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1757, 01, vol. 1
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MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
JANVIER. 1757.
PREMIER VOLUME.
Diverfité, c'est ma devife. La Fontaine.
Chez
Ceilin
filiv inv
Pupil Seulp.
A PARIS ,
CHAUBERT , rue du Hurepoix.
PISSOT , quai de Conty.
DUCHESNE , rue Saint Jacques.
CAILLEAU , quai des Auguftins.
CELLOT , grande Salle du Palais.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
BLIOTHECA
REGIA
MONKCENSIS .
AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , & Greffier- Commis au
Greffe Civil du Parlement , Commis au
recouvrement du Mercure , rue Sainte Anne ,
Butte Saint Roch , entre deux Selliers .
C'est à lui que l'on prie d'adreſſer , francs
de port , les paquets & lettres , pour remettre ,
quant à la partie littéraire , à M. DE BOISSY,
Auteur du Mercure .
>
Le prix de chaque volume eft de 36 fols :
mais l'on ne payera d'avance , en s'abonnant,
que 24 livres pour feize volumes , à raison
de 30 fols piece.
Les perfonnes de province auxquelles on
enverra le Mercure par la pofte , payeront
pourfeize volumes 36 livres d'avance en s'abonnant
, & elles les recevront francs de port.
Celles qui auront des occafions pour le faire
venir , ou qui prendront les frais du port fur
leur compte , ne payeront , comme à Paris ,
qu'à raifon de 30 fols par volume , c'est-àdire
24 livres d'avance , en s'abonnant pour
16 volumes .
Les Libraires des provinces ou des pays
étrangers, qui voudront faire venir le Mercure
, écriront à l'adreſſe ci - deſſus.
A ij
On fupplie les perfonnes des provinces d'envoyerpar
la pofte , enpayant le droit , le prix
de leur abonnement , ou de donner leurs ordres ,
afin que le paiement en foit fait d'avance au
Bureau.
Les paquets qui ne feront pas affranchis ,
resteront au rebut.
Il y aura toujours quelqu'un en état de
répondre chez le fieur Lutton ; & il obfervera
de rester à fon Bureau les Mardi ,
Mercredi & Jeudi de chaque femaine , aprèsmidi.
On prie les perfonnes qui envoient des Livres
, Eftampes & Mufique à annoncer ,
d'en marquer le prix .
cure ,
On peut fe procurer par la voie du Merles
autres Journaux , ainfi que les Livres
, Eftampes & Mufique qu'ils annoncent .
On trouvera au Bureau du Mercure les
Gravures de MM. Feſſard & Marcenay,
1
A VI S.
On trouvera le Mercure dans les Villes
nommées ci - après.
Abbeville , chez L. Voyez , & Devérité .
Amiens , chez François , & Godard .
Angers , chez Jahier .
Arras , chez Nicolas , & Laureau .
Auxerre , chez Fournier.
Bâle en Suiffe , à la Pofte.
Beauvais , chez Defaint.
Berlin , chez Jean Neaulme , Libraire François.
Besançon , chez Briffault.
Blois , chez Maffon .
Bordeaux , chez Chappuis l'aîné , à la nouvelle
Bourfe , Place royale ; les freres Labottiere ,
Place du Palais ; L. G. Labottiere , rue Saint
Pierre , vis- à- vis le puits de la Samaritaine , &
J. P. Labottiere , rue S. James , & à la Poſte .
Breft , chez Malaffis.
Brie , chez Lefevre .
Bruxelles , chez Pierre Vaffe , & F. Serftevens.
Caen , chez Manouri .
Calais , chez Gilles Née , fur la grande Place .
Châlons en Champagne , chez Bricquet.
Charleville , chez Thezin.
Chartres , chez Goblin , & Feftil .
Coppenhague , chez Chevalier , Libraire François ..
Dijon , à la Pofte , chez Mailly , & Coiguard-de la
Pinelle.
Falaiſe , chez Piftel - Préfontaine.
Fribourg en Suiffe , chez Charles de Boffe .
Gand , chez P. F. de Goefin .
A iij
La Rochelle , chez Salvin , Deſbordes fils , & Pavie.
Liege , chez Bourguignon .
Léipfik , chez M. de Mauvillon.
Lille , chez la veuve Pankouke.
Limoges , chez Barbou , Imprimeur du Roi.
Lyon , à la Pofte , chez J. Deville ; & chez Delaroche
, ayant la direction du Bureau d'Avis .
Manheim , chez Charles Fontaine.
Marſeille , chez Sibié , Moffy , Boyer & Ifnard ,
fur le Port.
Montargis , chez Bobin .
Moulins , chez Faure , & la veuve Vernois.
Nancy , chez Nicolas .
Nantes , chez Joſeph Vatar.
Nifmes , chez Gaude .
Noyon , chez Rochez fils.
Orléans , chez le Pelletier , Aubry , & Roſeau - de
Monteau.
Poitiers , chez Faulcon l'aîné , & Félix Faulcon.
Provins , chez la veuve Michelin.
Rennes , chez Vatar pere , Vatar fils , Julien Vatar
, & Garnier & Compagnie.
Rheims , chez Godard.
Rouen , chez Hérault , & Fouques.
Saint- Malo , chez Hovius.
Saint-Omer , chez Jean Huguet.
Senlis , chez Desroques.
Soiffons , chez Courtois.
Strafbourg , chez Dulfecker , & Pohole.
Toulouſe , chez Robert , & à la Pofte .
Tours , chez Lambert , & Billaut.
Troyes , chez Bouillerot.
Verſailles , chez Fournier.
Vitry-le-François , chez Seneuze.
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0
MERCURE
DE FRANCE.
JANVIER . 1757.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
LE JEU D'ÉCHECS.
FABLE.
CERTAINES Majeftés jadis étoient fort vaines ;
Les Majeftés d'un jeu d'Echecs.
Les Rois plus refpectés , plus puiffans que les
Reines ,
Ne les mettoient qu'au rang de leurs premiers
fujets.
A iv
S MERCURE DE FRANCE.
Les Reines à leur tour voyoient au deffous d'elles
Les Chevaliers , les Fous , & ceux- ci les Pions.
Qui croiroit que les fous ont des prétentions ?
Plus d'une Cour pourroit en dire des nouvelles ;
Plus d'un fage s'eft vu par un fou fupplanté.
Bientôt la fin du jeu rabattant leur fierté ,
Détruifit ces vaines chimeres
De puiffance & de dignité :
Bientôt avec éclat un dernier coup porté ,
Ruina des grandeurs fi cheres ;
Et le même fac à la fois
Reçut Reines , Pions , Chevaliers , Fous & Rois.
Contre les bornes de la vie`
Qu'un Grand fe brife avec fracas ,
Je ne lui porte point envie .
En eft-il moins que moi victime du trépas ?
Tout eft mis au niveau par la parque
Elle frappe & ne choiſit pas .
ennemie ;
J. L. AUBERT.
COMPLAINTE A L'AMOUR.
SUR P'heureux printemps de mon âge ,
Amour, tu répandis les fleurs ,
Dont le féduifant étalage
Eft le trône de tes faveurs.
Quand je portois aux pieds d'Ifmene
JANVIER . 1757 . ୨
Le tribut d'un doux mouvement ,
Ses beaux yeux arrofoient ma chaîne
Des tendres pleurs du fentiment.
Mais les ans qui coulent trop vîte ,
Fanent tes myrthes dans mes mains ;
Hélas ! Lachéfis précipite
Les tours des fufeaux inhumains.
Les froides leçons du portique
Aujourd'hui remplacent tes feux :
Toute la fageffe ftoïque ,
Dieu charmant , vaut- elle tes jeux ?
Par un Officier du Régiment de Br...
LETTRE
Traduite de l'Anglois .
Miftris Fanni à Milord Charle C ... Duc de R...
JEE vous dois une réponſe , Milord , &
je veux vous la faire . Mais comme j'ai
renoncé à vous , à votre amour , à votre
amitié , à la plus légere marque de votre
fouvenir , c'eft dans les papiers publics
que je vous l'adreffe : vous me reconnoîtrez
. Un ftyle qui vous fut fi familier
qui flatta tant de fois votre vanité , n'eſt
point encore étranger pour vous : mais
vos yeux ne reverront jamais ces carac
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
teres que vous nommiez facrés , que vous
baifiez avec tant d'ardeur , que vous conferviez
avec tant de foin , & que vous
m'avez fait remettre avec tant d'exactitude .
Vous dites dans votre dernier billet ,
que vous m'êtes encore attaché par l'amitié
la plus tendre. Mille graces , Milord ,
de cet effort fublime : je dois beaucoup
fans doute à la générofité de votre coeur ,
puifqu'elle à pu vous défendre de la haine
& du mepris pour une femme que vous
avez fi vivement offenfée.
Vous ne méritez pas , continuez-vous ,
les épithetes que je vous donne , vous ne fûtes
jamais mon ennemi , vous avez l'audace
de répéter que vous ne le fûtes jamais , vous
ofez me prier de ne point oublier un homme
qui me fut cher. Non , Milord , non , je
ne l'oublierai point , je ne l'oublierai jamais
un trait ineffaçable l'a gravé dans
ma mémoire ; mais je ne m'en fouvien-.
drai que pour détefter fes artifices.
Tremblez , ingrat , je vais porter une
main hardie jufqu'au fond de votre coeur ,
en developper les replis fecrets , la perfidie
, la fauffeté , & détaillant l'horrible
trahifon.... Mais le pourrai -je ! aviliraije
aux yeux de l'Angleterre l'objet qui
fçut plaire aux miens ? Non , par une touthe
délicate ménageant l'expreffion du taJANVIER.
1757 . ΖΕ
bleau , en rendant fes traits fortans pour
lui même , mettons les dans l'ombre pour
tous les autres.
Defcendez en vous - même , Milord ,
ofez vous interroger , vous repondre , &
de tant de qualités dont vous vous pariez
, de tant de vertus dont vous vous
décoriez , dites-moi quelle eft celle dont
vous m'avez donné des preuves ?
Sincere , généreux , fenfible , compatiffant
, liberal , ami des hommes , rempli
de cette noble fierté qui caractériſe la
véritable grandeur , la bonté , la droiture
, l'honneur & la vérité , fembloient régler
tous vos fentimens , diriger toutes
vos demarches , guider tous vos mouvemens
: vous le difiez, Milord , & moi je le
croyois. Eh ! pourquoi ne l'aurois-je pas cru ?
Je ne trouvois rien dans mon coeur qui
pût me faire douter du vôtre.
Ne vous applaudiffez pas de m'avoir
trompée , non , ne vous en applaudiffez
pas le fourbe le plus habile doit bien
moins à fon adreffe , qu'à la bonne foi
de celui qui en devient la victime..
Mais comment un Pair de la Grande
Bretagne , a t'il pu s'abaiffer , fe degrader
au point de s'impofer à lui- même
une indigne contrainte de donner fes foins
à qui , quel étoit l'objet de fa feinte ?
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Une fimple habitante de la Cité . Méritois-
je le fatal honneur que vous m'avez
fait ? Par quel malheur ai -je eu de vous
cette odieufe préférence ? Sans beauté, fans
éclat , fans rien qui me diftinguât , comment
ai-je pu vous infpirer le defir de
me rendre infortunée ? Quel fruit avezvous
recueilli de cette trifte fantaifie ? les
gémiffemens de mon coeur étouffés par
la prudence , mes pleurs repandus dans
le fein d'un feul ami , l'altération de ma
fanté attribuée à ce mal ( 1 ) commun dans
nos climats. Rien n'a fervi votre vanité :
on ignore encore le fujet d'une douleur
fi vive , fi conftante ; vous n'en avez point
triomphé. Eh ! qui fçait après tout ce que
vous auriez fait , fi un intérêt qui ne regardoit
que vous , ne vous eût engagé
au filence ?
Mais à quel titre avez vous pu
croire
qu'il vous fût permis de m'affliger , quelle
loi m'affujettiffoit à vos caprices , qui vous
rendoit l'arbitre de mon deftin : je ne vous
cherchois pas. Tranquille dans mon obfcurité
, j'éloignois de moi tout ce qui pou
voit troubler une vie , fi non heureuſe ,
au moins paifible . Pourquoi votre art
perfide fçut- il me voiler vos deffeins 2
( 1) La confomption
JANVIER. 1757. 13
Choifie apparemment pour amufer vos defirs
, en attendant que vos chants fiffent
votre bonheur ( 1 ) , fi connoiffant vos vues ,
par une baffe condefcendance jeuffe bien
voulu les remplir , je n'aurois point à me
plaindre de vous : mais feindre une paffion
fi tendre , un refpect fi grand , des
voeux fi foumis , une flamme fi pure !
vil adulateur , digne à jamais de mon éternel
mépris , va , mon coeur te dedaigne !
plus noble que le tien il n'accorde
point fon amitié à qui n'a pu conferver
fon eftime : une haine immortelle
eft l'unique fentiment que ton ingratitude
& ta fauffeté peuvent lui infpirer.

Mais , quoi ! tromper une femme , eſtce
donc enfreindre les loix de la probité
Manque-t'on à l'honneur en trahiffant
une maîtreffe ? C'eft un procédé
reçu tant d'autres l'ont fait , il en eft
tant qui le font.
Oui , Milord , il en eft , mais ce font
des lâches qui , portés naturellement à
faire le mal , & craignant d'infulter ceux
qui peuvent les punir , fe deftinent &
fe bornent à défoler un fexe que le préjugé
réduit à n'ofer ni fe plaindre ni fe vanger.
(1 ) Vous m'entendez , Milord; cette ariette
tant répetée étoit un véritable oracle , vous feul
en entendiez le fens.
14 MERCURE DE FRANCE.
Eh ! qui êtes vous , hommes , d'où tirezvous
le droit de manquer avec une femme
, aux égards que vous vous impofez
entre vous ? Quel bill du Parlement autorifa
jamais cette infolente diftinction ?
Quoi votre parole fimplement donnée
vous engage avec le dernier de vos femblables
, & vos fermens réiterés ne vous
lient point à l'amie que vous vous êtes
choifie ? Monftres féroces , qui nous devez
le bonheur & l'agrément de votre
vie ! vous qui ne connoiffez que l'orgueil
& l'amour de vous-même , fans la douceur
& l'aménité qui furent notre partage
, quel feroit le vôtre ? La feule apparence
des vertus que nous poffédons
fait tout le mérite du fexe infenfé qui
fe croit fait pour nous maîtriſer .
>
Sur quoi fondez - vous la fupériorité que
vous prétendez ; fur le droit du plus fort ?
Eh ! que ne le faites-vous donc valoir ,
que n'employez - vous la force , au lieu de
la féduction ! Nous fçaurions nous défendre
: l'habitude de réfifter nous apprendroit
à vaincre . Ne nous élevez - vous dans
la molleffe , ne nous rendez - vous foibles
& timides , que pour vous réſerver le plaifir
cruel que goutte cet efpece de chaffeur
, qui tranquillement affis , voit tomber
dans fes piéges l'innocente proie qu'il
JANVIER. 1757. IS
a conduit
fes rêts.
par la rufe à s'envelopper dans
Mais eft- il poffible que ce foit le fouvenir
de Milord Charle , qui m'engage
me livrer à des réflexions fi dures fur fes
pareils ? Qui m'eût dit que la tendreffe &
l'eftime que j'avois pour lui me forceroient
un jour à les faire ! Ha ! Sire Charle
, Sire Charle , eft ce bien vous , qui
avez détruit par vos actions le reſpect
que javois pour votre caractere ? Hélas !
trop attaché à l'erreur qu'il chériffoit ,
mon coeur a cherché tous les moyens de la
conferver : Combien de fois , foumettant
ma raifon à mon penchant , me fuis - je
efforcé de juftifier un procédé que rien
ne pouvoit rendre excufable ! Oui , dans
l'inftant où je m'arrachois moi- même à la
douceur de vous voir , portée encore à diminuer
vos torts , je me ferois trouvée
heureufe , de n'accufer de mes pleurs que
l'excès de ma délicateſſe .
Elle vous étonne peut- être cette délicateffe
; mais fçachez , Milord , que dans
un coeur bien fait , l'amour un fois bleffé ,
l'eft pour toujours. Dans l'égarement de
la douleur , dans ces momens affreux , où
l'ame avilie , humiliée , fuccombe & ne
meut prefque plus la machine affaiffée fous
le poids qui l'accable , on fetourne na
16 MERCURE DE FRANCE.
turellement vers la caufe de fon mal ;
il femble que la main qui vient d'enfoncer
le trait , ait feule la puiffance de l'arracher
; fituation horrible , inexprimable ,
où detachée de tout , de l'univers , de foi
même , on ne tient plus qu'à l'inhumain ,
qui vous réduit à cet état funefte : le coeur
ne fent alors que fes pertes. Tout entier
au fentiment qu'il fe cache peut-être , il
faifit avec avidité tout ce qui lui en offre
l'image ; l'eftime , l'amitié , les moindres
égards lui paroiffent un dédommagement
du bien qu'on lui enleve : il met
un prix immenfe au peu qui lui reſte :
femblable au malheureux qui lutte avec
les flots , il s'attache à tout ce qui
lui préfente un foible appui.
C'eft dans cette agitation terrible *
dans ce défordre cruel , que je crus pouvoir
vous pardonner , vous aimer , vous
rendre mon eftime & ma confiance : vos
attentions exciterent ma reconnoiffance ;
les reproches que vous vous faifiez , m'engagerent
à fupprimer ceux que j'aurois dû
vous faire ; vos pleurs me toucherent ;
l'amertume de ma douleur me rendit fenfible
à la vôtre ; je ne pus vous voir gémir
à mes pieds , vous , que j'adorois ,
fans laiffer éclater cet amour fi tendre.
& fi vrai , dont vous paroiffiez douter ,.
JANVIER. 1757 . 17
qui vous fembloit éteint je vous ferrai
dans mes bras ; des larmes d'attendriffement
& peut-être de joie , fe mêlerent
à celles que la vanité vous faifoit
répandre ; je crus pouvoir être heureufe
encore , mais chaque jour , chaque inftant
m'apprit que s'il eft poffible de pardonner
, il ne l'eft
d'oublier
; que
pas
fila
bonté du naturel peut faire qu'on ne
haïffe pas un perfide , une noble fierté
s'éleve enfin contre notre foiblefle , &
nous fait méprifer & l'amant qui put nous
trahir , & le penchant qui nous entraîne
encore vers lui . C'eft dans la vivacité de
ce penchant , c'eft dans la force de mon
amour , que j'ai eu celle de renoncer à
vous , de vous dire : Vous n'êtes plus celui
que j'aimois : j'ai préféré la douleur
à la honte j'ai mieux aimé gémir de cet
effort , que de faire dépendre mon bonheur
d'un homme qui n'étoit plus digne
d'en être l'arbitre : je me méprifois moimême
en fongeant que je vous aimois ; à
préfent c'est vous , Milord , vous feul, que
je méprife , non pour avoir quitté une
femme , non pour avoir changé de fentimens
, mais parce que vous en avez
feint que vous ne fentiez pas , parce que.
vous avez traité durement votre amie ,
celle qui vous étoit véritablement atta ,
18 MERCURE DE FRANCE.
4
chée , dont vous aviez défiré la tendreffe
, que vous connoiffiez digne de vos
égards , & dont vous aviez juré de ménager
la fenfibilité : je vous mépriſe ,
parce que vous vous êtes conduit avec
baffeffe ; qu'incapable de confiance & d'amitié
, vous avez eu recours au menfonge
, moyen infâme , & dont un homme
de votre naiffance devroit rougir de faire
ufage.
Plus fincere que vous , je ne vous promis
point mon amitié : que ferois- je de
la vôtre ? Mais qu'eft- ce donc qu'un homme
qu'on ne voit plus , qu'on ne verra
jamais , entend par cette amitié qu'il ofe
offrir, promettre ? Quelle profanation d'un
nom fi réveré des coeurs vertueux ? Quoi !
ce fentiment fi noble , don précieux de
la divinité , qui raffemble , unit , intéreſſe ,
lie les humains , fe borne donc dans l'idée
de Milord , à ne point nuire à ceux qu'il
honore du nom d'ami ? Que pouvez- vous
pour moi ? Vous feriez - vous flatté que je
vouluffe un jour vous devoir quelque chofe ?
Vous avez détruit ma tranquilité , eft- il
en vous de la faire renaître ? Le bien que
vous m'avez oté , ne fubfifte plus ; le ciel
même ne peut reparer mes pertes : l'idée
fantastique qui faifoit mon bonheur , s'eft
évanouie pour jamais ; cette idole chérie ,
JANVIER. 1757. 19
:
adorée , denuée des ornemens dont mon
imagination féduite l'avoit embellie , ne
m'offre plus qu'une efquiffe imparfaite ;
je rougis du culte que j'aimois à lui rendre
ainfi mon coeur trompé par fes défirs
, éclairé par fes peines , n'a joui que
d'une vaine erreur , il la regrette peutêtre
, mais il ne peut la recouvrer . Adieu ,
Milord . Pour reconnoître en partie cette
amitié fi tendre , fi fincere que vous me
confervez , je ſouhaite que vous n'en
reffentiez jamais pour quelqu'un qui
vous reffemble : ce fouhait doit vous convaincre
que je fuis capable de pardonner .
Cette éloquente traduction eft l'ouvrage
d'une Dame. Nous l'invitons à continuer.
La caufe de fon fexe eft en bonne
main.
JE
EPITRE
A Madame D' •
EUNE beauté pour qui je m'intéreſſe ,
Non en Amant qui , fous un faux respect ,
Vous conduiroit de foibleffe en foibleffe ,
Mais en ami dont la vive tendreffe
A votre esprit n'offre rien de fufpect :
Son âge eft mûr : à lui le fang vous lie.
20 MERCURE DE FRANCE.
Prétendroit- il encenfer vos beaux yeux ?
Dans fon automne , il voit que c'eft folie ,
Dans fon printemps , il en eût fait fes Dieux.
Mais quand on rend de femblables hommages ,
On attend tout de la fragilité :
Mes fentimens font aujourd'hui plus fages ,
Ils ont pour but votre félicité .
Si vous fermez les yeux à la lumiere ,
Le plus beau jour inutilement luit ;
Aux moindres feux ouvrez votre paupiere ,
Vous verrez clair au milieu de la nuit.
De même un coeur eft - il dans la fouffrance ,
Il trouve en foi de vrais foulagemens ;
Eft- il heureux , il peut par imprudence
De fes plaifirs le faire des tourmens.
Quand vous étiez auprès d'une marâtre
Qui n'eut pour vous que des yeux menaçans ,
En comprenant que vos attraits naiffans ,
Eclipfoient ceux qu'elle feule idolâtre ,
Je l'avouerai , vous aviez à fouffrir :
Car il eft dur de voir une étrangere
Occuper mal la place d'une mere
Qui , vous voyant , n'eût pu que vous chérir.
Que faifiez-vous dans cet affreux orage ?
Votre douceur écartoit le nuage :
Toujours foumife & prête d'obéir ,
Vous lui faifiez honte de vous haïr.
Dans cet état jamais aucun murmure
N'avoit troublé cette férénité ,
JANVIER. 1757 . 21
D'une belle ame , agréable parure
Qui relevoit encor votre beauté :
Et maintenant qu'un heureux mariage
Vous donne enfin , après cet efclavage ,
Un mari tendre , & fuivante & laquais ,
Que vous logez dans un riche palais ,
Que tout vous rit , & que chacun s'empreffe
A vous fervir , à vous faire careffe ,
Vous paroiffez infenfible à ce bien ,
Tantôt boudant , & tantôt menaçante ,
Battant par fois & faiſant la méchante ,
N'être jamais fatisfaite de rien ,
Tant que glofant fur cette humeur étrange ,
On dit déja partout votre canton :
« Dans le mal être , elle fembloit un Ange ,
>> Dans le bonheur , elle eft pis qu'un démon . »
A tels propos coupez court , je vous prie ;
Si vous tardiez , votre effort feroit vain :
La renommée une fois établie ,
Eſt érigée en monument d'airain.
Ne croyez pas que d'être belle & fage ,
Cela fuffife au bonheur d'un Epoux.
La beauté n'eft qu'un oiſeau de paffage ;
Et la fageffe eft- elle un bien fi doux ?
Y voit-on clair ? c'est toujours un mystere
Impénétrable , & qui traîne après fọi
Tant de dangers , que tout ce qu'on peut faire ,
C'eft de le voir par les yeux de la foi.
Comptez donc peu fur ce glorieux titre ;
22 MERCURE DE FRANCE .
Si votre Epoux en paroît aſſuré ,
De fes bontés c'eft le premier chapitre ,
Et c'eſt à vous de lui fçavoir bon gré.
Si vous voulez qu'il vous aime fans ceffe ,
Ce qui fera votre commun bonheur ,
Qu'il trouve en vous & douceur & tendreffe :
Dans aucun temps ne lui montrez d'aigreur.
Que votre esprit s'étudie à lui plaire :
De votre Epoux faites -vous un ami .
C'eft mal aimer que d'aimer à demi ;
C'eſt n'aimer point que de craindre en trop
faire.
Quant à vos gens qui vous vendent leurs foins ,
Gardez-vous bien de leur être févere.
Lorſque contr'eux vous paroiffez colere ,
C'eft contre vous acheter des témoins .
Charmant objet ne foyez point rebelle
A ce fermon qu'un vrai zele a dicté.
Il fe réduit à ce point fouhaité ,
Que vous foyez auffi bonne que belle.
J'AI reçu , Monfieur , une Epître que
j'ai cru digne d'être inférée dans votre
Mercure c'eft une leçon agréable qui
m'a fait faire des réflexions fur moi-même ,
qui m'a convaincue de mes torts , & qui
m'a fait prendre la réfolution de ne plus
m'écarter de la voie qu'elle m'a tracée.
Je fouhaite qu'elle faffe la même impreffion
fur toutes les jeunes femmes qui la
JANVIER . 1757 . 23
liront. Ce feroit leur rendre un grand
fervice , auffi- bien qu'aux perfonnes qui
font auprès d'elles , de les défabuſer de
l'idée qu'elles ont qu'une jolie femme
doit avoir de l'humeur. Je ne peux mieux
y contribuer qu'en vous mettant à même
de publier la leçon qu'on m'a faite fur ce
fujet. J'ai l'honneur d'être , &c.
D'...
Notre éloge fe partage entre l'Epître
& l'Envoi. On eft bien près de fe corriger
, quand on reçoit fi bien les confeils
d'un ami , fait lui - même pour perfuader
par la maniere dont il les donne.
VERS
A M. le Marquis d'Argenson , Miniftre
TOUJOURS
d'Etat.
OUJOURS ennemi des flatteurs ,
De l'artifice & de l'envie ,
D'Argenfon n'eut point la manie
De s'enivrer de vains honneurs.
A la faine philoſophie ,
Il doit le bonheur de fa vie ;
Les Mules , les Arts , les talens
Rempliffent fes plus doux momens,
11 paffe des jours fans nuage ,
24
MERCURE DE FRANCE .
Dans la paix & la liberté.
Ami de la candeur & de la vérité ,
De fon coeur la vertu reçoit un pur hommage .
A la Cour peut -on être heureux ?
C'est un féjour trop orageux ,
Il ne fut point fait pour le fage.
Par M. de C *** .
FRAGMENT
D'HISTOIRE
EGYPTIENNE
Trouvé dans les ruines de Thebes , au commencement
de ce fiecle , traduit en Italien
par le Marquis *** , & en François par
le Chevalier de L. M. Capitaine d'Infanterie.
A
MITIS naquit vers le commencement
du regne de Séfoftris , avec ce génie que
les fiecles médiocres appellent miraculeux ,
& que
les fiecles floriffans nomment fupérieur.
Elevé dans le Temple d'Ofiris au
culte duquel les Grands d'Egypte confacroient
leurs enfans par un droit exclufif,
les premices de fa jeuneffe furent des
ouvrages qui refpirent toute l'aménité de
la poéfie & la folidité du fage. Amitis
fut bientôt dégoûté d'une philofophie qui
ne
JANVIER. 1757. 25

ne fe repaît que de contemplations ftériles :
un inſtinct fublime le portoit à cette Philofophie
active qui vivifie la fociété en multipliant
les routes du bonheur public . II
fut quelque temps fufpendu au milieu des
objets qu'offre le théâtre immenſe de la
nature & de l'humanité ; fes premiers regards
furent des foupirs , parce que les
grandes idées fuppofent les grands fentimens
, & que celui de gémir fur les hommes
accompagne toujours le talent de les
éclairer. Amitis trembla ; il alloit faire
ce premier pas qu'un génie vulgaire fait
fans danger , parce qu'il le fait fans témeins
, & qu'un grand génie n'ofe ſouvent
hazarder , parce que les fpectateurs l'examinent
, & qu'il eft le préjugé de fa gloire
ou de fa chûte. Amitis fut préfenté à Séfoftris
comme un homme fupérieur aux
dignités par fa modération , & égal aux
plus grandes affaires par fon génie & fon
zele. Il fut reçu avec cette bonté majeftueufe
, qui eft le tribut que les grands
Rois paient aux grands hommes. Séfoftris
l'envoya vers une République de la Grece ,
qui par la fageffe d'un gouvernement invariable
, étoit l'école & le modele des Républiques,
Le vulgaire , ce grouppe des grands
& des petits, fut jaloux , étonné que l'effor
d'Amitis fût une dignité qui n'étoit ordi-
1. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE .
nairement que la derniere récompenfe
d'une politique confommée. Il ignoroit
que le premier élan des grandes ames eſt
toujours pour les grandes chofes. Amitis.
juftifia bientôt la préférence de fon Roi
en faifant les délices des peuples qui l'avoient
parmi eux. Des fuccès dignes de
lui commençoient à fixer l'admiration publique
lorfque des troubles inattendus offrirent
dans fa patrie un champ plus vaſte à
fes talens.
Tyr cette Ifle fameufe par fon commerce
, malheureuſe par la fougue de fon
peuple , eftimable par la fierté noble &
généreufe des grands , coupable par la
mort de plufieurs de fes Rois, célebre par le
progrès des fciences & des arts , & furtout
par une conftitution ébauchée par les chocs
& les fecouffes des fiecles , & perfectionnée
par un grand homme; Tyr vouloit augmenter
fes richeffes & fa puiffance de
celles des autres Nations : elle regardoit
l'Egypte comme une voifine incommode ,
dont la rivalité prouvée par les guerres
de dix fiecles feroit un obftacle éternel à
fes projets. Des victoires remportées par
Séfoftris dans la derniere lui faifoient fouhaiter
encore plus vivement de fapper le
principe de fes avantages & de fes reffources
; la modération généreuse avec laquelle
JANVIER. 1757 : 27
ce prince la termina lui parut un indice de
foibleffe. Tyr aveuglée par les artifices de
fon Roi ( c'étoit Pygmalion II ) , trahie par
la vénalité des grands , étourdie par la fougue
naturelle ou concertée de la partie
fubalterne du Sénat , oublia que Séfoftris .
commençoit une guerre jufte avec impétuofité
, & la finiffoit avec grandeur d'ame.
Cette Nation impérieufe avoit des colonies
dans la Bétique , l'Egypte y en poffédoit
auffi : le commerce des deux peuples
avoit à peu près fuivi la même gradation.
Une guerre longue , malheureuſe , mais
légitime , foutenue par le bifayeul de Séfoftris
, dans un âge où la main des plus
grands Rois chancele fur le timon de l'état
, avoit forcé ce Prince à céder aux Tyriens
quelques colonies limitrophes des
leurs : cette ceffion en augmentant leur
opulence , augmenta leur cupidité . Tyr
voulut être la dominatrice des mers : fon
ambition fembloit favorifée par la foibleffe
de la marine Egyptienne ; de nouvelguerres
dans le continent , le malheur
des temps avoient détourné l'attention que
cette partie de l'adminiſtration exige . Dabord
les Tyriens fondés fur des interprétations
arbitraires , franchirent les limites
que les traités les plus folemnels , les garan
ties les plus refpectables , & la tradition
les
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
to
par
la plus conftante avoient fixées entre les
poffeffions refpectives . Iricton qui gouvernoit
les colonies Egyptiennes, guidé par l'ef
prit de modération qui animoit Séfoftris ,
envoya un ambaffadeur aux Tyriens pour
éclaircir des prétentions que nul préalable
n'avoit annoncées , & pour terminer à l'amiable
des différends qu'un terme obfcur
pouvoit occafionner. L'Ambaffadeur avoit
pour lui la juftice de fa caufe , la prudence
qui traite avec douceur , un caractere facré
formé le droit des gens , ce droit
qu'une politique humaine & bienfaifante
établit lentement , parce que les biens
qui rendent les hommes heureux en les
rapprochant , dépendent de combinaiſons
que les fociétés naiffantes ignorent , que
le droit rigoureux de la nature contredit ,
& qui ne font que le fruit de la perfection
des fociétés. Les Tyriens étoient infracteurs
des traités , une férocité échauffée
par une cupidité aveugle les pouffoit , le
droit des gens les gênoit. Ils maffacrerent
l'Ambaſſadeur : toute l'Afie apprit ces horreurs
avec indignation . Séfoftris les reçut
avec douleur, 'mais fans colere ; c'eft l'écueil
des Rois : fon premier foin fut d'affurer
fes colonies contre de nouveaux attentats
par des fecours ; mais les Tyriens en intercepterent
une partie . L'état de paix qui
JANVIER. 1757 . 29
devoit être entre les deux nations ayant
fait négliger les précautions qui pouvoient
en procurer la fûreté , des hoftilités commifes
fans déclaration ni plainte préliminaire
, des brigandages inouis exercés par
une Nation que toute l'Afie avoit jufquelà
eftimée , ne purent faire fortir Séfoftris
de la modération qui paroiffoit incompatible
avec de telles infultes . Séfoftris
étoit un grand homme : la foif des conquêtes
ne l'infpira jamais , la néceffité feule
de la vengeance le mit à la tête de fes
armées . Les Hiſtoriens qui l'ont dépeint
comme un conquérant , ont écrit l'hiſtoire
de leurs adulations & l'aveu de leur ignorance
fur la vraie gloire , plutôt qu'ils ne
nous ont donné le caractere de ce Prince .
Il fçavoit que le coeur des bons Rois eft
le temple de l'humanité ; que cette vertu qui
eft leur fceptre répugne à la guerre , parce
que fi d'un côté elle détruit leurs ennemis
qui font des hommes , de l'autre elle
épuife leurs fujets qui font leurs enfans.
Dans ces circonftances , où de jeunes courtifans
qui ne voyoient dans l'amour de la
patrie que l'amour de la gloire , propofoient
à Séfoftris d'aller venger dans le fein
de Tyr même l'honneur de l'Egypte attaqué
, où d'une autre part de vieux Sénateurs
inftruits par l'expérience, confeilloient
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
la modération à Séfoftris , fondés fur la maxime
fage qu'une Nation ne doit jamais
s'échauffer que de fang froid. On le fit
reffouvenir d'Amitis comme d'un homme
dont le befoin de l'Egypte exigeoit la préfence
. Amitis fut rappellé & parut devant
fon Roi avec la fatisfaction modefte d'un
fage jaloux du bonheur de fa patrie , &
fupérieur à la vanité des fuccès . Séfoftris
lui dit : Amitis , votre zele & vos talens
me font connus , je vous donne une place
parmi les Sages qui foutiennent mon trône :
c'eft par eux que je regne , je n'ajoute
à leurs confeils que le poids néceffaire de
l'autorité ; joignez vos lumieres aux leurs
pour augmenter la félicité de mon peuple.
Amitis fe profterna croyant voir Ofiris
apporter fur la terre la fageffe & le bonheur
des immortels. Grand Roi , dit- il , élevé
dans le Temple du Dieu qui veille fur
l'Egypte , j'ai appris à connoître fon langage
, il eft dans votre bouche , votre regne
eft le plus fignalé de fes bienfaits ; nourri
de fes préceptes qui font vos fentimens ,
je me fuis fait une étude du bonheur
des hommes qui en eft le centre ; Miniftre
de votre fageffe , c'eft en communiquant
à vos fujets celui qu'elle doit répandre ,
que je vais tâcher de mériter d'approcher
qduuetrône. Amitis confirma Séfoftris dans
JANVIER. 1757. 31

les idées pacifiques dont il s'etoit formé le
plan : plaignez vous, dit- il, au Roi de Tyr,
faites-lui entendre par vos Ambaffadeurs
que la reftitution des vaiffeaux de vos
fujets pourra éteindre une étincelle qui
embraferoit peut - être l'Afie ; les Nations
voifines , perfuadées de votre amour pour
la paix , perdront les préjugés faux , mais
invérérés de l'ambition de votre Dynastie.
Si vos ennemis refufent un accommodement
, leur mauvaiſe foi répandue dans
tout l'univers , leur attirera la colere des
Dieux vengeurs & les armes des Princes
équitables . Séfoftris fit des tentatives vaines
auprès de Pygmalion : ce Prince qui
étoit lui - même l'auteur des troubles , &
qui facrifioit les Tyriens à un intérêt perfonnel
, ne put confentir à perdre le fruit
des intrigues de tout un regne .
Amitis livré à l'activité de fon génie ,
n'avoit ceffé pendant les négociations de
méditer fur les moyens de venger l'Egypte
: il avoit jetté les yeux fur l'Ile de
Crete que Tyr poffédoit depuis la paix funefte
qui termina le regne du prédéceffeur
de Séfoftris . Cette Ifle étoit à l'entrée de
la mer Egée , dont les Tyriens engloutiffoient
le commerce. Il choifit , pour faire
accepter fon projet , un jour que le Roi
délibéroit avec fon confeil fur les avan-
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
·
tages qu'on pourroit tirer d'une victoire
complette que fes troupes venoient de
remporter fur les Tyriens dans la Bétique ,
de concert avec les naturels indignés des
perfidies de Tyr. La joie de cet événement
ne pouvoit manquer d'ouvrir les efprits à
des projets hardis : Amitis au lieu d'objections
ne trouva que des fuffrages , un inconvénient
feul paroiffoit fe mêler aux
avantages de fon plan. La marine Egyptienne
n'étoit pas rétablie ; mais Hierax ,
chef des Flottes , miniftre fupérieur aux
difficultés , étala dans des préparatifs incroyables
tous les miracles de l'habileté :
l'Egypte dont le pavillon étoit prefque
méconnu , vit fortir de fes ports une flotte
redoutable commandée par Zigis , vieux
Capitaine , dont les connoiffances rares ,
l'efprit vafte , des talens faits pour exciter
& mériter la confiance , réparoient avec
ufure un extérieur maltraité par la nature .
Zigis avoit fur fa flotte 15000 Egyptiens
fous les ordres d'un Grand de la cour ,
dont la jeuneffe avoit fait les délices de
l'Ile de Chypre , qui y avoit même été
fouvent rappellé dans le cours de fa vie.
Employé enfuite dans les Cours étrangeres ,
où il avoit déployé toutes les fineffes & les
agrémens de l'urbanité Egyptienne , il
étoit parvenu aux honneurs fuprêmes de
JANVIER. 1757 . 33
la guerre, pour avoir fauvé une République
alliée , dont l'Impératrice d'Affyrie alloit
fe rendre maîtreffe.
Philetos ( c'est le nom de ce Grand )
débarqua en Crete fans réfiftance : il trouva
les Tyriens retranchés fur le mont Ida ;
les difficultés de l'Affiete & la valeur des
ennemis déconcerterent les regles & les
rufes de la guerre. Philetos impatienté
fe reffouvint qu'il commandoit à des Egyptiens
à qui il avoit vu faire des prodiges
fous les yeux de Séfoftris , dans une bataille
de la derniere guerre très- opiniatrée ,
où les Tyriens , quoique battus , acquirent
beaucoup d'honneur par les manoeuvres rares
& la valeur qu'ils y firent paroître . Philetos
montra aux Egyptiens les dangers &
la gloire , & les Tyriens furent vaincus.
Zigis juftifia pendant le fiege la confiance
publique , par la défenſe admirable qu'il
oppofa à un vieux Chef de Flotte Tyrien ,
qui fit par la honte de fa tentative , le
défefpoir de fa Nation , de fa famille , &
fa propre perte . Amitis reçut les louanges
fi méritées d'un plan qui tariffoit la plus
féconde fource de Tyr : il attribua tout à
la fageffe de Séfoftris , & ne répondit que
par de nouveaux projets pour fa gloire.
La fuite a été détruite par l'injure des
temps.
Bv
34 MERCURE DE FRANCE.
STANCES
A Mademoiſelle *** , à l'occafion du Portrait
de l'Auteur peint par elle.
"
JEUN EUNE Henriette , tes effais
Ont furpaffé mon eſpérance ;
Puiffai-je avec même fuccès
T'exprimer ma reconnoiſſance !
Tá main , en prenant fon effor ,
Déja n'a rien d'une novice ;
Mais ma Mufe , qui l'eft encor ,
Ne me rend pas le même office.
Sûrs de vivre à jamais par toi ,
Mes traits rappelleront ta gloire ;
Ainfi du moins ton nom , par moi ,
S'inscrit au temple de mémoire.
De tes couleurs , dans tes Portraits ,
Par une agréable nuance
La laideur reçoit des attraits
En confervant fa reffemblance .
Eleve d'un Maître fameux ,
On te voit marcher fur fes traces ;
Il brille au rang des demi -Dieux ,
Et tu brilles parmi les Graces .
JANVIER. 1757 . 35
Sans doute à fa célébrité
L'eftime doit un jufte hommage ;
Mais Henriette , en vérité ,
Me femble fon plus bel ouvrage.
VERS
A Madame de S. N... fur ce qu'elle avoit
flatté l'Auteur de lui procurer le plaifir
de voir M. de Fontenelle chez elle.
VOUS ous me l'avez promis , me ferez -vous fidele ?
Qu'attendez-vous encor pour combler mes defirs ?
Chez l'aimable Clarice admirer Fontenelle ,
N'eft-ce pas à la fois goûter tous les plaifirs ?
Qui peut vous méconnoître au nom que je vous
donne ,
Ou plutôt que jadis lui-même vous donna
Ce portrait fi charmant que fa main crayonna ;
S'il ne l'eft d'après vous , ne reffemble à perfonne
En vain la jeune Hebé révendiquant vos droits ,
Et murmure , & ſe plaint de mon anacronyſme :
Pour triompher ici de votre pyrrhoniſme ,
De la vérité feule écoutez donc la voix.
L'Emule d'Uranie avec fon Télescope ,
Yoyant de tant d'attraits lë germe dans les Cieux
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE.
Prévint votre naiſſance , & traçant à nos yeux
Ce tableau tout divin , tira votre horoscope .
Ainfi jufqu'à vos jours , on le vit accuſé
D'avoir peint pour les coeurs une aimable chimere :
Ce portrait raffemblant tous les dons qui font
plaire ,
C'eſt par vous ſeulement qu'il eft réaliſé.
Ah ! puiffe fon auteur , des infernales ondes
Ne voir les triftes bords , que lorfque finira
Ce procès fi flatteur , qui divife fes mondes ,
Pour décider entr'eux qui le poffédera !
SUITE DES PENSÉES
SUR LA CONVERSATION.
XVI . IL faudroit n'avoir d'eſprit dans
la converfation , que lorfque les autres
nous en demandent , & qu'autant qu'ils
veulent que nous en ayons . L'efprit ainfi
placé , & diſpenſé avec meſure , auroit
toujours le mérite de l'à propos . Il ne feroit
qu'une complaifance pour les autres
& ne choqueroit point leur vanité ; il la
flatteroit même. Ils croiroient y avoir
part , & nous l'avoir donné.
L'homme vraiment aimable dans la con-
L
JANVIER. 1757. 37
verfation , eft celui qui fçait occuper
agréablement les autres, & par ce qu'il leur
dit , & furtout par ce qu'il leur donne
occafion de dire,
Il y a plus de plaifir à dire de bonnes
chofes , qu'à en entendre , & à être écouté ,
qu'à écouter. Ainfi la regle générale de
la converfation étant de s'y conduire de
la maniere la plus propre à procurer du
plaifir aux autres , il faudroit ne leur parler
, que pour leur fournir l'occafion de
nous parler encore mieux eux -mêmes .
C'est un art , que celui de faire avoir
de l'efprit aux autres , de les mettre en
valeur , de leur donner lieu de paroître
tout ce qu'ils font , & même plus qu'ils
ne font.
Il y a des gens avec qui on vaut le
double & le triple de ce qu'on vant avec
d'autres , & c'eſt l'effet non feulement de
leur douceur , de leur bonté , de leur modeſtie
, de leur eftime pour nous , & de
la confiance qu'ils nous infpirent ; mais
encore d'une certaine adreffe de leur part ,
à manier les efprits ; adreffe au moyen
de laquelle ils en tirent toujours tout ce
qu'on en peut tirer . Tous ceux qui ont
de l'efprit , ne fçavent pas en donner
& c'eft un talent particulier qu'on peut
n'avoir pas avec beaucoup d'efprit.
>
38 MERCURE DE FRANCE.
Pour fçavoir donner de l'efprit aux autres
, il faut fçavoir leur en trouver ; car
on ne peut leur faire exercer & montrer,
que la forte d'efprit qu'ils ont. Il faut donc
la difcerner & la fentir : mais ce difcernement
fin eft très - rare.
Feu M. l'Abbé de St. Pierre , naturellement
froid & férieux , n'étoit pas brillant
& amufant dans la converfation. II
fe rendoit juſtice , & jamais homme ne
ne fut moins empreffé de parler. Cependant
, outre fes connoiffances politiques
qui étoient fort étendues , il fçavoit beaucoup
de faits & d'anecdotes , les contoit
bien , & furtout avec la plus exacte vérité.
Mais l'à propos ne lui fuffifoit pas
pour les conter : il avoit befoin d'être invité
& même preffé. Il craignoit d'ennuyer
, & auroit voulu plaire , non par
vanité , il n'en avoit point , mais par
justice & bienfaifance, deux principes auxquels
il rapportoit tout. Un jour étant
allé voir une femme de beaucoup d'efprit
, il la trouva feule : elle ne le connoifloit
que depuis quelques mois , & ne
l'avoit même vu qu'en compagnie. Auffi
fut- elle d'abord un peu embarraffée du
tête à tête. L'embarras ceffa bientôt . Habile
& prompte à demêler les caracteres
& les différens tours d'efprit , elle avoit
JANVIER . 1757. 39
deja faifi celui de l'Abbé dé St. Pierre ,
& lui parla en conféquence. Mis à fon
aife fur ce qu'il fçavoit & aimoit
il parla fort bien lui- même, Lorfqu'il
fortit , cette Dame le remerciant du plaifir
qu'elle avoit pris à l'entendre , il lui
dit avec fon ton & fon air fimple : Je
fuis un inftrument , & vous en avez bien
joué.
Deux perfonnes parlent dans une compagnie
; l'une brille & vous enchante ;
c'eft à l'autre que vous en avez la principale
obligation. Souvent dans la converfation
celui qui paroît faire moins , eft celui
qui fait plus.
Donnez de l'efprit aux autres , nonfeulement
ils vous en trouveront , quand
même vous n'en auriez pas ; mais ils
vous pafferont d'en avoir en effet . Ils feront
même bien aifes que vous en ayez ,
pourvu qu'ils en ayent auffi , furtout s'ils
en ont encore plus. Alors il leur feroit
moins flatteur d'en avoir tout feuls .
C'est une politeffe bien fûre de plaire ,
que de fe laiffer preffentir , fuppléer , prévenir
, de fe faire fuggérer par les autres
, ce qu'on va dire , enforte qu'ils
croyent l'avoir penfé les premiers , &
nous l'avoir fait penfer.
Il y a des gens devant qui on ne fçau40
MERCURE DE FRANCE.
roit dire une bonne chofe , fans qu'ils
ajoutent auffitôt : C'est ce que j'allois vous
dire. On les a toujours prévenus .
C'eft du moins une fotte vanité d'avertir
qu'on nous a prévenus ; quelquefois
c'eft encore un menfonge ; & qui dit
toujours qu'on l'a prévenu , ment fouvent.
XVII . Ecouter beaucoup & bien , parler
peu & bien ; voilà deux regles générales
de la converfation qui comprennent
toutes les autres.
On apprend à parler en écoutant , comme
à commander en obéiffant .
Il eſt plus important encore de
bien écouter , que de bien parler : je dis
bien écouter ; car on peut écouter fottement
, comme on peut parler fottement ;
& l'expreffion fçavoir écouter , eft auffi
jufte , que celle de fçavoir parler,
Il ne s'agit donc pas d'écouter avec une
attention imbecille , mais avec un air
d'homme de goût , qui fent , & qui entend.
Il ne s'agit pas non plus de ſe récrier
, encore moins de fe récrier fur tout ,
& de faire de longs éloges. Un oui , ou
un non prononcés d'un air fin & content
, louent plus que toutes les louanges
. Il s'agit de faifir avec vîteffe ce que
les autres difent de louable , & de le
relever d'une maniere obligeante , mais
JANVIER. 1757 . 41
fans affectation & fans fadeur , en forte
que la louange ne paroiffe que l'épanchement
indélibéré de l'eftime , & l'expreffion
du plaifir qu'on goûte à entendre
de bonnes choſes . C'eſt par la furtout , diton,
que M. le Duc de la Rochefoucault , l'Auteur
des Maximes , plaifoit tant dans la converfation
. On lui trouvoit bien de l'efprit
, quoiqu'il n'eût que très- peu parlé .
XVIII . Si j'avois à juger d'un homme
fur un mot , j'en jugerois plutôt fur
un mot ingénieux qu'il auroit bien entendu
& bien fenti , que fur un pareil
mot , qu'il auroit dit lui- même.
Le hafard fera plutôt bien dire , qu'il
ne fera bien entendre & bien fentir.
Un homme d'efprit dit une bonne chofe
fans y penfer , un fot la dit fans là
penfer.
Le fot ne fçait ce qu'il dit , même
lorfqu'il dit bien. ( 1)
Un bon mot dans la bouche d'un fot
...
(1 ) « J'ois journellement dire à des fots des
>mots non fots. Ils difent une bonne choſe . Sça-
»> chons jufqu'où ils la connoiffent ; voyons par
»où ils la tiennent. Ils l'auront produite à
>> l'aventure & à tâtons. Nous la leur mettons en
>>crédit & en prix. Vous leur prêtez la main : à
>> quoi faire ? Ils ne vous fçavent nul gré , & en
»deviennent plus ineptes. Ne les fecondez pas ;
»laiffez-les aller , & c. Montaigne.
42 MERCURE DE FRANCE.
en devroit être plus agréable par la furprife
qu'il caufe . Non. Quand par hafard
un fot a dit une bonne chofe , j'ai
regret que ce foit lui qui l'ait dite ( 1 )
XIX. Il y ades gens plus infupportables
encore dans la converfation , que ceux
qui ne parlent que pour montrer de l'efprit
; ce font ceux qui n'écoutent que pour
examiner fi l'on en a.
Il ne faut pas que l'attention ait l'air
de l'examen.
fon
XX . Non feulement il ne faut jamais
interrompre ceux qui parlent , mais fi
l'on eft interrompu , il faut s'arrêter auffitôt
, même fans trop penfer à reprendre
propos , quand l'interrupteur aura
ceffé de parler ; parce que , fi l'on y penfe
trop , on n'écoute point , & qu'une
des principales fautes qu'on puiffe com
mettre dans la converfation , c'eft de ne
point écouter.
Les efprits vifs font grands interrupteurs,
furtout s'ils font vains & préfomptueux .
(1) N *** , grand Nouvellifte , ne débitoit
guere que de fauffes nouvelles . Un jour il en dit
une vraie , mais nullement vraisemblable. Quelqu'un
la redifant d'après lui , on ne la crut point.
Il cita fon Auteur , & on crut moins encore. Un
troisieme furvint qui confirma la nouvelle & la
prouva. Mais , reprit vivement un des Incrédules ,
puifque cela eft vrai , pourquoi N* * l'a- t'il dit ?
JANVIER. 1757. 43
XXI . Parmi ceux qui ne font
pas de
mon avis dans la converfation , il eſt
deux fortes de perfonnes avec qui je ne
raifonne & ne difpute point . Les unes
voient fort bien tout ce que je pourrois
leur dire , & cela feroit fuperflu . Les autres
n'entendroient pas , & ne fentiroient
pas ce que je pourrois leur dire , & cela
feroit inutile.
XXII . Un homme poli , fage & vertueux
, montrera fouvent moins d'efprit
dans la converfation qu'un autre qui en
a beaucoup moins que lui , parce qu'il
fe refufera tout ce qui n'eft pas dans les
regles de la politelle , de la décence , de la
prudence , du bon fens , & de la vertu.
Il y a bien des cas où le filence eft
préférable à tout ce qu'on pourroit dire
de mieux.
La Bruyere a dit : Il y a beaucoup d'ef
prits obfcenes. Cela étoit il donc vrai au
trefois , & vrai de la bonne compagnie ?
Il me femble du moins que cela ne le
feroit pas aujourd'hui. A tout hafard ,
quoiqu'indépendamment de la Religion ,
fi juftement févere fur ce qui concerne
la pureté , il n'y ait qu'un précepte à donner
fur les paroles libres , & qui eſt de ſe
les interdire abfolument , je dirai néanmoins
que fi l'on fe permet quelquefois
44 MERCURE DE FRANCE.
de badiner fur certaines matieres , il ne
faut jamais parler aux oreilles , ni à l'imagination
, mais feulement à l'efprit.
Tout ce qui pourroit bleffer les unes &
falir l'autre , eft une groffiéreté également
indigne d'un homme poli & d'un homme
d'efprit.
Pour peu qu'un trait foit libre , il ne.
fçauroit être excufé qu'en faveur d'une extrême
fineffe. Il n'eft pas affez ingénieux ,
s'il n'eft que très - plaifant.
N *** difoit : Quand je dis quelques folies
, les jeunes filles & les fots ne m'entendent
point .
D'après ce mot , on peut établir la
maxime fuivante : Uneobfcénité dite en
compagnie , & que tout le monde a entendue
, ne vaut rien .
XXIII. Il y a des manieres de plaire
dans la converfation , qui font le moyen
de déplaire dans la fociété.
Dire de quelqu'un , que c'eft un homme
agréable , ce n'eft pas en faire un pur
éloge , un éloge abfolu , & fans reſtriction
, même importante ; cet homme agréable
a peut- être des vices. Il peut donc
plaire & déplaire à la fois , déplaire même
jufqu'à être haï . Au contraire l'expreffion
d'homme aimable préfente une
idée fimple , une louange toute pure :
JANVIER. 1757. 45
quelques légers défauts ne font pas une
reftriction . L'homme aimable ne peut donc
que plaire , & il plaît à tous . L'Amabilité
fi je puis m'exprimer ainfi , n'eft point
comme l'agrément , une affaire de goût ,
une chofe en partie arbitraire , ou du
moins relative à la différence des caracteres
& des efprits . C'eft , je le répete ,
quelque chofe d'abfolu & d'un effet général.
Son impreffion fe fait fur le coeur,
& par-là eft la même fur tous les coeurs.
L'homme agréable a un efprit léger &
amufant ; il donne du plaifir à fes connoiffances.
L'homme aimable a une ame
douce & fenfible ; il fait le bonheur , les
délices de fes amis.
Pour peu qu'un homme aimable ait
d'efprit , il en a affez pour ceux même
qui en ont le plus.
Qu'eft- ce dans les femmes qu'une phyfionomie
agréable , piquante même , en comparaifon
d'une phyfionomie touchante !
Hommes , ayez un caractere & un tour
d'efprit , tels que la forte de beauté
que vous defirez principalement dans les
femmes , du moins fi vous avez un coeur .
Ce qu'une femme infpire , n'eft point
de l'amour , fi elle n'infpire en mêmetemps
de l'amitié.
On aime mieux montrer de l'efprit ,
1
X
H+
46 MERCURE DE FRANCE.
que du jugement & de la bonté ; cela eft
bien fot.
Au refte , le jugement eft de l'efprit ,
c'eft même la meilleure forte d'efprit ; &
en manquer , c'eft manquer d'efprit dans
un fens très - véritable. On pourroit donc
dire de certaines perfonnes fi empreffées
à briller , qu'elles montreroient moins
d'efprit , fi elles en avoient plus , & que
par conféquent les connoiffeurs leur en
trouveroient plus , fi elles en montroient
moins.
XXIV. Il y a des gens , dont l'efprit
n'eft jamais placé. Ce qu'ils difent , eſt
ingénieux ; mais ce n'étoit point ce qu'il
falloit dire , ou bien il falloit le dire autrement.
Il manque toujours quelque chofe
à la convenance , à l'apropos , foit dans
la chofe même , foit dans la maniere de
la dire ils ont toujours de l'efprit , &
en manquent toujours.
:
Après le trait le plus ingénieux , au
lieu d'applaudiffement , vient quelquefois
un filence général , qui dit au bel eſprit :
Vous êtes un fot.
Cela eft vrai , furtout des traits malins
& offenfans . Avoir' dit un très - bon
mot , eft fouvent avoir fait une trèsgroffe
fottife.
La langue , dit un ancien , eft la partie
par laquelle les Médecins reconnoif
t
JANVIER. 1757. 47
fent les maladies du corps , & les Philofophes
celles de l'efprit .
XXV. Il n'y a quelquefois rien de plus
incommode pour un bel efprit dans une
compagnie , qu'un autre bel efprit . A la
vérité , celui- ci eft fouvent le feul dans
cette compagnie , qui puiffe entendre &
fentir parfaitement tout ce que le premier
dira de fin , d'ingénieux , de bon ;
mais fouvent auffi c'eſt le feul qui puiſſe
s'appercevoir de ce qu'il dira de mauvais ,
le relever , & dire mieux. C'eſt en même
temps un juge févere , & un rival
redoutable .
Quand on invite dans une partie de plaifir
, dans un repas , deux hommes de
cette efpece , il eft rare qu'on jouiſſe des
deux ; fouvent même on ne jouit ni de
l'un , ni de l'autre. Ils fe tiennent mutuellement
en échec , & n'ofent prendre
l'effor . Ils fe refpectent , & n'ofent prefque
parler. On n'eft parfaitement à fon
aife qu'avec fes inférieurs. C'eft avec
eux , que dégagé de toute crainte , on
peut ufer de tout fon efprit.
La jaloufie qui nous infpire l'envie de
briller , pour effacer un rival , ou du
moins pour partager fa gloire , nous en
Ste en même temps le pouvoir , par l'état
de contrainte dans lequelelle nous
48 MERCURE DE FRANCE.
met. C'eſt une des raifons pour lefquelles
, comme l'ad it M. l'Abbé Trublet , la
converfation ne nous plaît jamais davantage
, qu'avec ceux qui ont un peu moins d'ef
prit que nous. Ceux qui en ont beaucoup
moins , n'en montrent point , & ne nous
donnent point d'occafion d'en montrer ;
double fource d'ennui . Ceux qui en ont
beaucoup plus , non feulement en montrent
à proportion , & nous effaçent ,
mais encore ils nous empêchent par la timidité
qu'ils nous infpirent , d'en montrer
autant que nous en avons. Ils font
un feu fupérieur , & démontent nos batteries.
: Ce n'est donc pas toujours un bon
moyen pour juger lequel de deux hommes
l'emporte fur l'autre dans la converfation
, de les faire trouver dans la même
compagnie , & , comme on dit , de
les mettre aux mains. Le plus fpirituel
fera peut-être vaincu , & vaincu fans combat
, par le plus préfomptueux & le plus
confiant . On dit : Nous ferons plus en état
de les comparer , en les voyant enſemble
en les entendant tour à tour. Mais peutêtre
qu'alors vous ne les verrez point tels
qu'ils font , & dans leur naturel .
Deux hommes , qui ne fe connoiffoient
que de réputation , & qui avoient fort
envie
JANVIER. 1757. 49
envie de fe connoître perfonnellement ,
fe voient pour la premiere fois dans une
compagnie. Ils s'examinent mutuellement ,
fe tiennent fur la réferve , & ne fe livrent
point. Cependant au fortir de là ,
ils jugent peu avantageufement l'un de
l'autre . Une réflexion bien fimple devroit
les arrêter ; car on pourroit leur dire :
celui que vous jugez , vous juge de même
, & il n'a pu prendre une meilleure
idée de votre efprit , que celle que vous
avez priſe du fien .
"
Un bel efprit difoit d'un autre : Je vaux
mieux que lui , mais c'est en fon abfence .
Un homme d'efprit n'eft jamais plus mal
à fon aife , qu'avec un autre homme d'efprit
qu'il n'aime pas .
Quelquefois deux beaux efprits amufent
beaucoup ceux qui les ont fait trouver
enſemble , mais c'eft aux dépens l'un
de l'autre , & à la honte de l'efprit &
des lettres. Ils fe lancent des Epigrammes
, fouvent plus malignes qu'ingénieufes.
Je me trouvai un jour dans une com.
pagnie affez nombreuſe , où étoient deux
beaux efprits , & deux hommes très- riches.
Je dis aux premiers : Voyez un peu
comme ces deux Meffieurs fe ménagent , fe
flattent , fe refpectent l'un l'autre. Bel exem-
1. Vol. C
So MERCURE DE FRANCE. 50
ple à fuivre ! Il ne donnent point de ſcene
aux gueux ; n'en donnez point n'en donnez point aux fots. ( 1 )
C'est une grande marque d'efprit , que
d'en montrer d'autant plus que ceux avec
qui l'on fe trouve , en montrent d'avange
; mais , je le repete , ce n'eft pas toujours
une marque de fageffe .
XXVI. Il y a un talent , un don , ou
un art d'impofer aux autres dans la converfation
, indépendamment de la fupériorité
de l'efprit , ou de celle du rang.
C'eft quelquefois l'effet d'une certaine dignité
naturelle qui infpire le reſpect ,
d'une grande fageffe qui infpire la retenue.
Souvent auffi ce n'eft qu'un vice ;
la fierté impofe à la modeftie ; le fat impofe
à l'homme d'efprit même , fi celuici
n'eft qu'homme d'efprit . Souvent encore
cet afcendant fur les autres , n'eft
que l'effet d'une figure avantageufe , de
l'air , des manieres , du ton de voix . ( 2 )
La naiſſance , le rang , les richeſſes ,
(1 ) « Il femble , dit finement & plaifamment
»un homme de beaucoup d'esprit , il femble qu'on
»faffe aujourd'hui précisément le contraire de ce
»qui fe pratiquoit lorfqu'on faifoit combattre.
>> des animaux pour amufer des hommes. » Confidérations
fur les moeurs de ce fiecle.
(2 ) Il y a encore des Samfons , dit un de nos
vieux Auteurs , qui remportent des victoires avec
une mâchoire d'âne.
JANVIER. 1757. SI
im-
& autres avantages de cette nature ,
pofent à ceux qui ne les ont point . L'ef
prit & le fçavoir n'impofent qu'à ceux
qui en ont , du moins en quelque degré.
L'ufage du monde apprend ce qu'on
doit au rang , à la naiffance , & même
aux grandes richeffes , prefque auffi confiderées
que l'un & l'autre. Le mérite feul
apprend ce qu'on doit au mérite.
XXVII . Trois hommes de beaucoup
d'efprit, & que j'ai fort connus , m'ont fourni
l'obfervation fuivante. L'un périffoit
d'ennui dans la meilleure compagnie ,
s'il n'y étoit pas le principal acteur. Il
fuffifoit à l'autre d'entendre dire de bonnes
chofes ; & alors il écoutoit volontiers ;
mais il ne s'ennuyoit guere moins que
le premier , lorfqu'il n'étoit pas avec fes
pareils. Le troifieme , avec autant d'efprit
que les deux autres , fçavoit tirer parti
des gens les plus médiocres , & ne s'ennuyoit
prefque avec perfonne. Je ne dirai
pas feulement , que celui- ci étoit le
plus heureux des trois ; je dirai qu'il étoit
le plus eſtimable , du moins par le coeur
& par le caractere ; c'étoit feu M. de la
Motte. (1 )
(1) « Je louerois une ame à divers étages , qui
»fçache & fe tendre & fe démonter , qui foit bien
»partout où fa fortune le porte , qui puiffe dévifer
Ĉ ij
52 MERCURE DE FRANCE.
Mais ce bonheur , ou cet art de s'accommoder
de tout le monde dans la converfation
, peuvent-ils s'acquérir , du moins
jufqu'à un certain point ? Oui , fans doute
, & ils valent bien la peine qu'on y
travaille. Ecoutons là - deffus une perfonne
d'efprit , & du rang le plus élevé. « J'aime
»le monde , dit Mademoifelle de Montpenfier
, dans fon portrait fait par elle- mê-
» me , j'aime le monde & la converfation
» des honnêtes gens , ( 1 ) & néanmoins ,
و و
› >>avec fon voifin de fon bâtiment , de fa chaffe , &
» de fa querelle ; entretenir avec plaifir un Char-
»pentier & un Jardinier : j'envie ceux qui fçavent
>>s'apprivoiler au moindre de leur fuite , & dreffer
» de l'entretien en leur propre train . » Mont.
1. 3 , ch . 3 .
(1 ) L'honneur & la probité , l'efprit & une
certaine meſure de connoiffances , joints à ce
qu'on appelle aujourd'hui le ton de la bonne compagnie
, faifoient ce qu'on appelloit autrefois les
honnêtes gens. C'eſt l'idée que Mademoiſelle de
Scudery attache toujours à cette expreffion dans
fes Romans. Il en eft de même de Descartes , comme
on le verra par le paffage que je citerai dans
la fuite. Cependant , par le terme d'honnêtes gens ,
on a toujours principalement entendu les gens de
probité & les gens du monde , & d'autant plus
qu'il paroîtroit naturel que ces deux chofes fuffent
toujours réunies , l'honneur étant , au défaut de la
vertu , un principe & un motif de probité : mais
l'expérience a fouvent contredit cette théorie
Delà, équivoque dans le langage ; & d'après l'équiJANVIER.
1757. 53
ور
les
»je ne m'ennuie pas trop avec ceux qui
» ne le font pas , parce qu'il faut que
» gens de ma qualité fe contraignent , étant
plutôt nés pour les autres que pour euxmêmes
; deforte que cette néceffité s'eſt
» fi bien tournée en habitude en moi ,
" que je ne m'ennuie de rien , quoique
» tout ne me divertiſſe pas.
ود
Voilà affurément un exemple d'un grand
poids , d'autant plus que Mademoiſelle
de Montpenfier ajoute , qu'elle auroit aimé
à être feule , parce que naturellement
elle n'avoit nulle complaifance.
XXVIII. Il y a des gens , qui ne fongent
pas affez à ce qu'ils difent dans la
converfation , & d'autres qui y fongent
trop. ( 1 ) Heureux ceux qui n'ont pas befoin
d'y fonger , & qui doués d'un efprit
également jufte , net & vif, ne peuvent
que bien penfer & bien parler ! Ils
n'ont point d'idées à rejetter & à fupprimer
comme fauffes , mais feulement comvoque
, un jeu de mot qui peut paffer dans une
Epigramme. Telle eft celle de Gombaud , intitulée
Contre quelques gens du monde , & qui finit par ces
deux vers :
Et les plus grands marauds du monde
S'appellent les honnêtes gens .
(1 ) C'est ce que Montaigne appelle parler toujours
bandé.
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
1
1
me trop communes , trop évidentes ; &
ils les fuppriment , ils gardent le filence .
Tel eft M. de Fontenelle.
Il en eft d'autres au contraire qui ne
difent que des chofes triviales , & qui
néanmoins les difent du ton & de l'air
dont à peine auroit - on droit de dire les
chofes les plus rares & les plus exquifes
, d'un ton & d'un air qui commandent
l'attention . Cela eft encore plus ridicule
en préfence d'hommes illuftres par
leur efprit & par leurs connoiffances , furtout
quand c'est à eux - mêmes qu'on adreffe
la parole , comme je l'ai vu adreffer
un jour à Mr. de Fontenelle . Malgré
toute fa douceur & toute fa politeffe , il
interrompit le difcoureur . Tout cela eft
rès - vrai , Monfieur , lui dit- il , très- vrai :
je l'avois même déja entendu dire à d'autres .
Le même orgueil fait quelquefois qu'un
homme médiocre parle trop devant des
gens d'efprit , & qu'un homme d'efprit
dédaigne de parler devant des hommes.
médiocres. Le premier ne fent point affez
fon infériorité , le fecond fe croit
trop de fupériorité.
XXIX. Il faut cacher quelquefois fon
efprit & fon fçavoir fous le voile de la
modeftie & du filence , afin de pouvoir
en d'autres occafions cacher fous le mêJANVIER.
1757 . 55
5
at
on
la
oir
nême
voile fon ignorance & fa fottife .
Comme on ne fçait jamais tout , celui
qui dit toujours tout ce qu'il fçait ,
dès que l'occafion fe préfente de le dire
montre les bornes de fon fçavoir , & découvre
fa mefure ( 1 ) , lorfqu'il ne dit
rien fur le fujet actuel de la converfation .
N **. joint le don de la parole à un
fçavoir étendu & bien digéré ; mais il eft
grand parleur. Il fçait très bien tout ce
qu'il dit , & dit très-bien tout ce qu'il
fçait ; mais il dit tout ce qu'il fçait.
XXX. Il y a une maniere adroite de
placer des fincérités contre les autres &
contre foi- même , qui donne la double
réputation d'homme vrai & modefte .
XXXI. Une bonne éducation & un
grand ufage du monde , donnent quelquefois
, du moins pour quelques momens
, une apparence d'efprit à des perfonnes
qui dans le fonds en ont trèspeu
. Elles fçavent des phrafes ingénieufes
, des complimens bien tournés , des
lieux communs &c. Mais après toutes ces
belles chofes leur fournit leur mémoire
, elles s'avifent quelquefois de fe
fervir de leur efprit , & elles difent des
fottifes . Elles reffemblent à ces oifeaux ,
que
(1 ) Expreffion de Montaigne.
Civ
. 56 MERCURE DE FRANCE .
à qui , à force de les fiffler , on a appris
un ou deux airs qu'ils répetent affez
bien , après quoi ils reviennent à
leur ramage naturel , qui eft fort défagréable
.
Un homme qui brille également dans
la converfation fa mémoire & par fon
par
efprit , c'eft un ferain bien fifflé , & qui
ne plaît pas moins par le chant qu'il
tient de la nature , que par celui que
l'art lui a appris.
Ces fots , dont l'éducation & l'ufage
du monde n'ont pu entiérement corriger ,
ou du moins couvrir la fottife , on pourroit
encore les comparer à ces matieres.
qui ne prennent pas bien le vernis . Lorfqu'après
quelques difcours fenfés , ou même
ingénieux , ils viennent à dire quel
ques pauvretés , c'eſt le vernis qui s'écaille .
La fuite au prochain Mercure.
EPITRE A EGLÉ .
A Mahon ,
le
15
Octobre 1756.
TANDIS ANDIS qu'au printemps de ma vie ,
Loin des plaifirs & des amours ,
J'ufe le fil des plus beaux jours
A m'ennuyer pour la Patrie ,
JANVIER. 1757 . $7
Martyr , rebelle au fond du coeur
D'un phantôme appellé la Gloire ,
Stérile enfant de la Victoire ,
Né dans le fein de la douleur ,
Dis moi , cher objet de mes larmes ,
Que fais - tu dans ces lieux fi beaux ,
Toujours pleins du bruit de tes charmes ,
Toujours peuplés de mes Rivaux ?
Vas - tu de quelque jeune Amante
Inquiéter le tendre coeur ?
Vas- tu de l'aigre Céliante
Exercer la jaloufe humeur ?
Ou , dans un fouper délectable ,
Brillant fans art , buvant fans goût ,
Avec quelque convive aimable ,
Folâtrer & rire de tout ?
Mais le Dieu , dont la main fertile
Couronne & dore nos côteaux ,
Loin du tourbillon de la Ville
T'appelle à des plaifirs nouveaux :
Déja , fans le direla Lifette ,
Colin vingt fois s'eſt exercé
A répéter fur la Mulette
L'air que tu chantois l'an paffé.
A fon tour la jeune Bergere
Quitte les Agneaux en fecret ,
Pour effayer fur la fougere
Un pas plus lefte & plus coquet.
Chanfons , parure , badinage ,
Cv
5S MERCURE DE FRANCE.
Tout enfin preffe ton retour ,
Et chaque habitant du Village ,
En provoquant cet heureux jour ,
Va reconnoître fi l'aurore
Lui p
" pourra
conferver encore
Affez de fleurs dans ce bofquet
Pour t'en compofer un bouquet ,
Mais peut-être fur cette image
Crayonnée en mes foibles Vers ,
Tu crains que ma Muſe ſauvage
N'aille te prêcher les déferts :
Tu crains que , profane Stylite ,
Jaloux d'un bien que je n'ai pas ,
Je veuille t'ordonner la fuite
Des coeurs attachés à tes pas .
Non , belle Eglé ; non , ta figure ,
Ton efprit , tes yeux & tes traits ,
Dons enchanteurs de la nature ,
Ne font pas faits pour les forêts.
Tel que du Dieu de la lumiere
L'empire n'eft point limité ,
Tel puiffe être la terre entiere ,
Le théâtre de la beauté !
Avant que fon état s'envole ,
Fais-la briller au plus grand jour ;
Du monde foit toujours l'Idole ,
Et qu'il foit la tienne à fon tour.
Songe pourtant que la nature
Ne fit pas les foibles mortels ,
Ni pour des chagrins éternels ,
JANVIER. 1757 .
59
)
Ni pour des plaifirs fans mefure.
Dans le fein même du bonheur ,
Il eft des temps de féchereffe ,
D'indifférence & de froideur ,
Où l'ame mourroit de trifteffe ,
Si l'efprit n'avoit pas l'adreffe
De remplir le vuide du coeur .
Et tandis que fur ce rivage ,
L'ennui , mon tyran journalier ,
Dans ce frivole badinage
Me laiſſe un moment refpirer ,
Peut-être pour toi moins propice
Au milieu des empreffemens ,
Ce même Dieu fait ton fupplice
D'un peuple conjuré d'Amans ,
Et fourdement gliffe en tes veines
Ce poifon d'un coeur inquiet ,
Accablé de dégoûts fans peines ,
Et plein de defirs fans objet,
Ainfi la Loire vagabonde ,
Errant fur un fable argenté ,
Du doux ſpectacle de fon onde ,
Eblouit ton ceil enchanté ;
Tandis qu'une pente infidelle
Mine en fecret fes foibles bords ,
Et dans l'Océan avec elle ,
Entraîne (es propres trélors.
N'attends donc pas que P'habitude
D'un monde futile & bruyant ,
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
Du fecours de la folitude
Te faffe un befoin plus preffant :
Dans les lieux que la paix babite ,
Va puifer de nouveaux defirs ,
Et fauve du moins par la fuite
Ce qui te refte de plaifirs.
Le plaifir , champ vafte & fertile ,
Où tout mortel vient moiffonner ,
N'eft qu'un terrein foible & mobile ,
Source de trouble & de danger ,
A qui n'eft point affez habile
Pour y porter un pied leger.
C'eft fur le bord d'une onde claire ,
A l'abri d'un bois écarté ,
Que des Dieux le choix falutaire
A placé la félicité .
Sous ce pur & fidele hoſpice ,
Eft la vertu fans faufleté ,
La franchiſe fans dureté ,
Les ris fans art & fans malice ,
Le repos fans oifiveté ,
"
Et la liberté fans caprice.
Mais quel écart hors de raiſon
Me jette en de vaines maximes ,
Et tourne en aride fermon
La fertilité de ces rimes ?
Le goût , l'efprit & la raifon ,
Sur le tourbillon de la vie
T'ont fait une philoſophic
Au defus de toute leçon ;
JANVIER. 1757. 61 .
Et mieux encore , j'oſe le dire ,
Le Dieu qui veille à mon bonheur ;
Ce Dieu qui languit & foupire
Au fond de ton fenfible coeur ,
Sçaura du populaire empire.
Te dévoiler la folle erreur.
Déja , fi l'aimable impofture
D'un fonge trois fois répeté ,
N'a point par un trop doux augure
Abufé ma crédulité ,
Je t'ai vu , cédant en filence
Au feu d'une tendre langueur ,
Entretenir fur mon abfence
Tes fens , ton efprit , & ton coeur :
J'ai vu de précieuſes larmes
Couler de tes yeux attendris ;
Ta douleur négligeoit ces charmes
Jadis par tes foins embellis ;
Sur ton front couvert d'un nuage ,
Des boucles erroient au hazard ;
Ton ame peignoit fon image
Dans un deshabillé fans art ;
Et fous un voile impénétrable ,
Dédaignant l'oeil le plus flatteur :
Belle Eglé , ton ſein délectable
N'étoit ému que de douleur.
C'eſt dans l'enchantement ſuprême
D'un ſpectacle fi raviffant ,
Que ton Amant hors de lui -même ,
(1) Ce vers eft défectueux. Il faut dire : je t'ai vue
62 MERCURE DE FRANCE.
S'écrie encore en ce moment :
Eglé , toi dont le coeur fincere
Par l'amour feul eft animé ,
Toi , qui jamais n'eûs daigné plaire
Si tu n'euffes jamais aimé ,
Loin du belliqueux étalage
Et du fanatifme guerrier ,
Viens en ce jour à mon courage
Offrir un paisible laurier ;
Viens me difputer la victoire
Dans le fein des tendres defirs ;
Et que le chemin de la gloire.
Nous foit ouvert par les plaifirs :
L'inftant d'un fortuné filence
De nos coeurs fera le fignal ;
Chacun lira fon eſpérance
Dans les yeux d'un ardent Rival :
Nos cris feront des cris de joie ,
Nos plaintes de brûlans foupirs ,
Ta bouche deviendra ma proie;
Ta refiftance , mes plaifirs ,
Jufqu'a ce qu'une heureufe ivreffe
Egarant nos fens éperdus ,
Confonde au fein de l'alegreffe ,
Et les vainqueurs & les vaincus.
Du C ***.
JANVIER. 1757. 63
¡
L'AMANT ANONYME ,
NOUVELLE .
MADEMOISELL ADEMOISELLE de Vienne venoit de
contracter un engagement qui ne convenoit
ni à fon caractere , ni à fes fentimens .
Elle avoit cédé au cri de fa maifon en
époufant le Comte de Régur , & elle étoit
perfuadée qu'elle feroit malheureuſe toute
fa vie. Elle étoit , depuis huit jours , occupée
à cacher fes larmes , & à feindre des
plaifirs dont on exige rigoureufement l'apparence
dans ce monde brillant & tumultueux
, où il eft fi rare de les trouver. Elle
reçut une lettre qui acheva de troubler fon
repos.
33
و د
Ec
LETTRE.
J'aurois fçu mourir avec mon fecret ,
madame , fi une innocente témérité ne
» devoit confoler que moi. Vous avez des
chagrins que l'amour peut adoucir ; pourrois-
je me taire & devenir volontaire-
»ment complice de vos peines. Permettez-
» moi , madame , de me livrer à mon zele
» & aux confeils de ma douleur . Je ne
» puis m'expliquer aujourd'hui , ni me fai-
»re connoître ; mais vous ferez demain
و د
ود
64 MERCURE DE FRANCE.
"
و ر
»parfaitement éclaircie, fi vous voulez con-
» fentir à m'écouter un moment . Ne crai-
"gnez point de faire une démarche en
» m'accordant votre confiance ; je vous
»promers de vous en paroître digne , c'eft
» affez vous dire que je ne puis avoir qu'un
»motif innocent . »
و د
Cette lettre intrigua Madame de Régur.
Il étoit difficile de deviner qui l'avoit
écrite . Elle eût voulu pouvoir en connoître
l'auteur ; mais on mettoit ce plaifir à trop
haut prix il falloit qu'elle fit une déinarche
, & elle n'en vouloit point faire. Cependant
des offres de confolation étoient
bien féduifantes dans l'état où elle fe trouvoit
pourquoi lui étoit- il défendu de les
accepter !
Madame de Régur , quoique très -jeune ,
avoit toute la raifon de l'âge mur. A cette
raifon , il fe joignoit encore une certaine
force d'efprit qui la rendoit maîtreffe de
fes fentimens . Le coeur étoit tendre & foible
; mais les actions , les plus petits mouvemens
dépendoient de fa volonté , & mal- :
heureuſement pour elle elle ne vouloit ja- :
mais que ce qu'elle devoit vouloir.
Cette force d'efprit l'emporta fur le penchant
d'une douce curiofité . Elle fit dire
au porteur qu'il n'y avoit point de répon-.
fe , & qu'elle défendoit qu'on lui apportât
à l'avenir de pareilles lettres.
JANVIER. 1757. 65
at
Elle s'enferma dans fon cabinet , après
avoir donné cet ordre rigoureux. Elle
voulut fediftraire & prévenir des réflexions
dangereufes , elle n'y put réuffir : elle
n'étoit plus foutenue par le charme fecret
d'un courage éclatant : elle éprouva que
la vertu eft prefque fans pouvoir , lorfqu'elle
eft fans témoins.
Elle , rêva donc , malgré elle , à cette
lettre finguliere . Elle ne pouvoit ceffer de
fe demander qui la lui avoit écrite ; elle
y cherchoit les caracteres d'une main ....
Ah ! fe difoit elle , fi c'etoit Durval ! fila
pitié.... Mais quelle folle illufion ! la
pitié ni l'amour n'entreront jamais dans
fon coeur.
Cette cruelle réflexion la rendit à ellemême.
N'efpérant plus que ce fût Durval ;
il lui importa peu de deviner qui ce pouvoit
être. Elle ne voulut plus y penfer , & elle
fortit de fon cabinet prefque indifférente
à cette aventure ,
Elle trouva le Comte de Régur à la
porte de fon appartement. Je venois vous
parler , lui dit poliment fon mari , je différerai
fi vous avez affaire. Je fortois fans
raifon , répondit- elle , je refterai avec plaifir.
Ils pafferent dans le même cabinet
qu'elle venoit de quitter , & là , elle entendit
le plus étonnant difcours qui foit
66 MERCURE DE FRANCE.
.
jamais forti de la bouche d'un mari .
On nous a unis fans notre aveu , lui
dit- il ; nous fommes menacés du plus grand
malheur. Notre deftinée commence , & elle
eft déja affreufe ; mais elle dépend encore
de nous. Vous êtes raifonnable , & je ne
le fuis pas ; nous ne nous convenons point ,
nous nous haïrons. Si je conçois bien tout
ce que
la haine a d'horrible , nous ne fçaurions
recourir trop promptement au remede.
Il en eft un dont l'efficacité eft fenfible :
il offenferoit les charmes d'une Coquette ,
& je ferois embarraffé à le lui propofer ;
mais je n'ai pas la même crainte avec
vous dont la raifon a formé l'efprit &
le caractere ; c'eft de nous rendre toute
notre indépendance par un plan de conduite
mutuellement confenti. Vous avez
votre appartement , j'ai le mien.... foyons
libres , foulons un préjugé ennemi. J'ai
rempli auprès de vous ces premiers devoirs
que l'ufage preferit , que le refpect
du nom impofe ; contentons-nous d'un héritier
....
Madame de Régur avoit écouté avec
toute la furpriſe de la vertu éclairée . Elle
n'avoit point appris à envifager les devoirs
de l'hymen du côté ridicule : elle rougit
en entendant une propofition auffi étrange.
Le Comte fentant qu'il avoit befoin de
JANVIER. 1757. 67
Z
S
t
ec
Te
rs
git
ge.
de
fe juftifier , reprit en ces termes : Ne vous
imaginez pas , Madame, que voulant fatisfaire
mes goûts , & me croyant difpenfé
d'avoir des égards , je vous propofe votre
appartement comme une folitude . Je n'ai
point des fentimens auffi injuſtes : je ſçais
ce qu'on doit à vos charmes ; & lorfque
je me livrerai à mes plaifirs , fans doute
il fera jufte que vous ayez les vôtres. Tout
ce que j'exigerai de vous , c'eft que vous
faffiez des choix raisonnables.
que
Madame de Régur ne voulut point en
entendre davantage. Feignant de croire
fon mari avoit tout dit , elle fe leva ,
& répondit quelques mots qui n'auroient
rien fignifié fans le ton dont ils étoient
prononcés. Vous me paroiffez fâchée , lui
dit- il avec douceur ; vous n'avez pas bien*
jugé de mon intention : cela peut être tout
fimple aujourd'hui ; mais un jour vous me
fçaurez gré de la fincérité que je vous ai
montrée. Il vient toujours un temps où
l'on eft bien aife d'avoir un mari qui foit
exempt des défauts de fon état. En attendant
ce temps qui me juftifiera , je vous
prie de me cacher votre mécontentement ,
& de me garder le fecret .
Il fortit fans ajouter un feul mot. Madame
de Régur réftée feule , fe livra à fes
réflexions . On me laiffe l'ufage de mon
68 MERCURE DE FRANCE.
coeur ! s'écria- t'elle : Ah ! dans quel temps
cette liberté m'eft elle accordée ? ... Elle
s'arrêta à ce mot qui pouvoit la féduire .
Non , reprit- elle , je ne fuis point libre , j'ai
contracté des devoirs éternels ; l'infidélité
d'un mari ne peut donner que le droit de
fe plaindre.
De toutes fes idées la plus difficile à
écarter , éroit celle qui offroit des plaifirs
plus éloignés. La jaloufie , la tracafferie
la vengeance ne fe préfentoient point à
elle pour la tenter ; elle méprifoit un mari
méprifable , & elle ne penfoit pas même
qu'il pût y avoir de la douceur à le punir.
Tout ce qu'elle penfoit , tout ce qu'elle
fentoit , naiffoit uniquement de la difpofition
actuelle de fon coeur. Elle aimoit , elle
brûloit de tous les feux de l'amour ; il lui
eût été bien doux de s'abandonner à une
paffion que l'idée de l'impunité animoit
encore ; mais l'objet de tant d'amour étoit
fans attachement pour elle : fans s'être jamais
expliquée , elle étoit convaincue de
fon indifférence invincible. A quoi pouvoit
donc fervit cette liberté qu'on lui
laiffoit ? & puifqu'il étoit fi bien décidé
qu'elle feroit toujours inutile au bonheur
de fes fentimens , pourquoi fon efprit vouloit-
il s'y attacher malgré elle ?
Au milieu de fes réflexions , on lui préJANVIER.
1757 . 69
fenta une feconde lettre qu'elle ne vouloit
point recevoir , & qu'elle reçut pourtant.
On lui dit pour l'y engager tout ce qu'on
pût imaginer de plus preffant , & elle confentit
enfin à la lire .
ود
ور
و ر
LETTRE.
«Vous êtes trop févere , Madame ; vous
>> ne fçavez pas combien le fecret que vous
» refufez d'apprendre eft néceffaire à la
tranquillité de votre vie . Je n'infifte que
» parce que j'en fuis convaincu . Je fuis
» inftruit de tous vos fentimens , & je
» voudrois .... Enfin , Madame , j'ai des
chofes à vous dire qu'il vous importe de
fçavoir. Tant que vous les ignorerez
» vous ferez malheureufe , & je dois m'y
oppofer . J'attendrai encore que vous
» vous déterminiez à un parti raifonnable.
» Je fuis obligé de vous demander une
» converſation particuliere & dans un
» lieu abfolument écarté . Si vous refuſez ,
» je ferai contraint d'ufer de ſurpriſe . »
53
ور
Madame de Régur plus ébranlée que la
premiere fois , mais non moins invincible ,
exigea de celle de fes femmes qui lui avoit
remis cette lettre , qu'elle renvoyât le porteur
en lui difant que la lettre n'avoit
point été lue , & qu'elle ne le feroit point.
Elle éprouva toute la tyrannie de la vertu :
70 MERCURE DE FRANCE.
1
toute fes idées fe porterent fur Durval ;
elle fe le repréfentoit plein d'amour pour
elle , plein de regret de ne l'avoir pas aimée
plutôt. Inftruit de fes tourmens , inftruit
d'un amour dont il n'a pas fenti le
prix , & voulant la vanger par le plus tendre
amour d'une indifférence qu'il doit fe
reprocher. Perfuadée par le charme de fes
penſées , elle eût voulu rétracter l'ordre
qu'elle venoit de donner : peut- être eûtelle
fuccombé s'il en avoit été encore
temps. Ah ! Durval , s'écria - t'elle dans fon
agitation , pourquoi avez- vous connu fi
tard votre injuftice ! pourquoi vouloir
troubler ma folitude ! Epargnez- moi vos
regrets ; je ne puis plus les voir fans crime :
quand je ne fuis malheureufe que par vous ,
faut -il que ce foit moi qui vous plaigne !
votre tendreffe m'eût été précieufe , votre
repentir m'eſt affreux . L'outrageant dif
cours de fon mari revenoit dans fon efprit :
elle y trouvoit mille raifons puiffantes de
fe livrer à fon jufte dépit ; mais la vertu
combattoit la nature avec des armes victorieuſes.
Cet état , tout violent qu'il étoit , avoit
des charmes , & peut-être depuis longtemps
n'avoit elle moins fouffert. Il eft
moins trifte de réfifter à fon Amant que
d'être convaincue de fon indifférence . 2
JANVIER. 1757. 71
e
[ :
de
tu
towoit
ongeft
que
ence
.
S
Mais ces confolantes fuppofitions ne durererent
point. Bientôt elle fe dit que Durval
n'étoit pas tel qu'elle aimoit à fe le
repréſenter , il ne l'avoit point vue depuis
fon mariage ; & pendant deux ans de connoiffance
& de fociété qui avoient précedé
ce fatal engagement , jamais il n'avoit
paru la diftinguer , & toujours il avoit
montré la plus grande légèreté : y avoit- il
moyen de conferver la moindre illufion ?
Cette penfée la replongea dans toute fa
douleur. Mais quel fecret avoit on à lui
apprendre ? qui pouvoit s'intéreffer auffi
vivement à fa deftinée par quelle fatalité
des fentimens qu'elle avoit toujours fi bien
diffimulés étoient- ils connus d'un autre
que d'elle ? Elle fe perdoit dans toutes ces
réflexions , & ne fçavoit que conclure &
que fuppofer.
Une de fes amies vint la prendre pour
la mener chez la Marquiſe de Saint - Val.
Elle s'y laiffa conduire , très indifférente à
tout ce qu'on pouvoit exiger d'elle pour
plaifir . Elle étoit dans cet état où tous les
plaifirs ne font que des mouvemens , & cù
tous les mouvemens ne peuvent rien prendre
fur la préoccupation de l'efprit..
le
Madame de Saint - Val avoit grand
monde chez elle : on alloit diftribuer les
parties. Durval parut à la porte. Madame
72 MERCURE DE FRANCE.
de Régur fut prête à fe trouver mal : il y
avoit long temps qu'elle ne l'avoit vu , &
jamais il n'avoit autant agité fon coeur
que depuis qu'il l'avoit privée de fa vue.
Il entra familiérement en faluant tout le
monde d'un air dégagé , excepté Madame
de Régur à qui il fit une inclination mefurée
, qui pouvoit fignifier des fentimens.
La Marquise en l'appercevant dérangea
les parties , & voulut le faire jouer avec
Madame de Régur , croyant leur faire
plaifir à tous deux . Ils jouerent enſemble,
On juge du trouble de Madame de Régur :
les intéreffés fe feroient plaints de fes diftractions
, s'ils n'en avoient pas deviné le
fujet. Durval ne fut point diftrait ; il joua
comme tout le monde , difant une jolie
chofe , faifant une malice lorfque l'occafion
s'en préfentoit , regardant Madame
de Régur avec amitié , lorfqu'il furprenoit
fes regards fur lui , promenant les fiens
avec coquetterie fur les jolies femmes
qui tournoient autour de la table , ne paroiffant
point avoir de deffein , étant enfin
comme un homme qui n'a ni à fe plaindre
, ni à ſe juſtifier , & qui voit tour avec
cette indifférence qui vient de la légéreté.
Il lui adreffa deux ou trois fois la parole ;
elle répondit par des monofyllabes & avec
beaucoup de férieux . Cependant ce férieux
n'avoit
JANVIER. 1757. 73
a
Fie
ane
it
ens
nes
pafin
ain.
avec
creté
.
role
;
avec
érieux
'avoit
n'avoit rien de choquant , & pouvoit paffer
pour un air de reproche. Durval y fit
attention , & voulut avoir une converfation
avec elle. La partie finie , & tout le
monde ayant paffé à une autre table , il fe
hâta de fuivre fon projet.
Je fuis honteux , lui dit- il , d'avoir laiſſé
paffer un temps fi long fans vous faire ma
cour ; il femble qu'il y ait une fatalité attachée
à l'amitié. L'amitié n'eft point gênante
, répondit - elle , il ne faut point
qu'elle foit gênée. On s'eft apperçu de
votre abfence chez M. de Viennes , & l'on
s'en eft plaint : je m'en fuis apperçue auffi
& je vous ai fuppofé des affaires. C'eſt
me dire poliment , reprit - il , que vous
ères de toute votre maifon la perfonne la
plus dégagée à mon fujet. Si je n'étois pas
coupable , j'oferois vous trouver bien injufte.
Je ne le fus jamais , répondit- elle ,
je ne fçaurois l'être ; mais il y a des perfonnes
avec qui ... Elle fut interrompue
par un laquais qui venoit dire à Durval
qu'un homme à lui , demandoit à lui parler
à l'inftant même. Il fut obligé d'interrompre
une converfation qui commençoi
à l'intéreffer beaucoup.
Madame de Régur fut fâchée d'avoir
été interrompue. Durval lui avoit dit qu'il
alloit rentrer ; mais il ne lui étoit pas per-
I. Vol. D
H
74 MERCURE DE FRANCE.
mis de l'attendre. Elle avoit pu , fans foibleffe
, s'expofer au danger d'une converfation
qu'elle n'avoit point cherché à faire
naître mais attendre Durval pour la continuer
, c'étoit chercher une explication .
Le devoir le défendoit , & il fut écouté .
Durval rentra. Pour la premiere fois
de fa vie il montra du chagrin & du dépit.
Madame de Régur à qui les illufions
étoient en ce moment fi néceffaires , fe
perfuada avec plaifir , que cet air piqué:
venoit de ce qu'il ne la retrouvoit pas à
fa place. Jamais , après avoir tant facrifié ,
on ne s'applaudit autant d'avoir bien fait.
Un des amis de Durval , qui s'apperçut.
de l'altération de fes traits , lui en demanda
le fujet. J'en ai tout le fujet du
monde , répondit Durval ; c'eft une lettre
très- obligeante que j'ai écrite à quelqu'un
, & à laquelle on fait la plus indigne
réponſe .... Madame de Régur fentit
palpiter fon coeur avec violence . C'étoit
d'elle fans doute qu'il vouloit parler
; la vraisemblance y étoit toute entiere.
Comment ofer le regarder encore ? comment
fupporter fes regards terraffans ? comment
lui laiffer l'erreur de fa prévention ?
Durval fe promenoit dans l'appartement
; fes mouvemens prouvoient fon défeſpoir
, fa rêverie annonçoit des projets de
JANVIER. 1757. 75
u
t-
1.
11-
Pé .
arre.
>mom
-i
ion ?
arten

ets
de
vengeance. Quelle fituation pour elle ! Il fal
loit réfifter à tout cela , & obéir à la vertu
: mais la vertu eft- elle donc impitoyable ?
Elle étoit dans un état violent : jamais
elle n'avoit tant fouffert , & l'on ne peut répondre
de ce qu'elle eût fait , fi par un événement
plus accablant que fes douleurs ,
la fcene n'eût changé pour elle.
Durval s'étoit place machinalement près
de Madame de Régur. Le même ami ayant
fini fon jeu s'approcha de lui , & voulut
être inftruit de toute cette aventure . C'eft
ce for de Boleard , répondit Durval , que
j'aimois trop , qui alloit fe perdre dans
un commerce deshonorant , à qui j'ai
écrit pour lui défiller les yeux , & qui me
fait dire qu'il ne me reverra jamais,
Ce fut un coup de foudre pour Madame
de Régur. Il falloit renoncer à des
préventions délicieufes . Tout ce qu'elle
avoit penfé d'agréable , tout ce qu'elle
avoit fenti de doux , s'évanouiffoit fans
retour. Les illufions de l'amour tiennent
l'un à l'autre néceffairement ; dès que l'on
en perd une , on les perd toutes.
Les vapeurs de la plus trifte rêverie vinrent
accabler fon efprit ; elle s'y abandonna
fans fcrupule : elle fe fentoit fi
malheureufe , qu'elle ne craignoit point
qu'il y eût du danger à s'attendrir. A
Dij
76 MERCURE DE FRANCE .
:
force de rêver triftement , elle fe mit dans
la néceffité de fouhaiter de pouvoir être
plus tranquille. Elle n'y vit de moyen ,
que dans la fiu même de la cauſe de ſon
agitation elle forma l'inutile projet de
ne plus aimer. J'y fuis trop condamnée ,
fe dit- elle qu'ai -je à attendre de ma paffion
? Je ne puis jamais qu'y trouver
des tourmens ? Et fuppofant que je vinffe
à être aimée , ce feroient d'autres fupplices
que j'imagine également affreux ; incapable
de foibleffe , mes principes s'armeroient
contre moi , j'aurois toujours à défefpérer
un amant adoré , dont la premiere
indifférence m'auroit fi bien appris
combien les douleurs de l'amour font cruelles
: non ; écoutons la raifon , écoutons la
douleur dont les confeils font fi fages.
Helas ! il ne me refte plus à choisir qu'entre
des facrifices & des tourmens .
>
Elle alloit fe lever & fortir , un regard
lui rendit toute fa foibleffe. Durval étoit
affis vis-à- vis d'elle : il avoit en ce moment
les yeux fixés fur elle , il fembloit
la regarder avec complaifance , vouloir
deviner ce qu'elle penfoit , & vouloir exprimer
le trouble d'un coeur qui fouffre
qui rougit , qui fe plaint , & qui n'ofe
ni fe livrer à fa paffion , ni fe plaindre
de la voir méprifée,

JANVIER. 1757. 77
la
es.
nard
oit
70-
loit
loir
T exffre,
n'ofe
indre
S
Elle fe fentit attachée par un lien à
fon fauteuil elle fit pourtant l'effort de
fe lever. En quittant fa place , elle ne
put s'empêcher de regarder Durval. Elle
voulut aller vers la Marquife de St. Val
pour prendre congé d'elle. Durval la prévint
: il joignit la Marquife avant elle ,
& ne voulant pas fe trouver fi près de
lui , dans l'état où elle étoit , elle fut
obligée de s'arrêter. Durval ne dit que
deux mots à Madame de St. Val , qui tout
de fuite s'approcha d'elle , pour l'engager
à rester à fouper. Il étoit bien fimple
d'imaginer que la politeffe de l'une
étoit l'effet de la follicitation de l'autre .
Madame de Régur n'en douta point , &
eut pourtant le courage de refuſer. A fon
refus la Marquife appella Durval . Venez
m'aider , lui dit- elle , à féduire Madame
, elle ne veut point refter avec nous ,
joignez - vous à moi , je vous en prie. Madame
de Régur ne fe hâta point de prendre
la parole : elle étoit dans un trouble
qui écarte de l'efprit tout ce qu'on auroit
à dire. Madame a peut-être un engagement
, dit Durval : il faut la preffer ,
& la laiffer libre. Quel froid difcours
après les regards qu'il lui avoit adreffés !
Il eft vrai qu'il avoit l'air piqué : mais
lorfqu'on l'eft véritablement , on ne dit
Diij
7S MERCURE DE FRANCE.
pas des chofes fi froides : c'étoit donc encore
une illufion qui avoit dû la féduire
, & qui s'évanouiffoit.
La Marquife la preffa fi fort , qu'il
fallut qu'elle reftât. Durval fut placé à
côté d'elle . C'étoit une fituation d'autant
plus particuliere , que pour les fpectateurs
même les plus pénétrans , il eût été impoffible
de deviner s'il l'aimoit , ou s'il
ne l'aimoit pas , s'il étoit auteur des lettres
, ou s'il ne l'étoit point. Madame de
Régur vouloit ne rien approfondir , &
faififfoit tout : elle écartoit la foibleffe ,
mais elle ne pouvoit éloigner la confiance
, & ce qu'elle en prenoit quelquefois ,
devenoit bientôt un nouveau malheur , &
ne lui laiffoit que le regret de ſe ſentir
fi foible.
Pendant tout le foupé , Durval eut des
attentions pour elle. Il lui fit de petites.
agaceries qui fembloient être un reprcche
de la févérité de fes principes : mais
à tout ce qu'elle put répondre qui confirmoir
cette févérité , jamais elle ne s'apperçut
qu'il lui échappât un foupir . Ses
yeux fe fixerent quelquefois fur elle , &
fembloient l'accufer de ne pas voir ce
qu'ils vouloient dire , ou de le voir avec
indifférence : mais ils fe fixoient également
fur une femme aimable , qui étoit du fouJANVIER.
1757. 79
&
tir
Bes
tes
rcais
onap-
Ses
, &
r ce
avec
ment
Соць
pé ; & quoiqu'ils exprimaflent tout autre
chofe , il étoit naturel de penfer que
tous les regards étoient un jeu de fon imagination.
Lorfqu'on eft occupé d'une femme
, on ne voit qu'elle , on ne regarde
qu'elle . Madame de Régur penfoit avec
raifon que , s'il l'avoit aimée , il eût affez
fouffert , dans la pofition où il fe trouvoit
, pour méprifer ce plaifir de la coquetterie
, qui eft dans l'amufement des
regards.
Čes alternatives continuelles d'efpérance
& de dépit la mettoient dans un état
qu'il eft impoffible de répréfenter . Elle
.eût voulu être loin de cette maifon ; elle
y fouffroit trop. On fortit de table . Durval
fut le premier à propofer des parties ,
on y confentit . Madame de St. Val les
arrangea mais lorsqu'on lui demanda ce
qu'il aimeroit mieux faire , il répondit
qu'il ne joueroit point , & qu'il falloit
qu'il fe retirât de bonne heure. Il étoit
alors affis à côté de madame de P ... ( c'étoit
cette jolie femme qu'il avoit agacée ) .
Madame de Régur entendit fon refus , &
en fut confternée. La Marquife fit la même
queftion à Mad. de P ... qui s'en défendit
auffi fous prétexte de migraine.
C'étoit Durval qui avoit propofé le jeu
& il ne vouloit pas jouer. Il étoit à
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
côté d'une femme aimable , il lui parloit ,
elle l'écoutoit, & elle ne vouloit pas jouer
non plus ! Quel moment pour Madame
de Régur , qui voyoit tout , qui examinoit
tout , qui ne pouvoit plus juger que
fur les apparences ! Durval s'approcha de
Madame de Régur : il lui témoigna un
vif regret de ne pas faire fa partie ; il
lui dit les chofes les plus obligeantes
& du ton d'un homme qui les penfe ,
qui les fent. Madame de Régur qui ne
pouvoit lui pardonner de n'avoir pas tout
facrifié au plaifir qu'elle auroit eu de jouer
avec lui , répondit avec l'air le plus indifférent
, les chofes les moins indifférentes
: elle vouloit ne rien dire , & tout
ce qu'elle dit fut offenfant pour Durval.
Il fe retira fans rien ajouter , en faisant
une profonde révérence , & alla reprendre
fa place auprès de mad. de P……….…..
Madame de Régur fe repentit de l'avoir
fi mal accueilli. Il n'étoit pas décidé qu'il
cût tort , & il étoit vifible qu'elle n'avoit
pas raifon. Elle ne pouvoit fe
perfuader que ce ne fût pas lui qui eût écrit
les deux lettres qu'elle avoit reçues ; elle
avoit toutes fortes de raifons de ne le
pas croire , mais elle n'en vouloit écouter
aucune. Dans fa prévention , elle fe
retraçoit toutes les preuves d'indifférence
JANVIER. 1757.
et
nut
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An
oit
'il
2-
fe
crit
elle
ele
coue
fe
ence
nt
qu'elle lui avoit données depuis ces lettres
, & en s'applaudiffant d'avoit fait fon
devoir , elle fe difoit qu'elle le perdroit
fans retour , fi elle continuoit à le rebuter.
Elle fe reprocha donc les réponſes
dures qu'elle venoit de lui faire : elle auroit
voulu les lui faire oublier , mais il
n'étoit plus temps : il étoit déja auprès
de Madame de P .... , & la gaieté répandue
fur fes traits , n'annonçoit pas unt
homme qu'on dût confoler , & qui eût
befoin de l'être.
Elle les examinoit tous deux avec une
attention extrême. Leur converfation paroiffoit
vive : ils avoient l'air de deux
perfonnes
qui difputent für le fentiment avec
toute l'envie de s'accorder . C'étoit un air
noté fur lequel Madame de Régur mettoit
des paroles : un mot qu'elle entendoit
, fe plaçoit naturellement dans une
phrafe imaginée . Elle les crut bientôt
épris l'un de l'autre : elle le crut bien
mieux , lorfqu'elle vit Madame de P ... fel
lever & fortir , & Durval lui donner la
main pour la conduire à fon carroffe.
" Dans ce premier moment de douleur
elle ne penfa rien à force de fouffrir ;
mais bientôt rendue à elle - même , elles'accufa
de tout ce qu'elle fouffroit , &
fa réfolution fut de faire expliquer Dut
DV
82 MERCURE DE FRANCE.
val , & de fe juftifier , s'il méritoit qu'elle
eût la foibleffe de s'accufer.
Elle attendoit fon retour dans l'appartement
pour commencer , par l'expreffion
des yeux , cet éclairciffement indifpenfable
; mais fa fécurité fut trompée. Durval
ne rentra point : il étoit parti avec
Madame de P.... qui , logeant dans fon
quartier , lui avoit offert de le ramener .
Ce fut alors qu'elle fentit combien l'amour
eft puiffant , & combien la vertu
eft foible. Durval indifférent , pouvoit
en lui caufant les plus grandes peines , lui
laiffer toute fa raifon & tout fon courage
; mais Durval infidele l'aſſerviffoit en
tyran , & exerçoit fur tous fes fens le pouvoir
des torrens les plus irréfiftibles . S'il
avoit paru alors , & qu'elle eût été feule
, la moindre excufe , le moindre éclairciffement
l'euffent plongée dans ce délire
qui ne laiffe pas même prévoir le regret.
Elle fouffrit pendant une heure tour
ce qu'on peut imaginer. Délivrée de la
contrainte des bienféances , elle fe fauva
chez elle pour fe dégager des penfées &
des larmes qui l'étouffoient.
La nuit qu'elle paffa fut de celles qu'on
peint fi mal, & qu'on conçoit fi bien . Sa plus
grande peine venoit de ne pouvoir rien
comprendre à ce qui lui arrivoit, de ne pouJANVIER
. 1757 . 83
re
T.
][
a
&
On
us
en
Ouvoir
prendre aucun parti , & de fe fentir
fi foible contre un homme qui peutêtre
ne penfoit point à elle. Elle l'avoit
d'abord cru amoureux d'elle , elle le croyoit
maintenant amoureux d'une autre ; mais
'elle n'avoit jamais pu juger que fur de
très-foibles apparences. Cependant elle
fouffroit , elle aimoit , elle gémiffoit , &
le bonheur de fa vie dépendoit d'être
mieux éclaircie. Comment s'y prendre ?
que faire pour s'affurer d'un fecret que
tout rendoit plus impénétrable , & que
tant de motifs lui défendoient de pénétrer ?
Plus tranquille le lendemain , parce
qu'elle avoit beaucoup pleuré , elle fe crut
moins fenfible. Elle voulut fuivre le projet
qu'elle avoit d'abord formé de ne plus
penfer à Durval , concevant très - bien ,
qu'il régneroit dans fon coeur , tant qu'elle
fouffriroit qu'il fût préfent à fa mémoire.
Elle imagina de recourir aux diffipations
eftimables & utiles , & furtour
elle prit la réfolution de ne plus fortir
de chez elle , afin de ne pas rencontrer
Durval . Une groffeffe difficile lui permettoit
de fe laiffer oublier dans la folitude
, contre les ufages de fon rang.
Les talens s'offrirent à fon imagination ,
comme une reffource certaine ; elle les
avoit tous , elle voulut les perfectionner :
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
elle peignoit furtout très bien en minia
ture. Elle alla chez le Peintre à la mode ,
pour prendre de nouvelles leçons & s'y
exciter par la vue des chef-d'oeuvres . Le
Peintre enchanté d'avoir une écoliere auffi
diftinguée & auffi aimable , s'empreffa
d'étaler tout fon porte -feuille. Quel objet
frappe les yeux de Madame de Régur
, c'eft Durval parfaitement repréfenté
toutes fes graces font fidélement retracées
; il refpire , il femble foupirer :
il la regarde , il femble lui dire , je
vous aime . Elle fe trouble , elle fent
qu'elle aime , & qu'elle fouffre pour la
premiere fois ; elle veut détourner fes
yeux trop féduits , fes yeux y reviennent
fans ceffe , & ne peuvent obéir qu'au
charme qui les entraîne. Elle ne put s'empêcher
de louer un chef- d'oeuvre dont
elle jugeoit par fentiment. Voilà un portrait
bien achevé , dit-elle , il vous fait
un honneur infini. Madame connoît- elle
Poriginal demanda le peintre. Oui , rẻ-
pondit elle , je le connois , c'eft M. Durval
, je le connois beaucoup : l'original
eft bien , la copie ne l'eft pas moins. On
croit lui parler , je n'ai jamais rien vu de
fi frappant. Il n'eft pas encore bien fini
reprit le Peintre . Vous ne l'avez donc
pas commencé depuis long- temps , demanJANVIER.
1757. 85
1
e
"
1
da Madame de Régur ? Non , Madame ,
il n'y a que cinq jours qu'il m'a fait l'honneur
de venir chez moi . Mais ce n'eft pas
ce qui retarde mon ouvrage. M. Durval
eft très- vif : il a quelque chofe qui le
préoccupe apparemment , qui l'agite ; il
ne peut être un moment en place , il
change à chaque inftant de couleur . Ces
hommes-là font toujours très -difficiles à
finir. I eft peut- être amoureux , reprit
Madame de Régur en rougiffant. Je le
croirois affez , répondit le Peintre , je crois
même connoître l'objet ... Il avoit les
yeux fur elle , en difant cela , elle s'en
apperçut & en rougiffant encore , vous
connoiffez la perfonne qu'il aime ? Oui
Madame elle eſt ici , & je puis …….. :
mais j'ai peur de faire une indifcrétion
je n'ai pas l'honneur d'être connu de
Non , reprit Mada
me de Régur avec un faififlement égal
à fa curiofité , vous pouvez pourfuivre
fans rien craindre , je fuis difcrete & je
vous garderai le fecret. Je crois ne plus
rien rifquer , reprit- il , & je vais vous
fatisfaire. J'ai voulu vous dire , Madame ,
que j'ai ici le portrait de la Dame pour
qui je préfume que M. Durval à des
fentimens . Le voilà , Madame , il m'a été
confié M. Durval lui-même , pour y
par
vous •
>
· ·
>
86 MERCURE DE FRANCE.
corriger un défaut en me le remettant ,
j'ai vu qu'il y prenoit un intérêt très- vif,
& comme la Dame eft très - belle ... Oui ,
dit Madame Régur , en l'interrompant ,
elle eſt très belle en effet , & ce que
vous avez penfé , pourroit bien être viai .
Ce fut tout ce qu'elle fut capable de dire.
Elle avoit efpéré , fans fçavoir pourquoi
, que c'étoit d'elle que le Peintre
vouloit parler , & quoiqu'elle fût accoutumée
à fe faire des efpérances chimériques
, elle n'en pouvoit perdre aucuné
fans éprouver une révolution.
Elle fe feroit néceffairement trahie devant
le Peintre : heureufement il entra
plufieurs perfonnes , dont la préfence , en
l'obligeant de fe contraindre , la rendit à
elle même. Dans le trouble où elle étoit ,
elle remit le portrait à la premiere place
qui s'offrit , & ne fongea qu'à fe fauver.
4
Elle fe fit remener chez elle dans le deffein
de n'en pas fortir de long - temps. Son
état demandoit tous fes momens. On ne
trouve de foulagement que dans les réflexions
: elle en avoit à faire de défefpérantes,
& elle se trouvoit encore trop loin de fon
hôtel , dans l'impatience de s'y abandonner .
Son fort venoit d'être décidé pour jamais.
Durval aimoit & étoit aimé : il n'avoit
point écrit , il ne penſoit point à eHe ;
JANVIER. 1757. 87
1
T.
n
e
on
ej
l'intérêt qu'il prenoit au fatal portrait
prouvoit autant de conftance que d'amour ;
le foin de fe faire peindre lui- même confirmoit
toutes les preuves. Il n'y avoit plus
moyen de fe faire des illufions : elle ne
s'en fit aucune , & ne penfa à chercher
aucune confolation : fa profonde douleur
lui plaifoit plus que les alternatives d'un
état incertain. Ce repos des paffions qui
l'avoient agitée étoit une agitation violente
: elle pleuroit de n'avoir pu fe faire
aimer , elle pleuroit d'aimer fi tendrement.
Il avoit un ame , s'écrioit- elle , & cette
ame n'a pu être pour moi ! Il vivra dans
les plaifirs d'une tendreffe mutuelle , il
goûtera tous les jours de nouveaux plaifirs
, & les pleurs feront mon partage. O
Dieux ! quelle fituation , quand l'auftere
vertu y ajoute encore ſes murmures cruels !
Elle s'interrompoit pour prendre un livre
ou un inftrument ; l'un & l'autre fuyoient
de fes mains : elle retomboit dans fes
réflexions. Est- ce une nouvelle paffion ,
continuoit- elle, eft- ce un ancien engagement
! je l'ignore : mais j'admire combien
on s'abufe quand on aime . Combien
de fois , depuis huit jours , ne me fuis- je
pas perfuadée qu'il étoit devenu fenfible
pour moi c'étoit pourtant dans ce même
temps qu'il s'occupoit le plus de l'objet
SS MERCURE DE FRANCE.
qu'il aime , puifqu'il fongeoit à faire réparer
fon portrait & à fe faire peindre lui
même.... Enfin , pourfuivoit- elle , je ne
m'abuferai plus ; je verrai mon fort tel
qu'il eft. Hélas ! c'eft acheter bien cher
le retour de fa raifon . Quelquefois elle
avoit des remords. Quoiqu'elle eût tant
combattu , quoiqu'elle fe fentît fi malheureufe
, elle fe croyoit criminelle : elle
fe reprochoit jufqu'aux larmes qu'elle donnoit
à fon malheur. Mais , non , reprenoit-
elle enfuite , je ne fuis point criminelle
j'ai aimé malgré moi , j'ai fait parler
mes devoirs lorfque j'ai cru leurs droits
expofés ; je me fuis traitée dans mes plus
douces efpérances comme l'amour me traite
dans mes affreufes certitudes.
Elle fut interrompue dans fes réflexions
par la Comteffe de Saint- Gelin qui , ayant
toute fon amitié , étoit reçue chez elle
à toutes les heures. La Comteffe l'aborda
les larmes aux yeux. Madame de Régur
s'empreffa de lui demander le fujer de
fon chagrin. Vous me foulagez en me
le demandant , répondit Madame de Saint-
Gelin ; j'étois venue pour vous l'apprendre,
& je n'en aurois pas eu le courage : apprenez
donc ce qui m'amene . C'eft une étrange
chofe que notre coeur , pourfuivit-elle
triftement : vous fçavez combien mon amiJANVIER.
1757. 89
S
e
le
a
He
e
-
ce,
e-
Dle
-
tié pour vous fut toujours tendre & délicate
; eh bien ! apprenez que je fuis à la
veille de vous hair. Vous m'effrayez , lui
dit Madame de . Régur : Vous , me haïr!
qu'ai -je donc pu faire ? .... Ce que font
toutes les femmes par vanité , ou par
imprudence , répondit la Comteffe ; vous
avez écouté Mérinville , vous l'avez laiffé
foupirer tant qu'il a voulu : il s'eft enflammé
, il vous adore ; il m'aimoit , & il me
trahit. Madame de Régur fit un cri en
l'entendant parler ainfi . Moi , j'ai écouté
Mérinville ! s'écria- t'elle . Ah ! chere amie ,
rendez plus de juftice à mon coeur ; je fçais
mieux refpecter l'amitié : vous m'accufez
du plus grand crime qu'on puiffe commettre.
J'ignore fi Mérinville a pris du goût
pour moi.... Vous l'ignorez , reprit la
Comteffe , vous l'ignorez ? Ah ! Madame ,
quel horrible menfonge ! Je fuis inftruite ,
vous ne pouvez m'abufer ; je fçais tout : je
fçais qu'il vous a écrit deux lettres, je le fçais
par celui de fes gens qui vous les a apportées .
Jugezde ma douleur , jugez de mon état affreux:
Vous m'enlevez mon Amant : il vous
adore , & vous m'en faites myftere. Ah ! Madame
, qui m'eût dit que vous me traiteriez
fi cruellement ! Madame de Régur étoit trop
innocente & trop accáblée pour trouver
difficilement l'art de fe juftifier . Elle lui
90 MERCURE DE FRANCE.
:
avoua qu'elle avoit reçu deux lettres ;
elle lui en dit même le contenu : mais
elle proteſta qu'elle en ignoroit également
l'auteur & le porteur. Cet aveu ne détrui-
-foit pas le fait il étoit certain qu'un des
gens de Mérinville avoit porté les lettres ;
il étoit donc très - vraisemblable qu'il les
avoit écrites. Mais comme rien n'y étoit
expliqué , Madame de Régur pouvoit fort
bien n'en pas fçavoir plus qu'elle n'en
avouoit. Quand aux premiers reproches
que la Comteffe lui avoit faits , il lui fut
également facile de les détruire . Elle jura
que jamais Mérinville n'avoit foupiré
devant elle , & elle le dit d'un ton à imprimer
la plus grande confiance. La Comteffe
touchée jufqu'aux larmes , l'embraffa
en lui demandant pardon. Je ne
puis pas douter qu'il ne vous aime , lui
dit- elle ; je l'ai trop obfervé , je l'ai trop
furpris les yeux attachés fur vous. J'ai trop
à me plaindre de fon refroidiffement pour
douter de fon infidélité : mais du moins
vous ne m'avez point trahie , il me reſte
encore un coeur dans lequel je puis répandre
l'amertume du mien ; c'eft une
grande confolation pour moi . Elles fe
féparerent impatientes l'une & l'autre de
rêver fans témoin à leur cruelle fituation .
Les foupçons de Madame de Saint- Gelin
JANVIER. 1757. 91
e
n'étoient pas plus triftes pour elle , que
la caufe en étoit accablante pour Madame
de Régur. Malgré ce qu'elle avoit appris
chez le peintre , elle n'avoit pas encore
perdu tout espoir : il y avoit des momens
où je ne fçais quelle voix parloit à fon
coeur , & avoit du moins le pouvoir de
fatter fon imagination . Toute reſſource
lui étoit ravie , ce qu'elle venoit d'apprendre
étoit la derniere preuve de fon
malheur. Elle cherchoit à fe rappeller tous
les difcours , tous les regards , tous les
mouvemens de Mérinville , & dans fa prévention
, interprétant tout ce qu'elle fe
rapelloit , elle étoit forcée de conclure
qu'il l'aimoit en fecret. Dutval amoureux
ailleurs , n'avoit pu écrire ; Mérinville
fecrétement épris avoit donc feul écrit :
cette conclufion , à la vérité , ne portoit
que fur des fuppofitions , mais des fuppofitions
dont tant de vraisemblances réunies
faifoient autant de vérités certaines.
Au milieu de fes accablantes penſées ,
on lui annonça le Peintre. Elle ne vouloit
voir perfonne , & dans ce moment
la confolation d'être feule étoit l'unique
chofe capable de la foutenir : mais elle
ne put refufer un homme qui fçavoit le
fecret de Durval , qui lui parleroit de lui ,
qui détruiroit peut - être ce dont elle ne
pouvoit plus douter.

2 MERCURE DE •
FRANCE.
Je viens , Madame , lui dit cet homme
d'un air pénétré , vous demander la plus
grande preuve de bonté que vous puiffiez
jamais m'accorder . Madame de Régur lui.
dit qu'il n'avoit qu'à parler. Permettezmoi
, Madame , continua- t'il , de vous demander
fi vous n'auriez pas mis dans votre
poche par mégarde le portrait que je vous
montrai hier ? Je le cherche depuis ce matin
, & ne l'ai pu trouver nulle part. M.
Durval va venir le reclamer , je ne
fçaurai que lui dire fi je ne le trouve
pas ; je fuis le plus malheureux des
hommes.
Madame de Régur l'affura qu'elle l'avoit
pofé fur une cheminée au moment qu'il
étoit entré du monde chez lui . Il n'infifta
point , & fortit pour aller faire des perquifitions
, perfuadé avec raifon qu'il
avoit été pris par une des perfonnes qui
étoient entrées .
Madame de Régur devina qu'il ne le
retrouveroit point , & preffentit que ce
vol lui cauferoit du chagrin. En effet ,
dans l'après- dînée , elle reçut cette lettre
de Durval :
ec
« Je viens de perdre , Madame, chez mon
» Peintre un portrait qui m'eft infiniment
précieux ; il m'a dit que vous l'aviez
» tenu long- temps dans vos mains , & que
"
L
JANVIER. 1757 . 93
29
des vôtres il n'avoit plus paffé dans
» les fiennes. Au nom de Dieu , Mada-
» me , daignez me tranquillifer , & me le
» rendre , quelque motif que vous ayez pu
» avoir. Vous fçaurez un jour les raifons
pour lefquelles je vous preffe fur cela ;vous
ferez obligée de convenir qu'elles étoient
très - puiffantes & très naturelles , quand
» même vous les voudriez condamner. »
39
"
&
Madame de Régur fut confternée de
cette lettre. Elle renfermoit des accufations
qu'elle ne méritoit pas ,
qu'elle ne pourroit peut-être pas détruire.
Durval paroiffoit s'y expliquer en
termes très- clairs fur la paffion dont elle
le foupçonnoit un portrait qui m'eſt infiniment
précieux, & toute la fin de la lettre.
C'étoient déja d'affez grands fujets de chagrin
mais elle y en trouvoit un plus
grand rous
que
les autres : cette même fin
montroit un homme piqué , & renfermoit
des reproches très - apparens de jalouſie.
Elle n'eut pas befoin d'y faire une grande
attention pour le prendre dans ce fens.
Vous fçaurez unjour les raisons pour lesquel
les je vous preffe fur cela ; vous ferez obligée
de convenir qu'elles étoient très - puiffantes &
très- naturelles , quand même vous les vondriez
condamner. C'eſt-à- dire , felon elle ,
vous fçaurez un jour que l'objet que j'aime
94 MERCURE DE FRANCE.
mérite tout mon amour ; & quoique vous
voyez avec envie , & fes charmes & ma
tendreffe , vous ferez obligée de convenir
qu'il méritoit de vous être préféré . Quelque
motifque vous ayez pu avoir , la mettoit hors
d'elle - même.
Elle fut faifie de la plus violente douleur.
Quoi ! s'écria- t'elle , j'ai gémi pendant
long-temps dans une contrainte cruelle ;
je me fuis refufé tout ce qui pouvoit adou .
cir mon martyre ; jamais je ne me fuis
permis un feul mot , un feul regard qui
pût me déceler : toute ma peine a été perdue
, il fçait que je l'aime ; il le fçait ,
& c'eft pour m'outrager : il m'accufe de
baffe jaloufie , il ofe me le dire. Ah !
Durval , Durval , vous ne connoiſſez pas
mon coeur ; je n'ai pu vous aimer qu'avec
tendreffe , qu'avec délicateffe ; & dans ce
moment même , dans ce moment où vous
me percez le coeur , où vous m'outragez ,
où je devrois vous haïr , vos affreux foupçons
ne fçauroient me rendre injufte ……….
Elle alloit répondre à cette fatale lettre :
on lui annonça Durval .
La fuite au prochain Mercure .
...
JANVIER. 1757. 95:
BOUQUET
Donné à la Czarine , à Pétersbourg , le jour
de Sainte Elifabeth , fa fête.
Sur l'Air : L'autre jour étant aſſis fur le bord
d'une fontaine.
L'AURORE mouilloit de pleurs
Les brillans tapis de Flore ;
Elle émailloit mille fleurs
Que Zéphyr preffoit d'éclorre ,
Pour former un Bouquet
Qu'au jour de votre Fête ,
Augufte Elifabeth ,
Tous les ans Flore apprête.
Un jeune Lys vint s'offrir
A la Déeffe étonnée :
Daignez , dit-il , me cueillir ,
Vous le pouvez cette année ;
J'ai pris tous mes attraits
Aux yeux de l'Héroïne ,
Par vos mains je voudrois
Parer fa main divine.
De Louis je fuis la fleur ,
De la Foi je fuis le gage
96 MERCURE DE FRANCE.
On aime en lui ma candeur ,
On aime en moi fon image :
Le Danube a déja
Banni fa vieille haine ,
Aujourd'hui la Neva ( 1 )
Prend le cours de la Seine.
J'ai prévu ce temps heureux ,
Dit Flore à cette nouvelle ;
Entre les Rois généreux ,
L'alliance eft naturelle :
La vertu doit former
Les noeuds qui la raſſemblent :
Le Ciel fit pour s'aimer
Les coeurs qui fe reffemblent.
*
Si dans Louis les François
Chériffent leur tendre Pere ,
Elifabeth , vos fujets
Adorent en vous leur Mere :
De l'univers foumis ,
Demi- Dieux tutélaires ,
Sur vos paisibles fils
Régnez toujours en freres.
Par vous enfin l'âge d'or
Brife l'airain de la guerre :
(1 ) Riviere qui paffe à Pétersbourg..
Malheur
JANVIER. 1757. 97.
- Malheur à qui veut encor
Troubler la paix de la terre !
Moſcow , Vienne & Paris
Vont les réduire en poudre
Les Aigles font unis ,
Titans , craignez la foudre.
VERS
A Madame la Vicomteffe de N ***.
La Beauté vangée.
POUR vanger à jamais fa chere Vicomteffe ;
De l'éloge guindé , du portrait peu flatteur
Que d'un jeune & timide Auteur
Avoit ofé tracer l'obfcure maladreffe ,
Amour lui - même entreprend ce tableau .
Amour eft fin ; & dans cette avanture ,
Il fçait bien que pour peindre en beau ,
Il ne lui faut qu'imiter la nature .
Des plumes d'une fleche il fe fait un pinceau :
Pour s'affurer du degré de lumiere ,
Au Dieu des Arts il remet fon flambleau ,
Et déchire en fecret un coin de fon bandeau .
Minerve , pour raiſon , vint fe placer derriere :
La Vérité préparoit les couleurs
Qu'Amour broyoit avec foin dans les pleurs ]
Qu'un peu de jalouſie arrachoit à ſa mere.
I. Vol. E

1
98 MERCURE DE FRANCE.
Il commence , & déja fous fes doigts, glorieux
La toile s'anime & reſpire :
Belle N ** , déja nous y voyons tes yeux ,
Tantôt fiers , tantôt gracieux ,
Souvent malins, toujours prompts à féduire :
Là de ton front ferein , Amour peint la candeur ,
Et ta bouche , où jamais ne reſpira la feinte ,
N'attend plus pour parler que l'ordre de ton coeur.
Tes cheveux bruns , aimable labyrinthe ,
Relevent de ta peau l'éclatante blancheur.
L'ouvrage avance encor , Amour eft téméraire ;
Il arrondit déja le contours , enchanteur
De ces globes jaloux de briller dans leur ſphere ;
Se foulevans toujours , & toujours s'évitans ,
Du plaifir volages enfans ,
Qu'ils ne foient point ingrats envers leur pere.
Qui pourroit peindre ici fes fecrets mouvemens !
Nouveau Pigmalion , il aime fon ouvrage ;
Il s'y plaît , dans fes yeux fon ardeur éclata :
Il s'anime , il alloit en peindre davantage ;
Mais la Sageffe l'arrêta.
Ce 6 Juillet 1756.
M. Poinfiner le jeune , eft l'Auteur de
cette piece ingénieufe .
JANVIER . 1757 .
୨୬
T
IMPROMPTU
De M. le Chevalier de *** à
Mademoiselle
de *** , qui reprenoit l'Auteur de ce qu'à
la fin d'une journée qu'il avoit paffee avec
elle , il lui difoit , en la quittant , bon jour.
au lieu de bon fair.
PARDON
ARDONNEZ cette erreur ; Iris , je l'ai dû faire :
Ce jour , auprès de vous , n'a duré qu'un moment ;
Et de l'aftre qui fuit remplaçant la lumiere ,
Vos yeux encor ont trompé votre Amant.
Vienne , ce
Novembre 1756 .
Le mot de l'Enigme du Mercure de Décembre
eft Dent , & celui du Logogryphe
eft Aigrette , dans lequel on trouve Art ,
titre , tiare , gaieté , Athé , âge , été , air ,
trait.
ENIGM E.
E
Je fuis aimé des uns , les autres me haïffent ;
Je fais du bien , je fais du mal ,
Et s'il en eft à qui mon aſpect foit fatal ,
J'en fçais qui de me voir toujours fe réjouiffent.
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
Les avares & les ingrats
Avecque moi ne trouvent pas leur compte ;
Ma préfence leur eft une fecrette honte ,
Quand d'un léger devoir ils ne s'aquittent pas.
Avec plaifir les Amans me reçoivent ;
Il en eft peu dont je ne fois content ,
Et qui , pour m'honorer , ne fongent à l'inftant ,
Lorfque j'arrive à faire ce qu'ils doivent.
Si mon regne eft d'éclat , il eſt prompt à finir ,
Mon cadet le termine ; & mourant pour renaître ,
Après qu'on ma vu diſparoître ,
Je fuis long-temps fans revenir .
Je fuis vieux ; cependant mes heures font bornées ;
Et qui prendra le foin d'en meſurer le cours ,
Verra que je n'ai pas vécu fix mille jours ,
Quoique je fois chargé près de fix mille années.
Par BREON , de Rouen.
LOGO GRYPHE.
POUR habiter la terre , Eve me donna l'être ;
Sans cette Mere , Adam n'auroit pu me connoître.
Par moi tous les mortels connoiffent leurs befoins
;
A me chercher fans ceffe ils mettent tous leurs
foins...
Le déluge penfa terminer ma carriere ;
Mais l'Arche de Noé me remit fur la terre,
JANVIER . 1757.
7
J'ai demeuré depuis avec fes habitans ,
Ainfi mon exiftence a fuivi tous les temps.
Mais pour mieux t'éclairer & mettre au net la
chofe ,
Qu'on fçache que neuf pieds font ce qui me
compoſe.
Je fuis dans le Commerce & dans les Régimens ,
J'affifte aux entretiens de deux tendres Amans :
J'aime le tête à tête , & fuis la folitude ;
Chacun pour me trouver met toute fon étude.
En mon corps je renferme un habitant des Cieux ;
L'oifeau dont le brillant forme un arc - en- ciel
d'yeux ;
De Sancho la monture , une Ville ambulante ;
Un oifeau babillard , & fa prifon pendante :
En animant ton corps , ce que l'ame lui fait ;
Ce qui te donne droit d'être avant ton cadet :
L'extrêmité d'un arbre ou bien d'une montagne ,
D'un deffein infenſé la méchante compagne :
Ce qui doit furpaffer le galon d'un chapeau ,
Ce qu'on ne peut nommer proprement un fourreau :
Ce qui n'eft pas le tien , ce qui te fait connoître :
Le mois le plus gaillard , un habitant de cloître :
Ce qui forme ton poing , ce qui ferme ta main ,
Toujours ce qui fe trouve au milieu de ton pain :
Ce que l'on reconnoît aujourd'hui de plus rare ;
L'inftant le plus critique où le mortel s'égare ;
Une riviere enfin
Qui fe perd dans le Rhin,
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
Quelquefois l'on me trouve agréable & badine ;
Mais auffi d'autres fois ennuyeufe & chagrine.
C'en eft affez , Lecteur , mets donc les armes bas :
Tant que tu feras feul , tu ne me tiendras pas.
LE ROI DE LA FE VE ,
CHANSON
Par M. Anfelme , Maître de Mufique.
Amis , foyez témoins , & regardez- moi faire ;
MIS ,
Je vais , n'en doutez pas ; ouvrez , ouvrez les
yeux ;
Je vais , que je vais être heureux !
Je vais , ce n'eft pas un myftere ;
Je vais , grands Dieux ! je vais , & je l'ai réfolu :
Ne croyez pas que ce foit une hiftoire ;
Dans cet inftant d'un pouvoir abfolu ,
Je vais , chers amis , je vais boire.
La compagnie chante à grand choeur
le Roi boit.
Le Roi de la Feve
Par Mr Anselme Maitre de Musique
Amis amis soyes temoins
regardes moyfaire Jevais n'en doutes
+
pas
Ouvres ouvrés vos yeux Je vais
que je vais être heureux Je vais
ce n'est pas un mistere: re : Je
vais grands Dieux je vais etje lat reso
L
bo
lu Ne croyés pas que ce soit une histoire;
1er VolJanvier 1757
Dans cet instant d'un pouvoir abso
= -lu Je vais sans vous en faire accroi
-re, Je vais je vais chers amis
je vais boi....
La Compagnie chante:
à grand Chocur
Le Roi boit .
Grave par Labassée.
Imprimepar Tournelle
JANVIER. 1757. 103
ARTICLE II.
NOUVELLES LITTERAIRES.
2
EXTRAIT du Mémoire de M. l'Abbé Nolet
, lu dans la derniere Aſſemblée publique
de l'Académie des Sciences , intitulé : Recherches
fur les moyens de fuppléer à l'uſade
la Glace , dans les temps
les lieux où elle manque.
و ر
"
"
ge
LAA
dans
La glace & la neige dont on a pu
» faire provifion , dit M. l'Abbé N. eft ,
» fans contredit , le moyen le plus fimple
» & le plus commode pour rafraîchir ceux
» de nos alimens tant folides que liquides ,
auxquels cette préparation peut convenir
; c'eft auffi celui qui coûteroit le
» moins , fi les glacieres étoient toujours
» affez pleines , & que les Limonadiers
» ne vendiffent jamais la glace plus d'un
» fol , ou fix liards la livre : mais , continue
l'Auteur , nos hyvers fe paffent quelquefois
fans gelée affez forte , pour donner
lieu d'en ferrer ; le peu qu'il en reſte
» de l'année précédente , ou ne fe vend
point à qui voudroit en acheter , ou
و ر
ود
ور
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
"
"
50
" ne fe donne qu'à un prix qui en dégoûte
bien des gens .... D'ailleurs , il
» y a des pays où l'on ne voit jamais ni
glace , ni neige , & dans ceux même
où l'on a coutume d'en voir pendant
l'hyver , il y a quantité d'endroits où l'on
» ne peut en faire provifion pour l'été. »
C'eſt pour ces différens cas que M. l'Abbé
N. a cherché à fuppléer au défaut de la glace.
Ce qu'il offre , doit être confidéré comme
un remede contre la difette , & non
pas comme des procédés qu'il préfere à
l'ufage de la glace , fi l'on en peut avoir
à juſte prix.
Quoique le Mémoire dont nous donnons
ici l'extrait , ait pour objet principal
, les réfroidiffemens artificiels , ceux
qui fe font par certains mêlanges , par
certaines préparations , l'Auteur , pour ne
rien laiffer à defirer fur cette matiere , s'est
auffi attaché à évaluer les différentes manieres
de rafraîchir , que la nature nous
offre en tout temps & en tout lieu , & que
bien des gens méprifent , parce qu'ils ne
fçavent point affez ce qu'elles valent , ni
le parti qu'on en pourroit tirer.
Toutes les eaux fouterreines , celles des
puits , des fontaines & même des cîternes ,
quand il y a long - temps qu'il n'a plu
& qu'elles font dans des voûtes, & renfer
>
JANVIER . 1757. 105
mées par d'épaiffes murailles , ont une fraîcheur
qui nes'éloigne que ddee 99 àà 1100 degrés
(1 ) du froid de la glace , & qui eft prefque
le même en été qu'en hyver. Ce degré
de fraîcheur n'eft point à méprifer pour
quelqu'un qui fouffre une chaleur de
25 ou 26 degrés , comme cela nous arrive
allez communément, pendant les mois
de Juin , Juillet , Août. En tel cas les eaux
fouterreines nous offrent un moyen fûr d'avoir
notre boiffon de 5 ou 16 degrés
moins chaude que l'air que nous refpirons
; différence plus faine , pour la plûpart
de ceux qui l'éprouvent , que ne le
feroit une plus grande .
Mais pour jouir de cet avantage ,
il ne
fuffic pas de mettre , comme on le fait
ordinairement , trois ou quatre bouteilles
dans un fceau plein d'eau de puits , nouvellement
tirée , quelques momens avant que
d'en faire ufage. Dans les refroidiffemens
tant naturels qu'artificiels , il faut toujours
avoir en vue ce principe général , fcavoir ,
que quand une maffe d'eau (ou de toute
autre matiere) , refroidit une autre nralle
en la touchant , la premiere prend pour
elle la chaleur qu'elle fait perdre à l'au-
( 1 ) Dans tout cet extrait , il faut entendre
les degrés de froid & de chaud , felon le thermometre
de M. de Réaumur.
Εν
106 MERCURE DE FRANCE.
7
tre : fi la maffe refroidiffante ne furpaffe
pas de beaucoup celle qu'il faut refroidir ,
la chaleur qu'elle acquiert elle- même , la
met hors d'état de produire un grand effet :
ainfi l'on a bien raifon de faire defcendre
les bouteilles dans le puits , parce que la
quantité d'eau y eft fi grande , qu'elle ne
perd rien de fon froid naturel , & qu'elle
le communique tout entier , pourvu qu'on
lui en donne le temps ; il faut un peu
plus d'une demi - heure pour une bouteille
de vin d'une pinte , meſure de Paris ,
quand on l'a laiffé s'échauffer juſqu'à 24
degrés .
On gagne du temps , en multipliant les
furfaces : ainfi plufieurs petites bouteilles
au lieu d'une grande , des bouteilles plates
ou quarrées , au lieu de celles qui feroient
arrondies avec la même capacité , ne manqueront
pas d'accélérer le refroidiffement.
Les caves qui ont 30 ou 40 pieds de
profondeur , & qui font couvertes de bâtimens
, ont à peu près la même fraîcheur
que les puits , & ne varient guere que d'un
degré de l'hyver à l'été ; les plus mauvaiſes ,
celles qui ne font profondes que de 10
à 12 pieds , & dont les foupiraux font mal
expofés , ne s'échauffent guere au - delà de
12 ou 13 degrés par conféquent , partout
où il y aura feulement une cave de
JANVIER. 1757. 107
E
cette derniere efpece , ou quelque grotte
naturelle , on eft fûr de pouvoir tempérer
de 12 où 14 degrés , toute liqueur à laquelle
on auroit laiffé prendre 24 ou
26 degrés de chaleur comme cela
peut arriver dans le fort de l'été : & fi
l'on étoit dans un lieu où il n'y eût point
de cave , les expériences de M. l'Abbé
N. nous apprennent qu'on en peut faire
une fur le champ , qui aura le même
effet que celle dont nous venons de parler ,
en faifant dans la terre une tranchée étroite
& profonde feulement de 3 ou 4 pieds ,
dont on aura foin de bien boucher l'entrée
avec de la paille , ou encore mieux
avec une planche couverte de la terre
nouvellement fouillée .
Mais une pinte d'eau ou de vin qui
auroit le degré de chaud que nous ve
nons de fuppofer , & qu'on porteroit à
la cave pour la refroidir , n'aura acquis
toute la fraîchear du lieu qu'après 14 ou
15 heures , fi l'on fe contente de pofer
la bouteille fur un tonneau ou par terre ,
parce que l'air qui la touche a fi peu
de denfité , qu'il ne peut produire tout
l'effet dont il eft capable , qu'après un tel
efpace de temps : on abrégera beaucoup
le refroidiffe.nent , fi l'on enterre la bou
teille dans du fable mouillé , ou encore
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
mieux , fi on la plonge pendant 30 ou 40
minutes dans un bacquet plein d'eau qui ait
été mis depuis quelques jours dans la cave .
Quant aux refroidiffemens artificiels ,
M. L. N. fait une heureuſe application de
quelques expériences phyfiques , par lefquelles
on fçavoit déja , que certains fels ,
en fe diffolvant dans l'eau , la refroidiffent,
les uns plus , les autres moins . Il s'arrête
à ceux dont l'ufage n'eft point dangereux
, & dont les effets peuvent repondre
à fes vues , fçavoir , le fel ammoniac
& le falpêtre. Il nous apprend d'abord
que 20 onces du premier dans cinq chopines
d'eau de puits , nouvellement tirée ,
font un bain froid , capable de tenir la
liqueur du thermometre à 2 degrés au
delfous du terme de la congellation , &
que o onces 2 gros du fecond dans une pa
reille quantité de la même eau , approchent
à deux degrés près du froid de la glace.
En fecond lieu , les expériences de M.
L. N. font voir qu'en faifant évaporer
l'eau qui tient ces fels en diffolutions ,
on retire le falpêtre fans déchec & fans
aucune altération , & le fel ammoniac avec
une diminution de 7 gros fur 20 onces ,
fans qu'il ait rien perdu de la propriété
qu'il a de refroidir l'eau.
D'où il fuit que pour quatre fols ,
JANVIER. 1757. 109
fçavoir 2 fols pour 7 gros de fel ammoniac,
à raifon de 35 f. la livre , & autant pour
le charbon qu'on peut ufer , quand on fait
évaporer less chopines d'eau , on peut
rafraîchir deux ou trois bouteilles de vin ,
tenant chacune une pinte , meſure de Paris
, à peu près autant qu'elles ont coutume
d'être rafraîchies , dans 4 ou 5 livres de glace
pilée ; nous difons autant qu'elles ont
coutume d'être rafraîchies , & non pas autant
qu'elles pourroient l'être, parce qu'ordinairement
on ne les tient point à la
glace autant de temps qu'il le faudroit
pour leur en faire prendre tout le froid ;
ce qui feroit plus qu'inutile pour ceux
qui ne cherchent qu'une fraîcheur falutaire.
Quoique le falpêtre ne refroidiffe
point l'eau autant que le fel ammoniac ,
on peut cependant en tirer prefque le
même avantage , en augmentant la grandeur
du bain : on y gagnera du côté de
la dépenfe , parce qu'il en coûte moins
que le fel ammoniac ( 1 ) , & qu'on le retire
fans diminution ; mais il y aura l'inconvénient
d'avoir plus d'eau à faire éva-
(1) Le falpêtre le plus affiné coûre aujour
d'hui à Paris 24 fols la livre. Celui de la
deuxieme cuite , qui n'en coûte que 20 ,
eft tout
autfi bon pour refroidir l'eau , & celui de la troifieme
cuite , qui ne coûte que 13
fols , peut être employé
avec prefqu'autant de fuccès , pourvu qu'on
mette la dole un peu plus forte.
110 MERCURE DE FRANCE.
porer. Au défaut de falpêtre pur , on peut
employer la plus mauvaiſe poudre à canon ,
celle qui feroit rebutée des artilleurs.
Soit qu'on fe ferve de l'un ou de l'autre
fel , voici de quelle maniere il faudra
s'y prendre pour réuffir : Dans un
fceau plein d'eau de puits nouvellement
tirée , plongez pendant quelques minutes
un vaiffeau cylindrique de fayance , ou encore
mieux de fer blanc, qui ait 6 pouces
de diametre, & autant de hauteur : retirezle
du fceau en y laiffants chopines d'eau,
meſure de Paris ; jettez- y 20 onces de fel
ammoniac , ou onces & quelques
gros de falpêtre pulvérifé & bien fec ;
remuez le tout avec une cuiller de bois ,
pour aider la diffolution. Mettez dans ce
bain une bouteille ordinaire , contenant
une pinte de vin , qui ait pris la frafcheur
d'une cave , ou mieux encore celle
d'un puits. Au bout d'une demi-heure elle
fera refroidie à peu près , comme fi on l'efit
mife à la glace , furtout , fi vous vous êtes
fervi de fel ammoniac.
Si vous avez deffein de refroidir plus
d'une bouteille dans le même bain , il
faut tirer la premiere après dix minutes
elle fera moins froide de quelques degrés ,
qu'elle ne le deviendroit en reftant plongée
plus long- temps ; mais le bain en fera
JANVIER. 1757 . III
plus propre à refroidir la feconde boureille
, & ainfi d'une troifieme.
Pour retirer le fel , vous ferez bouillir
l'eau dans une capfule d'étain , juf
qu'à ce que le mêlange commence à s'épaiffir
& à perdre fa fluidité ; vous acheverez
de le fécher dans un poelon de terre
cuite & verniffée , en le remuant fur le
feu avec une cuiller de bois.
Dans les endroits , où il n'y aura ni
puits ni fontaine , ni cave , où il ne fera
pas poffible d'avoir de l'eau auffi fraîche
qu'elle a coutume de l'être en fortant du
fein de la terre , ni de faire prendre
ce degré de fraîcheur par forme de préparation
aux liqueurs qu'on aura deffein
de refroidir , comme M. L. N. le recommande
, la diffolution de falpêtre ou de
fel ammoniac fera bien moins froide : mais
on ne laiffera pas que de s'en aider encore.
Sur mer ou fur terre , quoiqu'il
faffe une chaleur de 27 ou 28 degrés ,
on trouvera toujours de l'eau qui n'en
aura guere plus de 20 , parce que dans
le lit d'une riviere , ou dans celui de la
mer , elle ne s'échauffe jamais dans toute
fa profondeur , autant que l'air de l'atmofphere.
Si avec de telle eau on fait une
diffolution dans la proportion de 24 onces
de fel ammoniac , ou de 13 onces de
+
112 MERCURE DE FRANCE.
falpêtre pours chopines , une bouteille
de vin tenant pinte s'y refroidira dans l'efpace
d'une demi -heure , à peu près comme
fi elle reftoit pendant 12 ou 15 heures
dans une cave médiocrement profonde
, furtout fi la bouteille , avant que d'être
mife dans le bain froid , a reçu une
fraîcheur préparatoire dans le réfervoir
d'où l'on tire l'eau . C'est toujours un avantage
confidérable de pouvoir rendre ſa
boiffon de 15 ou 16 degrés moins chaude
que l'air qu'on refpire , quand il en a 27
ou 28 .
Le moyen de refroidir ainfi les liqueurs ,
par la diffolution du falpêtre , ou par celle
du fel ammoniac , exige qu'on rétabliffe
ces matieres en faifant évaporer l'eau , &
M. L. N. ne diffimule point que c'eft
un affujettiffement incommode , & dont
la feule penfée pourra rebuter bien du
monde mais il faut , dit- il , pefer les
inconvéniens de part & d'autre , & voir
fi l'on aime mieux fe paffer de boire frais ,
ou payer cherement cet avantage , que
de s'affujettir à l'évaporation dont il s'agit
, laquelle après tout , exige fi peu d'habileté
& de foin qu'on peut la confier à
un enfant , ou à quelque domeftique oifif.
Il cite l'exemple d'un Gouverneur d'une
de nos Ifles en pays chaud , qui fe feliJANVIER,
1757. 113
citoit à fon retour d'avoir bu frais pendant
plufieurs années , au moyen d'une
provifion de fel ammoniac qu'il avoit emporté
de France , & qui affuroit qu'on
s'étoit accoutumé fans peine dans fa maifon
, aux manipulations qu'exige cette
maniere de refroidir les liqueurs.
Au refte , M. L. N. déclare que ce qu'il
propofe dans fon mémoire , ne regarde
point les perfonnes opulentes , qui ne font
jamais en difette de rien , & chez lefqu'elles
on fe fait une regle de faire prendre
aux liqueurs un degré de froid , qui
égale celui de la glace même , & qui eft exceffif
pour la plupart des convives. Il s'eft
occupé principalement du befoin des particuliers
, qui fe contenteront du degré de
fraîcheur qu'ils ont coutume d'avoir avec
4 ou 5 livres de glace pilée , dans laquelle
ils tiennent leur boiſſon pendant
une heure , ou un peu plus , que dure leur
repas.
ALMANACH des Curieux pour l'année
1757. A Paris, chez Giffey , rue de la vieille
Bouclerie , à l'Arbre de Jeffé .
ETRENNES Hiftoriques , ou mêlange
curieux contenant plufieurs remarques de
chronologie & d'hiſtoire ; avec un recueil
de diverfes matieres variées , utiles >
114 MERCURE DE FRANCE.
curieufes & amufantes. A Paris chez le
même Libraire , 1757 .
On trouve chez Duchefne , Libraire , rue
S. Jacques , au Temple du Goût , les
ALMANACHS fuivans pour 1757.
Almanach du Marc d'Or , d'Argent , des
Diamans , fuivi de perte & gain , & d'un
Agenda ; par M. Pagelle .
Almanach des plaifirs , utile & agréable.
Almanach chantant , ou les nouvelles
Etrennes magiques ; par M. Nau.
Le Noftrodamus moderne , où les Oracles
chantans ; quart d'heure d'amuſement
pour toutes fortes de compagnies ; par le
même Auteur .
La Bagatelle , Etrennes à tout le monde ;
par M. Coppier.
Almanach danfant , chantant , contenant
plufieurs rondes &c.
Almanach Lyrico -Miſtique , ou fables
mifes en vaudevilles fur des airs connus.
Nouveau Calendrier du Deftin , précédé
de tous les amuſemens de Paris pendant
l'année .
Nouvelles Tablettes de Thalie , ou les
Promenades de Paris.
Almanach chantant avec un nouvelle
Enthomantie des Dames , ou Divination
de leur caractere.
JANVIER. 1757. IIS
Almanach des Francs - Maçons & des
Franches Maçonnes , à Londres .
Nouvel Almanach des Francs- Maçons ,
en Ecoffe , l'an de la vérité.
Almanach chantant de Momus , dédié
aux Dames .
Almanach du Sort , ou recueil de nouveaux
Oracles
La Magie blanche , contenant l'oracle
par lequel on découvre le caractere diftinctif
des hommes & des femmes , le cadran
de combinaiſon , &c. tiré de la cabale ,
& compofé l'an Soo.
La Magie noire , ou Recueil de différens
fecrets Phyfiques & Mathématiques .
Etrennes des Amans , chantantes .
Almanach chantant , ou nouvelles allégories
en vaudevilles, & c. avec la Mufique ;
par M. Nau.
TABLETTES ou petit Mémorial , avec un
Calendrier pour la préfente année. A Paris
chez Cuiffard, quai de Gèvres. L'Almanach
des Bêtes pour l'inftruction de la jeuneſſe ,
1757 , & le Manuel Géographique , contenant
une connoiffance détaillée des quatre
parties du monde , des différentes provinces
, de leurs capitales , & de ce qu'elles ont
de plus remarquable ; avec un traité de la
fphere : fe trouvent le chez même Libraire,
1757.
116 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE
A L'AUTEUR DU MERCURE.
MONSIEUR , il paroît depuis quelque
temps un ouvrage en trois volumes
in- 12 , chez Duchefne , Libraire , dont le
titre eft , Projet des embelliſſemens de la Ville
& fauxbourgs de Paris. L'Auteur est M.
Poncet- de la Grave , Avocat au Parlement .
La conformité de ce furnom avec le mien,
me fait attribuer tous les jours cet Quvrage
par plufieurs perfonnes qui connoiffent
mon goût & mon eftime pour les
riches collections , & les précieux recueils
que M. Dupré Commiffaire honoraire , a
fait pour la continuation & augmentation
du Traité de la Police ( 1) . M. Dupré , qui
(1 ) M. le Commiffaire Delamarre qui en eft
l'Auteur , a auffi traité , mais bien différemment
des embelliffemens de Paris.
M. Dupré , aidé par M. le Clerc- Dubrillet
continuateur du Traité de la Police , par M. le
Commiffaire Menyer , & par M. Laurent Prevoft ,
a donné le Recueil des titres & pieces qui établiffent
le droit de prévention des Officiers du Châ
telet de Paris. Chez J. Chardon , 1740. in-4°.
Il eft auffi feul Compilateur d'un Recueil unique
en plufieurs volumes , contenant les chartres ,
droits , privileges , &c. de la Compagnie des ComJANVIER.
1757. 117
I
vit l'annonce du 1 vol . de ce Projet d'embelliffement
dans votre Mercure d'Aoûr, page
159 , m'écrivit auffi qu'il y avoit bien
de l'apparence que le nom Poncet-de la Grave
n'étoit qu'une faute d'impreffion , & qu'il
falloit lire Auret - de la Grave. Je lui répondis
, que l'errata de votre Journal ne
feroit jamais chargé de cette correction ;
que je n'avois pas l'honneur d'être l'Auteur
de cet Ouvrage , & que je ne l'aurois
certainement pas entrepris fans le confulter
, comme le feul peut-être parfaitement
en état de faire quelque chofe de
bon & de réflechi en ce genre. Je vous
fais ici le même aveu , & vous prie, Monfieur
, de l'inférer dans votre Journal ,
afin que devenant public , on puiffe rendre
la juftice qui eft due à M. Poncet- de
la Grave , en le reconnoiffant pour le véritable
Auteur de cette production.
J'ai l'honneur d'être , & c .
AURET- DELAGRAVE , Commiffaire an
Châtelet.
Ce 13 Novembre 1756.
miffaires du Châtelet , qui devroit être imprimé à
préfent , & qui doit paroître dans le cours de
1757.
118 MERCURE DE FRANCE.
HISTOIRE du Théâtre de l'Académie
Royale de Mufique , en France , depuis
fon établiffement jufqu'à préfent ; feconde
édition , corrigée & augmentée des Pieces
qui ont été repréſentées ſur le Théâtre de
l'Opera , par les Muficiens Italiens , depuis
le premier Août 1752 , jufqu'à leur
départ en 1754 , avec un extrait de ces
Pieces & des Écrits qui ont parus à ce fujet.
Prix 4 livres 4 fols broché. A Paris ,
chez Duchesne , Libraire , rue S. Jacques.
C'eſt un Livre néceffaire à quelques perfonnes
, & qui peut être agréable à quelques
autres. On y trouve l'origine de l'Opera
en France. La vie de Jean - Baptifte
Lully ; les noms des Directeurs & Infpecteurs
de l'Opera depuis fon établiffement ,
& les Réglemens concernant leurs fonctions.
Les Ordonnances , Réglemens & Privileges
concernant l'Opera , depuis l'établiffement
de l'Académie Royale de Mufique
à Paris. Les Réglemens concernant la
permiffion accordée à l'Académie Royale
de Mufique , de donner des Bals publics
dans la Salle de l'Opera . Le Concert Spirituel
au Château des Tuileries , avec les
noms des Muficiens , & Acteurs qui compofent
ce Concert , dont le privilege appartient
à l'Opera. La vie des Poëtes &
des Muficiens qui ont travaillé pour l'AcaJANVIER.
1757. 119,
démie Royale de Mufique , avec le catalogue
de leurs Ouvrages . Des particularités
de la vie de quelques Acteurs ou Actrices
de l'Opera qui font morts. Les noms
des Acteurs ou Actrices de l'Opera , depuis
l'année 1660 , jufques à préfent. Un Catalogue
chronologique des Opera repréfentés
à Paris depuis l'année 1660 , juſqu'à la
fin de l'année 1752. Un Catalogue alphaberique
des Opera & de leurs repriſes depuis
l'année 1645 , jufqu'à préfent.
ORIGINE , progrès & décadence de
l'Idolâtrie. A Paris , chez Paul Denis Brocas
, rue S. Jacques , au Chef S. Jean . Prix
2 liv .
Le but qu'on s'eft propofé dans cet Ouvrage
, eft de déployer aux chrétiens les
erreurs , les abus , les cruautés , les abfurdités
de l'Idolâtrie , & le triomphe de la
Religion chrétienne , fur une rivale dont
l'empire , prefque auffi vafte que l'univers
, étoit prefque auffi ancien que le
monde. Dans ce deffein , on l'a recherchée
dans fa naiffance , fuivie dans fes progrès ,
confidérée dans fa morale , & contemplée
dans fa décadence . Pour arriver fûrement
à cette fin , il nous a paru qu'on s'étoit attaché
à puifer dans les fources mêmes , en
recherchant les monumens les plus antiques.
120 MERCURE DE FRANCE .
f
LES INTERETS de la France mal- entendus
dans les branches de l'Agriculture ,
de la Population , des Finances , du Commerce
, de la Marine , & de l'induftrie ;
par un Citoyen. A Paris , chez Duchesne ,
rue S. Jacques .
C'est ici un de ces livres que l'efprit de
Patriotisme répand de temps en temps fur
la furface d'un état , & qui malheureuſement
n'y pénétrent prefque jamais affez ,
pour produire les effets précieux qu'un
Citoyen doit s'en promettre . Le nombre
infini des matieres qu'il traite ne nous
permet pas d'en donner un précis , comme
nous le fouhaiterions. Nous confeillons à
ceux qui le liront de ne point s'arrêter aux
petites critiques qu'ils trouveront détaillées
dans la Préface du fecond Tome , fous
le titre de Déclaration de l'Auteur. Un Négociant
n'eft pas obligé d'écrire avec cette
pureté de ftyle, qui caractériſe & diftingue
un bel efprit ; mais tout le monde eft obli
gé de pardonner à un Négociant des petites
négligences qui confiftent en quelques
car , quelques comme de trop , furtout
dans un livre rempli de chofes , & de trèsbonnes
chofes.
LETTRES D'ASPASIE , traduites du Grec.
Chez Duchefne , & chez Paul Brocas , Libraires
, rue S. Jacques .
L'ABEILLE
JANVIER. 1757 . 121
L'ABEILLE DU PARNASSE , ou nouveau
choix de penſées , réflexions , maximes
portraits & caracteres , tirés des meilleurs
Poëtes François modernes. Se trouve chez
Duchesne , 2 vol.
DISCOURS politique fur les avantages
que les Portugais pourroient retirer de
leur malheur , & dans lequel on développe
les moyens que l'Angleterre avoit
mis en ufage pour ruiner le Portugal. Ce
difcours eft fuivi d'une relation hiftorique
du tremblement de terre furvenu à
Lisbonne le premier Novembre 1755 ; avec
un détail contenant la perte en hommes ,
églifes , palais , couvens , maiſons , meubles
marchandiſes , diamans : nouvelle
édition , revue , corrigée , augmentée
, qui fe trouve chez Duchesne , Libraire
, rue S. Jacques , au Temple du goût .
>
L'objet de ce livre eft d'infinuer aux
Portugais de fe défier des fecours abondans
des Anglois dans cette révolution
malheureuſe , en leur prouvant que toujours
les fecours de cette Nation avide &
ambitieuſe ont été des malheurs pour eux.
L'Auteur remonte au commencement de
leurs liaiſons mutuelles depuis la fin du
regne de Pierre II . Il fait voir que le
motif des Anglois fut de s'approprier la
1. Vol. F
112 MERCURE DE FRANCE.
1
réalité des mines du Bréfil , en engageant
par de fauffes maximes les Portugais à
acheter d'eux tout ce qui pouvoit fervir
à leurs befoins quelconques. Si le Portugal
avoit tiré de fon fonds , tout ce qu'il
pouvoit produire , il eût pu fe fuffire à luimême
, & fon or l'eût réellement enrichi
en le fécondant , & en le fortifiant , en lui
donnant une vie , une vigueur que fon
indolence & l'abfence des arts lui ont
fait perdre. Les Anglois ayant perfuadé à
cette Nation aveugle , qu'en tirant tout
d'eux , elle auroit tout à meilleur prix ,
que fi elle le tiroit d'elle- même ; & cette
perfuafion ayant eu tout fon effet , le Portugal
n'a plus eu de manufactures , d'induftrie
, de fonds de terre en valeur :
fes mines lui ont coûté beaucoup d'avances
& de frais à faire réaliſer elle a
payé fort cher , fans le fçavoir , les fecours
que l'Angleterre lui a donné : elle
a payé les frais confidérables des vaiffeauxqui
les lui apportoient : fi on ajoute à
ces confidérations celle qui doit frapper
d'abord , qui eft que n'ayant plus que de
l'or depuis l'abfence des arts , & donnant
cet or à une Nation qui l'employoit à fe
faire fur elle une fupériorité prodigieufe
& tyrannique , on verra combien le Portugal
s'eft réellement appauvri , affoibli ,
1
24
JANVIER. 1757 . 123
en croyant fe fortifier & s'enrichir. L'Auteur
penſe avec raifon que le Portugal
réduit aujourd'hui à fe regarder comme
au premier moment de fa naiffance , peut
réparer tous fes malheurs en changeant
tout l'ordre de fon établiffement , de fa
conftitution , de fa politique : il faut qu'il
reçoive des matériaux de toutes les Nations
pour fa reconſtruction , & qu'il n'en
adopte aucune ; mais furtout qu'il rappelle
tous les arts malheureuſement bannis
de fon fein ; & toujours follement
exilés de tout Etat policé. Pour faire juger
du ſtyle de l'Auteur , ainfi que de fa
façon claire & fage de voir & de raifonner
, nous allons rapporter un morceau
qui nous a paru en renfermer les preuves .
39
A confidérer les chofes politiquement ,
» le Portugal n'a rien perdu dans cette ré-
» volution. Le renverfement de quelques
» pierres entaffées les unes fur les autres ,
l'anéantiffement des marchandifes , qui
appartenoient prefque en entier aux
étrangers , l'incendie des meubles , & la
"perte de quelques fujets oififs, qui n'étoient
»ni laboureurs , ni artifans , ne fçauroient
"former un vuide dans le fyftême géné-
و د
رو
و و
ral du Gouvernement. Le phenomene
»n'a porté que fur des matériaux qui , '
t
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
T
و د
ود
» bien loin d'être la caufe de la gran-
» deur de l'Etat , étoient au contraire la
» fource de fa ruine » ( parce qu'elle les
avoit achetés à ufure des mains avides.
qui les lui avoient procurés. ) ... « Il
» y a un phantôme politique en Portugal
» qu'il faut commencer par diffiper , ( fans
quoi toutes les démarches que les Mi-
» niftres étrangers pourroient faire en fa-
"veur de cette Cour , feroient affez inuti-
» les ; ) c'eft - à - dire qu'il faut perfuader
»le Miniftere Portugais que l'Etat
peur
» exifter & devenir floriffant indépendam-
» ment de fon alliance avec l'Angleter-
» re.... Lorfque le Portugal fecoua le
» joug de l'Espagne , il pouvoit avoir alors
» des raifons pour fe mettre fous la pro-
» tection de l'Angleterre : mais ces raifons
» n'exiftent plus aujourd'hui. Tout a
» changé de face dans notre monde politique
. L'équilibre de l'Europe a été mis
» en fyftême , & la puiffance générale
été diftribuée, La pofition générale de
l'Europe affure celle du Portugal. » La
relation hiftorique eft un morceau à part
dans le livre : nous penfons que c'eft la .
plus fidelle qu'on ait encore publiée. Nos limites
ne nous permettent pas d'en donner .
le détail , & il faudroit ce détail pour done:
ner une idée particuliere de la
perte im-
ور
"
23
و د
JANVIER. 1757. 129
و د
و د
و د
و د
avoir
menfe qu'a faite cette Nation infortunée .
Cette relation finit par ce raifonnement
qui mérite d'être lu. « 11 ne refte plus
" au Portugal d'autre reffource , pour ré-
»parer des pertes fi immenfes , que d'employer
l'induftrie de fes propres habi-
"tans , & de rejetter les fecours intéres-
»fes des Nations étrangeres. Tout eſt per-
» du pour les Portugais , s'ils ont encore
» recours à l'Angleterre , pour le rétabliſ-
» fement de leur Capitale. Les Anglois
fçauront bien alors fe dédommager avec
» ufure de la perte qu'ils viennent d'effuyer.
Ce dédommagement ne peut
»lieu qu'aux depens du Portugal . Avec
» l'or du Bréfil , les Portugais peuvent fa-
» cilement remédier à leurs calamités pré-
>>fentes : mais il faut empêcher que la
"plus grande partie de cet or ne paffe
» dans les coffres des Anglois. Le trem-
»blement de terre a fait périr plufieurs
»milliers d'hommes. Cette perte eft plus
»ruineufe pour l'Etat que toutes les au-
»tres ; je ne la crois cependant pas irréparable.
L'or du Bréfil peut attirer à
» Lisbonne quantité d'étrangers qui y por
» teroient l'induftrie & les Arts : ces étran-
" gers pourroient fe fixer dans un pays ,
» où ils trouveroient de grands avanta-
» ges. Ce feroient autant de fujets acquis
و د
و ر
ور
"
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
و د
و ر
»pour l'Etat. Le bâtiment de l'Inquifi-
» tion a été renverfé : il feroit à fouhaiter
qu'il ne retât plus aucun veftige de
» cet affreux Tribunal. L'Inquifition a caufé
plus de dommage au Portugal que
" tous les tremblemens de terre. C'eft
39
ور
l'Inquifition qui étouffe l'induftrie , qui
arrête les progrès des fciences , & qui
» met obftacle à la population. Si Philip-
»pe Il étoit venu à bout d'établir en
Flandre cet odieux tribunal , la Hollande
qui fleurit par fon commerce &
»par le nombre de fes habitans , feroit
» auffi pauvre & auffi dépeuplée , que le
Portugal & l'Espagne , & c. »
29
FABLES NOнvelles , avec un Difcours
fur la maniere de lire les Fables , ou de les
réciter. A Amfterdam , & fe trouve à Par
ris , chez Duchefne , rue S. Jacques , 1756.
Quelques-unes de ces Fables ont déja
paru fucceffivement dans plufieurs de nos
Mercures elles font marquées au coin de
l'honnête homme , autant que de l'homme
d'efprit. M. l'Abbé Aubert en eft l'Auteur.
Il les a dédiées à Madame Aubert , fa mere
. On peut dire que le fils , pour lui en
faire hommage
, emprunte
heureuſement
le langage
du Poëte. O vous ! dit - il , dans
l'Epître
qu'il lui adreſſe
:
JANVIER. 1757 " 2
147
O vous ! que je chéris , vous , à qui la nature ›
Donne tant de droits fur mon coeur ,
J'ai conçu l'eſpoir trop flatteur
D'acquitter une ardeur fi pure.
Mes Vers ont fçu vous plaire, acceptez- en le don :
J'y peins quelques vertus que j'appris de vousmême.
Cet encens qu'on recueille au pied de l'Hélicon ,
On l'offre aux Rois , aux Grands ; je l'offre à ce
que j'aime.
Nous citons ici ces Vers pour le bon
exemple ; l'intérêt ni la flatterie pe les ont
point infpirés ils font l'ouvrage du pur
Tentiment. Voilà les Epîtres Dedicatoires
qu'on doit prendre pour modele , ou du
moins approuver. L'Auteur nous femble
réunir tout ce qui forme un bon Fabuliſte .
Il joint au talent de l'invention le ftyle convenable
au genre qu'il a choifi . Il eft clair ,
précis , élegant & naturel. Avec ces qualités
nous penfons qu'il mérite de tenir une
place diftinguée parmi ceux qui ont ofé
marcher fur les pas de la Fontaine , & nous
l'exhortons à pourfuivre une carriere qu'il
a fi bien commencée. Nous fommes intéreffés
à l'en prier ; il nous enrichit fouvent
de fes productions , & la Fable intitulée
le Jeu d'Echecs , qui commence ce volume ,
eft un de ſes bienfaits : elle n'eft point dans
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
fon Recueil , quoique faite pour l'embellir
; elle nous a paru une de fes meilleures.
Le feul reproche que nous ayons à lui
faire eft de négliger un peu trop la rime. Il
eft aifé de copier en cela la Fontaine ; mais
nous croyons que c'eft en cela même qu'il
ne doit pas l'être.
ABREGE' CHRONOLOGIQUE de l'Hiftoire
Ancienne des Empires & des Républiques
qui ont paru avant Jeſus- Chrift , avec la
notice des Sçavans illuftres , & des remarques
hiftoriques fur le génie & les moeurs
de ces anciens peuples ; par M. la Combe ,
Avocat. A Paris , chez J. T. Heriffant , rue
S. Jacques , 1757 .
Cet abregé eft dédié à M. le Préfident
Henault , comme au modele du genre. La
mode eft de le fuivre , mais la difficulté
eft de l'imiter : nous ne prétendons pas
déprimer par-là l'ouvrage , ni l'Auteur
qui ne doit pas être confondu parmi la
foule des Copiftes. Nous penfons au contraire
que fon Livre peut être très- utile
& qu'il mérite d'être acheté.
LA CUISINIERE Bourgeoife , fuivie de
l'Office à l'ufage de tous ceux qui fe mêlent
de dépenfes de Maifons ; contenant
la maniere de connoître , difféquer & ferJANVIER.
1757. 129
vir toutes fortes de viandes ; des avis intéreffans
fur leur bonté , & fur le choix
qu'on en doit faire : nouvelle édition
augmentée de plufieurs menus pour les
quatre faifons , & des ragoûts les plus
nouveaux ; d'une explication des termes
propres , & à l'uſage de la Cuiſine & de
l'Office , & d'une lifte alphabétique des
uftenfiles qui font néceffaires. 2 vol . A Paris
, chez Guilyn , Quai des Auguftins ,
1756 .
SUITE du Traité de l'Autorité des Rois ,
touchant l'adminiftration de l'Eglife , de
M. le Vayer de Boutigni ; contenant un
Supplément de pieces importantes. ALondres
, & fe trouve à Paris , chez Martin ,
rue S. Jacques , 1756.
LETTRE d'un Déifte , & Réponse à cette
Lettre. Se trouvent chez le même Libraire.
MEMOIRES de Mathématique & de Phyfique
, redigés à l'Obfervatoire de Marfeille
, année 1755. 2e . Partie . A Avignon ,
chez la Veuve Girard , Imprimeur & Libraire
, à la Place S. Didier , & fe vendent
à Paris , chez Guilyn , qui diftribue auffi
la premiere Partie , dont nous avons rendu
compte en 1755.
FV
.
130 MERCURE DE FRANCE.
MERCURE de Vittorio Siri , Confeiller
d'Etat , & Hiftoriographe de Sa Majefté
Très- Chrétienne ; contenant l'hiftoire gé
nérale de l'Europe , depuis 1640 , jufqu'en
1655 , traduit de l'Italien , par M. Requier.
Tome I. A " aris , chez Didot , Quay des
Auguftins , à la Bible d'Or . 1756.
Nous avons donné dans le fecond volume
d'Octobre 1756 , un précis du Profpectus
, qui annonce cette traduction .
Nous ne doutons pas que ce premier Tome
n'en faſſe defirer la fuite. Quand elle
paroîtra , nous en rendrons un compte plus
détaillé.
SÉANCE PUBLIQUE.
De l'Académie des Sciences , Belles Lettres
& Arts de Besançon , du 24 Août 1756.
M.DAGAY , Avocat Général , & Procureur
Général en furvivance , Préſident de
l'Académie , ouvrit la Séance par une differtation
, dans laquelle il examine fi le
Comté de Bourgogne a fait partie du
Royaume de la Bourgogne transjurane .
Avant que d'approfondir ce point obfcur
de l'hiftoire,il retrace les caufes du démem.
brement du vafte Empire de Charlemagne
JANVIER. 1757. 13:1
53
ور
و ر
fous fes foibles Succeffeurs : " L'ancien
Royaume de Bourgogne , réuni à la Mo-
» narchie Françoife , fervit de prétexte à
l'ambition de quelques Seigneurs affez
puiffans pour n'avoir à defirer que le titre
» de Roi . Bofon porta le premier coup
» à l'autorité des Rois de France dans cette
partie de leurs Etats , & le fuccès de fon
entrepriſe fut un fignal de révolte .
" Rodolphe , à l'exemple de cet heureux
ufurpateur , ne tarda d'enlever aux
» Succeffeurs de Charlemagne cette autre
partie de la Bourgogne , qui eft fituée
» entre les Alpes & le Mont Jura. »
ور
ود
ور
ور
pas
L'Auteur préfente enfuite une vive image
des conjonctures qui favoriferent l'établiffement
de ces deux Royaumes . « Tout
fembloit alors faciliter les ufurpations
» des Grands. La Monarchie Françoiſe ,
» divifée entre des Princes ambitieux , qui
" aimoient mieux agrandir leurs Etats ,
»que d'affermir leur autorité , fe détruifoit
» elle-même par des guerres inteftines
» les Seigneurs , plus attachés à leurs inté
Prêts qu'au bien de l'Etat , faifoient acheter
» leur fidélité par des graces qui augmen
»toient leur puiffance la Majefté da
» trône fe perdoit infenfiblement avec
» fes plus beaux droits ; l'Aquitaine vouloit
un Prince ; la Bretagne jetroit les
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
fondemens de fon indépendance ; les
» Vaffaux parloient encore avec foumif-
» fion , mais ils commençoient à faire ſen-
» tir au foible Monarque que leur obéiffan-
» ce fe réduiroit bientôt à de vaines mar-
» ques de refpect.
Telles font les conjonctures dont Rodolphe
fe prévalut , pour fe faire reconnoî
tre Roi de la Bourgogne transjurane dans
l'affemblée des Grands & des Evêques ;
qui fut convoquée à Saint Maurice en
Valais. La Bourgogne fupérieure cisjurane
fut-elle comprife dans ce nouveau Royaume?
C'eft un point fur lequel les Hiftoriens
ont fuivi des fentimens oppofés.
L'Auteur des Mémoires hiftoriques du
Comté de Bourgogne penfe que la plus
grande partie de cette Province fut foumife
a la domination de Rodolphe dès le comé
mencement de fon regne. L'Hiftorien dat
Duché de Bourgogne prétend au contraire
que la Franche - Comté n'a point reconnu
d'autres Souverains que les Rois de Germanie,
depuis le traité de 870 , jufqu'à fa réus
nion à la Couronne par la mort de Louis
HI , Roi de Germanie. M. Dagay croit
trouver le dénouement des difficultés qui
fe préfentent fur cet objet , dans les révolutions
que cette Province éprouva pendant
un fiecle fi fécond en changemens :
JANVIER. 1757. 133
il fixe trois époques propres à répandre
de la clarté fur ces temps obfcurs.
La premiere commence avec le Royaume
de la Bourgogne transjurane en 888 .
Rodolphe I , qui en fut le Fondateur
attira dans fon parti les Peuples du Comté
de Bourgogne : plufieurs actes d'autorité
qu'il exerça dans cette Province en rendent
témoignage , & le choix qu'il fit de Théodoric
, Archevêque de Befançon , pour
remplir la Place de Chancelier , prouve
que cette Capitale lui étoit foumife . Ces
actes s'accordent parfaitement avec le concours
des circonftances les plus propres à
favorifer cette révolution . Eudes , Roi de
France , nouvellement élevé fur le Thrône
malgré les efforts d'un parti puiffant ,
étoit affez occupé à foutenir fon élection
& à garantir fon Royaume des invaſions
des Normands. Arnoul fils naturel de Carloman
, qui ne régnoit en Germanie qu'avec
des droits fort incertains , ne pouvoit
empêcher le démembrement de quelques
Provinces éloignées , qui le regardoient
peut- être lui- même comme un ufurpateur,
Le Royaume de Provence , loin d'être
redoutable , paroiffoit prêt à s'éteindre
par la mort de Bofon , qui ne laiffoit qu'un
fils encore enfant . Dans de pareilles circonftances
, quels avantages les Peuples du
2
134 MERCURE DE FRANCE.
Comté de Bourgogne ne trouvoient - ils pas
à fe réunir au Royaume de la Bourgogne
transjurane , dont ils ne furent féparés qu'à
la mort de Louis III Roi de Germanie ?
Cet événement ouvre la feconde époque
qui rendit cette Province aux Succeffeurs
de Charlemagne , & produifit un changement
qui femble prefque ignoré dans
l'hiftoire.
+
Louis III , dernier Prince de la branche
de Louis de Baviere , laiffoit avec la Germanie
des droits inconteftables fur le
Royaume de Lothaire , qui appartenoient
à Charles le Simple : les Germains ſe ſépaterent
impunément de l'Empire François ,
& Giflebert , Duc de Lorraine , qui voulut
s'opposer à l'élection de Conrad , fe
foumit , après avoir tenté une réſiſtance
inutile.
Il paroît que Charles le fimple , diffimumulant
alors fes juftes prétentions , s'attacha
feulement à réunir cette portion du
Royaume de Lothaire , qui avoit reconnu
jufques-là les Rois de la Bourgogne transjurane.
Auffi ajouta- t'il dans la fuite ,
à la date de fon regne , une nouvelle
époque , pour célébrer le fouvenir de la
riche fucceffion qu'il venoit de recueillir.
Le Comté de Bourgogne forma fans doute
la partie la plus confidérable des nouveaux
JANVIER. 1757. 135
Etats dont il commença à jouir : la donation
qu'il fit en 915 de la Ville de Poligny
au Comte Hugues , fournit une double
preuve , & de fa domination fur cette
Province , & du temps où il l'avoit recouvrée
avec la fucceffion qui lui étoit
échue.
Sous le regne de Raoul , qui détrôna
Charles le Simple , le Comté de Bourgogne
continua de reconnoître le Roi de
France pour Souverain . Ce Prince , dans
une Chartre qu'il donna en faveur du
Monaftere de Tulle , joignit au titre de
Roi de France & d'Aquitaine celui de Roi
de Bourgogne : le Pape Jean X eut recours
à lui pour faire exécuter des réglemens qui
regardoient cette Province . Louis d'Outremer,
qui remonta , après la mort de Raoul,
fur le trône de fes peres , jouir quelque
temps du Comté de Bourgogne , & difpofa
en 938 des Abbayes de Faverney &
d'Amfonvelle : mais cet acte fut la derniere
trace de l'autorité des Rois de France
fur cette Province . Son retour fous la
domination des Rois de Bourgogne eft auffi
certain , fuivant tous les monumens , que
l'époque en eft douteufe & difficile à fixer.
M. Dagay place cette derniere révolution
en 939 , & par- là il réfout les contradictions
qui s'offrent de toutes parts ; c'eſt lá
136 MERCURE DE FRANCE.
éclaircir
troifieme époque qu'il établit pour
l'objet de cette differtation.
Les difgraces qui arriverent à Louis
d'Outremer , lorsqu'il voulut contenir fes
vaffaux dans leur devoirs , furent la fource
du changement qui s'introduifit de nouveau
dans cette Province. Hugues le Noir ,
qui gouvernoit le Comté de Bourgogne ,
quoique dépouillé par ce Prince d'une
partie de fon autorité , lui fut fidele , &
ce fut par fon fecours que le Roi de France
remporta d'abord de grands avantages fur
Othon , Roi de Germanie , qui favorifoit
les mécontens : mais de fâcheux revers
faillirent à détrôner Louis. La Bourgogne
fut ravagée , & le Comte Hugues ne conferva
fon gouvernement , qu'en renonçant
à la domination du Roi de France.
Cette Province ſe réunit alors à la Bourgogne
transjurane par les victoires du Roi
de Germanie , qui s'étoit emparé de la
perfonne de Conrad , Roi de Bourgogne ,
& qui gouvernoit fes Etats pendant fa
minorité. Cette révolution eft certaine
puifque dès-lors tous les actes furent datés
du regne de Conrad : l'inveftiture de la
terre de Salins, & différentes donations faites
à l'Eglife Métropolitaine de Besançon ,
en forment les preuves les plus remarquables.
Par cette révolution, M. Dagay expli
JANVIER. 1757. 137
que comment les chartres du Comté de
Bourgogne , ne fixent le commencement
du regne de Conrad qu'en 939 , quoiqu'il
ait fuccédé immédiatement à Rodolphe II
Roi de Bourgogne , mort en 937. A cette
époque on voit difparoître tous les actes
de domination exercée précédemment par
les Rois de France .
La mort de Rodolphe le Fainéant , éteignit
dans le fiecle fuivant le Royaume de
la Bourgogne transjurane , qui fe confondit
dans la perfonne de l'Empereur Conrad
avec des Etats plus confidérables. Ses Succeffeurs
continuerent de prendre le titre
de Roi d'Arles & de Bourgogne pendant
plufieurs fiecles ; mais leur autorité fe réduifoit
infenfiblement à la haute fouveraineté
fur la plupart des Provinces qui compofoient
ces deux Royaumes. Elles ont été
réunies en grande partie , & par les titres
les plus légitimes , à la Monarchie françoife
, dont elles avoient été démembrées par
ufurpation.
La differtation de M. Dagay fut fuivie
de l'éloge hiftorique de M. Bietrix de Pelouzey
, Confeiller au Parlement , fait par M.
le Préfident de Courbouzon , Secretaire.
perpétuel de l'Académie .
La diftribution des Prix fuccéda à la
lecture de cet éloge hiftorique . M. Dagay
138 MERCURE DE FRANCE.
annonça que l'Académie avoit décerné le
prix d'Eloquence à un difcours qui a pour
devife , Plus vident oculi quàm oculus , &
qu'elle avoit jugé digne de l'acceffit le Difcours
de M. Bergier , Curé de Flangebouche.
M. Durey- d'Harnoncour , Receveur
général de Franche- Comté , s'eft déclaré
l'Auteur de l'ouvrage couronné.
L'Académie avoit demandé , pourquoi le
jugement du Public eft ordinairement exempt
d'erreur & d'injustice ?
Après la lecture de ce Difcours , M. Dagay
déclara que l'Académie avoit déféré le
Prix de littérature à une Differtation qui a
pour devile , Tu regere imperio Populos ,
Romane , memento ; & qu'elle avoit jugé
dignes de l'acceffit les Differtations de M.
Trouillet , Curé d'Ornans ; de M. Bergier,
Curé de Flangebouche , & de M. Chevalier
, Maître des Compres à Dole.
Cette Compagnie avoit propofé pour
fujet : Quelles étoient les voies romaines dans
le pays des Séquanois ? L'Auteur de la Differtation
couronnée eft Dom Jourdain ,
Prieur des Bénédictins d'Autun .
La lecture de cette differtation fut fuivie
de celle du Mémoire de M. Robert ,
Directeur de la forge de Ruffec en Angoumois
, qui a remporté le Prix des Arts.
L'Académie avoit invité les Artiſtes à
JANVIER. 1757. 139
donner la meilleure maniere de conftruire
& de gouverner un fourneau à fondre des
mines de fer , relativement à leurs différentes
efpeces ; de diminuer la conſommation du
charbon ; d'accélérer le temps de chaque coulée
, & de donner une meilleure qualité au
fer & à la fonte.
M. Robert , après avoir pris dans fon
fujer ce qu'il peut y avoir d'hiftorique
pour en former le préambule de ſon Mémoire
, rapporte , fur les différens objets
indiqués dans le programme , les obfervations
qu'il a faites d'après des expériences
réitérées. Il diftingue d'abord deux
efpeces de mines qui font varier la méthode
de conftruire & de gouverner un
fourneau . Les mines froides qu'on tire
d'une terre graffe font les plus difficiles à
fondre , parce que la qualité de cette
terre eft froide , & qu'elle fe durcit plutôt
qu'elle ne fe fond ; ce qui caufe fouvent
des embarras confidérables , fi l'intérieur
du fourneau ne préfente pas des
reffources contre cet inconvénient. Les
mines chaudes , que l'on trouve dans des
terreins fablonneux & pierreux , font les
plus faciles à fondre , fans doute parce
que les fables & cailloux , dont la nature
eft difpofée à la vitrification , occupent
moins de particules de fer que
140 MERCURE DE FRANCE.
les terres graffes. Toutes les mines participent
plus ou moins du chaud ou du
froid , foit par leur nature , foit par le
mêlange que le fondeur en peut faire ;
c'eft la connoiffance de ces qualités qui
doit régler les dimenfions de l'intérieur
des fourneaux. L'Auteur en décrit trois
efpeces différentes ; la premiere pour les
mines les plus froides , la feconde pour
les mines les plus chaudes ; & la troifieme
pour fondre des mines chaudes &
froides que l'on a mêlées enfemble. Il
ne fe contente pas de diriger la main dans
la conftruction de ces trois différens fourneaux
, il éclaire encore l'efprit , en lui
rendant compte des raifons qui lui font
adopter en tel cas une dimenfion ou une
forme , plutôt qu'une autre.
11 paffe enfuite à la maniere de gouverner
un fourneau ; fes préceptes font
toujours le résultat de fes expériences. La
façon de charger , par exemple , lui avoit
paru exiger quelque changement . Ses prédéceffeurs
dans la forge de Ruffec avoient
coutume de faire fix groffes charges de
charbon en douze heures ; il imagina
que deux petites charges féparées fondroient
plus de mines qu'une groffe charge
qui les égaleroit , parce que les matériaux
> en rafraîchiffant plus fouvent la
JANVIER. 1757. 141
partie fupérieure du fourneau , devoientconcentrer
la chaleur dans la cuve où
la mine fe délie.
La plus importante obfervation de M.
Robert a pour objet d'épurer les mines ,
parce que c'est le moyen le plus efficace
de diminuer la confommation du charbon
, & de donner une meilleure qualité
au fer & à la fonte. On ne peut con
tefter le double avantage qu'on fe procure
en nettoyant les mines avec le plus grand
foin ; chaque efpece de mine fe trouve
dans des terres dont la qualité eft contraire
au diffolvant qu'elle exige pour fe
réduire en fufion . La premiere action du
feu qui fe porte fur les matieres étran
geres dont la mine eft chargée , est en
pure perte , tandis qu'elle pourroit être
uniquement employée à fondre la mine .
L'Auteur décrit trois fortes de lavoirs
qu'il trouva établis en Angoumois , &
dont deux font connus en Franche- Comté :
mais comme avec leur fecours il n'atteignoit
pas encore le point de perfection qu'il
s'étoit propofé , il inventa un autre lavoir
dont il a joint les plans & profils à fon
Mémoire . Pour en concevoir une idée il
fuffira de fe repréfenter une cuve quarrée
de quatre pieds , dont le fond eft compofé
de madriers garnis de tôle. Ce fond
142 MERCURE DE FRANCE.
eft percé de plufieurs trous de telle mefure
, que les grains de mine ne puiffent
s'échapper par ces ouvertures. La cuve eft
élevée de deux pieds au deffus du terrein ,
pour faciliter l'écoulement de l'eau qui
y eft introduite par un canal. L'eau fecondée
d'un efpece de rateau de fer dont
un homme fe fert pour remuer la mine ,
détache efficacement les parties hétérogenes
, parce qu'il n'y a point de terre qui
réfifte au frottement du fer contre le fer.
« Il eſt éprouvé , dit M. Robert , par
procès verbaux du Sénéchal de Ruffec
, que ceux qui m'ont précédé dans
la régie de ces forges confommoient
» chaque année 4700 facs de charbon audelà
de ce qu'il m'en faut pour la mê-
» me quantité de fonte ; ce qui fait une
épargne de 12 à 15 cordes de bois par
"an fur le feul fourneau. »

ور
و ر
»
"
les
Ce moyen extrêmement fimple pour
parvenir à cette épargne , contribue encore
à perfectionner la qualité du fer. Si
on ne réuffit pas à purger la mine de ces
matieres étrangeres , elles fe mêlent avec
elle lors de la fufion , & en alterent conféquemment
la bonté : elles diminuent
d'ailleurs le degré de chaleur qui peut
être néceffaire pour purifier la fonte. Délà
quel inconvénient en réfulte- t'il , fur- :
JANVIER. 1757. 143
tout lorsqu'il s'agit de fondre des pieces
d'artillerie a Il ne faut qu'une parcelle de
mauvaiſe fonte pour les faire éclater , ou
pour y former des chambres qui les font
mettre au rebut. L'Auteur enfin croit également
inutile & dangereux d'accélérer le
temps de chaque coulée : il eft parvenu
au même but par la méthode qu'il propofe
, puifque fon fourneau lui rend en
24 heures près d'un millier de fonte de
plus qu'il n'en rendoit à fes devanciers.
La Séance fut terminée par l'annonce
des Sujets propofés pour les Prix de l'année
1757 ; les deux premiers fondés par
feu M. le Duc de Tallard , & le troifieme
par la ville de Befançon.
Le Prix d'Eloquence eft une médaille
d'or de la valeur de 350 livres. Le fujet
du difcours , qui doit être d'environ
une demi -heure , fera : Pourquoi dans la
fociété a t'on communément plus d'indulgence
pour les vices , que pour les ridicules ?
Le Prix de Littérature eſt une médail
le d'or de la valeur de 250 livres . Le
fujet de la differtation fera : Eft ce à titre
de conquête , ou à titre d'hofpitalité , que
les Bourguignons fe font établis dans les
Gaules ?
Le Prix des Arts eft une médaille d'or
de la valeur de 200 livres , deftinée à ce144
MERCURE DE FRANCE.
lui qui indiquera la meilleure manière de
remédier aux engorgemens des moulins dans
les crues d'eau .
Les Auteurs font avertis de ne pas
mettre leurs noms à leurs ouvrages , mais
une marque ou un parafe avec telle divife
ou fentence qu'il leur plaira. Ils la répéteront
dans un billet cacheté , dans lequel
ils écriront leurs noms & leurs adreffes.
Les pieces de ceux qui fe feront connoître
, par eux- mêmes ou par leurs amis ,
ne feront pas admifes au concours.
Ceux qui prétendront aux Prix font
avertis de faire remettre leurs ouvrages
avant le premier du mois de Mai prochain
au Sieur Daclin , Imprimeur de
l'Académie , & d'en affranchir le port ;
précaution fans laquelle ils ne feroient
pas retirés.
LETTRE fur l'Eloquence de la chaire ,
& en particulier fur celle de Bourdaloue.
& de Maffillon. Cette brochure fe vend
chez Lottin , rue S. Jacques , au Coq.
ARTICLE
JANVIER. 1757 . 145
ARTICLE I I I.
SCIENCES ET BELLES - LETTRES.
GÉOGRAPHIE.
SUITE de la Leure de Dom Auguftin
Calmet , fur la terre de Geffen & fur le
Royaume de Tanis en Egypte.
LEES Pafteurs ou Hycfos , dont parle Manethon
, Auteur Egyptien ( 1 ) , qui s'emparerent
de l'Egypte , fous la conduite de
leur Roi Timaus , & que Jofephe l'Hiſtorien
, fuivi de beaucoup d'autres , a cru
être les Hébreux attirés dans ce Pays par
le Patriarche Jofeph ; ces Pafteurs , dit
Manethon , firent irruption dans l'Egypte ,
fous la conduite d'un Chef nommé Timaiis
, & s'en rendirent maître fans combat
. Ils établirent Roi un d'entr'eux nommé
Salatis : ils fixerent leur demeure dans
le Nome nommé Saïte , à l'Orient du bras
du Nil , nommé Bubaſte, qui s'appelle Aba-
(1) Jofeph. contrà Appion. 1. 2.
1. Vol.
G
146 MERCURE DE FRANCE.
ris dans l'ancienne Théologie des Egyptiens.
Ils fortifierent cette place , & y mirent
une garnifon de deux cens quarante
mille hommes : cette garnifon fi nombreuſe
n'étoit pas fans doute pour la feule
Ville de Bubafte ou d'Abaris , mais pour
tout le Nome habité par les Hycfos ou
Pafteurs. On fçait que Bubafte étoit ſituée
dans la baffe Egypte & dans le Delta , de
même que Tanis. ( 1 )
Moïfe ayant converti en fang les eaux
du Nil voifin de la Ville de Tanis , les
Egyptiens furent obligés de creufer des
foffes ou des puits aux environs , pour y
trouver de l'eau potable , & lorfque le
même Moïfe eût fait venir une infinité de
mouches & de moucherons fur les terres
du même pays, on n'en vit aucunes dans la
terre de Geffen . ( 2 ) La Ville de Tanis n'étoit
donc pas fituée dans ce pays.
Pélufe étoit affez éloignée de Tanis. Le
nom de Pélufe n'eft pas Hébreu ; il vient
du Grec Pelos , de la Boue , comme qui
diroit la Ville Boueufe . Dans Ezéchiel ( 3 )
Péluſe eſt nommée Sin la force de l'Egypte ;
parce qu'en effet elle étoit comme la clef
de ce pays , & la premiere qui fe rencon-
"
. ( 1 ) Plin. 1. 5 , c. 9 .
(2 ) Exod. viij , 22.
( 3 ) Ezechiel , xxx , 15-16.
JANVIER. 1757 . 147
troit en venant de la Paleſtine , de l'Arabie
& de la Syrie. Voici l'Hébreu à la
lettre du texte d'Ezechiel : Je ferai ceffer
les Idoles de Noph & les Princes de la terre
d'Egypte , & je défolerai Pathron ; j'enverrai
le feu dans Zohan , & j'exercerai mes jugemensfur
No , & je repandrai ma colere fur
Sin ( ou ) Pélufe , qui eft la force de l'Egypte
, je détruirai la multitude de No ; &
j'envoyerai le feufur Mizraim ( l'Egypte ) :
Sin jera dans une douleur extrême , & No
& Sin feront accablées de douleur , & le jour
fera changé en tenebres à Taphnis.
Il y a apparence que Noph fignifie Memphis
, capitale de la haute Egypte , aujourd'hui
tellement détruite , qu'à peine en
découvre- t'on les ruines ; mais on voit au
voifinage le Village de Menfulph , qui
conferve une partie du nom ancien de
Noph. Memphis ne regarde pas directement
notre fujet , étant fort éloigné de la
terre de Geffen & de Tanis.
Patro ou Paturis , eft apparemment
Thebes & la Thébaïde , qui ne font pas
non plus du fujet que nous traitons . Zohan
eft Tanis , capitale de la Dynaftie Taniti
que , & du Royaume du Roi d'Egypte ,
qui maltraita les Hébreux : nous en avons
traité ci- devant .
No. S. Jerôme a traduit ce terme par
Gij
14S MERCURE DE FRANCE.
Alexandrie , quoiqu'il n'ignorât pas que
cette Ville ne fût beaucoup plus récente
qu'Ezéchiel & que le Roi de Babylone ,
dont ce Prophete fait ici mention : les
Septante ont traduit No , par Diofpolis ,
qui étoit à la pointe du Delta vers le midi .
Sin , fignifie Pélufe ; le Chaldéen , S. Jerôme
& la plupart des Interpretes traduifent
ainfi l'Hébreu Sin. En Syriaque Sin
fignifie de la Boue ; & cette fignification
auffi-bien que la fituation de Pélufe , lui
a fait donner ce dernier nom , qui en
Grec fignifie Boueux : en effet Pélufe eft
fituée dans un endroit aquatique , fale &
boueux ; mais l'Hébreu Sin , n'a été changé
en Pélufe que depuis la domination des
Grecs en Egypte.
Affez près de la Ville de Pélufe étoit
celle de Thaphnis , & en Hébreu Tayphenés,
(1 ) en Latin Daphné ; on voit chez les Anciens
Daphna Pelufia , comme Daphne
Antiochena . Daphné , au voifinage de la
Ville d'Antioche , étoit un lieu délicieux
fon bois facré & fes belles eatix . On
peut croire qu'il en étoit de même de
Daphné près Pélufe . Jérémie parlant de
Thaphnis , dit que Nabuchodonofor y
plaça fon Trône ; & Ezéchiel ( 2 ) que le
(1) Jerem. xxxiij , 7 , 8.
par
(2) Ezéshiel , xxx , 14 , 18 .
JANVIER. 1757. 149
jour fera changé en nuit , lorfque Nabuchodonofor
aura brife les barres & les fortereffes
de l'Egypte ; c'est - à - dire , Pélufe , qui étoit
comme la clef de ce pays là . Diodore de
Sicile , dit que Séfeftris , Roi d'Egypte , fit
faire une chauffée ou une levée depuis Héliopolis
juſqu'à Pélufe , à la longueur de
quinze cens ftades , ou de fix à fept lieues ,
pour garantir l'Egypte des irruptions des
Syriens & des Arabes de ce côté- là .
La Ville de Damiette n'eft point dénommée
dans l'Ecriture , à moins que ce
ne foit Timaüs , qui eft le nom que Manethon
donne au Roi des Hycfos ou Pafteurs
, qui s'emparerent de l'Egypte , &
qu'on croît être les mêmes que les Hébreux
, qui vinrent dans ce pays avec leurs
enfans ; ou plutôt Damiette pourroit être
Thaphnés , dont il eft fouvent parlé dans
l'ancien Teftament ; par exemple dans Jérémie
11. 16. Les enfans de Memphis & de
Thapnes vous ont fouillé jufque fur la tête
& le même Prophete XLIII . 7, 8 , 9. dit
les Ifraélites incrédules à la voix de
Jérémie , s'avancerent jufqu'à Taphnis ,
& il dit aux Hébreux que le Roi de Babylone
y placera fon Trône ; & encore en
Jérémie XLVI. 14. annonce dans l'Egypte
dans les Filles de Mageddo , de Memphis
que
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
de Taphnis , que le Seigneur envoyera le
glaive fur toute l'Egypte.
Il eft certain que Damiette eft fort différente
de Pélufe. Damiette étoit , dit- on ,
dans le Delta , au lieu que Péluſe étoit
hors du Delta , à 20 milles de la mer , felon
Strabon. Un moderne confulté par la Martiniere
, Dictionnaire Géographique , article
Damiette , affure que les ruines de Damiette
font à préfent affez éloignées de la
mer , & qu'on ne fçauroit douter qu'elle
ne fût bâtie fur les ruines de l'ancienne
Thamutis , & que Pélufe ne foit l'ancienne
Pharma ou Pharama.
G ,
Damiette eft environnée de marais , ainque
les autres Villes de la baffe Egypte.
qui font bâties fur des chauffées qu'on a
élevées pour les mettre à couvert des inondations.
Il pleut à Damiette plus qu'en
aucun autre endroit de l'Egypte ; ce qui
contribue à rendre fon terrein boueux . On
compte de Damiette à la mer rouge plus
25 lieues , & du Caire à Damiette , environ
quarante.
de
Strabon ( 1 ) dit que Pélufe eft éloignée de
vingt ftades ou cinq lieues de la mer Méditerranée
, environnée de lacs ou de marais
, qu'on appelle Barathra, des gouffres.
(1 ) Strabon , 1. 17.
JANVIER. 1757. I SI
Le Voyageur , dont j'ai parlé ci - devant,
dit que le Nil fe décharge dans la mer , à
deux mille pas au deffous de Damiette ;
que cette Ville eft encore grande & importante
à caufe de fon port fur la Méditerranée.
Elle contient environ vingtcinq
mille habitans , fans compter un Village
qui eft à l'autre côté du Nil , & qui
peut être regardé comme un Fauxbourg
de Damiette , & qui pourroit être un refte
de l'ancienne Pélufe. La campagne d'alentour
eft remplie de jardins & de grands
quarrés pour femer du ris. Ces quarrés
font un peu plus bas que le reste du terrein
, pour y retenir les eaux , où cette
forte de plante aime à fe baigner prefque
toujours. Ceux qui font éloignés du Nil
en prennent l'eau dans un grand étang
qui eft à une lieue de la Ville , entre l'Qrient
& le Midi. Son terroir eft extrêmement
fertile , & avec le commerce de la
mer , la rend, après la capitale , la plus riche
Ville de l'Egypte. Elle eft environnée
de marais ainfi que les autres Villes de la
baffe Egypte , & quand les eaux du Nil
font retirées , il en refte encore affez pour
faire de ces lieux des marais remplis.de
boue,
( 1 ) Voyez le Dictionnaire Géographique de la
Martiniere , article DAMIETTE ,
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
Le Roi Pharaon , perfécuteur des Hébreux
, ne régnoit donc pas dans toute
l'Egypte , comme on le fuppofe ordinairement
, pas même dans toute la baffe Egypte
, ni dans tout le Delta , où il y avoit
d'autres Villes que Tanis qui avoient leurs
Rois particuliers. Il régnoit encore beaucoup
moins dans la haute Egypte , où l'on
voyoit les Rois de Thebes , de Memphis ,
de Babylone, ou de l'Etopolis & d'Héliopolis.
La même chofe fe voyoit dans tous les
pays des environs , du temps des Patriarches
, de Moïse & de Jofué . Ainfi on
trouve dans l'Ecriture , les Rois de Gerare ,
d'Amalec , de Sodome , de Gomorre , de
Moab , d'Ammon , de Tyr , de Sidon , d'Edom
, &c. Par conféquent nous ne difons
rien que de très- certain en avançant que
dans l'Egypte , il y avoit prefqu'autant de
Rois que de Villes confidérables.
Ce Pharaon qui maltraita les Ifraélites ,
avoit fon fiege à Tanis , & dominoit fur
la terre de Geffen , qu'il avoit cédée aux
enfans de Jacob. Ceux- ci ne partirent pas
de Tanis , qui étoit à 15 milles ou 5 lieues
d'Héliopolis , mais de Pélufe qui étoit à
25
lieues de la mer rouge, & qui étoit fort
voifine de Pharama ou de Rameflé ; car
il y a apparence que ces deux noms ne fignifient
que la même Ville.
JANVIER. 1757 . 153
Il eft remarqué que Pharaon contraignit
les Hébreux à lui bâtir les Villes de Trefors
, Pithom & Rameffé. Les Hébreux nommerent
Tréfors , non feulement l'or & l'argent
, mais même les amas de grains , de
vins , d'huiles & d'autres provifions néceffaires
à la vie. Ce Roi leur fit donc bâtir
pour fon profit des Villes & des Magafins
, comme il s'en voit affez fouvent dans
les grandes Villes d'Orient où l'on referve
les bleds pour le befoin public.
Pithom ; on croit que c'eft Bubafte ,
Ville fituée dans le Delta . Hérodote (1 )
a parlé des grandes digues qui fe voyoient
à Bubafte , pour arrêter le débordement du
Nil.
Rameffé étoit une Ville confidérable de
la baffe Egypte , puifqu'elle donnoit le
nom à tout ce pays. ( 2 ) Je vous établirai
dans le meilleur canton de ce pays , dans la
terre de Rameffé , dit Pharaon à Jacob.
Rameffé fubfiftoit donc avant l'arrivée
des Hébreux én Egypte ; & quand Moïfe
dit que Pharaon obligea les Ifraélites à
lui bâtir la Ville de Rameffé , il faut entendre
qu'ils l'agrandirent , ou qu'ils la
fortifierent , ou même la rétablirent : &
9 ( 1 ) Hérodote , 1. 2
(2) Geneſe , xlv , 11.
ch. 37
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
dans l'Exode ( 1 ) il eft dit que les Ifraélites
, à leur fortie de l'Egypte (2 ) , partirent
( 1 ) Exod. xxij , 37.
(2 ) Nous avons lu la Differtation de M. Boivin
l'aîné , au tome 3 de l'Hiftoire de l'Académie des
Infcriptions , page 23 , dans laquelle il prétend
montrer que les Hébreux pafferent 430 ans en
Egypte qu'ils y vécurent d'abord pacifiquement
au nombre de 71 perfonnes ; qu'ils y entrerent
enfuite en Conquérans , fous le nom de Rois Pafteurs
, ayant à leur tête le Patriarche Ephrain ,
nommé Salathis dans Manethon , avec fes fils
Beria , Baphra , Befeph , Také & Thaan , dénommés
dans les Paralipomenes , 1. par. vij. Ce font
cès Rois Pafteurs qui conquirent l'Egypte , & qui
y régnerent , felon Manethon.
A eux fuccéderent les Hébreux captifs & maltraités
par le Roi Pharaon , qui ne connoiffoit pas
Jofeph , ni les grands fervices qu'il avoit rendus
à l'Egypte. Ces derniers Hébreux conquérans ,
firent la guerre aux Egyptiens , & régnerent dans
leurs pays l'espace d'environ cent ans , pendant
lefquels ils travaillerent à y établir le culte du
vrai Dieu. Mais étant eux -mêmes tombés dans le
déréglement & dans l'idolâtrie , Dieu les livra au
Roi d'Egypte , qui les perfécuta , comme il eft dit
dans le livre de l'Exode . Ils reconnurent enfin
leur faute : ils recoururent à Dieu qui leur envoya
Moïfe , qui les tira de l'Egypte , comme nous le
lifons dans le livre de l'Exode.
Cette Differtation de M. Boivin l'aîné , fut
attaquée par M. l'Abbé Banier , qui fuivant pied
à pied fon adverfaire , prétend renverfer tout fon
fyftême : on peut voir leurs preuves & leurs raifons
pour & contre ,
dans les endroits que nous
JANVIER. 1757. 155
de Rameffe , & dans les Nombres ( 1 ) que
les Ifraélites fortirent de Rameſſe le fecond
jour de la Pâque , & vinrent coucher à
Socoth . Socoth étoit donc éloigné du lieu
de leur départ de 7 à 8 lieues . Les anciens
Géographes ne parlent point de Rameſſe ,
& les modernes la placent au hazard dans
la baffe Egypte & dans la terre de Geffen
.
Socoth , fignifie des tentes , apparemment
parce que les Ifraélites y camperent
à leur fortie de l'Egypte , ou parce que
dans la fuite on y bâtit une Ville ; comme
dans la Geneſe ( 2 ) on remarque que
la Ville de Socoth fut bâtie au lieu où Jacob
, au retour de la Méfopotamie , avoit
dreffé fes tentes & avoit campé avec toute
fa fuite.
L'Ecriture remarque que les Ifraélites
fortirent de l'E . ypte en ordre de bataille
nous nous contenavons
indiqués . Nous ne prétendons pas nous
rendre juges de ce différend
tons de remplir ici notre deffein , qui eft de faire
connoître la fituation du pays de Ceffen , & celle
du Royaume de Tanis d'on les Hébreux partirent
au nombre de 60040 mille hommes , pour fe
rendre fur la Mer- Rouge , où Dieu lear onvrit
miraculeufement un paffage au travers des eaux
de cette mer.
(1) Nomb. xxxiij , 17.
(2 ) Gen. xxxiij , 17.
G vj
156 MERCURE DE FRANCE .
expediti( 1 ) ou armati, à la lettre 5 às comme
des foldats en marche réglée. Nous avons
prouvé dans le Commentaire fur le Livre
des Nombres , Chap. XIII , v. 18 , que les
anciens Egyptiens rangeoient ainfi leurs
foldats cinq à cinq. Voyez auffi Homere ,
Iliad . III. On ne doit donc pas fe figurer
l'armée des Ifraélites comme une troupe
de fugitifs , qui marchent en défordre &
fans garder aucun rang. Moïfe étoit trop
habile pour expofer ainfi fon peuple à une
défaite certaine , dans un pays ennemi.à
la vue d'un puiffant Roi , toujours prêt à
les pourfuivre & à les attaquer..
Remarquez que dans les Villes que Pharaon
ordonna aux Ifraélites de bâtir, ( 2 ) on
n'employa que de la brique mêlée avec la
paille hachée , & cuite feulement au foleil
. Les lignes ou les terraffes que les anciens
Rois d'Egypte entreprirent pour ga
rantir leurs pays des irruptions des Barbares
& des autres peuples d'Orient , n'étoient
que de terre ou de briques cuites
au foleil , parce que dans la baffe Egypte
les pierres font très -rares . Je ne dirai point,
après plufieurs anciens & grand nombre
de nouveaux Ecrivains , que le terrein de
la baffe Egypte n'eft qu'un préfent du Nil ,
(1 ) Nomb. xiij , 18 ..
(2) Exod. v. , 8., 201
JANVIER . 1757. 157
qui dans fes inondations apporte une fi
grande quantité de limon avec fes eaux
bourbeufes , qu'il augmente, après un certain
nombre d'années , le terrein où il féjourne
pendant fes inondations . Ce fentiment
a été fi folidement réfuté dans l'Académie
des Infcriptions ( 1 ) par M. Freret,
que je ne pense pas qu'il fe trouve à préfent
perfonne qui le veuille ou le puiffe
faire revivre.
Moïfe comparant les avantages de la
terre de Chanaan qu'il promettoit aux.
Ifraélites , avec la terre de Geffen , qu'ils
quittoient , leur dit que dans la terre promife
les pierres y font communes & ont la
dureté du fer : Cujus lapides ferrum funt. (2)
Le même Moife relevant encore la terre
de Chanaan fur celle de la baffe Egypte
, d'où les Ifraélites étoient fortis , dit
qu'ils y trouveront une terre arrofée de
fontaines & de ruiffeaux , & dont les montagnes
produifent des rivieres , qui arrofent
les vallons. Vous n'y verrez point ces
fcorpions & ces bêtes venimeufes , qui
font fi fréquens en Egypte , & vous ne
ferez point obligés de tirer avec vos pieds
les eaux pour arrofer vos terres . Ceci prou
ve évidemment que les Hébreux ne de-
(1) Hiftoire de l'Acad . des Infcript . t. 6.
(2) Deuteron. viij .
158 MERCURE DE FRANCE.
meuroient pas dans la haute Egypte , ni
même dans le Delta , où le Nil fournit
en abondance des eaux pour arrofer toute
la campagne . Ceux qui habitoient à Tamis
, à Damiette ou à Pélufe , & fur le
bras Oriental du Nil ne manquoient pas
d'eau ; ils en avoient autant & plus qu'ils
n'en vouloient on peut fe fouvenir de
ces grands lacs qui font près Tanis , Damiette
& Pélufe , d'où l'on tire l'eau
arrofer les terres des environs (▲ ).
pour
,
Mais ceux qui habitoient dans le pays
des environs de Geffen , ou de Rameffé
où il n'y a ni rivieres , ni fontaines , ni
fources d'eau potable , étoient obligés d'ufer
d'induftrie pour arrofer leurs champs,
& de tirer l'eau du Nil , avec beaucoup de
travail , par le moyen de certaines machines
hydrauliques , qu'on faifoit tourner
avec les pieds , par le moyen defquelles on
élevoit l'eau à certaine hauteur , d'où elle
fe répandoit enfuite fur les champs pour
leur donner la fécondité.
Philon , parlant de ces machines , en
fait cette defcription . C'est une roue
qu'un homme fait tourner avec les pieds ,
en montant fucceffivement fur divers de-
(1 ) Deuter. viij , 7 , 8. Nomb . xj . 9. Phon
de confufione linguar. p . 325. Grotius & le
Clerc , in Numer.
JANVIER. 1757. 159
grés qui font au - dedans de la roue ; mais
comme en tournant toujours il ne pourroit
pas fe foutenir , il tient de la main
un appui immobile qui l'arrête , enforte
que dans cet ouvrage , les mains font
l'office des pieds , & les pieds l'ouvrage des
mains.
De Socoth les Hébreux arrivent à Phiahroth
ou au defilé des foffés ou des trous.
Le R. P. Sicard dit qu'on en trouve encore
quantité dans le défilé qui conduit
par la montagne à la mer rouge ; mais
quand aujourd'hui on y en verroit plus
ou fort peu , cela ne prouveroit point
qu'il n'y en eût pas au tems de Moïfe : ces
fortes de chofes fe détruiſent d'elles - mêmes
, & les foffés fe comblent naturellement.
On connoît dans la baffe Egypte la
Ville de Phagrorium ( 1 ) qui donne for
nom au Canton nommé Phagroriopolium ,
qui étoit près le canal (2 ) que les Rois
d'Egypte avoient tiré de la mer Rouge au
Nil : ce nom de Phagrorium a quelque
conformité à celui de Phiabroth.
Après cela les Ifraélites fe trouverent
entre Migdol & Beelfephon. Migdol figni-
( 1 ) Voyez Cellar . Geograph. t . 2 , p. 40 ,
41 , 42 .
(2 ) Strab. Stephan de urbib. Diod. lib. 1.
160 MERCURE DE FRANCE.
fie une tour : l'Ecriture ne nous dit rien
de pofitif fur cela , fi c'étoit une ſimple
Tour ou une Bourgade nommée la Tour.
Beelfephon eft le nom d'une Divinité ;
à la lettre , le Dieu du Nord , apparemment
Adonis , qui avoit été mis à mort
par un fanglier dans la montagne du Liban
, au Nord de l'Egypte & de la terre
de Promiffion . On fçait que les Hébreux
affectoient de ne pas nommer les Dieux
étrangers de leur nom propre ; ils leur
donnoient des noms de dérifion : ainfi ils
nommoient Adonis , le Mort , le Caché ,
Thammus , l'Idole de Jalousie , le Dieu du
Septentrion ; de même ils appellent Beelfebuth
, Belzebuth , le Dieu Manche , ou Bal
febulle , le Dieu d'Ordure ; Betavin , la
Maifon d'iniquité au lieu de Bethel , la
Maifon de Dieu , où l'on adoroit les Veaux
d'or. Le culte d'Adonis étoit très - ancien
& très- célebre dans toute l'Egypte : c'étoit
l'époux & le bien- aimé d'Ifis , la premiere
Divinité de ce pays.
L'Auteur qui a fi bien traité le paffage
de la mer Rouge , fuppofe que quand
Moïfe demandoit à Pharaon d'aller à trois
journées de chemin ( 1 ) dans le déſert ,
pour y facrifier au Seigueur , il entendoit
parler des montagnes de la Thébaïde , qui
(1 ) Exod. iij., 194
JANVIER. 1757. 161
font au long & à l'Orient de la mer Rouge,
au deffous & à l'Orient de la fameufe
Ville de Thebes la grande ; ce qui ne paroît
nullement probable. Ces montagnes
de la Thébaïde étoient à plus de 30 où
35 lieues de la terre de Geffen , & audeffus
du Caire . Il eft vrai que les Anciens
mettoient le paffage de la mer Rouge
à Colfem , vers le Monaftere de Saint
Antoine , fitué dans ces montagnes de la
Thébaïde ; mais les Auteurs modernes ,
dont nous avons fait l'éloge , ont fi bien
prouvé que ce paſſage s'eſt fait à l'extrêmité
Septentrionale de cette mer , qu'on
ne peut plus fe refuſer à leur fentiment.
De tout ce que nous venons de dire ,
il paroît certain que la terre de Geffen ou
Gozen , ou la terre de Pluye , nommée
auffi terre de Rameffé , étoit le pays qui
s'étend de l'Orient au Couchant , depuis
Tanis jufqu'au bras le plus Oriental du
Nil & au-delà vers la Paleftine & vers le
lac Sirbon & la Ville de Raphia ; Canton
nommé autrefois le Nome Arabique , &
attribué quelquefois à la tribu de Juda :
Que ce Canton avoit environ dix ou
douze lieues du Couchant à l'Orient ,>
dont les Hébreux n'habitoient que ce qui
( 1 ) Jofué , x , 41. xj , 16. XV , §1 . Gozen ..
162 MERCURE DE FRANCE.
produifoit des pâturages propres à la nourriture
de leurs troupeaux.
Que la Ville de Zoan ou Tanis étoit la
Capitale de la Dynaftie Tanitique , où
Moïfe opéra tant de miracles , & fituée
au-delà & au Couchant du bras du Nil ,
qui fe décharge dans la Méditerranée , à
l'Occident de Pélufe & à l'Orient de Damiette
; que les Ifraélites partirent apparemment
de Rameffé qui étoit leur rendezvous
général , pour s'avancer vers la mer
rouge par le défilé de Hirot , & qu'ils
pafferent la mer rouge
à une ou deux
lieues au deffous de fa pointe Septentrionale
, près Beelfephon.
Voici comme nous partageons leur
voyage. Nous avons vu que de Tanis à
Héracléopolis , il y a 22 milles , & d'Héracléopolis
à Pélufe 22 milles. Les Ifraélites
partirent du Canton Tanitique , fitué
entre Tanis & Héracléopolis , la nuit
de la Pâque , ou le 14 du mois Nifan , &
arriverent le même jour à Rameffé où étoit
leur rendez- vous général . ( 1 ) Ils y arriverent
le premier jour de leur marche , ayant fait
environ fept lieues ou 21 milles . Nous
fuppofons que Rameffé étoit la même que
Pharama ou Paramis , qu'on dit être la
même que Pélufe.
( 1 ) Exod. xiij , v. 38.
JANVIER. 1757. 163
De Rameffé ils fe rendirent à Socoth ,
où ils camperent ( 1 ); car ce nom fignifie les
Tentes ou le Camp , ayant fait encore
environ fix ou fept lieues.
De Socoth ils vinrent à Phihairoth après
fix ou fept heures de chemin. Delà ils allerent
à Beelfephon , fitué fur la mer Rouge ,
après un égal nombre de lieues .
Nous avons vu que de Pélufe on comptoit
jufqu'à la mer Rouge environ vingt
ieues. En donnant aux Ifraélites
fept
lieues par jour , on trouvera de Tanis ou
Héracléopolis
à la mer rouge , environ 27
ou 38 lieues ; ce qui eft un efpace trèsproportionné
à leur grand nombre , &
aux femmes & enfans qui les accompagnoient
dans un chemin plain & uni .
( 1) Exod. xiv , v. I , 2,3,7.
CHIRURGIE.
M. le Duc de Biron , fans ceffe occupé
de tout ce qui peut contribuer au bien
& à l'avantage des troupes , principalement
des foldats du Régiment des Gardes Françoifes
, convaincu d'ailleurs de l'efficacité
du remede de M. Keyfer, pour les maladies
fecrettes , par des expériences réitérées &
des fuccès toujours conftans , vient d'éta164
MERCURE DE FRANCE.
blir un Hôpital pour y faire traiter les
foldats du Régiment des Gardes avec le
remede & la méthode de M. Keyfer .
MM. Faget & Dufouard , Chirurgiens
Majors dudit Régiment des Gardes , ont
été chargés de l'infpection de cet Hôpital ,
& MM. Morand , Chirurgien- Major des
Invalides , & Guerin , Chirurgien - Major
des Moufquetaires , ayant été invités de s'y
joindre , ont bien voulu partager cette inf
pection ; au moyen de quoi ce fera ſous
les yeux de ces quatre habiles Maîtres de
l'Art que le remede fera adminiftré par le
Sieur Keyfer , & par les Sieurs Bourbelain
& Dieuzayde , Maîtres en Chirurgie , Adjoints
de l'Auteur , & devenus poffeffeurs
du remede & de la méthode de M. Keyfer ,
par l'acquifition qu'ils en ont faite.
Les portes dudit Hôpital feront ouvertes
à tous les Médecins & Chirurgiens qui
voudront voir & fuivre les maladies , les
traitemens & les fuccès , & il fera exactement
tenu registre & dreffé des procès- verbaux
de tous les malades qui feront entrés
dans ledit Hôpital , des maladies détaillées ,
& de leurs traitemens , à la fin de chacun
defquels il fera rendu au Public le compte
le plus exact & le plus fidele.
Suivant les certificats des plus habiles
Médecins & Chirurgiens , le remede de
JANVIER. 1757. 165
M. Keyfer a guéri depuis quinze mois une
quantité de maladies les plus graves &
les plus défefpérées , auxquelles les frictions
avoient été inutilement employées juſqu'à
fept fois. Nous pourrons donner les détails
de ces maladies , & les certificats de guérifon
fucceffivement. Ce remede a de plus
la commodité de pouvoir être mis en
ufage , fans que qui que ce foit , pas même
le domeftique d'un malade , puiffe s'en appercevoir
; il ne gêne en aucune façon
& ne peut produire aucun mauvais effet.
Ileft heureux pour le bien de l'humanité
que M. le Duc de Biron ait procuré
un fi grand avantage , & l'on ne peut
qu'applaudir à l'établiſſement de cet Hôpiral
, qui ne pouvoit être que l'ouvrage
d'un auffi grand Seigneur , d'un Citoyen
auffi zélé , & d'un coeur auffi généreux
& populaire.
SUITE DE LA SÉANCE PUBLIQUE
De l'Académie des Sciences , des Belles - Lettres
& des Arts de Rouen. La premiere partie a
paru dans le fecond Volume d'Avril 1756.
M. le Cat lut le réfultat de ſes obſervations
Météorologiques & Nofologiques ,
pour l'année Académique ,
166 MERCURE DE FRANCE.
La plus grande hauteur du Barometre a
été le 28 Janvier , à huit heures du matin ,
de 28 pouces fept lignes.

La plus grande deſcente à été le 8 Novembre
1755 , à 26 pouces lignes ;
terme auquel M. le Cat ne l'avoit point
vu depuis qu'il obferve le Barometre. Il
attribue ce grand défaut de denfité dans
l'air aux exhalaifons fouterreines dont l'atmoſphere
a été remplie par les foyers des
tremblemens de terre qui fe font fait fentir
alors dans plufieurs contrées ; exhalaiſons
que nous apportoit , le 8 Novembre , un
vent Sud fud-ou- eft ; au lieu que le premier
Novembre , jour de la ruine de Liſbonne ,
il régnoit ici un vent Nord-nord- eft qui
étoit contraire à ces exhalaifons. Il attribue
aux mêmes difpofitions fouterreines la féchereffe
des puits & des fources , obſervée
à Rouen , & aux mêmes exhalaiſons le peu
d'hyver que nous avons reffenti .
Car le jour le plus froid de l'année a
été , dans le printemps , le 25 Mars . Le
Thermometre de M. de Réaumur étoit ce
jour là au matin à quatre degrés au deffous
du terme de la glace . En hyver , il n'y a
eu qu'un jour , qui eft le 31 Janvier , où il
a été à degré au deffous du terme de la 444
glace , malgré des vents conftans Eft-nordeft
, qui donnent ordinairement en hyver
des froids cuifans.
JANVIER . 1757. 167
Ces obfervations , dit- il , nous font comprendre
combien la nature & l'état du
fol intérieur d'un pays contribue à la température
de l'air qu'on y refpire , & que
par- là un climat fort loin du Soleil peut
avoir une température fort douce , tandis
que des contrées qui en font voifines , peuvent
reffentir des froids rigoureux : telles
font les terres auftrales qu'on a trouvées en
1739 , enfevelies dans les frimats , & couvertes
de glace dans une faifon & à une
latitude où elles auroient dû jouir de l'été
le plus ardent & le plus beau.
Le jour le plus chaud de l'année a été
le 25 Juin , le Thermometre étant monté
ce jour- là au vingt- quatrieme degré.
Le jour le plus humide a été le 4 Janvier,
l'Hygrometre à corde étant à 30 degrés
au deffus de zero.
Le jour le plus fec a été le 3 Mai ;
l'Hygrometre étant defcendu ce jour - là
à 9 heures du foir , à 47 degrés au defſous
de zero .
M. le Cat donna enfuite l'obfervation
détaillée de la foudre tombée fur le maga
fin à poudre de Marum près Rouen , le s
Novembre , laquelle a fait plufieurs fracas
dans la charpente du magafin rempli de
poudre , a fait fauter les cercles de plu-
Leurs barrils qui la contenoient , en a dé❤
7
168 MERCURE DE FRANCE.
foncé plufieurs qui étoient vuides , le tout
fans avoir ni mis le feu à ces poudres , ni
laiffé le moindre veftige de brûlure aux
bois qu'elle a touchés & brifés. Le même
Secretaire fit la defcription d'une trombe
de terre obfervée à Bruxelles , laquelle a
enlevé avec beaucoup de violence des
draps roulés en paquets dans une blanchif
ferie .
Les pluies tombées dans le territoire de
Rouen dans l'année académique , montent
à25 pouces lignes.
La déclinaifon de l'aiguille aimantée y
étoit le premier Août de dix- fept degrés à
l'Oueft.
par
Les maladies des mois d'Août , Septembre
, Octobre 1755 , étoient des fievres
irrégulieres , peu inflammatoires , qui fe
terminoient des évacuations critiques .
Les délayans purgatifs accéléroient la cure.
En Novembre & Décembre , les mêmes
maladies étoient plus rebelles ; elles avoient
quelquefois de la malignité . Les faignées ,
les purgatifs & les émétiques doux les guériffoient.
En Janvier , Février , Mars 1756 , on
eut des fievres continues , accompagnées
d'éréfipeles , d'efquinancies & de fueurs
dont la plupart étoient falutaires : on eut
auffi quelques péripneumonies légeres.
En
>
JANVIER. 1757. 1
169
En Avril , Mai , Juin & Juillet ont
régné des rhumes avec fievres , des pleuréfies
, des péripneumonies bilieufes , des
fievres doubles tierces , continues , quelques
fievres milliaires ; des coliques épidémiques
, avec fievre , naufées , vomiffemens
, difficultés d'uriner , conftipations ,
&c.
>
M. le Cat lut enfuite l'éloge de M.
Moyencourt , Académicien Botanifte
Lieutenant de M. le premier Chirurgien
du Roi , l'un des Inftituteurs de la Société
qui a donné naiffance à l'Académie , né
le 24 Février 1681 , & mort le 10 Août
1755.
M. du Boullay , Secretaire pour les Belles
- Lettres , lut enfuite l'Éloge de M, de
Sacy , Confeiller au Parlement , & Académicien
, mort le 27 Novembre 1755 .
Il expofa d'abord les raifons qui ont
fait conferver la coutume refpectable d'honorer
la mémoire des Morts par des éloges
publics , aux Académies mêmes qui
ont cru devoir abolir celle des complimens
de réception. « Incapables de bleſ-
" fer la modeftie des morts , dit-il , &
» d'exciter la jalouſie des vivans , ces élo-
» ges ne font point dictés par l'adulation :
ils trouvent dans la variété des connoif-
» fances & des caracteres qui diftinguent
I.Vol. H
170 , MERCURE DE FRANCE.
و د
و د
» les hommes , une carriere étendue &
» intéreffante , une fource abondante d'inf-
» tructions , qui par des portraits peints
d'après nature , infpire l'amour des Scien-
» ces , des Lettres & des Arts , & la pratique
de la vertu , fans laquelle les connoiffances
& les talens ne méritent ni
» les refpects ni les hommages de la ſo-
» ciété .
ور
">
و ر
و ر
M. D. B. après avoir repréſenté M. de
Sacy comme un Magiftrat integre , & comme
un Académicien éclairé , finit fon éloge
par la peinture de fes vertus privées ;
»vertus folides qui ne doivent point à la
» vanité & au defir des louanges , une
» exiſtence paffagere & momentanée . M.
» de Sacy n'avoit point lieu de redouter
» cette épreuve qui , aux yeux du Sage
» reduit fi fouvent à leur juſte valeur ces
fuperficies brillantes , dont le vulgaire
» eft idolâtre. Il gagnoit à être connu ...
» Il époufa en 1727 Mademoiſelle de Mot-
» teville d'une famille diftinguée dans cer-
» te province par les dignités & par la
»piété , digne compagne de fes vertus ,
digne témoin de cette humanité bien-
» faifante , qui lui donnoit pour les mal-
» heureux des entrailles de pere , de cette
application invariable & uniforme à tous
» fes devoirs , plus difficile peut-être à la
و ر
ور
ور
و ر
JANVIER. 1757 . 171
» foibleffe & à l'inconftance humaine ,
» que des fingularités éclatantes infpirées
»fouvent par la vanité , & prefque tou-
» jours défavouées par la fageffe.
و ر
و د
M. le Cat lut l'obfervation d'une groffeffe
de trois ans moins trois mois , fuivie
d'un accouchement heureux , dont
l'enfant de la taille ordinaire des enfans
nouveaux nés , & bien portant en apparence
, ne voulut néanmoins prendre aucune
nourriture , & mourut au bout de
quatre jours. La même Dame , qui eft Mad.
*** de Jouarre près de Meaux en Brie ,
eft redevenue groffe quatre à cinq mois
après cet accouchement , & voici ( en
Août 1756 ) cinq ans trois mois de cette
feconde groffeffe plus longue déja de deux
ans & demi que la premiere. M. le Cat
a donné un grand détail de tous les faits
& des procès verbaux qui conftatent cette
obfervation extraordinaire , après quoi il
tente de l'expliquer.
Dans les premiers jours de la conception
, dit M. le Cat , il n'y a dans l'oeuf d'autre
mouvement propre à l'embrion , que
celui qui trace le plan de fa ftructure ,
& dont nous developperons ailleurs le
principe . Les vaiffeaux & les nerfs de la
mere pouffent dans ce germe , comme
dans toutes les autres parties qui lui ap-
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
d'apartiennent
, des fucs & des efprits qui
s'y affimilent , l'augmentent & donnent le
branle au mouvement progreffif & circulaire
qui s'y établit . Tous ces mouvemens
ne font dans l'oeuf qu'une diftribution
végétale de divers petits fleuves ,
dont les lits ou les enveloppes n'ont encore
ni confiſtance ni reffort . L'embrion dans
ce premier âge , croît à la façon des plantes
: il fe trouve proprement dans la claffe
des végétaux , & ne jouit guere que de cette
efpece de vie ; j'ofe même croire , ajoute
M. le Cat , qu'il ne parvient au rang
nimal , qu'après avoir paffé par la claffe
intermédiaire de la célebre famille des Polypes
; & c'eſt à fon féjour dans ces deux
états que je rapporte la formation des
enfans monftrueux , foit par la mutilation
, foit par la multiplicité des parties ,
& qui paroiffent réfulter de la confufion
de deux embrions en un feul . Car indépendamment
des raifons prifes de la formation
graduée & fucceffive des parties
de l'embrion , obfervées dans celle du poulet
, dans celle de l'homme même que
les avortemens ont fournis à nos èxamens
, dans quel autre état que celui
d'un végétal ou d'un polype , peut- on concevoir
la poffibilité de ces confufions &
de ces mutilations d'organes principaux
JANVIER. 1757. 173
qu'on remarque dans les monftres ? Tout
le monde ne fçait - il pas que dans un
animal vraiment & uniquement animal ,
elles feroient fuivies d'une mort certaine
& prefque toujours fubite.
>
Quoi qu'il en foit , continue M. le Cat,
dès que le plan du fyftême admirable de
l'embrion , qui n'eft d'abord qu'une gelée
, a acquis une certaine confiftance , &
que les fibres du coeur , par exemple
font vraiment des fibres , qu'elles ont du
reffort & un certain degré de fenfibilité;
dès que les liqueurs amaffées dans fon
tiffu font en quantité fuffifante , & ont
l'activité fpiritueufe néceffaire , alors elles
s'y exaltent tout-à- coup , & mettent
ces fibres du coeur fenfibles & élastiques
en contraction . C'eft là le premier battement
de cet organe & le premier
inftant de cette circulation , qui ne ceffe
qu'avec la vie ; c'eft de ce moment que
date cette vie qui eft attachée au fétus
, mais qui eft cependant encore dépendante
, à bien des égards , de celle de
la mere : car elle continue à lui fournir
des liqueurs pour fa nourriture , pour fon
accroiffement , & elle fupplée par fa refpiration
à cette fonction effentielle qui
lui manque
.
Cette refpiration a deux ufages ; le
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
premier & le plus confidérable eſt d'introduire
dans les liqueurs le principal
fond du fluide animal , qui doit couler
dans les nerfs , après avoir paffé par le
cerveau. Le fecond ufage eft de rafraîchir
, de condenſer le fang qui fe trouve
broyé , diffous , dénué d'efprits par les
chocs qu'il a effuyé dans la circulation ,
& de le rétablir en ce premier état brillant
qu'on lui trouve dans l'artere aorte
& dans fes branches .
Tant qu'il paffe beaucoup de fang de
la mere dans l'enfant , & que celui - ci a
une circulation peu confidérable , ce fang
fpiritueux & rafraîchi fourni par la mere ,
fe renouvelle fouvent dans les organes
du fétus , & celui- ci jouit de tous les
avantages que la refpiration de cette
mere a procuré à ces liqueurs. C'eft le
cas de l'enfant dans les premiers mois.
Mais en acquérant de l'âge , les vaiffeaux
de communication avec la mere fe rempliffent
peu peu & fe ferment. La circulation
propre au fétus devient plus
grande & plus forte à proportion de fon
accroiffement. Il commence peu à peu à
faire rouler ce commerce de liqueurs
fur fon propre fond . Or à mefure que
ces liqueurs fe privent de l'affociation
avec celles de la mere , elles manquent
à
JANVIER. 1757 . 175

de ce rafraîchiffement qu'elles en reçoivent.
La raréfaction qui en réfulte , eft
d'autant plus confidérable , que l'enfant
eft plus âgé , c'est- à- dire , que fa circulation
eft plus vigoureufe , plus capable
de broyer le fang , de le diffoudre . L'effet
de cette raréfaction du fang portée
à un certain degré , eft de produire dans
les poumons un fentiment de fuffocation
très - vif , & dans toutes les parties du
corps une inquiétude analogue à celle des
ébullitions. Cet état du fang de l'enfant
arrive pour l'ordinaire au bout de 9 mois .
Alors il s'agite , l'organe qui le contient ,
fenfible à ces mouvemens , fe contracte ,
& du concours de ces mouvemens du fétus
, & de la contraction de fon enveloppe
, réfulte fon expulfion ou l'accouchement
d'où l'on voit que le terme de
ce dénouement dépend premiérement de
la vigueur , tant de l'enfant , que de fa
circulation ; fecondement , de la fenfibilité
de l'organe où il eft logé. Un excès
dans ces difpofitions fait des accouchemens
précoces . Le défaut contraire y produira
des retardemens plus ou moins confidérables
, à proportion de ce défaut.
Tel eft le cas de la Dame dont notre
Anatomiſte Phyficien explique toutes les
circonftances par les principes précédens.

Hiv
176 MERCURE DE FRANCE .
M. du Boullay Secretaire pour les Belles-
Lettres , lut enfuite l'hiftoire de Jean
Sans Terre , dernier Duc de Normandie
& Roi d'Angleterre. Comme les faits hiftoriques
ne font pas fufceptibles d'extrait ,
on ne peut donner une idée de cet Ouvrage
qu'en en rapportant quelques morceaux
détachés , pour faire juger du ſtyle
& de la maniere de l'Auteur.
Voici un tableau des horreurs du mémorable
fiege du château Gaillard . Les
bouches inutiles que le Gouverneur avoit
mifes dehors la Citadelle , furent repouffées
par ordre de Philippe- Augufte à coups
de Aleches & de pierres , & un grand
nombre de ces malheureux mourut de
faim & de mifere , entre la circonvallation
& le fort.
»

و ر
K
-
Cependant au retour du printemps
Philippe vint vifiter les ouvrages ; & ce
qui reftoit de cette troupe infortunée
» l'ayant apperçu , fe mit à pouffer des
» cris lamentables , & tendant les bras vers
»lui , ils fe profternerent le vifage con-
" tre terre pour lui demander la vie . Ce
"grand Prince fentit alors le cri de l'hu-
" manité fe lever dans fon coeur. Peut-
» être déplora- t'il les effets de cette ambition
funefte , que les hommes ont dé-
» coré du nom d'héroïfme , & qui fouvent
ور
JANVIER. 1757. 177
"
mériteroit mieux celui de barbarie , &
»il éprouva combien les Rois doivent
» être en garde contre les ordres de ri-
"gueur qu'on leur fait figner , lorsqu'ils
» font éloignés , & que leurs yeux ne
"peuvent être frappés des malheurs dont
» ces ordres font la caufe. Attendri par
» un fi triſte ſpectacle , il commanda qu'on
» donnât des fecours à cette troupe mal-
» heureuſe ; mais ils furent inutiles pour
» la plûpart : le grand nombre n'étant plus
» en état d'en recevoir , & les autres
n'ayant pu modérer la faim qui les
preffoit , périrent par les alimens même
"que la pitié du Roi leur fit donner. »
و د
و د
"
"
»
לכ
Nous ajouterons à ce morceau les réflexions
fuivantes fur la réduction de
la Normandie , & fa réunion à la Couronne.
Cette Ville , dit M. D. B.
» fiere de la puiffance de fes Souverains
particuliers , humiliée peut- être de de-
» venir une fimple Capitale de provin-
» ce , ne fçavoit pas fans doute , lorfqu'elle
figna cette fameufe capitulation qui l'a
» rendue le patrimoine de la France ,
qu'elle fignoit fon bonheur. Le pays.
riche & fertile auquel elle commande ,
»ruiné par des guerres continuelles , avoit
» befoin d'une paix profonde pour voir
»fes Arts , fes manufactures , fa fécon-
"
33
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
و ر
و د
و ر
ور
ود
» dité , fon commerce , monter au point
» de grandeur , où ils font parvenus fous
»l'empire des Rois de France. En vain
» l'eût- elle eſpéré cette paix fi néceffaire ,
"tant qu'elle auroit été dans leur voifi-
»nage fans être fous leur domination.
» Devenue partie d'un Royaume florif-
" fant , entourée des autres côtés par
» la mer , elle n'entend plus que de loin
gronder le tonnerre , & elle cultive en
» liberté les Arts de la paix. En vain le
» Lion anglois rugit encore , & femble
» regretter la proie qui lui a été ravie ,
» une main puiſſante & chérie nous protége
; rien n'altérera plus notre tranquillité
, tandis que les armées formidables
qui bordent nos côtes , portent
»au loin l'épouvante & la terreur . »
Nous finirons cet extrait par le
portrait
de Jean- Sans Terre. « Son hiftoire ,
» dit M. D. B. fera à jamais un exem-
»ple terrible pour les Rois , & une leçon
frappante pour l'humanité. Il réunit au
plus haut degré deux qualités qui pa-
» roiffent d'abord contraires , & qui cependant
ont beaucoup de liaifon l'une
» avec l'autre , la foibleffe & la cruauté.
» En faifant le malheur de fes peuples ,
» il fit le fien. Il eft difficile d'éprouver de
»plus dures extrêmités & des traitemens
و ر
23
"
ود
"
JANVIER. 1757. 179
»
» plus ignominieux que ceux où il fe vit
réduir. Il prouva par fon exemple qu'un
» tyran eft lui-même fon plus cruel enne-
» mi , & qu'il n'eft point de rang , point
» de dignité fi élevée , qui mette au def-
» fus de cette loi irrévocable établie par
» l'Auteur de la nature . Nul homme ne
peut être heureux qu'en contribuant au
» bonheur de fes femblables , & il n'en
» peut jamais devenir le tyran & le fléau
qu'aux dépens de fa propre félicité .
و د
כ כ
"
M. Hoden Directeur - Général des pompes
de la Ville , lut un Mémoire dans
lequel il donne un projet pour perfectionner
les cabeftans doubles & fimples ,
les virevaux , &c. & les rendre d'un uſage
plus commode fur mer & fur terre.
Cer Académicien expofa d'abord les
défauts auxquels la conftruction de ces
machines les rend fujettes. Ces défauts
avoient engagé l'Académie des Sciences
de Paris à faire imprimer en 1745 les
fçavans Mémoires qui ont remporté le
Prix qu'elle avoit propofé en 1737 , pour
parer ces inconvéniens , mais dont cette
illuftre Académie ne paroît pas entiérement
fatisfaite . Il fit enfuite la defcription
d'un cabeftan dont il a rendu le
jeu perpetuel , avec lequel par canféquent
on n'est jamais obligé de choquer , de
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
boffer , ni de faire aucune reprife , foit
qu'on fe ferve de la tourne-vire ou non.
Pendant toute la féance les affiftans
eurent fous les yeux un modele de ce
cabeftan en petit , qui tenoit fufpendu
un poids de 11 à 12 cens livres . Le cable
d'expérience qui avoit trois pouces
de diametre environ , faifoit à peine le
quart d'une circonvolution fur le modele
dont le cylindre avoit 4 pouces de rayon .
L'extrêmité du cable oppofé au fardeau
n'eſt retenu par aucun garant. Elle étoit
au contraire rejettée pardeffus le cylindre
, & pendoit librement du même côté
que le fardeau.
M. Le Cat lut un mémoire intitulé ,
Remarques & expériences fur la lumiere &
le feu réflechi par des miroirs. Cet Ouvrage
raffemble fous un même coup d'oeil
quelques-uns des progrès les plus frappans
de la catoptrique. On s'y arrête en particulier
fur les moyens de mettre le feu avec
deux miroirs concaves à des matieres combuftibles,
placées au foyer d'un des miroirs,
lequel raffemble la chaleur de quelques
charbons ardens mis pareillement au foyer
d'un fecond miroir concave , éloigné du
premier de 20 , 30 , 50 pieds , felon le
diametre & la perfection de ces inftru
mens.
1
JANVIER. 1757. 181
ARTICLE I V.
BEAUX - ARTS.
ARTS AGRÉABLES.
MUSIQUE.
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
MONSIEUR ; vous avez inféré dans votre
que
fecond Volume d'Octobre une Lettre de
M.Rouffier, dans laquelle il paroît fâché
j'aye fait part au Public de nes nouveaux
fignes pour l'accompagnement du Clavecin ,
ou du moins que je l'aye prévenu . Nous
avons puifé tous deux dans la même fource
, dans le plan d'une nouvelle Méthode
pour l'accompagnement , que M. Rameau
publia en 1732 , & dont j'ai fait l'analyſe
dans la feconde partie du fentiment d'un
Harmoniphile fur differens ouvrages de mufique
( 1 ). Les mêmes idées nous font venues
(1 ) Voyez le dixieme Paragraphe de cet Ouvrage
qui fe trouve chez Jombert , Lambert &
Duchefne , ainfi qu'aux adreffes ordinaires pour la
Mulique.
182 MERCURE DE FRANCE.
à quelque différence cependant. Je fuis
heureux d'être éloigné de cent lieues
de M. Rouffier , car il m'auroit fans doute
accufé de plagiat. Ce qui le confole , c'eſt
qu'il croit appercevoir des fautes dans ma
Méthode ; fautes qui n'éxiftent pourtant
que dans fon imagination , mais auxquelles
il ne voudroit prendre aucune part ; temoin,
dit- il , « l'harmonie des trois der-
» nieres mefures qui , dans l'Ariette N°
précedent immédiatement la reprife.
* 6 6 7

4,
S 4 * X
" On y trouve
, La ,fi , mi , & la Baf- »fe fondamentale
y eft exprimée
ainfi par » le fecours
des nouveaux
fignes
,
7
7
X X
FX EB E
(La ,fi - , mi. ) Fax dominante , défi-
7
gné par FX , defcend donc ici d'une ſe-
» conde fur mi Tonique , exprimé par E.
» Or je cherche vainement ce que devient
" la diffonance de cette dominante , c'eft-
» à- dire , mi , feptieme de FaX. Il me femble
que ce mi devroit être fauvé fur Ré ,
» en defcendant diatoniquement , & je ne
» l'entrevois nullement , ce Ré fi néceffaire ,
» dans l'accord parfait de la Tonique mi ,
20
JANVIER. 1757. 183
22
qui fe préfente à la fuite de la dominante
» en queſtion .
"3
Si M. Rouffier connoiffoit mieux la fucceffion
des accords , & la liaifon harmonique
qui en refulte , il verroit que ce
mi fait partie de l'accord fuivant , &
qu'il refte fur le même degré pour ſe fauver
enfuite fur le Ré du pénultieme accord.
Qu'auroit - ce donc été , fi après l'accord
de fixte quarte , j'euffe employé celui
de quarte & quinte , avant l'accord de
ſeptieme de la dominante Tonique, comme
on le fait dans prefque toutes les cadences
parfaites ? M. Rouffier n'eût pas manqué
de me taxer d'ineptie : c'eft cependant ce
que l'on trouve dans les compofitions de
nos meilleurs Auteurs. Mais comme mes
Ouvrages ne font pas d'un affez grand
poids pour perfuader mon Cenfeur , &
lui faire voir que l'harmonie qu'il critique
eft bonne , & très bonne , entre cent
exemples de pareille harmonie que je pourrois
lui citer , je me borne aux deux fuivans
le premier eft tiré du Ballet de Pigmalion
, à la fin du beau monologue , Fatal
amour , & c. page 7 ; & le fecond est tiré du
fublime morceau Triftes apprêts , pâlesflambeaux
, de la Tragédie de Caftor & Pollux
, page 42. Ces deux Opera , connus
de tout le monde pour être les
-
184 MERCURE DE FRANCE.
chef- d'oeuvres de M. Rameau , feront , je
crois , fuffifans ; & je ne pense pas que M.
Rouffier ofe porter condamnation fur les
Ouvrages de ce célebre Muficien .
Il est aisé de voir dans les deux morceaux
que je viens de citer , que la note qui forme
la diffonance dans l'accord de quinte
& fixte , refte fur le même degré pour
former la quarte confonante de l'accord de
fixte quarte qui fuit ; que dans le premier
exemple , cette même note defcend
enfuite diatoniquement fur la note fenfible
, qui eft la note fur laquelle elle auroit
defcendu immédiatement après l'accord de
quinte & fixte , fi la phrafe muficale n'eût
pas été alongée par l'accord de fixte quar
te; & que dans le fecond exemple , cette
même note , après avoir formé la quarte
confonnante de l'accord de fixte quarte ,
refte encore fur le même degré pour former
la quarte hétéroclite , & qu'elle defcend
enfuite fur la note fenfible comme à
l'ordinaire. M. Rouffier n'a pas fait attention
que cet accord s'emploie de deux
manieres , felon les cas différens où il fe
trouve placé ; fçavoir , lorfqu'il eft fuivi
de l'harmonie d'une dominante tonique
ou de celle d'une tonique que dans le
premier cas , la quinte doit defcendre
diatoniquement , tandis que le fon fonJANVIER.
1757. 185
damental refte fur le même degré , & que
dans le fecond , c'eſt au contraire la quinte
qui refte fur le même degré ; tandis
que la fixte monte diatoniquement fur la
tierce du fon fondamental de l'accord qui
fuit or c'eft juftement le cas dont il eft
ici queftion car que l'on compare les
deux paffages de ma Baffe dont on improuve
l'harmonie avec les deux exemples
que je viens de citer , & l'on verra qu'ils
font les mêmes.
Que cet accord de quinte & fixte , qui
précede celui d'une dominante , celui de
fixte quarte , ou celui de quarte hétéroclite
, tire fon fondement d'un accord de
ſeptieme de dominante fimple , ou de celui
d'une fous-dominante auquel on ajoute
la fixte , cela ne fait rien pour la pratique
de l'accompagnement , comme M.
Rameau l'a dit dans le Plan de fa Méthode
page 31 ; le plus fimple eſt toujours le
meilleur or je crois que ma méthode
l'eft encore plus que celle de M. Rouffier ,
puifqu'il y fait une diftinction des dominantes
avec les fous- dominantes , & que
je n'ai qu'un feul figne pour l'une & pour
l'autre. La même idée m'étoit bien venue
, mais j'ai préféré de réduire tout en
accords parfaits & en accords de feptiemes.
J'avois même imaginé de marquer
186 MERCURE DE FRANCE..
l'accord de quarte hétéroclite de la lettre
qui défigne la tonique avec un 2 au deffus ,
'parce qu'en effet il n'y a de différence entre
ces deux accords , que dans la tierce
que l'on change en feconde ; mais j'ai
mieux aimé conferver le 4 , pour les mêmes
raifons qui ont porté M. Rameau à
s'en fervir , attendu que dans ma méthode
je conferve fon doigter.
Ce défaut que M. Rouffier me reproche ,
de marquer par un 7 l'accord de quinte
& fixte , provenant d'une fixte ajourée à
l'accord parfait de la fous - dominante ; ce
défaut , dis-je , fi c'en eft un dans mes
fignes , fe trouve auffi dans le Plan de la
Méthode de M. Rameau ; car il chiffre cet
accord de quinte & fixte , par un 2 , pour
défignet qu'il faut toucher la feconde de
la tonique ; mais comme cette même tonique
ou du moins la lettre qui défigne
fon accord, fe trouve immédiatement après
celui marqué par le chiffre 2 , la note fur
laquelle devroit defcendre celle qui porte
cet accord de feconde , ainfi que la regle
de l'accord de feconde le preferit , ne fe
trouvant point dans cet accord de la tonique
, la feconde monte pour lors diatoniquement
, ainfi que le fait dans mon
accord de feptieme le fon qui fe trouve
au deffus : mais ce même fon , dans la
JANVIER. 1757. 187
Méthode de M. Rameau , ainfi que dans
la mienne , reprend fon empire dans l'accord
de feptieme de la dominante tonique
qui fuit , & force la diffonance de
fuivre fon cours ordinaire. Je fuis heureux
de me trouver en faute avec un auffi
grand Maître , & je crois que l'on feroit
mal-fondé à le taxer de ne pas fçavoir ce
qu'il fait.
"
A l'égard de l'accord de petite fixte tierce
& quarte que l'on trouve chiffré fur
l'ut dans la premiere des trois dernieres
mefures de mon Ariette , il eft vifible que
c'eft une faute du Graveur qui devoit
mettre cet accord entre le fa & l'ut , &
que le nouveau figne qui ſe trouve def-
7
4
7
fous devoit être un B , & non pas un F.
De plus , il devoit y avoir fur l'ut un 6 ,
marquant l'accord de fixte confonnante
& un A au deffous ; plus un fur le
dernier mi & un 4 au deffous , marquant
l'accord de quarte hétéroclite . Je prie les
perfonnes qui en ont des exemplaires de
vouloir bien corriger les fautes que je
viens de citer ; je les prie auffi de vouloir
bien effacer les chiffres de la dixieme &
de la onzieme mefure , où l'on trouve fur
le la de la Baffe un 7 ; fur lefa un ; &
fur le fi un 7 ; ainfi que les lettres qui fe
188 MERCURE DE FRANCE.
trouvent fous ces mêmes chiffres , & de
les corriger ainfi :
6 3
B. C. la utfi, la fol la , fa fol la , \ fi , &c.
Nouv. fig. F
I B
Je fuis charmé que M. Rouffier ait eu
la même idée que moi . La conformité de
nos Méthodes en prouve la fimplicité &
j'ofe dire l'excellence. Je puis cependant
l'affurer ici que s'il ne date que de dixhuit
mois , il y a plus de fix ans que la
mienne étoit en état de paroître , ainfi
que je le pourrois prouver par des perfonnes
dignes de foi . Si je ne l'ai pas
donné plutôt , c'eft que j'ai cru qu'il valoit
mieux me fervir de celle de M. Rameau ,
qui étoit déja connue , comme on le peut
voir par plufieurs de mes Ouvrages auxquels
j'ai affocié fes fignes.
Au refte , puifque notre difpute n'inftruit
qu'imparfaitement le public de la
différence qui fe trouve entre nos deux
Méthodes , & de la fupériorité que l'une
peut avoir fur l'autre , foumettons - les à
fon jugement en les donnant complettes .
J'ai l'honneur d'être , & c.
1
DE MORAMBERT .
A Paris , ce 23 Octobre 1756.
JANVIER. 1757. 189
Le Sieur Noblet , ordinaire de l'Académie
Royale de Mufique , connu par
plufieurs Pieces de fa compofition , vient
de mettre au jour un Livre de Clavecin ,
& trois Sonates avec accompagnement de
Violon , dédié à Mgr. le Comte de Saint
Florentin , Miniftre & Secretaire d'Etat.
Il fe vend à Paris , chez l'Auteur , rue
Fromenteau , vis - à- vis la Place du Louvre
, & aux adreffes ordinaires : le prix en
blanc eft de 9 liv.
Nous annonçons en même temps fix
Sonates à quatre , deux Violons Alto &
Baffo , fix Sonates de Violoncelle , du
fieur Carlo Ferrari , Muficien de la Chambre
de l'Infant Dom Philippe.
GRAVURE.
Nous annonçons une nouvelle Eſtampe
du Parnaffe François , gravée par Mai-
Jonneuve , fur le modele de celui que M.
Titon du Tillet a fait exécuter en bronze ,
Les Figures principales font depuis quinze
juſqu'à dix- huit pouces de proportion , &
placées fur une montagne hériffée de rochers
où s'élevent des troncs de lauriers ,
de palmiers & de chêne. Le fonds de
190 MERCURE DE FRANCE .
cette Eftampe eft un grand & magnifique
bofquet. On la trouve chez la Veuve Chereau
, rue S. Jacques , aux deux piliers
d'or. Un tel monument ne fçauroit être.
confacré de trop de manieres.
Le Sieur Duflos , Graveur , connu par
plufieurs Eftampes qui ont eu l'approbation
du public , vient d'en mettre au jour
deux nouvelles , qui plairont également
aux Connoiffeurs. Elles font d'après deux
Tabeaux de M. Jeaurat , expofés avec fuccès
au dernier Sallon du Louvre ; l'un inti--
tulé , Enlèvement de Police , & l'autre , Déménagement
d'un Peintre. Les deux Eftampes
portent les mêmes titres , & fe vendent
chez l'Auteur , rue Galande .
Le Sieur le Rouge , Ingénieur- Géographe
du Roi , rue des Grands Auguftins ,
reçoit actuellement des foufcriptions pour
la Carte de Boheme par Muller , de 25-
feuilles , petit papier , qui paroîtra au premier
d'Avril prochain , en 9 feuilles , lefquelles
formeront une furface égale à celle
de 25 feuilles , petit papier. On payera
en fouſcrivant ୨ liv . pour les 9 feuilles ,
que ceux qui n'auront
foufcrit payeront
18 liv. Il eft inutile de faire l'éloge
de ce chef- d'oeuvre dont l'exemplaire coûroit
so florins en Allemagne .
pas

JANVIER. 1757.
1914
Nouveau Traité d'Ecriture , enrichi de
plufieurs Pieces gravées d'après le Chefd'oeuvre
de M. Roffignol , où l'on trouve
fes démonſtrations felon les principes de
M. Alais , & dans lequel l'on combat de
nouveaux Principes fur l'art d'écrire ; dédié
à Monfeigneur le Duc de Chartres ,
par le Sieur Glachant , Expert Ecrivain-
Juré , & Maître à écrire de Monfeigneur
le Duc de Chartre, 1742 : feconde édition ,
augmentée de plufieurs belles pieces de
gravure , entr'autres deux pieces qui .
renferment quatre alphabets des Langues
Orientales . Il fe vend à Paris , chez la
Veuve Feffard , dans le paffage de S. Ger-.
main- l'Auxerrois , où fe trouvent tous les
Ouvrages gravés d'après M. Roffignol . Le
prix eft de 6 liv . & avec l'augmentation
de 8 liv.
Le Sieur Pelletier vient de graver une
nouvelle Eftampe d'après feu M. le Moyne.
Elle a pour titre Narciffe , & fe vend
chez l'Auteur à Paris , rue S. Jacques ,
chez un Limonadier , vis-à- vis la rue des
Noyers. Prix 2 liv . S fols.
192 MERCURE DE FRANCE.
ARTS UTILES.
ARCHITECTURE.
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
MONSIEUR ,, comme je n'ai point l'honneur
de connoître l'Auteur de la Lettre que
vous avez inférée dans votre Mercure du
mois d'Octobre dernier , fur les nouveaux
travaux de S. Germain l'Auxerrois , & que
j'ignore également le nom de celui à qui
elle eft adreffée ; permettez- moi de vous
envoyer ma Réponſe, en vous priant de la
rendre publique.
L'Auteur de la Lettre prétend , Monfieur
, qu'il a fait toutes les perquifitions néceffaires
, qu'il s'eft informé de tout , qu'il a
écouté le public , qu'il s'eft rencontré avec
plufieurs Membres de la Fabrique de S. Germain-
l'Auxerrois , qu'il a converfé avec les
Amateurs , qu'il a même vu des Académiciens.
Voilà , ce me femble , bien des démarches
pour s'inftruire : c'étoit le but de
l'Auteur. Y eft - il parvenu ? J'ofe affurer
que non .
Sans attachement aux affaires & aux
déciſions de la Fabrique , dont je fuis totalement
JANVIER. 1757. 193
talement ignoré , fans prévention pour
l'Artifte chargé de la conduite de ces travaux
, que je ne connois point , j'ai fait
les mêmes démarches , je me fuis informé ,
j'ai écouté , j'ai converfé , j'ai vu . Uniquement
ami de la vérité , je m'intéreffe trop
à fon triomphe pour ne pas rétablir les
faits tels qu'ils font.
Tout le monde fçait , Monfieur , quel
étoit l'état du Choeur de la Paroiffe de
S. Germain , lors de l'union du Chapitre
à celui de la Métropolitaine ; il y avoit un
Jubé & une Menuiferie qui le fermoient de
tous côtés , le Sanctuaire étoit très-refferré.
Il
parut indifpenfable de le rendre plus
commode pour les Cérémonies de l'Eglife
, & pour que le public jouît avec
plus d'édification de la célébration de nos
Saints Myfteres : auffi y a- t'il plus de fix
ans que la Fabrique penfe férieuſement
à le décorer.
Les Marguilliers rendirent dès - lors leur
deffein public ; c'eft ce qui engagea fans
doute M. Slodtz à faire un modele , M.
Meiffonnier à faire des deffeins , & M.
Bacarit à donner des deffeins & à préfenter
un modele en relief.
Le modele de M. Slodtz parut admirable
; il eſt digne en effet de la réputation
de ce célebre Artifte. Je fçais que les def-
1.Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
été
feins de M. Meiffonnier contenoient de
très- belles parties , quoiqu'ils ne fuffent
pas exempts de défauts . S'ils n'ont pas
acceptés , ce n'eft pas , ainfi que l'annonce
l'Auteur de la Lettre , pour préférer le feul
& l'unique de M. Bacarit .
Mais le modele de M. Slodtz étoit d'un
goût qui ne pouvoit en aucune façon
s'allier avec l'Architecture gothique de
l'Eglife , & qui auroit jetté la Fabrique
dans une dépenfe trop confidérable , quand
même il auroit pu être exécuté. Voilà ,
Monfieur , la feule raifon je crois que
vous conviendrez qu'elle ne deshonore
ni M. Slodtz , ni les Marguilliers.
:
Les deffeins de M. Meiffonnier ne furent
préfentés à la Fabrique qu'après fon
décès , & l'on a cru devoir préférer l'Ouvrage
d'un homme vivant , en état par
conféquent de fuivre lui - même fon projet.
*
Les deffeins & le modele de M. Bacarit
préfentés à la Fabrique , fans apui de perfonne
, & fans autre protection que fon
talent déja connu , féduifirent à la vérité
les Marguilliers. Ils fembloient annoncer
tout à la fois une noble fimplicité plus.
analogue au gothique de l'Eglife , & une
fage économie dans la dépenfe ; objets
qui fixoient l'attention des Marguilliers.
Ils auroient pu , fans contredit , les agréer
JANVIER. 1757. 195
alors cependant craignant de s'abufer
eux -mêmes , ils ont confulté le public ,
ils s'en font rapportés aux lumieres des
Amateurs & des Connoiffeurs , ils ont
foumis le modele à l'examen & à la décifion
de l'Académie , & ce n'eft qu'après
avoir réuni en faveur de M. Bacarit les
fuffrages du Public , des Amateurs , des
Connoiffeurs & de l'Académie même
que la Fabrique a enfin agréé les plans de
M. Bacarit.
Il n'étoit pas poffible d'en foumettre.
d'autres au jugement de l'Académie ; ceux:
de MM. Slodtz & Meiffonnier ne , pouvoient
être adoptés ; je vous en ai expofé
les raifons. Ce font cependant les feuls
qui aient été préfentés & montrés à la
Fabrique ; tous les Marguilliers & plufieurs
Paroiffiens certifieront ce fait.
>
Il est vrai que trente ou quarante ans
avant le projet de décoration du Chour
feu M. Ballin , Orfevre du Roi , avoit fait.
un modele en relief , mais il eft vrai auffi
qu'il n'eft jamais forti de fon Cabinet ,
qu'il n'a été vu que
de peu de perfonnes ,
du nombre defquelles l'Auteur de la Lettre
étoit fans doute .
Si M. Caqué , Auteur du beau Portail
des Peres de l'Oratoire , a préfenté un
modele à Mrs. les Marguilliers , il faut
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
qu'il l'ait fait bien fecrétement , & qu'il
Fait confié à une perfonne bien difcrette ,
puifqu'aucun des Marguilliers ne l'a vu ;
car c'eft un fait que je puis encore atteſter
après avoir cherché à me rencontrer avec
plufieurs des Membres de la Fabrique :
aucun ne m'a parlé du plan de M. Caqué
, aux talens & au mérite duquel je
donnerai toujours de juftes éloges avoués
du public .
L'on ne peut reprocher férieufement
aux Marguilliers la lenteur de M. Babuty
à produire fon projet. Eft ce en effet leur
faute , fi après fix ans révolus , & au moment
même de la décifion , il a voulu
entrer en lice ? S'il eft venu trop tard à
qui s'en prendre ? D'ailleurs fi d'un côté
il s'eft trouvé dans fes deffeins des parties
qui annoncent des talens qui répondent
au nom qu'il s'eft déja acquis , d'un autre ,
fon plan dans fa totalité n'étoit pas fi analogue
au gothique de l'Eglife , que celui
de M. Bacarit,
J'avouerai que j'ignore fi M. Blondel
a été arrêté dans fa compofition & au milieu
d'une très- belle courfe , par la prompte
déciſion de la Fabrique . Je fuppofe l'Auteur
de la Lettre mieux inftruit de ce fait
que tous Mrs, les Marguilliers & moi ; mais
je n'en tirerai pas moins la conféquence
JANVIER. 1757 . 197
que
fi M. Blondel a été arrêté au milieu
d'une très-belle courſe , c'eſt qu'il s'y eſt pris
trop tard.
Difons-le donc avec vérité : Quoiqu'il
foit bien naturel d'être porté pour fes enfans
, la faveur n'a point eu de part au
choix qu'on a fait de M. Bacarit . Il eſt
en effet enfant de la Paroiffe , il y a été
baptifé. M. Slodtz avoit , je crois , le même
avantage. Froide ironie , qu'il fied peu
à l'Auteur de la Lettre d'employer ! Eftce
ainsi qu'il prétend tourner en ridicule
le choix réflechi de gens refpectables ?
Eft- ce ainfi qu'il prétend déprimer les
talens de celui fur lequel ce choix eft
tombé? Quels motifs l'ont engagé d'écrire ,
& de rendre fa lettre publique ? Encore
fi c'étoit quelque concurrent de M. Bacarit
, paffe : je dirois que c'eft l'envie & la
jaloufie qui ont conduit fa plume .
Si c'étoit un homme en place , en droit
de dire tout haut fon fentiment , foit qu'il
concourût par fes largeffes à l'exécution
du projet , foit qu'on fût obligé de déférer
par d'autres raifons à fon avis , je
ne ferois point étonné du ton de l'Auteur
de la Lettre. Mais qu'un galant homme
qui paroît avoir de bonnes intentions
qui eft zélé pour la décoration de la paroiffe
, fe laiffe tromper par des oui -di-
"'
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
re , qu'il les annonce comme des véri
tés , qu'il s'échappe en de fades plaifanteries
, & que fans intérêt il cherche à
faire tort à un Artifte chez l'étranger
comme dans fa Patrie , celà eft- il bien
chrétien a
C'est au Public judicieux à prononcer.
J'ofe même d'avance annoncer fon jugement
d'après les Amateurs , avec lesquels
j'ai converfe , des Académiciens que j'ai vus ,
d'après le Public lui - même que j'ai écouté..
M. Bacarit répondra dans l'exécution à
ce qu'on doit attendre d'un mérite décidé.
Il méritera les applaudiffemens qu'il
a déja reçus de MM . de l'Académie d'Architecture
, & du Bernin de -nos jours ( 1 ) ;
& la prompte décifion de la fabrique donnera
à l'Auteur de la Lettre la fatisfaction
de voir exécuter de fon vivant
ce que le public attend depuis fi longtemps.
J'ai l'honneur d'être , & c.
(1) M. Soufflot.
Mak
JANVIER. 1757. 199
HORLOGERIE.
LETTRE de M. B... à M. J. C. D. fur
des Cadrans de Pendules d'une nouvelle
invention.
Vous vous intéreffez , Monfieur , aux
progrès des Arts ; la faveur que vous leur
accordez , & votre amour pour le bien public
m'engagent à vous faire part d'une in
vention qui peut contribuer beaucoup à
l'ornement des Pendules. Vous fçaurez que
l'on cherche depuis long- temps l'art d'en
perfectionner les Cadrans : l'expérience a
convaincu qu'il eft d'une impoffibilité prefque
phyfique de donner par le feu à l'émail
une fufion parfaitement égale fur une
fuperficie de 10 à 12 pouces de diametre.
Cela n'eft poffible que fur les Cadrans de
Montres , dont le diametre eft tout au
plus d'un pouce & demi.
Le fieur Julien , Peintre en émail , après
avoir multiplié les travaux & les expériences
, eft parvenu à faire des Cadrans d'une
matiere de compofition , qui a tout le mérite
& tout l'éclat de l'émail. La blancheur
& le brillant de ces Cadrans font inaltérables
, l'humidité & la féchereffe n'y
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
peuvent apporter aucun changement ; en
quelque lieu qu'on les place , ils ont
toujours la même beauté. Je ne parle point
de leur netteté & de leur précifion , l'expérience
& la réputation de l'Artiſte ne
laiffent rien à défirer à cet égard : je dirai
feulement qu'un des grands avantages
qu'on en peut tirer , c'eft qu'ils peuvent
être portés à toutes fortes de grandeur ,
fans rien diminuer de leur perfection , &
qu'ils font d'un prix bien moins confidérables
que les Cadrans d'émail. Mon approbation
ne feroit peut- être pas capable de
leur faire remporter le prix fur tout ce qui
a paru jufqu'à préfent dans ce genre ;
mais celle qu'ils ont reçu de Meffieurs de
l'Académie royale des Sciences leur garan
tit d'avance celle des connoiffeurs .
J'ai l'honneur d'être , & c.
La perfonne qui nous a envoyé cette
lettre , nous a informés que le fieur Julien
demeure à Paris , rue S. Antoine dans une
maifon à porte cochere , vis-à- vis le petit
S. Antoine.
JANVIER. 1757 201
ARTICLE V.
SPECTACLES.
COMEDIE FRANÇOISE.
L'ÉLOGE
' ÉLOGE de Mademoiſelle Dangeville
doit décorer cet article : peut-on mieux
le commencer ?
:
LE JUGEMENT DE MINERVE ,,
A Mademoiselle Dangeville.
THALIE & le Dieu de Cythere ,
Un jour à votre occafion
Eurent une altercation .
Devant Minerve on porta la matiere
Et par le ftyx il fut juré , dit-on ,
Sous la peine la plus févere ,.
Qu'on foufcriroit à ſa déciſion .
Minerve y confentit : la fille d'Apollon
En ces mots expliqua l'affaire..
Vous connoiffez l'aimable Dangeville ,,
Du Théâtre François l'ornement & l'amourg ,
1.w
202 MERCURE DE FRANCE.
Dangeville aujourd'hui le charme de la Cour ,
Et les délices de la Ville ;
:
Ce cher objet de mes foins affidus ,
Que j'élevai dès fon enfance ,
Et dont les talens foutenus
Ont furpaffé même mon espérance.
L'Amour , ce Dieu présomptueux ,
Ofe me difputer la gloire & l'avantage
D'avoir feule formé , par mon art merveilleux ;
Des talens qui font mon ouvrage.
N'est-ce pas moi qui regle tous les pas ,
Ses regards , fes diſcours , & même fon filence ,
Ses geftes , fon maintien , cette noble décence ,
Ce goût que l'art polit , mais qu'il ne donne pas ?
Tout ce qu'elle eſt , elle l'eft par Thalie :
Je veux exprès un jour jouer la Comédie ,
Et contraindre par-là tous les Dieux d'avouer
Que Dangeville eft ma copie ,
Et qu'elle fçait , comme moi , la jouer.
Comme vous ! arrêtez , dit le Dieu de Cythere ;
Je vous croyois modefte , & furtout plus fincere :
L'éloge eft très- Aatteur , & me paroît bien doux.
Dangeville jouera tout auffi -bien que vous ;
Mais c'eft par moi qu'elle fçaura nous plaire .
L'Amour donne aux talens leur véritable prix ;
Ils n'ont , fans lui , qu'un air rude & fauvage :
Le fecret , le grand art de les mettre en uſage,
N'eft réservé qu'à l'enfant de Cypris :
Vous les formez , & je les embellis
JANVIER. 38 203
1757 .
Dangeville me doit fes charmes ,
Tyrans adorés & vainqueurs ,
Ses attraits font les feules armes
Qui lui foumettent tous les coeurs.
Les ris & les graces
Volent fur fes pas ,
Les jeux délicats
Naiffent fous fes traces.
Sur fon front gracieux ,
'Avec des traits de flàmme ,
J'ai peint l'éclat des Cieux ; ·
Je regne fur fon ame ,
Et brille dans les yeux.
Reconnoiffez ici mon fouverain empire ,
Que votre art impuiffant refpecte mon pouvoir :
Je regle le deftin de tout ce qui reſpire ;
Pour triompher fans vous , je n'ai qu'à le vouloir.
Doucement , s'il vous plaît , dit l'auftere Minerve :
Votre pouvoir eft grand ; mais chacun a le fien
Et l'on ne me doit pas compter rien.
ici
pour
Apprenez
à parler
avec
plus
de réſerve
.
Thalie
& fes leçons
forment
l'habile
Acteur
;
Cupidon
fçait
le rendre
aimable
,
Minerve le rend eftimable .
Vous parez les dehors , moi , j'enrichis le coeur.
Voilà monjugement ; s'il n'eft point trop flatteur,
Du moins il eft très- équitable.
Vivens en paix , & qu'en cejour ..
Lvj :
204 MERCURE DE FRANCE.
Toute difpute foit finie ;
Applaudiffons-nous tour à tour.
Dangeville à la fois eft ma fille chérie , !
Elle eft la gloire de l'amour ,
Et le chef-d'oeuvre de Thalie.
Par M. GUIS , Affocié de l'Académie
royale des Belles Lettres de Caën.
Le Lundi 29 Novembre , les Comédiens
François ont repris la Coquette corrigée
, Comédie en cinq Actes en vers , de
M. de la Noue. Elle a été encore plus applaudie
& plus goûtée que dans fa nouveauté.
Nous fommes très - flattés que le
jugement plus refléchi du Public fe trouve:
aujourd'hui conforme à celui que nous en
avons d'abord porté. Nous avons donné
l'extrait détaillé de cette piece dans le
Mercure de Juin 1756. L'Auteur nous a
écrit à ce fujet une Lettre inférée dans le
fecond volume de Juillet de la même
année. Nous y renvoyons le Lecteur. On
y trouvera auffi notre réponſe.
COMÉDIE ITALIENNE..
L# Samedi 11 Décembre , les Comédiens
ont donné l'immortelle Servante
Maitreffe , qui femble fe renouveller
JANVIER. 1757. 205
chaque fois qu'on la remet.. Il eft vrai
qu'elle vient d'être rajeunie par Madedemoiſelle
Victoire & par M. Chamville ,
qui a joué le rôle de Pandolfe avec l'applaudiffement
général . Cette repréfentation
a été d'autant plus brillante , que
leurs A. S. Monfeigneur le Duc d'Orléans
& Monfeigneur le Duc de Chartres l'ont
honorée de leur préſence .
Le Jeudi 16 , les mêmes Comédiens
ont repréſenté pour la premiere fois la
Jeune Grecque , Comédie en trois Actes.
en vers. Elle a été bien reçue du Public
& nous a paru le mériter par les détails &
par l'efprit dont elle eft remplie. S'il y a
même un reproche à faire à l'Auteur , c'eſt
de l'y avoir un peu trop prodigué. Quoi
qu'il en foit , nous croyons qu'elle ne peut
que lui faire honneur . Comme cette piece
aura vraisemblablement plufieurs repréfentations
, nous en rendrons une autre
fois un compte plus détaillé .
CONCERT SPIRITU E L..
E Le Mardi 8 Décembre , le Concert com
mença par une fymphonie nouvelle de M..
le Chevalier d'Herbain , fuivie d'Exaltabo :
te , Moter à grand choeur de Lalande..
206 MERCURE DE FRANCE.
Enfuite Mademoiſelle Sixte chanta Quam
dilecta , petit Motet de M. Naudé . M.
Canavas joua un Concerto de violon.
Mademoiſelle Fel chanta Regina coeli , petit
Motet de M. Mondonville . M. Balbaftre
joua fur l'Orgue l'ouverture de Pigmalion ,
fuivie des Sauvages. Le Concert finit par
In exitu , Motet à grand choeur de M.
Mondonville.
JANVIER 1757. 207
ARTICLE V I.
NOUVELLES ÉTRANGERES.
DU NOR D.
DE WARSOVIE , le 15 Novembre.
Un grand nombre de Seigneurs N fe font empref+
fés de venir ici , pour rendre leurs reſpects au Roi.-
Sur l'avis que les troupes Ruffiennes , qui mar
chent au fecours de l'Impératrice Reine de Hongrie
& de Boheme , paroiffoient vouloir prendre
leur route par la Pologne , le Roi de Pruffe a requis
la République de ne point leur accorder le
paffage . Sa Majefté Pruffienne , informée qu'on
lai fuppofe des vues préjudiciables aux intérêts des
habitans de Dantzick , les a fait affurer qu'Elle
étoit fort éloignée de penfer à leur donner aucun
fujet d'inquiétude.
On apprend de Conftantinople , que cette Capitale
de la Turquie eft prefque entiérement délivrée
de la pefte , mais que le mal contagieux fait
encore beaucoup de ravages dans quelques parties
de la Grece. Les mêmes lettres marquent que
dans le mois de Septembre il y a eu plufieurs fecouffes
de tremblement de terre en divers endroits
des Etats du Grand Seigneur.
por-
Les avis recus de Courlande & de Livonie
tent que les troupes Ruffiennes , deſtinées à agir
contre le Roi de Pruffe , ont été obligées par la
208 MERCURE DE FRANCE.
rigueur de la faifon , de fufpendre leur marche.
Ces avis ajoutent que le 7 de ce mois le Feld-
Maréchal Apraxin n'étoit pas encore arrivé à Riga.
DE STOCKOLM , le 17 Novembre.
Par une Ordonnance du 4 de ce mois , il eft
défendu de faire entrer en Suede toutes marchandifes
& denrées étrangeres , dont le Royaume,
peut abfolument fe paffer.
4
ALLEMAGNE...
DE VIENNE , le 27 Novembre.
Leurs Majeftés Impériales ont envoyé au Feld-
Maréchal Comte de Browne leurs portraits enrichis
de diamans , & l'on compte que ce Général
fera mis an nombre des Chevaliers de l'Ordre de
la Toifon d'Or , qui font en cette Cour.
Le Comte d'Eftrées , Miniftre Plénipotentiaire
du Roi Très- Chrétien , arriva ici le 10 de ce
mois. Il eut le 12 fes audiences de Leurs Majeſtés
Impériales.
Près de trois cens Saxons qui ont quitté l'armée
du Roi de Pruffe , font arrivés à Ybbi & à Crem's.
On apprend de Cracovie que les quatre Régimens
d'Infanterie & les deux de Cavalerie de cette Nátion
qui étoient en Pologne , s'avancent du côté
de Bielitz dans la haute Siléfie , pour le joindre aux
troupes de l'Impératrice Reine.
DE PRAGUE , le 14 Novembre.
Quatre Compagnies de Grenadiers des Régimens
que l'Impératrice Reine a fait venir d'Ita
lie , ont été mifes ici en garnifon. On a déposé
JANVIER. 1757. 200
dans l'Arcenal de cette Ville tous les pontons de
l'armée commandée par le Feld- Maréchal de
Browne. Il arrive tous les jours un grand nombre
de Déferteurs Pruffiens. Plufieurs prennent parti
dans les troupes de l'Impératrice Reine.
Depuis quelques jours les troupes qui
étoient dans le camp de Budin , fe font féparées.
Le Feld- Maréchal Comte de Browne a établi fon
quartier général en cette Ville . Il a donné le commandement
de tous les poftes au delà de l'Elbe au
Comte de Maguire. Le Général Haddick commandera
ceux en deçà de cette riviere. Les Huf
fards & les Croates ont formé un cordon le long
des frontieres de la Saxe , & plufieurs Efcadrons
de Cuiraffiers & de dragons font à portée de foutenir
ces troupes irrégulieres.
On doit faire à Carlsbadt l'échange des prifonniers.
Il s'y rendra pour cet effet de chaque côté
un Lieutenant Colonel , un Capitaine , un Auditeur
& un Commiffaire des guerres.
Pendant cet hyver , la Garniſon de cette Ville
fera compofée du Régiment de Jeune Wolfenbu
tel , d'un Bataillon de Wallis , & de vingt- deux
Compagnies de Grenadiers.
Du Camp de Budin , le 7 Novembre.
Le 27 du mois dernier , les Pruffiens ayant
abandonné la Ville d'Auffig , le Feld - Maréchal
Comte de Browne la fit occuper par un Détachement
de Croates. Il fit paffer en même temps
l'Elbe à la plupart des troupes de cette Nation ,
harceler l'arriere- garde de l'armée ennemie.
Le Général Haddick s'avança le 28 avec fon détachement
vers Peterwald. Les Pruffiens s'en re-.
tirerent , & il en prit poffeffion. Le 29 , le Lieute
nant-Colonel Maceligot attaqua un poſte , dans
pour
1
ZIO MERCURE DE FRANCE.
:
lequel un corps d'ennemis étoit retranché avec
huit canons. L'action fut très- vive , & les Pruffiens
fe défendirent long-temps à la faveur de leur
artillerie mais le Colonel Velha étant venu au
fecours du fieur Maceligot , le pofte fut emporté.
Les ennemis y ont laiffé près de deux cens morts
ou bleffés . On eut le 30 des avis certains , que l'ennemi
avoit entiérement évacué la Boheme ; & le
31 , le Feld - Maréchal de Browne rappella les
Détachemens qu'il avoit envoyés dans les Cercles
de Saatz & de Leitmeritz . Sur le bruit qui fe
répandit le premier de ce mois , que les Pruffiens
faifoient de nouveaux mouvemens du côté de Zitau
& de Gabel , ce Général fit avancer le Comte
Lafcy à la tête de quelques Bataillons & d'un
Corps de Huffards vers Jung- Buntzlau , & le Lieutenant-
Colonel Louden vers Bambourg, avec huit
cens Croates. Le Baron de Wolfersdorff , Major
Général , fut détaché le 3 avec fix Bataillons , un
pareil nombre de Compagnies de Grénadiers , fix
cens chevaux , & douze pieces de canon
foutenir le Comte Lafcy . Le s , on apprit que les
ennemis avoient pris des cantonnemens ; qu'il n'y
avoit plus que quatre mille hommes de leurs troupes
qui fuffent campés ; & que ce Corps étoit
retranché derriere Nellendorff.
, pour
Du Quartier Général du Prince Piccolomini
Hollochlau , le 8 Novembre 1756.
Les troupes commandées par le Prince Piccolomini
, ne ſe ſont arrêtées qu'un jour à Jaromitz
, & le 27 du mois dernier elles font venues
camper ici. On fut informé le 29 , qu'un Corps
de Pruffiens qui étoit reſté à Neuſtadt , s'etoit retiré.
Auffitôt le Prince Piccolomini manda au
Comte Spada , de faire prendre poffeffion de ce
JANVIER. 1757. 27F
le
pofte. Sur l'avis qu'on reçut le même jour , que
le Feld- Maréchal de Schwerin décampoit de Skalitz
, & qu'il paroifloit avoir deffein de fe replier
vers Lewin ; les Comtes de Spada , Louis de Starhemberg
& de Rodolphe de Palfy , eurent ordre
de fe porter en avant .En même temps, on détacha
le Colonel Mibaliewich , pour inquiéter
les ennemis dans leur retraite. Le 30 ils fe retirerent
jufqu'à Reinerz dans le Comté de Glatz . Le
fieur Mibaliewich , après les avoir poursuivis ,
eft revenu prendre pofte à Lewin. Le Feld - Maréchal
de Schwerin leva de nouveau fon camp
premier de ce mois. Continuant de retourner
en arriere , il alla fe pofter fous Glatz , & s'eft
replié enfuite jufqu'à Warthe : il n'a laiffé à
Glatz que deux Régimens. Quelques difpofitions.
de ce Général font juger qu'il à même deſſein
d'évacuer entiérement le Comté de Glatz . Les
troupes de l'Impératrice Reine y paient tout ar
gent comptant , excepté le pain & les fourrages ,
qu'elles ne prennent même qu'en donnant des reçus.
Deux Détachemens fe font avancés à Reinerz
& à Gofbubel , pour obferver les mouvemens des
ennemis. Nos Huffards font campés entre Czaftch
& Slany. Les Régimens de Cuiraffiers de Schmerzing
, de Kalckreuter & de Gelhay , & les Régimens
de Huffards de Nadafti & de Kaluocki
font arrivés de Hongrie en Moravie , où ils s'ar
rêteront juſqu'à nouvel ordre.
DE LEITMERITZ , le 2 Novembre.
Quelques jours avant que les Prufſiens abandonnaffent
la Boheme , le fieur de Tallange atta--
qua Salefl , où étoient trois cens hommes d'Infanterie
& quatre-vingts Huffards de leur troupes ,
212 MERCURE DE FRANCE .
avec deux pieces de canon . Il tailla en pieces cent
foixante -dix hommes , & il encloua les deux canons
, ne pouvant les enlever parce que fix cens
Cavaliers ennemis vinrent au fecours du pofte attaqué.
Le Major Manftein , qui y commandoir ,
a perdu la vie. Il n'y a eu que feize hommes tués
& vingt-trois bleffés du côté des Autrichiens . Le
Général Maguire a fait former , par les troupes
qu'il a fous fes ordres , un cordon le long de la
frontiere .
DE DRESDE , le 29 Novembre.
NeufRégimens de l'armée de Sa Majeſté Pruſfienne
devoient traverfer le Cercle de Buntzlau
pour aller joindre l'armée qui eft aux ordres du
Feld-Maréchal de Schwerin . Ils n'ont pu exécuter
ce projet , les Autrichiens ayant occupé les principaux
poftes fitués le long des montagnes de la
Luface. Des lettres de Léipfick avoient marqué ,
que deux Régimens Saxons avoient trouvé le
moyen de fe rendre à Prague. Les mêmes lettres
ajoutoient , que cent cinquante Soldats des mêmes
troupes avoient forcé trois cens Cavaliers
Pruffiens , qui avoient été envoyés à leur pour
fuite , de mettre les armes bas , & qu'il les
avoient emmenés prifonniers en Boheme. Ces
nouvelles ne font pas confirmées. Il eft vrai feule
ment que le Régiment Saxon de Lubomirsky a
refufé de marcher fous les ordres des Officiers
Pruffiens , qui lui avoient été donnés pour commander
qu'il en a tué quelques- uns , & qu'il
s'eft enfuite entiérement difperfé .
Quelques Régimens des troupes Electorales
ayant conftamment refufé de prêter ferment au
Roi de Pruffe , & un grand nombre de Soldats des
JANVIER. 1757. 213
mêmes troupes ayant pris la fuite , le Prince
Maurice d'Anhalt - Deſſau en a porté des plaintes
au Feld- Maréchal Comte de Rutowski , par ordre
de Sa Majesté Pruffienne. Ce Feld- Maréchal a
fait à la lettre du Prince d'Anhalt une réponſe ,
dont voici l'extrait.
« V. A. S. fçait mieux que perfonne , que la plu-
»part des Officiers, après avoir paffé le Pont de Rhuden
,ont été d'abord éloignés de leurs Régimens.
»Comment peut- on exiger d'eux qu'ils répon-
>>dent de leur monde ; & de moi , que je réponde
pour les Officiers ? En vertu de la Capitula-
»tion , il étoit libre à ces derniers de refter au fer-
»vice de S. M. le Roi de Pologne , ou de deman-
» der leur congé. On a convenablement annoncé
»aux Soldats qu'ils feroient prifonniers de guer-
>>re ; mais on ne leur a dit , ni de ma part , ni
>>de celle de qui que ce foit , qu'ils devoient prê-
»ter ferment au Roi de Pruffe , & qu'ils y fe-
Proient forcés. Je me fuis expreffément défendu
»dans la Capitulation , je l'ai fait représenter à S.
>>M. Pruffienne . Malgré cela , perfonne n'eft &
»ne fe croit autorifé à retenir quelques hommes
»de l'Artillerie , de l'Infanterie & de la Cavalerie.
»V. A. S. n'a qu'à nommer ceux des Généraux &
»>Officiers , qu'elle accufe. Notre qualité de prifonniers
de guerre ne nous permet pas de
>>nous éloigner des lieux de notre réfidence , &
chacun de nous eft refponfable de ce qui pourroit
fe faire contre la Capitulation . Mais V. A. S.
>>me permettra de lui dire que l'éloignement des
troupes pour la preftation de ferment qu'on éxi-
»goit d'elles & qu'on leur a fait faire par des
moyens violens , ne devroit point lui paroître
métrange ; & quoi qu'il en foit , il n'eft guere poffible
de rendre refponfables de cet éloignement
214 MERCURE DE FRANCE.
>>leurs Officiers qui font féparés d'elles .... Sur
la Lifte des Grenadiers Gardes du Corps , on a
»mis des hommes qui doivent avoir été auprès des
Ȏquipages des Officiers , & dont une partie s'eft
»perdue avec les bagages , & l'autre a été renvoyée
de Pirna & de Drefde . On a d'ailleurs fpé-
»ciné , comme étant à Drefde , des malades qui
wétoient reftés à Thurmfdorff & à Naumdorff , &
que les troupes Pruffiennes doivent y avoir trou
»vés. Il y a auffi beaucoup de Soldats qui étoient
nabfens par congé . Les Officiers ne fçavent où ils
>>font reftés , ni ce qu'ils font devenus . On a porté
>> pareillement furl'état des troupes plufieurs Ca-
» dets qui ne font encore que des enfans , & qui
»ne font jamais venus au Drapeau , quoique la
>> Cour ait bien voulu leur accorder , comme une
» grace , la paie pour leur entretien....... >>
On publia le premier de ce mois une Ordonnance
, par laquelle S. M. Pruffienne prefcrivoit
aux Cercles de cet Electorat , de fournir neuf
mille foixante -quinze hommes , pour recruter les
Régimens Saxons qu'Elle a pris à ſon ſervice. Par
la répartition qui avoit été faite , ce Prince demandoit
deux mille cent vingt hommes au Cercle
de Mifnie , dix- fept cens trente-cinq au Cercle
de Léipfick , deux cens foixante -un au Cercle
de Neuftadt , quatre cens foixante-onze au Cercle
Electoral , feize cens foixante- cinq au Cercle
des Montagnes , neuf cens cinq au Cercle de
Thuringe , quatre cens foixante - fix au Cercle de
Voigtland , fix cens au Marquifat de la Haute-
Luface , trois cens foixante - huit à la Baffe- Luface
, deux cens trente-e- quatre au Chapitre de Merfebourg
, & deux cens trente au Chapitre de
Naumbourg & de Zeift. Il étoit recommandé aux
Régences de n'enrôler que des hommes qui euf- -
JANVIER. 1757 . 275
>
fent au moins cinq pieds cinq pouces , & qui
n'euffent pas plus de vingt- huit ans ; & de les
choifir principalement parmi les Artifans , particuliérement
parmi les Charrons , Forgerons ,
Charpentiers , Maçons & Serruriers . Toutes ces
recrues devoient être prêtes le 15 & il avoit été
fignifié à chaque Cercle , que , fi elles ne fe trouvoient
pas affemblées pour ce temps , ou fi elles
n'étoient pas telles que S. M. Pruffienne les exigoit,
on procéderoit contre les Membres de la Régence
du Cercle par voie d'éxécution militaire ;
que même ils feroient arrêtés , & que , fans aucune
diftinction de perfonnes , on les condamneroit
aux travaux des fortifications .
Dix Régimens d'Infanterie de l'armée Saxonne
font confervés en entier. S. M. Pruffienne a incorporé
dans les troupes les Grenadiers Gardes du
Corps , le Régiment de la Reine ; celui de la Princeffe,
épouse du Prince Electoral ; fix Régimens de
Cavalerie , & le Corps d'Artillerie . Elle a envoyé
dans fes Etats le Régiment de Dragons de Rutow.
ski , ainfi que les foldats qui ont refufé de prêter
ferment . Plufieurs Officiers , foupçonnés d'avoir
contribué par leurs confeils à ce refus , ont été mis
aux arrêts .
Quelques Soldats Saxons s'étant évadés en paſfant
par Dornau , le détachement Pruffien , qui
les conduifoit , a enlevé les Magiftrats de ce Bourg ,
& les a emmenés prifonniers. On a publié une
Ordonnance du Directoire de Guerre , établi par
le Roi de Pruffe à Torgau . Elle porte que les foldats
qui quitteront les Régimens Saxons que ce
Prince a pris à fon fervice , feront traités comme
déferteurs. Par la même Ordonnance , il eft enjoint
aux Magiftrats de faire arrêter ceux qui le
trouveront dans leurs diftricts , & de les faire conduire
à la garnifon la plus prochaine , fous peine
216 MERCURE DE FRANCE.
d'en répondre en leur propre & privé nom. Il eſt
expreffément défendu de faire tenir aux fugitifs
rien de ce qui peut leur appartenir. Les Magiftrats
auffi-tôt qu'ils feront informés de l'évalion de
quelqu'un , feront obligés de faifir ſes biens meubles
ou immeubles , & ils payeront de leurs
pres fonds les effets qui feront détournés. Toutes
perfonnes qui auront contribué à la fuite d'un
foldat , ou qui , ayant connoiffance de fa fuite , ne
dénonceront pas le fugitif , fubiront la peine prononcée
contre lui .
pro-
Sur les repréſentations des Députés des différens
Cercles de la Saxe , & avec le confentement
du Roi de Pruffe , le Major Général Rezow s'eft
chargé d'acheter la levée des Milices que Sa Majeſté
Pruſſienne a demandées à cet Electorat.
1
On parle diverſement des caufes de la détention
du fieur de Heinecke , Confeiller privé. Le ſcellé
a été mis fur tous les papiers. Le fieur Hibler ,
Major d'un Régiment d'Infanterie des troupes
Saxonnes , a été arrêté en même temps que ce
Magiftrat , pour avoir exhorté des foldats à paffer
chez les Autrichiens.
DE LEIPSICK , le 2 Décembre.
Sur la réquifitión de nos Magiftrats & du Corps
de nos Négocians , le Roi de Pruffe a confenti
d'accorder une diminution fur la contribution de
cinq cens mille écus , qu'il avoit fait demander à
cette Ville. En même temps Sa Majeſté Pruffienne
a recommandé aux habitans de n'entretenir aucune
intelligence avec les Autrichiens , & de ne leur
faire aucune livraiſon , de quelque nature que ce
pût être.
Ce Prince arriva le 24 du mois dernier en cette
Ville , & il prit fon logement chez le fieur Heman
,
JANVIER. 1757. 217
man ,Confeiller des Finances. S.M. Pruffienne vifita
le lendemain matin , les quartiers qu'une partie de
fes troupes occupe dans les environs ; & le foir
Elle retourna à Drefde . Elle a témoigné qu'Elle
auroit défiré de pouvoir accorder une plus grande
diminution fur la contribution qu'Elle a demandée
; mais que les circonftances ne le lui
avoient pas permis . Il y a actuellement ici quatre
mille hommes en garnifon , fans y comprendre
les Gardes du Corps & les Gendarmes du Roi de
Pruffe , qui font logés dans les fauxbourgs . On
compte dans plufieurs maifons jufqu'à huit & dix
foldats . La Bourgeoifie eft obligée de leur céder
les chambres fur le devant , afin qu'ils -foient plus
à portée d'obſerver ce qui fe paffe dans les rues
& d'entendre les fignaux que les Officiers peuvent
avoir befoin de leur donner.
Le Roi de Pruffe , en faiſant la visite des quar
tiers que plufieurs Corps de fes troupes occupent
dans les environs de cette Ville , a employé plus
de deux heures à examiner la plaine de Lutzen ,
où Guftave Adolphe , Roi de Suede , perdit la vie ,
& où fon armée , quoique privée de ce Prince ,
remporta une victoire complette fur les Impériaux
. On obferva que S. M. Pruffienne écrivoit
plufieurs remarques fur les tablettes . Il y a actuellement
ici fix Bataillons en garniſon .
DE BAULZEN , le 22 Novembre.
Depuis quelques jours , le prince de Pruffe a
établi ici fon quartier. Après avoir fait diftribuer
des logemens à quatre Baraillons qu'il a amenés
avec lui , il a adreffé aux Etats du Cercle l'ordre
fuivant.
« S. A. R. difpenfant les habitans de fournir
»la nourriture aux troupes, efpere que les louables
1. Vol. K
218 MERCURE DE FRANCE .
»Etats , de concert avec le Magiftrat & le Cha-
» pitre , régleront les chofes entr'eux de façon que
chaque foldat reçoive journellement fix deniers
& le Bas Officier un gros , & qu'il foit payé
tous les mois dix écus aux Lieutenans , Sous-
>> Lieutenans & Enfeignes , vingt aux Capitaines ,
» quarante aux Lieutenans - Colonels , foixante aux
»Colonels. S. A. R. ne demande rien Elle .
pour
»A l'égard de fes Aides de Camp , Elle laiffe à la
»difcrétion des Etats , de décider de quelle maniere'
>>on doit en ufer. Elle ne penſe pas , que ces
>> Etats faffent la moindre difficulté de remplir fes
>>intentions fur ces différens articles. Au refte , Elle
»promet qu'Elle empêchera l'Officier & le foldat
» d'exiger rien de leurs hôtes au - delà des fommes
»fpécifiées ci -deffus ; bien entendu néanmoins que
» la lumiere & le bois ferontfournis gratuitement
» & que
l'hôte fera tenu de cuire & d'apprêter pour
» le foldat la viande que celui- ci aura achetée . De
» plus , S. A. R. demande qu'on prépare trois cens
>>lits pour établir en cette Ville un Hôpital Mili-
>>> taire. >>>
DE BERLIN , le 28 Novembre.
Il paroît une Patente du Roi , pour rappeller
tous les Vaffaux ou Sujets de Sa Majeſté , qui font
au fervice de l'Impératrice Reine de Hongrie &
de Boheme , ou qui réfident dans les Etats de
cette Princeffe. Le Roi leur ordonne de ſe repréfenter
dans le terme de deux mois , à compter
du jour de la publication de la Patente . Les biens
de ceux qui n'obéiront pas , feront confifqués au
profit des Officiers ou fujets de S. M. qui par
repréfailles pourroient effuyer quelque dommage
de la part de la Cour de Vienne.
C
JANVIER. 1757. 219
DE FRANC FORT , le 6 Décembre.
On afficha ici le 3 de Novembre dans toutes les
Places publiques le Decret de l'Empereur contre
le Roi de Pruffe ; & les Magiftrats ont défendu
de faire , dans cette Ville , & dans fon territoire ,
aucunes levées de foldats pour S. M. Pruffienne .
L'Empereur ayant ordonné la voie d'exécution
contre ce Prince , a déféré cette commiffion au
Duc de Saxe -Gotha en l'abſence du Roi de Pologne
, Electeur de Saxe . Le Duc de Saxe - Gotha s'eft
excuſé de ſe mêler de cette affaire ; mais les raifons
qu'il allegue pour s'en difpenfer , n'ont pas
fatisfait Sa Majefté Impériale , & Elle lui a adreffé
une nouvelle Admonition.
le Ba-
Les lettres de Ratisbonne marquent que
ron de Ponickau , Miniftre du Roi de Pologne
Electeur de Saxe à la Diete de l'Empire , a préfenté
un nouveau Mémoire à cette aſſemblée . La
moitié du Bourg de Kupferberg dans l'Evêché de
Bamberg , vient d'être réduite en cendre. Il y a eu
auffi un grand incendie à Wetzlar .
ITALI E.
DE NAPLES , le 16 Novembre.
Il y eut ici le 22 du mois dernier , à trois heures
& demie de l'après - midi , une violente fecoufle
de tremblement de terre , qui dura près de quatre
minutes. Plufieurs maifons ont été endommagées ,
& un grand nombre de cheminées ont été abattues.
Les voûtes de quelques Eglifes ont confidérablement
fouffert.
Le 20 on effuya aufli un tremblement de terre
des plus violens dans une partie de la Sicile . Les
Kij
220 MERCURE DE FRANCE .
mêmes fecouffes fe font fait fentir dans la Morée ,
ainfi que dans les Golfes de Lépante & de Corinthe ,
& elles ont caufé en plufieurs endroits des dommages
confidérables . Il eft forti de la mer quelqués
nouvelles Ifles. Le Roi a donné ordre de mettre
toutes les Places maritimes en état d'être reſpectées
par les forces navales des Puiſſances étrangeres .
DE LA BASTIE , le 14 Novembre.
La premiere divifion du convoi , qui a fait
voile d'Antibes pour tranfporter un corps de troupes
Françoiles dans cette Ifle , arriva le premier de
ce mois à Calvi , fous l'escorte de la Frégate la
Gracieuſe. Les Bâtimens de cette diviſion avoient
à bord les deux Bataillons du Régiment de Montmorin
, le fecond Bataillon du Régiment de Flandre,
& le premier du Régiment Suiffe de Boccard.
Le Marquis de Caftries , Maréchal de Camp ,
& Commandant en chef des troupes Françoifes
débarqua le lendemain au matin. Le même jour
les Grenadiers releverent les principaux poftes ,
qu'occupoient les Gênois . Les quatre Bataillons
furent diftribués le 3 dans la Place & dans le fauxbourg.
Les , le Marquis de Caftries conduifit
deux compagnies de Suiffes à l'Algaiola & à l'Ile
Roffa. On ne rencontra aucun obftacle de la part
des Corfes rebelles. La feconde divifion du convoi ,
efcortée par la Frégate la Topafe , fit le 3 fon
débarquement à San -Fiorenzo . La navigation de
la troifieme divifion , qu'efcortoit la Frégate la
Junon , a été traversée les vents contraires .
Cette divifion n'a pu arriver que le 6 à Ajaccio.
Le Comte de Balbi , Brigadier d'Infanterie au
fervice de Sa Majefté Très-Chrétienne , commande
à San- Fiorenzo , & le Marquis de Ségur à
Ajaccio.
par
JANVIER. 1757. 221
GRANDE BRETAGNE.
DE LONDRES , le 7 Décembre.
On prépare à Wolwich dix mille bombes , dont
le public ignore la deſtination . Il n'y a eu aucun
moyen d'engager les habitans des Provinces de
Kent & de Hampſhire , à recevoir dans les Villes ,
même dans les Villages , les troupes de Hanovre
& de Heffe.
Des dépêches qu'on recut le 20 Novembre
de la Nouvelle Yorck , marquent qu'il regne
beaucoup de maladies parmi les troupes que commande
le Lord Loudon. On a été informé par
les mêmes avis , que ce Lord avoit fait marcher
plufieurs détachemens , pour tâcher d'arrêter les
courfes des Sauvages , qui répandent la terreur dans
toutes les Colonies Angloifes de l'Amérique Septentrionale
.
Les Vaiffeaux de guerre le Kennington & le
Sutherland, partirent le 6 de Corck pour ces Colonies
. Ils ont fous leur convoi quatorze Bâtimens
de tranfport, à bord defquels on a fait embarquer
le Régiment d'Offarel , & les détachemens tirés
des Régimens d'Infanterie fur l'établiſſement d'Irlande.
Quatre Bataillons des troupes Hanoveriennes
s'embarquerent le 24 du mois dernier , pour retourner
en Allemagne. On y fera repaffer fucceffivement
en deux autres divifions le refte de ces troupes
, qui eft encore actuellement campé près de
Maidstone malgré la rigueur de la faifon . Plufieurs
Frégates croiferont cet hyver dans la Manche.L'Amiral
Byng , & le fieur Shirley , ci - devant Gouverneur
de la Nouvelle Angleterre , fubiront dans
peu leurs interrogatoires . Il s'eft tenu ces jours-
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
1
ci un grand Confeil à Whitehall , pour délibérer
fur les moyens de faire baiffer le prix du bled.
Conformément aux réfolutions prifes dans ce Confeil
, on publia le 26 une Proclamation , pour
défendre l'exportation des grains. En plufieurs endroits
ils étoient d'une telle rareté , que la populace
, craignant de manquer de pain , s'eft attroupée
tumultueufement , & a commis de grands défordres.
On n'eft parvenu à la calmer , qu'en recherchant
les perfonnes qui avoient fait fécrettement
des magaſins , & en les contraignant de vendre
à un prix modique tout le bled qu'elles y
avoient amaffé . Le 27 , le Roi nomma le Géné–
ral Blakeney Chevalier de l'Ordre du Bain. Sa
Majefté le même jour , créa ce Général Pair d'Irlande
, fous le titre de Vicomte d'Innitkilling .
L'ouverture du Parlement fe fit le 2 Décembre
avec les cérémonies accoutumées .
ע
Le Roi fit ce difcours : « Milord & Meffieurs ,
je vous ai fait affembler dans une conjoncture
qui requiert particuliérement les délibérations ,
» les avis & le fecours du Parlement , & je me
flatte, moyennant la protection de la divine Pro-
>> vidence , que l'union & la fermeté qui regnent
»parmi mes fideles Sujets , me feront fortir avec
>> honneur de toutes les difficultés , & feront triom-
» pher enfin de l'ancien ennemi de ces Royaumes ,
la dignité de ma Couronne & fes droits incon-
>> teftables. Un des principaux objets de mon at-
>>tention & de mon inquiétude , eft la défenſe &
>> la confervation de nos poffeffions en Amérique.
» Le danger éminent , auquel nos Colonies font
exposées , exige des réfolutions auffi promptes
>>que vigoureufes. Le foin de pourvoir à la fûreté
» de ces trois Royaumes n'occupe pas moins mon
efprit. Dans l'occurrence préfente , je n'ai rien
JANVIER. 1757. 223
»tant à coeur que de ne laiffer à mon peuple fur
>> cet article aucun fujet de mécontentement. A
>> cette fin , une Milice nationale , établie propor-
>>tionnellement aux forces & aux befoins de l'Ewtat
, peut devenir une avantageuſe reſſource
»dans le péril général . Je recommande l'établiffe-
>> ment de cette Milice au zele & à la vigilance de
>> mon Parlement. L'alliance peu naturelle que ,
>> contre toute attente , ont contractée des Puiffan-
>> ces étrangeres ; les malheurs qui , en conféquen-
» ce de cette dangereufe alliance , peuvent , par
» l'entrée de troupes étrangeres dans l'Empire ,
>>porter une funefte atteinte aux conftitutions du
»Corps Germanique , renverfer fon fyftême &
Dentrainer l'oppreffion du parti Proteftant , font
» des événemens qui ont fixé les yeux de l'Europe
>> fur cette nouvelle & dangereufe crife , & qui
»doivent affliger fenfiblement tous les Ordres de
>> la Nation Britannique . J'ai ordonné au corps de
»mes troupes Electorales , que j'avois fait venir
à la réquifition de mon Parlement , de retourner
» dans mes Etats d'Allemagne , me repofant avec
plaifir fur l'affection de mon peuple , & fur fon
» zele pour la défenfe de ma perfonne & de mes
>>Royaumes . Meffieurs de la Chambre des Com-
»munes : Je ferai remettre devant vous , lorfqu'il
» en fera temps , l'état des dépenfes . J'attends de
>>votre fageffe que vous préférerez le parti de ne
» rien épargner pour foutenir la guerre avec vi-
»gueur , au parti de vous expofer à la rendre plus
»coûteufe par la fuite , en employant pour le
»préfent des efforts moins efficaces . Je vous ai
>>montré les dangers & les befoins de l'Etat . C'eſt
Ȉ votre prudence de chercher les moyens de
»rendre à mon peuple , les moins onéreux qu'il
»fera poffible , les fardeaux que vous jugerez
K iv
224 MERCURE DE FRANCE.
indifpenfables de lui impofer. Mylords & Meffieurs
, Je ne puis négliger de mettre devant
>vos yeux tout ce que les pauvres fouffrent de la
»cherté des grains , & les inconvéniens qui en
>>peuvent réfulter. Je vous recommande de pren-
>>dre les mesures convenables , pour prévenir à
» cet égard dans la fuite les mauvaiſes mancupvres.
Mes Sujets , à l'occafion du malheureux
»fuccès de nos armes dans la Méditerranée ,
» m'ont donné des preuves éclatantes de l'intérêt
qu'ils prennent à mon honneur & à celui de ma
>> Couronne. Ils éprouveront de ma part un jufle
>> retour par mes foins infatiguables & mes efforts
>> continuels pour la gloire & le bonheur de la
>>>Nation . >>
DE LA HAYE , le 22 Novembre.
Une nouvelle Ordonnance des Etats Généraux
enjoint à tous les Vaiffeaux de guerre & Armateurs
étrangers , qui relâcheront dans les Ports & Rades
de cette République , d'arborer en s'y préfentant
le Pavillon de la Puiffance à laquelle ils
appartiennent ; de ne point y entrer fans une
permiffion de l'Amirauté du lieu , & de n'y donner
ni aux habitans , ni aux étrangers aucun fujet
de fe plaindre. Il eft défendu par la même Ordonnance
aux sujets de la République , d'acheter
aucuns effets des prifes qui feront faites par les
Armateurs , & les contrevenans feront condamnés
à mille florins d'amende.
On apprend de Cologne qu'il y eût le 19 de ce
mois , à trois heures du matin , une fecouffe de
tremblement de terre , qui ne dura qu'environ
trente fecondes , mais qui fut très - violente . Elle
s'eft fait fentir à Bonn , à Limbourg , à Malmedy,
& dans plufieurs autres lieux.
JANVIER . 1757. 225
FRANC E.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
Le Roi a donné à M. le Marquis de Conflans-
Brienne , Lieutenant - Général de fes Armées Navales
, la place de Vice- Amiral , vacante par la
mort de M. de Macnemara , le 27 Novembre le
Marquis de Conflans prêta ferment en cette qualité
entre les mains de Sa Majesté.
Sa Majefté a accordé à M. le Comte de Vaudreuil
, auffi Lieutenant- Général des Armées Navales
, la Grand'Croix de l'Ordre Royal & Militaire
de Saint Louis , qui vaquoit par la même
mort.
Selon des lettres de Toulon , les Frégates la
Gracieufe & la Topafe y revinrent le 8 Novembre
de Corfe , & la Frégate la Junon le 13. Elles
ont conduit à cette Ifle les troupes Françoifes ,
commandées pour y paffer. Les mêmes lettres
marquent , que le 2 la Gracieuſe a fait à Calvi
le débarquement de la partie du Convoi , deſtinée
pour ce Port. La Topafe fit le 3 à San Fiorenzo
le débarquement , dont elle étoit chargée , & la
Junon , qui n'a pu arriver que le 6 à Ajaccio
, y a fait ce jour là & le lendemain , le débarquement
des troupes quí étoient fous fon
convoi.
La Flûte du Roi l'Outarde eft arrivé le 15 Novembre
dans le Port de Breft. Elle avoit été expédiée
de Rochefort au mois d'Avril , pour porter
des recrues en Canada. Elle eft repartie de
de Quebec le 7 Octobre , & a débarqué à Brest
Ky
226 MERCURE DE FRANCE.
180 prifonniers Anglois , provenans de la Garnifon
des Forts de Choueguen. On n'apprend point
par les lettres venues par ce Bâtiment , qu'il fe
foit paffé rien d'intéreffant dans ce pays- là depuis
la prife de ces Forts .
Meffire Didier-François- René Mefnard, Seigneur
de Choufy , Contrôleur Général de la maifon du
Roi , procureur Général du Confeil de la Reine ,
en furvivance , fils de Meffire François - Didier
Mefnard , Me des Comptes à Paris , & Procureur
Général du Confeil de la Reine , & de Dame
Anne- Marie Pean , époufa le 22 du mois de
Novembre , dans la Chapelle de la Bibliotheque
du Roi , Damoiſelle Marie-Roze Vaffal , fille de
Meffire Jean Vaffal , Ecuyer, Confeiller , Secretaire
du Roi , Maiſon , Couronne de France, fucceffivement
à feu , N.... Vaffale fon Pere , & de feue
Dame Julie du Weils .
Le 25 Novembre, les Penfionnaires de l'Abbaye
Royale de Panthemont donnerent une grande
Mufique pour la fête de Madame l'Abbeffe
Catherine de Béthify. Mademoifelle Sixte , dont
on connoît le talent , chanta le Motet Ufquequò ,
de M. Mouret. M. Balbaftre fit exécuter pendant
la Meffe plufieurs de fes Concerto- d'Orgue avec
fymphonie , que l'on entend toujours avec de
nouveaux fentimens de plaifir & d'admiration.
Sa réputation y avoit attiré la compagnie la plus
brillante.
Le Roi a accordé des Lettres de Nobleffe à
M. Guerin, Chirurgien-Major de la feconde Compagnie
des Moufquetaires.
M. de Saldanha , Principal de la Patriarchale
de Lifbonne , arrivé depuis quelques jours à Paris
, pour réfider auprès du Roi en qualité d'Ambaffadeur
du Roi de Portugal , eut le 7 Novembre
JANVIER. 1757. 227
fa premiere audience particuliere du Roi & de la
Famille royale .
Le Roi a accordé un Brevet de Confeiller d'Etat
à M. Blondel , ci - devant fon Miniftre en différentes
Cours .
Le Capitaine Dominique Lauga , commandant
le Corfaire la Junon , de Bayonne , y a fait conduire
le Navire Anglois l'Eftandre , de Lancaftre ,
dont il s'eft emparé , & qui alloit à la Jamaïque
avec un chargement compofé de cinquante- cinq
futailles de diverfes marchandiſes , de centfoixante
barriques de boeuf , de mille barriques de beurre ,
& de trois cens quatre-vingt- dix caiffes de chandelle
.
Le Capitaine Jean Mare , commandant le Corfaire
le Levrier , de Dunkerque , y eft rentré avec
deux rançons montant enſemble à ſept cens livres
fterlings .
Le Capitaine Pierre le Maître , dit Rondel ,
qui commande le Corfaire la Nanon , de Calais ,
y a conduit le Navire Anglois la Providence,
de Sunderland, de 120 tonneaux , chargé de charbon
de terre.
Il eft arrivé dans la Rade de Lomariaquer un
Navire Anglois , appellé le Jofeph , de Cork , de
140 tonneaux , dont la cargaifon eft compofée
de vin , de fel & de citrons ; il a été pris par
le Capitaine Moleres , commandant le Corfaire
le Glorieux , de la Rochelle.
M. de la Touraudais , Capitaine du Corfaire
le Port-Mahon , de Saint - Malo , a fait conduire
à Breft le Navire Anglois la Lady , de 160 ton →
neaux , dont il s'eft rendu maitre Ce Bâtiment
alloit de Londres à Philadelphie , avec un chargement
de marchandifes féches . On a trouvé dans
la calle douze canons & des armes bianches ,
K vi
228 MERCURE DE FRANCE.
deftinés pour un Corfaire qu'on arme à la Nouvelle
York .
Le Navire Anglois l'Aventure , de 160 tonneaux
, chargé de 47 milliers de merrain , a été
pris par le Corfaire l'Espérance , de Bayonne
dont eft Capitaine M. Souhaignet , & il a été
conduit en ce Port.
M. Fuftel de la Villehoux , Enſeigne de Vaiffeau ,
commandant la Corvette du Roi la Mouche , a pris
& a conduit le 2 Novembre , à Breft , le Corſaire le
Millford , de Garnezey , armé de fix canons , &
de 30 hommes d'équipage.
D'autres lettres écrites du même Port annoncent
qu'il y eft arrivé un Navire Anglois , appellé la
Sufanne , d'environ trois cens tonneaux qui revenoit
d'Antigues avec un chargement compofé
de fucre , de coton , de taffia & de bois pour
teinture. Cette prife , qu'on eftime plus de trois
cens mille livres , a été faite par le Corfaire le
Volcan , de Saint- Malo , dont eſt Capitaine M.
Nicolas Rogerie.
Le Capitaine Peltier , qui commande le Corfaire
le Surprenant , de ce dernier Port , y a conduit
le Navire Anglois la Princeffe Auguste , de 150
tonneaux , dont il s'eft emparé , & qui alloit de
Peterſbourgà Cork avec un chargement confiftant
en chanvre & en fer.
Le fieur Mathieu Dumont , commandant le Corfaire
le Hardi Mendiant , de Dunkerque , a rançonné
pour huit cens livres fterlings le Navire
Anglois l'Expédition , de Buravoc , dont il s'étoit
rendu maître.
On mande de Cherbourg , que le Capitaine
de Ferne , qui commande le Corfaire l'Infernal
, du Havre , a fait conduire dans ce premier,
Port un Navire Anglois , de 140 tonneaux , dont
JANVIER. 1757. 229
il s'eft emparé , & qui eft chargé de morue féche &
d'huile.
Les Navires Anglois , l'Annabelle , de 200 tonneaux
, chargé de pelleteries , de goudron & de
thérébentine , & le Belveder , de 80 tonneaux
n'ayant que fon left , ont été pris par le Corfaire
le Lys , d'Audierne , & conduits à Morlaix.
Des lettres écrites de Bayonne marquent que
le Navire Anglois , appellé le Beaver , de Londres ,
de 150 tonneaux , chargé de marchandiſes féches,
a été conduit dans ce premier Port , & qu'il
a été pris par le Capitaine de Cock , commandant
le Corfaire le Comte de Maurepas , de Bordeaux.
Nous donnerons dans le Mercure prochain , le
détail de la tenue du Lit de Juftice , avec les Edit
Déclarations qui y ont été enregistrés.
MARIAGE ET MORT.
MESSIRE Charles- François - Marie Comte d'Aumale
, Colonel dans le Corps d'Artillerie & du
Génie , fut marié le 23 Août 1756 , à Dame Génévieve
de Caulincourt , veuve de Meffire Benoît de la
Verde- des Vallons, Colonel d'Infanterie , Directeur
des Fortifications du Cambrefis. L'Abbé d'Aumale
fit la cérémonie du mariage dans la Chapelle
du Château d'Orfay. Leur contrat avoit été figné
le jour précédent par Leurs Majeftés . Le Comte
d'Aumale eft fils de feu Meffire Charles Comte
d'Aumale , Lieutenant - Général des Armées du
Roi , & Directeur des Fortifications des places
d'Artois , & de Dame Marie - Marguerite- Jofephe
de Blocquet-de Croix.
230 MERCURE DE FRANCE.
Meffire Alexis- Antoine de Chastellard , appellé
le Marquis de Salieres , né à Salins en 1687 ,
Lieutenant Général des Armées du Roi , Grand-
Croix de l'Ordre Royal & Militaire de Saint-
Louis , Infpecteur général de l'Infanterie , Gouverneur
d'Ardres , de Dieppe , & de l'Hôtel de
l'Ecole Royale- Militaire en 1752 , place dont il
donna fa démiffion en 1754 , mourut à Paris le
29 Février 1756.
D'Hauterive eft le premier nom de la maiſon
de Chaftellard en Dauphiné , qui a l'avantage
peu commun de juftifier une filiation exactement
fuivie depuis cinq fiecles. On trouve une preuve
bien authentique de la haute ancienneté du nom
d'Hauterive dans la vie d'Amédée d'Hauterive , Religieux
de l'Abbaye de Bonnevaux , Ordre de Cîteaux
, diocèfe de Vienne , où l'on conferve en
Original un Manuſcrit du treizieme fiecle, qui contient
cette vie écrite vers l'an 1185 par un Moine
de la même Abbaye.Amédée d'Hauterive , Seigneur
d'Hauterive en Viennois , de Planefe , de Charmes ,
de Lemps , de Clermont , de Saint - Geoire , & cor
Seigneur de plufieurs autres Terres , mérita par la
fainteté de fa vie le furnom de Vénérable. Il avoit
pour oncle maternel Guigues - Dauphin , Comte
d'Albon : Guigo ( 1 ) Delphinus , Comes Albioninfis,
ejus avunculusfuit , & ex illußri Conradi Imperatoris
profapia originis propaginem duxit. Le goût
pour la retraite le conduifit à l'Abbaye de Bonnevaux
, où il embraffa la vie Religeufe avec feize
Chevaliers de diftinction , qui s'étoient joints à lui.
Il quitta depuis ce Monaftere pour le retirer avec
Amédée fon fils dans la célebre Abbaye de Cluni ,
où les Lettres étoient en honneur & où on les cultivoit
avec fuccès. Les Religieux de Cluni perfuadés
(1) Vie d'Amédée-d'Hauterive , ch. 1 & 7.
JANVIER. 1757. 231
)
que l'inftruction qu'ils pouvoient donner à un fi
digne éleve ( Amédée le fils ) , quelque bonne
qu'elle pût être en foi , feroit bien au deffous de
celle qui lui convenoit à tous égards , crurent ne
pouvoir faire rien de mieux que de s'en décharger
promptement fur l'Empereur Conrad fon parent ,
qui en effet ne négligea rien pour l'élever d'une
maniere qui répondît dignement à la nobleffe de
fon extraction , & qui prit de lui le même foin
pendant plufieurs années , que s'il eût été fon
propre fils filium ( 1 ) quoque ( Amedeum ) ipfius
( Amedei ) cum gaudio fufcipientes , poft dies aliquot
in Germaniam ad confanguineum fuum Con-.
radum Imperatorem delegárunt , qui eum gratanter
fufcipiens , eruditiffimis Doctoribus erudiendum
tradidit, multoque tempore curam illius, ac veluti fi
fpecialiter ejus filius effet, ita peregit . Cependant le
Vénérable Amédée fe reprochant de n'avoir pas
perfévéré conftamment dans fa premiere voca
tion , fonda quatre Monafteres qu'il foumit à celui
de Bonnevaux où il étoit retourné , & où il
mourut plein de mérite & de bonnes oeuvres le
14 Janvier , vers l'an 1150. Les Religieux de
l'Ordre de Cîteaux le mettent au nombre de leurs
Saints .
Amédée fils du précédent , prit l'habit Reli
gieux dans l'Abbaye de Clairvaux , & fut enfuite
Abbé de Hautecombe en Savoye , puis Evêque de
Lauſanne. Il eſt mis auffi au nombre des Saints de
POrdre de Câteaux
Berlion d'Hauterive ou de Chaftellard, I. du nom
Damoiſeau , eft celui où commence la filiation
fuivie de cette maifon de Chaftellard . Il époufa
d'abord Elifabeth ; & étoit remarié en 1262 avec
Blanchette Gaudin , fille de Guillaume Gaudin
( 1 ) Ibidem , chap. § .
1
232 MERCURE DE FRANCE.
Chevalier , & de Dame Girine ; fit fon teſtament
dans fa maifon d'Hauterive , en Viennois , le Vendredi
avant la Fête de Saint- Luc 1295 , & en
nomma éxécuteurs Pons ou Poncet , Seigneur
d'Hauterive, dont il étoit vaffal, & Aymard de Rovoire,
Chevalier , fon parent. Du premier lit il eut
Guigonne,qui époufa en 1279 , Antelme - Aynier , Danofeau
; & de l'un des deux lits , Nicolas qui fuit.
Nicolas d'Hauterive ou de Caftellard , Damoiſeau
, demanda en mariage le Jeudi après la Fête
de Sainte- Luce 1292 , Guillemette de Givort , fille
Guillaume de Givort, Chevalier; époufa depuis Catherine
de Clavayfon , fille de Guillaume de Clavayfon
, Chevalier , par contrat du mardi après la Fête
de la Magdeleine 1295 paffé en préfence de Pons
Seigneur d'Hauterive , & vivoit encore en 1335.
Pierre d'Hauterive ou de Chaſtellard ſon fils ,
Damoifeau , eut pour femme Agnès Roftain , &
fit fon teftament à Hauterive le 23 Mars 1341 ,
c'eſt- à - dire 1342 , par lequel entr'autres difpofitions
il donna fa maison d'Hauterive , avec ce qui
lui appartenoit dans la Seigneurie d'Hauterive ,
à Pierre & à Humbert d'Hauterive -Damoiſeaux .
Il eut entr'autres enfans 1. Berlion qui fuit , &
2. Catherine , femme de Hugues Maugiron , Chevalier.
Berlion d'Hauterive ou de Chaftellard , deuxieme
du nom , Chevalier , qualifié noble & puiſſant
homme en 1351 , époufa en 1362 , Françoile de
Quincieu , fille de noble Aymaron de Quincieu ,
fit hommage en 1375 à Joachim de Clermont
Seigneur d'Hauterive , pour tout ce qu'il poffédoit
dans l'étendue de la Seigneurie d'Hauterive ; vivoir
encore le 15 Août 1395 ; & mourut avant le
9 Décembre 1398. Il eut pour enfans , 1. Pierre
de Chaftellard, qui époula en 1394, Marguerite de
JANVIER. 1757. 233
la Baftie,fille de noble & puiffant homme Rolland
de la Baftie , Chevalier Seigneur de Saint -Roman ,
& qui fit fon teftament en 1398 , par lequel il
voulut être enterré dans le Cimetiere de l'Eglife de
Saint Martin-d'Auferin à Hauterive , au tombeau
de fon pere ; & 2. Guillaume , qui fuit .
Guillaume de Chaftellard , Chevalier , époufa
en 1395 , Béatrix de Murinais, fille de noble Odobert
de Murinais . La qualité de noble & puiffant
lui eft donnée dans une fentence rendue à fon profit
en 1439 , contre noble Humbert de Buffevant ,
par le Vice-Juge - Mage des appellations de tout
le Dauphiné ; & on la lui donne encore dans un
acte de l'an 1450 ; mais il ne vivoit plus alors . Il
eut deux enfans , 1. Pierre de Chaftellard qui épou
fa Catherine d'Urre , ſuivant un mémoire domeftique
dreffé récemment , lequel ajoute que ce Pierre
a fait la branche de Saint Lattier qui eſt éteinte ;
& 2. Antoine qui fuit.
Antoine de Chaftellard , Damoifeau , donataire
d'Antoine de Clermont , Chevalier , Seigneur
d'Hauterive, pour la troisieme partie des revenus de
la Châtellenie d'Hauterive , par acte du 9 Août
1442 , époufa peu de temps après Anne Ollanier ,
fille de noble Pons Ollanier ; déclara le 20 No- .
vembre 1450 , qu'il devoit & qu'il vouloit tenir
dorénavant du Dauphin de Viennois tous les biens
qu'il avoit poffédés jufque- là en franc - aleu dans
le mandement de Moras ; & tefta le 13 ..... de
la même année 1450. On lui connoît un fils qui
fuit & une fille appellée Catherine de Chaftellard
femme de noble Antoine du Palais.
Claude de Chaftellard premier du nom Damoifeau
, époufa par contrat du 8 Fevrier 1472 , c'eftà-
dire 1473 , Louiſe de Breffieu , fille de puiffant
homme François de Breffieu , Chevalier , Seigneur
234 MERCURE DE FRANCE.
de Beaucroiffant & de Quincenet. Il eut entr'autres
enfans , 1. Aynard qui fuit ; & 2. Françoise
de Chaftellard, qui époufa en 1492, noble Jean Salignon
. Dans le même temps paroiffent Philippe de
Chaftellard , Abbeffe de Saint André le haut à
Vienne en 1525 , date d'un acte où pend un fceau
fur lequel on voit les trois chevrons qui défignent
les Armes de la maifon de Chaftellard ; & Louiſe
de Chaftellard, élue Abbeffe de Sainte Claire d'Annonay
le premier Novembre 1538.
Aynard de Chaftellard, Seigneur de Chaftellard
dans le mandement d'Hauterive , époufa en 1515
Catherine de Chavanes , fille de noble Jean de
Chavanes , & tefta en 1556. On lui connoît entr'autres
enfans 1. Simon qui fuit, & 2. Antoine de
Chaftellard , Seigneur de Vaux , qui époufa Fleurie
de Chapponay , & qui ( fuivant un mémoire
domeftique drefflé récemment ) a formé les bran
ches de Vaux , de Levaux & d'Herpieu , qui font
éteintes.
Simon de Chaftellard , Seigneur de Chaftellardlès-
Hauterive & de Levaux , époufa Antoinette
Barbier , & tefta en 1588. Ses enfans furent entr'autres
, 1. Claude qui fuit , & 2. Antoinette
de Chaftellard , veuve en 1588 , de noble Imbaud
du Cros.
Claude de Chaftellard , fecond du nom , Seigneur
de Chaftellard - lès - Hauterive , inftitué
héritier univerfel de fon pere en 1588 , pour tous
les biens qu'il poffédoit dans le mandement d'Hauterive
& de Moras , époufa en 1593 , Jeanne Mufy
, foeur de Simon Mufy, Maître & Auditeur en
la Chambre des Comptes de Dauphiné ; & tefta
en 1611. Il eut entr'autres enfans , 1. Alexandre
qui fuit ; 2. Melchior de Chaftellard , Capitaine
d'Infanterie en 1632 ; 3. Henry qui a formé la
JANVIER. 1757. 235
Branche de Chaftellard- Salieres , rapportée ciaprés
; & 4. Claude de Caftellard , femme de noble
Balthafar de Fotte , Sieur de la Freidiere.
Alexandre de Chaftellard , Seigneur de Chaſtellard-
lès-Hauterive , Capitaine dans le Régiment
de Nereftang , marié en 1624 , avec Catherine
de Legue , ou de Laigue , fille de Noble Claude
de Legue, Seigneur de Legue & de la Sabliere ,
& de Louiſe du Peloux , fit fon teftament en 1659,
dans lequel il rappelle tous fes enfans au nombre
de neuf, qui fuivent . 1. Chriftophe de Chaftellard
Seigneur de Chaſtellard- lès- Hauterive , commanda
le Régiment de Bourbonnois , & mourut fans
poftérité ; 2. Georges de Chaftellard , Sieur de la
Contamine , Capitaine dans le Régiment de Bourbonnois
; 3. François a continué la defcendance ;
4. Antoine de Chaſtellard , Chanoine de Saint André
le Bas, à Vienne , & Prieur de Saint Pierre - de
Chandieu ; s . Charles de Chaftellard , Oratorien ,
6. Marie de Chaſtellard , Abbeffe de Notre- Dame
de Bons en Bugey ; 7. Reine de Chaftellard , Urfeline
à Romans , fous le nom de Soeur de Saint
Joachim; 8. Louife Magdeleine de Chaftellard,femme
de noble Charles de Gruel, Seigneur de Fonta
gier ; & 9. Claudine de Chaftellard , Abbeffe de
Bons en Bugey , après Marie de Chaftellard fa
foeur.
François de Chaftellard , Seigneur de Chastellardlès
-Hauterive, époufa en 1690 ,Virgine de Virieude
Beauvoir , fille d'Andréde Virieu - de Beauvoir ,
Seigneur & Baron de Faverges , & de Marguerite
de Virieu -de Beauvoir. Il eut quatre enfans , 1.
Christophe qui fuit ; 2. 3. & 4. Marie de Chastellard
, Marie-Anne de Chaftellard , Catherine de
Chaftellard , Religieufes de la Vifitation à Saint
Marcellin , dont deux font mortes.
236 MERCURE DE FRANCE.
Christophe de Chaftellard , Seigneur de Chatellard-
lès -Hauterive , de la Maifonblanche , de Fontagé
, &c . appellé le Comte de Chastellard , a
époufé en 1716 , Marguerite Roux-Deageant , fille
de François Roux- Deageant, Seigneur de Morges,
& de Marguerite de Virieu -de-l'onterrey . Ses
enfans font au nombre de trois . 1. François de
Chaftellard , appellé le Marquis de Chastellard ,
Brigadier des Armées du Roi , Colonel d'Infanterie
, & Lieutenant Colonel du Régiment des
Gardes de Lorraine , a époufé le 18 Décembre
1755 , Marie- Thérefe de la Morte-de Laval, Dame
de la Morte- Chalencon , de Vors , & c . fille de
Jean-René de la Morte , Seigneur des mêmes Terres
, & de Marie- Louiſe de Manent- de Montaux .
2. Pierre-Jacques de Chaftellard , appellé le Chevalier
de Chaftellard , Major du Régiment des
Gardes de Lorraine . 3. Antoine -Claude de Chaſtellard
, Chanoine du Chapitre Noble de Saint
Pierre de Vienne.
Branche des Marquis de Salieres.
Henry de Chaftellard , appellé le Marquis de
Salieres , Colonel d'Infanterie , Commandant le
Régiment de Carignan en 1664 , commandoit en
1670, ce même Regiment pour le fervice de S. M.
en Canada. Il étoit auffi Gentilhomme ordinaire
de la Chambre du Roi ; & il eut pour femme
Honorée de Maty , dont il eut 1. François -Balthafar
qui fuit , & 2. Claudine de Chaſtellard qui
époufa en 1670 , Noble Jean de Rignac.
François- Balthafar de Chaftellard appellé le
Marquis de Salieres , Colonel d'Infanterie , Com
mandant des forts & Ville de Salins , marié en
1681 , avec Anne- Louiſe d'Affigny , fille de Noble
Pierre d'Affigny, Seigneur de Préaumont, & de JeanJANVIER.
1757. 237
ne du Coclet , mourut en 1720. Il fut pere d'Alexis-
Antoine, qui a donné lieu à cet article , & de
Louife - Henriette de Chaftellard qui époufa en
1712 , Claude - Raimond Comte de Narbonne-
Pelet , & mourut en 1751.
La maifon de Chaftellard porte pour Armes .
d'or à trois chevrons d'Azur ; & le détail qu'on
vient d'en donner eft tiré de fon Hiftoire Généalogique
certifiée véritable le 10 Mai 1756 , par
M. d'Hozier- de Sérigny , Juge d'Armes de
France en furvivance , & imprimée ( in-folio )
avec un corps de preuves ou pieces juftificatives ,
depuis l'an 1262 , fuivies de la vie en latin du Vénérable
Amédée d'Hauterive dont on a parlé au
commencement de cet article.
L
AVIS.
ECOMTE , Vinaigrier ordinaire du Roi &
de la Reine , des Princes & Princeſſes de la Cour ,
donne avis au Public qu'il a fini , & met en
vente le vinaigre à la tronchin , qui eft un excellent
préfervatifcontre la petite Vérole , la Rougeole
, & autres maladies peftilencielles : fes vertus
font fi grandes , qu'il eft utile & même néceffaire
d'en avoir un flacon fur foi , afin d'être
à portée dans le beſoin de s'en frotter les temples
& mains , & d'en refpirer : il eft non feulement
utile aux perfonnes qui font obligées par
état de traiter & garder les malades , mais encore
à celles qui les vifitent par devoir , ou par
amitié, Il eft d'une qualité au deffus du vinaigre
des quatre voleurs , & eft approuvé de la Faculté
de la Cour. La maniere de s'en fervir eft de
tremper deux bracelets de toile préparée dans
ledit vinaigre , & d'en mettre un fur chaque
poignet tous les foirs en fe couchant ; on en
238 MERCURE DE FRANCE.
4
trouve de tout préparé chez ledit Lecomte.
Ledit Lecomte continue toujours avec fuccès
la vente du vinaigre fans pareil , qui non feulement
blanchit la peau du vifage , mais a encore
beaucoup d'autres propriétés.
Et le Radical , dit Turbie, pour la parfaite guérifon
des maux de dents. Le Romain qui les
blanchit & les conferve , ainfi que la bouche ,
& arrête le progrès de la carie . Sa poudre &
tartre de vinaigre préparé qui conferve l'émail
des dents , détruifant le limon qui s'y attache ,
& empêche qu'elles fe déchauffent.
Il vient d'augmenter fa Moutarde aux capres , &
aux anchois qui eft d'un goût agréable & gracieux ;
elle fe conferve deux ans dans fa même bonté.
Meffieurs les Officiers - Généraux & autres, trouveront
toujours chez lui pour les proviſions de
l'armée , tous les vinaigres qu'ils defireront ,
auffi -bien que les moutardes & fruits confits au
vinaigre , étant le mieux afforti , & en ayant déja
fourni beaucoup pendant les campagnes dernieres.
11 fe croit indifpenfablement obligé pour l'intérêt
de l'Etat & pour le bien public , d'annoncer
fon Vinaigre Royal , qui guérit la gangrene
la plus invétérée & abandonnée , auffi- bien
que les coups de feu , ce qui eft abfolument néceffaire
aux perfonnes qui font dans les armées ;
c'est ce que l'expérience prouve tous les jours.
Ledit Lecomte auroit déja fait inférer dans le
Mercure de France fon Vinaigre nouveau à la
tronchin , s'il n'avoit eu une grande maladie ,
dont il eft parfaitement rétabli ; quoique quelques-
uns de fes confreres ayent répandu dans les
provinces , où il continue de faire de confiderables
envois , qu'il étoit mort.
Sa demeure est toujours au quai de l'Ecole , près
le Pont- neuf , à la Renominée des vinaigres fins .
239
Ai
APPROBATION.
J'ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier,
le premier volume du Mercure de Janvier , & je
n'y ai rien trouvé qui puifle en empêcher l'impreffion.
A Paris , ce 28 Décembre 1756.
GUIROY.
TABLE DES ARTICLES.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE.
LEE Jeu d'Echecs , Fable ,
Complainte à l'Amour ,
page 7
8
Fragment d'hiftoire Egyptienne ,
Lettre traduite de l'Anglois ,
Epître à Madame D '..
Vers à M. le Marquis d'Argenſon ,
Stances à Mademoiſelle *** ,
9
19
23
24
34
Vers à Madame de S. N ...
35
Suite des Penfées fur la Converſation ,
36 Epître à Eglé ,
56
Bouquet à la Czarine ,
Impromptu
L'Amant anonyme , Nouvelle ,
Vers à Madame la Vicomteffe de N ***.
Explication de l'Enigme & du Logogryphe du
Mercure de Décembre ,
Enigme & Logogryphe ,
Le Roi de la Feve , Chanson ,
ART. II. NOUVELLES LITTERAIRES.
ibid.
ibid.
102
Extrait du Mémoire de M. l'Abbé Nollet , fur les
moyens de fuppléer à l'ufage de la Glace , 103
63
95
97
99
240
Extraits , Précis ou Indications de livres nouveaux
,
113
Séance publique de l'Académie de Besançon , 130
ART. III. SCIENCES ET BELLES LETTRES.
Géographie. Suite de la Lettre de Dom Calmet ,
fur la terre de Geſſen , &c.
Chirurgie.
145
163
Suite de la Séance de l'Académie de Rouen , 165
ART. IV. BEAUX - ARTS.
Mufique. Réponſe de M. de Morambert à la Lettre
de M. Rouffier ,
Gravure.
181
189
Architecture. Lettre au fujet du choeur de S. Germain-
l'Auxerrois , 192
Horlogerie. Lettre fur des Cadrans d'une nouvelle
invention ,
ART. V. SPECTACLES.
Comédie Françoife .
199
201
Vers fur Mademoiſelle Dangeville , ibid.
Comédie Italienne. 204.
Concert Spirituel ,
205
ARTICLE VI.
Nouvelles étrangeres , 207
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c. 225
Mariage & Mort ,
229
La Chanfen notée doit regarder la page 102 .
De l'Imprimerie de Ch . Ant. Jombert.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le