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MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
AOUST . 1753.
AGIT
UT
SPARG
AT.
Chez
Papillon
A PARIS ,
CHAUBER T , rue du Hurepoix.
JEAN DE NULLY , au Palais.
PISSOT , Quai de Conty ,
defcente du Pont-Neuf.
DUCHESNE , rue Saint Jacques,
au Temple du Goût.
M. DCC. LIII.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
A VIS.
'ADRESSE du Mercure eft à M. MERIEN,
L Commis au Mercure , rue des Foffez S. Germain
l'Auxerrois , au coin de celle de l'Arbre -jec , pour remettre
à M. l'Abbé Raynal .
Nous prions très-inftamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le port ,
pour nous épargner le déplaifir de les rebuter , & à eux
celui de ne pas voir paroître leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays Etrangers
quifouhaiterons avoir le Mercure de France de la premiere
main, plus promptement , n'auront qu'à
écrire à l'adreffe ci - deffus indiquée.
&
9
On l'envoye auffi par la Pofte, aux personnes de Province
qui le defirent , les frais de la pofte ne font pas
confiderables.
On avertit auffi que ceux qui voudront qu'on le porte
chez eux à Paris chaque mois , n'ont qu'à fairefçavoir
leurs intentions , leur nom & leur demeure auditfieur
Merien,Commis au Mercure , on leur portera le Mercure
très exactement , moyennant 21 livres par an , qu'il
payeront , fçavoir , 10 liv, 10 f. en recevant le fecond
volume de Juin , & 10l . 10 f, en recevant le fecond
volume de Décembre. On les fupplie inftamment de
donner leurs ordres pour que ces payemens foientfaits
dans leur tems.
envoye
On prie auffi les perfonnes de Province , à qui en
le Mercure par la Pofte , d'être exactes à faire
payer au Bureau du Mercure à la fin de chaque femeftre
,fans cela on feroit hors d'état de foutenir les
avances confidérables qu'exige l'impreffion de ces
ouvrage.
On adreffe la même priere aux Libraires de Province .
On trouvera le fieur Merien chez lui les mercredi
, vendredi , & famedi de chaque semaine.
PRIX XXX . SOLS .
BIBLIOTHECA
REGIA
ONACENSIS.
MERCURE
DE FRANCE .
1
DÉDIÉ AU ROI.
AOUST.
1753.
PIECES FUGITIVES,
en Vers & en Profe.
S
RONDE A U.
Par M. L. Dutens , de Tours,
Ans héfiter , un amant , s'il eſt ſage ,
Adroitement à l'objet qui l'engage
De fon amour doit faire un prompt
aveu ;
S'il s'apperçoit qu'on lui fait bon viſage ,
Qu'il en profite , il fait bien , c'eſt l'uſage.
Mais fi par cas il voit mauvais préfage ,
Rien que mépris fi fon coeur n'envisage ;
A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
Il doit tirer fon épingle du jeu ,
Sans hésiter.
J'en ufe ainfi toujours tendre & volage ,
Point ne voudrois perdre mon étalage ;
Je vais au fait , on me refuſe ; adieu :
Tant pis pour vous , la belle ; en autre lieu
On recevra peut- être mon hommage,
Sans héliter.
EPIGRAMME A MLLE ***.
Par le même.
A vec autant d'efprit ,
Vec autant d'efprit , de grace , d'agrémens ,
Avec les traits les plus charmans ,
Comment , belle Lucile , avez-vous donc pú faire
Pour réuffir à me déplaire ?
AOUST.. 17538
5
ASSEMBLE'E PUBLIQUE
De la Société Royale de Lyon , du premier
Décembre 1751.
M
Garnier , Directeur , a donné les
extraits fuivans des Mémoires qui
onr été lûs à la Société Royale depuis la
derniere Affemblée qui fut publique le
28 Avril 1751.
Nouvelle méthode pour noter le Plain- Chant
fans barres & fans clefs.
M. l'Abbé de Valernod s'eft propofé de
renfermer dans deux petits in - 12 , toutes
les piéces de chant à l'ufage de fon Eglife
; objet qu'il n'eft pas poffible de remplir
en fuivant la maniere ufitée de noter
parce qu'elle occupe plus de place & qu'il
Tui faut du papier plus fort , les notes pleines
maculant davantage le papier , que
les fimples traits dont les fignes nouveaux
font formés.
Il défigne chaque note par une des lettres
qui entrent dans leur nom ; il préfe-.
re les voyelles autant qu'il fe peut , parce
qu'elles ont un fon par elle-mêmes trèspropre
à rappeller celui de la note , ou
A iij
8 MERCURE DE FRANCE.
du moins fon nom : ainfi pour défigner.
un ut , on met un u ; pour
le re > un
e ; pour le mi , un i ; pour le fa , l'a italilique
; pour le fol , un o ; pour le la , un
a romain; pour le fi béquarre , un s ; pour
le fi bémol ou le za , un z : quand le chant
monte à l'octave fupérieure , on met un
point au deffus de ces lettres ou notes ;
on le met au contraire au deffous , quand
il defcend à l'octave inférieure .
Les notes longues font marquées par un
trait horisontal au deffus , & les bréves
par un c renversé , ce font les marques
profodiques ufitées . Enfin , les paroles font
écrites au-deffous des notes qui font tou
tes pofées fur une même ligne.
Voila toutes les régles de cette méthode
, chaque chofe y eft défignée , comme
l'on voit , par des caractères fi fimples , fi
naturels & déja fi connus , qu'en moins
d'un quart d'heure on connoit toutes les
notes & leurs modifications ; la note étant
pour ainfi dire écrite , elle est toujours
préfente à l'imagination & à l'efprit , &
on ne sçauroit chanter par routine. Il n'en
eſt pas de même dans la méthode ordinaire
après plufieurs mois d'exercice , on eft
encore embaraffé pour appeller la note ;
cette difficulté vient des fréquens changemens
de clefs , de leurs diverfes pofiA
OUST. 17530 7
tions fur les barnes , & des manieres différentes
de folfier par
quarre.
*.
bémol ou par bé-
L'Auteur finit fon Mémoire par examiner
file Plain - Chant ainfi exprimé , fera
plus ou moins aifé qu'avec Pexpreffion
ufitée. Quatre chofes , dit- il , font néceffaires
pour bien chanter , aufquelles fe
rapportent toutes les difficultés du chant,
La premiere confifte à connoître les notes
& leurs modifications . La feconde à les
entonner juftes . La troifférne , à joindre
aux tons des notes les paroles . La quatriéme
à chanter avec goût & avec propreté.
Il feroit trop long de le fuivre dans cet
examen , nous nous bornons à rapporter
ce qu'il dit fur la feconde chofe néceffaire
pour bien chanter , qui eft d'entonner jufte
les notes , comme étant la chofe la
plus effentielle , & en quoi confifte ce
qu'il peut y avoir de problématique dans
la question.
L'intonnation des notes , dit- il , dépend
uniquement de la jufteffe de l'oreille
& de la flexibilité de la voix ; les expreffions
des notes fur le papier n'y contribuent
en rien . C'eft en vain qu'on objecte
que les notes pofées fur des barres
plus ou moins hautes , conduisent à la précifion
des fons , en défignant de combien
A iuj
8 MERCURE DE FRANCE.
de dégrés les uns font plus ou moins élevés
que les autres ; la diftance qui eft entre
les notes fur le papier , que l'oeil feul
apperçoit , eft d'une nature fi différente
de celle qui eft entre les fons des notes ,
dont la feule oreille peut juger , que la
premiere de ces chofes ne peut conduire à
la précision de l'autre . En effet , quand on
folfie on paffe d'une note à l'autre fans
fçavoir de combien elles font refpectivement
plus hautes ou plus baffes. Il faudroit
même quelque tems pour le compter , afin
d'être en état de répondre à une interro
gation fubite , cette idée empêcheroit mê
même fouvent d'atteindre à la préciſion
réquife .
En effet , fi cette expreffion influoit
dans le fens que l'on dit à la jufteffe de
l'intonnation , elle induiroit ſouvent en
erreur ; car les P. E. tierces & quartes mineures
font exprimées par les mêmes diftances
fur le papier que les tierces & quartes
majeures , quoique celles qui font entre
leurs fons foient différentes .
Quoiqu'on ait dit qu'il n'y a point de
rapport naturel entre la diftance qui eft
entre deux notes. fur les barres , & celle
qui fe trouve entre les deux fons , cela
n'empêche pas qu'après un long exercice ,
la vue de ces fignes quoiqu'arbitraires , ne
A OUST. 1753. 9
rappelle & ne donne de la facilité à produire
les fons qui conviennent ; mais voici
comment le foin que l'on a , en inftruifant
les commençans , de leur faire toujours
entendre le même fon à la vue du
même figne , & les efforts qu'ils font euxmêmes
pour les imiter les imiter , leur fait enfin
contracter l'habitude de les produire , fans
héfiter à la premiere vûe de ces fignes, parce
que , comme le dit & l'explique le Pere
Mallebranche , quand on a fait pendant
long- tems deux choles à la fois , l'idée de
L'une ne peut être excitée fans que celle de
l'autre ne le foit auffi , & en conféquence
les efprits animaux prennent leur cours:
pour difpofer les organes à produire le
fon dont le figne a excité l'idée . Mais cet
avantage eft commun à tous les fignes arbitraires
que les hommes ont inftitués ;
ainfi la vue des figues inventés par M.
l'Abbé de Valernod produira le même effet
, & on ne croit pas que l'une des deux:
méthodes ait de l'avantage fur l'autre en
ce point. Si l'on veut décider cette quef
tion par l'expérience, l'on fent bien que la
plus grande difficulté que trouvent les perfonnes
qui ont toujours chanté fur les livres
barrés , quand ils veulent chanter
fur les nouveaux Livres , ne conclud rien :
elle doit le faire fur deux perfonnes , dont
A.v
10: MERCURE DE FRANCE.
l'une aura été inftruite fuivant l'ancienne
méthode , & l'autre fuivant la nouvelle ;
& l'Auteur fe flatte qu'on apprendra le
chant avec plus de facilité en moins de
tems , & que l'on chantera plus fûrement
par fa méthode : d'ailleurs il est évident
que les Livres faits fuivant cette nouvelle
, coûteront beaucoup moins & feront
portatifs
Phénoméne arrivé à Lyon au mois de fuillet
י
1749.
M. Morand, l'un de nos Académiciens
Affociés , qui étoit à Lyon cette année
rapporte qu'un homme qui alloit vuider
des latrines , n'eut pas plutôt levé la pierre
qui fermoir la foffe , qu'il en fortit un
nuage épais , lequel rencontrant la flamme
d'une chandelle allumée qui étoit fur
le bord de la foffe , s'y enflamma , brûla
les mains & le vifage de l'ouvrier. Ce
nuage enflammé étant forti dans la rue
par une fenêtre qui fe troava ouverte
monta le long du mur extérieur de la maifon
, & mit le feu à des chaffis de papier
du quatrième étage. Malgré tous les foins
que l'on prit de ce malade dans l'Hôtel-
Dieu , il ne put guérir qu'au mois d'Octo-
Bre fuivant , des brûlures du vilage , les
autres ne fe cicatriferent point , & dans
A O UST. 1753 If
Te mois fuivant , il eut une rétention d'urine
fuivie d'une enflûre & d'une diarrhée
qui l'emporterent.
On trouve ailément l'explication de ce
Phénoméne dans les particules graffes fulfureufes
& inflammables , qui par la chaleur
exceffive qui régnoit alors , s'étoient
exaltées , & ne demandoient que du feu
pour s'enflammer.
L'Auteur a raffemblé dans fa Differta
tion quelques exemples frappans de femblables
Phénomenes à l'occafion des foffes
fépulchrales , de même qu'à l'ouverture
de quelques cadavres , de l'intérieur def
quels fe font élevées fubitement des vapeurs
, qui fe font enflammées à l'appro
che d'une bougie.
Ces obfervations , quoique rares , font
cependant fuffifantes , pour que ceux qui
font exposés à l'action de ces feux , ne né
gligent point de s'en garantir.
Remarques fur des Prunes fauvages , devenues
monstrueuſes .
Dans la même année 1749 , vers la Fête
de la Pentecôte , M. Morand remarqua
que les fruits de tous les pruniers fauvages
depuis Charly juſqu'à Lyon , au lieu
d'être ronds & de la groffeur d'un poix ,
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
comme ils le devoient être alors , avoient
une forme ovale une fois & demie plus
longue que celle des fruits naturels & ordinaires
dans cette faifon , & qu'ils ref
fembloient fort à de jeunes amandes, d'un
verd cependant moins foncé & tirant fus
le jaune.
M. Morand ayant encore obfervé le
même phénomene cette année entre Va
lence & Tournon , s'eft apperçu cette fois.
que ces prunes , qui étoient d'une groffeur
plus extraordinaire , étoient en ou
tre perçées jufques à leur centre , & dépourvûes
de noyaux. Il infère de là que
l'on doit rapporter la caufe de cette monf
truofité , à la piqûre de quelque infecte ,
à l'occafion de laquelle les fucs nourriciers
fe feront portés en plus grande abondance
dans les vaiffeaux qui ont été ouverts ,
& qui par la même caufe s'étant dilatés:
de plus en plus , & ayant donné plus de
liberté au mouvement des fucs , auront
produit un plus grand accroiffement en
tout fens.
C'eft de cette maniere , dit M. Morand
, que le forment ces-efpéces de tubérofités
appellées galles , que l'on trouve
fur différentes plantes , & qui font ſi va
riées dans leur grandeur , dans leur figu
e & dans leur difpofition interne & exA
OUST. 1753. I'
terne. Perfonne ne doute aujourd'hui que
ees excroiffances ne foient l'ouvrage des
pucerons qui s'y font introduits , ou qui
y ont renfermé leurs oeufs , lefquels y
ont germé comme dans des nids .
M. de Reaumur , dont on trouve dans
les Mémoires de l'Académie , une obfer.
vation fur le même phénomene , l'avoit
attribué à quelque efpéce de pluye ; mais
nous fçavons qu'il a embraffé le fentiment
de M. Morand , depuis qu'ayant exami
né ensemble l'intérieur de quelques uns
de ces fruits monftrueux , il y avoit reconau
descrottes d'infectes . Les grands hom
mes ne font point jaloux de leurs fenti
mens , ils ne cherchent que le vrai .
Sur la théorie de la Musique.
M. Bollioud après avoir examiné la
théorie de la Mufique & fon utilité , rap
porte hiftoriquement les noms de ceux
qui ont traité de la Mufique théorique ,
& lorfqu'il vient à M. Rameau , il en fair
Véloge , avec les obfervations néanmoins
qui doivent être faites fur fes différens
ouvrages . M.Bollioud paroît du fentiment;
qu'une grande théorie fait rarement un
bon compofiteur de Mufique , & qu'il laž
faut feulement de certains principes & un
14 MERCURE DE FRANCE .
bon goût , dont on ne fçauroit donner de
préceptes.
Sur les différentes compofitions du tartre
Emerique.
M. Morand notre Académicien affocié ,
animé du zéle que lui infpire fon coeur &
fon état pour la confervation des hommes ,-
remarqua , dans un voyage qu'il fit à
Lyon , des différences du Tartre émétique
à celui de Paris , ce qui l'engagea à envoyer
un Mémoire fur les dangers du défaut
d'uniformité dans les dofes & la compofition
du Tartre émétique. On reconnut
qu'en effet il y avoit de grandes différen
ces , on peut donner de celui qui fe com
pofe publiquement à Lyon depuis quelques
années , jufques à 12 & 15 grains
fans danger , tandis qu'on ne pourroit
pas paffer 4 às de celui de Paris.
Sur l'Emétique.
M. Gavinet a donné le détail de tous
Les émétiques , en rapportant leurs compofitions
; il vient enfuite au tartre éméti
que & à fa compofition , dont il décrit
celle qu'il croit la meilleure.
L'Auteur décide en faveur de la méthode
qui preferit de faire bouillir parties
égales , de foye , d'antimoine & de cryf
AOUST. 1753 . F5
tal de tartre dans fuffifante quantité d'eau,
& après avoir filtré , de faire évaporer juſqu'à
ficcité. Le foye d'antimoine contient
affez de fel alkali , pour rendre le cryſtal
foluble , fans qu'il foit befoin d'emprunrer
celui des fcories.
M. Gaviner termine fon Difcours par
une obfervation importante ; les préparations
émétiques tirées de l'antimoine , &
principalement le tartre , le firop & le kermès
minéral perdent de leur force en vieilliffant
, de forte que les dofes doivent
être un peu augmentées,fi les préparations
font anciennes. M. Gaviner attribue cette
différence à l'acide univerfel répandu dans
Fair, qui fixant peu à peu les parties fulfureufes
de l'antimoine , diminue par là leur
action.
Méthode pour déterminer le centre de frottement
de plufieurs poids qui tournent
autour d'un point fixe.
L'utilité de ce problême dans la mécha
nique & la maniere imparfaite dont il avoit
été réfolu jufqu'à préfent , ont engagé M.
Montucla à chercher une méthode nouvelle
pour le réfoudre : elle confifte à multiplier
chacun de ces poids par le quarré de leur
diſtance du point fixe , & à divifer la
fomme des produits par celle des poids.
TO MERCURE DEFRANCE.
Le quotient donne le quarré de la diftance
du point fixe à un autre point , fur le
quel fi on fuppofe tous les poids concentrés
, leur frottement produira une réfiftance
égale à la fomme des réfiftances particulieres
de tous les frottemens . Ce calcul
qui feroit long , difficile & fouvent
impraticable à ceux qui ne connoiffent que
les anciennes méthodes, devient plus ailé,
lorfque l'on employe le calcul intégrat .
M. Montucla y a joint une folution
courte & élégante d'un problême de Géométrie
, qui devient extrêmement compliqué,
lorsqu'on n'a pas l'induftrie de s'écarter
des routes ordinaires de l'analyſe .
Il s'agit de trouver dans la circonférence
d'un cercle , un point , duquel tirant une
ligne à chacune des extrêmités d'une autre
ligne quelconque donnée , foit dedans ,
foit hors du cercle , elles couperont le cercle
de façon que la ligne tirée d'un point
d'interfection à l'autre , fera paralelle à
la ligne donnée.
Nouvelle Defeription de la Grotte d'Arcy
en Bourgogne *.
Les defcriptions que l'on connoît des
*C'eft cette Description qui eft inférée dans la
troifiéme partie des Obfervations fur l'Hiftoire
Naturelle , & que l'Auteur a défavouée par une
Lettreenvoyée au Mercure d'Août 1752.
AOUST. 1753. 17
plus fameufes Grottes, n'ôtent rien du mérite
de celle-ci : à mesure que les congel
lations qui s'y trouvent prennent accroif
fement , ou qu'il s'en reproduit de nouvelles
, ce fouterrain & conféquemment les
defcriptions qu'on en pourroit faire , doivent
être différentes . M. Morand s'eft propofé
d'en donner une qui puiffe à peu
près fe trouver dans tous les tems vraye
& exacte pour cela il ne s'attache à au
cun morceau en particulier ; il eft inutile ,
dit fort judicieufement l'Auteur , de s'attacher
à peindre des ouvrages qui ne font
pas finis , & aufquels la nature retouche
à chaque inftant , à l'imitation des bons
Peintres qui ne peignent point tout &
qui laiffent un champ libre à l'imagination
; je n'entrerai pas dans des détails
qui ne donnent aucune idée , aimant
mieux en laiffer imaginer plus que je n'en
dirai .
*
, י
La température de l'air de la caverne
eft fort douce , & la même que celle de
la Grotte de Balme en Dauphiné , dont
M. Morand a envoyé la defcription à l'Académie
Royale des Sciences de Paris.
Ce fouterrain à environ 30 toifes de
long. Vers fon entrée elle fe partage en
deux routes , qui par la différence de leurs
dimenfions en plufieurs.endroits , forment
18 MERCURE DE FRANCE.
plufieurs Salles , dont quelques- unes éton
nent par leur grandeur & par la hardieffe
de leurs voûtes.
Ces falles font plus ou moins remplies
de congellations , qui ont toutes fortes de
formes ; les unes font à terre , & répréfentent
des bornes , des pilaftres , des aiguil
les ; plufieurs pofées comme des colonnes
fur des pieds d'eftaux , paroiffent foutenir
les voûtes , & font entremêlées d'obélif
ques & de confoles , que l'on diroit être
chargés d'hyeroglyphes mystérieux ; d'autres
fervent d'ornemens à la voûte d'où
elles defcendent quelquefois jufques fur
le fol , où en en rencontrant d'autres, elles
forment des maffifs de toutes fortes de fi
gures & de groupes , dont les enfoncemens
& les rehauffemens forment des perfpectives
bizarres.
La plupart de ces congellations font
très blanches , il y en a qui le difputent
au marbre le plus blanc ; d'autres font f
brillantes qu'on les prendroit pour du
cryftal de roche .
M. Morand paffe en revue celles de ces
falles ou de ces maffifs de congellations ,
qu'on a foin de faire remarquer aux curieux
qui vont vifiter ces grottes ; comme
ce qu'on nomme les Orgues , la Coquille
La Salle du Bal , ou la Salle du Prince , &
"
AOUST . 1753- 19
une que M. Morand appelle la Salle des
Chauves-fouris , parce qu'elle fert de retraite
à un effain innombrable de ces animaux
, habitans de ce fouterrain.
Les bornes d'un extrait ne permettent pas
d'entrer dans un plus long détail , il ſuffic
de remarquer que de toutes les grottes que
F'on connoît , celles d'Arcy font des plus
riches en congellations , qui peut-être
rendront un jour la montagne où elles
font fituées , célébre & précieufe , fi l'on
vérifie les conjectures de M. Morand , fur
la nature de ces pierres , qu'il foupçonne
être pour la plupart d'albâtre.
Sur la maniere dont le Tartre émérique
agit fur l'eftomac .
Touché de la répugnance & des funeftes
préjugés qu'une partie du Public conferve
encore contre l'ufage de l'émétique ,
M. Colomb a tâché de les combattre & de
raffurer les plus timides . Sa Differtation eſt
divifée en trois parties.
Dans la premiere il expofe en Anatomifte
, la ftructure de l'eftomac , il explique
en Phyficien comment le tartre
émétique agit fur le vifcere , & il conclud
avec raifon , que l'action du remede eft
trop foible pour faire le moindre tort à
un vifcere conftitué comme il l'a dépeint
20 MERCURE DE FRANCE
Dans la feconde partie , M. Colomb
foutient que loin d'affoiblir l'eftomac , l'émétique
le fortifie : il prouve cette propofition
par l'exemple des inflammations
des yeux qui font fouvent guéries par la
feule application du vin émérique.
Enfin , dans la troifiéme il fait voir que
l'avantage de l'émétique ne fe borne pas
à fa fimple vertu purgative. Les nerfs qui
vont à l'eftomac communiquent avec tous
ceux du corps ; c'eſt un enchaînement de
plexus qui eft en commerce avec toute l'économic
, de forte que par la fimpathie
que les nerfs ont entr'eux , il fe fait par
tout des contractions vives & falutaires ,
parce qu'elles expriment tous les vifceres ,
même les plus éloignés de l'eftomac , &
oblige les humeurs épaiffies qui y croupiffoient
, à rentrer dans le commerce des liqueurs
, ou à fortir par les vaiffeaux excrétoires
qui leur font propres.
Enfuite de ce Difcours le Pere Beraud
a lûr un Mémoire fur l'évaporation des
liquides , & fur l'afcenfion des vapeurs .
Il examine deux queftions : quelle eft
la caufe qui détache les parties fubtiles
de l'humidité des corps. Secondement ,
quelle eft la caufe qui les fait monter fi
haut & avec tant de facilité , lorfqu'elles
font détachées des corps.
AOUST. 1753. 27
L'Auteur de ce Mémoire admet avec
M. de Mairan , pour caufe néceffaire de
l'évaporation des liquides , l'émanation de
la matiere étherée , qui renfermée dans
les pores du liquide , & y ayant plus de
viteffe ou plus de force de reflort que la
même matiere qui environne au dehors le
liquide , s'y étend pour garder l'équili- ,
bre. C'est par ce principe qu'il explique
pourquoi la glace perd une partie confidérable
de fa fubftance dans un tems trèsfroid.
Car la glace , pour parvenir au dégré
du froid extérieur , doit perdre de ſa
chaleur intérieure , & cette chaleur ne diminue
que par l'écoulement au dehors de
la matiere étherée , & cette émiffion fera
d'autant plus confidérable que le froid extérieur
fera plus vif. Or l'évaporation fera
proportionnelle à l'écoulement de cette matiere
, qui en fortant par tous les pores de
la glace , emporte beaucoup des parties de
fa fubftance : c'est ce que l'on remarque
dans les expériences de l'électricité , où
P'on voit que la matiere étherée ou électrique
forcée de faillir d'un fluide ou d'un
folide dont les interftices font remplis de
fucs & de parties aqueufes , entraîne plufieurs
de ces parties. Sur quoi l'Auteur remarque
que cette évaporation forcée fe
fait avec les mêmes circonstances que l'é22
MERCURE DE FRANCE.
vaporation naturelle ; d'où il conclud
qu'elles ont l'une & l'autre une même caufe
, l'émiffion de la matiere étherée.
Pour expliquer l'afcenfion des vapeurs ,
M. Bouller , & après lui plufieurs Phyciens
nous ont repréfenté l'air , par rapport
au liquide fur lequel il flotte , comme
un diffolvant qui l'abforbe . Mais ce
fystème ne femble pas expliquer comment
l'air devenu plus pefant par ces parcelles
d'eau qu'il a abſorbées , & qu'il tient engagées
dans les pores , peut s'élever dans
un milieu plus rare & plus léger. L'Auteur
du Mémoiré répond à cette difficulté
, en difant que les parties des vapeurs ,
une fois féparées de la maffe du liquide ,
font dans un état entierement différent
de celui où elles étoient , lorfque par leur
union elles formoient ce liquide , & que
dans ce nouvel état elles acquierent un
excès de légereté refpective , fur celle de
l'air beaucoup plus grand que n'eft l'excès
de pefanteur de l'eau , dans fon état naturel
fur celle de l'air : c'eft ce que l'Auteur
prouve en comparant les dilatations des
vapeurs , avec celle de l'air , à trois différens
dégrés , à la chaleur de l'eau bouillante
, aux chaleurs communes de l'été ,
& au premier froid qui commence à geler
l'eau . Au premier point les vapeurs font
A O UST. 1753 : 23
13 fois plus légeres que l'air ambiant ; au
fecond, fix fois plus ; & au troifiéme , trois
fois plus. Elles ont donc un excès de légereté
refpective plus que fuffifante pour
s'élever dans la région des météores ou
des nuées , qui n'eft gueres au de- là d'une
lieue & demie en hauteur.
La Séance a été terminée par la lecture
qu'a fait M. l'Abbé Pernetti d'un Mémoire
fur la Véronique , dans lequel il examine
la nature de cette plante & fes différentes
vertus fpécifiques .
L'Auteur donne une grande préférence
à la véronique fur le thé , qui n'eft peut- être
tant eftimé que parce qu'il vient de loin &
qu'il eft cher . On prétend même que nous
ne l'avons qu'après le premier ufage qu'en
ont fait ceux de qui nous le tenons се >
qui peut ne lui laiffer fa moindre
qualiré.
que
La Véronique dont l'anagrame eft , Ero
unica , ne détermine point M. l'Abbé Pernetti
à lui donner des qualités fupérieures
à toutes les autres plantes , il les examine
de plus près ; il lui trouve celle de dé .
truire toutes les obftructions, quelque part
qu'elles foient placées ; tant de maladies
qui fe reffemblent le moins par leur nom
n'ont fouvent que ce même principe.L'Auteur
rapporte que la Véronique , contre
24 MERCURE DE FRANCE.
&
que
le fentiment de plufieurs , n'échauffe point,
fon ufage ordinaire eft comme celui
du thé. Une des qualités la plus finguliere
de la Véronique , rapportée d'après
Koffman , eft d'avoir rendu fécondes
dix à douze femmes qui paffoient pour
ftériles depuis plufieurs années , en leur
faifant prendre de la poudre de Véronique
infufée dans l'eau même de la Véronique.
Les Botanistes comptent cinquante deux
efpéces de Véronique , mais elles fe reduifent
à deux , le mâle & la fémelle ; celleci
croît en divers endroits , même dans les
jardins ; le mâle , dont les vertus & les
effers font bien fupérieurs , ne fe trouve
que dans les bois , auprès des chênes
dont les grandes qualités en peuvent communiquer
à la Véronique
EPITRE
A OUST .
25 1753.
106 502 502 502 500 500- 102 : 500 SC 580 582 506 and 508
EPITRE
A M. DE MONTESQUIEU ,
Préfident au Parlement de Bordeaux
Auteur du Traité de l'Esprit des Loix.
CE Héros ( 4 ) Orateur , fameux par ſes voya- ges,
Qui connut les humains , leurs climats , leurs ufa
ges ,
Immortel Secondat , mérita moins que toi ,
L'encens du Chantre de la Gréce.
Dans le Temple de la Sageſſe ,
Un Philofophe eft au deffus d'un Roi .
Alexandre , des cieux ( 6 ) empruntant le tonnerre,
Sous les pas triomphans vit l'univers trembler ;
Colomb à la bouffole afferviffant la terre ,
Trouva les bords étroits , & les fit reculer ;
Bravant les froids de l'Ourſe & les périls de l'onde;
Bouguer (c) a vû le globe , a fçu le meſurer ;
(a) Ulyffe.
Dic mihi , mufa , virum •
Qui mores hominum multorum vidit & urbes.
Horat. in Arte Poëtica,
(b) Allufion à fa defcendance fabuleuse de Jupiter Am
mon.
7
( ) Académicien célébre par les obfervations faites fup
La Cordeliere.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Pareil au flambeau du monde ,
Tu le parcours pour l'éclairer.
Dans un coeur retréci , décidé fans fyftême ,
L'amour de la patrie eft l'amour de lui- même ;
S'il n'égale aucun peuple à fes concitoyens ,
Lintérêt de l'Etat marche au - deffous des fiens.
Une ame profonde & ſublime
Voit fous des cieux divers tous les peuples rivaux ;
Quand la fortune entr'eux tient les rangs inégaux ,
L'avantage des moeurs régle feul fon eftime.
Cet efprit mâle , épuré par le coeur ,
Vante (a ) un Républicain vertueux fans contrainte,
Applaudit au François qui s'immole à l'honneur ,
Chez l'Anglois fon rival découvre le bonheur ,
Confole & plaint l'esclave opprimé par la crainte,
De l'équité des Dieux fa voix portant l'empreinte,
Pele, difcute , fixe , en arbitre des Loix ,
Et les droits des Sujets , & le devoir des Rois.
Puiffances que le ciel éleva fur nos têtes ,
Vous , (b ) Aftres bienfaifans qui confervez nos
jours ;
Vous (c) flambeaux odieux qui par mille tempêtes,
confternés fignalez votre cours ,
A nos yeux
Dans ces redoutables maximes (d) ,
(a) C'eft le plan général de l'Eſprit des Loix , qu'on a
tenté de tracer dans ces quatre vers .
(b) Les Monarques .
(c) Les Defpotes,
(d) On a crû entrevoir le fens de ces maximes dans le
Traité de l'Efprit des Loix , Liv , 6 , ch. 21. Liv . 8. ch. 6..
& 7. Liv. 12, chap. 27.
AOUST.
27 1753.
Que trace un crayon libre en bravant l'intérêt ,
Juges des Nations , entendez votre arrêt.
» De l'Immortel agens fublimes ,
" Notre fort roule dans vos mains ;
» Mais par des retours légitimes ,
Votre bonheur dépend de nos deftins :
-Auteurs des vertus & des crimes ,
» Déteftés , adorés ou craints ,
» Vous devez être les victimes
» Ou les idoles des humains .
Nouveau Socrate , où prends-tu cette audace
Qui fait ainsi la guerre à de fauffes grandeurs ,
Sans mériter où craindre leur difgrace ;
Qui déchire à nos yeux le voile des erreurs ,
Dreffe un trophée aux bonnes moeurs
Et les rétablit à la place
Du fol effain des vulgaires abus
Par où le fanatifme altéra les vertus ?
Sage réparateur du vol de Promethée ( a) ;
Pour confumer ce fiel , ce levain abhoré ,
Dont tu vois par fes mains notre race infectée ;
Tu puiſes dans ton fein uu feu pur & facré
Que tu voudrois verſer dans notre ame agitée.
Mortels , devons- nous plus au fils d'Epimethée
Dont le coupable effor oſa nous animer,
(a ) Fertur Prometheus addere Principi
Limo coalus particulam undique
Defectam, & infani leonis
Vim ftomacho appofuiffe noftre. Horat. Od. 16, L. &.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE
Qu'au Platon de nos jours qui fçait nous réfor
mer ? • , P
Mais quelle eft donc cette ardeur qui t'inſpire
(O tendre citoyen : ô coeur trop peu vanté !
Quoique plus d'un Pays t'envie à notre Empire ,
Qu'Edimbourg (4) te confacre à l'immortalité )
C'est l'amour de l'humanité .
C'eft cet heureux penchant , non le goût des merveilles
Dont l'Europe éblouit fes fpectateurs errans ;
C'eft cet inftinct flateur , qui dès tes jeunes ans
Fut le prix de ta courfe & l'ame de tes veilles .
Qui chérit ainfi l'homme , & qui fçait l'eftimer ,
Peut difputer aux Dieux l'art de s'en faire aimer,
D *** de Bordeaux .
(a) La nouvelle Compagnie d'Imprimeurs établie à
Edimbourg , a fait un préfent de livres à M. de Montef
quicu , par la voie de M. Alexander , & l'a fait prier de lui
accorder la préférence au cas d'une nouvelle edition de
fes Ouvrages.
A O UST. 20 17531
289 280285 286 287 207208 209 208 207208 208 209
SEANCE PUBLIQUE
De l'Académie Royale des Sciences , Inf
criptions & Belles Lettres de Touloufe ,
du 10 Mai 1753 .
Mi
de Rabaudy , Vice Préfident de
l'Académie ouvrit la Séance par
un Difcours , dans lequel il fit voir quels
font les motifs des Affemblées publiques
& combien l'Académie avoit été fidelle à
remplir exactement cette partie de fon
devoir ; il expofa auffi les raifons qui jufqu'ici
s'étoient oppofées à l'impreffion des
Mémoires de l'Académie ; ces raifons
étoient prifes du defir que l'Académie
avoit eu de perfectionner la Typographie
dans cette Ville , pour pouvoir faire imprimer
fous les yeux fes Mémoires , & des
difficultés que ce projet avoit effuyées fucceffivement.
M. Garipuy lat enfuite un Mémoire
dans lequel il rendit compte des obfervations
qu'il avoit faites pour fixer la latitude
de l'Hôtel de l'Académie qu'il a trouvée
de 43 °. 35′ 47″ =
Cette lecture fut fuivie d'un Mémoire
de M, Sage , lu par M. de Puymanria , à
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
raiſon de la maladie du premier , fur l'analyfe
qu'il a faite des différens laits , &
fur la meilleure maniere de faire du petit
lait.
M. Martin de S. Amand lut un Mémoire
dans lequel il rendit compte des médailles
que l'Académie , à qui les Capitouls
en avoient fait préfent , l'avoit prié
d'examiner . Ces médailles au nombre de
près de quatre mille , ont été trouvées
dans la fouille des terres de la promenade
que la Ville vient de faire faire.
Enfin , M. Darquier , Directeur , termi
na la Séance par la réfomption de ces trois
Mémoires.
Réfomption de la Séance.
Parmi plufieurs méthodes que les Aftro
nomes peuvent employer pour détermi
ner les latitudes , il y en a trois principales.
La premiere confifte à prendre la plus
grande & la plus petite hauteur d'une étoile
voifine du Pôle , au deffus de l'horifon
& ayant ajoûté à la plus petite , ou foultrait
à la plus grande , la moitié de leur
différence , on a la vraye hauteur du Pôle .
La feconde méthode , pratiquée par les
Aftronomes qui furent fous l'Equateur décider
la fameufe queftion de la figure de
AOUS T. 17538 31
la terre , exige que l'on connoiffe la déclinaifon
des Altres , du moins de ceux que
l'on veut employer à cette recherche ; prenant
avec un grand fecteur la diſtance au zénit
, d'un autre qui en paffe extrêmement
près , & la fouftrayant de fa déclinaiſon
on a la latitude que l'on cherche ; il eft
vrai qu'il faut tenir ici compte des réfractions
, mais l'obfervation eft fi près du zénit
, ( où elles font nulles ) qu'on ne rifque
pas , en employant les tables ordinaires ,
de commettre des erreurs fenfibles . Cette
méthode doit être préférée aux autres ,
lorfqu'on a un inftrument convenable.
Enfin , la derniere employée par M. Garipuy
eft la plus commode ; & quoiqu'elle
fuppofe un plus grand nombre d'élémens
connus , elle peut acquérir , par le nombre
d'obfervations qu'on peut faire commodément
, & par les circonftances où l'on
les fait , un dégré de certitude ; il fuffic
de prendre la hauteur méridienne d'un des
bords du Soleil , cette obfervation répetée
quelques jours avant & après le folftice ,
tems auquel le mouvement du foleil en
déclinaifon eft extrêmement lent , ne peut
pas manquer de donner fort exactement
la hauteur du Pôle .
On voit dans le mémoire de M. Garipuy
, qu'il avoit en 1736 employé la pre-
Biiij.
32 MERCURE DE FRANCE:
miere de ces méthodes , avec cetre différence
, qu'il faifoit ufage de la déclinaifon
connue de l'étoile polaire , en n'obſervant
que fa hauteur inférieure , & en répétant
la même opération fur des étoiles fituées
vers le midi , pour éviter les erreurs de
l'inftrument.
y
Il nous apprend que c'eft felon les apparences
, en 1700 , que la hauteur du Pôle
de cette Ville fut déterminée pour la premiere
fois ; le prolongement de la méri
dienne que M. Caffini exécutoit alors.
lui donna occafion de perfectionner la
Géographie de la France , en fixant par là
la latitude & la pofition des principales
Villes , eu égard à l'Obfervatoire de Paris.
Se trouvant affez près de Toulouſe ,
il ne voulut pas perdre l'occafion d'y faire
les opérations néceffaires pour fixer cette
latitude ; il n'y prit qu'une feule hauteur
du foleil & une feule hauteur de l'étoile
polaire. Ces deux obfervations doivent ſe
fervir réciproquement de vérification , &
elles donnent en effet , des hauteurs du
Pôle , qui ne différent que de huit fecondes,
quantité affez petite & qui ne prouveroit
qu'un heureux hazard dans l'accord de
ces deux obfervations uniques , fans la fagacité
& l'habileté connue de l'obfervateur ,
mais par un oubli fâcheux cette obferva
A O UST. 1753. 33
tion fut comme inutile , la Ville de Toulouſe
, ainfi que M. Garipuy l'a fait trèsjudicieufement
remarquer , eft affez grande
pour que la différence des lieux où l'on
obferve , puiffe produire une minute dans
la différence des latitudes ; il falloit donc
pour tirer de cette obfervation tout le
fruit qu'on devoit en attendre , défigner
le lieu précis où elle a été faite.
C'eft ce qui détermina M. Garipuy dès
fon entrée à l'Académie , de répéter la
même obſervation ; ce projet fi utile aux
progrès de l'Aftronomie étoit très mal aifé
à exécuter dans une Ville qui manquoir
abfolument d'ouvriers qui euffent la moindre
teinture d'inftrumens Aftronomiques ,
& l'Académie encore naiffante , fans aucun
fond ni revenu , n'avoit pû fe pourvoir
ailleurs d'inftrumens de ce genre.
Tout autre que M. Garipuy fe feroit rebuté
, fon zéle & fon intelligence furmonterent
tous ces obſtacles , & vous venez
d'entendre la defcription de l'inftrument
qu'il fe procura.
De deux parties effentielles à fon quart
de cercle , le micrometre & le limbe *
Fune y manquoit abfolument , & l'autre
étoit d'une imperfection , dont il ne vous
Il étoit de carton.
Bv
34 MERCURE DE FRANCE.
a donné qu'une foible idée , & dont le
détail complet n'auroit fervi qu'à relever
le mérite de l'exactitude de fes obfervations.
.5
M. Garipuy privé de fecours , n'y fuppléa
que par un travail & une applica
tion opiniâtre & pénible. Il étoit aidé
dans fon travail par un de nos Membres *
dont l'Académie regrettera long tems la
perte , & dont le zéle pour la Religion ,,
à qui tout doit céder , nous a privés vraifemblablement
pour jamais..
Le milieu de leurs obfervations leur
donna 43 ° 35 ' 54" , pour la latitude de
la tour du rempart où ils les avoient faites.
La différence de près d'une minute un
quart qu'il y avoit entre la latitude fixée
en 1700 par M. Caffini , & celle qu'ils,
venoient de déterminer , leur donna des
foupçons fur la bonté de leurs obfervations
; foupçons qu'ils ne furent pas à
portée de vérifier faute de meilleur quart
de cercle.
M. Maraldy de l'Académie des Sciences
& qui eft chargé de faire tous les ans la
Connoiffance des tems ,. dans laquelle
font comprifes les latitudes de toutes les
* M. Dufourc , actuellement Curé dans le Dio
cefe de Viviers.
A O UST . 1753
35
Villes du Royaume , tant celles qui font
dûes aux obfervations de cette Académie
que celles qui font dûes à d'autres , changea
en 1745 , celle de Touloufe , qu'il
marqua comme M. Garipuy à 43 ° 35'54" >
précisément la même qu'il avoit conclue
de ces obfervations faites en 1736. Nos Af
tronomes crurent d'abord que M.Maraldy
leur avoit fait l'honneur d'emprunter leur
réſultat ; mais ayant fçû depuis que MM.
Caffini & Maraldy étoient venus à Touloufe
au mois de Juillet 1739,& qu'ils étoient
montés une feule fois au clocher de la
Dalbade avec un quart de cercle , & d'ailleurs
, la latitude de Touloufe marquée.
dans la Connoiffance des tems étant notée
d'une petite étoile , ce qui eft la marque
diftinctive de celles qui font dûes aux
Aftronomes de l'Académie de Paris , ils
ne douterent pas que ces Mrs n'euffent fait
fur le clocher de la Dalbade l'unique fois
qu'ils y monterent , une obfervation qui
leur avoit donné le même réfultat , ou
qu'ils n'euffent déduit cette latitude de la
la diftance de cette Ville de quelque point
de leur méridienne. Cet accord fingulier
& qui prouve la grande fagacité de ces
Mrs , puifqu'il y a apparence qu'ils n'ont
dû qu'à une feule obfervation ce qui avoit
coûté bien des foins & des peines à nos
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Aftronomes , en ranimant la confiance de
ceux ci par leurs premieres obfervations
Ieur infpira un ardent défir de les confirmer
par de nouvelles ; pour cet effet , M.
Garipuy profita du quart de cercle que
l'Académie venoit d'acquerir des héritiers
de M. l'Abbé de Ribaute , pour commencer
au mois de Janvier 1751 des obfervations. *
pour fixer la latitude du jardin de cette
Académie où il les faifoit ; ces obfervations
continuées jufques au folftice d'hyver
1752 , lui ont donné , en employant
la méthode des interpolations , 43° 35′
47" , & en réduifant cette latitude à la
tour du rempart par la longueur des dégrés
du méridien connu , il a trouvé 43º
36′12″ pour la latitude de cette tour
ce qui différe de 18 " de celle qu'ils avoient
trouvé en 1736 avec le quart de
cercle de bois.
Ceux qui fçavent combien l'imperfec
fection des inftrumens influe fur ces déterminations
, ne peuvent qu'être furpris
d'une différence auffi petite ; elle pouvoit
cependant être , ou beaucoup plus petite
ou beaucoup plus grande , en faisant tou
tes les réductions néceffaires , c'eſt- à- dire
, en tenant compte du mouvement des
* Elles confiftoient à prendre tous les jours
autans que le ters la permis , la Hauteur méridienne
du Sakil
A O UST. 1753 : 37
étoiles en longitude , caufé par la préceffion
des équinoxes & de leur aberration ;
mais tout calculé , M. Garipuy n'a plus
trouvé que demi feconde de différence , ce
feroit le cas de dire , que qui pronve trop
ne prouve rien , s'il pouvoir y avoir de
l'arbitraire dans ces calus ; mais leur rigueur
néceffaire & qui fait leur effence ,
a forcé M. Garipuy à fe trouver d'acord
avec lui-même , à demie feconde près .
On doit rendre ici au travail de M. Sa
ge toute la juftice qu'il mérite. Ce tra
vail retrace la marche qu'il a tenue pour
nous mettre à portée de profiter avec le
plus grand avantage poffible , d'un reme
de qui nous eft donné immédiatement par
la nature.
Dans tous les tems on a regardé le lait
comme l'aliment le plus nourriffant & le
plus aifé à digerer ; & quand le Médecin
l'a employé pour rétablir les eftomacs dé
bilités, les tempérammens ruinés , les gens
d'une conftitution délicate ; elle a en cela
imité la nature , qui fournit aux meres le
lait pour nourrir leurs enfans , pendant
tout le tems que la foibleffe de leurs or
ganes les empêcheroit de digerer & de
mettre à profit des alimens plus folides ;
se tems paffé , la nature force les meres ,
en faifant tarir leur lait d'accoutumet leurs
38 MERCURE DE FRANCE.
enfans à des alimens plus analogues à leurs
vifceres.
qu'il y a
Il eft cependant certain , & M. Sage
vous l'a fait remarquer , des gens
qui font arrivés à une extrême vieilleffe
en n'ufant que du lait ; mais ce n'eft pas
là l'intention de la nature , & les premiers
hommes que la providence guidoit
chercherent en ouvrant le fein de la terd'aure
pour la fertilifer , à fe à fe procurer
tres alimens dont elle leur indiquoit l'utilité.
Je ne m'éloignerai pas cependant de
l'idée de M. Sage , & je croirai volontiers
avec lui , que le grand ufage que faifoient
du lait les premiers Patriarches , n'a pas
peu contribué à les faire parvenir à cette
extrême vicilleffe qui nous étonne.
Il vous a fait voir que le lait de vache ,
celui de brebis & celui de chèvre , ont
été les premiers dont les anciens ont fait
ufage , les modernes ont employé ceux
d'âneffe , de jument & de femme ; celui
de chameau n'eft connu que des feuls Arabes
, qui en font leur principale nourriture
. Le lait fourni par les mamelles n'anonce
pas une conception décidée , & outre
les exemples rapportés par M. Sage ,
les livres d'Hiftoire naturelle font remplis
de pareilles fingularités.
A OUST. 17537 發
Quoique plufieurs Chymiftes ayent fait
des analyfes du lait , le travail de M. Sage
n'en a pas moins le mérite de la nouveauté
, tant par la maniere dont il s'y
eft pris , que par le lieu où il l'a exécuté .
Tout le monde fçait que le goût , les qualités
& par conféquent les propriétés du
lait varient felon les climats , & même felon
les faifons , tant à raiſon des pâturages
qu'à raifon de la température ; com
bien donc ne feroit-il pas à defirer qu'il
y eût dans chaque Province des gens que
l'amour de leur patrie portât à imiter le
zéle louable de M. Sage ?
,"
Les végétaux , les animaux & les mineraux
fourniffent plufieurs acides pour
Goaguler le lait , & féparer la férofité de
la partie blanche ou cremée , pourvû qu'on
y employe le feu , & cette circonftance
eft d'autant plus remarquable que le tonnerre
& les éclairs font coaguler le lait
froid.
M. Sage a vu en gros le rapport
des pe
fanteurs fpécifiques de la partie féreufe &
de la blanche des différens laits , puifque
dans les uns la partie cremée a furnagé ,
dans les autres elle s'eft précipitée vers le
fonds , & dans quelques uns elle a resté
fufpendue comme étant de même pefanteur
fpécifique ; cette connoiffance exacte
40 MERCURE DE FRANCE.
a.
étoit au fond peù néceffaire , auffi a- t- il
donné fa principale attention à la connoiffance
du rapport exact de leur volume.
L'ordre dans lequel ils font rangés , eu
égard à la quantité de férofité qu'ils contiennent
, font celui de femme , de jument
, d'âneffe , de chèvre , de vache &
de brebis . Le Docteur James a obtenu
par un autre moyen , le même réfultat fur
le lait de chèvre , de vache , de femme &
d'âneffe , il n'a point operé fur celui de
jument & de brebis , & nous devons à M.
Sage feul , la connoiffance des principes
qui les compofent.
La grande quantité de férofité du lait
de femme , eu égard à la partie cremée ,
devroit étonner , fi on ne fçavoit que la
partie la plus nourriffante du lait eft la
férofité ; car il n'y a , dit Cheyne , dans le
lait , que le petit fait doux & blane , c'eſtà-
dire la férofité , avec quelques particules
, petites & légeres du caillé , qui font
capables de paffer par les orifices invifibles
2
* La partie féreufe eft à la partie blanche felon
fon calcul , dans celui des femities , comme 14
eft à 1 ; dans celui de jument comme 11 eft à
1 ; dans celui d'âneffe , comme 10 eft à 1 ; dans
celui de vache comme 2 eft à 1 dans celui de ché--
vre de même : & enfin dans celui de brebis , commei
eft à r
AOUST . 1753. 41
& étroits des vaiffeaux lactés & de nourrir,
& c'eft en cela feul que confifte ce que le
lait de femme , de jument , d'âneffe & de
chévre ont de nourriffant. Il femble donc
que ce ne feroit pas tant à cette grande
quarvité de férofité qu'on devroit attribuer
la grande humidité qui abonde chez
les enfans , & qui eft le principe de leurs
maladies , qu'à la furabondance & à la
ftagnation des humeurs pituiteufes qui dépendent
uniquement de la molleſſe exceffive
des parties folides , qui dans cer
âge tendre ne peuvent imprimer un mouvement
fuffifant aux fluides , ni les faire
entrer dans les plus petits vaiffeaux capillaires
; donc il s'enfuit évidemment que
la circulation du fang & des humeurs , &
furtout les excrétions doivent extrêmement
languir. Dans ces cas les fucs nonfeulement
deviennent plus abondans, mais
ils s'épaiffent ; or cette plénitude d'humeurs
occafionne les ftagnations , & interrompt
le cours des fluides qui fe corrompent
, d'où naiffent les maladies qui
affligent les enfans , & dont on ne les délivre
qu'avec peine.
La facilité avec laquelle le lait eft coagulé
par les acides , avoit été apperçue par les
anciens , & comme ils fçavoient que rarement
l'eftomac eft fans acides , puifque la
42 MERCURE DE FRANCE.
plupart des alimens tant folides que fluides,
contiennent une acidité qui fubfifte particulierement
après la digeftion , & qu'ils
avoient connu les défordres que le coagulum
pouvoit produire dans l'eftomac , ils
imaginerent , fans doute pour y remédier ,
de faire la féparation de la férofité & des
parties butyreufes & cafeufes ; c'eft cette férofité
féparée qu'ils ont appellée petit lait ;
ils ont par une infinité d'exemples démontré
fon efficacité, & ils en ont très expreffément
récommandé l'uſage dans une trèsgrande
quantité de maladies.
*
Cette férofité eft une portion choifre
du lait , dans laquelle la liqueur aqueule
unit un fel doux & léger à une matiere
mucilagineufe , graffe & fubtile , c'est l'idée
exacte qu'on a dû s'en former , fur ce
que M. Sage en a dit dans fon Mémoire
le détail circonftancié dans lequel il eſt entré
, fait fentir combien il eft effentiel de
conferver à cette férofité ce fel doux & léger·
qui le rend bénignement purgatif, ces parties
nitreufes qui le rendent rafraichiffant
& propre à défaltérer , enfin cette matiere
mucilagineufe , graffe & fubtile qui en
font une liqueur propre à humecter , amolir
, relâcher & enveloper l'acrimonie faline
des humeurs & des fucs corrofifs . 1
La maniere d'obtenir cette férofité telle
AOUST. 1753- 43
que l'on vient de la détailler , mérite donc
toute l'attention des Chymiftes , & le Public
doit fçavoir bon gré à M. Sage d'avoir
fait fur cela des recherches auffi utiles que
-celles dont il vous a fait part dans fon Mémoire.
On ne doit pas être furpris de le voir
s'élever avec force contre l'ufage du petit
lait diftilé , quand on a compris de quelle
importance il eft de conferver à cette
liqueur ces parties balzamiques , mucilagineufes
, graffes & fubtiles ; ce remede
que la nouveauté , la fingularité , & peutêtre
la commodité a mis en vogue , bien
loin de procurer les heureux & falutaires
effets qu'on veut lui attribuer , doit même
en certains cas , devenir nuifible : &
en cela M. Sage ne dit rien de trop fort.
La diftilation n'en fait qu'une liqueur limpide
, fans faveur , fans odeur , maigre ,
féche , & peu propre à ramolir , humecter
relâcher ; je fçais même par ma propre expérience
& par celle de plufieurs perfon
nes , qu'elle defféche le golier & le palais.
M. Sage n'a pas embraffé légerement cette
derniere opinion ; il n'a pas manqué
d'autorités pour prouver avec quelle attention
& quel foin il faut chercher à conferver
au petit lait l'union & l'équilibre
de toutes ces fubftances, & combien la dif
44 MERCURE DE FRANCE
tilation eft peu propre à ce deffein .
Il ne fuffifoit point de détruire , il falloit
édifier : & c'eft auffi ce que M. Sage a
fait dans la derniere partie de fon Mémoire
, où après avoir fait le détail de tous
les acides qui peuvent fervir à féparer la
féroûté du lait & avoir indiqué la manicte
de les employer , il paroît donner la
préférence à la fleur de Chardonelle ; il
eft certain que ce petit lait a un goût bien
différent & bien meilleur que celui qu'on
fait avec la crême de tartre , qui a tou
jours un goût âcre & amer ; c'eft ce dernier
acide que l'on employe communément
à Montpellier .
La derniere épreuve de comparaifon à
laquelle M. Sage a foumis le petit lait diftilé
, le petit lait ordinaire ne laiffe aucun
doute fur la préférence qu'on doit à ce
dernier ; la teinture du réfidu après l'évaporation
du premier , a rougi celle de
tournefol & de firop violat : on fçait qu'il
n'a pû le faire qu'à raifon des parties alkalines
ou vitrioliques qu'il contenoit ; la
teinture du réfidu du dernier n'a laiffe
percevoir aucun phénomene qui puiffe lui
faire foupçonner aucun caractere d'alkali ;
M. Sage croit qu'il y a de l'acide nitreux
dans la matiere jaunâtre que lui a fourni
l'évaporation de fon petit lait , il fe preapAOUST.
1753. 45
pofe même de chercher en quelle proportion
il y eft. Il n'eft pas en cela d'accord
avec M. James qui dit formellement qu'il
n'y a aucune espéce d'acide dans le lait peutêtre
y eft-il fi enveloppé que ce Docteur
n'a pû l'y découvrir. ) Il affure que ni le
goût ni l'inftilation dans l'oeil , n'indi
quent point qu'il contienne quelque matiere
acide , ou akaline , ou faline , & que
quelque alkali fixe ou volatil que l'on
mêle avec le lait chaud , il ne fait aucune
effervefcence qui marque de l'acidité ; cependant
il cite Mefue , Médecin Arabe ,
qui dit que le petit lait de chèvre a quel.
que qualité nitreufe qui émeut doucement
le ventre , le lâche & n'y laiffe aucune
acrimonie,
Il y a apparence que la maffe graffe
trouvée par M. Geoffroy , le fucre de lait
de M. Sage , la matiere foliforme du Comte
de Lagaraye , le fel du lait de Neuf-
Châtel , & la matiere greumeufe de M.
James ne font qu'une même matiere donnée
par l'évaporation ; & il eft à craindre
que cette opération ne dégraiffe trop
le fel effentiel du lait : je crois même qu'il
eft infiniment plus sûr de nous en tenir
à la méthode indiquée par M. Sage.
La découverte des monumens qui ont
fait le fujet du Mémoire dont M. Martin
46 MERCURE DE FRANCE.
de S.Amand vient de vous faire part, n'eft
pas auffi précieux qu'on l'efperoit . Ce fçavant
n'a rien trouvé de rare ni de confidérable
dans les Médailles qu'il a examinées.
DE DE DE DE DE DE DE DE DE DE DE DE
NOUVELLE IMITATION
D'une Epigramme de Buchanan.
In Zoïlum .
Fruftra ego te laudo , fruftra me, Zoïle, ladis ;
Nemo mihi credit , Zoile , nemo tibi.
Dans les accès de fa verve cauſtique
Damon m'appelle un miférable Auteur ,
Qui n'eut jamais , & n'aura de Lecteur;
Par tout je crie , ah l'excellent critique ,
Le bel efprit , & le charmant rimeur !
Mais quel deftin eft comparable au nôtre ,
On ne nous croit ni l'un ni l'autre.
D. S. D.
Auteur d'un Conte mis dans le Mercure
en 1730 , attribué à l'Abbé de Grecourt ,
par l'Editeur defes prétendus ouvrages . ( pag.
35. du premier Vol . ) Il l'a intitulé l'Avocat
docile.
AOUST . 1753 47
para:pap
DISCOURS
Qui a remporté le Prix , par le jugement de
l'Académie des Jeux Floraux , en l'année
1753 , Sur ces paroles : Combien les
Sciences font redevables aux Belles- Lettres
. Par M. l'Abbé Foreft , de Toulouse ,
Bachelier de Sorbonne.
L
'ESPRIT d'analyfe & de calcul régne
avec tant d'empire dans notre
fiécle , que toute étude qui n'a pas quelque
rapport aux Sciences exactes , paffe
en général pour inutile : l'étude même des
Belles Lettres a fouffert d'une opinion fi
dangereufe ; il femble que pour leur infulter
avec moins de ménagement , on ait
mis fur leur compte la frivolité de quel
ques - uns de leurs éleves , & qu'on ne daigne
plus fe fouvenir de ce qu'elles ont fait
& de ce qu'elles peuvent faire en faveur
de toutes les Sciences.
Oubli funefte , que les Sçavans euxmêmes
devroient prévenir , puifqu'il nous
replongeróit infailliblement dans la Barbarie
;
Mais raffurons- nous : tandis que les
Belles-Lettres auront des difciples zélés
48 MERCURE DE FRANCE.
:
pour
réclamer leurs droits , & des tribunaux
éclairés pour venger leurs querelles ,.
les traits de leurs ennemis feront émouf
fés en vain leur reprocheront- ils de fe
borner uniquement à une connoiffance fuperficielle
des bons Auteurs , à une habitude
acquife de juger d'un Vers harmonieux
ou d'une Période foigneufement arrondie
, & de n'être bonnes qu'à amuſer
notre jeuneffe ou à nous délaffer d'une occupation
plus férieufe .
De femblables reproches dégradent bien
plus ceux qui les font , que l'Art qu'ils attaquent.
Quel tort feroit- on à la Géométrie de
publier que tout fon Art confifte à meſurer
des lignes & des furfaces ? Qui ne voit
que ces lignes & ces furfaces ne font à
l'égard du Géometre que des espéces de
termes pour ſe repoſer dans le pénible chemin
de la vérité qu'il pourfuit ? Les expreffions
& les périodes font à l'égard du
Littérateur ce que font les lignes & les
cercles pour le Géometre. La vérité des
idées avec leurs rapports , & la jufteſſe du
raifonnement font l'unique & le premier
fondement des opérations de l'un & de
l'autre ( a. )
( a ) S'il eft vrai , comme on n'en fçauroit dou
ter, que les Orateurs & les Poëtes doivent com-
Que
A OUS T. 1753. 49
Que les détracteurs des Belles - Lettres remontent
donc à leur origine , qu'ils confidérent
la multitude d'objets intéreffans
qu'elles embraffent , & ils auront pour
elles l'eftime & la reconnoiffance qu'elles
méritent mais incapables d'en apprécier
les beautés fines & délicates , ils aiment
mieux les avilir que de les cultiver ; ils
dédaignent de facrifier aux graces pour
affujettir tout à leurs méthodes , à leurs
régles & à leur compas. Ingrats ou avengles
qu'ils font, qu'ils apprennent & qu'ils
n'oublient jamais que la lecture des Hiftoriens
, des Orateurs & des Poëtes difpofe
néceflairement toutes les facultés de l'efmander
à toutes les Puiflances qui font mouvoir
le coeur humain , & qu'ils doivent affortir toutes
les parties de leur ouvrage aux divers fentimens
qu'ils veulent y faire naître , s'il eft vrai
qu'une Piéce de Théatre confacrée à l'amuſement
ainsi qu'à l'inftruction du Public , exige dans l'art
de manier les paffions ou les ridicules des hommes,
autant de combinaiſons de chofes éloignées & oppofées
qu'en exige la réfolution des problêmes les
plus difficiles ; ne faut- il pas que le Poëte & l'Orateur,
pour maîtriſer ainfi les efprits & les cours ,
épurent leur raifon & forment leur jugement fur
des principes auffi folides , & par des réflexions
auffi étendues que le Géometre qui découvre la
cauſe motrice des corps , qui en calcule les effets
, & qui paroît n'exercer fon empire que fur
la matiere.
C
so MERCURE DE FRANCE.
་
prit à l'étude des Sciences ; que fans le ſecours
des langues , de la critique & de
l'hiftoire , elles feroient encore dans les
ténebres ; & qu'elles font enfin redevables
de la rapidité de leurs progrès à cet
art de s'exprimer avec élégance & avec
pureté , qui n'appartient qu'aux Belles-
Lettres.
IMAGINER , fe reffouvenir , réfléchir ,
telles font les principales facultés qu'on
doit regarder comme le premier mobile
des opérations de notre ame , & comme
la fource de toutes fes connoiffances : réduite
aux feules idées ( a ) qui lui viennent
des fens , elle perdroit entierement
l'ufage de fes facultés naiffantes , fi on
ne les exerçoit de bonne heure par des
objets faciles & agréables qui piquent fon
attention , & qui dévelopant peu à peu
fes refforts , la préparent infenfiblement
aux travaux des Sciences .
Mais ce n'est que dans les Belles - Lettres
qu'on peut trouver ces objets . L'amufante
variété de l'Hiftoire , les mouvemens
impétueux ou pathétiques de l'Eloquence
, la douce harmonie de la Poëfie
, les traits vifs & frappans , les beautés
naïves & touchantes qu'elles pro-
( a ) V. Loke , Eſſaifur l'entendement humain,
A OUS T. 1753.
st
ן
es
on
eu
ent
'2.
Du-
' E.
au-
น
diguent dans tous les genres , font les
charmes les plus propres à nous rendre attentifs
, & le moyen le plus prompt pour
nous remplir de figues & d'idées."
a
On a vu , je le fçais , quelques génies
impatiens & intrépides diriger leurs premiers
pas fans aucun de ces fecours , dans
l'immenfe carriere des Sciences , & néanmoins
en approfondir les fecrets , ou même
en reculer les 1.mites ; mais l'heureux effor
d'une aigle rapide , qui du premier vol atteint
les Cieux , doit il nous faire entreprendre
une courfe téméraire ? & ne peuton
pas préfumer que ces rares géniés auroient
porté encore plus loin leurs découvertes
s'ils avoient commencé par l'étude
des Belles Lettres ? Quoiqu'il en foit , jugeons-
en par l'expérience & par le caractere
de l'efprit du commun des hommes :
s'il en eft quelqu'un qui , favorité du Ciel ,
foit d'abord capable d'une forte application
, & que les obftacles élevent & fortifient
, prefque tous fuccombent fous le
poids de ces mêmes obftacles , & demandent
qu'on ménage par dégrés , & qu'on
furprenne , pour ainfi dire , leur attention
fugitive.
Si donc avant d'avoir effayé nos forces.
fur des fujets à notre portée , avant d'avoir
raſſemblé un grand nombre de fignes
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
& d'idées , nous avions l'imprudence de
nous montrer dans le champ aride des
Sciences , leur féchereffe , leur langage
bifarre ne formeroient en nous aucune
fiaifon d'idées , ou les formeroient fi légeres
qu'elles s'effaceroient d'abord ; de
forte qu'en étant bientôt dépourvûs , nous
nous épuiferions en fauffes combinaiſons ,"
en conféquences vagues , & nous ferions
en proye à toutes les erreurs . Que de génies
fe font éteints ainfi , faute d'une nourriture
analogue à leur difpofition , & pour
ne s'être pas préparés à la trifte exactitude
des Sciences par les objets attrayans des
Belles - Lettres ! elles feules peuvent fixer
notre attention fans aucun effort .
Dès qu'elle eft fixée , nous nous rappellons
aifément les fignes des idées aufquelles
ils font liés , & par - là ( a ) leur
liaiſon devient fi forte qu'elle fait ſubſiſter
, en l'abſence des objets , les impref.
fions qu'ils ont occafionnées. Notre imagination
& notre mémoire commençant à
s'exercer de la forte , les fignes que celleci
rappelle , & les idées que celle- là réveille
, retirent l'ame de l'efpéce d'engourdiffement
où elle languiffoit , & lui donnent
la faculté de réfléchir , c'est - à- dire de
(a ) V.P'Effai fur l'origine de nos connoiJances. "
A O UST. 1753. 53
des
er
el.
12.
Je
ré.
Jn.
fe replier fur fes idées , de les diftinguer
de les combiner & de les modifier à fon
gré .
Mais pour mieux fentir encore de quelle
maniere la lecture des Hiftoriens , des
Orateurs & des Poëtes nous diſpoſe à l'étude
des Sciences , il fuffit de dévoiler la
nature de leur arr.
Qu'est- ce que l'Hiftoire ? Le tableau de
ce qu'il y a de plus intéreffant fur la Religion
& fur les Loix , fur les moeurs & fur
les coutumes des peuples , fur la fucceffion
& la révolution des Empires , fur la
naiffance & les progrès des Arts & des
Sciences or une telle peinture nourrit
notre curiofité naturelle , étend , prefque à
notre infçû , la fphére de nos idées , nous
fait acquérir des vûes générales , & découvrir
une infinité d'objets & de rapports
dont la combinaiſon nous rend plust
acceffibles à ce qui eft nouveau , & plus capables
d'embraffer beaucoup d'idées à la
fois fans les confondre..
+
Lorfque l'Hiftorien nous préfente un
fait clairement difcuté , & qu'il démêle
avec adreffe les fombres replis de la politique
, nous apprenons à remonter avec
lui des effets à leurs caufes , à rapprocher'
les conféquences des principes , & à confidérer
les êtres dans leurs rapports mu-
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE .
tuels : s'il nous trace le caractere d'un Héros
, s'il nous peint fidélement ſes vertus
& fes vices , fes fuccès ou les revers , nous
nous accoutumons peu à peu , en portant
notre jugement fur les actions des hom- .
mes , en pénétrant les motifs fecrets qui les
animent , à les comparer , à les apprécier
à raisonner enfuite fur des fujets plus com
pliqués , & à difcerner plus facilement le
vrai d'avec le faux : quel exercice , quel-
Je étendue & quelle ouverture pour les
Sciences de telies opérations ne donnentelles
pas à l'efprit ! mais il n'en acquiert
pas moins par l'étude de la Poësie & de
I'Eloquence.
Le Poëte , dont le but eft d'inftraire en
amufant , n'épargne rien pour captiver notre
imagination , foit par des traits de feu
qui décelent le vif tranfport qui l'infpire
foit par une fidéle imitation de la nature ,
tantôt par des fentimens.agréables , tantôt
par des fictions ingénieufes.
L'Orateur , qui tâche d'émouvoir afin
de perfuader , déploye à cet effet tous les
mystères de fon art ; figures hardies , images
riantes , jeu des paffions , il met tout
en ufage pour toucher & pour plaire.
Mais l'un & l'autre viendroient difficilement
à bout d'infinuer la vérité dans
nos ames , s'ils n'en faifoient des peintu
A OU ST. 1753. 59
S
t
e
tures fenfibles , s'ils ne s'attachoient fur
tout à charmer nos oreilles par la beauté
le nombre & l'harmonie de l'expreffion :
c'est par ce moyen qu'ils préviennent le
dégoût , qu'ils ménagent la foibleffe de
notre efprit , & qu'ils lui procurent la facilité
de concevoir les chofes qu'ils expriment.
A mesure que cette facilité s'augmente ;
ce qu'on lit s'imprime plus profondément
dans la mémoire , on prend , fans s'en appercevoir
, l'habitude de divifer ou de réunir
fes idées ; notre efprit eft plus fufceptible
de toutes les formes ; il s'enhardit
peu à peu à fuivre l'ordre fenfible ou fecret
des ouvrages du Poëte ou de l'Orateur
; car leur marche ne fe manifefte pas
toujours comme celle du Géometre : ils la
dérobent fouvent fous le dehors d'une
liberté parfaite , & notre curiofité n'en eft
que plus irritée. La délicatefle d'une penfée
échappe t- elle à nos premiers regards ?
Nous fommes forcés , pour la fentir &
pour en appercevoir la vérité , de l'envifager
fous toutes fes faces , & en cherchant
ainfi à découvrir ce qu'il y a de beau , de
fin & d'agréable dans chaque fujet , nous
acquérons cette fagacité & ce difcernement
fi néceffaires dans l'étude des Sciences
; notre raisonnement s'aiguife & fe
Ciiij
16 MERCURE DE FRANCE.
{
rectifie , parce que le goût & les paffions
des hommes ont une logique qui leur eft
propre ; mais comme fes principes & fes
opérations font plus difficiles à faifir & à
fuivre que ceux de la logique du Philoſophe
, quand notre efprit s'eft exercé fur
les matieres de goût , nous n'en avons que
plus de dextérité à manier les armes de la
Philofophie. Il est évident que notre imagination
s'étend auffi & fe fortifie davan--
tage :mais qu'on ne croye pas qu'elle nuife
à l'étude des Sciences ; ce tems n'eft plus
où elle étoit regardée comme le contraſte
de la vérité ; il eft beau de voir un Sçavant
du premier ordre vaincre ce préjugé.
(a ) L'imagination, s'écrie t- il , n'agit pas
moins dans un Géometre qui crée que dans un
Poëte qui invente : le premier , lors même qu'il
analyfe & qu'il dépouille fon fujet , en a autant
de befoin que le fecond , lorfqu'il le compofe
& qu'il l'embellit.
La facilité qu'elle a en effet de réveiller
nos perceptions en l'abfence même des objets
, & de dérober certaines qualités aux
uns pour en orner les autres , nous invite
, nous difpofe à concilier enſemble les
idées les plus étrangeres , & fournit des
materiaux à la réflexion , qui réagiffant à
(a )V. Préf. Encyclop..
A OUS T 1573 5'77
fon tour fur la mémoire & fur l'imagination
même , concourt de concert avec elles
à nous donner la puiffance de confidérer
le fond de nos penfées , de pénétrer ,
de percer jufques à la racine des vérités
de généralifer les faits & de les lier enfemble
par la force des analogies , d'épier
de comparer la nature dans les grandes
opérations , de parcourir enfin & de perfectionner
les branches innombrables de
toutes les Sciences..
C'est donc à cette partie intéreffante
des Belles Lettres , l'Hiftoire , la Poëfie &
P'Eloquence , qu'il eft réfervé de former
l'homme tandis qu'il n'a , pour ainfi dire,
que les organes de la vie ; elles le pairrif
fent de nouveau , jettent en lui le germe
d'une foule d'idées proportionnées à fa
foibleffe , étendent toutes les facultés de
fon ame en les exerçant , & l'introduifengt
ainfi dans cette école magnifique où l'on
eutend la voix des Platons , des Ariftotes ,
des Plines , des Baccons & des Leibnitz .
Cependant leur voix , toute éclatante qu'el
le eft , ne feroit pour lui qu'un vain fon
tandis qu'il ignoreroit leur langage , &
qu'il feroit hors d'état de fentir le prix de
leurs leçons par ce moyen de la critique
& de l'hiſtoire de chaque Sicence.
58 MERCURE DE FRANCE.
LES Sciences furent d'abord dans une
efpéce de létargie , & leur perfection eft
le fruit des réflexions profondes des plus
beaux génies de toutes les nations & de
tous les fiécles. Les travaux de ces grands
hommes doivent donc fervir de fondement
à notre étude ; le terme où ils fe font
arrêtés nous marque celui d'où nous devons
partir ( a ).
(a ) Si l'on connoiffoit bien à fond les ouvrages
des Anciens , on verroit qu'en tâtant les dif
férentes manieres d'expliquer le fyftème de l'univers
, ils ont entrevû la plupart des hypothèſes
des Modernes , & que ce que le vulgaire regarde
comme de nouvelles découvertes ne font quelquefois
que le développement ou l'extenfion de
celles qui avoient été déjà faites.
On fçait , par exemple , que trois cens ans
avant l'Ere Chrétienne , Ariftylle & Timocharis
avoient obfervé la déchnaifon des étoiles fixes :
que dès le tems de Thales on pratiquoit dans la
Grece les deux manieres d'oblerver la latitude
& par la hauteur méridienne du Soleil , & par
la diftance des étoiles au Pôle du monde , & c .
On fait que les Pithagoriciens croyoient que
notre terre & les Pianettes tournent fur un centre
commun en tournant fur elles mêm : s ; que Cléanthe
& Hicetas de Syracule expliquoient , par le mouvement
de rotation , le mouvement apparent des
Aftres & du Ciel ; que Platon dit la même choſe
dans fon Timée ; qu'Ariftarque & quelques autres
avoient penlé que le Soleil étoit immolile au centre
du monde , & que les étoiles fixes étoient autant
de foleils , que Leucipe & Démocrite conA
OUST. 1753 . 59
Mais comment établir ce commerce
qu'il nous eft fi néceflaire d'entretenir avec
eux , fi les Langues dans lefquelles ils ont
écrit ne nous font familieres ?
De toutes celles qui ont été en uſage
depuis le fiécle d'Homere jufqu'à nous
il n'en eft point à qui les Sciences foient
plus redevables qu'à la langue des Grecs ,
foit qu'ils les ayent cultivées avec plus de
fuccès , foit parce que cette langue l'emporte
fur toutes les autres par fon énergie
› par la préciſion & par fon abondance.
noilloient les tourbillons de Defcartes ; que les
Chaldéens regaidoient les Cometes comme de véritables
Planettes ; qu'au tems de Plutarque les
Aftronomes foupçonnoient déja que les taches de
la Lune étoient des mers , des vallées , & c .
Le Miroir d'Archimede n'eft - il pas la fource
des expériences que l'on fait fur les glaces au
Jardin Royal Ce qu'on lit dans Diodore de Sicile
au fujet des Fours d'Egypte a fans doute inf
piré à M. de Reaumur de faire éclore les poulets ,
&c. & peut être que M. Newton a trouvé l'idée
de fa mystérieufe attraction dans un Fragment da
Philofophe Empedocle , & c. Ce Phénomene fingulier
, qui occupe aujourd'hui la plupart de nos
Phyficiens , étoit il abfolument inconnu aux Anciens
? Non , fans doute. Il feroit prefque impoffible
de faire quelque découverte importante qui
n'ait été préparée , indiquée ou entrevue par les
Anciens.
V. les Mém. de l'Académie , Tome 16.
C vj
Go MERCURE DE FRANCE.
Les Mathématiques & les différentes
parties de la Phyfique ( a ) empruntent
d'elle la plupart des mots qu'elles employent
, & dont l'intelligence eft ſouvent
ce qu'il y a de plus rebutant pour ceux qui
ne l'ont pas étudiée ; elle fournit encore:
des noms aux plantes les plus rares , aux
animaux , aux mineraux qu'on connoît à
peine , aux nouvelles façons d'opérer , aux
inftrumens & aux machines qu'on invente .
Frappés de tous ces avantages , les Ro--
mains , ce peuple fi avide de gloire & fi
éclairé fur les moyens de l'acquérir , s'adonnerent
à l'étude du Grec dès qu'il voulurent
entrer dans le fanctuaire des Scien
ces
Cette langue enrichit bientôt & perfec
tionna la leur , qui devint à ſon tour la
langue univerfelle des Sçavans de l'Europe
, & qui le feroit encore aujourd'hui fi
les François , par des ouvrages immortels ,
n'avoient forcé les nations voisines d'adop
ter leur langue : ils ont , non-feulement
créé dans prefque tous les genres , ils ont
encore traduit les meilleurs Auteurs d'Athènes
& de Rome ; & c'eft fans doute le
nombre de leufs Ouvrages & la beauté de
leurs Traductions qui ont fait foutenir à
(a ) V. les Mém. de l'Académie , Tom. 13 .
AOUST. 1753 61
quelques Modernes , que nous pouvions
nous difpenfer d'étudier les fciences dans
leurs fources , & qu'elles n'avoient plus
befoin du fecours des langues , comme s'il
n'y avoit pas eennccoorree plufieurs ouvrages anciens
à traduire , où l'on puiferoit peutêtre
des découvertes utiles , & comme fi
les traductions les plus fidéles n'étoient
pas prefque toujours imparfaites : quand
même on fuppoferoit que celles que nous
avons , font exactes & fuffifantes pour notre
fiécle , ce qui feroit ſujet à beaucoup
de difcuffions , & qui ne prouveroit pas
moins combien les Belles- Lettres ont été
utiles aux Sciences , peut- on fe promettre
que les variations continuelles de la
Langue Françoise ne les rendent pas infuffifantes
pour la postérité ? Et fi par l'igno--.
rance des Langues on étoit réduit dans la
fuite à fe contenter des premieres Traductions
ou à les rajeunir , qui feroit en état
de difcerner les meilleures , ou quels traits
(a )de l'original conferveroient une copie
faite d'après une autre copie ? Il importe
donc aux progrès des Sciences qu'il y ait
dans tous les fiécles des Littérateurs capables
, non- feulement de traduire les Anciens
, mais encore de juger & de cri
tiquer leurs ouvrages.
(a ) V. les Mém. de l'Académie , Tom: 165.
62 MERCURE DE FRANCE.
La critique naquit du fein même des
langues , & concourt également avec elles
à la perfection des Sciences .
L'injure des tems , l'ignorance , l'inattention
des Copiftes ou des Typographes
avoient fi fort défiguré la plupart des textes
& tellement obfcurci les ouvrages des
Sçavans de l'antiquité , qu'ils n'étoient
plus qu'un amas prodigieux & informe
d'idées , de vérités & d'erreurs , dont le
débrouillement fembloit impoffible : mais
la critique paroît le flambeau à la main ,
appuyée fur le génie de l'Hiftoire ; elle
parvient à force de difcuffion & d'examen
, à déchirer le voile qui rendoit les
Sciences impénétrables , elle renverfe les
monumens que l'opinion des hommes refpectoit
le plus , remonte aux premieres
fources , diftingue les ouvrages légitimes
des apocrifes ,trace des régles certaines pour
reconnoître leur autenticité , interpréte ou
reftitue les paffages obfcurs ou mutilés , &
redonne ainſi de l'éclat à ce qui étoit terni
ou inconnu , & de l'autorité à ce qui
étoit incertain.
Conduits par elle , ceux qui defcendirent
enfuite les premiers dans le labyrinthe
des Sciences n'eurent pas befoin d'autre
fil pour s'y retrouver ; fa marche les
avertit de pefer les probabilités , d'appré- .
A O UST. 1753. 63
S
1
cier les vraisemblances , de ne pas confondre
les espèces , de laiffer chaque chofe
dans la fienne , & de prendre dans cette
efpéce les principes particuliers propres
à chaque fujet ; elle leur enfeigna la inaniere
de féparer ce qu'il y a de propre &
de réel dans les objets d'avec ce qu'il y a
d'étranger & d'arbitraire ; elle leur apprit
enfin à s'affranchir des préjugés , à écarter
les queſtions inutiles ou infolubles´, à
fe mettre en garde contre les hypothèſes
& les fyftèmes , les poradoxes & les erreurs
fçavantes qu'on reçoit fi fouvent
comme des vérités .
Que ne puis-je franchir l'immenfe intervalle
des tems & des lieux pour retracer
ici dans toutes fes circonftances le trif
te efclavage fous lequel gémiffoient les
Sciences avant la renaiffance des Lettres a
On ne révoqueroit plus en doute les grands
avantages que l'étude des langues & de la
critique leur a procurés ; mais un détail
auffi vafte pafferoit les bornes prefcrites à
cet ouvrage.
> Toutefois comme le dit un grand
homme , quoiqu'un voyageur ne puifle
pas mefarer en entier toutes les pyramides
d'Egypte , doit il fe priver d'y jenter
un coup d'oeil ?
Pour ne parler donc ici que
des Scien64
MERCURE DE FRANCE.
ces les plus néceffaires à l'homme , je veux
dire la Morale , la Théologie , la Médecine
& la Jurifprudence , je n'en vois
aucune qui ne fe reffentît plus ou moins
de la barbarie de ces tems malheureux .
Quelque incorruptible que foit la morale
, elle n'en fut pas plus à l'abri de la
dépravation du goût , du moins s'il faut
en juger par l'hiftoire des moeurs de cesfiécles
: eh ! comment auroit-elle confervé
fa pureté parmi des hommes , dont l'ame
n'avoit pas été élevée au grand , & rendue
fenfible aux attraits de la vertu par laculture
des lettres.
On ne traitoit alors dans le petit nombre
d'écoles (a ) qu'il y avoit , que des quef
tions générales fur la fin du bien & du
mal, fur le fouverain bien & fur la liberté ,
au lieu d'approfondir les principes des actions
& des vertus humaines , au lieu de
donner , à l'exemple de Platon , des régles
particulieres pour la conduite de la
vie , ou de puifer dans la faine Théologie
une doctrice infiniment plus impor--
tante & plus fublime que celle de Pla
ton .
Mais la
un état
((a ))
}
héologie elle-même étoit dans
e auffi déplorable ; ceux qui
Ecclef.de M. de Fleury,
i
A O UST . 17530 64
Fenfeignoient , bien peu verfés dans les
Langues & dans l'Hiftoire , à caufe de la
rareté ou de l'infidélité des textes , ne pou
voient avoit l'intelligence des Peres & de
PEcriture Sainte , qui eft la bafe de cette
fcience .
( a ) Ils croyoient que pour exercer leurs
difciples à combattre les ennemis de la
Foi, il falloit examiner toutes les fubtilités
que la raifon humaine pourroit fuggérer
& prévenir les objections des efprits inquiets.
Leur jargon barbare & les quef
tions vainement curieufes qu'ils agitoient
en impofoient au vulgaire , & ils abufoient
impunément de la Dialectique &
de la Métaphyfique d'Ariftote , qu'ils ne
connoiffoient que par le Commentaire des
Arabes.
C'eft auffi par les ouvrages
de cette Nation
fur la Médecine que l'on s'inftruifit
ou plutôt que l'on s'égara dans l'art utile
& dangereux de conferver la fanté des
hommes .
Les abfurdités dont les Arabes avoient
infecté la Phyfique , réduifirent la Médecine
à n'avoir d'autre fondement que des
raifonnemens générauxfur les ( b ) qualités
( a ) V. le Choix du Traité des Etudes de M. de
Fleury.
(b)Ibidem.
66 MERCURE DE FRANCE.
occultes , fur le tempérament des quatre hu
meurs , & à n'employer d'autre remede
que ceux qu'on tenoit des Juifs , ou quelques
pratiques fuperftitieufes qui fe confervoient
religieufement dans les familles.
Les Médecins ignoroient alors que pour
guérir les maux préfens il faut fçavoir les
prévenir & en connoître la fource ; ils
reffembloient aux Jurifconfultes de leur
tems , qui faute de chercher des Loix dans
la nature des chofes pour les appliquer
aux cas particuliers , n'employerent que
des remedes vagues contre l'injuftice fans
fonger à en arrêter la fource , & qui inventerent
tant de formalités inutiles à la
folidité des jugemens.
Le Code & le Digefte avoient déja reparu
en Italie ; mais l'ignorance des Langues
& de l'Hiftoire obligeoit ceux qui vou
loient en expliquer le texte , de l'accabler
de fommaires & de glotes , aufquelles ils
mêloient fouvent des étimologies infenfées
& des fables ridicules ; de forte que
la Jurifprudence civile étoit livrée à toutes
les difputes de l'école & aux opinions
des Docteurs , qui pour n'avoir pas affez
creufé les principes de la morale & de l'equité
, avoient en vûe leur intérêt particulier
plutôt que le général .
La Jurifprudence Canonique n'étoit pas
A O UST. 67
1753.
mieux traitée ; le relâchement de la difcipline
de l'Eglife avoit affoibli l'obfervation
des anciens Canons , & le peu de
zéle qu'on avoit à les pratiquer diminua
auffi le foin qu'on devoit avoir à les conferver
dans toute leur correction : ils étoient
confondus avec quantité de pallages des Peres
, qui ne devoient point avoir force de
Loi , & ces Décrétales fameufes attribuées
pendant fi long-tems aux premiers Papes ,
qu'on a enfin reconnu être l'ouvrage d'un
Moine du douzième fiècle , feront un té--
moignage authentique & immortel de ce
que doivent les Sciences à l'étude des langues
& de la critique .
Tel étoit , à peu de chofe près , l'état
des autres Sciences , qui pour être moins
effentielles à l'homme , n'en font pas
moins utiles à la Société. Lorfqu'après la
prife de Conftantinople quelques Grecs
apporterent en Europe , avec les Livres de
leur Nation , le goût des bonnes études &
de la faine Littérature , on eût dit dèslors
qu'un génie bienfaifant étoit defcendu
tout à coup de la voûte éthérée , pour
diffiper cette longue nuit où les Sciences
avoient été éclipfées , & débrouiller le cahos
où elles auroient refté peut - être à jamais
confondues , fi les Littérateurs ne
s'étoient empreffés à l'envi de fouiller
68 MERCURE DE FRANCE.
dans la pouffiere des Bibliotheques , pour
y rallumer le feu facré qui s'étoit éteint
& de donner par le fecours des langues &
de la critique , une nouvelle exiſtence aux
ouvrages de l'antiquité ( a ) .
Ainfi fe renouvella l'Histoire générale ,
où les grands Capitaines , au défaut des :
ouvrages particuliers fur la Tactique , apprirent
l'art funefte d'attaquer ou de défendre
les Places , de difpofer un camp &
de ranger une armée en bataile ; où les
fages Miniftres s'inftruifirent des divers
changemens arrivés fur la fcene du monde
, des intérêts des Princes , du caractere
des Peuples & de toutes les paffions qui
font agir la politique ; où le Légiflateur
enfin , connut les abus qu'il avoit à corri
ger , les inconveniens à prévenir , & puifa
des loix conformes à l'humanité , au climat
& au bonheur des nations .
( a ) Combien de pratiques néceffaires aux
Sciences le font perdues , dont les anciens Auteurs
ont confervé quelque trace , & qu'on eft plus fûr
de retrouver lorfqu'on fçait qu'elles ont été connues
! Combien d'idées utiles & précieuses , qui
ayant été jettées au hazard , fans aucune liaiſon en->
tr'elles , foit dans les écrits des Philofophes Grecs
ou dans les Hiftoriens , foit dans les allufions
d'un Poëte ou d'un Scholiafte obfcur , ont pû:
donner naiffance aux plus heureuſes découvertes.
Vles Mém. de l'Acad. Tom . 16,
AOUST. 1753. 6 ர் .
Ainfi fe forma l'hiftoire particuliere de
chaque fcience , qui nous fert de bouffole
pour nous guider fûrement dans l'étude
des Sciences en général ; car il en eft du
Sçavant comme du Pilote , fon naufrage
eft certain s'il ne connoît les écueils où les
uns ont échoué & la route qui a conduit
les autres au port.
A quelles erreurs ne s'expoferoit pas un
Théologien qui ne fe feroit pas inftruit
dans l'Hiftoire Eccléfiaftique des divers
fentimens que les hommes ont eu de Dieu,
des différens cultes & des cérémonies de
la Religion , des perfécutions , des fchif
mes , des héréfies & des changemens de la
diſcipline ?
Quels progrès pourroit faire dans les
Mathématiques & dans la Phyfique celui
qui après avoir étudié les ouvrages d'Euclide
& d'Archimede , ou de Pithagore &
d'Hypocrate , n'auroit pas fuivi de fiécle
en fiécle la marche des Sciences , & qui
ignoreroit les différentes révolutions qu'elles
ont effuyées dans tous les lieux ?
Il eft aifé d'appliquer ce raifonnement
au refte de ces Sciences , & l'on reconnoîtra
l'importance des fervices que leur ont rendu
les Littérateurs , lorfqu'ils ont confacré
leurs foins & leurs veilles à recueillir les
divers fyftèmes , les opinions , les procé
70 MERCURE DE FRANCE.
des & les méthodes des Sçavans anciens
& modernes , lorfqu'ils ont ramaffé leurs
fentences , fouvent même analyfé leurs
Onvrages , & qu'ils font entrés dans le
détail de leurs travaux , de leurs fuccès &
de leurs actions.
,
Une telle hiftoire abrége les recherches
, ranime l'émulation enflamme le
courage , rabbaiffe en même tems cette
présomption fi ordinaire aux Sçavans ( a )
en lui rappellant qu'il a eu des pareils &
que fes pareils fe font trompés , peut ouvrir
certaines voyes détournées de la voye
ordinaire , & jetter certaines femences de.
découvertes qu'on n'auroit pas enfantées
de foi même. N'eft ce pas d'ailleurs contribuer
à leur ( b ) développement que de les
annoncer , que de faire fentir comment
on a deviné les fecrets de la nature , & de
les mettre à portée de tous les efprits ? C'eſt
principalement l'art d'y réuffir que la plûpart
des Sçavans ont crû indigne de leur
application : plus ambitieux de produire
que de communiquer leurs idées , ils femblent
méconnoître le talent d'écrire avec
élégance & avec pureté , auquel les Sciences
doivent néanmoins la rapidité de leurs
progrès.
(a ) V. les Oeuvres de M. de Font . Tom. 5 .
(b ) V. Hift. Critique de la Philofophie.
A O UST.
1753 70
ie i
e
LA parole , dit un Ancien , eft le flambeau
de l'ame. Quelque exactes , quelque
jultes que foient nos idées , elles ne
fçauroient le montrer fi elles n'étoient revêtues
de mots propres , d'épithéres choifies
, & de tous les agrémens néceffaires à
en faire reffortir l'analogie & la vérité . Ce
principe , inconteftable à l'égard de tout
ouvrage d'efprit en général , acquiert encore
un nouveau dégré de force à l'égard
des ouvrages fur les Sciences ; plus elles
font abftraites , plus celui qui les médite
femble avoir befoin d'un ftyle pur ou élégant
pour le rendre intelligible.
Mais le moyen de convaincre leurs par
tifans outrés , que cette pureté & cette élégance
, qui font l'appanage des Littérateurs
, & qu'on ne daigne pas leur difputer
, contribuent le plus à accélérer les progrès
des Sciences ? Comment perfuader à
un Philofophe orgueilleux de defcendre
du faîte de fes méditations , pour choisir
dans les tréfors des Belles Lettres une expreffion
noble ou une tournure ingénieufe
? Quoi donc , la verité toute nue n'a- telle
pas la puiffance de nous captiver malgré
nous , & les merveilles ou les fecrets
de la nature ne font ils pas affez intérelfans
par eux--mmêêmmeess ,, fans qu'ils ayent recours
à une parure étrangere ? Oui , fi tous
72 MERCURE DE FRANCE.
les hommes étoient des Newtons ou des
Pafcals.
Mais en vain voudroit-on fe le diffimuler
, les Sciences toutes pleines qu'elles
font de vérités & de merveilles , paroiffent
fi froides fi defféchées , qu'à
moins d'un attrait particulier , on ne fçauroit
les envisager dénuées de tout ornement.
Faut- il donc être furpris qu'elles
ayent effrayé & dégoûté pour jamais tant
de bons efprits , qui y auroient fait peutêtre
les plus grands progrès fi elles s'étoient
montrées à eux fous des dehors
moins aufteres ? Mais au premier abord
d'une étude qui avoit tout l'appareil d'un
fupplice , ils ont crû être des efclaves
qu'on vouloit punir , plutôt que des hommes
qu'on vouloit inftruire .
Ne nous flattons point , nous fommes
prefque toute notre vie femblables à des
enfans que les moindres difficultés découragent
, & à qui il faut adoucir l'amertume
des leçons qu'on leur fait , ainfi que
des remedes qu'on leur préfente .
C'est pourquoi les Philofophes ( a ) de
l'ancienne Grece qui ont pénétré les myftères
des plus hautes Sciences , n'annoncérent
jamais leur doctrine qu'en Vers , per-
(a ) Thalès , c. Empedocle. C'eft le modele que
Lucrece s'étoit proposé.
fuadés
AOUST.
1753. 73
d
n
ves
es
des
ue
de
லப்்9
20
es
fuadés que les figures Poëtiques & cet enchaînement
de paroles harmonieuſes rehaufferoient
l'éclat de la vérité & la graveroient
plus ailément dans la mémoire
(a ).
Pour s'être écartés d'une fi fage méthode
, ceux ( b ) qui écrivirent enfuite fur
les Sciences , les rendirent féches & rebutantes
, & elles ne regagnerent leurs avantages
que lorfqu'il s'éléva à Athènes & à
Rome de vaites & de puiffans génies ( c ) ,
qui tour à la fois Poëtes , Orateurs , Philofophes
& Géometres , leur communiquerent
les plus vifs agrémens , & cette
variété de connoiffances qui étonneront
les fiécles les plus éclairés .
Il en fut de même parmi nous ; les Sçavans
qui , bornés à la fcience qu'ils cultivoient
, regarderent l'étude des Belles-
Lettres comme un amufement frivole , ou
(a ) Solon avoit mis en vers les Loix. Les Turdetains
, qui paffoient pour les peuples les plus
fauvages de l'Espagne , le vantoient d'avoir leurs
Sciences & leurs Loix écrites en vers depuis fix
mille ans . Les Annales des Germains , des Goths
& des Danois étoient écrites en vers . Les principes
de la mora'e & des Loix contenus dans les Livres
claffiques des Chinois , ne font qu'un compos
fé d'Odes & de Poëmes.
( b ) Phérécide , &c.
(c ) Arift. Plin , &c.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
qui ont vêcu dans un fiécle ou l'art d'écri
re élégamment étoit inconnu , ne nous
ont laillé qu'une hiftoire informe de leurs
penfées ou de leurs obfervations , & leurs
ouvrages mal écrits , mal digérés , ont refté
dans l'obfcurité. Ainfi fe font anéantis
tant de remedes utiles dans la Médecine
tant de procédés de Chymie , de chefd'oeuvres
de Méchanique , & tant d'autres
découvertes précieufes qu'on a crû nouvellement
faites , tandis qu'elles ont péri
dans les mains inhabiles de ceux qui en
furent les premiers auteurs , ou qu'elles
font enfevelies dans la nuit du fiécle groffier
qui les vit naître.
L'empire des Sciences avoit donc befoin
, pour s'étendre & pour s'affermir ,
que leurs écrivains nourris des Belles-Lettres
en détournaffent comme d'une fource
féconde une infinité de canaux , pour répandre
l'agrément & l'élégance fur les matieres
les plus arides & les plus ingrates ;
tantôt de belles images & des compa- par
raifons ingénicafes , qui fourniffent des
preuves fouvent plus convaincantes
que
de longs argumens en forme , & dont les
rapports piquans entre les idées abftraites
& les idées agréables nous rendent faciles
les unes comme les autres ; tantôt
tranfitions adroitement ménagées ,
par
des
qui
A OUS T. 1753. 75
=f.
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des
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qui
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S
nous conduitent tour à tour aux objets les
plus oppofés , & qui épargnent la répétition
ennuyeufe & inutile des termes de
l'art ; tantôt par de vives faillies qui ôtent
à la raifon fon air fauvage , & par des
digreffions ou des traits d'hiftoire qui naiffant
du fujet même , y portent un nouveau
jour ; foit enfin par des réflexions
lumineufes qui donnent , comme par hazard
, la folution des difficultés les plus
embaraflantes , & qui foulagent l'efprit
dans une fuite de raifonnemens de faits
ou de principes fatiguans ( a ) .
Toutes les Sciences , je l'avouë , ne font
pas fufceptibles des mêmes ornemens ;
mais il n'en eſt point qui demande plus de
fleurs pour couvrir les épines , que la morale
( b ).
La guerre ouverte qu'elle déclare à nos
paffions , à nos préjugés , à notre tempéramment
même , le peu de cas qu'elle fait
de ce que nous chériffons le plus , toutes
fes maximes en un mot nous révolteroient
au point de nous devenit infupportables, fi
(a ) V. Lucrece , Aratus , Manilius , Fracaftor ;
Sannazar , de Part. Virg. Quillet , Geneft , &c.
l'Anti- Lucrece , &c.
(b ) Les anciens Poëtes moraux de la Grece
écrivirent tous en vers . Théognis , Nicandre , Parménide,
&c.
Dij
7.6 MERCURE
DE FRANCE
.
elles n'étoient accompagnées des graces
qui en écartent l'âpreté.
C'eſt ainfi que Platon , ce Poëte Philofophe
, qui , guidé par Socrate , tenoit , pour ainfi parler , tous les refforts du coeur de l'homme
dans fa main , crut néceffaire
de déguifer
fes préceptes
par les figures
les plus hardies , par les fictions , les allégories
, & par tout ce que fon imagination
brillante
lui put infpirer deplus féduifant
.
Ce Romain ( a ) qui ravit aux Grecs la
feule gloire qui leur reftoit , celle de l'eſprit,
marcha avec tant de fuccès fur les traces
d'un fi grand Maître , que fes oeuvres
Philifophiques
ne prétent pas moins de
charmes & de reffources à la vertu , que
fes oraifons à l'éloquence
. Les plus profonds
moraliftes
enfin
n'ont conduit
prefque
perfonne
à l'amour
de la fageffe & à la pratique
de la vertu , qu'en adouciffant
les rigueurs
de la mora- le par le pinceau
de l'Eloquence
& de la Poëfie ; la Métaphyfique
même s'en eft
fervie avec fuccès pour orner & pour ren- dre fenûbles
les vérités fublimes
qu'elle
contemple
( b ).
(a) Hanc enim perfectam Philofophiam
femper judicavi , qua de maximis quaftionibus
copiofe poffet
ornateque dicere. Cic. Tufc. Dif. L. 1 .
(b) V. ce que M. de Fénélon a écrit, fur la Métapbyfique
, &c.
AOUST. 1783. 77
S
He
де
ا ل و
།
elt
Alle
Met
16.
Avant que cet homme , qúi voyoit tout
en Dieu , eût ouvert un nouveau champ à
cette Science , qui auroit penfé que les ob.
jets invifibles qui la compofent, pûfſent ſe
plier aux fineffes d'une diction élégante ,
& que ce Philofophe , l'ennemi le plus
implacable de l'imagination , fût obligé
de lui faire broyer toutes fes couleurs pour
nous peindre fon fyftème des idées & celui
de la grace ( a ) ?
Le célébre inventeur ( b ) des Monades
avoit exercé ſon vafte génie dans tous les
genres de Littérature , lorfqu'il expliqua
avec tant d'éloquence cette harmonie préétablie
entre l'ame & le corps , qui malgré
fon peu de partifans , donne l'idée la plus
étendue de l'intelligence infinie du Créateur
: les fuccès prodigieux que cet homme
univerfel eut dans la Phyfique & dans les
(c ) Mathématiques , font une preuve victorieufe
que ces Sciences , loin d'être incompatibles
avec les Belles - Lettres , n'en
reçoivent que plus d'accroiffement.
Si quelque fcience avoit pû s'accroître
(a ) V. les Oeuvres du P. Malebranche.
( 6 ) Leibnitz faiſoit très -bien des Vers Latins
&François.
(c ) On peut en juger parla découverte du calcul
différenciel ou des infiniment petits , quoiqu'en
difent les Anglois.
D'iij
78 MERCURE DE FRANCE,
indépendamment de leurs fecours , ce feroit
principalement la Phyfique , puifqu'en
embraffant toutes les parties de l'univers
& en s'efforçant d'en découvrir les ufages
, elle n'offre de tous côtés à nos regards
que des objets curieux & intéreffans
d'ou vient donc qu'avec tant de
droits pour nous plaire ( a ) elle étoit affez
généralement inconnue au commencement de
notre fiècle ? Oferons nous le dire ? c'eft
qu'elle n'avoit pas encore dérobé aux Belles
Lettres, des écrivains affez habiles pour
célébrer & pour faire goûter fes merveilles .
Les uns n'en eurent pas plutôt caché l'éclat
fous le voile léger du plus fin & du
plus délicat badinage , que ce fexe même
à qui les préjugés de fon éducation fem
blent interdire des objets trop férieux , ne
s'éffaroucha point à l'afpect des profonds
myftères de l'Aftronomie , & apprit bientôt
à décomposer la lumiere & les couleurs
les Graces furent étonnées de fe
trouver le compas d'Uranie à la main ( b ) .
( a ) V. M. de Fontenelle , Préf. de l'Hift . de
l'Acad.
(b) M. de Fontenelle , cet écrivain dont la gloire
appartient à plus d'un fiècle , mais qui fera l'ad .
miration de tous , cet aftre auffi brillant à fon
couchant qu'à fon aurore , & dont la nature , par
amour pour les hommes , femble prolonger le
cours on diroit que les Sciences l'ont ranimé
A O UST. 1753. 79
ds
1.
10
>
>
>
Les autres Ecrivains , il eſt vrai , n'ont
pas donné à la Phyfique des attraits auffi
touchans ; mais ils ont préfenté le Spectacle
de ( a ) la nature avec tant d'agrément
& répandu tant d'élégance fur leurs leçons.
( b) que ,
felon la remarque du plus judicieux
critique de nos jours ( c ) , ils ont
acquis plus de difciples & plus d'admirateurs
à la Phyfique , qu'elle n'en avoit
gné par fes expériences & fes recherches
(d ).
ga-
Quelles obligations ne vient- elle pas
d'avoir encore à cet Auteur ( e ) illuftre , à
qui l'on diroit que la nature prend plaifir
de confier fes plus intimes fecrets , à ce
dans leur fein ; mais les Mufes Françoifes ne cefferont
de le réclamer .
Ce n'eft auffi qu'en imitant la maniere de ce
Peintre fertile que l'ingénieux Algarotti , venu
du rivage du Tibre , fçut embellir même le fyftème
de Newton .
( a ) M. Pluche.
( b ) L'Abbé Nolet.
( c ) V. les Obferv. fur les Ecrits Modernes .
( d ) M. l'Abbé de Pontbriand , qui vient de donner
un nouveau Système du monde , & qui a écrit
avec fuccès fur la politique & fur la Religion ,
n'auroit pas peut - être fi bien mérité des Sciences ,
s'il n'avoit commencé d'exercer fes talens à l'Académie
des Jeux Floraux .V. le Recueil de l'année
2722.
( e ) M. de Buffon , Hift. Naturelle.
Diiij
30 MERCURE DE FRANCE.
Naturalifte plus inftruit qu'Ariftote & que
Pline , qui parle comme Platon & qui rivalife
avec Lucrece !
Il n'eft point , en un mot , de partie de
laPhyfique , la Médecine même ( a ) , que
l'étude des Lettres n'ait rendu plus acceffible
& plus communiquable . Eh ! pourquoi
n'étendrois je pas ces avantages fur la Géométrie
& l'Algébre , puifque fans leurs
élémens on ne peut aujourd'hui s'initier
dans les mystères de Phyfique ? Elles ne
fçauroient , j'en conviens , fupporter une
élégance auffi marquée : mais comme leurs
ouvrages ne font remplis que de nombres
, de proportions , de fuppofitions ,
de combinaiſons , de rapports embarraffans
par eux -mêmes & préfentés fous des
figures étranges , ils feroient encore plus
obfcurs s'ils n'étoient écrits du moins avec
cette pureté & cette netteté d'expreffions ,
à laquelle on ne peut parvenir fans le fe
cours de la Grammaire. Cette partie des
Belles Lettres , qui eft comme l'ame , fixe
la véritable fignification des mots , leur
( a ) V. Baclivi..... le Traité de Morb . Vener.
par M. Auftruc , l'Anatomie d'Heifter , par M. Sénacc.
Les difciples d'Averroes feroient bien
étonnés d'entendre parler aujourd'hui les afpirans
à la Faculté de Médecine : ils femblent être les
feuls dépofitaires de la bonne Latinité.
AOUS T. 1753. 81
Jet
te
ne
urs
ns ,
af.
des
plus
avec
ons ,
des
fixe
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Ener
S
bien
irans
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régime & leur liaiſon , démêle finement
les nuances des idées , & fournit des fignes
différens pour diftinguer ces nuances
, preferit des regles pour perfectionner
ces fignes , & pour en faire l'ufage le
plus avantageux ; découvre enfin les rai-
Tons qui font préférer un figne à un autre ,
& fait reconnoître par là les expreffions
équivoques & captieufes , qui , à l'aide
d'un peu de vérité , nous impofent une erreur
qui nous étonne .
Un Sçavant , un Mathématicien en par
ticulier , qui ne pofféderoit pas toutes ces
régles Grammaticales , pourroit- il répandre
fur les écrits cette clarté , cette exactitude
, cette précifion qui leur font fi effentielles?
Il s'expoferoit indubitablement
à n'être à peine entendu que de quelques
maîtres de l'art , & fa gloire feroit ainfi
dans les mains de l'envie ( a ) . De quelle
importance n'est- il donc pas pour lui d'écrire
de maniere à n'avoir pas befoin d'Interpréte
, & à avoir le Public déſintéreſſé
pour Juge ? 11 eft , fans doute , difficile
dans les matieres profondes & abftraitės
de fe mettre à portée des fuffrages de la
multitude ; mais qu'on en apprenne le
(a) On fçait que les principes de l'harmonie de
M. Rameau ont eu beſoin de la plume de M.
d'Alembert , pour être rendus intelligibles.
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
fecret par l'exemple & de la bouche de
ces célébres Mathématiciens , l'honneur
de leur fiécle & de leur patrie : peu fatisfaits
de remplir les conditions indifpenfables
à leur art , ils s'y montrent toujours
fupérieurs , & en étendent les bornes
en le rendant admirable & intéreffant
à ceux mêmes qui font le moins en état
de juger du fond des chofes : qu'il me foit
donc permis de les interroger ici .
Vous , qui ( a ) après avoir paffé vos
jeunes années dans le commerce des Lettres
, n'entrâtes dans la vafte carriere des
Sciences qu'à votre fixiéme luftre , & qui
du premier effor la parcourûtes toute entiere
, génie rapide , fécond , étincelant ,
toujours égal dans fa courſe , comme ce
globe immenfe dont vous avez déterminé
la maffe & la figure , & qui ne laiffez à la
France d'autre regret que de n'avoir pû
vous retenir dans fon fein ?
Vous ( b ) , que les Mufes ont careffé
dès les berceau , & qui paffez encore avec:
elles des momens précieux pour repren
dre une nouvelle vigueur après de pénibles
calculs ; vous , dont les premiers ef-
(a ) M. de Maupertuis n'a commencé d'étudies
les Mathématiques qu'après trente ans..
( b) M. d'Alembert fait encore de très- jolis
Vers..
A O UST .
1753. 83
S
es
1-
ce
në
la
DU
Te
if
es
Jis
fais furent des prodiges , & que toutes les
Sciences ont choifi pour être leur organe
& pour orner le frontispice de leur temple
, repondez tous ......
Dans quelles fources avez - vous puifé
ces touches mâles & hardies , cette beauté
, cette énergie , cette magnificence de
style , & ce goût qui préfide dans tous vos
ouvrages ?
Où avez vous donc appris à varier vos
expreffions , à les animer , à les ennoblir ,
à les fimplifier , à les adoucir fuivant les
divers genres que vous traitez ?
C'eft , dites vous , & vous n'oferiez le
défavouer , c'eft dans l'étude affidue &
réfléchie de toutes les parties de la Litté
rature .
O vous done , qu'une voix intérieure
follicite puiffamment de parcourir les fentiers
ténébreux des Sciences , voulez - vous
y marcher avec plus d'affurance & de fuccès
? commencez à effayer vos forces & a
vous préparer par les objets faciles qu'offrent
l'Hiftoire , la Poëfie & l'Eloquence ;
its exerceront , ils développeront peu
peu les facultés de votre ame , & multiplieront
vos idées. Appliquez -vous à l'é
tude des Langues , de la Critique & de
Hiftoire ; vous découvrirez dans les ou
vrages des Anciens , ce qu'on n'a pas fer
a
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
y voir encore ; vous connoîtrez le métite
de leurs travaux , le prix des Modernes
& les variations particulieres de toutes
les Sciences . Si leurs progrès ont été
fi rapides depuis un fiécle , qu'elles s'en
applaudiffent ; mais vous , ne leur en attribuez
pas toute la gloire ; elles en font
redevables au talent d'écrire avec élégance
& avec pureté , qu'on ne peut acquérir
que par l'étude des Belles- Lettres.
Soyez donc fideles à les cultiver & à leur
rendre le tribut d'eftime & de reconnoiffance
qui leur eft dû ; elles vous communiqueront
cette premiere étincelle de
goût , ce ton propre à chaque fujet , cet
art des bienféances dont les effets réjailli-
Font fur tous vos ouvrages .
Souvenez vous enfin , que les Littéra
rateurs , les Sçavans & les Artiſtes font
tous membres d'une même République ;
qu'ils ont tous un principe commun , une
étoile fixe & un même but ; la conformité
à la raifon ou à la belle nature , & l'avantage
de la Société. Ce n'eft donc qu'en
réuniffant tous leurs rayons dans le même
foyer , qu'il en résultera affez de lumiere
& de chaleur pour faire éclore toutes les
connoiffances qui font du reffort de l'efprit
humain,
AOUST. 1753 .
85
Omnes Artes que al bumanitatem pertiment
, habent quoddam commune vinculum
c. Cicer. pro Archia.
Rien n'eft long que le fuperflu. Lamothe.
S.
f
de
cet
Ti.
Ta
Onl
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EPITRE
A M. D *** , pour l'inviter à venir
à la Campagne .
IL eft tems de brifer ta chaîne ,
Cher D *** que fais- tu dans Paris ?
Des zéphirs la naiffante haleine
Careffe les roles & les lys ,
L'Aquilon fuit : & la Nature
Offre à nos yeux les plus riches couleurs;
On ne voit que toits de verdure ,
Que tapis émaillés de fleurs.
Phébus refpecte nos bocages ,
Et n'y darde plus fes rayons ;
Le roffignol prodiguant fes ramages ,
Remplit l'air des plus tendres fons.
Qai te retient encor ? je t'offie mon afile ,
Viens y couler le tems de tes loifirs.
Crois moi , les charmes de la Ville
N'égaleront pas nos plaifirs.
Dans ma riante folitude ,
Loin du tumulte & des fades propos ,
86 MERCURE DE FRANCE
Er dégagé des foins d'une pénible étude ,
Tu goûteras les douceurs du repos ;;
Tu fentiras le bonheur d'être
Dans ce réduit voluptueux :
Un bon lit , un repas champêtre ,
Un air ferein y combleront tes voeux.
Mais peut-être de Melpoméne
Prétends-tu fuivre les drapeaux ,
Et mériter les honneurs de la fcéne ;
En évoquant les ombres des Héros ?
Pour un nourriffon du Permeſſe ,
Quels plus favorables féjours ?
Ici les noirs foucis , enfans de la trifteffe ,
N'obfcurciront jamais tes jours ;
Nal importun n'ira troubler l'yvreffe
Qui s'emparera de tes fens ,
Et des oifeaux le chant plein d'allégreffe
Viendra fe joindre à tes accens,
C'eft dans des lieux écartés & paifibles
Qu'Apollon aime à s'égarer ,
Là fes faveurs font plus fenfibles ,
C'eft-là fouvent qu'il veut nous infpirer.
B ****
AOUST.
87
1753.
ASSEMBLE'E PUBLIQUE
De la Société Royale de Nancy.
Meffieurs Palilfot , Freron & Cogolin
, ayant été élus par Meffieurs de
la Société , les deux derniers y prirent
féance le 8 Mai de cette année. M. d'Heguerty
, Sous -Directeur , parla le premier,
& après avoir dit , que ce n'étoit pas fans
regret qu'il rempliffoit les fonctions du *
Directeur , qu'une indifpofition impré
vûe retenoit chez lui , & qu'il ne pouvoir
fe promettre de dédommager l'Affemblée
de ce qu'elle perdoit en cette occafion :
il rappella ce qui venoit de fe paffer dans
l'Académie de Rome , au fujet du Dilcours
dont Sa Majefté Polonoife avoit
bien voulu permettre la lecture à la der--
niere Séance publique de la Société. » Cer
» ouvrage , dit- il , qui caractérife le vrai
Citoyen , & qui donne les préceptes les
plus fages fur ce qui peut faire le bon-
» heur des Sociétés , & en former une
» parfaite , a fait une vive impreffion à
» Rome , où traduit en Italien , & lû de-
>
*M: de Choifeul , Primat de Lorraine , & Grand
Aumônier de Sa Majefté Polonoiſe.
S MERCURE DE FRANCE .
»vant une augufte Affemblée , il a mérité
» que fon refpectable Autear fût élu Mem-
"bre de l'Académie des Arcades. Parlant
enfuite des nouveaux Affociés , M. d'Heguerty
dit , que leur réputation dans la
République des Lettres , les avoit fait fouhaiter
dans la Société , avec autant d'empreffement
qu'ils en avoient témoigné
pour y être reçus.
Le Difcours de M. Paliffot contenoit
un remerciement d'autant plus beau ,.
qu'en difant tout ce qu'un autre auroit pû
penfer dans cette rencontre , il n'employa
que des tours nouveaux , & une diction
qui donnoit de la chaleur aux fentimens
qu'il vouloit rendre. 11 finit par l'éloge
du Roi de Pologne. Après avoir loué les
travaux & les fuccès de la Société , & ceux
en particulier de quelques - uns des Membres
qui la compoſent , il ajoûta ces mots :
» Je fçais , Meffieurs , un moyen de re-
» connoître beaucoup mieux que par des
» louanges mes obligations envers vous.
» L'honneur que vous m'avez fait me
» donne la précieuſe liberté de mêler ma
voix à celle de la Renommée , pour cé-
» lébrer votre augufte Fondateur . C'eft à
» l'émulation qu'il infpire par fon exemple
, aux lumieres que vous puifez dans
»> ſes écrits , aux récompenfes dont il hoA
OUS T. 17538 89
Gé
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= ཀཎྜ ཊྛབྷུ £ བྷུ ཤྩཎྜ ྂ ་ ཚི ༅ ཎྜ Ë པྤ ླ ྤ རྞ
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me
-à
ns
n
nore les talens , que ma Patrie eft redevable
du nouveau jour qui fe répand fur
» elle. Simple Citoyen , il l'auroit illuftré ;
»Philofophe , il l'éclaire ; Monarque , il
» la rend heareufe. Souverain bienfai-
» fant , il eſt impoffible de le flater , parce
que l'adulation la plus forte ne devien-
» droit dans fon éloge , qu'une vérité fimple
avouée par tous les coeurs. Qu'il
parle , tous les Arts dociles à fa voix ,
» vont fe ranger autour du Trône ; qu'il
paroiffe , fon empire n'a plus de limites ;
» qu'il commande , le devoir d'obéir n'eſt
plus un facrifice , l'amour en a fait un
» fentiment.
"
و د
*
M. Freron après un remerciement court
& vif , prit pour fujet de fon Difcours les
qualités qu'exige le tyle , & ce qu'on appelle
le bon goût. » Il me paroît , dit- il ,
que la beauté du ftyle confifte dans un
»jufte milieu. Quiconque écrit eft placé
» entre deux écueils , le fublime gigantef
" que & la baffeffe rampante : les hautes
» montagnes & les vallons humides ne
"font point habités . On établit avec volupté
fa demeure fur un côteau riant ,
» où l'air n'eft ni trop fubtil , ni trop grof
» fier. Un fleuve qui franchit fes rives ,
» porte le ravage ; deffeché , il devient
inutile ; s'il remplit ſon lit , l'abondance
39
o MERCURE DE FRANCE.
»& la joie coulent avec fes eaux ; l'oeif
»humain fe plaît à contempler fon cours
» rapide fans violence . L'aigle qui fe perd
dans la nuë , devient auffi invifible
que
l'infecte qui fe cache fous l'herbe . Les
» Ecrivains guindés ou traînans ne font
» point lûs. On goûte un Auteur qui n'é-
»crit ni pour les Sylphes, ni pour les Gno-
» mes , mais pour les humains . L'art d'écrire
exige donc la retenue d'un fage qui
» fe modére dans les plaifirs. Le ftyle doit
reffembler à Junon , qui dans l'Iliade
eft peinte fufpendue entre le Ciel & la
» terre. C'est pour avoir ignoré ou violé
cette régle de goût , que tant d'Auteurs ,
» nés d'ailleurs avec beaucoup d'efprit &
» de talent , ne feront jamais comptés
parmi les grands Ecrivains. Leur défaut
» eft de chercher avec inquiétude ou des
» penfées , ou des expreffions rares . Ils ne
fentent pas que l'on ne doit s'attacher ,
qu'à bien développer les idées qui font
» dans tous les efprits , & les fentimens.
qui font dans tous les coeurs. Pourquoi
» certaines Piéces font elles fi bien reçues
» au Théatre ce n'eft pas qu'il y ait du
faillant , de l'extraordinaire , c'eft préci-
»fement parce que chacun retrouve ce
qu'il a penfé , ce qu'il a fenti. L'Auteur
n'a que l'avantage de faire revivre ces
22
23.
33
A OUS T. 1753% 91
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»idées primitives , de faire éclore ces mou-
» vemens cachés dans l'ame. Le fpectateur
applaudit par amour - propre ; les applau-
» diffemens font le cri de la nature qui fe
» reconnoît.
M.
Venant enfuite à parler du goût qui fixe
Je point de la perfection , & le peignant.
précisément d'après ce qu'il doit être ,
Freron continua & dit : » Vous le fentez
» bien mieux que je ne le définis ici , Mef-
» fieurs , dans les écrits fublimes d'un Prin-
» ce , votre Fondateur & votre modéle ;
» d'un Prince qui ne met pas plus de bornes
à fes bienfaits , qu'à fes lumieres ; il
» chérit , il foulage , il éclaire , il récompenfe
, il honore l'humanité . Sont front
augufte eft chargé des couronnes de Mars,
» des guirlandes d'Apollon , de l'olive de
>> Minerve & des palmes de la Religion .
» Pardonnez , Meffieurs , ce mêlange de
» facré & de profane , en faveur d'un Roi
qui réunit l'héroïlme de l'ancienne Ro-
» me & les vertus de la nouvelle .
92
"3
93
Les remerciemens que M. le Chevalier
de Cogolin fit à la Société , étoient trop
fentis à fon gré pour être rendus . Il les
exprima néanmoins avec beaucoup d'art &
de délicateffe. Sa modeftie y ajouta un air
de candeur & des graces nouvelles. » Amateur
des Lettres , dit- il , dès ma plus
92 MERCURE DE FRANCE .
» tendre jeuneffe , admirateur affidu des
» ouvrages de ces grands Maîtres , dont
» le goût & les fuccès revivent encore
» parmi vous , pouvois - je efpérer , Meffeurs
, que fans autre titre , que celui
de les étudier avec conftance , d'être
» fenfible à ces graces & à ces beautés qui
» font le caractére de vos écrits , il me feroit
permis un jour de voir mon nom à
côté de ceux que la poftérité lira dans
» vos faftes. L'éloge qu'il fit du Roi de
Pologne mérite d'être tranferit ici. Il fut
puifé dans le vrai , & le vrai feul eſt aimable.
» Quelle gloire , ajouta t'il , pour
"
votre Société Littéraire , Meffieurs , de
>> voir quelquefois affis au milieu de vous,
»ce Monarque qui fait vos délices , fans
» appareil , fans Gardes & fans faiſceaux ;
tel que Pline nous repréſente le grand
Pompée dans le Cabinet d'un Philofophe.
Quel excès d'honneur de pouvoir
» converfer dans le fanctuaire des Mules ,
>> tout à la fois avec l'Artifte , l'homme de
" goût , l'Ecrivain profond , l'habile Politique
& le Philofophe couronné . Quelle
» joie ! qu'elle eft fublime ! de contempler
» ce Souverain , le luftre & l'amour de la
» Parrie , le pere & le bienfaiteur de la
» vôtre , de le voir de fes mains Royales
vous ouvrir la carriere des Sciences &
"
33
A O UST. 1753. 93
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vous y guider. Ce Prince , après avoir
» affuré au- dehors la fécurité & l'abon-
» dance , après avoir enrichi fes Etats des
» monumens les plus durables de fa libe-
» ralité , s'être gravé dans vos coeurs un
»fouvenir glorieux qui furvît à l'airain &
au porphire ; il vient lui- même dans ce
lycée dont il eft le Fondateur , le Pro-
» tecteur & le modéle , porter le flambeau
s de la vérité pour apprendre aux Appré-
» ciateurs des talens , cet Art fi difficile de
» ne récompenfer que le mérite , & de
mettre les ames fufceptibles d'émulation
» à portée d'en acquérir.
ود
Après que les nouveaux Académiciens
eurent achevé leurs Difcours , M. le Chevalier
de Solignac , Secrétaire Perpétuel
de la Société , chargé de leur répondre ,
fit fentir à l'Affemblée l'intérêt qu'elle de
voit prendre à leur réception. La maniere
dont il s'y prit ne pouvoit manquer d'être
extrêmement flateufe pour tous les affiftans
. " Jaloux de votre eftime , leur dit- il,
» nous fommes bien aifes de juftifier à vos
" yeux les motifs de ces réceptions folem-
>> nelles , dont nous vous donnons quel-
» quefois l'agréable fpectable . Par un détail
abregé des talens de ceux que nous
adoptons , nous cherchons à leur mériter
, après notre choix , l'honneur de
99
94 MERCURE DE FRANCE.
» vos fuffrages. D'ailleurs , ajoûta - t'il ,
c'eft ici le feul moment où il nous eft
» encore permis de jetter quelques fleurs
fur leurs pas. La gloire de ceux que
» vous voyez déja placés parmi nous , de-
» viendra bientôt la nôtre ; & cet avanta-
» ge , fi Alateur d'un côté , va nous mettre
dès aujourd'hui dans le trifte inconvé
nient de ne pouvoir les louer , fans rif-
» quer d'être accufés de nous louer nous-
» mêmes .
ود
En parlant de M. Paliffor , qui ne fait
que d'entrer dans fon cinquiéme luftre , il
dit que fes premieres études furent accompagnées
des fuccès les plus brillans & les
plus rapides , & que le jeune difciple eût
pû , ce femble , enfeigner aux autres par
inftinct ce qu'on auroit voulu qu'il n'apprît
que par un long afferviffement à une
méthode ennuyeufe. » Sorti du Collége
» à un âge où l'on auroit crû qu'il devoit
» y entrer , il prit vers le Parnaffe un effor
que l'on jugea prématuré , fans le croire
abfolument téméraire ; mais le jour le
» plus beau , quand il commence à paroî-
»tre , n'a pas encore tout l'éclat qu'il promet
; & c'eſt aſſez que du moment que
cet éclat s'annonce , il ne ceffe de croî-
» tre à chaque inftant.... Actuellement ,
dit M. le Chevalier de Solignac , nous
»
•
AOUST . 1753 95
il .
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nous
A
avons un nouvel ouvrage de M. Paliffot
: c'est la vie des premiers Rois de
» Rome . Ce que nous en avons déja vû ,
» nous répond de fon talent pour l'Hiftoi-
» re . Il est vrai , comme il l'avoue lui- mê-
» me , qu'il a trouvé fes deffeins tout cal-
» qués dans un Auteur Italien qu'il s'eft
» fait un mérite de fuivre ; mais à cela
près qu'en copiant fon original , il
féjourne trop fur des évenemens qui de-
» voient couler avec viteffe , l'on apper-
» çoit dans fon pinceau une touche ferme
& vigoureufe , un coloris vif & gra-
» cieux. L'on fent avec plaifir , que qui-
» conque peut écrire avec tant de
de chaleur , peut déformais ne fe
» fer d'autre modéle que lui -même.
»
»
»
grace &
propo
S'adreffant enfuite à M. Fréron ; » Devions-
nous eſpérer , lui dit M. le Cḥe-
»valier de Solignac , que vous dérobant
» à la Capitale du Royaume , & aux élo-
» ges que vous vous y attirez tous les jours,
» vous viendriez nous apporter vous - mê-
»me un tribut de reconnoiffance , qu'en
» votre abſence la voix publique fe feroit
» empreffée de nous payer pour vous ...?
» Je laiffe à ce Corps diftingué , qui par
fa conftante application aux Lettres ,
»paroît n'avoir à coeur que les progrès de
lefprit , à marquer par les regrets qu'il
છે
96 MERCURE DE FRANCE.
a eus de vous perdre , l'eflime qu'il a
toujours fait de vos talens. Les fenti-
» mens que la reconnoiffance vous infpire
»pour lui , nous porteroient à croire que
» vous n'avez perdu qu'un nom ; & vos
» écrits , que vous le confervez encore.
Parlant enfuite des ouvrages de M. Fréron
, il le repréfente luttant fans ceffe
pour l'honneur des Lettres , contre cette
foule de mauvais Ecrivains , qui n'aimant
que les parures artificielles , les ornemens
affectés , les diffections ingénieufes , gâtent
le goût de la Nation , déja trop naturellement
portée à la frivolité dont on l'accufe.
>>Qu'il feroit à fouhaiter , continue til ,
que comme le ferpent de Moyfe , vous
"
puffiez engloutir & détruire pour jamais
» ces reptiles dangereux , qui n'étant propres
qu'à fafciner les yeux par les prefti-
» ges de l'Art , veulent ſe donner pour des
prodiges de la Nature.
M. le Chevalier de Cogolin fut loué
d'avoir fçu tranfporter dans fes vers le
fublime & la force , la préciſion & la clarté
, la douceur & la délicateffe des morceaux
de Poëfie de l'antiquité , qu'il fe
plaît à traduire en notre Langue. C'eft
و ر
ainfi , lui dit M. le Chevalier de Soli
» gnac , que vous nous avez donné l'épi-
»fode d'Ariftée & le jugement des armes
d'Achille. "
4
AOUST. 1753 97
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d'Achille. Dans celui ci paroît de nou-
» veau le fpectacle d'une caufe plaidée par
» deux Rois devant un Sénat de Souverains
; & l'on eft charmé d'y retrouver
» la brillante facilité d'Ovide , & furtout
l'énergie , la hardieffe , le feu , la véhe-
» mence que ce grand Poëte met tour à
tour dans les fieres expreffions d'Ulyffe
» & d'Ajax.
»
Ce qu'ajoute le Secrétaire Perpétuel eft
une peinture vive & gracieufe , de l'union
& de la paix qui doivent regner dans toutes
les Sociétés des Gens de Lettres . Les
traits qu'il employe , font fans doute tirés
d'après l'original. Après avoir dit à M. de
Cogolin , qu'il verra dans le Temple des
Mules où on l'introduit , des éleves de
Mars comme lui , foutiens tout à la fois
& ornemens de la Patrie , auffi capables
de faire des actions de valeur dignes d'être
écrites , que des ouvrages de fçavoir ,
ou d'agrément dignes d'être lûs , il ajoute
ces mots : Vous y verrez les conditions
» fe rapprocher par des égards récipro-
» ques , les lurnieres fe réunir fans jalou-
» fie , les talens s'aider fans rivaliré , les
opinions fe contredire fans humeur , les
» avis ſe donner fans préfomption & fans
» amour propre . Vous y verrez la raifon
parler toujours le langage de la politeſſe
"
ور
E
98 MERCURE DE FRANCE.
de l'amitié , & ne faire valoir les quali
tés de l'efprit , qu'autant qu'elles fervent
» à étendre l'empire de la vertu . C'eſt à
l'efprit à la faire aimer ; il ne sçauroit
» en montrer les avantages , s'il ne les a
goûtés lui-même par la pratique des de-
» voirs qu'elle preferit.
39
»
S'adreffant enfuite aux trois Récipiendaires
en commun , il leur dit : » Inftruits
» de ces devoirs , qu'une heureuſe habi-
» tude vous rend tous les jours plus aifés,
» vous venez , Meffieurs , concourir avec
nous au but principal de nos études , à
» mettre ces devoirs en crédit . C'eft le
deffein que notre augufte Fondateur
s'eft propofé dans l'établiffement de notre
Académie. Ses exemples doivent
» nous animer à le remplir ; & combien
» peu d'efforts doivent- ils exiger , s'il eft
»vrai qu'il foit fi facile de fe former fur
les modéles qu'on aime ?
AOUS T. 1753. 99
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Sur la mort d'une jeune perfonne fors
aimable.
IRi
Ris n'eft plus : pleurez , Dieux de Cythere ,
Brifez vos traits , éteignez vos flambeaux ;
Ne laiffez plus de roſes fur la terre ,
S'il faut qu'un jour fane des traits fi beaux.
La pâle mort moiſſonne avec ſa faulx
La role ainfi ;
que la fleur la moins belle ;
Iris en eft une preuve cruelle ! . •
Pleurez , Amours ; ne chantez plus , Oiseaux,
Ou bien prenez le ton de Philomele ,
Ce ton qui fçait attendrir les échos.
Ceffez , Ruiffeaux , votre aimable murmure ;
Feuilles , tombez ; taifez- vous , doux Zéphirs ;
Quittez le foin d'animer la nature ,
Et ne laillez parler que mes foupirs.
Onde , à mes yeux vous paroiffez trop pure ;
Aftre du jour , pourquoi vous montrez -vous ?
Ne répandez qu'une lumiere obfcure ,.
Tant de clarté met mon coeur en couroux.
Iris n'eft plus dans ma douleur amere ,
Hormis les pleurs , rien ne me paroît doux..
Laiffez , Amours , les ris à votre mere ,
Des yeux d'Iris les fiens étoient jaloux ;
Ei
100 MERCURE DE FRANCE.
Elle eft contente : Iris à la lumiere
Vient de fermer fes beaux yeux pour jamais.
L'Aube , au matin , achevant la carriere ,
Laiffe le jour éclipfer les attraits ;
Mais ce n'eft pas pour ne plus reparoître :
Encore un peu , pour annoncer Phoebus ,
Auffi brillante on la verra renaître ;
Mais vous , Iris , vous ne paroîtrez plus !
Non , c'en eft fait , & fur votre paupiere
Vient de s'étendre un nuage fans fin ;
Mes cris perdus vous rappellent en vain ....
Amours , levez cette funefte pierre ,
Percez la nuit de ce trifte tombeau ,
Interrogez ces cendres encor cheres :
Qu'avez-vous fait de l'objet le plus beau ?
Le doux Zéphir , fur fes aîles légeres ,
L'a-t il porté dans un monde nouveau ?
Les Immortels dont elle étoit l'image ,
N'ont-ils pas dû , jaloux de leur pouvoir ,
Eternifer leur plus charmant ouvrage ?
Piès de Venus n'ont- ils pas dû l'afleoir !
Oui , j'en croirai mon coeur & leur fageffe ;
N'en doutons plus ; l'Olympe eft ſon Palais ;
Les Dieux ont fait d'Iris une Déelle ,
Pour qui l'encens offert par la tendreffe ,
Dans l'univers doit brûler deformais.
Mais ici-bas , puifqu'elle étoit fi belle ,
A O UST. 1753. 101
N'eût-elle pas dès les plus jeunes ans ,
Du monde entier reçu le même encens ,
Si plus long-tems elle eût été mortelle ?
L'Abbé Aubert.
K*********AMMMMMMYK
LETTRE D'UN JEUNE OFFICIER
à une Veuve , de qui il étoit devenn amoureux
avant que de l'avoir vûe ; traduite
de l'Anglois , par L. Dutens.
MADAME ,
Quoique je n'aye jamais eu l'honneur
de vous voir , non pas même feulement en
peinture ,, & que par conféquent je ne vous
connoiffe pas plus que ceux qui habitent
les Indes les plus reculées ; cependant ,
Madame , je vous dirai que je fuis éperdûment
épris d'amour pour vous , & cette
paffion a déja jetté de fi profondes racines
en mon coeur , que je fens que rien ne
pourra jamais l'en bannir. Ceci vous étonnera
peut- être , Madame ; mais votre furprife
deviendra moins grande , lorfque je
vous aurai inftruite de ce qui a non feulement
donné naiffance à ma paffion , mais
auffi de ce qui a fervi à la confirmer . Il y
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
a quelques jours qu'allant à la cainpagne
pour quelques affaires , j'apperçus fur la
route une maiſon magnifiquement bâtie ;
j'eus la curiofité de demander qui étoit le
propriétaire d'un fi bel édifice , & étant
informé qu'il vous appartenoit , je commençai
dès ce moment , Madame ; à reſ--
fentir une violente inclination pour vous.
Mais lorsque l'on ajoûra enfuite qu'il y
avoit encore quelques centaines d'arpens.
du meilleur terrain d'Angleterre appartenans
à cette maiſon , le tout accompagné
d'un beau parc , d'un jardin fuperbe , d'étangs
, de viviers , & telles autres dépendances
; alors , Madame , alors je me livrai
tout entier à mon amour naiffant , & me:
foumis à un pouvoir auquel il me fut impoffible
de réfifter.
23
Certainement , me difois - je à moi- même
, la maîtreffe de cette agréable maiſon
doit être la plus charmante femme de l'univers
: car qu'importe qu'elle foit vieille,.
fi fes arbres font jeunes ? Que me fait à
moi que les rofes de fon teint foient flétries
? il en fleurit tous les jours de nouvelles
dans fon jardin ; & que m'importe
enfin fa ftérilité , pourvû que fes terres
foient fertiles, & me rapportent des fruits ?
Dans ces délicieufes penfées , je mis pied
à terre , & contai mes amoureux tranſportss
A O ÚS T. 1753. 16 ,
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22
res
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aux arbres de votre parc , qui , foit dit en
paffant , font bien les plus beaux ,
les plus
droits & les mieux taillés que j'aye jamais
vûs de ma vie , & depuis le tems dont je
vous parle , j'ai déjà ufé une douzaine
de canifs à graver votre nom deſſus.
J'en appelle à vous - même , Madame
jamais paffion fut elle établie fur de plus
folides fondemens que la mienne ? Ceux
qui ne préferent une maîtreffe que pour
fa beauté , verront fûrement leur amour
diminuer avec fes charmes ; au lieu que
vous n'avez point lieu de douter de la
conſtance & de la fincerité du mien , qui
eft bâti fur les mêmes fondemens que vo
tre maison , qui croît tous les jours avec
vos arbres , & augmentera de plus en plus
avec vos revenus.
Cependant , quoique je n'en fçache rien.
du tout , je ne dis pas pour cela que vous
ne puiffiez bien être la plus belle femme
du monde ; mais encore une fois , que:
vous le foyiez ou non , ce m'eft de toutes
les chofes la plus indifférente , dès que
vous avez affez d'argent pour vous donner
de l'éclat . Oui , fuffiez - vous dix fois plus
que la Comteffe ** , & une fois
plus vieille que Madame ** , je fuis Soldat
de profeflion ; & puifque je me fuis bien
bartu pour mériter une paye
affreufe
affez médio-
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
cre , je me flate qu'avec l'aide de Dieu ,
je pourrai bien vous aimer pour une plus
confidérable.
Je fuis avec toute la fincérité poffible, & c .
བྱེ ཆུ རྩེ: ༧
VERS
པ
Sur une partie de plaifir où pluſieurs perſonnes
à talens avoient été invitées.
A MADAME DE **
Dans le riant féjour , où Timante à fa fuite
Enchaîne les talens , le goût & les beaux arts ;
Dans ce lieu que Minerve habite ,
Et que les yeux de la fage Mélite
Animent de leurs doux regards ,
J'ai vu le maître & le Roi de la danfe ,
De la Scene Lyrique ornement glorieux ,
Et de fon art réformateur heureux ,
Qui fur les loix de la cadence ,
Du bon goût & de l'élégance ,
Régle fes mouvemens & fes pas gracieux,
J'ai vu Daphné , fille de Terpficore ,
Avec les Jeux , les Amours & les Ris ;
La brillante Daphné , qui réunit encore
Les plus tendres appas & la fraîcheur de Flore
Aux talens par elle embellis.
A O UST. 105 1753.
J'ai vu Clitón , dont le fécond génie
Invente , exécute & varie
Des plaifirs pour fon Roi , dignes de ſa grandeur ;
Je l'ai vû qui tendoit une main fecourable
Aux Arts , dont il eft amateur.
J'ai vu Mirtil céder à fon vainqueur
Des talens la palme honorable.
Enfin dans l'afyle enchanteur
Qu'égayoient le plaifir , la Tocane & la table ;
J'ai vu l'efprit d'accord avec le coeur ,
Un Philofophe raiſonnable ,
Un Poëte modefte , un Courtiſan traitable ,
Et la fageffe en belle humeur.
J. B. Guis.
PENSE'ES DIVERSES ,
Traduites de l'Anglois par M. Dutems.
I
L n'y a point d'homine fi foible d'ef- ·
prit , qui ne puiffe fupporter avec toute
la fermeté d'un véritable Philofophe , les
difgraces de fon prochain .
Un homme ne devroit jamais rougir de
econnoître une erreur dans laquelle il a
éré ; c'eft feulement dire en autres termes ,
qu'il eft plus fage aujourd'hui qu'il n'étoit
hier.
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
Si celui qui dit un menfonge réfléchif
foit fur la grandeur de la tâche qu'il entreprend
, il verroit qu'il fe trouve fou
vent obligé d'en inventer vingt autres pour
foutenir le premier qu'il a avancé.
Les femmes ont celà de commun avec :
les énigmes , qu'elles ceffent de plaire auffi--
tôt qu'elles commencent à être connues .
樊
Un homme d'honneur n'aura jamais la
petiteffe de fe croire humilié par celui dequi
il a reçu une affront , puifqu'il eft
toujours en fon pouvoir de prouver combien
il eft fupérieur à fon antagoniſte en
lai pardonnant...
Vouloir ufer de raifons pour perfuader
le vulgaire , feroit une auffi grande folie :
que d'entreprendre de couper un bloc de:
marbre avec un rafoir bien affilé.
Les hommes ont plus ou moins d'amour
propre , à proportion qu'ils ont plus ou
moins de bon fens.
Un homme qui admire la beauté d'une
belle femme , n'a pas plus de raifon de
fouhaiter de devenir fon époux , que fi ,
ayant été charmé de la beauté des pommes
du Jardin des Hefperides , il avoit defité
d'être le dragon qui les gardoit...
A O UST.
1753 107
et
de
La Poudre , la Bouffole , l'Imprimerie ,
qui font les trois plus belles inventions
du monde , ont été produites dans les fiécles
d'ignorance .
Nous avons affez de religion pour nous
faire haïr , mais non pas affez pour nous
faire aimer les uns les autres.
Le mot de l'Enigme du Mercure de
Juillet , eft la Lune. Le mot du premier
Logogryphe eft , le Bonjour , dans lequel
on trouve Roi , Ion , Job , bon , ri , Ỉno ,
Orion , le jour , un burin , & Io. Celui
du fecond Logogryphe eft , Conftantinople ,
dans lequel on trouve Antonic , Tacite ,
Pline , Antonin , Conon , Cineas , les Alpes,
in petto , linote , paon , pelican , poifon &
Tuon , pere de Memnon .
OU
He
es
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
JE
ENIGM E.
E fuis un animal , dit-on , très - raisonnable :
Très- raifonnable ! non ma foi ,
Nul ne l'eft moins que moi ,
La raiſon , pour le moins , en moi n'eft pas pale
pable :
Pourquoi ? Venons au point.
Je veux , je ne veux point ;
Le même objet tantôt m'eft agréable ,
Tantôt m'eft déteſtable ;
Je dis , je me dédis ;
Au même inftant je pleure & ris.
Mal à-propos je veux des complaifances ;
Et j'exige des bienféances.
J'excchie en curiofité ,
Caquet & vanité :
Mon travail eft la promenade ,
Mon fait eft la parade ,
Mon talent l'indifcrétion ,
J'ai du paon la présomption ;
J'aime la flaterie ,
Je chéris la cajolerie .
Volage comme un papillon ,
Je mérite ta défiance ,
Cher Lecteur fans expérience ;
Garde -toi de mon vermillon.
AOUST. 1753. 100
A
LOGO GRYPH E.
L'immortalité je vais par deux fentiers ;
Je fais cas de Bacchus , je fais cas de Pomone ,
Mais je laiffe leur or pour les coeurs ufuriers ;
Dans les deux champs où je moiffonne
On ne cueille que des lauriers ..
J'égale le Berger aux Maîtres de la terre ,
Et j'égale les Rois au Maître du tonnerre.
Aujourd'hui je te fuis , demain je ſuis tes pas ;
Qui veut prétendre à moi doit s'attendre aux dé
bats.
Je permets à celui qui m'aime ,
Pour m'avoir d'ufer de détours ;
J'eufle échapé fouvent à Jupiter lui - même ,
S'il fe fût montré Dieu toujours .
Je fuis de tout état : mais des illuftres têtes
Je fais le plus fouvent d'illuftres malheureux .
J'aime à voir les Bergers , à l'abri des tempêtes ,.
Célébrer mes hauts faits au milieu de leurs jeux .
On ne me voit jamais fans fêtes.
Je fers en même tems deux Dieux ;
Mais rarement dans leurs conquêtes
J'exauce en même tems leurs voeux :
Je le fis , il eft peu , pour ce Duc intrépide
Dont la mort a percé tous les cours à la fois .
On me vit , il eft pen , porter fur mon Egide
110 MERCURE DE FRANCE .
Le plus puiffant de tous les Rois.
Atous ces traits Lecteur, peux-tu me reconnoîtres
Que ce foit oui , que ce foit non ;
La torture où je vais me mettre ,
Pourra , dans un befoin , te déceler mon nom.
Huit lettres en trois pieds font mon architecturej
Tu trouveras dans mót , par la combinaiſon ,
Deux des cinq facultés dont t'orna la nature ; -
Ce qu'on montre toujours avec confafion ;
Ce qu'on commence dupe , & qu'on finit fripong ) .
D'un patient perclus ce qui fait la torture ;
Deux notes de múfique , un inftrument à venty
Un autre pour l'agriculture ;
Les mets où l'affaiſonnements:
Mêle le moins fon impofture ;
Ce métal dans lequel git le fouverain bien ,
Par lequel s'amollit la plus dure ferrure ,
Sans lequel l'honnête homme eft un peu moins
que rien.
De la Provence un grand Apôtre ,
Un vrai Dieu fur la terre , un infecte dans toi
Ce qu'on voit toujours dans tout autre ✅
Que dans ce qu'on aime & dans toi ;
Cet os de l'éléphant dont d'Iris , jadis belles ,
Se fervent pour couvrir les rigueurs du deftin ;
Ce qui prend fous tes mains mille formes nou
velles;
·
Ce qu'un feu rend bifcuit , & qu'humecte un bon
vin ; 1
A O UST. 17538 IIT!!
O
bor
Ce
Ce
que te font jetter des allarmes mortelles ;
que le Diable un jour mêla dans le bon grain..
J'ai cette parcelle de l'homme ,
De qui l'Architecte des Cieux .
Fit celle qui mordit la premiere à la pomme ;
Ce qu'une fille en tout aime toujours le mieux
Cet indiferet qui te répére -
Les fons qu'un Berger amoureux*
Tire de fa tendre mufette ,
Quand il l'ajoûte avec les feux:
Ce qu'on ne voudroit point dans le coeur de Silvie
Ce bijou dont le don a droit de te charmer ,
Qui procure à l'Amant une fi douce vie ,
Et que l'on doit avoir
pour
vaincre & pour aimer .
Ce pivot fur qui roule , au plus haut d'une épines ,
Cette machine fi divine ,
Qui porte les charmes d'Iris ;
Ce pivot où l'Amant trop tendre ,
Pour toujours voudroit s'aller pendre ,,
Dans le defefpoir d'un mépris :
Ce théatre où Part & la nature
Peuvent faire éclater un brillant coloris ;
Mais ou , par fes fecrets , d'une artiſte peinture
L'Amant fçait difcerner le naïf de Cypris.
Certain indult qu'un buveur de Jouvence :
Qui s'égayoit dans un conte charmant ,
A fouhaité qu'il vint un jour en France ,
Four mettre à l'aiſe un couple peu conftante .
Le nom d'oiſeau dont le Frere Philipe112
MERCURE DE FRANCE
Ufa jadis , à fon fils curieux ,
Pour lui mafquer un ſexe qui te pipe
Quand tu ne fuis l'amorce de fes
yeux.
Ce mot qui tire du martyre
La plus pudique des Venus ,
Qui fait , après un court délire ,
Celui des jaloux , des cocus ,
Et qui fait , dit par fa Themire ;
Le plus vif des plaifirs connus.
Je renferme dans moi ce par quoi tu reſpires ;
Du Guerrier , de l'Amant je comble le defir .
Si tous ces traits encor ne peuvent te fuffire ,
Voici le dernier mot qui me reſte à te dire ,
Et qui peut- être trop ira me découvrir :
Cherche fous l'hémiſphere une aimable Princeffe ,.
Du plus vifcoloris , du coeur le moins altier ,
Du plus digne des Rois , digne de la tendreffe ,
Tu m'y trouveras tout entier .
Α
Par M. M. A. D. D.
AUTRE.
U milieu des combats on me voit , cher Lec
teur ,.
Les armes à la main combattre avec valeur.
Voici bien plus, ami , pour ton intelligence :
De dix pieds réunis fais la diffection ;
Tu trouveras d'abord un terme de finance,
A O UST. 1753 113
1
)
୧୧୭
Un pronom poffeffif , une interjection ,
Ce bas lieu redouté ; d'un Empereur la mere ,
Cruelle envers fon fils par trop d'ambition ;
Un Pontife des Juifs , de Caïphe beau- pere ;'
Un mot injurieux , un défaut aux chevaux ,
Un arbre , un élément , deux fortes de métaux ,
Dont l'un forme un outil avec lequel on frife :
Ce qu'en levant les yeux tu vois dans une Eglife ;
Un fleuve de Tofcane , un petit animal ,
Un très riche bonnet , un péché capital ;
Celle que Jupiter jetta du ciel en terre ,
Un des fils de Pelops , d'Agamemnon le pere ;
Ce qui mit en horreur un Roi Syracufain ,
Le nom d'un fils de Roi , d'une ville & d'un Salat ;
Ce mont qui dans fon fein nourrit toujours la
flamme ,
Ce grand Muficien inventeur de la gamme ,
Celle auffi qui vendit fon pays pour de l'or ;
Ce qui , mon cher Lecteur , ne vaut pas une obole ,
Fais- roi de tout ceci quelque bonne bouſſole ,
Si tu veux fans errer venir mouiller au port.
Garlaneg , Capitaine au Régiment
d'Infanterie de Bourbonnois , d'Agen.
56
T14 MERCURE DE FRANCE;
200205 206 207208 209:208209 208 POR ROT208 POY ROS
NOUVELLES LITTERAIRES.
REMARQUES fur quelques articles
d'Aftronomie , inférées dans le Journal de
Trévoux , du mois de Juillet 1752 .
KLA fin de l'éclipfe de Lune obſervée
1 à Toulon y eft marquée le r7 Avril
au foir , à 8 h. 22 min . Or l'Almanach de
l'Académie nous donne Toulon plus orienral
que Paris de 14 min . 26 fec. , & la fin
de l'éclipfe calculée à 7 h . 57 min .; au lieu
que felon l'obfervation faite à Toulon
réduite au Méridien de Paris , l'on auroie
8 h. 7 min. & 34 fecondes.
Comme le Ciel n'a pas été découvert ce
jour là à Paris , l'on fouhaiteroit fçavoir
s'il ne s'eft pas gliffé quelque erreur dans
Pobfervation de la fin de cette éclipfe , fi
non il fera conftaté qu'il y a 10 minutes &
demie d'erreur dans le calcul , qui en ce
cas auroit anticipé fur l'obfèrvation.
II. Voici une autre difficulté ; on trouve
dans le même Journal la latitude de
Touloufe déterminée avec le plus grand
foin plufieurs années de fuite , fçavoir de
43 dég. 35 min. 47 fecondes & demie , &
L'on a eu la fatisfaction de voir que ce ré
AOUST. 1753 115
fultat différe à peine de ce qui a été établis
autrefois , & que l'on trouve imprimé
dans le Livre de la Connoiffance des tems.
Mais l'on auroit bien fouhaité que l'Au
teur y eût ajoûté quelques recherches fur
la longitude de Toulouſe , à l'égard du Méridien
de Paris . En voici la raifon . Dans
le livre de la Connoiffance des tems l'on
trouve que Toulouſe eft 3 min . 35 fec. de :
tems à l'Oueft du méridien de Paris : cela
paffe ici pour un réfultat bien conftant.
Cependant fi l'on confulte les Mémoi--
res de l'Académie de l'année 1744 , page
257 , l'on y apperçoit 1 ° . qu'entre Montpellier
& Paris la différence eft de 60 min .
S' fecondes, ce qui différe à peine de ce
que l'on trouve dans l'Almanach de l'Académie.
2°. Qu'entre Montpellier & Touloufe
la différence en longitude eft 10
min. 40 fecondes.
Si l'on fouftrait le premier réſultat du
fecond , il refte 44tmin. 35 fec.
pour différence
en longitude , entre Paris & Tou--
louſe...
Or il eft visible par là qu'il y a une minute
entiere de tems ou un quart de dégré
de différence , & qui refte à corriger.
C'eſt pour cela que comme la voye du
Journal eft la plus fimple & la plus promp
tes, on défire bien fort de fçavoir ici less
116 MERCURE DE FRANCE:
fentimens des Aftronomes qui ont eu pare
à ces queſtions .
EDITS , Déclarations & Arrêts concernans
la Juridiction de la Conr des Aides
& Finances de Montauban . Imprimé à
Montauban , chez Jean - François Teulieres ,
Imprimeur du Roi. 1752 ; & fe trouve à
Paris , chez Durand , in- 4° . vol . 1 .
M. Philippy , Confeiller à la Cour des
Aides de Montpellier , a donné anciennement
un ouvrage très- eftimé , d'un pareil
genre ; il l'enrichit d'un Commentaire fçavant
, & d'une fuite d'Arrêts remarquables
, qui forment comme une espéce
d'hiftoire de la Jurifprudence de la Cour
des Aides de Montpellier. Il est écrit en
Latin , & c'eft un des meilleurs Auteurs
des pays de taille réelle.
Depuis qu'il a écrit , la Jurifprudence
a varié , & nous n'avons gueres que Def
peiffes & lui qui ayent traité avec quelque
utilité d'une matiere trop peu connue , &
qui peut-être mieux éclaircie , produiroit
un jour les facilités néceffaires pour l'abolition
totale de la taille arbitraire.
M. de Sambuci , ancien Avocat Général
de la Cour des Aides de Montauban , a
fait un Traité nouveau , auquel avant fa
mort il a mis heureufement la derniere;
A O UST. 1753. 117
4
1
no
tea
enc
O
bo
ral
བ
main ; & nous fommes inftruits que cet
Ouvrage fera bientôt en état de paroître.
Ce Magiftrat avoit en lui tout ce qui peut
rendre fon Ouvrage utile & fa mémoire
refpectable .
Celui que nous annonçons aujourd'hui
a déja les avantages de l'ordre & de la clarté.
On y fait efperer un Commentaire &
un Recueil de Jurifprudence femblable à
celui de Phillippy , & alors ce fera , on
ofe l'affurer , un des Livres de Droit des
plus utiles.
LE Calendrier des vieillards , Opéra
Comique en un acte , repréſenté pour la
premiere fois fur le Théatre de la Foire
Saint Germain , le 7 Avril 1753. A Paris,
chez Duchefne 1753 .
CHOIX d'Hiftoires tirées de Bandel ,
Italien , de Belleforest , Commingeois ,
de Boiſtuan , dit Launai , & de quelques
autres Auteurs. Par M. Feutry . A Londres
, & fe vend à Paris , chez Durand ,
rue Saint Jacques , & Piffot , Quai des
Auguftius .
C'eft la fuite de la collection dont nous
avons parlé dans le fecond Mercure de
Juin , & nous en avons la même idée .
LA Géographie rendue aifée , ou Trai
18 MERCURE DE FRANCE.
té méthodique pour apprendre la Géogra
phie , rangé dans un ordre nouveau , propre
à faciliter l'étude de cette fcience ;
avec un abregé de la Sphère , & une table
très-ample en forme de Dictionnaire .
Volume in-4°. pp. 448. A Paris , rue Dauphine
, chez Charles-Antoine Jombert
Libraire du Roi , à l'Image Notre-Dame.
On voit à la tête de l'Ouvrage un Avertiffement
, dans lequel l'Auteur ( M. de
Levis ) expofe fon plan en peu de mots &
fort bien . Il fe plaint de ce que dans tous
les traités de Géographie les Auteurs fe
font attachés à arranger les différentes parties
du monde , les Régions qu'elles contiennent
, & les Villes qui y font renfermées
, plutôt felon leur étendue , leur
puiffance & leur rang politique , que fuivant
leur proximité. Il penfe que cette
derniere façon eft préférable aux autres ,
& fans doute plus méthodique. Ce Livre
eft divifé par Parties & par Chapitres.
Chaque Partie & même chaque Chapitre
eft précédé d'une introduction , dans laquelle
, après avoir indiqué la fituation
de la Région que l'on traite , fon étendue
, fes bornes , fa température , la qualité
du terroir avec ce qu'il produit , fes
principales rivieres , montagnes , & c . on
inftruit des moeurs & coutumes de fes has
AOUS T. 17533 170
-
bitans , de leur ori gine , de leur Religion
, de la forme de leur Gouvernement
& de la divifion la plus fimple du Pays :
le tout d'après les Auteurs & les Hiftoriens
les plus autentiques.
Cet ouvrage nous a paru fort élémentaire
, & malgré le grand nombre de Traités
de Géographie qu'on a publiés jufques
et . ici , nous croyons qu'il fera très- utile aux
Commençans.
COR
fer
eur
fut
ette
res,
res
ite
ion
en-f
fes
03
NOUVELLES Annales de Paris , juf
qu'au regne de Hugues Capet : on y a
joint le Poëme d'Abdon , fur le fameux
fiége de Paris par les Normands , en 885
& $ 86 , beaucoup plus correct que dans
aucune des Editions précédentes ; avec .
des Notes pour l'intelligence du texte. Par
Dom Touffaints du Pleffis , Religieux Bénédictin
de la Congrégation de S. Maur. A
Paris , rue Saint Jacques , chez la veuve
Lottin , & J. Buttard , Imprimeurs - Libraires
, à la Vérité. 1753 .
IDE'E de la Poëfie Angloife , ou Traduction
des meilleurs Poëtes Anglois , & c,
Par M. l'Abbé Tart. Tome 3 & 4 ° chez
- Briaffon.
с
Le troifiéme Volume renferme une vie
de Pope fort curieufe , & les Epitres mo120
MERCURE DE FRANCE.
*
rales fi connues de ce célébre Poëte. Tout
cela eft accompagné de difcours , de notes
& de remarques où nous avons trouvé
beaucoup d'excellentes chofes , quelquefois
un peu gâtées par un peu de prolixité
.
Le quatriéme Volume commence par
trois Epitres adreffées à Godefroy Kneller
, premier Peintre du Roi. La premiere
qui eft du fublime & ingénieux Dryden ,
roule far la Peinture qui naît & fe perfectionné
en Grece , brille à Rome , mais
avec moins d'éclat , & eft anéantie par les
Goths. La deuxième qui eft de Congreve
, renferme en peu de mots tous les
complimens qu'on peut faire à un Peintre
fur les talens . La troisième qui eft d'Adiffon
, & qui a été écrite à l'occaſion d'un
portrait de George premier , eft un éloge
de ce Prince, rempli d'élévation & de flat-
*terie .
L'Epitre de Pope à M. Jervas , Peintre ,
en lui envoyant la traduction du Poëme
de Dufiefnoy par Dryden , eft digne de
fon Auteur. L'imagination du Poete le
tranfporte fur les Alpes , d'où il confidere
avec foin l'empire des Arts , les cendres de
Virgile,l'urne de Raphaël, & les chefs d'oeuvres
de ce même Raphaël , du Guide , du
Carrache , du Corrége , de Veronefe & du
Titien ,
AOUST. 1753. 121
Titien , & c. Il parle enfuite des portraits'
de Jeruas & des perfonnes qu'il a peintes .
Il termine fon Epitre par une réflexion
Philofophique , mais lugubre : que nous
prétendons tirer peu de chofe du tombeau
, dit- il : vous ne pouvez pouvez conferver
qu'une figure & moi qu'un nom .
L'Epitre de Pope à Adiffon fur fon traité
des médailles mérite d'être lûe . On ne
trouve dans la fuivante , de Jean Gaya
Mylord Paul Mathuen , fur les malheurs
des Artiftes , ni ordre , ni plan , ni liaifon
, ni transition ; ce ne font qu'écarts ,
faillies , répétitions , contradictions . Celle
du même Poëte fur les François , eft
pleine d'injures & d'injuftices. L'Epitre
d'Adiffon à Guillaume III. , a de grandes
beautés , mais elle refpire une haine implacable
contre la France. L'Epitre d'Adiffon
, à Mylord Halifax , eft une Satyre
du Gouvernemens des Italiens , & un
éloge de leur climat & de leur génie . L'Epitre
de Chiron à Achille , par Hilbernard
Jacob , s'écarte de la vraifemblance
mais elle eft ingénieufe & inftructive.
de Congreve a fait entrer dans fon Epitre.
fur l'art de plaire , toutes les efpéces de
ridicule qui viennent de l'affectation , &
il le peint avec des couleurs fi vrayes
qu'elles découvrent le grand ufage du mon-
OTC
de
le
ere
d
F
722 MERCURE DE FRANCE.
de , & le talent admirable de mettre ce
monde qu'il connoifſoit fur le théatre. L'Epitre
de Swift , au Docteur de Sany , eft
une fatyre originale , vive & quelquefois
outrée des Grands. Le reste du volume eft
rempli par quelques Lettres & des Odes.
M. l'Abbé Yart en parle avec une impartialité
rare dans un Traducteur. Nous
avons tranferit jufqu'ici les jugemens , par
ce qu'ils nous ont paru d'un critique vrai
& éclairé.
MINERALOGIE , ou Defcription générale
des fubftances du regne minéral .
Par M. Jean Goftchak Wallerias , Profef
feur Royal de Chymie , de Metallurgie &
de Pharmacie dans l'Univerfité d'Upfas ,
de l'Académie Impériale des curieux de la
nature . Ouvrage traduit de l'Allemand . A
Paris , chez Durand & Piffot. 1753. in- 8°.
vol 2 .
Ceux à qui il appartient de juger de ces
fortes d'Ouvrages paroiffent également
contens de l'Auteur & du Traducteur . Ils
trouvent dans le Livre que nous annonçons
, des connoiffances étendues , rendues
avec beaucoup de précifion & d'exactitude
.
DISSERTATIONS Philofophiques ,
A O UST . 123 -1753 .
ces
dont la premiere roule fur la nature du
feu , & la feconde fur les différentes parties
de la Philofophie & des Mathématiques.
Par M. de Beaufobre. A Paris , chez
Durand & Piffot . 1753.in - 12 . vol . 1 .
Nous parletons dans la fuite de cetre
nouveauté.
ORATIO habita à Joanne Antonio
Nollet, Licentiato Theologo, Regiæ Scientiarum
Academiæ Socio , cùm primum
Phyficæ experimentalis curfum Profeffor
à Rege inftitutus aufpicaretur in Regiâ
Navarrâ , die Martis decimâ- quintâ menfis
Maii , anno Domini 1753 ; Univerfitaris
juffu edita. Parifiis , apud Thibonft , in
Plateâ Cameracenfi 1753. in 4°. pp. 46.
ود
33
Ce Difcours , dont l'exorde eft en Latin
& le refte en François , eft clair , méthodique
, fage , & ce qu'on ne fçauroit affez
eftimer , tout à-fait pratique. » Je me
» propofe , dit l'illuftre Auteur , de raf-
» fembler dans ce Difcours les differentes
parties d'un Phyficien qui s'applique à
» l'art des expériences , & de faire com--
prendre par là les difpofitions & les
qualités avec lesquelles il peut efpérer
» de réuffir. Il entre dans mon deffein de
» montrer les difficultés & les peines qui
» accompagnent cette étude , mais je ne
» diffimulerai pas les avantages , ni les
"
Fij
124, MERCURE DE FRANCE.
"
>> agrémens qu'on y peut goûter.
M. l'Abbé Noller , après avoir très bien
rempli fon projet , continua ainfi . » Qu'il
mefoit permis en finiffant ce Difcours ,
de faire des voeux pour certaines qualités
» du coeur , d'où dépendent, felon moi, le
principal mérite & la plus folide fatis-
» faction du Phyficien . Je voudrois qu'il
" aimât la vérité par deffus tout , & que
» dans les études il eût toujours en vûe
» l'utilité publique : animé par ces deux
» motifs , il ne produira rien qu'il ne l'ait
examiné avec la plus grande févérité ;
» jamais une baſſe jaloufie ne lui fera nier ,
» ou combattre ce que les autres auront
»fait de bien ; la vanité de paroître In-
» venteur , ne l'empêchera pas de fuivre
» ce qui aura été commencé avant lui , &
» ne le portera pas à s'occuper de frivoli-,
» tés brillantes , plutôt que de s'abaifler à ›
» des recherches utiles qui auroient moins
d'éclat aux yeux du vulgaire .
ود
29
و ر
Oui , je fais mille fois plus de cas.de.
» ces zélés Citoyens qui appliquent leurs.
lumieres & leurs talens à rendre pota-
» ble l'eau qui ne l'eft pas , à maintenir-
» dans fon état naturel celle qu'on embar
»
que par proviſion , à purifier l'air dans .
» les lieux où il eft ordinairement mal.
» fain , à rendre la bouffole d'un fervice
A O UST. · 1753. 125
€
par
plus sûr , à perfectionner la culture des
» terres , à conferver le produit des moif-
» fons , quoique tous ces objets ayent été
" entamés ; que de ces fçavans orgueil-
» leux , qui cherchent à nous éblouir
» la grandeur apparente , mais fouvent
imaginaire , ou par la fingularité des
fujets qu'ils entreprennent de traiter.
>> Eft-il un homme fenfé , qui puiffe voir
» fans admiration , fans reconnoiffance
Pun Philofophe illuftré par les travaux les
plus applaudis , & jouiffant depuis longtems
de la réputation la plus grande &
» la mieux méritée ; appliquer une partie
» de fes connoiffances & de fes talens aux
و ر
foins d'une ménagerie , quand il croit
» y voir un nouveau moyen de procurer
-» l'abondance au rifque de paffer pour
» un fimple imitateur dans l'efprit des
" gens mal inftruits , il confacre généreufement
à fes utiles recherches , des années
de méditations & d'effais , pendant
lefquels il eût pû fe flater de pénétrer les
fecrets de la nature qui piquent le plus
»la curiofité des hommes. !
"
» C'eſt ſur ces grands exemples que je
» voudrois voir les nouveaux Phyficiens
» ſe former ; fi les forces nous manquent
pour atteindre à cette fupériorité de lumiere
qui diftingue ces hommes rares ,
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
€
allons auffi loin que nous le pourrons
>> en marchant fur leurs traces , & furtout
" ayons la noble émulation de les égaler
dans leurs vertus.
LE Royaume de France , & les Etats de
Lorraine , difpofés en forme de Diction
naire , contenant le nom de toutes les Provinces
, Villes , Bourgs du Royaume , &
des rivieres qui y paffent ; le nombre des
feux , dont elles font compofées ; les Géné-
-ralités ,"Elections , Diocéfes , Baillages ,
Sénéchauffées , Prévôtés , Vigueries , Sergenteries
, Bureaux des Finances , Bureaux
des Fermes & du Tabac ; Greniers à Sek ,
Amirautés , Jurifdictions Confulaires , &c.
dont elles dépendent , avec des Tables
particulieres & fort inftructives , relatives
à chacune de ces matieres , & une Ta
ble alphabétique , générale & fort étendue
, où elles font toutes réunies. Ony
trouve auffi trois autres Tables alphabériques
, également curieufes & utiles l'une,
de tous les Archevêchés & Evêchés de
France , avec le nom des Provinces où ils
font fitués , ainfi que des Généralités dont
ils dépendent , & leurs diftances de Paris.
L'autre , des plus confidérables Foires du
Royaume , où l'on marque les Villes &
Bourgs où elles fe tiennent , les jours où
凰
A O UST. 17539 127
elles s'ouvrent , leur nature & leur durée ;
la troiféme , qui indique les routes de
toutes les principales Villes , avec les Généralités
dont elles dépendent , & leur diftance
de la Capitale . Ouvrage compofé
fur les Mémoires les plus exacts & les plus
récens , & enrichi d'une lifte indicative
des meilleures Cartes géographiques des
Provinces , Evêchés & Généralités du
Royaume ; par M. Doify , Directeur du
Bureau des Comptes des Parties Cafuelles
du Roi. A Paris , chez N. Tilliard , Libraire
, Quai des Auguftins , à Saint Benoît
1753. Un volume in-4°. 1 z liv . relié.
Quoique le titre de l'ouvrage pût fuffire
pour en faire fentir l'utilité , nous ca
allons donner le plan tel qu'il fe trouve à
la tête du Livre.
Plan & Table de l'ouvrage.
Comme il ne m'a pas été poffible de
conferver dans mon ouvrage l'ordre des
Généralités , attendu l'arrangement de l'al
phabeth , & que cependant mon but eſt
de donner une connoiffance de la fituation
de toutes les Généralités du Royaume
, ou Intendances , j'ai été obligé de
compoſer mon ouvrage , & de le diftribuer
comme il fuit.
La premiere partie eft une divifion &
Fiiij
128 MERCURE DEFRANCE.
fubdivifion du Royaume par Généralités ,
Intendances , Gouvernances , Elections ,
Paroiffes & feux , avec une fubdivifion
defdites Elections par Sergenteries , Châtellenies
, Vigueries , Doyennés , Diocèfes
, &c. où fe trouve auffi le nombre des
Paroiffes & feux qui compofent lesdites
Elections.
A la fuite de cette divifion & fubdivifion
, l'on trouvera les Tables alphabétiques
qui fuivent ci - après .
Noms des Provinces de France , de leurs
Villes Capitales & de leurs rivieres .
Les trente- fept Gouvernemens Généraux
du Royaume de France .
Les Pays d'Elections , Pays d'Etats & ce
qui compofe la Flandre Françoife .
Les Elections , Baillages & autres chefs
fieux , compris dans les Généralités , Intendances
& Gouvernemens du Royaume
fuivant la divifion d'icelui .
>
* Les Chancelleries après les Cours
Confeils Supérieurs & Provinciaux du
Royaume , & le nombre des Officiers qui
les compofent , fuivant les Edits du mois
de Juin 1715 & Novembre 1707 .
Les dix huit Archevêchés & les cent
onze Evêchés de la France , par Province
& Généralités , & les diftances de Paris auf
dits Evêchés
AA O UST. 1753. 129
1.
Les vingt -quatre Univerfités du Royaume
, & le nombre des Provinces où elles
font établies.
Les Cours Supérieures du Royaume.
Les Villes où l'on bar Monnoye , avec
la lettre qu'on a ordonné de mettre en
Fannée 1539 & autres.
Les Bureaux des Finances du Royaume,
les noms des Généralités , les Elections
dont ils dépendent .
Maîtrifes Générales & Particulieres des
Eaux & Forêts , & Tables de Marbre du
Royaume , avec les noms des Généralités
& Élections dont elles dépendent.
Après l'alphabeth de la France , vous
trouverez une Table pour aucunes Maîtri
fes Particulieres , dont on a envoyé les Mémoires
à l'Auteur lors de l'impreffion.
Les Capitaineries des Chaffes du Royau-
-me , avec les noms des Généralités & Elections
qui en dépendent.. ,
Les Amirautés du Royaume , avec leles
noms des Généralités & Elections dont ils
dépendent , conformément à l'Edit du
mois de Mai 171 , portant création d'Of
ficiers dans les Amirautés , & conformé
ment au Militaire de France ..
* Les Préfidiaux du Royaume , avec les
noms des Généralités dont ils dépendent.
LeLes Baillages du Royaume , avec le
7
F v
30 MERCURE DE FRANCE:
nom des Généralités & Elections dont ils
dépendent.c
Les Sénéchauffées du Royaume , leurs
Généralités , Elections , & c.??
こLes Prévôtés du Royaume , leurs Géné
ralités , Elections , & c .
Les Vicomtés du Royaume , leurs Généralités
, Elections , & c.
Les Châtellenies , leurs Généralités ,
Elections , & c.
Les Vigueries , avec leurs Généralités ,
Elections , & c.
Ees Jurifdictions Confulaires du Royaume
, avec leurs Généralités , Elections.
Les Sergenteries du Royaume , avec le
nombre des Paroiffes qu'elles contiennent,
& le nom des Généralités & Elections
dont elles dépendent ! * . de
Les Maréchauffées du Royaume , le nombre
des Officiers qui les compofent , conformément
au rétabliffement d'iceux , fuivant
la Déclaration du 9 Avril 1720.
Les Juftices Royales reffortiffantes , enfemble
les Juftices particulieres & fubalternes
, Juſtices des Seigneurs & Juftices;
Royales , avec le nom des Généralités.
Les Bureaux des Fermes , des Traires &
du Tabac , établi dans le Royaume , keurs
Généralités , & c
Les Greniers , Dépôrs & Chambres à
A OUS T. 1753.
131
Sel du Royaume , leurs Généralités . A la
fuite de l'alphabeth de la France , il ſe
trouve une Table fur les mêmes matieres ,
divifée par Directions , grandes & petites
Gabelles , fuivant les Mémoires envoyés à
l'Auteur lors de l'impreffion , par des perfonnes
qui ont defiré que ce travail y fût
joint.
Les plus confidérables Foires du Royaume
avec les mois & dates defdites , & la
durée d'icelles .
Les Cazernes établies dans le Royaume,
pour fervir de logement aux troupes dans
aucunes Villes & Bourgs , leurs Généralirés
, Elections,
Les routes des poftes du Royaume de
France , fuivant les derniers Réglemens ,
& conformément au Sieur de Fer , Géographe
du Roi , enfemble les routes de
toutes les principales , tant de celles où
paffent lefdites poftes , que faivant les
routes ordinaires , non fpécifiées dans la
Carte dudit Sieur de Fer , fuivant l'Auteur
du dénombrement du Royaume , & autres,
-& leurs Généralités.
Table des principaux Duchés , Comtés,
Marquifats , Baronnies Seigneuries &
quelques Maifons de Plaifance , les plus
confidérables qui font en France , fuivant
les Provinces où elles font Gruées , aves
F vj
132 MERCURE DEFRANCE.
quelques remarques tirées de l'Hiftoire de
France .
Obferver que tout ce qui eft compris
dans les Tables particulieres ci deffus , eft
encore employé dans le corps de l'alphabeth
ci-après , qui compofe la feconde
partie de cet ouvrage , ne les ayant faites
que pour la plus grande facilité de ceux
qui voudront trouver les parties dont ils
auront befoin qui compofent lefdites Tables
, fans fe donner la peine de chercher
dans le corps de l'ouvrage , qui contient
près de quarante mille parties.
La deuxième partie contient l'alphabetir
général du Royaume de France , divifé en
cinq colonnes . Sçavoir ,
La premiere contient le nom des Villes,
Bourgs & Paroiffes.
La deuxième , le nombre des feux qui
les compofent.
La troifiéme , le nom de leurs Générali
tés , Intendance , Gouvernance , & c .
La quatrième , le nom des Elections ,
Vigueries , &c. dont elles dépendent.
La cinquiéme eft une colonne d'obfervations
, par laquelle l'on trouvera le nom
des Cours Souveraines , Monnoyes & autres
Jurifdictions établies dans lefdites
Villes , Doyennés , Sergenteries , Vigueries
, Foires , Marchés , & c . dépendans def
dites Villes & Bourgs
AOUS T. 1753. 133
EXEMPLE.
Je cherche Troyes , je trouve que cette
Ville contient trois mille feux , qu'elle eft
de la Généralité de Châlons , qu'il y a
Election , Evêché , Baiilage , Préfidial ,
Hôtel des Monnoyes , Juges - Confuls
Grenier à Sel , Maîtriſe particuliere , cinq
groffes Fermes , Bureau du Tabac , Maréchauffée
, Cazernes , ainfi des autres Villes ,
Bourgs & Paroiffes.
""
"
Troifiéme partie , cette troifiéme partie
contient les Etats de Lorraine , compofés:
des deux Duchés de Lorraine & de Bar
dont la premiere partie eft une divifion &
fubdivifion defdits Etats par Duché , Bail
Jages , Prévôtés , Châtellenies , & autres
Jultices qui les compofent , enfemble le
nom de toutes les rivieres qui arrofent lefdits
Etats.
L'alphabeth du nom de toutes les Villes,
Bourgs & Paroiffes qui compofent lefdits
Erats , fous quatre colonnes.
La premiere contient le nom de toutes
les Villes , Bourgs & Paroiffes.
La deuxième le nom des Duchés , eu
Provinces dont elles font partie.
La troifiéme , le nom des Evêchés ow
Diocéfes dont elles dépendent.
E la quatrième est une colonne d'ob
134 MERCURE DEFRANCE.
fervations qui- expliquent le nom des Jurifdictions
, Baillages ou Offices dont lefdites
Villes , Bourgs & Paroiffes dépendent.
REPONSE de M. le Cat , au fecond'
tome du Recueil du Frere Côme , intitulé,
Addition , & imprimé in- 12 . A Paris , chez
d'Houry, & à Rouen , chez Laurent Dumefnil:
La difpute fur l'opération de la Taille ,
qui dure depuis quelque tems entre M. le
Cat & le Frere Côme , a été l'occafion deplufieurs
écrits qu'on a fouvent trouvés
trop vifs & prelque toujours diffus . Il y
a apparence que les deux Lettres que nous
annonçons aujourd'hui , & un petit nombre
d'autres mettront fin à ces conteftations
, & que les habiles gens qui les ont
excitées par zéle pour le bien public ,.
croiront avoir dit tout ce qu'il falloit pour
éclaircir la vérité
NOUVELLES découvertes fur- la
guer
re , dans une Differtation fur Polybe . Ou
vrage utile & néceffaire à tous les Géné
raux , Commandans & Officiers d'armées.
Par M. Follard , Chevalier de l'Ordre
Militaire de Saint Louis , & Meſtre - de-
Camp d'Infanterie , feconde édition , revâe
par l'Auteur. A Bruxelles , chez Fran
A OUS T. 1753. 13
çois Foppens , & le trouve à Paris , chez
N. Tilliard , Quai des Auguftins 1753. Un
volume-12 12.3 . liv . relié.
Il - nons paroît décidé que le Commentaire
fur Polybe , eft un des meilleurs Livres
qui ayent jamais été fairs fur la guesre.
Le germe de tout ce qui a été dévelopé
dans ce fameux ouvrage , fe trouve dans.
le petit volume que nous annonçons. La
Differtation fur Polybe rapproche les aneiens
des nouveaux ufages , & prouve clairement
que l'antiquité a fourni l'idée de
la . plupart des chofes , que les modernes
ont prétendu avoir imaginées. Le Traité
de la colonne qui fuir la Differtation
fait un honneur infini, au, Chevalier Folard
, & fest de bafe à prefque toutes les
vues qu'il a eues fur la guerre. Le volume
eft terminé par une Differtation où l'on
examine , fi l'ufage où l'on eft de mettre
la Cavalerie fur les afles , & l'Infanterieau
centre dans une bataille rangée , eſt
aufli bien fondé qu'il eft ancien & univerfel..
1
ub
>
EXPOSITION d'un principe de plá
fieurs nouvelles, Machines Hydrauliques
de M. Loriot , avec le rapport de Meffeurs
les Commiflaires de l'Académie
Royale des Sciences , & la réponſe à ce
136 MERCURE DE FRANCE.
même rapport. A Paris , chez Boudet 1753-
Vingt-fix pages in- 4º.
Merigot & le Loup , Libraires Quai des
Auguftins , ont mis en vente le Terence ,
dont nous entretenions nos Lecteurs il y a
quelques mois ; il nous paroît que le Public
fait beaucoup d'accueil à cette belle
entreprife. Ce qui refte de gens de bon
goût , doit encourager les Libraires à donner
une fuite d'éditions dignes des grands
modéles que nous a laiflés l'antiquité.
L'APOLOGIE & les avantages de la
Quadrature du Cercle . Par M. le Chevalier
de Caufans.
Rien ne fçauroit mieux vérifier la poffibilité
de la Quadrature du Cercle , que
l'offre que fait l'Auteur de la démontrer
& rien n'eft moins fondé que de le condamner
fans l'entendre ; il avoue avec
franchife qu'il eft incomparablement plus
glorieux d'avoir fait quatre vingt dix- neuf
pas par des routes obfcures & pénibles
pour approcher du but , que d'en avoir
fait un pour y parvenir en droiture .
Les approximations donnent la plus
haute idée de l'étendue de l'entendement ,
en portant bien au - delà les bornes dans
lefquelles on vouloit le refferrer , puifque
par des colonnes de chiffres dont le
A O UST. 1753€ 137
nombre efface le nom , on a conduit l'efprit
à l'infini & plas qu'infini , felon l'expreffion
des Sçavans , pour revenir aux
moyens des calculs différenciels & inté
grals dans la fpliére du fini , avec de nouvelles
lumieres pour les Mathématiques ;
cependant les approximations ne font
point une régle générale , en laiffant tou
jours le défir de la chercher ; il faut conve
nir que l'ambition de réuffir dans une carriere
fi flatteufe eft permife aux hommes
de tous Etats ; chacun peut puifer dans la
fource des Sciences fans l'épuifer : & bien
loin de dégoûter pour les chofes difficiles
, on doit animer l'émulation : ce feroit
agir contre fes propres intérêts de
penfer autrement. Pefons à la balance de
la juftice le pour & contre. D'un côté
l'Auteur compte pour rien cinquante mille
livres qu'il lui en coûteroit à pure perte
, s'il manquoit à fa promeffe ; & fi elle
étoit douteufe la confufion publique
qu'il mériteroit à jufte titre
feule ébranler fa confiance .
pourroit
De l'autre côté il invite la curiofité à
connoître des avantages que les plus fameux
Mathématiciens & Philofophes ont
défiré de trouver depuis plus de trois mille
ans , & qui ne coûteroient pas un denier
par tête pour les foufcriptions , à ceux
138 MERCURE DE FRANCE .
.
qui pourroient y participer. Sa propofition
n'eft donc pas déraisonnable , en offrant
de profiter de ce qui feroit généra
lement utile , & qui ne coûtera rien s'il
s'eft trompé.
La Quadrature du Cercle apprendra ,
1º. La théorie de la terre avec la derniere
précifion , & la connoiffance exacte de fa
fuperficie.
2º. On comptera les longitudes indifféremment
de tous les lieux où l'on fe trouvera.
3 °. Les Etoiles & les Planettes ferviront
également pour fçavoir en tout tems
à quel dégré de latitude & de longitude on
fera fur mer. 4º. On pourra tracer avec
certitude fur les nouvelles Cartes Géographiques
qu'on fera , toutes les routes
fur mer & fur terre , & avec autant de
facilité qu'on traceroit des allées dans
un jardin. s * . On fçaura ta raiſon pourquoi
les dégrés font plus courts aux . Poles
& à plufieurs autres lieux de la circonférence
de la terre qu'à l'Equateur.
6°. On verra pofitivement à combien on
peur approcher des terres auftrales. 7 °.
On mefurera fans fe tromper d'une ligne ,
l'étendue de la mer qui environne la terre.
8° . On connoîtra la valeur de toutes
les courbes par une régle générale de Géométrie
, & l'aire de toutes les figures cur
AQUST. 17535 139
vilignes. 9. Toutes les parties de la Phyfique
qui ont rapport aux Mathématiques ,
comme l'Aftronomie , la Géographie , la
Trigonométrie Sphérique , l'Hydrographie
, la Géométrie , le Génie & les Méchaniques
, acquereront le dernier dégré
de perfection par la Quadrature du Cercle.
10°. On aura des Axiomes de Géométrie
incontestables , qui feront fondés fur l'erreur
que le contenu ne fçauroit être égal
au contenant , puifqu'on démontrera géométriquement
que le contenu eft égal en
parties & en furface au contenant ; cette
propofition qui détruira un prétendu axiome
de toutes les Nations , devroit fuffire
pour fufpendre la prévention contraire
jufqu'à l'expérience que l'Auteur propofe
d'en faire.
+
Ce qui vient d'être expofé dépend entiérement
de la Quadrature du Cercle ;
& fi l'Auteur garde pour lui feul cette im
portante vérité , fa juftification eft bien
fimple , c'eft qu'on n'aura pas voulu la
fçavoir. Pour terminer les écrits & le
tems , il avertit qu'il ne fera engagé en
vers le Public que jufqu'au quinze de Septembre.
TERE'E , Tragédie de M. Guis , non
répréſentée. A Paris , chez Ducheſne ,
1753-
140 MERCURE DE FRANCE.
f
ACTEURS.
Pandion , Roi d'Athènes , pere de Progné
& de Philomele.
Terée , Roi de Thrace , époux de Progné.
Progné,
Philomele.
Eurifthene , Officier Athenien .
Alcimédon , Confident de Terée.
Doris , Confident de Progné .
Gardes.
La Scene eft dans un Veftibule du Palais
de Terée.
Le Théatre repréfente ce Veftibule , &
l'on voit dans l'enfoncement un fuperbe
tombeau qu'on vient d'élever à la mémoire
de Philomele ; un Miniftre du Dieu
Mars , Progné , les Dames de la Thrace
en habits de deuil , & Alcimédon font
aux marches de ce tombeau ; on fuppofe
qu'ils viennent de faire un facrifice pour
apppaifer les manes de la Princeffe : après
-un moment de filence Progné s'avance au
milieu du Théatre , & dit :
"
D'une foeur maffacrée ombre pâle & ſanglante
A mes fens défolés ombre toujours préfente ,
Si les cris des vivans percent les fombres bords ,
Entens ma t riſte voix des régions des morts ;
A OUS T .. 17530
140
Et du fein du tombeau que j'éleve à ta cendre ,
Reçois ces pleurs amers que tu me fais répandre ,
Et vous terribles Dieux , Dieux vengeurs des for- ,
faits ,
Ecoutez mes fermens & les voeux que je fais :
Si fon fang répandu , le fang de l'innocence
Eft monté jusqu'au Ciel , & demande vengeance
Nommez le criminel , & je jure par vous
Par ce facré tombeau que j'embraffe à genoux
De livrer à la mort la tête du coupable ,
Et de perdre avec lui fa race abominable.
Miniftre du Dieu Mars , & vous de qui les pleurs
Dans ce lugubre jour honorent mes malheurs ,
Allez , volez au Temple , & qu'un prompt ſacrifice
De nos Dieux irrités appaiſe la justice,
Le Miniftre de Mars & les Dames de :
Thrace fe retirentola Reine retient Alcimédon
qui étoit prêt à fortir, on A
20. 21 .
b
Venez , Alcimédon ; vous voyez mes ennuis ,
Mes allarmes , ma crainte , & l'état je fuis.
Je veux dans votre fein généreux & fincère
Epancher aujourd'hui mon ame toute entiere.
Elevé dans les camps , & nourri loin des Cours ,
Le menfongerjamais n'entra dans vos difcours ;
Le Roi vous eft connu , c'eſt à vous de m'inftruire
Des fecrets de fon coeur , où vous feul pouvez lire .
Depuis que dans mes bras le deftin moins jaloux A
142 MERCURE DE FRANCE.
Après deux ans d'abfence a remis mon époux ,
Je le vois tous les jours plongé dans les allarmes ,
Se nourrir d'amertume , & dévorer fes larmes ;
En vain pour pénétrer la mortelle donleur ,
Mon amour inquiet interroge fon coeur ;
Un filence farouche eft toute la réponſe ;
Il metait des malheurs que fontro ible n'annoncez
Plus il veut fe cacher , plus je fens redoubler
Les foupçons dévorans qui viennent m'accabler.
Vous en qui mon époux tout entier fe repoſe ,
De fes ennuis fecrets vous connoiflez la cauſe.
Parlez-donc , & fongez que de votre rapport
Dépend & mon bonheur, & fa gloire , & fon fort..
Alcimédon raffure la Reine , en lui difant
que Terée n'eft occupé que de la
gloire ; que ce héros , après avoir délivré
les Etats de Pandion fon beau-pere , que
d'injuftes ennemis vouloient ufurper , crut
devoir remercier le Dieu Mars fon pere ,
de la victoire qu'il venoit de remporter ;
qu'il avoit conduit la Princeffe Philomele
à l'autel de Mars , & que dans le tems
qu'il lui adreffoit fa priere , d'infâmes affallins
l'avoient enveloppée & s'étoient
lancés avec farear fur la Princeffe , ou
pour la poignarder ou pour lui faire violence
; que Pholomele avoit été frappée
àa mort, qu'on n'avoit pû reconnoître l'af-
: כ
AOUS T. 1753. 143
faffin , & que Terée avoit enfuite immolé
à ces Manes trois mille brigands. Ce
récit calme les jaloufes inquiétudes de Progné
, qui voyant paroître fon époux , le
conjure de s'unir à elle par les fermens les
plus affreux , en conjurant la perte du
meurtrier de fa foeur. Terée après avoir
fait les mêmes fermens refte feul avec Alcimédon
; alors déchiré de remords , il eft
à chaque inftant fur le point d'avouer un
crime épouvantable ; cependant voyant
revenir la Reine , il ne fait à Alcimédon
qu'une confidence équivoque , en difant
qu'il connoît l'affaffin de Philomele . Il
apprend à la Reine que le Macédonien jaloux
de fa gloire , vient de lui faire uhe:
offenfe dont il veut fe venger , & qu'il fe
difpofe à partir pour l'aller combattre ;
Progné veut en vain le détourner de ce
deffem ; Terée lui annonce que tout eft
prêt pour une guerre indifpenfable & la
quitte : Progné qui eft jaloufe à l'excès fe
défie de fon mari , & termine le premier
Acte par ce Vers :
Rien n'échappe aux regards d'une femme jalouſe.
Philomele , que le fidele Eurifthène
Officier Athénien , a arrachée des bras de
la mort ouvre le fecond Acte avec lui ;
elle vient avertir fa foeur du crime de
144 MERCURE DE FRANCE
Terée , & lui en demander vengeance ; ,
mais elle ne veut pas paroître fous fon nom,
elle prend celui de Déidamie qui lui étoit
attachée , & qui a péri pour elle ; il lui eft
aifé de tromper fur ce point. Progné dont
elle a éte féparée dès fon enfance , Progné
toujours inquiete trouve en parcourant le
Palais , cette Princeffe infortunée , qui fous
nom de Déidamie , & fur l'ordre qu'elle
reçoit de la Reine , lui fait le fatal récit
des indignes violences de Terée .
Je jetre en frémiffant mes regards effrayés ,
Sur ce jour malheureux , où tombant à fes pieds ,
Terée à la Princefle ouvrant toute fon ame ,
Lui fit l'indigne aveu d'une coupable flâme :
Vous comprenez affez que le plus froid mépris
De fa témérité fut la fuite & le prix.
On condamna fa bouche & fes yeux au filence :
Il obéit , fe tut . On excufa l'offenſe ,
D'un feu qu'elle abhorroit , on ne lui parla plus.
Il parut oublier juſques à les refus ,
Et fçut avec tant d'art déguiſer ſa tendreffe ,
Qu'ilparvint à tromper fa crédule foibleffe .
Alors fait amitié , ſoit défir curieux ,
Il vous plut d'appeller Philomele en ces lieux
Vos cris à Pandion long- tems la demanderent ,
Long-tems à vos fouhaits fes craintes s'oppofe
rent.
Enfin ſe laiſſant vaincre après de longs combats ,
Le
A O UST. 1753 145
Le Roi vit arracher fa fille de fes bras .
Il eft dans votre Thrace une forêt ſacrée ,
Lieu fatal , teint d'un fang répandu par Terée ,
Sous le voile pieux d'un zéle féducteur
Ily porta fes pas fuivi de votre foeur ;
Là d'un amant foumis il reprend le langage ,
Et de fes premiers feux lui retrace l'image ;
Il ofe rappeller fes charmes féduifans ,
Et fes tranfports paffés , & les ennuis préfens.
D'une jufte douleur la Princeffe frappée ,
Tandis qu'à l'attendrir la flâme eft occupée ,
Fuit en lançant fur lui des regards furieux ,
Et l'accable en fuyant de titres odieux.
Il la fuit ; fes dédains & ſon amour déçûe
Allumerent la rage en fon ame éperdue.
Armé d'un fer mortel il déchira ſon flanc ,
Et ladaiffa nager dans des ruiffeaux de fang.
J'arrive en ce moment d'Euristhène fuivie ,
Pour recueillir du moins les reftes de ſa vie ;
Elle me voit , m'entend & m'adreſſe ces mots ,
Qu'interrompent cent fois fes pleurs & les fam
glots :
Je meurs , je vais finir une vie outragée :
Je ne demande pas que ma mort ſoit vengée ;
J'abandonne aux remords , éternel châtiment
La peine du coupable & mon reffentiment.
Allez trouver la Reine , & fi je lui fuis chere ,
Qu'à mes Athéniens elle ferve de mere ,
fes tendres foins hâtant votre retour ,
Er que
G
146 MERCURE DE FRANCE ;
Vous quittiez pour jamais ce funefte séjour ;
De mon malheureux pere allez fécher les larmes .
D'une foeur déſolée appaiſez les allarmes.
Je pardonne ... A ces mots l'impitoyable fort
La plonge pour jamais au féjour de la mort .
C'est à vous à remplir fa volonté derniere :
Permettez qu'à fes voeux je joigne ma priere ,
Elle vous a tracé l'exemple des vertus ,
Je vous quitte & j'attens vos ordres abfolus.
Progné reftée feule avec Doris fa Confidente
, fait les plus fortes imprécations
contre fon époux , toutes les furies femblent
s'être emparées de fes fens , & elle
s'écrie les yeux égarés .
Nos fureurs pafferont même la barbarie ,
L'enfer m'infpire un crime , abominable , impie
Digne enfin de Terée , & qui va devenir
L'entretien & l'horreur des fiécles à venir .
Que dis je , & quel effroi de mon coeur s'empare a
Moi ,facrifier ! qui ? .. je me perds , je m'égare ;
Ne faifons point rougir les hommes & les Dieux ,
Et refpectons un fang qui m'eft fi précieux :
Mais on vient , & je vois à ce fombre viſage
Que l'on va m'annoncer quelque nouvel orage.
C'eft Euristhène qui apprend que Pandion
arrive avec une flotte & une armée
nombreuſe pour venger fur Terée & fur
AOUS TO
UZ53011947
fes Etats la mort de fa fille ; il ajoûte que
Terée le prépare à repouffer Pandion , &
il exhorte Progné à empêcher la mort de
Lon pere,
Vous ne fçavez que trop ce que peut un époux .
Progné.
Oui ,je cours me jetter au-devant de les coups,
Le troifiéme Acte commence par une
Scène entre Terée & Alcimédon ; Pandion
a été repouffé & vaincu ; on a fait
dans le combat un prifonnier d'importan
ce qui ne veut pas dire fon nom. Terée
croit reconnoître Pandion fur le portrait
qu'en fait Alcimédon : il dit alors qu'il ne
pourra foutenir la vûe , & il avoue enfin
qu'il eft l'affaffin de Philomele. Dans l'inftant
Pandion paroît enchaîné. Terée veut
nier en vain à ce malheureux Roi qu'il eft
coupable de la mort de fa fille. Pandion a
tour fçû par un témoin fidéle. Progné furvient
& le jette entre les bras de fon pere
qu'elle arrofé de fes larmes , elle lui
ôte fes chaînes. Pandion éclate en reproches
contre Terée , qui accoutumé à dominer
, a de la peine à retenir fon couroux .
Progné excédée de rage & de douleur emmene
fon pere en difant :
Venez , Seigneur , fuyez fon afpect odieuz.
Gij
148 MERCURE DE FRANCE
Terée , feul .
Ehbien , en eft-ce affez , inexorables Dieux !
Au dedans , au dehors , contre moi tout confpire:
Le reproche m'aigrit , le remords me déchire ;
J'éprouve au fond du coeur mille tourmens di
vers ,
Et par tout après moi je traîne les enfers.
Terée apprend enfuite à Alcimedon qui
vient le joindre , que Pandion fçait tout ,
& que ce ne peut être que par Déidamie ,
dont il jure le fupplice ; ils fortent enfemble
pour tâcher de la trouver. Philomele
paroît le moment d'après , qui dans un
monologue invoque les Dieux en faveur
de fon pere captif pour l'avoir voulu venger.
Terée revient avec Alcimedon , &
dit au fond du théatre :
Je la vois; avançons.
Alcimedon.
Quel eft votre deſſein ;
Seigneur ?
Terée.
De lui plonger ce poignard dans le fein.
Alcimedon.
Ah ! craignez que du ciel la juftice févere ...
Á O UST. 1753 . 149
Terée.
Non , je n'écoute rien , laiſſe agir ma colere.
Il s'approche de la Princeffe , & leve le
poignard derriere elle pour la frapper.
Meurs , perfide , meurs.
Philomele tourne la tête. Terée furpris ,
la reconnoît , & s'écrie :
Dieux ! qu'est-ce que j'apperçois ?
Ma Princeffe , c'eft vous !
Terée laiffe tomber le poignard , & ſe
jette à fes genoux.
Philomele.
Terée eft devant moi ,
Terée eſt à mes pieds ! je tremble , je chancelle.
Elle fuit. Terée fe levant avec précipitation
, veut en vain l'arrêter , & il la
fuit , malgré Alcimedon.
Dans la premiere fcène du quatriéme
acte , Terée paroît avoir fait un heureux
retour fur lui-même : il forme d'abord la
généreufe réfolution de renvoyer Pandion
dans fes Etats avec Philomele ; mais bientôt
reprenant fa fureur , & s'abandonnant
τότ
à toute la violence de fes feux illégitimes,
il dédaigne les fages confeils d'Alcimedon ,
G iij
150 MERCURE DE FRANCE .
& veut voir & aimer la Princeffe , n'importe
à quel prix . Alcimedon le fuit pour
tâcher de le ramener à la raifon . Paudion
separoît avec Eurifthène , & ordonne qu'on
faffe venir Deidamie , qui paroît fort empreffée
de le voir. Progné vient dire à
Pandion que le bruit court que la Princeffe
eft vivante. Philomele confirme ce
bruit , en venant embraffer fon pere & la
foeur , & elle leur raconte la maniere miraculeufe
dont les jours ont été fauvés.
Sous un ruftique toit , aux rives du Stoymon ,
Content de fa fortune , & fans ambition ,
Un Thrace qui n'avoit en ce féjour champêtre
Pour bien que la vertu , que lui -même pour maître,
Loin du bruit , loin des Cours, fimple & craignant
les Dieux ,
Cultivoit de fes mains le champ de ſes ayeux ;
Ge Thrace aux cris plaintifs de ma voix expirante,
Accourut , rappella ma force défaillante ,
Et d'un art falutaire empruntant le fecours ,
Il écarta la mort qui menaçoit mes jours.
Son toit fut mon afyle en ce péril funefte ;
Deidamie , Eurifthène ont achevé le refte ;
Si je refpire encor , fi je vous vois , Seigneur ,
C'eft à leurs tendres foins que je dois ce bonheur.
Au milieu d'une fi tendre entrevue
Alcimedon accourant avec précipitation ,
dir à Pandion ;
A O UST. 1753.
Je ne viens qu'à regret troubler votre entretien;
Mais dans un grand péril on n'examine rien ;
Et duffai-je , Seigneur , m'attirer votre haine ,
Dût éclater fur moi le couroux de la Reine ,
Il faut que je m'explique , & je dois vous fauver ;
Veillez fur la Princeffe , on la veut enlever .
Qui ?
Pandion.
Alcimedon.
Le Roi fe fatant de mon obéiffance ,
M'a fait de ce projet l'affreufe confidence ,
Ne pouvant l'empêcher , j'ai cru que par devoir
Il me falloit du moins vous le faire fçavoir.
Ahile cruel !
Pandion.
Alcimedon.
Bientôt au milieu de la fête ,
Si quelque obftacle heureux , fi le ciel ne l'arrête ,
İl doit fur un vaiffeau par mes foins préparé ,
Vous ravir pour toujours un tréfor fi facré.
Pandion veut s'échapper avec Philomele,
& tandis qu'il délibere avec fes filles fur
les mefures qu'il prendra , Terée vient
lui annoncer qu'il eft libre.
Pandion.
Oui , j'accepte avec joie une faveur fi grande ,
Tes foins ont à propos prévenu ma demande ;
G iiij
152 MERCURE DE FRANCE.
Demain je partirai , je t'en donne ma foi ,
Et déja je voudrois être bien loin de toi.
Mais , tremble , mon départ te deviendra funefte ;
J'attirerai fur toi la colere célefte ,
Celle de tous les Grecs , celle de l'univers ,
Tout parlera pour moi , ma défaite , mes fers ,
Les pleurs , le defefpoir d'une trifte famille ;
Je traînerai par tout ma déplorable fille ;
Ses graces , fa jeuneffe , & furtout les malheurs
Trouveront contre toi mille Rois pour vengeurs ;
'Alliés , ennemis , étranger ou barbare ,
Groffiront le torrent qui déja fe prépare ;
Le Méde & le Perfan déploiront leurs drapeaux ,
Je couvrirai les mers d'armes & de vaiſſeaux ,
Je fondrai fur la Thrace avec le fer , la foudre ,
Et jufques aux Autels j'y mettrai tout en poudre. )
Terée paroît d'abord frappé des menaces
de Pandion , mais il dit après à Progné :
Un ennemi de plus n'étonne point mon ame :
'A travers les débris , & le fer & la flâme ,
Je frapperai d'un bras les Macédoniens ,
De l'autre repouffant les fiers Athéniens ,
Je trouverai par tout fur les pas de la gloire ,
Les lauriers triomphans que donne la victoire.
Mais ne négligeons rien , je vais fans perdre tems...
Progné.
Rempliffez aujourd'hui des.foins plusimportans;
A O UST . 753 1753.
Les autels font parés , & la victime eft prête ;
Songez à célébrer cette pompeufe fête ,
Vous la devez aux Dieux , de leur honneur jaloux ;
Les Miniftres facrés n'attendent plus que vous :
Allez , & commencez par ce grand facrifice
A vous rendre de Mars la puiffance propice.
J'ai par votre ordre encor préparé le feſtin
Qui doit à ce grand jour mettre une digne fin ;
Tout s'y reffentira de la pompe fuprême ,
Vous y verrez Itis , & j'y ſerai moi- même.
Terée ouvre le cinquième acte avec Alcimedon
, à qui il dit que Pandion eſt ſur
fon départ , & que ce jour heureux va
ramener la paix ; il fe flate même de pouvoir
attendrir la Princeffe .
Je pourrai de les yeux , contre moi prévenus ,
Quelque jour defarmer le couroux implacable ;
Peut-être quelque jour un himen favorable
Réparant les malheurs , me fera fon époux':
Le divorce n'eft pas inoüi parmi nous.
Et bravant les fureurs d'une femme jaloufe ,
Chacun peut fe choifir une nouvelle épouſe ;
L'ufage le permet , & mon coeur triomphant ...
Alcimedon .
L'ufage le permet , mais l'honneur le défend.
Sur quel indigne eſpoir votre bonheur ſe fonde !
Est- ce aux Rois établis pour l'exemple du monde.
Gy
點
154 MERCURE DE FRANCE.
Eux qui ne font placés tant au- deffus de nous ,
Que pour nous protéger & nous éclairer tous ;
Eft-ce aux Rois , dis- je , armés pour détruire le
vice ,
A tracer aux sujets des leçons d'injuſtice ?
Si dans votre deffein , Seigneur , vous perfiftez ;
Voyez dans quels malheurs vous vous précipiteza
Terée eft inébranlable dans fon deffein .
Progné vient tenter un nouvel effort pour
l'empêcher de partir & d'attaquer les Macédoniens
; la Reine ne fçait que trop que
la guerre de Macédoine n'eft qu'un prétexte
pour enlever Philomele . Terée réfifte
à Progné comme à Alcimedon , &
fort pour ordonner les derniers préparatifs
de la guerre. Progré s'abandonne alors à
toute la rage que la jaloufie peut infpirer ;
un démon s'empare de fon ame ; elle
nomme fon fils Itis , qu'elle veut maſſacrer
, afin qu'il ne reste plus rien de la
race abominable de Terée , & elle s'en va
dans ce fatal égarement. Euristhène vient
avertir Pandion des fureurs de la Reine ;
il le conjure de veiller à fes jours & fur
fa conduite. Pandion effrayé des allarmes
d'Euristhène , conjure le ciel de jetter far
fa famille un regard attendri ; il fort avec
Euristhène d'un côté du théatre ; Progné
rentre de l'autre avec Doris , & lui dit:
A O US T. - 1753-
155
Enfin je fuis vengée , & le monftre a péri .
Doris.
Madame , qu'ai- je vûr quelles vives allarmes ! ..
Progné.
Doris , explique - toi : mais tu verfes des larmes
Doris.
Madame , ignorez- vous ? ...
Progné.
Jufte ciel ! je frémisz
Parle.
Doris.
Hélas ! votre fils ,
Progné
Hé bien , que fait mon fils ?
Doris.
Avez- vous oublié par quelle barbárie ,
Votre main d'un feul coup a terminé la vie ?
Progné.
Que dis- tu ? Moi j'aurois ! .. non , non ,
errear ,
c'est une
Non , je n'ai point commis ce forfait plein d'horreur.
Plút au ciel !
Doris.
G vi
156 MERCURE DE FRANCE:
the
Progné.
C'étoit donc pour ce comble de rage
Que les Dieux , de mes fens m'avoient ôté l'uſage.
Quoi ! j'aurois maffacré mon fils!
Doris.
J'ai vu vos bras
Se plonger tout fanglans .
Progné.
Hélas ! n'acheve pas.
Dieux cruels , Dieux jaloux , mon crime eſt votre
crime.
Qu'ai- je fait ! ô mon fils ! ô trop chere victime t
Dorisa
Madame `……….
Progné.
Laiffe-moi ; ton funefte rapport
Me défille les yeux & me donne la mort.
Quoi ! je n'ai plus de fils , & c'est moi qui l'im
mole !
Le fils ne de mon fang , ma joie & mon idole,
Cet Itis qu'à mes voeux le ciel avoit donné ,
Par les mains de fa merę eft donc affaffiné ?
Et vous ne tonnez pas fur ma tête coupable ?
Dieux ! que j'ai fait rougir par ce meurtre exécrable
;
Et ce Palais fanglant entr'ouvert fous mes pas ,
Sous fes vaftes débris ne m'enfevelit pas
A OUST · 1753 . 157
ni
Pandion vient avec Euristhène retrouver
la Reine ; elle leur rend compte de l'atrocité
de fon action , & elle les quitte ne
pouvant foutenir la vûe de fon pere ,
même la lumiere du jour . Eurifthène exhorte
fon Maître à retourner promptement
dans fes Etats avec Philomele ; ce Prince
ne peut s'y déterminer , avant de revoir
Progné. Alcimedon arrive tout en larmes ,
& en s'écriant :
O vengeance des Dieux ! malheureuſe famille !
Pandion.
с
Que vois- je je fiémis ; parlez , que fait ma fille
:
Alcimedon.
Elle vit mais plaignez le deftin de Progné ,
Et fçachez à quels maux vous êtes condamné.
Dans le lieu du feftin la Reine étoit entrée ;
Interdit & troublé , le malheureux Terée
La voyant avancer feule , & fans fon Itis ,
D'une tremblante voix lui demande fon fils..
Ton fils il ne vit plus : la célefte colere
par
Vient d'immoler ce fils les mains de fa mere ;
Elle a vengé ma foeur , & pour venger mon fang
Il ne me refte plus qu'à déchirer mon flanc.
O toi ! de mes fureurs innocente victime ,
Reçois ce facrifice , & pardonne à mon crime.
Elle dir , & foudain avec ce même fer
158 MERCURE
DE FRANCE
.
Encore teint du fang qui lui dut être cher ,
Elle s'immole , tombe , & demeure fans vie.
Terée alors friffonne , il mugit , il s'écrie ;
Le defordre & l'effrei glacent tous les efprits ,
Il court en frémiflant , & demande fon fils ;
Il cherche auffi la Reine , & d'ur ton lamentable :
Où donc eft , nous dit- il , cette mere implacable ,
Ce monftre, cet auteur de mes cruels tourmens a
Plein de couroux , il vole à fes appartemens ;
Ses Gardes confternés devant lui fe difperfent ,
Sous fes coups redoublés les portes fe renverſent.
Envain de toutes parts il promene fes yeux ,
Il revient fur fes pas , & revient furieux .
Bientôt il apperçoit , pour comble de fa peine ,
Sur le marbre étendus & fon fils & la Reine.
Ce fpectacle touchant redouble ſa fureur ;
Et fixant les regards fur ces objets d'horreur ,
Voilà donc tout le fruit de ma cruelle flamme ,
Le meurtre de mon fils , & la mort de ma femme ?
C'est trop par ma préfence outrager l'univers :
Allons cacher ma rage , & ma honte aux enfers.
A ces mots il fe frappe , & couronnant fon crime ;
Il eft de fes fureurs à fon tour la victime.
Pandion.
Ciel ! ô terrible Ciel : ce font là de tes coups :
Frappe encore , je ſuis digne de ton couroux.
Une fille me refte , il faut ravir au monde
Ce dernier rejetton d'une race féconde.
A O UST. 159 17537
Brife l'orgueil des Rois , & vengeant les autels
Effraye , inftruis par eux le refte des mortels.
Je vais , en attendant ta juftice févére ,
Adorer tes décrets , & pleurer ma miſére.
LA Rencontre imprévûe, ou la Surpriſe
des Amans , Comédie en trois actes & en
profe , repréfentée par les Comédiens
François ordinaires du Roi , &c. A Paris,
chez la veuve Cailleau , Libraire , rue Saint
Jacques , au-deffus de la rue des Mathu
tins.
Le fujet de cette Comédie eft agréable ,
elle n'eft pas mal écrite , il y a des Scénes
théatrales , & même du comique ; il feroir
à fouhaiter qu'il y eût moins de longueurs.
OEUVRES de M. Boindin , de l'Aca
démie des Infcriptions & Belles-Lettres.
A Paris , chez Prault fils , Quai de Conti,
1753. Deux volumes in- 1 2.
On trouve dans le premier volume les
Comédies de cet Auteur , trop connues
pour que nous nous y arrêtions . Le fecond
renferme les Differtations qu'il a
données autrefois dans les Mémoires des
Infcriptions , & des remarques fur notre
Langue.Ces derniers morceaux qui voyent
le jour pour la premiere fois , font d'un
Grammairien clair , fubtil & profond.
160 MERCURE DEFRANCE.
Le monde renverfé , Opéra Comique
en un acte , de Meffieurs L. S. Do... & A...
repréſenté pour la premiere fois à l'Opéra
Comique le 2 Avril 1753 , & repris à la
Foire Saint Laurent de la même année . A
Paris , chez Duchefne , rue Saint Jacques
1753.
SECOND Difcours fur les avantages
des Sciences & des Arts , par M. Borde ,
de l'Académie des Sciences & Belles - Lettres
de Lyon. A Avignon , & le vend à
Paris , chez Piffot , Quai de Conti , à la
Croix d'or , à la defcente du Pont- neuf;
1753 , in-8 °. 126 pages . Beau papier &
beau caractere.
Le fuccès du premier Difcours de M.
Borde , eft un préjugé en faveur du fccond.
Nous en rendrons compte auffi - tôt
que nous l'aurons lû.
LETTRE à M. G. Médecin , à l'Auteur
du Mercure , fur une nouvelle Méthode
d'enfeigner l'Hiftoire aux enfans ,
appellée : Bibliothéque hiftorique élementaire
.
IL me paroît , Monfieur , que le Public
ignore une découverte qu'il lui importe
infiniment de connoître , & je ne vous
AOUS T. 1753 16r
diffimule pas que le filence qu'on a gardé
jufqu'ici fur cette Méthode depuis qu'elle
eft publique , m'a donné de l'humeur. 3
J'appelle découverte , une machine en
forme de Bibliothéque , établie pour enfeigner
l'Hiftoire aux enfans. Ce doit être
l'ouvrage d'une tête bien philofophique ;
& j'en veux bien à celui à qui le Public
en eft redevable , de ne nous pas donner
la confolation de le connoître , pour le remercier
publiquement d'un pareil préfent.
Cette efpece de Bibliothèque , eft intitulée
effectivement fur le chapiteau : Bibliotheque
hiftorique élementaire ; la diſtri
bution en eft fi heureufe & fi naturelle ,
qu'à n'en juger que par ce que j'ai entendu
dire à une douzaine d'enfans , qu'on
enfeigne depuis fix mois dans une Penfion
à l'Etrapade , ils fçavent fûrement déja
mieux l'Hiftoire , qu'on ne la fçait après
bien des années d'étude par les voies ordinaires.
Je vous avouerai même , que j'ai
été intérieurement mortifié de voir des
enfans en fçavoir fur cet article beaucoup
plus que moi qui croyois en fçavoir beau
coup ; c'eft que par cette méthode les éve
nemens & les faits entrent dans la mémoi
re par tous les fens , & en fi bon ordre ,
que les enfans eux-mêmes font étonnés de
la facilité qu'ils trouvent à cette étude.
162 MERCURE DE FRANCE..
Je ne vous parle point de l'agrément
que le Maître fçait y jetter , & dont cette
méthode eft fufceptible , c'eft une chofe
qu'on ne fçauroit rendre , & qu'il faut
voir abfolument pour en prendre ane juſte
idée.
Ce qui m'a frappé davantage , c'eft
que les enfans qui ne tardent pas ordinaifement
à s'ennuyer de tout ce qui ſent
l'inftruction , ne quittent cet exercice qu'a
vec chagrin ; & l'Auteur a bien pu fe pro
mettre le fuccès le plus éclatant , mais fûtement
, il ne s'eft point attendu à celui- là .
Je ne fais plus étonné des éloges qu'on
donne à la Cour à la Bibliothèque hiſtorique
Elementaire , ni du choix qu'on a fait de
cette admirable machine pour l'Ecole de
Meffieurs les Chevaux - Legers , où elle fert,
dit- on , depuis trois mois à leur inftruction.
Je vous prie , Monfieur , pour l'acquir
de ma confcience & de la vôtre , d'infor
mer le Public de tout ceci , & de me croire
très- parfaitement , Monfieur , &c.
A Paris , ce Juillet 175.3%
AO UST. 1753 163
POP FORBOP PORPORPOR POR POT POP POR POR POR POR P
BEAUX ARTS.
Es vingt&& un morceaux de gravûres
de M. Chedel , que nous annonçons
au Public , préfentent la réunion de plufieurs
parties rares & difficiles à raffembler.
یکول
Les Graveurs qui ont fçû compofer
n'ont jamais été communs ; le génie or
dinairement porté à prendre l'effor n'aime
point à être renfermé & retenu par
Fimitation, On peut concevoir aisément
le mérite d'une chofe penfée & exécutée
par le même Auteur , & l'homme le plus
ignorant oft fenfible à l'accord flatteur qui
réfulte de la compofition & de l'exécu
tion . Trois petites fuites de fix morceaux
chacune prouveront cette vérité ; on en
trouvera deux de paysages , dont la pre
miere eft dédiée à Madame la Marquife de
Pompadour , elle en a paru contente , &
c'eft un bon juge dans un art qu'elle ne
dédaigne pas de pratiquer. La troifiéme a
pour titre Evenemens Militaires , ou pla
tôt Malheurs de la guerre. Les fujets de
ces dix- hait morceaux font non- feulement
riches & variés , mais ils font exécutés
avec cette beauté & le brillant depointe
164 MERCURE DE FRANCE.
dont la nature a favorité le fieur Chedel
Les titres de ces trois faites , d'un genre
agréable & nouveau , annoncent peut -être
plus encore le génie de l'Auteur que les
fujets mêmes. Ces preuves de génie font
fuivies de deux petits Oftades , que l'on
peut regarder comme des exemples de la
foumiffion que le Graveur doit apporter à
la maniere du maître qu'il veut rendre.
Enfin le Conte de l'Hermite , fi bien traité
par la Fontaine , fi bien rendu par M.
Boucher , nous fait voir que le sujet eft
heureux & qu'il eft toujours bien exécuté.
Il nous indique en faveur du fieur Chedel
qu'il fçait encore conferver dans une plus
grande étendue , le brillant d'une touche
qui paroîtroit n'être faite que pour rendre
des petits morceaux auxquels elle femble
plus ordinairement deftinée , & pour
lefquels elle eft en quelque forte plus véritablement
faite .
: Chedel demeure à Paris , rue S. André
des Arts , en face de la rue Git -le- coeur.
M. de la Porte , Auteur du Traité théo
rique & pratique de l'accompagnement du
Clavecin , dont nous avons fait mention
dans le Mercure du mois de Février , vient
d'y ajoûter un traité particulier des tranſpofitions
fur tous les tons ordinaires , maA
O UST. 1753 165
jeurs ou mineurs , & même fur tous les
femi- tons , tant pour le clavecin que pour
tous les autres inftrumens.
Une augmentation de cette nature à
fon ouvrage , fera fans doute , d'autant
mieux reçûe , que de tous les habiles gens
qui ont traité jufqu'ici de l'accompagnement
, il n'y en a pas eu un feul qui ait
parlé des tranfpofitions.
L'Auteur montre beaucoup de défintéreſfement.
Il donne gratuitement l'augmentation
à ceux qui ont acheté l'ouvrage , &
les deux traités ne fe vendront dans la fuite
que r2 livres , qui étoit le prix du premier
traité. On trouvera tout cela chez
M. de la Porte , rue des Prouvaires , au
coin de celle des deux Ecus , & aux adref
fes ordinaires.
On a gravé Scelta darie della Gouver
nante del Cochi , il tracollo di Pérgolefs , il
Chineſe di Scieletti , la Zinghera di Rinaldo
de Capua , Intermedes Italiens , qui ont
tous été exécutés fur le théatre de l'Académie
Royale de Mufique. Nous avons
parlé de ces Intermedes en détail , à mefure
qu'ils ont été exécutés , & nous
croyons en avoir parlé fans partialité.
Ainfi ceux qui voudront fçavoir ce qu'ils
doivent penfer des Ouvrages que nous
166 MERCURE DE FRANCE.
annonçons , n'ont qu'à recourir aux Mercures
antérieurs . Cette Mufique très -féduifante
& prefque magique , fe trouve aux
adreffes ordinaires .
VERS pour mettre au bas de la Statue du
Roi, Par Madame Dumont.
Joignant la clémence à la gloire ,
Parfes voifins il fut nommé,
Roi jufte ; au fein de la victoirę ;
Par fes fujets , Roi bien aimé.
CHANSON.
Vaudeville de la Comédie-Ballet des
Hommes.
Suivez l'amour & lafolie ,
Vous goûterez un fort charmant ;
L'amour est l'ame de la vie ,
La folie en fait l'agrément :
La raifon jaloufe en vain gronde ,
Fermez l'oreille à les difcours ;
Sans la folie & les amours
Que deviendroit le monde ?
2110 A jeune fillette une mere
Le mien ne défire plus rien ;
2110 A jeune fillette une mere
1...
A O UST. 1753. 167
Défend toujours d'aller aux bois
Mais on fe rit de fa colere ,
Et l'on s'échappe en tapinois ;
L'Amour fait le guet à la ronde ,
Les Sylvains fout vifs & charmans ,
Si l'on écoutoit les mamans
Que deviendroit le monde ?
Mlle HUS,
A mon âge il eft difficile
De fatisfaire votre goût ;
Mais pour devenir plus habile
J'e flaye à faire un peu de tout
Regardez-moi d'un geil propice ,
Pour encourager mes talens ,
Si vous n'étiez pas indulgens
Que deviendroit l'Actrice ?
Pauvres maris que l'on offenſe
Et dont on rit encor après ;
Sur les autres prenez vengeance ,
Mais n'en vivez pas moins en paix ,
Qu'on vous chanfonue , qu'on vous fronde ,
Ne vous mettez point en courroux,
Mefheurs ,fi vous vous fachiez tous ,
Que deviendroit le monde ?
Content du coeur de ma bergere ,
Le mien ne défire plus rien ;
OS MERCURE DE FRANCE.
Je l'adore , j'ai fçû lui plaire ,
Je jouis du fouverain bien :
Notre félicité le fonde
Jufqu'au trépas fur ce beau feu :
Après nous , il importe peu
Ce que devient le monde,
On ne me veut voir occupée
Que de joujous & de pompons ;
On me renvoye à ma poupée
Dèsque je fais des questions ;
Mais c'eft à tort que l'on me gronde :
Si certain défir curieux ,
Aux fillettes n'ouvroit les yeux ,
Que deviendroit le monde ?
AU PARTERRE.
Meffieurs , quand la Mufe comique
A fait pour vous d'heureux efforts,
Votre goût fatisfair s'explique
Par le plus charmant des accords.
Vous plaire eft notre unique envie ;
Vous décidez de nos deftins ;
Sans ce doux fecours de vos mains
Que deviendroit Thalię ?
£ 3
SPECTACLES.
3
AOUS T. 1753. 189
SPECTACLE S.
"Académie Royale de Mufique continue les
L'écadentation des Fétes Grieques Co Romaines
On a vû remplir avec plaifir , par M. Vei , dans le
Prologue , le rôle d'Apollon , que faifoit d'abord
M. Gélin , Les Demoifelles Rivé & S, Hilaire ont
débuté dans les Jeux Olympiques , par les rôles de
Timée & d'Afpafie , que rempliffoient les Diles
Jaquet & Dubois. Nous attendrons pour parler
de ce début , que le Public art prononcé ; ce qu'il
nous paroît qu'il n'a pas encore fait. Le 13 du
mois de Juillet on a donné Pigmalion , Ouvrage
délicieux & célebre de M. Rameau , à la place du
premier acte des Fêtes Grecques & Romaines . M.
Jeliote y a joué quatre fois avec lefuccès qu'il y
a toujours eu : il eft parti enfuite pour un voyage
de trois mois , & a abandonné le rôle à M.
Poirié , qui l'a bien rendu .
On a lacrifié le premier acte des Fêtes Grecques
& Romaines plutôt que le fecond , pour conferver
fans doute , le pas des Lecteurs , mieux deffiné par
M. Lani qu'il ne l'avoit jamais été , & admirablement
exécuté par Mrs Veftris & Lyonnois.
Les Comédiens François continuent de répréfenter
la Comédie Ballet , intitulé les Hommes *
qui a été donnée pour la onzième fois le Samedi
21 du mois , avec un grand concours. Voici le fujet
de cette nouveauté , dont l'idée eft heureuſe ,
& les détails agréables.
Le fond du Théatre repréfente une forêt ; on
voit plufieurs ftatues au milieu d'un rond d'ar-
* On vient de la mettre en vente chez Ducheſne ›
que S. Jacques.
H
170 MERCURE DE FRANCE .
bres. Promethée defcend du Ciel un flambeau à
la main : Mercure le fuit , curieux de fçavoir la
raifon pour laquelle Promethée a dérobé le feu
du Ciel , & eft defcendu fur la terre ; Prométhée
refufe de la lui dire : Mercure infifte , en le menaçant
d'avertir Jupiter de ce qu'il a vu : Promethée
eft forcé de lui avouer qu'étant devenu amou
reux de Minerve , & n'ofant fe déclarer , il s'avifa
la veille , fçachant qu'elle devoit venir dans
cette forêt , de prendre de l'argile , d'en détrem
per , & de former un grouppe , où il fe repré-
Sentoit travaillant à la ftatue de la Déefle ; Promethée
ajoûte que de petits Amours l'entouroient ,
que l'un avec fon flambeau l'éclairoit fur fon ou
vrage , tandis que les autres lui préfentoient les
inftrumens dont il avoit befoin ; que Minerve
arriva comme il achevoit , qu'elle confidera fon
ouvrage avec beaucoup d'attention , que la joye
brilloit dans les regards , que lui Promethée fe crut
au comble de fes voeux , qu'il fe jetta à fes genoux
, que Minerve lui dit qu'elle ne devoit pas
être moins furprife qu'offenfée de fon audace , que
cependant elle voudra bien l'oublier , à condition
qu'à la place de ces ftatues , qui feroient brifées
dans l'inftant , il en feroit d'autres , & qu'il
les animeroit du feu du Ciel , les tems étant venus
où l'homme doit naître. Mercure oppofe à
Promethée que ce feroit repeupler la terre dans le
tems que Jupiter vient de détruire les Titans,
Promethée après avoir tâché de détruire les objections
de Mercure , dit d'un ton d'impatience
en avançant vers une des ftatues , & l'animant ;
En tout cas , j'aurai obéi à Minerve ,
Mercure.
Et tu te leras attiré la colere de Jupiter . Qu'eftee
que cette harmonie ?
AOUS T. 1753. 171
Promethée.
Elle eft fans doute occafionnée par les efforts
que fait la flâme célefte pour pénétrer , s'étendre
& s'infinuer dans les différentes parties de
cette figure. Vois comme elle commence à fe
mouvoir ..... Elle ouvre les yeux , le feu divin y
brille ne juges- tu pas à propos que nous nous
rendions invifibles , & que nous ne paroiffions
qu'après avoir joui de fa furpriſe , à la vûe du
Ciel , de la terre , de ces gazons émaillés de
Aeurs ? ...
Mercure.
Comme tu voudras.
Tandis que cette premiere ftatue , par les attitades
& fes pas , marque fa furpriſe & fon admiration
, Promethée fait voir par fes geftes combien
il eft fatisfait de fon ouvrage , & tâche de
faire entrer Mercure dans fa joye . Il anime une
feconde ftatue qui eft encore celle d'un homme
& qui exprime à la vûe du Ciel & de la terre , les
mêmes mouvemens de furpriſe que la première ;
enfuite ils s'apperçoivent , courent l'un à l'autre
s'embraffent , & fe donnent tous les témoignages
de l'amitié la plus vive.
Promethée à Mercure , qui regarde froidement.
Quoi , tu parois infenfible à ce ſpectacle , å cette
fympathie , à cette tendre amitié qui les a d'abord
unis ?
anime une 3e ftatue , c'eft celle d'une femme ;
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
repréfentée par Mlle Hus; elle ne confidere qu'un
moment le Ciel & la verdure ; fes regards tombent
, & s'arrêtent bientôt uniquement fur elle
elle examine avec une fecrette complaifance , fes
mains , fes bras ; elle va fe mirer dans un baffin
que forme une chûté d'eau au bord de la couliffe :
celui des deux hommes qui l'apperçoit le premier
, court à elle ; charmée à ſa vûe , elle lui fait
d'innocentes careffes ; l'autre qui eft refté au bord
du théatre , après les avoir regardés pendant quelque
tems , s'approche , elle lui fait les mêmes careffes
qu'au premier ; la jalousie naît entr'eux , la
coqueterie de la femme augmente ; ils deviennent
furieux , & fe menacent : tandis que l'un
avec une branche d'arbre qu'il a arrachée , pourfuit
l'autre hors de la vûe du fpectateur , la femme
continue de fe mirer ; ils reparoiffent avec
des maffuës , elle tâche de les adoucir. Après dif
férens mouvemens qui peignent également l'amour
, la jaloufie , la coqueterie & la fureur ,
ils fortent tous les trois du théatre.
Mercure.
Eft ce là leur douceur , & la tendre amitié
qu'ils auront les uns pour les autres ? Tu ne parois
pas content de tes enfans.
Promethée .
Mes enfans ! ah ! je les renie.
Mercure.
Peut - être les autres te donneront- ils plus de fatisfaction
.
Promethée indigné , refuſe d'animer le refte
des ftatues ; Mercure lui dit de ne fe pas rebuter ,
A O UST. 1753. 173
& lui confeille pour le mettre à l'abri de la colere
de Jupiter , de tâcher d'intéreffer les Déeffes &
quelques - uns des Dieux à la fottife qu'il vient de
faire.
Ecoute , ajoûte Mercure : avant que Jupiter
en lançant les foudres , eût détruit tout ce qui
refpiroit fur la terre , tu fçais qu'il n'y avoit pas
une Déefle qui n'eût autour d'elle deux ou trois
animaux qu'elle paroiffoit aimer à la folie , &
qu'elle trouvoit les plus jolis du monde , malgré
leurs défauts ; ces animaux fi chéris ne font plus
ils ont péri avec les Titans ; il faudra dire à nos
Déeffes que tu as voulu les dédommager , en leur
confacrant des humains dignes de remplacer les
bêtes qu'elles regrettent.
Promethée.
Ton idée me plaît affez , & je pourrois , je
crois , réuffir.
Mercure.
Je te réponds da fuccès , je dois connoître la
Cour célefte , & les effets que ne manquent jamais
d'y produire la curiofité , la nouveauté , les goûts
des caprices , & les fantaifies de mode : fournismoi
feulement des humains bien ridicules , & ne
t'embarafles pas , je leur promets des protecteurs.
Voyons , examinons , choififfons parmi ces ftatues
; à la phyfionomie je devinerai ailément quel
fera le caractere de chacune : commençons par
celle- ci dont le corps eft affez noblement mal fait.
Que dis- tu de cet air ? de ces traits ?
Promethée.
Ma foi , je t'avoue , que je ne fçais qu'en dire ;
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
tant ils me paroiffent équivoques , confus , envelop
pés , je n'y vois rien de net : il me femble que j'y
démêle tout à la fois de la préfómption & de l'affabilité
, de la baffeffe & de la hauteur , de l'orgueil
& de la foupleffe , un fourire perfide à travers , un
accueil careflant , faudra- t'il l'animer ?
Mercure.
Sans doute , & la confacrer à Janus à deux
vifages.
Promethée,
J'entens , ce fera un homme de Cour.
Il s'approche d'une autreBatue.
Voilà une affez jolie tête.
Mercure.
Je t'affure que ce n'en fera pas une bonne
faudra préfenter celui -ci comme une bagatelle , un
petit rien affez gentil , qui aura du babil , & qui
fera très propre à la toilette des femmes , foit
pour entrer dans les minuties de leurs ajustemens ,
ou pour conter la nouvelle du jour.
Promethée.
A qui le deftines-tu ?
Mercure.
Sa taille mince & Aûtée , la tête qu'il tient ki
droite , fes longs cheveux , & un certain air précieux
, femillant & minaudier , me décident ..
à Thémis , ce fera un de les jeunes éleves.
Examinant une troifiéme ſtatue.
.....
AOUS T 1573. 175
Oh , regarde cette figure.
Promethée.
Elle n'eft pas prévenante.
Mercure.
Vois ce front étroit & ce large viſage ; ces
fourcils épais , cet air brufque & trivial ; cette
taille courte , ces groffes jambes & ces petits
bras.... le beau préfent à faire !
Promethée.
A qui ?
Mercure.
A Plutus.
Promethée.
Tu es heureux en dédicaces , mais je crains que
la flamme célefte n'ait de la peine à pénétrer dan
cette maffe -là .
Mercure.
Qu'imporre , il fuffira de quelques étincelles
qui lui donneront le mouvement des mains.
Promethée anime ces trois ftatues ; l'homme
de Cour danfe d'un air faftueux , & l'éleve de
Thémis en minaudant : au fon de l'or que l
favori de Plutus qui s'eft animé lentement , remuě
dans fon chapeau , l'un & l'autre viennent le flatter
& le careffer avec baffeffe ; il ſe débaraffe d'eux
d'un air brufque , ils le fuivent , & tous les trois
fortent de deffus la fcéne.
Mercure regardant une autre ftatue , qui paroit
celle d'un petit homme vêtu à la moreſque.
Dis-moi , je te prie , pourquoi cette figure a le
teint plus rembruni ?
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE
Promethée.
"
Ma foi , je ne fçais ; je ne me rappelle pas même
l'avoir faite ; je travaillois de caprice je
voulois varier les phyfionomies , & fur la fin de
l'ouvrage j'avois la tête fi fatiguée . . . .
Mercure.
Anime- la , je crois qu'elle nous divertira.
Promethée la touche de fon flambeau. Ceft la
Folie , qui s'élance auffi- tôt en danſant aves un tam¬
bour de bafque..
Mercure.
Je n'y connois rien ; rendons- nous viſibles ; la
flamme célefte , & furtout communiquée par des
Dieux , doit lui donner affez d'idées & de connoiffances
, pour comprendre aifément tout ce que;
nous lui dirons.
La Folie feignant de la ſurpriſe en les voyant.
Ah , dites- moi , je vous prie , qui fuis - je ? qu'étois-
je , & qu'êtes- vous ?
Mercure.
Tu étois , il n'y a qu'un inftant , au nombre de
ces ftatues , tu es un homme à préfent , nous fom ,
mes des Dieux qui t'avons donné la vie .
La Folie.
Je vous fuis bien obligé , apparemment que
vous allez auffi la donner à toutes ces autres figus
res-là,
AOUST. 177
1753.
Mercure.
}
Non , la tienne nous a paru plaifante , nous
l'avons animée de préférence ..
La Folie.
Comment donc , je ferai feul
Oui.
Mercure.
La Folie.
Eh! que ferai-je feul
Mercure.
Tu admireras les merveilles de la nature.
La Folie.
Admirer .... toujours admirer.... j'aimerois
mieux rire.
Promethée.
Eh bien ,tu riras avec nous.
...
La Folie.
Avec vous. il me femble que vous êtes trop
grands , pour n'être pas triftes.... de grace, don
nez- moi des camarades.
Mercure.
Tu te repentiras bientôt de nous les avoir de
mandés.
El pourquoi ?
La Folie
178 MERCURE DE FRANCE.
Mercure.
Parce que les animaux de ton efpéce ont le
coeur fi méchant , qu'au lieu de vivre en paix les
uns avec les autres , ils ne chercheroient qu'à fe
nuire , à fe tromper , à s'opprimer , à fe détruire .
La Folie refléchifſant .
Si je fuis feul , je m'ennuyerai .... fi j'ai des camarades
, j'aurai beaucoup à fouffrir.... eh mais ,
la vie n'eft pas un auffi beau préfent que je croyois.
Mercure s'approchant d'elle.
Eh bien , il n'y a qu'à te l'ôter.
La Folie.
Doucement.... doucement ; raiſonnons.
Mercure.
Raifonnons ? tu es bien infolent .
La Folie.
Je fuis comme vous m'avez fait.
Mercure , & furtout Promethée , commençant
à fe défier de ce raisonneur , ils l'examinent de
plus près ; alors la Folie ôte ſon mafque & leur
rit au nez.
Eb , c'eft la Folie .
Elle-même.
Promethée.
La Folie.
Promethée.
Fourquoi ce déguiſement ?
AOUST. 179 1753.
La Folie.
Pour me mocquer de toi , & me divertir un
moment , avant de t'apprendre ce qui vient de fe
paffer dans l'Olympe.
Promethée.
Jupiter , eft-il bien irrité a
La Folie.
11 l'étoit , te menaçoit , j'ai eu la générofité de
prendre ton parti ; cela a paru d'abord le trait
d'une folle , n'étant pas d'ufage à la Cour célefte
de parler pour quelqu'un qui tombe en difgrace :
Promethée , ai-je dit , a -t'il animé ces ftatuës
dans le deffein de nous offenfer ? Non ; il n'a voulu
que plaire à Minerve , à la Déeffe de la Sageffe ,
qui avoit imaginé ces nouveaux êtres , pour avoir
le plaifir de les gouverner ; fi leur exiſtence eft un
mal , c'eft donc à elle feule qu'il faut s'en prendre
, & pour la mortifier & la punir , il n'y a qu'à
ordonner que ce fera moi qui les gouvernerai ;
voilà mon difcours . Jupiter m'a fouri , & tout de
fuite a déclaré qu'il me dennoit dès à préfent &
à jamais la direction générale de toutes les têtes
de ce monde fublunaire . (A Mercure ) : tu me regardes
, ferois - tu un Dieu affez bête pour ne pas
fentir toute la fagefle de ce décret ? Songe done
que fi Minerve avoit gouverné les hommes , elle
leur auroit infpiré de la douceur , de la modération,
les autoit fait tous vivre dans une égale abondance
, qu'alors n'ayant pas befoin les uns des autres,
chacun feroit demeuré enféveli dans un ftérile
repos , & que par conféquent l'univers ne fe feroit
pas embelli , au lieu que guidé , échauffé par mon
génie , leur amour propre rendra toutes leurs pal
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
fions vives & agiffantes ; l'ambitieux dépouillera
fon voifin , & fera dépouillé par un autre. Il faudra
des loix , des honneurs , des emplois , il y aura
des riches , des pauvres ; de l'indigence naîtra l'induftrie
, & l'induftrie fera la Mere des Arts , des
Sciences , du Commerce : on bâtira des Villes ,
dans ces Villes de fuperbes Palais , la mer fe cou
yrita de Vaiffeaux,
Mercure.
Je crois , ma foi , que la Folie a raiſon.
Promethée.
Je le crois auffi , & je ne ferois plus fi fâché con
tre mon ouvrage fi j'étois fûr que Jupiter me pardonnât.
La Folie.
Eh , ne crains rien ; tous les Dieux ne font- ils
pas intéreffés à parler en ta faveur ? Venus , Mars ,
PAmour , Apollon , Momus , & notre ami Mer
cure ; l'heureux événement pour lui ! parmi les
mortelles il y en aura fans doute de jolies ; il a
Pefprit fouple , adroit , infinuant , Jupiter le dépu
zera.
Mercure d'un ton dédaigneux.
Je te remercie de l'emploi
La Folie.
Ah, mon ami , je te vois dans peu plus en crédi
, plus brillant à la Cour célefte , que ceux qui
fe font le plus agnalés dans la guerre des Titans
Mercure
On eft difpenfé de répondre aux difcours de la
Folie.
AOUST.
18t
1753 .
à Promethée.
Allons , donne - lui ce flambeau , & remontons
rolympe.
La Folies
Jufqu'au revoir , Mercure.
Seule . Avant d'animer ces Statues , réfléchiffons:
un peu . Il eft de mon honneur & de celui de mon
fexe que les hommes foient fubordonnés aux
femmes ; mais comme cela pourroit d'abord exciter
de la zizanie , voyons , cherchons quelque
moyen. Je penfe.... Oui. ... Fort bien... A.
nerveille , & je m'admire . Jupiter tient quelquefois
confeil pendant trois heures avec toutes les
groffes têtes de l'Olympe , fans pouvoir prendre
un parti ; moi dans la minute je viens de trouver
un arrangement dont les deux fexes feront égale
ment fatisfaits. Hommes , naiffez , & que votre
premier hommage à la Folie foit, de vous regar
der comme des êtres merveilleux & bien fupérieurs.
aux femmes emparez-vous des honneurs , des
dignités , des emplois & de toutes les apparences
de la puiffance, Mes cheres compagnes , naiffez ,
pour paroître foumiſes , mais en effet
pour
mander à ces prétendus chefs de la fociété. Je vois
le Guerrier vous confacrer les trophées , le Fi
nancier apporter à vos pieds fes tréfors , & le Magiftrat
y déposer la gravité , fa morgue & la balance
de Thémis ; comme les Dieux , vous difpo- .
ferez des coeurs , & ferez avec moi les Divinités
de la terre.
com-
Elle fecoue le flambeau , les hommes s'animent , &
forment une marche grave & lente.
La Folie.
Voilà donc les hommes fortant des mains de la
182 MERCURE DE FRANCE.
Nature ; qu'ils ont l'air pefant & groffier ! il faut
efpérer que mon fexe les polira , & leur communiquera
un peu de fa vivacité .
Elle anime les femmes fur une mufique plus
douce & plus légere, Les hommes dont les fens
font auffi -tôt frapés à la vue des femmes , courent
à elles avec tout le feu des defirs ; elles fe défendent
de leurs careffes , & les repouflent avec modeftie
& fierté. On voit arriver quatre petits
Amours , qu'on reconnoît à leurs aîles ; le premier
a le cafque & la cuiraffe ; le fecond , la perruque
quarrée & la robe de Magiftrat ; le troifiéme
eft doré comme Plutus , & le quatrième n'a
qu'une petite perruque ronde , avec un petit manteau
noir fur l'habit , couleur de chair des Amours :
ils s'approchent des femmes , & leur préfentent
des guirlandes de fleurs d'un air foumis & refpectueux
; ils reprochent enfuite aux homines , par
leurs geftes & leur danfe pittorefque , leurs manieres
vives & brufques , & finiffent par leur enfeigner
la façon dont ils doivent s'y prendre pour
plaire & fe faire aimer. Les hommes inftruits par
les Amours , le mettent aux genoux des femmes ,
qui les enchaînent avec les guirlandes.
ARIETTE.
Heureux mortels , nés pour nous obéir ,
L'empire de vos Souveraines
Eft fondé fur les loix que dicte le plaifir.
Venez , empreffez - vous de recevoir des chaînes ,
Heureux mortels , nés pour nous obéir.
Air leger.
Le joug que l'on vous impofe
A O UST.
133 1753.
Eft fi léger & fi doux ,
Que votre vainqueur s'expofe
A le partager avec vous .
Venez , empreffez-vous de recevoir des chaînes ,
Heureux mortels , nés pour nous obéir.
Ariette légere.
Chantons , célébrons la Folie ,
La gaité vole ſur ſes pas ,
La volupté naît dans fes bras ,
Et le plaifir lui doit la vie.
Chantons , célébrons la Folie , &c.
Chaque femme danfe avec l'homme fur lequel
elle a jetté les yeux , avec un air de dignité qui
annonce qu'elle voudra bien en faire un mari. Le
Spectacle finit par un Vaudeville , fuivi d'une contredanfe
.
Les rôles de Mercure & de Promethée ont été
très-bien rendus par Mrs Grandval & Lanoue ;
Mile Dangeville remplit celui de la Folie avec
une gaité , un naturel & une fineffe inexprimables.
La mufique des Divertiffemens , qui eft de
M. Giraud , a été fentie , & fait concevoir des efpérances
de ce Muficien . Les Ballets , de M. Sodi,
ont été trouvés également ingénieux & faillans.
Mile Hus qui réunit divers talens , & les Danfeurs
Italiens , y ont eu un grand fuccès . Ca ouvrage
a toujours été précédé d'excellentes Tragédies ,
entr'autres de Rodogune , de Cinna , d'Andromaque,
de Britannicus , de Zaïre , d'Alzire . M. Belcourt ,
qui depuis près de trois ans qu'il eft au théatre ,
n'avoit joué que quatre ou cinq fois dans le tra184
MERCURE DE FRANCE .
gique , où il avoit été très froidement reçu , a
commencé d'y être applaudi dans les rôles de
Seleucus , de Britannicus & de Nereftan . Cet Acteur
qui joint à une figure noble & avantageuſe ,
de l'intelligence & beaucoup d'ardeur pour fe
rendre agréable au public & utile à fes camarades
, mérite d'être encouragé . M. le Kain , dont
une maladie affez confidérable nous avoit privés
pendant près de deux mois , a reparu avec éclat
dans les rôles d'Antiochus , de Zamore & d'Orofmane.
Les Comédiens Italiens ont donné le Mercredi
4 Juillet la premiere repréſentation des Fêtes des
environs de Paris , Parodie fort gaie des Fêtes Grecques
& Romaines. Nous rendrons compte dans le
prochain Mercure , de cet ouvrage , qui a déja eu
neuf repréſentations.
L'Opera Comique a fait l'ouverture de fon
théatre à la Foire S. Laurent le Samedi 30 Juin ,
par le Mariage du Caprice & de la Folie , qui a été
précédé de la Rofe & du Suffifant . Le Mariage du
Caprice & de la Folie eft de M. Piron ; la reprife
en eft extrêmement heureufe. On a donné fur le
même théatre le Samedi 7 Juillet deux Pantomimes
nouvelles , exécutées par le fieur Michaëlo &
fon épouse , Danſeurs traliens , qui foutiennent à
Paris la réputation qu'ils avoient acquife dans
plufieurs Cours étrangeres . Le Jeudi 12 on a
donné la premiere repréfentation de la Vengeance
de Melpomene & de la Mort de Goret , Tragédie
burlefque . L'idée de la Vengeance de Melpomene
a paru fort jolie : La Mort de Goret n'a poina
éuffi
}
A O UST. 17531 185
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
NOUVELLES ETRANGERES.
DU NORD..
DE MOSCOU , le 22 Mai.
Ar un nouveau Réglement , il eft enjoint aux
Seigneurs & Dames de la Cour de n'y paroî
tre pendant l'été qu'en habits d'étoffes de foie
fans or & fans argent.
Le feu ayant pris le 18 chez un Marchand de
cetre ville dans la rue de Taganſka , le vent qui
fouffloit avec impétuofité , porta bientôt les flainmes
aux maiſons voifines , & en peu d'heures pluheurs
rues fe trouverent enveloppées dans l'embrafement.
L'Impératrice fe rendit fur les lieux ,
afin de rendre par la préfence les fecours plus
prompts & plus efficaces : mais quelques efforts
qu'on ait faits pour répondre à fes intentions ,
on n'a pu empêcher que près de huit cens maifons
n'aient été réduites en cendres. Cet incendie
avoit été précédé d'un autre qui étoit arrivé le 14 ,
& qui avoit confumé la plus grande partie du
quartier de Pereflawfke - Temfkoi . Il y en eut
avant- hier un troifiéme , dans lequel trente maifons
ont été brûlées. Hier après - midi on eut une
nouvelle allarme : un réſervoir d'ean étoit heureufement
près de l'endroit où le feu a pris , & le
dommage n'a pas été confidérable. Le 1s & le 16,
deux villages des environs d'Ifmaïlow ont été
totalement détruits par les flammes.
186 MERCURE DE FRANCE.
2
DE KIOW le 10 fuin . .
Un corps nombreux de Cofaques Haydamaxis
ayant pénétré dans cette Province , le Comte de
Rafoumowfki a fait marcher quelques Régimens
qui ont difperfé ces vagabonds fans beaucoup de
peine. Il a paru fur la frontiere deux autres corps
de ces brigands : on a pris les mesures néceffaires
pour s'opposer aux entrepriſes qu'ils pourroient
tenter.
DE STOCKHOLM , le 22 Juin.
Avec l'agrément du Roi , Sa Majesté Très-
Chrétienne doit faire élever à Torneo une pyra
mide , deftinée à fervir de monument aux obfervations
que les fieurs de Maupertuis , Camus &
Clairaut ont faites en Laponie , pour déterminer
la figure de la terre .
DE COPPENHAGUE , le 16 Juin.
La groffeffe de la Reine fut déclarée le 10 de
ee mois , & l'on doit commencer inceffamment
les prieres publiques , pour demander à Dieu qu'il
daigne lui accorder d'heureufes couches . Le 13
de ce mois , le Roi fit la revue des troupes qui
font campées entre cette Capitale & le Château
de Frédéricfberg. Le Prince Royal , quoiqu'âgé
feulement de quatre ans & quelques mois , y parut
à la tête de fon Régiment. Tous les Etrangers
qui fe font rendus ici pour voir ce camp ,
ont été frappés fur tout de la beauté de la Cavalerie
, & ils avouent unanimement qu'il n'y en a nul
le part une plus lefte & mieux montée . La Cour
A O UST. 17530 187
eft très-brillante à Frédéricfberg , & le Grand-
Maréchal y tient matin & foir table ouverte. Le
Prince Frédéric François de Brunſwic- Wolfenbuttel
, frere de la Reine , & Colonel d'Infanterie au
ſervice du Roi de Pruffe , y arriva le 12 de Berlin.
Il dîna le même jour avec leurs Majeftés, &
le foir il accompagna ici la Reine , qui vint rendre
vifite à la jeune Famille Royale . Ce Prince
partira le 29 pour retourner en Pruſſe.
Trois des maifons que Sa Majefté a ordonné de
conftruire pour les Profeffeurs de l'Univerfité ,font
déja finies. Le fieur Anker établit actuellement à
Moff en Norwege une nouvelle fonderie de canons
, & le Roi , pour lui en faciliter les moyens ,
lui a accordé une avance de cinquante mille écus.
Ainfi Sa Majesté tient toujours fon tréſor ouvert
lorfqu'il s'agit de favorifer quelque entrepriſe utile
au Public.
Les troupes campées dans les environs de Frédéricfberg
, fe partagerent le 14 en deux Corps ,
dont un repréfentoit l'armée de la Nation, & l'autre
l'armée ennemie. Ces corps ayant marché l'un
contre l'autre , leurs avant- gardes le chargerent ;
inais comme les troupes du Roi reconnurent que
l'ennemi étoit trop en forces , elles prirent le parti
de fe retirer, Douze Compagnies de Grenadiers
couvrirent la retraite . Le 16 , on reprit une maifon
dont l'ennemi s'étoit emparé . Dans le tems
qu'on venoit de s'en rendre maître , l'ennemi
parut à l'improvifte , & fa fupériorité nous obligea
d'abandonner ce pofte. On n'ofa lui faire tête
en rafe campagne , & l'on alla fe retrancher
derriere une Digne . Il ne jugea pas à propos de
nous y attaquer. Dès qu'il fut hors de vue , on regagna
le camp. Le 18 , l'ennemi jetta quatre ponts
fur une riviere , pour nous venir prendre en flanc
158 MERCURE DE FRANCE.
>
par notre aîle droite . Auffi- tôt on avança fur quatre
colonnes , qui avoient chacune du canon & des
Grenadiers à leur tête . Nous attaquâmes les ponts
& nous les emportâmes . Le 20 , nous marchions en
fept divifions , lorfque l'ennemi fondit fur les deux
premieres. Elles fe replierent fur celles qui fuivoient
, & la Cavalerie efcarmoucha continuellement
avec l'ennemi , afin de donner à l'Infanterie
le tems de former un bataillon quarré. Les
efforts que fit l'ennemi pour rompre ce bataillon
furent inutiles. Il y eut avant- hier une bataille
rangée , dans laquelle l'Armée Royale a eu tout
l'avantage. Aujourd'hui , le Corps d'Artillerie
bombarde le camp des ennemis , & fait fauter une
mine. Ce foir , les troupes terminent leurs exercices
par les feux de joye & les autres réjouiffances
ordinaires après la victoire . Elles fe fépareront
le 25 , pour retourner dans leurs quartiers.
Sa Majefté a daigné témoigner qu'Elle étoit ſatisfaite
de la précifion avec laquelle elles ont exécu
té leurs différentes manoeuvres . La Reine Douairiere
vint le 18 à Frédéricfberg , où elle dîna avec
lears Majeftés . Après le repas , elle parcourut en
caroffe tout le front du camp , & elle retourna le
foir à Hirfcholm. Le lendemain , le Roi vifita les
bâtimens qu'elle a fait ajoûter à l'un des Holms
& Sa Majefté vit les deux nouveaux vaiffeaux
qu'on y conftruic .
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 24 Juin.
Il a été publié le 20 de ce mois une Ordonnance
qui porte qu'on ne pourra faire crédit de plus de
cent forins à aucun Officier , depuis le Capitaine
AOUST. 1753. 189.
jufqu'à l'Enfeigne , fi ce n'eft du confentement du
Commandant du Régiment , fous peine aux Marchands
ou autres qui négligeront cet avis , de
perdre leurs avances , Les Officiers qui pofledent
des biens fonds , feront libres de les engager , mais
il eft abfolument défendu de mettre arrêt fur leur
paye . En cas qu'ils ayent befoin d'argent , il fera
permis de leur en prêter fur un certificat du Commiflariat
de guerre des lieux , & ce certificat devra
être produit dans le terme d'un mois devant le
Commiffariat Général . Lorfqu'il s'agira d'une
avance pour tout un Corps , elle ne fe fera point
fans l'aveu préalable du Conſeil de Guerre . Si les
bas Officiers & les Soldats contra&tent quelques
dettes , on les punira felon l'exigence du cas , &
le créancier perdra la fomme qui lui fera dûe.
Tous Marchands qui feront crédit aux Militaires ,
feront tenus d'en donner avis dans vingt quatre
heures , après lequel terme ils ne pourront avoir
aucun recours.
Les travaux qu'on avoit commencés aux fortifications
de cette Capitale , & qui avoient été interrompus
, viennent d'être repris , & ils fe continuent
avec beaucoup d'activité. L'Impératrice
Reine a donné ordre de faire d'ici à Schombrun
un nouveau chemin qu'on nommera le Chemin
Impérial , & qui ne fervira que pour les Minif
tres Etrangers & pour les perfonnes attachées à
la Cour!
DE DRESDE , le 10 Juin.
Le Roi étant retourné le 4 de ce mois au camp
d'Ubigan , vit faire l'exercice aux treize Régimens
d'Infanterie qui y font affemblés. Sept Régimens
de Cavalerie qui font dans ce camp , fi190
MERCURE DE FRANCE.
rent le 6 diverfes évolutions en préſence de Sa
Majefté. Le 8 , ces troupes fe diviferent en deux
Corps & fe livrerent bataille . Il y eut des Villages
, des bois & des retranchemens forcés . Quatre
mille hommes qui feignirent de vouloir fe jet
ter dans Ubigau , furent coupés , & huit cens furent
faits prifonniers.
On commença le 12 l'attaque du Polygone qui
a été conftruit près du camp d' bigau. Le 14 , les
affiégés , dans une fortie qu'ils firent , comblerent
la tranchée , & ruinerent deux batteries . Les affiégeans
réparerent ces dommages pendant la nuit
fuivante . Ils s'emparerent le 15 du chemin couvert
, & ils y établirent leur logement . Le 16 , ils
emporterent le Fort d'affaut . Le 17 , toutes les
troupes fe lønt miles en mouvement , pour faire
diverfes marches & contre-marches.
Les troupes firent le 18 leur derniere manoeuvre.
Feignant qu'elles avoient à craindre d'être
attaquées par des forces fupérieures , elles décampérent
précipitamment. Elles mareherent par des
bois & des montagnes , & l'on employa toutes
les rufes dont on a coutumie de fe fervir à la guer
re , pour tromper l'ennemi fur la véritable direction
des mouvemens de l'armée . Le même jour au
foir , le Régiment des Grenadiers du Corps , ce.
lui des Gardes , & celui du Prince Clément , rentrerent
dans cette Ville.
DE BERLIN , le 16 Juin.
L'Académie Royale des Sciences & Belles Lettres
tint le 7 ion Affemblée publique . M. Formey,
Secrétaire Perpétuel , ouvrit la Séance en annonçant
que le prix dé cette année a été remporté par
la Piéce N°. XI. à laquelle eft jointe cette devife :
AOUST. 191 1753.
3
Spiritus intùs adeft , quo cum diffufa per artus
Mens agitat molem.
Cette Piéce eft de M. le Cat , Docteur en Méde
sine , Chirurgien en chef de l'Hôtel- Dieu de
Rouen , Secrétaire de l'Académie de la même Ville
pour la partie des Sciences , Membre de la Société
Royale de Londres , & de l'Académie de Madrid .
Entre les autres ouvrages préfentés au concours
ceux qui ont paru les meilleurs après celui de M.
le Cat,font , un Mémoire Latin , N.IX . ayant pour
devile , Audendum eft , & veritas investiganda , ¿co
un Mémoire Allemand , N ° . XVIII . dont la devife
eft , Non videmus id quod videt ; non audimus
id quod audit un Mémoire écrit en François , N°.
XX. avec ces mots pour devife : Rien n'est beau
que le vrai, M Formey lut un Extrait de la Piéce
couronnée. Il déclara enfuite que l'Académie pros
pofoit pour le fujet du prix de 1755 , d'examiner le
Systême contenu dans la propofition de Pope : Tout eft
bien ; de déterminer le vrai fens de cette propofition ,
conformément à l'hypothèse de fon Auteur , de la
comparer avec le systéme de l'Opticifme , on di
Choix du meilleur , pour en marquer exactement les
rapports les différences , & d'alléguer les raisons
qu'on croira les plus propres à établir , ou à détruire ce
fyfteme. Comme dans les fujets de cette nature
l'Académie eft ſouvent accablée d'une multitude
d'écrits qui ne contiennent que des idées vagues
ou empruntées d'ouvrages connus ; on prie les perfonnes
qui voudront travailler , d'éviter furtout
ces deux inconvéniens , fi elles ne veulent point
que leurs ouvrages dès la premiere inſpection ,
foient mis au rebut . Tous les Mémoires destinés
à concourir , doivent être adreflés à M. Formey ,
& le terme pour les recevoir eft fixé au premier
192 MERCURE DE FRANCE.
7
Janvier 1755. Après que M. Formey eut fait l'an
nonce du prix de ladite année , & qu'il eut rappellé
que le fujet pour le prix de l'année prochaine
étoit : Si le mouvement diurne de la terre a été dans
tous les tems , de la même rapidité , ou non ? Par quelš
moyens on peut s'en affurer : Et en cas qu'il y ait
quelque inégalité , quelle en eft la caufe ? M. Sulzer
lut ure Differtation fur l'Apperception , ou fur la
maniere dont l'me fe fent elle-même . Cette lecture
fut fuivie de celle d'une obſervation de M. de
Prémonval , fur une prétendue merveille que l'on
attribue à la Langue Chinoife . M. Formeytermi
na la Séance par les Eloges funébres de M. Buddæus
de M. de Beaufobre,
D'UL M , le 10 Juillet.
On mande de Bondorff, dans la Forêt Noire ;
que le 23 du mois de Juin , une chévre & cinq
chévreaux moururent de l'excès du froid en paiffant
dans la campagne , & que le jeune homme
qui les gardoit , auroit eu le même foit , fi des
voyageurs ne l'avoient fecouru . Il neigea beaucoup
le même jour fur les montagnes . Ainfi le
Fermier de Feldberg jouira vraisemblablement de
l'exemption qui lui eft accordée , lorsqu'il peut
préfenter une certaine quantité de neige le jour
de la Saint Jean.
ESPAGNE.
DE LISBONNE , le 147uin ,
Sclon les dépêches apportées du Bréfil par la
Frégate la Notre- Dame des Neiges , on a découvert,
à quelque diftance de Fernambouc, une mine
d'or
AOUST . 1753. 193
-
d'or très abondante , & le canton dans lequel elle
eft fituée étant fort peuplé , on n'aura point de
peine à raffembler le nombre d'ouvriers néceflaires
la mettre en valeur.
pour 1
DE MADRID , le 3 Juillet.
L'Académie de Peinture & de Sculpture , nou
vellement établie fous la protection du Roi , fera
dans le mois de Décembre prochain la premiere
diftribution de les prix. Chacun des Artiftes qui
zoncoureront , fera maître du choix de fon fujet.
ITALI E.
DE NAPLES , le 20 Juin.
On a trouvé depuis peu dans les ruines d'Herculanum
quelques Manufcrits Latins , dont les cafactéres
font quarrés. L'écriture étant prefque
par tout effacée dans les lambeaux qu'on a pû détacher
, on s'eft contenté de deffiner exactement
le contour de ces lambeaux , & de copier toutes
les lettres qui font diftinctes dans les originaux.
Ces monumens feront gravés & publiés par ordre
du Roi , & ils feront partie du grand ouvrage que
prépare M. Baïardi .
DE FLORENCE , le 13 Juin
Ce fiécle a vû naître de toutes parts des Acadé
mies pour les progrès des Sciences & des Lettres.
Il vient de s'en former dans le fein de cette Ville
une nouvelle , dont l'objet , moins brillant en ap-
- parence , est beaucoup plus intéreffant . Elle eft
compofée de quarante perfonnes , qui font dans le
I
194 MERCURE DE FRANCE.
deflein de confacrer principalement leurs veilles à
la perfection de l'agriculture . La Toscane eft tedevable
de cet établiſſement à l'Abbé des Chanoines
Réguliers de Fiefoles.
DE LIVOURNE , le 24 Juin,
La Régence de ce Grand- Duché a fait une
convention avec la Cour de Madrid , pour fournir
à l'Espagne une certaine quantité de froment &
d'orge , lorfque la récolte fera abondante en Tofcane
& qu'elle manquera en Espagne. En confé.
quence de cet accord , on a tranſporté depuis deux
mois dans ce Royaume cent quarante mille facs
de grains.
DE VENISE , le 28 Juin.
Cette République paroît être dans le deffein de
conclure un Traité de Paix avec les Régences de
Barbarie. Elle fe fert de l'entremile de la Porte ,
pour faire réuffir cette négociation , au fujet de la
quelle le Conful , qui étoit ci-devant Réfident à
Smyrne , eft parti d'ici pour Alger.
DE GENES , le 16 Juin,
Le Village de Colla de la Communauté de Sanš
Remo , Ville fituée dans la partie , appellée Riviere
du Ponent , s'étant plaint à la République de
plufieurs vexations qu'il éprouvoit depuis longtems
de la part de ladite Ville , & fes plaintes s'étant
trouvées fondées , le Gouvernement réfolut
de féparer le Village de Colla de la Communauté
de San-Remo. En conféquence de cette déliberation
, le Commiflaire Général fit élire des Confuls
AOUS T. 1753- 895
& des Officiers Municipaux , pour régir la nouvelle
Communauté ; & celle de San- Remo fut déchargée
de la partie d'impofition , qui devoit être
payée par celle de Colla. Cela fe palla affez tranquillement
, mais lorsque les habitans de San- Remo
virent arriver un Ingénieur , pour régler les
limites des deux Communautés , fur le pied que
'Evêque d'Albenga les a réglées pour le fpirituel
ily a vingt- cinq ou trente ans , ils prirent les
armes , s'ameuterent , forcerent la Garde du Commiffaire
Général , & le bloquerent dans fon Palais.
On en reçut l'avis ici le 8 de ce mois. Le
Gouvernement fit équiper à la bâte deux Vaiſſeaux
de guerre , trois Galères , quelques Galiotes à
bombes , & des Bâtimens de tranfport , le tout
avec mortiers , canons , munitions de
guerre , &
un certain nombre de troupes , confié au commandementdu
Marquis Auguftin Pinelly , qui partitle
12 pour San - Remo , & y arriva le lendemain après
midi. Ce Marquis fit d'abord fommer la Ville de
fe rendre , & la réponſe n'ayant pas été concluante
, il fit tirer du canon & jetter quelques bombes
; ce qui détermina en moins de deux heures
les habitans à fe foumettre. Ils demanderent qu'on
leur fauvât la vie , les biens & l'honneur ; mais le
Marquis Pinelly a exigé qu'ils fe rendiffent à difcrétion
, & qu'ils lui amenaffent fans délai le
Commiffaire Général , & tout ce qui fe trouvoit
à San - Remo au fervice de la République . Ces or
dres ont été exécutés avec la plus grande promptitude.
Le lendemain on fit débarquer les troupes ,
& on attaqua avec tant de vigueur des retranchemens
, derriere lefquels un Corps de payſans s'étoit
fortifié , qu'on le diffipa entierement , & tout
fut foumis. Cette attaque a coûté la vie à deux
foldats ; il y a eu quatorze bleffés , du nombre
defquels font quatre Officiers.
Iÿj
196 MERCURE DE FRANCE.
GRANDE BRETAGNE.
DE LONDRES , les Juillet.
Plufieurs payfans le font aflemblés tumultuèufement
dans le Duché d'Yorck , pour détruire les
barrieres des grands chemins , & pour brûler les
maifons qui en dépendent. Les Magiftrats de
Leeds ayant fait arrêter trois de ces mutins ,
les
autres ont eu l'audace d'entrer dans la Ville ; &
fur le refus qu'on a fait de leur remettre les prifonniers
, ils fe font mis en devoir de démolir
PHôtel-de -Ville. Un Efcadron de Dragons appellé
pour appaiſer le défordre , tira d'abord fur
eux avec de la poudre . Au lieu d'être intimidés ,
ils devinrent plus furieux , de forte qu'on fut obligé
de charger à balle . On tua vingt des féditieux ,
on en bleffa cinquante antres , & le refte prit la
fuite. Il y a eu auffi une espéce de révolte à Kil-
Cock , en Irlande , & l'on mande de Dublin , que
le 26 du mois dernier le Viceroi avoit fait marcher
cinq Compagnies d'Infanterie & trois Eſcadrons.
de Cavalerie , pour faire rentrer les mutins dans
l'obéiflance.
Il paroît plufieurs projets pour augmenter la
culture des grains en Irlande , d'où l'on mande
qu'on exploite avec luccès les mines de charbon
nouvellement découvertes près de Charlemont ,
& qu'elles pourront fuffire aux befoins de la Ville
de Dublin.
BF
AOUST. 1753. 197
FRANC E.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
N fit le 20 deJuin à l'Hôtel de Ville , en préfence
des Prévôt des Marchands & Echevins ,
le feptiéme tirage de la Lotterie pour le rembour
fement de partie des Capitaux des Rentes fur la
Caiffe générale des Amortiffemens . Les rembourſemens
échûs par le fort de la Lotterie , montent à
la fomme de treize cens trois mille fix cens trente
livres. Les Coupons & les Remboursemens feront
acquités à la Caifle des Amortiffemens , chez M.
Blondel de Gagny , Tréforier de cette Caiffe :
fçavoir , les Coupons ,le 4 du mois prochain , depuis
le numéro premier jufqu'à 2000 ; le 11 du
même mois , depuis le n° . 2001 jufqu'à 5000 ; le
18 , depuis n°. 5001 jufqu'à 9000 ; le 24 , depuis
n°. 9001 jufqu'à 13000 ; le premier Août , depuis
nº. 13001 juſqu'à 14175 ; & les Rembourſemens
tous les Samedis indiftinctement , à commencer
du Samedi 7 du mois de Juillet .
Le zí , Fête du Saint Sacrement , le Roi & la
Reine accompagnés de la Famille Royale , entendirent
dans la Chapelle du Château les Vêpres
chantées par la Mufique , & le Salut célébré par
les Miffionnaires.
Le Roi foupa le 21 & le 23 au grand couvert.
Le 23 , le Roi fit dans la Cour du Château la
revûe des deux Compagnies des Moufquetaires
de la Garde ordinaire de Sa Majesté . Le Roi paffa
dans les rangs , & après qu'elles eurent fait
l'exercice , Sa Majefté les vit défiler . Monfeigneur
le Dauphin accompagna le Roi à cette res,
I iij
198 MERCURE DEFRANCE.
vae. La Reine , Madame la Dauphine , Madame
Infante , Madame Adélaïde , & Meldames de Frau
ce , la virent de l'appartement du Comte de Clermont.
Leurs Majeftés affifterent le 13 & le 24 au Sa-
Jut dans la Chapelle du Château .
Le 25 , Monfeigneur le Dauphin & Madame
Victoire tinrent fur les Fonts , dans la Chapelle
du Château , la fille dont la Comteffe de Durfort
Dame de Compagnie de Meſdames de France , eft
accouchée dans le mois de Décembre dernier , &
qui a été nommée Angélique Victoire . L'Abbé de
Termont , Aumônier du Roi , fuppléa les cérémonies
du Baptême à l'enfant , en préſence du Curé
de la Paroifle.
Sa Majesté fe rendit le z4 au Château de Choi
fy. Madame Infante , Madame Adélaïde & Mef
dames Victoire & Sophie , allerent le 25 y joindre
le Roi. Monfeigneur le Dauphin y alla dîner
le 26. Le foir après fouper , Sa Majesté revínt à
Verfailles avec ce Prince & ces Princeffes.
Le 28 , jour de l'O&ave , le Roi accompagné
de Monfeigneur le Dauphin , de Madame Infante
Ducheffe de Parme , de Madame Adélaïde , & de
Madame Victoire , s'eft rendu à l'Eglife de la Paroiffe
de Notre- Dame ; & Sa Majefté, après avoir
affifté à la Proceffion , y a entendu la grande Meſſe..
Ce jour, ainfi que celui de la Fête , le S. Sacrement
a été porté fous un magnifique Dais , dont le Roi
a fait préfent à la Paroifle , & qui eft de velours
cramoifi , brodé d'or , avec des cartouches en petit
point , prefque comparables aux plus beaux
tableaux. Leurs Majeftés ont entendu ce foir dans
la Chapelle le Salut chanté par la Mufique, La
Reine y a affifté tous les jours de l'Octave.
Par la retraite du. Marquis de Chiffreville ,
A O UST. 1753. 199
Lieutenant- Général des Armées du Roi , & premier
Sous- Lieutenant de la feconde Compagnie
des Moufqueraires de la Garde de Sa Majefté ; le
Comte de la Riviere , Lieutenant- Général , &
Commandeur de l'Ordre Royal & Militaire de
S. Louis , eft monté à la premiere Sous - Lieutenance
de cette Compagnie , le Comte de Montboif
fier , Lieutenant Général , à la feconde Sous Lieutenance
; & le Comte de Bifly , Brigadier de Cavalerie
, à l'Enfeigne. M. de la Grange , Officier
dans le Régiment des Gardes Françoiſes , a eu l'a
grément de la Cornette vacante.
M. de Faudran , Meftre de Camp de Cavale
rie , Exempt des Gardes du Corps dans la Compagnie
de Noailles , ayant demandé la permif
hon de fe démettre de cette place , le Roi en a
difpofé en faveur de M. de Quelen , Capitaine
dans le Régiment de Conty , Cavalerie.
M. Bernard de Ballainvilliers , Maître des Requêtes
, a été nommé l'un des huit Préfidens dur
Grand-Confeil , par commiffion , à la place de
feu M. Piarron de Chamouffet.
L'Académie Françoiſe a él , pour remplir la
place qui vaquoit dans cette Compagnie par la
mort de l'Archevêque de Sens , M. de Buffon ,
de l'Académie Royale des Sciences , & Intendant
du Jardin Royal des Plantes .
Le 28 , l'Abbé Nollet préfenta à leurs Majef
tés le Difcours qu'il a prononcé dans le Collége
de Navarre , à l'ouverture de fes Leçons de Phyque
expérimentale.
Le Vaiffeau la Diane , appartenant à la Compagnie
des Indes , eft arrivé de Bengale au Port
de l'Orient le même jour. Son chargement eftfort
confidérable .
Le 29 , les Députés de la Ville du Havre-de-
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
Grace ayant à leur tête le Duc de Saint - Aignan ,
Gouverneur de la Ville ; le Comte de Saint - Florentin
, Miniftre & Secrétaire d'Etat , chargé du
Département de la Province de Normandie , &
M. Rouillé , Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant le
Département de la Marine , accompagnés du
Duc de Beauvilliers,du Chevalier de Saint- Aignan,
tous deux fils du Duc de Saint- Aignan ; & du
Chevalier de Virieu Beauvoir , Lieutenant de Roi
du Havre- de- Grace ; furent introduits dans le Cabinet
du Roi par le Maréchal Duc de Richelieu ,
premier Gentilhomme de la Chambre. Ils eurent
l'honneur de préfenter à Sa Majefté la Relation
avec les defleins gravés de ce qui a été fait , tant
par la Ville du Havre , que par la Marine , à l'oc
cafion du voyage & du féjour que le Roi fit dans
cette Ville au mois de Septembre 1749. Sa Ma
jfté reçut très - favorablement ce témoignage de
refpe&t & de reconnoiflance de la Ville du Havre;
M. du Bocage de Bléville , l'un des Députés , eut
auffi l'honneur de préfenter au Roi un ouvrage
intitulé : Mémoire fur le Port , la Navigation &le
Commerce du Havre .
La Reine , accompagnée de la Famille Royale ,
affifta le 30 à la grande Melle , aux Vêpres & au
Salut , dans l'Eglife de la Paroifle de Notre Dame
, où l'on célébroit la fête du Sacré Coeur de Jelus .
11 y le même jour concert chez la Reine ,
& l'on y exécuta les deux derniers Actes de l'O .
péra d'ifié.
eut
Le Roi alla le même jour au Château de Relleve
, d'où Sa Majefté revint le 2 Juillet dernier.
Le premier Juillet , M. Cafarieli , Muficien de
Sa Majefté Sicilienne , nouvellement arrivé de
Naples , eut l'honneur de chanter à Bellevue devant
le Roi . Sa Majefté trouva qu'il foutenoit la
A OUST . 1753. 201
grande réputation dont il jouit , & Elle eut la
bonté de lui donner des marques particulieres de
fa fatisfaction. Ce Muficien , l'un des plus célébres
d'Italie , chanta le 3 devant Madame la Dauphi
ne , qui l'avoit entendu déja plufieurs fois , tant à
Verfailles qu'à Marly. Il doit demeurer à Verfailles
pendant le voyage de Compiegne.
Monfeigneur le Dauphin eft venu le 2 de ce
mois à Paris , pour pofer la premiere pierre de la
nouvelle Eglife de l'Abbaye de Panthemont. On
prétend que la premiere pierre de l'ancienne Eglife
avoit été polée par Robert de France , fixiéme
fils de Saint Louis. Vers les quatre heures après
midi, Monfeigneur le Dauphin arriva à l'Abbaye ,
sétant accompagné du Comte de Brionne , du Prince
de Montauban , du Maréchal Duc de Richelieu
, du Duc de Biron , & de plufieurs autres
Seigneurs, Ce Prince y trouva une Compagnie
des Gardes Françoifes & une des Gardes Suifles
fous les armes. Il fut reçu à la porte de l'ancienne
Eglife par la Dame de Beth.fi de Mezieres ,
Abbelle du Monaftere , à la tête de la Communauté.
A l'arrivée & au départ de Monfeigneur
Je Dauphin , on a fait une falve des boëtes & des
canons de la Ville , ainfi que des canons de l'Hô.
tel Royal des Invalides .
Le même jour , le Maréchal Duc de Richelieu
, & la Maréchale Ducheffe de Duras , Dame
d'honneur de Mefdames de France , tinrent fur
Jes Fonts à Verſailles , dans l'Eglife Paroiffiale
de Saint Louis , au nom de Monfeigneur le Dauphin
& de Madame Louiſe , le fils de M Bonnequin
, Valet de Chambre du Roi . Cet enfant , qui
..eft petit-fils de la Dame Bonnequin , premiere
Femme de Chan bre de Madame Louife , a été
nommé Lucain. Le Curé de la Paroiffe de Saint
I v
202 MERCURE DE FRANCE
Louis lui a fuppléé les cérémonies du Baptême.
-
La Compagnie des Indes , jufqu'au zo du mois.
d'Octobre prochain inclufivement , fera recevoir
à la Caifle générale , à Paris , les fonds que les
Négocians y porteront ou y feront porter en ar
gent , pour fervir au payement de leurs achats
dans la vente prochaine. M. Peſchevin , Caiffier
général de la Compagnie , fournira fes récépiffés ,
comprenant les intérêts , à raifon de cinq pour
cent , à compter du jour de la recette jufqu'au 10
20 Décembre , auquel terme ils feront remboursés
à Paris , en cas qu'ils n'ayent pas été employés ,
& nonobftant la prolongation de leur terme. Lef
dits récépiffés feront reços comme par le paffé , -
pour le payement comptant des adjudications de
la vente , fans que cette faveur , accordée auxfeuls
fafdits récépiffés , puiffe tirer à conféquence.
Les autres papiers & effets continueront de n'être
reçus pour le payement comptant , qu'autant
qu'ils feront dans le terme du comptant qui fera
indiqué par la Lifte générale.
Le 4 , le Roi accompagné de Madame Infan
te , de Madame Adélaïde , & de Meſdames Vic--
toire , Sophie & Louife , fe rendit à la Meute , &
Sa Majefté en partit le 5, au matin avec ces Prin--
cefles pour Compiegne:
L'Abbé de Bouillé , Doyen des Comtes de Lyon,,
& Maître de l'Oratoire du Roi , ayant été nommé:
par Sa Majefté à l'Abbaye de Saint Nicolas- lès
Angers , s'y rendit le 23 Juin dernier , pour ens
prendre poffeffion.
Le Cardinal de la Rochefoucault arriva à Pariss
de fon Diocéfe te 27 , & ikalla le 29 à Verfailless
rendre fes refpects au Roi , qui l'a reçu très- favo
rablèmenti
L3 Juillets, las Reine & Monfeigneur le Dane
AQUST. 1753: 203
phin , repréfentés par la Ducheffe de Luynes
Dame d'honneur de la Reine , & par le Maréchal
Duc de Richelieu , Premier Gentilhomme de la
Chambre , ont tenu fur les Fonts à Verſailles ,
dans l'Eglife de la Paroiffe du Château , le fils de
M. Baillon premier Valet de Chambre de la
Reine.
Les , le Roi arriva à Compiègne avec Madame
Infante Ducheffe de Parme , Madame Adélaïde
& Mefdames Victoire , Sophie & Louife.
La Reine eft arrivée le 7.
Le même jour , le Marquis de Paulmy , Secré
taire d'Etat de la guerre , en furvivance du Comte
d'Argenfon , partit pour aller vifiter les Places ,
& voir les troupes dans diverſes Provinces dus
Royaume.
Le Maréchal Duc de Belle-Ife eft parti le 1
pour Metz.
Le Roi , accompagné de Madame Infante , de'
Madame Adelaïde , & de Mefdames de France ,
affifta le 8 au Salut dans l'Eglife de Saint Jacques ,
Paroiffe du Château. Le même jour , la Reine
entendit la Meffe , les Vêpres & le Salut dans
l'Eglife des Religieufes Carmelites, Mefdames
de France entendirent les Vêpres au Couvent des
Minimes.
ས
Monfeigneur le Dauphin eft arrivé à Compiégne
le 10 au foir.
Leurs Majeftés ont foupé le 8 & le 11 au grand
couvert.
Le 11 , il y eut Concert chez la Reine. On y
exécuta le Prologue & le premier Acte de l'Opéra
de Pyrame & Thisbé, dont les paroles font de
M. de la Serre , & la Mufique de Meffieurs Rebel
Francoeur , Sur - Intendans de la Mufique de la
Chambre du Roi.
I vi
204 MERCURE DE FRANCE.
La Dame de Ranty a été préfentée à leursMajef
tés & à la Famille Royale , en qualité de Dame
d'honneur de la Princeffe de Condé .
Le Vaiffeau la Reine , appartenant à la Compagnie
des Indes , eft arrivé les de Bengale au
Port de l'Orient , avec onze cens cinquante balles
ou caiffes de marchandifes , poivre , cauris , bois
rouge , & bois de fapan .
L'Académie de Peinture , de Sculpture & d'Ar
chitecture , établie à Touloufe , tint le 8 une affemblée
publique. Le Chef du Confiftoire pro.
nonça un Difcours fur l'amour des beaux Arts ,
& M. Poiffon , Modérateur , fit l'analyse de quelques
uns des ouvrages couronnés . A la fin de la
Séance , on diftribua les prix . Le plus condérable
, qui eft une - Médaille d'or de la valeur de trois
cens livres , & qui étoit deftiné cette année à un
plan d'Architecture , a été réſervé .
Madame Infante Duchefle de Parme , s'étant
rendue le 11 à l'Abbaye Royale de Saint Corneille
, Dom Pierre de Gonfreville , Grand Prieur
de l'Abbaye , à la tête de la Communauté , reçut
cette Princeffe , & eut l'honneur de la compli
menter.
Leurs Majeftés , accompagnées de la Famille
Royale , affifterent le 15 au Salut , dans l'Eglife
Paroiffiale de Saint Antoine . La Reine avoit entendu
le matin la grande Melle dans l'Eglife de
Saint Jacques , Paroiffe du Château , & l'aprèsmidi
les Vêpres dans l'Eglife de la Congrégation.
Le lendemain , la Reine entendit la Mefse dans
T'Eglife des Religieufes Carmelites , & y commu
nia par les mains de l'Archevêque de Rouen , fon
Grand Aumônier . Sa Majefté dîna dans le Monaftere
. Elle y * atfiſta enſuite aux Vêpres & au
Salut.
A O UST. 1753. 203
Le 15 & le 17 , pendant la Mefse du Roi , la
Mafique de Sa Majefté exécuta le Pleaume I
exitu Ifraël de Ægypto , nouveau Motet de la compofition
de M. Mondonville , Maître de Mufique
de la Chapelle , en Quartier. La vérité de l'expreffion
dans les récits & dans les choeurs , le brillat
des fymphonies , joint à une parfaite exécu
tion , ont mérité à cet ouvrage l'applaudissement
de leurs Majeftés , de la Famille Royale , & de
toute la Cour. Moufeigneur le Dauphin , Madame
Infante , & Mefdames de France , avoient honoré
de leur préfence la répétition de ce Motet.
Leurs Majeftés fouperent le 13 , le 15 & le 17
au grand couvert ..
Monfeigneur le Dauphin partit de Compiègne
le 16 pour Verfailles.
Il y eut le 14 & le 18 , Concert chez la Reine ,
& l'on y chanta les quatre derniers Actes de l'Opéra
de Pyrame & Thisbé.
Le Roi a nommé Commandeur de l'Ordre Royal
& Militaire de Saint Louis , à la place de feu M. de
la Javeliere , le Chevalier de Montbarey , Briga
dier , Lieutenant Colonel du Régiment Royal ,
-Cavalerie .
Sa Majesté a accordé l'agrément du Régiment
de Dragons , vacant par la mort du Comte d'Egmont
, à M. de Marbeuf, Meftre - de - Camp , Lieutenant
du Régiment Dauphin Cavalerie , & ce
dernier Régiment au Comte de Périgord , Colonel
du Régiment de Normandie , & Menin de Morfeigneur
le Dauphin . Elle a donné au Chevalier
de Saint -Sauveur , Brigadier de Dragons , ci- devant
Aide Maréchal des Logis de l'Armée de Flar
dre , la Brigade qui vaquoit dans les Gardes du
Corps , par la retraite du Chevalier de Sommery ,
Maréchal des Camps & Armées de Sa Majefté , &
Enfeigne dans la Compagnie de Villeroy.
06 MERCURE DE FRANCE.
Le 16 , Monfeigneur le Dauphin revint de
Compiègne à Verfailles , pour voir Madame la
Dauphine qui jouit d'une parfaite fanté , & qui
avance heureuſement dans fa groffeffe. Il y eut
le 18 chez cette Princeffe un Concert , auquel
Monfeigneur le Dauphin affifta . On exécuta le
Prologue & le premier Acte des Fêtes de l'Hymen
de l'Amour , dont les paroles font dé M. de´
Cahulac , & la Mufique de M. Rameau . M. Cafarieli
, Muficien de Sa Majefté Sicilienne , chanta
feul deux Ariettes , & enfuite un Duo avec M.
Albanefe. Il fut fort applaudi , & la beauté de fa
voix , ainfi que la perfection de fon chant , fait
toujours un nouveau plaifir.
Monfeigneur le Duc de Bourgogne prit ce mê--
me jour le plaifir de la promenade dans le Parc de
Verfailles. Ce Prince & Madame continuent de
fe porter auffi bien qu'on puiffe le defirer.
A l'arrivée du Roi à Compiegne , & de même
celle de la Reine , Madame la Dauphine a envoyé´
M. de Goy d'Ydogne , fon Ecuyer en Quartier,
pour s'informer des nouvelles de leurs Majeftés.
Dans le dernier tirage de la Lotterie pour le
remboursement des Contrats de Rentés fur les
Poftes , il eft forti quatre- vingt- un Contrats ; fçavoir
, trente-fept de la création de Novembre
1735 , dont les capitaux montent à trois cens cinquante
mille vingt livres , & quarante- quatre
Contrats de la création de Juin 1742 , dont les
capitaux montent à trois cens cinquante & un
mite neufcens quatre - vingt-quatorze livres.
Le 19 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix-sept cens quarante livres ; les Billets
de la premiere Lotterie Royale à fix cens foixanter
& treize , & ceux de la feconde à fix cens vingt
deux.
A OUST. 17531 207
Le Roi de Pologne , Duc de Lorraine & de Bar,
dont les vûes s'étendent fur tout ce qui peut perfectionner
les Arts & les Sciences, vient de donner
une nouvelle marque de fon attention à ce qui
concerne le bien de les Sujets , par la réunion de la-
Faculté de Médecine de Pont- à - Mouffon avec le
College Royal des Médecins de Nani' ; ce qui eft
très- propre à donner un nouveau luftre à cette
Faculté , y exciter l'émulation , & prévenir les
abus qui pourroient (e gliffer dans la collation des
grades en Médecine.
NAISSANCE , MARIAGES
& Morts.
E 13 Juillet , la Marquife de Courtivron eft
accouchée au château de Courtieron en Bourgogne
, d'un fils , qui a été baptifé le lendemain
a l'Eglife Paroiffiale du lieu . Ses parrains ont été
M. de Saint-Cyr de Cely , ayeul maternel da
nouveau né, abfent , & M. le Marquis de Blaift
fon oncle paternel , par Madame la Marquise de
Blaifi qui en a été la narraine. Voyez le Mercure
de Septembre 1752.
Le 12 Mars , Meffite Antoine Gui de Pertuis ,
Vicomte de Baons - le - Comte , Capitaine de
Cavalerie , appellé le Marquis de Pertuis , époufa
Demoiselle Louife- Leon - Gabrielle le Clerc de
Juigné , fille de Samuel -Jacques le Clerc , Marquis
de Juigné , Colonel du Régiment de Dragons
Infanterie , tué à la bataille de Guaftalla le 19
Septembre 1734 , & de Marie-Gabrielle le Ciriers
de Neuchelles. Voyez la quatrième partie dess
Tablettes historiques , page 405..
208 MERCURE DE FRANCE.
Le Marquis de Pertuis eft fils de Meffire An
toine-Charles dé Pertuis , Vicomte de Baons , &
de Dame Claude Louife de Betz de la Harteloire,
mariée le 18 Avril 1714 , & petit- fils de Gui de
Pertuis , Seigneur de Berangeville & de la Riviere,
puis de la Baronnie de Baons - le Comte au pays
de Caux , Confeiller ordinaire du Roi en tous
fes Confeils , Grand Baillif , Gouverneur & Com.
mandant des Ville , Citadelle & Châtellenie de
Courtrai , Gouverneur de Menin , & Lieutenant
Général des armées du Roi , qui avoit épousé le
14 Mai 1669 Angélique Elizabeth Adrienne de
Canonville de Raffetot , & qui avoit pour pere
Pierre de Pertuis II, du nom , hevalier , Seigneur
d'Eragni , Gentilhomme ordinaire de M. le Prince
Henri de Bourbon II . du nom , premier Prince da
Sang , allié le 28 Novembre 1627 avec le Grand
de Beaunai ; & pour ayeul noble Chiales de Pertuis
, Ecuyer , Seigneur d'Eragni , &c, marié par
contrat du 9 Novembre 1581 avec Joffine de
'Canonville de Raffetot . Celui- ci étoit fils de noble
'Roland de Pertuis , Seigneur d'Eragni , & c. & de
Marie-Louiſe Lombard , & petit- fils de Jean da
Pertuis , Ecuyer , Seigneur d'Eragny , de Gadancourt
, & c. qui avoit été a lié le 25 Juin 1515 à
Catherine Mignot , & dont le pere Jean du Per-
-tuis , Seigneur de la Franchiſe au pays de Gifors ,
& de la Goulardiére , près Châtillon fur Loing ,
étoit en 1471 Ecuyer de l'écurie du Roi , & Homme
d'armes du nombre des cent Gentilshommes
de la Garde du corps de a Majefté .
M de Verduc , Confeiller au Parlement , fils de
N.... de Verdue , Greffier en chef du Grand
Confeil , a époufé le 15 Mars 1753 Demoiſelle
N... de Selle , fiile de Nicolas de Selle , Confeiller
au Parlement , & de fa premiere femme
Catherine Gaultier de Befigni.
AOUST. 1.753. 209
Le 1s Mai dernier , le Comte de Preiffac , neven
du Marquis de Caraman , Lieutenant Général des
armées du Roi , époufa la fille de M. de Torpane,
Confeiller au Parlement.
Le du mois de Juin dernier , M. le Marquis
de Wargemont époufa Mademoiſelle Tabourot
d'Orval. Il eft fi's de Meffire Jofeph François le
Fournier , Seigneur de Wargemont , de Baumez ,
de Forets , de Saurel . & c . Meftre de camp de Cavalerie
, & Enfeigne dans la Compagnie des Gendarmes
de la Garde du Roi , & de Dame Bonnc-
Gabrielle de Saint -Chamans , & petit -fils de Fran
çois Bernard le Fournier , Ecuyer , Seigneur de.
Wargemont , Patron de Graincourt , & c . & de
Dame Marie- Gabrielle Truffier , Dame de Bethencourt
, de Martigni , de Saurel , &c . Celui - ci
avoit pour fisiéme aïeul Pierre le Fournier ,
Ecuyer , Sieur du fief noble d'Iſamberteville , fitué
au hameau de Wargemont , Paroifle de Graincourt
, Vicomté d'Arques , & Bailliage de Caux ,
lequel fut déclaré noble par jugement des Com
miffaires ordonnés par le Roi Louis XI . fur le fait
des francs fiefs en Normandie , du 26 Octobre
1471.
M. N ... de la Tour du Pin , Comte de Paulin,
a époufé la fille unique de M. Billet , Maître des
Comptes , & ci - devant Confeiller au Grand Confeil
.
M. N ... de Lacoré , Maître des Requêtes , a
époulé Mademoiſelle Chambon , dont la foeur s'eft
mariée vers le même tems avec M. Lalive de Jully.
Dame Marie- Anne Polart de Villequoy, femme
de Gafpard Moyle de Fontanicu , Confeiller
d'Etat , eft morte le 6 Décembre 1752 , âgée de
ans.
Le premier Juin , on inhuma à S. Euftache
210 MERCURE DE FRANCE:
Meffite Anne Simon Piarron de Chamouffet , Seit
gneur de Saint- Thibault , Maître des Requêtes , &
Préfident au Grand Confeil , décédé rue du Mail.
Dame Charlotte Rofalie de Romaner , époufe
de François-Martial , Comte de Choifeul- Beaupré
, Brigadier & Infpecteur Géneral d'Infanterie
, Menin de Monfeigneur le Dauphin , eft morte
le 2 , âgée de 20 ans. Elle étoit l'une des Da
mes nommées pour accompagner Madame Adelaïde.
Frere Louis Armand Pouffe- Mothe de Gravila
le , Chevalier Profès de l'Ordre de S. Jean de Jérufalem
, & Commandeur de la Commanderie
d'Ivry- le - Temple , eft mort le f , dans ſa joe´
année.
Marie -Jean- Louis de Caillebot de la Salle ,
fils de Meffire Marie- Louis de Caillebot , Mar
quis de la Salle , Lieutenant- Général des Armées
du Roi , Sous Lieutenant de la Compagnie des
Gendarmes de la Garde de Sa Majefté , Gouver
neur & Lieutenant- Général de la haute & baffe
Marche , eft mort le 7 Juin , âgé de deux ans.
3
Henriette-Marie le Hardi , Marquise de la
Trouffe , veuve d'Amedée- Alphonfe d'Alpozzo ,
Prince de la Cifterne , Grand- Veneur & Grand-
Fauconnier du feu Roi de Sardaigne , Maréchal
de fes Camps & Armées , & Colonel du Régiment
de Saluces , eft morte en cette Ville , le
1 ... , âgée de 92 ans. Elle a été inhumée dans
l'Eglife des Religieuſes Urſulines du Faubourg S.
Jacques.
Demoiselle Louife de Craffol - Saint - Sulpice ,
ourut en cette Ville le 11 , âgée de 75 ans.
Le 12,
fut inhumée à S. Salpice Dame Claude-
Elizabeth le Canu , veuve de Meffire Paul- François
de Bugy, Commandeur des Ordres de S. Maurice
& de S. Lazare , décédée rue des Caneties , âgée
de
91 ans:
A O UST. 1753 ΣΙΤ
Ee 13 , eft mort à Aix en Provence , Louis de
Villeneuve , Marquis de Trans , premier Marquis
de France , âgé de 39 ans. Il laiffe trois garçons.
1°. Louis-Henri de Villeneuve , à préfent Marquis
de Trans , âgé de 14 ans.
2º. Thomas-Alexandre- Balthazar , Comte de
Tourettes.
3°. Alexandre Marie , Comte de Monts, Voyez
la IV. Part. des Tablet. hift, & généal, pag . 1 .
L'On a dit dans le Mercure de Juiller que Charles
Brulart , Marquis de Genlis , décédé le 15 Mai
précédent , avoit pour pere Florimond Brulart ,
Capitaine des Gendarmes d'Orléans ; c'étoit ſon
grand-pere. Le pere du Marquis de Genlis s'appel-
Toit Pierre Brulart de Genlis , & avoit époufé Anne-
Claude Brulart de Sillery fa coufine , troifiéme fille
de Roger Brulart de Sillery , Marquis de Puyfieulx,
Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant Général
de fes Armées , & Ambaſſadeur extraordinaire de
France en Suiffe , dont les deux filles aînées étoient,
1°. Catherine-Françoiſe Brulart de Sillery , mariée
en 1697 à Pierre Alleman , Comte de Montmartin
, Lieutenant de Roi en Dauphiné. 2º . Gabrielle-
Charlotte- Elizabeth Brulart de Sillery , qui avoit
époufé en 1702 François- Jofeph Marquis de Blan
chefort , Baron d'Afnois.
Le Marquis de Genlis étoit veuf depuis le 20
Mai 1742 , de Louiſe- Charlotte d'Halencourt de-
Droménil , dont il laiffe pour enfans :
1º. Claude- Charles Brulart , Comte de Genlis ,
Colonel dans le corps des Grenadiers de France
né le 15 Mars 1733.
2. Charles- Alexis , né le 21 Janvier 1737.
3. N .... Brulart de Genlis , deftiné à l'Etats
Eccléfiaftique. Point de fille , quoiqu'on en ait
212 MERCURE DE FRANCE.
inferé une dans le nombre des enfans du feu Mar
quis de Genlis , au Mercure de Juillet .
}
I
A VIS.
P de Sa Majene ,& de la Commiflion Royale.
Ar permiffion du Roi , du premier Médecin
Le fieur Hallé de la Touche , Dentifte , gendre &
éleve du feur Dugeron , ancien Chirurgien Major
en charge des Cent-Suiffes de feu Monfieur ,
& Chirurgien de feu S. A. R. Monfeigneur le
Duc d'Orléans , continue de donner avis qu'il eft
feul pofleffeur d'une Opiate turquaife , compofée
de fimples , fans goût ni odeur , qui préferve les
dents de fe gåter & de tomber , conferve l'émail
& les gencives , empêche la récidive de la craffe
& du nétoyement par les fers , qui n'eft que
leur deſtruction , les ébranlant & altérant leur
email : arrête les progrès de la carie & fes douleurs
, les entretient faines , & dans leur blancheur
naturelle , dégonfle les gencives lorfqu'elles font
trop remplies de fang , guérit les ulcères , abcès
& chancres qui y viennent, les raffermit lorfqu'elles
font branlantes dans leur cavité , détourne les
férofités qui caufent des Auxions & douleurs continuelles
, qui excitent la carie de faire ſes progrès
par leur âcreté.
Il eft autorisé par deux Sentences de Police
rendues au Châtelet de Paris , par Meffieurs de
Machault & d'Argenfon , en date des 19 Janvier
1720, & Septembre 1728 , confirmées par Arrêt
du Parlement du 28 Septembre 1728 , & par
Brevet du 4 Mai 1745.
Il tire les dents , racines , & fur- dents de telle
nature qu'elles foient , gratis , depuis deux heures
jufqu'à cinq. Il va chez les perfonnes qui lui
font l'honneur de le demander , & vend fes Opia
tes 3 liv . & 6 livres,
A O UST. 1753 :
Ufage de l'Opiate du Sr Hallé.
Vous ne pouvez tirer un parfait fuccès de ce
reméde qu'après avoir fait nétoyer vos dents avec
les fers ; le nétoyement fait , l'on fe fervira de l'opiate
tous les jours avec le plat de ce bâton étranger
; l'on en prendra peu à la fois , afin que par
plufieurs fois que l'on en prend , on puifle en.
porter à toutes les dents , tant par dehors que par
dedans ; ce qui fe fera en pinçant la fine extrê
mité des gencives , en les abaiffant & applatiſfant
fur les dents ; & celles qui feront creuſes , l'on
en mettra dans le trou toutes les fois que l'on s'en
fervira , ainsi que fur celles qui feront attaquées.
de carie. On s'efluye les lèvres fans laver fa, boug
che.
Ufage de l'Effence Pruffienne du Sr Hallé.
par-
Elle guérit en peu de tems le fcorbut , chan
cres , abcès & ulcères , tant des grandes perſonnes
que
des enfans . Pour les maladies ci - deffus , it
faut en imbiber du coton & l'appliquer fur la
tie malade , & le renouveller trois fois par jour
le matin , à midi & en fe couchant , & que l'on
gardera toute la nuit ; elle donne bonne odeur à
la bouche , raffermit les dents , fait recroître les
gencives , en s'en gargamlant fans eau de tems
en tems.
Il nétoye les dents , les égalife , les fépare , les
redreffe , les plombe , foit en or
› en argent ou en
plomb , en remet d'artificielles reflemblant aux
naturelles , & en remet de naturelles fans caufer
de douleurs.
Sa demeure eft rue faint Honoré , près celle d'Or◄
léans , vis- à- vis la rue des Poulies , chez une Mar,
chande de Modes , entre le Dauphiné le Roide la
Chine, fur le derant,
14 MERCURE DE FRANCE.
AUTRE.
Fauvel , Expert , reçu à Saint Côme , pour les
Hernies ou Defcentes , traite ces maladies par l'ap
plication d'une nouvelle efpéce de Bandage d'y.
voire qu'il a inventé.
Quoiqu'il convienne aux perfonnes de tout âge
& de tout féxe , il excelle fur tout pour les hernies
naiffantes , qu'il guérit radicalement & en
peu de tems. Ge bandage étant fans fer ni acier ,
a fur ceux qu'on employe communément , l'avantage
d'être très leger , & de faire très peu de VOlume
: il n'eft point fujet à écorcher ni à uſer les
linges & les habits qui portent deffus , enfin on
couche avec , fans en être gêné , & on ne le quitte
dans aucun exercice que ce foit ; un feul fuffic
pour la vie , & d'un bandage fimple , il eft ailé
d'en faire un double , fans rien changer au premier.
Le Sieur Fauvel fait auffi des bandages pour
le nombril , la matrice , l'anus , & autres parties
du corps ; des refforts & machines pour empêcher
l'écoulement involontaire des urines , dans l'un &
Pautre fexe ; des porte-ventres très-commodes &
très folides , des tourniquets à charniere pour l'anevrifme
, des bottines pour redreffer les cuiffes &
les jambes des enfans , des fufpenfoires de toute
efpéce , & de très commodes , qui n'ont d'autre
,ceinture que celle du bandage.
Les perfondes de Province qui lui feront l'honneur
de lui écrire , font priées d'affranchir leurs
lettres , de lui envoyer, avec un fil , leur groffeur,
& marquer le côté , ainfi que le volume de la her
nie. S'il y en a deux , il faut fpécifier celle qui eft
plus groffe , marquer fi le malade eft maigre
ou en embonpoint , & fi les aînes font creuſes ou
élevées. Il demeure à préfent dans la rue de la
Harpe , près la rue Pierre-Sarrafin , à l'enſeigne dus,
Bandage d'yvoire.
AOUST . 1-753- 215
A VIS.
Male Chevalier Blondeau , connu par plufieurs
Ouvrages qu'il a donnés au Public , s'eft fait une
étude particuliere de la connoiffance des familles
du Royaume : il a formé un cabinet , & il l'a en
richi de plus de quinze mille titres originaux. Ce
font des contrats de mariages , des teftamens ,
donations , partages , actes de tutelles & de curatelles
, tranfactions , accords , & autres titres ,
les a mis en ordre . Outre ces titres , il a raffemblé
un très-grand nombre d'extraits de titres , pris
foit fur les originaux des familles qui l'ont honoré
de leur confiance , & dont il a écrit les généalogies
, foit dans des manufcrits de la Bibliothèque
du Roi , foit dans les Regiftres du Parlement &
de la Chambre des Comptes de Paris , foit dans
des Cartulaires , foir enfin dans les principaux Cabinets
où on lui a fait l'honneur de lui donner accès
. Les familles dont les titres font égarés , t
veront chez ledit fieur Blondeau , des reflources
qu'il le fera un plaifir de leur fournir. Il demeure
à Paris , au Faubourg S. Germain , rue du Bacq
entre la rue de Séve le Séminaire de Mrs des Mif
fions Etrangeres , dans la maison de M. Chevalier,
ancien Conful, dont un Chirurgien occupe la boutique.
J
APPROBATION.
trou-
'Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier
, le volume du Mercure de France du mois
Août. A Paris , le 31 Juillet 1753.
LAVIROTTH
416
TABLE.
Places FUGITIVAS en Vers& en Profe.
par → 4
Rondeau, par M. L. Dutens , de Tours ,page 3
Epigranime à Mlle *** le même ,
Aflemblée de la Société Royale de Lyon ,
Epitre à M. de Montelquieu , 25
46
Séance publique de l'Académie Royale des Sciences
, Infcriptions & Belles - Lettres de Toulouſe, 29
Imitation d'une Epigramme de Buchanan ,
Difcours qui a remporté le prix à l'Académie des
Jeux Floraux , par M. l'Abbé Foreſt ,
Epitre à M. D ***
Affemblée de la Société Royale de Nanci ,
Vers fur la mort d'une jeune perfonne ,
Lettre d'un jeune Officier à une Veuve ,
Vers fur une partie de plaifir ,
Penfées diverſes , traduites de l'Anglois ,
47
85
87
99
101
104
105
Mots de l'Enigme & des Logogryphes du dernier
Mercure ,
Enigme & Logogryphes ,
Nouvelles Littéraires ,
Lettre de M. G. à l'Auteur du Mercure ,
Beaux Arts,
Chanfon ,
Spectacles ,
Nouvelles Etrangeres ,
107
108
114
160
153
166
169
181
France. Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 197
Naiffance , mariages & morts ,
Avis ,
La Chanfon notée doit regarder la page 166,
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
AOUST . 1753.
AGIT
UT
SPARG
AT.
Chez
Papillon
A PARIS ,
CHAUBER T , rue du Hurepoix.
JEAN DE NULLY , au Palais.
PISSOT , Quai de Conty ,
defcente du Pont-Neuf.
DUCHESNE , rue Saint Jacques,
au Temple du Goût.
M. DCC. LIII.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
A VIS.
'ADRESSE du Mercure eft à M. MERIEN,
L Commis au Mercure , rue des Foffez S. Germain
l'Auxerrois , au coin de celle de l'Arbre -jec , pour remettre
à M. l'Abbé Raynal .
Nous prions très-inftamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le port ,
pour nous épargner le déplaifir de les rebuter , & à eux
celui de ne pas voir paroître leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays Etrangers
quifouhaiterons avoir le Mercure de France de la premiere
main, plus promptement , n'auront qu'à
écrire à l'adreffe ci - deffus indiquée.
&
9
On l'envoye auffi par la Pofte, aux personnes de Province
qui le defirent , les frais de la pofte ne font pas
confiderables.
On avertit auffi que ceux qui voudront qu'on le porte
chez eux à Paris chaque mois , n'ont qu'à fairefçavoir
leurs intentions , leur nom & leur demeure auditfieur
Merien,Commis au Mercure , on leur portera le Mercure
très exactement , moyennant 21 livres par an , qu'il
payeront , fçavoir , 10 liv, 10 f. en recevant le fecond
volume de Juin , & 10l . 10 f, en recevant le fecond
volume de Décembre. On les fupplie inftamment de
donner leurs ordres pour que ces payemens foientfaits
dans leur tems.
envoye
On prie auffi les perfonnes de Province , à qui en
le Mercure par la Pofte , d'être exactes à faire
payer au Bureau du Mercure à la fin de chaque femeftre
,fans cela on feroit hors d'état de foutenir les
avances confidérables qu'exige l'impreffion de ces
ouvrage.
On adreffe la même priere aux Libraires de Province .
On trouvera le fieur Merien chez lui les mercredi
, vendredi , & famedi de chaque semaine.
PRIX XXX . SOLS .
BIBLIOTHECA
REGIA
ONACENSIS.
MERCURE
DE FRANCE .
1
DÉDIÉ AU ROI.
AOUST.
1753.
PIECES FUGITIVES,
en Vers & en Profe.
S
RONDE A U.
Par M. L. Dutens , de Tours,
Ans héfiter , un amant , s'il eſt ſage ,
Adroitement à l'objet qui l'engage
De fon amour doit faire un prompt
aveu ;
S'il s'apperçoit qu'on lui fait bon viſage ,
Qu'il en profite , il fait bien , c'eſt l'uſage.
Mais fi par cas il voit mauvais préfage ,
Rien que mépris fi fon coeur n'envisage ;
A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
Il doit tirer fon épingle du jeu ,
Sans hésiter.
J'en ufe ainfi toujours tendre & volage ,
Point ne voudrois perdre mon étalage ;
Je vais au fait , on me refuſe ; adieu :
Tant pis pour vous , la belle ; en autre lieu
On recevra peut- être mon hommage,
Sans héliter.
EPIGRAMME A MLLE ***.
Par le même.
A vec autant d'efprit ,
Vec autant d'efprit , de grace , d'agrémens ,
Avec les traits les plus charmans ,
Comment , belle Lucile , avez-vous donc pú faire
Pour réuffir à me déplaire ?
AOUST.. 17538
5
ASSEMBLE'E PUBLIQUE
De la Société Royale de Lyon , du premier
Décembre 1751.
M
Garnier , Directeur , a donné les
extraits fuivans des Mémoires qui
onr été lûs à la Société Royale depuis la
derniere Affemblée qui fut publique le
28 Avril 1751.
Nouvelle méthode pour noter le Plain- Chant
fans barres & fans clefs.
M. l'Abbé de Valernod s'eft propofé de
renfermer dans deux petits in - 12 , toutes
les piéces de chant à l'ufage de fon Eglife
; objet qu'il n'eft pas poffible de remplir
en fuivant la maniere ufitée de noter
parce qu'elle occupe plus de place & qu'il
Tui faut du papier plus fort , les notes pleines
maculant davantage le papier , que
les fimples traits dont les fignes nouveaux
font formés.
Il défigne chaque note par une des lettres
qui entrent dans leur nom ; il préfe-.
re les voyelles autant qu'il fe peut , parce
qu'elles ont un fon par elle-mêmes trèspropre
à rappeller celui de la note , ou
A iij
8 MERCURE DE FRANCE.
du moins fon nom : ainfi pour défigner.
un ut , on met un u ; pour
le re > un
e ; pour le mi , un i ; pour le fa , l'a italilique
; pour le fol , un o ; pour le la , un
a romain; pour le fi béquarre , un s ; pour
le fi bémol ou le za , un z : quand le chant
monte à l'octave fupérieure , on met un
point au deffus de ces lettres ou notes ;
on le met au contraire au deffous , quand
il defcend à l'octave inférieure .
Les notes longues font marquées par un
trait horisontal au deffus , & les bréves
par un c renversé , ce font les marques
profodiques ufitées . Enfin , les paroles font
écrites au-deffous des notes qui font tou
tes pofées fur une même ligne.
Voila toutes les régles de cette méthode
, chaque chofe y eft défignée , comme
l'on voit , par des caractères fi fimples , fi
naturels & déja fi connus , qu'en moins
d'un quart d'heure on connoit toutes les
notes & leurs modifications ; la note étant
pour ainfi dire écrite , elle est toujours
préfente à l'imagination & à l'efprit , &
on ne sçauroit chanter par routine. Il n'en
eſt pas de même dans la méthode ordinaire
après plufieurs mois d'exercice , on eft
encore embaraffé pour appeller la note ;
cette difficulté vient des fréquens changemens
de clefs , de leurs diverfes pofiA
OUST. 17530 7
tions fur les barnes , & des manieres différentes
de folfier par
quarre.
*.
bémol ou par bé-
L'Auteur finit fon Mémoire par examiner
file Plain - Chant ainfi exprimé , fera
plus ou moins aifé qu'avec Pexpreffion
ufitée. Quatre chofes , dit- il , font néceffaires
pour bien chanter , aufquelles fe
rapportent toutes les difficultés du chant,
La premiere confifte à connoître les notes
& leurs modifications . La feconde à les
entonner juftes . La troifférne , à joindre
aux tons des notes les paroles . La quatriéme
à chanter avec goût & avec propreté.
Il feroit trop long de le fuivre dans cet
examen , nous nous bornons à rapporter
ce qu'il dit fur la feconde chofe néceffaire
pour bien chanter , qui eft d'entonner jufte
les notes , comme étant la chofe la
plus effentielle , & en quoi confifte ce
qu'il peut y avoir de problématique dans
la question.
L'intonnation des notes , dit- il , dépend
uniquement de la jufteffe de l'oreille
& de la flexibilité de la voix ; les expreffions
des notes fur le papier n'y contribuent
en rien . C'eft en vain qu'on objecte
que les notes pofées fur des barres
plus ou moins hautes , conduisent à la précifion
des fons , en défignant de combien
A iuj
8 MERCURE DE FRANCE.
de dégrés les uns font plus ou moins élevés
que les autres ; la diftance qui eft entre
les notes fur le papier , que l'oeil feul
apperçoit , eft d'une nature fi différente
de celle qui eft entre les fons des notes ,
dont la feule oreille peut juger , que la
premiere de ces chofes ne peut conduire à
la précision de l'autre . En effet , quand on
folfie on paffe d'une note à l'autre fans
fçavoir de combien elles font refpectivement
plus hautes ou plus baffes. Il faudroit
même quelque tems pour le compter , afin
d'être en état de répondre à une interro
gation fubite , cette idée empêcheroit mê
même fouvent d'atteindre à la préciſion
réquife .
En effet , fi cette expreffion influoit
dans le fens que l'on dit à la jufteffe de
l'intonnation , elle induiroit ſouvent en
erreur ; car les P. E. tierces & quartes mineures
font exprimées par les mêmes diftances
fur le papier que les tierces & quartes
majeures , quoique celles qui font entre
leurs fons foient différentes .
Quoiqu'on ait dit qu'il n'y a point de
rapport naturel entre la diftance qui eft
entre deux notes. fur les barres , & celle
qui fe trouve entre les deux fons , cela
n'empêche pas qu'après un long exercice ,
la vue de ces fignes quoiqu'arbitraires , ne
A OUST. 1753. 9
rappelle & ne donne de la facilité à produire
les fons qui conviennent ; mais voici
comment le foin que l'on a , en inftruifant
les commençans , de leur faire toujours
entendre le même fon à la vue du
même figne , & les efforts qu'ils font euxmêmes
pour les imiter les imiter , leur fait enfin
contracter l'habitude de les produire , fans
héfiter à la premiere vûe de ces fignes, parce
que , comme le dit & l'explique le Pere
Mallebranche , quand on a fait pendant
long- tems deux choles à la fois , l'idée de
L'une ne peut être excitée fans que celle de
l'autre ne le foit auffi , & en conféquence
les efprits animaux prennent leur cours:
pour difpofer les organes à produire le
fon dont le figne a excité l'idée . Mais cet
avantage eft commun à tous les fignes arbitraires
que les hommes ont inftitués ;
ainfi la vue des figues inventés par M.
l'Abbé de Valernod produira le même effet
, & on ne croit pas que l'une des deux:
méthodes ait de l'avantage fur l'autre en
ce point. Si l'on veut décider cette quef
tion par l'expérience, l'on fent bien que la
plus grande difficulté que trouvent les perfonnes
qui ont toujours chanté fur les livres
barrés , quand ils veulent chanter
fur les nouveaux Livres , ne conclud rien :
elle doit le faire fur deux perfonnes , dont
A.v
10: MERCURE DE FRANCE.
l'une aura été inftruite fuivant l'ancienne
méthode , & l'autre fuivant la nouvelle ;
& l'Auteur fe flatte qu'on apprendra le
chant avec plus de facilité en moins de
tems , & que l'on chantera plus fûrement
par fa méthode : d'ailleurs il est évident
que les Livres faits fuivant cette nouvelle
, coûteront beaucoup moins & feront
portatifs
Phénoméne arrivé à Lyon au mois de fuillet
י
1749.
M. Morand, l'un de nos Académiciens
Affociés , qui étoit à Lyon cette année
rapporte qu'un homme qui alloit vuider
des latrines , n'eut pas plutôt levé la pierre
qui fermoir la foffe , qu'il en fortit un
nuage épais , lequel rencontrant la flamme
d'une chandelle allumée qui étoit fur
le bord de la foffe , s'y enflamma , brûla
les mains & le vifage de l'ouvrier. Ce
nuage enflammé étant forti dans la rue
par une fenêtre qui fe troava ouverte
monta le long du mur extérieur de la maifon
, & mit le feu à des chaffis de papier
du quatrième étage. Malgré tous les foins
que l'on prit de ce malade dans l'Hôtel-
Dieu , il ne put guérir qu'au mois d'Octo-
Bre fuivant , des brûlures du vilage , les
autres ne fe cicatriferent point , & dans
A O UST. 1753 If
Te mois fuivant , il eut une rétention d'urine
fuivie d'une enflûre & d'une diarrhée
qui l'emporterent.
On trouve ailément l'explication de ce
Phénoméne dans les particules graffes fulfureufes
& inflammables , qui par la chaleur
exceffive qui régnoit alors , s'étoient
exaltées , & ne demandoient que du feu
pour s'enflammer.
L'Auteur a raffemblé dans fa Differta
tion quelques exemples frappans de femblables
Phénomenes à l'occafion des foffes
fépulchrales , de même qu'à l'ouverture
de quelques cadavres , de l'intérieur def
quels fe font élevées fubitement des vapeurs
, qui fe font enflammées à l'appro
che d'une bougie.
Ces obfervations , quoique rares , font
cependant fuffifantes , pour que ceux qui
font exposés à l'action de ces feux , ne né
gligent point de s'en garantir.
Remarques fur des Prunes fauvages , devenues
monstrueuſes .
Dans la même année 1749 , vers la Fête
de la Pentecôte , M. Morand remarqua
que les fruits de tous les pruniers fauvages
depuis Charly juſqu'à Lyon , au lieu
d'être ronds & de la groffeur d'un poix ,
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
comme ils le devoient être alors , avoient
une forme ovale une fois & demie plus
longue que celle des fruits naturels & ordinaires
dans cette faifon , & qu'ils ref
fembloient fort à de jeunes amandes, d'un
verd cependant moins foncé & tirant fus
le jaune.
M. Morand ayant encore obfervé le
même phénomene cette année entre Va
lence & Tournon , s'eft apperçu cette fois.
que ces prunes , qui étoient d'une groffeur
plus extraordinaire , étoient en ou
tre perçées jufques à leur centre , & dépourvûes
de noyaux. Il infère de là que
l'on doit rapporter la caufe de cette monf
truofité , à la piqûre de quelque infecte ,
à l'occafion de laquelle les fucs nourriciers
fe feront portés en plus grande abondance
dans les vaiffeaux qui ont été ouverts ,
& qui par la même caufe s'étant dilatés:
de plus en plus , & ayant donné plus de
liberté au mouvement des fucs , auront
produit un plus grand accroiffement en
tout fens.
C'eft de cette maniere , dit M. Morand
, que le forment ces-efpéces de tubérofités
appellées galles , que l'on trouve
fur différentes plantes , & qui font ſi va
riées dans leur grandeur , dans leur figu
e & dans leur difpofition interne & exA
OUST. 1753. I'
terne. Perfonne ne doute aujourd'hui que
ees excroiffances ne foient l'ouvrage des
pucerons qui s'y font introduits , ou qui
y ont renfermé leurs oeufs , lefquels y
ont germé comme dans des nids .
M. de Reaumur , dont on trouve dans
les Mémoires de l'Académie , une obfer.
vation fur le même phénomene , l'avoit
attribué à quelque efpéce de pluye ; mais
nous fçavons qu'il a embraffé le fentiment
de M. Morand , depuis qu'ayant exami
né ensemble l'intérieur de quelques uns
de ces fruits monftrueux , il y avoit reconau
descrottes d'infectes . Les grands hom
mes ne font point jaloux de leurs fenti
mens , ils ne cherchent que le vrai .
Sur la théorie de la Musique.
M. Bollioud après avoir examiné la
théorie de la Mufique & fon utilité , rap
porte hiftoriquement les noms de ceux
qui ont traité de la Mufique théorique ,
& lorfqu'il vient à M. Rameau , il en fair
Véloge , avec les obfervations néanmoins
qui doivent être faites fur fes différens
ouvrages . M.Bollioud paroît du fentiment;
qu'une grande théorie fait rarement un
bon compofiteur de Mufique , & qu'il laž
faut feulement de certains principes & un
14 MERCURE DE FRANCE .
bon goût , dont on ne fçauroit donner de
préceptes.
Sur les différentes compofitions du tartre
Emerique.
M. Morand notre Académicien affocié ,
animé du zéle que lui infpire fon coeur &
fon état pour la confervation des hommes ,-
remarqua , dans un voyage qu'il fit à
Lyon , des différences du Tartre émétique
à celui de Paris , ce qui l'engagea à envoyer
un Mémoire fur les dangers du défaut
d'uniformité dans les dofes & la compofition
du Tartre émétique. On reconnut
qu'en effet il y avoit de grandes différen
ces , on peut donner de celui qui fe com
pofe publiquement à Lyon depuis quelques
années , jufques à 12 & 15 grains
fans danger , tandis qu'on ne pourroit
pas paffer 4 às de celui de Paris.
Sur l'Emétique.
M. Gavinet a donné le détail de tous
Les émétiques , en rapportant leurs compofitions
; il vient enfuite au tartre éméti
que & à fa compofition , dont il décrit
celle qu'il croit la meilleure.
L'Auteur décide en faveur de la méthode
qui preferit de faire bouillir parties
égales , de foye , d'antimoine & de cryf
AOUST. 1753 . F5
tal de tartre dans fuffifante quantité d'eau,
& après avoir filtré , de faire évaporer juſqu'à
ficcité. Le foye d'antimoine contient
affez de fel alkali , pour rendre le cryſtal
foluble , fans qu'il foit befoin d'emprunrer
celui des fcories.
M. Gaviner termine fon Difcours par
une obfervation importante ; les préparations
émétiques tirées de l'antimoine , &
principalement le tartre , le firop & le kermès
minéral perdent de leur force en vieilliffant
, de forte que les dofes doivent
être un peu augmentées,fi les préparations
font anciennes. M. Gaviner attribue cette
différence à l'acide univerfel répandu dans
Fair, qui fixant peu à peu les parties fulfureufes
de l'antimoine , diminue par là leur
action.
Méthode pour déterminer le centre de frottement
de plufieurs poids qui tournent
autour d'un point fixe.
L'utilité de ce problême dans la mécha
nique & la maniere imparfaite dont il avoit
été réfolu jufqu'à préfent , ont engagé M.
Montucla à chercher une méthode nouvelle
pour le réfoudre : elle confifte à multiplier
chacun de ces poids par le quarré de leur
diſtance du point fixe , & à divifer la
fomme des produits par celle des poids.
TO MERCURE DEFRANCE.
Le quotient donne le quarré de la diftance
du point fixe à un autre point , fur le
quel fi on fuppofe tous les poids concentrés
, leur frottement produira une réfiftance
égale à la fomme des réfiftances particulieres
de tous les frottemens . Ce calcul
qui feroit long , difficile & fouvent
impraticable à ceux qui ne connoiffent que
les anciennes méthodes, devient plus ailé,
lorfque l'on employe le calcul intégrat .
M. Montucla y a joint une folution
courte & élégante d'un problême de Géométrie
, qui devient extrêmement compliqué,
lorsqu'on n'a pas l'induftrie de s'écarter
des routes ordinaires de l'analyſe .
Il s'agit de trouver dans la circonférence
d'un cercle , un point , duquel tirant une
ligne à chacune des extrêmités d'une autre
ligne quelconque donnée , foit dedans ,
foit hors du cercle , elles couperont le cercle
de façon que la ligne tirée d'un point
d'interfection à l'autre , fera paralelle à
la ligne donnée.
Nouvelle Defeription de la Grotte d'Arcy
en Bourgogne *.
Les defcriptions que l'on connoît des
*C'eft cette Description qui eft inférée dans la
troifiéme partie des Obfervations fur l'Hiftoire
Naturelle , & que l'Auteur a défavouée par une
Lettreenvoyée au Mercure d'Août 1752.
AOUST. 1753. 17
plus fameufes Grottes, n'ôtent rien du mérite
de celle-ci : à mesure que les congel
lations qui s'y trouvent prennent accroif
fement , ou qu'il s'en reproduit de nouvelles
, ce fouterrain & conféquemment les
defcriptions qu'on en pourroit faire , doivent
être différentes . M. Morand s'eft propofé
d'en donner une qui puiffe à peu
près fe trouver dans tous les tems vraye
& exacte pour cela il ne s'attache à au
cun morceau en particulier ; il eft inutile ,
dit fort judicieufement l'Auteur , de s'attacher
à peindre des ouvrages qui ne font
pas finis , & aufquels la nature retouche
à chaque inftant , à l'imitation des bons
Peintres qui ne peignent point tout &
qui laiffent un champ libre à l'imagination
; je n'entrerai pas dans des détails
qui ne donnent aucune idée , aimant
mieux en laiffer imaginer plus que je n'en
dirai .
*
, י
La température de l'air de la caverne
eft fort douce , & la même que celle de
la Grotte de Balme en Dauphiné , dont
M. Morand a envoyé la defcription à l'Académie
Royale des Sciences de Paris.
Ce fouterrain à environ 30 toifes de
long. Vers fon entrée elle fe partage en
deux routes , qui par la différence de leurs
dimenfions en plufieurs.endroits , forment
18 MERCURE DE FRANCE.
plufieurs Salles , dont quelques- unes éton
nent par leur grandeur & par la hardieffe
de leurs voûtes.
Ces falles font plus ou moins remplies
de congellations , qui ont toutes fortes de
formes ; les unes font à terre , & répréfentent
des bornes , des pilaftres , des aiguil
les ; plufieurs pofées comme des colonnes
fur des pieds d'eftaux , paroiffent foutenir
les voûtes , & font entremêlées d'obélif
ques & de confoles , que l'on diroit être
chargés d'hyeroglyphes mystérieux ; d'autres
fervent d'ornemens à la voûte d'où
elles defcendent quelquefois jufques fur
le fol , où en en rencontrant d'autres, elles
forment des maffifs de toutes fortes de fi
gures & de groupes , dont les enfoncemens
& les rehauffemens forment des perfpectives
bizarres.
La plupart de ces congellations font
très blanches , il y en a qui le difputent
au marbre le plus blanc ; d'autres font f
brillantes qu'on les prendroit pour du
cryftal de roche .
M. Morand paffe en revue celles de ces
falles ou de ces maffifs de congellations ,
qu'on a foin de faire remarquer aux curieux
qui vont vifiter ces grottes ; comme
ce qu'on nomme les Orgues , la Coquille
La Salle du Bal , ou la Salle du Prince , &
"
AOUST . 1753- 19
une que M. Morand appelle la Salle des
Chauves-fouris , parce qu'elle fert de retraite
à un effain innombrable de ces animaux
, habitans de ce fouterrain.
Les bornes d'un extrait ne permettent pas
d'entrer dans un plus long détail , il ſuffic
de remarquer que de toutes les grottes que
F'on connoît , celles d'Arcy font des plus
riches en congellations , qui peut-être
rendront un jour la montagne où elles
font fituées , célébre & précieufe , fi l'on
vérifie les conjectures de M. Morand , fur
la nature de ces pierres , qu'il foupçonne
être pour la plupart d'albâtre.
Sur la maniere dont le Tartre émérique
agit fur l'eftomac .
Touché de la répugnance & des funeftes
préjugés qu'une partie du Public conferve
encore contre l'ufage de l'émétique ,
M. Colomb a tâché de les combattre & de
raffurer les plus timides . Sa Differtation eſt
divifée en trois parties.
Dans la premiere il expofe en Anatomifte
, la ftructure de l'eftomac , il explique
en Phyficien comment le tartre
émétique agit fur le vifcere , & il conclud
avec raifon , que l'action du remede eft
trop foible pour faire le moindre tort à
un vifcere conftitué comme il l'a dépeint
20 MERCURE DE FRANCE
Dans la feconde partie , M. Colomb
foutient que loin d'affoiblir l'eftomac , l'émétique
le fortifie : il prouve cette propofition
par l'exemple des inflammations
des yeux qui font fouvent guéries par la
feule application du vin émérique.
Enfin , dans la troifiéme il fait voir que
l'avantage de l'émétique ne fe borne pas
à fa fimple vertu purgative. Les nerfs qui
vont à l'eftomac communiquent avec tous
ceux du corps ; c'eſt un enchaînement de
plexus qui eft en commerce avec toute l'économic
, de forte que par la fimpathie
que les nerfs ont entr'eux , il fe fait par
tout des contractions vives & falutaires ,
parce qu'elles expriment tous les vifceres ,
même les plus éloignés de l'eftomac , &
oblige les humeurs épaiffies qui y croupiffoient
, à rentrer dans le commerce des liqueurs
, ou à fortir par les vaiffeaux excrétoires
qui leur font propres.
Enfuite de ce Difcours le Pere Beraud
a lûr un Mémoire fur l'évaporation des
liquides , & fur l'afcenfion des vapeurs .
Il examine deux queftions : quelle eft
la caufe qui détache les parties fubtiles
de l'humidité des corps. Secondement ,
quelle eft la caufe qui les fait monter fi
haut & avec tant de facilité , lorfqu'elles
font détachées des corps.
AOUST. 1753. 27
L'Auteur de ce Mémoire admet avec
M. de Mairan , pour caufe néceffaire de
l'évaporation des liquides , l'émanation de
la matiere étherée , qui renfermée dans
les pores du liquide , & y ayant plus de
viteffe ou plus de force de reflort que la
même matiere qui environne au dehors le
liquide , s'y étend pour garder l'équili- ,
bre. C'est par ce principe qu'il explique
pourquoi la glace perd une partie confidérable
de fa fubftance dans un tems trèsfroid.
Car la glace , pour parvenir au dégré
du froid extérieur , doit perdre de ſa
chaleur intérieure , & cette chaleur ne diminue
que par l'écoulement au dehors de
la matiere étherée , & cette émiffion fera
d'autant plus confidérable que le froid extérieur
fera plus vif. Or l'évaporation fera
proportionnelle à l'écoulement de cette matiere
, qui en fortant par tous les pores de
la glace , emporte beaucoup des parties de
fa fubftance : c'est ce que l'on remarque
dans les expériences de l'électricité , où
P'on voit que la matiere étherée ou électrique
forcée de faillir d'un fluide ou d'un
folide dont les interftices font remplis de
fucs & de parties aqueufes , entraîne plufieurs
de ces parties. Sur quoi l'Auteur remarque
que cette évaporation forcée fe
fait avec les mêmes circonstances que l'é22
MERCURE DE FRANCE.
vaporation naturelle ; d'où il conclud
qu'elles ont l'une & l'autre une même caufe
, l'émiffion de la matiere étherée.
Pour expliquer l'afcenfion des vapeurs ,
M. Bouller , & après lui plufieurs Phyciens
nous ont repréfenté l'air , par rapport
au liquide fur lequel il flotte , comme
un diffolvant qui l'abforbe . Mais ce
fystème ne femble pas expliquer comment
l'air devenu plus pefant par ces parcelles
d'eau qu'il a abſorbées , & qu'il tient engagées
dans les pores , peut s'élever dans
un milieu plus rare & plus léger. L'Auteur
du Mémoiré répond à cette difficulté
, en difant que les parties des vapeurs ,
une fois féparées de la maffe du liquide ,
font dans un état entierement différent
de celui où elles étoient , lorfque par leur
union elles formoient ce liquide , & que
dans ce nouvel état elles acquierent un
excès de légereté refpective , fur celle de
l'air beaucoup plus grand que n'eft l'excès
de pefanteur de l'eau , dans fon état naturel
fur celle de l'air : c'eft ce que l'Auteur
prouve en comparant les dilatations des
vapeurs , avec celle de l'air , à trois différens
dégrés , à la chaleur de l'eau bouillante
, aux chaleurs communes de l'été ,
& au premier froid qui commence à geler
l'eau . Au premier point les vapeurs font
A O UST. 1753 : 23
13 fois plus légeres que l'air ambiant ; au
fecond, fix fois plus ; & au troifiéme , trois
fois plus. Elles ont donc un excès de légereté
refpective plus que fuffifante pour
s'élever dans la région des météores ou
des nuées , qui n'eft gueres au de- là d'une
lieue & demie en hauteur.
La Séance a été terminée par la lecture
qu'a fait M. l'Abbé Pernetti d'un Mémoire
fur la Véronique , dans lequel il examine
la nature de cette plante & fes différentes
vertus fpécifiques .
L'Auteur donne une grande préférence
à la véronique fur le thé , qui n'eft peut- être
tant eftimé que parce qu'il vient de loin &
qu'il eft cher . On prétend même que nous
ne l'avons qu'après le premier ufage qu'en
ont fait ceux de qui nous le tenons се >
qui peut ne lui laiffer fa moindre
qualiré.
que
La Véronique dont l'anagrame eft , Ero
unica , ne détermine point M. l'Abbé Pernetti
à lui donner des qualités fupérieures
à toutes les autres plantes , il les examine
de plus près ; il lui trouve celle de dé .
truire toutes les obftructions, quelque part
qu'elles foient placées ; tant de maladies
qui fe reffemblent le moins par leur nom
n'ont fouvent que ce même principe.L'Auteur
rapporte que la Véronique , contre
24 MERCURE DE FRANCE.
&
que
le fentiment de plufieurs , n'échauffe point,
fon ufage ordinaire eft comme celui
du thé. Une des qualités la plus finguliere
de la Véronique , rapportée d'après
Koffman , eft d'avoir rendu fécondes
dix à douze femmes qui paffoient pour
ftériles depuis plufieurs années , en leur
faifant prendre de la poudre de Véronique
infufée dans l'eau même de la Véronique.
Les Botanistes comptent cinquante deux
efpéces de Véronique , mais elles fe reduifent
à deux , le mâle & la fémelle ; celleci
croît en divers endroits , même dans les
jardins ; le mâle , dont les vertus & les
effers font bien fupérieurs , ne fe trouve
que dans les bois , auprès des chênes
dont les grandes qualités en peuvent communiquer
à la Véronique
EPITRE
A OUST .
25 1753.
106 502 502 502 500 500- 102 : 500 SC 580 582 506 and 508
EPITRE
A M. DE MONTESQUIEU ,
Préfident au Parlement de Bordeaux
Auteur du Traité de l'Esprit des Loix.
CE Héros ( 4 ) Orateur , fameux par ſes voya- ges,
Qui connut les humains , leurs climats , leurs ufa
ges ,
Immortel Secondat , mérita moins que toi ,
L'encens du Chantre de la Gréce.
Dans le Temple de la Sageſſe ,
Un Philofophe eft au deffus d'un Roi .
Alexandre , des cieux ( 6 ) empruntant le tonnerre,
Sous les pas triomphans vit l'univers trembler ;
Colomb à la bouffole afferviffant la terre ,
Trouva les bords étroits , & les fit reculer ;
Bravant les froids de l'Ourſe & les périls de l'onde;
Bouguer (c) a vû le globe , a fçu le meſurer ;
(a) Ulyffe.
Dic mihi , mufa , virum •
Qui mores hominum multorum vidit & urbes.
Horat. in Arte Poëtica,
(b) Allufion à fa defcendance fabuleuse de Jupiter Am
mon.
7
( ) Académicien célébre par les obfervations faites fup
La Cordeliere.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Pareil au flambeau du monde ,
Tu le parcours pour l'éclairer.
Dans un coeur retréci , décidé fans fyftême ,
L'amour de la patrie eft l'amour de lui- même ;
S'il n'égale aucun peuple à fes concitoyens ,
Lintérêt de l'Etat marche au - deffous des fiens.
Une ame profonde & ſublime
Voit fous des cieux divers tous les peuples rivaux ;
Quand la fortune entr'eux tient les rangs inégaux ,
L'avantage des moeurs régle feul fon eftime.
Cet efprit mâle , épuré par le coeur ,
Vante (a ) un Républicain vertueux fans contrainte,
Applaudit au François qui s'immole à l'honneur ,
Chez l'Anglois fon rival découvre le bonheur ,
Confole & plaint l'esclave opprimé par la crainte,
De l'équité des Dieux fa voix portant l'empreinte,
Pele, difcute , fixe , en arbitre des Loix ,
Et les droits des Sujets , & le devoir des Rois.
Puiffances que le ciel éleva fur nos têtes ,
Vous , (b ) Aftres bienfaifans qui confervez nos
jours ;
Vous (c) flambeaux odieux qui par mille tempêtes,
confternés fignalez votre cours ,
A nos yeux
Dans ces redoutables maximes (d) ,
(a) C'eft le plan général de l'Eſprit des Loix , qu'on a
tenté de tracer dans ces quatre vers .
(b) Les Monarques .
(c) Les Defpotes,
(d) On a crû entrevoir le fens de ces maximes dans le
Traité de l'Efprit des Loix , Liv , 6 , ch. 21. Liv . 8. ch. 6..
& 7. Liv. 12, chap. 27.
AOUST.
27 1753.
Que trace un crayon libre en bravant l'intérêt ,
Juges des Nations , entendez votre arrêt.
» De l'Immortel agens fublimes ,
" Notre fort roule dans vos mains ;
» Mais par des retours légitimes ,
Votre bonheur dépend de nos deftins :
-Auteurs des vertus & des crimes ,
» Déteftés , adorés ou craints ,
» Vous devez être les victimes
» Ou les idoles des humains .
Nouveau Socrate , où prends-tu cette audace
Qui fait ainsi la guerre à de fauffes grandeurs ,
Sans mériter où craindre leur difgrace ;
Qui déchire à nos yeux le voile des erreurs ,
Dreffe un trophée aux bonnes moeurs
Et les rétablit à la place
Du fol effain des vulgaires abus
Par où le fanatifme altéra les vertus ?
Sage réparateur du vol de Promethée ( a) ;
Pour confumer ce fiel , ce levain abhoré ,
Dont tu vois par fes mains notre race infectée ;
Tu puiſes dans ton fein uu feu pur & facré
Que tu voudrois verſer dans notre ame agitée.
Mortels , devons- nous plus au fils d'Epimethée
Dont le coupable effor oſa nous animer,
(a ) Fertur Prometheus addere Principi
Limo coalus particulam undique
Defectam, & infani leonis
Vim ftomacho appofuiffe noftre. Horat. Od. 16, L. &.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE
Qu'au Platon de nos jours qui fçait nous réfor
mer ? • , P
Mais quelle eft donc cette ardeur qui t'inſpire
(O tendre citoyen : ô coeur trop peu vanté !
Quoique plus d'un Pays t'envie à notre Empire ,
Qu'Edimbourg (4) te confacre à l'immortalité )
C'est l'amour de l'humanité .
C'eft cet heureux penchant , non le goût des merveilles
Dont l'Europe éblouit fes fpectateurs errans ;
C'eft cet inftinct flateur , qui dès tes jeunes ans
Fut le prix de ta courfe & l'ame de tes veilles .
Qui chérit ainfi l'homme , & qui fçait l'eftimer ,
Peut difputer aux Dieux l'art de s'en faire aimer,
D *** de Bordeaux .
(a) La nouvelle Compagnie d'Imprimeurs établie à
Edimbourg , a fait un préfent de livres à M. de Montef
quicu , par la voie de M. Alexander , & l'a fait prier de lui
accorder la préférence au cas d'une nouvelle edition de
fes Ouvrages.
A O UST. 20 17531
289 280285 286 287 207208 209 208 207208 208 209
SEANCE PUBLIQUE
De l'Académie Royale des Sciences , Inf
criptions & Belles Lettres de Touloufe ,
du 10 Mai 1753 .
Mi
de Rabaudy , Vice Préfident de
l'Académie ouvrit la Séance par
un Difcours , dans lequel il fit voir quels
font les motifs des Affemblées publiques
& combien l'Académie avoit été fidelle à
remplir exactement cette partie de fon
devoir ; il expofa auffi les raifons qui jufqu'ici
s'étoient oppofées à l'impreffion des
Mémoires de l'Académie ; ces raifons
étoient prifes du defir que l'Académie
avoit eu de perfectionner la Typographie
dans cette Ville , pour pouvoir faire imprimer
fous les yeux fes Mémoires , & des
difficultés que ce projet avoit effuyées fucceffivement.
M. Garipuy lat enfuite un Mémoire
dans lequel il rendit compte des obfervations
qu'il avoit faites pour fixer la latitude
de l'Hôtel de l'Académie qu'il a trouvée
de 43 °. 35′ 47″ =
Cette lecture fut fuivie d'un Mémoire
de M, Sage , lu par M. de Puymanria , à
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
raiſon de la maladie du premier , fur l'analyfe
qu'il a faite des différens laits , &
fur la meilleure maniere de faire du petit
lait.
M. Martin de S. Amand lut un Mémoire
dans lequel il rendit compte des médailles
que l'Académie , à qui les Capitouls
en avoient fait préfent , l'avoit prié
d'examiner . Ces médailles au nombre de
près de quatre mille , ont été trouvées
dans la fouille des terres de la promenade
que la Ville vient de faire faire.
Enfin , M. Darquier , Directeur , termi
na la Séance par la réfomption de ces trois
Mémoires.
Réfomption de la Séance.
Parmi plufieurs méthodes que les Aftro
nomes peuvent employer pour détermi
ner les latitudes , il y en a trois principales.
La premiere confifte à prendre la plus
grande & la plus petite hauteur d'une étoile
voifine du Pôle , au deffus de l'horifon
& ayant ajoûté à la plus petite , ou foultrait
à la plus grande , la moitié de leur
différence , on a la vraye hauteur du Pôle .
La feconde méthode , pratiquée par les
Aftronomes qui furent fous l'Equateur décider
la fameufe queftion de la figure de
AOUS T. 17538 31
la terre , exige que l'on connoiffe la déclinaifon
des Altres , du moins de ceux que
l'on veut employer à cette recherche ; prenant
avec un grand fecteur la diſtance au zénit
, d'un autre qui en paffe extrêmement
près , & la fouftrayant de fa déclinaiſon
on a la latitude que l'on cherche ; il eft
vrai qu'il faut tenir ici compte des réfractions
, mais l'obfervation eft fi près du zénit
, ( où elles font nulles ) qu'on ne rifque
pas , en employant les tables ordinaires ,
de commettre des erreurs fenfibles . Cette
méthode doit être préférée aux autres ,
lorfqu'on a un inftrument convenable.
Enfin , la derniere employée par M. Garipuy
eft la plus commode ; & quoiqu'elle
fuppofe un plus grand nombre d'élémens
connus , elle peut acquérir , par le nombre
d'obfervations qu'on peut faire commodément
, & par les circonftances où l'on
les fait , un dégré de certitude ; il fuffic
de prendre la hauteur méridienne d'un des
bords du Soleil , cette obfervation répetée
quelques jours avant & après le folftice ,
tems auquel le mouvement du foleil en
déclinaifon eft extrêmement lent , ne peut
pas manquer de donner fort exactement
la hauteur du Pôle .
On voit dans le mémoire de M. Garipuy
, qu'il avoit en 1736 employé la pre-
Biiij.
32 MERCURE DE FRANCE:
miere de ces méthodes , avec cetre différence
, qu'il faifoit ufage de la déclinaifon
connue de l'étoile polaire , en n'obſervant
que fa hauteur inférieure , & en répétant
la même opération fur des étoiles fituées
vers le midi , pour éviter les erreurs de
l'inftrument.
y
Il nous apprend que c'eft felon les apparences
, en 1700 , que la hauteur du Pôle
de cette Ville fut déterminée pour la premiere
fois ; le prolongement de la méri
dienne que M. Caffini exécutoit alors.
lui donna occafion de perfectionner la
Géographie de la France , en fixant par là
la latitude & la pofition des principales
Villes , eu égard à l'Obfervatoire de Paris.
Se trouvant affez près de Toulouſe ,
il ne voulut pas perdre l'occafion d'y faire
les opérations néceffaires pour fixer cette
latitude ; il n'y prit qu'une feule hauteur
du foleil & une feule hauteur de l'étoile
polaire. Ces deux obfervations doivent ſe
fervir réciproquement de vérification , &
elles donnent en effet , des hauteurs du
Pôle , qui ne différent que de huit fecondes,
quantité affez petite & qui ne prouveroit
qu'un heureux hazard dans l'accord de
ces deux obfervations uniques , fans la fagacité
& l'habileté connue de l'obfervateur ,
mais par un oubli fâcheux cette obferva
A O UST. 1753. 33
tion fut comme inutile , la Ville de Toulouſe
, ainfi que M. Garipuy l'a fait trèsjudicieufement
remarquer , eft affez grande
pour que la différence des lieux où l'on
obferve , puiffe produire une minute dans
la différence des latitudes ; il falloit donc
pour tirer de cette obfervation tout le
fruit qu'on devoit en attendre , défigner
le lieu précis où elle a été faite.
C'eft ce qui détermina M. Garipuy dès
fon entrée à l'Académie , de répéter la
même obſervation ; ce projet fi utile aux
progrès de l'Aftronomie étoit très mal aifé
à exécuter dans une Ville qui manquoir
abfolument d'ouvriers qui euffent la moindre
teinture d'inftrumens Aftronomiques ,
& l'Académie encore naiffante , fans aucun
fond ni revenu , n'avoit pû fe pourvoir
ailleurs d'inftrumens de ce genre.
Tout autre que M. Garipuy fe feroit rebuté
, fon zéle & fon intelligence furmonterent
tous ces obſtacles , & vous venez
d'entendre la defcription de l'inftrument
qu'il fe procura.
De deux parties effentielles à fon quart
de cercle , le micrometre & le limbe *
Fune y manquoit abfolument , & l'autre
étoit d'une imperfection , dont il ne vous
Il étoit de carton.
Bv
34 MERCURE DE FRANCE.
a donné qu'une foible idée , & dont le
détail complet n'auroit fervi qu'à relever
le mérite de l'exactitude de fes obfervations.
.5
M. Garipuy privé de fecours , n'y fuppléa
que par un travail & une applica
tion opiniâtre & pénible. Il étoit aidé
dans fon travail par un de nos Membres *
dont l'Académie regrettera long tems la
perte , & dont le zéle pour la Religion ,,
à qui tout doit céder , nous a privés vraifemblablement
pour jamais..
Le milieu de leurs obfervations leur
donna 43 ° 35 ' 54" , pour la latitude de
la tour du rempart où ils les avoient faites.
La différence de près d'une minute un
quart qu'il y avoit entre la latitude fixée
en 1700 par M. Caffini , & celle qu'ils,
venoient de déterminer , leur donna des
foupçons fur la bonté de leurs obfervations
; foupçons qu'ils ne furent pas à
portée de vérifier faute de meilleur quart
de cercle.
M. Maraldy de l'Académie des Sciences
& qui eft chargé de faire tous les ans la
Connoiffance des tems ,. dans laquelle
font comprifes les latitudes de toutes les
* M. Dufourc , actuellement Curé dans le Dio
cefe de Viviers.
A O UST . 1753
35
Villes du Royaume , tant celles qui font
dûes aux obfervations de cette Académie
que celles qui font dûes à d'autres , changea
en 1745 , celle de Touloufe , qu'il
marqua comme M. Garipuy à 43 ° 35'54" >
précisément la même qu'il avoit conclue
de ces obfervations faites en 1736. Nos Af
tronomes crurent d'abord que M.Maraldy
leur avoit fait l'honneur d'emprunter leur
réſultat ; mais ayant fçû depuis que MM.
Caffini & Maraldy étoient venus à Touloufe
au mois de Juillet 1739,& qu'ils étoient
montés une feule fois au clocher de la
Dalbade avec un quart de cercle , & d'ailleurs
, la latitude de Touloufe marquée.
dans la Connoiffance des tems étant notée
d'une petite étoile , ce qui eft la marque
diftinctive de celles qui font dûes aux
Aftronomes de l'Académie de Paris , ils
ne douterent pas que ces Mrs n'euffent fait
fur le clocher de la Dalbade l'unique fois
qu'ils y monterent , une obfervation qui
leur avoit donné le même réfultat , ou
qu'ils n'euffent déduit cette latitude de la
la diftance de cette Ville de quelque point
de leur méridienne. Cet accord fingulier
& qui prouve la grande fagacité de ces
Mrs , puifqu'il y a apparence qu'ils n'ont
dû qu'à une feule obfervation ce qui avoit
coûté bien des foins & des peines à nos
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Aftronomes , en ranimant la confiance de
ceux ci par leurs premieres obfervations
Ieur infpira un ardent défir de les confirmer
par de nouvelles ; pour cet effet , M.
Garipuy profita du quart de cercle que
l'Académie venoit d'acquerir des héritiers
de M. l'Abbé de Ribaute , pour commencer
au mois de Janvier 1751 des obfervations. *
pour fixer la latitude du jardin de cette
Académie où il les faifoit ; ces obfervations
continuées jufques au folftice d'hyver
1752 , lui ont donné , en employant
la méthode des interpolations , 43° 35′
47" , & en réduifant cette latitude à la
tour du rempart par la longueur des dégrés
du méridien connu , il a trouvé 43º
36′12″ pour la latitude de cette tour
ce qui différe de 18 " de celle qu'ils avoient
trouvé en 1736 avec le quart de
cercle de bois.
Ceux qui fçavent combien l'imperfec
fection des inftrumens influe fur ces déterminations
, ne peuvent qu'être furpris
d'une différence auffi petite ; elle pouvoit
cependant être , ou beaucoup plus petite
ou beaucoup plus grande , en faisant tou
tes les réductions néceffaires , c'eſt- à- dire
, en tenant compte du mouvement des
* Elles confiftoient à prendre tous les jours
autans que le ters la permis , la Hauteur méridienne
du Sakil
A O UST. 1753 : 37
étoiles en longitude , caufé par la préceffion
des équinoxes & de leur aberration ;
mais tout calculé , M. Garipuy n'a plus
trouvé que demi feconde de différence , ce
feroit le cas de dire , que qui pronve trop
ne prouve rien , s'il pouvoir y avoir de
l'arbitraire dans ces calus ; mais leur rigueur
néceffaire & qui fait leur effence ,
a forcé M. Garipuy à fe trouver d'acord
avec lui-même , à demie feconde près .
On doit rendre ici au travail de M. Sa
ge toute la juftice qu'il mérite. Ce tra
vail retrace la marche qu'il a tenue pour
nous mettre à portée de profiter avec le
plus grand avantage poffible , d'un reme
de qui nous eft donné immédiatement par
la nature.
Dans tous les tems on a regardé le lait
comme l'aliment le plus nourriffant & le
plus aifé à digerer ; & quand le Médecin
l'a employé pour rétablir les eftomacs dé
bilités, les tempérammens ruinés , les gens
d'une conftitution délicate ; elle a en cela
imité la nature , qui fournit aux meres le
lait pour nourrir leurs enfans , pendant
tout le tems que la foibleffe de leurs or
ganes les empêcheroit de digerer & de
mettre à profit des alimens plus folides ;
se tems paffé , la nature force les meres ,
en faifant tarir leur lait d'accoutumet leurs
38 MERCURE DE FRANCE.
enfans à des alimens plus analogues à leurs
vifceres.
qu'il y a
Il eft cependant certain , & M. Sage
vous l'a fait remarquer , des gens
qui font arrivés à une extrême vieilleffe
en n'ufant que du lait ; mais ce n'eft pas
là l'intention de la nature , & les premiers
hommes que la providence guidoit
chercherent en ouvrant le fein de la terd'aure
pour la fertilifer , à fe à fe procurer
tres alimens dont elle leur indiquoit l'utilité.
Je ne m'éloignerai pas cependant de
l'idée de M. Sage , & je croirai volontiers
avec lui , que le grand ufage que faifoient
du lait les premiers Patriarches , n'a pas
peu contribué à les faire parvenir à cette
extrême vicilleffe qui nous étonne.
Il vous a fait voir que le lait de vache ,
celui de brebis & celui de chèvre , ont
été les premiers dont les anciens ont fait
ufage , les modernes ont employé ceux
d'âneffe , de jument & de femme ; celui
de chameau n'eft connu que des feuls Arabes
, qui en font leur principale nourriture
. Le lait fourni par les mamelles n'anonce
pas une conception décidée , & outre
les exemples rapportés par M. Sage ,
les livres d'Hiftoire naturelle font remplis
de pareilles fingularités.
A OUST. 17537 發
Quoique plufieurs Chymiftes ayent fait
des analyfes du lait , le travail de M. Sage
n'en a pas moins le mérite de la nouveauté
, tant par la maniere dont il s'y
eft pris , que par le lieu où il l'a exécuté .
Tout le monde fçait que le goût , les qualités
& par conféquent les propriétés du
lait varient felon les climats , & même felon
les faifons , tant à raiſon des pâturages
qu'à raifon de la température ; com
bien donc ne feroit-il pas à defirer qu'il
y eût dans chaque Province des gens que
l'amour de leur patrie portât à imiter le
zéle louable de M. Sage ?
,"
Les végétaux , les animaux & les mineraux
fourniffent plufieurs acides pour
Goaguler le lait , & féparer la férofité de
la partie blanche ou cremée , pourvû qu'on
y employe le feu , & cette circonftance
eft d'autant plus remarquable que le tonnerre
& les éclairs font coaguler le lait
froid.
M. Sage a vu en gros le rapport
des pe
fanteurs fpécifiques de la partie féreufe &
de la blanche des différens laits , puifque
dans les uns la partie cremée a furnagé ,
dans les autres elle s'eft précipitée vers le
fonds , & dans quelques uns elle a resté
fufpendue comme étant de même pefanteur
fpécifique ; cette connoiffance exacte
40 MERCURE DE FRANCE.
a.
étoit au fond peù néceffaire , auffi a- t- il
donné fa principale attention à la connoiffance
du rapport exact de leur volume.
L'ordre dans lequel ils font rangés , eu
égard à la quantité de férofité qu'ils contiennent
, font celui de femme , de jument
, d'âneffe , de chèvre , de vache &
de brebis . Le Docteur James a obtenu
par un autre moyen , le même réfultat fur
le lait de chèvre , de vache , de femme &
d'âneffe , il n'a point operé fur celui de
jument & de brebis , & nous devons à M.
Sage feul , la connoiffance des principes
qui les compofent.
La grande quantité de férofité du lait
de femme , eu égard à la partie cremée ,
devroit étonner , fi on ne fçavoit que la
partie la plus nourriffante du lait eft la
férofité ; car il n'y a , dit Cheyne , dans le
lait , que le petit fait doux & blane , c'eſtà-
dire la férofité , avec quelques particules
, petites & légeres du caillé , qui font
capables de paffer par les orifices invifibles
2
* La partie féreufe eft à la partie blanche felon
fon calcul , dans celui des femities , comme 14
eft à 1 ; dans celui de jument comme 11 eft à
1 ; dans celui d'âneffe , comme 10 eft à 1 ; dans
celui de vache comme 2 eft à 1 dans celui de ché--
vre de même : & enfin dans celui de brebis , commei
eft à r
AOUST . 1753. 41
& étroits des vaiffeaux lactés & de nourrir,
& c'eft en cela feul que confifte ce que le
lait de femme , de jument , d'âneffe & de
chévre ont de nourriffant. Il femble donc
que ce ne feroit pas tant à cette grande
quarvité de férofité qu'on devroit attribuer
la grande humidité qui abonde chez
les enfans , & qui eft le principe de leurs
maladies , qu'à la furabondance & à la
ftagnation des humeurs pituiteufes qui dépendent
uniquement de la molleſſe exceffive
des parties folides , qui dans cer
âge tendre ne peuvent imprimer un mouvement
fuffifant aux fluides , ni les faire
entrer dans les plus petits vaiffeaux capillaires
; donc il s'enfuit évidemment que
la circulation du fang & des humeurs , &
furtout les excrétions doivent extrêmement
languir. Dans ces cas les fucs nonfeulement
deviennent plus abondans, mais
ils s'épaiffent ; or cette plénitude d'humeurs
occafionne les ftagnations , & interrompt
le cours des fluides qui fe corrompent
, d'où naiffent les maladies qui
affligent les enfans , & dont on ne les délivre
qu'avec peine.
La facilité avec laquelle le lait eft coagulé
par les acides , avoit été apperçue par les
anciens , & comme ils fçavoient que rarement
l'eftomac eft fans acides , puifque la
42 MERCURE DE FRANCE.
plupart des alimens tant folides que fluides,
contiennent une acidité qui fubfifte particulierement
après la digeftion , & qu'ils
avoient connu les défordres que le coagulum
pouvoit produire dans l'eftomac , ils
imaginerent , fans doute pour y remédier ,
de faire la féparation de la férofité & des
parties butyreufes & cafeufes ; c'eft cette férofité
féparée qu'ils ont appellée petit lait ;
ils ont par une infinité d'exemples démontré
fon efficacité, & ils en ont très expreffément
récommandé l'uſage dans une trèsgrande
quantité de maladies.
*
Cette férofité eft une portion choifre
du lait , dans laquelle la liqueur aqueule
unit un fel doux & léger à une matiere
mucilagineufe , graffe & fubtile , c'est l'idée
exacte qu'on a dû s'en former , fur ce
que M. Sage en a dit dans fon Mémoire
le détail circonftancié dans lequel il eſt entré
, fait fentir combien il eft effentiel de
conferver à cette férofité ce fel doux & léger·
qui le rend bénignement purgatif, ces parties
nitreufes qui le rendent rafraichiffant
& propre à défaltérer , enfin cette matiere
mucilagineufe , graffe & fubtile qui en
font une liqueur propre à humecter , amolir
, relâcher & enveloper l'acrimonie faline
des humeurs & des fucs corrofifs . 1
La maniere d'obtenir cette férofité telle
AOUST. 1753- 43
que l'on vient de la détailler , mérite donc
toute l'attention des Chymiftes , & le Public
doit fçavoir bon gré à M. Sage d'avoir
fait fur cela des recherches auffi utiles que
-celles dont il vous a fait part dans fon Mémoire.
On ne doit pas être furpris de le voir
s'élever avec force contre l'ufage du petit
lait diftilé , quand on a compris de quelle
importance il eft de conferver à cette
liqueur ces parties balzamiques , mucilagineufes
, graffes & fubtiles ; ce remede
que la nouveauté , la fingularité , & peutêtre
la commodité a mis en vogue , bien
loin de procurer les heureux & falutaires
effets qu'on veut lui attribuer , doit même
en certains cas , devenir nuifible : &
en cela M. Sage ne dit rien de trop fort.
La diftilation n'en fait qu'une liqueur limpide
, fans faveur , fans odeur , maigre ,
féche , & peu propre à ramolir , humecter
relâcher ; je fçais même par ma propre expérience
& par celle de plufieurs perfon
nes , qu'elle defféche le golier & le palais.
M. Sage n'a pas embraffé légerement cette
derniere opinion ; il n'a pas manqué
d'autorités pour prouver avec quelle attention
& quel foin il faut chercher à conferver
au petit lait l'union & l'équilibre
de toutes ces fubftances, & combien la dif
44 MERCURE DE FRANCE
tilation eft peu propre à ce deffein .
Il ne fuffifoit point de détruire , il falloit
édifier : & c'eft auffi ce que M. Sage a
fait dans la derniere partie de fon Mémoire
, où après avoir fait le détail de tous
les acides qui peuvent fervir à féparer la
féroûté du lait & avoir indiqué la manicte
de les employer , il paroît donner la
préférence à la fleur de Chardonelle ; il
eft certain que ce petit lait a un goût bien
différent & bien meilleur que celui qu'on
fait avec la crême de tartre , qui a tou
jours un goût âcre & amer ; c'eft ce dernier
acide que l'on employe communément
à Montpellier .
La derniere épreuve de comparaifon à
laquelle M. Sage a foumis le petit lait diftilé
, le petit lait ordinaire ne laiffe aucun
doute fur la préférence qu'on doit à ce
dernier ; la teinture du réfidu après l'évaporation
du premier , a rougi celle de
tournefol & de firop violat : on fçait qu'il
n'a pû le faire qu'à raifon des parties alkalines
ou vitrioliques qu'il contenoit ; la
teinture du réfidu du dernier n'a laiffe
percevoir aucun phénomene qui puiffe lui
faire foupçonner aucun caractere d'alkali ;
M. Sage croit qu'il y a de l'acide nitreux
dans la matiere jaunâtre que lui a fourni
l'évaporation de fon petit lait , il fe preapAOUST.
1753. 45
pofe même de chercher en quelle proportion
il y eft. Il n'eft pas en cela d'accord
avec M. James qui dit formellement qu'il
n'y a aucune espéce d'acide dans le lait peutêtre
y eft-il fi enveloppé que ce Docteur
n'a pû l'y découvrir. ) Il affure que ni le
goût ni l'inftilation dans l'oeil , n'indi
quent point qu'il contienne quelque matiere
acide , ou akaline , ou faline , & que
quelque alkali fixe ou volatil que l'on
mêle avec le lait chaud , il ne fait aucune
effervefcence qui marque de l'acidité ; cependant
il cite Mefue , Médecin Arabe ,
qui dit que le petit lait de chèvre a quel.
que qualité nitreufe qui émeut doucement
le ventre , le lâche & n'y laiffe aucune
acrimonie,
Il y a apparence que la maffe graffe
trouvée par M. Geoffroy , le fucre de lait
de M. Sage , la matiere foliforme du Comte
de Lagaraye , le fel du lait de Neuf-
Châtel , & la matiere greumeufe de M.
James ne font qu'une même matiere donnée
par l'évaporation ; & il eft à craindre
que cette opération ne dégraiffe trop
le fel effentiel du lait : je crois même qu'il
eft infiniment plus sûr de nous en tenir
à la méthode indiquée par M. Sage.
La découverte des monumens qui ont
fait le fujet du Mémoire dont M. Martin
46 MERCURE DE FRANCE.
de S.Amand vient de vous faire part, n'eft
pas auffi précieux qu'on l'efperoit . Ce fçavant
n'a rien trouvé de rare ni de confidérable
dans les Médailles qu'il a examinées.
DE DE DE DE DE DE DE DE DE DE DE DE
NOUVELLE IMITATION
D'une Epigramme de Buchanan.
In Zoïlum .
Fruftra ego te laudo , fruftra me, Zoïle, ladis ;
Nemo mihi credit , Zoile , nemo tibi.
Dans les accès de fa verve cauſtique
Damon m'appelle un miférable Auteur ,
Qui n'eut jamais , & n'aura de Lecteur;
Par tout je crie , ah l'excellent critique ,
Le bel efprit , & le charmant rimeur !
Mais quel deftin eft comparable au nôtre ,
On ne nous croit ni l'un ni l'autre.
D. S. D.
Auteur d'un Conte mis dans le Mercure
en 1730 , attribué à l'Abbé de Grecourt ,
par l'Editeur defes prétendus ouvrages . ( pag.
35. du premier Vol . ) Il l'a intitulé l'Avocat
docile.
AOUST . 1753 47
para:pap
DISCOURS
Qui a remporté le Prix , par le jugement de
l'Académie des Jeux Floraux , en l'année
1753 , Sur ces paroles : Combien les
Sciences font redevables aux Belles- Lettres
. Par M. l'Abbé Foreft , de Toulouse ,
Bachelier de Sorbonne.
L
'ESPRIT d'analyfe & de calcul régne
avec tant d'empire dans notre
fiécle , que toute étude qui n'a pas quelque
rapport aux Sciences exactes , paffe
en général pour inutile : l'étude même des
Belles Lettres a fouffert d'une opinion fi
dangereufe ; il femble que pour leur infulter
avec moins de ménagement , on ait
mis fur leur compte la frivolité de quel
ques - uns de leurs éleves , & qu'on ne daigne
plus fe fouvenir de ce qu'elles ont fait
& de ce qu'elles peuvent faire en faveur
de toutes les Sciences.
Oubli funefte , que les Sçavans euxmêmes
devroient prévenir , puifqu'il nous
replongeróit infailliblement dans la Barbarie
;
Mais raffurons- nous : tandis que les
Belles-Lettres auront des difciples zélés
48 MERCURE DE FRANCE.
:
pour
réclamer leurs droits , & des tribunaux
éclairés pour venger leurs querelles ,.
les traits de leurs ennemis feront émouf
fés en vain leur reprocheront- ils de fe
borner uniquement à une connoiffance fuperficielle
des bons Auteurs , à une habitude
acquife de juger d'un Vers harmonieux
ou d'une Période foigneufement arrondie
, & de n'être bonnes qu'à amuſer
notre jeuneffe ou à nous délaffer d'une occupation
plus férieufe .
De femblables reproches dégradent bien
plus ceux qui les font , que l'Art qu'ils attaquent.
Quel tort feroit- on à la Géométrie de
publier que tout fon Art confifte à meſurer
des lignes & des furfaces ? Qui ne voit
que ces lignes & ces furfaces ne font à
l'égard du Géometre que des espéces de
termes pour ſe repoſer dans le pénible chemin
de la vérité qu'il pourfuit ? Les expreffions
& les périodes font à l'égard du
Littérateur ce que font les lignes & les
cercles pour le Géometre. La vérité des
idées avec leurs rapports , & la jufteſſe du
raifonnement font l'unique & le premier
fondement des opérations de l'un & de
l'autre ( a. )
( a ) S'il eft vrai , comme on n'en fçauroit dou
ter, que les Orateurs & les Poëtes doivent com-
Que
A OUS T. 1753. 49
Que les détracteurs des Belles - Lettres remontent
donc à leur origine , qu'ils confidérent
la multitude d'objets intéreffans
qu'elles embraffent , & ils auront pour
elles l'eftime & la reconnoiffance qu'elles
méritent mais incapables d'en apprécier
les beautés fines & délicates , ils aiment
mieux les avilir que de les cultiver ; ils
dédaignent de facrifier aux graces pour
affujettir tout à leurs méthodes , à leurs
régles & à leur compas. Ingrats ou avengles
qu'ils font, qu'ils apprennent & qu'ils
n'oublient jamais que la lecture des Hiftoriens
, des Orateurs & des Poëtes difpofe
néceflairement toutes les facultés de l'efmander
à toutes les Puiflances qui font mouvoir
le coeur humain , & qu'ils doivent affortir toutes
les parties de leur ouvrage aux divers fentimens
qu'ils veulent y faire naître , s'il eft vrai
qu'une Piéce de Théatre confacrée à l'amuſement
ainsi qu'à l'inftruction du Public , exige dans l'art
de manier les paffions ou les ridicules des hommes,
autant de combinaiſons de chofes éloignées & oppofées
qu'en exige la réfolution des problêmes les
plus difficiles ; ne faut- il pas que le Poëte & l'Orateur,
pour maîtriſer ainfi les efprits & les cours ,
épurent leur raifon & forment leur jugement fur
des principes auffi folides , & par des réflexions
auffi étendues que le Géometre qui découvre la
cauſe motrice des corps , qui en calcule les effets
, & qui paroît n'exercer fon empire que fur
la matiere.
C
so MERCURE DE FRANCE.
་
prit à l'étude des Sciences ; que fans le ſecours
des langues , de la critique & de
l'hiftoire , elles feroient encore dans les
ténebres ; & qu'elles font enfin redevables
de la rapidité de leurs progrès à cet
art de s'exprimer avec élégance & avec
pureté , qui n'appartient qu'aux Belles-
Lettres.
IMAGINER , fe reffouvenir , réfléchir ,
telles font les principales facultés qu'on
doit regarder comme le premier mobile
des opérations de notre ame , & comme
la fource de toutes fes connoiffances : réduite
aux feules idées ( a ) qui lui viennent
des fens , elle perdroit entierement
l'ufage de fes facultés naiffantes , fi on
ne les exerçoit de bonne heure par des
objets faciles & agréables qui piquent fon
attention , & qui dévelopant peu à peu
fes refforts , la préparent infenfiblement
aux travaux des Sciences .
Mais ce n'est que dans les Belles - Lettres
qu'on peut trouver ces objets . L'amufante
variété de l'Hiftoire , les mouvemens
impétueux ou pathétiques de l'Eloquence
, la douce harmonie de la Poëfie
, les traits vifs & frappans , les beautés
naïves & touchantes qu'elles pro-
( a ) V. Loke , Eſſaifur l'entendement humain,
A OUS T. 1753.
st
ן
es
on
eu
ent
'2.
Du-
' E.
au-
น
diguent dans tous les genres , font les
charmes les plus propres à nous rendre attentifs
, & le moyen le plus prompt pour
nous remplir de figues & d'idées."
a
On a vu , je le fçais , quelques génies
impatiens & intrépides diriger leurs premiers
pas fans aucun de ces fecours , dans
l'immenfe carriere des Sciences , & néanmoins
en approfondir les fecrets , ou même
en reculer les 1.mites ; mais l'heureux effor
d'une aigle rapide , qui du premier vol atteint
les Cieux , doit il nous faire entreprendre
une courfe téméraire ? & ne peuton
pas préfumer que ces rares géniés auroient
porté encore plus loin leurs découvertes
s'ils avoient commencé par l'étude
des Belles Lettres ? Quoiqu'il en foit , jugeons-
en par l'expérience & par le caractere
de l'efprit du commun des hommes :
s'il en eft quelqu'un qui , favorité du Ciel ,
foit d'abord capable d'une forte application
, & que les obftacles élevent & fortifient
, prefque tous fuccombent fous le
poids de ces mêmes obftacles , & demandent
qu'on ménage par dégrés , & qu'on
furprenne , pour ainfi dire , leur attention
fugitive.
Si donc avant d'avoir effayé nos forces.
fur des fujets à notre portée , avant d'avoir
raſſemblé un grand nombre de fignes
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
& d'idées , nous avions l'imprudence de
nous montrer dans le champ aride des
Sciences , leur féchereffe , leur langage
bifarre ne formeroient en nous aucune
fiaifon d'idées , ou les formeroient fi légeres
qu'elles s'effaceroient d'abord ; de
forte qu'en étant bientôt dépourvûs , nous
nous épuiferions en fauffes combinaiſons ,"
en conféquences vagues , & nous ferions
en proye à toutes les erreurs . Que de génies
fe font éteints ainfi , faute d'une nourriture
analogue à leur difpofition , & pour
ne s'être pas préparés à la trifte exactitude
des Sciences par les objets attrayans des
Belles - Lettres ! elles feules peuvent fixer
notre attention fans aucun effort .
Dès qu'elle eft fixée , nous nous rappellons
aifément les fignes des idées aufquelles
ils font liés , & par - là ( a ) leur
liaiſon devient fi forte qu'elle fait ſubſiſter
, en l'abſence des objets , les impref.
fions qu'ils ont occafionnées. Notre imagination
& notre mémoire commençant à
s'exercer de la forte , les fignes que celleci
rappelle , & les idées que celle- là réveille
, retirent l'ame de l'efpéce d'engourdiffement
où elle languiffoit , & lui donnent
la faculté de réfléchir , c'est - à- dire de
(a ) V.P'Effai fur l'origine de nos connoiJances. "
A O UST. 1753. 53
des
er
el.
12.
Je
ré.
Jn.
fe replier fur fes idées , de les diftinguer
de les combiner & de les modifier à fon
gré .
Mais pour mieux fentir encore de quelle
maniere la lecture des Hiftoriens , des
Orateurs & des Poëtes nous diſpoſe à l'étude
des Sciences , il fuffit de dévoiler la
nature de leur arr.
Qu'est- ce que l'Hiftoire ? Le tableau de
ce qu'il y a de plus intéreffant fur la Religion
& fur les Loix , fur les moeurs & fur
les coutumes des peuples , fur la fucceffion
& la révolution des Empires , fur la
naiffance & les progrès des Arts & des
Sciences or une telle peinture nourrit
notre curiofité naturelle , étend , prefque à
notre infçû , la fphére de nos idées , nous
fait acquérir des vûes générales , & découvrir
une infinité d'objets & de rapports
dont la combinaiſon nous rend plust
acceffibles à ce qui eft nouveau , & plus capables
d'embraffer beaucoup d'idées à la
fois fans les confondre..
+
Lorfque l'Hiftorien nous préfente un
fait clairement difcuté , & qu'il démêle
avec adreffe les fombres replis de la politique
, nous apprenons à remonter avec
lui des effets à leurs caufes , à rapprocher'
les conféquences des principes , & à confidérer
les êtres dans leurs rapports mu-
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE .
tuels : s'il nous trace le caractere d'un Héros
, s'il nous peint fidélement ſes vertus
& fes vices , fes fuccès ou les revers , nous
nous accoutumons peu à peu , en portant
notre jugement fur les actions des hom- .
mes , en pénétrant les motifs fecrets qui les
animent , à les comparer , à les apprécier
à raisonner enfuite fur des fujets plus com
pliqués , & à difcerner plus facilement le
vrai d'avec le faux : quel exercice , quel-
Je étendue & quelle ouverture pour les
Sciences de telies opérations ne donnentelles
pas à l'efprit ! mais il n'en acquiert
pas moins par l'étude de la Poësie & de
I'Eloquence.
Le Poëte , dont le but eft d'inftraire en
amufant , n'épargne rien pour captiver notre
imagination , foit par des traits de feu
qui décelent le vif tranfport qui l'infpire
foit par une fidéle imitation de la nature ,
tantôt par des fentimens.agréables , tantôt
par des fictions ingénieufes.
L'Orateur , qui tâche d'émouvoir afin
de perfuader , déploye à cet effet tous les
mystères de fon art ; figures hardies , images
riantes , jeu des paffions , il met tout
en ufage pour toucher & pour plaire.
Mais l'un & l'autre viendroient difficilement
à bout d'infinuer la vérité dans
nos ames , s'ils n'en faifoient des peintu
A OU ST. 1753. 59
S
t
e
tures fenfibles , s'ils ne s'attachoient fur
tout à charmer nos oreilles par la beauté
le nombre & l'harmonie de l'expreffion :
c'est par ce moyen qu'ils préviennent le
dégoût , qu'ils ménagent la foibleffe de
notre efprit , & qu'ils lui procurent la facilité
de concevoir les chofes qu'ils expriment.
A mesure que cette facilité s'augmente ;
ce qu'on lit s'imprime plus profondément
dans la mémoire , on prend , fans s'en appercevoir
, l'habitude de divifer ou de réunir
fes idées ; notre efprit eft plus fufceptible
de toutes les formes ; il s'enhardit
peu à peu à fuivre l'ordre fenfible ou fecret
des ouvrages du Poëte ou de l'Orateur
; car leur marche ne fe manifefte pas
toujours comme celle du Géometre : ils la
dérobent fouvent fous le dehors d'une
liberté parfaite , & notre curiofité n'en eft
que plus irritée. La délicatefle d'une penfée
échappe t- elle à nos premiers regards ?
Nous fommes forcés , pour la fentir &
pour en appercevoir la vérité , de l'envifager
fous toutes fes faces , & en cherchant
ainfi à découvrir ce qu'il y a de beau , de
fin & d'agréable dans chaque fujet , nous
acquérons cette fagacité & ce difcernement
fi néceffaires dans l'étude des Sciences
; notre raisonnement s'aiguife & fe
Ciiij
16 MERCURE DE FRANCE.
{
rectifie , parce que le goût & les paffions
des hommes ont une logique qui leur eft
propre ; mais comme fes principes & fes
opérations font plus difficiles à faifir & à
fuivre que ceux de la logique du Philoſophe
, quand notre efprit s'eft exercé fur
les matieres de goût , nous n'en avons que
plus de dextérité à manier les armes de la
Philofophie. Il est évident que notre imagination
s'étend auffi & fe fortifie davan--
tage :mais qu'on ne croye pas qu'elle nuife
à l'étude des Sciences ; ce tems n'eft plus
où elle étoit regardée comme le contraſte
de la vérité ; il eft beau de voir un Sçavant
du premier ordre vaincre ce préjugé.
(a ) L'imagination, s'écrie t- il , n'agit pas
moins dans un Géometre qui crée que dans un
Poëte qui invente : le premier , lors même qu'il
analyfe & qu'il dépouille fon fujet , en a autant
de befoin que le fecond , lorfqu'il le compofe
& qu'il l'embellit.
La facilité qu'elle a en effet de réveiller
nos perceptions en l'abfence même des objets
, & de dérober certaines qualités aux
uns pour en orner les autres , nous invite
, nous difpofe à concilier enſemble les
idées les plus étrangeres , & fournit des
materiaux à la réflexion , qui réagiffant à
(a )V. Préf. Encyclop..
A OUS T 1573 5'77
fon tour fur la mémoire & fur l'imagination
même , concourt de concert avec elles
à nous donner la puiffance de confidérer
le fond de nos penfées , de pénétrer ,
de percer jufques à la racine des vérités
de généralifer les faits & de les lier enfemble
par la force des analogies , d'épier
de comparer la nature dans les grandes
opérations , de parcourir enfin & de perfectionner
les branches innombrables de
toutes les Sciences..
C'est donc à cette partie intéreffante
des Belles Lettres , l'Hiftoire , la Poëfie &
P'Eloquence , qu'il eft réfervé de former
l'homme tandis qu'il n'a , pour ainfi dire,
que les organes de la vie ; elles le pairrif
fent de nouveau , jettent en lui le germe
d'une foule d'idées proportionnées à fa
foibleffe , étendent toutes les facultés de
fon ame en les exerçant , & l'introduifengt
ainfi dans cette école magnifique où l'on
eutend la voix des Platons , des Ariftotes ,
des Plines , des Baccons & des Leibnitz .
Cependant leur voix , toute éclatante qu'el
le eft , ne feroit pour lui qu'un vain fon
tandis qu'il ignoreroit leur langage , &
qu'il feroit hors d'état de fentir le prix de
leurs leçons par ce moyen de la critique
& de l'hiſtoire de chaque Sicence.
58 MERCURE DE FRANCE.
LES Sciences furent d'abord dans une
efpéce de létargie , & leur perfection eft
le fruit des réflexions profondes des plus
beaux génies de toutes les nations & de
tous les fiécles. Les travaux de ces grands
hommes doivent donc fervir de fondement
à notre étude ; le terme où ils fe font
arrêtés nous marque celui d'où nous devons
partir ( a ).
(a ) Si l'on connoiffoit bien à fond les ouvrages
des Anciens , on verroit qu'en tâtant les dif
férentes manieres d'expliquer le fyftème de l'univers
, ils ont entrevû la plupart des hypothèſes
des Modernes , & que ce que le vulgaire regarde
comme de nouvelles découvertes ne font quelquefois
que le développement ou l'extenfion de
celles qui avoient été déjà faites.
On fçait , par exemple , que trois cens ans
avant l'Ere Chrétienne , Ariftylle & Timocharis
avoient obfervé la déchnaifon des étoiles fixes :
que dès le tems de Thales on pratiquoit dans la
Grece les deux manieres d'oblerver la latitude
& par la hauteur méridienne du Soleil , & par
la diftance des étoiles au Pôle du monde , & c .
On fait que les Pithagoriciens croyoient que
notre terre & les Pianettes tournent fur un centre
commun en tournant fur elles mêm : s ; que Cléanthe
& Hicetas de Syracule expliquoient , par le mouvement
de rotation , le mouvement apparent des
Aftres & du Ciel ; que Platon dit la même choſe
dans fon Timée ; qu'Ariftarque & quelques autres
avoient penlé que le Soleil étoit immolile au centre
du monde , & que les étoiles fixes étoient autant
de foleils , que Leucipe & Démocrite conA
OUST. 1753 . 59
Mais comment établir ce commerce
qu'il nous eft fi néceflaire d'entretenir avec
eux , fi les Langues dans lefquelles ils ont
écrit ne nous font familieres ?
De toutes celles qui ont été en uſage
depuis le fiécle d'Homere jufqu'à nous
il n'en eft point à qui les Sciences foient
plus redevables qu'à la langue des Grecs ,
foit qu'ils les ayent cultivées avec plus de
fuccès , foit parce que cette langue l'emporte
fur toutes les autres par fon énergie
› par la préciſion & par fon abondance.
noilloient les tourbillons de Defcartes ; que les
Chaldéens regaidoient les Cometes comme de véritables
Planettes ; qu'au tems de Plutarque les
Aftronomes foupçonnoient déja que les taches de
la Lune étoient des mers , des vallées , & c .
Le Miroir d'Archimede n'eft - il pas la fource
des expériences que l'on fait fur les glaces au
Jardin Royal Ce qu'on lit dans Diodore de Sicile
au fujet des Fours d'Egypte a fans doute inf
piré à M. de Reaumur de faire éclore les poulets ,
&c. & peut être que M. Newton a trouvé l'idée
de fa mystérieufe attraction dans un Fragment da
Philofophe Empedocle , & c. Ce Phénomene fingulier
, qui occupe aujourd'hui la plupart de nos
Phyficiens , étoit il abfolument inconnu aux Anciens
? Non , fans doute. Il feroit prefque impoffible
de faire quelque découverte importante qui
n'ait été préparée , indiquée ou entrevue par les
Anciens.
V. les Mém. de l'Académie , Tome 16.
C vj
Go MERCURE DE FRANCE.
Les Mathématiques & les différentes
parties de la Phyfique ( a ) empruntent
d'elle la plupart des mots qu'elles employent
, & dont l'intelligence eft ſouvent
ce qu'il y a de plus rebutant pour ceux qui
ne l'ont pas étudiée ; elle fournit encore:
des noms aux plantes les plus rares , aux
animaux , aux mineraux qu'on connoît à
peine , aux nouvelles façons d'opérer , aux
inftrumens & aux machines qu'on invente .
Frappés de tous ces avantages , les Ro--
mains , ce peuple fi avide de gloire & fi
éclairé fur les moyens de l'acquérir , s'adonnerent
à l'étude du Grec dès qu'il voulurent
entrer dans le fanctuaire des Scien
ces
Cette langue enrichit bientôt & perfec
tionna la leur , qui devint à ſon tour la
langue univerfelle des Sçavans de l'Europe
, & qui le feroit encore aujourd'hui fi
les François , par des ouvrages immortels ,
n'avoient forcé les nations voisines d'adop
ter leur langue : ils ont , non-feulement
créé dans prefque tous les genres , ils ont
encore traduit les meilleurs Auteurs d'Athènes
& de Rome ; & c'eft fans doute le
nombre de leufs Ouvrages & la beauté de
leurs Traductions qui ont fait foutenir à
(a ) V. les Mém. de l'Académie , Tom. 13 .
AOUST. 1753 61
quelques Modernes , que nous pouvions
nous difpenfer d'étudier les fciences dans
leurs fources , & qu'elles n'avoient plus
befoin du fecours des langues , comme s'il
n'y avoit pas eennccoorree plufieurs ouvrages anciens
à traduire , où l'on puiferoit peutêtre
des découvertes utiles , & comme fi
les traductions les plus fidéles n'étoient
pas prefque toujours imparfaites : quand
même on fuppoferoit que celles que nous
avons , font exactes & fuffifantes pour notre
fiécle , ce qui feroit ſujet à beaucoup
de difcuffions , & qui ne prouveroit pas
moins combien les Belles- Lettres ont été
utiles aux Sciences , peut- on fe promettre
que les variations continuelles de la
Langue Françoise ne les rendent pas infuffifantes
pour la postérité ? Et fi par l'igno--.
rance des Langues on étoit réduit dans la
fuite à fe contenter des premieres Traductions
ou à les rajeunir , qui feroit en état
de difcerner les meilleures , ou quels traits
(a )de l'original conferveroient une copie
faite d'après une autre copie ? Il importe
donc aux progrès des Sciences qu'il y ait
dans tous les fiécles des Littérateurs capables
, non- feulement de traduire les Anciens
, mais encore de juger & de cri
tiquer leurs ouvrages.
(a ) V. les Mém. de l'Académie , Tom: 165.
62 MERCURE DE FRANCE.
La critique naquit du fein même des
langues , & concourt également avec elles
à la perfection des Sciences .
L'injure des tems , l'ignorance , l'inattention
des Copiftes ou des Typographes
avoient fi fort défiguré la plupart des textes
& tellement obfcurci les ouvrages des
Sçavans de l'antiquité , qu'ils n'étoient
plus qu'un amas prodigieux & informe
d'idées , de vérités & d'erreurs , dont le
débrouillement fembloit impoffible : mais
la critique paroît le flambeau à la main ,
appuyée fur le génie de l'Hiftoire ; elle
parvient à force de difcuffion & d'examen
, à déchirer le voile qui rendoit les
Sciences impénétrables , elle renverfe les
monumens que l'opinion des hommes refpectoit
le plus , remonte aux premieres
fources , diftingue les ouvrages légitimes
des apocrifes ,trace des régles certaines pour
reconnoître leur autenticité , interpréte ou
reftitue les paffages obfcurs ou mutilés , &
redonne ainſi de l'éclat à ce qui étoit terni
ou inconnu , & de l'autorité à ce qui
étoit incertain.
Conduits par elle , ceux qui defcendirent
enfuite les premiers dans le labyrinthe
des Sciences n'eurent pas befoin d'autre
fil pour s'y retrouver ; fa marche les
avertit de pefer les probabilités , d'appré- .
A O UST. 1753. 63
S
1
cier les vraisemblances , de ne pas confondre
les espèces , de laiffer chaque chofe
dans la fienne , & de prendre dans cette
efpéce les principes particuliers propres
à chaque fujet ; elle leur enfeigna la inaniere
de féparer ce qu'il y a de propre &
de réel dans les objets d'avec ce qu'il y a
d'étranger & d'arbitraire ; elle leur apprit
enfin à s'affranchir des préjugés , à écarter
les queſtions inutiles ou infolubles´, à
fe mettre en garde contre les hypothèſes
& les fyftèmes , les poradoxes & les erreurs
fçavantes qu'on reçoit fi fouvent
comme des vérités .
Que ne puis-je franchir l'immenfe intervalle
des tems & des lieux pour retracer
ici dans toutes fes circonftances le trif
te efclavage fous lequel gémiffoient les
Sciences avant la renaiffance des Lettres a
On ne révoqueroit plus en doute les grands
avantages que l'étude des langues & de la
critique leur a procurés ; mais un détail
auffi vafte pafferoit les bornes prefcrites à
cet ouvrage.
> Toutefois comme le dit un grand
homme , quoiqu'un voyageur ne puifle
pas mefarer en entier toutes les pyramides
d'Egypte , doit il fe priver d'y jenter
un coup d'oeil ?
Pour ne parler donc ici que
des Scien64
MERCURE DE FRANCE.
ces les plus néceffaires à l'homme , je veux
dire la Morale , la Théologie , la Médecine
& la Jurifprudence , je n'en vois
aucune qui ne fe reffentît plus ou moins
de la barbarie de ces tems malheureux .
Quelque incorruptible que foit la morale
, elle n'en fut pas plus à l'abri de la
dépravation du goût , du moins s'il faut
en juger par l'hiftoire des moeurs de cesfiécles
: eh ! comment auroit-elle confervé
fa pureté parmi des hommes , dont l'ame
n'avoit pas été élevée au grand , & rendue
fenfible aux attraits de la vertu par laculture
des lettres.
On ne traitoit alors dans le petit nombre
d'écoles (a ) qu'il y avoit , que des quef
tions générales fur la fin du bien & du
mal, fur le fouverain bien & fur la liberté ,
au lieu d'approfondir les principes des actions
& des vertus humaines , au lieu de
donner , à l'exemple de Platon , des régles
particulieres pour la conduite de la
vie , ou de puifer dans la faine Théologie
une doctrice infiniment plus impor--
tante & plus fublime que celle de Pla
ton .
Mais la
un état
((a ))
}
héologie elle-même étoit dans
e auffi déplorable ; ceux qui
Ecclef.de M. de Fleury,
i
A O UST . 17530 64
Fenfeignoient , bien peu verfés dans les
Langues & dans l'Hiftoire , à caufe de la
rareté ou de l'infidélité des textes , ne pou
voient avoit l'intelligence des Peres & de
PEcriture Sainte , qui eft la bafe de cette
fcience .
( a ) Ils croyoient que pour exercer leurs
difciples à combattre les ennemis de la
Foi, il falloit examiner toutes les fubtilités
que la raifon humaine pourroit fuggérer
& prévenir les objections des efprits inquiets.
Leur jargon barbare & les quef
tions vainement curieufes qu'ils agitoient
en impofoient au vulgaire , & ils abufoient
impunément de la Dialectique &
de la Métaphyfique d'Ariftote , qu'ils ne
connoiffoient que par le Commentaire des
Arabes.
C'eft auffi par les ouvrages
de cette Nation
fur la Médecine que l'on s'inftruifit
ou plutôt que l'on s'égara dans l'art utile
& dangereux de conferver la fanté des
hommes .
Les abfurdités dont les Arabes avoient
infecté la Phyfique , réduifirent la Médecine
à n'avoir d'autre fondement que des
raifonnemens générauxfur les ( b ) qualités
( a ) V. le Choix du Traité des Etudes de M. de
Fleury.
(b)Ibidem.
66 MERCURE DE FRANCE.
occultes , fur le tempérament des quatre hu
meurs , & à n'employer d'autre remede
que ceux qu'on tenoit des Juifs , ou quelques
pratiques fuperftitieufes qui fe confervoient
religieufement dans les familles.
Les Médecins ignoroient alors que pour
guérir les maux préfens il faut fçavoir les
prévenir & en connoître la fource ; ils
reffembloient aux Jurifconfultes de leur
tems , qui faute de chercher des Loix dans
la nature des chofes pour les appliquer
aux cas particuliers , n'employerent que
des remedes vagues contre l'injuftice fans
fonger à en arrêter la fource , & qui inventerent
tant de formalités inutiles à la
folidité des jugemens.
Le Code & le Digefte avoient déja reparu
en Italie ; mais l'ignorance des Langues
& de l'Hiftoire obligeoit ceux qui vou
loient en expliquer le texte , de l'accabler
de fommaires & de glotes , aufquelles ils
mêloient fouvent des étimologies infenfées
& des fables ridicules ; de forte que
la Jurifprudence civile étoit livrée à toutes
les difputes de l'école & aux opinions
des Docteurs , qui pour n'avoir pas affez
creufé les principes de la morale & de l'equité
, avoient en vûe leur intérêt particulier
plutôt que le général .
La Jurifprudence Canonique n'étoit pas
A O UST. 67
1753.
mieux traitée ; le relâchement de la difcipline
de l'Eglife avoit affoibli l'obfervation
des anciens Canons , & le peu de
zéle qu'on avoit à les pratiquer diminua
auffi le foin qu'on devoit avoir à les conferver
dans toute leur correction : ils étoient
confondus avec quantité de pallages des Peres
, qui ne devoient point avoir force de
Loi , & ces Décrétales fameufes attribuées
pendant fi long-tems aux premiers Papes ,
qu'on a enfin reconnu être l'ouvrage d'un
Moine du douzième fiècle , feront un té--
moignage authentique & immortel de ce
que doivent les Sciences à l'étude des langues
& de la critique .
Tel étoit , à peu de chofe près , l'état
des autres Sciences , qui pour être moins
effentielles à l'homme , n'en font pas
moins utiles à la Société. Lorfqu'après la
prife de Conftantinople quelques Grecs
apporterent en Europe , avec les Livres de
leur Nation , le goût des bonnes études &
de la faine Littérature , on eût dit dèslors
qu'un génie bienfaifant étoit defcendu
tout à coup de la voûte éthérée , pour
diffiper cette longue nuit où les Sciences
avoient été éclipfées , & débrouiller le cahos
où elles auroient refté peut - être à jamais
confondues , fi les Littérateurs ne
s'étoient empreffés à l'envi de fouiller
68 MERCURE DE FRANCE.
dans la pouffiere des Bibliotheques , pour
y rallumer le feu facré qui s'étoit éteint
& de donner par le fecours des langues &
de la critique , une nouvelle exiſtence aux
ouvrages de l'antiquité ( a ) .
Ainfi fe renouvella l'Histoire générale ,
où les grands Capitaines , au défaut des :
ouvrages particuliers fur la Tactique , apprirent
l'art funefte d'attaquer ou de défendre
les Places , de difpofer un camp &
de ranger une armée en bataile ; où les
fages Miniftres s'inftruifirent des divers
changemens arrivés fur la fcene du monde
, des intérêts des Princes , du caractere
des Peuples & de toutes les paffions qui
font agir la politique ; où le Légiflateur
enfin , connut les abus qu'il avoit à corri
ger , les inconveniens à prévenir , & puifa
des loix conformes à l'humanité , au climat
& au bonheur des nations .
( a ) Combien de pratiques néceffaires aux
Sciences le font perdues , dont les anciens Auteurs
ont confervé quelque trace , & qu'on eft plus fûr
de retrouver lorfqu'on fçait qu'elles ont été connues
! Combien d'idées utiles & précieuses , qui
ayant été jettées au hazard , fans aucune liaiſon en->
tr'elles , foit dans les écrits des Philofophes Grecs
ou dans les Hiftoriens , foit dans les allufions
d'un Poëte ou d'un Scholiafte obfcur , ont pû:
donner naiffance aux plus heureuſes découvertes.
Vles Mém. de l'Acad. Tom . 16,
AOUST. 1753. 6 ர் .
Ainfi fe forma l'hiftoire particuliere de
chaque fcience , qui nous fert de bouffole
pour nous guider fûrement dans l'étude
des Sciences en général ; car il en eft du
Sçavant comme du Pilote , fon naufrage
eft certain s'il ne connoît les écueils où les
uns ont échoué & la route qui a conduit
les autres au port.
A quelles erreurs ne s'expoferoit pas un
Théologien qui ne fe feroit pas inftruit
dans l'Hiftoire Eccléfiaftique des divers
fentimens que les hommes ont eu de Dieu,
des différens cultes & des cérémonies de
la Religion , des perfécutions , des fchif
mes , des héréfies & des changemens de la
diſcipline ?
Quels progrès pourroit faire dans les
Mathématiques & dans la Phyfique celui
qui après avoir étudié les ouvrages d'Euclide
& d'Archimede , ou de Pithagore &
d'Hypocrate , n'auroit pas fuivi de fiécle
en fiécle la marche des Sciences , & qui
ignoreroit les différentes révolutions qu'elles
ont effuyées dans tous les lieux ?
Il eft aifé d'appliquer ce raifonnement
au refte de ces Sciences , & l'on reconnoîtra
l'importance des fervices que leur ont rendu
les Littérateurs , lorfqu'ils ont confacré
leurs foins & leurs veilles à recueillir les
divers fyftèmes , les opinions , les procé
70 MERCURE DE FRANCE.
des & les méthodes des Sçavans anciens
& modernes , lorfqu'ils ont ramaffé leurs
fentences , fouvent même analyfé leurs
Onvrages , & qu'ils font entrés dans le
détail de leurs travaux , de leurs fuccès &
de leurs actions.
,
Une telle hiftoire abrége les recherches
, ranime l'émulation enflamme le
courage , rabbaiffe en même tems cette
présomption fi ordinaire aux Sçavans ( a )
en lui rappellant qu'il a eu des pareils &
que fes pareils fe font trompés , peut ouvrir
certaines voyes détournées de la voye
ordinaire , & jetter certaines femences de.
découvertes qu'on n'auroit pas enfantées
de foi même. N'eft ce pas d'ailleurs contribuer
à leur ( b ) développement que de les
annoncer , que de faire fentir comment
on a deviné les fecrets de la nature , & de
les mettre à portée de tous les efprits ? C'eſt
principalement l'art d'y réuffir que la plûpart
des Sçavans ont crû indigne de leur
application : plus ambitieux de produire
que de communiquer leurs idées , ils femblent
méconnoître le talent d'écrire avec
élégance & avec pureté , auquel les Sciences
doivent néanmoins la rapidité de leurs
progrès.
(a ) V. les Oeuvres de M. de Font . Tom. 5 .
(b ) V. Hift. Critique de la Philofophie.
A O UST.
1753 70
ie i
e
LA parole , dit un Ancien , eft le flambeau
de l'ame. Quelque exactes , quelque
jultes que foient nos idées , elles ne
fçauroient le montrer fi elles n'étoient revêtues
de mots propres , d'épithéres choifies
, & de tous les agrémens néceffaires à
en faire reffortir l'analogie & la vérité . Ce
principe , inconteftable à l'égard de tout
ouvrage d'efprit en général , acquiert encore
un nouveau dégré de force à l'égard
des ouvrages fur les Sciences ; plus elles
font abftraites , plus celui qui les médite
femble avoir befoin d'un ftyle pur ou élégant
pour le rendre intelligible.
Mais le moyen de convaincre leurs par
tifans outrés , que cette pureté & cette élégance
, qui font l'appanage des Littérateurs
, & qu'on ne daigne pas leur difputer
, contribuent le plus à accélérer les progrès
des Sciences ? Comment perfuader à
un Philofophe orgueilleux de defcendre
du faîte de fes méditations , pour choisir
dans les tréfors des Belles Lettres une expreffion
noble ou une tournure ingénieufe
? Quoi donc , la verité toute nue n'a- telle
pas la puiffance de nous captiver malgré
nous , & les merveilles ou les fecrets
de la nature ne font ils pas affez intérelfans
par eux--mmêêmmeess ,, fans qu'ils ayent recours
à une parure étrangere ? Oui , fi tous
72 MERCURE DE FRANCE.
les hommes étoient des Newtons ou des
Pafcals.
Mais en vain voudroit-on fe le diffimuler
, les Sciences toutes pleines qu'elles
font de vérités & de merveilles , paroiffent
fi froides fi defféchées , qu'à
moins d'un attrait particulier , on ne fçauroit
les envisager dénuées de tout ornement.
Faut- il donc être furpris qu'elles
ayent effrayé & dégoûté pour jamais tant
de bons efprits , qui y auroient fait peutêtre
les plus grands progrès fi elles s'étoient
montrées à eux fous des dehors
moins aufteres ? Mais au premier abord
d'une étude qui avoit tout l'appareil d'un
fupplice , ils ont crû être des efclaves
qu'on vouloit punir , plutôt que des hommes
qu'on vouloit inftruire .
Ne nous flattons point , nous fommes
prefque toute notre vie femblables à des
enfans que les moindres difficultés découragent
, & à qui il faut adoucir l'amertume
des leçons qu'on leur fait , ainfi que
des remedes qu'on leur préfente .
C'est pourquoi les Philofophes ( a ) de
l'ancienne Grece qui ont pénétré les myftères
des plus hautes Sciences , n'annoncérent
jamais leur doctrine qu'en Vers , per-
(a ) Thalès , c. Empedocle. C'eft le modele que
Lucrece s'étoit proposé.
fuadés
AOUST.
1753. 73
d
n
ves
es
des
ue
de
லப்்9
20
es
fuadés que les figures Poëtiques & cet enchaînement
de paroles harmonieuſes rehaufferoient
l'éclat de la vérité & la graveroient
plus ailément dans la mémoire
(a ).
Pour s'être écartés d'une fi fage méthode
, ceux ( b ) qui écrivirent enfuite fur
les Sciences , les rendirent féches & rebutantes
, & elles ne regagnerent leurs avantages
que lorfqu'il s'éléva à Athènes & à
Rome de vaites & de puiffans génies ( c ) ,
qui tour à la fois Poëtes , Orateurs , Philofophes
& Géometres , leur communiquerent
les plus vifs agrémens , & cette
variété de connoiffances qui étonneront
les fiécles les plus éclairés .
Il en fut de même parmi nous ; les Sçavans
qui , bornés à la fcience qu'ils cultivoient
, regarderent l'étude des Belles-
Lettres comme un amufement frivole , ou
(a ) Solon avoit mis en vers les Loix. Les Turdetains
, qui paffoient pour les peuples les plus
fauvages de l'Espagne , le vantoient d'avoir leurs
Sciences & leurs Loix écrites en vers depuis fix
mille ans . Les Annales des Germains , des Goths
& des Danois étoient écrites en vers . Les principes
de la mora'e & des Loix contenus dans les Livres
claffiques des Chinois , ne font qu'un compos
fé d'Odes & de Poëmes.
( b ) Phérécide , &c.
(c ) Arift. Plin , &c.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
qui ont vêcu dans un fiécle ou l'art d'écri
re élégamment étoit inconnu , ne nous
ont laillé qu'une hiftoire informe de leurs
penfées ou de leurs obfervations , & leurs
ouvrages mal écrits , mal digérés , ont refté
dans l'obfcurité. Ainfi fe font anéantis
tant de remedes utiles dans la Médecine
tant de procédés de Chymie , de chefd'oeuvres
de Méchanique , & tant d'autres
découvertes précieufes qu'on a crû nouvellement
faites , tandis qu'elles ont péri
dans les mains inhabiles de ceux qui en
furent les premiers auteurs , ou qu'elles
font enfevelies dans la nuit du fiécle groffier
qui les vit naître.
L'empire des Sciences avoit donc befoin
, pour s'étendre & pour s'affermir ,
que leurs écrivains nourris des Belles-Lettres
en détournaffent comme d'une fource
féconde une infinité de canaux , pour répandre
l'agrément & l'élégance fur les matieres
les plus arides & les plus ingrates ;
tantôt de belles images & des compa- par
raifons ingénicafes , qui fourniffent des
preuves fouvent plus convaincantes
que
de longs argumens en forme , & dont les
rapports piquans entre les idées abftraites
& les idées agréables nous rendent faciles
les unes comme les autres ; tantôt
tranfitions adroitement ménagées ,
par
des
qui
A OUS T. 1753. 75
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qui
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S
nous conduitent tour à tour aux objets les
plus oppofés , & qui épargnent la répétition
ennuyeufe & inutile des termes de
l'art ; tantôt par de vives faillies qui ôtent
à la raifon fon air fauvage , & par des
digreffions ou des traits d'hiftoire qui naiffant
du fujet même , y portent un nouveau
jour ; foit enfin par des réflexions
lumineufes qui donnent , comme par hazard
, la folution des difficultés les plus
embaraflantes , & qui foulagent l'efprit
dans une fuite de raifonnemens de faits
ou de principes fatiguans ( a ) .
Toutes les Sciences , je l'avouë , ne font
pas fufceptibles des mêmes ornemens ;
mais il n'en eſt point qui demande plus de
fleurs pour couvrir les épines , que la morale
( b ).
La guerre ouverte qu'elle déclare à nos
paffions , à nos préjugés , à notre tempéramment
même , le peu de cas qu'elle fait
de ce que nous chériffons le plus , toutes
fes maximes en un mot nous révolteroient
au point de nous devenit infupportables, fi
(a ) V. Lucrece , Aratus , Manilius , Fracaftor ;
Sannazar , de Part. Virg. Quillet , Geneft , &c.
l'Anti- Lucrece , &c.
(b ) Les anciens Poëtes moraux de la Grece
écrivirent tous en vers . Théognis , Nicandre , Parménide,
&c.
Dij
7.6 MERCURE
DE FRANCE
.
elles n'étoient accompagnées des graces
qui en écartent l'âpreté.
C'eſt ainfi que Platon , ce Poëte Philofophe
, qui , guidé par Socrate , tenoit , pour ainfi parler , tous les refforts du coeur de l'homme
dans fa main , crut néceffaire
de déguifer
fes préceptes
par les figures
les plus hardies , par les fictions , les allégories
, & par tout ce que fon imagination
brillante
lui put infpirer deplus féduifant
.
Ce Romain ( a ) qui ravit aux Grecs la
feule gloire qui leur reftoit , celle de l'eſprit,
marcha avec tant de fuccès fur les traces
d'un fi grand Maître , que fes oeuvres
Philifophiques
ne prétent pas moins de
charmes & de reffources à la vertu , que
fes oraifons à l'éloquence
. Les plus profonds
moraliftes
enfin
n'ont conduit
prefque
perfonne
à l'amour
de la fageffe & à la pratique
de la vertu , qu'en adouciffant
les rigueurs
de la mora- le par le pinceau
de l'Eloquence
& de la Poëfie ; la Métaphyfique
même s'en eft
fervie avec fuccès pour orner & pour ren- dre fenûbles
les vérités fublimes
qu'elle
contemple
( b ).
(a) Hanc enim perfectam Philofophiam
femper judicavi , qua de maximis quaftionibus
copiofe poffet
ornateque dicere. Cic. Tufc. Dif. L. 1 .
(b) V. ce que M. de Fénélon a écrit, fur la Métapbyfique
, &c.
AOUST. 1783. 77
S
He
де
ا ل و
།
elt
Alle
Met
16.
Avant que cet homme , qúi voyoit tout
en Dieu , eût ouvert un nouveau champ à
cette Science , qui auroit penfé que les ob.
jets invifibles qui la compofent, pûfſent ſe
plier aux fineffes d'une diction élégante ,
& que ce Philofophe , l'ennemi le plus
implacable de l'imagination , fût obligé
de lui faire broyer toutes fes couleurs pour
nous peindre fon fyftème des idées & celui
de la grace ( a ) ?
Le célébre inventeur ( b ) des Monades
avoit exercé ſon vafte génie dans tous les
genres de Littérature , lorfqu'il expliqua
avec tant d'éloquence cette harmonie préétablie
entre l'ame & le corps , qui malgré
fon peu de partifans , donne l'idée la plus
étendue de l'intelligence infinie du Créateur
: les fuccès prodigieux que cet homme
univerfel eut dans la Phyfique & dans les
(c ) Mathématiques , font une preuve victorieufe
que ces Sciences , loin d'être incompatibles
avec les Belles - Lettres , n'en
reçoivent que plus d'accroiffement.
Si quelque fcience avoit pû s'accroître
(a ) V. les Oeuvres du P. Malebranche.
( 6 ) Leibnitz faiſoit très -bien des Vers Latins
&François.
(c ) On peut en juger parla découverte du calcul
différenciel ou des infiniment petits , quoiqu'en
difent les Anglois.
D'iij
78 MERCURE DE FRANCE,
indépendamment de leurs fecours , ce feroit
principalement la Phyfique , puifqu'en
embraffant toutes les parties de l'univers
& en s'efforçant d'en découvrir les ufages
, elle n'offre de tous côtés à nos regards
que des objets curieux & intéreffans
d'ou vient donc qu'avec tant de
droits pour nous plaire ( a ) elle étoit affez
généralement inconnue au commencement de
notre fiècle ? Oferons nous le dire ? c'eft
qu'elle n'avoit pas encore dérobé aux Belles
Lettres, des écrivains affez habiles pour
célébrer & pour faire goûter fes merveilles .
Les uns n'en eurent pas plutôt caché l'éclat
fous le voile léger du plus fin & du
plus délicat badinage , que ce fexe même
à qui les préjugés de fon éducation fem
blent interdire des objets trop férieux , ne
s'éffaroucha point à l'afpect des profonds
myftères de l'Aftronomie , & apprit bientôt
à décomposer la lumiere & les couleurs
les Graces furent étonnées de fe
trouver le compas d'Uranie à la main ( b ) .
( a ) V. M. de Fontenelle , Préf. de l'Hift . de
l'Acad.
(b) M. de Fontenelle , cet écrivain dont la gloire
appartient à plus d'un fiècle , mais qui fera l'ad .
miration de tous , cet aftre auffi brillant à fon
couchant qu'à fon aurore , & dont la nature , par
amour pour les hommes , femble prolonger le
cours on diroit que les Sciences l'ont ranimé
A O UST. 1753. 79
ds
1.
10
>
>
>
Les autres Ecrivains , il eſt vrai , n'ont
pas donné à la Phyfique des attraits auffi
touchans ; mais ils ont préfenté le Spectacle
de ( a ) la nature avec tant d'agrément
& répandu tant d'élégance fur leurs leçons.
( b) que ,
felon la remarque du plus judicieux
critique de nos jours ( c ) , ils ont
acquis plus de difciples & plus d'admirateurs
à la Phyfique , qu'elle n'en avoit
gné par fes expériences & fes recherches
(d ).
ga-
Quelles obligations ne vient- elle pas
d'avoir encore à cet Auteur ( e ) illuftre , à
qui l'on diroit que la nature prend plaifir
de confier fes plus intimes fecrets , à ce
dans leur fein ; mais les Mufes Françoifes ne cefferont
de le réclamer .
Ce n'eft auffi qu'en imitant la maniere de ce
Peintre fertile que l'ingénieux Algarotti , venu
du rivage du Tibre , fçut embellir même le fyftème
de Newton .
( a ) M. Pluche.
( b ) L'Abbé Nolet.
( c ) V. les Obferv. fur les Ecrits Modernes .
( d ) M. l'Abbé de Pontbriand , qui vient de donner
un nouveau Système du monde , & qui a écrit
avec fuccès fur la politique & fur la Religion ,
n'auroit pas peut - être fi bien mérité des Sciences ,
s'il n'avoit commencé d'exercer fes talens à l'Académie
des Jeux Floraux .V. le Recueil de l'année
2722.
( e ) M. de Buffon , Hift. Naturelle.
Diiij
30 MERCURE DE FRANCE.
Naturalifte plus inftruit qu'Ariftote & que
Pline , qui parle comme Platon & qui rivalife
avec Lucrece !
Il n'eft point , en un mot , de partie de
laPhyfique , la Médecine même ( a ) , que
l'étude des Lettres n'ait rendu plus acceffible
& plus communiquable . Eh ! pourquoi
n'étendrois je pas ces avantages fur la Géométrie
& l'Algébre , puifque fans leurs
élémens on ne peut aujourd'hui s'initier
dans les mystères de Phyfique ? Elles ne
fçauroient , j'en conviens , fupporter une
élégance auffi marquée : mais comme leurs
ouvrages ne font remplis que de nombres
, de proportions , de fuppofitions ,
de combinaiſons , de rapports embarraffans
par eux -mêmes & préfentés fous des
figures étranges , ils feroient encore plus
obfcurs s'ils n'étoient écrits du moins avec
cette pureté & cette netteté d'expreffions ,
à laquelle on ne peut parvenir fans le fe
cours de la Grammaire. Cette partie des
Belles Lettres , qui eft comme l'ame , fixe
la véritable fignification des mots , leur
( a ) V. Baclivi..... le Traité de Morb . Vener.
par M. Auftruc , l'Anatomie d'Heifter , par M. Sénacc.
Les difciples d'Averroes feroient bien
étonnés d'entendre parler aujourd'hui les afpirans
à la Faculté de Médecine : ils femblent être les
feuls dépofitaires de la bonne Latinité.
AOUS T. 1753. 81
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ne
urs
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af.
des
plus
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Ener
S
bien
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régime & leur liaiſon , démêle finement
les nuances des idées , & fournit des fignes
différens pour diftinguer ces nuances
, preferit des regles pour perfectionner
ces fignes , & pour en faire l'ufage le
plus avantageux ; découvre enfin les rai-
Tons qui font préférer un figne à un autre ,
& fait reconnoître par là les expreffions
équivoques & captieufes , qui , à l'aide
d'un peu de vérité , nous impofent une erreur
qui nous étonne .
Un Sçavant , un Mathématicien en par
ticulier , qui ne pofféderoit pas toutes ces
régles Grammaticales , pourroit- il répandre
fur les écrits cette clarté , cette exactitude
, cette précifion qui leur font fi effentielles?
Il s'expoferoit indubitablement
à n'être à peine entendu que de quelques
maîtres de l'art , & fa gloire feroit ainfi
dans les mains de l'envie ( a ) . De quelle
importance n'est- il donc pas pour lui d'écrire
de maniere à n'avoir pas befoin d'Interpréte
, & à avoir le Public déſintéreſſé
pour Juge ? 11 eft , fans doute , difficile
dans les matieres profondes & abftraitės
de fe mettre à portée des fuffrages de la
multitude ; mais qu'on en apprenne le
(a) On fçait que les principes de l'harmonie de
M. Rameau ont eu beſoin de la plume de M.
d'Alembert , pour être rendus intelligibles.
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
fecret par l'exemple & de la bouche de
ces célébres Mathématiciens , l'honneur
de leur fiécle & de leur patrie : peu fatisfaits
de remplir les conditions indifpenfables
à leur art , ils s'y montrent toujours
fupérieurs , & en étendent les bornes
en le rendant admirable & intéreffant
à ceux mêmes qui font le moins en état
de juger du fond des chofes : qu'il me foit
donc permis de les interroger ici .
Vous , qui ( a ) après avoir paffé vos
jeunes années dans le commerce des Lettres
, n'entrâtes dans la vafte carriere des
Sciences qu'à votre fixiéme luftre , & qui
du premier effor la parcourûtes toute entiere
, génie rapide , fécond , étincelant ,
toujours égal dans fa courſe , comme ce
globe immenfe dont vous avez déterminé
la maffe & la figure , & qui ne laiffez à la
France d'autre regret que de n'avoir pû
vous retenir dans fon fein ?
Vous ( b ) , que les Mufes ont careffé
dès les berceau , & qui paffez encore avec:
elles des momens précieux pour repren
dre une nouvelle vigueur après de pénibles
calculs ; vous , dont les premiers ef-
(a ) M. de Maupertuis n'a commencé d'étudies
les Mathématiques qu'après trente ans..
( b) M. d'Alembert fait encore de très- jolis
Vers..
A O UST .
1753. 83
S
es
1-
ce
në
la
DU
Te
if
es
Jis
fais furent des prodiges , & que toutes les
Sciences ont choifi pour être leur organe
& pour orner le frontispice de leur temple
, repondez tous ......
Dans quelles fources avez - vous puifé
ces touches mâles & hardies , cette beauté
, cette énergie , cette magnificence de
style , & ce goût qui préfide dans tous vos
ouvrages ?
Où avez vous donc appris à varier vos
expreffions , à les animer , à les ennoblir ,
à les fimplifier , à les adoucir fuivant les
divers genres que vous traitez ?
C'eft , dites vous , & vous n'oferiez le
défavouer , c'eft dans l'étude affidue &
réfléchie de toutes les parties de la Litté
rature .
O vous done , qu'une voix intérieure
follicite puiffamment de parcourir les fentiers
ténébreux des Sciences , voulez - vous
y marcher avec plus d'affurance & de fuccès
? commencez à effayer vos forces & a
vous préparer par les objets faciles qu'offrent
l'Hiftoire , la Poëfie & l'Eloquence ;
its exerceront , ils développeront peu
peu les facultés de votre ame , & multiplieront
vos idées. Appliquez -vous à l'é
tude des Langues , de la Critique & de
Hiftoire ; vous découvrirez dans les ou
vrages des Anciens , ce qu'on n'a pas fer
a
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
y voir encore ; vous connoîtrez le métite
de leurs travaux , le prix des Modernes
& les variations particulieres de toutes
les Sciences . Si leurs progrès ont été
fi rapides depuis un fiécle , qu'elles s'en
applaudiffent ; mais vous , ne leur en attribuez
pas toute la gloire ; elles en font
redevables au talent d'écrire avec élégance
& avec pureté , qu'on ne peut acquérir
que par l'étude des Belles- Lettres.
Soyez donc fideles à les cultiver & à leur
rendre le tribut d'eftime & de reconnoiffance
qui leur eft dû ; elles vous communiqueront
cette premiere étincelle de
goût , ce ton propre à chaque fujet , cet
art des bienféances dont les effets réjailli-
Font fur tous vos ouvrages .
Souvenez vous enfin , que les Littéra
rateurs , les Sçavans & les Artiſtes font
tous membres d'une même République ;
qu'ils ont tous un principe commun , une
étoile fixe & un même but ; la conformité
à la raifon ou à la belle nature , & l'avantage
de la Société. Ce n'eft donc qu'en
réuniffant tous leurs rayons dans le même
foyer , qu'il en résultera affez de lumiere
& de chaleur pour faire éclore toutes les
connoiffances qui font du reffort de l'efprit
humain,
AOUST. 1753 .
85
Omnes Artes que al bumanitatem pertiment
, habent quoddam commune vinculum
c. Cicer. pro Archia.
Rien n'eft long que le fuperflu. Lamothe.
S.
f
de
cet
Ti.
Ta
Onl
e ;
ne
en
ne
re
es
=(
EPITRE
A M. D *** , pour l'inviter à venir
à la Campagne .
IL eft tems de brifer ta chaîne ,
Cher D *** que fais- tu dans Paris ?
Des zéphirs la naiffante haleine
Careffe les roles & les lys ,
L'Aquilon fuit : & la Nature
Offre à nos yeux les plus riches couleurs;
On ne voit que toits de verdure ,
Que tapis émaillés de fleurs.
Phébus refpecte nos bocages ,
Et n'y darde plus fes rayons ;
Le roffignol prodiguant fes ramages ,
Remplit l'air des plus tendres fons.
Qai te retient encor ? je t'offie mon afile ,
Viens y couler le tems de tes loifirs.
Crois moi , les charmes de la Ville
N'égaleront pas nos plaifirs.
Dans ma riante folitude ,
Loin du tumulte & des fades propos ,
86 MERCURE DE FRANCE
Er dégagé des foins d'une pénible étude ,
Tu goûteras les douceurs du repos ;;
Tu fentiras le bonheur d'être
Dans ce réduit voluptueux :
Un bon lit , un repas champêtre ,
Un air ferein y combleront tes voeux.
Mais peut-être de Melpoméne
Prétends-tu fuivre les drapeaux ,
Et mériter les honneurs de la fcéne ;
En évoquant les ombres des Héros ?
Pour un nourriffon du Permeſſe ,
Quels plus favorables féjours ?
Ici les noirs foucis , enfans de la trifteffe ,
N'obfcurciront jamais tes jours ;
Nal importun n'ira troubler l'yvreffe
Qui s'emparera de tes fens ,
Et des oifeaux le chant plein d'allégreffe
Viendra fe joindre à tes accens,
C'eft dans des lieux écartés & paifibles
Qu'Apollon aime à s'égarer ,
Là fes faveurs font plus fenfibles ,
C'eft-là fouvent qu'il veut nous infpirer.
B ****
AOUST.
87
1753.
ASSEMBLE'E PUBLIQUE
De la Société Royale de Nancy.
Meffieurs Palilfot , Freron & Cogolin
, ayant été élus par Meffieurs de
la Société , les deux derniers y prirent
féance le 8 Mai de cette année. M. d'Heguerty
, Sous -Directeur , parla le premier,
& après avoir dit , que ce n'étoit pas fans
regret qu'il rempliffoit les fonctions du *
Directeur , qu'une indifpofition impré
vûe retenoit chez lui , & qu'il ne pouvoir
fe promettre de dédommager l'Affemblée
de ce qu'elle perdoit en cette occafion :
il rappella ce qui venoit de fe paffer dans
l'Académie de Rome , au fujet du Dilcours
dont Sa Majefté Polonoife avoit
bien voulu permettre la lecture à la der--
niere Séance publique de la Société. » Cer
» ouvrage , dit- il , qui caractérife le vrai
Citoyen , & qui donne les préceptes les
plus fages fur ce qui peut faire le bon-
» heur des Sociétés , & en former une
» parfaite , a fait une vive impreffion à
» Rome , où traduit en Italien , & lû de-
>
*M: de Choifeul , Primat de Lorraine , & Grand
Aumônier de Sa Majefté Polonoiſe.
S MERCURE DE FRANCE .
»vant une augufte Affemblée , il a mérité
» que fon refpectable Autear fût élu Mem-
"bre de l'Académie des Arcades. Parlant
enfuite des nouveaux Affociés , M. d'Heguerty
dit , que leur réputation dans la
République des Lettres , les avoit fait fouhaiter
dans la Société , avec autant d'empreffement
qu'ils en avoient témoigné
pour y être reçus.
Le Difcours de M. Paliffot contenoit
un remerciement d'autant plus beau ,.
qu'en difant tout ce qu'un autre auroit pû
penfer dans cette rencontre , il n'employa
que des tours nouveaux , & une diction
qui donnoit de la chaleur aux fentimens
qu'il vouloit rendre. 11 finit par l'éloge
du Roi de Pologne. Après avoir loué les
travaux & les fuccès de la Société , & ceux
en particulier de quelques - uns des Membres
qui la compoſent , il ajoûta ces mots :
» Je fçais , Meffieurs , un moyen de re-
» connoître beaucoup mieux que par des
» louanges mes obligations envers vous.
» L'honneur que vous m'avez fait me
» donne la précieuſe liberté de mêler ma
voix à celle de la Renommée , pour cé-
» lébrer votre augufte Fondateur . C'eft à
» l'émulation qu'il infpire par fon exemple
, aux lumieres que vous puifez dans
»> ſes écrits , aux récompenfes dont il hoA
OUS T. 17538 89
Gé
it
ge
les
m-
= ཀཎྜ ཊྛབྷུ £ བྷུ ཤྩཎྜ ྂ ་ ཚི ༅ ཎྜ Ë པྤ ླ ྤ རྞ
ts :
des
me
-à
ns
n
nore les talens , que ma Patrie eft redevable
du nouveau jour qui fe répand fur
» elle. Simple Citoyen , il l'auroit illuftré ;
»Philofophe , il l'éclaire ; Monarque , il
» la rend heareufe. Souverain bienfai-
» fant , il eſt impoffible de le flater , parce
que l'adulation la plus forte ne devien-
» droit dans fon éloge , qu'une vérité fimple
avouée par tous les coeurs. Qu'il
parle , tous les Arts dociles à fa voix ,
» vont fe ranger autour du Trône ; qu'il
paroiffe , fon empire n'a plus de limites ;
» qu'il commande , le devoir d'obéir n'eſt
plus un facrifice , l'amour en a fait un
» fentiment.
"
و د
*
M. Freron après un remerciement court
& vif , prit pour fujet de fon Difcours les
qualités qu'exige le tyle , & ce qu'on appelle
le bon goût. » Il me paroît , dit- il ,
que la beauté du ftyle confifte dans un
»jufte milieu. Quiconque écrit eft placé
» entre deux écueils , le fublime gigantef
" que & la baffeffe rampante : les hautes
» montagnes & les vallons humides ne
"font point habités . On établit avec volupté
fa demeure fur un côteau riant ,
» où l'air n'eft ni trop fubtil , ni trop grof
» fier. Un fleuve qui franchit fes rives ,
» porte le ravage ; deffeché , il devient
inutile ; s'il remplit ſon lit , l'abondance
39
o MERCURE DE FRANCE.
»& la joie coulent avec fes eaux ; l'oeif
»humain fe plaît à contempler fon cours
» rapide fans violence . L'aigle qui fe perd
dans la nuë , devient auffi invifible
que
l'infecte qui fe cache fous l'herbe . Les
» Ecrivains guindés ou traînans ne font
» point lûs. On goûte un Auteur qui n'é-
»crit ni pour les Sylphes, ni pour les Gno-
» mes , mais pour les humains . L'art d'écrire
exige donc la retenue d'un fage qui
» fe modére dans les plaifirs. Le ftyle doit
reffembler à Junon , qui dans l'Iliade
eft peinte fufpendue entre le Ciel & la
» terre. C'est pour avoir ignoré ou violé
cette régle de goût , que tant d'Auteurs ,
» nés d'ailleurs avec beaucoup d'efprit &
» de talent , ne feront jamais comptés
parmi les grands Ecrivains. Leur défaut
» eft de chercher avec inquiétude ou des
» penfées , ou des expreffions rares . Ils ne
fentent pas que l'on ne doit s'attacher ,
qu'à bien développer les idées qui font
» dans tous les efprits , & les fentimens.
qui font dans tous les coeurs. Pourquoi
» certaines Piéces font elles fi bien reçues
» au Théatre ce n'eft pas qu'il y ait du
faillant , de l'extraordinaire , c'eft préci-
»fement parce que chacun retrouve ce
qu'il a penfé , ce qu'il a fenti. L'Auteur
n'a que l'avantage de faire revivre ces
22
23.
33
A OUS T. 1753% 91
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»idées primitives , de faire éclore ces mou-
» vemens cachés dans l'ame. Le fpectateur
applaudit par amour - propre ; les applau-
» diffemens font le cri de la nature qui fe
» reconnoît.
M.
Venant enfuite à parler du goût qui fixe
Je point de la perfection , & le peignant.
précisément d'après ce qu'il doit être ,
Freron continua & dit : » Vous le fentez
» bien mieux que je ne le définis ici , Mef-
» fieurs , dans les écrits fublimes d'un Prin-
» ce , votre Fondateur & votre modéle ;
» d'un Prince qui ne met pas plus de bornes
à fes bienfaits , qu'à fes lumieres ; il
» chérit , il foulage , il éclaire , il récompenfe
, il honore l'humanité . Sont front
augufte eft chargé des couronnes de Mars,
» des guirlandes d'Apollon , de l'olive de
>> Minerve & des palmes de la Religion .
» Pardonnez , Meffieurs , ce mêlange de
» facré & de profane , en faveur d'un Roi
qui réunit l'héroïlme de l'ancienne Ro-
» me & les vertus de la nouvelle .
92
"3
93
Les remerciemens que M. le Chevalier
de Cogolin fit à la Société , étoient trop
fentis à fon gré pour être rendus . Il les
exprima néanmoins avec beaucoup d'art &
de délicateffe. Sa modeftie y ajouta un air
de candeur & des graces nouvelles. » Amateur
des Lettres , dit- il , dès ma plus
92 MERCURE DE FRANCE .
» tendre jeuneffe , admirateur affidu des
» ouvrages de ces grands Maîtres , dont
» le goût & les fuccès revivent encore
» parmi vous , pouvois - je efpérer , Meffeurs
, que fans autre titre , que celui
de les étudier avec conftance , d'être
» fenfible à ces graces & à ces beautés qui
» font le caractére de vos écrits , il me feroit
permis un jour de voir mon nom à
côté de ceux que la poftérité lira dans
» vos faftes. L'éloge qu'il fit du Roi de
Pologne mérite d'être tranferit ici. Il fut
puifé dans le vrai , & le vrai feul eſt aimable.
» Quelle gloire , ajouta t'il , pour
"
votre Société Littéraire , Meffieurs , de
>> voir quelquefois affis au milieu de vous,
»ce Monarque qui fait vos délices , fans
» appareil , fans Gardes & fans faiſceaux ;
tel que Pline nous repréſente le grand
Pompée dans le Cabinet d'un Philofophe.
Quel excès d'honneur de pouvoir
» converfer dans le fanctuaire des Mules ,
>> tout à la fois avec l'Artifte , l'homme de
" goût , l'Ecrivain profond , l'habile Politique
& le Philofophe couronné . Quelle
» joie ! qu'elle eft fublime ! de contempler
» ce Souverain , le luftre & l'amour de la
» Parrie , le pere & le bienfaiteur de la
» vôtre , de le voir de fes mains Royales
vous ouvrir la carriere des Sciences &
"
33
A O UST. 1753. 93
2
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vous y guider. Ce Prince , après avoir
» affuré au- dehors la fécurité & l'abon-
» dance , après avoir enrichi fes Etats des
» monumens les plus durables de fa libe-
» ralité , s'être gravé dans vos coeurs un
»fouvenir glorieux qui furvît à l'airain &
au porphire ; il vient lui- même dans ce
lycée dont il eft le Fondateur , le Pro-
» tecteur & le modéle , porter le flambeau
s de la vérité pour apprendre aux Appré-
» ciateurs des talens , cet Art fi difficile de
» ne récompenfer que le mérite , & de
mettre les ames fufceptibles d'émulation
» à portée d'en acquérir.
ود
Après que les nouveaux Académiciens
eurent achevé leurs Difcours , M. le Chevalier
de Solignac , Secrétaire Perpétuel
de la Société , chargé de leur répondre ,
fit fentir à l'Affemblée l'intérêt qu'elle de
voit prendre à leur réception. La maniere
dont il s'y prit ne pouvoit manquer d'être
extrêmement flateufe pour tous les affiftans
. " Jaloux de votre eftime , leur dit- il,
» nous fommes bien aifes de juftifier à vos
" yeux les motifs de ces réceptions folem-
>> nelles , dont nous vous donnons quel-
» quefois l'agréable fpectable . Par un détail
abregé des talens de ceux que nous
adoptons , nous cherchons à leur mériter
, après notre choix , l'honneur de
99
94 MERCURE DE FRANCE.
» vos fuffrages. D'ailleurs , ajoûta - t'il ,
c'eft ici le feul moment où il nous eft
» encore permis de jetter quelques fleurs
fur leurs pas. La gloire de ceux que
» vous voyez déja placés parmi nous , de-
» viendra bientôt la nôtre ; & cet avanta-
» ge , fi Alateur d'un côté , va nous mettre
dès aujourd'hui dans le trifte inconvé
nient de ne pouvoir les louer , fans rif-
» quer d'être accufés de nous louer nous-
» mêmes .
ود
En parlant de M. Paliffor , qui ne fait
que d'entrer dans fon cinquiéme luftre , il
dit que fes premieres études furent accompagnées
des fuccès les plus brillans & les
plus rapides , & que le jeune difciple eût
pû , ce femble , enfeigner aux autres par
inftinct ce qu'on auroit voulu qu'il n'apprît
que par un long afferviffement à une
méthode ennuyeufe. » Sorti du Collége
» à un âge où l'on auroit crû qu'il devoit
» y entrer , il prit vers le Parnaffe un effor
que l'on jugea prématuré , fans le croire
abfolument téméraire ; mais le jour le
» plus beau , quand il commence à paroî-
»tre , n'a pas encore tout l'éclat qu'il promet
; & c'eſt aſſez que du moment que
cet éclat s'annonce , il ne ceffe de croî-
» tre à chaque inftant.... Actuellement ,
dit M. le Chevalier de Solignac , nous
»
•
AOUST . 1753 95
il .
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ment,
nous
A
avons un nouvel ouvrage de M. Paliffot
: c'est la vie des premiers Rois de
» Rome . Ce que nous en avons déja vû ,
» nous répond de fon talent pour l'Hiftoi-
» re . Il est vrai , comme il l'avoue lui- mê-
» me , qu'il a trouvé fes deffeins tout cal-
» qués dans un Auteur Italien qu'il s'eft
» fait un mérite de fuivre ; mais à cela
près qu'en copiant fon original , il
féjourne trop fur des évenemens qui de-
» voient couler avec viteffe , l'on apper-
» çoit dans fon pinceau une touche ferme
& vigoureufe , un coloris vif & gra-
» cieux. L'on fent avec plaifir , que qui-
» conque peut écrire avec tant de
de chaleur , peut déformais ne fe
» fer d'autre modéle que lui -même.
»
»
»
grace &
propo
S'adreffant enfuite à M. Fréron ; » Devions-
nous eſpérer , lui dit M. le Cḥe-
»valier de Solignac , que vous dérobant
» à la Capitale du Royaume , & aux élo-
» ges que vous vous y attirez tous les jours,
» vous viendriez nous apporter vous - mê-
»me un tribut de reconnoiffance , qu'en
» votre abſence la voix publique fe feroit
» empreffée de nous payer pour vous ...?
» Je laiffe à ce Corps diftingué , qui par
fa conftante application aux Lettres ,
»paroît n'avoir à coeur que les progrès de
lefprit , à marquer par les regrets qu'il
છે
96 MERCURE DE FRANCE.
a eus de vous perdre , l'eflime qu'il a
toujours fait de vos talens. Les fenti-
» mens que la reconnoiffance vous infpire
»pour lui , nous porteroient à croire que
» vous n'avez perdu qu'un nom ; & vos
» écrits , que vous le confervez encore.
Parlant enfuite des ouvrages de M. Fréron
, il le repréfente luttant fans ceffe
pour l'honneur des Lettres , contre cette
foule de mauvais Ecrivains , qui n'aimant
que les parures artificielles , les ornemens
affectés , les diffections ingénieufes , gâtent
le goût de la Nation , déja trop naturellement
portée à la frivolité dont on l'accufe.
>>Qu'il feroit à fouhaiter , continue til ,
que comme le ferpent de Moyfe , vous
"
puffiez engloutir & détruire pour jamais
» ces reptiles dangereux , qui n'étant propres
qu'à fafciner les yeux par les prefti-
» ges de l'Art , veulent ſe donner pour des
prodiges de la Nature.
M. le Chevalier de Cogolin fut loué
d'avoir fçu tranfporter dans fes vers le
fublime & la force , la préciſion & la clarté
, la douceur & la délicateffe des morceaux
de Poëfie de l'antiquité , qu'il fe
plaît à traduire en notre Langue. C'eft
و ر
ainfi , lui dit M. le Chevalier de Soli
» gnac , que vous nous avez donné l'épi-
»fode d'Ariftée & le jugement des armes
d'Achille. "
4
AOUST. 1753 97
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33
d'Achille. Dans celui ci paroît de nou-
» veau le fpectacle d'une caufe plaidée par
» deux Rois devant un Sénat de Souverains
; & l'on eft charmé d'y retrouver
» la brillante facilité d'Ovide , & furtout
l'énergie , la hardieffe , le feu , la véhe-
» mence que ce grand Poëte met tour à
tour dans les fieres expreffions d'Ulyffe
» & d'Ajax.
»
Ce qu'ajoute le Secrétaire Perpétuel eft
une peinture vive & gracieufe , de l'union
& de la paix qui doivent regner dans toutes
les Sociétés des Gens de Lettres . Les
traits qu'il employe , font fans doute tirés
d'après l'original. Après avoir dit à M. de
Cogolin , qu'il verra dans le Temple des
Mules où on l'introduit , des éleves de
Mars comme lui , foutiens tout à la fois
& ornemens de la Patrie , auffi capables
de faire des actions de valeur dignes d'être
écrites , que des ouvrages de fçavoir ,
ou d'agrément dignes d'être lûs , il ajoute
ces mots : Vous y verrez les conditions
» fe rapprocher par des égards récipro-
» ques , les lurnieres fe réunir fans jalou-
» fie , les talens s'aider fans rivaliré , les
opinions fe contredire fans humeur , les
» avis ſe donner fans préfomption & fans
» amour propre . Vous y verrez la raifon
parler toujours le langage de la politeſſe
"
ور
E
98 MERCURE DE FRANCE.
de l'amitié , & ne faire valoir les quali
tés de l'efprit , qu'autant qu'elles fervent
» à étendre l'empire de la vertu . C'eſt à
l'efprit à la faire aimer ; il ne sçauroit
» en montrer les avantages , s'il ne les a
goûtés lui-même par la pratique des de-
» voirs qu'elle preferit.
39
»
S'adreffant enfuite aux trois Récipiendaires
en commun , il leur dit : » Inftruits
» de ces devoirs , qu'une heureuſe habi-
» tude vous rend tous les jours plus aifés,
» vous venez , Meffieurs , concourir avec
nous au but principal de nos études , à
» mettre ces devoirs en crédit . C'eft le
deffein que notre augufte Fondateur
s'eft propofé dans l'établiffement de notre
Académie. Ses exemples doivent
» nous animer à le remplir ; & combien
» peu d'efforts doivent- ils exiger , s'il eft
»vrai qu'il foit fi facile de fe former fur
les modéles qu'on aime ?
AOUS T. 1753. 99
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VERS
Sur la mort d'une jeune perfonne fors
aimable.
IRi
Ris n'eft plus : pleurez , Dieux de Cythere ,
Brifez vos traits , éteignez vos flambeaux ;
Ne laiffez plus de roſes fur la terre ,
S'il faut qu'un jour fane des traits fi beaux.
La pâle mort moiſſonne avec ſa faulx
La role ainfi ;
que la fleur la moins belle ;
Iris en eft une preuve cruelle ! . •
Pleurez , Amours ; ne chantez plus , Oiseaux,
Ou bien prenez le ton de Philomele ,
Ce ton qui fçait attendrir les échos.
Ceffez , Ruiffeaux , votre aimable murmure ;
Feuilles , tombez ; taifez- vous , doux Zéphirs ;
Quittez le foin d'animer la nature ,
Et ne laillez parler que mes foupirs.
Onde , à mes yeux vous paroiffez trop pure ;
Aftre du jour , pourquoi vous montrez -vous ?
Ne répandez qu'une lumiere obfcure ,.
Tant de clarté met mon coeur en couroux.
Iris n'eft plus dans ma douleur amere ,
Hormis les pleurs , rien ne me paroît doux..
Laiffez , Amours , les ris à votre mere ,
Des yeux d'Iris les fiens étoient jaloux ;
Ei
100 MERCURE DE FRANCE.
Elle eft contente : Iris à la lumiere
Vient de fermer fes beaux yeux pour jamais.
L'Aube , au matin , achevant la carriere ,
Laiffe le jour éclipfer les attraits ;
Mais ce n'eft pas pour ne plus reparoître :
Encore un peu , pour annoncer Phoebus ,
Auffi brillante on la verra renaître ;
Mais vous , Iris , vous ne paroîtrez plus !
Non , c'en eft fait , & fur votre paupiere
Vient de s'étendre un nuage fans fin ;
Mes cris perdus vous rappellent en vain ....
Amours , levez cette funefte pierre ,
Percez la nuit de ce trifte tombeau ,
Interrogez ces cendres encor cheres :
Qu'avez-vous fait de l'objet le plus beau ?
Le doux Zéphir , fur fes aîles légeres ,
L'a-t il porté dans un monde nouveau ?
Les Immortels dont elle étoit l'image ,
N'ont-ils pas dû , jaloux de leur pouvoir ,
Eternifer leur plus charmant ouvrage ?
Piès de Venus n'ont- ils pas dû l'afleoir !
Oui , j'en croirai mon coeur & leur fageffe ;
N'en doutons plus ; l'Olympe eft ſon Palais ;
Les Dieux ont fait d'Iris une Déelle ,
Pour qui l'encens offert par la tendreffe ,
Dans l'univers doit brûler deformais.
Mais ici-bas , puifqu'elle étoit fi belle ,
A O UST. 1753. 101
N'eût-elle pas dès les plus jeunes ans ,
Du monde entier reçu le même encens ,
Si plus long-tems elle eût été mortelle ?
L'Abbé Aubert.
K*********AMMMMMMYK
LETTRE D'UN JEUNE OFFICIER
à une Veuve , de qui il étoit devenn amoureux
avant que de l'avoir vûe ; traduite
de l'Anglois , par L. Dutens.
MADAME ,
Quoique je n'aye jamais eu l'honneur
de vous voir , non pas même feulement en
peinture ,, & que par conféquent je ne vous
connoiffe pas plus que ceux qui habitent
les Indes les plus reculées ; cependant ,
Madame , je vous dirai que je fuis éperdûment
épris d'amour pour vous , & cette
paffion a déja jetté de fi profondes racines
en mon coeur , que je fens que rien ne
pourra jamais l'en bannir. Ceci vous étonnera
peut- être , Madame ; mais votre furprife
deviendra moins grande , lorfque je
vous aurai inftruite de ce qui a non feulement
donné naiffance à ma paffion , mais
auffi de ce qui a fervi à la confirmer . Il y
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
a quelques jours qu'allant à la cainpagne
pour quelques affaires , j'apperçus fur la
route une maiſon magnifiquement bâtie ;
j'eus la curiofité de demander qui étoit le
propriétaire d'un fi bel édifice , & étant
informé qu'il vous appartenoit , je commençai
dès ce moment , Madame ; à reſ--
fentir une violente inclination pour vous.
Mais lorsque l'on ajoûra enfuite qu'il y
avoit encore quelques centaines d'arpens.
du meilleur terrain d'Angleterre appartenans
à cette maiſon , le tout accompagné
d'un beau parc , d'un jardin fuperbe , d'étangs
, de viviers , & telles autres dépendances
; alors , Madame , alors je me livrai
tout entier à mon amour naiffant , & me:
foumis à un pouvoir auquel il me fut impoffible
de réfifter.
23
Certainement , me difois - je à moi- même
, la maîtreffe de cette agréable maiſon
doit être la plus charmante femme de l'univers
: car qu'importe qu'elle foit vieille,.
fi fes arbres font jeunes ? Que me fait à
moi que les rofes de fon teint foient flétries
? il en fleurit tous les jours de nouvelles
dans fon jardin ; & que m'importe
enfin fa ftérilité , pourvû que fes terres
foient fertiles, & me rapportent des fruits ?
Dans ces délicieufes penfées , je mis pied
à terre , & contai mes amoureux tranſportss
A O ÚS T. 1753. 16 ,
en
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im
me
lle,
Alé
OU
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22
res
jed
aux arbres de votre parc , qui , foit dit en
paffant , font bien les plus beaux ,
les plus
droits & les mieux taillés que j'aye jamais
vûs de ma vie , & depuis le tems dont je
vous parle , j'ai déjà ufé une douzaine
de canifs à graver votre nom deſſus.
J'en appelle à vous - même , Madame
jamais paffion fut elle établie fur de plus
folides fondemens que la mienne ? Ceux
qui ne préferent une maîtreffe que pour
fa beauté , verront fûrement leur amour
diminuer avec fes charmes ; au lieu que
vous n'avez point lieu de douter de la
conſtance & de la fincerité du mien , qui
eft bâti fur les mêmes fondemens que vo
tre maison , qui croît tous les jours avec
vos arbres , & augmentera de plus en plus
avec vos revenus.
Cependant , quoique je n'en fçache rien.
du tout , je ne dis pas pour cela que vous
ne puiffiez bien être la plus belle femme
du monde ; mais encore une fois , que:
vous le foyiez ou non , ce m'eft de toutes
les chofes la plus indifférente , dès que
vous avez affez d'argent pour vous donner
de l'éclat . Oui , fuffiez - vous dix fois plus
que la Comteffe ** , & une fois
plus vieille que Madame ** , je fuis Soldat
de profeflion ; & puifque je me fuis bien
bartu pour mériter une paye
affreufe
affez médio-
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
cre , je me flate qu'avec l'aide de Dieu ,
je pourrai bien vous aimer pour une plus
confidérable.
Je fuis avec toute la fincérité poffible, & c .
བྱེ ཆུ རྩེ: ༧
VERS
པ
Sur une partie de plaifir où pluſieurs perſonnes
à talens avoient été invitées.
A MADAME DE **
Dans le riant féjour , où Timante à fa fuite
Enchaîne les talens , le goût & les beaux arts ;
Dans ce lieu que Minerve habite ,
Et que les yeux de la fage Mélite
Animent de leurs doux regards ,
J'ai vu le maître & le Roi de la danfe ,
De la Scene Lyrique ornement glorieux ,
Et de fon art réformateur heureux ,
Qui fur les loix de la cadence ,
Du bon goût & de l'élégance ,
Régle fes mouvemens & fes pas gracieux,
J'ai vu Daphné , fille de Terpficore ,
Avec les Jeux , les Amours & les Ris ;
La brillante Daphné , qui réunit encore
Les plus tendres appas & la fraîcheur de Flore
Aux talens par elle embellis.
A O UST. 105 1753.
J'ai vu Clitón , dont le fécond génie
Invente , exécute & varie
Des plaifirs pour fon Roi , dignes de ſa grandeur ;
Je l'ai vû qui tendoit une main fecourable
Aux Arts , dont il eft amateur.
J'ai vu Mirtil céder à fon vainqueur
Des talens la palme honorable.
Enfin dans l'afyle enchanteur
Qu'égayoient le plaifir , la Tocane & la table ;
J'ai vu l'efprit d'accord avec le coeur ,
Un Philofophe raiſonnable ,
Un Poëte modefte , un Courtiſan traitable ,
Et la fageffe en belle humeur.
J. B. Guis.
PENSE'ES DIVERSES ,
Traduites de l'Anglois par M. Dutems.
I
L n'y a point d'homine fi foible d'ef- ·
prit , qui ne puiffe fupporter avec toute
la fermeté d'un véritable Philofophe , les
difgraces de fon prochain .
Un homme ne devroit jamais rougir de
econnoître une erreur dans laquelle il a
éré ; c'eft feulement dire en autres termes ,
qu'il eft plus fage aujourd'hui qu'il n'étoit
hier.
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
Si celui qui dit un menfonge réfléchif
foit fur la grandeur de la tâche qu'il entreprend
, il verroit qu'il fe trouve fou
vent obligé d'en inventer vingt autres pour
foutenir le premier qu'il a avancé.
Les femmes ont celà de commun avec :
les énigmes , qu'elles ceffent de plaire auffi--
tôt qu'elles commencent à être connues .
樊
Un homme d'honneur n'aura jamais la
petiteffe de fe croire humilié par celui dequi
il a reçu une affront , puifqu'il eft
toujours en fon pouvoir de prouver combien
il eft fupérieur à fon antagoniſte en
lai pardonnant...
Vouloir ufer de raifons pour perfuader
le vulgaire , feroit une auffi grande folie :
que d'entreprendre de couper un bloc de:
marbre avec un rafoir bien affilé.
Les hommes ont plus ou moins d'amour
propre , à proportion qu'ils ont plus ou
moins de bon fens.
Un homme qui admire la beauté d'une
belle femme , n'a pas plus de raifon de
fouhaiter de devenir fon époux , que fi ,
ayant été charmé de la beauté des pommes
du Jardin des Hefperides , il avoit defité
d'être le dragon qui les gardoit...
A O UST.
1753 107
et
de
La Poudre , la Bouffole , l'Imprimerie ,
qui font les trois plus belles inventions
du monde , ont été produites dans les fiécles
d'ignorance .
Nous avons affez de religion pour nous
faire haïr , mais non pas affez pour nous
faire aimer les uns les autres.
Le mot de l'Enigme du Mercure de
Juillet , eft la Lune. Le mot du premier
Logogryphe eft , le Bonjour , dans lequel
on trouve Roi , Ion , Job , bon , ri , Ỉno ,
Orion , le jour , un burin , & Io. Celui
du fecond Logogryphe eft , Conftantinople ,
dans lequel on trouve Antonic , Tacite ,
Pline , Antonin , Conon , Cineas , les Alpes,
in petto , linote , paon , pelican , poifon &
Tuon , pere de Memnon .
OU
He
es
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
JE
ENIGM E.
E fuis un animal , dit-on , très - raisonnable :
Très- raifonnable ! non ma foi ,
Nul ne l'eft moins que moi ,
La raiſon , pour le moins , en moi n'eft pas pale
pable :
Pourquoi ? Venons au point.
Je veux , je ne veux point ;
Le même objet tantôt m'eft agréable ,
Tantôt m'eft déteſtable ;
Je dis , je me dédis ;
Au même inftant je pleure & ris.
Mal à-propos je veux des complaifances ;
Et j'exige des bienféances.
J'excchie en curiofité ,
Caquet & vanité :
Mon travail eft la promenade ,
Mon fait eft la parade ,
Mon talent l'indifcrétion ,
J'ai du paon la présomption ;
J'aime la flaterie ,
Je chéris la cajolerie .
Volage comme un papillon ,
Je mérite ta défiance ,
Cher Lecteur fans expérience ;
Garde -toi de mon vermillon.
AOUST. 1753. 100
A
LOGO GRYPH E.
L'immortalité je vais par deux fentiers ;
Je fais cas de Bacchus , je fais cas de Pomone ,
Mais je laiffe leur or pour les coeurs ufuriers ;
Dans les deux champs où je moiffonne
On ne cueille que des lauriers ..
J'égale le Berger aux Maîtres de la terre ,
Et j'égale les Rois au Maître du tonnerre.
Aujourd'hui je te fuis , demain je ſuis tes pas ;
Qui veut prétendre à moi doit s'attendre aux dé
bats.
Je permets à celui qui m'aime ,
Pour m'avoir d'ufer de détours ;
J'eufle échapé fouvent à Jupiter lui - même ,
S'il fe fût montré Dieu toujours .
Je fuis de tout état : mais des illuftres têtes
Je fais le plus fouvent d'illuftres malheureux .
J'aime à voir les Bergers , à l'abri des tempêtes ,.
Célébrer mes hauts faits au milieu de leurs jeux .
On ne me voit jamais fans fêtes.
Je fers en même tems deux Dieux ;
Mais rarement dans leurs conquêtes
J'exauce en même tems leurs voeux :
Je le fis , il eft peu , pour ce Duc intrépide
Dont la mort a percé tous les cours à la fois .
On me vit , il eft pen , porter fur mon Egide
110 MERCURE DE FRANCE .
Le plus puiffant de tous les Rois.
Atous ces traits Lecteur, peux-tu me reconnoîtres
Que ce foit oui , que ce foit non ;
La torture où je vais me mettre ,
Pourra , dans un befoin , te déceler mon nom.
Huit lettres en trois pieds font mon architecturej
Tu trouveras dans mót , par la combinaiſon ,
Deux des cinq facultés dont t'orna la nature ; -
Ce qu'on montre toujours avec confafion ;
Ce qu'on commence dupe , & qu'on finit fripong ) .
D'un patient perclus ce qui fait la torture ;
Deux notes de múfique , un inftrument à venty
Un autre pour l'agriculture ;
Les mets où l'affaiſonnements:
Mêle le moins fon impofture ;
Ce métal dans lequel git le fouverain bien ,
Par lequel s'amollit la plus dure ferrure ,
Sans lequel l'honnête homme eft un peu moins
que rien.
De la Provence un grand Apôtre ,
Un vrai Dieu fur la terre , un infecte dans toi
Ce qu'on voit toujours dans tout autre ✅
Que dans ce qu'on aime & dans toi ;
Cet os de l'éléphant dont d'Iris , jadis belles ,
Se fervent pour couvrir les rigueurs du deftin ;
Ce qui prend fous tes mains mille formes nou
velles;
·
Ce qu'un feu rend bifcuit , & qu'humecte un bon
vin ; 1
A O UST. 17538 IIT!!
O
bor
Ce
Ce
que te font jetter des allarmes mortelles ;
que le Diable un jour mêla dans le bon grain..
J'ai cette parcelle de l'homme ,
De qui l'Architecte des Cieux .
Fit celle qui mordit la premiere à la pomme ;
Ce qu'une fille en tout aime toujours le mieux
Cet indiferet qui te répére -
Les fons qu'un Berger amoureux*
Tire de fa tendre mufette ,
Quand il l'ajoûte avec les feux:
Ce qu'on ne voudroit point dans le coeur de Silvie
Ce bijou dont le don a droit de te charmer ,
Qui procure à l'Amant une fi douce vie ,
Et que l'on doit avoir
pour
vaincre & pour aimer .
Ce pivot fur qui roule , au plus haut d'une épines ,
Cette machine fi divine ,
Qui porte les charmes d'Iris ;
Ce pivot où l'Amant trop tendre ,
Pour toujours voudroit s'aller pendre ,,
Dans le defefpoir d'un mépris :
Ce théatre où Part & la nature
Peuvent faire éclater un brillant coloris ;
Mais ou , par fes fecrets , d'une artiſte peinture
L'Amant fçait difcerner le naïf de Cypris.
Certain indult qu'un buveur de Jouvence :
Qui s'égayoit dans un conte charmant ,
A fouhaité qu'il vint un jour en France ,
Four mettre à l'aiſe un couple peu conftante .
Le nom d'oiſeau dont le Frere Philipe112
MERCURE DE FRANCE
Ufa jadis , à fon fils curieux ,
Pour lui mafquer un ſexe qui te pipe
Quand tu ne fuis l'amorce de fes
yeux.
Ce mot qui tire du martyre
La plus pudique des Venus ,
Qui fait , après un court délire ,
Celui des jaloux , des cocus ,
Et qui fait , dit par fa Themire ;
Le plus vif des plaifirs connus.
Je renferme dans moi ce par quoi tu reſpires ;
Du Guerrier , de l'Amant je comble le defir .
Si tous ces traits encor ne peuvent te fuffire ,
Voici le dernier mot qui me reſte à te dire ,
Et qui peut- être trop ira me découvrir :
Cherche fous l'hémiſphere une aimable Princeffe ,.
Du plus vifcoloris , du coeur le moins altier ,
Du plus digne des Rois , digne de la tendreffe ,
Tu m'y trouveras tout entier .
Α
Par M. M. A. D. D.
AUTRE.
U milieu des combats on me voit , cher Lec
teur ,.
Les armes à la main combattre avec valeur.
Voici bien plus, ami , pour ton intelligence :
De dix pieds réunis fais la diffection ;
Tu trouveras d'abord un terme de finance,
A O UST. 1753 113
1
)
୧୧୭
Un pronom poffeffif , une interjection ,
Ce bas lieu redouté ; d'un Empereur la mere ,
Cruelle envers fon fils par trop d'ambition ;
Un Pontife des Juifs , de Caïphe beau- pere ;'
Un mot injurieux , un défaut aux chevaux ,
Un arbre , un élément , deux fortes de métaux ,
Dont l'un forme un outil avec lequel on frife :
Ce qu'en levant les yeux tu vois dans une Eglife ;
Un fleuve de Tofcane , un petit animal ,
Un très riche bonnet , un péché capital ;
Celle que Jupiter jetta du ciel en terre ,
Un des fils de Pelops , d'Agamemnon le pere ;
Ce qui mit en horreur un Roi Syracufain ,
Le nom d'un fils de Roi , d'une ville & d'un Salat ;
Ce mont qui dans fon fein nourrit toujours la
flamme ,
Ce grand Muficien inventeur de la gamme ,
Celle auffi qui vendit fon pays pour de l'or ;
Ce qui , mon cher Lecteur , ne vaut pas une obole ,
Fais- roi de tout ceci quelque bonne bouſſole ,
Si tu veux fans errer venir mouiller au port.
Garlaneg , Capitaine au Régiment
d'Infanterie de Bourbonnois , d'Agen.
56
T14 MERCURE DE FRANCE;
200205 206 207208 209:208209 208 POR ROT208 POY ROS
NOUVELLES LITTERAIRES.
REMARQUES fur quelques articles
d'Aftronomie , inférées dans le Journal de
Trévoux , du mois de Juillet 1752 .
KLA fin de l'éclipfe de Lune obſervée
1 à Toulon y eft marquée le r7 Avril
au foir , à 8 h. 22 min . Or l'Almanach de
l'Académie nous donne Toulon plus orienral
que Paris de 14 min . 26 fec. , & la fin
de l'éclipfe calculée à 7 h . 57 min .; au lieu
que felon l'obfervation faite à Toulon
réduite au Méridien de Paris , l'on auroie
8 h. 7 min. & 34 fecondes.
Comme le Ciel n'a pas été découvert ce
jour là à Paris , l'on fouhaiteroit fçavoir
s'il ne s'eft pas gliffé quelque erreur dans
Pobfervation de la fin de cette éclipfe , fi
non il fera conftaté qu'il y a 10 minutes &
demie d'erreur dans le calcul , qui en ce
cas auroit anticipé fur l'obfèrvation.
II. Voici une autre difficulté ; on trouve
dans le même Journal la latitude de
Touloufe déterminée avec le plus grand
foin plufieurs années de fuite , fçavoir de
43 dég. 35 min. 47 fecondes & demie , &
L'on a eu la fatisfaction de voir que ce ré
AOUST. 1753 115
fultat différe à peine de ce qui a été établis
autrefois , & que l'on trouve imprimé
dans le Livre de la Connoiffance des tems.
Mais l'on auroit bien fouhaité que l'Au
teur y eût ajoûté quelques recherches fur
la longitude de Toulouſe , à l'égard du Méridien
de Paris . En voici la raifon . Dans
le livre de la Connoiffance des tems l'on
trouve que Toulouſe eft 3 min . 35 fec. de :
tems à l'Oueft du méridien de Paris : cela
paffe ici pour un réfultat bien conftant.
Cependant fi l'on confulte les Mémoi--
res de l'Académie de l'année 1744 , page
257 , l'on y apperçoit 1 ° . qu'entre Montpellier
& Paris la différence eft de 60 min .
S' fecondes, ce qui différe à peine de ce
que l'on trouve dans l'Almanach de l'Académie.
2°. Qu'entre Montpellier & Touloufe
la différence en longitude eft 10
min. 40 fecondes.
Si l'on fouftrait le premier réſultat du
fecond , il refte 44tmin. 35 fec.
pour différence
en longitude , entre Paris & Tou--
louſe...
Or il eft visible par là qu'il y a une minute
entiere de tems ou un quart de dégré
de différence , & qui refte à corriger.
C'eſt pour cela que comme la voye du
Journal eft la plus fimple & la plus promp
tes, on défire bien fort de fçavoir ici less
116 MERCURE DE FRANCE:
fentimens des Aftronomes qui ont eu pare
à ces queſtions .
EDITS , Déclarations & Arrêts concernans
la Juridiction de la Conr des Aides
& Finances de Montauban . Imprimé à
Montauban , chez Jean - François Teulieres ,
Imprimeur du Roi. 1752 ; & fe trouve à
Paris , chez Durand , in- 4° . vol . 1 .
M. Philippy , Confeiller à la Cour des
Aides de Montpellier , a donné anciennement
un ouvrage très- eftimé , d'un pareil
genre ; il l'enrichit d'un Commentaire fçavant
, & d'une fuite d'Arrêts remarquables
, qui forment comme une espéce
d'hiftoire de la Jurifprudence de la Cour
des Aides de Montpellier. Il est écrit en
Latin , & c'eft un des meilleurs Auteurs
des pays de taille réelle.
Depuis qu'il a écrit , la Jurifprudence
a varié , & nous n'avons gueres que Def
peiffes & lui qui ayent traité avec quelque
utilité d'une matiere trop peu connue , &
qui peut-être mieux éclaircie , produiroit
un jour les facilités néceffaires pour l'abolition
totale de la taille arbitraire.
M. de Sambuci , ancien Avocat Général
de la Cour des Aides de Montauban , a
fait un Traité nouveau , auquel avant fa
mort il a mis heureufement la derniere;
A O UST. 1753. 117
4
1
no
tea
enc
O
bo
ral
བ
main ; & nous fommes inftruits que cet
Ouvrage fera bientôt en état de paroître.
Ce Magiftrat avoit en lui tout ce qui peut
rendre fon Ouvrage utile & fa mémoire
refpectable .
Celui que nous annonçons aujourd'hui
a déja les avantages de l'ordre & de la clarté.
On y fait efperer un Commentaire &
un Recueil de Jurifprudence femblable à
celui de Phillippy , & alors ce fera , on
ofe l'affurer , un des Livres de Droit des
plus utiles.
LE Calendrier des vieillards , Opéra
Comique en un acte , repréſenté pour la
premiere fois fur le Théatre de la Foire
Saint Germain , le 7 Avril 1753. A Paris,
chez Duchefne 1753 .
CHOIX d'Hiftoires tirées de Bandel ,
Italien , de Belleforest , Commingeois ,
de Boiſtuan , dit Launai , & de quelques
autres Auteurs. Par M. Feutry . A Londres
, & fe vend à Paris , chez Durand ,
rue Saint Jacques , & Piffot , Quai des
Auguftius .
C'eft la fuite de la collection dont nous
avons parlé dans le fecond Mercure de
Juin , & nous en avons la même idée .
LA Géographie rendue aifée , ou Trai
18 MERCURE DE FRANCE.
té méthodique pour apprendre la Géogra
phie , rangé dans un ordre nouveau , propre
à faciliter l'étude de cette fcience ;
avec un abregé de la Sphère , & une table
très-ample en forme de Dictionnaire .
Volume in-4°. pp. 448. A Paris , rue Dauphine
, chez Charles-Antoine Jombert
Libraire du Roi , à l'Image Notre-Dame.
On voit à la tête de l'Ouvrage un Avertiffement
, dans lequel l'Auteur ( M. de
Levis ) expofe fon plan en peu de mots &
fort bien . Il fe plaint de ce que dans tous
les traités de Géographie les Auteurs fe
font attachés à arranger les différentes parties
du monde , les Régions qu'elles contiennent
, & les Villes qui y font renfermées
, plutôt felon leur étendue , leur
puiffance & leur rang politique , que fuivant
leur proximité. Il penfe que cette
derniere façon eft préférable aux autres ,
& fans doute plus méthodique. Ce Livre
eft divifé par Parties & par Chapitres.
Chaque Partie & même chaque Chapitre
eft précédé d'une introduction , dans laquelle
, après avoir indiqué la fituation
de la Région que l'on traite , fon étendue
, fes bornes , fa température , la qualité
du terroir avec ce qu'il produit , fes
principales rivieres , montagnes , & c . on
inftruit des moeurs & coutumes de fes has
AOUS T. 17533 170
-
bitans , de leur ori gine , de leur Religion
, de la forme de leur Gouvernement
& de la divifion la plus fimple du Pays :
le tout d'après les Auteurs & les Hiftoriens
les plus autentiques.
Cet ouvrage nous a paru fort élémentaire
, & malgré le grand nombre de Traités
de Géographie qu'on a publiés jufques
et . ici , nous croyons qu'il fera très- utile aux
Commençans.
COR
fer
eur
fut
ette
res,
res
ite
ion
en-f
fes
03
NOUVELLES Annales de Paris , juf
qu'au regne de Hugues Capet : on y a
joint le Poëme d'Abdon , fur le fameux
fiége de Paris par les Normands , en 885
& $ 86 , beaucoup plus correct que dans
aucune des Editions précédentes ; avec .
des Notes pour l'intelligence du texte. Par
Dom Touffaints du Pleffis , Religieux Bénédictin
de la Congrégation de S. Maur. A
Paris , rue Saint Jacques , chez la veuve
Lottin , & J. Buttard , Imprimeurs - Libraires
, à la Vérité. 1753 .
IDE'E de la Poëfie Angloife , ou Traduction
des meilleurs Poëtes Anglois , & c,
Par M. l'Abbé Tart. Tome 3 & 4 ° chez
- Briaffon.
с
Le troifiéme Volume renferme une vie
de Pope fort curieufe , & les Epitres mo120
MERCURE DE FRANCE.
*
rales fi connues de ce célébre Poëte. Tout
cela eft accompagné de difcours , de notes
& de remarques où nous avons trouvé
beaucoup d'excellentes chofes , quelquefois
un peu gâtées par un peu de prolixité
.
Le quatriéme Volume commence par
trois Epitres adreffées à Godefroy Kneller
, premier Peintre du Roi. La premiere
qui eft du fublime & ingénieux Dryden ,
roule far la Peinture qui naît & fe perfectionné
en Grece , brille à Rome , mais
avec moins d'éclat , & eft anéantie par les
Goths. La deuxième qui eft de Congreve
, renferme en peu de mots tous les
complimens qu'on peut faire à un Peintre
fur les talens . La troisième qui eft d'Adiffon
, & qui a été écrite à l'occaſion d'un
portrait de George premier , eft un éloge
de ce Prince, rempli d'élévation & de flat-
*terie .
L'Epitre de Pope à M. Jervas , Peintre ,
en lui envoyant la traduction du Poëme
de Dufiefnoy par Dryden , eft digne de
fon Auteur. L'imagination du Poete le
tranfporte fur les Alpes , d'où il confidere
avec foin l'empire des Arts , les cendres de
Virgile,l'urne de Raphaël, & les chefs d'oeuvres
de ce même Raphaël , du Guide , du
Carrache , du Corrége , de Veronefe & du
Titien ,
AOUST. 1753. 121
Titien , & c. Il parle enfuite des portraits'
de Jeruas & des perfonnes qu'il a peintes .
Il termine fon Epitre par une réflexion
Philofophique , mais lugubre : que nous
prétendons tirer peu de chofe du tombeau
, dit- il : vous ne pouvez pouvez conferver
qu'une figure & moi qu'un nom .
L'Epitre de Pope à Adiffon fur fon traité
des médailles mérite d'être lûe . On ne
trouve dans la fuivante , de Jean Gaya
Mylord Paul Mathuen , fur les malheurs
des Artiftes , ni ordre , ni plan , ni liaifon
, ni transition ; ce ne font qu'écarts ,
faillies , répétitions , contradictions . Celle
du même Poëte fur les François , eft
pleine d'injures & d'injuftices. L'Epitre
d'Adiffon à Guillaume III. , a de grandes
beautés , mais elle refpire une haine implacable
contre la France. L'Epitre d'Adiffon
, à Mylord Halifax , eft une Satyre
du Gouvernemens des Italiens , & un
éloge de leur climat & de leur génie . L'Epitre
de Chiron à Achille , par Hilbernard
Jacob , s'écarte de la vraifemblance
mais elle eft ingénieufe & inftructive.
de Congreve a fait entrer dans fon Epitre.
fur l'art de plaire , toutes les efpéces de
ridicule qui viennent de l'affectation , &
il le peint avec des couleurs fi vrayes
qu'elles découvrent le grand ufage du mon-
OTC
de
le
ere
d
F
722 MERCURE DE FRANCE.
de , & le talent admirable de mettre ce
monde qu'il connoifſoit fur le théatre. L'Epitre
de Swift , au Docteur de Sany , eft
une fatyre originale , vive & quelquefois
outrée des Grands. Le reste du volume eft
rempli par quelques Lettres & des Odes.
M. l'Abbé Yart en parle avec une impartialité
rare dans un Traducteur. Nous
avons tranferit jufqu'ici les jugemens , par
ce qu'ils nous ont paru d'un critique vrai
& éclairé.
MINERALOGIE , ou Defcription générale
des fubftances du regne minéral .
Par M. Jean Goftchak Wallerias , Profef
feur Royal de Chymie , de Metallurgie &
de Pharmacie dans l'Univerfité d'Upfas ,
de l'Académie Impériale des curieux de la
nature . Ouvrage traduit de l'Allemand . A
Paris , chez Durand & Piffot. 1753. in- 8°.
vol 2 .
Ceux à qui il appartient de juger de ces
fortes d'Ouvrages paroiffent également
contens de l'Auteur & du Traducteur . Ils
trouvent dans le Livre que nous annonçons
, des connoiffances étendues , rendues
avec beaucoup de précifion & d'exactitude
.
DISSERTATIONS Philofophiques ,
A O UST . 123 -1753 .
ces
dont la premiere roule fur la nature du
feu , & la feconde fur les différentes parties
de la Philofophie & des Mathématiques.
Par M. de Beaufobre. A Paris , chez
Durand & Piffot . 1753.in - 12 . vol . 1 .
Nous parletons dans la fuite de cetre
nouveauté.
ORATIO habita à Joanne Antonio
Nollet, Licentiato Theologo, Regiæ Scientiarum
Academiæ Socio , cùm primum
Phyficæ experimentalis curfum Profeffor
à Rege inftitutus aufpicaretur in Regiâ
Navarrâ , die Martis decimâ- quintâ menfis
Maii , anno Domini 1753 ; Univerfitaris
juffu edita. Parifiis , apud Thibonft , in
Plateâ Cameracenfi 1753. in 4°. pp. 46.
ود
33
Ce Difcours , dont l'exorde eft en Latin
& le refte en François , eft clair , méthodique
, fage , & ce qu'on ne fçauroit affez
eftimer , tout à-fait pratique. » Je me
» propofe , dit l'illuftre Auteur , de raf-
» fembler dans ce Difcours les differentes
parties d'un Phyficien qui s'applique à
» l'art des expériences , & de faire com--
prendre par là les difpofitions & les
qualités avec lesquelles il peut efpérer
» de réuffir. Il entre dans mon deffein de
» montrer les difficultés & les peines qui
» accompagnent cette étude , mais je ne
» diffimulerai pas les avantages , ni les
"
Fij
124, MERCURE DE FRANCE.
"
>> agrémens qu'on y peut goûter.
M. l'Abbé Noller , après avoir très bien
rempli fon projet , continua ainfi . » Qu'il
mefoit permis en finiffant ce Difcours ,
de faire des voeux pour certaines qualités
» du coeur , d'où dépendent, felon moi, le
principal mérite & la plus folide fatis-
» faction du Phyficien . Je voudrois qu'il
" aimât la vérité par deffus tout , & que
» dans les études il eût toujours en vûe
» l'utilité publique : animé par ces deux
» motifs , il ne produira rien qu'il ne l'ait
examiné avec la plus grande févérité ;
» jamais une baſſe jaloufie ne lui fera nier ,
» ou combattre ce que les autres auront
»fait de bien ; la vanité de paroître In-
» venteur , ne l'empêchera pas de fuivre
» ce qui aura été commencé avant lui , &
» ne le portera pas à s'occuper de frivoli-,
» tés brillantes , plutôt que de s'abaifler à ›
» des recherches utiles qui auroient moins
d'éclat aux yeux du vulgaire .
ود
29
و ر
Oui , je fais mille fois plus de cas.de.
» ces zélés Citoyens qui appliquent leurs.
lumieres & leurs talens à rendre pota-
» ble l'eau qui ne l'eft pas , à maintenir-
» dans fon état naturel celle qu'on embar
»
que par proviſion , à purifier l'air dans .
» les lieux où il eft ordinairement mal.
» fain , à rendre la bouffole d'un fervice
A O UST. · 1753. 125
€
par
plus sûr , à perfectionner la culture des
» terres , à conferver le produit des moif-
» fons , quoique tous ces objets ayent été
" entamés ; que de ces fçavans orgueil-
» leux , qui cherchent à nous éblouir
» la grandeur apparente , mais fouvent
imaginaire , ou par la fingularité des
fujets qu'ils entreprennent de traiter.
>> Eft-il un homme fenfé , qui puiffe voir
» fans admiration , fans reconnoiffance
Pun Philofophe illuftré par les travaux les
plus applaudis , & jouiffant depuis longtems
de la réputation la plus grande &
» la mieux méritée ; appliquer une partie
» de fes connoiffances & de fes talens aux
و ر
foins d'une ménagerie , quand il croit
» y voir un nouveau moyen de procurer
-» l'abondance au rifque de paffer pour
» un fimple imitateur dans l'efprit des
" gens mal inftruits , il confacre généreufement
à fes utiles recherches , des années
de méditations & d'effais , pendant
lefquels il eût pû fe flater de pénétrer les
fecrets de la nature qui piquent le plus
»la curiofité des hommes. !
"
» C'eſt ſur ces grands exemples que je
» voudrois voir les nouveaux Phyficiens
» ſe former ; fi les forces nous manquent
pour atteindre à cette fupériorité de lumiere
qui diftingue ces hommes rares ,
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
€
allons auffi loin que nous le pourrons
>> en marchant fur leurs traces , & furtout
" ayons la noble émulation de les égaler
dans leurs vertus.
LE Royaume de France , & les Etats de
Lorraine , difpofés en forme de Diction
naire , contenant le nom de toutes les Provinces
, Villes , Bourgs du Royaume , &
des rivieres qui y paffent ; le nombre des
feux , dont elles font compofées ; les Géné-
-ralités ,"Elections , Diocéfes , Baillages ,
Sénéchauffées , Prévôtés , Vigueries , Sergenteries
, Bureaux des Finances , Bureaux
des Fermes & du Tabac ; Greniers à Sek ,
Amirautés , Jurifdictions Confulaires , &c.
dont elles dépendent , avec des Tables
particulieres & fort inftructives , relatives
à chacune de ces matieres , & une Ta
ble alphabétique , générale & fort étendue
, où elles font toutes réunies. Ony
trouve auffi trois autres Tables alphabériques
, également curieufes & utiles l'une,
de tous les Archevêchés & Evêchés de
France , avec le nom des Provinces où ils
font fitués , ainfi que des Généralités dont
ils dépendent , & leurs diftances de Paris.
L'autre , des plus confidérables Foires du
Royaume , où l'on marque les Villes &
Bourgs où elles fe tiennent , les jours où
凰
A O UST. 17539 127
elles s'ouvrent , leur nature & leur durée ;
la troiféme , qui indique les routes de
toutes les principales Villes , avec les Généralités
dont elles dépendent , & leur diftance
de la Capitale . Ouvrage compofé
fur les Mémoires les plus exacts & les plus
récens , & enrichi d'une lifte indicative
des meilleures Cartes géographiques des
Provinces , Evêchés & Généralités du
Royaume ; par M. Doify , Directeur du
Bureau des Comptes des Parties Cafuelles
du Roi. A Paris , chez N. Tilliard , Libraire
, Quai des Auguftins , à Saint Benoît
1753. Un volume in-4°. 1 z liv . relié.
Quoique le titre de l'ouvrage pût fuffire
pour en faire fentir l'utilité , nous ca
allons donner le plan tel qu'il fe trouve à
la tête du Livre.
Plan & Table de l'ouvrage.
Comme il ne m'a pas été poffible de
conferver dans mon ouvrage l'ordre des
Généralités , attendu l'arrangement de l'al
phabeth , & que cependant mon but eſt
de donner une connoiffance de la fituation
de toutes les Généralités du Royaume
, ou Intendances , j'ai été obligé de
compoſer mon ouvrage , & de le diftribuer
comme il fuit.
La premiere partie eft une divifion &
Fiiij
128 MERCURE DEFRANCE.
fubdivifion du Royaume par Généralités ,
Intendances , Gouvernances , Elections ,
Paroiffes & feux , avec une fubdivifion
defdites Elections par Sergenteries , Châtellenies
, Vigueries , Doyennés , Diocèfes
, &c. où fe trouve auffi le nombre des
Paroiffes & feux qui compofent lesdites
Elections.
A la fuite de cette divifion & fubdivifion
, l'on trouvera les Tables alphabétiques
qui fuivent ci - après .
Noms des Provinces de France , de leurs
Villes Capitales & de leurs rivieres .
Les trente- fept Gouvernemens Généraux
du Royaume de France .
Les Pays d'Elections , Pays d'Etats & ce
qui compofe la Flandre Françoife .
Les Elections , Baillages & autres chefs
fieux , compris dans les Généralités , Intendances
& Gouvernemens du Royaume
fuivant la divifion d'icelui .
>
* Les Chancelleries après les Cours
Confeils Supérieurs & Provinciaux du
Royaume , & le nombre des Officiers qui
les compofent , fuivant les Edits du mois
de Juin 1715 & Novembre 1707 .
Les dix huit Archevêchés & les cent
onze Evêchés de la France , par Province
& Généralités , & les diftances de Paris auf
dits Evêchés
AA O UST. 1753. 129
1.
Les vingt -quatre Univerfités du Royaume
, & le nombre des Provinces où elles
font établies.
Les Cours Supérieures du Royaume.
Les Villes où l'on bar Monnoye , avec
la lettre qu'on a ordonné de mettre en
Fannée 1539 & autres.
Les Bureaux des Finances du Royaume,
les noms des Généralités , les Elections
dont ils dépendent .
Maîtrifes Générales & Particulieres des
Eaux & Forêts , & Tables de Marbre du
Royaume , avec les noms des Généralités
& Élections dont elles dépendent.
Après l'alphabeth de la France , vous
trouverez une Table pour aucunes Maîtri
fes Particulieres , dont on a envoyé les Mémoires
à l'Auteur lors de l'impreffion.
Les Capitaineries des Chaffes du Royau-
-me , avec les noms des Généralités & Elections
qui en dépendent.. ,
Les Amirautés du Royaume , avec leles
noms des Généralités & Elections dont ils
dépendent , conformément à l'Edit du
mois de Mai 171 , portant création d'Of
ficiers dans les Amirautés , & conformé
ment au Militaire de France ..
* Les Préfidiaux du Royaume , avec les
noms des Généralités dont ils dépendent.
LeLes Baillages du Royaume , avec le
7
F v
30 MERCURE DE FRANCE:
nom des Généralités & Elections dont ils
dépendent.c
Les Sénéchauffées du Royaume , leurs
Généralités , Elections , & c.??
こLes Prévôtés du Royaume , leurs Géné
ralités , Elections , & c .
Les Vicomtés du Royaume , leurs Généralités
, Elections , & c.
Les Châtellenies , leurs Généralités ,
Elections , & c.
Les Vigueries , avec leurs Généralités ,
Elections , & c.
Ees Jurifdictions Confulaires du Royaume
, avec leurs Généralités , Elections.
Les Sergenteries du Royaume , avec le
nombre des Paroiffes qu'elles contiennent,
& le nom des Généralités & Elections
dont elles dépendent ! * . de
Les Maréchauffées du Royaume , le nombre
des Officiers qui les compofent , conformément
au rétabliffement d'iceux , fuivant
la Déclaration du 9 Avril 1720.
Les Juftices Royales reffortiffantes , enfemble
les Juftices particulieres & fubalternes
, Juſtices des Seigneurs & Juftices;
Royales , avec le nom des Généralités.
Les Bureaux des Fermes , des Traires &
du Tabac , établi dans le Royaume , keurs
Généralités , & c
Les Greniers , Dépôrs & Chambres à
A OUS T. 1753.
131
Sel du Royaume , leurs Généralités . A la
fuite de l'alphabeth de la France , il ſe
trouve une Table fur les mêmes matieres ,
divifée par Directions , grandes & petites
Gabelles , fuivant les Mémoires envoyés à
l'Auteur lors de l'impreffion , par des perfonnes
qui ont defiré que ce travail y fût
joint.
Les plus confidérables Foires du Royaume
avec les mois & dates defdites , & la
durée d'icelles .
Les Cazernes établies dans le Royaume,
pour fervir de logement aux troupes dans
aucunes Villes & Bourgs , leurs Généralirés
, Elections,
Les routes des poftes du Royaume de
France , fuivant les derniers Réglemens ,
& conformément au Sieur de Fer , Géographe
du Roi , enfemble les routes de
toutes les principales , tant de celles où
paffent lefdites poftes , que faivant les
routes ordinaires , non fpécifiées dans la
Carte dudit Sieur de Fer , fuivant l'Auteur
du dénombrement du Royaume , & autres,
-& leurs Généralités.
Table des principaux Duchés , Comtés,
Marquifats , Baronnies Seigneuries &
quelques Maifons de Plaifance , les plus
confidérables qui font en France , fuivant
les Provinces où elles font Gruées , aves
F vj
132 MERCURE DEFRANCE.
quelques remarques tirées de l'Hiftoire de
France .
Obferver que tout ce qui eft compris
dans les Tables particulieres ci deffus , eft
encore employé dans le corps de l'alphabeth
ci-après , qui compofe la feconde
partie de cet ouvrage , ne les ayant faites
que pour la plus grande facilité de ceux
qui voudront trouver les parties dont ils
auront befoin qui compofent lefdites Tables
, fans fe donner la peine de chercher
dans le corps de l'ouvrage , qui contient
près de quarante mille parties.
La deuxième partie contient l'alphabetir
général du Royaume de France , divifé en
cinq colonnes . Sçavoir ,
La premiere contient le nom des Villes,
Bourgs & Paroiffes.
La deuxième , le nombre des feux qui
les compofent.
La troifiéme , le nom de leurs Générali
tés , Intendance , Gouvernance , & c .
La quatrième , le nom des Elections ,
Vigueries , &c. dont elles dépendent.
La cinquiéme eft une colonne d'obfervations
, par laquelle l'on trouvera le nom
des Cours Souveraines , Monnoyes & autres
Jurifdictions établies dans lefdites
Villes , Doyennés , Sergenteries , Vigueries
, Foires , Marchés , & c . dépendans def
dites Villes & Bourgs
AOUS T. 1753. 133
EXEMPLE.
Je cherche Troyes , je trouve que cette
Ville contient trois mille feux , qu'elle eft
de la Généralité de Châlons , qu'il y a
Election , Evêché , Baiilage , Préfidial ,
Hôtel des Monnoyes , Juges - Confuls
Grenier à Sel , Maîtriſe particuliere , cinq
groffes Fermes , Bureau du Tabac , Maréchauffée
, Cazernes , ainfi des autres Villes ,
Bourgs & Paroiffes.
""
"
Troifiéme partie , cette troifiéme partie
contient les Etats de Lorraine , compofés:
des deux Duchés de Lorraine & de Bar
dont la premiere partie eft une divifion &
fubdivifion defdits Etats par Duché , Bail
Jages , Prévôtés , Châtellenies , & autres
Jultices qui les compofent , enfemble le
nom de toutes les rivieres qui arrofent lefdits
Etats.
L'alphabeth du nom de toutes les Villes,
Bourgs & Paroiffes qui compofent lefdits
Erats , fous quatre colonnes.
La premiere contient le nom de toutes
les Villes , Bourgs & Paroiffes.
La deuxième le nom des Duchés , eu
Provinces dont elles font partie.
La troifiéme , le nom des Evêchés ow
Diocéfes dont elles dépendent.
E la quatrième est une colonne d'ob
134 MERCURE DEFRANCE.
fervations qui- expliquent le nom des Jurifdictions
, Baillages ou Offices dont lefdites
Villes , Bourgs & Paroiffes dépendent.
REPONSE de M. le Cat , au fecond'
tome du Recueil du Frere Côme , intitulé,
Addition , & imprimé in- 12 . A Paris , chez
d'Houry, & à Rouen , chez Laurent Dumefnil:
La difpute fur l'opération de la Taille ,
qui dure depuis quelque tems entre M. le
Cat & le Frere Côme , a été l'occafion deplufieurs
écrits qu'on a fouvent trouvés
trop vifs & prelque toujours diffus . Il y
a apparence que les deux Lettres que nous
annonçons aujourd'hui , & un petit nombre
d'autres mettront fin à ces conteftations
, & que les habiles gens qui les ont
excitées par zéle pour le bien public ,.
croiront avoir dit tout ce qu'il falloit pour
éclaircir la vérité
NOUVELLES découvertes fur- la
guer
re , dans une Differtation fur Polybe . Ou
vrage utile & néceffaire à tous les Géné
raux , Commandans & Officiers d'armées.
Par M. Follard , Chevalier de l'Ordre
Militaire de Saint Louis , & Meſtre - de-
Camp d'Infanterie , feconde édition , revâe
par l'Auteur. A Bruxelles , chez Fran
A OUS T. 1753. 13
çois Foppens , & le trouve à Paris , chez
N. Tilliard , Quai des Auguftins 1753. Un
volume-12 12.3 . liv . relié.
Il - nons paroît décidé que le Commentaire
fur Polybe , eft un des meilleurs Livres
qui ayent jamais été fairs fur la guesre.
Le germe de tout ce qui a été dévelopé
dans ce fameux ouvrage , fe trouve dans.
le petit volume que nous annonçons. La
Differtation fur Polybe rapproche les aneiens
des nouveaux ufages , & prouve clairement
que l'antiquité a fourni l'idée de
la . plupart des chofes , que les modernes
ont prétendu avoir imaginées. Le Traité
de la colonne qui fuir la Differtation
fait un honneur infini, au, Chevalier Folard
, & fest de bafe à prefque toutes les
vues qu'il a eues fur la guerre. Le volume
eft terminé par une Differtation où l'on
examine , fi l'ufage où l'on eft de mettre
la Cavalerie fur les afles , & l'Infanterieau
centre dans une bataille rangée , eſt
aufli bien fondé qu'il eft ancien & univerfel..
1
ub
>
EXPOSITION d'un principe de plá
fieurs nouvelles, Machines Hydrauliques
de M. Loriot , avec le rapport de Meffeurs
les Commiflaires de l'Académie
Royale des Sciences , & la réponſe à ce
136 MERCURE DE FRANCE.
même rapport. A Paris , chez Boudet 1753-
Vingt-fix pages in- 4º.
Merigot & le Loup , Libraires Quai des
Auguftins , ont mis en vente le Terence ,
dont nous entretenions nos Lecteurs il y a
quelques mois ; il nous paroît que le Public
fait beaucoup d'accueil à cette belle
entreprife. Ce qui refte de gens de bon
goût , doit encourager les Libraires à donner
une fuite d'éditions dignes des grands
modéles que nous a laiflés l'antiquité.
L'APOLOGIE & les avantages de la
Quadrature du Cercle . Par M. le Chevalier
de Caufans.
Rien ne fçauroit mieux vérifier la poffibilité
de la Quadrature du Cercle , que
l'offre que fait l'Auteur de la démontrer
& rien n'eft moins fondé que de le condamner
fans l'entendre ; il avoue avec
franchife qu'il eft incomparablement plus
glorieux d'avoir fait quatre vingt dix- neuf
pas par des routes obfcures & pénibles
pour approcher du but , que d'en avoir
fait un pour y parvenir en droiture .
Les approximations donnent la plus
haute idée de l'étendue de l'entendement ,
en portant bien au - delà les bornes dans
lefquelles on vouloit le refferrer , puifque
par des colonnes de chiffres dont le
A O UST. 1753€ 137
nombre efface le nom , on a conduit l'efprit
à l'infini & plas qu'infini , felon l'expreffion
des Sçavans , pour revenir aux
moyens des calculs différenciels & inté
grals dans la fpliére du fini , avec de nouvelles
lumieres pour les Mathématiques ;
cependant les approximations ne font
point une régle générale , en laiffant tou
jours le défir de la chercher ; il faut conve
nir que l'ambition de réuffir dans une carriere
fi flatteufe eft permife aux hommes
de tous Etats ; chacun peut puifer dans la
fource des Sciences fans l'épuifer : & bien
loin de dégoûter pour les chofes difficiles
, on doit animer l'émulation : ce feroit
agir contre fes propres intérêts de
penfer autrement. Pefons à la balance de
la juftice le pour & contre. D'un côté
l'Auteur compte pour rien cinquante mille
livres qu'il lui en coûteroit à pure perte
, s'il manquoit à fa promeffe ; & fi elle
étoit douteufe la confufion publique
qu'il mériteroit à jufte titre
feule ébranler fa confiance .
pourroit
De l'autre côté il invite la curiofité à
connoître des avantages que les plus fameux
Mathématiciens & Philofophes ont
défiré de trouver depuis plus de trois mille
ans , & qui ne coûteroient pas un denier
par tête pour les foufcriptions , à ceux
138 MERCURE DE FRANCE .
.
qui pourroient y participer. Sa propofition
n'eft donc pas déraisonnable , en offrant
de profiter de ce qui feroit généra
lement utile , & qui ne coûtera rien s'il
s'eft trompé.
La Quadrature du Cercle apprendra ,
1º. La théorie de la terre avec la derniere
précifion , & la connoiffance exacte de fa
fuperficie.
2º. On comptera les longitudes indifféremment
de tous les lieux où l'on fe trouvera.
3 °. Les Etoiles & les Planettes ferviront
également pour fçavoir en tout tems
à quel dégré de latitude & de longitude on
fera fur mer. 4º. On pourra tracer avec
certitude fur les nouvelles Cartes Géographiques
qu'on fera , toutes les routes
fur mer & fur terre , & avec autant de
facilité qu'on traceroit des allées dans
un jardin. s * . On fçaura ta raiſon pourquoi
les dégrés font plus courts aux . Poles
& à plufieurs autres lieux de la circonférence
de la terre qu'à l'Equateur.
6°. On verra pofitivement à combien on
peur approcher des terres auftrales. 7 °.
On mefurera fans fe tromper d'une ligne ,
l'étendue de la mer qui environne la terre.
8° . On connoîtra la valeur de toutes
les courbes par une régle générale de Géométrie
, & l'aire de toutes les figures cur
AQUST. 17535 139
vilignes. 9. Toutes les parties de la Phyfique
qui ont rapport aux Mathématiques ,
comme l'Aftronomie , la Géographie , la
Trigonométrie Sphérique , l'Hydrographie
, la Géométrie , le Génie & les Méchaniques
, acquereront le dernier dégré
de perfection par la Quadrature du Cercle.
10°. On aura des Axiomes de Géométrie
incontestables , qui feront fondés fur l'erreur
que le contenu ne fçauroit être égal
au contenant , puifqu'on démontrera géométriquement
que le contenu eft égal en
parties & en furface au contenant ; cette
propofition qui détruira un prétendu axiome
de toutes les Nations , devroit fuffire
pour fufpendre la prévention contraire
jufqu'à l'expérience que l'Auteur propofe
d'en faire.
+
Ce qui vient d'être expofé dépend entiérement
de la Quadrature du Cercle ;
& fi l'Auteur garde pour lui feul cette im
portante vérité , fa juftification eft bien
fimple , c'eft qu'on n'aura pas voulu la
fçavoir. Pour terminer les écrits & le
tems , il avertit qu'il ne fera engagé en
vers le Public que jufqu'au quinze de Septembre.
TERE'E , Tragédie de M. Guis , non
répréſentée. A Paris , chez Ducheſne ,
1753-
140 MERCURE DE FRANCE.
f
ACTEURS.
Pandion , Roi d'Athènes , pere de Progné
& de Philomele.
Terée , Roi de Thrace , époux de Progné.
Progné,
Philomele.
Eurifthene , Officier Athenien .
Alcimédon , Confident de Terée.
Doris , Confident de Progné .
Gardes.
La Scene eft dans un Veftibule du Palais
de Terée.
Le Théatre repréfente ce Veftibule , &
l'on voit dans l'enfoncement un fuperbe
tombeau qu'on vient d'élever à la mémoire
de Philomele ; un Miniftre du Dieu
Mars , Progné , les Dames de la Thrace
en habits de deuil , & Alcimédon font
aux marches de ce tombeau ; on fuppofe
qu'ils viennent de faire un facrifice pour
apppaifer les manes de la Princeffe : après
-un moment de filence Progné s'avance au
milieu du Théatre , & dit :
"
D'une foeur maffacrée ombre pâle & ſanglante
A mes fens défolés ombre toujours préfente ,
Si les cris des vivans percent les fombres bords ,
Entens ma t riſte voix des régions des morts ;
A OUS T .. 17530
140
Et du fein du tombeau que j'éleve à ta cendre ,
Reçois ces pleurs amers que tu me fais répandre ,
Et vous terribles Dieux , Dieux vengeurs des for- ,
faits ,
Ecoutez mes fermens & les voeux que je fais :
Si fon fang répandu , le fang de l'innocence
Eft monté jusqu'au Ciel , & demande vengeance
Nommez le criminel , & je jure par vous
Par ce facré tombeau que j'embraffe à genoux
De livrer à la mort la tête du coupable ,
Et de perdre avec lui fa race abominable.
Miniftre du Dieu Mars , & vous de qui les pleurs
Dans ce lugubre jour honorent mes malheurs ,
Allez , volez au Temple , & qu'un prompt ſacrifice
De nos Dieux irrités appaiſe la justice,
Le Miniftre de Mars & les Dames de :
Thrace fe retirentola Reine retient Alcimédon
qui étoit prêt à fortir, on A
20. 21 .
b
Venez , Alcimédon ; vous voyez mes ennuis ,
Mes allarmes , ma crainte , & l'état je fuis.
Je veux dans votre fein généreux & fincère
Epancher aujourd'hui mon ame toute entiere.
Elevé dans les camps , & nourri loin des Cours ,
Le menfongerjamais n'entra dans vos difcours ;
Le Roi vous eft connu , c'eſt à vous de m'inftruire
Des fecrets de fon coeur , où vous feul pouvez lire .
Depuis que dans mes bras le deftin moins jaloux A
142 MERCURE DE FRANCE.
Après deux ans d'abfence a remis mon époux ,
Je le vois tous les jours plongé dans les allarmes ,
Se nourrir d'amertume , & dévorer fes larmes ;
En vain pour pénétrer la mortelle donleur ,
Mon amour inquiet interroge fon coeur ;
Un filence farouche eft toute la réponſe ;
Il metait des malheurs que fontro ible n'annoncez
Plus il veut fe cacher , plus je fens redoubler
Les foupçons dévorans qui viennent m'accabler.
Vous en qui mon époux tout entier fe repoſe ,
De fes ennuis fecrets vous connoiflez la cauſe.
Parlez-donc , & fongez que de votre rapport
Dépend & mon bonheur, & fa gloire , & fon fort..
Alcimédon raffure la Reine , en lui difant
que Terée n'eft occupé que de la
gloire ; que ce héros , après avoir délivré
les Etats de Pandion fon beau-pere , que
d'injuftes ennemis vouloient ufurper , crut
devoir remercier le Dieu Mars fon pere ,
de la victoire qu'il venoit de remporter ;
qu'il avoit conduit la Princeffe Philomele
à l'autel de Mars , & que dans le tems
qu'il lui adreffoit fa priere , d'infâmes affallins
l'avoient enveloppée & s'étoient
lancés avec farear fur la Princeffe , ou
pour la poignarder ou pour lui faire violence
; que Pholomele avoit été frappée
àa mort, qu'on n'avoit pû reconnoître l'af-
: כ
AOUS T. 1753. 143
faffin , & que Terée avoit enfuite immolé
à ces Manes trois mille brigands. Ce
récit calme les jaloufes inquiétudes de Progné
, qui voyant paroître fon époux , le
conjure de s'unir à elle par les fermens les
plus affreux , en conjurant la perte du
meurtrier de fa foeur. Terée après avoir
fait les mêmes fermens refte feul avec Alcimédon
; alors déchiré de remords , il eft
à chaque inftant fur le point d'avouer un
crime épouvantable ; cependant voyant
revenir la Reine , il ne fait à Alcimédon
qu'une confidence équivoque , en difant
qu'il connoît l'affaffin de Philomele . Il
apprend à la Reine que le Macédonien jaloux
de fa gloire , vient de lui faire uhe:
offenfe dont il veut fe venger , & qu'il fe
difpofe à partir pour l'aller combattre ;
Progné veut en vain le détourner de ce
deffem ; Terée lui annonce que tout eft
prêt pour une guerre indifpenfable & la
quitte : Progné qui eft jaloufe à l'excès fe
défie de fon mari , & termine le premier
Acte par ce Vers :
Rien n'échappe aux regards d'une femme jalouſe.
Philomele , que le fidele Eurifthène
Officier Athénien , a arrachée des bras de
la mort ouvre le fecond Acte avec lui ;
elle vient avertir fa foeur du crime de
144 MERCURE DE FRANCE
Terée , & lui en demander vengeance ; ,
mais elle ne veut pas paroître fous fon nom,
elle prend celui de Déidamie qui lui étoit
attachée , & qui a péri pour elle ; il lui eft
aifé de tromper fur ce point. Progné dont
elle a éte féparée dès fon enfance , Progné
toujours inquiete trouve en parcourant le
Palais , cette Princeffe infortunée , qui fous
nom de Déidamie , & fur l'ordre qu'elle
reçoit de la Reine , lui fait le fatal récit
des indignes violences de Terée .
Je jetre en frémiffant mes regards effrayés ,
Sur ce jour malheureux , où tombant à fes pieds ,
Terée à la Princefle ouvrant toute fon ame ,
Lui fit l'indigne aveu d'une coupable flâme :
Vous comprenez affez que le plus froid mépris
De fa témérité fut la fuite & le prix.
On condamna fa bouche & fes yeux au filence :
Il obéit , fe tut . On excufa l'offenſe ,
D'un feu qu'elle abhorroit , on ne lui parla plus.
Il parut oublier juſques à les refus ,
Et fçut avec tant d'art déguiſer ſa tendreffe ,
Qu'ilparvint à tromper fa crédule foibleffe .
Alors fait amitié , ſoit défir curieux ,
Il vous plut d'appeller Philomele en ces lieux
Vos cris à Pandion long- tems la demanderent ,
Long-tems à vos fouhaits fes craintes s'oppofe
rent.
Enfin ſe laiſſant vaincre après de longs combats ,
Le
A O UST. 1753 145
Le Roi vit arracher fa fille de fes bras .
Il eft dans votre Thrace une forêt ſacrée ,
Lieu fatal , teint d'un fang répandu par Terée ,
Sous le voile pieux d'un zéle féducteur
Ily porta fes pas fuivi de votre foeur ;
Là d'un amant foumis il reprend le langage ,
Et de fes premiers feux lui retrace l'image ;
Il ofe rappeller fes charmes féduifans ,
Et fes tranfports paffés , & les ennuis préfens.
D'une jufte douleur la Princeffe frappée ,
Tandis qu'à l'attendrir la flâme eft occupée ,
Fuit en lançant fur lui des regards furieux ,
Et l'accable en fuyant de titres odieux.
Il la fuit ; fes dédains & ſon amour déçûe
Allumerent la rage en fon ame éperdue.
Armé d'un fer mortel il déchira ſon flanc ,
Et ladaiffa nager dans des ruiffeaux de fang.
J'arrive en ce moment d'Euristhène fuivie ,
Pour recueillir du moins les reftes de ſa vie ;
Elle me voit , m'entend & m'adreſſe ces mots ,
Qu'interrompent cent fois fes pleurs & les fam
glots :
Je meurs , je vais finir une vie outragée :
Je ne demande pas que ma mort ſoit vengée ;
J'abandonne aux remords , éternel châtiment
La peine du coupable & mon reffentiment.
Allez trouver la Reine , & fi je lui fuis chere ,
Qu'à mes Athéniens elle ferve de mere ,
fes tendres foins hâtant votre retour ,
Er que
G
146 MERCURE DE FRANCE ;
Vous quittiez pour jamais ce funefte séjour ;
De mon malheureux pere allez fécher les larmes .
D'une foeur déſolée appaiſez les allarmes.
Je pardonne ... A ces mots l'impitoyable fort
La plonge pour jamais au féjour de la mort .
C'est à vous à remplir fa volonté derniere :
Permettez qu'à fes voeux je joigne ma priere ,
Elle vous a tracé l'exemple des vertus ,
Je vous quitte & j'attens vos ordres abfolus.
Progné reftée feule avec Doris fa Confidente
, fait les plus fortes imprécations
contre fon époux , toutes les furies femblent
s'être emparées de fes fens , & elle
s'écrie les yeux égarés .
Nos fureurs pafferont même la barbarie ,
L'enfer m'infpire un crime , abominable , impie
Digne enfin de Terée , & qui va devenir
L'entretien & l'horreur des fiécles à venir .
Que dis je , & quel effroi de mon coeur s'empare a
Moi ,facrifier ! qui ? .. je me perds , je m'égare ;
Ne faifons point rougir les hommes & les Dieux ,
Et refpectons un fang qui m'eft fi précieux :
Mais on vient , & je vois à ce fombre viſage
Que l'on va m'annoncer quelque nouvel orage.
C'eft Euristhène qui apprend que Pandion
arrive avec une flotte & une armée
nombreuſe pour venger fur Terée & fur
AOUS TO
UZ53011947
fes Etats la mort de fa fille ; il ajoûte que
Terée le prépare à repouffer Pandion , &
il exhorte Progné à empêcher la mort de
Lon pere,
Vous ne fçavez que trop ce que peut un époux .
Progné.
Oui ,je cours me jetter au-devant de les coups,
Le troifiéme Acte commence par une
Scène entre Terée & Alcimédon ; Pandion
a été repouffé & vaincu ; on a fait
dans le combat un prifonnier d'importan
ce qui ne veut pas dire fon nom. Terée
croit reconnoître Pandion fur le portrait
qu'en fait Alcimédon : il dit alors qu'il ne
pourra foutenir la vûe , & il avoue enfin
qu'il eft l'affaffin de Philomele. Dans l'inftant
Pandion paroît enchaîné. Terée veut
nier en vain à ce malheureux Roi qu'il eft
coupable de la mort de fa fille. Pandion a
tour fçû par un témoin fidéle. Progné furvient
& le jette entre les bras de fon pere
qu'elle arrofé de fes larmes , elle lui
ôte fes chaînes. Pandion éclate en reproches
contre Terée , qui accoutumé à dominer
, a de la peine à retenir fon couroux .
Progné excédée de rage & de douleur emmene
fon pere en difant :
Venez , Seigneur , fuyez fon afpect odieuz.
Gij
148 MERCURE DE FRANCE
Terée , feul .
Ehbien , en eft-ce affez , inexorables Dieux !
Au dedans , au dehors , contre moi tout confpire:
Le reproche m'aigrit , le remords me déchire ;
J'éprouve au fond du coeur mille tourmens di
vers ,
Et par tout après moi je traîne les enfers.
Terée apprend enfuite à Alcimedon qui
vient le joindre , que Pandion fçait tout ,
& que ce ne peut être que par Déidamie ,
dont il jure le fupplice ; ils fortent enfemble
pour tâcher de la trouver. Philomele
paroît le moment d'après , qui dans un
monologue invoque les Dieux en faveur
de fon pere captif pour l'avoir voulu venger.
Terée revient avec Alcimedon , &
dit au fond du théatre :
Je la vois; avançons.
Alcimedon.
Quel eft votre deſſein ;
Seigneur ?
Terée.
De lui plonger ce poignard dans le fein.
Alcimedon.
Ah ! craignez que du ciel la juftice févere ...
Á O UST. 1753 . 149
Terée.
Non , je n'écoute rien , laiſſe agir ma colere.
Il s'approche de la Princeffe , & leve le
poignard derriere elle pour la frapper.
Meurs , perfide , meurs.
Philomele tourne la tête. Terée furpris ,
la reconnoît , & s'écrie :
Dieux ! qu'est-ce que j'apperçois ?
Ma Princeffe , c'eft vous !
Terée laiffe tomber le poignard , & ſe
jette à fes genoux.
Philomele.
Terée eft devant moi ,
Terée eſt à mes pieds ! je tremble , je chancelle.
Elle fuit. Terée fe levant avec précipitation
, veut en vain l'arrêter , & il la
fuit , malgré Alcimedon.
Dans la premiere fcène du quatriéme
acte , Terée paroît avoir fait un heureux
retour fur lui-même : il forme d'abord la
généreufe réfolution de renvoyer Pandion
dans fes Etats avec Philomele ; mais bientôt
reprenant fa fureur , & s'abandonnant
τότ
à toute la violence de fes feux illégitimes,
il dédaigne les fages confeils d'Alcimedon ,
G iij
150 MERCURE DE FRANCE .
& veut voir & aimer la Princeffe , n'importe
à quel prix . Alcimedon le fuit pour
tâcher de le ramener à la raifon . Paudion
separoît avec Eurifthène , & ordonne qu'on
faffe venir Deidamie , qui paroît fort empreffée
de le voir. Progné vient dire à
Pandion que le bruit court que la Princeffe
eft vivante. Philomele confirme ce
bruit , en venant embraffer fon pere & la
foeur , & elle leur raconte la maniere miraculeufe
dont les jours ont été fauvés.
Sous un ruftique toit , aux rives du Stoymon ,
Content de fa fortune , & fans ambition ,
Un Thrace qui n'avoit en ce féjour champêtre
Pour bien que la vertu , que lui -même pour maître,
Loin du bruit , loin des Cours, fimple & craignant
les Dieux ,
Cultivoit de fes mains le champ de ſes ayeux ;
Ge Thrace aux cris plaintifs de ma voix expirante,
Accourut , rappella ma force défaillante ,
Et d'un art falutaire empruntant le fecours ,
Il écarta la mort qui menaçoit mes jours.
Son toit fut mon afyle en ce péril funefte ;
Deidamie , Eurifthène ont achevé le refte ;
Si je refpire encor , fi je vous vois , Seigneur ,
C'eft à leurs tendres foins que je dois ce bonheur.
Au milieu d'une fi tendre entrevue
Alcimedon accourant avec précipitation ,
dir à Pandion ;
A O UST. 1753.
Je ne viens qu'à regret troubler votre entretien;
Mais dans un grand péril on n'examine rien ;
Et duffai-je , Seigneur , m'attirer votre haine ,
Dût éclater fur moi le couroux de la Reine ,
Il faut que je m'explique , & je dois vous fauver ;
Veillez fur la Princeffe , on la veut enlever .
Qui ?
Pandion.
Alcimedon.
Le Roi fe fatant de mon obéiffance ,
M'a fait de ce projet l'affreufe confidence ,
Ne pouvant l'empêcher , j'ai cru que par devoir
Il me falloit du moins vous le faire fçavoir.
Ahile cruel !
Pandion.
Alcimedon.
Bientôt au milieu de la fête ,
Si quelque obftacle heureux , fi le ciel ne l'arrête ,
İl doit fur un vaiffeau par mes foins préparé ,
Vous ravir pour toujours un tréfor fi facré.
Pandion veut s'échapper avec Philomele,
& tandis qu'il délibere avec fes filles fur
les mefures qu'il prendra , Terée vient
lui annoncer qu'il eft libre.
Pandion.
Oui , j'accepte avec joie une faveur fi grande ,
Tes foins ont à propos prévenu ma demande ;
G iiij
152 MERCURE DE FRANCE.
Demain je partirai , je t'en donne ma foi ,
Et déja je voudrois être bien loin de toi.
Mais , tremble , mon départ te deviendra funefte ;
J'attirerai fur toi la colere célefte ,
Celle de tous les Grecs , celle de l'univers ,
Tout parlera pour moi , ma défaite , mes fers ,
Les pleurs , le defefpoir d'une trifte famille ;
Je traînerai par tout ma déplorable fille ;
Ses graces , fa jeuneffe , & furtout les malheurs
Trouveront contre toi mille Rois pour vengeurs ;
'Alliés , ennemis , étranger ou barbare ,
Groffiront le torrent qui déja fe prépare ;
Le Méde & le Perfan déploiront leurs drapeaux ,
Je couvrirai les mers d'armes & de vaiſſeaux ,
Je fondrai fur la Thrace avec le fer , la foudre ,
Et jufques aux Autels j'y mettrai tout en poudre. )
Terée paroît d'abord frappé des menaces
de Pandion , mais il dit après à Progné :
Un ennemi de plus n'étonne point mon ame :
'A travers les débris , & le fer & la flâme ,
Je frapperai d'un bras les Macédoniens ,
De l'autre repouffant les fiers Athéniens ,
Je trouverai par tout fur les pas de la gloire ,
Les lauriers triomphans que donne la victoire.
Mais ne négligeons rien , je vais fans perdre tems...
Progné.
Rempliffez aujourd'hui des.foins plusimportans;
A O UST . 753 1753.
Les autels font parés , & la victime eft prête ;
Songez à célébrer cette pompeufe fête ,
Vous la devez aux Dieux , de leur honneur jaloux ;
Les Miniftres facrés n'attendent plus que vous :
Allez , & commencez par ce grand facrifice
A vous rendre de Mars la puiffance propice.
J'ai par votre ordre encor préparé le feſtin
Qui doit à ce grand jour mettre une digne fin ;
Tout s'y reffentira de la pompe fuprême ,
Vous y verrez Itis , & j'y ſerai moi- même.
Terée ouvre le cinquième acte avec Alcimedon
, à qui il dit que Pandion eſt ſur
fon départ , & que ce jour heureux va
ramener la paix ; il fe flate même de pouvoir
attendrir la Princeffe .
Je pourrai de les yeux , contre moi prévenus ,
Quelque jour defarmer le couroux implacable ;
Peut-être quelque jour un himen favorable
Réparant les malheurs , me fera fon époux':
Le divorce n'eft pas inoüi parmi nous.
Et bravant les fureurs d'une femme jaloufe ,
Chacun peut fe choifir une nouvelle épouſe ;
L'ufage le permet , & mon coeur triomphant ...
Alcimedon .
L'ufage le permet , mais l'honneur le défend.
Sur quel indigne eſpoir votre bonheur ſe fonde !
Est- ce aux Rois établis pour l'exemple du monde.
Gy
點
154 MERCURE DE FRANCE.
Eux qui ne font placés tant au- deffus de nous ,
Que pour nous protéger & nous éclairer tous ;
Eft-ce aux Rois , dis- je , armés pour détruire le
vice ,
A tracer aux sujets des leçons d'injuſtice ?
Si dans votre deffein , Seigneur , vous perfiftez ;
Voyez dans quels malheurs vous vous précipiteza
Terée eft inébranlable dans fon deffein .
Progné vient tenter un nouvel effort pour
l'empêcher de partir & d'attaquer les Macédoniens
; la Reine ne fçait que trop que
la guerre de Macédoine n'eft qu'un prétexte
pour enlever Philomele . Terée réfifte
à Progné comme à Alcimedon , &
fort pour ordonner les derniers préparatifs
de la guerre. Progré s'abandonne alors à
toute la rage que la jaloufie peut infpirer ;
un démon s'empare de fon ame ; elle
nomme fon fils Itis , qu'elle veut maſſacrer
, afin qu'il ne reste plus rien de la
race abominable de Terée , & elle s'en va
dans ce fatal égarement. Euristhène vient
avertir Pandion des fureurs de la Reine ;
il le conjure de veiller à fes jours & fur
fa conduite. Pandion effrayé des allarmes
d'Euristhène , conjure le ciel de jetter far
fa famille un regard attendri ; il fort avec
Euristhène d'un côté du théatre ; Progné
rentre de l'autre avec Doris , & lui dit:
A O US T. - 1753-
155
Enfin je fuis vengée , & le monftre a péri .
Doris.
Madame , qu'ai- je vûr quelles vives allarmes ! ..
Progné.
Doris , explique - toi : mais tu verfes des larmes
Doris.
Madame , ignorez- vous ? ...
Progné.
Jufte ciel ! je frémisz
Parle.
Doris.
Hélas ! votre fils ,
Progné
Hé bien , que fait mon fils ?
Doris.
Avez- vous oublié par quelle barbárie ,
Votre main d'un feul coup a terminé la vie ?
Progné.
Que dis- tu ? Moi j'aurois ! .. non , non ,
errear ,
c'est une
Non , je n'ai point commis ce forfait plein d'horreur.
Plút au ciel !
Doris.
G vi
156 MERCURE DE FRANCE:
the
Progné.
C'étoit donc pour ce comble de rage
Que les Dieux , de mes fens m'avoient ôté l'uſage.
Quoi ! j'aurois maffacré mon fils!
Doris.
J'ai vu vos bras
Se plonger tout fanglans .
Progné.
Hélas ! n'acheve pas.
Dieux cruels , Dieux jaloux , mon crime eſt votre
crime.
Qu'ai- je fait ! ô mon fils ! ô trop chere victime t
Dorisa
Madame `……….
Progné.
Laiffe-moi ; ton funefte rapport
Me défille les yeux & me donne la mort.
Quoi ! je n'ai plus de fils , & c'est moi qui l'im
mole !
Le fils ne de mon fang , ma joie & mon idole,
Cet Itis qu'à mes voeux le ciel avoit donné ,
Par les mains de fa merę eft donc affaffiné ?
Et vous ne tonnez pas fur ma tête coupable ?
Dieux ! que j'ai fait rougir par ce meurtre exécrable
;
Et ce Palais fanglant entr'ouvert fous mes pas ,
Sous fes vaftes débris ne m'enfevelit pas
A OUST · 1753 . 157
ni
Pandion vient avec Euristhène retrouver
la Reine ; elle leur rend compte de l'atrocité
de fon action , & elle les quitte ne
pouvant foutenir la vûe de fon pere ,
même la lumiere du jour . Eurifthène exhorte
fon Maître à retourner promptement
dans fes Etats avec Philomele ; ce Prince
ne peut s'y déterminer , avant de revoir
Progné. Alcimedon arrive tout en larmes ,
& en s'écriant :
O vengeance des Dieux ! malheureuſe famille !
Pandion.
с
Que vois- je je fiémis ; parlez , que fait ma fille
:
Alcimedon.
Elle vit mais plaignez le deftin de Progné ,
Et fçachez à quels maux vous êtes condamné.
Dans le lieu du feftin la Reine étoit entrée ;
Interdit & troublé , le malheureux Terée
La voyant avancer feule , & fans fon Itis ,
D'une tremblante voix lui demande fon fils..
Ton fils il ne vit plus : la célefte colere
par
Vient d'immoler ce fils les mains de fa mere ;
Elle a vengé ma foeur , & pour venger mon fang
Il ne me refte plus qu'à déchirer mon flanc.
O toi ! de mes fureurs innocente victime ,
Reçois ce facrifice , & pardonne à mon crime.
Elle dir , & foudain avec ce même fer
158 MERCURE
DE FRANCE
.
Encore teint du fang qui lui dut être cher ,
Elle s'immole , tombe , & demeure fans vie.
Terée alors friffonne , il mugit , il s'écrie ;
Le defordre & l'effrei glacent tous les efprits ,
Il court en frémiflant , & demande fon fils ;
Il cherche auffi la Reine , & d'ur ton lamentable :
Où donc eft , nous dit- il , cette mere implacable ,
Ce monftre, cet auteur de mes cruels tourmens a
Plein de couroux , il vole à fes appartemens ;
Ses Gardes confternés devant lui fe difperfent ,
Sous fes coups redoublés les portes fe renverſent.
Envain de toutes parts il promene fes yeux ,
Il revient fur fes pas , & revient furieux .
Bientôt il apperçoit , pour comble de fa peine ,
Sur le marbre étendus & fon fils & la Reine.
Ce fpectacle touchant redouble ſa fureur ;
Et fixant les regards fur ces objets d'horreur ,
Voilà donc tout le fruit de ma cruelle flamme ,
Le meurtre de mon fils , & la mort de ma femme ?
C'est trop par ma préfence outrager l'univers :
Allons cacher ma rage , & ma honte aux enfers.
A ces mots il fe frappe , & couronnant fon crime ;
Il eft de fes fureurs à fon tour la victime.
Pandion.
Ciel ! ô terrible Ciel : ce font là de tes coups :
Frappe encore , je ſuis digne de ton couroux.
Une fille me refte , il faut ravir au monde
Ce dernier rejetton d'une race féconde.
A O UST. 159 17537
Brife l'orgueil des Rois , & vengeant les autels
Effraye , inftruis par eux le refte des mortels.
Je vais , en attendant ta juftice févére ,
Adorer tes décrets , & pleurer ma miſére.
LA Rencontre imprévûe, ou la Surpriſe
des Amans , Comédie en trois actes & en
profe , repréfentée par les Comédiens
François ordinaires du Roi , &c. A Paris,
chez la veuve Cailleau , Libraire , rue Saint
Jacques , au-deffus de la rue des Mathu
tins.
Le fujet de cette Comédie eft agréable ,
elle n'eft pas mal écrite , il y a des Scénes
théatrales , & même du comique ; il feroir
à fouhaiter qu'il y eût moins de longueurs.
OEUVRES de M. Boindin , de l'Aca
démie des Infcriptions & Belles-Lettres.
A Paris , chez Prault fils , Quai de Conti,
1753. Deux volumes in- 1 2.
On trouve dans le premier volume les
Comédies de cet Auteur , trop connues
pour que nous nous y arrêtions . Le fecond
renferme les Differtations qu'il a
données autrefois dans les Mémoires des
Infcriptions , & des remarques fur notre
Langue.Ces derniers morceaux qui voyent
le jour pour la premiere fois , font d'un
Grammairien clair , fubtil & profond.
160 MERCURE DEFRANCE.
Le monde renverfé , Opéra Comique
en un acte , de Meffieurs L. S. Do... & A...
repréſenté pour la premiere fois à l'Opéra
Comique le 2 Avril 1753 , & repris à la
Foire Saint Laurent de la même année . A
Paris , chez Duchefne , rue Saint Jacques
1753.
SECOND Difcours fur les avantages
des Sciences & des Arts , par M. Borde ,
de l'Académie des Sciences & Belles - Lettres
de Lyon. A Avignon , & le vend à
Paris , chez Piffot , Quai de Conti , à la
Croix d'or , à la defcente du Pont- neuf;
1753 , in-8 °. 126 pages . Beau papier &
beau caractere.
Le fuccès du premier Difcours de M.
Borde , eft un préjugé en faveur du fccond.
Nous en rendrons compte auffi - tôt
que nous l'aurons lû.
LETTRE à M. G. Médecin , à l'Auteur
du Mercure , fur une nouvelle Méthode
d'enfeigner l'Hiftoire aux enfans ,
appellée : Bibliothéque hiftorique élementaire
.
IL me paroît , Monfieur , que le Public
ignore une découverte qu'il lui importe
infiniment de connoître , & je ne vous
AOUS T. 1753 16r
diffimule pas que le filence qu'on a gardé
jufqu'ici fur cette Méthode depuis qu'elle
eft publique , m'a donné de l'humeur. 3
J'appelle découverte , une machine en
forme de Bibliothéque , établie pour enfeigner
l'Hiftoire aux enfans. Ce doit être
l'ouvrage d'une tête bien philofophique ;
& j'en veux bien à celui à qui le Public
en eft redevable , de ne nous pas donner
la confolation de le connoître , pour le remercier
publiquement d'un pareil préfent.
Cette efpece de Bibliothèque , eft intitulée
effectivement fur le chapiteau : Bibliotheque
hiftorique élementaire ; la diſtri
bution en eft fi heureufe & fi naturelle ,
qu'à n'en juger que par ce que j'ai entendu
dire à une douzaine d'enfans , qu'on
enfeigne depuis fix mois dans une Penfion
à l'Etrapade , ils fçavent fûrement déja
mieux l'Hiftoire , qu'on ne la fçait après
bien des années d'étude par les voies ordinaires.
Je vous avouerai même , que j'ai
été intérieurement mortifié de voir des
enfans en fçavoir fur cet article beaucoup
plus que moi qui croyois en fçavoir beau
coup ; c'eft que par cette méthode les éve
nemens & les faits entrent dans la mémoi
re par tous les fens , & en fi bon ordre ,
que les enfans eux-mêmes font étonnés de
la facilité qu'ils trouvent à cette étude.
162 MERCURE DE FRANCE..
Je ne vous parle point de l'agrément
que le Maître fçait y jetter , & dont cette
méthode eft fufceptible , c'eft une chofe
qu'on ne fçauroit rendre , & qu'il faut
voir abfolument pour en prendre ane juſte
idée.
Ce qui m'a frappé davantage , c'eft
que les enfans qui ne tardent pas ordinaifement
à s'ennuyer de tout ce qui ſent
l'inftruction , ne quittent cet exercice qu'a
vec chagrin ; & l'Auteur a bien pu fe pro
mettre le fuccès le plus éclatant , mais fûtement
, il ne s'eft point attendu à celui- là .
Je ne fais plus étonné des éloges qu'on
donne à la Cour à la Bibliothèque hiſtorique
Elementaire , ni du choix qu'on a fait de
cette admirable machine pour l'Ecole de
Meffieurs les Chevaux - Legers , où elle fert,
dit- on , depuis trois mois à leur inftruction.
Je vous prie , Monfieur , pour l'acquir
de ma confcience & de la vôtre , d'infor
mer le Public de tout ceci , & de me croire
très- parfaitement , Monfieur , &c.
A Paris , ce Juillet 175.3%
AO UST. 1753 163
POP FORBOP PORPORPOR POR POT POP POR POR POR POR P
BEAUX ARTS.
Es vingt&& un morceaux de gravûres
de M. Chedel , que nous annonçons
au Public , préfentent la réunion de plufieurs
parties rares & difficiles à raffembler.
یکول
Les Graveurs qui ont fçû compofer
n'ont jamais été communs ; le génie or
dinairement porté à prendre l'effor n'aime
point à être renfermé & retenu par
Fimitation, On peut concevoir aisément
le mérite d'une chofe penfée & exécutée
par le même Auteur , & l'homme le plus
ignorant oft fenfible à l'accord flatteur qui
réfulte de la compofition & de l'exécu
tion . Trois petites fuites de fix morceaux
chacune prouveront cette vérité ; on en
trouvera deux de paysages , dont la pre
miere eft dédiée à Madame la Marquife de
Pompadour , elle en a paru contente , &
c'eft un bon juge dans un art qu'elle ne
dédaigne pas de pratiquer. La troifiéme a
pour titre Evenemens Militaires , ou pla
tôt Malheurs de la guerre. Les fujets de
ces dix- hait morceaux font non- feulement
riches & variés , mais ils font exécutés
avec cette beauté & le brillant depointe
164 MERCURE DE FRANCE.
dont la nature a favorité le fieur Chedel
Les titres de ces trois faites , d'un genre
agréable & nouveau , annoncent peut -être
plus encore le génie de l'Auteur que les
fujets mêmes. Ces preuves de génie font
fuivies de deux petits Oftades , que l'on
peut regarder comme des exemples de la
foumiffion que le Graveur doit apporter à
la maniere du maître qu'il veut rendre.
Enfin le Conte de l'Hermite , fi bien traité
par la Fontaine , fi bien rendu par M.
Boucher , nous fait voir que le sujet eft
heureux & qu'il eft toujours bien exécuté.
Il nous indique en faveur du fieur Chedel
qu'il fçait encore conferver dans une plus
grande étendue , le brillant d'une touche
qui paroîtroit n'être faite que pour rendre
des petits morceaux auxquels elle femble
plus ordinairement deftinée , & pour
lefquels elle eft en quelque forte plus véritablement
faite .
: Chedel demeure à Paris , rue S. André
des Arts , en face de la rue Git -le- coeur.
M. de la Porte , Auteur du Traité théo
rique & pratique de l'accompagnement du
Clavecin , dont nous avons fait mention
dans le Mercure du mois de Février , vient
d'y ajoûter un traité particulier des tranſpofitions
fur tous les tons ordinaires , maA
O UST. 1753 165
jeurs ou mineurs , & même fur tous les
femi- tons , tant pour le clavecin que pour
tous les autres inftrumens.
Une augmentation de cette nature à
fon ouvrage , fera fans doute , d'autant
mieux reçûe , que de tous les habiles gens
qui ont traité jufqu'ici de l'accompagnement
, il n'y en a pas eu un feul qui ait
parlé des tranfpofitions.
L'Auteur montre beaucoup de défintéreſfement.
Il donne gratuitement l'augmentation
à ceux qui ont acheté l'ouvrage , &
les deux traités ne fe vendront dans la fuite
que r2 livres , qui étoit le prix du premier
traité. On trouvera tout cela chez
M. de la Porte , rue des Prouvaires , au
coin de celle des deux Ecus , & aux adref
fes ordinaires.
On a gravé Scelta darie della Gouver
nante del Cochi , il tracollo di Pérgolefs , il
Chineſe di Scieletti , la Zinghera di Rinaldo
de Capua , Intermedes Italiens , qui ont
tous été exécutés fur le théatre de l'Académie
Royale de Mufique. Nous avons
parlé de ces Intermedes en détail , à mefure
qu'ils ont été exécutés , & nous
croyons en avoir parlé fans partialité.
Ainfi ceux qui voudront fçavoir ce qu'ils
doivent penfer des Ouvrages que nous
166 MERCURE DE FRANCE.
annonçons , n'ont qu'à recourir aux Mercures
antérieurs . Cette Mufique très -féduifante
& prefque magique , fe trouve aux
adreffes ordinaires .
VERS pour mettre au bas de la Statue du
Roi, Par Madame Dumont.
Joignant la clémence à la gloire ,
Parfes voifins il fut nommé,
Roi jufte ; au fein de la victoirę ;
Par fes fujets , Roi bien aimé.
CHANSON.
Vaudeville de la Comédie-Ballet des
Hommes.
Suivez l'amour & lafolie ,
Vous goûterez un fort charmant ;
L'amour est l'ame de la vie ,
La folie en fait l'agrément :
La raifon jaloufe en vain gronde ,
Fermez l'oreille à les difcours ;
Sans la folie & les amours
Que deviendroit le monde ?
2110 A jeune fillette une mere
Le mien ne défire plus rien ;
2110 A jeune fillette une mere
1...
A O UST. 1753. 167
Défend toujours d'aller aux bois
Mais on fe rit de fa colere ,
Et l'on s'échappe en tapinois ;
L'Amour fait le guet à la ronde ,
Les Sylvains fout vifs & charmans ,
Si l'on écoutoit les mamans
Que deviendroit le monde ?
Mlle HUS,
A mon âge il eft difficile
De fatisfaire votre goût ;
Mais pour devenir plus habile
J'e flaye à faire un peu de tout
Regardez-moi d'un geil propice ,
Pour encourager mes talens ,
Si vous n'étiez pas indulgens
Que deviendroit l'Actrice ?
Pauvres maris que l'on offenſe
Et dont on rit encor après ;
Sur les autres prenez vengeance ,
Mais n'en vivez pas moins en paix ,
Qu'on vous chanfonue , qu'on vous fronde ,
Ne vous mettez point en courroux,
Mefheurs ,fi vous vous fachiez tous ,
Que deviendroit le monde ?
Content du coeur de ma bergere ,
Le mien ne défire plus rien ;
OS MERCURE DE FRANCE.
Je l'adore , j'ai fçû lui plaire ,
Je jouis du fouverain bien :
Notre félicité le fonde
Jufqu'au trépas fur ce beau feu :
Après nous , il importe peu
Ce que devient le monde,
On ne me veut voir occupée
Que de joujous & de pompons ;
On me renvoye à ma poupée
Dèsque je fais des questions ;
Mais c'eft à tort que l'on me gronde :
Si certain défir curieux ,
Aux fillettes n'ouvroit les yeux ,
Que deviendroit le monde ?
AU PARTERRE.
Meffieurs , quand la Mufe comique
A fait pour vous d'heureux efforts,
Votre goût fatisfair s'explique
Par le plus charmant des accords.
Vous plaire eft notre unique envie ;
Vous décidez de nos deftins ;
Sans ce doux fecours de vos mains
Que deviendroit Thalię ?
£ 3
SPECTACLES.
3
AOUS T. 1753. 189
SPECTACLE S.
"Académie Royale de Mufique continue les
L'écadentation des Fétes Grieques Co Romaines
On a vû remplir avec plaifir , par M. Vei , dans le
Prologue , le rôle d'Apollon , que faifoit d'abord
M. Gélin , Les Demoifelles Rivé & S, Hilaire ont
débuté dans les Jeux Olympiques , par les rôles de
Timée & d'Afpafie , que rempliffoient les Diles
Jaquet & Dubois. Nous attendrons pour parler
de ce début , que le Public art prononcé ; ce qu'il
nous paroît qu'il n'a pas encore fait. Le 13 du
mois de Juillet on a donné Pigmalion , Ouvrage
délicieux & célebre de M. Rameau , à la place du
premier acte des Fêtes Grecques & Romaines . M.
Jeliote y a joué quatre fois avec lefuccès qu'il y
a toujours eu : il eft parti enfuite pour un voyage
de trois mois , & a abandonné le rôle à M.
Poirié , qui l'a bien rendu .
On a lacrifié le premier acte des Fêtes Grecques
& Romaines plutôt que le fecond , pour conferver
fans doute , le pas des Lecteurs , mieux deffiné par
M. Lani qu'il ne l'avoit jamais été , & admirablement
exécuté par Mrs Veftris & Lyonnois.
Les Comédiens François continuent de répréfenter
la Comédie Ballet , intitulé les Hommes *
qui a été donnée pour la onzième fois le Samedi
21 du mois , avec un grand concours. Voici le fujet
de cette nouveauté , dont l'idée eft heureuſe ,
& les détails agréables.
Le fond du Théatre repréfente une forêt ; on
voit plufieurs ftatues au milieu d'un rond d'ar-
* On vient de la mettre en vente chez Ducheſne ›
que S. Jacques.
H
170 MERCURE DE FRANCE .
bres. Promethée defcend du Ciel un flambeau à
la main : Mercure le fuit , curieux de fçavoir la
raifon pour laquelle Promethée a dérobé le feu
du Ciel , & eft defcendu fur la terre ; Prométhée
refufe de la lui dire : Mercure infifte , en le menaçant
d'avertir Jupiter de ce qu'il a vu : Promethée
eft forcé de lui avouer qu'étant devenu amou
reux de Minerve , & n'ofant fe déclarer , il s'avifa
la veille , fçachant qu'elle devoit venir dans
cette forêt , de prendre de l'argile , d'en détrem
per , & de former un grouppe , où il fe repré-
Sentoit travaillant à la ftatue de la Déefle ; Promethée
ajoûte que de petits Amours l'entouroient ,
que l'un avec fon flambeau l'éclairoit fur fon ou
vrage , tandis que les autres lui préfentoient les
inftrumens dont il avoit befoin ; que Minerve
arriva comme il achevoit , qu'elle confidera fon
ouvrage avec beaucoup d'attention , que la joye
brilloit dans les regards , que lui Promethée fe crut
au comble de fes voeux , qu'il fe jetta à fes genoux
, que Minerve lui dit qu'elle ne devoit pas
être moins furprife qu'offenfée de fon audace , que
cependant elle voudra bien l'oublier , à condition
qu'à la place de ces ftatues , qui feroient brifées
dans l'inftant , il en feroit d'autres , & qu'il
les animeroit du feu du Ciel , les tems étant venus
où l'homme doit naître. Mercure oppofe à
Promethée que ce feroit repeupler la terre dans le
tems que Jupiter vient de détruire les Titans,
Promethée après avoir tâché de détruire les objections
de Mercure , dit d'un ton d'impatience
en avançant vers une des ftatues , & l'animant ;
En tout cas , j'aurai obéi à Minerve ,
Mercure.
Et tu te leras attiré la colere de Jupiter . Qu'eftee
que cette harmonie ?
AOUS T. 1753. 171
Promethée.
Elle eft fans doute occafionnée par les efforts
que fait la flâme célefte pour pénétrer , s'étendre
& s'infinuer dans les différentes parties de
cette figure. Vois comme elle commence à fe
mouvoir ..... Elle ouvre les yeux , le feu divin y
brille ne juges- tu pas à propos que nous nous
rendions invifibles , & que nous ne paroiffions
qu'après avoir joui de fa furpriſe , à la vûe du
Ciel , de la terre , de ces gazons émaillés de
Aeurs ? ...
Mercure.
Comme tu voudras.
Tandis que cette premiere ftatue , par les attitades
& fes pas , marque fa furpriſe & fon admiration
, Promethée fait voir par fes geftes combien
il eft fatisfait de fon ouvrage , & tâche de
faire entrer Mercure dans fa joye . Il anime une
feconde ftatue qui eft encore celle d'un homme
& qui exprime à la vûe du Ciel & de la terre , les
mêmes mouvemens de furpriſe que la première ;
enfuite ils s'apperçoivent , courent l'un à l'autre
s'embraffent , & fe donnent tous les témoignages
de l'amitié la plus vive.
Promethée à Mercure , qui regarde froidement.
Quoi , tu parois infenfible à ce ſpectacle , å cette
fympathie , à cette tendre amitié qui les a d'abord
unis ?
anime une 3e ftatue , c'eft celle d'une femme ;
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
repréfentée par Mlle Hus; elle ne confidere qu'un
moment le Ciel & la verdure ; fes regards tombent
, & s'arrêtent bientôt uniquement fur elle
elle examine avec une fecrette complaifance , fes
mains , fes bras ; elle va fe mirer dans un baffin
que forme une chûté d'eau au bord de la couliffe :
celui des deux hommes qui l'apperçoit le premier
, court à elle ; charmée à ſa vûe , elle lui fait
d'innocentes careffes ; l'autre qui eft refté au bord
du théatre , après les avoir regardés pendant quelque
tems , s'approche , elle lui fait les mêmes careffes
qu'au premier ; la jalousie naît entr'eux , la
coqueterie de la femme augmente ; ils deviennent
furieux , & fe menacent : tandis que l'un
avec une branche d'arbre qu'il a arrachée , pourfuit
l'autre hors de la vûe du fpectateur , la femme
continue de fe mirer ; ils reparoiffent avec
des maffuës , elle tâche de les adoucir. Après dif
férens mouvemens qui peignent également l'amour
, la jaloufie , la coqueterie & la fureur ,
ils fortent tous les trois du théatre.
Mercure.
Eft ce là leur douceur , & la tendre amitié
qu'ils auront les uns pour les autres ? Tu ne parois
pas content de tes enfans.
Promethée .
Mes enfans ! ah ! je les renie.
Mercure.
Peut - être les autres te donneront- ils plus de fatisfaction
.
Promethée indigné , refuſe d'animer le refte
des ftatues ; Mercure lui dit de ne fe pas rebuter ,
A O UST. 1753. 173
& lui confeille pour le mettre à l'abri de la colere
de Jupiter , de tâcher d'intéreffer les Déeffes &
quelques - uns des Dieux à la fottife qu'il vient de
faire.
Ecoute , ajoûte Mercure : avant que Jupiter
en lançant les foudres , eût détruit tout ce qui
refpiroit fur la terre , tu fçais qu'il n'y avoit pas
une Déefle qui n'eût autour d'elle deux ou trois
animaux qu'elle paroiffoit aimer à la folie , &
qu'elle trouvoit les plus jolis du monde , malgré
leurs défauts ; ces animaux fi chéris ne font plus
ils ont péri avec les Titans ; il faudra dire à nos
Déeffes que tu as voulu les dédommager , en leur
confacrant des humains dignes de remplacer les
bêtes qu'elles regrettent.
Promethée.
Ton idée me plaît affez , & je pourrois , je
crois , réuffir.
Mercure.
Je te réponds da fuccès , je dois connoître la
Cour célefte , & les effets que ne manquent jamais
d'y produire la curiofité , la nouveauté , les goûts
des caprices , & les fantaifies de mode : fournismoi
feulement des humains bien ridicules , & ne
t'embarafles pas , je leur promets des protecteurs.
Voyons , examinons , choififfons parmi ces ftatues
; à la phyfionomie je devinerai ailément quel
fera le caractere de chacune : commençons par
celle- ci dont le corps eft affez noblement mal fait.
Que dis- tu de cet air ? de ces traits ?
Promethée.
Ma foi , je t'avoue , que je ne fçais qu'en dire ;
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
tant ils me paroiffent équivoques , confus , envelop
pés , je n'y vois rien de net : il me femble que j'y
démêle tout à la fois de la préfómption & de l'affabilité
, de la baffeffe & de la hauteur , de l'orgueil
& de la foupleffe , un fourire perfide à travers , un
accueil careflant , faudra- t'il l'animer ?
Mercure.
Sans doute , & la confacrer à Janus à deux
vifages.
Promethée,
J'entens , ce fera un homme de Cour.
Il s'approche d'une autreBatue.
Voilà une affez jolie tête.
Mercure.
Je t'affure que ce n'en fera pas une bonne
faudra préfenter celui -ci comme une bagatelle , un
petit rien affez gentil , qui aura du babil , & qui
fera très propre à la toilette des femmes , foit
pour entrer dans les minuties de leurs ajustemens ,
ou pour conter la nouvelle du jour.
Promethée.
A qui le deftines-tu ?
Mercure.
Sa taille mince & Aûtée , la tête qu'il tient ki
droite , fes longs cheveux , & un certain air précieux
, femillant & minaudier , me décident ..
à Thémis , ce fera un de les jeunes éleves.
Examinant une troifiéme ſtatue.
.....
AOUS T 1573. 175
Oh , regarde cette figure.
Promethée.
Elle n'eft pas prévenante.
Mercure.
Vois ce front étroit & ce large viſage ; ces
fourcils épais , cet air brufque & trivial ; cette
taille courte , ces groffes jambes & ces petits
bras.... le beau préfent à faire !
Promethée.
A qui ?
Mercure.
A Plutus.
Promethée.
Tu es heureux en dédicaces , mais je crains que
la flamme célefte n'ait de la peine à pénétrer dan
cette maffe -là .
Mercure.
Qu'imporre , il fuffira de quelques étincelles
qui lui donneront le mouvement des mains.
Promethée anime ces trois ftatues ; l'homme
de Cour danfe d'un air faftueux , & l'éleve de
Thémis en minaudant : au fon de l'or que l
favori de Plutus qui s'eft animé lentement , remuě
dans fon chapeau , l'un & l'autre viennent le flatter
& le careffer avec baffeffe ; il ſe débaraffe d'eux
d'un air brufque , ils le fuivent , & tous les trois
fortent de deffus la fcéne.
Mercure regardant une autre ftatue , qui paroit
celle d'un petit homme vêtu à la moreſque.
Dis-moi , je te prie , pourquoi cette figure a le
teint plus rembruni ?
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE
Promethée.
"
Ma foi , je ne fçais ; je ne me rappelle pas même
l'avoir faite ; je travaillois de caprice je
voulois varier les phyfionomies , & fur la fin de
l'ouvrage j'avois la tête fi fatiguée . . . .
Mercure.
Anime- la , je crois qu'elle nous divertira.
Promethée la touche de fon flambeau. Ceft la
Folie , qui s'élance auffi- tôt en danſant aves un tam¬
bour de bafque..
Mercure.
Je n'y connois rien ; rendons- nous viſibles ; la
flamme célefte , & furtout communiquée par des
Dieux , doit lui donner affez d'idées & de connoiffances
, pour comprendre aifément tout ce que;
nous lui dirons.
La Folie feignant de la ſurpriſe en les voyant.
Ah , dites- moi , je vous prie , qui fuis - je ? qu'étois-
je , & qu'êtes- vous ?
Mercure.
Tu étois , il n'y a qu'un inftant , au nombre de
ces ftatues , tu es un homme à préfent , nous fom ,
mes des Dieux qui t'avons donné la vie .
La Folie.
Je vous fuis bien obligé , apparemment que
vous allez auffi la donner à toutes ces autres figus
res-là,
AOUST. 177
1753.
Mercure.
}
Non , la tienne nous a paru plaifante , nous
l'avons animée de préférence ..
La Folie.
Comment donc , je ferai feul
Oui.
Mercure.
La Folie.
Eh! que ferai-je feul
Mercure.
Tu admireras les merveilles de la nature.
La Folie.
Admirer .... toujours admirer.... j'aimerois
mieux rire.
Promethée.
Eh bien ,tu riras avec nous.
...
La Folie.
Avec vous. il me femble que vous êtes trop
grands , pour n'être pas triftes.... de grace, don
nez- moi des camarades.
Mercure.
Tu te repentiras bientôt de nous les avoir de
mandés.
El pourquoi ?
La Folie
178 MERCURE DE FRANCE.
Mercure.
Parce que les animaux de ton efpéce ont le
coeur fi méchant , qu'au lieu de vivre en paix les
uns avec les autres , ils ne chercheroient qu'à fe
nuire , à fe tromper , à s'opprimer , à fe détruire .
La Folie refléchifſant .
Si je fuis feul , je m'ennuyerai .... fi j'ai des camarades
, j'aurai beaucoup à fouffrir.... eh mais ,
la vie n'eft pas un auffi beau préfent que je croyois.
Mercure s'approchant d'elle.
Eh bien , il n'y a qu'à te l'ôter.
La Folie.
Doucement.... doucement ; raiſonnons.
Mercure.
Raifonnons ? tu es bien infolent .
La Folie.
Je fuis comme vous m'avez fait.
Mercure , & furtout Promethée , commençant
à fe défier de ce raisonneur , ils l'examinent de
plus près ; alors la Folie ôte ſon mafque & leur
rit au nez.
Eb , c'eft la Folie .
Elle-même.
Promethée.
La Folie.
Promethée.
Fourquoi ce déguiſement ?
AOUST. 179 1753.
La Folie.
Pour me mocquer de toi , & me divertir un
moment , avant de t'apprendre ce qui vient de fe
paffer dans l'Olympe.
Promethée.
Jupiter , eft-il bien irrité a
La Folie.
11 l'étoit , te menaçoit , j'ai eu la générofité de
prendre ton parti ; cela a paru d'abord le trait
d'une folle , n'étant pas d'ufage à la Cour célefte
de parler pour quelqu'un qui tombe en difgrace :
Promethée , ai-je dit , a -t'il animé ces ftatuës
dans le deffein de nous offenfer ? Non ; il n'a voulu
que plaire à Minerve , à la Déeffe de la Sageffe ,
qui avoit imaginé ces nouveaux êtres , pour avoir
le plaifir de les gouverner ; fi leur exiſtence eft un
mal , c'eft donc à elle feule qu'il faut s'en prendre
, & pour la mortifier & la punir , il n'y a qu'à
ordonner que ce fera moi qui les gouvernerai ;
voilà mon difcours . Jupiter m'a fouri , & tout de
fuite a déclaré qu'il me dennoit dès à préfent &
à jamais la direction générale de toutes les têtes
de ce monde fublunaire . (A Mercure ) : tu me regardes
, ferois - tu un Dieu affez bête pour ne pas
fentir toute la fagefle de ce décret ? Songe done
que fi Minerve avoit gouverné les hommes , elle
leur auroit infpiré de la douceur , de la modération,
les autoit fait tous vivre dans une égale abondance
, qu'alors n'ayant pas befoin les uns des autres,
chacun feroit demeuré enféveli dans un ftérile
repos , & que par conféquent l'univers ne fe feroit
pas embelli , au lieu que guidé , échauffé par mon
génie , leur amour propre rendra toutes leurs pal
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
fions vives & agiffantes ; l'ambitieux dépouillera
fon voifin , & fera dépouillé par un autre. Il faudra
des loix , des honneurs , des emplois , il y aura
des riches , des pauvres ; de l'indigence naîtra l'induftrie
, & l'induftrie fera la Mere des Arts , des
Sciences , du Commerce : on bâtira des Villes ,
dans ces Villes de fuperbes Palais , la mer fe cou
yrita de Vaiffeaux,
Mercure.
Je crois , ma foi , que la Folie a raiſon.
Promethée.
Je le crois auffi , & je ne ferois plus fi fâché con
tre mon ouvrage fi j'étois fûr que Jupiter me pardonnât.
La Folie.
Eh , ne crains rien ; tous les Dieux ne font- ils
pas intéreffés à parler en ta faveur ? Venus , Mars ,
PAmour , Apollon , Momus , & notre ami Mer
cure ; l'heureux événement pour lui ! parmi les
mortelles il y en aura fans doute de jolies ; il a
Pefprit fouple , adroit , infinuant , Jupiter le dépu
zera.
Mercure d'un ton dédaigneux.
Je te remercie de l'emploi
La Folie.
Ah, mon ami , je te vois dans peu plus en crédi
, plus brillant à la Cour célefte , que ceux qui
fe font le plus agnalés dans la guerre des Titans
Mercure
On eft difpenfé de répondre aux difcours de la
Folie.
AOUST.
18t
1753 .
à Promethée.
Allons , donne - lui ce flambeau , & remontons
rolympe.
La Folies
Jufqu'au revoir , Mercure.
Seule . Avant d'animer ces Statues , réfléchiffons:
un peu . Il eft de mon honneur & de celui de mon
fexe que les hommes foient fubordonnés aux
femmes ; mais comme cela pourroit d'abord exciter
de la zizanie , voyons , cherchons quelque
moyen. Je penfe.... Oui. ... Fort bien... A.
nerveille , & je m'admire . Jupiter tient quelquefois
confeil pendant trois heures avec toutes les
groffes têtes de l'Olympe , fans pouvoir prendre
un parti ; moi dans la minute je viens de trouver
un arrangement dont les deux fexes feront égale
ment fatisfaits. Hommes , naiffez , & que votre
premier hommage à la Folie foit, de vous regar
der comme des êtres merveilleux & bien fupérieurs.
aux femmes emparez-vous des honneurs , des
dignités , des emplois & de toutes les apparences
de la puiffance, Mes cheres compagnes , naiffez ,
pour paroître foumiſes , mais en effet
pour
mander à ces prétendus chefs de la fociété. Je vois
le Guerrier vous confacrer les trophées , le Fi
nancier apporter à vos pieds fes tréfors , & le Magiftrat
y déposer la gravité , fa morgue & la balance
de Thémis ; comme les Dieux , vous difpo- .
ferez des coeurs , & ferez avec moi les Divinités
de la terre.
com-
Elle fecoue le flambeau , les hommes s'animent , &
forment une marche grave & lente.
La Folie.
Voilà donc les hommes fortant des mains de la
182 MERCURE DE FRANCE.
Nature ; qu'ils ont l'air pefant & groffier ! il faut
efpérer que mon fexe les polira , & leur communiquera
un peu de fa vivacité .
Elle anime les femmes fur une mufique plus
douce & plus légere, Les hommes dont les fens
font auffi -tôt frapés à la vue des femmes , courent
à elles avec tout le feu des defirs ; elles fe défendent
de leurs careffes , & les repouflent avec modeftie
& fierté. On voit arriver quatre petits
Amours , qu'on reconnoît à leurs aîles ; le premier
a le cafque & la cuiraffe ; le fecond , la perruque
quarrée & la robe de Magiftrat ; le troifiéme
eft doré comme Plutus , & le quatrième n'a
qu'une petite perruque ronde , avec un petit manteau
noir fur l'habit , couleur de chair des Amours :
ils s'approchent des femmes , & leur préfentent
des guirlandes de fleurs d'un air foumis & refpectueux
; ils reprochent enfuite aux homines , par
leurs geftes & leur danfe pittorefque , leurs manieres
vives & brufques , & finiffent par leur enfeigner
la façon dont ils doivent s'y prendre pour
plaire & fe faire aimer. Les hommes inftruits par
les Amours , le mettent aux genoux des femmes ,
qui les enchaînent avec les guirlandes.
ARIETTE.
Heureux mortels , nés pour nous obéir ,
L'empire de vos Souveraines
Eft fondé fur les loix que dicte le plaifir.
Venez , empreffez - vous de recevoir des chaînes ,
Heureux mortels , nés pour nous obéir.
Air leger.
Le joug que l'on vous impofe
A O UST.
133 1753.
Eft fi léger & fi doux ,
Que votre vainqueur s'expofe
A le partager avec vous .
Venez , empreffez-vous de recevoir des chaînes ,
Heureux mortels , nés pour nous obéir.
Ariette légere.
Chantons , célébrons la Folie ,
La gaité vole ſur ſes pas ,
La volupté naît dans fes bras ,
Et le plaifir lui doit la vie.
Chantons , célébrons la Folie , &c.
Chaque femme danfe avec l'homme fur lequel
elle a jetté les yeux , avec un air de dignité qui
annonce qu'elle voudra bien en faire un mari. Le
Spectacle finit par un Vaudeville , fuivi d'une contredanfe
.
Les rôles de Mercure & de Promethée ont été
très-bien rendus par Mrs Grandval & Lanoue ;
Mile Dangeville remplit celui de la Folie avec
une gaité , un naturel & une fineffe inexprimables.
La mufique des Divertiffemens , qui eft de
M. Giraud , a été fentie , & fait concevoir des efpérances
de ce Muficien . Les Ballets , de M. Sodi,
ont été trouvés également ingénieux & faillans.
Mile Hus qui réunit divers talens , & les Danfeurs
Italiens , y ont eu un grand fuccès . Ca ouvrage
a toujours été précédé d'excellentes Tragédies ,
entr'autres de Rodogune , de Cinna , d'Andromaque,
de Britannicus , de Zaïre , d'Alzire . M. Belcourt ,
qui depuis près de trois ans qu'il eft au théatre ,
n'avoit joué que quatre ou cinq fois dans le tra184
MERCURE DE FRANCE .
gique , où il avoit été très froidement reçu , a
commencé d'y être applaudi dans les rôles de
Seleucus , de Britannicus & de Nereftan . Cet Acteur
qui joint à une figure noble & avantageuſe ,
de l'intelligence & beaucoup d'ardeur pour fe
rendre agréable au public & utile à fes camarades
, mérite d'être encouragé . M. le Kain , dont
une maladie affez confidérable nous avoit privés
pendant près de deux mois , a reparu avec éclat
dans les rôles d'Antiochus , de Zamore & d'Orofmane.
Les Comédiens Italiens ont donné le Mercredi
4 Juillet la premiere repréſentation des Fêtes des
environs de Paris , Parodie fort gaie des Fêtes Grecques
& Romaines. Nous rendrons compte dans le
prochain Mercure , de cet ouvrage , qui a déja eu
neuf repréſentations.
L'Opera Comique a fait l'ouverture de fon
théatre à la Foire S. Laurent le Samedi 30 Juin ,
par le Mariage du Caprice & de la Folie , qui a été
précédé de la Rofe & du Suffifant . Le Mariage du
Caprice & de la Folie eft de M. Piron ; la reprife
en eft extrêmement heureufe. On a donné fur le
même théatre le Samedi 7 Juillet deux Pantomimes
nouvelles , exécutées par le fieur Michaëlo &
fon épouse , Danſeurs traliens , qui foutiennent à
Paris la réputation qu'ils avoient acquife dans
plufieurs Cours étrangeres . Le Jeudi 12 on a
donné la premiere repréfentation de la Vengeance
de Melpomene & de la Mort de Goret , Tragédie
burlefque . L'idée de la Vengeance de Melpomene
a paru fort jolie : La Mort de Goret n'a poina
éuffi
}
A O UST. 17531 185
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
NOUVELLES ETRANGERES.
DU NORD..
DE MOSCOU , le 22 Mai.
Ar un nouveau Réglement , il eft enjoint aux
Seigneurs & Dames de la Cour de n'y paroî
tre pendant l'été qu'en habits d'étoffes de foie
fans or & fans argent.
Le feu ayant pris le 18 chez un Marchand de
cetre ville dans la rue de Taganſka , le vent qui
fouffloit avec impétuofité , porta bientôt les flainmes
aux maiſons voifines , & en peu d'heures pluheurs
rues fe trouverent enveloppées dans l'embrafement.
L'Impératrice fe rendit fur les lieux ,
afin de rendre par la préfence les fecours plus
prompts & plus efficaces : mais quelques efforts
qu'on ait faits pour répondre à fes intentions ,
on n'a pu empêcher que près de huit cens maifons
n'aient été réduites en cendres. Cet incendie
avoit été précédé d'un autre qui étoit arrivé le 14 ,
& qui avoit confumé la plus grande partie du
quartier de Pereflawfke - Temfkoi . Il y en eut
avant- hier un troifiéme , dans lequel trente maifons
ont été brûlées. Hier après - midi on eut une
nouvelle allarme : un réſervoir d'ean étoit heureufement
près de l'endroit où le feu a pris , & le
dommage n'a pas été confidérable. Le 1s & le 16,
deux villages des environs d'Ifmaïlow ont été
totalement détruits par les flammes.
186 MERCURE DE FRANCE.
2
DE KIOW le 10 fuin . .
Un corps nombreux de Cofaques Haydamaxis
ayant pénétré dans cette Province , le Comte de
Rafoumowfki a fait marcher quelques Régimens
qui ont difperfé ces vagabonds fans beaucoup de
peine. Il a paru fur la frontiere deux autres corps
de ces brigands : on a pris les mesures néceffaires
pour s'opposer aux entrepriſes qu'ils pourroient
tenter.
DE STOCKHOLM , le 22 Juin.
Avec l'agrément du Roi , Sa Majesté Très-
Chrétienne doit faire élever à Torneo une pyra
mide , deftinée à fervir de monument aux obfervations
que les fieurs de Maupertuis , Camus &
Clairaut ont faites en Laponie , pour déterminer
la figure de la terre .
DE COPPENHAGUE , le 16 Juin.
La groffeffe de la Reine fut déclarée le 10 de
ee mois , & l'on doit commencer inceffamment
les prieres publiques , pour demander à Dieu qu'il
daigne lui accorder d'heureufes couches . Le 13
de ce mois , le Roi fit la revue des troupes qui
font campées entre cette Capitale & le Château
de Frédéricfberg. Le Prince Royal , quoiqu'âgé
feulement de quatre ans & quelques mois , y parut
à la tête de fon Régiment. Tous les Etrangers
qui fe font rendus ici pour voir ce camp ,
ont été frappés fur tout de la beauté de la Cavalerie
, & ils avouent unanimement qu'il n'y en a nul
le part une plus lefte & mieux montée . La Cour
A O UST. 17530 187
eft très-brillante à Frédéricfberg , & le Grand-
Maréchal y tient matin & foir table ouverte. Le
Prince Frédéric François de Brunſwic- Wolfenbuttel
, frere de la Reine , & Colonel d'Infanterie au
ſervice du Roi de Pruffe , y arriva le 12 de Berlin.
Il dîna le même jour avec leurs Majeftés, &
le foir il accompagna ici la Reine , qui vint rendre
vifite à la jeune Famille Royale . Ce Prince
partira le 29 pour retourner en Pruſſe.
Trois des maifons que Sa Majefté a ordonné de
conftruire pour les Profeffeurs de l'Univerfité ,font
déja finies. Le fieur Anker établit actuellement à
Moff en Norwege une nouvelle fonderie de canons
, & le Roi , pour lui en faciliter les moyens ,
lui a accordé une avance de cinquante mille écus.
Ainfi Sa Majesté tient toujours fon tréſor ouvert
lorfqu'il s'agit de favorifer quelque entrepriſe utile
au Public.
Les troupes campées dans les environs de Frédéricfberg
, fe partagerent le 14 en deux Corps ,
dont un repréfentoit l'armée de la Nation, & l'autre
l'armée ennemie. Ces corps ayant marché l'un
contre l'autre , leurs avant- gardes le chargerent ;
inais comme les troupes du Roi reconnurent que
l'ennemi étoit trop en forces , elles prirent le parti
de fe retirer, Douze Compagnies de Grenadiers
couvrirent la retraite . Le 16 , on reprit une maifon
dont l'ennemi s'étoit emparé . Dans le tems
qu'on venoit de s'en rendre maître , l'ennemi
parut à l'improvifte , & fa fupériorité nous obligea
d'abandonner ce pofte. On n'ofa lui faire tête
en rafe campagne , & l'on alla fe retrancher
derriere une Digne . Il ne jugea pas à propos de
nous y attaquer. Dès qu'il fut hors de vue , on regagna
le camp. Le 18 , l'ennemi jetta quatre ponts
fur une riviere , pour nous venir prendre en flanc
158 MERCURE DE FRANCE.
>
par notre aîle droite . Auffi- tôt on avança fur quatre
colonnes , qui avoient chacune du canon & des
Grenadiers à leur tête . Nous attaquâmes les ponts
& nous les emportâmes . Le 20 , nous marchions en
fept divifions , lorfque l'ennemi fondit fur les deux
premieres. Elles fe replierent fur celles qui fuivoient
, & la Cavalerie efcarmoucha continuellement
avec l'ennemi , afin de donner à l'Infanterie
le tems de former un bataillon quarré. Les
efforts que fit l'ennemi pour rompre ce bataillon
furent inutiles. Il y eut avant- hier une bataille
rangée , dans laquelle l'Armée Royale a eu tout
l'avantage. Aujourd'hui , le Corps d'Artillerie
bombarde le camp des ennemis , & fait fauter une
mine. Ce foir , les troupes terminent leurs exercices
par les feux de joye & les autres réjouiffances
ordinaires après la victoire . Elles fe fépareront
le 25 , pour retourner dans leurs quartiers.
Sa Majefté a daigné témoigner qu'Elle étoit ſatisfaite
de la précifion avec laquelle elles ont exécu
té leurs différentes manoeuvres . La Reine Douairiere
vint le 18 à Frédéricfberg , où elle dîna avec
lears Majeftés . Après le repas , elle parcourut en
caroffe tout le front du camp , & elle retourna le
foir à Hirfcholm. Le lendemain , le Roi vifita les
bâtimens qu'elle a fait ajoûter à l'un des Holms
& Sa Majefté vit les deux nouveaux vaiffeaux
qu'on y conftruic .
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 24 Juin.
Il a été publié le 20 de ce mois une Ordonnance
qui porte qu'on ne pourra faire crédit de plus de
cent forins à aucun Officier , depuis le Capitaine
AOUST. 1753. 189.
jufqu'à l'Enfeigne , fi ce n'eft du confentement du
Commandant du Régiment , fous peine aux Marchands
ou autres qui négligeront cet avis , de
perdre leurs avances , Les Officiers qui pofledent
des biens fonds , feront libres de les engager , mais
il eft abfolument défendu de mettre arrêt fur leur
paye . En cas qu'ils ayent befoin d'argent , il fera
permis de leur en prêter fur un certificat du Commiflariat
de guerre des lieux , & ce certificat devra
être produit dans le terme d'un mois devant le
Commiffariat Général . Lorfqu'il s'agira d'une
avance pour tout un Corps , elle ne fe fera point
fans l'aveu préalable du Conſeil de Guerre . Si les
bas Officiers & les Soldats contra&tent quelques
dettes , on les punira felon l'exigence du cas , &
le créancier perdra la fomme qui lui fera dûe.
Tous Marchands qui feront crédit aux Militaires ,
feront tenus d'en donner avis dans vingt quatre
heures , après lequel terme ils ne pourront avoir
aucun recours.
Les travaux qu'on avoit commencés aux fortifications
de cette Capitale , & qui avoient été interrompus
, viennent d'être repris , & ils fe continuent
avec beaucoup d'activité. L'Impératrice
Reine a donné ordre de faire d'ici à Schombrun
un nouveau chemin qu'on nommera le Chemin
Impérial , & qui ne fervira que pour les Minif
tres Etrangers & pour les perfonnes attachées à
la Cour!
DE DRESDE , le 10 Juin.
Le Roi étant retourné le 4 de ce mois au camp
d'Ubigan , vit faire l'exercice aux treize Régimens
d'Infanterie qui y font affemblés. Sept Régimens
de Cavalerie qui font dans ce camp , fi190
MERCURE DE FRANCE.
rent le 6 diverfes évolutions en préſence de Sa
Majefté. Le 8 , ces troupes fe diviferent en deux
Corps & fe livrerent bataille . Il y eut des Villages
, des bois & des retranchemens forcés . Quatre
mille hommes qui feignirent de vouloir fe jet
ter dans Ubigau , furent coupés , & huit cens furent
faits prifonniers.
On commença le 12 l'attaque du Polygone qui
a été conftruit près du camp d' bigau. Le 14 , les
affiégés , dans une fortie qu'ils firent , comblerent
la tranchée , & ruinerent deux batteries . Les affiégeans
réparerent ces dommages pendant la nuit
fuivante . Ils s'emparerent le 15 du chemin couvert
, & ils y établirent leur logement . Le 16 , ils
emporterent le Fort d'affaut . Le 17 , toutes les
troupes fe lønt miles en mouvement , pour faire
diverfes marches & contre-marches.
Les troupes firent le 18 leur derniere manoeuvre.
Feignant qu'elles avoient à craindre d'être
attaquées par des forces fupérieures , elles décampérent
précipitamment. Elles mareherent par des
bois & des montagnes , & l'on employa toutes
les rufes dont on a coutumie de fe fervir à la guer
re , pour tromper l'ennemi fur la véritable direction
des mouvemens de l'armée . Le même jour au
foir , le Régiment des Grenadiers du Corps , ce.
lui des Gardes , & celui du Prince Clément , rentrerent
dans cette Ville.
DE BERLIN , le 16 Juin.
L'Académie Royale des Sciences & Belles Lettres
tint le 7 ion Affemblée publique . M. Formey,
Secrétaire Perpétuel , ouvrit la Séance en annonçant
que le prix dé cette année a été remporté par
la Piéce N°. XI. à laquelle eft jointe cette devife :
AOUST. 191 1753.
3
Spiritus intùs adeft , quo cum diffufa per artus
Mens agitat molem.
Cette Piéce eft de M. le Cat , Docteur en Méde
sine , Chirurgien en chef de l'Hôtel- Dieu de
Rouen , Secrétaire de l'Académie de la même Ville
pour la partie des Sciences , Membre de la Société
Royale de Londres , & de l'Académie de Madrid .
Entre les autres ouvrages préfentés au concours
ceux qui ont paru les meilleurs après celui de M.
le Cat,font , un Mémoire Latin , N.IX . ayant pour
devile , Audendum eft , & veritas investiganda , ¿co
un Mémoire Allemand , N ° . XVIII . dont la devife
eft , Non videmus id quod videt ; non audimus
id quod audit un Mémoire écrit en François , N°.
XX. avec ces mots pour devife : Rien n'est beau
que le vrai, M Formey lut un Extrait de la Piéce
couronnée. Il déclara enfuite que l'Académie pros
pofoit pour le fujet du prix de 1755 , d'examiner le
Systême contenu dans la propofition de Pope : Tout eft
bien ; de déterminer le vrai fens de cette propofition ,
conformément à l'hypothèse de fon Auteur , de la
comparer avec le systéme de l'Opticifme , on di
Choix du meilleur , pour en marquer exactement les
rapports les différences , & d'alléguer les raisons
qu'on croira les plus propres à établir , ou à détruire ce
fyfteme. Comme dans les fujets de cette nature
l'Académie eft ſouvent accablée d'une multitude
d'écrits qui ne contiennent que des idées vagues
ou empruntées d'ouvrages connus ; on prie les perfonnes
qui voudront travailler , d'éviter furtout
ces deux inconvéniens , fi elles ne veulent point
que leurs ouvrages dès la premiere inſpection ,
foient mis au rebut . Tous les Mémoires destinés
à concourir , doivent être adreflés à M. Formey ,
& le terme pour les recevoir eft fixé au premier
192 MERCURE DE FRANCE.
7
Janvier 1755. Après que M. Formey eut fait l'an
nonce du prix de ladite année , & qu'il eut rappellé
que le fujet pour le prix de l'année prochaine
étoit : Si le mouvement diurne de la terre a été dans
tous les tems , de la même rapidité , ou non ? Par quelš
moyens on peut s'en affurer : Et en cas qu'il y ait
quelque inégalité , quelle en eft la caufe ? M. Sulzer
lut ure Differtation fur l'Apperception , ou fur la
maniere dont l'me fe fent elle-même . Cette lecture
fut fuivie de celle d'une obſervation de M. de
Prémonval , fur une prétendue merveille que l'on
attribue à la Langue Chinoife . M. Formeytermi
na la Séance par les Eloges funébres de M. Buddæus
de M. de Beaufobre,
D'UL M , le 10 Juillet.
On mande de Bondorff, dans la Forêt Noire ;
que le 23 du mois de Juin , une chévre & cinq
chévreaux moururent de l'excès du froid en paiffant
dans la campagne , & que le jeune homme
qui les gardoit , auroit eu le même foit , fi des
voyageurs ne l'avoient fecouru . Il neigea beaucoup
le même jour fur les montagnes . Ainfi le
Fermier de Feldberg jouira vraisemblablement de
l'exemption qui lui eft accordée , lorsqu'il peut
préfenter une certaine quantité de neige le jour
de la Saint Jean.
ESPAGNE.
DE LISBONNE , le 147uin ,
Sclon les dépêches apportées du Bréfil par la
Frégate la Notre- Dame des Neiges , on a découvert,
à quelque diftance de Fernambouc, une mine
d'or
AOUST . 1753. 193
-
d'or très abondante , & le canton dans lequel elle
eft fituée étant fort peuplé , on n'aura point de
peine à raffembler le nombre d'ouvriers néceflaires
la mettre en valeur.
pour 1
DE MADRID , le 3 Juillet.
L'Académie de Peinture & de Sculpture , nou
vellement établie fous la protection du Roi , fera
dans le mois de Décembre prochain la premiere
diftribution de les prix. Chacun des Artiftes qui
zoncoureront , fera maître du choix de fon fujet.
ITALI E.
DE NAPLES , le 20 Juin.
On a trouvé depuis peu dans les ruines d'Herculanum
quelques Manufcrits Latins , dont les cafactéres
font quarrés. L'écriture étant prefque
par tout effacée dans les lambeaux qu'on a pû détacher
, on s'eft contenté de deffiner exactement
le contour de ces lambeaux , & de copier toutes
les lettres qui font diftinctes dans les originaux.
Ces monumens feront gravés & publiés par ordre
du Roi , & ils feront partie du grand ouvrage que
prépare M. Baïardi .
DE FLORENCE , le 13 Juin
Ce fiécle a vû naître de toutes parts des Acadé
mies pour les progrès des Sciences & des Lettres.
Il vient de s'en former dans le fein de cette Ville
une nouvelle , dont l'objet , moins brillant en ap-
- parence , est beaucoup plus intéreffant . Elle eft
compofée de quarante perfonnes , qui font dans le
I
194 MERCURE DE FRANCE.
deflein de confacrer principalement leurs veilles à
la perfection de l'agriculture . La Toscane eft tedevable
de cet établiſſement à l'Abbé des Chanoines
Réguliers de Fiefoles.
DE LIVOURNE , le 24 Juin,
La Régence de ce Grand- Duché a fait une
convention avec la Cour de Madrid , pour fournir
à l'Espagne une certaine quantité de froment &
d'orge , lorfque la récolte fera abondante en Tofcane
& qu'elle manquera en Espagne. En confé.
quence de cet accord , on a tranſporté depuis deux
mois dans ce Royaume cent quarante mille facs
de grains.
DE VENISE , le 28 Juin.
Cette République paroît être dans le deffein de
conclure un Traité de Paix avec les Régences de
Barbarie. Elle fe fert de l'entremile de la Porte ,
pour faire réuffir cette négociation , au fujet de la
quelle le Conful , qui étoit ci-devant Réfident à
Smyrne , eft parti d'ici pour Alger.
DE GENES , le 16 Juin,
Le Village de Colla de la Communauté de Sanš
Remo , Ville fituée dans la partie , appellée Riviere
du Ponent , s'étant plaint à la République de
plufieurs vexations qu'il éprouvoit depuis longtems
de la part de ladite Ville , & fes plaintes s'étant
trouvées fondées , le Gouvernement réfolut
de féparer le Village de Colla de la Communauté
de San-Remo. En conféquence de cette déliberation
, le Commiflaire Général fit élire des Confuls
AOUS T. 1753- 895
& des Officiers Municipaux , pour régir la nouvelle
Communauté ; & celle de San- Remo fut déchargée
de la partie d'impofition , qui devoit être
payée par celle de Colla. Cela fe palla affez tranquillement
, mais lorsque les habitans de San- Remo
virent arriver un Ingénieur , pour régler les
limites des deux Communautés , fur le pied que
'Evêque d'Albenga les a réglées pour le fpirituel
ily a vingt- cinq ou trente ans , ils prirent les
armes , s'ameuterent , forcerent la Garde du Commiffaire
Général , & le bloquerent dans fon Palais.
On en reçut l'avis ici le 8 de ce mois. Le
Gouvernement fit équiper à la bâte deux Vaiſſeaux
de guerre , trois Galères , quelques Galiotes à
bombes , & des Bâtimens de tranfport , le tout
avec mortiers , canons , munitions de
guerre , &
un certain nombre de troupes , confié au commandementdu
Marquis Auguftin Pinelly , qui partitle
12 pour San - Remo , & y arriva le lendemain après
midi. Ce Marquis fit d'abord fommer la Ville de
fe rendre , & la réponſe n'ayant pas été concluante
, il fit tirer du canon & jetter quelques bombes
; ce qui détermina en moins de deux heures
les habitans à fe foumettre. Ils demanderent qu'on
leur fauvât la vie , les biens & l'honneur ; mais le
Marquis Pinelly a exigé qu'ils fe rendiffent à difcrétion
, & qu'ils lui amenaffent fans délai le
Commiffaire Général , & tout ce qui fe trouvoit
à San - Remo au fervice de la République . Ces or
dres ont été exécutés avec la plus grande promptitude.
Le lendemain on fit débarquer les troupes ,
& on attaqua avec tant de vigueur des retranchemens
, derriere lefquels un Corps de payſans s'étoit
fortifié , qu'on le diffipa entierement , & tout
fut foumis. Cette attaque a coûté la vie à deux
foldats ; il y a eu quatorze bleffés , du nombre
defquels font quatre Officiers.
Iÿj
196 MERCURE DE FRANCE.
GRANDE BRETAGNE.
DE LONDRES , les Juillet.
Plufieurs payfans le font aflemblés tumultuèufement
dans le Duché d'Yorck , pour détruire les
barrieres des grands chemins , & pour brûler les
maifons qui en dépendent. Les Magiftrats de
Leeds ayant fait arrêter trois de ces mutins ,
les
autres ont eu l'audace d'entrer dans la Ville ; &
fur le refus qu'on a fait de leur remettre les prifonniers
, ils fe font mis en devoir de démolir
PHôtel-de -Ville. Un Efcadron de Dragons appellé
pour appaiſer le défordre , tira d'abord fur
eux avec de la poudre . Au lieu d'être intimidés ,
ils devinrent plus furieux , de forte qu'on fut obligé
de charger à balle . On tua vingt des féditieux ,
on en bleffa cinquante antres , & le refte prit la
fuite. Il y a eu auffi une espéce de révolte à Kil-
Cock , en Irlande , & l'on mande de Dublin , que
le 26 du mois dernier le Viceroi avoit fait marcher
cinq Compagnies d'Infanterie & trois Eſcadrons.
de Cavalerie , pour faire rentrer les mutins dans
l'obéiflance.
Il paroît plufieurs projets pour augmenter la
culture des grains en Irlande , d'où l'on mande
qu'on exploite avec luccès les mines de charbon
nouvellement découvertes près de Charlemont ,
& qu'elles pourront fuffire aux befoins de la Ville
de Dublin.
BF
AOUST. 1753. 197
FRANC E.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
N fit le 20 deJuin à l'Hôtel de Ville , en préfence
des Prévôt des Marchands & Echevins ,
le feptiéme tirage de la Lotterie pour le rembour
fement de partie des Capitaux des Rentes fur la
Caiffe générale des Amortiffemens . Les rembourſemens
échûs par le fort de la Lotterie , montent à
la fomme de treize cens trois mille fix cens trente
livres. Les Coupons & les Remboursemens feront
acquités à la Caifle des Amortiffemens , chez M.
Blondel de Gagny , Tréforier de cette Caiffe :
fçavoir , les Coupons ,le 4 du mois prochain , depuis
le numéro premier jufqu'à 2000 ; le 11 du
même mois , depuis le n° . 2001 jufqu'à 5000 ; le
18 , depuis n°. 5001 jufqu'à 9000 ; le 24 , depuis
n°. 9001 jufqu'à 13000 ; le premier Août , depuis
nº. 13001 juſqu'à 14175 ; & les Rembourſemens
tous les Samedis indiftinctement , à commencer
du Samedi 7 du mois de Juillet .
Le zí , Fête du Saint Sacrement , le Roi & la
Reine accompagnés de la Famille Royale , entendirent
dans la Chapelle du Château les Vêpres
chantées par la Mufique , & le Salut célébré par
les Miffionnaires.
Le Roi foupa le 21 & le 23 au grand couvert.
Le 23 , le Roi fit dans la Cour du Château la
revûe des deux Compagnies des Moufquetaires
de la Garde ordinaire de Sa Majesté . Le Roi paffa
dans les rangs , & après qu'elles eurent fait
l'exercice , Sa Majefté les vit défiler . Monfeigneur
le Dauphin accompagna le Roi à cette res,
I iij
198 MERCURE DEFRANCE.
vae. La Reine , Madame la Dauphine , Madame
Infante , Madame Adélaïde , & Meldames de Frau
ce , la virent de l'appartement du Comte de Clermont.
Leurs Majeftés affifterent le 13 & le 24 au Sa-
Jut dans la Chapelle du Château .
Le 25 , Monfeigneur le Dauphin & Madame
Victoire tinrent fur les Fonts , dans la Chapelle
du Château , la fille dont la Comteffe de Durfort
Dame de Compagnie de Meſdames de France , eft
accouchée dans le mois de Décembre dernier , &
qui a été nommée Angélique Victoire . L'Abbé de
Termont , Aumônier du Roi , fuppléa les cérémonies
du Baptême à l'enfant , en préſence du Curé
de la Paroifle.
Sa Majesté fe rendit le z4 au Château de Choi
fy. Madame Infante , Madame Adélaïde & Mef
dames Victoire & Sophie , allerent le 25 y joindre
le Roi. Monfeigneur le Dauphin y alla dîner
le 26. Le foir après fouper , Sa Majesté revínt à
Verfailles avec ce Prince & ces Princeffes.
Le 28 , jour de l'O&ave , le Roi accompagné
de Monfeigneur le Dauphin , de Madame Infante
Ducheffe de Parme , de Madame Adélaïde , & de
Madame Victoire , s'eft rendu à l'Eglife de la Paroiffe
de Notre- Dame ; & Sa Majefté, après avoir
affifté à la Proceffion , y a entendu la grande Meſſe..
Ce jour, ainfi que celui de la Fête , le S. Sacrement
a été porté fous un magnifique Dais , dont le Roi
a fait préfent à la Paroifle , & qui eft de velours
cramoifi , brodé d'or , avec des cartouches en petit
point , prefque comparables aux plus beaux
tableaux. Leurs Majeftés ont entendu ce foir dans
la Chapelle le Salut chanté par la Mufique, La
Reine y a affifté tous les jours de l'Octave.
Par la retraite du. Marquis de Chiffreville ,
A O UST. 1753. 199
Lieutenant- Général des Armées du Roi , & premier
Sous- Lieutenant de la feconde Compagnie
des Moufqueraires de la Garde de Sa Majefté ; le
Comte de la Riviere , Lieutenant- Général , &
Commandeur de l'Ordre Royal & Militaire de
S. Louis , eft monté à la premiere Sous - Lieutenance
de cette Compagnie , le Comte de Montboif
fier , Lieutenant Général , à la feconde Sous Lieutenance
; & le Comte de Bifly , Brigadier de Cavalerie
, à l'Enfeigne. M. de la Grange , Officier
dans le Régiment des Gardes Françoiſes , a eu l'a
grément de la Cornette vacante.
M. de Faudran , Meftre de Camp de Cavale
rie , Exempt des Gardes du Corps dans la Compagnie
de Noailles , ayant demandé la permif
hon de fe démettre de cette place , le Roi en a
difpofé en faveur de M. de Quelen , Capitaine
dans le Régiment de Conty , Cavalerie.
M. Bernard de Ballainvilliers , Maître des Requêtes
, a été nommé l'un des huit Préfidens dur
Grand-Confeil , par commiffion , à la place de
feu M. Piarron de Chamouffet.
L'Académie Françoiſe a él , pour remplir la
place qui vaquoit dans cette Compagnie par la
mort de l'Archevêque de Sens , M. de Buffon ,
de l'Académie Royale des Sciences , & Intendant
du Jardin Royal des Plantes .
Le 28 , l'Abbé Nollet préfenta à leurs Majef
tés le Difcours qu'il a prononcé dans le Collége
de Navarre , à l'ouverture de fes Leçons de Phyque
expérimentale.
Le Vaiffeau la Diane , appartenant à la Compagnie
des Indes , eft arrivé de Bengale au Port
de l'Orient le même jour. Son chargement eftfort
confidérable .
Le 29 , les Députés de la Ville du Havre-de-
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
Grace ayant à leur tête le Duc de Saint - Aignan ,
Gouverneur de la Ville ; le Comte de Saint - Florentin
, Miniftre & Secrétaire d'Etat , chargé du
Département de la Province de Normandie , &
M. Rouillé , Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant le
Département de la Marine , accompagnés du
Duc de Beauvilliers,du Chevalier de Saint- Aignan,
tous deux fils du Duc de Saint- Aignan ; & du
Chevalier de Virieu Beauvoir , Lieutenant de Roi
du Havre- de- Grace ; furent introduits dans le Cabinet
du Roi par le Maréchal Duc de Richelieu ,
premier Gentilhomme de la Chambre. Ils eurent
l'honneur de préfenter à Sa Majefté la Relation
avec les defleins gravés de ce qui a été fait , tant
par la Ville du Havre , que par la Marine , à l'oc
cafion du voyage & du féjour que le Roi fit dans
cette Ville au mois de Septembre 1749. Sa Ma
jfté reçut très - favorablement ce témoignage de
refpe&t & de reconnoiflance de la Ville du Havre;
M. du Bocage de Bléville , l'un des Députés , eut
auffi l'honneur de préfenter au Roi un ouvrage
intitulé : Mémoire fur le Port , la Navigation &le
Commerce du Havre .
La Reine , accompagnée de la Famille Royale ,
affifta le 30 à la grande Melle , aux Vêpres & au
Salut , dans l'Eglife de la Paroifle de Notre Dame
, où l'on célébroit la fête du Sacré Coeur de Jelus .
11 y le même jour concert chez la Reine ,
& l'on y exécuta les deux derniers Actes de l'O .
péra d'ifié.
eut
Le Roi alla le même jour au Château de Relleve
, d'où Sa Majefté revint le 2 Juillet dernier.
Le premier Juillet , M. Cafarieli , Muficien de
Sa Majefté Sicilienne , nouvellement arrivé de
Naples , eut l'honneur de chanter à Bellevue devant
le Roi . Sa Majefté trouva qu'il foutenoit la
A OUST . 1753. 201
grande réputation dont il jouit , & Elle eut la
bonté de lui donner des marques particulieres de
fa fatisfaction. Ce Muficien , l'un des plus célébres
d'Italie , chanta le 3 devant Madame la Dauphi
ne , qui l'avoit entendu déja plufieurs fois , tant à
Verfailles qu'à Marly. Il doit demeurer à Verfailles
pendant le voyage de Compiegne.
Monfeigneur le Dauphin eft venu le 2 de ce
mois à Paris , pour pofer la premiere pierre de la
nouvelle Eglife de l'Abbaye de Panthemont. On
prétend que la premiere pierre de l'ancienne Eglife
avoit été polée par Robert de France , fixiéme
fils de Saint Louis. Vers les quatre heures après
midi, Monfeigneur le Dauphin arriva à l'Abbaye ,
sétant accompagné du Comte de Brionne , du Prince
de Montauban , du Maréchal Duc de Richelieu
, du Duc de Biron , & de plufieurs autres
Seigneurs, Ce Prince y trouva une Compagnie
des Gardes Françoifes & une des Gardes Suifles
fous les armes. Il fut reçu à la porte de l'ancienne
Eglife par la Dame de Beth.fi de Mezieres ,
Abbelle du Monaftere , à la tête de la Communauté.
A l'arrivée & au départ de Monfeigneur
Je Dauphin , on a fait une falve des boëtes & des
canons de la Ville , ainfi que des canons de l'Hô.
tel Royal des Invalides .
Le même jour , le Maréchal Duc de Richelieu
, & la Maréchale Ducheffe de Duras , Dame
d'honneur de Mefdames de France , tinrent fur
Jes Fonts à Verſailles , dans l'Eglife Paroiffiale
de Saint Louis , au nom de Monfeigneur le Dauphin
& de Madame Louiſe , le fils de M Bonnequin
, Valet de Chambre du Roi . Cet enfant , qui
..eft petit-fils de la Dame Bonnequin , premiere
Femme de Chan bre de Madame Louife , a été
nommé Lucain. Le Curé de la Paroiffe de Saint
I v
202 MERCURE DE FRANCE
Louis lui a fuppléé les cérémonies du Baptême.
-
La Compagnie des Indes , jufqu'au zo du mois.
d'Octobre prochain inclufivement , fera recevoir
à la Caifle générale , à Paris , les fonds que les
Négocians y porteront ou y feront porter en ar
gent , pour fervir au payement de leurs achats
dans la vente prochaine. M. Peſchevin , Caiffier
général de la Compagnie , fournira fes récépiffés ,
comprenant les intérêts , à raifon de cinq pour
cent , à compter du jour de la recette jufqu'au 10
20 Décembre , auquel terme ils feront remboursés
à Paris , en cas qu'ils n'ayent pas été employés ,
& nonobftant la prolongation de leur terme. Lef
dits récépiffés feront reços comme par le paffé , -
pour le payement comptant des adjudications de
la vente , fans que cette faveur , accordée auxfeuls
fafdits récépiffés , puiffe tirer à conféquence.
Les autres papiers & effets continueront de n'être
reçus pour le payement comptant , qu'autant
qu'ils feront dans le terme du comptant qui fera
indiqué par la Lifte générale.
Le 4 , le Roi accompagné de Madame Infan
te , de Madame Adélaïde , & de Meſdames Vic--
toire , Sophie & Louife , fe rendit à la Meute , &
Sa Majefté en partit le 5, au matin avec ces Prin--
cefles pour Compiegne:
L'Abbé de Bouillé , Doyen des Comtes de Lyon,,
& Maître de l'Oratoire du Roi , ayant été nommé:
par Sa Majefté à l'Abbaye de Saint Nicolas- lès
Angers , s'y rendit le 23 Juin dernier , pour ens
prendre poffeffion.
Le Cardinal de la Rochefoucault arriva à Pariss
de fon Diocéfe te 27 , & ikalla le 29 à Verfailless
rendre fes refpects au Roi , qui l'a reçu très- favo
rablèmenti
L3 Juillets, las Reine & Monfeigneur le Dane
AQUST. 1753: 203
phin , repréfentés par la Ducheffe de Luynes
Dame d'honneur de la Reine , & par le Maréchal
Duc de Richelieu , Premier Gentilhomme de la
Chambre , ont tenu fur les Fonts à Verſailles ,
dans l'Eglife de la Paroiffe du Château , le fils de
M. Baillon premier Valet de Chambre de la
Reine.
Les , le Roi arriva à Compiègne avec Madame
Infante Ducheffe de Parme , Madame Adélaïde
& Mefdames Victoire , Sophie & Louife.
La Reine eft arrivée le 7.
Le même jour , le Marquis de Paulmy , Secré
taire d'Etat de la guerre , en furvivance du Comte
d'Argenfon , partit pour aller vifiter les Places ,
& voir les troupes dans diverſes Provinces dus
Royaume.
Le Maréchal Duc de Belle-Ife eft parti le 1
pour Metz.
Le Roi , accompagné de Madame Infante , de'
Madame Adelaïde , & de Mefdames de France ,
affifta le 8 au Salut dans l'Eglife de Saint Jacques ,
Paroiffe du Château. Le même jour , la Reine
entendit la Meffe , les Vêpres & le Salut dans
l'Eglife des Religieufes Carmelites, Mefdames
de France entendirent les Vêpres au Couvent des
Minimes.
ས
Monfeigneur le Dauphin eft arrivé à Compiégne
le 10 au foir.
Leurs Majeftés ont foupé le 8 & le 11 au grand
couvert.
Le 11 , il y eut Concert chez la Reine. On y
exécuta le Prologue & le premier Acte de l'Opéra
de Pyrame & Thisbé, dont les paroles font de
M. de la Serre , & la Mufique de Meffieurs Rebel
Francoeur , Sur - Intendans de la Mufique de la
Chambre du Roi.
I vi
204 MERCURE DE FRANCE.
La Dame de Ranty a été préfentée à leursMajef
tés & à la Famille Royale , en qualité de Dame
d'honneur de la Princeffe de Condé .
Le Vaiffeau la Reine , appartenant à la Compagnie
des Indes , eft arrivé les de Bengale au
Port de l'Orient , avec onze cens cinquante balles
ou caiffes de marchandifes , poivre , cauris , bois
rouge , & bois de fapan .
L'Académie de Peinture , de Sculpture & d'Ar
chitecture , établie à Touloufe , tint le 8 une affemblée
publique. Le Chef du Confiftoire pro.
nonça un Difcours fur l'amour des beaux Arts ,
& M. Poiffon , Modérateur , fit l'analyse de quelques
uns des ouvrages couronnés . A la fin de la
Séance , on diftribua les prix . Le plus condérable
, qui eft une - Médaille d'or de la valeur de trois
cens livres , & qui étoit deftiné cette année à un
plan d'Architecture , a été réſervé .
Madame Infante Duchefle de Parme , s'étant
rendue le 11 à l'Abbaye Royale de Saint Corneille
, Dom Pierre de Gonfreville , Grand Prieur
de l'Abbaye , à la tête de la Communauté , reçut
cette Princeffe , & eut l'honneur de la compli
menter.
Leurs Majeftés , accompagnées de la Famille
Royale , affifterent le 15 au Salut , dans l'Eglife
Paroiffiale de Saint Antoine . La Reine avoit entendu
le matin la grande Melle dans l'Eglife de
Saint Jacques , Paroiffe du Château , & l'aprèsmidi
les Vêpres dans l'Eglife de la Congrégation.
Le lendemain , la Reine entendit la Mefse dans
T'Eglife des Religieufes Carmelites , & y commu
nia par les mains de l'Archevêque de Rouen , fon
Grand Aumônier . Sa Majefté dîna dans le Monaftere
. Elle y * atfiſta enſuite aux Vêpres & au
Salut.
A O UST. 1753. 203
Le 15 & le 17 , pendant la Mefse du Roi , la
Mafique de Sa Majefté exécuta le Pleaume I
exitu Ifraël de Ægypto , nouveau Motet de la compofition
de M. Mondonville , Maître de Mufique
de la Chapelle , en Quartier. La vérité de l'expreffion
dans les récits & dans les choeurs , le brillat
des fymphonies , joint à une parfaite exécu
tion , ont mérité à cet ouvrage l'applaudissement
de leurs Majeftés , de la Famille Royale , & de
toute la Cour. Moufeigneur le Dauphin , Madame
Infante , & Mefdames de France , avoient honoré
de leur préfence la répétition de ce Motet.
Leurs Majeftés fouperent le 13 , le 15 & le 17
au grand couvert ..
Monfeigneur le Dauphin partit de Compiègne
le 16 pour Verfailles.
Il y eut le 14 & le 18 , Concert chez la Reine ,
& l'on y chanta les quatre derniers Actes de l'Opéra
de Pyrame & Thisbé.
Le Roi a nommé Commandeur de l'Ordre Royal
& Militaire de Saint Louis , à la place de feu M. de
la Javeliere , le Chevalier de Montbarey , Briga
dier , Lieutenant Colonel du Régiment Royal ,
-Cavalerie .
Sa Majesté a accordé l'agrément du Régiment
de Dragons , vacant par la mort du Comte d'Egmont
, à M. de Marbeuf, Meftre - de - Camp , Lieutenant
du Régiment Dauphin Cavalerie , & ce
dernier Régiment au Comte de Périgord , Colonel
du Régiment de Normandie , & Menin de Morfeigneur
le Dauphin . Elle a donné au Chevalier
de Saint -Sauveur , Brigadier de Dragons , ci- devant
Aide Maréchal des Logis de l'Armée de Flar
dre , la Brigade qui vaquoit dans les Gardes du
Corps , par la retraite du Chevalier de Sommery ,
Maréchal des Camps & Armées de Sa Majefté , &
Enfeigne dans la Compagnie de Villeroy.
06 MERCURE DE FRANCE.
Le 16 , Monfeigneur le Dauphin revint de
Compiègne à Verfailles , pour voir Madame la
Dauphine qui jouit d'une parfaite fanté , & qui
avance heureuſement dans fa groffeffe. Il y eut
le 18 chez cette Princeffe un Concert , auquel
Monfeigneur le Dauphin affifta . On exécuta le
Prologue & le premier Acte des Fêtes de l'Hymen
de l'Amour , dont les paroles font dé M. de´
Cahulac , & la Mufique de M. Rameau . M. Cafarieli
, Muficien de Sa Majefté Sicilienne , chanta
feul deux Ariettes , & enfuite un Duo avec M.
Albanefe. Il fut fort applaudi , & la beauté de fa
voix , ainfi que la perfection de fon chant , fait
toujours un nouveau plaifir.
Monfeigneur le Duc de Bourgogne prit ce mê--
me jour le plaifir de la promenade dans le Parc de
Verfailles. Ce Prince & Madame continuent de
fe porter auffi bien qu'on puiffe le defirer.
A l'arrivée du Roi à Compiegne , & de même
celle de la Reine , Madame la Dauphine a envoyé´
M. de Goy d'Ydogne , fon Ecuyer en Quartier,
pour s'informer des nouvelles de leurs Majeftés.
Dans le dernier tirage de la Lotterie pour le
remboursement des Contrats de Rentés fur les
Poftes , il eft forti quatre- vingt- un Contrats ; fçavoir
, trente-fept de la création de Novembre
1735 , dont les capitaux montent à trois cens cinquante
mille vingt livres , & quarante- quatre
Contrats de la création de Juin 1742 , dont les
capitaux montent à trois cens cinquante & un
mite neufcens quatre - vingt-quatorze livres.
Le 19 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix-sept cens quarante livres ; les Billets
de la premiere Lotterie Royale à fix cens foixanter
& treize , & ceux de la feconde à fix cens vingt
deux.
A OUST. 17531 207
Le Roi de Pologne , Duc de Lorraine & de Bar,
dont les vûes s'étendent fur tout ce qui peut perfectionner
les Arts & les Sciences, vient de donner
une nouvelle marque de fon attention à ce qui
concerne le bien de les Sujets , par la réunion de la-
Faculté de Médecine de Pont- à - Mouffon avec le
College Royal des Médecins de Nani' ; ce qui eft
très- propre à donner un nouveau luftre à cette
Faculté , y exciter l'émulation , & prévenir les
abus qui pourroient (e gliffer dans la collation des
grades en Médecine.
NAISSANCE , MARIAGES
& Morts.
E 13 Juillet , la Marquife de Courtivron eft
accouchée au château de Courtieron en Bourgogne
, d'un fils , qui a été baptifé le lendemain
a l'Eglife Paroiffiale du lieu . Ses parrains ont été
M. de Saint-Cyr de Cely , ayeul maternel da
nouveau né, abfent , & M. le Marquis de Blaift
fon oncle paternel , par Madame la Marquise de
Blaifi qui en a été la narraine. Voyez le Mercure
de Septembre 1752.
Le 12 Mars , Meffite Antoine Gui de Pertuis ,
Vicomte de Baons - le - Comte , Capitaine de
Cavalerie , appellé le Marquis de Pertuis , époufa
Demoiselle Louife- Leon - Gabrielle le Clerc de
Juigné , fille de Samuel -Jacques le Clerc , Marquis
de Juigné , Colonel du Régiment de Dragons
Infanterie , tué à la bataille de Guaftalla le 19
Septembre 1734 , & de Marie-Gabrielle le Ciriers
de Neuchelles. Voyez la quatrième partie dess
Tablettes historiques , page 405..
208 MERCURE DE FRANCE.
Le Marquis de Pertuis eft fils de Meffire An
toine-Charles dé Pertuis , Vicomte de Baons , &
de Dame Claude Louife de Betz de la Harteloire,
mariée le 18 Avril 1714 , & petit- fils de Gui de
Pertuis , Seigneur de Berangeville & de la Riviere,
puis de la Baronnie de Baons - le Comte au pays
de Caux , Confeiller ordinaire du Roi en tous
fes Confeils , Grand Baillif , Gouverneur & Com.
mandant des Ville , Citadelle & Châtellenie de
Courtrai , Gouverneur de Menin , & Lieutenant
Général des armées du Roi , qui avoit épousé le
14 Mai 1669 Angélique Elizabeth Adrienne de
Canonville de Raffetot , & qui avoit pour pere
Pierre de Pertuis II, du nom , hevalier , Seigneur
d'Eragni , Gentilhomme ordinaire de M. le Prince
Henri de Bourbon II . du nom , premier Prince da
Sang , allié le 28 Novembre 1627 avec le Grand
de Beaunai ; & pour ayeul noble Chiales de Pertuis
, Ecuyer , Seigneur d'Eragni , &c, marié par
contrat du 9 Novembre 1581 avec Joffine de
'Canonville de Raffetot . Celui- ci étoit fils de noble
'Roland de Pertuis , Seigneur d'Eragni , & c. & de
Marie-Louiſe Lombard , & petit- fils de Jean da
Pertuis , Ecuyer , Seigneur d'Eragny , de Gadancourt
, & c. qui avoit été a lié le 25 Juin 1515 à
Catherine Mignot , & dont le pere Jean du Per-
-tuis , Seigneur de la Franchiſe au pays de Gifors ,
& de la Goulardiére , près Châtillon fur Loing ,
étoit en 1471 Ecuyer de l'écurie du Roi , & Homme
d'armes du nombre des cent Gentilshommes
de la Garde du corps de a Majefté .
M de Verduc , Confeiller au Parlement , fils de
N.... de Verdue , Greffier en chef du Grand
Confeil , a époufé le 15 Mars 1753 Demoiſelle
N... de Selle , fiile de Nicolas de Selle , Confeiller
au Parlement , & de fa premiere femme
Catherine Gaultier de Befigni.
AOUST. 1.753. 209
Le 1s Mai dernier , le Comte de Preiffac , neven
du Marquis de Caraman , Lieutenant Général des
armées du Roi , époufa la fille de M. de Torpane,
Confeiller au Parlement.
Le du mois de Juin dernier , M. le Marquis
de Wargemont époufa Mademoiſelle Tabourot
d'Orval. Il eft fi's de Meffire Jofeph François le
Fournier , Seigneur de Wargemont , de Baumez ,
de Forets , de Saurel . & c . Meftre de camp de Cavalerie
, & Enfeigne dans la Compagnie des Gendarmes
de la Garde du Roi , & de Dame Bonnc-
Gabrielle de Saint -Chamans , & petit -fils de Fran
çois Bernard le Fournier , Ecuyer , Seigneur de.
Wargemont , Patron de Graincourt , & c . & de
Dame Marie- Gabrielle Truffier , Dame de Bethencourt
, de Martigni , de Saurel , &c . Celui - ci
avoit pour fisiéme aïeul Pierre le Fournier ,
Ecuyer , Sieur du fief noble d'Iſamberteville , fitué
au hameau de Wargemont , Paroifle de Graincourt
, Vicomté d'Arques , & Bailliage de Caux ,
lequel fut déclaré noble par jugement des Com
miffaires ordonnés par le Roi Louis XI . fur le fait
des francs fiefs en Normandie , du 26 Octobre
1471.
M. N ... de la Tour du Pin , Comte de Paulin,
a époufé la fille unique de M. Billet , Maître des
Comptes , & ci - devant Confeiller au Grand Confeil
.
M. N ... de Lacoré , Maître des Requêtes , a
époulé Mademoiſelle Chambon , dont la foeur s'eft
mariée vers le même tems avec M. Lalive de Jully.
Dame Marie- Anne Polart de Villequoy, femme
de Gafpard Moyle de Fontanicu , Confeiller
d'Etat , eft morte le 6 Décembre 1752 , âgée de
ans.
Le premier Juin , on inhuma à S. Euftache
210 MERCURE DE FRANCE:
Meffite Anne Simon Piarron de Chamouffet , Seit
gneur de Saint- Thibault , Maître des Requêtes , &
Préfident au Grand Confeil , décédé rue du Mail.
Dame Charlotte Rofalie de Romaner , époufe
de François-Martial , Comte de Choifeul- Beaupré
, Brigadier & Infpecteur Géneral d'Infanterie
, Menin de Monfeigneur le Dauphin , eft morte
le 2 , âgée de 20 ans. Elle étoit l'une des Da
mes nommées pour accompagner Madame Adelaïde.
Frere Louis Armand Pouffe- Mothe de Gravila
le , Chevalier Profès de l'Ordre de S. Jean de Jérufalem
, & Commandeur de la Commanderie
d'Ivry- le - Temple , eft mort le f , dans ſa joe´
année.
Marie -Jean- Louis de Caillebot de la Salle ,
fils de Meffire Marie- Louis de Caillebot , Mar
quis de la Salle , Lieutenant- Général des Armées
du Roi , Sous Lieutenant de la Compagnie des
Gendarmes de la Garde de Sa Majefté , Gouver
neur & Lieutenant- Général de la haute & baffe
Marche , eft mort le 7 Juin , âgé de deux ans.
3
Henriette-Marie le Hardi , Marquise de la
Trouffe , veuve d'Amedée- Alphonfe d'Alpozzo ,
Prince de la Cifterne , Grand- Veneur & Grand-
Fauconnier du feu Roi de Sardaigne , Maréchal
de fes Camps & Armées , & Colonel du Régiment
de Saluces , eft morte en cette Ville , le
1 ... , âgée de 92 ans. Elle a été inhumée dans
l'Eglife des Religieuſes Urſulines du Faubourg S.
Jacques.
Demoiselle Louife de Craffol - Saint - Sulpice ,
ourut en cette Ville le 11 , âgée de 75 ans.
Le 12,
fut inhumée à S. Salpice Dame Claude-
Elizabeth le Canu , veuve de Meffire Paul- François
de Bugy, Commandeur des Ordres de S. Maurice
& de S. Lazare , décédée rue des Caneties , âgée
de
91 ans:
A O UST. 1753 ΣΙΤ
Ee 13 , eft mort à Aix en Provence , Louis de
Villeneuve , Marquis de Trans , premier Marquis
de France , âgé de 39 ans. Il laiffe trois garçons.
1°. Louis-Henri de Villeneuve , à préfent Marquis
de Trans , âgé de 14 ans.
2º. Thomas-Alexandre- Balthazar , Comte de
Tourettes.
3°. Alexandre Marie , Comte de Monts, Voyez
la IV. Part. des Tablet. hift, & généal, pag . 1 .
L'On a dit dans le Mercure de Juiller que Charles
Brulart , Marquis de Genlis , décédé le 15 Mai
précédent , avoit pour pere Florimond Brulart ,
Capitaine des Gendarmes d'Orléans ; c'étoit ſon
grand-pere. Le pere du Marquis de Genlis s'appel-
Toit Pierre Brulart de Genlis , & avoit époufé Anne-
Claude Brulart de Sillery fa coufine , troifiéme fille
de Roger Brulart de Sillery , Marquis de Puyfieulx,
Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant Général
de fes Armées , & Ambaſſadeur extraordinaire de
France en Suiffe , dont les deux filles aînées étoient,
1°. Catherine-Françoiſe Brulart de Sillery , mariée
en 1697 à Pierre Alleman , Comte de Montmartin
, Lieutenant de Roi en Dauphiné. 2º . Gabrielle-
Charlotte- Elizabeth Brulart de Sillery , qui avoit
époufé en 1702 François- Jofeph Marquis de Blan
chefort , Baron d'Afnois.
Le Marquis de Genlis étoit veuf depuis le 20
Mai 1742 , de Louiſe- Charlotte d'Halencourt de-
Droménil , dont il laiffe pour enfans :
1º. Claude- Charles Brulart , Comte de Genlis ,
Colonel dans le corps des Grenadiers de France
né le 15 Mars 1733.
2. Charles- Alexis , né le 21 Janvier 1737.
3. N .... Brulart de Genlis , deftiné à l'Etats
Eccléfiaftique. Point de fille , quoiqu'on en ait
212 MERCURE DE FRANCE.
inferé une dans le nombre des enfans du feu Mar
quis de Genlis , au Mercure de Juillet .
}
I
A VIS.
P de Sa Majene ,& de la Commiflion Royale.
Ar permiffion du Roi , du premier Médecin
Le fieur Hallé de la Touche , Dentifte , gendre &
éleve du feur Dugeron , ancien Chirurgien Major
en charge des Cent-Suiffes de feu Monfieur ,
& Chirurgien de feu S. A. R. Monfeigneur le
Duc d'Orléans , continue de donner avis qu'il eft
feul pofleffeur d'une Opiate turquaife , compofée
de fimples , fans goût ni odeur , qui préferve les
dents de fe gåter & de tomber , conferve l'émail
& les gencives , empêche la récidive de la craffe
& du nétoyement par les fers , qui n'eft que
leur deſtruction , les ébranlant & altérant leur
email : arrête les progrès de la carie & fes douleurs
, les entretient faines , & dans leur blancheur
naturelle , dégonfle les gencives lorfqu'elles font
trop remplies de fang , guérit les ulcères , abcès
& chancres qui y viennent, les raffermit lorfqu'elles
font branlantes dans leur cavité , détourne les
férofités qui caufent des Auxions & douleurs continuelles
, qui excitent la carie de faire ſes progrès
par leur âcreté.
Il eft autorisé par deux Sentences de Police
rendues au Châtelet de Paris , par Meffieurs de
Machault & d'Argenfon , en date des 19 Janvier
1720, & Septembre 1728 , confirmées par Arrêt
du Parlement du 28 Septembre 1728 , & par
Brevet du 4 Mai 1745.
Il tire les dents , racines , & fur- dents de telle
nature qu'elles foient , gratis , depuis deux heures
jufqu'à cinq. Il va chez les perfonnes qui lui
font l'honneur de le demander , & vend fes Opia
tes 3 liv . & 6 livres,
A O UST. 1753 :
Ufage de l'Opiate du Sr Hallé.
Vous ne pouvez tirer un parfait fuccès de ce
reméde qu'après avoir fait nétoyer vos dents avec
les fers ; le nétoyement fait , l'on fe fervira de l'opiate
tous les jours avec le plat de ce bâton étranger
; l'on en prendra peu à la fois , afin que par
plufieurs fois que l'on en prend , on puifle en.
porter à toutes les dents , tant par dehors que par
dedans ; ce qui fe fera en pinçant la fine extrê
mité des gencives , en les abaiffant & applatiſfant
fur les dents ; & celles qui feront creuſes , l'on
en mettra dans le trou toutes les fois que l'on s'en
fervira , ainsi que fur celles qui feront attaquées.
de carie. On s'efluye les lèvres fans laver fa, boug
che.
Ufage de l'Effence Pruffienne du Sr Hallé.
par-
Elle guérit en peu de tems le fcorbut , chan
cres , abcès & ulcères , tant des grandes perſonnes
que
des enfans . Pour les maladies ci - deffus , it
faut en imbiber du coton & l'appliquer fur la
tie malade , & le renouveller trois fois par jour
le matin , à midi & en fe couchant , & que l'on
gardera toute la nuit ; elle donne bonne odeur à
la bouche , raffermit les dents , fait recroître les
gencives , en s'en gargamlant fans eau de tems
en tems.
Il nétoye les dents , les égalife , les fépare , les
redreffe , les plombe , foit en or
› en argent ou en
plomb , en remet d'artificielles reflemblant aux
naturelles , & en remet de naturelles fans caufer
de douleurs.
Sa demeure eft rue faint Honoré , près celle d'Or◄
léans , vis- à- vis la rue des Poulies , chez une Mar,
chande de Modes , entre le Dauphiné le Roide la
Chine, fur le derant,
14 MERCURE DE FRANCE.
AUTRE.
Fauvel , Expert , reçu à Saint Côme , pour les
Hernies ou Defcentes , traite ces maladies par l'ap
plication d'une nouvelle efpéce de Bandage d'y.
voire qu'il a inventé.
Quoiqu'il convienne aux perfonnes de tout âge
& de tout féxe , il excelle fur tout pour les hernies
naiffantes , qu'il guérit radicalement & en
peu de tems. Ge bandage étant fans fer ni acier ,
a fur ceux qu'on employe communément , l'avantage
d'être très leger , & de faire très peu de VOlume
: il n'eft point fujet à écorcher ni à uſer les
linges & les habits qui portent deffus , enfin on
couche avec , fans en être gêné , & on ne le quitte
dans aucun exercice que ce foit ; un feul fuffic
pour la vie , & d'un bandage fimple , il eft ailé
d'en faire un double , fans rien changer au premier.
Le Sieur Fauvel fait auffi des bandages pour
le nombril , la matrice , l'anus , & autres parties
du corps ; des refforts & machines pour empêcher
l'écoulement involontaire des urines , dans l'un &
Pautre fexe ; des porte-ventres très-commodes &
très folides , des tourniquets à charniere pour l'anevrifme
, des bottines pour redreffer les cuiffes &
les jambes des enfans , des fufpenfoires de toute
efpéce , & de très commodes , qui n'ont d'autre
,ceinture que celle du bandage.
Les perfondes de Province qui lui feront l'honneur
de lui écrire , font priées d'affranchir leurs
lettres , de lui envoyer, avec un fil , leur groffeur,
& marquer le côté , ainfi que le volume de la her
nie. S'il y en a deux , il faut fpécifier celle qui eft
plus groffe , marquer fi le malade eft maigre
ou en embonpoint , & fi les aînes font creuſes ou
élevées. Il demeure à préfent dans la rue de la
Harpe , près la rue Pierre-Sarrafin , à l'enſeigne dus,
Bandage d'yvoire.
AOUST . 1-753- 215
A VIS.
Male Chevalier Blondeau , connu par plufieurs
Ouvrages qu'il a donnés au Public , s'eft fait une
étude particuliere de la connoiffance des familles
du Royaume : il a formé un cabinet , & il l'a en
richi de plus de quinze mille titres originaux. Ce
font des contrats de mariages , des teftamens ,
donations , partages , actes de tutelles & de curatelles
, tranfactions , accords , & autres titres ,
les a mis en ordre . Outre ces titres , il a raffemblé
un très-grand nombre d'extraits de titres , pris
foit fur les originaux des familles qui l'ont honoré
de leur confiance , & dont il a écrit les généalogies
, foit dans des manufcrits de la Bibliothèque
du Roi , foit dans les Regiftres du Parlement &
de la Chambre des Comptes de Paris , foit dans
des Cartulaires , foir enfin dans les principaux Cabinets
où on lui a fait l'honneur de lui donner accès
. Les familles dont les titres font égarés , t
veront chez ledit fieur Blondeau , des reflources
qu'il le fera un plaifir de leur fournir. Il demeure
à Paris , au Faubourg S. Germain , rue du Bacq
entre la rue de Séve le Séminaire de Mrs des Mif
fions Etrangeres , dans la maison de M. Chevalier,
ancien Conful, dont un Chirurgien occupe la boutique.
J
APPROBATION.
trou-
'Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier
, le volume du Mercure de France du mois
Août. A Paris , le 31 Juillet 1753.
LAVIROTTH
416
TABLE.
Places FUGITIVAS en Vers& en Profe.
par → 4
Rondeau, par M. L. Dutens , de Tours ,page 3
Epigranime à Mlle *** le même ,
Aflemblée de la Société Royale de Lyon ,
Epitre à M. de Montelquieu , 25
46
Séance publique de l'Académie Royale des Sciences
, Infcriptions & Belles - Lettres de Toulouſe, 29
Imitation d'une Epigramme de Buchanan ,
Difcours qui a remporté le prix à l'Académie des
Jeux Floraux , par M. l'Abbé Foreſt ,
Epitre à M. D ***
Affemblée de la Société Royale de Nanci ,
Vers fur la mort d'une jeune perfonne ,
Lettre d'un jeune Officier à une Veuve ,
Vers fur une partie de plaifir ,
Penfées diverſes , traduites de l'Anglois ,
47
85
87
99
101
104
105
Mots de l'Enigme & des Logogryphes du dernier
Mercure ,
Enigme & Logogryphes ,
Nouvelles Littéraires ,
Lettre de M. G. à l'Auteur du Mercure ,
Beaux Arts,
Chanfon ,
Spectacles ,
Nouvelles Etrangeres ,
107
108
114
160
153
166
169
181
France. Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 197
Naiffance , mariages & morts ,
Avis ,
La Chanfon notée doit regarder la page 166,
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères