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MERCURE
DE FRANCE,
DÉDIÉ AV ROI.
JUILLET .
LIGIT
UT
1753 .
SPARGAT
Chez
A PARIS ,
CHAUBERT , rue du Hurepoix.
JEAN DE NULLY , au Palais.
PISSOT , Quai de Conty , à la
defcente du Pont- Neuf.
DUCHESNE , rue Saint Jacques,
au Temple du Goût.
M. DCC . LIII.
Avec Approbation & Privilege du Roi,
A VIS.
'ADRESSE du Mercure eft à M. MERIEN,
LCommis au Mercure, rue des Foffez, S. Germain
P'Auxerrois , au coin de celle de l'Arbre -fec , pour remettre
à M. l'Abbé Raynal.
Nous prions très- inftamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le port ,
pour nous épargner le déplaifir de les rebuter , ¿ à eux
celui de ne pas voir paroître leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays Etrangers ,
quifouhaiteront avoir le Mercure de France de la premiere
main, plus promptement , n'auront qu'à &
écrire à l'adreffe ci- deſſus indiquée .
On l'envoye auffi par la Pofte, aux personnes de Province
qui le defirent , les frais de la pofte ne font pas
confidérables.
On avertit auffi que ceux qui voudront qu'on le porte
chez eux à Paris chaque mois , n'ont qu'à fairefçavoir
leurs intentions , leur nom & leur demeure audit fieur
Merien,Commis au Mercure ; on leur portera le Mercure
très - exactement , moyennant 21 livres par an , qu'il
payeront , fçavoir , 10 liv . 10 f en recevant le ſecond
volume de Juin , & 10 l . 10 f. en recevant le fecond
volume de Décembre. On les fupplie inftamment de
donner leurs ordres pour que ces payemens soientfaits
dans leurs tems.
On prie auffi les perfonnes de Province , à qui on
envoye le Mercure par la Pofte , d'être exactes à faire
payer au Bureau du Mercure à la fin de chaque femeftre
, fans cela on feroit hors d'état de foutenir les
avances confidérables qu'exige l'impreffion de cet
ouvrage.
On adreffe la même priere aux Libraires de Province .
On trouvera le fieur Merien chez lui les mercre
digendredi , & famedi de chaque semaine,
BIBLIOTHECAKIX XXX . SOLS .
RECTA.
NAGRASIS.
MERCURE
1
DE FRANCE ,
1
DÉDIÉ AU
JUILLET.
ROI.
1753 .
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
VERS
A MADEMOISELLE ***
SUR SON MARIAGE ;
Par M. le Chevalier de Laurés.
D
Igne objet des plus tendres voeux ,
Un Epoux , par les plus doux noeuds ,
Unit donc fes deftins aux vôtres ;
Vous rendez un mortel heureux ,
Vous en defefperez mille autres.
Que le myftere , autour de vous "
A ij
4 MERCURE
DE FRANCE.
Va cacher d'ames inquiétes !
Que de is forcés , des jaloux
Voileront les peines fecrétes !
Ne vous offenfez point de cette fauffeté ,
Elle eft le crime de vos charmes ;
avec moins de beauté ,
Vous feriez couler moins dé larmes.
Mais pourquoi dans un jour fi beau ,
Ces funébres couleurs que mon pinceau déploie
De l'Hymen le brillant flambeau
Ne doit éclairer que la joie .
Préfentons plutôt les plaifirs
Prêts à couronner leur conquête ;
Qu'il ne fe mêle à cette fête
Que le bruit fourd de leurs ſoupirs,
Peignons une Grace interdite ,
La rougeur fur le front & le regard baiffé,
Par la main de l'Amour conduite
Vers un thrône de fleurs que l'Hymen a dreffé,
Retraçons .... Mais ici finiffons la peinture ;
Ce n'eft qu'au fortuné Paris ,
De pouvoir ôter la ceinture
Qui valut la pomme à Cypris .
JUILLET. 1753.
S
30% 50% 506 502 50% 50% 50% 50% 50% 50% 30% 50% 50% 50
LETTRE
De J. J. Rouffeau de Geneve , à M. l'Abbé
Raynal.
JE
E crois , Monfieur , que vous verrez
avec plaifir l'extrait ci- joint d'une lettre
de Stockolm , que la perfonne à qui
elle eft adreffée me charge de vous prier
d'inferer dans le Mercure. L'objet en eft
de la derniere importance pour la vie des
hommes ; & plus la négligence du public
eft exceffive à cet égard , plus les citoyens
éclairés doivent redoubler de zéle & d'activité
pour la vaincre.
Tous les Chymiftes de l'Europe nous
avertiffent depuis long - tems des mortelles
qualités du cuivre , & des dangers aufquels
on s'expofe en faifant ufage de ce pernicieux
métal dans les batteries de cuifine .
M. Rouelle , de l'Académie des Sciences ,
eft celui de tous qui en a démontré le plus
fenfiblement les funeftes effers , & qui s'en
eft plaint avec le plus de véhémence . M.
Thierri , Docteur en Médecine , a réuni
dans une fçavante Thefe qu'il foutint en
1749 fous la préfidence de M. Falconet
une multitude de preuves capables d'ef-
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
frayer tout homme raifonnable qui fair
quelque cas de fa vie & de celle de fes
concitoyens. Ces Phyficiens ont fait voir
que le verd de gris où le cuivre diffous
eft un poifon violent , dont l'effet eſt toujours
accompagné de fymptômes affreux ;
que la vapeur même de ce métal eft dangereufe
, puifque les Ouvriers qui le travaillent
, font fujets à diverfes maladies
mortelles ou habituelles ; que toutes les
menftrues , les graiffes , les fels , & l'eau
même , diffolvent le cuivre , & en font du
verd- de gris ; que l'étamage le plus exact
ne fait que diminuer cette diffolution
que l'étaim qu'on emploie dans cet étamage
n'eft pas lui- même exemt de danger,
malgré l'ufage indifcret qu'on a fait jufqu'à
préfent de ce métal , & que ce danger
eft plus grand ou moindre , felon les diffé
rens étaims qu'on emploie , en raifon de
l'arfenic qui entre dans leur compofition ,
ou du plomb qui entre dans leur alliage
( a ) ; que même en fuppofant à l'étamage
une précaution fuffifante , c'eft une im-
( a ) Que le plomb diffous foit un poifon , les
accidens funeftes que caufent tous les jours les
vins falfifiés avec de la litharge , ne le prouvent
que trop Ainfi pour employer ce métal avec ſu →
reté , il eft important de bien connoître quels font
fes diflolvans qui l'attaquent.
JUILLET. 1753 . T
prudence inpardonnable de faire dépendre
la vie & la fanté des hommes d'une
lame d'étaim très- déliée , qui s'ufe trèspromptement
( a ) , & de l'exactitude des
Domestiques & des Cuifiniers , qui rejertent
d'ordinaire les vaiffeaux récemment
étamés , à cauſe du mauvais goût que donnent
les matieres employées à l'étamage :
ils ont fait voir combien d'accidens affreux
produits par le cuivre , font attribués
tous les jours à des caufes toutes différentes
; ils ont prouvé qu'une multitude
de gens périffent , & qu'un plus grand
nombre encore font attaqués de mille
différentes maladies , par l'ufage de ce métal
dans nos cuiſines & dans nos fontaines,
fans fe douter eux mêmes de la véritable.
caufe de leurs maux . Cependant quoique
la manufacture d'uftenfiles de fer battu &
étamé , qui, eft établie au fauxbourg Saint
Antoine , offre des moyens faciles de fub-
( a ) Il eft aifé de démontrer que de quelque
maniere qu'on s'y prenne , on ne fçauroit dans
les ufages des vaiffeaux de cuifine , s'aflurer pour
un feul jour de l'étamage le plus folide. Car
comme l'étain entre en fufion à un degré de feu
fort inférieur à celui de la graiffe bouillante ,
tes les fois qu'un Cuifinier fait rouffir du beure ,
I ne lui eft pas poffible de garantir de la fufion
quelque partie de l'étamage , ni par conséquent
le ragoût , du contact du cuivre.
tou-
A iiij
S MERCURE DE FRANCE.
ftituer dans les cuifines une batterie moins
difpendieufe , auffi commode que celle de
cuivre , & parfaitement faine , au moins
quant au métal principal , l'indolence ordinaire
aux hommes fur les chofes qui leur
font véritablement utiles , & les petites
maximes que la pareffe invente fur les
ufages établis , fur tout quand ils font mau.
vais , n'ont encore laiffé faire que peu de
progrès aux fages avis des Chymiftes , &
n'ont profcrit le cuivre que de peu de cuifines.
La répugnance des Cuifiniers à employer
d'autres vaiffeaux que ceux qu'ils
connoiffent , eft un obftacle dont on ne
fent toute la force que quand on connoit
la pareffe & la gourmandife des Maîtres.
Chacun fçait que la fociété abonde en gens :
qui préferent l'indolence au repos , & le
plaifir au bonheur ; mais on a bien de la
peine à concevoir qu'il y en ait qui aiment
mieux s'expofer à périr , eux & toute leur
famille , dans des tourmens affreux , qu'à
manger un ragoût brûlé .
Il faut raifonner avec les fages , mais
jamais avec le public. Il y a long- tems
qu'on a comparé la multitude à un troupeau
de moutons ; il lui faut des exemples
au lieu de raifons , car chacun craint beaucoup
plus d'être ridicule que d'être four
ou méchant. D'ailleurs dans toutes les
JUILLE T. 1753. 9
chofes qui concernent l'intérêt commun
prefque tous jugeant d'après leurs propres
maximes , s'attachent moins à examiner la
force des preuves qu'à pénétrer les motifs
fecrets de celui qui les propofe : par
exemple , beaucoup d'honnêtes lecteurs
foupçonneroient volontiers qu'avec de
l'argent le Chef de la fabrique de fer battu
ou l'Auteur des fontaines domestiques
excitent mon zéle en cette occafion ; défance
aflez naturelle dans un fiécle de
charlatannerie , où les plus grands fripons
ont toujours l'intérêt public à la bouche .
L'exemple eft en ceci plus perfuafif que le
raifonnement , parce que la même défiance
ayant vraisemblablement dû naître auf
dans l'efprit des autres , on eft porté .
croire que ceux qu'elle n'a point empêchés
d'adopter ce que l'on propofe , ont trouvé
pour cela des raifons décifives. Ainfi au
lieu de m'arrêter à montrer combien il eft
abfurde , même dans le doute , de laiffer
dans fa cuifine des uftenfiles fufpects de
poiſon , il vaut mieux dire que M. Duverney
vient d'ordonner une batterie de
fer pour l'Ecole militaire ; que M. le Prince
de Conti a banni tout le cuivre de la
fienne ; que M. le Duc de Duras , Ambaffa
deur en Espagne , en a fait autant , &
fon Cuisinier qu'il confulta là -deffus , lus
』་ .
que
MERCURE DE FRANCE.
dit nettement que tous ceux de fon métier
qui ne s'accommodoient pas de la batterie
de fer tout auffi bien que de celle de cuivre
, étoient des ignorans ou des gens de
mauvaiſe volonté. Plufieurs particuliers
ont fuivi cet exemple , que les perfonnes
éclairées qui m'ont remis l'extrait ci - joint ,
ont donné depuis long- tems , fans que leur
table fe fente le moins du monde de ce
changement que par la confiance , avec laquelle
on peut manger d'excellens ragoûts
très bien préparés dans des vaiffeaux de
fer.
Mais que peut- on mettre fous les yeux
du public de plus frappant que cet extrait
même ? S'il y avoit au monde une Nation
qui dût s'oppofer à l'expulfion du cuivre ,
c'eft certainement la Suéde , dont les mines
de ce métal font la principale richeffe , &
dont les Peuples en général idolâtrent leurs.
anciens ufages. C'eft pourtant ce Royaume
fi riche en cuivre , qui donne l'exemple
aux autres , d'ôter à ce métal , tous les em
plois qui le rendent dangereux & qui intéreffent
la vie des citoyens ; ce font ces
Peuples fi attachés à leurs vieilles pratiques
, qui renoncent fans peine à une multitude
de commodités qu'ils retireroient
de leurs mines , dès que la raifon & l'au
torité des fages leur montrent le rif ques
JUILLET. 17530 II
que l'ufage indifcret de ce métal leur fait
courir. Je voudrois pouvoir efpérer qu'un
fi falutaire exemple fera fuivi dans le refte
de l'Europe , où l'on ne doit pas avoir la
même répugnance à profcrire , au moins
dans les cuifines , un métal qu'on tire de
dehors. Je voudrois que les avertiffemens.
publics des Philofophes & des Gens de
lettres réveillaffent les Peuples fur les dangers
de toute efpéce aufquels leur impru
dence les expole , & rappellaffent plus
fouvent à tous les Souverains que le foin
de la confervation des hommes n'eft pas
feulement leur premier devoir , mais auffi
leur plus grand intérêt .
Je fuis , Monfieur , &c.
EXTRAIT d'une Lettre écrite par un
Sénateur de Suéde * , à une Dame de Paris,
A Stockolm , le 8 Mai 1753-
Vou
"
Ous avez fi bien rempli , Madame
la promeffe que vous m'aviez faite
de m'envoyer la recette de l'étamage du
fer , que je ne fçai , en vérité , comment
vous en témoigner toute ma reconnoif
fance. Je vous fupplie de recevoir mes
très humbles remercimens de toutes les
M. le Baron de Scheffer , ci- devant Miniffre
Plenipotentiaire à la Cour de France.
A vi
12 MERCURE DE FRANCE.
peines que vous avez daigné prendre pour
ce Pays , qui vous devra dans cent ans d'ici
fa confervation de plufieurs centaines de
mille habitans que l'ufage du cuivre nous
enlevoit journellement. J'ai fait traduire
& imprimer en Suédois le livre de M. Amy;
j'ai fait inférer dans nos Gazettes & dans
nos Journaux littéraires plufieurs Differtations
qui ont paru chez vous & ailleurs
fur la même matiere ; tout cela a fait un
fi grand effet ici & dans nos Provinces ,
qu'on n'eft occupé à préfent qu'à reformer
les anciennes batteries de cuifine &
autres uftenfiles de cuivre pour y en fubftituer
d'autres de fer. Cette réforme ne
fera pourtant pas d'abord auffi univerſelle
qu'il feroit à fouhaiter , il y a des têtes où
le préjugé tient plus fortement que dans
d'autres , il faudra bien leur donner le
tems de fe reconnoître . Mais ce qui en
attendant m'a paru le plus important , a
été de donner l'exemple au particulier ,
par une pareille réforme , dans tous les
établiffemens qui dépendent immédiatement
des foins & de la police du Gouvernement.
Pour cet effet le Roi a déja
fait écrire une lettre circulaire à tous les
Colonels de l'armée , pour qu'ils vendent
, fans perte de tems , les matinites ,
Les Aacans , & tous autres uftenfiles de
JUILLET. 1753. 13
cuivre qui entrent dans l'équipage des
troupes , & que te fer feul foit dorénavant
employé à tous ces ufages. Les mêmes
ordres feront donnés à la Marine ,
auffi - tôt que nos nouvelles Fabriques feront
en état de fournir à fes befoins. Vous
voyez , Madame , que je ne ppeerrddss point
de tems pour opérer ce qui eft dans l'ordre
des poffibles . J'aurai l'honneur de
vous rendre compte du refte à meſure que
J'aurai de nouveaux progrès à vous mander.
as asasasasasasasas as esasas isasis as is isis as
VERS
A S. A. S. Mgr le Comte de Clermont
fur la guérifon de fa Goutte.
Pour vaincre ta conftance , une goutte rebelle,
En vain , Clermont , s'arma de la douleur ;
Toujours grand , tu triomphas d'elle ,
Ses traits ne paroiffoient percer que notre coeur.
Après un fiécle affreux compté par nos allarmes ,
Le monftre enfin t'a vû de la rage vainqueur ,
Et la joie à fon tour a fait couler nos larmes.
Puiffe til , loin de toi , détournant ſon courroux,
De nos jours , par les tiens , éternifer les charmes. I
Ou s'il fuffit , pour épuifer fes coups,
D'une victime volontaire ,
14 MERCURE DE FRANCE.
Qu'il épargne un Héros , qu'il frappe l'un de nous,
C'est notre voeu commun : heureux s'il me préfere !
D'un choix fi glorieux qui ne feroit jaloux ?
Souffrir pour racheter une fanté ſi chere ,
Non , ce n'eft point un mal , c'eft le fort le plus
doux,
C'eſt le fauver foi - même en confervant fon pere ,
Et , nouveau Curtius , confacrer fa carriere ,
En s'immolant pour le bonheur de tous,
Par M.le Chevalier de Laurès.
張洗淡淡洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
REFLEXIONS CRITIQUES
SUR ROUSSEAU ;
Par feu M. le Marquis de Vauvenargues ,
Auteur de l'Introduction à la connoiſſance
de l'efprit humain .
ON
N ne peut difputer à Rouffean d'avoir
connu parfaitement la mécanique
des vers ; égal peut- être à Defpréaux
par cet endroit , on pourroit le mettre à
côté de ce grand homme , fi celui ci né à
Faurore du bon goût , n'avoit été le maître
de Rouffeau & de tous les Poëtes de fon
fiécle .
Ces deux excellens Ecrivains fe font
JUILLET. 1753. TS
fiftingués l'un & l'autre par l'art difficile
de faire régner dans les vers une extrême
fimplicité , & leurs plus féveres cenfeurs
ne leur reprochent que d'avoir manqué
quelquefois de délicateffe & d'expreffion
pour le fentiment.
Ce dernier défaut eft peu confidérable
dans Defpréaux , parce que s'étant attaché
uniquement à peindre la raifon , l'expreffion
des paffions ne lui étoit pas néceffaire ;
fon Art Poëtique & quelques autres de fes
Ouvrages approchent de la perfection qui
leur eft propre , & le ftyle en eft très - fini ,
Il n'eft peut être pas auffi facile de juftifier
Rouffeau à cet égard : l'Ode étant ,
comme il dit lui même , le véritable champ
du pathétique & du fublime , on voudroit
trouver toujours dans les fiennes ce baut
caractere . Mais quoiqu'elles foient deflinées
avec une grande nobleife , je ne fçai
fi elles font toutes affez paffionnées ; j'excepte
fes Odes facrées , dont le fonds appartient
à de plus grands maîtres. Quant
à celles qu'il a tirées de fon propre fonds ,
il me femble qu'en général les fortes images
qui les embelliffent ne produifent pas
de grands mouvemens , & n'excitent ni la
piété , ni l'étonnement , ni la crainte , ni
ce fombre faififfement que le vrai fublime
fait naître.
16 MERCURE DE FRANCE...
1 La marche impétueufe
de l'Ode n'eft
pas celle d'un efprit tranquille
; il faut
donc qu'elle foit juftifiée
par un enthoufiafme
véritable
. Lorfqu'un
Auteur fe jette
de fang- froid dans ces mouvemens
& ces
écarts qui n'appartiennent
qu'aux grandes
paffions , il court rifque de marcher feul , car le Lecteur fe laffe de ces tranfitions
forcées & de ces fréquentes
hardieffes
que l'art s'efforce d'imiter
de la nature , &
qu'elle feule
peut rendre agréables
.
Les endroits où le Poëte paroît s'égarer ,
devroient être , à ce qu'il me femble , les
plus paffionnés de fon ouvrage. Cependant
le defordre de Rouffeau ne porte pas , je
crois , ce caractere ; ce n'eft pas toujours
la paffion qui le méne hors de fon fujet ,
il paroît n'en fortir fouvent que parce
qu'épuifé & refroidi , il eft obligé de fe
foutenir par des épifodes ; c'eft ce qu'on
pourroit remarquer dans l'Ode fur la mort
du Prince de Conti : il régne une trifteffe
très-majestueuse dans cette Ode ; mais l'épiſode
fur la flaterie , quoique rempli de
vers magnifiques , me femble un peu
long , & , fi je l'ofe dire , fort peu paffionné.
Comme je ne fais point de vers , je ne
fuis pas toujours affez touché de cette méchanique
difficile dont les Poëtes font fi
JUILLET. 1753. 17
que
amoureux , mais qui n'eſt eftimée des autres
hommes qu'autant que les paffions luž
donnent une ame & que les penfées l'annobliffent.
Je fçai qu'il y a des juges d'un
goût éclairé qui trouvent l'un & l'autre
dans Rouffeau , ils font plus fenfibles
moi ; je n'attaque point leurs opinions ,
mais je dis fimplement ce que je penfe ,
parce que je le penfe , & que je n'ai jamais
compris qu'on pût écrire , non pas
fa penfée , mais celle d'un autre , s'il n'eft
permis d'être fincere jufqu'au bout. J'avouerai
que je trouve encore dans fes
Odes tant eftimées , des penfées bien fauffes
: cette Ode à la Fortune , qu'on regarde
comme le triomphe de la raifon , préfente
ce me femble , peu de réflexions qui ne
foient plus éblouiffantes que folides . Ecoutons
ce Poëte Philofophe .
Quoi ! Rome & l'Italie en cendres
Me ferent honorer Sylla ?
Non vraiment , l'Italie en cendres ne
peut faire honorer Sylla ; mais ce qui doit,
je crois , le faire refpecter avec juftice ,
c'eft ce génie fupérieur & puiffant qui
vainquit le génie de Rome , qui foumit à
fon ambition le peuple de la terre le plus
indocile & le plus fécond en Héros , & lai
fit défier dans fa vieilleffe les reffentimens
18 MERCURE DE FRANCE :
de ce même peuple qu'il ne daignoit plus
gouverner. Voyons ce qui fuit.
J'admirerai dans Alexandre
Ce que j'abhorre en Attila ?
Je ne fçai quel étoit le caractere d'Attila
, mais je fuis forcé d'admirer les rares
vertus d'Alexandre , & cette hauteur de
génie qui , foit dans la guerre , foit dans les
fciences , foit même dans fa vie privée , l'a
fait paroître jufques dans fes erreurs ,
comme un homme extraordinaire , &
qu'un inftinct grand & fublime élevoit
an- deffus des régles : je veux révérer un
Héros qui , parvenu au faîte des grandeurs
humaines , ne dédaignoit pas l'amitié ; qui
dans cette haute fortune cultivoit encore
fans fafte la familiarité & la juftice ; qui
aima mieux s'expofer à mourir , que de
foupçonner fon Médecin de quelque crime
, & d'affliger par une défiance qu'on
n'eût pas blâmée , la fidelité d'un domeftique
qu'il eftimoit : le maître le plus libéral
qu'il y eut jamais , juſqu'à ne réſerver pour
lui que l'efpérance ; plus prompt à réparer
fes injuftices qu'à les commettre & plus
pénétré de fes fautes que de fes triomphes ;
né pour conquerit l'univers , parce qu'il
étoit digne de lui commander ; en quelque
forte excufable de s'être fait rendre des
9
JUILLET. 1753. 19
honneurs divins , dans un tems où toute
la terre adoroit des Dieux moins aimables .
Rouffeau paroît donc bien petit , lorsqu'il
ofe ajoûter d'un fi grand homme , & qu'il
dit en vers profaïques :
Mais à la place de Socrate ;
Le fameux Vainqueur de l'Euphrate
Sera le dernier des mortels .
Ce mépris de Rouffeau pour Alexandre,
qu'on remarque auffi dans Defpréaux ,
prouve que ce n'eft point affez d'avoir de
la raifon pour raifonner jufte fur les grandes
chofes qu'on ne connoît parfaitement
que par le coeur. Rouffeau ne vouloit
épargner aucun Conquérant,
L'inexpérience indocile
Du compagnon de Paul Emile
Fit tout le fuccès d'Annibal.
Voilà comme il croit renverfer la répu
tation des plus grands hommes . Mais qui
ne fçait que la fcience de la guerre confifte
à profiter des fautes de fon ennemi ?
Qui ne fçait qu'Annibal s'eft montré auffi
grand dans fes difgraces que dans fes
victoires ?
S'il étoit reçu des Poëtes , comme il eſt
du refte des hommes , qu'il n'y a rien de
20 MERCURE DE FRANCE.
beau dans aucun genre que le vrai , que
penfer de ces invectives de Rouffeau ?
Comment regarder l'Ode à la Fortune
finon comme une pompeufe déclamation ?
Et comment juftifier ceux qui , fans avoir
le génie de ce Poëte , font réduits à produire
des pensées auffi vaines , pour dire
des chofes nouvelles ? Les fictions peuvent
être belles dans la Poëfie & dans la
Profe même , lorfqu'elles peignent la vérité
mais en quelque langue qu'on parle,
en profe & en vers , dès qu'on fait un raifonnement
, rien ne peut difpenfer de parler
jufte. Je ne dirai rien des allégories &
de quelques autres ouvrages de Rouffeau ;
je n'oferois furtout juger d'aucun ouvrage
allégorique , parce que c'eft un genre que
je n'aime pas ; mais je louerai volontiers
quelques- unes de fes Epigrammes , où l'on
trouve toute la naïveté de Marot , avec
une force que Marot n'avoit pas ; je louerai
des morceaux
admirables
de fes Epitres ,
où le génie de fes Epigrammes
paroît avec
plus de décence , & le fait fingulierement
appercevoir
. Mais en admirant
ces morceaux
fi dignes de l'être , je ne puis m'empêcher
d'être choqué de la groffiereté
infupportable
qu'on remarque
en d'autres
endroits. Ronffeau voulant dépeindre
dans
FEpitre aux Mufes je ne fçai quel maaJUILLET.
1753 . 21
wais Poëte , il le compare à un oifon que
la flaterie enhardit à préférer fa voix au
chant du cygne ; un autre oifon lui dit
après beaucoup de chofes , chantez un peu,
& le Poëte pourfuit ainfi ;
Déja d'aife faifie ,
La baffe- cour fe pâme & s'extafie :
A ce difcours notre oifon tout gaillard ,
Perce le ciel de fon cri nafillard ;
Et tout d'abord , oubliant leur mangeaille ,
Vous euffiez vú canards , dindons , poulaille ,
De toutes parts accourir , l'entourer ,
Battre de l'aile , applaudir , admirer ,
Vanter la voix dont nature le doue ,
Et faire nargue au cygne de Mantoue,
Le chant fini , le Pindarique oifon ,
Se rengorgeant , rentre dans la maiſon ,
Tout orgueilleux d'avoir , par fon ramage ,
Du poulailler mérité le fuffrage.
On ne nie pas qu'il y ait quelque force
dans cette peinture ; mais combien en font
baffes les images & les expreffions ! La
même Epitre eft pleine de chofes qui ne
font ni plus agréables , ni plus délicates ;
les liaifons en font foibles , & toujours les
mêmes ; en un mot , ce dialogue avec les
Mufes me paroît rempli de longueurs , &
s'il y a de grandes beautés de détail , on
22 MERCURE DE FRANCE.
peut dire qu'il n'y a pas de moindres défauts
J'ai choifi cette Epitre exprès , ainfi
que l'Ode à la Fortune , afin qu'on ne
m'accufe pas d'avoir cité les ouvrages les
plus foibles de Rouffeau , pour diminuer
l'eftime que l'on doit aux autres . Puis je
me flater en cela d'avoir contenté la délicateffe
de tant d'efprits vifs , qui font une
affaire de parti de leurs opinions , & veulent
furtout qu'on révere la réputation
des Auteurs morts ? Me pardonneront- ils
d'avoir ofé louer dans un autre ouvrage
un Auteur vivant , haï autrefois de Rouffeau
, & de leur en parler encore dans les
réflexions qu'on va lite ? Il ne me convient
pas de me juftifier à cet égard. Mais
après avoir parlé de tant d'Auteurs qui
ont illuftré le dernier régne , je crois que
ce peut être ici la place de dire quelque
chofe des écrits d'un Auteur qui honore
notre propre fiécle ; c'eft à ceux qui n'ont
d'intérêt que celui de la vérité , à la juftifier
felon leurs forces contre les artifices
de l'envie .
Sur quelques Ouvrages de M. de Voltaire.
Mon deffein n'eft pas de faire une critique
raiſonnée de tous les Ecrits , qui
paffent de trop loin mes connoiffances ;
ce foin me convient d'autant moins ,
JUILLET. 1753. 23
qu'une infinité d'hommes plus inftruits
que moi ont déja fixé les idées qu'on doit
en avoir : ainfi je ne parlerai pas de la
Henriade , qui , malgré les défauts qu'on
lui impute , & ceux qui y font en effet ,
paffe néanmoins fans conteftation pour le
plus grand ouvrage de ce fiécle & le feul
poëme en ce genre de notre Nation .
Je dirai peu de chofe encore de fes Tragédies
: comme il n'y en a aucune qu'on
ne joue au moins une fois chaque année ,
tous ceux qui ont quelques étincelles de
bon goût , peuvent y remarquer d'euxmêmes
le caractere original de leur Auteur
; les grandes penfées qui y régnent ,
les morceaux éclatans de poësie qui les
embelliffent , la maniere forte dont les
paffions y font ordinairement traitées , &
les traits hardis & fublimes dont elles font
pleines .
Je ne m'arrêterai donc pas à faire remarquer
dans Mahomet cette expreffion
grande & tragique du genre terrible , -
qu'on croyoit épuifée par l'Auteur d'E
lectre ; je ne parlerai pas de la tendreſſe
répandue dans Zaïre , ni du caractere
théatral des paffions d'Hérode , ni de la
finguliere & noble nouveauté d'Alzire ,
ni des éloquentes harangues qu'on lit dans
la Mort de Céfar , ni enfin de tant d'autres
24 MERCURE DE FRANCE.
›
piéces , toutes différentes , qui font admirer
le génie & la fécondité de leur Auteur,
Mais parce que la Tragédie de Mérope
me paroît encore mieux écrite , plus touchante
& plus naturelle que les autres , je
n'hésiterai pas à lui donner la préférence ;
j'admire les grands caracteres qui y font
décrits , le vrai qui régne dans les fentimens
& dans les expreffions , la fimplicité
du rôle d'Egifte , caractere unique fur
notre Théatre ; la tendreffe impétueuse de
Mérope , fes difcours coupés , véhémens ,
& tantôt remplis de violence , tantôt de
hauteur. Je m'éronne qu'on ait l'efprit affez
tranquille à la repréſentation d'un ouvrage
qui produit de fi grands mouvemens
, pour examiner fi les régles & les
vraisemblances fevères n'y font pas bleffées
La piéce me ferre le coeur dès le
commencement , & me mene jufqu'à la
catastrophe fans me laiffer la liberté de
refpirer. S'il у a donc quelqu'un qui prétende
que la conduire de l'ouvrage foit
peu réguliere , & qui penfe que M. de
Voltaire ne foit pas heureux dans la fiction
ou dans le tiffa de fes pièces , fans entrer
dans cette queſtion trop longue à difcuter ,
je me contenterai de lui répondre que ce
même défaut dont on accufe M. de Voltaire
a été reproché très-juftement à plufieurs
JUILLET . 1573.
2 }
fieurs piéces excellentes , fans leur faire
tort. Les dénouemens de Moliere font peu
eftimés ; & le Milantrope , qui eft le chefd'oeuvre
de la Comédie , eft une Comédie
fans action . C'est le privilége des Maîtres
d'être admirables malgré leurs défauts ,
& fouvent dans leurs défauts même . La
maniere dont quelques perfonnes , d'ailleurs
éclairées , parlent aujourd'hui de la
poëfie , me furprend beaucoup ; ce n'eſt
difent- ils , la beauté des vers & des
pas ,
images qui caracterife le Poëte , ce font
les penfées mâles & hardies ; ce n'eſt pas
l'expreffion du fentiment où l'harmonie ,
ceft l'invention . Par là on prouveroit que
Boffuet & Newton ont été les plus grands
Poëtes de leur fécle , car affurément l'invention
, la hardieffe & les penſées ne leur
manquoient pas.
Reprenons Mérope . Ce que j'admire
encore dans cette Tragédie , c'eft que les
perfonnages y difent toujours ce qu'ils
doivent dire , & font grands fans affectation.
Il faut lire la feconde fcene du fecond
acte pour comprendre ce que je dis.
Qu'on me permette d'en citer la fin , quoiqu'il
foit aifé de trouver dans la même
piéce de plus grands morceaux .
B
26 MERCURE DE FRANCE, -
Egifte.
Ce faux inftinet de gloire égara mon courage,
A mes parens flétris fous les rides de l'âge ,
J'ai de mes jeunes ans dérobé les fecours ;
C'eft ma premiere faute , elle a troublé mes jours.
Le ciel m'en a puni , ce ciel inexorable
M'a conduit dans le piége , & m'a rendu coupable .
Mérope.
Il ne l'eft point ; j'en crois fon ingénuité ,
Le menfonge n'a point cette fimpliciré :
Tendons à la jeuneſſe une main bienfaiſante.
C'eft un infortuné que le ciel me préfente ;
Il fuffit qu'il foit homme, & qu'il foit malheureux?
Mon fils peut éprouver un fort plus rigoureux.
Hl me rappelle Egifte ; Egifte eft de fon âge ;
Beut être comme lui de rivage en rivage ,
Inconnu , fugitif , & par- tout rebuté ,
Il fouffre le mépris qui fuit la pauvreté ;
L'opprobre avilit l'ame & fétrit le courage , & c.
Cette derniere réflexion de Mérope eft
naturelle , mais fublime. Une mere auroit
pû être touchée de toute autre crainte dans
une telle calamité , & néanmoins Mérope
paroît pénétrée de ce fentiment . Voilà
comme les fentences font grandes dans
la Tragédie , & comme il faudroit toujours
les y placer.
JUILLET 1753. 17
C'eſt cette maniere fi fimple de faire
parler les paffions , qui caracterife les hom
mes. Aujourd'hui on croit avoir fait un
caractere , lorsqu'on a mis dans la bouche
d'un perfonnage ce qu'on veut faire penfer
de lui , & qui eft précisément ce qu'il
doit faire. J'eftime l'efprit d'un Poëte qui
fait dire de grandes chofes à fon Héros ;
mais plus le Heros qui dit ces grandes chofes
pour fe peindre & pour faire honneur au
Poëte , veut paroître grand , plus fes perfonnages
font petits. Les anciens ne s'attachoient
pas à faire de grands caracteres ,
ils caracterifoient les paffions . Corneille
a ouvert une autre carriere ; il a négligé
les paffions , & s'eft appliqué le premier
à imaginerdes portraits; mais ces portraits ,
fi j'ofe le dire , ne caractérisent que l'Aureur,
& peignent bien peu la nature . L'éloquent
Racine qu'on accuſe de ſtérilité
dans fes caracteres , eft le feul de fon tems
qui ait fait des caracteres ; & ceux qui
admirent la variété du grand Corneille ,
font bien indulgens de lui pardonner l'in
variable oftentation de fes perfonnages , &
le caractere toujours dur de les vertus. *
C'eft pourquoi quand M. de Voltaire a
critiqué les caracteres d'Hypolite , Bajazet
, Xipharé , Britannicus , il n'a pas prétendu
, je crois , attaquer le mérite de
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
ceux d'Athalie, Joad , Acomat , Agrippine,
Neron , Mithridate , Burrhus , & c. Mais
puifque cela me conduit à parler da Temple
du goût , je fuis bien aife d'avoir occafion
de dire que j'en eftime grandement
les déciſions . J'excepte ces mots : Boffuet le
feul éloquem entre tamt d'écrivains qui ne
font qu'élégans : M. de Voltaire lui- même
eft trop éloquent pour ne pas pour ne pas fentir que
ce petit mérite d'élégance convient peu
aux ouvrages de Pafcal , l'homme de la
terre qui fçavoit mettre fes penfèes dans
an plus beau jour , & raifonner avec le
plus de force. Je prends la liberté de défendre
encore contre fon autorité le vertueux
Auteur de Télémaque , dont les paroles
tendres & perfuafives pénétrent mon
coeur , & qui par la nobleffe & par la vé
Tité de les peintures , par les graces touchantes
de fon ftyle , & par je ne fçai
quoi de populaire , d'ingénu & de familier
, fe fait aifément pardonner d'avoir
employé trop fouvent les lieux communs
de la Poëfie & un peu de déclamation .
Mais quoiqu'il puiffe être de cette chaleur
de M. de Voltaire pour Boffuet , le
plus fublime des Orateurs , je
je n'ai pas écé
moins frappé de la vérité de beaucoup de
jugemens qui font dans le Temple du goût ;
Ty
admire la vivacité , la variété & le tour
JUILLET. 1753. 29
aimable du ſtyle , & je ne puis compren→
dre qu'on juge fi féverement d'un ouvrage
qui eft un modéle d'agrémens . Dans un
genre affez différent , l'Epitre aux mânes
de Genonville , & celle fur la mort de le
Couvreur , m'ont paru deux morceaux
remplis de charmes , & où la douleur
l'amitié , l'éloquence & la Poëfie parloient
avec la grace la plus ingénue & la fimplicité
la plus touchante ; j'eftime plus deux
petites piéces faites de génie , comme celles-
ci ,, que beaucoup d'affez longs poëmes
qui font une réputation à leur Auteur.
Je finirai fur les ouvrages de M. de
Voltaire en difant quelque chofe de fa
profe. Il n'y a gueres de mérite effentiek
qu'on ne puiffe trouver dans fes Ecrits.
Si l'on eft bien aife de voir toute la politeffe
de notre fiécle , avec un grand art
pour faire fentir la vérité dans les chofes
de goût , on n'a qu'à lire la Préface de
l'Edipe , écrite contre M. de la Mothe ,
avec une délicateffe inimitable. Si on cherche
du fentiment , de l'harmonie jointe à
une nobleffe finguliere , on peut jetter les
yeux fur la Préface d'Alzire & fur l'Epi-.
tre à Madame la Marquife du Chateler.
Si on demande une littérature univerfelle,
un goût étendu , qui embraffe le caractere
de plufieurs Nations , & qui peigne les
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
manieres differentes des plus grands Poëtes,
on le trouvera dans les réflexions fur les
Poëtes Epiques & les divers morceaux traduits
par M. de Voltaire des Poëtes Anglois
, d'une maniere qui paffe peut- être les
originaux.
Je ne parle pas de l'Histoire de Charles
XII. qui par la foibleffe des critiques quej
l'on en a faites , a dû acquerir une autorité
incontestable , & qui me paroît être,
écrite avec une force , une préciſion & des
images dignes d'un tel Peintre. Mais quand
on n'auroit vû de M. de Voltaire que fon,
Effai fur le fiécle de Louis XIV. & fes
Réflexions fur l'Hiftoire , ce feroit allez
pour juger de la fublimité de fon génie
qui peint tout en grand , & d'un feul trait
met la vérité toute nue fous les yeux ;
lorfqu'on voudra mieux le connoître &
qu'on raffemblera, tous fes Ouvrages , je:
crois qu'on trouvera par tout cette vafte
imagination qui rapproche de loin les
chofes humaines , & cet efprit fupérieur
aux préjugés , qui unit à la politeffe & à
l'efprit philofophique de fon fiécle la connoiffance
des fiécles paffés , de leurs moeurs ,
de leur politique , de leurs religions , &
de toute l'économie du genre humain .
Qu'il y ait cependant des Critiques qui;
s'attachent à relever ou les erreurs ou lea
JUILLET. 1753. 31
défauts de fes ouvrages , & qui demandent
à un homme fi univerfel la même
perfection & la même jufteffe de ceux qui
fe font renfermés dans un feul genre , &
fouvent dans un genre affez petit , c'eſt
ce que l'expérience ne fait que trop voir ;
ils trouvent , difent - ils , des endroits foibles
dans tous les ouvrages ; il y en a dans
Homere , dans Pindare , dans Virgile
dans Horace ; où n'y en a- t - il pas ? J'ole
leur répondre qu'il y a peu d'ouvrages de
M. de Voltaire dont les défauts ne foient
rachetés par de plus grandes beautés .
.
C'est le témoignage que l'amour des
lettres m'oblige de rendre à un homme
qui n'eft ni en place , ni puiſſant , ni favorifé
, & auquel je ne dois que la juftice
que tous les hommes lui doivent comme
moi , & que l'ignorance ou l'envie s'efforcent
inutilement de lui ravir.
Quoiqu'une partie du morceau qu'on vient
de tire ait été imprimé , nous avons cru
devoir donner tout entier le manufcrit qu'on
nous a remis.
I
B.iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
aparararapara: papapa : pap
LES GLOBES DE SAVON ,
1 DYLLE
Qui a remporté le prix par le jugement de
l'Académie desfoux Floraux de Toulouſe,
le 3 Mai 1753. Par M. Dutour , Gouverneur
de M. le Comte de Sabran-Foix.
SurUr de rians côteaux , au bord d'une onde claire,
Eglé , que les Amours avoient faite pour plaire ,
Dédaignant les foupirs des bergers du hameau ,
D'un pas précipité conduifoit fon troupeau.
Dans ces lieux fortunés , azile du filence ,
Elle venoit jouir de fon indifference.
» Eh quoi ! diſoit Eglé , par un nouveau détour ,
»Ne puis- je me fauver des piéges de l'Amour ?
» Ce Dieu n'eft qu'un enfant : par de feintes ca-
>> refles ,
» Evitons le poifon de fes fléches traîtreffes :
Cruel Dieu de Paphos , vante ailleurs tes biene
faits ;
ן כ
»Je perdrois mon bonheur , l'innocence & lapaix .
Elle achevoit ces mots : quelle furpriſe extrême !
Elle apperçoit l'Amour. » Céde à ma loi fuprême,
Dit il ; tout reconnoît mon joug impérieux ,
»Les Rois & lesbergers , & le Maître des Dieux.
JUILLET. 1753. 35.
Venge toi , dit Eglé : mais fi j'ai ſçû te plaire ,
» Si fes jeux innocens d'une fimple bergere
» Ont tant de fois féduit le redoutable Amour ,
»Apprends que je pourrois te punir à mon tour,
Il eft un jeu charmant que je voulois t'appren
dre:
» Ingrat , puifqu'en ces heux tu viens pour me fur
prendre ,
» Je t'en fais un mystére : épuiſe toustes traits
» Mon fecret eft à moi pour le taire à jamais.
L'Amour eft curieux : par la persévérance
Il a bientôt d'Eglé vaincu la réſiſtance.
Eglé , dans une coupe épanche une liqueur-
Qui des lys éclatans efface la blancheur :
Pour hârer les plaifirs qui flattent fon attente,
Elle prend d'un épi la tige obéiffante ,
Sépare les tuyaux , en retranche les noeuds ,
L'air y trouve un paffage , & feconde les voeux...
D'un fouffle créateur avec art animée. ,
La liqueur en un globe , eft foydain transformée ;
Iris du haut du Ciel y verfe fes couleurs :
Flore le voit , s'étonne , & dédaigne fes fleurs.
Le fouffle qu'il renferme , & l'air qui le comprime
Enfante de couleurs.ce.concert.unanime,
Qui redouble à la fois leurs combats &leurs jeux ,
Et les fait tour à tour triompher à leurs yeux.
Cupidon interdit , contemple la bergere...
Il veut parler ; il craint de troubler le mystere
Chaque inftantcft marqué d'un prodige houveau::
B.Y.
34 MERCURE DE FRANCE
De mille objets rians , le fidéle tableau
Offre à l'oeil attentif le plus riche affemblage a
C'eftpeu , le Dieu furpris apperçoit fon image ;
Il parcourt tous les traits d'un regard curieux ,
Mais le globe entr'ouvert éclate fur les yeux...
J'admire , dit Eglé , ton dépit & ta honte.
» Ceffe de t'allarmer , puiffant Dieu d'Amathonte,
» Approche , prends la coupe , & ce tuyau vainqueur
,
ןכ
» Que d'un fouffle leger... Auffi-tôt la liqueur
Déploye en s'élevant mille beautés nouvelles : +
Cupidon s'applaudit , & balance ſes aîles.
Quand le globe , enlevé par un zéphir jaloux ,
S'envole au fein d'Eglé , tombe fur les genoux ;
Le Dieu veut le faifir ; & difgrace imprévue !
L'édifice en éclats difparoît à ſa vûe.
Quel génie envieux s'oppofe à mes plaifirs ?
» Ç'en ek trop & PAmour ………. » Appellons les
zéphirs.
» Un fpectacle plus beau , s'écria la bergere ,
» Calmera le courroux de l'enfant de Cythere.
Elle dit ; les zéphirs , dociles à fa voix ,
Pour feconder Eglé volent du ſein des bois..
» Partez , tenez au loin vos routes incertaines.
Soudain l'air ſe ranime à leurs douces haleines ,
Que de globes errans , par mille jeux divers ,
D'un nouveau phenoméne embelliffeut les airs ♣
L'un , fuit d'un vol pompeux fa courfe mefurée ;
L'autre fuit , & le perd dans la voûte azurée.
j
UIL LET. 1753:
35
Fci , prêts à périr , entraînés fur les fleurs ,
Ils-terniffent l'émail des plus riches couleurs.
Plus loin , s'entr'choquant dans leur chûte rapide ,
Ils cédent fans effort au zéphir qui les guide.
L'enfant aîlé s'élance , & préfide à leurs jeux :
Il'les fuit dans les airs , & folâtre avec eux :
Il craint d'en approcher , & ces globes fragiles
Cent fois fe font brifés dans fes mains indociles ,
Et fans ceffe embelli par un charme nouveau ,
Le dernier qu'il pourfuit eft toujours le plus beau.
Mais cherchant vainement un fecret qu'il ignore,
Cupidon fe dégoûte , & s'en amuſe encore :
Le trouble dans le coeur , la bergere s'enfuit ,
Et veut tromper le Dieu qui l'obferve & la ſuit.
»Mille fois , lui dit- il , par un feint badinage ,
» Tu parus dédaigner mon plus fincere hommage :
» Arrête. Explique-moi par quel art impofteur ,
» Tu me repais toujours de menfonge & d'erreur.
» Eh quoi ! charmante Eglé , ces globes inomabrables
,
ג כ
Si parfaits à mes yeux feroient fi peu durables
» A peine encor formés , malgré tous mes efforts ,
Le plus léger obftacle en brife les refforts !
- Viens , rendons dès ce jour lears beautés éter»
>> nelles.
Ils font de tes plaifirs les images fidéles ,
» Dit Eglé , ce font- là les doux biens de l'Amour,
» Un infeant les voit naître , & pétir fans retour.
20
Je punis des erreurs qu'un vain orgueilt'inſpire ::
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
» Il eft tems , jeune Eglé , d'embellir mon empire;
» Que ce dard... Ah ! dit- elle , appaiſe ton cour
>> roux ;
»Mais enfin , fi mon coeur doit échir fous tes
coups ,
» Si je ne puis te fuir ; eh ! s'il faut que mon ame
» Pour un tendre berger fe captive & s'enflâme ,
Ligdamis.... A ces mots , le Dieu des coeurs
هد
ל כ
fourit ,
La regarde , foupire , il la bleffe , & s'enfuit,
Nonfa fuggir l'Amor chi fecò trefca
Guarini , Paft. fido.
205 205205 205205205:189 209 208207 208 207208 208
L
MEMOIRES
Pour fervir à l'Hiftoire d'Orléans.
Es fentimens des Auteurs font parta
gés fur le tems de la fondation d'Orléans.
Lemaire ( a ) croit que cette villa
fut bâtie par les Druides 3 so ans après le
Déluge ; mais il avoue en même tems qu'il
ne s'est déterminé à fixer cette époque que
fur des conjectures. Guyon (b ) penſe au
contraire qu'il eft probable que cet établiffement
ne s'eft fait que so ans plus
(a) Auteur d'une Hiftoire d'Orléans..
(b) Autre Auteur d'une Hiftoire d'Orléans.
JUILLET. 1753. ན་
tard , c'est-à- dire environ 400 ans après
le Déluge . Il eft inutile d'entreprendre de
concilier ou de réfuter ces deux Hiftoriens,
puifqu'ils n'avancent rien de folide pour
appuyer leur fentiment ; on fent affez que
ne pouvant s'arrêter à une date préciſe ,
au milieu des obfcurités qui les environnoient
, l'amour de la patrie les a portés à
croire qu'il falloit remonter jufqu'à l'ans
tiquité la plus reculée .
On pourroit attribuer cette incertitude
à la mauvaife politique des Gaulois , qui
ne vouloient pas qu'on laifsât rien par
écrit , foit que cette Nation belliqueufe
fût plus jaloufe de former & d'exécuter
de grandes entreprifes , que d'en laiffer des
monumens à la poftérité ; foit qu'elle crût
par là piquer la curiofité des jeunes gens
pour les belles connoiflances , & les mettre
dans la néceffité d'exercer leur mémoire .
Quoiqu'il en foir , cette défenfe fut obfervée
avec une fuperftition qui leur étoit
particuliere , puifqu'on ne voit nulle part
qu'ils ayent laiffé aucuns ouvrages où la
tradition des exploits de leurs ancêtres foit
confervée. De là vient que les Auteurs.
Grecs , & Latins qui nous ont donné um
détail affez étendu des conquêtes des Gaulois
avant que les Romains cutfent pénétrédans
les Gaules , ne les connoiffoient que :
38 MERCURE DE FRANCE .
par leurs incurfions. On fçait qu'après
avoir défait l'Armée Romaine , ils prirent
Rome & la brûlerent , qu'ils ravagerent la
Grece & la Macédoine , & de là fe répan
dirent comme un torrent dans l'Afie , où
ils porterent par-tout la terreur de leurs.
armes ; mais on ne voit rien de particulier
fur les pays & fur l'origine des villes d'où
ces armées nombreufes étoient forties.
Sans fe mettre en devoir de diffiper
avec fi peu de fecours les nuages qui nous
cachent la fondation d'Orléans , ne fuffit.
il pas de fçavoir que cette ville eft beaucoup
plus ancienne que Céfar , puifqu'on
voit dans fes Commentaires qu'elle étoit
déja célébre de fon tems. Il ' eft peu de
Villes en France , & dans les autres parties
feptentrionales de l'Europe , même de celles
qui tiennent aujourd'hui le premier
rang , qui puiffent fe glorifier d'une antiquité
aufli refpectable . On en conviendra
aifément , lorfque nous aurons fait voir
que le Genabum de Céfar eft Orléans.
Nous n'entrerons point à cet égard dans
un labyrinthe de difcuffions , il fuffira de
mettre fous les yeux un précis des raifons.
qu'on a coûtume d'apporter pour en convaincre.
En effet la fituation de Genabum , fur
le bord feptentrional de la Loire , vers le
JUILLET. 1753. 39
1
milieu de fon cours ; le pont que cette
Ville avoit fur ce fleuve , la dépendance
des peuples Chartrains , dans le Territoire
defquels elle étoit renfermée , & done
elle étoit la Ville de commerce & le prin
cipal dépôt , fa diftance de cent foixantemille
pas aux confins de l'Auvergne , qui
revient aux cinquante- quatre lieuës qu'il
ya d'Orléans à Riom , les quatre jours de
marche que Céfar employa pour le ren
dre de Sens à Genabum avec une armée
qui faifoit diligence , & marchoit fans.
équipages ; toutes ces preuves tirées de
Célar & de Strabon , jointes à celles que
nous fourniffent l'Itineraire d'Antonin ,
la Table de Peutinger , les differentes
voies Romaines , & fur tout celle qui comé
munique d'Orléans à Chartres & qui por
te encore le nom de Céfar , ne permet
tent pas de douter que le Genabum on Cenabum
des anciens , ne foit Orléans . On eft
même furpris de voir quelques Ecrivains
modernes contefter un fait établi d'une
maniere auffi folide.
Avant que de parler du fiége que Céſar
mit devant cette Ville , qui doit être regardé
comme le premier évenement de
notre Hiftoire , il eft à propos de donner
une idée de l'Etat où étoient les Gaules ,
lorfque Céfar y porta fes conquêtes. Elles.
40 MERCURE DE FRANCE .
étoient divifées en trois parties : la Gaule
Celtique , la Belgique & l'Aquitanique , toutes
differentes de moeurs & de langage ,
mais animées du même amour de la liberté.
La Celtique , que les Romains appelloient
proprement la Gaule , s'étendoit depuis
la Marne & la Seine , jufqu'au Rhône &
à la Garonne , & depuis le Rhin jufqu'à
P'Océan. Ses peuples les plus célébres
étoient les Suiffes , ceux de la Franche-
Comté , d'Autun , de l'Auvergne , du
Berry & les Chartrains , dans le Territoire
defquels Orléans étoit compris. La Belgique
étoit bornée par la Seine & la Marne,
par l'Océan & le Rhin en tirant vers fon
embouchure, & contenoit ce qu'on appelle
maintenant la Flandre , le Hainault,
la Lorraine , la Picardie , la Champagne
une partie de la Normandie & de l'Ifle
de France. C'étoient là qu'habitoient
les peuples appellés Suefones , Nervii ,
Aduatici , Morini , Caletes , Velocaffes, &c.
L'Aquitanique étoir renfermée entre la
Garonne , les Pyrenées & l'Océan ; c'eſt
aujourd'hui la Gaſcogne , le refte des Gaules
comprenoit ce qu'on appelloit alors
la Province Romaine , c'est- à - dire la Savoye
, la Provence & le Languedoc . Cé
far en avoit le gouvernement , les Ro
mains la poffédoient depuis la défaite des
JUILLET. 1753. 41
Allobroges par Q. Fabius Maximus , l'an
de Rome 633 , & n'avoient pas pouffé plus
loin leurs conquêtes . Divifés par des guer
res inteftines , occupés d'ailleurs en Afie
& en Espagne , où Mithridate & Sertorius
les avoient contraints de tourner toutes
leurs forces , ils n'avoient pû troubler le
repos des Gaulois , plus accoutumés à
ter la guerre chez les autres Nations qu'à
la foutenir chez eux .
por-
Ces peuples auroient été invincibles s'ils
s'étoient réunis , & n'avoient fait qu'un
feul corps ; mais chaque Ville confidérable
avec fon territoire formoit un Etat par
ticulier. La plupart étoient gouvernés par
le Confeil des Grands , prefque toujours
guidés par des vûes ambitieufes , qui les
portoient à préferer leur intérêt au bien
public ; d'autres avoient des Rois dont l'au
torité étoit balancée par celle du peuple
elle n'étoit point héréditaire , & differoit
de celle des Magiftrats , en cela feul qu'el
le ne finiffoit qu'avec leur vie , au lieu
que ceux- ci étoient nommés tous les ans,
Cependant , comme on élevoit pour l'ordinaire
à cette dignité les plus diftingués
par leur naiffance , leurs richeffes & le
nombre de leurs Vaffaux , quelque borné
que fût d'ailleurs le pouvoir de ces Rois ,
les Romains ne négligeoient rien pour les
42 MERCURE DE FRANCE.
attirer dans leur alliance ; on voit qu'ils
avoient fçu gagner un Roi de Gafcogne ,
& Carmentalé , Roi de la Franche -Comté,
dans la vûe fans doute , de s'affurer des
peuples de ces deux Provinces voisines
de la Province Romaine , & d'en former
une barriere contre les incurfions des autres.
Les Etats les moins puiflans fe mettoient
fous la protection de ceux qui l'é
toient davantage ; c'eft à ce titre que Sens,
Paris & Beauvais dépendoient d'Autun .
Quelquefois même , ils achetoient cette
faveur en le tendant tributaires. On convoquoit
de tems en tems les Etats Géné
raux , où les principaux de chaque Ville
fe trouvoient en grand nombre : dans ces
affemblées on décidoit de la paix ou de la
guerre , on nommoit les Chefs des Armées
, & on déliberoit fur les intérêts
communs de la Nation , mais il paroît que
les réfolutions qu'on y prenoit étoient rarement
fuivies du fuccès , foit que les défiances
& les jaloufies mutuelles empê
chaffent l'effet des deffeins les mieux concertés
, foit que ce défaut eût fon principe
dans l'inconftance , & la légereté naturelle
aux Gaulois .
Dans un Gouvernement de cette naturé
qui n'établiſſoit nul concert , nulle fubor .
dination , tout deyoit fe conduire par facJUILLET.
1753. 43
tions , auffi voyons- nous dans les Come
mentaires de Céfar que chaque Etat , char
que Ville , & prefque chaque famille avoitt
les fiennes. La Celtique étoit partagée par
deux factions principales , dont ceaxt
d'Auvergne & d'Autun étoient les Chefs.
Après avoir long- tems difputé la Princi
pauté les armes à la main , les premiers
foutenus de ceux de la Franche - Comté
avoient attiré dans leur parti Ariovifte ,
Roi des Allemands. Les autres , malgré
l'alliance des Romains , & les forces der
ceux du Berry , avoient été contraints.des
fuccomber. Rame n'avoit pû jufqu'alors!
les fecourir , elle s'étoit contentée de les
raffarer par des promeffes , & de leur pro
diguer les noms d'amis & de freres du
peuple Romain. Cependant le Sénat ,
dont la politique alloit toujours à fon but ,
ne laiffoit pas de fomenter fous main la
diffention , & fe promettoir d'en tirer un :
jour de grands avantages. Les Gaulois de
leur côté , croyoient établir par ces factions
un équilibre de puiffance entre les.
Grands & entre les Etats les plus confi- i
dérables ; prévenus de cette idée , ils fe:
flattoient qu'ils pourroient en excitant lay
crainte & la défiance dans les differens:
partis , s'oppofer plus facilement à l'ambition
de ceux qui vouloient envahir la dos
!
44 MERCURE DE FRANCE.
mination des Gaules. Cette politique por
tée à l'excès , leur coûta la liberté . Comme
ils fe prêtoient rarement un mutuel
fecours , Céfar les attaqua féparément , &
les dompta les uns après les autres.
&
On trouve encore dans le caractere de
ces peuples une des caufes principales de
leur perte , ils étoient legers , prompts à
સે ..
prendre une réſolution , amateurs de la
nouveauté ; de- là vient qu'ils s'engageoient,
témérairement & avec précipitation dans
une affaire , fans le mettre en état de la
terminer avec ſuccès ; il paroiffoit d'ail
leurs une inconftance marquée dans toute
leur conduite. Pour peu que la guerret
traînât en longueur , ils fe laiffoient déconcerter
par les obftacles , & abandonnoient
tout d'un coup leur entreprife..
Tous les Auteurs s'accordent à nous dé- ,
peindre leur bravoure , comme une fureur
aveugle qui n'étoit point temperée par la
prudence , & guidée par le Confeil . Lorfqu'on
pouvoit foutenir leur premier choc ,
ils étoient à demi vaincus. Si la prospérité.
les rendoit ardens à pourfuivre leur avantage
, le moindre revers imprévû jettoir
parmi eux le défordre & la confufion
alors ils perdoient de vûe toutes leurs reffources
, & la défaite d'une armée Gau
loiſe étoit presque toujours une déroute
générale.
JUILLET. 1753. 45
Ce qui donna d'abord occafion à Céfar
de paffer dans les Gaules , fut l'humeur
inquiéte & belliqueufe des Suiffes , les
plus puiffans d'entre les Celtes. Depuis
long tems ils fouffroient avec impatience
de le voir refferrés dans leur pays trop
borné pour leur nombre & pour leur coarage
; ils prirent la réfolution d'en fortir ,
& indiquerent un rendez-vous général
fur les bords du Rhône , au vingt huitiéme
de Mars l'an de Rome 696 , fous le Confulat
de Gabinius & de Pifon . Célar averti
de leur mouvement , & fçachant qu'ils
fe difpofoient à paffer par la Province Romaine
, partit de Rome & fe rendit à Geneve
, dont il fit d'abord rompre le pont.
C'est là que leurs Députés vinrent lui
demander le paffage , qu'il ne jugea pas à
propos d'accorder. Les Suiffes , qui ne
s'étoient point attendus à ce refus , effayerent
de fe l'ouvrir par force ; mais les Romains
firent par tout fi bonne contenance
qu'ils les obligerent de fe retirer avec
perte. Cependant ceux de Franche- Comté
leur permirent de paffer par leurs terres ;
ils étoient déja dans celles d'Autun , lorf
que l'armée Romaine les furprit fur les
bords de la Saone , qu'une partie d'en .
tr'eux avoit traversée , & en fit un
grand carnage. Céfar les défit encore en
46 MERCURE DE FRANCE.
plufieurs rencontres , & les força enfin de
retourner chez eux .
Après cette expédition , les principaux
d'entre les Celtes vintent les féliciter fur
fa victoire , & imporer fon fecours contre
Arioviste que la faction d'Auvergne avoit
attiré dans les Gaules. Ce Prince fier des
avantages qu'il avoit déja remportés fur
¡ceux d'Autun & leurs Alliés , tenoit les
vaincus dans une honteufe fervitude . 11
traitoit même avec une hauteur , & une
dureté intapportable les Francs - Comtois
qui avoient engagé à prendre les armes
.pour opprimer ceux de la faction contraire.
Il s'étoit en quelque forte empaé
de leur pays , & ne fe propofoit rien
1 moins que de mettre fous le joug tous les
Etats de la Gaule Celtique , qu'il avoit
déja remplie de la terreur de fon nom.
Cefar entreprit d'autant plus volontiers
-cette guerre , qu'il s'agiffoit de rétablir
dans l'efprit des Celtes l'honneur de Rome,
en vengeant l'injure faite à ceux
d'Autun fes alliés , qu'elle avoit jufqu'alors
été forcée d'abandonner . Il marcha donc
contre les Allemands , tailla leur armée en
piéces , & les chaffa au- delà du Rhin.
Ce fuccès étonna tous les Gaulois . Il eft
à croire qu'une partie de la Celtique prit
dès-lors le parti de fe rendre au vainqueur,
JUILLET.. 1753. 47
que les Chartrains fuivirent cet exemple.
En effet Céfar nous apprend enfuite
qu'il fut averti , que les Belges craignant
qu'on ne vint les attaquer ( après avoir
fubjugué les Celtes ) travailloient aux préparatifs
de la guerre qu'ils méditoient
contre les Romains , qu'il prévint ces peuples
, & qu'après les avoir domptés , il mit
fes troupes en quartier d'hyver dans l'Anjou
, la Touraine & le pays Chartrain . II
parle ailleurs des révoltes de ceux de
Chartres , ce qui fuppofe qu'ils s'étoient
déja foumis.
Quoiqu'il en foit , on voit qu'ils étoient
extrêmement jaloux de leur liberté , &
qu'ils firent plufieurs tentatives pour fe
couer le joug de la fervitude . Céfar avoit
donné la Principauté de leur pays à un des
premiers d'entr'eux , nommé Fafget , pour
prix de fa valeur & de fa fidélité. Après
un regne de trois ans , la cinquième année
de la guerre des Gaules , ils l'aſſaſſinerent
fans égard pour fa naiffance , fes Ancêtres
ayant été revêtus de la même dignité.
Céfar informé du grand nombre des conjurés
, & appréhendant une révolte générale
, donna ordre à Plancus d'y conduire
la Légion qu'il commandoit , & de lui
envoyer les coupables ; mais cette affaire
'n'eut point de luite , parce qu'il fut en
48 MERCURE DE FRANCE.
même tenis contraint d'employer la plus
grande partie de fes forces pour foumettre
les Liégeois , qu'Ambiorix & Cativula
avoient foulevé contre lui. L'année fuivante
, il convoqua les Etats de la Gaule
à Paris , où prefque tous les Gaulois ſe
rendirent à fes ordres. Ceux de Chartres
& de Sens , qui avoient déja fait une ligue
entr'eux , refuferent de s'y trouver ; il prit
cela pour un commencement de révolte ,
& pour prévenir leurs deffeins , il fe hâta
de marcher contre les derniers , qu'il força
de lui livrer cent des principaux d'entr'eux
en ôtage ; les Chartrains défefperant de
pouvoir tenir feuls , prirent le parti de la
foumiffion , & ceux de Rheims , fous la
protection defquels ils étoient alors , s'employerent
pour obtenir leur pardon. Il n'en
fut pas de même de ceux de Sens . Célar
preffé de tenir les Etats , & occupé d'ailleurs
du deffein de réprimer la révolte de
trêves , & de pourfuivre Ambiorix , qui
s'étoit fauvé après la défaite des Liégeois ,
fe contenta de diffimuler , mais auffi tôt
qu'il eut terminé ces deux guerres , il fit
mourir d'une maniere cruelle Accon ,
principal Auteur du défordre , & contraignit
tous fes complices à fortir du pays.
Cette févérité révolta tous les efprits ,
bien loin de les calmer ; dès que Célar fut
paffé
JUILLET. 1753. 49
paffé dans la Gaule Cifalpine , les Gaulois
qui jufques-là avoient caché leur reffentiment,
formerent avec plus de hardieffe que
jamais , le deffein de mettre leur patrie en
liberté ; ce qui les confirmoit encore dans
leur réfolution , c'eft qu'ils étoient informés
des troubles que le meurtre de Claudius
avoit excité dans Rome. Ils penfoient
que Célar retenu en Italie par ces défordres
, ne pourroit reprendre fi tôt le com--
mandement de fon armée : dans cette confiance
, les principaux s'affemblent d'abord
dans des lieux écartés ; c'est là qu'ils déplorent
le miférable état des Gaules , &
qu'ils fe repréfentent toute la honte
le fupplice d'Accon avoit fait rejaillir fur
eux. Animés par ces motifs d'honneur &
de vengeance , ils prennent la réfolution
de mourir tous les armes à la main ,
pluque
de fouffrir le joug d'une domination
étrangere , & de trahir ainfi la gloire
de leurs Ancêtres. Il ne s'agiffoit plus que
de commencer l'exécution de cette entreprife.
Les Chartrains s'engagerent à lever
les premiers l'étendart de la révolte. Dès
que le jour deftiné pour cela fut arrivé ,
ils marcherent vers Orléans , fous la conduite
de Cotuats & Conetodun . Cette
Ville étoit alors , comme elle eſt encore
aujourd'hui , renommée par fon commer
τότ
C
que
50 MERCURE DE FRANCE.
ce ; elle avoit parmi fes habitans un grand
nombre de Romains que le négoce y avoit
attirés. On fe jetta dans leurs maiſons , on
abandonna tous leurs effets au pillage , &
on les malfacra impitoyablement , fans
épargner Fufius Cotta , Chevalier Romain ,
qui Célar avoit donné l'Intendance des
vivres.
)
Le bruit de cette expédition fanglante ,'
qui fut comme le fignal de la guerre , fe
répandit bientôt de tous côtés . Vercingentorix
, Seigneur d'Auvergne , dont le
pere avoit eu la principale autorité parmi
les Celtes , employa tout fon crédit pour
feconder les Chartrains . Après avoir chaffé
de Clermont ceux qui s'obstinoient à demeurer
fidéles aux Romains , il envoya des
Députés dans tous les Etats de la Gaule
Celtique , pour preffer les Gaulois de renir
leur promeffe ; il affembla enfuite ceux
de Sens , de Paris , de Quercy , de la Tourraine
, d'Evreux , du Maine , du Perche ,
du Limoufin , de l'Anjou , & les peuples
qui font répandus fur la côte de l'Océan ;
tous les fuffrages fe réunirent pour le nommer
Général , & on ne penfa plus qu'à travailler
aux préparatifs de la guerre qu'on
avoit réfolu d'entreprendre . C'eft ainfi que
ceux de Chartres exciterent dans la Gaule
un foulevement univerfel.
JUILLET . 1753. 52
Cependant Céfar informé de ces mou
vemens , fe hâta d'en prévenir les fuites.
Son féjour n'étoit plus néceflaire en Italie,
où les troubles avoient été appailés par
les foins de Pompée. Il repaffa donc les
Alpes , & commença par raffurer la Province
Romaine contre les entrepriſes de
Lucerie , Lieutenant de Vercingentorix ,
qui la menaçoit d'une invafion . Enfuite
il pénétra dans l'Auvergne par les monta
gnes du Gevaudan , & y répandit par tout
la terreur. Le Général des Gaulois accourut
au fecours de fa Parrié. Célar avoit
prévû cette démarche. Content de lui
avoir donné le change , il laiffa Brutus
pour commander en fa place , & fe rendit
à Vienne en Dauphiné , où il ramaffa quel.
ques troupes de Cavalerie ; de là marchant
jour & nuit , il gagna le territoire de Lan
gres , & y affembla promptement une ar
mée. Vercingentorix averti de fon éloignement
, attaqua une Ville où les Boyens
s'étoient établis fous la dépendance d'Autun.
Céfar fut charmé de le voir occupé de
vant cette Place. Son deffein depuis fon
retour dans les Gaules , étoit de punir les
Chartrains de leur révolte , & d'ouvrir la
campagne par le fiége d'Orléans . C'eſt dans
cette vue , qu'il avoit d'abordfait une irrup→
tion en Auvergne pour tromper l'ennemi , &
Cij
52
MERCURE
DE FRANCE.
P'empêcher d'y faire entrer du fecours. Ainfi
après avoir dépêché vers les Boyens pour
les encourager à fe défendre vigoureufement
, & laiffé tous les bagages de fon
armée à Sens , il fe rendit le lendemain à
Châteaulandon . Craignant que cette place.
ne fervît à lui couper les vivres , il l'affiégea
, & la prit en trois jours.
Les Chartrains s'étoient imaginés que ce
fiége leur donneroit le tems de jetter des
troupes dans Orléans ; la rapidité étonnante
de Céfar déconcerta leurs projets.
Il partit de Châteaulandon , & arriva le
fecond jour devant cette Ville ; comme il
étoit tard
trop pour commencer l'attaque ,
il la remit au lendemain , & ſe contenta
de donner les ordres néceffaires pour un
affaut : il commanda auffi à deux légions de
s'emparer du pont qui étoit fur la Loire , afin
de couper la retraite aux affiégés. Cette précaution
ne fut pas inutile. Ceux- ci fe voyant
prefque fans défense , & fans esperance de
fecours , avoient déja pris le parti d'abandonner
la Ville. En effet , ils fortirent en filence.
vers le milieu de la nuit ; mais voyant que le
pont étoit biengardé , ils furent contraints de
tenter le paffage de la riviere. Céfar averti
de leur retraite par fes fentinelles , met
promptementle feu aux portes , & ferend
maître de la place. Les Romains fondirent
JUILLET. 1753. 53
de tous côtés fur les habitans , & parco
que le pont étoit étroit , & les chemins
ferrés & difficiles , il ne s'en fauva qu'un
petit nombre. Tout le refte fut pris . Pour
tirer une vengeance complette du malfacre
, qui avoit donné occafton à cette
guerre , on brûla la Ville , après en avoir
abandonné le pillage aux foldats. Il eſt
à croire que le butin fut confidérable , &
tel qu'on peut fe l'imaginer , dans une
Ville qui faifoit fon capital du commerce.
Céfar enfuite paffa la Loire , & fe rendit
dans le Berry pour fecourir les Boyens
que Vercingentorix tenoit affiégés . Sans
parler des differens événemens de cette
guerre qui n'eft pas de notre fujet , il fuffit
de dire qu'il la termina heureuſement
par la défaite & la prife du Général des
Gaulois , & qu'une grande partie des Etats
de la Celtique fut forcée de fubir la loi du
Vainqueur.
Malgré ces progrès la conftance des
Chartrains ne fut point ébranlée , ils
avoient été les premiers à prendre les armes
, ils voulurent être des derniers à les
quitter. L'année fuivante ils attaquerent
ceux du Berry , qui s'étoient rangés fous
l'obéiffance des Romains. Céfar partic
d'Autun où il étoit alors , afin de contenir
les Gaulois par fa préfence , & marcha avec
C iij
64 MERCUREDE FRANCE.
deux légions contre les Chartrains , qui
ne jugerent pas à propos de l'attendre ; la
rigueur de la faifon empêcha de les pourfuivre
, & l'obligea de faire camper fes
troupes à Orléans . Cette Ville ne renfermoir
plus que des débris & des ruines , a
peine y reftoit - il quelques maifons que la
fureur du foldat eût épargnées ; il s'y logea ,
& fit couvrir les autres à la hâte pour fervir
d'abri aux tentes. De là il envoya fa
Cavalerie & fon Infanterie armée à la léil
gere , à la pourfuite des ennemis , qui fe
fauverent dans les Etats voifins . Content
d'avoir diffipé toutes leurs forces dans une
faifon fi rude , & voyant qu'ils ne pou
voient rien entreprendre de confidérable
pendant le cours de cette campagne ,
alla au fecours de ceux de Rheims & de
Soiffons , que ceux de Beauvais menaçoient
d'une irruption , après avoir laiffe
Trebonius en garnifon dans Orléans avec
fes deux légions. C'est tout ce que l'Hif
toire ancienne nous apprend de cette Vil
le , qui demeura fous la domination des
Romains pendant près de cinq cens cinquante
ans , c'eft à - dire , jufqu'à ce que
Clovis l'eut foumife à fon Empire . Au
refte Céfar n'eut pas plutôt dompté les
peuples de Beauvais , & ravagé les Etats
d'Ambiorix , qu'il fe rendit à Chartres
JUILLET. 1753. 55
dans la réfolution de punir les Chartrains ,
que Fabius , un de fes Lieutenans , avoit
déja forcé de fe foumettre & de livrer des
ôtages. Il fit arrêter Guturnat , principal
auteur de la rébellion , & lui fit couper la
tête.
Par un des Membres de la Société Litté
raire d'Orléans.
ELEGI E.
> Par M. Dutour Gouverneur de M. le
Comte de Sabran - Foix.
Moi , vous aimer , Doris ! moi , toucher votre
coeur !
Ne puis -je triompher d'une fatale erreur ?
Trop long tems de l'amour victime déplorable ;
Je traîne dans les fers un deftin qui m'accable :
Mon coeur , ce trifte coeur , ne pourra t'il un jour
Etouffer les tranfports d'un témeraire amour ?
·
En vain juſques à moi vous cherchez à defcen
dre ,
Je fçais qu'en vous aimant je n'ai rien à prétendre.
Jouet infortuné du fort le plus affreux ,
C'eft à moi de brifer de trop coupables noeuds .
Je le fçais , j'en frémis ; mais dans montrouble extrême
Ciiij
56 MERCURE DE FRANCE.
1
Mon coeur medit toujours , Doris , que je vous aime?
O trop cruel amour , ô funefte poiſon !
Laifle moi , je me rends au cri de la raiſon .
Malheureux , c'eft en vain que j'oppose à má
Alâme
Des fentimens trop purs qu'a démenti mon ame :
Doris , tout mon bonheur eft de porter vos fers ,
L'amour est le feul bien pour moi dans l'univers.
Tout en vous me féduit , me ravit , & m'enfâme :
Un feul de vos regards remplit toute mon ame.
Oui, cet amour fi vrai que j'ai pris dans vos yeux ,
Doit m'agiter fans cefle & me fuivre en tous lieux :
Dans le fond des déferts au plus lointain rivage ,
Mon coeur de vos attraits confervera l'image ;
déformais rien n'a droit d'enflâmer
Ce coeur que
N'aura plus d'autres foins
que ceux de vous aimer,
De cet amour , Doris , je devois me défendre
Mais à tant de vertus il a fallu ſe rendre .
Pourquoi tenter encor des efforts fuperflus è
Suis- je donc criminel d'adorer vos vertus ?
Si ma témérité vous paroît une offenſe ,
Je fçaurai mieux fervir que vous votre vengean
ce :
Eteignons un amour qui nous perdroit tous deux.
Oui , je vais pour jamais me bannir de ces lieux ,
Dans les affreux tourmens d'une abfence éternelle
Je briferai ce coeur malheureux & fidéle :
J'en mourrai ; mais du moins mon cruel défeſpoir
Aura fait triompher l'amour & le devoir.
JUILLET.
1753 . 57
Que dis je ! ces inftans où votre ame charmée
Se faifoit un bonheur du plaifir d'être aimée ,
Ces inftans où livrée au plus tendre retour
Vous crûtes égaler & vaincre mon amour :
Vos troubles , mes terreurs ma tendreffe , vos
larmes ,
Ces pleurs qui tant de fois calmerent mes allar
mes.
Ces tranſports renaiffans , ces preftiges fi doux
Du Dieu qui nous unit , & qui veilloit fur nous ,
Ce fatal fouvenir de ma joie éclipfée ,
Ne fortiront jamais de ma trifte penſée.
Recevez mes adieux & nommez votre époux.
Il n'eft que votre fang qui foit digne de vous.
Du plus heureux mortel époufe aimable & ten
dre ,
Ciel , que de biens fur vous font prêts à ſe répan
dre ,
Vos jours pars , remplacés par des jours plus heu
Jeux >
Rempliront fans relâche , & préviendront vos
voeux.
i
'Ce font là les fouhaits que forme matendreffe :
Paiffent les doux plaifirs , enfans de la jeuneffe ,
Vous combler à jamais de leurs biens féducteurs ,
Er puifer leurs bienfaits dans le fond de vos coeurs,
Mais parmi les douceurs d'une fi belle vie ,
Songerez - vous aux maux dont la mienne eſt ſui
vie
Cy
8 MERCURE DE FRANCE.
Ovoeux trop indifcrets ! dans l'état où je fuis
Qu'un filence éternel étouffe mes ennuis.
Ç'en eft fait ... Mais , Doris , dans ce malheur
extrême ,
S'il m'eft encor permis de dire , je vous aimne :
Je vous aime, & mon coeur que je livre à vos traits,
Doitmême en vous perdant vous aimer à jamais.
DE DE DE DE DE DE DE DE DE DE DE DE
LETTRE
Al Auteur du Mercure , fur le grain.
J'Ar lûavec
'Ar lû avec attention , Monfieur , dans
votre dernier Mercure , page 137 , las
Lettre d'un Religieux à M. Duhamel du
Monceau , fur les avantages que le Public
retireroit des magafins de grain que
les Ordres Religieux pourroient faire dans
leurs Maifons je ne peux qu'applaudir
aux intentions de ce Religieux , elles me..
paroiffent pures , & n'avoir pour but que
l'utilité publique le projet qu'il propofe
a été conçu & exécuté à Paris , il y a déja
plufieurs années.
Je connois tout l'avantage qui réfultera
des magafins faits librement ; j'ai vû une
fi grande abondance de grain en 1743 &
en 1744 dans les Provinces de France où
l'on eft dans l'ufage de battre la récolte au
JUILLE T. 1753 59
bout du champ * , que les laboureurs
ne
fçavoient où le loger , j'ai vû en même tems
les Meſtiveurs
auxquels on donne ordinairement
le neuvième de la récolte pour .
leur falaire , rançonner les colons , & exiger
outre ce neuvième , un fupplément
en
argent exceffif.
J'ai fuivi ces inconvéniens , & j'ai vu
qu'après les bonnes récoltes le cultivateur
fémoit moins de grain qu'à l'ordinaire &
augmentoit fon bétail : j'ai obfervé qu'il
négligeoit de remuer le grain dans les greniers
, parce que le prix des journées,
d'hommes augmente à mefure que celui
du grain baiffe ; j'ai remarqué que chaque
laboureur élevoit une plus grande quantité
de volailles & de porcs qu'à l'ordinaire
; j'ai vu les cultivateurs prodiguer le
grain à leurs boeufs & moutons pour les
engraiffer faute de confommation , ils
trouvent ce moyen de convertir leur grain
en fuif , & de les faire marcher fans voitures.
La vilité du prix du grain le leur faifoit
regarder comme une denrée qui ne
méritoit aucun foin . J'ai vu enfuite les intemperies
des faifons faire manquer la
récoke , les terres non cultivées & les
* Méthode dont je fuis en état de démontrer i
l'abus.
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
champs fans fumier , par la mortalité des
beftiaux , alors les difettes fe font fait
fentir , & le peuple toujours injufte , a accufé
les Magiftrats de défaut de vigilance
fur la fortie des grains , tandis que trois
mois auparavant il les accufoit d'infléxibilité
fur ces forties. La véritable caufe du
mal ne doit pas fe chercher ailleurs que
dans la négligence du laboureur, qui n'a pas
fçû bien admniftrer le dépôt que la Provi
dence lui avoit confié . Une ſeconde raiſon
de difette , c'est qu'auffi- tôt que le grain
augmente dans les Provinces , les Colons
augmentent leurs femailles , & comme la
mauvaiſe récolte de grain eft ordinairement
accompagnée d'une difette de légumes
& herbages , la confommation du pain
augmente , parce qu'il faut que le grain
tienne lieu de tout : on en a vû un exemple
en 1751 , il n'y avoit prefque ni féves
, ni pois , ni lentilles , ni chataignes
ni glands ; les chenilles avoient rongé tous
les choux , & les herbes ne fourniffoient
qu'un lait maigre & une chair molle , Que
feroit- on devenu fans la bonté du Roi &
la fageffe du miniftere ?
Ces obfervations m'ont fait conclure
qu'il feroit très- avantageux à l'Etat
que le
commerce du grain fûr auffi libre que celui
du vin nous avons vû plufieurs an
JUILLE T. 17538 61
peu
nées abondantes en vin , & cependant
il n'a point augmenté de prix en proportion
avec le grain , les marchands fçavent
le conferver , & ils en font des magafins
, fans crainte d'être appellés monopolears
: il eft cependant certain qu'on en
manqueroit fans ces magafins : l'expérien
ce nous apprend qu'un Vigneron qui récolte
vingt barriques de vin , en vend
communément feize ; fi les Marchands
achetent , & que s'il ne fe fait pas d'enlevemens
, il ne refte pas deux barriques
à ce vigneron , au bout de deux ans ; il le
confomme infenfiblement , ou il le laiffe
gâter faute de logement ou faute de foins,
Il eft donc certain qu'il feroit très avantageux
qu'il y eût , dans les pays de grain ,
des enlevemens après les récoltes : il
ne s'agit pas ici d'exportation à l'Etranger
, mais de débaraffer le laboureur du
foin de fon grain , & d'être à portée de
le lui conferver au cas de befoin .
Si un Corps Religieux étoit chargé de
ces enlevemens , il faudroit lui interdire
la liberté d'en faire lorfque le froment excéderoit
cent livres le muid , qu'il ne pût
faire fes levées par préférence à perfonne
, que fes greniers fuffent toujours ouverts
, qu'il renouvellât fes grains en vendant
les anciens , fans pouvoir forcer le
$
62 MERCURE DE FRANCE.
Public à acheter , fous quelque prétexte
que ce fût , & qu'il ne pût augmenter le
prix du grain fans la permiffion du Magiftrat
, enforte que le plus haut prix n'excédât
pas cent cinquante livres le muid :
les différentes révolutions lui procureroient
un bénéfice fuffifant , & au moyen
des levées le cultivateur feroit de l'argent
quand il en auroit befoin .
*
J'aurois beaucoup de chofes à dire
fur la maniere de conferver les grains , &
fur les précautions pour le voiturer ; je
démontrerois que le bled voiture vieux
fouffre les mêmes altérations que le vin
que l'on a laiffé furanner dans les vigno
bles , lequel ne peut plus fouffrir de tranfport.
M. Rouffeau reproche à bien jufte
titre à notre Nation la frivolité de fes occupations.
On fait des Sociétés Littéraires
pour microſcoper les mots , & on ne s'eft
point encore avifé de former une fociété
de cultivateurs qui fe communiquaffent
leurs expériences de Province en Province.
Nous avons vu paroître quelques Ouvrages
de Mrs de Buffons & Duhamel , à
peine leur a- t- on marqué quelqu'obligation
de leurs recherches. M. de Combe a
tracé une autre carriere ; on laifle leurs
Livres , on va à la Campagne , on y porte
des Romans. Que de perfonnes le font
JUILLET. 63
1753
4
ruinées en facrifiant leur fortune fur mer
qui auroient fait un profit immenfe , s'ils
cuffent employé la même activité à cultiver
des fonds !
On convertit en parcs & en jardins de
plaifance , les terres labourables qui envi
ronnent un Château ; on fe ruine à ache
ter ces terrains , on les paye le quadruple
de leur valeur , & on ruine le payfan , on
le met dans une aifance momentanée , il
confomme l'argent de fon fonds , il perd
avec fon fonds & l'habitude du travail, &
le peu de probité qu'il avoit ; " ſa maiſon
eft détruite , fon champ eft devenu inculte
pour l'Etat , il n'a plus rien à perdre ,
le crime ne lui coûte plus rien . Les pay- .
fans ne fe preffent point de marier leurs
enfans , lorfqu'ils n'ont point de terres à
leur donner , ils perdent l'amour de la Patrie
, ceux qui n'ont point de poffeffions :
ne tiennent à rien..
Pourquoi n'éleve t'on pas les enfans des
Hôpitaux au travail de la terre ? craïnt on
qu'ils foient robuftes , & qu'ils portent
par tout des bras qui les faffent fubfifter ?
J'aurois trop à dire fi je voulois traiter
cette matiere , & fi j'entreprenois de faire
voir les abus qui naiffent des priviléges
qu'on obtient par des charges , après
avoir acquis fouvent moitié des terres d'u64
MERCURE DE FRANCE.
ne Paroiffe . Il me feroit facile de démon
trer pourquoi beaucoup de terres reftent
incultes , quoique ces terres puffent enti
chir nombre de familles , felles appartenoient
à des cultivateurs : mais ce détail
meneroit trop loin ; il feroit à défirer qu'une
bonne plume l'entreprît , cela feroit
plus utile que des réflexions fur Pline qui
a parlé pour fon pays je pourrois fournir
des matereaux , & je ne demanderois.
d'autre récompenfe que d'être utile à ma
Patrie. Je fuis , & c. L ***
DEPIT AMOUREUX ,
Traduit de l'Anglois de Mlle Pitt ; par
M. Dutems.
DEs piéges de l'amour , ce fuperbe vainqueur ;
Heureuſe mille fois qui fçait garder fon coeur !
Il fut un tems jadis où moins infortunée ,
Des plus précieux dons par la nature ornée ,
Je fuivois pas à pas Deſcartes , Maupertuis ;
Corneille & Fenelon diffipotent mes ennuis.
D'Homere & de Milton feulement amoureuſe ,
Je me vis adorée & je n'aimai jamais :
Pour eux je méprifai Grands , richeffes , palais ;
Déja j'étois au port , je me voyois heureuſe .
Digby parut, l'Amour eut lors tous mes fouhaits,
JUILLE T. 1753.
> Digby , tel fut du fort l'arrêt irrévocable
Sans partage dès - lors occupa mes efprits ;
Je voulois l'éviter , fon image agréable
Se peignoit à mes yeux & le jour & la nuit.
Il chantoit , à la voix je le pris pour Orphée :
Ses regards pleins d'ardeur étoient ceux de l'Amour
.
Dieux ! comme il s'exprimoit , quand mon ame
charmée
L'apperçut plus brillant que n'eft l'Aftre du jour!
Avec l'éclat faut - il qu'il en eût l'inconſtance !
Il dédaigne bientôt mes feux & mes appas ;
Et plus prompt que l'éclair, fuyant de ma préſence,
Eglé , l'heureufe Eglé , le reçoit dans fes bras.
Prête-moi ton fecours , rappelle l'infidéle ,
Murray , rien ne réfifte aux charmes de ta voix
Viens défendre ma cauſe ; en eft il de plus belle ?
C'est l'Amour qui t'invite à foutenir fes droits
Inutiles efforts ! en vain Murray l'appelle ;
Il-eft fourd à fes cris , il méprife mes pleurs ;
L'ingrat voit fans pitié ma trifteffe mortelle ,
Et dans les bras d'Eglé fe rit de mes douleurs.
Toi , qui contre l'Amour m'as foiblement fervie ;
Loin de moi pour toujours , vaine Philofophie ,
Toi , qu'autrefois j'aimai , va , tu ne m'es plus
rien.
Fayez , plaifirs : Digby , mon cher Digby m'onblie
....
Que Pope après cela dife que tout eft bien .
Avocat de Londres , célébre parfon éloquences
66 MERCURE DEFRANCE.
AAAAALARRA†ÂÂÂAARALA
REMERCIMENT
De M. Paliffot , à la Société Royale de
Lorraine.
MESSIEURS
Si je n'attribue pas à votre feule indulgence
l'honneur que vous m'avez fait de
me recevoir parmi vous , fi je confens a
me fuppofer quelque mérite , c'eft que je
dois , du moins par reconnoiffance , ne
pas attaquer votre ouvrage : vous avez
bien voulu couronner dans quelques difpofitions
encore imparfaites , le goût que
vous me connoiffez pour les Arts . Vous
avez rempli le devoir des grands hommes ,
celui d'infpirer & d'encourager l'émula- +
tion. L'envie qui prend fouvent l'ombrage
de la médiocrité même , eût peut être
étouffé ces foibles talens, daus leur germe ;
mais ce vice des ames vulgaires ne peut
trouver une place parmi vous. Quels fuc- 1
cès affez éclatans , quelle Académie affez
floriffante pourroient en effet vous don
ner quelque jaloufie ? de combien de noms
illuftres vos faftes ne font-ils pas décorés ?
quel genre de Littérature ne le trouve pas
porté à la perfection dans quelqu'un de
JUILLET. 1793. 67
vous ? combien de modeles dans une Académie
célébre dès fon aurore ? Un Prélat
(a ) moins refpectable encore par
fa
naiffance , par fes dignités , par l'eſtime
dont il honore les Lettres , que par les
droits que
fes vertus , fes moeurs douces ,
fon caractere paisible lui donnent fur vos
coeurs , & fur la voix publique dont je ne
fuis que l'interprete . Un Hiftorien ( b)
choifi par le Roi pour écrire les événemens
de fon Regne , choix qui fait l'éloge
du Maître & du Sujet. Un Poëte ( c )
ingénieux , délicar & profond , rival de la
nature & des graces , lorfqu'il en eft le
peintre , fait pour chanter le génie en
ne fuivant d'autre guide que le tien ...
Mais où m'emporteroit le plaifir de la reconnoiffance
Je déroge à vos ftatuts ,
Meffieurs , & j'allarme cette modestie qui
releve dans chacun de vous les dons que
vous a fait la nature. Je fçais un moyen
de vous flater , & de reconnoître beaucoup
mieux que par des louanges , mes
obligations envers vous : l'honneur que
vous m'avez fait me donne la précieufe
( a) M. le Primat de Lorraine Directeur de
P'Académie.
(b ) M. de Solignac , Auteur d'une excellente
Hiftoire de Pologne.
f ) M. de Saint -Lambert,
68 MERCURE DE FRANCE.
liberté de mêler ma voix à celle de la Renommée
pour célebrer votre augufte fondateur.
C'eft à l'émulation qu ' infpire par
fon exemple , aux lumieres que vous puifez
dans fes écrits , aux récompenfes dont
il honore les talens , que ma patrie eft redevable
du nouveau jour qui fe répand
fur elle : fimple Citoyen , il l'auroit illuftrée
; Philofophe , il l'éclaire ; Monarque
, il la rend heureuſe.
Souverain bienfaiſant ! qu'il eft impoffible
de flatter , parce que l'adulation la
plus forte ne deviendroit dans fon éloge
qu'une vérité fimple , avouée par tous les
coeurs. Qu'il parle , tous les Arts dociles
à ſa voix , vont fe ranger autour du Trône;
qu'il paroiffe , fon empire n'a plus
de limites ; qu'il commande , le devoir
d'obéir n'eft plus un facrifice , l'amour en
fait un fentiment.
Que n'ai je affez d'éloquence Meffieurs
, pour vous rendre ces traits encore
plus intéreffans. Avec, quel plaifir n'y découvririez
vous pas , malgré la foibleffe
du coloris , ceux du vainqueur de Fontenoy
, du Pacificateur de l'Europe , de ce
Roi cher à la France , aux Nations même
dont il s'est fait craindre , & que l'humaaité
doit regarder comme un bienfaicteur.
Etonnante conformité qui femble
JUILLET. .1753. 69
avoir concourupour unir ces deux Monarques
, & qui fe manifefte avec tant d'éclat
dans l'unique héritier de leur gloire & de
leurs vertus. Nations fortunées ! par quels
voeux par quels facrifices avez - vous
mérité du Ciel de pareils Souverains ? votre
amour pour vos Rois eft un titre , je
l'avoue ; mais pouviez -vous ne les pas aimer
?
→
MADRIGAL.
L'Autre
jour me difoit Emire ,
Des attraits de Mirtil mon coeur eft enchanté
Si Flore le voyoit avec tant de beauté ,
Elle n'aimeroit plus Zéphire ;
a la même ardeur pour folâtrer & rire ,
Mais il a fa légereté.
D. L. M.
70 MERCURE DE FRANCE ,
ASSEMBLE'E PUBLIQUE
De l'Académie des Infcriptions & Belles-
Lettres , le Vendredi 4 Mai.
Lernice par l'Académie Royale des
E prix qui devoit être ad ugé l'année
Infcriptions & Belles -Lettres , avoit pour
fujet , l'état des Sciences en France fous les
régnes de Charles VIII. & Louis XII .
L'Académie peu fatisfaite des piéces envoyées
pour le concours , avoit crû devoir
n'en couronner aucune , & remettre l'adjudication
du prix : elle l'a adjugé cette
année , & l'ouvrage qui lui a paru le mériter
eft la Differtation cottée n . 2 ; l'Au
teur eft M. l'Abbé Carlier ; c'est le troifiéme
prix qu'il remporte au jugement de
l'Académie, Le fujet du prix pour l'année
1753. confiftoit à examiner , quelle étoit
l'origine , quels étoient le rang & les droits
de l'Ordre des Chevaliers Romains , & quelles
ont été les révolutions que cet Qrdre" a
effuyées dans les différens fiécles de la République
depuis fon établiſſement juſqu'à l'Empire
d'Augufte. La piéce qui a reçu les fuffrages
de l'Académie eft cottée n°. 3 , elle
eft de M. de Beauffort , Membre de la
JUILLET. 1753. 78
Société Royale de Londres , lequel fait la
réfidence à Maeftricht. Après que l'Académie
eut fait l'adjudication des prix , on
lut quatre Mémoires ; le premier , de M.
de Guignes , fur les anciennes navigations
des Chinois en Amérique , avec des conjecturesfur
l'origine des Américains ; le fecond,
de M. le Préfident de Noinville , fur l'origine
des Maîtres des Requêtes , pour fervir
de préliminaire à une nouvelle Hiftoire du
Confeil ; le troifiéme , de M. l'Abbé Barthelemi
, fur les Médailles Arabes ; le der
nier , de M. Menard , fur l'Arc de triomphe
d'Orange.
Extrait du Mémoire fur les anciennes navigations
des Chinois en Amérique , avec des
conjectures fur l'origine des Américains.
M. de Guignes fait voir dans ce Mémoire
que ces Peuples que nous avons
toujours ctus renfermés dans leur pays ,
ont pénétré jufqu'en Amérique l'an 45S
de Jefus Chrift ; qu'ils s'y rendoient par le
Japon , le pays de Ven-Chin & celui de
Ta-Han. En examinant ce que les Géographes
Chinois difent , foit de la diftance
, foit des productions de ces pays éloignés
, il prouve que le Ven-Chin eft le
Jefo , & que le Ta-Han eft la partie la
plus orientale du nord de l'Afie . De là les
72 MERCURE DE FRANCE.
Chinois faifoient voile vers l'Eft , & alloient
reconnoître le pays de Fou-Sang ,
qui , felon les diftances données par les
Chinois , doit être fitué vers le nord de la
Californie. Il rapporte d'après les annales
de la Chine une courte defcription des
moeurs des peuples qui habitent le pays.
de Fou-Sang ; il nous apprend encore que
les Chinois ont eu connoiffance de différentes
Ifles fituées dans la mer du Sud
particulierement de cette côte que Jean
de Sama a découvert en allant de la
Chine au Mexique . Pour donner une plus
jufte idée de ces navigations , M. Buache
a conftruit une Carte , fur laquelle il a
tracé avec beaucoup d'exactitude la route
des Chinois & les diftances des différens
pays
on voit
par cette
Carte
que les connoiffances
géographiques
tirées
des
anciens
Livres
Chinois
fe rapportent
avec
les nouvelles
découvertes
des Ruffes
.
On a joint fur la même Carte une
partie d'une autre Carte faite anciennement
par les Japonois , & fur laquelle on
voit repréſenté le nord de l'Afie & toute
la côte occidentale de l'Amérique , fuivant
les connoiffances qu'ils en avoient ce
continent y paroît entierement terminé
du côté de l'Afie , & l'on y voit des Ifles
qui n'ont été connues des Ruffes que de:
puis,
JUILLET. 1753 . 73
puis peu de tems , ce qui prouve l'exactitude
des découvertes des Japonois faites
antérieurement. Cette Carte a été appor
tée du Japon par le célébre Kaempfer , &
déposée enfuite dans le cabinet de feu
M. Hans- floane , Préfident de la Société
Royale de Londres , qui en a envoyé une
copie à M. de Guignes.
4M
Après avoir déterminé la fituation de
tous ces pays qui font à l'orient de la
Chine , M. de Guignes remarque que
Chriſtophe Colomb n'eft
pas le premier
qui du côté de l'occident ait tenté de découvrir
un nouveau continent ; long tems
avant lui les Arabes pendant qu'ils étoient
les maîtres de l'Efpagne & du Portugal ,
s'embarquerent dans le même deffein à
Lifbonne ; mais après avoir pénétré aſſez
avant dans l'Océan , ils furent obligés
´d'aller relâcher aux Canaries : là ils apprirent
qu'autrefois quelques habitans de ces
Ifles avoient couru la mer pendant un
mois , pour découvrir de nouvelles terres
'à l'occident. D'où il réfulte.
que les
-ples les plus barbares , fans avoir connoiffance
de la bouffole , ne craignoient pás
de s'expofer en pleine mer fur de fragiles
bâtimens , & qu'il nnee lleeuurr a pas été aufli
impoffible de fe rendre en Amérique que
nous le penfons.:
D
peu74
MERCURE DE FRANCE.
Ces recherches qui d'elles-mêmes répanadent
un grand jour fur l'origine des Amé
-ricains , conduifent M. de Guignes à examiner
quelle a été la route que les Colo
nies ont tenue pour le rendre dans ce continent
; il penfe qu'une grande partie a dû
y paffer par l'extrémité la plus orientale
de l'Afie , où les deux continens ne font
féparés que par un détroit de peu d'étendue
, & facile à traverſer ; il rapporte quelques
exemples de femmes , qui du Canada
& de la Floride ont pénétré juſqu'en Tartarie
fans avoir vû de grande mer.
Le commerce des Chinois à dû auffi
ouvrit le chemin de l'Amérique , augmenrer
le nombre des habitans , & furtout
contribuer à les policer. M. de Guignes
sobferve à cette occafion que les Nations
les plus civilifées de ce continent font -
zuées fur la côte qui regarde la Chine , &
qu'elles viennent originairement du nord
de l'Amérique , c'eft-à dire des environs
ades pays où les Chinois abordoient , com-
-me Quivir & le nouveau Mexique , d'où
les Mexicains font fortis pour aller s'établir
dans le Mexique proprement dic ,
après en avoir chaffé les anciens habitans ,
qui étoient des barbares .
M. de Guignes cite encore quelques
autorités qui femblent faire croire que les
JUILLET. 1753. 74
Chinois avoient connoiffance du Détroit
de Magellan , & que les habitans de la
Corée avoient un établiſſement dans la
Terre de feu. En conféquence de toutes
ces navigations des Chinois & de celles
des peuples les plus barbares , il eft porté
à croire que les peuples difperfés dans les
Ifles qui font au midi des Indes , après
s'être multipliés , ont habité fucceffivement
cette chaîne d'Ifles qui va rejoindre
l'Amérique , & le font approchés infenfi
blement de ce continent. L'exemple des
peuples des Canaries paroît donner quel
que fondement à cette conjecture.
Extrait du Mémoire fur l'hiftoire du Confeit
& des Maîtres des Requêtes de l'Hôtel du
Roi , depuis le commencement de la Monarchie
Françoife jufqu'à préfent.
L'Ouvrage que M. le Président de Noinville
nous annonce dans cette Differtation ,
eft divifé en deux parties ; la premiere ,
qui roule fur l'hiftoire du Confeil , avoit
déja été traitée par Guillard , Avocat au
Confeil , dans un Ouvrage imprimé en
1718. Mais M. de Noinville à travaillé
fur un plan tout différent ; il y remonte
jufqu'à l'origine de ce Tribunal & àl'inftitution
des Maîtres des Requêtes , & fes
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
recherches lui ont fait trouver certe orie
gine dans les différens Offices dont le Sénat
Romain'étoit compofé.
Il fait voir que comme la Monarchie
Françoise a été fondée fur les debris de
l'Empire Romain , les différens degrés de
Magiftrature établis par nos Rois dans
leurs Etats , ont été formés fur ceux qui
étoient en ufage du tems de la Républi
que & fous le gouvernement des Céfars,
Sur ce fondement il démontre que les
fonctions des Charges de nos Maîtres des
Requêtes ont quelque rapport à celles des
deux Bureaux établis dans le Palais des
Empereurs Romains , dont l'un étoit appellé
Serinium Libellorum , & l'autre Scri
nium Difpofitionum.
!
Le Chef du premier Bureau portoit le
titre de Magifter Libellorum ; il étoit chatgé
de rapporter aux Empereurs les Requêtes
des particuliers dans lefquelles il
n'y avoit rien de litigieux ; & après avoir
reçu la réponſe du Prince , il la dictoit à
des Officiers appellés Libellenfes , qui dépendoient
de lui , & qui avoient ordre
d'écrire leurs réponſes au deffous des Requêtes
; ces réponſes étoient appellées
Refcripta Principum.
Procope parlant dans fon Hiftoire feerette
, de quelques Officiers fous l'EmJUILLET.
1753. 77
i
perenr Juftinien , dit que leurs fonctions
étoient de rapporter les Requêtes que l'on
préfentoit aux Empereurs , & de leur en
dire leur avis ; ce qui a beaucoup de rapport
aux fonctions de nos Maîtres des
Requêtes.
Le Magiftrat qui préfidoit au fecond
Bureau , portoit le nom de Comes Difpofi
tionum : il faifoit rappport aux Empereurs, '
des Requêtes dont l'objet étoit important
, & il dictoit leurs réponſes aux Officiers
de fon Bureau , qui étoient appellés
Referendarii ; ces derniers les écrivoient au
bas des Requêtes , & on appelloit ces réponſes
Mandata Principum.
Il conclut de l'idée que Caffiodore nous
donne de ces Magiftrats qui compofoient
ce dernier Bureau , qu'ils faifoient en par
tie l'office de nos Maîtres des Requêtes ,
qui en effet étoient qualifiés fous la premiere
race de nos Rois de Référendaires ;
& le fçavant Jerôme Bignon , dans les
notes qu'il a faites fur les formules de
Marculfe , dit que les fonctions de ces Référendaires
étoient les mêmes que celles.
qu'exercent aujourd'hui les Maîtres des
Requêtes ( a ) : Referendarii hodie quidem
Magiftri Libellorum fupplicum eorum officia
funguntur.
(a ) Marculf. form. 25. Liv. 1.
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
A cette Compagnie des Référendaires
préfidoit celui que Gregoire de Tours
qualifie Grand Référendaire , & qui depuis
a été appellé Chancelier fous la troiliéme
race de nos Rois.
Sous la feconde race ces Référendaires
furent fupprimés , car il n'en est fait aucune
mention dans les actes judiciaires
qui fe trouvent de ce tems là ; mais il eft
parlé de ceux qu'on appelloit Scabini facri
Palatii , qui étoient des perfonnes verfées
dans les Loix du Royaume, & fuivant leurs
confeils , le Comte du Palais jugeoir des
différends des parties ; on les appelloit
Scabini facri Palatii , pour faire différence
entr'eux & ceux qu'on nommoit Scabini
Comitum , qui étoient comme les Affeffeurs
des Comtes , qui leur donnoient confeit
quand ils rendoient la justice.
It
Quelques uns prétendent établir par
que les Maîtres des Requêtes exiftoient dès
la feconde race , fous le nom de Miffi Dominici.
Mais M. de Noinville réfute cette
opinion , & il fait voir que ces Officiers
qu'on nommoit de ce nom Dominici
, n'étoient autres que des Commiffaires
extraordinaires que nos Rois envoyoient
dans les Provinces pour réfor
mer les abus qui fe commettoient , tant'
dans l'ordre extérieur de l'Eglife , que
འབ
JUAL LE T. 1753. 79
1
$
ES
10
IS
ह.े
dans la Juftice & la Police , & ces Com
miffaires étoient compofés d'un Evêque ,
ou d'un Abbé , & d'un Comte , c'eft - à dire
Juge Royal , qui fe peut rapporter à nos
Baillifs ou Sénéchaux : le département de ,
ces Commiffaires eft appellé Miffaticum
en plufieurs endroits des Capitulaires de
Charlemagne , de Louis le Débonnaire
& de Charles le Chauve , où leurs fonc-
&tions & autorité font réglées ; & M. de
Noinville prouve qu'avant le régne de
S. Louis on ne trouve aucun monument
dans lequel il foit fait mention des Maîtres
des Requêtes , fous quelque nom &
fous quelque qualité que ce foit , mais
que ce ne fut que du tems de ce Prince,
qu'ils furent inftitués fous le nom de
Inges de la Porte.
Ce faint Roi ayant appris pendant for
voyage de la Terre fainte , que les Rois
Orientaux faifoient rendre la justice à
leurs Sujets à la porte de leurs Palais ( ce
qui s'obferve encore à préfent en Perfe ,
en Turquie , à la Cour du Grand Mogol
& du Grand Kam de Tartarie ) créa à fon
retour en France trois Officiers , qu'il qualifia
de Juges de la Porte , pour recevoir à
la porte de la Maifon Royale , qui eft aujourd'hui
le Palais , que ce Roi habitoit
alors , les plaintes & les requêtes des par
D iiij
So MERCURE DE FRANCE.
ticuliers , & y faire droit fi elles étoient
de légere conféquence , ou lui faire rap- '
port de celles qui requeroient connoif
lance de caufe. Or on ne peut pas dire
que cette création fût un rétabliſſement
des Officiers qu'on appelloit Miffi Dominici.
Quelle raiſon y a - t il donc de rechercher
l'inftitution des Maîtres des Requêtes
avant le régne de S. Louis ? Joinville
en parle dans la vie de ce Roi . ( a )
Ces Juges de la Porte ayant été inſtitués
au nombre de trois , l'affluence des
affaires obligea le Roi Philippe le Bel
d'en créer deux autres en 1285 , comme
Badé dit l'avoir recueilli des regiftres
de la Chancellerie ( 6 ) , les trois premiers
Maîtres des Requêtes demeurant toujours
( dit - il à la porte du Roi pour faire
leurs charges.
L'Ordonnance de Philippe le Long
donnée en 1316 , lorfque ce Prince n'étoit
encore que Régent du Royaume ,
porte en termes exprès , que » nul
» ne fera figner lettres de juftice , fors
» ly trois Clercs & ly trois Lais fuivans ,
quand ils fernt à Cour. On convient
que c'étoient les Maîtres des Requêtes qui
étoient appellés fuivans en ce tems- là
( a ) Pag. 22. Elit . de 1617. in - 4° .
و و
( b ) Budeus ad titulum de officio Profecti Pratorio!
JUILLE T. 81. 1753.
ES
el
Ge
es
TS
re
13
,
*
parce qu'ils étoient inféparablement atta¬
chés avec le Chancelier auprès de la perfonne
du Roi , qu'ils fuivoient par - tout
comme ils font encore aujourd'hui. ( a )
Lorfque Philippe le Bel rendit fon Parlement
fédentaire à Paris en 1302 , les
Maîtres des Requêtes furent déclarés de
ce Corps ; & comme ils étoient fix
par
l'Ordonnance faite au Vivier en Brie l'an
1289 , il en refta deux à la fuite du Roi ,
& les quatre autres allerent à leurs commiffions
ou à leurs chevauchées , comme
on parloit alors , & ils avoient foin de ſe
trouver aux Parlemens , qui fe tenoient
d'ordinaire aux quatre fêtes folemnelles
de l'année de là vient que les Maîtres
des Requêtes ne peuvent encore y affifter
& avoir voix délibérative qu'au nombre
de quatre ; ils y ont rang & féance après
les Préfidens à mortier , & avant les Confeillers
, de même qu'au Grand Confeil .
Sous les régnes fuivans les affaires du
Confeil s'étant beaucoup multipliées , nos
Rois ont fait diverfes créations d'Offices
de Maîtres des Requêtes , & en ont confidérablement
augmenté les fonctions ;
c'est ce dont M. le Préfident de Noinville
donne un ample & curieux détail , il en
(a ) Du Tillet en fon Recueil des Rois , p. 41
D v
S2 MERCURE DE FRANCE.
rapporte toutes les diverfes créations &
fuppreffions jufqu'à l'Edit du mois d'Août
1752 , qui a fixé le nombre de ces Charges
à quatre-vingt ; il énonce , en fuivant.
l'ordre des tems , les fonctions , les priviléges
& prérogatives de ces Offices , avec
les Ordonnances , Edits , Déclarations &
Arrêts du Confeil à ce fujet ; il n'oublie
pas non plus l'établiffement du Grand
Confeil , où préfident aujourd'hui les Maî
tres des Requêtes.
A l'égard de la feconde partie de cer
ouvrage , qui contient l'hiftoire des Maîtres
des Requêtes en particulier , M. de
N. avertit que ce fajet avoit déja été traité
dans un petit in-folio imprimé à Paris en
1670 ; Blanchard , qui en eft l'Auteur
commence cette hiftoire au régne de Saint
Louis , & la finit à l'année 1575. Mais
comme ce livre eſt devenu rare , & qu'il
y a beaucoup de fautes & d'obmiffions ,
M. le Président de Noinville fe propoſe
d'en donner une nouvelle édition beaucoup
plus correcte , & qui fera augmentée
de plus de moitié ; on y trouvera plus de
cent Maîtres des Requêtes dont Blanchard
n'a point fait mention , & il continuera
cette hiftoire depuis l'an 1575 jufqu'à la
préfente année 1753 , ce qui fera encore
une faite de plus de huit ceas Maîtres
JUILLET. 1753. $ 23
1
T3
des Requêtes , dont il rapporte les familles,
les alliances , les armoiries , &c. Tout .
cet ouvrage pourra compofer fept ou huit
volumes in-4 °.
Extrait de la Differtation fur les Médailles
des Arabes.
Les anciens Arabes ne font connus , dir
M. l'Abbé de Barthelemi , que par quelques
traits généraux épars dans les Auteurs
Il ne nous refte d'eux aucuns de ces mo™
numens , qui triomphent à la fois du tems
& des hommes ; & fi quelques-uns de
Jeurs Princes voifins de la Syrie , ont fait
frapper des médailles , ils y ont employe
la langue Grecque , que parloit la plus
grande partie de leurs fujets.
On peut donc pofer pour un principe ,
certain que toutes les médailles Arabes
qui font venues jufqu'à nous font posté
rieures à Mahomet : j'ajoûte qu'elles n'en
font pas mieux connues pour cela.. Le pe
tit nombre de celles qu'on a tenté d'expliquer
, ont répandu de nouvelles er .
zeurs dans la Littérature , ou n'ont rien ,
appris , parce qu'outre le nom du Prince
elles ne contiennent que des fentences de
L'Alcoran qu'on fçait déja , & qu'on ne
Le foucie pas de fçavoir ; & le grand nom
Bare de celles qu'on a fait graver , femblent
D.vj
84 MERCURE DE FRANCE.
avoir été abandonnées à des ouvriers qui
viaifemblablement auroient fait des fautes
groffieres , en copiant des infcriptions "
en leur propre langue : mais il ne faut être
furpris ni de cette négligence ni de
ces erreurs : la plupart des médailles Arabes
font très difficiles à lire , les caracteres
qu'elles y répréfentent , peu connus
des Arabes modernes , font dénués nonfeulement
des points qui tiennent lieu de
voyelles , mais encore de ces autres points
qui fervent à diftinguer telle lettre en particulier
, de telle autre lettre de même ·
forme ; de façon qu'un même trait , un
même caractere , peut y recevoir jufqu'à
cinq valeurs différentes , & que cet embaras
plus ou moins grand , fe multipliant
dans chaque mot , à proportion des élémens
qui le compofent , donne lieu à une
foule de combinaifons propres à décourager
ceux qui ne font pas affez familiarifés
avec ce genre d'écriture.
Ces difficultés ont été heureusement
vaincues par M. l'Abbé de Barthelemi : it
examine dans la premiere partie de fon :
Mémoire , quelle eft la nature des types
des Arabes , & dans la deuxième , fi l'ufage
de ces Types prouve que la défenfe des
images n'a pas toujours fubfifté parmi les
Mufulmans rigides ; il ſe propoſe de don-
;
1
JUILLET. 1753: 85
her bientôt , dans une autre Differtation ,
quelques idées générales fut le métal , fa
forme , les lettres & les légendes de ces
Médailles.
Comme le Mémoire dont nous parlons
eft ſi ferré qu'il n'eft pas fufceptible d'extrait
, nous nous bornerons à en copier,
la fin .
Je finis , dit M. l'Abbé de Barthelemi
en réduisant à deux propofitions très - fimples
, les faits détaillés dans ce Mémoire .
Toutes les fois qu'on trouve des médailles,
Arabes chargées de figures , on peut être.
affuré qu'elles n'ont été frappées ni pour
des Khalifes , ni pour des Mufulmans rigides
toutes les fois qu'on trouve for ces
monnoyes la tête d'un Roi Grec , ou d'un ›
Empereur Romain , on, doit fe rappeller ›
que cette fingularité ne prouve nullement :
que les Arabes ayent connu ces Princes.:
En un mot , quelques Turcomans peu feru-,
puleux , voulurent que leurs monnoyes
fuffent ornées de figures : les premiers Artiftes
qu'ils employerent ne crurent pouvoir
mieux les orner qu'en copiant les
médailles Grecques & Latines , que le ha- :
zard offroit à leurs yeux , voilà , fi, je ne
me trompe , tout le fecret des Types que.
préfentent les médailles Arabes .
86 MERCUREDE FRANCE.
Extrait du Mémoire critique fur l'Arc de
Triomphe de la ville d'Orange.
Selon M. Mefnard , de tous les monu
men's que les Romains éleverent dans les
Gaules , il n'en eft guere de plus impor
tant , ni de plus digne de notre attention
que l'Arc de triomphe qui refte d'eux à
Orange , Ville Capitale de l'ancienne
Principauté de ce nom , enclavée entre le
Rhône , la Provence , & le Comté Venaiffin.
L'Auteur affure que ce monament n'a
pas été bien connu jufqu'ici , & que les
explications qui en ont été données , s'ac➡
cordent mal avec l'Hiftoire ; il les examine
enfuite avec foin , & il finit par expo
fer fon fentiment & par tâcher de juf
tifier les nouvelles explications qu'il en
donne..
M. Mefnard après avoir donné une idée
très exacte du monument dont il s'agit
dit que parmi les diverfes explications .
qu'on en a données ; il en eft une trèsancienne
qui femble avoir prévalu juf,
qu'ici ; elle a du moins été fuivie par
la plupart des Hiftoriens d'Orange : par
cette explication on rapporte l'Arc de
triomphe à Caïus Marius & à Lutatius
JUILLET. 1753-
Catulus , Confuls Romains.
Ceux qui font de ce fentiment difent
que ces deux Généraux défirent les Cimbres
& les Teutons , l'an de Rome 65.2 .
en deux différens combats , l'un près d'Aix
*en Provence , & l'autre près d'Orange
que pour perpétuer le fouvenir de ces deux
importantes victoires , on éleva pour la
premiere , de l'ordre même du Sénat , une
pyramide , dont on voit encore les fondemens
fur le grand chemin d'Aix à S. Mar
ximin , & que pour la feconde , on conf
truifit à Orange , l'Arc de triomphe en
queftion .
Sur ce fondement ils croyent reconnoî→
tre les Confuls dans les deux figures
d'hommes ; ils croyent auffi reconnoître
dans le buſte d'une femine , cette Syrienne
, nommée Marthe , qui fe vantoit d'a◄
voir le don de prophétie , que Marius menoit
avec lui , & qui affiſtoit à tous fes
facrifices.
M. Mefnard examine fr ces conféquences
font folides & fondées ; il commenceles
faits hiftoriques ,, & dit d'abord qu'il
n'eft pas vrai que Marius ait combattu
contre les Cimbres & les Teutons dans la
plaine d'Orange ; les autorités qu'on réclame
pour l'établir ne rapportent rien de
femblable Strabon , Plutarque . Florus &
88 MERCURE DE FRANCE.
1
autres , difent fimplement que Marius
auffi-tôt après avoir commencé l'exercice
de fon quatriéme Confular , partit à la hâte
pour venir difputer le paffage du Rhône
aux Cimbres , qui n'ayant pû s'établir
en Efpagne , s'étoient mis en marche pour
repaffer les Pyrenées , dans le deffein de
pénétrer enfuite dans l'Italie par les Alpes
; que ce Général ayant campé fon armée
le long du Rhône , il y éleva un ouvrage
qui fervoit de retranchement à fon
camp ; que les ennemis vinrent l'y défier ,
& n'oublierent rien pour l'attirer au combat
; que ce Général fe contenta de les
repouffer; que les barbares furent obligés
de remonter le long du Rhône dans le
deffein de continuer leur route , & d'entrer
en Italie par les Alpes ; que Marius
les fuivit de près juſqu'à Aix , réfolu de
leur livrer bataille , que le combat s'étant
enfin engagé , les Romains taillerent en
piéces l'armée des Ambrons , que le lende
main les Teutons ayant attaqué Marius, cekui-
ci qui s'étoit attendu à ce nouveau com→
bat , foutint leurs efforts avec vigueur
les repouffa , les attaqua à fon tour , &
qu'après un combat vif & opiniâtre les
troupes Komaines remporterent une victoire
fi complette fur les barbares, qu'à peime
ils'en fauva trois mille hommes.; que
JUILLET . 1753: 89%
l'année fuivante Marius , à qui l'on avoit
déféré le Confulat pour la cinquième fois,
fe rendit fur les rives du Pô , où les Cimbres
avoient déja pénétré & remporté même
quelques avantages fur fon Collégue
qui le joignit , qu'ils pafferent enfemble le
Pô, & qu'ayant rencontré l'armée des Cime
bres in raudis Campis , le trente Juillet , les'
ennemis furent entierement défaits ; qu'il
en refta cent quarante mille fur le champ
de bataille , & que foixante mille y furent
faits prifonniers.
M. Mefnard conclud de là que ces deux
victoires mémorables n'ont point été remportées
dans la plaine d'Orange , & que'
conféquemment l'Arc de triomphe ne
peut être rapporté à C. Marius ; à l'égard
de la Magicienne Marthe , il démontre
qu'on a pû placer fon bufte parmi des fi
gures dont il eft certain que l'emblême
devoit , fuivant l'ufage conftant des Anciens
, avoir un rapport particulier avec
les actions qui donnoient lieu au triomphe.
Dans une feconde explication qui a été
donnée de cet édifice , on le rapporte aux
tems de Cneïus Domitius Enobarbus & de
Quintus Fabius Maximus : pour appuyer
ce fentiment on dit que les Marfeillois ,
alliés des Romains , fe voyant exposés à
90n
MERCURE DE FRANCE.
de fréquentes attaques de la part des Auver
gnats & des Allobroges , demanderent du
fecours à la République , qui leur envoya
des troupes confidérables fous le commandement
de C. Sextius . Ce fecours ne fur pas
fuffifant , & les Romains envoyerent de
nouvelles troupes fous le commandement
deDomitius Anobarbus ,l'an de Rome631 :
ce Général battit les Allobroges dans un
combat qui fe donna vis à - vis le confluent
de la Sorgue & du Rhône ; nonobſtanc
cence victoire le Roi des Auvergnats vint .
avec fon fils joindre les Allobroges & rétablit
leurs affaires : alors Fabius Maximusvint
les combattre , & remporta fur euxune
pleine victoire dans un endroit voifin
du Rhône. Or pour laiffer à la poftéri
té des marques de leurs triomphes , ces ,
deux Généraux firent élever des tours de
pierre aux endroits même où il avoient
vaincu , & c'eft dans l'Arc de triomphe
qui reste à Orange qu'on croit retrouver
ces tours.
M. Mefnard après avoir difcuté la chro
nologie des points d'hiftoire , qui font
la bafe de toute cette explication , dé
montre que l'Arc de triomphe de la ville
d'Orange ne peut être rapporté aux deux
évenemens qu'on cite ; la premiere vic
toire ayant
été remportée à l'endroit me
JUILLET. 17537 91
IS
JX
es
He
c.
et
nt
le
Ca
ב ל
me où la Sorgue fe jette dans le Rhône ,
qui eft à trois ou quatre lieues éloignée
de la ville d'Orange. Il en eft de même,
du fecond évenement qui s'eft paffé , fui
vant Strabon , au confluent de l'Ifere &
du Rhône , diftant de plus de 15 lieues.
*
M. le Baron de la Battie a embraffé un
troifiéme fentiment ; il attribue cet édifice
à l'Empereur Augufte , qui après avoir
Lémporté différentes victoires fur mer &
far terre , & enfin étant venu dans les
Gaules en 727 , y établit diverfes colonies
, du nombre defquelles fut celle d'Orange
or fuivant M. de la Baftie , l'Arc
de triomphe d'Orange défigne une victoire
navale , par des tridents , des mâts de
navires & des cordages ; il défigne auffi
un combat de terre , par des mêlées de
combattans , des foldats armés & des gens,
à cheval , & tout ceci ne fe peat rappor
ter qu'à l'Empereur Augufte ; donc l'Arc
de triomphe dont il s'agit a été conftruit
par fes ordres. M. de la Baftie pourroit,
avoir quelque raiſon , fi Augufte eût été
Le feul Empereur ou le feul Général qui,
eût vaincu fur terre & fur mer ; mais tant
d'autres ont eu de pareils avantages , que
cela ne le caractériſe point , d'ailleurs il
eft certain que la colonic d'Orange a été
fondée avant Augufte.
92 MERCURE DE FRANCE.
* Enfin , M. le Marquis Maffei a propofe
fur cet édifice un quatriéme fentiment :
il dit que l'Arc & les antiquités d'Orange
reffentent la maniere du tems d'Adrien ,
ou environ , mais il n'entre dans aucun détail
, & il ne dit rien pour le prouver.
On obfervé feulement à cet égard qu'A
drien n'a jamais fait aucun exploit fur
mer , ni par lui ni par fes Généraux .
M. Mefnard donne enfuite fon fentiment
, qui eft le plus probable & le mieux
appuyé de tous , en rapportant l'Arc de
rriomphe au tems de Jules Céfar ; en voici
les principales raifons.
C'eft Jules Céfar qui a établi la Colonie
d'Orange , on en à la preuve dans ces
trois lettres initiales : C. J. S. Colonia Julia
Secundanorum , qu'on voit dans les ref
res d'une ancienne Infcription , gravée
au- deffus de la corniche de la grande Por
re , ou arcade du cirque de cette Ville :
l'Infcription eft à demi effacée , mais ces
trois lettres s'y lifent encore diftinctement
; on s'eft fans doute , propofé
de comprendre dans ce monument des
rapports perfonnels & particuliers à Jules
Céfar , en mémoire de la fondation
de la Colonie. Le bufte de cette femme
qui n'eft autre que Venus , peut par
faiteinent fe rapporter à Céfar qui fe di
JUILLET.
17533 95
foit defcendu de cette Déeffe ; le bâton
augural défigne d'une maniere qui n'eſt
pas équivoque , la dignité d'augure dont
ce Prince étoit revêtu ; les figures des combattans
tant fur mer que fur terre font les
fignes de fes victoires , & fur - tout de la
conquête des Gaules ; felon Suetone , de
tous les triomphes de Jules Célar , celui
des Gaules fut le plus fuperbe. On aura
prétendu défigner par toutes les figures
des captifs enchaînés qui font fur cet édifice
, les Gaulois que Céfar mena captifs
-à Rome. Le défaut d'infcription fur ce
monument , eft encore une nouvelle conjecture
qui peut le faire rapporter à Jules
Célar , parce que dans les tems , orageux
-de la République , on ne fongeoit qu'à
écarter tout ce qui auroit donné trop de
force au crédit, & à la fupériorité d'un
citoyen. On ne permettoit donc pas de
placer fur les monumens publics des infcriptions
qui auroient trop fervi à exalter
celui qui en étoit l'auteur , ou à qui il fe
rapportoit. La derniere réflexion de M.
Mefnard pour fonder de plus en plus fon
fentiment eft les' ornemens & la
Sculpture de cet Arc de triomphe paroiffent
très bien convenir auf fiécle de Jules
Céfar ; il eft vrai que les Arts & fpécialement
l'Architecture , furent extrêmement
> que
94 MERCURE DE FRANÇ E.
perfectionnés fous celui d'Augufte , &
qu'alors feulement ils furent portés à un
point qu'ils n'avoient pas encore atteint ;
-mais comme cette grande perfection ne ſe
trouve point dans l'Arc d'Orange , quelque
fomptueux qu'il foit , qu'on apperçoit
même de la médiocrité dans les quarrés figurés
en bas relief, M. Mednard en tine
une derniere conjectute pour le rapporter
au fiécle de Jules Céfar.
Le mot de la premiere Enigme du fecond
volume du mois de Juin , eft une
voiture , dont on fe fert pour carroffe , coche,
caleche , berline , vis-à- vis , char d'Ambaffadeur
& tombereau. Le mot du Logogriphe
et démonftration , dans lequel on
trouve Mentor , armes , Armide , Mars ,
Neron , rrooffee ,,mmoorrtt,, Minos , Rome , Rois
Neftor, Sinon , monde , rime , domino , mitre,
Mars , Mai , Jonas , Erato , orme , air,
Mardi , Samedi , raiſon , Simon , re , mi ,fi,
fot , marfon rien , martinet , mois , marin
fair , noir , or , Romains, Ane , dent , Jean,
André, Simon , Jean , rame , Roman , Etna,
Démon, tems , Sodome , ami , Afie , Manne,
Arion , fatyre , Names , Diane , traits , Ado
nis, Sina , Sine, el
>
JUILLE T.
95
1735.
1
er
C.
Ent
2 ,
0-
כ י
ل و
Sh
"
* ENIG ME.
A Mi lecteur , plains-tu ma triſe deſtinée ?
Des époufes je fuis la plus infortunée ;
Mariée en paillant au plus beau des époux,
Je n'en ai point encor favouré rien de doux ;
Si je le fuis , hélas ! d'une courſe légere ,
Il volé promptement dans une autre hémiſphére j
·Et fi par un excès d'amour ,
Je veux l'éviter à mon tour,
Et feindre une rapide fuite
Il eft ardent à ma pourſuite.
Dans ce bizarre changement ,
Nous fommes fans délafsement ;
Soit chaud amour , ou froide haine
Rien n'affoiblit , ni groffit notre peine ,
Quoiqu'il paroifse aux ignorans ,
Qu'il eft pour nous divers tourmens .
C'eft quand nous, fommes face à face ,
Pour lors on voit la populace
S'intéresser à notre fort ;
Craindre pour un de nous la mort
C'eft deux Héros dont la vaillance
Eût renversé Rome & Numance
Prêts à le porter des grands coups ,
Sufpendent tous deux leur courroux ;
L'un frémit , & pâlit de rage,
6 MERCURE DE FRANCE.
Et par un excès de courage
Voulant tous deux fe laisser prévenir ,
Ils fe quittent fans coup férir ,
Et retournant à leur armée
En rassurent l'ame allarmée ,
Tels après un morne deſsein ,
Nous reprenons un air ferein ,
Et notre exercice ordinaire.
Lecteur , eft- ce petite affaire
¿ De débrouiller de ce cahos mon nom ?
Quelqu'un dit qu'oui , d'autres que non.
Capris de Beauvefir , de Cuers en Provence.
LOGO GRIP H E.
Préfent du pauvre & du riche ,
Je leur fers également ;
Souvent l'homme le plus chiche
Me prodigue à tout venant ;
Je coûte peu , ne vaux guére ,
Qui me donne cependant
Trouve le fecret de plaire ,
Et palle pour obligeant :
Dans fept pieds dont l'affemblage
Me compoſe , ami lecteur ,
Des Dieux tu verras l'image ,
Et Pidole du Batteur.
De la belle & chafte Hellice ,
Tu
JUILLET.
97.
1733.
Tu verras le tendre époux ;
Puis du Ciel long- tems propice ,
Un jufte éprouvant les coups ;
Ce
que tout homme doit être ,
Et dont l'on craint le renom
;
Ce qui ne fçauroit paroître
Où gît la fombre raiſon
De Cadmus l'aimable fille ;
Un Chaffeur audacieux ;
Ce que , lorsqu'au Ciel il brille ;
Phébus répand en tous lieux ;
Cet inftrument dont la trace
Donne à la pensée un corps ;
Et celle dont la diſgrace
D'Inach attrifta les bords .
Tu verras..... Mais à ta gêne
Il eſt tems de mettre fin ;
C'est trop te donner de peine ;
Bon foir , lecteur , à demain,.
AUTR E.
J'Aidėja paru
Ai déja paru fur la fcéne ,
Lemarie,
Dépouillé du nom de l'Auteur :
Et c'eft pour cela , cher Lecteur ,
Que maintenant il m'y ramene.
Je vais donc , fur un nouveau ton ;
Par les pieds qui font ma ftructure ,
E
98 MERCURE DE FRANCE.
On Y
Te montrer quelle eft ma nature :
Vois l'anagramme de mon nom .
trouve aifément une illuftre Princeffe ,
Dont Drufus fçut fixer l'eftime & la tendreffe ;
Deux grands Auteurs Latins ; un affable Empereur
Celui par qui le Perfe à Cnide fut vainqueur ;
Le fage confident d'un Prince , dont l'Idole
Eut toujours pour objet une gloire frivole ;
Ces hauts monts que franchit l'intrépide Annibal
La façon , dont fouvent le fait un Cardinal ;
Trois oifeaux ; l'un de chant , l'autre d'un beau
plumage ,
Le troifiéme , du Chrift eft une vive image ;
Ce qu'envain Mithridate , abattu par le fort ,
Mit en oeuvre jadis , pour ſe donner la mort ;
Le pere d'un Héros , dont le vaillant Achille
Rendit aux Phrygiens le fecours inutile...
Lecteur , pour me trouver avec moins de façon ,
Rappelle-toi les faits de Mahomet ſecond .
Par M. de Lanevere , ancien Moufquetaire
du Roi , à Dax.
JUILLE T. 1753. 99
;
20
205 50650% 50% 50%50%: 107 : 506 502 502 502 602: 50% 50%
NOUVELLES LITTERAIRES.
N
OUVEAUX Dialogues des morts.
A Paris , chez Nyon , fils , & Guillyn,
Quai des Auguftins. Deux volumes in-
12.
Nous avons dit en annonçant cette nouveauté
, que les fujets des dialogues étoient
la plupart piquans , & traités avec beaucoup
de goût & de naturel : nous croyons
que les deux dialogues que nous allons
copier juftifieront ce jugement.
Plutarque & Seneque , fur l'éducation .
Plutarque.
Je vous plains fincerement d'avoir vécu
fous un auffi méchant Empereur , & qui
reconnut fi mal les foins que vous aviez
pris auprès de lui ; mais il me femble que
vous avez quelques reproches à vous faire
à vous-même , & que vous êtes le premier
auteur de votre infortune .
Seneque.
Je ne me ferois
pas
douté……….
E ij
100 MERCURE DEFRANCE.
Plutarque.
Rien n'eft cependant plus véritable
n'aviez vous pas été Précepteur de Neron ?
Seneque.
Que pensez - vous en conclure contre
moi ?
Plutarque.
1
Que vous l'aviez très - mal élevé , puifqu'il
fut capable de tant d'excès.
Seneque.
Dites , au contraire , que j'avois fait un
chef-d'oeuvre d'éducation. Les premieres
années de fon regne ne firent- elles pas
admirer fa douceur & fon équité ? Rappellez
vous ce beau trait qui lui échappa .
lorfqu'obligé de figner l'arrêt de mort d'un
criminel , il s'écria qu'il voudroit ne fçavoir
point écrire .... mon ouvrage alors
étoit encore entier , mais les flatteurs ne
tarderent pas à le détruire
Plutarque.
C'est qu'il n'étoit pas folide : de bons
principes , de maximes sûres , bien incruftées
dans l'efprit , bien gravées dans le
coeur , s'effacent - ils jamais ? .... Voyez
JUILLET. 1753 .
?
6
DA
es
as
-P
UT
2.
TS
ne
-1
mon éleve , l'Empereur Trajan ; s'eſt ik
jamais démenti ? on le propofe encore pour
modéle. Titus & lui font devenus les noms
génériques des bons Rois , & les Souverains
les plus eftimables font flattés de la
comparaison.
Seneque.
En forte que vous prenez une partie de
la gloire de Trajan , & que vous mettez
fur mon compte les fautes de mon éco
lier ?
Plutarque.
Tel eft en effet mon jugement , & je lø
crois dans l'ordre.
Seneque.
Je penfe bien differemment , & j'imagine
en avoir de bonnes raifons .
Plutarque.
Je les attends ; le plaifir des fages doit
être d'approfondir les chofes , & de re
chercher la vérité.
Seneque .
Un Sculpteur habile me difoit un jour
ici , qu'avec le bois le plus commun , il orneroit
un appartement de la maniere la
E iij
102 MERCURE DEFRANCE.
plus élegante & la plus agréable . Je n'en
fut point étonné quand il ajoûta , qu'il ſe
feroit aider par Robert Martin , l'un des
plus célébres Verniffeurs que l'Europe ait
produit. Ce méchant bois , c'est le mauvais
fujet dont on nous confie l'éducation :
nous pouvons bien le travailler , le peindre
, le vernir , mais non pas le dénaturer.
Les apparences en impoferont ; au fonds ce
fera toujours du charme ou du maronnier.
J'ai mafqué pour quelque tems mon éleve,
& l'ouvrage me fit honneur tant que l'art
fubfifta mais le bois travailla , & la nature
reprit le deffus ; le vernis fe deffécha ;
les couleurs fe détacherent ; le fonds
tel qu'il étoit ; Neron fut un tyran .
:
Plutarque.
parut
L'éducation , felon vous , feroit donc
une chofe inutile ?
Seneque.
Je ne dis pas cela : le naturel le plus excellent
a befoin d'être cultivé.
Plutarque.
Mais c'eft peine perdue pour le mauvais.
Seneque .
Non ; car il vaudroit encore moins ; &
JUILLET. 1753.
1c ༈
ES
ce
e,
Et
lik
15.
même , pour fuivre ma comparaifon , le
bois défectueux eft celui qui rend l'adreſſe
de l'ouvrier plus néceffaire . L'ébene & le
cédre , pourroient prefque s'en paffer : l'art
les gâte fouvent , au lieu de les embellir .
Plutarque.
Je ferois très fâché que vos principes
fur une matiere fi intéreflante , vinffent à
la connoiffance des peres de famille de
l'autre monde ; l'emploi de Précepteur de
viendroit encore plus défagréable , quoiqu'il
le foit déja beaucoup .
Seneque.
Je ne vois pas en quoi je pourrois leur
nuire.
Plutarque.
Ne connoiffez- vous pas l'injuftice des
parens fi l'éducation réuffit , le naturel
étoit excellent ; pouvoit- on n'en pas tirer
parti le fuccès au contraire ne répond- t'il
pas aux travaux du Précepteur ? c'eft un
fot , un maladroit , & fouvent quelque
chofe de pis .
Seneque.
Les parens ont tort dans l'un & dans
l'autre cas , mais un peu moins dans le premier
; car il y a bien moins de mérite &
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
d'habileté à faire briller ce qui vaut beautcoup
par foi même , qu'à rendre fupportable
ce que la nature a fait naître difforme
& défectueux . Que ceux qui font heureufement
nés , en rendent graces aux Dieux ,
mais que les hommes fe faffent juftice. Ils
peuvent élaguer l'arbre & le diriger , &
non pas le dénaturer. Qu'ils fe guériffent
de la manie de vouloir être créateurs ; c'est
bien affez pour eux de fçavoir mettre en
oeuvre les matieres premieres créées par la
Divinité .
PAULINE , ALEXANDRE LE GRAND.
S'il eft plus humiliant de tromper les autres
que d'être trompé.
Alexandre.
Vous n'êtes donc pas cette Pauline , femme
de Seneque , célébre Philofophe , qui fe
fit couper les veines , lorfqu'elle fçut que
Neron avoit condamné fon époux à la
mort ?
Pauline.
Non , je ne fuis point cette femme-là ,
& je vous avouerai même , que tant d'héroïfme
ne me conviendroit pas.
C'eft
Alexandre,
pourtant , ce me femble , une ace
JUILLET. 1753 109
tion noble & belle , que de mourir auffi
courageufement pour fon mari,
Pauline.
Il y a quelquefois plus de courage à việ
vre enfemble , qu'à mourir de compagnie.
Alexandre.
Vous me feriez prefque foupçonner
que vous aimiez foiblement votre époux ,
ne feroit-ce pas lui qui , tout à l'heure ,
vous regardoit avec un mépris , mêlé de
colere & d'indignation ?
Pauline.
Mon mari me rend plus de juftice ; celui
que vous venez de voir en pallant , eft un
rival que je lui ai facrifié.
Alexandre.
Il ne vous plaifoit donc pas ?
Pauline.
Je voulus du moins le faire imaginer
voici fon hiftoire & la mienne . J'étois
Romaine , & j'avois époufé Saturnin, homme
diftingué par fa naiffance & par fes
emplois ; mon rang étoit auffi fort illuftre
& ma vertu furpalloit encore la nobleffe
de mon extraction : j'étois fort riche , &
n'étois pas moins belle.
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
Alexandre.
Voilà pour un mari , bien des ſujets
d'appréhenfion.
Pauline.
·Ma fageffe tranquilifoit le mien.
Alexandre.
J'aurois crains un peu davantage ; la fageffe
d'une fenime n'eft- elle pas un attrait
de plus ?
Pauline.
Ce fut apparemment ce qui fit naître
à Mundus , jeune homme très bien- fait
& fort entreprenant , l'idée de me plaire ,
& d'enlever mon coeur à celui qui le devoit
poffeder . L'Hiftorien Jofephe vous
atteftera que Mundns prit pour moi l'amour
le plus violent , & qu'il employa ,
pour obtenir quelque retour , les prieres ,
les larmes , les follicitations....
Alexandre.
Ce Mundus , ne vous déplaife , n'étoit
qu'un maladroit ; tant de foumiffions &
de timidités réuffiffent fouvent beaucoup
moins qu'une noble hardieffe ; quelle
gloire a- t'on à vaincre quelqu'un qui trem
ble ?
JUILLET. 1753 107
{
Pauline .
Il effaya de m'ébranler par des préfens
fort confidérables.
Alexandre.
Autre fottife ! .... vous étiez riche.
Pauline.
Il réfolut enfin de fe laiffer mourir de
faim .
Alexandre.
Oh ! pour le coup , c'étoit prendre les
chofes au tragique ; comment pûtes - vous
réfifter à cela ?
Pauline.
Je tins cependant contre un défefpoir
fi marqué ; mais j'avois une affranchie
nommée Ide , qui fit prendre à Mundus la
réfolution de vivre , pour rifquer encore
de nouvelles tentatives .
Alexandre.
Cette affranchie- là ne vous avoit- elle
pas un peu confultée ?
Pauline.
J'aurois fçu l'en punir : mais que fit - elle ?
de concert avec Mundus , elle s'avifa d'un
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
ftratagême fort fingulier , & qui ne devoit
pas manquer de me faire illufion.
Alexandre.
Votre amant feignit peut-être autant
d'indifference , qu'il avoit marqué d'ardeur
& d'empreffement : ce ne feroit pas la premiere
fois que ces petites rufes auroient
réuffi : j'ai vu des femmes s'attacher par
contradiction .
Pauline.
Ide fit mieux que tout cela , elle corrompit
les Prêtreffes de la Déeffe Ifis , qui
me firent fçavoir , que le Dieu Anubis
vouloit me voir en particulier....
Alexandre.
Voilà votre vertu dupe de la vanité ; il
faut bien échouer contre quelque chofe .
Pauline.
Cet Anubis n'étoit autre que Mundus ,
qui joignit à l'infolence de fon ftratagême
la folie de me l'avouer quelque tems après.
Alexandre.
Et fans doute , vous prîtes le parti de
vous taire fagement fur une avanture &
délicate ?
JUILLET. 1753. 109
Pauline
C'eût été me rendre complice du crime ,
que de le laiffer impuni , je réfolus dé
m'en venger.
Alexandré.
Comment donc ? Mundus auroit- il mal
fait les honneurs de la Divinité ?
Pauline.
J'étois trop piquée qu'il eût ofé me défabufer
, je dis tout à mon époux.
Alexandre.
Qui ne fut pas affez fou pour vous croire ?
Pauline.
Je l'en aurois puni lui- même : il fut fe
plaindre à l'Empereur.
Alexandre.
Fort bien , les maris ne fe deshonorent
jamais à demi. Je vois Mundus marcher
au fupplice .
Pauline.
Dites en exil ; ce fut la feule peine que
Tibere prononça contre lui , mais les Prêtreffes
& l'Affranchie furent punies de
mort.
110 MERCURE DE FRANCE.
Alexandre.
Ils n'avoient point d'amour qui leur fer
vit d'excufe , les grandes paffions peuvent
feules juftifier les grandes fautes ; mais vous
ne me parlez point de la condamnation
que l'on prononça contre vous .
Pauline.
On me combla d'éloges , au lieu de me
Alexandre.
condamner.
J'aurois penfé differemment : car enfin ,
votre vanité folle étoit la principale cauſe
de tout ce défordre- là.... Vous me regardez
avec étonnement ! on ne fe pique point
ici de galanterie : comment pûtes- vous
porter l'illufion jufques au point d'imaginer
qu'un immortel fût amoureux de vous ?
Pauline.
Vous voulûtes bien paffer pour un Dieu !
pouviez- vous compter affez fur la fottife
des hommes , pour efperer de vous divinifer
à leurs yeux ? vous aviez une bien
mauvaiſe opinion de leur difcernement .
Alexandre.
Et vous , une bien favorable de vous
même.
JUILLET. 1753 :
Pauline.
Je n'y étois point venue rapidement. Les
adorations de mille amans m'avoient infenfiblement
amenée à recevoir des hommages
encore plus flatteurs pour moi . Les
hommes ne fuffifoient plus à la gloire de
mes charmes , un Dieu feul pouvoit y mettre
la derniere main.
Alexandre.
Il y avoit long- tems auffi que mon nom
& mes exploits ne me laiffoient plus rien
à defirer chez les mortels , je ne pouvois
plus ambitionner que les honneurs de la
Divinité.
Panline.
Je fuis du moins plus excufable que vous ;
vous vouliez tromper les hommes , & ce
fut moi que l'on
trompa.
Alexandre,
Soyons de bonne foi tous les deux : vous
fçaviez fort bien qu'il ne pouvoit être
queftion pour vous , ni d'Anubis , ni d'aucun
autre Dieu ; mais cette avanture annonçoit
quelque myftére dont vous ne
fûtes pas fâchée de profiter . Je n'ignorois
pas non plus que mes fujets ne me croiroient
jamais un Dieu ; mais j'étois bien
11 MERCUREDE FRANCE:
aife qu'ils fiffent comme s'ils le croyoient ,
afin de me rendre encore plus refpectable
à leurs yeux : que fçait on même fi plufieurs
ne s'y feroient pas trompés : les hommes
font capables de furieufes méprifes , &
vous êtes un exemple que l'on peut tout
hazarder avec eux , pourvû que l'on flatte
leur vanité.
:
Pauline.
Oui mais c'étoit la vôtre que vous
cherchiez à fatisfaire , en voulant pafler
pour un Dieu.
Alexandre.
Croyez que je contentofs autant pour
le moins celle des peuples qui m'environnoient
, foit que je les cuffe foumis , foir
qu'ils fuflent encore à vaincre mes amis
s'en feroient trouvés d'autant plus honorés
, & mes ennemis moins confus de s'être
laiflés fubjuguer.
Pauline.
En ce cas Mundus eut raifon de fe deguifer
en Dieu , plutôt que de refter fimple
mortel ; mais il pouvoit , ce me femble ,
me flatter encore davantage , en feignant
de me prendre pour une Divinité.
JUILLET. 1753 113
S
Alexandre.
Il s'en feroit bien gardé , il n'auroit pû
vous changer en Déeffe fans vous donner
un motif de plus de le dédaigner ; au lieu
qu'en devenant un Dieu , il vous prépa
roit une raifon fort honnête d'avoir cédé,
Pauline.
Il rifquoit auffi que je pénétraffe la fupercherie.
Alexandre.
Vous étiez trop intéreffée à fermer les
yeux , & je vous fuis caution que hi j'eulle
employé moins d'orgueil & plus de galanterie
à me divinifer , les femmes de la
Macédoine n'auroient pas été les premieres
à me démentir.
RECUEIL de différens Traités de Phyfique
& d'Hiftoire naturelle , propres à
perfectionner ces deux Sciences. Par M.
Deflandes , de l'Académie Royale des
Sciences & Belles- Lettres de Pruffe . Tomé
troifiéme . A Paris , chez Quillau fils , rue
S. Jacques. 1753.
Le premier Mémoire roule fur l'établiffement
des Colonies Françoifes aux
Indes orientales , avec quelques obferva
114 MERCURE DE FRANCE.
tions fur les Ifles de Mafcareing & de
Madagascar. Le fecond , fur le cryſtal de
roche , principalement fur celui qu'on
trouve en quelques endroits de la baſſe
Bretagne . Le troifiéme , fur quelques effets
finguliers du tonnerre. Le quatrième , fur
les rames tournantes. Le cinquième , fur
le luxe , & fur l'examen du neuvième chapitre
de l'Effai politique fur le commerce .
Le fixième , fur les agrémens & les profits
qu'on peut retirer du jardinage. Le
feptiéme donne des éclairciffemens fur
l'état où étoient les Colonies Portugaifes
aux Indes orientales , lorfque la Compagnie
de France s'y établit .
Ces différens Mémoires nous ont parut
remplis de détails curieux & utiles , de
vues philofophiques & pratiques , de faits
finguliers & bien obfervés. Il eft à fouhaiter
que l'Auteur continue fon recueil ,
le fuccès des trois premiers volumes doit
bien l'y
encourager .
' LES Témoins de la Réfurrection de
Jefus-Chrift , examinés & jugés felon les
régles du Barreau , pour fervir de réponſe
aux objections du fieur Woolfton & dequelques
autres Auteurs ; traduit de l'Anglois
fur la fixième édition . On y a joint
une Diflertation hiftorique fur les écrits
JUILLET. 1753. IIS
1
مامالا
e
11-
Les
ie
ne
de M. Woolfton , fa condamnation & les
écrits publiés contre lui . Par A, le Moine,
Miniftre de l'Eglife Anglicane , & Chapelain
du Duc de Portland. A Paris ,
chez Tilliard , quai des Auguſtins . 1753 .
2 vol. in- 12.
Les erreurs de Woolfton ont fait tant
de bruit dans toute l'Europe , qu'il n'eſt
pas pas poffible que le Public n'en voie
une réfutation auffi fage & auffi forte que
celle que nous annonçons ; elle eft généralement
attribuée à M. Sherlock , un des
plus grands Prélats qu'ait eu l'Angleterre
depuis la réformation .
TRAITE ' des diamans & des perles , où
l'on confidere leur importance : on établit
des régles certaines pour en connoître la
jufte valeur , & l'on donne la vraie méthode
de les tailler. On y trouve auffi des
obfervations curieufes , également utiles
aux Négocians & aux Voyageurs , & qui
intéreffent même la politique . Par David
Jeffries , Joaillier ; ouvrage traduit de
l'Anglois , fur la feconde édition , qui a
été confidérablement augmentée . A Paris,
chez Debure l'aîné , & Tilliard , quai des
Auguftins , 1753. I vol . in- 8 . Prix 3 liv.
broché , avec beaucoup de planches.
Un ouvrage dans lequel on réduit en
116 MERCURE DE FRANCE:
principes un art qui ne l'avoit jamais été
eft une nouveauté précieufe ; nous croyons
qu'elle fera accueillie par les Artiftes , par
les amateurs & par les Dames ; ces trois
fortes de perfonnes y trouveront des chofes
qui piqueront leur curiofité.
MANIERE de perfectionner les voitures
. A Paris , chez la veuve d'Houry ,
rue de la Harpe , & chez David , quai des
Auguftins. 1753. Brochure in- 12 de 22
pages.
L'Académie des Sciences a approuvé les
idées contenues dans le Mémoire que nous
annonçons , & voici en quels termes .
Nous avons examiné par ordre de l'Académie
un Mémoire de M. de ... dans
lequel il expofe les moyens dont il s'eft
fervi pour perfectionner les voitures à
quatre roues, en les rendant plus roulantes.
Il a fait fes effais fur une berline à quatre
places ; il a donné cinq pieds quatre
pouces de diamètre aux roues de derriere ,
& quatre pieds aux roues de devant ; il a
placé la volée à la hauteur du poitrail des
chevaux , & a relevé le limon à proportion
; il a donné la même voie aux roues
de devant qu'à celles de derriere ; il a fait
mettre aux extrémités da lifoir & aux bran
cards , des rondelles de fer , contre telJUILLET
. 1753. 117
quelles frotte le derriere des moyeux ,
& auprès des palonniers , il a fait faire
des noeuds anx traits , pour qu'ils ne puif-
Lent s'appliquer que du plat fur la cuiffe
des chevaux .
Nous ne parlerons point du diamétre
que M. de .... a donné aux roues de
derriere , parce qu'il eft le même qu'aux
voitures ordinaires.
huit ....
Les roues de devant ont ordinairement
vingt- quatre à trente pouces de diamètre ;
en lear donnant quarante- fix ou quarante
pouces , comme M. de ... on a au
moins moitié plus de levier pour vaincre la
réfiftance des frottemens de l'effieu dans les
moyeux. L'augmentation de diamètre donne
aux roues plus d'appui fur le terrain ,
& les empêche d'entrer auffi profondément
dans les creux formés par les inégalités
du pavé ou du terrain , enforte que
la volture doit être moins fujerre aux
cahots , principalement dans le paffage des
ruiffeaux. La volée placée à la hauteur du
poitrail des chevaux , empêche qu'ils ne
foient appefantis du jarret , & exige moins
de force pour le tirage. Cet avantage joint
à la facilité que l'augmentation du diamétre
des roues de devant donne au rou
lage , eft la principale perfection que M.
de ....a donnée à la voiture. Il eft vrai
118 MERCURE DE FRANCE.
que de plus grandes roues fur le devant
expofent la voiture à être plus facilement
accrochée lorsqu'on eft obligé de tourner ,
& demande plus d'attention de la part du
cocher lorfqu'il faut entrer dans des portes
difficiles ; mais ce léger inconvénient
ne nous paroît pas une raifon fuffifante
pour le priver d'un avantage réel que
l'on trouve dans des roues beaucoup plus
grandes que les rones ordinaires.
Il y a bien des gens qui s'imaginent que
plus on diminue les roues de devant , plus
la voiture a de chaffe ou de facilité à monter.
Mais c'eſt une erreur que M. de ……….
a fort bien remarquée , comme l'avoient
déja fait la plupart de ceux qui ont examiné
cette matiere fuivant les principes
de la méchanique . On fent que la fupériorité
des roues de derriere fur celles de
devant , ne donne aucun avantage à la
voiture , & qu'au contraire les roues de
devant ont d'autant plus d'avantage qu'el
les font plus grandes , pourvû que la ligne
du tirage ne s'écarte pas trop du niveau
du poitrail des chevaux .
Le plus de hauteur de l'effieu de devant
& du timon donne plus d'avantage aux
chevaux dans le recul ; de là il fuit que
fi la voiture devenue plus roulante par
l'augmentation des roues de devant , paJUILLE
T. 1753. 119
roît obligée à enrayer plus fouvent dans
les defcentes , le plus de hauteur de la
fléche qui donne aux chevaux plus de facilité
pour retenir , paroît auffi difpenfer
d'enrayer auffi fouvent qu'on pourroit le
croire ; ainfi l'avantage qui réfulte de la
plus grande facilité que la voiture doit
avoir dans la montée , ne fe trouve point
détruite par une plus grande difficulté
dans la defcente.
La même voie que M. de .... a donnée
aux roues de devant qu'à celles de
derriere , a l'avantage de procurer aux
roues de derriere un chemin frayé &
battu par celles de devant , & plus de
facilité à cartayer. La rondelle de fer appliquée
au lifoir & au brancard pour foutenir
le frottement des effieux , paroît
utile , en ce que le frottement devient
plus uniforme , plus doux , & plus capable
de conferver les moyeux , que le heurtoir
ou efpéce de clou qu'on enfonce dans le
brancard.
On fent aisément que les traits polés
du plat contre la cuiffe des chevaux , font
moins capables d'en ufer le poil & de les
écorcher , que ces mêmes traits frottant
par leur bord.
L'augmentation de hauteur que M.
de .... a donnée aux roues de devant
120 MERCURE DE FRANCE.
de fa voiture , l'a obligé à faire plufieurs
changemens dans la courbure des brancards
& dans la fupenfion de la caiffe ; il
a profité habilement de la facilité qu'on
a de rendre les voitures plus douces , au
moyen des foupentes de cordes de tendons
, qu'on appelle corde de nerf, pour
élever affez haut les moutons d'où partent
les foupentes , afin qu'elles n'empêchent
pas les roues de devant de paffer deffous ,
& que la caiffe caiffe ne foit pas trop élevée .
Les remarques que M. de .... à faites à
cette occafion nous ont paru judicieufes.
Fait à l'Académie des Sciences le 9 Mai
୨
1753.
IDE'E de la Poëfie Angloife, par M.I'AbbéTart.
4 T. in- 12. A Paris, chez Briaffon.
Le fecond volume de la Traduction
dont nous continuons à rendre compte ,
commence par un Difcours préliminaire
fur le Poëme didactique . Ce Difcours fert
de préliminaire à l'Effai fur la Poëfie , par
le Duc de Buckingham . Les Chanfons ,
l'Elegie , l'Ode , la Satyre , la Tragédie ,
la Comédie , le Poëme épique font la matiere
de cet Ouvrage . Cette Piéce eſt ſemée
de traits ingénieux , de comparaifons
brillantes , de réflexions fines , & de préceptes
transformés , pour ainsi dire , en
éloges ,
JUILLET. 1753. 121
e
-t
loges , en critiques & en plaifanteries.
Le Poëte amufe fans faire appercevoir qu'il
inftruit , & la délicateffe de fes pensées
n'affoiblit point la force & la folidité de
fes préceptes ; tel eft le jugement que porte
de cet Ouvrage M. l'Abbé Yart , jage
févere des morceaux qu'il traduit.
La deuxième Piéce du Recueil eft intitulée
Critique de Dryden. Le Comte de Rochefter
, le plus libertin , le plus fpirituel
& le plus aimable Seigneur de la Cour de
Charles II , avoit lancé quelques traits
malins contre Dryden dans une Satyre :
ces traits avoient déplû aux partiſans zelés
de ce Poëte. Rochefter écrivit la Satyre
, dans laquelle il confirma le jugement
qu'il avoit déja porté. Cette Piéce ,
dit M. l'Abbé Yart , eft remplie de préceptes
fi folidement penfés , fi délicatement
écrits , d'une critique fi inftructive
de quelques Poëtes Anglois , que j'ai cru
devoir la mettre au nombre des Piéces didactiques.
L'Hiftoire abregée des plus grands Poëtes
Anglois eft un ouvrage de jeuneſſe ,
mais de la jeuneffe d'Adiffon . Qu'on le repréfente
une gallerie de tableaux placés les
uns après les autres , fans autre fuite que
celle du tems où ceux qui y font peints
ont vécu . Les premiers ont un air anti-
F.
122 MERCURE DE FRANCE,
que & négligé ; les feconds font moins
négligés & moins naturels , leur habillement
eft bifarre , la draperie eft ridicule ;
plus les autres s'approchent de notre fiécle
, plus nous nous familiarifons avec
eux ; ils prennent infenfiblement notre air
& nos manieres ; c'eft ainfi que dans le
Poëme hiftorique de M. Adiſſon , on voit
paroître Chaucer & Spenfer , enſuite
Cowley , Milton , Denham , Valler , Rofcomon
, Dryden , Congreve & Montagu.
La Poëfie Angloife naît avec les premiers ,
fe forme ave les feconds , & fe polit avec
les derniers.
Les progrès de la Poëfie par Madame
de Worthley Montaigue vient très bien
après l'Hiftoire abregée des plus grands
Poëtes Anglois. En comparant ces deux
ouvrages , on trouvera , dit M. l'Abbé
Yart , qu'Adiffon a plus de force , Madame
de Worthley plus de grace ; celle- ci
offre plus d'images , celui-là plus d'idées ;
l'un penfe plus , l'autre peint davantage ;
le premier étonne l'efprit , la derniere flatte
les fens. Adiffon étoit peut- être capa
ble de s'élever à la hardieffe de Milton ,
Madame de Worthey fembloit être née
pour écrire avec la délicateffe de Madame
du Boccage ; cependant , ni l'une ni l'autre
ne manquent de force , mais elle eft
ornée d'agrémens
.
JUILLET. 1753. 123
Après un Difcours préliminaire , un
bregé fort curieux de la vie du Comte de
Rocheſter , & une Idylle fur la mort de
ce fameux & agréable débauché, on trouve
trois de fes fatyres : la premiere qui eft contre
l'homme , eft inégale , chagrine , pleine
de raifonnemens & de faillies. La deu .
xiéme , qui roule fur un repas ridicule >
paroît faite d'après celle de Regnier & de
Boileau : le repas eft groffier , les convives
impertinens , mais leurs propos ne
font pas les mêmes , c'est une autre efpece
de ridicule. L'objet de la troifiéme eft
de tourner en ridicule ceux qui prennent
les eaux à Tundbrige , à quelques mille de
Londres. On y trouve de la variété dans
les portraits , de la légereté dans les expreflions
, de la fingularité dans les plaifanteries.
L'effai fur la fatyre par le Duc
de Buckingham ek peu de chofe. Il y a
plus de finelle & de plaifanterie dans les
portraits fatyriques de ce Duc par Dryden
, & d'Adition par Pope.
Le difcours fur l'Ode eft écrit avec force
& avec chaleur. Il eft fuivi de l'éloge de
Cromwel , par Waller : c'eft une des plus
belles Odes qu'on puiffe lire. Celle du même
Poëte , qui roule fur la mort de cet
ufurpateur , eft pleine de deffauts , de ſù-
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
blime & d'enthouſiaſme , Cowley a fait fur
la tyrannie de Cromwel une Ode morale
qui excite la plus grande horreur : fon
Öde fur le rétabliffement de Charles II.
eft très-inférieure. L'Ode fur la liberté eft
froide , l'Hymne au Soleil par Prior , eft
véritablement füblime . L'Ode du même ,
fur une confpiration contre le Roi Guillaume
eft remplie de tout ce que la Reli
gion & la Poëfie fourniffent de plus belles
images. Il y a trop de réflexions morales
dans l'Ode que Prior a confacrée à la
mémoire de Georges Villiers. Le volume
finit par deux Odes de Walsh , imitées
d'Horace.
Nous parlerons dans les Mercures fuivans
des deux autres volumes de cette
traduction , dont le dernier vient de
roître .
pa-
PRINCIPES pour la lecture des Orateurs.
A Paris , chez Durand , rue S. Jacques
, & Fiffot , Quai des Auguſtins . 1.75 3 .
in- 12 . vol. 3 .
Cet Ouvrage eft du même Auteur qui
donna il y a quelques années des principes
pour la lecture des Poëtes , & réunit
les mêmes avantages. On y trouvera de
bons principes bien développés ; & de
JUILLET.
izs 1753.
beaux exemples bien enchaffés. L'Auteur
a d'ailleurs le double mérite d'écrire agréa
blement & facilement.
EXAMEN de deux queftions importantes
fur le mariage . Comment la Puiſſance
civile pent elle déclarer les mariages nuls ,
fans entreprendre fur les droits de la Puiffan
ce Eccléfiaftique ? Quelle est en conféquence ;
L'étendue du pouvoir des Souverains fur les
empêchemens dirimans du mariage ? ›
Cet Ouvrage qui eft en un volume in -4º •
& qui vient de paroître, fe trouve à Paris ,
chez Durand, rue S. Jacques.
Les Magiftrats & les Eccléfiaftiques doi
vent donner une égale attention à l'exa-.
men de cet Ouvrage..
TRAITE' de l'autorité des Rois touchant
l'adminiſtration de l'Eglife . Par M..
le Vayer de Boutigni , Maître des Requêtes
. Nouvelle édition , revûe & corrigée
pour la premiere fois fur le manufcrit de
l'Auteur. A Londres , & le trouve à Paris ,
chez G. Martin , Libraire , rue S. Jacques ,
à l'Etoile. 1753. in- 12 vol . 1 .
Voila encore un Ouvrage que les cir
conftances rendent intéreffant,
TABLETTES hiftoriques , généalo
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
x
giques & chronologiques , fixiéme & derniere
partie , qui comprend la fuite des
Terres érigées en titre de Marquifats
Comtés , Vicomtés & Baronies , avec un
Dictionnaire héraldique de la Nobleſſe
de France . A Paris , chez le Gras , Grand-
Salle du Palais , & la veuve le Gras , Gallerie
des Prifonniers , au Palais .
C'eft un Ouvrage court , exact , méthodique
, commode , & d'un ulage affez géneral.
ADDITION àla fuite du Recueil de toutes
les piéces qui ont été publiées au fujer
'du Lithotome caché , pour fervir de réfutation
à un écrit qui a pour titre : Recueil
de Piéces concernant l'opération de la taille ,
qui contient la defcription de plufieurs Litbotomes
, &c. où se trouve la réponse aux derniers
écrits de l'anonyme &c. Par Claude-
Nicolas le Cat , à Rouen, 1752. in - 8 °.
A Paris , chez d'Houry fils , rue de la
Bouclerie , au S. Efprit & au Soleil d'or ;
& à Rouen , chez Etienne - Vincent Machuel
, libraire , rue S. Lo , vis -à- vis la
porte du Palais , au Bien- aimé. 1753. Aveo
Approbation & Privilege du Roi.
En rendant compte de l'Ouvrage de M.
le Cat , au mois d'Août 1752 , nous dîmes
que grand nombre de perfonnes qui y
JUILLET. 17536 127
étoient attaquées , répondroient ou ne
répondroient pas aux reproches qu'on leug
y faifoit , felon qu'il conviendroit à leur
gloire & à leurs intérêts.
Le Frere Côme , Religieux Feuillant ,
le plus maltraité de tous les adverſaires de
M. le Cat , vient de lui faire une réponfe
, à laquelle le fçavant & vertueux M.
Falconnet a donné l'Approbation fuivante.
Approbation. » Après avoir lû
par ordre
» de Monfeigneur le Chancelier , le ma-
» nufcrit intitulé : Addition à la fuite du
» Recueil de toutes les Piéces publiées au fu-
» jet du Lithotome caché , & c . Non content
de l'expofition des faits qui y font men-
» tionnés , j'en ai été chercher la vérifi
» cation dans leurs Procès- Verbaux , revêtus
de toutes les formes judiciaires ;
& ayant apporté à l'examen de ces piéces
l'attention qu'exige un objet fi important
pour la confervation des perfonnes
expofées aux dangers de l'opération de
la taille , je me fuis crû obligé , comme
» Médecin & même comme citoyen , de
rendre témoignage à la vérité , en affir-
» mant que le Lithotome caché & là méthode
pratiquée par l'Auteur , font dans
la plus parfaite évidence de la plus gran-
» de utilité , d'où je conclus , que non
E iiij
128 MERCURE DE FRANCE.
i
feulement cet Ouvrage mérité d'être im
primé , mais encore que fa publication
» eft abfolument néceffaire pour l'intérêt
» du bien Public .
"
» A Paris , le 7 Mai 1753. Falconnet
» Docteur- Régent de la Faculté de Paris ,
Médecin Confultant du Roi , & Méde-
» cin de la Chancellerie .
و ر
Quoique cette Approbation fuffife pour
déterminer le Lecteur à donner une confiance
entiere au Frere Côme , nous dirons
quelque chofe de fon écrit. Cet habite
Chirurgien fait remarquer dans fon
Avertiffement , " que la théorie fur cette
» matiere importante , entre M. le Cat &
>>l'Anonyme, ayant été fuffisamment éclaircie
dans leurs controverfes refpectives ,
» rapportées dans le Recueil des piéces im
» portantes de ce dernier en 1751 , ( Voyez
» le Mercure de Fevrier même année ) ce
» démêlé fe réduifoit dans la fuite à des
» preuves de faits , pour être terminé dé-
» finitivement.
Les preuves des faits donnés par l'Anonyme
étoient rapportées dans fon Recueil.
M. le Cat les ayant attaquées par
des piéces qu'il nomme juftificatives , le
F. C. les réfute par des preuves contraires
, & il ajoûte » fi j'y réuffis , comme je
Fefpere , je confirme par ce fait même
JUILLET. 1753. 1.29
F
toute ma théorie antécédente ; & j'an-
» néantis fans reffource le grand nombre de
» morceaux dogmatiques de cet Académi-
» cien & toutes fes conféquences.
Il donne enfuite une idée des raifonnenemens
qui fervent de bafe à l'ouvrage
de fon adverfaire , & ne reprend dans la
fuite que ceux dont il a befoin
valoir fes preuves...
pour faire
Il diftribue fon ouvrage en deux parties
; il comprend dans la premiere , les ,
certificats des malades taillés , & donnés ,
en preuve de la bonté de fon Lithotome ,
qu'il nomme Piéces du premier ordre ..
Dans la feconde partie , il a compris an
grand nombre d'autres piéces & circonftances
, qu'il nomme acceffoires & Piéces
du fecond ordre ......
Après toures ces preuves revêtues de.
toute l'autenticité dont elles font fufcepribles
& dépofées chez un Notaire
on voit l'acte de dépôt , » afin
>
9 dit le
« F. C. , que s'il s'en trouve encore qui
» doutent de mes preuves , ils puiffent
comparer les copies aux originaux
chez le Notaire qui en a le dépôt..
de
Comme le but principal de l'Auteur eft
prouver la fupériorité de fa méthode;
fur celle de fon adverfaire par les effets ,
ibs'eft attaché capitalement à démontrepi
130 MERCURE DE FRANCE .
ceux qui résultent de ces deux méthodes &
à les comparer.Ila tiré lui- même pour cela,
une lifte de tous les fujets taillés par fon
adverfaire , depuis 21 ans qu'il exerce cet
te opération ; elle eft compofée de 146
qui en font guéris , & de 43 qui en font
morts , ce qui fait à peu près un quart demorts
. Enfuite il fait monter le nombre
des taillés depuis quatre ans & demi , par
fa méthode exercée par différens Chirargiens
qui l'ont adoptée , à 78 , fans qu'il en
foit mort que fix , ce qui n'eft qu'un 13 ° .
Doù il conclud par le même texte de fon
adverfaire , qui établit » que la meilleure
» de toutes les méthodes fera feulement
» celle par laquelle il mourrra le moins
» de fujets » , que la fienne mérite la préférence
, & que l'adverfaire fera forcé
d'adopter la méthode , fuivant fon propre
jugement , ou qu'il fera réputé ref
ponfable à l'avenir de deux tiers des malades
qui ne guériront pas , s'il les taille
par la propre méthode.
Le F. C. joint à ce parallele une obfervation
, où il releve un ridicule que M.
le Cat lui a donné fur ce qu'il avoit avancé
dans fon Recueil anonyme , qu'il mettoit
en fait , que fi de fix malades taillés
par le grand apareil ordinaire bien exécuté
on en guériffoit cinq , que dans la
JUILLET. 17530/ 131
méthode du Lithotome caché , qu'il établiffoit
, il en guériroit 49 de so . Il prouve
enfuite que M. le Cat a réalisé cette
hypothèſe , lors même qu'il écrivoit fon
ironie , & que cette année- là 1752 , il
Jui en étoit mort 4 fur 7 qu'il avoit taillés
, & qu'un des trois vivans étoit resté
fiftuleux ; pendant qu'il prouvoit par fa
lifte ( le F. C. ) que de fon côté il n'en
étoit mort que 4 fur 529 & que leur mort
avoit eu d'autres caufes que l'opération .
Il défie fon adverfaire d'en prouver autant
à fon avantage fur les 4 de 7 qui lui font:
morts de l'opération ; d'où il conclud que
non feulement il en pourra tailler so
contre lui fix , mais encore plufieurs fois
So , avant qu'il en meure un de l'opéra,
tion , contre un fur fix , à M. le Cat , & c..
» Le F. C. termine cette obfervation re
marquable : ainfi , fi cette démonftration
avec les deux précédentes ne fuffifent:
pas pour détromper M. le Cat & fess
» partifans , de l'illufion de tous les ou
» vrages Lithotomiques , je n'ai plus d'ar
gument à leur oppofer.
L'acte de dépôt qui contient 36 pieces ,.
termine cette difpute. Elle eft fuivie das
nom de ceux qui ont été taillés avec le Li
thotome , depuis la lifte qui en fat don
née dans le Mercure de Mai 1752. On :
Fivi :
132 MERCURE DE FRANCE.
goûta fort alors à la fin de certe lifte une
Differtation qui établiffoit la néceffité d'obmettre
ou bannir les panfemens à la fuite
du Lithotome caché .
Le nombre des perfonnes traitées fuivant
la méthode du F. C. eft maintenant
de 82. Le dernier eft M. le Chevalier de
Mefmon , Ecuyer ordinaire du Roi , âgé
de 59 ans , qui a été taillé le 30 Avril
1753 fes urines ont ceffé de paffer par
la playe du 4 au 5 Mai fuivant ; il n'a
point été faigné avant ni après ; il a guéri
fans aucun panfement , & il a reparu en
pleine fanté à la Cour, trois femaines après
fon opération.
Le F. C. finit la lifte par un avis effentie
aux gens de l'art qui fuivront fes vûes
il les exhorte vivement à obferver la fi
tuation horisontale , dont l'omiflion feule
peut faire périr le malade ; & il déclare
que ceux qui tailleront avec fon Lithoto
me , fans obferver cette fituation
pourront point être reputés fuivre fa més
thode.
ne
DISSERTATION , où l'on examine
quel étoit l'état du Commerce de France
fous les Rois de la premiere & de la feconde
race. Ouvrage auquel l'Académie d'Amiens
a adjugé le premier Acceffit , le 29
JUILLET. 1753. 133
Août dernier , par M. F'Abbé Joffe ; à Paris
, chez Thibout, Imprimeur du Roi, Pla
ce de Cambrai , 1753. in 8º . dédié à M
le Duc de Chaulnes..
La lecture de cette Differtation augmen
tera fans doute l'empreffement du Public
pour la piéce qui a remporté le prix . Comme
l'Europe entiere s'occupe aujourd'hui
du commerce , on rendra généralement
juftice à l'Académie d'Amiens , qui fait
tourner Fémulation des Sçavans an bien
général de la fociété . On applaudira auffi
aux recherches , par lesquelles notre Auteur
prouve que la Monarchie Françoiſe
a confervé dans fes fiécles les plus orageux
, fon Commerce , fi floriffant, de nos
jours.
Sous les Romains , les Gaulois n'avoient
pas moins cultivé le Commerce , que les
Sciences & les Arts. La domination ne
put point paffer aux Francs , fans caufer au
Commerce quelque fecouffe : le progrès
des armes de Clovis interrompoit nécelfairement
la communication entre les Provinces.
Plus les conquêtes de ce grand
Prince avoient étendu fon Empire , moins,
la communication fut facile après la divifion
que firent fes enfans . Chacun fçait.
kes. guerres qu'ils eurent entr'eux , indépendamment
des agitations du dedans de
.
134 MERCURE DE FRANCE:
chaque Royaume particulier , & des guer
res étrangères , que ces querelles intefti
nes rendoient plus périlleufes.
D'ailleurs , les Gaules , en changeant de
maîtres , avoient pris une forme , qui fem
bloit devoir éteindre tout commerce , fi
le génie François eût été moins actif. On
ne voyoit que trois fortes d'hommes ; des
Nobles , qui étoient , ou fous les armes ,.
ou retranchés dans leurs châteaux ; des-
Clercs & des Moines qui deffervoient
les Eglifes ; enfin le peuple , qui étoit tenu
dans un esclavage , dont l'Auteur explique
les diférentes efpéces. H ny avoit
que les Prêtres & quelques Ouvriers qui
habitaffent les villes. A ces confidérations,
prifes des moeurs du tems , l'Auteur en
joint quelques autres , comme les courfes
des Normands , qui ne cefferent qu'en:
912. Ces inconvéniens produifent cette
réflexion : comment le négoce , qui aime les·
Sociétés grandes & policées , pouvoit- il se relever
dans un pays dont les habitans étoient
ft difperfés ? Une merveille fi intéreffante
s'eft opérée fous les deux premieres Racess
de nos Rois .
Notre Auteur , occupé d'abord du Com
merce intérieur , préfente les diverſes :
branches qui ont pu en être le fujet dans
les fiécles auxquels il étoit obligé de ſe bos
JUILLET. 1753 1-355
ner. Il commence par la vente des efclaves,
pour honorer l'humanité par tout où elle fe
trouve ; ce font les termes.
- Des formules des Actes , par lefquels.
le Propriétaire d'un eſclave en difpofoit ,
ou par lefquels un homme libre fe vendoit
lui- même montrent qu'un efclave étoit
fous le plein domaine de fon maître. Il y
avoit pour les efclaves. les efclaves , de même que
pour les bêtes , des vices redhibitoires ,
& le vendeur en promettoit la garantie.
pendant l'an & jour. Les accompagnemens..
de cette condition abjecte des efclaves ,.
doivent être lûs chez l'Auteur. Il n'eft pas.
poflible que nous le fuivions dans ces dé
tails , non plus que dans l'expofé curieuxqu'il
fait , foit d'une famine , qui en 585
réduifit les pauvres à le vendre pour avoir
du pain ; foit des défenfes faites aux peres
de vendre leurs enfans à des Juifs , qui
par leurs intrigues toujours pernicieufes à
l'Etat , en donnoient un plus grand prix:
que perfonne ; foit des adouciffemens par
lefquels la Reine Sainte Bathilde , pendant
fa Régence , ôta aux familles Gauloifes
tout prétexte de contrevenir à ces défenfes
; foit d'une multitude d'autres anecdotes
, dont le choix fait voir que les
fources de notre hiftoire font extrêmement
familieres à l'Auteur de la Differ
tation ..
136 MERCURE DE FRANCE
par
Du Commerce des efclaves , l'Auteur
paffe au trafic d'argent monnoyé. Il ne
croit pas que le Change ait été connu fous
les deux premieres Races. L'opinion.commune
, qui ne fait pas remonter au deffus
de 1181 , l'époque des lettres de change ,
le confirme dans ce fentiment ; & il s'y
entretient l'autorité de ceux qui ne
placent qu'au tems de Philippe- le- Bel l'établiffement
du Change de Paris fur le
grand pont , appellé maintenant le pont
au Change. Mais on mettoit fans fcrupule
fon argent chez un Marchand pour le faite
profiter ; puifqu'un Evêque de Verdun ,
confidérant que Théodebert éroit un Prince
bienfaifant , bonitatem & clementiam
circà omnes Theudeberti Regis cernens ) lui
demanda pour cette ville le prêt qu'il obtint
d'une fomme confidérable , qu'elle fe
roit profiter dans le Commerce , & dont:
elle payeroit les intérêts légitimes : pecuniam
tuam cum legitimis ufuris reddemus. A
Féchéance le Roi ne voulut pas même reprendre
le capital , quoique les citoyens
de Verdun fuffent devenus fort riches.
Mais cette générosité inattendue n'empê
che pas l'Auteur de dire avec raiſon :fila
Goutume de mettre fon argent entre les mains
des Marchands , à condition de le recevoir
avec, Geriams, intérêts , m'avoit pas été, bien
JUILLET. 1753. 137
notoire , un Evêque n'auroit pas ofe propofer
ce trafic au Roi le plus libéral de fon tems.
Au refte , la vérité historique porte
notre Auteur , après avoir rendu compte
du profit qui fe tiroit d'un argent non
aliéné , à obſerver les abus qui s'y gliffoient.
De - là nombre de Réglemens , qui
ont interdit toute ufure ; premierement
aux Clercs , puis aux Laïcs eux-mêmes .
Un Ecrivain du dernier fécle ( Filefac )
croit que fous le Prince Carloman l'ufuré
a été autorisée par le concours des deux
Puiflances , parce qu'il entend d'argent ces
mots d'un capitulaire : Ecclefialis pecunia.
Notre Auteur le reléve fans nulle hauteur,
avertiffant fimplement que le mot pecunia,
fignifie à cet endroit un fonds de terre .
Effectivement ce fens du niot pecunia
étoit autrefois fort commun ; témoin la
Loi 222 , au Digefte , de verborum fignifi
catione , qui porte : pecunia nomine , non
folùm numerata pecunia , fed omnes res , tam
foli quàm mobiles , & tam corpora quàm jura,
continentur.
?
Une troifiéme branche a été le Commerce
en vaſes précieux & en pierreries.
Mais pour donner une idée fatisfaifante
de ce que l'Auteur dit à ce fujet , il fau
droit prefque copier toutes fes remarques.
Nousfommes donc obligés d'y renvoyer
238 MERCURE DE FRANCE.
non-feulement par rapport à cette troifiéme
branche , mais auffi pour divers autres
objets du Commerce intérieur de la France
fous les deux premieres Races de nos
Rois. On y trouvera , par exemple , fur
le fel , des particularités qui feront neuves
pour un très- grand nombre de lecteurs.
La police des Marchés termine cette
premiere partie. Il étoit effentiel de donner
aux Foires & Marchés une extrême
attention , dans des fiécles où il n'y avoit
prefque point de Marchands fédentaires..
Prefque tout s'achetoit en Foire. Hors du
Marché , on trouvoit difficilement les
chofes les plus néceffaires pour la vie &
pour le vêtement : ce qui venoit en partie
de ce qu'il n'y avoit point de villebien
peuplée , comme nous l'avons dit
plus haut : les Marchés furent établis comme
autant de rendez - vous . De - là ce mouvement
continuel , qui tranfportoit de pro
vince en province les Marchands , les
Artifans & les Artiftes , avec balots &
bagages Les Monafteres voifins des rivieres
avoient , les uns cinq barques , les
autres fix , occupées à ces tranfports qui
les rendoient d'un grand produit. L'agitation
que le Commerce entraînoit , le fit.
défendre aux Pénitens. Il fur deffendu par
JUILLET . 1753. 139
la même raifon aux Moines & aux Clercs.
Mais c'est dans la Differtation qu'il faut
prendre une notion de tous les Réglemens
rélatifs à la Police du Commerce intérieur.
-Venant enfuite au Commerce extérieur,
l'Auteur continue de rendre fa Differtation
intéreffante ; d'un côté , par un coup
d'oeil jetté fur les differentes marchandi
fes , que
les François fous les deux premieres
Races ont tirées de l'Etranger ; &
d'un autre côté , par l'énumération des
Pays avec lefquels ils ont commercé. L'é
rudition eft auffi amufante dans cette feconde
partie , que dans la premiere . Il a
fallu que l'Auteur ait eu dans fes collections
une grande variété de preuves , pour
avoir pu choisir des hiftoires capables
d'attacher les lecteurs les plus frivoles .
•
Les vaiffeaux amenoient de l'Egypte ,
tantôt des racines d'herbes , pour l'ufage
des Hermites , tantôt du papier , n'y
ayant eu des Fabriques de papier en France
que fort tard , & tantôt de l'huile d'o
lives , fi rare fous les Capétiens , qu'un
Concile d'Aix -la - Chapelle permit aux
Moines d'ufer d'huile de lard. Il venoit
auffi par les vaiffeaux du vin de Gaza en
Palestine , qui fe fervoit für les bonnes
tables. Une Veuve , dont parle Grégoire
140 MERCURE DE FRANCE.
de Tours, préfentoit de ce vin aux Meffes
qu'elle faifoit dire pour fon mari , mais le
Soudiaere le changeoit : Subdiaconus nequam
, refervato gula Gazeto , acetum vehementiffimum
offerebat in calice . Le mari
dit l'Hiftorien , tint ce propos à la femme
endormie : heu ! beu ! dulciffima conjux;
in quid defluxit labor meus in faculo , ut
nunc acetum in oblatione delibem ? La femme
répondit : caritatis tue non immemor
Semper Gazetum potentiffimum obtuli pro re-.
quie tua in Sacrario Dei mei. L'Hiftorien
ajoûte que la femme découvrit la fraude
le jour même en communiant contre
l'attente du Soudiacre..
>
Les efclaves étoient , comme on l'a vu ,
un grand objet de commerce dans l'inté
rieur de la France. Mais il s'en faifoit auffi
un commerce confidérable avec les
Etrangers. Entre les preuves que l'Auteur
en donne , il a foin de ne pas obmettre
que la France eft redevable à ce commerce,
du bonheur d'avoir eu pour Reine Sainte
Bathilde , elle porta fur le trône fes charmes
,fa modeftie , &c.,
L'Angleterre , d'oùr Sainte Bathilde eft
fortie , fourniffoit auffi à la France des
grains , des beftiaux , des cuirs , des laines
, des métaux ; & elle recevoit de la
France différentes marchandifes. Nous
JUILLET, 1753. 141
patroyons
ne devoir nous étendre ni fur
tous ces points , ni fur le commerce de la
France avec l'Italie & l'Espagne , ni
reillement fur la correfpondance liée entre
les François d'une part , & d'autre
part , les Esclavons , les Avares , les Saxons
, les Frifons , &c. L'Auteur parcourt
tous ces commerces avec une érudition
, qu'on eft furpris de trouver à la fois
fi abondante & fi bien ménagée.
Une maladie trop ordinaire à ceux qui
faififfent fortement un objet , eft d'appliquer
à leur matiere des monumens où
il n'en est nullement queftion . Notre Auteur
eft continuellement en garde contre
cette méprife. C'eft ainfi qu'il s'écarte de
Haute-ferre , qui avoit crû qu'une vie de
Charlemagne indiquoit un commerce réglé
entre la France & l'Espagne ; au lieu
que le mot , commercium , dans le paffage
dont il s'agit , défigne les frontiéres & limites
des deux Etats .
Nous fouhaiterions pouvoir infifter för
la mention honorable que l'Auteur faic
des principales villes commerçantes de
France. On ne s'attendoit pas à toutes les
lumieres que
la faine critique lui adminiftre.
Narbonne , Agde , Arles , Tréves ,
Lyon , Marſeille , appercevront dans fa
Differtation l'ancien état de leur Com142
MERCURE DE FRANCE .
merce , & les viciffitudes qu'il a éprouvées
fous les deux premieres Races.
Plufieurs lecteurs fe plaindront dece que
J'Auteur n'a pas mis fous les yeux du Public
certaines piéces peu connues. Il a pu
avoir pour but de ménager notre ficcle ,
qui palle pour peu favorable a l'érudition
autrefois trop prodiguée . Mais il femble
qu'à la fuite d'une Diflertation bien prife
& extrêmement ferrée , quelques Chartes
auroient été bien accueillies.
De ce genre est une Charte de Louis le
Débonnaire , en faveur des Commerçans.
L'Auteur l'a tirée de l'Alphabet Tironien .
Elle lui a infpiré la réflexion fuivante .
Louis le Débonnaire mérita cette aimable
qualité fous différens rapports ; je n'en confidere
ici qu'unjeul ; c'est l'attention qu'il donná
au Commerce , en établiſſant un Corps célébre
de Négocians , qui pendant fon régne
repréfentoient la Compagnie des Indes de nos
jours deforte que , par fes divers traits de
reffemblance avec cente. Compagnie , il fembloit
l'annoncer auxfiècles à venir.
EUVRES diverles de M. Pope . A
Amfterdam , & fe trouve à Paris , chez
Nyon fils , & Guillyn , Quai des Auguffins ,
1753. Un volume in- 16. Bon papier &
beaux caracteres.
Ce font des Epitres qui forment le voJUILLET.
1753. 145
lume que nous annonçons. La premiere ,
roule fur le caractere des hommes ; la feconde
, fur celui des femmes ; la troifiéme,
fur l'ufage des richeffes ; la quatriéme
qui eft, une fuite de la troifiéme , fur la
vanité des perfonnes de condition , ou des
gens riches dans leurs dépenfes . On a joint
å la traduction des Epitres qui eft en proſe,
une traduction en vers parM. Marmontel
, de la Boucle des cheveux enlevée.
HISTOIRE des Rois de Rome , par
M. Paliffot de Montenoy. A Paris , chez
Jorry , Quai des Auguftins , 1753. Un
volume in- 12 .
Ce n'est pas un fimple récit des faits ,
comme la plupart des Hiftoires ; on trouvera
dans l'ouvrage un grand nombre de
réflexions morales & politiques , dont les
unes fuppofent une grande connoiffance
des hommes , & les autres montrent beaucoup
de talent pour les affaires.
OPUSCULES de M. Freron . A Amfterdam
, & fe trouvent à Paris , chez Duchefné,
rue Saint Jacques. Trois volumes in- 1 2 .
Le premier volume contient des critiques
de quelques ouvrages de Littérature ;
une vie de la Fontaine , une vie de Pope ,
& des Poëfies diverfes avec quelques remarques
de l'Editeur. -
144 MERCURE DE FRANCE.
Le fecond volume contient les premieres
feuilles périodiques de l'Auteur , publiées
fous le titre de Lettres de Madame la Comteffe
de *** , fur quelques écrits moderhes
, augmentées de plufieurs Lettres qui
n'ont point encore paru , avec quelques
remarques de l'Editeur.
Le troifiéme volume contient un extrait ,
chapitre par chapitre , du Livre de l'eſprit
des Loix , des obfervations fur quelques,
endroits particuliers de ce Livre , & une
idée de toutes les critiques qui en ont été.
faites , avec quelques remarques de l'Editeur.
M. Freron a donné chez le même Libraire
, neuf volumes de Lettres fur quelques
écrits de ce teras , & il en publie un
cayer tous les dix jours.
QUESTIONUM Medicamen
› quæ
irca Medicina theoriam & praxim , ante
duo fæcula in Scholis Facultatis Medicina
Parifienfis agitate funt & difcuffa , ferie
chronologica , cum Doctorum Præfidum ,
Baccalaureorum propugnantium nominibus.
Opus ad Medicine , Medicorumque
Parifienfium Hiftoriam maximè conferens .
Parifiis , apud Joannem-Thomam Herif
Jant , via San- Jacobæa , fub fignis S. Pauli
& S. Hilarii. 175.2.
Quæftionum
JUILLET. 1753 . 145
Quæftionum Medicarum , quæ circa Me
dicine theoriam & praxim à duobus ferè
fæculis in actibus vefperianum Doctoratûs
& Regentiæ , apud Medicos Parifienfes
agitatæ funt & difcuffa , chronologica
feries altera. Opus ad Medicine , Medicorumque
Parifienfium Hiftoriam maximè
conferens. 1752.
Compendiaria Medicorum Parifienfium
notitia , five clarorum virorum , qui à fæculo
circiter decimo quarto ad hunc ufque
diem , in Facultate Medicine Parifienfi ,
vel Decanatum gefferunt , vel Baccalau
reatûs , Licentiatus aut Doctoratûs gradum
obtinuerunt , chronologica feries :
additis dignitatibus & muneribus , quibus
pro tempore functi funt , 1752 .
Ces trois ouvrages font réunis en un feul
volume in- 4 . Les titres en font connoître
affez l'utilité.
T
MEMOIRES pour fervir à l'Histoire
du Cardinal de Granvelle , premier Miniftre
de Philippe II . Roi d'Efpagne ; par
Dom Profper Levefque , de la Congrégation
de S. Vanne . A Paris , chez Guillaume
Defprez , rue S. Jacques. 1753. 2
vol. in 12 .
Nous rendrons compte de cette agréa
ble nouveauté le mois prochain .
146 MERCURE DE FRANCE.
SEANCES PUBLIQUES
De la Société Littéraire d'Arras.
A Société Littéraire d'Arras tint le
LA27 Janvier 1753 , une affemblée extraordinaire
pour la réception de M. de
Bonneguize , Evêque de cette Ville , qui
vint y prendre féance en qualité d'Affocié
Honoraire , & qui prononça à ce ſujet un
difcours éloquent , anquel répondit M.
l'Abbé Galhault , Chanoine de la Cathédrale
d'Arras , Directeur de la Société.
M. Harduin , Avocát , Secretaire Perpétuel
, lut enfuite un Mémoire hiftorique
, contenant la Relation d'une tentative
inutile faite en l'année 1493 , par le
Maréchal d'Efquerdes , pour furprendre la
Ville d'Arras .
M. le Roux , Avocat , lut un Difcours,
intitulé : L'Homme libre dans le devoir ,
par lequel il établit que l'homme n'eft vraiment
libre , qu'en rendant ce qu'il doit à
Dieu , à fes Supérieurs & à fes égaux. Et
M. Branel , Avocat , termina la Séance
par un autre Difcours , dont le but étoit
de prouver , qu'il ne faut pas être trop docile
à la critique.
Le 31 Mars , jour fixé pour raffemblée
JUILLET. 1753. 147
folemnelle , qui fe tient chaque année dans
le Carême , M. Binot , Avocat & nouveau
Directeur , expofa les heureux effets qu'a
déja produits l'établiffement de la Société,
& les motifs qui doivent exciter de plus en
pius l'émulation parmi les Membres de
cette Compagnie.
M. le Roux , Chancelier , lut des réflexions
fur l'etude , qui furent fuivies du remerciment
de M. l'Abbé Simon , nouvel
Affocié , dans lequel cet Abbé s'attacha à
faire voir combien la Littérature eft utile
aux perfonnes de fon état , quelle que foit
la partie du miniftere Eccléfiaftique , à laquelle
ils fe dévouent fpécialement.
Après que le Directeur eut répondu à
ce remerciment , M. Harduin lut des Remarques
fur les articulations de la Langué
Françoife , & M. Enlart de Grandval ,
Confeiller au Confeil Provincial d'Artois,
fit la lecture de deux Lettres fur le Comique
attendriffant , l'une écrite par lui même ,
l'autre par M. Aufart de Mouy , Commandant
de l'Ecole de l'Artillerie à la Fere ,'
& Brigadier des Armées du Roi , auffi
Membre de la Société. L'objet de ces deux
Lettres eft de défendre les intérêts du Comique
attendriffant , en le plaçant néanmoins
au deffous de la Tragédie & de la
véritable Comédie.
Gij
148 MERCURE
DE FRANCE .
M. Camp , Avocat & Echevin d'Arras ,
lut une Diflertation en deux parties , dont
la premiere concernoit des tombeaux antiques
, des médailles & des urnes , ou pots
de terre remplis de cendre & de charbon ,
qui furent découverts en 1752 , dans le
Village de Roclencourt , fitué à une demie
lieue , & au Nord de la Ville d'Arras.
Un habile Antiquaire , informé de cette
découverte , fut d'avis qu'elle ne tenoit
rien du paganifme , & que les fépultures .
dont elle offroit les veftiges , devoient
être du onzième fiécle . Cette opinion eſt
combattue par M. Camp , qui entreprend
prouver que les antiquités de Roclen.
court indiquent un mêlange des ufages
que les anciens Gaulois & les Francs
obfervoient à l'égard des fépultures ; ce
qui , joint à plufieurs autres circonstances ,
le détermine à rapporter l'époque des monumens
, dont il s'agit au tems de la défaite
de Clodion par Aëtius , près du lieu nommé
Vicus Helefna , que l'on croit être aujour
d'hui la Ville de Lens , en Artois.
de
Dans la feconde partie de fa Differtation
, M. Camp rend compte d'une autre
découverte faite le 15 Décembre 1752 ,
fur le territoire du village de Flanque ,
proche celui de Flers , dans le voisinage.
de Douai , où des laboureurs trouverent
JUILLET : 1753. 149
1
,
dans un champ deux vales de terre , contenant
au moins trente mille médailles ,
ou piéces de monnoye Romaine dont
deux feulement étoient d'argent , toutes
les autres étant de bronze & très bien
marquées. Dans cet amas de piéces anciennes
, il s'en eft trouvé aux coins de
plus de vingt Empereurs ou Imperatrices ,
fçavoir , de Galien , des deux Valeriens ,
de Pofthume , de Claude le Gothique , de
Quintilius , d'Aurélien , de Tacite , de
Florien , de Carus , de Numérien , de Carinus
, de Dioclétien , de Maximien , de
Conftance- Chlorus , de Conftantin le
Grand , des deux Tétricus , de Marius , de
Séverina & de Magnia Urbica . L'une des
médailles d'argent , qui eft de Galien ,
étoit placée au milieu de l'embouchure de
l'un des deux vales de terre , couchée fus
le dernier lit des pièces de bronze , & entourée
d'un cercle ou anneau de gros fil
d'argent parfaitement arrondi & poli ,
dans lequel cette médaille paroiffoit emboitée.
M. Camp , après avoir examiné les
differentes conjectures qu'on peut former
fur le dépôt d'une quantité de monnoye
auffi confidérable , penfe qu'elle a dû faire
partie de la caifle de quelque Tribun ou
Quefteur fubalterne d'une arinée Romaine ,
qui forcé de décamper fubitement , n'aura
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
pas eu le loifir d'emporter cette monnoye
deftinée à la paye journaliere du foldat.
50% jot 50 e se ve 504 50. 506 506 120 500 50050
BEAUX ARTS.
Lmands &
Hollandois , avec des por-
A Vie des Peintres Flamands , Alletraits
gravés en taille-douce , une indication
de leurs principaux ouvrages , & des
réflexions fur leurs différentes manieres ;
par M. Defcamps . A Paris , chez Charles-
Antoine Jombert.
L'ordre que je me fuis preferit , dit M.
Defcamps , comme le plus clair & le plus
fimple , eft de faire connoître l'année & la
ville où le Peintre a reçu le jour. J'expofe
fon extraction , je le fuis chez les maîtres
& dans les pays où il voyage , j'en raconte
des événemens , lorfqu'ils ont quelque
rapport avec fon talent , & je marque le
tems de fa mort. Lorfque fes ouvrages me
font bien connus , je défigne fon genre ,
& je tâche d'apprécier fon mérite ; mais
lorfque je ne connois point par moi même
fes tableaux , j'indique où ils font , j'en
fais une espéce de catalogue , enforte que
l'on fçait en quel endroit un tableau étoit
autrefois , à qui il a appartenu , & dans
quel cabinet il a été tranſporté . C'eſt par
JUILLET. 1753. IST
cette route inftructive que j'arrive jufqu'aux
cabinets de nos François curieux ,
pleins de connoiffance & de goût , qui
poffédent les plas précieux tableaux de
Hollande & de Flandres.
Près de deux cens portraits gravés par
les meilleurs Artiftes de Paris , & placés à
la tête de la vie des plus grands Peintres ,
font les plus beaux ornemens de cet ouvrage.
Ces portraits caractérisent par les
vignettes qui les entourent , les talens particuliers
de chaque maître , enforte qu'il
fuffit de voir fes attributs pour juger quel
étoit le genre du Peintre.
Le plan que M. Defcamps s'eſt fait , eſt
fort fage & très- heureuſement exécuté ;
le public en pourra juger par quelques
morceaux de fon livre , que nous allons
tranfcrire.
C'eſt à la petite ville de Maafeyck ,
fituée fur les bords de la Meufe , que nous
devons le fecret de la peinture à l'huile
que les anciens ne connoiffoient pas , &
auquel les Modernes doivent la confervation
de leurs chef- d'oeuvres . Cette ville
donna le jour à Hubert Vaneyck & à Jean
fon frere : le premier naquit en 1366 , &
le fecond en 1370 ; ils étudierent & fuivirent
tous deux les principes de leur
pere. Cette famille fembloit être née
pour
G iiij
152 MERCURE DE FRANCE:
la Peinture ; Marguerite leur four fur célébre
dans cet art , elle refufa de fe marier
pour pouvoir s'y livrer toute entiere .
Quoique Jean fût éléve d'Hubert fon
frere aîné , il le furpaffa ; il étoit non feulement
bon Peintre , mais il avoit une inclination
décidée pour d'autres Sciences ,
& furtout pour la Chymie. En cherchant
le moyen de purifier fes couleurs pour les
rendre plus durables , il avoit trouvé un
vernis qu'il appliquoit fur fes tableaux ,
& qui les rendoit luifans & pleins de force .
La recherche de ce vernis avoit occupé
tous les Peintres d'Italie pendant plufieurs
années comme ce vernis ne fe féchoit
point de lui- même , & que le Peintre étoit
obligé de l'expofer à l'ardeur du Soleil ,
un hazard procura à la Peinture un fuccès
dont nous jouiflons. Jean Vaneyck ayant
pofé au foleil un tableau qui lui avoit
coûté beaucoup de foin , ce tableau qui
étoit fur bois , fe fépara en deux : la douleur
de voir ainfi détruire le fruit de fes
travaux , lui fit avoir recours à la Chymie
,, pour
tenter
fi par
le moyen
des
huiles
cuites
il ne pouvoit
pas
trouver
celui
de faire
fécher
fon
vernis
fans
le fecours
du foleil
ou du feu
; il fe fervit
des
huiles
de noix
& de lin , comme
les
plus
fécatives
, & en les
faifant
cuire
avec
d'autres
JUILLET. 1573. 153
'drogues , il compofa un vernis beaucoup
plus beau que le premier ; il éprouva de
plus , que les couleurs fe mêloient plus
facilement avec l'huile qu'avec la colle ou
l'eau d'oeuf dont il s'étoit jufqu'alors fervi ,
ce qui détermina notre Artifte à fuivre
cette nouvelle méthode ; fes couleurs fans
s'emboire , confervoient leurs mêmes tons,
& n'avoient pas befoin de vernis , elles
Le féchoient promptement , & il faut ajoû
ter encore qu'il trouva plus de facilité à
les mêler. Tous ces avantages lui firent
abandonner la colle & l'eau d'oeuf, pour
fe mettre dans l'ufage des couleurs à l'huile,
où il acquit , ainfi que fon frere , une
grande réputation ; ils eurent auffi tous
deux grand foin de cacher leur fecret .
Hemmelinck avoit un meilleur goût de
deflein que les Peintres de fon tems , it
il
groupoit les figures avec plus d'ordre . Ses
fujets font bien difpofés , il y a une dégradation
fenfible dans fes couleurs ; il a
fait un affez bon choix dans l'Architecture ,
& on apperçoit qu'il en fçavoit très -bien
les régles , ainfi que la Perfpective . Cer
Artiste a au moins égalé les freres Vaneyck ,
& dans quelques parties il les a furpallés.
On s'étonne que les tableaux de ce Peintre
ne foient qu'à l'eau d'oeuf ; fans doute
G F
154 MERCURE DE FRANCE:
qu'il
'il étoit attaché par préjugé à ce genre
de peinture , & qu'il faifoit peu de cas
de la peinture à l'huile , dont l'ufage étoit
établi depuis quatre - vingt ans : il ne pouvoit
en ignorer le fecret trouvé dans la
ville où il faifoit fa demeure . D'ailleurs
rien n'eft plus beau ni plus frais que ce
qui nous refte de lui.
Albert Durer eft le premier Allemand
qui ait ofé réformer le mauvais goût dans
La patrie. Il naquit à Nuremberg en 1470,
& fut deftiné par fon pere , habile Orfevre
, à fuivre la même profeffion ; mais
fon inclination le portoit à graver & à
defliner. Il eut enfin le bonheur d'entrer
chez Hupfe Martin , Peintre & Graveur :
il y fir de grands progrès dans la gravûre ,
& commença à peindre. Il entra peu de
tems après chez Michel Wolgemut ; c'eft
chez ce dernier qu'il s'appliqua plus particulierement
à la peinture , & négligea
quelque tems la gravûre. Ne fe contentant
pas de la Peinture feule , il étudia la
Perfpective , l'Architecture civile & mili
taire , fur lefquelles il donna des traités .
Avant d'avoir quitté l'école , quelques
Ouvrages difperfés le firent connoître à la
Cour de Maximilien : ce Monarque le fit
demander pour l'exécution de quelques
JUILLET.
1753. TSS
grands projets. Un jour en deflinant fur
une muraille trop élevée , l'Empereur qui
étoit préfent , dit à un Gentilhomme de
fe pofer de façon que le Peintre pût fe fervir
de lui pour s'élever affez haut. Le Gentilhomme
repréfenta humblement qu'il
étoit prêt à obéir , mais qu'il trouvoit cette
pofition trop humiliante , & qu'on ne
pouvoit guères plus avilir la Nobleffe ,
qu'en la faifant fervir de marche - pied. Ce
Peintre répondit l'Empereur ) eft plus
noble fes talens : je peux
que par
d'un payfan
faire un Noble , mais d'un Noble je
ne ferois jamais un tel Artifte. Albert fut
ennobli par ce Prince , qui lui donna pour
armes , trois écuffons d'argent , deux en
chef & un en pointe , fur un champ d'azur.
Peu d'Artistes ont joui d'une plus grane
de réputation que Jean Holbéen . Son pere
Peintre médiocre , quitra Aufbourg
lieu de fa naiffance , & alla demeurer å
Bâle en Suiffe , où naquit Jean Holbéen
en 1498. Il étudia fous fon pere qu'il forpaffa
bientôt. Né avec d'heureufes difpofitions
, il fe perfectionna de lui- même :
fes talens furent employés , & l'on vit
fortir de fa main d'excellens ouvrages répandas
chez les particuliers. On lui confia
auffi des Ouvrages publics , tels que la
Danfe Villageoife , qu'on voit à la Poif-
Gvj
?
156 MERCURE DE FRANCE:
fonnerie ; la fameufe Danfe des morts ,
qui eft au Cimetiere de S. Pierre , & les
Tableaux de la Maiſon de Ville .
Erafme demeurant à Bâle , trouva ce
Peintre digne de fon amitié , il lui fit faire
fon portrait , & lui confeilla d'aller en
Angleterre.Il quitta fans peine fon lieu natal
, où l'humeur impérieufe de fa femme
lui caufoit quelques dégoûrs. Arrivé à
Londres , il préfenta au Chancellier Morus
des lettres & le portrait d'Erafme : ce
Miniftre touché de la reffemblance de fon
ami , & de la beauté du pinceau , reçut
le Peintre chez lui avec diftinction ; il le
garda ainfi trois ans , lui faifant faire plufieurs
ouvrages, Morus ayant invité le Roi
Henri VIII. à un feftin , il expofa aux
yeux de ce Prince les chefs - d'oeuvres
d'Holbéen , qui fraperent le Roi par leur
beauté & la parfaite reflemblance de
plufieurs portraits : Morus pria le Roi de
les accepter.
Le Monarque demanda s'il ne lui feroit
pas poffible d'avoir l'Artiste à fon fervice :
Morus le fit entrer & le préfenta au Roi ,
qui le nomma fon Peintre , & répondit à
fon Miniftre : je vous laiffe avec plaifir
les préfens que vous venez de me faire ,
puifque vous m'en procurez l'Auteur . Holbéen
commença pour le Roi de beaux ouJUILLET.
1753. 157
rages , qui feront nommés avec les autres.
Une avanture extraordinaire nous
fait voir à quel point ce Prince l'aimoit :
Peintre s'étant un jour enfermé dans
fon attelier , un des premiers Comtes
d'Angleterre voulut le voir travailler . Holbéen
s'excufa poliment ; mais çe Seigneur
croyant qu'on devoit tout à fon rang , perfifta
& voulut forcer la porte : l'Artifte irrité
, jetta le Comte du haut de l'escalier
en bas , & fe renferma d'abord dans fon
appartement ; mais pour échapper à la fureur
du Seigneur & de fa fuite , il le fauva
par une fenêtre dans une petite cour ,
& fut fe jetter aux pieds du Roi , en lui
demandant fa grace fans dire fon crime :
il l'obtint du Monarque qui lui marqua fa
furprife , lors qu'Holbéen lui eut raconté
ce qui s'étoit paffé , & lui dit de ne pas
paroître que cette affaire ne fût terminée .
On apporta bientôt le Seigneur Anglois
tout meurtri & enfanglanté : il fit fa plainte
au Roi , qui chercha à le calmer , en
excufant la vivacité de fon Peintre. Le
Comte piqué alors ne ménagea point fes
termes , & le Roi peu accoutumé à fe
voir manquer de refpect , lui dit : Monfieur
je vous défends fur votre vie.
d'attenter à celle de mon Peintre . La différence
qu'il y a entre vous deux eft fi
>
158 MERCURE DE FRANCE.
grande , que de fept Payfans je peux faire
fept Comtes comme vous ; mais de fept
Comtes je ne pourrois jamais faire un
Holbéen. La fermeté du Roi & quelques
autres menaces , firent peur au Seigneur
Anglois , qui demanda pardon au Roi , &
promit fur la tête de ne tirer aucune vengeance
de l'outrage que lui avoit fait
Holbéen .
Abraham Janffens avoit une belle maniere
: fes compofitions ont le feu des plus
grands Maîtres : fon deffein eft plein de
goût , fa touche facile & reffentie , fes
draperies font jettées & pliées avec choix .
Une difpofition admirable dans fes ſujets
& foutenue par une entente fçavante du
clair obfcur , donnoit de la force à fes tableaux
, & lui étoit pariculiere : il étoit
furtout grand colorifte . C'est avec des talens
de cette efpece qu'il a mérité d'être
égalé aux plus habiles Peintres Flamands .
Il aimoit à repréſenter des fujets éclairés
au flambeau : il aimoit cette extrêmité du
clair au grand brun , fans être noir dans
fes ombres ; on eft furpris de l'éclat qu'il a
donné à ce qui eft éclairé.
Le mérite des ouvrages d'Adam Elzheimer
confifte furtout dans le goût du
deffein , dans une diftribution admirable
de fes fujets , & dans une touche fpiriJUILLET.
1753. 159
tuelle : excellent colorifte , toujours précieux
& piquant , fa maniere a fait bien
des imitateurs. Thoman & le Comte de
Gand ont fuivi ce grand Maître : David
Teniers le pere , & Bamboche l'ont étudié
, & c'eft d'après lui qu'ils ont excellé
dans leur genre . Ses Tableaux les plus confidérables
font le jeune Tobie conduit par
l'Ange , & fuivi d'an petit chien qui paroît
fauter d'une pierre à une autre , &
qui eft artiftement éclairé du Soleil . Il a
peint une Latône avec fes enfans ; des
payfans changés en grenouilles femblent
troubler l'eau par leurs mouvemens .Un autre
Tableau admirable eft Procris bleffée :
Céphale tâche de guérit fa playe avec des
herbes. On voit dans le fond des Satyres
avec des Dryades qui font du feu à l'entrée
d'un bois . On connoît auffi un S. Laurent
nud devant le Juge qui le condamne
à mort , fur le refus qu'il fait d'adorer les
faux Dieux. Ce Tableau appartient au
Comte de Naffau Saerbrugge , & fe voit
dans le Château d'Idftein . On a du même
Peintre un fecond S. Laurent en habit
d'Eglife ; il fut fait pour le neveu de Joachim
Sandrart : ce Martyr tient d'une
main le gril , & de l'autre une branche
de palmier , un paylage orne le fond du
Tableau : un Soleil couchant y fait beau160
MERCURE DE FRANCE .
1
coup d'effet fur des eaux qui s'y trouvent
agréablement répandues ; la figure du Saint
eft peu correcte , mais fi ce défaut étoit
caufé par l'habitude de faire trop en petit ,
on fent cependant par fa facilité , qu'il
auroit réuffi en grand , & on le remarque
dans quelques uns de fes autres Tableaux .
On voit dans les villes de Flandre plufieurs
Tableaux de Nicolas de Liermaecker
, furnommé Roofe. Il en faifoit peu
de chevalet , la grande facilité & le feu
de fon imagination le portoient plus à
traiter des fujets en grand qu'en petit :
fes figures font toujours grandes , & paroiffent
même coloffales , mais elles font
d'un bon goût de deffein. C'eſt à fa grande
pratique que l'on attribue quelquefois
fa couleur froide tirant fur le noir , prin .
cipalement dans fes ombres. Ses couleurs
de chair font fouvent rouges & peu agréables
. Ces défauts ne font pas dans tous les
ouvrages , & plufieurs de ces Tableaux
font coloriés comme ceux de Rubens : la
chûte des Anges en eft une preuve : il deffinoit
bien le nud , il aimoit à le repréfenter
, & rarement a - t- il manqué de l'introduire
dans fes ouvrages.
Bien des Auteurs fe font contentés de
dire que l'on voit peu de Tableaux
qui foient entierement de Rubens , &
JUILLE T. 1753. 161
qu'il ne faifoit fouvent que retoucher
ceux de fes éleves ; c'eft une erreur : les
Tableaux de fes éleves qui ont été retouchés
font aifés à reconnoître : on n'y trouve
pas les tranfparens dont ce grand Peintre
tiroit fi bien parti : ceux qui font de
Vandyck embaraffent le plus ; mais encore
rarement peut - on s'y tromper. La touche
de Vandyck eft plus tendre : elle
n'eſt ni fi facile , ni fi large que celle de
fon Maître. Il femble que dans les Ta
bleaux de Rubens , les maffes privées de
lumieres ne foient prefque point chargées
de couleurs : c'étoit une des critiques de
fes ennemis , qui prétendoient que fes
Tableaux n'étoient point affez empâtés
& n'étoient prefque qu'un vernis colorié ,
áuffi peu durable que l'Artifte . On voit
à préfent que cette prédiction étoit trèsmal
fondée. Tout n'avoit d'abord , fous
le pinceau de Rubens , que l'apparence
d'un glacis ; mais quoiqu'il tirât fouvent
des tons de l'impreffion de fa toile , elle
étoit cependant entierement couverte de
couleur : il a connu parfaitement celle qui
n'altéroit ni la vivacité , ni la durée de
l'autre . Une des maximes principales qu'il
répétoit le plus fouvent dans fon école fur
´le coloris , étoit , qu'il étoit très dangereux
de fe fervir du blanc & du noir.
162 MERCURE DE FRANCE.
Commencez , difoit- il , à peindre légerement
vos ombres : gardez- vous d'y laif
fer gliffer du blanc , c'eft le poifon d'un
Tableau , excepté dans les lumieres ; fi le
blanc émoufle une fois cette pointe brillante
& dorée , votre couleur ne fera plus
chaude , mais lourde & grife . Après avoir
démontré cette précaution finéceffaire pour
les ombres , & avoir défigné les couleurs
qui peuvent y nuire , il continue ainfi :
il n'en eft pas de même dans les lumieres
on peut charger fes couleurs tant que l'on'
le juge à propos : elles ont du corps ; il
faut cependant les tenir pures : on y réuffi
en plaçant chaque teinte dans fa place ,
& près l'une de l'autre , en forte que d'un
léger mélange fait avec la broffe où le pinceau
, on parvienne à les fondre en les
paffant l'une dans l'autre fans les tourmenter
, & alors on peut retourner fur cette
préparation & y donner des touches déci
dées , qui font toujours les marques dif
tinctives des grands Maîtres .
Voilà quelques-uns des principes de Rubens
, on les reconnoît dans fes ouvrages
fa couleur eft tendre , vive , fraiche,
& naturelle : il avoit une finguliere facilité
à opérer , & par là il cachoit fa palette
dans tout ce qu'il a produit . Il tenoit
cet artifice de l'examen des ouvrages
3.
JUILLET. 1753. 163
du Titien , de Paule - Veronefe & du Correge
, & c. S'il a cependant moins fonda
fes couleurs , il nous laiffe la route plus
frayée que ces maîtres Italiens , qui nous
déguifent leur marche par une fonte prefqu'infenfible.
Nous pouvons donc le regarder
comme un Maître auffi bienfaifant
qu'habile , qui veut bien nous révéler les
mystères de cette forre de magie fi difficile
à deviner , & dans laquelle il n'a pas encore
été furpaffé . Quel avantage n'at il
pas tiré du clair obfcur ? avec quelle induſtrie
a t- il fçû lier fes grouppes , répandre
& foutenir les grandes malfes de lu
miere par celle des ombres ? Un génie fi
élevé & fi fçavant dans l'Hiftoire & les
Belles Lettres étoit auffi digne d'être admiré
que capable d'inftruire. Abondant &
facile dans fes productions , varié dans fes
attitudes auffi fimples que naturelles , &
toujours contraftées , fans être outrées ;
jufte dans fes expreffions , noble & exact
dans l'expofition , & plein de jugement
quand il a fait ufage de l'allégorie ; fes
draperies font convenables aux fujets ; les
étoffes groffieres ou légeres font jettées
avec art. Il n'y a nulle affectation dans les
plis qui font amples , & fous lefquelles fe
define le nud : on y reconnoît diſtinctement
la foye , la laine & le lin. Rubens
164 MERCURE DE FRANCE.
a peut- être manqué quelquefois à l'élégance
, & au choix de la belle nature : il
eft même quelquefois manieré , furtout
dans les extrêmités , & les emmanchemens
de fes figures , mais ce défaut ne lui eft
point ordinaire : il a très - fouvent faifi dans
la nature des beautés qui lui étoient échappées
dans les antiques , ou plutôt qui ne
s'y trouvoient point. S'il a quelquefois
négligé la correction du deffein , il eft
fouvent dans cette partie égal aux plus
grands Maîtres l'éloge que nous allons
faire de la plupart de fes éléves , doit encore
ajoûter à la gloire .
Rubens peignoit l'hiftoire , le portrait , le
payfage, les fruits , les fleurs & les animaux,
&dans chaque genre il étoit habile; il avoit
tant de reffources dans fon génie , qu'il a
compofé jufqu'à trois ou quatre fois le même
fujet dans le même inftant , fans qu'il
y eût rien de reffemblant . Nous avons plufieurs
efquiffes de lui , faites pour le même
Tableau. On en connoît trois en France
du Tableau d'Autel des Auguftins d'Anvers
, une chez M. de Voyer d'Argenfon ,
l'autre chez M. de Julienne , & la troifiéme
à Rouen , très finie , chez l'Auteur de
cet Ouvrage. Toutes ces efquiffes étoient
fur le panneau , la toile ou le papier huilé
il fçavoit y répandre la même intelli
JUILLET.
1753. 165
gence que dans un Tableau terminé. Il en
étoit de même des études particulieres qu'il
faifoit avec beaucoup de feu. Quand il ne
peignoit pas fes efquiffes ou fes études ,
il les faifoit au crayon noir , au crayon
Louge ou charbon huilé , rehauffé de blanc ,
fouvent avec un lavis d'encre de la Chine
, & d'autres couleurs à la gomme. On
voit dans fes deffeins toute la force &
toute la vigueur d'un Tableau , auffi fontils
fort recherchés & payés très cher,
DELPHIRE , Cantatille à voix feule ,
avec fymphonie ; par M. le Febvre , Organifte
de l'Eglife Royale de Saint Louis
en l'lfle ; gravée par M. de Montgautier.
Prix 36. A Paris , chez l'Auteur , rue
Aubry-le - Boucher , chez un Limonadier ,
& aux adreffes ordinaires .
Cette Cantatille eft agréable , & fait
honneur à fon Auteur .
NOUVELLE Carte du Canada , dé
diée & préfentée à M. le Comte d'Argenfon
, Miniftre & Secrétaire d'Etat , par
M, Robert de Vaugondy fils , Géographe
ordinaire du Roi , en Juin 1753.
L'on trouve dans cette Carte un détail
que l'on ne peut avoir dans aucune de
celles qui ont paru jufqu'à préfent. L'Au166
MERCURE DE FRANCE.
teur y a diftingué les poffeffions Françoifes
& Angloifes exactement , fur tout
pour l'Acadie , d'après les Mémoires qui
lui avoient été communiqués il y a un an
par le Miniftere , pour corriger l'article
de cette Prefqu'ifle dans le Dictionnaire
de Trévoux . Des Ouvrages fi bien exécutés
contribueront à foutenir la réputation
qu'ont mérités à l'Auteur les grands globes
que nous avons annoncés dans quelques-
uns de nos Mercures.
L'ACADEMIE Royale de Peinture
& de Sculpture vient de recevoir M. Feffard
connu par l'entreprife de la Chapelle
des Enfans trouvés . Cet habile Graveur
a été agréé fur les premieres planches de
fon grand Ouvrage , fur une Amphitrite
deffinée par M. Natoire , & fur l'Herminie
& une Bergere , d'après M. Natoire.
On trouve chez Dheulland , Place
Maubert , au Soleil d'or , chez un Marchand
Bonnetier , une Eftampe qui repréfente
le vaiffeau du Roi le Duc de
Bourgogne , lancé à la mer dans le Port de
Rochefort.
L'Auteur de ce morceau , le fieur Ozanne
, Deffinateur de la Marine & de l'Académie
de Breſt , donnera une fuite de
JUILLET
. 1753. 167
fujets de Marine , qui feront fort intéreffans.
On trouvera à la même adreffe ,
des livres compofés de fix feuilles de plu
fieurs fortes de fujets de Marine ; le tout
très-bien deffiné & gravé d'après nature .
L'Eftampe annoncée eft dédiée à Monfeigneur
le Duc de Bourgogne.
Le goût des fujets bas & ignobles a regné
dans tous les tems , l'Antiquité nous
en fournit des exemples , & l'Ecole . Flamande
plus à la mode que jamais , nous
entretient en France dans le genre de traiter
la nature . On voit dans la compofition
de l'Eſtampe qui a pour titre , la Place
Maubert , plufieurs images des paffions
& des plaifirs du peuple de Paris ; mais on
reconnoît à la difpofition des fabriques
que le fujet a été traité par un Peintre
d'Hiftoire , & que M. Jeaurat en a fait un
de fes délaffemens . M. Aliamet qui a gravé
& très bien rendu le tableau , paroît s'être
encore plus attaché à la fidélité du trait
& aux caracteres des figures , qu'aux parties
de l'accord & de l'harmonic.
EB
168 MERCURE DE FRANCE.
CHANSON ANACREONTIQUE .
Par M. G. E. Freiefleben , Bibliotéquaire de
S. A. S. Monfeigneur le Duc de Saxe-
Gotha.
GOUTONS lesdonceurs de la vie ☀
Silvie ,
Soulageons nos defirs ,
Livrons- nous à mille plaiſirs ;
Ce beau printems nous y convie.
Goûtons les douceurs de la vie ,
Silvie ,
Soulageons nos defirs !
Imitez cette aimable rofe
Eclofe
A la pointe du jour ;
Elle fait naître & fent l'amour :
A fon bonheur rien ne s'oppofe
Imitez cette aimable rofe
Eclofe
A la pointe du jour.
Voit- on la jeune Tourterelle
Rebelle
Aux voeux de fon amant ?
Un tendre & vif empreffement
Malgré les efforts la décele.
Voit-on
De nos beaux jours faiſons uſage 7
Le Sage
Met le tems à profita
J
Aux voeux de fon amant ?
Un tendre & vif empreffement
Malgré les efforts la décele,
Voit-on
JUILLET.
1753. 169
}
Woit-on la jeune Tourterelle
Rébelle
'Aux voeux de fon amant ?
Ce ruiffeau bordé de verdare
Murmure
D'un air voluptueux.
Tout chante l'amour & fes feux
C'est le refrein de la nature .
Ce ruiffeau bordé de verdure
Murmure
D'un air voluptueux,
S'il faut par une loi fuprême ,
Qu'on aime ,
Pourquoi le différer ?
Le tems mis à délibérer
Nous prive d'un bonheur extrême
S'il faut par une loi fuprême ,
Qu'on aime ;
Pourquoi le différer ?
De nos beaux jours faiſons uſage
Le Sage
Met le tems à profit.
L'âge , malgré ce qu'il en dit ,
Ne vaut pas notre apprentiffage.
De nos beaux jours faifons ufage i
Le Sage
Met le tems à profit
170 MERCURE DE FRANCE.
Silvie, égayons la jeuneffe
Sans ceffe
Par nos jeux innocens ;
Laiffons les regrets languiffans
Au gré de l'auftere vieillefle ;
Silvie , égayons la jeuneffe
Sans ceffe
Par dos jeux innocens.
SPECTACLE S.
'ACADEMIE Royale de Mufique
L'continue les Vendredis & les Dimanches
les repréſentations des Fêtes Grecques
& Romaines.
Elle donne le Mardi depuis le 19 Juin
deux nouveaux intermédes Italiens , le Chimois
& la Bohémienne. Ces deux intermédes,
& furtout le dernier , ont été très-favora
blement reçus du Public. On a fort applaudi
l'ouverture du premier , qui eft du célébre
Jomelli ; & on a fort goûté dans cet
interméde l'ariette lo fono una donzella ,
très-bien chantée par Mlle Tonnelli , &
le duo de la fin . L'ariette Gia colmo di pia.
cere, chargée par M. Manelli , a fait moins
d'effet qu'elle n'auroit dû , le chant en étanc
très expreffif & très-agréable....I
JUILLE T. 1753. 171
La Bohémienne a eu beaucoup de fuccès
& malgré l'excellence de la Mufique , qui
auroit pû fuffire pour cela , il faut avouer
qu'elle doit en partie ce fuccès au fujet qui
eft affez plaifant, & qui produit quelque jeu
de théatre. Les connoiffeurs ont extrêmement
goûté dans le premier acte l'ariette
charmante Si caro benfarete, que la multitude
n'a pas trop écoutée. L'ariette Che
orror ! che spavento , & le duo de la fin
ont beaucoup plû , & ce qui a réuni furtout
les fuffrages , a été l'air de la bonne
aventure , & celui de la danfe de l'ours .
Dans le deuxième acte , le plus beau de
l'interméde , il n'y a prefque pas une
ariette qui n'ait été fort applaudie. Celles
qui ont frappé davantage , font l'ariet
te Voce che lugubre , &c . & fon admirable
accompagnement ; & l'ariette Vivero fitn
lo vuoi le choeur a été très- goûté des
connoiffeurs & du public ; mais ce qui a
furtout fait la fortune de cet acte , c'eſtle
trio plein de gayeté & d'expreffion
qui le termine. On a joint à ces deux actes
celui du Bal des Fêtes de Tempé , que le
Public a revu avec plaifir , & le fpectacle
a été terminé par un ballet affez médiocre
pour la mufique & pour la danfe.
Les Comédiens François ont donne le
7
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Mercredi 26 Juin les Hommes , Comédie
Ballet en un acte. Ce nouvel Ouvrage de
M. de Saint-Foix eft trouvé généralement
charmant.
Les Comédiens Italiens ont donné le
Lundi 18 , la premiere répréfentation
d'une Féerie en profe & en trois actes ,
intitulée : la Baguette, qui n'a point réuffi .
EXTRAIT de Raton & Rofette ou la Vengeance
inutile , Parodie de Titon & l'Aurore
, représentée pour la premiere fois par
les Comédiens Italiens , le 28 Mars.
•
Raton , Garçon de Ferme , amoureux
de Rofette , Jardiniere , l'attend avec impatience
avant le lever de l'Aurore ; comme
elle tarde à paroître, Raton la foupçonne
de coquetterie , & de paffer mieux fon
tems avec un rival, Une fymphonie annonce
le lever de l'Aurore , on entend
enfuite le chant du coq , le ramage des
oifeaux , & les cris de différens animaux :
qui peuplent une baffe cour. Rofette paroît
fur la montagne , defcend dans fonjardin
, arrofe fes fleurs au jour naiſſant ,
& chante :
Brillantes fleurs ,
Vos vives couleurs
Ae nos plaifirs font l'image
JUILLET. 1753. 17
Leur tendre éclat
Eft fi délicat ,
Qu'un fouffle , un rien l'endommage,
Il faut cueillir
Les rofes fans les ternir
Et fans fléttir.
1
Sans affoiblir le defir
Failons chaque jour
Renaître l'amour
>
Et confervons fes attraits
Frais.
1
Rofette appercevant Raton , lui témoi
gne fa joie par les plus vifs empreffemens.
Raton a les mêmes fentimens , & ils chantent
enfemble le duo qui fuit.
Chaffons , chaffons les craintes , les foupçons
De nos jaloux augmentons le martire ,
Traitons leurs plaintes de chanfons
N'en faifons que rire.
Je t'aimerai tant ,
Je te le dirai tant tant tant tant,
Et fi tendrement,
Rofette.
Raton.
Ma main eft le gage :
Reçois l'hommage
D'un amour conftant ;
Qu'un heureux mariage
Te
Me
rende content.
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
Je t'aimerai tant ;
Je te le dirai tant tant tant tant ,
Et fi tendrement.
Reçois
le
gage ,
l'hommage
D'un amour conftant ,
Et qu'un doux mariage
Te
Me
rende content.
Cette fcéne eft fuivie d'un divertiffement.
Dans le premier , des Bouquetieres
paroiffent avec des corbeilles vuides ; dans
le fecond , des Jardiniers viennent avec
des fleurs , & rempliffent les corbeilles.
VAUDEVILLE DES BOUQUETIERES,
Prenez de nos bouquets ,
Ils font tous frais.
Prenez a double violette :
Galans , voici pour vous
Des oeillets doux ,
Venez en faire emplette
à Raton.
Approchez , mon beau Garçon ,
De nous achetez donc
Quelque fleurette ,
La rofe & l'bouton
D'amourette ,
JUILLET. 1753 175
La rofe & l'bouton.
Rofette à Raton.
Je t'aime fans détours
Et pour toujours.
Mon amitié n'eft point légere ,
Elle a plus de fraîcheur
Que cette fleur ,
Et n'eft, point paffagere ;
Cher amant , je t'en fais don..
En lui préfentant un bouquet,
Reçois auffi Raton
De ta Roſette
La rofe & le bouton
D'amourette' ,
La rofe & le bouton.
Gringole , Meunier , eft amoureux de
Rofette , & veut l'enlever à Raton fon
rival : il paroît à la fenêtre de fon mour
lin , & chante :
>
Hola , hé que de train
Si matin !
Attendez-moi , mes drôles,
Garçons , éveillez- vous
Venez tous ,
Armez vos bras de gaules.
De ces chanteurs ,
Et de ces danfeurs
H iij
176 MERCURE DE FRANCE
Venez frotter les épaules .
Les Jardiniers & les Bouquetieres fe
retirent ; la frayeur fait le même effet fut
Raton & fur Rofette , & Gringole fe féli
cite ainfi :
'
Ils fe font tous enfuis de peur
En me voyant paroître.
Ce qui redouble ma fureury
J'ai vu par ma fenêtre , 1
J'ai vu Rofette avec Raton ,
Oh oh oh oh oh , j'en aurai raifon
Parfanguenne me prend- on
Pour un oifon ? bis:
Perette Fermiere , fort toute tremblante
'de chez elle , & demande à Gringole le
fujet du bruit qu'elle vient d'entendre :
Gringole lui rend compte de fon amour
pour Rofette , & de la jaloufie qu'il a conçue
de Raton. Perette qui aime autant
Raton que Gringole aime Rofette , confeille
au Meunier de lui céder Raton , en
proteftant qu'elle l'empêchera bien d'approcher
de Rofette ; Perette recommande
en même tems à Gringole de tâcher d'appaifer
Rofette.
Prenez part à fa douleur
C'est une bonne recette
JUILLET. 1753. 177
Un ami confolateur ,
Eft bientôt amant vainqueur. !
Perette rentre chez elle , & Gringole
chante feul.
Qu'elle eft gentille ,
Ma jeune jardiniere ,
En elle brille
La beauté printaniere .
Ah , quelle grace !
Rien ne l'efface ;
Quand je l'apperçois ,
Quand j'entends fa voix ;"
Je fens la flâme .
Agiter mon coeur ,
Avec tant d'ardeur
Que je me pâme ,
Je me fens ravir
De plaifir.
Les fleurs de prairie
N'ont point la fraicheur ;
L'épine fleurie
N'a point fa blancheur,
Tant que je vivraiį“
J'aimerai ,
Chérirai
Sa legereté ,
Sa beauté
Sa gayé à
Hv
178 MERCURE DE FRANCE
Elle babille ;
Hem elle fautille ;
Ah , qu'elle a d'appas !
C'eft fur les pas
Qu'on voit éclore
Des fleurs de tous les jours ,
Mais moins encore ,
De fleurs
que
d'amours.
1
De fa vigueur
Si je fuis vainqueur ,
Dès le matin
Cultivant fon jardin ,
Tout à loifir
Je pourrai cueillir
Les rofes , les lys ,
Et cent bailers jolis.
Il voit arriver Roſette toute en pleurs ;
il l'aborde un inftant après , & lui dit d'un
ton doucereux :
Belle Rofette ,
Je plains votre tourment;
Et je regrette
De bon coeur votre amant ; 3
Il avoit du mérite ,
Et beaucoup d'amitié ;
Ah , pauvr' petite !
Yo ' malheur excise
Ma pitié,
JUILLET. 1753. 179
Rofette.
Fai perdu tout mon bonheur ,
On a pris mon ferviteur ;
O fort trop
funefte !
O fort
trop
funefte !
Que l'on m'ôte tout mon bien
Je ne regretterai rien ;
Non rien , non rien "
Non rien .
Que l'on m'ôte tout mon bien ,
Je ne regretterai rien ,
Si Raton me refte ;
J'ai perdu tout mon bonheur,
On a pris mon ferviteur ;
O fort trop funefte !
Offort trop funeſte !
Gringole s'offre à la place de Raton , ce
qui augmente la douleur de Rofette . Gringole
défefperant de l'attendrir , lui apprend
que fon ami eft parti pour le Mif
fillipy..
Rofette.
défelpoir, pauvre Roſette !:
Gringole.
C'est un valet que Roferte regrettes-
Rofette.
Faime autant ce fimple valèt;.
Que je te hai ,& redéreſte.
kivij
180 MERCURE DE FRANCE.
Gringole.
C'eſt parler net ,
V'là mon paquet ;
Je ne demande point mon refte."
Perette vient trouver Gringole , & lui
demande s'il a réuffi ; Gringole tranſporté
de fureur , ne répond qu'en ordonnant à
fes garçons de faire expirer Raton fous
leurs coups. Perette pour faire ceffer les
cris & le tapage des Meûniers , dit à Grin
gole de les renvoyer , & lui promet de
gagner Raton , pour qui elle avoue fon
penchant fiez vous à moi , ajoute- t'elle à
Gringole , je ne vais rien épargner pour
en venir à bout . Perette vante à Raton les
plaifirs de l'inconftance , & fait chanter par
un payfan de la fête qu'elle a ordonnée , le
couplet qui fuit :
:
Courons d'la blonde à la brune ,2
A changer tout nous inftruit ;
Le croiffant devient pleine lune ,
Après l'biau tems , I'mauvais fuit.
L'hirondelle
Pen fidelle ,
Change de lieu tous les ans.
Le papillon volage à l'extrême ,
Eft errant dans nos champs ;
Si l'papillon,
JUILLET. 1753.
181
L'hirondelle ,
La lune , la pluye & l'biau tems ,
Sont changeans ,
Il faut changer de même.
Tous. Il faut changer de même.
Réponse de Raton.
Les rochers de ce rivage
N'ont jamais changé d'endroits ,
Et les clochers du village.
Reftent toujours fur leurs toits.
Ces montagnes ,
Ces campagnes
Sont là depuis fort long- tems ;
Cette fouree toujours la même ,
Va remplir les étangs ;
Si les rochers ,
Les clochers ,
Les ruiffeaux , les étangs
Sont conftans ,
Je fuis conftant de même. Bis.
Perette croyant que fes gens nuifent
à fon deffein , & que le tête à tête plaira
davantage à Raton , les renvoie tous . Elle
minaude inutilement , & finit par offrir
tout fon bien à Raton ; il le refufel, en
difant qu'il n'oubliera jamais Rofette.
Perette.
Que cette conftance eft parfaite !
182 MERCURE DE FRANCE
apart. Quoi , j'en aurai le démenti ?
Raton. Sois donc le mari de Roſette ,
J'y confens ; je prends mon parti..
Va la chercher , & lui prodigue
Les foins , les tranſports les plus dour
Mais comme le chagrin fatigue,
au Berger Robin , perſonnage muet.
Robin , qu'il boive un coup chez vous.
Gringole revient trouver Perette , pour
fçavoir des nouvelles de fon entreprife'; Perette
lui apprend qu'elle n'a pû faire chan
ger Raton ,, mais qu'elle s'en eft vengée.
On apporte Raton endormi
Gringole
Il eft mort.
Perette
Non , c'eft qu'il dort.
Il dormira long-tems , je vous le jure ;:
Dors , dors , dors pour venger mon injure
Dors , pour venger mon injure.
Certain breuvage de pavot,
Va pour toujours glacer fon ame
Il dormira comme un ſabot ,
En dépit de fa chere femme.
Gringole.
Par la morguenne , il eft bon làÿ,
Yoyons un peu comment ça fra..
JUILLET. 1837 1753
Perette & Gringole abandonnent Ra
ton , qui dit en fe réveillant :.
Ciel od fuis- je ? je friffonne ;
Quel nuage m'environne ?
Ah , la force m'abandonne f
Quel cruel revers m'abat ?
Seroit- ce un tour de Perette ?
Dieux , quelle langueur fecretie
Pourrai-je aux yeux de Rosette.
M'offrir en ce trifte état
Rofette , quifurvient.
O doux espoir !!
Je vais donc le revoir
Ce cher amant qui caufoit mes allarmes,
O doux espoir !
Je vais donc le revoir
Ce cher amant
Qui m'aime conftamment
Ah , le voici !
Mais quel fouci
Lui fait encor verfer des larmes.
Oh , qu'as-tu donc ,
Pauvre Raton ,
Mon bel ami ?
I eft endormi .
4
Ah ! Raton , réveille , réveille ,
Ah, Raton réveille toi
184 MERCURE DE FRANCE.
En ce jour tu vas être à moi ;
Réveille - toi , reçois ma foi.
Ah ! Raton , Raton ,
Ah , Raton ! réveille , réveille ,
Ah , Raton ! réveille toi .
Il dort encor plus fort , je crois ;
Hélas ! n'entends- tu pas ma voix
Raton.
Je fommeille.
Rofette.
Tu prends bien ton tems pour dormir
Viens livrer ton ame au plaifir ;
Qu'il te réveille ,
Qu'ilte réveille.
Raton.
'Ah , quel chagrin !
Robin , ce berger malin
En me verfant du vin
A fait un fortilege.
Rofette
Que dis- tu donc e
Raton.
J'aurai pris quelque poifon ;
Vous le dirai- je ?
Mon coeur eft comme un glaçon
Charmé de nos noeuds
Mes feux
JUILLET. 1753 .
185
Faifoient mon bien fuprême ;
Mais à tant d'ardeur
Succéde la froideur.
Rofette.
Reprens tes efprits ,
Mon fils ,
Tu fçais combien je t'aime
Raton.
C'eft quelque jaloux
Qui jette un fort far nous;
Je m'affoiblis ,
Malgré mói je m'affoupis ;
De mes fens dépéris
A peine ai -je l'uſage .
Rofette.
1
Je vous plains fort
En me parlant il s'endort
Ahlquel dommage !
C'est un fort ,
Il n'a pas tort.
Cette indolence eft unique :
Quel rôle pour un Amant !
Un fommeil fi léthargique
Refroidit le dénoument.
Allons , allons ; gai's gai ,
Allons , allons gaiment ;
Au mal qui te pofféde !
186 MERCURE DE FRANCE
N'eft if point de reméde
Qu'amour vienne à notre aide ,
Ainfi qu'à l'Opéra.
Raton.
C'est vous que je réclame.
Rofette.
Va , je ferai ta femme .
S'il fuffit de ma flamme ,
Regarde - moi,
Raton.
Oui da ,
Je fens cela
Propre au mal qui me tient là.
Mon ardeur naft de la tienne
En dépit des envieux ,
Eft il un charme qui tienne
*
Contre celui de tes yeux ?
;
Comme on voit la fleur renaître
Après les cruels hivers ,
Mon coeur prend un nouvel être ,
Après mille maux foufferts.
Mon ardeur naft de la tienne ;
En dépit des envieux ,
Eft-il un charme qui tienne
Contre celui de tes yeux ?
Ah ! Rofette , fixe encore
Sur moi ce regard charmant ;
Un plus beau jour femble éclore ,
Pamour te rend ton Amant
JUILLET. 1753 187
Enfemble.
L'amour
{
te ton
me rend mon Amant,
C'est en vain que l'on s'oppofe
Aux voeux d'un coeur bien épris ;
Des tourmens que l'amour cauſe
L'amour lui- même eft le prix.
Rofette.
Ne craignons plus Perrete ni Gringole ,
A nos tranfports nous pouvons nous livrer
Ils ont chacun fait un fi mauvais rôle
Qu'ils n'oferont plus fe montrer.
On danfe , enfuite on chante une ronde
fur les plaifirs du mois de Mai , & après
la ronde , Rofette dit à Raton :
Ah ! ton teint a repris
Son brillant coloris ,
J'y vois renaitre enfin les ris
Tu te fens mieux .
Raton.
Oui.
Rofette.
Tu te fens mieux.
Raton.
Oui.
Enſemble,· Ah i mon coeur en eft réjóÿï;
48S MERCURE DE FRANCE
VAUDEVILLE.
Raton,
Nous n'avons plus rien à craindre ,
Mes feux fe font rallumés ;
En cherchant à les éteindre ,
Nos jaloux les ont rallumés ;
Deformais foyons tranquiles ,
Leurs fureurs font inutiles ,
I's n'ont fait qu'un bruit éclatant ,
Autant en emporte le vent.
Ne prenez pas , jeunes filles ,
Le Petit- Maître manqué ;
Il ne vit que de paftilles ,
11 eft tout confit , tout mufqué :
De ces Amans à l'eau rofe
La tendreffe eft peu de chofe ,
On en eft la dupe fouvent ;
Autant en emporte le vent.
Le fonds de cet Ouvrage a paru froid,
mais l'éxécution en eft brillante , & il y
a de jolis détails.
CONCERT SPIRITUEL.
LE Concert Spirituel du jour de la Fête
Dieu commença par une fymphonie , enfuite
Latatus fum , Moter à grand choeur
de M. Cordelet , M. Gelin chanta fort bien
Exaudi nas, petit Motet du même Auteur.
JUILLET.
1753.
189
M. Baptike joua fort bien une Sonate de
violoncelle de la
compofition del Signor
Lanzetti . Mile Davaux fit grand plaifir dans
l'Ufquequò Domine , petit Motet de feu M.
Mouret. Le Concert finit par Venite exultemus
, admirable Motet de M. Mondonville .
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
NOUVELLES
ETRANGERES,
DU
LEVANT
DE
CONSTANTINOPLE , le 3 Mai.
A Hauteffe doit aller paffer quelque tems à
Befixtafchi , lieu de plailance fitué fur le canal ,
à
l'embouchure de la mer Noire. On n'a rien négligé
pour donner à cette maiſon l'élégance & la
régularité qu'exige le goût Européen , & pour lui'
conferver en même tems les divers agrémens qui
flattent le goût Afiatique. Le Capitan Pacha fe
difpofe à mettre
inceffamment à la voile , pour
recueillir le tribut des Iles de l'Archipel . Depuis
dix -huit mois il n'eft mort ici perfonne de la
pefte , ce qui eft à remarquer dans une ville où
ce fleau fait prefque tous les ans quelques ravages.
Par les précautions que l'on commence à prendre,
on ne défelpere pas de les rendre beaucoup moins
fréquens.
DU NORD .
DE MOSCOU , le 18 Mai.
Le jour de l'Anniverfaire du Couronnement
Ae l'impératrice , cette Princefle fit fervir fix tables,
7
190 MER CURE DE FRANCE.
ehacune de foixante couverts , pour le Clergé &
pour la Nobleffe des trois premieres claffes . Le
Comte de Beftuchef, Grand- Chancelier , donna
le même jour un magnifique repas aux Ambaſſadeur
& aux autres Miniftres Etrangers. Il y eut le
8 à la Cour un Bal paré , après lequel le Grand
Duc & la Grande Ducheffe fouperent avec les
principales Dames de la Cour, La falle du feſtin
repréfentoit un jardin orné de fontaines , de caf
cades & de ftatues allégoriques. Sa Majesté Impé
riale affitta le 10 à une repréfentation de l'Opera
Italien de Bellerophon. Ce fpectacle fut fuivi d'an
Bal mafqué. Le 8 & le 10, toute la ville fut illuminée
, ainfi qu'elle l'avoit été le 6.
*
DE WARSOVIE , le 21 Mai.
Quelques Hordes de Tartares ont paru dans le
Defert qui fépare l'Ukraine & la Petite Tartarie ,
mais on n'a point appris qu'ils ayent commis aucun
defordie dans les cantons voifins . Il n'en a
pas été de même des Cofaques Haydamakis . Ces
brigands étant entrés dans la petite ville de Pallio
qui appartient à la Maiſon de Lubomirski , ont
forcé les portes du château , d'où ils ont enlevé
tout ce qu'ils y ont trouvé de précieux . Heureu -`
fement le détachement qu'on a fait monter à che
val pour les pourluivre , les a atteints à l'entrée
du Defert ; dix ont été tués , les autres ont été mis
en fuite ; on a repris une grande partie du butin
qu'il avoient fait dans leur courfe , & l'on a délivié
le Châtelain de Pallio & un Secrétaire qu'ils
emmenoient prifonniers.
Un incendie a réduit en cendres la ville d'O
poſchno dans le Palatínat de Mazovie.
JUILLET. 1753. tgr
-
DE GRODNO , le 28 Mai.
· Cette ville vient d'être preſque entierement réduite
en cendres. L'incendie a commencé par lå
maifon d'un Marchand Juif , dans laquelle il y
avoit une grande quantité d'effers combuftibles ;
en peu de tems les fan mes ont fait un tel progrès;
qu'il n'y a pas cu moyen de s'opposer à leur violence
; elles n'ont pas plus épargné l'hôtel du Primat
, celui du Grand General de la Couronne , &
Jes autres marfons confidé : ables , que le refte de
la ville ; le Couvent des Bernardins , celui des
Religieux de Saint Bafile , & le Monaftere de Sainte
Brigide font totalement confumés . On foupçonnoit
que le feu avoit été mis par des incendiaires ; mais
après plufieurs perquifitions on a reconnu que la
négligence d'un d meftique avoit été la caufe
d'un grand defafire .
=
DE COPPENHAGUE , le 26 Mai.
On rebâtit en briques l'Hôtel des Invalides ;
cette mailon étoit auparavant conftruite moitié
en briques , moitié en bois , & ce mêlange non
feulement formoit un édifice peu folide , mais
offroit un afpect peu agréable. Dans le nouvel
Hôtel , ainfi que dans l'ancien , les Invalides pourront
avoir avec eux leurs femmes & leurs enfans.
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 2 Juin.
Selon une Ordonnance qui vient d'être rendure
publique , les Maiſons Religieufes & les Hôpitaur
de la Bafle Autriche , jouillant de quelques exemp
tions d'impôts , font tenus de rapporter à la Cham
102 MERCURE DE FRANCE.
•
bre de Repréſentation , dans le courant de ce
mois , les titres en vertu delquels ils peuvent prétendre
ces exemptions . Il paroît une autre Ordonnance
, par laquelle l'Impératrice ftatue les peines
qu'encoureront les Baillifs & autres Officiers , qui
commettront des malverſations dans l'adminiſtra
tion des deniers publics.
DE PRAGUE , le 1 Juin.
Les habitans de ce Royaume reçoivent continuellement
des marques de l'attention de l'Impé
ratrice Reine au bien public. Cette Princeffe a fait
pour la Police de cette Ville plufieurs Réglemens ,
dont on éprouve tous les jours les avantages. Sa
Majefté , ne veillant pas moins au foulagement
des befoins particuliers qu'à la conduite des affaires
générales , vient de prendre une réſolution qui
ne fera pas moins utile. Dans la Ville Neuve eft
un Hôpital fondé pour l'entretien de cinq cens
pauvres. L'Impératrice n'a pas jugé cet établiffement
fuffifant . Elle a augmenté les revenus de cette
Maifon , afin qu'on pût y retirer trois cens pau
vres de plus .
DE BERLIN , le 2 Jain.
* 'Avant le départ du Roi , on a préſenté à Sa Majefté
le volume des Mémoires de l'Académie
Royale des Sciences & Belles-Lettres pour l'année
1751. Ce volume contient les ouvrages fuivans :
Nouvelles Expériences fur le fang humain , par le
fieur Eller. Defeription anatomique des nerfs de la
face , par le fieur Meckal. Examen Chymique de
Eau , par le fieur Margraff. Obfervations fur la
Pneumonanthe , plante d'un nouveau genre , dont
J
JUILLET. 1753. 19 $
le caractere differe entierement de celui de la Gentiane
, par le fieur Gleditfch. Harmonie entre les
principes généraux du repos & du mouvement dufieur
de Maupertuis , par le fieur Euler. Sur le Principe
de la moindre Action , par le même. Examen de la
Differtation , que le fieur Koenig a inferée dans les
Actes de Leipfick , mois de Mars 1751. Effai d'une
Démonftration métaphyfique du Principe général de
Equilibre. Calcul de la probabilité dans les Jeux de
hazard. Application de la Machine Hydraulique du
fieur Segner à toutes fortes d'ouvrages , &fes avantages
fur les autres Machines Hydrauliques ,
dont on
fe fert ordinairement. Recherches fur une nouvelle
maniere que le fieur de Mout a proposée pour élever
Peau , par le même Académicien. Recherches fur
l'existence des corps durs , par le fieur Beguelin. De
La Confcience , par le fieur Formey. Réflexions philo-
Jophiques fur la Reflemblance , par le fieur Merian.
Recherches fur l'origine des Sentimens agréables
déjagréables , par le fieur Sulzer . Differtation fur l'origine
des Romains , par le fieur Pelloutier . Mémoire
fur le Fleuve Suevus , par lefieur Becmann. Hiftoire
de l'Elevation de Charles V. au Trône de l'Empire ,
par l'Abbé Raynal. Eloge du Général Still.
Les Directeurs de la Compagnie de Commerce,
établie à Embden , font informés par des Lettres
d'Angleterre , que le Vaiffeau le Roi de Pruffe , appartenant
à cette Compagnie , eft arrivé à la Chine .
DE RATISBONNE , le 10 fuin.
A l'exemple de la Régence de l'Electorat de
Hannovre , plufieurs Etats d'Allemagne ont défendu
à leurs Sujets de prendre des engagemens ,
pour aller s'établir dans les nouvelles Colonies
de l'Amérique .
94 MERCURE DE FRANCE.
DE FRANCFORT , le 3 Juin.
Il s'eft tenu ici des conférences entre les Minif.
tres de diverfes Cours de l'Empire , fur les moyens
de remédier aux abus qu'occafionne la difproportion
de la valeur des monnoyes. Ceux de Mayence
, de Treves & de Caffel , ont été d'avis qu'il
convenoit de mettre plufieurs efpéces d'or à quinze
pour cent , au-deffous du prix qu'elles ont maintenant
en Allemagne. Les Miniftres de quelques
autres Cours s'y oppofent , prétendant que cette
diminution cauferoit du dérangement dans le
Commerce .
DE HAMBOURG , le 1 Juin.
Un Commiffaire Hannoverien s'eft rendu à Altena
, pour s'oppofer au départ de plufieurs Sujets
de l'Electorat de Hannovre , qui s'y font embar
qués fur deux Navires , pour pafler à la Caroline
Méridionale : mais à l'arrivée de ce Commiffaire ,
l'un & l'autre Bâtiment avoient déja mis à la voile
pour leur deftination .
ESPAGNE.
DE MADRID , le 22 Mai.
Don Julien d'Arriaga , Préfident du Tribunal
de la Contractation des Indes , a donné avis au
Roi que les deux Fregates , la Notre- Dame du Rofaire
& le Saint Charles , étoient entrées le s de ce
mois dans la Baye de Cadix. La premiere vient
de Cartagêne , & la feconde de la Havane. Elles
ent apporté la valeur de cent foixante-trois mille
JUILLET. 1753. 195
buit cens quatre piaftres , tant en or qu'en argent
monnoyé ou non monnoyé , trois cens quatrevingt-
cinq mille quatre cens foixante & quinze
livres de cacao ; foixante & treize mille fept cens
cinquante de cafcarille ; fix cens foixante -feize
mille neuf cens de tabac , & dix - neuf cens cinquante
huit quintaux de bois de Campêche.
DE BARCELONNE , le 12 Mai.'
A mesure que ce Port eft devenu plus fréquenté,
le nombre des habitans de cette Ville s'eft telle
ment acciû , que pour fuppléer au défaut de loge
mens , on a été obligé de faire des baraques le long
de la Marine. Le Marquis de la Mina , Capitaine
Général de la Province , & Gouverneur particulier
de cette Ville , a jugé qu'il importoit à la fureté
publique de fubftituer à ces baraques , des maifons
qui fuffent moins fujettes aux accidens du feu. En
conféquence , on a conftruit fur un plan donné par
Don Juan Cermeno , qui exerce ici les fonctions
d'Ingénieur en chef, un nouveau fauxbourg dont
les rues font tirées au cordeau , & aboutiffent toutes
à une vafte & belle Place,comme à un centre commun.
Moyennant le zéle avec lequel les Pêcheurs ,
les Calfats & autres gens de mer , ont mis la main
à l'oeuvre , le travail a été achevé en quatre mois.
Quelques Médecins & Chirurgiens le font engagés
à demeurer dans ce fauxbourg. Afin que les habitans
ne manquent pas plus des fecours fpirituels que
des temporels, Don Manuel Lopès d'Aguirra, Evêque
de cette Ville , a ordonné qu'on leur bâtit une
Eglife. Hier , ce Prélat s'étant rendu proceffionnellement
avec fon Clergé , au lieu où elle doit
être placée , en bénit la premiere pierre. Le Mar
quis de la Mina , accompagné des Magiftrats &
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
des Officiers , tant de la garnifon que de la Marine,
affiſta à cette cérémonie qui ſe fit au bruit de l'ar
tillerie des remparts & du Port.
ITALI E.
DE NAPLES , le 22 Mai.
En continuant de fouiller dans les fouterrains
d'Herculanum , on a trouvé plufieurs manufcrits
en rouleaux , qui excitoient d'autant plus la curiofité
, qu'on les croyoit intéreſſans pour l'hiſtoire
ancienne. Quelque art qu'on ait employé , on n'a
pu les dérouler : leurs parties étant fi fortement
adherentes les unes aux autres qu'elles ne le font
détachées que par morceaux.
DE ROME , le 15 Mai.
›
On nivelle actuellement le terrein depuis l'E
rang de Macarefe jufqu'à Ponte- Galera , afin de
s'affurer fi le canal que l'on a deffein de faire ,
pour obvier aux fréquens débordemens du Tibre,
peut être entrepris . Le Pere Pagi , Religieux de
J'Obfervance a préfenté au Saint Pere le cinquiéme
tome du Breviarium Pontificium. Il a déja
fort avancé le fixieme tome & il ne tardera
à le faire mettre fous preffe. La femaine derniere
, le Pere Mer , Jeſuite , qui a travaillé avec
le Pere Bofcowich , du même ordre , à fixer le
Méridien , remit le réfultat de fes obfervations.
Comme le Pere Boſcowich de fon côté doit
avoir terminé les fiennes , on compte de voir la
nouvelle Carte de l'Etat Eccléfiaftique inceflamament
gravée.
pas
JUILLET. 1753 197
DE VENISE, le 19 Mai.
Le Grand Confeil s'étant affemblé le 13 de ce
mois , élut le fieur Antoine Dona , pour aller relever
à Conftantinople le Chevalier Diédo en qualité
de Baile de la République.
GRANDE BRETAGNE.
DE LONDRES , le 7 Juin.
Sa Majefté , ayant mandé la Chambre des
Communes , a donné fon confentement aux différens
Bills paffés en dernier lieu par les deux
Chambres . De ce nombre font le Bill contre les
mariages clandeftins , & le Bill pour la naturalifation
des Juifs. Le Roi a fait enfuite la clôture du
Parlement par ce difcours. » MILORDSET
> MESSIEURS , la faifon eft fi avancée , &
vous avez apporté une telle expédition aux affaires
, qui ont été remifes devant vous , qu'il eft
néceffaire de mettre fin à votre Seffion . Le zéle
que vous avez montré pour ma perfonne & pour
mon Gouvernement dans toure votre conduite ,
exige de moi de faceres remercimens. Votre
attention à prendre les mefures convenables pour
étendre le commerce , pour favorifer les pro-
» grès des Manufactures , & pour réprimer les
défordres auxquels il importoit de rémédier ,
n'eft pas moins un fujet de fatisfaction pour
moi , qu'une preuve de la prudence , qui vous
fait profiter de ce tems de tranquillité pour pro-
» curer les avantages de la Nation . Il n'eft arrivé:
→ aucun changement dans la fituation des affaires,
étrangeres , depuis que vous êtes affemblés ,
I iij.
198 MERCURE DEFRANCE.
Vous pouvez compter fur ma perfévérance à
fuivre les principes & les vûes , dont je vous ai
fait part. Entretenir la paix , veiller au bonheur
» de mon peuple , affurer l'honneur & les droits
» de ma Couronne , voilà quels font les objets
de mes foins. MESSIEURS DE LA CHAMBRE DES
→ COMMUNES , en m'accordant les fubfides pour
» l'année courante , vous avez fait voir également
l'intérêt que vous prenez au fervice public , & le
defir que vous avez de contribuer à rendre tous
" mes Sujets heureux . Je vous remercie de l'une
» & de l'autre de ces difpofitions , ainfi que de
» votre prévoyance à l'égard de la future aug-
» mentation du fonds d'amortiffement . MYLORDE
" ET MESSIEURS , je n'ai rien à vous demander
?? que ce à quoi vous êtes portés par votre propre
" inclination . Faites tous vos efforts dans vos dif-
»férentes Provinces , pour exciter l'amour du
public , pour augmenter l'induftrie , pour maintenir
le bon ordre & la tranquillité, pour infpires
» au peuple une jufte reconnoiffance des bienfaits
dont le Ciel le fait jouir. Ce font- là les fondemens
les plus folides , fur lefquels mon Gou--
vernement puifle être établi.
Suivant l'état qui paroît des fubfides accordés
par la Chambre des Communes pour le fervice®
de l'année courante , ils montent à deux millions
cent trente deux mille huit cens quarante-deux
livres fterlings . Le Bill contre les mariages clan :
deftins ne commencera d'avoir fon exécution que
Je 25 du mois de Mars de l'année prochaine . On
a changé le plan pour la diftribution des lots de la
nouvelle Lotterie , & il a été décidé qu'il y auroit
deux lots , chacun de dix mille livres fteilings ,
deux de cinq mille , quatre de deux mille , vinge
de mille , trente de cinq cens , deux cens loixante
JUILLET. 1753. 199
de cent , deux mille de vingt , & fix mille de dix.
Les deux Billets , qui feront tirés les premiers ,
auront chacun une Prime de deux cens livres
fterlings. Chacun des deux derniers en aura une
de trois cens. Il ne fera permis à perfonne de
foufcrire pour plus de vingt billets , & le premier
tirage de la Lotterie fe fera le 26 de Novembre.
L
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
Es Etats particuliers du Vivarais ont été tes
nus cette année le 29 Mai au Château de la
Voutte où ils ont été convoqués par le feur
Dauteville , Bailli de Tournon , & Subrogé du
Prince de Soubife . L'ouverture s'en étant faite le
21 de ce mois , le Subrogé , après fon compliment
à l'Affemblée , lui donna part du mariage
du Prince de Condé avec Mademoiſelle de Soubife
, & annonça pour le 24 une fête qu'il ſe
propofe de donner à cette occafion . Cette fête à
Jaquelle toute la Nobleffe de la Province a été invitée
, a commencé par plufieurs décharges de
moufqueterie de la Bourgeoifie , qui étoit fous
les armes . On fervit dans la grande falle du
Château un magnifique dîner fur une table de
deux cens couverts , dreffée en fer à cheval . Après
le repas , on fe rendit à l'Eglife Paroifliale pour
affifter au Te Deum , & de - là au feu de joye , qui
fut allumé par le Subrogé & par le Marquis de
Serre , Commandant à Saint - Andiol. L'affemblée
trouva à fon retour le Château illuminé par
une quantité prodigieufe de lampions & de potsà
feu . Les armes de Condé & de Soubife étoient
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
polées en fronton au- deffus de la porte , les deur
Ecuffons étant foutenus par une Renommée ornée
de fes attributs avec ces mots : TADIS ILLUSTRIBUS
AMB O. Il y eut fur la belle Terraffe ,
qui domine le Rhône , un artifice exécuté à la
grande fatisfaction de tous les fpectateurs. Le
fouper fut fervi avec une magnificence égale à
celle du dîner , & fut fuivi d'un bal qui dura
jufqu'au jour. Deux fontaines de vin coulerent
pour le peuple dans la premiere Cour du Château.
Le lendemain , il y eut une illumination générale
dans toute la Ville . Hier l'Affemblée des Erats s'eft
féparée , après avoir réglé les differentes affaires.
qui intéreflent la Province .
Le 31 Mai dernier , Fête de l'Afcenfion de Norre
Seigneur , leurs Majeftés accompagnées de
la Famille Royale entendirent dans la Chapelle
du Château les Vêpres , chantées par la Mufique ,
auxquelles l'Abbé Gergoi , Chapelain Ordinaire
de la Chapelle -Mufique , officia.
le
Les Députés des Etats d'Artois eurent le même
jour audience du Roi. Ils furent préſentés à Sa
Majefté par le Duc de Chaulnes , Gouverneur de
cette Province & de celle de Picardie , & par
Comte d'Argenfon , Miniftre & Secrétaire d'Etat
de la guerre. Selon la coutume ils ont été conduits
par leGrand- Maître & le Maître des Cérémomonies
. La Députation étoit compofée , pour le
Clergé , de l'Evêque d'Arras qui porta la parole ;
du Marquis de Vitri , pour la Nobleffe , & de
M. Coët , Echevin de la Ville d'Arras , pour le
Tiers Ftat .
Le 3 juin dernier la Comteffe de la Tour- du -
pin & la Marquife de Tracy furent préfentées à
leurs Majeftés.
Le mème jour , le Roi figna le contrat de
JUILLET 1753. 201
mariage du Vicomte de Durfort , Capitaine d'une
Compagnie de Carabiniers .
Le 4. pendant la Meffe du Roi , l'Evêque de
Graffe prêta ferment de fidélité entre les mains de
Sa Majesté .
Le Roi qui étoit allé à Choify le 31 Mai dernier
au foir , revint à Verſailles le 2 Juin. Sa Majefté
eft partie le 4 pour Crecy , où elle eft demeurée
jufqu'au 9:
Il y eut le 4 un concert chez la Reine , &
Pon y exécuta les deux derniers Actes de l'Opera.
de Thétis & Petée.
L'Abbé de Canillac étant arrivé de Rome pour
être reçu à la Pentecôte Prélat Commandeur de.
l'Ordre du Saint - Elprit , rendit le 31 Mai dernier
les refpects à leurs Majeftés & à la Famille.
Royale. Le Chevalier Chauvelin , Lieutenant Général
des Armées du Roi , & Ambaffadeur de Sa
Majefté à la Cour de Turin , eut le même hon .
neur.
Le Roi a choifi le Pere Defmaretz , Recteur dus
Noviciat des Jéfuites à Paris , pour fuccéder au
feu Pere Peruffault dans la place de Confefleur de.
Sa Majefté.
Depuis long- tems on a découvert à un quart de
lieuë d'Alais , dans le Bas - Languedoc , une fource .
d'eaux minérales , extrêmement falutaires , Pari
l'analyſe qui en a été faite , on a reconnu qu'elles
conteuoient un acide vitriolique & une terre ferrugineufe..
Les maladies , pour lesquelles leur.
ufage a communément rempli l'intention des Médecins
, font particulierement les douleurs de
reins , qui proviennent des urines enflammées
bourbeufes , chargées ou de fable ou de levain glais
reux ; les- cours de ventre , & furtout les dyffegres
ries ; les coliques bilieafes ; les ardeurs d'eatrails,
34
·
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
les , les infomnies caufées par un fang trop agité
On fe fert auffi de ces eaux avec fuccès pour les
fiftules & pour les ulcéres , foit externes , foit internes
, fi l'on en excepre ceux des poulmons, Elles
conviennent aux perfonnes attaquées du fcotbut
, de la fueur fer de , & de toute humeur dartreufe
. Leurs propriétés font atteftées par plufieurs
Médecins de Montpellier , de Nifines & d'Alais.
Ces eaux fouffient le tranfport , fans rien perdre
de leur vertu , pourvû qu'on ait foin de boucher
exactement les bouteilles dans lesquelles on les
renferme Elles font connues en Languedoc fous
le nom d'eaux de Daniel : mais il eft de l'intérêt
du public , de ne pas les confondre avec d'autres
eaux , qu'on a commencé à diftribuer fous le même
nom , & dont la fource eft à deux cens pas au ..
deffous de celle des eaux , qui font le fujet de cet
article En s'adreflant directement à M. Faucon
de la Vabre , Proprietaire de ces dernieres , on
évitera toute mépriſe .
La nuit du 31 Mai dernier , le feu prit à des
maifons fituées fur le Pont d'Orleans , qui renfermoient
une grande quantité de matériaux , deftinés
pour le nouveau Pont que le Roi y fait conf
truire Le Régiment d'Orleans actuellement en
garn fon dans la Ville , fe porta fur le champ au
lieu de l'incendie , fous les ordres de M. de l'Epine.
On ne peut donner trop d'éloges au zéle , avec
lequel tous les foida's s'emprefferent d'arrêter le
progrès des fimmes. Les Gren dies furtout
commandés par M de Giry , fe diftinguerent.
Sans l'adreffe & activité que le Corps en général
employa pour donner du fecours par tout où il en
étoit befoin , l'embrafement auroit eu des fuites
beaucoup plus funeftes Une maiſon & trois écuxies
ont été réduites en cendres. On a perdu neuf
3
JUILLE T. 1753 203
chevaux , & plufieurs ouvrages qui appartenoient
à Sa Majefté.
Le 9 , veille de la Fête de la Pentecôte , la Reine
accompagnée de la Famille Royale , affifta aux
premieres Vêpres chantées par la Mufique , auf-›
quelles l'Abbé Gergoy , Chapelain Ordinaire de la
Chapelle Mufique , officia.
Le Roi revint le même jour du Château de
Crecy.
Le 10 , jour de la Fête , les Chevaliers , Com
mandeurs & Officiers de l'Ordre du Saint Efprit
s'étant affemblés vers les onze heures du matin
dans le Cabinet du Roi , Sa Majefté tint un Chapitre.
L'Abbé de Pomponne , Chancelier des Or
dres du Ror , fit le rapport des preuves des vie &
moeurs , & de la profeffion de foi de l'Archevêque
de Narbonne , du Prince Conſtantin , Premier
Aumônier du Roi , & de l'Abbé de Canillac , Atte
diteur de Rote , qui avoient été propofés le a dia
mois de Février dernier pour être Prélats Commandeurs
. Les preuves ayant été admifes , ces
Prélats furent introduits dans le Cabinet de Sa Majefté.
Enfuite le Roi fortit de fon appartement
pour aller à la Chapelle . Sa Majesté , devant la
quelle les deux Huiffiers de la Chambre portoient
leurs Males , étoit en Manteau , le Collier de l'Ordre
par deffus , ainfi que celui de l'Ordre de la
Toifon d'Or. Elle étoit précédée de Monfeigneur
le Dauphin , du Duc d'Orleans , du Prince de
Condé , du Comte de Charolois , du Prince de
Conty , du Comte de la Marche , du Prince de
Dombes , du Comte d'Eú , du Duc de Penthiévre,
& des Chevaliers , Commandeurs & Officiers de
FOrdre. L'Archevêque de Narbonne , le Prince
Conftantin , & l'Abbé de Canillac marchoient des
B vj
204 MERCURE DE FRANCE.
-
riere le Roi. Lorsque le Roi fut arrivé à la Cha→
pelle , Sa Majeſté ſe mit à ſon Prie Dieu & les
Prélats Commandeurs fe placerent près des marches
de l'Autel . L'Abbé Gergoy , Chapelain Ordinaire
de la Chapelle- Mufique , en Chape , affifté
du Diacre & du Sous Diacre , entonna le Veni
Creator , qui fut chanté par la Mufique. Cette
Hymne étant finie , le Roi monta à fon Trône , &
reçut Prélats Commandeurs , l'Archevêque de Narbonne
, le Prince Conftantin , & l'Abbé de Canillac.
L'Archevêque de Narbonne célébra enfuite
pontificalement la grande Mefle. Au fortir de la
Chapelle , Sa Majefté fut reconduite à fon appartement
en la maniere accoûtuniée .
La Reine , Madame Infante Ducheffe de Parme,
Madame Adélaïde , & Mefdames de France , entendirent
la grande Meffe dans la Tribune . Madame
la Dauphine l'entendit dans une Lanterne du bas.
de la Chapelle.
Le Roi & la Reine , accompagnés de la Famille
Royale , affifterent l'après- midi an Sermon de
l'Abbé le Couturier , Chanoine de l'Eglife Collégiale
de Saint Quentin. Leurs Majeftés entendirentenfuite
les Vêpres , chantées par la Musique , aufquelles
l'Abbé Gergoy officia , & le Salut chanté
par les Miffionnaires.
Le 10 & le 12 , leurs Majeftés fſouverent au
grand couvert , avee la Famille Royale.
La Ducheffe d'Olonne fut préfentée le 10 à leurs
Majeftés , ainfi que la Marquife & la Comteffe de
Hautefeuille , & la Comteffe de Baleroy.
Leurs Majeftés fignerent le 11 le Contrat de mariage
du Marquis de Wargemont , Guidon de s
Gendarmes de la Garde de Sa Majesté.
Le même jour , le Roi eft retourné au Château
JUILLLE T. 1754. 20.5
de Crecy , & y demeura jufqu'au 16.
Le 13 , la Reine affiſta au Salut dans l'Eglife des .
Recollers.
Les chaleurs depuis quelque tems étant exceffives
, Sa Majesté a jugé à propos de faire differer
jufqu'au 24 de Septembre prochain le départ de
Madame Infante , afin de ne point expofer la fanté
de cette Princeffe.
"1
Les Lettres de Bordeaux marquent que les Na
vires la Probité , le Maréchal de Belle Ifle , les Deux.
Freres & le Colibri y font arrivés ; les deux premiers
de Saint Domingue , le troifiéme de la Martinique
, & le dernier de la Cayenne . Ils ont apporté,
huit cens foixante & quinze barriques de fucre
cent de caffé , onze de cacao , & cinq d'indigo ;.
deux caves de baume de Copahu , dx bailes de
coton , & quatre cens foixante & dix cuirs eu poil..
Outre ces Batimens , il eft entré depuis peu dans le
même Port dix-neuf autres Navires , dont cinq
viennent de la mer Baltique , quatre d'Angleterre
& d'Irlande , trois d'Amfterdam , & fept de diffe .
rens Ports de France .
11 yeeut, le 6. & le 13 concert chez la Reine.
Le 6 , on exécuta le Prologue & le premier Acte
de l'Opera d'Iffé. On chanta le 13 le fecond & le
troifiéme Acte de cet Opera.
Madame Infante Ducheffe de Parme fut fai
gnée le 14 par précaution
Le 16 le Roi revint du Château de Creci.
Leurs Majeftés , accompagnées de la Famille
Royale , affifterent le 17 aux Vêpres & au Salut
chantés par les Miffionnaires .
Dr
Le Roi alla le même jour. fouper & coucher à.
Trianon . Sa Majesté y serourna le 19 , & elle en
revint le 20 ..
206 MERCURE DE FRANCE.
#
Le 17. avant la Meffe du Roi , le Prince de Condé
prêta ferment entre les mains de Sa Majefté ,
dans le Cabinet , pour la charge de Grand Maî
tre de France.
La Comtefle de Château- Meillien fut préfentée
Fe 17 à leurs Majeſtés & à la Famille Royale.
M. de Maupertuis , de l'Académie Françoife &
Préfident de l'Académie Royale de Berlin , lequel
eft arrivé de Pruffe depuis quelque tems , eut le
même jour l'honneur de rendre les refpects aut
Roi.
Le 17 M. de Branciforte , Nonce extraordinai➡›
re du Pape , fit fon entrée publique à Paris . Le
Prince de Pons & le Marquis de Verneuil , Introducteur
des Ambaffadeuts , allerent le prendre
dans les caroffes de leurs Majeftés au Couvent de
Picpus , d'où la marche fe fit en cet ordre Le ca →
roffe de l'Introducteur ; le Caroffe du Prince de
Pons ; deux Suiffes du Nonce , à cheval ; fa livrée
à pied , fon Maître d'Hôtel & fix de les Officiers , '
fon Ecuyer & fix Pages à cheval : le carofle du
Roi , aux côtés duquel marchoient la Livrée du
Prince de Fons , & celle du Marquis de Verneuil ,
le caroffe de la Reine , celui de Madame la Dauphine
, ceux du Duc d Orléans , de la Duchelfe
d'Orléans , du Prince de Condé , de la Princefle
de Condé , du Comte de Charolois , du Comte
de Clermont , de la Princeffe de Conti , du Prince
de Conti , du Comte de la Marche , du Prince
de Dombes , du Comte d'Eu , de la Comteffe de
Toulouse , du Duc de Penthievre , de la Ducheffe
de Penthievre , & celui du Marquis de Saint ”
Contest, Miniftre d'Etat , ayant le département des
Affanes étrangeres . A une diftance de trente à
quarante pas , marchoient les quatre ċaioffes du
JUILLET 1753 . 207
Nonce , précédés d'un Piqueur à cheval. Après
qu'il fut arrivé à ton Hôtel , il fut complimenté
de la part du Roi , par le Maréchal Duc de Ri
chelieu , Premier Gentilhomme de la Chambre de
Sa Majefté de la part de la Reine , par le Comte
de Tellé , fon premier Ecuyer , de la part de Madame
la Dauphine , par le Comte de Maily , Premier
Ecuyer de cette Princeffe ; de la part de Ma
dame Infante , par M. d'Antoine , fon Premier
Ecuyer ; & de la part de Madame Adelaide , par
le Marquis de Lhôpital , Premier Ecuyer de cette
Princeffe.
Les nouveaux Etendards & Drapeaux des Compagnies
des Moufquetaires de la Garde de Sa Majefté
furent portés le 18 à l'Eglife Métropolitaine ,
où ils furent bénits par l'Archevêque de Paris.
Le 19 , le Prince de Pons , & le Marquis de
Verneuil , Introducteur des Ambafladeurs , allerent
prendre le Nonce Extraordinaire du Pape en
fon Hôtel , & ils le conduifirent à Verfailles , ou
il eut fa premiere audience publique du Roi. Le
Nonce trouva à fon pafiage , dans l'avant - cour du
Château , les Compagnies des Gardes Françoiles
& Suiffes fous les armes , les Tambours appellans ;
dans la cour , les Gardes de la Porte & ceux de
Ja Prevôté de l'Hôtel , à leurs poftes ordinaires.
El fut reçu au bas de l'efcalier par M. Defgranges ,
Maître des Cérémonies , les Cent - Suifles étant
fur l'escalier en habits de cérémonie , la hallebarde
à la main ; & à la porte en dedans de la Salle
des Gardes , par le Duc de Bethune , Capitaine
des Gardes du Corps , qui étoient en haye & fous
les armes. Après l'Audience , le Roi palla dans
fon Cabinet , où il fut fuivi par le Nonce ; & Sa
Majefte vit les Langes bénits par le Tape , pour
Monfeigneur le Duc de Bourgogne , qui font ma
208 MERCURE DE FRANCE.
gnifiques , tant par leur nombre que par la ri
cheffe & le goût de l'ouvrage. Le Nonce fut en>
fuite conduit à l'audience de la Reine , & à celles
de Monfeigneur lei auphin & de Madame la
Dauphine. Dans l'audience qu'il eut de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , il lui préfenta , de
Ja part du Pape , les Langes bénits par Sa Sainteté.
Il eut enfuite audience de Madame , de Madame
Infante , de Madame Adelaide , & de Meldames
Victoire , Sophie & Louife; & après avoir été traité
par les Officiers du Roi , il fut reconduit à Paris
dans les caroffes de leurs Majeſtés , avec les cérémonies
accoutumées.
Le 20 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix -huit cens vingt livres ; les Billets de
la premiere Lotterie Royale à fix cens foixante &
quatorze ; & ceux de la feconde à fix cens dix-
Lept.
Le 21 , Fête du Saint- Sacrement , le Roi accompagné
de Monfeigneur le Dauphin , de Ma .
dame Infante Ducheffe de Parme , de Madame
Adelaide & de Madame Victoire , s'eft rendu à
P'Eglife de la Paroiffe de Notre- Dame , & Sa Majefté
y a entendu la grande Mefle , après avoiraffifté
à la Proceffion , qui eft venue fuivant l'uſage
, à la Chapelle du Château. La Reine , ainfi
que Madame la Dauphine , a reçu dans la Chapelle
, la Bénédiction du Saint Sacrement.
Le Maréchal de Maillebois a obtenu la permiffion
de fe démettre du Gouvernement de Douaien
faveur du Comte de Maillebois fon fils , Lieutenant
Général des Armées de Sa Majesté , &
Maître de la Garderobe .
Sur la démiffion volontaire de M. de la Billar
derie , Grand- Croix de l'Ordre Royal & Mili
taite de Saint- Louis , Lieutenant Génácal , &. cir Jo
JUILLET. 3753. 202
devant Major des Gardes du Corps , le Roi a don
né le Gouvernement de Saint Venant au Marquis
de Balincourt , Lieutenant des Gardes du Corps
dans la Compagnie de Noailles , lequel eft auffi
Lieutenant Général.
Le Roi a nommé le Baron de Zuckmantel ,
Colonel d'Infanterie , fon Miniftre Plénipoten
tiaire auprès de l'Electeur Palatin .
La fituation préfente des affaires de l'Ile de
Corle , exigeant qu'il foit pris de nouvelles précautions
, pour empêcher les Bâtimens François
d'introduire des armes & des munitions de guerre
dans cette Ile ; & Sa. Majefté voulant faire re.
vivre les Ordonnances ci- devant rendues à cet
égard , afin qu'elles foient plus fúrement & plus
rigoureulement exécutées : Elle fait très- expreffes
inhibitions & défenfes à tous Capitaines , Maîtres
& Patrons de Navires , ou autres Bâtimens de iner
François , de porter aux peuples de ladite lle
fous quelque prétexte que ce puiffe être , aucunes
armes , munitions , ou uftenfiles de guerre , &
d'en recevoir fur leurs bords , foit dans les Ports
de France , foit daus ceux des pays étrangers , à
peine de défobéiffance , & d'en être féverement
récherchés & punis .
On a reçu avis que les Vaiffeaux le Bristol & le
Centaure , appartenans à la Compagnie des In
des , étoient arrivés , l'un le 13 , l'autre le 15 , au
Port de l'Orient . Ces Bâtimens viennent de Pondichery.
Leur chargement confifte en quatorze
cens balles de marchandifes de la côte de Coromandel
en neuf cens miliers de caffé de Mocha ,
& en différentes autres marchandiſes.
Les ouvrages des Peintres & des Sculpteurs de
l'Académie de S. Luc continueront d'être expofés
jufqu'au is Juillet. Cette expofition s'eft faite à
210 MERCURE DE FRANCE.
PArfenal cette année , ainsi que l'année dernie
re , & le Comte d'Eu a bien voulu accorder pour
cet effet , deux Salles dans la Cour du Grand - Maî
tre.
NAISSANCE , MARIAGES
& Morts.
EsJuin la Comteffe de Bourzac eft accoufils
, qui fute nu le lendemain lur
les Fonts par le Comte de la Marche , Prince du
Sang & la Marquife de Lambertie , & nom mé
Louis-François Jofeph. La cérémonie du Baptê
me a été faite par l'Evêque Comte de Noyon.
Charles- Anne Sigifmond de Montmorenci Luxembourg,
Duc d'Olonne, Maréchal des Camps &
Armée du Roi , a époufé le 2 Juin , Dame Agnès-
Miotte de Ravanne , veuve de Matthieu- Roch de
la Rochefoucauld , Marquis de Bayers , Le Duc
d'Olonne eft fils de Charles Paul - Sigifmond de
Montmorenci Luxembourg , Duc de Boutteville ,
Lieutenant Général des Armées de Sa Majefté , &
d'Anne Angelique de Harlus de Vertilli . Il avoit
été marié en premieres nôces à Marie - Etiennette
de Bullion , fille de Anne - Jacques de Bullion ,
Ma quis de Fervaques , Chevalier des Ordres du
Roi , & Lieutenant -Général de les Armées . Le
contrat de mariage du Duc d'Olonne avoit été
honoré le 27 du mois précédent , de la fignature
du Roi , de la Reine & de la Famille Royale .
Le 6 , Demoiſelle Marie Magdeleine- Louife de
Barberie de S. Conteft , fille du Marquis de S.
Conteft , Minißre & Sécrétaire d'Etat , ayant le
JUILLE T. 1753. 211
Département des Affaires Etrangeres , & de Dame
Jeanne -Monique- Philippe Delvieux , époufa Mre
Louis Henri-Felix du Pleffis- Châtillon , Comte
de Châteaumeillan , Sous Lieutenant de la Compagnie
des Chevaux-Legers d'Orléans , fils de
Louis , Marquis du Pleffis - Châtillon & de Nonant
, Lieutenant Géneral des Armées du Roi , &
de Catherine Pauline Colbert de Torci. Leur contrat
de mariage avoit été honoré le 27 du mois
précédent , de la fignature du Roi, de la Reine &
de la Famille Royale. Voyez fur Châteaumeillan
la IV. Part. des Tablet. Hift . & Chron . pag. 307 .
Meffire Charles - Louis , Vicomte de Durfort
Capitaine au Régiment Royal des Carabiniers ,
époufa le même jour dans la Chapelle particuliere
de l'Hôtel de Mollé , Demoifelle Therefe- Antoinette
Pourchereffe d'Eftrabonae .
Le 3 Avril , fat préfenté à S. Euſtache & tranf
porté à Poiffy , Meffire Jacques Briffart , Confeil-
Jer Sécrétaire du Roi , Maifon & Couronne de
France & de fes Finances , un des quarante Fermiers
Généraux de Sa Majesté , Seigneur de Triel ,
de Chanteloup , &c. décédé rue Plâtriere.
Le 8 , fut enterié à S. Sulpice , Mc fire Charles ,
Marquis de Guiri , décédé rue des Foffoyeurs âgé
de 72 ans.
Le 12 on inhuma dans la même Eglife , Mellire
Charles de Maridort , fils de Mellire Charles-
Louis- Augufte , Comte de Maridort , Grand Sénéchal
de la Province du Maine , décédé rue du
vieux Colombier.
Le 17 Dame Jeanne Regnault , épouse de Mre
Alexis Jean , Marquis du Châtelet de Frainieres
Seigneur de la Ferté les - Saint - Riquier , de Vers
tamont & autres lieux , Gouverneur de Bray fur2
12 MERCURE DEFRANCE.
Somme , & Grand Voyer de Picardie , mourut à
Paris , rue des Foffoyeurs , âgée de 80 ans .
Le 19 on inhuma à Saint Sulpice Mre Jacques.
Etienne Gueau de Reverſeaux , ancien Avocat
au Parlement , Secrétaire du Roi , Maiſon , Couronne
de France & de fes Finances , Syndic de
Ja Compagnie , & Confeiller au Confeil de S.
A. S. Monfeigneur le Duc d'Orléans , décedé .
rue de Condé.
Le 30 , eft décédé aux Carmelites de la rue
Saint Jacques , M. Henri de Las fils de M. Jean
Baptifte Comte de bas , Seigneur de Pries ea
Nivernois , & fut inhumé le lendemain à Saint
Jacques du Haut - pas.
Le 1s Mai , eft décédé au Château de Genlis
en Soiffonnois Meffire Charles Brulart Marquis
de Genlis , âgé de 46 ans. Il étoit fils de Florimond
Brulart Marquis de Genlis , Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes d'Orléans , & d'Anne
Claude Brulart de Silleri morte en 1737.
trojfiéme fille de Royer Brulart Marquis de Puifieux,
Lieutenant Général des armées du Roi, Che
valier de fes Ordres & Ambaffadeur Extraordinaire
en Suiffe , dont les deux filles aînées étoient
1º. Catherine Françoiſe Brulart mariée en 1697. à
Pierre Allemand Comte de Montmartin Lieutenant
de Roi en Dauphiné. 2 °. Gabrielle Charlotte
Brulart , qui avoit époufé en 1702 Jofeph-
François de Blanchefort Baron d'Amois.
Le Marquis de Genlis étoit veuf depuis le 21
Mai 1742. de Louife- Charlotte d'Halincourt de
Dromenil , dont il laiffe pour enfans ,
1º. Claude Charles Brulart , C. de Genlis , Colonel
dans les Grenadiers de France , hé le 15 Mars
1733.
20 Charles- Alexis , né le 21 Janvier 1737
JUILLET . 17536 213
3. Louife-Marie , née le 28 Novembre , 1738.
Voyez les Tablettes Hiftoriques & Généalogiques
, 4. Partie , page 90 .
Le même jour mourut à Paris rue Royale ;
Dame Louife- Elifabeth de Vacquellé , veuve de
Meffire Pierre Antoine de Benoît de Saint - Port ,
Confeiller, d'Etat , premier Avocat Général du
Grand Confeil.
Le 19 , fut enterré à Saint Koch Dame Marie
Pazat , femine de M. Pierre Etienne Bourgeois
de Boynes , Maître des Requêtes , & Préfident
au Grand Confeil , décedée rue d'Antin .
Le 25 , Meffire Pierre d'Efpartes de Luffan ,
Prêtre du Dioceſe d'Auſch, & Chanoine de l'Eglife
Collégiale de Saint - Martial même Diocèle ,
eft décédé rue Saint Jacques.
Extrait de la Lettre que M. Barbuat de
Juvanvigny , Docteur en Médecine , &
Médecin de la ville de Nogent fur - Seine
nous a adreffée au fujet de la poudre purgative
dufieur Vacoffain , Marchand Epicier
Drogu:fte , rue & vis - à- vis S. André
des Arcs , à Paris.
Onfieur , le foulagement que je defire fince
rement procurer à mes concitoyens , & furtout
aux pauvres malades qui font prefque fans
fecours dans les campagnes , m'a déterminé à rendre
juftice à la poudre purgative du fieur Vacoffain
, dont j'ai éprouvé moi- même l'efficacité. Je
fus nommé pour traiter des fiévres patrides &
vermineules , qui affligeoient deux Paroiffes voifines
de notre ville : ces maladies ne fe font bien
laiffé dompter que par des purgatifs ; ces purga214
MERCURE DE FRANCE.
tifs n'ont été autres que ladite poudre du fieur Vacoffain
, & tous ceux qui en ont ufé , ont été trèsbien
purgés , avec un foulagement notable & un
fuccès qui ne s'eft point démenti , la plus grande
partie des malades ayant rendu beaucoup de vers
& autres humeurs. C'eft pourquoi je me crois
obligé d'avertir le public , & furtout les pauvres ,
à qui l'Auteur donne fon reméde gratis, que l'u
fage qu'ils en feront , leur procurera un grand
foulagement , & à peu de frais , dans toutes les ma
ladies où il eft néceffaire de purger.
Signé , BARBUAT DE JUVANVIGNY,
Docteur en Médecine.
A VIS.
E fieur Maille , Vinaigrier , Diftilateur ordi-
Latre de Pimpératrice Reine de Hongrie
donne avis que la vente du vinaigre de Venus , à
P'ufage des Dames , & à celui des Opitamides ,
qui eft arrêté depuis trois mois , recommencera le
Juillet de la préfente année fur le prix de quatre-
vingt feize livres la bouteille de pinte , les
moindres bouteilles de ce vinaigre le vendront fix
livres. Le vinaigre de Turby & le vinaigre Ro .
main qui ont été annoncés au mois de Novembre
de l'année derniere , continuent à faire des
progrès infinis chacun dans leur ufage : le vinaigre
de Turby pour la guériſon radicale du mal de
dents , & le vinaigre Romain qui les blanchit parfaitement
, raffermit les gencives , & diffipe les
eaux glaireufes qui contribuent à les gâter , &
artête le progrès de la carie ,
& que les autres
dents ne le cariflent. Ledit fieur vend differens
vinaigres pour blanchir & entretenir la peau , guéJUILLET.
1753. 215
rir les boutons , dartres farineufes , macules &
taches du vifage ; pour la facilité des perfonnes de
Province qui louhaiteront avoir de ces vinaigres ,
l'on joint ci-après les noms & propriétés de chaque
espéce.
Vinaigre de Storax , blanchit unit & affermie
la pean , vinaigre de fleurs de citron pour ôter les
boutons , vinaigre d'écaille pour guérir les dartres
farigeules ; vinaigre de racine pour ôter les ma
cules & taches du vilage.
Il fe trouve de même chez lui toutes fortes de
vinaigres pour la table , au nombre de cent trente
fortes le
; tout compofé d'un goût nouveau
comme auffi toutes fortes de fruits confits au vinaigre
, qui font pavis de Pomponne à l'Italienne ,
Brugnons , Bigarreaux à la Reine , pommes d'amour,
petits Melons marinés , Bleds de Turquie ,
Poivre rond d'Espagne , confits à la façon de Turin
, Arricots à la Génoife.
Les perfonnes des Provinces de France , ou celles
des Royaumes étrangers qui defireront avoir
des vinaigres , foit pour les dents ou pour le
vilage , qui font énoncés ci - deffus , les moindres
bouteilles de chaque forte fe vendent trois livres ;
donnant une lettre d'avis & remetrant l'argent
par la pofte , le tout affranchi de port , on les leur
envoyera très- exactement.
Il demeure à Paris , rue de l'Hirondelle , aux Ar
mes Impériales.
J
APPROBATION.
'Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chances
lier , le volume du Mercure de France du mois
deJuillet. A Paris , le 2 Juillet 1753 .
LAVIROTTE
TABLE.
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe. PIECES
Vers à Mile ** * fur fon mariage ,
page 3
Lettre de J. J. Rouffeau de Geneve , à M. l'Abbé
Raynal ,
Extrait d'une Lettre écrite par un Sénateur de
Suéde , à une Dame de Paris ,
II
Vers à S. A. S. Mgr le Comte de Clermont , fur
fa guérifon de fa goutte ,
Réflexions critiques fur Rouffeau ,
Les Globes de favon , Idylle ,
13
14
32
Mémoires pour fervir à l'hiftoire d'Orléans , 36
Elégie , par M. Dutour ,
Lettre à l'Auteur du Mercure , fur le grain ,
Dépit amoureux , traduit de l'Anglois ,
55
58
64
Remerciment de M. Paliflot à la Société Royale
de Lorraine ,
Madrigal ,
66
69
Aflemblée publique de l'Académie Royale des
Infc: iptions & Belles Lettres ,
70
Mots des Enigme & Logogryphe du dernier Mercure
, 94
Enigme & Logogryphes , 95
Nouvelles Littéraires , 99
Séance de la Société Littéraire d'Arras , 145
Beaux Arts ,
Isa
Chanfon Anacréontique ,
168
Spectacles ,
170
Extrait de Raton &Roſette , 172
Concert Spirituel , 188
Nouvelles Etrangeres ,
189
France . Nouvelles de la Cour , de Paris , & c. 199
Naiffance , mariages & moris ,
Avis ,
De l'imprimerie de J. BULL 0 Te
DE FRANCE,
DÉDIÉ AV ROI.
JUILLET .
LIGIT
UT
1753 .
SPARGAT
Chez
A PARIS ,
CHAUBERT , rue du Hurepoix.
JEAN DE NULLY , au Palais.
PISSOT , Quai de Conty , à la
defcente du Pont- Neuf.
DUCHESNE , rue Saint Jacques,
au Temple du Goût.
M. DCC . LIII.
Avec Approbation & Privilege du Roi,
A VIS.
'ADRESSE du Mercure eft à M. MERIEN,
LCommis au Mercure, rue des Foffez, S. Germain
P'Auxerrois , au coin de celle de l'Arbre -fec , pour remettre
à M. l'Abbé Raynal.
Nous prions très- inftamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le port ,
pour nous épargner le déplaifir de les rebuter , ¿ à eux
celui de ne pas voir paroître leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays Etrangers ,
quifouhaiteront avoir le Mercure de France de la premiere
main, plus promptement , n'auront qu'à &
écrire à l'adreffe ci- deſſus indiquée .
On l'envoye auffi par la Pofte, aux personnes de Province
qui le defirent , les frais de la pofte ne font pas
confidérables.
On avertit auffi que ceux qui voudront qu'on le porte
chez eux à Paris chaque mois , n'ont qu'à fairefçavoir
leurs intentions , leur nom & leur demeure audit fieur
Merien,Commis au Mercure ; on leur portera le Mercure
très - exactement , moyennant 21 livres par an , qu'il
payeront , fçavoir , 10 liv . 10 f en recevant le ſecond
volume de Juin , & 10 l . 10 f. en recevant le fecond
volume de Décembre. On les fupplie inftamment de
donner leurs ordres pour que ces payemens soientfaits
dans leurs tems.
On prie auffi les perfonnes de Province , à qui on
envoye le Mercure par la Pofte , d'être exactes à faire
payer au Bureau du Mercure à la fin de chaque femeftre
, fans cela on feroit hors d'état de foutenir les
avances confidérables qu'exige l'impreffion de cet
ouvrage.
On adreffe la même priere aux Libraires de Province .
On trouvera le fieur Merien chez lui les mercre
digendredi , & famedi de chaque semaine,
BIBLIOTHECAKIX XXX . SOLS .
RECTA.
NAGRASIS.
MERCURE
1
DE FRANCE ,
1
DÉDIÉ AU
JUILLET.
ROI.
1753 .
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
VERS
A MADEMOISELLE ***
SUR SON MARIAGE ;
Par M. le Chevalier de Laurés.
D
Igne objet des plus tendres voeux ,
Un Epoux , par les plus doux noeuds ,
Unit donc fes deftins aux vôtres ;
Vous rendez un mortel heureux ,
Vous en defefperez mille autres.
Que le myftere , autour de vous "
A ij
4 MERCURE
DE FRANCE.
Va cacher d'ames inquiétes !
Que de is forcés , des jaloux
Voileront les peines fecrétes !
Ne vous offenfez point de cette fauffeté ,
Elle eft le crime de vos charmes ;
avec moins de beauté ,
Vous feriez couler moins dé larmes.
Mais pourquoi dans un jour fi beau ,
Ces funébres couleurs que mon pinceau déploie
De l'Hymen le brillant flambeau
Ne doit éclairer que la joie .
Préfentons plutôt les plaifirs
Prêts à couronner leur conquête ;
Qu'il ne fe mêle à cette fête
Que le bruit fourd de leurs ſoupirs,
Peignons une Grace interdite ,
La rougeur fur le front & le regard baiffé,
Par la main de l'Amour conduite
Vers un thrône de fleurs que l'Hymen a dreffé,
Retraçons .... Mais ici finiffons la peinture ;
Ce n'eft qu'au fortuné Paris ,
De pouvoir ôter la ceinture
Qui valut la pomme à Cypris .
JUILLET. 1753.
S
30% 50% 506 502 50% 50% 50% 50% 50% 50% 30% 50% 50% 50
LETTRE
De J. J. Rouffeau de Geneve , à M. l'Abbé
Raynal.
JE
E crois , Monfieur , que vous verrez
avec plaifir l'extrait ci- joint d'une lettre
de Stockolm , que la perfonne à qui
elle eft adreffée me charge de vous prier
d'inferer dans le Mercure. L'objet en eft
de la derniere importance pour la vie des
hommes ; & plus la négligence du public
eft exceffive à cet égard , plus les citoyens
éclairés doivent redoubler de zéle & d'activité
pour la vaincre.
Tous les Chymiftes de l'Europe nous
avertiffent depuis long - tems des mortelles
qualités du cuivre , & des dangers aufquels
on s'expofe en faifant ufage de ce pernicieux
métal dans les batteries de cuifine .
M. Rouelle , de l'Académie des Sciences ,
eft celui de tous qui en a démontré le plus
fenfiblement les funeftes effers , & qui s'en
eft plaint avec le plus de véhémence . M.
Thierri , Docteur en Médecine , a réuni
dans une fçavante Thefe qu'il foutint en
1749 fous la préfidence de M. Falconet
une multitude de preuves capables d'ef-
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
frayer tout homme raifonnable qui fair
quelque cas de fa vie & de celle de fes
concitoyens. Ces Phyficiens ont fait voir
que le verd de gris où le cuivre diffous
eft un poifon violent , dont l'effet eſt toujours
accompagné de fymptômes affreux ;
que la vapeur même de ce métal eft dangereufe
, puifque les Ouvriers qui le travaillent
, font fujets à diverfes maladies
mortelles ou habituelles ; que toutes les
menftrues , les graiffes , les fels , & l'eau
même , diffolvent le cuivre , & en font du
verd- de gris ; que l'étamage le plus exact
ne fait que diminuer cette diffolution
que l'étaim qu'on emploie dans cet étamage
n'eft pas lui- même exemt de danger,
malgré l'ufage indifcret qu'on a fait jufqu'à
préfent de ce métal , & que ce danger
eft plus grand ou moindre , felon les diffé
rens étaims qu'on emploie , en raifon de
l'arfenic qui entre dans leur compofition ,
ou du plomb qui entre dans leur alliage
( a ) ; que même en fuppofant à l'étamage
une précaution fuffifante , c'eft une im-
( a ) Que le plomb diffous foit un poifon , les
accidens funeftes que caufent tous les jours les
vins falfifiés avec de la litharge , ne le prouvent
que trop Ainfi pour employer ce métal avec ſu →
reté , il eft important de bien connoître quels font
fes diflolvans qui l'attaquent.
JUILLET. 1753 . T
prudence inpardonnable de faire dépendre
la vie & la fanté des hommes d'une
lame d'étaim très- déliée , qui s'ufe trèspromptement
( a ) , & de l'exactitude des
Domestiques & des Cuifiniers , qui rejertent
d'ordinaire les vaiffeaux récemment
étamés , à cauſe du mauvais goût que donnent
les matieres employées à l'étamage :
ils ont fait voir combien d'accidens affreux
produits par le cuivre , font attribués
tous les jours à des caufes toutes différentes
; ils ont prouvé qu'une multitude
de gens périffent , & qu'un plus grand
nombre encore font attaqués de mille
différentes maladies , par l'ufage de ce métal
dans nos cuiſines & dans nos fontaines,
fans fe douter eux mêmes de la véritable.
caufe de leurs maux . Cependant quoique
la manufacture d'uftenfiles de fer battu &
étamé , qui, eft établie au fauxbourg Saint
Antoine , offre des moyens faciles de fub-
( a ) Il eft aifé de démontrer que de quelque
maniere qu'on s'y prenne , on ne fçauroit dans
les ufages des vaiffeaux de cuifine , s'aflurer pour
un feul jour de l'étamage le plus folide. Car
comme l'étain entre en fufion à un degré de feu
fort inférieur à celui de la graiffe bouillante ,
tes les fois qu'un Cuifinier fait rouffir du beure ,
I ne lui eft pas poffible de garantir de la fufion
quelque partie de l'étamage , ni par conséquent
le ragoût , du contact du cuivre.
tou-
A iiij
S MERCURE DE FRANCE.
ftituer dans les cuifines une batterie moins
difpendieufe , auffi commode que celle de
cuivre , & parfaitement faine , au moins
quant au métal principal , l'indolence ordinaire
aux hommes fur les chofes qui leur
font véritablement utiles , & les petites
maximes que la pareffe invente fur les
ufages établis , fur tout quand ils font mau.
vais , n'ont encore laiffé faire que peu de
progrès aux fages avis des Chymiftes , &
n'ont profcrit le cuivre que de peu de cuifines.
La répugnance des Cuifiniers à employer
d'autres vaiffeaux que ceux qu'ils
connoiffent , eft un obftacle dont on ne
fent toute la force que quand on connoit
la pareffe & la gourmandife des Maîtres.
Chacun fçait que la fociété abonde en gens :
qui préferent l'indolence au repos , & le
plaifir au bonheur ; mais on a bien de la
peine à concevoir qu'il y en ait qui aiment
mieux s'expofer à périr , eux & toute leur
famille , dans des tourmens affreux , qu'à
manger un ragoût brûlé .
Il faut raifonner avec les fages , mais
jamais avec le public. Il y a long- tems
qu'on a comparé la multitude à un troupeau
de moutons ; il lui faut des exemples
au lieu de raifons , car chacun craint beaucoup
plus d'être ridicule que d'être four
ou méchant. D'ailleurs dans toutes les
JUILLE T. 1753. 9
chofes qui concernent l'intérêt commun
prefque tous jugeant d'après leurs propres
maximes , s'attachent moins à examiner la
force des preuves qu'à pénétrer les motifs
fecrets de celui qui les propofe : par
exemple , beaucoup d'honnêtes lecteurs
foupçonneroient volontiers qu'avec de
l'argent le Chef de la fabrique de fer battu
ou l'Auteur des fontaines domestiques
excitent mon zéle en cette occafion ; défance
aflez naturelle dans un fiécle de
charlatannerie , où les plus grands fripons
ont toujours l'intérêt public à la bouche .
L'exemple eft en ceci plus perfuafif que le
raifonnement , parce que la même défiance
ayant vraisemblablement dû naître auf
dans l'efprit des autres , on eft porté .
croire que ceux qu'elle n'a point empêchés
d'adopter ce que l'on propofe , ont trouvé
pour cela des raifons décifives. Ainfi au
lieu de m'arrêter à montrer combien il eft
abfurde , même dans le doute , de laiffer
dans fa cuifine des uftenfiles fufpects de
poiſon , il vaut mieux dire que M. Duverney
vient d'ordonner une batterie de
fer pour l'Ecole militaire ; que M. le Prince
de Conti a banni tout le cuivre de la
fienne ; que M. le Duc de Duras , Ambaffa
deur en Espagne , en a fait autant , &
fon Cuisinier qu'il confulta là -deffus , lus
』་ .
que
MERCURE DE FRANCE.
dit nettement que tous ceux de fon métier
qui ne s'accommodoient pas de la batterie
de fer tout auffi bien que de celle de cuivre
, étoient des ignorans ou des gens de
mauvaiſe volonté. Plufieurs particuliers
ont fuivi cet exemple , que les perfonnes
éclairées qui m'ont remis l'extrait ci - joint ,
ont donné depuis long- tems , fans que leur
table fe fente le moins du monde de ce
changement que par la confiance , avec laquelle
on peut manger d'excellens ragoûts
très bien préparés dans des vaiffeaux de
fer.
Mais que peut- on mettre fous les yeux
du public de plus frappant que cet extrait
même ? S'il y avoit au monde une Nation
qui dût s'oppofer à l'expulfion du cuivre ,
c'eft certainement la Suéde , dont les mines
de ce métal font la principale richeffe , &
dont les Peuples en général idolâtrent leurs.
anciens ufages. C'eft pourtant ce Royaume
fi riche en cuivre , qui donne l'exemple
aux autres , d'ôter à ce métal , tous les em
plois qui le rendent dangereux & qui intéreffent
la vie des citoyens ; ce font ces
Peuples fi attachés à leurs vieilles pratiques
, qui renoncent fans peine à une multitude
de commodités qu'ils retireroient
de leurs mines , dès que la raifon & l'au
torité des fages leur montrent le rif ques
JUILLET. 17530 II
que l'ufage indifcret de ce métal leur fait
courir. Je voudrois pouvoir efpérer qu'un
fi falutaire exemple fera fuivi dans le refte
de l'Europe , où l'on ne doit pas avoir la
même répugnance à profcrire , au moins
dans les cuifines , un métal qu'on tire de
dehors. Je voudrois que les avertiffemens.
publics des Philofophes & des Gens de
lettres réveillaffent les Peuples fur les dangers
de toute efpéce aufquels leur impru
dence les expole , & rappellaffent plus
fouvent à tous les Souverains que le foin
de la confervation des hommes n'eft pas
feulement leur premier devoir , mais auffi
leur plus grand intérêt .
Je fuis , Monfieur , &c.
EXTRAIT d'une Lettre écrite par un
Sénateur de Suéde * , à une Dame de Paris,
A Stockolm , le 8 Mai 1753-
Vou
"
Ous avez fi bien rempli , Madame
la promeffe que vous m'aviez faite
de m'envoyer la recette de l'étamage du
fer , que je ne fçai , en vérité , comment
vous en témoigner toute ma reconnoif
fance. Je vous fupplie de recevoir mes
très humbles remercimens de toutes les
M. le Baron de Scheffer , ci- devant Miniffre
Plenipotentiaire à la Cour de France.
A vi
12 MERCURE DE FRANCE.
peines que vous avez daigné prendre pour
ce Pays , qui vous devra dans cent ans d'ici
fa confervation de plufieurs centaines de
mille habitans que l'ufage du cuivre nous
enlevoit journellement. J'ai fait traduire
& imprimer en Suédois le livre de M. Amy;
j'ai fait inférer dans nos Gazettes & dans
nos Journaux littéraires plufieurs Differtations
qui ont paru chez vous & ailleurs
fur la même matiere ; tout cela a fait un
fi grand effet ici & dans nos Provinces ,
qu'on n'eft occupé à préfent qu'à reformer
les anciennes batteries de cuifine &
autres uftenfiles de cuivre pour y en fubftituer
d'autres de fer. Cette réforme ne
fera pourtant pas d'abord auffi univerſelle
qu'il feroit à fouhaiter , il y a des têtes où
le préjugé tient plus fortement que dans
d'autres , il faudra bien leur donner le
tems de fe reconnoître . Mais ce qui en
attendant m'a paru le plus important , a
été de donner l'exemple au particulier ,
par une pareille réforme , dans tous les
établiffemens qui dépendent immédiatement
des foins & de la police du Gouvernement.
Pour cet effet le Roi a déja
fait écrire une lettre circulaire à tous les
Colonels de l'armée , pour qu'ils vendent
, fans perte de tems , les matinites ,
Les Aacans , & tous autres uftenfiles de
JUILLET. 1753. 13
cuivre qui entrent dans l'équipage des
troupes , & que te fer feul foit dorénavant
employé à tous ces ufages. Les mêmes
ordres feront donnés à la Marine ,
auffi - tôt que nos nouvelles Fabriques feront
en état de fournir à fes befoins. Vous
voyez , Madame , que je ne ppeerrddss point
de tems pour opérer ce qui eft dans l'ordre
des poffibles . J'aurai l'honneur de
vous rendre compte du refte à meſure que
J'aurai de nouveaux progrès à vous mander.
as asasasasasasasas as esasas isasis as is isis as
VERS
A S. A. S. Mgr le Comte de Clermont
fur la guérifon de fa Goutte.
Pour vaincre ta conftance , une goutte rebelle,
En vain , Clermont , s'arma de la douleur ;
Toujours grand , tu triomphas d'elle ,
Ses traits ne paroiffoient percer que notre coeur.
Après un fiécle affreux compté par nos allarmes ,
Le monftre enfin t'a vû de la rage vainqueur ,
Et la joie à fon tour a fait couler nos larmes.
Puiffe til , loin de toi , détournant ſon courroux,
De nos jours , par les tiens , éternifer les charmes. I
Ou s'il fuffit , pour épuifer fes coups,
D'une victime volontaire ,
14 MERCURE DE FRANCE.
Qu'il épargne un Héros , qu'il frappe l'un de nous,
C'est notre voeu commun : heureux s'il me préfere !
D'un choix fi glorieux qui ne feroit jaloux ?
Souffrir pour racheter une fanté ſi chere ,
Non , ce n'eft point un mal , c'eft le fort le plus
doux,
C'eſt le fauver foi - même en confervant fon pere ,
Et , nouveau Curtius , confacrer fa carriere ,
En s'immolant pour le bonheur de tous,
Par M.le Chevalier de Laurès.
張洗淡淡洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
REFLEXIONS CRITIQUES
SUR ROUSSEAU ;
Par feu M. le Marquis de Vauvenargues ,
Auteur de l'Introduction à la connoiſſance
de l'efprit humain .
ON
N ne peut difputer à Rouffean d'avoir
connu parfaitement la mécanique
des vers ; égal peut- être à Defpréaux
par cet endroit , on pourroit le mettre à
côté de ce grand homme , fi celui ci né à
Faurore du bon goût , n'avoit été le maître
de Rouffeau & de tous les Poëtes de fon
fiécle .
Ces deux excellens Ecrivains fe font
JUILLET. 1753. TS
fiftingués l'un & l'autre par l'art difficile
de faire régner dans les vers une extrême
fimplicité , & leurs plus féveres cenfeurs
ne leur reprochent que d'avoir manqué
quelquefois de délicateffe & d'expreffion
pour le fentiment.
Ce dernier défaut eft peu confidérable
dans Defpréaux , parce que s'étant attaché
uniquement à peindre la raifon , l'expreffion
des paffions ne lui étoit pas néceffaire ;
fon Art Poëtique & quelques autres de fes
Ouvrages approchent de la perfection qui
leur eft propre , & le ftyle en eft très - fini ,
Il n'eft peut être pas auffi facile de juftifier
Rouffeau à cet égard : l'Ode étant ,
comme il dit lui même , le véritable champ
du pathétique & du fublime , on voudroit
trouver toujours dans les fiennes ce baut
caractere . Mais quoiqu'elles foient deflinées
avec une grande nobleife , je ne fçai
fi elles font toutes affez paffionnées ; j'excepte
fes Odes facrées , dont le fonds appartient
à de plus grands maîtres. Quant
à celles qu'il a tirées de fon propre fonds ,
il me femble qu'en général les fortes images
qui les embelliffent ne produifent pas
de grands mouvemens , & n'excitent ni la
piété , ni l'étonnement , ni la crainte , ni
ce fombre faififfement que le vrai fublime
fait naître.
16 MERCURE DE FRANCE...
1 La marche impétueufe
de l'Ode n'eft
pas celle d'un efprit tranquille
; il faut
donc qu'elle foit juftifiée
par un enthoufiafme
véritable
. Lorfqu'un
Auteur fe jette
de fang- froid dans ces mouvemens
& ces
écarts qui n'appartiennent
qu'aux grandes
paffions , il court rifque de marcher feul , car le Lecteur fe laffe de ces tranfitions
forcées & de ces fréquentes
hardieffes
que l'art s'efforce d'imiter
de la nature , &
qu'elle feule
peut rendre agréables
.
Les endroits où le Poëte paroît s'égarer ,
devroient être , à ce qu'il me femble , les
plus paffionnés de fon ouvrage. Cependant
le defordre de Rouffeau ne porte pas , je
crois , ce caractere ; ce n'eft pas toujours
la paffion qui le méne hors de fon fujet ,
il paroît n'en fortir fouvent que parce
qu'épuifé & refroidi , il eft obligé de fe
foutenir par des épifodes ; c'eft ce qu'on
pourroit remarquer dans l'Ode fur la mort
du Prince de Conti : il régne une trifteffe
très-majestueuse dans cette Ode ; mais l'épiſode
fur la flaterie , quoique rempli de
vers magnifiques , me femble un peu
long , & , fi je l'ofe dire , fort peu paffionné.
Comme je ne fais point de vers , je ne
fuis pas toujours affez touché de cette méchanique
difficile dont les Poëtes font fi
JUILLET. 1753. 17
que
amoureux , mais qui n'eſt eftimée des autres
hommes qu'autant que les paffions luž
donnent une ame & que les penfées l'annobliffent.
Je fçai qu'il y a des juges d'un
goût éclairé qui trouvent l'un & l'autre
dans Rouffeau , ils font plus fenfibles
moi ; je n'attaque point leurs opinions ,
mais je dis fimplement ce que je penfe ,
parce que je le penfe , & que je n'ai jamais
compris qu'on pût écrire , non pas
fa penfée , mais celle d'un autre , s'il n'eft
permis d'être fincere jufqu'au bout. J'avouerai
que je trouve encore dans fes
Odes tant eftimées , des penfées bien fauffes
: cette Ode à la Fortune , qu'on regarde
comme le triomphe de la raifon , préfente
ce me femble , peu de réflexions qui ne
foient plus éblouiffantes que folides . Ecoutons
ce Poëte Philofophe .
Quoi ! Rome & l'Italie en cendres
Me ferent honorer Sylla ?
Non vraiment , l'Italie en cendres ne
peut faire honorer Sylla ; mais ce qui doit,
je crois , le faire refpecter avec juftice ,
c'eft ce génie fupérieur & puiffant qui
vainquit le génie de Rome , qui foumit à
fon ambition le peuple de la terre le plus
indocile & le plus fécond en Héros , & lai
fit défier dans fa vieilleffe les reffentimens
18 MERCURE DE FRANCE :
de ce même peuple qu'il ne daignoit plus
gouverner. Voyons ce qui fuit.
J'admirerai dans Alexandre
Ce que j'abhorre en Attila ?
Je ne fçai quel étoit le caractere d'Attila
, mais je fuis forcé d'admirer les rares
vertus d'Alexandre , & cette hauteur de
génie qui , foit dans la guerre , foit dans les
fciences , foit même dans fa vie privée , l'a
fait paroître jufques dans fes erreurs ,
comme un homme extraordinaire , &
qu'un inftinct grand & fublime élevoit
an- deffus des régles : je veux révérer un
Héros qui , parvenu au faîte des grandeurs
humaines , ne dédaignoit pas l'amitié ; qui
dans cette haute fortune cultivoit encore
fans fafte la familiarité & la juftice ; qui
aima mieux s'expofer à mourir , que de
foupçonner fon Médecin de quelque crime
, & d'affliger par une défiance qu'on
n'eût pas blâmée , la fidelité d'un domeftique
qu'il eftimoit : le maître le plus libéral
qu'il y eut jamais , juſqu'à ne réſerver pour
lui que l'efpérance ; plus prompt à réparer
fes injuftices qu'à les commettre & plus
pénétré de fes fautes que de fes triomphes ;
né pour conquerit l'univers , parce qu'il
étoit digne de lui commander ; en quelque
forte excufable de s'être fait rendre des
9
JUILLET. 1753. 19
honneurs divins , dans un tems où toute
la terre adoroit des Dieux moins aimables .
Rouffeau paroît donc bien petit , lorsqu'il
ofe ajoûter d'un fi grand homme , & qu'il
dit en vers profaïques :
Mais à la place de Socrate ;
Le fameux Vainqueur de l'Euphrate
Sera le dernier des mortels .
Ce mépris de Rouffeau pour Alexandre,
qu'on remarque auffi dans Defpréaux ,
prouve que ce n'eft point affez d'avoir de
la raifon pour raifonner jufte fur les grandes
chofes qu'on ne connoît parfaitement
que par le coeur. Rouffeau ne vouloit
épargner aucun Conquérant,
L'inexpérience indocile
Du compagnon de Paul Emile
Fit tout le fuccès d'Annibal.
Voilà comme il croit renverfer la répu
tation des plus grands hommes . Mais qui
ne fçait que la fcience de la guerre confifte
à profiter des fautes de fon ennemi ?
Qui ne fçait qu'Annibal s'eft montré auffi
grand dans fes difgraces que dans fes
victoires ?
S'il étoit reçu des Poëtes , comme il eſt
du refte des hommes , qu'il n'y a rien de
20 MERCURE DE FRANCE.
beau dans aucun genre que le vrai , que
penfer de ces invectives de Rouffeau ?
Comment regarder l'Ode à la Fortune
finon comme une pompeufe déclamation ?
Et comment juftifier ceux qui , fans avoir
le génie de ce Poëte , font réduits à produire
des pensées auffi vaines , pour dire
des chofes nouvelles ? Les fictions peuvent
être belles dans la Poëfie & dans la
Profe même , lorfqu'elles peignent la vérité
mais en quelque langue qu'on parle,
en profe & en vers , dès qu'on fait un raifonnement
, rien ne peut difpenfer de parler
jufte. Je ne dirai rien des allégories &
de quelques autres ouvrages de Rouffeau ;
je n'oferois furtout juger d'aucun ouvrage
allégorique , parce que c'eft un genre que
je n'aime pas ; mais je louerai volontiers
quelques- unes de fes Epigrammes , où l'on
trouve toute la naïveté de Marot , avec
une force que Marot n'avoit pas ; je louerai
des morceaux
admirables
de fes Epitres ,
où le génie de fes Epigrammes
paroît avec
plus de décence , & le fait fingulierement
appercevoir
. Mais en admirant
ces morceaux
fi dignes de l'être , je ne puis m'empêcher
d'être choqué de la groffiereté
infupportable
qu'on remarque
en d'autres
endroits. Ronffeau voulant dépeindre
dans
FEpitre aux Mufes je ne fçai quel maaJUILLET.
1753 . 21
wais Poëte , il le compare à un oifon que
la flaterie enhardit à préférer fa voix au
chant du cygne ; un autre oifon lui dit
après beaucoup de chofes , chantez un peu,
& le Poëte pourfuit ainfi ;
Déja d'aife faifie ,
La baffe- cour fe pâme & s'extafie :
A ce difcours notre oifon tout gaillard ,
Perce le ciel de fon cri nafillard ;
Et tout d'abord , oubliant leur mangeaille ,
Vous euffiez vú canards , dindons , poulaille ,
De toutes parts accourir , l'entourer ,
Battre de l'aile , applaudir , admirer ,
Vanter la voix dont nature le doue ,
Et faire nargue au cygne de Mantoue,
Le chant fini , le Pindarique oifon ,
Se rengorgeant , rentre dans la maiſon ,
Tout orgueilleux d'avoir , par fon ramage ,
Du poulailler mérité le fuffrage.
On ne nie pas qu'il y ait quelque force
dans cette peinture ; mais combien en font
baffes les images & les expreffions ! La
même Epitre eft pleine de chofes qui ne
font ni plus agréables , ni plus délicates ;
les liaifons en font foibles , & toujours les
mêmes ; en un mot , ce dialogue avec les
Mufes me paroît rempli de longueurs , &
s'il y a de grandes beautés de détail , on
22 MERCURE DE FRANCE.
peut dire qu'il n'y a pas de moindres défauts
J'ai choifi cette Epitre exprès , ainfi
que l'Ode à la Fortune , afin qu'on ne
m'accufe pas d'avoir cité les ouvrages les
plus foibles de Rouffeau , pour diminuer
l'eftime que l'on doit aux autres . Puis je
me flater en cela d'avoir contenté la délicateffe
de tant d'efprits vifs , qui font une
affaire de parti de leurs opinions , & veulent
furtout qu'on révere la réputation
des Auteurs morts ? Me pardonneront- ils
d'avoir ofé louer dans un autre ouvrage
un Auteur vivant , haï autrefois de Rouffeau
, & de leur en parler encore dans les
réflexions qu'on va lite ? Il ne me convient
pas de me juftifier à cet égard. Mais
après avoir parlé de tant d'Auteurs qui
ont illuftré le dernier régne , je crois que
ce peut être ici la place de dire quelque
chofe des écrits d'un Auteur qui honore
notre propre fiécle ; c'eft à ceux qui n'ont
d'intérêt que celui de la vérité , à la juftifier
felon leurs forces contre les artifices
de l'envie .
Sur quelques Ouvrages de M. de Voltaire.
Mon deffein n'eft pas de faire une critique
raiſonnée de tous les Ecrits , qui
paffent de trop loin mes connoiffances ;
ce foin me convient d'autant moins ,
JUILLET. 1753. 23
qu'une infinité d'hommes plus inftruits
que moi ont déja fixé les idées qu'on doit
en avoir : ainfi je ne parlerai pas de la
Henriade , qui , malgré les défauts qu'on
lui impute , & ceux qui y font en effet ,
paffe néanmoins fans conteftation pour le
plus grand ouvrage de ce fiécle & le feul
poëme en ce genre de notre Nation .
Je dirai peu de chofe encore de fes Tragédies
: comme il n'y en a aucune qu'on
ne joue au moins une fois chaque année ,
tous ceux qui ont quelques étincelles de
bon goût , peuvent y remarquer d'euxmêmes
le caractere original de leur Auteur
; les grandes penfées qui y régnent ,
les morceaux éclatans de poësie qui les
embelliffent , la maniere forte dont les
paffions y font ordinairement traitées , &
les traits hardis & fublimes dont elles font
pleines .
Je ne m'arrêterai donc pas à faire remarquer
dans Mahomet cette expreffion
grande & tragique du genre terrible , -
qu'on croyoit épuifée par l'Auteur d'E
lectre ; je ne parlerai pas de la tendreſſe
répandue dans Zaïre , ni du caractere
théatral des paffions d'Hérode , ni de la
finguliere & noble nouveauté d'Alzire ,
ni des éloquentes harangues qu'on lit dans
la Mort de Céfar , ni enfin de tant d'autres
24 MERCURE DE FRANCE.
›
piéces , toutes différentes , qui font admirer
le génie & la fécondité de leur Auteur,
Mais parce que la Tragédie de Mérope
me paroît encore mieux écrite , plus touchante
& plus naturelle que les autres , je
n'hésiterai pas à lui donner la préférence ;
j'admire les grands caracteres qui y font
décrits , le vrai qui régne dans les fentimens
& dans les expreffions , la fimplicité
du rôle d'Egifte , caractere unique fur
notre Théatre ; la tendreffe impétueuse de
Mérope , fes difcours coupés , véhémens ,
& tantôt remplis de violence , tantôt de
hauteur. Je m'éronne qu'on ait l'efprit affez
tranquille à la repréſentation d'un ouvrage
qui produit de fi grands mouvemens
, pour examiner fi les régles & les
vraisemblances fevères n'y font pas bleffées
La piéce me ferre le coeur dès le
commencement , & me mene jufqu'à la
catastrophe fans me laiffer la liberté de
refpirer. S'il у a donc quelqu'un qui prétende
que la conduire de l'ouvrage foit
peu réguliere , & qui penfe que M. de
Voltaire ne foit pas heureux dans la fiction
ou dans le tiffa de fes pièces , fans entrer
dans cette queſtion trop longue à difcuter ,
je me contenterai de lui répondre que ce
même défaut dont on accufe M. de Voltaire
a été reproché très-juftement à plufieurs
JUILLET . 1573.
2 }
fieurs piéces excellentes , fans leur faire
tort. Les dénouemens de Moliere font peu
eftimés ; & le Milantrope , qui eft le chefd'oeuvre
de la Comédie , eft une Comédie
fans action . C'est le privilége des Maîtres
d'être admirables malgré leurs défauts ,
& fouvent dans leurs défauts même . La
maniere dont quelques perfonnes , d'ailleurs
éclairées , parlent aujourd'hui de la
poëfie , me furprend beaucoup ; ce n'eſt
difent- ils , la beauté des vers & des
pas ,
images qui caracterife le Poëte , ce font
les penfées mâles & hardies ; ce n'eſt pas
l'expreffion du fentiment où l'harmonie ,
ceft l'invention . Par là on prouveroit que
Boffuet & Newton ont été les plus grands
Poëtes de leur fécle , car affurément l'invention
, la hardieffe & les penſées ne leur
manquoient pas.
Reprenons Mérope . Ce que j'admire
encore dans cette Tragédie , c'eft que les
perfonnages y difent toujours ce qu'ils
doivent dire , & font grands fans affectation.
Il faut lire la feconde fcene du fecond
acte pour comprendre ce que je dis.
Qu'on me permette d'en citer la fin , quoiqu'il
foit aifé de trouver dans la même
piéce de plus grands morceaux .
B
26 MERCURE DE FRANCE, -
Egifte.
Ce faux inftinet de gloire égara mon courage,
A mes parens flétris fous les rides de l'âge ,
J'ai de mes jeunes ans dérobé les fecours ;
C'eft ma premiere faute , elle a troublé mes jours.
Le ciel m'en a puni , ce ciel inexorable
M'a conduit dans le piége , & m'a rendu coupable .
Mérope.
Il ne l'eft point ; j'en crois fon ingénuité ,
Le menfonge n'a point cette fimpliciré :
Tendons à la jeuneſſe une main bienfaiſante.
C'eft un infortuné que le ciel me préfente ;
Il fuffit qu'il foit homme, & qu'il foit malheureux?
Mon fils peut éprouver un fort plus rigoureux.
Hl me rappelle Egifte ; Egifte eft de fon âge ;
Beut être comme lui de rivage en rivage ,
Inconnu , fugitif , & par- tout rebuté ,
Il fouffre le mépris qui fuit la pauvreté ;
L'opprobre avilit l'ame & fétrit le courage , & c.
Cette derniere réflexion de Mérope eft
naturelle , mais fublime. Une mere auroit
pû être touchée de toute autre crainte dans
une telle calamité , & néanmoins Mérope
paroît pénétrée de ce fentiment . Voilà
comme les fentences font grandes dans
la Tragédie , & comme il faudroit toujours
les y placer.
JUILLET 1753. 17
C'eſt cette maniere fi fimple de faire
parler les paffions , qui caracterife les hom
mes. Aujourd'hui on croit avoir fait un
caractere , lorsqu'on a mis dans la bouche
d'un perfonnage ce qu'on veut faire penfer
de lui , & qui eft précisément ce qu'il
doit faire. J'eftime l'efprit d'un Poëte qui
fait dire de grandes chofes à fon Héros ;
mais plus le Heros qui dit ces grandes chofes
pour fe peindre & pour faire honneur au
Poëte , veut paroître grand , plus fes perfonnages
font petits. Les anciens ne s'attachoient
pas à faire de grands caracteres ,
ils caracterifoient les paffions . Corneille
a ouvert une autre carriere ; il a négligé
les paffions , & s'eft appliqué le premier
à imaginerdes portraits; mais ces portraits ,
fi j'ofe le dire , ne caractérisent que l'Aureur,
& peignent bien peu la nature . L'éloquent
Racine qu'on accuſe de ſtérilité
dans fes caracteres , eft le feul de fon tems
qui ait fait des caracteres ; & ceux qui
admirent la variété du grand Corneille ,
font bien indulgens de lui pardonner l'in
variable oftentation de fes perfonnages , &
le caractere toujours dur de les vertus. *
C'eft pourquoi quand M. de Voltaire a
critiqué les caracteres d'Hypolite , Bajazet
, Xipharé , Britannicus , il n'a pas prétendu
, je crois , attaquer le mérite de
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
ceux d'Athalie, Joad , Acomat , Agrippine,
Neron , Mithridate , Burrhus , & c. Mais
puifque cela me conduit à parler da Temple
du goût , je fuis bien aife d'avoir occafion
de dire que j'en eftime grandement
les déciſions . J'excepte ces mots : Boffuet le
feul éloquem entre tamt d'écrivains qui ne
font qu'élégans : M. de Voltaire lui- même
eft trop éloquent pour ne pas pour ne pas fentir que
ce petit mérite d'élégance convient peu
aux ouvrages de Pafcal , l'homme de la
terre qui fçavoit mettre fes penfèes dans
an plus beau jour , & raifonner avec le
plus de force. Je prends la liberté de défendre
encore contre fon autorité le vertueux
Auteur de Télémaque , dont les paroles
tendres & perfuafives pénétrent mon
coeur , & qui par la nobleffe & par la vé
Tité de les peintures , par les graces touchantes
de fon ftyle , & par je ne fçai
quoi de populaire , d'ingénu & de familier
, fe fait aifément pardonner d'avoir
employé trop fouvent les lieux communs
de la Poëfie & un peu de déclamation .
Mais quoiqu'il puiffe être de cette chaleur
de M. de Voltaire pour Boffuet , le
plus fublime des Orateurs , je
je n'ai pas écé
moins frappé de la vérité de beaucoup de
jugemens qui font dans le Temple du goût ;
Ty
admire la vivacité , la variété & le tour
JUILLET. 1753. 29
aimable du ſtyle , & je ne puis compren→
dre qu'on juge fi féverement d'un ouvrage
qui eft un modéle d'agrémens . Dans un
genre affez différent , l'Epitre aux mânes
de Genonville , & celle fur la mort de le
Couvreur , m'ont paru deux morceaux
remplis de charmes , & où la douleur
l'amitié , l'éloquence & la Poëfie parloient
avec la grace la plus ingénue & la fimplicité
la plus touchante ; j'eftime plus deux
petites piéces faites de génie , comme celles-
ci ,, que beaucoup d'affez longs poëmes
qui font une réputation à leur Auteur.
Je finirai fur les ouvrages de M. de
Voltaire en difant quelque chofe de fa
profe. Il n'y a gueres de mérite effentiek
qu'on ne puiffe trouver dans fes Ecrits.
Si l'on eft bien aife de voir toute la politeffe
de notre fiécle , avec un grand art
pour faire fentir la vérité dans les chofes
de goût , on n'a qu'à lire la Préface de
l'Edipe , écrite contre M. de la Mothe ,
avec une délicateffe inimitable. Si on cherche
du fentiment , de l'harmonie jointe à
une nobleffe finguliere , on peut jetter les
yeux fur la Préface d'Alzire & fur l'Epi-.
tre à Madame la Marquife du Chateler.
Si on demande une littérature univerfelle,
un goût étendu , qui embraffe le caractere
de plufieurs Nations , & qui peigne les
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
manieres differentes des plus grands Poëtes,
on le trouvera dans les réflexions fur les
Poëtes Epiques & les divers morceaux traduits
par M. de Voltaire des Poëtes Anglois
, d'une maniere qui paffe peut- être les
originaux.
Je ne parle pas de l'Histoire de Charles
XII. qui par la foibleffe des critiques quej
l'on en a faites , a dû acquerir une autorité
incontestable , & qui me paroît être,
écrite avec une force , une préciſion & des
images dignes d'un tel Peintre. Mais quand
on n'auroit vû de M. de Voltaire que fon,
Effai fur le fiécle de Louis XIV. & fes
Réflexions fur l'Hiftoire , ce feroit allez
pour juger de la fublimité de fon génie
qui peint tout en grand , & d'un feul trait
met la vérité toute nue fous les yeux ;
lorfqu'on voudra mieux le connoître &
qu'on raffemblera, tous fes Ouvrages , je:
crois qu'on trouvera par tout cette vafte
imagination qui rapproche de loin les
chofes humaines , & cet efprit fupérieur
aux préjugés , qui unit à la politeffe & à
l'efprit philofophique de fon fiécle la connoiffance
des fiécles paffés , de leurs moeurs ,
de leur politique , de leurs religions , &
de toute l'économie du genre humain .
Qu'il y ait cependant des Critiques qui;
s'attachent à relever ou les erreurs ou lea
JUILLET. 1753. 31
défauts de fes ouvrages , & qui demandent
à un homme fi univerfel la même
perfection & la même jufteffe de ceux qui
fe font renfermés dans un feul genre , &
fouvent dans un genre affez petit , c'eſt
ce que l'expérience ne fait que trop voir ;
ils trouvent , difent - ils , des endroits foibles
dans tous les ouvrages ; il y en a dans
Homere , dans Pindare , dans Virgile
dans Horace ; où n'y en a- t - il pas ? J'ole
leur répondre qu'il y a peu d'ouvrages de
M. de Voltaire dont les défauts ne foient
rachetés par de plus grandes beautés .
.
C'est le témoignage que l'amour des
lettres m'oblige de rendre à un homme
qui n'eft ni en place , ni puiſſant , ni favorifé
, & auquel je ne dois que la juftice
que tous les hommes lui doivent comme
moi , & que l'ignorance ou l'envie s'efforcent
inutilement de lui ravir.
Quoiqu'une partie du morceau qu'on vient
de tire ait été imprimé , nous avons cru
devoir donner tout entier le manufcrit qu'on
nous a remis.
I
B.iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
aparararapara: papapa : pap
LES GLOBES DE SAVON ,
1 DYLLE
Qui a remporté le prix par le jugement de
l'Académie desfoux Floraux de Toulouſe,
le 3 Mai 1753. Par M. Dutour , Gouverneur
de M. le Comte de Sabran-Foix.
SurUr de rians côteaux , au bord d'une onde claire,
Eglé , que les Amours avoient faite pour plaire ,
Dédaignant les foupirs des bergers du hameau ,
D'un pas précipité conduifoit fon troupeau.
Dans ces lieux fortunés , azile du filence ,
Elle venoit jouir de fon indifference.
» Eh quoi ! diſoit Eglé , par un nouveau détour ,
»Ne puis- je me fauver des piéges de l'Amour ?
» Ce Dieu n'eft qu'un enfant : par de feintes ca-
>> refles ,
» Evitons le poifon de fes fléches traîtreffes :
Cruel Dieu de Paphos , vante ailleurs tes biene
faits ;
ן כ
»Je perdrois mon bonheur , l'innocence & lapaix .
Elle achevoit ces mots : quelle furpriſe extrême !
Elle apperçoit l'Amour. » Céde à ma loi fuprême,
Dit il ; tout reconnoît mon joug impérieux ,
»Les Rois & lesbergers , & le Maître des Dieux.
JUILLET. 1753. 35.
Venge toi , dit Eglé : mais fi j'ai ſçû te plaire ,
» Si fes jeux innocens d'une fimple bergere
» Ont tant de fois féduit le redoutable Amour ,
»Apprends que je pourrois te punir à mon tour,
Il eft un jeu charmant que je voulois t'appren
dre:
» Ingrat , puifqu'en ces heux tu viens pour me fur
prendre ,
» Je t'en fais un mystére : épuiſe toustes traits
» Mon fecret eft à moi pour le taire à jamais.
L'Amour eft curieux : par la persévérance
Il a bientôt d'Eglé vaincu la réſiſtance.
Eglé , dans une coupe épanche une liqueur-
Qui des lys éclatans efface la blancheur :
Pour hârer les plaifirs qui flattent fon attente,
Elle prend d'un épi la tige obéiffante ,
Sépare les tuyaux , en retranche les noeuds ,
L'air y trouve un paffage , & feconde les voeux...
D'un fouffle créateur avec art animée. ,
La liqueur en un globe , eft foydain transformée ;
Iris du haut du Ciel y verfe fes couleurs :
Flore le voit , s'étonne , & dédaigne fes fleurs.
Le fouffle qu'il renferme , & l'air qui le comprime
Enfante de couleurs.ce.concert.unanime,
Qui redouble à la fois leurs combats &leurs jeux ,
Et les fait tour à tour triompher à leurs yeux.
Cupidon interdit , contemple la bergere...
Il veut parler ; il craint de troubler le mystere
Chaque inftantcft marqué d'un prodige houveau::
B.Y.
34 MERCURE DE FRANCE
De mille objets rians , le fidéle tableau
Offre à l'oeil attentif le plus riche affemblage a
C'eftpeu , le Dieu furpris apperçoit fon image ;
Il parcourt tous les traits d'un regard curieux ,
Mais le globe entr'ouvert éclate fur les yeux...
J'admire , dit Eglé , ton dépit & ta honte.
» Ceffe de t'allarmer , puiffant Dieu d'Amathonte,
» Approche , prends la coupe , & ce tuyau vainqueur
,
ןכ
» Que d'un fouffle leger... Auffi-tôt la liqueur
Déploye en s'élevant mille beautés nouvelles : +
Cupidon s'applaudit , & balance ſes aîles.
Quand le globe , enlevé par un zéphir jaloux ,
S'envole au fein d'Eglé , tombe fur les genoux ;
Le Dieu veut le faifir ; & difgrace imprévue !
L'édifice en éclats difparoît à ſa vûe.
Quel génie envieux s'oppofe à mes plaifirs ?
» Ç'en ek trop & PAmour ………. » Appellons les
zéphirs.
» Un fpectacle plus beau , s'écria la bergere ,
» Calmera le courroux de l'enfant de Cythere.
Elle dit ; les zéphirs , dociles à fa voix ,
Pour feconder Eglé volent du ſein des bois..
» Partez , tenez au loin vos routes incertaines.
Soudain l'air ſe ranime à leurs douces haleines ,
Que de globes errans , par mille jeux divers ,
D'un nouveau phenoméne embelliffeut les airs ♣
L'un , fuit d'un vol pompeux fa courfe mefurée ;
L'autre fuit , & le perd dans la voûte azurée.
j
UIL LET. 1753:
35
Fci , prêts à périr , entraînés fur les fleurs ,
Ils-terniffent l'émail des plus riches couleurs.
Plus loin , s'entr'choquant dans leur chûte rapide ,
Ils cédent fans effort au zéphir qui les guide.
L'enfant aîlé s'élance , & préfide à leurs jeux :
Il'les fuit dans les airs , & folâtre avec eux :
Il craint d'en approcher , & ces globes fragiles
Cent fois fe font brifés dans fes mains indociles ,
Et fans ceffe embelli par un charme nouveau ,
Le dernier qu'il pourfuit eft toujours le plus beau.
Mais cherchant vainement un fecret qu'il ignore,
Cupidon fe dégoûte , & s'en amuſe encore :
Le trouble dans le coeur , la bergere s'enfuit ,
Et veut tromper le Dieu qui l'obferve & la ſuit.
»Mille fois , lui dit- il , par un feint badinage ,
» Tu parus dédaigner mon plus fincere hommage :
» Arrête. Explique-moi par quel art impofteur ,
» Tu me repais toujours de menfonge & d'erreur.
» Eh quoi ! charmante Eglé , ces globes inomabrables
,
ג כ
Si parfaits à mes yeux feroient fi peu durables
» A peine encor formés , malgré tous mes efforts ,
Le plus léger obftacle en brife les refforts !
- Viens , rendons dès ce jour lears beautés éter»
>> nelles.
Ils font de tes plaifirs les images fidéles ,
» Dit Eglé , ce font- là les doux biens de l'Amour,
» Un infeant les voit naître , & pétir fans retour.
20
Je punis des erreurs qu'un vain orgueilt'inſpire ::
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
» Il eft tems , jeune Eglé , d'embellir mon empire;
» Que ce dard... Ah ! dit- elle , appaiſe ton cour
>> roux ;
»Mais enfin , fi mon coeur doit échir fous tes
coups ,
» Si je ne puis te fuir ; eh ! s'il faut que mon ame
» Pour un tendre berger fe captive & s'enflâme ,
Ligdamis.... A ces mots , le Dieu des coeurs
هد
ל כ
fourit ,
La regarde , foupire , il la bleffe , & s'enfuit,
Nonfa fuggir l'Amor chi fecò trefca
Guarini , Paft. fido.
205 205205 205205205:189 209 208207 208 207208 208
L
MEMOIRES
Pour fervir à l'Hiftoire d'Orléans.
Es fentimens des Auteurs font parta
gés fur le tems de la fondation d'Orléans.
Lemaire ( a ) croit que cette villa
fut bâtie par les Druides 3 so ans après le
Déluge ; mais il avoue en même tems qu'il
ne s'est déterminé à fixer cette époque que
fur des conjectures. Guyon (b ) penſe au
contraire qu'il eft probable que cet établiffement
ne s'eft fait que so ans plus
(a) Auteur d'une Hiftoire d'Orléans..
(b) Autre Auteur d'une Hiftoire d'Orléans.
JUILLET. 1753. ན་
tard , c'est-à- dire environ 400 ans après
le Déluge . Il eft inutile d'entreprendre de
concilier ou de réfuter ces deux Hiftoriens,
puifqu'ils n'avancent rien de folide pour
appuyer leur fentiment ; on fent affez que
ne pouvant s'arrêter à une date préciſe ,
au milieu des obfcurités qui les environnoient
, l'amour de la patrie les a portés à
croire qu'il falloit remonter jufqu'à l'ans
tiquité la plus reculée .
On pourroit attribuer cette incertitude
à la mauvaife politique des Gaulois , qui
ne vouloient pas qu'on laifsât rien par
écrit , foit que cette Nation belliqueufe
fût plus jaloufe de former & d'exécuter
de grandes entreprifes , que d'en laiffer des
monumens à la poftérité ; foit qu'elle crût
par là piquer la curiofité des jeunes gens
pour les belles connoiflances , & les mettre
dans la néceffité d'exercer leur mémoire .
Quoiqu'il en foir , cette défenfe fut obfervée
avec une fuperftition qui leur étoit
particuliere , puifqu'on ne voit nulle part
qu'ils ayent laiffé aucuns ouvrages où la
tradition des exploits de leurs ancêtres foit
confervée. De là vient que les Auteurs.
Grecs , & Latins qui nous ont donné um
détail affez étendu des conquêtes des Gaulois
avant que les Romains cutfent pénétrédans
les Gaules , ne les connoiffoient que :
38 MERCURE DE FRANCE .
par leurs incurfions. On fçait qu'après
avoir défait l'Armée Romaine , ils prirent
Rome & la brûlerent , qu'ils ravagerent la
Grece & la Macédoine , & de là fe répan
dirent comme un torrent dans l'Afie , où
ils porterent par-tout la terreur de leurs.
armes ; mais on ne voit rien de particulier
fur les pays & fur l'origine des villes d'où
ces armées nombreufes étoient forties.
Sans fe mettre en devoir de diffiper
avec fi peu de fecours les nuages qui nous
cachent la fondation d'Orléans , ne fuffit.
il pas de fçavoir que cette ville eft beaucoup
plus ancienne que Céfar , puifqu'on
voit dans fes Commentaires qu'elle étoit
déja célébre de fon tems. Il ' eft peu de
Villes en France , & dans les autres parties
feptentrionales de l'Europe , même de celles
qui tiennent aujourd'hui le premier
rang , qui puiffent fe glorifier d'une antiquité
aufli refpectable . On en conviendra
aifément , lorfque nous aurons fait voir
que le Genabum de Céfar eft Orléans.
Nous n'entrerons point à cet égard dans
un labyrinthe de difcuffions , il fuffira de
mettre fous les yeux un précis des raifons.
qu'on a coûtume d'apporter pour en convaincre.
En effet la fituation de Genabum , fur
le bord feptentrional de la Loire , vers le
JUILLET. 1753. 39
1
milieu de fon cours ; le pont que cette
Ville avoit fur ce fleuve , la dépendance
des peuples Chartrains , dans le Territoire
defquels elle étoit renfermée , & done
elle étoit la Ville de commerce & le prin
cipal dépôt , fa diftance de cent foixantemille
pas aux confins de l'Auvergne , qui
revient aux cinquante- quatre lieuës qu'il
ya d'Orléans à Riom , les quatre jours de
marche que Céfar employa pour le ren
dre de Sens à Genabum avec une armée
qui faifoit diligence , & marchoit fans.
équipages ; toutes ces preuves tirées de
Célar & de Strabon , jointes à celles que
nous fourniffent l'Itineraire d'Antonin ,
la Table de Peutinger , les differentes
voies Romaines , & fur tout celle qui comé
munique d'Orléans à Chartres & qui por
te encore le nom de Céfar , ne permet
tent pas de douter que le Genabum on Cenabum
des anciens , ne foit Orléans . On eft
même furpris de voir quelques Ecrivains
modernes contefter un fait établi d'une
maniere auffi folide.
Avant que de parler du fiége que Céſar
mit devant cette Ville , qui doit être regardé
comme le premier évenement de
notre Hiftoire , il eft à propos de donner
une idée de l'Etat où étoient les Gaules ,
lorfque Céfar y porta fes conquêtes. Elles.
40 MERCURE DE FRANCE .
étoient divifées en trois parties : la Gaule
Celtique , la Belgique & l'Aquitanique , toutes
differentes de moeurs & de langage ,
mais animées du même amour de la liberté.
La Celtique , que les Romains appelloient
proprement la Gaule , s'étendoit depuis
la Marne & la Seine , jufqu'au Rhône &
à la Garonne , & depuis le Rhin jufqu'à
P'Océan. Ses peuples les plus célébres
étoient les Suiffes , ceux de la Franche-
Comté , d'Autun , de l'Auvergne , du
Berry & les Chartrains , dans le Territoire
defquels Orléans étoit compris. La Belgique
étoit bornée par la Seine & la Marne,
par l'Océan & le Rhin en tirant vers fon
embouchure, & contenoit ce qu'on appelle
maintenant la Flandre , le Hainault,
la Lorraine , la Picardie , la Champagne
une partie de la Normandie & de l'Ifle
de France. C'étoient là qu'habitoient
les peuples appellés Suefones , Nervii ,
Aduatici , Morini , Caletes , Velocaffes, &c.
L'Aquitanique étoir renfermée entre la
Garonne , les Pyrenées & l'Océan ; c'eſt
aujourd'hui la Gaſcogne , le refte des Gaules
comprenoit ce qu'on appelloit alors
la Province Romaine , c'est- à - dire la Savoye
, la Provence & le Languedoc . Cé
far en avoit le gouvernement , les Ro
mains la poffédoient depuis la défaite des
JUILLET. 1753. 41
Allobroges par Q. Fabius Maximus , l'an
de Rome 633 , & n'avoient pas pouffé plus
loin leurs conquêtes . Divifés par des guer
res inteftines , occupés d'ailleurs en Afie
& en Espagne , où Mithridate & Sertorius
les avoient contraints de tourner toutes
leurs forces , ils n'avoient pû troubler le
repos des Gaulois , plus accoutumés à
ter la guerre chez les autres Nations qu'à
la foutenir chez eux .
por-
Ces peuples auroient été invincibles s'ils
s'étoient réunis , & n'avoient fait qu'un
feul corps ; mais chaque Ville confidérable
avec fon territoire formoit un Etat par
ticulier. La plupart étoient gouvernés par
le Confeil des Grands , prefque toujours
guidés par des vûes ambitieufes , qui les
portoient à préferer leur intérêt au bien
public ; d'autres avoient des Rois dont l'au
torité étoit balancée par celle du peuple
elle n'étoit point héréditaire , & differoit
de celle des Magiftrats , en cela feul qu'el
le ne finiffoit qu'avec leur vie , au lieu
que ceux- ci étoient nommés tous les ans,
Cependant , comme on élevoit pour l'ordinaire
à cette dignité les plus diftingués
par leur naiffance , leurs richeffes & le
nombre de leurs Vaffaux , quelque borné
que fût d'ailleurs le pouvoir de ces Rois ,
les Romains ne négligeoient rien pour les
42 MERCURE DE FRANCE.
attirer dans leur alliance ; on voit qu'ils
avoient fçu gagner un Roi de Gafcogne ,
& Carmentalé , Roi de la Franche -Comté,
dans la vûe fans doute , de s'affurer des
peuples de ces deux Provinces voisines
de la Province Romaine , & d'en former
une barriere contre les incurfions des autres.
Les Etats les moins puiflans fe mettoient
fous la protection de ceux qui l'é
toient davantage ; c'eft à ce titre que Sens,
Paris & Beauvais dépendoient d'Autun .
Quelquefois même , ils achetoient cette
faveur en le tendant tributaires. On convoquoit
de tems en tems les Etats Géné
raux , où les principaux de chaque Ville
fe trouvoient en grand nombre : dans ces
affemblées on décidoit de la paix ou de la
guerre , on nommoit les Chefs des Armées
, & on déliberoit fur les intérêts
communs de la Nation , mais il paroît que
les réfolutions qu'on y prenoit étoient rarement
fuivies du fuccès , foit que les défiances
& les jaloufies mutuelles empê
chaffent l'effet des deffeins les mieux concertés
, foit que ce défaut eût fon principe
dans l'inconftance , & la légereté naturelle
aux Gaulois .
Dans un Gouvernement de cette naturé
qui n'établiſſoit nul concert , nulle fubor .
dination , tout deyoit fe conduire par facJUILLET.
1753. 43
tions , auffi voyons- nous dans les Come
mentaires de Céfar que chaque Etat , char
que Ville , & prefque chaque famille avoitt
les fiennes. La Celtique étoit partagée par
deux factions principales , dont ceaxt
d'Auvergne & d'Autun étoient les Chefs.
Après avoir long- tems difputé la Princi
pauté les armes à la main , les premiers
foutenus de ceux de la Franche - Comté
avoient attiré dans leur parti Ariovifte ,
Roi des Allemands. Les autres , malgré
l'alliance des Romains , & les forces der
ceux du Berry , avoient été contraints.des
fuccomber. Rame n'avoit pû jufqu'alors!
les fecourir , elle s'étoit contentée de les
raffarer par des promeffes , & de leur pro
diguer les noms d'amis & de freres du
peuple Romain. Cependant le Sénat ,
dont la politique alloit toujours à fon but ,
ne laiffoit pas de fomenter fous main la
diffention , & fe promettoir d'en tirer un :
jour de grands avantages. Les Gaulois de
leur côté , croyoient établir par ces factions
un équilibre de puiffance entre les.
Grands & entre les Etats les plus confi- i
dérables ; prévenus de cette idée , ils fe:
flattoient qu'ils pourroient en excitant lay
crainte & la défiance dans les differens:
partis , s'oppofer plus facilement à l'ambition
de ceux qui vouloient envahir la dos
!
44 MERCURE DE FRANCE.
mination des Gaules. Cette politique por
tée à l'excès , leur coûta la liberté . Comme
ils fe prêtoient rarement un mutuel
fecours , Céfar les attaqua féparément , &
les dompta les uns après les autres.
&
On trouve encore dans le caractere de
ces peuples une des caufes principales de
leur perte , ils étoient legers , prompts à
સે ..
prendre une réſolution , amateurs de la
nouveauté ; de- là vient qu'ils s'engageoient,
témérairement & avec précipitation dans
une affaire , fans le mettre en état de la
terminer avec ſuccès ; il paroiffoit d'ail
leurs une inconftance marquée dans toute
leur conduite. Pour peu que la guerret
traînât en longueur , ils fe laiffoient déconcerter
par les obftacles , & abandonnoient
tout d'un coup leur entreprife..
Tous les Auteurs s'accordent à nous dé- ,
peindre leur bravoure , comme une fureur
aveugle qui n'étoit point temperée par la
prudence , & guidée par le Confeil . Lorfqu'on
pouvoit foutenir leur premier choc ,
ils étoient à demi vaincus. Si la prospérité.
les rendoit ardens à pourfuivre leur avantage
, le moindre revers imprévû jettoir
parmi eux le défordre & la confufion
alors ils perdoient de vûe toutes leurs reffources
, & la défaite d'une armée Gau
loiſe étoit presque toujours une déroute
générale.
JUILLET. 1753. 45
Ce qui donna d'abord occafion à Céfar
de paffer dans les Gaules , fut l'humeur
inquiéte & belliqueufe des Suiffes , les
plus puiffans d'entre les Celtes. Depuis
long tems ils fouffroient avec impatience
de le voir refferrés dans leur pays trop
borné pour leur nombre & pour leur coarage
; ils prirent la réfolution d'en fortir ,
& indiquerent un rendez-vous général
fur les bords du Rhône , au vingt huitiéme
de Mars l'an de Rome 696 , fous le Confulat
de Gabinius & de Pifon . Célar averti
de leur mouvement , & fçachant qu'ils
fe difpofoient à paffer par la Province Romaine
, partit de Rome & fe rendit à Geneve
, dont il fit d'abord rompre le pont.
C'est là que leurs Députés vinrent lui
demander le paffage , qu'il ne jugea pas à
propos d'accorder. Les Suiffes , qui ne
s'étoient point attendus à ce refus , effayerent
de fe l'ouvrir par force ; mais les Romains
firent par tout fi bonne contenance
qu'ils les obligerent de fe retirer avec
perte. Cependant ceux de Franche- Comté
leur permirent de paffer par leurs terres ;
ils étoient déja dans celles d'Autun , lorf
que l'armée Romaine les furprit fur les
bords de la Saone , qu'une partie d'en .
tr'eux avoit traversée , & en fit un
grand carnage. Céfar les défit encore en
46 MERCURE DE FRANCE.
plufieurs rencontres , & les força enfin de
retourner chez eux .
Après cette expédition , les principaux
d'entre les Celtes vintent les féliciter fur
fa victoire , & imporer fon fecours contre
Arioviste que la faction d'Auvergne avoit
attiré dans les Gaules. Ce Prince fier des
avantages qu'il avoit déja remportés fur
¡ceux d'Autun & leurs Alliés , tenoit les
vaincus dans une honteufe fervitude . 11
traitoit même avec une hauteur , & une
dureté intapportable les Francs - Comtois
qui avoient engagé à prendre les armes
.pour opprimer ceux de la faction contraire.
Il s'étoit en quelque forte empaé
de leur pays , & ne fe propofoit rien
1 moins que de mettre fous le joug tous les
Etats de la Gaule Celtique , qu'il avoit
déja remplie de la terreur de fon nom.
Cefar entreprit d'autant plus volontiers
-cette guerre , qu'il s'agiffoit de rétablir
dans l'efprit des Celtes l'honneur de Rome,
en vengeant l'injure faite à ceux
d'Autun fes alliés , qu'elle avoit jufqu'alors
été forcée d'abandonner . Il marcha donc
contre les Allemands , tailla leur armée en
piéces , & les chaffa au- delà du Rhin.
Ce fuccès étonna tous les Gaulois . Il eft
à croire qu'une partie de la Celtique prit
dès-lors le parti de fe rendre au vainqueur,
JUILLET.. 1753. 47
que les Chartrains fuivirent cet exemple.
En effet Céfar nous apprend enfuite
qu'il fut averti , que les Belges craignant
qu'on ne vint les attaquer ( après avoir
fubjugué les Celtes ) travailloient aux préparatifs
de la guerre qu'ils méditoient
contre les Romains , qu'il prévint ces peuples
, & qu'après les avoir domptés , il mit
fes troupes en quartier d'hyver dans l'Anjou
, la Touraine & le pays Chartrain . II
parle ailleurs des révoltes de ceux de
Chartres , ce qui fuppofe qu'ils s'étoient
déja foumis.
Quoiqu'il en foit , on voit qu'ils étoient
extrêmement jaloux de leur liberté , &
qu'ils firent plufieurs tentatives pour fe
couer le joug de la fervitude . Céfar avoit
donné la Principauté de leur pays à un des
premiers d'entr'eux , nommé Fafget , pour
prix de fa valeur & de fa fidélité. Après
un regne de trois ans , la cinquième année
de la guerre des Gaules , ils l'aſſaſſinerent
fans égard pour fa naiffance , fes Ancêtres
ayant été revêtus de la même dignité.
Céfar informé du grand nombre des conjurés
, & appréhendant une révolte générale
, donna ordre à Plancus d'y conduire
la Légion qu'il commandoit , & de lui
envoyer les coupables ; mais cette affaire
'n'eut point de luite , parce qu'il fut en
48 MERCURE DE FRANCE.
même tenis contraint d'employer la plus
grande partie de fes forces pour foumettre
les Liégeois , qu'Ambiorix & Cativula
avoient foulevé contre lui. L'année fuivante
, il convoqua les Etats de la Gaule
à Paris , où prefque tous les Gaulois ſe
rendirent à fes ordres. Ceux de Chartres
& de Sens , qui avoient déja fait une ligue
entr'eux , refuferent de s'y trouver ; il prit
cela pour un commencement de révolte ,
& pour prévenir leurs deffeins , il fe hâta
de marcher contre les derniers , qu'il força
de lui livrer cent des principaux d'entr'eux
en ôtage ; les Chartrains défefperant de
pouvoir tenir feuls , prirent le parti de la
foumiffion , & ceux de Rheims , fous la
protection defquels ils étoient alors , s'employerent
pour obtenir leur pardon. Il n'en
fut pas de même de ceux de Sens . Célar
preffé de tenir les Etats , & occupé d'ailleurs
du deffein de réprimer la révolte de
trêves , & de pourfuivre Ambiorix , qui
s'étoit fauvé après la défaite des Liégeois ,
fe contenta de diffimuler , mais auffi tôt
qu'il eut terminé ces deux guerres , il fit
mourir d'une maniere cruelle Accon ,
principal Auteur du défordre , & contraignit
tous fes complices à fortir du pays.
Cette févérité révolta tous les efprits ,
bien loin de les calmer ; dès que Célar fut
paffé
JUILLET. 1753. 49
paffé dans la Gaule Cifalpine , les Gaulois
qui jufques-là avoient caché leur reffentiment,
formerent avec plus de hardieffe que
jamais , le deffein de mettre leur patrie en
liberté ; ce qui les confirmoit encore dans
leur réfolution , c'eft qu'ils étoient informés
des troubles que le meurtre de Claudius
avoit excité dans Rome. Ils penfoient
que Célar retenu en Italie par ces défordres
, ne pourroit reprendre fi tôt le com--
mandement de fon armée : dans cette confiance
, les principaux s'affemblent d'abord
dans des lieux écartés ; c'est là qu'ils déplorent
le miférable état des Gaules , &
qu'ils fe repréfentent toute la honte
le fupplice d'Accon avoit fait rejaillir fur
eux. Animés par ces motifs d'honneur &
de vengeance , ils prennent la réfolution
de mourir tous les armes à la main ,
pluque
de fouffrir le joug d'une domination
étrangere , & de trahir ainfi la gloire
de leurs Ancêtres. Il ne s'agiffoit plus que
de commencer l'exécution de cette entreprife.
Les Chartrains s'engagerent à lever
les premiers l'étendart de la révolte. Dès
que le jour deftiné pour cela fut arrivé ,
ils marcherent vers Orléans , fous la conduite
de Cotuats & Conetodun . Cette
Ville étoit alors , comme elle eſt encore
aujourd'hui , renommée par fon commer
τότ
C
que
50 MERCURE DE FRANCE.
ce ; elle avoit parmi fes habitans un grand
nombre de Romains que le négoce y avoit
attirés. On fe jetta dans leurs maiſons , on
abandonna tous leurs effets au pillage , &
on les malfacra impitoyablement , fans
épargner Fufius Cotta , Chevalier Romain ,
qui Célar avoit donné l'Intendance des
vivres.
)
Le bruit de cette expédition fanglante ,'
qui fut comme le fignal de la guerre , fe
répandit bientôt de tous côtés . Vercingentorix
, Seigneur d'Auvergne , dont le
pere avoit eu la principale autorité parmi
les Celtes , employa tout fon crédit pour
feconder les Chartrains . Après avoir chaffé
de Clermont ceux qui s'obstinoient à demeurer
fidéles aux Romains , il envoya des
Députés dans tous les Etats de la Gaule
Celtique , pour preffer les Gaulois de renir
leur promeffe ; il affembla enfuite ceux
de Sens , de Paris , de Quercy , de la Tourraine
, d'Evreux , du Maine , du Perche ,
du Limoufin , de l'Anjou , & les peuples
qui font répandus fur la côte de l'Océan ;
tous les fuffrages fe réunirent pour le nommer
Général , & on ne penfa plus qu'à travailler
aux préparatifs de la guerre qu'on
avoit réfolu d'entreprendre . C'eft ainfi que
ceux de Chartres exciterent dans la Gaule
un foulevement univerfel.
JUILLET . 1753. 52
Cependant Céfar informé de ces mou
vemens , fe hâta d'en prévenir les fuites.
Son féjour n'étoit plus néceflaire en Italie,
où les troubles avoient été appailés par
les foins de Pompée. Il repaffa donc les
Alpes , & commença par raffurer la Province
Romaine contre les entrepriſes de
Lucerie , Lieutenant de Vercingentorix ,
qui la menaçoit d'une invafion . Enfuite
il pénétra dans l'Auvergne par les monta
gnes du Gevaudan , & y répandit par tout
la terreur. Le Général des Gaulois accourut
au fecours de fa Parrié. Célar avoit
prévû cette démarche. Content de lui
avoir donné le change , il laiffa Brutus
pour commander en fa place , & fe rendit
à Vienne en Dauphiné , où il ramaffa quel.
ques troupes de Cavalerie ; de là marchant
jour & nuit , il gagna le territoire de Lan
gres , & y affembla promptement une ar
mée. Vercingentorix averti de fon éloignement
, attaqua une Ville où les Boyens
s'étoient établis fous la dépendance d'Autun.
Céfar fut charmé de le voir occupé de
vant cette Place. Son deffein depuis fon
retour dans les Gaules , étoit de punir les
Chartrains de leur révolte , & d'ouvrir la
campagne par le fiége d'Orléans . C'eſt dans
cette vue , qu'il avoit d'abordfait une irrup→
tion en Auvergne pour tromper l'ennemi , &
Cij
52
MERCURE
DE FRANCE.
P'empêcher d'y faire entrer du fecours. Ainfi
après avoir dépêché vers les Boyens pour
les encourager à fe défendre vigoureufement
, & laiffé tous les bagages de fon
armée à Sens , il fe rendit le lendemain à
Châteaulandon . Craignant que cette place.
ne fervît à lui couper les vivres , il l'affiégea
, & la prit en trois jours.
Les Chartrains s'étoient imaginés que ce
fiége leur donneroit le tems de jetter des
troupes dans Orléans ; la rapidité étonnante
de Céfar déconcerta leurs projets.
Il partit de Châteaulandon , & arriva le
fecond jour devant cette Ville ; comme il
étoit tard
trop pour commencer l'attaque ,
il la remit au lendemain , & ſe contenta
de donner les ordres néceffaires pour un
affaut : il commanda auffi à deux légions de
s'emparer du pont qui étoit fur la Loire , afin
de couper la retraite aux affiégés. Cette précaution
ne fut pas inutile. Ceux- ci fe voyant
prefque fans défense , & fans esperance de
fecours , avoient déja pris le parti d'abandonner
la Ville. En effet , ils fortirent en filence.
vers le milieu de la nuit ; mais voyant que le
pont étoit biengardé , ils furent contraints de
tenter le paffage de la riviere. Céfar averti
de leur retraite par fes fentinelles , met
promptementle feu aux portes , & ferend
maître de la place. Les Romains fondirent
JUILLET. 1753. 53
de tous côtés fur les habitans , & parco
que le pont étoit étroit , & les chemins
ferrés & difficiles , il ne s'en fauva qu'un
petit nombre. Tout le refte fut pris . Pour
tirer une vengeance complette du malfacre
, qui avoit donné occafton à cette
guerre , on brûla la Ville , après en avoir
abandonné le pillage aux foldats. Il eſt
à croire que le butin fut confidérable , &
tel qu'on peut fe l'imaginer , dans une
Ville qui faifoit fon capital du commerce.
Céfar enfuite paffa la Loire , & fe rendit
dans le Berry pour fecourir les Boyens
que Vercingentorix tenoit affiégés . Sans
parler des differens événemens de cette
guerre qui n'eft pas de notre fujet , il fuffit
de dire qu'il la termina heureuſement
par la défaite & la prife du Général des
Gaulois , & qu'une grande partie des Etats
de la Celtique fut forcée de fubir la loi du
Vainqueur.
Malgré ces progrès la conftance des
Chartrains ne fut point ébranlée , ils
avoient été les premiers à prendre les armes
, ils voulurent être des derniers à les
quitter. L'année fuivante ils attaquerent
ceux du Berry , qui s'étoient rangés fous
l'obéiffance des Romains. Céfar partic
d'Autun où il étoit alors , afin de contenir
les Gaulois par fa préfence , & marcha avec
C iij
64 MERCUREDE FRANCE.
deux légions contre les Chartrains , qui
ne jugerent pas à propos de l'attendre ; la
rigueur de la faifon empêcha de les pourfuivre
, & l'obligea de faire camper fes
troupes à Orléans . Cette Ville ne renfermoir
plus que des débris & des ruines , a
peine y reftoit - il quelques maifons que la
fureur du foldat eût épargnées ; il s'y logea ,
& fit couvrir les autres à la hâte pour fervir
d'abri aux tentes. De là il envoya fa
Cavalerie & fon Infanterie armée à la léil
gere , à la pourfuite des ennemis , qui fe
fauverent dans les Etats voifins . Content
d'avoir diffipé toutes leurs forces dans une
faifon fi rude , & voyant qu'ils ne pou
voient rien entreprendre de confidérable
pendant le cours de cette campagne ,
alla au fecours de ceux de Rheims & de
Soiffons , que ceux de Beauvais menaçoient
d'une irruption , après avoir laiffe
Trebonius en garnifon dans Orléans avec
fes deux légions. C'est tout ce que l'Hif
toire ancienne nous apprend de cette Vil
le , qui demeura fous la domination des
Romains pendant près de cinq cens cinquante
ans , c'eft à - dire , jufqu'à ce que
Clovis l'eut foumife à fon Empire . Au
refte Céfar n'eut pas plutôt dompté les
peuples de Beauvais , & ravagé les Etats
d'Ambiorix , qu'il fe rendit à Chartres
JUILLET. 1753. 55
dans la réfolution de punir les Chartrains ,
que Fabius , un de fes Lieutenans , avoit
déja forcé de fe foumettre & de livrer des
ôtages. Il fit arrêter Guturnat , principal
auteur de la rébellion , & lui fit couper la
tête.
Par un des Membres de la Société Litté
raire d'Orléans.
ELEGI E.
> Par M. Dutour Gouverneur de M. le
Comte de Sabran - Foix.
Moi , vous aimer , Doris ! moi , toucher votre
coeur !
Ne puis -je triompher d'une fatale erreur ?
Trop long tems de l'amour victime déplorable ;
Je traîne dans les fers un deftin qui m'accable :
Mon coeur , ce trifte coeur , ne pourra t'il un jour
Etouffer les tranfports d'un témeraire amour ?
·
En vain juſques à moi vous cherchez à defcen
dre ,
Je fçais qu'en vous aimant je n'ai rien à prétendre.
Jouet infortuné du fort le plus affreux ,
C'eft à moi de brifer de trop coupables noeuds .
Je le fçais , j'en frémis ; mais dans montrouble extrême
Ciiij
56 MERCURE DE FRANCE.
1
Mon coeur medit toujours , Doris , que je vous aime?
O trop cruel amour , ô funefte poiſon !
Laifle moi , je me rends au cri de la raiſon .
Malheureux , c'eft en vain que j'oppose à má
Alâme
Des fentimens trop purs qu'a démenti mon ame :
Doris , tout mon bonheur eft de porter vos fers ,
L'amour est le feul bien pour moi dans l'univers.
Tout en vous me féduit , me ravit , & m'enfâme :
Un feul de vos regards remplit toute mon ame.
Oui, cet amour fi vrai que j'ai pris dans vos yeux ,
Doit m'agiter fans cefle & me fuivre en tous lieux :
Dans le fond des déferts au plus lointain rivage ,
Mon coeur de vos attraits confervera l'image ;
déformais rien n'a droit d'enflâmer
Ce coeur que
N'aura plus d'autres foins
que ceux de vous aimer,
De cet amour , Doris , je devois me défendre
Mais à tant de vertus il a fallu ſe rendre .
Pourquoi tenter encor des efforts fuperflus è
Suis- je donc criminel d'adorer vos vertus ?
Si ma témérité vous paroît une offenſe ,
Je fçaurai mieux fervir que vous votre vengean
ce :
Eteignons un amour qui nous perdroit tous deux.
Oui , je vais pour jamais me bannir de ces lieux ,
Dans les affreux tourmens d'une abfence éternelle
Je briferai ce coeur malheureux & fidéle :
J'en mourrai ; mais du moins mon cruel défeſpoir
Aura fait triompher l'amour & le devoir.
JUILLET.
1753 . 57
Que dis je ! ces inftans où votre ame charmée
Se faifoit un bonheur du plaifir d'être aimée ,
Ces inftans où livrée au plus tendre retour
Vous crûtes égaler & vaincre mon amour :
Vos troubles , mes terreurs ma tendreffe , vos
larmes ,
Ces pleurs qui tant de fois calmerent mes allar
mes.
Ces tranſports renaiffans , ces preftiges fi doux
Du Dieu qui nous unit , & qui veilloit fur nous ,
Ce fatal fouvenir de ma joie éclipfée ,
Ne fortiront jamais de ma trifte penſée.
Recevez mes adieux & nommez votre époux.
Il n'eft que votre fang qui foit digne de vous.
Du plus heureux mortel époufe aimable & ten
dre ,
Ciel , que de biens fur vous font prêts à ſe répan
dre ,
Vos jours pars , remplacés par des jours plus heu
Jeux >
Rempliront fans relâche , & préviendront vos
voeux.
i
'Ce font là les fouhaits que forme matendreffe :
Paiffent les doux plaifirs , enfans de la jeuneffe ,
Vous combler à jamais de leurs biens féducteurs ,
Er puifer leurs bienfaits dans le fond de vos coeurs,
Mais parmi les douceurs d'une fi belle vie ,
Songerez - vous aux maux dont la mienne eſt ſui
vie
Cy
8 MERCURE DE FRANCE.
Ovoeux trop indifcrets ! dans l'état où je fuis
Qu'un filence éternel étouffe mes ennuis.
Ç'en eft fait ... Mais , Doris , dans ce malheur
extrême ,
S'il m'eft encor permis de dire , je vous aimne :
Je vous aime, & mon coeur que je livre à vos traits,
Doitmême en vous perdant vous aimer à jamais.
DE DE DE DE DE DE DE DE DE DE DE DE
LETTRE
Al Auteur du Mercure , fur le grain.
J'Ar lûavec
'Ar lû avec attention , Monfieur , dans
votre dernier Mercure , page 137 , las
Lettre d'un Religieux à M. Duhamel du
Monceau , fur les avantages que le Public
retireroit des magafins de grain que
les Ordres Religieux pourroient faire dans
leurs Maifons je ne peux qu'applaudir
aux intentions de ce Religieux , elles me..
paroiffent pures , & n'avoir pour but que
l'utilité publique le projet qu'il propofe
a été conçu & exécuté à Paris , il y a déja
plufieurs années.
Je connois tout l'avantage qui réfultera
des magafins faits librement ; j'ai vû une
fi grande abondance de grain en 1743 &
en 1744 dans les Provinces de France où
l'on eft dans l'ufage de battre la récolte au
JUILLE T. 1753 59
bout du champ * , que les laboureurs
ne
fçavoient où le loger , j'ai vû en même tems
les Meſtiveurs
auxquels on donne ordinairement
le neuvième de la récolte pour .
leur falaire , rançonner les colons , & exiger
outre ce neuvième , un fupplément
en
argent exceffif.
J'ai fuivi ces inconvéniens , & j'ai vu
qu'après les bonnes récoltes le cultivateur
fémoit moins de grain qu'à l'ordinaire &
augmentoit fon bétail : j'ai obfervé qu'il
négligeoit de remuer le grain dans les greniers
, parce que le prix des journées,
d'hommes augmente à mefure que celui
du grain baiffe ; j'ai remarqué que chaque
laboureur élevoit une plus grande quantité
de volailles & de porcs qu'à l'ordinaire
; j'ai vu les cultivateurs prodiguer le
grain à leurs boeufs & moutons pour les
engraiffer faute de confommation , ils
trouvent ce moyen de convertir leur grain
en fuif , & de les faire marcher fans voitures.
La vilité du prix du grain le leur faifoit
regarder comme une denrée qui ne
méritoit aucun foin . J'ai vu enfuite les intemperies
des faifons faire manquer la
récoke , les terres non cultivées & les
* Méthode dont je fuis en état de démontrer i
l'abus.
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
champs fans fumier , par la mortalité des
beftiaux , alors les difettes fe font fait
fentir , & le peuple toujours injufte , a accufé
les Magiftrats de défaut de vigilance
fur la fortie des grains , tandis que trois
mois auparavant il les accufoit d'infléxibilité
fur ces forties. La véritable caufe du
mal ne doit pas fe chercher ailleurs que
dans la négligence du laboureur, qui n'a pas
fçû bien admniftrer le dépôt que la Provi
dence lui avoit confié . Une ſeconde raiſon
de difette , c'est qu'auffi- tôt que le grain
augmente dans les Provinces , les Colons
augmentent leurs femailles , & comme la
mauvaiſe récolte de grain eft ordinairement
accompagnée d'une difette de légumes
& herbages , la confommation du pain
augmente , parce qu'il faut que le grain
tienne lieu de tout : on en a vû un exemple
en 1751 , il n'y avoit prefque ni féves
, ni pois , ni lentilles , ni chataignes
ni glands ; les chenilles avoient rongé tous
les choux , & les herbes ne fourniffoient
qu'un lait maigre & une chair molle , Que
feroit- on devenu fans la bonté du Roi &
la fageffe du miniftere ?
Ces obfervations m'ont fait conclure
qu'il feroit très- avantageux à l'Etat
que le
commerce du grain fûr auffi libre que celui
du vin nous avons vû plufieurs an
JUILLE T. 17538 61
peu
nées abondantes en vin , & cependant
il n'a point augmenté de prix en proportion
avec le grain , les marchands fçavent
le conferver , & ils en font des magafins
, fans crainte d'être appellés monopolears
: il eft cependant certain qu'on en
manqueroit fans ces magafins : l'expérien
ce nous apprend qu'un Vigneron qui récolte
vingt barriques de vin , en vend
communément feize ; fi les Marchands
achetent , & que s'il ne fe fait pas d'enlevemens
, il ne refte pas deux barriques
à ce vigneron , au bout de deux ans ; il le
confomme infenfiblement , ou il le laiffe
gâter faute de logement ou faute de foins,
Il eft donc certain qu'il feroit très avantageux
qu'il y eût , dans les pays de grain ,
des enlevemens après les récoltes : il
ne s'agit pas ici d'exportation à l'Etranger
, mais de débaraffer le laboureur du
foin de fon grain , & d'être à portée de
le lui conferver au cas de befoin .
Si un Corps Religieux étoit chargé de
ces enlevemens , il faudroit lui interdire
la liberté d'en faire lorfque le froment excéderoit
cent livres le muid , qu'il ne pût
faire fes levées par préférence à perfonne
, que fes greniers fuffent toujours ouverts
, qu'il renouvellât fes grains en vendant
les anciens , fans pouvoir forcer le
$
62 MERCURE DE FRANCE.
Public à acheter , fous quelque prétexte
que ce fût , & qu'il ne pût augmenter le
prix du grain fans la permiffion du Magiftrat
, enforte que le plus haut prix n'excédât
pas cent cinquante livres le muid :
les différentes révolutions lui procureroient
un bénéfice fuffifant , & au moyen
des levées le cultivateur feroit de l'argent
quand il en auroit befoin .
*
J'aurois beaucoup de chofes à dire
fur la maniere de conferver les grains , &
fur les précautions pour le voiturer ; je
démontrerois que le bled voiture vieux
fouffre les mêmes altérations que le vin
que l'on a laiffé furanner dans les vigno
bles , lequel ne peut plus fouffrir de tranfport.
M. Rouffeau reproche à bien jufte
titre à notre Nation la frivolité de fes occupations.
On fait des Sociétés Littéraires
pour microſcoper les mots , & on ne s'eft
point encore avifé de former une fociété
de cultivateurs qui fe communiquaffent
leurs expériences de Province en Province.
Nous avons vu paroître quelques Ouvrages
de Mrs de Buffons & Duhamel , à
peine leur a- t- on marqué quelqu'obligation
de leurs recherches. M. de Combe a
tracé une autre carriere ; on laifle leurs
Livres , on va à la Campagne , on y porte
des Romans. Que de perfonnes le font
JUILLET. 63
1753
4
ruinées en facrifiant leur fortune fur mer
qui auroient fait un profit immenfe , s'ils
cuffent employé la même activité à cultiver
des fonds !
On convertit en parcs & en jardins de
plaifance , les terres labourables qui envi
ronnent un Château ; on fe ruine à ache
ter ces terrains , on les paye le quadruple
de leur valeur , & on ruine le payfan , on
le met dans une aifance momentanée , il
confomme l'argent de fon fonds , il perd
avec fon fonds & l'habitude du travail, &
le peu de probité qu'il avoit ; " ſa maiſon
eft détruite , fon champ eft devenu inculte
pour l'Etat , il n'a plus rien à perdre ,
le crime ne lui coûte plus rien . Les pay- .
fans ne fe preffent point de marier leurs
enfans , lorfqu'ils n'ont point de terres à
leur donner , ils perdent l'amour de la Patrie
, ceux qui n'ont point de poffeffions :
ne tiennent à rien..
Pourquoi n'éleve t'on pas les enfans des
Hôpitaux au travail de la terre ? craïnt on
qu'ils foient robuftes , & qu'ils portent
par tout des bras qui les faffent fubfifter ?
J'aurois trop à dire fi je voulois traiter
cette matiere , & fi j'entreprenois de faire
voir les abus qui naiffent des priviléges
qu'on obtient par des charges , après
avoir acquis fouvent moitié des terres d'u64
MERCURE DE FRANCE.
ne Paroiffe . Il me feroit facile de démon
trer pourquoi beaucoup de terres reftent
incultes , quoique ces terres puffent enti
chir nombre de familles , felles appartenoient
à des cultivateurs : mais ce détail
meneroit trop loin ; il feroit à défirer qu'une
bonne plume l'entreprît , cela feroit
plus utile que des réflexions fur Pline qui
a parlé pour fon pays je pourrois fournir
des matereaux , & je ne demanderois.
d'autre récompenfe que d'être utile à ma
Patrie. Je fuis , & c. L ***
DEPIT AMOUREUX ,
Traduit de l'Anglois de Mlle Pitt ; par
M. Dutems.
DEs piéges de l'amour , ce fuperbe vainqueur ;
Heureuſe mille fois qui fçait garder fon coeur !
Il fut un tems jadis où moins infortunée ,
Des plus précieux dons par la nature ornée ,
Je fuivois pas à pas Deſcartes , Maupertuis ;
Corneille & Fenelon diffipotent mes ennuis.
D'Homere & de Milton feulement amoureuſe ,
Je me vis adorée & je n'aimai jamais :
Pour eux je méprifai Grands , richeffes , palais ;
Déja j'étois au port , je me voyois heureuſe .
Digby parut, l'Amour eut lors tous mes fouhaits,
JUILLE T. 1753.
> Digby , tel fut du fort l'arrêt irrévocable
Sans partage dès - lors occupa mes efprits ;
Je voulois l'éviter , fon image agréable
Se peignoit à mes yeux & le jour & la nuit.
Il chantoit , à la voix je le pris pour Orphée :
Ses regards pleins d'ardeur étoient ceux de l'Amour
.
Dieux ! comme il s'exprimoit , quand mon ame
charmée
L'apperçut plus brillant que n'eft l'Aftre du jour!
Avec l'éclat faut - il qu'il en eût l'inconſtance !
Il dédaigne bientôt mes feux & mes appas ;
Et plus prompt que l'éclair, fuyant de ma préſence,
Eglé , l'heureufe Eglé , le reçoit dans fes bras.
Prête-moi ton fecours , rappelle l'infidéle ,
Murray , rien ne réfifte aux charmes de ta voix
Viens défendre ma cauſe ; en eft il de plus belle ?
C'est l'Amour qui t'invite à foutenir fes droits
Inutiles efforts ! en vain Murray l'appelle ;
Il-eft fourd à fes cris , il méprife mes pleurs ;
L'ingrat voit fans pitié ma trifteffe mortelle ,
Et dans les bras d'Eglé fe rit de mes douleurs.
Toi , qui contre l'Amour m'as foiblement fervie ;
Loin de moi pour toujours , vaine Philofophie ,
Toi , qu'autrefois j'aimai , va , tu ne m'es plus
rien.
Fayez , plaifirs : Digby , mon cher Digby m'onblie
....
Que Pope après cela dife que tout eft bien .
Avocat de Londres , célébre parfon éloquences
66 MERCURE DEFRANCE.
AAAAALARRA†ÂÂÂAARALA
REMERCIMENT
De M. Paliffot , à la Société Royale de
Lorraine.
MESSIEURS
Si je n'attribue pas à votre feule indulgence
l'honneur que vous m'avez fait de
me recevoir parmi vous , fi je confens a
me fuppofer quelque mérite , c'eft que je
dois , du moins par reconnoiffance , ne
pas attaquer votre ouvrage : vous avez
bien voulu couronner dans quelques difpofitions
encore imparfaites , le goût que
vous me connoiffez pour les Arts . Vous
avez rempli le devoir des grands hommes ,
celui d'infpirer & d'encourager l'émula- +
tion. L'envie qui prend fouvent l'ombrage
de la médiocrité même , eût peut être
étouffé ces foibles talens, daus leur germe ;
mais ce vice des ames vulgaires ne peut
trouver une place parmi vous. Quels fuc- 1
cès affez éclatans , quelle Académie affez
floriffante pourroient en effet vous don
ner quelque jaloufie ? de combien de noms
illuftres vos faftes ne font-ils pas décorés ?
quel genre de Littérature ne le trouve pas
porté à la perfection dans quelqu'un de
JUILLET. 1793. 67
vous ? combien de modeles dans une Académie
célébre dès fon aurore ? Un Prélat
(a ) moins refpectable encore par
fa
naiffance , par fes dignités , par l'eſtime
dont il honore les Lettres , que par les
droits que
fes vertus , fes moeurs douces ,
fon caractere paisible lui donnent fur vos
coeurs , & fur la voix publique dont je ne
fuis que l'interprete . Un Hiftorien ( b)
choifi par le Roi pour écrire les événemens
de fon Regne , choix qui fait l'éloge
du Maître & du Sujet. Un Poëte ( c )
ingénieux , délicar & profond , rival de la
nature & des graces , lorfqu'il en eft le
peintre , fait pour chanter le génie en
ne fuivant d'autre guide que le tien ...
Mais où m'emporteroit le plaifir de la reconnoiffance
Je déroge à vos ftatuts ,
Meffieurs , & j'allarme cette modestie qui
releve dans chacun de vous les dons que
vous a fait la nature. Je fçais un moyen
de vous flater , & de reconnoître beaucoup
mieux que par des louanges , mes
obligations envers vous : l'honneur que
vous m'avez fait me donne la précieufe
( a) M. le Primat de Lorraine Directeur de
P'Académie.
(b ) M. de Solignac , Auteur d'une excellente
Hiftoire de Pologne.
f ) M. de Saint -Lambert,
68 MERCURE DE FRANCE.
liberté de mêler ma voix à celle de la Renommée
pour célebrer votre augufte fondateur.
C'eft à l'émulation qu ' infpire par
fon exemple , aux lumieres que vous puifez
dans fes écrits , aux récompenfes dont
il honore les talens , que ma patrie eft redevable
du nouveau jour qui fe répand
fur elle : fimple Citoyen , il l'auroit illuftrée
; Philofophe , il l'éclaire ; Monarque
, il la rend heureuſe.
Souverain bienfaiſant ! qu'il eft impoffible
de flatter , parce que l'adulation la
plus forte ne deviendroit dans fon éloge
qu'une vérité fimple , avouée par tous les
coeurs. Qu'il parle , tous les Arts dociles
à ſa voix , vont fe ranger autour du Trône;
qu'il paroiffe , fon empire n'a plus
de limites ; qu'il commande , le devoir
d'obéir n'eft plus un facrifice , l'amour en
fait un fentiment.
Que n'ai je affez d'éloquence Meffieurs
, pour vous rendre ces traits encore
plus intéreffans. Avec, quel plaifir n'y découvririez
vous pas , malgré la foibleffe
du coloris , ceux du vainqueur de Fontenoy
, du Pacificateur de l'Europe , de ce
Roi cher à la France , aux Nations même
dont il s'est fait craindre , & que l'humaaité
doit regarder comme un bienfaicteur.
Etonnante conformité qui femble
JUILLET. .1753. 69
avoir concourupour unir ces deux Monarques
, & qui fe manifefte avec tant d'éclat
dans l'unique héritier de leur gloire & de
leurs vertus. Nations fortunées ! par quels
voeux par quels facrifices avez - vous
mérité du Ciel de pareils Souverains ? votre
amour pour vos Rois eft un titre , je
l'avoue ; mais pouviez -vous ne les pas aimer
?
→
MADRIGAL.
L'Autre
jour me difoit Emire ,
Des attraits de Mirtil mon coeur eft enchanté
Si Flore le voyoit avec tant de beauté ,
Elle n'aimeroit plus Zéphire ;
a la même ardeur pour folâtrer & rire ,
Mais il a fa légereté.
D. L. M.
70 MERCURE DE FRANCE ,
ASSEMBLE'E PUBLIQUE
De l'Académie des Infcriptions & Belles-
Lettres , le Vendredi 4 Mai.
Lernice par l'Académie Royale des
E prix qui devoit être ad ugé l'année
Infcriptions & Belles -Lettres , avoit pour
fujet , l'état des Sciences en France fous les
régnes de Charles VIII. & Louis XII .
L'Académie peu fatisfaite des piéces envoyées
pour le concours , avoit crû devoir
n'en couronner aucune , & remettre l'adjudication
du prix : elle l'a adjugé cette
année , & l'ouvrage qui lui a paru le mériter
eft la Differtation cottée n . 2 ; l'Au
teur eft M. l'Abbé Carlier ; c'est le troifiéme
prix qu'il remporte au jugement de
l'Académie, Le fujet du prix pour l'année
1753. confiftoit à examiner , quelle étoit
l'origine , quels étoient le rang & les droits
de l'Ordre des Chevaliers Romains , & quelles
ont été les révolutions que cet Qrdre" a
effuyées dans les différens fiécles de la République
depuis fon établiſſement juſqu'à l'Empire
d'Augufte. La piéce qui a reçu les fuffrages
de l'Académie eft cottée n°. 3 , elle
eft de M. de Beauffort , Membre de la
JUILLET. 1753. 78
Société Royale de Londres , lequel fait la
réfidence à Maeftricht. Après que l'Académie
eut fait l'adjudication des prix , on
lut quatre Mémoires ; le premier , de M.
de Guignes , fur les anciennes navigations
des Chinois en Amérique , avec des conjecturesfur
l'origine des Américains ; le fecond,
de M. le Préfident de Noinville , fur l'origine
des Maîtres des Requêtes , pour fervir
de préliminaire à une nouvelle Hiftoire du
Confeil ; le troifiéme , de M. l'Abbé Barthelemi
, fur les Médailles Arabes ; le der
nier , de M. Menard , fur l'Arc de triomphe
d'Orange.
Extrait du Mémoire fur les anciennes navigations
des Chinois en Amérique , avec des
conjectures fur l'origine des Américains.
M. de Guignes fait voir dans ce Mémoire
que ces Peuples que nous avons
toujours ctus renfermés dans leur pays ,
ont pénétré jufqu'en Amérique l'an 45S
de Jefus Chrift ; qu'ils s'y rendoient par le
Japon , le pays de Ven-Chin & celui de
Ta-Han. En examinant ce que les Géographes
Chinois difent , foit de la diftance
, foit des productions de ces pays éloignés
, il prouve que le Ven-Chin eft le
Jefo , & que le Ta-Han eft la partie la
plus orientale du nord de l'Afie . De là les
72 MERCURE DE FRANCE.
Chinois faifoient voile vers l'Eft , & alloient
reconnoître le pays de Fou-Sang ,
qui , felon les diftances données par les
Chinois , doit être fitué vers le nord de la
Californie. Il rapporte d'après les annales
de la Chine une courte defcription des
moeurs des peuples qui habitent le pays.
de Fou-Sang ; il nous apprend encore que
les Chinois ont eu connoiffance de différentes
Ifles fituées dans la mer du Sud
particulierement de cette côte que Jean
de Sama a découvert en allant de la
Chine au Mexique . Pour donner une plus
jufte idée de ces navigations , M. Buache
a conftruit une Carte , fur laquelle il a
tracé avec beaucoup d'exactitude la route
des Chinois & les diftances des différens
pays
on voit
par cette
Carte
que les connoiffances
géographiques
tirées
des
anciens
Livres
Chinois
fe rapportent
avec
les nouvelles
découvertes
des Ruffes
.
On a joint fur la même Carte une
partie d'une autre Carte faite anciennement
par les Japonois , & fur laquelle on
voit repréſenté le nord de l'Afie & toute
la côte occidentale de l'Amérique , fuivant
les connoiffances qu'ils en avoient ce
continent y paroît entierement terminé
du côté de l'Afie , & l'on y voit des Ifles
qui n'ont été connues des Ruffes que de:
puis,
JUILLET. 1753 . 73
puis peu de tems , ce qui prouve l'exactitude
des découvertes des Japonois faites
antérieurement. Cette Carte a été appor
tée du Japon par le célébre Kaempfer , &
déposée enfuite dans le cabinet de feu
M. Hans- floane , Préfident de la Société
Royale de Londres , qui en a envoyé une
copie à M. de Guignes.
4M
Après avoir déterminé la fituation de
tous ces pays qui font à l'orient de la
Chine , M. de Guignes remarque que
Chriſtophe Colomb n'eft
pas le premier
qui du côté de l'occident ait tenté de découvrir
un nouveau continent ; long tems
avant lui les Arabes pendant qu'ils étoient
les maîtres de l'Efpagne & du Portugal ,
s'embarquerent dans le même deffein à
Lifbonne ; mais après avoir pénétré aſſez
avant dans l'Océan , ils furent obligés
´d'aller relâcher aux Canaries : là ils apprirent
qu'autrefois quelques habitans de ces
Ifles avoient couru la mer pendant un
mois , pour découvrir de nouvelles terres
'à l'occident. D'où il réfulte.
que les
-ples les plus barbares , fans avoir connoiffance
de la bouffole , ne craignoient pás
de s'expofer en pleine mer fur de fragiles
bâtimens , & qu'il nnee lleeuurr a pas été aufli
impoffible de fe rendre en Amérique que
nous le penfons.:
D
peu74
MERCURE DE FRANCE.
Ces recherches qui d'elles-mêmes répanadent
un grand jour fur l'origine des Amé
-ricains , conduifent M. de Guignes à examiner
quelle a été la route que les Colo
nies ont tenue pour le rendre dans ce continent
; il penfe qu'une grande partie a dû
y paffer par l'extrémité la plus orientale
de l'Afie , où les deux continens ne font
féparés que par un détroit de peu d'étendue
, & facile à traverſer ; il rapporte quelques
exemples de femmes , qui du Canada
& de la Floride ont pénétré juſqu'en Tartarie
fans avoir vû de grande mer.
Le commerce des Chinois à dû auffi
ouvrit le chemin de l'Amérique , augmenrer
le nombre des habitans , & furtout
contribuer à les policer. M. de Guignes
sobferve à cette occafion que les Nations
les plus civilifées de ce continent font -
zuées fur la côte qui regarde la Chine , &
qu'elles viennent originairement du nord
de l'Amérique , c'eft-à dire des environs
ades pays où les Chinois abordoient , com-
-me Quivir & le nouveau Mexique , d'où
les Mexicains font fortis pour aller s'établir
dans le Mexique proprement dic ,
après en avoir chaffé les anciens habitans ,
qui étoient des barbares .
M. de Guignes cite encore quelques
autorités qui femblent faire croire que les
JUILLET. 1753. 74
Chinois avoient connoiffance du Détroit
de Magellan , & que les habitans de la
Corée avoient un établiſſement dans la
Terre de feu. En conféquence de toutes
ces navigations des Chinois & de celles
des peuples les plus barbares , il eft porté
à croire que les peuples difperfés dans les
Ifles qui font au midi des Indes , après
s'être multipliés , ont habité fucceffivement
cette chaîne d'Ifles qui va rejoindre
l'Amérique , & le font approchés infenfi
blement de ce continent. L'exemple des
peuples des Canaries paroît donner quel
que fondement à cette conjecture.
Extrait du Mémoire fur l'hiftoire du Confeit
& des Maîtres des Requêtes de l'Hôtel du
Roi , depuis le commencement de la Monarchie
Françoife jufqu'à préfent.
L'Ouvrage que M. le Président de Noinville
nous annonce dans cette Differtation ,
eft divifé en deux parties ; la premiere ,
qui roule fur l'hiftoire du Confeil , avoit
déja été traitée par Guillard , Avocat au
Confeil , dans un Ouvrage imprimé en
1718. Mais M. de Noinville à travaillé
fur un plan tout différent ; il y remonte
jufqu'à l'origine de ce Tribunal & àl'inftitution
des Maîtres des Requêtes , & fes
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
recherches lui ont fait trouver certe orie
gine dans les différens Offices dont le Sénat
Romain'étoit compofé.
Il fait voir que comme la Monarchie
Françoise a été fondée fur les debris de
l'Empire Romain , les différens degrés de
Magiftrature établis par nos Rois dans
leurs Etats , ont été formés fur ceux qui
étoient en ufage du tems de la Républi
que & fous le gouvernement des Céfars,
Sur ce fondement il démontre que les
fonctions des Charges de nos Maîtres des
Requêtes ont quelque rapport à celles des
deux Bureaux établis dans le Palais des
Empereurs Romains , dont l'un étoit appellé
Serinium Libellorum , & l'autre Scri
nium Difpofitionum.
!
Le Chef du premier Bureau portoit le
titre de Magifter Libellorum ; il étoit chatgé
de rapporter aux Empereurs les Requêtes
des particuliers dans lefquelles il
n'y avoit rien de litigieux ; & après avoir
reçu la réponſe du Prince , il la dictoit à
des Officiers appellés Libellenfes , qui dépendoient
de lui , & qui avoient ordre
d'écrire leurs réponſes au deffous des Requêtes
; ces réponſes étoient appellées
Refcripta Principum.
Procope parlant dans fon Hiftoire feerette
, de quelques Officiers fous l'EmJUILLET.
1753. 77
i
perenr Juftinien , dit que leurs fonctions
étoient de rapporter les Requêtes que l'on
préfentoit aux Empereurs , & de leur en
dire leur avis ; ce qui a beaucoup de rapport
aux fonctions de nos Maîtres des
Requêtes.
Le Magiftrat qui préfidoit au fecond
Bureau , portoit le nom de Comes Difpofi
tionum : il faifoit rappport aux Empereurs, '
des Requêtes dont l'objet étoit important
, & il dictoit leurs réponſes aux Officiers
de fon Bureau , qui étoient appellés
Referendarii ; ces derniers les écrivoient au
bas des Requêtes , & on appelloit ces réponſes
Mandata Principum.
Il conclut de l'idée que Caffiodore nous
donne de ces Magiftrats qui compofoient
ce dernier Bureau , qu'ils faifoient en par
tie l'office de nos Maîtres des Requêtes ,
qui en effet étoient qualifiés fous la premiere
race de nos Rois de Référendaires ;
& le fçavant Jerôme Bignon , dans les
notes qu'il a faites fur les formules de
Marculfe , dit que les fonctions de ces Référendaires
étoient les mêmes que celles.
qu'exercent aujourd'hui les Maîtres des
Requêtes ( a ) : Referendarii hodie quidem
Magiftri Libellorum fupplicum eorum officia
funguntur.
(a ) Marculf. form. 25. Liv. 1.
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
A cette Compagnie des Référendaires
préfidoit celui que Gregoire de Tours
qualifie Grand Référendaire , & qui depuis
a été appellé Chancelier fous la troiliéme
race de nos Rois.
Sous la feconde race ces Référendaires
furent fupprimés , car il n'en est fait aucune
mention dans les actes judiciaires
qui fe trouvent de ce tems là ; mais il eft
parlé de ceux qu'on appelloit Scabini facri
Palatii , qui étoient des perfonnes verfées
dans les Loix du Royaume, & fuivant leurs
confeils , le Comte du Palais jugeoir des
différends des parties ; on les appelloit
Scabini facri Palatii , pour faire différence
entr'eux & ceux qu'on nommoit Scabini
Comitum , qui étoient comme les Affeffeurs
des Comtes , qui leur donnoient confeit
quand ils rendoient la justice.
It
Quelques uns prétendent établir par
que les Maîtres des Requêtes exiftoient dès
la feconde race , fous le nom de Miffi Dominici.
Mais M. de Noinville réfute cette
opinion , & il fait voir que ces Officiers
qu'on nommoit de ce nom Dominici
, n'étoient autres que des Commiffaires
extraordinaires que nos Rois envoyoient
dans les Provinces pour réfor
mer les abus qui fe commettoient , tant'
dans l'ordre extérieur de l'Eglife , que
འབ
JUAL LE T. 1753. 79
1
$
ES
10
IS
ह.े
dans la Juftice & la Police , & ces Com
miffaires étoient compofés d'un Evêque ,
ou d'un Abbé , & d'un Comte , c'eft - à dire
Juge Royal , qui fe peut rapporter à nos
Baillifs ou Sénéchaux : le département de ,
ces Commiffaires eft appellé Miffaticum
en plufieurs endroits des Capitulaires de
Charlemagne , de Louis le Débonnaire
& de Charles le Chauve , où leurs fonc-
&tions & autorité font réglées ; & M. de
Noinville prouve qu'avant le régne de
S. Louis on ne trouve aucun monument
dans lequel il foit fait mention des Maîtres
des Requêtes , fous quelque nom &
fous quelque qualité que ce foit , mais
que ce ne fut que du tems de ce Prince,
qu'ils furent inftitués fous le nom de
Inges de la Porte.
Ce faint Roi ayant appris pendant for
voyage de la Terre fainte , que les Rois
Orientaux faifoient rendre la justice à
leurs Sujets à la porte de leurs Palais ( ce
qui s'obferve encore à préfent en Perfe ,
en Turquie , à la Cour du Grand Mogol
& du Grand Kam de Tartarie ) créa à fon
retour en France trois Officiers , qu'il qualifia
de Juges de la Porte , pour recevoir à
la porte de la Maifon Royale , qui eft aujourd'hui
le Palais , que ce Roi habitoit
alors , les plaintes & les requêtes des par
D iiij
So MERCURE DE FRANCE.
ticuliers , & y faire droit fi elles étoient
de légere conféquence , ou lui faire rap- '
port de celles qui requeroient connoif
lance de caufe. Or on ne peut pas dire
que cette création fût un rétabliſſement
des Officiers qu'on appelloit Miffi Dominici.
Quelle raiſon y a - t il donc de rechercher
l'inftitution des Maîtres des Requêtes
avant le régne de S. Louis ? Joinville
en parle dans la vie de ce Roi . ( a )
Ces Juges de la Porte ayant été inſtitués
au nombre de trois , l'affluence des
affaires obligea le Roi Philippe le Bel
d'en créer deux autres en 1285 , comme
Badé dit l'avoir recueilli des regiftres
de la Chancellerie ( 6 ) , les trois premiers
Maîtres des Requêtes demeurant toujours
( dit - il à la porte du Roi pour faire
leurs charges.
L'Ordonnance de Philippe le Long
donnée en 1316 , lorfque ce Prince n'étoit
encore que Régent du Royaume ,
porte en termes exprès , que » nul
» ne fera figner lettres de juftice , fors
» ly trois Clercs & ly trois Lais fuivans ,
quand ils fernt à Cour. On convient
que c'étoient les Maîtres des Requêtes qui
étoient appellés fuivans en ce tems- là
( a ) Pag. 22. Elit . de 1617. in - 4° .
و و
( b ) Budeus ad titulum de officio Profecti Pratorio!
JUILLE T. 81. 1753.
ES
el
Ge
es
TS
re
13
,
*
parce qu'ils étoient inféparablement atta¬
chés avec le Chancelier auprès de la perfonne
du Roi , qu'ils fuivoient par - tout
comme ils font encore aujourd'hui. ( a )
Lorfque Philippe le Bel rendit fon Parlement
fédentaire à Paris en 1302 , les
Maîtres des Requêtes furent déclarés de
ce Corps ; & comme ils étoient fix
par
l'Ordonnance faite au Vivier en Brie l'an
1289 , il en refta deux à la fuite du Roi ,
& les quatre autres allerent à leurs commiffions
ou à leurs chevauchées , comme
on parloit alors , & ils avoient foin de ſe
trouver aux Parlemens , qui fe tenoient
d'ordinaire aux quatre fêtes folemnelles
de l'année de là vient que les Maîtres
des Requêtes ne peuvent encore y affifter
& avoir voix délibérative qu'au nombre
de quatre ; ils y ont rang & féance après
les Préfidens à mortier , & avant les Confeillers
, de même qu'au Grand Confeil .
Sous les régnes fuivans les affaires du
Confeil s'étant beaucoup multipliées , nos
Rois ont fait diverfes créations d'Offices
de Maîtres des Requêtes , & en ont confidérablement
augmenté les fonctions ;
c'est ce dont M. le Préfident de Noinville
donne un ample & curieux détail , il en
(a ) Du Tillet en fon Recueil des Rois , p. 41
D v
S2 MERCURE DE FRANCE.
rapporte toutes les diverfes créations &
fuppreffions jufqu'à l'Edit du mois d'Août
1752 , qui a fixé le nombre de ces Charges
à quatre-vingt ; il énonce , en fuivant.
l'ordre des tems , les fonctions , les priviléges
& prérogatives de ces Offices , avec
les Ordonnances , Edits , Déclarations &
Arrêts du Confeil à ce fujet ; il n'oublie
pas non plus l'établiffement du Grand
Confeil , où préfident aujourd'hui les Maî
tres des Requêtes.
A l'égard de la feconde partie de cer
ouvrage , qui contient l'hiftoire des Maîtres
des Requêtes en particulier , M. de
N. avertit que ce fajet avoit déja été traité
dans un petit in-folio imprimé à Paris en
1670 ; Blanchard , qui en eft l'Auteur
commence cette hiftoire au régne de Saint
Louis , & la finit à l'année 1575. Mais
comme ce livre eſt devenu rare , & qu'il
y a beaucoup de fautes & d'obmiffions ,
M. le Président de Noinville fe propoſe
d'en donner une nouvelle édition beaucoup
plus correcte , & qui fera augmentée
de plus de moitié ; on y trouvera plus de
cent Maîtres des Requêtes dont Blanchard
n'a point fait mention , & il continuera
cette hiftoire depuis l'an 1575 jufqu'à la
préfente année 1753 , ce qui fera encore
une faite de plus de huit ceas Maîtres
JUILLET. 1753. $ 23
1
T3
des Requêtes , dont il rapporte les familles,
les alliances , les armoiries , &c. Tout .
cet ouvrage pourra compofer fept ou huit
volumes in-4 °.
Extrait de la Differtation fur les Médailles
des Arabes.
Les anciens Arabes ne font connus , dir
M. l'Abbé de Barthelemi , que par quelques
traits généraux épars dans les Auteurs
Il ne nous refte d'eux aucuns de ces mo™
numens , qui triomphent à la fois du tems
& des hommes ; & fi quelques-uns de
Jeurs Princes voifins de la Syrie , ont fait
frapper des médailles , ils y ont employe
la langue Grecque , que parloit la plus
grande partie de leurs fujets.
On peut donc pofer pour un principe ,
certain que toutes les médailles Arabes
qui font venues jufqu'à nous font posté
rieures à Mahomet : j'ajoûte qu'elles n'en
font pas mieux connues pour cela.. Le pe
tit nombre de celles qu'on a tenté d'expliquer
, ont répandu de nouvelles er .
zeurs dans la Littérature , ou n'ont rien ,
appris , parce qu'outre le nom du Prince
elles ne contiennent que des fentences de
L'Alcoran qu'on fçait déja , & qu'on ne
Le foucie pas de fçavoir ; & le grand nom
Bare de celles qu'on a fait graver , femblent
D.vj
84 MERCURE DE FRANCE.
avoir été abandonnées à des ouvriers qui
viaifemblablement auroient fait des fautes
groffieres , en copiant des infcriptions "
en leur propre langue : mais il ne faut être
furpris ni de cette négligence ni de
ces erreurs : la plupart des médailles Arabes
font très difficiles à lire , les caracteres
qu'elles y répréfentent , peu connus
des Arabes modernes , font dénués nonfeulement
des points qui tiennent lieu de
voyelles , mais encore de ces autres points
qui fervent à diftinguer telle lettre en particulier
, de telle autre lettre de même ·
forme ; de façon qu'un même trait , un
même caractere , peut y recevoir jufqu'à
cinq valeurs différentes , & que cet embaras
plus ou moins grand , fe multipliant
dans chaque mot , à proportion des élémens
qui le compofent , donne lieu à une
foule de combinaifons propres à décourager
ceux qui ne font pas affez familiarifés
avec ce genre d'écriture.
Ces difficultés ont été heureusement
vaincues par M. l'Abbé de Barthelemi : it
examine dans la premiere partie de fon :
Mémoire , quelle eft la nature des types
des Arabes , & dans la deuxième , fi l'ufage
de ces Types prouve que la défenfe des
images n'a pas toujours fubfifté parmi les
Mufulmans rigides ; il ſe propoſe de don-
;
1
JUILLET. 1753: 85
her bientôt , dans une autre Differtation ,
quelques idées générales fut le métal , fa
forme , les lettres & les légendes de ces
Médailles.
Comme le Mémoire dont nous parlons
eft ſi ferré qu'il n'eft pas fufceptible d'extrait
, nous nous bornerons à en copier,
la fin .
Je finis , dit M. l'Abbé de Barthelemi
en réduisant à deux propofitions très - fimples
, les faits détaillés dans ce Mémoire .
Toutes les fois qu'on trouve des médailles,
Arabes chargées de figures , on peut être.
affuré qu'elles n'ont été frappées ni pour
des Khalifes , ni pour des Mufulmans rigides
toutes les fois qu'on trouve for ces
monnoyes la tête d'un Roi Grec , ou d'un ›
Empereur Romain , on, doit fe rappeller ›
que cette fingularité ne prouve nullement :
que les Arabes ayent connu ces Princes.:
En un mot , quelques Turcomans peu feru-,
puleux , voulurent que leurs monnoyes
fuffent ornées de figures : les premiers Artiftes
qu'ils employerent ne crurent pouvoir
mieux les orner qu'en copiant les
médailles Grecques & Latines , que le ha- :
zard offroit à leurs yeux , voilà , fi, je ne
me trompe , tout le fecret des Types que.
préfentent les médailles Arabes .
86 MERCUREDE FRANCE.
Extrait du Mémoire critique fur l'Arc de
Triomphe de la ville d'Orange.
Selon M. Mefnard , de tous les monu
men's que les Romains éleverent dans les
Gaules , il n'en eft guere de plus impor
tant , ni de plus digne de notre attention
que l'Arc de triomphe qui refte d'eux à
Orange , Ville Capitale de l'ancienne
Principauté de ce nom , enclavée entre le
Rhône , la Provence , & le Comté Venaiffin.
L'Auteur affure que ce monament n'a
pas été bien connu jufqu'ici , & que les
explications qui en ont été données , s'ac➡
cordent mal avec l'Hiftoire ; il les examine
enfuite avec foin , & il finit par expo
fer fon fentiment & par tâcher de juf
tifier les nouvelles explications qu'il en
donne..
M. Mefnard après avoir donné une idée
très exacte du monument dont il s'agit
dit que parmi les diverfes explications .
qu'on en a données ; il en eft une trèsancienne
qui femble avoir prévalu juf,
qu'ici ; elle a du moins été fuivie par
la plupart des Hiftoriens d'Orange : par
cette explication on rapporte l'Arc de
triomphe à Caïus Marius & à Lutatius
JUILLET. 1753-
Catulus , Confuls Romains.
Ceux qui font de ce fentiment difent
que ces deux Généraux défirent les Cimbres
& les Teutons , l'an de Rome 65.2 .
en deux différens combats , l'un près d'Aix
*en Provence , & l'autre près d'Orange
que pour perpétuer le fouvenir de ces deux
importantes victoires , on éleva pour la
premiere , de l'ordre même du Sénat , une
pyramide , dont on voit encore les fondemens
fur le grand chemin d'Aix à S. Mar
ximin , & que pour la feconde , on conf
truifit à Orange , l'Arc de triomphe en
queftion .
Sur ce fondement ils croyent reconnoî→
tre les Confuls dans les deux figures
d'hommes ; ils croyent auffi reconnoître
dans le buſte d'une femine , cette Syrienne
, nommée Marthe , qui fe vantoit d'a◄
voir le don de prophétie , que Marius menoit
avec lui , & qui affiſtoit à tous fes
facrifices.
M. Mefnard examine fr ces conféquences
font folides & fondées ; il commenceles
faits hiftoriques ,, & dit d'abord qu'il
n'eft pas vrai que Marius ait combattu
contre les Cimbres & les Teutons dans la
plaine d'Orange ; les autorités qu'on réclame
pour l'établir ne rapportent rien de
femblable Strabon , Plutarque . Florus &
88 MERCURE DE FRANCE.
1
autres , difent fimplement que Marius
auffi-tôt après avoir commencé l'exercice
de fon quatriéme Confular , partit à la hâte
pour venir difputer le paffage du Rhône
aux Cimbres , qui n'ayant pû s'établir
en Efpagne , s'étoient mis en marche pour
repaffer les Pyrenées , dans le deffein de
pénétrer enfuite dans l'Italie par les Alpes
; que ce Général ayant campé fon armée
le long du Rhône , il y éleva un ouvrage
qui fervoit de retranchement à fon
camp ; que les ennemis vinrent l'y défier ,
& n'oublierent rien pour l'attirer au combat
; que ce Général fe contenta de les
repouffer; que les barbares furent obligés
de remonter le long du Rhône dans le
deffein de continuer leur route , & d'entrer
en Italie par les Alpes ; que Marius
les fuivit de près juſqu'à Aix , réfolu de
leur livrer bataille , que le combat s'étant
enfin engagé , les Romains taillerent en
piéces l'armée des Ambrons , que le lende
main les Teutons ayant attaqué Marius, cekui-
ci qui s'étoit attendu à ce nouveau com→
bat , foutint leurs efforts avec vigueur
les repouffa , les attaqua à fon tour , &
qu'après un combat vif & opiniâtre les
troupes Komaines remporterent une victoire
fi complette fur les barbares, qu'à peime
ils'en fauva trois mille hommes.; que
JUILLET . 1753: 89%
l'année fuivante Marius , à qui l'on avoit
déféré le Confulat pour la cinquième fois,
fe rendit fur les rives du Pô , où les Cimbres
avoient déja pénétré & remporté même
quelques avantages fur fon Collégue
qui le joignit , qu'ils pafferent enfemble le
Pô, & qu'ayant rencontré l'armée des Cime
bres in raudis Campis , le trente Juillet , les'
ennemis furent entierement défaits ; qu'il
en refta cent quarante mille fur le champ
de bataille , & que foixante mille y furent
faits prifonniers.
M. Mefnard conclud de là que ces deux
victoires mémorables n'ont point été remportées
dans la plaine d'Orange , & que'
conféquemment l'Arc de triomphe ne
peut être rapporté à C. Marius ; à l'égard
de la Magicienne Marthe , il démontre
qu'on a pû placer fon bufte parmi des fi
gures dont il eft certain que l'emblême
devoit , fuivant l'ufage conftant des Anciens
, avoir un rapport particulier avec
les actions qui donnoient lieu au triomphe.
Dans une feconde explication qui a été
donnée de cet édifice , on le rapporte aux
tems de Cneïus Domitius Enobarbus & de
Quintus Fabius Maximus : pour appuyer
ce fentiment on dit que les Marfeillois ,
alliés des Romains , fe voyant exposés à
90n
MERCURE DE FRANCE.
de fréquentes attaques de la part des Auver
gnats & des Allobroges , demanderent du
fecours à la République , qui leur envoya
des troupes confidérables fous le commandement
de C. Sextius . Ce fecours ne fur pas
fuffifant , & les Romains envoyerent de
nouvelles troupes fous le commandement
deDomitius Anobarbus ,l'an de Rome631 :
ce Général battit les Allobroges dans un
combat qui fe donna vis à - vis le confluent
de la Sorgue & du Rhône ; nonobſtanc
cence victoire le Roi des Auvergnats vint .
avec fon fils joindre les Allobroges & rétablit
leurs affaires : alors Fabius Maximusvint
les combattre , & remporta fur euxune
pleine victoire dans un endroit voifin
du Rhône. Or pour laiffer à la poftéri
té des marques de leurs triomphes , ces ,
deux Généraux firent élever des tours de
pierre aux endroits même où il avoient
vaincu , & c'eft dans l'Arc de triomphe
qui reste à Orange qu'on croit retrouver
ces tours.
M. Mefnard après avoir difcuté la chro
nologie des points d'hiftoire , qui font
la bafe de toute cette explication , dé
montre que l'Arc de triomphe de la ville
d'Orange ne peut être rapporté aux deux
évenemens qu'on cite ; la premiere vic
toire ayant
été remportée à l'endroit me
JUILLET. 17537 91
IS
JX
es
He
c.
et
nt
le
Ca
ב ל
me où la Sorgue fe jette dans le Rhône ,
qui eft à trois ou quatre lieues éloignée
de la ville d'Orange. Il en eft de même,
du fecond évenement qui s'eft paffé , fui
vant Strabon , au confluent de l'Ifere &
du Rhône , diftant de plus de 15 lieues.
*
M. le Baron de la Battie a embraffé un
troifiéme fentiment ; il attribue cet édifice
à l'Empereur Augufte , qui après avoir
Lémporté différentes victoires fur mer &
far terre , & enfin étant venu dans les
Gaules en 727 , y établit diverfes colonies
, du nombre defquelles fut celle d'Orange
or fuivant M. de la Baftie , l'Arc
de triomphe d'Orange défigne une victoire
navale , par des tridents , des mâts de
navires & des cordages ; il défigne auffi
un combat de terre , par des mêlées de
combattans , des foldats armés & des gens,
à cheval , & tout ceci ne fe peat rappor
ter qu'à l'Empereur Augufte ; donc l'Arc
de triomphe dont il s'agit a été conftruit
par fes ordres. M. de la Baftie pourroit,
avoir quelque raiſon , fi Augufte eût été
Le feul Empereur ou le feul Général qui,
eût vaincu fur terre & fur mer ; mais tant
d'autres ont eu de pareils avantages , que
cela ne le caractériſe point , d'ailleurs il
eft certain que la colonic d'Orange a été
fondée avant Augufte.
92 MERCURE DE FRANCE.
* Enfin , M. le Marquis Maffei a propofe
fur cet édifice un quatriéme fentiment :
il dit que l'Arc & les antiquités d'Orange
reffentent la maniere du tems d'Adrien ,
ou environ , mais il n'entre dans aucun détail
, & il ne dit rien pour le prouver.
On obfervé feulement à cet égard qu'A
drien n'a jamais fait aucun exploit fur
mer , ni par lui ni par fes Généraux .
M. Mefnard donne enfuite fon fentiment
, qui eft le plus probable & le mieux
appuyé de tous , en rapportant l'Arc de
rriomphe au tems de Jules Céfar ; en voici
les principales raifons.
C'eft Jules Céfar qui a établi la Colonie
d'Orange , on en à la preuve dans ces
trois lettres initiales : C. J. S. Colonia Julia
Secundanorum , qu'on voit dans les ref
res d'une ancienne Infcription , gravée
au- deffus de la corniche de la grande Por
re , ou arcade du cirque de cette Ville :
l'Infcription eft à demi effacée , mais ces
trois lettres s'y lifent encore diftinctement
; on s'eft fans doute , propofé
de comprendre dans ce monument des
rapports perfonnels & particuliers à Jules
Céfar , en mémoire de la fondation
de la Colonie. Le bufte de cette femme
qui n'eft autre que Venus , peut par
faiteinent fe rapporter à Céfar qui fe di
JUILLET.
17533 95
foit defcendu de cette Déeffe ; le bâton
augural défigne d'une maniere qui n'eſt
pas équivoque , la dignité d'augure dont
ce Prince étoit revêtu ; les figures des combattans
tant fur mer que fur terre font les
fignes de fes victoires , & fur - tout de la
conquête des Gaules ; felon Suetone , de
tous les triomphes de Jules Célar , celui
des Gaules fut le plus fuperbe. On aura
prétendu défigner par toutes les figures
des captifs enchaînés qui font fur cet édifice
, les Gaulois que Céfar mena captifs
-à Rome. Le défaut d'infcription fur ce
monument , eft encore une nouvelle conjecture
qui peut le faire rapporter à Jules
Célar , parce que dans les tems , orageux
-de la République , on ne fongeoit qu'à
écarter tout ce qui auroit donné trop de
force au crédit, & à la fupériorité d'un
citoyen. On ne permettoit donc pas de
placer fur les monumens publics des infcriptions
qui auroient trop fervi à exalter
celui qui en étoit l'auteur , ou à qui il fe
rapportoit. La derniere réflexion de M.
Mefnard pour fonder de plus en plus fon
fentiment eft les' ornemens & la
Sculpture de cet Arc de triomphe paroiffent
très bien convenir auf fiécle de Jules
Céfar ; il eft vrai que les Arts & fpécialement
l'Architecture , furent extrêmement
> que
94 MERCURE DE FRANÇ E.
perfectionnés fous celui d'Augufte , &
qu'alors feulement ils furent portés à un
point qu'ils n'avoient pas encore atteint ;
-mais comme cette grande perfection ne ſe
trouve point dans l'Arc d'Orange , quelque
fomptueux qu'il foit , qu'on apperçoit
même de la médiocrité dans les quarrés figurés
en bas relief, M. Mednard en tine
une derniere conjectute pour le rapporter
au fiécle de Jules Céfar.
Le mot de la premiere Enigme du fecond
volume du mois de Juin , eft une
voiture , dont on fe fert pour carroffe , coche,
caleche , berline , vis-à- vis , char d'Ambaffadeur
& tombereau. Le mot du Logogriphe
et démonftration , dans lequel on
trouve Mentor , armes , Armide , Mars ,
Neron , rrooffee ,,mmoorrtt,, Minos , Rome , Rois
Neftor, Sinon , monde , rime , domino , mitre,
Mars , Mai , Jonas , Erato , orme , air,
Mardi , Samedi , raiſon , Simon , re , mi ,fi,
fot , marfon rien , martinet , mois , marin
fair , noir , or , Romains, Ane , dent , Jean,
André, Simon , Jean , rame , Roman , Etna,
Démon, tems , Sodome , ami , Afie , Manne,
Arion , fatyre , Names , Diane , traits , Ado
nis, Sina , Sine, el
>
JUILLE T.
95
1735.
1
er
C.
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2 ,
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"
* ENIG ME.
A Mi lecteur , plains-tu ma triſe deſtinée ?
Des époufes je fuis la plus infortunée ;
Mariée en paillant au plus beau des époux,
Je n'en ai point encor favouré rien de doux ;
Si je le fuis , hélas ! d'une courſe légere ,
Il volé promptement dans une autre hémiſphére j
·Et fi par un excès d'amour ,
Je veux l'éviter à mon tour,
Et feindre une rapide fuite
Il eft ardent à ma pourſuite.
Dans ce bizarre changement ,
Nous fommes fans délafsement ;
Soit chaud amour , ou froide haine
Rien n'affoiblit , ni groffit notre peine ,
Quoiqu'il paroifse aux ignorans ,
Qu'il eft pour nous divers tourmens .
C'eft quand nous, fommes face à face ,
Pour lors on voit la populace
S'intéresser à notre fort ;
Craindre pour un de nous la mort
C'eft deux Héros dont la vaillance
Eût renversé Rome & Numance
Prêts à le porter des grands coups ,
Sufpendent tous deux leur courroux ;
L'un frémit , & pâlit de rage,
6 MERCURE DE FRANCE.
Et par un excès de courage
Voulant tous deux fe laisser prévenir ,
Ils fe quittent fans coup férir ,
Et retournant à leur armée
En rassurent l'ame allarmée ,
Tels après un morne deſsein ,
Nous reprenons un air ferein ,
Et notre exercice ordinaire.
Lecteur , eft- ce petite affaire
¿ De débrouiller de ce cahos mon nom ?
Quelqu'un dit qu'oui , d'autres que non.
Capris de Beauvefir , de Cuers en Provence.
LOGO GRIP H E.
Préfent du pauvre & du riche ,
Je leur fers également ;
Souvent l'homme le plus chiche
Me prodigue à tout venant ;
Je coûte peu , ne vaux guére ,
Qui me donne cependant
Trouve le fecret de plaire ,
Et palle pour obligeant :
Dans fept pieds dont l'affemblage
Me compoſe , ami lecteur ,
Des Dieux tu verras l'image ,
Et Pidole du Batteur.
De la belle & chafte Hellice ,
Tu
JUILLET.
97.
1733.
Tu verras le tendre époux ;
Puis du Ciel long- tems propice ,
Un jufte éprouvant les coups ;
Ce
que tout homme doit être ,
Et dont l'on craint le renom
;
Ce qui ne fçauroit paroître
Où gît la fombre raiſon
De Cadmus l'aimable fille ;
Un Chaffeur audacieux ;
Ce que , lorsqu'au Ciel il brille ;
Phébus répand en tous lieux ;
Cet inftrument dont la trace
Donne à la pensée un corps ;
Et celle dont la diſgrace
D'Inach attrifta les bords .
Tu verras..... Mais à ta gêne
Il eſt tems de mettre fin ;
C'est trop te donner de peine ;
Bon foir , lecteur , à demain,.
AUTR E.
J'Aidėja paru
Ai déja paru fur la fcéne ,
Lemarie,
Dépouillé du nom de l'Auteur :
Et c'eft pour cela , cher Lecteur ,
Que maintenant il m'y ramene.
Je vais donc , fur un nouveau ton ;
Par les pieds qui font ma ftructure ,
E
98 MERCURE DE FRANCE.
On Y
Te montrer quelle eft ma nature :
Vois l'anagramme de mon nom .
trouve aifément une illuftre Princeffe ,
Dont Drufus fçut fixer l'eftime & la tendreffe ;
Deux grands Auteurs Latins ; un affable Empereur
Celui par qui le Perfe à Cnide fut vainqueur ;
Le fage confident d'un Prince , dont l'Idole
Eut toujours pour objet une gloire frivole ;
Ces hauts monts que franchit l'intrépide Annibal
La façon , dont fouvent le fait un Cardinal ;
Trois oifeaux ; l'un de chant , l'autre d'un beau
plumage ,
Le troifiéme , du Chrift eft une vive image ;
Ce qu'envain Mithridate , abattu par le fort ,
Mit en oeuvre jadis , pour ſe donner la mort ;
Le pere d'un Héros , dont le vaillant Achille
Rendit aux Phrygiens le fecours inutile...
Lecteur , pour me trouver avec moins de façon ,
Rappelle-toi les faits de Mahomet ſecond .
Par M. de Lanevere , ancien Moufquetaire
du Roi , à Dax.
JUILLE T. 1753. 99
;
20
205 50650% 50% 50%50%: 107 : 506 502 502 502 602: 50% 50%
NOUVELLES LITTERAIRES.
N
OUVEAUX Dialogues des morts.
A Paris , chez Nyon , fils , & Guillyn,
Quai des Auguftins. Deux volumes in-
12.
Nous avons dit en annonçant cette nouveauté
, que les fujets des dialogues étoient
la plupart piquans , & traités avec beaucoup
de goût & de naturel : nous croyons
que les deux dialogues que nous allons
copier juftifieront ce jugement.
Plutarque & Seneque , fur l'éducation .
Plutarque.
Je vous plains fincerement d'avoir vécu
fous un auffi méchant Empereur , & qui
reconnut fi mal les foins que vous aviez
pris auprès de lui ; mais il me femble que
vous avez quelques reproches à vous faire
à vous-même , & que vous êtes le premier
auteur de votre infortune .
Seneque.
Je ne me ferois
pas
douté……….
E ij
100 MERCURE DEFRANCE.
Plutarque.
Rien n'eft cependant plus véritable
n'aviez vous pas été Précepteur de Neron ?
Seneque.
Que pensez - vous en conclure contre
moi ?
Plutarque.
1
Que vous l'aviez très - mal élevé , puifqu'il
fut capable de tant d'excès.
Seneque.
Dites , au contraire , que j'avois fait un
chef-d'oeuvre d'éducation. Les premieres
années de fon regne ne firent- elles pas
admirer fa douceur & fon équité ? Rappellez
vous ce beau trait qui lui échappa .
lorfqu'obligé de figner l'arrêt de mort d'un
criminel , il s'écria qu'il voudroit ne fçavoir
point écrire .... mon ouvrage alors
étoit encore entier , mais les flatteurs ne
tarderent pas à le détruire
Plutarque.
C'est qu'il n'étoit pas folide : de bons
principes , de maximes sûres , bien incruftées
dans l'efprit , bien gravées dans le
coeur , s'effacent - ils jamais ? .... Voyez
JUILLET. 1753 .
?
6
DA
es
as
-P
UT
2.
TS
ne
-1
mon éleve , l'Empereur Trajan ; s'eſt ik
jamais démenti ? on le propofe encore pour
modéle. Titus & lui font devenus les noms
génériques des bons Rois , & les Souverains
les plus eftimables font flattés de la
comparaison.
Seneque.
En forte que vous prenez une partie de
la gloire de Trajan , & que vous mettez
fur mon compte les fautes de mon éco
lier ?
Plutarque.
Tel eft en effet mon jugement , & je lø
crois dans l'ordre.
Seneque.
Je penfe bien differemment , & j'imagine
en avoir de bonnes raifons .
Plutarque.
Je les attends ; le plaifir des fages doit
être d'approfondir les chofes , & de re
chercher la vérité.
Seneque .
Un Sculpteur habile me difoit un jour
ici , qu'avec le bois le plus commun , il orneroit
un appartement de la maniere la
E iij
102 MERCURE DEFRANCE.
plus élegante & la plus agréable . Je n'en
fut point étonné quand il ajoûta , qu'il ſe
feroit aider par Robert Martin , l'un des
plus célébres Verniffeurs que l'Europe ait
produit. Ce méchant bois , c'est le mauvais
fujet dont on nous confie l'éducation :
nous pouvons bien le travailler , le peindre
, le vernir , mais non pas le dénaturer.
Les apparences en impoferont ; au fonds ce
fera toujours du charme ou du maronnier.
J'ai mafqué pour quelque tems mon éleve,
& l'ouvrage me fit honneur tant que l'art
fubfifta mais le bois travailla , & la nature
reprit le deffus ; le vernis fe deffécha ;
les couleurs fe détacherent ; le fonds
tel qu'il étoit ; Neron fut un tyran .
:
Plutarque.
parut
L'éducation , felon vous , feroit donc
une chofe inutile ?
Seneque.
Je ne dis pas cela : le naturel le plus excellent
a befoin d'être cultivé.
Plutarque.
Mais c'eft peine perdue pour le mauvais.
Seneque .
Non ; car il vaudroit encore moins ; &
JUILLET. 1753.
1c ༈
ES
ce
e,
Et
lik
15.
même , pour fuivre ma comparaifon , le
bois défectueux eft celui qui rend l'adreſſe
de l'ouvrier plus néceffaire . L'ébene & le
cédre , pourroient prefque s'en paffer : l'art
les gâte fouvent , au lieu de les embellir .
Plutarque.
Je ferois très fâché que vos principes
fur une matiere fi intéreflante , vinffent à
la connoiffance des peres de famille de
l'autre monde ; l'emploi de Précepteur de
viendroit encore plus défagréable , quoiqu'il
le foit déja beaucoup .
Seneque.
Je ne vois pas en quoi je pourrois leur
nuire.
Plutarque.
Ne connoiffez- vous pas l'injuftice des
parens fi l'éducation réuffit , le naturel
étoit excellent ; pouvoit- on n'en pas tirer
parti le fuccès au contraire ne répond- t'il
pas aux travaux du Précepteur ? c'eft un
fot , un maladroit , & fouvent quelque
chofe de pis .
Seneque.
Les parens ont tort dans l'un & dans
l'autre cas , mais un peu moins dans le premier
; car il y a bien moins de mérite &
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
d'habileté à faire briller ce qui vaut beautcoup
par foi même , qu'à rendre fupportable
ce que la nature a fait naître difforme
& défectueux . Que ceux qui font heureufement
nés , en rendent graces aux Dieux ,
mais que les hommes fe faffent juftice. Ils
peuvent élaguer l'arbre & le diriger , &
non pas le dénaturer. Qu'ils fe guériffent
de la manie de vouloir être créateurs ; c'est
bien affez pour eux de fçavoir mettre en
oeuvre les matieres premieres créées par la
Divinité .
PAULINE , ALEXANDRE LE GRAND.
S'il eft plus humiliant de tromper les autres
que d'être trompé.
Alexandre.
Vous n'êtes donc pas cette Pauline , femme
de Seneque , célébre Philofophe , qui fe
fit couper les veines , lorfqu'elle fçut que
Neron avoit condamné fon époux à la
mort ?
Pauline.
Non , je ne fuis point cette femme-là ,
& je vous avouerai même , que tant d'héroïfme
ne me conviendroit pas.
C'eft
Alexandre,
pourtant , ce me femble , une ace
JUILLET. 1753 109
tion noble & belle , que de mourir auffi
courageufement pour fon mari,
Pauline.
Il y a quelquefois plus de courage à việ
vre enfemble , qu'à mourir de compagnie.
Alexandre.
Vous me feriez prefque foupçonner
que vous aimiez foiblement votre époux ,
ne feroit-ce pas lui qui , tout à l'heure ,
vous regardoit avec un mépris , mêlé de
colere & d'indignation ?
Pauline.
Mon mari me rend plus de juftice ; celui
que vous venez de voir en pallant , eft un
rival que je lui ai facrifié.
Alexandre.
Il ne vous plaifoit donc pas ?
Pauline.
Je voulus du moins le faire imaginer
voici fon hiftoire & la mienne . J'étois
Romaine , & j'avois époufé Saturnin, homme
diftingué par fa naiffance & par fes
emplois ; mon rang étoit auffi fort illuftre
& ma vertu furpalloit encore la nobleffe
de mon extraction : j'étois fort riche , &
n'étois pas moins belle.
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
Alexandre.
Voilà pour un mari , bien des ſujets
d'appréhenfion.
Pauline.
·Ma fageffe tranquilifoit le mien.
Alexandre.
J'aurois crains un peu davantage ; la fageffe
d'une fenime n'eft- elle pas un attrait
de plus ?
Pauline.
Ce fut apparemment ce qui fit naître
à Mundus , jeune homme très bien- fait
& fort entreprenant , l'idée de me plaire ,
& d'enlever mon coeur à celui qui le devoit
poffeder . L'Hiftorien Jofephe vous
atteftera que Mundns prit pour moi l'amour
le plus violent , & qu'il employa ,
pour obtenir quelque retour , les prieres ,
les larmes , les follicitations....
Alexandre.
Ce Mundus , ne vous déplaife , n'étoit
qu'un maladroit ; tant de foumiffions &
de timidités réuffiffent fouvent beaucoup
moins qu'une noble hardieffe ; quelle
gloire a- t'on à vaincre quelqu'un qui trem
ble ?
JUILLET. 1753 107
{
Pauline .
Il effaya de m'ébranler par des préfens
fort confidérables.
Alexandre.
Autre fottife ! .... vous étiez riche.
Pauline.
Il réfolut enfin de fe laiffer mourir de
faim .
Alexandre.
Oh ! pour le coup , c'étoit prendre les
chofes au tragique ; comment pûtes - vous
réfifter à cela ?
Pauline.
Je tins cependant contre un défefpoir
fi marqué ; mais j'avois une affranchie
nommée Ide , qui fit prendre à Mundus la
réfolution de vivre , pour rifquer encore
de nouvelles tentatives .
Alexandre.
Cette affranchie- là ne vous avoit- elle
pas un peu confultée ?
Pauline.
J'aurois fçu l'en punir : mais que fit - elle ?
de concert avec Mundus , elle s'avifa d'un
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
ftratagême fort fingulier , & qui ne devoit
pas manquer de me faire illufion.
Alexandre.
Votre amant feignit peut-être autant
d'indifference , qu'il avoit marqué d'ardeur
& d'empreffement : ce ne feroit pas la premiere
fois que ces petites rufes auroient
réuffi : j'ai vu des femmes s'attacher par
contradiction .
Pauline.
Ide fit mieux que tout cela , elle corrompit
les Prêtreffes de la Déeffe Ifis , qui
me firent fçavoir , que le Dieu Anubis
vouloit me voir en particulier....
Alexandre.
Voilà votre vertu dupe de la vanité ; il
faut bien échouer contre quelque chofe .
Pauline.
Cet Anubis n'étoit autre que Mundus ,
qui joignit à l'infolence de fon ftratagême
la folie de me l'avouer quelque tems après.
Alexandre.
Et fans doute , vous prîtes le parti de
vous taire fagement fur une avanture &
délicate ?
JUILLET. 1753. 109
Pauline
C'eût été me rendre complice du crime ,
que de le laiffer impuni , je réfolus dé
m'en venger.
Alexandré.
Comment donc ? Mundus auroit- il mal
fait les honneurs de la Divinité ?
Pauline.
J'étois trop piquée qu'il eût ofé me défabufer
, je dis tout à mon époux.
Alexandre.
Qui ne fut pas affez fou pour vous croire ?
Pauline.
Je l'en aurois puni lui- même : il fut fe
plaindre à l'Empereur.
Alexandre.
Fort bien , les maris ne fe deshonorent
jamais à demi. Je vois Mundus marcher
au fupplice .
Pauline.
Dites en exil ; ce fut la feule peine que
Tibere prononça contre lui , mais les Prêtreffes
& l'Affranchie furent punies de
mort.
110 MERCURE DE FRANCE.
Alexandre.
Ils n'avoient point d'amour qui leur fer
vit d'excufe , les grandes paffions peuvent
feules juftifier les grandes fautes ; mais vous
ne me parlez point de la condamnation
que l'on prononça contre vous .
Pauline.
On me combla d'éloges , au lieu de me
Alexandre.
condamner.
J'aurois penfé differemment : car enfin ,
votre vanité folle étoit la principale cauſe
de tout ce défordre- là.... Vous me regardez
avec étonnement ! on ne fe pique point
ici de galanterie : comment pûtes- vous
porter l'illufion jufques au point d'imaginer
qu'un immortel fût amoureux de vous ?
Pauline.
Vous voulûtes bien paffer pour un Dieu !
pouviez- vous compter affez fur la fottife
des hommes , pour efperer de vous divinifer
à leurs yeux ? vous aviez une bien
mauvaiſe opinion de leur difcernement .
Alexandre.
Et vous , une bien favorable de vous
même.
JUILLET. 1753 :
Pauline.
Je n'y étois point venue rapidement. Les
adorations de mille amans m'avoient infenfiblement
amenée à recevoir des hommages
encore plus flatteurs pour moi . Les
hommes ne fuffifoient plus à la gloire de
mes charmes , un Dieu feul pouvoit y mettre
la derniere main.
Alexandre.
Il y avoit long- tems auffi que mon nom
& mes exploits ne me laiffoient plus rien
à defirer chez les mortels , je ne pouvois
plus ambitionner que les honneurs de la
Divinité.
Panline.
Je fuis du moins plus excufable que vous ;
vous vouliez tromper les hommes , & ce
fut moi que l'on
trompa.
Alexandre,
Soyons de bonne foi tous les deux : vous
fçaviez fort bien qu'il ne pouvoit être
queftion pour vous , ni d'Anubis , ni d'aucun
autre Dieu ; mais cette avanture annonçoit
quelque myftére dont vous ne
fûtes pas fâchée de profiter . Je n'ignorois
pas non plus que mes fujets ne me croiroient
jamais un Dieu ; mais j'étois bien
11 MERCUREDE FRANCE:
aife qu'ils fiffent comme s'ils le croyoient ,
afin de me rendre encore plus refpectable
à leurs yeux : que fçait on même fi plufieurs
ne s'y feroient pas trompés : les hommes
font capables de furieufes méprifes , &
vous êtes un exemple que l'on peut tout
hazarder avec eux , pourvû que l'on flatte
leur vanité.
:
Pauline.
Oui mais c'étoit la vôtre que vous
cherchiez à fatisfaire , en voulant pafler
pour un Dieu.
Alexandre.
Croyez que je contentofs autant pour
le moins celle des peuples qui m'environnoient
, foit que je les cuffe foumis , foir
qu'ils fuflent encore à vaincre mes amis
s'en feroient trouvés d'autant plus honorés
, & mes ennemis moins confus de s'être
laiflés fubjuguer.
Pauline.
En ce cas Mundus eut raifon de fe deguifer
en Dieu , plutôt que de refter fimple
mortel ; mais il pouvoit , ce me femble ,
me flatter encore davantage , en feignant
de me prendre pour une Divinité.
JUILLET. 1753 113
S
Alexandre.
Il s'en feroit bien gardé , il n'auroit pû
vous changer en Déeffe fans vous donner
un motif de plus de le dédaigner ; au lieu
qu'en devenant un Dieu , il vous prépa
roit une raifon fort honnête d'avoir cédé,
Pauline.
Il rifquoit auffi que je pénétraffe la fupercherie.
Alexandre.
Vous étiez trop intéreffée à fermer les
yeux , & je vous fuis caution que hi j'eulle
employé moins d'orgueil & plus de galanterie
à me divinifer , les femmes de la
Macédoine n'auroient pas été les premieres
à me démentir.
RECUEIL de différens Traités de Phyfique
& d'Hiftoire naturelle , propres à
perfectionner ces deux Sciences. Par M.
Deflandes , de l'Académie Royale des
Sciences & Belles- Lettres de Pruffe . Tomé
troifiéme . A Paris , chez Quillau fils , rue
S. Jacques. 1753.
Le premier Mémoire roule fur l'établiffement
des Colonies Françoifes aux
Indes orientales , avec quelques obferva
114 MERCURE DE FRANCE.
tions fur les Ifles de Mafcareing & de
Madagascar. Le fecond , fur le cryſtal de
roche , principalement fur celui qu'on
trouve en quelques endroits de la baſſe
Bretagne . Le troifiéme , fur quelques effets
finguliers du tonnerre. Le quatrième , fur
les rames tournantes. Le cinquième , fur
le luxe , & fur l'examen du neuvième chapitre
de l'Effai politique fur le commerce .
Le fixième , fur les agrémens & les profits
qu'on peut retirer du jardinage. Le
feptiéme donne des éclairciffemens fur
l'état où étoient les Colonies Portugaifes
aux Indes orientales , lorfque la Compagnie
de France s'y établit .
Ces différens Mémoires nous ont parut
remplis de détails curieux & utiles , de
vues philofophiques & pratiques , de faits
finguliers & bien obfervés. Il eft à fouhaiter
que l'Auteur continue fon recueil ,
le fuccès des trois premiers volumes doit
bien l'y
encourager .
' LES Témoins de la Réfurrection de
Jefus-Chrift , examinés & jugés felon les
régles du Barreau , pour fervir de réponſe
aux objections du fieur Woolfton & dequelques
autres Auteurs ; traduit de l'Anglois
fur la fixième édition . On y a joint
une Diflertation hiftorique fur les écrits
JUILLET. 1753. IIS
1
مامالا
e
11-
Les
ie
ne
de M. Woolfton , fa condamnation & les
écrits publiés contre lui . Par A, le Moine,
Miniftre de l'Eglife Anglicane , & Chapelain
du Duc de Portland. A Paris ,
chez Tilliard , quai des Auguſtins . 1753 .
2 vol. in- 12.
Les erreurs de Woolfton ont fait tant
de bruit dans toute l'Europe , qu'il n'eſt
pas pas poffible que le Public n'en voie
une réfutation auffi fage & auffi forte que
celle que nous annonçons ; elle eft généralement
attribuée à M. Sherlock , un des
plus grands Prélats qu'ait eu l'Angleterre
depuis la réformation .
TRAITE ' des diamans & des perles , où
l'on confidere leur importance : on établit
des régles certaines pour en connoître la
jufte valeur , & l'on donne la vraie méthode
de les tailler. On y trouve auffi des
obfervations curieufes , également utiles
aux Négocians & aux Voyageurs , & qui
intéreffent même la politique . Par David
Jeffries , Joaillier ; ouvrage traduit de
l'Anglois , fur la feconde édition , qui a
été confidérablement augmentée . A Paris,
chez Debure l'aîné , & Tilliard , quai des
Auguftins , 1753. I vol . in- 8 . Prix 3 liv.
broché , avec beaucoup de planches.
Un ouvrage dans lequel on réduit en
116 MERCURE DE FRANCE:
principes un art qui ne l'avoit jamais été
eft une nouveauté précieufe ; nous croyons
qu'elle fera accueillie par les Artiftes , par
les amateurs & par les Dames ; ces trois
fortes de perfonnes y trouveront des chofes
qui piqueront leur curiofité.
MANIERE de perfectionner les voitures
. A Paris , chez la veuve d'Houry ,
rue de la Harpe , & chez David , quai des
Auguftins. 1753. Brochure in- 12 de 22
pages.
L'Académie des Sciences a approuvé les
idées contenues dans le Mémoire que nous
annonçons , & voici en quels termes .
Nous avons examiné par ordre de l'Académie
un Mémoire de M. de ... dans
lequel il expofe les moyens dont il s'eft
fervi pour perfectionner les voitures à
quatre roues, en les rendant plus roulantes.
Il a fait fes effais fur une berline à quatre
places ; il a donné cinq pieds quatre
pouces de diamètre aux roues de derriere ,
& quatre pieds aux roues de devant ; il a
placé la volée à la hauteur du poitrail des
chevaux , & a relevé le limon à proportion
; il a donné la même voie aux roues
de devant qu'à celles de derriere ; il a fait
mettre aux extrémités da lifoir & aux bran
cards , des rondelles de fer , contre telJUILLET
. 1753. 117
quelles frotte le derriere des moyeux ,
& auprès des palonniers , il a fait faire
des noeuds anx traits , pour qu'ils ne puif-
Lent s'appliquer que du plat fur la cuiffe
des chevaux .
Nous ne parlerons point du diamétre
que M. de .... a donné aux roues de
derriere , parce qu'il eft le même qu'aux
voitures ordinaires.
huit ....
Les roues de devant ont ordinairement
vingt- quatre à trente pouces de diamètre ;
en lear donnant quarante- fix ou quarante
pouces , comme M. de ... on a au
moins moitié plus de levier pour vaincre la
réfiftance des frottemens de l'effieu dans les
moyeux. L'augmentation de diamètre donne
aux roues plus d'appui fur le terrain ,
& les empêche d'entrer auffi profondément
dans les creux formés par les inégalités
du pavé ou du terrain , enforte que
la volture doit être moins fujerre aux
cahots , principalement dans le paffage des
ruiffeaux. La volée placée à la hauteur du
poitrail des chevaux , empêche qu'ils ne
foient appefantis du jarret , & exige moins
de force pour le tirage. Cet avantage joint
à la facilité que l'augmentation du diamétre
des roues de devant donne au rou
lage , eft la principale perfection que M.
de ....a donnée à la voiture. Il eft vrai
118 MERCURE DE FRANCE.
que de plus grandes roues fur le devant
expofent la voiture à être plus facilement
accrochée lorsqu'on eft obligé de tourner ,
& demande plus d'attention de la part du
cocher lorfqu'il faut entrer dans des portes
difficiles ; mais ce léger inconvénient
ne nous paroît pas une raifon fuffifante
pour le priver d'un avantage réel que
l'on trouve dans des roues beaucoup plus
grandes que les rones ordinaires.
Il y a bien des gens qui s'imaginent que
plus on diminue les roues de devant , plus
la voiture a de chaffe ou de facilité à monter.
Mais c'eſt une erreur que M. de ……….
a fort bien remarquée , comme l'avoient
déja fait la plupart de ceux qui ont examiné
cette matiere fuivant les principes
de la méchanique . On fent que la fupériorité
des roues de derriere fur celles de
devant , ne donne aucun avantage à la
voiture , & qu'au contraire les roues de
devant ont d'autant plus d'avantage qu'el
les font plus grandes , pourvû que la ligne
du tirage ne s'écarte pas trop du niveau
du poitrail des chevaux .
Le plus de hauteur de l'effieu de devant
& du timon donne plus d'avantage aux
chevaux dans le recul ; de là il fuit que
fi la voiture devenue plus roulante par
l'augmentation des roues de devant , paJUILLE
T. 1753. 119
roît obligée à enrayer plus fouvent dans
les defcentes , le plus de hauteur de la
fléche qui donne aux chevaux plus de facilité
pour retenir , paroît auffi difpenfer
d'enrayer auffi fouvent qu'on pourroit le
croire ; ainfi l'avantage qui réfulte de la
plus grande facilité que la voiture doit
avoir dans la montée , ne fe trouve point
détruite par une plus grande difficulté
dans la defcente.
La même voie que M. de .... a donnée
aux roues de devant qu'à celles de
derriere , a l'avantage de procurer aux
roues de derriere un chemin frayé &
battu par celles de devant , & plus de
facilité à cartayer. La rondelle de fer appliquée
au lifoir & au brancard pour foutenir
le frottement des effieux , paroît
utile , en ce que le frottement devient
plus uniforme , plus doux , & plus capable
de conferver les moyeux , que le heurtoir
ou efpéce de clou qu'on enfonce dans le
brancard.
On fent aisément que les traits polés
du plat contre la cuiffe des chevaux , font
moins capables d'en ufer le poil & de les
écorcher , que ces mêmes traits frottant
par leur bord.
L'augmentation de hauteur que M.
de .... a donnée aux roues de devant
120 MERCURE DE FRANCE.
de fa voiture , l'a obligé à faire plufieurs
changemens dans la courbure des brancards
& dans la fupenfion de la caiffe ; il
a profité habilement de la facilité qu'on
a de rendre les voitures plus douces , au
moyen des foupentes de cordes de tendons
, qu'on appelle corde de nerf, pour
élever affez haut les moutons d'où partent
les foupentes , afin qu'elles n'empêchent
pas les roues de devant de paffer deffous ,
& que la caiffe caiffe ne foit pas trop élevée .
Les remarques que M. de .... à faites à
cette occafion nous ont paru judicieufes.
Fait à l'Académie des Sciences le 9 Mai
୨
1753.
IDE'E de la Poëfie Angloife, par M.I'AbbéTart.
4 T. in- 12. A Paris, chez Briaffon.
Le fecond volume de la Traduction
dont nous continuons à rendre compte ,
commence par un Difcours préliminaire
fur le Poëme didactique . Ce Difcours fert
de préliminaire à l'Effai fur la Poëfie , par
le Duc de Buckingham . Les Chanfons ,
l'Elegie , l'Ode , la Satyre , la Tragédie ,
la Comédie , le Poëme épique font la matiere
de cet Ouvrage . Cette Piéce eſt ſemée
de traits ingénieux , de comparaifons
brillantes , de réflexions fines , & de préceptes
transformés , pour ainsi dire , en
éloges ,
JUILLET. 1753. 121
e
-t
loges , en critiques & en plaifanteries.
Le Poëte amufe fans faire appercevoir qu'il
inftruit , & la délicateffe de fes pensées
n'affoiblit point la force & la folidité de
fes préceptes ; tel eft le jugement que porte
de cet Ouvrage M. l'Abbé Yart , jage
févere des morceaux qu'il traduit.
La deuxième Piéce du Recueil eft intitulée
Critique de Dryden. Le Comte de Rochefter
, le plus libertin , le plus fpirituel
& le plus aimable Seigneur de la Cour de
Charles II , avoit lancé quelques traits
malins contre Dryden dans une Satyre :
ces traits avoient déplû aux partiſans zelés
de ce Poëte. Rochefter écrivit la Satyre
, dans laquelle il confirma le jugement
qu'il avoit déja porté. Cette Piéce ,
dit M. l'Abbé Yart , eft remplie de préceptes
fi folidement penfés , fi délicatement
écrits , d'une critique fi inftructive
de quelques Poëtes Anglois , que j'ai cru
devoir la mettre au nombre des Piéces didactiques.
L'Hiftoire abregée des plus grands Poëtes
Anglois eft un ouvrage de jeuneſſe ,
mais de la jeuneffe d'Adiffon . Qu'on le repréfente
une gallerie de tableaux placés les
uns après les autres , fans autre fuite que
celle du tems où ceux qui y font peints
ont vécu . Les premiers ont un air anti-
F.
122 MERCURE DE FRANCE,
que & négligé ; les feconds font moins
négligés & moins naturels , leur habillement
eft bifarre , la draperie eft ridicule ;
plus les autres s'approchent de notre fiécle
, plus nous nous familiarifons avec
eux ; ils prennent infenfiblement notre air
& nos manieres ; c'eft ainfi que dans le
Poëme hiftorique de M. Adiſſon , on voit
paroître Chaucer & Spenfer , enſuite
Cowley , Milton , Denham , Valler , Rofcomon
, Dryden , Congreve & Montagu.
La Poëfie Angloife naît avec les premiers ,
fe forme ave les feconds , & fe polit avec
les derniers.
Les progrès de la Poëfie par Madame
de Worthley Montaigue vient très bien
après l'Hiftoire abregée des plus grands
Poëtes Anglois. En comparant ces deux
ouvrages , on trouvera , dit M. l'Abbé
Yart , qu'Adiffon a plus de force , Madame
de Worthley plus de grace ; celle- ci
offre plus d'images , celui-là plus d'idées ;
l'un penfe plus , l'autre peint davantage ;
le premier étonne l'efprit , la derniere flatte
les fens. Adiffon étoit peut- être capa
ble de s'élever à la hardieffe de Milton ,
Madame de Worthey fembloit être née
pour écrire avec la délicateffe de Madame
du Boccage ; cependant , ni l'une ni l'autre
ne manquent de force , mais elle eft
ornée d'agrémens
.
JUILLET. 1753. 123
Après un Difcours préliminaire , un
bregé fort curieux de la vie du Comte de
Rocheſter , & une Idylle fur la mort de
ce fameux & agréable débauché, on trouve
trois de fes fatyres : la premiere qui eft contre
l'homme , eft inégale , chagrine , pleine
de raifonnemens & de faillies. La deu .
xiéme , qui roule fur un repas ridicule >
paroît faite d'après celle de Regnier & de
Boileau : le repas eft groffier , les convives
impertinens , mais leurs propos ne
font pas les mêmes , c'est une autre efpece
de ridicule. L'objet de la troifiéme eft
de tourner en ridicule ceux qui prennent
les eaux à Tundbrige , à quelques mille de
Londres. On y trouve de la variété dans
les portraits , de la légereté dans les expreflions
, de la fingularité dans les plaifanteries.
L'effai fur la fatyre par le Duc
de Buckingham ek peu de chofe. Il y a
plus de finelle & de plaifanterie dans les
portraits fatyriques de ce Duc par Dryden
, & d'Adition par Pope.
Le difcours fur l'Ode eft écrit avec force
& avec chaleur. Il eft fuivi de l'éloge de
Cromwel , par Waller : c'eft une des plus
belles Odes qu'on puiffe lire. Celle du même
Poëte , qui roule fur la mort de cet
ufurpateur , eft pleine de deffauts , de ſù-
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
blime & d'enthouſiaſme , Cowley a fait fur
la tyrannie de Cromwel une Ode morale
qui excite la plus grande horreur : fon
Öde fur le rétabliffement de Charles II.
eft très-inférieure. L'Ode fur la liberté eft
froide , l'Hymne au Soleil par Prior , eft
véritablement füblime . L'Ode du même ,
fur une confpiration contre le Roi Guillaume
eft remplie de tout ce que la Reli
gion & la Poëfie fourniffent de plus belles
images. Il y a trop de réflexions morales
dans l'Ode que Prior a confacrée à la
mémoire de Georges Villiers. Le volume
finit par deux Odes de Walsh , imitées
d'Horace.
Nous parlerons dans les Mercures fuivans
des deux autres volumes de cette
traduction , dont le dernier vient de
roître .
pa-
PRINCIPES pour la lecture des Orateurs.
A Paris , chez Durand , rue S. Jacques
, & Fiffot , Quai des Auguſtins . 1.75 3 .
in- 12 . vol. 3 .
Cet Ouvrage eft du même Auteur qui
donna il y a quelques années des principes
pour la lecture des Poëtes , & réunit
les mêmes avantages. On y trouvera de
bons principes bien développés ; & de
JUILLET.
izs 1753.
beaux exemples bien enchaffés. L'Auteur
a d'ailleurs le double mérite d'écrire agréa
blement & facilement.
EXAMEN de deux queftions importantes
fur le mariage . Comment la Puiſſance
civile pent elle déclarer les mariages nuls ,
fans entreprendre fur les droits de la Puiffan
ce Eccléfiaftique ? Quelle est en conféquence ;
L'étendue du pouvoir des Souverains fur les
empêchemens dirimans du mariage ? ›
Cet Ouvrage qui eft en un volume in -4º •
& qui vient de paroître, fe trouve à Paris ,
chez Durand, rue S. Jacques.
Les Magiftrats & les Eccléfiaftiques doi
vent donner une égale attention à l'exa-.
men de cet Ouvrage..
TRAITE' de l'autorité des Rois touchant
l'adminiſtration de l'Eglife . Par M..
le Vayer de Boutigni , Maître des Requêtes
. Nouvelle édition , revûe & corrigée
pour la premiere fois fur le manufcrit de
l'Auteur. A Londres , & le trouve à Paris ,
chez G. Martin , Libraire , rue S. Jacques ,
à l'Etoile. 1753. in- 12 vol . 1 .
Voila encore un Ouvrage que les cir
conftances rendent intéreffant,
TABLETTES hiftoriques , généalo
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
x
giques & chronologiques , fixiéme & derniere
partie , qui comprend la fuite des
Terres érigées en titre de Marquifats
Comtés , Vicomtés & Baronies , avec un
Dictionnaire héraldique de la Nobleſſe
de France . A Paris , chez le Gras , Grand-
Salle du Palais , & la veuve le Gras , Gallerie
des Prifonniers , au Palais .
C'eft un Ouvrage court , exact , méthodique
, commode , & d'un ulage affez géneral.
ADDITION àla fuite du Recueil de toutes
les piéces qui ont été publiées au fujer
'du Lithotome caché , pour fervir de réfutation
à un écrit qui a pour titre : Recueil
de Piéces concernant l'opération de la taille ,
qui contient la defcription de plufieurs Litbotomes
, &c. où se trouve la réponse aux derniers
écrits de l'anonyme &c. Par Claude-
Nicolas le Cat , à Rouen, 1752. in - 8 °.
A Paris , chez d'Houry fils , rue de la
Bouclerie , au S. Efprit & au Soleil d'or ;
& à Rouen , chez Etienne - Vincent Machuel
, libraire , rue S. Lo , vis -à- vis la
porte du Palais , au Bien- aimé. 1753. Aveo
Approbation & Privilege du Roi.
En rendant compte de l'Ouvrage de M.
le Cat , au mois d'Août 1752 , nous dîmes
que grand nombre de perfonnes qui y
JUILLET. 17536 127
étoient attaquées , répondroient ou ne
répondroient pas aux reproches qu'on leug
y faifoit , felon qu'il conviendroit à leur
gloire & à leurs intérêts.
Le Frere Côme , Religieux Feuillant ,
le plus maltraité de tous les adverſaires de
M. le Cat , vient de lui faire une réponfe
, à laquelle le fçavant & vertueux M.
Falconnet a donné l'Approbation fuivante.
Approbation. » Après avoir lû
par ordre
» de Monfeigneur le Chancelier , le ma-
» nufcrit intitulé : Addition à la fuite du
» Recueil de toutes les Piéces publiées au fu-
» jet du Lithotome caché , & c . Non content
de l'expofition des faits qui y font men-
» tionnés , j'en ai été chercher la vérifi
» cation dans leurs Procès- Verbaux , revêtus
de toutes les formes judiciaires ;
& ayant apporté à l'examen de ces piéces
l'attention qu'exige un objet fi important
pour la confervation des perfonnes
expofées aux dangers de l'opération de
la taille , je me fuis crû obligé , comme
» Médecin & même comme citoyen , de
rendre témoignage à la vérité , en affir-
» mant que le Lithotome caché & là méthode
pratiquée par l'Auteur , font dans
la plus parfaite évidence de la plus gran-
» de utilité , d'où je conclus , que non
E iiij
128 MERCURE DE FRANCE.
i
feulement cet Ouvrage mérité d'être im
primé , mais encore que fa publication
» eft abfolument néceffaire pour l'intérêt
» du bien Public .
"
» A Paris , le 7 Mai 1753. Falconnet
» Docteur- Régent de la Faculté de Paris ,
Médecin Confultant du Roi , & Méde-
» cin de la Chancellerie .
و ر
Quoique cette Approbation fuffife pour
déterminer le Lecteur à donner une confiance
entiere au Frere Côme , nous dirons
quelque chofe de fon écrit. Cet habite
Chirurgien fait remarquer dans fon
Avertiffement , " que la théorie fur cette
» matiere importante , entre M. le Cat &
>>l'Anonyme, ayant été fuffisamment éclaircie
dans leurs controverfes refpectives ,
» rapportées dans le Recueil des piéces im
» portantes de ce dernier en 1751 , ( Voyez
» le Mercure de Fevrier même année ) ce
» démêlé fe réduifoit dans la fuite à des
» preuves de faits , pour être terminé dé-
» finitivement.
Les preuves des faits donnés par l'Anonyme
étoient rapportées dans fon Recueil.
M. le Cat les ayant attaquées par
des piéces qu'il nomme juftificatives , le
F. C. les réfute par des preuves contraires
, & il ajoûte » fi j'y réuffis , comme je
Fefpere , je confirme par ce fait même
JUILLET. 1753. 1.29
F
toute ma théorie antécédente ; & j'an-
» néantis fans reffource le grand nombre de
» morceaux dogmatiques de cet Académi-
» cien & toutes fes conféquences.
Il donne enfuite une idée des raifonnenemens
qui fervent de bafe à l'ouvrage
de fon adverfaire , & ne reprend dans la
fuite que ceux dont il a befoin
valoir fes preuves...
pour faire
Il diftribue fon ouvrage en deux parties
; il comprend dans la premiere , les ,
certificats des malades taillés , & donnés ,
en preuve de la bonté de fon Lithotome ,
qu'il nomme Piéces du premier ordre ..
Dans la feconde partie , il a compris an
grand nombre d'autres piéces & circonftances
, qu'il nomme acceffoires & Piéces
du fecond ordre ......
Après toures ces preuves revêtues de.
toute l'autenticité dont elles font fufcepribles
& dépofées chez un Notaire
on voit l'acte de dépôt , » afin
>
9 dit le
« F. C. , que s'il s'en trouve encore qui
» doutent de mes preuves , ils puiffent
comparer les copies aux originaux
chez le Notaire qui en a le dépôt..
de
Comme le but principal de l'Auteur eft
prouver la fupériorité de fa méthode;
fur celle de fon adverfaire par les effets ,
ibs'eft attaché capitalement à démontrepi
130 MERCURE DE FRANCE .
ceux qui résultent de ces deux méthodes &
à les comparer.Ila tiré lui- même pour cela,
une lifte de tous les fujets taillés par fon
adverfaire , depuis 21 ans qu'il exerce cet
te opération ; elle eft compofée de 146
qui en font guéris , & de 43 qui en font
morts , ce qui fait à peu près un quart demorts
. Enfuite il fait monter le nombre
des taillés depuis quatre ans & demi , par
fa méthode exercée par différens Chirargiens
qui l'ont adoptée , à 78 , fans qu'il en
foit mort que fix , ce qui n'eft qu'un 13 ° .
Doù il conclud par le même texte de fon
adverfaire , qui établit » que la meilleure
» de toutes les méthodes fera feulement
» celle par laquelle il mourrra le moins
» de fujets » , que la fienne mérite la préférence
, & que l'adverfaire fera forcé
d'adopter la méthode , fuivant fon propre
jugement , ou qu'il fera réputé ref
ponfable à l'avenir de deux tiers des malades
qui ne guériront pas , s'il les taille
par la propre méthode.
Le F. C. joint à ce parallele une obfervation
, où il releve un ridicule que M.
le Cat lui a donné fur ce qu'il avoit avancé
dans fon Recueil anonyme , qu'il mettoit
en fait , que fi de fix malades taillés
par le grand apareil ordinaire bien exécuté
on en guériffoit cinq , que dans la
JUILLET. 17530/ 131
méthode du Lithotome caché , qu'il établiffoit
, il en guériroit 49 de so . Il prouve
enfuite que M. le Cat a réalisé cette
hypothèſe , lors même qu'il écrivoit fon
ironie , & que cette année- là 1752 , il
Jui en étoit mort 4 fur 7 qu'il avoit taillés
, & qu'un des trois vivans étoit resté
fiftuleux ; pendant qu'il prouvoit par fa
lifte ( le F. C. ) que de fon côté il n'en
étoit mort que 4 fur 529 & que leur mort
avoit eu d'autres caufes que l'opération .
Il défie fon adverfaire d'en prouver autant
à fon avantage fur les 4 de 7 qui lui font:
morts de l'opération ; d'où il conclud que
non feulement il en pourra tailler so
contre lui fix , mais encore plufieurs fois
So , avant qu'il en meure un de l'opéra,
tion , contre un fur fix , à M. le Cat , & c..
» Le F. C. termine cette obfervation re
marquable : ainfi , fi cette démonftration
avec les deux précédentes ne fuffifent:
pas pour détromper M. le Cat & fess
» partifans , de l'illufion de tous les ou
» vrages Lithotomiques , je n'ai plus d'ar
gument à leur oppofer.
L'acte de dépôt qui contient 36 pieces ,.
termine cette difpute. Elle eft fuivie das
nom de ceux qui ont été taillés avec le Li
thotome , depuis la lifte qui en fat don
née dans le Mercure de Mai 1752. On :
Fivi :
132 MERCURE DE FRANCE.
goûta fort alors à la fin de certe lifte une
Differtation qui établiffoit la néceffité d'obmettre
ou bannir les panfemens à la fuite
du Lithotome caché .
Le nombre des perfonnes traitées fuivant
la méthode du F. C. eft maintenant
de 82. Le dernier eft M. le Chevalier de
Mefmon , Ecuyer ordinaire du Roi , âgé
de 59 ans , qui a été taillé le 30 Avril
1753 fes urines ont ceffé de paffer par
la playe du 4 au 5 Mai fuivant ; il n'a
point été faigné avant ni après ; il a guéri
fans aucun panfement , & il a reparu en
pleine fanté à la Cour, trois femaines après
fon opération.
Le F. C. finit la lifte par un avis effentie
aux gens de l'art qui fuivront fes vûes
il les exhorte vivement à obferver la fi
tuation horisontale , dont l'omiflion feule
peut faire périr le malade ; & il déclare
que ceux qui tailleront avec fon Lithoto
me , fans obferver cette fituation
pourront point être reputés fuivre fa més
thode.
ne
DISSERTATION , où l'on examine
quel étoit l'état du Commerce de France
fous les Rois de la premiere & de la feconde
race. Ouvrage auquel l'Académie d'Amiens
a adjugé le premier Acceffit , le 29
JUILLET. 1753. 133
Août dernier , par M. F'Abbé Joffe ; à Paris
, chez Thibout, Imprimeur du Roi, Pla
ce de Cambrai , 1753. in 8º . dédié à M
le Duc de Chaulnes..
La lecture de cette Differtation augmen
tera fans doute l'empreffement du Public
pour la piéce qui a remporté le prix . Comme
l'Europe entiere s'occupe aujourd'hui
du commerce , on rendra généralement
juftice à l'Académie d'Amiens , qui fait
tourner Fémulation des Sçavans an bien
général de la fociété . On applaudira auffi
aux recherches , par lesquelles notre Auteur
prouve que la Monarchie Françoiſe
a confervé dans fes fiécles les plus orageux
, fon Commerce , fi floriffant, de nos
jours.
Sous les Romains , les Gaulois n'avoient
pas moins cultivé le Commerce , que les
Sciences & les Arts. La domination ne
put point paffer aux Francs , fans caufer au
Commerce quelque fecouffe : le progrès
des armes de Clovis interrompoit nécelfairement
la communication entre les Provinces.
Plus les conquêtes de ce grand
Prince avoient étendu fon Empire , moins,
la communication fut facile après la divifion
que firent fes enfans . Chacun fçait.
kes. guerres qu'ils eurent entr'eux , indépendamment
des agitations du dedans de
.
134 MERCURE DE FRANCE:
chaque Royaume particulier , & des guer
res étrangères , que ces querelles intefti
nes rendoient plus périlleufes.
D'ailleurs , les Gaules , en changeant de
maîtres , avoient pris une forme , qui fem
bloit devoir éteindre tout commerce , fi
le génie François eût été moins actif. On
ne voyoit que trois fortes d'hommes ; des
Nobles , qui étoient , ou fous les armes ,.
ou retranchés dans leurs châteaux ; des-
Clercs & des Moines qui deffervoient
les Eglifes ; enfin le peuple , qui étoit tenu
dans un esclavage , dont l'Auteur explique
les diférentes efpéces. H ny avoit
que les Prêtres & quelques Ouvriers qui
habitaffent les villes. A ces confidérations,
prifes des moeurs du tems , l'Auteur en
joint quelques autres , comme les courfes
des Normands , qui ne cefferent qu'en:
912. Ces inconvéniens produifent cette
réflexion : comment le négoce , qui aime les·
Sociétés grandes & policées , pouvoit- il se relever
dans un pays dont les habitans étoient
ft difperfés ? Une merveille fi intéreffante
s'eft opérée fous les deux premieres Racess
de nos Rois .
Notre Auteur , occupé d'abord du Com
merce intérieur , préfente les diverſes :
branches qui ont pu en être le fujet dans
les fiécles auxquels il étoit obligé de ſe bos
JUILLET. 1753 1-355
ner. Il commence par la vente des efclaves,
pour honorer l'humanité par tout où elle fe
trouve ; ce font les termes.
- Des formules des Actes , par lefquels.
le Propriétaire d'un eſclave en difpofoit ,
ou par lefquels un homme libre fe vendoit
lui- même montrent qu'un efclave étoit
fous le plein domaine de fon maître. Il y
avoit pour les efclaves. les efclaves , de même que
pour les bêtes , des vices redhibitoires ,
& le vendeur en promettoit la garantie.
pendant l'an & jour. Les accompagnemens..
de cette condition abjecte des efclaves ,.
doivent être lûs chez l'Auteur. Il n'eft pas.
poflible que nous le fuivions dans ces dé
tails , non plus que dans l'expofé curieuxqu'il
fait , foit d'une famine , qui en 585
réduifit les pauvres à le vendre pour avoir
du pain ; foit des défenfes faites aux peres
de vendre leurs enfans à des Juifs , qui
par leurs intrigues toujours pernicieufes à
l'Etat , en donnoient un plus grand prix:
que perfonne ; foit des adouciffemens par
lefquels la Reine Sainte Bathilde , pendant
fa Régence , ôta aux familles Gauloifes
tout prétexte de contrevenir à ces défenfes
; foit d'une multitude d'autres anecdotes
, dont le choix fait voir que les
fources de notre hiftoire font extrêmement
familieres à l'Auteur de la Differ
tation ..
136 MERCURE DE FRANCE
par
Du Commerce des efclaves , l'Auteur
paffe au trafic d'argent monnoyé. Il ne
croit pas que le Change ait été connu fous
les deux premieres Races. L'opinion.commune
, qui ne fait pas remonter au deffus
de 1181 , l'époque des lettres de change ,
le confirme dans ce fentiment ; & il s'y
entretient l'autorité de ceux qui ne
placent qu'au tems de Philippe- le- Bel l'établiffement
du Change de Paris fur le
grand pont , appellé maintenant le pont
au Change. Mais on mettoit fans fcrupule
fon argent chez un Marchand pour le faite
profiter ; puifqu'un Evêque de Verdun ,
confidérant que Théodebert éroit un Prince
bienfaifant , bonitatem & clementiam
circà omnes Theudeberti Regis cernens ) lui
demanda pour cette ville le prêt qu'il obtint
d'une fomme confidérable , qu'elle fe
roit profiter dans le Commerce , & dont:
elle payeroit les intérêts légitimes : pecuniam
tuam cum legitimis ufuris reddemus. A
Féchéance le Roi ne voulut pas même reprendre
le capital , quoique les citoyens
de Verdun fuffent devenus fort riches.
Mais cette générosité inattendue n'empê
che pas l'Auteur de dire avec raiſon :fila
Goutume de mettre fon argent entre les mains
des Marchands , à condition de le recevoir
avec, Geriams, intérêts , m'avoit pas été, bien
JUILLET. 1753. 137
notoire , un Evêque n'auroit pas ofe propofer
ce trafic au Roi le plus libéral de fon tems.
Au refte , la vérité historique porte
notre Auteur , après avoir rendu compte
du profit qui fe tiroit d'un argent non
aliéné , à obſerver les abus qui s'y gliffoient.
De - là nombre de Réglemens , qui
ont interdit toute ufure ; premierement
aux Clercs , puis aux Laïcs eux-mêmes .
Un Ecrivain du dernier fécle ( Filefac )
croit que fous le Prince Carloman l'ufuré
a été autorisée par le concours des deux
Puiflances , parce qu'il entend d'argent ces
mots d'un capitulaire : Ecclefialis pecunia.
Notre Auteur le reléve fans nulle hauteur,
avertiffant fimplement que le mot pecunia,
fignifie à cet endroit un fonds de terre .
Effectivement ce fens du niot pecunia
étoit autrefois fort commun ; témoin la
Loi 222 , au Digefte , de verborum fignifi
catione , qui porte : pecunia nomine , non
folùm numerata pecunia , fed omnes res , tam
foli quàm mobiles , & tam corpora quàm jura,
continentur.
?
Une troifiéme branche a été le Commerce
en vaſes précieux & en pierreries.
Mais pour donner une idée fatisfaifante
de ce que l'Auteur dit à ce fujet , il fau
droit prefque copier toutes fes remarques.
Nousfommes donc obligés d'y renvoyer
238 MERCURE DE FRANCE.
non-feulement par rapport à cette troifiéme
branche , mais auffi pour divers autres
objets du Commerce intérieur de la France
fous les deux premieres Races de nos
Rois. On y trouvera , par exemple , fur
le fel , des particularités qui feront neuves
pour un très- grand nombre de lecteurs.
La police des Marchés termine cette
premiere partie. Il étoit effentiel de donner
aux Foires & Marchés une extrême
attention , dans des fiécles où il n'y avoit
prefque point de Marchands fédentaires..
Prefque tout s'achetoit en Foire. Hors du
Marché , on trouvoit difficilement les
chofes les plus néceffaires pour la vie &
pour le vêtement : ce qui venoit en partie
de ce qu'il n'y avoit point de villebien
peuplée , comme nous l'avons dit
plus haut : les Marchés furent établis comme
autant de rendez - vous . De - là ce mouvement
continuel , qui tranfportoit de pro
vince en province les Marchands , les
Artifans & les Artiftes , avec balots &
bagages Les Monafteres voifins des rivieres
avoient , les uns cinq barques , les
autres fix , occupées à ces tranfports qui
les rendoient d'un grand produit. L'agitation
que le Commerce entraînoit , le fit.
défendre aux Pénitens. Il fur deffendu par
JUILLET . 1753. 139
la même raifon aux Moines & aux Clercs.
Mais c'est dans la Differtation qu'il faut
prendre une notion de tous les Réglemens
rélatifs à la Police du Commerce intérieur.
-Venant enfuite au Commerce extérieur,
l'Auteur continue de rendre fa Differtation
intéreffante ; d'un côté , par un coup
d'oeil jetté fur les differentes marchandi
fes , que
les François fous les deux premieres
Races ont tirées de l'Etranger ; &
d'un autre côté , par l'énumération des
Pays avec lefquels ils ont commercé. L'é
rudition eft auffi amufante dans cette feconde
partie , que dans la premiere . Il a
fallu que l'Auteur ait eu dans fes collections
une grande variété de preuves , pour
avoir pu choisir des hiftoires capables
d'attacher les lecteurs les plus frivoles .
•
Les vaiffeaux amenoient de l'Egypte ,
tantôt des racines d'herbes , pour l'ufage
des Hermites , tantôt du papier , n'y
ayant eu des Fabriques de papier en France
que fort tard , & tantôt de l'huile d'o
lives , fi rare fous les Capétiens , qu'un
Concile d'Aix -la - Chapelle permit aux
Moines d'ufer d'huile de lard. Il venoit
auffi par les vaiffeaux du vin de Gaza en
Palestine , qui fe fervoit für les bonnes
tables. Une Veuve , dont parle Grégoire
140 MERCURE DE FRANCE.
de Tours, préfentoit de ce vin aux Meffes
qu'elle faifoit dire pour fon mari , mais le
Soudiaere le changeoit : Subdiaconus nequam
, refervato gula Gazeto , acetum vehementiffimum
offerebat in calice . Le mari
dit l'Hiftorien , tint ce propos à la femme
endormie : heu ! beu ! dulciffima conjux;
in quid defluxit labor meus in faculo , ut
nunc acetum in oblatione delibem ? La femme
répondit : caritatis tue non immemor
Semper Gazetum potentiffimum obtuli pro re-.
quie tua in Sacrario Dei mei. L'Hiftorien
ajoûte que la femme découvrit la fraude
le jour même en communiant contre
l'attente du Soudiacre..
>
Les efclaves étoient , comme on l'a vu ,
un grand objet de commerce dans l'inté
rieur de la France. Mais il s'en faifoit auffi
un commerce confidérable avec les
Etrangers. Entre les preuves que l'Auteur
en donne , il a foin de ne pas obmettre
que la France eft redevable à ce commerce,
du bonheur d'avoir eu pour Reine Sainte
Bathilde , elle porta fur le trône fes charmes
,fa modeftie , &c.,
L'Angleterre , d'oùr Sainte Bathilde eft
fortie , fourniffoit auffi à la France des
grains , des beftiaux , des cuirs , des laines
, des métaux ; & elle recevoit de la
France différentes marchandifes. Nous
JUILLET, 1753. 141
patroyons
ne devoir nous étendre ni fur
tous ces points , ni fur le commerce de la
France avec l'Italie & l'Espagne , ni
reillement fur la correfpondance liée entre
les François d'une part , & d'autre
part , les Esclavons , les Avares , les Saxons
, les Frifons , &c. L'Auteur parcourt
tous ces commerces avec une érudition
, qu'on eft furpris de trouver à la fois
fi abondante & fi bien ménagée.
Une maladie trop ordinaire à ceux qui
faififfent fortement un objet , eft d'appliquer
à leur matiere des monumens où
il n'en est nullement queftion . Notre Auteur
eft continuellement en garde contre
cette méprife. C'eft ainfi qu'il s'écarte de
Haute-ferre , qui avoit crû qu'une vie de
Charlemagne indiquoit un commerce réglé
entre la France & l'Espagne ; au lieu
que le mot , commercium , dans le paffage
dont il s'agit , défigne les frontiéres & limites
des deux Etats .
Nous fouhaiterions pouvoir infifter för
la mention honorable que l'Auteur faic
des principales villes commerçantes de
France. On ne s'attendoit pas à toutes les
lumieres que
la faine critique lui adminiftre.
Narbonne , Agde , Arles , Tréves ,
Lyon , Marſeille , appercevront dans fa
Differtation l'ancien état de leur Com142
MERCURE DE FRANCE .
merce , & les viciffitudes qu'il a éprouvées
fous les deux premieres Races.
Plufieurs lecteurs fe plaindront dece que
J'Auteur n'a pas mis fous les yeux du Public
certaines piéces peu connues. Il a pu
avoir pour but de ménager notre ficcle ,
qui palle pour peu favorable a l'érudition
autrefois trop prodiguée . Mais il femble
qu'à la fuite d'une Diflertation bien prife
& extrêmement ferrée , quelques Chartes
auroient été bien accueillies.
De ce genre est une Charte de Louis le
Débonnaire , en faveur des Commerçans.
L'Auteur l'a tirée de l'Alphabet Tironien .
Elle lui a infpiré la réflexion fuivante .
Louis le Débonnaire mérita cette aimable
qualité fous différens rapports ; je n'en confidere
ici qu'unjeul ; c'est l'attention qu'il donná
au Commerce , en établiſſant un Corps célébre
de Négocians , qui pendant fon régne
repréfentoient la Compagnie des Indes de nos
jours deforte que , par fes divers traits de
reffemblance avec cente. Compagnie , il fembloit
l'annoncer auxfiècles à venir.
EUVRES diverles de M. Pope . A
Amfterdam , & fe trouve à Paris , chez
Nyon fils , & Guillyn , Quai des Auguffins ,
1753. Un volume in- 16. Bon papier &
beaux caracteres.
Ce font des Epitres qui forment le voJUILLET.
1753. 145
lume que nous annonçons. La premiere ,
roule fur le caractere des hommes ; la feconde
, fur celui des femmes ; la troifiéme,
fur l'ufage des richeffes ; la quatriéme
qui eft, une fuite de la troifiéme , fur la
vanité des perfonnes de condition , ou des
gens riches dans leurs dépenfes . On a joint
å la traduction des Epitres qui eft en proſe,
une traduction en vers parM. Marmontel
, de la Boucle des cheveux enlevée.
HISTOIRE des Rois de Rome , par
M. Paliffot de Montenoy. A Paris , chez
Jorry , Quai des Auguftins , 1753. Un
volume in- 12 .
Ce n'est pas un fimple récit des faits ,
comme la plupart des Hiftoires ; on trouvera
dans l'ouvrage un grand nombre de
réflexions morales & politiques , dont les
unes fuppofent une grande connoiffance
des hommes , & les autres montrent beaucoup
de talent pour les affaires.
OPUSCULES de M. Freron . A Amfterdam
, & fe trouvent à Paris , chez Duchefné,
rue Saint Jacques. Trois volumes in- 1 2 .
Le premier volume contient des critiques
de quelques ouvrages de Littérature ;
une vie de la Fontaine , une vie de Pope ,
& des Poëfies diverfes avec quelques remarques
de l'Editeur. -
144 MERCURE DE FRANCE.
Le fecond volume contient les premieres
feuilles périodiques de l'Auteur , publiées
fous le titre de Lettres de Madame la Comteffe
de *** , fur quelques écrits moderhes
, augmentées de plufieurs Lettres qui
n'ont point encore paru , avec quelques
remarques de l'Editeur.
Le troifiéme volume contient un extrait ,
chapitre par chapitre , du Livre de l'eſprit
des Loix , des obfervations fur quelques,
endroits particuliers de ce Livre , & une
idée de toutes les critiques qui en ont été.
faites , avec quelques remarques de l'Editeur.
M. Freron a donné chez le même Libraire
, neuf volumes de Lettres fur quelques
écrits de ce teras , & il en publie un
cayer tous les dix jours.
QUESTIONUM Medicamen
› quæ
irca Medicina theoriam & praxim , ante
duo fæcula in Scholis Facultatis Medicina
Parifienfis agitate funt & difcuffa , ferie
chronologica , cum Doctorum Præfidum ,
Baccalaureorum propugnantium nominibus.
Opus ad Medicine , Medicorumque
Parifienfium Hiftoriam maximè conferens .
Parifiis , apud Joannem-Thomam Herif
Jant , via San- Jacobæa , fub fignis S. Pauli
& S. Hilarii. 175.2.
Quæftionum
JUILLET. 1753 . 145
Quæftionum Medicarum , quæ circa Me
dicine theoriam & praxim à duobus ferè
fæculis in actibus vefperianum Doctoratûs
& Regentiæ , apud Medicos Parifienfes
agitatæ funt & difcuffa , chronologica
feries altera. Opus ad Medicine , Medicorumque
Parifienfium Hiftoriam maximè
conferens. 1752.
Compendiaria Medicorum Parifienfium
notitia , five clarorum virorum , qui à fæculo
circiter decimo quarto ad hunc ufque
diem , in Facultate Medicine Parifienfi ,
vel Decanatum gefferunt , vel Baccalau
reatûs , Licentiatus aut Doctoratûs gradum
obtinuerunt , chronologica feries :
additis dignitatibus & muneribus , quibus
pro tempore functi funt , 1752 .
Ces trois ouvrages font réunis en un feul
volume in- 4 . Les titres en font connoître
affez l'utilité.
T
MEMOIRES pour fervir à l'Histoire
du Cardinal de Granvelle , premier Miniftre
de Philippe II . Roi d'Efpagne ; par
Dom Profper Levefque , de la Congrégation
de S. Vanne . A Paris , chez Guillaume
Defprez , rue S. Jacques. 1753. 2
vol. in 12 .
Nous rendrons compte de cette agréa
ble nouveauté le mois prochain .
146 MERCURE DE FRANCE.
SEANCES PUBLIQUES
De la Société Littéraire d'Arras.
A Société Littéraire d'Arras tint le
LA27 Janvier 1753 , une affemblée extraordinaire
pour la réception de M. de
Bonneguize , Evêque de cette Ville , qui
vint y prendre féance en qualité d'Affocié
Honoraire , & qui prononça à ce ſujet un
difcours éloquent , anquel répondit M.
l'Abbé Galhault , Chanoine de la Cathédrale
d'Arras , Directeur de la Société.
M. Harduin , Avocát , Secretaire Perpétuel
, lut enfuite un Mémoire hiftorique
, contenant la Relation d'une tentative
inutile faite en l'année 1493 , par le
Maréchal d'Efquerdes , pour furprendre la
Ville d'Arras .
M. le Roux , Avocat , lut un Difcours,
intitulé : L'Homme libre dans le devoir ,
par lequel il établit que l'homme n'eft vraiment
libre , qu'en rendant ce qu'il doit à
Dieu , à fes Supérieurs & à fes égaux. Et
M. Branel , Avocat , termina la Séance
par un autre Difcours , dont le but étoit
de prouver , qu'il ne faut pas être trop docile
à la critique.
Le 31 Mars , jour fixé pour raffemblée
JUILLET. 1753. 147
folemnelle , qui fe tient chaque année dans
le Carême , M. Binot , Avocat & nouveau
Directeur , expofa les heureux effets qu'a
déja produits l'établiffement de la Société,
& les motifs qui doivent exciter de plus en
pius l'émulation parmi les Membres de
cette Compagnie.
M. le Roux , Chancelier , lut des réflexions
fur l'etude , qui furent fuivies du remerciment
de M. l'Abbé Simon , nouvel
Affocié , dans lequel cet Abbé s'attacha à
faire voir combien la Littérature eft utile
aux perfonnes de fon état , quelle que foit
la partie du miniftere Eccléfiaftique , à laquelle
ils fe dévouent fpécialement.
Après que le Directeur eut répondu à
ce remerciment , M. Harduin lut des Remarques
fur les articulations de la Langué
Françoife , & M. Enlart de Grandval ,
Confeiller au Confeil Provincial d'Artois,
fit la lecture de deux Lettres fur le Comique
attendriffant , l'une écrite par lui même ,
l'autre par M. Aufart de Mouy , Commandant
de l'Ecole de l'Artillerie à la Fere ,'
& Brigadier des Armées du Roi , auffi
Membre de la Société. L'objet de ces deux
Lettres eft de défendre les intérêts du Comique
attendriffant , en le plaçant néanmoins
au deffous de la Tragédie & de la
véritable Comédie.
Gij
148 MERCURE
DE FRANCE .
M. Camp , Avocat & Echevin d'Arras ,
lut une Diflertation en deux parties , dont
la premiere concernoit des tombeaux antiques
, des médailles & des urnes , ou pots
de terre remplis de cendre & de charbon ,
qui furent découverts en 1752 , dans le
Village de Roclencourt , fitué à une demie
lieue , & au Nord de la Ville d'Arras.
Un habile Antiquaire , informé de cette
découverte , fut d'avis qu'elle ne tenoit
rien du paganifme , & que les fépultures .
dont elle offroit les veftiges , devoient
être du onzième fiécle . Cette opinion eſt
combattue par M. Camp , qui entreprend
prouver que les antiquités de Roclen.
court indiquent un mêlange des ufages
que les anciens Gaulois & les Francs
obfervoient à l'égard des fépultures ; ce
qui , joint à plufieurs autres circonstances ,
le détermine à rapporter l'époque des monumens
, dont il s'agit au tems de la défaite
de Clodion par Aëtius , près du lieu nommé
Vicus Helefna , que l'on croit être aujour
d'hui la Ville de Lens , en Artois.
de
Dans la feconde partie de fa Differtation
, M. Camp rend compte d'une autre
découverte faite le 15 Décembre 1752 ,
fur le territoire du village de Flanque ,
proche celui de Flers , dans le voisinage.
de Douai , où des laboureurs trouverent
JUILLET : 1753. 149
1
,
dans un champ deux vales de terre , contenant
au moins trente mille médailles ,
ou piéces de monnoye Romaine dont
deux feulement étoient d'argent , toutes
les autres étant de bronze & très bien
marquées. Dans cet amas de piéces anciennes
, il s'en eft trouvé aux coins de
plus de vingt Empereurs ou Imperatrices ,
fçavoir , de Galien , des deux Valeriens ,
de Pofthume , de Claude le Gothique , de
Quintilius , d'Aurélien , de Tacite , de
Florien , de Carus , de Numérien , de Carinus
, de Dioclétien , de Maximien , de
Conftance- Chlorus , de Conftantin le
Grand , des deux Tétricus , de Marius , de
Séverina & de Magnia Urbica . L'une des
médailles d'argent , qui eft de Galien ,
étoit placée au milieu de l'embouchure de
l'un des deux vales de terre , couchée fus
le dernier lit des pièces de bronze , & entourée
d'un cercle ou anneau de gros fil
d'argent parfaitement arrondi & poli ,
dans lequel cette médaille paroiffoit emboitée.
M. Camp , après avoir examiné les
differentes conjectures qu'on peut former
fur le dépôt d'une quantité de monnoye
auffi confidérable , penfe qu'elle a dû faire
partie de la caifle de quelque Tribun ou
Quefteur fubalterne d'une arinée Romaine ,
qui forcé de décamper fubitement , n'aura
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
pas eu le loifir d'emporter cette monnoye
deftinée à la paye journaliere du foldat.
50% jot 50 e se ve 504 50. 506 506 120 500 50050
BEAUX ARTS.
Lmands &
Hollandois , avec des por-
A Vie des Peintres Flamands , Alletraits
gravés en taille-douce , une indication
de leurs principaux ouvrages , & des
réflexions fur leurs différentes manieres ;
par M. Defcamps . A Paris , chez Charles-
Antoine Jombert.
L'ordre que je me fuis preferit , dit M.
Defcamps , comme le plus clair & le plus
fimple , eft de faire connoître l'année & la
ville où le Peintre a reçu le jour. J'expofe
fon extraction , je le fuis chez les maîtres
& dans les pays où il voyage , j'en raconte
des événemens , lorfqu'ils ont quelque
rapport avec fon talent , & je marque le
tems de fa mort. Lorfque fes ouvrages me
font bien connus , je défigne fon genre ,
& je tâche d'apprécier fon mérite ; mais
lorfque je ne connois point par moi même
fes tableaux , j'indique où ils font , j'en
fais une espéce de catalogue , enforte que
l'on fçait en quel endroit un tableau étoit
autrefois , à qui il a appartenu , & dans
quel cabinet il a été tranſporté . C'eſt par
JUILLET. 1753. IST
cette route inftructive que j'arrive jufqu'aux
cabinets de nos François curieux ,
pleins de connoiffance & de goût , qui
poffédent les plas précieux tableaux de
Hollande & de Flandres.
Près de deux cens portraits gravés par
les meilleurs Artiftes de Paris , & placés à
la tête de la vie des plus grands Peintres ,
font les plus beaux ornemens de cet ouvrage.
Ces portraits caractérisent par les
vignettes qui les entourent , les talens particuliers
de chaque maître , enforte qu'il
fuffit de voir fes attributs pour juger quel
étoit le genre du Peintre.
Le plan que M. Defcamps s'eſt fait , eſt
fort fage & très- heureuſement exécuté ;
le public en pourra juger par quelques
morceaux de fon livre , que nous allons
tranfcrire.
C'eſt à la petite ville de Maafeyck ,
fituée fur les bords de la Meufe , que nous
devons le fecret de la peinture à l'huile
que les anciens ne connoiffoient pas , &
auquel les Modernes doivent la confervation
de leurs chef- d'oeuvres . Cette ville
donna le jour à Hubert Vaneyck & à Jean
fon frere : le premier naquit en 1366 , &
le fecond en 1370 ; ils étudierent & fuivirent
tous deux les principes de leur
pere. Cette famille fembloit être née
pour
G iiij
152 MERCURE DE FRANCE:
la Peinture ; Marguerite leur four fur célébre
dans cet art , elle refufa de fe marier
pour pouvoir s'y livrer toute entiere .
Quoique Jean fût éléve d'Hubert fon
frere aîné , il le furpaffa ; il étoit non feulement
bon Peintre , mais il avoit une inclination
décidée pour d'autres Sciences ,
& furtout pour la Chymie. En cherchant
le moyen de purifier fes couleurs pour les
rendre plus durables , il avoit trouvé un
vernis qu'il appliquoit fur fes tableaux ,
& qui les rendoit luifans & pleins de force .
La recherche de ce vernis avoit occupé
tous les Peintres d'Italie pendant plufieurs
années comme ce vernis ne fe féchoit
point de lui- même , & que le Peintre étoit
obligé de l'expofer à l'ardeur du Soleil ,
un hazard procura à la Peinture un fuccès
dont nous jouiflons. Jean Vaneyck ayant
pofé au foleil un tableau qui lui avoit
coûté beaucoup de foin , ce tableau qui
étoit fur bois , fe fépara en deux : la douleur
de voir ainfi détruire le fruit de fes
travaux , lui fit avoir recours à la Chymie
,, pour
tenter
fi par
le moyen
des
huiles
cuites
il ne pouvoit
pas
trouver
celui
de faire
fécher
fon
vernis
fans
le fecours
du foleil
ou du feu
; il fe fervit
des
huiles
de noix
& de lin , comme
les
plus
fécatives
, & en les
faifant
cuire
avec
d'autres
JUILLET. 1573. 153
'drogues , il compofa un vernis beaucoup
plus beau que le premier ; il éprouva de
plus , que les couleurs fe mêloient plus
facilement avec l'huile qu'avec la colle ou
l'eau d'oeuf dont il s'étoit jufqu'alors fervi ,
ce qui détermina notre Artifte à fuivre
cette nouvelle méthode ; fes couleurs fans
s'emboire , confervoient leurs mêmes tons,
& n'avoient pas befoin de vernis , elles
Le féchoient promptement , & il faut ajoû
ter encore qu'il trouva plus de facilité à
les mêler. Tous ces avantages lui firent
abandonner la colle & l'eau d'oeuf, pour
fe mettre dans l'ufage des couleurs à l'huile,
où il acquit , ainfi que fon frere , une
grande réputation ; ils eurent auffi tous
deux grand foin de cacher leur fecret .
Hemmelinck avoit un meilleur goût de
deflein que les Peintres de fon tems , it
il
groupoit les figures avec plus d'ordre . Ses
fujets font bien difpofés , il y a une dégradation
fenfible dans fes couleurs ; il a
fait un affez bon choix dans l'Architecture ,
& on apperçoit qu'il en fçavoit très -bien
les régles , ainfi que la Perfpective . Cer
Artiste a au moins égalé les freres Vaneyck ,
& dans quelques parties il les a furpallés.
On s'étonne que les tableaux de ce Peintre
ne foient qu'à l'eau d'oeuf ; fans doute
G F
154 MERCURE DE FRANCE:
qu'il
'il étoit attaché par préjugé à ce genre
de peinture , & qu'il faifoit peu de cas
de la peinture à l'huile , dont l'ufage étoit
établi depuis quatre - vingt ans : il ne pouvoit
en ignorer le fecret trouvé dans la
ville où il faifoit fa demeure . D'ailleurs
rien n'eft plus beau ni plus frais que ce
qui nous refte de lui.
Albert Durer eft le premier Allemand
qui ait ofé réformer le mauvais goût dans
La patrie. Il naquit à Nuremberg en 1470,
& fut deftiné par fon pere , habile Orfevre
, à fuivre la même profeffion ; mais
fon inclination le portoit à graver & à
defliner. Il eut enfin le bonheur d'entrer
chez Hupfe Martin , Peintre & Graveur :
il y fir de grands progrès dans la gravûre ,
& commença à peindre. Il entra peu de
tems après chez Michel Wolgemut ; c'eft
chez ce dernier qu'il s'appliqua plus particulierement
à la peinture , & négligea
quelque tems la gravûre. Ne fe contentant
pas de la Peinture feule , il étudia la
Perfpective , l'Architecture civile & mili
taire , fur lefquelles il donna des traités .
Avant d'avoir quitté l'école , quelques
Ouvrages difperfés le firent connoître à la
Cour de Maximilien : ce Monarque le fit
demander pour l'exécution de quelques
JUILLET.
1753. TSS
grands projets. Un jour en deflinant fur
une muraille trop élevée , l'Empereur qui
étoit préfent , dit à un Gentilhomme de
fe pofer de façon que le Peintre pût fe fervir
de lui pour s'élever affez haut. Le Gentilhomme
repréfenta humblement qu'il
étoit prêt à obéir , mais qu'il trouvoit cette
pofition trop humiliante , & qu'on ne
pouvoit guères plus avilir la Nobleffe ,
qu'en la faifant fervir de marche - pied. Ce
Peintre répondit l'Empereur ) eft plus
noble fes talens : je peux
que par
d'un payfan
faire un Noble , mais d'un Noble je
ne ferois jamais un tel Artifte. Albert fut
ennobli par ce Prince , qui lui donna pour
armes , trois écuffons d'argent , deux en
chef & un en pointe , fur un champ d'azur.
Peu d'Artistes ont joui d'une plus grane
de réputation que Jean Holbéen . Son pere
Peintre médiocre , quitra Aufbourg
lieu de fa naiffance , & alla demeurer å
Bâle en Suiffe , où naquit Jean Holbéen
en 1498. Il étudia fous fon pere qu'il forpaffa
bientôt. Né avec d'heureufes difpofitions
, il fe perfectionna de lui- même :
fes talens furent employés , & l'on vit
fortir de fa main d'excellens ouvrages répandas
chez les particuliers. On lui confia
auffi des Ouvrages publics , tels que la
Danfe Villageoife , qu'on voit à la Poif-
Gvj
?
156 MERCURE DE FRANCE:
fonnerie ; la fameufe Danfe des morts ,
qui eft au Cimetiere de S. Pierre , & les
Tableaux de la Maiſon de Ville .
Erafme demeurant à Bâle , trouva ce
Peintre digne de fon amitié , il lui fit faire
fon portrait , & lui confeilla d'aller en
Angleterre.Il quitta fans peine fon lieu natal
, où l'humeur impérieufe de fa femme
lui caufoit quelques dégoûrs. Arrivé à
Londres , il préfenta au Chancellier Morus
des lettres & le portrait d'Erafme : ce
Miniftre touché de la reffemblance de fon
ami , & de la beauté du pinceau , reçut
le Peintre chez lui avec diftinction ; il le
garda ainfi trois ans , lui faifant faire plufieurs
ouvrages, Morus ayant invité le Roi
Henri VIII. à un feftin , il expofa aux
yeux de ce Prince les chefs - d'oeuvres
d'Holbéen , qui fraperent le Roi par leur
beauté & la parfaite reflemblance de
plufieurs portraits : Morus pria le Roi de
les accepter.
Le Monarque demanda s'il ne lui feroit
pas poffible d'avoir l'Artiste à fon fervice :
Morus le fit entrer & le préfenta au Roi ,
qui le nomma fon Peintre , & répondit à
fon Miniftre : je vous laiffe avec plaifir
les préfens que vous venez de me faire ,
puifque vous m'en procurez l'Auteur . Holbéen
commença pour le Roi de beaux ouJUILLET.
1753. 157
rages , qui feront nommés avec les autres.
Une avanture extraordinaire nous
fait voir à quel point ce Prince l'aimoit :
Peintre s'étant un jour enfermé dans
fon attelier , un des premiers Comtes
d'Angleterre voulut le voir travailler . Holbéen
s'excufa poliment ; mais çe Seigneur
croyant qu'on devoit tout à fon rang , perfifta
& voulut forcer la porte : l'Artifte irrité
, jetta le Comte du haut de l'escalier
en bas , & fe renferma d'abord dans fon
appartement ; mais pour échapper à la fureur
du Seigneur & de fa fuite , il le fauva
par une fenêtre dans une petite cour ,
& fut fe jetter aux pieds du Roi , en lui
demandant fa grace fans dire fon crime :
il l'obtint du Monarque qui lui marqua fa
furprife , lors qu'Holbéen lui eut raconté
ce qui s'étoit paffé , & lui dit de ne pas
paroître que cette affaire ne fût terminée .
On apporta bientôt le Seigneur Anglois
tout meurtri & enfanglanté : il fit fa plainte
au Roi , qui chercha à le calmer , en
excufant la vivacité de fon Peintre. Le
Comte piqué alors ne ménagea point fes
termes , & le Roi peu accoutumé à fe
voir manquer de refpect , lui dit : Monfieur
je vous défends fur votre vie.
d'attenter à celle de mon Peintre . La différence
qu'il y a entre vous deux eft fi
>
158 MERCURE DE FRANCE.
grande , que de fept Payfans je peux faire
fept Comtes comme vous ; mais de fept
Comtes je ne pourrois jamais faire un
Holbéen. La fermeté du Roi & quelques
autres menaces , firent peur au Seigneur
Anglois , qui demanda pardon au Roi , &
promit fur la tête de ne tirer aucune vengeance
de l'outrage que lui avoit fait
Holbéen .
Abraham Janffens avoit une belle maniere
: fes compofitions ont le feu des plus
grands Maîtres : fon deffein eft plein de
goût , fa touche facile & reffentie , fes
draperies font jettées & pliées avec choix .
Une difpofition admirable dans fes ſujets
& foutenue par une entente fçavante du
clair obfcur , donnoit de la force à fes tableaux
, & lui étoit pariculiere : il étoit
furtout grand colorifte . C'est avec des talens
de cette efpece qu'il a mérité d'être
égalé aux plus habiles Peintres Flamands .
Il aimoit à repréſenter des fujets éclairés
au flambeau : il aimoit cette extrêmité du
clair au grand brun , fans être noir dans
fes ombres ; on eft furpris de l'éclat qu'il a
donné à ce qui eft éclairé.
Le mérite des ouvrages d'Adam Elzheimer
confifte furtout dans le goût du
deffein , dans une diftribution admirable
de fes fujets , & dans une touche fpiriJUILLET.
1753. 159
tuelle : excellent colorifte , toujours précieux
& piquant , fa maniere a fait bien
des imitateurs. Thoman & le Comte de
Gand ont fuivi ce grand Maître : David
Teniers le pere , & Bamboche l'ont étudié
, & c'eft d'après lui qu'ils ont excellé
dans leur genre . Ses Tableaux les plus confidérables
font le jeune Tobie conduit par
l'Ange , & fuivi d'an petit chien qui paroît
fauter d'une pierre à une autre , &
qui eft artiftement éclairé du Soleil . Il a
peint une Latône avec fes enfans ; des
payfans changés en grenouilles femblent
troubler l'eau par leurs mouvemens .Un autre
Tableau admirable eft Procris bleffée :
Céphale tâche de guérit fa playe avec des
herbes. On voit dans le fond des Satyres
avec des Dryades qui font du feu à l'entrée
d'un bois . On connoît auffi un S. Laurent
nud devant le Juge qui le condamne
à mort , fur le refus qu'il fait d'adorer les
faux Dieux. Ce Tableau appartient au
Comte de Naffau Saerbrugge , & fe voit
dans le Château d'Idftein . On a du même
Peintre un fecond S. Laurent en habit
d'Eglife ; il fut fait pour le neveu de Joachim
Sandrart : ce Martyr tient d'une
main le gril , & de l'autre une branche
de palmier , un paylage orne le fond du
Tableau : un Soleil couchant y fait beau160
MERCURE DE FRANCE .
1
coup d'effet fur des eaux qui s'y trouvent
agréablement répandues ; la figure du Saint
eft peu correcte , mais fi ce défaut étoit
caufé par l'habitude de faire trop en petit ,
on fent cependant par fa facilité , qu'il
auroit réuffi en grand , & on le remarque
dans quelques uns de fes autres Tableaux .
On voit dans les villes de Flandre plufieurs
Tableaux de Nicolas de Liermaecker
, furnommé Roofe. Il en faifoit peu
de chevalet , la grande facilité & le feu
de fon imagination le portoient plus à
traiter des fujets en grand qu'en petit :
fes figures font toujours grandes , & paroiffent
même coloffales , mais elles font
d'un bon goût de deffein. C'eſt à fa grande
pratique que l'on attribue quelquefois
fa couleur froide tirant fur le noir , prin .
cipalement dans fes ombres. Ses couleurs
de chair font fouvent rouges & peu agréables
. Ces défauts ne font pas dans tous les
ouvrages , & plufieurs de ces Tableaux
font coloriés comme ceux de Rubens : la
chûte des Anges en eft une preuve : il deffinoit
bien le nud , il aimoit à le repréfenter
, & rarement a - t- il manqué de l'introduire
dans fes ouvrages.
Bien des Auteurs fe font contentés de
dire que l'on voit peu de Tableaux
qui foient entierement de Rubens , &
JUILLE T. 1753. 161
qu'il ne faifoit fouvent que retoucher
ceux de fes éleves ; c'eft une erreur : les
Tableaux de fes éleves qui ont été retouchés
font aifés à reconnoître : on n'y trouve
pas les tranfparens dont ce grand Peintre
tiroit fi bien parti : ceux qui font de
Vandyck embaraffent le plus ; mais encore
rarement peut - on s'y tromper. La touche
de Vandyck eft plus tendre : elle
n'eſt ni fi facile , ni fi large que celle de
fon Maître. Il femble que dans les Ta
bleaux de Rubens , les maffes privées de
lumieres ne foient prefque point chargées
de couleurs : c'étoit une des critiques de
fes ennemis , qui prétendoient que fes
Tableaux n'étoient point affez empâtés
& n'étoient prefque qu'un vernis colorié ,
áuffi peu durable que l'Artifte . On voit
à préfent que cette prédiction étoit trèsmal
fondée. Tout n'avoit d'abord , fous
le pinceau de Rubens , que l'apparence
d'un glacis ; mais quoiqu'il tirât fouvent
des tons de l'impreffion de fa toile , elle
étoit cependant entierement couverte de
couleur : il a connu parfaitement celle qui
n'altéroit ni la vivacité , ni la durée de
l'autre . Une des maximes principales qu'il
répétoit le plus fouvent dans fon école fur
´le coloris , étoit , qu'il étoit très dangereux
de fe fervir du blanc & du noir.
162 MERCURE DE FRANCE.
Commencez , difoit- il , à peindre légerement
vos ombres : gardez- vous d'y laif
fer gliffer du blanc , c'eft le poifon d'un
Tableau , excepté dans les lumieres ; fi le
blanc émoufle une fois cette pointe brillante
& dorée , votre couleur ne fera plus
chaude , mais lourde & grife . Après avoir
démontré cette précaution finéceffaire pour
les ombres , & avoir défigné les couleurs
qui peuvent y nuire , il continue ainfi :
il n'en eft pas de même dans les lumieres
on peut charger fes couleurs tant que l'on'
le juge à propos : elles ont du corps ; il
faut cependant les tenir pures : on y réuffi
en plaçant chaque teinte dans fa place ,
& près l'une de l'autre , en forte que d'un
léger mélange fait avec la broffe où le pinceau
, on parvienne à les fondre en les
paffant l'une dans l'autre fans les tourmenter
, & alors on peut retourner fur cette
préparation & y donner des touches déci
dées , qui font toujours les marques dif
tinctives des grands Maîtres .
Voilà quelques-uns des principes de Rubens
, on les reconnoît dans fes ouvrages
fa couleur eft tendre , vive , fraiche,
& naturelle : il avoit une finguliere facilité
à opérer , & par là il cachoit fa palette
dans tout ce qu'il a produit . Il tenoit
cet artifice de l'examen des ouvrages
3.
JUILLET. 1753. 163
du Titien , de Paule - Veronefe & du Correge
, & c. S'il a cependant moins fonda
fes couleurs , il nous laiffe la route plus
frayée que ces maîtres Italiens , qui nous
déguifent leur marche par une fonte prefqu'infenfible.
Nous pouvons donc le regarder
comme un Maître auffi bienfaifant
qu'habile , qui veut bien nous révéler les
mystères de cette forre de magie fi difficile
à deviner , & dans laquelle il n'a pas encore
été furpaffé . Quel avantage n'at il
pas tiré du clair obfcur ? avec quelle induſtrie
a t- il fçû lier fes grouppes , répandre
& foutenir les grandes malfes de lu
miere par celle des ombres ? Un génie fi
élevé & fi fçavant dans l'Hiftoire & les
Belles Lettres étoit auffi digne d'être admiré
que capable d'inftruire. Abondant &
facile dans fes productions , varié dans fes
attitudes auffi fimples que naturelles , &
toujours contraftées , fans être outrées ;
jufte dans fes expreffions , noble & exact
dans l'expofition , & plein de jugement
quand il a fait ufage de l'allégorie ; fes
draperies font convenables aux fujets ; les
étoffes groffieres ou légeres font jettées
avec art. Il n'y a nulle affectation dans les
plis qui font amples , & fous lefquelles fe
define le nud : on y reconnoît diſtinctement
la foye , la laine & le lin. Rubens
164 MERCURE DE FRANCE.
a peut- être manqué quelquefois à l'élégance
, & au choix de la belle nature : il
eft même quelquefois manieré , furtout
dans les extrêmités , & les emmanchemens
de fes figures , mais ce défaut ne lui eft
point ordinaire : il a très - fouvent faifi dans
la nature des beautés qui lui étoient échappées
dans les antiques , ou plutôt qui ne
s'y trouvoient point. S'il a quelquefois
négligé la correction du deffein , il eft
fouvent dans cette partie égal aux plus
grands Maîtres l'éloge que nous allons
faire de la plupart de fes éléves , doit encore
ajoûter à la gloire .
Rubens peignoit l'hiftoire , le portrait , le
payfage, les fruits , les fleurs & les animaux,
&dans chaque genre il étoit habile; il avoit
tant de reffources dans fon génie , qu'il a
compofé jufqu'à trois ou quatre fois le même
fujet dans le même inftant , fans qu'il
y eût rien de reffemblant . Nous avons plufieurs
efquiffes de lui , faites pour le même
Tableau. On en connoît trois en France
du Tableau d'Autel des Auguftins d'Anvers
, une chez M. de Voyer d'Argenfon ,
l'autre chez M. de Julienne , & la troifiéme
à Rouen , très finie , chez l'Auteur de
cet Ouvrage. Toutes ces efquiffes étoient
fur le panneau , la toile ou le papier huilé
il fçavoit y répandre la même intelli
JUILLET.
1753. 165
gence que dans un Tableau terminé. Il en
étoit de même des études particulieres qu'il
faifoit avec beaucoup de feu. Quand il ne
peignoit pas fes efquiffes ou fes études ,
il les faifoit au crayon noir , au crayon
Louge ou charbon huilé , rehauffé de blanc ,
fouvent avec un lavis d'encre de la Chine
, & d'autres couleurs à la gomme. On
voit dans fes deffeins toute la force &
toute la vigueur d'un Tableau , auffi fontils
fort recherchés & payés très cher,
DELPHIRE , Cantatille à voix feule ,
avec fymphonie ; par M. le Febvre , Organifte
de l'Eglife Royale de Saint Louis
en l'lfle ; gravée par M. de Montgautier.
Prix 36. A Paris , chez l'Auteur , rue
Aubry-le - Boucher , chez un Limonadier ,
& aux adreffes ordinaires .
Cette Cantatille eft agréable , & fait
honneur à fon Auteur .
NOUVELLE Carte du Canada , dé
diée & préfentée à M. le Comte d'Argenfon
, Miniftre & Secrétaire d'Etat , par
M, Robert de Vaugondy fils , Géographe
ordinaire du Roi , en Juin 1753.
L'on trouve dans cette Carte un détail
que l'on ne peut avoir dans aucune de
celles qui ont paru jufqu'à préfent. L'Au166
MERCURE DE FRANCE.
teur y a diftingué les poffeffions Françoifes
& Angloifes exactement , fur tout
pour l'Acadie , d'après les Mémoires qui
lui avoient été communiqués il y a un an
par le Miniftere , pour corriger l'article
de cette Prefqu'ifle dans le Dictionnaire
de Trévoux . Des Ouvrages fi bien exécutés
contribueront à foutenir la réputation
qu'ont mérités à l'Auteur les grands globes
que nous avons annoncés dans quelques-
uns de nos Mercures.
L'ACADEMIE Royale de Peinture
& de Sculpture vient de recevoir M. Feffard
connu par l'entreprife de la Chapelle
des Enfans trouvés . Cet habile Graveur
a été agréé fur les premieres planches de
fon grand Ouvrage , fur une Amphitrite
deffinée par M. Natoire , & fur l'Herminie
& une Bergere , d'après M. Natoire.
On trouve chez Dheulland , Place
Maubert , au Soleil d'or , chez un Marchand
Bonnetier , une Eftampe qui repréfente
le vaiffeau du Roi le Duc de
Bourgogne , lancé à la mer dans le Port de
Rochefort.
L'Auteur de ce morceau , le fieur Ozanne
, Deffinateur de la Marine & de l'Académie
de Breſt , donnera une fuite de
JUILLET
. 1753. 167
fujets de Marine , qui feront fort intéreffans.
On trouvera à la même adreffe ,
des livres compofés de fix feuilles de plu
fieurs fortes de fujets de Marine ; le tout
très-bien deffiné & gravé d'après nature .
L'Eftampe annoncée eft dédiée à Monfeigneur
le Duc de Bourgogne.
Le goût des fujets bas & ignobles a regné
dans tous les tems , l'Antiquité nous
en fournit des exemples , & l'Ecole . Flamande
plus à la mode que jamais , nous
entretient en France dans le genre de traiter
la nature . On voit dans la compofition
de l'Eſtampe qui a pour titre , la Place
Maubert , plufieurs images des paffions
& des plaifirs du peuple de Paris ; mais on
reconnoît à la difpofition des fabriques
que le fujet a été traité par un Peintre
d'Hiftoire , & que M. Jeaurat en a fait un
de fes délaffemens . M. Aliamet qui a gravé
& très bien rendu le tableau , paroît s'être
encore plus attaché à la fidélité du trait
& aux caracteres des figures , qu'aux parties
de l'accord & de l'harmonic.
EB
168 MERCURE DE FRANCE.
CHANSON ANACREONTIQUE .
Par M. G. E. Freiefleben , Bibliotéquaire de
S. A. S. Monfeigneur le Duc de Saxe-
Gotha.
GOUTONS lesdonceurs de la vie ☀
Silvie ,
Soulageons nos defirs ,
Livrons- nous à mille plaiſirs ;
Ce beau printems nous y convie.
Goûtons les douceurs de la vie ,
Silvie ,
Soulageons nos defirs !
Imitez cette aimable rofe
Eclofe
A la pointe du jour ;
Elle fait naître & fent l'amour :
A fon bonheur rien ne s'oppofe
Imitez cette aimable rofe
Eclofe
A la pointe du jour.
Voit- on la jeune Tourterelle
Rebelle
Aux voeux de fon amant ?
Un tendre & vif empreffement
Malgré les efforts la décele.
Voit-on
De nos beaux jours faiſons uſage 7
Le Sage
Met le tems à profita
J
Aux voeux de fon amant ?
Un tendre & vif empreffement
Malgré les efforts la décele,
Voit-on
JUILLET.
1753. 169
}
Woit-on la jeune Tourterelle
Rébelle
'Aux voeux de fon amant ?
Ce ruiffeau bordé de verdare
Murmure
D'un air voluptueux.
Tout chante l'amour & fes feux
C'est le refrein de la nature .
Ce ruiffeau bordé de verdure
Murmure
D'un air voluptueux,
S'il faut par une loi fuprême ,
Qu'on aime ,
Pourquoi le différer ?
Le tems mis à délibérer
Nous prive d'un bonheur extrême
S'il faut par une loi fuprême ,
Qu'on aime ;
Pourquoi le différer ?
De nos beaux jours faiſons uſage
Le Sage
Met le tems à profit.
L'âge , malgré ce qu'il en dit ,
Ne vaut pas notre apprentiffage.
De nos beaux jours faifons ufage i
Le Sage
Met le tems à profit
170 MERCURE DE FRANCE.
Silvie, égayons la jeuneffe
Sans ceffe
Par nos jeux innocens ;
Laiffons les regrets languiffans
Au gré de l'auftere vieillefle ;
Silvie , égayons la jeuneffe
Sans ceffe
Par dos jeux innocens.
SPECTACLE S.
'ACADEMIE Royale de Mufique
L'continue les Vendredis & les Dimanches
les repréſentations des Fêtes Grecques
& Romaines.
Elle donne le Mardi depuis le 19 Juin
deux nouveaux intermédes Italiens , le Chimois
& la Bohémienne. Ces deux intermédes,
& furtout le dernier , ont été très-favora
blement reçus du Public. On a fort applaudi
l'ouverture du premier , qui eft du célébre
Jomelli ; & on a fort goûté dans cet
interméde l'ariette lo fono una donzella ,
très-bien chantée par Mlle Tonnelli , &
le duo de la fin . L'ariette Gia colmo di pia.
cere, chargée par M. Manelli , a fait moins
d'effet qu'elle n'auroit dû , le chant en étanc
très expreffif & très-agréable....I
JUILLE T. 1753. 171
La Bohémienne a eu beaucoup de fuccès
& malgré l'excellence de la Mufique , qui
auroit pû fuffire pour cela , il faut avouer
qu'elle doit en partie ce fuccès au fujet qui
eft affez plaifant, & qui produit quelque jeu
de théatre. Les connoiffeurs ont extrêmement
goûté dans le premier acte l'ariette
charmante Si caro benfarete, que la multitude
n'a pas trop écoutée. L'ariette Che
orror ! che spavento , & le duo de la fin
ont beaucoup plû , & ce qui a réuni furtout
les fuffrages , a été l'air de la bonne
aventure , & celui de la danfe de l'ours .
Dans le deuxième acte , le plus beau de
l'interméde , il n'y a prefque pas une
ariette qui n'ait été fort applaudie. Celles
qui ont frappé davantage , font l'ariet
te Voce che lugubre , &c . & fon admirable
accompagnement ; & l'ariette Vivero fitn
lo vuoi le choeur a été très- goûté des
connoiffeurs & du public ; mais ce qui a
furtout fait la fortune de cet acte , c'eſtle
trio plein de gayeté & d'expreffion
qui le termine. On a joint à ces deux actes
celui du Bal des Fêtes de Tempé , que le
Public a revu avec plaifir , & le fpectacle
a été terminé par un ballet affez médiocre
pour la mufique & pour la danfe.
Les Comédiens François ont donne le
7
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Mercredi 26 Juin les Hommes , Comédie
Ballet en un acte. Ce nouvel Ouvrage de
M. de Saint-Foix eft trouvé généralement
charmant.
Les Comédiens Italiens ont donné le
Lundi 18 , la premiere répréfentation
d'une Féerie en profe & en trois actes ,
intitulée : la Baguette, qui n'a point réuffi .
EXTRAIT de Raton & Rofette ou la Vengeance
inutile , Parodie de Titon & l'Aurore
, représentée pour la premiere fois par
les Comédiens Italiens , le 28 Mars.
•
Raton , Garçon de Ferme , amoureux
de Rofette , Jardiniere , l'attend avec impatience
avant le lever de l'Aurore ; comme
elle tarde à paroître, Raton la foupçonne
de coquetterie , & de paffer mieux fon
tems avec un rival, Une fymphonie annonce
le lever de l'Aurore , on entend
enfuite le chant du coq , le ramage des
oifeaux , & les cris de différens animaux :
qui peuplent une baffe cour. Rofette paroît
fur la montagne , defcend dans fonjardin
, arrofe fes fleurs au jour naiſſant ,
& chante :
Brillantes fleurs ,
Vos vives couleurs
Ae nos plaifirs font l'image
JUILLET. 1753. 17
Leur tendre éclat
Eft fi délicat ,
Qu'un fouffle , un rien l'endommage,
Il faut cueillir
Les rofes fans les ternir
Et fans fléttir.
1
Sans affoiblir le defir
Failons chaque jour
Renaître l'amour
>
Et confervons fes attraits
Frais.
1
Rofette appercevant Raton , lui témoi
gne fa joie par les plus vifs empreffemens.
Raton a les mêmes fentimens , & ils chantent
enfemble le duo qui fuit.
Chaffons , chaffons les craintes , les foupçons
De nos jaloux augmentons le martire ,
Traitons leurs plaintes de chanfons
N'en faifons que rire.
Je t'aimerai tant ,
Je te le dirai tant tant tant tant,
Et fi tendrement,
Rofette.
Raton.
Ma main eft le gage :
Reçois l'hommage
D'un amour conftant ;
Qu'un heureux mariage
Te
Me
rende content.
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
Je t'aimerai tant ;
Je te le dirai tant tant tant tant ,
Et fi tendrement.
Reçois
le
gage ,
l'hommage
D'un amour conftant ,
Et qu'un doux mariage
Te
Me
rende content.
Cette fcéne eft fuivie d'un divertiffement.
Dans le premier , des Bouquetieres
paroiffent avec des corbeilles vuides ; dans
le fecond , des Jardiniers viennent avec
des fleurs , & rempliffent les corbeilles.
VAUDEVILLE DES BOUQUETIERES,
Prenez de nos bouquets ,
Ils font tous frais.
Prenez a double violette :
Galans , voici pour vous
Des oeillets doux ,
Venez en faire emplette
à Raton.
Approchez , mon beau Garçon ,
De nous achetez donc
Quelque fleurette ,
La rofe & l'bouton
D'amourette ,
JUILLET. 1753 175
La rofe & l'bouton.
Rofette à Raton.
Je t'aime fans détours
Et pour toujours.
Mon amitié n'eft point légere ,
Elle a plus de fraîcheur
Que cette fleur ,
Et n'eft, point paffagere ;
Cher amant , je t'en fais don..
En lui préfentant un bouquet,
Reçois auffi Raton
De ta Roſette
La rofe & le bouton
D'amourette' ,
La rofe & le bouton.
Gringole , Meunier , eft amoureux de
Rofette , & veut l'enlever à Raton fon
rival : il paroît à la fenêtre de fon mour
lin , & chante :
>
Hola , hé que de train
Si matin !
Attendez-moi , mes drôles,
Garçons , éveillez- vous
Venez tous ,
Armez vos bras de gaules.
De ces chanteurs ,
Et de ces danfeurs
H iij
176 MERCURE DE FRANCE
Venez frotter les épaules .
Les Jardiniers & les Bouquetieres fe
retirent ; la frayeur fait le même effet fut
Raton & fur Rofette , & Gringole fe féli
cite ainfi :
'
Ils fe font tous enfuis de peur
En me voyant paroître.
Ce qui redouble ma fureury
J'ai vu par ma fenêtre , 1
J'ai vu Rofette avec Raton ,
Oh oh oh oh oh , j'en aurai raifon
Parfanguenne me prend- on
Pour un oifon ? bis:
Perette Fermiere , fort toute tremblante
'de chez elle , & demande à Gringole le
fujet du bruit qu'elle vient d'entendre :
Gringole lui rend compte de fon amour
pour Rofette , & de la jaloufie qu'il a conçue
de Raton. Perette qui aime autant
Raton que Gringole aime Rofette , confeille
au Meunier de lui céder Raton , en
proteftant qu'elle l'empêchera bien d'approcher
de Rofette ; Perette recommande
en même tems à Gringole de tâcher d'appaifer
Rofette.
Prenez part à fa douleur
C'est une bonne recette
JUILLET. 1753. 177
Un ami confolateur ,
Eft bientôt amant vainqueur. !
Perette rentre chez elle , & Gringole
chante feul.
Qu'elle eft gentille ,
Ma jeune jardiniere ,
En elle brille
La beauté printaniere .
Ah , quelle grace !
Rien ne l'efface ;
Quand je l'apperçois ,
Quand j'entends fa voix ;"
Je fens la flâme .
Agiter mon coeur ,
Avec tant d'ardeur
Que je me pâme ,
Je me fens ravir
De plaifir.
Les fleurs de prairie
N'ont point la fraicheur ;
L'épine fleurie
N'a point fa blancheur,
Tant que je vivraiį“
J'aimerai ,
Chérirai
Sa legereté ,
Sa beauté
Sa gayé à
Hv
178 MERCURE DE FRANCE
Elle babille ;
Hem elle fautille ;
Ah , qu'elle a d'appas !
C'eft fur les pas
Qu'on voit éclore
Des fleurs de tous les jours ,
Mais moins encore ,
De fleurs
que
d'amours.
1
De fa vigueur
Si je fuis vainqueur ,
Dès le matin
Cultivant fon jardin ,
Tout à loifir
Je pourrai cueillir
Les rofes , les lys ,
Et cent bailers jolis.
Il voit arriver Roſette toute en pleurs ;
il l'aborde un inftant après , & lui dit d'un
ton doucereux :
Belle Rofette ,
Je plains votre tourment;
Et je regrette
De bon coeur votre amant ; 3
Il avoit du mérite ,
Et beaucoup d'amitié ;
Ah , pauvr' petite !
Yo ' malheur excise
Ma pitié,
JUILLET. 1753. 179
Rofette.
Fai perdu tout mon bonheur ,
On a pris mon ferviteur ;
O fort trop
funefte !
O fort
trop
funefte !
Que l'on m'ôte tout mon bien
Je ne regretterai rien ;
Non rien , non rien "
Non rien .
Que l'on m'ôte tout mon bien ,
Je ne regretterai rien ,
Si Raton me refte ;
J'ai perdu tout mon bonheur,
On a pris mon ferviteur ;
O fort trop funefte !
Offort trop funeſte !
Gringole s'offre à la place de Raton , ce
qui augmente la douleur de Rofette . Gringole
défefperant de l'attendrir , lui apprend
que fon ami eft parti pour le Mif
fillipy..
Rofette.
défelpoir, pauvre Roſette !:
Gringole.
C'est un valet que Roferte regrettes-
Rofette.
Faime autant ce fimple valèt;.
Que je te hai ,& redéreſte.
kivij
180 MERCURE DE FRANCE.
Gringole.
C'eſt parler net ,
V'là mon paquet ;
Je ne demande point mon refte."
Perette vient trouver Gringole , & lui
demande s'il a réuffi ; Gringole tranſporté
de fureur , ne répond qu'en ordonnant à
fes garçons de faire expirer Raton fous
leurs coups. Perette pour faire ceffer les
cris & le tapage des Meûniers , dit à Grin
gole de les renvoyer , & lui promet de
gagner Raton , pour qui elle avoue fon
penchant fiez vous à moi , ajoute- t'elle à
Gringole , je ne vais rien épargner pour
en venir à bout . Perette vante à Raton les
plaifirs de l'inconftance , & fait chanter par
un payfan de la fête qu'elle a ordonnée , le
couplet qui fuit :
:
Courons d'la blonde à la brune ,2
A changer tout nous inftruit ;
Le croiffant devient pleine lune ,
Après l'biau tems , I'mauvais fuit.
L'hirondelle
Pen fidelle ,
Change de lieu tous les ans.
Le papillon volage à l'extrême ,
Eft errant dans nos champs ;
Si l'papillon,
JUILLET. 1753.
181
L'hirondelle ,
La lune , la pluye & l'biau tems ,
Sont changeans ,
Il faut changer de même.
Tous. Il faut changer de même.
Réponse de Raton.
Les rochers de ce rivage
N'ont jamais changé d'endroits ,
Et les clochers du village.
Reftent toujours fur leurs toits.
Ces montagnes ,
Ces campagnes
Sont là depuis fort long- tems ;
Cette fouree toujours la même ,
Va remplir les étangs ;
Si les rochers ,
Les clochers ,
Les ruiffeaux , les étangs
Sont conftans ,
Je fuis conftant de même. Bis.
Perette croyant que fes gens nuifent
à fon deffein , & que le tête à tête plaira
davantage à Raton , les renvoie tous . Elle
minaude inutilement , & finit par offrir
tout fon bien à Raton ; il le refufel, en
difant qu'il n'oubliera jamais Rofette.
Perette.
Que cette conftance eft parfaite !
182 MERCURE DE FRANCE
apart. Quoi , j'en aurai le démenti ?
Raton. Sois donc le mari de Roſette ,
J'y confens ; je prends mon parti..
Va la chercher , & lui prodigue
Les foins , les tranſports les plus dour
Mais comme le chagrin fatigue,
au Berger Robin , perſonnage muet.
Robin , qu'il boive un coup chez vous.
Gringole revient trouver Perette , pour
fçavoir des nouvelles de fon entreprife'; Perette
lui apprend qu'elle n'a pû faire chan
ger Raton ,, mais qu'elle s'en eft vengée.
On apporte Raton endormi
Gringole
Il eft mort.
Perette
Non , c'eft qu'il dort.
Il dormira long-tems , je vous le jure ;:
Dors , dors , dors pour venger mon injure
Dors , pour venger mon injure.
Certain breuvage de pavot,
Va pour toujours glacer fon ame
Il dormira comme un ſabot ,
En dépit de fa chere femme.
Gringole.
Par la morguenne , il eft bon làÿ,
Yoyons un peu comment ça fra..
JUILLET. 1837 1753
Perette & Gringole abandonnent Ra
ton , qui dit en fe réveillant :.
Ciel od fuis- je ? je friffonne ;
Quel nuage m'environne ?
Ah , la force m'abandonne f
Quel cruel revers m'abat ?
Seroit- ce un tour de Perette ?
Dieux , quelle langueur fecretie
Pourrai-je aux yeux de Rosette.
M'offrir en ce trifte état
Rofette , quifurvient.
O doux espoir !!
Je vais donc le revoir
Ce cher amant qui caufoit mes allarmes,
O doux espoir !
Je vais donc le revoir
Ce cher amant
Qui m'aime conftamment
Ah , le voici !
Mais quel fouci
Lui fait encor verfer des larmes.
Oh , qu'as-tu donc ,
Pauvre Raton ,
Mon bel ami ?
I eft endormi .
4
Ah ! Raton , réveille , réveille ,
Ah, Raton réveille toi
184 MERCURE DE FRANCE.
En ce jour tu vas être à moi ;
Réveille - toi , reçois ma foi.
Ah ! Raton , Raton ,
Ah , Raton ! réveille , réveille ,
Ah , Raton ! réveille toi .
Il dort encor plus fort , je crois ;
Hélas ! n'entends- tu pas ma voix
Raton.
Je fommeille.
Rofette.
Tu prends bien ton tems pour dormir
Viens livrer ton ame au plaifir ;
Qu'il te réveille ,
Qu'ilte réveille.
Raton.
'Ah , quel chagrin !
Robin , ce berger malin
En me verfant du vin
A fait un fortilege.
Rofette
Que dis- tu donc e
Raton.
J'aurai pris quelque poifon ;
Vous le dirai- je ?
Mon coeur eft comme un glaçon
Charmé de nos noeuds
Mes feux
JUILLET. 1753 .
185
Faifoient mon bien fuprême ;
Mais à tant d'ardeur
Succéde la froideur.
Rofette.
Reprens tes efprits ,
Mon fils ,
Tu fçais combien je t'aime
Raton.
C'eft quelque jaloux
Qui jette un fort far nous;
Je m'affoiblis ,
Malgré mói je m'affoupis ;
De mes fens dépéris
A peine ai -je l'uſage .
Rofette.
1
Je vous plains fort
En me parlant il s'endort
Ahlquel dommage !
C'est un fort ,
Il n'a pas tort.
Cette indolence eft unique :
Quel rôle pour un Amant !
Un fommeil fi léthargique
Refroidit le dénoument.
Allons , allons ; gai's gai ,
Allons , allons gaiment ;
Au mal qui te pofféde !
186 MERCURE DE FRANCE
N'eft if point de reméde
Qu'amour vienne à notre aide ,
Ainfi qu'à l'Opéra.
Raton.
C'est vous que je réclame.
Rofette.
Va , je ferai ta femme .
S'il fuffit de ma flamme ,
Regarde - moi,
Raton.
Oui da ,
Je fens cela
Propre au mal qui me tient là.
Mon ardeur naft de la tienne
En dépit des envieux ,
Eft il un charme qui tienne
*
Contre celui de tes yeux ?
;
Comme on voit la fleur renaître
Après les cruels hivers ,
Mon coeur prend un nouvel être ,
Après mille maux foufferts.
Mon ardeur naft de la tienne ;
En dépit des envieux ,
Eft-il un charme qui tienne
Contre celui de tes yeux ?
Ah ! Rofette , fixe encore
Sur moi ce regard charmant ;
Un plus beau jour femble éclore ,
Pamour te rend ton Amant
JUILLET. 1753 187
Enfemble.
L'amour
{
te ton
me rend mon Amant,
C'est en vain que l'on s'oppofe
Aux voeux d'un coeur bien épris ;
Des tourmens que l'amour cauſe
L'amour lui- même eft le prix.
Rofette.
Ne craignons plus Perrete ni Gringole ,
A nos tranfports nous pouvons nous livrer
Ils ont chacun fait un fi mauvais rôle
Qu'ils n'oferont plus fe montrer.
On danfe , enfuite on chante une ronde
fur les plaifirs du mois de Mai , & après
la ronde , Rofette dit à Raton :
Ah ! ton teint a repris
Son brillant coloris ,
J'y vois renaitre enfin les ris
Tu te fens mieux .
Raton.
Oui.
Rofette.
Tu te fens mieux.
Raton.
Oui.
Enſemble,· Ah i mon coeur en eft réjóÿï;
48S MERCURE DE FRANCE
VAUDEVILLE.
Raton,
Nous n'avons plus rien à craindre ,
Mes feux fe font rallumés ;
En cherchant à les éteindre ,
Nos jaloux les ont rallumés ;
Deformais foyons tranquiles ,
Leurs fureurs font inutiles ,
I's n'ont fait qu'un bruit éclatant ,
Autant en emporte le vent.
Ne prenez pas , jeunes filles ,
Le Petit- Maître manqué ;
Il ne vit que de paftilles ,
11 eft tout confit , tout mufqué :
De ces Amans à l'eau rofe
La tendreffe eft peu de chofe ,
On en eft la dupe fouvent ;
Autant en emporte le vent.
Le fonds de cet Ouvrage a paru froid,
mais l'éxécution en eft brillante , & il y
a de jolis détails.
CONCERT SPIRITUEL.
LE Concert Spirituel du jour de la Fête
Dieu commença par une fymphonie , enfuite
Latatus fum , Moter à grand choeur
de M. Cordelet , M. Gelin chanta fort bien
Exaudi nas, petit Motet du même Auteur.
JUILLET.
1753.
189
M. Baptike joua fort bien une Sonate de
violoncelle de la
compofition del Signor
Lanzetti . Mile Davaux fit grand plaifir dans
l'Ufquequò Domine , petit Motet de feu M.
Mouret. Le Concert finit par Venite exultemus
, admirable Motet de M. Mondonville .
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
NOUVELLES
ETRANGERES,
DU
LEVANT
DE
CONSTANTINOPLE , le 3 Mai.
A Hauteffe doit aller paffer quelque tems à
Befixtafchi , lieu de plailance fitué fur le canal ,
à
l'embouchure de la mer Noire. On n'a rien négligé
pour donner à cette maiſon l'élégance & la
régularité qu'exige le goût Européen , & pour lui'
conferver en même tems les divers agrémens qui
flattent le goût Afiatique. Le Capitan Pacha fe
difpofe à mettre
inceffamment à la voile , pour
recueillir le tribut des Iles de l'Archipel . Depuis
dix -huit mois il n'eft mort ici perfonne de la
pefte , ce qui eft à remarquer dans une ville où
ce fleau fait prefque tous les ans quelques ravages.
Par les précautions que l'on commence à prendre,
on ne défelpere pas de les rendre beaucoup moins
fréquens.
DU NORD .
DE MOSCOU , le 18 Mai.
Le jour de l'Anniverfaire du Couronnement
Ae l'impératrice , cette Princefle fit fervir fix tables,
7
190 MER CURE DE FRANCE.
ehacune de foixante couverts , pour le Clergé &
pour la Nobleffe des trois premieres claffes . Le
Comte de Beftuchef, Grand- Chancelier , donna
le même jour un magnifique repas aux Ambaſſadeur
& aux autres Miniftres Etrangers. Il y eut le
8 à la Cour un Bal paré , après lequel le Grand
Duc & la Grande Ducheffe fouperent avec les
principales Dames de la Cour, La falle du feſtin
repréfentoit un jardin orné de fontaines , de caf
cades & de ftatues allégoriques. Sa Majesté Impé
riale affitta le 10 à une repréfentation de l'Opera
Italien de Bellerophon. Ce fpectacle fut fuivi d'an
Bal mafqué. Le 8 & le 10, toute la ville fut illuminée
, ainfi qu'elle l'avoit été le 6.
*
DE WARSOVIE , le 21 Mai.
Quelques Hordes de Tartares ont paru dans le
Defert qui fépare l'Ukraine & la Petite Tartarie ,
mais on n'a point appris qu'ils ayent commis aucun
defordie dans les cantons voifins . Il n'en a
pas été de même des Cofaques Haydamakis . Ces
brigands étant entrés dans la petite ville de Pallio
qui appartient à la Maiſon de Lubomirski , ont
forcé les portes du château , d'où ils ont enlevé
tout ce qu'ils y ont trouvé de précieux . Heureu -`
fement le détachement qu'on a fait monter à che
val pour les pourluivre , les a atteints à l'entrée
du Defert ; dix ont été tués , les autres ont été mis
en fuite ; on a repris une grande partie du butin
qu'il avoient fait dans leur courfe , & l'on a délivié
le Châtelain de Pallio & un Secrétaire qu'ils
emmenoient prifonniers.
Un incendie a réduit en cendres la ville d'O
poſchno dans le Palatínat de Mazovie.
JUILLET. 1753. tgr
-
DE GRODNO , le 28 Mai.
· Cette ville vient d'être preſque entierement réduite
en cendres. L'incendie a commencé par lå
maifon d'un Marchand Juif , dans laquelle il y
avoit une grande quantité d'effers combuftibles ;
en peu de tems les fan mes ont fait un tel progrès;
qu'il n'y a pas cu moyen de s'opposer à leur violence
; elles n'ont pas plus épargné l'hôtel du Primat
, celui du Grand General de la Couronne , &
Jes autres marfons confidé : ables , que le refte de
la ville ; le Couvent des Bernardins , celui des
Religieux de Saint Bafile , & le Monaftere de Sainte
Brigide font totalement confumés . On foupçonnoit
que le feu avoit été mis par des incendiaires ; mais
après plufieurs perquifitions on a reconnu que la
négligence d'un d meftique avoit été la caufe
d'un grand defafire .
=
DE COPPENHAGUE , le 26 Mai.
On rebâtit en briques l'Hôtel des Invalides ;
cette mailon étoit auparavant conftruite moitié
en briques , moitié en bois , & ce mêlange non
feulement formoit un édifice peu folide , mais
offroit un afpect peu agréable. Dans le nouvel
Hôtel , ainfi que dans l'ancien , les Invalides pourront
avoir avec eux leurs femmes & leurs enfans.
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 2 Juin.
Selon une Ordonnance qui vient d'être rendure
publique , les Maiſons Religieufes & les Hôpitaur
de la Bafle Autriche , jouillant de quelques exemp
tions d'impôts , font tenus de rapporter à la Cham
102 MERCURE DE FRANCE.
•
bre de Repréſentation , dans le courant de ce
mois , les titres en vertu delquels ils peuvent prétendre
ces exemptions . Il paroît une autre Ordonnance
, par laquelle l'Impératrice ftatue les peines
qu'encoureront les Baillifs & autres Officiers , qui
commettront des malverſations dans l'adminiſtra
tion des deniers publics.
DE PRAGUE , le 1 Juin.
Les habitans de ce Royaume reçoivent continuellement
des marques de l'attention de l'Impé
ratrice Reine au bien public. Cette Princeffe a fait
pour la Police de cette Ville plufieurs Réglemens ,
dont on éprouve tous les jours les avantages. Sa
Majefté , ne veillant pas moins au foulagement
des befoins particuliers qu'à la conduite des affaires
générales , vient de prendre une réſolution qui
ne fera pas moins utile. Dans la Ville Neuve eft
un Hôpital fondé pour l'entretien de cinq cens
pauvres. L'Impératrice n'a pas jugé cet établiffement
fuffifant . Elle a augmenté les revenus de cette
Maifon , afin qu'on pût y retirer trois cens pau
vres de plus .
DE BERLIN , le 2 Jain.
* 'Avant le départ du Roi , on a préſenté à Sa Majefté
le volume des Mémoires de l'Académie
Royale des Sciences & Belles-Lettres pour l'année
1751. Ce volume contient les ouvrages fuivans :
Nouvelles Expériences fur le fang humain , par le
fieur Eller. Defeription anatomique des nerfs de la
face , par le fieur Meckal. Examen Chymique de
Eau , par le fieur Margraff. Obfervations fur la
Pneumonanthe , plante d'un nouveau genre , dont
J
JUILLET. 1753. 19 $
le caractere differe entierement de celui de la Gentiane
, par le fieur Gleditfch. Harmonie entre les
principes généraux du repos & du mouvement dufieur
de Maupertuis , par le fieur Euler. Sur le Principe
de la moindre Action , par le même. Examen de la
Differtation , que le fieur Koenig a inferée dans les
Actes de Leipfick , mois de Mars 1751. Effai d'une
Démonftration métaphyfique du Principe général de
Equilibre. Calcul de la probabilité dans les Jeux de
hazard. Application de la Machine Hydraulique du
fieur Segner à toutes fortes d'ouvrages , &fes avantages
fur les autres Machines Hydrauliques ,
dont on
fe fert ordinairement. Recherches fur une nouvelle
maniere que le fieur de Mout a proposée pour élever
Peau , par le même Académicien. Recherches fur
l'existence des corps durs , par le fieur Beguelin. De
La Confcience , par le fieur Formey. Réflexions philo-
Jophiques fur la Reflemblance , par le fieur Merian.
Recherches fur l'origine des Sentimens agréables
déjagréables , par le fieur Sulzer . Differtation fur l'origine
des Romains , par le fieur Pelloutier . Mémoire
fur le Fleuve Suevus , par lefieur Becmann. Hiftoire
de l'Elevation de Charles V. au Trône de l'Empire ,
par l'Abbé Raynal. Eloge du Général Still.
Les Directeurs de la Compagnie de Commerce,
établie à Embden , font informés par des Lettres
d'Angleterre , que le Vaiffeau le Roi de Pruffe , appartenant
à cette Compagnie , eft arrivé à la Chine .
DE RATISBONNE , le 10 fuin.
A l'exemple de la Régence de l'Electorat de
Hannovre , plufieurs Etats d'Allemagne ont défendu
à leurs Sujets de prendre des engagemens ,
pour aller s'établir dans les nouvelles Colonies
de l'Amérique .
94 MERCURE DE FRANCE.
DE FRANCFORT , le 3 Juin.
Il s'eft tenu ici des conférences entre les Minif.
tres de diverfes Cours de l'Empire , fur les moyens
de remédier aux abus qu'occafionne la difproportion
de la valeur des monnoyes. Ceux de Mayence
, de Treves & de Caffel , ont été d'avis qu'il
convenoit de mettre plufieurs efpéces d'or à quinze
pour cent , au-deffous du prix qu'elles ont maintenant
en Allemagne. Les Miniftres de quelques
autres Cours s'y oppofent , prétendant que cette
diminution cauferoit du dérangement dans le
Commerce .
DE HAMBOURG , le 1 Juin.
Un Commiffaire Hannoverien s'eft rendu à Altena
, pour s'oppofer au départ de plufieurs Sujets
de l'Electorat de Hannovre , qui s'y font embar
qués fur deux Navires , pour pafler à la Caroline
Méridionale : mais à l'arrivée de ce Commiffaire ,
l'un & l'autre Bâtiment avoient déja mis à la voile
pour leur deftination .
ESPAGNE.
DE MADRID , le 22 Mai.
Don Julien d'Arriaga , Préfident du Tribunal
de la Contractation des Indes , a donné avis au
Roi que les deux Fregates , la Notre- Dame du Rofaire
& le Saint Charles , étoient entrées le s de ce
mois dans la Baye de Cadix. La premiere vient
de Cartagêne , & la feconde de la Havane. Elles
ent apporté la valeur de cent foixante-trois mille
JUILLET. 1753. 195
buit cens quatre piaftres , tant en or qu'en argent
monnoyé ou non monnoyé , trois cens quatrevingt-
cinq mille quatre cens foixante & quinze
livres de cacao ; foixante & treize mille fept cens
cinquante de cafcarille ; fix cens foixante -feize
mille neuf cens de tabac , & dix - neuf cens cinquante
huit quintaux de bois de Campêche.
DE BARCELONNE , le 12 Mai.'
A mesure que ce Port eft devenu plus fréquenté,
le nombre des habitans de cette Ville s'eft telle
ment acciû , que pour fuppléer au défaut de loge
mens , on a été obligé de faire des baraques le long
de la Marine. Le Marquis de la Mina , Capitaine
Général de la Province , & Gouverneur particulier
de cette Ville , a jugé qu'il importoit à la fureté
publique de fubftituer à ces baraques , des maifons
qui fuffent moins fujettes aux accidens du feu. En
conféquence , on a conftruit fur un plan donné par
Don Juan Cermeno , qui exerce ici les fonctions
d'Ingénieur en chef, un nouveau fauxbourg dont
les rues font tirées au cordeau , & aboutiffent toutes
à une vafte & belle Place,comme à un centre commun.
Moyennant le zéle avec lequel les Pêcheurs ,
les Calfats & autres gens de mer , ont mis la main
à l'oeuvre , le travail a été achevé en quatre mois.
Quelques Médecins & Chirurgiens le font engagés
à demeurer dans ce fauxbourg. Afin que les habitans
ne manquent pas plus des fecours fpirituels que
des temporels, Don Manuel Lopès d'Aguirra, Evêque
de cette Ville , a ordonné qu'on leur bâtit une
Eglife. Hier , ce Prélat s'étant rendu proceffionnellement
avec fon Clergé , au lieu où elle doit
être placée , en bénit la premiere pierre. Le Mar
quis de la Mina , accompagné des Magiftrats &
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
des Officiers , tant de la garnifon que de la Marine,
affiſta à cette cérémonie qui ſe fit au bruit de l'ar
tillerie des remparts & du Port.
ITALI E.
DE NAPLES , le 22 Mai.
En continuant de fouiller dans les fouterrains
d'Herculanum , on a trouvé plufieurs manufcrits
en rouleaux , qui excitoient d'autant plus la curiofité
, qu'on les croyoit intéreſſans pour l'hiſtoire
ancienne. Quelque art qu'on ait employé , on n'a
pu les dérouler : leurs parties étant fi fortement
adherentes les unes aux autres qu'elles ne le font
détachées que par morceaux.
DE ROME , le 15 Mai.
›
On nivelle actuellement le terrein depuis l'E
rang de Macarefe jufqu'à Ponte- Galera , afin de
s'affurer fi le canal que l'on a deffein de faire ,
pour obvier aux fréquens débordemens du Tibre,
peut être entrepris . Le Pere Pagi , Religieux de
J'Obfervance a préfenté au Saint Pere le cinquiéme
tome du Breviarium Pontificium. Il a déja
fort avancé le fixieme tome & il ne tardera
à le faire mettre fous preffe. La femaine derniere
, le Pere Mer , Jeſuite , qui a travaillé avec
le Pere Bofcowich , du même ordre , à fixer le
Méridien , remit le réfultat de fes obfervations.
Comme le Pere Boſcowich de fon côté doit
avoir terminé les fiennes , on compte de voir la
nouvelle Carte de l'Etat Eccléfiaftique inceflamament
gravée.
pas
JUILLET. 1753 197
DE VENISE, le 19 Mai.
Le Grand Confeil s'étant affemblé le 13 de ce
mois , élut le fieur Antoine Dona , pour aller relever
à Conftantinople le Chevalier Diédo en qualité
de Baile de la République.
GRANDE BRETAGNE.
DE LONDRES , le 7 Juin.
Sa Majefté , ayant mandé la Chambre des
Communes , a donné fon confentement aux différens
Bills paffés en dernier lieu par les deux
Chambres . De ce nombre font le Bill contre les
mariages clandeftins , & le Bill pour la naturalifation
des Juifs. Le Roi a fait enfuite la clôture du
Parlement par ce difcours. » MILORDSET
> MESSIEURS , la faifon eft fi avancée , &
vous avez apporté une telle expédition aux affaires
, qui ont été remifes devant vous , qu'il eft
néceffaire de mettre fin à votre Seffion . Le zéle
que vous avez montré pour ma perfonne & pour
mon Gouvernement dans toure votre conduite ,
exige de moi de faceres remercimens. Votre
attention à prendre les mefures convenables pour
étendre le commerce , pour favorifer les pro-
» grès des Manufactures , & pour réprimer les
défordres auxquels il importoit de rémédier ,
n'eft pas moins un fujet de fatisfaction pour
moi , qu'une preuve de la prudence , qui vous
fait profiter de ce tems de tranquillité pour pro-
» curer les avantages de la Nation . Il n'eft arrivé:
→ aucun changement dans la fituation des affaires,
étrangeres , depuis que vous êtes affemblés ,
I iij.
198 MERCURE DEFRANCE.
Vous pouvez compter fur ma perfévérance à
fuivre les principes & les vûes , dont je vous ai
fait part. Entretenir la paix , veiller au bonheur
» de mon peuple , affurer l'honneur & les droits
» de ma Couronne , voilà quels font les objets
de mes foins. MESSIEURS DE LA CHAMBRE DES
→ COMMUNES , en m'accordant les fubfides pour
» l'année courante , vous avez fait voir également
l'intérêt que vous prenez au fervice public , & le
defir que vous avez de contribuer à rendre tous
" mes Sujets heureux . Je vous remercie de l'une
» & de l'autre de ces difpofitions , ainfi que de
» votre prévoyance à l'égard de la future aug-
» mentation du fonds d'amortiffement . MYLORDE
" ET MESSIEURS , je n'ai rien à vous demander
?? que ce à quoi vous êtes portés par votre propre
" inclination . Faites tous vos efforts dans vos dif-
»férentes Provinces , pour exciter l'amour du
public , pour augmenter l'induftrie , pour maintenir
le bon ordre & la tranquillité, pour infpires
» au peuple une jufte reconnoiffance des bienfaits
dont le Ciel le fait jouir. Ce font- là les fondemens
les plus folides , fur lefquels mon Gou--
vernement puifle être établi.
Suivant l'état qui paroît des fubfides accordés
par la Chambre des Communes pour le fervice®
de l'année courante , ils montent à deux millions
cent trente deux mille huit cens quarante-deux
livres fterlings . Le Bill contre les mariages clan :
deftins ne commencera d'avoir fon exécution que
Je 25 du mois de Mars de l'année prochaine . On
a changé le plan pour la diftribution des lots de la
nouvelle Lotterie , & il a été décidé qu'il y auroit
deux lots , chacun de dix mille livres fteilings ,
deux de cinq mille , quatre de deux mille , vinge
de mille , trente de cinq cens , deux cens loixante
JUILLET. 1753. 199
de cent , deux mille de vingt , & fix mille de dix.
Les deux Billets , qui feront tirés les premiers ,
auront chacun une Prime de deux cens livres
fterlings. Chacun des deux derniers en aura une
de trois cens. Il ne fera permis à perfonne de
foufcrire pour plus de vingt billets , & le premier
tirage de la Lotterie fe fera le 26 de Novembre.
L
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
Es Etats particuliers du Vivarais ont été tes
nus cette année le 29 Mai au Château de la
Voutte où ils ont été convoqués par le feur
Dauteville , Bailli de Tournon , & Subrogé du
Prince de Soubife . L'ouverture s'en étant faite le
21 de ce mois , le Subrogé , après fon compliment
à l'Affemblée , lui donna part du mariage
du Prince de Condé avec Mademoiſelle de Soubife
, & annonça pour le 24 une fête qu'il ſe
propofe de donner à cette occafion . Cette fête à
Jaquelle toute la Nobleffe de la Province a été invitée
, a commencé par plufieurs décharges de
moufqueterie de la Bourgeoifie , qui étoit fous
les armes . On fervit dans la grande falle du
Château un magnifique dîner fur une table de
deux cens couverts , dreffée en fer à cheval . Après
le repas , on fe rendit à l'Eglife Paroifliale pour
affifter au Te Deum , & de - là au feu de joye , qui
fut allumé par le Subrogé & par le Marquis de
Serre , Commandant à Saint - Andiol. L'affemblée
trouva à fon retour le Château illuminé par
une quantité prodigieufe de lampions & de potsà
feu . Les armes de Condé & de Soubife étoient
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
polées en fronton au- deffus de la porte , les deur
Ecuffons étant foutenus par une Renommée ornée
de fes attributs avec ces mots : TADIS ILLUSTRIBUS
AMB O. Il y eut fur la belle Terraffe ,
qui domine le Rhône , un artifice exécuté à la
grande fatisfaction de tous les fpectateurs. Le
fouper fut fervi avec une magnificence égale à
celle du dîner , & fut fuivi d'un bal qui dura
jufqu'au jour. Deux fontaines de vin coulerent
pour le peuple dans la premiere Cour du Château.
Le lendemain , il y eut une illumination générale
dans toute la Ville . Hier l'Affemblée des Erats s'eft
féparée , après avoir réglé les differentes affaires.
qui intéreflent la Province .
Le 31 Mai dernier , Fête de l'Afcenfion de Norre
Seigneur , leurs Majeftés accompagnées de
la Famille Royale entendirent dans la Chapelle
du Château les Vêpres , chantées par la Mufique ,
auxquelles l'Abbé Gergoi , Chapelain Ordinaire
de la Chapelle -Mufique , officia.
le
Les Députés des Etats d'Artois eurent le même
jour audience du Roi. Ils furent préſentés à Sa
Majefté par le Duc de Chaulnes , Gouverneur de
cette Province & de celle de Picardie , & par
Comte d'Argenfon , Miniftre & Secrétaire d'Etat
de la guerre. Selon la coutume ils ont été conduits
par leGrand- Maître & le Maître des Cérémomonies
. La Députation étoit compofée , pour le
Clergé , de l'Evêque d'Arras qui porta la parole ;
du Marquis de Vitri , pour la Nobleffe , & de
M. Coët , Echevin de la Ville d'Arras , pour le
Tiers Ftat .
Le 3 juin dernier la Comteffe de la Tour- du -
pin & la Marquife de Tracy furent préfentées à
leurs Majeftés.
Le mème jour , le Roi figna le contrat de
JUILLET 1753. 201
mariage du Vicomte de Durfort , Capitaine d'une
Compagnie de Carabiniers .
Le 4. pendant la Meffe du Roi , l'Evêque de
Graffe prêta ferment de fidélité entre les mains de
Sa Majesté .
Le Roi qui étoit allé à Choify le 31 Mai dernier
au foir , revint à Verſailles le 2 Juin. Sa Majefté
eft partie le 4 pour Crecy , où elle eft demeurée
jufqu'au 9:
Il y eut le 4 un concert chez la Reine , &
Pon y exécuta les deux derniers Actes de l'Opera.
de Thétis & Petée.
L'Abbé de Canillac étant arrivé de Rome pour
être reçu à la Pentecôte Prélat Commandeur de.
l'Ordre du Saint - Elprit , rendit le 31 Mai dernier
les refpects à leurs Majeftés & à la Famille.
Royale. Le Chevalier Chauvelin , Lieutenant Général
des Armées du Roi , & Ambaffadeur de Sa
Majefté à la Cour de Turin , eut le même hon .
neur.
Le Roi a choifi le Pere Defmaretz , Recteur dus
Noviciat des Jéfuites à Paris , pour fuccéder au
feu Pere Peruffault dans la place de Confefleur de.
Sa Majefté.
Depuis long- tems on a découvert à un quart de
lieuë d'Alais , dans le Bas - Languedoc , une fource .
d'eaux minérales , extrêmement falutaires , Pari
l'analyſe qui en a été faite , on a reconnu qu'elles
conteuoient un acide vitriolique & une terre ferrugineufe..
Les maladies , pour lesquelles leur.
ufage a communément rempli l'intention des Médecins
, font particulierement les douleurs de
reins , qui proviennent des urines enflammées
bourbeufes , chargées ou de fable ou de levain glais
reux ; les- cours de ventre , & furtout les dyffegres
ries ; les coliques bilieafes ; les ardeurs d'eatrails,
34
·
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
les , les infomnies caufées par un fang trop agité
On fe fert auffi de ces eaux avec fuccès pour les
fiftules & pour les ulcéres , foit externes , foit internes
, fi l'on en excepre ceux des poulmons, Elles
conviennent aux perfonnes attaquées du fcotbut
, de la fueur fer de , & de toute humeur dartreufe
. Leurs propriétés font atteftées par plufieurs
Médecins de Montpellier , de Nifines & d'Alais.
Ces eaux fouffient le tranfport , fans rien perdre
de leur vertu , pourvû qu'on ait foin de boucher
exactement les bouteilles dans lesquelles on les
renferme Elles font connues en Languedoc fous
le nom d'eaux de Daniel : mais il eft de l'intérêt
du public , de ne pas les confondre avec d'autres
eaux , qu'on a commencé à diftribuer fous le même
nom , & dont la fource eft à deux cens pas au ..
deffous de celle des eaux , qui font le fujet de cet
article En s'adreflant directement à M. Faucon
de la Vabre , Proprietaire de ces dernieres , on
évitera toute mépriſe .
La nuit du 31 Mai dernier , le feu prit à des
maifons fituées fur le Pont d'Orleans , qui renfermoient
une grande quantité de matériaux , deftinés
pour le nouveau Pont que le Roi y fait conf
truire Le Régiment d'Orleans actuellement en
garn fon dans la Ville , fe porta fur le champ au
lieu de l'incendie , fous les ordres de M. de l'Epine.
On ne peut donner trop d'éloges au zéle , avec
lequel tous les foida's s'emprefferent d'arrêter le
progrès des fimmes. Les Gren dies furtout
commandés par M de Giry , fe diftinguerent.
Sans l'adreffe & activité que le Corps en général
employa pour donner du fecours par tout où il en
étoit befoin , l'embrafement auroit eu des fuites
beaucoup plus funeftes Une maiſon & trois écuxies
ont été réduites en cendres. On a perdu neuf
3
JUILLE T. 1753 203
chevaux , & plufieurs ouvrages qui appartenoient
à Sa Majefté.
Le 9 , veille de la Fête de la Pentecôte , la Reine
accompagnée de la Famille Royale , affifta aux
premieres Vêpres chantées par la Mufique , auf-›
quelles l'Abbé Gergoy , Chapelain Ordinaire de la
Chapelle Mufique , officia.
Le Roi revint le même jour du Château de
Crecy.
Le 10 , jour de la Fête , les Chevaliers , Com
mandeurs & Officiers de l'Ordre du Saint Efprit
s'étant affemblés vers les onze heures du matin
dans le Cabinet du Roi , Sa Majefté tint un Chapitre.
L'Abbé de Pomponne , Chancelier des Or
dres du Ror , fit le rapport des preuves des vie &
moeurs , & de la profeffion de foi de l'Archevêque
de Narbonne , du Prince Conſtantin , Premier
Aumônier du Roi , & de l'Abbé de Canillac , Atte
diteur de Rote , qui avoient été propofés le a dia
mois de Février dernier pour être Prélats Commandeurs
. Les preuves ayant été admifes , ces
Prélats furent introduits dans le Cabinet de Sa Majefté.
Enfuite le Roi fortit de fon appartement
pour aller à la Chapelle . Sa Majesté , devant la
quelle les deux Huiffiers de la Chambre portoient
leurs Males , étoit en Manteau , le Collier de l'Ordre
par deffus , ainfi que celui de l'Ordre de la
Toifon d'Or. Elle étoit précédée de Monfeigneur
le Dauphin , du Duc d'Orleans , du Prince de
Condé , du Comte de Charolois , du Prince de
Conty , du Comte de la Marche , du Prince de
Dombes , du Comte d'Eú , du Duc de Penthiévre,
& des Chevaliers , Commandeurs & Officiers de
FOrdre. L'Archevêque de Narbonne , le Prince
Conftantin , & l'Abbé de Canillac marchoient des
B vj
204 MERCURE DE FRANCE.
-
riere le Roi. Lorsque le Roi fut arrivé à la Cha→
pelle , Sa Majeſté ſe mit à ſon Prie Dieu & les
Prélats Commandeurs fe placerent près des marches
de l'Autel . L'Abbé Gergoy , Chapelain Ordinaire
de la Chapelle- Mufique , en Chape , affifté
du Diacre & du Sous Diacre , entonna le Veni
Creator , qui fut chanté par la Mufique. Cette
Hymne étant finie , le Roi monta à fon Trône , &
reçut Prélats Commandeurs , l'Archevêque de Narbonne
, le Prince Conftantin , & l'Abbé de Canillac.
L'Archevêque de Narbonne célébra enfuite
pontificalement la grande Mefle. Au fortir de la
Chapelle , Sa Majefté fut reconduite à fon appartement
en la maniere accoûtuniée .
La Reine , Madame Infante Ducheffe de Parme,
Madame Adélaïde , & Mefdames de France , entendirent
la grande Meffe dans la Tribune . Madame
la Dauphine l'entendit dans une Lanterne du bas.
de la Chapelle.
Le Roi & la Reine , accompagnés de la Famille
Royale , affifterent l'après- midi an Sermon de
l'Abbé le Couturier , Chanoine de l'Eglife Collégiale
de Saint Quentin. Leurs Majeftés entendirentenfuite
les Vêpres , chantées par la Musique , aufquelles
l'Abbé Gergoy officia , & le Salut chanté
par les Miffionnaires.
Le 10 & le 12 , leurs Majeftés fſouverent au
grand couvert , avee la Famille Royale.
La Ducheffe d'Olonne fut préfentée le 10 à leurs
Majeftés , ainfi que la Marquife & la Comteffe de
Hautefeuille , & la Comteffe de Baleroy.
Leurs Majeftés fignerent le 11 le Contrat de mariage
du Marquis de Wargemont , Guidon de s
Gendarmes de la Garde de Sa Majesté.
Le même jour , le Roi eft retourné au Château
JUILLLE T. 1754. 20.5
de Crecy , & y demeura jufqu'au 16.
Le 13 , la Reine affiſta au Salut dans l'Eglife des .
Recollers.
Les chaleurs depuis quelque tems étant exceffives
, Sa Majesté a jugé à propos de faire differer
jufqu'au 24 de Septembre prochain le départ de
Madame Infante , afin de ne point expofer la fanté
de cette Princeffe.
"1
Les Lettres de Bordeaux marquent que les Na
vires la Probité , le Maréchal de Belle Ifle , les Deux.
Freres & le Colibri y font arrivés ; les deux premiers
de Saint Domingue , le troifiéme de la Martinique
, & le dernier de la Cayenne . Ils ont apporté,
huit cens foixante & quinze barriques de fucre
cent de caffé , onze de cacao , & cinq d'indigo ;.
deux caves de baume de Copahu , dx bailes de
coton , & quatre cens foixante & dix cuirs eu poil..
Outre ces Batimens , il eft entré depuis peu dans le
même Port dix-neuf autres Navires , dont cinq
viennent de la mer Baltique , quatre d'Angleterre
& d'Irlande , trois d'Amfterdam , & fept de diffe .
rens Ports de France .
11 yeeut, le 6. & le 13 concert chez la Reine.
Le 6 , on exécuta le Prologue & le premier Acte
de l'Opera d'Iffé. On chanta le 13 le fecond & le
troifiéme Acte de cet Opera.
Madame Infante Ducheffe de Parme fut fai
gnée le 14 par précaution
Le 16 le Roi revint du Château de Creci.
Leurs Majeftés , accompagnées de la Famille
Royale , affifterent le 17 aux Vêpres & au Salut
chantés par les Miffionnaires .
Dr
Le Roi alla le même jour. fouper & coucher à.
Trianon . Sa Majesté y serourna le 19 , & elle en
revint le 20 ..
206 MERCURE DE FRANCE.
#
Le 17. avant la Meffe du Roi , le Prince de Condé
prêta ferment entre les mains de Sa Majefté ,
dans le Cabinet , pour la charge de Grand Maî
tre de France.
La Comtefle de Château- Meillien fut préfentée
Fe 17 à leurs Majeſtés & à la Famille Royale.
M. de Maupertuis , de l'Académie Françoife &
Préfident de l'Académie Royale de Berlin , lequel
eft arrivé de Pruffe depuis quelque tems , eut le
même jour l'honneur de rendre les refpects aut
Roi.
Le 17 M. de Branciforte , Nonce extraordinai➡›
re du Pape , fit fon entrée publique à Paris . Le
Prince de Pons & le Marquis de Verneuil , Introducteur
des Ambaffadeuts , allerent le prendre
dans les caroffes de leurs Majeftés au Couvent de
Picpus , d'où la marche fe fit en cet ordre Le ca →
roffe de l'Introducteur ; le Caroffe du Prince de
Pons ; deux Suiffes du Nonce , à cheval ; fa livrée
à pied , fon Maître d'Hôtel & fix de les Officiers , '
fon Ecuyer & fix Pages à cheval : le carofle du
Roi , aux côtés duquel marchoient la Livrée du
Prince de Fons , & celle du Marquis de Verneuil ,
le caroffe de la Reine , celui de Madame la Dauphine
, ceux du Duc d Orléans , de la Duchelfe
d'Orléans , du Prince de Condé , de la Princefle
de Condé , du Comte de Charolois , du Comte
de Clermont , de la Princeffe de Conti , du Prince
de Conti , du Comte de la Marche , du Prince
de Dombes , du Comte d'Eu , de la Comteffe de
Toulouse , du Duc de Penthievre , de la Ducheffe
de Penthievre , & celui du Marquis de Saint ”
Contest, Miniftre d'Etat , ayant le département des
Affanes étrangeres . A une diftance de trente à
quarante pas , marchoient les quatre ċaioffes du
JUILLET 1753 . 207
Nonce , précédés d'un Piqueur à cheval. Après
qu'il fut arrivé à ton Hôtel , il fut complimenté
de la part du Roi , par le Maréchal Duc de Ri
chelieu , Premier Gentilhomme de la Chambre de
Sa Majefté de la part de la Reine , par le Comte
de Tellé , fon premier Ecuyer , de la part de Madame
la Dauphine , par le Comte de Maily , Premier
Ecuyer de cette Princeffe ; de la part de Ma
dame Infante , par M. d'Antoine , fon Premier
Ecuyer ; & de la part de Madame Adelaide , par
le Marquis de Lhôpital , Premier Ecuyer de cette
Princeffe.
Les nouveaux Etendards & Drapeaux des Compagnies
des Moufquetaires de la Garde de Sa Majefté
furent portés le 18 à l'Eglife Métropolitaine ,
où ils furent bénits par l'Archevêque de Paris.
Le 19 , le Prince de Pons , & le Marquis de
Verneuil , Introducteur des Ambafladeurs , allerent
prendre le Nonce Extraordinaire du Pape en
fon Hôtel , & ils le conduifirent à Verfailles , ou
il eut fa premiere audience publique du Roi. Le
Nonce trouva à fon pafiage , dans l'avant - cour du
Château , les Compagnies des Gardes Françoiles
& Suiffes fous les armes , les Tambours appellans ;
dans la cour , les Gardes de la Porte & ceux de
Ja Prevôté de l'Hôtel , à leurs poftes ordinaires.
El fut reçu au bas de l'efcalier par M. Defgranges ,
Maître des Cérémonies , les Cent - Suifles étant
fur l'escalier en habits de cérémonie , la hallebarde
à la main ; & à la porte en dedans de la Salle
des Gardes , par le Duc de Bethune , Capitaine
des Gardes du Corps , qui étoient en haye & fous
les armes. Après l'Audience , le Roi palla dans
fon Cabinet , où il fut fuivi par le Nonce ; & Sa
Majefte vit les Langes bénits par le Tape , pour
Monfeigneur le Duc de Bourgogne , qui font ma
208 MERCURE DE FRANCE.
gnifiques , tant par leur nombre que par la ri
cheffe & le goût de l'ouvrage. Le Nonce fut en>
fuite conduit à l'audience de la Reine , & à celles
de Monfeigneur lei auphin & de Madame la
Dauphine. Dans l'audience qu'il eut de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , il lui préfenta , de
Ja part du Pape , les Langes bénits par Sa Sainteté.
Il eut enfuite audience de Madame , de Madame
Infante , de Madame Adelaide , & de Meldames
Victoire , Sophie & Louife; & après avoir été traité
par les Officiers du Roi , il fut reconduit à Paris
dans les caroffes de leurs Majeſtés , avec les cérémonies
accoutumées.
Le 20 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix -huit cens vingt livres ; les Billets de
la premiere Lotterie Royale à fix cens foixante &
quatorze ; & ceux de la feconde à fix cens dix-
Lept.
Le 21 , Fête du Saint- Sacrement , le Roi accompagné
de Monfeigneur le Dauphin , de Ma .
dame Infante Ducheffe de Parme , de Madame
Adelaide & de Madame Victoire , s'eft rendu à
P'Eglife de la Paroiffe de Notre- Dame , & Sa Majefté
y a entendu la grande Mefle , après avoiraffifté
à la Proceffion , qui eft venue fuivant l'uſage
, à la Chapelle du Château. La Reine , ainfi
que Madame la Dauphine , a reçu dans la Chapelle
, la Bénédiction du Saint Sacrement.
Le Maréchal de Maillebois a obtenu la permiffion
de fe démettre du Gouvernement de Douaien
faveur du Comte de Maillebois fon fils , Lieutenant
Général des Armées de Sa Majesté , &
Maître de la Garderobe .
Sur la démiffion volontaire de M. de la Billar
derie , Grand- Croix de l'Ordre Royal & Mili
taite de Saint- Louis , Lieutenant Génácal , &. cir Jo
JUILLET. 3753. 202
devant Major des Gardes du Corps , le Roi a don
né le Gouvernement de Saint Venant au Marquis
de Balincourt , Lieutenant des Gardes du Corps
dans la Compagnie de Noailles , lequel eft auffi
Lieutenant Général.
Le Roi a nommé le Baron de Zuckmantel ,
Colonel d'Infanterie , fon Miniftre Plénipoten
tiaire auprès de l'Electeur Palatin .
La fituation préfente des affaires de l'Ile de
Corle , exigeant qu'il foit pris de nouvelles précautions
, pour empêcher les Bâtimens François
d'introduire des armes & des munitions de guerre
dans cette Ile ; & Sa. Majefté voulant faire re.
vivre les Ordonnances ci- devant rendues à cet
égard , afin qu'elles foient plus fúrement & plus
rigoureulement exécutées : Elle fait très- expreffes
inhibitions & défenfes à tous Capitaines , Maîtres
& Patrons de Navires , ou autres Bâtimens de iner
François , de porter aux peuples de ladite lle
fous quelque prétexte que ce puiffe être , aucunes
armes , munitions , ou uftenfiles de guerre , &
d'en recevoir fur leurs bords , foit dans les Ports
de France , foit daus ceux des pays étrangers , à
peine de défobéiffance , & d'en être féverement
récherchés & punis .
On a reçu avis que les Vaiffeaux le Bristol & le
Centaure , appartenans à la Compagnie des In
des , étoient arrivés , l'un le 13 , l'autre le 15 , au
Port de l'Orient . Ces Bâtimens viennent de Pondichery.
Leur chargement confifte en quatorze
cens balles de marchandifes de la côte de Coromandel
en neuf cens miliers de caffé de Mocha ,
& en différentes autres marchandiſes.
Les ouvrages des Peintres & des Sculpteurs de
l'Académie de S. Luc continueront d'être expofés
jufqu'au is Juillet. Cette expofition s'eft faite à
210 MERCURE DE FRANCE.
PArfenal cette année , ainsi que l'année dernie
re , & le Comte d'Eu a bien voulu accorder pour
cet effet , deux Salles dans la Cour du Grand - Maî
tre.
NAISSANCE , MARIAGES
& Morts.
EsJuin la Comteffe de Bourzac eft accoufils
, qui fute nu le lendemain lur
les Fonts par le Comte de la Marche , Prince du
Sang & la Marquife de Lambertie , & nom mé
Louis-François Jofeph. La cérémonie du Baptê
me a été faite par l'Evêque Comte de Noyon.
Charles- Anne Sigifmond de Montmorenci Luxembourg,
Duc d'Olonne, Maréchal des Camps &
Armée du Roi , a époufé le 2 Juin , Dame Agnès-
Miotte de Ravanne , veuve de Matthieu- Roch de
la Rochefoucauld , Marquis de Bayers , Le Duc
d'Olonne eft fils de Charles Paul - Sigifmond de
Montmorenci Luxembourg , Duc de Boutteville ,
Lieutenant Général des Armées de Sa Majefté , &
d'Anne Angelique de Harlus de Vertilli . Il avoit
été marié en premieres nôces à Marie - Etiennette
de Bullion , fille de Anne - Jacques de Bullion ,
Ma quis de Fervaques , Chevalier des Ordres du
Roi , & Lieutenant -Général de les Armées . Le
contrat de mariage du Duc d'Olonne avoit été
honoré le 27 du mois précédent , de la fignature
du Roi , de la Reine & de la Famille Royale .
Le 6 , Demoiſelle Marie Magdeleine- Louife de
Barberie de S. Conteft , fille du Marquis de S.
Conteft , Minißre & Sécrétaire d'Etat , ayant le
JUILLE T. 1753. 211
Département des Affaires Etrangeres , & de Dame
Jeanne -Monique- Philippe Delvieux , époufa Mre
Louis Henri-Felix du Pleffis- Châtillon , Comte
de Châteaumeillan , Sous Lieutenant de la Compagnie
des Chevaux-Legers d'Orléans , fils de
Louis , Marquis du Pleffis - Châtillon & de Nonant
, Lieutenant Géneral des Armées du Roi , &
de Catherine Pauline Colbert de Torci. Leur contrat
de mariage avoit été honoré le 27 du mois
précédent , de la fignature du Roi, de la Reine &
de la Famille Royale. Voyez fur Châteaumeillan
la IV. Part. des Tablet. Hift . & Chron . pag. 307 .
Meffire Charles - Louis , Vicomte de Durfort
Capitaine au Régiment Royal des Carabiniers ,
époufa le même jour dans la Chapelle particuliere
de l'Hôtel de Mollé , Demoifelle Therefe- Antoinette
Pourchereffe d'Eftrabonae .
Le 3 Avril , fat préfenté à S. Euſtache & tranf
porté à Poiffy , Meffire Jacques Briffart , Confeil-
Jer Sécrétaire du Roi , Maifon & Couronne de
France & de fes Finances , un des quarante Fermiers
Généraux de Sa Majesté , Seigneur de Triel ,
de Chanteloup , &c. décédé rue Plâtriere.
Le 8 , fut enterié à S. Sulpice , Mc fire Charles ,
Marquis de Guiri , décédé rue des Foffoyeurs âgé
de 72 ans.
Le 12 on inhuma dans la même Eglife , Mellire
Charles de Maridort , fils de Mellire Charles-
Louis- Augufte , Comte de Maridort , Grand Sénéchal
de la Province du Maine , décédé rue du
vieux Colombier.
Le 17 Dame Jeanne Regnault , épouse de Mre
Alexis Jean , Marquis du Châtelet de Frainieres
Seigneur de la Ferté les - Saint - Riquier , de Vers
tamont & autres lieux , Gouverneur de Bray fur2
12 MERCURE DEFRANCE.
Somme , & Grand Voyer de Picardie , mourut à
Paris , rue des Foffoyeurs , âgée de 80 ans .
Le 19 on inhuma à Saint Sulpice Mre Jacques.
Etienne Gueau de Reverſeaux , ancien Avocat
au Parlement , Secrétaire du Roi , Maiſon , Couronne
de France & de fes Finances , Syndic de
Ja Compagnie , & Confeiller au Confeil de S.
A. S. Monfeigneur le Duc d'Orléans , décedé .
rue de Condé.
Le 30 , eft décédé aux Carmelites de la rue
Saint Jacques , M. Henri de Las fils de M. Jean
Baptifte Comte de bas , Seigneur de Pries ea
Nivernois , & fut inhumé le lendemain à Saint
Jacques du Haut - pas.
Le 1s Mai , eft décédé au Château de Genlis
en Soiffonnois Meffire Charles Brulart Marquis
de Genlis , âgé de 46 ans. Il étoit fils de Florimond
Brulart Marquis de Genlis , Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes d'Orléans , & d'Anne
Claude Brulart de Silleri morte en 1737.
trojfiéme fille de Royer Brulart Marquis de Puifieux,
Lieutenant Général des armées du Roi, Che
valier de fes Ordres & Ambaffadeur Extraordinaire
en Suiffe , dont les deux filles aînées étoient
1º. Catherine Françoiſe Brulart mariée en 1697. à
Pierre Allemand Comte de Montmartin Lieutenant
de Roi en Dauphiné. 2 °. Gabrielle Charlotte
Brulart , qui avoit époufé en 1702 Jofeph-
François de Blanchefort Baron d'Amois.
Le Marquis de Genlis étoit veuf depuis le 21
Mai 1742. de Louife- Charlotte d'Halincourt de
Dromenil , dont il laiffe pour enfans ,
1º. Claude Charles Brulart , C. de Genlis , Colonel
dans les Grenadiers de France , hé le 15 Mars
1733.
20 Charles- Alexis , né le 21 Janvier 1737
JUILLET . 17536 213
3. Louife-Marie , née le 28 Novembre , 1738.
Voyez les Tablettes Hiftoriques & Généalogiques
, 4. Partie , page 90 .
Le même jour mourut à Paris rue Royale ;
Dame Louife- Elifabeth de Vacquellé , veuve de
Meffire Pierre Antoine de Benoît de Saint - Port ,
Confeiller, d'Etat , premier Avocat Général du
Grand Confeil.
Le 19 , fut enterré à Saint Koch Dame Marie
Pazat , femine de M. Pierre Etienne Bourgeois
de Boynes , Maître des Requêtes , & Préfident
au Grand Confeil , décedée rue d'Antin .
Le 25 , Meffire Pierre d'Efpartes de Luffan ,
Prêtre du Dioceſe d'Auſch, & Chanoine de l'Eglife
Collégiale de Saint - Martial même Diocèle ,
eft décédé rue Saint Jacques.
Extrait de la Lettre que M. Barbuat de
Juvanvigny , Docteur en Médecine , &
Médecin de la ville de Nogent fur - Seine
nous a adreffée au fujet de la poudre purgative
dufieur Vacoffain , Marchand Epicier
Drogu:fte , rue & vis - à- vis S. André
des Arcs , à Paris.
Onfieur , le foulagement que je defire fince
rement procurer à mes concitoyens , & furtout
aux pauvres malades qui font prefque fans
fecours dans les campagnes , m'a déterminé à rendre
juftice à la poudre purgative du fieur Vacoffain
, dont j'ai éprouvé moi- même l'efficacité. Je
fus nommé pour traiter des fiévres patrides &
vermineules , qui affligeoient deux Paroiffes voifines
de notre ville : ces maladies ne fe font bien
laiffé dompter que par des purgatifs ; ces purga214
MERCURE DE FRANCE.
tifs n'ont été autres que ladite poudre du fieur Vacoffain
, & tous ceux qui en ont ufé , ont été trèsbien
purgés , avec un foulagement notable & un
fuccès qui ne s'eft point démenti , la plus grande
partie des malades ayant rendu beaucoup de vers
& autres humeurs. C'eft pourquoi je me crois
obligé d'avertir le public , & furtout les pauvres ,
à qui l'Auteur donne fon reméde gratis, que l'u
fage qu'ils en feront , leur procurera un grand
foulagement , & à peu de frais , dans toutes les ma
ladies où il eft néceffaire de purger.
Signé , BARBUAT DE JUVANVIGNY,
Docteur en Médecine.
A VIS.
E fieur Maille , Vinaigrier , Diftilateur ordi-
Latre de Pimpératrice Reine de Hongrie
donne avis que la vente du vinaigre de Venus , à
P'ufage des Dames , & à celui des Opitamides ,
qui eft arrêté depuis trois mois , recommencera le
Juillet de la préfente année fur le prix de quatre-
vingt feize livres la bouteille de pinte , les
moindres bouteilles de ce vinaigre le vendront fix
livres. Le vinaigre de Turby & le vinaigre Ro .
main qui ont été annoncés au mois de Novembre
de l'année derniere , continuent à faire des
progrès infinis chacun dans leur ufage : le vinaigre
de Turby pour la guériſon radicale du mal de
dents , & le vinaigre Romain qui les blanchit parfaitement
, raffermit les gencives , & diffipe les
eaux glaireufes qui contribuent à les gâter , &
artête le progrès de la carie ,
& que les autres
dents ne le cariflent. Ledit fieur vend differens
vinaigres pour blanchir & entretenir la peau , guéJUILLET.
1753. 215
rir les boutons , dartres farineufes , macules &
taches du vifage ; pour la facilité des perfonnes de
Province qui louhaiteront avoir de ces vinaigres ,
l'on joint ci-après les noms & propriétés de chaque
espéce.
Vinaigre de Storax , blanchit unit & affermie
la pean , vinaigre de fleurs de citron pour ôter les
boutons , vinaigre d'écaille pour guérir les dartres
farigeules ; vinaigre de racine pour ôter les ma
cules & taches du vilage.
Il fe trouve de même chez lui toutes fortes de
vinaigres pour la table , au nombre de cent trente
fortes le
; tout compofé d'un goût nouveau
comme auffi toutes fortes de fruits confits au vinaigre
, qui font pavis de Pomponne à l'Italienne ,
Brugnons , Bigarreaux à la Reine , pommes d'amour,
petits Melons marinés , Bleds de Turquie ,
Poivre rond d'Espagne , confits à la façon de Turin
, Arricots à la Génoife.
Les perfonnes des Provinces de France , ou celles
des Royaumes étrangers qui defireront avoir
des vinaigres , foit pour les dents ou pour le
vilage , qui font énoncés ci - deffus , les moindres
bouteilles de chaque forte fe vendent trois livres ;
donnant une lettre d'avis & remetrant l'argent
par la pofte , le tout affranchi de port , on les leur
envoyera très- exactement.
Il demeure à Paris , rue de l'Hirondelle , aux Ar
mes Impériales.
J
APPROBATION.
'Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chances
lier , le volume du Mercure de France du mois
deJuillet. A Paris , le 2 Juillet 1753 .
LAVIROTTE
TABLE.
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe. PIECES
Vers à Mile ** * fur fon mariage ,
page 3
Lettre de J. J. Rouffeau de Geneve , à M. l'Abbé
Raynal ,
Extrait d'une Lettre écrite par un Sénateur de
Suéde , à une Dame de Paris ,
II
Vers à S. A. S. Mgr le Comte de Clermont , fur
fa guérifon de fa goutte ,
Réflexions critiques fur Rouffeau ,
Les Globes de favon , Idylle ,
13
14
32
Mémoires pour fervir à l'hiftoire d'Orléans , 36
Elégie , par M. Dutour ,
Lettre à l'Auteur du Mercure , fur le grain ,
Dépit amoureux , traduit de l'Anglois ,
55
58
64
Remerciment de M. Paliflot à la Société Royale
de Lorraine ,
Madrigal ,
66
69
Aflemblée publique de l'Académie Royale des
Infc: iptions & Belles Lettres ,
70
Mots des Enigme & Logogryphe du dernier Mercure
, 94
Enigme & Logogryphes , 95
Nouvelles Littéraires , 99
Séance de la Société Littéraire d'Arras , 145
Beaux Arts ,
Isa
Chanfon Anacréontique ,
168
Spectacles ,
170
Extrait de Raton &Roſette , 172
Concert Spirituel , 188
Nouvelles Etrangeres ,
189
France . Nouvelles de la Cour , de Paris , & c. 199
Naiffance , mariages & moris ,
Avis ,
De l'imprimerie de J. BULL 0 Te
Qualité de la reconnaissance optique de caractères