève de déſeſpérer l'aſſaffin
d'Abel. Il retourne enfin , à fa cabane.
Méhala, à fa vuë, perd l'ufage de fes fens:
elle revient à la vie , pour verſer un tor
rent de larmes . Cette fituation eft extrêmement
touchante , & bien exprimée.
Caïn , lui dit un éternél adieu : il lui ap
prend , qu'il veut fuir loin de ces bocages
MARS. 1760. 103
qui lui rappellent fon crime , loin des
yeux d'Adam & d'Eve... qu'il voudroit
fuir la Nature entiere !
Méhala, en femme généreufe, en époufe
tendre, lui répond, qu'elle le fuivra avec
fes enfans , au bout de la terre ; qu'elle
veut le confoler , éffuyer fes larmes ,
être le témoin de fon repentir. La mere
& les enfans ,fe mettent donc en chemin,
avec le pere : un Ange leur apparoît ; du
moins une voix fe fait entendre , qui
s'adreffe à Méhala. » J'informerai , par
» un fonge agréable , ta tendre mere de
" ton courage magnanime ; je lui dirai ,
que tu es partie à côté de ton époux
pénitent , pour implorer la grace du
» fouverain Juge .
C'eſt ainfi que fe termine ce Poëme.
Si l'on me pardonne la répétition , voici
en peu de mots ce qu'on peut en penfer.
Cet ouvrage n'a qu'un très - foible
mérite , du côté de l'invention. Il s'y trou
ve des longueurs fans nombre , qui étouffent
le fujet principal. On auroit pû réduire
les cinq chants , à un feul chant un
peu confidérable , en retranchant, furtout ,
le fecond chant épifodique, acceffoire dont
on pouvoit fe paffer . Ce n'eft point l'éffor
de Milton. Mais fi la Poëfie de cet
ouvrage n'eft pas fublime , qu'elle eft
Fiv
104 MERCURE DE FRANCE.
généreufe , touchante ! que ce coloris eft
Frais ! On ne peut mieux rendre le ſentiment
: Cette partie y éclate dans toute
fa force : c'eft un tiffu de fcènes intéreffantes.
On pourroit appeller la mort
d'Abel , un Poëme dramatique. Pourquoi
ce Poëme n'auroit- il pas plufieurs genres ?
Ne feroit il confacré qu'à la feule Epopée
? …. En un mot, M. Geſſner , eft l'inter•
prête du fentiment & de la Nature. Nous
l'exhortons , feulement , à ne pas s'abandonner
à la pente facile de fon génie ,
à refferrer la trame de fes ouvrages :
leurs beautés en feront plus frappantes.
Le Traducteur ( M. Huber) doit partager
nos applaudiffemens , avec l'origi
nal : il en a rendu l'énergie , l'efprit ,
l'âme , fi je puis le dire. On ne peut y
reprendre que quelques expreffions , qu'il
fera tres ailé de corriger dans une nou
velle édition.
LETTRES choifies de Chriftine , Reine
de Suéde.
L'HIST 'HISTOIRE nous préfente peu de perfonnages
, dont la vie offre plus de révolutions
, plus de bifarrerie , plus de contrariétés
, que celle de Chriftine , Reine de
MARS. 1760 . 105
▪་
7
Suéde.Tout parut étonnant, danscettePrinceffe
extraordinaire. Affemblage fingulier
de force, & de foibleffe; elle étoit ambitieufe
, & quitta la couronne : elle aimoit la
gloire ; & commit des vices. On eft encore
étonné, qu'elle ait pût réunir le période
des vertus , & des vices . Mais l'on commence
à apprécier fon mérite ; & les événemens
de fa vie, qui ont fait le plus d'éclat
, ne font pas ceux qui lui font aujour
d'hui le plus d'honneur. Les Lettres , qu'un
homime de goût vient de donner au Public,
préfentent plufieurs traits dont l'enfemble
, bien faifi , peut donner une jufte
idée du caractère de cette Princeffe . On
fçait , qu'elle étoit en liaiſon avec les premieres
perfonnes de l'Europe , pour le
rang , la naiſſance , l'efprit & l'érudition .
Jaloufe , furtout , de l'admiration des Sçavans
& fçavante elle même , elle en
appella plufieurs à fa cour ; & entretint
un commerce de Lettres très -étroit avec
ceux qu'elle ne pouvoit s'attacher de plus
près. Elle écrivoit à Gaffendi : Souffrez que
j'interrompe queiquefois vos méditations ,
& votre loifir :je vous confulterai , comme
l'oracle de la vérité , pour m'éclaircirfur
mes doutes : & fi vous voulez prendre la
peine d'inftruire une groffiere ignorante,
yous augmenterez le nombre de vos admi
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
rateurs. Je vous prie de croire, que jefuivrai
vos préceptes auffi religieufement que l'on
eft accoûtumé d'obferver les loix des plus
célèbres Législateurs . Jugez , après cela ,
combien je vous ferai redevable des lumières
que je puiferai dans vos doctes Ecrits !
Que les fentimens qu'elle exprime à
Pafcal , font beaux ! & digne d'une Reine
Philofophe ! je brûle d'envie de vous voir';
& s'il m'étoit permis de m'échapper de mes
vaftes forêts je volerois vers votre patrie ,
pour vous admirer de plus près . Vous êtes le
précepteur du genre humain , & le flambeau
du monde : je lis vos ouvrages ;je les médite
fans ceffe ; & jefens que mon efprit fe
réveille & fe fortifie avec une telle nourritu
Te. Vous avez bien raifon , de prifer mille
fois plus les lumières de l'efprit , que toutes
les grandeurs chimériques , & le faux éclat
dont les Rois font environnés ..... Qu'ils
font vils à mes yeux , ces Potentats orgueil
leux , quand ils ne font que Souverains!
quel bien peuvent- ils faire aux hommes ?....
Pour moi, je travaille nuit & jour à remplir
les devoirs pénibles de ma place : la Natu
m'a donné un coeur fenfible ; & ma fupréme
félicité , eft de faire des heureux. C'eft
un plaifir raviſſant , & tendre , que je goûterai
toute ma vie.
Une bifarrerie , qui ne marque pas peu
MAR S. 1760. 107
les contrariétés des fentimens & du caractère
de Chriftine, font les reproches qu'elle
fait au Prince Frédéric , Landgrave de
Heffe , fur fa converfion à la Religion
Catholique , dans le temps même que
cette Princeffe fongeoit à l'embraffer.
à vous
Parmi les regrets de fon abdication , &
les chagrins qu'elle éffuyoit de la part
de
la Suéde; Chriſtine s'égayoit, quelquefois ,
dans fes Lettres. Elle étoit fort liée avec
les Comteffes de Brégi , & de Sparre. Ses
Lettres , remplies d'agrément , refpirent
quelquefois la tendreffe la plus vive. Que
je ferois heureufe, dit- elle à Madame de
Sparre , ) s'il m'étoit permis de vous voir,
belle Comteffe ! mais mon malheureux
deftin me condamne à vous aimer ,
defirer fans ceffe , à vous chercher partout
où je voudrois que vous fuffier , & à ne
jamais vous voir , ni vous entendre ! Je
ne ferai jamais heureufe , puifque je ne
peux l'être fans vous ; & que nous fommes
au bout du monde l'une & l'autre.
Cela eft bien naturel ! c'eft le langage du
coeur... Voici de l'efprit & de la Philofophie.
Ne croyez pas , belle Comteffe, ( -ditelle
, à la même perfonne , en peignant
les moeurs des Romains de fon temps , )
ne croyez pas que ce foit ici le pays des
Sages & des héros , ni l'afyle des talens
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
& de la vertu. O Cefar ! ó Caton ! o Ci-'
céron ! maîtres de la terre , votre patrie ,fi
illufirée par vos vertus , & par vos exploits
, devoit donc , pour la honie & le !
malheur de l'humanité , être en proie à
l'ignorance groffière , & à la fuperftition ,
aveugle ? .. Obelle Comteffe ! il n'y a plus
ici que des Statues , des obélifques & des
Palais fomptueux: mais des hommes... non.
Je ne crois pas qu'on puiffe badiner
plus agréablement qu'elle le fait , dans
une lettre à Benferade : Louez- vous , &
glorifiez- vous , ( lui dit- elle ) de votre bonne
fortune , qui vous a empêché de venir en
Suéde : un efprit auffi délicat que le vôtre ,
s'y fût morfondu ; & vous feriez retourné
enrhûmé très-fpirituellement . On vous ai
meroit trop à Paris , avec une barbe quar
rée , une robe de Lapon , & la chauffure de
même productions du pays des frimats.
Je m'imagine , que cet équipage vous feroit
triompher des vieilles coquettes .
Heft étonnant, que la culture des Lettres
& le commerce des Savans , n'ait
pas adouci la rudeffe des moeurs, & la ferocité
du caractère deChriftine. Elle avoit,
comme tous ceux de la maifon de Vafa ,
un penchant à la cruauté , qu'elle ne pouvoit
vaincre terrible , lorsqu'on l'offenfoit
, elle ignorait la premiere vertu des
T
MARS. 1760. 109
Rois ; la clémence & l'humanité. Les
horreurs qu'elle commit à Hambourg &
à Fontainebleau , jettent fur fa gloire une
tache , que fes autres qualités ne peuvent
effacer. Quelques - unes de fes Lettres , ne
refpirent que la fureur & la vengeance.
Rien ne me paroît mieux peindre fon
caractère de fierté , que fes Lettres au Roi
de Suéde , à l'occafion d'un libelle diffamatoire
, dont elle pourfuivoit l'Auteur.
J'ofe me flatter ( dit - elle ) que Votre Majefté
prendra affez de part à ma gloire outragée
, pour punir l'infâme Auteur de ce
libelle. Mais fi , par le plus grand des
malheurs , je n'obtenois pas une fatisfaction
entière ; Votre Majefté ne trouvera
pas étrange , que je remue ciel & terre ,
pour m'en vanger , même par le plus noir
des forfaits , fi Elle abuſe de ma patience.
Je fuis femme , & Reine outragée ; &
mon courroux eft fi terrible & fi impétueux
, que les Dieux même ne pourroient
l'appaifer. Si Votre Majefté m'eftime ; fi
elle prend foin de fa gloire , & de la mienne
; elle exterminera le Scélérat obfcur , qui
ofe m'outrager.
Le portrait de la Cour , que Chriftine,
fait , dans fa Lettre au Comte de Vaza-,
heat , m'a paru fi plein de force & de
vérité , que je ne peux me refufer de le
t
410 MERCURE DE FRANCE.
placer ici , en finiffant cet extrait. Seriez
vous affezfou , ou affez petit , pour ambitionner
d'être le favori d'un Roi ? Si vous
êtes dévoré d'ambition , pétri d'orgueil ;
fi vous avez le coeur bas , l'efprit rampant ;
fi vous voulez vous affervir , nuit & jour ,
aux caprices honteux d'un Monarque :
partez, & oubliez moi. Mais fi vous aimez
encore votre repos ; fi vous fçavez vous prifer
& vous connoître : fuyez les Cours ;
dédaignez le fafte impofant qui y règne.
L'airfubtil qu'on y refpire , porte au coeur,
& l'endurcit , &c.
Ce morceau , ainfi que beaucoup d'autres
, eft travaillé avec foin. Ces Lettres ,
en général , font écrites dans le ftyle qui
convient à ce genre d'écrire , ſimple ,
naturel , & quelquefois négligé. Ce Recueil
doit intéreffer , par la vérité des
portraits ; & plaire , furtout, par la variété
des objets qu'on y préfente , & qui m'ont
paru raffemblés avec goût. Galanterie , critique
, littérature , politique , & morale ;
voilà les objets qui compofent la partie
effentielle de ces Lettres . Plufieurs ne
roulent que fur des affaires domeftiques ,
qui intéreffent moins : mais les plus légers
détails de la vie des perfonnages
célèbres , deviennent précieux pour tout
le monde .
MARS. 1760. III
On m'a affuré , que l'Editeur de ces
Lettres , travailloit à une troiſième partie ,
plus piquante & plus intéreffante encore:
elle doit paroître , au mois d'Avril , avec
une nouvelle édition de ce Recueil , enrichi
de notes , & de remarques hiftoriques
, qui aideront beaucoup à l'intelligence
de plufieurs traits , dont la fineſſe
nous échappe , pour n'être pas inftruits de
quelques anecdotes particulières.
Les Lettres choifies de Chriftine , Reine
de Suéde , 2 volumes in - 12 , fe vendent
chez Durand , Libraire , rue du Foin ; &
chez Humblot , Libraire , rue S. Jacques ,
à Paris.
A l'Auteur du Mercure de France.
LA communication de nos idées , eſt
un des plus grands avantages de l'humanité
cette communication ſe fait principalement
par la lecture. Ainfi , les livres
font à l'efprit , ce que les alimens
font au corps : ils le nourriffent , ils l'entretiennent
; & fans ce fecours , il tombe
bientôt dans la langueur & l'épuiſement.
Il est donc néceffaire de lire . Mais il eft
tant de mauvais livres , & fi peu de bons,
112 MERCURE DE FRANCE.
que l'incertitude & la difficulté du choix ,
occafionne le
découragement de la plû
part des hommes. Ou on ne lit point ,
effrayé d'avoir trop à lire; oul'on recueille
peu, en lifant beaucoup.
La vie fuffit à peine , pour parcourir rapidement
, tout ce qui eft écrit fur une
feule partie des Sciences , ou des Lettres :
ainsi l'homme ſtudieux , qui veut s'infrui
re , fe voit forcé de fe borner à un cercle
de
connoiffances fort étroit, ou d'éffleurer
feulement les matiéres , fans en approfondir
aucune.
Celui qui a peu de temps à donner à la
lecture , en fuppofant qu'il ait un bon
guide , ne lira que les bons livres : mais
dans les plus mauvais , il y a quelquefois
de très bonnes chofes répandues , comme
des pailles d'or dans le fable , & qui font
perdues pour l'efprit humain .
Ce feroit donc rendre un fervice bien
utile à l'humanité , que de mettre dans
un nouveau jour , les lettres , les fçiences ,
8: toutes les connoiffances acquifes : c'eftà
- dire , de réduire à un petit nombre de
volumes, ce qui fe trouve de bon répandu
dans des milliers de Livres qu'on n'achete
"guère , & qu'on lit encore moins . Ainfi
tout Citoyen , fans être obligé de fe jetter
dans la dépenfe ruineufe d'une biblio-
1
MARS. 1760 . 113
théque entière , pourroit fe délaffer de fon
travail , & s'inftruire fur toutes fortes de
matières ; toûjours fûr , en ouvrant un
volume , au hazard , d'y trouver d'excellentes
chofes . Par-là , notre fiécle ouvriroit
une nouvelle route aux fciences , qui
ne feroit parfemée que de fleurs & de
fruits .
Les années de la vie , les plus précieufes
, font employées trop fouvent à de
mauvaiſes études , faute de Maîtres qui
fcachent diriger & préparer les matières .
Un abrégé choifi , de ce qui a été écrit de
mieux fur la Grammaire , faciliteroit aux
enfans l'étude de leur langue , & de toutes
les autres : un extrait des bons Auteurs
, en tout genre , leur formeroit en
peu de temps le goût , l'efprit , & le
coeur ; & leur épargneroit les dégoûts qui
jufqu'ici , ont trop fouvent étouffé les
talens .
Cet
ouvrage , fi utile, pourroit
être une
fuite du Dictionnaire
Encyclopédique
.
Ainfi , après avoir travaillé
à faire paſſer
nos Sciences
, nos Arts à la postérité
, on
travailleroit
auffi à y faire paffer nos chefd'oeuvres
d'Hiftoire
, d'Eloquence
& de
Poëfie
, en les raffemblant
dans un feul
corps d'ouvrage
.
Si les cent mille volumes , brûlés à
114 MERCURE DE FRANCE.
Alexandrie , avoient été réduits en un petiť
nombre ; cet extrait précieux auroit pû
être multiplié bien plus facilement ; &
feroit peut- être échappé , par- là , à la barbarie
des Sarrazins. L'Imprimerie , nous
met aujourd'hui à l'abri d'une pareille
perte ; mais mais que fert que cet Art ait été
découvert , fi on en abuſe , en multipliant
fi mal -à-propos les volumes ?
L'Ouvrage propofé , feroit peu nuiſible
aux intérêts de ceux qui jouiffent des priviléges
de l'impreffion des différens livres
dont on donneroit au Public ou des nouvelles
éditions , ou des extraits : parce
que les Sçavans , auxquels le complet de
ces Ouvrages feroit toujours néceffaire
pour leurs recherches , y auroient recours
comme par le paffé . D'ailleurs, en travaillant
, comme on feroit , à rendre le goût de
la littérature plus général , on travailleroit
pour l'utilité de tous ceux qui y font attachés
; & le bien particulier , fe trouveroit
néceffairement dans l'utilité commune.
L'abrégé chronologique de l'Hiftoire de
France , n'empêche point qu'on n'achete
celles de Daniel , & de Mézeray.
MAR S. 1760.
119
COURS PUBLIC
De la Langue Angloife.
L'HOMME de lettres , le Marin , & le
Commerçant , qui ont le plus fenti combien
la connoiffance de la langue Angloiſe
pourroit fervir à leur utilité ou à leur amufement
, fe font imaginés , par les tentatives
qu'ils y ont faites , que fa
ciation n'étoit réglée fur aucuns principes;
& qu'un François , furtout , perdroit fon
temps en voulant le parler par les voies
ordinaires.
pronon-
Quelque général que foit ce mauvais
fuccès , il prouve feulement , ou qu'ils
l'ont mal apprife , ou qu'elle leur a été
mal enfeignée. Que penfer du dernier
fiécle , qui nous a laiffè de fi belles connoiffances
, que nous devions ignorer pour
toujours , à en juger par les vains efforts
de tant de fiécles précédens Il y a dans
chaque Science , & dans chaque Art du
reffort de l'efprit humain , un principe
général , d'où émanent une infinité de principes
particuliers , qui , comme autant de
rayons d'un aftre lumineux , concentrés au
même point , ont un enchaînement très116
MERCURE DE FRANCE.
clair en lui- même , quoique mystérieux,
toutes les fois qu'on ne remonte pas à la
fource commune.
Que les principes d'une langue récente,
& parlée par un peuple fauvage , foient
arbitraires : l'on n'en difconvient point.
Mais qui eft ce qui penfera de même
quand il fera queftion de la langue d'une
nation éclairée , qui aime , encourage &
couronne chaque jour les Sciences & les
Arts? Il n'y a , en Angleterre , ni Académie
, ni Société, pour veiller à la confer
vation ou à l'embelliffement de la langue ;
à peine y trouve-t- on quelques mauvaiſes
Grammaires. Mais Milton , Pope , Locke,
Bacon, Addiffon , Swift, Dryden , Waller,
&c. ne valent-ils pas une Académie ? Ce
font comme autant de favoris de la nature
, qui femble avoir pris plaifir à les dirielle-
même différentes routes ; fuivant
un feul & même principe fondamen
tal , qui en fixant invariablement les rè
gles de la Profodie , eft l'âme de toutes
les beautés de l'expreffion . Le ftyle , qui
commença à fe former avec Chaucer , &
à fe perfectionner avec Spenfer , s'établit
auffi vers la fin du dix-feptiéme fiécle ,
dans les écrits immortels de ces grands
hommes, qui fçûrent lier l'art de bien écrire
, à l'art de bien penfer.
-ger par
MARS. 1760; 117
Un jeune Auteur , plein d'efprit , vient
de juger que leur ftyle eft mauvais : j'en
laiffe la décifion à l'Angleterre. Et je dirai,
tout uniment , que fon jugement peug
être l'effet du préjugé , qui n'eft fouvent.
qu'un efprit de mode . Si les hommes
avoient pû conferver , pour leur bonheur,
une langue univerfelle ; fon ftyle auroit
fans doute , de grandes reffemblances.
Puis donc, qu'il en eft tout autrement; convenons,
de bonne foi , que chaque langue
doit avoir une maniere d'écrire , conforme
à fon génie; & que le ftyle dePope,
ne doit pas être jugé d'après celui de Voltaire
, ou de Corneille . Le beau ftyle, eft
are ; & le bon l'eft encore plus , Une dic--
tion regulierement libre , plaît à l'Anglois ;
1 détefte les petites phrafes hachées & dé-.
coufues ; il aime , non pas les mots buinés
, mais les idées bien rendues relativement
à fa propre langue , & croit que
on oreille , ne doit jamais fouffrir lorfque
on efprit eft content.
?
C'eſt à quoi l'Auteur du Prospectus du
ournal Etranger , n'a pas fait attention
n difant , que les Anglois écrivolent au
ré de leurs caprices , & qu'ils fléchiffoient
eurs mots fuivant les différences des terninaifons
analogues. Deux imputations
jurieufes à la gloire de tant de génies
118 MERCURE DE FRANCE.
rares , juſtement admirés pour la beauté
de leur ftyle , felon la différence des idées
ou des fentimens qu'ils avoient à peindre.
L'Anglois eft badin & enjoué , dans
Rofcomon & Gay ; élégant & fin , dans
Swift & Waller ; pur & délicat , dans
le Chevalier Temple ; énergique & régulier
, dans Addiſon ; délicat , mâle , noble
& fublime , dans l'Homère Anglois.
L'indulgence , eft une juftice que leur célébrité
eft en droit d'exiger de tour homme
de Lettres ; & M. l'Abbé Arnaud , à
ce titre , ne sçauroit les condamner en
dernier reffort fans les entendre au
moins.
,
D'ailleurs , pourquoi faire porter à la
Langue Angloife , la livrée des Latins ?
Veut-on ignorer que ce qui paffe pour
beauté dans une langue tranfpofitive ,
peut n'en être qu'une illufion dans une
langue analogue, telle que l'Angloife ? Le
génie Romain, aimoit une différence modificative
de définences , pour exprimer
une idée acceffoire à l'idée principale des
mots ; mais le génie Anglois , qui n'eſt
pas
l'efclave du Romain , n'a jamais voulu
, dans les mots , qu'une fimplicité propre
à tous les rapports de l'efprit , &
exempte de ces délicateffes fuperflues ,
qu'on appelle genre , cas , déclinaiſon ,
MARS. 1760. · 119
& conjugaiſon. De - là , cette facilité d'apprendre
la Langue Angloife , lorfqu'elle
n'eft pas habillée à la Grecque ou à la
Romaine , & qu'elle eft montrée telle
qu'elle eft , fans analogie de terminaifons .
Comme les idées de la plûpart des mots
Anglois différent , à l'oreille , felon les
différences de la prononciation ; & qu'un
Anglois prononce , dans le difcours familier
un fon long , dans un temps égal à
celui qu'un François emploie à prononcer
un fon bref; pour faire parler l'un àpeu-
près comme l'autre , la prononciation
Angloife doit être rendue tellement
fenfible , que les organes du François puiffent
prendre infenfiblement les mêmes
difpofitions que ceux de l'Anglois n'ont
acquifes que par l'ufage ; puifque l'expérience
fait voir que l'application de la
valeur fyllabique des fons , c'eft-à- dire ,
de la meſure phyfique des fyllabes, eſt un
moyen très infuffifant pour y réuffir . C'eſt
cependant la feule méthode ufitée, juſqu'à
préfent! Pour triompher du préjugé grammatical
, en ce genre , il faut habituer les
Eléves à la valeur accidentelle de la prononciation
; cette habitude , les menera
peu-à- peu a leur but par le chemin le plus
court & le plus agréable , pourvu qu'on
leur faffe connoître auparavant le prinT20
MERCURE DE FRANCE.
cipe fondamental qui règne defpotiquement
fur tous les mots de la Langue , &
que les Grammairiens Anglois n'ont pas
encore voulu expofer au grand jour .
Pour démontrer d'une maniere auffi fimple
que nouvelle , tout ce qu'on vient de
dire , & pour fatisfaire à l'empreſſement
de quelques amateurs , qui ont raifon de
préférer une inftruction publique à une
inftruction ifolée : parce que l'émulation ,
& les difpofitions différentes , y devien
nent des caufes d'un progrès plus rapide ;
on commencera un Cours public de la
Langue Angloife , leio de Mars prochain.
On y donnera des leçons, depuis huit heu
res du matin jufqu'à neuf , les Mardis , les
Jeudis & les Sámedis , pendant trois mois.
Ceux qui voudront y affifter , pourront
prendre un fecond & un troifiéme Cours ,
fans aucuns frais , fi contre toute attente ,
le premier ne leur a pas été ſuffifant .
On s'adreffera, rue de la Comédie Francoife
, au Caffé de Provence , chez M.
Reilly,
MÉMOIRES
MAR S. 1760:
127
MÉMOIRES , fur la Langue Celtique ,
contenant ,. l'hiftoire de cette Langue ,
& une indication des fources où l'on peut
la trouver aujourd'hui . 2. Une Defcription
étymologique des Villes , Riviéres
Montagnes , Forêts , curiofités naturelles
des Gaules ; de la meilleure partie de l'ELpagne
& de l'Italie ; de la Grande- Bretagne
, dont les Gaulois ont été les premiers
Habitans. 3º . Un Dictionnaire Celtique,
renfermant tous les termes de cette
Langue . Par M. Bullet , premier Profelfeur
Royal , & Doyen de la Faculté de
Théologie de l'Univerfité de Befançon ,
de l'Académie des Sciences , Belles - Lettres
& Arts , de la même Ville ; in folio ,
Tomes I. & II. A Besançon , chez Cl.
Jof. Daclin , Imprimeur ordinaire du
Roi , de l'Académie & c. 1754 , & 1759.
Je ne puis faire un plus bel éloge de
cet Ouvrage qu'en inférant ici la lettre de
M. le Beau , Secrétaire perpétuel de l'Académie
des Belles- Lettres , à M. Bullet .
ONSIEUR ,
L'Académie a reçu avec reconno fancè &
votre grand Dictionnaire Celtique ; & Elle
F
122 MERCURE DE FRANCE.
m'a chargé de vous en remercier. Ce bel
Ouvrage , eft lefruit d'une érudition immenfe.
Cefera , déſormais , l'oracle auquel
nous aurons recours pour l'explication des
mots Celtiques , fur lesquels il furvient
fouvent des difputes. Acceptez , Monfieur,
nos complimens , fur le fuccès de voire
travail ; & foyez perfuadé du refpectueux
attachement &c.
On trouve des Exemplaires des deux
premiers volumes , chez le Prieur , rue
S. Jacques , à l'Olivier. Le troifiéme Volume
paroîtra bientôt.
L'ART de peindre , Poëme , avec des
réfléxions fur les différentes parties de la
Peinture. Par M. Watelet , Affocié libre
de l'Académie Royale de Peinture & de
Sculpture. Vol. in-4° . Tout ce que le
Deffein , la Gravure , & l'Imprimerie , ont
de plus exquis , s'eft réuni , pour donner
à l'édition de ce Poëme un degré de per-
'fection qui ne laiffe rien à defirer. Je
compte en parler , plus au long , dans le
Mercure prochain . Ce bel Ouvrage fe
vend chez Guerin & Delatour , rue
S. Jacques , à S. Thomas d'Aquin. 1760.
PHANTASIOLOGIE , ou Lettres Philofophiques
à Madame D *** , fur la faculté
MARS. 1760. 123
imaginative. Vol . in 16. A Oxford ,
1760 ; & le trouve à Paris , chez Cuiffart
, quai de Gêvres .
ANNALES Typographiques , ou Notice
du progrès des connoiffances humaines ;
dédiées à Mgr le Duc de Bourgogne : par
une Société de Gens de Lettres ; pour les
mois de Janvier & Février 1760. Brochures
in- 12 , de 96 pages chacune ; qui
feront continuées de mois en mois ; & fe
vendent chez Vincent , rue S. Severin.
M. Lutton , Commis au Mercure , reçoit
les foufcriptions de cet ouvrage.
EXPOSITION de quelques nouvelles vuës
Mathématiques, dans la théorie de la Mufique
; in- 12. 1760 , chez Cailleau , quai
des Auguftins .
LETTRE à Mgr le Maréchal de Biron
en faveur de M. Keyfer , & de fon reméde.
DISSERTATION Epiftolaire , adreffée au
même Seigneur ; fur une Lettre de l'Aureur
du Traité des Tumeurs & des Ulcères.
LE PATRIOTISME, Poëme, par M. l'Abbé
Desjardins , Docteur de Sorbonne. A
Avignon ; & le vend à Paris , chez
Fij
124 MERCURE DE FRANCE,
Cailleau , quai des Auguſtins . 8. ° 1.759
s
NOUVELLE Méthode, pour apprendre la
Langue Latine , par un fyftême fi facile,
qu'il eft à la portée d'un enfant de
à 6 ans , qui fçait lire ; & fi prompt ,
qu'on y fait plus de progrès en deux ou
trois années , qu'en 8 ou 10 , en fuivant
la route ordinaire. 4 vol. in - 8 . ° Paris ,
1760. Par M. Delaunay. Se vend chez
Girard , au Palais , vis - à-vis la Grand-
Chambre ; & chez Robuftel , quai des
Auguftins , près la rue Pavée.
Je compte parler plus au long de cet
intéreffant pour
ouvrage ,
trèsla
Jeuneffe.
ORAISON funèbre de très - haut
puiffant , & très- excellent Prince , Ferdinand
VI , & dè très- haute, très- puiſſante,
& très -excellente Princeffe , Marie de
Portugal , Roi & Reine d'Efpagne : pro
noncée dans l'Eglife de Paris , le Mardi
15 Janvier 1760 , par Meffire Gabriel-
François Moreau , Evêque de Vence,
in-4° AParis , chez Augufiin-Maṛtin Lostin
, rue S. Jacques .
ESSAI de Littérature & de Morale, par
M. l'Abbé Trublet, de l'Académie Royale
de Pruffe & e . Tome 4. A Paris , chez
Priaffon , rue S. Jacques, 1760. Je compte
parler , plus ampleinent , de cet ouvrage
enamable .
MARS. 1760. 125
ARTICLE III.
SCIENCES ET BELLES- LETTRES.
M.
ASTRONOMIE.
Meffier , chargé des Obfervations
Aftronomiques , qui fe font dans l'Obſervatoire
de la Marine , à l'Hôtel de Clugny
à Paris, déjà connu par la découverte
& les obfervations qu'il a faites des trois
dernières Cométes , vient d'en découvrir
une quatrième , dont il a communiqué les
Obfervations à l'Académie Royale des
Sciences. Il a découvert cette nouvelle
Cométe , le 26 Janvier , à une heure du
matin , en recherchant la pofition de
quelques petites étoiles avec lesquelles il
avoit comparé la célèbre Cométe de l'année
dernière , le 1 Mai. Cette Cométe ,
n'a d'abord été vue , qu'avec une petite
lunette d'un piéd ; & enfuite , fort difficilement,
à la vue fimple. Elle étoit compofée
d'un noyau , qui paroiffoit affez clair ,
& affez bien terminé , en le regardant
avec un télescope Newtonien de quatre
pieds & demi de longueur : il avoit une
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
demie minute de diamètre, entouré d'une
foible lumière , qui s'étendoit vers l'Occident.
Le jour de la découverte de cette
Cométe , le 26 Janvier , à une heure du
matin , elle étoit fituée entre l'étoile alpha
de la conftellation de la coupe , &
l'étoile nu de l'hydre. Elle paffa au Méridien
à 2h, 11 ', 30" du matin , temps
vrai , ayant 160 °, 56′ , 10 " , d'afcenfion
droite , & 14° , 25 ′, 50 " de déclinaiſon
auftrale. Le 30 , à 4 , 59 du matin , le
Ciel étant devenu paffablement ferein ,
M. Meffier revit encore la Cométe , qui
s'étoit beaucoup avancée vers l'Occident,
& qui montoit prefque perpendiculairement
vers l'Equateur : fon afcenfion droite
fut trouvée de 155 °, 28′ , 43 ", & fa déclinaifon
, de 3º , 56 ', 45 ″, auftrale. Le Ciel,
affez ferein durant la nuit du 4 aus Février
, dès les 9 heures du foir , M. Meffier
rechercha la Cométe , qu'il trouva
fans peine proche du coeur du lion . II
Pobferva enfuite au Méridien ; elle y paffa
à ob, 39 ' , minuit 39 , 54" du matin ; fon
afcenfion droite fut trouvée enfuite de
1 48 ° , 12 ′, 23 ″ ; & fa déclinaiſon , de 10 °,
'45", boréale alors. La grande lumière
de la lune , qui fe trouvoit dans le voifinage
de la Cométe , a empêché de voir fi
elle augmentoit ou diminuoit en lumière.
MARS. 1760. 127
Le Ciel , affez ferein depuis minuit
jufqu'au jour, la nuit du 5 au 6 , à 1 heure
53 , 26" du matin , l'afcenfion droite de
la Cométe fut concluë de 146 °, 59' , 51 " ,
& fa déclinaifon de 12 ° , 27' 57". La
même nuit du sau 6 , à 6 heurs 10 min .
3 fec. du matin , par un grand crépuscule ,
la Cométe fut comparée directement
avec le coeur du lion ; l'afcenfion droite
fut trouvée de 146 ° , 46′, 49 ″ , & fa déclinaifon
de 12 , 49 ' , 46 ". La Cométe égafoit
alors les étoiles de la quatriéme grandeur.
Le Ciel , paffablement ferein durant
la nuit du 6 au 7 ; à 8 heures , 37 ', 5 " , du
foir , l'afcenfion droite de la Cométe fut
conclue de 146 ° , 4′, 57 " ; & la déclinaifon
, de 14 , 1 , 54" . La Cométe paroiffoit
fort brillante.
Pendant la nuit du 7 au 8 , le Ciel fut
entièrement ferein. La Cométe paſſa au
Méridien à minuit 14 min. 21 fec. De
cette obfervation, fon afcenfion droite fur
trouvée de 144° 48′ 19″ , & fa déclinaifon
de 16° 20' 22 ". La Cométe fe voyoit
affez bien cette nuit avant le lever de la
Lune : elle paroiffoit à la vuë fimple égaler
les étoiles de la troifiéme ou quatriéme
grandeur. Le noyau ne paroiffoit
point terminé , & la lumière nébuleuſe
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
qui l'environnoit , étoit peu confidérable :
En regardant la Cométe avec une lunette
d'un pied , on lui remarquoit une queuë,
longue de plufieurs degrés , dirigée vers
l'Occident.
Le Ciel, étant également ferein la nuit
du 8 au 9 , la Cométe fut obfervée an
Méridien ; elle y paffa à minuit 6 min.
8 fecondes : fa pofition en afcenfion droite
, fut concluë de 143 ° 44′ 19 ″ , &fa
déclinaifon de 18° 12′ 58″ ; boréale.
9
"
Le Ciel continua d'être ferein , la nuit
du au 10 ; la Cométe paffa au Méridien
à 11 heures, 58 min. 1 fec. du foir,
avec plufieurs étoiles confidérables : fa
pofition , en afcenfion droite, fut trouvée
de 142 °, 41 , 26 " ; & fa déclinaifon de
19° 59'5 ". La lumière de la Cométe ne
parut pas avoir beaucoup diminuée depuis
le jour précédent ; fa queuë étoit
affez fenfible , en la regardant avec une
lunette d'un pied : elle étoit dirigée prèfque
perpendiculairement à l'écliptique ,
longue d'environ cinq degrés.
Voilà les principales obfervations que
M. Meffier a faites fur cette nouvelle Cométe
,jufqu'aujourd'hui 11 Février 1760 ;
il efpére les continuer jufqu'à la difparition
entiere de cette Cométe , qui ne
doit arriver qu'au mois d'Avril prochain.
MARS. 1760 . 129
Par le réſultat de ces obfervations, on
remarque , que le mouvement de cette
Cométe , eft peu confidérable , & fe rallentit
chaque jour , allant contre la fuite
des Signes , & s'élevant vers le Nord : ce'
qui fait voir qu'elle s'éloigne de la terre ,
& qu'elle perdra infenfiblement fa lumière.
Sur la fin des obfervations , elle ne
parcouroit qu'environ un degré en afcen-
Gon droite , & deux en déclinaifon , paroiffant
alors dans la conftellation du
Lion. On remarque auffi , par ces obfervations
, que la Cométe a paffé par
l'Equateur , le 31 Janvier ; & par l'Ecliptique
, le 6 Février au foir , vers le vingtquatrième
degré du figne du Lior ;qu'elle
s'eft trouvée le 9 , fur les 3 heures de
l'après- midi en oppofition avec le Soleil
MEMOIRE , de M. TREBUCHET¸d'Auxerre
, ancien Officier de la Reine , fur
l'éclipfe de Soleil , par Vénus , du 6 Juin
1761.
EN jurant, in verba Magiftri , on ne fait
fouvent qu'éternifer les erreurs d'un grand
Maître M. Halley a dit , en 1716 , dans
les Tranfactions Philofohiques , N° 348 ,
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
que la durée du paffage de Vénus fur le
Soleil , attendu le 6 Juin 1761 , devoit
paroître, à la Baye d'Hudſon, plus longue
de 17 minutes de temps que fur les rives
du Gange . M. Legentil , de l'Académie
Royale des Sciences de Paris , a ajouté fans
doute une nouvelle autorité à cette prédiction
, en l'annonçant , il y a huit jours,
dans la dernière Affemblée publique de
cette Académie. Mais il eft écrit : Nullius
in verba : C'eft la devife de la Société
Royale de Londres. En conféquence ,
quoique (à parler auffi fincérement, qu'af
tronomiquement ) mes connoiffances
foient affez éloignées de celles & du Docteur
Anglois qui a fait la prédiction , &
du fçavant François, qui l'a citée, pour ne
pas offrir une parallaxe fenfible ; j'ai ofé
n'en croire ni l'un ni l'autre. Et pour fçavoir
fur quoi compter , au défaut de M.
Halley , qui ne donne pas fa méthode ,
ne tadio Lectori fit ; ce font fes termes :
j'ai confulté MM. Caffini & Delifle , dans
les Mem. de l'Acad. année 1743. p. 385
& 419. Tous les deux,affez unanimement,
m'ont affuré que cette différence , au lieu
de 17 , ne feroit que de 5 minutes. Je
fouhaite les avoir mal entendus , en confidération
des avantages que M. Halley
promet à l'Aftronomie, d'après fa déterMARS.
1760. 131
mination. Mais il feroit affez fingulier ,
que ces deux fçavans Académiciens m'euffent
paru dire une même chofe , fans les
avoir bien entendus.
Quoi qu'il en foit, je dois obferver que
dans l'ufage que j'ai fait de leurs méthodes,
j'ai fuppofé les parallaxes du Soleil &
de Vénus de 12 & de 42 fecondes , àpeu-
près comme M. Halley ; que j'ai pris
les autres fondemens de mon calcul dans
le réſultat de celui de M. Legentil , fait
fur ce même paffage , avec les nouvelles
Tables de M. Halley , & inféré dans les
Mém. de l'Acad. année 1753 , p. 32 : &
qu'enfin, j'ai placé les deux Obfervateurs,
P'un, à la latitude feptentrionale, de 22 degrés,
41 min. fous la longitude abfolue de
116 degrés , 22 min. fous laquelle , fuivant
ce réſultat , le milieu de l'éclipfe
doit arriver à midi ; & l'autre , fous le méridien
oppofé à la latitude de 60 degrés.
J'ajouterai , qu'ayant fait le même calcul
pour Pekin , & pour un lieu placé
fous fon méridien dans la nouvelle Hollande
, à la latitude méridionale de 30
degrés , j'ai trouvé que la durée devoit
paroître dans ce lieu , à-peu près la même,
que vue du centre de la terre , &
plus petite d'environ douze minutes
à Pekin , ainfi que fur les rives du
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Gange d'où il paroît que la côte ocei
dentale de la nouvelle Hollande , eft plus
avantageufement fituée , que la Baye.
d'Hudfon.
Quoique M. Halley annonce , dans le
cours de fon Mémoire , une différence de
17 minutes entieres , totis ; il eſt à remarquer,
que fomme totale , à la fin de
fon calcul , il ne trouve que 15 min. 10
fecondes. La bonne envie que j'ai euë de
les trouver auffi , m'ayant fait employer
tous les élémens , il m'eft venu 15 min.
30 fecondes. Cet accord affez parfait entre
nos deux réfultats , fait affez voir que
la différence d'entre fes 15 ou 17 min.
& les s que j'ai trouvées d'abord , ne
vient pas de la différence des méthodes,
mais de la différence des élémens que
nous avons employés. Il en eft deux furtout
, qui différent beaucoup entr'eux.
C'eft 1.0 fa plus proche distance géocentrique
des centres de 4 min. au lieu de
9 min. 43 fec. que donnent fes nouvelles
Tables , d'après le calcul de M. Legentil.
2. Son inclinaifon de la route de Vénus
fur le parallèle à l'Equateur,de deux deg.
18 min. au lieu de 14 deg. 98 min. que
donne l'occurrence du Soleil dans les
fignes afcendans , & de Vénus dans fon
naud defcendant , en prenant , non la
0
MARS. 1760. 133
différence , mais la femme de deux angles
formés l'un par ce parallèle & l'écliptique
de 6 deg. 10 min. & l'autre , par l'Ecliptique
& l'orbite apparente de Vénus , de &
deg. 28 min.
En paffant pardeffus l'irrégularité de la
figure , qui a dirigé M. Halley dans fon
calcul , je m'arrête à faire quelques réfléxions
fur la raifon qu'il donne , pour
appuyer fa détermination .
Il dit, que la durée géocentrique, ou vuë
du centre de la terre , qu'il trouve de
7 heures 20 min. à compter depuis l'entrée
totale , jufqu'au commencement de
la fortie , doit être plus courte de 4 min.
qu'au Port Relfon ; parce que ce point
de la fuperficie de la terre , qui eft dans
la Baye d'Hudſon , a dans l'hémisphère
oppofé au Soleil , un mouvement qui
concourt avec celui de Vénus. Cette raifon
paroît trop générale , pour ne pas
mériter une exception ; puifque , d'après
les élémens de M. Legentil , cette durée ,
loin d'être plus courte de 4 min. fera plus
longue de 6 min.
"
Il dit , qu'au contraire elle fera plus
longue d'environ 20 min. que vers le
Gange ; parce qu'il a un mouvement oppofé
à celui de Vénus . La même réfléxions
fe préfente encore ici , puifque ,
134 MERCURE DE FRANCE.
comme je l'ai déjà dit , cette durée , vuë
du centre , fera vuë de la même longueur
dans la nouvelle Hollande , qui cependant
a un même mouvement que le Gange
, étant à- peu- près l'un & l'autre fous
le même Méridien . D'ailleurs, on pourroit
conclure du raifonnemens de M. Halley ,
qu'un Obfervateur, placé fur les glaces du
Pole Arctique , verroit la durée la même
que du centre de la terre , puifque la rotation
diurne ne lui donneroit pas plus
de mouvement que s'il étoit à ce centre :
& cependant , d'après les élémens mêmes
de M. Halley , il la verroit plus petite
de 4 minutes entieres .
Ne pourroit-on pas plutôt dire , en général,
que la durée géocentrique fera plus
ou moins longue , pour un endroit quelconque
de la furface de terre , felon que
l'entrée & la fortie paroîtront s'y faire
au-deffus ou au-deffous du diamêtre horifontal
du Soleil ? C'eft du moins l'idée
toute fimple , & fondée fur la nature des
parallaxes,que m'a fait naître la méthode
de M. Caffini.
Tout cela , foit dit, fans porter la moin.
dre atteinte à la mémoire du grand Hal
ley : quelques faux pas que je crois appercevoir
dans fa marche , & que je
n'expofe au grand jour dans nos faftes
j
MARS. 1760. 135
littéraires , que pour épargner quelques
mille lieuës à tout Européen , fans ent
excepter l'Anglois , à qui les Tranfactions
Philofophiques pourroient faire naître
l'envie d'aller à la baye d'Hudfon , furt
la foi de fa prédiction : quelques faux:
pas , dis-je , ne nous feront jamais perdre
de vue la glorieufe carrière qu'il a
fournie. Il en eft des Héros qui parcourent
les routes d'Uranie comme de
ceux qui parcourent le champ de Mars ;
tous font également fujets à s'éclipfer
quelquefois, & à trébucher; parce que tous,
ils font hommes : effere humanum eft. Si
donc le Prince des Aftronomes Anglois ,
fe trouve en faute , on en doit être bien
moins furpris , qu'on n'a dû l'être , en
lui entendant dire , que dans tous fes
calculs ( qui font ennuyeux , ) il ne s'eft
jamais trompé , pas même d'un ſeul chiffre.
Je tiens ce fait d'un Sçavant , digne
de toute créance , à qui il l'a affuré .
S'il a dit vrai , je me fuis bien trompé en
tout ceci : j'ai déjà dit que je le fouhaite
; & je déclare , avec la mème fincérité,
que ce ne feroit pas la première fois.
Au refte , on conçoit bien , que plus
la différence dont il eft ici queſtion , fera
petite , plus il devient néceffaire de doubler
le Cap de Bonne-Efpérance ; & que
136 MERCURE DE FRANCE.
l'obſervation , en devenant plus délicate
, demande un Obfervateur confommé
, tel que M. Legentil , qui fe difpofe
à partir , aux voeux de l'Académie ,
& fous les ordres du ministère. Que ne
puis -je fçavoir , qu'il fera beau pour lui ,
& pour nous , pendant les fix heures fi
defirées de cette écliple ! je ferois fûr de la
réuffite de fon voyage ; mais je ne fuis
pas Mathieu Lansberg.
HISTOIRE NATURELLE.
PROJET, pour connoître , fans dépense,
dans l'espace d'un mois , toutes les productions
foffiles de la France.
Omne tulit punctum , qui mifcuit utile dulci.
Horat.
DiCOUVRIR infailliblement , & fans
la moindre dépenfe , une fource intariffable
d'utilité , & d'agrémens , c'eft offrir
à l'Etat & à fes compatriotes un projet ,
qui ne peut manquer d'être bien accueilli
; & c'eft, de la part de l'Auteur, s'acquitter
en vers la Patrie , d'une dette légitime
.
Une infinité de grands hommes , ont
MARS. 1760. 137
étudié la nature ; & par des recherches
immenfes , ont enrichi l'Univers de leurs
découvertes.
Depuis Ariftote , jufqu'à nos jours ;
quelle prodigieufe quantité de connoiffances
, a rendu célèbre & illuftre le
nom des fçavans , & produit à l'humanité
des fecours en tout genre , & des
plaifirs de toute eſpèce !
Aujourd'hui , que toutes les Sciences &
les Arts ont atteint le dernier point de
perfection , il femble que , plus particulièrement
qu'autrefois , l'efprit cherche
à fe délaffer par l'application intéreffante
& amufante qu'il donne à l'Hiftoire
naturelle .
Ce goût, qui fait à préfent les délices
d'une infinité de perfonnes , domine
principalement dans la Capitale , où
le Cabinet du Roi , protecteur de la
Vertu , de la Science , & des Arts , offre
aux yeux le temple le mieux décoré
des merveilles de l'Univers.
Nos Princes , les Grands du Royaume ,
des amateurs opulens & éclairés , ont
formé & forment tous les jours des Collections
également brillantes & inftructives
, par l'accès facile que l'on y offre
à chacun pour fatisfaire fa curiofité.
Ce goût des belles chofes , a paffé juf
138 MERCURE DE FRANCE.
ques dans les Provinces ; & tout s'inté
reffe à ramaffer de toutes parts les richeffes
des deux Mondes , pour avoir
fous les yeux , & fous la main , des échantillons
( S'il eft permis de parler ainſi )
de tous les ouvrages de la Nature.
M. d'Argenville , Maître des Comp
tes à Paris , qui vient d'enrichir le Pubic
d'ouvrages intéreffans fur l'Hiftoire
Naturelle ; l'un , intitulé la Lythologie &
Conchliologie ; & l'autre, L'Oriathologie ;
& à qui je dois la plus parfaite reconnoiffance
, m'a infpiré le deffein que je
forme aujourd'hui , de faire voir que fans
dépenfe & fans frais , on peut , avec la
plus grande facilité , connoître dans l'efpace
d'un mois , toutes les productions
foffiles de la France.
Combien feroit-il avantageux au miniftère
de voir , d'un coup d'oeil, tous les en
droits d'où l'on pourroit tirer des marbres,
des grès , des pierres à bâtir , des pierres
à chaux , des fables , des marnes , des
mines , des charbons de terre , & c.
Combien feroit - il agréable aux curieux,
de voir auffi , d'un coup d'oeil , les
lieux , d'où ils pourroient fe procurer les
coquillages , les bois foffiles , toutes les
fortes de pétrification , & les autres raretés
du Monde fouterrrain ?
MAR S. 1760. 139
Dans l'Effai , fur l'Hiftoire Naturelle
des Foffiles , qui fe trouvent dans toutes
les Provinces de France , dont M. d'Argenville
a terminé fon volume de l'Oriethologie
, on trouve effectivement une
infinité d'éclairciffemens fur cette matière.
Mais l'Auteur , laborieux & éclairé
n'a pu donner à cet ouvrage que le nom
d'Effai , parce qu'il a fagement préffenti
que malgré le grand nombre de Mémoires
qui lui ont été fournis par beaucoup
de fçavans & d'amateurs , il devoit encore
refter une infinité de découvertes à
faire en ce genre. Et c'eft pour arriver à
la perfection de cette entreprife , que
j'ofe implorer le fecours de fes lumières
& de fon crédit , pour faire ouvrir enfin
une route qui puiffe conduire furement à
ce but fi defiré.
1º . Je penfe donc , qu'à cet effet, il devroit
paroître une Ordonnance du Roi
pour toute l'étendue du Royaume .
2°. Que Meffieurs les Intendans & Subdélégués
, en conféquence , engageroient
Meffieurs les Seigneurs & les Curés , pour
le bien de l'État , de donner leurs foins
& leur attention , à ce que ( chacun dans
leur diftrict ) ils fiffent ramaffer par les
Ouvriers qui travaillent dans les minières
, carrières , & différentes fouilles de
140 MERCURE DE FRANCĚ.
la terre , des échantillons choifis de chaque
eſpèce de productions foffiles qui s'y
trouvent.
3 °. Tous ces différens échantillons feroient
remis au Syndic de chaque lieu ;
& le Syndic feroit tenu de les apporter
ou faire apporter par les Collecteurs , ou
autres , à Meffieurs les Subdélégués , qui
les feroient paffer à Meffieurs les Intendans
, par le des voitures de recette
: & par la même voie ,
la même voie , Meffieurs
les Intendans , à Meffieurs de l'Académie
des Sciences où à Meffieurs les
Profeffeurs & Gardes du Jardin & Cabinet
du Roi.
moyen
L'exécution facile de ce Projet , feroit
de la plus grande utilité pour l'accroiffement
des connoiffances fur l'Hiftoire
Naturelle. Il en réfulteroit , d'abord , un
bien manifefte pour l'Etat.
1º. On fçauroit, dans chaque Province ,
Généralité , & Élection , combien il y
auroit de mines , carrières , fouilles ; &
de quelle eſpèce.
2º. On pourroit régler l'étenduë du
commerce de cette partie , & l'exportation
des pierres , fables , & c. pour la
conftruction des grands chemins , ponts ,
quais , ports , & autres ouvrages entrepris
, ou à entreprendre par le Gouver
ment , ou par des Compagnies.
MAR S. 1760. 147
3. Les curieux & amateurs de l'Hiftoire
Naturelle , fçauroient , à coup für
d'où tirer chaque eſpèce de foffiles , pour
l'embelliffement des Cabinets , par les
Tables inftructives , que des Sçavans
drefferoient , du nom , du genre , & de
l'eſpèce de chaque foffile , provenant de
telle Paroiffe , de telle Élection , de telle
Généralité , & de telle Province ; avec
les diftances préciſes de chaque Paroiffe ,
au chef-lieu.
On pourroit joindre à ce Projet , celui
d'avoir la même connoiffance de toutes
les espèces de Coquilles, & de plantes
marines , qui fe trouvent fur les côtes
de France ; ainfi que des poiffons ordinaires
, qui fe pêchent fur chaque côte ,
& des poiffons paffagers & extraordinainaires
qui ne fe voyent que dans certaines
faifons.
Pour cet effet , Meffieurs les Commiffaires
de marine , ou Commis aux Claffes
, chacun dans leur diſtrict , fe feroient
apporter par les Pêcheurs, toutes les fortes
de Coquilles pleines de leur Poiffon , &
les plantes marines qui fe rencontrent
dans leurs filets.
Meffieurs les Commiffaires de Marine ,
feroient le choix des plus entières , &
des plus belles , pour en envoyer auffi
142 MERCURE DE FRANCE.
des échantillons à Paris , à Meffieurs de
l'Académie des Sciences , ou du jardin
& Cabinet du Roi ; & auroient le foin
de mettre fur chaque échantillon : Coquilles
ou plantes Marines,pêchées fur telle
Côte , & à telle hauteur , en mer , fuivant
le rapport qui leur en feroit fait par les
Pêcheurs.
On pourroit encore ajouter , à ces
connoiffances, celle des différentes eſpèces
d'Oiseaux aquatiques , qui fe voyent fur
le bords des mers , dont on feroit un
catalogue à part , & raifonné.
Voilà mes idées , fur ce Projet avantageux.
Si l'on prévoyoit des difficultés pour
fon exécution ; je ferois flatté qu'on me
les communiquât , afin de pouvoir travailler
à les lever.
Par M. DALLET l'aîné , de Metz,
demeurant à Valognes.
MARS. 1760. 743
ARTICLE IV.
BEAUX ARTS.
ARTS UTILE S.
MÉDECINE.
LETTRE de M. DE LA CONDAMINE ,
à M. DANIEL BERNOULLI.
Na. Cette Lettre n'étoit pas faite pour entrer
dans le Mercure. Des raifons poftérieures ont
déterminé l'Auteur à nous la donner ; & nous
avons jugé , qu'une matière fi intéreſſante pour
le bien de l'humanité , ne pouvoit être trop
éclaircie.
J'ATTENDS avec impatience , Monfieur ,
les additions que vous me promettez à vos
réfléxions fur l'Inoculation de la petite
vérole . Jufqu'ici , je me croyois affez fort
pour faire face à tous les antinoculiftes :
j'avois écarté les plus dangereux , en prouvant
que la queftion , fous le point de vue
où je l'envifageois , ne regardoit , ni le
médecin , ni le cafuifte ; mais je fuis me
144 MERCURE DE FRANCE.
nacé d'un adverſaire dont je ne me défiois
pas . Un jeune architecte , ambitieux de fe
faire un nom , ennuyé de ne point trouver
de bafilique à édifier , veut s'illuftrer
en fappant les fondemens du temple que
j'élevois à l'inoculation . C'est dommage
que ce temple ne foit pas auffi fameux
que celui d'Ephèfe : fon deftructeur pourroit
afpirer à la célébrité d'Eroftrate . C'est
par de nouveaux calculs, qu'il prétend renverfer
mon édifice. J'implore votre fecours,
Monfieur : ce n'eft point une terreur panique
qui me faifit ; c'eft M. Gaullard , qui
m'annonce cer ennemi redoutable . Vous me
demandez ce que c'eft que M. G. & ce qui
m'a mis aux prifes avec lui ? Bien des gens
m'ont fait la même queftion que vous : il
faut vous fatisfaire. Apprenez , Monfieur,
que M. G. depuis longtems célèbre par
l'atteftation qu'il a donnée des miracles
d'un grand ferviteur de dien , a fait l'ac
quifition d'une charge de médecin ordinaire
de la petite écurie du roi : ce qui
donne bien le droit d'éxercer à Paris la
médecine , fans avoir pris de degrés dans
la Faculté ; mais non le privilége de ne fe
point méprendre aux apparences de la peti
te vérole , furtout quand on ne voit le
malade qu'une fois en paffant.
- Un enfant de huit à neuf ans ; inoculé
pat
MAR S. 1760, 145
par M. Tronchin , à Paris , en 1756, eut
au mois de novembre 1758 des boutons
à la peau . Ils parurent le mercredi 8. M.
G. vit l'enfant le 9 : il eft convenu qu'il
l'avoit trouvé fans fiévre . Le furlendemain
11 , jour de la S. Martin , on a vû cet
enfant jouer à la toupie.
Je me reftreins a rapporter des faits
dont j'ai donné la preuve : je m'abftiens
de tout raifonnement
M. G. au premier coup d'oeil, avoit qualifié
cette éruption de petite verole : il en
avoit répandu le bruit dans Paris par fes
lettres . Quatre docteurs ,M. de Vernage, ancien
doyen, de la faculté de médecine à leur
tête , chargés par M. le Duc d'Orléans de
vérifier le fait , ont publié le rapport de
leur exarnen & de leur information , infe
ré dans le Mercure de France de décembre
1758 ; d'où il résulte que le seune de
la Tour avoit une maladie de la peau , connuë
& diftinguée de la petite vérole , longtemps
avant que l'inoculation fût pratiquée
en Europe , une éruption cryftalline & ferieufe
qui fe termine fans fuppuration , dont
les quatre Docteurs ont vu plufieurs exemples
dans le cours de leur pratique : enfin
que cette maladie eft entiérement différente
de la petite vérole , qu'elle peut fuivre ,
ou précéder indifféremment.M. G. pour ne
G
146 MERCURE DE FRANCE.
pas le dédire , & pour expliquer comment
un malade de la petite vérole peut jouer à
la toupie le quatrièmejour, a déclaré, dans
une lettre , imprimée dans le Mercure de
février fuivant , qu'il appelloit petite vérole
toute éruption qui commençoit par
le vifage. De cette nouvelle & fingulière
définition, il conclud que le jeune la Tour
a, eu une feconde petite vérole véritable ;
qu'il avoit donc été inoculé en pure perte,
& qu'ainfi l'inoculation ne préferve pas de
la rechûte .
Les quatres docteurs n'ont pas daigné
s'appercevoir de la lettre de M. G. Je ne
fongeois pas plus qu'eux à y répondre, trois
mois après la publication , lorsqu'on me
preffa de défabufer un pere , que la lecture
de cette lettre empêchoit de faire inoculer
fon fils . J'eus la docilité de fuivre cet avis.
( Mercure de Juin, 1759. ) Je repréfentois
au pere , qu'il donnoit trop de poids à une
lettre , écrite uniquement pour étayer une
décifion précipitée , que l'auteur avoit paru
prêt d'abandonner , en convenant avec
fes quatres confrères , qu'il n'avoit vu l'enfant
qu'une feule fois , & qu'il eût fallu fuivre
régulièrement la maladie. M. G. repli-.
qua , dans le Mercure d'août , à ma lettre
avec beaucoup d'amertume , jufqu'à m'accufer
de mauvaiſe foi ; & ne fongeant plus
MARS. 1760.
147
qu'à détourner l'attention des Lecteurs du
fait contefté , qui n'étoit que trop bien
éclairci , il s'avifa de me défier publiquement
de me faire inoculer par lui- même ,
en me promettant une feconde petite vérole
de fa façon ; qu'il étoit prefque phyfiquement
für de me donner. On m'a répété
de toutes parts , que je devois méprifer les
fubterfuges de mon adverſaire , & furtout
fa propofition de m'inoculer : propofition
vifiblement étrangère à notre difpute , &
qu'on jugeoit d'ailleurs dérifoire , révoltante
, indécente même. Mais je n'ai pas
affez d'amour- propre , ou peut- être en ai
je trop , pour n'oppofer que le mépris à la
contradiction : je fais de trop bonne for
pour affecter du mépris pour des objec
tions , que j'ai vu faire illufion à des gens ,
qui ne cherchoient que la vérité. J'ai donc
une feconde fois répondu à M. G.
Après un délai de plus de trois mois , il
change fon défi en un pari ; il élude mon
acceptation , en exigeant de nouvelles conditions,
ou impoffibles, ou inacceptables . Il
me revient de plufieurs endroits, que je me
couvrirai de ridicule , fi je lui réplique
encore. On me condamne en ce cas à paffer
le refte de mes jours à répondre méthodiquement
à tous les abfurdes quadrateurs
de cercle , dont l'académie des fcien-
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
ces eft continuellement obfédée , & même
au nouvel écrit de M. le Chevalier de Caufans
, qui prend l'académie à parti fur le
jugement qu'elle a porté de ce qu'il appelle
fes démonftrations . Je fens toute la force
& la jufteffe du parallèle , & je n'hésiterois
pas à profiter de l'avis qu'on me donne , fi
je n'écrivois que pour Paris , ou du moins,
pour ce qui s'appelle la bonne compagnie ,
où ma réponse ne fera pas plus lue que la
lettre de M. G , où l'on plaifante de tout ,
où l'on n'écoute guére , où la premiére régle
eft de ne parler jamais deux minutes de
fuite de la même chofe ; & où par conféquent
, on doit être excédé d'entendre parler
d'inoculation . Mais par le grand nombre
de lettres que je reçois de nos provin
çes, & des péis étrangèrs , de perſonnes de
qui je n'ai pas l'honneur d'être connu ,
méme de médecins de nom , & par les
queftions que l'on me fait , je juge qu'on
traite ailleurs cette matière moins légèrement
qu'à Paris , & que ceux même qui
'y prennent pas un intérêt direct & préfent
, ne laiffent pas de s'occuper d'une
quefion de fait dont la prévention ou le
zèle aveugle , ont voulu faire un cas de
confcience ou une thèſe de médecine . Je
crois donc devoir à la confiance que me témoignent
ceux qui m'écrivent , de les dé
2
MARS. 1760. 145
fabufer des bruits faux & calomnieux que
les antinoculiftes fe plaifent à répandre fur
les prétendus accidens caufés à Paris par
l'inoculation.
J'ai fouvent été témoin , dans nos provinces
, qu'une lettre dattée de la capitale,
n'importe de qui , donnoit cours à la nou
velle la plus méprifable. Quelqu'un a dit ,
que les lettres ne rient point. On ignore
réciproquement d'un péis à l'autre les
ufages & les convenances , le ton national
& pour ainfi dire , le coftume. On ne voit
pas partout les chofes du même oeil . Ce
qui nous paroît ici ne mériter qu'un éclat
de rire , pour toute réponſe , fe débite
gravement en Espagne , en Italie & en
Allemagne. Nous fommes dans le même
cas à l'égard de ce qui fe paffe au - delà da
Rhin , des Alpes & des Pyrénées . J'ai vu
beaucoup d'honnêtes gens à Paris , prendre
très -férieufement la plaifanterie de l'Auteur
d'une préface bouffonne , qui qualifioit
M. Goldoni , d'avocat au Parlement
de Venife ; & dans le même tems , un
journaliſte Vénitien imprimoit , naïvement
, qu'un tribunal compofé d'archevêques
, d'évêques , de docteurs en théologie
& en droit canon , venoit d'être
érigé en France , pour juger en dernier
reffort le procès de l'inoculation. Ce n'eft
G iij
159 MERCURE DE FRANCE.
pas feulement dans quelques vallons de
l'Apennin , & pendant quelques mois , que
ces bruits ont fermenté fans contradiction
; c'eft dans de grandes villes d'Italie ,
c'eft dans des Cours , où nous avons des
ambaffadeurs ou des miniftres , de qui l'on
pouvoit aisément fçavoir ce qui fe paffoit
en France ; c'eſt à Brescia ; c'eft à Flo-
Tence; c'est à Gênes ; c'eſt à Rome , même ,
que ces fictions puériles fe répétent &
s'impriment. C'eft le premier médecin de
Sa Sainteté qui les accrédite , en écrivant
à M. Roncalli , qu'on attend la décifion
de l'univerfité de France. Enfin , c'eft
après plus de trois ans de raifonnemens ,
appuyés fur des fuppofitions qui ne nous
paroiffent que ridicules , qu'on me deman
de férieufement ce que le concile de France
a décidé , & s'il eft vrai que le roi de
Pruffe ait mis à l'amende tous les inoculans
& les inoculés.
>
D'un autre côté , M. G. à l'imitation de
cet auteur de romans qui compofoit
pour les colonies , inonde la province de
fes brochures , dont j'ai vainement cherché
la dernière à Paris , jufqu'à ce qu'il
ait averti , dans une feuille périodique ,
qu'on la débitoit gratis chez fon imprimeur.
Il nous apprend qu'il vient d'envoyer
, en Italie , une nombreuſe provifion
MARS. 1760.
,
d'exemplaires de fa derniere lettre. Il fe
flatte que M. le nonce en retournant à
Rome , les diftribuera fur fa route. Il en
tombera , fans doute , quelqu'un entre les
mains de M. le comte Roncalli Parolino ,
médecin célèbre de Brefcia , qui croit , de
la meilleure foi du monde, que l'inoculation
eft abandonnée en Europe depuis qu'il
l'a condamnée , en rapportant un exemple
propre à l'accréditer . Ce M. lecomte
Roncalli , brigue une place à l'académie
des belles - lettres , en lui préfentant
pour chef- d'oeuvre un ouvrage in folio ,
Europe Medicina , recueil de lettres de
complimens qu'il a reçues de fes correlpondans,
en réponse à celles qu'il leur avoit
écrites , & dont il nous promet un fecond
volume. En attendant , il vient de faire
imprimer la réponſe polie que lui a faite
M. de Fouchi , fecrétaire de l'académie des
fciences , fous le titre d'Action de gracés
de l'Académie des Sciences , au noble comie
Roncalli Parolino , &c. Ce n'eſt pas tout ,
Monfieur : cet illuftre auteur nous annonce
qu'il va faire le voyage de France uniquement
pour
fe jetter aux pieds de Sa Majefté
très chrétienne , & la conjurer d'achever
d'étouffer l'hydre renaiffante de l'inoculation.
Il m'exhorte tendrement à rentrer au
giron de l'églife , en abjurant une doc-
:
>
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
trine hétérodoxe que M. Zanettini , Médecin
de S. S. n'aprouve pas , & que l'Univerfité
de Montpellier n'a jamais enfeignée.
11 me promet qu'à l'infant où je cefferai
d'en être le protecteur , je deviendrai
beau comme un ange. Le burleſque enthoufiafme
de M. le comte Roncalli , va
fe réveiller à la vue de la lettre de M.
G. Bientôt on publiera dans toute l'Italie
que je n'ofe accepter le défi que m'a fait
le premier médecin du roi T. C. L'on ne
manquera pas de donner ce titre à M. G.
du même droit que les antinoculifics le
donnèrent à M. Huquet. On me foutiendra
peut-être que j'ai pris la petite vérole par
inoculation ; que j'en fuis mort , & que
cette méthode eft tout-à- fait abandonnée
en France. Ne le difoit on pas hautement
à Paris, à l'égard de l'Angleterre , dans le
temps où j'ai lû mon premier mémoire
à l'académie , en 1754 ?
La conféquence de tout ceci , Monfieur ,
c'eft que je ferois peut- être bien d'ignorer ,
en ce péis ci , la troiſième lettre de M. G.
d'autant plus que ma précédente y peut
fervir de réponſe complette ; mais que
pour les péis étrangers , où il cherche à la
répandre , & furtout pour mes correfpondans
, que je dois informer , au moins par
reconnoiffance , de ce qui fe paffe de nouMAR
S. 1760 . 153
veau fur cet objet , je ne puis refter
dans le filence : au lieu donc de leur répéter
à chacun , dans une lettre particuliere ,
ce que contient celle- ci , je ne trouve rien
de plus court & de plus fimple , que de la
livrer, à l'impreffion .
Ce qui achève de m'y déterminer , c'eft
que plufieurs perfonnes , en petit nombre
à la vérité , mais dont l'intention ni les
lumières ne peuvent m'être fufpectes , conviennent
que s'il n'étoit queftion que d'une
difpute perfonnelle ; je ferois très - bien
de ne plus répondre ; mais que dans un cas
our le bien général de l'humanité le trouve
intéreflé , la vérité ne peut être mife dans
un trop grand jour ; que mes adverfaires
ont fur moi l'avantage de flatter un préjugé
très général , & puifé dans la nature
qui prête de la force aux objections les plus
frivoles que je ne dois pas me contenter du
fuffrage des gens éclairés & déja convaincs ;
qu'il s'agit de perfuader le grand nombre ,
à qui le nom de médecin impofe dans une
matière qui paroît n'être que du reffort de
la médecine ; enfin , que je ne dois pas me
Jaffer de préfenter l'évidence , qui , dans les
circonstances actuelles , ne peut triompher
qu'avec le temps .
Je vais donc parcourir la nouvelle lettre
de M. G. & vous en rendre compte.
Gr
154 MERCURE DE FRANCE.
•
De plus de quarante articles , diſcutés
contradictoirement dans ma feconde lettre
, M. G. ne répond qu'à cinq ; c'eft en
quelque forte , de la part d'un homme qui
répond , paffer condamnation fur tous les
autres . Du moins ne peut on douter que
M. G. n'ait choifi les cinq articles les plus
propres à lui donner gain de caufe : j'y répondrai
l'un après l'autre , & fi je ne réuſ
fis pas à lui fermer la bouche , je me flatte
au moins de difpenfer mes lecteurs de lire
fa réplique , s'il s'avifoit encore d'en faire
une.
I. Le premier article mérite à peine d'être
difcuté. Peu importe au public , que
M. G. ait été piqué ou non de ce que fes
confreres ne lui ont pas propofé de figner
le rapport qu'ils ont donné de la maladie
du fils de M. de la Tour. Peu importe que
ce foit pour le dépiquer qu'il ait écrit fa
premiere lettre. La manière dont M. G.
s'eft expliqué devant les quatre docteurs ,
en convenant avec eux , qu'il n'avoit vù
l'enfant qu'une fois , & qu'il auroit fallu
avoirfuivi régulièrement la maladie , &c.
( Rapport des quatre docteurs , Mercure
de France , Déc. 1758. ) prouve affez qu'il
eût été de bonne compofition , s'ils lui euffent
propofé de joindre fa fignature à la
leur, Mais ce n'eft pas fur ce feul fondeMARS.
1760. 155
ment , tout légitime qu'il eft , que j'ai fuppofe
les difpofitions de M. G: cependant
il nie le fait. Il en fera ce qu'il lui plaira :
je n'infifte plus. Je ne citerai point mes auteurs
: M. G. prend la choſe trop vivement,
pour que je veuille compromettre perſonne
avec lui.
II. M. G. avançoit dans fa feconde lettre,
( Mercure de France, de Février 1759. )
que j'ai follicité à Rome , en faveur de l'inoculation
, un bref , que le feu pape m'a
refufé. Rien n'eft plus faux. Je ne me
fuis pas contenté de faire remarquer
que le plus grand ennemi de l'inoculation
n'auroit pu mieux s'y prendre pour
éternifer la difpute , qu'en traveſtiſfant un
problême d'arithmétique en une queſtion
de théologie ; & que faire dépendre l'établiffement
de cette méthode en France
de l'acceptation d'un bref , étoit un moyen
plus que doûteux d'y réuffir. Encore une
fois , je ne m'en fuis pas tenu là. En affirmant
que je n'avois pas follicité le bref
en queſtion , j'ai appuyé mon affertion
d'un témoignage propre à fermer la bouche
à tout autre qu'à M. G. Cependant il
revient à la charge , & foutient ce qu'il
avoit avancé , fans citer fes garans . En
vain l'auteur du Mercure de France a refuſé
d'admettre dans fon journal la lettre
G. vj
156 MERCURE DE FRANCE.
d. M. G. en lui difant, que lorſqu'on affuroit
un fait nié par un ambaffadeur de
France , il falloit au moins des preuves.
M. G. fe contente de faire entendre qu'il
l'a oui dire ainfi chez M. le Nonce , aujour
d'hui M. le cardinal Gualtieri. Il fe garde
bien d'avancer , qu'ill'ait appris de la bouche
même de cette Eminence : snais quand
cela feroit , quand on l'auroit ainfi mandé
de Rome à M. le nonce , feroit - ce une
preuve de la vérité du fait ? Je connois le
prem er auteur de cette plaifanterie , qui
m'avertit , avant mon départ pour l'Ita
lie , qu'il en alloit faire courir le bruit.
J'ai dit qu'il s'étoit en effet répandu
dans Rome, d'où l'on a pu l'écrire à Paris.
Mais M. G. fe croit il mieux inftruit que
M. le Duc de Choifeul , alors ambaſſadeur
de France , fous les yeux duquel tout
a dû le paffer , qui m'a fait l'honneur de
me loger , pendant un an , dans fon palais,
& de me préfenter à feu M. le cardinal
Valenti, premier miniftre de S. S. le pape
Benoit XIV, enfin , qui m'a permis de le
citer , comme témoin , que je n'ai fait
aucune démarche pour obtenir ce prétendu
bref ?
On peut remarquer à ce fujet la différence
entre ma maniére d'agir , & celle de
M. G. C'étoit aprés des gens , que j'ai lieu
MARS. 1760. 357
de croire bien inftruits , c'eft fur des faits
-même , dont M. G. eft convenu dans fa
conférence avec fes quatres confrères , que
j'avois jugé de fes difpofitions , à figner
leur raport , s'il en eût été requis. Il nie
le fait , fans en donner aucune preuve : je
me défifte , & je confens , qu'on le croie
fur fa parole , quoique dans un cas où
fon témoignage peut étre ſuſpect . De fon
côté , M. G. avance un fait que je nie ; j'ai
prouvé que le fait , tel qu'il le fuppofe ,
feroit contraire à mes vues : j'ai cité pour
témoin de fa fauffeté , un ambaffadeur, qui
n'a pu manquer d'être bien informé . M. G.
au lieu de fe rendre , perfifte dans fon imputation
, fur un fimple oui dire , à trois cens
lieues du lieu où le fait a dû fe paffer. Je
croirois manquer à ce que je dois au miniftre
, que j'ai nommé , fi j'apportois en
preuve un autre témoignage que le fien ,
fut- cé même celui du cardinal fecrétaire
des brefs , qui me permettroit bien auffi
de le citer. Mais pour confondre M. G. en
tournant contre lui fes propres armes , je
l'invite à s'adreffer à M. le cardinal Gualtieri
, de la faveur duquel il fe targue.;
qu'il le prie de s'informer aujourd'hui fur
les lieux mêmes , s'il eft vrai que j'aie fait
la plus légère démarche pour folliciter le
bref. Ce que cette Eminence mandera de
58 MERCURE DE FRANCE.
les
Rome , doit avoir plus de poids , que
bruits recueillis à Paris dans fon antichambre.
Voilà , je crois , les deux premiers articles
de la lettre de M. G. ſuffiſamment éclaircis
; paffons au troifiéme.
IH. Il s'agit de la mort du fils cadet de
de M. de Cafe , enfant de cinq ans , inoculé
en même temps que ſon frère aîné , qui ſe
porte très bien.
Il me faut entrer ici dans quelque dé
tail , pour tirer la vérité du nuage , dont
on la couvre. Mais je ne parle qu'à ceux ,
qui la cherchent , & qui me fauront gré da
foin que je prends pour la dévoiler .
Le quatorziéme jour depuis l'éruption ,
& pendant la déficcation d'une pétite vé
role bénigne , & fans fiévre de fupuration ,
le cadet des deux frères inoculés , tomba
dans un affoupiffement , qui augmenta par
degrés , qui devint létargique , & dont il
mourût le trente- troifiéme jour de fon
inoculation renouvellée . Son corps
fut ouvert
trente heures après , fans aucune apparence
de putréfaction ; mais on trouva
vers la bafe du crâne un épanchement de
férofité , qu'on jugea la cauſe immédiate
de la mort. Tous ces faits font conftans ,
par le raport de l'ouverture du corps ,
dreffé M. Boyer , doyen de la faculté par
MAR S. 1760. 159
& par trois de fes confrères. ( Voyez, Mercure
de Juin 1759. ) Voilà tout ce que l'inf
pection du cadavre avoit fait connoître ,
lorfque huit jours après , M. Hofty reçut
une lettre de M. Lorry , l'un des medecins,
appellés pour affifter à l'ouverture. Par
cette lettre, fon confrère lui donnoit avis
qu'il avoit appris par une femme de la maifon
, que l'enfant , quinze jours avant fa
mort , avoit fait unc chûte violente fur le
derrière de la tête , que la gouvernante &
la garde avoient tenue fecrette . Sur cet avis ,
M. Hofty demanda permiffion d'informer..
Les témoins ouis devant un commiffaire
au Châtelet , défigné par M. le lieutenant
de police , le fait fut conftaté juridiquement
par la dépofition de la garde , & par celle
de la jardinière de la maison . Le procès
verbal eft imprimé dans le Mercure de juin
1759. M. Hofty , dans celui de juillet , a
donné de nouveaux détails , tels que fa converfation
avec la garde , la déclaration du
frère aîné de l'enfant , le certificat de M. le
curé de Chaillot , &c . M. Gaullard s'élève
aujourd'hui contre tous ces témoignages . A
l'information juridique , il oppofe le nouvel
interrogatoire , qu'il a fait fubir de fon
autorité privée , à la jardinière .
Si ce moyen de contredire un fait , attefté
juridiquement , étoit admis , il ne fe
160 MERCURE DE FRANCE.
roit plus poffible d'en conftater aucun.
Daignons cependant , par un effort de complaifance
, nous prêter à ce moyen , tout
irrégulier qu'il eft . Prenons au pied de la
lettre tout le narré de M. G. & donnons à
fon interrogatoire privé , qu'il rapporte de
mémoire fix mois après le fait , le même
poids , la même autorité qu'à l'information
faite dans la forme légale , & dans le
tems même , par autorité du magiftrat ,
qu'en résultera- t -il ? rien autre chofe , finon
, que cette femme , qui dans fa dépofition
avoit dit feulement qu'elle avoit appris
la chûte de l'enfant par la garde , favoit
quelque chofe de plus , pu fqu'elle a
dit , & foutenu conftamment à M. G. qu'el
le avoit fçu l'accident dans le moment même,
étant entrée dans la chambre de l'enfant
, qui étoit encore pále , qui pleuroit ,
& à qui on faifoit tirer un mouchoir entre
Les dents pour voir fi la chûte , qu'il ve
noit de faire , lui répondoit dans la tête....
qu'elle s'enfouvenoit , comme fi celafe paf
foit à l'heure même. M. G. part de là pour
infirmer le témoignage de la jardiniére ,
comme fi l'omiffion d'une circonftance
dans fa déclaration , étoit une contradiction.
Il ne faut que lire cette déclaration
même , ( Mercure de Juin 1759 ) pour voir
qu'elle ne contient rien qui contredile ce
MARS. 1760. 161
que M. G. prétend que cette femme lui a
dit depuis . Quant à l'omiffion , qu'il lui reproche
, le motif en eft aifé à pénétrer . On
fait par la dépofition de la garde , premier
témoin , au témoignage de laquelle M. G.
n'a rien à oppofer , que la gouvernante
avoit caché cette chûte aux parens & au médecin
, & qu'elle avoit exigé le plus grand
fecret. La jardinière , qui l'avoit confié à
M. Lorry , fut fort étonnée , quand M.
Hofty lui lut la lettre qu'il avoit recue de
fon confrère , fáns lui dire de quelle part.
Interrogée par le commiflaire , elle a craint
de fe rendre coupable , en avouant qu'elle
avoit fcu la chûte le jour même ; elle a
donc tû cette circonftance . D'ailleurs elle
n'avoit pas été témoin de la chûte , elle n'avoit
fait que la foupçonner en voyant l'enfant
pâle & pleurant , à qui l'on faifoit tirer
un mouchoir ; elle n'a donc pu rien favoir
que par conjecture , juſqu'au moment
où la garde , qui étoit préfente , lui fit la
confidence entière peu avant la mort de
l'enfant. La jardinière n'a donc rien dit de
faux dans fa déclaration , quoiqu'elle n'ait
pas tout dit. Enfin elle n'a point été interrogée
par le commiffaire : il n'a fait que
recevoir fa déclaration volontaire , dans
-laquelle elle n'a rien nié de ce que M. G.
prétend qu'elle lui a certifié depuis.
162 MERCURE DE FRANCE.
Mais examinons comment M.G. a fait fa
nouvelle découverte , & quelles en font les
conféquences . Deux mois après la mort du
jeune de Cafe , M. G. fe fait conduire dans
la maison de Chaillot. Je dis deux mois
après la mort , arrivée le 7 mai ; puiſque
M. G. nous apprend que le Mercure de
juillet , étoit alors imprimé. Cependant
par fon récit , il fait entendre au lecteur
que c'étoit dans le temps même de l'accident.
Je voyois , dit- il , DANS CE TEMPS
LA Me... à Chaillot , je priai M... de
me conduire chez la Jardiniere , &c. Quoi
qu'il en foit : il entre en converfation avec
cette femme ; il la fait caufer familièrement
; il lui demande , comment elle a fça
la chute de l'enfant mort. Celle- ci lui conte
naïvement qu'elle eft entrée dans la chambre
le moment d'après la chute , qu'elle a
vû l'enfant pleurant, à qui l'on faifoit tirer
un mouchoir . Alors il prend le ton d'un
juge , il tire le Mercure de juillet de fa
poche , lit la dépofition qui portoit ( ditil
) , qu'elle n'avoit fçu la chute de cet enfant
que deux jours avant fa mort. Notez
que ce mot de deux jours n'eft pas dans la
dépofition. Il tourne le feuillet , lit la dépofition
de la garde malade , qui dit ( c'eſt
M. G. qui parle ) que c'étoit elle qui deux
jours avant la mort de l'enfant , avoit fait
MARS. 1760. 163
ła confidence de cette chute à la jardiniere.
Notez encore que ce mot de deux jours ne
fe trouve pas plus dans cette dépofition
que dans l'autre. M. G. dit à la jardiniere }
» Vous avez donc dépofé faux , en difant
» que vous n'aviez fçu l'accident que deux
jours avant la mort » ? Cette femme fe
croit fur la fellete ; elle s'intimide , s'embaraffe
; la circonftance des deux jours
avant la mort, toute neuve pour elle , la fait
fe recrier fur une fauffeté pareille . Elle fe
plaint qu'on a donc écrit autre chose que ce
qu'elle a dit : elle protefte à M. G. que ce
qu'elle vient de lui dire eft la pure vérité .
Il continue fon interrogatoire . » Pourquot
» donc ne l'avez vous pas déclaré plutôt ? ...
» C'eft , dit- elle , de crainte de faire du
» tort à la garde malade & à la gouvernante....
Qui vous à donc déterminé
» à le dire après la mort ? Vous avez craint
» de leur nuire quand il y avoit du reme-
» de, & vous ne craignez plus de nuire EN
»
"
93 RÉVÉLANT UN SECRET INUTILEMENT . »
La pauvre femme , ajoute M. G. refta
confondue. Je le crois bien : on le feroit à
moins. M. G. lui prouvoit très bien qu'elle
étoit inconféquente . Elle ne faut pas lui repliquer
qu'elle avoit promis le fecret par
foibleffe , & qu'elle l'avoit revélé pour l'acquit
de fa confcience : elle ne fongea qu'à
164 MERCURE DE FRANCE.
calmer M. G. en convenant,pour lui complaire
, que cet enfant étoit mort de la
petite vérole , & en lui promettant de ne
jamais faire inoculer fes enfans . Quelle
perte pour l'inoculation !
Il et fingulier que M. G. ne s'apperçoive
pas qu'en cherchant à détruire le témoi
gnage de cette pauvre femme , il ne fait
que lui donner une nouvelle force . Elle
avoit feulement dépofé qu'elle avoit appris
la chute de l'enfant , peu de temps avant
fa mort , par la confidence de la garde. M.
G. en la queftionnant adroitement , lui
arrache , qu'avant cette confidence , elle
avoit vu l'enfant pleurer l'inftant d'après
fa chute, & qu'on lui faifoit tirer un mouchoir
avec les dents . Nous n'avions que
la garde pour témoin oculaire , nous en
avons maintenant deux , graces à M. G:
la garde & la jardiniere .
On auroit au moins dû , dit- il , joindre
au témoignage de la garde celui de la gouvernante.
M. G. y penfe- t'il La garde &
la jardiniere , qui n'ont point de part à la
chute de l'enfant , ( puifque l'une dans ce
moment donnoit un bouillon au frere aîné,
& que l'autre n'étoit pas préfente ) ; qui
n'ont à fe reprocher toutes deux qu'un excès
de complaifance pour la gouvernante ,
ou de crainte de la défobliger , ont pû cé
MRR S. 1760 . 165
der à la voix de leur confcience pour rendre
hommage à la verité , furtout quand
M. Hofty les en a requifes en juftice réglée ;
mais peut-on exiger que la gouvernante ,
feule coupable de la mort de l'enfant , dont
elle eût prévenu la chute , en ne s'écartant
pas du lit du malade , vienne s'accufer
elle- même ? Son témoignage feroit nul .
Non auditur perire volens . Elle ne pouvoit
être interrogée que comme coupable
dans le cas où elle cût été poursuivie criminellement
.
Si M. G. en reftoit là , on lui pardonneroit
, en faveur de fon peu de fuccès , les
efforts qu'il fait pour obfcurcir une vérité
qui lui déplait, mais le chagrin qu'il a de ne
pouvoir imputer cette mort à l'inoculation
, lui fait franchir les bornes de l'honnêté
publique . C'eft pour exhaler ce chagrin
qu'il à l'audace , je ménage etles termes ,
d'infinuer que les témoins ont été corrompus
par fon confere ; que les parens de
Kenfant mortle font prêtés à la fubornation
maladroite d'un témoin qui n'auroitparlé
qua demi ', enfin , dejetter un foup-"
çon de complicité fur les perfonnes refi
pectables citées dans la lettre de M. Hofty,
dong la lecture feule fuffit pour détruire'
ces dieux foupçons .
M. G. qui tente en vain de tendre fuf
166 MERCURE DE FRANCE.
pect le témoignage de M. le curé de Chaillot
, devroit fentir qu'il eft de fon intérêt,
de ne pas laiffer croire que les certificats
fe donnent légèrement . Parmi les gens
qui n'ont pas le dégré de foi néceffaire
pour croire aux miracles de M. Paris , au
cun , que je fache , n'accufe M , G. d'avoir
manqué de bonne foi en donnant fon certificat
fur une matiere fi délicate. Venons
aux deux derniers articles de la lettre .
pro-
IV . M. G. avoit avancé qu'il favoit au
moins trois morts fur le nombre de ceux
qui ont été inoculés à Paris : Il effaye de
de s'en juftifier , (P. II . fa nouvelle lettre )
en difant qu'il a voulu défigner un fait qui
n'eft pas public , la mort d'un enfant que
fon pere avoit fait inoculer à l'infçu de
fa femme. Remarquons d'abord que M.
G. ne cite pas ici plus fidélement ſon
pre texte , qu'il n'a fouvent cité le mien ;
tant on a peine à fe défaire d'une mauvaife
habitude . Voici les termes de fa feconde
lettre : (Merc . d'Août 1759. p . 167.)
Je connois 80 inoculés à Paris. ) Sut ce nombre,
j'enfais au moins deux morts. J'ai demandé
compte à M. G. de cet au moins.
deux , parcequ'il n'en citoit réellement
que deux , & que par cette expreffion au
moins deux , ilen faifoit foupçonner un
troifième. Or il nous apprend aujourd'hui
}
il
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de
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9
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D
MAR.S. 1760. 167
qu'il en fait non feulement deux , mais
au moins trois ; d'où l'on peut conclure ,
qu'il s'en réſerve un quatrième in petto.
Mais comme c'est un fecret , que je fuis
caution qu'il ne révélera jamais , il ne lui
eût pas plus couté de dire qu'il en connoiffoit
une douzaine. Il feroit d'autant plus
excufable d'employer un nombre vague ,
qu'il paroît n'avoir jamais eu bien préſent
le nombre précis . Dans fa feconde lettre ,
il favoit au moins deux morts de l'inoculation
fur 80 inoculés à Paris : il prétend
aujourd'hui , qu'il en favoit au moins trois.
Ne le preffons point , de peur qu'il n'en fache
au moins quatre. Si c'étoit une confidence
qu'on lui eût faite , ce feroit le comble
de la difcrétion que d'oublier le fecret
confié. C'est dommage qu'il nous avoue
qu'on a conftamment refufé de l'inftruiredu
fait. Ce n'eſt donc , de fon aveu , qu'un
pur foupçon de fa part. Mais quoi ? parce
qu'il plaît à M. G. de foupçonner qu'un
enfant mort de la petite vérole avoit été
fecrettement inoculé , il fe croit en droit
de dire au Public que c'eft un fait dont il
eft certain ! ( Page 11 ) Trouveroit - il bọn
que , fur un fimple foupçon , quelqu'un
s'avifat d'imprimer , qu'il eft certain que
trois malades , au moins , de M. G. font
morts par la faute ? Je me garderai bien
168 MERCURE DE FRANCE.
d'employer même , par repréfailles , de
pareilles armes contre lui . J'aurois même
plus de tort qu'un autre ; car je ne lui
connois aucun malade , quelque recherche
que j'en aie faite . C'est une juftice que je
lui rends avec plaifir . Peu de médecins peuvent
le vanter d'un pareil avantage .
*
M. G. en doutant de ma bonne foi
m'indique un moyen de la lui prouver :
moi , qui ne doute pas de la fienne , je le
prie de me mettre à portée d'en convaincre
ceux qui refuferoient de croire que ,
fachant au moins trois accidens funeftes
caufés par l'inoculation , il fe foit contenté
de dire , qu'il en favoit au moins deux , &
qui conclurront qu'il n'en favoit aucun.
Au refte , n'oubliez pas , Monfieur , que
des deux accidens cités par M. G. l'un eſt
celui d'un enfant de cinq ans , mort d'une
chûte , ( Voy. les preuves , Merc. de Juin &
de Juillet ) l'autre eft l'accident unique de
Mlle Chatelain la cadette. Il n'eft pas ici
Je me trompois je viens d'apprendre la
mort d'une parente de M. de M. entre les mains
dé M. G ... qui la traitoit de la petite vérole . Il
doit nous en citer fix qu'il ait tirés d'affaire , pour
prouver qu'il n'eft pas dans le cas du médecin ,
qu'il trouveroit fi fort à plaindre , s'il perdoit un
malade de la petite vérole fur fept ; & fi j'en
découvrois un fecond mort entre les mains , il
faudroit qu'il citât douze convalefcens.
queftion
*
MARS. 1760 . 169
à
queftion d'examiner la caufe de cet accident
, aujourd'hui trop connue. ( V. Merc .
d'Oct. 1755. II. v. p . 15 o . ) Il fuffit de remarquer
qu'il y a autant d'injuftice que de
malignité , pour ne rien dire de plus ,
faire entendre ( Lettre de M. G. page 14. )
que cette Dlle eft morte entre les mains
de M. Hofly , qui ne l'a jamais vue vuë , 8
qui fur le feul bruit qui fe répandit, qu'elle
n'avoit été réglée qu'une feule fois , & que
depuis fix mois rien n'avoit paru , augura
mal du fuccès de l'opération , dans de telles
circonstances . ( Voy Journal oeconomique
de novembre 1755. M. Hofty , qui d'ailleurs
n'a rien écrit fur ce fait , ni fur fa
cauſe , ne l'a pas plus fuppofé , comme
M. G. l'en accufe , qu'il n'a fuppofé la
chûte du jeune Caze , dont il a publié les
preuves juridiques .
Vous voyez , Monfieur , que M. G. eût
mieux fait de garder le filence fur cet article
, comme fur plus de trente-cinq autres ,
auxquels il ne répond pas un mot Je ne
fuis pas étonné , que ma lettre lui ait
paru fort longue , quoique so pages in- 12
ne femblent pas une longueur démefurée
pour un écrit , où plus de 40 articles font
réfutés . Parmi toutes les omiffion de M.
G. qui font autant de traits de prudence
de fa part , je n'en choifirai qu'une pour
H
170 MERCURE DE FRANCE.
vous prouver , que s'il n'eft pas heureux
dans le choix des articles auxquels il répond
, il fait quelquefois garder le filence
tres à- propos. C'eft à l'égard de l'article
de ma lettre , qui fuit immédiatement ce-
Tui que je viens de difcuter. M. G. après
avoir dit , qu'il connoilloitparmi les inoculés
de Paris , au moins deux morts , ajoutoit
ce qui fuit , & j'en ai cité trois qui ont
eu la petite vérole après l'inoculation . Sur
quoi je lui demandois , quel autre il avoit
cité que le fils de M. de la Tour , qui d'ailleurs
n'étoit point dans ce cas. Je conve
nois avec M. G. qu'il faifoit mention dans
fa lettre , d'un Anglois & d'un Hollandois ;
mais outre que leur inoculation n'eft rien
moins que prouvée , ni l'un ni l'autre ne
font du nombre des inoculés de Paris ; &
c'eſt parmi ceux - ci que M. G. affuroit
en avoir cité trois , qui avoient eu une
feconde petite vérole. Je lui demandois
donc s'il étoit honnête d'induire en erreur
les étrangers & les gens de province , qui
croiroient fur la parole de M. G. médecin
de la petite écurie du roi , que fur 80 perfonnes
inoculées à Paris , il avoit connoiffance
de trois rechûtes après l'inoculation ,
& qu'il avoit cité les trois perfonnes dans
un écrit public ; tandis qu'il eft de fait ,
qu'il n'en a cité qu'un feul exemple , &
MARS. 1760 . 171
quel exemple celui du petit de la Tour
que M. G. feul , entre tous les médecins ,
qualifie de récidive . Enfin , comme je fuis
grand queftionneur , je lui demandois encore
, fi publier un fait faux , & s'en donner
pour garant , c'eft refpecter le public & fe
: refpecter foi- même. Je pouvois encore lui
demander comment cela s'appelloit . A cela
M. G. fe tait ; je l'avois prévu . Il trouve
feulement mes queftions impolies , il les
qualifie de licences littéraires . Tout ceci
ne mériteroit- il pas un petit poftfcriptum
dans les feuilles des apologiftes , de la candeur
& de la force de fes écrits , & du fel
de fes plaifanteries ?
8
Je m'apperçois , Monfieur , que j'excéde
de beaucoup les bornes d'une lettre , & je
ne vous ai pas encore rendu compte des
nouvelles propofitions de M. G. & du pari
de 2600 louis , qu'il fubftitue à fon premier
défi , de me faire inoculer par lui.
Ce fera le fujet d'une autre lettre plus
courte , & qui fera , j'efpère , la dernière
fur cette matière. Je fuis , &c.
Paris , 15 décembre 1759 .
P.S. On me promet un éclairciffement
fur le certificat que j'ai cité de M. G. für
quoi je lui rendrai pleine juftice , fi j'ai été
mal informé.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
ARTICLE V.
SPECTACLE S.
OPERA.
LES PALADINS.
LA Comédie - Ballet , que nous avons
annoncée dans le Mercure précédent , a
été donnée fur le Théâtre de l'Opéra , le
12 du mois dernier. Une indifpofition ,
m'ayant empêché d'en voir les repréfentations
; je ne puis en rendre compte
que fur les rapports qui m'en ont été faits,
& fur la lecture du Poëme , dont l'Auteur
n'eft pas connu . Il a fait choix , d'un
Conte de la Fontaine , qui fans doute lui
a paru fufceptible des ornemens du Théâtre
lyrique , par la féerie & le merveilleux
qui s'y rencontrent . C'eft celui , du
petit chien , qui fecoue des pierreries .
La Fée Manto , protége un Paladin ;
nommé Atis , amoureux d'Argie , jeune
Italienne , qui doit époufer le Seigneur
Anfelme. L'Auteur , a pris ce fujet , au
moment qu'Anfelme arrive de fon ambaflade.
Argie & Nerine , gémiffent dans
MAR S. 1760. 173
fon château , fous la garde d'Orcan , furveillant
du jaloux. Nérine , qui voudroit
fe procurer plus de liberté , cherche à
féduire Orcan ; qui , de fon côté, cherche
à s'en faire aimer. Nérine lui dit :
Eh ! comment veux- tu que l'on aime ,
Dans ce trifte féjour ?
Confidére toi - même ,
L'afpect de ces barreaus , l'ombre de cette tour ,
Le cri de ces oiſeaux , qui volent à l'entour !
'
Tes yeux d'Argus , ta voix de Polyphême ,
蓄
Peuvent-ils infpirer l'amour ?
Et comment veux- tu que l'on aime ?
ORCAN.
Ce lieu , fi tu m'aimois , te paroîtroit charmant :
Tu trouverois ma voix plus tendre & plus fonore.
Tout s'embellit , tout s'éclaire en aimant :
L'amour , fait , d'un cachot , le palais de l'Aurore.
Ce lieu , fi tu m'aimois , te paroîtroit charmant.
Mais ton coeur répond froidement ,
Au feu qui me dévore.
Par ta pitié , prouve- moi ta tendreſſe ,
lui dit Nerine :
La pitié , n'eft qu'une foibleſſe ,
répond Orcan . Leur difpute donne lieu
à un Duo , de la plus grande beauté . On
Hiij
174 MER CURE DE FRANCE.
entend une fymphonie agréable , qui
donne des foupçons à Orcan ; qui va à
la découverte . Le jeune Paladin , dont
Argie fe croyoit oubliée , vient pour tenter
de la voir , déguiſé avec fa fuite , en
Pélerins. Nérine fort ; & revient inſtruire
fa maîtreffe des merveilles qu'elle a vuës.
Argie y paroît fort indifférente ; &, toute
occupée de fon Amant , rêve au coin du
Théâtre ; tandis que Nérine amène les Pélerins.
Atis , à leur tête , chante ces vers.
L'efpoir nous mène , au bout du monde ;
Il nous éveille chaque jour:
Si nous courons la terre & l'onde ,
C'est pour trouver un coeur digne de notre amour.
ARGIE.
Ah! j'en poffédois un , fi fidèle & fi tendre....
Je l'ai perdu.
ATIS.
Venez le chercher avec nous .
ARGIE.
Pour retrouver Atis , que ne puis je entreprendre
Un voyage fi doux !
ATIS , ( Sejettant aux pieds d'Argie )
Argie ! il eft à vos genoux.
Aris , raffure fa maîtreffe, fur le pouvoir
de la Fée. Nérine , éffrayée , annonce
l'arrivée d'Orcan; qui paroît ridiculement
armé , & prêt à combattre. Il tombe de
MARS. 1760. 175
frayeur , à l'approche d'Atis . On l'arrête ,
& on le reçoit Pélerin , avec des céré
monies ridicules. Un bruit , qui annonce
l'arrivée d'Anfelme , donne d'autres allarmes.
Le défordre fe met dans la fête.
Tout le monde fuit , & fe diſperſe dans
le bois.
Au fecond Acte ; Anfelme paroît , &
s'annonce par ce monologue .
Mon coeur , tu n'as que peu d'inftans
A defirer l'objet que ces lieux vont te rendre.
Je vais confoler un coeur tendre ,
Que j'ai fait languir trop longtems.
Il voit paffer Orcan, déguiſé . Il l'arrête
& croit qu'il eft fou. Argie , qu'il trouve
habillée en pélerine , l'étonne encore davantage.
Sous quel déguiſement , ô Dieux !
Vous me rendez votre préſence !".
Argie , eſt- ce ainfi , qu'à mes yeux,
Doit paroître votre innocence ?
La naïveté d'Argie ,lui fait tout avouer.
ANSELME.
J'ai donc perdu tout espoir de vous plaire ?
ARGIE.
Celui de vous aimer , n'eſt pas né dans mon coeur.
Donnez- moi mon amant , & goûtez la douceur
D'être aimé comme un père.
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
Anfelme , cache fa colère , feint de céder
; & après qu'il l'a renvoyée , tire un
poignard de deffous fa robe , & le remet
à Orcan , qui reparoît ; en le chargeant
du foin de fa vengeance . Orcan , effrayé
du crime qu'il va commettre , chante un
très-beau Monologue . Nérine , qui a vû
ce qui s'eft paffé , eft allée avertir les Paladins.
Elle revient, en chantant une ariette,
faite pour attirer Orcan . Il fe laiffe prendre
au piége : il lá fuit ; & fon amour lui
fait oublier fa vengeance , dans un Duo
fort agréable. Nérine , preffée trop vivement
par lui , appelle à fon fecours les
Paladins ; qui paroiffent fous la forme de
démons & de lutins. Ils défarment Orcan
, que ce fpectacle a effrayé. Argie ,
paroît. Atis dit , à Orcan:
Monftre ! vois la beauté , que menaçoit tes armes !
La terre alloit, par toi , perdre tous les trésors.
Contemple , admire tant de charmes ,
Pour emporter plus de remords.
Argie , demande qu'il vive ; & les Paladins
fe réjouiffent , & chantent la délivrance
d'Argie. Un bruit tumultueux annonce
l'arrivée d'Anfelme , qui vient avec
tous les gens armés. Atis ,pour fauver ſa
conquête , fe jette avec fa fuite, dans le
château d'Anfelme.
MARS. 1760 . 177
Anfelme paroît,au troifiéme Acte, l'épée
à la main , & fuivi des fiens', pour former
l'efcalade du château. Il s'annonce, par ce
monologue :
Tu vas tomber fous ma puiffance ,
Lâche & perfide raviffeur!
Ah ! je vais goûter la douceur,
De percer à tes yeux l'ingrate qui m'offenſe.
(àfa fuite. )
Venez , fecondez mon couroux :
Mon honneur outragé , vous demande vengeance.
Vengeance ! ô vengeance !
Vous êtes l'unique'efpérance ,
Des Amans trompés & jaloux !
Tu vas tomber & c . M
Au moment qu'on place les échelles ,
le vieux château difparoît. Anfelme voit,
à la place, un riche palais , & des jardins
délicieux , dont la décoration a été fort
applaudie. Manto , fous la forme d'une
efclave maure , traverfe le Théâtre. Anfelme
lui demande, quel Dieu habite cette
demeure ? Ces tréfors font à moi , dit la
fée ; & je t'en rendrai maître , fi tu veux
m'aimer. Anfelme s'excufe fur fon âge.
Manto , chante cette jolie ariette :
Le Printemps ,
Des Amans ร
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Rend leur flamme trop volage :
Le fardeau de l'âge
Rend les amours plus conftans.
Le Printems , &c.
Lorfque Manto lui dit , qu'elle va détruire
cet édifice ; au moment , qu'il eft à
fcs genoux , Argie paroît , & lui dit :
Quoi , dans le même jour ,
Etre fi cruel & tendre !
Il faut favoir vaincre l'amour ,
Pour avoir droit de le défendre.
Atis , le bel Atis , eft fait pour m'enflâmer :
Mais vous devez rougir du feu qui vous dévore.
Le crime n'eſt pas d'aimer:
C'eſt le choir qui déshonore.
ANSELME
Ah ! connois mieux mon coeur , & mes projets,
Ingrate ! à cet amour quand j'ai rendu les armes ,
C'étoit pour t'enrichir des dons que l'on m'a faits:
Et je n'enviois ce palais ,
Que pour l'embellir de tes charmes.
ARGIE.
Si je veux des palais , Atis m'en donnera .
༔ * Sans mon Atis , en peut-il être ?
Si je veux des tréfors , c'eſt lui qui les fait naître:
Et je les aurai tous , tant qu'Atis m'aimera.
Anfelme s'emporte contre Argie. Mante
MARS. 1760.
179
& les deux Acteurs , forment un trio fort
agréable & très- bien éxécuté. Atis paroît ;
& Manto le déclare par ces vers :
Reconnoiffez Manto fous ce déguiſement.
Approchez Atis .... Je dois rendre ,
La beauté la plus tendre ,
Au plus fidèle amant.
Elle les unit ; & les quitte enfuite , en
leur difant :
Je veux que ces jeux enchanteurs ,
Forment ici , pour vous , la cour la plus aimable.
Goûtez d'autres plaiſirs . Je laiſſe dans vos coeurs
Un enchantement plus durable.
Anfelme fuit le confeil de Nérine , qui
lui dit :
mée
Manto vous rend la liberté...
Je vois la foule qui s'avance.
Des caprices de leur gaîté ,
Sauvez , fauvez , votre Excellence..
La fête , qui termine le ballet , eft for
par des Pagodes , des Chinois & des
Paladins, par les Troubadours , & méneftrels
de la fuite d'Atis.
Ce qu'on a le plus critiqué, dans ce ballet
, eft le mêlange du férieux & da comi-
H vj
iso MERCURE DE FRANCE.
que , dont on a fait ufage . Il a révolté la
plus grande partie des Spectateurs , qui
voudroient voir ce théâtre uniquement
confacré au genre noble. Peut- être que
l'union de cesgenres oppofés,n'a point été
ménagée avec affez d'art . Auroit - on eu
en vue le contrafte des deux mufiques , la
françoife & l'italienne , pour fatisfaire les
amateurs fur ces deux genres différens ; &
le Poëte ne s'y feroit - il pas trop facrifié ?
Il femble , du moins , qu'il y ait facrifié l'intérêt
du récitatif & des fcènes , pour rapprocher
les divertiffemens ; où l'on n'a
pas trouvé , ni aflez de variété , ni affez
de gaîté. Un défaut effentiel , dans l'action
, eft la reffemblance du premier &
du fecond acte , où les Paladins fe trouvent
dans le même embarras . Il y a d'ailleurs
plufieurs fautes, dans les vers , qu'on
ne peut guère imputer qu'à l'impreſſion
de l'ouvrage. Quant à la mufique ; elle
eft partout marquée au coin de fon illuftre
Auteur. Selon fon effet ordinaire , elle
a été mieux fentie à chaque repréfentation
. On rend juftice à la beauté , à la
nouveauté même, des fymphonies. L'ouverture
, a été fort applaudie. Toutes les
Ariettes, du rôle de Nérine, & fon Duo,
avec Orcan ; celle de Manto , au dernier
acte , font des morceaux agréables & piMARS.
1760. 181
quants. Les rôles de Nérine & d'Orcan,
ont été chantés auffi bien qu'ils ont été
joués , par Mlle Lemiere & M. Larrivée :
leur art & leur intelligence, ayant fuppléé
au peu d'exercice qu'ils ont dans le
genre
comique . M. Gelin a très - bien rendu fon
rôle. Quoiqu'on ait tout lieu d'être content
de Mile Riviere dans le fien ; on a
defiré la jeune Actrice , à qui il avoit été
deſtiné , & qu'une indifpofition a empêchée
de paroître dans cet Opéra.
Le jeudi , 21 Février , on a donné une.
repréſentation du Carnaval du Parnaffe.
M. Muguet , a repris le rôle d'Apollon ,
qu'il avoit déja chanté dans cet Opéra.
Mlle Villette , a remplacé Mille Lemiere ,
dans le rôle de Florine , au Prologue ; &
dans celui de Thalie . Le vendredi 22 ,
dimanche 24 , & le mardi 26 , on a continué
de, repréfenter les Paladins . Mlle
Arnoud , a joué le 1ôle d'Argie , le 24 &
le 25, M. Muguet a chanté le rôle d'Atis,
dans les Paladins , en place de M. Lom-:
bard , le mardi 26 .
Mlle Villette a été vue , dans les deux
róles de Florine & de Thalie , avec fatisfaction
de la part du public , qui la lui a
marquée , & l'a encourageé par fes applaudiffemens
, à faire de nouveaux pro182
MERCURE DE FRANCE.
grès . M. Muguet , a été revu avec plaifir
dans le rôle d'Apollon , où il avoit déja
reçu de juttes applaudiffemens. A l'égard
du rôle d'Atis , il y a été accueilli favorablement
; & la manière dont il l'a joué ,
& chanté , donne lieu d'efpérer , qu'il deviendra
utile & agréable dans les rôles de
haute-contre.
Mlle Arnoud a fait, dans le rôle d Argie,
la fenfation , que fa figure & fes talens
produifent ordinairement fur le fpectateur
fenfible. Mlle Lany , qu'une indifpofition
avoit obligée de quitter fes entrées
dans les Paladins , le vendredi 15,
les a repriſes le vendredi 22. Le plaifir
qu'elle a fait , eſt égal à fes talens , qui
ne laiffent rien entrevoir au- delà. Le pas
de deux , du premier acte de cet Opéra
entre M. & Mlle Lyonnois , a toujours
caufé le plus grand plaifir. La compofition
& l'exécution de l'entrée des Troubadours,
au fecond acte , dont la mufique
eft charmante , a eu le fuccès le plus conf.
tant , & le mieux mérité : c'eft M. & Mlle
Lany, qui la danfent. Le ballet Chinois ,
du troifiéme acte , a auffi reçu des applau
diffemens.
3
1
MARS. 1760 ! 183
COMEDIE FRANÇOISE .
LEE 20 Février , les Comédiens François
on donné la premiere repréſentation.
de Spartacus , Tragédie nouvelle de M.
Saurin. A la feconde repréfentation ,
les fuffrages fe font réunis : l'ouvrage a
été généralement trouvé bon . L'Auteur
n'a été obligé que de retrancher quelques
endroits , que les efprits mal - intentionnés
avoient faifis avidement . On ne
veut point dire, que cette Piéce foit fans
défauts mais il femble qu'une partie du
Public n'aille plus aux nouveautés , qu'avec
le defir de les trouver défectueufes .
On continue les repréfentations de cette
Tragédie. Nous en donnerons un Extrait
circonftancić .
Le Dimanche 24 , le fieur Barnaut ,
qui avoit débuté , il y a fix ans , a joué
le rôle de Lifimon , dans le Glorieux ; &
celui de Joffelin, dans la Coupe enchantée
Il eft reçu.
184 MERCURE DE FRANCE.
COMEDIE ITALIENNE.
LE Samedi , 16 Février , on donna la
premiere repréfentation de l'Innocente
Supercherie ; Comédie en trois Actes , en
Profe , mélée d'Ariettes . Cette Piéce , n'a
réuffi que très foiblement. Voici le précis
de l'intrigue. Le vieux Concierge d'un
Château , homme riche & veuf , eſt devenu
amoureux de Florette , jeune Villageoife
orpheline, qui a été élevée chez M.
& Madame Cadeau. Cette Florette aime
Collin , fils du Concierge , & en eft aimée.
D'un autre côté , le Seigneur du lieu , à
qui le Concierge doit toute fa fortune ,
veut fe remarier à Madame Thomas , fa
femme de confiance , qui eft veuve auffi.
Le Concierge , qui ne fe fent plus aucun
goût pour Madame Thomas , & qui doir
ufer de ménagement à l'égard de fon Seigneur
, veut faire enforte que la coquetterie
de Madame Thomas lui ferve de
prétexte à éluder fon mariage avec elle.
Pour remplir ce deffein , il propofe à la
jeune Florette de déguifer fon fexe , &
de paffer pour un jeune garçon : elle
y confent. Colin eft fort intimidé de l'amour
que fon pere a pour elle ; mais elle
MARS. 1760 . 185
le raffure . Habillée en homme , le Concierge
la préfente à Madame Thomas ,
qui ne fait point de façon pour en devenir
amoureufe ; & comme il n'y a point
de chambre vuide dans le Château ; elle
propofe de faire coucher cette Florette ,
qui a pris le nom de Finet , dans la chambre
de Colin. Cette propofition ne plaît
point au Concierge ; mais eft fort du goût
de fon fils. Le Pere veut , que ce Finet
aille loger au donjon : à quoi Madame
Thomas répond, qu'étant fi haut, & dans
un corps de logis féparé , elle ne pourra
pas s'en faire entendre quand elle en aura
befoin. La conteftation finit . Madame
Thomas, feule avec Finet , lui fait l'amour;
& lui donne une bourfe de louis . Le Concierge
, revenu fur la fcène , & feul auffi
avec Finet , lui donne le contrat d'un
bien qu'il a acheté pour fa chere Florette ,
& qu'il lui avoit promis . Munie de ces
deux préfens, elle les montre à Colin, dont
elle raffure encore la tendreffe allarmée .
Le Concierge , a une affaire preffante qui
l'appelle à Paris ; & il veut y envoyer fon
fils à fa place. Colin s'en défend ; &
Florette , modeftement , s'offre à l'y fuivre.
Ce que le pere refufe. Madame Thomas
qui entre dans le moment , s'oppofe auſſi
à ce que Finet aille à Paris : elle veut au-
>
186 MERCURE DE FRANCE.
paravant lui donner quelques leçons de po
liteffe. Elle ajoute , qu'elle a des droits fur
lui. A ce mot , Finet lui rend la bourfe
qu'elle lui a donnée ; en lui difant , que
ée feroit un bien mal acquis de fa part.
Le Concierge triomphant , fait des reproches
à coquetterie de Madame Thomas
, & promet qu'il s'en plaindra àfon
protecteur. Dans le même temps , Finet
lui rend auffi , à lui-même , le Contrat
dont il lui a fait préfent ; ce qui donne
la revanche à Madame Thomas. Florette
alors, ne fe déguife plus. Elle avoue qu'elle
aime Colin , & qu'elle ne s'eft prêtée à
Finnocente fupercherie , que pour parve
nir au bonheur de s'unir à lui. J'en fuis
fâchée pour vous,dit- elle à Madame Thomas
; mais j'en fuis bien-aife , ponrfuitelle
, en courant dans les bras de Colin.
Madame Thomas , & le Concierge , renouent
leurs premieres amours. Ils font
la paix enſemble , & uniffent les deux jeunes
gens. La Piéce finit, par le double ma
riage & un quatuor.
1
La Mufique de cette Piéce , a plû ; le
choix des airs , en a parû très - agréable .
Mais la marche , n'en eft point théâtrale.
Il y a trop d'uniformité, dans les Scènes..
L'Auteur de cette Comédie , eft un jeune
homme , qui n'a point encore affez fenti
MARS. 1760.
189
que pour n'introduire que quatre interlocuteurs
dans une Piéce en trois Actes ,
il faut plus de variété dans les fituations ,
plus de chaleur & de délicateffe dans l'expreffion
, & plus d'adreffe dans la manière
d'amener, de foutenir , & de filer les
Scènes.
La coquetterie de Madame Thomas ,
n'a point aſſez de fineffe . Elle devient
trop brufquement amoureufe de Finet..
Mademoiſelle Desglands , qui a joué
ce rôle , quoiqu'entiérement éloigné de
fon caractère , la rendu avec beaucoup
d'intelligence , de naturel , & de vivacito.
Le fieur le Jeune , nouvel Acteur , a
continué de jouer , pendant ce mois , dans
différentes Pièces , avec le même fuccès.
que dans fes premiers débuts. Il eſt toujours
fort applaudi.
OPERA- COMIQUE.
L'OPÉRA
' OPÉRA- Comique , continue les repréfentations
du Maitre en Droit : quelques.
corrections , & quelques endroits élagués,
dans le fecond Acte , lui ont donné autant
de chaleur qu'en a le premier. La
contredanfe , des Portraits à la mode , eft
88 MERCURE DE FRANCE.
toujours vue avec le même plaifir . Mardi ,
26 Février , on a donné un petit Ballet ,
intitulé , Le Bouquet. La Dlle Luzy, a
montré que la Nature ne s'étoit pas contentée
de lui accorder le talent du jeu, &
la vérité de la déclamation. Tous les
Spectateurs ont été étonnés de fa danfe ,
dans ce Ballet . Quant à la Dlle Prudhom
me fa réputation , folidement établie
dans ce genre , ne ſe dément point ; elle
eft toujours fûre des applaudiffemens ,
parce qu'elle les mérite . On prépare, pout
ce Spectacle , une Piéce nouvelle, du fieur
Sedaine , Auteur du Diable-à quatre , &
de Blaife le Savetier. Ce fera fans doute
un Opéra Comique , plein d'action ; car
perfonne n'a connu l'art de donner du
mouvement aux Scènes & aux Acteurs ,
mieux que le fieur Sedaine ; que fes rivaux
mêmes appellent , le véritable Auteur
de l'Opéra - Comique , de ce genre.
MARS. 1760 . 189
SUPPLEMENT aux Nouvelles Littéraires .
Réponse aux Cahiers de l'Année Littéraire,
N. 35. 1739. & No. 4.276ọ
LESES Libraires intéreffés au Recueil des
planches qui étoient deſtinées pour l'Encyclopédie
, uniquement occupés du foin
de les faire graver , n'ont pas cru devoir
s'en diftraire , pour répondre aux imputa
tions inférées dans le cahier de l'Année
Littéraire 1759, n°.3 5.Ils fe font contentés
d'ouvrir leurs portefeuilles à l'Académie
des Sciences , au moment qu'Eile a paru
le defirer , & de foumettre à fon jugement
toutes les planches gravées , & tous
les deffeins qu'ils avoient , fans aucune
diſtinction .
C'eft fur leur offre , que l'Académie a
nommé des commiffaires ; & le rapport
que l'on a imprimé , dans le cahier de
l'Année Littéraire 1760,n °. 4. a fuivi l'examen
de ces commiffaires. Mais les Librai
res affociés , ne voulant pas que leurs accufateurs
puiffent tirer aucune conféquen
ce de ce rapport , fair fur un recueil nom
190 MERCURE DE FRANCE.
breux de planches , où les Sciences , les
Arts liberaux , les Arts mécaniques , &
toutes les matiéres étoient confondues ,
les ont féparés , en ont dreffé un état ; &
ont prié ceux d'entre les Commiſſaires , à
qui l'Académie avoit confié la fuite de
cette affaire , de procéder à un nouvel
examen plus précis & plus détaillé. A cet
effet , on a laiffé de côté toutes les planches
, fur les Sciences , les Arts libéraux
& autres , tels que la Chymie , la Chirurgie
, l'Architecture , la Fortification ,
la Marine ; & voici ce que Meffieurs les
Commiſſaires ont certifié d'après ce nouvel
examen , fait fur les feules planches
des Arts mécaniques , & fur l'état qui
leur en a été préſenté .
» Meffieurs les Libraires affociés à l'Encyclopédie
, ayant demandé à l'Acadé-
» mie des Commiffaires , pour vérifier le
» nombre des Deffeins & Gravûres , con-
» cernant les Arts & Métiers , qu'ils fe
» propofent de publier ; Nous Commif-
» faires fouffignés , avons vûs , examninės
» vérifiés toutes les planches & deffeins
» mentionnés au préfent état , montant
» au nombre de fix cens planches , ou environ
, fur cent trente Arts , dans lef
» quels nous n'avons rien reconnu , qui
mait été copié d'après les planches de M.
"9
MARS. 1760. 191
M. de Réaumur : en foi de quoi , nous
" avons figné le préfent Certificat. A
" Paris , ce 16 Janvier 1760 : Et ont
figné , MM. Nollet , Morand , de Par
» cieux , de la Lande.
"
Il eft à obferver , & on a eu foin de le
faire obferver à Meffieurs les Commiffaires
, que parmi ces Arts , il y en a quarante-
fix de ceux , qu'on a dit dans l'Année
Littéraire , avoir été copiés fur les
planches de M. de Réaumur. Il eft à obferver
encore, d'après la comparaifon faite
par les Commiffaires , des planches de M.
de Réaumur , avec celles des Libraires
affociés , qu'on les a accufés d'avoir copié
beaucoup d'Arts , que M. de Réaumur n'a
pas traités. Au refte, cette réponſe ſera l'unique
qui fera faite , à tout ce qu'on pourra
imaginer de nouveau fur cette affaire ;
parce qu'elle eft la feule que les Libraires
croyent devoir au Public , après avoir
fatisfait l'Académie. Ils préfèrent de fe
livrer entiérement à la conduite de leurs
gravares , pour le mettre en état d'en publier
dans le cours de cette année 1760 ,
le premier volume & les autres fucceffivement
alors le Public jugera du mérite de
ce travail , & de la valeur de l'accufation
. On concevra difficilement , ce qui a
192 MERCURE DE FRANCE.
déterminer à la former , fi l'on fe donne
la peine de lire la quittance qui fuit.
pu
" Je reconnois avoirreçu , par les mains
de M. Briaffon , la fomme de fix cens li-
»vres , pour tous les foins , vérifications ,
"confeils , tranfports , ou autres , de quel-
"ques façons que ce foit ; même tout
temps employé jufqu'à ce jour , y com-
»pris même les calques que j'ai faites
»pour l'Encyclopédie ; dont je fuis parfai-
» tement fatisfait : dont je quitte ledit
fieur & fa compagnie , foit que je les
aie faites à Paris ou à la
campagne.
A Paris, ce 9 Juin 1759. Signé, PATTE.
"
ARTICLE
MARS . 1760. 793
ARTICLE VI.
NOUVELLES POLITIQUES:
N
De PETERSBOURG , le 25 Janvier.
OTRE Cour a été informée , depuis peu , du
projet formé par l'Angleterre , d'envoyer une
forte Elcadre dans la mer Baltique , pour y protéger
le Commerce de cette Nation . Le Sr Keith ,
Miniftre de cette Puiffance , auprès de Sa Majeſté
Impériale , eft chargé , dit - on , de faire agréer
cet envoi. Mais le Commerce Anglois n'éprouvant
aucun obftacle dans la mer Baltique , où il
n'a aucun ennemi direct , il eſt aiſé de fentir que
cet armement , projetté par l'Angleterre , ne peut
avoir que des vues d'hoftilités , & que le Sr Keith
ne réuffira pas dans cette négociation.
Il a fait dans cette Ville un froid exceffif depuis
le milieu du mois de Décembre. Le 28 de
ce mois , à neuf heures & demie du matin , la
liqueur du Thermométre defcendit prefque au
vingt- huitiéme degré au - deffous de la congellation
, fuivant la divifion de Réaumur. En 1740 ,
année dont le froid eft mémorable , elle ne def
cendit qu'un peu au- delà du vingt- quatrième.
De STOKOLM , le premier Février.
Le Général Manteuffel , après le mauvais fuccès
de fon entreprife fur nos quartiers , fe retira
précipitamment à Anclam où il entra le 24
au foir. Il fut pouríuivi par le Général de Lan-
I
>
194 MERCURE DE FRANCE.
tingshaufen , qui lui enleva dans cette retraite
deux piéces de canon , & foixante dix-huit chariots
de bagages. Nous fimes auffi plus de centcinquante
prilonniers , & nous favorifâmes l'évafion
d'un grand nombre de déferteurs . Le Général
de Lantingshaufen , arriva le 25 devant Anclam
: il envoya auffitôt le Baron de Wrangel ,
fon Aide de camp général , au Comte de Monteuffel
, pour le lommer de rompre le pont qu'il
avoit fur la Péene . Sur fon refus , le Comte de
Lantingshaufen fit fes difpofitions pour l'attaquer.
Sept bataillons , commandés par le Comte de
Horn , en furent chargés. L'attaque commença
le 28 au matin , avant le jour , & nos troupes
forcèrent les Pruffiens d'abandonner le Fauxbourg
en deçà de la Péene , & la chauffée qui
conduit à la Ville. Un de nos bataillons , dans la
chaleur de la pourfuite , pénétra avec lesfuyards
dans la Ville. Le Comte de Manteuffel y étoit
occupé à rallier les troupes ; mais trois bieffures
qu'il reçut le mirent hors de combat , & il fut fait
prifonnier avec fon Aide de camp . Cependant
les Pruffiens s'étant ralliés , le bataillon Suédois
fongea à la retraite , & il l'exécuta en fe faifant
jour à travers le Régiment de Kalkstein , qui lui
barroit le pallage. Il fit même prifonniers le
Commandant de ce corps , & plufieurs foldats.
La perte des Prufliens dans cette occafion , &
dans leur incurfion en Pomeranie , a été de
quinze à feize cens hommes. La nôtre a été de
deux à trois cens.
Le Comte de Lantingshaufen envoya le lendemain
de fon expédition , un Officier au Gouverneur
d'Anclam , pour le fommer de nouveau
de détruire fon pont . Cet Officier étoit chargé
de lui déclarer , en cas de refus , que le Général
Suédois ne pourroit fe difpenfer , pour affurer
MARS. 1760. 195
la tranquillité de fes quartiers , de revenir fur
cette Ville , & de la bruler entièrement. Cette
fommation a fait impreffion fur le Commandant
Pruffien , & il a fait rompre le pont.
Le Général de Stutterheim a pris le comman
dement des Pruffiens , à la place du Comte de
Manteuffel. Cet événement a déconcerté les projets
des Pruffiens fur le Mecklembourg. Après
cette expédition , le Comte de Lantingshaufen a
renvoyé les Troupes dans leurs cantonnemens
& fon quartier général eſt établi à Gripswald .
>
Des avis venus de Norwège , apprennent que
le Capitaine Thurot,eft dans un des Ports de cette
Côte , avec fa petite Efcadre. Il y a amené quatre
Vaiffeaux Anglois , qu'il a intercepté à l'entrée
du Sund.
Le froid , qu'on a reffenti jufques vers la fin
du mois dernier , a été d'une rigueur exceffive.
détroit du Sund a été entièrement gelé , de
forte qu'on pouvoit paffer à pied ou en traîneaux ,
de la Selande , en Scanie.
De VIENNE , le premier Janvier.
Le dégel , qui a fuccédé tout-à coup au froid
le plus rigoureux qu'on ait fenti depuis long
temps , a entièrement interrompu toute opération
militaire. Les mêmes difficultés ont arrêté la
marche du corps du Baron de Laudon , qui a
cantonné fes troupes fur les confins de la Bohême.
On a écrit depuis , de Prague , que ce Géné
ral eſt tombé malade , & qu'il s'eft fait tranfporter
à Billin.
Les principaux Officiers & Généraux Pruffiens ,
pris à l'affaire de Maxen , vont être transférès à
Infpruck. Ils font au nombre de cent vingt- cinq.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
De BERLIN , le 26 Janvier.
On célébra , le 24 de ce mois , l'anniverſaire de
la Naillance du Roi , qui entra , de ce jour , dans
La quarante-neuvième année.
De DRESDE , le Février.
Notre armée, & celle du Roi de Pruffe, confervent
toujours , à peu- près , la même poſition.
Le Maréchal de Daun , ayant reçu , le 20 , de Sa
Majefté Impériale , Grand-Maître de l'Ordre
Militaire de Marie- Thérefe , les pouvoirs de procéder
à la réception de trois Grands- Croix , & de
trente-fept Chevaliers de cer Ordre , en fit la
cérémonie au Palais des Princes , près de la porte
de Pyrna , au bruit des trompettes & des timballes
. Les trois Grands-Croix font : le Prince de
Deux-Ponts , reçu à Vienne par Sa Majeſté Impériale
; le Général d'Infanterie , Maquire ; &le
Lieutenant- général Beck.
De LEIPSICK , le 31 Janvier,
La Ducheffe Douairiere de Courlande , Veuve
du Duc Ferdinand , née Princeffe de Saxe-Weilfenfels
, qui réfidoit ordnairement dans cette Ville,
y eft morte le 25 de ce mois , dans fa cinquante-
uniéme année. Il y a quelque eſpérance
d'adouciffement au fort de nos malheureux Concitoyens.
Plufieurs des prifonniers du Château de
Pleiffembourg , ont été relâchés , en payant moitié
de la fomme que le Roi de Pruffe exigeoit de
chacun d'eux .
De HAMBOURG , le 30 Janvier.
Nous venons de recevoir la nouvelle que le
Landgrave de Heffe , qui étoit depuis quelque
MARS. 1760 197
temps malade dans le château de Rintelen , y
eft mort la nuit du 28 au 29 de ce mois dans la
foixante dix -huitième année . Il hérita du Landgraviat
de Helle , le 18 Avril 1751 , par la mort
de Frédéric , Roi de Suéde & Landgrave de Heffe,
fon frere aîné .
Suivant les Lettres de Dantzik , les Ruffes recommencent
à fe mettre en mouvement ; its
raffemblent à Méve , dans le diftrict de Marienbourg
, un corps de vingt mille hommes , fous le
commandement du Général de Tottleben . Les
difpofitins, pour la marche dece corps, annoncent
qu'il eft deftiné pour agir en Siléfie .
De ROME , le 25 Janvier.
Dans la derniere affemblée des Nobles , tenue
au Capitole , la famille de Cinque a été reçuë
au nombre de foixante familles Patriciennes de
Rome , à la place de celle des Cinci , éteinte par
la mort du noble Chriftophe Cenci .
De LONDRES , le 4 Février.
Le Roi a nommé Gouverneur de Gibraltar le
Général -major Robert Leighton, qui partira dans
peu pour s'y rendre .
Quelque fujet qu'ait la Nation de s'applaudir
de fes fuccès en Amérique , dans les deux dernieres
années , on prétend aujourd'hui qu'ils ont été
trop lents. La conquête du Canada n'eût été ,
dit-on , que l'ouvrage d'une ou de deux campagnes
, fi nos Généraux fe fuffent comportés avec
l'intelligence & le défintéreffement convenabies.
En conféquence , la conduite des Lords Loudon
& Charles Hay , qui commandoient en 1756 &
1757 , doit être exaininée dans un Confeil de
guerre que Sa Majefté vient de nommer.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Il a fait un froid exceffif ici , depuis environ le
milieu de Décembre jufqu'à la fin du mois dernier.
Pendant tout en temps, on a trouvé, preſque chaque
jour, des perfonnes mortes de froid dans les
rues ou fur les chemins. La Tamile a été gelée ,
& plufieurs vaiffeaux ont été entraînés & brifés
par le choc des glaçons.
DE LA HAYE , le 6 Février.
Le mariage de la Princeffe Caroline avec le
Prince de Naffau-Weilbourg , vient d'être agréé
par les Etats. Cette union , quoique recommandée
par la mere de cette Princeffe , dans fes derniers
momens , avoit éprouvé jufqu'ici de grandes
oppofitions , fondées fur un article du tefta
ment du feu Stathouder. Cet article porte expreffément
, que les femmes feront exclues du Stathouderat
, fi le Prince qu'elles épouleront n'eſt pas
de la Religion Proteftante, adoptée par les fept Provinces.
Le Prince de Naffau- Weilbourg fait profeffion
de la religion Luthérienne. Mais enfin ces
difficultés fe font applanies . Son mariage avec
la Princeffe Caroline, doit être déclaré le 4 du mois
prochain ; & la célébration fe fera le lendemain.
On fait de grands préparatifs pour cette fête.
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.:
De VERSAILLES , le 14 Février.
LEE Roi a donné la Prévôté de S. Pierre de
Lille, à l'Abbé de Valory la Pommerays, Chanoine
de la même Eglife.
Du 21 du même mois.
Le 15 , jour anniverfaire de la naiffance du
MARS. 1760. 199
Roi , on chanta le Te Deum dans l'Eglife de Notre-
Dame , paroiffe du Château , & dans celles
de Saint Louis & des Récollets. Après la cérémo
nie , on alluma le Bucher qui avoit été préparé
vis- à - vis du portail de l'Eglife. Les Invalides
chargés de la garde de cette Ville , firent une
triple falve de moufquetterie.
>
Le même jour , Sa Majefté tint le Sceau ; & le
Comte de Luface arriva de l'Armée d'Allemagne.
Le 17 , le Roi s'étant fenti un peu indifpofé ,
Sa Majefté fe purgea le 19 ; & la ſanté eſt à préfent
entiérement rétablie.
De PARIS , le 16 Février.
2
Le Samedi 9 , le Sieur Vattelet , Receveur général
des Finances préfenta à l'Académie de
Peinture , fon Poëme Didactique , fur l'art de
peindre. On attendoit avec empreffement l'impreffion
d'un ouvrage fi utile , & fi bien annoncé
au Public , par le bon goût & par le talent de
l'Auteur.
Le , le Duc de Luynes , Gouverneur de Paris ,
fut reçu & prit féance au Parlement , en qualité
' de Pair de France. Le Prince de Condé , le Comte
de Clermont , le Prince de Conti , le Comte de
la Marche , Princes du Sang , l'Evêque Duc de
Langres, & les Ducs d'Uzès , de Briffac , de Richelieu
, de Rohan - Chabot , de Luxembourg , de
Saint- Aignan , de Trefmes , d'Harcourt , de Filtz
James , de Villars - Brancas , de Chaulnes , de
Rohan - Rohan , Prince de Soubiſe , de la Valliere
de Fleury , de Duras & de Choiſeul , aſſiſtèrent
à fa réception.
On célébra le 12 , dans l'Eglife Métropolitaine
de cette Ville , un fervice folemnel , que le Roi
avoit ordonné,pour le repos del'âme de feueMadame
Louiſe-Elifabeth de France , Infante d'Espagne,
I iv
200 MERCURE DE FRANCE .
Duchelle de Parme , de Plaifance & de Guaſtalla ,
Fille ainée de Sa Majesté . Le Roi avoit nommé ,
pour faire le grand deuil à cette cérémonie , Madame
la Dauphine , Madame , & Madame Victoire ;
& pour conduire les Princes & les Princeffes ,
Monfeigneur le Dauphin , le Duc d'Orléans , &
le Prince de Condé . Ces Princes & Princeffes ,
qui s'étoient d'abord rendus à l'Archevêché , le
mirent en marche pour aller à l'Eglife , lorfque
tout fut en état . Ils y furent conduits par le
Marquis de Dieux , Grand- Maître , & par le fieur
de Nantouillet , Maître des Cérémonies . Madame
la Dauphine , Madame , & Madame Victoire ,
menées par les Princes , pafferent par le dehors
de l'Eglife , & entrerent par la grande porte ; ils
furent placés dans les hautes ftalles , à droite & à
gauche. Un grand nombre d'Archevêques & Evêques
, affiftèrent à cette cérémonie , ainfi que le
Parlement , la Chambre des Comptes , la Cour
des Aydes, l'Univerfité , & le Corps de Ville. L'Archevêque
de Paris officia pontificalement ; &
l'ancien Evêque de Troyes , prononça l'Oraiſon
funèbre. Toutes les perfonnes qui compofoient
la maifon de Madame Intante , affiftèrent , en
grand deuil , à cette cérémonie , ainfi qu'aux Vêpres
des Morts , qui s'étoient dites la veille .
Le Portail de l'Eglife, étoit tendu de noir ; deux
lez de velours , femés de larmes & d'écuffons ,
& trois grands cartels , chargés des armes & des
chiffres de Madame Infante , ornoient cette tenzure
funèbre.
La décoration de l'intérieur du Choeur , étoit
une ordonnance ionique de pilaftres & d'arcades,
furmontée d'un attique. La frife de l'entablement
étoit femée de fleurs -de - lys , de lions , de tours
d'aigles , & de larmes , de même que la plattebande
qui couronnoit les ſtalles.
MARS. 1760. 201
1
Le Catafalque , placé à l'entrée du Choeur ,
repréfentoit un tombeau , élevé fur un piédeftal.
Quatre marches conduifoient à ce piédeſtal , qui
étoit de marbre verd d'Egypte . Il étoit décoré de
huit colonnes doriques , de porphyre , dont les
bafes & les chapiteaux étoient en or . L'entablement
étoit pareillement de porphyre ; & la frife
étoit ornée de fleurs- de- lys , dans les métopes.
Le farcophage , placé fur le piédeſtal , étoit de
marbre verd antique , & couvert du manteau
ducal. Il étoit accompagné de quatre figures
affiles , emblêmes des vertus de la Princeffe . Tout
le monument étoit couronné d'un vaſte pavillon ,
à rideaux doublés d'hermine , femés de larmes ,
& retrouffés.
La quantité de lumières , diftribuées avec art
dans toutes les parties de cette décoration ; l'éclat
des dorures & des bronzes ; la variété des
couleurs des marbres, alliées avec harmonie , formoient
un enfemble également magnifique , &
bien entendu .
Cette pompe funèbre , ordonnée de la part de
Sa Majefté , par le Duc de Fleury , Pair de France ,
& premier Gentilhomme de la Chambre , a été
conduite par le fieur de Fontpertuis , Intendant des
Menus - plaifirs du Roi , fur les deffeins du fieur
Michel - Ange Slodtz , Deffinateur ordinaire du
Cabinet de Sa Majesté.
Un Vailleau , arrivé du Levant à Marseille , a
apporté la nouvelle , que la ville de Saphet , en
Paleftine , a été renversée & abîmée par un tremblement
de terre ; de même que quantité de villages
des environs. Cette Ville , que l'on croit être
l'ancienne Béthulie , étoit fituée fur une haute
de diftance montagne , à peu de la mer , entre
Sey de , ou l'ancienne Sidon , & Saint Jean d'Acre.
Elle étoit fort révérée des Juifs , dont plufieurs s'y
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
rendoient de toutes les parties du monde , pour
finir leurs jours dans la terre de leurs peres.
La Compagnie des Indes , a reçu avis que les
quatre Vailleaux qu'elle attendoit des Indes , font
arrivés heureuſement , le Maffiac à l'Orient , deux
autres a Rochefort , & le quatriéme à la Corogne.
Tous ces Vaiffeaux font richement chargés .
MARIAGES
.
Louis - Antoine- Guſtave , Comte des Salles ,
Meftre-de-camp d'un Régiment de Cavalerie de
fon nom , Gouverneur & grand - Bailli de Neuchâteau
en Lorraine ; fils de Claude - Guſtave ;
Marquis des Salles , Lieutenant général des Ar
mées du Roi , Gouverneur de Rhinfeld , Chambellan
du Roi de Pologne , Duc de Lorraine &
de Bar; & de feueAdélaïde- Candide- Marie- Louiſe
de Villars - Brancas ; a épouſé le 17 Février , Marie-
Louife -Barnabé Mallet de Graville , fille de Louis-
Robert Mallet , Comte de Graville , Chevalier des
Ordres du Roi , Lieutenant général de les Armées,
Infpecteur général de la Čavalerie & des Dragons
; & de Magdeleine Bouton de Chamilly . La
Bénédiction nuptiale leur a été donnée dans
l'Eglife de la Paroiffe de Croiffy , par l'ancien Evê
que de Troyes. Leur Contrat de mariage avoit
été figné , le 10 , par Leurs Majeftés , & par la Fa
mille Royale.
Armand-Jofeph de Béthune , Duc de Charoft ,
Pair de France , Lieutenant général de la Province
de Picardie , & Pays Boulonnois , Gouverneur des
Ville & Citadelle de Calais , Meftre- de -camp du
Régiment de Cavalerie de fon nom ; fut marié le
19 à Louife- Suzanne - Edmée Martel , fille de
Charles Martel , Comte de Fontaine - Bolbec , Maréchal
des Camps & Armées du Roi , & de
MARS. 1760. 203
Françoife Martel . La Bénédiction nuptiale leur
a été donnée , dans l'Eglife de Saint Sulpice , par
l'Archevêque de Rouen. Le Duc de Charoft eft
fils de feu François - Jofeph de Bethune - Charoft ,
Duc d'Ancenis , Capitaine , en furvivance , d'une
Compagnie des Gardes -du-Corps , & d'Elizabeth-
Marthe de Roye de la Rochefoucault . Leur Contrat
de mariage avoit été figné , le 16 , par Leurs
Majeſtés , & par la Famille Royale.
MARC-ANTOINE Frond , de Beaupoil de S.
Aulaire ; Marquis de Lanmary , Baron de Milly ,
Seigneur d'Augerville , la Rivier & Rouvre , fils
de François Henri Comte de Lanmary , Enfeigne
des Gendarmes de Flandres , & d'Anne Elizabeth
de Lanmary , & petit - fils de marc- Antoine Frond
de Beaupoil de S. Aulaire , Marquis de Lanmary ,
ci devant Grand- Echanfon de France , Chevalier
des Ordres du Roi , Lieutenant- Général de ſes armées
, & fon Ambaſſadeur en Suéde , & d'Elizabeth
Neiret , de la Ravozé , a épousé le 18 Février
Charlotte de Bretonvilliers , fille de François ,
Comte de Bretonvilliers , Capitaine de Cavalerie
dans le Regiment Dauphin , & d'Adélaïde de Seuil ,
La Bénédiction nuptiale leur a été donnée dans
l'Eglife de S. Sulpice , par l'Evêque de Poitiers,
Leur Contrat de mariage avoit été figné, le dix,par
Leurs Majeftés & la Famille Royale.
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
MORTS.
Edouard Drummond , Duc de Perth , Pair d'Ecoffe
, Meſtre-de - camp de Cavalerie , mourut à
Paris le 7 Février . La Maiſon de Drummond a
eu l'honneur de donner une Reine à l'Ecoffe .
Anabella Drummond , épouſa Robert Stuard ,
IIIe du nom , Roi d'Ecoffe ; elle fut mere de
Jacques I , auffi Roi d'Ecole . Certe Princeffe mourut
en 1400.
Le fieur Colin de Blamont , Chevalier de l'Ordre
de Saint Michel , & Surintendant de la Mufique
du Roi , mourut à Verſailles le 14 Février .
Le nommé Content eft mort fubitement , à
la Croix en Champagne , diocèfe de Reims ,
âgé de cent vingt- un ans & neuf mois : on mande
qu'il marchoit encore fort bien , & qu'il n'avoiť
aucune infirmité.ˆ
AVIS.
Jeudi , 14 du mois de Février 1760 , les Religieux
Cordeliers du grand Couvent de Paris , ont
célébré dans leur Eglife , un fervice folemnel pour
le repos de l'ame , de feue Son Alteffe Royale
Madame Infante , Ducheffe de Parme , &c. Mère
& Protectrice de l'Ordre de faint François , fuivant
les intentions de leur Révérendiffime Père Général
, Clément de Palerme , & conformément aux
ordres par lui donnés à tous les Couvents du même
Inftitut. Des Ambaffadeurs de différentes
Cours y ont été invités . Son Excellence , M. le
Comte d'Argental , Miniftre Plénipotentiaire de
celle de Parme , y a fignalé fon zèle & fa piété.
MARS. 1760. 205
LE PUBLIC eft averti que la Confrérie du
S. Efprit , établi au couvent de Courbevois , a fait
chanter le cinq Février , au couvent des Révérends
Pères Récollets de Verfailles , un fervice pour le
repos de l'ame , de Très- Haute , Très- Puillante
& Très-Excellente Princeffe , Madame l'Infante
d'Efpagne ; où Monfeigneur le Dauphin , Madame
la Dauphine , Mefdames de France , ont eu la
bonté d'afflifter.
A.x Amateurs de l'Architecture.
LE SIEUR Malhortie s'eft livré tout entier depuis
plusieurs années , à l'étude de l'Architecture ,
& de tout ce qui peut être relatif à cet Art.
Il connoît les parties effentielles des Mathématiques
, & a cultivé également les connoiffances
de Théorie & de Pratique , telles que la coupe des
pierres , la conftruction & la compofition de la
Charpente , celle de la Menuiferie, &c. Il s'eft auffi
mis en état d'être employé dans la partie des Méchaniques
, pour accélérer la conſtruction des bâtimens
. Il peut faire & éxécuter les deffeins , des
plans , élévations géométrales , & perſpectives ,
les coupes & les développemens du bâtiment.
*. Comine le fieur Malhortie a. fuivi avec exactitude
& profit le Cours de M. Blondel , qui a joint
à fes autres bontés , celle de lui faire dicter fes
leçons à fes Eleves externes ; il eft en état de donner
les principes d'Architecture & de Mathématiques
, enfemble , ou féparément.
Son objet feroit , de fe rendre utile aux perfonnes
de qualité , foit en enfeignant aux uns les
Elémens , foit en repaffant avec les autres les
différens Cours de M. Blondel .
Le fieur Malhortie , fe rendra chez les perfon
nes, qui voudront l'employer , auxjours & heus
206 MERCURE DE FRANCE.
res qui leur feront le plus commodes. Il fe contentera
d'honoraires très modiques.
Le fieur Malhortie demeure fur le Pont Notre-
Dame , près & du côté de S. Denys de la Chartre ,
dans l'allée attenant le poreau d'affiche , entre le
Doreur & la Coutariére , au quatrième. En cas
d'abfence , on pourra remettre les billets d'avertiffement
qu'on lui enverra , chez le voisin au
deffous de lui , ou chez le Doreur.
Le fieur Sire Jacob donne avis au Public , que
fon père , Indien de Nation , lui a laiffé , avant que
de mourir , le fecret du parfait Carmin des Indes,
qa'il vient de mettre au jour , & après l'avoir fait
examiner par MM . de l'Académie Royale des
Peintres ; MM . Aved & Chardin de la fufdite Académie
, lui ont dit , qu'il n'y avoit rien de plus
beau & de plus brillant que fon Carmin , & qu'ils
lui permettoient , non feulement de citer leurs
noms , dans tous les billets qu'il diftribuera ;
mais même dans tout ce qu'il jugereit à propos.
Il fait auffi le rouge le plus parfait à l'ufage des
Dames ; comme auffi l'Opiat & le Corail , à l'épine
vinette, pour les dents . Le fieur Sire Jacob demeure
place du Puits d'Amour , chez le fieur Selle , marchand
Teinturier , rue la grande Truanderie , & fa
boutique eft au jardin du Palais Royal , vis-à-vis
le Caffé de Foi .
Ecole Latine & Grecque , où l'on enfeigne les Lan
gues Françoife , Italienne , Eſpagnole , Angloife
& Allemande.
L'Abbé Chocquart , par une longue étude de
tout ce qui peut abréger l'éducation morale &
politique de l'homme , par les divers Effais qu'il
a fait fur les Eléves qu'il a formés , a trouvé le
moyen d'ouvrir une route facile vers les Vertus
M'AR S. 1760 . 207
C
& les Sciences. La conduite que tenoient certains
Peuples , pour rendre chez eux l'amour de la
gloire , comme héréditaire , a facilité les recherches
qu'il a faites pour infpirer plus efficacement
à la jeunelle l'amour du vrai bien : & la nature ,
dont la marche eſt toujours heureuſe & rapide , lui
fert de guide dans les Belles- Lettres & les Beaux-
Arts. Si l'Enfant , fous les yeux de la Nourrice ,
apprend fans peine la langue qu'elle parle , pourquoi
faudroit- il confacrer tant d'années à l'uſage
d'une langue fouvent plus facile ? Les oreilles ontelles
plus d'empire fur l'ame , que les yeux ?
Convaincu d'ailleurs par l'experience , que rien
ne retarde tant nos études que le dégoût & l'ennui
qui les accompagnent ; il fait évanouir l'un &
l'autre , en diverfifiant tellement les exercices de la
journée , qu'une leçon devient comme le délaffement
de celle qui l'a précédée. Les premieres
heures de l'une & l'autre partie du jour , font don
nées aux études qui demandent le plus d'application
: des objets capables de réveiller l'attention
leur fuccédent , & font eux- mêmes fuivis par des
leçons plus amufantes. Ainfi les Langues Latine
& Françoife , le Calcul Numérique , la Mufiqué
& tous les exercices du Corps , qui peuvent entrer
dans une éducation noble & polie , occupent fuc
ceffivement les matinées.
Après la récréation qui fuit le dîné , l'Algébre ,
la Géométrie & les Fortifications , fous une même
marche ; les loix de l'Optique & le Deffein ; les
proportions des Méchaniques démontrées , conformes
aux Loix de l'Univers , & aux Expériences de
Phyfique ; la Géographie enfin & l'Hiftoire , réunies
par le moyen de Cartes pliées : de forte que
les faits & les lieux fe rappellent mutuellement ,
occupent toutes les heures de l'après -dîné .
Les leçons de Langue Françoife , d'Arithméti
208 MERCURE DE FRANCE.
que , de Géographie & d'Hiftoire , n'employant
que fort peu de temps dans le cours d'études ,
on donne les heures qu'elles occupoient , aux Langues
Allemande , Italienne , Angloife ou Efpagnoles
ou l'on s'occupe à des exercices militaires ,
ou à conftruire des Plans de Villes avec des pićces
rapportées , ou l'on s'exerce à des travaux du
Tour , de la Lime , &c. ou même à quelque
ſcience relative à l'état auquel on eſt deſtiné.
L'ufage , accompagnant partout la fpéculation ,
& l'Harmonie difpenfant tous les travaux , il eſt
facile de concevoir combien les jeunes gens deviennent
avides du fçavoir & quelle doit être la rapidité
de leurs progrès.
Pour les externes & tous ceux qui feront encore
dans le cas d'aller au Collége , on donnera des
leçons à part.
Les Maîtres, en chaque partie, font tous des hommes
choifis & connus.
- Les Curieux trouveront auffi chez l'Abbé Chocquart
, des machines de Phylique & furtout d'Optique
.
Il demeure dans la grande rue Taranne,Fauxbourg
S. Germain , entre la rue du Sépulchre &
le Carrefour S. Benoît à Paris.
Le fieur Rochefort , Maître Perruquier , dont
ik a été fait mention dans plufieurs Mercures ,
continue de monter les Perruques nouées , les
Bonnets & les Perruques à bourfe , par le moyen
des têtes artificielles , qu'il a inventées , enforte
qu'elles prennent naturellement d'elles- mêmes ,
le tour du vilage , fans avoir befoin de boucles ,
de cordons , de refforts , ni même de l'accommodage,
pour être alujetties à coller, fi parfaitement
que les cheveux ſemblent y avoir pris racine ;
on ne répétera point l'éloge qu'en ont fait les
MARS. 1760. 209
Officiers de fa Communauté , dans le Certificat en
I bonne forme qu'ils lui ont accordé. Les Perſonnes
qui demeurent en Province , ou hors du Royaume,
qui voudront avoir des Perruques de la façon ,
n'ont qu'à lai écrire ; il leur enverra un modéle
de mefure très -facile à prendre , & tel qu'il le faut,
pour pouvoir y rapporter exactement fes proportions
: & avec la facilité du modèle où tout eft
bien expliqué , les Perfonnes pourront faire prendre
aifément la meſure de leur tête. Elles font
priées d'affranchir leurs Lettres . Le fieur Rochefort,
demeure à Paris , rue de la Verrerie , près
Ela rue des Billettes.
DE PAR LE ROI.
Par Brevet& Privilége confirmé pardeux Arrêts
duParlement du 17 Mai & 4 Septembre 1747.
Mlle Desmoulins , & feue Madame fa mere ,
depuis plus de fo ans , compole & diftribue le
véritable Suc de Régliffe & Pâte de Guimauvefans
fucre , fecret qu'elle feule tient par Madame
fa mere , de la véritable Dlle qui décéda en 1714.
Elle continue de le diftribuer avec fuccès dans
Paris , à la Cour , & dans toutes les Cours de
l'Europe , où elle fait des envois dudit Suc de régliffe
, Pâte de Guimauve , de l'aveu & approbation
de Meffieurs les premiers Médecins du Roi
& de la Faculté de Paris , lefquels en ont reconnu
l'utilité , s'en fervant dans toutes les maladies
du poulmon , thumes , aſthmes , inflammations,
& fluxions de poitrine , & en ordonnant l'ufage à
leurs malades.
Propriété dudi: Suc & Pâte.
Il guérit le rhume , fortifie la poitrine , adoucit
210 MERCURE DE FRANCE.
la voix , dégage la parole enrouće , arrête le
crachement de fang, des pulmoniques , & afthmatiques
; les perfonnes âgées qui font fujettes à la
pituite & qui touflent fans ceffent , fe trouvent
fort foulagées par l'ufage qu'ils en font. Il eſt
auffi d'une grande utilité aux perfonnes qui ont
la poitrine & la gorge féche , altérée & échauffée
à force de parler , de chanter & d'enſeigner ; on
peut ufer en tout temps dudit Suc & Pâte , le
jour & la nuit, avant & après les repas , en le
la ffant fondre dans la bouche. Ils fe tranſportent
partout , & fe gardent aufli longtemps que l'on
veut fans fe gåter. Quoiqu'elle féche , elle ne
perd rien de fa qualité ; pour les malades qui
ne peuvent rien fouffrir dans leurs bouches , on
fera fondre deux onces dudit Suc & Pâte , dans
une pinte de ptifanne très - légére & bien paffée ,
qu'ils prendront dans la journée & la nuit ; il
ne faut point craindre qu'elle échauffe ; au contraire
, elle adoucit & rafraichit ; ledit Suc &
Pâre fe coupe de la groffeur d'un petit dez à
jouer. Le prix eft de 8 livres la livre. Comme
nombre de perfonnes contrefont ledit Suc de
Régliffe & Pâte de Guimauve ; pour empêcher
qu'on ne foit trompé , Mademoiſelle Defmou
lins fignera fur les paquets , pour les Provinces ,
& mettra fon cachet. Elle demeure , à Paris , rue
du Cimetière S. André des Arts , près le Cloître ,
chez Mademoiſelle Charmeton , au fecond Appar
tement
La Veuve du fieur Brenon , Dentiſte des Enfans
de France , donne avis qu'elle débite journellement
, chez elle , rue S. Avoye , au coin de la
rue de Braque, chez M. Georget , fon frère , Chirurgien
, les remédés de feu fon mari ; dont elle
a feule la compofition , & qu'elle a toujours préparée
elle-même.
$ 21f MARS. 1760.
S ç AVOIR :
1º. Un Elixir anti- fcorbutique , qui affermit les
dents , diffipe le gonflement & l'inflammation des
gencives, les fortifie , les fait recroître , diffipe &
prévient toutes les affections fcorbutiques , & ap
paiſe la douleur des dents .
2º. Une eau , appellée Souveraine , qui affermit
aufli les dents , rétablit les gencives , en diffipe
routes tumeurs , chancres & boutons , qui viennent
auſſi à la langue , à l'intérieur des lévres & des
joues , en fe rinçant la bouche de quelques goutes
dans l'eau tous les jours , elle la rend fraîche
& fans odeur , & en éloigne les corruptions.
Elle calme la douleur des dents.
13°. Un Opiat , pour affermir & blanchir les
dents , diffiper le fang épais & groffier des gencives
, qui les rend tendres & molaffes , & caufe
de l'odeur dans la bouche.
4. Une poudre de Corail , pour blanchir les
dents & les entretenir ; elle empêche que le limon
fe forme en tartre & qu'il ne corrompe les
gencives , & elles les conferve fermes & bonnes ,
de forte qu'elle peut fuffire pour les perfonnes
qui ont foin de leurs dents , fans qu'il foit néceffaire
de les faire nettoyer.
Les plus petites bouteilles d'Elixir , font d'une
livre dix fols.
Les plus petites bouteilles d'Eau Souveraine ,
font d'une livre quatre fols , mais plus grandes
que celles de l'Elixir .
Les petits pots d'Opiat, font d'une livre dix fols.
Les boetes de poudre de Corail , font d'une
livre quatre fols.
L'on y trouvera auffi des Racines préparées j
& des Eponges. fines.
212 MERCURE DE FRANCE:
LETTRE
A L'AUTEUR DU MERCURE,
JEE crois , Monfieur , que vous ne pouvez me
refufer le plaifir , que j'ai l'honneur de vous demander
, je ne doute pas même que vous ne le
regardiez comme juſtice ; ni vous ni moi ne pouvons
laiffer le Public dans l'erreur à ce ſujer,
voici le fait :
On lit dans le Mercure de Janvier 1758 , que
Robert- Antoine , Comte de Wignacourt , Baron
de Saint Loup , Seigneur des terres & fiefs nobles
de Warnecourt , Charlogne , & c. eſt mort en
fon château de Charlogne en Champagne , le 30
Octobre 1756 , âgé de 58 ans trois mois & quinze
jours , & qu'il étoit chef de l'ancienne Maiſon de
fon nom , quitient rang entre les plus grandes &
les plus illuftres , & qui a donné dans le dernier
fiécle deux Grands- Maîtres à l'Ordre de Malthe.
Calof de Wignacourt , élu avec le confentement
géneral & unanime de tout l'Ordre & un applaudiffement
univerfel en 1601 , & Adrien de
Wignacourt en 1690 , & fils d'Antoine de Wignacourt
, Seigneur de Warnecourt , Evignie ,
Charlogne , &c . Gouverneur de la ville de Don
cheri.
Je vous prie , Monfieur , d'inférer dans votre
Mercure, que c'eft moi , ( Guilain - Jofeph- Adrien-
François , Marquis de Wignacourt , Baron de
Pernes , Seigneur d'Ourton , ) qui me trouve le
chef de cette Maifon d'Artois , par la mort de
mon pere , arrivé le 8 Octobre 1758 , enfon château
de Comblain - Châtelain , que la terre du nom
MARS. 1760. 213
eft en Artois , que ceux , qui en Champagne prétendent
être de ma Maiſon , n'en font pas , qu'ils
ne pourroient le prouver, Je ne difconviens pas ,
qu'ils ne foient une des meilleures Maiſons de
Champagne , & qu'ils ne faffent honneur , à ceux
qu'ils adoptent pour parens ; mais je fuis obligé
de faire fentir le contraire au Public , de ce qui
a été publié dans les Journaux , j'ai lû cette prétention
dans quantité de Mercures.
Je ne reconnois , pour être de ma Maiſon , que
Monfieur de Wignacourt d'Humbercourt en Picardie
, dont la branche ne s'eft léparée de la mienne
, qu'à mon ayeul , il n'a que des filles. Meffeurs
de Wignacourt de Namur , ils font trois
freres , dont deux font mariés ; ils n'ont auſſi que
des filles : l'une a épousé un Grand d'Efpagne , &
une autre Chanoineffe à Andenne , & Monfieur
de Wignacourt de Fletres , dont les foeurs font
Chanoineſſes à Maubeuge , j'ai un frere Colonel
en Espagne , du Régiment de Bruxelles , & une
foeur Chanoineffe à Maubeuge ; ma mere eft
Croy , & la fienne étoit Créquis ; elle eſt tante , à
la mode de Bretagne , du Prince de Croy. Je fais
dans l'impatience devoir cet article dans le
Mercure , que ce foit, je vous fupplie, au premier,
J'ai l'honneur d'être , Monfieur
Votre très-humble , & très-
ལྟ་ obéiffant ferviteur Mar
quis de Wignacourt .
214 MERCURE DE FRANCE.
Fautes à corriger dans le Volume précédent.
Page 53. Epitre à M. le Comte de Lavauguyon :
lifez Duc de Lavauguyon.
On a oublié d'indiquer , dans la Table , ce qui
fuit.
Lės trois Efclaves , Comédie de M. de Saintfoix.
Enigmes & Logogryphes.
Et dans ce Volume.
Page 1os , ligne 5. commit des
commit des crimes .
Page 22
102 & fuiv,
vices : lifez
Dans le Logogryphe latin , page 83 , ligne 9 ,
fidera metu : lifez fidera nutu .
Ibid. ligne 12 , Que pharios : lifez Qui Pharios.
Ibid. ligne 21 , Helvetia , amici , lifez Helvetici ,
amici.
Page 84 , feptiéme vers : lifez-le ainfi :
Piſcis Arionæi mulfus dulcedine plectri.
APPROBATIO N.
J'Arlu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier ,
le Mercure du mois de Mars 1760 , & je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion.
A Paris , ce 29 Février 1760. GUIROY.
MAR.S. 1760. 215
TABLE DES ARTICLES.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE.
ARTICLE PREMIER..
L E Prieur & fon Jardinier , Page
7
ibid.
8
Bon Mot d'Henri IV.
Epigramme .
Imitation de Catulle ad Lesbiam.
Réfléxions fur la Génération des idées en
Poëfie.
Madrigal.
Autre.
Premiere Ode d'Anacréon .
Seconde Ode de Sapho .
Madrigal de Paulus Silentiarius &c.
Epître , à Madame de *** .
ΤΟ
26
ibid.
27
28
ibid.
29
30
74
76
ibid.
79 & 80.
Lettres & Mémoires de Mlle de Gondreville ,
& du Comte de S. Fargeol.
Imitation , de la dixiéme Ole du premier
Livre d'Horace Tu ne quæfieris &c.
Vers de M. de la Louptière , à l'occafion des
précédens.
A M. Mallé , Peintre du Roi & de fon Académie
de Peinture & Sculpture .
Enigmes & Logogrirhes .
"
ART. II. NOUVELLES LITTÉRAIRES.
La Mort d'Abel , Poëme en cinq Chants ,
traduit de l'Allemand de M. Geffner , &c.
Lettres choifies de Chriſtine, Reine de Suéde.
A l'Auteur du Mercure de France.
Cours public de la Langue Angloife .
Annonces des Livres nouveaux.
86
104
III
IIS
121 &fuiva
216 MERCURE DE FRANCE
ART. III. SCIENCES ET BELLES-LETTRES.
Aftronomie.
Mémoire , de M. Trébuchet d'Auxerre , ſur
réclipfe de Soleil , par Vénus.
HISTOIRE NATURELLE.
Projet , pour connoître , fans dépenfe , dans
l'efpace d'un mois , toutes les productions
foffiles de la France,
ART. IV . BEAUX - ARTS.
ARTS UTILES .
125
129.
136
MÉDECINE.
Lettre de M. de la Condamine , à M. Daniel
Bernoulli.
ART . V. SPECTACLES.
Opéra.
Comédie Françoiſe.
Comédie Italienne,
Opéra- Comique.
143
372
183
184
187
189
4
193
204 & 203
204 & fuiv.
Supplément aux Nouvelles Littéraires.
ART. VI. Nouvelles Politiques.
Mariages & Morts,
Avis.
Lettre à l'Auteur du Mercure. 212
Erat de la Vaiffelle portée aux Monnoies
des Villes de Province.
La Chanfon notée doit regarder la page 84.
217
SUITE
MARS. 1760.
277
SUITE de l'Etat de la Vaiffelle portée
aux Monnoies des Villes de Province.
RHEIM S.
Du 3 Décembre 1759 , au 31 dudit.
Meffieurs
Henri Duwalk , Comte de Dampierre.
L'Evêque de Sidon.
le Marquis de Longueval.
le Baron de Viffec de la Cude.
Duchêne de Ruville, Commiffaire
Provincial à Sedan.
Dubois de Livry , ancien Capitaine
au Régiment Dauphin , Caval.
Charonnier d'Hauterive , Lieuten.
pour le Roi à Rocroy.
Leleu , Receveur des Tailles à
Rheims.
Didelot , Direct. des Aides à Châlons.
l'Abbaye d'Igny , Ordre de Câteaux .
Croifat , Baron de Thiers.
l'Abbaye de S. Remi , de Rheinis .
l'Abbaye de S. Nicaife , de Rheims.
l'Abbaye de Valfecret , Ordre de
Prémontré.
l'Abbaye de Valchrétien , ' Ordre
dé Prémontré.
les R. P. Cordeliers de Rheims.
l'Abbaye de S. Pierre d'Hautvilliers.
Dorigny, Ecuyer , Seigneur d'Agny.
m. g.
33 7 12
IQ
3 6
133 6
53 2
18
60 S
$67 6
228
17
365 18
97 5
71
S
50 3
86
3-12
52
18
23 4
73 2 12
SI 4
218 MERCURE DE FRANCE
M.fieurs
Suite de Rheims .
m .
0. ğ
124 IS
82 3
21 2 6
De Cambray , Secrét. du Roi.
l'Abbaye des Trois- Fontaines.
d'Haudrecy , Brigadier des armées
du Roi.
La Compagnie de Meffieurs les
Chevaliers de l'Arquebule.
l'Abbaye de Saint Thierry.
l'Abbaye des Dames d'Argenfol .
Domilier , Directeur général des
Fermes à Soiffons .
l'Abbaye des Dames de l'Amour-
Dieu , Ordre de Cîteaux .
Maldan de Courchamps , Aide-
Major de la Ville de Sédan.
IS 618
17
20 2
40 6
36 33
II 7 12
NANTES.
Du 10 au 28 Décembre 1759.
Meffieurs
m. o. g.
Jofeph Poigneau du Pélevin . 4 14 14
Galbault Dufort , Maître des
Comptes.
245
18 Madame la Veuve Duguenot
Dubreil,
Demonti , ancien Garde du Roi.
Millain , Commiflaire général .
De Brice de Monpleflis- Defcartes,
Defpinofe , Seigneur de Frofay.
De la Rablais , Maître des Comtes.
Stabletonne , Comte de Trêves.
216 21
6 21
3
162 5
II 6
12
9
8559
197 4 12
114ƒ 9
MARS. 1760. 219
GRENOBLE.
Du 17 Décembre 1760. au 3 Janvier
Meffieurs
Du Perreau , Major de Valence.
Le Marq.de Montegnard , Lieutenant
général.
L'Evêque de Dye.
Defguers , Commiffaire or lonnateur
des Guerres en Dauphiné
De Roftaing , Seigneur de Fiancé.
L'Archevêque d'Ambrun .
D'Herculais.
De Fufferet , Confeiller au Parlement.
Le Chapitre de la Cathédrale de Gap .
m. o. g.
55.7
66 7
117 6
23 4 2E
176 2I
149 3
233 18
20.6 12
23 12
A IX.
Du 3 au 27 Décembre 1759.
Meffieurs
L'Archevêque d'Arles .
Le Duc de Villars. ( Second Article . )
Daynt.
Rollin , Marquis de Villeneuve .
m. o. g.
262 2
6
ts
43
164 7
"
153 2 12.
13 7
II 15
Mad. la Marquife de Valbelle.
Dezande-Maziere , Recev. à Siſteron .
Taurel , Gén . Provinc. des Monnoies.
Nicolas Borrelly , Ecuyer,de Marſeille. 186 6 1s
De Creiffel , ancien Lieutenant Colonel
de Cavalerie. 21 4
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Suite "d'Aix .
m. o. g. de
122
le Chap . de l'Eglife Métropolitaine
d'Aix .
Caftillon , Avocat gén . au Parlem.
l'Evêque de Fréjus .
Saurin de Muras , Confeiller àla
Chambre des Comptes.
Dalbertas , Premier Préſident de
la Cour des Comptes.
Fourbin , Baron d'Aupede.
le Baron de Forbs, Commandant
du Fort S. Jean à Marſeille.
Demie , Major du même Fort.
Mazenor , Préfident à la Cour des
Comptes.
Joannis , Procureur général à la
Cour des Comptes.
Jullien , Avocat au Parlement .
Daugery, Confeiller , Procureur
du Roi à Draguignan.
Michaëlis Dufeuil , Confeiller à la
Cour des Comptes.
de la Roquette , Préfident à ta
Cour des Comptes .
Philippe , Tréforier du Pays .
d'Ecrofe , Ecuyer de la ville du
Pertuis.
d'Albert , Préfident à la Cour des
Comptes.
Boiffon Lafalle , Confeiller à la
Cour des Comptes.
Rouffet , Marquis de Sillons.
Aillaud , Chevalier , Seigneur du
Caftellet.
13 2 18
13694
134
281 4 3
32 79
7512
113 I 21
33 4 28
9 I 3
15 3 18
35 615
91 3
100 I
29
455 3
26 1 13 12
SI I
1062 18
MARS. 1760.
221
RENNES,
Du 11 au 31 Décembre 1759.
Meffieurs
Le Comte de S. Pern - Ligouyer,
Seot , Lieut. de Roi de S. Mało .
Pariette , Receveur général des
devoirs.
ledit fieur.
le Comte Dubois de Lamotte.
Geflin de Trémargat , Préfident
au Parlement.
l'Evêque de S. Malo.
le Comte de Mufillac.
l'Abbaye royale de St Mélaine.
Duplefix d'Argentré , ancien
Major du Rég. de Brancas.
L'Abbaye royale de Redon.
La Communauté des Religieufes
du Colombier , de Rennes.
m . 0. g: d.
109 I
2.3
100 2 13 12
19 6 22 12
43 5 3
27 7
41 S 14
ส
49 4 ΙΣ
697. IS
34621
3.8 3 12
4 7 10 12
MĘT Z.
Du 21 Novembre au 13 Décembre 1759-
Meffieurs
De Carriere , ancien Capitaine des
Grenadiers de France , & Pre
mier Préfident du Bureau des
Finances ,
De Charel , ancien Tréforier.
m. o. g. d.
1 2
171 4 I
K iij
222 MERCURE DE FRANCE.
Suite de Metz.
Meffieurs
D'Aligre, Chanoine de la Collégiale
de S. Sauveur.
l'Evêque de Verdun .
les Chanoines féculiers de S. Louis ,
à Metz.
l'Abbé de Mareille , grand Doyen
de la Cathédrale .
le Comte de Fouquet , Maréchal
de camp.
l'Evêque de Toul .
l'Abbé Donnery, grand Doyen de
la Cathédrale de Toul.
de Vallory, Lieutenant pour le Roi ,
& Ingénieur en chef à Toul.
Le Marquis de Choiseul , Commandant
en Lorraine.
Le Comte de Guftine des Aufftans.
L'Abbé de la Richardie , Abbé de
S. Clément .
Sa Majefté le Roi de Pologne.
Le Chancelier de Lorraine.
De la Galaifiere , fils , Intendant
de Lorraine .
m. 0. g. d.
95536
483 5
12 3 7 36
108 4
174 6 6
193 34
165 6
19 1 2
173 34
812 336
7974
1875 36 IF
t 542 I
Aliot , Grand- Maître de la Maiſon
du Roi de Pologne .
Thomas , grand Doyen de la
Cathédrale.
De Verdun , Fermier général de
Tournée .
Deriffon , Lieuten. de Roi à Verdun.
De Verdun .
Le Baron de Béry , Brigadier des
Armées du Roi.
12967
157 37
17 1 6
90 2
2561
18 67
2376
Mad. la Compeffe de Choiſeul- Meuze. 118 7
MARS. 1760. 2237
STRASBOURG.
Du 22 Novembre , au 30 Décembre 1959.
Meffieurs
Grau , Directeur des Fermes , & Mad.
fa mere.
Etienne , Curé de la Paroiffe Royale de
S. Louis.
Barbier , Receveur des Finances .
Praz, Directeur des Fourrages.
De Trelans , Lieutenant de Roi à Straf
bourg.
De S. André , Lieutenant général , &
Commandant de la Province .
D'Hauteval , Major de la Place.
Baron , Commiffaire ordonnateur.
L'Evêque de Strasbourg.
m. o. g.
584 14
17 4 *
64 3 6
32 2 6
339 6 13
430 3
326 6
99421
731 1 }
2
9 49 3
Aubert , Major de la Place à Strasbourg. 12 7
Denac , Lieut. de Roi au neuf Brilac .
De Klinglin , premier Préfident à
Colmar.
Immendorff, Chancelier de la Collégiale
de Neuviller.
De Mougé , Receveur général des
Finances.
D'Authel , Seigneur de Namsheim.
Rouffeau , Directeur général des Salines
à Dieuſe.
147 4 18
60 3
14 S 1
30 5
6
14 7
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
LILLE .
De Burghelle Cotereau.
Lancy de la Rayere , Secrétaire du Roi.
Farez d'Ogmont , Tréforier des Etatsde
Lille
Imbert de la Plaleque.
Rinquier , Confeiller:
Raffin de Bodigny , Confeiller au Parlement
de Flandre.
De Madre Confeiller.
Bernard , Major de Condé.
Le Mefre du Quénel.
Poulle Davan , Mayeur.
De Wallerave.
De Verghelle.
44 6 7
142 3 6
117 17
1662
2842
47 3
1766
45 7
19 4 S
13 24
Rouffeau , Greffier Criminel.
Madame la Préfi lente de Briffeuille.
Le Baron de Briffeuille.
Pajor , Commiflaire des Guerres.
De Gouve , Subdélégué à Arras .
d'Haffrenques , Subdélégué à Lille.
Begon , Intendant de la Marine
Dunkerque.
de Caumartin , Intendant.
les Religieux de Marchiennes.
le Mefre Crateghem , Bourgeois de
Lille .
le Marquis de Cernay S. Gal
Madame la Marquife les Danois ,
Valenciennes.
Madame la Comteffe de Cernay ,
Valenciennes.
12 1 4
III 2
1964
176 6
60 2
70 6 4
71 2 I
244 I
à
222 7
335 4 S
15922
20 43
22532
à
263 46
à
62 27
Laurent , Commiffaire des Guerres. 246 2 2
MARS. 1760 : 225
Meffieurs
Suite de Lille.
Vanzeler de Santes .
les Religieux de Loos , près Lille.
Madame la Princeffe de Rohan , Abbelle
de Marquére.
les Jéfuites de Douay.
l'Abbaye de l'Oos , près Lille, ( Second
Article. )
Mademoiſelle Beviere , de Douay.
Raziere de la Howardrie , à Douay.
de Logny , Directeur des Fermes,
Dante.
l'Abbaye de Saint, à Douay.
le Marquis de Barbançon.
Muiffard.
le Marquis de Croix.
de Caumartin , Intendant.
Taverne de Reneſeure .
Malus , Commiſſaire des Guerres.
m. 0. g.
129 7 4
134 3 2
110 5 S
161 S
55 3
24
le Marquis de Caftejas , Commandant à
Manhove , Magiftrat.
Mariambourg.
Turpin , Préfident à Mortier.
Baffet , Secrétaire d'Intendance.
de S. Pern , Lieutenant général .
les Jéfuites Ecoffois , de Douay.
Mauroy , Directeur des Domaines au
Hameau.
Somming , Lieutenant de Roi à Valenciennes.
l'Evêque de S. Omer.
Ingiliart du Plois.
Stappens de Fléchinel.
J
de Lefpaule , Négociant à Lille.
MM. les Trinitaires de Douay..
**
32 I 3
7513
38 64
40 I 7
27, 7
80 4 2
359 37
14 2 2
79 $ 5
86
2164
14 7 2
26
9067
t
119 7 $
336 D
39.3
37 7
375 3
70 3 3
186 1 6
5563
1867
K.V
226 MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
Suite de Lille.
Les Dames Brigitines de Douay.
d'Henin.
André d'Henin.
Les jefuites d'Armentieres.
L'Abbaye de Phalempin.
de la Haye , de Lille.
Les Jéfuites du Collège de Lille .
l'Abbé Chomel , Chanoine d'Arras.
L'Abbaye de S Bertin , à S. Omer.
de la Tuillerie , Commiflaire Ordonnateur
à Dunkerque.
Belzunce , Lieutenant de Roi à Douay.
Madame la veuve Cramé..
de Surmont Flégart.
de Malezieux , Recev. des Domaines ,
Palifot de Beauvais , Receveur des
Domaines.
Rouffel , Tréforier.
de Fouilleufe , Commandant pour le
Roi à Philippeville.
L'Abbaye de Château ,. en Flandres.
Libert de Beaumont.
m. g.
12 2 2
1433
If I 2
7 3 L
17 4 I
3362
215 62
6023
277 22
6456
45 66
IS 74.
44 3
8922
58 6 1 .
23 6.
17 4 I
2667
63 7
ROUE N.
Du 19 Novembre , au 1 Décembre 1759-
Meffieurs
Chateau . Giron , Directeur des
Fermes.
De la Beuyere , Direct. des Dom
Charles Defchamps , Négociant.
m. o. g. d.
6 46. I
317 7 15
45 1 22 ΓΟ
MARS. 1760. 227
Meffieurs
Suite de Rouen.
Le Marquis Doudelor .
le Préfident du Moucel.
le Préfident Louraille.
Madame l'Abbeffe de S. Louis .
le Febvre , premier Echevin de
Ville.
le Préfident de Bailleul.
Morel , Infpect. des Manufact .
Godinot , Inſpecteur des Indes.
le Préfident de Rouville.
de Chaffaigne , Receveur des
Tailles.
le Président de la Londe.
la Confréirie de S. Clément.
“ Therine , Abbé de S. Victor.
le Président de Motteville.
l'Abbé de Saint Ouin.
m. o. g . d.
81 7 4 12
110 7 12
395 3 12
9 1
546
27 I
119 I
17 I
9 6
171 I
672
7 12
322 I 12
115 7 9
9
14 6 12
6
161 1 4 12
19 12
43
Pigeon , Confeiller au Parlement. 44 4 21
Guerin , de Tourville . 70 I 3
LYON.
Du 26 Novembre au 14 Décembre 1759.
Meffieurs
le Chevalier de Vatenges .
le Commandeur du Saillant .
Poffuel Defverneaux , Préfident.
Guillard , l'aîné Négociant , Suiffe.
de la Vernette de Mâcon .
Mogniat , Docteur de Sorbonne .
1992
m.
0. g.
3
I 2
175 6
152
18 7 21
58 6 18
29
K vj
128 MERCURE DE FRANCE.
Suite de Lyon.
Meffieurs
m. •. g.
Dervieux , Duvillars. 635
16 4 12
10 S
Defpa gnat , Commandant à Bourg.
Vianet.
Tronchin , de Genève , Négociant . 109 4 9
Du Villars , Comte de Lyon .
le Meau , de Ville - franche.
Picaud de la Motte,
Rollin , de Saint Etienne.
le Maître , Médecin à Saint Etienne.
Thioliere , Chang . à St. Etienne.
de Lurieux , de S. Etienne.
le Curé de la Platriere.
Dugas , de Bois S. Juft.
Bodin , Maire de Mâcon.
l'Abbaye de Béniffons- Dieu.
De la Tour- du Pin .
les Chanoines de S. Chef.
l'Archevêque de Vienne.
l'Abbaye de S. André- le-haut.
les Chanoines de Fourviere..
le Curé de Condrieu .
71 13
59 4 IS
544 12
18 2 18
37
8321
20 I 6
30 I
180 6 21
45 63
25 1 12
3 12
SI 4 18
225 3
24 7 12
62
3 I 3
les Chanoines de S. Pierre de Vienne. 75 2 20
de S. Torrent , Abbé de S. Sulpice ,
Ordre de Cîteaux .
les Chanoines de l'Eglife Cathédrale
de Vienne.
de a Roquette , Secrétaire du Roi.
Terraffon , Négociant.
Valfrai , Imprimeur du Roi.
Jaquette , Curé de Saint Bonet.
222 3 12
33 S IS
128 2 15
88 3 18
45 [ 21
1 2 6
MARS. 1760.
22.0
LA ROCHELLE.
Du au 24 Décembre 1.7.59.
Meffieurs
Valler , de Sallignac de Marennes.
Poujaud de Montjardin , Receveur
des Tailles.
le Maréchal de Senectere , Commandant.
Madame Desherbieres , veuve .
Andrien, Commiffaire de la Marine
à Rochefort .
du Barail , Vice- Amiral de France.
Rochard , A vocat.
Les Bénédictins de S. Michel en
Therm .
de Pont , Tréforier de France .
Bechillon de Vallans .
le Marquis de Brémond.
m. 0.
g.t
142 5
502 I 6
57 7
2316
I 2
67 6
6
109 7 12
33
143 S 12
Petit , Receveur général des Fermes
du Roi. 154 3 12
BORDEA U'X.
Du 13 au 29 Décembre 1759.
Meffieurs
Latour , Recev. des Tailles d'Agen.
Les Bénédictins de Bordeaux .
La Grauler , Commandant du
Château Trompette.
Les Bénédictins de la Réole.
46
196 7:18
32 1 18
36
230 MERCURE DE FRANCE
Suite de Bordeaux.
Messieurs
Le Duc de la Force.
m. o. g.
3636 6
24 I Les Bénédictins de la Sauve. 6
Meilhan , Syndic du Chapitre de
Saint Michel de la Réole.
Le même.
le Duc de Lorges , Commandant en
75
7 I
Guienne.
Canniere.
124 3 6
10 7 21
TOULOUSE.
Du 12 au 31 Décembre 1759 .
Meffieurs
du Guefclin , Evêque de Cahors.
de Langles , Evêque de S. Papoul .
Nárbonne , Evêque de Laftoure.
MM . les Chapelains de Gazeron.
le Marquis d'Alzan .
de Celés , Confeiller au Parlement .
Grimaldy , Evêque de Rhodés.
Baftard , Profeffeur.
les Dames Feuillentines , de Toulouſe.
l'Abbaye de la Baftide des Feuillans .
le Comte de Marlartie .
Catalan , Evêque de Rieux.
m. o. g.
253 I2
290 4 12
219 3
123 2 12
726
73
54
28
ΙΣ
16 6 18
47 6
168 6
88
124 2
II 4 ΙΣ
Boucaud , Evêque d'Alet.
Madame Doujat.
de Fontange , Evêque de Lavaur .
d'Aignant , Préfident au Préfidial à
Auch.
le Comte de Lupé du Garonné.
Madame de Bonnal de la Granliere .
L'Eglife de la Baſtide du Seron.
64 3 ri
27 3
652
81.
77
MARS. 1760. 13 སྨྲ
MONTPELLIER.
Du 30 Novembre au 31 Décembre 1759.
Mefsieurs
le Chevalier de Botteville , Commandant
à Alais .
l'Evêque d'Alais.
l'Archevêque de Narbonne.
le Maréchal de Thomond.
l'Archevêque de Toulouſe.
le Comte de Rhote , Lieut. général.
le Marquis de S. Felix .
d'Alfanty , d'Alais.
l'Evêque d'Uzès.
le Chevalier d'Alais .
l'Evêque de Carcaffonne.
l'Archidiacre de Narbonne.
m. o. go
45 7 18
22 7
415 6
66 3 12
ISS 5 12
203 4 12
118 6 12
356
125 I
33 3 6₁
228 I
74 6 12
60 3 12
ر
Delpech , Ecuyer.
l'Evêque de Beziers.
l'Evêque de Lodève.
l'Evêque de Mende.
204 12
985
le Marquis de Calviere , Lieut, gén . 78 4
de Montaulieu S , Hypolyte.
275 S
283
DIJON.
Du 4 Décembre 1759 , au 7 Janvier 1760%
Meffieurs
de Gramond , Préfident à la Chambre
des Comptes.
de Buffon.
de la Martine.
m. o. g
47.4 . 12
61 4
19 5 124
** MERCURE DE FRANCE.
Suite de Dijon
Messieurs
Poulletier , Receveur Général des Domaines.
de Vergennes , Préfident à la Chambre
des Comptes.
Madame la Comtelle des Barres .
Le Prieuré de Maiziere , Ordre de
Citeaux.
de Vellemont , Confeiller au Parlem.
de Varrene , Secrétaire des Etats de
m. o. g.
40 6 12
40 7
14 I
185 2
47 1 6
122 6
Bourgogne .
de la Valette , Capitaine de Vaiffeaux. 280
Madame Rigoley. 411 7 18
de Montigny , Directeur des Fermes, 200 4 6 de Bouhier de Chevigny
.
de Montdragon , Maître- d'hôtel du
Roi
Gaudelet , Ecuyer.
de Breffey , Seigneur du Baffin
Vaillant.
Cureau , Prêtre à Chaillon.
Les Dames Religieufes de la Vifitation
de Dijon.
le Marquis de Longecour , Capitaine
148
339 3 18
15 18
60
8 2 18
127
161 2 18
1296
3:23 4
55 12
Ruffey , Préfident . 170 I 6
4. 3
le Chevalier Bouhier , Brigadier des
Armées du Roi. 249 5
896 6
le Marqns d'Inceny , de Châlons, 158
Les jacobins de Dijon. 73-418
Lamy de Sameray , ancien Confeiller
de Cavalerie.
au Parlement .
Madame la Préfidente Richard.
Perrault , Maire de Châlons.
Madame l'Abbeffe de S Julien.
MARS. 1760, 233
Meffieurs
Suite de Dijon.
m.
Madame la Préfidente de Verfalieux . 79, 2
l'Abbé Ballin.
Les Dames Religienfes du Réfuge de
Dijon.
Madame la Préfidente de Périgny.
Madame de Migieux.
de Buffon . Second Article. )
Madame de la Foreſt,
63824
61 1 12
127 5 12
235 1 6
39 S 12
2303
PERPIGNAN.
Du 6 au 11 Décembre 1759.
Meffieurs
le Grand - Prieur de Cahors.
de Redon , Lieutenant de Roi.
le Commandant de Cahors,
Le même.
Hugues.
m. o. g.
93 12
102 I
86 3
65
12
21 7
Meffieurs
ORLEANS.
Du 2 au 11 Janvier 1760.
L'Eglife de S. Vincent d'Orléans.
L'Eglife Royale de S. Aignant.
Les anciens Carmes.
Les Carmes déchauffés.
Le Seminaire d'Orléans.
m. o.
15 S
132 5
34 6 12
35
z 2 X2
234 MERCURE DE FRANCE.
Messieurs
Suite d'Orléans:
Les Chartreux d'Orléans .
Les Minimes d'Orléans .
Les Jéfuites du Collège d'Orléans.
Les Jéfuites de la Congrégation.
Les Religieux d'Ambert.
de S. Michel , premier Préſident de
la Chambre des Comptes de Blois.
Les Religieux de l'Abbaye de l'Aumône
, dite le petit Cîteaux , dans
le Comté de Dunois .
"
Les Freres Prêcheurs d'Orléans .
Poulin , Prieur de Vouron.
MM. du Chapitre de l'Eglife de Notre-
Dame de Clery , Diocèſe d'Orléans.
m . o. g.
45 4
19 2
130
SI S
26 2 18
79 2 12
22 3
34 2
3 I
24 2 露
LIMOGES.
Du 17 Janvier au 3 Février 1760 .
" Meffieurs
Les Bénédictins de Limoges.
Limoges.
Madame l'Abbeffe des Allois , de
Alexandre Galard de Béarn.
L'Abbaye de Solignac.
L'Evêque de Perpignan .
m. o. g.
38
16
14 7
33 2
226 4 I
MARS. 1760. 235
BOURGES.
Du 22 Janvier au 11 Février 1760 .
Meffieurs
L'Eglife de Bourges.
Les Bénédictins de Bourges .
L'Abbaye de Saint Laurent .
MM. les Chanoines Réguliers de
Bourges.
Les Auguftins de Bourges.
m. o. g.
୨୨ 7
27.6
24 4
46
12 I
235
Les Bernardines de Bourges. 35 I
+44
La Paroiffe de Saint Pierre ,
le
Les Peres Jéfuites.
marché de Bourges.
La Congrégation deſdits Jéfuites .
d'Orfanne de Tizay , d'Iffoudun .
38 2 2
40 I
18 3 2
19 5 6
Meffieurs
AMIENS.
Du Février , au 13 dudit.
L'Abbaye de Cercamps .
le Vaffeur .
le Marquis de Clermont-Tonnerre.
m . o.
g.
34 7 S
10 I I
13857
23.6. MERCURE DE FRANCE.
Meffieurs
TOURS.
Du 2 au 28 Janvier 1760.
Les Religieux de l'Abbaye de Bourgueil.
MM. du Chapitre de S, Martin.
Les Dames Religieuf.de la Virginité,
Ordre de Citeaux.
L'Eglife de S. Gation, de Tours.
Les Jéfaites du Collège, de Tours.
Les Religieux Feuillans .
Les Peres Minimes du grand
Couvent lès- Tours.
m. 0. g.
31 7 16 12
991 19 12
14 3 22 12
6
9
34 2
so
11 3 19 12
18 6 9
CAEN.
Du 11 ay 31 Décembre 1.7 5.9º
Meffieurs m.
Les Jéfuites. 28 S
Les Dames de la Charité . 9 64%
Dufrêne. 43 3 S
Madame de la Narvanderie. 17 47
Boquet. 10 5 4
de la Virganerie.
Madame & Mlle de Sévaut.
Madame de Baron.
17 4 1
103 I f
7942
Madame de Claffy. 24 រ
d'Hermanville.
de Freſnel. 8967
MARS. 1760. 237
Suite de Caën.
Meffieurs
de Louvigny.
L'Abbaye de Beaumont.
L'Abbaye de S. Vigor.
Le Curé de Talvaude.
Madame de Carbonel.
L'Abbaye de Cérify.
Madame de Saint Louver.
Madame de Lagny.
M. 0. g.
55 24
17 6 1
19 6 4
20 2 I
2253
1422
IIS
46.4 5
31 53
13 47
de Caligny.
de Molandé.
d'Aurcher.
29 25
Madame de Branay. 154 6.4
l'Evêque de Lifieux. 201 I S
de Belleville.
de Miéville.
Marie , Avocat.
123 26
12 2 5
9.3.5
Les Confreres de Condé. ΤΟ 2
L'Abbaye de Barbery.
66 15
Madame le Vaillant.
de Baudis .
32 27
35 3 4
Madame de Buron.
d'Hourville.
le Marquis d'Harcourt.
de Therre.
de Caligny.
Piedoux.
Routier.
de Biodoffe.
Madame de Caftilly .
21 2
129 6 7
170 I 4
79 47
3525
134 7.3
45
16
27 66
203 7 I
238 MERCURE DE FRANCE.
RIOM.
Du 10 Décembre 1759 , au 5 Janvier 1760 .
Meffieurs
m. o. g.
Dufraiffe Duché , Procureur du Roi. 87 7 4
le Comte de Jampigny.
de la Vilatel.
Du tour Carré .
le Marquis de Chabanne .
1307
57 4
255
54 7
Disbray , Receveur des Tailles.
le Comte de la Richardie .
de Laval de la Crême , Subdélégué
. à Riom.
Les Bénédictins de la Chaife- Dieu.
Les Bénédictins de Saint Allir de
Clermont.
L'Evêque de S. Flour,
SS I
7936
746
193 16
30 52
191
PASU.
Du 12 au 28 Décembre 1759.
Meffieurs
m. o. g.
le Comte de Grammont. 328 1 15
de Lille , Commiff. des Guerres. 95 5 15
de Courreges Agnos , Confeiller
au Parlement .
le Baron d'Arboucave .
de Belegarde , Lieuten. de Roi.
108 7 15
34 6 18
87 3
MARS. 1760. 239
Meffieurs
Suite de Pau .
Lavant , Receveur des Décimes
à Tarbes.
Les Bénédictins de S. Severcap .
de Logras , Confeiller au Parlement
de Navarre.
m. o. g. d.
13 I
822
4 12
49.3 6
POITIERS.
Du 31 Décembre 1759 , au 17 Janvier 1760 .
Meffieurs
de Choupper , Major du Régiment
de Beauvilliers .
Fouen , Receveur des Tailles.
L'Abbaye de Ste , Croix de Poitiers .
L'Abbaye de l'Etoille , Ordre de
Cîteaux .
m . o. g.
156 5 12
26 I 12
36 6 12
42 If
52 3 12
26 4 18
>
L'Abbaye du Pin , Ordre de Cîteaux .
Palteau , Tréforier de France.
L'Abbaye Royale de Bonnevaux
Ordre de Cîteaux .
L'Abbaye de Saint Jouin , Ordre
de Saint Benoît.
II I
38 7 12
་ ,
I
240 MERCURE DE FRANCE.
BESANÇON.
Du 22 Décembre 1759 , au 8 Janvier 1760 .
Meffieurs
Sarrette.
L'Abbaye de Luzelle.
Colombe.
de Génevreuille.
Mirondot.
de la Rouffelliere.
de Villier.
de Franchevelle.
L'Abbaye de Chalieux.
le Comte de Molans.
´m. o. f.
576
25 5
3612
15378
14 7 If
12 I
d2f-12
18 3 12
-86
12 1
De l'Imprimerie de SEBASTIEN JORRY ,
rue & vis-à-vis la Comédie Françoiſe.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères