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1753, 04-05, 06, vol. 1-2
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MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI
AVRIL. 1753 .
ASPARGAR
IGIT
UT
":
2
Chez
A PARIS ,
La Veuve PISSOT , Quai de Conty;
à la defcente du Pont-Neuf.
CHAUBERT , rue du Hurepoix.
JEAN DE NULLY , au Palais.
DUCHESNE , rue Saint Jacques,
.au Temple du Goût.
M. DCC . LII .
Avec Approbation & Privilege du Roi,
NEW YORK
PUBLIC LIBRARY
ASTOR,
TILDEN F UN ATIONS
A VIS.
ADRESSE du Mercure eft à M. MERIEN
Commis an Mercure , rue des Foffez S. Germain
l'Auxerrois , au coin de cetle de l'Arbre-ſec , pour remettre
à M. l'Abbé Raynal.
·
Nous prions très-inftamment ceux qui nous adrefferont
des Paquetspar la Pofte , d'en affranchir le port
pour nous épargner le déplaifir de les rebuter , & à eux
celu de ne pas voir paroître leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays Etrangers ,
quifouhaiteront avoir le Mercure de France de la premiere
main, & plus promptement , n'auront qu'à
écrire à l'adreffe ci- deffus indiquée.
On l'envoye auffi par la Pofte, aux personnes de Prowince
qui le defirent , les frais de la pofte ne font pas
confiderables.
Ốn avertit auſſi que ceux qui voudront qu'on le porte
chez eux à Paris chaque mois , n'ont qu'à faire fçavoir
leurs intentions , leur nom & leur demeure audit fieur
Merien,Commis au Mercure; on leur portera le Mercure
très - exactement , moyennant 21 livres par an , qu'il
payeront , fçavoir , 10 liv .. 10.f. en recevant leſecond
volume de Juin , & 10 l . 10 f. en recevant le ſecond
volume de Décembre. On les fupplie inftamment de
donner leurs ordres pour que ces payemens foientfaits
dans leurs tems.
On prie auffi les perfonnes de Province , à qui on
envoye
le Mercure par la Pofte , d'étre exactes à faire
payer au Bureau du Mercure à la fin de chaque femeftre
fans cela on erait hors d'état de foutenir les
avances confidérables qu'exige l'impreffion de ces
ouvrage.
On adreffe la même priere aux Libraires de Province .
On trouvera le fieur Merien chez lui les mereT&»
di , vendredi , &ſamedi de chaque semaine.
PRIX XXX, SOLS .
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
AVRIL. 1753.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
0
LA SOLITUDE .
POEM E.
Ui ton amitié te féduit ,
Cher Damon , plus d'inquiétude
Sur l'agréable folitude ,
Où mon goût enfin me conduit
Ce n'eft qu'au dedans de foi -même
Qu'on peut trouver le vrai bonheur
En vain par une erreur extrême ,
A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
L'homme le cherche hors de fon coeur,
Dans le bruyant fracas du monde
Rarement peut- on le fentir
Ami , ma retraite profonde
Sans ceffe m'en fera jouir.
;
Là dans cette tranquille yvrefle
Que produit un parfait repos ,
Je vais oublier ma tendreffe ,
Le plus terrible de mes maux .
Malgré les appas de Sylvie
Et fon inhumaine rigueur ,
Devenu maître de mon coeur ,
En paix je pafferai la vie ,
Tout va fournir à mes plaifirs ;
Le fpectacle de la nature
Source d'une volupté pure
Suffit à de fages défirs,
Etalant avec abondance
Les charmes de la nouveauté ,
Des faifons l'aimable inconſtance
Affure ma félicité.
* Le Printems nait , la vive Flore
Rajeunit nos champs & nos bois ,
* Le Printems.¸
AVRI L
1753
1
Tout s'embellit , tout fe décore
Tout reprend la vie & la voix.
Plus doux que ceux dont l'Arabie
Embaume au loin fes flots amers ,
D'un parfum dont l'ame eft ravie ,
Mille fleurs rempliffent les airs.
La nouvelle & riante fcene
Que forme leverd renaiffant ,
Des zéphirs la paiſible haleine ,
Un foleil doux , pur & brillant.
Tout dans cette aimable jeuneffe
Où l'Univers eft rétabli ,
Produit cette vive allegreffe
Dont le coeur fe trouve rempli
Dans fa retraite alors au fage
Que faut-il pour fe rendre heureux #
De fes fens faire un fimple ufage ,
Préter l'oreille , ouvrir les yeux.
Dans l'heureux champ qui l'environne
Promenant fes doux entretiens ,
Par avance il jouit des biens
Qu'annoncent Cerès & Pomone.
Un peu plus loin de fon féjour ,
Dans unbois fombre & folitaire ,
Les oifeaux chantant leur amour ,
A ii
MERCURE DE FRANCE,
Par leurs concerts fçavent lui plaire.
Les humains outragent tes loix ,
'Amour vrai bonheur de la vie ,
On ne goute que dans les bois
Tes douceurs trop dignes d'envie .
Mais déja du prompt moiflonneur
La faux , dans les vertes prairies *
Des plantes tendres & fleuries
A flétri l'éclat & l'honneur .
Phébus des voûtes azurées
Sous nos yeux fait prefque le tour ,
Et déja les champs d'alentour ,
Etalent leurs treffes dorées.
On voit fuccéder mille fruits
'Aux fleurs que le Printems fit naitre ;
ટિ
Et déja l'on peut fe promettre
Les charmes des plus douces nuits .
D'une ardeur & prompte & légere ,
Tous s'empreffant à leurs emplois ,
Du travail le plus néceffaire
Subiffent les utiles loix.
Parmi cette active allégreffe ,
Ennuis , l'on ne fent point vos coups ,
Triftes enfans de la moleffe ,
* L'Eté
AVRIL.
1753. Z
Le travail vous écarte tous,
Après les divers éxercices
Que fournit la blonde Cerès ,
Dans un repos rempli d'attraits
On goûte de pures délices .
Quelquefois au bord d'un ruiffeau ,
Sous le doux flambeau de Diane ,
J'admire loin de tout profane
Des Aftres le brillant tableau,
Sur le canal d'une riviere
Promenant le Livre à la main ,
Horace , Adiffon , La b: uyere ,
Me dévoilent le coeur humain .
Tantôt l'aimable Poëfie
Me pretera fes doux accens
Cette charmante phrenefie
Change les heures en momens .
Ce :ès eft elle enfin contente ?
Pomone fait voir fes attraits * ;
Moins belle encor que bienfaifante ,
Elle va combler nos fouhaits.
Tout rit encor dans la nature ,
Les jours plus doux quoique brillans ,
Les ombres , les eaux , la verdure
* L'Automne..
A iiij
MERCURE DE FRANCE
Ont encor des charmes touchans.
Les arbres des vertes
campagnes
Sont accablés de fruits divers ,
Dans les vergers , fur les montagnes ,
Mille tréfors nous font ouverts.
Plus que jamais dans les prairies
Bondiffent les heureux troupeaux ,
Et de leurs Mufettes chéries ,
Les bergers charment les échos.
De mille feftons couronnée
La vigne annonce chaque jour ,
De pourpre & d'or environnée ,
De Bachus le prochain retour.
Combien d'amuſemens aimables
La campagne fournit alors !
Que de voluptés raisonnables
Qui ne caufent point de remords !
Quelquefois je cueille fans peine
Les doux tributs de nos vergers ,
Pendant que j'entends dans la plaine
Les concerts des heureux bergers .
D'un jardin l'aimable culture
Vient enfuite occuper mes mains ,
C'eft de l'utile agriculture ,
Que vient le bonheur des humains,
AVRI L. 1753. 2
Tantôt dans mes vignes chéries ,
Des raifins voyant les progrès ,
Par mille douces rêveries
Tous mes fens feront enyvrés .
Enfin le jus qu'aime Silene ,
Source d'amuſemens nouveaux
Tel qu'une riante fontaine
Coule long - tems dans mes tonneauz
Ainfi l'agréable Pomo ne
Me donnera d'heureux momens ,
Ainfij'aurai pendant l'Automne
Des plaifirs toujours renaiflans.
Mais lorfque des prifons d'Eole
Les tumultueux aquilons * ,
Iront d'un Pole à l'autre Pole
Semant la neige & les glaçons
Quand loin de l'éxacte balance
Le Soleil pourfuivant fon cours ,
Par fa longue & fâcheufe abfence
Semblera négliger nos jours ;
Quand du fein profond des nuées
L'onde fondant par tourbillons ,
Après les terres abreuvées
Viendra fubmerger nos valons ;
* L'Hyver:
Av
to MERCURE DE FRANCE.
Lo fque regrettant la nature
Plongée en un triste cercueil ,
Tellus dépouillant ſa parure ,
Semblera fe couvrir de deuil .
Alors comme dans un azyle
Dans mon cabinet arrêté ,
Mon efprit content & tranquille-
Cherche l'aimable vérité .
Souvent avec foin je repaffe
Sur ces fpectacles différens ,
Qu'ont donné , chacun en fa place ,'
L'Eté , l'Automne & le Printems.
L'ordre fixe de la nature
Malgré les mouvemens divers ,
Eft pour moi la vive peinture
Du fage auteur de l'Univers .
Quand les Etres avec conftance
Tendent tous à la même fin ,
D'une fuprême intelligence
La raifon reconnoît la main ..
La fageffe ainfi fe révele
Jointe au pouvoir illimité ,.
Mais je découvre encor en elle:
Et la juftice & la bonté.
De cette vérité fi pure
AVRI L. 1753.
Déja vos coeurs font éperdus ,
Infenfés enfans d'Epicure ,
Vous allez être confondus.
Parmi les biens le mal abonde ,
Dites-vous , l'étrange union !
» Le hazard gouverne le monde ,
» Un Etre fage feroit bon.
De votre impatient caprice
Ainfi vous écoutez la voix ,
Sans penfer que de la juſtice
La bonté doit fuivre les loix.
Jamais un Etre bon & jufte
Ne couronne la liberté ,
Que quand fon jugement augufte:
Trouve qu'elle l'a mérité
L'homme eft libre & fon choix décide
Comment il doit être traité ,
Selon qu'il le fait voir avide
Oa da vice ou de l'équité.
Mais fi fon coeur toujours tranquille
D'aucun mal n'étoit combattu ,
Hn'auroit , toujours immobile ,
Jamais ni vice ni vertu .
Mortels dans cette économie ,
A l'épreuve vous êtes mis,
A vjj
12 MERCUREDE FRANCE
Pour être dans une autre vie
Ou récompenfés ou punis
D'une vérité fi fublime
L'efprit admire la fplendeur ,
Mais mieux encor qu'on ne l'exprime
Chacun la reffent en fou coeur.
Voici donc l'aimable ſyſtème
Où conduit la droite raifon "
Il existe un Etre fuprême
Sage , tout puiffant , jufte & bon
Ainfi contemplant la nature
D'un oeil tranquille & d'un coeur droit,
Tandis que l'orgueilleux murmure ,
Le vrai fage examine & voit.
Ainfi l'impétueux Borée
Met par tout le trouble & l'horreur
De Phébus l'ardeur modérée
Ranime & met tout en vigueur..
Tranſporté du plaifir extrême
Que produilent ces grands objets ,
Mon efprit rentrant en lui - même-
Cherche en quoi confifte la paix.
Nos défirs par leurs vives flâmes,
Caufent nos plus cuifans foucis ,
Ces cruels tyrans de nos ames.
AVRI L.
13 1753
Sont nos plus mortels ennemis..
La droite raiſon qui modere
Leur immenfe & bouillante ardeur
Peut , par un confeil falutaire
Seule , en tirer notre bonheur.
Prenez garde fur - tout , dit elle,
Auxprogrès de vos paffions ,
Bien fouvent leur douceur récele
D'immortelles féditions.
Si leur but n'eft pas légitime ,
Reprimez leurs naiffans efforts ;
En vain contr'elles on s'anime ,
Quand elles caufent des tranfports.
Ainfi joignant avec l'étude
Ces utiles réflexions ,
Je fçaurai du tems le plus rude
Adoucir les conditions ..
Quelquefois l'aimable harmonie
M'occupera quelques momens ,.
On fent fa douce tyrannie
Avec les plus foibles talens .
Enfin cher Damon , ta préfence
Viendra fouvent combler mes voeux ,
Je fuis sûr de la complaifance
De ton coeur tendre & généreux
1
14 MERCURE DE FRANCE.
Lors faifant un raportfidele
Et de tes plaifirs & des miens ,
Nous verrons par ce paralelle
De quel côté font les vrais biens.
Du féjour vanté de la Ville
Tu me peindras les agrémens ,
Une fociété facile
Source de mille amuſemens.
Là contre l'ennui tout confpire ,,
Ees feftins , les danfes , les jeux ,
La par des fêtes qu'on admire
On tâche de fe rendre heureux.
Mais quand ces biens feroient folides
Qu'ils pourroient contenter les coeurs ,,
Qu'ils deviennent bien infipides
Par le défordre de nos moeurs !
Ces mortels poifons de la vie ,,
Le fier orgueil , l'ambition ,
L'excès dans les plaifirs , l'envie
Et la diffimulation ;
Ces monftres en chagrins fertiles ,
Où fent-on leur contagion ?
N'eft- ce pas dans le fein des Villes
Qu'ils ont leur habitation ?
Alors de ton erreur profonde
A·V RI L.. 1733 I'S
Tu fortiras , mon cher Damon ,
On ne peut être heureux au monde
Qu'autant que l'on fuit la raison.
Oraifon , digne fouveraine
D'un coeur guéri des vains déſirs ,
Qui brifant leur indigne chaine
Sçait eftimer les vrais plaifirs ;
Raifon que ton fecours propice
Accoure défendre mon coeur ,
Que ni l'humeur ni le caprice
N'en cache jamais la candeur !
Jeune encor , en butte à l'orage ; ,
J'ai besoin d'un conftant effort ,
Sois mon guide , helas à quel âge
Peut-on fc croire dans le port ?
PINET , ainé
A Bergerac en Perigord , le 26 Août 17520
15 MERCURE DE FRANCE.
DISSERTATION
HISTORIQUE ET CRITIQUE ,
Sur l'invafion d'Attila , Roi des Huns dans
les Gaules , où on prouve que ce Prince n'a
combattu qu'une fois en bataille rangée ;
que cette bataille s'eft donnée en Champagne
, à cinq lieues de Troyes , dans la Platne
de Merry-fur- Seine.
Es Huns ayant autrefois paffé les pa
lus méotides , s'étoient étendus julqu'au
Danube , & avoient obligé les Empereurs
d'Orient à leur payer tribut. Enfin
leur Roi Attila ayant foumis plufieurs
Rois Barbares & ayant affemblé une armée
de cinq cens mille hommes , paffa en
451. de la Pannonie dans la Gaule , fous
prétexte de faire la guerre à Théodoric ,
Roi des Visigots. Son deffein étoit de
conquerir toutes les Gaules , ou du moins
de piller ces belles Provinces ; & pour l'é
xécuter plus facilement , il avoit tâché de
fomenter la defunion entre l'Empereur
Valentinien & Théodoric Roi des Vifigots
, qui étoit maître de toutes les Provinces
qui font au- delà de la Loire , le
A VRI L. 1753 .
17
long de l'Océan & de la Mer méditerannée.
Ce Prince aimoit les armes : il avoit
beaucoup de valeur , & étoit plein de courage.
Prifque , Orateur Grec ( a ) , qui
avoit été envoyé vers Attila en qualité
d'Ambaffadeur , affure qu'en le voyant ,
il avoit apperçu des traits qui lui faifoient
penfer qu'il étoit né pour le malheur
de l'Univers ; fa figure étoit terrible ,
il étoit de petite taille , mais il avoit la démarche
fiere , la poitrine large , la tête
groffe , les yeux petits , vifs & toujours en
mouvement , le nez plat , la barbe claire ,
les cheveux gris , le teint brun , marquant
fon origine ; & tels font encore aujourd'hui
les Tartares . Quoiqu'il fûr fort brave
, il combattoit plus de la tête que de la
main , étant très- habile pour les Confeils ;
il fe laiffoit fléchir à ceux qui fe foumettoient
, & traitoit bien ceux à qui il avoit
donné la parole .
( a ) Prifcus Panites Græcus Rhetor dicit... Vi.
fum fibi hominem ad exitium orbis terræ , inceffu
fuperbum , micantibus oculis , crudelem & mili
tari difciplinæ deditum , fapientem in confiliis....
Denique fuiffe exiguâ faturâ , largo pectore , ca.
pite craffo , oculis admodum parvis , barbâ rarâ
refinis naribus , colore fubfuno & deformi . Papy .
Maffon , libro de calamitatibus Galliæ.
2
18 MERCURE DE FRANCE.
Attila pour infpirer plus de terreur aux
Peuples qu'il vouloit fubjuguer prit la qualité
de fleau de Dieu , & fous ce nom terrible
, il fe crut en droit de mettre tout à
feu & fang. Après avoir paffé le Rhin fans
obftacle , il détruifit toutes les Villes qu'il
trouva fur fon paffage , entr'autres Trèves ,
& Metz , qui étoient confidérables . Nous
apprenons ( a ) de Grégoire de Tours ,
que la Ville de Metz fut prife la veille de
Pâques , qui tomboit en cette année 45 E
le 17 du mois d'Avril , qu'après ce pillage
on égorgea les Citoyens & les Prêtres
qu'enfuite on réduifit cette Ville en cendres.
De - là marchant en avant , & envoyant
de gros détachemens à droite & à
gauche , il fit un butin immenfe , il entra
dans le païs de Reims au mois de Mai ;
certe Ville eut le même fort que les autres.
Son deffein étoit d'aller droit à Paris,
mais il changea d'avis . On attribue ce
changement à la protection & aux prieres
(a ) Igitur ( Hunni à Pannoniis egreffi , ut quidam
ferunt ) in ipsâ faneta Pafcha vigilia , ad
Metenfem urbem , reliqua depopulanda , perveniunt
tradente urbem incendio , & populum in ore
gladii trucidantes ipfofque Sacerdotes Domini
ante altaria facro- fancta perimentes , nec in ea remanfit
locus inuftus , præter Oratorium B. Martyris
primi Stephani Levitæ. Greg. Tur . lib . 20
cap . 6º.
AVRIL. 1753. 19
de Sainte Genevieve qui vivoit alors.
Ce Prince après avoir mis l'épouvante
dans toutes les Provinces d'entre le Rhin ,
la Meufe & la Mofelle , voyant qu'il avoit
le champ libre , qu'on ne lui avoit oppofé
aucune armée qui pût retarder ou empêcher
fes conquêtes , voulut profiter de cette
confternation générale pour fe rendre
promptement fur la Loire . Il avoit deſſein
de fe faifir d'Orléans , afin d'en faire fa
place d'armes , & enfuite aller conquerir
ces belles provinces qui font au- delà de ce
fleuve , perfuadé que s'il pouvoit vaincre
& fubjuguer les Vifigots qui les poffédoient
, il fe rendroit bientôt maître de
toute la Gaule , avec d'autant plus de facilité
que les intérêts des differentes Nations
qui s'y étoient cantonnées , n'étoient
pas aifés à concilier , pour travailler à leut
commune défenfe ; les Romains , les Vifi--
gots , les Bourguignons , les François qui
en occupoient des parties confidérables ,
ne cherchoient qu'à s'aggrandir aux dépens
des uns & des autres ; ainfi Attila ne
regardoit pas comme une affaire difficile
de fubjuguer tous les autres dès qu'il auroit
vaincu les Vifigots.
Il affembla donc fon armée & marcha
vers la Seine. Il y a tout lien de croirequ'il
paffa cette riviere à Ponts , parite
20 MERCURE DE FRANCE.
Ville à dix lieues au - deffous de Troyes ;
ainfi nommée à caufe des ponts que les
Romains y avoient conftruits , & on l'appelloit
anciennement duodecim pontes . Il
y a apparence qu'avant de faire paffer fon
armée , il fit offrir des victimes à les Dieux
pour tirer des augures fur la réuffite de fon
projet on trouve fur un petit ruiffeau af.
fez voifin de la Seine de groffes pierres
brutes qui ont tout l'air d'autels préparés
pour les facrifices à la maniere des Barba
res. Après avoir paffé la Seine , il marcha
vers la riviere d'Yonne , il s'empara de la
Ville d'Auxerre qu'il ravagea. Partie de
fon armée a pu paffer la riviere à Auxerre,
l'autre à Pont- Sur- Yonne .
Enfin ce Prince arriva vers la Loire à
la vue d'Orléans avec fa formidable armée
, la veille de S. Jean - Baptifte. Sui
vant les actes de la vie de Saint Anien ,
Evêque d'Orléans , qui affurent que ce
Saint rempli de cet Efprit de prophétie
( a ) avoit prédit qu'une bête cruelle arriveroit
le huit des calendes du mois de
Juin , à deffein de mettre en piéces fon
troupeau : il fit promptement fes difpofi-
1
( a ) Simulque Anianus plenus prophetiæ Spiritu
octavo calendas Julii diem effe prædixit , quo
beftia crudelis gregem fibi creditum laniandumu
decerneret. A&ta S. Aniani.
A VRI L. 1753 .
27
tions pour attaquer cette place. Il la fit
inveftir & en forma le fiége ; la Ville avoit
été fortifiée & on y avoit mis une forte
garnifon , par les ordres de Théodoric &
( a ) d'Actius , dès qu'ils avoient appris le
deffein d'Attila , la garnifon étoit compofée
des Alains , & commandée par Sandiban
leur Roi qui étoit à la folde des Romains
: la réſiſtance fut grande ; Attila en
fut furpris , il n'étoit pas accoutumé à
trouver tant d'oppofition à fes deffeins ,
tout avoit plié jufqu'alors fous fes étendarts
; mais comme il étoit grand politique
& très habile dans la connoiffance
des affaires militaires , il ne douta point
que cette résistance n'eût pour
fondement
l'efpérance d'un prompt fecours,
Ces motifs le portérent à employer
toutes fortes de moyens pour fe rendre
maître promptement
de la Ville. 11 ufa
d'abord d'artifice pour gagner Sandiban, il
lui fit faire fous-main des propofitions
pour l'engager à lui remettre la place , &
peu s'en fallut qu'il ne réuffit ; ce moyen
lui ayant manqué , il preffa le fiége trèsvivement
; il fit battre la Ville de tous
côtés ; il fit dreſſer plufieurs batteries de
(a ) Quod ubi Theodoricus & Aetius agnove
runt magnis aggeribus eamdem Urbem ante adı
ventum Attila obftruunt. Jornandes.
22 MERCURE DE FRANCE.
beliers pour faire bréche au corps de la
place , & lorfqu'ils furent en mouvement,
les murs en furent ébranlés ( a ) , ils firent
bréche en quelques endroits , & il ſe fla
toit de la pouvoir bientôt emporter.
Il étoit vrai auffi que la Ville attendoit
un fecours confidérable. Aetius Général
des Romains & Commandant dans les
Gaules , avoit mis tout en mouvement
pour faire connoître le danger commun
dont on étoit menacé. C'étoit un homme
de grand mérite , & Attila avoit dans ce
Général un puiffant adverfaire , capable
de faire obftacle à fes projets , l'hiftoire du
tems nous a confervé fon portrait . Il étoit
né avec un tempéramment vigoureux , (b)
tel qui convient aux Héros , il avoit l'ef
prit vif & entreprenant ; il étoit difpos &
dégagé dans toutes les parties de fon corps,
(a ) Hunnorum Rex Aureliam aggreditur ,
eamque maximo arietum impulfu nititur expugnare.
Greg. Turon .
(b ) Aetius virili & habitu formatus , animo ala
cer , membris vegetas , equis promtiffimus , fagittaram
peritus , cautè impiger , bellis aptiffimus ,
pacis captator celebris , nullius avaritiæ fectator ,
bonis animæ præditus , injuriarum patientiſſimus
laboris adpetens , impavidus periculorum , famis ,
fitis , vigiliarum tolerantiffimus .
- Ex chronico Gregorii Turonenfis , apud Chefnium
tomo primo , pag. 725,
•
AVRIL. 1754. 23
adroit à monter un cheval ,habile à tirer de
l'arc , diligent dans les entrepriſes , grand
Capitaine , fçachant prendre habilement
fon parti pour faire une paix avantageufe
, ennemi de l'avarice , doué de tous les
dons d'une belle ame , fouffrant avec patience
les injures , aimant le travail , intrépide
dans les dangers , fouffrant gayement
la faim , la foif, & les veilles .
Aetius donc pour oppofer une digue
affez forte aux deffeins d'Attila , fe fervit
d'abord du crédit d'Anitus , en qui les
Gaulois avoient une grande confiance
pour leur perfuader de la néceffité de marcher
promptement au fecours de leur patrie
fous les Etendarts d'Actius . Il ébranla
par
les mêmes motifs les Nations qui s'étoient
établies dans les Gaules. Ainfi les François
fous la conduite de Mérouée leur Roi , les
Bourguignons , tous les Gaulois de la Belgique
& de la Celtique fe mettent en
marche avec les Saxons auxiliaires & viennent
joindre Aetius qui par ce concours de
tant de Nations fe trouva à la tête d'une
armée d'environ 200000 hommes.
D'un autre côté l'Empereur Valenti
nien avoit ménagé une ligue avec Théodoric
Roi des Vifigots , après avoir fait
la paix avec ce Prince. Dès qu'il eut appris
le deffein formé par Attila de péné24
MERCURE DE FRANCE.
trer dans les Gaules , & au moment qu'Aetius
apprit que ce Prince avoit paffé le
Rhin , il pria Anitus d'aller promptement
en informer Théodoric , & de l'engager à
fecourir les Gaules . Enfin Anien Evêque
d'Orléans apprenant que fa Ville étoit menacée
d'un fiége fe rendit en diligence à
Arles pour repreſenter à Aetius le danger
qui le menaçoit. Celui - ci l'invita d'aller.
vers Théodoric pour lui faire connoître
( a ) les malheurs de fa patrie , & pour lui
faire comprendre combien il étoit interreffé
à marcher au fecours d'Orléans , puif.
que fi Attila venoit à s'en rendre le maître
, il auroit un paffage libre fur la Loire ,
qu'il entreroit facilement dans fes Etats , &
qu'il pourroit lui caufer de grands maux.
Théodoric qui , fur les premiers avis que
lui avoit donné Valentinien , avoit formé
une puiffante armée , n'hésita plus à prendre
fon parti , il la fit affembler , il alla ſe
mettre à la tête de fes troupes avec Thorifmond
fon fils aîné , il donna avis de fa
réfolution à Aetius , par l'Evêque Anien
qui enfuite revint à Orléans avec de grandes
efpérances d'un prompt fecours. Aetius
( a ) Aetius Patricius venientem audiens Anianum
Epifcopum Aurel . ad Theodoricum Regem
Gothorum dirigit , petens auxilia contrà Hunnos.
Idatius 1.
marcha
A NR I L. 1753.
•
25
marcha fur le champ à grandes journées
& ayant fçu la marche de Théodoric , il
convint de faire la jonction de leurs armées
avant d'arriver à la vue de la Ville
affiégée; ainfi cette armée combinée arriva
vers le Camp d'Attila en même-tems.
Ce Prince fut bien furpris de voir une fi
puiffante armée accourir au fecours d'Orléans
; il n'en connoiffoit ni le nombre
ni la force , & il n'ignoroit pas qu'il
avoit affaire à deux Généraux de grande
expérience & fort braves , qui avoient
fouvent donné des preuves de leur valeur.
D'ailleurs ces armées étoient compofées de
troupes fraîches , pourvues abondamment
de tout , campées dans un païs ami &
connu , bien déterminées à l'attaquer jufques
dans fes retranchemens .
Attila n'avoit point encore trouvé en
tête de pareilles forces. Rien ne s'étoit
oppofé à fon invafion ; tout avoit plié devant
lui ; les troupes n'avoient point été
dans le cas de combattre ; & cependant
elles étoient fatiguées tant par la longue
marche qu'elles avoient faite depuis Reims
jufqu'à la Loire , que par les travaux du
fiége qui avoit été pouffé avec une grande
vivacité. D'ailleurs les vivres commençoient
à manquer,le païs voifin étoit épuifé
; fa Cavalerie étoit nombreuſe , mais
B
26 MERCURE DE FRANCE.
de quelle utilité pouvoit- elle être dans un
terrain coupé & garni tel qu'eft ordinairement
celui des environs d'une Ville fi
quée fut un grand fleuve. Avant de ſe déterminer
à un parti , il tint confeil avec
Les Généraux , .on conclut qu'il falloit fe
retirer & abandonner le fiége. Ce párti ne
laiffoit pas d'être dangereux ; une retraite
en prefence de l'ennemi n'eft pas facile ;
cependant on préféra ce danger à la crainte
de perdre une bataille , ou à la honte
d'être forcé dans fon camp. Les Huns n'abandonnérent
leur proye qu'avec bien de
la douleur cat la Ville étoit aux abois
la bréche étoit affez large pour donner un
affaut général ; quelques Officiers principaux
avoient même pénétré dans la place,
Ils étoient en poutparler avec les citoyens
pour prendre des otages , & convenir d'uhe
capitulation honteuse pour la Ville , &
c'eft précisément dans ce tems fi critique
& fi proche du danger que le fecours ar
riva , & fit quitter prife aux Huns.
ne
Auffi- tôt queThéodoric & Aetius s'aper
curent des mouvemens de l'armée ennemie
qui décampoit à leur vue , ils fitent de
gros détachemens pour la pourſuivre ; on
battit l'arriere- garde , on tua beaucoup de
foldats ; mais la nuit futvint qui empêcha
de pourfaivre ces ennemis . Il fallut fe reAVRIL.
1753. 27
tirer & laiffer les Huns poursuivre leur retraite.
C'est cette action qui a fait dire à plufieurs
Hiftoriens , entr'autres à Idatius &
Jornandés , qu'il s'étoit donné une grande.
bataille proche d'Orléans . Le premier ( 4 )
dit qu'Arcila foutint un grand combat fur
la riviere de Loire dans le voisinage d'Or.
déans contre les Goths , que ceux- ci perdirent
deux cens mille hommes que
leur Roi Théodoric y perdit la vie , &
qu'Attila eut cent foixante mille hommes
de tués. Il faut fe fouvenir qu'il ajoute
qu'il y eut encore une action plus fanglante
depuis dans une plaine voifine de la
Ville de Troyes , puifqu'elle dura trois.
jours. Et Jornandes , en difant que cette
bataille fe donna proche d'Orléans , ajoûte
que ce fut dans les plaines de Châlons dans
un endroit appellé Mauriac . In campis Catalaunicis
, in campo Mauriaco,
Si cette bataille a été réelle , il eſt conſ
tant que la Ville d'Orléans feroit tombée
au pouvoir d'Attila , puifque les Goths Y
perdent non- feulement deux cens mille
(4) Attila contrà Gothos fuper Ligerim Auvium
, nec procul ab Aurelianis , confligit certa
men. Cæfa funt Gothorum ducenta millia , Theodoricus
Rex hoc prælio occubuit ; cæfa funt ho
minum centum fexaginta millia. Idatius,
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Hommes , c'est - à- dire , au moins les deux
tiers de leur armée , mais encore leur Roi,
leur Chef. Certes , une telle perte auroit
du jetter les Goths dans une confternation
générale , & dans ce cas comment peut-on
simaginer qu'ils ont eû le courage de
pourfuivre Attila jufqu'aux environs de
Troyes ; on penfe bien plûtôt que Thorif
mond affligé de la mort du Roi fon Pere ,
& de la perte de fon armée , auroit pris le
parti de retourner dans fes Etats pour les
raffurer par fa prefence , pour mettre fes
frontieres en fureté , & pour remettre fon
armée en état de tenir la campagne , & enfin
pour le mettre en poffeffion du Thrône
de fon Pere qui lui appartenoit par le
droit de fa naiffance , & qui en fon abfence
auroit pu être occupé par un de fes
freres il prit bien ce parti , comme on le
verra par la fuite , mais ce ne fut qu'après'
le gain de la bataille donnée contre Attila
dans la plaine de Merry près de Troyes ,
dans laquelle le Roi Théodoric fon Pere
perdit la vie.
D'ailleurs fi la perte des Goths a été de
200000 hommes , Aetius a dû auffi ſouffrir
quelque perte , & en ce cas comment
peut- on affurer qu'Attila victorieux a été
forcé de lever le fiége d'Orléans , de ſe retirer
, de retourner fur fes pas étant fuivi
AVRIL. 1753. 29
de près par une armée qui femble vaincue,
& qui enfin l'atteint en Champagne vers
la Seine cela ne fe conçoit pas ailément .
Enfin , fi toute la perte dans cette bataille
prétendue a été du côté des Goths , com
ment peut- on s'imaginer que Thorifmond
ne feroit point entré en méfiance contre
Aetius , qui auroit femblé avoir eu deſſein
de facrifier l'Armée des Goths pour ménager
la fienne ? de pareils foupçons font
naturels , & s'ils ont eu lieu , il faut conclure
que Thorifmond aura regardé Aetius
comme un Allié infidéle , & qu'il y auroit
eu de l'imprudence de fa part à prendre
encore confiance en lui ; & cependant on
voit ce Prince poursuivre Attila , de concert
avec le Général Romain .
Il eſt donc bien plus fenfé de conclure
de tout ceci , qu'Attila ayant été obligé de
lever le fiége d'Orléans , pour ne pas rifquer
de fe voir forcé dans fes lignes , vers
le milieu du mois d'Août , fouffrit un échec
par la perte d'une partie de fon arrieregarde
qui fut pourfuivie & maltraitée par
Pennemi , & que c'eft cette défaite qui a
donné lieu d'en parler comme d'une action
générale qu'on a confondue avec la
bataille rangée qui ne fut donnée que plus
de fix femaines après , bien loin d'Orléans ,
dans la Champagne où avoit marché Atti-
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
Ja , & dans la plaine de Mauriac où il cam
pa , & qu'il choifit comme plus commode
pour les évolutions de fes troupes en cas
d'action , & furtout de fa Cavalerie qui
étoit fort nombreuſe..
Je prens pour garant de ce fentiment
Grégoire de Tours , Hiftorien françois &
par conféquent plus digne de croyance
que des Etrangers. , tels qu'Idatius & Jornandes
, dont l'un était Italien , & l'autre
Efpagnol : il dit fimplement qu'Attila fut
obligé de lever le fiége d'Orléans & de fe
retirer . Voici comme il s'en explique.
Cependant les murs de la Ville étant
(4 ) ébranlés par la force & les fecouffes
des beliers , & étant prêts à écrouler ; on
voit dans ce moment Aetius & Théodoric,
Roi des Goths accompagné de fon fils
Thorifmond , avec leurs armées ; ils avancent
vers la Ville , ils repouffent Attila, ils
(a ) Intereà jam trementibus ab impetu arietum
muris , jamque ruituris , que Ætius & Theodo
Rex Gothorum ac Thorifmodus ejus Filius ,
cum exercitibus fuis ad civitatem occurrunt , adverfumque
hoftem ejiciunt , repelluntque , Attilam
fugant qui Mauriacum campum adiens fe præcingit
ad bellum. Quod hi audientes fe contrà eum
viriliter præparant : igitur Aetius cum Francis Go
thifque conjunctus adversis Attilam confligit , at
ille ad internecionem vaftari cernens fuuin exerci
tum fugâ dilabitur. lib. 2º. cap. 13º.
AVRIL. 1753. 31
lui font lever le fiége & le mettent en
fuite. Celui- ci s'étant retiré dans la plaine
de Mauriacum , fe prépare au combat , les
autres ayant appris cette nouvelle , fe déterminent
à l'attaquer vigoureufement,
Ainfi Aerius joint avec les Francs & les
Goths engage la bataille avec Attila , qui
voyant fon armée prête à périr le retire
avec précipitation. Le Roi Théodoric eft
tué dans cette action .
Cet Historien ( 4 ) ajoute qu'alors la
guerre fur finie. Aetins , dit-il, ayant pillé
le camp ennemi revint dans fa patrie chargé
de grandes & riches dépouilles , & At+
tila s'en retourna avecfon armée fort diminuée
& affoiblie.
Il faut donc convenir , comme je l'ai
déja dit , qu'il s'eft paffé deux actions entre
Aetius avec fes Alliés & Attila , l'une
lors de la levée du fiége d'Orléans , l'autre
lors de la bataille donnée à Mauriacum
& ce sentiment eft encore appuyé par les
Actes de S. Anien , Evêque d'Orléans , où
on voit qu'Attila ( b ) forcé de lever le
.
( a ) Actius fpoliato campo victor in patriam
cum grandi eft reverfus fpolio. Attila verò cum
paucis reverfus eft. Ibid.
(b ) Reliqua pars Hunnorum quæ ibidem proftrata
non cecidit , fugæ præfidium expetunt , de-
Dec ,judicante Domino , in loco qui vocatur Mau-
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
fiége d'Orléans , marcha comme un homme
qui fuit , & que fon armée étant arrivée
à Mauriacum , il y eut une bataille , où
fon Armée fut prefque défaite conformé
ment aux deffeins de Dieu qui voulut punir
ce Roi barbare.
Attila obligé de fe retirer avec perte de
devant Orléans , tâcha de remettre fon armée
en état de fe défendre ; il marcha en
fe retirant par le même chemin qu'il avoit
tenu pour arriver fur la Loire : après avoir
repaflé l'Yonne , il gagna les bords de la
Seine , réfolu de continuer fa marche en
fureté , ou de fe camper avantageufement
pour en venir à une action générale & décifive.
Il efpéroit d'ailleurs en temporifant
que tant de Nations réunies contre lui
pourroient fe defunir , & qu'alors il prendroit
fon avantage fuivant les conjonc
tures.
On peut croire qu'Actius qui ne vouloit.
pas laiffer échaper une armée fugitive &
timide , avoit prévenu Attila , & que dans
ce deffein il avoit fait rompre les Ponts
fur la Seine , afin de retarder ſa marche &
de pouvoir l'atteindre , car il le fuivoit
dans le deffein de le combattre s'il pou
voit le rencontrer.
riacus , trucidenda gladiis , mortis fententiam expectaret.
Acta S. Aniani apud Papelrook.
AYRI L. 1753. 33
Attila fit alte & campa fur les bords de
la Seine , & afin de fe mieux déterminer
fur la réfolution qu'il avoit à prendre , il
confulta les Dieux , comme il avoit déja
fait avant de paffer ce fleuve , pour fçavoir
s'il éviteroit ou s'il donneroit bataille
, bien réfolu de combattre s'il obtenoit
d'heureux augures. ( a ) Il fit donc faire
de grands facrifices & offrir des victimes à
fes Dieux fur plufieurs Autels faits de
groffes pierres brutes , dont plufieurs ont
plus de 24 pieds de circonférence ; on les
voit encore aujourd'hui affez prêts de la
petite Ville de Ponts vers les bords de la
Seine , fans qu'on puiffe deviner qu'elles
ayent pu fervir à d'autres ufages. Les augures
ne furent pas auffi heureux qu'il
pouvoit le defirer . Les Sacrificateurs ne
purent s'empêcher de déclarer que la lataille
feroit funefte aux Huns ; mais ils
ajoûtérent qu'un principal Général de l'armée
ennemie y feroit tué. Attila fe Hattant
qu'Aetius dont il redoutoit la valeur
& la prudence pouvoit être ce Général dé-
(a ) Igitur Attila Rex Hunnorum' , tali percut
fus eventu , diffidens fuis copiis , metuens inire
conflictum , intufque fugam revolvens ipfo funere
triftiorem , fatius per arufpices futura inquitere.
Jornandes de rebus Gothicis .
B v
1
34 MERCURE DE FRANCE.
figné , réfolut de donner bataille . Hunnis
infaufta denuntiant fe. Jornandes.
Prefque tous les Hiftoriens conviennent
que cette bataille s'eft donnée dans les
plaines de Châlons- fur-Marne , in campis
Catalaunitis : ainfi on doit conclure qu'elle
ne s'eft point donnée près d'Orléans , comme
je l'ai déja obfervé ; encore moins en
Auvergne , ou dans le voifinage de la Ville.
de Touloufe , comme quelques Auteurs
l'ont prétendu .
Or ces plaines de Châlons font défte.
gnées par Jornandes , de façon à faire conprendre
qu'elles s'étendent dans tout le
païs que nous appellons Champagne
Campania à campis ; puitqu'il affure qu'el
les ont cent lieues de long à la meſure des
Gaulois , ( a ) & foixante & dix de large..
Cet Hiftorien obferve , que la lieue des
Gaulois eft de quinze cens pas ; & la lieue
commune de France étant de trois millepas
, il réfukte que ces plaines que ces plaines auront encore
cinquante de nos lieues en longueur
& trente - cinq de largeur. Ainfi on eft à
même de trouver dans une fi grande étendue
le champ de bataille , qui eft enfuite
défigné d'une maniere plus particuliere
(a ) Convenitur in Campos Catalaunicos , cen
Bùm leucas , ut Galli vocant , in longum tenentes.
& feptuaginta in latum, Jorn.
AVRIL. 35 1753.
par ces termes , Campi Mauriaci , pout
dire qu'elle a été donnée dans la plaine
de Mauriacum .
Grégoire de Tours dit , qu'Attila ayant
été repouffé devant Orléans , fe retira
dans les plaines de Mauriacum , & que là
il fe prépara à une bataille . Les Actes de
la vie de S. Anien nous difent que c'eft
dans cet endroit que l'Armée d'Attila fut
prefque détruite , in loco qui vocatur Manriacus.
Idatitis nous donne un nouveau jour
pour connoître la véritable fituation de
cette plaine de Mauriacum Il dit pofiti--
vement que les Huns en fe retirant après
la levée du fiége d'Orléans , qu'ils furent
forcés d'abandonner avec affez de préci
piration , dirigerent leur marche vers la
Ville de Troyes , à deffein de camper comme
ils firent dans la partie de la Champagne
mauriacenfe , ainfi appellée à caufe de
Mauriacum qui lui donnoit fon nom ,
Hunni repedantes , Tricaftis in Mauriacenfi
confident Campaniâ, .
Nous connoiffons une belle & grande
plaine diſtante de cinq lieues environ de
Troyes , dans laquelle deux armées trèsnombreuſes
, telles qu'étoient celles d'Aɔ-
Hus & d'Attila , ont pu donner bataille
dans le voisinage de laquelle eft la petite
Bvje
36 MERCURE DE FRANCE.
Ville de Merry fituée fur la Seine à l'Occident
de Troyes , qui s'appelloit autre
fois Mauriacum , & qui a donné fon nom
à cette plaine que l'on a appellée Mauriacum
; Campus Mauriacus , & Campania
Mauriacenfis , ou Marciacenfis.
Ce qui m'autorife dans mon fentiment
eft qu'on lit dans Aimoin , que la Reine
Brunehault , à la fin du fixiéme fiécle, en
600 environ , c'eft-à -dire , 150 ans après
la bataille dont il eft queftion , ayant été
chaffée du Royaume d'Auftrafie par les
Grands de l'Etat , & ayant été obligée de
fuir feule & inconnue , arriva dans cette
partie de la Champagne , appellée Mauriacenfe
, & qu'étant embarraflée de trouver
un guide pour la conduire en Bourgogne ,
ignorant le chemin qu'elle devoit tenir
elle s'adreffa à un jeune Païfan qui lui
fervit de guide : or il paroit certain par la
route que cette Reine infortunée a dû
prendre , qu'elle paffa par Merry , & que
c'eft dans le voisinage de cette Ville qu'elle
trouva un Conducteur ( a ) .
( a ) Anno quarto Theodorici Regis Burgun
diæ , Brunechildis ab Auftrafiis ejecta eft , & in
Marciacenfi Campania à quodam homine paupere
reperitur.
Aimonius , Monachus Floriacenfis : Hift. Franc.
Jib. 13. capit. 19. & 87.
A VRI L. 1753. 37
Meffieurs Pithou & Defguerrois croyent
qu'il faut ôter de ce mot Marciacenfi
la lettre m. & lire Arciacenfi ; & en ce
cas l'Auteur auroit défigné la Plaine d'Arcis
- fur- Aube , Arciacenfi. Mais il eft
difficile de fe perfuader que ce foit une
faute du copifte : une lettre initiale & majufcule
telle que la lettre m . n'a pû être
mife par erreur ; ainfi il faut lire in Marciacenfi
ou Mauriacenfi Campania , dans la
plaine de Merry ; on fçait que cette Province
a été appellée Champagne à caufe
de fes grandes Plaines , & on en a défigné
fes différentes Contrées par les noms des
Villes voifines ; Campania Catalaunenfis ,
Campania Remenfis , Campania Trecenfis ,
Campania Arciacenfis , & Campania Marciacenfis.
Mon fentiment fe trouve appuyé de
Pautorité de M. de Valois , dans fa Notice
des Gaules ; il affure que la bataille livrée
à Attila par Actius & fes alliés , s'eft donnée
dans la plaine de Méry-fur - Seine , &
reconnoît que cette plaine eft celle défi
gnée par Mauriacum , Campus Mauriacus ,
Campania Mauriacenfis ; de-là il conclut
que Jornandes a confondu les plaines de
Châlons avec celle de Méry, qu'il a pris une
pártie pour le tout , puifque par l'étendue
qu'il donne aux plaines de Châlons , elles
38MERCURE DE FRANCE.-
comprennent toute la Champagne. Ils'ap
puye du témoignage de Fredegaire , qui
étant né François , eft préferable à celui des
Hiftoriens étrangers. Il dit dans fon troi
fiéme Livre des Chroniques Huni Tricaffis
´in Mauriacenfi confident campanià . Les Huns
( après avoir levé le fiége d'Orleans , }
viennent dans le voisinage de la Ville de
Troyes , & campent dans la plaine de
Méry ; cet Hiftorien ajoute que ce fut
dans cet endroit que fe donna la bataille en
queftion. Thorifmond , dit- il , engage un
combat avec Attila & les Huns dans la
plaine de Méry ( 4 ) , il dura trois jours ,
& un nombre infini de foldats y périt . Il
faut voir M. de Valois au mot , Campania ,
Catalaunum , & Mauriacum.
Enfin je vais employer en faveur de
mon fyftême une preuve qui me paroît
démonſtrative , elle est tirée des actes de
la vie de Saint Loup , Evêque de Troyes,
qui font certains . Ces Actes affurent que
les Huns s'étant répandus dans les Gaules ,
l'allarme devint générale ; que lorfqu'on
apprit qu'ils marchoient vers la Champagne
, & du côté de la Ville de Troyes ,
( a ) Thorifmodus , cum Attila Mauriaci con-
Higit certamine , ibique tribus diebus utræque pha
Janges invicem præliantur , & innumerabilis mul
titudo. gentium occubuit.
AVRIL 17537- 3.9
les Citoyens furent faifis de crainte ; cette
Ville firuée dansune plaine fur les bords.
de la Seine , n'avoit alors ni murs , ni
foffés , ni remparts , ni armes , le faint
Evêque râcha de raffarer fon troupeau ,
en l'exhortant de mettre fa confiance en.
Dieu , il leur infpira l'efprit de la priere-
& de la pénitence , encore plus par fonexemple
que par fes inftructions , & perfuadé
que la douceur peut beaucoup fur
les efprits les plus impérieux , il réſolut
d'envoyer complimenter Attila , qui étoit
Campé vers le Village de Brofium , à préfent
Saint Memin , diftant de quatre lieues
de Troyes ; il envoya pour cet effet ſept
Cleres de fon Eglife , avec Memonius
Diacre , qui devoit porter la parole ; ils
marcherent précédés de la Croix avec les
textes des faints Evangiles , & des encenfoirs
; le Prince leur donna audience , &
les écoutails lui déclarerent de la part
de Saint Loup , que ce Prélat & tous
fes Citoyens fe foumettoient à fes ordres ,
qu'ils étoient venus en leur nom pour lui
rendre tous les honneurs qui étoient dûs
à un figrand Prince. Heft à croire qu'Attila
content de ces foumiffions , auroit
renvoyé ces Députés en toute sûreté ,
mais un incident fut caufe de leur mort
les rayons du Soleil qui donnoient fur les
40 MERCURE DE FRANCE:
X
textes , frapperent par reverbération les
yeux d'un cheval monté par un des Généraux
de l'armée , & parent d'Attila , ce
cheval en devint fougueux , s'emporra
& renverfa fon maître qui fut tué.
Attila devint furieux par la douleur
que lui caufa cet accident , il s'écria que
ces gens- là étoient des Magiciens , & ordonna
qu'on les fit mourir : on les arrêta
fur le champ , & on les égorgea fur le
bord du grand chemin ; un jeune Clerc du
nombre des fept fe fauva , & retourna à
Troyes , où il fit rapport à fon Evêque de
ce qui s'étoit paffé ; les corps de ces faints
Martyrs furent enlevés & cachés par des
Chrétiens , ils furent par la fuite enterrés
avec folemnité , on mit leurs corps dans
des tombeaux de pierres , placés dans une
Chapelle fouterraine ; ainfi Attila étoit
donc campé à cinq lieues de Troyes , &
dans la plaine proche de Méry ; c'eft done
là que l'on doit trouver ce champ de bataille
, fi fouvent appellé Campus Manriacus
; ma preuve eft appuyée , non - feulement
fur une tradition conftante , fur
d'anciens monumens , historiques mais
encore fur un fait qui exifte aujourd'hui
c'eft-à- dire , fur les tombeaux de Saint
Memin & de fes Compagnons.
و
Quoique je penfe avoir démontré mon
AVRIL. 17537
fentiment par des preuves qui ont chacu
ne une autorité de gradation qui approche
de l'évidence , cependant je ne pourrois
me flatter de l'approbation de mes
Lecteurs , fi dans la plaine en queſtion , je
ne pouvois pas trouver dans une précision
géographique toutes les fituations particulieres
du terrain défigné avec un fi beau
détail par Jornandes , qui nous a donmé
une Relation fort curieufe de la bataille
, & une deſcription exacte de tous
les mouvemens des deux armées combattantes
: il faut l'entendre lui- même , & en
même tems je ferai mes obfervations pour
faire connoître que la plaine de Méry est
fi conforme à tout ce que cet Hiftorien
nous dit , qu'il n'eft pas poffible de s'empêcher
de reconnoître que c'est l'unique
endroit où s'eft donnée cette fameufe bataille.
1 ° . Il faut une plaine affez vaſte , aſſez
grande pour y camper deux armées nonbreufes
de cinq cens mille combattans environ
chacune , & entre ces deux camps
un terrain propre pour les mouvemens &
les évolutions militaires qui font néceffaires
pour une action générale , aperto
Marte certatur ; or la plaine de Méry -fur-
Seine qui eft à la gauche de cette riviere ,
a plus de quatre lieues de longueur , de42
MERCUREDE FRANCE.
puis Savieres jufqu'à Romilly-fur- Seine ,
& plus de deux lieues de largeur , entre
la Seine & les petites hauteurs qui la ter
mine vers le Midi , depuis Echemines jufqu'à
Ocey.. Attila a donc pû camper entre
le Village de Brofum , & préfent Saint
Memin & celui de Savieres , ayant devant
lui le petit ruiffeau de Fontaines qui paſſe
aux Grèz , de-là à Blive , & qui enfuite
va fe jetter dans la Seine. Actius a pû
camper vers le Village de Châtres , qui
en Latin s'appelle Caftrum , peut-être à
caufe du camp de ce Général : fon améeavoit
de gros équipages. Si on fait attention
qu'Aétius avoir foin de foutenir la
grandeur Romaine par la fplendeur , qu'il
avoit avec lui plufieurs Rois puiffans , tels
que Théodore , Roi des Viligots , fon fils,-
Thorifmond, Merouée , Roi des François,
& les Princes qui commandoient les
Bourguignons & les Saxons auxiliaires ,
& enfin Sandiban , Roi des Alains ; en ce
cas la prudence d'Aetius exigeoit qu'il less
mis en fûreté , furtout à la vûe & dans le
voisinage d'une armée de Barbares , compofée
prefque toute de Cavalerie lefte , de
gens qui ne vivoient que de pillage , &
il est à croire qu'il choifit un terrain qui
eft entre Romilly & un peuit ruiffeau qui
fait un marais qu'on appelle le Ru , qui
AVRIL 1753:
prend la fource vers Pars , & qui forme
ee terrain au Sud- Oüeft , comme fort propre
à y mettre en fûreté les équipages , y
ayant au milieu une hauteur qui eft appellée
les Hauts- Buiffons , d'où on peut aifément
découvrir tous les mouvemens
qu'auroient pur faire les Huns ; & à la tête
de ce marais vers Pars , on voit deux on
trois petites élevations qui ont pû fervir às
* pofter des fentinelles , pour donner avis
en cas de befoin de ce qui fe pafferoir de
ce côté-là : on les appelle dans ce pays ,
Temels , à caufe fans doute du mot Latin
Tumuli.
2º. Il faut un terrain entre ces deux.
camps affez fpatieux , pour y ranger les
deux atmées en bataille : or cette plaineétoit
convenable pour cet effet , & envoici
l'ordre Actius commandoit l'aîlé
gauche de fon armée qu'il avoit placée
entre Châtres & la petite hauteur de Saint-
Georges , en Gaonnay ; l'aîle droite com--
mandée par Théodoric étoit poftée vers
Orvilliers , & s'étendoit jufques vers les
hauteurs d'Ocey. Dans ce centre , affezz
près d'Orvilliers , commandoit Sandiban
Roi des Alains. On avoit jugé à propos
de lui donner cette poſition , afin qu'on
pût avoir l'oeil fur lui ; on s'en méfioitavec
raiſon , parce que lorsqu'il défendoit
44 MERCURE DE FRANCE:
la Ville d'Orleans , il avoit écouté des
propofitions de la part d'Attila pour lui
rendre la place. Attila a pû ranger for
armée de cette forte , il mit fa gauche appuyée
vers Brofium , aujourd'hui de Saint
Memin ; fa droite étoit appuyée fur les
hauteurs d'Echemines , & lui - même s'etoit
réservé de commander le centre , afin
d'être à portée de tout , & partir du terrain
qu'occupoit fon armée , fur tout l'aîle
droite étoit entre le ruiffeau de Fontai
nes & le ruiffeau de Saint Georges.
3°. Jornandes ajoute , qu'entre ces deux
armées rangées ainfi en bataille , il y avoit
une petite hauteur en forme de colline
qui étoit importante par l'avantage de fa
fituation ( a ) , en forte que ces deux armées
avoient deffein de s'en emparer
ainfi les Huns pofterent leur droite , &
les Romains leur gauche vis- à- vis de cette
colline , avec réfolution de s'en rendre les
maîtres , dès que l'action commenceroit
à s'engager. Or cette hauteur fe trouve
dans la plaine de Méry ; on l'appelle la
(a ) Erat autem pofitio loci , declivi tumore , in
modum collis excrefcens , quam uterque cupiens
exercitus obtinere ,quia loci opportunitas non parvum
beneficium conferret , dextram partem Hu
ni cum fuis , finiftram Romani & Visigothi cum
auxiliariis occuparant . Jornandes .
AVRIL. 1753. 45
hauteur de Saint Georges parce qu'il y a
une Eglife dédiée à ce Saint , elle eft précilément
entre les deux armées , prêtes à
combattre , on voit l'aîle gauche d'Attila
& l'aile droite d'Aetius, ayant toutes deux
préfent l'objet de leurs deffeins , & le
motif de leurs victoires.
4. Suivant notre Hiftorien , il doit fe
trouver un petit ruiffeau ( a ) , ayant des '
bords peu élevés , qui eft au bas de cette
hauteur , du côté du campement d'Attila , '
& d'où les Huns furent repouffés & culbutés
, avec un tel carnage que le fang fir
de ce ruiffeau un torrent à plein bord enflé
.du fang des combattans ; or cé ruiffeau
eft bien marqué dans notre plaine , il
prend fa fource vers le Prieuré de Saint
Georges , paffe au bas de la petite colline
dont nous venons de parler , traverſe le
grand chemin , entre Valants & Saint'
Memin , paffe vers le hameau de Curlande
, & va fe jetter de - là dans la Seine.
Après toutes ces obſervations , j'oſe me
flatter que les Lecteurs feront perfuadés
que cette fameufe bataille , dont on n'a
( a ) Rivulus memorati campi humili ripâ pro
labens peremptorum vulnere multo fanguine
provectus , non actus ( aufus ) imbribus ut folebat,
fed liquore concitatus infolito , torrens factus eft
cruoris augmento. Jernandes .
46 MERCURE DE FRANCE.
jamais bien connu l'endroit où elle s'eft '
donnée , a été réellement décidée dans la
plaine de Méry. Tout femble concourir
à appuyer mon fentiment , au lieu que
les Auteurs qui affurent que cette action
s'eſt pallée vers la Ville de Châlons- fur-
Marne , ne paroiffent pas avoir des raifons
affez folides pour faire goûter leur
opinion ; ils font en contradiction avec
tous les anciens monumens que j'ai cité
en faveur de la mienne . En effet , comment
peut-on concilier ce campement
d'Attila dans le voisinage de la Ville de
Troyes l'envoi par Saint Loup de Députés
à ce Prince , lear Martyre vers Brofum
, leur fepulture fur le bord du grand
chemin, le paffage d'Attila par la Ville de
Troyes , la fureté que lui donne Saint
Loup , en l'accompagnant en qualité d'ô
tage dans fa retraite a fi Attila avoit perdu
la bataille au-delà de Châlons , à dix fept
lieues de Troyes , comme quelques- uns
l'ont prétendu , & obligé de regagner le
Rhin , fuivant le Traité fait avec Aetius ;
somment peut-on fuppofer qu'il eût retrogradé
fur fa route pour venir à Troyes,
en s'éloignant de fon véritable chemin
puifque de cet endroit il étoit plus près
du Rhin où il marchoit , de trois journées
de marche ?
1
AVRIL. 1755: 47
Ainfi je me croirai content de mon travail
, fi je puis avoir découvert ce qui n'a
pû être connu à plufieurs , & entr'autres
a Papyre Mallon , qui dans fon Livre (a )
des Calamités des Gaules a beaucoup parlé
de cette bataille , & convient qu'il n'eft
pas poffible de déterminer au jufte l'endroit
où elle s'eft donnée , ce qui lui fait
dire affez plaiſamment , que quelque Devin
ou quelque Fée en ôte la connoiffance
à la pofterité en rendant ce lieu inconnu.
( a ) Campi Mauriaci peculiari & proprio noż
mine funt diftincti in quibus contrà Hunnos for
tiffimè dimicatum eft , quod loci nomen Divus
aliquis aut Diva forfitan ignotius reddidir.
Cette Differtation s'étant trouvée trop lon
gue pour être inferée dans unfeul Mercure ,
nous renvoyons èè qui refte an moís prochain.
MERCURE DE FRANCE.
A UNA MI ,
Qui m'engageoit à faire des Vers..
A Mi , les momens font paſſés ;
D'une aurore affez éclatante
Les plus beaux feux font éclipfés,
Ah ! fi la Parque complaifante
M'avoit dans ma courſe naiſſante
Filé des jours moins traversés ,
Peut- être l'on m'eût vû par une heureuſe audace
Ceindre mon front des lauriers du Parnaſse ,
Dans des Vers nobles , aifés , harmonieux
Inftruire les mortels , faire parler les Dieux ;
"Des vrais Heros confacrer la mémoire ,
Immortalifer leur valeur ,
Et dans les faftes de la gloire
Infcrire mon nom & le leur.
Mais maintenant, au midi de ma vie
Quand mille foins embaraffans
Ont rangé fous leur tyrannie
Plus de la moitié de mes ans ,
Laifferai-je enyvrer mes fens
Du vain espoir que tu me donne ,
De retrouver dans mon automne
Les fleursque l'on cueille au Printers.
Séduit
AVR 1 L. 1753 .
49
•
*
Séduit par une erreur brillante
Irai-je d'une main tremblante ,
Aflemblant quelque traits glacés ,
Sur une feuille languiffante ,
Verfer mes ennuis retracés
Confervons notre caractere :
Modefte par tempéramment ,
Inftruit à penfer fenſément ,
Je dois au luxe littéraire
Renoncer authentiquement ;
Et m'arachant à la douce chimere
D'un art rempli d'enchantement ,
Faire éclatter dans ma profe fincere ,
La vérité fans ornement.
LORIN ,
Juge des Fermes & Subdelégué de l'Intendance
à Bapaume.
с
so MERCURE DE FRANCE.
AHAHA
ASSEMBLEE PUBLIQUE
De la Société des Sciences & Belles- Lettres
L
d'Auxerre..
A Société des Sciences & Belles- Lettres
d'Auxerre tint fon Affemblée Publique
le deux Novembre dernier , dans
une Salle du Palais Epifcopal en préfen.
ce de M. l'Evêque , qui en eft le Protecteur
.
M. Dulairain , Chanoine de la Cathédralé
& Directeur , ouvrit la Séance par
la lecture d'un Difcours , dans lequel il
traite de l'origine des idées , & fait voir
qu'elles ne nous viennent pas toutes par
les fens .
M. Moreau , auffi Chanoine & Sécrétaire
perpetuel , lut un extrait de tous les
Ouvrages qui ont été préfentés pendant
le cours de l'année . Ceux des Membres
qui s'appliquent aux Belles- Lettres , ong
préfenté plufieurs Difcours , où l'on expofe
les moyens les plus fûrs pour aquérir
l'éloquence ; qu'il ne faut ne faut pas moins de
courage dans un Heros Magiftrat , que
dans un Heros Militaire ; que la pauvreré
eft le creufet de la vertu , & qu'une forAVRI
L. 1753. ST
tune brillante en eft l'écueil le plus ordinaire.
On a traité aufli des Médailles , des
regles de la devife , de la Mufique des Anciens
, de la culture du terrein du pays
Auxerrois , & des moyens d'en tirer plus
de produit ; du commerce qu'on peut fai-
Te à Auxerre , des Manufactures qu'on
peut y établir , & des moyens les plus propres
à réuffir dans cette entrepriſe.
>
Ceux qui s'appliquent aux Sciences ont
préfenté des Mémoires fur les eaux minérales
des environs d'Auxerre , leurs verles
maladies aufquelles elles font propres
, & la maniere d'en ufer. Des obfervations
méteorologiques , avec l'hiſtoire
des maladies qui ont eu cours , pour
fervir à établir un jour les influences des
variations de l'atmosphere fur le corps hu
main. Des obfervations d'agriculture pour
fervir à établir les influences des mêmes
variations fur les fruits de la terre , principalement
fur le bled & fur le vin , la
defcription & le deffein de plufieurs plantes
du Pays pour fervir au Botanicum d'Auxerre
, les progrès & l'utilité de la Chymie
, des expériences de Phyfique , faites
par le mélange de différens fels ; la fixation
de la Méridienne de la Ville , par des
obfervations faites au folftice d'Eté de cette
année ; des recherches fur les mesures
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
ufuelles comparées avec celles des Anciens,
M. Moreau a terminé cet extrait par la
lecture d'une Ode fur la convalefcence de
M. le Dauphin, }
M. De la Coudre , Confeiller au Bailliage
& au Préfidial , lut un Difcours fur les
avantages de la critique & fur les regles
qu'on doit obferver dans celles des ouvra
ges d'efprit.
M. Potel , Chanoine de la Cathedrale
lut une Differtation dans laquelle il dé
montre que la vie commune a été en uſage
parmi les Chanoines d'Auxerre pendant
quatre cens ans au moins. Les archives du
Chapitre lui ont fourni les monumens les
plus anciens , fur - tout la Charte de Louis
le Debonnaire , datée de la fixième année
de fon Empire , par laquelle cet Empereur
confirme le don qu'avoient fait l'Evêque
& les Chanoines , des terres & autres heritages
, en faveur de la vie commune.
M. Mignot , Chanoine & Chantre de
la Cathédrale , lut un Difcours fur l'abus
des Sciences & Belles Lettres , & fur l'qfage
qu'on en doit faire par rapport à la
Religion .
M. le Pere , Directeur du Bureau de la
Pofte , termina la Séance par la lecture
d'un Mémoire fur les mefures ufuelles
fur- tout le muid de vin ; il rappelle les reAVRIL.
1753. ss
glemens qui en fixent la capacité , il en
expofe les dimenfions Géometriques d'où
il réfukte qu'il contient 272 pintes d'Auxerre
qui reviennent à 300 pintes de Paris.
Il a propofé des moyens furs pour ren
dre invariables toutes les autres mesures.
UN
N homme d'efprit fort connu dans
la Litterature fe propofe de donner
un Recueil de Fables , dont la plupart feront
tirées de Phedre , & des Auteurs Anglois
ou Allemands. Pour fonder le goût
du Public , il nous en a envoyé trois
imitées de M. Gellert , le la Fontaine de
l'Allemagne.
L'AVEUGLE ET LE BOITEUX.
Ú Aveugle héfitoit dans un mauvais chemin ,
Il rencontre un Boiteux , & dit au Pelerin ,
: vous , qui voyez ma mifère ,
Je refpire , & je fuis privé de la lumiere ,
Ah de grace , aidez - moi , daignez guider mes
pas.
Que me propoſes- tu ? Qui , moi , t'aider , helas !
Je me traine
Avec peine :
Mais toi , tu marches bien , & tu ne parois fort ;
C iij
34 MERCURE DE FRANCE.
Si tu veux me porter nous fuivrons même fort.
Tu peux compter fur moi , je mettrai mon étude
A t'avertir de tout juſqu'au moindre caillou ;
Sans quoi je rifquerois de me caffer le cou ,
Mon interêt répond de mon exactitude
Que tes pieds deviennent les miens
Et mes yeux deviendront les tiens.
Ça , rendons nous fervices pour fervices.
'Allons , très volontiers . Le Boiteux à ces mots
S'accroche à fa béquille & grimpe fur le dos
Du compagnon qui fe voûte à propos.
Ils fçurent éviter foffés & précipices ,
Ce fut leur union qui fit leur fureté.
Chacun a fes talens , nous n'avons point les vôtres
,
Il eſt vrai , mais auffi vous n'avez point les nôtres.
De ces défauts divers nait la focieté :
C'est pour apprivoifer notre férocité
Et pour nous faire une néceffité
De nous fervir les uns des autres ,
Que le Ciel entre nous partagea fes bienfaits.
Et fi tous les bumains n'étoient point imparfaits
Chacun pourroit alors fe fuffire à foi -même ;
On nous verroit encor errer dans les forêts .
Jufques dans les refus que les Dieux nous ont faits,
Admirons leur bonté fuprême ,
Ils ont dû , réſervant à très - peu de morțels
Les Mufes , les Beaux - Arts , les talens agréables
Deftiner le grand nombreà nos befoins réels
AVRI L.
1753- 55.
Nous pouvons profiter de ces dons mutuels :
Tout deviendra cominun , rendons - nous focia
bles .
LE RENARD IMPRUDENT.
LEs humains à leur tour font de maîtres Renards
,
Ils nous tendent de toutes parts
Des embûches de toute espece :
Ton peu d'expérience allarme ma tendreffe ,
Difoit un Renard vieux routier ,
A fon fils encor écolier ;
La neige au loin couvre ces champs arides ;
J'y vois le bout d'un fer prêt à trancher nos jours ;
C'est un piége , mon fils , que ces humains perfides
Ont fçû nous préparer : ce font là de leurs tours.
Un poulet eft l'appas qui doit nous y conduire :
Prends- y bien garde , crois- moi ,
Autrement c'est fait de toi ,
Va , ne te laiffe point féduire ,
J'ai peine à te quitter dans cette occafion ,
Mais la néceffité m'appelle ,
Il faut que j'aille à la provifion.
Il part après cette leçon fidele ,
Et le fils dit alors , que faire en l'attendant
Il peut avoir raiſon , je voudrois cependant
C iiij
16 MERCURE DE FRANCE.
Voir le poulet enfermé dans la cage ,
Le voir & rien davantage ,
Le voir au plus quelques inftans.
Je n'en puis craindre aucun dommage
Je me retirerai lorfqu'il en fera tems;
Et certes ce n'eft point la vue
Qui nous tuë.
fait d'abord un pas , puis deux , trois ... à la fin
Il avance , il arrive à l'embuche couverte ,
Le fer fe lâche , il expire foudain.
'Au moment qu'il fe croit éloigné de fa perte.
C'eft ainfi que fouvent la volupté féduit.
J'éviterai , dit-on , fon atteinte cruelle ,
Je ne veux qu'un inftant badiner avec elle
Notre penchant nous y conduit ,
On croit en être loin encore ;
Et l'on fent dans fon coeur le trouble qui la fair ,
On fait les premiers pas, & fon feu nous dévore..
LE POLYHISTOR.
LEplus heureux des Rois en un fens c'èſt Pluton
,
On ne fçauroit gagner tous les gens qu'il em
ploye ,
Fideles éclairés , double ſujet de joye.
Et pour paffer le Phlégéton ,
Il ne fuffit de quelque Ducaton =
AVRIL.
1753 17
Il faut encor payer de fa perfonne.
Caron eft connoiffeur , & n'entre pas qui veut
Dans la barque où chacun vient le plus tard qu'il
peut.
Un jour s'y préfenta le Sçavant de Pétronne.
Soyez le bien- venu , lui dit le conducteur ,
Sur le mot bien- venu bâillant de tout fon coeur ,
Qui donc êtes-vous , mon cher homme ?
Je fuis , repartit l'ombre , un vrai Polyhiftor ,
» Je fçais le Grec , l'Hébreu , le Siriaque encor.
Gramairien , Rhéteur , Géometre , Aftrorome,
Philofophe , Poëte ». Oui- dea , notre Bourgeois
Trédame , ce n'eft pas une petite affaire
Que de paffer tant de gens à la fois .
» Mais ce n'eft pas non plus un honneur ordinaire,,
Je fuis le Parangon des Univerfités .
Tandis qu'il détailloit toutes les qualités ,
Et comptoit par les doigts les différens volumes
Qu'il avoit publiés , fes Ouvrages Pofthumes ,,
Arrive fur les mêmes bords
Une ombre fimple en ſes manieres.
Son timide maintien , fes modeftes dehors
Faifoient peu préfumer & n'en n'impofoient guè
res .
Maître Caron l'appercevant
Baille plus fort qu'auparavant ,
At dit : quel eft cet autre ? Encor quelque Sca
vant ?
Cv
58 MERCURE DE FRANCE .
» Le titre ne m'eſt dû , j'étudiai mon être
Reprit cette ombre avec douceur ,
» Je ne cherchois qu'à me connoître ,
* Et ne m'érigeois point en vain réformateur
Des humains près de qui le Ciel m'avoit fait
>> naitre .
Il ne m'auroit fuffi de faire mon bonheur :
Heureux fi j'avois pû contribuer au leur.
» L'homme étoit mon objet , le monde étoit mon
Livre ,
» Et tant que j'ai vécu j'apprenois l'art de vivre.
"
םכ J'aurois voulu fonder les abîmes du coeur ,
Mais qui peut pénétrer toute la profondeur ?
» Le mien qui m'égaroit fans ceffe
Ne me prouvoit que trop hélas ,
» Combien je faifois peu de pas
» Dans la route de la fageffe .
L'autre ombre à ce propos rit fous cape & s'em
preffe
De monter fieremént dans la barque à Caron ,
Qui vous le repoussant à grands coups d'aviron z
Retire toi , dit-il , important perfonnage ,
Tu t'ignores toi même , & prétens tout fçavoir.
Cet homme- ci vaut mieux , je lui dois le paffage
Et me fais un plaifir de le bien recevoir ,
Il connoit fa foibleffe & partant il eft fage .
Pour des Sçavans & des faifeurs d'X , X ,
Des beaux efprits à face minaudiere,
AVRIL.
$2 0753.
Qui fe piquent d'être Phénix ,
Il en vient une fourmiliere ,
On ne voit que cela fur les rives du Stix.
Un galant homme eft mille fois plus rare ,
Et le monde en paroît avare.
Grace au Ciel , paffe encore , en voici pouttant un
Qui daigne avoir le fens commun.
REFLEXIONS
Sur l'Imprimerie , & fur la Littérature.
'ART de l'Imprimerie eft , fans con-
Lredit ,une des plus belles époques de
la Littérature ; fon invention fait honneur
à l'efprit humain , & prouve à combien
de belles chofes les hommes peuvent at
teindre ; mais elle prouve auffi le peu de
cas qu'ils font des dons que la nature leur
prodigue , & combien
, & combien peu ils méritent
d'en jouir. Car de quelle utilité ne nous
eft pas cet Art refpectable : Quelles obli- શી
gations n'avons - nous pas au flambeau qui
nous guide fi facilement dans la connoiffance
des Sciences divines & humaines &
dans celle de tous les Arts qui lui doiveng
fnon lear invention , au moins lui doi
vent-ils leur perfection & leur accroiffe
C vi
60 MERCURE DE FRANCE.
>
ment. Mais n'en abufons- nous pas tous
les jours ? Quels foibles progrès aurionsnous
fait effectivement dans les Sciences
fans l'Imprimerie , & fi nous n'avions
eu d'autres fecours que celui des Copiſtes ?
Quelles peines ne nous ont- ils pas donné
& quelles peines ne nous donnent-ils pas
encore pour débrouiller leurs travaux confidérables
, à la vérité , mais peu exacts &
tellement remplis de l'ignorance des fiécles
où ils ont vécu , que fans le fecours
de l'Imprimerie , furtout, & d'habiles Philologues
, il ne nous auroit pas été poffi
ble de tirer de leurs obfcurs travaux tant
de tréfors qui y étoient enfouis ; nous aurions
toujours éré des Auteurs & des Copiftes
fans goût & fans difcernement , fi
nous n'avions pas eût d'autres moyens de
nous communiquer nos découvertes dans
les Sciences que celui des manufcrits. left
certain que nous ferions dans l'ignorance
la plus vile ; car il ne feroit pas poffible de
répandre dans le monde autant de manuf
crits que nous pouvons par le moyen de
P'Imprimerie , répandre d'exemplaires que:
les gens ftudieux fe procurent facilement
au moyen de cet important fecours. C'eſt
donc à cet Art précieux & prefque divin
que nous devons nos lumieres ; c'eſt à lui
que nous avons l'obligation d'être fortis
A
AVRIL. 1753. 68
de la barbarie , d'avoir répandu les Belles-
Lettres & les Sciences dans le monde , &
enfin , fi j'ofois le dire , de nous avoir
rendu hommés..
à
Les habiles gens de ces fiécles d'ignorance
, malgré leur peu de lumieres , n'en
font pas moins dignes de notre vénération
& n'en méritent pas moins nos égards
toutes fortes de titres. Premierement
pour nous avoir tranfmis quantité de bons
Ouvrages de l'antiquité qui feroient péris
fans leurs fecours. Secondement , pour ne
s'être pas rebutés du peu de fecours qu'ils
avoient , des travaux immenfes qu'il leur
en a coûté pour tranfmettre à leurs Def
sendans le fruir de leurs veilles .
Quelle gloire , quelle récompenfe attendoient-
ils de leurs contemporains 2
Quelle reconnoiffance en efpéroient- ils ?
Aucune. Nous ne fçavons que trop certainement
que plufieurs d'entre eux effuyérent
des perfécutions fâcheufes , dont
le fujet , dans tout autre tems , leur auroit
attiré le reſpect & la vénération non -feulement
de leur patrie , mais de tout le
monde fçavant. Ils étoient encore fort
heureux quand on n'attentoit pas à leurs.
perfonnes.
Mais encore , de qui effuyoient-ils ces
perfécutions ? De ceux qui par état des
62 MERCURE DE FRANCE.
-
voient être plus éclairés , par conféquent
plus amis des Lettres , & moins fuperfti
tieux ; mais au contraire leur ignorance
égaloit celle du vulgaire , & ils ne connoifloient
d'autre fcience que celle d'entretenir
& de fomenter la fuperftition de
nos trop dociles Ancêtres. Ils y trouvoient
leur compte ; leur intérêt ne vouloit pas
que les Hommes devinffent plus éclairés ,
& leur politique couverte d'un grand
manteau qui cache bien des fourbes , ne
leur permettoit pas de fouffrir de plus habiles
gens qu'eux , & il ne s'en montroir
jamais impunément.
Quel motif pouvoit donc les engager a
écrire ? L'Amour des lettres eft le premier
& le feul fuffifant , & d'ailleurs il est sûr
qu'ils penfoient , & même qu'ils entrevoyoient
qu'à ces fiécles de barbarie il en
fuccéderoit d'autres dans lefquels quelques
habiles gens fecoueroient hardiment
le joug de la fuperftition & de l'ignorance
; & ils ne pouvoient pas croire
que leur poftérité feroit auffi ingrate &
auffi ignare que leurs contemporains , &
ils penfoient jufte . Ne cherchons donc
plus pourquoi ils étoient fi laborieux
l'idée qu'ils avoient d'une poftérité éclai
rée & reconnoiffante les flatoit agréable
ment & les encourageoi
*
A VRI L. 1753. 63
Enfin les motifs qui les
engageoient
à écrire , étoient les mêmes qui nous guident
aujourd'hui , & ceux qui ont guidé &
qui guideront les Ecrivains de tous les
tems & de toutes les nations : c'est-à-dire ,
la gloire de fe faire un nom.
A ces nombreux fiécles de barbarie fuc
céda celui qui vit naître le bel Art de
l'imprimerie , c'est- à- dire , le quinziéme
fiécle . Tout le monde fçait que ce fut en
Allemagne dans ce fiécle- là que cet aftre
parut , & que l'immortel Jean Furh & fon
domestique P. Schaeffer , furent ceux qui
le découvrirent; mais ce ne fut que dans le
feiziéme fiécle que l'Art de
l'Imprimerie
parut dans tout fon jour, Les Etiennes en
France ; les Frobens en Allemagne ; les
Manuces en Italie ; & les Plantins dans
les Païs - bas , furent en même tems les plus
fçavans hommes de leur fiécle , & les Imprimeurs
les plus corrects & les plus
exacts.
On ne peut auffi fixer la renaiffance des.
Lettres que dans ce tems là . D'auffi habiles.
gens à la tête de l'Imprimerie par leur
fcience & leurs travaux , ont fait autant
pour tirer les Sciences de la barbarie , que
François L. & Louis le Grand , pour leur
progrès & pour l'encouragement des gens,
de Lettres. Le paralelle de ces illuftres me
64 MERCURE DE FRANCE.
primeurs avec ces grands Princes n'eft
point outré , nous avons même en quelque
forte plus d'obligation aux premiers ; car
les derniers n'auroient pu être utiles aux
Lettres , fi les premiers par leurs travaux
ne les avoient fait naître , & ne leur avoient
en quelque façon fourni les moyens de
s'immortalifer.
Par le fçavoir des Etiennes , avec quelle
fagacité la Langue grecque ne s'eft- elle pas
trouvée dépouillée de quantité d'erreurs
que l'ignorance avoit adopté ; & Henry
Etienne ne la débrouilla- t- il pas avec une
capacité qui lui méritera l'admiration de
la poftérité la plus reculée ? De combien
d'éditions d'Auteurs facrés & profanes ,
cette illuftre famille n'a- t- elle pas enrichi
la Religion & la République des Lettres ?
Ce font encore aujourd'hui les fources où
nous puifons fi facilement & fans avoir
fouvent la moindre reconnoiffance pour
ces Grands-Hommes .On ne fera peut -être
pas fâché de fçavoir quelle fut la fin de
cette illuftre famille à laquelle les Lettres,
doivent tant après avoir confumé tout
leur bien & avoir par un defintéreffement
peu commun , facrifié toute leur fortune
pour l'avancement des Lettres & de l'Imprimerie
, le neuvième & dernier des
Etiennes mourut à l'Hôpital an deshonA
VRT L. 1753. 65
neur des Lettres & du nom François. Tandis
qu'actuellement , le plus ignorant des
Libraires ( dont le nombre n'eft pas petit )
vit dans l'opulence à l'abri d'un pareil
fort. C'eft fur un pareil fujet , qu'on peut
bien s'écrier : ô bifarre fortune iô fantafque
déité !
Les Manuces en Italie tinrent la même
conduite , & par leur fçavoir , leur amour
pour les Lettres , leur exactitude & leurs
recherches dans leur profeffion , ils furent
l'honneur de leur fiécle & de leur Patrie .
En Allemagne les Frobens s'éterniferent
par leur exacte probité , leur profond
fçavoir , le choix qu'ils fçurent faire des
meilleurs Auteurs & leur paffion pour les
Lettres qui leur faifoit préferer l'interêt
public au leur. Les Libraires de nos jours
qui penfent fi noblement , font je crois ,
bien rares , peut être même n'en exiſte-
Fil pas. Nous devons d'ailleurs aux foins
de ces habiles Artiftes , des éditions
parfaites des Peres Latins & des Peres
Grecs qui leur attirent les louanges des
plus fçavans hommes de leur fiécle.
Plantin dans les Pays- Bas ne le céda ni
aux Etiennes , ni aux Manuces , ni aux
Frobens , fur-tout dans l'art de l'Imprimerie.
La fameufe Poliglotte d'Anvers , ou
la grande Bible de Philippe fecond peur
66 MERCURE DE FRANCE.
feule prouver de quoi étoit capable cet ha
bile homme. Une Imprimerie qu'il éta
blit à Leyden fervit d'école aux Imprimeurs
d'Hollande , dont les belles Imprimeries
fe font toujours diftinguées de celles
des autres Nations , par la fineffe , la
beauté & la délicateffe de leurs caracteres.
Il feroit à fouhaiter qu'elles fe fuffent diftinguées
de même par le choix des ouvrages
, & qu'elles euffent refpecté davantage
la Religion & les moeurs ; c'eft ce
que les Libraires ne font pas encore acruellement
, & c'eft dans de pareilles mains
que cet Art précieux eft devenu dangereux.
Mais jamais il n'auroit dégéneré s'ik
cût toujours été profeffé par des Artiſtes
auffi éclairés & auffi capables que ceux
dont j'ai parlé ci deffus .
Je laiffe à penfer d'après ce portrait , fr
le feiziéme fiécle , eft cher aux Lettres &
fi la capacité des Libraires n'influe que
peu fur la Littérature. Ce n'eft pas que je
prétende dire que ce fiécle n'eut pas auffi
fes Libraires ignorans & fes Auteurs fans.
mérite , mais je ne crains pas d'avancer
qu'ils furent en bien plus petit nombre
que dans notre fiécle , & qu'ils n'étoient
pas accueillis fi favorablement.
Enfin , ce fiécle étoit par bien des titres
plus folide que le nôtre.Ces illuftres Impri-
1
AVRI L. 671 1753.
meurs n'admettoient point fous leurs pref
fes , ces Ouvrages tant chéris de notre fiécle
: le monstrueux Roman , les Syſtèmes
faux & abfurdes , les Libelles , & tous ces
autres écrits , qui feront graver dans les ,
faltes de la Littérature , le dix -huitiéme
fiécle comme un fiécle de frivolité & d'imagination
, étoient rejettés de ces habiles
gens , & un futile Auteur n'ofoit fe
préfenter au tribunal de ces refpectables
Imprimeurs. Tel fut en abregé l'état de
l'Imprimerie & de la Littérature dans le ,
feiziéme fiécle.
Le beau fiècle par excellence , le dixfeptiéme
fiécle parut. L'Imprimerie reçue
fa derniere perfection , les Sciences , les
Belles - Lettres , & les Arts parurent d'après ,
l'antiquité la plus pure . Un demi fiécle
fut fuffifant pour produire tous ces prodi
ges , ce qui prouve combien peuvent les
regards favorables d'un Prince. Le commencement
du dix- feptiéme fiécle fut af
ſez obſcur , nos troubles domeſtiques , nos
guerres civiles & de Religion , en furent
fans doute la caufe.
Mais comme les bonnes chofes ne le font
jamais fans exception , & que le bien eft
prefque toujours accompagné de fon contraire:
de même fi cefiécle pofféda de grands
Ecrivains , il en pofféda auffi un grand
68 MERCURE DE FRANCE.
nombre de mediocres & de mauvais . Com
bien d'inutiles Romans ? combien de Poëres
fans génie & fans feu ; pour le grand
Gorneille & Racine , combien d'Auteurs
dramatiques froids & languiffans ; pour
un Moliere , combien de comiques pitoyables
, groffiers & fans moeurs ? Que
refulta- t-il de tout cela ? Une multiplicité
étonnante de Livres inutiles & préjudiciables
aux Lettres ; l'abus de l'Imprimerie
& la corruption du goût. Sont ce là
des maux de peu de conféquence ? Les Sçavans
critiques n'avoient pas , fans doute ,
tort de vouloir écrafer ces infectes Littéraires
, ils fentoient parfaitement combien
l'abus de l'Imprimerie eft nuifible aux Letfres
, & leur vif amour pour elles & pour
les progrès de l'efprit humain leur fit redoubler
leurs travaux & leurs foins pour
donner au public des modeles de bon goût,
c'eft- à-dire , de l'antiquité la plus pure.
Ils penfoient par ce moyen ramener les
efprits au vrai , au folide , & arrêter cette
manie d'écrire , qui en multipliant fi fort
les livres , prouvoit que nos écrivains
avoient plus de fécondité que de jugement
, de goût & de difcernement . C'é
toit en vain , la plupart des Libraires ignorans
, admettoient fous leurs preffes indif
féremment tout ce qui fe préfentoit , &
AVRI L. 1753. 69
il ne fe trouvoit que trop fouvent un for
public , qui payoit l'Auteur & l'Imprimeur
de leur ignorance & de leurs ignobles
travaux .
Ce moyen & les cenfures paffageres
qu'ils faifoient des mauvais ouvrages ne
leur réuffiffant point, ils penferent que des
critiques reglées & périodiques étoient le
feul moyen qui reftoit à leur zele pour
l'amour des Lettres. De-là naquirent les
Journaux , Ouvrages qui en immortalifant
fon inventeur , furent à la Littérature du
dernier fiécle , une éqoque bien brillante .
Ces tribunaux dès les commencemens
intimiderent la foule des mauvais Auteurs ;
ils firent de grandes plaintes ; fuivant eux
cette réforme gênoit les efprits & ralentiroit
infailliblement les progrès des Lettres
;ainfi raiſonnoient ces graves perfonnages.
Mais on n'en fut pas la dupe , on fçavoit
parfaitement qu'ils avoient des raifons
particulieres , qui les faifoient parler ainfi,
& qu'ils fentoient qu'ils ne pourroient jamais
foutenir les regards perçans de la fevere
critique. Ces dernieres & tacites raifons
étoient les vrais fujets de leurs plaintes
; d'un autre côté , voici ce que ces tribunaux
leur objectoient pour éviter ou
pour ne pas craindre la critique. Premié
rement , de quitter la plume : feconde70
MERCURE DE FRANCE.
ment , de fe mettre en état de ne donner
que de bons ouvrages : ces raifons paroîtront
, fans doute , folides aux gens fenfés
, mais elles ne paroiffent pas telles à
cette forte d'écrivains. Preffés ainfi de près,
ils leverent le mafque quoi ! dirent- ils ,
fort unanimement , depuis dix , quinze
ou vingt ans que je tiens la plume , je la
quitterois , ou j'irois écolier barbon , méditer
fur Ciceron , Virgile , Homere &
Horace , & blanchir à la fuite de ces Meffieurs
! non , Meffieurs les Cenfeurs , nous
ne fommes nullement d'avis de cela. Critiquez
tant que vous voudrez , nous avons
nos Lecteurs , nous écrirons pour eux , &
notre imagination affez féconde d'ellemême
, n'a pas befoin de cette tant belle
antiquité , pour donner du prix à nos Ouvrages.
Tels furent les réponfes que les
ennemis des Anciens firent aux objections
des Cenfeurs . Pour des gens qui fort fouvent
travailloient plus pro famem que pro
-famam , ces raifons étoient folides .
Enfin , pour abreger , le bon goût fembla
renaitre ; mais ce ne fut que pour peu
de tems , & le mauvais goût ne tarda pas
à fe répandre comme auparavant : les Auteurs
s'accoutumerent à la critique , & le
Public n'en profita pas affez.
Quoique les maux qui ravageoient la
AVRI L. 1753 71'
Littérature du dernier fiécle paruffent de
la derniere conféquence aux Sçavans de ce
fiécle de mémoire , & qu'ils méritaſſent
effectivement leur attention ; cependant
ils n'étoient encore que de vraies minuties
& de pures bagatelles en comparaifon de
ceux qui inondent la Littérature du dixhuitiéme
fiécle ; & je fuis perfuadé qu'aucun
Sçavant du fiécle paffé , ne s'elt jamais
imaginé que dans le fiécle où nous vivons
nous aurions de plus grands maux à réformer
dans la Littérature , que ceux qui dégraduient
celle de leur tems .
Il n'eft que trop certain que les maux
qui détruifent notre Littérature font plus
grands de beaucoup que ceux du dernier
fiécle ; car bien loin d'avoir fait les progrès
que nous aurions dû faire dans les
Belles - Lettres , au contraire elles font
tombées , ( fi j'ofois me fervir de ces termes
) dans un état d'humiliation & de
baffeffe, dont elles ne peuvent être retirées
que par de grands efforts , & par une
grande attention de la part de la Nation
.
Que ne doit- on pas faire , que ne doiten
pas entreprendre , & que ne doit - on
pas exécuter en faveur d'un objet fi intéreffant
& fi précieux à la République des
Lettres & à l'Etat ;
MERCURE DE FRANCE.
Le frivole ayant pris la place du bon
goût , l'antiquité le trouvant méprifée , ce
beau flambeau , ee guide fi sûr fe trouvant
en quelque forte rejetté avec ignominie
; il eft tems , pour empêcher que toutes
ces belles chofes ne fe détruifent toutà-
fait , d'y obvier par le moyen d'une réforme
à laquelle le Gouvernement & la
République des Lettres doivent concourir
de concert.
Je ne m'occuperai point à faire le détail
de tous les maux qui doivent être l'objet
de cette réforme , d'autant plus que cela
feroit infini , que j'excéderois les bornes
que je me fuis prefcrites , & que d'ailleurs
ces maux font fi vifibles & fifenfibles aux
gens de Lettres , que ce feroit en quelque
façon leur préfenter un objet qu'ils ne
connoiffent que trop , & avec lequel ,
malgré eux , ils fe trouvent familiarifés. Je
me contenterai feulement d'expofer au
Public littéraire les moyens de réforme
que mon amour pour les Lettres m'a fait
imaginer : s'ils ne le trouvent point folides
, je crois toujours avoir bien mérité
du public par la bonne volonté que j'ai
d'être utile aux Lettres & à ma Patrie .
Le fade Roman , le ftyle précieux fuivi
de penfees fauffes & métaphyfiques ,
les innovations dans notre Langue , le
mépris
AVRIL. 1753 75
mépris des Langues fçavantes , par conféquent
du bon goût , &c. Tous les maux
difparoîtroient en réformant l'Imprimerie
, & les abus que l'on y a laiffé introduire.
On me dira peut-être que cela
n'eft pas poffible , & que la réforme de
l'Imprimerie feule ne peut pas entraîner
avec elle celle de tous les maux précédens.
Je me réserve à en démontrer dans l'inftant
la poffibilité.
Des deux moyens de réforme que j'ai
imaginé pour mettre l'Imprimerie fur le
pied que je defiterois , le premier fe trouve
avoir befoin du fecours du Gouvernement,
& le fecond du fecours de la Répu
blique des Lettres.
Le Gouvernement peut feul , par exem
ple , faire que l'on n'admette qu'un certain
nombre de Libraires dans chaque
Ville où l'Imprimerie a lieu . Il peut feul
auffi empêcher qu'aucun Libraire ne foit
reçu dans cette refpectable Profeffion fans
avoir fait fon chef- d'oeuvre ( comme on
l'exige parmi les Artifans ) c'eft-à- dire ,
fans avoir donné des preuves de fa capacité
dans la Littérature & dans fa Profeffion.
Ce que j'ai rapporté ci deffus de la
capacité des Etiennes dans la Littérature
& dans leur Profeffion , eft un argument
favorable à ma cauſe , & démontre claire-
D
74 MERCURE DE FRANCE.
ment combien il importe , & combien il
eft avantageux à la République des Lettres
que les Libraires foient fçavans &
gens de Lettres ; effectivement il en réfulteroit
toute forte de biens. Premierement
le nombre en feroit moins, grand ,
par conféquent ils ne feroient point dans
le cas de chercher à gagner leur vie par
des moyens honteux , & deshonorans pour
eux & pour les Lettres ; fecondemeut , ils
n'admettroient point fous leurs preffes
d'ouvrages frivoles , ou qui euffent d'autre
but que celui de favorifer le progrès
de l'efprit humain ; troifiémement , enfin
ils pourroient vivre dans l'opulence fans
que les Lettres en fouffriffent.Mes Lecteurs
jugeront fi cette réforme mérite l'attention
du Gouvernement & de la Nation.
Que les Lettres y gagneroient ! & que notre
fiécle en s'immortalifant feroit chéri
de la postérité !
Le ſecond moyen de réforme qui mẹ
refte à préfenter , a befoin du fecours de
la République des Lettres. Si l'on ne vouloit
pas exiger que les Libraires fortiffent
de leur ignorance & qu'ils fuffent lettrés
on pourroit faciliter le progrès des Lettres
& détruire le frivole,en empêchant les
Libraires par le moyen des Cenfeurs, d'imprimer
aucun ouvrage qui n'eût été jugé
AVRIL. 17538
75
utile & très - néceffaire pour l'avancement
des Lettres. Sil'on ne fe fût pas contenté
de ne rejetter que ceux qui maltraitent les
moeurs , la Religion & l'Etat , les mauvais
Livres ue fe feroient pas tant multipliés , &
notre Littérature ne feroit pas dans l'état
déplorable où elle eft.
Ce moyen feroit encore exceilent , mais
il ne vaudroit pas , je crois , le premier ;
car il feroit toujours plus avantageux que
des Libraires s'impofaffent eux-mêmes cette
loi par leurs lumieres & par leur amour
pour les Lettres.
L'Imprimerie mife fur un tel pied feroic
difparoître fur le champ les mauvais Auteurs
, qui n'oferoient plus préfenter leurs
vils manufcrits à des Libraires plus éclair
rés qu'eux , ou à des Cenfeurs rigides qui
rejetteroient tout manufcrit qui ne renfer
metoit pas des chofes folides & utiles aux
progrès des Lettres . Les moins clairvoyans
verront actuellement que ce projet de
réforme n'est point chimérique , & que
par fon moyen notre Littérature fe trou
veroit dans peu fur un pied très -floriffant ;
on n'auroit plus lieu d'appréhender qu'el
le retombât dans l'état où elle eſt , pour
pea que l'on tînt la main à l'exécution des
Réglemens qui interviendroient fur cette
importante matiere.
. Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Enfin il arriveroit de tout cela , que les
Auteurs qui ont le plus contribué à la perte
du bon goût, feroient les premiers à travailler
pour l'acquérir ; d'autant plus que
ce feroit le feul moyen qui leur reſtât
pour garder le titre d'Auteur , & pour faire
oublier à la Nation le préjudice qu'ils auroient
caufé à la Littérature par leurs mauvaifes
productions. Les ouvrages périodiques
annonceroient chaque mois moins de
productions littéraires , mais auffi il n'y
auroit pas de rebut à faire. L'antiquité par
une étude conftante des Langues fçavantes
, reparoîtroit chez nous avec gloire.
Le bon goût prendroit la place du galimathias
& du précieux , l'efprit & le jugement
expulferoient l'imagination déréglée,
incapable de produire quelque chofe de
folide.
Si mon projet ne ſe trouve point folide
dans toutes les parties , j'ofe inviter les
Sçavans à en produire un meilleur. Je me
trouverai toujours affez récompenſé d'avoir
excité quelques gens de Lettres à travailler
for un fujet auffi important , & d'avoir
évité au dix - huitiéme fiécle le titre
contemptible de fiécle de la frivolité & du
mauvais goût.
Par M. Auffray.
AVRIL. 17531 77
XXXXXXXXXXXX
ELZIDOR ,
O U
LE DESESPOIR AMOUREUX,
Romance en Vaudeville.
Air Du Vaudeville d'Epicure. :
Vous qui dans le talent de plaire
Croyez trouver mille douceurs ,
Filles , de l'Enfant de Cythère
Redoutez les appas trompeurs. :
De ce Dieu quelquefois l'empire
N'eft pas exempt de cruauté ,
L'hiſtoire qué vous allez lire
En établit la vérité.
Air : De la Samaritaine.
D'un bon Marchand une fille ,
Fort gentille ,
D'Amour fubiffoit la loi ,
Le tendre objet de ſa flâme ;
De fon ame
Etoit le fouverain Roi.
Air :Monfieur le Prévôt des Marchands.
Pour féduire de foibles coeurs ,
L'Amant n'épargne pas les pleurs ,
11 jure une flâme éternelle ,
D iij
78 MERGURE DE FRANCE:
2
Si l'on ne l'aime , il veut mourir ;
Mais fon feu n'eft qu'une étincelle
Qui s'envole avec le plaïfir .
C
Air : Je voudrois bien me marier
De cette maxime Elzidor
Fit l'épreuve terrible ▸
Aux foupirs du traître Alindor-
Elle fut trop [en fible
Car l'ingrat ayant de fon feu
Eteint la violence :
Elzidor , lui dit - il , adieu
:
Je pars pour la Provence:
Air : Ne vla- t- il pas que j'aimes
Qu'entens-je ! tu veux me quitter è
S'écrie Elzidor blême ;
Jufte Ciel ! Pourrois - tu douter
De fuon amour extreme
Meme air.
Oui , je connois , dit Alindor ,
Ton extrême tendrefle ....
Mais adieu , charmante Elzidor ,
Adieu , le tems me preffe.
Air : Dans un détour.
Où fuis- je Q Cieux !
Eh quoi tu veux quitter ces lieux.
Où nos coeurs heureux
AVRIL. 79 1753 .
Brûloient de fi tendres feux ?
Dieux !
Tant d'amour , tant d'ardeur
Ne peuvent donc attendrir ton coeur ?
Se peut- il ! ....
Air : Ici fe fonde une Abbaye.
Ah ! trop cruel Amant , arrête :
Arrête , perfide vainqueur.
Ne jouis-tu de ta conquête ,
Que pour me déchirer le coeur ?
Air : La mort de mon cher Pere:
Mais , que vois- je ! Parjare ,
Saus répondre tu fuis :
A ma fâme fi pure
Réfervois - tu ce prix ?
Traître , quel est mon crime?
Que t'ai -je fait ? Ciell
Pour me rendre victi me
De ton départ cruel.
Ait : De tous les Capucins du monde.
Alors cette fidélę Amante
La larme aux yeux , foible , mourante ,
Veut courir après ſon ingrat :
Soins impuiffans ! frivole peine !
Sa force manque , elle s'abat
Sur le rivage de la Seine.
Diij
So MERCURE DE FRANCE.
Air ; Réveillez vous , Belle endormie;
Mais bientôt reprenant courage ,
Elle fe leve avec fureur ,
Prononçant d'un ton plein de rage
Ces mots dictés par la douleur.
Air : Ah Maman , que je l'échapai belle.
Amour ,fecours- moi , je t'implore ;
Tu vois mon malheur ,
Et la douleur
Qui me dévore :
Punis l'ingrat que mon coeur adore ,
Son crime eft le tien ,
Si tu ne m'en venges pas bien ;
La mort , la feule mort peut fuffire ,
Peut feule adoucir ,
Seule finir
Tout mon martyre.
Que le perfide à l'inftant expire ;
Dans fon coeur fanglant
Je veux terminer mon tourment . . ::
Air : Point de bruit.
Mais , ô Ciel !
Le cruel
M'abandonne !
Et moi dans de vains fouhaits ,
Dans de triftes regrets. . ..
D'où vient que je friffonne t
AVRIL. 81
1753.
(
Quelle horreur
A mon coeur
Se préfente !
Je ne fçais plus où je ſuis ;
Quelle voix tous ces cria
Enfante ?
Au chagrin qui me poffede ,
La mort eft le feul reméde ;
Terminons
Mes affronts ,
Mon outrage :
Fleuve , deviens mon tombeau
Engloutis dans ton cau
Ma
rage.
Air : Petits Moutons , gadez la plaine,
A ces mots , avec violence ,
La trop malheureufe Elzidor ,
Dans le milieu des flots s'élance ;
Sans ceffe appellant Alindor.
Air : Non , je ne ferai pas , &c .
Ainfi périt d'amour un fi rare modéle ;
Mais en eft-il encor qui foit auffi fidéle ?
Sa mort nous donne au moins cette utile leçon ;
Qu'ilfaut avant l'Amour confulter la Raifon.
Par M. Du ***.
Dv
Sz .MERCURE DE FRANCE.
396 692 506 506 ARG 502 50% 300 : 302 306 30 500 500 50
SEPTIEME LETTRE
D'UN PRUSSIEN ,
8
A M. l'Abbé Raynal , fur l'étude de la
Philofophie chez les Allemands.
Nde
E pourroit- on pas dire , Monfieur ,
de la Philofophie , ce que le célébre
Thomas ( a ) Bartholinus , difoit des Livres .
fine libris Deus jam files , juftitia quiefcit ‚ „
torpet medicina, omnia tenebris involuta cimeriis.
En effet elle eft auffi néceffaire à
la recherche de la vérité , que la refpiration
l'eft à la circulation du fang. La Philofophie
, cette fcience qui conduit à tour,
qui eft la clef de toutes les autres , & fans
laquelle il eft impoflible d'entreprendre
quelque chofe avec fuccès , eft le plus pré
cieux trefor que la providence nous ait
confié . Quelqu'utile cependant qu'elle foit
aux hommes , elle a trouvé les ennemis
& fes tyrans ; tyrans qui quoique bien af-1
foiblis fubfiftent encore aujourd'hui : elle
a été en proïe aux préjugés & à l'ignorance
la plus craffe : née , ou plûtôt , cultivée
( a ) Dans la très-bonne Differtation , de libris
legendis. P. S.
A VRI L. 1753. $3
d'abord avec fuccès dans le fein de la
Gréce , elle fur tranfportée en Italie ; delà
elle fe réfugia en Orient , & revint enfin
en Occident s'y rétablir, en même- tems
que les Turcs tâchoient de s'affurer leurs
nouvelles conquêtes : le rétabliffement des
Lettres en général , époque à jamais mémorable
, fut auffi celui de la Philofophie.
Les Docteurs fcholaftiques feuls dépoftaires
des Sciences depuis plus de deux fiééles
, avoient tout embrouillé de leurs
idées abftraites , de leurs propofitions univerfelles
, de leurs définitions ridicules , de
leurs fubtilités , & de mots vuides de fens .
Ces illuftres refugiés , qui vinrent de
Conftantinople s'établir en Italie , ne reconnurent
ni Ariftote , ni Platon dans les Ouvrages
de ces Docteurs ignorans , tant on
y avoit ajoûté , retranché , & altéré les
idées de ces Peres de la Philofophie. Que,
pouvoit- on avoir de bon , lorfqu'on croyoit
trouver la vérité dans des ouvrages d'A
riftote , traduits d'après une traduction Arabe
, & remplis d'idées auffi obfcures , que
l'ayent jamais pû être celles des Rabins &
& de la Cabale. La Philofophie étoit alors
un amas immenfe & confus d'erreurs & de
préjugés ; par bonheur l'Art de l'Imprimerie
n'avoit pas encore été découvert &
le monde ne fut pas inondé de ces pro-
D vj
$ 4 MERCURE DE FRANCE.
ductions , qui font plus de honte à l'efprit
humain , qu'elles ne l'élévent au-deffus des
brutes. Que d'obftacles à la raifon pour
revendiquer fes droits !
C'eft ici où l'on peut juger du genie des
hommes ; le choix des moyens pour rétablir
la Philofophie , fait l'apologie de
ces Sçavans Grecs à qui nous devons tout ,
& que les Allemands eurent raiſon d'imiter.
On a beau dire que la pureté & l'élégance
du langage n'ont rien de commun
avec la Philofophie & le bon fens , j'ai tout
lieu de douter , que fans le fecours d'une
langue épurée , on puiffe faire de grands
progrès dans cette Science : la Philofophie
demande trop de précifion & de clarté.
On le crut , & c'eft ce qui porta ces Grecs
réfugiés à engager les Italiens à perfectionner
la langue latine , & à apprendre la
langue Grecque. Mais comme il n'étoit pas
facile d'exécuter , en fi peu de tems , un
projet auffi difficile pour desGrecs familiarifés
avec la barbarie , ces généreux Sçavans
travaillérent à traduire les ouvrages
d'Ariftote & de Platon , & à publier auffi
fidélement qu'il étoit poffible, les fyftêmes
de ces Philofophes , dont les idées mariées
avec des opinions obfcures & ridicules ,
étoient entierement éloignées de leur docA
VRI L. 1753. 85
trine. Jean Argyropyus , qui étoit venu
s'établir à Florence , fut engagé par Laurent
de Medicis , à traduire la Phyfique d'Arif
tote : cet habile homme avoit une fi grande
réputation , que Théodore de Gaze ayant
appris qu'il travailloit à cette traduction ,
ne fit aucune difficulté de jetter au feu
celle qu'il venoit d'entreprendre. Deux
fectes fe répandirent alors en Italie , &
s'oppoferent à celle des Scholaftiques , celle
des Platoniciens réformés , & celle des Arif
toteliciens. On fit main-baffe fur tout ce
que l'on avoit fait depuis ces Peres de
la Philofophie , pour en revenir à leurs
fiftêmes ; c'étoit détruire une maiſon inhabitable
, pour en rebâtir une autre qu'il
feroit toujours tems de rendre plus commode.
On ne pouvoit mieux faire ; &
puifque les Scholaftiques refpectoient ces
Philofophes fans en connoître la doctrine ,
bien loin de condamner & de déplorer la
confiance que l'on avoit dans les fiftêmes
épurés de ces . Philofophes , nous devons
regarder ce préjugé comme le feul moyen
qu'il y avoit alors de ramener les hommes
à des idées plus faines.
Ce changement , qu'il étoit néceffaire de
rappeller ici en racourci , artira , comme
je l'ai déja dit ailleurs , quantité d'Allemans
en Italic . Thomas à Kempis , Agricola , &
$6 MERCURE DEFRANCE.
quelques autres , engageoient leurs Compatriotes
à entreprendre ce voyage ,
à
chercher dans le fein de l'Italie des connoiffances
qui ne fe trouvoient prefque
point ailleurs ces Allemands de retour
dans leur Patrie ne travailloient qu'à infpirer
le goût des Lettres & de la Philofophie
, & leurs travaux eurent des fuccès ,
aufquels on ne s'attendoit pas. Qu'on fe reprefente
un pays prefqu'entiérement gouverné
par des ignorans, & où l'on ne voyoit
que des Couvents , & des Cloîtres , Maifons
où l'oifiveté & l'ignorance avoient
établi leurs Temples & leurs Autels , &
dans lequel on vit tout- à-coup une demidouzaine
d'Hommes Illuftres répandus
dans quelques Villes , qui connoiffoient
l'état de leur patrie , & en gémiffoient ,
fans ofer prefque dire publiquement tout
ce qu'ils penfoient fur ce trifte état de
l'Allemagne. L'amour de la vérité l'emporta
pourtant fur tout autre motif; pour
peu qu'on life l'hiftoire de ces tems là , on
verra avec quelle ardeur ces Philofophes
tâchoient de perfuader aux Allemans leurs
véritables intérêts : tout ce qui nous refte
des Ouvrages de ces grands Hommes
eft rempli de voeux & de confeils. Ils demandoient
qu'on remédiât à tous les abus
qui régnoient dans les écoles , qu'on réta-
•
A VRI L. r7 { 3 、87
blit de nouvelles Académies , de nouveaux
Colléges , & qu'on réformât ceux qui fubfiftoient
déja . Tous les écrits d'Ellembogius
, de Nauclerus , de Peutinger , de Bebelius
, de Sebaftien Brand , de Jean Camerarius
de Pirckheimer , & c. font remplis
de ces voeux , & des difcours les plus pathétiques
, pour porter enfin les Princes
d'Allemagne à entrer dans des projets ,
dont dépendoit le falut de leur Patrie .
,
Il fallut beaucoup de tems & de remontrances
pour venir à bout de ces deffeins .
On s'adreffa au Pape ; on fit des reprefentations
aux Diettes de l'Empire ; mais celle
de Ratisbonne , convoquée en 1471 , ayant
pour but la guerre contre les Turcs , &
celle d'Augsburg en 1474 , regardant les
affaires de Frédéric , Comte Palatin , qui
fut mis au ban de l'Empire , on ne put rien
obtenir fous le régne de Frederic III.: On
fit de nouvelles remontrances à Maximilien
I.; on lui reprefenta qu'il étoit de l'utilité
de la Patrie , d'ordonner que les Bé
néfices & les Canonicats ne fuffent accordés
qu'à des gens de Lettres , que c'étoit
là le feul moyen de faire fleurir les
Sciences , & d'extirper une bonne fois l'ignorance
, qui régnoit par tout . Toutes
ces reprefentations furent inutiles ; les Papes
, les Empereurs , les Princes , les Prê-
1
88 MERCURE DEFRANCE.
tres s'y oppoférent , ils étoient intéreffés
à laiffer leur Patrie dans le malheureux
état où elle fe trouvoit.
Les Papes commençoient à craindre l'Allemagne
, orgueilleufe fous Charlemagne ,
fuperftiticule fous Louis le Debonnaire ,
rampante fous fes Succeffeurs , malheureufe
fous Henri II. , foible encore , mais
fiere fous Henri III. , Fridéric I. & fes
Succeffeurs ; elle reprit peu -à-peu de fa
premiere force , fous Frideric 111. & Maximilien
I. Les Papes croyoient que le rétabliffement
des Lettres feroit un nouvel
obftacle aux grands deffeins , qu'ils ont
toujours eus fans pouvoir toutefois les
exécuter entierement ; ou du moins l'aigreur
qui régnoit entre eux & l'Empire
, les empêcha de faire à l'Allemagne
tout le bien qu'ils auroient pu . Les Empereurs
, d'un autre côté , ne penfoient
qu'à profiter des troubles de l'Empire ,
tandis qu'ils étoient eux- mêmes obligés
de fonger à leur fureté ; les Suiffes & les
François étoient alors des ennemis auffi
puillans que redoutables par leurs deffeins.
Les Princes pouvoient-ils mieux faire
les Empereurs ? ils avoient trop d'intérêt à
ne fonger qu'à la défenfe de leur liberté :
& pour les Moines , il étoit de leur falut ,
de penfer de même , c'eſt- à - dire , d'empêque
AVRI L. 1753 . 89
cher qu'on ne fît de fages réglemens.
Les voies de prieres & de reprefentations
étant inutiles , on penfa à en prendre
d'autres. On tourna en ridicule l'ignorance
des Moines ; Erafme écrivit , dans ce
deffein , fon excellent Ouvrage , intitulé ,
l'Eloge de la Folie ; & peu de tems après
parut ce Livre fi connu , & qui mérite tant
de l'être , je veux dire les Epiftola obfcurorum
virorum , qui fut écrit dans les mêmes
vues Les Sciences avoient bien fait quelques
progrès ; on avoit bien quelques
grands Hommes en Allemagne ; mais la Philofophie
Scholaftique régnoit encore prefque
partout, auffi bien que l'ignorance des
Langues , de la Poëfie & de l'éloquence :
on ne fe donnoit pas feulement la peine
de lire les Ouvrages d'Ariftote , je ne veux
pas dire dans l'original , cela étoit impoffible
, mais dans les bonnes traductions
qui venoient d'être faites en Italie .
Il est néceffaire de remarquer ici , que
plufieurs entendent par Scholaftiques
non-feulement tous ceux qui commentérent
la Philofophie d'Ariftote , avant le
rétabliffement des Lettres , mais encore
tous ceux qui le firent après cet événement
jufqu'au tems de Bacon , de Galilée ,
de Grotius , &c . Mais j'ai lieu de croire
qu'il vaut mieux fixer à ce dernier tems le
co MERCURE DE FRANCE.
triomphe de la vraie Philofophie , que les
commencemens de fes progrès qui parurent
déja par les ouvrages de ceux qui eni
feignoient les fyftêmes de Platon & d'A
riftote , tels qu'ils avoient été donnés par
ces Grands -Hommes. Il y eut toujours des
Docteurs Scholaftiques , c'eft- à- dire , des
Philofophes attachés à ces fiftêmes , que
les Moines avoient fi maltraités ; nous en
avons eu du tems même de Descartes & de
Leibnitz ; & je ne fçais pas fi la Philoſophie
, telle qu'elle eft traitée en Eſpagne &
en Portugal , n'eft pas quelque chofe du
moins de bien approchant de la Scholaftique.
La Philofophie Scholaftique fe diftingue
de la Philofophie rétablie d'Arif
tore & de Platon , par le mélange des idées
les plus fublimes de la Religion chrétienne
avec des fubtilités très-intelligibles , & par
les difputes fur des notions univerfelles ,
que quelques-uns regardoient comme des
chofes féparées des individus , dont elles
font tirées. Quand je parle donc ici des
Scholaftiques , & quand j'en parlerai dans
la fuite , il faut entendre ces Philofophes
de l'école , tels qu'ils étoient , lorfque les
Turcs prirent Conftantinople , & tels que
furent encore après Rhenanus , Treborius ,
JufteJodocus , & tant d'autres.
Ces Docteurs fcholaftiques étoient un
A VRI L. 1753. 91.
nouvel obftracle, & peut-être le plus fort ,
au changement que l'on méditoit fur la
Philofophie. On cut beau leur repréfenter
qu'ils n'entendoient ni Ariftote ni Platon
ne pas entendre des Auteurs qu'ils avoient
commenté depuis 300 ans , leur parut une
impoffibilité. Il fe croyoient fi bons Phitofophes
, qu'ils ne fe défioient pas feulement
de leur foibleffe , ce qui eft le com
ble de ignorance . Ces illuftres Sçavans ,
qui avoient étudié en Italie , & qui,
étoient revenus dans leur patrie enfeigner
la Philofophie & les beaux Arts , fe donnerent
en vain la peine de faire entendre
à tout le monde le fruit que l'on pouvoit
retirer de la culture des Lettres ; on fut
fourd parce qu'on étoit aveugle. Ce même
efprit qui fit demander à un Cardinal.
un fiécle aauuppaarraavvaanntt ,, qu'on condamnât
Petarche , parce qu'il lifoit Virgile , regnoit
encore , & comment n'auroit- il pas
regné , fi l'on a vû dans des tems plus
heureux les ennemis des Lettres ( a ) dire
(c ) Voyez Clavigni de Sainte Honorine , Diſcernement
& ufage des Livres fufpects . Voici une réflexion
de M. Naudé ( Confidérations politiques
fur les coups d'Etat , c. 4. ) & peut- être encore ſeroit-
on bien empêché de me montrer le même ( Athée )
dans l'Hiftoire d'Italie , auparavant les careffes que
Cofme & Laurent Medicis firent aux Lettres . C'eft
même fous lefiécle d'Augufte qu'Horace difoit de lui .
92 MERCURE DE FRANCE.
& publier qu'avant François I. il n'y avoit
point eu d'Athée en France , ni en Italie
avant la prise de Conftantinople , Defcartesavoit
déja parut , ainfi que le célébre &
admirable Bacon , lorsqu'on brûloit encore
des gens , pour être foupçonnés de magie.
Qu'on ne s'étonne donc pas fi dans des
fiécles plus barbares , Erafme, Louis Vives ,
Jacques Faber , Marie Nifolius , ( d ) travailloient
en vain à détruire les préjugés
que l'on avoit fur le fçavoir des Scholaftiques
, & fur la perfection de leur Philofophie.
La fureur s'en mêloit , on en
fit autant pour les Scholaftiques que Char
pentier pour la Philofophie d'Ariftote , qui
fit affaffiner Ramus , pour avoir ofé croire
que ce difciple de Platon n'étoit pas infaillible
.
La diverfité des opinions n'auroit ja
mais dû influer fur les fentimens du coeur ;
cependant nous avons vû de tout tems , &
nous voyons encore aujourd'hui , ce motif
fervir de bafe aux haines les plus invétérées
: il n'y a pas jufqu'aux chofes de
goût , où des gens ne prétendent qu'on
Parcus Deorum cultor & infrequens
Infanientis dum fapientiæ
Confultus erro .
(d) Voyez l'excellent Ouvrage de Chr . Sto
chius , intitulé : De bonarum litterarum palingens
fia ,fub & poft reformationem. Jenæ 1717.
AVRI L. 1753.
93
>
ne peut être de leurs amis , fans penfer
comme eux. Sera- t- il après cela furprenant
, Monfieur , de voir les progrès de
la Philofophie fe faire fi lentement
les échafauts fe dreffer pour affouvir la
rage & la vengeance de ceux qui tirannifoient
le bon fens , & la calomnie couvrir
d'opprobre , ceux que l'amour de la
vérité engageoit à détruire l'erreur . Les
fyftèmes corrompus d'Ariftote & de Platon
ont fait plus de mal à l'Allemagne & à
l'Europe entiere , que toutes les guerres
qui l'ont ravagées de tous tems. Il feroit
même affez facile de faire voir que la philofophie
Scholaftique eft la feule fource
des héréfies & des perfécutions qui leur
ont fuccédé.
Les Allemands fuivirent la route que
les Italiens venoient de leur frayer : malgré
cet avantage, que de chemin n'y avoitil
pas encore à faire pour que la Philofophies'y
rétablit ? Un Pays troublé par mille
guerres , l'Empire toujours defuni , les
Papes toujours irrités contre les Empereurs
; les Empereurs ne fongeant qu'à détruire
la liberté Germanique ; les Princes
jaloux de leurs droits , ne penfant qu'à ſe
défendre ; une ignorance genérale , la fupeftition
à fon comble , des gens fans génic
, fans goùt & fans moeurs , fe trouvant
94 MERCURE DEFRANCE .
à la tête des autres , & jouiffant de la confiance
de quelques Princes ; tout cela permettoit-
il à la Philofophie de renaître ?
Quand je pense à ces maux & à l'état où
fe trouve aujourd'hui l'Allemagne , je ne
defefpere d'aucun peuple , quelque barbare
qu'il nous paroiffe . Peut- être que la
même viciffitude , qui s'eft vûe dans les
Sciences qui furent tranfportées fucceffivement
d'Egypte en Grece , en Italie , à
Conftantinople , qui retournerent enfuite
en Italie , & pafferent en France & en Allemagne
, fe verra en Europe , qui pourra
un jour être privée des Sciences & des
Arts qui y font nos délices , tandis qu'ils
fleuriront au milieu de ces Peuples , que
les Chrétiens ont été affujetir pour les fauver.
Vous pourrez , Monfieur , me reprocher
de m'écarter de mon fujet , & vous
aurez raiſon : je ne puis me juſtifier qu'en
Vous difant que je regarde ce que je viens
de vous dire , comme un avant- propos ,
dans lequel j'ai jetté tout ce qui pouvoit
interrompre dans la fuite , la fidele
expofition que je vais vous faire de l'étu
de de la Philofophie en Allemagne . Vous
devez être accoutumé à ufer d'indulgence
avec un Etranger , qui cherche à apprendre
les délicateffes & la pureté d'aA
V 1753. • RIL. · 95
ne Langue que vous poffedez fi bien . J'ai
Thonenur d'être , & c.
Ce x Avril 1753.
Le mot de l'Enigme du Mercure de
Mars eft l'Almanach,
Celui du premier Logogriphe eft Plaifanterie
, dans lequel on trouve plaifant ,
faliere , âtre & lit , lapin , Pâris , pitié , Pi-
Late , lais , lait , plaifir , S. Pie , raifin , air ,
pie , lanier , Paris , rente , Pline , pin , âne ,
efprit , airain , & étain , fi , la , re , Lia
Trajan , Italie , Naples , le Tanaïs ou la
Seine , & Nil , ire , rien , an , & été.
Celui du fecond Logogriphe eft Reversi
dans lequel on trouve feve , re , vers , ruï
fe , rufe, fervi , jeu , rue , rire , revers ,
rus , ver , fus , Riés , Sufe , vie , verse
à l'impératif , Sire , fuer , ris , rive, re
vers , verre , Eve , & riſée,
96 MERCURE DE FRANCE.
bobsbsbjbJt / JbjbjbJtJtj
J'Hab
ENIGM E.
' Habite , cher Lecteur , un globe fublunaire }
Entouré d'atmosphere ,
Et même d'un rempart ,
Naturel & fans art.
Je fuis le Roi de cette ſphere ,
Tout ytend à me plaire :
Si le deftin vouloit , j'aurois quoiqu'animal ,
Un ornement Royal .
Voici , Lecteur , de quoi me reconnoître ,
Je viens au jour , même avant que de naitre ,
Je fubfifte fans me nourrir ;
Je péris , fans mourir.
Par M. L. M. *** à Montauban.
LOGO GRIP H E.
Entre ma fooeur & moi beaucoup de reffemblance
,
Soit pour le goût , la forme & la couleur ,
Qui le croiroit ? Voici la différence ,
Quoique femelle , elle a moins de douceur.
Après
AVRIL. 97
1753.
Après la foeur , diſons un mot du frere ;
Il eft joli , poli , fait à manger.
Sous cet appas , te plait- il d'en tâter ?
Tu m'apprendras fi c'est là ton affaire ;
Mais fonge auparavant qu'il eſt très -dangereux
De décider far l'apparence ,
Que de maris en fout l'expérience ,
Bien volontiers je m'en rapporte à eux.
Il eft tems de paffer à ma combinaiſon.
Rien de plus bief que la façon.
Six pieds compofent ma ſtructure ,
Peu faite pour la découpure ,
Je t'offre pourtant un pronom ,
Source de procès & de haine ;
Un Poete d'un grand renom ,
Ami de Varus & Mecène ;
Ce qui fert de meſure au tems ,
Dont le cours eft bien peu durable ;
Et le ravage irréparable .
S'accroit , hélas ! tous les inftans..
Tu peux trouver encor ce métail précieux ;
Pour l'avide mortel objet de tant de voeux ,
Qui fait franchir les mers , qui fait braver l'orage ;
Ecueil de la vertu que redoute le fage.
Mais n'eft- ce point trop raiſonner
Pour un marmoufet de ma taille ?
L'ennui fuit de près la morale ,
Et bien tôt l'on pourroit bâiller.
E
98 MERCURE DE FRANCE.
t
Je finis en fecret en pleurant mon partage ,
Qu'une lettre manquée me caufe de dommage !
Sort heureux que je perd , Batteufe illufion ,
D'une charmante Iris j'aurcis porté le nom.
Par M. D. L. S. R. de Lyon.
AUTR E.
Pour dominer fur l'homme je fuis fait¸
Et par la forme fans égale
Que me donnent fix pieds pris d'un fimple alphabet
,
Lors même que je fuis tout mauvais & tout ſale "
Je fuis toujours bon & net .
DARNESON , de Toulouse.
AUTR E.
Avant d'aller chercher des routes plus fçavantes
,
Lecteur , veux-tu fçavoir mon nom !
De cinq fillabes différentes
Travaille à la combinaiſon,
Je t'offre d'abord un Prophête ,
Une Ville en Artois , deux des quatre élémens ,
AVRI L.
99 1753.
Ce dont un feul mortel couvre ici bas la tête ,
Ce que l'on enfeigne aux enfans ,
L'attribut de la Fable ,
Ce dont on ne doit pas douter ,
Ce que fouvent en maigre on nous fert für la ta
ble ,
L'inftrument d'Apollon , deux notes à chanter ,
Un petit animal , ce qui fert à le prendre ,
Ce que l'humble veut éviter ,
Ce qui fouvent fe fait attendre ,
Ce qui fert à fe repoſer ;
Pour me faire enfin mieux connoître ,
Je contiens la fource du vin ;
De plus un Prince eft non grand maître ,
Et l'on m'entend de loin lorfque je fuis en train.
A Toulouse , par M. de Marrat , du Bataillon
de Soucy , du Régiment de Royal- Artillerie.
Eij
Joc MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES LITTERAIRES.
Ictionnaire Apoftolique , à l'uſage
D. de Mellicurs les Curés des Villes &
de la Campagne , & de tous ceux qui fe
deftinent à la Chaire. Par le P. Hyacinte
de Montargon , Auguftin de la Place des
Victoires , Prédicateur du Roi , Aumonier
& Prédicateur ordinaire du Roi de
Pologne , Duc de Lorraine & de Bar. Tome
4. A Paris , chez la veuve Lottin &
Buttard rue S. Jacques. 1753 .
Les fujets traités dans ce Volumé font
le monde , la mort , la fuite des occafions ,
les bonnes oeuvres , la paix , la parole de
Dieu , & la pénitence . Nous ne pouvons
trop répéter que cet Ouvrage eft d'une
très- grande utilité. Nous en jugeons ainfi
d'après un examen férieux , que nous
avons fait nous mêmes , & d'après l'expérience
qu'en ont faite plufieurs Eccléfiaftiques
fort occupés des fonctions de leur
miniftere .
LA Grammaire Allemande de M. Gottf
ched , Profeffeur de Philofophie de l'Univerfité
de Leipfic. Contenant les meilAVRIL
. 17531 IOLL
3
leurs principes de la Langue Allemande
dans un ordre nouveau , & mife en Fran ,
çois par M. G. Quand. A Paris , chez De-,
bure , l'ainé , Jorry , & Duchefne. in- 12 v.
1. 1753.
M. Gottſched célébre en Allemagne par
le bon goût de Littérature qu'il y a répandu
, & en France par les éloges que Îui a
donnés un homme de beaucoup d'efprit
qui ne loue que les gens louables & qui
les loue bien , eft l'Auteur de la Grammaire
que nous annonçons . Nous y avons
trouvé la clarté, l'ordre & la logique qu'on
défire fouvent inutilement dans les Ouvrages
de cette nature .
GEOGRAPHIE abregée , par demandes
& par réponſes , divifée par leçons ,.
avec la lifte de quelques Cartes néceffaires
aux commençans. Sixième édition , augmentée
du plan de l'ancienne Géographie
& des fyftèmes du monde , avec plufieurs
Cartes. Par M. l'Abbé Lenglet du Fresnoy . A
Faris , chez Debure , l'ainé , Quai des Auguftins.
1753. Prix 1 liv. 16 fols relié.
liv 10 fals broché .
La multitude d'éditions prouve que
l'Auteur de cet Ouvrage a atteint le but
qu'il s'eft propofé.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
LETTRES choifies de M. Pope , fur
différens fujets de morale & de littérature
, traduites de l'Anglois par M. Genet.
A Paris, chez R. David; & à Strasbourg ,
chez Baouer, 1753. vol 2 in- 12 .
Ces Lettres ne font pas indignes du
grand Poète qui les a écrites. Il y a peu
d'art , & des idées heureufes en littératu
re & en morale .
LES vies des Hommes illuftres de la
France , continuées par M. l'Abbé Péran ,
Licentié de la Maifon & Société de Sorbonne
, tome XX . A Amfterdam , & fe
vend à Paris , chez Le gras , grand'Salle
du Palais. 1753.
A mefure que cette grande entrepriſe
avance , elle devient plus curieufe. Le Volume
que nous annonçons contient la vie
des deux célébrés Maréchaux de Biron. Le
continuateur plus exact que fon prédecef
feur , ne laille rien à défirer du côté des
recherches , & doune même quelques détails
de trop. On jugera de fon ftyle par .
le portrait qu'il fait du premier des deux
grands Capitaines dont il écrit l'hiftoire.
Armand Gontaud de Biron , qui après
avoir pallé par tous les grades fubalternes ,
parvint enfin à la premiere charge militaire
, dans laquelle par fon activité , ſon
AVRI I... 17937 103
expérience , fa bravoure & fa vigilance
il égala , s'il ne furpaffa , les plus grands
Capitaines d'un fiécle fécond en Heros.
Le célébre la Noue qui étoit bon connoiffeur
en ce genre , n'a pas fait difficulté de
l'appeller le plus grand Capitaine de France.
Selon Brantôme , qui rapporte ce trait,
c'étoit trop peu dire ; & cet Auteur pré
tend que le Maréchal de Biron étoit le
plus grand homme de guerre qu'il y eûe
alors dans toute la Chretienté.
Il avoit paffé toute fa vie ou dans les
Armes , ou dans les Ambaffades , & il fe
Alattoit d'entendre auffi bien les négociations
que l'art Militaire. Actif , vigilant
, laborieux , iill aaiimmooiitt à fe mêler
de tout , & fe donnoit affez fouvent de
l'emploi , lorfqu'on ne lui en donnoit pas ;
il fe piquoit auffi de fcience , & fur- tout
de bien poffèder l'Hiftoire & la Geogra
phie ; il deffinoit des cartes lui- même ,
& prétendoit que ce talent étoit une des
parties des plus néceffaires à un Général ,
qui devoit , difoit- ii , être toujours en
état de faire voir fur le papier , ce qu'il
comptoit exécuter dans une campagne.
On lui reprochoit d'avoir été violent &
emporté , & d'avoir trop aimé la table ,
où il buvoit , dit Mezerai , jufqu'à fe rendre
gaillard, On attribue à Henri IV . une re-
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
partie qui fait voir que le Maréchal portoit
la chofe un peu loin. On dit que le
Duc de Savoye , après la mort du Duc de
Biron , fils du Maréchal , faifant l'éloge
des belles actions de l'un & de l'autre , &
des importans fervices qu'il avoit rendu à
l'Etat le Roi lui répondit qu'il étoit
vrai que ces deux Genéraux l'avoient bien
fervi ; mais qu'il avoit eu de fon côté beaucoup
de peine à moderer l'ivrognerie du
pere , & les boutades du fils.
M. de Thou convient auffi que le Maréchal
aimoit le plaifir de la table , mais
il fe contente de dire qu'il y étoit gai &
enjoué. A l'égard de fa vie privée , voici
ce que cet Hiftorien nous en rapporte. Le
Maréchal dormoit peu , après fon premier
fommeil, il réveilloit fonSecretaire qui couchoit
aux pieds de fon lit , & il lui dictoit ce
qu'il avoit deffein de faire pendant la journée
: enfuite il fe rendormoit , & à fon reveil
il fe faifoit lire ce qu'il avoit dicté . Il
retranchoit ou y ajoutoit fouvent , felon
les nouvelles idées qui lui étoient venues .
C'étoit alors , continue le même Hiſtorien
, qu'il deftinoit les Officiers aux differentes
chofes aufquelles il avoit deffein
de les employer. Il écrivoit exactement un
journal de ce qu'il faifoit , mais foit par
fa faute , ou par celle de fon fils , nous
AVRI L 1753 105
avons perdu ces mémoires qui auroient
fait un grand honneur à la Nation . Il a
compofe un Livre où il expliquoit fort au
long , tous les devoirs d'un Maréchal de
Camp , & dans lequel il rapportoit plufieurs
exemples de ce qu'il avançoit . Son
fils , ajoute M. de Thou , m'avoit plusieurs
fois promis de me le remettre entre les mains
il trouva enfin qu'on le lui avoit pris.
C'eft apparemment le même Ouvrage ,
dont parle le pere Daniel , lorſqu'il dit
Nous avons de ce Seigneur un petit Ouvrage
fur la milice , intitulé : Maximes & inftructions
de l'art Militaire.
LE Temple de la mort , Poëme. Par M.
de Feutry, A Londres , & fe vend à Paris ,
chez Durand , rue S. Jacques,
C'est une Allégorie d'environ trois cens
Vers pleins de feu , d'images & de chofes
hazardées. Nous en tranferirons ici quelques-
uns.
Là , dans l'immenfité d'un effroyable gouffre
Sont plongés dans les flots de bitume & de fouffre
,
Les fils dénaturés , les parens inhumains ,
Les Juges corrompus , les cruels affaflins ;
Le mortels enrichis par le vol & l'uſure ;
Les Sporus , leurs amans , l'horreur de la nattiré ,
Les trompeufes Laïs , les obfcenés Auteurs ,
Ev
106 MERCURE DE FRANCE..
De la tendre innocence infâmes corrupteurs ::
Ici font les époux défenis , infidéles ,
Les Rois voluptueux & les Sujets rebeles.
Plus loin font tourmentés par d'horribles ferpens .
Les pâles envieux , les traîtres , les méchans ,
Les tigres engraiffés des miferes publiques ,
Les dévôts impofteurs , les pieux fanatiques :
Ofouvenirô crime ! en fortant des Autels ,
Ces monftres ont percé le plus grand * des mortels.
TRAITE' du Sénat Romain , traduit:
de l'Anglois de M. Middleton , avec des
notes. Par M. D *** Préfident du Parlement
de Touloufe . A Montauban , chez:
Jean Logier , & à Paris , chez Rollin..
1752. in- 12 vol . 1 .
Ce traité qui a de la réputation en Angleterre
, manquoit à notre Littérature..
On y trouvera tout ce qu'on peut défirer
fur la maniere de créer les Sénateurs , &
de remplir les places vacantes du Sénat ,
fur fon pouvoir & fa jurifdiction ; fur le
droit & la maniere de le convoquer ; fur
les lieux où il s'affembloit ordinairement ;.
fur le tems déterminé pour la tenue de fes .
affemblées ; fur les divers ordres des citoyens
dont il étoit compofé , & les formalités
qui s'obfervoient dans fes délibérations
; fur la force & la nature de fes dé-
* Henri IV.
A VRI L. 1753- 107
crets ; & enfin fur la dignité particuliere ,
les honneurs & les ornemens propres aux
Sénateurs Romains . Nous nous ferions étendus
davantage fur ce te traduction , fi elle
nous étoit plutôt tombée entre les mains..
OBSERVATIONS fur l'Hiftoire Naturelle
, fur la Phyfique & fur la Peinture ,
avec des Planches imprimées en couleur.
Cet Ouvrage renferme les fecrets des Arts ,
les nouvelles découvertes , les difputes des-
Philofophes & des Artiftes modernes.
175 2. Tome 2. 6º partie. A Paris , chez
Delaguette , rue S. Jacques.
LETTRES fur divers fujets de controverfe
, contenant les principaux motifs
qui ont déterminé S. A. S. Monfei
gneur le Prince Frederic , Comte Palatin
du Rhin , Duc de Baviere , Comte de
Veldenz , Sponheim & Ribeau -Pierre
Seigneur de Hohenack , à fe réunir à la
Sainte Eglife Catholique Apoftoliqne &
Romaine ; 2. vol. in- 12 , feconde Edition , -
revue , corrigée & augmentée par l'Auteur
( le R. P. Sehedorf , de la Compagnie
de Jefus ) A Manheim , chez Nic.
Pierron , & fe trouve à Paris , chez Bou
det , Libraire- Imprimeur du Roi , rue S
Jacques , à la Bible d'or. ( Ces a vol.
liv. relié. ), Evit
108 MERCURE DE FRANCE:
ALMANACH des Finances pour l'année
1753 , contenant fommairement la
nature & les principales particularités des
affaires de Finance , les noms & demeures
des intereffés , les Bureaux , jours
d'Affemblées , Tribunaux où le portent
les conteftations & autres éclairciffemens
à ce fujet , utiles & néceffaires à toutes
fortes de perfonnes. A Paris , chez Laurent
Prault , cour du Palais dans le paffage
S. Barthelemi.
L'ordre de . ce nouvel Almanach nous a
paru bien , & les détails néceffaires pour
beaucoup de gens .
TRAITE' des fievres continues , dans
lequel on raffemble & examine les principales
connoiffances que les Anciens ont
acquifes fur les fievres par l'opération &
la pratique , principalement fur les préfages
, la coction , les crifes , lacure de
ces maladies. Par M. Quefnay , Ecuyer ,
Membre de l'Académie Royale des Scien-.
ces , & Médecin confultant du Roi , &
Premier Médecin ordinaire de S. M. en
furvivance. A Paris , chez d'Houry, 2 v.
in- 1 2.
NOUVEAU Traité de navigation
contenant la théorie & la pratique du pi-
Jotage . Par M. Bouguer , de l'Académie
AVRI L. 1753. 109
Royale des Sciences , & c. A Paris , chez
Hippolyte-Louis Guerin , & Louis-Fran- ,
çois Delatour. 1753. in-4° .
ELEMENS de l'Architecture Navale ,
ou traité pratique de la conftruction des
Vaiffeaux. Par M. Duhamel du Monceau
de l'Académie Royale des Sciences & Infpecteur
genéral de la Marine. A Paris ,
chez Jombert rue Dauphine. 1752 in -4° .
r. Volume.
ALMANACH Hiftorique & Géogra
phique de la Picardie pour l'année 1753
où l'on donne une idée genérale de la fituation
, de la divifion , de l'Hiftoire ,
des rivieres , du terroir , des coutumes ,
de la Nobleffe & du commerce de cette
Province ; avec les particularités les plus
intéreffantes fur les principales Villes qu'elle
renferme , & la plus grande partie des
noms des perfonnes qui y compofent l'Erat
Eccléfiaftique , Militaire , Civil & Littéraire
; particulierement de la ville d'Amiens
: dédié à M. le Duc de Chaulnes .
A Amiens , chez la veuve Godard .
Nous avons trouvé des chofes fort fingulieres
dans cet Almanach. Nous avons
été fur tout agréablement furpris d'y voic
qu'on diftribue à Amiens , des prix aux
TO MERCURE DE FRANCE.
manufacturiers qui perfectionnent les étof
fes qu'on y fabrique depuis long tems
ou qui en imaginent de nouvelles. Il eft
à fouhaiter que cet exemple foit ſuivi
par Lyon , & c.
L'ESPRIT des Beaux Arts . A Paris ,
chez Bauche fils , Quai des Auguftins ,
1753. 2 vol. in-12.
Par l'efprit des Beaux- Arts , l'Auteur en
tend le développement des principes des
expreffions les plus vraies de la fenfibilité ;
ce font fes termes. Quoiqu'il foit remon
té aux principes de la Peinture , de la Poë
fie , de la Danfe , de la Sculpture , & c.
on s'apperçoit que la Mufique l'a plus particulierement
occupé.
EUVRES d'Architecture de M. de Boffrand
, Architecte du Roi , Premier Ingénieur
& Infpecteur général des Ponts &
Chauffées du Royaume contenant les
principaux Batimens Civils , hydrauliques.
& méchaniques qu'il a fait éxécuter en
France & dans les Pays Etrangers ; tels
que les Palais de Bouchefort , de Nancy
de Luneville , de la Malgrange , de Vurtzboug
; les Hôtels de Montmorenci , d'Argenfon
, de Craon ; les decorations inté
Kieures de l'Hôtel de Soubife , le Portaik
A VRI L. 1753.
de la Mercy ; le Puits de Bicêtre , les Ponts
de Sens & Montreau , & c.
Ces Bâtimens fe vendent féparément &
en Volume , avec un Difcours orné de vignettes
& culs - de-lampe.. A Paris , chez
R. Patte , Graveur , rue S. André- des - Arcs ,
vis à vis la rue Mâcon .. Le prix en volu
me eft 30 liv. fur le Raifin , & 36 liv.
fur le Jefus fin .
Cet Ouvrage contient 96 grandes planches
d'Architecture & d'ornemens , dont.
la plupart font gravées par Meffieurs Blondel
& Babel..
RECUEIL des actes , titres & mémoi
res concernant les affaires du Clergé de
France , augmenté d'un grand nombre de
piéces & d'obfervations fur la difcipliue
préfente de l'Eglife ; & mis en nouvel ordre
fuivant la Délibération de l'Affemblée
générale du Clergé , du 29 Août 1705 ::
in -folio , tome douzième. Dans lequel on
traite 1 ° . Des Collateurs & des Patronsparticuliers
des titres Eccléfiaftiques . Des
Droits utiles & honorifiques des Patrons
& Fondateurs ; de leurs Charges & Devoirs
, & c. 2º. Des qualités requifes pour
être pouvû des titres Eccléfiaftiques , fuivant
les faints Decrets , & les Ordonnances
du Royaume. 3. Des provifions dess
112 MERCURE DE FRANCE.
titres Eccléfiaftiques , obtenues foit du Pape
ou de fes Légats , foit des Collateurs
ordinaires. 4°. Des Elections & Bénéfices
électifs . 5. Des Regles & Formalités requifes
, en ce qui regarde l'éxécution des
titres Eccléfiaftiques. 6° . Des Procédures ,
& inftruction des Procès , fur le Poffeffoire
des Bénéfices. A Paris , chez Guillaume
Defprez , Imprimeur ordinaire du Roi &
du Clergé de France.
Le même Libraire continue de vendre
l'Abregé des Mémoires du Clergé , in-folio
, qui fait la table raifonnée des douze
Volumes qui forment actuellement les Mémoires
du Clergé.
THEORIE & Pratique du commerce
& de la Marine , traduction libre fur l'Efpagnol
de Dom Geronimo de Uftariz ,
fur la feconde édition de ce Livre à Madrid
en 1742 , vol. in-4° . A Paris chez la
veuve Etienne & fils. 1753.
C'eft , à ce que nous croyons , le feul
Livre où l'on puiffe apprendre le commerce
que fait l'Efpagne , & celui qu'elle peut
faire. Le Traducteur , qui à en juger par
le peu de notes dont il a accompagné le
texte , a des connoiffances exactes & érendues
, auroit rendu un fervice confidérable
à l'Europe , s'il avoit donné en forme
AVRI L. 1753. TT
de fupplément , ce que le Grand Miniftre
qui gouverne l'Eſpagne a fait d'utile pour
fon Pays.
LA pratique univerfelle , pour la reno
vation des Terriers, & des Droits Seigneuriaux
; contenant les queftions les plus importantes
fur cette rnatiere , & leurs décifions
, tant pour les pays coutumiers que
ceux régis par le droit écrit . Ouvrage utile
à tous les Seigneurs , tant Laïcs qu'Eccléfiaftiques
; à leurs Intendans , Gens d'af
faires , Receveurs & Regiffeurs ; de même
qu'aux Notaires & Commiffaires de
Terriers & autres Officiers . Dans lequel
on trouvera tout ce qu'il eft néceffaire de
fçavoir , concernant les bois , paturages
& pacages ; pour les Officiers des Maîtrifes
des Eaux & Forêts , ceux des Domaines du
Roi , & des Seigneurs Laïcs & Eccléfiaftiques
; ce qui doit être pratiqué fur ces
objets par les Apanagiftes , Engagiftes
Douairiers , Ufu -fruitiers , Bénéficiers
Commandeurs de Malthe , Communautés
Eccléfiaftiques & Laïques , & tous gens de
main- morte , Seigneurs Laics & particnliers
; le tout accompagné de modeles &
ftyle de Procès- Verbaux , de délits , Saifies
& Reconnoiffances de Terriers . Par
M. Edme de la Poix de Freminville , Bailly
114
MERCURE
DE FRANCE.
des Ville & Marquifat de la Paliffe ,
Commiffaire aux Droits Seigneuriaux . To
me troifiéme. Le prix eft de neuf livres relié
. A Paris , chez Giſſey , rue de la vieille
Bouclerie , à l'Arbre de Jeffé. 1753 .
Les deux premiers volumes de cet Ouvrage
ont eu un grand fuccès. Celui que
nous annonçons eft digne du fort de ceux
qui l'ont précédé. Nous y avons trouvé
beaucoup de clarté & de méthode . Ceux
qui ont droit de prononcer fur le mérite
d'un Ouvrage de cette nature , font contens
de l'exactitude & de la profondeur
des recherches,
Le retour de S. Cloud , par mer & par
terre. Seconde édition , augmentée des
annales & antiquités de S. Cloud. A ta
Haye, & le trouve à Paris , chez Duchefne.
1753 .
C'est une plaifanterie affez gaye , quis
eft fuivie des annales & antiquités de S.
Cloud. Ce dernier morceau eft férieux ,
exact & plein de recherches .
'ABASSAï , Hiftoire Orientale. A
Paris , chez Bauche fils , Quai des Auguleins.
1753. in- 12 . 2 vol .
Il nous paroît que le Public a trouvé
dans ce Roman de l'efprit , de la chaleur ,
AVRI L. 1753.
plufieurs fituations neuves , & des réfle
xions fines , mais trop fréquentes.
LETTRE à M. Fr. ***. fur la Tragédie
de Picaris , repréfentées par les Comédiens
ordinaires du Roi , le 2 Janvier
1753. A Paris , chez la veuve Caillan ,
rue S. Jacques. Brochure de 24 pages.
ROMAN Oriental . A Paris , chez Duchefne
, rue S. Jacques , 1753. in 12. v. 2.
Cette nouveauté ne mérite pas d'être
confondue avec la plupart des frivolités
de ce genre. La quantité de faits , la rapidité
des avantures , quelques caracteres
, un ftile affez foutenu , & quelquefois
des traits de plaifanterie qui naiffent
du fujet , en rendent la lecture amulante.
L'ISLE de France , ou la Colonie de
Venus , précédée d'une Epitre à M. ***.
fervant de Préface . A Amfterdam , & le
trouve à Paris , chez Duchesne.
"
C'eft un petit Roman allégorique dans
lequel on peint nos femmes avec d'affez
vives couleurs. Quelques négligences
un affez grand nombre d'obfcurités , & un
ftile qui manque quelquefois d'éxactitude
n'empêchent pas un Lecteur attentif de
fentir les traits vifs , élégans & légers qui
116 MERGURE DE FRANCE.
font femés dans la Brochure que nous
annonçons. C'eſt la production d'un jeune
homme de dix- huit à vingt ans , qui a
de la chaleur & de la Poëfie .
OEUVRES de Theâtre de M. ***, A
Paris , chez Duchesne , rue S. Jacques
1753. in- 12. vol. 1. Les Comédies qui
forment cet agréable Recueil , font les
Mariages affortis , la Coquette fixée , le
Reveil de Thalie , l'Ecole du monde , le
Retour de l'Ombre de Moliere. Nous en
rendrons compte le mois prochain.
DICTIONNAIRE univerfel de Mathé
matique & de Phyfique ;
Où l'on traite de l'origine , du progrès
de ces deux Sciences , & des Arts qui en
dépendent , & des diverfes révolutions
qui leur font arrivées jufques à notre tems
avec l'expofition de leurs principes & l'analyfe
des fentimens des plus célébres Auteurs
fur chaque matiere . Par M. Saverien
de la Société Royale de Lyon. A Paris , chez
Rollin, & Jombert , & c.
Eclipfe. Cet article eft fort curieux &
très-inftructif. Après la définition du ter
me , M. Saverien diftingue les Eclipfes du
Soleil , de la Lune , & des Satellites
qui lui fournit trois articles particuliers..
ce
A V RI L. 1754. 117
Chacun de ces arricles eft traité fur le mêmė
ton , c'est- à-dire , que l'Auteur rend
raifon dans les uns & les autres , de la
caufe des Eclipfes & du tems auquel elles
doivent arriver. Il enfeigne auffi la maniere
de les obferver , de les deffiner , &
de calculer ; & tout cela par le fecours des
figures , où l'on voit peints des Aftrono
mes occupés à ces travaux. Sur le calcul ,
M. Saverien a reconnu que celui de M. de
la Hire , dont prefque tous les Aftronomes
font ufage , n'eft pas cependant tout
à-fait exact. Le tems apparent de la plus
grande obfcurité n'eft pas encore déterminé
dit-il , felon toute la rigueur Géométrique ; &
pour y avoir égard , il faudroit résoudre les
nouveaux triangles de la figure de M. de la
Hire , décrire une nouvelle orbite ; en un mot
reprendre tous les calculs , &c. On lit encore
avec plaifir le dénombrement des plus
belles Eclipfes ; la maniere de faire des
Eclipfes artificielles ; l'hiftoire du calcul des
Eclipfes , celle de l'Eclipfe de Lune , &c ,
Nous ne fuivrons point l'Auteur dans tout
ce travail aftronomique , trop fçavant
pour la plupart de nos Lecteurs . Mais on
fera bien aile de fçavoir l'Hiftoire générale
d'un Phénomene qui frappe tout le mon
de. Nous emprunterons pour cela les propres
rermes de M. Saverien . C'eft à la pa118
MERCURE DE FRANCE.
»
315. tome 1. §. 1. que nous prenons .
» On ne trouve point dans l'hiſtoire
d'Eclipfe de Soleil plus ancienne que
» celle qui arriva du tems du fiége de
› Troye , & fuivant toutes les apparen-
» ces , au commencement de ce fiége. Philoftrate
marque , par rapport à cette
Eclipfe , que ce fut alors que Palamede
expofa aux Grecs la qualité des Eclipfes ,
pour la premiere fois , d'où Marfnam conclud
, que Troye a été prife l'an 505. de
la periode Julienne , c'est-à-dire , 1209
ans avant Jefus-Chrift , ( Canon . Chronolog.
pag. 330. )
»
"
Suivant ce calcul , c'eft à Palamede
que nous devons la connoiffance des
Eclipfes. Ce fentiment n'eft pas général ;
prefque tous les Hiftoriens en font hon-
» near à Thales de Milet. Cependant , fe
lon Pline , ( 1. II . ) Thales vivoit l'an de
"
و ر
و ر
la 48 Olimpiade ; & l'Eclipfe que cer
Auteur prédir , arriva l'an CLXX . de la
fondation de Rome ; car ce Philofophe
prédit une Eclipfe , & c'eft une remarque
qui mérite attention & qui conclud en
» faveur de Palamede , Eudeme ou Clément
foutient que ce fut à la 50 Olympiade
que cette Eclipfe parut. Et Calvifius
guidé par Herodote , la rapporte à la 43e
olympiade , c'est- à - dire 507 ans avant
"
و د
"3
. د
AVRI L. 1753. 119
Jefus-Chrift , tems , où , felon Pline ,
Thales ne l'avoit pas prédite. Le P. Sou-
» ciet , qui fuit le fentiment du P. Perau ,
» veut , qu'elle foit arrivée la 597e année
avant Jefus-Chrift , de 9 Juillet à 6 heures
» du matin. Quoiqu'il en foit , il eft cer-
» tain que cette Eclipfe prédite eft celle
»
qu'on vit lors de la guerre entre le Roi
» de Lydie Alyattes & Tyaxares ou Affuc-
» rus , Roi des Medes. Cette Eclipſe eſt re-
"commandable par trois endroits . Et d'abord
parce que c'eft la premiere qui a
» été prédite. En fecond lieu , parce que
» c'eft Thales , qui a ofé faire cette prédic-
» tion avant aucun Aftronome , & avec
» fuccès ; & enfin , par l'événement que
caufa cette Eclipfe. Lorfqu'elle arriva
» les armées des deux Rois , dont je viens
» de parler , étoient aux prifes , & tellement
en action , qu'elles étoient entre-
» mêlées. Comme l'Eclipfe fut totale , une
» nuit obfcure fuccéda à la clarté du jour.
» Les combattans furent obligés de cefler ;
" & cet accident fit tant d'impreffion , que
» les deux Rois , obligés de faire ceffer le
» combat , le regarderent comme un avis
du Ciel , pour faire la paix. Cette paix
fut enfuite confirmée par le mariage de
» Darius le Mede , fils d'Affuerus ( qui à
» été auffi nommé Aftyages ) , avec Ariane
00
"3
120 MERCURE DE FRANCE.
fille du Roi de Lydie. Ce nom de Da-
» rius me rappelle un témoignage de Suidas
, fur le tems où Thales prédit cette
» Eclipfe : c'eft fi on l'en croit, fous Darius
» même. Il faut voir , pour mieux s'éclaircir
fur tout cela , les recherches de M.
» Mayer , dont Théophile Rayer fait men-
» tion dans le Comment, acad. Petrop . tom.
III.
» Pline dit dans fon Hiftoire natnrelle , 1 .
» II . que le premier Romain qui prit garde
aux Eclipfes de Soleil & de Lune , & qui
» en rendit compte au peuple de fa Na-
» tion , fut Sulpicius Gallus , élevé à la di-
»gnité confulaire avec Marcus Marcellus .
» Il déclara aux Soldats de Paulus Emilius,
» qui étoit en guerre avec le Roi Perfeus
» le jour de l'Eclipfe , qui devoit être celui
» du combat. Cette déclaration fut faite
ordre de Paulus Emilius pour raffurer
» fes Soldats , qui auroient été effrayés de
» cet accident. Cardans ces tems reculés ,
» par
où l'efprit de l'homme étoit plus petit
» que le coeur , les Eclipfes caufoient de
» grandes fraïeurs . Les uns penfoient qu'el-
» les nuifoient aux aftres , & qu'à la lon-
» gue elles les feroient périr. On n'eft pas
» étonné que le peuple eût de pareilles
» craintes. Rarement il penfe de lui- même,
& un préjugé introduit par un im-
» bécile
A VRI L. 1753. T21
bécile fait fouvent la loi. Mais il y a lieu
d'être furpris que les célébres Poëtes
Steficore & Pindare ajoutaffent foi à ces
extravagances . Cela nous fait bien voir
» que tel, ( comme le dit l'Abbé Desfontai
» nes dans quelque endroit dans fes Juge-
» mens , & c. ) , eft un aigle dans un genre ,
qui n'eft qu'un canard ou un oye dans
» un autre .
» Peut- être que les opinions des hommes
qui faifoient une étude particuliere
des aftres , donnoient lieu à ces égare
» mens , fi l'on en croit Plutarque , ( l. II.
des opinions des Philofophes , ch. 24. :)
» Anaximandre croyoit qu'il y avoit une
Eclipfe , lorfque la bouche ou l'ouver
ture , par laquelle le Soleil exhale fa
chaleur venoit à fe fermer . Heraclide
→ vouloit que la figure du Soleil fût celle
» d'un batteau , & que cet aftre fût ' éclipfé
lorfque le batteau faifoit capot , & ne
»préſentoit à la terre que fapartie concave .
»Plus fimplement que tout cela Zenopha.
» nes penfoit que le Soleil s'éclipfoit parce
qu'il perdoit fa clarté . Et enfin Ariftarque
, qui plaçoit le Soleil entre les étoilles
fixes , foutenoit que la terre tournoit
autour du Soleil , & qu'elle l'obfcurcif
∞foit par fon ombre lors des Eclipfes.
Toutes ces idées accréditoient les fu
+99
F
122 MERCURE DE FRANCE.
و د
22
99
"
perftitions populaires. Perfuadé que ce
» phénomene étoit au deffus de la portée
» des Sçavans , chacun en donnoit une
explication particuliere, On croyoit que
» la Lune étoit enchantée lorfqu'elle étoit
éclipfée. Afin de prévenir cet enchante
» ment,il y avoit des gens affez fots pour
croire qu'en courant au-devant d'eile , &
faifant beaucoup de bruit , on l'en déli-
» vroit , & il fe trouve encore de pareils
>> gens dans le Nord. ( Voyezles Obfervations
» Phyfiques & Géographiques , par M. l'Abbé
Lambert ,tome I. ) en général , Nicias ,
Capitaine Athénien , étoit fi effrayé des
Eclipfes , qu'il n'ofa faire voile dans un
» tems où il devoit en arriver une ; &
cette terreur caufa la ruine des Athé
» niens. Tant il eft vrai , que les Sciences
font néceffaires dans des occafions où d
»peine paroilloient elles de mife .
» Les Auteurs qui ont écrit fur les
Eclipfes font en très - grand nombre. Tous
les Aftronomes s'en font mêlés . Je ne
bornerai ici à ceux qui en ont écrit ex
profeffo. Tels font Prolomée , ( Almagest.
1. VI. ch. 9 & 10. ) Regiomontan. ( Epi
tome Almageft . I. VI . ) Bouilleau , ( Aftronomia
Philofop. 1. XII . ) Riccioli , ( Almageft
. vet, & nov. ) le P. Hank, ( Doe-
• irina Eclipfiumpro opportuniore difcentium
"
A V RIL. 1753- 123
"
ufu in compendium redacta. ) Jean Zim
merman , ( Problêmes fondamentaux des
Eclipfes du Soleil & de la Lune ; ) [ Il eſt
imprimé en Allemand ] .
G. B. Widebourg ( Eclipfis totalis Solis
terre , in boreali terra hemifpherio
» obfervanda , pro illuftrando calculo Ecclip.
» fium ) . Voyez Wiug. ( Aftronomia Britannica
, 1. VI. ) De la Hire ( Tab. Af-
» tronomica , & c..
» La Differtation du M. Strnicks eft une
des plus fçavantes quej'aie vu en ce genre.
Elle mérite d'être imprimée en notre
>>langue. Outre qu'elle eft recommandable
» par une profonde érudition , & par fon
»utilité pour la Chronologie , elle renfer
»me encore des découvertes réelles . En at-
» tendant que cette Differtation foit pré-
»fentée en François au Public, voici une re-
" cherche que je ferois bien fâché d'omet-
» tre;recherche importante& qui n'est sûrement
pas connue de tous les Aftronomes.
» M. Struicks voulant connoître quand
» & après combien de tems les Eclipfes
»fe rencontrent le même jour de l'année ,
» a trouvé que cela arrive après que la Lu-
" ne a parcouru fon orbite 6444 fois ,
» c'eſt-à- dire , 521 ans Juliens. Pendant
» ce tems , la latitude de la Lune n'accroit
» environ que de 4 minutes , ou fa gran-
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
» deur diminue environ 1 pouce , plus
» ou moins ; fi dans , l'Eclipfe précéden
te la latitude eft croiffante , vica
» verfâ.
.f
→
» Cette période eft d'une grande utilité
dans la Chronologie ; & j'ai déja fait
preffentir que c'étoit un des principaux
» mérites de l'ouvrage de M. Siruicks. Car
» pour rechercher une Eclipfe qui eft are
» rivée dans des tems reculés , on eſt d'abord
en état d'en indiquer le jour & même
l'heure. Ileft auffi aifé de fçavoir quand il
» arrivera une Eclipfe. Et voilà deformais le
» calcul des Eclipfes réduit à une ou deux ré
» gles d'Arithmétique. Rendons cet avan-
» tage fenfible. Pour connoître les Eclipfes
» paffées , je fuppofequ'il eft arrivé en 418
le 10 Juillet, une grandeEclipfe de Soleil,
(fuppofition véritable . ) Si l'on ôte 418
de 521 , on fera certain que la même
Eclipfe a paru en 403. En retournant la
régle , on. fçaura en quel tems arrivera
»une Eclipfe.
"
» M. Struicks foutient la découverte de
»cette période par une lifte d'Eclipfes de
Soleil & de Lune obfervées en Europe ,
‚» qui ont été vues 521 ans avant au mê-
» me jour & dans la même partie de la
: terre. Le même Auteur prétend qu'en ſe
-fervant des Eclipfes de Soleil , on peut
AVRT L. 1753 . 125
découvrir celles de la Lune, qui arrivent
» le mêmejour par le moyen d'une période
de 720 ans. Il ajoûte qu'on peut décou
vrir de la même maniere les Eclipfes de
" Soleil par les Eclipfes de Lune , en ayant
égard à la latitade de cette planette
» fans s'expliquer davantage. Sur la comparaifon
de ces Eclipfes , M. Halley penfe
qu'en comparant les Eclipfes de Lune
» de Babilon , celles d'Albategnius , & cel-
» les d'aujourd'hui , on peut conclure
qu'elles commencent actuellement à aller
plus vite qu'autrefois . Cela mérite atten-
» tion. ( Struicks Introd. à la Géogr, univ. ).
33
LETTRE
Ecrite à l'Auteur du Mercure.
'AI vu , Monfieur , avec plaifir dans un
des Mercures précédens , le réfultat du
calcul de M. Pingré , de l'Académie de
Rouen , fait fur les Tables de M. Hallei ,
qui donne la fortie de Mercure 5 heures
plus tard qu'il n'eft annoncé ici dans nos
Ephemerides. Ce calcul fondé fur les meil
leures tables que je connoiffe , nous fait
eſpérer de voir ici plus long-tems la Planette
de Mercure fur le Soleil , puiſqu'au
lever de cet aftre , fçavoir à 4h 37 du
matin , Mercure ne fera pas encore au mi-
Fiij:
126 MERCURE DE FRANCE.
lieu de fa courfe , c'est -à -dire , de la tra
verfée qu'il doit parcourir durant l'efpace
de près de 8 heures fur le difque du Soleil .
Cela vient d'être confirmé ces jours-ci
par un écrit public , qui ſe vend chez Da
vid , Quai des Auguftins , & qui a pour ti
tre Avertiffement aux Aftronomes`, & c. de
forte que la chofe examinée par diférens
côtés , paroît bien décifive & il n'est
pas douteux actuellement que la fortie de
Mercure du difque du Soleil , ne foit pas
apperçue vers io trois quarts ; au lieu
qu'elle étoit annoncée vers 6b du matin
dans les Ephemerides.
t
Mais à l'occafion de cet Avertiffement
qu'on vient de publier , il est néceffaire de
répondre à une affertion qui fe trouve
dans le texte de l'Auteur , & qui paroît un
peu précipitée.
Il eft dit page 22 que l'on a un exemple
fort remarquable & inconteftable de la va
riation des diamètres apparens des corps
céleftes à l'approche les uns des autres &c.
Or la queftion le réduit , Monfieur , à celle-
ci ; fçavoir fi dans les Eclipfes du Soleil
des années 1715 , & 1724 , vues à Londres
& à Paris , le difque de la Lune étant
tout entier fur le difque du Soleil , ce corps
lumineux a du paroître s'enffer de la cen
tiéme partie de fon diametre , c'est- à-dire
d'environ 20 fecondes.
A VRI L. 1753. 127
Il me femble , Monfieur , après avoir la
tout ce qui a été publié jufqu'ici avec la
plus grande attention , qu'on n'a jamais
rien apperçu de fenfible dans ces circonftances
où l'on étoit occupé affurément à
bien vérifier le fait , à caufe qu'il pouvoit
être de la plus grande importance pour;
connoître la denfité de l'Atmoſphere de
la Lune. C'eft pourquoi puifqu'on n'y a
rien remarqué , je ne vois pas ce que pourroit
fignifier une expérience faite à la hâte
dans une chambre obfcure à Berlin en
1748 , où fans regarder directement le
Soleil , on fe contentoit d'en recevoir une
image fur un papier blanc,fans que tout l'équipage
fût feulement bien affermi , ni
qu'on eût préparé aucune machine qui
l'entrainât d'un mouvement commun au
mouvement diurne du Soleil , c'est- à- dire
de l'Eft à l'Oueft . D'ailleurs cette pratique
eft affez grofliere , à caufe qu'il y a beau
coup de couleurs vers les bords de l'image ,
& fi quelques Mathématiciens s'en fervent
encore en Allemagne , je puis dire fans
exagérer que les Aftronomes du premier
ordre l'ont abandonnée , il y a bien près
de cent ans , fçavoir depuis que M. Hugghens
a publié fon Sistema faturnium.
Ainfi le mot d'incontestable , foit qu'il
ait été inféré dans le texte à deffein ou
F iiij
128 MERCURE DE FRANCE
qu'il ait échappé par hazard à l'Auteurde
l'ouvrage que j'ai cité , ce mot , dis- je ,
fe réduit au moins à celui qui lui eft oppofé
, & ce ne fera pas , Monfieur , dans
le tems du paffage prochain de Mercure ,.
qu'on fera à portée de remuer cette queftion
, mais plutôt au mois d'Octobre prochain
, fi l'on obferve l'Eclipfe annulaire,
de Soleil aux Côtes d'Espagne & du Porrngal.
Quant à moi je la regarde déja
comme décidée , ayant affez de faits aurentiques
pour me convaincre que le difque
du Soleil ne s'enfle pas à l'approche
de la Lune. Mais je ne confeillerois
pas à ceux qui voudront vérifier le Fait aus
mois d'Octobre prochain d'y employer de
médiocres inftrumens ; car on ne doit épargner
ni foins ni dépenfes pour attaquer une
queftion , lorfqu'on entreprend de la décider
; à quoi l'héliométre de M. Bouguer
exécuté par nos plus habiles Artistes pourroit
fans doute être fort utile , fi quelque
Mathématicien François fe propofoit de
vérifier la chofe . J'ai l'honneur d'être ,
& c.
AVRIL . 129 1753.
LETTRE
De M. l'Abbé de Brancas à M. de l'Ifle ,
fur fon Avertiffement , au fujet dn paffage
de Mercure devant le Soleil,
'Ai lû , Monfieur , avec empreffement
votre nouvel Avertiffement , & j'ai
été bien fatisfait de l'étendue & de l'im.
portance de vos recherches. N'ayant pas
repréſenté le mouvement apparent du Soleil
& de Mercure , comme celui de Mars
en fon oppofition du 14 Septembre 1751,
dont vous avez donné la repréſentation
an Journal de Trevoux d'Août 1751 ;
ma Carte du plan de l'Univers pour 1753
& 1754, que vous voudrez bien agréer ,
peut y fuppléer : je me flatte qu'elle défigne
même leur mouvement réel , qui ne
differe prefque point de l'apparent , qu'il
eft impoffible d'expliquer que par
fa réalité
dans un extrême détail , d'après les
indications de la connoiffance des tems ,
& des Ephemérides de M.de la Caille ou de
M. Zanoti . En le repréfentant à l'exemple
des fameux Kepler & Caffini , il ſuffic
de fuppléer les trois mouvemens combinés
de la terre en rotation , en progreffion
& regreffion , que leurs . Cartes fous - er
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
tendent , afin que les miennes abfolument
analogues , en préfentant pareillement le
vrai plan de l'Univers pour les années dé
fignées , foient une réfutation des fyftêmes
du monde & de Physique ( où l'applica
tion détaillée de ces indications eft abfolument
impoffible ) fans recours aux difficultés
infolubles , par les fictions dont ils
font un tiffu .
Ayant d'ailleurs démontré la rotation
de la terre , la révolution annuelle du Soleil
, la réalité de l'apparente des Planettes
, & la limitation de la diftance des
étoiles , par des obfervations & réflexions
neaves , je pense que ces fyftêmes doivent
céder à ce plan de l'Univers , autant que
les anciennes Mapemondes aux modernes,
& furtout à la vôtre , ou bien autant qu'u
ne Pendule qui n'indique que les jours
ou les heures au plus , à une Pendule qui
marque le tems vrai & moyen , les minu
tes & les fecondes : à quoi ferviroit l'éguille
fans le cadran ? Ces fyftêmes étant ,
pour ainfi dire , cette éguille ifolée , n'ont
pu conduire à la découverte des équations
aftronomiques : elle femble réſervée
à ce Plan qui doit aider aux obfervations
mêmes , de s'éclaircit par leurs circonftan
ces & leurs combinaifons , & par la caufe
décelée des apparences : ne puis-je ë
AVRIL. 1755 132
parler ainfi d'après l'évidence & l'expérience
, fans bleffer la modeftie qui me
convient ? L'ayant dreflé avec la méthode
géographique , en fyftématifant & continuant
les Cartes figuratives du cours apparent
du Soleil & des Planettes pour le
foutenir réel , & en appliquant à ces éphé
merides en figures , des reftaurateurs de
l'Aftronomie , le mouvement progreffif &
regreffif de la terre , qu'il n'y avoient pas
fait connoître : ce plan préfente ainfi fa
preuve multipliée , autant que l'application
détaillée des éphemerides en nombre,à qui
daigne l'examiner avec fon explication
phyfique : mais il eft trop décifif contre
les anciens fyftêmes.
Puifque vous annoncez p. 21 & 22 de
votre Avertiffement , que plufieurs accidens
peuvent introduire des inégalités
dans les réſultats des méthodes geométriques
& aftronomiques , en obfervant le
prochain paffage de Mercure , permettezmoi
de vous infinuer que le cours appa
rent du Soleil & de Mercure repréſenté
par ma Carte , étant réel , doit introduire
plufieurs caufes d'inégalités apparentes ',
que le calcul n'a pû vous faire prévoir :
daignez , pour l'intérêt de l'Aftronomie
& de fes progrès , examiner quelles differences
& équations doit amener dans les
F vj
132 MERCUREDE FRANCE
་ +
réfultats des calculs , ce cours prévu , čal4
culé & repréfenté fur ma Carte , d'après
les Ephemérides en chifṛes , étant réel ou
optique , afin que l'obſervation que vous
ferez , & qu'à votre exhortation , feront
vos correfpondans , décide en même tems :
entre les fyftêmes du monde & ce plan de
Parrangement mobile & variable des Af .
t
tres , qui ont un cours fenfible à l'égard
de ceux qui paroiffent fixes : j'en aurois
pû joindre la repréfentation , en faisant
du fond de ma Carte un planiſphere , de
même que rendre ce plan géométrique
dans les proportions , comme ma Carte
précédente pour le cours de Mars , de
Venus , de Mercure & du Soleil , durant
1751 & 1752. Quelques réflexions pourront
vous difpofer à l'examen que je vous
exhorte de faire.
Quel difparat fi Mercure à fon prochain
paffage , n'eft, retrograde depuis le 26
Avril jufques au 21 Mai , dans un arc graduel
de ro degrés environ , qu'en appa
rence , comme il faut le foutenir dans les
trois fyftêmes , fans. pouvoir le prouver a
ou s'il eft réellement auffi , retrograde dans :
une courbe feuillée , que le cours annuel
du Soleil eft réel , dans un orbe circu
laite & invariable , comme je le prouve :
pas trop d'argumens infolubles : fi durant
13.
AVRIL. 1753 . 1331
la même obſervation Mercure s'éloignera
de Venus & s'approchera de Mars , fi
Saturne retrogradera à °48' du Capricorne
dans une courbe analogue , fi Venus ;
dans une pareille commencera fa retrogradation
le 20 Mais files autres Planet
tes feront dans les configurations & les
diſtances réciproques qui font défignées ,.
& dans l'afpect avec diverfes étoiles annoncées
par les Ephemérides .
La paralaxe du Soleil ne doit pas feule
influer , comme une autre cauſe que je
vais déceler , fur des inégalités que votre
Mapemonde indique pour les divers lieux,
d'où ce paffage de Mercure pourra être
obfervé : fans difcuter pour les fuivans en
1756 , 1769 , 1776 , 1782 , 1786 )
1789 , 1799 , &e. Si les noeuds de fon
orbe ont un mouvement propre , & de
plus optique , qui foir relatif au change
ment de pafition de la terre , par une fuite
de fa progreffion & regreffion , & à la
variation par ce double principe contin
gente dans l'étendue inégale des douze
Lignes de l'écliptique , du moins par la
même raifon quele Soleil & toute Planetse
revient au Méridien , plus ou moins de
minutes après les mêmes étoiles , felon
que fa diſtance géocentrique varie (dont
sinfere l'inſtatancité de la lumiere ) Mer734
MERCURE DE FRANCE.
cure doit paroître entrer ou fortir quel
ques fecondes , plus ou moins tôt ou tard,
en chacun de ces paffages , fi fa diſtance
& celle du Soleil à la terre eft plus grande
ou plus petite , par la même raifon ultérieure
que leur diamétre apparent doit
paroître un peu inégal en ce cas , ainfi
que felon la diverfité des télescopes , &
l'effet differentiel des refractions & de la
paralaxe ; car le cours du Soleil doit même
faire varier les phaſes , ainfi que la direction
& l'étendue de la radiation & de
l'ombre de Mercure , & de tout Altre
majeur ou fubalterne ; autrement que fi le
Soleil étant fixe , la variation n'arriveroit
que par leur feule révolution propre dans
des orbes occultes & indéterminés , fort
differens des apparens & repréſentés.
Une autre cauſe d'inégalité qui ne mérite
pas moins mention & attention , c'eſt
la diverfité d'élevation paracentrique : c'eft
ainfi que je caractériſe la difference , dont
tout obfervatoire s'éleve ou s'abbaiſſe le
plus par la feule rotation de la terre à l'égard
du plan de l'écliptique , ou du lieu
actuel du Soleil , de la Lune , de Mercure,
ou d'une des autres Planettes , ou même de
diverfes étoiles.
Cette élévation paracentrique , qui
peut-être fous divifée en paramétrique &
AVRIL. 1753. 737
ร
périmétrique , défigne la difference dont
le bas ou le haut d'une tour , d'une coline
, ou d'une montagne s'éleve ou s'abbaiffe
, indépendamment de fa latitude
par la feule rotation de la terre , à l'égard
d'un Aftre ou du plan de fon orbe , fi cette
difference d'élevation perimetrique
peur avoir quelques influences (nr les inégalités
des obfervations aftronomiques ;
quoiqu'elle foit regardée comme indifferente
. fût- elle d'un quart de lieuë , d'une
demie lieuë , ou d'une lieuë même , du
moins on ne doit pas regarder comme telle
, la difference d'élevation parametrique
, qui eft celle par laquelle un arc de
divers paralelles boreaux ou auftraux ,
varie plus d'exhauffement & d'abaiffement,
à l'égard de divers Aftres mobiles ou
fixes , qu'un arc de l'équinoxial ou d'un
tropique , ou d'un autre paralelle d'une
des zones temperées ou glaciales.
Pour bien concevoir cette difference
d'élevation parametrique & perimetrique
, & de la paracentrique compofée de
l'une & l'autre , qui fait fuppofer une mutation
dans l'arc de la terre , & une équation
au centre du Soleil , il faut incliner
un globle terreftre , fur le cercle de l'horifon
rationel qui figurera mieux le plan
de l'écliptique de l'angle dont eft fon
136 MERCUREDE FRANCE..
obliquité avec l'équateur ; faifant enfuite
tourner ce globe d'Occident en Orient
pour figurer lá rótatión de la terre aſcen➡ ›
dante d'un côté , & defcendante de l'autre
, an connoîtra par la feule infpection
de quelle quantité graduelle à l'égard du
plan de l'orbe folaire , eft l'exhauffement
ou l'abaiffement de tout obfervatoire imaginé
fur le globe terraquée , fuivant fa
latitude , & la hauteur de fon fol encore
plus que de fon édifice.
L'élevation perimetrique eft inégale en
prefque toute contrée , mais toujours égale
en toute plage de mer entre les polai ,
res , fi le niveau marin forme un cilindroide
, quoiqu'il foit variable périodiquement
de fix en fix heures , de quelques /
pieds , par le flux , & reflux , felon que le
finus de la convexiré de ce niveau dans le
milieu de l'Ocean en augmente ou diminue
, comme fi l'eau & l'air ' imminens
paffoient fous la preffe de l'éther ambiant,
qui comprime en plus avec graduation ,
depuis les confins de ces fegmens ombragés
ou illuminés jufqu'à leur milieu ], &
en moins depuis ce milieu jufqu'à ces confins
, & inégalement chaque fois , felon
le degré d'électrifation ou de defelectrifa
tion , toujours relatif aux phaſes de la.
Lune , plus qu'à fa variable diſtance .
AVRIL. 17935 137
L'élevation paracentrique de tout obi
fervatoire , doit être fort differente en
degrés , minutes & fecondes , & en leur´
valeur , à proportion que leur dimenfion
eft plus ample dans un plus grand cercle : :
quelle difparité dans cette élevation , file
demi-diamétre de la terre au paralelle de
-Paris , n'eft que de 920 grandes lieuës , ou
de 987 moyennes , au lieu de 1432 &
demie lieuës , comme je l'ai établi dans ;
mes Ephemerides de 1751 & 1752. Si les
Méridiens feuls peuvent avoir un diamé--
tre de 2865 lieuës , à l'exclufion des paralleles
, & même des tropiques & de l'é-·
quinoxial ; fi la paralaxe du Soleil & de
tout Aftre fans la diverfité des diftances :
doit paroître inégale , felon la direction
des Méridiens , ou des paralleles , & felon
la hauteur du niveau des mers , ou des
continens montagneux-
Cette diverfité d'élevation paracentri
que * , eft une de mes preuves de la ro
tation de la terre , qui eft additionnelle
à celle qui réfulte du défaut de varia
tion de latitude dans les Aftres fixes , qui
devroient paffer en vingt - quatre heures
avec les mobiles , par le plan de l'éclipti
que comme des Méridens , au cas que l'ap
* Explication du flux & reflux , p. 441. in-496-
chez Jombert.
738 MERCURE DE FRANCE.
parence de leur révolutiou diurne & communeprovint
de fa réalité , & non d'une ro
tation réelle de la terre en fens contraire.
La caufe d'une inégalité dans la médiation
du Soleil , confirmée par le retour
plus ou moins hâtif de la Lune , de Mercure
, & de Venus , & de Mars , & de Jupiter
, & de Saturne , & de leurs Satellites
au Méridien , fuivant l'inégalité de
diſtance & latitude , & par la variation
comparée de l'intervalle de leur médiation
& de celle du Soleil , ou d'une étoile
, peut être encore mieux vérifiée ↳
quand l'une des planches inférieures
paffe par fon noeud afcendant ou defcendant
, & à plus forte raifon devant le
difque du Soleil . La variété de latitude
pår le mouvement propre de Mercure vers
fon neud defcendant , comme au 6 Mai
prochain , ou afcendant comme en 1756 ,
n'eft pas moins une caufe d'inégalité dans
fon obfervatione que la défiance de le
voir paffer fur le Soleil , par la demie rotation
afcendante ou defcendante de la
terre : ces cauſes fort délicates d'inégalités
méritent d'être expofées par un Aftronome
de votre fagacité , qui afpire & exhorte
à l'extrême jufteffe & précifion , & qui
probablement ne voudra pas les diffimuler
, afin de ne pas nuire à l'hypothèſe de
Copernic.
A VRIL. 7753. 139
Si l'on n'y a pas égard , concluons que
tous les calculs fur la durée & les pheno
ménes du paffage prochain de Mercure ,
pourroient & devroient être défectueux ?
car fi conformément à mon Plan de l'Univers
& aux Ephemerides , le cours du
Soleil paroîtra direct , & celui de Mercure
retrograde ; fi l'apparent de l'un &
F'autre Aftre eft réel , ce paffage doit être,
& paroître plus prompt , à proportion que
leur viteffe fans varier , eft en direction
contraire. J'évite d'expliquer comment
la révolution Copernicienne de la terre
feroit propre le 6 Mai prochain , à faire
voir Mercure retrogradant devant le difque
du Soleil , à peu près au quinziéme degré
du figne du Taureau & de la conftellation
du Belier , & tous les autres Aftres mobiles
dans les pofitions & configurations
indiquéés d'avance fur ma Carte pour ce
jour précieux aux Aftronomes , comme
pour les fuivans , jufques au 31 Décembre
1754 , & pour les précédens , depuis
le premier Janvier 1753 quelle plus excellente
& plus féconde preuve de la faul
feté des anciens fyftêmes du monde & de
Phyfique , que la réalité de ce cours apparent
auffi prouvée que fon apparence ?
N'est- il pas convenable de chercher plu
tôt les caufes des apparences , des inégali
140 MERCURE DE FRANCE.
tés & des équations , d'après une théorie
du Ciel & de la terre , fondée fur le dé
tail des obfervations conftatées & fyftématifées
, que d'après des fyftêmes auffi
bornés , cenfurables & fictices , que ceux
de Copernic , de Ticho & de Ptolomée.
•
par
Ces réflexions font répandues dans mes
divers ouvrages : mais j'ai crû devoir
vous les expofer , afin de vous engager , & :
par vous & vos correfpondans , à y avoir
égard pour la perfection de l'Aftronomie ,!
de la Cofmographie & de la Phyfique :
j'ai encore un motif en afpirant à procu
rer cette perfection , motif fost convenable
à mon état , cleft d'affurer l'autorité
des textes facrés qui m'ont fervi d'éclairciffement
: mon but a été & fera toujours
d'établir la vraie & faine Physique ,
que j'oppole à celle dont l'incrédulité
s'appuyoit , que Moyfe & les autres Auteurs
des Livres Canoniques , ont dû être
infpirés pour le fervir de ces expreffions
que l'Efprit faint , en ne voulant qu'inf
truire fur la morale , fur la Religion , &
far l'Histoire du Peuple de Dieu , n'a pas
prétendu favorifer l'erreur en tout autre
genre de fcience ; que fi la caufe Phyfique
des chofes qui s'oppoferent fous le Soleil,
n'a point été trouvée par les difputes &
les recherches des Philofophes , c'eft faute
"
AVRIL: ·1753. 14/1
d'avoir affez profité des expériences & de
ces textes relpectifs , qui même ont été
contredits & méprilés , étant mal interprétés
par zéle pour de fauffes hypothéfes.
Soyez perfuadé des fentimens avec lef
quels je fuis , & c.
A Bercy , ce premier Mars , 1753.
E 29 Janvier , l'Académie des Belles-
LE22 sciences de Arts , ésablie à
›
Bordeaux , fit fa rentrée publique dans la
Salle des PP. Recollets de cette Ville. M.
de Lamontaigne , Confeiller au Parlement
, & Directeur de l'Académie , ouvrit
la Séance par un difcours fur l'émulation.
M. L'Abbé Garat , Profeffeur de Philofophie
au Collège de Guyenne , lut enfuite
une Differtation fur la caufe des
tremblemens de terre , dans laquelle il
combattit le fyftême adopté par M. Halles.
Cette lecture fut fuivie de celle que fit
M. Caftel , Docteur en Médecine & Bibliothécaire
de l'Académie , d'un Mémoire
envoyé à cette Compagnie par M.
Romas , Lieutenant Affeffeur du Sénéchal
de Nérac , l'un de fes Correſpondans. M.
Romas rendoit compte dans ce Mémoire
142 MERCURE DE FRANCE.
de plufieurs expériences d'électricité qu'il
a faites fur deux malades paralytiques .
M. de Secondat , Secrétaire Perpétuel
de l'Académie , termina la Séance par l'é
loge de M. l'Abbé Bellet , Chanoine du
Chapitre de Cadillac , & l'un des Académiciens
affociés , mort depuis peu,
Cette Académie avoit adjugé le prix en
1751 , à une Differtation fur la nature &
la formation de la grêle , qui avoit pour
dévile : Vtque ferunt imbres gelidis concrefcere
ventis , &c, L'Auteur de cette Piéce
avoit négligé de le faire connoître jufqu'à
préfent.
L'Académie déclara à fa rentrée que
c'étoit le R. P. Blaiſe Moncftier , Jefuite ,
Profeffeur de Philofophie au Collège de
Tournon , en Vivarez.
SUJETS propofés par l'Académie Royale
des Sciences Beaux Arts , établie
Pau , pour deux prix qui feront diftribués
le premier Jeudi du mois de Février
1754.
'Académie ayant jugé à propos de rés
nera deux en 175 4 , l'un à une Piéce d'Eloquence
qui n'excédera pas une demie
heure de lecture , dont le fujer fera : Si-$5 la
AVRIL. 1753.
143.
multiplicité des Ouvrages en tout genre eft
plus utile que nuifible aux progrès des Scien
ces des Belles- Lettres.
·
Et l'autre à une Ode , ou à un Poëme
de foixante vers au moins , ou de cent au
plus , dont le fujet fera : l'Eloge de la fin
cerité.
Les ouvrages feront adreffés à M. l'Ab.
bé de Sorberio , Secretaire de l'Académie ;
on n'en recevra aucun après le mois de
Novembre , & s'ils ne font affranchis dy
port.
Chaque Auteur mettra à la fin de fon
ouvrage , une Devife ou Sentence , il la
repetera au- deffus d'un billet cacheté ,
dans lequel il écrira fon nom & fon
adreffe .
On avertit que l'Académie n'accorde
point le prix aux Auteurs qui négligent
d'inferer leur nom dans le billet cacheté ,
ou qui y mettent des noms fuppofés ,
non plus qu'à ceux qui affectent de le faire
connoître avant la déciſion , ou en faveur
de qui on brigue les fuffrages.
M. David , Affocié de l'Académie Royale
de Nimes , eft l'Auteur du Difcours qui a
remporté le prix en 1753 .
144 MERCURE DE FRANCE.
PLAN d'un nouvel Ouvrage Périodique, de
Littérature , intitulé le Mercure Danois.
L
E titre de l'ouvrage qu'on annonce
I
dans cette feuille , fait affez entendre
que l'idée en eft prife du Mercure de France
, qui paroît depuis long- tems avec fuc-
.cès.
Comme on s'y propofe des vûes , à peu
près femblables , la forme qu'on a deffein
de lui donner fera auffi à peu près la même
; c'est-à- dire , que les matières en fefont
rangées fous quatre chefs principaux,
qui formeront conftamment quatre articles
dans chaque volume .
Le premier fera d'abord compofé de
quelques Piéces fugitives intéreffantes ,
parmi lesquelles on n'inferera pas feulement
celles qui feront encore peu connues
à caufe de leur rareté , ou de leur
nouveauté , mais on en donnera auffi qui
n'auront point encore été publiées . A l'égard
du choix des fujets de ces Piéces ,
on ne fe preferira aucune branche de
Science , ou de Littérature en particulier
la variété du goût des Lecteurs , ne permettant
d'exclure d'un ouvrage fait pour
tout le monde , que ce qui ne peut plaire
à perfonne.
>
Le
A VRI L. 1753. 1451
1
›
Le ſecond article fera uniquement deftiné
à faire connoître l'état actuel des
Sciences , des Lettres & des Arts. On y
trouvera raffemblées les nouvelles Littéraires
des principaux Pays de l'Europe
de France , d'Angleterre , d'Allemagne ,
de Hollande d'Italie , de Suéde , & c.
Mais on ne ſe bornera point toujours à
annoncer au Public les Livres qui paroî
tront dans ces divers Pays , on en donnera
fouvent une idée plus exacte , & l'on
tâchera de mettre le Lecteur à portée d'en
juger , toutes les fois que ces Livres pàroîtront
dignes de fon attention & de fa
curiofité.
Le troifiéme article eft proprement
celui qui juftifiera le titre de Mercure
Danois , que l'on a choifi. Le Dannemak
en fera l'objet : on s'appliquera à y rendie
un fidéle compte de ce qui s'y paffera de
plus intéreffant . Les productions de l'efprit
, celles de l'Art , les differentes entreprifes
, les établiſſemens nouveaux , les
Arrêts , & les Ordonnances remarquables
, les Morts , Mariages , Naiffances
célébres , & c . en un mot , tout ce qui fera
propre à relever au- dehors la gloire d'un
Regne , fi sûr d'être d'autant plus admiré ,
qu'il fera plus connu , trouvera place dans
cet article , où l'on n'avancera rien , qu'on
G
146 MERCURE DE FRANCE.
n'ait eu foin de puifer dans les fources.
Enfin comme il eft des perfonnes pour
qui les nouvelles politiques ont un attrait
particulier , & à qui un ouvrage périodi
que paroîtroit incomplet fans cela , on
ajoutera aux articles précédens , les principales
nouvelles des differens Pays de
l'Europe.
Tel eft en peu de mots le plan de l'ouvrage
qu'on offre au Public. On fe perfuade
que le Lecteur judicieux , éclairé ne
defapprouvera pas qu'on s'en foit tenu à
cette courte & fimple expofition . Tout
ce que peut dire un Auteur en annonçant
fon propre ouvrage pour en faire approu
ver le deffein , & lui affurer d'avance des
fuffrages nombreux , devient fufpect avec
raiſon , comme un jugement rendu dans
fa propre caufe. Ainfi fatisfait d'inftruire
le Public de fes vûes , l'Editeur laiſſe entierement
à fon équité le foin de juger
par lui même de l'efpéce du fuccès qu'elles
mériteront.
Cet ouvrage que l'Auteur a obtenu la
permiffion de dédier au Roi , fe débitera
par forme de foufcription , & il paroîtra
un volume de médiocte groffeur chaque
mois , le Lundi après le quinziéme.
Les perfonnes qui fouhaiteront de ſoufcrire
payeront d'avance fix rixadalers , arAVRIL
1753. 147
>
gent de Dannemark , pour le prix de l'année
entiere , & s'adrefferont à M. MALLET
Profeffeur Royal en Belles- Lettres
Françoifes , Honoraire de l'Académie Royale
de Lyon , au Château de Charlottenbourg.
Ceux qui voudront faire parvenir quelques
piéces à l'Auteur , font priés de ſe
fervir de la même adreffe , avec la précaution
d'envoyer les paquets francs de port.
Le premier volume fe débitera le Lundi
19 Mars de l'année courante.
A Coppenhague ce 20 fanvier 1753.
PROJET de Soufcription pour
lés Nouvelles
des années 1748 , 1749 , 1750 ,
1751 & 1752 , qui paroitront dans le
commencemenr de 1754 en 4 Volumes
in- 8°.; imprimés fur le plus beau papier
& avec des caractères neufs.
*
La Soufcription fera d'une guinée d'Angleterre
, ou de 24 livres de France , payables
en foufcrivant .
Ceux qui ont deffein de foufcrire font
priés de s'adreffer ou à l'Auteur à Londres,
jufqu'au premier Juillet prochain , c'eſt-àdire
, à M. Clément , chez M. Jamiffon ,
Tailleur en Pall - Mall ; ou à Paris , à M.
Angus , Caiffier de M. le Chevalier Lambert
, rue de Bourbon , Faubourg S. Germain
; ou à Berlin , àM. Jacques des Champs ,
Gij
148 MERCURE DE FRANCE:
Paſteur de l'Eglife Françoife : lefdits Mrs
Angus & des Champs donneront quittance
valable pour l'Auteur , & recevront les
Soufcriptions pendant tout le long de l'année.
Le titre de l'Ouvrage fera Les cinq années
Littéraires , & c. On peut connoitre la
maniere de l'Auteur par les années 1751
& 1752 qui viennent d'être publiées feuille
à feuille .
S'il paroît , ou arrive , quelque choſe
de bien curieux dans le cours de cette anil
en rafraichira fes vieilles
Nouvelles deffus le marché. Quelques
excurfions fur l'Angleterte de tems en
née
1753 ,
tems.
par
On mettra à la tête de l'Ouvrage les
noms de ceux qui auront foufcrit , ( à
moins qu'ils n'envoyent leur contr'ordre )
pour combien d'éxemplaires ; & l'on
n'imprimera précisément que le nombre
d'éxemplaires foufcrits.
&
A VRI L.
1753. 749
NOUVEL ETABLISSEMENT
POUR L'EDUCATION.
Oute théorie abfolument nouvelle
tout ſyſtème d'éducation , non encore
éprouvé & de pure fpéculation , peuvent
être légitimement foupçonnés de
quelque défaut ou d'infuffifance : il faut
néceffairement que la pratique ait prouvé ,
par des faits fenfibles & inconteſtables ,
ce qu'il y a de plus ou de moins avantageux
dans quelque méthode que ce foit ;
c'eft ce qui a engagé le feur Viard à ne
faire ufage que de celles qui ont pleinement
réuffi , & à les faire concourir toutes
enfemble au but qu'il s'eft propofé
d'accélérer par là les progrès des différentes
inftructions qu'il donne chez lui , aux
enfans & aux jeunes gens qui lui font confiés
.
Ainfi le Sieur Viard fait enfeigner les
plus petits par le Bureau Typographique
de feu M. Dumas , pour la lecture des langues
Françoife & Latine , l'Ortographe
les effais d'écriture , la numération , & les
premiers élémens de la Grammaire , d'après
ce qu'il en a vû pratiquer dans les célébres
écoles de MM. Chompré & autres , dans
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
plufieurs maifons particulieres , fous la
conduite d'habiles Précepteurs , & même
par un affez grand nombre de Maîtres externes
, qui font la plupart des chofes admirables
en ce genre.
Après cette heureufe préparation il ſe
fert d'abord pour le François de la petite
Grammaire de M. Reftaud , & introduit
peu-à - peu l'ufage & la pratique du Latin ,
en faifant apprendre tous les jours un certain
nombre de mots Latins & de phraſes.
ufuelles , tirées des meilleurs Auteurs , en
tr'autres d'Erafme & de Mathurin Cordier
, afin de fuivre le confeil de Montagne
, qui eft d'accoutumer la jeuneffe à
parler familierement Latin. Enfuite il employe
la méthode de MM , Rollin & Pluche
, & fur- tout la pratique des textes interlinaires
de M. Du marfais , ce fçavant
Grammairien , & s'attache particulierement
à la traduction avant que de faire compofer
des Thêmes , en expliquant foigneufement
aux enfans les regles & les raifons
de chaque tour de phrafe , tant fur le Latin
que fur le François. Il fe fert auffi volontiers
des Livres de M. Chompré & des
meilleurs Auteurs claffiques des Colléges ,
recueillant autant qu'il eft poffible , les
excellentes leçons de MM . les Profeffeurs.
de l'Univerfité & des RR. PP . Jéfuites...
AVRIL. 1753. Ist
Pour orner & récréer l'efprit de fes jeunes
Eleves, il leur fait donner par maniere
de divertiffement, des préceptes élémentaires
d'Hiftoire , de Chronologie , de Géographie,
de morale , & de politique par une
nouvelle méthode appellée Bibliothèque
hiftorique , affez femblable en fon genre
celle de la Typographie , & très - propre વે
piquer la curiofité des Connoiffeurs .
à
il a chez lui pour Profeffeur en cette
partie M. Mahaut , qui fçait tellement intereffer
fes petits auditeurs , qu'ils quittent
volontiers le jeu pour fes leçons . Les
curieux font invités à s'affurer du fait
par
eux-mêmes.
M. Huré , très - verfé dans les Mathéma
tiques demeurant auffi chez le Sieur Viard ,
y donne affidument des leçons de Géométrie
, de Sphere , & de Fortifications , & c.
fuivant particulierement les plans propo
fés
par M M. Clairaut & de la Chapelle ,
Il a auffi chez lui un habile Maître qui enfeigne
la Langue Allemande à ceux de fes
éleves qu'on deftine à la profeffion des
Armes .
Il fait venir du dehors les meilleurs
maîtres pour l'Ecriture , le Deffein , la
Danfe , la Mufique , & les Armes , felon
le goût & la volonté des parens.
Il fait déclamer les jeunes gens , les
Gi
152 MERCURE DE FRANCE.
fait parler en public à certains jours , &
'compofer , dès qu'ils en font capables ,
fur différens fujets, & particulierement fur
le ftyle Epiftolaire. On mene les plus
grands entendre les Sermons , les Harangues
, les Difcours Académiques , les Plaidoyers.
On fait auffi quelques effais de
Phyfique expérimentale . On va herboriſer
quelquefois dans la Campagne , lever des
Plans fur le terrein , & c .
Un Prêtre zelé de la Paroiffe , vient de
tems en tems faire le Cathéchifme , & les
autres inftructions convenables .
Il n'y a point d'attention que l'on n'ait
fur la bonne nouriture , la propreté à tous
égards, la regle , la vigilance fur les moeurs,
les jeux , les entretiens , & la plus grande
politeffe.
On fait enforte que la privation des
éxercices ordinaires tienne lieu de punition
, quand elle eft indifpenfable .
On ne fixe point de prix pour les différens
âges , c'eft aux parens judicieux à fe
faire à eux mêmes la loi fur cet article
en évaluant chaque choſe .
Tout ce que le Sieur Viard demande ,
c'eft qu'on foit bien perfuadé que le zele
du bien public , beaucoup plus que l'intêtêt
, anime fon entrepriſe.
Son adreffe à Paris , Place de l'Eftrapade,
AVRIL. 1753. 153
BEAUX ART S.
Explication des ouvrages de Peinture & de
Sculpture , faits pendant l'année 1752
par les Eleves protegés & préfentés au Roi
le 3 Février 1753 , à Versailles par M.
de Vandieres , Directeur & Ordonnateur
Général des Bâtimens.
N' . I.
Jefus-Chrift mis au tombeau .
Pint par M. Melling , âgé de 26 ans ,
& depuis deux ans dans l'Ecole.
N° I I.
La malddie d'Antiochus.
Antiochus , fils de Seleucus Nicanor ,
Roi de Syrie , étant tombé dans une langueur
amoureuse pour Stratonice , ſa bellemere
; le Médecin Erafiftrate découvrit la
caufe du mal de ce Prince par le treffaillement
de fon poulx à la vûe de cette Reine.
Seleucus la lui céda , & lui permit de l'époufer.
Peint
par M. Briard , âgé de 25 ans ,
& depuis deux ans & demi dans l'Ecole.
G v
154 MERCURE DE FRANCE..
Nº. III.
Pfiché au défefpoir de la colere & de
l'abandon de l'Amour , fe précipite dans
un fleuve , où elle eft reçue par deux
Nymphes , Naïs & Cimodocé.
Peint par M. Deshais , âgé de 22 ans ,
& depuis un an dans l'Ecole.
N° IV.
Un modèle de ronde boffe , repréfentant
Enée , fauvant fon pere , & ſon fils
Afcagne de l'embrafement de Troye.
Modelé par M. Guiard , âgé de 24 ans,.
& depuis un an dans l'Ecole..
N°. V.
Un modèle de ronde boffe , repréfentant
trois enfans dont un s'enivre , & lesdeux
autres fe difputent une tourterelle.
Exécuté par M. de la Rue , le cadet , âgé
de 21 ans , nouvellement entré dans
l'Ecole.
Nº . V I..
Combat à armes blanches , de Cavalerie
& d'Infanterie contre des Dragons.
Peint par M. de la Rue , l'aîné , âgé de
27 ans , & depuis quatre ans dans l'Ecole.
C'eft fur ce Tableau que M. de la
Rue a été choisi pour peindre les ConAVRI
L.
I'S 5 1753
quêtes du Roi , à la place de feu M. Parrocel.
Ce choix fait honneur à l'Ecole & à la
conduite de M. Vanloo .
L'ENTREPRISE que M. Feffard a formée
de graver la Chapelle des Enfans Trouvés,
a été vue d'abord avec affez d'indifference ;,
peu à peu les efprits fe font échauffés ; il
nous femble qu'actuellement les difpofitions
font telles que l'habile Artifte pouvoit
les defirer. Depuis que les premieres
planches ont paru , les Soufcripteurs fe
font beaucoup multipliés ; nous avons
donné leurs noms en differens tems , &
nous allons continuer. Lorfque le nombre
de cinq cens foufcriptions fera rempli
, M. Feffard donnera lui-même à chaque
Soufcripteur une Lifte ornée d'une
vignette & d'une bordure relative au
fujet. Elle fera de la grandeur des planches
, & n'augmentera pas le prix des
foufcriptions.
LISTE des nouveaux Soufcripteurs , pour
la gravure de la Chapelle des Enfans:
Trouvés.
S. A. S. M. le Prince de Condé ,
M. le Duc de Penthiévre .
S. A, S. Madame la Princeffe de Bour
G vj
152 MERCURE DE FRANCE:
fait parler en public à certains jours , &
compofer , dès qu'ils en font capables ,
fur différens fujets , & particulierement fur
le ftyle Epiftolaire. On mene les plus
grands entendre les Sermons , les Harangues
, les Difcours Académiques , les Plaidoyers.
On fait auffi quelques effais de
Phyfique expérimentale . On va herboriſer
quelquefois dans la Campagne , lever des
Plans fur le terrein , & c.
Un Prêtre zelé de la Paroiffe , vient de
tems en tems faire le Cathéchifme , & les
autres inftructions convenables.
Il n'y a point d'attention que l'on n'ait
fur la bonne nouriture , la propreté à tous
égards , la regle, la vigilance fur les moeurs,
les jeux , les entretiens , & la plus grande
politeffe.
On fait enforte que la privation des
éxercices ordinaires tienne lieu de punition
, quand elle eft indifpenfable.
On ne fixe point de prix pour les différens
âges , c'eft aux parens judicieux à fe
faire à eux mêmes la loi fur cet article ,
en évaluant chaque chofe.
Tout ce que le Sieur Viard demande ,
c'eft qu'on foit bien perfuadé que le zele
du bien public , beaucoup plus que l'inté
têt , anime fon entrepriſe.
Son adreffe à Paris , Place de l'Eftrapade.
AVRIL. 1753 . 153
BEAUX ART S.
Explication des ouvrages de Peinture & de
Sculpture , faits pendant l'année 1752
par les Eleves protegés & préfentés au Roi
le 3 Février 1753 , à Versailles par M.
de Vandieres , Directeur & Ordonnateur
Général des Bâtimens.
Eint
N'. I.
Jefus-Chrift mis au tombeau.
P par M. Melling , âgé de 26 ans ,
& depuis deux ans dans l'Ecole .
N° I I.
La malddie d'Antiochus .
Antiochus , fils de Seleucus Nicanor ,
Roi de Syrie , étant tombé dans une langueur
amoureuse pour Stratonice , ſa bellemere
; le Médecin Erafiftrate découvrit la
caufe du mal de ce Prince par le treffaillement
de fon poulx à la vûe de cette Reine.
Seleucus la lui céda , & lui permit de l'épouſer.
Peint par M. Briard , âgé de 25 ans ,
& depuis deux ans & demi dans l'Ecole.
G v
154 MERCURE DE FRANCE.
Nº. III.
Pfiché au défefpoir de la colere & de
l'abandon de l'Amour , fe précipite dans
un fleuve , où elle eft reçue par deux
Nymphes , Naïs & Cimodocé.
Peint par M. Deshais , âgé de 22 ans ,
& depuis un an dans l'Ecole.
N ° IV.
Un modéle de ronde boffe , repréfentant
Enée , fauvant fon pere , & ſon fils.
Afcagne de l'embrafement de Troye.
Modelé par M. Guiard , âgé de 24 ans,.
& depuis un an dans l'Ecole ..
N°. V.
Un modèle de ronde boffe , repréfen
tant trois enfans dont un s'enivre , & lesdeux
autres fe difputent une tourterelle .
Exécuté par M. de la Rue , le cadet , âgé
de 21 ans , nouvellement entré dans
l'Ecole.
Nº . V I..
Combat à armes blanches , de Cavalerie
& d'Infanterie contre des Dragons.
Peint par M. de la Rue , l'aîné , âgé de
27 ans , & depuis quatre ans dans l'Ecole.
C'eft fur ce Tableau que M. de la
Rue a été choisi pour peindre les ConAVRI
L. I'S 5 1753.
quêtes du Roi , à la place de feu M. Parrocel.
Ce choix fait honneur à l'Ecole & à la
conduite de M. Vanloo .
de
L'ENTREPRISE que M. Feffard a formée
graver la Chapelle des Enfans Trouvés,
a été vue d'abord avec affez d'indifference ;
peu à peu les efprits fe font échauffés ; il
nous femble qu'actuellement les difpofitions
font telles que l'habile Artifte pouvoit
les defirer. Depuis que les premieres
planches ont paru , les Soufcripteurs fet
font beaucoup multipliés ; nous avons
donné leurs noms en differens tems , &
nous allons continuer. Lorfque le nombre
de cinq cens foufcriptions fera rempli
, M. Feffard donnera lui-même à cha--
que Soufcripteur une Lifte ornée d'une
vignette & d'une bordure relative au
fujet. Elle fera de la grandeur des planches
, & n'augmentera pas le prix des:
foufcriptions.
LISTE des nouveaux Soufcripteurs , pour
la gravure de la Chapelle des Enfans:
Trouvés.
S. A. S. M. le Prince de Condé,
M. le Duc de Penthiévre .
S. A, S. Madame la Princeffe de Bour-
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
bon de Vermandois à Beaumont lès Tours.
M. le Duc de Nivernois.
M. le Comte d'Argenfon , Miniftre de
la
guerre .
M. le Comte de Calemberg , Felt-Maréchal
de leurs Majeftés Impériales , à
Bruxelles.
M. Marie , Premier Commis de M. le
Comte d'Argenfon.
M. de Villette , Tréforier Général de
l'Extraordinaire des Guerres .
M. Paul d'Albert de Luynes , Evêque
de Bayeux.
M. le Marquis de Lambert , Lieutenant
Général des Armées du Roi,
Le R. P. Benoît , Prieur de l'Abbaye de
Saint Lucien de Beauvais .
M. de la Live de la Briche.
Madame Chambon .
M. Maine , Maître Particulier des Eaux
& Forêts , à Troyes .
M. de la Fautrieres , Confeiller au Parlement
.
M. Lambert , Greffier en chef au Châtelet.
Madame de la Live d'Efpinay.
M. de la Live d'Efpinay , Fermier Gé
néral.
M. de Billy.
M. d'Efplans , de Montpellier.
AVRI L.
157 17531
M. Camufat , Major à Troyes.
M. Tillet , Directeur de la Monnoye ,
à Troyes.
M. Richet , Tréforier de France , de la
Généralité de Montpellier.
M. de Saint Martial , de Montpellier .
M. l'Abbé Geofroy , Chanoine de l'Eglife
de Troyes.
M. Méallet , Procureur du Roi des Eaux
& Forêts de Troyes.
M. Coffinet , Chanoine de S. Etienne
de Troyes.
M. Paillot de Montabert , à Troyes.
M. de Courcelles , Grand - Maître des
Eaux & Forêts de l'Ile de France .
M. de Roiffy , Receveur Général des
Finances .
M. Coulon , Grand-Maître des Eaux &
Forêts de Charleville.
M. Crancé , Commiffaire Ordonnateur
de la Guerre.
M. Pierdhouy , Avocat.
M. Thomé , Officier aux Gardes.
M. de Chauvigny , Curé & Chanoine.
de Landau , en Baffe- Alface.
M. Bonnet , Payeur des Rentes .
M. Damefme , Contrôleur de la Bouche
de Madame la Dauphine .
M. Rabel , Ecuyer de la Bouche de
Madame la Dauphine.
158 MERCURE DE FRANCE.
M. Taunay , Peintre en émail .
M. Chattelain , Contrôleur de la Bou
che du Roi.
M. de la Chauffée , Contrôleur de M.
Rouillé , Miniftre & Secretaire d'Etat .
M. le Baron de Bernſdorf , Miniſtre
d'Etat , & Secretaire de Sa Majesté le Roi
de Dannemarck & de Norwege.
M. Vafferechble , Premier Secretaire
des Affaires Etrangeres de Sa Majefté le
Roi de Dannemark & de Norwege .
M. Secouffe , Avocat.
M. Pomier , Ingénieur du Roi , des
Pónts & Chauffées des Etats de Languedoc
, réfident à Alais .
M. François , Libraire d'Amiens.
M. Durand , Libraire.
M. Malaffis , Imprimenr du Roi & de
la Marine , à Breft.
M. Gaurhier , Secrétaire du Roi..
M. Dulau Dallemans , Curé de Saint
Sulpice.
M. de la Tour , Peintre ordina ire du
Roi.
M. Baudin , Commis au Bureau de la
' Guerre.
M. Chevery , Huiffier ordinaire de la
Reine.
LA premiere partie de la Carte d'Afie ,,
AVRIL. 1753
759
1 publiée en deux feuilles l'année derniere:
par le célébre M. d'Anville , Secrétaire de
S. A. S. M. le Duc d'Orleans , eft fuivie
actuellement de la feconde partie , pareillement
en deux feuilles. Elle renferme
la Chine , & la plus grande partie de la
Tartarie réunie fous une même domina.
tion , le Tibet joint à la partie de l'Inde ,.
fituée au-delà du Gange , les Iffes Sumatra
, Java , Borneo , Moluques , Philippines
& du Japon . Le Publie trouvera
cette feconde partie auffi travaillée de la
part de l'Auteur que la précédente , &
d'une auffi belle exécution de la part du
Graveur . La publication en eft dûe à S.
A. S. qui a voulu qu'un ouvrage fort içavant
& fort exact commencé par feu M.
le Duc d'Orleans , fût continué fous les.
mêmes aufpices..
Le S. Chedel vient de mettre au jour
plufieurs morceaux gravés d'après differens
Maîtres , & principalement d'après les
deffeins & les tableaux de M. Boucher
Peintre du Roi ;le payfage domine dans.
les planches de cet excellent Artifte , dont
l'intelligence & la touche méritent l'eftime
& la recherche des curieux . On peut
même les affurer que peu de perfonnes
ont poffédé une pointe auffi agréable &
160 MERCURE DE FRANCE.
auffi parfaite. Voici la liste des Ouvrages
que l'on trouvera chez le fieur Chedel ,
qui loge dans la rue S. André des Arts ,
en face de la rue Git - le- Coeur,
Deux grands païfages d'après les deffeins
de M. Boucher. Ils ont environ un
pied. & demi de largeur fur un pied de
hauteur. Ils ont pour titre , le Pont ruftique
& le Petreur.
Un Païfage d'après Teniere . Il a treize
pouces de largeur fur neuf de hauteur. Il
eft exécuté de la grandeur du tableau . Il a
pour titre , la naiffante Aurore.
Les travaux du Pont d'Orléans , gravés
d'après le deffein de M. Desfriches. Cette
planche a 14 pouces & demi de largeur
fur 9 de hauteur .
Un paifage feul d'après un deffein de
M. Boucher , intitulé La Ferme'; 11 pouces
de largeur fur & de hauteur.
Deux païfages fous les titres du Nid &
de la Cafcade , 9 pouces de hauteur fur
7 de largeur.
Un petit païfage feul d'après un deffein
de M. Boucher, & qui a pour titre Le Puits.
Le fieur Chedel debite auffi plufieurs
petites fuites de fa compofition , reprefentant
des païfages, des fujets militaires , des
Paftorales , des Tempêtes , des Incendies ,
& c.
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
喝
Vaudeville.
Ici de la simp
d'autres lieux
*
Ahpour
lordi
= mét,cequ'ildéffer
A VRI L. 1753. 161
nanana:ICFCh
CHANSON
DU DEVIN DE VILLAGE.
L'ARTALà l'Amour eft favorable ,
Et fans art , l'amour fçait charmer ;
Ala Ville , on eft plus aimable ,
Au Village , on fçait mieux aimer :
Ah ! pour l'ordinaire ,
L'Amour ne fçait guére ,
Ce qu'il permet , ce qu'il défend ;
C'eft un enfant , c'eft un enfant.
Ici de la fimple nature,
L'amour fuit la naïveté ;
En d'autres lieux , de la parure
Il cherche l'éclat emprunté.
Ah! pour l'ordinaire , &c.
Souvent une flâme chérie ,
Eft celle d'un coeur ingénu :
Souvent par la coquetterie ,
Un coeur volage eft retenu .
Ah ! pour l'ordinaire , &c;
L'amour felon fa fantaisie ,
Ordonne & difpoſe de nous :
162 MERCURE DEFRANCE.
Ce Dieu permet la jaloufie ,
Et ce Dieu punit les jaloux.
Ah! pour l'ordinaire , & c.
A voltiger de belle en belle ,
Os perd fouvent l'heureux inftant ;
Souvent un Berger trop fidéle
Eft moins aimé qu'un inconftant.
Ah! pour l'ordinaire , &c.
A fon caprice on eft en batte ,
11 veut les ris , il veut les pleurs ;
Par les rigueurs on le rebute ,
On l'affoiblit
par
les faveurs.
Ah !
pour
l'ordinaire , & c.
AVRI L. 1753. 163
諾洗洗洗洗洗洗洗?洗洗洗洗洗洗浴
茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶
SPECTACLE S.
L'A
'Académie Royale de Mufique a donné
le Jeudi-gras , premier Mars , la
premiere repréſentation du Jaloux corrigé ,
Opéra bouffon en un Acte , & du Devin
de Village , Intermede. On trouvera dans
un des précédens Mercures l'extrait du Jaloux
corrigé ; nous allons donner celui du
Devin de Village .
EXTRAIT
DU DEVIN DE VILLAGE,
ACTEUR S.
COLIN.
COLETTE.
LE DEVIN.
M. Feliotte.
Mlle Fel.
M. Cuvillier.
Colette & avere la Scene par
Olette foupirant & s'effuyant les yeux
>
un Monologue qui peint fa naïveté , fa
tendreffe pour Colin , & la douleur qu'el
le reffent de fon infidelité .
J'ai perdu tout mon bonheur ,.
164 MERCURE DE FRANCE .
J'ai perdu mon ferviteur
Colin me délaifle ,
Hélas il a pû changer !
Je voudrois n'y plus fonger :
J'y fonge fans ceffe.
J'ai perdu mon ferviteur ,
J'ai perdu tout mon bonheur,
Colin me délaiffe.
Il m'aimoit autrefois , & ce fut mon malheur ;
Mais quelle eft donc celle qu'il me préfere ?
Elle est donc bien charmante ! Imprudente berge
re ,
Ne crains- tu point les maux que j'éprouve en ce
jour ?
Colin à pû changer, tu peux avoir ton tour.
Que me fert d'y rêver fans ceffe ,
Rien ne peut guérir mon amour
Et tout augmente ma triftefle :
J'ai perdu mon ferviteur ,
J'ai perdu tout mon bonheur ,
Colin me délaiffe.
Colette va trouver le Devin du canton
, pour fçavoir le fort de fon amour ,
& tandis que le Devin s'avance gravement ,
Colette compte dans fa main de la monoye
; puis elle la plie dans un papier &
la préfente au Devin , après avoir un peu
hélité à l'aborder.
AVRI L.
165
1753.
Colette d'un air timide.
Perdrai - je Colin fans retour ?
Dites-moi s'il faut que je meure.
Le Devin apprend à Colette que la Da
me du lieu , moins belle , mais plus adroite
qu'elle , a fçû par des préfens captiver
Colin , qui aime à fe parer. Il lui fait ef
perer en même tems qu'il le ramenera à fes
pieds.
Colette.
Si des galans de la Ville
J'euffe écouté les difcours ,
Ah qu'il m'eût été facile
De former d'autres amours !
Mife en riche Demoiselle
Je brillerois tous les jours ,
De rubans , & de dentelle
Je chargerois mes atours.
Pour l'amour de l'infidele ,
J'ai refuſé mon bonheur :
J'aimois mieux être moins belle ;
Et lui conferver mon coeur.
Le Devin.
Je vous rendrai le fien , ce fera mon ouvrage ;
Yous , àle mieux garder appliquez tous vos foins,
Pour vous faire aimer davantage ,
Feignez d'aimer un peu moins,
L'Amour croît s'il s'inquiette ,
166 MERCURE DE FRANCE
Il s'endort s'il eft content ,
La bergere un peu coquette
Rend le berger plus conftant.
Colette promet de s'abandonner aux
fages leçons du Devin , qui après fon départ
, fait connoître dans un Monologue
qu'il la trompe , & que toute la fcience n'eſt
fondée que fur ce qu'il a appris de Colin :
ce Berger vient le trouver & lui dire qu'il
quitte la Dame du lieu , & préfere Colette
à des biens fuperflus.
Le Devin.
Colin , il n'eft plus tems , & Colette t'oublie
Colin.
Elle m'oublie , & Ciel ! Colette a pû changer,
Le Devin
Elle eft femme , jeune & jolie
Manqueroit-elle à ſe venger ?
Colin.
Non , Colette n'eft point trompeufe ;
Elle m'a promis la foi ,
Peut-elle être l'amoureufe
D'un autre berger que moi ?
Le Devin lui annonce que ce n'eft point
un berger , mais un beau Monfieur de la
Ville que Colette lui préfere ; Colin demande
en grace au Devin de lui apprendre
AVRI L. 1753. 167
coup affreux qu'il re- le moyen d'éviter le
doute , le Devin lui ordonne de le laiffer
feul un moment confulter ; il tire enfuite
de fa poche un Livre de grimoire ,
un petit bâton de Jacob , avec lefquels il
fait un charme. De jeunes payſannes qui
venoient le confulter laiffent tomber leurs
préfens , & le fauvent toutes effrayées en
voyant fes contorfions . Il dit après à Colin
que le charme eft fait , & que Colette
va paroître.
Colin.
A l'appailer pourrai -je parvenir ?
Hélas ! voudra-t- elle m'entendre
Le Devin.
Avec un coeur fidele & tendre
On a droit de tout obtenir.
à part.
Sur ce qu'elle doit dire allons la prévenir.
Colin refté feul , fe livre à l'efperance
de pofféder Colette qu'il regarde comme
le fouverain bien.
Quand on ſçait aimer & plaire ,
A-t-on befoin d'autre bien ?
Rends-moi ton coeur , mabergere
Colin t'a renda le fien,
Mon chalumeau , ma boulette
168 MERCURE DE FRANCE.
Soyez mes feules grandeurs ,
Ma parure eft ma Colette ,
Mes trésors font fes faveurs.
Qué de Seigneurs d'importance
Voudroient bien avoir fa foi !
Malgré toute leur puiſſance
Ils font moins heureux que moi.
Colette arrive parée , Colin l'apperce→
vant ne fçait s'il doit fuir , ou lui parler ,
& après avoir bien héſité , il l'aborde d'un
ton radouci , & d'un air moitié riant , &
moitié embaraflé.
Ma Colette , êtes- vous fâchée ?
Je fuis Colin , daignez me regarder,
Colette.
Colin m'aimoit , Colin m'étoit fidele ,
Je vous regarde , & ne vois plus Colin.
Colin.
Mon coeur n'a point changé ; mon erreur trop
cruelle
Venoit d'un fort jetté par quelque efprit malin
Le Devin l'a détruit , je fuis malgré l'envie
Toujours Colin , toujours plus amoureux.
Colette.
Par un fort à mon tour , je me fens poursuivie
Le Devin n'y peut rien.
Colin.
Que je fuis malheureux!
Colette.
AVRIL.
169 1753.
- Colette.
D'un amant plus conftant ,
Colin.
Votre infidélité ,
Ah de ma mort fuivie ,
Colette .
Vos foins font fuperflus , ´
Non , Colin , je ne t'aime plus.
Colin.
Ta foi ne m'eft point ravie :
Non , confulte mieux ton coeur ,
Toi-même en in'ôtant la vie ,
Tu perdrois tout ton bonheur .
Hélas !
Colette à part.
à Colin.
Non , vous m'avez trahie ,
Vos foins fout fuperflus ,
Non , Colin , je ne t'aime plus.
Colin.
C'en eft donc fait , vous voulez que je meure ,
Et je vais pour jamais m'éloigner du hameau .
Colette rappellant Colin qui s'éloigne lentement
.
Colin
Colin.
Quoi?
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Colette.
Tu me fuis ?
Colin.
Faut -il que je demeure ,
Pour vous voir un amant nouveau ?
Colette,
Tant qu'à mon Colin j'ai fçû plaire ,
Mon fort combloit mes défirs .
Colin.
Quand je plaifois à ma bergete ,
Je vivois dans les plaifirs .
Colette.
Depuis que fon coeur me méprife ,
Un autre a gagné le mien .
Colin.
Après le doux noeud qu'elle briſe ,
Seroit- il un autre bien !
D'un ton penétré.
Ma Colette fe dégage.
Colette.
Je crains un amant volage .
Enſemble.
Je me dégage à mon tour ,
Mon coeur devenu paifitle ,
Oublira , s'il eft poffible ,
AVRI L. 1753.
171
cher
Que tu lui fus
un jour.
chere
Colin.
Quelque bonheur qu'on me promette
Dans les noeuds qui me font offerts ,
J'euffe encor préféré Colette
A tous les biens de l'univers .
Colette.
Quoiqu'un Seigneur jeune , aimable ,
Me parle aujourd'hui d'amour
Colin m'eût femblé préférable
A tout l'éclat de la Cour.
Colin tendrement.
Ah Colette !.
Colette avec unfoupir.
Ah berger volage !
Faut-il t'aimer , malgré moi !
Colin fe jette aux pieds de Colette , elle
lui fait remarquer à fon chapeau un ru
ban fort riche qu'il a reçu de la Dame.
Colin le jette avec dédain ; Colette lui en
donne un plus fimple dont elle étoit parée
, & qu'il reçoit avec tranfport.
A jamais Colin
Enfemble.
je t'engage ,
t'engage ,
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Mon
Son
}
coeur &
{
ma
foi.
fa
Qu'un doux mariage
M'unifle avec toi :
Aimons toujours fans partage ,
Que l'amour foit notre loi .
Le Devin revient en leur difant qu'il
les a délivrés d'un cruel maléfice ; ils lui
offrent chacun un préfent , & le Devin
recevant des deux mains , leur répond galamment
qu'il eft affez payé s'ils font heurcux
.
Le Divertiffement commence par un
Choeur , & Colin chante cette Romance
au milieu du Divertiffement.
Dans ma cabane obfcure
Toujours loucis nouveaux ,
Vent , Soleil , ou froidure ,
Toujours peines & travaux :
Colette , ma bergere ,
Si tu viens l'habiter ,
Colin dans fa chaumiere
N'a rien à regretter.
Des champs , de la prairie
Retournant chaque foir ;
Chaque foir plus chérie
Je viendrai te revoir :
AVRIL.
1753. 173
Du Soleil dans nos plaines
Devançant le retour ,
Je charmerai mes peines ,
En chantant notre amour.
Les paroles du Jaloux corrigé font de M. Coler
& la Mufique de M. Blavet. Le Récitatif de cet
Intermede François , eft à peu près dans le goût
du récitatif Italien , autant du moins que la différence
des Langues a pú le permettre ; & malgré
la prévention prefque générale de notre Nation
contre le récitatit Italien , il n'a point paru que
les Spectateurs ayent été extrêmement choqués
de ce premier effai . Les Ariettes de l'Intermede
ne font autre chofe que des parodies des meilleures
Ariettes de la Serva Padrone , du Joueur , & du
Maitre de Musique ; & quoique tranfplantées ,
pour ainfi dire , elles ont été trouvées en général
agréables , entr'autres celle de l'Echo , celle
de Non , non , Madame Orgon , & celle du Due.
On a trouvé dans le Divertiffement , qui eft en
entier de M. Blavet , de bons airs de violon , & le
Vaudeville fur tout a très-bien réuffi .
Le Public a été aflez jufte pour ne pas trouver
mauvais que M. Manelli & Mile Tonelli , qui
jouoient , l'un le rôle de M. Orgon , & l'autre
celui de Suzon , & qui chantoient du François
pour la premiere fois de leur vie , euffent une
prononciation finguliere : leur jeu a été d'ailleurs
affez vif. Mlle Victoire chargée du rôle de Mad .
Orgon , y a mis beaucoup de fineffe , de naturel
d'efprit & de bonne plaifanterie. Cet effai a été
affez heureux pour qu'on puiffe efperer que la jeune
Actrice fera retirée de la danfe où elle eft peu
néceflaire , pour le chant où elle fera fort utile..
Les amateurs nous ont paru fouhaiter générale-
Hinj
174 MERCURE DE FRANCE.
ment ce changement . L'exécution du Divertiffement
qui eft fort gai , a répondu à celle du refte
de l'Intermede , & Mrs Hyacinthe & Laval s'y
font diftingués , ainfi que Mlle Raix & M. Beat .
Les Paroles & la Mufique du Devin du Village
, font de M. Rouleau de Genève , fi connu
par le Difcours de Dijon , & par les autres Ouvrages
qui en ont été la fuite . Cet Intermede qui
avoit été joué à Fontainebleau au mois d'Octobre
dernier avec un fuccès prefque inoui , à été
bien reçu à Paris. La multitude a trouvé les chants
de cet Intermede très agréables , & les gens d'efprit
ont remarqué de plus dans fa Mufique une
fineffe , une vérité , une naïveté d'expreffion fort
rares . Mile Fel & M. Jeliotte y ont fait aux (pectateurs
, le même plaifir qu'ils ont coutume de
faire dans les rôles dont ils font chargés , & on
a fort regretté qu'ils ayent été doublés fi - tôt . Dans
le Divertiffement on a fur tout goûté la Pantomime
, dont la Mufique a paru pleine de caractère
, & dont la danfe parfaitement bien adaptée à
la Mufique , a été très bien exécutée par Mlle
Raix & par Mrs Veftris & Lani.
Le Mardi 11 , on a retiré le Jaloux corrigé après
fix repréfentations , & on continue à donner le
Devin du Village , précédé de la Serva Padrona , &
fuivi du Maître de Musique , deux Intermedes Italiens
qui avoient beaucoup réuffi dans la nouveauté
, & qui continuent à réuffir beaucoup dans
la reprife. Le Divertiffement que M. Blavet avoit
fait pour le Jaloux corrigé , termine agréablement
le nouveau Spectacle. Mr Delatour & Mlle
Jaquet , jouent les roles de Colin & de Collete
dans le Devin du Village.
Les Comédiens François ont remis au Théatre
A VRI L. 1753. 175
le Mercredi 28 Février , la Force du naturel , Comédie
en Vers , & en cinq Actes , de M. Nericaut
Deftouches ; elle a eu cinq repréſentations .
Le Public a revû avec beaucoup de plaifir fur
le même Théatre le Lundi cinq Mars & les jours
fuivans , l'Impertinent , Comédie en Vets & en un
Acte , de M. Defmabis , qui avoit été jouée en
1750 avec un grand fuccès : le principal rôle de
cette Piéce eft rendu dans la plus grande perfection
par M. Grandval , Acteur inimitable pour les
rôles de ce genre.
L'Opéra Comique a donné le Mardi 13 du
mois dernier , la premiere repréſentation du Safffant,
Piece nouvelle en un Acte , qui réuffit fort .
NOUVELLES ETRANGERES.
DU NORD.
DE STOCKHOLM , le 7 Fevrier.
Onformément aux réfolutions prifes dans la
Cderniere Diette , les forces de ce Royaume
confiftent en foixante- quatre mille hommes tant
d'Infanterie que de Cavalerie , vingt- fix Vailfeaux
, foixante - dix Galeres , & vingt- mille Matelots
. Par une nouvelle Ordonnance de Sa Majefté
, la marque des trois Couronnes , qui eft le
coin du Royaume , doit dorénavant être empreinte
fur tout l'or , l'argent , le cuivre & l'etain ,
qui fer ont mis en oeuvre.
On travaille à augmenter co : fidérablement les
Hij
176 MERCURE DE FRANCE .
logemens de l'Hopital établi l'année derniere
aux dépens de l'Ordre des Séraphins.
Ila paru ces jours- ci une Ordonnance datée du
7 Décembre 1752 , & qui a été publiée en François
& en Suédois. Elle porte ce qui fuit : » Nous
Adolphe-Frederic , & c. Comme il eft dicté par la
» Loi au X Ve Chapitre , §. 2. qu'un Etranger doit
jouir de ce qui lui revient par droit de fuccef-
" fion , lorfqu'il est d'un pays où les Sujets Sué-
ود
93
גכ
ל כ
dois jouiffent du même droit ; & comme nous
» fommes convenus avec Sa Majesté le Roi de
» France , de l'établiflement d'une parfaite réci
procité en pareil cas , de forte que le Dr it d'Au-
» baine ceffera deformais entiérement à l'égard
des biens & effets mobiliers , qui fe trouveront
appartenir en France à ceux de nos Sujets qui
» y décéderoient ou ailleurs . A ces caules , Nous
» avons trouvé bon d'ordonner ultérieurement
par la préfente , que fi un François vient à mourir
en Suéde ou ailleurs , fes héritiers légitimes
» ou teftamentaires , fes légataires , ou tous autres
, ayant titre valable pour exercer les droits
» foit qu'ils foient Regnicoles ou Etrangers, pour-
» rent librement recueillir les biens , meubles &
» effets mobiliers , qu'il auroit délaiffés dans ce
» Royaume , foit que lesdits héritiers ou repré-
·
fentans veuillent s'établir en Suéde , og tranf-
» porter lefdits effets hors du Royaume , fans aucune
diminution , & fans payer aucun droit ,
» foit à la Couronne , foit à la Ville où la fucceffon
fera ouverte , ni à autres. Et pourront les
Procureurs & Mandataires defdits Héritiers &
repréfentans du deffunt , même leurs Tuteurs &
" Curateurs qui auront été légitimement établis
» dans le lieu du domicile defdits Mineurs , récla-
» mer lefdits biens , fe les faire remettre en donAVRIL.
1753-
177
20
30
ner décharges valables , les regler & adminiftrer
, en juftifiant feulement de leurs titres &
qualités. Au refte , nous fommes convenus avec
Sa Majesté le Roi de France , que ce qui a été
» ainfi reglé entre nous , fortira fon effet & fera .
réciproquement obfervé dans les deux Royau-
» mes , à commencer du premier Janvier de la
» prochaine année 1753. Enjoignons à tous ceux
qu'il appartiendra , de tenir la main à l'exécu
tion de la préfente ordonnance. En foi de quoi
»Nous l'avons fignée de notre main , & y avons
» fait appofer notre Sceau Royal.
DE COPPENHAGUE , le 1 Fevrier.
Laurent Spengler , Tourneur de la Cour , &
Ouvrier très- célebre , vient de mettre la dernie
re main à un Luftre d'ambre que l'on regarde
comme un chef- d'oeuvre. Ce précieux morceau
repréfente un Temple de Minerve , orné d'une
petite ftatue de la Déeffe . Les pilaftres font d'ordre
Dorique , & tous les ornemens en font
d'un travail achevé . Ce Luftre a été préfenté au
Roi , qui l'a fait mettre dans fon Cabinet de cu--
riofités.
ALLEMAGNE..
DE VIENNE , le 1S Fevrier.
Le 13 de ce mois , il y eut Bal à la Cour . Tous
les Mafques y repréfentoient quelque Divinité dee
Anciens , & l'Archiducheffe aînée y parut en Mi
Derve. Les Archiducs dînerent le 16 chez le Feld--
Maréchal Comte de Bathiani , & le repas fut fuivi
dain: Ball: Le Baron de Bretlacz , Ambaffadeuzr
H
178 MERCURE DE FRANCE :
de leurs Majeftés Impériales en Ruffie , ayant demandé
fon rapel à caufe de fes indifpofitions , le
Comte Nicolas Efterhafi, ci - devant Miniftre Pléni.
potentiaire de cette Cour à celle d'Eſpagne , doit
partir inceffamment pour le remplacer . Leurs Majeftés
ont nommé leur Miniftre Plénipotentiaire
auprès du Roi de la Grande Bretagne , le Comte
Charles de Colloredo , qui a réfidé quelque tems
à Petersbourg en la même qualité . Ce Comte a
été déclaté Confeiller Privé & Major Général. Sa
place de Colonel Commandant du Régiment
dont le Lieutenant- Feld- Maréchal Comte de Colloredo
eft Colonel , a été donnée au Lieutenant-
Colonel de ce Corps , & le Comte de Laſcy en a
obtenu la Lieutenance- Colonelle . Le 15 , le Comte
de Cobenzel arriva de Mayence. On dit qu'il
fera chargé d'appuyer les interêts de l'Evêque de .
Gurck , dans le Chapitre qui doit fe tenir pour
l'élection d'un nouvel Archevêque de Saltzbourg.
>
L'Impératrice Reine a envoyé des ordres en
Bohême & en Moravie , pour y lever la Milice ,
à peu près fur le même pied qui s'obferve en France.
DE DRESDE , le 14 Fevrier.
On donna le quatre de ce mois à la Cour la
premiere repréſentation d'un nouvel Opéra intitulé
Soliman. Jamais aucun Spectacle moderne
n'a réuni plus de magnificence & de fingularité .
L'entrée de Zelim , qui eft une pompe militaire ,
mérite fur-tout une defcription particuliere . Les
Ecuries de Sa Majesté avaient fourni grand nom .
bre de chevaux Turcs , Perfans , Circafhens & Po-
Jonois , & même plufieurs chameaux .Un Sebfban-
Pacha , ou Quartier- Maître- Général , ouvroit la
marche avec une troupe de Milice Turque , penAVRI
L. 1753. 179
dant qu'un Choeur de Mufique chantoit les exploits
de Zélim . Enfuite venoient une Compagnie
de Janiffaires , plufieurs Maures , quatre
chameaux richement caparaçonnés , deux éléphans
factices , & fi femblables à la nature , qu'ils
ont trompé tous les Spectateurs ; vingt quatre
Efclaves qui conduifoient des bêtes fauvages ;
une troupe de Turcs portant les dépouilles des
ennemis , quatre Baraicters ou Enfeignes portant
des trophées ; divers Prifonniers Perfans ; les chevaux
de main de Zélim , fuperbement har achés ,
& menés chacun par deux Maures. Zélim , précédé
de plufieurs Pachas & de fes Pages , paroiffoit
fur un cheval Perfan , couvert d'un harnois .
Turc , très -riche , & tout brillant de pierres précieuſes
. Au côté droit de ce Prince étoit le Selitar-
Aga ou Porte Sabre , & à la gauche le Soulak-
Pach ou Capitaine des Gardes , Zélim étoit
fuivi de fes Agas , magnifiquement montés , &
de fes Chatits , ou Valets de pied . La marche
étoit fermée par un Corps de Janiflaires.
DE BERLIN , le 25 Fevrier.
Toute la Cavalerie vient d'être remontée : on
va maintenant travailler à la remonte des Dragons
& des Huffards . Un Courrier extraordinaire
, dépêché de Londres par le fieur Michell , a apporté
au Roi la Réponſe de la Cour Britannique à
P'Expofition des Motifs de Sa Majefté On attend irceffamment
ici le Comte de la Lippe Buckebourg.
Suivant les derniers avis reçus de Caffel , le Prin
ce Maximilien de Heffe , pere de la Princefe
époufe du Prince Henri , eft prefque entieremens . "
rétabli de fon indifpofition. On apprend de Siléfi
, que le 7 de ce mois la Ville. de Glatz a éré:
Hvj
1So MERCURE DE FRANCE.
menacée d'un embrafement général ; mais que
par les foins & la diligence qu'on a apporté pour
arrêter les progrès des flammes , il n'y a eu que
cinq nailons réduites en cendres . Des Lettres de
Brême marquent que la nuit du 15 au 16 , le feu
ayant pris avec violence dans un des principaux
quartiers de la Ville , il y a eu quelques maiſons
entierement confumées , & que quatre perfonnes .
y ont péri.
DE DUSSELDORP , le 2 Mars.
On fit le 24 du mois dernier près du Village de
Lindorf , dans le Duché de Bergues , l'épreuve
d'une machine pour tirer l'eau des mines de
plomb , de vitriol , d'alun & de fouffre . Dans
l'intervalle de deux heures , le premier puits d'une
mine , lequel a plus de cent pieds de profondeur
, s'eft trouvé entierement tari . Quoique cette
machine enléve à chaque fois un poids d'environ
cent quintaux , un enfant peut la faire jouer ,
& l'arrêter auffi facilement que le balancier d'u
me pendule .
ESPAGNE.
DE LISBONNE , le 1 Février.
Le Comte de Balchi , nouvel Ambaffadeur de
France , arriva ici le 15 du mois dernier . Ce Mi、
niftre fut reçu au bord du Tage par le Comte
d'Aventès , qui le conduifit jufqu'à fon Hôtel
dans un carroffe de Sa Majefté. Il eut le 17 fes
premieres audiences particulieres. Le 18 , le Duc
de Soto Mayor , Ambaffadeur d'Espagne , prit
congé de leurs Majeftés & de la Famille Royale..
AVRI L. 1753. 181
Par les dernieres Lettres qu'on a reçues de la-
Nuova Colonia , on a été informé que le Marquis
de Valdetirios , premier Commiffaire du Roi Catholique
, & Don Gomès Freyra , premier Commilaire
de Sa Majefté , alloient inceffamment
procéder à la démarcation ; qu'en conféquence ,
M. d'Echeverria , fecond Commiffaire Efpagnol ,
avoit été détaché avec un Officier Portugais ,
pour commencer à tirer la ligne de féparation ,
depuis Caftilhos jufqu'à la Riviere d'Ybieri , & delà
jufqu'au faut qui fait la moitié du chemin jufqu'à
la riviere des Amazones . Il a été convenu entre
les Commiffaires , qu'à l'arrivée des derniers ordres
de leurs Cours , on commenceroit l'échangedes
terres par les fept Villages fur la riviere d'Uruguay
Les Cartes fur lefquelles on a dreffé leplan
de l'échange & de la démarcation , le font
trouvées défectueufes en plufieurs points effen-.
tiels .
Quelques Négocians de Lifbonne ont formé
une Compagnie , pour établir un commerce régié .
entre les differens Ports de ce Royaume & les Indes
Orientales , à l'inftar de celui qui le fait à
Cadiz avec les Ports de l'Amérique . Ils te pros.
pofent d'employer des Vaiffeaux de Regiftre.
DE MADRID , le 20 Février.
On affure qu'il y aura cette année un Campdans
la Catalogne , pour former les troupes au
nouvel exercice . Le Marquis de Grimaldi , cidevant
Miniftre Plénipotentiaire du Roi à la Cour
de Suéde , eft arrivé de Paris , où il s'étoit arrêté
en revenant de Stockholm. Ce Miniftre a eu
Phonneur de rendre compte à Sa Majefté des com
millions dont il a été chargé,
182 MERCURE DE FRANCE.
Les divertiffemens du Carnaval ont commencé
le 2 de ce mois au Palais du Buen - Retiro, On
joue alternativement fur le Théatre de ce Palais
les trois Opera de Demetrius , de Siroë & de Didon
abandonnée. Ce dernier , qu'on ne fe laffe point
de revoir , cauſe toujours une nouvelle furpriſe.
Les décorations de ce fpectacle font de la plus
grande magnificence. L'embrafement de Carthage
, & l'inondation qui lui fuccéde , réuniffent
tout ce que l'Art des machines peut inventer pour
frapper les yeux , & pour étonner l'imagination..
On voit une grande Ville en proye aux flammes .
Un inftant après , Neptune , armé de fon Trident,
paroît dans une Conque tirée par des mouftres .
marins. Il eft environné d'une foule de Tritons
& de Néréides . De tous côtés l'eau jaillit dans les
airs , & les deux plus terribles des élemens combattent
, l'un pour la deftruction de la Ville , l'au
tre pour fa confervation. Dans l'Opera de Didon
, la Signora Mingotti repréfente cette Reine ;
& dans celui de Siroë , elle joue en habit d'homme
le rôle d'Emir.
DE
GIBRALTAR , Le 31 Janvier.
Suivant les nouvelles de Tetuan l'Empereur
de Maroc , après avoir ratifié le Traité de paix
conclu avec la République des Provinces - Unies ,
a fait publier ce Traité dans tous les Etats , avec
ordre aux Armateurs fes Sujets , de refpecter à
Pavenir le Pavillon Hollandois , fous peine de las
vie,
AVRIL. 183 1753.
ITALI E.
DE NAPLES , le 10 Février.
On travaille avec toute l'activité poffible , à rétablir
le Port de Salerne. Le Roi a envoyé une
Compagnie de Mineurs , pour aider les habitans à
couper une montagne , au travers de laquelle on
veut pratiquer un chemin.
DE ROME , le 21 Février.
Le 16 de ce mois , mourut en cette Ville le-
Cardinal Thomas Ruffo , Evêque d'Oftie & de
Velletri , Doyen du Sacré Collée , Vice- Chan-.
celier de la Sainte Eglife Romaine , Commandeur
de la Bafilique de Saint Laurent in Damaſo , Secrétaire
de la Congrégation du Saint Office , &c.
Membre de celles du Concile de propaganda Fide,.
de la Confulte , de la Vifite Apoftolique , des..
Eaux , des Evêques & Réguliers : Protecteur des.
Moines de Saint Bifile , des Capucins , des Capucines
de Monte- Cavallo , du Monaftere de Sainte
Marthe , des Religieufes de Sainte Theréfe , de
l'Archiconfrairie du Saint Sacrement , & c. Ce
Cardinal étoit âgé de quatre-vingt- neuf ans cinq :
mois & un jour , étant né à Naples le 15 Septembre
1663. Il étoit Cardinal depuis le 17 Mai
1706 , & le feul avec le Cardinal d'Alface , qui
reftât de la création de Clément XI . Par fon
teftament , il a laiffé tous les biens au Duc de
Baranello , fon neveu. Son corps a été exposépendant
trois jours dans une Salle de fon Palais , &
il y a eu nuit & jour un très grand concours. Il
tut transporté le 18 après midi en grande pompe
184 MERCURE DEFRANCE .
•
dans l'Eglife de Saint Laurent in Damafo , où il a:
voulu être inhumé . Le Convoi étoit précédé des
Orphelins , de onze Confrairies , de tous les Religieux
Mandians , & du Chapitre de Saint Laurent.
Plufieurs Evêques , les Prélats de la Chambre
Secrette du Pape , & les Clercs de Chambre
fuivoient le corps porté fur un char . Avant hier
le Pape fe rendit à l'Eglife de Saint Laurent , & il
affifta avec tout le Sacré Collège à la Meffe de
Requiem , qui fut célébrée pour le feu Cardinal.
DE GENES , le S Février.
On n'a point effuyé depuis long- tems en Italie
un froid auffi vifque celui qui s'y fait fentir. Les
vents continue en même tems d'être contraires,
& pendant quinze jours il n'eft entré dans ce Port
que quatre ou cinq Bâtimens .
GRANDE BRETAGNE.
DE LONDRES , le IS: Février.
On remit le 8 à M. Michell , Secrétaire de
Légation du Roi de Pruffe , la Réponſe à l'Expofition
des Motifs de ce Prince. Cette réponſe
étoit accompagnée d'une Lettre du Duc de Newcaftle
à M. Michell. L'un & l'autre Ecrit ont été
imprimés & rendus publics.
Avant-hier , les Seigneurs réfolurent de préfen
ter une adreffe au Roi , pour le fupplier de leur
faire remettre un Extrait des Mémoires que le
Gouvernement a reçus concernant la Nouvelle-
Ecoffe , & un état de l'emploi des fommes qui
ont été accordées par le Parlement pour l'entre
tien de cette Colonie . Ils pafferent dans la même
A VRI L. 1753 185
féance le Bill contre les Braconniers . Le 8 , la
Chambre des Communes approuva les réfolutions
prifes la veille fur les moyens de lever le fubfide ,
& elle fit la premiere lecture d'un Bill , qui ordonne
que les Officiers de Juftice foient rembourfés
des dépenfes qu'ils font obligés de faire dans
les procédures criminelles. S'étant formée enfuite
en Committé , elle alloua deux mille deux
cens quatorze livres fterlings au Capitaine Jean.
Vernon , en indemnité du terrein fur lequel le
Fort de Sheerneff eft bâti , & qui appartenoit au
grand-oncle de cet Officier.
Le 21 , les Seigneurs réfolurent de fupplier le
Roi , qu'on leur remît les états des fommes aufquelles
les dettes de la Nation montoient le 31
Décembre 1751 , & aufquelles elles fe font trouvées
monter à la fin de l'année derniere . Le 16 ,
la Chambre des Communes lut pour la premiere
fois le Bill , qui a pour objet l'encouragement de
l'induftrie. La Chambre accorda le 17 à la Colonie
de la Nouvelle Ecoffe quarante - fept mille
quatre cens quarante-huit livres fterlings pour
l'année derniere , & quarante-fept mille cent foixante-
fept pour cette année. En même tems cette
Chambre accorda fept mille neuf cens feize livres
fterlings , pour fuppléer aux non - valeurs des droits
fur le papier timbré , & neuf mille huit cens quarante
fix pour les non- valeurs des droits fur les
vins. Conféquemment aux ordres de la Chambre ,
la Compagnie du Levant lui a fait remettre tous
fes comptes , & les réglemens faits par rapport
au commerce du. Levant. Prefque toutes les Vil
les maritimes du Royaume ont préfenté des Requêres
, pour obtenir que ce commerce foit rendu
libre. La Compagnie d'Afrique a demandé
d'être remboursée de fix mille livres sterlings,
186 MERCURE DE FRANCE .
qu'elle a dépensées au- delà des dix mille qui lui
ont été accordées l'année derniere .
Le 23 , le Lord Steward informa les Seigneurs,
qu'en conféquence de leur Adreffe , le Roi leur
feroit remettre l'état des dettes de la Nation . Ils
firent le même jour la feconde lecture du Bill
concernant la taxe fur les terres , de celui pour
perpétuer les droits fur le fel & fur les harangs , &
du Bill contre les foldats mutins & les déleiteurs.
Hier , ils paflerent ces trois Bills . Le 22 la
Chambre des Communes approuva les changemens
faits au Bill , qui ordonne que les Connéta
bles foient rembourlés de certains frais extraordi
naires . On préfenta un Bill , pour permettre l'entrée
des laines d'Irlande dans le Port d'Excefter,
?
Aujourd'hui , le Roi s'eft rendu à la Chambre
des Pairs avec les cérémonies accoûtumées , & Sa
Majefté ayant mandé la Chambre des Commu
nes , a donné fon confentement au Bil de la taxe
fur les terres , à celui pour perpétuer les droits
fur le fel & fur les harangs , & à quelques autres
Bills , tant publics que particuliers. Il fut préfenté
ces jours derniers aux Seigneurs un projet de
Bill , tendant à établir que les loix qui empêehent
que chacun ne puiffe exercer librement les
Arts & métiers dont fa fituation particuliere , fon
génie & les circonftances , le pofteroient à faire
choix , ne fervent qu'à reftraindre l'induftrie d'une
Nation ; qu'en bornant ainfi les Arts & métiers
à un petit nombre de mains , on nuit à leurs progrès
, on renchérit les marchandifes , on fait perdre
les débouchés & la vente , on diminue la demande
générale , & l'on fait décroître la richeffe
& la force de l'Etat ; que par conféquent pour
remédier à ces maux , & pour
ôter toute contrainte
à l'industrie , il eft néceffaire qu'il foit pomis
AVRIL. 1753. 187
déformais à quelque perfonne que ce puifle être ,
d'exercer indifferemment tout Art & métier dans
quelque Ville , Cité ou Bourg que ce ſoit , même
dans les Villes qui font privilégiées , & où il y a
des Communautés établies .
Le 25 , la Princeffe de Galles quittera le deuil
qu'elle aura porté pendant deux ans entiers pour
la mort du Prince fon époux.
Il y a un projet pour envoyer à la Nouvelle
Ecoffe tous les vagabonds & gens fans aveu , &
pour les y employer à la culture des terres , ou à
d'autres ouvrages utiles. Sur l'avis que le projet
d'un Bill , pour rendre libre l'exercice de tout Art
& de tout métier , a été préfenté à la Chambre des
Pairs , le Commun Confeil de cetre Ville leur a
donné une Requête , par laquelle il demande que
ce Bill n'acquiere pas force de loi.
PATS - BAS.
DE LA HAYE , le 23 Février.
La Princeffe Gouvernante vient d'établir pour
le Génie une Ecole de Mathématiques , fous la
direction de M. Chardon , Capitaine Ingénieur.
Il y aura des Leçons trois fois par semaine , &
l'ouverture s'en fera à la fin du mois d'Avril prochain
.
188 MERCURE DE FRANCE.
L
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E IS Février dernier , jour de l'Anniverſaite
de la naiflance du Roi , on chanta le Te Deum
dans l'Eglife de Notre- Dame , Paroiffe du Château
. Le Comte de Noailles , Gouverneur de
Verlailles , y affifta , étant accompagné des Offi
eiers du Bailliage. Après la cérémonie , il alluma
le feu qui avoit été préparé vis à -vis de l'Eglife.
Les Invalides , chargés de la garde de cette Ville ,
frent une triple falve de moufqueterie Il y ent
-expofition du Saint Sacrement , Salut & Te Deum
dans les autres Eglifes , ainfi que dans celle de
Notre Dame. Le foir on fit des feux dans les rues,
& toutes les mailons furent illuminées.
Les Dominicains du Noviciat , rue Saint Dominique
, fauxbourg Saint Germain , célébrerent le
16 un Service folemnel pour l'Anniverſaire du
feu Duc d'Orleans . Pénétrés de reconnoiffance
pour les marques d'affection dont ce Prince a ho
noré leur Ordre , ils n'ont rien oublié de ce qui
pouvoit relever l'éclat de cette cérémonie. Le
fond du Choeur & la face intérieure de la Porte
de l'Eglife étoient tendus de noir jufqu'à la voûte.
Des deux côtés de l'Eglife , ainfi que dans la croifée
, la tenture montoit feulement juſqu'à la naiffauce
des chapitaux , de forte que l'Ordre d'Architecture
reftoit à découvert , & entroit dans le
plan de la décoration funébre. Il y avoit le long
de chaque face latérale deux Litres de velours
noirs , chargées d'Ecuffons aux Armes du Prince.
Entre ces Litres on avoit placé de diſtance en
AVRIL. 1753. 189
diſtance des Emblêmes en camayeu , relatifs
aux traits les plus remarquables de fa vie. Vingtdeux
grands Ecuffons , en broderie d'or , étoient
mêlés alternativement avec ces Emblêmes.
Un magnifique Dais , fufpendu au - deffus de
la corniche de l'Eglife , couronnoit le Catafalque.
Des quatre coins du Dais partoient des rideaux
bordés d'hermine , & femés de fleurs - de- lys
d'or , qui formoient , aux quatre premiers Pilaftres
de l'Eglife , des attaches avec noeuds & chûtes.
La Repréſentation , élevée fur un double
gradin , étoit couverte d'un Drap mortuaire , galonné
d'argent , avec une bordure d'hermine.
On avoit pofé fur des couffins la Couronne &
les marques des Ordres du Saint- Efprit & de la
Toifon d'Or. Cent cierges , de deux livres cha
cun , entouroient la Repréfentation. L'Autel
étoit éclairé avec la même magnificence . Un cordon
de lumieres regnoit autour du Sanctuaire .
Dans la Nef & dans la Croisée étoit un grand
nombre de Guirlandes , qui portoient chacune
cinq bougies. Vers les onze heures du matin , la
Ducheffe de Modéne , qui avoit été invitée à la
cérémonie , fe rendit à l'Eglife , & prit la place
qui lui avoit été préparée . La Mefle fut célébrée
pontificalement par l'Evêque de Caftres , & à
POffertoire le Pere François - Etienne , Religieux
de la Maifon , prononça l'Oraifon Funebre. Il
choifit pour texte ces paroles de l'ECCLESIASTIQUE
: Dilectus Deo hominibus , cujus memoria in
benedictione eft. Après avoir montré dans fon Exorde
l'ufage qu'on doit faire des grandeurs & des
richeffes pour être chéri de Dieu & des hommes ,
& après avoir excité de juftes regrets au fujet de
la mort du Duc d'Orleans , il récapitula les plans
des differens Orateurs qui ont célébré les vertus
190 MERCURE DE FRANCE.
(
de ce Prince. Il montra que tous les éloges deja
prononcés , pouvoient fe réduire fous les deux
points de vue fuivans , dont il forma la divifion de
fon Difcours. Prince felon le coeur de Dieu : le Duc
d'Orleans n'employa fa grandeur , que pour lui être
agréable. Prince felon le coeur des Peuples : le Duc
d'Orleans n'employa fa grandeur , que pour leur être
utile. Tout le monde reconnut dans cet éloge le
vrai caractére du Prince qui en étoit l'objet , &
l'on applaudit genéralement l'Orateur , dont les
talens méritent d'autant plus d'eftime , qu'il eſt
encore fort jeune. Plufieurs Seigneurs & Dames
affifterent à cette cérémonie , ainfi que les principaux
Officiers du Duc d'Orleans.
Leurs Majeftés entendirent le 17 la Meffe de
Requiem , qui fut célébrée pour l'Anniverfaire de
Monfeigneur le Dauphin , pere du Roi , & pendant
laquelle M. Rebel , Sur- Intendant de la Mufique
de la Chambre , fit chanter un De profundis
de fa compofition , que les gens du monde & les
gens de l'Art ont trouvé plein d'expreffion & de
caractere.
Le 18 , le Roi quitta le deuil qu'il avoit pris le
28 du mois dernier , pour la mort de la Duchelle
du Maine.
Sa Majesté fit ce même jour la cérémonie de
recevoir onze Chevaliers ' de l'Ordre du S. Efprit.
Leurs Majeftés , accompagnées de Mefdames
de France , affifterent le 25 au Salut dans la Chapelle
du Château.
Le même jour ; ainfi que le 24 , le Roi & la
Reine fouperent au grand couvert , avec la Famille
Royale.
Monfeigneur le Dauphin fut incommodé le 24
d'une grande douleur de dents , qui lui caufa un
peu de fiévre. Le 25 la joue s'enfla , & le foir on
AVRI L. 1753. 191
apperçut fur la gencive un bouton en maturité .
On l'a ouvert , & le lendemain Monseigneur le
Dauphin s'eft trouvé fans fiévre & fans douleur .
Le 26 , il y eut chez Madame la Dauphine un
Concert , auquel la Reine & Mefdames de France
affifterent. On y chanta le fecond & le troifiéme
A&te d'Armide.
Le I1 Mars , le Roi a pris les eaux de Vichy. Sa
Majefté continua de les prendre pendant deux jours.
Par un Arrêt du Confeil d'Etat , l'exemption
des droits fur les Beftiaux venans des Pays Etrangers
, accordée par differens Arrêts , notamment
par celui du 21 Décembre 1751 , eft prorogée
pour un an , à compter du premier Janvier de
cette année jufqu'au premier Janvier de l'année
prochaine.
On apprend que la Ville de Marſeille vient
d'établir une Académie de Peinture & de Sculpture
, fous la protection du Duc de Villars , Gouverneur
de Provence. L'ouverture de cette Académie
fe fit le 3 du mois de Février dernier , & la
Séance commença par un Difcours que M. Lemoine
, Peintre du Roi , & Directeur de l'Acadé
mie pour la Peinture , prononça fur l'utilité des
Beaux Arts. M. Verdignier a été nommé Directeur
pour la Sculpture. La nouvelle Académie eft
compofée de vingt Académiciens. Elle tiendra
fes affemblées dans une. Salle de l'Arfenal , & elle
fera choix de Profeffeurs habiles , pour donner des
leçons publiques de Géométrie , de Perſpective &
d'Architecture .
Le Prince de Condé donna le 3 un Bal paré ,
qui fut précédé d'un ſouper , ſervi à plufieurs tables
, dont les trois principales étoient chacune de
trente couverts. Le fplendide & l'agréable ont
également regné dans cette fête , ordonnée par
192 MERCURE DE FRANCE.
la magnificence , dirigée par le goût , & animée
par le plaifir.
Sa Majesté fe rendit le 4 au Château de Bellevue
, où Elle a paflé les deux derniers jours da
Carnaval.
Madame la Dauphine communia le même jour
par les mains de l'Evêque de Bayeux , fon premier
Aumônier.
Le 3 , il y eut Concert chez la Reine , & l'on y
chanta les deux derniers Actes de l'Opéra d'Armide.
On exécuta les chez Madame la Dauphine
le Prologue & le premier Acte du Bailet de Zaide ,
dont la Mufique eft de M. Royer , Ordinaire de
la Mufique de la Chambre du Roi , & Maître de
Mufique des Enfans de France .
Les Comédiens François repréfente rent le premier
, la Tragédie de Bajazet , fuivie de l'Esprit
de Contradiction , & le 6 la Comédie de Démocrite
de Regnard , fuivie de la petite Piéce de la Pupille
, de M Fagan.
-Le 7 , Mercredi des Cendres , on chanta
pendant
la Mefle du Roi , le Miferere en Faux Bourdon.
Sa Majesté reçut les cendres par les mains
de l'Abbé de Termont , un de fes Aumôniers en
quartier. La Reine les reçut par les mains de l'Archevêque
de Rouen , fon Grand Aumônier ; Mon.
feigneur le Dauphin par celles de l'Abbé de Raigecourt
, Aumônier du Roi ; & Madame la Dauphine
par celles de l'Evêque de Bayeux , fon premier
Aumônier .
Leurs Majeftés fouperent le même jour au grand
couvert avec la Famille Royale.
M. l'Abbé de Bouillé , Maître de l'Oratoire
du Roi , fuccéde au feu Abbé Chevriers , dans la
Dignité de Doyen des Comtes de Lyon.
Le 8 & le 9 , pendant la Mefle du Roi , M. Izo
fit
AVRI L. 1753. 193
fit chanter le Pfeaume Benedic anima mea , Domninum
, Motet de fa compofition.
Leurs Majeftés , accompagnées de la Famille
Royale , atfifterent le 11 à la Prédication de
Dom Jean-Bernard Senfatic , Religieux Bénédictin
de la Congrégation de Saint Maur.
Le même jour , le Roi foupa au grand couvert
chezla Reine .
Le même jour , la Comteffe de Montrevel a
été préfentée à leurs Majeftés & à la Famille
Royale.
Il y eut , le 10 & le 12 , Concert chez Madame
la Dauphine. Le 10 , on y chanta les deux
derniers Actes du Ballet de Zaïde. On y chanta
le 12 le Prologue & le premier A&te du Ballet de
la Paix , dont les paroles font de M. Roi , Chevalier
de l'Ordre de Saint Michel , & la Mufique
de Mrs Rebel & Francoeur , Surintendans de la
Mufique de la Chambre. La Reine a affifté à ces
deux Concerts .
Le 8 , les Comédiens François repréſenterent
la Tragédie des Horaces , & Attendez moi fous
l'Orme. Ils jouerent le 13 le Philofophe marié , &
le Medecin malgré lui.
Le 14 , les Comédiens Italiens ont joué Arlequin
Sauvage , & cette Comédie a été accompagnée
de deux Ballets .
J
La Reine , Monfeigneur le Dauphin , & Mefdames
de France , entendirent le même jour le
Sermon par le R. P Senfaric.
Le 14 , le Pere du Parc , un des Profeffeurs
de Rhétorique du Collège de Louis le Grand , prononça
un Difcours Latin , dans lequel il éxamina
Si l'étude des Belles - Lettres peut énerver l'ame. Plu
fieurs perfonnes de la premiere diſtinction aſſiſtes
rent à ce Diſcours.
1
194 MERCURE DE FRANCE.
La Brigade , qui vaque par la mort de M. le
Marquis de Grammont , dans les Gardes du Corps ,
a été donnée au Comte de Briqueville , Lieutenant-
Colonel du Régiment de Cavalerie d'Efcars.
Une Ordonnance du Roi , datée du 6 Fevrier
dernier, renouvelle les défenfes à toutes perfonnes
de faire porter à leurs Domeftiques la Livrée de Sa
Majefté , à moins qu'elles n'en ayent le droit par
leurs charges , ou par une conceflion particuliere.
Les Officiers même de la Maiſon du Roi ne pourront
ufer de cette liberté , fans en avoir obtenu la
permiffion par écrie du Grand Ecuyer de France.
Il est défendu par une autre Ordonnance de
même date , de donner aux Domeftiques une Livrée
de coulent bleue , quoique le Galon ſoit différent
de celui de la Livrée de Sa Majefté. Les
Era gers feuls ne feront point affujettis à ce Réglement.
M. de Pontcarré de Viarme , qui a obtenu depuis
peu une place de Confeiller d'Etat Ordinaire,
vacante par la mort de M. l'Eſcalopier , s'étant
démis de l'Intendance de Bretagne , le Roi a difpofé
de cette Intendance en faveur de M. le Bret ,
un de fes Avocats Généraux au Parlement.
Le Roi a donné à M. Bochart de Sarron , Maitre
des Requêtes , l'agrément de la charge d'Avocat
Général , vacante par la nomination de
M. le Bret à l'intendance de Bretagne.
Sur la demande que M. Duclos , Hiftoriographe
de France , l'un des Quatante de l'Académie
Françoife , & Affogié à celle des Infcriptions &
Belles- Lettres a faite de Lettres de vétérance
dans la feconde de ces Académies ; cêtre Compa❤
gnie à élú pour le remplacer , M. de Guignes ,
Interprete à la Bibliothèque du Roi pour les Lan
AVRIL . 1753 195
gues Orientales. Le 13 , l'Académie reçut la lettre
par laquelle Sa Majesté a confirmé cette élection .
La Faculté de Droit a fixé au premier du mois
de Juin prochain , l'ouverture du concours pour
les trois places d'Aggregés , qui vaquent dans cet
te Faculté par la promotion de Mrs Thomaffin ,
Lorry & Martin , à l'Anteceffure...
Leis , les Actions de la Compagnie des In
des étoient à dix huit cens livres , les Billets de la
piemiere Lotterie Royale à fix cens quatre - vingtdouze
, & ceux de la feconde à fix cens dix -neuf.
Le 21 , la Frivolité , Comédie de M. de Boilly , a
été jouée à la Cour pour la 3 fois , & avec plus de
fuccès encore qu'elle n'en avoit eu.
с
BENEFICES DONNE'S.
E Roi a donné l'Abbaye du Val Chrétien , ΌOτrα."
Lere de
dre de Prémontré , Diocéfe de Soiffons , à
P'Abbé Bellon , Chanoine de l'Eglife Cathédrale
de Chartres , & Chapelain de Sa Majesté ; l'Abbaye
de la Chapelle- aux- Planches , même Ordre ,
Diocèle de Troyes , à l'Abbé Gouault , Vicaire-
Général de ce dernier Diocéfe ; l'Abbaye de Bais
d'Aurillac , Ordre de Saint Benoît , Diocéfe de
Saint Flour , à la Dame de Perouené de Saint-
Chamaran ; le Prieuré de Monteireigne , fous le
titre de Notre Dame , & Redoux fon Annexe ,
dépendant de l'Abbaye de Saint Michel en l'Heral
unie au College Mazarin , au fieur Mahieu.
Le Roi a donné l'Abbaye de Fontaines-les-
Blanches , Ordre de Citeaux , Diocéfe de Tours ,
à l'Abbé de Durfort ; celle de Perignac , même
Ordre , Dioceſe d'Agen , à l'Abbé Paffalaigue
celle d'Aubeterre , ci -devant Ordre de Cîteaux ,
préfent fécularisée & érigée en Collégiale , Dio
Tij
196 MERCURE DE FRANCE.
céfe de Périgueux , à l'Abbé de Segonzac , & le
Doyenné de l'Eglife Collégiale de Saint Martin ,
de Tours , à l'Abbé de Prunarede.
Le Roi a donné l'Abbaye de Vauluifant , Or..
dre de Citeaux , Diocèfe de Sens , à l'Abbé de
Lomenie de Brienne , Vicaire Général de l'Archevêché
de Rouen ; celle de la Trinité de Vendôme
, Ordre de Saint Benoft , Diocèle de Blois , à
l'Abbé de Bourdeilles , Vicaire Général de l'E-'
vêché de Périgueux ; celle de Belleperche , Ordre
de Citeaux , Diocèfe de Montauban , à l'Ab .
bé de Montlezun , Vicaire Général de l'Evêché de
Mirepoix; & celle de Franquevaux , même Ordre
, Diocèle de Nifmes , à l'Abbé Sconin de Saint
Maximin , Vicaire Général de l'Evêché d'Alais.
Sa Majesté a accordé l'Abbaye de la Noë , Ordre
de Citeaux , Diocèle d'Evreux , à l'Abbé de
Cheylus , Vicaire Général de l'Evêché de Lisieux
celle de Néauffle - le-Vieux , Ordre de Saint Benoît
, Diocèse de Chartres , à l'Abbé de Verthamont
; le Prieuré de Chavanon , Ordre de Grammont
, Diocèle de Clermont , à l'Abbé de Banne
d'Avejan , Chanoine de l'Eglife Cathédrale d'Alais
, & la Prévôté de l'Eglife Collégiale de Saint
Martin de Tours , à l'Abbé Moré , Pénitencier
de l'Eglife Métropolitaine de la même Ville.
L'Abbé du Chaſtel , Chanoine & Chancelier de
l'Eglife Cathedrale de Metz , a été nommé pour
remplir la place d'Aumônier , vacante dans la
Chapelle de la Reine , par la mort de l'Abbé de
Montazet.
Le Roi a donné l'Abbaye de la Capelle , Ordre
de Prémontré , Diocèle de Toulouze , à l'Abbé
de Cambon Vicaire Général du même Diocèfe
, & Confeiller -Clerc du Parlement de Lan-,
guedoc , l'Abbaye Reguliere d'Azile , Ordre de
A V RIL. 175 197
Sainte Claire , Diocèfe de Narbonne , à la Danie
de Maupeou , Religieufe du même Ordre , & le
Prieuré d'Augurio , Diocèle de Sifteron , à M. Simeon.
Sa Majesté a donné l'Abbaye de 5. Tautin d'Evreux
, Ordre de Saint Benoît , à l'Abbé de Beaupoil
de Saint- Aulaire , Vicaire Général de l'Ar
chevêché de Rouen , & celle d'Aniane , même
Ordre, Diocèse de Montpellier , à l'Abbé Moreau ,
Confeiller -Clerc du Parlement , & Chanoine de
P'Eglife Métropolitaine de Paris .
MARIAGES ET MORTS.
M
Effire Jaques Gabriël Bazin , Marquis de Befons
& de Maifons , Seigneur de Neuville ,
Sully , Hupin , & autres lieux , Brigadier des Ar
mées du Roi , Meftre de Camp d'un Régiment de
Cavalerie, fils de feu Meire Louis Gabriel Bazin ,
Marquis de Befons & de Maifons , Gouverneur
de Cambrai & Pays Cambrefis , Maréchal des
Camps & Armées du Roi ; & de feue Marie - Anne
Befnard de Mailons , & petit fils de Jacques Bazin
de Bezons , Maréchal de France , Chevalier des
Ordres du Roi , Gouverneur de Cambray & pays
Cambrefis , Confeiller au Confeil de Régence ,
mort en 1733 , a été marié le 18 Septembre à
Anne- Marie Briqueville de la Luzerne , fiile de
feu Meffire Henri de Briqueville , Marquis de la
Luzerne , Seigneur de Manville , S. Clément &
autres lieux , & de Marie- Anne - Catherine Bouter
de Guignonville. La bénédiction nuptiale leur fur
donnée par l'Evêque de Carcaffonne , dans la
Chapelle particulière de M. de Trudaine , Corfeiller
d'Etat , leur contrat de mariage avoit été
figné le quinze par Leurs Majeftés & la Famille
Royale. I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
François-Emmanuel de Cruffol d'Uzès , Comte
de Cruflol , Meftre de Camp du Régiment de Cavalerie
de fon nom , fils de Charles - Emmanuel de
Cruflol d'Uzès , Duc d'Uzès , premier Pair de
France , Prince de Soyon , Brigadier d'Infanterie ,
Gouverneur & Lieutenant- Général des Provinces
de Saintonge & d'Angoumois , & d'Emilie de la
Rochefoucauld , époufa le 8 Janvier , Magdelai
ne-Julie Victoire de Pardailhan de Gondrin , fille
de feu Louis de Pardailhan de Gondrių , d'abord
Duc d'Epernon , puis Duc d'Aatiu , Pair de France
, Maréchal des Camps & Armées du Roi , &
Gouverneur de l'Orléannois , mort le 9 Décembre
1743 , & de Gilette - Francoife de Montmo
renci Luxembourg. La bénédiction nuptiale leur
fut donnée à Puteaux , dans la Chapelle du Duc
de Penthievre par l'Evêque de Blois . Leurs Majef
tés & la Famille Royale avoient figné leur contrat
de mariage le 2 du même mois .
fut
Marie-François- Augüfte de Matignon , Comte
de Gacé , Mentre de Camp , Lieutenant du Régiment
du Roi Cavalerie , fils de Marie- Thomas.
Augufte Matignon , Comte de Gacé & de Montmartin
, Chevalier des Ordres du Roi , & Brigadier
de Cavalerie , & d'Edmée Charlotte de Bren .
ne , ci devant Dame du Palais de la Reine ,
marié le même jour à Diane- Jacqueline Jofephe-
Henriette de Clermont d'Amboife , fille de Jean-
Baptifte de Clermont d'Amboife , Marquis de Renel
, Prince de Delin , Lieutenant - Général des
Armées du Roi , grand Bailly de Provins , Gouverneur
de Chaumont en Baffigny & de Mont-
Dauphin , Lieutenant- Général pour Sa Majeftě ,
du Blaifois , du pays Durois & do Vendômois , &
de feue Henriette Fitz - James de Berwick . Leurs
Majeftés & la Famille Royale avoient auffi ligné
AVRIL. 1753-
199
leur contrat de mariage le 31 de Décembre. La
bénédiction nuptiale leur fut donnée dans la Chapelle
de l'Hôtel de Matignon , par l'Evêque de
Soiffons.
Le 9 Novembre dernier, Meffire Jacques Marquis
d'Angennes,ci- devant Colonel du Régimentde fon
nom , eft mort dans fa terre du Tremblay , près S.
Cyr , âgé d'environ 66 ans ; il deſcendoit en ligne
directe de Jacques d'Angennes , Seigneur de Rambouillet
& de Maintenon ; & d'Elifabeth Coste
reau , fille de Meffire Jean Cottereau , Seigneur
de Maintenon , & de Marie Thurin , lequel Cot
tereau avoit fervi avec autant de diſtinction que de
probité & defintéreffement fous trois Rois fucceffivement
, ce qui lui avoit mérité & attiré également
leur confiance & eftime, Jacques d'Augen .
nes eut d'Elifabeth Cottereau , neuf fils & une fille
mariée à N. le Clerc , Marquis du Tremblay , de
la famille du fameux Pere Jofeph du Tremblay ,
Capucin . De fes neuf fils il y en eut un Cardios!,
Evêque du Mans ; quatre qui furent honorés du
Collier de l'Ordre du S. Efprit , dans les premieres
promotions d'Henri III.& d'Henri IV. Celui dont
nous annonçons la mort , étoit le feul qui reftoit
de fon nom ; il étoit veuf de N. de Mailly du
Breuil , de laquelle il avoit eu un fils, mort jeune,
& une fille qui eft reftée unique héritiere des biens
& du nom , Demoiſelle âgée de 26 ans , qui joint
à fon illuftre naiffance , les qualités du coeur & de
l'efprit. Nous ne nous étendrons pas fur l'illustre
Maifon d'Angennes , elle eft trop connue par la
grande ancienneté de fon origine & de fa noblelle,
fes grandes alliances , & les fervices rendus à la
Couronne. Voyez l'Hiftoire des Grands Officiers,
du P. Anfelme , tom. II .
Le même jour , eft morte âgée de 15 ans & 6
1 üij
200 MERCURE DE FRANCE.
mois , Demoiselle N. de Malherbe , qui par la more
de fon frere étoit devenue unique héritiere . Elle
étoit fille de Mefire N. Marquis de Malherbe , cidevant
Capitaine au Régiment du Roi Infanterie ,&
de Dame N Sabine de la Quiere , & Niéce de Meffite
N. de Malherbe , Abbé Commandataire de
Tiron , Chanoine de l'Eglife de Paris , nommé
par le Roi à l'Evêché de Beziers . La Maiſon de
Malherbe , originaire de Caën , illuftre par fes alliances
, eft une des plus anciennes Nobleffes de la
Buffe-Normandie. C'eft d'elle que tire fon origine
l'illuftre Malherbe , Poëte , dont les Ouvrages
font fi éftimés par la beauté du ftyle & la pur
reté de la langue. Cet Auteur vivoit du tems de
Henri IV. dans les bonnes graces duquel il eut
grande par . Cette Maiſon eft trop connue pour
en faire un plus long détail. Voyez fur ce PHILtoire
& le Nobiliaire de Normandie.
Meffire Charles- Marc - Antoine de Courben ;
Marquis de la Roche- Courbon , décéda dans fon
Château de S. Leger en Saintonge , le 10 Novembre
, dans la cinquante- neuvième année de
fon âge .
Dame Henriette des Portes de Pardhailhan ,
'Abbeffe de l'Abbaïe d'Azile , Ordre de S. Clair ,
Diocèfe de Narbonne , eft décédée dans fon Abbaye
le 29 Novembre , âgée d'environ cinquante-
trois ans:
Meffire Guillaume de Charron , Brigadier des
'Armées du Roi , Commandant pour Sa Majefté
dans les Villes & Citadelles de Verdun , & ci devant
Lieutenant Colonel du Régiment de la vieille
Marine , mourut le 8 Décembre à Verdun dans
la 71. année de fon âge.
Le 17 , fut inhumé à Saint Eustache Meffie
Guy du Parc Mazerolles , Chevalier de S. Louis ,.
AVRIL: 17538 200
ancien Officier des Moufquetaires , décédé rue S!
Lazare , âgé de foixante - douze ans.
Le 19 , mourut à Tours Marie- Anne- Elifabeth
de Beauveau , veuve du quatre Décembre 1730 ,
de Paul- Louis Duc de Rochechouart , Pair de
France , Prince de Tonnai - Charente , premier
Gentilhomme de la Chambre du Roi , Meftre de
Camp d'un Régiment d'Infanterie , fils de Louis
Duc de Mortemart , & neveu du Duc de Mortemart
d'aujourd'hui. Voyez les Tab . Chron . t . 3 .
p. 18. t. § . p. 247.
La Duchefle de Rochechouart étoit fille de
Pierre-Magdelaine Comte de Beauveau , de lá
branche de Rivau , Chevalier des Ordres du
Roi , Lieutenant Général de fes Armées , & Gou
verneur de Douay , frere de René François de
Beauveau , Archevêque de Narbonne , Comman
deur de l'Ordre du S. Efprit ; & de Marie- Cathe
rine , épouſe de Claude de Bullion , Marquis d'Attilli.
Voyez Tab . Chron. 4. Part. p. 128.
Le Comte de Beauveau du Rivau avoit épousé
le 28 Avril 1711 , fa coufine , Marie- Therefe de
Beauveau , foeur germaine d'Henriette Louife ,
mariée des même jour & an avec Hubert de Choi
fenil , Comte de la Riviere & de Chavigny. Voyez
leur poftérité dans les Tab. Chron . t . 4. p . 364 .
Elles étoient filles de Gabriel Henri de Beauveau ,
Marquis de Montgauger , Comte de Criffé , Capitaine
des Gardes du Corps & des Gendarmes de
feu Monfieur , frere de Louis XI V. , & de Marie-
Angélique de S. André fa premiere femme
qu'il avoit épousée en 1682.
2
Le Marquis de Montgauger étant devenu veuf ,
s'étoit remarié en 1694 avec Marie- Magdelaine
de Brancas , fille de Louis de Brancas , Duc de Villars,
de laquelle il laiffa fix filles, fçavoir : 1°. Any
202 MERCURE DE FRANCE.
7.
ne-Agnès de Beauveau , inariée en 1717 à Agefis
las Gafton de Groffolles , Marquis de Flamarens.
Brigadier des Armées du Roi , Grand Louvetier
de France mort fans enfans. 2° Louife- Magdelaine
- Adelaide , Religieufe. 3º . Marie - Helene
mariée en 1741 à Eustache Louis- Antoine de Bermard
Comtes d'Avernes , Comte d'Orbec , mort
en 1745 , dont eft né Charles Antoine de Bernard ,
Marquis d'Avernes , Comte d'Orbec , Sous Lieutenant
dans le Régiment du Roi , Infanterie. 4 °.
Marie Louife Magdelaine , mariée en 1733 , à
Pierre Louis Comte d'Ailli , Marquis de Seneci..
Voyez Tab. Chron. t. 5. p. 126.5 ° Gabrielle.
Elizabeth , mariée en 1738 à Louis François - Jofeph
de Pardien ; Comte d'Avréménil , Chevalier
de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis , dont
eft né Louis Elizabeth de Pardieu , Marquis d'A
vréménil , 6º . Marie Candide de Beauveau.
Meffire Gabriel -Jérôme de Bullion , Comted'Efclimont
, Maréchal des Camps & Armées du
Roi , Prevôt de la Ville , Prevôté & Vicomté de
Paris , & Confervateur des Priviléges royaux de
l'Univerfité , eft mort en cette Ville de 31 Décemi
bre , âgé de 57 ans . Il avoit été reçu le 21 Janvier
1923. au Parlement en la Charge de Prevôr:
de Paris & inftalé le même jour au Châtelet dans
les differens Siéges de la Jurifdiction . Son corps,
fut prefenté dès le 23 à l'Eglife de S. Euftache , la
Paroifle , & de là porté à l'offitution , où il a été
inhumé , le Châtelet , qui la veille étoit allé en
corps lai jetter de l'eau benite , a affitté an convoi
& au tranfport. La Compagnie de Lieutenant-
Criminel de Robe courte , & un détachenient du
Guet à la tête duquel étoit le St de Roquemont ,
ont accompagné le Corps . Le Comte d'Éiclimbat
étoit arriere- petit- fils de Claude de Bullion , Com
AVRI L. 1753. 203
mandeur des Ordres du Roi , & fur Intendant des
Finances.
Jean Felix fils de Jean Felix , Marquis de Rieux,
Lieutenant Général des Armées du Roi , eft mort
à Paris le 25 Décembre , âgé de 9 mois.
Demoiſelle Marie-Anue de Harville , fille de
feu Mefire Anne- François , Marquis de Harville
Maréchal des Camps & Armées du Roi , eft décédée
le même jour , dans la 23 ° année de fon
âge.
Le 27 , fut inhumé à S. Gervais Pierre de S.
Paul , Confeiller du Roi , Greffier des Cominiffons
extraordinaires de fon Confeil , décédé rue
S. Antoine.
Le même jour , le corps de Demoiselle Marie-
Anne de Harville , fille mineure de Meffire Anne-
François de Harville , Maréchal des Camps &
Armées du Roi , décédée rue du Bacq , fut pré-
Lenté à S. Sulpice & tranfporté à Celle , route
d'Orléans .
L'Abbé des Gallois de la Tour , Abbé de l'Abbaye
de la Chapelle , Ordre de Prémontré , Diocèle
de Toulouze & Vicaire Général de l'Evêque
d'Alais , mourut à Aix en Provence le deux Janvier
, âgé d'environ 40 ans. Il étoit frere du fieur
des Galloys de la Tour de Glené, Premier Préfident:
du Parlement de Provence , & Intendant de
Province.
Le même jour , M. Georges Moneron "de las
Buffiere , Chevalier de S. Louis , Brigadier de las
premiere Compagnie des Moufquetaires , décédé
à l'Hôtel , fur inhumé à S. Sulpice.
Meffire Pachard , Prieur Commandataire da
Prieuré de S. Philbert de Nicelle , Diocife de la
Rochelle , eft mort le 3 , dans la foisante opziés
me aanér de ſon âge..
204 MERCURE DE FRANCE.
Dame Jean- Baptifte- Marie Blondot, veuve de Se
raphin Rioult de Curfay , Lieutenant Général pour
le Roi dans la Province de Poitou , & Colonel
d'un Régiment d'Infanterie de fon nom , mourut
le même jour , âgée de 63 ans.
Le mênie jour , fut inhumé à S. Paul Meffire-
Maximilien- Henri de Gravel , Seigneur de Neufs
fontaine Ménil , Maréchal des Camps & Armées
du Roi , ancien Capitaine du. Régiment des Gar
des - Françoifes , décédé rue &grand Cloître Sainte
Catherine.
Le même jour , on inhuma à S. Nicolas -des-
Champs Mefire Jean. Baptifte Robert Billet der
Muizon , Vicomte du Breuil , décédé rue de la
Corderie.
Le même jour, à S. Euftache , Pierre-Antoine
Maffon , Chevalier Seigneur de Vernou , décédé
rue des Bons- Enfans.
Le 4 , fut enterré à S. Germain- l'Auxerrois .
Dame Magdelaine- Anne Marquette , époufe de
Meffire Jean Charles Cofte de Champeron , Seigneur
de Marcouville , Realle , & c. Préfident à
la Cour des Aides , décédé rue S. Thomas-du-
Louvre.
Le même jour , on inhuma à S. Severin , Meffire
Daniel- Guillaume Tourres , Confeiller à la
Cour des Aides , décédé rue Poupée , âgé de Sz
ans .
Les , fut inhumée à S. Sulpice , Marie - Anne-
Charlotte de Rofen , fille de Meffire Anne - Ar
mand , Marquis de Rofen & de Bolwiller , Comte.
de Grammont , Baron de S. Remi , Lieutenant,
Général des Armées du Roi , décédée rue Pot-de--
Fer , âgée de 2 ans 8 mois .
Dame Marie de Puidevale de S. Marfal de Bon-
Coroz, Abbeffe de l'Abbaye de Buis , eft morte le
AVRIL . 17537 205
dans fon Abbaye à Aurillac. Elle avoit été nommée
à cette Abbaye le 25 Mars 1684.
Eaftache Louis Tannegur , fils de Meflire
Jean-Louis-Nicolas de Bafcie , Comte d'Argenteuil
, Lieutenant Général pour le Roi dans les
Provinces de Champagne & de Brie , Gouver
neur de la ville de Troyes en furvivance , & de
Dame Marie- Angelique- Philippe le Veneur ; efe
mort le 7 à Ville-Maréchal , près de Nemours ,
âgé de dix mois quelques jours. Il avoit été reçu
au berceau , Chevalier de l'Ordre de S. Jean de
Jerufalem.
Meffire Jourdan de Fleins , Abbé de l'Ab
baye du Rivet, Ordre de Cîteaux , Diocèse de Ba
zas , mourut le même jour en cette Ville dans la
foixante-troifiéme année de fon âger
Le neuf du même mois fur-inhumé à S. Sulpi
ce , Meffire Glaude de Sacardi , Comte de Vete
rani , ancien Capitaine de Marine , décédé rue du
Regard.
Meffire Charles d'Aftorg , Comte d'Aubarede
eft mort à Aufch le 10 , dans la foixante onzié
me année de fon âge.
Le même jour , Dame Marie Pourroy de Quin
fónnas , veuve de Meffire Claude de Veyne , Mar
quis da Bourg íès - Valence , eft morte à Valence
en Dauphiné , dans le Monaftere de la Vifitation
od elle s'étoit reti ée. Elle étoit dans la quatrevingt-
treizième année de fon âge , & n'avoit au
cune infirmité. 豐}
Le 12 , fut enterrée à S. Eustache , Marguerite
Bouffeau , veuve de Jaques Prezpain , décédée rue
du Joquelet , âgée de ico ans.
Le même jour , mourut à- l'Hôtel de Genève .
rue de Beauvais , Pierre - Jean - Laurent- Marie
Comte de Mean, Chanoine de la Chathédrale.der
206 MERCURE DE FRANCE.
Liége , & fut inhumé à S. Germain l'Auxerrois,
11 defcendoit de Jean de Mean , qui après la dé
folation de la Ville de Liege par Charles Duc de
Bourgogne en 1468 , s'étoit retiré à Herftal , lieu
frué près de Liége , & renommé par le féjour
qu'y a fait autrefois Pepin , pere de Charles Martel:
George de Mean , petit - fils de ce Jean de Mean,
étant retourné à Liége , en devine Bourguemeftre ,
puis Confeiller du Confeil Ordinaire , Gentilhomme
, reçu à l'Etat de la nobleffe du Pays , puis
érant veuf de Marie de Fraipont , fut Chanoine
de la Cathédrale de Liege , & enfuite Chancelier
fous le Prince Erneft de Baviere ; il eut plufieurs
garçons , mais une feule fille mariée au Baron de
Lamboy , qui fut mere du Général Comte de
Lamboy , & finit cette branche .
Laurent de Mean autre defcendant de ce Jeande
Mean de Herſtal , énoncé couſin de George
dans une preuve faite en juftice , fut aufli Bourguemeftre
de Liége.
Il avoit un frere nommé Jean de Mean , qui a
formé la tige des Barons de Mean , Seigneurs de-
Boler & de Méer , qui fubfifte encore .
Il eut deux fils , Pierre & Jean de Mean. Le
premier, Echevin de Liege , Commiffaire Décifer
de Maeftricht , & l'autre Confeiller du Confeil
ordinaire. Ce dernier a formé la branche des Ba-
Fons de Mean , Seigneurs de Pailhe , qui eft aujourdhui
éteinte , la derniere heritiere ayant épou--
fé M. le Comte de Liedekerke.
De Pierre de Mean naquit Charles de Mean ,
célébre dans la République des Lettres & la Jurif—
prudence.
Entre plufieurs enfans. de Charles de Means,
Pierre (on aîné a continué la ligne : un autre filss
noinmé Laurent de Mean , a été Miniftre. Plénis
AVR I L. 1753. 207
potentiaire de S.A. S. E. de Cologne Jofeph- Clé
ment de Baviere , au Traité de Rifwick ; & Jean-
Ferdinand de Mean fut Chanoine de la Cathédrale
& Grand Doyen de Liége. C'eſt à ces trois freres
,& leurs neveux , que l'Empereur Leopold envoya
de fon propre mouvement , un Diplome de
libre Baron du S. Empire , avec des éloges affez .
diftingués.
Charles Baron de Mean , fils de Pierre , époufa.
Dorothée de Hinis , dont on peut voir la généalogie
dans Butkens , Trophées de Brabant , tome 3.
Page 443 ,
Charles B. de Mean mourut jeune & ne laifla
qu'un fils unique nommé Pierre, pere de celui qui
donnedieu à cet article : celui - ci s'eft allié à Helene-
Jeanne de Waha , fille de Jean Charles , Baron
de Waha & d'Anne- Ferdinand de Selys , four
de François , Baron de Selys , Echevin de Liege ,.
& de François- Lambert , Baron de Selys , Chanoi
ne & Doyen de la Cathédrale de Liége.
Ce Pierre de Mean a été élevé à la dignité de
Comte par S. A. S. E. de Baviere . Il remplit les .
mêmes emplois que les ayeux ; Commillaire Dés
cifeur de Maestricht depuis 1713 ; Confeiller au
Confeil privé depuis 1720 , & du Confeil ordinai
Le depuis 1730.
Celui qui donne lieu à cet article étoit le cinquiéme
de fes garçons , Painé a été Chanoine de
la Cathédrale de Liége , Prevot de Sainte- Croix ,
mort en Fevrier 1749. Le fecond eft auffi Chanoines
Capitulaire de la Cathédrale de Liége , en
verta du Procès lasperial de l'Empereur regnant.
Le troifiéme a épousé eu Mai 1752 , Marie- Anne-
Françoife Comtelle de Hoenftroech , Chanoinelle
du Chapitre d'Ardenne , dont la mere née
Comtefle de Neffebrod , eft aujourd'hui Grande:
209 MERCUREDE FRANCE.
Maîtreffe à la Cour Palatine . TIE
11 a un frere cadet vivant , & il avoit deur
feurs , l'ainée mariée à Meffire Antoine Ulrick
Baron de Lambert de Urtembacht , Vicomte
de Montenack , Seigneur de Bergilers , l'un des
Pairs du Comté de Namur : & la cadette n'eft pas
encore établie...
Le même jour fut inhumée à Saint Sulpice
Dame Antoinette Dufrefoy , veuve de M. Antoine
, Comte de Laugaunai , décédée rue de la
Chaife , âgée de 74 ans.
Le 13 , fut enterré à Saint Sulpice M. de Ildefonte
, de Belle , de la Richardie , Chevalier &.
Penfionnaire de l'Ordre de Saint Louis , ancien
Major du Regiment Colonel - Général , Cavalerie ,
décédé rue des Canettes .
Le même jour , à Saint Jean en Grêve , fut inhumée
Dame Catherine- Nicole de Benoife , veuj
ve de Meffire Pierre Gruyn , Confeiller d'Etat,
Garde du Tréfor-Royal , décédée rue d'Orleans ,
âgée de 74 ans
* Le 14 , oninhuma à Saint Nicolas du Chardonnet
Mre. Jean - Baptifte Alexandre Armand, Comte
de Châteauvieux , Capitaine d'Infanterie , décédé
rue des Boulangers.
M. le Rouge , Abbé de l'Abbaye de la Cha
pelle-aux- Planches , Ordre de Prémontré , Diocele
de Troyes, mourut le 14, âgé de 7 ans. Il
étoit Chapelain ordinaire de la Reine.
Demoiselle Françoife ! - Magdeleine de Caux
eft morte à Paris le 15 , dans la trente-quatrième
année de fon âge , elle reftoit feule de la Maiſon
de Caux , qui étoit originaire de Normandie , &
établie en Bretagne dans le Comté Nantois. Une
branche de cette Maifon s'étoit établie en Angle➡
perre où elle s'eft éteinte.
AVRIL. 1753 209
M. Richard , Chapelain du Roi , & Abbé de
l'Abbaye du Val- Chrétien , Ordre de Piémontré ,
Diocéfe de Soifons , décéda le 16 âgé d'environ '
70 ans.
Le 16 eſt morte Dame Marie- Catherine Dutant
, veuve de Mre Céfar Petit des Landes , Con
feiller du Roi , Correcteur Honoraire en fa
Chambre des Comptes , mort le 17 Janvier 1741 .
Elle étoit fille de Mre Charles Darant , Confeiller
du Roi , Correcteur ordinaire en la même Cham➡
bre des Comptes , & de Dame Catherine Canterel
, fon époule. Du mariage defdits Sieur &
Dame Petit des Landes , fait par Contrat du 4
Mai 1693 , il ne refte que deux fils , Mre Antoine
Céfar Petit des Landes , Confeiller du Roi , Correcteur
ordinaire en fa Chambre des Comptes ,
garçon ; & Mre Charles Françoiſe de Paule Petitdes-
Landes , Confeiller du Roi , Auditeur ordinaire
en la même Chambre des Comptes , lequel
par Contrat du 21 Décembre 1745 , a époulé
Damoiſelle Eliſabeth Lemaiſtre , fille de feu Charles
Lemaitre , Ecuyer Confeiller Secretaire du
Roi , Maiſon Couronne de France & de fes Firances
, Confervateur des Hypothéques Honoraire ,
& Doyen des Subftituts du Procureur du Roi au
Châtelet de Paris , & de Dame Louiſe Guyon , fa
yeuve , duquel mariage il y a à préfent trois en
fans vivans , Marie- Elifabeth , Charlotte - Louiſe ,
& Charles-Jean.
La famille des Petit des Landes eft fort an
cienne ; elle eft originaire du Vendômois , & a
porté d'abord le feul nom de Petit ; pluſieurs de
cette famille ont été attachés par des titres honotables
aux fervices des Comtes & du premier
Duc de Vendôme. Depuis le 3 Octobre 1564 ,
noble Charles Petit , mari d'Anne de Loynes
210 MERCURE DE FRANCE.
Paraffis , fils de noble Jacques Perit & de Françoife
Bouchard , Dame du Tremblay prit le furnom
de Deflandes , à caule du Fief & Domaine des
Landes , fitué au Terroir des Roches- l'Evêque ,
Paroiffe de Lunay en Vendômois , lequel Fief
& Domaine il acquit de Catherine Symon , veuve
de Paul de Laulney , qui avoit été Nourrice de
Jeanne d'Albret , femme d'Antoine Duc de Ven .
dôme , à laquelle Symon , ladite Jeanne d'Albret
avoit donné par reconnoiffance ledit Domaine par
Lettres du 21 Jain 1954 , donation confirmée par
Antoine , Duc de Vendôme , par Lettres du 12
Septembre 1560 ; & encore par ladite Jeanne
d'Albret , pour lors veuve dudit Antoine , Duc de
Vendôme , par Lettres du 28 Mars 1952 , leldites
Lettres registrées à la Chambre des Comptes de
Vendôme le 7 Juin 1 563.Ce Domaine a depuis été
poffedé par Jacques Petit des Landes , Ecuyer , fils
dud. Charles , lequel l'a gardé toute la vie , conjointement
avec un autre Domaine qu'il a eu de Dlle
Marguerite l'Empereur fa femme , dans le Duché
de Montmorenci , à préfent appellé Anguien au
Village de Tours, lequel Domaine avoit été acquis.
par Jeanne Bourfier , mere de ladite l'Empereur,
le 15 Février 1586. Ce même Jacques Petit des
Landes , qui avoit été employé trente ans dans les
armées des Rois Henri IV. & Louis XIII. en
qualité d'Officier , fuivant qu'il paroît par les
Lettres du 7 Juin 1633 , regiftrées en la Cour des
Aydes le 3 Août ſuivant , a tranfmis ces deux Do.
maines à Gilbert Petit des Landes , Ecayer , fon
fils , pere de Célar Petit des Landes, dont eft men.
tion ci deffus , & c'eft pendant le bas âge de Céfar
Petit des Landes que Dame Marie Deborges fa
mere a vendu le Fief & Domaine des Landes fans
ceffer par fondit fils d'en porter le nom . Le DoAVRIL.
1753. 211
maine étant dans le Duché d'Anguien , eft encore
en la poffeffion des Sieurs Petit des Landes ,
qui font regardés comme les plus anciens Gentilshommes
du Duché , ce qui eft juftifié par les Regiftres
du Greffe & Tabellionage d'icelui.
Ils portent pour armes, d'azur , aux trois coquil
les oreillées d'or , deux & une .
Henti Louis de la Tour d'Auvergne , Comte
d'Evreux , le plus ancien des Lieutenans Géné
zaux des armées du Rot , & cr devant Gouverneur
de l'Ile de France , mourut à Paris le 20 dans la
foixante quarorzième année de fon âge . Il étoit
Als de Godefroi- Maurice de la Tour d'Auvergne ,
Duc de Bouillon , d'Albret & de Château- Thierry
, Pair & Grand Chambelian de France , Comte
d'Auvergne , d'Evreux & de Beaumont le
Roger , Vicomte de Turenne , Gouverneur de la
Haute & Baffe- Auvergne , mort le 25 Juiller
1721 ; & de Marie- Anne Mancini , niéce da fa.
meux Cardinal Mazarin , morte le 21 Juin 1714,
Le Comte d'Evreux a poſledé long - tems la Charge
de Colonel Général de la Cavalerie legere de
France. Sur la démiſſion qu'il en donna , le Prince
de Turenne , fon petit- neveu , en fut pourvûle 7
Juiller 1740. Il avoit été réſervé que le Comte d'Evreut
continuereit d'en faire les fonctions pendant
buit années , qui expirerent en 1748 ; le Prince de
Turenne a comencé dès lors à exercercette Charge.
LETTRE de M. Thillaye , Pompier à
Rouen , a l'Auteur du Mercure.
Onfieur , vous avez dans votre Journal du
•
lume de Décembre de la même année , cu la b
212 MERCURE DEFRANCE.
té de donner avis au Public de mes Pompes toutes
en cuivre , qui font de nouvelle conftruction , &
dont l'ufage eft de tirer de l'eau des puits trèsprofonds
; & vous avez , Monfieur , à la fuite de
de même avis prévenu le Public en ma faveur , à
caufe de ceux de mes ouvrages que vous connoiffiez
: voudriez- vous bien , Monfieur , pour jufti
fier & appuyer ce que vous avez avancé , rendre
public le jugement favorable que l'Académie des
Sciences a poité de mes Pompes , & dont voici le
Certificat .
Extrait des Regiftres de l'Académie Royale
des Sciences , du 23 Juin 1752 .
Meffieurs le Camus , & le Marquis de Courtie
vron qui avoient été nommés pour examiner une
Pompe préfentée par le Sieur Nicolas Thillaye ,
Pompier de Rouen , deftinée à tirer l'eau d'un
puits , & à l'élever , foit par le moyen d'un tuyau
montant , foit en le faifant fortir par forme de jets
par un ajustage retreci , pour s'en fervit en cas
d'incendie , en ayant fait leur rapport.
La Compagnie a jugé , que cette Machine dont
on trouve la defcription dans le Vitruve de M. Perrault
, au douziéme Chapitre du douziéme Livre , fous
le nom de Machine de Ctefibius , a éte exécutée par
le Sieur Thillaye avec le plus grand foin, & toute
Ta folidité qu'on peut defirer , que les corps des Pompes
font bien élaizés , toutes lesparties parfaite
ment bien ajustées , enforte qu'on ne peut rien defirer
de plus dansfes proportions fon exécution. En foide
quoi j'ai figné le préfent Certificat. A Paris , ce 28
Juin 1752. Signé , Grand-Jean de Fouchi , Secretaire
Perpétuel de l'Académie Royale des Scien
dest
A VRI L. 1753. 218
-S'il fe trouve dans ces Pompes & dans leurs dif
ferentes parties une proportion exacte , il résulte
de- là qu'elles doivent produire tout l'effet poffible,
étant d'ailleurs conftruites d'après les principes
des grands Maîtres , dont la plupart font Mem
bres de l'Académie des Sciences,
Outre ces avantages de bonnes proportions
bien conftatés par le témoignage & l'approbation
de Meffieurs de l'Académie , ces nouvelles
Pompes ont encore celui de pouvoir être démontées
& remontées fans frais , & avec précision par
quiconque fçaura ce que c'eft qu'une vis ; de forte
que fi par fucceffion de tems il fe trouvoit quel
que chofe à refaire aux foufpapes , piéces effen.
tielles à la Machine , on les peut déviffer de deffus'
leurs corps , & les mettre en poche pour les por.
ter à rajufter.
Meffieurs de l'Académie m'en ont demandé le
deffein , parce qu'ils les ont regardées comme un
monument digne d'être mis au rang de leurs Machines.
J'ai fait voir à Meffieurs de l'Académie , & aux
autres perfonnes qui fe font trouvées préfentes à
mes expériences publiques,, qu'avec une de mes
Pompes & cent pieds de boyaux de cuirs élevés -
perpendiculairement fur le toit de la Maifon des
RR. PP. Feuillans de la rue Saint Honoré , un
homme feul tiroit l'eau du puits , fur lequel cette
Pompe eft encore actuellement montée , & l'éle- *
voit à cent pieds de haut , & que lorsqu'on y
mettoit un ajuſtoir comme aur Pompes à incendie
, l'eau jailliffoit à cinquante pieds de plus
au-deffus de cent : cette expérience a été réitérée
depuis le commencement du mois de Mai jufqu'au
9 de Juin ſuivant.
Les meilleurs Connoiſſeurs de la Cour , M. le
214 MERCURE DE FRANCE.
Comte de Charolois , M. le Maréchal de Riches
lieu , & plufieurs Perfonnes de marque , ont été
curieux de voir ces nouvelles Pompes , & m'en
ont achetées , & j'ai la fatisfaction d'apprendre
que mes Pompes arrêtent lecours de beaucoup
d'incendies , & que leur utilité s'en fait de jour en
jour de plus en plus fentir. Je vous devois , Mons
feur , commeje crois devoir auffi au Public , ce'
récit du fuccès de mes Pompes , & je demande fi
peu à en être crú for ma parole , que j'offre de
donner aux acheteurs toutes les garanties qu'ils
exigeront de moi.
Je ne terminetai pas ma Lettre , Monfieur
fans vous remercier de la maniere dont vous m'as
vez annoncé dans le public , & dont vous avez
encouragé mon zéle.
Vous avez , Monfieur , pénétré mes vrais fen
timens , c'eſt l'amour du bien public qui m'anime
plus que tout autre motif: je pense qu'il eft du
devoir d'un bon Citoyen de ne point faire de my
tére de choſes utiles , & dont la vie & la fortune
des hommes peut dépendre à tout inftant.
Ainfi j'avertis , que bien loin de faire un ſecret
de la conftruction de mes Pompes , j'expliquerai
cette conſtruction , & j'en ferai voir les effets à
tous lesCurieux indiftinctement chez les RR. PP.
Feuillans , rue Saint Honoré, où eft mon magaſin.
J'y donnerai comme l'année derniere , mes expériences
tous les Samedis après midi, pendant le
mois de Mai1793.
Les Particuliers qui voudront de plus amples
explications pourront s'adrefler à Paris , an Sieur
Barbier, rue de vieils Auguſtins , vis-à vis le Bureau
des Eaux de Pally ,feul chargé de la commiſſion , ou
directement à moi , rue des Bons Enfans , à Rouen,›
Je délivre gratuitement les figures & les defcripAVRI
L.
215 175.3 .
tions de mes Pompes , & je n'ouvre que les Lettres
dont le port eft affranchi.
L
AVIS.
E fieur Peroret fait une Cire épilatoire pour
dégarnir les fourcils , le front , les joues , les
bras & les mains qui font chargés de poil I a
établi de nouveaux Bureaux chez le fieur Malivoir
, Marchand Parfumeur , rue Bar- du -bec
près la rue S. Mery , quartier Sainte Avoye ; &
chez le fieur Malivoir , auffi Parfumeur , rue des
Boucheries , Faubourg S. Germain. Le prix eft
de 6 liv. & de 3 liv . la douzaine , fuivant la groffeur.
Les Marchands donnent par écrit la maniere
de fe fervir de cette Cire .
J
APPROBATION.
'Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier
, le Mercure de France , du mois d'Avril.
A Paris , le i Avril 1753.
LAVIROTTE.
PIECES
TABLE.
FUGITIVES en Vers & en Profe.
La Solitude. Poëme , 3
Diflertation hiftorique & critique fur l'Invafion
d'Attila , Roi des Huns , dans les Gaules , 16
A un ami , qui m'engageoit à faire des Vers ,
Aflemblée Publique de la Société des Sciences &
Belles Lettres d'Auxerre ,
L'Aveugle & le Boiteux ,
so
$3
ཕ་
216
Le Renard imprudent ,'
Le Polyhiftor ,
55
16
Reflexions fur l'Imprimerie & fur la Littérature
59
Elzidor , ou le Déſeſpoir amoureux . Romance
en Vaudevilles , 72.
Septiéme Lettre d'un Pruffien à M. l'Abbé Raynal
, fur l'étude de la Philofophie chez les Allemands
,
82
Mots de l'Enigme & des Logogriphes du Mercure
de Mars ,
Enigmes & Logogriphes ,
Nouvelles Litteraires ,
Lettre à l'Auteur du Mercure ,
96
ICO
125
129
Lettre de M. l'Abbé de Brancas à M. de l'Iſle , fur
fon avertiffement , au fujet du paffage de Mercure
devant le Soleil ,"
Sujets proposés par l'Académie Royale des Sciences
& Beaux - Arts , établie à Pau , pour deux
Prix qui feront diftribués le premier Jeudi du
mois de Février 1754 , 142
Plan d'un nouvel ouvrage periodique de Littérature
, intitulé : le Mercure Danois ,
Nouvel établiffement pour l'éducation ·
144
149
Beaux-Arts. Explication des Ouvrages de Peinture
& de Sculpture ,
Chanfon du Devin du Village ,
Spectacles . Extrait du Devin du Village ,
Nouvelles Etrangeres ,
153
161
163
175
France . Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 188
Mariages & morts ,
197
Lettre de M. Thillaye , Pompier à Rouen, à l'Auteur
du Mercure ,
Avis ,
La Chanfon notée doit regarder la page 161.
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
211
215-
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI
MAI. 1753 .
LIGIT
UT
PARGAT
Chez
Papillow
A PARIS ,
La Veuve PISSOT , Quai de Conty,
à la defcente du Pont- Neuf.
CHAUBERT , rue du Hurepoix.
JEAN DE NULLY , au Palais.
DUCHESNE , rue Saint Jacques,
au Temple du Gout.
M. DCC. LIII.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
A VIS.
'ADRESSE du Mercure eft à M. MERIEN
Commis au Mercure , rue des Foffez S. Germain
PAuxerrois , au coin de celle de l'Arbre -ſec , pour remettre
à M. l'Abbé Raynal.
Nous prions très -inftarnament ceux qui nous adreſſeront
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le port
pour nous épargner le déplaifir de les rébuter , &à eux
celu de ne pas voir paroître leurs Ouvrages .
Les Libraires des Provinces ou des Pays Etrangers ,
quifouhaiteront avoir le Mercure de France de la premere
main, plus promptement ,
n'auront qu'à
écrire à l'adreffe ci- deffus indiquée.
On l'envoye auffipar la Pofte, aux perfonnes de Province
qui le defirent , les frais de la pofte ne font pas
confid rables.
On avertit auffi que ceux qui voudront qu'on le porte
chez eux à Paris chaque mois , n'ont qu'à faire fçavoir
leurs intentions , leur nom & leur demeure audit fieur
Merien,Commis au Mercure; on leur portera le Mercure
très- exactement , moyennant 21 livres par an , qu'il
payeront , fçavoir , 10 liv.. 10 f. en recevant lefecond
volume de Juin , ❀ 101. 10 S. en recevant leſecond
volume de Décembre. On les ſupplie inftamment de
donnerleurs ordres pour que ces payemens foient faits
dans leurs tems.
On prie auffi les perſonnes de Province , à qui on
envoye le Mercure par la Pofte , d'être exactes à faire
payer au Bureau du Mercure à la fin de chaque femeftre
,fans cela on feroit hers d'état de foutenir les
avances confidérables qu'exige l'impreffion de ces
ouvrage.
On adreffe lamême priere aux Libraires de Province.
On trouvera le fieur Merien chez lui les merere.
di , vendredi , & ſamedi de chaque semaine.
PRIX XXX. SOLS .
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU
ROI.
DE E
M A I. 1753 .
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
LES
LE
A
MONUMENS
PUBLIC S.
POEM E.
A MONSEIGNEUR
DAUPHIN.
Ugufte rejetton d'une tige féconde ,
Qui donne à nos climats les plus grands
Rois du monde ;
Souffre qu'à tes regards j'offre ces monumens
A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
Que la fageffe éleve , & que détruit le tems .
Reftes bien précieux des rares avant ges ,
Dont la terre a joui dans le cours des beaux âges
Il eft des monumens encor plus glorieux ;
Le Ciel les éleva dans ton coeur vertueux.
A la Religion dès l'enfance fidéle ,
Ton ame eut des vertus que mérita ton zéle ;
Et leur effain nombreux croiffant avec les ans ,
A comblé les deftius des Fénelons du tems .
Le Ciel fur tes vertus reglant ta deſtinée ,
Prépatoit à ton coeur un augufte Hymenée :
Il préfide aux doux noeuds de cet Hymen charmant
,
Que la tendreffe avoue autant que le ferment.
Par un heureux préfage il fait briller l'aurore
Du beau jour que bientôt il devoit faire éclore ;
Et couronnant enfin tes défirs & nos voeux ,
Il'accorde à la France un Roi pour nos neveux .
Les jeux avec les tis depuis cet heureux gage ,
Sembloient d'un long bonheur nous affurer l'ufage
;
Le plaifir en notre ame & s'éleve & s'accroît
Mais du bonheur humain que le cercle eft étroit
J'apperçois les Français plongés dans les allarmes
,
Et trop épouvantés pour répandre des larmes :
Je frémis avec eux de ce foufle infecté ,
Qui vient fouiller un fang qu'il avoit refpe &té.
MAI.
.5 1753
2
Mais le Dieu qui t'afflige , eft un Dieu qui t'éprouve
:
Il veille , & dans le calme enfin tout fe retrouve :
Maître de la nature , il la fait obéir ,
Et fixe au fang un cours qu'il n'ofera trahir :
Il te rend aux vertus d'une Epoule chérie ,
Qui , pour fauver tes jours , a méprifé la vie ;
Et par un même fort , dans le coeur des Français ,
Au trouble le plus grand fait fuccéder la paix.
Mufes qui préfidez aux plus nobles accens ,
Ranimez en ce jour mes fons trop languiffans ;
Celébrez par ma voix ces monumens auguftes ,
Qu'élevent à nos yeux des mains fages & juftes ,
Témoins de la grandeur des peuples & des Rois .
Et vous , vils monumens , qu'étale en mille en-
. droits ,
Ou le farouche orgueil , ou la folie altiere ,
Tombez , difparoiffez , rentrez dans la pouffiere.
Vos énormes fardeaux fur la terre apperçus ,
Qu'offrent-ils en effet à nos regards déçus ?
Le triomphe éclatant d'inutiles caprices ,
Et peut être celui des plus horribles vices ;
Trop funeftes tableaux des malheurs redoublés ,
Dont le poids fit gémir des peuples accablés .
Je laiffe à des pinceaux plus féconds en prodiges
Le foin ingénieux d'embellir ces preftiges.
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Moins pompeux , & plus vrai , par des accens
flatteurs
Je n'encenferai pas ces marbres impofteurs ,
Placés par l'arrogance, ou par la main des crimes.
A Peffor des vertus je confacre mes rimes ; ¦
Paroiflez , monumens , objets majestueux
Du bien de la patrie , & du refpect des Dieux .
Qui frappe mes regards ? Ah quel ſuperbe tem
ple ( 1 ) !
Avec éronnement l'univers le contemple.
Merveille de l'Afie , & des plus beaux talens t
Le feu dévorera jufqu'à tes fondemens .
D'un fcélérat fameux la fombre frénéfie ,
Pour s'immortalifer , hélas , te facrifie .
Arrête , malheureux , arrête , que fais tu
Eteins tes noirs flambeaux au ſein de la vertu.
Il eſt fourd à ma voix ; ô ciel , lance ta foudre ;
Il en eft tems encor , réduis , réduis en poudre
Ce facrilege bras levé pour t'outrager.
Mais en vain je l'implore en cet affreux danger ;;
Et la flâme à la main un fougueux téméraire ...
Tout le temple n'eft plus qu'une vapeur légeres
perte de tes murs par les arts embellis , La
A toute la nature arrachera des cris .
Quel eft cet édifice ( 2 ) offert par la victoire
( 1 ) Le Temple d'Ephefe.
( 2 ) Le Temple d'Apollon bâti à Rome par Auguste
après la victoire d'Actium. Il yfi conftruire un
MA I. 1753. 7
A ce Dieu qui préfide au Temple de Mémoire ?
La matiere & l'Ouvrage à l'envi l'ont orné ;
D'un char étincelant le faîte eft couronné ;
Et le Soleil affis fur ce glorieux Trône ( 1 )
Charme les Spectateurs , que fa lumiere étonne.
De célébres mortels revivent dans ces lieux ;
Et de l'efprit humain les monumens nombreux ,
Dont ce vafte édifice a décoré ſes voûtes ,
A de nouveaux tréfors vont nous ouvrir des routes.
Du féjour d'Apollon , malheureux habitans ( 2 ) ,
Ce Dien devient l'ami de vos fiers Conquérans ;
E: fenfible aux autels que lui dreffe un grand homme
,
Elle fait citoyen & protecteur de Rome.
Pégafe , les neuf Soeurs , & le double vallon
Patient dans ces beaux lieux que protége Apollon :
La Phocide eſt déſerte , & ce Dieu même entraîne
Dans le Tibre orgueilleux les eaux de l'Hippo
créne.
Romains par ce grand art , des Muſes emprunté ,
pacieux Portique pour une Bibliothèque Grecque &
Latine, Les Poëtes attachoient leurs ouvrages dans ce
Temple après les avoir fait approuver du Public. Properce
en fait la defcription dans la XXXIe . Elégie
du Liv. 2.
( 1 ) Auro Solis erat fupra faftigia currus .
Propert, Eleg. 31. Liv . 2 .
( 2. ) Les Grecs.
A iiij
S MERCURE DE FRANCE.
Inftruifez l'univers que vous avez dompté .
Peuples accourez tous à ce facré Portique ( 1 ),
Dans Solyme élevé par un Roi pacifique .
Quelle richeffe immenfe , & quel jour radieux
Frappent dans le lieu Saint mes trop débiles yeux !
L'encens brûle aux autels par la main des Lévites ,
Et l'on fert le vrai Dieu chez les Ifraelites.
Grand Roi , qui dédaignas d'affronter les ha
zards ,
Tu te plûs à former & protéger les Arts :
Tu fis régner la paix , l'équité , l'abondance ;
Saba vint rendre hommage à ta magnificence ;
Et méprifant ainfi les belliqueux exploits ,
Tu méritas le nom du plus fage des Rois.
Un Meſſie annoncé par des voix prophétiques ,
Nous ouvrira bientôt de vaftes Bafiliques :
Tombez , tombez , Chrétiens , aux pieds de vos
autels ,
Un Dieu defcend chez vous à la voix des mortels.
Révelez la Loi fainte , &-portez la lumiere ,
Où le Soleil commence à finir fa carriere .
Brifez , brifez ces Dieux follement invoqués ,
Plus foibles que les mains qui les ont fabriqués :
Réuniffez au joug d'une loi falutaire
Ces peuples adoffés aux confins de la terre.
Dénouez de l'erreur les malheureux liens ,
( 1 ) Le Temple de Salomon,
MAI. 1753.
Et répandez par tout des monumens chrétiens.
Princes & Citoyens , embelliffez vos villes
Par le concours des arts , par des travaux utiles ; .
Redoutez de l'oubli l'indigne obſcurité ,
Et tranfmettez vos noms à la postérité,
Le ciel qui nous donna les arts & l'induſtrie ,
Ne défend pas les foins qu'on doit à fa patrie =
Ces utiles travaux , & ces foins généreux
Confacrent les vertus & les talens heureux.
Telle autrefois l'Egypte en miracles féconde ,
Devint bientôt l'école , & l'ornement du monde.
Un Phare ici s'éleve , & brife les complots
De la fureur des vents , des écueils & des flots :-
Là forte t des Palais ; plus loin les yeux avides
Contemplent la hauteur de larges Pyramides ;
Et l'on voit ces grands corps , édifices fçavans ( 1 )
Fixer l'état du Ciel ,de la terre , & du tems .
A l'Egypre fçavante Athene rend hommage ,
Et la Grèce auffi tôt perce l'épais nuage ,
(1 ) M. de Chazelles étant en Egypte mefura les
Pyramides , trouva que les quatre côtés de la pliss
grande étoient exposés précisément aux quatre Régions
du monde. Or comme cette expofition fi jufte , doit
felon toutes les apparences poffibles , avoir été affectéepar
ceux qui éleverent cettegrande maffe de pierres ,
il y a plus de trois mille ans ; il s'enfuit que pendant
un fi long espace de tems rien n'a changé dans le
Ciel à cet égard , ou ce qui revient au même , dans
Poles de la terre nidins les Méridiens .
"
Eenten. Eloge de M. de Chazelles
A.W
10 MERCURE DE FRANCE.
Qui couvroit les climats d'une profonde nuit
Le jour fuccéde enfin à l'ombre qui s'enfuit :
Ces bords font animés d'une nouvelle vie ;
La matiere a perdu fa pefante inertie ,
Tout refpire ; & la toile , & le marbre , & Pakrain
,
Sous les doigts de l'Artiſte ont changé le deftin .
A fes riches vaiffeaux Athène ouvre un Pyrée ,
Spectacle auffi pompeux , que retraite affurée :
Un Senat ( 1 ) qui jadis avoit jugé des Dieux ( 2 )
Prononce les Arrêts fous des toits précieux .
La patrie attentive aux citoyens utiles ,
Affigne à leurs vertus de glorieux aziles ( 3 ) :
Elle anime , & chérit les vertueux travaux ;
Heureux fi l'univers lui donnoit des rivaux.
A d'effrénés foldats la Grece enfin ouverte
Prévit fon trifte fort , & foupira fa perte :
Trop foible , elle plia fous un joug déteſté ;
1terdit tous les arts avec la liberté.
>
Minerve fugitive aborde en Italie :
Par fes dons enchanteurs cette rive ennoblie ,
N'offrit de toutes parts qu'illuftres monumens ;
Le Tibre' fat bordé de pompeux bâtimens ,
Et l'orgueilleufe Rome effaça par fes charmes.
L'éclat du monde entier fubjugué par fes armes.
( 1) L'Areopage.
( 2 ) Neptune & Mars.
( 3 ) La Prytanée.
M A I. 17530
Le Dieu qui créa l'homme , & qui tient en les
mains
Des peuples & des Rois les fragiles deftins ,
Tranfporta les talens fur les bords de la Seine :
Q'Rome , ton éclat n'eft plus qu'une ombre vaine
.
Mais interromps le cours de tes juftes douleurs ;
Tu verras les Français réparer tes malheurs.
Le Français né guerrier , emporté par la gloi--
re ,
Qu'affurent aux Héros Bellone & la Victoire ,
Ne refpirant que Mars , & fes nobles ardeurs
Dédaignoit follement Minerve & les neufSoeurs..
Il porta la terreur au fein de l'Aufonie ,
Et foupçonna le goût des aits & du génie.
Le cifeau fut touché , l'équerre & le pinceau ;
Mais l'art chez nos ayeux fut long-tems au berceau
:
Enfin il s'échappa d'une trop longue enfance ,
Et verfa les faveurs dans le fein de la France.
Délicieux féjour des graces & des ris ,
Tu charmes nos regards , & confonds nos efprits t
Les arts imitateurs des traits de la nature ,..
Vont porter leur tribut à ton archite&tare ;
Et noblement grouppés fur des fonds éclatans .
Semblent ne redouter ni le fort ni le tems.
Je les vois s'applaudir , & triompher enfemble-
Au milieu de ces murs ( 1 ) où le goût les raffumble
( 3)Verfailles
A.vj.
12 MERCURE DE FRANCE .
Sous ces lamb is dorés tout fixe mes regards ,
Et le Palais des Rois eft le Temple des Arts .
Mais un nouveau prodige à mes yeux fe découvre
:
Quel mortel , ou quel Dieu deffina de ce Louvre
Le merveilleux contour , qui rend tout à la fois
La grandeur du génie , & la grandeur des Rois ?
Le féjour des talens ( 1 ) te donne un nouveau luftre
:
Tu reçus ce bienfait du Roi le plus illuftre ,
Toujours cher à nos coeurs , ainfi qu'à nos regrets,
De ce Roi couronne par Mars & par la paix ;
Qui toujours careffant la gloire & le génie ,
Conftruifit un trophée à la de te Uranie ( 2 ) ,
De ce Roi qui fixa dans des murs fomptueux (3 ) ;
Du foldat indompté les reftes glorieux.
Et toi , de ce beau fang digne & précieux gan
ge ,
Toi , dont les bataillons contemploient le courage
,
Lorſqu'aux champs de Bellone , ainſi qu'un fier
lion ,
Tu terraffois l'orgueil des enfans d'Albion ;
( 1 ) Les différentes Académies qui fe tiennent as
Icuore.
12 ) L'Obfervatcire.
( 3 ) L'Hôtel des Invalides.
MA I. 1753 17
Dans les fils des guerriers fais germer la vaillance
,
Pourfuis tes hauts deffeins , ( 1 ) & l'on verra la
France
Te devoir d'âge en âge un peuple de héros ,
Qu'auroit cachés le fort dans l'ombre du repos.
Pour une tendre fleut , qui n'eft qu'à fon aurore
,
Souffre que plein d'efpoir aujourd'hui je t'implore
:
Ce jeune rejetton , objet de mon amour ,
D'un pere qui m'eft cher , reçut auffi le jour.
Grand Roi , dont les bienfaits embelliront l'hif
toire ,
Daigne l'affocier au berceau de la gloire.
Le zéle & le devoir par de juft es efforts ,
Scauront de fon enfance animer les refforts .
Sous les yeux d'an Miniftre habile autant que fage
,
Il fera des vertus le noble apprentiffage ,
Et s'inftruira fans ceffe en cet augufte liệu ,
A bien fervir fon Roi , la patrie , & fon Dieu.
(4.) L'établissement de l'Ecole Royale Militaire.
14 MERCURE DE FRANCE.
婆婆婆爽
SUITE de la Differtation hiftorique &
critique fur l'invafion d'Attila , Roi des
Huns , dans les Gaules.
Ous allons voir en détail cette ba-
Ntaille fi fameufe , après la perte de
laquelle Attila va à Troyes , après avoir
fait fa paix avec Aetius , & de- là pourſuit
fa marche jufqu'au Rhin pour ne plus revenir
dans les Gaules ; & on verra diftinctement
le local du champ qui convient
en tout à la pofition que je viens de lui :
déterminer.
Attila avoit plufieurs Rois dans fon armée
, entr'autres trois freres , Rois des
Oftrogors , & Ardaric , Roi des Gépides ,
dont le génie & la valeur donnoient une
grande confiance aux troupes , & aufquels.
ce Prince commandoit comme à fes vaffaux
. Etant arrivé en Champagne vers la
fin du mois d'Août , ou au commencement
du mois de Septembre , & ayant choifi la
plaine de Méry pour y camper , il fir toutes
les difpofitions néceffaires pour ran
ger fon armée en bataille en cas de befoin
, & il fe détermina à bien recevoir fes
ennemis qui le poutfuivoient. Il faut obferver
qu'il laiffa devant lui le petit rui
MAT. 1753.
feau de Saint Georges , au delà duquel
étoit la petite colline fi importante par fa
fituation ; il crut qu'ayant fait fa retraite
c'étoit à l'armée ennemie à venir l'attaquer
& à lui livrer bataille. Mais Aetius jugea
plus à propos de laiffer rallentir le feu des
Huns , & content de s'être campé avec
avantage , il attendoit qu'Attila s'ébranlât
pour venir à lui & commençât l'action
, perfuadé que s'il prenoit ce parti ,
il feroit obligé de paffer le ruiffeau qui
couvroit fon aîle droite , & qu'il lui aufoit
été difficile de forcer , s'il attaquoit:
les Huns aidés de ce retranchement naturel
; fon deffein étoit de les attirer fur la
hauteur , dont il avoit fait garnir le revers
de fon côté par fes meilleures troupes ,
fans que les ennemis fe fuffent apperçus .
de ce mouvement.
Les armées avoient été mises en ordre
de bataille dès le matin ( du 9 au 10 Septembre.
) Attila, après avoir exhorté les
Huns à combattre vaillamment , leur inf
pira tant d'ardeur qu'il crut devoir profiter
de leur bonne difpofition ; il ne s'ébranla
que fur les trois heures après midi
& fit fonner la charge pour aller à l'ennemi
, ils'imagina qu'Actius vouloit éviter
une action décifive ; il penfa , que fi par
malheur. if étoit barra , la nuit qui ne tar
16 MERCURE DE FRANCE
;
deroit pas l'aideroit à fe fauver & fon ar
mée , & faciliteroit fa retraite dans fon
camp , ou que s'il entamoit l'ennemi i re- il
viendroit le lendemain matin à la charge.
Au premier fignal fon aîle droite paffa le
ruiffeau en bon ordre, & s'avança à grands
pas pour s'emparer de la colline , & enfuite
fondre de l'autre côté fur les Romains.
avec l'avantage de combattre de haut en
bas mais dès qu'ils furent à portée de monter
cette hauteur & d'en atteindre le fommet
, alors parurent les Romains qu'ils ne
croyoient pas . proche d'eux. Il y eut un
choc furieux ; il faut obferver qu'à l'heure
de cette action , qui étoit fur les troisheures
après midi , les Romains avoientle
Soleil à dos , & les Huns l'avoient en
face , ce qui étoit pour ceux- ci un grand
inconvénient . On fçait que d'habiles Généraux
ont fçu profiter d'un tel avantage ,
tels qu'Annibal , Pepin & Guérin de
Montaigu . Aetius auffi grand homme de
génie que brave Capitaine , fçut bien tirer
parti de cette circonftance les Romains en
profiterent habilement. Ils avoient encore
l'avantage du terrain, ils étoient tout frais,
ils firent lâcher pied aux Huns, Ils les
pourfuivirent en pente , & les menerent
toujours battans jufqu'au ruiffeau qu'ils
venoient de franchir mal à - propos. Us
M A 1.1753 . 17
firent un grand carnage des Huns. Ceuxci
fe rallierent vers le ruiffeau , ils y furent
accueillis par des troupes fraiches ,
& firent ferme ; les Romains encouragés
par leur premier fuccès les attaquerent
vivement. Attila voyant que le gain ou
la perte de la bataille dépendoit de ce
point critique , y accourut avec de nouvelles
forces . Aetius qui ne vouloit pas
manquer une occafion auffi favorable de
décider de la bataille en fa faveur , vint
avec Thorifmond fe mettre à la tête des
combattans. Il fit avancer des gros de Cavalerie
pour foutenir l'Infanterie ; le combat
fut violent & opiniâtre , on s'y battit
à découvert fans aucune rufe , avec
tout le courage qu'on peut défiter de
troupes & de braves foldats , animés par
la présence de leurs Généraux , & qui
veulent vaincre ou mourir. Conferuntur
acies utraque fortiffime ; nihil fubreptionis
agitur , fed aperto marte certatur .
Théodoric , qui commandoit l'aîle droite
de l'armée d'Aetius , s'étant apperçu du
mouvement qu'avoit fait Attila au centre
de fon armée pour aller au fecours, des
fiens , fe porta auffi avec un gros détachement
de Cavalerie vers l'aile gauche qui
étoit aux prifes avec l'ennemi. Sa préfence
augmenta la fureur ; les Huns furent
8 MERCURE DE FRANCE .
plufieurs fois fur le point de lâcher fe
pied , mais la préſence d'Attila ( a ) les
forçoit à refter , & les encourageoit à foutenir
les efforts des Romains , on le bartoit
par tout homme à homme , corps à
corps , la mêlée devint générale , prefque
toutes les forces des deux armées y étoient
accourues , jamais carnage ne fut fi horrible
, fi varié , fi cruel , ni fi opiniâtre.
Enfin les Huns commencerent à plier ,
on les pouffa par tout avec grande perte ;
ils tâchoient de regagner leur camp , en
faisant toujours face à l'ennemi , mais
bientôt la confufion fur générale , ils fu-
´rent enfoncés par tout ; on vit alors les
rives du ruiffeau ( b ) abandonné pleines
de corps morts & fon courant rouler
avec les eaux le fang à plein bord avec la
rapidité d'un torrent ; & ce qui fut éton-
,
(a) Et quamvis haberet res ipfa formidinem ,
præfentia tamen Regis cunctationem hærentibus
auferebat , manus manibus congrediuntur , bellum
atrox , multiplex , immane , pertinax .
( b ) Rivulus memorati campi humili ripâ prola
bens , peremtorum vulneribus fanguine multo
provectus , non actis imbribus ut folebat , fed liquore
concitatus infolito , torrens factus eft cruoris
augmento. Et quos illic coëgit in aridam fitim
vulnus inf. &tum , fuenta mixta clade traxerunt ;
ifti conftricti forte mirabili fordebant , potantes
fanguinem quem fudêre fauciati.
MAI. 1783. 19
nant ,c'eft que les vainqueurs tourmentés
de la foif, fe jettoient fur les bords pour
l'étancher , & buvoient ainfi le fang de
leurs camarades & des ennemis.
Lés Romains & leurs Alliés ,' ayant à
lear têre Aetius , Méroüée , Théodoric &
Thorifmond, renverferent tout ce qui ofoit
fe préfenter devant eux . Attila cependant
faifoit manoeuvrer fa Cavalerie pour
favorifer la retraite ; mais celle des Vifigots
qui venoit encore d'accourir à l'aile
droite , pour avoir la gloire de combattre
fous les yeux de fon Roi , & d'avoir part.
à la gloire de la victoire , engagea un combat
avec celle des Huns : il étoit déja tard,.
le jour baiffoit ; à peine fe connoiffoit- on ,.
tout étoit en confufion . Théodoric s'étant
trop avancé eut fon cheval tué fous:
lui , il tomba & il mourut , ayant été foulé
aux pieds des chevaux ; les Vifigots fçachant
que leur Roi étoit en danger ( a ).
devinrent encore plus furieux , ils attaquerent
les Huns en tête & en flanc , avec
une telle animofité qu'ils auroient percé
juſqu'à Attila , s'il ne s'étoit
"
promptement
( a ) Tunc Vifigothi dividentes fe ab Alanis , in
vadunt Hunnorum catervas & pene Attilam
trucidaffent , nifi providus priùs fugiffet fuofque
intrà fepta caftrorum , quæ plauftris vallatu babe
bat , reclufiflet .
20 MERCURE DE FRANCE.
retiré dans fon camp , où il eut la douleur
d'accueillir les débris de fon armée . Thorifmond
, pourſuivant trop vivement l'ennemi
, fe trouva avoir pénétré dans le
camp même d'Attila ; fon cheval fut tué ,
il fut heureuſement dégagé par les fiens ,
& retourna au camp des Romains. Aetius
eut la même avanture , & courut les mê
mes rifques ; peu à peu chacun fe retira.
Les Romains ne fe flattoienr de la victoite
qu'avec une certaine inquiétude , on ne
pouvoit encore fçavoir au jufte le nombre
des tués de part & d'autres Aetius étoir
perfuadé que la victoire lui coûtoit cher ,
par la refiftance opiniâtre des Huns & la
valeur d'Attila.
Les deux armées s'étant retirées dans
leurs camps ne furent pas fans allarmes ,
elles craignoient quelque furprife pendant
la nuit. Aetius voulut la paffer fur la petite
hauteur avec des troupes fraiches. Attila
rentré dans fon camp , fit travailler toute
la nuit à renforcer fes retranchemens ; il
fit mettre fur les chariots qui le bordoient,
des Gépides , gens habiles à tirer de l'arc .
Le lendemain au point du jour , Aetius
voulut reconnoitre le champ de bataille ,
il vit toute la plaine jufqu'au camp d'Artila
jonchée de corps morts , on en voyoit
des monceaux vers le petit ruiffeau , &
MAI. 1753. 21
s'appercevant que les fiens ne faifoient
aucun mouvement , & que tout étoit tranquille
dans leur camp , il ne douta plus de
leur défaite. Il fe fatta que la victoire
avoit fuivi fes étendarts , il en étoit d'autant
mieux perfuadé , que fi Attila ne s'étoit
pas crû vaincu il ne feroit pas reſté ſi
tranquille dans fon camp ; après s'être
avancé dans la plaine il entendit du bruit
dans le camp ennemi , c'étoit le fon vif de
plufieurs inftrumens de guerre que ce ,
Prince faifoit jouer pour s'étourdir fur
fon infortune , pour donner quelque confolation
à fes troupes & diffiper leur chagrin
, pour faire croire à fes ennemis qu'il
fe rejouiffoit de fa victoire .
Aetius ayant fait marcher fes troupes
pour fe rendre maître du champ de bataille
qui ne lui fut point conteſté , fit
lever les corps morts , & chercher avec
foin celui de Théodoric. On trouva que
le nombre des morts étoit de cent foixante
& dix mille hommes , dont cent vingt .
mille & plus étoient de l'armée d'Attila ;
on trouva enfin le corps du Roi des Vifigots
, on s'empreffa de lui donner les honneurs
de la fépulture avec tout l'appareil
militaire ; toute l'armée marqua beaucoup
de douleur , mais elle étoit temperée par
une certaine fermeté que donnoit la joie
22 MERCURE DE FRANCE.
de la victoire. Son fils Thorifmond marqua
en cette occafion , combien il étoit
fenfible à la perte d'un grand Roi & d'un
bon pere on peut coire qu'il fut enterré
à la vûe du camp ennemi , comme une
marque de triomphe fur la petite colline ,
dans l'endroit où eft aujourd'hui le Prieuré
de Saint Georges ; je puis même conjecturer
qu'on bâtit fur fon tombeau une
Chapelle à l'honneur de ce Saint , qu'on
a toujours regardé comme le Patron des
Vainqueurs & le Protecteur des combattans.
Toujours eft-il vrai qu'en cer endroit
dès l'an mil quatre- vingt- neuf , il y
avoit une Chapelle dédiée à ce Saint ,
lorfque le Chapitre de l'Eglife de Troyes
confentit à l'établiffement d'une Communauté
de Religieux dans cette Eglife , à la
priere d'Yves de Chartres. Quoniam apud
nos Ecclefia B. Georgii apta erat Divino
Servitio , placuit , &c. Vide Camuzatium
P. 117.
Je hazarde encore une autre conjecture
du nom de l'endroit où eft bâtie cette
Eglife ; on l'appelle Gannayum , Sanctus
Georgius in Gannayo . Or Gannayum , ou
Ganagium , felon M. Ducange , veut dire
guyn, ce mot vient de Ganare , qui veut
dire acquirere , gancare , emporter par for .
ce , & Gancum , veut dire une pique , un
javelot.
MA I. 1753 . 23
Thorifmond , après avoir rendu les derniers
devoirs à la mémoire du Roi fon
pere , brûloir du defir de vanger fa mort ;
il prit la réfolution d'engager toute l'armée
à combattre de nouveau contre Attila
; fur la propofition on tint Confeil &
on délibera fur le parti qu'on avoit à prendre.
Actius dont la prudence régloit tous
les fentimens , remontra qu'il étoit difficile
& dangereux d'aller attaquer Attila
jufques dans fon camp , qu'un ennemi défefperé
étoit à craindre , que ce Prince
pouvoit trouver dans fa valeur & dans fon
génie , des reffources pour rendre inutiles
toutes les attaques ; que fon camp étoit
entouré de chariots fur lefquels il avoit
poſté des gens braves & habiles à tirer de
Tare , & qui en défendoient les appro
ches ; qu'il étoit à croire qu'il avoit fortifié
fon camp par des foffés & des redou
tes ; que fi une fois on venoit à être repouffé
, les victorieux qui venoient d'obtenir
avec de grands dangers le gain de la
bataille pourroient fe décourager. Il ajouta
, que fon fentiment étoit de donner
feulement de fréquentes allarmes aux ennemis
fans entrer en action , afin de les
obliger d'abandonner leur camp ; qu'il
étoit à propos d'envoyer fouvent des partis
aux environs de leur armée pour leur
24 MERCURE DE FRANCE .
couper leurs vivres dont ils ne devoient
pas être bien pourvûs , & que par-là on
pourroit venir à bout de les réduire à toute
extrêmité.
-L'avis parut fi fage & ce confeil fi
avantageux , que tous les Princes & les
Généraux s'y conformerent , & Thorif
mond même , malgré la vivacité de ſon
âge , & l'envie de fe vanger , l'approuva .
On infulta donc le camp des ennemis
on coupa les vivres , on enleva des convois
, cette petite guerre dura quelques
jours ; Attila confus de fa défaite , & inquiet
de fa fituation préfente , étoit au
milieu de fon camp femblable à un lion
furieux qui fe voit forcé dans un bois . Il
craignoit qu'enfin fes ennemis ne vinffent
l'attaquer , le forcer & le furprendre dans
fes retranchemens ; il en fit faire un au
milieu de fon camp , & là il fit mettre
tous fes effets précieux , fon tréfor , les
plus beaux harnois de fes chevaux , les
riches dépouilles qu'il avoit enlevés dans
les Gaules , fon deffein en cas de malheur
étoit d'y faire mettre le feu , & de s'y jetter
lui même pour y périr , plutôt que de
tomber vif entre les mains des vainqueurs
Dans cette extrêmité il reconnut qu'il
s'étoit avancé trop inconfidérément dans
les
I
a
1
M A I. 1753
25
les Gaules , que les défordres affreux qu'il
y avoit commis en mettant tout à feu & à
fang , l'avoient fait regarder avec horfeur
; que jugeant de l'avenir par les premiers
fuccès , il avoit négligé de fe ménager
une retraite affurée , qu'il n'avoit pas
eu foin de choisir une Ville forte pour lui
fervir de place d'armes , & pour couvrir
fon armée en cas de befoin .
Ce Prince fi fier prit donc le parti de
s'hamilier : il propofa à Aetius fecretement
un arrangement qui étoit tel ; il faifoit
préfent à ce Général Romain d'une
fomme de dix mille fols d'or ; il lui promettoit
d'évacuer les Gaules , de s'en retourner
au-delà du Rhin fans s'arrêter , de
ne laiffer commettre à fes troupes aucun
acte d'hoftilité , de payer par tout où il
pafferoit , & il le prioit de le laiffer décamper
tranquillement fans le poursuivre
pour le combattre..
Actius reçut fes propofitions . Ce grand
politique confidéroit que fi les Viligots
reftoient encore long- tems avec lui , ils
pourroient exagerer leurs fervices & les
mettre à trop haut prix. Il redoutoit l'ambition
du Prince Thorifmond , qui ayant
encore fous fes ordres une puillante armée
, pouvoit entreprendre quelqu'invafion
fur les terres de l'Empire , d'autant
B
26 MERCURE DEFRANCE.
plus facilement qu'Aetius n'avoit dans fort
armée que des troupes la plupart auxiliaires
, compofées de différentes nations qui
auroient pû fe retirer quand elles auroient
jugé à propos. Il ne pouvoit même guere
compter fur Sandiban , Roi des Alains ,
quoiqu'il fût à la folde de l'Empereur ;
c'étoit un Prince inconftant & intereffé
qui pouvoit fe mettre du parti de Thorif
mond s'il y trouvoit fon avantage , il
étoit même capable d'aller chercher des
avantures utiles .
parve-
Ces confidérations déterminerent donc
le Général Romain à traiter avec Attila ;
par ce moyen il renvoyoit un ennemi formidable
, il fe défaifoit d'une groffe armée
alliée , il procuroit la paix ; on croit qu'il
la fouhaitoit par un défir fecret de
nir à l'Empire ; on fçait que le foupçon
qu'on en eut par la fuite , fut caufe qu'on
lui ôta la vie. Ce grand génie n'eut pas
de peine après cela à congédier Thorifmond
; il lui fit entendre qu'il étoit de
fon intérêt de retourner promptement à
Toulouſe , pour s'y faire reconnoître Roi ,
lui faifant obferver que s'il tardoit , un
des Princes fes freres pourroit prétendre
au trône ; qu'avec la nouvelle de la mort
de Théodoric on pourroit faire croire que
lui-même auroit été tué ; qu'il étoit bien
MA I.
27 1753 .
difficile de faire defcendre du trône un
Prince affez habile pour s'en être emparé ;
qu'il étoit bien plus fûr & plus prudent
de le prévenir . Thorifmond trouva ce confeil
fi bon qu'il en remercia Aetius , lui
marqua fa reconnoiffance , prit fes mefures
pour affembler fon armée & retourner
dans fes Etats ; cette féparation ne fe fit
fans doute qu'après qu'Attila eut décampé .
Alors , c'est-à- dire vers le vingt du
mois de Septembre , dix jours environ
après la bataille , Attila fous la foi du traité
qu'il venoit de conclure , décampa . Il
alla à Troyes , où il arriva avec des fentimens
pacifiques , fans toutefois quitter cette
hauteur qui lui étoit naturelle . S. Loup
qui en étoit Evêque , pouvoit bien avoir
appris la défaite de ce Prince, mais il avoit
tout à craindre d'une armée compoſée de
gens féroces & barbares , fi accoutumés au
pillage , & à commettre toutes fortes de
défordres ( a) : la Ville étoit alors peu confidérable
, elle n'avoit ni murs , ni fol
fés , ni fortifications ; fes Citoyens étoient
braves , mais en petit nombre.
Le Saint Prélat ayant mis toute fa con-
( a ) Ubi Hunni ad Tricaftium infefto agmine
venêre civitatem , patentibus campis fitam , &
nec armis munitam , nec muris ..... Vita Sancti
Lupi.
Bij
28 MERCURE DEFRANCE.
fiance en Dieu le Seigneur des Armées
après avoir raffuré fon troupeau , alla en
habits Pontificaux ( a ) affifté de fon Clergé
& des principaux de la Ville, fuivis de tout
le peuple au- devant d'Attila , pour le recevoir
à une des portes de la Ville qu'on
appelloit la Porte de Céfar. Cet Evêque
étoit éloquent , il avoit une phifionomie
qui prévenoit en la faveur ; fa réputation
le faifoit regarder dans toutes les Gaules
comme un homme d'une vertu fublime ,
& le modele des Evêques. Attila même
qui en avoit une haute idée , avoit conçu
pour lui beaucoup d'eftime : ce Prince
rut à la porte de la Ville ; alors Saint
Loup qui l'y attendoit , s'humilia devant
ce Prince avec cet air de candeur qui fiéd
fi bien aux Evêques , il le falua avec refpect
, il le complimenta , & lui demanda
4
pa-
( a ) Lupus habitu indutus Pontificali , cum
multitudine Cleri , Attila advenienti fit obvius ;
is facta falutatione interrogat Attilam quifeam
effet , quitot Regibus devictis , nationibus popu
lifque proftratis , urbibus everfis , cuncta fibi fubderet
Cui Attila , ego fum Rex Hunorum , At.
tila , flagellum Dei : ad hæc Lupus , & quis eft
mortalium qui Dei flagello refiftat Veni igitur
Dei mei flagellum , illoque utere , ut Deus con.
cedit ad hæc verba Barbarus emollitus , Trecen
fem urbem illafam tranfit .
Sic Nicolaus Olanus.
MA I. 29 1753.
qui il étoit ; j'ai , lui dit- il , un grand empreffement
de connoître ce Héros qui a
vaincu tant de Rois, qui a fubjugué tant de
nations , qui a foumis tant de peuples à fa
domination , qui a conquis fi rapidement
un grand nombre de Provinces , à qui toute
l'Europe a femblé rendre hommage : le
compliment étoit flatteur. Attila lui répondit
fiérement : je fuis le Roi des Huns ,
le fleau de Dieu. L'Evêque lui répliqua , ch
qui d'entre les mortels ofera réfifter au Acau
de Dieu Venez donc, fleau de mon Dieu ,
mais n'ufez du pouvoir que Dieu vous a
donné qu'avec la mesure qu'il vous infpirera.
Attila à ces paroles fentit dans fon
coeur des mouvemens d'eftime , de douceur
& de compaffion , il promit au Saint
Prélat que fon Armée en paffant par fa
Ville , n'y commettroit aucun défordre ; &
donna à ce fujet des ordres fi précis , que
les Huns la traverferent fans s'écarter en
rien du commandement de leur Prince ,
qui fçavoit le faire obéir.
Un autre Hiftorien affure qu'Attila ( a)
par le mouvement de Dieu , paffa par la
Ville d'une porte à l'autre, fans faire aucun
( a) Divinâ virtute tùm ipfe ( Attila ) , tùm exercitus
neminem videntes , tranfierunt per civitatem ,
& portâ ufque ad portam veluti cæcitate percuffi ,
ficque patria falvata eft. Petrus Equilimus .
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
mal ; que les Huns paroiffoient n'avoir
point d'yeux comme s'ils avoient été frappés
d'aveuglement.
Cette armée fut fans doute long- tems
à défiler , elle étoit encore nombreuſe &
avec beaucoup d'équipages , elle alla camper
de l'autre côté de la Ville vers l'Orient.
Je fuis porté à croire que Saint
Loup ravi de voir fa ville délivrée d'un fi
grand danger , engagea les citoyens à porter
par reconnoiffance , toutes fortes de
vivres & de rafraichiffemens à ces troupes.
Attila voulant exécuter fon traité avec
Aetius , vint le lendemain vifiter S. Loup.
On voit dans ce Prince par cette démarche
, les qualités que lui donne Jornandes
, d'être fidéle à fa parole ( a ) & de ſe
laiffer fléchir aux prieres de fes ennemis ,
tant il est vrai qu'avec de grands défauts ,
il avoit de grandes vertus.
Dans l'entrevûe que ce Prince ent avec
notre faint Evêque , il lui fit part de fon
infortune , en lui avouant la perte de la
bataille qu'il venoit de donner ; il lui fit
confidence du traité qu'il avoit fait avec
(a ) Attila bellorum quidem amator , fed ipfe
manu temperans , confilio validiffimus , fupplicationibus
exorabilis , propitius in fide femel receptis.
Jornandes.
MAI 1753. 31
Aetius , il lui fit entendre qu'il craignoit
quelqu'embûche de la part de ce Général
pendant la route qu'il alloit tenir pour s'en
retourner , qu'au moins Actius pour être
plus certain de fa promeffe & pour empê
cher que les Huns , s'ils étoient maîtres de
la campagne , ne vinffent à commettre de
nouveaux défordres , ne manqueroit pas ,
fuivant les lumieres de fa prudence , d'envoyer
une armée pour le fuivre , que cette
armée pouvoit groffir en chemin par les
habitans des Provinces qu'il avoit ravagées
, & entreprendre de fe venger , foit
en l'attaquant , foit en envoyant des détachemens
pour le harceler , lui couper
les vivres , & par là le réduire à des extrêmités
: il ajoûta qu'il fçavoit parfaitement
le grand crédit qu'il avoit dans les
Gaules , le refpect qu'on avoit pour lui ,
non -feulement à caufe de fa dignité , mais
encore à caufe des grandes vertus & des
talens que Dieu lui avoit donnés ; qu'il
avoit pour la perfonne des fentimens d'eſtime
& d'amitié dont fon coeur étoit pénétré
, qu'il le prioit avec confiance de
l'accompagner dans fa retraite , pour deux
raifons ; la premiere , parce qu'il lui ferviroit
d'otage pour la fureté ; la feconde
parce qu'il profiteroit du plaifir de fa converfation
, de fes inftructions , & de l'u
2
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
tilité de fes prieres , que peut- être fa converfion
étoit attachée à la complaisance
que ce Prélat auroit pour lui ; il finit par
fe recommander à fes prieres. Toute cette
converfation ſe fit par le moyen d'un interprete
nommé Humigafius ( a ) , parce
que ce Prince & le Prélat n'entendoient
pas les langues réciproques.
Ce Prince avoit penfé jufte , Aetius
le fit fuivre par une petite armée pour
l'obferver , avec ordre de camper toujours
à la vûe de celle d'Attila ; & afin de mieux
cacher leur petit nombre , il ordonna aux
Chefs ( b ) de faire allumer tous les foirs
dix feux à la tête de chique tente , afin de
faire croire que cette armée étoit nombreufe
: on a remarqué qu'elle étoit prin-
( a ) At immanis ille & ferus Attila , fidem
fancti viri altiori fenfu fufcipiens , pro fuâ exercitúfque
fui falute & incolumitate , fecum eum
vult proficifci ad Rhenum ufque , pollicens ei ubi
ventum fit , fe ipfum dimiffurum ; mox copia offertur
ab eo loco revertendi , non negatur reditus
, iter quoque indicatur , orat tyrannus fanc-.
tum virum ut velit pro ipfo Dominum deprecari ,
interprete ufus Humigazio. Vita Sancti Lupi.
( b ) Aetius fecum habens Francos , focium direxit
non tergum Hunnorum , quoufque Thoringium
à longe profequutus eft . Præcepitque fuis
ut unufquifque nocte ubi manebat , decem fparfim
focos foverent , ut immenfam, multitudinem
fimularent. Idatius.
MA I. 1753 .
33
cipalement compofée de François.
,
Attila arriva enfin fur les bords du
Rhin , & après avoir traversé ce fleuve
il renvoya Saint Loup avec une efcorte ,
& le combla d'honneurs. L'année fuivante
il fit une irruption en Italie ; après la
campagne , étant de retour à Strasbourg ,
il s'abandonna à la débauche , & mourut
d'une hémorragie de fang.
Saint Loup ayant pris congé de ce Prince
, revint dans fa ville Epifcopale , où il
fe vit en butte à bien des contradictions
au rapport de quelques Hiftoriens . C'eft
un fait que nous examinerons ailleurs.
REFLEXIONS..
On voit aifément par ce trait d'hiftorre
, le fruit de l'ambition & des ravagesdes
conquérans , qui font la honte , la
confufion , & la haine publique. On admire
avec quelle prudence Aetius conduit
tout cet évenement , avec quelle adreffe
il ménage les intérêts de tant de nations ,
dont les fecours lui devenoient néceffaires
dans des circonftances délicates & dange
reufes ; par fon courage il vient à boutde
terraffer & de chaffer hors des Gaules
le fleau de Dieu..
Mais quand on envifage tant d'évene
By
34 MERCURE DE FRANCE .
2
mens avec les yeux de la foi & de la Religion
, on reconnoît aifément que c'est
Dieu qui les conduit , qui les dirige ; il
amene des extrêmités de l'Europe une
armée formidable pour châtier les Gaulois
& les peuples qui les avoient conquis
les prieres des Saints défarment
fa juftice , une Sainte Geneviève prie le
Seigneur de délivrer la ville de Paris de
l'incurfion de ces Barbares , ils prennent
une autre route pour aller à Orléans
faint Anien , Evêque de cette derniere
Ville , prie pour fon peuple prêt à périr ,
& Attila léve le fiége de leur Ville qui
étoit aux abois , & prête de reffentir toute
la cruauté des Huns : faint Loup Evêque
de Troyes , obtient par l'abondance de fes
larmes , par la ferveur de fes prieres , que
fa Ville foit délivrée de l'extrême danger
dont elle eft menacée , & Attila y vient
comme ami ; ce Saint élevant fes mains
au Ciel pendant la bataille qui fe donne
dans la plaine de Mery , eft exaucé de Dieu ,
Attila eft vaincu , & fes prieres font plus
efficaces que toute la valeur des armes .
Dieu appaifé par les gémiffemens de fes
Saints , par les voeux de fes amis , renvoye
Attila au -delà du Rhin ; ne voulant plus
punir , il n'a plus befoin de fleau .
Si nous jettons les yeux fur le camp
M A I. 1753-
35
d'Attila , fur le champ de bataille arrofé
de tant de fang , où trouvons- nous les
trophées des conquérans ? où font les veftiges
de la grandeur de ce Roi fi puiſſant ?
C'est là où il a fait couler le fang des faints
Clercs envoyés par Saint Loup ; c'eft là
auffi que Dieu tire vengeance de ce fang
répandu fi injuftement : on voit encore les
trophées de ces Saints ; leurs tombeaux
monumens refpectables de leur courage &
de leur foi , feront toujours révérés , tandis
qu'on détestera la mémoire d'Attila . La
vraye gloire n'appartient qu'aux ferviteurs
de Dieu.
Non fequimur probabilia , nec ultra id quod
verifimile eft , progredi poffumus , & refellere
ne pertinaciâ , & refelli fine iracundia , parati
fumus.
Cic. Tufcul. Quaft . Lib. 2º,
Bvjj
36 MERCURE DE FRANCE .
E PITRE
A M. ** , furfon Mariage.
Nfin parmi fes efclaves
L'hymen a fçu te ranger ;
J'ai vu les triftes entraves
Dont il vient de te charger ,
Arifte , j'ai vu la femme
Qui va regner fur ton ame ,
Et que l'Amour t'a foumis ;
C'en eft fait ; & fa tendreffe
Va voir groffir fa richeffe.
Des pertes de tes amis.
Toujours occupé de plaire-
A l'objet qui t'a charmé ,
Tu te feras une affaire
Du doux plaifir d'être aimé ¿
Et tous ces amis d'élite ,
Dont le goût & le mérite.
Etoient affortis au tien ,
Bientôt dans ta folitude ,
Entre ta femme & l'étude ,
Ne feront comptés pour rien.
Bientôt ton ame affoupie
Par un amoureux poiſon ,
MA I. 17530 37
Oublira que chez Julie ( a ) ,
De ris , de jeux , de folie
Tu peux feul donner leçon ;
Et que l'aimable Thalie ( b ) ,.
L'efprit fin & la faillie ,
Perdant leur cher nourriffon ,
Sans toi baifferont le ton
Devant la mélancolie ,
Qu'y conduira la Raiſon .
Garçon , badin & folâtre.
Ton coeur s'amufoit de tout :
Epoux , il en faut rabatre ;
Nouvel état , nouveau goût.
Ces foupirs où fur les traces
Et des talens & des graces.
Tu venois tenir ton coin ;
Cette divine harmonie
Qu'Amphion ( c ) & Polymnie-
Font entendre chez P ....
Et qui t'attire & t'enchante ', '
N'auront plus rien qui te tente ;
Tout cela mene trop loin .
Trouvant dans le tête à tête .
De ta nouvelle conquête
Un plaifir toujours nouveau ,
(a ) Me . P...
(b ) La Comédie qu'on yjoue. -
c ) Mr. & Me. Forqueray..
38 MERCURE DE FRANCE
Ta main d'Hercule rivale
De la quenouille d'Omphale
Fera tourner le fuſeau ,
N'imitant dans ce fier mâle
Que ce qu'il fit de moins beau.
Boiffize ( a ) , ce lieu tranquille ,
Qui fur la fin des chaleurs
Te préparoit un azile
Contre les cris des plaideurs ;
Boiffize envain cet Automne
Etalera de Pomone
Les dons les plus précieux ;
Ces côteaux délicieux ,
Ces bords fleuris , d'où la Seine:
Ne s'éloigne qu'avec peine ,
Ne frapperont plus tes yeux ;
Ils ont reçu tes adieux .
Le Sage qu'on y révere ,
Dont l'efprit & la gaitė
Donnent à fon batiftere
Un démenti mérité.
P.... par fa politeffe
Aux lenteurs de ta molleffe
Envain fera le procès ;
De cet ami qui t'invite
D'y venir chercher un gîte
( a ) Villagefur les bords de la Seine , à dix-lieues
de Paris , où M. P…... a une Maiſon de campagnes.
MAI.
39 1753.
La voix fera fans fuccès.
Enchanté de ta campagne ,
Et peut -être un peu jaloux
Tu croiras que la compagne
Pourroit nuire à fon époux ;
Que dans ce féjour champêtre
Où le Plaifir parle en maître ,,,
Et ne connoît plus de frein ,
Un mari rifque trop d'être
Le confrere de Vulcain.
Pourquoi donc le mariage.
Transforme-t'il un époux ?
Non , non , Arifte eft trop fage
Pour fe féparer de nous ;
N connoît notre tendrefle ,
Son coeur qui pour nous l'en preffe ,
Va le rendre à l'Amitié ;
Laiffons paffer fon yvreffe ,
Dans peu plein de gentilleffe ,
Mais plus court d'un demi- pied ,
Il viendra faire pitié
A notre Bureau d'adreffe .
L'oeil battu , le teint blaffart ;
Dans peu , d'un ton emphatique ,
De maint exploit chimérique
Il viendra nous faire part ;
Mais , malgré fa Rhétorique ,
Nous n'en croirons pas le quart
En attendant que fenfible
40 MERCURE DE FRANCE .
A nos plaifirs les plus doux-
Il revienne parmi nous
Montrer la face rifible-
D'un chétif & maigre époux ;
Qu'il reçoive ici d'avance
Le compliment empreffé
D'un ami qui le difpenfe
De rendre le débourfé
D'un coeur défintéreffé
Qui fe pique de conftance..
L'hymen feroit offenfé
S'il faifoit cette dépense .
Pour bien faire fon métier ,.
Un époux dans fon ménage.
Doit avoir un coeur entier ;
Trop d'amitié le partage..
MAI. 1753 45
LETTRE
A l'Auteur du Mercure de France
fur les Traductions en vers.
Monfieur , je crois ne pouvoir mieux
adreffer mes plaintes qu'à vous ,
pour les rendre publiques avec fruit , &
leur donner dans le monde , & auprès des
gens de goût quelque autorité.
Il
y a long- tems qu'on nous reproche
que nous n'avons pas de bonnes Traductions
en vers , & cela avec raifon ; parce
que nos bons Ecrivains ont dédaigné la
gloire qu'il y a à y réuflir . On lit dans les
Lettres Perlanges que tout Traducteur ne
fera jamais traduit ; mais il fera honoré ,
récompenfé , eftimé. Une Nation voifine
de la nôtre , que nous nous faifons
un point d'honneur d'imiter , & de furpaffer
même quelquefois par bien des chofes
, compte parmi fes plus grands hom
mes les Traducteurs de differens Poëtes ;
que ne l'imitons- nous encore en cela ?
On fçait en France , & par tout le monde
lettré , le fingulier accueil que l'Angleterre
a fait à la Traduction d'Homere &
àfon Traducteur ; on fçait parfaitement
42 MERCURE DE FRANCE.
pour
que Dryden n'a pas eu moins de fuccès
la Traduction de l'Enéide ; Cruch ,
pour celle qu'il a faite de Lucréce , & c .
Les Italiens tout de même , fourniffent de
bonnes Traductions . Nous feuls , qui
pourrions nous occuper à cette étude
beaucoup plus utilement que tant d'autres
, & qui y fommes comme néceffités
par l'impoffibilité morale où l'on eft aujourd'hui
de rien écrire de nouveau , aimons
micux nous laiffer taxer , ainfi que
notre Langue , d'incapacité & de foibleffe
par les Etrangers , que de leur prouver le
contraire , comme il feroit aifé de le faire ,
& d'abandonner l'ineftimable honneur de
réuffir dans des Opéra & des Contes de
Fées , & de paffer aux yeux de nos voifins
, ainfi que de la postérité , pour des Auteurs
originaux.
Je crois qu'on peut s'exempter de la régle
, & ceffer d'être à la mode pour un
moment.
.
Les Homere , les Virgile ont encore
des admirateurs après deux mille ans &
plus ; & je vois que tel Roman , telle Hiftoriette
vantée , fêtée , courue la veille ,
ceffe d'être connue le lendemain.
Nos Opéra , tout de même ; nos Piéces
à Tiroir , tout de même. Nos Comédies
du bon ton , & nos Tragédies , où on vouMAI.
1753. 43
droit auffi l'introduire , n'ont pas un meilleur
fort.
Cela n'arriveroit pas fi nos Auteurs tragiques
preffés de la produire , fe donnoient
la peine que demandent de longs ouvrages.,
s'ils travailloient à fe former le goût ,
le jugement , & à régler leur imagination,
(je parle de ceux qui en ont ) s'ils lifoient,
traduifoient , méditoient les bons modéles
en tout genre , principalement dans
celui où ils veulent s'exercer.
Vos exemplaria Graca ,
Nocturna verfate manu , verfate diurnâ ,
difoit Horace aux Romains , qui nous va
loient bien .
Je ne prétends point vous dire que j'aie
attrapé le but que je propofe , dans le peu
d'imitations que j'ai l'honneur de vous
envoyer ; je puis dire feulement que je
l'ai cherché. Ma vanité & l'ambition de
l'efprit ne font pas affez grandes chez moi
pour me faire croire que j'aie réuffi dans
de pareils efforts. Si j'ai effayé de rendre
quelques endroits des Auteurs qui
m'ont plû , ce n'a point été pour lutter
contre eux , ni chercher à les furpaffer ,
après les avoir égalé , mais feulement pour
céder à l'enthouſiaſme qui m'entraînoit ,
& leur payer en quelque façon une forte
44 MERCURE DE FRANCE.
de tribut , en reconnoiffance du plaifir
qu'ils m'avoient procuré .
Je fuis , Monfieur , & c .
Baillet de Saint- Julien.
A Paris , le 16 Mars 1753. 1
Traduction libre du fecond choeur de la
Troade de Seneque * , Verum eft an timidos
, c.
N'Eft-ce point un vain bruit par la peur ene
fanté ;
Et l'ame furvit- elle au corps qu'elle a quitté ?
Les mortels une fois privés de la lumiere
Recommenceroient - ils leur pénible carriere?:
Et trop infortunés tant qu'ils font ici - bas ,
Le feroient-ils encore au - delà du trépas ?
Non : cette auftére loi paroît trop dure à ſuivre :
Tout eft fini pour nous , quand nous ceffons de
vivre ;
Et cet efprit borné que tant nous admirons ,
S'ufe , languit , s'éteint , & meurt quand nous
mourons.
Tout ce que l'Océan entoure de fon onde ,
C'est moins les penfées de Seneque qu'on a prétendu
rendre ici , que la vigueur de leurs expreffions , &
toute la force de leur énergie . On n'ignore pas dans
quel difcrédit eft tombé de nos jours le matérialiſme
avec tant de raison.
MA I.
45 . 17331
Ce que voit du Soleil la courfevagabonde ,
Doit fe confondre au fein dont on l'a vu fortir ,
Le néant eft le terme où tout vient aboutir.
Le tems dévore tout , les effets &leurs cauſes ;
Et l'ame fuit les loix que fuivent toutes choſes.
Pourquoi donc fe troubler , & qu'eft- ce que la
mort ?
Un inftant qui finit les duretés du fort ;
Où le perd de nos fens l'aveuglement extrême ,
Que rien ne sçauroit fuivre , & qui n'eſt rien luimême.
L'homme , quand une fois fon fort eft terminé ,
Devient ce qu'il étoit avant que d'être né .
Imitation de l'Epigramme 57 du XIº, Livre
de Martial , Quod nimium laudas , &c.
Philofophe orgueilleux , tu veux que je t'admire
Dans ces voeux infenfés que tu fais pour la mort :
Ton courage eft divin ! mais dis , qui te l'infpire ?
Ta force ne te vient que de ton mauvais fort.
Tu n'as , infortuné , ni feu , ni lit , ni table ,
Pour amollir ton pain , tu n'as d'eau que tes pleurs.
O courage étonnant ! ô force inimitable !
De braver une mort qui finit nos malheurs.
Rougis de ta foibleffe , & d'une lâche envie ,
Ne fais plus vanité , Philofophe orgueilleux :
Le courage n'eft point à méprifer la vie ,
Mais à la fupporter quand on eft malheureux .
46 MERCURE DE FRANCE.
Traduction de l'Epigramme 22 du premier
Livre , Cùm peteret Regem , &c. C
Trompé dans fa valeur , Mutius en furie ,
Immola dans les feux fon bras à la Patrie,
Porfenna fufpendit ce prodige iuhumain :
Il tremble ; il ne peut voir ce qu'endure un Ros
main ;
Et l'ennemi , des feux arrachant ce grand homme,
Le conduit du fupplice aux triomphes de Rome.
Ocourage ! o vengeance ! ô glorieuſe erreur !
Le bras eût- il plus fait , s'il eût été vainqueur.
Traduction de l'Epigramme 41. de l'Allamannifeudo
dette à Caton quando morio,
&.c.
Caton , le fer en main , prêt à finir fon fort ,
Raffura par ces mots ceux qui craignoient ſa mort :
Ceffez de me flatter d'une lâche efperance ,
Je hais tout dans Céſa : juſques à ſa clémence .
Apprenez aujourd'hui qu'un Romain , que Caton
Suit bien moins fon courroux , qu'il ne fuit fen
pardon.
MAI 47 1753.
RETRAITE PHILOSOPHIQUE.
UN petit toit humble & ruftique
Charmant azile de la paix ,
Où mes ayeux , dans la pratique
De la fageffe & des bienfaits ,
Ont coulé des jours pleins d'attraits ,
Dans un loifir philoſophique :
Un vignoble , un taillis , des prés ,
Des terres cultes , des marais
Formant un domaine modique ,
Quelques meubles faits à l'antique ,
C'est tout le bien qu'ils m'ont laiffé ,
Et quelque vertu domestique ,
Fruit des moeurs du fiécle paflé.
C'eft là que dans l'indépendance ,
Méprifant le frivole éclat
D'une faftueule opulence ,
Je vis content de mon état ,
A l'aide d'une honnête aifance :
Où fans coulis , fans quinteffence ,
Sans jus , fans tout cet apparat
Inventé par l'intempérance ;
Sans défir pour le fuperflu ,
Qu'un luxe avide & foutenu
Fait convertir en néceffaire ;
MERCURE DE FRANCE.
Quand je n'ai que moi pour témoin ,
Je mefure mon ordinaire
Au niveau du fimple befoin.
Bien précieux , tréfor facile ,
Heureufe médiocrité !
Pofition douce & tranquille ,
Où l'innocence & la fanté
Retrouvent toujours un azile !
Ah! fi l'homme étoit moins docile
Al'efprit de cupidité !
S'il fentoit votre utilité ,
Revenu de l'erreur commune ,
Il connoîtroit la vilité
De tous les biens de la fortune ;
Ces faux biens ou portent les voeux
Ne fçauroient faire des heureux.
Qu'il affecte de le paroître ,
C'eſt en vain , l'orgueil le féduit.
Seroit-il vrai ce que l'on dit ,
Qu'on eft beureux lorfqu'on croit l'être ?
Si c'eft là la félicité
Par les mortels fi défirée ;
S'il faut que fa réalité
Soit le feul effet de l'idée ,
Une imagination bleſſée ,
Sans ceffe fertile en projets ,
Pourra donc , fans être bornée ,
Réalifant
MAI .
1753.
Réalifant des vains objets ,
Donner du prix à la fumée .
Détrompons nous bien. Le bonheur
N'eft pas le lot de cette vie ;
La fortune la plus fuivie ,
Le plaifir le plus féducteur ,
Dont l'ame puiffe être ravie ,
Laiffent un vuide dans le coeur :
On éprouve encor qu'il foupire
Pour d'autres biens , d'autres plaifirs
Ce font toujours nouveaux défirs.
Eft- on heureux quand on défire e
Il est un état cependant ,
Etat qu'aucun défir n'enflâme ,
Etat heureux par conféquent ;
Il nous vient du calme de l'ame ,
La fageffe en ourdit la trame.
Cet état heuteux & content ,
Je le trouve dans ma retraite ,
Où je raffemble quelquefois
D'amis une troupe difcrete ,
Dont les moeurs célébrent mon choix
Les jeux , les ris , font de la fête
La tempérance y fait les loix.
D'une profufion homicide
Fuyant les dangereux apprêts ,
La délica effey décide
C
fo MERCURE DE FRANCE.
De l'élégance de nos mets ,
Et d'un vin d'une triple automne
Verfé par la fobriété ,
Affaifonné par la gayté
Qui de tems en tems nous redonne
Quelqu'amufante vérité.
La fageffe n'eft point fauvage:
Jamais la fombre austérité
Ne rendit le portrait du ſage ,
Dont la contexture eft l'ouvrage
Du pinceau de l'aménité.
Quoique feul , la troupe éclipſée ,
Le trifte ennui fuit loin de moi.
A chaque inftant de la journée
J'affigne toujours un emploi.
Aux progrès d'une jeune plante,
Je donne des foins empreflés ;
J'élague une treille abondante
Dont les rameaux font trop preffés
Ou j'arrose une Aeur naiflante .
Tantôt grimpé fur un côteau ,
J'admire le brillant tableau
Du fpectacle de la nature.
Tantôt affis fous un berceau
De chevre-feuil , d'autre verdure ,
Je m'amufe de la lecture
D'un livre de pur agrémént,
M A I.
SL 1753.
Tantôt un plus intéreffant
M'inftruit à faifir la meſure
D'une morale exquife & pure ;
A maitrifer les voluptés
Et les paffions qui nous ravalent ;
A prifer les commodités ,
Précisément ce qu'elles valent ;
Arehauffer le prix des moeurs ,
A me donner des vertus neuves ,
A prendre des Dieux bienfaiteurs ,
Le bon tems comme des faveurs
Le mauvais comme des épreuves ;
A fuivre enfin de la raiſon
La belle & fage économie.
C'eft ainfi que prenant leçon
D'une faine philoſophic ,
Comme on fort d'une compagnie ,
Où fans délice & fans chagrin ,
Chaque auteur a fait la partie ,
Je verrois finir mon deſtin ,
Sans aucun dégoût pour la vie ,
Sans aucun regret de ſa fin.
DUCASSE , Avocat à Tonneins,
Cij
* MERCURE DE FRANCE,
SECONDE LETTRE
SUR
L'IMPRIMERIE.
DE L'ORIGINE
ET DES PROGRES DE CET ART.
A M. le C. de S.
E
N vous promettant , Monfieur , de
repondre à la queftion que vous me
fites l'honneur de me faire fur l'inventeur
de l'Imprimerie. , je prévoyois bien que
c'étoit un engagement férieux que je prenois
avec vous , dont vous ne me tiendriez
pas quitte fi- tôt. Je vais donc, fuivant vos
défirs , vous entretenir aujourd'hui de l'origine
& des progrès de cet Art qui fait fi
juſtement vos délices ,
Si quelque chofe doit vous furprendre
par rapport à l'origine de l'Imprimerie ,
c'eft qu'on ait été fi long- tems fans la découvrir
car de tout tems l'on avoit eu
fous les yeux tout ce qui pouvoit en donner
l'idée .
Dès le commencement du monde l'on
gravoit fur la pierre , témoin les deux taMÁI.
1753: $3
bles fur lesquelles furent tracés les arti
éles de la Loi divine.
Chez les Egyptiens , ces pyramides qu'on
élevoit avec tant de pompe & de magnificence
étoient chargées de caractères
hyéroglyphiques : les Grecs fi adroits ( a )
& fi ingénieux dans tous les Arts , & les
Romains qui les fuivirent , écrivoient ordinairement
avec une aiguille , ou un ftile
d'acier , ou d'autre métal fur de fines
écorces d'arbres enduites de cire ; ils gravoient
même foit en creux , foit en relief,
leurs Loix & d'autres ouvrages fur des tables
de plomb , de cuivre , & de bronze
( b ). Il paroiffoit donc aifé , après avoir
gravé toutes ces planches , de les approher
fur un fable fin & préparé exprès
(a) Du Tillet : Effais fur les honneurs rendus
aux Sçavans. p. 3226
(b) Dès la plus haure antiquité l'on voit des
lettres , des mots & des difcours taillés & gravés
fur le marbre , fur des corps beaucoup plus durs
& plus difficiles à tailler que le bois . Les Livres
d'airain, TABULA ANEA , étoient des tables de cuitre
où étoient gravées les limites des terres que
les Romains affignoient aux foldats de leurs colonies.
L'Ecriture Sainte nous apprend que Judas Machabée
envoya à Rome des Ambaffadeurs qui en
rapporterent un traité d'alliance entre les Juifs &
les Romains , gravé fur une table de cuivre . Dans
le Dialogue de Platon , intitulé Minos , on lit que
de Roi de l'ifle de Candie , qui vivoit plus de 1200
Ciij
$ 4 MERCURE DE ERANCE:
qui en auroit pris l'empreinte. Il eft vrai
que dabord ces lettres feroient venues à
rebours ; mais la réflexion leur auroit bientôt
fourni le moyen de les redreffer , en
les
gravant enfuite à contre- ſens , où d'une
maniere oppofée . Pour lors ils auroient
employé fur les planches gravées , l'encre
ou quelqu'autre liqueur colorée dont ils
avoient ufage , pour imprimer fur leur papier
les caractères qu'ils auroient gravés
fur les planches.
Mais il y a plus . Il femble que Ciceron
( a ) ait entrevû tout la méchaniſme
de cet Art ; l'on croiroit même qu'il ne
parle que d'après l'épreuve , lorfque voulant
donner un éxemple d'une chofe imans
avant J. C. envoya dans les Provinces Talu ,
qui fit porter avec lui les loix du Royaume , gravées
fur des lames d'airain . Plutarque dans fes
Apophtegmes laconiques nous apprend qu'Age--
filas , Roi de Sparte , voulant animer les foldats
au combat , imagina la maniere d'imprimer des
lettres comme on le fait par des tables gravées : il
imprima donc dans fa main le nom de la victoire
Viky & ayant preflé de cette main le foye de
Panimal que le Devin venoit d'égorger , il montra
ce mot heureux qui fut regardé par tous les
affiftans , comme une prédiction divine qui auroit
fon effer.
(a ) Ceci est tiré en partie d'une petite Differtation
imprimée dans le Mercure de Fevrier 1749
P. 34a
MAI.
SS 1753
poffible ( a ) , il dit : cela eft auffi poſſible
que fi vousjettiez en l'air une quantité de caracteres
d'or ou d'autre métal repréfentant nos
21 lettres , & qu'en tombant ils fe rencontraf
fent affez juste pour préfemer un fens : pour
moi , continue Ciceron , je fuis perfuadé que
quelque gran le que fût la quantité de ces caractères
, vous n'y rencontreriez pas unfeul
vers d'Ennius,
Voila bien tout le myftere de la Typographie
à découvert , caractères de fonte ,
caractères séparés & ifolés , qui pouvant
recevoir entr'eux différentes places , font
en état de préfenter tous les difcours poffibles.
Ne croiroit- on pas que Ciceron
en parlant comme il fait , a vu une de nos
Caffes . Mais voici quelque chofe de plus
furprenant encore , puifque ce que Ciceron
dit n'eft qu'un difcours , au lieu que
voici des faits.
Les Anciens avoient le fecret de jetter
des médailles en fonte , par conféquent
fe fervoient de poinçons & de matrices.
Or ce qu'ils faifoient en grand , ils pou-
(a) Voici le texte : Si innumerabiles unius &
vigintiforma litterarum vel aurea quales libet , aliquò
conjiciantur ... non intelligo cur non idem putet
poffe ex bisin terram excuffis annales Ennii , ut deinceps
legi poffint effici , quod nefcio an ne in uno quidem
verfu poffit tantùm valere fortuna. De natura Deo-
Bum, Lib. 2. chap. 93.
C iiij
56 MERCURE DE FRANCE .
•
›
voient le faire en petit. De- là , comme
vous voyez , Monfieur , jufqu'à l'Imprimerie
il n'y avoit plus qu'un pas à faire
& n'eft- il pas fingulier que touchant la
chofe prefqu'au doigt , les Anciens ayent
laiflé écouler 5500 ans , fans arriver à la
découverte de l'Imprimerie , eux qui furent
les inventeurs de tant d'autres Arts ?
Cependant on y parvint enfin.
Il eft des tems marqués où le Ciel découvre
aux yeux des mortels des trésors
qu'ils ne connoiffoient pas , & où ceffant
pour ainfi dire d'être avare , il enrichit
fubitement l'univers de découvertes ineftimables.
Ce fut au milieu du XVe fiécle
pourtant d'ignorance & de barbarie , qu'un
homme l'antiquité eût dit un Dieu ) découvrit
ce fecret divin : ce fur vers l'an
1440. Guttemberg en fut le pere , & Mayence
le berceau (a ) .
Il s'écoula environ dix - fept années
avant que la premiere production pût paroître
au jour : ce fut alors que toutes les
parties de l'Europe étonnées & jaloufes de
tout le merveilleux de cet Art , difputerent
à l'envi , l'honneur de le pofléder .
Ainfi de l'Allemagne lieu de fa naiffance
l'on voit l'art de l'Imprimerie paffer en
(a) On s'est étendu fur ces objets dans la Let
tre inférée dans le Mercure de Mars . pag. 57.
MAL 1753 57
Hollande , de Hollande en Angleterre ,
d'Angleterre en Italie , d'Italie en France
, de France en toutes les parties de l'Europe
connue. Chaque Ville fe fait un honneur
d'être la premiere de fa Province à
eflayer ce bel Art. Je vous ennuyerois
Monfieur , fi je vous citois feulement les
noms des Villes chcz qui cet Art s'établit ;
& pour vous faire juger par un feul exemple
de la rapidité & de l'étendue de fes
progrès , il fuffira de vous dire qu'avant
la fin du fiécle où cet Art prit naiſſance
c'eſt- à-dire, en quarante ans ou environ l'on
compte jufqu'à 193 Villes qui l'adopterent
& en donnerent des productions . ( a ) .
Etavec quel honneur cet Art fut- il traité
en Allemagne , fous les Fauft & Scheffer
, à Mayence ; Eggeftein , à Strasbourg ;
en Hollande , fous les Cofter , à Harleim ;
les Frobens & Oporin à Bâle ( b ) ; Plan-
(a) On peut confulter l'Hiftoire de l'Impri
merie , par Profper Marchand , qui finit fon ouvrage
par la lifte de toutes les Villes qui ont éta
bli l'Imprimerie chez elles .
( b ) Froben avoit fept preffes feulement pour
Pimpreffion de fon S. Auguftin , dont il ne fit
pourtant que les deux premiers volumes. C'eſt le
S. Auguftin d'Erafme de 1529. 10 vol . Chevilliers
, Hiftoire de l'Imprimerie. p . 131. Oporin avoit
chez lui trente -deux prefles roulantes. Jouvenel de
Carlencas, T. 3. P. 41.
Cv
18 MERCURE DE FRANCE.
tin , ( a ) à Anvers. En Italie , fous les
Sweynheym ; Pannarts & Uldaric , à Rome
; les Janfon , les Manuces & les Vende--
lins à Venife; en France fous les Friburger,,
Crants & Géring , à Paris ; fous les Gryphes
, à Lyon : l'Angleterre n'a - t - elle pas
produit un nombre de célébresImprimeurs ,
d'autant plus jaloux du fuccès , qu'il leur
avoit plus coûté pour ofer établir un Art
auffi grand & auffi utile ( b ),
( a ) Un Voyageur étoit tenu n'avoir rien vu en
Hollande , s'il n'avoit vú l'Imprimerie de Plantin.
C'étoit une des plus rares merveilles de l'Europe.
Jouvenel de Carlencas . ibid . Ce fut là que
fat imprimée cette Polyglotte qu'on nomma la
huitiéme merveille du monde. Gui: Chardin dit
qu'il en coûtoit pour les ouvriers , plus de cent
écus d'or par jour. M. de Thou y vit rouler dixfept
preffes tout à la fois . ( Chevilliers . p . 58.).
( b ) Le Chancelier de l'Univerfité d'Oxfort ;
Thomas Bourchier . Archevêque de Cantorbery ,
ayant formé le deffein de procurer l'art Typogra
phique au Royaume d'Angleterre , follicita Henri
VI d'entrer dans la dépenfe néceffaire pour y
réuffit . Get Archevêque donna trois cens marcs
d'argent , & le Roi douze cens à Robert Tour.
non , Maître de la Garde de robe. Celui- ci prit
avec lui Guillaume Caxton , Marchand de Londres
, & tous deux arriverent à Amſterdam , delà
àLeyde , fous prétexte de quelque trafic , n'ofant,
aller à Harlem , parce qu'on y metroit en prifon.
les Etrangers qui étoient, foupçonnés de n'y venir
que pour apprendre l'Imprimerie . Ils conduisirent:
bien leur intrigue que par argent ils.debauches
MAI. 8753. 59
Après l'Europe ce fut l'Afrique qui fut
enrichie de la découverte de l'Imprimerie.
L'Empereur d'Ethiopie ( ) & des Chrétiens
qu'on nomme Abyffins , voulut établir
l'imprimerie dans fes Etats. David un
des Souverains de ce Pays , écrivoit en
1521 au Roi de Portugal , Dom Manuel ,
& en 1524 au Roi Jean III. d'envoyer en
Ethiopie tout ce qu'il pourroit d'ouvriers
habiles dans les Beaux - Arts de l'Europe ,
entre lefquels il , fait mention (péciale des
Imprimeurs , les deffignant par le nom
d'Ouvriers pour faire des Livres en moules.
Les Etats de Maroc en Barbarie , ( b ) ont
réçu l'Imprimerie des Portugais & des Efpagnols
leurs voifins . Il en font ufage encore
, mais très - fobre : car ils fe font un
rent un des ouvriers de Guttemberg ( car Guttemberg
véritable invetneur de l'Imprimerie , après
s'être brouillé à Strasbourg en 1455 , avec Fauft &
Scheffer , étoit venu s'établir à Harlem en 1459. )
Cet Ouvrier nommé Frédéric Cortelle , fut emmené
à Londres , où on lui donna des Gardes de
peur qu'il ne s'échappàt. De Londres il arriva à
Oxfort, où il commença à mettre en pratique ce
qu'il avoit appris du fondateur même de la Typographie.
Ce fut en 1468 que parut le premier Livre
qui étoit : D. Hyeronimi expofitio in Symbolum
Apoftolorum. 4. Ant. Wrood. Chevelliers. p. 24.
Meltaire. t. 1. p. 63.
(a ) Voyez Chevilliers , p . 273.
( b ) Ibid.
C vj
60 MERCURE DE FRANCE
point de religion de ne point laiffer fortir
leurs Livres de chez eux .
L'Afie eut part auffi à ces avantages
( a ). Les Mofcovites reçurent en
1560 la découverte de cet Art , par un
Marchand Ruffien qui avoit fait emplette
de caractères ;ils s'en font fervi pour mettre
au jour de fort beaux Livres . Il eſt
vrai que le fcrupule & la crainte de quelque
nouveau changement par rapport à
leur religion , les fit brûler alors ; mais au
fiécle fuivant ils en reprirent Eufage , & ils
s'y font fi bien apprivoifés qu'ils l'ont admife
à Mofcou , ainfi qu'Olearius le certitifie.
En 1577 , Goa jouiffoit du même
avantage : on trouve des Livres imprimés
à Rachol , dans le pays de Salfette , à Menille
, dans les ifles Philippines. Les pays
Orientaux ( b ) ont auffi éprouvé un changement
auquel ils ne fe feroient jamais attendus.
Le Mont- Liban , vit au fiécle paffé
s'élever une Imprimerie ( c ) au milieu
de fon fein : ce fut en 1632 ; il eſt vrai
qu'elle la vit auffi s'éteindre quelque tems
après , après avoir néanmoins donné un
Pleautier de David en Syriaque.
( a ) Chevilliers , p. 274.
(b ) Jouvenel de Carlencas. T.
(c ) Mémoires des Académies étrangeres , préſon=
tés à l'Académis Royale des Sciences de Paris, 40%
Tome premier , page 153+
MAI. 17537 61
Én 1669 , Ofcam , Archevêqe ( a ) Arménien
, & Procureur délégué du grand
Patriarche d'Arménie qui eft fous le Roi
de Perfe , obtint de Louis XIV . un Privikége
pour l'établiffement d'une Imprimerie
Arménienne à Marfeille .
En 1707 , Athanafe , Patriarche d'Antioche
, homme nullement fçavant , mais
fort zélé pour les Sciences , en fonda une
à Alep , d'où il fortit trois Livres Arabes.
Elle ne fubfifta que deux ans environ , car
le Fondateur fut obligé d'y mettre luimême
le feu , pour éviter la perfécution
dont la barbarie & l'ignorance des Mahometans
le menaçoient .
En 1720 , il y en avoir une dans un
Monaftere des Grecs Catholiques de l'Antiliban
(b ) .
En 1728 , Conftantinople voit l'Imprimerie
s'établir dans fes murs ( c ) ; laquelle
en douze années procure plus de
280 Livres ainfi la Turquie , autrefois
fiége de l'ignorance , voit aujourd'hui dans
fa Capitale , rouler des prefles d'où fortent
des Editions incomparables ; & la Syrie
( a ) L'Abbé Prévôt : Pour & Centre, tom. 15.p
155.
(b ) Les Mémoires des Académies Etrangeres .
ont fur cet article un extrait fort intereffant , tom,
pag. 153 , &fuiv.
(c) Jouvenel de Carlencas , tom. ze
62 MERCURE DE FRANCE .
dénuée de tout fecours , a préfentement
dans les montagnes du Liban , une Imprimerie
( a ) qui lui fournit abondamment
des Livres traduits en Arabe.
Enfin , l'Amérique découverte depuis
F'Imprimerie , jouit comme les autres par-
- ties du monde , de ce tréfor ineftimable.
On voit des Livres imprimés à Lima , Capitale
du Pérou , & au Mexique , dans la
nouvelle Efpagne:
Voila , Monfieur, en abregé ce qui concerne
l'origine de l'Imprimerie par rapport
à l'Hiftorique ; mais ce feroit ne fatisfaire
qu'à moitié votre curiofité, fi je ne
vous la faifois confidérer actuellement du
côté de l'Art.
Il ne faut pas le diffimuler , Monfieur ,
rien ne fe crée , mais une production nait
d'une autre . L'art de la Sculpture étoit dé-
-ja en vogue : on étoit accoutumé à creufer
fur des planches de bois , des defleins
plus ou moins informes ; mais tous ces ouvrages
tenoient plutôtde la Sculpture que
de la Gravure , & chaque piéce de bois
formoit ainfi un feul éxemplaire , comme
d'un tableau. Il vint en idée d'approcher un
papier contre cette planche fculptée , laquelle
par la preffion de la main , laiffoit
(a ) Elle a été établie par les Miffionnaires Jé
fuites , à Antoura.
MAI. 1753. 63
foiblement , à la vérité , tous les traits
gravés par le cizeau. Alors au lieu de graver
en relief , l'on grava en creux : l'on
noircit la planche , & le papier appliqué
contre cette planche ainfi noircie , rendoit
le deffein de maniere à faire plaifir à
la vûe , & à faire un nombre de contens ::
& ce qui appuye ce système , c'est que les
premieres impreflions furent faites fur des
planches de bois , fur lefquelles on gra❤
voit le difcours que l'on vouloit mettre
fous la preffe ( a ) . On ne difcontinua que
lorfqu'on fentit tous les inconvéniens que
cette maniere entraînoit après elle , parce
que les caractères étant indivifibles il fatloit
graver continuellement d'ailleurs il
étoit prefqu'impoffible de bien corriger
les fautes que l'on avoit faites enfin les
impreffions étoient très groffieres , les lettres
ne pouvant abfolument avoir une parfaite
égalité & conformité entr'elles. Autre
inconvénient : l'on n'imprimoit que
d'un côté de la feuille , & deux feuilles
imprimées ainfi chacune de fon côté , ſe
colloient enſemble dos à - dos & formoient
un feul & unique feuillet ; ce qui rendoit
le volume fort groffier , le feuillet ayanɛ
Fair & prefque la confiftance du carton .
(a) Comme l'on fait encore en Chine.
64 MERCURE DE FRANCE.
Il fallut donc étudier encore une maniere
plus courte , plus facile & moins difpendieufe.
On commença par féparer les lettres
de bois que l'on travailloit & poliffoit
des mains , enfuite comme l'on vit
qu'elles n'avoient pas par leur propre ma
tiere affez de force pour fupporter un ti→
rage un peu confidérable , l'on chercha &
l'on trouva enfin l'art de graver chaque
lettre féparément fur un poinçon d'acier ,
& d'en former des matrices , qui avec les
fecours d'un moule , fervent à fondre les
lettres feparément & à les multiplier au befoin.
Ces caractères donc après avoir été de
bois , furent compofés avec une efpece de
·léton : quelques- uns en firent de fer ( a ) ;
enfuite on les fit d'étain . Ce fut Pierre
Scheffer , ou autrement , Pierre Opilio
l'un des ouvriers employés par Faust &
Guttemberg qui trouva l'art de fondre des
caractères, Cette invention lui valut la fille
de Fauft ; & quelques-uns pour cette découverte
, le citent comme le véritable
inventeur de l'Imprimerie : ce fut alors
que le même feuillet foutint l'impreffion
des deux côtés : & que le caractere fupporta
un plus nombreux tirage , à caufe de
fa confiftance infiniment fupérieure à l'au
(a) Saleingre
MA I. 3753. 65
*
tre voila ce qui regarde les caracteres.
L'encre fut inventée felon les uns pár
le même Pierre Scheffer , felon d'autres
par Guttemberg : je ferois plus porté pour
celui-ci , attendu que l'on avoit déja imprimé
(fur des planches de bois , à la vérité
) avant que Scheffet fût au fervice de
Fauft & de Guttemberg. Je ne dirai point
fi la compofition de cette encre eft la même
que celle dont on fe fert aujourd'hui' ,
mais au moins faut - il convenir de fa bonté
, puifqu'au bout de 300 ans , elle n'a
rien perdu de fa belle couleur noire : il
paroit par le premier Livre qui fut imprimé
Codex Pfalmorum 1457 , que l'encre
fouge fut employée auffi - tôt que l'encre
noire à la fin de ce Pleautier on lit : Prefens
codex venuftate capitalium decoratus ,
rubricationibufque fufficienter diftinétus ( a) .
Je puis même dire en paffant , que le mot
de rubrique tire fon origine du mot de la
couleur rouge , dont on fe fervoit dans
l'impreffion , pour en diftinguer du texte ,
cette partie qui n'en étoit pas.
Quand à la matiere fur laquelle on imprimoit
, c'étoit le papier , ou le parchemin
ou même le vélin on voit des
éditions de ces trois façons.
,
(4 ) Chevilliers , p.ørí P.
66 MERCURE DE FRANCE.
Il ne reftoit plus que la preffe , mais
rien n'étoit plus aifé à inventer , & peutêtre
differoient- elles de celles de nos jours.
Tel eft , Monfieur , le détail de tout
ce qui fervit , & de tout ce qui étoit néceffaire
pour mettre au jour les productions
de l'Art Typographique . Falloit ik
moins que dix- fept années pour laiffer
à tant d'opérations , le tems de mettre un
ouvrage en état de paroître aux yeux
du
Public.
Le premier Livre en caracteres mobiles ,
eft le Pfalmorum Codex , par Fauft &
Scheffer , in-4°. 1457. Mayence. L'on eut
enfuite des mêmes Imprimeurs en 1459 ,
le Rationale Durandi , in fol. en 1450 le
Catholicon , in-fol. en 1461 le Decor puellarum
, in-8 ° . en 1462 , le Biblia Latina ,
in-fol. deux volumes.
Ces productions paroiffent merveilleufes
, & furtout cette derniere , qui dans le
fonds pouvoit paffer pour un prodige ;
Fauft en avoit apporté à Paris plufieurs
exemplaires . Comme l'impreffion étoir
tout-à-fait femblable à l'écriture , on les
marchanda comme manufcrits , & Fauft
profitant de la méprife des acheteurs , les
vendit comme tels extrêmement cher , juſqu'à
foixante écus d'or ( a) . Plufieurs s'y
(4) Ce quirevient à 896 liv. 5 f. de notre mony
MAI 17337 67
por.
laifferent tromper ; mais enfin quelqu'un
s'appercevant que tous ces exemplaires ne
differoient entr'eux pas même d'un iota ,
la chofe parut impoflible par les voies naturelles
, & ils ne balancerent pas à accufer
Fauft de magie : l'accufation fut
tée en justice réglée , & Fauft fe trouva
fort heureux de pouvoir s'évader de Paris
; il revint à Mayence ; tant étoient
furprenans les premiers effais de cet Art !
Cependant , Monfieur , à voir la façon
dont cet Art s'eft perfectionné , combient
ces premieres productions ne doivent - elles
pas paroître informes & groffieres ? Voici
une legere idée de ce qu'elles étoient.
1°. Le caractere ( a ) ayant pris pour
modéle l'écriture , l'on juge bien qu'il ne
devoit pas être bien délicat.
2. Prefque tous les mots avoient des
abbréviations : ce qui donnoit une difficulté
défagréable à ceux qui pouvoient les
déchiffrer , & condaifoit en erreur ceux
qui n'étoient pas fi habiles ; & ce vice fut:
trouvé fi général & fi infupportable , qu'en
1498 l'on fut obligé de faire un traité:
exprès fur la maniere de lire les abbrévia
tions.
noyé , l'écu d'or d'alors revenant à 3 liv, & là
livre à 4 liv . 19. 6. d . de notre monnoye d'au
jourd'hui.
(a ) Meltaire . 1. p. 33
68 MERCUREDE FRANCË.
3. Le difcours n'avoit d'autre repos que
le point , ou les deux points.
4°. Il n'y avoit ni chiffres ni titres cou
rans au haur des pages , ni réclame ni
fignature ; de façon qu'on perdoit un tems
infini à trouver ce que l'on defiroit.
5. Prefque tous les Livres étoient in
folio , ou in-4°. très rarement in- 8 °.
6. L'on fut long- tems fans n'imprimer
que du Latin & du François. Quand il
venoit dans le difcours quelques mots
Grecs , ou même quelques caracteres Grecs ,
·la gravure en étoit fi difforme & fi eftrapiée
, qu'ils fembloient avoir été faits plu
tôt par conjecture que par art : de forte
qu'il falloit plutôt deviner que lire , ou
bien encore l'on alloir plus fans façon ; on
laiffoit la place du mot ou de la phraſe
en blanc ( a ) , pour qu'une main plus habile
fuppléât avec la plume au défaut du
caractere. On fouffrit long. tems de pareilles
lacunes.
7°. L'on avoit encore la coutume de
ne point mettre au commencement des
parties , chapitres & fections , des majufcules
( ce que nous appellons aujourd'hui
(a) Comme on le voit encore en 1517 , dans
PAdagia de Polydore Virgile , par Jean le Petit :
on l'Imprimeur s'excufe fur le Fidelium penuřiâ
Compofitorum : Chevilliers , p. 192,
MAI. 1753. 69
Lettres grifes ) ce vuide étoit rempli par
une lettre peinte à la main ; quelquefois ,
il est vrai , avec élégance ; mais tout le
monde n'ayant pas le moyen de fournir
à cette dépenfe , qui fouvent étoit confidérable
, & où le gour préfidoit plus que
la néceffité , il fe trouvoit que le Livre
étoit affez mal traité en cette partie , au
moins par le défaut d'uniformité.
8.Il n'y avoit point encore de régles
même pour les opérations principales : il
y a quelques ouvrages qui commencent
par le folio verfo , comme le Florus : cha-
'cun faifoit comme il l'entendoit.
9. Et dernier défaut , & qui n'étoit
pas le moindre : rien n'étoit plus mal orthographié
que ces premieres impreffions.
Voyons préfentement comment cet Art
s'eft dépouillé infenfiblement de fes groffieretés
, au moins de fes imperfections.
:
1°. Le caractere , non- feulement changea
de forme , mais fe multiplia à l'infini.
Cette partie fe perfectionna en affez peu
de tems des gens habiles s'y appliquerent
& y excellerent. L'on eut fucceffivement
des caracteres de toutes grandeurs :
& c'eft ce qui fonda les premieres richeffes
de l'Art Typographique .
2°. Les abbréviations tomberent abfo-
Jument : on ſe laffa de deviner ; on voulut
70 MERCURE DE FRANCE.
lire couramment : les Livres exigerent un
peu plus de terrain . Le Public feul paya
le plaifir de lire fans gêne .
3 °. L'on admit bientôt les differentes
ponctuations. Le point virgule , la virgule
, le coma , le point interrogant , le
point admiratifvinrent augmenter le nombre
des caffetins . On y joignit la parenthéle
, les crochets , les divifions , les guillemets
& quantité d'autres petites piéces
que l'ufage a rendues depuis néceffaires &
indifpenfables.
4. Les pages furent côtées au haut par
des chiffres ( a ) . Ils fe mirent d'abord
au côté fupérieur des pages antérieures :
il est vrai qu'on les négligea enfuite pen◄
dant un certain tems ; mais on y revint
bientôt après ( b ) , & on les mit à chaque
page. La réclame ( c ) fut inventée pour
(a ) Géring Crantz , & Friburger , Fondateurs
de l'Imprimerie à Paris , firent ufage des chiffres
dès 1477 aux Sermons de Leonard Ŭdine , au baut
des pages & non en bas , comme s'aviſa de faire
Thomas Anfelme d'Haguenau , dans l'édition infolio
, qu'il donna en 1514 ,
du Dictionnaire Grec
d'Helychius. Chevilliers , p. 38.
( b ) C'eft ce qui a fait passer Alde Manuce pour
P'Inventeur de cet ufage : cependant il est sûr qu'il
ne l'employa qu'en 1496.
(c ) On en attribue encore l'invention à l'illuftre
Alde Manuce , en 1495 ( il la mettoit à
MA 1. 1753.
71
faciliter au Relicur l'affemblage de fes
feuilles pliées , & fervit de fecond fecours
à la fignature qui étoit déja en
ufage ( a ) , ainſi que le titre courant ( b )s
& alors on fupprima le Regiftrum Chariarum
( c) .
la page poftérieure , jamais à l'antérieure ) cependant
dès 1468 , on la voit employée par Jean de
Spire , de Vénife , dans une édition de Tacite in
folio. On ne commença à s'en fervir à Paris qu'en
1520. Chevilliers .
( a ) On la voit dès 1476 , au Platea de ufuris.
Antoine Zarot , Imprimeur de Milan , après avoir
commencé à bien placer les fignatures au- deffous
de la derniere ligne , voulut corriger cette bonne
maniere , en la meuant mal à propos au bout de
cette même ligne , comme on le voit dans fon
édition de Jean Simoneta de geftis Francifci Sfortia
Ducis Mediolanenfis 1486. Chevilliers . A Paris
Heari Etienne fut le premier à s'en fervir : ce fut
en 1504.
( b) On le voit dès 1477 , à l'éditiou des Sermons
de Leonard de Udine , citée déja .
( c ) Ce Regiftrum Chartarum , étoit la récapitulation
de toutes les feuilles qui compofoient le volume.
Le Relienr ou le Marchand voyoit par- là
fon exemplaire étoit complet. Il fut inventé en
Italie en 1473 , par Uldaric de France , & Simon
de Luc , Imprimeurs à Rome , qui l'employerent
à la fin d'une édition de Virgile , fol. Chevilliers
(p. 39. ) a donc tort d'en attribuer l'invention à
Jean de Cologne , Imprimeur de Vénife , dans fon
Summa Alexandr. Alenfis 1475. Il fut employé
pour la premiere fois à Paris en 1499 , par Géring
72 MERCUREDE FRANCE .
5 °. L'on s'enhardit infenfiblement , &
de l'in- 8° . la plus petite forme qu'on fit
d'abord , l'on defcendit juſqu'à l'in- 24.
6º. Non- feulement on imprima comme
il faut quelques paffages Grecs : mais l'on
fit des éditions complettes des Livres
Grecs , Hébreux , Chaldéens , Arabes ,
Rabins , Syriaques , Armeniens , Samaritains
, & c.
7. Des lettres gravées fur bois , autrement
dites lettres grifes , remplacerent les
lettres peintes à la main . Le particulier ſe
trouva déchargé de cette dépenfe inutile ,
& tous les exemplaires d'une édition furent
femblables entr'eux ,
8. L'Art s'affujettit à des régles certaines.
Le goût les décida ; & l'on parvint
peu à peu à plaire aux yeux par une apparence
gracieufe. Les fections , les chapitres
, les premieres pages garderent des régles
de proportion , qui n'ont fait que Le
perfectionner de jour en jour,
& Berchtold Rembold , affociés dans leur Venerabilis
Beda expofitio in Epiftolas Pauli ex fancto
Auguftino collecta . Meltuire . T. 1. p. 10, 11. 112. &
357. au refte ce Regiftrum Chartarum ne fut pas
long-tems en ufage. Il fut regardé avec raiſon ,
comme une piéce inutile. En effet les Relieurs
avoient pour le guider les chiffres du haut des pages
, les fignatures & les réclames ; tout cela étoit
plus que fuffifant.
MAI. 1753 .
73"
9° . Le défaut
d'ortographe fe corrigea
auffi
infenfiblement par
l'attention de
quelques
Sçavans qui fe firent un honneur
de joindre leurs lumieres à la ſcience
des
Imprimeurs .
C'eft ainfi , Monfieur , que l'Art de l'Imprimerie
eft parvenu à ce point de perfection
où il eft
préfentement. Si aujourd'hui
il attire foiblement les regards ou
l'admiration , il ne faut s'en prendre qu'à
nous-mêmes , qui nous accoûtumons à tout,
jufqu'à être infenfibles à la perfection des
Arts les plus utiles & les plus agréables .
J'ai l'honneur d'être , &c.
A. L. M.
A Paris , ce 8 Mars 1753 .
Nota. Il y a une faute à corriger dans la premiere
Lettre fur l'Imprimerie . Mercure de Février , Bofcornius
, lifez Boxhornius.
D
74 MERCURE
DE FRANCE .
E PITRE
A M. D. D. L. G. de St. V. Maître des
Fortuné mortel ,
Requétes.
dont les graces
Ont formé l'efprit & le corps ;
O vous , qui mêlez vos accords
Aux divins accords des Horaces ,
Qui du fein des tendres amours ,
Volez fur le Trône d'Aſtrée ,
Et qui dans les plus fombres jours ,
Jouiffez des beaux jours de Rhée :
Envain enyvré des grandeurs ,
Dans le fafte & dans les honneurs
L'homme ambitieux & fuperbe ,
Croit trouver le fouverain bien ;
Tout paffe , leur éclat n'eft rien ;
Et l'infecte étendu fur l'herbe
L'inftruit chaque jour de fon fort.
Pour calmer fon ardeur brûlante ,
L'avare fait un vain effort ;
Avec fon or fa foifaugmente.
Le riche toujours agité
Du cruel remords qui le preſſe ,
Cherche au fein de la volupté
Un bonheur qui le fuit fans ceffe ;
M A I.
75 1753 ,
Bonheur , espoir du genre humain ,
Non , tu n'es qu'un fantôme`vain.
Le plaifir eft mêlé de crainte ,
A la fois fur nous le deftin
Verfe le nectar & l'abfinte ,
Et de nos maux quelle eft la fin ?
Le tems , d'une aîle impétueuſe ,
Vole avec les jeux & les ris ,
Et la troupe tumultueufe
Des paffions & des foucis ;
D'abord la route qu'il nous ouvre ,
Brille des plus belles couleurs ;
Mais heureux celui qui découvre
Le ferpent caché fous les fleurs ;
Malheur à celui qui s'égare ,
Et s'expofe aux maux que prépare
Ce deftructeur & ce tyran ;
C'eft un vaiffeau que l'onde agite ,
Et qu'une vague précipite
Dans les gouffres de l'Océan .
O vous , qui n'êtes point la proye
Des paffions & du chagrin ,
Et qui d'un oeil doux & ferein.
Voyez la douleur & la joie :
Prudent économe du tems ,
D'une Philofophie aimable
Vous affaifonnez vos inftans ,
Près d'une compagne adorable
Vous goûtez un bien délectable.
Dij
76 MERCURE DE FRANCE:
Quand pour arrêter la fureur
De l'envie & de la cabale ,
Vous franchiſſez , nouveau Dedale ,
Le labyrinte de l'erreur ;
Vous vous faites une habitude
D'une ingrate & pénible étude ,
Même elle a pour vous des appas :
Mais dès qu'à la chicane altiere
Vous avez donné le trépas ,
Vous quittez Domat * & Ferriere
Pour l'Amour qui vous tend les bras ;
D'une époufe qui vous eft chere ,
Après une abfence legere ,
Vous venez calmer les foupirs;
Soudain les ris & les plaifirs
Viennent embellir fon viſage ;
Tel ,que lorsqu'un fombré nuage
Ceffe d'obfcurcir le Soleil ,
Cet Aftre paroît plus vermeil
Et plus éclatant de lumiere .
Vous , ô vous la digne héritiere
Des vertus de nos bons ayeux ,
Qui par leurs attraits brillez mieux
Que par le fafte & l'opulence ,
Qui joignez l'aimable décence
Au vif enjouement de Cypris ,
Tendre moitié , fille charmante ,
* Auteursfur le Droit & fur la Coûtume.
MAI.
77 1753.
A la fois l'époufe & l'amante
Du plus fortuné des maris :
O
que
de l'humaine foiblefTe
Votre douceur enchantereffe
Sçait bien foulager les tourmens !!
Qu'elle apprête d'heureux momens !
Que votre gaité nous captive !
Qu'elle a d'empire fur nos fens
Quand par mille jeux innocers
Telle qu'une grace naïve ,
De votre flamme pure & vive ,
Vous faites éclater l'ardeur ?
Et vous , cenfeur impitoyable ,
Qui fans ceffe armé de rigueur ;
Criez d'une voix lamentable
Qu'il n'eft point d'union durable ;
Cefsez les frivoles difcours
De votre critique erronée ,
Et dans les bras de l'hymenée
Voyez repofer les amours.
De Beaumont.
Nota. La perfonne dont il eft fait mention dans la
Piéce qui précéde , étant morte d'une fauſſe couche fur
la fin de l'année derniere , cette perte qui a excité tous
les regrets , a donné lieu à la Piéce fuivante.
QUoi , ni la fleur de la jeunesse ,
Ni l'éclat des naiſsans appas ,
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
Ni la vertu , ni la ſageſse ,
✪ mort , ne te défarment , pas !
Que dis - je ? ô funefte allarme !
O regrets , ô voeux fuperflus !
Graces , amours , fondez en larmes ;
Plaiſirs , fuyez , S. V. n'eſt plus .
La candeur , l'aimable décence
>
Relevoient fes charmes touchans ,
Et les jours heureux & brillans
Etoient filés par l'innocence .
"
Possesseur d'un tréfor fi beau ,
Qu'à tout bien préferoit votre ame
Vous le perdez , & votre flâme ,
Hélas ! a creufé fon tombeau.
A
Il n'eft pas loin ce jour célébre
Où l'hymen á ferré vos noeuds;
Ces fêtes , ces apprêts pompeux
Sont changés en pompe funebre.
Biens fragiles , dons du Printems ,
'Ah ! faut-il que la main de Flore
Avec tant de foin vous colore ,
Pour durer auffi peu de tems ?
M A I. 1753 . 79
MMMMMMMMMMMMMMMM
LETTRE
Sur un petit Ecrit qui fe trouve à la fin de
plufieurs éditions des pensées de M. Pafchal .
Cfieur ,de ne point admettre d'autres
démonftrations que celles de la Géométrie
; j'ai feulement eu l'intention de vous
prouver qu'il eft bien difficile de s'affurer
du vrai , par le moyen de ces démonftrations
, qu'on abufe quelquefois , & que
très -fouvent on y prend une lueur de probabilité
pour l'évidence , ce qui n'arrive
point en Géométrie .
'Eft tort que vous m'accuſez , Mon-
J'ai lu , ou plutôt j'ai relû , comme vous
me l'aviez confeillé , le petit écrit fur cette
matiere qui fe trouve à la fin des penfées
de M. Pafchal , mais qui n'eft pas de
lui : bien loin qu'il foit contraire à ce que
j'ai l'honneur de vous avancer , j'y ai rencontré
la preuve de mon opinion ; &
puifque cet Auteur qui paroît avoir beaucoup
de fagacité , a pû s'égarer dans un
difcours de douze pages , je me crois fondé
à foutenir que quoiqu'il exifte réellement
des démonftrations d'un autre genre
que celles de la Géométrie , rien n'eft plus
D iiij
80 MERCURE DE FRANCE.
facile que de fe tromper dans l'ufage &
l'application qu'on veut faire de ces démonftrations.
Notre Auteur , par éxemple , intimement
convaincu de l'impoffibilité qu'il y
auroit , qu'un homme fans efprit prononçât
fur le champ une harangue entierement
femblable à celle de M. le Premier
Préfident , dont cependant il n'auroit eu
aucune connoiffance ; intimement perfuadé
, dis -je , de cette vérité , que je fuis
bien éloigné de révoquer en doute , il entreprend
de la démontrer , & c'est dans
cette démonstration où je crois qu'il s'eſt
égaré.
Il s'agit de la différence de combinaifon
qui le trouve entre le cas fufdit & celui
d'un homme qui formeroit une oraifon
de Ciceron , ou cette même harangue
avec des caracteres d'imprimerie qu'il tireroit
au hazard d'un caſſetin . Notre Auteur
tranche la difficulté , & dit que le hazard
qui opére avec toute liberté dans l'arrangement
des caracteres , ne peut avoir
lieu dans le cas du Difcours prononcé :
après avoir tenté de le prouver par une
différence qu'il établit entre la pensée &
le corps , mais qui ne fait de rien ici ,
il rabbat fur une objection qu'on pourroit
lui faire , & s'explique en ces termes.
M A I. 1753. 83
» On dira , peut être , que cet homme
» peut vouloir agir comme une machine ,
» & prononcer feulement des mots qui ne
و ر
29
fignifiant rien dans fon intention , peu-
>> vent exprimer les penfées deM.le Premier
» Préfident ; mais c'eft ce qui ne fçauroit
être , parce qu'il eft impoffible qu'un
>> homme fe défaffe à ce point de fon efprit
; il faudroit qu'il n'en gardât que
» le vouloir de remuer la langue , & alors
il ne prononceroit pas un mot feule-
» ment ; que s'il la remuoit pour la pro
»noncer , ce ne fçauroit être que des
" mots qu'il auroit auparavant formés.
dans fa tête , & qui ne fignifiant rica
» étant affemblés , parce qu'il les voudroit
affembler quoiqu'il ne fignifiaffent
» rien , ne feroient pas la harangue qui a
du fens ; ou s'il vouloit que leur affemblage
fignifiât quelque chofe , ce ne fe-
Droit pas non plus la harangue dont il ne
>> fçauroit avoir les idées ; voila donc une
>> choſe qui ne confifte qu'en combinai
fon , & à laquelle il eft impoffible, que
le hazard puiffe aller..
99 :
33
29
ל כ
·997
On pourroit arrêter notre Auteur à chaque
mot de fa folution ; mais comme tou
tes les erreurs qui s'y trouvent viennent
de ce principe qu'il eft impoffible qu'un
homme fe defaffe à ce point de fon efprit ,
D W
82 MERCURE DE FRANCE:
que cet homme ne peut prononcer que des mots
qu'il auroit auparavant formés dans fa tête ;
je me contenterai d'établir que cette prétendue
intention , lors de la formation de
chaque mot dans la tête de l'homme fans
efprit qui les prononce , ne prouve rien
contre l'arrangement fortuit de ces mots ,
puifque cette intention peut être fortuite .
Je vais plus loin', & je ne trouve pas
impoffible que l'homme compofe & prononce
chaque mot par un par hazard : on
ne voit point en effet pourquoi le hazard
qui agit dans un homme , lorfqu'il tire des
lettres d'un caffetin , ne peut pas agir de la
même maniere & fans reftriction dans le
même homme , lorfqu'il tire de l'organe
de fa voix fucceffivement & un à un , les
fons de ces mêmes lettres avec lesquelles il
compofe les mots de fa harangue , c'eſt à
ce que je crois la même chofe , & il peut
ne pas y avoir plus d'intention dans l'un
que dans l'autre ; mais ce qui conftitue la
différence de combinaifon dans ces deux
cas , & ce qui empêche même qu'on ne
la puiffe foumettre au calcul dans celui
du difcours prononcé , c'eft que dans le
cas où l'on tire les caracteres d'un caffetin
, le nombre de ces caracteres eft fini
& par conféquent le calcul poffible ; au
lieu que le nombre des fons de la voix ,
MAI. 1753. 83
quoique fixé , eu égard à la variété de ces
fons , eft infini par rapport à tel ou tel
fon ; de forte qu'il feroit très poflible par
une autre combinaiſon , que cet homme
jette des fons au hazard pendant des fiécles
entiers fans prononcer autre chofe que le
fon A , de même que s'il y avoit moyen
d'amaffer une infinité de caracteres , l'homme
qui les tireroit un à un , pourroit pen.
dant une fuite de fiécles , n'amener que
des A: ce qui mettroit dans l'impoflibilité
de combiner.
La différence entre le finge qui traceroit
en un certain tems la harangue du
Premier Préfident avec des caracteres qu'il
tireroit au hazard d'un caffetin , & l'homme
fans efprit qui ne la prononceroit pas
dans le même tems , ne confifte donc
qu'en ce qu'on fuppofe un nombre fini de
caracteres dans le caffetin ; au lieu que
l'indifférence où l'homme eft à chaque
inftant de prononcer tel ou tel fon , rend
infini le nombre de chacun de ces fons.
On ne voit pas même bien clairement
que la harangue du Premier Préfident fort
plus difficile à trouver pour le fot que
pour l'homme d'efprit ; la chofe eft égale ,
fi on les fait prononcer au hazard ; mais
il paroît que cette prononciation jettée au
hazard & fans réflexion , convient bien
D vj
$ 4 MERCURE DE FRANCE.
mieux au fot qu'à l'homme d'efprit .
Voila , Monfieur , les penſées & réflexions
qu'a occafionné le petit Ecrit
dont vous m'avez confeillé la lecture ; je
fuis bien éloigné d'attaquer le but qu'on
s'y eft propofé & qui eft très- refpectable ;
mais j'ai crû devoir vous inftruire d'un
raifonnement faux , qui fe trouve à la fuite
d'un Livre rempli de vérités,
J'ai l'honneur , & c.
LA ROSE ET L'ENFANT.
FABLE .
Par M. Lemonier.
Dans Ans un jardin délicieux ,
Où d'accord avec la nature
L'art étaloit à tous les yeux
D'un parterre naiffenr la brillante peinture
Un jeune enfant fe promenoit un jour.
Tout l'enchantoit dans ce riant féjour :
Des fons de Flore admirateur volage , 1
De toutes ces fleurs à la fois
Il eût voulu faire un rare affemblage ,
( Pareil ſouhait convient à pareil âge :) ..
Une d'elles fixa fon choix :
C'étoit une tendre iofe ,
MAI 175· 3. 83
Qui nouvellement éclofe
Aux doux zéphirs à peine ouvroit fon ſein :
Plus il la voit , plus il la trouve belle :
Pour la cueillir il avance la main ;
Mais une épine cruelle
En lui caufant une douleur mortelle ,
La lui fait retirer foudain .
Jeuneffe inconftante & légere ,
Profitez de cette leçon :
Qui cherche à fe fatisfaire
Doit n'écouter que la raifon
Le plaifir n'eft qu'une chimere ,
Dont il faut fuir le dangereux poifon .
86 MERCURE DE FRAN CE .
M. F. Mufard , de Geneve , qui s'attache
depuis quelques années à la partie de l'Hif
toire Naturelle , qui regarde les productions
marines qu'on trouve dans la terre , dont il a
une Collection des plus complettes , fait journellement
des obfervations qui faciliteront
beaucoup l'étude de cette Science. En voici
quelques-unes , à la fuite d'une de fes Lettres
à M.Jallabert , Profeffeur en Philofophie expérimentale
& en Mathématique , à Geneve
dont la copie nous est tombée entre les mains.
LETTRE
De M. F. Mufard de Géneve
à M. Jallaberi.
Onfieur
, par
M la Lettre que vous me
fîtes l'honneur de m'écrire , en réponſe
à celle où je vous communiquai
mon goût pour la recherche des foffilles
étrangers à la terre , vous me donnâtes ,
Monfieur , de fages confeils que j'ai exactement
mis en pratique . Je m'en fuis même
fi heureufement fervi , que je crois
vous en devoir un nouveau remerciement.
C'eſt à eux , Monfieur , & à ceux qu'a
bien voulu m'accorder le célébre M. BerM
A 1.
1753 87
nard de Juffieu , que je dois le peu de lumiere
que j'ai acquis fur une matiere qui
fait mes plus agréables amulemens. Pour
vous fairejuger de mes progrès , j'expoferai
à la fuite de cette Lettre quelques- unes de
nes obfervations. Vous les trouverez mal
expliquées , mais la pénétration d'un Sçavant
, tel que vous , y fuppléera , & me
pardonnera quelque défaut de méthode ,
en faveur de mon zéle pour la Phyfique .
Je fouhaite feulement qu'il ne vous en
coûte pas trop pour deviner mes idées.
Je fouhaite auffi que vos accablantes occupations
vous donnent le tems de les lire
deux fois , & celui de m'écrire ce que vous
en penfez
Au furplus , Monfieur , j'ai eu dernierement
par M. Dargenville des marques
de votre fouvenir , aufquelles j'ai été extrêmement
fenfible . Je compte toujours
fur vos bontés , & fur quelques foilles
des Alpes.
J'ai l'honneur d'être , & c.
A Paris , ce 29 Mars 1753 .
Avant de vous détailler mes obfervations
, je crois néceffaire , Monfieur , de
vous rappeller que M. Woodward , &
d'autres Naturaliftes modernes ont dir ,
que la matiere qu'on trouve dans les co88
MERCURE DE FRANCE.
› quilles foffilles celle qui les environne ,
& celle qui compofe les coquilles moulées
, eft ordinairement la même que celle
qui compofe les couches entieres où ces
coquilles fe trouvent. On ne peut
difcon
venir de la certitude de leur remarque ;
mais il eſt étonnant que ces Phyficiens
modernes , non plus que les anciens , ne
fe foient pas doutés ( car ni les uns ni les
autres n'en font aucune mention ) d'une
obfervation beaucoup plus effentielle ,
qui eft que la matiere qui compofe L'inté
rieur de ces premieres coquilles , celle qui
les environne , celle qui a fervi à former
les coquilles moulées , & celle qui compofe
les couches entieres où elles fe trouvent
, n'eft autre que matiere de plus petites
coquilles ou de leurs détrimens . Je
me trompe
, files obfervations fuivantés
'n'établiffent cette vérité ..
1º . En examinant la matiere qui remplit
l'intérieur des coquilles fofilles qu'on
trouve à Courragnion , à Grignon , à
Chaumont , à Liancour , à Villarſeau , à
Meru , & dans quantité d'autres lieux ;
j'ai vu qu'elle eft compofée , ainfi que les.
couches entieres , de petites coquilles ,
d'oeufs de poiffons , de fragmens & détrimens
de corps marins , de branches decoraux
, de divers.madrepores , & c. le tout
MA I. 89
3753
mêlé avec de la pouffiere de coquille , ce
qui fait enſemble une efpéce de fable
blanc , qu'on appelle cron dans le Vexin ,
& Falun , en Champagne , où il fert d'engrais
pour les terres. Ces couches ont en
certains lieux fix pieds d'épaiffeur , & plufieurs
lieues d'étendue. Elles font trèsprès
de la fuperficie de la terre. Les coquilles
grandes & petites qu'on y trouve ,
font blanches , & parfaitement femblables,
à la couleur près , aux analogues de mer ;
le cron en fort en les fecouant .
2º. En vifitant d'autres collines j'ai vû
dans plufieurs couches , plus avant en terre
que les précédentes , les mêmes objets , c'eſtà-
dire des coquilles encore confervées ,
mais qui font remplies & environnées d'un
cron fondu , ou dénaturé en partie , cependant
encore connoiffable par des reftes de
petites coquilles ou détrimens ; toutes ces
couches font compofées de ce même cron ,
mêlé de ces coquilles , qui étant plus groffes
& plus fortes que celles du cron , fe
font confervées entieres .
3. Ailleurs dans des carrieres , ainfi
que dans des foffilles , au-delà de cent
pieds de profondeur , j'ai vu plufieurs couches
dont les coquilles font entierement
fondues & détruites. On n'apperçoit plus
que leur moule , compofé , ainfi que les
90 MERCURE DE FRANCE.
couches entieres , de matiere de cron dénaturé,
dans lesquelles on découvre encore
les formes moulées de très - petites coquilles
, & leur empreinte dans les vuides
qu'elles ont laiffés .
N. B. Que dans le nombre infini de
coquilles moulées que renferme mon Cabinet
, il n'eft aucun de ces moules , grands
& petits , de pierre dure ou tendre , qui
ne foit compofé de petites coquilles auffi
ou moulées de cron dénaturé & condenfé.
›
4°. En d'autres lieux , j'ai trouvé des
couches où je n'ai apperçu , à la premiere
vûe , ni coquilles , ni leur moule ;
mais , en examinant la matiere avec un
bon microſcope , j'ai été certain qu'elle
étoit compofée d'infiniment petites coquilles
moulées , mêlées avec de petits oeufs
de poiffons de mer.
5. J'ai de plus obfervé avec attention
les pierres , dont tous les édifices & les
maifons de ce Pays font bâties , celles en
groffes & petites maffes , les pierres à chaux,
la plupart des grais , les marbres , les rocs
vifs , les gros & petits cailloux , les agathes
, & c. &c. En obfervant,, dis - je , toutes
ces differentes fortes de pierres , je me
fuis convaincu qu'il n'y en a que très- peu ,
même dans les plus dures , où l'on ne voie
MA I. 17533 or
encore des
marques des productions marines
; quant aux pierres tendres qui fervent
à la conftruction des bâtimens , il n'y en a
aucune dont la couche entiere d'où on les
tire , ne foit de matiere de cron dénaturé ,
mêlé de coquilles moulées. Il eft aifé à tous
connoiffeurs de s'affurer de cette derniere
remarque.
6. J'ai diverfes boules de marbre , &
d'affez grands morceaux de pierre beaucoup
plus dure , compofés de matiere de
cron dénaturé , où l'on apperçoit encore
nombre de petites coquilles moulées .
7°. J'ai auffi plufieurs cailloux arrondis ,
de deux pouces de diamètre , plus ou
moins , foit cryftallifés , foitfilex , que j'ai
caffé , dans lefquels il y a une cavité remplie
de très -petites coquilles & madrepores
, mêlées de pouffiere de coquille ;
qui fait une forte de cron , parfaitement
femblable à celui de la premiere obfervation
.
8°. J'ai en outre plufieurs morceaux de
pierre à fufil , ou filex , tel qu'on le vend
pour allumer l'amadou , fur lefquels on
voit très - diftinctement diverſes fortes de
coquilles de mer , & de madrepores.
Toutes ces couches & ces pierres , dans
lefquelles on découvre un fi prodigieux
nombre de vestiges de productions de mer,
92 MERCURE DE FRANCE.
& les differens degrés de dureté , de cou
leur , & de déguisement fous lefquels elles
paroiffent , me perfuadent que le regne
minéral doit infiniment plus qu'on ne
croit au regne animal ; d'autant plus qu'on
trouve de même nombreuſe quantité de
pareils veftiges , dans les couches des lieux
les plus profonds qu'on ait creufés en terre.
Cette remarque , entre les mains d'un
homme tel que vous , n'eft elle pas une
ouverture qui pourroit conduire beaucoup
plus loin.
Quand je vous ferai , Monfieur , un
deuxième envoi , qui fera , je vous promets
, mieux choifi que le premier , j'y
joindrai un échantillon de chacune des
piéces que j'ai nommées , afin que vous
jugiez fi mes obfervations font exactes. La
crainte d'être aujourd'hui trop long , me
fait remettre à vous communiquer dans
le même tems , d'autres découvertes qui
font la fuire de celles- ci , & qui me paroiffent
, non-feulement auffi évidentes , mais
bien plus importantes & plus fécondes
pour la connoiffance de l'Hiftoire naturelle
de la terre.
Par exemple , ne penfez-vous pas ,
Monfieur , que lors de la fonte ou deftruction
des coquilles dans les lieux où la mer
les a dépofées , leurs couleurs fe font difMAI.
1753. 93 .
perfées dans la terre ? n'y feroient- elles
pas l'origine & la caufe des belles couleurs
de divers corps foffilles ? Pour
moi , je ne puis croire qu'une fi prodigieufe
quantité de couleurs ( de plufieurs couches
affez épaiffes fur diverfes efpéces de
coquilles ) le foient évaporées ou anéanties
. Je fçais les objections qu'on peut
contre cette idée , mais je me flare de pouvoir
les détruire ; & comme je ne veux
rien établir que fur des faits bien liés &
bien prouvés , vous verrez que dans mes
conjectures même , je ne donnerai rien ,
au hazard.
faire
Le mot de l'Enigme du Mercure d'Avril
eft le poulet dans l'oeuf. Celui du premier
Logogriphe eft marron , fruit , dans lequel
on trouve mon , pronom ; Maro , nom du
Poëte Virgile ; an & or ; en y ajoutant la
lettre i , on y trouveroit Marion . Celui du
fecond Logogriphe eft bonnet , dans lequel
on trouve bon & net. Celui du troifiéme
Logogriphe eft Artillerie , dans lequel
on trouve Elie , aire , la terre , l'air , la
Tiare à lire , la raillerie , la réalité , lait
la lire , ve , la , rat , ratier , être , altier , la
lettre , le lit , la treille , & Monfeigneur le
Comte d'En, Grand- Maître de l'Artillerie .'
, >
94 MERCURE DE FRANCE:
ENIGM E.
Du coupable mortel , falutaire ennemie z
Je l'immole à fon crime , & lui fers de Bourreau
Car parmi les plaiſirs qu'il goûte dans la vie ,
Je lui fais entrevoir la mort & le tombeau.
Pleine d'aigreur pour lui , fans agir je le touche ;
Sans yeux je l'apperçois , je lui parle fans bou
che ;
Comment me deviner , comment me définir ?
On me connoît trop tôt , quand on veut réfléchira
LOGO GRIP HE.
Te-moi quatre pieds : cela fait , cher Leca
teur ,
Je préfente à tes yeux un très- grand Empereur.
Mes quatre pieds remis , je porte une Amazone ,
Non moins belle que propre aux travaux de
Bellone ;
Une Ville où Céfar , par fa capacité ,
Fit voir du Capitaine un modéle achevé ;
Le Théâtre fameux des exploits d'Alexandre ;
Celui qui réduifit Jeruſalem en cendre ;
Le pofte où Manlius défendit autrefois
Les Romains échappés au glaive des Gaulois ;
MĀ I.
95 17530
Ce Guerrier que l'on vit , fur le point de combattre
,
Oublier fon honneur , pour faivre Cléopâtre ,
Un cruel ennemi du parti de Sylla ;
1 Un Général qu'Oftende à jamais illuftra ;
Reine dont Marlbouroug , par plus d'une victoire,
Rendit le nom célébre au Temple de Mémoire ;
Un Roi dont triompha le généreux Narsès ;
Belle , qu'un Orateur harangua fans fuccès ;
L'époufe d'un Héros , digne Chef de l'Empire. ::.
Je ferois infini , fi je voulois tout dire.
A
AUTRE .
Vec toi , cher Lecteur , je naîs plus ou moins
beau ,
Selon que m'a formé la Nature , ma mere ;
C'eft en vain qu'on voudroit me trouver par
riere ,
der-
Je marche devant toi , juſques dans le tombeau.
Seul , je fuis fuffifant pour te faire connoître ;
J'indique quelquefois ton inclination ;
Tu ne m'as jamais yû que par réflexion ,
Et tu te fais honneur de me faire paroître.
Par moi l'Amour , ce petit féduifant ,
Lance à coup sûr fes premiers traits de flâme :
D'une galante Dame ,
Je fuis le plus bel ornement :
Qu'on vienne lui jurer une ardeur éternelle ,
96 MERCURE
DE FRANCE .
C'est moi qu'on confidére en elle ,
Et ma beauté le plus fouvent
Enchaîne feule fon amant.
A ce portrait qui peut me méconnoître ?
Tu me tiens , j'en fuis sûr : pas encore peut-être,
Diviſe -moi , tu devineras mieux .
J'ai fix pieds qui vont deux à deux ,
Tourne & retourne- les de certaine maniere ,
Tu vois d'abord le tems que chacun a vêcu ;
Tu trouves de la France une double riviere
Dont le nom n'eft pas inconnu ;
Du Ciel , ce don qui feul anime la matiere ;
De Sparte , un Roi qui de bonne amitié
Reçut un Athénien qui féduifit fa femme ;
Ce que donne toujours le Directeur d'un ame ;
Le nom d'un Saint ; d'un bezet la moitié ;
Le nom de quelque Nymphe en Ifle convertie ;
Tout ce qui peut contenir la liqueur ;
De notre terre une partie ;
Celui dont le chagrin n'a pas faifi le coeur ;
Un inftrument de Méchanique ;
Le nom d'un Aftre radieuxx ;
Et du Couvent le bon jour ennuyeux ;
Une note enfin de mufique ,
Et fi tu veux encore un habitant de l'air .
Je ne veux pas , Le cteur , t'amufer davantage ,
Tu m'as depuis long- tems peut- être découvert ,
Quoiqu'il en foit enfin reconnois le * * * .
NOUVELLES
M A 1.
1753 97
222 na
NOUVELLES LITTERAIRES .
L
' AUTEUR de Manon Lescaut , Ouvrage
fi original , fi bien écrit , &
fi intéreffant , follicité depuis long- tems
de donner une édition correcte de ce
Roman , s'eft déterminé à ne rien épargner
pour la rendre telle qu'on la défire :
papier , caracteres , figures , tout y eft digne
de l'attention du Public . Elle a paru
dans le courant d'Avril avec des additions
confidérables. On en a tiré peu d'éxemplaires
afin que la beauté des figures & des
caracteres ne reçût aucune diminution, Ce
Livre fe vend chez Didot , Quai des Auguftins
, à la Bible d'or .
Il feroit à fouhaiter qu'on redonnât
avec le même foin , les Mémoires d'un
homme de qualité , Cleveland , le Doyen
de Killerine , &c. Ouvrages remplis de
Philofophie , de fituations neuves , du plus
grand intérêt , & écrits avec beaucoup de
naturel , de facilité , de nombre & de
nobleffe.
LES Lutins du Château de Kernofy.
Nouvelle hiſtoire de Madame la Comteffe
E
8 MERCURE DE FRANCE.
› de Maralt. Nouvelle édition revûe
corrigée & augmentée de deux Contes
in-16. vol. 2. A Leyde , & fe trouve à Paris
, chez Ganneau,
Il fuffit de rappeller au Public que les
Lutins du Château de Kernofy font de
Madame de Muralt , pour lui inſpirer la
curiofité de les lire ou de les relire .
TRAITE' des maladies veneriennes ;
par M. Herman Boerhaave : traduit du
Latin. A Paris , chez Briaffon , rue S. Jacques.
1753. in - 12 . vol. 1 .
Dire qu'un Ouvrage de Medecine eft
de M. Boerhaave , c'eſt dire qu'il eſt auſſi
parfait qu'il puiffe l'être .
ELOGE funebre de M. Bertrand , Avocat
en Parlement , Procureur du Roi de
la Maréchauffée ; Affocié à l'Académie
Royale des Belles- Lettres d'Angers . Prononcé
le 15 Décembre 1752 , en préſence
de les amis , immédatement avant le Service
, chez les PP. Recolers de Nantes ,
par un Religieux de la Maifon . A Nantes ,
de l'Imprimerie de la veuve Antoine Marie.
1753. in-4°. pp. 36.
On s'apperçoit en lifant cet Eloge qu'il
a été composé par un ami & prononcé
devant des amis ; nous croyons cette remarque
très-glorieufe pour la mémoire de
M. Bertrand,
M A 1. 1753 : 99
AVERTISSEMENT fur la Bibliotheque
historique & critique du Poitou . Par
M. Dreux du Radier.
Avant de livrer mon manufcrit à l'impreffion
, je prie ceux qui auront quelques
connoiffances particulieres fur les Sçavans
du Poitou , dans quelque genre de ſcience
que ce foit , de me les adreffer : s'ils veulent
prendre la peine de rédiger eux-mêmes
les mémoires , je me ferai un fenfible plaifir
d'employer leurs ouvrages , & d'en faire
honneur à mon recueil. Je ne crois pas
qu'on trouve mauvais que j'exige des citations
exactes , des dattes préciſes , des
preuves certaines , & fur tout un eſprit
dégagé de toute partialité , foit en parlant
des Auteurs , foit en parlant de leurs productions
, dans les extraits qu'on voudroit
bien m'en donner. L'ame , je ne dis
de l'hiftoire feulement , mais de toutes
les productions de l'efprit qu'on deſtine
à la postérité , c'eft la folide , l'aimable
vérité. Ne quid falfi dicere audeat , nequid
veri dicere non audeat , voila la loi que
doit s'impofer quiconque met la plume
à la main. J'admettrai toutes les difcuffions
critiques qui ne tendront qu'à éclaircir
des faits ou des fentimens qu'il importe
de connoître. Je recevrai même avec plai
fir des obfervations génealogiques , quand
pas
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
elles ne feront pas éloignées de mon objet.
Mais , perfonne ne l'ignore , le Pu
blic eft délicat fur cet article : il eft en
garde contre tout ce qui n'eft pas démontré.
Je prie donc ceux qui entreront dans
quelques détails de cette nature , de m'en
adminiftrer des preuves au - deffus du foup .
çon. On adreffera les lettres & les mémoires
qu'on voudra bien m'envoyer , affranchis
de port , à M. Ganeau , Libraire
rue S. Severin , aux armes de Dombes,
Je ne manquerai pas de faire ufage de ce
qu'on me remettra ; les Auteurs des mémoires
qui voudront être connus ; auront
la bonté de figner , & même de joindre
leurs qualités à leur nom,
MEMOIRES fur les ouvrages en fer & en
acier qui fe pratiquent dans la Manufacture
Royale d'Effone par le moyen du laminage
, & qui fe vendent à Paris chez le
fieur Bullot , rue des Bourdonnois , visà-
vis la rue des Mauvaifes paroles. A. Pa
ris , chez Durand , rue S. Jacques ; 1753 .
Une Brochure in- 12 . avec des Planches.
IDE'E de la Poëfie Angloife , ou Traduction
des meilleurs Poëtes Anglois , qui
n'ont point encore paru dans notre langue
, avec un jugement fur leurs ouvrages
, & une comparaifon de leurs Poëfies
MAI 17531 101
avec celles des Auteurs anciens & modernes
, & un grand nombre d'anecdotes critiques.
Par M. l'Abbé Tart , de l'Acadé
mie de Rouen . 1753. in- 12 . vol . 3 .
Nous rendrons compte le mois prochain
de cette agréable & importante Tra
duction ,
ESSAI fur l'Architecture. A Paris ;
chez Duchefne , rue S. Jacques. 1753. in
12. vol. 1 .
Nous avons , dit l'Auteur , divers trai
tés d'Architecture qui dévelopent avec affez
d'éxactitude les inefures & les proportions
, qui entrent dans le détail des différens
ordres , qui fourniffent des modeles
pour toutes les manieres de bâtir . Nous n'avons
point encore d'ouvrage qui en établiſ
fe folidement les principes, qui en manifeſte
le véritable efprit , qui propofe des regles
propres à diriger le talent & à fixer le goûr.
Il me femble que dans les Arts qui ne font
pas purement méchaniques , il ne fuffit pas
que l'on fçache travailler , il importe furtout
que l'on apprenne à penfer. Il faut
qu'un Artifte puiffe fe rendre raison à luimême
de tout ce qu'il fait. Pour cela il a
befoin de principes fixes qui déterminent
fes jugemens , & qui juftifient fes choix
de telle forte qu'il puiffe dire qu'une choſe
Eiij
TOZ MERCURE DE FRANCE .
eſt bien ou mal , non point feulement par
inftinct , mais par raifonnement , en homme
inftruit des routes du beau.
peu
Les connoiffances ont été pouffées bien
loin dans prefque tous les Arts liberaux.
Une foule de gens à talent fe font
appliqués à nous en faire fentir toutes les
fineffes. On a écrit très- fçavamment de la
Poëfie , de la Peinture , de la Mufique .
Les myfteres de ces Arts ingénieux ont été
fi bien approfondis , qu'il refte à leur égard
de découvertes à faire. Nous avons
des préceptes réflechis & des critiques ju
dicieufes , qui en déterminent les vrayes
beautés . L'imagination a des guides qui
la mettent fur la voye , & des freins qui
la retiennent dans les bornes. On apprécie
au jufte , & le mérite de fes faillies , & le
défordre de fes écarts. Si nous manquions
de bons Poëtes , de bons Peintres , ou de
bons Muficiens , ce ne feroit point faute
de théorie , ce feroit défaut de talent.
La feule Architecture a été abandonnée
jufqu'à préfent au caprice des Artiſtes ,
qui en ont donné les préceptes fans difcernement.
Ils ont fixé les regles au hafard
fur la feule inſpection des édifices
anciens. Ils ont copié les défauts avec autant
de fcrupule que les beautés : manquant
de principes pour en faire la dif
M. A - I. 1753 . 103
férence , ils fe font impofé l'obligation
de les confondre : ferviles imitateurs
tout ce qui s'eft trouvé autorisé par des
exemples , a été déclaré légitime : bornant
routes leurs recherches à confulter le fait
mal à propos ils en ont conclu le droit , &
leurs leçons n'ont été qu'une fource d'erreurs.
"
Vitruve ne nous a proprement appris
que ce qui fe pratiquoit de fon tems ; &
quoiqu'il lui échappe des lueurs qui annoncent
un génie capable de pénétrer dans
les vrais mysteres de fon art , il ne s'attache
point à déchirer le voile qui les couvre , &
s'éloignant toujours des abîmes de la théorie,,
il nous mene par des chemins de prati
que qui plus d'une foi nous égarent du bur
a
Tous les modernes , à l'exception de
M. Cordemoi , ne font que commenter
Vitruve , & le fuivent avec confiance dans
tous les égaremens . Je dis à l'exception de
M. Cordemoi ; cet Auteur plus profond
que la plupart des autres , à apperçu la
vérité qui leur étoit cachée . Son traité
d'Architecture eft extrêmement court :
mais il renferme des principes excellens ,
& des vûes extrêmement réflechies . Il pou
voit en les développant un peu davantage
, en tirer des conféquences qui auroient
répandu un grand jour fur les obf-
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
curités de fon art , & banni la fâcheufe
incertitude qui en rend les regles comme
arbitraires .
Il eft donc à fouhaiter que quelque
grand Architecte entreprenne de fauver
L'Architecture de la bifarrerie des opinions
, en nous en découvrant les loix fixes
& immuables . Tout art , toute ſcience a
un objet déterminé. Pour parvenir à cet
objet , toutes les routes ne fauroient être
également bonnes ; il n'y en a qu'une
qui mene directement au but ; & c'eft cette
route unique qu'il faut connoître. En
toutes chofes , il n'y a qu'une maniere de
bien faire. Qu'est ce que l'Art ? finon cette
maniere établie fur des principes évidens
, & appliquée à l'objet par des préceptes
invariables.
L'Auteur de l'Effai que nous annon- .
çons nous paroît être un très bon guide :
fon ouvrage eft plein de méthode & d'efprit.
Les Artiftes y trouveront des vûes
fures , & les gens du monde le liront au
dn
moins les trois quarts , avec autant de
plaifir qu'un livre de pur agrément.
BIBLIOTHEQUE amufante & inftructive
, contenant des anecdotes intéreffantes
& des Hiftoires curieufes tirées des meillieurs
Auteurs. A Paris , chez Duchefne
M A 1. 97538
105
rue S. Jacques. 1753. in- 12 . vol. 1.
C'eſt une espece d'Ana qui ne roule
pas uniquement comme la plupart des autres
fur des matieres de littérature : il s'étend
à tout. On y trouvera des contes &
des hiftoriettes , fur la plupart des fujets
qui font le fujet ordinaire des converfations
, comme la beauté , la laideur , les
femmes , les fonges , le mariage , les complimens
, les Prédicateurs , les feftins , les
Médecins , les voleurs , les Aftrologues ,
& c . Nous allons rapporter quelques uns
des traits qui nous ont paru le mieux choifis.
Un Italien , quoique réconcilié en apparence
avec fon ennemi depuis dix ans ,
ne laifoit pas de conferver pour lui une
haine fecrette. Un jour qu'ils le promenoient
enſemble dans un lieu écarté , l'Iralien
le prit par derriere , le renverſa ,
& lui mettant le poignard fur la gorge
le menaça de le tuer , s'il ne renioit Dieu .
L'autre après avoir fait beaucoup de difficultés
, s'y réfolut à la fin pour éviter la
mort ; l'Italien n'eut pas plutôt obtenu ce
qu'il demandoit , qu'il lui plongea le poignard
dans le fein , & s'en alla après , en
fe vantant de s'être vangé de la maniere du
monde la plus glorienfe , en faifant périr
en même tems le corps & l'ame de fon ennemi,
Ev .
106 MERCURE DEFRANCE.
M. Demaucroix répondit ainfi à un de
fes amis qui lui confeilloit de fe marier.
Ami , je vois beaucoup de bien
Dans le parti qu'on me propofe ;
Mais toutefois ne preflons rien :
Prendre femme eft étrange chofe ;
Il faut y penſer mûrement :
Sages gens en qui je me fie ,
M'ont dit que c'eſt fait prudemment ,
Que d'y fonger toute la vie.
M. de Valois dit avoir appris de M.
de Varillas , qu'en 1287 , dans le Comté
d'Armagnac , il fe fit un mariage pour
fapt ans , entre deux perfonnes bien nobles
, qui fe réfervoient la liberté de le
prolonger au bout des fept années , s'ils
s'accommodoient l'un de l'autre. Le contrat
portoit encore , qu'en cas que le terme
expiré ils vinffent à fe féparer , ils
tageroient également moitié par moitié les
enfans de l'un & de l'autre fexe qui fetoient
provenus de leur mariage pendant
l'efpace des fept années , &
que fi par hazard
le nombre s'en trouvoit impair , ils
tireroient au fort à qui des deux le furnuméraire
échoiroit . On dit que ce contrat
eft dans la Bibliothéque du Roi.
par-
CHEZ les Oftiacs , lorſqu'une femme
a perdu fon mari , elle fe fait une ftatue
MAI.
107 1753.
qu'elle revêt des habits du défunt ; elle la
tient toute la nuit entre fes bras , & l'a
continuellement pendant le jour devant
fes yeux , afin de s'exciter par cette vûe à
pleurer fon mari . Elle continue cette cérémonie
pendant une année entiere , après
laquelle elle dépouille la ftatue & la jette
en quelque coin , en attendant qu'elle en
ait befoin pour une autre occafion . Une
femme qui n'obferveroit pas cette cérémonie
, feroit deshonorée ; on lui reprocheroit
de n'avoir pas aimé fon mari , & d'avoir
manqué à la foi conjugale.
LB Maire d'une petite Ville , fituée fur
tes bords du Rhône , fit un jour cette harangue
à um des Lieutenans Généraux de
F'armée de Piemont . Monfeigneur , tandis
que Louis le Grand fair aller l'Empire de
mal en pire , damner le Danemarck , fuer la
Suede ;tandis qu'il gêne les Gênois , berne
les Bernois , & cantonne le reste des Cantons
; tandis que fon digne rejetton fait
baver les Bavarois , rend les troupes de
Zell fans zele , fait faire des effes aux
Effois ; tandis que Luxembourg fait fleuir
la France à Fleurus , met en flâmes les
Flamands , lie les Liegeois , & fait dan
fer Caftanaga fans caftagnetes ; tandis que
le Turc hongre les Hongrois , fait efclaves
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
les Efclaves , & réduit en fervitude la
Servie ; enfin tandis que Catinat démonte
les Piemontois , que S. Ruth fe ruë fur
le Savoyard , & que Larré l'arrête ; vons ,
Monfeigneur , non content de faire fentir
la pefanteur de vos doigts aux Vaudois ,
vous faites encore la barbe aux Barbets
ce qui nous oblige à être avec un profond
refpect , Monfeigneur , vos très humbles
& très-obéiffans ferviteurs , les Maire
Echevins & habitans de la Ville de.
LA Reine de Suede Chriftine ayant
écouté une harangue , dont la longueur
l'avoit ennuyée , M. Voifin la fupplia de
témoigner fa reconnoiffance à celui qui l'a
voit faite. Cela eft jufte , dit- elle , quand
ce ne feroit qu'à caufe qu'il vient de finir.
que
UN fameux Prédicateur Efpagnol prêchant
un premier Dimanche de Carême
fur la tentation , dit
le Diable porta
le Sauveur fur le pinacle du Temple , pour
tâcher de le tenter , mais qu'ayant trouvé
à qui parler par la forme fyllogiftique , if
changea de batterie ; & comme il fçavoit
par expérience qu'il n'y a gueres de gens
qui ne fe laiffent féduire par les appas
des honneurs & des richeffes , il lui offrir
l'empire de divers Royaumes , & qu'avec
des lunettes d'aproche il lui fit voir l'Ita
MAI. 1753. 100
fie , l'Allemagne , la France , & c. mais
que par malheur pour lui les montagnes
des Pyrénées lui cacherent l'Espagne , ce
qui le mit au défefpoir ; car , dit- il , s'il
eût pû lui découvrir toutes les beautés
qu'elle renferme , je ne fçais s'il n'auroic
fuccombé à la tentation .
pas
UN homme ayant une cruche d'excellent
vin , la cacheta . Son valet fit un trou
par deffous & buvoit le vin ; le maître
voyant fon vin diminuer , quoique le cachet
fût entier , étoit furpris ; & n'en pouvant
deviner la caufe , quelqu'un lui dit :
mais prenez garde qu'on ne le tire par
deffous . Eh ! gros fot , dit le maître , ce
n'eft pas par deffous qu'il manque , c'eft
par deffus.
ANDRE' Baccius , habile Médecin de Florence
, mais très fantaſtique , ayant été appellé
pour voir une femme malade , commença
à lui tâter le poulx , & lui ayant
trouvé une groffe fievre , il lui demanda
entre autre chofe l'âge qu'elle avoit ; elle
n'eut pas plutôt dit qu'elle avoit 63 ans ,
qu'il repouffa fon bras , & lui dit en colere
: combien de tems voulez - vous donc
refter au monde ? & fe retira fur le champ .
RIEN n'étoit plus fimple que la Médeci110
MERCURE DE FRANCE.
ne dans fes commencemens , l'Hiftoire raconte
qu'Efculape , qui n'avoit à fa fuite
Forfqu'il alloit par le pays , qu'un chien
& une chevre , fe fervoit de la langue de
F'un pour les ulceres , & du lait de l'autre
pour les maladies de la poitrine.
LA diffection du corps humain a paffé
pour un facrilege jufqu'au tems de François
I. & on voit une confultation que fit
faire l'Empereur Charles- Quint aux Théologiens
de Salamanque , pour fçavoir fi
en confcience on pouvoit diffequer un
corps , pour en connoître la ftructure .
MEMOIRES de M. le Marquis de Choup
pes , Lieutenant- Général des armées du
Roi , & de la Province de Rouffillon ,
Gouverneur de Bellifle , Meftre de Camp
de deux Régimens , Chevalier des Ordres
du Roi , Ambaffadeur pour Sa Majesté à la
Cour de Lisbonne , Confeiller d'Etat d'épée
, ayant commandé en chef les armées
du Roi en Catalogne . A Paris , chez Du
chefne , rue S. Jacques. 1753. in 12. vol . 2 .
On trouvera dans ces Mémoires écrits
facilement , quelques évenemens de la fin
du Regne de Louis XIII . & de Louis XIV .
qu'on trouve prefque par tout.. Il n'y a
que la fameufe affaire de Fribourg que
MAI
1753.
nous ne nous fouvenons pas d'avoir vû ſi
bien détaillée par aucun hiftorien .
ABREGE' de l'hiftoire du Regne de
Louis XIV. , depuis fon avenement à la
Couronne jufqu'à fa mort. Par M. A ** ;,
Docteur en Médecine . A Bruxelles , chez
Jean Frix , in- 12. vol . 1.
C'eft un tas de dattes qui ne peuvent
pas être d'une grande inftruction , & qui
n'ont aucun agrément.
LES têtes folles. A Londres , & fe trouvent
à Paris , chez Tillard , Quai des Auguftins.
L'Auteur de cette bagatelle a imaginé
qu'une jeune femme qu'on croyoit dans le
monde très infen fible , s'étoit prise d'une
belle paffion pour un Sylphe. C'eft à
près le fond du Ballet de Zelindor , & de
deux Comédies du théatre Italien ; l'une de
Romagnely , & l'autre de M. de Sainte Foy
peu
C'eſt à un ami que cette femme écrit
fon hiftoire. Les commencemens , les progrès,
les incidens & le dénouement de fa
paffion font affez bien écrits. Dans un mo
ment de langueur que lui caufe la folie
qu'elle a faite en fe refufant aux defirs de
fon fylphe , elle rencontre dix-mille têtes
folles dans une forêt , & c'est là que commence
l'imitation du fingulier & piquant
Roman d'Acajou
112 MERCUREDEFRANCE.
Ce badinage a le mérite d'un ftyle agréa
ble , fouvent ingénieux , mais quelquefois
obfcur . L'imagination eft ce qui lui manque.
Avis au Public , concernant l'Hiftoire
de la Ville de Paris , compofée par Dom
Michel Felibien , Religieux Benedictin de
la Congrégation de Saint Maur , & mife
au jour par Dom Gui Alexis Lobineau
Religieux de la même Congrégation .
Cinq volumes in-folio , avec figures. A
Paris , chez G. Defprez , Imprimeur du
Roi & du Clergé de France , rue Saint Jacques
1753 .
Ce n'eft point un ouvrage nouveau que
nous annonçons. Il y a long-tems que
l'Hiftoire de la Ville de Paris a vûle jour,
& qu'elle a mérité les fuffrages des Sçavans
& des Connoiffeurs .
Nous allons néanmoins en retracer ici
une idée , & nous parlerons enfuite de
P'objet que nous nous fommes propofé ,
en publiant l'Avis que nous donnons aujourd'hui.
Cette Hiftoire eft le fruit du travail &
des recherches de Dom Felibien & de Dom
Lobineau , Religieux Benedictins de la
célébre Congrégation de Saint Maur ,
connus l'un & l'autre par differens ouvraMAI.
1753: 113
ges qui leur ont acquis une haute réputation
dans la République des Lettres, Dom
Felibien s'y appliqua fans interruption pendant
l'efpace de huit années. La mort
l'ayant enlevé dans le cours de ce travail ,
on défigna Dom Lobineau pour lui fuccéder
, & c'eft par les foins de ce dernier ,
qu'après fix années d'application fans relâche
, l'ouvrage reçut enfin la perfection
dont il étoit fufceptible. Il parut en cinq
volume in-folio , qui forment deux parties.
La premiere , qui renferme l'Hiftoire de
la Ville de Paris , occupe les deux premiers
volumes. La feconde contient les
Piéces juftificatives de ce qui eft avancé
dans la premiere , & elle remplit les trois
derniers volumes .
Premiere Partie. Avant que Avant que d'entrer
dans le détail de l'Hiftoire , qui fait l'objet
de cette premiere partie , on trouve
deux Differtations très - étendues & trèsfçavantes.
Dans la premiere , on parle de .
l'origine de l'Hôtel- de- Ville. On réfute
d'abord le fentiment de quelques Auteurs
qui ont prétendu que lesMagiftrats Municipaux
de la Ville de Paris , étoient redevables
de leur inftitution à Philippe- Augufte
. On fait voir que le Corps de l'Hôtelde
- Ville exiſtoit fous les deux premieres races
de nos Rois , & que l'époque de fa
114 MERCURE DE FRANCE.
Véritable origine doit être placée dans le
premier âge de cette Ville. On combat
en même tems l'opinion de l'Auteur du
Traité de la Police , fur l'origine du commerce
par eau , & des priviléges qui y
étoient attachés : on démontre que ce commerce
& ces priviléges conftituoient l'effence
du Corps Municipal de cette Ville ,
bien long- tems avant l'époque que cer
Auteur afligne à cet établiffement : & l'on
s'attache en particulier à détruire le fentiment
de l'Auteur par rapport à la naviga
tion ; il prétend que les Parifiens fe paffoient
de navigation , & de commerce de
long- cours avant le regne de Louis le
Jeune. Tout ce qu'on avance à cet égard
eft appuyé par des piéces autentiques ti
rées des Archives de la Ville , des anciens
registres du Parlement , & par d'autres
chartes précieufes dont on rapporte les
copies d'après les originaux.
Cette premiere Differtation n'eft point
l'ouvrage des fçavans Bénédictins , Auteurs
de l'Hiftoire de la Ville de Paris : elle eft
de M. le Roy , ancien Controlleur des
Rentes de l'Hôtel-de - Ville .
La feconde a été faite à l'occafion de
quelques anciens monumens , trouvés en
1711 dans le Choeur de l'Eglife de Notre-
Danie , dans le tems que l'on y creuſa un
' MA I. 7753. ITS
caveau pour la fépulture des Archevêques
de Paris. Ce morceau que l'Auteur appelle
, Differtation fur les Antiquités Celti
ques , fert à prouver que le Corps des Né
gocians de Paris fe trouvoit déja formé
dès le tems de l'Empire de Tibére .
Ces deux Differtations font fuivies d'un
excellent Difcours dans lequel , après
avoir donné une efquiffe du premier état
de la Ville de Paris , on parle de fes accroiffemens
, tant fous les Romains ,
que
fous les Rois de la premiere , de la feconde
& de la troifiéme Race . Paris eft clos
de murs fous Philippe - Augufte ; Charles
V. & Charles VI . font une nouvelle enceinte
; Henri III . l'augmente de nouveau.
Henri IV . Louis XIII. & Louis XIV. furtout
, donnent une plus vafte étendue à
cette grande Ville. Louis XV. enchérit
encore fur fes Prédéceffeurs , & Fon voit
dès le commencement de fon Regne de
nouveaux embelliffemens qui rendent Paris
la plus confidérable & la plus brillante
Ville de l'Europe . Ce Difcours eft terminé
par une divifion de Paris en differens
quartiers , & par un dénombrement exact
de cette Ville .
L'Auteur entrant enfuite en matiere ,
donne l'Hiftoire de cette Capitale . Son
ouvrage eft partagé en vingt Livres , dans
116 MERCURE DE FRANCE .
lefquels on trouve réunis deux objets trèsintéreffans
, & dignes de l'attention & de
la curiofité du Public : c'eft la Ville en
elle-même & fes differentes parties , & en
même tems tout ce qui s'y eft paffé de
mémorable pendant près de deux mille
ans . Ces deux objets marchent enſemble
& font traités felon l'ordre chronologique
, en commençant dès l'an 390 , avant
l'Ere Chrétienne , & en continuant ainſi
jufqu'à nous.
Tel eft le plan que l'on a exécuté avec
tout le foin & toute l'exactitude poffible ,
dans les deux premiers volumes de cet
ouvrage. De plus on l'a enrichi de Cartes
& de Gravures exquifes qui repréſentent
les Edifices principaux , les differentes
perfpectives , en un met tout ce que Paris
renferme de plus digne d'être remarqué :
le tout deffiné & gravé par les plus grands
Maitres .
Seconde Partie. Les trois volumes qui
forment cette feconde Partie , font d'un
prix ineftimable , par rapport aux monumens
qu'ils renferment. Ce font des Titres
précieux , dont la lecture intérelle
non-feulement ceux qui fe piquent de
fcience , mais même ceux qui ne font que
fimplement curieux . On voit des actes
autentiques de toute efpéce tirés des dif
Μ Α Ι. 1753 . 117
ferens tréfors , foit publics , foit particu
liers , une longue fuite d'extraits des anciens
regiftres , foit du Parlement & de la
Chambre des Comptes , foit des Archives
des grandes Maifons , des Chartriers des
anciennes Abbayes , des Cartulaires des
grandes Bibliotheques , dont la plus gran .
de partie n'avoit jamais vû le jour , &
d'autres font abfolument ignorés , quoiqu'imprimés
depuis long-tems . Les regiftres
de l'Hôtel de Ville ont fourni de plus
une quantité confidérable de pieces qui
doivent en particulier faire regarder ces
trois volumes- ci comme les Archives publiques
de la Ville de Paris.
La collection de ces différentes piéces
forme une fuite qui s'étend depuis l'an
358 , jufqu'en 1722 ; c'est - à- dire pendant
l'efpace de 1200. Ainfi indépendamment
des anciens titres pour les tems reculés ,
on trouve les Edits , Déclarations , Arrêts
du Confeil , Ordonnances , Reglemens &
autres Piéces modernes qui étendent ou
reftraignent , ou même expliquent les priviléges
& les prérogatives accordés par des
actes de la plus haute antiquité .
Ces différens morceaux n'ont pas toujours
été employés précisément felon l'ordre
chronologique , mais fuivant l'ordre
des matieres , c'est-à-dire , qu'après avoir
118 MERCURE DE FRANCE:
rapporté le premier acte qui établit une
origine quelle qu'elle foit , on a placé immédiatement
après , les différentes piéces
tant anciennes que modernes qui concernent
la même matiere. Dès que cette matiere
eft épuisée , on rentre alors dans
l'ordre chronologique : & de crainte que
cet arrangement ne causât quelqu'embaras
, on a mis à la tête de ces trois volumes
une Table chronologique , dans laquelle
toutes les piéces font rangées felon
l'ordre des années ; ainfi en fçachant à peu
près dans quel tems une pièce a été donnée
, on la trouve à l'inftant par le moyen
de cette Table : on ne s'eſt pas même contenté
d'y indiquer fimplement l'année
on a pouffé l'exactitude jufqu'à marquer
le mois & le jour de la date de chacune
de ces pieces.
De plus , comme la plupart des chartres
anciennes , fur - tour celles qui ont
été composées dans des fiécles d'ignorance
, font énoncées en termes barbares &
abfolument inintelligibles , on a eu foin
de placer à la tête de ces trois derniers
volumes un dictionnaire des mots les plus
difficiles à entendre. Il eft intitulé : Gloffaire
ou explication des mots latins hors d'ufage,
ou de la langue vulgaire latinifés .
A ce Gloffaire, on en a joint un autre
MA I. 1753 . 119
qui le fuit immédiatement . Il a pour titre
Gloffaire françois , ou explication abregée
des termes du vieux langage françois. Ce
Dictionnaire eft d'autant plus utile , qu'il
y a un très grand nombre d'expreffions de
l'ancien idiome françois , que l'on n'entendroit
plus aujourd'hui fans le fecours de
ce Gloffaire,
Tout cet Ouvrage eft terminé par une table
alphabétique très -étendue , au moyen
de laquelle on trouve dans un inftant ce
dont on peut avoir beſoin dans ces cinq
volumes.
Voila en abregé ce que contient l'Ou
vrage de Dom Felibien & de Dom Lobineau.
Nous allons parler à préfent de l'ob
jet que nous nous fommes propofé en publiant
l'avis que nous donnons aujourd'hui,
Quoique le débit de cet Ouvrage eûr
rempli nos efpérances , cependant il y a
quelque tems que faifant une revûe exacte
de nos magaſins , nous en avons trouvé
I un certain nombre d'exemplaires , dont
quelques-uns étoient complets , d'autres
pouvoient le devenir au moyen de quelque
dépenfe : comme elle n'alloit pas fort
loin , nous avons pris fur nous de la faire ,
& malgré cela nous proposons une diminution
confidérable fur ce qui nous refte ;
diminution cependant qui n'aura lieu que
120 MERCURE DE FRANCE.
pour ceux qui le pourvoiront de cet Ou
vrage d'ici au premier du mois de Juillet
de cette année.
Ainfi d'ici à ce tems nous livrerons les
cinq volumes de l'Hiftoire de la Ville de Paris
en feuilles petit papier , pour la fomme
de 24 1. , & nous prendrons 36 1. pour l'exemplaire
de grand papier auffi en feuilles .
PUBLII TERENTII Afri Comoedia fex ad
optimorum exemplarium fidem recenfie. Les
fix Comédies de Terence , revues fur les
meilleures éditions. A Paris , chez le Loup
& Mérigot fils , Libraires , Quai des Au
guftins. 2. vol . in- 12 . avec figures.
Le Terence que nous annonçons , paroît
devoir entrer dans la fuite des Poëtes
Latins de Couftelier ; mais qu'il eft fupérieur
aux autres , & qu'on voit bien qu'il
eft l'ouvrage de l'émulation ! Commençons
par le travail littéraire. L'Editeur eft
M. Philippe , connu par les belles éditions
qu'il a données de quelques Hiftoriens ,
& de la plupart des Poëtes qui compofent
la fuite de Couftelier. C'eft un bon garant
de l'éxactitude & de la correction de
celle- ci. On trouve dans le premier tome
la vie de Terence , écrite par Suetone &
continuée par Donat. Elle eft fuivie des
témoignages ou des éloges des Anciens ,
&
MAI. 1753 12t
& ce font comme les preuves de l'hiſtoire
du Poëte. Les trois Comédies contenues
dans ce premier volume font l'Andrienne ,
l'Eunuque , & l'Heautontimorumenos.
Le fecond volume eft compofé des Adelphes,
du Phormion, de l'Hecyre ; & chacune
des fix Comédies eft précédée d'un argument
Latin de Murei , & à la fin de la
derniere font de nombreuses variantes
fur chaque Piéce . Les variantes , travail
utile qui forme la critique des textes , font
pour les Sçavans , & n'amufent gueres les
lecteurs fuperficiels. Mais celles-ci , par le
bon choix des fources , & par les éclairciffemens
qu'on y a femés , répandent tant
de jour fur le texte , qu'elles peuvent à
certains égards tenir lieu de notes . Suit un
catalogue exact & curieux de toutes les
éditions de Terence : elles fe montent à
254 , en y comprenant celle que nous an
nonçons . Ce catalogue intereffant eft pour
des yeux un peu philofophes , une espece
de carte où toute la fortune du Poëte eft
tracée . On n'eft point étonné que l'écri
vain le plus pur de l'ancienne Rome , que
le modéle élégant des graces Latines , ait
été réimprimé tant de fois . On a fuivi pour
l'arrangement des Vers l'ordre des imprimés
; l'Editeur, dans fon Avertiffement ►
declare qu'il n'a rien voulu hazarder fur la
F
122 MERCURE DE FRANCE.
mefure de ces vers , parce qu'il n'eft pas
poffible de la deviner , à moins , dit- il ,
qu'on ne reffufcite Terence on Donat . Au défaut
de cette découverte , ou en attendant
la revélation , on a introduit dans le Dialogue
une nouveauté qui diftinguera cette
édition de toutes les autres . Tous les vers
qui font interrompus par quelque interlocuteur
, font coupés & difpofés méchaniquement
comme dans nos piéces de
Théatre ; ce qui repoſe agréablement la
vûe , jette de la clarté dans le Dialogue
& contribue à l'intelligence du jeu Thearral
. Enfin on a fait revivre un ufage qui
paroiffoit abandonné depuis très - longtems
: tout ce qui eft proverbial ou fententieux
eft en caractere italique. On fent
que l'objet de cette diftinction eft de frapper
les yeux , pour mettre le Lecteur à
tée de remarquer plus aifément , foit les
expreffions , foit les chofes.
por-
L'éxécution Typographique & les ornemens,
répondent au goût de la partie litté
raire. Le papier eft beau & d'une grande
blancheur , l'impreffion eft élégante & fort
nette . Les ornemens font de bon goût &
bien variés ; ils confiftent en fept Etampes ,
en trente vignettes , & eu autant de culs
de lampe : ils ont tous été gravés par les
meilleurs Maîtres , d'après les deffeins de
MAI.
1753. 123
•
Pilluftre Gravelot , & le célébre M. le Bas
en a gravé la plus grande partie . Le frontifpice
général répréfente le cabinet de
Terence . Ce Poëte affis près d'une table ,
la plume à la main , femble faire des corrections
à fes piéces , fur les avis de Scipion
& de Lelius , qu'on voit auffi fur des
Géges. Le fleuron eft compofé d'un médaillon
de Terence, d'après ce qu'il y a de
plus authentique en ce genre . Il eft accompagné
des attributs de la Comédie & de la
Poëlie ; chaque Piéce a fon frontispice
qui en défigne prefque toujours l'endroit
le plus intéreflant. Le fujet de l'eftampe
de l'Andrienne eft tiré du récit que le
vieillard Simon fait à Sofie dans la premiere
Scene . On a repréſenté le moment
où Glycerium s'étant approchée trop près
du bûcher de Chryfis dont on fait les obféques
, Pamphile la retient dans fes bras.
On voit cette courtifane affligée , s'abandonner
fur le jeune homme d'un air , qui
décele leur intelligence , & le pere qui
les obferve . Le frontifpice de l'Eunuque
eft le tableau de la feconde Scene du premier
Acte. Thaïs , courtifanne aimée de
Phédria , veut s'excufer à lui de ce que la
veille il a trouvé fa porte fermée ; mais
avant d'expliquer fes raifons , elle a exigé
le fecret de Parmenon qui eft préfent.
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
Or cet efclave ayant répondu que fa difcrétion
dépendroit de la vérité du récit
le moment choifi par l'Arrifte eft celui où
Parmenon furprenant Thaïs en menſonge
, l'interrompt pour lui dire que fon fecret
ne tient plus à rien. L'eftampe de
PHeautontimorumenos eft plus fimple ; la firuation
de la troifiéme Scene du deuxième
Acte en fait le fujet. Antiphile faifie de
joye à la vûe de Clinia fon amant , ſe laiffe
aller fur fa compagne qui eft la courtifanne
Bacchis , tandis que d'un autre côré
Syrus , efclave de Clitiphon , veuc l'empêcher
de fe montrer. Le fujet du fronifpice
des Adelphes eft tiré de la premie.
re Scene du deuxième Acte. Efchine , pour
obliger fon frere qui eft amoureux d'une
joueuse d'inftrumens , enléve cette fille
au Marchand d'efclaves à qui elle appartient.
Le principal inftant de l'action eft
celui où le Marchand voulant s'opposer à
la violence d'Efchine , reçoit un foufflet '
de Parmenon fon efclave. L'eftampe du
Phormion repréfente un incident de la ſeptiéme
Scene du cinquiéme Acte . Phor
mion , appelle Naufiftrate , femme ' de ·
Chremès , pour l'inftruire des infidélités
de fon mari. Celui- ci s'empreffe avec Demiphon
, pour lui fermer la bouche , &
La femme accourant au bruit , paroît tout -à
MA I. 1753. 125
coup. L'incident dont eft compofé le frontifpice
de l'Hecyre , eft pris de la troifiéme
du cinquiéme Acte. Parmenon , valet
de Pamphile , vient dire à fon maître
que Myrrhine a reconnu la bague qui lui
avoit été volée , & qu'elle eft aux doiges
de Bacchis. L'inftant de l'action ne fait
qu'exprimer la joye de Phamphile qui
s'exhale par une exclamation pathétique ,
& la furpriſe du valet , confus des tranf
ports de fon maître , dont il ne conçoit
pas la raison. Bacchis furvient avec deux
fuivantes. Les vignettes , dont à chaque
Piece le nombre égale celui des Actes ,
ayant un plan trop borné pour admettre
de grandes figures , les traits les plus pittorefques
qui fe trouvent dans chacun de
ces Actes , font repréfentés par des enfans
: le foin de démêler ces fujets , fera l'amufement
du Lecteur. Il étoit bien plus
difficile de varier les culs de lampe ; mais
par l'ufage qu'on a fait de ce dernier genre
d'ornemens , on a fçu le rendre auffi
piquant que le refte ; ces culs de lampe
font compofés de mafques antiques , qui
fidélement exprimés , défignent par leurs
caracteres les perfonnages des fix Pièces.
Il y a quelques exemplaires du Livre
que nous annonçons en papier d'Hollande
, & fix en beau velin .
Fiij
826 MERCURE DE FRANCE.
ASSEMBLE'E PUBLIQUE
De l'Académie de Beziers.
L'A
و
'Académie des Sciences & Belles- Lettres
de Beziers tint fon affemblée publique
le 11 Janvier dernier. M. l'Evêque de
Beziers ouvrit la Séance par un Difcours
dans lequel il remercia l'Académie de l'avoir
choisi pour fon chef. M. l'Abbé de
Manfe , Directeur , parla enfuite fur l'utilité
des affemblées Académiques, répondit
au Difcours de M. l'Evêque de Beziers
, & fit l'Eloge de M. le Comte de S.
Florentin , Protecteur de l'Académie. M.
Racolis lut l'éloge de M. le Préfident Barbier.
M. de Guibal , qui travaille à l'hiftoire
de Beziers , lut la partie de cette hiftoire
depuis la fin du douzième fiécle , juf
qu'à l'an 1752. M. Carbaffe fit la lecture
d'une Differtation fur la cataracte , dans
laquelle il infifta fur les moyens de la prévenir.
M. l'Abbé de Cambacerès termina
la Séance par l'éloge de M. l'Abbé de
Gayet , Abbé de Villemagne , & Vicaire
Général de Beziers .
Nous aurions fouhaité que l'Académie
nous eût envoyé les pieces dont on vient
de lire le titre , nous en aurions fait l'exMAI.
1753. 127
y
trait avec foin & avec plaifir . Il doit
avoir beaucoup de bonnes choſes dans des
ouvrages faits dans une Ville où il y a autant
d'efprit , d'agrément & de bonne littérature
qu'à Beziers .
BEAUX ARTS.
SECONDE LETTRE de M. Godefroy ;
Sur la deffenfe de l'échappement à Cylindre
de M. Graham , en réponse à la critique
de M. P. le Roi , inferée dans le
Mercure de Mars 1753. par M. Senard
Son neveu.
'Admirez-vous pas , Monfieur , la
N prudence de M. Pierre le Roi , qui
toujours occupé des chofes les plus importantes
, a déferé à fon neveu le foin de
répondre à ma lettre ? n'auroit- il pas été
plus prudent de laiffer les chofes en l'état
où elles étoient , que de me forcer à dire
bien des chofes que par modération j'a
vois fupprimées ? En effet de quoi s'eftil
offenfé ? que j'aye deffendu la caufe légitime
de l'échappement à cylindre du
célébre M. Graham , dont les fuccès font
confirmés & foutenus par une expérience
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE .
toujours heureufe , depuis plus de trente
ans .
Je n'ai jamais cherché à donner atteinte
à la réputation de M. P. le Roi : cependant
ayant bien fenti que par contrecoup
la mienne feroit en compromis ; il
n'a pas hésité d'attaquer celle de M. Graham.
M. P. le Roi ne pouvoit. il vanter
fa nouvelle méthode fans miner le crédit
des montres à cylindre : c'eft uniquement
pour en prendre la défenſe que j'ai mis la
main à la plume . Au refte je n'ai rien die
dans ma précédente qui dût l'offenfer , finon
que j'étois furpris du parallele qu'il
faifoit de fa prétendue nouvelle invention ,
avec celle de M. Graham .
Vous ne trouverez peut- être pas hors
de propos que je dife deux mots fur fa découverte,
& je fuis perfuadé que vous ne ſerez
pas moins étonné que moi , & quel'ont
été tous les habiles Horlogers, quand vous
fçaurez que fa méthode tant vantée , fe
réduit au feul avantage d'avoir une roue
de rencontre plus grande que dans les
montres ordinaires. Les fentimens font
partagés fur cet avantage prétendu , vû
que la roue petite ou grande , les raports
font égaux fuivant les principes de la méchanique
; le feul avantage qu'il pourroit
alléguer , feroit un peu plus de facilité
dans l'exécution .
M A I.
17537 129
Mais pour obtenir les avantages qu'il
prétend retirer de fa méthode , il change
la pofition de la grande roue moyenne ,
qui eft pour l'ordinaire au centre de la
platine , dont la tige porte le canon de
l'éguille des minutes . Comme fa rouë n'eft
plus au centre , il fe trouve obligé de faire
mener les minutes par une rouë de renyoi
; mais à quoi bon multiplier les êtres
fans néceffité ? Je fuis fâché d'être obligé
de lui dire que j'ai vu plufieurs montres
de M. Pannier de cette conflruction , il y
a plus de trente ans , & que toutes les
montres à barillet tournant qui font à minutes
, font de la conftruction qu'il nous
donne pour nouvelle ; elles n'ont point
été copiées par les habiles Horlogers ,
eu égard au renvoi , qui, quelque bien fait
qu'il puiffe être , donnera toujours au
moins une minute de jeu à l'extrémité de
l'aiguille des minutes , par le jeu des rouës
de renvoi.
A l'égard du recul qu'il prétend corri
ger , fuivant les mêmes régles de la Méchanique
, le recul fera à la rouë de rencontre
, en raifon de ce que les léviers
des palettes feront à la verge du balancier.
La roue de rencontre devenant plus
grande , les palettes de la verge devien
nent plus longues ; ainfi le recul fera tou-
Fy
139 MERCURE DE FRANCE.
jours le même ; & dans l'échappement à
cylindre il n'y a point de recul , & tonte
la prétendue conftruction de M. le Roi
étoit pour éviter le recul .
Vous comprenez , Monfieur , avec
quelle modération j'en ufois envers M.
P. le Roi , puifque je lui épargnois le défagrément
de s'entendre reprocher , par
des raifons démonftratives , les inconvé
niens qui annéantiffent fa prétendue nouvelle
invention. Je dis prétendue , parce
que j'ai beaucoup vû de montres de
cette conftruction , & je pourrois citer
plufieurs Horlogers qui en ont vû ainfi
que moi ; mais c'eft une chofe trop connue
pour avoir befoin de citation .
Je pardonne à M. Senard , neveu de M.
le Roi , d'adopter le fyftême de M. fon
oncle , vû qu'il eft tout neuf dans l'Horlogerie
; il paroît pourtant qu'il voudroit
paffer pour un habile Géométre & un
grand Phyficien , du moins il en ' emprunte
les termes. Quoique peu initié dans
ces fciences , je crois en fçavoir affez pour
faire une bonne montre.
M. P. le Roi me fait la grace de m'accorder
que je fuis un Horloger qui fait
des montres à cylindre , comme bien d'autres
; je conviens qu'il y en a qui les font
auffi bien que moi , mais le nombre n'em
MA I. 1753. 238
eft pas fi grand qu'il pourroit fe l'imagi- ર
ner ; & fans vouloir tiret fur lui , j'ofe
dire qu'il n'eft pas de ce nombre non
plus que tous ceux qu'il dit avoir confultés.
Je fuis bien fâché de bleffer fon amour
propre par cet aveu , mais je ne puis me
refufer à la vérité .
Il me fait encore le reproche de l'abondance
de l'huile qu'exige l'échappement à
cylindre ; mais il s'en faut beaucoup que
cette quantité d'huile foit fi confidérable
qu'il le dit , car tant que le cylindre aura
l'ouverture requife & que les courbes des
dents de la roue feront bien faites , leurs
furfaces ne feront pas fujettes à s'écorcher,
& il ne faudra d'huile que la quantité
néceffaire pour tapiffer les furfaces frottantes
& alléger le frottement , qui fera autant
uniforme qu'il eft poffible de l'avoir
dans tous les échappemens , par la perfection
qu'aura la roue , ce qui produira un
frottement régulier entre les deux pivots
du balancier ; pourvû que les parois frottans
foient tapiffés d'huile , l'échappement
à cylindre peut aller quatre ou cinq
ans fans être démonté & fans altération.
Je puis même prouver que j'en ai eu
qui ont été dix ans fans avoir été démontées
, cependant elles alloient auffi bien
que des montres ordinaires ; il eft vrai que
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
la calotte dont j'enferme exactement le
mouvenient , le met à l'abri de l'altération
que pourroit y produire les corps
étrangers , & par ce moyen je conferve
non feulement l'huile de l'échappement
mais encore celle de tous les pivots aufquels
ont ne peut fe difpenfer d'en mettres,
& quoiqu'en dife M.P. le Roi, elle fe conferve
affez pour ne pas fe décompofer.
Au refte , il ne nous apprend rien de nouveau
, lorfqu'il dit que tout corps qui
frotte contre un autre corps , doit tirer à
ufure , car le moindre apprentif fçait
qu'un corps intermédiaire , tel que l'huile,
eft abfolu meut néceffaire pour adoucir
le frottement de leurs furfaces .
Il est vrai que j'ai vu des cylindres tran
chés , mais cet accident provenoit de la
préſence des corps étrangers , dont on n'avoit
pas eu foin d'empêcher l'introduction.
Les palettes de la verge du balancier
font fujettes au même inconvénient ;
j'en ai vû qui ont été creufées au point
qu'il a fallu refaire la verge des palettes ;
mais cer accident attive moins aujourd'hui
qu'autrefois , par la précaution que
l'on a de faire à préfent de longs tigerons
à la palette du bas de la verge du balaneier
; cependant quelque précaution qu'on
prenne , rarement peut - on empêcher
MAI.
1753 133
Thuile de monter dans la palette , je vois
peu de montres aufquelles cela n'arrive.
Malgré cela , pourvû qu'il n'entre point
de corps étrangers , les palettes , ainfi
que les cylindres , tireront auffi peu à ufare
qu'il fera poffible.
M. P. le Roi me fait une plaifante tracafferie
, mais qui tombe d'elle- même
dece que j'ai dit dans ma précédente lettre
que tout le frottement de l'échappement
à cylindre étoit en raifon donnée de la
réfiftance du reffort fpiral ; il eft fous -entendu
le produit de l'élafticité dudit
reffort , & le frottement qui produit la
preffion des dents de la roue fur les furfaces
extérieures & intérieures du cylindre.
Ce qui me fait dire que fi le reffort fpiral
avoit moitié moins de force , le frottement
feroit plus leger , puifque ces montres
ne peuvent pas marcher fans reffort
fpiral.
Je fuis furpris qu'un auffi habile hom
me que M. P. le Roi puiffe penfer que
j'aye voulu esquiver ce frottement ; ce font
fes propres termes . J'avoue que je n'ai
point l'art de faire marcher des échappements
, quoiqu'à repos , fans un certain
frottement , car il y en a dans tous les
échappemens . Y auroit-il du bon fens d'imaginer
que l'on pût éviter tout frotte134
MERCURE DE FRANCE.
pas
ment abfolument parlant non ; mais il
s'agit de le conferver autant qu'il eſt poſfible
dans l'uniformité, pour que les changemens
ne foient auffi fenfibles que
M.P. le Roi le publie;je lui indiquerai pluficurs
perfonnes de fon quartier pourvues
de montres à cylindre ; il verra de fes
propres yeux que les montres à cylindre
que j'ai faites à ces perfonnes , vont audelà
de toute attente , & même il en
eft une de ce nombre qui va depuis plus
de vingt ans , à peine appercoit- on la trace
du frotttement fur fon cylindre ; ce
qu'on ne peut éviter aux palettes des verges
du balancier dans les montres ordinaires
, parce que tous les corps qui frottent
, tirent plus ou moins à ufure .
M. P. le Roi eft averti que lorfque j'ai
pris la deffenfe de cet échappement , j'étois
fondé fur des expériences dont les
preuves feront toujours au-deffus de tous
les raifonnemens ; je fens bien que fans
ces expériences j'aurois de la peine
à le convaincre & à le retirer de fon
préjugé mais il faut fe rendre à l'expérience
, fur tout quand elle eft autentiquement
confirmée .
M. P. le Roi dit dans fa Lettre , qu'il
ne blâme point la foibleffe du reffort fpiral
dans une montre à cylindre ; mais M.
MA I. 1753.
135
Senard , fon neveu , dit , ne croyez pas que
nous penfions comme vous , que cefoit une perfection
, tout le contraire. Il adopte le fpiral
fort ; c'eft une preuve qu'il ignore que
comme le reffort fpiral eft le régulateur
de la quantité du mouvement imprimé
par la force mobile au balancier , il faut
que fa réfiftance foit légere , ce qui fuis
néceffairement la foibleffe dudit reffort
fpiral , car autrement fa réfiftance anéantiroit
le mouvement communiqué aumême
balancier , & la montre s'arrêteroit
au doigt : ainfi il faudroit ou affoiblir le
-balancier ou le reffort fpiral , pour obtenir
du mouvement ; mais la diminution
du balancier deviendroit un obftacle à la
jufteffe du mouvement , car plus le balancier
auta de male , plus auffi lem ouvement
fera régulier. J'ai même toujours
obfervé que les montres dont le reffort
fpiral étoit foible , marchoient avec plus
de jufteffe que celles dont les mêmes refforts
étoient plus forts . Je ne fuis pas
le feul qui ait fait cette obſervation ; mais
il y a des proportions de pratique qu'on
peut connoître que par une longue expérience
, puifqu'elle nous fait remarquer
une harmonie qu'on ne peut démontrer
& qui n'eft fenfible qu'à ceux qui ont une
pratique confommée.
ne
136 MERCURE DE FRANCE.
•
*
Je fouhaite que cet avertiffement puiffe
fervir de leçon à M. Senatd , pour s'appliquer
à joindre la pratique à la théorie.
Ce n'eft pas affez de raifonner , il faut en
core qu'une expérience de plufieurs an
nées puiffe éclairer nos idées ; car le raifonnement
féduit , & fouvent l'expérience
détruit. M. P. le Roi m'objecte que nos
connoiffances fur les métaux ne font pas affez
certaines pour pouvoir nous affurer qu'un cyindre
sufera ou ne s'ufera pas , qu'il n'y a
que l'expérience qui pourra nous le prouver.
Avant de répondre à fon objection , qu'il
me permette de lui dire que je n'ai point
prétendu avancer que le cylindre , abfolu
ment parlant , ne tireroit point à ufure
puifque tout ce qui frotte , s'ufe plas ou
moins. Mais revenons , je conviendrois
de fon objection, fi j'employois un morceau
d'acier pris au hazard pour faire un
cylindre , je l'avoue , je ne ferois pas fûr
de ma matiere ; mais je ne me fers jamais
de cette matiere que préalablement
l'épreuve ne m'en foit parfaitement connue
, ce qui n'eft pas fi difficile qu'il le
prétend Il s'agit de choifir un acier d'Angleterre
bien corroyé , dont le grain foit
bien égal , en tremper un morceau & le
polit avec autant de foin que s'il devoit
ervir à faire quelque chofe de bien préMAI.
137 1753.
cieux , s'il prend bien également la trempe
& qu'il reçoive un poli affez vif pour
que , regardé à travers le verre à groffir ,
on ne puifle en appercevoir les pores ,
on fera affuré de fa bonté , parce que ce
fera une preuve phyfique que les parties
infenfibles de la matiere feront bien accrochées
& parfaitement liées enfemble.
Pour employer le cuivre avec précaution,
& fe procurer la fureté de la matiere
dont on veut faire les roues de rencontre
il faut s'attacher à choisir un cuivre dont
le grain foit bien fin & la matiere bien
liante & préferer au neuf, le cuivre vieux ,
parce que ce dernier femble avoir reçu par
le long-tems qu'il y a qu'il est tiré de fa
mine , une certaine perfection ; par cet
attention on évitera l'inconvénient où je
me fuis trouvé d'être obligé de refaire
des roues de rencontre , parce que leur
matiere avoit des parties mordicantes , qui
par leur frottement fur les palettes du balancier
, en écorchoient la furface que
j'avois repolie plufieurs fois , ce qui dans
la fuite m'a fait apporter beaucoup d'attention
fur le choix de la matiere .
M. P. le Roi voudroit me perfuader
qu'il a fait des expériences fur les meilleures
montres à cylindre ; mais ce qui
prouve évidemment qu'il ne les a faites
138 MERCURE DE FRANCE.
que fur des échappements mal faits , c'eft
qu'il ne tient pas le langage qu'il devroit
tenir , puifqu'en voulant prouver
que j'avois voulu efquiver le frottement ,
comme je l'ai rapporté plus haut , il s'exprime
en ces termes : au feul afpect du jeu
de cet échappement , &c. Il paroît que par
ces termes , au feul afpect du jeu , il imagine
que le cylindre eft fufceptible d'un
jeu confidérable . Je fuis perfuadé que s'il
avoit voulu examiner avec affez d'attention
& de foin , l'échappement à cylindre
, il auroit reconnu qu'il n'y a pas
plus de jeu à cet échappement qu'à tout
autre.
M.P. leRoi,pour prouver la connoiffance
parfaite qu'il a de l'échappement à cylindre
, rapporte dans fa derniere Lettre, que
lui & M. Julien le Roi fon frere , ont fait
de fuffifantes obfervations fur l'échappement
à cylindre. Je fais trop convaincu de
leur capacité , pour en concevoir aucun
doute ; mais comme la modeftie eft ordinairement
l'appanage du fçavoir , M. Julien
le Roi, il y a plufieurs années, me marqua
fa furprife fur une montre de M.
Graham dont le cylindre étoit tranché
fur fes furfaces extérieures & intérieures
, ainfi que fur fes leviers ; il me
propofa d'en refaire le cylindre ; mais
>
MAI. 139 17539
après avoir examiné fcrupuleufement les
parties alterées , je reconnus bien tôt que
l'application de quelques corps étrangers
très durs , tels que l'émeri ou la poudre
de diamant , avoit produit une ufure
auffi marquée ; c'eft pourquoi je ne jugeai'
pas à propos de refaire le cylindre , je me
contentai de relimer à neufles courbes des
dents de la rouë de ce cylindre que je repolis
bien enfuite , & ce pour détruire &
enlever toutes les parties mordicantes qui
pouvoient s'y être attachées ; je remontai
ladite rouë d'échappement au- deffus de
l'endroit qui étoit tranché au cylindre par
l'afure , & après avoir nettoyé le cylindre
, je remontai la montre qui alla auffi
bien qu'on pouvoit le défirer ; je l'ai même
vue pendant huit jours fuivre ma pendule
à fecondes , fans fortir de fa minute .
Je puis citer M. Couratin , célebre Horloger
, comme témoin de la vérité de ce
que j'avance ; mais avois- je beſoin de citer
un témoin auffi irréprochable ? non , je
fuis trop convaincu que M. Julien le Roi
a trop de probité pour nier cette vérité ; il
eft même à remarquer qu'au bout d'un certain
tems que M. Julien le Roi cut fous
fes yeux cette montre il m'affura qu'il
n'avoit jamais vû qu'une feule montre à
rouë de rencontre aller auffi bien que
,
140 MERCURE DE FRANCE.
cette montre de M. Graham , à laquelle
j'avois fait l'opération dont je viens de
parler , ce qui l'a déterminé depuis ce
tems-là à faire faire des montres à cylindre
comme il le fait encore aujourd'hui . Cela
prouve bien clairement que M. Julien le
Roi n'eft pas auffi prévenu contre cet échapement
, que l'eft M. P. le Roi fon frere.
J'avoue fincérement avec M.P. leRoi que
je n'ai jamais fait de montres de fa nouvelle
conftruction ; je lui repéte même
que jufqu'à ce qu'il ait détruit la perfuafion
oùje fuis , que les avantages que l'on
retire des montres à cylindre , font en tout
point fupérieurs à ceux qu'il prétend retirer
de fa nouvelle conftruction , je l'en
laifferai libre poffeffeur. Il a raifon de dire
dans fa Lettre, qu'il faut pefer les avantages
& non les compter , car il peut être
affuré que je les ai pefés au point que je
ne cefferai de faire des cylindres , jufqu'à -
ce qu'il ait réuffi à procurer plus de juſtelle
à fa prétendue nouvelle Méchanique.
je
Quand j'ai dit que dans les montres &
cylindre j'avois une roue d'échappement
plus grande que ne pourra la faire M. P.
le Roi dans fa nouvelle conftruction ,
n'ai point prétendu en tirer avantage ,
parce que je connois le peu de cas que
J'on doit faire des grandes roues dans
+
MA I. 1753. 141
I'Horlogerie , quoique vantées dans pluheurs
Journaux ; je ne m'étendrai point
fur cette matiere , pour ne me point écar
ter de mon fujet.
M. P. le Roi regarde pour rien l'avantage
d'avoir toutes les roues en cage ; il eſt
bien le maître de nier tout & de fe refufer
à cette délicateffe de précifion ; mais il
fera toujours dans le cas de fe voir fruſtré
de ces moyens qui tous tendent à produire
plus de juftefle. Il dit enfuite que l'engrenage
de la rouë de champ eft le même que celui
des autres ronës , & qu'il femble qu'il y
ait quelque chofe de funefte dans cet engrenage
contre lajufteffe.
Je lui réponds qu'il n'y a rien de funeſte
dans les chofes que la néceffité rend indifpenfables
; au refte je regarde cet engre
nage comme bien plus difficile que celui
d'une rouë plate , & t'ofe affurer qu'on
ne peut le rendre auffi parfait ; pour l'en
convaincre je le renvoye à ce qu'en a dit
M. le Camus dans la démonſtration qu'il
donne de l'engrenage de la rouë de champ
dans fes ElémensMéchaniques . En un mot,
M. P. le Roi convient & ne peut difconnir
de l'avantage qu'a la rouë du cy
lindre , d'engrener entre les deux pivots
du balancier ; mais il ne peut fe
difpenfer d'attaquer le poids de la roug
142 MERCURE DE FRANCE.
qui pefe environ fix ou huit grains , & il
faut obferver que je la mets de peſanteur
ainfi que le balancier.
A l'égard du prix des montres à cylindre
que j'ai dit être à meilleur marché que
les autres , M. P. le Roi n'en veut pas appercevoir
la preuve ; mais je le répete ,
c'eft qu'elles vont mieux que les montres
ordinaires , & que l'expérience m'a prouvé
qu'elles font moins fujettes à ſe déranger
dans les chûtes , en voici un exemple .
Il y a environ vingt- cinq ans que j'ai fait
une montre à cylindre à M. le Moine
Sculpteur du Roi ; dans cet efpace de
tems cette montre eft tombée au moins
vingt fois de fort haut , même de deffus
un échaffaut , fans que les pivots du balancier
en ayent fouffert , & depuis que je
fais de ces montres , je n'ai pas encore eu
de pivots du balancier qui fe foient caffés.
Ce font des faits ; je ne dis pas pour cela
que les montres à cylindre foient abfolument
exemptes de ces accidens , mais
l'expérience m'autorife à affurer qu'ils leur
font beaucoup moins fréquens qu'aux
montres à roue de rencontre ordinaires :
ainfi quoique les montres à cylindre
foient plus cheres que les montres ordinaires
, elles ne laiffent pas d'être à meilleur
marché .
MAI . 143 1753
Mais M. P. le Roi n'hésite pas à affurer
que j'en impofe,lorſque je dis que dans les
chûtes le pivot du balancier eft plus fujet
à fe caffer dans les montres ordinaires
que dans celles qui font à cylindre , ce qui
fait que les dents de la rouë de rencontre
s'émouffent indifpenfablement ; cela eft fi
vrai que de dix pivots aufquels arrivera
cet accident , l'on pourroir parier qu'il
y en aura huit où les dents de la roue de
rencontre feront émouflées . Je me fatre
de prendre les précautions requifes dans les
ajuftemens du coq & de la couliffe , pour
prévenir ces accidens ; mais malgré les
extrêmes précautions que j'ai prifes , je
n'ai expérimenté que trop fouvent qu'elles
étoient inévitables , ainfi que l'ont
reconnu tous les Horlogers .
Malgré moi , je réponds à une petite
mifére , dont M. P. le Roi me fait un reproche
de la citation que je fais de Meffeurs
de Chabert & le Monnier , fur les
éloges qu'ils m'ont faits de leurs montres
à cylindre ; j'aurois pû en citer bien d'autres
dans le Pays étranger , ainfi que dans
le Royaume , mais cela devient inutile.
Après ce reproche , M. P. le Roi fe met
lui-même dans un cas bien plus fufpect ,
puifque pour marquer les éloges qu'il dit
avoir reçus fur une montre de fa façon ,
144 MERCURE DE FRANCE.
& en apporter un témoignage plus frappant
( comme il le dit en propres termes )
il cite la page 160. de l'Hiftoire de l'Académie
de l'année 1742 , où l'on lit ce
qui fuit :
La premiere montre qu'il ait exécuté fur ce
plan , fervit d'exemple & fervit de preuve
Pour une gageure confidérable , qui avoit été
faite à Lifbonnefur la préférence qu'on devoit
donner aux montres d'Angleterre ou de France
; celle- ci foûtint fi bien l'épreuve qui enfut
faite avec une montre du célebre M. Grabam
, qu'il fut impoffible de décider laquelle
étoit la meilleure. Un peu plus bas , le neveu
de M. P. le Roi ajoute : Quand M. Godefroi
auroit fait la montre , auroit- il efperé quelque
chofe de plus ? Je ne fçais , mais il mefemble
que la maniere feule dont M. le Roi fontient
la réputation de la Nation fur l'Horlogerie
mérite bien quelques égards de fa part. Je
prie M. P. le Roi d'être bien perfuadé que
j'aurai toujours pour lui tous les égards
qu'il mérite ; mais il trouvera bon que je
lui dife , que je fuis furpris qu'une Hiſtoire
qui a reçu place dans les Mémoires de
l'Académie & qui a paru dans plufieurs
Journaux , n'ait pas mérité affez d'égards
pour que l'on y citât les gageurs. On en
a fans doute oublié les noms. Pour répondre
à l'avantage que M. P. le Roy prétend
donner
MAI. 1753 . 145
donner au témoignage frappant des éloges
de fa montre tirés de l'Hiftoire de l'Académie
, qu'il life le Mémoire de M. P.
le Roy , fils de M. Julien le Roy , contre
M. de Rivas , & furtout cet endroit où il
dit : mais qu'il me foit permis de répondre à
l'Auteur , que dans les éloges que l'Academie
fait de beaucoup d'ouvrages , fes vues font
auffifouvent d'encourager ceux qui cultivent
les Arts , que de montrer la bonté de leurs productions.
dif-
Au refte , quand il lui plaira , M. P. le
Roy nous donnera la raifon , pour laquel
le ayant par fa montre égalé la jufteffe de
celles de M. Graham , il n'a pas continué
de faire d'aufli excellentes montres ; il dira
l'exécution en eft
peut- être que trop
ficile , mais ce langage ne quadrera jamais
dans la bouche d'un habile Artiſte , parce
qu'en fait d'Horlogerie , il n'y a point de
difficultés qu'on ne doive s'appliquer à
furmonter , lorfque l'on doit en retirer
plus de jufteffe.
A cet égard je puis donc conclure , que
je fuis meilleur Citoyen qu'il ne me dépeint
dans fa Lettre , puifque la difficulté
de l'échappement à cylindre ne m'empêche
de le continuer , & même avec
pas
fuccès. 11 eft vrai que je n'ai jamais rien
préfenté à l'Académie , parce que j'ai tou-
G
146 MERCURE DE FRANCE:
jours eu pour maxime d'éviter le défagré
ment qu'éprouvent bien des gens qui
croyant avoir trouvé des chofes merveilleufes
, les voyent bientôt rentrer dans
le néant .
Mais fans fortir des bornes que me pref
crit la modeftie , & je crois , fans mériter
qu'on m'attribue trop d'amour propre ,
je me trouve forcé à faire un défi à M.
P. le Roy qu'il faffe quand il voudra
une montre dans fa nouvelle conftruction
, ou même dans celle qui a fi bien
foutenu la gageute de Lifbonne ; de
mon côté je ferai une montre à cylindre ;
nous mettrons les deux montres entre les
'mains d'un Académicien qui les ayant
examinées rigoureufement , pendant un
tems convenu , deviendra l'arbitre de la
préférence que l'une méritera fur l'autre
& celui de nous deux , dont la montré
aura été jugée inférieure à l'autre , fera
tenu de l'abandonner comme perdue en
faveur de celui dont la montre aura fait
moins d'écarts. Et pour donner plus de
force au défi , l'Académicien qui fera prié
de vouloir bien fe charger de cet examen,
continuera fes obfervations autant de tems
que le jugera à propos M. P. le Roy pendant
fix mois , même un an , pour que l'on
puiffe obferver les variétés de la matche
M-A 1. 17530 147
de ces deux montres pendant les quatre
faifons. L'expérience fera plus complette
que celle de l'Hiftoire de Liſbonne.
Quant aux formes des pignons & des
dentures dont j'ai parlé dans ma précédente
Lettre , où j'ai dit que je m'en tenois
aux éxpériences que j'avois faites fur les
montres des plus grands Maîtres , qui
font des modéles qu'on n'auroit pas dû
ceffer de fuiyre ; j'ai donné pour preuve
les montres du célébre Thompion , lefquelles
après foixante ans de marche
étoient fi peu altérées , que les trous des
pivots étoient encore les mêmes fans avoir
été rebouchés . Peut - on ſe refuſer à de
pareilles
, expériences ? Il faut donc conclure
que les formes des pignons & des dentures
, étoient telles qu'il convient qu'elles
foient pour obtenir l'uniformité du monvement
, & qu'elles avoient les conditions
dont M. le Camus nous a donné la démonſtration
.
i 11 eft à remarquer que M. P. le Roy
-avance dans fa Lettre , que ce fçavant Académicien
n'a écrit fur cette matiere qu'à fa
follicitation. Mais il n'eft pas bien difficile
d'appercevoir , que quand même il n'y
auroit jamais eû dans le monde d'Artiftes,
tel que M. P. le Roy , M. le Camus n'auroit
pas laiffé de nous donner fes démonf-
Gij
148 MERCURE DE FRANCE:
trations géométriques fur les engrenages
puifqu'elles font une fuite néceflaire de fes
élemens de méchanique ftarique. Je m'étonne
que M. P. le Roy ne fefoit pas vanté
d'en avoir donné les principes à cet illuſtre
Auteur .
M. P. le Roy a pefé fi fcrupuleuſement
le paffage de mon Mémoire , où je me
plains de la forme des dentures & des
pignons , qu'il réplique en ces termes , parlant
de moi : A l'entendre S dit M. Senard
fon neveu , vous croiriez qne MM.. PP..le Roy
dans fa pratique & dans ce qu'il a dit dans
fon Mémoire , s'éloigne beaucoup de ce que
M.le Camus a démontréfur la forme des denis
des roues des aîles des pignons . Mais
quelle apparence y a- t'il que M. P. le Roy
ait dû fpécialement prendre pour lui un
reproche qui ne regarde que le général
puifqu'il fçait lui- même que de célébres
Horlogers font tombés , & tombent encore
aujourd'hui dans le défaut des pi
gnons vuides & des pivots fins ce qui
fait que de tels pignons n'ont pas la forme
requife pour obtenir des points de force
uniforme , & c'eft aufli ce qui produit
l'altération des trous , qui néceffaitement
deviennent ovales. Ce font ces défauts
qui m'ont fait dire qu'on faifoit il y a foixante
ans de meilleurs engrenages qu'auMA
I. 149 2753
Jourd'hui . J'ai obfervé cette vérité fur
plufieurs montres à pignons vuides & pivots
fins. Après les avoir démontées , j'y
ai trouvé des trous ovales , ainfi il ne
doit pas paroître étonnant que j'aie dit ,
que quand les montres de Thompion
étoient nettoyées , elles alloient auffi bien
que celles de nos plus grands Maîtres ,
puifque dans celles de Thompion les trous
s'étant confervés , elles doivent conféquemment
auffi conferver leur juſteſſe ,
& aller auffi bien que celles dont les trous
deviennent ovales. Cette conféquence
n'étant point appuyée fur de fimples opinions
mais fondée fur l'expérience ,
prouve bien que la paffion marquée que
me reproche M. P. le Roy , eft celle que
j'ai toujours eu pour la vérité .
"
Ne ferois-je pas plus fondé à reprocher
à M. P. le Roy , la paffion marquée qu'il
m'attribue , puifqu'il paroît offenfé des
éloges que je donne à M. Graham & aux
Anglois ? Je protefte que je n'ai point de
parti de Nation , & que la feule équité
m'a forcé à ne pas refufer à l'Angleterre
un mérite que l'expérience la plus autentique
a confirmé. Si j'ai paru prendre le
parti de cette Nation , la circonftance net
Fa - t'elle pas exigé ? M. P. le Roy veut détruire
la méthode de M. Graham , dont
G.iij.
150 MERCURE DE FRANCE.
les avantages me font connus depuis long
tems. N'étoit- il pas jufte que j'en priffe la
défenſe ; je fuis perfuadé que tout honnête-
homme en ma place en auroit fair
autant. Je ne crois point en cela avoir attaqué
l'Horlogerie Françoife ; au contraire
, je crois par - là avoir montré ſon impartialité
, & la dignité avec laquelle elle
foutient fa réputation , û bien établie dans
le Royaume & dans le Pays étranger. Si
l'occafion m'eût permis de parler de nos
habiles Horlogers François , je n'aurois
pas manqué de dire que dans ce Royaume
un très grand nombre d'habiles gens tra
vaillent avec fuccès à la perfection & à la
gloire de l'Horlogerie , à laquelle je m'attacherai
toujours , ainsi qu'à l'avantage de
la Nation Françoife .
Je n'ai point écrit ( comme le font bien
des gens ) dans la vue de me faire un mé
rite apparent , en me faifant afficher dans
tous les écrits publics ; l'intérêt indifpenfable
de me juftifier des ridicules que l'on
a voulu me prêter , en a été l'unique motif:
d'ailleurs le métier d'un Horloger
n'eft pas d'écrire , mais de faire des montres.
Ainfi j'annonce à M. P. le Roy , qu'il
fera bien le maître de dire & écrire tour
ce qu'il lui plaira , mais qquuee jjee ne répon
drai que la lime à la main , lorfqu'il acTHE
NEW
YORK PUBLIC
LIBRARY
ABTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
1
Roma
Titon.
Tendrement .
*2
Votre coeur a
=pirs; vous
m
*
nos desirs:
#
charme desp
MA 1.
151 1753.
ceptera le défi que je lui ai propofé . J'ai
l'honneur d'être , &c.
V
ROMANCE
DE TITON ET L'AURORE.
Otre coeur aimable Aurore
Eft fenfible à mes foupirs.
Vous m'aimez , je vous adore ,
L'Amour comble nos défirs ;
Puiffent-ils s'accroître encore
Par le charme des plaifirs.
SPECTACLE S.
'Académie Royale de Mufique a convendredis
& les Dimanches , Titon & l'Aurore ; les
Mardis & les Jeudis , la Serva padrona ,
le Devin du Village & le Maître de Mufique.
La même Académie a donné trois fois
pour la capitation des Acteurs , Egle ,
Zelindor & le Devin du Village . La troifiéme
repréſentation de ces trois Actes a été
fuivie le Samedi fept Avril de l'Ariette
de Pigmalion , que M. Jeliotte a chanté
G üij
152 MERCURE DE FRANCE .
mieux , s'il fe peut , qu'à fon ordinaire.
i
Les Comédiens François ont donné
pour la premiere fois fur leur théatre , le
Vendredi 23 Mars , le Diffipateur , Comédie
en Vers & en cinq Actes de M.
Néricault Deftouches. Cette Piece avoit
été préfentée aux Comédiens en 1736 ,
mais des circonftances particulieres empêcherent
qu'elle ne fût jouée alors : l'Auteur
fe contenta de la faire imprimer , &
elle fut repréfentée dès l'année 1737 dans
les Provinces , où elle s'est toujours foutenue
depuis avec fuccès. La Comédie du
Diffipateur n'a pas eu un fort auffi heureux
à Paris , foit parce que quelques
rôles ont été joués négligemment , foit
parce que les beautés qui y font répandues
n'avoient pas la grace de la nouveau
té , foit enfin parce que le Public fatigué
de beaucoup de Piéces nouvelles qui
hui ont été préfentées fucceffivement , a jugé
cet Ouvrage comme plufieurs autres qui
ont paru depuis un certain tems , c'est - àdire
, avec une rigueur exceffive : une
partie du troifiéme Acte & tout le cinquiéme
, ont été cependant applaudis comme
ils le méritent. La fcene où le Valer
offre à fon Maître entiérement ruiné , le
peu qu'il poffede , a fait fur. tout un très
M A I. 153 1753
grand effet. Nous ne pouvons nous empêcher
de dire que la févérité qu'on porte
dans les jugemens fur les nouveautés , eft
pouffée trop loin ; il y a même lieu d'ap
préhender qu'elle ne produife un découragement
général. Nous n'entendons parler
que des nouveautés qui fe donnent au théa
tre François , car on eft extrêmement indulgent
pour tout le rette. Les rôles de Julie ,
de Cidalife , d'Arfinoé , d'Araminte , de
Belife, de Finette , de Cleon , du Baron pere
de Julie , de Geronte , du Marquis
du Comte de Florimon , de Carton & de
Pafquin , ont été remplis par Mlles Gauffin
, Grandval , Guéan , la Motthe Beaumenard
, Dangeville & par Mrs De la
Noue , Bonneval , Lathorilliere , Drouin ,
Bellecour , des Champs , d'Angeville , &
Armand..
Les mêmes Comédiens ont remis au
théatre le Dimanche 1 Avril , le Double
veuvage , Comédie en trois Actes de Dufrefni
, elle a été précédée de l'Alzire , de
M. de Voltaire ; ces deux Piéces ont été
fort applaudies d'une affemblée également
nombreufe & brillante..
Ils ont donné le Lundi 2 la cinquiéme
repréſentation du Diſſipateur , & pour pe« -
tite Piece Pourceaugnac.
Le Mercredi quatre , la fixiéme & der .
Gyv
154 MERCURE DE FRANCE.
niere repréſentation du Diffipateur , &
pour petite Piéce Zeneïde.
Le Vendredi 6 , la Réconciliation Nor
mande , & le Double veuvage. Dans la
Réconciliation Normande , Mrs Grandval
, & Armand , Mlles Grandval & d'Angeville
ont joué les rôles du Chevalier
de Falaife , d'Angélique & de Nérine ;
dans la plus grande perfection . Et le Samedi
fept , pour la clôture du théatre , la
Berenice de Racine , & le Double veuvage ,
M. Bellecour a fait le compliment ordinaire.
Les Comédiens Italiens ont donné le
Samedi 27 Mars , la premiere repréſentation
de Raton & Rofette ou la Vengeance
inutile , Parodie de l'Opéra de Titon &
l'Aurore , avec des Divertiffemens ; cet
Ouvrage qui eft de M. Favard n'a pas été .
autant applaudi que les précédens du mê
me Auteur,
Les mêmes Comédiens ont remis au
Théatre , le Dimanche premier Avril
Timon le Milantrope , Comédie en trois
Actes & en Profe , de M. Deliſte , avec
trois Divertiffemens.
La nouvelle Parodie ayant été fufpen
due par l'indifpofition de Mlle Aftraudi ,
qui avoit confenti à fe traveftir en BerMAI
175:30
ISS
ger , pour chanter le rolle de Raton ; M.
Rochard dont une maladie dangereufe
avoit privé le Public depuis long- tems , a
reparu dans le même rolle le Lundi deux
Avril.
Le Jeudi 5 & le Vendredi 6 , on a repréfenté
Timon le Misantrope ? avec les
nouveaux agrémens qui avoient été donnés
à la Cour le Mercredi précédent ; &
le Samedi 7 pour la clôture , la Parodie
de Titon & l'Aurore , précédée de la
trentiéme repréſentation de la Frivolité.
Mlle Aſtraudi étant rétablie , a repris dans
la Parodie , le rôle de Raton , & M. Rochard
a joué le rôle dont il avoit d'abord
été chargé dans la Frivolité ; il y a eu
deux complimens au Public d'un genre
différent , le premier en vers libres , compolé
par M. de Boiffy avec fon élégance
ordinaire , & prononcé par M. de Heffe ;
le fecond en Vaudevilles par l'Auteur de
la Parodie , & chanté par Mlle Favard
qui a été comblée
d'applaudiffemens , &
dans le Compliment & dans les princi
paux rôles des deux Pieces .
L'Opéra Comique a donné le Santedii
fept Avril , la premiere repréfentation du
Calendrier des Vieillards , Piece nouvelle
en un Acte qui n'a point réuffi .
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE:
Le Mardi 10 , on a donné fur le même :
Théatre la premiere repréſentation du
Rien , Parodie des Parodies de Tiron &
l'Aurore , qui a été reçue favorablemenţi
Et le Samedi 14 pour la clôture , la cinquiéine
repréſentation du Rien , précédée
d'Acajou , & fuivie du Suffifant & da
Compliment.
EXTRAIT du Suffifant qui a été joué
trente deux fois fans aucune interruption...
,
ACTEUR S
ELVIRE
CLITIE , niece , d'Elvire
,
LE CHEVALIER ,
LINDOR, Amant de
Clitie ,
MARTON, Suivanre
d'Elvire ,
Mlle Villiers.
Mile Rofaline.
M. le Moine.
M. Defchamps.
Mlle Defglands.
Lindor & Clitie ouvrent la Scene , &
après s'être réciproquement affurés de leurs
feux & de leur conftance , Lindor qui a
de la délicateffe , ne peut s'empêcher de
marquer à fa maitreffe quelque inquiétude
fur les foins du Chevalier qui la fuit de
près ; Clitie répond par un Coupler qui
peint à merveille la fatuité , & les airs du
heros de la Piece .
MAI
17531
Que craindre d'un petit Maître
Suffifant , enchanté de fon être ,
Qui ſe vante ,
Forge , invente,
Billets doux ,.
Soupers , & rendez vous a
Affectant la foible vûe ,
Et paflant les bijoux en revûe
Il minaude
Echafaude
Son jargon ,
Sur un fingulier ton :
Que craindre , & c.
Qui la belle
La plus rebelle ,.
Ceffe de l'être à fon aſpects.
L'air d'aifance
Le difpenfe ,
Des égards & du froid refpect ;
Chargé de poudre & d'effence ,
I lexhale un parfum fufpect ;
Que craindre , & c.
Cliţie fait entrevoir à Lindor au fujer
dElvire qui ek jolie , coquette & qui
s'obtine à l'agacer , les mêmes foupçons
que Lindor paroiffoit avoir eu à l'occafion
du Chevalier ; Lindor la raffure , & ils
chantent enfemble :
158 MERCURE DE FRANCE.
Non , non , notre aniour n'eft point volage ,
Le fentiment le produit.
Non , non , notre amour n'eſt point volage ,
Par l'eftime il eft conduit :
Une ardeur qui fe partage ,
Trompe autant qu'elle féduit
Mais du feu qui nous engage ,
Naît le bonheur qui nous fuit.
İls fortent.
Elvire arrive un miroir de poche à
la main , avec Marton fa fuivante ; elle
la gronde de ce qu'elle a mal arrangé ſa
coëffure , elle parle enfuite alternativement
du Chevalier , de Lindor , & de fa
niéce , qui les lui enleve l'un & l'autre
Elvire les voudroit avoir tous deux , mais
elle s'arrête plus particulierement à Lindor
, & comme elle entend le Chevalier
elle prend le parti de le tromper , en fai
fant femblant de ne penfer qu'à lui . Mais.
le Chevalier lui eft bien fupérieur en bonne
opinion & en impertinence , il lui dit
avec une affurance digne de lui , qu'il
voudroit de tout fon coeur n'être qu'à el
le , mais que Clitie eft un bijou..
Elvire piquée.
Après un tel aveu ,"
MA I. 37538 159
En vérité ; j'ai bien lieu
D'être fidele au noeud
Qui nous lie.
Le Chevalier.
'Accufez la fatalité
Elvire.
Bien peu je m'en chagrine:
-Le Chevalier.
Malgré ma bonne volonté
Má tendreffe décline ,
Je vous refpecte avec raifon
Elvire.
La faveur eft fort grande !
Clitie eft donc fenfible .
Le Chevalier,
Eft- ce que cela fe demande
Bea.
Elvire veut fçavoir de fa niece qui furvient
, fi c'eft le Chevalier qu'elle cherche.
Moi , Madame ,
Clitie.
Elvire.
Au moins je le foupçonne..
Elle rougit
Le Chevalier.
160 MERCURE DE FRANCE .
Elvire.
Allons , raffurez - vous.
La démarche eft fimple , on la pardonne
Pour un motif fi flateur & fi doux.
Clitie.
Que veut dire ce badinage ?
Elvire:
Sans m'en demander davantage ;
Expliquez-vous avec Monfieur ;
Au Chevalier.
Lindor chez moi pourra fe rendre ;
Et s'il veut meriter mon coeur ,
Vous n'avez plus droit d'y prétendre.
Le Chevalier refté feul avec Clitie , fe
donne le plus d'air qu'il lui eft poffible ;.
Clitie ne lui répond que par monofillabes
; Lindor croit qu'elle eft fâchée de
l'avoir trouvé tête à tête avec fa tante , &:
continue fur fon ton ordinaire.
Vous boudez ,
Vous gardez
Le filence.
Mais loin d'en être accablé ,
Parbleu je fuis comblé
De.votre réfiftance.
A vous voir ,
Le devoir
Yous occupe...
M A I.
17537
De ce manège ufité
Je n'ai jamais été la dupe ;
Cependant cet air bizare ,
A parler net , vous dépare ,
Vous attraits
Sont moins vrais ;
Ah ! de
grace ,
Abandonnez ce ton- là;
En vérité , céla
Me paffe.
Entre nous
C'est pour vous
Qu'on vous gronde ;
Car vous avez un maintien
Qui ne reflemble à rien ,
Ce n'eft pas là le monde.
Ayez donc
Du bon ton
Quelqu'ébauche ,
Je fais trop franc : pardonnez ;
Mais , ma foi , vous donnez
A gauche.
Clitie
Vos airs , votre leçon ,
Vos petits mots , votre faſte ,
De la faine raiſon forment bien le contraste ;
L'efprit a peu de part
A cette bigarṛure ,
Plaire eft un grand hazard,
162 MERCURE DE FRANCE:
Lorfque Part
Choque la nature.
Le Chevalier.
Je vous trouve délicieuſe ,
Ma foi , vive les argumens.
Sçavez-vous qu'on eft précieufe
Avec de tels raiſonnemens ?
Mais comme vous êtes bien née ,
Si vous voulez vous appliquer ,
Je veux après notre bymenée ,
Ma chere enfant , vous éduquer.
L'hymen de Lindor & d'Elvire
Va fe terminer en ce jour.
O jufte Ciel!
Clitie.
Le Chevalier.
Je vais l'inftruire
Du plein fuccès de mon amour.
Que dites-vous ?
Clitie
Le Chevalier.
Vous mordez à la
grappe
L'amant vous frappe ;
Par le nom d'époux ,
Déja votre joie éclate ;
J'aime à voir ce fentiment ,
Cela me flate
Infiniment.
MA-la *753 163
Je m'en étois douté ,
Mais tout mon art eft de féduire ;
On peut le dire
Sans fatuité.
Clitie croit de bonne foi ce que lui a dit
le Chevalier ; Marton qui vient la joindre
confirme encore fa crainte , en lui apprenant
qu'Elvire & Lindor font enſemble.
Clitie fe défole en penfant à l'infidélité de
fon amant qui arrive avec Elvire , ce qui
produit une Scéne d'éclairciffement , dans
laquelle Lindor avoue tout fon penchant
pour Clitie ; la tante devient furieufe contre
fa niéce qui lui enleve les deux feuls
amans qu'elle ait ; Clitie céde fans peine
le Chevalier pour garder Lindor ; Elvire
fe radoucit & approuve le goût de ſa niéce
pour Lindor ; quoique la niéce ait
abandonné le Chevalier , la tante ne peur
guéres compter fur ce petit-maître , &
pour l'humilier elle prie Clitie de feindre
de l'amour pour lui , afin qu'on ne puiffe
plus douter de fes vrais fentimens qui
tourneroient à fa confufion ; Clitie accepte
le parti , le Chevalier s'en croit adoré
Lindor fe mêle de la plaifanterie , & diz
uniquement au Chevalier.
Qui peut réfilter à ces charmes 2
Chevalier , ton air eft divîn
164 MERCURE DEFRANCE!
Mais toi-même à Clitie enfin
Tu vas rendre les armes .
Le Chevalier.
Un minois
Peut bien quelquefois
Nous toucher ,
Sans nous attacher:
Un éclair
Eft affez l'image
Des feux d'un homme du bel air.
On le craint ,
Et même on fe plaint
D'un tourment
Qu'il caufe aifément.
Lindor.
Ton humeur volage
S'endort fur les lauriers.
Le Chevalier.
Volontiers
Oh parbleu , s'il falloit aimer
Toutes celles qu'on ſçait charmer
Le rôle feroit affommant ,
J'y renoncerois affurément ;
Car enfin ,
Moi , fi j'étois vain ,
Je pourrois ,
Tout ce que je voudrois .
Me flater.
M A I. 16
17531
Que plus de cent femmes
Kefpirent pour me regretter,
Elles font
Du bruit , elles ont
Clitie.
Beau crier ,
Sans ceffe prier.
Soins perdus ,
Je ris de leurs flammes .
Mes foupirs vous ſont dûs .
Clitie.
Je touche donc à cet inftant
Que fifort je defire .
Le Chevalier.
Croyez vous qu'au fort qui m'attend
Je puiffe bien fuffire ?
Clitie.
O , vous êtes des fuffifans ,
On ne peut trop vous le dire.
Le Chevalier à Linder ,
Hé bien , comment gouvernes- tu
La refpectable Elvire
Lindor.
Tu vois à mon air abbatu ,
Qu'envain mon coeur foupire.
Clitie.
Ah , Monfieur le Chevalier ,
Vous que l'on prend pour modéle,
i
*66 MERCURE DE FRANCE.
Lindor.
Dont le talent fingulier
Eft de vaincre chaque belle;
Clitie.
Apprend donc à Lindor
A flechir une cruelle.
Marton.
Enfeignez donc à Lindor
L'air de plaire fans effort.
Le Chevalier.:
Je le veux de toute mon ame.
Ecoute donc , & retiens bien ;
Le piége où l'on prend une femme.
Eft pour nous autres moins que rien
Un air lefte , un propos libre ,
Moitié hardi , moitié faillant ;
Le plus fouvent
Tout en riant,.
Pique l'efprit en le contrariant ,
La raifon perd bientôt l'équilibre ..
Quand on l'attaque avec tant de brillant:
Lindor.
Le beau fexe par vous fut toujours refpecté.
Le Chevalier,
Ah , défais - toi , mon cher , de cette qualité !
Tien , la foumiffion qu'on a pour fon vainqueur,
Nourrit fa vanité fans émouvoir ſon coeur
MAI.
167 1753:
Plus le fexe a de droit , & plus il en abufe ;
Qui l'encenſe eft efclave , eft aimé qui l'amuſe..
Clitie.
Ainfi , Monfieur Lindor , avant de m'enflammer;
Profitez , à ce prix on pourra vous aimer ;
Votre mal-adreſſe eft extrême ,
Vous porteriez trop mal vos fers.
Le Chevalier.
Quoi ! le pauvre diable vous aime ?
Clitie.
Vraiment , il s'en donne les airs.
Le Chevalier,"
Il fçait nos voeux , & d'en former il ofe.
Oh , la bonne chofe,
Lindor.
Clitie.
Tiens , je t'avertis
Que tu me divertis.
Le paralelle eft , je vous le déclare
D'un fingulier rare.
Il embraffe Lindor. Baife- moi , Lindor ,
Car le trait vaut de l'or.
Le Chevalier raconte toute l'avanture à
Elvire qui furvient : alors la plaifanterie
des deux amans ceffe , & ils fe jurent une
ardeur éternelle ; le Chevalier fans paroître
trop étonné , veut fe rabattre fur la
tante , qui lui dit :
Il n'eft plus tems de fonger à me plaire ;
Dai , Chevalier , votre regne eft paffé ,
168 MERCURE DE FRANCE:
Et ma raiſon , grace à votre caractere ,
Sçait dédaigner un facrifice forcé:
Le Chevalier.
Quand le dépit s'arme d'un commentaire ;
On fait bien voir que le coeur eft bleffé ;
Ceci fort peu m'embarraffe ,
Et même j'en fuis charmé ;
L'amour propre qui menace ,
Par l'amour est défarmé .
Avant que le jour le paffe
Vous voudrez combler ines voeux
Lorfque je quitte une place
Je la reprends quand je veux,
apart. Je fuis pourtant petrifié.
Elvire.
Votre orgueil guérit ma foibleffe.
Clitie.
Afi , qu'il a l'air humilié !
Le Chevalier , tirantfa montre.
Un autre m'attend , je vous laifle ;
Oui , je vous laiffe.
Je pars.
Elvire.
Allez , Monfieur , allez ;
Es de m'oublier je vous preffe .
Le Chevalier , revenant.
Je crois que vous me rappellez.
Elvire.
M A I.
169 17531
Non.
Elvire.
Le Chevalier.
Ilfort en chantant.
Je vous laiffe
Témoins de ma gloire , aimables oiſeaux.
Marton.
S'il chante , il n'en a pas envie.
Lindor Clitie.
Vous avez bien fçu le punir..
Elvire.
Dès ce jour , ma chere Clitie ;
J'aurai le foin de vous unir.
Si fon départ un peu m'afflige ;
J'y gagne ; car je me ſouviens
Qu'un petit malheur qui corrige ;
Eft le plus grand de tous les biens .
Cet ouvrage , qui eft de M. Vadé , comme
nous l'avons annoncé dans le dernier
Mercure , a été conftamment & juſtement
applaudi à toutes les repréſentations.
A
170 MERCURE DEFRANCE .
LETTRE
A l'Auteur du Mercure , fur un Spectacle
donné au Collège de Louis le Grand.
ONvient de donner , Monfieur ,
au
College de Louis le Grand une Comédie
& une Tragedie dont vous aurez
fans doute entendu parler ; toutes les deux
font du P. Geoffroy, l'un des Profeffeurs
de Rhétorique. Le fujet de la Comédie
eft le Misantrope ; il y eft repréfenté fous
d'autres traits que dans celle de Moliere.
Celui- ci nous l'a peint comme un
homme vertueux , dont la droiture & la
fimplicité vont jufqu'à la rudeffe ; il eft
bifarre , impoli , ne peut vivre qu'avec
les méchans ; mais fon caractere dominant
, c'eſt la vérité , qualité fi eftimable
& fi rare qu'elle fait difparoître fes défauts
; c'en eft un je crois dans cette piéce
qui d'ailleurs eft inimitable. Le P. Geoffroy
a évité ce défaut:fonMifan trope n'eft point
un homme vrai , qui ne peut foutenir la vue
de nos vices réels ; c'eit un efprit de travers
qui juge de tout à l'avanture , qui ne connoît
ni défaut dans lui , ni mérite dans les
autres , pour qui tous les hommes font ridicules
& qui l'eft encore plus . Cependant
U
M A I. 1753 171
toute plaifante & toute ingénieufe qu'eft
cette piéce , je ne prétens pas la comparer
au chef- d'oeuvre du grand Moliere ; il
me fuffit de vous dire qu'elle a amufé
une affemblée très refpectable par le rang
& les talens de ceux qui la compofoient ,
& que les jeunes Acteurs qui l'ont repréfentée
, ont joué avec tout l'art qu'on
peut défirer. Meffieurs le Tendre &
d'Eftampes font ceux qu'on a le plus admiré.
Je paffe à la Tragedie qui étoit la
piéce principale : elle ne nous a pas moins
fait pleurer que la Comédie nous avoit
fait rire ; le fujer en eft nouveau : le
voici tel qu'il eft expofé dans le Programme.
Bafilide , Seigneur diftingué de la Cour
de Byfance , avoit été difgracié fous le
regne précédent ; privé de tous les biens
il trouva une retraite chez un ancien ami ,
mais dont la fortune avoit été renversée
avec la fienne ; là il ne vivoit que du travail
de fes deux fils . Bafcanès l'avoit fait
difgracier , & il occupoit fa place depuis
quinze ans ; ce favori de l'Empereur regnant
, acheta un Domaine étendu &
considérable , affez près de l'endroit où
Bafilide vivoit retiré il étoit venu en
prendre poffeffion , & l'Empereur lui avoit
fait l'honneur d'être de ce voyage . Une
Hij
17¿ MERCURE DE FRANCE.
chaffe les conduifit dans la plaine voifine
de la retraite de Bafilide ; un trait lancé
d'une main inconnue , tua Baſcanès auprès
de l'Empereur ; ce Prince promet une récompenfe
confidérable à celui qui livrera
le meurtrier à fa vengeance. Philoxene ,
cet ami qui a retiré Bafilide , propofe aux
enfans de chercher le coupable ; ils font
éblouis d'abord par l'appas d'une récompenſe
qui doit être une reſource pour
leur pere ; mais comment découvrir l'af
faffin , ils prennent le parti de tirer au
fort & de préfenter comme le coupable ,
celui des deux fur qui le fort fera tombé ,
le cadet eft défigné , l'aîné refuſe d'exécuter
l'arrêt du fort. Cependant Bafilide eſt
foupçonné du meurtre commis ; cette confidération
ébranle l'aîné , mais elle ne le
porte qu'à vouloir mourir lui-même ; le
cadet trouve moyen d'être livré fans que
fon frere ait part à la trahifon. L'Empereur
parvient enfin à connoître l'artifice ; le
vrai coupable eft trouvé ; touché de cet
héroïſme fi nouveau , ce Prince rappelle
le pere à la Cour , & comble de fes faveurs
les deux freres .
Ce fujet est tiré de l'Histoire du Japon.
La difficulté de faire entrer dans les vers
les noms Japonois a obligé de mettre la
fcene ailleurs ; elle eft dans un boccage
M A I. - 1733 173
proche Bylance. Cette piéce eft conduite
avec goût , bien verfifiée & pleine des
plus beaux fentimens ; l'expofition eft
fimple & naturelle , le fujet s'y développe
fans . affectation & fans embarras ; & le
Spectateur fe trouve inftruit d'un événement
des plus intéreffans & des plus compliqués
, fans qu'on paroiffe avoir voulu
l'inftruire.
D'abord Bafilide s'entretient avec Philoxene
, fon ami , fur fes honneurs paffés
, la chûte malheureufe & fes chagrins
préfens ; cet entretien lui donne lieu de
fe faire connoître . On le voit occuper la
premiere place du Miniftere fans orgueil
& fans fafte , defcendre fans regret ;
biens , honneurs , époufe , amis , il a
tout perdu ; on ne peut être plus malheureux
que lui , ni mériter moins de
l'être . Plus grand encore dans fa difgrace
que dans les jours de fa profpérité , il
s'oublie lui -même , & ne gémit que des.
miféres de fes enfans & de fes amis ; il
craint de les accroître en leur parlant des
fiennes. Voici ce qu'il répond à Philoxene
lorfqu'il le preffe de lui décharger fon
coeur.
Ami , n'ajoute pas au revers qui m'accable :
Que puis-jerque peux-tu contre un fort implaca
ble ?
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
Pour adoucir mes maux tu veux les partager ;
Ce feroit les accroître & non les foulager.
Doublement maltraité , mon coeur dans ce par
tage
Te rendroit malheureux , le feroit davantage.
C'est l'amour qui t'engage à plaindre mes mal
heurs ;
C'est l'amour qui m'oblige à te cacher mes
pleurs.
Bafcanès , qui lui devoit tout , l'a calomnié
, l'a perdu , l'a remplacé auprès de
l'Empereur ; le traître périt , il le plaint :
il meurt lorfqu'il alloit mettre le comble
à fon infortune par un nouveau trait d'injuftice
& de perfidie ; Bafilide foupire , &
deffend à fes enfans & à fon ami de l'en
féliciter . Il leur dit :
Arbitres équitables ,
Les Dieux lancent les traits qui frappent les coupables
;
Mais l'homme qui les voit frapper l'homme à ſes
yeux ,
Refpecte les vengeurs & plaint les malheureux.
Quand le Ciel daigne en main prendre notre def
fenſe ,
Mêler nos coups aux fiens , c'eſt lui faire une of
fenſe .
Lors même
que
fur eux éclate fon courroux
MAI. 17536 175
Il veut , punis par lui , qu'il foient pleurés par
nous.
Comme le traître a été frappé entre les
bras de l'Empereur , il tremble pour ce
Prince dont le pere l'a fi mal payé de fa
vertu & de fes fervices ; en un mot , pere
tendre , fujet fidéle , ami généreux , ennemi
plus généreux encore, Courtifan habile ,
il a toutes les qualités qui concilient l'eftime
, & éprouve tous les maux qui excitent
la compaffion. C'est ce caractere bien développé
dès le commencement , qui a rendu
la piéce fi intéreffante.
Les enfans de Bafilide , Timagene &
Sofipatre , lorfqu'ils étoient à travailler
dans la plaine , ont vu le Favori frappé
d'un coup mortel , tomber & expirer aux
pieds de l'Empereur ; ils viennent promptement
raconter à leur pere cet événement
tragique.Philoxene confirme cettenouvelle
par un récit plus circonftancié; le coupable
qui a porté le coup vient chercher un afyle
entre les bras, mais il efttrop vertueux pour
approuver un pareil attentat. Dyfmene ,
c'eft le nom du coupable , s'étonne de lui
voir condamner un crime qui le venge :
envain il veut juftifier la fureur qui le lui
a fait commettre : Bafilide croiroit l'avoir
commis , s'il l'avoit approuvé. Dylmené
Hiinj
176 MERCURE DE FRANCE.
tâche du moins de l'engager à lui garder
le fecret , & ne pouvant le lui faire promettre
, le menace de la mort s'il le trahit
, & fe retire . Bafilide alors doute un
moment s'il n'ira pas le dénoncer.
Le fauver du forfait c'eft me rendre complice ;
Le livrer , c'eft me rendre auteur de fon fuplice
Fuyons la trahison , refufons le fecours ,
Et laiffons le deftin arbitre de fes jours.
:
L'Empereur a promis une grande récompenfe
à celui qui dénoncera l'affaffin
; cette récompenfe peut le tirer , lui
& fes enfans , de la mifere dans laquelle il
gémit n'importe , il ne peut fe réfoudre
à en fortir par une trahifon. Ses deux fils
déliberent de leur côté ; l'un s'intéreffe
pour le coupable , & l'appelle fon vengeur
; l'autre voudroit le connoître , pour
mériter en le dénonçant , la récompenfe
promife par l'Empereur.
Timagene.
Sous un bras ignoré , mais conduit par les Dieux,
Nous avons vu tomber ce rival odieux .
Sa mort eſt un triomphe ; en ferons - nous un
crime ?
Verrons- nous en coupable , un ami magnanime ?
Et de qui nous délivre , indignes délateurs ,
MA I. 17538 377
De qui nous a profcrits ferons-nous les vengeurs ?
Sofipatre.
Son fort ainfi que vous me touche & m'inté
refle ;
Mais plus qu'un étranger un pere a ma tendreffe
•
Je l'avourai pourtant , quoique pour ce projet ,
Confpirent les devoirs de fils & de ſujet ,
Une fecrette horreur me faifit & m'agite ,
Et d'un homme à trahir l'humanité s'irrite.
L'intérêt veut le perdre , & mon coeur le fau
ver',
Je le plains , je le cherche , & crains de le trou.
ver.
Enfin l'humanité triomphe de leur zéle
& de leur tendreffe ; ils renoncent à pourfuivre
le coupable , mais non pas au falaire
promis à celui qui le dénoncera . Leur
amour pour un pere leur infpire un projer
auffi héroïque qu'il eft nouveau ; c'eft
Timagene qui le propofe en ces termes .
D'un pere infortuné pour adoucir le fort
Ofons un de nous deux , oſons braver la mort.
Que dis je , un de nous deux ? je prens fur moile
crime ;
Chargez -vous feulement de livrer la victime.
Sofipatre veut l'être malgré les réfiftances
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
de fon frere , & après s'être difputés longtems
l'avantage d'être facrifiés , les deux
freres fe déterminent enfin à interroger
le fort ; il défigne Sofipatre . Timagene refufe
à fon tour d'être le délateur d'un
frere . Philoxene, fur ces entrefaites , vient
leur apprendre que Bafilide eft foupçonné
, & que leur reffource unique c'eft d'ufer
de la plus grande diligence pour trouver le
coupable & le dénoncer . Cette circonftance
les défole , mais ne les détermine pas
encore . Timagene veut toujours être le
coupable malgré l'arrêt du fort , l'autre ne
veut point être le délateur. Cette contef
tation donne lieu à une fcene des plus touchantes.
Je n'en raporterai qu'un morceau
: c'est une réplique de Timagene à
Sofipatre .
Moi , que je vous accuſe ! ah ! quand je voudrois
même
>
Jufque- là condescendre à votre ardeur extrême ,
Puis-je forcer ma bouche à ces tons de rigueur
Que contre un accufé doit prendre un délateur ?
D'un amour allarmé fidéles interprêtes ,
Mes yeux fe baigneroient de larmes indiferettes ;
Cent fois le nom de frere à mon coeur échapé
Dévoilera l'intrigue au Prince détrompé .
Oncroira criminel le délateur du crime ,
Vous ferez l'accufé , je ferai la victime.
MA I. 1753. 179
L'Empereur entre accompagné d'Adraf
te , un de fes favoris ; les deux freres fe
retirent , mais ne s'éloignent pas , afin
d'être inftruits des fentimens du Prince , &
de fçavoir fi les bruits qu'on a répandus
au fujet de Bafilide , font parvenus jufqu'à
lui . Adrafte cherche inutilement à
confoler l'Empereur ; celui - ci ne penfe
qu'à venger fon favori & à fatisfaire fa
fureur ; il demande fi quelqu'un n'habite
point ce lieu fauvage : Adrafte répond
que Bafilide y a trouvé une retraite ; ce
nom fait naître des foupçons . Bafcanès
étoit fon rival , il eft tué dans un lieu voifin
de fa retraite ; Bafilide a dû défirer fa
mort , on l'en croit coupable. L'Empereur
ordonne qu'on le cherche & qu'on
l'arrête alors Timagene fe préfente pour
juftifier fon pere , fans dire cependant
qu'il eft fon fils ; il affure que Bafilide a
pleuré la mort de Bafcanès , que le crime
eft d'un autre , qu'il en répond fur fes
jours. L'Empereur furpris, croit qu'il connoit
le coupable , & lui promet tout s'il
veut le nommer ; à ces mots Sofipatre pour
épargner à fon frere la douleur de le dénoncer
, ou pour l'empêcher de fe livrer
lui - même , fe montre & fe déclare coupable
du crime qu'on veut punir. On lui demande
qui l'a porté à fe perdre ainfi , il ré-
H vj
180 MERCURE DE FRANCE
pond en montrant fon frere :
• ད
Ce traître s'eft flatté qu'une opulence extrême
Deviendroit par ma mort for partage aujourd'hui,
Et je la rends du moins inutile pour lui.
C'eſt là tout mon eſpoir.
L'Empereur donne fon anneau à Timagene
, fait mettre aux fers Sofipatre, & ordonne
au premier de le fuivre pour recevoir
la récompenſe qu'il lui deftine. Les
deux freres , l'un enchaîné , l'autre libre
reftent un moment for la fcene , & font entendre
les plus beaux fentimens.
Timagene.
C'est donc là le deffein dont votre ame occupée
Déroboit le myftere à la mienne trompée ?
Sofipatre.
J'ai dû vous épargner l'utile trahiſon
>
Dont l'amour , la vertu , l'honneur & la raifon
Vous cachoient l'avantage , & vous faifoient n
crime.
Vous n'êtes pas le traître , & je ſuis la victime.
Timagene.
Non , non , ne croyez pas feul affronter la mort
Je fçaurai prévenir , ou fubir votre fort.
MAI. 181
17538
Sofipatre.
Sortez , plus de délais donneroient de l'ombrage,
On voit couler vos pleurs . ( Il fort . ) O fers ! heureux
partage !
Poids affreux pour des bras qu'ont flétri les forfaits
,
Pour d'innocentes mains que vous avez d'attraits !
Dieux juftes , raffemblez , fléchis par ma priere ,
Tous vos traits fur le fils , tous vos dons fur le
pere .
C'est par là que finit le troifiéme Acte.
On a admiré l'adreffe de l'Auteur qui a
fçû tirer un fi grand avantage de ce qui
devoit l'embarraffer le plus , je veux dire
la dénonciation de Sofipatre ; il a fi bien
ménagé les incidens & les diverfes circonftances
, que le pere n'eſt point abandonné
par le fils , ni le frere livré par le
frere , ce qui auroit eu un mauvais effet.
Au lieu que Sofipatre fe livrant lui- même,
Timagene conferve fa vertu , & celle du
prifonnier en éclate davantage. Je loue
d'autant plus volontiers ce coup de Théatre
, que tout le monde en a été frappé
comme moi . Il étoit difficile qu'un fi beau
trait échappât. Ce vers fuffifoit pour le
faire remarquer aux moins attentifs.
Vous n'êtes pas le traître , & je fuis la victime,
182 MERCURE DE FRANCE .
Bafilide ouvre enfuite le quatrième Acte
par un Monologue , dans lequel il
marque la furprife & la crainte qu'excite
dans fon ame la vûe de l'anneau précieux
que fon fils lui a remis . Comme il n'attend
aucune faveur de la fortune , il craint
que celle- ci ne foit le fruit du crime.
Accablé jufqu'ici du poids de l'indigence ,
Je redoute encor plus cette prompte opulence.
J'ignore d'où me vient ce bien inattendu ,
Par qui de mes befoins le cours eſt ſuſpendu .
O Dieux ! qu'il ne foit plus , ou qu'il foit légitime
!
Je foutiens les malheurs , j'appréhende le crime.
-L'abfence de l'un de fes fils augmente
fes inquiétudes & fes foupçons. Il ignore
qu'il eft dans les fers , mais la nature lui
fait fentir que ce fils eft malheureux . Timagene
pour le raffurer , fait des efforts
inutiles , il veut abſolument voir fon fils :
on lui promet de le lui faire voir. Alors
le coupable qui a confié fon fecret au pere,
qui eft l'ami des enfans , qui n'a pas
eu plutôt commis le crime qu'il s'en eft
repenti , qu'il en a tremblé , apprend que
Sofipatre eft accufé il veut le fauver
même au prix de fa vie , & s'il ne va pas
:
MAI. 185 1753
du
encore jufqu'à fe livrer lui - même ,
moins il déclare hautement à Philoxene
que Sofipatre eft innocent , & fe retire
auffi-tôt.
L'Empereur paroît encore, & témoigne
à Adrafte l'embarras où le jettent la fécurité
& la joye que témoigne fon prifonnier ; il
ne peut le croire coupable ; il charge fon
favori de le fonder encore , & de ne rien.
omettre pour éclaircir ce myftere qui
s'embrouille de plus en plus.
Ici tout fert à remuer le fpectateur , à
l'effrayer , à l'attacher. Le pere que l'Empereur
veut qu'on arrête , l'ami , l'Empereur
, le coupable même par la générofité
qu'il vient de faire paroître , & par
les remords qui ont fuivi de près ſon crime
on s'intereffe à la deftinée de tous
les perfonnages , & comme on ne peut la
prévoir , la curiofité augmente avec l'intérêt.
Enfin l'Empereur au défefpoir de ne
pouvoir punir le crime fans s'expofer à
facrifier l'innocence , apprend que Timagene
, qu'il regarde comme le délateur ,
eft ami de Sofipatre , & qu'il le plaint. On
ajoûte qu'ils ont un ami commun qui paroît
s'intereffer à leur fort , que cet ami
montre beaucoup moins d'affurance & de
-tranquilité qu'eux. Sur ce fourçon l'Em184
MERCURE DE FRANCE:
pereur donne ordre qu'on le faififfe : en
attendant qu'on ait pû le joindre , il fait.
venir Sofipatre ; celui- ci brave toutes fes
menaces & fes promeffes ; il perfifte à fedire
coupable & à demander la mort. Timagene
paroît fur ces entrefaites , & au
lieu de convaincre le prifonnier comme
l'efperoit d'abord l'Empereur , il l'excufe
, il le juftifie , & promet de tirer de
lui la vérité. L'Empereur s'étant retiré ,
Timagene tâche d'engager Sofipatre à le
charger du crime dont on l'accufe ; Sofipatre
n'y peut confentir ; ils veulent qu'un
feul des deux périffe , aucun des deux ne
veut être fauvé ; enfin Timagene ne pouvant
réfoudre fon frere à lui donner fes
fers , déclare qu'il les partagera du moins ,
& qu'il périra fi fon frere périt . L'Empereur
furvient & l'entend , il ordonne
qu'on l'enchaîne ; mais tandis que les
Gardes les environnent , Bafilide eft préfenté
par Adrafte , il remet à l'Empereur l'anneau
qu'un de fes fils dit avoir reçu de
fa main dans ce moment les Gardes fe
retirent , & il apperçoit fes deux fils dans
les fers ; alors fa douleur & fa furprife
éclatent , il ſe jette aux pieds de l'Empepereur
, l'affure de leur innocence , & le
prie de faire tomber fur lui feul le poids
de fa vengeance. Tu feras fatisfait , re-
:
M A I. 1753. 185
prend l'Empereur , & fait un figne à fes
Gardes, Ils viennent à lui l'épée nue à la
main ; Bafilide les attend avec fermeté-;
approchez , leur dit-il :
Le feul crime
Peut porter la frayeur dans un coeur magnanime:
' Les deux fils fe jettent entre les Gardes
& leur pere , ils demandent qu'on les perce
avant de le frapper. Le moment fatal eſt
arrivé où Bafilide , fes enfans & Polixeno
peut-être doivent périr . Ils n'ont ni le tems
ni les moyens de fe juftifier . Déclarer le
vrai coupable , ce feroit dans le pere une
trahifon , dans le fils une infidélité , & ils
en font incapables. Ce fpectacle joint à
ces confidérations , plonge le fpectateur
dans la trifteffe & dans la crainte ; mais
il en fort auffi-tôt à la vûe de Dyfmene
qu'on voit amené devant l'Empereur ; il
apperçoit d'abord Bafilide , & croit qu'il
l'a trahi ; mais il revient bientôt de cette
erreur en voyant fes deux enfans chargés
des fers qu'il a mérité : alors il ne ba-
Lance plus , al confeffe fon crime , expo- -
fe les motifs qui l'y ont porté , & leve le
bras pour fe percer ; mais on l'arrête , &
on l'enleve par ordre de l'Empereur. L'innocence
de Bafilide , la vertu de fes enfans
eft reconnue ; le Prince les rappelle à la
Cour , & finit par ces beaux Vers.
186 MERCURE DE FRANCE .
Heureux fils ! heureux pere !
Venez aux pieds du trône oublier la mifere ;
Je vous rends vos emplois. De cet humble ſéjour ;
Les vertus avec vous vont rentrer à la Cour.
O Ciel ! tu réſervois à mon ardeur extrême ,
Ce plaifir , qui peut feul flatter le rang fuprême ,
De pouvoir au mérite égaler les bienfaits ,
Et réparer les maux que la fortune a faits .
Voila , Monfieur , un extrait abrégé de
la Tragédie du P. Geoffroy. Le fujet en
eft noble & digne du théatre. C'est le Miniftre
d'un grand Empire que le fort afflige ,
& pour qui des enfans veulent fe facrifier :
c'est un favori tué entre les bras de l'Em .
pereur dont la mort doit être vengée.
Sauver les enfans , foulager le pere , venger
l'Empereur , quoi de plus capable que
ces trois objets d'intéreffer les fpectateurs !
La fin eft d'infpirer un des premiers &
des plus précieux fentimens que la nature
ait donnés à l'homme , je veux dire l'amour
filial . Le trait de l'hiſtoire du Japon qui a fait
naître l'idée de cette Tragédie eft un des plus
beaux exemples que nous ayons en ce genre
, & il eft digne d'être propofé à la jeune
Nobleffe qu'on éleve dans ce Collége .
J'ai éprouvé à la repréſentation de cette
Piéce que le théatre pourroit être agréable
, fans être dangereux , & qu'on pourMA
I. 1753. 187
roit y donner des leçons de vertu , fans y
mêler , comme l'on fait fi fouvent , celles
du vice , & les fades galanteries qui deshonorent
chez nous la majefté de la Tragédie.
Les Grecs l'ont fait avec fuccès , comme
le remarquent Rouffeau & le P. Brumoy
; leur théatre eft plus chafte que le
nôtre , & il est au moins auffi beau & auffi
intereffant. De deux plaifirs égaux pourquoi
ne préferer pas celui qui favorife les
bonnes moeurs à celui qui les corrompt ?
L'unité de lieu & d'action eft exactement
gardée. Tous les incidens , quoique
fort multipliés & fort compliqués , fe rapportent
au principal objet , & dans chaque
fcene l'efprit eft toujours occupé de
Bafilide. Point de fcene ifolée ; elles concourent
toutes à l'accompliffement de l'action
qu'on repréfente , chaque incident
naît du fujet & prépare le dénouement ,
fans l'annoncer. Enfin il n'entre rien dans
le dénouement qui n'ait fervi à nouer
l'intrigue. La crainte & l'efpérance qui
agitent alternativement le fpectateur, s'accroiffent
d'actes en actes jufqu'à la cataf
trophe par où l'action finit ; & dans le
tems même que le vrai coupable veut fe
percer , on tremble encore pour Bafilide ,
& on pleure le fort de fes enfans .
Les Connoiffeurs ont trouvé le carac
188 MERCURE DE FRANCE.
tere du coupable manié avec art ; fon crime
ne le rend point odieux . C'eft un premier
crime , la fureur & le défefpoir le lui
ont fait commettre , il en a frémi auſſi tôt
après l'avoir commis ; il l'a avoué avec
candeur , il ne peut fouffrir qu'un autre
en foit la victime. Tous ces traits lui attirent
de la compaffion , de l'eftime même.
En un mot on confent qu'il foit puni , parce
qu'il eft coupable , mais on voudroit.
qu'il fût innocent.
Le ſtyle de cette Tragédie eft pur , nombreux
& fublime. Les penfées font grandes
, hardies , magnifiques & touchantes
comme le veut Horace :
Non fatis eft pulchra effe poëmata , dulcia funto.
Point d'antithefe ni de ces penſées à
demi éclofes qui n'embelliffent la Poëfie
qu'aux yeux des petits génies . On ne nous
a point préfenté non plus de ces portraits
qui font aujourd'hui fi fort à la mode dans
nos Poëmes épiques & dramatiques , &
que l'on devroit plutôt appeller des efquiffes
& des deffeins , puifqu'on n'y voit
que des traits fans couleur . Ici chaque
perfonnage eft peint comme dans Homere
, Virgile & Sophocle , par fes actions ,
& non par des mots , par fes fentimens &
non par des fentences froides & alambiMAI.
1753. 189
quées. Ce n'eft point l'ouvrage d'un Métaphyficien
qui fubtilife , c'eſt le tableau
d'un Poëte qui fçait peindre & qui excelle
dans la fcience des moeurs , le vrai coloris
de la Poëfie.
Il me resteroit à vous envoyer quelques
morceaux de cette excellente Piece. On
en a retenu beaucoup de Vers , que vous
aurez peut- être entendu réciter . Je me
contente de vous envoyer la fin d'un portrait
de la Cour que tout le monde a trouvé
beau . C'eft Bafilide qui parle.
·
Nourri dès mon enfance au centre des intrigues ,
Placé par mes emplois à la tête des brigues ,
Du vrai j'ai vû le faux prendre les plus beaux
traits ,
-Du voile des vertus fe couvrir les forfaits ;
Sous le nom d'amitié la haine déguiſée ,
Eblouir les regards de la foule abuſée ;
L'heureux environné de courtiſans foumis,
Compter mille flateurs , ne point compter d'a
mis.
La faveur n'en a point , la difgrace en a - t - elle ?
Quel coeur à l'infortune ofe refter fidele ?
La vengeance des Kois , comme celle des Dieux ,
Diffame les endroits où font tombés fes feux ;
Elle répand au loin la vapeur de l'orage ,
Et l'odeur de la foudre infecte le nuage.
Avec ceux qu'a frappé ce couroux redouté
190 MERCURE DE FRANCE.
Le plus foible commerce eft dès - lors évité.
Ils portent la terreur , & leur vûe effrayante
Infpire à qui les voit un reſpect d'épouvante ;
Tout tremble , fuit , s'éloigne ; & fi ſemblable i
toi ,
Quelqu'ami vertueux daigne garder fa foi ,
Rarement à la Cour cet effort fe contemple ;
C'est un prodige alors , ce n'eft point un exemple.
Cette Piece a été repréſentée auffi parfaitement
qu'elle puiffe l'être dans un Col
lége . M. de Luxembourg qui faifoit le rôle
d'Adrafte , s'énonçoit naturellement ,
fans aucune affectation , & avec cet air
de nobleffe qu'on lui connoît & qui fied
fi bien à un jeune homme de fon rang &
de fa naiffance. Le rôle de Bafilide fut
joué par M. France avec beaucoup de force
& de vivacité ; ce jeune Acteur tira
plufieurs fois les larmes de toute l'aſſemblée
. Les deux fils ' de Bafilide étoient Mrs
de Vaudreuil & d'Auriac : ces deux Acteurs
n'ont que douze ou treize ans , &
je crois pouvoir affurer que nous avons
au Théatre plufieurs Acteurs eftimés qui
ne les valent pas. C'eft le jugement qu'en
a porté le parterre ; ils furent fouvent interrompus
par des applaudiffemens , & les
larmes qu'ils firent verfer , font mieux
leur éloge , que tout ce que j'en pourMA
I. 1753. 191
rois dire. Mrs d'Arvillars , de Vandy &
Bonvouft qui avoient les rôles d'Empereur
, de Dyfmene & de Philoxene ne
contribuerent pas peu au fuccès de cette
Piéce. Je fouhaite qu'on la repréfente encore
& que vous puiffiez juger par vousmême
de la juftice que je rends à l'Auteur
en louant fon ouvrage. J'ai l'honneur d'être
, & c.
A Paris , ce 3 Mars 1753.`.
NOUVELLES ETRANGERES.
DU LEVANT.
DE CONSTANTINOPLE , le 23 Fevrier.
A Comtefle Defalleurs fit il y a quelques jours
L₁a remme du Grand- Vifir une vifite , dont
voici le détail . L'Ambaffadrice , accompagnée de
plufieurs Dames qui parlent le François & le
Turc , fe rendit fur le bord de la mer avec les
Officiers , les Pages & fa Livrée . Elle paffa le
Canal avec ce cortege . Trois caroffes du Grand-Vifit
l'attendoient à l'autre rive . Il y avoit des chevaux
pour tous les hommes de fa fuite, Lorſqu'on
fut arrivé au Palais du Vifir , la Comteffe Defalleurs
fut conduite à l'appartement de l'époufe de
ce premier Miniftre. Vingt- quatre Efclaves , habillées
maguifiquement , reçurent l'Ambaffadrice à
la porte , & P'introduifirent dans la Salle , où la
femme du Vifir l'attendoit. Après les premiers
192 MERCURE DE FRANCE.
complimens , la Comteffe Defalleurs lui préſenta
deux riches caffettes ; dans l'une étoit un ſervice
de vermeil pour la toilette , avec une montre &
une boëte d'odeurs , garnies de diamans : l'autre
contenoit fix piéces d'étoffes d'or & d'argent , fabrique
de Lyon, De fon côté , l'épouſe du Grand-
Vifir fit préfent à l'Ambaffadrice de quatre piéces
d'étoffes de Perfe & des Indes , de très- grand
prix . On fervit enfuite plufieurs tables. L'Ambaffadrice
& l'époufe du Vifir dinerent feules à
la premiere . Toutes les autres Dames mangerent
auffi deux à deux , y ayant à chaque table une
Dame Françoife & une Dame Turque . Deux
femmes Interpretes étoient à côté de la premiere
table pour expliquer ce qu'on fe difoit. L'é.
pouſe du Vifit après le repas le retira , & elle laiffa
fes Dames avec l'Ambaffadrice , pour lui faire
voir les appartemens. Sur le foir , la Comteffe Defalleurs
fut reconduite jufqu'à la mer par les équipages
du Vifir.
!
DU NORD.
D'ASTRA CAN , le 4 Fevrier.
Les derniers avis reçus de Perfe marquent que
le Prince Heraclius , qui jufqu'à préfent s'étoit
contenté du titre de Protecteur , a réfolu de prendre
celui de Roi , & qu'il le diſpoſe à ſe faire
' couronner dans Ifpahan .
DE PETERSBOURG , le 2 Mars.
Suivant les avis reçus de l'Ukraine , la rigueur
'du froid n'empêche point qu'on ne travaille avec
toute l'activité poffible , à fortifier plufieurs Placas
;
MAI. 1733
193
Ces ; & il défile un grand nombre de troupes da
côté d'Aftracan. Les mêmes lettres marquent que
Ja Nouvelle- Servie continue de le peupler , & qu'il
s'y rend un grand nombre de familles de l'Efclawonie
& des Provinces voifines .
DE STOCKHOLM , le 24 Mars.
On compte que le Major Général Lieven fera
chargé de la direction du nouvel exercice que le
Roi veut introduire dans la Cavalerie. Le Baron
de Cronstedt , fecond Intendant de la Cour , a
obtenu la place de premier Intendant , vacante
par la mort du Baron de Horleman . L'exploitation
des Mines d'or de Schmaland fe continue
avec tout le fuccès qu'on peut défirer.
3
DE COPPENHAGUE , le 5 Mars.
Par une Ordonnance du 19 du mois dernier , le
Roi a défendu l'entrée des étoffes de foye & de
laine de fabriques étrangeres. Sa Majefté a auffi
renouvellé les défenfes de porter des diamans &
autres pierreries . Le 28 , le Duc de Ploen , arrivé
ici depuis peu , eut une audience particuliere
du Roi , & fur admis à fa table .
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 13 Mars.
On apprend de Tefchen dans la Haute Silefie ,
que le nommé André Schmid У eft mort dans la
cent vingt -quatrième année de fon âge . En 1652
il le maria , & après cinquante aus de mariage ,
fon époule étant morte , it prit une feconde fem
Į
194 MERCUR E DE FRANCE.
me , dont il a eu quatre enfans . Sa vieillelle n'a
été accompagnée d'aucune infirmité.
On vient d'établir un nouveau Tarif pour les
droits d'entrée , de fortie & de paffage , fur les
denrées & les marchandiſes , tant en Bohême
qu'en Moravie , & dans la partie de la Silefie
poflédée par l'Impératrice Reine. Ce Tarifa été
communiqué au fieur de Klingraff , Miniftre du
Roi de Pruffe , & au Baron Furft de Kupkerberg ,
Commiffaire de ce Prince en cette Cour.
DE BERLIN , le 11 Mars .
la
Les Directeurs de la Compagnie Afiatique ont
eté informés par la voye d'Angleterre , que le
Vaiffeau le Château d'Embden , deftiné
pour
Chine , avoit mouillé le 14 Novembre dernier å
Porto- Pray dans l'ile de San- Jago , une des Illes
du Cap- Verd. Ainfi ce Bâtiment a fait en un mois
près de deux mille lieues.
DE LUNEBOURG , le 16 Mars..
Les Etats de ce Duché viennent d'établir un Bureau
, à l inftar de ceux qui fubfiftent depuis quelques
années dans l'Electorat de Hanovre , pour
affurer les maiſons des particuliers contre les accidens
du feu . Chacun s'empreffe de concourir
au fuccès d'un établiſſement ſi avantageux.
DE MUNICH , le 4 Mars.
Ily eut le premier de ce mois à la Cour une
fête d'Hôte . Dix chars magnifiques , dont chaun
contenoit vingt perfonnes , étoient à la tête
de la marche. L'Electeur & l'Electrice , en Hôte
MA I.
1753
& en Hôteffe , étoient feuls dans une caleche con-
195
duite par le Comte de Sinsheim , Grand Ecuyer.
Plufieurs Seigneurs & Dames fuivoient à cheval
ou en carroffe. Auffi- tôt qu'on fut rentré au Palais
, on commença le Bal . Il fut interrompu à
neuf heures par un fouper fervi fur une table en
fer à cheval , de cent vingt couverts . Après le fouper
, le Bal recommença , & il dura toute la nuit.
On affure que l'été prochain l'Electeur ira voir la
Hollande , tandis que l'Electrice prendra les Bains
d'Embs , ou ceux d'Aix- la- Chapelle . Le tems du
départ de l'Electeur de Cologne n'eft point encore
fixé.
»
ESPAGNE.
DE MADRID , le 20 Mars.
›
Le nouveau Concordat que Sa Majefté a fait
avec la Cour de Rome , renferme dix articles .
» I. La Collation & les Expéditions des Evêchés ,
» des Abbayes , & des autres Bénéfices confifto-
» riaux fe feront à l'avenir de la même maniere
qu'elles fe font faites par le paffé. I I, Les
» droits des Ordinaires fubfifteront en leur entier
» dans les mois qui leur appartiennent. III. Les
Cures , ainfi que les Canonicats , feront don-
» nés au concours , comme auparavant , dans
» les endroits où cet ufage eft établi. IV. Les
» Jufpatronats , foit Laïcs , foit Eccléfiaftiques
» feront tous confervés . V. Le Saint Siége aura
la collation de cinquante-deux Bénéfices des
plus confidérables de l'Efpagne , felon la défignation
qui en a été faite entre le Pape & Sa
Majefté. VI . Tous les autres Bénéfices feront à
la nomination du Roi , & les Eyêques en donne
ל כ
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
55
*
ront les Prov fions , chacun dans fon Diocèle:
VII. Si dans les préfentations il arrivott que le
Pourvû cût beloin de quelque difpenfe , il fera
tenu de recourir à la Daterie de Rome , & d'y
payer la taxe accoutumée . VIII. Les Cédules
en Banque ne feront point augmentées , mais
on maintiendra celles qui fe trouvent déja affignées
& diftribuées. IX . Le Spoglio des Evêaques
, & les revenus des Evêchés pendant la
vacance , n'appartiendront plus à la Chambre
Apoftolique ; mais ils feront réservés à l'avenir
pour les nouveaux Evêques. X. Pour indemni
fer la Cour de Ronie de ce qu'elle perd par cet
arrangement , le Roi a fait remettre à Rome en
" argent comptant le montantde ce que pouvoient
produire pendant dix années l'expédition des Bul
ales , le Spoglio , &c . & il lera fait emploi de cette
Lomme , pour que la Chambre Apoſtolique en ti-
> re le revenu à raison de trois pour cent. De plus,
comme par ce même arrangement le Nonce de
* Sa Sainteté qui eft en cette Cour , eft privé des
fix pour cent qu'il retiroit du produit du Spoglio
, & du revenu de la vacance , on lui don-
» nera annuellement une fomme de cinq mille
» écus Romains , affignée fur les fonds de la Croifade.
25
La Fête Chinoife , fpectacle nouveau qui a été
Exécuté les derniers jours du Carnaval au Palais
da Buen Retiro , a eu le fuccès le plus éclatant,
Le Théatre avoit été changé en une grande &
magnifique Salle , accompagnée de plufieurs ca
binets de dégagement. Cette fl'e étoit ornée de
glaces , de tables de marbre précieux , de grands
vafes de porcelaine de la Chine , de luftres de
cryftal , de canapés des plus belles étoffes de Perfe,
& de riches tapis. Elle étoit éclairée par lus
MAL T753. 197
de deux mille bougies de Venife , fans compter un
nombre infini d'autres lumieres. Une des circonf
cances les plus frappantes de cette Fête eft que le
fieur Farinelli , qui en a été l'Ordonnateur , n'a
eu que quatre jours pour la faire préparer .
DE BARCELONNE , le 6 Mars,
Les grandes routes que la Cour a ordonné de
faire dans la Catalogne , fe continuent , ainfi
que les réparations des Places de cette Province ,
avec une diligence extraordinaire ; & l'on compte
qu'avant la fin de l'eté tous ces travaux feront
finis. Le Marquis de la Mina , chargé par le Roi
de la direction de ces différens ouvrages , les conduit
avec une ardeur infatigable. On dit qu'il
doit le former un Camp à quelque distance de
cette Ville , pour perfectionner les troupes dans
Je nouvel exercice .
ITALI E.
DE NAPLES , le 28 Février.
Sa Majesté voulant rendre Gaïete une des pla
ces les plus fortes qu'il y ait fur la Méditerranée ,
a réfolù d'ajoûter à ce Port , tant du côté de la
mer , que de celui de terre , plufieurs nouveaux
ouvrages.
Don Claude Raichortinger , Officier d'Artillerie
& Intendant des Mines , a découvert dans ce
Royaume quelques carrieres, de marbre fembla
ble à celui de Perfe.
DE ROME , le 15 Mars.
Antoine - Xavier Gentili , Cardinal , du titre de
Liij
498
MERCURE DE FRANCE.
Saint Etienne in Monte Calio , & Sous- Doyen
du Sacré Collége , mourut en cette Ville le 12 ,
âgé de foixante- douze ans un mois & trois jours ,
érant né le 9 Fevrier 1681. Il avoit été élevé à la
Pourpre en 1731 par le Pape Clement XII .
GRANDE
BRETAGNE.
DE
LONDRES , le 22 Mars.
Il y a des ordres donnés pour
augmenter les
équipages de tous les Bâtimens deftinés à la garde.
des côtes. On prépare
actuellement
plufieurs
Vaiffeaux de guerre , qui doivent être
envoyés
à
différentes ftations. Les Lettres de la Nouvelle
Ecoffe
marquent que
le
Gouverneur de cette Colonie
fait
travailler avec
beaucoup de
diligence à
fortifier la Ville
d'Hallifax. On parle de changer
le reglement qui fixe le tems du fervice des
Soldats depuis Pâge de feize ans jufqu'à celui de
foixante , & d'établir qu'à l'avenir
perfonne ne
puiffe être enrôlé avant dix - huit ans , ni retenu
au fervice après
quarante- cinq.
Un homme ayant été fuffoqué par des exhalaifons
de charbon de terre qu'on avoit allumé dans
une Mine , on le crut mort . Il avoit les yeux fixes
& la bouche ouverte : tout fon corps étoit
froid , & l'on ne fentoit aucun
mouvement ni at
eoeur ni aux artères . Un
Chirurgien , nommé
Guillaume Taflack , imagina qu'il pourroit le rappeller
à la vie par un moyen qui paroîtra extraor
dinaire. Il appliqua
exactement la bouche fur
celle de cet homme , dont il ferra en même tems
les narines , & en foufflant fortement , il fit enfer
la poitrine . Ayant continué de fouffler , il fentit
fix ou fept battemens de coeur très -vifs : la
M A I
1753- 199
poitrine reprit fon élasticité , & bientôt le poulz
fe rendit fenfible, Le fieur Taffack ouvrit auffitôt
la veine au prétendu mort : le fang fortit d'abord
par gouttes , & un quart d'heure après il
coula librement. Alors le Chirurgien fit fecouer
& frotter le malade. Une heure après celui - ci
reprit connoiffance , & s'en retourna chez lui.
DES PROVINCES - UNIES.
DE LA HAYE , le 4 Avril.
> L'ouverture de l'Ecole Militaire nouvelle.
ment établie fous la direction du fleur Chardon ,
Capitaine-Ingénieur au fervice des Etats Généraux
, fe fit . le 2 de ce mois. Le Feld -Maréchal
Cointe Maurice de Naffau-Ouwerkerk у aflifta
avec plufieurs Officiers Généraux & avec
le Corps des Officiers de la Garnifon . Le fieur
Chardon , dans le difcours qu'il prononça à cette
occafion , remarqua que » comme la nature a été
tout
le premier maître de la raifon , c'est elle qui a
» fait naître aux hommes l'idée du mouvement &
» de la diftance , de la grandeur & de la petiteffe ,
du rapport & de la proportion : idées bien fimples
, & qui toutes fimples qu'elles paroiffent
ont diffipé les ténébres qui avoient fi long - tems
caché les fources fécondes de la vérité . Ces
idées , dit -il , éleverent peu à peu l'efprit à l'intelligence
des parties les plus parfaites de la fagefle
, à la compréhenfion de ces calculs prodigieux
, qui s'étendent aujourd'hui de l'infini à
> l'infini , & dont le dénouement fembloit n'être
refervé qu'à la Divinité feule. Dépouillons-
» nous , continua- t'il , de toutes préventions contre
les difficultés apparentes de l'étude des Ma-
ג כ
32
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
thématiques. Depuis qu'on en a applani les ave
nues , qu'on en a écarté les obftacles , & qu'on
réduit des principes , immenfes en apparence , à
un petit nombre de notions fixes , d'où découlent
les conféquences les plus naturelles & les
plus évidentes , & les obfervations les plus importantes
& les plus faciles , il n'y a plus rien
qui doive nous arrêter. C'eft de cette ſciensce
, ajouta le fieur Chardon , que la plupart
» des autres tirent leur principale force. C'eft par
elle que nous apprennons à régler la marche , &
à aflurer le campement des armées ; c'eft elle
qui preferit les ordres de bataille , & qui ious
dirige dans l'attaque & dans la défenfe des Pla
» ces ; c'est elle enfin qui , en nous traçant des
>> routes aflurées fur le vafte Océan , nous con-
» duit tous les jours à la découverte des chofes les
plus propres à faire fleurir le commerce de ceBte
puillante République .
לכ
L
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
A Ducheffe de Penthiévre eft accouchée le 1
Mars dernier , d'une Princeffe .
Le 16 , le Prince de Condé & le Prince de Soubife
, en grand manteau de deuil , firent leur révé➡
rence au Roi , à la Reine , & à la Famille Royale ,
à l'occafion de la mort de la Landgrave Douairiere
de Heffe- Rheinfels . La Princeffe de Soubife s'ac
quitta du même cérémonial le jour fuivant.
Demoiſelle Marie Quiflon eft morte à Effone le
18 , dans la cent dixième année de ſon âge.
Le 18 , fecond Dimanche du Carême , le Roj
M A I 1753. 201
& la Reine , accompagnés de la Famille Royale
entendirent la Prédication de Dom Jean - Bernard
Senlaric , Religieux Bénédictin de la Congrégation
de Saint Maur.
Monfeigneur le Dauphin & Madame Adelaïde
tinrent le 19 fur les Fonts le fils du Comte de Laval
Montmorency , Colonel du Régiment de
Guyenne , & fils du feu Maréchal de Laval Montmorency.
Cet enfant , âgé de cinq mois , a été
nommé Louis- Adelaide-Jofeph . Les cérémonies du
Baptême lui ont été fuppléées , en préſence du Cu
rẻ de la Paroile du Château , par l'Abbé de Raígecourt
, Aumônier du Roi .
La Reine a affifté le 17 & le 19 au Concert
chez Madame la Dauphine.Le 17 on chanta l'Acte
de Phil mon & Baucis , & celui d'Iante Iphis ,
du Ballet de la Paix , par M. Roy , Chevalier de
l'Ordre de Saint Michel . On Y exécuta le 19 ,
Prologue & le premier Acte du Ballet de l'Année
Galante , dont les paroles font du même Auteur
& la Mufique de M. Mion , Penfionnaire du Roi.
le
Le 15 , les Comédiens François repréfenterent
la Tragédie d'Andromaque , de feu Racine , & la
petite Comédie de Zenéide , de M. de Cahufac. Ils
ont repréfenté le 20 la Comédie des Femmes Sca
Dantes , & celle du Florentin.
Leurs Majeftés affifterent le 15 & le 21 au Sermon
de Dom Jean-Bernard. Senſaric , Religieux
Bénédictin de la Congrégation de Saint Maur.
Le is , le 18 & le 21 , leurs Majeftés fouperent
an grand couvem .
.
Les Comédiens Italiens jouerent le 21 les Cou
ronnes & la Frivolité.
" Le 22 on fit la Proceffion
folemnelle
qu'on a
coûtume
de faire tous les ans , en mémoire
de la
séduction
de cette Capitale
fous l'obéiffance
da
1. V
202 MERCURE DE FRANCE.
Henri IV. Le Corps de Ville y affifta felon l'ufage.
Le fixiéme Tirage de la Lotterie Royale s'eft,
fait le 27 & les quatre jours fuivans , dans la
grande Salle de l'Hôtel de Ville , en préſence des
Prevôt des Marchands & Echevins. Le principal ,
Lot eftéchu au N ° . 41717 , le Nº . 12379. a eu la
premiere Prime. Les Lots & les Primes feront
payés à l'ordinaire , chez M. Blondel de Gagny ,
Tréforier de la Caifle des Amortiflemens.
Depuis environ foixante ans , les trois Foires
Royales , qui étoient établies à Beaufort en Anjou
, & qui étoient des plus confidérables de certe'
Province , avoient ceffé de le tenir. Elles viennent
d'être rétablies. La premiere fut indiquée pour le
26 ; la feconde pour le 25 du mois de Juin prochain
, & la troifiéme pour le 7 Novembre. On
obfervera pour l'ordinaire à l'avenir , de tenir la
premiere le lendemain de la Fête de Notre- Dame
de Mars ; la feconde , le jour de Saint Jean - Bap . ,
rifte , & la derniere , le Mercredi d'avant la Foire
de la Saint Martin , établie à Angers . Il n'y aura
de changement que lorfque la Fête de la Vierge
arrivera le Samedi , ou celle de Saint Jean Baptifte
le Dimanche ; alors la Foire fera remife au
Lundi fuivant. Ces Foires qui feront franches ,
font deftinées principalement pour le commerce
des Beftiaux .
Plufieurs Lettres font l'éloge d'un Cabinet de
Curiofités Hydrauliques qui fe voit à Bouchain ,,
Ce Cabinet renferme près de cent machines , toutes
differentes par le méchanifme , inventées &
exécutées par M. Laurent , Directeur des Ponts &
Chauflées de la Ville . Elles font rangées dans une
Salle conftruite exprès , & elles y font placées dans
un ordre relatif à leurs divers effets . Les mêmes
MA I. 203 1753-
Lettres affurent que M. Laurent n'a jamais eu
d'autre maître que fon génie.
La Reine communia le 25 , par les mains de
L'Evêque de Chartres , fon Premier Aumônier.
Le lendemain , Fête de l'Annonciation de la
Sainte Vierge , le Roi & la Reine , accompagnés
de la Famille Royale , entendirent le matin après
la Meffe , les Vêpres chantées par la Mufique , aufquelles
l'Abbé Gergoy , Chapelain de la Chapelle-
Mufique , officia , & l'après - midi , la Prédication
de Dom Jean- Bernard Senfaric , Religieux Béné
detin de la Congrégation de Saint Maur.
Leurs Majeftés ont affifté le 23 & le 28 au Sermon
du même Prédicateur .
Le 23 , le 26 & le 28 , le Roi foupa chez la Reine
avec la Familie Royale.
ア
Madame Victoire fut faignée deux fois le 25
pour un rhume , dont elle étoit fort incommodée..
Heureufement fon indifpofition n'a point eu de
fuite , & elle a été purgée le 29.
La fanté de Madame Louife , qui a gardé pendante
quelque tems la chambre , eft entierement
rétablie .
..Le Marquis des Iffarts , Ambaffadeur du Roi à
Turin , ayant demandé au Roi ſon rappel , Sa Ma
jefté a nommé pour le remplacer dans cette Ambalfade
, le Chevalier Chauvelin , Lieutenant Général
de fes Armées , & fon Miniftre Plénipotentiaire
auprès de la République de Gênes.
Le Roi a nommé M. Ogier , Préſident Hono-
Faire au Parlement de Paris , fon Miniftre Plénipotentiaire
auprès du Roi de Dannemarck .
M. de Boullongne a obtenu du Roi la furvivance
de fa Charge d'Intendant des Finances ,"
pour M. de Boullongne , fon fils , Maître des Re
quêtes.
I vj
204
MERCURE DE FRANCE .
le
Le Collège de Navarre , établi dès le commen
cement du quatorziéme fiécle dans cette Capitale ,
eft un monument de l'amour de nos Rois pour
progrès des Lettres . Fondateurs de cette Maiſon
ils fe font portés dans tous les tems à la foutenir
par leur protection & par leurs bienfaits. Sa Majesté
ayant hérité des fentimens de fes Prédécelfeurs
, honore de la même attention tout ce qui
peut concerner l'intérêt des Sciences. En conféquence
, elle a jugé à propos de réunir en la perfonne
de M. Foucher les deux places de Principaux
qui étoient dans le Collége de Navarre , & -
d'affecter les revenus de celle qu'elle fupprime
à l'établiſſement d'une Chaire de Phyfique Expérimentale
dans ce Collége . On doit attendre d'autant
plus de fruit de cet arrangement , que le Roi
a choiſi lui - même pour remplir la nouvelle Chaire
, l'Abbé Nollet , de l'Académie Royale des
Sciences , de la Société Royale de Londres , de
l'Inftitut de Bologne , & ci- devant Maître de Phyque
de Monfeigneur le Dauphin. L'Abbé Nollet
commencera immédiatement après les Fêtes de
Pâques , à donner fes leçons publiques.
Depuis deux mois , il y a eu des enlevemens
confidérables de foyes gréges dans tout le Languedoc
, & celles des deux qualités fupérieures.
ont été vendues vingt pour cent plus cher qu'elles
me l'avoient été à Alais pendant la derniere Foire
de la Saint Antoine. Le grand débit qui s'eft fait
de cette marchandiſe , la rendue très- rare. Il en
eft de même des organfins en Piémont. On attend
par cette raifon avec grande impatience la
nouvelle récolte de foye , fur laquelle on ne peut
établir un prognoftic certain que vers leto du mois
de Juillet , l'ufage étant en France , comme en
Italie , de ne faire couver la graine des vers qu'a
près la Semaine Sainte.
MAI. 1753. 205
Suivant les avis reçus de Bourdeaux , le Navire
le Duc de Penthievre , Capitaine de Labe , venant
de l'ifle Saint-Domingue , a touché avec tant de
force fur la pointe du grand Banc , en fe préfen
tant pour entrer dans la riviere , qu'il a perdu fon
gouvernail & les ancres , à l'exception d'une feule.
La marée & le vent ayant porté bientôt ce-
Bâtiment au large , toutes les manoeuvres qu'on
fit ne purent empêcher qu'il ne fût jetté contre la
côte d'Arcaffon , à huit lieues de Bourdeaux.
Comme le naufrage étoit inévitable , les Officiers
& l'équipage gagnerent la terre dans le Canot &
dans la Chaloupe. Sur le compte que l'on renditde
ce défaftre à M. Lavau de Gajon , chargé du
détail de la Marine à la Tête de Bufch , cet Offcier
imagina des moyens fi bien entendus , &
donna des ordres fi prompts & fi juftes pour leurexécution
, que le Navire , nonobftant fon éloignement
& les difficultés que les Pilotes du lieu
trouvoient pour le fauver , a été tiré de danger ,
& conduit heureufement dans le Baffin d'Arcaflon.
Cet événement eft d'autant plus remarquable ,
que cette côte a toujours été l'écueil de tous les
Vaiffeaux qui ont eu le malheur d'y tomber . Les
mêmes Lettres ajoûtent que le Navire le Duc de
Penthievre , auquel l'accident dont on vient de
parler , étoit arrivé à la fin de l'année derniere ,
eft entré le 15 Mars dernier dans le Port de Bour.
deaux.
Le Roi , qui étoit allé le 29 au Château de-
Choify, revint à Versailles le 31,
Le 30 , la Reine entendit la Prédication de Dom
"Jean-Bernard Senfaric.
Le premier Avril , quatriéme Dimanche da
Carême , leurs Majeltés , accompagnées de la-
Eamille Royale , affifterent au Sermon du même
206 MERCURE DE FRANCE.
Prédicateur , & au Salut chanté par les Miffion
naires.
Le même jour , le Roi déclara qu'il donnoit,
fon confentement au mariage de Louis- Jofeph de
Bourbon , Prince de Condé , Prince du Sang , Pair :
& Grand-Maître de France , avec Charlotte - Godefride
- Elizabeth de Rohan - Soubife , fille de
Charles de Rohan , Duc de Rohan- Rohan , Prince
de Soubife , Pair de France , Lieutenant Général
des Armées du Roi , Capitaine-Lieutenant de la
Compagnie des Gendarmes de la Garde de Sa
Majefté , & Gouverneur de la Flandre Françoife
& du Hainault ; & d'Anne - Marie - Louiſe de la
Tour d'Auvergne de Bouillon , morte le 19 Septembre
1739.
Leurs Majeftés foupetent le foir au grand cou-.
vert avec la Famille Royale.
La Comtelle de Revel & la Marquife de Bar-.
bantane , furent préfentées le même jour au Roi
& à la Reine.
Le même jour , le Marquis de Segur prêta fer-,
ment de fidélité entre les mains du Roi pour le
Gouvernement de Foix , Donezan & Andore . Il
prêta auffi ferment pour une des Charges de Lieu .
tenans Généraux du Gouvernement de Champagne
& de Brie.
Le Roi a accordé au Marquis de Saint - Jal ,
Lieutenant Général de fes Armées , & premier.
Lieutenant des Gardes du Corps dans la Compa❤
gnie de Villeroy , de Gouvernement des Ville &
Citadelle de Mezieres , vacant par la mort du Mar )
quis de Grammont .
Le Marquis de Saint -Jal , ayant remis fa Lieutenance
des Gardes du Corps , le Roi a difpofé de
la Brigade qui vaque dans la Compagnie de Villroy
par cette demiffion , en faveur du Marquis
M. A I. ·1753. 207
de Montigny , Maréchal des Camps & Armées de
Sa Majefté , & premier Exempt de la même Com
pagnie , lequel avoit Brevet d'Enfeigne.
Le Roi a fait Brigadier d'Infanterie M. de
Courcy , Colonel du Régiment de Tournaifis , &
Commandant les troupes de Sa Majesté en Corle.
La Ducheffe d'Orléans a nominé la Marquife
de Barbantane , pour être une de fes Dames de
Compagnic.
On a prend de Befançon , que M. d'Oxiron ,
Médecin , a inventé une nouvelle machine pour
faire jouer les pompes dans les incendies machi
ne fi fimple qu'il fuffit d'un homme pour la faire
agir . L'épreuve en a été faite avec tout le fuccès
poffible dans le Palais de Graovelle , en préfence
de l'Intendant de la Province , & des perfonnes les
plus confidérables de la Ville .
Leurs Majeftés , accompagnéés de la Famille.
Royale , entendirent le 6 & le 8 le Sermon de
Dom Jean- Bernard Senfaric . Le 8 , après la Prédication
, elles affifterent au Salut , chanté par
Miffionnaires.
les
Le Roi partit le 9 pour le Château de Choily ,
d'où Sa Majesté eft revenue le 12.
lly eut Concert le 7 chez Madame la Dauphi
ne , & la Reine y affifta . On y chanta le Prolo
gue & le premier Acte du Ballet intitulé : les Ca- ,
racteres de la Folie , dont les paroles font de M.
Duclos , Hiftoriographe de France , & l'un des
Quarante de l'Académie Françoife ; & la Mufiques
de M. de Bury , Sur- Intendant & Maître de la
Mufique de la Chambre , en furvivance.
M. de Berigny , Ecuyer du Roi , & Capitaine
de Cavalerie , & M. Menard de Clefle , Cornette
de la Cornette Blanche , ont obtenu les deux pla
ces d'Exempts qui vaquoient dans les Gardes du
Corps,
208 MERCURE DE FRANCE
Sa Majefté voulant établir l'uniformité dans le
fervice que les Troupes d'Infanterie doivent faire
en campagne, ainfi qu'elle l'a établie précédemment
pour le fervice dans les Places ; elle a donné
une Ordonnance datée du 17 Février , laquelle
fixe tout ce qui doit être obfervé par rapport au
premier de ces fervices .
Le 12 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens vingt livres , & les Billets
de la feconde Lotterie Royale à fix cens dix-neuf.
Ceux de la premiere Lotterie Royale n'ont poin
de prix fixe.
NAISSANCE
L
MARIAGES
& Morts.
E 3 Février , Dame Marie- Louife de la Garde;
époufe de François- Camille , Marquis de
Folignac & de Monpipeau , eft accouchée d'une
fille qui fut baptifée le du même mois dans l'E
glife Paroiffiale de la Magdelaine de la Villel'Evêque
, & nommée Henriette - Zephirine . Elle
fut tenue fur les fonts par la Ducheffe d'Orleans,
& par le Prince de Conti . Voyez les Tablettes
hift . II. Partie , page 253.
Meffire Charles- François de Maillé de la Tour-
Bandri , Baron de Gaftines , fils unique de Meſhire:
Charles Henri de Maillé la Tour- Landri , Marquis
.de Jalefne , Colonel d'infanterie , aîné &
chef de la Maifon de Maillé , a épousé le premies
Février Marie Henriette de Maillé la Tour- Lan
dri , fa coufine , fille de Meffire Charles - Louis da
Maillé , Comte de la Tour- Landri , Baron d'An
trafic. Ils ont reçu la Benediction nuptiale dans
MAI. 1753. 200
La Chapelle du Château d'Antrafme , près de
Laval .
Le 26 , Meffire Gabriel le Prêtre , Marquis de
Vauban , Capitaine de Grenadiers au Régiment du
Roi , avec Commiffion de Colonel d'Infanterie ,
époufa à Neuville- les- Dames, près de Mâcon , De
moifelle Marie Victoire de Beaurepaire , fille du
Marquis de ce nom . Le Marquis de Vauban eft petit-
neveu du feu Maréchal de Vauban , & fils du
feu Comte de Vauban , Lieutenant Général des Armées
du Roi , & Gouverneur de Bethune . Voyez
les Tablettes hift . IV . Part. page 318 .
Blanche Alphonfine - Octavie- Marie -Françoile
de Saint- Severin d'Arragon , époufe de Cafimir
'Egmont Pignatelli , Marquis de Pignatelli ,
connu ci devant tous le nom de Duc de Bifaccia
ou de Bifache , Brigadier de Cavalerie & Meftre
de - Camp du Régiment de Cavalerie d'Egmont
mourut en cette Ville le 20 Janvier , âgée de 16
ans & demi. Elle étoit fille du Comte de Saint-
Severin d'Arragon , Chevalier des Ordres du Roi,
Miniftre d'Etat , & ci devant premier Miniftre
Plénipotentiaire de Sa Majefté au Congrès d'Aix
la - Chapelle.
Louife Benedictine de Bourbon Condé, Ducheffe
du Maine , eft morte en certe Ville le 23 ; elle étois
âgée de foixante-feize ans deux mois & quinze
jours , étant née le 8 Novembre 1676. Cette
Princeffe étoit fille de Henri - Gilles de Bourbon ,
Prince de Condé , premier Prince du Sang , &
& d'Anne Palatine de Baviere . En 1692 , elle
avoit épousé Louis- Augufte de Bourbon , Duc du
Maine , Prince légitimé de France , Prince Sou
verain de Dombes , Comte d'Eu , Duc d'Aumale,
Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant Géné
210 MERCURE DE FRANCE .
ral des armées de Sa Majefté , Colonel Général
des Suiffes & Grifons , Gouverneur pour Sa Majefté
dans les Provinces du Haut & Bas Languedoc
, Grand - Maître & Capitaine Général de l'Artillerie
de France , mort le 14 Mai 1736. De ce
mariage étoient nés fept enfans , tant Princes
que Princeffes, Les feuls qui reftent font Louis-
Augufte de Bourbon , Prince Souverain de Dombes
, Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant
Général des armées de Sa Majeſté , Colonel-
Général des Suifles & Grifons , & Gouverneur de
Languedoc , né le 4 Mai 1700 , & Louis Charles
de Bourbon , Comte d'En , Chevalier des Ordres
du Roi , Lieutenant Général de fes armées , Gou.
verneur de la Province de Guyenne , Grand-
Maître & Capitaine-Général de l'Artillerie de
France , né le 15 Octobre 1701 .
Le même jour , la nommée Jeanne Candar ,
veuve de Jacques le Magnan , mourut à Cher,
bourg dans fa centième année .
Le même jour fut enterré à Saint Paul M. Ni.
colas Bouçot de Judinville , Seigneur de Douy ,
&c. Confeiller , Secrétaire du Roi , Garde des
Rôles en furvivance des Offices de France , décédé
aue du Roi de Sicile .
M. Claire François Defnotz de Villermont
Abbé de l'Abaye de la Noë , Ordre de Citeaux ,
Diocéfe d'Evreux , mourut en fon Manoir Abba.
jal de Morand le 26 , âgé de 70 ans .
Demoiselle Marie- Louife de Mérode , Marquife
de Trelon , fille de feu M. Louis , Comte de Mé
rode , Lieutenant Général des armées du Roi , & de
Dame Grace de salcédo , eft morte à Douai.
Le 31 Janvier fut enterré à Saint Louis , Meffire
François Ginefte , Préfident Honoraire en la Cour
des Monnoyes , & Ancien Commiffaire du ConMA
I. 1753.
211
feil , décédé rue & Ile Saint Louis , âgé de S
ans.
Le , premier Février , Anne de Silvecane , veuve
de Meffire Claude Butteau , Préfident des Tréforiers
de France , morte âgée de 87 ans , fut préfentée
à Saint Eustache , & transportée aux Petits
Peres de la Place des Victoires.
Le 2 Février eft décédé à l'âge de 81 ans , Meffire
Jofeph- Joachim - François Doujat , Chevalier ,
Seigneur d'Arcueil en partie , & des Fiefs des Arcs.
& Danjon , Confeiller Honoraire au Châtelet,
-Sa famille d'extraction noble & originaire de
Berry , qui , au rapport de Catherinot , avoit porté
les armes fous les Rois Charles VII . & Louis XI .
vint s'établir à Paris au commencement du feiziéme
fiécle , où elle a rempli depuis differentes
places dans la Magiftrature. La Charge d'Avocat
Général du Grand Confeil fut créée en 1527 pour
un Louis Doujat , petit- fils d'Adam Fumée , Garde
des Sceaux de France , d'où fucceffivement font
fortis deux Confeillers de la Cour des Aydes , un
Confeiller au Grand Confeil , & cinq Confeillers.
au Parlement ; le dernier defquels eft mort en
1710 , ayant été Doyen du Parlement pendant 16
à 17 ans.
Depuis près de trois fiécles , cette famille s'eft.
alliée , anciennement avec celle des Tudert . Fumée ,
Molé , Montholon & Briçonnet , avec quantité
d'autres diftinguées dans la Robe ; & en dernier.
Heu avec celle des Talon , Bignon , Phelypeaux
de Pontchartrain , Joly de Fleury , ainfi qu'avec la
branche de Lamoignon , d'où fort M. le Chance
lier d'aujourd'hui .
M. de Maupeou , qui depuis 1743 eft Chef &
Premier Préfident du Parlement , étoit neveu , à la
mode de Bretagne , par - Françoife Doujat , fom
212 MERCURE DE FRANCE
ayeule , de celui qui donne lieu à cet article.
Le pere de M. Doujat étoit François Doujat
Maître d'Hôtel ordinaire du Roi. H avoit eu pour
frere Jean Doujat , mort Doyen du Parlement ,
& pour foeur Françoife Doujat de Maupeou .
Sa mere étoit Magdelaine Tiraqueau , arriere.
petite fille du célébre Addré Tiraqueau , mis au
rang des Hommes illuftres du feiziéme fiécle , &
Confeiller és Parlemens de Bordeaux & de Paris
fous François I. & Henri II. & coufine germaine
de Françoife Tiraqueau , Comtefle de Neuillan
mere de Mefdames la Maréchale de Navailles &
la Comteffe de Froulay.
En luiseft éteinte la branche des Doujat de Paris:
La puînée labfifte encore à Toulouſe , où dès
1483 elle a donné un Procureur Général , & fucceffivement
fix Confeillers au Parlement , & à la
Ville plufieurs Capitouls perpétuels , ainfi que l'attefte
la Faille dans les Annales de Languedoc.
M. Doujat a laiffé pour feul & unique héritier
Jean- Jofeph le Boindre , Confeiller au Parlement,
fils de fa fceur Matie Françoife Catherine Doujat ,
& de Jean Baptifte- François le Boindre , mort
Sous Doyen de la même Compagnie en 1742 ,
lequel étoit fils de Jean le Boindre , Doyen du Par
lement és années 1692 & 1693 .
Mefire Jean- Jacques de Gomer de Luzanci ,
Chanoine Honoraire de l'Eglife Métropolitaine de
Paris , eft mort le même jour âgé de 86 ans.
Meffire Jacques Savalette , Confeiller honoraire
au Grand Confeil , Abbé de l'Abbaye de Neaufe .
le-vieux , Ordre de S. Benoît , Diocéfe de Chartres
, Vifiteur Général des Carmelites de France
Chanoine honoraire de l'Eglife Métropolitaine de
Paris , & ci- devant Doyen du Chapitre de S. Germain
l'Auxerrois , mourut le 4 dans la 69 année,
MAI. 1753: 213
CERTIFIC AT de M. le Chevalier de
Caumontel , fur l'efficacité du Bechique
fouverain , ou Sirop pectoral du fieur Valade
,, qui demeure rue Montorgueil , is
côté de la rue Tiquetonne , chez M.Chodot
, Teinturier , à Paris .
D Elissé radicalement
D'un dangereux étouffement ;
J'attefte par reconnoiffance ,
Sans intérêt ni ſuffiſance ,
Que le Bechique fouverain ,
De moribond m'a rendu fain.
Des enfans de Venus , de Mars & de Minerve
foutient la vigueur , la valeur & la verve ;
Il calme le fang agité ,
Sins nuire à la vivacité.
11 eft auri de la poitrine
Il détruit toute humeur chagrine ,
Abbat les vapeurs du cerveau ,
Le remplit d'un efprit nouveau,
Lorsque l'appétit abandonne .
peu de tems il le redonne ;
Il porte le corps au fommeil,
Et le ranime à fonéveil.
C'est un reméde fpécifique ,
Flaneus , anodin , pacifique ,
~214 MERCURE DE FRANCE.
Propre à guérir nombre de maux ,
Sans jamais troubler le repos .
Son Auteur vigilant , nommé Claude Valade ,
Ne fait point pour le gain , déperir fon malade :
Par tout , à jufte titre , il doit être vanté ,
Puifqu'avec fon Sirop , il donne la fanté.
CALCUL du paffage prochain de Mercure
fur le Soleil , felon les Tables de M.
Hallei . Par M, Pingré , de l'Académie
de Rouen.
E6 Mai au matin , à 3 heures 9 minutes 28
•
Méridien de Paris.
...
Sortie en S du difque du Soleil , à 10 heures 55
minutes 27 fecondes ; la plus petite diſtance des
centres a dégté 1 minute 39 fecondes , à 6 heu
res 57 minutes 25 fecondes du matin.
MA
...
S
MA I. 1753.
2x5
FAUTES à corriger dans le Mercure
d'Avril.
P
Age 134 , ligne penultiéme , après le mot pa
racentrique , ôtez qui.
Page 135 , ligne 1. après le mot perimetrique,
ajoûtez qui.
Ibid. ligne 25 , mutation , lifez nutation.
Ibid. ligne 29 , l'arc , lifez l'axe.
Page 138 , ligne 14. planches , lifez Planetes:
Page 139 , ligne 12. J'évite , lifez J'invite .
Page 140 , ligne 28. s'oppoferent , lifez s'operent.
J
APPROBATION.
'Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier
, le Mercure de France du mois de Mai.
A Paris , le 1 Mai 1753 .
LAVIROTTE.
TABL E.
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe.
Les monumens publics. Poëme , 3
Suite de la Differtation hiftorique & critique fur
l'invasion d'Attila , Roi des Huns , dans les
Gaules ,
Réflexions fur cette Piéce ,
Epitre à M. ** fur fon mariage ,
14
33
36
Leure à l'Auteur du Mercure fur les Traductions
214 MERCURE DE FRANCE .
Propre à guérir nombre de maux ,
Sans jamais troubler le repos.
Son Auteur vigilant , nommé Claude Valade ,
Ne fait point pour le gain , déperir fon malade :
Par tout , à jufte titre , il doit être vanté ,
Puifqu'avec fon Sirop , il donne la ſanté.
CALCUL du paffage prochain de Mercure
fur le Soleil , felon les Tables de M.
Hallei. Par M. Pingré , de l'Académie
de Rouen.
E-6 Mai au matin , à 3 beures 9 minutes 28
Lfecondes , mate de Mercure enE. as
Méridien de Paris.
Sortie en S du difque du Soleil , à 10 heures ss
minutes 27 fecondes ; la plus petite diftance des
centres a dégré 1 minute 39 fecondes , à 6 heu
res 57 minutes 25 fecondes du matin .
I
M
...
S
MA I. 1753.
FAUTES à corriger dans le Mercure
d'Avril,
Page 134 , ligne penultiéme , après le mot pa-
Page 135 , ligne 1. après le mot perimetrique
ajoûtez qui.
Ibid. ligne 25 , mutation , lifez nutation .
Ibid. ligne 29 , l'arc , lifez l'axe.
Page 138 , ligne 14. planches , lifez Planetes:
Page 139 , ligne 12. J'évite , lifez l'invite.
Page 140 , ligne 28. s'oppoferent , lifez s'operent.
·J
APPROBATION.
'Ai lû , par ordre de Monfeigneur le Chance
lier , le Mercure de France du mois de Mai.
A Paris , le 1 Mai 1753 .
LAVIROTTE.
TABLE.
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe.
Pes monumens publics . Poème ,
3
Suite de la Differtation hiftorique & critique fur
l'invafion d'Attila , Roi des Huns , dans les
Gaules ,
Réflexions fur cette Piéce ,
Epitre à M. fur fon mariage ,
14
33
36
Leure à l'Auteur du Mercure fur les Traductions
276
en Vers ;
Traduction libre du fecond choeur de la Troade
de Seneque ,
44
Imitation de l'Epigramme 57 du 11 Livre de Martial
, 45
Traduction de l'Epigramme 22º du premier Livre
,
Retraite Philofophique ,
Seconde Lettre fur l'Imprimerie,
45
47
52
Epitre à M. D. D. L. G. de S. V. Maître des Requêtes,
Lettre far un petit écrit de M. Pafchal ,
La Rofe & l'Enfant , Fable.
Lettre de M. Mufard à Mr Jallabert ,
74
79
84
86
93
94
97
Mots de l'Enigme & des Logogriphes du Mercure
d'Avril ,
Enigmes & Logogriphes ,
Nouvelles Litteraires ,
Affemblée publique de l'Académie de Beziers , r
Beaux- Arts . Seconde Lettre de M. Geoffroy ,
M. P. le Roy , & c.
Romance de Titon & l'Aurore ,
Spectacles ,
Lettre à l'Auteur du Mercure ,
Nouvelles Etrangeres ,
127
151
ibid.
170
France. Nouvelles de la Cour de Paris , &c . 188
Nafance , mariages & morts , 211
Certificat en vers de M. le Chevalier de Caumontel
, fur l'efficacité du Bechique du S. Valade , 213
Calcul du paffage Mercure de fur le Soleil ,
Fautes à corriger dans le Mercure d'Avril ,
La Chanfor notée doit regarder la page 151.
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
214
215
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI
JUI N. 1753 .
PREMIER VOLUME.
BY
SPARGAR
IGIT
UT
Chez
A PARIS ,
La Veuve PISSOT , Quai de Conty
à la defcente du Pont-Neuf.
CHAUBERT , rue du Hurepoix.
JEAN DE NULLY , au Palais.
DUCHESNE , rue Saint Jacques,
au Temple du Gout.
M. DCC. LIII.
Avec Approbation & Privilege du Roi,
A VIS.
'ADRESSE du Mercure eft à M. MERIEN
L Commis au Mercure , rue des Foffez S. Germain
l'Auxerrois , au coin de celle de l'Arbre -ſec , pour remettre
à M. l'Abbé Raynal.
Nous prions très-inflamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le port ,
pour nous épargner le déplaifir de les rebuter , &à eux
celu de ne pas voir paroîtrè leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays Etrangers ,
quiſouhaiteront avoir le Mercure de France de la premiere
main, plus promptement , n'auront qu'à
écrire à l'adreffe ci - deffus indiquée.
On l'envoye auffi par la Pofte , aux perſonnes de Province
qui le defirent , les frais de la pofte ne font pas
confiderables.
On avertit auffi que ceux qui voudront qu'on le porte
chez eux à Paris chaque mais , n'ont qu'àfairefçavoir
leurs intentions , leur nom & leur demeure, audit fieur
Merien,Commis au Mercure; on leur porterale Mercure
très- exactement , moyennant 2 1 livres par an , qu'il
payeront , fçavoir , 10 liv. 10f. en recevant leſecond
volume de Juin , & 10 l. 10 ſ. en recevant le ſecond
volume de Décembre. On les fupplie inftamment de
donner leurs ordres pour que ces payemens foientfaits
dans leurs tems.
à
On prie aufficles perfonnes de Province , qui en
envoye le Mercure par la Pofte , d'être exactes à faire
payer au Bureau du Mercure à la fin de chaque femeftre
,fans cela on feroit hors d'état de foutenir les
avances confidérables qu'exige l'impreſſion de cev
ouvrage.
On adreſſe la même priere aux Libraires de Province.
On trouvera le fieur Merien chez lui les mercridi
, vendredi , & famedi de chaque femaine.
PRIX XXX. SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROI.
JUIN.
1753 .
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
SONG E.
Ous qui neuve en l'art des foupirs ,
Plaifez fans fard , vivez fans chaines
Au gré des innocens défirs ,
Itis , fi de l'amour vous ignorez les
peines ,
Vous en ignorez les plaifirs.
Ce Dieu , des jours de votre aurore
Voit déja luire les plus beaux
Et vous compte , à regret encore
1. Vol. A
4
MERCURE
DE FRANCE
Autre part , que fous les drapeaux.
Si , quand on commence de plaire ,
On ne doit point tarder d'aimer ,
Vous devez tribut à Cythere ,
Iris , vous avez fçu charmer.
Timide , ému , baigné de larmes ,
J'ai fongé cette nuit , qu'en vous contant
art ,
Le pouvoir qu'avoient eu vos charmes
Sur un coeur ennemi du fard .....
Vous le dirai-je
même
>
fans
helas ! vous effuyiez vous
Les pleurs qui couloient de mes yeux ;
Et des tendres regards , des foupirs amoureux
Echappés malgré vous , plus que cent je vous aime,
Me décelcient des feux heureux,
O Dieux , que ces momens étoient délicieux !
Je voulois témoigner les tranſports & l'extafe
Du plus tendre difcours , lorfque l'amour l'embrafe
.
Mes mains , pour l'exprimer, reftoient fans mou
vement .
Ma voix me fervant foiblement
Ne laiffoit échaper , dans cette tendre yvreffe ;
Que ces mots qu'étouffoient des larmes d'allégrefle
;
Le doux plaifir , ... ô Dieux .... qu'aimer avec
retour !
Mon coeur n'a pu tenir contre tant de tendreffe ;
T
JUIN 1573.
Et l'excès de mon vif amour
Ne m'a laiffé qu'un excès de foibleffe .
Iris , daignez laiffer mon coeur
Dans les charmes d'un vain menfonge ;
Ou réalisez le bonheur
Qu'il favouroit dans ce doux fonge.
M.... D... D...
VERS D'UN F. M.
IRIS,
A IRIS.
Rrs , dont la délicateffe
Soumet l'amour aux fentimens ;
N'abule point de la tendreſſe
Du plus tendre de tes Amans.
Ceffe de tenter ma foibleffe ;
Bientôt l'amour , avec dépens
Gagneroit contre ma fageffe.
Tu preffes mon coeur , nuits & jours ;
'A trahir le fecret des Sages ,
Et tu lui fais autant d'outrages ,
Qu'il te voit prendre de détours .
Helas ! réſerve mes amours
A quelques plus tendres ufages.
Mon coeur fouffrant de tes foupirs ,
T'oppofe à regret ta maxime ,
De faire taire des défirs 2
A iij
MERCURE DE FRANCE
Autre part , que fous fes drapeaux .
Si , quand on commence de plaire ,
On ne doit point tarder d'aimer ,
Vous devez tribut à Cythere ,
Iris , vous avez fçu charmer.
Timide, ému , baigné de larmes ,
J'ai fongé cette nuit , qu'en vous contant fans
art ,
Le pouvoir qu'avoient eu vos charmes
Sur un coeur ennemi du fard .....
Vous le dirai-je
même
>
helas ! vous effuyiez vous
Les pleurs qui couloient de mes yeux ;
Et des tendres regards , des foupirs amoureux
Echappés malgré vous , plus que cent je vous aime,
Me déceloient des feux heureux.
O Dieux , que ces momens étoient délicieux !
Je voulois témoigner les tranfports & l'extafe
Du plus tendre difcours , lorfque l'amour l'embrale
.
Mes mains , pour l'exprimer, reftoient fans mou
vement .
Ma voix me fervant foiblement
Ne laiffoit échaper , dans cette tendre yvreffe ;
Que ces mots qu'étouffoient des larmes d'allégrefle
;
Le doux plaifir , ... ô Dieux .... qu'aimer avec
retour !
Mon coeur n'a pu tenir contre tant de tendreffe ;
T
JUIN I573. S
Et l'excès de mon vif amour
Ne m'a laiflé qu'un excès de foibleffe .
Iris , daignez laiſſer mon coeur
Dans les charmes d'un vain menfonge ;
Ou réalisez le bonheur
Qu'il favouroit dans ce doux fonge.
M.... D... D ...
VERS D'UN F. M.
A IRIS.
IR 13 , dont la délicateffe
IRIS
,
Soumet l'amour aux fentimens ;
N'abule point de la tendreffe
Du plus tendre de tes Amans.
Ceffe de tenter ma foibleffe ;
Bientôt l'amour , avec dépens ,
Gagneroit contre ma fageffe.
Tu preffes mon coeur , nuits & jours ;
'A trahir le fecret des Sages ,
Et tu lui fais autant d'outrages ,
Qu'ilte voit prendre de détours .
Helas ! réſerve mes amours
A quelques plus tendres ufages.
Mon coeur fouffrant de tes foupirs ,
T'oppofe à regret ta maxime ,
De faire taire des défirs₂
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Qu'on nepeut contenterfans crime
Par quelques inftans de plaifir
Tu rendrois mon coeur la victime
Des cruels & longs repentirs.
Ceffe des pleurs & des prieres ,
Dont mes lens font trop attendris ;
On ne peut dire qu'entre Freres
Comment nos Temples font bâtis
Qui dévoileroit leurs mysteres ,
Leur feroit perdre tous leurs prix.
Qu'il me fuffife de t'apprendre ,
Que l'amour y fuit la raiſon ;
Et qu'un amant difcret & tendre
Eft digne d'être t ... M...
Iris , fi ton défir s'irrite "
Et veut être plus fatisfait ;
Adieu , je fauve dans la fuite
Mon coeur, ma gloire , & mon ſecret,
Par le meme
JUIN. 17538
*HaHaHa73.62
%
SECONDE DISSERTATION *
Sur les Obélifques d'Egypte , particuliérement
fur ceux qui furent tranſportés
J
à Rome.
A 1 raffemblé dans ma premiere Differtation
, où je traite des Obélifques
Egyptiens , les fentimens des Anciens
fur les auteurs de ces célébres monumens ;
j'y ai rapporté ce qu'on fçait de ceux qui
furent tranfportés à Rome , & j'ai montré
qu'il n'eft pas poffible de découvrir , qui
font les Rois Egyptiens qui les avoient
fait tailler.
J'ai particulierement
obfervé dans la
même Differtatión , que cette impoffibilité
tombe également fur l'Auteur de l'Obélifci-
Cette feconde Differtation fur les Obélifques
d'Egypte , & la premiere fur le même fujet , qui
a été inférée dans le fecond volume du Mercure de
Juin 1752 , font l'une & l'autre de M. d'Origny ,
Chevalier de l'Ordre Militaire de Saint Louis ,
devant Capitaine de Grenadiers au Régiment de
Champagne . La Differtation où on examine un
paffage d'Hérodote , & qui fe trouve dans le
Mercure de Mai 1752 , eft encore du même
Auteur.
A iiij
MERCURE DEFRANCE.
que qu'Augufte fit élever dans le champ
de Mars : quoique Pline prétende que
cet Obélifque doive être attribué à Séfoftris
. J'ai même été plus loin ; après
avoir montré qu'on ne peut fçavoir le
nom de l'Auteur de cet Obélifque du
champ de Mars , j'ai fait voir fur l'autorité
des paffages de Diodore , de Strabon ,
d'Ammien Marcellin , qu'il ne peut être
attribué à Séfoftris.
Mais comme , fur ce dernier article , je
n'ai point convaincu tous les partifans de
Pline , puifqu'ils ne font point contens
des autorités que j'ai empruntées des
Grecs , que même ils défaprouvent la préférence
que je donne à ceux ci fur l'opinion
de Pline , & qu'ils ne veulent l'abandonner
que forcés par de plus puiffans
motifs pour parvenir à montrer évidemment
que l'Obélifque du champ de Mars
n'eft point l'ouvrage de Séfoftris , j'examinerai
ici ,
1. Le dégré d'autorité des Hiftoriens
qui parlent des Obélifques.
II. Si Pline paroît inftruit du fujet qu'il
traite .
III. S'il a eu véritablement intention
d'attribuer à Séfoftris l'Obélifque du
champ de Mars.
IV . Enfin , je prouverai de nouveau que
JUIN... 1573.-
FObélifque du champ de Mars n'eft point
celui de Séfoftris.
I.
Dégré d'autorité des Hiftoriens qui parlent
des Obélifques.
Pour parler avec précifion des Obé--
lifques Egyptiens , j'ai particulierement :
confulté Herodote , Diodore de Sicile ,,
& Pline.
Herodote & Diodore embraffent l'Hiftoire
univerfelle , & ils deftinent l'un &
l'autre , un des livres de leurs Ouvrages à
l'Hiftoire particuliere des Egyptiens &
de l'Egypte , où ils avoient voyagé à deffein
de s'en inftruire..
Ces deux Hiftoriens voyageurs , après:
avoir fait connoître l'Egypte , détaillé fes :
productions , expofé le caractére , les.
moeurs , les ufages , les Loix de cette Nation
, donnent une idée des fciences aufquelles
les Egyptiens s'appliquoient , &
des Arts qu'ils exerçoient ; enfin ils décrivent
les monumens qu'ils ont vus en
Egypte , & entr'autres les Obélifques less
plus diftingués .
Regardons Pline comme un Philofophe,,
comme un Phyficien , & comme un Hiftorien
refpectable , dont la lumiere eft
sûre en une infinité de circonftances : j'aswale
même que fon autorité doit être
AY
10 MERCURE DEFRANCE.
d'un très-grand poids , mais il faut auffi
avouer qu'il eft plus ordinairement Hiſto -
rien de la Nature & des Arts en général ,
que des Nations & de leurs monumens ,
dont il ne parle fouvent que quand fon
fujet lui en fait naître l'occasion .
Après avoir parlé des pierres précieufes,
il entre dans le détail de celles qui fe tirent
des entrailles de la terre , des différens
marbres , de ceux qui font particaliers
à l'Egypte , enfin des efpéces de
marbres employés ordinairement pour les
Obélifques, à propos de quoi il donne une
idée de ces monumens.
La différence effentielle entre les vûes des
trois Hiftoriens nommés , doit , fans doute
, fubordonner l'opinion de Pline , à l'égard
des Obélifques , au fentiment des
deux anciens Voyageurs , qui avoient
l'Hiftoire pour principal objet ; & quand
je n'aurois point eu d'autre autorité , je
devois dans ma premiere Differtation préférer
, comme je l'ai fait , ce qu'ils en difent
à ce que Pline en rapporte.
Mais on reconnoit fenfiblement dans les
quatre Chapitres ( a ) , que nous allons
examiner , & où Pline traite des Obélifques
, qu'il n'étoit point fuffifamment inf
( a ) Pline , 1. 36. c. 8 , 9 , 10 , 11
JUIN. 1753. II
truit de fon fujet , qu'il n'y donne que
des extraits , faits avec négligence , de
diverfes relations très - hazardées , ou bien
qu'il s'étoit fié à des Mémoires très - peu
exacts , peut- être même très infidéles.
11 .
Si Pline paroît inftruit du fujet qu'il trame .
II. Pline ne cite que vingt & un Obélif
ques , cependant il y en avoit en Egypte
une quantité innombrable ( a ) . On ne
peut pas dire qu'il ne s'étoit arrêté qu'à
ceux qui furent tranfportés à Rome , puifqu'il
ne comprend dans ces vingt & un
que les deux ( b ) d'Augufte & celui de
Caligula , & lorfqu'il écrivoit , il y en
avoit dans cette ville un bien plus grand
nombre , les deux entr'autres qui furent pla
cés à l'entrée du tombeau d'Augufte.
D'ailleurs , il ne fuit point dans l'énumération
de ceux dont il parle , l'ordre
des tems où ils furent taillés . Il décrit l'O
bélifque de Nectancbo , qui régnoit en
2636. ( c) avant celui qu'il dit être du
Roi contemporain de Pythagore , qui
paffa en Egypte vers l'an 3450 ( d ) & ce
n'eft qu'après avoir décrit celui - ci , qu'il
( a ) Tac, ann. I. r. n. 6o. Am. Mar. 1 17. c. 4-
Str. 1. 17. p. 805. tous les Voyageurs modernes. 4
( b ) Pline , 1. 36. c. 9 , 10 , II..
( c ) Av . PEte:
vulg, 368, ( d ) Av . l'Ere vulg. 554.
A vj
MERCURE DEFRANCE.
parle d'un autre qu'il attribue au grand
Séfoftris , qui régnoit en 2513 , 146 L
ans avant l'Ere vulgaire , & qui connu
( a ) encore fous le nom de Cethofis &
d'Egyptus , l'eft également pour le frere
d'Armaïs , ou Danais qui paffa d'Egypte
à Argos dans le Péloponèſe.
De plus les noms que Pline donne aux
Rois , qu'il prétend avoir fait ériger des.
Obélifques , font prefque tous inconnus.
chez les Auteurs ( b ) qui avoient parlé
des Rois Egyptiens avant lui ; & comme
il ne cite point ces autorités , & que ces
noms ne fe trouvent point chez ceux qui
ont écrit ( c ) depuis , il eft impoffible de
découvrir où il les a pris .
Enfin , quoiqu'il rapporte quelques
traits hiftoriques , où il n'eft point d'accord
avec les Hiftoriens qui l'ont précédé ,
il n'entre cependant dans aucune difcuffion
critique : ayons y recours. La comparaifon
de fes paffages avec ceux des Hiftoriens
Grecs , en montrant combien il avoit
de connoiffance de l'Hiftoire des anciens
Egyptiens, fervira encore de nouvelle
peu
( a ) Her. 1. 2. c. 182. Diod . 1. s. p. 329. Edin
Rhodom. Apoll . 1. 2. Jofe . rep à App. 1. 1. n. 15
( b ) Herodote , Diodore Manethon , Eratof
thene , Jofephe , Strabon , & c.
(4 ) Africain , Eufebe , le Syncelle , &c,
JUIN. 1753. 13
preuve à la néceffité qu'il y a de lui préférer
ces derniers.
Le premier des Obélifques , dont Diodore
parle , avoit ( a ) été mis dans le
Temple de Thebes par Séfoftris , le Roi
le plus célébre des Egyptiens , à qui de
l'aveu de toute la Nation elle devoit
un ( b ) nombre infini de monumens pu .
blics & particuliers. Ce Prince avoit pu
concevoir l'idée de celui-ci , lorfqu'il fit,
la conquête de l'Afie . Sémiramis au rapport
de Ctefias ( c ) , avoit fait élever près
de Babylone un Obélifque de cent trente
pieds , enforte que PHiftoire particuliere.
de Séfoftris donne de la vraiſemblance à
L'opinion qui le fait , en Egypte , inventeur
des Obélifques . Au contraire le nom
de Mitrès , que Pline ( d ) donne à celui
qu'il prétend être le Roi auteur du premier
Obélifque , n'eft pas même connu
des Anciens .
Il faut encore obferver que le P. Hardouin
( e ) averti , que le nom de Mitrès
des anciennes éditions , qui cependant
n'ont pu être faites que fur des manufcrits.
( a) Diod. 1. 1. fec 2. p. 53. ( b ) Her . 1. 2. c .
208. Diod . 1. 1. fec . 2. p . 51. Str. 1. 17. p 804.
( c ) Diod . 1. 2. p . 100. ( d ) Pline , 1. 36. c . 3 .
( e ) Premiere note de la 14. fec, du 36º. liv. de
Pline.
14 MERCURE DE FRANCE
n'eft point dans ceux qu'il cite , & qu'il y
a Meftrès. Il adopte cette derniere leçon
fans en dire le motif; mais s'il faut lire
Meftrès , le paffage de Pline n'en eft que
plus fufpect.
Meftrès ( a ) eft l'ancien nom de l'Egypte
, & il n'y a point d'exemple que les
premiers Rois l'ayent porté. Ce nom dérive
de celui de Mefraïm , ou Menès Fondateur
de la Monarchie . Pline , ou les mémoires
qu'il a fuivis , ce qui doit être regardé
comme la même chofe , ne donneroit-
il pas le nom de Meftrès au Roi qu'il
propofe comme l'auteur du premier Obétifque
, pour en rendre l'origine commume
avec celle de la Monarchie ? cette conjecture
a au moins de la vraiſemblance ,
& doit faire fufpecter les mémoires dont
Pline s'eft fervi .
Il a déja été remarqué que Pline ne fuit
pas l'ordre chronologique dans l'énumération
qu'il fait des Obélifques : cela fait
voir que la defcription de ces monumens
ne l'occupoient pas particulierement ; il
n'en parloit en effet qu'en paffant . Il faut
donc avoir recours aux Hiftoriens , & toutes
les fois que ceux-ci lui font comparés ,
on trouve de nouveaux motifs de foupçon-
( 4 ) Syn. g. 93.
JUIN 1753 . 1-5
ner les mémoires auxquels il s'eft fié : en
voici un exemple.
Pline pour donner une idée des Obélif.
ques , dit que ce font ( a ) des blocs de
marbre d'une longueur prodigieufe dédiés
au Soleil , auffi tot après avoir dit qu'ils
étoient dédiés au Soleil , il ajoûte que Mitrès
, Roi de la ville du Soleil , c'eſt - à- dire
d'Héliopolis , où le Temple de cette
Divinité étoit conftruit , reçut en fonge
l'ordre de faire tailler le premier Obélifque
: & lorfqu'il cite celui de Nuncoréus ,
il rapporte ( 6 ) que ce fut après avoir recouvré
la vûe , que Nuncoréus fils de Sefoftris
dédia un Obélifque au même Temple
, fuivant les ordres de l'Oracle : c'eſtlà
précisément l'hiftoire ( * ) qu'Hérodote
& Diodore , d'accord entr'eux , avoient
raconté long -tems auparavant de l'origi
ne de l'Obélifque du fils de Sefoftris ; &
c'eft cette même ( c ) hiftoire que Pline
( a ) Pline , l. 36. c . 8. ( b ) I. 35. c. II.
( c ) Her. 1. 2. c. 111. Diod. l . 1. fec. 2. p . 54.
(*) Le fils de Séfoftris devenu aveugle par acci
dent ou par maladie , avoit inutilement , difent
Herodote & Diodore , recouru aux remédes &
imploré le fecours des Dieux , lorfqu'au bout de
dix ans l'Oracle l'avertit de faire voeu de dédier
deux Obélifques au Temple du Soleil à Héliopolis
: il recouvra en effet là vie , & fuivant l'ordre
qu'il en avoit reçu , il dédia à ce Temple deux
Obélifques de cent coudées de haut.
16 MERCURE DE FRANCE.
divife , pour en attribuer des circonstances
à Mitrès , & d'autres à Nuncoréus.
On vient d'obferver que , fuivant Pline,
l'Obélifque de Mitrès eft le premier qui ait:
été taillé ; & comme je l'ai fait voir dans.
ma premiere Differtation , Hérodote &
Diodore n'ont point connu d'Obélifque
taillé dans la baffe Egypte avant ceux du
fils de Séfoftris . Cette circonftance jointe
à la conformité qui fe rencontre entre ce
que Pline dit de Mitrès & de Nuncoréus ,
avec l'histoire qu'Herodote rapporte fousle
nom de Phéron , fils du grand Séfoftris ,
& Diodore fous celui de Séfoftris fecond ,
qu'il dit de même fils du grand Séfoftris ,
doit paroître fuffifante pour identifier Mitrès
, Phéron , Séfoftris fecond , & même
Nuncoréus .
Je n'ai point tiré cette conféquence
dans ma premiere Differtation , parce que
je n'avois alors d'autre but , que de mon
trer que l'Obélifque de Caligula n'eſt
point celui du fils de Séfoftris , & que je
n'entrois point dans la critique du paffage
de Pline. Après cette nouvelle remarque ,
ce paffage doit , comme je l'ai avancé
paroître extrait fur des mémoires très infi
déles .
Si Pline avoit fixé la hauteur de l'Obé .
lifque de Mitrès , comme il a déterminé
JUIN. 1753 17
celle de tous les autres , elle feroit vraifemblablement
la même que la hauteur
de celui de Nuncoréus : mais puifque j'ai
commencé à répandre du foupçon fur la
fidélité des autorités de Pline à l'égard des
Obélifques , je dois faire remarquer que
des vingt & un Obélifques dont il parle ,
il obferve la hauteur des trois qu'il dit
avoir vu à Rome , qu'il donne de même
la hauteur des dix - fept autres , & que le
premier de tous , celui qu'il prétend avoir
été taillé par Mitrès , eft le feul ( 4 ) qu'il ne
détermine point. N'eft - t on donc pas fondé
à penser que c'eft moins une omiffion
qu'une attention réfléchie , pour éviter de
mettre une nouvelle preuve d'identité entre
Mitrès & Nuncoréus.
On peut encore remarquer que le fils
de Séfoftris n'eft nulle part counu fous le
nom de Nuncoréus : Herodote ( b ) l'appelle
Phéron ; Diodore lui donne le nom
de Séfoftris fecond ; Africain & Eufébe
ceux de Raphacès ( c ) ou Rapcès . Ce Roi
pouvoit , il est vrai , en avoir un cinquiéme
; mais , je l'ai déja obfervé , les
noms que Pline attribue aux auteurs des
Obélifques , ne fe trouvent chez aucun
( a ) Pline , 1. 36. c. 8. ( b ) Her. 1. 1. c. 111
Diod. 1. 1. fec. 2. p . 54. ( c ) Syn . p . 72. 73 .
1
18 MERCURE DE FRANCE:
autre auteur ; & les variations qui ſe rencontrent
dans les Mss. fur plufieurs de ces
noms , rendent encore plus inutile tout
ce qu'on prétend tirer de Pline pour nous
inftruire fur l'hiftoire des Obélifques .
Le Pere Hardouin qui a examiné les
anciennes éditions & les Mss. fur le nom
de l'auteur de l'Obélifque du champ de
Mars , y a trouvé grand nombre de variations
( a ) . Il a de même trouvé pour le
pere de Nuncoréus des noms différens ,
tels que ceux de Séfofide , Séforide ; & M.
Bandini en a obfervé encore un plus grand
nombre dans les onze Mss. qu'il a confultés
(*), entr'autres celui de Riccardiano
qui eft du huitiéme ou neuviéme fiécle :
ce Manufc. donne le nom de Sochide à
( a ) Seiziéme note de la quinziéme ſec . du 36
1. de Pline .
(* ) M. Bandini a donné far l'Obélifque du
champ de Mars un Traité imprimé à Rome en
1750. in-fol. il a pour titre dell' Obelisco di Cefare
Augufo Scavato dalle rovine del campo Marze
commentario. La Traduction Latine eft à côté de
l'Italien,
M. Bandini apprend dans la préface , p . 16 ;
&c. qu'il a confulté jufqu'à onze Manufcrits $
que dans la plupart des plus anciens il manque
quelque chofe des chapitres 8 , 9. Cette circonftance
ne doit pas contribuer à donner une entiere
confiance au reſte de ces chapitres , non plus qu'à
ceux qui traitent de la même matiere .
JUIN. 1753 .
་ 9
l'Auteur de l'Obélifque du champ de
Mars , quoiqu'il nomme Sefofide le pere
de Nuncoréus.
Ces différences dans les noms de ce
Roi , foit quand il eft dit auteur d'un
Obélifque , ou lorfqu'on le donne comme
pere de Nuncoréus , doivent être imputées
fans doute à la négligence des Copiftes.
Mais fur quel fondement veut- on
que ce foit précisément le nom de Séfoftris
que les Copiftes auroient dû mettre
en tranfcrivant les paffages de Pline , &
que la faute ne foit pas de la part de ceux
qui ont employé ce nom de Sefoftris ?
Si l'on fait attention que des neuf
noms que Pline donne aux anciens Rois
-auteurs des Obélifques , c'eſt - à - dire à ceux
qui regnerent avant la conquête de Cambyfes
, le nom de Séfoftris , qui fe trouve
le pénultiéme , eft le feul que les Hiftoriens
ou Chronologiftes anciens ayent
rapporté ; il femblera au contraire plus
jufte de penfer que le nom de ce pénultiéme
auteur des Obélifques devoit être auffi
inconnu que les autres ; qu'il pouvoit y
avoir, ou Sochide , ou Sefotide, & c. & qu'on
y a fubftitué le nom de Séfoftris, parce qu'il
eft plus célébre , de même qu'on a ſubſtitué
dans quelques Mss.au nom de Mitrès
celui de Mestrès , qui femble indi18
MERCURE DE FRANCE:
autre auteur ; & les variations qui fe rencontrent
dans les Mss . fur plufieurs de ces
noms , rendent encore plus inutile tout
ce qu'on prétend tirer de Pline pour nous
inftruire fur l'hiftoire des Obélifques .
Le Pere Hardouin qui a examiné les
anciennes éditions & les Mss . fur le nom
de l'auteur de l'Obélifque du champ de
Mars , y a trouvé grand nombre de variations
( ) . Il a de même trouvé pour le
pere de Nuncoréus des noms différens ,
tels que ceux de Séfofide , Séfotide ; & M.
Bandini en a obfervé encore un plus grand
nombre dans les onze Mss. qu'il a confultés
( * ) , entr'autres celui de Riccardiano ,
qui eft du huitième ou neuviéme fiécle :
ce Manufc. donne le nom de Sochide à
(a ) Seiziéme note de la quinziéme fec. du 36
1. de Pline.
( * ) M. Bandini a donné far l'Obélifque du
champ de Mars un Traité imprimé à Rome en
1750. in-fol. il a pour titre dell' Obelisco di Cefare
Augufo Scavato dalle rovine del campo Marze
commentario. La Traduction Latine eft à côté de
l'Italien ,
M. Bandini apprend dans fa préface , p. 16 ;
&c. qu'il a confulté jufqu'à onze Manufcrits ;
que dans la plupart des plus anciens il manque
quelque chofe des chapitres 8 , 9. Cette circonftance
ne doit pas contribuer à donner une entiere
confiance au refte de ces chapitres , non plus qu'à
ceux qui traitent de la même matiere.
JUIN. 1753.
19
l'Auteur de l'Obélifque du champ de
Mars , quoiqu'il nomme Sefofide le pere
de Nuncoréus.
Ces différences dans les noms de ce
Roi , foit quand il eft dit auteur d'un
Obélifque , ou lorfqu'on le donne comme
pere de Nuncoréus , doivent être imputées
fans doute à la négligence des Copif
tes. Mais fur quel fondement veut- on
que ce foit précisément le nom de Séfoftris
que les Copiftes auroient dû mettre
en tranfcrivant les paffages de Pline , &
la faute ne foit pas de la part de ceux
qui ont employé ce nom de Sefoftris ?
que
Si l'on fait attention que des neuf
noms que Pline donne aux anciens Rois
auteurs des Obélifques , c'est - à- dire à ceux
qui regnerent avant la conquête de Cambyfes
, le nom de Séfoftris , qui fe trouve
le pénultiéme , eft le feul que les Hiftoriens
on Chronologiftes anciens ayent
rapporté ; il femblera au contraire plus
jufte de penfer que le nom de ce pénultiéme
auteur des Obélifques devoit être auffi
inconnu que les autres ; qu'il pouvoit y
avoir,ou Sochide , ou Sefotide , & c . & qu'on
y a fubftitué le nom de Séfoftris, parce qu'il
eft plus célébre , de même qu'on a fubftitué
dans quelques Mss.au nom de Mitrès
celui de Meftrès , qui ſemble indi20
MERCURE DE FRANCE .
quer le Fondateur de la Monarchie .
Pour reftituer ce paffage de Pline d'après
les Mss. & les anciens Hiftoriens , il
auroit fallu , fi l'on me permet de dire içi
mon avis , donner , felon le Manufc . de
Riccardiano , le nom de Sochide à l'auteur
de l'Obélifque du champ de Mars ,
& fubftituer le nom de Séfoftris à tous
ceux qui le trouvent pour le pere de Nuncoréus
, on a vu que Nuncoréus eft le
même que Phéron & Séfoftris fecond :
cependant cette feconde reftitution ne remedie
pas à tout le défordre de ce paffage
de Pline, où il convient que l'Obélifque du
fils de Séfoftris avoit cent coudées , & où
.néanmoins il affure que c'eft un Obélifque
entierement pareil à celui que Caligula fit
conduire à Rome , quoique l'Obélifque
de Caligula foit d'un tiers environ moins
grand .
Pour rétablir tout le défordre où Pline
a mis l'hiftoire des Obélifques , nous aurions
befoin de fecours , que vraifemblablement
nous n'aurons jamais. Mais après
être convenu qu'il n'y a nulle apparence
qu'il eût voulu abufer la poftérité , en
confidérant que l'hiftoire des Obélifques
eft hors d'oeuvre dans fon grand ouvra
ge , d'ailleurs très- refpectable , très- inftractif
& très intéreffant , il faut conve
JUI N... 21 1753
hir auffi qu'il a faifi fans examen les premiers
mémoires qui lui font venus fur ces
monumens , que Tes Copiftes ont encore
défigurés ce qu'il en rapporte , & que
dans l'état où eft cette partie de fon texte ,
il n'apprend rien qui ne doive faire préférer
ce que les Auteurs Grecs en difent.
Néanmoins , quoique les paffages de
Pline fur les Obélifques , tels qu'ils font
entre nos mains , ne puiffent avoir aucune
autorité , je pense qu'il eft convenable
d'examiner fi c'eft à lui feul qu'il faut imputer
la faute , qui dans les circonftances
préfentes intereffe le plus ; c'eſt- à - dire , s'il
eft bien conftant , qu'il ait voulu donner
le nom du grand Séfoftris à l'auteur de .
l'Obélifque qu'Augufte a élevé dans le
champ de Mars,
III.
Si Pline a en véritablement intention d'attri
buer à Sefoftris l'Obélifque du champ
de Mars.
Les Hiftoriens qui parlent de Séſoftris
, de ce Prince le plus célébre de toute
l'antiquité,lui donnent toujours quelqu'un
des titres , qu'il avoit fi glorieufement
mérité par la conquête de l'Afrique , de
l'Afie & des frontieres de l'Europe , &
par fes foins à procurer des avantages
fes fujets.
મે
22 MERCURE DE FRANCE.
Pline fçavoir ( a ) juſqu'où ce Conquérant
avoit pénétré avec fes armées ; il n'ignoroit
point que de retour dans fes Etats,
indépendamment d'un nombre infini de
monumens agréables & utiles , qu'il érigea
dans toutes les parties de l'Egypte ,
il avoit creusé des canaux pour la commodité
de fes fujets , & pour leur procurer
Fabondance il fçavoit encore que ce fuperbe
Roi , c'eft ainfi qu'il le caractérife '
( b ) , étoit dans l'ufage de faire traîner
fon char par les Rois qu'il avoit vaincus.
Pline étant donc fi bien inftruit de l'hiftoire
du grand Séfoftris , de ce Roi des
Rois , il doit paroître au moins fort extraordinaire
qu'ayant à célébrer l'entrepri
fe d'Augufte , & dans l'intention de faire
entendre que cet Empereur avoit tranfporté
à Rome un monument de ce grand
Roi, il fe foit bornéà dire fimplement que ?
l'Obélifque qu'Augufte éleva dans le champ
de Mars ( c) , étoit l'ouvrage deSéfoftris ,
fans ajoûter ni qualification , ni réflexion ,
En vérifiant les éditions de Pline , même
les plus anciennes, on trouve dans les trois
( * ) paſſages qui viennent d'être cités de
(a) Pl. 1.6 . c.29. (b ) Pl. 1.33.c. 3. (c) Pl . I. 36. c. 9.
(*) Pline parle du grand Sefoftris dans le 29 chapitre
du liv. 6. & il en parle encore en deux endroits
différens du 3. chapitre du liv. 33.
JUIN. 1753. 23
P'histoire du grand Séfoftris , que le nom
de ce célébre Roi eft le même nom de Sé.
foftris , que lui donnent les autres Hiftoriens
, & que c'eft feulement lorsqu'il
s'agit de l'Obélifque du champ de Mars
que ce nom n'eft plus le même .
Il faudroit examiner tous les Mss. connus,
particulierement ceux que M. Bandini
a vûs à Rome. Si les faits hiftoriques de ce
Roi font toujours fous le nom de Séfoftris
, s'il eft conftant , comme il y a toute
apparence , qu'il ne fe trouve aucune variation
fur ce nom dans les circonstances
historiques , quoique ces mêmes. Mss . employent
des noms differens , lorfqu'il s'agit
de l'Obélifque ; il faudra convenir que
le défordre de ce paffage , & la difficulté
de le concilier avec les Voyageurs Grecs s
viennent de ce que plufieurs des Copiftes
ont mal à propos inféré le nom de Séfoftris
dans leurs Mss. & de ce qu'on met
dans les autres Mss. ce nom qui ne devoit
pas y être en voici une efpéce de
preuve .
Pline au livre XXXIII , chapitre III ,
décline le nom de Séfoftris comme les
textes d'Hérodote , de Diodore , de Strabon
, &c. & de même que prefque tous les
Hiftoriens qui en ont parlé : il met à l'ablatif
victo Sefoftri ou Sefoftre , au lieu que
24 MERCURE DE FRANCE.
dans les paffages fur les Obélifques , il dit
à l'ablatif minor eft à Sefoftride , & au genitif
quemfecerat Sefoftridis filius. Puifque
le même écrivain obferve cette différence,
puifqu'elle fe trouve dans le même corps
d'ouvrage , on doit croire qu'il n'a pas
prétendu rendre le même nom ; enforte
qu'il eft au moins très - vraiſemblable que
dans les M'ss où on lit aujourd'hui Sefoftride
& Sefoftridis , & où on a cru voir le
nom de Séfoftris , ce n'étoit point celui
du grand Séfoftris que Pline y avoit mis ,
mais un nom qui y reffembloit , & qu'infenfiblement
en ajoûtant fauffe correction
à correction également fauffe , on s'eft
tellement rapproché du nom de Séfoftris ,
qu'enfin on a été en quelque façon fondé
à s'y méprendre .
Mais on a cru à Rome , difent les partifans
du paffage de Pline , lorfqu'Augufte
fit dreffer un Obélifque dans le
champ de Mars , que cet Obélifque étoit
l'ouvrage de Séfoftris ; je demande où font
les garans de cette opinion : les Hiftoriens
contemporains ne le difent point. Suetone
lui-même , qui écrit l'hiftoire particuliere
d'Augufte , ne le dit pas non plus , & cou
tes les apparences font , comme on vient
de le voir , que Pline n'a pas prétendu le
dire ; il n'y a donc rien de certain fur le
nom
JUI N..
1753 . 25
nom de l'auteur de cet Obélifque , & rien
ne détruit ce que les voyageurs Grecs en
difent , non plus que leurs fentimens fur
les Obélifques de Séfoftris .
Cependant , les mêmes partifans du texte
de Pline , qui ne négligent rien pour le
faire prévaloir tel qu'il eft aujourd'hui ,
voulant toujours lui donner la préférence
fur les auteurs Grecs , ont penfé que cette
élévation de deux cent cinq pieds , que
Diodore donne aux Obelifques de Séfoftris
, doit être regardée comme une exagération
, ou comme une faute de Copifte
: c'eft le point où ils s'arrêtent plus particulierement.
Ils comptent même tirer de là une preuve
de la néceffité de reftituer le paffage de
Diodore dans la facilité qui fe trouve à
faire cette correction . Les lettres numérales
, dit- on , qui fervent dans Diodore à
exprimer 120 coudées , reflemblent tant
à celles qui en exprimeroient 41 , qu'il
faut croire que Diodore avoit employé
ces dernieres , puifqu'au moyen de cette
reftitution , il fe trouve d'accord avec Pline
fur ce qui regarde la hauteur de l'Obélifque
qu'on voit actuellement dans le
champ de Mars.
Mais je demande fi au lieu des lettres
Grecques numérales qui forment 41 , on
1. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
n'auroit pas trouvé, fil'on en avoit eu éga
lement befoin , d'autres lettres numérales
,
qui faifant un nombre différent , euffent
cependant
également
reffemblé
à celles
que Diodore employe
pour exprimer
120
coudées , comme cela fe trouveroit
aflu
rément ; la reffemblance
du nombre Grec
41 avec le nombre Grec 120 , ne prouve
rien en faveur de la correction qu'on voudroit
faire paffer.
D'ailleurs eft- ce Diodore qu'il faut corriger
d'après Pline , dont les paffages démontrent
qu'il n'eſt point inftruir de fa
matiere , & qu'il travailloit fur des mé
moires très infidéles ; ou Pline qu'il faut
corriger d'après Diodore dont les Mss.ne
préfentent aucune variation fur les nombres
qui y qui y font exprimés ?
Ces nombres exprimés par Diodore ,
pour fixer la hauteur des Obélifques du
grand Séfoftris , font même juftifiés par
ceux qu'il employe en fixant la hauteur
des Obélifques de fon fils Séfoftris fecond :
ceux- ci qui avoient 100 coudées , comparés
avec ceux qui font à Rome , ne font
pas
moins que ceux de fon pere contre la
vraisemblance , fi en effet ils peuvent être
regardés comme exagérés : cependant ces
nombres qui marquent 100 coudées , qui
font les mêmes dans tous les manufcrits de
JUI N. 1753 27
Diodore, font auffi les mêmes fans aucune
variation , dans toutes les éditions & dans
les Mss . d'Hérodote ; bien plus Pline luimême
, comme nous l'avons déja vû , parle
d'un ( a ) Obélifque de cent coudées taillé
Nuncoréus .
par
Si les lettres numérales employées par
Diodore pour l'Obélifque du fils de Sé
foftris font conftatées par l'autorité de Pline
lui-même , par celle d'Hérodote , &
par l'uniformité des Mss . qu'on a de l'un
& de l'autre , pourquoi celles que Diodore
employe pour un nombre qui ne fort
pas davantage de la vraisemblance , ne fe
roient elles pas également authentiques ?
L'examen du paffage de Pline & la conformité
des nombres de Diodore avec ceux
d'Hérodote ,, pour fixer la hauteur des Obélifques
du fils de Séfoftris , doivent faire
fentir à ceux qui propofent la reftitution
du paffage de Diodore , combien elle eſt
contraire aux regles de la faine critique.
Il est encore un autre moyen dont ceux
qui s'attachent au fentiment de Pline , fe
fervent pour lui concilier des fuffrages.
Ce que Diodore rapporte , difent- ils , de
la hauteur des Obélifques de Séfoftris
fort de la vraisemblance , puifqu'on n'en a
(a) Pline 1. 36. c. 11.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE:
jamais vû de deux cent cinq pieds de hau
teur.
Il eft vrai qu'on n'a point vû à Rome
d'Obéliique de la hauteur de ceux dont
Diodore parle ; mais fi l'on veut que ce
foit une raiſon pour douter qu'il y en ait
eu en Egypte , il auroit fallu fur ce même
principe , lorfque le grand Conftantin
entreprit d'y faire paffer ( a ) celui que
fon fils Conftance éleva dans le grand cir
que , douter de fon exiftence , parce qu'il
eft d'un tiers environ plus haut que ceux
qu'Augufte avoit élevés cependant cet
Obélifque arriva à Rome , & il y eft en
core.
D'ailleurs quand il feroit refté en Egypte
, du tems d'Augufte , des Obélifques
tout entiers de la grandeur de ceux que
Diodore attribue à Séfoftris , cette grandeur
eût paru aux Romains un obſtacle
infurmontable à leur tranſport ; jugeonsen
par les difficultés que Pline affure qu'on
éprouva pour tranſporter à Rome ( b ) les
deux Obélifques qu'Augufte y fit conduire
, quoiqu'ils fuffent environ des deux
tiers moins grands que ceux de Séfoftris .
Mais il y a toute apparence que ces
très grands Obélifques ne fubfiftoient plas
( a) Am. Mar. 1. 17. C. 4.
(6 ) Pline. 1. 36. c. 9.
JUIN. 1753. 29
dans leur entier : ils n'auront pû réſiſter à
la fureur de ces conquérans , qui avoient
particulierement travaillé à détruire les
plus célébres d'entre les monumens qui
embeliffoient l'Egypte ; indépendamment
de ce que les plus grands Obélifques devoient
exciter davantage leur jalousie &
leur fureur , ils étoient les plus fragiles ;
on en trouve une preuve dans ceux qui
étoient à Rome : la plus confidérable partie
des plus grands a été brifée lorsqu'ils
furent rous renverfés dans les faccagemens ,
aufquels en divers tems cette Ville a été
exposée.
Il fuffit , enfin , de faire attention à l'état
où se trouvent les paffages de Pline
fur l'hiftoire des Obélifques , & aux apparences
, prefque même à la certitude
qu'il n'a point voulu attribuer au grand
Séfoftris l'Obélifque du champ de Mars ,
pour lui préférer dans la queftion préfente
l'autorité des voyageurs Grecs. On
trouve chez eux des preuves inconteſtables
, que l'Obélifque du champ de Mars
n'eft point l'ouvrage de Séfoftris ; c'eſt en
partie ce qui faifoit l'objet de ma premiere
Differtation fur ces monumens des
Egyptiens. Qu'il me foit permis de rappeller
ici une partie de ces preuves que
j'ai déja données , pour y en ajouter de
Biij
20 MERCURE DE FRANCE.
.
quer
le Fondateur de la Monarchie .
Pour reftituer ce paffage de Pline d'après
les Mss. & les anciens Hiftoriens , il
auroit fallu , fi l'on me permet de dire içi
mon avis , donner , felon le Manufc. de
Riccardiano , le nom de Sochide à l'auteur
de l'Obélifque du champ de Mars
& fubftituer le nom de Séfoftris à tous
ceux qui le trouvent pour le pere de Nuncoréus
, on a vu que Nuncoréus eft le
même que Phéron & Séfoftris fecond :
cependant cette feconde reftitution ne remedie
pas à tout le défordre de ce paffage
de Pline , où il convient que l'Obélifque du
fils de Séfoftris avoit cent coudées , & où
néanmoins il affure que c'eft un Obélifque
entierement pareil à celui que Caligula fit
conduire à Rome ,, quoique l'Obélifque
de Caligula foit d'un tiers environ moins
grand.
Pour rétablir tout le défordre où Pline
a mis l'hiftoire des Obélifques , nous aurions
befoin de fecours , que vraifembla.
blement nous n'aurons jamais. Mais après
être convenu qu'il n'y a nulle apparence
qu'il eût voulu abufer la poftérité
confidérant que l'hiftoire des Obélifques
eft hors d'oeuvre dans fon grand ouvra
ge , d'ailleurs très - refpectable , très - inftractif
& très intéreffant , il faut conve
JUIN.. 1753 21
hir auffi qu'il a faifi fans examen les premiers
mémoires qui lui font venus fur ces
monumens , que fes Copiftes ont encore
défigurés ce qu'il en rapporte , & que
dans l'état où eft cette partie de fon texte ,
il n'apprend rien qui ne doive faire préférer
ce que les Auteurs Grecs en difent.
Néanmoins , quoique les paffages de
Pline fur les Obélifques , tels qu'ils font
entre nos mains , ne puiffent avoir aucune
autorité , je penfe qu'il eft convenable
d'examiner fi c'eft à lui feul qu'il faut imputer
la faute , qui dans les circonftances
préfentes intéreffe le plus ; c'est- à - dire , s'il
eft bien conftant , qu'il ait voulu donner
le nom du grand Séfoftris à l'auteur de
l'Obélifque qu'Augufte a élevé dans le
champ de Mars.
III.
Si Pline a eu véritablement intention d'attribuer
à Sefoftris l'Obélifque du champ
,
de Mars.
Les Hiftoriens qui parlent de Séloftris
, de ce Prince le plus célébre de toute
l'antiquité,lui donnent toujours quelqu'un
des titres qu'il avoit fi glorieufement
mérité par la conquête de l'Afrique , de
P'Afie & des frontieres de l'Europe , &
par fes foins à procurer des avantages à
fes fujets.
"
22 MERCURE DE FRANCE.
Pline fçavoir ( a ) jufqu'où ce Conquérant
avoit pénétré avec fes armées ; il n'i-'
gnoroit point que de retour dans fes Etats,
indépendamment d'un nombre infini de
monumens agréables & utiles , qu'il érigea
dans toutes les parties de l'Egypte ,
il avoit creusé des canaux pour la commodité
de fes fujets , & pour leur procurer
Fabondance il fçavoit encore que cefuperbe
Roi , c'eft ainfi qu'il le caractérife '
( b ) , étoit dans l'ufage de faire traîner
fon char par les Rois qu'il avoit vaincus.
Pline étant donc fi bien inftruit de l'hiftoire
du grand Séfoftris , de ce Roi des
Rois , il doit paroître au moins fort extraordinaire
qu'ayant à célébrer l'entrepri
fe d'Augufte , & dans l'intention de faire
entendre que cet Empereur avoit tranfporté
à Rome un monument de ce grand
Roi, il fe foit bornéà dire fimplement que
l'Obélifque qu'Augufte éleva dans le champ
de Mars ( c), étoit l'ouvrage deSéfoftris ,
fans ajoûter ni qualification , ni réflexion ,
En vérifiant les éditions de Pline , même
les plus anciennes, on trouve dans les trois
( * ) paffages qui viennent d'être cités de
(a) Pl. 1.6. c.29. (b ) Pl . 1.33.c. 3. ( c) Pl. I. 36. C. 9.
(*) Pline parle du grand Sefoftris dans le 29 chapitre
du liv. 6. & il en parle encore en deux endroits
différens du 3. chapitre du liv. 33.
JUIN. 1753.
23
.
T'hiftoire du grand Séfoftris , que le nom
de ce célébre Roi eft le même nom de Séfoftris
, que lui donnent les autres Hiftoriens
, & que c'eft feulement lorsqu'il
s'agit de l'Obélifque du champ de Mars ,
que ce nom n'eft plus le même."
Il faudroit examiner tous les Mss. connus,
particulierement ceux que M. Bandini
a vûs à Rome. Si les faits hiftoriques de ce
Roi font toujours fous le nom de Séfoftris
, s'il eft conftant , comme il y a toute
apparence , qu'il ne fe trouve aucune variation
fur ce nom dans les circonstances
historiques , quoique ces mêmes. Mss. employent
des noms differens , lorfqu'il s'agit
de l'Obélifque ; il faudra convenir que
le défordre de ce paffage , & la difficulté
de le concilier avec les Voyageurs Grecs ,
viennent de ce que plufieurs des Copiftes
ont mal à propos inféré le nom de Séfoftris
dans leurs Mss . & de ce qu'on met
dans les autres Mss . ce nom qui ne devoit
pas y être en voici une efpéce de
preuve.
Pline au livre XXXIII , chapitre III ,
décline le nom de Séfoftris comme les
textes d'Hérodote , de Diodore , de Strabon
, &c. & de même que prefque tous les
Hiftoriens qui en ont parlé : il met à l'ablatif
victo Sefoftri ou Sejoftre , au lieu que
24 MERCURE DE FRANCE.
dans les paffages fur les Obélifques , il dir
à l'ablatif minor eft à Sefoftride , & au genitif
quem fecerat Sefoftridis filius. Puifque
le même écrivain obferve cette différence,
puifqu'elle fe trouve dans le même corps
d'ouvrage , on doit croire qu'il n'a pas
prétendu rendre le même nom ; enforte
qu'il eft au moins très- vraisemblable que
dans les M'ss où on lit aujourd'hui Sefoftride
& Sefoftridis , & où on a cru voir le
nom de Séfoftris , ce n'étoit point celui
du grand Séfoftris que Pline y avoit mis ,
mais un nom qui y reffembloit , & qu'infenfiblement
en ajoûtant fauffe correction
à correction également fauffe , on s'eft
tellement rapproché du nom de Séfoftris ,
qu'enfin on a été en quelque façon fondé
à s'y méprendre .
Mais on a cru à Rome , difent les
partifans
du paffage de Pline , lorfqu'Augufte
fit dreffer un Obélifque dans le
champ de Mars , que cet Obélifque étoit
l'ouvrage de Séfoftris ; je demande où font
les garans de cette opinion : les Hiftoriens
contemporains ne le difent point. Suetone
lui-même , qui écrit l'hiftoire particuliere
d'Augufte , ne le dit pas non plus , & tou
tes les apparences font , comme on vient
de le voir , que Pline n'a pas prétendu le
dire ; il n'y a donc rien de certain fur le
nom
1
JUI N.
1753 . 25
nom de l'auteur de cet Obélifque , & rien
ne détruit ce que les voyageurs Grecs en
difent , non plus que leurs fentimens fur
les Obélifques de Séfoftris.
Cependant , les mêmes partifans du texte
de Pline , qui ne négligent rien pour le
faire prévaloir tel qu'il eft aujourd'hui ,
voulant toujours lui donner la préférence
fur les auteurs Grecs , ont penfé que cette
élévation de deux cent cinq pieds , que
Diodore donne aux Obelifques de Séfoftris
, doit être regardée comme une exagération
, ou comme une faute de Copifte
: c'est le point où ils s'arrêtent plus particulierement.
Ils comptent même tirer de là une preuve
de la néceffité de reftituer le paffage de
Diodore dans la facilité qui fe trouve à
faire cette correction . Les lettres numérales
, dit- on , qui fervent dans Diodore à
exprimer 120 coudées , reflemblent tant
à celles qui en exprimeroient 41 , qu'il
faut croire que Diodore avoit employé
ces dernieres , puifqu'au moyen de cette
reftitution , ilfe trouve d'accord avec Pline
fur ce qui regarde la hauteur de l'Obélifque
qu'on voit actuellement dans le
champ de Mars.
Mais je demande fi au lieu des lettres
Grecques numérales qui forment 41 , on
1. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
n'auroit pas trouvé, fi l'on en avoit eu également
befoin , d'autres lettres numérales ,
qui faifant un nombre différent , euffent
cependant également reffemblé à celles
que Diodore employe pour exprimer 120
coudées , comme cela fe trouveroit affu
rément ; la reffemblance du nombre Gree
41 avec le nombre Grec 120 , ne prouve
rien en faveur de la correction qu'on voudroit
faire paffer.
D'ailleurs eft - ce Diodore qu'il faut corriger
d'après Pline , dont les paffages démontrent
qu'il n'eft point inftruir de fa
matiere , & qu'il travailloit fur des mémoires
très infidéles ; ou Pline qu'il faut
corriger d'après Diodore dont les Mss . ne
préfentent aucune variation fur les nombres
qui y font exprimés ?
Ces nombres exprimés par Diodore ,
pour fixer la hauteur des Obélifques du
grand Séfoftris , font même juftifiés par
ceux qu'il employe en fixant la hauteur
des Obélifques de fon fils Séfoftris fecond:
ceux- ci qui avoient 100 coudées , comparés
avec ceux qui font à Rome , ne font
pas moins que ceux de fon pere contre la
vraisemblance , fi en effet ils peuvent être
regardés comme exagérés : cependant ces
nombres qui marquent 100 coudées , qui
font les mêmes dans tous les manufcrits de
JUI N. 1753- 27
Diodore, font auffi les mêmes fans aucune
variation , dans toutes les éditions & dans
les Mss . d'Hérodote ; bien plus Pline luimême
, comme nous l'avons déja vû , parle
d'un ( a ) Obélifque de cent coudées taillé
parNuncoréus.
Si les lettres numérales employées par
Diodore pour l'Obélifque du fils de Séfoftris
font conftatées par l'autorité de Pline
lui-même , par celle d'Hérodote , &
par l'uniformité des Mss . qu'on a de l'un
& de l'autre , pourquoi celles que Diodore
employe pour un nombre qui ne fort
pas davantage de la vraiſemblance , ne ſe
roient elles pas également authentiques ?
-L'examen du paffage de Pline & la conformité
des nombres de Diadore avec ceux
d'Hérodote , pour fixer la hauteur des Obéliíques
du fils de Séfoftris , doivent faire
fentir à ceux qui propofent la reftitution
du paffage de Diodore , combien elle eſt
contraire aux regles de la faine critique.
Il est encore un autre moyen dont ceux
qui s'attachent au fentiment de Pline , fe
fervent pour lui concilier des fuffrages.
Ce que Diodore rapporte , difent- ils , de
la hauteur des Obélifques de Séfoftris ,
fort de la vraisemblance , puiſqu'on n'en a
(4) Pline 1. 36. c. 11.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE:
jamais vû de deux cent cinq pieds de hau
teur.
Il eft vrai qu'on n'a point vû à Rome
d'Obélifque de la hauteur de ceux dont
Diodore parle ; mais fi l'on veut que ce
foit une raifon pour douter qu'il y en ait
eu en Egypte , il auroit fallu fur ce même
principe , lorfque le grand Conftantin
entreprit d'y faire paffer ( a ) celui que
fon fils Conftance éleva dans le grand cir
que , douter de fon exiftence , parce qu'il
eft d'un tiers environ plus haut que ceux
qu'Augufte avoit élevés cependant cet
Obéliſque arriva à Rome , & il y eft encore
.
is
D'ailleurs quand il feroit refté en Egypte
, du tems d'Augufte , des Obélifques
tout entiers de la grandeur de ceux que
Diodore attribue à Séfoftris , cette grandeur
eût paru aux Romains un obſtacle
infurmontable à leur tranfport ; jugeons ,
en par les difficultés que Pline affure qu'on
éprouva pour tranſporter à Rome ( b ) les
deux Obélifques qu'Augufte y fit conduire
, quoiqu'ils fuffent environ des deux
tiers moins grands que ceux de Séfoftris .
Mais il y a toute apparence que ces
très - grands Obélifques ne fubfiftoient plus
( a) Am. Mar. 1. 17. C. 4.
(b ) Pline. 1. 36. c. 9.
JUIN. 1753 . 29
dans leur entier : ils n'auront pû résister à
la fureur de ces conquérans , qui avoient
particulierement travaillé à détruire les
plus célébres d'entre les monumens qui
embeliffoient l'Egypte ; indépendamment
de ce que les plus grands Obélifques devoient
exciter davantage leur jalousie &
= leur fureur , ils étoient les plus fragiles ;
on en trouve une preuve dans ceux qui
étoient à Rome : la plus considérable partie
des plus grands a été brifée lorsqu'ils
furent rous renverfés dans les faccagemens ,
aufquels en divers tems cette Ville a été
= expofée.
,
Il fuffit , enfin , de faire attention à l'état
où fe trouvent- les paffages de Pline
fur l'hiftoire des Obélifques , & aux apparences
, prefque même à la certitude
qu'il n'a point voulu attribuer au grand
Séfoftris l'Obélifque du champ de Mars ,
pour lui préférer dans la queftion pré
fente l'autorité des voyageurs Grecs. On
trouve chez eux des preuves inconteftables
, que l'Obélifque du champ de Mars
n'eft point l'ouvrage de Séfoftris ; c'eſt en
partie ce qui faifoit l'objet de ma premiere
Differtation fur ces monumens des
· Egyptiens. Qu'il me foit permis de rappeller
ici une partie de ces preuves que
j'ai déja données , pour y en ajouter de
"
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
nouvelles qui doivent décider la question.
L'Obélifque du champ de Mars n'eft point
celui de Séfoftris.
IV.
Diodore dans le premier livre de fa Bibliotheque
hiftorique fair , comme nous
l'avons dit , l'hiftoire de l'Egypte & de la
nation Egyptienne ; il détaille avec foin
les ouvrages des Rois qui ont travaillé à
décorer leurs Etats ( a ) ; il apprend en
quoi confiftoient ceux de Bufiris , d'Ofi
manduas , d'Uchoréus ; il nomme les Auteurs
des Pyramides dont il fait la defcription
, de même que des célébres travaux
de Maris , &c. Il s'étend davantage
fur ceux de Séfoftris , & on voit qu'il donne
une attention particuliere à les faire
tous connoître.
Ce grand Roi , dit- il , fit bâtir un Temple
dans ( b ) chacune des villes de l'Egypte
, releva le terrain de plufieurs d'entr'elles
, pour les mettre à l'abri des innondations
du Nil , creufa un nombre infini
de canaux , & fortifia l'Egypte contre
l'Arabie par un mur de quinze cens ftades
de longueur ( c ). Ce Prince Religieux
( a ) Diod. 1. 1. fec. 2. P, 42. 44. 47. 57•
(b) Diod, 1 1. fec. 2. p . 51 .
(c) C'eft plus de foixante lieues.
JUI N. 117530 31
employa les plus habiles ouvriers pour
travailler aux diverfes offrandes * qu'il fit
* Il y a eu un tems où tous ceux qui parloient
des Egyptiens , s'efforçoient à l'envi de leur attribuer
l'invention des Sciences & de tous les
Arts : les expreffions qui caractérisent la délicateffe
, l'élégance , étoient indiftinctement prodi-"
guées & fans mefure , lorfqu'on décrivoit leurs
travaux ; mais les anciens voyageurs ne paroiffent
le plus fouvent avoir été touchés que des
difficultés vaincues , de l'immenfité de leurs édifices
, de cet air de nobleffe qu'ils y trouvoient
& des marques de l'élévation du génié qui les
avoit conçu . Ils s'éxpriment même tout différemment
lorfqu'ils s'arrêtent fur les objets de décoration
. Ecoutons Strabon qui ( 1. 17. p. 806. )'
rend compte de ce qu'il a vu. » Les murs de ce
Temple ( d'Héliopolis ) font décorés de trèsgrandes
figures fculptées comme les ouvrages
» des Etrufques & de l'ancienne Grece . Il y a
.
1
auffi , pariculierement à Memphis , des Temples
» formés de beaucoup de colomnes d'une ordon-
» nance très groffiere ; car outre que ces colonnes
font en très-grand nombre , d'une grandeur immenfe
, & de différens ordres , leur ordonnance,
" n'a aucune forte d'embeliffement ni d'élégan-
" ce, & ne fait voir qu'un certain travail fans
deffein & fans goût , Ileft encore certain que,
Prefque tous les édifices de l'ancienne Egypte furent
détruits lors de la conquête de Cambyfe , &
que ceux qui parlent de l'elégance du travail
des Egyptiens , n'en ont pû prendre l'idée que
d'après les monumens qui furent rétablis depuis
que les Grecs regnerent fur cette Nation . P. Lucas
dit au commencement du cinquiéme livre de
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
aux Dieux : Diodore ne fe centente pas
d'expliquer en quoi elles confiftoient. II
obferve encore dans quel Temple elles furent
dédiées . Il offrit des Statues coloffales
dans le Temple de Vulcain à Memphis
au Temple de Thebes , un vaiffeau
de bois de cedre , revêtu d'argent en dedans
, & d'or dans toutes les parties extétieures
; enfin , il éleva dans cette derniere
Ville deux Obélifques de cent vingt
coudées.
Après un détail ainfi circonftancié
peut on croire que Séfoftris ait conftruit
d'autres Obélifques que les deux dont Diodore
parle d'ailleurs ces monumens éxigeoient
un travail fi confidérable qu'il
n'auroit pû indépendamment de fes autres
ouvrages , en entreprendre une plus grande
quantité : un Obélifque occupoit vingt
fon voyage en 1714 , qu'il a obfervé entre les
ruines qui couvrent toute l'Egypte , que ceux
des monumens où on apperçoit le plus de délicateffe
, portent ordinairement quelques infcriptions
Grecques , ce qui fert à dater le tems de leur rétabliffement.
Les Egyptiens ont communiqué les
Arts aux Grecs , & ceux-ci leur ont fait connoître
le bon goût. Cette remarque de P. Lucas ,
joint à ce que Strabon dit , m'autorife à regarder
PObélifque du champ de Mars comme moins
ancien que les autres qui font à Rome , parce
qu'il eft travaillé avec plus de délicateffe .
JUIN.
33 1753.
mille hommes, ( a ) pendant vingt ans.
Les Obélifques de Séfoftris , les deux
feuls qu'il fit tailler , furent élevés à Thèbes.
Ce Roi des Rois de retour de fa
grande
expédition en Afrique , en Afie & en
Europe , les fit tailler , dit Diodore ( b )
" pour y graver le dénombrement de fes
» troupes , l'état de fes Finances , & le
» nombre des nations qu'il avoit foumi-
» fes 19%
On reconnoit les mêmes Obélifques à
la defcription que Strabon fait des plus
diftingués de ceux qu'il a vû à Thebes ,
lorfqu'il en alla vifiter les ruines avec
Cornelius Gallus , à qui Augufte avoit
confié le Gouvernement de cette importante
Province.
Ces Obélifques étoient ornés d'inf
criptions en caracteres hieroglyphiques ,
qui apprenoient ( c ) en quoi confiftoient
les richeffes & la puiffance du Roi qui
les avoit fait élever : que ce Roi avoit
» étendu fon Empire jufques dans la Scy-
> thie , la Bactriane , les Indes , & juſ-
» ques dans les parties de l'Afie mineure
» qui furent enfuite appellées l'lonie =
que le nombre des impôts qu'il rece- »
( a ) Pline 1. 36. C. 9.
( b ) Diod. 1. 1. fec. 2. p. 53-
(c ) Str. 1. 17. p. 816.
Bu
34 MERCURE DE FRANCE.
" voit étoit infini ,, ddee même même que celui
»des troupes qu'il entretenoit ».
Tacite ( a ) rapporte que Germanicus
remarqua ces mêmes infcriptions , lorfqu'il
remonta jufques dans la Thébaïde ,
pour voir les antiquités de Thebes .
Comme il eft certain que Séfoftris eft
le feul Roi d'Egypte qui ait étendu fon
empire fur les Provinces dont l'énumération
paroît dans l'infcription que Strabon
nous a confervée , il n'eft point douteux
que ce ne fuffent les Obélifques de
ce Roi , qui avoient été vûs à Thèbes par
Diodore , Strabon , & felon Tacite par
Germanicus.
Ces trois Hiftoriens différens , qui fans
s'être copiés , parlent de ce qu'ils ont vû,
s'accordant à donner aux mêmes Obélifques
le caractere diftinctif de ceux de Séfoftris
, prouvent : 1 ° . que les Obélifques
de Séfoftris étoient confacrés à Thebes.
2°. Que ces Obélifques qu'ils défignent
n'avoient point été tranfportés par Auguf
te , puifque Germanicus les vit à Thebes
cinq ans après la mort de cet Empereur.
3°. Que l'Obélifque du champ de Mars
n'eft point l'un de ceux de Séfoftris ,
puifque Pline affure ( b ) que cet Obélifque
( a ) Tac. ann. l. 1. n . 60,
( b) Pline 1, 36. c. 9.
JUIN.
35 1753.
du champ de Mars explique , par les infcriptions
hieroglyphiques dont il eft or
né , non pas la puiffance de celui qui les a
fait tailler , mais la philofophie des Egyptiens
, & leurs anciennes opinions fur les,
opérations de la nature.
D'ailleurs Strabon , qui en décrivant la
ville de Thebes , avoit défigné ( a ) les
Obélifques de Séfoftris , dit , lorſqu'il décrit
la ville d'Héliopolis , qu'on avoit tiré
de cette derniere , les deux Obélifques
qui furent conduits à Rome , & ils ne
pouvoient être que ceux dont Augufte decora
le grand Cirque & le champ de Mars.
Ce n'est point une fimple conjecture ,
que je tire du paffage de Strabon , c'eft
une conféquence néceffaire. Cet écrivain
célébre mourut vers le commencement du
regne de Tibere , & il ne paroît nulle part
qu'il foit venu d'Egypte alors aucun autre
Obélifque que ceux qu'Augufte en avoit
fait transporter.
Cette conféquence eft encore appuyée
de l'autorité d'Ammien Marcellin , qui
dit très- affirmativement , que les Obélifques
qu'Augufte fit conduire à Rome
avoient été tirés ( 6 ) de la ville d'Héliopolis
, pour être placés l'un dans le grand
(a ) Str. l. 17. p 80s . 816.
( 4 ) Am. Mar. 1. 17. C.40
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Cirque , & l'autre dans le champ de Mars,
Enfin les paffages de Pline ne nous ap .
prennent rien qu'on puiffe regarder comme
conftant fur le nom de l'auteur de l'Obélifque
du champ de Mars , & au contraire
les paffages des Hiftoriens Grecs ,
tant ceux qui caractérisent les Obélifques
de Séfoftris , que ceux qui parlent de celui
qui fut élevé dans le champ de Mars ,
prouvent que ce dernier n'eft point l'ouvrage
de Séfoftris .
Il faut donc dire , avec Strabon & Am.
mien Marcellin , qu'il fut tiré des ruines
du Temple confacré au Soleil dans la ville
d'Héliopolis , fituée dans la baffe Egypte
: cet Obélifque y avoit été dédié par
un Roi dont le nom n'a point été tranfmis
à la postérité , non plus que les noms d'un
très-grand nombre d'autres Rois auffi asteurs
d'Obélifques qui furent encore dé
diés au même Temple.
Il y a cependant apparence que les noms
des Rois qui les avoient fait tailler étoient
fculptés fur chacun d'eux , mais en caracteres
hieroglyphiques , dont l'intelligence
étoit perdue avant que les Grees euffent pris
connoillance de l'hiftoire des Egyptiens.
Nous avons déja remarqué que les Hif
toriens du fécle d'Augufte ne difent point
que cer Obélifque du champ de Mars fûri
JUIN. 17539
37.
regardé , lorfqu'il arriva à Rome , pour
l'ouvrage de Séfoftris. Pline feut pourroitil
fournir une autorité fuffifante ? Quand
le texte du paffage fur lequel on fe fonde
feroit aufli correct qu'il eft fufpect d'alteration
, ainfi que je l'ai fait voir , j'oferois
dire que Pline en ce cas n'auroit eu
d'autre appui qu'une tradition populaire. :
On fçavoit , en général , que Séfoftris
étoit l'inventeur des Obélifques : il étoit
reconnu pour le plus célébre des Rois
Egyptiens , & on auroit pû dans l'intention
d'illuftrer l'entreprife d'Augufte , attribuer
à ce grand Roi d'Egypte unmonument
qui excitoit alors les attentions de
' Empereur. Tel eft le langage ordinaire
de la flatterie .
G'eft ainfi qu'elle s'exprima , lorfque
Conftance fit venir à Rome l'Obélifque
que Conftantin avoit tiré entre un grand
nombre d'autres , du milieu des ruines de
Thebes on dit alors à Rome qu'il ( 4 )
étoit l'ouvrage de Séfoftris , fans doute
parce qu'il fortoit de Thebes ; motif infuffifant
par lui- même , puifque cet Obélifque
eft en effet de moitié moins grand
ou environ , que ceux de Séfoftris.
En voila fans doute aſſez ſur une quel-
(4 ) Am. Mar. 1. 47. c.4
36 MERCURE DE FRANCE.
Cirque , & l'autre dans le champ de Mars,
Enfin les paffages de Pline ne nous ap .
prennent rien qu'on puiffe regarder comme
conftant fur le nom de l'auteur de l'O.
bélifque du champ de Mars , & au contraire
les paffages des Hiftoriens Grecs ,
tant ceux qui caractérisent les Obélifques
de Séfoftris , que ceux qui parlent de celui
qui fut élevé dans le champ de Mars ,
prouvent que ce dernier n'eft point l'ouvrage
de Séfoftris .
Il faut donc dire , avec Strabon & Am.
mien Marcellin , qu'il fut tiré des ruines
du Temple confacré au Soleil dans la ville
d'Héliopolis , fituée dans la baffe Egyp
te : cet Obélifque y avoit été dédié par
un Roi dont le nom n'a point été tranfmis
à la postérité , non plus que les noms d'un
très-grand nombre d'autres Rois auffi asteurs
d'Obélifques qui furent encore dédiés
au même Temple .
Il y a cependant apparence que les noms
des Rois qui les avoient fait tailler étoient
fculptés fur chacun d'eux , mais en caracteres
hieroglyphiques , dont l'intelligence
étoit perdue avant que les Grecs euffent pris
connoillance de l'hiftoire des Egyptiens.
Nous avons déja remarqué que les Hif
toriens du fécle d'Augufte ne difent point
que cet Obélifque du champ de Mars fûr
JUIN. 1753
37.
regardé , lorfqu'il arriva à Rome , pour
l'ouvrage de Séfoftris. Pline feut pourroitil
fournir une autorité fuffifante ? Quand
le texte du paffage fur lequel on fe fonde
feroit aufli correct qu'il eft fufpect d'alteration
, ainfi que je l'ai fait voir , j'oferois
dire que Pline en ce cas n'auroit eu
d'autre appui qu'une tradition populaire.
On fçavoit , en général , que Séfoftris
étoit l'inventeur des Obélifques : il étoit
reconnu pour le plus célébre des Rois
Egyptiens , & on auroit pû dans l'intention
d'illuftrer l'entreprife d'Augufte , attribuer
à ce grand Roi d'Egypte un monument
qui excitoit alors les attentions de
l'Empereur. Tel eft le langage ordinaire
de la flatterie .
C'est ainsi qu'elle s'exprima , lorfque
Conftance fit venir à Rome l'Obélifque
que Conftantin avoit tiré entre un grand
nombre d'autres , du milieu des ruines de
Thebes on dit alors à Rome qu'il ( 4 )
étoit l'ouvrage de Séfoftris , fans doute
parce qu'il fortoit de Thebes ; motif in
fuffifant par lui-même , puifque cet Obélifque
eft en effet de moitié moins grand
ou environ , que ceux de Séfoftris.
En voila fans doute affez fur une quela)
Am. Mar. 1. 47. c.4
38 MERCURE DE FRANCE
tion , que bien des Lecteurs jugeront ne
pas mériter de fi longues difcuffions. Je
ne compte pouvoir les juftifier qu'en affurant
que je ne m'y fuis laiffé entraîner
qu'après avoir fait la plus ferme réfolution
de ne les plus reprendre.
• LA FAUVETTE
ET LE MOINEAU.
FABLE.
U Ne fauvette en un bocage
Chantoit & n'aimoit point ;
Mais fonjoli ramage
Réparoit tant foit peu fon défaut en ce point
Les oifillons du voifinage
Par troupes y couroient ,
Ecoutoient , admiroient ,"
Maints envioient ſuivant l'uſage .
Depuis un tems un moineau s'y trouvoir ,
Franc ; ce titre , dit - on , eft le feul qu'il avoit
En tapinois il écoutoit fauvette ,
Et fon coeur éprouvoit ,
A l'entendre applaudir , une douceur fecrette ;
Cependant en bemol quand fauvette chantoit
De notre franc moineau fa voix bleffoit l'oreille .
Tandis qu'en autres tons fauvette le flattoit.
JUIN. 1753 .
39
Ferois-je feul une preuve pareille ,
Se difoit tout bas le moineau ,
» Ileft ici plus d'un oiſeau-
Expert & connoiffeur d'où vient les vois - je
> taire ?
:
» Ah , je pénétre le mystére !
Ils n'aiment point fauvette , & leur amuſement
Ici les guide uniquement ;
» Cependant c'est dommage ,
» Car de fauvette le ramage
En ce point corrigé feroit en tout parfait :
» Parlons , fon intérêt doit me donner courage
Et de ce pas , l'oifeau de fon fouci fecret
Vole , quoiqu'en tremblant , faire part à fauvette ;
Heureufement alors il la trouva feulette .
De l'avis fur fon coeur quel ait été l'effet ,
Notre moineau ne pouvoit le redire.
Dans un efprit femelle a t'on jamais fçu lire
Toujours dès lors , du pas qu'il avoit fait ,
Parut-il à fauvette , indifcret , témeraire ,
Dans les fuccès conftans trouva- t'il le falaire
Sous cet heureux aſpect
Paroît toujours un coeur que captive l'eftime ;
Tout l'intérefle en fon objet ,
Le plus leger défaut pour lui devient un crime ,
Et plus la tendreffe l'anime ,
Plus il s'empreffe à le rendre parfait.
A C. D. B. 1752. A. D. L.
40 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE
Aux Déiftes , par M. Gautier , Chanoine
Regulier , Profeffeur de Mathématiques
Hiftoire des Cadets Gentilshommes du
Roi de Pologne , Duc de Lorraine & de
Bar.
•
Effieurs , je viens de faire impri-
M mer un ouvrage , qui eft intitulé :
Refutation du Celfe moderne , on Objections
contre le Chriftianifme , avec des réponses.
Vos difficultés mifes au jour par une des
meilleures plumes de votre parti , je les ai
rapportées avec toute la candeur que vous
avez droit d'exiger. Vous dites qu'il n'appartient
qu'à des Controverfiftes de mauvaife
foi d'affaiblir ou de fupprimer vos
raifons , que la Religion ne permet pas à
fes défenfeurs d'employer des précautions
artificieuſes ; nous avouons ces vérités . Elles
nous autorisent à vous prier d'appor
ter dans la difpute la fincérité dont nous
nous piquons . Permettez - moi de vous demander
fi vous n'avez aucuns reproches à
vous faire à cet égard . N'a t'on pas détruit
les prétextes de l'incrédulité , brifé fès azmes
ruiné les appuis ?
JUI N. 1753. 41
Vous prétendez que nos démonftrations
évangéliques vous laiffent tous vos avantages
; votre prétention ne nous furprend
pas. Si vous conveniez de la folidité de
nos preuves , vous ne feriez plus Déiftes .
Rappellez vous , je vous prie , ces paroles
de M. l'Abbé Houtteville : » A l'égard
des Déiftes qui voudroient échapper à
» mes preuves par de vagues déclamnations
, je ne leur dirai qu'un mot . Ils
conviennent que j'ai propofé leurs ob-
» jections dans toute leur force , & le re-
» tranchent à dire qu'elles ne font pas dé-
» truites. Mais s'il eft vrai qu'elles ne le
foient pas , il est donc aifé d'attaquer
mes réponſes & de les renverfer ; d'en
» mettre à découvert les paralogifmes ; de
contredire les faits , ou les principes
» que j'y ai établi , & de rétablir ceux que
» j'y attaque. L'a-t'on fait l'a- t'on même
tenté? Que le Public nous juge .
"
Votre filence , Meffieurs , prouve clai
rement votre défaite , & celle de ces Chrétiens
prétendus , qui tiennent le même
langage que vous . Vous direz peut-être ,
& c'eft-là votre feul azile , qu'on ne vous
permet pas d'attaquer la Religion . Eh ne
trouvez-vous pas le moyen de nous inonder
de brochures où vous la décriez. Pourquoi
donc ne trouvez-vous pas celui de
42 MERCURE DE FRANCE.
détruire nos preuves ? c'eft qu'il eft plus
facile d'étaler des objections furannées &
réfolues cent fois , que de montrer la prétendue
foibleſſe de nos réponſes .
Il ne s'agit pas ici de s'élever contre les
dogmes , de fonder la profondeur des
myftéres , d'oppofer des raifonnemens à
'Hiftoire ; il ne s'agit pas de faire des
queftions fur ce que Dieu doit ou peut faire
, fur l'équité de fes décrets , fur la fageffe
des moyens qu'il employe. Tout fe
réduit à la réalité de la révélation , à la
notoriété d'un fait dont la vérité eſt démontrée
.
On fçait bien que ce n'eft point en s'accufant
réciproquement d'avoir des moeurs
corrompues , que les Chrétiens & les
Déiftes termineront leurs difputes. J'avoue
au défenfeur de Milord Bollinbrokę,
que ce ne fera jamais par des invectives
qu'on ramenera l'efprit des incrédules ;
mais il doit avouer auffi qu'un grand nombre
de ces Meffieurs ont donné lieu de
croire qu'ils avoient une mauvaife condui
te , & qu'ils fe font attiré les reproches
qu'on leur a faits. Ignore- t'il qu'ils ont
mis au jour quantité d'ouvrages pleins
d'erreurs qui tendent à la deftruction des
moeurs & de la fociété ? Que veut-il , par
exemple , , que nous penfions de l'Auteur
JUIN. 1753
43
d'un Difcours fur la vie heureuſe , imprimé
à Poczdam , en 1748. Ce Déifte die
que nous fommes tout corps ; qu'il eſt démontré
par mille preuves fans réplique ,
qu'il n'y a qu'une vie & qu'une félicité ,
que la vraie Philofophie n'admet qu'un
bonheur temporel ; qu'il n'y a en foi ni vices
, ni vertus , ni bien , ni mal moral , ni
juſte,ni injufte ; & traite d'ignorans , de fanatiques
& de bêtes arrogantes , ceux qui
n'adoptent pas ces maximes fublimes.
Les Déiftes qui font Philofophes , répondront
fans doute , qu'ils ont en horreur
tous ces libertins dont les ouvrages
refpirent la débauche , établiffent des
fyftêmes pernicieux , & dégradent la
nature humaine. C'eft avec ces Philofophes
qui fe piquent d'avoir de bonnes
moeurs , & de raifonner conféquemment ,
qu'il feroit avantageux de difcuter publiquement
les motifs de la foi. Je vous prie
donc , Meffieurs , d'attaquer nos réponſes ,
vous pouvez m'envoyer vos répliques par
la pofte , fans les affranchir. Le moyen que
je vous offre leve tous les obftacles qui
pourroient vous empêcher de nous communiquer
les raifons qui vous font perfifter
dans vos fentimens.
où l'on a
Après tant de bons ouvrages
prouvé , que la vérité de la Religion
44 MERCURE DE FRANCE:
Chrétienne eft mieux établie que les au
tres vérités hiftoriques , il femble , fi vous
ne tâchiez pas d'entraîner les Chrétiens
dans vos erreurs , qu'on pourroit fe contenter
de vous plaindre & de prier Dica
pour votre converfion ; mais comme par
vos difcours , & par une foule d'ouvrages
imprimés ou manufcrits , vous augmentez
tous les jours le nombre de vos profélites
, notre fenfibilité aux intérêts de la Religion
, à fes pertes , à votre malheur ,
doit nous porter à forcer votre dernier
retranchement. Loin de redouter les difficultés
que vous pouvez oppofer à notre
créance , nous fouhaitons ardemment que
vous faffiez tous vos efforts pour renverfer
les preuves , qui felon nous , conftarent
invinciblement l'exiftence de la révélation.
Nous dévoilerons enfin la foibleffe
des argumens qui vous ont fubjugué . Vous
ne pourrez plus couvrir votre impuiffance
à répondre , du prétexte d'un défaut de liberté
, & fi vous vous obſtinez à garder le
Llence , ce fera un aveu formel qu'il ne
vous reste aucunes reffources.
La réfutation de Celfe moderne , fe vend à
Nancy , chez Babin ; on trouvera ce Livre à
Strasbourg , à Metz , à Paris , chez Savoye.
àDijon, à Lyon, &c . v. in- 12 . 30 í, broché,
JUIN. 1753.
**** ¡ X+3XXXX
P
E P. IT RE
A M. l'Abbé G ***.
Afteur , dont l'eſprit agréable ,
La candeur & l'urbanité ,
Ont fait un mortel adorable ;
Des fentimens que in'ont dicé
Le goût , l'eftime & l'équité ,
Reçois ici le tendre hommage : |
C'eft la main de la vérité ,
Qui t'offre le jufte fuffrage
Que tes vertus ont mérité.
En toi , quel heureux affemblage
De raifon & de fentimens ,
De vrai mérite & d'agrémens !
On voit rarement à ton âge
Le concert de ces dons charmans.
Au lieu des rides & des glaces
Que produit l'hyver de nos ans ;
Paré des roles du Printems ,
Au milieu des jeux & des graces
Tu coules les plus doux inftans.
Tu fçais , aux fruits de la vieilleffe,
Mêler les fleurs de la jeuneffe ,
Le férieux à l'enjoument ,
La faillie au zaifonnement ,
42 MERCURE DE FRANCE.
détruire nos preuves ? c'eft qu'il eft plus
facile d'étaler des objections furannées &
réfolues cent fois , que de montrer la prétendue
foibleffe de nos réponſes .
Il ne s'agit pas ici de s'élever contre les
dogmes , de fonder la profondeur des
myftéres , d'oppofer des raifonnemens à
l'Hiftoire ; il ne s'agit pas de faire des
queftions fur ce que Dieu doit ou peut faire
, fur l'équité de fes décrets , fur la fageffe
des moyens qu'il employe. Tout le
réduit à la réalité de la révélation , à la
notoriété d'un fait dont la vérité eft démontrée.
"
On fçait bien que ce n'eft point en s'accufant
réciproquement d'avoir des moeurs
corrompues , que les Chrétiens & les
Déiftes termineront leurs difputes. J'avoue
au défenfeur de Milord Bollinbrokę,
que ce ne fera jamais par des invectives
qu'on ramenera l'efprit des incrédules ;
mais il doit avouer auffi qu'un grand nombre
de ces Meffieurs ont donné lieu de
croire qu'ils avoient une mauvaile condui
te , & qu'ils fe font attiré les reproches
qu'on leur a faits . Ignore- t'il qu'ils ont
mis au jour quantité d'ouvrages pleins
d'erreurs qui tendent à la deftruction des
moeurs & de la fociété ? Que veut- il , par
exemple , que nous penfions de l'Auteur
JUIN. 1753
43
d'un Difcours fur la vie heureufe , imprimé
à Potzdam , en 1748. Ce Déifte die
que nous fommes tout corps ; qu'il eft démontré
par mille preuves fans réplique ,
qu'il n'y a qu'une vie & qu'une félicité ,
que la vraie Philofophie n'admet qu'un
bonheur temporel ; qu'il n'y a en foi ni vini
vertus , ni bien , ni mal moral , ni
jufte,ni injufte ; & traite d'ignorans , de fanatiques
& de bêtes arrogantes , ceux qui
n'adoptent pas ces maximes fublimes .
Les Déiftes qui font Philofophes , répondront
fans doute , qu'ils ont en horreur
tous ces libertins dont les ouvrages
refpirent la débauche , établiffent des
fyftêmes pernicieux , & dégradent la
nature humaine . C'eft avec ces Philofophes
qui fe piquent d'avoir de bonnes
moeurs , & de raifonner conféquemment ,
qu'il feroit avantageux de difcuter publiquement
les motifs de la foi. Je vous prie
donc , Meffieurs , d'attaquer nos réponſes,
vous pouvez m'envoyer vos répliques par
la pofte , fans les affranchir. Le moyen que
je vous offre leve tous les obftacles qui
pourroient vous empêcher de nous communiquer
les raifons qui vous font perfifter
dans vos fentimens.
Après tant de bons ouvrages où l'on a
prouvé , que la vérité de la Religion
44 MERCURE DE FRANCE:
Chrétienne eft mieux établie que les au
tres vérités hiftoriques , il femble , fi vous
ne tâchiez pas d'entraîner les Chrétiens
dans vos erreurs , qu'on pourroit fe contenter
de vous plaindre & de prier Dica
pour votre converfion ; mais comme par
vos difcours , & par une foule d'ouvrages
imprimés ou manufcrits , vous augmentez
tous les jours le nombre de vos profélites
, notre fenfibilité aux intérêts de la Religion
, à fes pertes , à votre malheur ,
doit nous porter à forcer votre dernier
retranchement. Loin de redouter les difficultés
que vous pouvez oppofer à notre
créance , nous fouhaitons ardemment que
vous faffiez tous vos efforts pour renverfer
les preuves , qui felon nous , conftatent
invinciblement l'existence de la révélation
. Nous dévoilerons enfin la foibleffe
des argumens qui vous ont fubjugué. Vous
ne pourrez plus couvrir votre impuiffance
à répondre , du prétexte d'un défaut de liberté
, & fi vous vous obftinez à garder le
flence , ce fera un aveu formel qu'il ne
vous reste aucunes reſſources .
La réfutation de Celfe moderne , ſe vend à
Nancy, chez Babin ; on trouvera ce Livre à
Strasbourg , à Metz , à Paris , chez Savoye.
à Dijon, à Lyon, &c. v. in- 1 2. 30 Í, broché,
JUIN.
45 1753.
XXXXXXXXXXXXXXXX
P
E P. IT RE
A M. l'Abbé G ***.
Afteur , dont l'efprit agréable ,
La candeur & l'urbanité ,
Ont fait un mortel adorable ;
Des fentimens que in'ont dicté
Le goût , l'eftime & l'équité ,
Reçois ici le tendre hommage : |
C'eft la main de la vérité ,
>
Qui t'offre le jufte fuffrage
Que tes vertus ont mérité .
En toi , quel heureux aſſemblage
De raiſon & de fentimens ,
De vrai mérite & d'agrémens !
On voit rarement à ton âge
Le concert de ces dons charmans,
Au lieu des rides & des glaces
Que produit l'hyver de nos ans ;
Paré des roles du Printems ,
Au milieu des jeux & des graces
Tu coules les plus doux inftans.
Tu fçais , aux fruits de la vieilleffe,
Mêler les fleurs de la jeuneffe ,
Le férieux à l'enjoument ,
La faillie au taiſonnement >
46 MERCURE DE FRANCE,
Les ris badins à la fageffe.
Tujoins par un heureux lien
Ciceron à Saint Chryfoftome ;
Anacréon à Saint Jerôme ,
Demofthene à Saint Cyprien ;
Et les fleurs de l'Académie
A la nobleffe , à l'énergie ,
Qui forment l'Orateur Chrétien.
Ici , ton zéle apoftolique
Triomphe du vice abbatu ;
Et là fur un ton pathétique
Tu perfuades la vettu ,
2
Dont tes moeurs font leçon publique.
Ailleurs , tu fçais par tes bons mots
Confondre l'imbécile efpéce
Des ridicules & des fots.
Tantôt dans une douce yvreffe ;
Parmi les verres & les pots ,
T'égayant en joyeux propos ,
Tu frondes la fauffe fagelse
Qu'un tas de noirs hibous profefse ,
Et qui ne fait que des cagots.
Puifque je fuis fur mon pupître ,
Je ne veux pas dans cette Epitre
Oublier le Pere Prieur * ,
Voifin aimable à plus d'un tître,
Qui gardant pour foi la rigueur
* Prieur d'une Maifon de Benedictins,
JUIN. 1753. 47
Des régles dont il eft l'arbitre ,
Reçut les hôtes en Seigneur.
Son air gracieux & fincére ,
S nolitefse , fa douceur ,
aifonnoient la bonne chere ,
Qu'il prodiguoit de fi bon coeur.
De mon compagnon de voyage ,
Tantôt Prevôt , tantôt Prieur >
Je copie ici le langage
:
Qu'il eft aimable ce Prévôt !
Mais fur tout qu'il eft bien dévot
Au divin Enfant de Séméle ,
Et qu'à table il chanfonne bien !
On diroit Phoebus d'Elien ,
Qui , parmi la troupe immortelle
Chante le jus de Bromien.
Mais briſons -là ; car auffi- bien
MaMufe , abeille vagabonde ,
Sur tous les objets , à la ronde ,
Vole , fans s'arrêter fur rien ;
Je finis donc quoiqu'elle gronde.
Mortel , digne du fiécle d'or ,
Puiffe ta carriere féconde
Egaler celle de Neftor
AL.
Dont tu poſsedes la faconde !
Puifses- tu jufques à la fin ,
Heureux Vieillard , aimable Sage ;
Toujours content , tonjours badin ,
48 MERCURE DE FRANCE
Noyer tous les jours dans ton vin
Les foins & les dégoûts de l'âge.
VERS
A une Dame qui Lifoit l'Effaifur la néce
&fur les moyens de plaire.
CE nefut jamais en lifant ,
f Cette maxime eft reçue à Cithére )
Qu'une belle apprit l'art & les moyens de plaire.
Penfez-vous les trouver dans un Livre amuſant ?
B... votre erreur extrême ,
Pour trouver cet art féduifant ,
Ne le cherchez que dans vous-même,
TROISIE'ME
JUIN. 1753.
49
TROISIEME ET DERNIERE LETTRE
SUR L'IMPRIMERIE ,
A M. LE C. DE S.
L'Eloge & Apologie de cet Art.
}
1
E finis , Monfieur , par où j'aurois dû
commencer , & encore eft - ce moins
pour vous que j'écris cette Lettre qui fervira
de complément aux queftions que
vous m'avez faires fur l'art Typographique
, que pour détruire les préjugés de
certaines gens qui n'envifageant les arts &
les fciences que d'un oeil fuperficiel , portent
des jugemens fur ce qu'ils ne comprennent
pas le plus fouvent. Les uns prétendent
que cet Art n'étoit pas abfolument
fi néceffaire au bien des Sciences, puiſqu'on
s'en paffa pendant 5500 ; efpace de tems
pendant lequel néanmoins il s'eft trouvé
des fçavans en tous les genres , & que
l'on peut regarder comme les peres & les
fondateurs de ce que nous fçavons aujour
d'hui les autres ne regardant que l'état
préfent des chofes , fixés plutôt fur l'abus
que fur les avantages de l'Imprimerie , ne
craignent pas de dire que cet Art procure
aux Sciences plus de mal que de bien , plus
1. Vol.
:
C
so MERCURE DE FRANCE.
de honte que de gloire. N'eft- ce pas cet
Art après tout , difent ils , qui enfante
mille ouvrages dignes de mourir au moment
de leur naiffance , les uns attaquant
ouvertement la Religion ; les autres tendant
à corrompre les moeurs ; d'autres eufin
tout à fait inutiles , & dont le moindre
mal eft d'entretenir cet efprit de frivolité
, trop regnant parmi nous , & de
dégoûter les vrais ftudieux , par le déluge
d'ouvrages dont ils font inondés . Voilà
certainement de graves objections , Monfieur
, aufquelles néanmoins je vais tâ
cher de répondre . Je vais le faire le plus
briévement qu'il me fera poffible : & pour
ne rien confondre , après l'éloge que je
vais vous faire de l'Art typographique , je
tâcherai de faire fon apologie , en la difculpant
de fes abus dont on fe plaint tant.
1. De ce que l'on a été plus de tems pri
vé du fecours de l'Imprimerie , qu'on n'a
été à en jouir , il ne faut pas conclure que
cet Art doive être confondu avec tant d'autres
, dont le mérite eft fimplement d'être
utiles ou agréables. Pour peu que l'on ré
Alechiffe aux avantages que l'on en a rețirés,
& que l'on en retire tous les jours , l'on a
peut juſtement s'étonner comment l'on a
pu s'en paffer durant tant de fiécles .
I
&
C
Pour bien juger de tout le mérite d'une le
&
JUIN. 1753 51
découverte , il faut le tranfporter au moment
de la nailfance , raffembler toutes.
I les circonstances qui l'ont précédée , accompagnée
& fuivie , confidérer le befoin
plus ou moins grand qu'on en avoit
au moment qu'elle a paru ; car les hommes
naturellement paffionnés pour la nouveauté
, deviennent indifferens fitôt qu'ils
poffédent. Il leur fuffit même de jouir ,
pour que la poffeffion leur fembie dûe :
l'Art de l'Imprimerie encore aujourd'hui ,
partage avec bien d'autres ce malheureux
fort . Si l'on en excepte ceux que l'amour
des beaux Arts , ou un intérêt légitime as
tache particulierement à fon fervice , combien
peu en connoiffent tout le mérite
tout l'utile , tout le grand. Tous les jours
on manie des Livres : ils tombent entre
les mains de tout le monde , & cependant
l'on ignore prefque généralement par quels
degrés ils paffent pour parvenir au jour.
La multitude des Livres , au lieu de prouver
tout le divin de l'Art qui les enfante ,
lui donne , je ne fçais quel air de fimple
& de vulgaire , qui femble le confondre
avec mille autres arts inférieurs. Qu'on
changeroit de fentiment , fi l'on fe remettoit
devant les yeux l'état où se trouvoient.
les Sciences avant l'origine de ce bel Art ,
& celui où elles font parvenues depuis !
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
Vous le fçavez , Monfieur , rien n'égaloit
l'état de langueur , je pourrois même
dire d'horreur , dans lequel les Lettres gémiffoient
avant l'origine de l'Imprimerie.
Les Livres qui font la fource des Sciences
n'étant que manufcrits ( a ) , étoient fi ra-
(a ) Voyez Mezerai , dans l'article de l'Eglife
du dixiéme fiécle , p . 467 , édit . d'Holl .
•
L'Hiftoire nous apprend que Grécie , Comteſse
d'Anjou , acheta ( en 1087 ) un Recueil d'Homelies
deux cens brebis , un muid de froment , ua
muid de feigle , un muid de millet , & un certain
nombre de peaux de martre .
Charles V. Roi de France , n'avoit la Bibliothé
que du Louvre compofée que de mille volumes .
Antoine Pécatel , natif de Palerme , vendit une
Métairie entiere pour avoir un Tite - Live de Poge
Florentin. (le Galois , p . 153. )
Louis XI. Roi de France , fe trouvant avoir be
foin d'un Livre que pofsedoit la Faculté de Médécire
de Paris , fut obligé de configner certains gages
de vaisselle d'argent & autres cautions ,
qu'on le lui prêtât pour le faire tranfcrire ( Naudé. )
afin
Jacques Piccolomini , Cardinal de Pavie dans
le quinziéme fiécle , ne put avoir les oeuvres de
Plutarque , à moins de quatre-vingt écus d'or ; &
Jes Epitres de Seneque , àmoins de vingt cinq . (16,)
Gaguin rapporte que Palquier , Libraire de Paris,
lui fit cent écus les Concordances.
Breffian dit que Frederic III. Empereur d'Oc
cident ou d'Allemagne , qui a regné depuis 1439
jufqu'en 1493 , ne fçut mieux gratifier un Ambaf
fadeur du Duc de Wirtemberg , qu'en lui donnant
une vieille Bible Hébraïque.
Voyez Naudé plus au long , p . 39 à 45 .
JUIN. 1753.
53
res ou fi chers , que l'on pouvoir prefque
dire qu'ils manquoient. De- là cette difette
d'études & de connoiffances en tout
& par tout. En France par exemple , tout
l'empire littéraire fe réduifoit à quelques
Monafteres , où encore la politique habile
à profiter de l'ignorance des peuples , leur
faifoit employer les momens de loiſir ,
plutôt à la régie des affaires qu'à l'étude
des Lettres. Quel trifte tableau ne vous
ferois- je pas, fi fortant de ce Royaume pour
parcourir toutes les contrées de l'univers ,
je vous peignois au naturel l'état des
Sciences dans les 5 500 ans qui précéderent
l'invention de l'Imprimerie . Une
ignorance craffe enveloppoit tous les peuples
( a ) . Le rang & la naiffance ne laif
foient fçavoir que ce qu'il en falloit pour
déchiffrer des titres , & encore fouvent ,
( a) On peut voir le Traité que Louis Vives a
fait fur l'ignorance de ces fiécles , & ce qu'en ont
dit Mélancton & Eraſme.
En Allemagne il y eut un Prêtre qui baptifa :
In nomine Patria , Filia & Spirituafanta. Ce fut
fous le Pontificat de Zacharie. ( le Gallois , p . 91. )
Erafme rapporte que David Burgondus , Evêque
d'Utrecht , ayant examiné trois cens Curés , il
n'en trouva que trois dignes de l'être .
Si l'ignorance étoit telle parmi le Clergé , qui
étoit néanmoins la partie la plus éclairée , qu'on
juge des particuliers & du bas peuple.
C iij
$ 4 MERCURE DEFRANCE.
faute de cette connoiffance , ne fondoit- on
fes droits que fur des traditions ( a) . Parmi
les millions d'hommes qui peuploient
même les Villes les plus policées , à peine
en voyoit-on quelques-uns fortir , comme à
la nage de ce vafte Océan d'ignorance , lefquels
vivement preffés par un amour inné
pour les Lettres , s'efforçoient de vaincre
par un travail affidu & une étude continuelle
, les obftacles qu'ils rencontroient
par tout en cela peut-être excités principalement
par le plaifir d'être les feuls à
éclairer les autres. Mais qu'étoient tous
ces Sçavans ? tout au plus de ces aftres qui
dans l'obfcurité de la nuit jettent une clarté
brillante , mais dont le nombre même
fournir une lumiere femblable au
ne peut
jour.
Et l'on peut encore raisonnablement
s'étonner de ce qu'il fe trouvât de ces
و د
(a) » Dans le dixième fiécle , dit M. le Préf
dent Hénault , Pignorance étoit fi profonde ,
» qu'à peine les Rois , les Princes , les Seigneurs ,
encore moins le peuple fçavoient lire : ils connoifsoient
leurs pofseffions par l'ufage , & n'avoient
garde de les foutenir par des titres , puif
qu'ils ignoroient l'ufage de l'écriture ; de- là
» auffi le crédit que prirent les Clercs ou Eccléfiaftiques
dans les affaires , parce qu'ils étoient
les feuls inftruits . ( Abregé chronologique de l'Hif
toire de France , à l'an 992.
*
JUIN. 1753. SS
hommes qui volontairement fe dévouaffent
à l'étude. Les fources où l'on avoit
à puifer étoient rares & corrompues : rares
, il falloit les chercher , toujours longtems
, quelquefois envain : corrompues ,
il falloit s'en défier ; & comment le pouvoit
on ? on ignoroit même qu'elles le
fuffent. On ne marchoit donc dans la voie
des connoiffances qu'à la foible lueur de
quelques flambeaux , jamais fûrs. Auffi rout
devenoit conjecture : chaque Auteur pouvoit
préfenter fes propres idées comme
les réelles , hazarder tel fyftême qu'il lui
plaifoit geh ! quel autre auroit pu le relever
& s'infcrite en faux contre lui : il y a
Lant de matieres à traiter , & il y avoit fi
peu de Sçavans , qu'il eût été fingulier que
deux couruffent la même carriere , & s'y
rencontraffent,
Il faut cependant avouer que dans le
long efpace de tems , il y eut des Sçavans ,
que l'on peut même regarder comme les
vrais fondateurs des Sciences . Mais ils ne
venoient que de loin en loin , de fiécle en
fiécle , à peu près comme les Cométes
dont l'apparence eft rare & le cours incertain.
Le feul fiécle que l'on puiffe citer avec
honneur eft celui d'Augufte , où les Arts
& les Sciences fe trouverent comme for-
C iiij
34 MERCURE DEFRANCE.
faute de cette connoiffance , ne fondoit- on
fes droits que fur des traditions ( a) . Parmi
les millions d'hommes qui peuploient
même les Villes les plus policées , à peine
en voyoit-on quelques-uns fortir , comme à
la nage de ce vafte Océan d'ignorance , lefquels
vivement preffés par un amour inné
pour les Lettres , s'efforçoient de vaincre
par un travail affidu & une étude continuelle
, les obftacles qu'ils rencontroient
par tout en cela peut-être excités principalement
par le plaifir d'être les feuls à
éclairer les autres. Mais qu'étoient tous
ces Sçavans ? tout au plus de ces aftres qui
dans l'obſcurité de la nuit jettent une clarté
brillante , mais dont le nombre même
ne peut fournir une lumiere femblable au
jour.
Et l'on peut encore raisonnablement
s'étonner de ce qu'il fe trouvât de ces
ود
» (a) Dans le dixiéme fiécle , dit M. le Préfi
dent Hénault , l'ignorance étoit fi profonde ,
» qu'à peine les Rois , les Princes , les Seigneurs ,
encore moins le peuple fçavoient lire : ils connoifsoient
leurs pofseffions par l'uſage , & n'avoient
garde de les foutenir par des titres , puif
qu'ils ignoroient l'ufage de l'écriture ; de - là
auffi le crédit que prirent les Clercs ou Eccléfiaftiques
dans les affaires , parce qu'ils étoient
les feuls inftruits . ( Abregé chronologique de l'Hif
toire de France , à l'an 992.
20
JUIN. 1753. SS
hommes qui volontairement fe dévouaffent
à l'étude. Les fources où l'on avoit
à puifer étoient rares & corrompues : rares
, il falloit les chercher , toujours longtems
, quelquefois envain : corrompues ,
il falloit s'en défier ; & comment le pouvoit
on ? on ignoroit même qu'elles le
fuffent. On ne marchoit donc dans la voie
des connoiffances qu'à la foible lueur de
quelques flambeaux , jamais fûrs. Auffi rout
devenoit conjecture : chaque Auteur pouvoit
préfenter fes propres idées comme
les réelles , hazarder tel fyftême qu'il lui
plaifoit geh ! quel autre auroit pu le relever
& s'infcrire en faux contre lui : il y a
Lant de matieres à traiter , & il y avoit fi
peu de Sçavans , qu'il eût été fingulier que
deux couruffent la même carriere , & s'y
-rencontraffent.
Il faut cependant avouer que dans le .
Jong efpace de tems , il y eut des Sçavans ,
que l'on peut même regarder comme les.
rais fondateurs des Sciences . Mais ils ne
venoient que de loin en loin , de fiécle en
fiécle , à peu près comme les Cométes
dont l'apparence eft rare & le cours incertain.
Le feul fiécle que l'on puiffe citer avec
honneur eft celui d'Augufte , où les Arts
& les Sciences fe trouverent comme for-
C iiij
56 MERCURE DE FRANCE.
cés par la liberalité & le bon goût de cet
Empereur , à percer les obftacles qu'ils
n'avoient pu vaincre encore . Mais c'étoit
comme une espéce de défi que l'Empire
Romain donnoit aux fiécles à venir. On
étoit honteux d'être ignorant › parce
qu'Augufte vouloit des Sçavans ; ce regne
ne fut pas long le beau fiécle des Lettres
tomba avec le beau fiécle de l'Empire : ce
fut comme un Soleil qui fe coucha pour
ne reparoître que long- tems après , & les
Sciences rentrerent dans leur premier état
d'obfcurité & d'horreur.
Mais encore dans ces tems heureux
quand il arrivoit que quelqu'un fût capa
ble d'un bon ouvrage , avec quelle lenteur
paroiffoit- il cet ouvrage ? obligé qu'il
étoit de paffer par la main des Scribes ,
des années entieres s'écouloient avant
qu'un certain nombre d'exemplaires pût
contenter l'avidité des plus curieux. Et
en quel état le voyoit - on fe préfenter ?
des Écrivains inattentifs , ou ignorans , ou
téméraires ne le laiffoient guéres dans fon
premier état. Un Auteur avoit donc la
douleur de voir paroître fon ouvrage tout
défiguré :
Trifte objet , ou du Ciel triomphoit la colere ,
Et que méconnoifsoit l'oeil même de fon pere.
Vous me prévenez , Monſieur , & vous
JUIN. 1753 .
37
convenez fans doute , que rien n'étoit
non-feulement plus utile , mais même plus
néceffaire qu'un Art qui reçût comme en
dépôt les productions des Sçavans , les
confervât dans leur entier , & qui par un.
troifiéme avantage les répandît avec prodigalité
dans l'univers pour l'inftruire
l'éclairer & le former ;. & voilà ce que va
faire l'Imprimerie.
"
A peine l'Art typographique eft- il en
vogue , que le goût des Sciences fe renou
velle , & renaît de fes propres cendres.
Tous les Sçavans anciens fortent comme
de leurs tombeaux : ils quittent la poufficre
qui les enfeveliffoit , & paffent fous
les preffes ils reprennent leur premiere
forme. Que dis - je ? ils reparoiffent même
avec plus d'éclat , multipliés à l'infini , ils
vont fe répandre dans l'univers , dont ils
n'habitoient auparavant que quelque contrée.
Tous fortent à l'envi du honteux
-oubli , auquel ils fembloient condamnés,
pour toujours. Théologiens & Jurifconfultes
, Sçavans & Artiftes , Humanifles
& Hiftoriens , tous venus de loin en loin ,
difperfés çà & là , reviennent luire fur
l'horifon qui leur paroît tout nouveau.
Aftres bienfaifans , chacun va s'éclairer à
eur lumiere. On éleve déja des Bibliohéques
, où tous les Livres rangés papor
Cv
18 MERCURE DE FRANCE.
dre & en abondance , fourniffent des armes
pour bannir l'ignorance , & bientôt
après c'eft une fcience que de pofféder de
mémoire les titres des ouvrages que l'Imprimerie
vient d'enfanter.
L'ardeur des nouveaux Imprimeurs ne
fuffit pas à contenter le public avide de
dire. Un Livre ( la Bible ) qu'un homme
faifoit tranferire une fois en fa vie , qui
paffoit de lui à fes enfans à titre de fucceffion
; ce même Livre , je le vois en moins
de quarante ans imprimé plus de cent fois,
en toutes fortes de Langues , & en toutes
fortes de formes.
»L'admirable façon d'écrire , s'écrie làdeffus
un Hiftorien de cet Art ( a ) , où
» la main d'un feul ouvrier fait à elle feu-
» le l'ouvrage de mille langues & de mille
plumes ! Admirable effet , j'ajouterois
même , fortilege innocent de ces carac-
» teres mobiles , qui fortant chacun de leur
» place à la volonté de l'ouvrier , s'affem-
»blent & fe concertent pour produire
» promptement & fans effort , tel ouvrage
: » que l'on veut..
Eh bien , Monfieur , vous rappellez- vous
l'état des Sciences avant l'origine de l'Imprimerie
admirez vous affez celui qui le
(a ) Mettaire. T. 1. p. 3
JUIN. 1753 .
59
fuit. Rapprochez les deux tableaux, comparez
& jugez. Là , les Sçavans étoient rares,
oubliés ou peu fuivis par leurs fucceffeurs ;
içi , ils font à l'infini , & forment de leur
vivant d'auffi fçavans qu'eux. Là , les fources
étoient corrompues , & capables d'induire
en erreur ; ici elles font purifiées &
rendues fûres. Là , les ouvrages étoient
toujours défigurés ; ici ils font dans toute
leur exactitude . Là enfin , il étoit prefque
impoffible de n'être pas ignorant ; ici il eft
prefque impoffible de n'être pas fçavant.
Croyez vous cependant cependant , Monſieur ,
que c'est ce même Art , à qui on reproche
tant d'abus ? c'est ce dont il me reste à vous
entretenir.
2. Je demande à ceux qui attribuent
tant d'abus à l'Imprimerie , fi parce que
de l'Imprimerie il naît des inconvéniens ,
il faut la fupprimer brûlerons - nous donc
nos preffes , fondrons-nous nos caracteres
? ce fentiment rigoureux peut bien être
foutenu par les favoris du fyftême nouveau
, Gi généralement combattu fans être
détruit. Quand on foutient que les Sciences
tendent plutôt à la corruption qu'à la
réforme des moeurs , certes l'Art typogra
phique doit avoir une grande part dans
cet anathême fi général & fi abfolu. Quel
mal fait donc l'Imprimerie d'enfanter ,
C vj
60 MERCURE DE FRANCE .
dit-on , des ouvrages contre la Religion
& contre les moeurs , les multiplier à l'infini
& les éternifer. Je ne difconviens pas
que l'Imprimerie n'ait prêté , & que trop
fouvent , fon miniftére à de pareils forfaits
; mais je demande en même tems , f
fans le fecours de l'Imprimerie ces abus
ne fe fuffent pas commis ? Tout ce qui favorife
l'impiété & les paffions , ne trouvera-
t-il pas toujours cent copiftes contre
une preffe ? L'impie Lucréce , le trop tendre
Ovide , le lafcif Juvenal , le volup
tueux Epicure & tant d'autres , ont- ils eu
befoin de preffes pour éternifer leurs ouvrages
dignes des ténébres ? & tous leurs
difcours euffent- ils été écrits comme les
oracles de la Sybille fur des feuilles volantes
, auroient ils été portés par les vents
pour être perdus dans les airs ? Remonzons
à la vraie caufe : corrigeons les hom
mes , & les Arts n'auront plus d'abus. Au
refte , quand l'Imprimerie a prêté & prête
encore fon miniftére à de pareilles oeu
vres , ne le prête- t'elle pas également pour '
détruite ce qu'elle produit ? Na t'elle pas
enfanté , & n'enfante- t'elle pas tous les
jours des ouvrages qui combattent les fyltêmes
des impies , qui prennent la défenfe
des moeurs ? & fon inventeur ne fe plaindroit-
il pas encore des abus qu'on peut
JUIN. 1753. 61
faire de fa découverte ? ne pourroit- il pas
dire : Non hos quafitum munus in ufus ? Encore
une fois que les Auteurs foient fages ,
nous n'aurons que des preffes chaftes .
Le fecond abus que l'on attribue à l'Imprimerie
, c'eft de confacrer des ouvrages.
futiles qui n'entretiennent qu'une frivolité
dangereuse pour les efprits & pour la
Littérature : il eft vrai que cet abus eft.
réel ; mais enfin , à l'examiner de bien
près , eft ce l'Imprimerie qui a donné ce
ton , ou ne l'auroit- elle pas reçu ? qu'on
réforme les Ecrivains, & nous n'aurons que
des ouvrages folides..
C Quant à cette fécondité de Livres done
on accufe fi fort l'Imprimerie , pourroiton
taxer cer Art perfonnellement ? L'om
s'en plaignoit , bien des fiécles avant l'Imprimerie
: Faciendi plures libros , nullus eft
finis ( a ) , difoit Salomon. Il n'y avoit
pourtant alors que des Copiftes. Il faut
donc s'en prendre à l'amour propre humain
qui defire toujours de voir éternifer
fes propres idées. Un Livre paffe pour le
Temple de Mémoire ; que d'Auteurs ont
crû être immortalifés , en voyant leurs
ouvrages imprimés ,! C'eft une erreur qui
fubfifte depuis long- tems , & qui ne mourra
(4 ) Ecclefiaftes . Chap. 12. V.12
62 MERCURE DE FRANCE.
qu'avec le dernier des Auteurs . Au refte ,
quel mal caufe aux Sçavans ce déluge de
Livres ? ou ils renferment du neuf , oa ils
ne font que répéter dans ce dernier cas
l'on peut s'en tenir aux fources , & dans
le premier ils fervent encore à quelque
chofe, à parer long-tems les magafins & les
boutiques des Libraires , pour aller de là
faire un faut chez l'Epicier , habiller le poivre
& la canelle. Peut- être , Monfieur ,
un efprit politique trouveroit-il un avantage
dans ce qui paroit un fi grand abus .
Une conformation de papier , telle qu'il
en faut pour les mauvais ouvrages ( qui ne
font pas en petit nombre ) ne laiffe
que de faire un objet dans un Etat commerçant.
Mais j'abandonne volontiers ce
fujet à traiter à quiconque s'amufe à juger
tout par la fpéculation ; pour moi , je ne
prétends parler qu'en amateur d'un Art
que tout le monde doit chérir & eſtimer ,
malgré les abus. Je fuis , & c.
Ce 13 Avril 1753 .
A. M. L.
pas
JUIN. 1753. 63
L'AMOUR ET L'AMITIE .
QUe vous me faites de pitié ,
Difoit un jour l'Amour à l'Amitié !
Vous faites , nous dit on , le charme de la vie ,
Mais avec vous fans moi fort ſouvent on s'ennuye;
Evec vous , on verroit mon fort plus envié ,
Avec moi , vos plaifirs augmenter de moitié :-
Tour en va beaucoup mieux , quand on nous affocie..
Ma foeur , formons un plan qui pour toujours- alf
lie
Le tendre Amour à la douce Amitié.
Je vous fuis obligée autant qu'on le peut être ,
Répondit l'Amitié , de la civilité
Qu'envers moi vous faites paroître.
Souverain des Etats dont le fort vous fit maître
Vous y regnez en pleine autorité ,
Si nous les partagions , peut-être ,
De nos moeurs la diverfité
Pourroit entre nous faire naître
Souvent quelque point contefté.
Trop différens font les uſages
Des climats qui nous font foumis.
Vous regnez fur des coeurs volages ,
Je gouverne des peuples fages :
2
64 MERCURE DEFRANCE
Tous nos foins ne pourroient jamais les rendre
amis :
Vos intérêts d'ailleurs font différens des nôtres à
Et n'en déplaife à votre majefté ,
Je verrois peu de fureté
A lier de fi près les miens avec les vôtres ♣
Sous mes loix la tranquilité ,
La paix , la fidélité
Sont les feuls où l'on aſpire.
'Amour , il n'en eft pas ainfi ſous votre empires
Troubles , foucis , chagrins , dépit ,
Vos miniftres les plus fideles ,
Bar des peines toujours nouvelles ,
Défolent celui qui vous fuit :
Vous vous plaifez à regner dans la guerre
Autant que j'aime à regner dans la paix ,
Seule elle a pour moi des attraits ,
Plus flatteurs que la fauffe gloire..
Que vous ne rencontrez jamais
Danst ' éclat féduifant d'une injufte victoire
De grace , Amour , gardons nous bien
De former jamais un lien ,
Qui loin de nous unir fouvent feroit éclore-
Nouveaux fujets de nous brouiller encore
Vos loix qui font tout le foutien
De votre pouvoir fans limite ,
Ne manqueroient pas dans la fuite
D'anéantir bientôt le mien..
Fe redoute votre puiffance
JUI N.
1753. 63
Je connois à ma honte où s'étendent vos droits. :
Amour , pour la derniere fois ,
Entre nous jamais d'alliance.
Ce difcours à tout autre eût paru rebutant ,
L'Amour en aima davantage :
Un refus à propos fouvent fixe l'amant ,
Qu'un avoeu trop prompt rend volage.
Non , dit l'Amour , je renonce à mes loix
Chere Amitié , pour vivre fous les vôtres :
Ufez fur moi de tous vos droits ,
2
Je n'en veux plus connoître d'autres.
Fiez vous à la foi du plus parfait amant ,
Ab fi vous connoiffiez .... Déeffe , je le jure ,
Vous me verrez toujours tendre , foumis , conf
tant ,
J'en jure par le Stix , par toute la nature.
En eft- ce affez , parlez , que voulez vous encor
Ç'en eft affez , repartit la Déeffe ,
Calmez cet amoureux tranſport ,
Le feul mot de ferment me bleffe:
Mais finiffons cet entretien ,
Entre nous longue conférence
Ne tourneroit jamais à bien
Et peut tirer à conféquence.
Non , non , l'excès de vos rigueurs
Ne peut m'empêcher de vous faivre ,
Lui dit l'amour fondant en pleurs ,
Sans l'eftime , fans vous , l'Amour ne sçauroit vi
vre
64 MERCURE DEFRANCE!
Tous nos foins ne pourroient jamais les rendre
amis :
Vos intérêts d'ailleurs font différens des nôtres
Et n'en déplaife à votre majefté ,
Je verrois peu de fureté
Alien de fi près les miens avec les vôtres ☀
Sous mes loix la tranquilité ,
La paix , la fidélité.
Sont les feuls où l'on aſpire.
'Amour , il n'en eft pas ainfi ſous votre empires
Troubles , foucis , chagrins , dépit ,
Vos miniftres les plus fideles ,
Bar des peines toujours nouvelles ,
Défolent celui qui vous fuit :
Vous vous plaifez à regner dans la guerre
Autant que j'aime à regner dans la paix ,
Seule elle a pour moi des attraits ,
Plus flatteurs que la fauffe gloire..
Que vous ne rencontrez jamais
Dansl 'éclat féduifant d'une injufte victoire .
De grace , Amour , gardons nous bien
De former jamais un lien ,
Qui loin de nous unir fouvent feroit- éclore-
Nouveaux fujets de nous brouiller encore.
Vos loix qui font tout le foutien
De votre pouvoir fans limite ,
Ne manqueroient pas dans la fuite
D'anéantir bientôt le mien.
Fe redoute votre puiffance
JUIN.
1753.
Je connois à ma honte où s'étendent vos droits.:
Amour , pour la derniere fois ,
Entre nous jamais d'alliance.
Ce difcours à tout autre eût paru rebutant ,
L'Amour en aima davantage :
Un refus à propos fouvent fixe l'amant ,
Qu'un avoeu trop prompt rend volage.
Non , dit l'Amour , je renonce à mes loix ,
Chere Amitié , pour vivre fous les vôtres :
Ufez fur moi de tous vos droits ,
Je n'en veux plus connoître d'autres.
Fiez vous à la foi du plus parfait amant ,
Ab fi vous connoiffiez .... Déeffe , je le jure ;
Vous me verrez toujours tendre , foumis , conf
tant
J'en jure par le Stix , par toute la nature.
En eft- ce affez , parlez , que voulez vous encor
Ç'en eft affez , repartit la Déeffe ,
Calmez cet amoureux tranſport ,
Le feul mot de ferment me bleſſe:
Mais finiffons cet entretien ,
Entre nous longue conférence
Ne tourneroit jamais à bien ,
Et peut tirer à conféquence.
Non , non , l'excès de vos rigueurs
Ne peut m'empêcher de vous faivre ,
Lui dit l'amour fondant en pleurs ,
Sans l'eftime , fans vous , l'Amour ne sçauroit vis
yre
46 MERCURE DE FRANCE.
Faudra t-il donc , chere Amitié ,
Envers tous auffi fecourable ,
Que dans la douleur qui m'accable
Seul je voustrouvé fans pitié ?
L'Amitié , qui craignit la fuite
D'un difcours auffi féduifant ,
Fit un pas pour prendre la fuite ;
Mais l'Amour dans le même inſtant
Qu'il l'apperçoit qu'elle l'évite ,
La fixa d'un regard perçant.
O vous , qui voulez vous défendre
De l'Amour & de fes attraits ,
Avec ce Dieu trompeur ne diſcourez jamais :
Fuyez-le d'abord fans l'entendre ,
C'eft l'unique moyen d'échapper à fes traits.
Déja la Décfle ébranlée ,
Cherche elle- même à l'approuver :
Amour , je veux vous éprouver ,
Lui dit-elle , toute troublée ,
Vous m'avez tant de fois trompée,
Que je ferois au défefpoir
De courir rifque de me voir
Encor une fois abufée.
Ecoutez moi , Dieu de l'Amour ,
J'ignorois toujours l'art de feindre ,
le fçais que vos attraits embelliroient ma cour *
Mais plus ils font charmans , & plus je les dois
craindre :
JUIN. 67
1753.
Vous m'avez joué plus d'un tour ,
A l'ombre de mon nom vous ufurpez ma place ;
Il est rare que pour nous deux ,
Un coeur contienne affez d'efpace ;
Quand vous m'avez chaffé , il cefle d'être heureux .
L'Amitié , dites vous , fans vous eft languiffante ;
Mais l'Amour eft fouvent l'écueil de l'Amitié :
Moderez votre activité ,
Vous rendrez l'Amitié conftante.
Je voudrois fi jamais nous faifions un traité ,
Je voudrois.. Ordonnez , dit l'Amour transporté,
Amour , oferiez -vous m'en faire la promeffe ?
Parlez , chere Amitié ... Je voudrois la ſageſſe.
L'Amour ſe trouva lors dans un grand embaras ,
La loi lui parut neuve & des plus fingulieres.
Il promit , le tint-il ? c'eſt ce qu'on ne fçait pas.
Ce qu'on fait , c'est qu'en pareil cas
La fageffe a bien des affaires .
Heureux qui par un doux effort
D'une tendre amitié , d'une amour raiſonnable
Sçait fe former un heureux fort.
C'eft pour elle qu'il eſt aimable ,
S'il paroît quelquefois moins fort ,
Elle la rend plus durable.
Par feu M. D. de l'Académie d'Angers.
A Angers , ce 27 Août 1752.
68 MERCURE DEFRANCE .
bJtJtJtJbJb Jb Jb Jb JbJbj
ASSEMBLE'E PUBLIQUE
De la Société Royale de Lyon , du 28 Avril
M
1751.
Garnier Directeur , a fait l'ouver
ture de l'Affemblée par un Difcours
dans lequel il établit combien les
Sciences & les Arts font utiles pour
épurer les moeurs. Après quoi il a donné
les extraits fuivant des Mémoires lus à
l'Académie , depuis la précédente Affemblée
publique.
Sur les Pierres gravées.
M. Defleurieux dans un Mémoire qu'il
a donné , a fait des remarques en général
fur les pierres gravées : il prouve qu'étant
plus durables , c'est-à- dire , plus à l'abri
des frottemens & des autres injures du
tems , elles font plus propres à inftruire
des faits de l'antiquité , que prefque tous
les autres monumens qui nous en reftent.
Ce Mémoire contient auffi les obferva
tions. de l'Auteur fur le recueil qu'il a acquis
de 15 à 1600 empreintes de pierres
antiques en fouffre & cinabre très- fidelles
; elles ont été faites fur les inftructions
JUI N. 17538
ة و
de M. Mariette , par M. Chriftiano , fameux
Médaillifte , fur les originaux du
Cabinet du Roi , de M. le Duc d'Orléans
& de plufieurs Princes & Ducs Etrangers.
M. de Fleurieux en mettant fon recueil
fous les yeux de la Compagnie , a fait
fans y penfer , l'éloge de fon goût pour la
belle antiquité.
Sur l'Allégorie pitorefque.
Des réfléxions fur la difficulté qu'il y a
de réuffir dans la Peinture purement allégorique
, font l'objet d'un Mémoire de M.
Clapaffon . De quelques talens , dit - il
que les Peintres foient pourvûs , il eft rare
qu'ils réuffiffent dans les fujets où il
n'entre que de l'Allégorie. 11 eft prefque
impoffible , continue-t-il , qu'avec les feules
figures de ce genre , ils puiffent exprimer
leurs idées de maniere qu'elles foient
fen Gibles pour les fpectateurs . Après avoir
apporté les raifons de cette difficulté , il
en donne une preuve exiftante dans les
plafonds de l'Hôtel-de-Ville , & du Palais
de Lyon . L'ordonnance , les expreffions
& le coloris de ces peintures , font fouhaiter
que ces avantages fuffent réunis à
quelques traits d'hiftoire connus & bien
choifis.
La compofition allégorique ne doit
70 MERCURE DE FRANCE.
donc être mise en oeuvre que dans une néceffité
abfolue , & en ce cas il faut que
les figures tracées foient en petit nombre
& ailées à reconnoître .
Expérience pour faire éclore les oeufs de
poule.
Quelques perfonnes de cette Province
ayant tenté de fuivre les leçons tracées
par M. de Reaumur dans le Livre qu'il
publia l'année derniere touchant l'art de
faire éclore & d'élever les oifeaux domef
tiques M. de Ruolz a fait part à l'Académie
du procédé & du fuccès d'une jeune
Demoiselle de cette Ville , qui dans le
mois d'Août & de Septembre derniers
fit éclore dans la campagne un très- grand
nombre de poulets , en expofant les oeufs
pendant trois ſemaines à la chaleur du fuinier
, fuivant les précautions de M. de
Reaumur , fur lequel on ofe affurer qu'elle
a rencheri,
Les bornes qui font ici prefcrites ne
permettent pas de rapporter tout ce que
M. de Ruolz nous apprend d'intéreffant ;
on ne peut s'en dédommager que par la
lecture même de l'Ouvrage de M. de Reaumur.
Le fuccès de cette jeune perfonne.
doir encourager à fuivre fon exemple.
JUI N. 1753.
7 F
}
Sur la Cataracte
M. Olivier qui a donné ce Mémoire
penfe que l'opération de la cataracte eſt
fouvent inutile , parce qu'il croit que le
cristalin abattu , ne peut demeurer fixe là
où l'éguille de l'operateur l'a placé , n'y
étant retenu par aucune caufe apparente .
Il craint que lorfque la malade fe donnera
quelque mouvement , le criftalin revienne
vis à- vis la prunelle. Pour remedier à cet
inconvénient , M. Olivier propofe 1º . de
déplacer le cristalin de fon chaton à la maniere
ordinaire, 2° . Après l'avoir déplacé,
de l'extraire hors de l'oeil . Mrs S. Yves &
Petit ont extrait des criſtalins qui avoient
paffé dans la chambre anterieure , ils ont
travaillé l'un & l'autre fur la partie anté
rieure de l'oeil , fur la cornée tranfparen
te , ils ne pouvoient pas fe tromper. L'o ,
pération que propofe M, Olivier est infi
niment plus délicate , parce qu'il est très.
difficile de déterminer précisément l'en,
droit où doit le faire l'ouverture pour l'ex
traction du cristalin de la chambre pofté
rieure , qui comme l'on fçait eft extrêmement
petite , fi l'on incife trop en avant ,
on endommagera le cercle ciliaire ; fi l'on
coupe trop en arriere , on portera la poin
te de l'inftrument dans l'humeur vitrée :
72 MERCURE DE FRANCE.
cependant il faut avouer que quoique dif
ficile , elle n'eft pas abfolument impoffi
ble ; c'eft aux opérateurs à bien prendre
leurs dimenfions.
La cataracte caféeuſe , de même que
celle qui provient d'un coup dans l'oeil ,
font les feules , fuivant M. Ölivier , dont
ont doit attendre la maturité , & dont il
préfume que le malade ne fçauroit guérir
radicalement , qu'autant qu'on aura re
cours à la double opération dont on vient
de parler.
Pour les autres efpeces de cataracte , il
n'eft point du fentiment d'en attendre la
maturité , il croit même qu'elles font plus
aifées à guérir récentes , que confirmées.
Dans ce deffein , il a inventé un nouvel
inftrument qu'il appelle Kenembatome ; il
eft compofé de trois piéces , fçavoir : 1º
d'une aiguille à cataracte ordinaire , 2º.
d'une canulle d'argent dans laquelle entre
l'aiguille femblable à celle du trocar , inf
trument dont on le fert pour faire la ponc
tion aux hydropiques. La troifiéme piéce
de cet inftrument eft une feringue qui s'a
dapte à la canulle , de forte qu'après
avoir incifé à la maniere ordinaire , &
avoir dilaté la playe avec la même aiguil
le , il n'eft queftion que d'adapter la feringue
à la canulle , & de pomper le mate
ricl
JUIN. 1753. 73
riel de la cataracte qui n'eft pas encore durcie
, car cette opération eft principalement
propofée pour les cataractes commençantes
, & quand même elles auroient déja
acquis quelque confiftance , M. Olivier
croit que l'Opérateur pourroit adroitement
les divifer , foit avec l'aiguille une
fois introduite , foit avec l'extrêmité de la
canulle , & les ayant ainfi réduites en petites
parcelles , elles pourroient être afpirées
par la petite feringue. Il ajoute qu'au
cas que l'on s'apperçut qu'il en fût refté
quelque fragment dans l'oeil , il conviendroit
d'y pouffer quelques injections avec
l'eau rofe , ou d'autres médicamens appropriés.
Réflexions fur la feconde pouffée , qui arrive
quelques fois aux Maronniers d'Inde.
Les Phénomenes les plus rares ne paroiffent
furprenans , que parce que leur
caufe eft inconnue , & quoiqu'elle foit
fouvent très - près de nous , ce n'eft cependant
qu'avec beaucoup de tems & d'attention
qu'on peut la découvrir. M. Morand ,
Médecin de la Faculté de Paris , un de nos
affociés , nous a communiqué fes recherches
fur la feconde pouffée des maronniers
d'Inde ; ayant remarqué avec étonnement
que quelques -uns de ces arbres , après s'ê-
I. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE .
tre dépouillés en automne , fe parent tout
d'un coup de nouvelles feuilles & de
nouvelles fleurs à la fin d'Octobre , & juſqu'au
milieu de Novembre , tandis que
toutes les autres plantes ayant payé le tribut
à la Nature paroiffent fans vie , & que
leurs triftes dépouilles éparfes fur la terre
fans éclat & fans couleurs , font le jouet
des vents.
M. Morand , après avoir prouvé que
cette feconde pouffée ne devoit point être
attribuée à la qualité du terrain , ni à l'expofition
de ces arbres , ni à plufieurs autres
caufes qui fe préfentent naturellement
à l'efprit , affure avoir remarqué plufieurs
années de fuite , que les chenilles avoient
mangé durant l'été toutes les feuilles des
arbres , qui faifoient le fujet de fes rechetches
& de fes obfervations : la féve deftinée
à la nourriture de ces feuilles ne les
trouvant plus , fera reftée dans le tronc &
dans les branches de l'arbre , mais y étant
accumulée au bout d'un certain terme , elle
a dû néceffairement donner une nouvelle
parure à ces arbres.
Remarque fur le Corail.
Parmi plufieurs piéces de l'Hiftoire Naturelle
que la Société Royale vient de recevoir
, on obferve un madrepore , auquel
J. U IN . 1753..
75
tiennent naturellement trois petites plantes
de corail , l'une tombe perpendiculairement
en bas , ayant vegeté fur le fond
d'un coquillage attaché au madrepore ;
l'autre a crû de bas en haut de deffus un
amas de corps marins , & la troifiéme eſt
née le long de la tige fe préfentant de travers.
fes
L'examen de ce curieux morceau , nous
a fait conclure que M. le Comte de Marfigli
s'eft trompé , lorfqu'il dit à la page
109 , de fon Hiftoire phyfique de la mer ,
que le corail croît de telle forte que
rameaux tombent perpendiculairement
vers le centre de la terre : erreur qu'il répéte
à la page 117 , où il prétend que le
corail vegete la tête en bas .
نم
Tables des quotiens pour tous les divifeurs
depuis 2 jufqu'à 10000 , & pour dividende
quelconque.
M. l'Abbé Dugaiby , Auteur de ees
Tables , a donné un Mémoire qui les annonce
, & qui en donne une explication .
Ceux qui ne font point familiers avec
le calcul , dont le fçavoir eft borné aux
régles de l'addition & de la fouftraction ,
Le trouvent affranchis par les comptes faits
de Barrême , des difficultés & des erreurs
de la multiplication .
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Les Tables que donne M. Dugaiby , &
que l'on peut pouffer plus loin , ne font
pas moins utiles. La divifion eft bien plus
difficile que la multiplication , & plus
fujette à erreur. Combien de perfonnes
qui peuvent le paffer des comptes faits ,
& à qui il ne manque que le fecours de
ces Tables pour faire ufage des quatre
opérations de l'Arithmétique Un Auteur
eft bien dédommagé de l'application & de
l'ennui de fon travail , quand il l'épargne
ainfi aux autres.
Sur le rang que doivent tenir les ouvrages and
ciens modernes , tant pour la peinture
la fculpture que pour l'architecture.
Quoiqu'il foit difficile de comparer avec
quelque équité les édifices modernes qui
fubfiftent dans leur entier avec les anciens
qui font en partie ruinés , cependant les
anciens , ignorant abfolument l'art de la
coupe des pierres , n'ont pû éviter les ennuyeufes
répétitions de leurs combinaifons
, au lieu que cet Art ayant procuré
aux ouvrages modernes des embelliffemens
ingénieux , gracieux & variés , met l'architecture
moderne au- deffus de l'ancienne.
La même difficulté de comparer les tableaux
antiques , encore moins confervés
JUIN. 1753-
77
que les bâtimens avec les tableaux modernes
, eft applanie par la comparaifon de la
peinture ancienne avec la fculpture ancienne
. M. de la Monce remarque 1 °.
que nous avons aujourd'hui des ſtatues anciennes
& très- entieres ; 2 °. que les Auteurs
anciens ont fort loué ces ftatues ;
3. que ces mêmes Auteurs ont auffi fort
eftimé les tableaux contemporains de ces
mêmes ftatues. De ces trois réflexions il
conclud judicieufement que les peintures
anciennes étoient excellentes , puifqu'el
les ont été trouvées telles par des Auteurs
qui ont porté le même jugement des ftatues
, qui prouvent encore aujourd'hui le
goût & le difcernement de ces Auteurs.
Notre habile Critique obferve , que fi
les anciens fe font attirés les louanges les
plus légitimes par le fublime de la correction
du deffein , de fes proportions , &
fur tout des expreffions ; les modernes
ne leur font point inférieurs dans tous ces
points. Il penfe auffi que les Coloriſtes
Vénitiens & Flamans ont égalé , ou peut.
être furpaffé le coloris de Zeuxis.
Jufques- là les uns & les autres vont de
pair , mais trois chofes décident la queftion
en faveur des modernes ; la premiere
eft que l'on n'obferve point dans leurs ouvrages
une certaine froideur , & une roi-
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
deur fréquente dans les membres des fculp
tures les plus eftimées des anciens , défaut
qui felon toute apparence , exiftoit aufff
dans leurs peintures . La feconde eft que
les habiles Peintres & Scalpteurs modernes
ont perfectionné la forme des femmes
& des enfans . La troifiéme enfin eft ,
qu'ils ont donné aux grouppes une tournure
plus gracieufe que les anciens , une
vraisemblance mieux contraftée & plus artifte
, far tout dans les bas reliefs .
Sur les étranglemens dans les tayaux
des Pompes
L'expérience femble être en contradic
tion avec la théorie fur le calcul des forces
néceffaires pour élever l'eau , lorfque les
tuyaux font plus petits
petits que le corps de
pompe , ou lorfque le paffage de l'eau eſt
retréci , foit par les foupapes , foit par quelqu'autre
étranglement dans les tuyaux.
Il eft démontré que deux ouvertures iinégales
ne peuvent donner une même quan.
tité d'eau , que lorfque les forces motrices
font en raifon inverfe des quarrés de ces
ouvertures. Ce principe eft vrai , mais les
conféquences que de bons Auteurs en ont
tirées dans leurs ouvrages , produifent dans
le calcul de plufieurs fortes de pompes ,
des differences que les Praticiens ne veu
JUIN. 1753. 79
lent pas adopter , fe croyant en droit d'y
oppofer leur expérience journaliere. Un
exemple des plus récens , eft la machine
conftruite fur les remparts de cette Ville ,
pour fournir aux jets d'eau de la Place de
Louis le Grand ; deux chevaux fuffifent à
fon mouvement , quoiqu'il en fallûr un
nombre prodigieux , fi l'on fait à la lettre
les raifonnemens d'un de nos meilleurs
Auteurs & des plus modernes. T
L'importance de cette queftion a engagé
M Mathon à chercher d'où venoit
l'erreur dans l'application du principe , il
a divifé fon Mémoire en deux parties. La
premiere traite de la force néceffaire au
pifton pour refonter : la feconde de celle
qu'il lui faut pour afpirer. Il examine dans
ces deux cas quels effers produit le défaut
d'égalité entre le corps des pompes , & les
Tuyaux ou les ouvertures des foupapes.
Dans les tuyaux montans ou de refoulement
, l'étranglement du tuyau exige à
la vérité que les forces foient en raiſon
inverfe des quarrés des ouvertures. Mais
cela doit s'entendre feulement de la portion
de force qui fert à pouffer l'eau , &
à la faire fortir avec une viteffe déterminée
, & non de celle qui eft en équilibre
contre la pefantear de la colomne qu'on
éleve , & qui empêche le pifton d'être re-
D iiij
So MERCURE DE FRANCE.
pouffé en atriere. De- là fuit que les étran
glemens des tuyaux font peu nuifibles
lorfque l'eau ne doit y paffer qu'avec une
vitefle médiocre , ce qui eft le cas le plus
ordinaire.
Il n'en eft pas de même des tuyaux d'afpiration
, les étranglemens y diminuent
confidérablement la preffion , avec laquelle
la furface inférieure du pifton eft pouf
fée en haut par l'eau qui monte dans ce
tuyau , & par conféquent il en refte plus
expofé à celle par laquelle le poids entier
de l'atmoſphere la pouffe de haut en
bas.
M. Mathon ayant appliqué ces principes
à la machine qui fournit aux jets
d'eau de la Place de Louis le Grand , dont
le rapport du corps de pompe à l'ouverture
des foupapes , eft à peu près comme
celui de 62 à 1 , conclut de ces calculs que
deux chevaux peuvent fuffire à fon mouvement
, & que l'étranglement produit
par les foupapes des tuyaux montans , n'oc
cafionne pas une augmentation de force
motrice d'une livre entiere , tandis que
celui des foupapes des tuyaux d'afpiration
en exige une d'environ vingt- deux
livres.
JUI N. 1753. 81
Machine approuvée par la Compagnie.
Meffieurs Delorme & Goiffon ont examine
par ordre de la Compagnie un rouet
à quatre guindres pour devuider la foye ,
que le Sieur Claude Raymond , Fabriquant
en étoffes de foye , a préfenté à l'Académie
le dix huitiéme Novembre 1750,
dont le principal avantage eft d'occuper
moins de place que le rouet en ufage , à
caufe de la pofition qu'il a donnée à fa roue
entre les deux pieds de derriere du rouet
qui fe trouve par- là dégagé de la place que
cette roue occupoit au-devant en retour
d'équerre fur une fole traînante. Ces Meffieurs
ayant fait leur rapport ,
La Compagnie a jugé que ce rouet occupe
moins de place que l'ancien , que fa
Ioue eft dans une pofition plus folide , &
qu'il eft difpofé à recevoir le jour plus fa
vorablement que la perfection que le
Sienr Claude Raymond lui a donnée par
ce changement fans rien perdre de fes
avantages , rend cette conftruction utile &
préferable à l'ancienne.
Obfervations météorologiques , faites à Tours
en 1750 , par M. Burdin , Académicien
affocié.
L'hiver y a été affez doux & pluvieux ,
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
il n'y a eu que quelques legeres gelées les
premiers jours de Janvier , le quatrième du
même mois le thermométre de Lyon eft
defcendu à trois degrés au- deffous de la
congélation , & le trentiéme Décembre à
quatre degrés.
Le jour le plus chaud a été le vingtdeuxième
Juillet à 36 degrés , à trois heu
res après midi .
Ces degrés de chaleur & de froid font
bien differens des fuivans obfervés à Lyon
dans la même année .
Obfervations météorologiques , faites à l'Obſer
vatoire de Lyon , par le Pere Beraud, en
1750.
Le plus grand froid arrivé à Lyon le
fixiéme Janvier & le quatrième Décembre
1750 , a été marqué au thermométre de
Lyon à 8 degrés ,, au- deffous du point de
la congelation au lever du Soleil , & à celui
de M. de Reaumur à l'efprit de vin , à
7 degrés-
La plus grande chaleur à trois heures
après midi le vingt- deuxième Juillet , a été
marquée au thermométre de Lyon , à 34
degrés , an- deffus de la congelation , &
à celui de M. de Reaumur à 30 degrés.
JUIN. S3 1753 .
A CATE N N E.
Le Pere Beraud en comparant les obſervations
qu'il a faites au grand Collége avec
celles qu'il a reçues de Rouru , près de
Cayenne , dont la latitude feptentrionale
eft de 4 degrés 56 m. trouve qu'il s'en faut
bien que les grandes chaleurs qu'on éprouve
dans la Zone torride , égalent les grandes
chaleurs que nous reflentons ordinairement
pendant l'été à Lyon , & dans les
climats voifins , car les plus grandes chaleurs
de Cayenne pendant fon été de Septembre
1749 , & pendant fes deux étés
de 1750 , n'ont fait monter le thermométre
de Mercure , à la divifion rappor
tée à celle du thermométre de Lyon , qu'à
30 degrés au-deffus de la congelation , &
2 ou 3 fois feulement à 31 degrés ; &
ici le vingt-deuxième Juillet de la même
année 1750 à 34 degrés & , c'est à dire ,
qu'alors nous avions une chaleur fupérieure
à la plus grande de Cayenne de 3 degrés
: les 15 , 21 , 23 & 27 du même
mois , notre thermométre marquoit 32 ; ›
notre chaleur alors furpaffoit donc la plus
grande de Cayenne d'un degré 4
4
L'année précédente notre thermométre
monta jufqu'à 36 degrés le treiziéme
1
Dvj
$4 MERCURE DE FRANCE.
Juillet. Nous avions donc alors 5 degrés
de chaleur de plus qu'on n'en a- en été dans
la Zone torride , d'où l'on doit conclure
que les chaleurs fous les tropiques , &
près de la ligne ne font pas auffi infuppor
tables qu'on l'imagine , & qu'elles ne font
accablantes pour les Européens que par
leur continuité .
Obfervation fur le Barométre en 1750.
La plus grande hauteur dans les barométres
lumineux ou Phofphores , a été
obfervée à Lyon le vingt- huitiéme Janvier
, à 28 pouces 3 lignes . La moindre
hauteur le 16 Novembre à 26 pouces 9
lignes & demie.
La hauteur moyenne du barométre à
Lyon , eft à 27 pouces 6 lignes , comme
l'a fixée le Sieur Cafati , dans l'imprimé
dont il orne fes baromètres .
Enfuite M. Delorme a lû un Mémoire ,
intitulé : Plafond de briques pour garantir
de l'incendie , fans pouffée contre les murs ,
fupporté à cet effet par des poutres recou
vertes auffi de briques , joignant à la folidité
la propreté & l'économie.
Dans la premiere fection , l'Auteur par
court les differentes conftructions de planchers
& de voûtes en ufage , qui peuvent
retarder ou empêcher la communication
JUIN. 1753 85
du feu. Il entre dans des détails fur les
avantages relatifs de ces conftructions ,
fur leurs inconvéniens & leurs défauts ,
fans omettre leur dépense.
Dans la feconde , il donne la conftruction
des plafonds de briques , qui font
des voûtes extrêmement furbaiffées entre
deux poutres qui leur fervent d'appuis &
de retenues contre leur pouffée .
Un plafond peut être compofé de plufeurs
de ces voûtes formées fur un arc de
6 à 8 pieds de portée , & de 8 à 10 pou
ces de fléche , que l'on peut terminer par
des arrieres voufures. de Saint Antoine .
Leur épaiffeur eft de 3 pouces , largeur de
leurs briques ; leurs naiffances ne font pas
appuis directement deffus les poutres ,
mais fur les côtés vers la furface inférieure
, où elles trouvent des entailles propres
à les recevoir ; par cette difpofition la
poutre le trouve enveloppée par les côtés :
il ne reste donc que la furface inférieure
à mafquer pour la garantir du feu . A cer
effet il convient de la couvrir de briques
auffi larges qu'elle a d'épaiffeur, qui feront
tenues par des têtes plattes de cloux à vis
entre leurs joints. Le poid de ces voûtes
chargées d'un peu de terre pour recevoir
le carrelage , n'excéde que de peu celai
des folives & des planches que l'on fuppri86
MERCURE DE FRANCE.
me entierement , & il n'exige pas de plus
fortes poutres. La réfiftance de ces plafonds
eft , felon M. Delorme , à l'épreuve
des fardeaux & des ébranlemens continuels
des ouvroirs & manufacturés . Il n'y
a qu'un feu extrêmement violent qui
puiffe lui donner atteinte , & dans ce cas
fa chute arrête & met fin à l'incendie.
Il rapporte dans la troisiéme & derniere
fection plufieurs avantages de l'ufage de
ces plafonds ; outre fon objet de garan
tir de l'incendie , il lui reconnoît la folidité
des voûtes de maçonnerie fans en
avoir l'épaiffeur , la pouffée ni la courbure ;
ils font à l'abri des vapeurs qui pénétren
& périffent les planchers chez les Teintu
riers , Chapeliers , & c . Leur conftruction
préfente une économie d'un quart de la
dépenfe des feuls planchers ; il n'en tombe
point de pouffiere , & ils ne donnent
aucun azile aux rats. Le bruit d'un étage à
l'autre en eft plus fourd , & leur difpofition
les rend fufceptibles de toutes les décorations
en plâtre.
La Séance a été terminée par un Mémoire
qu'a lû M. Gavinet , fur l'Opium
d'Egypte & de France , dont l'Extrait a été
donné dans l'affemblée publique du deuxićme
Décembre 1750.
JUIN. 87 1753.
Le mot de l'Enigme du mois dernier eft.
La Confcience. Celui du premier Logogryphe
et Conftantinople , dans lequel on
trouve Conftantin , Antiope , Alife , Afie
Tite , Capitole , Antoine , Cinna , Spinola
Anne , Reine d'Angleterre , Totila , Lais
& Plorine , femme de Trajan. Celai du fecond
Logogryphe eft.Vifages dans lequel
on trouve age , Gave , riviere du Bearn ,
vie , Agis , avis , Ives , as , Ea, vafe , Aſie,
gai , vis , Vega , Ave , fi & geai,
ENIGME.
I'D S 15
N me titre d'image , & pour original
On me donné une four cadette ;
Voilà qui s'accorde affez mal :
Quelques Sçavans l'ont dit , le peuple le repete.
C'eſt fort mal taifonner , n'en déplaife aux Sça
vans ,
Car elle eft ma cadette au moins de neuf cens ans.'
Je renie à jamais cette laide Megere ,
Je la méconnois pour ma foeur ;
Le monde entier ne pouvant s'en défaire ,
Ne la fouffre qu'avec horreur :
Mais moi , pour ma douceur , par tout on me dés
fore 2
88 MERCURE DE FRANCE:
Quoique fur les mortels j'éxerce un grand empire;
Et que je prime en tous lieux , en tous tems ,
Sur les petits & fur les grands.
Avec Phoebus je partage mon regne ,
Sans que perfonne me dédaigne ;
Pendant qu'il eft dans les bras de Thétis ,
Je difpofe & j'ordonne , avoué de Thémis.
Four éxercer mes droits , la nature me poſe
Au faîte d'un Palais
Dont elle tient la porte cloſe ,
Lorfque mon peuple fe repole
Sur mes loins & qu'il vit en paix.
J'adoucis , à mon gré , l'efprit le plus farouche
Tous les habitans de la mer ,
De la terre & de l'air ,
Je les charme quand je les touche.
Sans partialité , je donne même rang
A l'idiot comme au ſçavant ;
Sans diftinguer ni le fexe , ni l'âge ,
Je traite également le fou comme le fage.
Je pétris l'embonpoint , les rofes & les lys
Par moi font répandus fur le teint de Philis.
Pour abreger enfin un trop long étalage ,
Il eft tems de finir , fi tu m'as decouvert ,
Ménage- moi , Lecteur ; malheur à qui me perd.
JUI N.
89 1753:
LOGOGRYPHE.
L'Homme dont la boiffon
Offufque la raifon ,
Un Archevêché d'Etrurie ;
Un fameux Royaume d'Afie :
Le héros dont Méduſe éprouva la valeur ,
Et qu'Andromede eut pour libérateur.
Un ferpent vivipare ;
Qu'on me paffe ce mot , je conviens qu'il eft rare
Mais il eft expreffif. Un ancien Auteur ,
Poëte fatitique ;
Un Port de mer jadis celebre dans l'Attique :
Un Office canonial.
Le dernier des efforts qu'en Sorbonne on deman
de
Des Lettres afpirans au bonnet Doctoral ;
Une forte de réprimande :
Certain infecte , & parmi les oifeaux ,
Un dont le nom fe donne à maints chevaux.
La femme féductrice
Qui fut au genre humain
La fource de toute injuftice.
Un Pontife Romain ;
Ce qu'on adreſſe à Dieu pour le rendre propice :
Un fymbole adopté
Pour la fragilité.
90 MERCURE DE FRANCE.
J'en ai bien dit affez , Lecteur , fi tu tranſpoſes , .
Tu peux , de mes neuf pieds , former toutes ces
chofes ;
Dans le fort d'un Nifus & de Dedalion ,
Sans le fecours d'Edipe , on découvre mon nom :
Mon mérite , au furplus, pour la pêche ou la chaffe ,
Peut me développer fous l'une ou l'autre face.
AUTRE.
Quoique chimérique & frivole ,
Des héros & des beaux efprits
Je fuis l'impérieufe idole :
Ces exploits éclatans , ces fublimes écrits ,
Confacrés avec fafte au temple de Mémoire ,
Me doivent la plupart , & leur être & leur prix ,
Ainfi que ces grands noms qui brillent dans l'Hif
toire.
La paffion pour moi , dans des fiécles d'erreur
Paffa pour la vertu fuprême ;
Mais la foi me lançant fon terrible anathême ,
Me rendit un objet d'horreur ;
De prefque tous les coeurs , malgré fa juſte haine ,
Je fuis encor la fouveraine.
De mes fix pieds , Lecteur , l'arrangement divers
T'offre un métal , un mortel reſpectable ,
L'inftrument qu'en fa main porte le Dieu des Vers,
De l'equité l'oracle redoutable ,
JUIN. 91 .
1753 .
Un terrein environné d'eau ;
>
D'un ordre un peu fufpect la fombre bafilique ,
Une espece de grain , un oifeau domeſtique
Ce qui reste au fond du tonneau ,
L'organe délicat fans lequel la lumière
Nous affecteroit vainement ,
L'embarras d'un acteur , un Saint , une riviere :
Ce detail te fuffit , Lecteur , affurément.
HR IN EN 13Fan
A
NOUVELLES LITTERAIRES.
BREGE' de la Médecine pratique ,
ou nouvelle pharmacopée, contenant
en racourci tout ce qui eft effentiel & néceffaire
pour remplir toutes les vûes d'un
Médecin pour la guérifon des maladies ,
avec un Commentaire fur chaque formule
pour montrer la maniere de l'appliquer
aux cas particuliers ; & une table des ma
ladies & des remedes qui leur font propres.
Ouvrage composé par l'ordre de fon
Alteffe Royale le Duc de Cumberland
pour les Médecins , Chirurgiens , le Chirurgien
général & Apoticaire général de
l'armée du Roi ; traduit de l'Anglois &
enrichi de notes . Par M. D. M. Etudiant
en Médecine . A Paris , chez Thiboust
Place de Cambray & Ganneau , rue S,
92 MERCURE DE FRANCE.
Severin , aux Armes de Dombes & à Sa
Louis. 1753. 1. vol .
On voit affez par le titre quel eft le but
de cet Ouvrage . Les notes que le Traducteur
y a ajoutées concernent la préparation
des Médicamens dont il eft parlé
dans ce Livre , fuivant les procédés de la
pharmacopée de Londres & d'Edimbourg.
Un Ouvrage de cette forte peut occafionner
bien des abus & ne peut être utile
qu'aux gens de l'art qui fçauront apprécier
le mérite de ces formules & diftinguer les
cas où elles conviennent , de ceux où el
les feroient dangereuſes.
CURIOSITÉ's de l'Eglife de Notre
Dame de Paris , avec l'explication des
Tableaux qui ont été donnés par le corps
des Orfevres. A Paris , chez Gueffier , Parvis
Notre - Dame. 1753. Brochure in - 12 ,
de 103 pages.
SINGULARITE's diverfes en Profe
& en Vers. A Cosmopolis , & fe trouvent à
Paris , chez Durand , 1753. in- 12 . V. I.
DANS le premier Mercure du mois de
Juin dernier , on a annoncé au Public un
I ivre intitulé , Traité de la conftruction &
des principaux usages des Inftrumens de Ma
JUIN. 1753.
93
(
thématique. Par le S. N. Bion , Ingénieur
du Roi , pour les Instrumens de Mathématique.
A Paris , chez Charles-Antoine fombert
, rue Dauphine 175 2 .
Voici comme cet Auteur au Liv. III.
ch . I. pages 68 & 69 , article du compas
de réduction à tête mobile , s'explique fur
la conftruction de la ligne des polygones
de cet inftrument.
ל כ
» Divifez , dit il , en deux parties égales
» la jambe du compas de réduction ; preffez
avec le compas commun ſa moitié
jufte , & la portez à l'ouverture des chiffres
6 , de part & d'autre de la ligne des
polygones du compas de proportion ,
lequel reftant ainfi ouvert , prenez l'ouverture
des chiffres 3 pour le triangle
» équilateral, & portez - la fur la jambe du
» compas de réduction , commençant par
l'extrêmité de ladite jambe fur laquelle
» vous marquerez le même chiffre 3 : pre-
» nez enfuite l'ouverture des chiffres 4 fur
4
>> le compas de proportion pour le quar-
» ré , portez fur la même jambe du même
* côté , pour y marquer le même nombre
" 4 , &c. ». L'Aureur opere de même pour
les autres polygones.
L'inftrument divifé de cette maniere ne
fervira jamais à iufcrire des polygones réguliers
, dans tel cercle que l'on voudra ;
94 MERCURE DE FRANCE.
parce que l'inftrument n'eft pas divifé Telon
la raifon du cercle à chaque côté des
polygones . Dans le compas de proportion,
la raifon du rayon ou du côté de l'exagone
aux côtés des autres polygones infcriptibles
dans le même cercle, fuffit ; parce
que le centre étant fixe , le même rayon
fubfifte toujours. Mais dans le compas de
réduction , comme le centre eft mobile , il
s'enfuit que la raifon du rayon ne peut
point être la même pour tous les polygones
; & que par conféquent un des côtés
de l'inftrument doit être le rayon du cercle
, & l'autre la corde du polygone ; de
même que dans la ligne des parties égales
, un des côtés de l'inftrument , eft par
exemple , la quatrième partie de l'autre côté.
Or l'Auteur fuppofe que la raifon du
rayon eft la même pour tous les polyganes
, dont l'inſtrument n'eft pas divifé comme
il le doit être.
Conftruction de la ligne des Polygones du
Compas de réduction.
Par exemple , pour le triangle , prenez
du centre du compas de proportion la diftance
au point 6 qui marque le rayon ou
le côté de l'exagone qui lui eft égal ( Eucl.
Liv. 4. prop. 15. ) & portez - la fur une ligne
indéterminée ; prenez enfuite la difJ.
U. IN. 1753. 95
tance du même centre au point ; quimarque
le triangle , & portez- la fur la même
ligne indéterminée , depuis le point où a
fini le côté de l'exagone , jufqu'à l'endroit
où cette diftance fe rencontrera :
ces deux diftances ajoûtées ainfi au bout
l'une de l'autre , compoferont une ligne
divifée en deux parties inégales, qui con
tiendront la raifon de la corde de l'exagone
à celle du triangle. Divifez proportionnellement
à cette ligne, la longueur du
compas de réduction (par la prop. 10 .
du 6. Liv. d'Euclide ) vous aurez un inftrument
qui fera propre à infcrire dans
un cercle propofé , un triangle équilateral.
Les autres polygones fe trouveront de la
même maniere, en prenant toujours la dif
tance du centre du compas de proportion ,
au rayon ; en y ajoûtant la diftance du même
centre , au point qui défigne le polygone
demandé , & divifant la longueur
du compas de réduction proportionnellement
à cette ligne faite de deux diftances.
Nous avons dreffé une table qui facilitera
cette conftruction , le
, par moyen de
l'échelle de 1000 parties. Elle eft compcfée
de cette maniere : par exemple , pour
le triangle , on prend le finus de 60º . moi .
tié de l'angle , au centre du triangle , & ce94
MERCURE DE FRANCE .
fe parce que l'inftrument n'eft pas divifé lelon
la raifon du cercle à chaque côté des
polygones . Dans le compas de proportion ,
la raifon du rayon ou du côté de l'e'exagone
aux côtés des autres polygones inf.
criptibles dans le même cercle, fuffit ; parce
que le centre étant fixe , le même rayon
fubfifte toujours . Mais dans le compas de
réduction , comme le centre eft mobile , il
s'enfuit que la raifon du rayon ne peut
point être la même pour tous les polygones
; & que par conféquent un des côtés
de l'inftrument doit être le rayon du cercle
, & l'autre la corde du polygone ; de
même que dans la ligne des parties égales
, un des côtés de l'inftrument , eft par
exemple , la quatrième partie de l'autre côté.
Or l'Auteur fuppofe que la raifon du
rayon eft la même pour tous les polygones
, dont l'inſtrument n'eſt pas divifé comme
il le doit être.
Conftruction de la ligne des Polygones du
Compas de réduction.
Par exemple , pour le triangle , prenez
du centre du compas de proportion la diftance
au point 6 qui marque le rayon où
le côté de l'exagone qui lui eft égal ( Eucl.
Liv. 4. prop. 15. ) & portez -la fur une ligne
indéterminées; prenez enfuite la difJ
U IN . 1753. 25
tance du même centre au point ; quimarque
le triangle , & portez - la fur la même
ligne indéterminée , depuis le point où a
fini le côté de l'exagone , jufqu'à l'endroit
où cette diftance fe rencontrera :
ces deux diſtances ajoûtées ainfi au bout
l'une de l'autre , compoferont une ligne
divifée en deux parties inégales , qui cons
tiendront la raifon de la corde de l'exagone
à celle du triangle. Divifez proportionnellement
à cette ligne, la longueur du
compas de réduction (par la prop. 10 .
du 6. Liv. d'Euclide ) vous aurez un inftrument
qui fera propre à infcrire dans
un cercle propofé , un triangle équilateral.
t
Les autres polygones fe trouveront de la
même maniere, en prenant toujours la diftance
du centre du compas de proportion ,
au rayon ; en y ajoûtant la diftance du même
centre , au point qui défigne le polygone
demandé , & divifant la longueur
du compas de réduction proportionnellement
à cette ligne faite de deux diftances.
Nous avons dreffé une table qui facili
tera cette conftruction , par le moyen de
l'échelle de 1000 parties. Elle eft compcfée
de cette maniere : par exemple , pour
le triangle , on prend le finus de 60 ° . moi .
tié de l'angle , au centre du triangle , & ce96
MERCURE DE FRANCE.
lui de 30. moitié de l'angle , au centre
de l'exagone , enfuite on fait cette analo.
gie.
Comme la fomme des deux finus 136602
eft au finus de 60d. pour le triangle 86602
ainfi la longueur du compas
eft au quatriéme terme qui eft • •
1000
. 633
+ 132934
135602.
Ce quatrième terme eft celui que l'on
a mis dans la table , en y ajoutant une
unité , parce que la fraction excéde la moitié
du divifeur & que l'on la néglige . Si
on retranche 634 de 1000 , le refte 366
fera le rayon ou le côté de l'exagone.
Voyez la table inferite : Table pour la
conftruction de la ligne des Polygones.
Quoique M. Bion n'ait pas parlé de la
ligne des plans , ni de celle des folides ,
on pourroit cependant les mettre aufli fur
Pinftrument par le moyen des tables qui
fe trouveront ci- après.
On a pris pour les compofer , les tables
du compas de proportion , qui fervent pour
y conftruire ces lignes ; celles dont nous
nous fommes fervi font celles d'Henrion.
Celle des plans eft celle qui eft intitulée
pour 100 , & celle des folides pour 125 .
Les tables ne font calculées que jufqu'au
30°. plan ou au 30 ° . folide , parce qu'audelà
JUIN. 1753 97
e là les divifions de l'inftrument deviendroient
trop ferrées. Voici l'analogie dont
on s'eft fervi .
Comme la fomme faite du petit plan
& du plan double .
eft au côté du plan double
ainfi la longueur du compas
241
• · 141
• 1000
eft au quatriéme terme , qui eft . 585 .
+ 's
241.
Les ufages de cet inftrument font les
mêmes que ceux du compas de propor
tion , les démonftrations en font auffi les
mêmes ; mais le compas de réduction l'emporte
fur le compas de proportion , furtout
pour ceux qui font fouvent dans l'ufage
d'augmenter ou diminuer les plans
felon une raifon donnée ; avec le compas
de proportion , il faut changer d'ouvertu
re toutes les fois que l'on change de côté
fur le plan , pour trouver le côté homologue
; au lieu qu'avec le compas de réduction
, lorsqu'on a une fois placé fon centre
fur la raifon propofée , on s'en fert comme
d'un compas ordinaire , un des côtés
donne le grand plan , & l'autre le petit ;
ce qui évite là peine de faire des échelles ,
& ce qui eft plus expéditif que le compas
de proportion .
Les perfonnes qui feront curieufes d'a-
1.Vol. E`
98 MERCURE DE FRANCE.
voir cet inftrument , pourront s'adreffer
à M. Garry , Ingénieur du Roi pour les
inftrumens de Mathématiques , qui demeute
à Paris , fur le Quai de l'Horloge du
Palais , au Cercle entier , proche le Meris
dien . On trouvera aufli chez lui les autres
inftrumens travaillés avec beaucoup de
précision ,
Il donnera la communication d'un manuferit
qui explique la conftruction & l'ufage
du compas de réduction , ou bien il
le fera tranfcrire pour les perfonnes qui
en auront befoin.
TABLE
Pour la ligne des polygones .
Caract. Côtés des polyg. Ray. du cer.
Polygones.
Triangle
Quarré
Pentagone
Exagone
Eptagone 7
49474
634 366
586 414
540 460
6. 5.00 500
462 538
o&ogone 422
578
Enneagone 406
594
Decagone
10
382 618
Undecagone
II
360 640
Buodecagone. 12 342 658
JUI N. 1753. 99
TABLE
Pour les plans.
TABLE
Pour les folides.
Solides Petits Plans Petits
Carac . mult. plans.. Carac. mult. folides.
x
500 500
I 500. 500
585 415 2 . 558
442
3 634 366
3 590 410
4 667 333 4. 614 386
691 309 S 631 369
710 290
'7 725 275
8 739 261
678
645 355
7
657 346
667 333
9 750 250 9 676 324
10 760 240
10 682
318
768
232
11 690 310
12 776 224
12 696 304
13
783 217 13 702 298
14 789
211 14 707 293
IS 795 205 15 711 -289
16 800 200 16
713
287
17
805 195 17 720 280
18 809 191 18
724 276
19
813
187 19
727 273
20 817 183' 20
731 269
21
821 179
21
734 266
22
824 176 22 737
263
23
827 173
23 740 260
-24
830 170 24 743 257
25 833 166 23 445 255
26 836 164 26 747 273
27
840
160 27 750 250
28 841
159 28 752 248
29 843 157 29 755 245
30
845 155 30 757 243
E ij
100 MERCURE DEFRANCE:
LETTRES critiques dans lesquelles
on fait voir le peu de folidité des preuves
apportées par ceux qui pourfuivent la vérification
des prétendues reliques de S.
Germain , Evêque d'Auxerre ; 1 vol . in- 8°.
A Paris, chez la veuve Robineau , Quai des
Auguftins. 1
En 1717 , M. l'Abbé le Beuf apprit d'un
Prémontré octogénaire de l'Abbaye de S.
Marien , qu'on tenoit par tradition des
anciensde leur Maiſon , qu'un coffre fort
placé dans la Bibliotheque & fermé à clef ,
senfermoit des Reliques qui avoient été
tirées de l'Eglife de Saint Germain . Ce
Sçavant obtint en 1718 de deux Religieux
de l'Abbaye , qu'on fît en fa préfence
l'ouverture de ce coffre ; & il s'y
trouva entr'autres chofes , un fac d'une
toile affez fine , fur lequel étoit attaché &
coufu un billet d'une écriture fort ancienné
, dont voici la teneur.
Ces offemens m'ont été remis en main
par
gens pieux , me difant être des reliques de la
chaffe de S. Germain , & qu'il les avoient ramaffées
fur le pavé de l'Eglife dudit S. Germain
, à l'heure même que les Huguenots ruinerent
les Chaffes d'icelle , en l'an mil cing
cent foixante fept. Fait 1607 .
Ce biller eft écrit , dit - on , de la main
d'Edme Martin , Abbé de S. Marien deJUIN.
1753. 101
puis 1598 , jufqu'en 1627. C'étoit un
homme d'une piété auffi folide qu'éxenplaire.
Il attefte dans fon billet que les
perfonnes qui lui ont remis les offemens
en queſtion , étoient des gens pieux : donc
-ils l'étoient véritablement ; donc au moins
il les a crû tels , & par une conféquence
néceſſaire, il n'a pas douté de la fincérité de
leur rapport. Donc nous ne pouvons nous
difpenfer d'en porter le même jugement ;
donc enfin nous devons croire que les of
femens qui furent confiés à cet Abbé, font
les véritables reliques de S. Germain.
Les Lettres que nous annonçons font
écrites pour détruire toutes ces conféquences
, & il nous paroit qu'elles atteignent
leur but ; mais comme nous n'avons vu
qu'une partie du procès , notre opinion
ne doit pas être d'un grand poids.
TABLE générale des matiéres contenues
dans le Journal des Sçavans de l'Edition
de Paris , depuis l'année 1665 qu'il
a commencé , jufqu'en 1750 inclufivement
, avec les noms des Auteurs , les titres
de leurs Ouvrages , & l'extrait des
jugemens qu'on en a portés . Tome 2. A
Paris , chez Briaffon, rue S. Jacques. 1753
in· 4
En rendant compte du premier Volume ,
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
nous avons fait fentir la commodité , l'atilité
, & les autres avantages de cette entrepriſe.
Nous invitons l'Auteur qui l'a
formée , à nous donner un fupplément depuis
1750. Le Journal des Scavans n'a
jamais été auffi bon qu'il l'eft devenu depuis
deux ou trois ans .
LE Quart d'heure d'une jolie femme,
ou les Amuſemens de la toilette . Ouvrage
prefque moral , dédié à Meffieurs les Habitans
des coins du Roi & de la Reine
& précédé d'une Préface fur la Comédie.
Par Mlle de **. A Genève , & ſe trouve à
Paris , chez Jorri.
Un Auteur , un Financier , un Abbé ,
un Magiftrat fe trouvent à la toilette d'une
femme , & lui racontent pour l'amuſer
quelques avantures arrivées à d'autres
toilettes. Ces petits contes font précédés
d'une Préface dans laquelle l'Auteur combat
M. R ***, qui n'avoit loué que deux
de nos Poëtes comiques , Meffieurs Greſfet
& Piron.
Il eft indépendamment de ces deux Auteurs
, dit l'Ecrivain dont nous parlons ,
des concurrens illuftres qui font honneur à
la Scene Françoife , & ce feroit être mauvais
citoyen que de leur refufer la justice
qu'ils méritent.
JUIN. 1753. 103
Deux jeunes Poëtes , déja courronnés
par la voix publique , doivent efperer de
nouveaux fuccès . M. de la Chauffée nous
a intereflé par une action pathéthique &
un intérêt touchant ; M. Deftouches a peint
les Caracteres , M. de Boiffy les Ridicules ;
il reſtoit à mettre dans leur jour l'humanité
& la belle nature , & la perfection.
de ces tableaux étoit réſervée à Mrs de Marivaux
& de Ste Foix ; mais le fatyrique
qui n'admet que deux Auteurs dans le
Temple de Thalie , a exclu ces derniers
avec moins d'aigreur , mais avec autant
d'injustice que les précédens, gardez auſſt,
dit M. R ***. que
Jargon miftique , enfantines féeries ,
Que mit en vogue un paffager fuccès ,
N'aillent perdant le Théatre François ,
Laiffez fêter à l'Opéra Comique ,
Ces jolis Riens que Monet revendique ,
Et qui feront à jamais le rebut
D'un Ecrivain mâle & vifant au but.
Peut -on être auffi injufte pour ne rien
dire de plus ? Depuis long- tems on fait à
M. de Marivaux, le reproche mal- adroit de
mettre trop d'efprit dans fes Comédies :
dans le cours des fuccès mérités du Spectateur
François , il daigna fe juftifier fur ces
reproches ; ceux qui connoiffent le coeur
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
humain fe rangerent de fon parti ; les
petits efprits toujours entêtés , ne voulu
rent point fe détacher de leurs premieres
idees ; mais tout le monde le lut & lui applaudit
ces fuffrages que chaque jour on
voit renouveller fur nos deux Théatres ,
prouvent que reprocher à cet Auteur d'avoir
trop d'efprit , c'eft en manquer , on
abufer de celui qu'on a . J'ai toujours regardé
M. de Marivaux comme le Racine
du Théatre comique , habile à faifir les
fituations imperceptibles de l'ame , heureux
à les développer ; perfonne n'a mieux
connu la métaphyfique du coeur , ni micax
peint l'humanité.
Sentimens nobles , jaloufie élevée
amour propre rafiné , détail Bourgeois
plaifanteries du bon ton , gayeté fubalterne
, tout fe trouve réuni dans les Piéces
de cet Auteur , qui ne font un jargon miftique
que pour ceux qui fuyent les charmes
du ftyle , & qui ignorent le ton du
Théatre.
Refte à juftifier l'Auteur de ces tableaux
ingénieux où la belle nature eft repréfentée
avec les couleurs naïves qui lui font
propres. Ce genre qu'on doit à M. de Ste
Foix , eft un agrément nouveau dont il
enrichit la Comédie , & je regarderai toujours
l'Oracle & les Graces comme des
JUIN. 1753. 109
-
fleurs immortelles dont il a paré le front
de l'aimable Thalie..
En fupprimant ces tableaux tians , copies
fidéles de la nature , on nous enleveroit
nos plaifirs les plus vifs ; mais , difent
ces hommes nés pour tout profcrire , pourquoi
charger le répertoire du Théatre d'un
nombre de Piéces qui mourront avec l'Actrice
adorable qui les foutient ?
Je connois les talens de Mlle Gauffin
& perfonne ne leur rend plus de juftice
que moi ; cependant lorfque je vois Lucinde
, il me paroît qu'elle s'embellit des
charmes de la Piéce ; avec quelle tendre
naïveté elle développe les fentimens de
fon coeur ? eft ce Actrice ou l'Auteur
qu'on applaudit Soyons juftes , & convenons
que fans M. de Ste Foix , Mlle
Gauffin mériteroit moins d'éloges.Suivons
.M. R **. } .
Enfantines féeries ,
Que mit en vogue un paffager fuccès.
C'eftignorer Paris & l'hiftoire du Théa
tre, que de parler ainfi ; les prémices de l'Oracle
furent courronnés par les fuccès dûs
à la nouveauté d'un genre agréable , re-
,prifes tous les ans avec le même éclat ; cette
Comédie fair un des fonds du Théatre ,
& devient, comme difoir l'Abbé Desfon
Ey
106 MERCURE DE FRANCE.
taines , en parlant d'Inés , la manne des
faméliques Comédiens. Si les Graces n'ont
pas le même fort , on ne doit imputer ce
malheur qu'à la nature ingrate.
DISCOURS fur les grandeurs de Je
fus-Chrift , prononcé à Toulouſe le 28
Janvier 1751 , dans l'Eglife Paroiffiale de
Notre-Dame de la Dalbade , deffervie
par les Prêtres de la Congrégation de l'Oratoire.
Par M. l'Abbé d'Héliot , Prêtre ,
Abbé du Perray- neuf, Profeffeur des Libertés
de l'Eglife Gallicane dans l'Univerfité
de Touloufe , Membre de l'Académie
Royale des Sciences , Infcriptions
& Belles Lettres de la même Ville . A Pa
ris , chez Hippolyte - Louis Guerin , 1752.
in-12. 153 PP.
LETTRES Ofman. A Conftantinople.
1753. vol . 3. in- 12.
Ce font les Lettres d'un voyageur Philo
fophe , qui écrit à un de fes amis le réful
tat de les obfervations. Quoique les
moeurs des François foient le principal
objet de fon étude , il parle quelquefois
de littérature , de guerre & de politique ,
& en parle facilement , agréablement ,
ingénieufement. Ce qu'il dit fur le faici
de nous paroît en particulier très bien , &
JUI N.. TTS.3... 107
nous le tranfcririons avec plaifir , fi les
bornes qui nous font prefcrites nous le
permettoient. Quelques morceaux plus
courts mettront le Lecteur à portée de ju
ger par lui-même de la nouveauté que
nous lui annonçons.
Un for , pourvû qu'il foit riche , ne
paroît point en France ce qu'il eft par- tout
ailleurs , c'eft- à- dire , un homme infupor
table.
Un courtisan eft un homme qui ché
rit tout le monde , & qui n'aime perfon .
ne , qui ne blame rien en général , & n'aprouve
rien en particulier ; qui ne dit ja
mais tout ce qu'il penfe , & penſe rares.
ment ce qu'il dit ; qui parle au Miniftreavec
liberté en public , & tremble tête à.
tête avec lui ; , qui eft affable fans être po
li ; qui protége en apparence , & n'oblige
point en effet ; qui dans le plus grand
defoeuvrement conferve toujours l'air oc
cupé & diftrair ; qu'un regard du Souve→
rain enyvre , ou confond ; qu'un mot éléve
, ou fait tomber & difparoître.
Un homme rare , c'est un grand Sei
gneur , qui a du mérite , qui fait beaucoup,
qui ne dit rien , qui fe communiquepeu,
qui craint de parler avantageufements
de lui- même , & de penfer mal des, a
trest
R.Vj
106 MERCURE DE FRANCE.
taines , en parlant d'Inés , la manne des
faméliques Comédiens. Si les Graces n'ont
le même fort , on ne doit imputer ce
malheur qu'à la nature ingrate.
pas
DISCOURS fur les grandeurs de Je
fus-Chrift , prononcé à Touloufé le 28
Janvier 1751 , dans l'Eglife Paroiffiale de
Notre-Dame de la Dalbade , deffervie
par les Prêtres de la Congrégation de l'Oratoire.
Par M. l'Abbé d'Héliot , Prêtre ,
Abbé du Perray- neuf , Profeffeur des Libertés
de l'Eglife Gallicane dans l'Univerfité
de Toulouſe , Membre de l'Académie
Royale des Sciences , Infcriptions
& Belles Lettres de la même Ville. A Pa
ris , chez Hippolyte- Louis Guerin, 175.2.
in- 12. 153 PP..
LETTRES d'Ofman . A Conftantinople.
1753. vol. 3. in- 12.
Ce font les Lettres d'un voyageur Philo
fophe , qui écrit à un de fes amis le réful
tat de les obfervations. Quoique les
moeurs des François foient le principal
objet de fon étude , il parle quelquefois
de littérature , de guerre & de politique ,
& en parle facilement agréablement ,
ingénieufement. Ce qu'il dit fur le faicide
nous paroît en particulier très bien , &
JUI N.. TTS 3. 107
nous le tranfcririons avec plaifir , fi les
bornes qui nous font prefcrites nous le
permettoient. Quelques morceaux plus
courts mettront le Lecteur à portée de ju
ger par lui-même de la nouveauté que
nous lui annonçons.
Un for , pourvû qu'il foit riche , ne
paroît point en France ce qu'il eft par- tout
ailleurs , c'eft- à-dire , un homme infupor
table.
Un courtisan eft un homme qui chérit
tout le monde , & qui n'aime perfon .
ne , qui ne blame rien en général , & n'aprouve
rien en particulier ; qui ne dit ja
mais tout ce qu'il penfe , & penfe rares.
ment ce qu'il dit ; qui parle au Miniftreavec
liberté en public , & tremble tête à.
tête avec lui ;, qui eft affable fans être
li ; qui protége en apparence , & n'oblige
point en effet ; qui dans le plus grand
defoeuvrement conferve toujours l'air oc
cupé & diftrair ; qu'un regard du Souve→
rain enyvre , ou confond ; qu'un mot éléve
, ou fait tomber & difparoître.
po
Un homme rare , c'est un grand Sei
gneur , qui a du mérite , qui fait beaucoup,
qui ne dit rien , qui fe communiquepeu
, qui craint de parler avantageufement
de lui- même , & de penfer mal des au
treat
B.vjj
108 MERCURE DE FRANCE.
Un homme charmant , eſt un homme
qui ne fçait rien & décide de tout ; qui
s'eft fait un répertoire de trente attitudes
indécentes ou ridicules , qui eft inftruic
de tout ce qui fe paffe dans le monde , &
lit des premiers les miferes qui paroiffent ;
qui fe pique des plus profondes connoiffances
fur les modes , & fe met toujours à
ravir ; dont toutes les voitures font élégantes
, & les chevaux toujours rendus ;
qui va chaque jour dans trente maiſons ,
qui s'engage à fouper dans vingt endroits ,
& vient à dix heures en demander où il
n'eft pas attendu qui fçait tirer une
douzaine de phrafes d'un mot qui ne fi
gnifie rien ; qui met avantageulement fur
fon compte , & plaifamment fur celui des
autres ; qui veut paroître un tyran de toutes
les femmes , & n'eft que la reſource
de celles qui font décriées , le jouet des
coquettes , l'efclave des bons airs , & le
fleau de la bonne compagnie : cependant
marionnette affez amulante pour quel
qu'un de raifonnable , qui ne le voit qu'u
ne fois & qu'un moment.
་
;
Au reste , ce n'eft pas une petite affair
re , que d'être cet homme charmant ; car
il eft affujetti à la mode , comme les parures
qu'il invente , & s'il n'en étudie pas
lescap rices , pour s'y foumettre promp
JUIN. 1753. 100
ement , il perd ce titre précieux , & n'eſt
plus qu'un être fouverainement ridicule.
Je crois qu'on peut diftinguer , parmi
les François ceux qui ont de l'efprit , les
beaux efprits , & les gens d'efprit. Ces
diftinctions qui leur échappent fouvent
m'ont paru fenfibles dans leur fociété .
L'homme qui n'a que de l'efprit , n'a
prefque jamais le fien : fon orgueil veut
choifir un autre genre , & fouvent choilit
mal . Le ton qu'il emprunte , ou ne lui va
point , ou s'épuife . Il reffemble à une femme
qui née jolie , minaude fans ceſſe pour
paroître belle , & paroît à peine gentille .
Le bel efprit fait un mélange du fien &
de celui des autres , qui lui coûte beauconp
de travail , qui lui procure peu de
plaifir , qui l'expofe à bien des revers.
mais qui lui acquiert une forte de réputa
tion : il étonne les fots , il en impofe à la
multitude , il fatigue les perfonnes de bon
fens ; il croit ne rien dire de médiocre ,
quand il dit des riens avec emphaſe , &
n'approuve gueres ce qu'il entend dire ,
pour laiffer préfumer qu'il auroit mieux
dit : il cite fouvent & fe plaint de fa mé
moire : il décide toujours fans fe défier de
fon goût. Celui - ci le confulte , celui- là le
eraint , tous le careffent ; il eft du bon air
d'en être connu.
O MERCURE DE FRANCE.
L'homme d'efprit conferve toujours le
fien , fçait tirer parti de celui des autres ,
n'éblouir jamais , perfuade toujours , n'a
point l'air apprêté , marche d'un pas égal
& fûr , il éclaire ceux qui le fuivent.
Il eft aisé d'avoir de l'efprit , il eft ridicule
d'être bel efprit , il faut être né
homme d'efprit.
Le talent de la faillie , la gayeté du
propos , le goût apparent du plaifir , font
ce que l'homme qui a de l'efprit , affecte
dans la fociété , & ce que la fociété en
éxige .
се
Les François portent fi loin leur goût
pour ces frivoles agrémens , qu'ils s'affu
jetiffent tous au foin d'en faire les frais ;
tant pis pour ceux que leur tempéram
ment ou leurs réflexions n'y deſtinent
pas , il faut qu'ils fortent de leur caractes
re , ou qu'ils permettent qu'on les trouve
ennuyeux.
Celui qui parvient ici à fe faire la répu
tation d'homme d'efprit , s'il fe répand
dans le monde , eft obligé de furprendre
dans la converfation , par des idées extraordinaires
& brillantes : on s'y attend ;
it la perd , s'il ne le fait pas admirer..
Jufqu'à préfent nous n'avons eu que
des idées vulgaires, fur la.vertu ,,le méri
JUIN 1753. IPL
te , & la beauté . Nous les cherchons fou
vent dans les objets , nous en faifons l'analyfe
& l'examen avant d'en former un jugement
affuré. Nous exigeons certains principes
, certaines combinaiſons , certains
rapports , certaines proportions , certains .
effets , dont nous fommes affez généralement
convenus , pour déterminer le bon
& le beau. Les François font plus ingénieux,
plus accommodans , & fçavent tirer
meilleure partie de la nature & de l'art ..
Es le font grace mutuellement fur les perfections
de l'ame & du corps , ils s'en tiennent
à l'apparence , & pourvû qu'ils faf
fent illufion, lear amour propre eft content..
Leurs loix font affez pures & affez féve
res; mais elles ne foumettent que leur
extérieur. Leurs raifonnemens ont affez de
jufteffe & d'étendue ; mais leur raiſon eſt
impuiffante contre leurs penchans . Si l'on
approfondit leur conduite , rien ne con-.
trafte davantage avec leur morale ; fi l'on
s'en rapporte à la fuperficie , rien n'eft
mieux concilié. La foupleſſe eſt en eux un
caractere naturel ; j'entends cette efpece
d'adreffe , qui, diffimule les défauts , &
qui exagére les bonnes qualités . Tous les
hommes s'annoncent fous les dehors les
plus eftimables ; tous prétendent qu'on
leur croye de la probire , de l'efprit , des.
*
112 MERCURE DE FRANCE.
connoiffances , & da jugement : toutes les
femmes font jaloufes de leurs charmes &
de leur réputation ; heureufement qu'ils
naiffent avec plus de foibleffe que de vices
; car excepté le coeur qu'ils ont communément
bien fait , le refte de leurs prétentions
eft affez chimérique. Ils font plus
brillans que folides , plus fuperficiels que
profonds , plus vains que fiers , plus voluptueux
que délicats , plus foibles que
fenfibles , enfin plus occupés du défir de
plaire que des moyens d'attacher , & moins
touchés de la vraye gloire , que de fon
⚫éclat,
Leur inconféquence m'amufe beaucoup.
Par éxemple , ils attachent une partie de
feur honneur à la fidélité de leurs femmes ,
c'eft prefque le feul devoir & la feule vertu
qu'ils en éxigent ; cependant ils fe confolent
d'être trahis tane que le Public l'i
gnore. La foi conjugale n'impofe en ef
fet d'autre contrainte que celle des bien
féances ; & la jaloufre n'éclaire un mari ,
que lorfque le cri public le réveille ; alors
il est couvert d'un ridicule qui le dégrade
davantage qu'un vice qui lui feroit per
fonnel ; ce ridicule qu'ils redoutent , tu
n'imaginerois pas qu'ils cherchent tous à ſe
le communiquer , & ne prennent aucune
précaution pour s'en défendre.,
JUIN 1753. 113 A .
Il eft d'ufage qu'une femme foit chez
elle tête à tête avec un homme aimable
qu'elle reçoit fans rougir . On le fçait , on
Le doute même qu'il lui a tenu des propos
galans , après avoir effleuré l'éloge de fa
parure , conté l'hiftoire du jour & hazar
dé quelques Epigrammes ; c'eft le ton du
François.
La cenfure du grand monde , ni la délicateffe
de l'époux , n'y trouvent rien à
dire ; mais cette même femme & ce même
homme , qui ont pû mettre à profit
l'inftant qu'ils ont été fans témoin , n'oſeroient
paroître enfemble aux promena❤
des , aux fpectacles , ni même en carrofle ,
fans admettre en tiers une autre femme.
Si tôt que la décence eft fatisfaite , on
n'interroge pas la vertu ; & ce n'eft pas
aux yeux d'une foule de fpectateurs , que
la vertu défendroit le tète à tête . Ces efpéces
de dehors farouches ne font prefcrits
qu'à la Ville. La Campagne autorife
bien plus de liberté . Il femble qu'on laiſ.
fe à la barriere les foupçons & les fcrupu
les ; chacun fait ce qu'il veut fans conféquence
on fe raffemble , on fe fépare ,
on s'affortit , fans qu'on examine fi une
femme a difparu feule , ni avec qui elle
s'eft écartée. Elle ne confulte , pour
sure , que ce qui lui devient plus com
fa
pa
114 MERCURE DE FRANCE.
mode , ou plus avantageux. La chaleur de
la faifon fert de prétexte au choix du négligé.
La modeftie ne conferve gueres l'intendance
de la toilette , & l'art chiffonne
Foujours le voile qu'elle place : les plaifirs
champêtres prennent fans indécence un
coloris plus vif , les converfations y font
plus libres & plus enjouées ; cela s'appel
le être plus naturel , plus à foi même. On
croit fe connoître davantage , & l'on fuppofe
la confiance établie . Les uns font dans
leur chambre , les autres lifent , fe promenent
, jouent , arrivent , s'en vont , reviennent
fans contrainte.
DICTIONNAIRE univerfel de Ma
thématique & de Phyfique , où l'on traite
de l'origine , du progrès de ces deux
Sciences & des Arts qui en dépendent ,
& c. Par Monfieur Saverien , de la Société
Royale de Lyon . A Paris , chez Jacques
Rollin & Charles- Antoine Jombert.
Nous prenons pour la troifiéme fois ce
fçavant ouvrage , & nous y reviendrons
encore une quatrième , parce que nous
nous faifons un devoir d'en faire connoître
les principales parties. Nous avons inferé
un article d'Aftronomie dans le Mercure
précédent , & nous allons en tranf
crire un de Phyfique , qui fera fuivi d'un
JUI N. 17531 115
dernier fur les Arts. On jugera par là de
l'étendue des connoiffances de M. Saverien
& de la maniere dont les matieres
font traitées.
L'article que nous copions eft pris fans
prédilection & fans choix ; c'eft celui de
Microſcope ; mais nous ne nous arrêterons
qu'aux obfervations faites avec cet inftrument
, qui compofent le cinquiéme paragraphe
de cet article. Ainfi nous omettons
la conftruction de Microſcopes , fimples
compofés , folaires , leur Théorie , &c. qui
demandent des figures , & qui exigent
trop de contention. C'eft par cette raifon
que nous ne parlons pas ici des Mathématiques
tranfcendantes .
Obfervations Microfcopiques. Le Microf
cope a enrichi ła Phyfique de tant de découvertes
, qu'il feroit difficile de les fai
re connoître , même en fe contentant feulement
de les indiquer ; c'est un nouveau
mondese petits êtres, dont les limites font
immenfes. Pour en donner la carte , je vais
la réduire fous une efpece de Mappemonde
, où l'on verra le genre des découvertes
, comme on diftingue en Géographie
fur cette carte , les quatre parties du monde.
Cette divifion eft même celle des efpeces
de découvertes actuelles ; car je reconnois
trois fortes d'Obfervations Microf
116 MERCURE DE FRANCE:
copiques , la premiere a pour objet les
folides , la feconde les liquides & ce qu'ils
contiennent , la troifiéme & la quatrième ,
les infectes.
Obfervations Microfcopiques fur les folides.
La pointe d'une aiguille très-fine
paroît au Microſcope , inégale , irrégufiere
, obtufe , large de trois lignes ; le
tranchant d'un rafoir paroît épais de plus
de trois lignes ; les fils d'une toile font
auffi gros que des cordes ordinaires ; la
glace d'un miroir eft polie & fillonnée
, & compofée d'une infinité de corps
inégaux qui réfléchiffent une lumiere de
différentes couleurs. M. Leewenhoek ayant
rompu un petit diamant , en plaça les
morceaux à fon Microſcope à la lumiere du
Soleil , & il vit qu'il en fortoit plufieurs
étincelles de flammes , qui brilloient continuellement
, & qui dans quelques- uns
reffembloient à un éclair un peu foible . Les
mêmes morceaux de diamant , confiderés
à l'ombre , chacunes de leurs particules
jettoient une petite flamme qui leur étoit
particuliere ; plufieurs d'entre elles étoient
de couleur de feu , d'autres vertes , ayant
peu d'éclat , mais reffemblant à des éclairs ;
à une certaine diftance des unes
autres , s'élançoit une multitude d'étincelles
; enfin dans certains morceaux du dia
aux
JUI N. 17531
117:
:
mant , M. Leewenhoek diftingua les petites
lames dont il eft compofé.
, par
M. Hook a examiné le premier les étincelles
qui partent d'une pierre ou de l'acier
, la collifion de ce métal avec
cette pierre , c'eſt- à- dire , en battant le
fufil , une de ces étincelles étant reçue fur
un papier blanc & expofé au Microſcope ,
parut comme une balle d'acier poli , qui
réfléchifloit beaucoup de lumiere.
La moififfure qu'on voit à travers un
'Microscope , paroît un petit parterre orné
E de plantes , qui portent des feuilles , des
Heurs & des femences , & qui croiffent
d'une maniere prefque incroyable . Dans
peu d'heures ces femences bourgeonnent
fe développent , arrivent à parfaite maturité
& produisent elles -mêmes d'autres
femences , enforte qu'en un feul jour il
fe fait plufieurs générations.
La feuille de fauge paroît comme une
couverture velue , ou comme une peluche
pleine de noeuds bordés d'argent , & embellie
de cristaux fins & ronds , ou de pen- ;
dans attachés par de petites tiges. Le .
dos de la feuille d'un rofier , & furtour
celle de l'églantier odorant , eft ( fuivant
le témoignage du Microscope ) toute ouvrée
d'argent ; & les feuilles de la rue font
pleines de trous comme des rayons de
18 MERCURE DE FRANCE.
miel ,& c. De toutes ces obfervations fur cesfeuilles
& fur plufieurs autres , j'en choifrai
ici une qui a droit d'intéreffer le Lecteur
particulierement ; c'eft celle qu'on
fait fur des feuilles d'ortie. On fçait que
ces feuilles font toutes couvertes de piquans
aigus , qui pénétrant la chair , lorfqu'on
les touche , cauſent de la douleur
de la chaleur & des enflures. Mais peu de
gens fçavent comment ces piquûres font
mauvaiſes. Pendant long-tems on a crû
que les pointes de la feuille reftoient dans
les playes qu'elles avoient faites ; erreur,
Par le Microfcope on apprend que ces
pointes font formées & agiffent de la même
maniere que les aiguillons des animaux
vivans ; cela veut dire que ces feuilles fe
crêvent en piquant , & diftillent une liqueur
qui épanchée dans le fang , produit
les ébullitions dont on reffent les effets.
Il y a une infinité d'autres obſervations
für le fel , les grains de fable , &c, auf- `
quelles je ne m'arrêterai pas , parce qu'étant
obligé de ne préfenter dans tout cela
que l'effentiel des chofes , je ne puis faire
mention de celles qui lui font acceffoires.
Mais il eft une découverte importante que
je ferois fâché d'omettre , c'eft fur les pakticules
du fang. On voit avec le Microf
cope , que le fang humain eft compofé de .
JUIN.
1753.
globules ( que je regarde comme folides )
rouges && rroonnddss ,, qui flottent dans une eau
tranfparente , qu'on appelle ferofité. Chaque
globule eft compofé de fix autres plus
petits & plus tranfparens ; & chacun de
ces petits globules eft compofé de fix glo
bules plus petits & fans couleur . Enforte
que chaque globule rouge eft composé au
moins de trente-fix globules plus petits
& peut-être plus. ( Leewenhoek Arc. nat.
Tom. IV. ) Ces globules ont un diamétre
de mille neufcens quarantiémes de la partie
d'un pouce. M. Lewenhoek a obfervé , que
quand il étoit bien malade les globules de
fon fang paroiffoient durs , & qu'ils devenoient
plus plians lorfque la fanté lui
revenoit. D'où il conclut , que dans un
corps ffaaiinn cceess globules doivent être mous
& Alexibles , afin qu'ils paffent par les veines
& artéres capillaires , en changeant
aifément de figures , c'eft-à dire , devenant
tantôt ovales , tantôt fphériques , felon
qu'ils coulent dans des tuyaux plus
ou moins étroits . Cette conjecture eft confirmée
par la facilité avec laquelle toute
la maffe du fang peut être corrompue. On
fçait que la morfure de la vipére , du fcorpion
, de la tarantule , &c. eft très dangereufe
: pourquoi ? c'eſt que la liqueur
qu'ils diftillent dans les veines , altere la
120MERCURE DE FRANCE.
folidité , la figure , la grandeur ou le mouvement
des globules qui compofent la
maffe du fang. Les Anglois , mûrement
attentifs à cette conféquence , ont penfé
que dans les maladies où cette précieuſe
liqueur eft principalement affectée , il ne
s'agiffoit pour en guérir , que de rétablir
ces globules dans leur état naturel. A cette
fin , ils ont fait plufieurs expériences ,
dont voici ( en faveur de l'importance de
la matiere ) les plus remarquables.
Un foldat étoit attaqué d'un mal vénérien
tellement invétéré , qu'il s'étoit formé
des noeuds & des os fur fon bras ; les
remédes ordinaires avoient eu peu de fuccès.
Le Docteur Fabricius s'avila d'injec
ter dans la veine médiane du bras droit ,
environ deux dragmes d'un certain purgatif.
Deux heures après , il commença
opérer & produifit une ample évacuation.
Par une fimple injection les protuberances
difparurent peu à peu , & le malade fut
entierement guéri .
Le même Médecin injecta dans la veinecave
d'une femme mariée , âgée de trentecinq
ans , & attaquée d'épilepfie , injecta ,
dis je , une petite quantité de réfine purgative
, diffoute dans un efprit anti- épileprique.
Ce reméde occafionna quelques
douces évacuations , après lefquelles les
accès
JUIN. 1373. 121
accès devinrent moins fréquens , & en
peu de tems la malade guérit. ( Tranfalt.
Philofoph. N°. 30. )
Obfervations microfcopiques fur les infectes.
Comme cet article me paroît trop long .
& que je crains qu'il ne prenne trop fur
les autres matieres que j'ai à traiter , quelque
curieux & important qu'il foit , je
me contenterai de nommer les infectes
propres aux obfervations , & en m'arrê
tant feulement fur la particularité d'un ,
dont le merveilleux ne fçauroit être affez
divulgué ces infectes font la mouche , la
puce , le pou, la fourmi , les mites , le
étard , les grenouilles , l'éperlau , le bernacle
, &c. fur ces obfervations on peut
confulter Leewenhoek ( Arenat. Det ; )
Swammerdam ( Hiftoire générale des Infectes
) le Docteur Power ( Obferv. Micr. )
Néedam ( Obfervations Microfcopiques ) &
furtout Baker ( le Microſcope à la portée de
tout le monde ) qui a réveillé avec autant
de foin que d'intelligence les plus belles
obfervations en ce gente ; l'infecte auquel
je dois m'arrêter eft le polype. C'eft un
animal qui a plufieurs pieds , découvert
par M. Lewenhoek , examiné par M. Benting
, & dont la nature a été entierement
développée. Je ne m'arrêterai pas aux obfervations
particulieres qu'on a faites fur
I. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
·
cet animal avec le Microfcope. Le point
où j'en veux venir , eft ce qui le conſtitue ;
il a plufieurs cornes qui lui fervent de pat
tes , & à l'extrêmité d'où elles partent , il
y a une bouche ou un paffage pour l'efto .
mach. Cet eftomach s'étendant tout le
long de l'animal , forme un corps fembla
ble à une pipe , ou à un tuyau ouvert de
deux côtés. Leur longueur , lorfqu'ils s'é
tendent eft d'un pouce & demi. Ce font
les plus gros ; car l'on n'en trouve guéres
qui ayent plus de neuf ou dix lignes ;
ceux- ci fe refferrent à une ligne. Cet animal
le trouve ordinairement à la lentille
de marais. Quand on en coupe un en deux
parties par le travers , la partie de devant,
qui contient la tête , la bouche & les bras,
s'allonge d'elle - même , fe traîne & mange
le même jour. La partie où eft la queue ,
produit une tête , une bouche , avec des
bras dans l'endroit coupé; & cela felon
que la chaleur eft favorable en été , ils for
tent dans vingt- quatre heures , & la tête
eft parfaite en peu de jours, En coupant
le polype en travers , en plufieurs parties ,
on forme de chaque partie tout autant de
polypes. Comme cet animal eft petit , on
laiffe groffir les parties pour avoir le plai
fir de le multiplier un plus grand nombre
de fois . Cet animal coupé felon fa lon
JUIN. 123 1573.
gueur , devient deux polypes en moins
d'une heure , qui dévorent des vers auſſi
longs qu'eux. Si l'on joint les parties coupées
elles fe réuniffent ; voici quelque chofe
de plus extraordinaire. Le corps du polype
eft une espéce de boyau ou de tube
percé. Or en retournant ce tube , comme
on retourne un bas , on forme un polype ,
dont l'intérieur devient l'extérieur , qui
mange , qui groffit comme dans fon premier
état.
M. de Reaumur , dans la Préface du fixiéme
volume de fon Hiftoire Naturelle
des Infectes ; M. Lionnet , & M. Trembley
ont fait connoître toutes les merveilles de
cet animal.
6. Le Microfcope eft une invention moderne
, il étoit encore inconnu en 1618 ,
comme on en peut juger par le Livre que
Hieronimus Serbirus publia cette année , ſur
l'origine & la conftruction du Télescope.
Selon M. Hughens , dont le témoignage
eft d'un grand poids , ( voyez la Dioptrique )
Corneille Drebbel l'inventa en 1621 ; cette
découverte étoit trop belle pour ne pas
s'attirer de concurrens . François Fontana ,
dans un ouvrage intitulé : Obfervationes
cæleftium terreftriumque rerum , publié l'an
1648 , a effayé de fel'attribuer , en foutenant
qu'il avoit connu le Microscope
Fij
124 MERCURE DE FRANCE,
compofé en 1618 ; c'eft s'y prendre un peu
tard. Auffi la prétention de Fontana `na
pas
fait fortune , & les Sçavans ont reconnu
Drebbel pour l'Inventeur du Microf.
cope , & c.
Notre deffein étoit de copier encore ici
le refte de l'Hiftoire du Microfcope , mais
comme nous craignons que cet article ne
prenne trop fur ce Mercure , nous le ter
minerons ici ; difons feulement que M.
Saverien attribue l'invention des Microf.
copes fimples à Etienne Gray , Leweneek ,
&c. & qu'outre les ouvrages cités pour les
obfervations Microfcopiques il recommande
encore les fuivans : Francifci Fontana
, Obfervationes coeleftium terreftriumque
rerum ; la Micrographie de Robert Hooks
Anatomie des Plantes de Malpighi , &
quelques autres Traités du même Auteur ,
tels que de Bombyce , de Ovo incubate , de
Vifcerum ftructura , les Arcana natura detečła
, de Lecwenhoek , la Micrographia cu,
riofa , de Bonnani.
Le Docteur Smith , ayant fait des injections
de quelques altérans dans la veine
de trois malades , dont l'un étoit eftropié
par la goutte ; l'autre exceffivement apoplectique
, & le troifiéme affligé d'une maladie
étrange , appellée par les Médecins
plicapolonica , il les guérit. entierement.
( Tranf. Philofoph . N° . 39. )
JUIN. 17530 123
Obfervations Microfcopiques , fur les li
quides. On obferve dans prefque tous ces
liquides des animaux , & Mrs. Leewenhoek
& Joblot , ont en quelque maniere épuisé
ces obfervations. Le dernier furtout s'y eft
attaché d'une façon particuliere : il a examiné
l'eau de pluye , des infufions de poivre
noir , blanc & long , du féné , des oeillets
, des barbeaux , du thé , de l'épine- vinete
, du fenouil , de la fauge , de la fleur
de fouci , du verjus , du melon , du foin
vieux & nouveau , de la rhubarbe , des
champignons , du bafilic , des fleurs de
citron , &c. & dans chacune de ces infufions
il a vû des animaux de differentes efpéces.
En gardant ces infufions , il y paroît
des animaux d'autre forte & en differens
tems. M. Joblot a donné la defcription
& la figure de ces animaux dans fon
Traité du Microfcope , ci devant cité . Parmi
ces figures , on en diftingue une remar
quable ; c'eft celle de l'infufion d'anemone.
Elle offre un animal qui a fur le dos
la figure humaine. Mais de toutes ces obfervations
, celle qu'on a faite In femine
mafculino a été plus fuivie. M.Leewenhoek eft
le premier qui a crû y voir des petits animaux
, aufquels il rapportoit la caufe de
la génération , & la chofe a paru fi mers
veilleufe , que M. Hartzoeker a prétendu
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
que
>
avoir feul part à cette découverte. Ces
animaux ont une gueule & font d'une fi
gure affez femblable à celle d'un tétard
ils font d'abord dans un grand mouve
ment qui fe rallentit bientôr ; & à mesure
la liqueur fe refroidit ou s'évapore ,
il en périt. Dépofés dans l'endroit de leur
deftination ils meurent tous , excepté
celui qui doit ( fuivant ce fyftême ) devenir
un homme . On prétend que cet animal
s'attache dans la matrice de la femme
par des filets qui forment le placenta . Uni
ainfi au corps de la mere , il reçoit la nourriture
qui lui eft néceffaire , pour fon accroiffement
& pour fa métamorphofe. La
conjecture qu'on fait fur cette métamorphofe
eft finguliere. Quand il eft parvenu,
dit on , à un certain accroiffement fous
cette forme, il en prend une nouvelle. De
ver qu'il étoit , il devient un corps affez
femblable à une fêve , mais fans mouve-
´ment. Il accroît dans cette enveloppe , &
quand le tems où il doit fortir de fa prifon
eft venu , il la déchire , & fe montre
fous la figure humaine.
Ceux à qui cette métamorphofe ne plaît
pas , & qui admettent des oeufs pour principe
de la génération , foutiennent que
animal fpermatique dépofé dans la ma-
, nageant & rampant dans les fluides trice
.
127
JUIN. 1753
2
qui s'y trouvent dans l'acte de la copulation
, parvient à la partie de la trompe qui
le conduit jufques à l'ovaire . Là , trouvant
un oeuf propre à le recevoir , il le
perce , s'y loge & y reçoit les premiers degrés
de fon accroiffement . L'oeuf piqué ,
fe détache de l'ovaire , tombe par la trompe
dans la matrice , où l'animal s'attache
par les vaiffeaux qui forment le placenta.
Telles font les conféquences qu'on tire
de la découverte des animaux fpermatiques.
Si l'on en croit M. de Buffon , ces animaux
font une pure chimere. Ce qu'on
apperçoit au Microfcope n'eft autre chofe
que des parties de la liqueur feminale ,
qui font dans une efpéce de fermentation ,
& dont le mouvement n'eft nullement
fpontané. ( Poyez l'Hiftoire Naturelle , &c.
avec la Defcription du Cabinet du Roi , par
Meffieurs de Buffon & d'Aubenton.
METHODE aifée & peu coûteufe de
traiter avec fuccès plufieurs maladies épidémiques
, comme la fuerte , la fievre militaire
, les fievres pourprées , putrides
vermineufes & malignes , fuivie dans dif
férens endroits du Royaume & des pays
Etrangers , avec les moyens de s'en préferver.
Par M. de Mezerai , Médecin or
dinaire du Roi , Docteur en Médecine ,
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE.
ancien Médecin des armées de Sa Majefté
en Italie & en Allemagne , & correfpondant
de l'Académie Royale des Sciences .
A Paris , chez la veuve Cavalier & fils
rue S. Jacques. 1753. Brochure de 58 pp .
Ceux à qui il appartient de juger de
cette méthode en font cas , & pour les
maladies énoncées dans le titre & pour
un grand nombre d'autres.
L'HONNEUR confidéré en lui - même
& relativement au duel , où l'on démontre
que l'honneur n'a rien de commun
avec le duel, & que le duel ne prouve rien
pour l'honneur. Par M. C ***, A Paris ,
chez Pierre - Alexandre le Prieur rue S.
Jacques. 175 2. in- 12 . vol. 1 .
2
Si ce Livre d'une morale pure & noble
nous étoit tombé plutôt entre les mains
nous en aurions rendu un compte un peu
détaillé au Public.
CHRONOLOGIE univerfelle , ou def
cription des tems , contenant route la fuite
des Souverains de l'univers , des hommes
illuftres , & des principaux évenemens
de chaque fiécle , depuis la création
du monde jufqu'à préfent ; en trente- cinq
Planches gravées en taille douce , & réunis
en une machine d'un ufage facile &
JUIN. 1753. 129
commode. Par M. Barbeu Dubourg , Docreur
en Médecine & Profeffeur de Phar.
macie. A Paris , chez l'Auteur , rue S. Be
noît , à côté de l'Abbaye S. Germain , &
Fleuri , Tapiffier à l'Eftrapade . 1753 .
Cet Ouvrage que des perfonnes fort intelligentes
nous ont affuré devoir être trèsutile,
& dont le Difcours préliminaire nous
a paru tout à fait bien , fera mis en vente
dans le courant de Mai . Le prix eft de 12
liv. en feuilles , & 15 liv . avec la machine.
Comme l'utilité publique eft le principal
but de l'Auteur dans fon travail , il
fe fera un plaifir & un devoir de fournir
gratis un fecond éxemplaire revû & corrigé
, à toutes les perfonnes diftinguées
dans la république des Lettres qui voudront
bien lui renvoyer leur premier exem
plaire avec les corrections , ratures , additions
on obfervations qu'elles auront
pris la peine d'y faire, & dontil tâchera de
profiter pour perfectionner cer Ouvrage.
Sous le titre de perfonnes diftinguées
dans la République des Lettres , l'Auteur
comprend tous Auteurs , Docteurs , Pros
fefleurs , Principaux & Préfets de Collé
ges , Bibliothéquaires , & Académiciens
François & Etrangers.
CHOIX d'Hiftoires tirées de Bandel ,
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
Italien ; de Belleforêt , Commingeois ; de
Boiſtuau dit Launai ; & de quelqu'autres
Auteurs. Par M. Feutry. A Londres , &
fe vend à Paris , chez Durand & Piffot.
1753. in-12 . vol. 2.
Nous donnerons un extrait de cet Ou
vrage dans le Mercure prochain.
IDE'E de la Poëfie Angloife , ou Traduction
des meilleurs Poëtes Anglois , &c.
Par M. l'Abbé Tart. A Paris, chez Briaffon.
1753. in- 12. vol. 3 .
33
Le Traducteur a mis à la tête de fon 1º
volume une Préface fenfée & fort bien écri
te, où il s'explique ainsi. Le génie de l'in
vention eft rate parmi nous. Nous fommes
moins capables de faire des décou-
» vertes que nous ne fommes habiles à les
» embellir. Il y a plus loin pour nous du
néant à l'être, que de l'être à la perfec-
» tion. Il faut nous éclairer des lumieres
» de nos voifins , nous enrichir de leurs
productions , faire en Poëfie ce que les
" Sçavans & les Artistes font dans les
» Sciences & dans les Arts , communiquer
avec tous les peuples de l'Europe , &
confpirer tous enfemble à l'utilité du gen
» re humain. Il feroit à fouhaiter que tou-
» tes les nations n'euffent qu'un feul lan-
» gage , & qu'il ne fe fît qu'un peuple de
JUIN. 1753. 131
•
tous les Sçavans de l'univers.
La Préface eft fuivie de la vie de M. Jean
Philips , & de trois de fes Poëmes . Le pre
mier eft intitulé Pomone ou le Cidre. M.
Yart en examine les beautés & les défauts
en écrivain qui ne s'aveugle pas fur le mérite
de l'original , & qui a beaucoup re-
Béchi fur le genre géorgique ; il réfulte
de cet examen que M. Philips eft un bon
imitateur de Virgile.
Le fecond Poëme eft intitulé la Bataille
Hofchtet. Cet Ouvrage , dit le Traducreut
, ne marque qu'un mépris aveugle
pour la France , & une admiration outrée
pour l'Angleterre ; ce n'eft point le plaifir
de voir fa nation victorieufe , c'eft la
joye cruelle de voir fes ennemis humiliés
qui anime M. Philips. Son Poëme eft fi dépourvû
de fictions , qu'il n'y a point d'autre
ordre que celui que le tems a donné aux
évenemens qui y font rapportés ; ce n'eft
pour le fond qu'une relation hiftorique ;
mais elle est écrite en beaucoup d'endroits
avec force , & la Poëfie qui regne dans les
détails fupplée à la ftérilité du fond. Tout
n'y eft pas pourtant de la même force : la
defcription des voyages de l'armée Angloife
en Allemagne eft fans Poëfie . Les
difcours que le Poëte fait tenir aux François
avant la bataille font ridicules ; les
F vj
132 MERCURE DEFRANCE.
invectives contre l'Electeur de Baviere
marquent plus de fureur que de génie ,
enfin les digreffions qui précédent & qui
fuivent le récit de la bataille font trop
longues.
Le troifiéme Poëme qui eft dans le gen
re burlesque , eft intitulé le précieux Chelin.
Le heros de ce Poëme eft réduit à une
telle pauvreté , qu'il foupire après un chelin.
Il fait la peinture de la joye & des
plaifirs que cette pièce de monnoye pour
roir lui procurer , de là il paffe à la def
cription des miferes de toutes efpeces aux
quelles il eft expofé ; il fait enfuite un
portrait ridicule de ceux qui le menent en
prifon , & il exagere les maux qu'il y
Louffre. Le Poëte trouve le moyen de remplir
fon Poëme de plaifanteries, d'autant
plus fingulieres que le fujet en eft peu fufceptible.
Les trois Poemes font précedés de trois
Difcours le premier roule fur le genre
diadactique , le fecond fur l'héroïque ,
le troifiéme fur le burlefque . Ces trois
Difcours nous ont paru dans de bons principes
, très- bien appliqués à l'examen des
Poëmes dont on nous donne la traduc
tion.
On peut confidérer trois chofes dans
l'Ouvrage que nous annonçons : la traduc
JUIN 17530 133
on qui eft élégante & facile : les differsations
préliminaires qui font exemptes de
préjugés , & de l'admiration aveugle qu'a
trop louvent un Traducteur pour fon ori
ginal : les notes qui font pleines de goûti
& inftructives , mais quelquefois un peu
prodiguées.
Nous rendrons compte dans les Mercu
res fuivans du fecond & du troifiéme Vo
lumes , qui nous ont paru fort fupérieurs
au premier.
215
LETTRES intéreffantes , philofophi
ques & critiques , fur le petit nombre de
Connoiffances que l'homme peut acquérir
par le fecours de fa raifon , écrites à Madame
de ***, Par M. le Marquis de C ...
de Cia . A Amfterdam, chez Pierre Mortier :
Nous parlerons . de ce Livre le mois prochain
. "
4
NOUVEAUX Dialogues des morts ..
- Cette nouveauté où les fujets nous ont
paru bien choifis , & traités avec beau
coup de facilité , de vérité & de naturel
nous occupera le mois prochain. On la
trouve en deux volumes , chez Nyon &
Guyllin , Quai des Auguftins , à Paris .
SUPPLEMENT aux Tablettes Dram
134 MERCURE DE FRANCE .
matiques pour les années 1752 & 1753 .
A Paris , chez Piffet , Jorry & Duchefne.
M. le Chevalier de Mouhi qui eft &
doit être content de l'accueil que le Public
a fait à fes Tablettes Dramatiques ,
vient de donner le Supplément que nous
annonçons ; on le diftribue gratis à tous
ceux qui ont acheté le Livre.
INSTRUCTIONS Militaires. A Paris ,
chez Briaffon. 1753. in - 8 ° . vol . i .
Les Officiers de tous les grades trouveront
dans cet Ouvrage des obfervations
zès-fenfées & très- inftru&tives.
ELEMENS de Phyfiologie , ou Traité
de la ftracture & des ufages des différenres
parties du corps humain , traduit du
Latin de M. Haller. A Paris , chez Prault
fils , Quai de Conti, 1753. in- 8°. vol. 1 .--
DISSERTATION dans laquelle on
examine fi les jours critiques font les mêmes
en ´nos climars , qu'ils étoient dans
ceux où Hypocrate les a obfervés , & quels
égards on doit y avoir dans la pratique.
Piéce qui a remporté le prix propofé par
F'Académie de Dijon , pour l'année 1741-
Par M. J. B. Aymer , Docteur en Médecine.
A Paris , chez le même. 1753+
JUIN. 1753. 1 ;
ESSAI fur les bienféances oratoires .
chez le même. 1753. in- 8°.
A Paris
vol. 2 .
Nous rendrons compte le mois pro
chain de cette nouveauté.
LE Chevalier de Roftain , plus que Septuagénaire
, s'eft depuis quelque tems remis
à l'Hiftoire de Chartres entrepri
fe difficile & pénible que fon peu de fanré
lui avoit fait interrompre , & pour la
quelle il a déja bonne provifion de matériaux
.
Mais rebuté & découragé par de nou
velles difficultés , qu'il juge infurmontables
fans de nouveaux fecours , il fupplie
encore une fois les vrais Sçavans , qui ont
une parfaite connoiffance des antiquités
Gauloifes , de le vouloir bien feconder
en continuant de l'aider de leurs lumieres
car on peut dire que l'exactitude &
la fidélité dont il fe pique , vont jufqu'au
fcrupule .
Son premier foin fera de faire honneur
à fes guides , fans déferer à leur modefie,
laquelle femble exiger qu'on retranche
& qu'on fupprime & leurs noms &
les louanges qu'ils méritent.
" C'est toujours à le Breton » Imprimeur
ordinaire du Roi , suc de laHarpe ,
136 MERCURE DE FRANCE.
au S. Efprit , à Paris , qu'il faut adreffer
les Mémoires inftructifs.
Cette vafte Hiftoire du pays Chartrain
fera relevée d'une ample Differtation fur
les Druides , ou les Sages de la Gaule ,
dont parle Jules- Céfar dans fes Commen.
taires , laquelle ne fçauroit être que trèsintéreffante
pour tout le Royaume.
Mais pour l'entiere perfection de ces
deux Livres , il faudroit néceſſairement
avoir quantité de papiers , que les Anglois
ont autrefois enlevés du tréfor de
Eglife Cathédrale de Chartres , & que
des voyageurs , dignes de foi , affurent
avoir vus dans l'Univerfité d'Oxfort.
Si quelqu'amateur d'Ouvrages exacts
& judicieux , pouvoit procurer le recouvrement
de ces curieux manufcrits , PAuteur
qui ne travaille que pour la gloire &
pour l'honneur de fa patrie , n'en regreteroit
pas la dépenfe ; c'est ce que l'on a
plus d'une fois vainement tenté durant le
tumulte des armes , toujours contraire
aux Belles- Lettres. Mais préfentement que
tout femble être tranquille , en France &
en Angleterre , la chofe femble être bien
plus ailée..
JUIN.
317 ~1753.
LETTRE
D'un Religieux de *** , à M. Duhamel dis
Moncean
?
N lifant , Monfieur , votre utile trai
té de la confervation des grains
j'ai été comme infpiré à méditer fur l'expédient
le plus propre à engager d'en faire
des provifions à moins de frais , & le
plus d'utilité pour obvier aux difettes &
à la cherté du pain , qui toujours ont des
fuites fâcheufes. Je me fais un plaiſir &
un honneur de , vous communiquer mes
réflexions , qui jointes à la lecture de vo
tre Livre , dans une nouvelle édition
pourroient avoir du fuccès dans plufieurs
etats : le zéle de la félicité publique ne
devant pas fe borner à fa patrie.
On a toujours jugé qu'un excellent
moyen de maintenir le pain à un modique
prix , en remediant aux difettes des
années ftériles , feroit que les Commu
nautés Religieufes , de l'un & de l'autre
fexe , fiffent des magasins de bled dans les
années abondantes : mais le vrai moyen
de les engager à la dépenfe , aux foins &
aux embaras de ces grandes provifions ,
quel eft- il ?
138 MERCURE DEFRANCE.
C'eft de les autorifer & encourager même
par des priviléges & des fecours , à
faire commerce de cette denrée avec honneur
, ainsi qu'il eft permis en France aux
Gentilhommes pauvres , d'exercer l'art
de la Verrerie , & à tous Gentilhommes
en Bretagne , de faire dormir fa nobleffe ,
pour s'adonner au négoce & aux Arts libéraux
avec profit ; & en Angleterre aux
Milords même , d'être negocians & artifans
, avec autant de décence que de liberté
.
La plupart de ces Communautés ont les
bâtimens convenables aux magafins , &
au négoce du bled , & des fonds même
de terre ou de dixmes qui en rapportent
fuffifamment ; ou du moins des revenus
& des fonds en argent , propres à les mettre
en état d'en tirer parti pour leur
Couvent , pour les pauvres & le public,
"
la
Il eft à préfumer que les foins pour
confervation de cette denrée feroient
moins difpendieux , plus grands & mieux
fortunés , que chez les marchands ordinaires
: & que dans toutes les occafions
de la vendre , ces Communautés fe contenteroient
d'un moindre gain que des
particuliers , qui de profeffion n'ont d'autre
regle & principe que leur intérêt propre
, au prejudice du général ; qui conf
JUIN. 1753. 139
"
tamment font obligés , n'ayant pas de
- bâtimens fuffifans , d'en louer cherement ,
& qui faute de fonds & de crédit , ou de
grenier , fouvent font réduits à n'ache
ter du bled , qu'à mefure qu'ils prévoyent
l'occafion très prochaine de le vendre avec
profit , par des voyes peut -être même illégitimes.
Quel inconvénient y auroit-il que les
Communautés Religieufes pour être engagées
à faire des provifions de grains ,
fuffent autorifées à en faire un commerce
mais
toujours légitime fans exclufion ,
avec probité , & autant de liberté qu'en
ont des particuliers , qui fouvent dans ce
négoce font fufpects d'intrigues & de pratiques
fort préjudiciables au Public & a
l'Etat , & ne fongent d'ailleurs qu'à s'enrichir
?
La difficulté dans l'exécution de ce projet
feroit plus à caufe des préjugés vulgaires
, de déterminer les Communautés
Religienfes à faire ces magafins & ce commerce
de bled , qu'à leur en permettre l'établiffement
: mais enfin la liberté & la
vûe du bien public jointe à celle du leur
propre , feroient avec les acceffoires , un
aiguillon qui tôt on tard en détermine
soit plufieurs , après une permiffion aurentique
, & un encouragement de la pare
140 MERCURE DE FRANCE.
du Gouvernement : infenfiblement la plû
part y trouveroient une amorce & un apas ,
quand la planche étant faite , les avanta
ges qui en réfulteroient pour les pauvre
& pour les riches , autant que pour ces
Communautés & pour tout l'Etat , feroient
plus notoires.
&c.
Il me reste de vous affurer de l'eftime
A Bruxelles.
LETTRE
A M. de Voltaire , fur fon Hiftoire de Loxis
XIV. Par M. ***.
A Religion , la Patrie , le Roi , enfin ,
Monfieur , tout ce qu'il y a de faint ,
de facré fur la terre , m'engagea en 1688 ,
à prendre le parti des armes , la bonne
cauſe ne prévalut pas. La funefte guerre
d'Irlande étant finie , je paffai en France
où j'ai eu l'honneur de fervir depuis 1693;
jufqu'à la paix d'Aix - la- Chapelle . Quand
les vieux Officiers ne trouvent pas l'occafion
de rebattre leurs anciennes campa
gnes , ils s'amufent ordinairement à la
lecture de l'Hiftoire ; j'ai lû avec un plaifir
fingulier , celle que vous avez faite de
Louis Quatorze. Suivant les lumieres d'un
JUIN. 1753. 141
Militaire qui n'a jamais étudié que dans
l'école de Mars , le ftyle en eft fleuri , nerveux
, & coulant ; l'élégante préciſion s'y
trouve jointe à beaucoup de clarté ; les
faits font exposés avec dignité , les réflexions
font judicieufes , & l'air de fincérité
& de candeur qui y regne partout , fera
que la postérité ne révoquera jamais en
doute , ni les éclairciffemens , ni la vérité
des chofes intéreffantes que vous avez
apprifes vous même da la bouche des perfonnes
diftinguées , & de la France , & de
l'Angleterre avec ces armes vous combatez
très heureuſement des opinions géné
ralement reçûes ; quoique plufieurs foient
appuyées fur les témoignages des Auteurs
contemporains ; en un mot , il ne manque
, pour rendre cet Ouvrage parfait
qu'une plus éxacte connoiffance des affairés
d'Irlande .
Je commencerai par la bataille de Boine
, fi une déroute mérite ce nom , car auf,
fi.tôt que le Roi Jacques vit l'avant -garde
du Prince d'Orange dans le gué , il
jugea à propos de fe retirer , & d'emmener
avec lui prefque toute notre Cavalerie
, alors les troupes nouvellement levées
, qui compofoient les deux tiers de
notre armée fe débanderent ; trois vieux
Régimens d'Infanterie & deux de Cavale142
MERCURE DE FRANCE.
rie, difputerent long tems le paffage de la
riviere ; mais voyant qu'un gros corps de
troupes venoit les prendre en flanc , que
le Prince d'Orange avoit fait paffer fur le
pont de Sleine , que notre Général avoit
négligé de faire rompre , ils replierent fur
les François qui étoient au nombre de
cinq mille , & qui n'avoient point combattu
: avec eux ils firent fi bonne contenance
, que l'ennemi n'ofa les inquierter
dans leur retraite. Les François furent гар-
pellés en France ; les débris de notre armée
gagnerent Limerick , le Prince d'Orange
à la tête de fon armée victorieuſe ,
parut bientôt devant cette Place , & en
forma le fiége. Dès que notre Commandant
, qui étoit François , eut reconnu que
la brêche étoit praticable , il nous exhorta
d'abandonner la vieille Ville , qu'il difoit
n'être plus tenable , & de paffer avec lui
dans la nouvelle ; nous ne voulûmes pas
obéir ; notre belle défenſe fit voir que
nous avions raifon , & qu'il n'y avoit pas
de meilleurs remparts que des gens réfolus
de mourir plutôt que de céder. Le Prince
d'Orange avec les meilleures troupes de
l'Europe , fut obligé de lever le fiége d'u
ne Ville qui n'avoit pour toute fortification
qu'un fimple mur ; en partant , ne
faire fes bleffés , par
pouvant cmporter
JU- I N.
143 ∙1753.
une action barbare , il fit mettre le feu à
fes propres Hôpitaux ; nous tirâmes beaucoup
de ces miférables du milieu des flammes
, une grande quantité y périt. La ba
taille d'Aghram fe donna l'année fuivante,
quinze mille Irlandois fans paye ,
mal vêtus , mal armés , & encore plus mal
nourris , combattirent contre vingt- cinq
mille Anglois ; notre Infanterie repouffa
la leur trois fois de fuite ; mais la mort de
notre Général , tué par un boulet de canon
, & la trahison de celui qui commandoit
notre Cavalerie , nous arracherent
la victoire que nous tenions , pour ainfi
dire , entre les mains. Les restes de notre
armée regagnerent Limerick ; Ginkle , qui
commandoit celle du Prince d'Orange ,
vint nous y affiéger. Après une longue
défenfe nous fumes obligés de capituler ,
avant que le fecours d'hommes & de vivres
arrivât. Outre que j'ai été témoin ,
oculaire de ces faits , toutes les Relations
qu'on a faites de cette guerre les racontent
peu près comme je viens de les
expofer. Comment donc , Monfieur , avezvous
pû dire que les Irlandois s'étoient
toujours mal battus chez eux ? comment
avez vous pû adopter un préjugé vulgaire ,
qui n'eft fondé que fur cette fauffe maxime
, que les vaincus ont toujours tort ?
144 MERCURE DE FRANCE
Avant que d'avoir
prononcé
, ne falloit
-il
pas avoir fait attention
à l'état déplorable
où nous étions ? ayant non-feulement
use
armée à combattre
fupérieure
de beaucoup
en nombre
, mais auffi toutes
les incommodités
, aufquelles
eft fujerte
une armée
dépourvûe
de tout.
Ainfi on peut
dire avec vérité , que fi jamais
les Irlandois
ont mérité
quelque
gloire
militaire
.
c'eft chez eux. Eft- il jufte de repréſenter
,
des perfonnages
illuftres
, tels que Milords
Limerick
, Clare, Trimlefton
, Slaine,
Galmoy
, Lucan , Weftmeath
, Dillon
,
&c. comme
des gens néceffiteux
, qui
étoient bien aifes de venir en France pour
profiter
des liberalités
de Louis XIV? Il
eft vrai que les bontés
de ce grand Monarque
adoucirent
beaucoup
la rigueur
de
leur fort : il ne l'eft pas moins ,, que s'ils
euffent
voula demeurer
chez eux , il n'y
en avoit pas un qui n'eût eu
plus de cin
quante
mille livres de rente. Je ne crains
pas d'avancer
ce fait ; c'eft une vérité con.
mie de tous ceux qui ont la moindre
connoiffance
de l'Irlande.Nous
voyons les def
cendans
de ces Seigneurs
, dont les biens
étoient
fubftitués
, jouir de grands
revenus
: par exemple
, Milord
Weftmeath
a
cinquante
mille livres de rente ; Milord
Dillon
, cent mille livres ; Milord
Trimlefton
JUIN. 1753.
145
Lefton , quatre vingt mille livres ; & on
fçait que fi Milord Clare avoit voulu renoncer
à fa Religion , il eût hérité de plus
de trois cens mille livres de rente . Non ,
Monfieur , point d'autre motif n'engagea
prefque tous les Officiers Irlandois à páffer
en France , après le dernier fiege de
Limerick , que celui de s'unir à la deftinée
de leur Prince ; motif , fi vous voulez
romanefque. Cependant vous m'avouerez
qu'il faut de la grandeur d'ame , pour en
3 être déterminé. Quoique la Nobleſſe Irlandoife
foit très- riche , fi l'on regardoit
les richeffes comme une vertu , nous conviendrions
que les Anglois la poffedent
dans un degré plus éminent que nous.
Nous n'en ferons pas de même pour ce
qui regarde le génie & les talens : les
dons de l'efprit ont été répandus en Irlande
par une main tout auffi liberale qu'en
Angleterre , qui ne peut fe vanter d'avoir
produit de plus grands hommes que Boyle,
Usher , Congreve , Steele , Rofcommon
Farquar , Suthern , Parnell , Suift , Philips
, Barkley , &c. tous Irlandois . Les
Etrangers les confondent ordinairement
avec les Auteurs Anglois , la Langue Ar◄
gloife étant commune aux deux Nations ,
qui font d'ailleurs gouvernées par le mê
me Roi. Il ne fe trouve ni dans Speed ,
1.Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE,
ni dans Baker , ni dans aucune autre Hiftoire
d'Angleterre , que l'Irlande ait été
fubjuguée par un fimple Comte Anglois.
J'efpere qu'à la premiere édition qui fe
fora de votre Hiftoire de Louis XIV . vous
rendrez plus de juftice à une Nation qui
ne vous a jamais offenfé , & que vous avez
injuítement maltraitée . J'ai l'honneur
d'être , &c.
DISSERTATION fur l'ancienne jone
tion de l'Angleterre à la France , qui a
remporté le prix , au jugement de l'Académie
des Sciences , Belles-Lettres & Arts
d'Amiens , en l'année 1751 , avec des Plans
& des Cartes topographiques. Par M.
Defmareis. A Amiens , chez la veuve Godard
, Imprimeur du Roi , de M. le Duc
de Chaulnes & de l'Académie . Et fe vend
à Paris , chez Ganeau , rue S. Severin ;
Chaubert , Quai des Auguftins ; & Lambert
, rue de la Comédie Françoife. 1753 ,
1. volume . Nous rendrons compte le mois
prochain de cette fçavante Differtation,
7:14
VERS
A Madame de Pompadour.
LES
Es Anciens qu'on cite pour exemples ,
Etablillant des Prêtres en tout lieu
TUIN. 1733. 347
.
T
Trop ailément multiplioient les Temples ;
Pour un feul attribut , chez eux on étoit Dieu.
Sans que ce fiécle leur reflemble , I
Notre hommage aux talens eft tout auffi réel ;
Máis grace à Pompeur qui tes unit enſemble „
On'n'a Beföln que J'un Autel.
bjbdbdbdbab/ Jbsbjbjbjbj
BEAUX ARTS.
L'Avie des Peintres. Flamands , Alle
ן י
mands & Hollandois , avec des portraits
gravés en taille-douce , une indication
de leurs principaux ouvrages , & des
réflexions fur leurs différentes manieres.
Par M. J. B. Defcamps , Peintre , Membre
de l'Académie Royale des Sciences , Belles
Lettres & Arts de Rouen , & Profeffeur
de l'Ecole du Deffein de la même Ville.
Tome premier. A Paris , chez Jombert
, rue Dauphine , & à Rouen , chez
Befogne , au Palais.
Tout l'extérieur du grand Ouvrage que
nous annonçons eft très bien. Le papier
eft bon & beau , le caractere neuf & bien
choifi , les gravures exécutées avec goût
& avec foin . Nous entrerons les mois fuivans
dans quelques détails fur l'Ouvrage
même , & nos Lecteurs s'appercevront que
Gij
148 MERCURE DE FRANCE,
3
M. Defcamps a un ftyle net & ferme ,
qu'il a fait des recherches fort profondes
fur fon art , & que les difcuffions où il
juge à propos d'entrer , font pleines de
fagacité & de lumiere. L'Ouvrage entier
doit fournir quatre volumes. On ne nous
donne actuellement que le premier.
M. Blainville vient de mettre au jour
des Sonates pour le deffus de viole avec
la baffe continue . Comme les difficultés
ne vont pas auffi -bien à cet inftrument
qu'au violon , & qu'il y a d'ailleurs peu
de compofiteurs qui ayent fait des Sona
tes pour le deffus de viole , l'Auteur s'eft
plus attaché au chant & à la mélodie qu'à
la recherche des traits ; on y en trouvera
pourtant , mais autant qu'il en faut feulement
pour rendre l'exécution plus vive &
plus intéreffante. Comme M, Blainville
eft un Muficien Philofophe , & qu'il a
fait des recherches profondes fur fon art,
nous croyons qu'on fera bien´aiſe de trou
ver ici le catalogue de fes ouvrages. Trai
té d'harmonie' , Effai fur un troifiéme mode
, premiere & feconde Symphonie ,
premier & deuxième livre de Violoncelle.
Cantatilles. La Prife de Bergopzoom ,
le Serin perdu , la Mufette , le Roffignol ,
T'heureufe Surprife . Tous ces Ouvrages fe
JUIN. 1753. 145
trouvent aux adreffes ordinaires.
L'ATTENTE de l'hymen , Cantate à
deux voix , pour deffus & baffe- taille , dé
diée à S. A. S. M. le Prince de Condé. A
Paris , aux adreffes ordinaires.
"
Nous annonçons avec plaifir deux
nouvelles Estampes de David Teniers
Peintre agréable & fécond : elles font trèsbien
rendues chacune dans leur genre , par
le fieur Chenu qui les a gravées avec foin ,
& dans le goût qui convenoit à la diſpoſi
tion des originaux .
La premiere a pour titre : les Amufemens
Hollandois ; cette tabagie compo
fée de onze figures en deux groupes , &
dédiée à M. le Comte de Vence , appartient
à cet illuftre amateur , qui commu
nique les belles chofes qu'il poffède , avec
une nobleffe & une générosité digne de
fon nom .
La feconde , dont le fujet eft beaucoup
plus petit , eft intitulée : la Coquette de
Village. La compofition tire fon plus
grand effet de la beauté du Ciel & de l'ho
rifon , dont le point de vue eft tenu fort
bas. M. Eifen qui poffède l'original , a
des connoiffances qui doivent être garanres
du mérite de ce petit Tableau . M. Che
Giij
150 MERCURE DE FRANCE
"
nu demeure rue de la Harpe , à côté dr
paffage des Jacobins , vis- à- vis le Caffé de
Condé...
MOYREAU vient de mettre au jour
une nouvelle Eftampe , gravée d'apres
Wouvermens, intitulée l'Ecurie de la lo
te ; c'est le N°. 73 de ſa ſuite . Le Tableau
original appartient à M. de Julienne. M
Moyreau demeure rue des Mathurins , b
quatrième porte cochere à gauche ener
trant par la rue de la Harpe..
CARTES MARINÉS.
IL paroît depuis quelques jours des
nouvelles Cartes hydrographiques, qu
ont été dreffées au dépôt des Cartes &
Plans de la Marine , pour le fervice de
Vaiffeaux du Roi , par ordre de M. Roul
lé , Miniftre & Sécretaire d'Etat.
Ces. Cartes qui font d'un très- grand
détail & parfaitement bien exécutées, fon
du célébre & laborieux M. Belin , Inge
nieur de la Marine , de la Société Royal
de Londres , & c .
La premiere des Cartes que nous an
nonçons contient une partie des Côte
d'Efpagne depuis le Cap S. Vincent ju
JUIN. 1753.
:
qu'au détroit de Gibraltar , & les côtes
d'Afrique , depuis ce détroit jufqu'au Cap
Bojador , avec les Ifles de Canaries .
La feconde comprend la fuite des côtes
d'Afrique , depuis le Cap Bojador , juf
qu'à la riviere de Sievra-Leona , avec les
Files du Cap- verd.
Ces Cartes font la fuite du travail de
eet Ingénieur fur les côtes d'Afrique , dont
la publié deux morceaux en 1750 fous le
nom de Carte génerale de la côte de Guinée
, depuis la riviere de Sievra Leona ,
jufqu'au Cap de Lopez Gonfalvo , & Carre
particuliere de la Côte d'or .
Il a joint à ces deux nouvelles Cartes
an Mémoire de 18 pages in-quarto , dans
Fequel il rapporte les principales obferons
- tions dont il s'eft fervi pour les dreffer.
. On voit par ce Mémoire que M. Belin n'a
rien negligé pour trouver ce dégré de précifion
, fi néceffaire à la fureté des navigateurs
; il entre dans des détails curieux
& extrêmement intéreffans ; fes difcuffions
font bien fuivies , & portent un caractere
de certitude à laquelle on ne peut
fe refufer mais ces fortes de matieres ne
font gueres fufceptibles d'extrait ; on les
affoiblit en voulant les abréger . Nous remarquerons
feulement d'après fon Mémoire,
que toutes les Cartes Marines qui ont
:
G iiij
152 MERCURE DE FRANCE.
paru jufqu'ici , pour cette partie des côtes
d'Afrique , font très- défectuenfes , &
ne peuvent que caufer la perte des navi
gateurs qui s'y confieroient. Nous ne poavons
nous refufer à une réflexion qui fe
préfente naturellement , c'eft qu'il eſt bien
flateur d'avoir pour but dans fes études &
fon travail , la confervation de la vie &
des biens des citoyens .
Ces Cartes fe trouvent chez M. Bellin ,
rue du Doyenné , du côté de la rue S.
Thomas du Louvre .
M. le Rouge vient de préfenter à Sa
Majefté une Carte particuliere de l'Ile de
Sardaigne. Il l'a préfentée enfuite à l'Académie
, & lui a fait remarquer que cette
Carte avoit manqué jufqu'à préfent à la
Géographie ; ainfi c'eft une vraye nouveauté.
Cette Carte eft d'une grande feuille
d'Atlas , & fe diftribue chez l'Auteur
rue des grands Auguftins , vis- à- vis le
Pannier Aeuri.
T
JUIN. 17539 153
EXTRAIT
Des Regiftres de l'Académie Royale des
Sciences.
M
l'Aca-
Du 10 Février 1753.
ESSIEURS Bouguer & de Courtivron
, qui avoient été nommés
pour examiner un Thermometre du fieur
Bourbon , qui au lieu de contenir la li
queur dans une boule , la contient dans
une cavité , compofée de deux calottes
hémifphériques , dont l'une rentre dans
l'autre , en ayant fait leur rapport ,
démie a jugé que ce Thermometre , conftruit
d'ailleurs fur les principes de M. de
Reaumur , étoit beaucoup plus fenfible
que les Thermometres ordinaires , conftruits
fur les mêmes principes qu'entre
toutes les figures qu'on pourroit choisir
pour ce Thermometre , le fieur Bourbon a
éxécuté une des plus propres à lui conféser
la figure lorfqu'on eft obligé d'y tou
cher ; & qu'en général cette conſtruction
étoit bonne & avantageufe : en foi de
quoi j'ai figné le préfent Certificat . A Paris
, ce 28 Février 1753. Signé Grand-
Jean de Fouchy , Sécretaire Perpétuel de
l'Académie Royale des Sciences.
GY
11 I {
#54 MERCURE DE FRANCE
Le fieur Bourbon qui excelle à faire
Toutes fortes de Barometres & de. Ther
mometres , & qui en vend de communs
& d'élégans , demeure grande rue du
Faubourg S. Antoine , au deffus des Enfans
Trouvés.
•
Lcettes qui a ouvert le 15 Janvier der
E fieur Jean- Baptifte Dupuis des Bri
ier une Ecole de Mufique pour la com
pofition , la Mufique vocale , l'Orgue , le
Clavecin , l'accompagnement de la Viele ,
pour répondre au zele que le Public té
moigne fur cet établiffement , vient de
rendre fon Ecole générale pour tous less
inftrumens fervant à l'accompagnement
des voix..
Les claffes fe tiennent les Lundis , Mer--
oredis & Vendredis depuis une heure
après -midi , jufqu'à neuf heures du foir .
Sçavoir , depuis une heure jufqu'à trois
gratis , pour les perfonnes douées d'un ta-
Tent décidé , à qui la fortune ne permet
pas de fe procurer des Maîtres .
On trouve chez lui les inftrumens né
ceffiires & une collection nombreuſe de
Livres de Muliques dans tous les genres.
Les
Etrangers
Province
qui voudront
profiter
de fom
ou les perfonnes de
JUIN. 1753. 155
école , pourront fe mettre en penfion chez
lui. Ils auront auffi la liberté de s'appliquer
à d'autres fciences & de fe
procurer
tels maîtres qu'ils voudront.
Il demeure rue Plâtriere , la feconde
porte cochere à droite , en entrant par la
rue Montmartre..
LE fieur Royller , célébre Expert véri
ficateur des écritures , rue de la Verrerie ,
à Paris , avertit le Public que ſe trouvant
actuellement fecondé par fon fils , il don
mera plus facilement & avec plus de fuc
cès encore qu'il ne faifoit , des démonf
trations gratuites fur Fécriture , depuis
fix jufqu'à huit heures du foir. On nous a
apporté des ouvrages du fieur Royllet fils,
& nous avouons que nous avons été étonnés
de leur hardieffe , & enchantés de leur
propreté. On ne peut pas raifonner avec:
plus de précision , de netteté & de mo
deftie , que ce jeune homme le fait de fom
art. Il va montrer en Ville.
+
Cvj
HI UC
#54 MERCURE DE FRANCE
Le fieur Bourbon qui excelle à faire
Toutes fortes de Barometres & de. Ther.
mometres , & qui en vend de communs
& d'élégans , demeure grande rue du
Faubourg S. Antoine , au deffus des Enfans
Trouvés.
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E fieur Jean - Baptifte Dupuis des Bri
cettes qui a ouvert le 15 Janvier der
tier une Ecole de Mufique pour la com
pofition , la Mufique vocale , l'Orgue , le
Clavecin , l'accompagnement de la Viele ,
pour répondre au zele que le Public té
moigne fur cet établiffement , vient de
rendre fon Ecole générale pour tous les
inftrumens fervant à l'accompagnement
des voix.
Les claffes fe tiennent les Lundis , Meroredis
& Vendredis depuis une heure
après -midi , jufqu'à neuf heures du foir.
Sçavoir , depuis une heure jufqu'à trois
gratis , pour les perfonnes douées d'un ta-
Tent décidé , à qui la fortune ne permet
pas de fe procurer des Maîtres..
On trouve chez lui les inftrumens né
ceffiires & une collection nombreufe de
Livres de Muuques dans tous les genres.
Les Etrangers , ou les perfonnes de
Province qui voudront profiter de fon
JUIN. 1753. ISS
école , pourront fe mettre en penfion chez
lui. Ils auront auffi la liberté de s'appliquer
à d'autres fciences & de fe procurer
tels maîtres qu'ils voudront.
Il demeure rue Plâtriere , la feconde
porte cochere à droite , en entrant par la
rue Montmartre ..
LE fieur Royllet , célébre Expert véri
ficateur des écritures , rue de la Verrerie
à Paris , avertit le Public que fe trouvant:
actuellement fecondé par fon fils , il don
mera plus facilement & avec plus de fuccès
encore qu'il ne faifoit , des démonftrations
gratuites fur Fécriture , depuis:
fix jufqu'à huit heures du foir. On nous a
apporté des ouvrages du fieur Royllet fils,.
& nous avouons que nous avons été étonnés
de leur hardieffe , & enchantés de leur
propreté. On ne peut pas raifonner avec:
plus de précision , de netteté & de modeftie
, que ce jeune homme le fait de fom
art. Il va montrer en Ville..
Cvj
152 MERCURE DE FRANCE.
paru jufqu'ici , pour cette partie des côtes
d'Afrique , font très- défectuenfes , &
ne peuvent que caufer la perte des navi
gateurs qui s'y confieroient. Nous ne poavons
nous refufer à une réflexion qui fe
préfente naturellement , c'eft qu'il eft bien
Aatent d'avoir pour but dans fes études &
fon travail , la confervation de la vie &
des biens des citoyens .
}
Ces Cartes fe trouvent chez M. Bellin ,
rue du Doyenné , du côté de la rue S
Thomas du Louvre.
M. le Rouge vient de préfenter à Sa
Majefté une Carte particuliere de l'Ile de
Sardaigne . Il l'a préfentée enfuite à l'Académie
, & lui a fait remarquer que celle
Carte avoit manqué jufqu'à préſent à b
Géographie ; ainfi c'eft une vraye nou
veauté. Cette Carte eft d'une grande feuille
d'Atlas , & fe diftribue chez l'Auteur ,
rue des grands Auguftins , vis- à- vis le
Pannier fleuri.
JUIN. 17539 153
EXTRAIT
Des Regiftres de l'Académie Royale des
M
Sciences.
Du 10 Février 1753.
ESSIEURS Bouguer & de Courtivron
, qui avoient été nommés
pour examiner un Thermometre du fieur
Bourbon , qui au lieu de contenir fa liqueur
dans une boule , la contient dans
une cavité , compofée de deux calottes
hémifphériques , dont l'une rentre dans
l'autre , en ayant fait leur rapport , l'Académie
a jugé que ce Thermometre , conftruit
d'ailleurs fur les principes de M. de
Reaumur , étoit beaucoup plus fenfible
que les Thermometres ordinaires , conftruits
fur les mêmes principes qu'entre
toutes les figures qu'on pourroit choisir
pour ce Thermometre , le fieur Bourbon a
éxécuté une des plus propres à lui conférer
la figure lorfqu'on eft obligé d'y toucher
; & qu'en général cette conftruction
étoit bonne & avantageufe : en foi de
quoi j'ai figné le préfent Certificat. A Paris
, ce 28 Février 1753. Signé Grand-
Jean de Fouchy , Sécretaire Perpétuel de
l'Académie Royale des Sciences.
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154 MERCURE DE FRANCE
Le fieur Bourbon qui excelle à faire
toutes fortes de Barometres & de. Ther
mometres , & qui en vend de communs
& d'élégans , demeure grande rue do
Faubourg S. Antoine , au deffus des Enfans
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E fieur Jean - Baptifte Dupuis des Bri
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ier une Ecole de Mufique pour la com
pofition , la Mufique vocale , l'Orgue , le
Clavecin , l'accompagnement de la Viele ,
pour répondre au zele que le Public té
moigne fur cet établiſſement , vient de
rendre fon Ecole générale pour tous les
inftrumens fervant à l'accompagnement
des voix.
Les claffes fe tiennent les Lundis , Meroredis
& Vendredis depuis une heure
après midi , jufqu'à neuf heures du foir,
Sçavoir , depuis une heure jufqu'à troisgratis
, pour les perfonnes douées d'un talent
décidé , à qui la fortune ne permet
de fe procurer des Maîtres . pas
On trouve chez lui les inftrumens néceffiires
& une collection nombreuſe de
Livres de Muñques dans tous les genres.
Les Etrangers , ou les perfonnes de
Province qui voudront profiter de fon
JUIN. 1753. 155
école , pourront fe mettre en penfion chez
ui. Ils auront auffi la liberté de s'appliquer
à d'autres fciences & de fe
procurer
tels maîtres qu'ils voudront.
Il demeure rue Plâtriere , la feconde
porte cochere à droite , en entrant par la
rue Montmartre..
LE fieur Royllet , célébre Expert véri
ficateur des écritures , rue de la Verrerie
à Paris , avertit le Public que ſe trouvant
actuellement fecondé par fon fils , il donmera
plus facilement & avec plus de fuccès
encore qu'il ne faifoit , des démonf
trations gratuites fur Fécriture , depuis
fix jufqu'à huit heures du foir . On nous a
apporté des ouvrages du fieur Royllet fils,
& nous avouons que nous avons été étonnés
de leur hardieffe , & enchantés de leur
propreté. On ne peut pas raifonner avec:
plus de précifion , de netteté & de mo
deftie , que ce jeune homme le fait de fon
art. Il va montrer en Ville.
?
Cvj
156 MERCURE DE FRANCE
ZAAAAAAAAAAAAAAAALI
CHANSON.
D'Une
aimable
bergere
Sçavoir toucher le coeur ,
Sçavoir fans lui déplaire ,
Expliquer fon ardeur ,
Sans que d'amour le langage
Puiffe trop l'effaroucher ,
Mais feulement la toucher ;
C'eft du bel âge.
D'un Berger plein de zele
Ecouter la langueur ,
Sans faire la cruelle ,
Répondre à fon ardeur ;
S'il veut un baifer pour gage
Ne le lui point refuſer ,
Ou lui laiffer dérober ;
C'eft du bel âge
D'une égale tendreſſe ,
Se chérir tous les deux ;
Le répeter fans ceffe
De la bouche & des yeux ;
Mettre enfin tout en uſage ,
Pour fatisfaire fes voeux ,
Et par là fe rendre heureus ,
R
ille .
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
JUIN.
117 17531
C'eft du bel âge.
Belle & tendre jeuneffe ,
Sans faire de façons ,
Du Dieu de la tendreffe
Ecoutez les leçons ;
Car quoique dife le ſage ,
De l'amour & de fes traits ,
Il eut toujours des attraits
Pour le bel âge.
BC BC DC DC IC IC IC IC IC IC IC IO
SPECTACLE S.
E Mardi premier Mai , l'Académie
de fon théatre par le Devin du Village , &
la premiere répréſentation du Médecin
ignorant. Les ariettes de cet Intermede
font de Pergolefe , & on a adapté à ces
ariertes une action que le Public y a trouvé
affez mal coufue . La Mufique des arietres
a été trouvée digne de fon illuftre auzeur
, c'eft le plus grand éloge qu'on puiffe
lui donner . On a fur tour extrêmement
goûté les Ariettes Vi fto ben , & Ecco il povero
tracollo , du premier Acte ; & le Duo
admirable qui termine cet Acte . Dans le
fecond , l'Ariette Caro pardonna mi , & le
Récitatif mefuré qui la précede , ont c
18 MERCURE DE FRANCE.
trêmement réuffi , ainfi que le Duo qui
termine l'Intermede. Mlle Tonelli a été
auffi applaudie dans ce nouvel Ouvrage
que dans les précédens. M. Manelli n'a ni
joué , ni chanté fon rôle comme on l'auroit
défiré. Les Connoiffeurs trouvent entr'autres
chofes que l'ariette Ad un povere
polacco auroit dû faire plus d'effet felle
eût été mieux chantée. M. Cofimi , quoiqu'il
ait peu de voix , a mis dans fon jeu
& dans fon chant beaucoup de précision ,
de vivacité & d'intelligence.
Le Devin du Village & le Médecin ignorant
font donnés le Mardi & le Jeudi . On
continue toujours avec fuccès les Diman
ches & les Vendredis , les repréfentations
de Titon & l'Aurore..
Les Comédiens François voulant réparer
& embellir leur Salle , le Roi leur
a accordé une gratification de 20000 li
vres. Les réparations néceffaires & les embeliffemens
convenables ont été faits pendant
la vacance de Pâques , avec tout le
fuccès qu'on devoit attendre des habiles
Artiftes qui en ont été chargés ; & les Comédiens
ont fait à l'ordinaire , l'ouvertu
re de leur Théatre , le lendemain de la
Quafimodo ; ils ont repréfenté la Tragedie
d'Athalie, fuivie du Legs; ces deux PiéJUIN
17532 159
ees ont été précédées d'un Compliment
fortement penfé & bien écrit , qui a été
prononcé par M. -le Kain .
Le Mardi premier Mai , ils ont donné
Didon , Tragédie de M. le Franc , & la
petite Piéce du Babillard , de M. de Boiffy..
Le Mercredi deux , la Medée , de Longepierre
, & le Mariage fait & rompu,
Comédie en trois Actes de Dufrefny , qui
n'avoit pas été repréfentée depuis quelque
tems ; les principaux rôles du Mariage fait
rompu ont été très bien joués par M.
Grandval , Mlle Dangeville & M. Armand.
•
Le Jeudi trois , les Folies amoureufes &
George Dandin. Le Vendredi quatte , lee
Menteur , & les Précieuses ridicules .
Et le Samedi cinq , ils ont remis au
Théatre Don Sanche d'Arragon , Comédie
héroïque en cing Actes & en Vers , de:
Pierre Corneille. Le premier Acte a paru
admirable , le fecond & le troifiéme font
trés-froids , & il y a des beautés dignes de
Auteur dans le quatriéme & dans le cinquiéme
. Le caractere de Don Sanche eft le
feul de la Piece qui foit vraiment beau , il
paroît qu'on lui a tout facrifié. M. Grandval
l'a rendu d'une maniere fublime : les
rôles de D. Ifabelle , Reine de Caftille ;
de D. Leonore , Reine d'Arragon ; de D.
160 MERCURE DE FRANCE
Elvire , Princeffe d'Arragon , & de Blan
che , ont été joués par Mlle Gauffin , Duménil
, Clairon & Brillant ; & ceux de
D. Lope de Gufman , de D. Manrique de
Lare , de D. Alvar de Lare , & de D. Raimond
de Moncade , par Mrs Bellecourt ,
le Kain , Drouin & Dubreuil . Les Comé
diens pour la reprife de cette Piece , ont
fait faire par M. Brunerti , un fallon neuf
qui eft admiré de tous les Connoiffeurs.
Le Roi qui fçait également récompen
fer & diftinguer les talens fupérieurs , a
accordé au fieur Grandval la permiffion de
donner à fon profit , fur le théatre de la
Comédie Françoiſe , fix Bals à l'inftar de
ceux qui fe donnent fur le théatre de l'Opéra
pendant l'Hyver. Le premier a été
donné le Dimanche fix -Mai , le fecond le
Jeudi 10 du même mois , & le troifiéme
le Jeudi dix - fept : les autres feront donnés
les trois Jeudis fuivans.
Les Comédiens Italiens ont fait l'ou
verture de leur théatre le Lundi 30 Avril ,
par la remiſe de la Fauffe prevention , Comédie
Françoife en Vers & en trois Actes
, qui a été fuivie de la Parodie de Ti-
Jon & l'Aurore , & du Compliment en
Vaudevilles , qui avoit été chanté à la clô
ture par Mlle Favard
JUI N. 1753 161
COMPLIMENT prononcé par Mile Favard
, à l'ouverture du Théatre Italień ,
le 30 Avril. 1753 .
Sur l'air: Toutet les meres toujours feveres.
Meffieurs ,
Mesdames ,
Ah ! dans nos ames
Renait Pelpoir ;
Quel bonheur de vous voir f
Mais l'on n'engage ,
Suivant Pufage ,
De haranguer ,
Cela doit m'intriguer
Hélas ! comment faut -il faire
Pour plaire ?
Hélas ! comment
Vous faire un compliment
Je ne fais point l'art
D'apprêter le fard
De ces beaux difcours
Qu'on retourne toujours
L'ulage en eft vieux ,
Et très ennuyeux ;
Pourrai- je en ce jour ,
Trouver un nouveau tour
Hélas ! comment faut- il faire
Pour plaire ?
Hélas comment
162 MERCURE DE FRANCE.
Vous faire un compliment
On ne rifque rien ,
Vraiment je fçai bien
Que l'on applaudit ,
Ce qu'on a cent fois dit
Mais ... Plus de la moitié
Le fait par pitié ,
Et l'homme d'efptit
Au fond de l'ame en rito
Hélas ! comment
Faut-il faire
Pour plaire ?
Hélas ! comment
Vous faire un compliment
En vain l'on agite ,
En vain l'on débite
De grands mots enflès
Sur des tons empoulés ;
Une ardeur nouvelle
Doit prouver le zele ::
Par tous nos effors ,
Signalons nos tranfports ;.
Voila comment
Il faut faire
Pour plaire :
Voila comment
Se fait un compliment.
Quand le fuffrage
JUIN. 1753- 163
Nous
encourage ,
Il faut s'exciter
A le mieux mériter .
Que fans relâche ,
Chacun s'attache ,
Et ne cherche en tout
Qu'à fuivre votre goû.t
Voilàcomment
On efpere
Vous plaire :
Voila comment
Je fais mon compliment
Le Jeudi trois Mai , les mêmes Comédiens
ont repréſenté La vie eft un fonge ,
Comédie héroïque de M. de Boiffy , fuivie
d'Arlequin Hulla , & le Dimanche 6
P'Embarras des richeffes, avec tous fes agrémens
, fuivie de la Guinguette', Divertiffement
Pantomime.
CONCERTS SPIRITUELS..
L.
E Concert a attiré plus de monde
dans la quinzaine de Pâque , qu'il ne
Favoit fait les années précédentes. On va
voir par le détail des différens morceaux
qui y ont été exécutés , que ce fuccès étoit
dû aux foins & au goût des Directeurs .
Nous ne ferons qu'indiquer ce qui eſt.
162 MERCURE DE FRANCE.
Vous faire un compliment
On ne rifque rien ,
Vraiment je fçai bien
Que l'on applaudit ,
Ce qu'on a cent fois dit
Mais... Plus de la moitié
Le fait par pitié ,
Et l'homme d'efprit
Au fond de l'ame en rit
Hélas ! comment
Faut-il faire
Pour plaire ?
Hélas ! comment
Vous faire un compliment
En vain l'on agite ,
En vain l'on débite
De grands mots enflès
Sur des tons empoulés ;
Une ardeur nouvelle
Doit prouver le zele ::
Par tous nos effors ,
Signalons nos tranfports ;.
Voila comment
Il faut faire
Pour plaire :
Voila comment
Se fait un compliment.
Quand le fuffrage
JUIN. 163 1753-
Nous encourage ,
Il faut s'exciter
A le mieux mériter .
Que fans relâche ,
Chacun s'attache ,
Et ne cherche en tout
Qu'à fuivre votre goû.t
Voilà comment
On efpere
Vous plaire :
Voila comment
Je fais mon compliment.
Le Jeudi trois Mai , les mêmes Comé
diens ont repréſenté La vie eft un fonge ,
Comédie héroïque de M. de Boiffy , fuivie
d'Arlequin Hulla , & le Dimanche 6
l'Embarras des richeffes, avec tous les agrémens
, fuivie de la Guinguette , Divertiffe
ment Pantomime.
CONCERT'S SPIRITUELS.
E Concert a attiré plus de monde
dans la quinzaine de Pâque , qu'il ne
L'avoit fait les années précédentes . On va
voir par le détail des différens morceaux
qui y ont été exécutés , que ce fuccès étoit
dû aux foins & au goût des Directeurs.
Nous ne ferons qu'indiquer ce qui eft
162 MERCURE DE FRANCE
Vous faire un compliment
On ne rifque rien ,
Vraiment je fçai bien
Que l'on applaudit ,
Ce qu'on a cent fois dit
Mais ... Plus de la moitié
Le fait par pitié ,
Et l'homme d'efprit
Au fond de l'ame en rito
Hélas ! comment
Faut-il faire
Pour plaire ?
Hélas ! comment
Vous faire un compliment
En vain l'on agite ,
En vain l'on débite
De grands mots enflès
Sur des tons empoulés ;
Une ardeur nouvelle
Doit prouver le zele ::
Par tous nos effors ,
Signalons nos tranſports 3 ,
Voila comment
Il faut faire
Pour plaire :
Voila comment
Se fait un compliment.
Quand le fuffrage
JUIN. 1753- 163
Nous encourage ,
Il faut s'exciter
A le mieux mériter .
Que fans relâche ,
Chacun s'attache ,
Et ne cherche en tout
Qu'à fuivre votre god.t
Voilà comment
On efpere
Vous plaire :
Voila comment
Je fais mon compliment
Le Jeudi trois Mai , les mêmes Comédiens
ont repréfenté La vie eft un fonge ,
Comédie héroïque de M. de Boiffy , fuivie
d'Arlequin Hulla , & le Dimanche 6
l'Embarras des richeffes, avec tous fes agrémens
, fuivie de la Guinguette ', Divertiffement
Pantomime.
CONCERTS SPIRITUELS.
L
E Concert a attiré plus de monde
dans la quinzaine de Pâque , qu'il ne
l'avoit fait les années précédentes. On va
voir par le détail des différens morceaux
qui y ont été exécutés , que ce fuccès étoit
dû aux foins & au goût des Directeurs.
Nous ne ferons qu'indiquer ce qui eft
164 MERCURE DE FRANCE
connu ; nous nous arrêterons un peu plus
fur les nouveautés.
Le Concert du Dimache huit , jour de
la Paffion, commença par une Symphonie;
enfuite Deus , venerunt gentes , nouvea
Motet de M. Fanton , qui fut affez mal
exécuté. Une fymphonie de M.Guillemain,
Ordinaire de la Mufique du Roi . M. Al
banefe , de la Mufique de la Chapelle du
Roi , chanta très agréablement deux morceaux
Italiens bien choisis , le 1 del Signot
Caputy , le 2º de M. Haffe . M. Carminati,
Venitien , établi à Lyon , joua un Concerró
de violon , & a joué plufieurs fois
depuis. Les Connoiffeurs l'ont fort goûté ,
& le Public a trouvé fon jeu fort précis &
fort fage. Le Concert finit par Bonum eft,
Motet à grand choeur , de M. Mondon
ville.
Le Concert du Vendredi de la Paffion,
13 Avril , commença par la premiere ouverture
des fymphonies de M. Martin ; enfuite
Deprofundis , Motet à grand choeur
de M. Mion , qui ne réuffit point : une
fymphonie à cor- de- chaffe. M. Gelin chanta
Inclina Domine ,' petit motet de M. Martin.
M. Carminati joua un Concerto de
violon . M. Albanefe chanta avec beaucoup
de goût & de naturel , deux beaux
morceaux Italiens. Le premier , del SiJUIN.
1753. 165
gnor Pergolefi , le deuxième , del Signor
Romani . Le Concert finit par Magnus Dominus
, motet à grand choeur de M. Mondonville,
Le Concert du Dimanche des Rameaux,
quinze Avril , commença par une Symphonie
; enfuite Cantate Domino , canticum
novum , motet à grand choeur de M. Martin.
M. Albanele chanta deux morceaux
Italiens. M. Gaviniés joua feul & bien,
M. Richer , Page de la Mufique de la Chapelle
du Roi , qui fit les délices de tour
Paris l'an dernier , chanta une Ariette fort
agréable de M. l'Abbé Blanchard. On
trouva que fon goût n'avoit pas diminué
que fa voix s'étoit fortifiée . Le Concert
finit parDe profundis , motet à grand choeur
de M, Mondonville.
&
?
Le Lundi feize , le Concert commença
par une fymphonie. On donna enfuite
pour la premiere fois , le Stabat mater
del Signor Pergolefi , motet fi célebre dans
toute l'Europe , & qui depuis qu'on l'avoit
annoncé , fixoit l'attention de tout
Paris . Cet Ouvrage fur mieux reçu des
Connoiffeurs que de la multitude. Les
morceaux qui ont le plus réuffi font le
Prélude admirable , par lequel ouvre le
motet , le Stabat Mater en Duo , & le
Récit Vidit fuum dulcem natum. Il ne pa164
MERCURE DE FRANCE
P
connu ; nous nous arrêterons un peu plus
fur les nouveautés.
Le Concert du Dimache huit , jour de
la Paffion , commença par une Symphonie;
enfuite Deus , venerunt gentes , nouveau
Motet de M. Fanton , qui fut affez mal
exécuté. Une fymphonie de M.Guillemain,
Ordinaire de la Mufique du Roi . M. Albanefe
, de la Mufique de la Chapelle du
Roi , chanta très agréablement deux morceaux
Italiens bien choisis , le 1 del Signor
Caputy , le 2º de M. Haffe . M. Carminati,
Venitien , établi à Lyon , joua un Concerró
de violon , & a joué plufieurs fois
depuis. Les Connoiffeurs l'ont fort goûté ,
& le Public a trouvé fon jeu fort précis &
fort fage. Le Concert finit par Bonum eft ,
Motet à grand choeur , de M. Mondonville.
Le Concert du Vendredi de la Paffion ,
13 Avril , commença par la premiere ouverture
des fymphonies de M. Martin ; enfuite
De profundis , Motet à grand choeur
de M. Mion , qui ne réuffit point : une
fymphonie à cor-de- chaffe. M. Gelin chanta
Inclina Domine ,' petit motet de M. Martin.
M. Carminati joua un Concerto de
violon . M. Albanefe chanta avec beaucoup
de goût & de naturel , deux beaux
morceaux Italiens . Le premier , del Si
JUIN. 1753 . 165
gnor Pergolefi , le deuxième , del Signor
Romani. Le Concert finit par Magnus Dominus
, motet à grand choeur de M. Mondonville,
Le Concert du Dimanche des Rameaux,
quinze Avril , commença par une Symphonie
; enfuite Cantate Domino , canticum
novum , motet à grand choeur de M. Martin.
M. Albanele chanta deux morceaux
Italiens . M. Gaviniés joua feul & bien.
M. Richer , Page de la Mufique de la Chapelle
du Roi , qui fit les délices de tour
Paris l'an dernier , chanta une Ariette fort
agréable de M. l'Abbé Blanchard . On
trouva que fon goût n'avoit pas diminué
que fa voix s'étoit fortifiée. Le Concert
finit parDe profundis , motet à grand choeur
de M. Mondonville ,
&
Le Lundi feize , le Concert commença
par une fymphonie. On donna enfuite
pour la premiere fois , le Stabat mater ,
del Signor Pergolefi , motet fi célebre dans
toute l'Europe , & qui depuis qu'on l'avoit
annoncé , fixoit l'attention de tout
Paris . Cet Ouvrage fur mieux reçu des
Connoiffeurs que de la multitude. Les
morceaux qui ont le plus réuffi font le
Prélude admirable , par lequel ouvre le
motet , le Stabat Mater en Duo , & le
Récit Vidit fuum dulcem natum . Il ne pa166
MERCURE DE FRANCE.
que
roît pas poffible de pouffer plus loin l'expreffion
de la douleur & de la tendreſſe ,
le Muficien l'a fait dans ces morceaux.
Mais ce qui eft peut- être plus admirable encore
, parce que cela étoit plus difficile ,
c'eft l'art qu'il a eu de varier le mouvement
dans les différens morceaux de fon motet
fans varier l'expreffion . Par exemple dans
le fecond morceau Cujus animam gementem
, qui eft fur un mouvement afſez vif,
le Muficien a fçû mettre une expreffion de
douleur , que les Connoiffeurs y ont bien
fentie , & qui n'a peut- être pas été rendu
par l'exécution auffi parfaitement qu'elle
pouvoit l'être. On auroit défiré aufli qu'à
la place de la fugue Fac ut erdeat cor
meum , qui a fait peu d'effet au Concert
on eût fubftitué le duo Quis eft homo ,
non fleret , qui n'eft pas inférieur aux plus
beaux morceaux du Motet. Quoiqu'il en
foit de ces obfervations , le fuccès du Sta- ·
bat a été affez grand pour qu'on l'ait don
né cinq jours de fuite , & pour qu'il air
été redemandé une fixième fois. Ce Moter
a été exécuté par Mrs Dota & Albaneſe
Italiens , de la Mufique du Roi.
1
qui
Le Concert du Mardi commença par
une fymphonie à cors- de- chaffe , enfuite
le Stabat. Mlle Davaux débuta dans Magna
eft gloria ejus , morceau tiré du moter
JUIN. 1.753. 167
Domine in virtute tuâ , de M. de Lalande.
Mlle Dayaux eft un fujet de la plus grande
& de la plus rare efpérance : la voix eft
nette , franche , naturelle , fenfible & fonore.
On ne doit pas craindre que ce ta
lent fe gâte comme nous en avons vû ſe
gâter tant d'autres : les arrangemens qui
ont été pris pour la perfectionner font trèsfages
, & formeront , felon toutes les apparences
, pour l'Opéra un fujet dont ila
très- grand befoin . Après que M. Carminati
eut joué un Concerto , Mlle Fel
chanta , comme elle feule fçait chanter ,
Salve Regina , petit motet de M. Rouffeau,
Auteur du Devin du Village , & du Diſcours
de Dijon. On a trouvé dans ce Motet
beaucoup de chant & d'expreflion , &
les Connoiffeurs défirent que M. Rouffeau
continue à enrichir la Littérature & la
Mufique Françoife & Latine par fes Ouvrages.
Mercredi le Concert commença par
une Symphonie, M. Dota & M. Albanefe
chanterent Stabat Mater , del Signor Pergolef
; enfuite Diligam te , motet à grandchoeur
de M. Gilles , dans lequel Mlle
Bouroux chanta Beata gens , morceau ajoûté
de M. de Lalande . M. Gaviniès joua
feul. Le Concert finit par De profundis
no tet à grand choeur de M, Mondonville.
168 MERCURE DE FRANCE.
Jeudi le Concert commença par une
fymphonie , dans laquelle M. Peria & M.
Grillet donnerent du cors. M. Dota & M.
Albaneſe , Ordinaires de la Mufique de la
Chapelle du Roi , chanterent Stabat Ma
ter , del Signor Pergolefi. Mlle Davau
chanta Magna eft gloria ejus , morceau tiré
d'un moter de M. de Lalande , Domine in
virtute tua, M. Carminati joua un Concerto.
Mile Fel chanta Salve Regina , petit
moter nouveau de M. Rouffeau . Le Ĉoncert
finit par Diligam te , motet à grand
choeur de M. Madin,
Vendredi , le Concert commença par
une fymphonie ; enfuite le Stabat Mater,
del Signor Pergolefi , chanté par M, Dota
& Albaneſe , Ordinaires de la Mufique de
la Chapelle du Roi, Mlle Duperey & M,
Gelin chanterent Cantemus Domino , petit
motet de M, Mouret. M. Gaviniés joua
feul . Mile Davaux chanta Magna eft gloria
ejus , morceau tiré d'un motet de M. de
Lalande , Domine in virtute tuâ, Le Concert
finit par De profundis , motet à grand
choeur de M. Mondonville ,
Samedi le Concert commença par une
fymphonie à tymballes & trompettes de
M. Pleffi cadet , de l'Académie Royale de
Mufique : enfuite Cantate , motet à grand
choeur , à timballes & trompettes , de M,
Davelne ,
JUI N. 1753. 169
Daveſne , de l'Académie Royale de Mufique.
Mlle Duperey chanta fort bien Regina
Cali , petit moret de M. Mouret . Mlle Fel
& M. Gaviniés exécuterent un concerto
accompagné de voix , de la compofition de
M. Mondonville. Le Concert finit par Co-
Li enarrant , motet à grand choeur du même
Auteur.
:
Dimanche , jour de Pâques , le Concert
commença par une fymphonie de M. Geminiani
enfuite Domine in virtute tuâ ,
motet à deux choeurs de M. Cordelet . M.
Albanefe chanta un air Italien . M.Taillard
joua fort agréablement un concerto de flûte.
Mlle Duperey & M. Richer , Page de la
Mufique de la Chapelle du Roi , chante .
rent Confitemini Domino , petit motet de
M. Cordeler. M. Gaviniés joua feul . Mlle
Fel chanta Laudate pueri Dominum , petit
moret de M. Fiocio . Le Concert finit par
Venite exultemus , motet à grand choeur de
M. Mondonville.
' Lundi de Pâques , le Concert commença
par une fymphonie , enfuite Deus venerunt
gentes , motet à grand choeur de M.
Fanton . M. Richer , Page de la Mufique
de la Chapelle du Roi , chanta une ariette
nouvelle de M. l'Abbé Blanchard. M.
Piffet le fils , joua un concerto de violon .
M. Albaneſe chanta une ariette Italienne.
1. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE:
M. Carminati joua un concerto . Le Con
cert finit par Bonum eft , motet à grand
choeur de M. Mondonville .
Mardi , le Concert commença par une
fymphonie nouvelle à cors- de - chaſſe , de
M. ***. Enfuite Jubilate Deo , motet nouveau
à grand choeur de M. Martin . M.
Moria joua un concerto de violon . M. Richer
, Page de la Mufique du Roi , chanta
une ariette nouvelle & bien faite de M.
l'Abbé Blanchard . M. Carminati joua un
concerto. Mlle Davaux chanta Magna eft
gloria ejus , récit tiré d'un motet de M. Lalande
, Domine in virtute tuâ. Le Concert
finit par Nifi Dominus , motet à grand choeur
de M. Mondonville,
Vendredi , le Concert commença par
une fymphonie à cors- de - chaffe . M. Dota
& M. Albanefe , Ordinaires de la Mufique
de la Chapelle du Roi , chanterent
Stabat Mater , del Signor Pergolefi . Mlle
Dubut chanta Jubilate Deo , petit motet.
Mlle Fel & M. Gaviniés exécuterent un
concerto accompagné de voix , de la compofition
de M. Mondonville . Mlle Davaux
chanta Venite exultemus , petit motet
de M. Mouret. Le Concert finit par Dominus
regnavit , motet à grand choeur de M.
Mondonville.
Dimanche , jour de Quafimodo , le`
JUIN. 1753. 171
Concert commença par la premiere Sonate
des Piéccs de Clavecin de M. Mondonville
, enfuite Cali enarrant , motet à grand
choeur du même Auteur . M. Gelin chanta
Cantemus Domino, petit motet. M. Albanefe
chanta un air Italien . M. Taillard joua
un concerto de flûte . Mlle Duperey & M.
Richer , Page de la Mufique de la Chapelle
du Roi , chanterent Confitemini Domino ,
petit motet de M. Cordelet. Mlle Davaux.
chanta Venite exultemus , petit motet de
M. Mouret. M. Gaviniés joua feul . Mlle
Fel chanta Salve Regina , petit motet de
M. Rouffeau. Le Concert finit par Venite
exultemus , motet à grand choeur de M.
Mondonville.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE
NOUVELLES ETRANGERES.
DU LEVANT.
DE CONSTANTINOPLE , le 1. Mars.
Uivant les derniers avis qu'on a reçus d'Ifpa
han , le Prince Heraclius y a été reconnu &
proclamé Roi. Tous les Chrétiens établis en Perfe
, fe promettent des difpofitions de ce nouveaw
Souverain , les plus heureufes fuites pour les intés
rêts de leur commerce.
DU NORD.
DE MOSCOu , le 28 Mars,
Sur la nouvelle que quelques Hordes de Tartares
le montroient fur nos frontieres , le Comte
de Rafoumowski , Hettman des Colaques , eft retourné
en Ukraine , & l'on a fait marcher des
Loupes pour renforcer différens poftes.
DE STOCKHOLM , le 21 Avril.
Il avoit été permis aux Fermiers de la Douane
de faire vendre ici les marchandifes de contreban
de , qui furent confifquées l'année derniere à Nor-
Koping , mais le College des Manufactures ayant
repréfenté que le débit de ces marchandifes feroit
préjudiciable aux Fabriques du Royaume , le Sénat
a ordonné que la vente fût fulper.due.
JUIN
173 1753.
DE COPPENHAGUE , le 9 Avril.
L'Anniverſaire de la naiffance du Roi , qui eſt
entré dans la trente - uniéme année de fon âge ,
fut célébré avec beaucoup d'éclat le 31 du mois
dernier, La Cour fut ce jour - là très- nombreuſe ,
& le Grand Maréchal fit fervir matin & foir plufieurs
tables . A l'occafion de cette fête , le Roi
fit diftribuer une Médaille frappée en l'honneur de
la Reine. D'un côté de cette Médaille eft le Buſte
de cette Princeffe , avec cette légende : Qualis
idalium colens : Telle qu'eft en Idalie la mere des
Graces. Au revers eft un Autel antique , fur lequel
eft pofée une Couronne on lit au- deffus ;
Meritam , & au - deffous Accepit . Le Chiffre de la
Reine eft tracé fur le devant de l'Autel . L'Exergue
renferme la date du mariage de cette Princeſſe.
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 8 Avril.
On fait ici beaucoup d'accueil au jeune Comte
de Pembroke. Lorfqu'il fut préfenté à leurs Majeſtés
Impériales , l'Empereur lui dit : » Qu'il fe
rappelloit toujours avec plaifir , la magnifique
» réception qui lui avoit été faite en Angleterre ,
» dans la terre de Walton , par le pere de ce jeu-
» ne Seigneur .
Immédiatement après Pâques , on travaillera
à la conftruction du vafte édifice que l'impératri
ce a deſtiné , tant pour les leçons publiques de
F'Univerfité , que pour le logement des Profeffeurs.
Les Etats de la Baffe Autriche fourniffent
une fomme pour ce bâtiment.
1
Hiij
374 MERCURE DE FRANCE.
?
On attend ici trois Eléphans , que l'Impératrice
de Ruffie envoye à leurs Majeftés Impériales pour
la Ménagerie de Schombrun .
DE SALTZ BOURG , le 6 Avril.
Les de ce mois , jour auquel expiroit le terme
preferit par les Canons , pour nommer au Siege
vacant , les fuffrages fe réunirent en faveur dú
Comte Sigifmond- Chriftophe de Schrattenbach ,
Doyen de l'Eglife Métropolitaine , & Grand - Chanoine
des Chapitres d'Aicftet & d'Augfbourg.
Auffi tôt que l'élection fut faite , le Comte de Co.
benzel , Commiflaire Impérial , dépêcha un Cou,
ier à Vienne pour en informer l'Empereur .
DE DRESDE , le 26 Avril.
Toutes les troupes avant quinze jours feront
en marche , pour fe rendre au Camp que le Roi a
réfolu de former, Elles y entreront le 29 & le 30
du mois prochain . Le 2 Juin elles pafferont en revûe
devant Sa Majesté . Deux jours après , l'Infan
terie fera féparément fes évolutions , & le fix il
y aura un exercice particulier pour la Cavalerie.
Le 8 , l'Armée le divifera en deux corps , qui fe
livreront un combat fimulé . On fera le 13 & les
jours fuivans l'attaque d'un Polygonė. Le 20 , les
troupes fe fépareront. Ce camp fera commandé
par le Général d'Arnim , qui aura fous fes ordres
le fieur de Haxthaufen , le Prince d'Anhalt-
Deffau , le Comte de Bruhl , Grand Ecuyer , &
le Comte de Rex , en qualité de Lieutenans- Généraux.
JUIN. 1753. 175
DE LEIPSICK , le 12 Avril.
Depuis peu , le fieur Winckler , Profeffeur de
'Univerfité de cette Villé , a fait de nouvelles
découvertes fur l'Electricité . En donnant un certain
dégré de force à la machine électrique , il eft
parvenu à faire percer , par les rayons qui en
émanent , un morceau de cuir mouillé. La plûpart
des trous faits par ces rayons font quarrés .
Les rayons trop foibles pour trouer le cuir , y
Jaiflent des taches noires.
55
DE BERLIN , le 3 Avril.
On vient de publier un Octroi accordé par Sa
Majefté pour une nouvelle Compagnie , qui commercera
à Bengale & fur les côtes voifines. L'Edit
donné à ce fujet eft daté du mois de Janvier der .
nier , & il eft en Langue Françoife. Voici la fubf
tance des principaux articles qu'il contient. Le
Comptoir de la Compagnie fera fixé à Embden .
Elle y chargera les Vaiffeaux qu'elle fera partir
, & ces bâtimens y reviendront faire la vente
» de leurs cargaifons . Il fera permis à la Compagnie
d'envoyer tous les ans à Bengale autant
de Navires , & de tel nombre de tonneaux
qu'elle jugera à propos ; comme auffi d'étendré
fon commerce à telles branches qui lui con-
» viendront . Elle levera en Ooſt- Friſe & dans le
» Duché de Cleves , les Soldats & les Matelots
dont elle aura befoin , & ils ne pourront être
engagés dans le fervice du Roi. Les Vaiffeaux
» l'Artillerie , les Magafins & les effets de la Compagnie
, ne pourront non plus , fous aucun
23
53
>
Hiiij
76 MERCURE
DE FRANCE
.
30
3
50
prétexte , être arrêtés pour le même fervice. Autant
qu'il fera poffible , la Compagnie préfer era
pour le chargement de les Vaiffeaux , les maichandifes
fabriquées dans les Etats de Sa Majefté
, à celles des fabriques étrangeres ; mais dans
les cas où elle fera obligée de fe fournir des der-
» nieres , celles-ci ne payeront aucune impofition ,
Les marchandifes
que la Compagnie vendra par
tranfit aux étrangers , feront exemptes de tous
>> droits d'entrée : elle jouira pareillement
de la » franchife des droits de fortie pour toutes les
» marchandifes
fabriquées dans les Etats du Roi ,
ainfi que pour l'artillerie & les munitions qui lui feront néceflaires . L'introduction
des marchandifes
des Indes pouvant nuire aux Fabriques & aux Manufactures
du Royaume , ces marchan-
» difes feront gardées par entrepôt dans les Ma- gafins d'Embden , pour être vendues à l'étran
ger , & il fera produits des certificats de leur
exportation Les effets de la Compagnie ne pour
ront jamais être faifis pour dettes particulieres.
En cas de rupture avec quelque Puiffance de
» l'Europe que ce foit , les capitaux que les Sujets
» de cette Puiffance auront fournis à la Compagnie
, ni les intérêts qui en proviendront
, ne
feront point fujets à confifcation. La Compagnie
étant fous la protection du Roi , elle fera
» compriſe dans les Traités de Commerce que Majefté pourra conclure avec d'autres Puiſſan-
» ces . Il fera libre à la Compagnie , & à ſes repré- » fentans , de faire fous le nom & l'autorité du
ce
33
"
לכ
55
Sa
Roi , avec les Princes & Souverains des pays de
" l'Inde , tels Traités & telles alliances qu'elle
"jugera convenables.
Le fonds de la Compagnie eft fixé provifoirement
à un million de rifdales de Brandebourga
JUIN.
177 1753
C
Cette fomme fera partagée en deux mille Actions
de trois cens dallers chacune , qui ne pourront
être augmentées ni diminuées que du confentement
de l'Affemblée générale des Intéreffés. Il
fera payé par la Compagnie , tous les fix mois
un dividende de deux pour cent. Si l'on n'eft pof
feffeur de dix Actions , on n'aura point de voix
dans l'Affemblée générale. Les Propriétaires de
trente Actions auront deux fuffrages ; ceux de
cinquante Actions , trois fuffrages ; mais aucun
Intéreflè n'en aura un plus grand nombre.
4
PORTUGAL.
DE LISBONNE , le 29 Mars.
Sa Majefté a renouvellé l'Ordonnance concernant
les filles qui paffent du Brefil en Europe , Cette
Ordonnance , réuniflant les faines maximes de la
Religion , & les vies d'une fage politique , porte
en fubftance: Qu'une des principales caufes de la
dépopulation du Brefil provenant de ce que l'on
envoye de ce pays- là en Portugal un grand
nombre de filles , pour leur faire embraffer contre
leur gré l'état de Religieufes , Sa Majefté a
jugé néceffaire de s'oppofer à un tel abus , &
d'empêcher qu'il ne pafle à l'avenir dans ce
Royaume aucunes filles du Brefil , fans avoir
» été examinées fur les motifs de leur voyage,
> afin qu'on puiffe connoître fi leur vocation à la
vie monaftique eft volontaire .
"
םכ
Le Procureur Général de la Ferme des diamans
au Bréfil , ayant tiré pour près de huit cent mille
crufades fur la Caiffe de cette Ferme , & fes lettres
de change n'ayant point été acceptées , parce
qu'il n'avoit point été fait ici de remiſes fuffifantes
HV
178 MERCURE DE FRANCE.
en diamans , le Roi , afin d'empêcher le difcré.
dit des lettres du Brefil , s'eft chargé du payement
de celles qui ont été proteftées. En même
tems , on a fait partir un Navire pour Rio de Ja
neiro , avec un ordre de faifir tous les biens des
Directeurs de la Ferme , jufqu'au rembourfement
de la valeur de ces lettres.
.f
ITALIE. T
L
DE NAPLES , le 25 Mars.
Les quatre Chabecs armés en courſe , qui
étoient rentrés dans ce Port , ayant remis à la
voile, ont attaqué trois Corfaires Algériens fur les
côtes de la Pouille. Après un combat très -vif , ils
ont coulé à fond un des Vaiffeaux Barbarelques ,
& ils ont forcé les deux autres à prendre la fuite.
DE ROME , le 15 Mars.
Le Duc & la Ducheffe de Wirtemberg ariiverent
le 24 avec une fuite nombreufe. Des leures
que le Prince Héréditaire de Brandeboug Anf
pach a reçues depuis peu , l'obligent de retourner
promptement en Allemagne.
D'ANCONE , le 18 Avril.
Par un Décret confirmatif des privileges dont
eette Ville jouit pour la franchife de fon Pott , le
Pape déclare que les Négocians & Capitaines ,
qui aborderont ici , entreront librement dans le
Port & dans la Ville avec leurs effets pour y com
mercer ; qu'ils difpoferont de leurs cargaifons
Comme ils jugeront à propos , foit en gros ou en
JUI N. 179 1753.
détail , & qu'ils pourront enfuite partir en toute
liberté , qu'afin de leur ôter toute crainte d'être
retenus trop long tems , & en engagés dans des
dépenses extraordinaires , en cas de démêlés au
fujet de leurs marchandiſes , Sa Sainteté confent
que les différends de cette nature foient jugés en
dernier reflort par les Confuls affemblés , qu'il
fera libre au Propriétaire ou au Capitaine de chaque
Navire , de dépofer ſes marchandifes dans les
magafins ordinaires de la Ville , & de les faire
fortir par eau , fans payer aucun droit ; que les
grains de dehors feront cependant exceptés de
cette regle , & qu'ils ne pourront être introduits
fans permiffion.
DE FLORENCE , le 13 Avril.
Un jeune Gentilhomme Anglois , Officier dans
les troupes de cet Etat , ayant pris querelle avee
un Noble de cette Ville , fut inis pour cette raifon
aux arrêts . Lorfqu'on lui annonça qu'il ne
pouvoit obtenir la liberté , qu'en demandant pardon
à la perfonne qu'il avoit offenfée , la feule
propofition le révolta fi fort , qu'il fe donna um
coup de poignard dont il eft mort peu de jours
après.
DE TURIN , le 26 Mars.
Les fecouffes du dernier tremblement de terre
ont caufé quelque dommage dans les vallées deLucerne
& de la la Peroufe . La fortereffe de Fenef
trelles en a même un peu fouffert . Ces fecoulles
ont été plus vives encore fur la cime des montagnes
, & par intervalle on y entendoit un bruit
femblable à celui du canon
I vi
180 MERCURE DE FRANCE.
GRANDE BRETAGNE,
DE LONDRES , le 12 Avril.
Le 9 de ce mois , les Seigneurs approuverent le
Bill contre les mariages clandeftins. Avant- hier ,
ils donnerent auffi leur approbation au Bill follicité
par la Compagnie de la Pêche du Harang , &
à celui qui ordonne que les Officiers de Juftice
foient rembourfés de certaines dépenfes extraordinaires.
La Chambre des Communes s'affembla
le 9 en Committé , pour examiner le Bill , concer.
nant les enlevemens du tabac en feuilles. Elle ré
folut le lendemain d'accorder divers avantages aux
Entrepreneurs des Manufactures de foye , & de
prendre en même tems des mesures efficaces , afin
d'aflurer le payement des droits fur les velouts.
Le Bill , qui regarde la taxe fur les maisons en
Ecoffe , fut lú pour la feconde fois. Hier, la
Chambre paffa le Bill touchant le Commerce du
Levant . Il fut décidé dans la même Séance , qu'après
l'expiration du terme limité pour le payement
des primes fur les toiles qui fe tranſportent
en Pays étrangers , le Gouvernement donneroit
encore pendant neufannées trois mille livres fterlings
par an pour ces primes.
On compte qu'il partira cette année plus de
cent Navires pour la Pêche de la Baleine . Quelques
Négocians de Dublin viennent de former
une nouvelle Compagnie d'Affurance pour les
Vaiffeaux. L'Ecoffe et comprife dans l'arrangement
, qui adjuge un intérêt de trois pour cent
aux Certificats donnés par la Douane pour les primes
fur le tranfport des grains . On doit faire un
Réglement , pour empêcher l'agiot des Billets de
a prochaine Lotterie.
JUIN. 1753. 181
Avant hier , le Roi fe rendit à la Chambre des
Pairs , & Sa Majefté donna fon confentement à
quarante cinq Bills , tant publics que particuliers,
La Chambre des Communes a paflé celui qui per-,
met à tous les Sujets de Sa Majefté , de commer-,
cer dans le Levant . On croit que le Bill , concernant
les moyens de rendre la Milice plus utile en
Angleterre , fera renvoyé à l'année prochaine . Ce
foir , les deux Chambres fe font ajournées jufqu'après
les Fêtes de Pâques.
Il a été propofé à la Chambre des Communes,
un Bill pour naturalifer les Juifs. Les Colonies
Angloifes doivent demander au Parlement la per-:
miffion d'acheter des Etrangers plufieurs marchan
difes , qu'elles prétendent pouvoir fe procurer par,
cette voie ,à vingt pour cent meilleur marché qu'en
Angleterre. Quoi qu'elles offrent de diminuer,
confidérablement le prix du fucre , fi le Gonverne
ment veut avoir égard à leur demande , on doute
qu'elle leur foit accordée.
DES PROVINCES - UNIES.
DE LA HAYE , le 3 Mai.
Le 30 du mois dernier ,jour fixé pour l'Entrée,
publique du Marquis de Bonnac , Ambaffadeur,
du Roi Très- Chrétien , cct Ambafladeur partit de
fon Hôtel vers les onze heures du matin , pour fe
rendre à Delft. Il y arriva peu après midi , &
étant defcendu au Doéle , il fut reçu au bas du
Perron par M..Оckerfe , Maître d'Hôtel de l'Etat ,
qui , après l'avoir complimenté au nom de leurs
Hautes Puiffances , le conduifit à l'appartement
qu'on lui avoit prépaté. Quelques momens après.
le Marquis de Bonnac fut complimenté par M. Af..
Tendelft , Grand Bailli de la Ville , & enfuite par
182 MERCURE DE FRANCE.
une Députation des Magiftrats , compofée de Mel
feurs Vander Goës , Bogaert de Bellois , de Blef
wyk , de Lely , & du fecond Penfionnaire. Lorfque
ce cérémonial fut fini , l'Ambafladeur paſſa
dans une Salle , où l'on avoit dreffé une table de
dix -huit couverts. Il fe plaça au milieu dans un
fauteuil , ayant à fa droite les Députés des Magiftrats
, à la gauche les principales perfonnes de
fa fuite , & vis - à vis de lui le Maître d Hôtel de
l'Etat. Vers les trois heures après midi , fur l'avis
que les Députés des Etats Généraux étoient en
marche pour venir recevoir le Marquis de Bonnac
, on ſe leva de table , & les Députés de la
Ville l'accompagnerent jufqu'au Yacht qui lui'
étoit deftiné. L'Ambaffadeur , s'étant rendu par le
canal au Pont de Hoornbrug , y trouva le Baron
de Pieck , Seigneur de B acxel & de Zoëlen , &
M. Reepmaeker , Seigneur de Strevelfboek & de
Nordwadinxveen , Députés de leurs Hautes Puif- '
fances. Après qu'ils l'eurent complimenté , il
monta avec eux dans le caroffe de l'Etat , dont il
occupa feul le fond , & la marche fe fit dans l'ore
dre fuivant. Deux Poftillons & quatre Meflagers
de l'Etat. Un caroffe , dans lequel étoit M. Oc-
Kerfe. Le Suiffe de l'Ambaffadeur , à cheval, Ses
deux Coureurs , vêtus de damas verds , avec des
trouffes de damas cramoifi , les veftes & les trouf
fes chamarrées de point d'Efpagne d'argent. Ea
Livrée de l'Ambaffadeur , marchant fur deux files .
Son Maître d'Hôtel , à cheval , en habit d'écarlatte,
galonné d'or. Quatorze de fes Officiers , auffi à
cheval , vêtus de drap cramoifi galonné d'argent ,"
avec des veftes d'une étoffe de foye verte à ours
d'argent. Quatre chevaux de main caparaçonnés
magnifiquement , & conduits par des Palefreniers.
Un Ecuyer. Les Pages , avec des habits de vélours
JUIN
1753. 183
verds , chamarrés de point d'Eſpagne. Le caroffe
de l'Etat , dans lequel le Marquis de Bonnac étoit,
ayant vis-à vis de lui les deux Députés des Etats
Généraux . Les quatre câroffes de l'Ambafladeur ,
fuivis de quatre-vingt- quatre autres caroffes, dont
dix étoient attelés de fix chevaux , L'Ambafladeur
en arrivant dans cette Vile' , fut conduit à l'Hôtel
du Prince Maurice , où il fut reçu âu bruit de diverfes
fanfares , exécutées par les Trompettes & le
Timbalier de leurs Hautes Puiffancés. Les deux
Députés des Etats Généraux , après avoir accom
pagné le Marquis de Bonnac au principal apparte
meat , & y être demeurés quelque tems , le retirerent
, & PAmbafladeur les reconduifit jufqu'au
caroffe de l'Etat . Dès que les Etats Généraux furent
avertis de l'arrivée de PAmballadeur , ils luž
députerent huit Membres de leur Affemblée ,
fçavoir , le Baron de Heekeren de Brantzenburg ,
pour la Province de Gueldres ; M. Van- der- Doës ,
& M. Steyn , Confeiller Penfionnaire pour celle
de Hollande , le Baron de Borffele , pour celle de
Zelande le Baron d'Ablaing de Gieffenburg ,
pour celle d'Utrecht ; M. de Kempenaar , pour
celle de Frife ; le Baron de Palland, pour celle
d'Over-Yfsel , & M. Altorphius , pour celle de
Groningue . Ces Députés , étant allés à l'Hôtel da
Prince Maurice dans quatre carofses , entourés des
Mefsagers de l'Etat , le Marquis de Bonnac , ac
compagné de toute fa fuite , les reçut au bas du
Perron. On avoit placé huit fauteuils pour eux au
haut bout de la Salle d'Audience , & un autre fau
teuil en face pour l'Ambassadeur . Après qu'on fut
affis , les Députés de complimenterent de la part
de leurs Hautes Puifsances , le Baron de Heexéreń
portantulal parole: Le Marquis de Bonnac ayant
répondu à leur compliment , les Députés #le leve184
MERCURE DE FRANCE.
rent , & ils furent reconduits avec les mêmes cé
rémonies qui avoient été obſervées à leur arrivée,
Le foir du même jour , & les deux jours fuivans,
le Marquis de Bonnac a été traité aux dépens de
l'Etat , & outre la table qui étoit de vingt - quatre
couverts , on en a fervi plufieurs autres pour les
perfonnes de fa fuite . Cet Ambassadeur reçut hier
les complimens de tous les Miniftres des Puifsances
Etrangeres Aujourd'hui , il doit fe rendre à
l'Afsemblée des Etats Généraux , avec le même
cortége qui l'a accompagné le jour de fon Entrée ,
& il aura fa premiere audience publique de leurs
Hautes Puissances. Il donnera le s & le 6 deux
repas fplendides , l'un aux Seigneurs de la Régen
ce , l'autre aux Ambaſsadeurs ; & le 7 il y aura
chez lui un grand Bal
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c .
E 28 Mars dernier , le Comte de Tefsé , Grand
Général pour le Roi dans les Provinces du Maine
& du Perche , & dans le Comté de Laval , & Colonel
dans le Corps des Grenadiers de France ,
prit l'exercice de fa Charge de Premier Ecuyer de
la Reine . Cette Charge étoit exercée pour le
Comte de Tefsé par le Duc de Bethune , fon Ayeul
maternel.
Selon les avis reçus de Rheims , on y expofa le
8 Avril dernier , dans une des Salles de l'Hôtel de
Ville , plufieurs ouvrages des Eleves de l'Ecole de
Defsein qui y eft établie . Les mêmes Lettres an
noncent que M. Rogier , Confeiller de la Cour
JUIN . 1753 . 195
des Monnoyes de Paris , & Chef du Conseil de
Ville de Rheims , vient d'établir à fes dépens une
I diftribution de Prix , pour entretenir l'émulation
parmi les jeunes gens de cette Ecole .
Le 12 , le Roi revint du Château de Choify.
Leurs Majeftés entendirent le 14 la Melse de
Requiem , qui fut célébrée pour l'Anniverfaire de
Monfeigneur le Dauphin , Ayeul du Roi , & pendant
laquelle M. Blanchart , Maître de Mufique
de la Chapelle , en Quartier , fit chanter le De profundis
, de fa compofition.
Le 15 , Dimanche des Rameaux , le Roi accom
pagné de la Famille Royale , affifta à la Bénédiction
des Palmes , qui fut faite par l'Abbé Gergoy ,
Chapelain de la Chapelle- Mufique , lequel en préfenta
une à Sa Majesté . Après avoir aſſiſté à la
Proceffion , le Roi adora la Crox . Sa Majesté
entendit enfuite la grande Mefse , à laquelle le
même Chapelain officia , & qui fut chantée par la
Mufique. La Reine entendit l'Office , de la Tribune.
L'après-midi , le Roi & la Reine affifterent aux
Vêpres & au Salut , après avoir entendu la Prédi .
cation de Dom Jean Bernard Senfaric , Religieux
Benedictin de la Congrégation de Saint Maur.
Le 13 & le 15 , leurs Majeftés entendirent le
Sermon du même Prédicateur.
La Reine fe rendit le 16 à l'Eglife de la Paroisse
du Château , & Sa Majefté y communia par les
mains de l'Evêque de Chartres , fon Premier Aumônier.
Madame Infante , Duchefse de Parme ,
communia par celles du Prince Conftantin , Premier
Aumônier du Roi,
Le même jour , Madame la Dauphine commu
nia dans fa chambre par les mains de l'Abbé de
Poudens , fon Aumônier en Quartier,
186 MERCURE DE FRANCE
Le 17 , Monfeigneur le Dauphin comman
par celles du Cardinal de Soubize , Grand Aumo ,
nier de France , & Madame Adélaïde par celles
l'Evêque de Meaux , fon Premier Aumônier.
Leurs Majeftés affifterent le 18 à l'Office is
Ténébres.
Le 19 , jour du Jeudi Saint , l'Archevêque
Narbonne ayant fait l'Abfoute , le Roi a lavé
pieds à douze Pauvres , & les a fervis à table. L
Comte de Charolo is , faifant les fonctions deb
Charge de Grand - Maître de la Maiſon du Roi ,
étoit à la tête des Maîtres d'Hôtel , & il précéde
le Service , dont les plats étoient portés par Mo
feigneur le Dauphin , le Duc d'Orléans , le Prin
de Condé , le Comte de Clermont , le Prince
de Conty , le Comte de la Marche , le Prince d
Dombes , le Comte d'Eu , le Duc de Penthieve
& par les principaux Officiers de Sa Majek
Après cette cérémonie , le Roi & la Reine fefox
rendus à la Chapelle , où leurs Majeftés ont enter
du la grande Meffe , & ont affifté enſuite à l
Proceffion .
Madame la Dauphine fut faignée le même jou
par précaution.
Le même jour , la Reine entendit le Sermonde
la Cène de M. de la Riviere , un de fes Clercsde
Chapelle , Chanoine de l'Eglife de Saint Mery
L'Archevêque de Narbonne fit enfuite l'Abfoute,
après laquelle Sa Majefté lava les pieds à douze
pauvres filles qu'elle fervit à table. Le Marquise
Chalmazel , Premier Maître d'Hôtel de la Reine ,
précéda le Service , & les plats furent portés par
Madame Infante Duchcffe de Parme , par Mada
me Adelaïde , par la Ducheffe d'Orléans , & pa
les Dames du Palais.
Leurs Majeftés affifterent l'après-midi à l'O
A
JUIN. 1573. 187
fe des Ténébres , dont Meffieurs Aïuto , Poirier
& Joguet , chanterent les trois premieres
Leçons .
Le même jour , vers les dix heures du foir , le
Roi & la Reine fe rendirent à la Chapelle du Château
, & y firent leurs prieres pendant une heure
devant l'Autel , où le S. Sacrement étoit en dépôt.
Le 20 , jour du Vendredi- Saint , leurs Majestés
accompagnées de la Famille Royale , entendirent
Ele Sermon de la Paffion de Dom Jean - Bernard
Senfaric , Religieux Benedictin de la Congrégation
de Saint Maur. Le Roi & la Reine affifterent enfuite
à l'Office , & allerent à l'Adoration de la
Croix. L'après - midi , leurs Majeftés entendirent
les Ténébres , dont les trois premiers Leçons furent
chantées par Meffieurs Rozes , Sioneft & de
- Gandras .
1
La Reine , accompagnée de Monfeigneur le
Dauphin , de Madame Infante , & de Madame
Adelaïde , affifta le 21 aux Complies & au Salut
pendant lequel la Mufique chanta l'O Filii.
Le 22 , Fête de Pâques , le Roi & la Reine entendirent
la grande Meffe , célébrée pontificalement
par l'Archevêque de Narbonne .
Leurs Majeftés affifterent l'après - midi à la Prédicatión
de Dom Senfaric , & enfuite aux Vêpres
aufquelles le même Prélat officia .
Le mêmejour , le Roi fit rendre à l'Eglife de la
Paroiffe du Château les Pains Benits , qui futeng
préfentés par l'Abbé de Sainte Aldegonde , un des
Aumôniers de Sa Majefté , en Quartier.
Le Roi dîna le 20 , & foupa le 22 , au grand
couvert chez la Reine avec la Famille Royale .
Le 24 , le Bailli de Froullay , Ambafladeur Ordinaire
de la Religion de Maire , eut une audience
particuliere du Roi , à laquelle il fut conduit
188 MERCURE DE FRANCE.
ainfi qu'à celles de la Reine , de Monfeigneur le
Dauphin , de Madame la Dauphine , de Madame,
de Madame Infante , de Madame Adalaïde , & de
Madame Louife , par le Marquis de Verneuil , Introducteur
des Ambaffadeurs .
Le même jour , le Roi fe rendit à Trianon. St
Majefté revint à Verſailles le 28 .
Monfeigneur le Dauphin & Madame Infante,
tinrent le 25 fur les Fonts , la fille dont la Marquife
de Civrac eft accouchée le 29 du mois de
Janvier dernier , & qui a été nommée Amable
Cecile. L'Abbé de Colincourt , Aumônier du Roi,
fuppléa les cérémonies du Baptême à l'enfant , ca
préfence du Curé de la Paroifle du Château .
Le Roi a accordé le 18 Avril 1753 , à Agefilan-
Gafton de Groffoiles , Marquis de Flamarens , Bri
gadier des Armées de Sa Majefté , la furvivance
de la Charge , en faveur d'Emmanuel de Groffol
les , Chevalier de Flamarens , fon neveu , fils de
Marie Clément-Jofeph de Groffolles , Comte de
Flamarens , Seigneur de Montaftruc & d'Aurenque
, ci-devant Colonel d'Infanterie. La Généa
logie de la Maifon de Groffelles de Flamarens fe
trouve au tome IX . de l'Hiftoire Généalogique
des Grands Officiers de la Couronne. On en a
donné un extrait dans le Mercure de Décembre
1741.
Le Duc d'Uzès s'eft démis de fa Pairie en faveur
'du Comte de Cruſsol , fon fils .
Sur la démiffion du Duc de Chaulnes , le Roi
vient d'accorder au Duc d'Aiguillon l'agrément
de la Charge de Lieutenant Général pour Sa Ma.
jefté dans le Comté Nantois .
9
Suivant les Lettres de la Rochelle , on y a effuyé
, la nuit du 4 au 5 d'Avril dernier un ouragan
furieux. Ce coup de vent s'eft fait ſentir avec
La même violence à Nantes & à Bourdeaux .
JUIN. 1753 185
On apprend qu'il eft arrivé dans ce dernier Port
fieurs Bâtimens chargés de marchandiſes ; enautres
, le Dromadaire & la Marie Efther , chan
de trois cens tonneaux , tous deux venans de
int Domingue ; la Charmante Moly , qui a apté
de Waterfort diverfes provifions ; l'Aima-
, parti des côtes d'Irlande ; la Marie- Franfe
, de Camaret , venant du Pont - l'Abbé avec
cargaifon de toiles à voiles , & la Marie-Théde
Saint- Bréac , qui a chargé à Saint - Malo
1x cens quintaux de morue. Les Navires la
tre Dame- de - Grace , de Cherbourg ; le David ,
Heureufe - Famille , & le Solide , de la Rochelle :
Neptune , de Quimper , & l'Unique - Providence ,
Dieppe , dont la deftination eft pour l'Améri
e , étoient à Bourdeaux dans le tems du départ
Courier , & ils ſe préparoient à remettre à la
le pour continuer leur route .
Tous les avis qu'on reçoit de Befançon , con
ent le fuccès de la nouvelle Pompe , dont M.
xiron eft l'Inventeur. Cette Pompe , deſtinée
r les incendies , n'a ni rouage , ni mani ,
e. C'eſt une vis de preffe à fix pans , avec fon
ncier. Deux perfonnes fuffifent pour la faire
. En une minute , elle refoule l'eau foixante
dans une botte de cinq pouces de diamètre ,
n cinq minutes elle fournit un muid d'eau .
Monfeigneur le Dauphin tint le 25 d'Avril der
, au nom de l'Infant Duc de Parme , avec
Hame Infante , le fils dont la Comtefse de
illes eft accouchée le 21 Novembre de l'année
niere. Cet enfant a été nommé Philippe - Louisc-
Antoine. Les cérémonies du Baptême lui
été fuppléées par l'Abbé de Colincourt , Aumôdu
Roi.
e 25 , & les deux jours fuivans , le Roi prit les
"
190 MERCURE DE FRANCE
eaux à Trianon . Monfeigneur le Dauphin less
prifes à Versailles le 27 & le 28.
La Reine accompagnée de Madame Infante
Duchesse de Parme , & de Madame Adelaïde , eft
allée voir le Roi à Trianon , les trois jours que sa
Majefté a pris les eaux.
Le 28 , le Roi revint de cette Maiſon de Plai
fance.
Le même jour , Meldames Sophie & Louiſeſt
rendirent à l'Eglife de la Paroisse du Château , &
y communierent par les mains de l'Abbé de Sainte-
Aldegonde , Aumônier de Sa Majesté.
Madame la Dauphine avance heureufement
dans le cinquième mois de fa grofsefe . Cette Prin
cesse , qui par précaution gardoit depuis longtems
la chambre , eft fortie le même jour pour la
premiere fois , & a continué de fortir tous les jours.
Le 29 , Madame Sophie fut faignée du pied.
Le Duc de Crufsol prêta le même jour ferment
'de fidélité entre les mains du Roi , pour le Gou
vernement de Saintonge.
"
Leurs Majeftés & la Famille Royale fignerent
le 29 le Contrat de Mariage de Meffire Jean Ni
colas de Boullongne , Maître des Rêquêtes , Intendant
des Finances en furvivance de Meffire
Jean de Boullongne , fon pere , avec Demoiſelle
Louife Julie Feydeau de Brou , fille de Meffire
Paul Elprit Feydeau de Brou , Confeiller d'Etat
Ordinaire , & au Confeil Royal des Finances , ain
qu'au Confeil Royal du Commerce.
eut
Le même jour , le Prince d'Ardore ,
Ambafsadenr
Extraordinaire du Roi des Deux Siciles ,
une audience particuliere du Roi , dans laquelle il
prit congé de Sa Majefté. Il eut enfuite audience
de la Reine , de Monfergneur le Dauphin , de Ma
dame la Dauphine , de Monfeigneur le Duc de
JUIN 1753. Tor 7
ourgogne , de Madame , de Madame Infante ,
e Madame Adélaïde , & de Mefdames Victoire ,,
ophie & Louife. Cet Ambafladeur fut conduit à
putes ces audiences par le Marquis de Verneuil ,
ntroducteur des Ambaffadeurs.
Le même jour , la Reine fit rendre à l'Eglife de
1 Paroiffe du Château les Pains Benits , qui furent
réfentês par l'Abbé de Marboeuf , Aumônier Orlinaire
de Sa Majesté.
Dans les derniers jours d'Avril , le Comte de
Joailles partit pour aller prendre les eaux de
Vichy. Il eft accompagné dans ce voyage par la
Comteffe fon époufe.
Les nouveaux Drapeaux du Régiment des Gar
les- Françoifes , & de celui des Gardes- Suifles ,
Furent portés le 2 de Mai à l'Eglife Métropolitaine
, où ils furent bénits par l'Archevêque de
Paris avec les cérémonies accoutumées.
Le Roi avant fixé au 3 de ce mois le mariage du
Prince de Condé , Sa Majesté a donné ordre au
Marquis de Biezé , Grand- Maître des Cérémonies ,
d'y inviter de fa part les Princes & Princelles du
Sang , & les Princes & Princeffes Légitimés .
Hier au foir , jour des Fiançailles , Monfeigneur,
le Dauphin & les Princes le trouverent dans le
Cabinet du Roi , où la Reine , avertie parle Grand-
Maître des Cérémonies , arriva quelque tems après ,
étant accompagnée de Madame la Dauphine , de
Madame Infante Ducheffe de Parme , de Madame
Adelaide , des Princeffes , & des Dames de la
Cour , qui s'étoient rendus à fon appartement. Le
Comte de Saint -Florentin , Miniftre & Secretaire
d'Etat , préfenta la plume à leurs Majeſtés & à la
Famille Royale pour figner le Contrat . Après la
fignature , le Cardinal de Soubize , Grand- Aumônier
de France , fit les Fiançailles , le Curé de la
"
192 MERCURE DE FRANCE.
Paroiffe du Château préfent. Meldames Victoire ,
Sophie & Louife , ne fe font point trouvées à cet
té cérémonie , parce qu'elles étoient indifpofées.
Mademoiselle , s'étant trouvée mal , n'a pû y al.
fifter juſqu'à la fin. Aujourd'hui , à midi , le Roi
& la Reine , accompagnés de Monfeigneur le
Dauphin , de Madame Infante , de Madame Adelaïde
, & des Princes & Princefles , fe font rendus
à la Chapelle , étant précédés du Grand Maître &
du Maître des Cérémonies . Le Prince de Condé
& Mademoiſelle de Soubize , qui marchoient de
vant le Roi , le font avancés auprès de l'Autel
Leurs Majeftés , fuivies des Princes & des Princef
fes s'en étant approchées , le Cardinal de Soubize
a fait la cérémonie du mariage. L'Abbé de Colincourt
& l'Abbé du Barail , Aumônier du Roi , ont
tenu le Poële. Après la Meffe , qui a été célébrée
par le Cardinal de Soubize , le Regiftre des maria
ges apporté par le Curé de la Paroiffe , a été mis
fur le Prie - Dieu du Roi , & le Cardinal de Soubize
a préfenté la plume à leurs Majeftés , à Monfeigneur
le Dauphin , à Madame Infante , & à Madame
Adelaide pour figner. Madame la Dauphine
, Monfeigneur le Duc de Bourgogne & Madame
Louife , ont entendu la Melle de la Tribune.
Le foir , le Roi & la Reine fouperent en
public avec la Famille Royale & les Princeffes.
On a reçu avis que l'Académie
des Sciences
de
Bologne
avoit aggregé
dans fon Corps M. de Chabert
, Enfeigne
des Vaiffeaux
du Roi , & Membre
dé l'Académie
de Marine
, nouvellement
établie à
Breft.
L'Ordre de Saint Jean de Jerufalem ayant pluheurs
Commanderies dans les deux Siléfies , le
Bailli de Froullay , Ambaſſadeur Ordinaire de la
Religion auprès du Roi , a été chargé d'aller , de
Ja
JUIN. 1573-
193
la part du Grand-Maître & de l'Ordre , faire un
compliment à Sa Majefté Pruffienne . En conféquence
, après avoir pris congé du Roi & de la
Reine dans les audiences qu'il eut de leurs Majef
tés le 24 Avril dernier , il partit le 3 Mai fuivant
pour fe rendre à Berlin . Pendant l'abfence de cet
Ambaffadeur , le Commandeur de Grieu , Procureur
Général , & Receveur de l'Ordre de Malte au
Grand Prieuré de France , fera chargé des affaires
de l'Ordre en cette Cour.
Le jour du mariage du Prince de Condé , il y
eut appartement chez le Roi dans la Chambre du
Lit , & dans les Salles du Trône & du Bal . Enfuite
leurs Majeftés fouperent en public dans l'apparte
ment de la Reine avec Monfeigneur le Dauphin ,
Madame Infante Ducheffe de Parme , Madame
Adelaïde , & les Princeffes du Sang .
Après le fouper , le Roi fit l'honneur au Prince
de Condé de lui donner la chemife. La Reine fit
le même honneur à la Princeffe de Condé .
Le 4 après midi , leurs Majeftés allerent voir la
Princefle de Condé , qui reçut le même jour la
vifite de Monfeigneur le Dauphin , de Madame la
Dauphine , de Madame Infante , de Madame Adelaïde
, & celles des Princes & Princeffes.
On chanta le s , pendant la Mefse du Roi , le
De profundis , pour l'Anniverfaire de Madame la
Dauphine , Ayeule de Sa Majesté.
Le même jour , le Roi partit pour Bellevue
d'où Sa Majefté eft revenue le 8 .
·
"Le 6 , Monfeigneur le Dauphin fit rendre à l'E
glife de la Paroisse du Château les Pains Benis ,
qui furent préfentés par l'Abbé de Termont , Aumônier
du Roi.
Madame Victoire , qui à caule d'une indifpofi
tion n'a oit pû faire fes Pâques , alla le 7 à la mê--
I. Vola
I
194 MERCURE DE FRANCE.
me Eglife , où elle communia par les mains de
P'Abbé de Colincourt , Aumônier de Sa Majesté.
Il y eut le s & le 7 , Concert chez la Reine. On
y a chanté le Prologue & les trois premiers A&tes
de l'Opéra de Tancrede .
Le 8 , la Reine fut faigaée par précaution .
Le 10 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix - huit cens livres , les Billets de la premiere
Lotterie Royale à fix cens foixante & treize ,
& ceux de la feconde à fix cens dix- ſept.
L
BENEFICES DONNE's.
E Rci a donné l'Abbaye de S. Nicolas d'Angers
, Ordre de S. Benoît , à l'Abbé de Bouillé ,
Maître de l'Oratoire de Sa Majesté , & Doyen
des Comtes de Lyon ; l'Abbaye d'Ambournay ,
même Ordre , Diocéfe de Lyon , à l'Abbé de
la Tour-du- Pin ; le Prieuré de Saint- Philebert
de Niceil , Diocéfe de la Rochelle , à M. Pagès ;
celui de Saint- Vincent- lez - Orléans , à M. Regnier
; & celui de Saint- Felix de Silvarol , Baye
de Saint- Claude , Diocéfe de Langres , à M. de
Sampigny.
Sa Majefté a donné l'Abbaye de Saint Pierre de
Lezat , Ordre de S. Benoît , Dioceſe de Rieux ,
à l'Evêque de Poitiers ; celle de Saint - Jean d'Orbeftier
, même Ordre , Diocefe de Luçon , à l'Ab
bé de Saint- Sauveur de Soyan ; l'Abbaye Régu
liere de Vaucelles , Ordre de Cîteaux , Dioceſe
de Cambray , à Dom Bernard ; le Prieuré de Mor
tagne , Ordre de S. Auguftin , Dioceſe de Saintes
, à M. le Quien de la Neuville ; & le Prieuré
de Beaumont-la- Châtre , Dioceſe du Mans , à M.
de la Pommerie , Chantre de l'Eglife Collégiale
de Vendôme.
JUIN. 17538 195
Le Roi a accordé le Prieuré de Leobon de Laverray
, Dioceſe de Poitiers , à M Cordelas , le
Prieuré de Sainte- Catherine de Briande , même
Diocese , à M. Jollivard ; & le Prieuré de Saint-
Quentin en Mauge , & Saint- Vincent de Chalonne
, Dioceſe d'Angers , à M. Rouffeau.
Le Roi a donné l'Abbaye de Maymac , Ordre
de Saint Benoît , Congrégation de Saint Maur ,
Diocèle de Limoges , à l'Abbé le Bafcle d'Argen,
teuil , Vicaire Général de l'Archevêché de Tours,
Sa Majefté a donné au fieur Barc , un de fes
Clercs de Chapelle , la place de Chapelain , vacante
par la mort de l'Abbé Richard . Le fieur du
Pujet a obtenu la place de Clerc de Chapelle ,
qu'avoit le fieur Barc.
NAISSANCES , MARIAGES
& Morts.
1
A Marquife de Civrac eft accouchée le 29 Janvier
dernier , d'une fille qui a été baptifée le
25 Avril fuivant , & nomméc Amable - Cecile.
Le 9 Mars naquit & fur baptifé à S. Nicolas
du Chardonnet , Jules - François - Philibert Durand
d'Auxi , fils de Meffire Philibert Durand , Chevalier
, Comte d'Auxi , Seigneur de Sommiere , &c.
Confeiller du Roi en fes Confcils , Maître des
Eaux & Forêts de Bourgogne , Franche-Comté
& Alface , & de Marie- Therefe Rougeot la feconde
femme.
On trouvera dans l'Hiftoite de Bourgogne , par
Dom Planchet , tome 2. pag. 272. & dans les
Registres des Etats de Bourgogne une connoiffance
entiere de la famille de M. le Comte d'Auxi .
La Ducheffe de Penthievre eft accouchée le 13
I ij
196 MERCURE DE FRANCE .
de ce mois d'une Princeffe.
"
Le is , eft née & a été baptifee Françoife-
Charlotte , fille de Meffire Claude - Conftance- Céfard
de Houdetot , Comte de Houdetot Mar
quis de la Meilleraye , Seigneur & Patron des
Paroiffes de S. Germain de Noards , Guerbaville ,
Bliquetuil , Vatteville , & autres lieux , Chevalier
de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis ,
Capitaine-Lieutenant des Gendarmes de Berry ,
& de Dame Elifabeth- Françoife- Sophie de la Live
, fon épouſe , mere auffi d'un garçon , né le
12 Juillet 1749. Elle a été tenue fur les Fonds de
Baptême par Meffire Charles - Louis de Houdetot,
Marquis de Houdetot , oncle parternél ; repréfen
té par Louis de la Live d'Epinay , coufin mater
nel , & par Dame Marie Françoiſe - Charlotte de la
Live , époufe de Meffire Jacques Pineau de Lucé,
Maître des Requêtes , & Intendant d'Alface , tan
te maternelle ; repréfentée par Dlle Anne- Marie-
Louiſe de Lucé fa fille , coufine maternelle .
Le Comte de Houdetot , pere de celle qui
'donne lieu à cet article , eft fecond fils de feu
Charles de Houdetot , Marquis de Houdetot ,
Lieutenal Général des Armées du Roi , mort le
cinq Juin 1748 ; & de feue Catherine -Madeleine-
Therele Carel , morte le 4 Janvier 1749 .
M. le Comte de Houdetot eft de la feconde
branche de fa maiſon , une des plus anciennes de
Normandie , où elle eft connue par les titres &
les hiftoires , depuis l'année 1034 : & la branche
ainée pofféde encore aujourd'hui les même terres
au pays de Caux , qu'elle poffédoit en 1229 , &
préfente aux mêmes Cures auxquelles elles préfentoient
alors.
Ses armes de toute ancienneté , font d'argent ,
une bande d'azur , diaprée d'or de trois piéces ,
JUIN.. 1753. 197
1
celle du milieu chargée d'un lion , & les deux autres
d'un aigle à deux têtes , le tout d'or.
Voyez cette généalogie bien détaillée , dans
P'Hiftoire des grands Officiers de la Couronne ,
tom. 8. fol. 16 , & c.
·
Monfeigneur le Dauphin & Madame Adelai .
de , tinrent le 19 fur les Fonts , le fils du Comte
de Laval Montmorenci , Colonel du Régi.
ment de Guyenne , & fils du feu Maréchal de
Laval-Monmorenci . Cet enfant âgé de cinq mois ,
a été nommé Louis - Adelaïde-Jofeph . Les cérémonie
du Baptême lui ont été fuppléées en préfence
du Curé de la paroiffe du Chateau , par l'Abbé
de Raigecourt , Aumonier du Roi.
Le 19 de Fevrier , Meffire Arnoul , Comte de
Pracomtal , Guidon des Gendarmes de la Garde ,
époufa Dile Anne- Charlotte Thiroux de Monregard.
Le Comte de Pracomtal , dont le contrat
de mariage avoit été honoré le 11 du même mois
de la fignature du Roi , de la Reine & de la Famille
Royale , eft iffu d'une famille noble de
Dauphiné , qui tire fon nom du Château de Pracomtal,
près de la Ville de Montelimar.Guillaume
& Roftaing de Pracomtal freres , font connus par
plufieurs titres de 1258 , 1264 , 1272 , 1285 , & c .
Le premier tefta en 1302 , en faveur de fon neveu
Guillaume II. de Pracomtal Celui- ci eut deux
fils , Roftaing & Pons qui formerent deux branches
. Le dernier fit celle des Barons de Souffey en
Bourgogne , dont l'héritiere Louife de Pracomtal ,
fut mariée en 1648 , à François - Damas , Comte de
Crux , auquel elle porta la Baronnie de Souffey.
Roftaing de Pracomtal , fils ainé de Guillaume ,
Seigneur de Pracoital dit auffi Château - Sablier
, fit un Codicile en 1348 , & eut de fa fem
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
me Pabiette de Cruas , Barthelemi de Pracomtal ;
marié en 1346 avec Morofe Audoard , dont le fils
Roftaing IIIe du nom , Coffeigneur d'Oufche ,
d'Efpeluche & de Montboucher , fut pere par ſa
troifiéme femme Marguerite , de Guichard de Pracomtal
, Seigneur d'Anconne , qualifié noble &
puiffant homme. Celui- ci époufa par contrat du
30 Janvier 1450 , Beatrix , fille de noble Armand
la Rode , ou la Roue , & tefta le 18 Février
1498. Son fils aîné Ferrand ou Ferrandon de Pracomtal
, Seigneur d'Anconne , qualifié noble &
puiffant homme , tefta en 1516 , & laiffa de fa
femme , Claudine , fille de noble Alzias de l'Eſpine,
Seigneur d'Aunac & de Suzanne de Pracomtal ,
Antoine de Pracomtal , Protonotaire du S. Siegé
en 1534 , & Doyen de Ste Croix de Montelimar en
1539 & 1561 , & Imbert de Pracomtal , Seigneur
d'Anconne , Capitaine de 300 hommes de pied ,
qualifié noble & paillant Seigneur , allié par contrat
du premier Fevrier 1540 , à Marguerite de
'Hére , fille de noble & puiffant Seigneur Hu
gues de l'Hére , Seigneur de Glandage . Il tefta
en 1554. Son fils aîné , Antoine de Pracomtal , dit
le Capitaine d'Anconne , acquit une grande réputation
à la guerre , fe fignala à la bataille de
Jarnac en 1569 , fe trouva auffi à celle de Moncontour
en la même année, commanda longtems
dans Angoulême , & mourut fans alliance.
Jean de Pracomtal , Seigneur d'Ançonne , troifiéme
fils d'Imbert , fut tué en 1588 par les troupes
de Lefdiguieres. Il avoit été marié en 1575
avec Claude Roux , de laquelle il laiffa entr'autres
enfans Antoine de Pracomtal , Seigneur d'Anconne
& de Château- Sablier , qui tefta en 1630
ayant époufé en 1615 Claire - Magdelaine Sicardde-
Cubleze. Il en eut Henri qui continua la pof
JUIN. 1753 . 190
,
térité , Pierre- André , Lieutenant-Colonel dans le
Régiment Lyonnois , tué en 1668 devant la Ville
de Dole , en Franche- Comté ; & Etienne , Capitaine
dans le Régiment de Ventadour , bleffé au
fiege de Roffet , & tué au fervice du Roi. Henri
de Pracomtal , Seigneur d'Anconne & de Château-
Sablier , appellé le Marquis de Pracomtal ,
mort en 1692 avoit époulé en 1644 Claude
Arod , foeur de Melchior Arod de Senevas de S.
Romain , Confeiller d'Etat d'épée , & Ambaſſadeur
en Suiffe & en Portugal , & fille d'Antoine
Arod , Seigneur de Senevas & de S. Romain en
Jareft , & de Jeanne de Marfonfeule. De ce inariage
il eutJeanne- Urfule de Pracomtal , mariée en
1679 avec Anne- Henti d'Armes , Comte de Buffeaux
, Lieutenant de Roi en la Province de Nivernois
, & décédée en 1744 , âgée d'environ 100
ans , & Armand de Pracomtal , Seigneur d'Anconne
& de Château - Sablier , appellé le Marquis de
Fracomtal,Lieutenant Général des Armées du Roi,
& Gouverneur de Menin , tué à la bataille de Spire
en 1703 , ayant épousé en 1693 , Catherine - Françoife
de Mornai de Mont-Chevreuil , fille d'Henri
de Mornai, Marquis de Montchevreuil , Chevalier ,
des Ordres du Roi , Gouverneur de S. Germain--
en- Laye , & de Marguerite Boucher- d'Orlai, Ce
fut en faveur de ce mariage que fon oncle maternel
, Melchior Arod , lui fit don des terres &
Seigneuries de Senevas , de Chaignon & de 9.
Romain , à la charge lui & fes defcendans de
porter les nom & armes d'Arod . De ce mariage
font fortis Leonor- Armand de Pracomtal qui fuit ,
& Anne-Marguerite , mariée en 1724 avec Charles
d'Hugues , Baron de Beaujeu & Seigneur de
la Motte-du -Caire.
Leonor Armand de Pracomtal , Sire de Chatil-
I i
200 MERCUREDE FRANCE .
lon , Baron de Berniere , Marquis du Breuil & de
Luis , Seigneur de Vefvre , de Roué , de Chevanne-
Gazeau , de Mouffi , de Buffeau , & c. appellé
le Marquis de Pracomtal , Chevalier de S.
Louis , & Lieutenant de Roi en Nivernois , a
époufé en 1723 Catherine Boucher d'Orfay , fille
de Charles Boucher d'Orfay , Seigneur d'Orſay ,
Maître des Requêtes honoraire , Intendant de
Dauphiné , & de Catherine le Grain . Leurs enfans
font ,
1º. Charles Jean de Pracomtal , né en 1724 ,
Religieux Benedictin.
20. Arnoul de Pracomtal , né en 1725 , qui a
donné lieu à cet article.
3°. Antoine- Charles , né en 1733 , reçu Page
de la petite Ecurie du Roi en 1747 .
4. Anne -Marguerite , née en 1727 , mariée en
1746 avec Adrien- Antoine Bloquel de Croix , Ba
ron de Wimes.
Voyez la genéalogie de Pracomtal , dont les
armes font d'or , au chef d'azur ; chargé de trois
fleurs de lys d'or , dans l'Armoirial général , rroifieme
Regiftre , par M. de Serigni .
2
Le 26 de Mars , Meffire Euftache - Jofeph d'Affignies
, Marquis d'Oify , Capitaine- Lieutenant de
la Compagnie des Gendarmes d'Orléans , a époufé
à Arras , Demoiſelle Marie- Louife - Guilaine le
Cocq , fille unique de Meffire Charles-Jofeph-
Guilain le Cocq , Chevalier , Comte de Humbe
xe & de Dieval , & de Dame Louiſe Catherine de
Clermont-Tonnerre , fille de Louis-Jofeph de Clermont
Tonnerre , Comte de Thouri , & de Françoife-
Cbarlotte de Lannion. Le Comte de Humbexe
, étoit fils unique & héritier de Mere Charle-
Baudouin le Cocq , Chevalier Conte de
Humbexe & de Dieval , Seigneur de Wulver-
>
JUIN. 201 1753.
ghem , la Motte & autres lieux , & de Therefe-
Charlote de la Tour-Saint-Quentin , & petit fils de
Jacques-François le Cocq , Chevalier , Comte de
Humbere , qui avoit épousé Barbarine -Jacobe de
Varick , Dame de Dieval , & dont le pere Côme le
Cocq , Chevalier , Vicomte de Waerde , Seigneur
de Humbeke , Wulverghem , la Motte , Lathent
& autres lieux , allié à Pétronille- Caroline de
Schietere de Maftaple , étoit fils de Baudouin ,
Chevalier , Seigneur de Humbexe , & de Françoile
de Latkem de Liefxenfrode , & petit fils de
François , Chevalier , Vicomte de Waërde , Seigneur
de Wulverghem , la Motte , Groenhoven
& Schilthoven , marié avec Iſabelle Damman de
Hombergen. Ce dernier avoit pour pere Pierre
le Cocq , Seigneur de Wulverghem , la Motte
Groenhoven & Vicomte de Waërde , par fon al-
Itance avec Catherine de Wits , & pour ayeul
Baudouin le Cocq , Seigneur de Groenhoven , de
la Motte , &c. qui avoit époufé Marguerite de
Sombeck de Goorteve , & dont le pere Hugues ,
Chevalier , Seigneur de la Motte , de la Haye ,
& c . mari d'Anne de Leftoret , étoit fils de Luc ,
Ecuyer , Seigneur de la Morte , Guidon d'hommes
d'armes , au fervice du Duc de Bourgogne , en
1466. Celui- ci qui avoit époufé Marie de Limo †
ges , avoit pour pere Jean le Cocq , Chevalier ,'
Seigneur de Sarcus & de Beaurepaire , qui vint de
Normandie s'établir dans les Pays- Bas , où il épou- '
fa Michelle de Mamez. Il étoit fils de Hugues
le Cocq , Chevalier , & de Charlotte l'Hermite.
La maison d'Affignies eft au nombre des plus
illuftres de la Province d'Artois , tant à caufe de
l'ancienneté de fon origine , que par rapport à
fes alliances .
Thierri d'Affignies , le premier qui vint s'éta
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
blir en Artois en 1996 , époufa Melizande de
Cifoing. Son fils Pierre d'Affignies , fut allié à la
fille du Seigneur deHabarack . D'eux étoit iſlu Martin
I. du nom , Sire d'Affignies , qualifié Chevalier
dans les Archives de la ville de Lille , lequel
vivoir fous le Regne de S. Louis . Il fut allié à Catherine
d'Afignies , Dame d'Affignies fa parente ,
de laquelle il eut Martin II . du nom , Sire d'Affignies.
Celui ci eut de fa femme , Marie de Renty ,
Jean I. du nom , Sire d'Affignies , qui épouſa
Jeanne de Cambrin , d'une ancienne maifon d'Ar
tois . Leur fils ainé , Jean I I. du nom , Sire d'Affignies
, fut allié à Marie de Tourmignies , qui fut
mere de Jean III . , Sire d'Affignies , Commandant
soo lances , pour le fervice du Duc de
Bourgogne . Ce dernier époufa Jeanne de Barban
son. De ce mariage naquirent entr'autres enfans ,
Louife d'Affignies , reçue Chanoineffe au Chapitre
d'Andenne fur Meuze , le 12 Février 1480 ,
& Leon , Sire d'Affignies , Commandant 1500 lances
à Cambrai , pour le fervice de Maximilien
d'Autriche , & décédé le 12 Février 1517. Il avoit
époulé Marie de Lannais , & en laiffa deux enfins
, qui furent Ponthus & Antoine d'Affignies ,
par lefquels la maiſon fe partagea en deux branches
principales.
Ponthus , Chevalier , Seigneur d'Affignies ,
continua la branche ainée par fon mariage avec
Saincte Pinchon. Leur fecond fils , Pierre d'Affignies
, fut Gouverneur des Ville & Prévôté de
Maubeuge , & fait Chevalier par l'Empereur Char
les Quint , à la tête d'un Régiment d'Infanterie
devant S Quentin . Il eut de la femme , Antoinette
du Boft , entr'autres enfans , Guillaume d'Affignies
, Gouverneur de Maubeuge après fou pere
, & Louis d'Affignies , Chevalier , Seigneur
JUIN. 1753. 203
Angeft en Flandre , & Commandant de Crefme
fur le Danube , allié à Ifabeau de Maſſiet , quí
fut mere de Lamoral d'Affignies , Chevalier , Seigneur
d'Angeft : fa femme , Marie de Brie , le
rendit pere de Ferdinand- Philippe , Comte d'Af
agnies , Député ordinaire de l'Etat noble du Hainaut
, qui de fon mariage avec Odilie de la Barre,
eut pour fille unique , Marie Françoife- Ferdinan
de Odilie d'Affignies , alliée à Louis Chrifoftome-
Denis de Corfarem , Comte de Niel & du S.
Empire , Colonel d'Infanterie au fervice de l'Empereur.
Jacques d'Affignies , fils ainé de Ponthus , te
ta le 12 Janvier 1603 , & épouía Catherine de
la Wacquerie , dite Fauvel , qui le rendit pere de
François d'Affignies , Chevalier , Seigneur de ce
même lieu , lequel tefta le 2 Septembre 1634. El
fut allié à Antoinette du Bofquel , dont le fils ainé
, Jean d'Affignies , Chevalier , Seigneur de la
Tourelle , étant devenu veuf d'Alexandrine de
Hennin Liétard , époula par contrat du 7 Septembre
1685 , Marie-Françoife le Blaneq , qui fut
mere d'Alexandre - Charles d'Affignies Chevalier
, Baron de Bailleul , Sire Bertoult. Celui ce
s'allia 1º . à Marie- Therefe de Tournai- d'Affignies
fa parente , de laquelle il n'est qu'une fille nommée
Euftachienne d'Affignies. De fon fecond
mariage avec Louiſe de la Hamaide , il eut Euftache-
Eugene d'Affignies , Baron de Bailleul , Sire
Bertoult , allié le 10 Novembre 1718 à Mari
Anne Jofephe de Saluces - Bernénicourt , de laquelle
il a laiffé quatre enfans ; fçavoir , Jofeph Alexandre
, Baron d'Affignies , Seigneur de Bailleul,
Sire Bertoult qui a époulé en Mars 1793 »
Dlle Anne-Marie - Jofephe - Aldegonde de Vander
burch , Chanoineffe de Denain ; Marie-Jofeph
kvj
204
MERCURE DE FRANCE.
Erneft Eugene , dit l'Abbé d'Affignies ; Anto
ne François Jofeph d'Affignies , & Erneftine -Jo
fephe Valpurge d'Affignies , Chanoinefle de Mau
beuge
Antoine d'Affignies Seigneur d'Allouaigne ,
avoué de Therouenne , fecond fils de Leon na
quit en 1514 , & fut créé Chevalier par Lettres-
Patentes de l'Empereur Charles Quint , données
Je 28 Janvier 1554 devant le Cafteau - Cambréfis , I
fut Mestre de Camp de Cavalerie & d'Infanterie
pour le fervice du même Empereur , & mouret
le 20 Novembre 1590. Il avoir épousé en premieres
nôces Jeanne le Chevalier , & en fecondes
le 15 Juillet 1564 Jeanne le Foutre. Il eut entre
autres enfans , deux fils du nom d'Antoine , nés
de différens lits , letquels ont formé deux branches
; fçavoir , celle des Marquis d'Affignies , &
celle des Comtes d'Oily.
Antoine d'Affignies , né du premier lit , Chevalier
, Seigneur d'Allouaigne , fut Lieutenant Gé
néral des hommes d'armes ez Pays- Bas , & mos.
rut en 1614 , & Barbe d'Auffay fa veuve , Dame
de Lambres les Douay , Lambrechies . Acquembrone
, décéda le 16 Novembre 1625. Celui de
leurs enfans qui continua la poftérité , fut Hou
dait d'Affignies , qui devint Seigneur d'Alioua
gne , Chartres , S. Martin fur Coyeul , Lambres
les-Douay , par le décez de fon frere ainé Her
cules d'Affignies , arrivé en 1656 Il époufa fa
parente Jeanne d'Affignies de la branche ainée.
Jean- Baptifte d'Affignies leur fils , fut créé Matquis
de Vincly Wendy en Artois , par Lettres du
mois d'Octobre 1676. Il fut allié à Jeanne Cornille
de Beaufermez , mere entre autres enfans
d'Octave Eugene , Marquis d'Affignies , marié en
1685 avec Marie - Florence de Markais , fille uni,
JUI N. 1753. 205
que & héritiere de Robert de Markais , Chevalier
, Seigneur de Werquin . Celui - ci eut pour
fils , François Eugene , Marquis d'Affignies , Seigneur
de Werquin , qui époufa le 24 Juillet 1714
Marie-Philipe Alberique du Châtel , de laquelle
il a eu trois enfans.
Charles -François- Florent , Marquis d'Affignies ,
Seigneur avoué héréditaire de Therouenne , marié
en 1740 avec Marie-Magdelaine Jofephe . Alé
xandrine de Tramecourt , dont eft née Marie-
Françoife Conftance Antoinette d'Affignies.
Florent Albert François d'Affignies.
Marie Philippe Alberique d'Affignies , reçue
Chanoineffe à Denain le 13 Septembre 1743.
Antoine d'Affignies , Chevalier , Seigneur de
Wannes Nurlud , fils d'Antoine d'Affignies , Chevalier
, Seigneur d'Allouaigne , & de fa feconde
femme , Jeanne le Foutre , fut Lieutenant d'une
Compagnie d'hommes d'armes ez Pays - Bas ,
& eut de fa femme Anne de Tournai , Euftache
d'Affignies , Chevalier , Seigneur d'Hacquedorne
, allié le premier Octobre 1630 , à Marie de
Watripont , qui fut mere de Julien Euftache d'Affignies
, Chevalier , Seigneur d'Hacquedorne ,
né le 27 Décembre 1638. Il fut inftitué héritier
univerfel de Philipe de Tournai , Chevalier
Comte d'Oify fon coufin , par fon teftamentdu 21
Mai 1678 à la charge de porter les noms & armes
de Tournai' : il mourut le 13 Mai 1687 , laiffant
de fa premiere femme , Françoife Taffin , Jean-
Euftache de Tournai d'Affignies , Comte d'Oify.
Celui ci fut marié le 28 Juin 1687 à Marguerite-
Claire de Berghes S. Winoc , & mourut à Oify ,
le premier Septembre 1716. Il eut pour fils Charles
Jofeph- Eugene de Tournai- d'Aflignies Che
valier , Comte d'Oify , Colonel d'Infanterie , qui
206 MERCURE DE FRANCE.
a époufé le 9 Juillet 1719 , Dame Benigne de Mafe
fuau.
Leurs enfans font :
Euftache Jofeph d'Affignies , Marquis d'Oily ,
qui donne lieu à cet article.
Gabriel -Jofeph d'Affignies , Chevalier de Malthe
, recu de minorité le 14 Septembre 1734 , En
feigne de Vailleaux .
Lydie -Benigne d'Affignies , née le 28 Octobre
2740.
Meflire Hilaire Rouillé , Marquis du Coudray ,
Brigadier de Cavalerie , & Capitaine Lieutenant
de la Compagnie des Gendarmes Dauphins , a
époulé le 2 Avril , Dlle Marie d'Abbadie , fille de
Meffire Bertrand d'Abbadie , Confeiller du Par
lement de Pau .
Louis Bufil de Brancas , Comte de Forcalquier,
Prince de Nizare , chef- aîné de toutes les bran
Iches de la Maifon de Brancas en France , Baron
du Caftelet , Seigneur de Robion , Monjuftin ,
Vitrolle & autres lieux , Grand - d'Efpagne de la
Premiere Clafle , & Lieutenant Général pour le
Roi au Gouvernement de Provence , mourut en
cette Ville le 3 , dans la quarante- troifiéme année
de fon âge. Il étoit fils de feu Louis de Brancas ,
des Comtes de Forcalquier , Maréchal de France ,
Grand- d'Efpagne de la Premiere Claffe ,Cheva
lier des Ordres du Roi , & de l'Ordre de la Toi
fon d'Or , Lieutenant Général en Provence ,
Gouverneur des Ville & Château de Nantes , qui
avoit commandé en Chef dans la Province de Bre
tagne , & avoit été Ambaffadeur Extraordinaire
de Sa Majesté à la Cour de Madrid , & d'Elizabeth-
Charlotte -Candide de Brancas , fille pofthume de
Louis de Brancas , Duc de Villars , Pair de Erance,
JUIN. 207 1753.
morte le 26 Août 1741. Le Comte de Forcalquier
avoit été marié le 6 Mars 1742 à Marie-Françoife
Hervé de Carbonel de Canifi , veuve d'Antoine-
François de Pardaillan , Marquis d'Antin , Vice
Amiral du Ponent , & il ne laiffe point d'enfans
de fon mariage. Par la mort , les titres & fa
deffe paffent au Marquis de Brancas , fon frere
Maréchal des Camps & Armées du Roi , & cidevant
Meftre- de-Camp d'un Régiment de Cavalerie
.
gran-
D
Magdeleine- Diane de Bautru de Vaubrun,
veuve de Mre François- Annibal , Duc d'Eftrées ,
Pair de France , Chevalier des Ordres du Roi ,
Lieutenant Général de les Armées , & Gouverneur
de l'Ile de France , mourut en cette Ville le 6 ,
âgée de 85 ans.
Mre Cefar- Charles Lefcalopier , Chevalier Seigneur
de Liencourt , Cremery & autres lieux , Confeiller
d'Etat Ordinaire , mourut à Paris le 7 Février
1753 , âgé de 82 ans , deux jours , étant né le s
Février 1671. Il fut d'abord Confeiller au Parle
ment de Paris , où il fut reçu le 30 Juin 1694 ; &
enfuite Maître des Requêtes le 3 Décembre 1708,
Intendant du Commerce , puis Intendant de Champagne
& enfin nommé Confeiller d'Etat en 1730.
Il préfida en cette qualité le Grand Confeil pendant
l'année 1742. Il étoit le neuviéme defcendant
de Picro Lefcale de Véronne , qui vint s'établir a
Paris dans le quinziéme fiécle ; & fils de Gafpard
Lefcalopier , Baron du Nourar , Confeiller su Parlement
de Paris mort étant de Grand'- Chambre
le Janvier 1709 ; & de Françoife- Geneviève
Colin, morte le 3 Avril 1725. D'Anne- Geneviève
Cherier, la femme , morte le 24 Juillet 1711 , fiile de
Jean Cherier , Chevalier Seigneur de la Rochette,
& d'Anne Gaboury , il laille Gafpard- Céfar- Char
Ј
208 MERCURE DE FRANCE.
les Lefcalopier , Maitre des Requêtes , Intendantà
Montauban depuis l'année 1740 , qui a des enfans
de N..... le Clerc de Lefleville , qu'il a épousée
en 1737 , fille de Charles- Nicolas le Clerc de Lef
feville , Comte de Charbonnier , Maître des Requêtes
; Charles - Armand Lefcalopier de Nourar ,
Maître des Requêtes , & Charles- François Leicalopier
, qui a été Capitaine dans le Régiment
Royal Cravattes , & s'eft retiré de bonne heure
du Service avec la Croix de Saint Louis , par la dé.
licateffe de fa fanté.
Le 17 , M. Louis de Villevault , Doyen de Meffieurs
les Confeillers de la Cour des Aides , décédé
rue Hautefeuille , âgé de 86 ans , fut préſenté à
Saint Severin , & tranfporté en l'Eglife des RR,
PP. Chartreux.
A VIS .
E Sieur Vacoffain , Marchand Epicier Drovis
à- vis Saint
avertit le Public qu'il eft autorilé du Roi pour la
vente d'une eau pour conferver & blanchir les
dents ; elle a la propriété de diffondre l'humeur
glaireufe qui peut contribuer à les gáter , l'ufage
de quinze jours fera voir par la beauté & fermeté
des dents que l'on pourra , hors dans les grands
befoins , fe difpenfer de tout ferrement . Le prix
de la bouteille eft de 12 f. Ledit Sieur Vacollain
avertit auffi qu'il a le Bureau du vrai fel policrefte,
compofé par M. de Seignette , de la Rochelle ; lequel
fel eft paraphé en- dedans de chaque paquet ,
& cacheté de la main dudit Sieur de Seignette .
Il avertit auffi qu'il continue de vendre avec
JUIN. 1753. 209
fuccès fa poudre purgative , dont M. Barbual de
Juvauvigny , Docteur en Médecine , & Médecin
de Nogent-fur- Seine , a fait des expériences heureufes
, & affez multipliées pour qu'on puiffe y
ajouter beaucoup de foi.
AUTRE.
La veuve Simon Bailly renouvelle au Public
fes affurances , qu'elle continue de fabriquer les
véritables Savonettes legeres de pure crême de favon
, & pains de pâte graffe pour les mains dont
elle feule a le fecret .
Comme plufieurs fe mêlent de les contrefaire ,
& les marquent comme elle , pour n'y pas être
trompé il faut s'adreffer chez elle , rue Pavée - Saint-
Sauveur , au bout de celle du Petit Lion , à l'Image
Saint Nicolas , une porte cochere , preſque vis às
vis la rue Françoife , quartier de la Comédie Ita
lienne.
AUTR E.
Le Sieur Lecomte , Vinaigrier ordinaire du Roi,
ayant annoncé dans les précédens Mercures foixante-
dix fortes de vinaigre , tant de toilette que
de table , donne avis qu'il les a poufsés jufqu'à
cent vingt fortes , & à quatorze fortes de moutarde
, dont il a porté celle aux capres & aux anchois
à la plus grande perfection . Nous en donnerons
la.lifte dans le Mercure prochain.
AUTRE.
Dufour , Marchand Tapiffier & Maître Gau
freur à Paris , avertit le public qu'il a fait conftruire
une Machine pareille à celle d'Utrecht ,
210 MERCURE DE FRANCE.
pour gaufrer toutes fortes d'étoffes à defseins cou
rans , & qui imitent les velours cizelés , comme
velours , fatin , taffetas , moire , gros de Tours ,
drap , calemande , camelot , peluches , & toutes
fortes de robes de differens defseins , pour habits
de velours d'hommes & de femmes , équipages de
carrofses , & meubles à grands defseins . Il avertit
que de faux ouvriers fans qualité , exposés à être
faifis , s'ingerent de l'imiter , & gâtent lefdites
éroffes . Il demeure au milieu de la rue des Fossés
de M. le Prince , vis- à -vis l'Hôtel de Condé , à
PEnfeigne de la Ville d'Utrecht .
LETTRE de M. André , Maître ès Arts
en Chirurgie , Chirurgien de la Charité
de la Paroiffe Royale de Saint Louis ; &
Ancien de la Maifon de Saint Cyr , ruede
l'Orangerie à Versailles. A M. Fefte ,
ancien Chirurgien - Major de la Marine &
penfionné du Roi , an fujet de fa Lettre à
M. Courpier , Médecin à Londres , inferée
dans le Mercure de France du mois de
Fanvier 1753 .
Mo
Onfieur , trop amateur de la perfection de
notre Art pour me livrer à une baffe jaloufie ,
j'ai vu avec fatisfaction dans votre Lettre à M.
Courpier les juftes éloges que vous donnez à M.
Daran , & le zéle que vous faites paroître pour les
intérêts. Une feule chofe a bleffé mon amour
propre , & j'avouerai naturellement ma fenfibilité.
Vous ne connoiffez que lui pour inventeur des
véritables bougies. I eft humiliant pour moi
JUIN. 1753. 2TT
qu'un homme de votre mérite ignore un ouvrage
fur les maladies de l'uréthre que je publiai il y a
environ deux ans , & dans lequel je prouvai la
découverte que j'ai faite d'un pareil reméde. L'expérience
qui s'en étoit faite à l'Hôtel Royal
des Invalides , à Paris & à Versailles , fous les yeux
des plus grands Maîtres de l'Art in'autorifoit à
l'annoncer. Il eût été bien avantageux pour moi ,
que cela fût parvenu jufqu'à vous . Je ne me ferois
point vû dans votre Lettre confondu ( quoiqu'implicitement
) avec ceux que vous taxez de charlatans
, parce qu'ils traitent les maladies fecrettes
par le moyen des bougies , fans avoir pris l'attache
de M. Daran. Non , Monfieur , je ne l'ai jamais
prife , & j'ai traité un grand nombre de malades
avec fuccès . Mes bougies ont comme les
fiennes , la propriété de renouveller les accidens
de la gonorrhée : elles mettent en fonte & en
fuppuration des ulceres cachés dans le canal , qui
y reftoient comine afsoupis depuis dix , vingt ,
trente & quarante années : elles les détergent , les
mondifient , les incarnent & les cicatrifent , après
avoir ôté tous les obftacles qui s'oppofoient à la
fortie des urines. Mes bougies guérissent la ftrangurie
, & toutes les rétentions d'urines qui ne font
point les fuites d'une pierre formée : elles font
fuppurer un canal malade , & n'affectent en aucune
façon celui qui feroit fain. Mes bougies enfin
, ont deux avantages que M. Daran ignore
peut-être ; c'eft que fans en multiplier la diverfité ,
les confie à tout le monde , fans crainte qu'elles
procurent de mauvais effets ; & que décompo
fées , je m'en fers avec fuccès pour la guérifon de
plufieurs maladies . Tour ceci pourra vous parof
tre fufpect , n'ayant pas l'avantage d'être connu
de vous ; mais il me fera très facile de vous en
procurer les preuves
je
212 MERCURE DE FRANCE
Vous dites , Monfieur , que M. Daran n'a point
donné la compofition de fon reméde , & qu'on ne
peut par conféquent agir par comparaiſon . Quoi
qu'il n'y ait point de difference du fien au mien ,
quant à la couleur & à la figure, je ne prétends pas
pour cela que l'un foit l'autre ; je préfume feule
ment par la conformité des effets , que les remé
des qui en font la compofition font de la même
Claffe , & j'ajouterois avec confiance qu'on tire
plus d'avantage du mien . C'eſt ce que je prouverai
dans un ouvrage que je prépare , & ou je rédige
les obfervations que j'ai faites , d'après les malades
que j'ai traités felon ma méthode . J'efpere qu'il
parviendra jufqu'à vous , & que vous ferez alors
convaincu que M. Daran n'eft pas le feul dépofi
taire des véritables bougies , & que les fuccès de
mon reméde ne le cédent point à ceux qui lui ont
fait fa réputation. Il fçait que j'en ai prouvé fuffifamment
l'identité dans ma Diflertation.
Par la façon dont vous parlez de l'ufage des
bougies , il paroît bien que vous en fentez la néceffité
pour la cure de beaucoup de maladies ,
pour lesquelles elles font trop négligées : je l'ai
obfervé dans ma Differtation , auffi voyons- nous
tous les jours tant de fauffes guérifons . Il y a tout
lieu d'efperer que la prévention à ce fujet tombera
enfin , & que les incrédules feront convaincus. J'ai
l'honneur d'être , & c.
André.
J
CERTIFICAT.
E fouffignée certifie , qu'étant tombée dans
une attaque d'apoplexie très - violente , avec
perte entiere de connoiffance , j'ai pris par ordre
JUIN. 1753.
213
e M. Goular , Médecin , des gouttes de Madame
a Générale la Motte , & qu'à l'inftant j'ai repris
' ufage de mes fens ; j'ai continué pendant quelques
jours à me fervir de ces gouttes , & j'ai été
Darfaitement guérie en peu de tems , quoiqu'à
'âge de 82 ans ; j'avois même une oppreffion de-
›uis environ un an , dont je ne m'apperçois prefque
plus. En foi de quoi j'ai donné le préfent
Certificat , pour rendre témoignage à la vérité. A
Paris , ce 20 Mai 1752 .
Catherine Loifon , de Beaumont.
A Meffire Cardin - François - Xavier le Bret ;
Chevalier , Seigneur de Pantin , de Selles
autres lieux , Intendant de la Province
de Bretagne. Par M. le Chevalier de
Cramezel.
Enfin , c'eft aujourd'hui que ta rare prudence ;
De fon éclat vainqueur reçoit le digne prix :
Tu vas , fage le Bret , combler notre esperance ;
Et faifant tous les jours à des peuples chéris
Goûter mille douceurs , au fein de l'abondance ,
Juftifier le choix de l'augufte Louis,
Miniftre des tréfors d'une riche Province ,
Par toi s'augmentera la gloire de l'Etat :
Juge intégre , éclairé , défigné par le Prince
Pour devenir le Chef d'un illuftre Sénat ,
Contre l'iniquité l'orphelin & la veuve
Trouveront fous tes loix un généreux fecours ;
214 MERCURE DE FRANCE
Les Bretons à jamais feront la douce épreuve
D'un bonheur dont ton zéle affermira le cours,
En toi de Magiftrat , d'Econome & de Pere ,
La France réunit les titres glorieux.
Tels en Provence on vit autrefois tes ayeux ;
Suffire à tout le poids d'un double miniftere ;
Répondre à tous les voeux des peuples & des Rois ;
Et du commun bonheur n'écouter que la voix,
Leur nom & leurs vertus ,
Les faveurs de nos Rois ,
voilà ton héritage :
voilà ton
appanage :
On les verra tranſmis à ta poſtérité ;
Ils en feront toujours l'ornement & la gloire ,
Et pour ton nom fameux au Temple de Mémoire,
Seront un gage sûr de l'immortalité.
A Paris , le 31 Mars 1753
la
PROSPECTUS Apologetique , pour
Quadrature du Cercle. A Paris , chez Delaguette.
1753.
E propofe pour cet Ouvrage , dit l'Auteur ;
" des
des foufcriptions de mille livres qui pourront
être compofés de tel nombre de perfonnes qu'on
>> voudra : les Nations intéreffées à cette grande
& très- utile découverte , vouloient compo-
» fer un feul nombre de ſouſcriptions , cela abré
geroit de beaucoup le tems de la démonſtra- 32
» tion .
80
>> Ceux qui voudront foufcrire , pourront s'adreffer
à M. de Montmartel , Garde du Tréfor
Royal à Paris , qui en recevant les fommes ou
JUIN. 1753. 215
22
» les foumiffions , en donnera des Récepiffés , dans
lefquels il fera fait mention que l'Auteur ne
a démontre pas géométriquement la Quadrature
» du Cercle , on rendra à chacun ce qu'il aura
» mis en dépôt fans aucune diminution ; & fi l'Au-
» teur tient la promeffe , on lui délivrera les fouf-
>> criptions qui doivent monter à quatre millions
» avant la démonſtration dont on enverra en-
» fuite cent Exemplaires à chaque Royaume &
Etat qui auront défiré d'y participer les Figu
» res y feront gravées & jointes à l'explication la
plus claire ; de forte que l'ufage en fera com
» mun à tous pour l'intelligence & l'exécution .
35
2
» Le Chevalier de Cauſans , ci- devant Colonel
» du Régiment d'Infanterie de Conty , a l'hon
» neur d'inviter les Académies des Sciences de
> l'Europe , d'envoyer un Député , qui en arri
vant à Paris , recevront chacun cent louis chez
» M : de Montmartel , pour contribuer aux frais
» du voyage à tout évenement. Tout fera fini en
>>trois démonstrations confécutives , qui fe feront
publiquement à l'Académie des Sciences à Paris.
M. de Montmartel fouhaite que le Public foiz
averti qu'il a été nommé dans le Profpectus fans fon
aveu , & qu'il ne prendra aucune part à cette affaire.
APPROBATION.
'Ai lû , par ordre de Monfeigneur le Chance
lier , le premier volume du Mercure de France
du mois de Juin. A Paris , le 1 Juin 1753.
LAVIROTTE
216
TABLE.
P
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe.
Songe ,
Vers d'un F. M. à Iris ,
Seconde Differtation fur les Obélifques d'Egypte ,
& c .
La Fauvette & le Moineau. Fable ,
Lettre aux Déiftes , par M. Gautier ,
Epitre à M. l'Abbé G *** "
Vers à une Dame , & c.
Derniere Lettrefur l'Imprimerie , & c.
L'Amour & l'Amitié
3
S
7
38
40
45.
48
49
63
Affemblée publique de la Société Royale de Lyon ,
du 28 Avril 1751 , 68
Mots de l'Enigme & des Logogriphes du Mercure
de Mai
Enigmes & Logogriphes ,
Nouvelles Litteraires ,
Lettre d'un Religieux de *** , &c.
Lettre à M. de Voltaire , &c.
Vers à Madame de Pompadour ,
Beaux- Arts ,
Chanfon
Spectacles ,
Concerts Spirituels ,
Nouvelles Etrangeres ,
87
ibid.
91
137
140
146
147
156
157
163
172
France. Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 184
Naiffances , mariages & morts ,
Avis ,
Lettre de M. André , Chirurgien , &c.
Vers à M. le Bret , Intendant de Bretagne ,
Profpectus pour la Quadrature du Cercle ,
La Chanfon notée doit regarder la page 156.
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
195
208
210
213
214
MERCURE
3
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI
JUIN . 1753 .
SECOND VOLUME.
TSPARG
LIGIT
UT
Chez
A PARIS ,
La Veuve PISSOT , Quai de Conty
à la defcente du Pont- Neuf.
CHAUBERT , rue du Hurepoix.
JEAN DE NULLY , au Palais.
DUCHESNE , rue Saint Jacques,
au Temple du Gout.
M. DCC . LIII.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
A VIS.
'ADRESSE du Mercure eft à M. MERIEN
Commis au Mercure , rue des Folfez S. Germais
l'Auxerrois , au coin de celle de l'Arbre-fec , pour remettre
à M. l'Abbé Raynal.
Nous prions très-inftamment ceux qui nous adreſſe
ront des Paquets par la Poffe , d'en affranchir leport ,
pour nous épargner le déplaifir de les rebuter , & à eux
celu de ne pas voir paroître leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays Etrangers,
quifouhaiteront avoir le Mercure de France de la premiere
main, plus promptement , n'auront qu'à
écrire à l'adreffe ci- deſſus indiquée .
On l'envoye auffi par la Pofte, aux perfonnes de Province
qui le defirent , les frais de lapaste ne font pas
confiderables.
Ŏn avertit auffi que ceux qui voudront qu'on le porte
chez eux à Paris chaque mois , n'ont qu'à faire fçavoir
leurs intentions , leur nom &leur demeure audit fieur
Merien,Commis au Mercure; on leur portera le Mercure
très- exa &ement , moyennant 21 livr. s par an , qu'il
payeront , fçavoir , to liv. 10 f. en recevant lefecond
volume de Juin , ♣ 101. 10 f. en recevant ie fecond
volume de Décembre. On les fupplic inftamment de
donner leurs ordres pour que ces payemens foient faits
dans leurs tems.
On prie auffi les perſonnes de Province , à qui en
envoye le Mercure par la Pofte , d'étre exactes à faire
payer au Bureau du Mercure à la fin de chaque ſemeftre
,fans cela on eroit hors d'état de foutenir les
avances confidérables qu'exige l'impreſſion de ces
Ouvrage.
On adreffe la même priere aux Libraires de Province:
On trouvera le ſieur Merien chez lui les mercredi
, vendredi , é ſamedi de chaque semaine.
PRIX XXX..SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,.
DÉDIÉ AU ROI.
JUIN. 1753.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
LA MOUCHE
QUI SE NOYE DANS LE LAIT.
Fable traduite du Latin.
DEs chèvres d'un troupeau replet ,
Et du retour du pâturage ,
Galatée à deux mains prefloit , fuivant l'uſage ,
Les mammelles pleines de lait.
Déja du doux nectar l'écoulement rapide
Sous les flots écumans d'une neige liquide ,
Du vafe déroboit les bords ,
11. Vol. A ij
4 MERCURE DEFRANCE.
Lorfque cédant aux doux efforts
De la volupté qui la guide ,
Une mouche du haut de l'air ,
Par la fatale deſtinée ,
Entrainée ,
Se précipite , & fond plus prompte qu'un éclair
Où l'attire du lait la dangereuſe amorce .
u Ce n'eft pas tonjours par l'écorce
Que de l'arbre l'on doit juger ;
» O mouche ! cu vas-tu t'engager ?
"Que fais tu , petite infenfée?
Croi- moi ; fui : hâte -toi , retourne fur tes pas :
Evite un précipice où tu n'apperçois pas
ל כ
Que tu donnes tête baiflée .
» D'une belle couleur les dangereux appas
55
» Souvent couvrent un piége ; enfin dans ce fluide,
Qui pour te foutenir n'a point de fond folide ,
» Garde- toi bien d'entrer , ou crains un prompt
» trépas.
Au lieu de profiter d'une leçon pareille ,
L'imprudente pourfuit , & fait la fourde oreille ;
L'odeur & la couleur du lait ,
La féduifent par leur attrait.
Vers le vafe fatal fes pas elle dirige ,
Long-tems fur la ſurface , & le joue & voltige ;
Puis ofe enfin , banniffant toute peur ,
Fofer fes pieds fur un terrein trompeur.
Le lait n'eft qu'effleuré qu'elle fe fent captive.
JUIN. 1753 .
Par une prompte tentative ,
A fes ailes trois fois elle donne l'effort
Pour le retirer du naufrage ,
Et trois fois elle fait un inutile effort.
Elle efpere du moins fe fauver à la nage ;
( Par amour pour la vie , hélas ! on tente tout ,
Et de quoi cet amour ne vient - il pas à bout ? )
Mais de l'art de nager fes pieds n'ont nul uſage.
Comme on voit dans les champs un imprudent
oifeau
D'une funefte glu ne s'arrachant qu'à peine ,
S'aller prendre fous le rezeau
Qu'un adroit oifeleur a tendu dans la plaine ;
Et dans ces lacus maudits s'embarraſſer plus fort :
Plus pour s'en échaper il veut faire d'effort ,
Plus la pauvrette auffi veut agiter fes aîles ,
Et plus de fon trépas elle avance l'inſtant :
Déja fon petit corps Aottant
En fent les atteintes cruelles ;
Trois fois confécutivement
Elle plonge , furnage , & rentre enfin dans l'onde,
Où les yeux d'une nuit profonde
Sont couverts éternellement .
Que fert , imprudente jeuneſſe ,
Que fert de vous donner les plus fages avis ?
Lorfque de vous ils font fuivis ,
C'eft pur hazard : vous vous livrez fans ceffe ,
Séduite par l'attrait d'un plaifir paſsager
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Aux bouillantes ardeurs du feu qui vous pofséde ,
Et n'appercevez le danger
Que quand pour en fortir il n'eft plus de reméde.
Brunet , de Dijon.
DISCOURS
Sur les élemens , les principes & les régles
générales de la Mufique
L
A Gamme ut , re , mi , fa , fol , la , fi,
ut , eft la premiere leçon que l'on met
fous les yeux de ceux qui veulent appren
dre la Mufique ; c'est l'échelle des tons de
l'ollave ut , c'eſt- à - dire , des fons qui peuvent
être exprimés fucceffivement par le
chant , en commençant depuis la note ut ,
& en montant jufqu'à fon octave.
A la premiere infpection de cette octave
confidérée dans fa totalité , l'on peut
la regarder comme formée de deux tetracordes
, dont le premier eft ut , re , mi , fa,
& le fecond fol , la , fi , ut ; chacun de ces
deux tetracordes repréfente deux tons &
un femiton , & il y a de plus un ton entre
fa & fol ; ainfi l'octave d'ut , confidérée
dans toute fon étendue , eft compofée de
fix tons , dont les degrés ou intervalles
JUIN. 1753. 7
partagés en tons & femi - tons , felon la
gamme ou échelle font ut , re , mi, fa, fol ,
la , fi , ut.
On éprouve de la difficulté à entonner
les trois tons , qui fe trouvent de fuite
depuis fa jufqu'au fi ; pour accoûtumer les
Ecoliers à furmonter cette difficulté , on
leur apprend qu'il eft convenable de monter
de fuite , depuis ut jufqu'à la quinte
fol , & de faire , foit réellement , foit
mentalement , un repos fur le fol avant
de continuer à folfier fol , la , fi , uit .
On exerce les commençans par l'intonnation
de la quinte ut fol , foit feule , ſoit
en y diftinguant la tierce majeure en cette
forte ut, mi , fol ; on s'eft d'autant plus at
taché jufqu'à préfent , à former l'habitude
de la jufte intonation de ces trois notes
que l'expérience a fait connoître , que la
note tonique ut , fa tierce majeure & la
quinte forment l'accord le plus parfait , &
que cet accord dans les differens tons qui
peuvent de même être établis fur chacune
des fept notes de l'octave , eft la baſe &
le fondement de la mélodie & de l'harmonie
, pour tout ce qui peut fe chanter
par la voix humaine .
Un moyen d'exciter fur ce point l'attention
& la curiofité des Etudians étoit ,
de leur apprendre à chercher dans une
A iiij
SMERCURE DE FRANCE.
Corde Sonore , comme par exemple , de
laiton , les differens tons de l'Octave , &
à voir par leur propre expérience , que
cette corde , en fuppofant qu'elle donne
dans toute fon étendue le ton d'ut , donne
àfa moitié l'Octave fupérieure de ce fon ,
& à fon quart la double Octave ; & que
cette même corde à fon tiers donne la quin
te , & à fa cinquième partie la tierce majeure
, mais dans la faite on ne manquera
pas de leur faire de plus obferver , que
ces deux tons de la tierce & de la quinte
font produits fi naturellement , qu'ils fe
font entendre fenfiblement dans la réfo
nance de la corde pincée dans toute fon
étendue , c'est à dire , dans le fon d'ut de
Ja corde prife dans fa totalité , ce ſon
donnant ainfi par la propre harmonie mi ,
fol , qui par cette raifon font juſtement
appellés fes fons harmoniques.
L'heureufe découverte de ce phenoméne
de la réfonance de la corde , & de tout
autre corps fonore à la quinte & à lạ
Lierce majeure ( a ) eft applicable à tous les
tons ou demi de l'Octave , lefquels peuvent
tous être confidérés chacun en parti-
( a ) On voit dans la premiere page de la Préface
de M. Rameau , fur fon nouveau fyftême de
Mufique théorique , que cette expérience eft cirée
par differens Auteurs.
JUI N. 1753. 2
culier , comme note tonique pour la fucceffion
d'une nouvelle Octave également
partagée en tons & femi tons ; elle répand
fur toutes les opérations de la Mufique ,
- une lumiere dont les Muficiens commen
cent à fe fervir utilement , pour s'éclaircir
& fe guider dans des routes , où précédemment
on n'avoit marché que la fonde à
la main , comme les marins au milieu des
écueils .
Les tons & femi tons de l'Octave avoient
été calculés & fixés avant cette importante
découverte ; mais les difficultés pour y
parvenir , & les régles pour l'ufage à faire.
de ces tons , avoient occafionné un grand
nombre de fyftêmes , dont aucun n'avoit
donné des principes affez clairs , affez
conftans & affez généraux , pour qu'on pût
en tirer des conféquences indubitables ,
tant pour le chant & les accords confonans
& diffonans dans cette Octave
& das les Octaves correfpondant audeffus
& au- dellous , que pour l'union
le contour & le mêlange de cette Octave
d'ut , avec les octaves des autres notes
qui dans le cours du chant peuvent aufli
être confidérées comme toniques , & què
fous ce titre ou autrement , peuvent plus
ou moins fournir des moyens pour l'ex
preffion des fentimens , des caractéres &
+
Av
to MERCURE DE FRANCE.
des paffions dans la fuite de la mélodic
& de l'harmonie , felon la diverfité on la
difference des fujets à traiter.
la
Avec ce flambeau des fons harmoni.
ques de la quinte & de la tierce majeure ,
au deffus de toute note confidérée comme
tonique , M. Kameau a fait fentir les raifons
, qui ont porté à divifer & partager
l'Octave felon l'ordre diatonique ut , re,
mi , fa , fol , la , fi , ut. Et guidé par
même lumiere , il a de plus fait reconnoî
tre des prints fixes pour la production &
la conftruction des differens accords , tant
dans l'Octave du fon fondamental géné.
rateur des fons harmoniques , que dans
les autres Octaves qui fe trouvent naturelkment
liées à ce fon , & dans celles qui
peuvent y être affociées.
C'est donc avec grande raiſon qu'il a
déja été remarqué ( a ) , que ce phenoméne
des fons harmoniques , produits naturellement
la réfonance de to corps
fonore conduit à découvrir & démontrer
par
pour la perfection de la mélodie & de
l'harmonie , des vérités qui jufqu'à préſeno
n'avoient pas même été foupçonnées.
Nous ignorons , fi ceux des anciens Phi-
(a ) Voyez le Mémoire fur l'identité des Octaves,
inferé dans le fecond Mercure de France , de
Décembre 17520
JUI N. 1753 . II
lofophes qui ont imaginé les premiers prin
cipes de la Mufique , ont connu ces fons
harmoniques , & leur propriété naturelle
pour indiquer , tant l'étendue des differens
accords que les routes à tenir pour la production
des chants , foit fimples , foit figurés
avec accompagnement ; il paroît feulement
, que foit par la force de leur génie
, foit par des épreuves répétées pour
trouver dans le partage de la corde les dif
ferens fons de l'Octave , & conféquem
ment les routes de la mélodie & de l'har
monie par la comparaison des fons , produits
dans les differentes divifions de cette
corde , c'est- à - dire , foit à ſa moitié &
à fon quart , qui donnent la répétition du
fon de la corde prife dans fa totalité , foit
à fon tiers qui donne la quinte , foit dans
fa cinquième partie qui donne la tierce
majeure , ils ont beaucoup approché des
régles preferites par la nature dans la production
des fons, harmoniques de chaque
Octave.
Le fentiment , la réflexion & l'expérience
ont fait connoître de même à ces
Philofophes , la difference des modes majeurs
d'avec les modes mineurs , par la comparaifon
des deux tierces formant l'accord
de la quinte , une de ces deux tierces étant
néceffairement mineure ; fur ce fonde-
A vi
12 MERCURE DE FRANCE.
ment ils s'étoient formé pour repréſenter
ce ton mineur une échelle diatonique , où la
tierce mineure précédoit la majeure pour
la formation de la quinte ſur la note tonique.
Ils avoient de plus reconnu , que la voir
humaine ne forme qu'avec peine trois tons de
faite en montant , & qu'il lui faut néceffairement
un repos de maniere ou d'autre,
après qu'elle a produit deux tons ; mais ce
dont il paroît qu'ils ont été le plus touchés
, a été d'indiquer la route de la mélodie
& de l'harmonie , par la note fenfible de
chaque Octave pour le majeur.
C'est en conféquence , que les Grecs ,
en donnant le ton d'ut & celui de fa pour
l'exemple de ce majeur , avoient fixé leur
Gamme on échelle diatonique aux fons ,
Si , ut , re , mi , fa , fol , la.
Cette échelle étoit compofée de deux
Tetracordes (a).
(a ) Selon M. Rameau dans fa Démonſtration
fur le principe de l'Harmonie , p 76 , ces deux
Tetracordes conjoints font lesfeuls naturels.
2 On voit fur ce même fujet dans les élemens de
la Mufique théorique & pratique , p. 32 , ce qui
fuit.
Les intervalles de deux fons quelconques , pris
dans chaque Tetracorde en particulier , font parfaitement
juftes , ainfi dans le premier Terracorde
les intervalles ut, mi , & G₁re font des tierces, l'une
1
JUIN.
13 1753.
Și , ut , re , mi ,
Mi , fa , fol , la.
Ces deux Tetracordes étoient parfaite
ment femblables ; ils commençoient l'un
& l'autre par la note fenfible du ton qu'ils
renfermoient , la note fi conduifant au
ton d'ut , & celle de mi à celui du fa ; com .
me ces deux femitons majeurs le trouvoient
ainfi naturellement dans la fucceffion des
tons de ces deux Tetracordes , ils devoient
Lervir d'exemples pour la formation des autres
femitons , à prendre , felon les occafions
par le partage de chacun de ces tons
avec l'aide des Diezes , pour fervir de note
fenfible des autres Octaves , qui pou
voient être pareillement établies fur chacune
de ces differentes notes bien entendu
que chacun des deux Tetracordes conjoints
pour ces autres Octaves , devoit être
femblable aux deux Tetracordes d'ut &
de fa.
Comme il falloit une regle fixe pour
élever fucceffivement la voix felon cette
route auffi haut qu'elle pouvoit aller , c'étoit
par cette confidération que l'échelle
diatonique de ces deux Tetracardes les remajeure
, l'autre mineure , parfaitement juftes
auffi bien que la quarte fi , mi , il en eft de même
dans les Tetracordes mi fa fol , la , puifque ce
Tetracorde eft parfaitement femblable au premiera
14 MERCURE DE FRANCE.
préfentoit comme corjoints , leur fucceffion
immédiate devant fervir ainfi à la
gradation des tons par l'expreffion foit de
la voix humaine , foit des inftumens de
Mufique , ce qui ne fe pratiquoit cependant
qu'au moyen d'un repos fur le fecond
femiton qui divifoit les deux tétracordes ,
de forte qu'il étoit entendu que la note
qui exprimoit ce femi ton mitoyen , pouvoit
naturellement porter deux accords ,
fçavoir le premier comme appartenant à
la fucceffion du chant du premier Tetracorde
, & un fecond , commie appartenant
à l'Octave dont ce femi ton étoit naturellement
la note fenfible.
L'exemple pour le Mode mineur felon cette
même méthode des Grecs , étoit bien fimple
; ils ajoutoient au- deſſous du fi de leurs
deux tétracordes conjoints , un la qu'ils
diftinguoient & féparoient de l'échelle
comme fon fur ajouté ; par ce moyen ils
avoient l'Octave reguliere & entiere da
Mode mineur , en defcendant cette Octave
depuis le la d'en haut , jufqu'au la d'en bas
fur ajouté.
La , Si , Ut , Re , Mi , Fa , Sol , La.
Le fecours de ce même La, employé
ainfi par les Grecs pour rendre complette
l'échelle de l'octave du Mode mineur , leur
fervoit également pour le complettement
JUIN. 1753. IS
de leurs deux Tetracordes deftinés à la repréfentation
de l'Octave diatonique du
Mode majeur ; les tons ou intervalles la ,
, ur, qui fe trouvoient de fuite & dans
leur jufte pofition pour commencer l'Octave
du ton mineur , devant à leur réplique
à la fuite de cette Octave , figurer également
pour porter l'Octave d'ut , juſqu'à
fon dernier degré dans la même progrelfion.
Tels ont été les fondemens de la Mufique
des Grecs. Ce que les hiftoires en ont
dit de grand & de merveilleux ne doit
laiffer aucun doute , qu'ils n'ayent ſçû
faire ufage des bemots de même que des
diezes , pour varier & caractérifer leurs
chants dans les différentes modulations .
Il auroit été bien à fouhaiter que la
décadence & la ruine des Sciences & des
Arts dans des fiècles malheureux , n'euffent
pas privé la poftérité des regles qui
formoient la méthode de cette ancienne
Mufique ( a ) . Il en eft arrivé que ceux ,
qui après plufieurs fiécles , ont renouvellé
( a ) On voit fur ce fujet dans l'Ouvrage de
M. Rameau , intitulé: Démonftration du principe
de l'harmonie p . 5. Ce qui fuit. » Les progrès qu'o-
»péroit la même Mufique , nous furent tranfmis
» à la vérité ; mais il ne parvint jufqu'à nous au-
» cunes des regles qu'obfervoient les Auteurs
pour opérer ces prodiges,
16 MERCURE DE FRANCE.
dans l'Europe la fcience de la Mufique ,
fe font figuré que les deux Tetracordes
conjoints des Grecs n'étoient pas fuffifans ,
& que voulant tendre au mieux , ils ont
fubftitué à ces deux Tetracordes , la fuccef
fion diatonique de la Gamme , qu échelle de
l'Octave ut , re , mi , fa, fol , la, f, ut (4),
fa ) On voit dans les élémens de la Mufique
théorique & pratique , p. 36. que notre échelle
ut , re , mi , fa , fol , la , fi , ut , eft composée de
deux parties , dont l'une at , re , mi , fa , fol , eft
dans le mode d'ut , & l'autre fol , ia , ſt , ut , cft
dans le mode de fol.
Voici ce qu'on lit à cette même page 36.
L'échelle des Modernes peut être regardée comme
compolée de deux Tetracordes disjoints , &
parfaitement femblables ; ut , re , mi , fa , & foľ,
la, fi , ut ; Pun dans le mode d'ut, l'autre dans celui
» de fol.
20
33.
On voit dans la Démonftration du principe de
l'harmonie de M. Rameau , p. 58. ce qui fuit ;
Il eft impoffible d'établir aucun Syftème dia-
» tonique dans l'étendue d'une Octave , fans qu'il ne
s'y rencontre des confonnances altérées.
L'avis de Meffieurs de l'Académie des Sciences
fur cet ouvrage de M. Rameau , ajoute p . 25. ce
qui fuit :
la,
Cette fucceffion immédiate exige que lefon fol
foit regardé comme appartenant à deux modes à
la fois , & féparant , pour ainfi dire , l'un de l'au
tre les deux Tetracordes ut , re , mi , fa , fol ,
fi, ut ; la meille ure maniere d'indiquer ici le paffage
dans un nouveau mode , feroit fans doute
de népéter deuxfois le fon fal
JUIN. 1753. 17
méthode qui en laiffant , comme de raifon
, fubfiiter les deux femi- tons naturels au
mi & au fi dans l'Octave d'ut , a introduit
la difficulté & irrégularité de l'intonation
des trois tans defuite fa , fol , la , fi , ce qui
a donné lieu à beaucoup de fyftêmes , tant
avant que depuis Zarlino , pour l'évaluation
& l'explication des tons & des accords
dans la totalité de l'Octave.
le
Enfin M. Rameau fe tenant à cette
échelle diatonique , établie depuis un auffi
long - tems , comme la baze de la Mufique
dans tous les Royaumes de l'Europe , s'eft
attaché à démontrer que les fons harmoniques
, naturellement produits par
fon fondamental ou tonique de chaque
Octave , donnent des indications claires
& certaines , non - feulement pour la jufte
évaluation des tons de cette échelle diata
nique , & pour éviter ou fauver l'incon
vénient des quatre tons qui s'y trouvent de
fuite ; mais aufli pour lafucceffion & la combinaifon
des accords dans l'Octave d'ur , &
dans les autres Octaves qui peuvent plus
ou moins y correfpondre pour l'agrément
& la perfection de la Mufique ; de forte
Dans la pratique du chant on fe contente d'un
fal ;
mais en ce cas il y a toujours , foit après le
fn fa , foit après le fon fol , un repos exprimé qu
fous-entendu.
18 MERCURE DE FRANCE.
qu'il paroit que déformais les amateurs de
cette Science ne peuvent mieux faire ,
que d'adopter les principes de fon fyfte
me préferablement à tout autre , & d'en
tirer pour la théorie & la pratique , les
conféquences qui doivent naturellement
enréfulter.
Voici les propres termes de M. Rameau
dans la Démonftration du principe de
l'harmonie à Meffieurs de l'Académie des
Sciences , page 19.
» Le corps fonore , que j'appelle à jufte
titre fon fundamental ( a ) , & principe
unique Generateur & Ordonnateur de
toute la Mufique , cette caufe immédiate
»de tons fes effets , le corps fonore , dis
» je , ne réſonne pas plutôt , qu'il engen
(a ) On voit fur ce fujet dans les élemens de
Mufique théorique & pratique , page 12. ce qui
fuit.
Si on fait réfonner un corps fonore , on en
tend , outre le fon principal & ſon Octave , deus
sautres fons très aigus , dont l'un eft la douzić.
» me au -deffus du fon principal , c'eſt à-dire l'Oc
tave de la quinte de ce fon ; & l'autre eft la dir
feptiéme majeure au-deffus de ce mêmefon ,
» c'est- à- dire , la double O &ave de fa tierce ma
» jeure.
Le fon principal eft appellé Generateur , & les
deux autres fons qu'il engendre & qui l'accom
" pagnent ,font appellés les harmoniques , ca y
comprenant l'Odave.
JUIN. 1753 . 19
>> dre en même tems toutes les proportions
» continues , d'où naiffent la mélodie , les
» modes , les genres & jufqu'aux moindres
« régles néceffaires à la pratique.
M. Rameau ajoute page 61 , qu'avec les
proportions naît l'harmonie , & avec la méladie
les progreffions , & il en tire la conféquence
fuivante.
» Ainfi cet ordre conftant , qu'on n'avoit
reconnu tel qu'en conféquence d'u
» ne infinité d'opérations & de combinai-
»fons , précéde ici toute combinaifon &
» toute opération humaine , & fe préſente
»dès la premiere réfonnance du corps fo-
» nore , tel que la nature l'exige ; ainfi ce
qui n'étoit qu'indication , devient prin-
" cipe , & l'organe fans le fecours de l'efprit
, éprouve ici ce que l'efprit avoit dé-
» couvert fans l'entremise de l'organe.
23
Le premierprincipe , felon ce fyftême eft,.
que la quinie d'un ton étant le premier
de fes deux fons harmoniques , ce fon de
la quinte a une influence principale pour
la progreffion du chant & des accords fur
Le fondement du premier fon fondamental
& Generateur de l'Octave ; c'eſt à raifon
de cette influence principale de cette
quinte , qu'elle eft nommée dominante du
ton.
Le ton d'ut fert d'exemple , comme Ge
20 MERCURE DE FRANCE.
nerateur & premier fon fondamental de lon
Octave diatonique.
Ses deux fons harmoniques fontfolà læ
quinte , & mi à la tierce majeure ( a ).
Il faut bien remarquer que cette quiate
fol , produite harmoniquement par le
fon ut , ne réfonne qu'au fol de la feconde
Octave , & que la tierce majeure mi , ne réfonne
qu'au mi de la troifiéme Octave.
Comme le nombre pour défigner les
notes de la premiere Octave d'ut , montent
jufqu'à 8 , la quinte harmonique à la
feconde Octave fe trouve au nombre
12 ( b ) , & la tierce harmoniqne au nombre
17 , à latroifiéme Octave .
Ainfi le fon naturellement monte`toujours
; mais la voix humaine n'ayant pas
affez d'étendue pour fuivre la progreffion
de ce fon , & chaque perfonne en particulier
n'ayant , foit par la raifon du fexe ,
de l'âge , foit par la force , ou la conftitu
(a) On voit fur ce fujet dans les élemens de
Mufique théorique & pratique , p. 19. ce qui fuit.
Ce chant ut , mi , fol , ut , dans lequel la tier-
» ce ut , mi , eft majeure , conftitue , ce qu'on appelle
le genre ou mode majeur ; d'où il s'enfuit
que le mode majeur eft l'ouvrage immédiat de
20
» la nature .
( b ) La douziéme eft l'Octave de la quinte.
La dixième & la dix- feptiéme font les Octaves
de la tierce majeure.
JUIN. 1753 : Z1
ion des organes , qu'une certaine étendue
, tant pour les baffes que pour les deffus
, il arrive de même naturellement ,
que lorfque nous ne pouvons atteindre à
exprimer un fon dans une Octave fupérieure
, notre voix fe porte d'elle- même à
J'exprimer dans une Octave plus à la portée
; on voit fur ce fujet dans l'avis de
Meffieurs de l'Académie des Sciences , fur
la Démonstration du principe de l'harmonie
de M. Rameau , p. 4. ce qui fuit.
» Si nous entonnons la tierce au lieu
» de la dix- feptiéme , & la quinte au lieu
» de la douzième , c'eſt que le peu d'éten-
» due de notre voix , & la facilité que
» nous avons à confondre les fons avec
» leurs Octaves , nous porte naturellement
» à réduire tous les intervalles à leurs moin .
» dres degrés.
La même chofe fe fait par imitation
dans les inftrumens de Mafique , felon
qu'ils portent plus au moins haut , & par
cette confidération , l'on doit toujours
avoir attention pour la fixation des tons
diatoniques dans la premiere Octave , d'y
rapporter les fons harmoniques concomitans
, qui réfonnent naturellement avec le
fon fondamental , premier Generateur à la
quinte de fa feconde Octave , & à la tierce
de fa troifiéme Octave.
22 MERCURE DE FRANCE.
Après avoir reçu de la nature les fons
harmoniques ut , mi , fol , produits par
la totalité de la corde , nous trouvons que
le pincement de cette corde à ſon tiersfd ,
donne pareillement , outre ce premier
fon , les deux fons harmoniques de fa tierce
& de la quinie , fi , re ; dans cette feconde
opération nous confidérons la note fo
comme cooperatear dominant , dans l'Oc
ve du ton principal Ut ; c'eft à ce titre
qu'elle nous donne à fa tierce majeure le
fi pour note fenfible de cette Octave , & i
fa quinte ou douzième ( a ) , le re pour
neuvieme ou feconde note de cette même
Octave.
Quant aux tons de fa & la , qui nous
restent à trouver pour complerter cette
Octave diatonique d'ut , & nous ne vou
lons pas nous écarter de la même voie des
fons harmoniques , nous trouverons par
une troifi me opération toute femblable , fur
La même corde , l'indication de ces deux
fons , en continuant de la racourcir une
feconde fois dans les mêmes proportions ;
car alors en la pinçant elle donne le fon
re , quinte de la dominante fol & fa &
la , fons harmoniques de ce même fon re , à
fa douzième , & à fa dix -feptiéme pour
completter cette Octave diatonique ut.
(a) La neuviéme eft l'Octave de la feconde.
JUIN. 1753 23
Au moyen de cette triple opération fur
le même fondement , & par les mêmes
voies , ut fera véritablement & réellement
le Generateur de tous les tons de fon Octave
, tant par fes propres fons harmoniques
mi , fol , que par ceux de fa quinte
ou dominante fol , fi , re ; avec le concours
de ceux de cette feconde quinte re , fa , la,
la note fol étant ainfi le fondement de la
feconde opération , & fa quinte adoptée
comme feconde ou neuvième Octave diato
nique ut , étant pareillement le fondement
de la troifiéme opération.
Dans cette progreffion harmonique ;
ut , comme fon fondamental & premier
Generateur , donne les accords confonans
de fon Octave ; fol , comme fecondfon principal
, donne les accords qui contenant
le fi , note fenfible du ton , dominent naturellement
dans toute l'étendue de cette
même Octave , & re comme troifiéme note
principale , eft le fondement des accords
diffonans , qui doivent naturellement concourir
par leur entrelaffement entre les
accords confonans de la note tonique &
ceux de la dominante.
On peut objecter contre la troifiéme
opération harmonique , faite comme les
deux premieres far upe feule & même
corde , pour trouver l'échelle diatonique
1
24 MERCURE DE FRANCE.
- d'ut , que la tierce produire par le re ;
comme coopérateur pour la formation de
cette Octave , doit être fuppofée majeure,
& qu'ainfi elle donne fa Dieze avec l'inconvénient
des trois tons de fuite depuis
ut , pendant qu'il faut pour cette fucceffion
diatonique le fa naturel , qui conformément
à l'échelle des Grecs & à celle de
la Mufique moderne , fait fuccéder un
femi ton aux deux premiers tons de cette
Octave ; c'eft vraisemblablement ce qui
engagé M. Rameau , à prendre une autre
Toute pour l'introduction & la fixation du
fa & du la dans l'Octave d'ur , & à préferer
pour cet effet l'indication tirée du
frémiffement d'une corde accordée à la ſeconde
ou quinte , au deffous de la corde
c'eft à dire , au fa. Selon cette branche
du fyftême de M. Rameau , le fa devient
à raifon de ce fimple frémiffement ,
une note principale de l'Octave diatoni
que d'ut , & donne conféquemment in
-qualité de fons dominante du ton , ſa tierce
majeure la pour le complettement entier
de cette Octave.
On ne peut difconvenir que ce moyen
de completter l'Octave diatonique , ne
foit ingénieufement imaginé ; M. Rameau
s'y eft d'autant plus attaché , que c'eſt un
moyen d'expliquer très -fenfiblement la
progreffion
JUI N. 1753. 25
progreffion de la baffe fondamentale par
quintes , foit en montant , ou en defcendant
; on voit fur ce fujet dans les élemens
de Mufique théorique & pratiqué , p. 21 ,
ce qui fuit :
199
" Puifque le fon ut fait entendre le
fon fol , & fait frémir le fon fa , qui
»font fes deux douzièmes , nous pouvons
imaginer un chant compofé de ce fon
> ut & de fes deux douziémes , ou ce qui
revient au même , de fes deux quintes
fa & fol , l'une au- deffous , l'autre audeffus
, ce qui donne le chant ou la fuite
» des quintes fa , ut , fol , que j'appelle
baffe fondamentale d'ut par quintes .
သ
S
On voit fur ce même fujet dans l'avis
de Meffieurs de l'Académie des Sciences ,
du dixiémc Décembre 1749 , fur la Démonftration
du principe harmonique de
M. Rameau , page 12 , ce qui fuit.
» Les trois fons qui forment cette baſſe,
» & les harmoniques de chacun de ces
" trois fons , compofent ce qu'on appelle
» le mode majeur d'ut.
Cependant à fuivre l'expérience du frémiflement
des cordes à la douzième & à
la dix-feptiéme majeure au- deffous d'ut ,
on trouve que cette indication donne non
le la naturel , mais le la bemol , & il
roit qu'on peut en conclure , que le ren-
II. Vol.
B
pa26
MERCURE DE FRANCE.
"
verſement des vrais fons harmoniques
d'ut par cette opération , doit bien plutôt
y faire confidérer le fa ( a ) , comme indiquant
naturellement la route de l'Octave
d'ut , mode mineur en defcendant ceue
Octave.
On peat de plus confidérer dans cette
opération pour le renversement des fons
harmoniques d'ut , qu'en fuppofant que
les cordes qui repréfentent ce renversement
par leur frémiffement à la douzième & à
ła dix feptiéme majeure , vinffont à réfonner
, elles exprimeroient non le ton fa & la
bemol , mais le fon même de la corde d'ut ,
comme caufe unique de refrémiffement ;
c'eft ce qu'on voit dans fa Démonftration
du principe de l'harmonie de M. Rameau ,
portant à la page 64 ce qui fuit :
» Pour former un accord parfait , où le
" genre mineur ait lieu , il faut fuppofer
» que les multiples réfonnent , & qu'ils
» réfounent dans leur totalité , au lieu
»qu'en faivant l'expérience que j'ai rap-
( a) On voit fur ce fujet dans les élemens de
Mufique théorique & pratique , page 20 , ce qui
fuit :
•
» De -là nous pouvons former ce chant indiqué
par la nature fa , la bemol , ut , dans lequel la
» tierce fa , la bemol en partant du premier fon fa,
a eft mineure ; & voilà l'origine du genre du mode ,
appellé mineur.
JUIN. 1753 27
portée , ils ne font que frémir & fe di-
» vilent en frémillant , dans les parties
» qui conftituent l'uniffon du corps fenore
» qui les met en mouvement ; de forte
»fi dans cet état de divifion , on ſuppoſoit
» qu'ils vinffent à réfonner , on n'enten-
»droit que cet uniffon.
que
>> On ne peut donc fuppofer la réfon-
» nance des multiples dans leur totalité ,
» pour en former un tout harmonieux ,
» qu'en s'écartant des premieres loix de la
nature .
Ces premieres loix de la nature font les
fons harmoniques , & il paroît que ce
qu'elles indiquent principalement , quant
à la fucceffion des tons diatoniques dans
la progreffion de l'Octave d'ut , eft de chercheries
fons de cette Octave , non - feulement
dans ceux qui font produits par la
réfonnance naturelle de cette corde , &
dans ceux de fa quinte , ou dominante fol ,
mais auffi dans ceux de fa neuvième qui
donnent fa & la , en fe conformant cependant
aux régles de l'harmonie pour
fauver l'inconvénient du fa , qui dans cette
progreffion harmonique fe trouve dieze
, & qui toutefois ne doit être employé
que comme dans le Tetracorde des Grecs ,
c'est à dire comme fa naturel , dans la fucceffion
diatonique de l'Octave d'ut.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Dans cette progreffion des fons barmo
niques du re , c'est le ton la , qui eft prodait
le premier à la douzième ou quinte
de re le fa Dieze n'eft produit qu'à la
dix-feptiéme pour la tierce du re , & comme
c'eft principalement fur les quintes
que fe fait l'opération harmonique pour
la fixation des fons diatoniques de l'Oc
tave , & pour la progreffion des accords ,
il s'enfuic que dans cette production har
monique du re , le fa Dieze ne doit pas
être regardé comme devant être auffi abfolument
invariable que le la ; de forte
qu'on peut très-bien appliquer en cet endroit
, ce que l'on voit dans la Démonftration
du principe de l'harmonie par M.
Rameau , page 24 ›
dans les termes fuivans.
*
» Il est évident que la feule quinte
»conftitue l'harmonie , & que les tierces
» la varient .
Ce qui dans les régles de l'harmonie
conduit à regarder ce fa tierce du re , comme
pouvant & devant varier par la diminution
d'un feini-ton pour faire partie de
l'Octave d'ut , c'eft que ce fon re ne devient
fon fondamental dans cette Octave
d'ut, que par fon concours avec la dominante
fol , dont il eft le principal fon harmonique
, comme donnant à la tierce maJUIN.
1753. 29
jeure le fa Dieze , note fenfible pour entrer
dans l'Octave de ce ton fol.
Par ce rapport néceffaire & immédiat du
fon re ( a ) , avec le ton fol dominante d'ut',
on conçoit aifément que le fa Dieze produit
à la tierce ou dix feptiéme de ce re ,
ne peut avoir la même force & les mêmes
conféquences fur l'Octave d'ut , lorsqu'il
repugne à la voix humaine de former en
l'exprimant , trois tons de fuite en monrant
depuis cette note tonique.
On peut même regarder comme une in .
dication naturelle , fur l'ufage & la propriété
de ce fa dans l'Octave d'ut , le frémiffement
de la corde à la douzième ou
quinte au deffous de la corde d'at , c'eftà-
dire au fa fous -dominante , puifqu'il eft
reconnu que cette corde , fi elle réfonnoit
dans fa totalité , ne rendroit pas le fon fa
mais celui d'ut , caufe unique de ce frémiffement.
Car on peut en tirer l'induction , que
le fa qui à la troifiéme opération pour les
productions harmoniques fur la corde ut ,
eft Dieze , eft cependant tellement fubor
donnée à l'ut , note tonique fondamentale
(a ) On voit dans les élemens du Mufique théo
rique & pratique , p . 85 , ce qui fuit.
} "Re , qui eft le fecond fon de la gamme , appar
tient à l'harmonie de fol , fecond fon de la baffe.
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
qu'il ne peut auffi long- tems que le chant
demeure dans l'Octave de cette note tonique
, être employé que comme fous - dominante
du fol , c'eſt - à- dire , fans être
Diezé.
Le re , agiffant comme auxiliaire de la
dominante fol , nous donnera donc le f« ,
pour la quatriéme note de l'Octave d'ur ;
bien entendu que cette production de la
dix- feptiéme de ce re ne fera regardée ,
comme ayant affez de force pour obliger
de lui conferver fon Dieke , que dans le
cas où il devra figurer comme note fenfible
de l'Octave defol , & non dans ceux où il
fera partie intégrante de l'Octave diatonique
d'ur.
Cette indication far l'affoibliffement &
la variation de ce fa , donné par la troifiéme
opération des productions harmoniques
d'une même corde , paroît d'autant
plus naturelle , que dans l'accord diffonant
fondé fur ce re , l'ut le trouve tou
jours figurer en même tems comme feptiéme
& comme note principale de l'Octave,
& que dans les cas où la dominante fol
vent retourner par la progreflion diatonique
de la cadence parfaite à cet ut (on Generateur
, cette note fa'ſe trouve alorsfans
fonction proprement dite , puifque dans
cette marche du chant de la baffe , le fa ne
JUIN. 1753.
31
peut naturellement porter d'autre accord ,
que celui de la dominante qui continue
de regner fur ce fa , lequel s'y trouve englobé
fous le nom de Triton.
L'Octave diatonique d'ut , fe trouvant
ainfi fixée par l'union de fes fons harmoniques
, tant avec ceux de fa dominante ,
qu'avec ceux de la quinte de cette dominante
, le compofiteur aura pour le mode
majeur dans cette Octave ( a ) ,
Premierement , les accords connus com.
me dérivés de la note tonique par les fons
harmoniques à la tierce majeure , & à fa
quinte.
Secondement , l'accord de la dominante
portant , outre l'accord parfait de les deux
fons harmoniques , une feptiéme qui dans
J'Octave d'ut eft précisément le fa , qui
Le trouve confondu & abforbé dans cet
accord , fans y faire d'autre fonction que
d'y figurer comme triton avec la note fen-
Able fi , laquelle conduit au ton generateur
ut , note principale & fondamentale
du ton.
Troifiémement , l'accord diffonant ou
de liaison pour concourir & aider pareille-
(1 ) Selon l'avertiffement fur les élémens de
Mufique théorique & pratique , page 6 , il s'agit
de faire voir comment on peut déduire d'unfeul
principe d'expérience les loix de l'harmonie.
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
par
ment à la marche & progreffion des accords
dans l'Octave diatonique d'ut ; cet
accord diffonant ayant pour fondement be
re avec la tierce & fa quinte fa & la , donnés
la troifiéme opération pour la production
des fons harmoniques de la corde
d'ut , mais étant en même tems fubordonné
à cette même note fondamentale ur ,
ce qui fait ut , re , fa , la , accord dont
l'emploi fe fait fur ces quatre notes fous
differens noms , foir directement , foit
par renversement , & dont M. Rameau a
expliqué amplement les noms & le double
emploi , felon que cet accord figure
principalement fur la note re , ou fur la
note la ; M. Rameau faiſant même entendre
dans fa Démonſtration du principe de
l'harmonie , page 6o , que ce double emploi
eft la tierce feconde d'une des plus
grandes variétés dans la Mufique.
Quatrièmement , le Compofiteur peut
aifément promener fes chants & les accords
, non-feulement dans cette Octave
d'ut , mais auffi dans les deux Octaves COFrefpondantes
de fol & de re , en obfervant
de ne conferver la Dieze au fa , comme
un des fons harmoniques de fol ,
lorfque le re fe trouvera employé comme
dominante , exigeant la tierce majeure fa
Dieze pour note fenfible conduisant à ce
ton de fol.
› que
JUIN. 1753 : 3.3
Cinquièmement, non-feulement le Com
pofiteur peut au gré de fon goût, jouir de ces
Trois Octaves correfpondantes d'ut , de fol,
de re ( a) , mais il peut également fans le dé-
( a ) On voit fur ce fujet dans les élemens de
Mufique théorique & pratique , p. 56 , ce qui .
fuit :
22 Quand on paffe d'un mode àun autre par Pintervalle
de tierce , foit en montant , foit en def
cendant , comme d'ut à mi , ou d'ut à la , de mi
» à ut , ou de la à ut , le mode de majeur devient
» mineur , ou de mineur devient majeur..
32 Un mode ne ceffe ordinairement , furtout dans
» le commencement d'une Piéce , que pour paffer
» dans l'un ou l'autre de les modes les plus rela--
tifs , qui font le mode de fa quinte au - deffus , &
» celui de fa tierce au - deffous ; ainfi les modes les
plus relatifs du mode majeur d'ut , font le mode
» de fol , majeur , & celui de la , mineur.
"
ર
» Outre ces deux modes relatifs , il y en a en--
» core deux autres dans lefquels le mode principal
paffe , mais plus rarement ; fçavoir le mode de:
fa quinte au-deffous & celui de la tierce au- def--
fus , comme fa & mi pour le mode d'ut .
30
On voit auffi dans les élemens de Mufique théo
rique & pratique , p. 107 , ce qui fuit ::
Toute note qui porte l'accord parfait , ſe nem--
me tonique.
» Toute note qui porte l'accord de feptiéme , ſe
» nomme dominante .
ל כ
» Parmi les accords de feptiéme , nous ne comp--
tons point ici l'accord de feptiéme diminuée ,
qui n'eft qu'improprement appellé : accord dea
feptiéme..
23 Quand un accord de feptiéme eft composé
By
34 MERCURE DE FRANCE.
tourner de fon Octave fondamentale d'ut,
employer auffi dans fes chants , de nouvelles
toniques avec leur accord naturel
& de nouvelles dominantes , c'eſt - à - dire ,
des notes portant l'accord de feptiéme
dans les Octaves de mi, fa , la , fi , ces
quatre notes de même que celles de fol &
de re , avec leur tierce & quinte appar
tenant à l'Octave ut , re , mi , fa , fol , la,
fi , ut ; bien entendu que ces accords foient
confervés analogues aux fons diatoniques
de cette Octave.
Si le Compofiteur croit devoir s'écarter
dans d'autres routes , c'eſt à dire , que le
trouvant fur une autre note tonique que
celle d'ut , il veuille s'attacher pour quelques
momens , ou fraſes de fa mélodie
ou de fon harmonie , à l'Octave diatonique
de cette autre note , c'est alors qu'il
peut fe trouver dans le cas d'introduire
dans le chant , foit à la baffe continue ,
foit dans les parties fupérieures , un Dieze
ou un bemol , au moyen duquel il puiffe ,
foit en montant , foit en defcendant d'un
femi -ton , entrer dans cette nouvelle Oc-
» d'une tierce majeure fuivie de deux tierces mi-
» neures , la note fondamentale de cet accord fe
» nomme dominante tonique ; dans tout autre accord
»de feptiéme , la fondamentale fe nomme fimpls-
» ment dominante.
JUI N. 1753. 35
tave au fortir de celle d'ut , & qui ne doit
fe faire qu'en fe conformant aux principes
& aux régles prefcrites pour la marche
de la baffe fondamentale , en forte
que le même chant puiffe revenir aiſément
par les mêmes routes à fon principe
dans l'Octave du ton premier Generateur.
Tout ce qui vient d'être expofé pour
l'Octave majeure d'ut , pris feulement
pour exemple ( a ) , peut & doit également
s'entendre pour les autres Octaves qui
peuvent être également fondées fur chacune
des fept notes de la gamme ut , re ,
mi , fa , fol , la , fi , ut ; c'eſt- à - dire , fur
celle de ces notes qui feroit prise pour
être repréfentée par une corde dans toute
fon étendue , parce qu'alors fon Octave
diatonique pour le ton majeur , feroit pareillement
& égalemeut le produit de fes
fons harmoniques , de ceux de fa quinte ,
comme note dominante , & du concours de
( a ) On voit fur ce fujet dans les élémeus de
Mufique théorique & pratique , page 95 , ce qui
fuit :
ラン
>> L'échelle diatonique ou gamme étant com
pofée de douze demi tons , il eft viſible que cha
» cun de ces demi tons en particulier peut être le
Generateur du mode , & qu'ainfi il y a vingt qua-
Fre modes entons , douze majeurs & douze mi-
3 BeUES
B vj
35 MERCURE DE FRANCE.
ceux de la quinte de cette dominante , pour y
fervir de liaiſon entre les accords confonans
& ceux de la dominante .
Ces, accords de la dominante étoient cidevant
connus fous le nom de grande difſonance
, comme exprimant avec la note fenfible
à la tierce majeure de la dominante,
l'accord de triton , qui proprement ne figure
que comme feptiéme dans ces accords
de la dominante.
Une chofe importante que le Muficien
doit avoir continuellement préfente à l'efprit
, lorfqu'il compofe dans le mode majeur
, c'eft que conformément à ce qui a
été ci-deffus dir du Tetracorde conjoint
des Grecs , la tierce majeure de la note tonique
, peut devenir naturellement une note
Jenfible , pour le conduire à l'Octave du
femi- ton qui fe trouve au -deffus , qu'ainfi
dans l'Octave majeure d'ut , le mi peut être
employé , non- feulement comme mediante
du ton d'ut , ou comme fimple note tonique
adjointe à cette Octave d'ut , ou comme
fimple dominante de la note la , mais auffi
comme note fenfible pour faire entrer naturellement
dans le ton de fa , quatrième
note du ton d'ut ; alors le fi bemol figurant
avec le mi , forme un triton ; pendant que
ce mi devenu note fenfible , indique l'en .
trée du ton dans l'Octave de fa , cù certe
JUI N. 1753-
37
note fenfible monte , pendant que le triron
defcend fur le la , qui eft la mediante
de l'Octave de fa.
La principale raifon qui a paru devoir
engager à recourir à l'expédient du double
emploi , pour définir quelle dénomination.
le fa naturel doit porter dans le cas où il
concourt avec le re à former l'Octave diatonique
ut , a été qu'en confidérant les.
quintes dans leur fucceffion triple fur le
fondement du nombre trois qu'indique le
pincé de la corde au tiers , & en leur fai
fant faire progreffion avec les tierces ma
jeures dont la progreffion eft , quintuple ,
comme étant prife à la cinquième partie
de la corde , il arrive qu'à la quatrièmequinte
la progreffion triple parvient au
nombre 8i , pendaut que la progreffion
des tierces . par quintuple n'arrive qu'au
nombre de So , & qu'ainfi il paroîtroitqu'il
y a réellement une difference notable
entre le produit des tierces majeures
& celui des quintes ; en effèt cette difference
dans le calcul , de même que dans
le
partage pour la divifion de la corde que
l'on fuppofe devoir y fervir de fondement
, a engagé les Muficiens à admettre .
dans la progreffion des quintes de quatreen
quatre , un coma de plus que dans la
progreffion des tierces majeurs ; mais
38 MERCURE DE FRANCE.
avons-nous une certitude phylique que
cette difference foit réellement dans la nature
des fons harmoniques ? & feroit- ce
déraifonner , que de penfer que la tierce
& la quinte y font produits , & conſervés
dans la proportion la plus jufte , non-feulement
dans les premieres Octaves , mais
auffi dans les autres qui peuvent être produites
par le fon Generateur de la premiere
, & que la difference de 80 à St
dans le calcul de la progreffion des tierces
& des quintes n'eft véritablement qu'apparente
, & n'a de réalité que dans notre
calcul , qui jufqu'à préfent n'a pû être
opéré que par une arithmétique infuffifante
pour la jufte comparaifon & fixation
des differentes parties d'un tout , confidérées
dans leur proportion triple , & dans
leur
rapport ou proportion quintuple ?
Ce doute fur la réaliré de cette difference
de 80 à St , dans la fucceffion &
évaluation des quintes & des tierces majeures
produites par les fons harmoniques,
peut influer fur la valeur des tons & fur
T'emploi des accords , en conféquence de
calculs produits par une arithmétique ,
dont les régles ne peuvent jamais atteindre
à la précision des proportions dans les
opérations de la nature.
On voit fur ce fujet dans les élemens
JUIN. 1753. 39
de Mufique théorique & pratique , p. 2 } ,
ce qui fuit :
"
La étant confidéré dans la fuite des
quintes comme quinte de re , & par con-
» féquent comme quinte de la quinte de
» fol , ne fçauroit faire avec ut une tierce
»mineure jufte & harmonique.
Mais cette réflexion ou régle peut s'entendre
des produits dans la progreffion
de ces quintes ( a ) , felon les calculs de
notre Arithmétique , pour le tempérainment
des accords fur les inftrumens , ces
calculs étant véritablement utiles pour
concilier par un tempéramment convena-
( a ) On voit fur ce fujet dans les élemens de
Mufique théorique & pratique , page 43 , ce qui
fuit :
» Il est néceflaire que toutes les quintes foient
» altérées , ou du moins quelques - unes ; or n'y
ayant point de raison pour altérer l'une préféra
» blement à l'autre , il s'enfuit que nous devons
toutes les altérer également ; par ce moyen l'al-
>> tération fè trouvant également répandue fur tou-
» tes les quintes , fera prefque imperceptible pour
» chacune ; & ainfi la quinte qui eft après l'Octave
, la plus parfaite de toutes les confonances
» & que nous fommes forcés d'altérer , ne le feta
» que le moins qu'il eft poffible.
Cette altération des intervalles dans les inftru.
» mens à touches , & même dans les inftrumens
fans touches , eft ce qu'on appelle tempéram
a ment.
40 MERCURE DE FRANCE.
ble dans l'accord des orgues & des clave.
cins , la force des quintes avec celles des
tierces , fans qu'il en réfulte une démonf
tration , que ces calculs doivent nécellairement
décider de la valeur réelle & naturelle
des fons harmoniques , foit de la
note tonique , foit de la dominante avec
l'adjonction de ceux de la quinte , pour
compléter la totalité des fons diatoniques
d'une Octave.
Par ces confidérations on admettroit le
double emploi ; comme utile dans la compofition
de la Mufique , pour explication
de l'ufage de l'accord diffonant de chaque
Octave ; mais en même tems on pourroit
fans trop d'inconvéniens , ne point s'atta
cher trop fcrupuleufement à faire la dif
tinction & l'application de ce double emploi
( a ) ; nous lifons même dans la Démonftration
du principe harmonique de
M. Rameau fur ce fujet , page 59 , ce qui
fuit :
» II importe peu à l'oreille que le la
Il
" dont il eft queftion , appartienne à fa
» comme tierce , ou à re comme quinte
»
& qu'il foit de même de part & d'autre,
(a) On voit dans les élemens de Mufique théorique
& pratique , page 68 , que ce double emploi
étant une efpéce de fcience , ne doit être employé.
qu'avecune forte de précaution..
JUIN 1753
43
dès qu'il forme de chaque côté une con-
»fonance jufte avec ſa baffe fondamen-
» tale.
""
Qu'importent à l'oreille les rapports
de ces produits lorfque tout l'effet
» qu'elle en éprouve , naît directement de
la baffe fondamentale , de la perfection
» de fon harmonie , de la difference des
genres majeurs & mineurs dans cette
» harmonie , & du plus ou moins de rap-
» port entre les modes fucceffifs .
» Voilà déja un fait éclairci , fçavoir ,
» l'inutilité de rectifier des differences
inappréciables , & qui par là doivent
» être réputées infenfibles .
Il n'eft point queftion ici d'approfondir
quels rapports les accords tirés des fyftêmes
cromatiques ou en harmoniques , peuvent
avoir avec les accords purement harmoniques
( a ) ; il peut fuffire de fçavoir
que ces accords établis fur une progreffion
par tierces majeures , ne peuvent être regardés
comme fondés véritablement ſur la
(a )On voit fur ce fujet dans les élémens de
Mufique théorique & pratique , page 74 , que les
accords fondés fur la feptiéme diminuée en ton
mineur , peuvent être regardés comme formés par
la réunion des deux accords de la dominante , &
de la fous - dominante dont on retranche la note.
tonique & la dominante , laquelle eſt toujoursfousentendue
, & même eft cenfée la note principale
42 MERCURE DE FRANCE.
production des fons harmoniques , qui
renferment principalement & néceffaire.
ment la quinte , & que ces accords extraor
dinaires ne doivent être employés qu'avec
de grands ménagemens.
Il a été obfervé ci - deffus , que les deux
Tetracordes conjoints des Grecs , fi , ut , re ,
mi , fa , fol , la , repréfentoient le mode
majeur ; mais qu'en ajoutant un la au- deſ
fous du fi , ces deux mêmes Tetracordes
leur fervoient pour la repréſentation du
mode mineur en defcendant.
Les mêmes notes leur fervoient pour les
Dons diatoniques du mode mineur , en commençant
à la note la , pour monter à la
quinte mi.
Quant à la fuite de cette Octave , en
montant de la dominante mi jufqu'au la ,
ils fçavoient que la marche devoit être
comme pour le mode majeur ; de forte
que tout le fecret étoit de monter le fa &
le fol , chacun d'un femi-ton par des Diezes
, pour parvenir par la tierce majeure
de la dominante mi à l'Octave la , ce qui
doit faire juger qu'ils avoient de même
que nous , l'ufage de la note fenfible pour
tous les tons , foit majeurs , foit mineurs .
Il ne paroît pas que nos principes pour
l'Octave diatonique du mode mineur
tant en montant qu'en defcendant , foient
›
JUIN. 1753.
43
differens de cette méthode des Grecs : fur
leur exemple on a repréſenté cette Octave
par celle de la , & il fuffit d'y comparer
leur tetracorde , pour voir que c'eft précifément
la même chofe en defcendant
cette Octave , & qu'en la montant il faut
néceffairement , après la dominante mi
ajouter un Dieze au fol pour la rendre
note fenfible de cette Octave , ce qui
oblige de monter pareillement d'un Dieze
le fa ( a ) , qui fe trouve entre le mi & ce
fol.
Ce que les modernes ont découvert de
plus , c'eft qu'au moyen de l'expérience
fur des cordes accordées à la douzième ou
quinte , & à la dix feptième ou tierce majeure
( b ) , au deffous de la corde d'ut ,
(a) Dans cette fucceffion diatonique , le fa eft
une pote de paffage.
(b ) On voit fur ce fujet dans les élemens de
Mufique théorique & pratique , page 54 , ce qui
fuit.
n
Il a été prouvé ( chap . 11. ) que la nature donne
immédiatement le mode majeur , par la réſonance
» du corps fonore , & qu'elle indique le mode mile
frémiſſement de la douzième & de la
dix- feptiéme majeure au-deffous de fon princi-
"pal.
» neur par
La nature en nous indiquant le mode mineur par
ale frémillement de cette douziéme & de cette dix.
»feptiéme , nous ramene en même tems , autant
qu'il eft poffible au fon principal d'ut , pour for44
MERCURE DE FRANCE.
pour
c'est- à- dire , au fa naturel & au la bemol ;
on fçait que par le renverversement des fons
harmoniques de cette corde d'ut , ces deux
nouvelles cordes frémiffent , & que ces
frémiffemens indiquent la route du ton mineur
, tant le ton de fa en montant ,
que pour celui d'ut en defcendant ; de
forte que fi cette même opération étoit
faire fur deux autres cordes dont
P'une donneroit les fons harmoniques
du re , & l'autre montée pour le ton de
fol , frémiroit dans les divifions correſpondantes
à ces fons harmoniques , l'on
auroit pareillement l'Octave mineure pour
le re en defcendant , & pour le fol ea
montant.
Mais ces expériences étant de fimple
curiofité , il peut fuffire pour la Mufique
pratique , de s'en tenir à l'exemple de
l'Octave la , conformément à la méthode
des Grees.
Quant à la théorie , il' paroît qu'on pour
roit regarder cette échelle du ton mineur ,
comme la fuite de l'opération harmonique
fur la corde ut ; car les fons harmoniques
produits , tant par cette note toni
mer le genre ou mode mineur , puifque fi cette
douziéme & cette dix - feptiéme réfonnoient en
» frémiffant , elles ne rendroient que le fon princi-
» pal' ut.
JUI N. 1753. 45
que , que par fa dominante fol , & par le
concours de fa quinte re , finiffant au la ,
ce peut- être une indication de la nature
pour nous faire fentir que l'Octave mineurefondée
fur ce la , correfpond entierement
& parfaitement avec le mode majeur
, fondé fur la note ut ; de forte que
ces deux Octaves , l'une majeure & l'autre
mineure , font analogues , & très- propres
à concourir enſemble à la plus parfaite
harmonie
( a ).
On peut très - bien appliquer ici , ce
que l'on voit dans la démonftration du
principe de l'harmonie de M. Rameau ,
page 71 .
» Ce nouveau fon fondamental , qu'on
veut regarder pour lors comme Genera-
» teur de fon mode , ne l'eft plus que par
» fubordination ; il eft forcé d'y fuivre en
» tout point la loi du premier Generateur ,
(a) On voit fur ce fujet dans les élemens de
Mufique théorique & pratique , page 71 , ce qui
fuit :
» Le mode mineur eft fufceptible d'un plus grand
» nombre de variétés que le mode majeur. Auffi
» ce dernier mode eft- il l'ouvrage de la nature
feule , au lieu que le mineur eſt en partie l'ou-
» vrage de l'Art. Mais en récompenfe le mode
majeur a reçu de la nature , dont il eft immédiatement
formé , une force & une vigueur que
» le mineur n'a pas.
46 MERCURE DE FRANCE:
"
qui lui céde feulement fa place dans cet-
» te feconde création , pour y occuper cel
» le qui eft la plus importante.
19
De-là , fuit une grande communauté
» de fons entre les harmonies des fonda-
» mentaux de ces deux modes ; car dès
que le Generateur du majeur & fa tierce,
»forment la tierce & la quinte du Gene-
» rateur du mineur , il en doit être de
» même entre les adjoints , comme il eft
» aifé de le vérifier ; de cette communauté
» de fons fuit un même ordre diatonique
» dans l'étendue de l'Octave de l'un & de
» l'autre mode , du moins en defcendant ,
» excepté que chaque Generateur y com-
» mence & finit fon ordre.
"
" La génération de ces deux modes ou
»le majeur , conftitue le genre du mineur :
2 leur analogie , que je puis regarder com-
» me une filiation dans leurs adjoints , &
» le fecours mutuel qu'ils fe prêtent , fem-
» blent préfenter certaines idées de.com-
» paraifon , dont on pourroit peut- être
tirer quelques inductions pour expliquer
» d'autres phenoménes de la nature.
On ne peut mieux finir ces réflexions
que par ces propres paroles de M. Rameau
( a) .
(4 ) Démonſtration du principe de l'harmonie ,
P. 67.
JUIN. 17531
47
La nature veut que le principe qu'elle
a une fois établi , donne par tout la loi ;
» que tout s'y rapporte , tout lui foit
» foumis , tout lui foit fubordonné , har-
» monie , mélodie , ordre , mode , genre ,
» effet , tout enfin .
Car ce principe conduit naturellement
à faire adopter le fyftême de la triple génération
harmonique , expliquée dans le
préfent Mémoire pour la fixation des tons
& des accords de l'Octave diatonique ,
tant pour le mode majeur , que pour le
mode mineur.
Hic M, T , D. en 3. p , T. & V , A
formant un tout parfait , fans autre difference
que dans les rapports & opérations
,
MADRIGAL.
L A jeune Egié , voyant un portrait de l'Amour,
Demandoit à Daphnis par quel deftin fevere ,
L'aimable Maître de Cythere
Avoit été privé de la clarté du jour .
Vous en êtes cauſe , Bergere ,
Lui dit il ; car Vénus ſa mere ,
Des dons les plus parfaits voulant vous décorer ,
Vous a donné les yeux qui devoient l'éclairer.
Par M. Lebeau de Schofne.
S MERCURE DE FRANCE:
TRADUCTION
De quelques endroits choifis de
Télémaque .
O
grotte
de
Defcription de la Grotte de Calypfo.
N arrive à la porte de la
Calypfo , où Telemaque fut furpris
de voir , avec une apparence de fimplicité
ruftique , tout ce qui peut charmer
les yeux. On n'y voyoit ni or , ni argent ,
ni matbre , ni colomnes , ni tableaux , ni
ftatues , cette Grotte étoit taillée dans le
roc , en voûtes pleines de rocailles & de
coquilles ; elle étoit tapiffée d'une jeune
vigne , qui étendoit fes branches fouples
également de tous côtés : les doux zéphirs
confervoient en ce lieu , malgré les ardeurs
du foleil , une délicieuſe fraicheur ;
des fontaines coulant avec un doux murmure
fur des prés fémés d'amaranthes & de
violettesformoient en divers lieux des bains
auffi purs & auffi clairs que le cristal , &c.
La grotte de la Déeffe étoit fur le penchant
d'une colline ; de là on découvroit
la mer , quelquefois claire & unie comme
une
"
JUIN.
1753 .
49
J
Endroits choifis de
Telemaque
Defcription de la Grotte de Calypfo.
Amque Deæ fpelunca Deam , comiteſque recepit
,
Hic , quæcumque placent agrefti & Amplice cultu
,
Telemachus mirà captus dulcedine vidit :
Aurum aberat , pariufque lapis, nec lamina lentum
Duxerat argentum ,
fpirabantque atria fignis
Phidiacis , nec Apellæos animata colores
Tela miniftrabat ,
ftabantque ex ære columnæ
Sed fpelunca cavo maternæ rupis in antro
Sectilis æquales fefe curvabat in arcus ,
Collectæque mari concha , tereteſque lapilli
Fornice pendebant , ramifque fequacibus hærens
Omni ex parte ſpecum vitis frondofa tegebat.
Hic placidi æftivos jucundo frigore foles
Mulcebant zephyri,
querulifque per humida prata ;
Quà violas trudebat humus , mollefque amaranthas
,
Balnea fundebat cryftallina naïades urnis , &c.
•
Quàpronum collis devexus coeperat infrà
Inclinare jugum , ftabat ſpelunca Calypfûs :
Hinc , velut è fpeculâ , vaſti circumfua Nerei
Æquora cernere erat , nitido nunc æmula vitro,
1.Vol. C
f5o0 MERCURE DE FRANCE.
une glace , quelquefois follement irritée
contre les rochers , où elle fe brifoit en
gémiffant , & élevant les vagues comme
les montagnes ; d'un autre côté on voyoit
une riviere où fe formoient des ifles bordées
de tilleuls fleuris , & de hauts peu
pliers qui portoient leurs têtes fuperbes
jufques dans les nuës ; les divers canaux
qui formoient ces ifles , fembloient ſe jouer
dans la campagne ; les uns rouloient leurs
caux avec rapidité , d'autres avoient une
cau paifible & dormante , & d'autres par
détours revenoient fur leurs pas , comme
pour remonter vers leur fource , & fembloient
ne pouvoir quitter ces bords enchantés
on appercevoit de loin des collines
& des montagnes qui fe perdoient
dans les nuës , & dont la figure bifarre
formoit un horifon à fouhait pour le plaifir
des yeux , & c.
Telemaque eft préfenté à Séſoftris.
Cette curiofité du Roi fit qu'on nous
préfenta à lui. Quand il me vit , il étoit
fur un trône d'yvoire , tenant en fa main
un fceptre d'or ; il étoit déja vieux , mais
agréable , plein de douceur & de majefté ,
il jugeoit tous les jours les peuples avec
une patience & une fageffe qu'on admi-
嘎
JUIN.
SL 1753 .
Planaque , ceu glaciem , ftratis æqualiter undis ,
Nunc fuper iminotas fruftrà indignantia rupes ,
Fractaque cum gemitu , & montes volventia aqua-i
rum .
Parte aliâ non una jacens in fluminis alveo
Infula florentes tilias in margine ripe ,
Populeafque comas æquabat in nubibus altis.
Intereà fecto deducti ex amne canales
Ludebant in agris , nunc limpida murmure rauco
Nympha ferebatur , nunc fagna quiera , lacufque
Tranquillis fundabat aquis , aut reflua rectò
Ad fontemque velut reditura , in feque recurrens
Emenfum relegebat iter , fimilifque moranti
Sufpenfor latices tardabat amore locorum.
Eminds æthereum dorfis ingentibus axema
Ferre videbantur colles , montefque fuperbi ,
Intentofque oculos quà Coeli definit orbis ,
Mirè oblectabat rudis , indigeftaque moles , & c
Telemaque eft préfenté à Séſoftris.
Idcircò Pharius nos navita duxit ad arcem
Principis ; ille throno , cùm me confpexit , eburno
Fultus erat , fceptrumque manufufceperat aureum;
Jamque ævi maturus erat , fed gratia blandis
Interfufa genis læros afflårat honores ,
Majeftafque decens placido fpirabat in ote :
Nulla folebat iners lux affulgere tyrano ,
Sed , dum folis equi pulfabant ætheris axes ;
Fas , & jura dabat populis mirantibus ultrò ;
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
roit fans flatterie. Après avoir travaillé
toute la journée à régler les affaires & à
rendre une exacte juftice , il fe délafſoit
le foir à écouter des hommes fçavans , ou
à converfer avec les plus honnêtes gens ,
qu'il fçavoit bien choisir pour les admettre
dans fa familiarité. On ne pouvoit
lui reprocher dans toute la vie , que d'a
voir triomphé avec trop de fafte des Rois
qu'il avoit vaincus , & de s'être confié à
un de fes fujets que je vous dépeindrai
tour à l'heure. Il fut touché de ma jeune
fe & de ma douleur , il me demanda ma
patrie & mon nom . Nous fûmes étonnés
de la fageffe qui parloit par fa bouche. Je
lui répondis : ô grand Roi , vous n'igno
rez pas le fiége de Troye , qui a duré dix
ans , & fa ruine qui a coûté tant de fang
à toute la Grece : Ulyffe , mon pere , a été
un des principaux Rois qui ont ruiné cette
Ville : il erre fur toutes les mers , fans
pouvoir trouver l'ifle d'Itaque , qui eft fon
Ton Royaume ; je le cherche , un malheur
femblable au fien fait que j'ai été
pris , rendez-moi à mon pere & à ma patrie
; ainfi puiffent les Dieux vous confer
yer à vos enfans , & leur faire fentir la
joye de vivre fous un fi bon pere , &c.
JUI N. 17339 13
Mox , ubi plena dies perfecto temporis orbe
Juftitiæ fuerat , rebufque impenfa regendis ,
Oftia cum doctis auditor ferus agebat
Vefpertina Sophis , aut mutua verba ferebat
Cum notis probitate viris , quos anteà dignos
Expertus fuerat , queis regia tecta paterent,
Hactenus huic nullum poterat vox publica culpam
Exprobare , nifi quòd vanâ laude fuperbus ,
Poftquam belligeros tot Reges marte fubegit ,
Servierat nimium famæ , & popularibus auris ,
Fidebatque viro cujus mox furta patebunt.
Jamque dolore meo motus , tenerâque juventâ ,
Scitatur patriofque lares , nomenque , genufque' ;
Vifa fuit fenis ore loqui facunda minerva .
Sicque ego refpondi , non te , Rex maxime , fugit
Obfidio Trojana decem dilata per annos ,
Excidiumque urbis tot Græcum cladibus emptum
:
Magnanimos inter Reges , quos bellica virtus
Exciit in Trojam , famâ præclarus Ulyffes
Hanc pater evertit , nunc devius æquore vafto
Tentat iter , fruftraque procul fugentia quærit
Regna Ithaca, patriafque domos , ubi fceptra gerebat
;
Hujus ego pariter veftigia per maris undas
Indeprenfa fequor , fed patris ad inftar , iniquis
Cafibus impulfum me claffis regia cepit ;
Ergò iterùm patriæ reducem me redde , patrique ;
Sic fuprema Deum fervet te curia natis ,
Lætenturque did patris ora verenda tueri , & c.
C iij
54 MERCURE DE FRANCE,
Defeription de Tyr.
Je profitai de ce féjour pour connoître
les moeurs des Phéniciens fi célébres dans
toutes les nations connues. Fadmirois
l'heureuſe fituation de cette grande Ville ,
qui eft au milieu de la mer dans une iſle.
La côte voifine eft délicieuſe par fa ferti
lité , par les fruits exquis qu'elle porte ,
par le nombre des Villes & des villages ,
qui fe touchent prefque , enfin par la douceur
de fon climat car les montagnes
mettent cette côte à l'abri des vents brûlans
du midi ; elle eft rafraichie par le vent
du Nord qui vient du côté de la mer. Le
pays eft aux pieds du mont Liban , dont le
fommet fend les nuës , & va toucher les
aftres une glace éternelle couvre for
front ; des fleuves pleins de neiges tom
bent comme des torrens , des pointes des
rochers qui environnent fa têre. Au def
fous on voit une vafte forêt de cédres an
tiques , qui paroiffent auffi vieux que la
terre où ils font plantés , & qui portent
leurs branches épaiffes jufqu'aux nues. Cette
forêt a fous les pieds de gras pâturages
dans la pente de la montagne. C'eft là
qu'on voit errer les taureaux qui magif
fent , les brebis qui bêlent , avec leurs
JUIN. 1753. 55
Defcription de Tyr.
Hæc mihi permifit Tyrios mora difcere mores
Quorum fama volat totum vulgata per orbem.
Hanc urbem immenfam , ftantem , quà gurgite
Nerei
Infula loca patet mediis mirabar in undis.
Aurea fertilitas vicinâ regnat in orâ ,
Pendentque arboribus fragrantia poma , nec unos
Finitima pagos tangunt ferè manibus urbes ;
Demum non alibi coelo magis æqua fereno
Temperies conftat , nam colles defuper oram
Infanis tepidi defendunt flatibus auftri ,
Aque mari fpirans Aquilo dat frigus amchum
Fufa jacet Regio montis radicibus imis
Cui Libano nomen , fectafque cacumina nubes
Prætereunt , pulfantque jugis immanibus aſtra',
Frons riget æternâ glacie , fluviique nivales
Præcipitant tanquàm torrentes murmure rauco
Rupibus ex altis , quêis cingitur horrida cervix ;
Inferius veteres inftar telluris ubi ftant ,
Denfaque tollentes in coelum brachia cedros
Explicat, & viridi latè nemus imminet umbra ;
Sub pedibus fylvæ , quà fe fubducere collis
Incipit , atque jugum molli demittere clivo ,
Pafcua læta patent ; illic errantia longos
Dant armenta boum mugitus , blandaque lenes
Balatus exercet ovis , vicideſque per herbas
Subſultim ludunt teneri cum matribus agni ;
C ilij
16 MERCURE DE FRANCE.
agneaux qui bondiffent fur l'herbe frai
che. Là coulent mille ruiffeaux qui diftribuent
par tout une onde claire . Enfin , on
voit au deffous de ces pâturages le pied de
la montagne , qui eft comme un jardin.
Le Printems & l'Automne y regnent enfemble
pour y joindre les fleurs & les
fruits. Jamais ni le foufte empefté du Midi
, ni le rigoureux Aquilon , n'ont ofé
effacer les vives couleurs qui ornent ce
jardin. C'eft auprès de cette côte que s'é.
leve dans la mer une ille où eft bâtie la
ville de Tyr. Cette grande Ville femble
nager au- deffus des eaux , & être la Rei
ne de toute la mer ; les Marchands y
abondent de toutes les parties du monde,
& fes habitans font eux- mêmes les plus fameux
marchands qu'il y ait dans l'univers.
JUI N.
$7
17538
Hic non una fcatens pumice limpida Nayas
Multifidos trudit per faxa loquacia rivos ;
Denique pes montis , firus humida pafcua fubter
Ambitiofus opes oftentat fertilis horti :
Hîc , ut poma novis coëant cum floribus , unà
Autumnus cum perpetuo fe vere maritat ,
Réftiferifque notus corrodens omnia flabris ;
Hybernufque Aquilo fpirans ex ore procellas ,
Non audent vivos horti delere colores.
Huic dulci vicina plage medio æquore furgit
Infula , quæ dorfo fundatam fuftinet urbem ,
Hanc fuprà pelagi circumflua ftagna natanten
Tre putes , totique freto dare jura videtur ;
Huc mercatores advecti ex omnibus oris
Conveniunt , portumque tenent , ipfifque colonis
Antè alias gentes commercia ritè coluntur , &c,
ev
JS MERCURE DE FRANCE
REFLEXIONS
Traduites de P Allemand
I.PLus
Lus les hommes font infociables &
vicieux, plus ils crient contre la per
verfité des hommes ; à les entendre il n'y a
point d'amis ils ont raifon , on ne croit
pas aux plaifits dont on n'a jamais goûté
les douceurs .
II . Si le génie des faux amis eft de pro
fiter des biens , du rang & du crédit de
ceux aufquels ils feignent de s'attacher ; le
premier office qu'ils leur rendent , eft de
les abandonner quand ils n'en ont plus
rien à efperer .
III. La manie des petits genies eft de
vouloir être bien avec les Grands ; leur fofie
, de le croire , lorfqu'ils en ont obtenu
la moindre faveur : j'en ai connu , me difoit
un homme d'efprit , qui pouffoient
Pillufion au point de croire que le petit
fils d'un homme en place, devoit fe reffouvenir
de la protection que fon grand- pere
leur avoit accordé plus de cinquante
ans avant la naiffance de fon propre
fils.
IV. Les louanges qu'on donne aux
JUIN. 1753. 19
échans , la flatterie dont on les accable
uand ils font en place, eft un tribut qu'on
aye à la crainte qu'infpirent leurs actions.
affées .
V. Tout le monde vante fon bon coeur ,
& perfonne ne loue fon efprit ; c'est que
'un attire l'envie , par la fupériorité qu'il
nous donne fur nos femblables , & que
'autre nous rend utiles.
V I. Les jeunes gens ne méprifent point
a vieilleffe , mais les vices des vieillards
eur caprice & leur humeur, Fontenelle ,
Paris ; ne s'eft jamais apperçu qu'il fûr
infuportable àla jeuneffe.
VII. Que les hommes font inconféquens
; recevoir une injure & ne pas
la venger , eft une tache qui ternit à
jamais la réputation ; faire une promeffe
& ne pas la remplir , & fous différens
prétextes éluder de tenir fa parole ,
eft à leur fentiment une chofe fort indifférente.
Pour moi je ne vois pas qui eft
plus à méprifer , de celui qui s'empare dir
bien d'autrui , ou de celui qui ne tient pas
fa promeffe.
VIII. Comme on prife les vertus à pro
portion des avantages qu'elles procurent
aux hommes, on a horreur des vices rélati
vementau tort qu'ils font à l'humanité, ainfi
la prodigalité qui en ruinant un feul a enri-
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
chi pluſieurs , eſt moins blâmée que l'orgueil
qui humilie tout ce qu'elle approche
, & que l'avarice qui anéantit fans
rien répandre , qui confume fans jouiffance
& qui poffede fans avantage.
IX. Les humeurs , les caprices & l'infociabilité
, font attribués fauffement à la
nature : le fang & la difpofition des organes
n'en font pas la caufe.Nos paffions, voilà ce
qui nous rend capricieux, fantafques, d'un
commerce difficile , enfin à charge à tout
le monde. D'Orimes vit - elle avec quelqu'un
qui foit fon égal ? non , elle veut
trop de refpect , & parce qu'elle en rend
baffement à tous les Grands , elle s'ïmagine
qu'elle en mérite de fes égaux.
Cloris ne vit plus à la Ville : à l'entendre
le théâtre eft trop grand pour quelqu'un
qui comme elle aime la tetraite & les
plaifirs de la campagne . Elle diroit vrai ,
felle difoit qu'elle veut primer & amaf
fer.
X. Aller droit & fans politique , c'eft
le vrai moyen de réuffir : tôt ou tard le
politique fe découvre lui - même , on eraint
toujours celui-cr ; il diroit vrai , qu'on fe
perfuaderoit le contraire ; tout chez luiparoit
fineffe & détours , tandis que la
droiture de l'autre empêche qu'on le
eraigne ; on le voit agir , cela fuffic pour
JUIN. 1753 . 61
ne pas le redouter & pour l'eftimer. Ainfi
la défiance produit la haine , auffi naturellement
que de l'ouverture du coeur naît
Famitié.
Traduit par Mlle. D. S. T. T.
VERS
Préfentés au Roi , par M. l'Abbé Pinget , de
Savoye , petit-neveu de feu Son Eminencs
M. le Cardinal Martigny.
U Ne Mufe inconnue , un étranger timide ,
Que le zéle foutient , que le fentiment guide ,
Ofe aujourd'hui , Grand Roi , vous adreffer des
vers ,
•
Vous préfenter fes voeux , & ceux de l'univers .
Tous les coeurs font Sujets d'un Monarque efi
mable ;
Il doit regner par tout , dès - là qu'il eft aimable ;
Un Regne fi charmant , un Empire fi doux ,
Qui n'appartient qu'aux Rois aimés , & tels que
vous ,
N'eft point un Regne étroit , entouré de barrieres,
Limité par des loix , borné par des frontieres ;,
Il s'étend jufqu'aux bords où naît & meurt le jour,
Jufqu'où l'on fait unir le reſpect à l'amour.
Les peuples éloignés , ou voiſins de la France ,
62 MERCURE DE FRANCE.
Elevés , comme moi , fous une autre Puiſsance ,
S'unifsent aux François pour vous aimer comme
eux.
Nous bénifsons les loix qui les rendent heureus.
Nous adorons leur Roi fi refpecté des nôtres ,
Leur Roi né pour donner des exemples aux autres!
Lors même que la guerre embrâfoit tant d'Etats,
Lorfque Mars fous vos loix nous livrant des com
bats ,
Des flots de notre fang faifoit rougir la terre' ;
Tandis que votre bras gouvernoit le tonnerre ,
On respectoit les coups qui partoient de vos
mains :
Nous ohions deviner vos voeux & vos defseins .
Nous difions : ce Héros , ce Vainqueur redouta
ble ,
Gémit , fous fes lauriers , du fort qui nous accable.
Tout le fang qu'il répand , coulant contre les voeuxy
Coûte moins à fon bras qu'à fon coeur généreuz.
C'est nous qui le forçons d'augmenter fes com
quêtes ;
Ce n'eft qu'avec douleur qu'il tonne fur nos têtes
Il veut finir nos maux , il combat pour la paix ;
C'étoit , Roi généreux , le but de vos fuccès.
Loin d'imiter ces Rois que la victoire entraîne ,
Vous cherchiez , vrai 'Héros , une gloire moins
vaine 9
Eorfque vos fiers foldats guidés par vos regards ,
Ebranloient nos Cités , foudroyoient nos remparts
JUIN.
1753.
Quand , la foudre à la main , à l'Europe étonnée
Vous paroiffiez promettre une autre deftinée .
Le dirai je ? Honoré du nom de Conquérant ,
Surchargé de lauriers , vous parûtes moins Grandi
Que quand on vous a vú , laſsé de la victoire,
En faveur de la paix limiter votre gloire.
Depuis cet heureux jour , ainfi que vos Sujets,
Tous les peuples foumis partagent vos bienfaites.
L'Europe les éprouve , & ne femble plus faite
Qu'un Etat florissant dont vous êtes le Pere.
Ea Paix fixa fon fort & fes deftins fottans :
C'étoit-là que tendoient tant d'exploits éclatan
Paix , heureuſe Paix fi long- tems exilée ,
Que les voeux de L ours ont enfin rappellée ,
Afsure à fon Empire un fort plein de douceurs';
Enchaîne fous les loix l'univers & les coeurs.
La France qu'il gouverne , & que fon Regne ho
nore' ,
La France qu'il vengea , le révere & l'adore..
Des bords où je fuis né jufqu'aux climats lointains,
Les Héros de fon Sang , peuple de Souverains ,
Dont fa main multiplie ou foutient les Couronnes
Ont recouvré leurs droits , ont monté fur des
Trônes.
Bourbons , qu'il a vengés , refpectez dans Louis,
L'appui de vos Etats , & la gloire des Lys.
Peuples qu'il a vaincus , méritez fa clémence ,
Ufez de fes bienfaits , redoutez fa vengeance.
Notre bonheur, Grand Roi , fondé fur vos vertus,
64 MERCURE DEFRANCE:
Prolongera le cours des jours qui vous font dûs.
Votre fils adoré d'une époufe féconde ,
Va combler vos defirs , donner des Rois au mon➡
de .
Vos Sujets défarmés , dans le fein du repos ,
Jouiffent fous vos yeux du fruit de leurs travaux.
Autour de votre Trône appuyé fur leur zéle ,
Tous ces Héros couverts d'une gloire immor
relle ,
Se couronnent d'olive , au lieu de ces lauriers
Qui croissent dans le fang fur des bords meure '
triers .
Les Arts dont vos bienfaits rappelleront l'aurore
Au fein de vos Etats s'emprefseront d'éclore .
Mille Ecrivains jaloux d'éternifer leurs noms ,
Confacreront leur plume au meilleur des Bours
bons ;
Et la postérité redoublant fes fuffrages ,
Ainfique leur Héros , chérira leurs ouvrages,
JUI N. 1753:
65
ASSEMBLE'E
PUBLIQUE
L
De l'Académie Royale des Sciences ,
le 2 de Mai..
'Ouverture de la Séance fut faite par
M. de Fouchy , Secrétaire Perpétuel ,
qui déclara que le prix propofé pour cette
année , & dont le fujet étoit : la meilleure
maniere de fuppléer à l'action du vent fur les
grands Vaiffeaux , foit eny appliquant les rames
, foit en employant quelque autre moyen
que ce puiffe être , étoit adjugé à la Piéce
N°. z . qui a pour devife : Quarendi initium
ratio attulit cum effet ipfa ratio confirmata quarendo
, dont l'Auteur ne s'eft pas fait connoître.
M. de Fouchy lur enfuite Féloge
de feu M. Chicoyneau , Affocié libre de
l'Académie. A cette lecture fuccéda celle de
Meffieurs Bouguer , Lalande , Heriffant , de
Parcieux & Buache. Nous allons rendre
compte de ces differens Mémoires.
Extrait du Mimoire de M. Bouguer.
M. Bouguer lut un Mémoire fur les dilatations
de l'air dans l'atmosphère ; & tour
ce qu'il dit peut fe rapporter à trois
chefs.
66 MERCURE DE FRANCE.
Il expliqua dans la premiere partie les
expériences , dont on s'eft fervi pour découvrir
la loi que fuit l'élafticité de l'air
dans les condenſations on dilatations.
Ce fluide fait reffentir une force élastique
plus ou moins grande , précisément dans
le même rapport qu'il eft plus ou moins
comprimé. L'expérience en a été répetée
fur le haut de la Cordeliere du Pérou , de
même qu'en bas au bord de la mer , dans
la zône torride , de même que dans les
zônes temperées , & elle a toujours réuffi
parfaitement : ainfi on doit regarder comme
un principe de Phyfique très- certain ,
que les élasticités de l'air font proportionnelles
à fes denfités. Mais ce qui eft trèsdigne
de remarque , & ce qui angmente
le nombre de ces efpéces de contradictions ,
dans lesquelles on fe voit jetté trop
vent , lorfqu'on entreprend d'appliquer la
Géométrie à la Science naturelle , c'eft que
Meffieurs Hughuens , Mariotte & Hailey ,
ayant conclu de ce principe que les denfités
de l'air dans l'atmosphère , fuivoient
exactement une progreffion géométrique ,
cette conclufion qui paroît fi légitime , ne
s'eft néanmoins trouvée conforme à l'expérience
que dans quelques cas particuliers.
fou-
Pour voir les raifons qui déterminerent
Meffieurs Hughuens , Mariotte & Halley
JUIN. 1753 . 67
regarder les condenſations de l'air
comme les termes d'une progreffion géométrique
, il fuffit de fuppofer que toute
la hauteur de l'atmosphère eft divifée en
ane infinité de tranches ou couches de
même épaiffeur. Les couches inférieures
feront plus comprimées que les fupérieures
, parce qu'elles feront chargées de tout
le poids de l'air qui eft au- deffus : mais fi
les élasticités de ce fluide font proportionnelles
à fes condenfations , ou fil'air
fe condenfe précisément dans le rapport
des poids qui le preffent , la quantité d'air
contenu dans chaque couche fera proportionnelle
à la pefanteur de tout l'air qui eft
au-deffus ; & de cette forte les quantités
d'air de chaque couche , de même que les
pefanteurs totales , à commencer d'en haut ,
croîtront en progreffion géométrique , à
mefare qu'on prendra des points plus bas.
Telle eft la conféquence tirée par les trois
Phyficiens cirés par M. Bouguer , conféquence
qui femble promettre un moyen
auffi sûr que facile de trouver la hauteur
des montagnes par le barométre .
En effet , fi les pefanteurs de l'air croif
fent dans l'atmosphère depuis le haut jufqu'en
bas , felon les termes d'une progreffion
géométrique , pendant que les hauteurs
au-deffus du niveau de la mer dima
68 MERCURE DE FRANCE.
peut
huent en progreffion arithmétique , ori
peut prendre ces dernieres quantités pour
les logarithmes des premieres ; & nous
avons déja des tables toutes calculées des
hauteurs des montagnes pour chaque hauteur
du mercure dans le barométre. H eft
vrai que les logarithmes que la Nature a
pour ainfi dire , placés dans l'atmosphère ,
ne font pas égaux à ceux que renferment
nos Tables , dont la forme eft dépendante,
entr'autres chofes , de l'échelle de notre
numération ; mais ces logarithmes font an
moins proportionnels les uns aux autres ;
& il fuffit donc de faire quelque changement
aux feconds pour les rendre conformes
aux premiers. M. Bouguer a trouvé.
que ce changement étoit extrêmement
fimple pour toutes les montagnes de la
Cordeliere du Pérou. Aprés avoir fait
l'expérience du barométre dans deux poftes
differens , il n'y a qu'à reduire en lignes
les denx hauteurs du mercure , & fi on
prend la différence de leurs logarithmes ,
en retranchant une trentiéme partie , &
en n'employant que les quatre premieres
figures après la caracteristique , on aura le
nombre de toiles dont une des montagnes
eft plus élevée que l'autre.
Le fuccès qu'a eu cette régle dans tout le
haut de la Cordeliere du Pérou,montre que
JUIN. 1753 . 69
les condenfations de l'air y diminuent effectivement
en progreffion géométrique , à
mefure qu'on monte de quantités toujours
égales. Mais la même méthode ne réuffit
point , lorsqu'on l'applique à nos montagnes
d'Europe , & même lorfqu'on s'en
fert pour les montagnes de la zone torride
qui n'ont qu'une hauteur médiocre , M.
Bouguer nous donne ce fait comme cer
tain , & c'eft de cette difficulté dont il a
principalement en vue de nous donner le
dénouement. Les denfités de l'air diminuent
en progreffion géométrique audeffus
de 6 à 7 cens toiles de hauteur verticale
, & au - deffous de ces 6 ou 7 cens toi,
fes , la progreffion géométrique n'a plus
lieu. D'où peut venir cette exception ?
Outre que cette question est très- propre à
piquer la curiofité des Phyficiens , elle peut
engager dans des recherches qui condui
ront à une méthode abfolument générale
de déterminer la hauteur des montagnes ,
en fe fervant du barométre.
Notre Auteur nous fait remarquer dans
la feconde partie de fon Mémoire , qu'il
faut mettre une grande diftinction entre
l'élafticité actuelle de l'air , cette force avec
laquelle il agit , lorsqu'il eft dans un certain
état de compreffion , & fa vertu élas,
tique confidérée en général. Un reffort
70 MERCURE DE FRANCE.
d'acier ne fait que très-peu d'effort , fi on
ne l'écarte que très - peu de fon état naturel
, au lieu qu'un reffort très- foible agira
fortement , fi on le comprime , ou fi on le
dilate beaucoup. La même difference doit
fe trouver entre les parties de l'air , malgré
le préjugé qui nous porte à les fuppo
fer toutes parfaitement égales. Ce fluide
eft de tous les corps le plus compreffible ;
& lorfqu'il fe réduit à un moindre eſpace ,
il faut néceffairement que quelques- unes
des petites parties de fes molecules fe replient
, ou le rapprochent les unes des autres.
Mais ces petites parties qui fe re
plient , ont elles toutes quelque figure
qu'on puiffe leur attribuer , précisément
les mêmes dimenfions , la même longueur,
la même groffeur ? s'il s'y trouve la moindre
inégalité , les particules d'air ne feront
pas pour cela hétérogènes , ou d'une nature
differente : cependant le degré de leur
élafticité ne fera pas le même , l'intensité
de leur reffort fera differente. On ne pour
ra pas juger de l'élafticité d'une partie par
celle d'une autre , & il ne faudra pas non
plus , comme on ne l'a fait que trop fouvent
, appliquer à une feule les differences
qu'on aura néceffairement remarquées dans
plufieurs.
Pour répandre du jour fur ce fujet par
•
JU IN. 1753-
71
un exemple , on n'a qu'à fuppofer que
differens ouvriers font plufieurs refforts.
Chaque reffort fera reffentir une élasticité
qui changera proportionnellement à la
quantité dont on l'éloignera de fon état
naturel , pourvû qu'on ne l'expofe pas à
un trop grand changement d'extenfion .
Tous ces refforts obferveront donc la même
loi dans leur élasticité ; mais quant à
l'intensité de cette force , elle fera abfolument
differente dans tous , à moins qu'on
n'ait travaillé exprès à leur donner précifément
le même degré de roideur . En effet
l'égalité entre les intenfités des refforts
ou les vertus élastiques , fuppofe le concours
d'un grand nombre de conditions
qui ne fe rencontrent prefque jamais dans
les ouvrages de l'art , & qui doivent fe
trouver encore plus difficilement dans
ceux de la nature. Il n'eft pas néceffaire ,
ajoute M. Bouguer , de comparer l'élaſticité
d'une branche d'arbre à celle d'un rofeau
que le moindre vent fait plier ; deux
branches d'arbre n'auront jamais exactement
, ni la même longueur , ni le même
diamétre ; & ces differences en entraîneront
dans les élasticités qui pourront être
très-inégales , quoiqu'elles foient toujours
proportionnelles dans chaque corps aux
quantités de la flexion.
72 MERCURE DE FRANCE
Ceci a quelque rapport au principe des
indifcernables de M. Leibnitz ; principe auquel
il vaudroit mieux , felon notre Auteur
, donner un nom tout contraire , M.
Leibnitz prétendoit que l'égalité ou la
conformité parfaite entre les corps étoit
abfolument impoffible , & il le prouvoit
par l'infpection de tous les objets qui fe
préfentoient à lui . L'intensité de la force
élastique eft du même ordre , parce qu'elle
dépend entr'autres circonftances , des dimenfions
du corps & de fa figure . Ainfiil
ne faut pas confondre la loi, que fuit Pélafti
cité avec l'intensité de cette force . Cette der
niere eft infiniment plus fujette au chanl'autre
: elle tombe dans le cas
gement que
de cette variété , ou de cette diflemblance
que la nature a pris foin de répandre par
tout , au lieu que la premiere en eft comme
indépendante.
Toutes ces remarques s'appliquent au
reffort de l'air ; & il en résulte que le théorême
général qui portoit que les dilatations
ou condenſations de l'atmoſphère , ſuivent
une progreffion géométrique à differentes
diſtances de la terre , doit recevoir de trèsgrandes
reftrictions. La progreffion géométrique
auroit lieu , fi toutes les parties
d'air avoient la même vertu élastique , fi
elles étoient toutes comparables à des refforts
JUIN. 17531
71
que
forts de même roideur ; fi chaque maffe
d'air transportée plus haut ou plus bas ,
produifoit précisément le même effet , que
celle dont elle prendroit la place , alors il
ne fe trouveroit dans les condenfations de
l'air , ou dans fes élafticités actuelles
la feule difference qu'y peut introduire le
poids des parties fupérieures , felon qu'elles
forment une colonne plus ou moins
longue. Mais puifque chaque partie d'air
a un dégré propre & diftinct de vertu
élastique , ou que l'intenfité de fa force eft
differente , la progreffion géométrique ne
doit point convenir aux dilatations de l'atmofphère
à differentes hauteurs. On doit
même ajouter qu'il n'eft pas poffible de
trouver à priori d'autre régle , ou de fubftituer
d'autre progreffion à la géométrique ;
puifque nous ne fçavons ni les limites ,
entre lefquelles font renfermées les élafticités
differentes des particules d'air , ni les
quantités d'air , qui ont le même degré
d'élafticité.
On voit bien en général que s'il fe trouve
une très-grande difference entre les intenfités
du reffort , les parties d'air plus
élastiques monteront néceffairement au
haut de l'atmosphère , les parties doüées
de moins de vertu élastique refteront en
bas , & toutes celles qui jouiront d'une
II. Vola D
74 MERCURE DE FRANCE.
élafticité égale ou moyenne , fe placeront
dans le milieu de la hauteur , en formant
une orbe plus ou moins épaiffe , ſelon
qu'elles feront en plus grande ou en moin
dre quantité. Le fommet de la Cordeliere
du Pérou , pénétre fans doute dans cette
orbe ; mais au deffous les élasticités fpéci
fiques de l'air y font inégales , & ce fluide
cherche continuellement dans cette région
baffe un équilibre qu'il ne trouve jamais.
C'est par cette raifon que M. Bouguer ne
veut pas qu'on prenne le niveau de la mer
pour premier terme , lorfqu'on fe fert da
barométre , pour trouver la hauteur des
montagnes ; il veut qu'on choififfe plutôt
le fommet de quelqu'autre montagne plas
haute , dont la hauteur ait été déterminée
exactement. Il a trouvé , par exemple,
que
là hauteur de Pichincha , montagne
adjacente à Quito , étoit de 2434. pat
rapport au niveau de la mer, & le mercure
s'y foutenoit dans le barométre à 15 pouces
II lignes. Il n'y a donc , lorfqu'on a
fait l'expérience du barométre fur le fommet
d'une montagne , qu'à chercher par
les logarithmes , combien elle eft moins
haute que Pichincha , & on en aura enfuite
la hauteur abfolue.
Tout ce que notre Académien vient
l'établir , fe trouve confirmé dans la der
JUI N. 17535
75
*
niere partie de fon Mémoire . Il cherchoit
par le mouvement d'un pendule la denfité
de l'air , en chaque endroit où il faifoit
les expériences du barométre. Plus l'air
étoit denſe , plus il réfiftoit aux excurfions
du pendule , & ces excurfions ſe réduifoient
plus promptement à une moindre
étendue. Ce pendule qui avoit 6 pieds
de longueut & une affez grande furface ,
perdoit à Quito la cinquième partie de
fon mouvement en 147 ofcillations fimples
; & c'étoit la même chofe dans tous
les autres lieux également élevés , la denfité
de l'air y étant la même. M. Bouguer
ne trouvoit de difference que lorsqu'il
paffoit dans un air plus rare en montant ,
on dans un air plus denfe en defcendant ,
alors le poids de la partie fupérieure de
l'air augmentoit ou diminuoit ; la preffion
devenoit plus grande ou moindre , mais
vers le haut de la Cordeliere , les denfités
de l'air fe trouvoient toujours exactement
proportionnelles aux forces comprimentes
; ainfi tout l'air avoit la même vertu
élaftique , ou la même intenfité de reffort
à cette grande élevation.
Les choſes devinrent differentes lorfque
l'Auteur s'approcha de la mer , & qu'il defcendit
entierement la Cordeliere pour s'en
revenir en Europe, Il trouva en certains en
Dij
78 MERCURE DE FRANCE:
droits que l'intensité du reffort de l'air y
étoit fenfiblement moindre ; la denfité y
étoit plus grande que ne fembloit le demander
la force de la compreffion. Ceci
fut obfervé à Popayan , où les circonftances
locales fourniffoient une explication
naturelle de ce changement. Plus bas l'intenfité
du reffort fe trouva plus grande ,
elle augmenta jufqu'à environ 200 toifes
au-deffus de la furface de la mer : elle ceffa
enfuite de croître , & elle diminua
après cela jufqu'à la mer , malgré l'action
de la chaleur qui travailloit à l'augmen
ter.
Le Mémoire dont nous rendons comp
te , finit en indiquant le moyen de déterminer
par le barométre la hauteur des
montagnes qui ne font qui ne font que médiocrement
élevées , & qui formoient , comme
on l'a vû , une exception à la régle géné
rale. Toutes les fois qu'en comparant les
expériences du pendufe avec celles du barométre
, on obfervera entre les denfités
de l'air & les hauteurs du mercure ,le
rapport trouvé à Quito , ce fera une mar
que que la vertu élastique de l'air fera la
même ; & il n'y aura qu'à retrancher ,
comme vers le fommet de la Cordeliere ,
une trentiéme partie des logarithmes des
kauteurs du mercure , pour avoir par leur
JUI N. 1753. 77
rence celles des hauteurs des montaexprimées
en toifes . Mais il arrivera
ent que les denfités de l'air ne feront
proportionnelles aux hauteurs du mer-
; elles feront trop grandes ou trop
res : alors la régle qui réuffit dans le
t de la Cordeliere aura befoin d'une
ation . Si l'air eft trop denfe , la même
ntité occupera moins de place ; ainfi
fera obligé de faire une legere dimiion
à la hauteur trouvée par les logames.
Si au contraire l'air eft trop peu
denfé à proportion de la hauteur du
cure , il occupera plus d'efpace , & il
droit donc augmenter la hauteur fourpar
la premiere régle.
setrait du Mémoire de M. de Lalande.
e Mémoire de M. de Lalande n'eft qu'un
Frait des obfervations qu'il a faites à Berpar
ordre du Roi , pour déterminer la
allaxe & la diftance de la Lune à la
re ; après avoir parlé de fes préparatifs
des précautions qu'il a apportées dans
obfervations il parcourut fuccinteent
l'hiftoire de tout ce qui s'étoit fait
puis Pythagore jufqu'à nous , par raprt
à cette partie de la Phyfique , & après
oir calculé fur différentes hypothefes de
courbure de la terre , la diftance de Ber-
>
Diij .
78 MERCURE DEFRANCE.
lin au Cap de Bonne Efpérance , où M.
de la Caille faifoit aux mêmes inſtants les
mêmes obfervations , il en conclut la parallaxe
d'environ un tiers de minute plus
grande , & la diſtance de la Lune de 600
lieues plus petite qu'elle ne fe trouve dans
les dernieres Tables de M. Halley , & des
inftitutions Aftronomiques de M. le Mo
nier: c'eft l'abrégé d'un ouvrage qu'il don
nera bien-tôt , & dans lequel il traitera
cette matiere plus au long , en conftruifant
lui- même les tables qui y font relatives .
Extrait du Mémoire de M. Heriffant.
M. Heriffant lut un Mémoire intitulé :
Recherches fur les organes de la voix des
quadrupedes , & de celle des oifeaux. Son
objet n'eft pas d'y traiter de l'organe de la
voix de l'homme , parce que cette matiere
paroît avoir été épuilée par l'illuftre
M. Dodart , qui nous apprend que cet
inftrument fi fimple en apparence & fi
digne de notre attention , doit être regardé
comme un inftrument à cordes & à
vent en même tems , incomparablement
plus parfait que ceux de l'un & de l'autre
genre que l'art met entre nos mains ,
Mais les organes employés à former la
voix des animaux des différentes claffes ,
ayant paru à M. Hériffant dignes de plus
JUIN. 1753 79
l'attention qu'on ne leur en donne , &
lui ayant fait faire réflexion que les quadrupedes
& les oifeaux de chaque efpece
fçavent rendre des fons de voix qui leur
font particuliers pour exprimer leurs befoins
& leurs défirs , il a cru devoir faire
des recherches fur cette matiere ; ce qui
lui a valu des obfervations qui lui ont
appris 1 ° . que la glotte , ou plutôt fes lévres
ne font pas les organes principaux de
la voix en général , comme tous les Phy
ficiens l'ont cru jufqu'ici , mais que ces
organes le trouvent être plus ou moins
compofés , fuivant les efpeces d'animaux ,
parmi lesquels il y en a à qui la nature a
donné outre la glotte , une membrane
tendineufe difpofée avec beaucoup d'art ,
qui doit concourir à la formation de la
voix , & y avoir même la principale part :
d'autres , à qui elle a accordé plufieurs de
ces membranes : d'autres, qu'elle a pourvût
d'efpeces de facs plus ou moins amples ,
& plus ou moins épais , qui dans quelquesuns
font membraneux , & dans quelques
autres , offeux : d'autres , qui ont reçu d'elle
en partage des membranes particulieres
& facs : d'autres enfin , qui ont dans leur
larynx une espece de tambour capable dé
rendre des fons très- forts.
2°. Que le mulet a les organes de la
Diiij
to MERCURE DE FRANCE:
voix prefque femblables à ceux de fon pere
, & tous différens de ceux fa mere ; ce
qui s'accorde parfaitement à ce que penfe
M. de Reaumur , qui eft les maque
lets de différentes efpeces d'animaux , doivent
nous fournir les faits les plus propres
à décider laquelle des opinions entre
lefquelles on eft partagé , par rapport
au myftere de la génération , eft vraye.
3°.Que les organes principaux qui concourent
enfemble à la formation de la
voix des oifeaux , confiftent en différentes
membranes plus ou moins déliées , plus
ou moins tendues , placées en divers fens ,
foit dans les branches du poumon , foit
dans certaines cavités offeufes ou cartilagineufes
, & figurées les unes en forme
d'anches de hautbois , les autres en manicre
de tympan de tambour , & c.
4° . Enfin que pour que la voix des oifeaux
puiffe fe former , il faut néceffairement
que les organes qui fervent à cette
fonction foient battus & agités violemment
entre deux airs , pour y caufer les
découffes & les trémouflemens très prompts
& très-actifs , dont dépend la voix de ces
animaux.
Extrait du Mémoire de M. Deparcieux.
M. Deparcieux lut un Mémoire de mé
1
JUIN. 1753 81
hanique des plus intéreffant : il démonra
que l'eau d'une chûte deftinée à faire
mouvoir quelque machine , moulin ou au-
Estre , peut toujours produire beaucoup
plus d'effet en agiffant par fon feul poids,
qu'en agiffant par fon choc.
Il est démontré , dit l'Auteur , que l'eau
qui tombe librement d'une hauteur quel
Econque , par exemple de dix pieds , foit
verticalement , foit le long d'un plan incliné
, a au bas de ces dix pieds la même viteffe
qu'auroit l'eau qui fortiroit par une
Couverture faite au bas d'un réſervoir, dans
lequel il y auroit dix pieds d'eau au deffus
de l'ouverture ; d'où l'on a conclu , &
avec raiſon , que l'effet produit par une
égale quantité d'eau devoit être le même
dans l'un & l'autre cas. Cela a fait penſer ,
fans l'approfondir davantage , que de quelque
maniere qu'on employât l'eau qui
paffe par une chûte , en la fuppofant toute
employée , on n'en devoit attendre
que le même effet , & qu'il n'y avoit de
choix à faire que pour le plus ou moins
de facilité pour l'execution. Je prouverai
bientôt , continue l'Auteur , qu'on peut
tirer beaucoup plus d'avantage du poids
de l’eau que de fon chọc .
M. D. fuppofe qu'on veuille tirer le
meilleur parti poffible de toute l'eau c
D
ai
S82 MERCURE DE FRANCE.
paffe par une chûte , cela pofé , il dit que
toutes les fois qu'une chûte eft de quatre
pieds ou environ , & au deffus , on doit
y employer une roue à pots ou à augets ,
en prenant l'eau par le devant de la rouë,
lorfque la chûte aura moins de 11 à n
pieds , afin de ne pas faire la rouë d'un
diametre trop petit , & ce à quoi on ne
s'attendroit fans doute pas ; plus une telle
roue tournera lentement , pourvû que fes
augets foient affez grands pour recevoir ,
malgré leur lenteur à paffer , toute l'eau
qui arrive au haut de la chûte , plus elle
produira d'effet.
Pour comparer les effets de l'eau , en
agiffant, ou par fon poids, ou par fon choc;
l'Auteur rappelle que M. Parent , en 1704
& M. Pitot en 1725 , ont démontré que
les aubes d'une roue mue par un courant
devoient , pour
pour produire le plus grand
effer , prendre le tiers de la viteffe du
courant , & que le plus grand effet
poffible ; en fuppofant la machine fans
frottemens , ne pouvoit être que les
27
de l'effort total de la quantité d'eau qui
choque les aubes ; & M. D. fait voir qu'en
faifant agir l'eau par fon poids , lorfque la
chûte le permet , fuppofant toujours la
machine fans frotemens , l'effet produit
peut être les de l'effort qui agit , & da-
Vantage fi l'on veut.
JUI N. 1753. 83
Depuis les expériences faites par Mrs
Huigens & de la Hire , on connoît les
efpaces parcourus pendant une feconde ,
ou pendant deux , ou pendant trois , & c .
par un corps qui tombe librement ; il eſt
venu en penfée à M. D de connoître les
efpaces parcourus par un corps , qui , au
lieu de tomber librement , eft obligé de
faire monter d'autant qu'il defcend des
poids qui font ou fes , ou fes , ou
fes 3 , & c.
12
1
L'Auteur rapporta la table qui contient
les réſultats de les expériences , dans laquelle
on voit par dégrés ce que le raifonnement
indique d'une maniere généra
le, qu'un poids defcend d'autant plus lente
ment, que le poids qu'il fait monter, d'autant
qu'il defcend , approche de lui être
égal. De- là regardant l'eau qui paffe par
une chûte comme une infinité de poids qui
fe fuccédent & qui ont tous à defcendre
d'une quantité donnée , foit qu'ils la defcendent
vîte ou lentement , plus on voudra
qu'ils produifent d'effet , plus il faut
les faire defcendre lentement . Ainfi preaugets
, & le plus
haut qu'on pourra , toute l'eau qui paſſe
par une chûte , moins cette roue tournera
vite , plus elle produira d'effet , pourvûy
que les augets foient affez grands pour renant
avec une roue à
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
cevoir toute l'eau qui arrive par le ruif
feau .
M. D. craignant que fon premier raifonnement
ne fût pas affez fenfible , quoique
très- conféquent , en fait un autre qui
paroît devoir être entendu de tout le
monde , & que nous rapporterons tout
entier , n'étant pas fufceptible d'extrait.
Qu'on le répréfente , dit l'Auteur , deux
roues de même diametre & de même nombre
d'augets , portées par un même arbre ,
& les augets de l'une tournés en fens contraire
de ceux de l'autre , en forte que les
augets de l'une de ces roues recevant en
haut toute l'eau qui arrive par un ruiffeau ,
ceux de l'autre puifent de l'eau en bas pour
la remonter à la même hauteur * . Les roues
ayant même diametre & même nombre d'au
gets , il eft clair que toutes les fois qu'un
auget de l'une fe vuidera en bas , un auget
de l'autre fe vuidera en haut. Si chaque auget
montant n'eft par exemple , chargé
que d'une quantité d'eau égale à la moitié
de celle qui eft dans chaque auget def
cendant , les roues tourneront avec une
certaine viteffe , la plus chargée emportant
celle qui l'eft moins , & cette viteffe
* Cet exemple ne peut avoir lieu dans aucun
cas M. E. ave tit qu'il ne l'a pris que pour rendre
plus fenfible ce qu'il avoit à prouver.
JUIN. 1753: 85
n'augmentera ni ne diminuera , tant que
la quantité d'eau qui arrive par le ruiffeau
reftera la même. L'eau remontée par les
augets de la deuxième roue pourra former
un ruiffeau dans lequel il ne coulera continuellement
que la moitié de la quantité
d'eau qui coule dans le canal par où elle
vient.
Si au lieu de ne faire prendre par chaque
auget montant que la moitié de co
qu'il y a dans chaque auget defcendant ,
on leur en fait prendre les trois quarts ,
on voit encore que la roue la plus chargée
emportera l'autre , mais moins vite que
dans le premier cas , & toutes les fois que
la premiere verfera 4 en bas , la deuxième
verfera 3 en haut ; & la quantité d'eau
qui coulera dans le ruiffeau formé par les
augets montans , fera les 2 de la quantité
d'eau qui conle dans le premier , & ainfi
des autres cas , enlevant davantage à mefare
qu'elles tournent moins vite . Voila
ce qui ne tombe pas d'abord fous le fens ,
mais qui n'en eft pas moins vrai.
Extrait du Mémoire de M. Buache.
L'heure de finir la Séance étant venue ,
M. Buache ne put lire que le commencement
d'un Mémoire qui avoit pour titre :
Obfervations Geographiques & Phyfiques
$6 MERCURE DE FRANCE
pour fervir à confirmer ce que la Carte des
nouvelles découvertes au Nord de la mer du f
Sud offre de plus particulier.
par
Ce Mémoire étoit relatif à pluſieurs
Cartes que l'on voyoit expofées : il y en
avoit quatre en grand in 4°. , dont trois
font gravées. La premiere contient avec
les Nouvelles découvertes , des vûes particulieres
fur la grande terre , reconnue
par les Ruffes en 1741 , & fur la mer de
l'Oueft & autres communications de mers.
La 2 expofe les découvertes de l'Amiral
de Fonte , felon la carte Angloife , donnée
l'écrivain du Vaiffeau la Californie ,
dans fon voyage à la Baye d'Hudſon ,
avec les terres vûes & reconnues par les
Ruffes ; & une comparaifon du réſultat
des Cartes du 16° & du 17 ° fiècle au fujer
du Détroit d'Anian . Laze contient le Géométrique
des découvertes de l'Amiral de
Fonte & de fon Capitaine Bernarda , com
paré avec le fyftême de la carte Angloife :
& un extrait ou abregé de la relation de
cet Amiral , d'après un manuſcrit communiqué
en 1748 , par M. de l'Ifle , qui l'avoit
reçu en 1739 de l'Ambaffadeur d'Angleterre
à Petersbourg . Une 4° Carte qui
n'étoit que manufcrite , mais qui fe grave
actuellement, avoit pour titre Carte rédui
ts ( ou Marine ) des terres au Nord de la
JUIN. 3753 87
grande Mer & de l'Océan , où le trouvent
diverfes vûes Géographiques & Phyfiques
( relativement au Mémoire lû à l'Affemblée
publique le 15 Novembre dernier
au fujet de la Géographie Phyfique . )
Cette Carte étoit enluminée en trois couleurs
avec ces notes : le jaune marque la
pente des terres d'où s'écoulent les eaux
qui fe rendent dans chaque baffin de l'Ocean
feptentrional : le rouge indique les
terreins inclinés vers la partie feptentrionale
de la grande mer , appellée vulgairement
la mer du Sud ; & le violet marque
la pente des terres qui fert à l'écoulement
des eaux dans la mer glaciale . Ces quatre
Cartes ont été préfentées à l'Académie
le 9 Aout de l'année derniere , avec un
premier Mémoire qui y étoit relatif , &
le tout en a été approuvé le 6 Septembre
fuivant,
On voyoit encore expofée une grande
Carte Jponoife de l'univers , qui eft ovale
, & dont l'original a été apporté en Europe
par Kampfer , & eft dépofé dans le
Cabinet de feu M. Hans Sloane , Préfident
de la Société Royale de Londres. Il y avoit
à côté un extrait de l'hiftoire du Japon
de Kampfer , fur les Pays que les Japonnois
marquent fur leurs Cartes au Nord
du Japon.
IS MERCURE DE FRANCE
JA
VERS
A Madame la Marquife de B ***,
'Allai pour vous au Dieu du Finde ;;
Et j'en implorai la faveur ,
Il me dit pour chanter Lucinde ,
Il faut un Dieu plus féducteur.
Je cherchai loin de l'Hypocrene
Ce Dieu fi puiffant & fi doux ,
Bien-tôt je le trouvai fans peine ;
Car il étoit à vos genoux :
Il me dit , garde- toi de croire
Que de tes vers elle ait befoin ;
De la former j'ai pris le foin
Je prendrai celui de fa gloire.
;
JUIN. 89 1753
LETTRE
DeM. Boulanger , Sous-Infpecteur des Ponts
Chauffées ; à l'Auteur du Mercure.
M
, On Libraire vient , Monfieur de
m'apporter tout à l'heure le Mercure
de ce mois , je fuis tombé d'abord fur
l'extrait d'une Lettre de M. F. Muffard de
Genève , écrite à M. Jallabert le 29 Mars
de cette année . L'obfervation dont il y eft
queftion fur les femences & embrions de
coquilles de mer , dont prefque toutes les
grandes coquilles font remplies , & la
plupart même des pierres formées , eſt fi
belle & fi intéreffante , fans doute , pour
l'hiftoire naturelle de la terre , que je ne
peux réfifter à la tentation de vous faire
part de obfervations que j'ai été à portée
de faire fur cette matiere en Champagne .
Je ne ferai que tranfcrire ce qui les concerne
, d'après les Mémoires que j'ai rédigés
dès 1745 & 46 , & que je n'ai confervés
jufqu'à ce jour , que pour les augmenter
, & ne rien hazarder un jour de
vant le Public , qui ne foir bien vû & bien
refléchi,
» La nature de tous les terreins que la
» vallée de Marne traverfe depuis Joinville
à S. Dizier , eſt d'une pierre blan
90 MERCURE DE FRANCE .
»
» che & coquilleufe , dont les plus belles
>> carrieres font à Chevillon & à Savonie-
» res . En examinant les pierres de ces car-
» rieres , j'ai trouvé que le banc de boufin
qui recouvre les autres bancs qu'on em-
»ploye à la conftruction , n'étoit formé
que d'une fine femence de coquilles qui
» affecte différente forme , mais dont la plus
grande partie eft ovale & creuſe ; cette
graine laiffe une multitude de petits
vuides qui rendent ce banc extrêmement
fufceptible de la gelée . Un feul pouce
» cube de ce boufin peut contenir 125
» mille de ces femences ; le pied cube ,
» par conféquent , 216 millions ; & la
toife cube 46 milliards 656 millions.
Dans les autres bancs , cette femence eft
» entremêlée d'autres coquilles déja for-
" mées ; il y en a même de fort grandes .
» Quelle prodigieufe fécondité en
23
"
fi peu
d'efpace ! mais que feroit- ce, fi on regardoit
, non plus un feul pouce cube , mais
» la mafle entiere du Pays? & ne feroit - ce
point un argument prefque invincible
» pour prouver combien la multiplication
» des coquilles des mers qui ont couvert
» notre féjour autrefois , a contribué à
> conftruire les lits & les bancs de nos
» carrieres ? que de calculer ce qu'un
pouce cube de cette femence pétrifiée
JUIN. 1753 91
"
pou-
» eût formé en volume , en fuppofant qu'il
» eût pû parvenir à une moyenne grandeur
: fi chacun de ces grains eût acquis ,
» par exemple , le volume d'un cinquan-
» te - quatrième de pouce
cube , toutes
» celles contenues dans ce même pouce ,
» auroient formé un folide de 23 14 toifes
cubes , & par conféquent ce feul
» ce auroit pû couvrir avec le tems , d'un
» banc de deux pieds d'épaiffeur & fans
» aucun vuide , une furface de 6942 toi-
» fes quarées. Quand on examine de mê-
» me , tous les autres bancs du Pays , on
» reconnoît aisément qu'ils ne font point
» forniés d'autres matières ; ceux dont le
grain eft plus fin , ne font compofés
& que
de cette même femence écrasée &
» autres coquilles , les unes brifées , les
» autres entierement confumées. Si nous
ne voulons confidérer à préfent l'efpace
» où toute cette pierre fe trouve , que fur
» trois lieues quarées & fur une quaran-
» taine de toifes de hauteur , le même
» culcul nous apprendra que cet énorme
folide qui contient 623 millions 756
» mille toifes cubes , n'a été qu'un folide
» de 156 pieds cubes environ . Nous n'a-
"vons point pris ici les termes qui au-
» roient rendu cette croiffance encore
"
plus merveilleufe. Car 1 ° . la groffeur
92 MERCURE DE FRANCE.
»
prede
cette femence n'eft point à fon
» mier point , puifqu'elle n'a pû parvenir
à ce terme que par une infinité de
dégrés inférieurs par lefquels doivent
» paller tous les êtres qui fe dévelopent
organiquement . 2°. Les pierres dans lefquelles
cette femence eft confumée &
broyée font bien plus compactes , & en
» contiennent par conféquent bien plus
de 46 milliards par toife cube ; & 3 °.
» il eft certain que cette femence étoit
la
plus grande partie de nature
» à acquerir un plus grand volume que
» celui d'un cinquante- quatrième de pou-.
» ce cube : chofe aiſée à voir par
»
pour
33
"
les coquilles
plus entieres , & les fragmens
épais que l'on en trouve dans certains.
» bancs de la même contrée . Si les deux
" extrêmes de ces grandeurs étoient connus
, ces carrieres feroient de fortes in-.
» dices que nos montagnes & nos continens
ont eu fous les eaux dans leur com-
» mencement un infiniment petit , pref-
» que comparable au néant . J'ai trouvé
» les mêmes embrions de coquilles dans
des boufins de la pierre de S. Maur &
autres pierres dont on fe fert à Paris.
99
Etant de retour à Paris les années fuivantes
, un ami me procura le précieux
avantage de la connoiffance de M. BerJUIN.
1753 .
93
nard de Juffieu. Je fus le premier qui fur
la fin de 1751 , ou au commencement de
1752 , lui parlai de ce boufin & qui lui
montrai même , quand il me fit l'honneur
de vifiter mon cabinet , de ce boufin des carrieres
de Savonieres. Sur ce que je lui en
dis , il en fit chercher par un de fes éleves
dans les environs de Paris , afin de vérifier
mon obfervation qu'il trouva véritable
à Paris comme eu Champagne . M.
Muffard me fit auffi dans le tems l'honneur
de me venir voir avec fon illuftre ami. Il
le prenoit pour guide dans une carriere où
il ne faifoit encore que d'entrer , ainſi
qu'il me le dit lui- même ; il avoit déja
fait néanmoins des progrès rapides , & je
fus en état d'en juger moi- même , quand
il me fit la grace de me montrer fon cabinet
de Pafly. Il y avoit dès- lors ramaffé
beaucoup de morceaux précieux , prefque
tous trouvés dans les roches & les fouilles
de fon jardin ; car il n'avoit point encore
fait aucun des voyages de Chaumont en
Vexin , de Mari * en Brie , & de Courtagnon
** en Champagne , où il fe propofoit
de faire des incurfions Phyfiques .J'admirai
fur tout une tabatiere dans laquelle
* Et non Mera .
** C'eft en Touraine & non en Champagne
que font les faluns,
94 MERCURE DE FRANCE.
il avoit formé un coquillier très nombreux,
uniquement compolé des mêmes coquillages
& autres petits foffiles qu'il avoit trouvés
dans les pouffieres & les fablons qui
rempliffoient les coquilles de Courtagnon,
de Grignon , &c. qu'on lui avoit donnés ;
mais il n'étoit point encore parvenu à cette
obfervation genérale fur les pierres que
les voyages qu'il a fait depuis , lui ont fait
faire. Je ne prétends point , en m'exprimant
ainsi , lui ôter le mérite d'avoir fait
cette obfervation par lui-même , il en eft
infiniment capable ; je ne cherche qu'à
me conferver le plaifir qui m'eft fenfible
d'en avoir le premier parlé à M. Bernard
de Juffieu. Du refte , je fçais que la nature
étant un grand livre qui parle aux hommes
le même langage , & qui écrit en caracteres
uniformes pour tous ceux qui
veulent y lire , il n'eft pas étonnant dans
un fiécle où ce goût a fait des progrès heureux
& rapides , de voir des obfervateurs ,
fouvent très - éloignés & même inconnus
& fans correfpondances les uns avec les
autres , découvrir les mêmes phénomenes
& recevoir de la nature les mêmes inftructions
; c'eſt par ce moyen que nos connoiffances
font à grand pas , des progrès
prefque certains fur ce qui concerne notre
féjour , & qu'on acquiert de jour en jour
JUIN.
1753. 95
que
des preuves prefque évidentes fur l'origine
de la plupart des bancs de la terre . Puifla
Lettre de M. Muffard à M.Jallabert
m'a engagé à vous faire part de ce que j'avois
vû & penfé fur cette matiere , je vais
encore, Monfieur, ajoûter ici une autre obfervation
, qui a auffi , à ce que je penſe, une
grande force pour prouver que la fubftance
de nos pierres doit beaucoup aux fubftances
marines. Je ne ferai de même que tranſcrire
-ce que j'ai déposé dans mes Mémoires.
» Ce même boufin de la pierre de Sa-
>> vonieres en Champagne , de S. Maur , de
» S. Leu & autres , les pierres même où ces
» embrions trop confumés ne fe diſtinguent
plus , & où il n'y a plus le moindre
veftige de coquilles , toutes ces pier-
» res échauffées fous le marteau , ont un
goût defagréable & fætide , qui ne peut
provenir que de la fubftance tout animale
dont elles font formées.
>>
Je ne me rappelle pas ſi j'ai fait
part de
cette obfervation à M. de Juffieu : je l'ai
fait dans les premieres années que j'étois
en Champagne je l'ai vérifiée à Paris
depuis & en d'autres Provinces ; & je
viens récemment d'avoir le plaifir de la
voir confirmée dans un Mémoire fur la
végétation des pierres , par M. Lieberoth
, Officier dans les mines de Saxe , &
26 MERCURE DE FRANCE.
inférée dans le Journal Economique du
mois de Juillet 1752 , qui ne m'eſt parvenu
que depuis peu ; les bancs d'ardoidoifes
, dit- il , chargés de poiffons pétrifiés
dans le Comté de Mansfeld , font
furmontés d'un banc de pierre appellé
puante ; c'eft une espece d'ardoife grife qui
a tiré fon origine d'une eau croupiffante
dans laquelle les poiffons avoient pourri
avant de fe pétrifier. Elle répand une trèsmauvaiſe
odeur,lorfque les ouvriers la travaillent
, ou qu'on la brife & frotte avec
violence , & cette puanteur doit être uniquement
attribuée aux fels urineux qu'el
le renferme , qui n'agiffent que quand on
les met en mouvement .
En vérité, Monfieur , je pense que fi les
Phyficiens qui ont déja écrit que notre féjour
avoit été formé fous les eaux des mers,
font bien excufables de toute façon , s'ils
fe font en celatrompés, car ne font- ce pas
là des efpeces de démonſtrations inconteftables
de voir la poſition uniforme &
genérale des bancs de la terre , la nature
des corps marins qu'ils renferment dans
une prodigieufe abondance , & enfin l'odeur
qu'ils en ont confervées ? toutes ces
choles m'ont même porté à croire que la
plupart des vapeurs nuifibles proviennent
des dépôts infects dont l'intérieur de la
terre
JUI N. 1753.
97.
tere eft rempli , & dont la plupart des
bancs font formés ; toutes ces matieres y
font fans doute encore dans une fermentation
continuelle , & il y a toute apparence
que la mauvaiſe qualité des eaux
provient en certains lieux , indépendamment
même de toute autre caufe , de leur
féjour & de leur paffage dans des réfervoirs
& des canaux pleins de corruption .
J'ai l'honneur d'être , & c.
MADRIGA L.
A un ami.
Pour te défigurer , tu te plains que l'envie
Des plus noires couleurs a fouillé ſon pinceau ;
Ne crois point qu'à nos yeux ta gloire en foit
ternie ,
Ses traits n'ajoûteront qu'une ombre à ton tableau.
A
Le mérite la bleffe , heureux qui peut la craindre :
Si ce monftre s'épuife en efforts fuperflus ,
( On doit plutôt , ami , t'admirer que te plaindre )
C'eft un tribut forcé qu'il paye à tes vertus.
BERNON , Americain.
11. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
MEMOIRE
De M. l'Abbé de Brancas ,fur les longitudes.
J
E regretterois de n'avoir follicité l'afage
de l'unique moyen de parvenir à
connoître les longitudes fur mer , l'ayant
publié dans mes Ephemérides de 1751 §.
21 , & n'afpirant à aucune récompenſe :
dois-je être fufpect après toutes mes recherches
fur le plan de l'univers , fur fon
explication phylique , & celles des pheno
ménes principaux ou finguliers ?
Ce feul & véritable moyen de réuffir à
cette découverte importante , dépend de
la compofition & publication annuelle de
quelques Tables aftronomiques , additionnelles
, à celles que l'Académie des Scienees
fait publier dans la Connoiffance des
tems. 7
On y trouve une Table de l'heure du
lever , du coucher & de la médiation , ou
du paffage par le méridien de Paris , pour
la Lune , Saturne , Jupiter , Mars , Venus ,
Mercure & le point d'Ariès : ce point doit
déterminer le premier méridien célefte ;
comme l'Obfervatoire de Paris , le premier
méridien terreftre ; & cette Table
JUIN. 1753 . 99
peut aifément être étendue pour chaque
jour de l'année , aux 359 autres méridiens
célestes & terreftres , diftans d'un degré
dans leur intervalle , & même aux méridiens
intermoyens .
Pour l'étendre à ces méridiens célestes
ou du moins à ceux de Cancer , de Libra ,
= de Caper , & enfuite aux terreftres correlpondans
fucceffivement , faut- il fçavoir
quelles Villes y font fituées ? cette Science
eft-elle plus néceffaire fur mer , où il n'y
a point de Villes & peu d'Ifles ? les planif
pheres fuffifent pour connoître les principales
étoiles qui défigneroient ces méridiens
céleftes , & les paralelles qui en font
décrits : le calcul découvrira le moment
de leur retour fur un méridien terreftre
éloigné du Parifien de tant de degrés &
minutes.
Une défignation numérique , graduelle
& aftronomique fuffiroit bien , afin qu'en
diftinguant les méridiens & paralelles céleftes
verticaux , on eût
par les Tables propolées
l'art de reconnoître les méridiens
& paralelles terreftres , ou marins qui font
fubjacens. C'eft ce que ce Mémoire rendra
plus fenfible aux Sçavans , & ce que ces
Tables rendroient manifefte en pratique
comme en théorie , & en un mot expérimental.
Quand la bouffele a été inventée ,
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
& quand les éclipfes des fatellites de Jupiter
ont été connues , a - t'on prévû tous les
avantages qui en proviendroient ?
Ce feroit affez que ces Tables encore
plus utiles , fuffent bornées aux degrés de
longitudes fur mer ; ce nombre de degrés
fe réduit à ceux qui font en plage de mer
navigable ; & ceux même où la navigation
est trop rare , pourroient être omis ; moins
de calculs à proportion qui , refteroient à
faire & à publier.
Avec le feul fecours de la Bouffole , &
d'une ou deux montres de poche , ou bien
fans ce fecours , par la méthode que j'ai à.
développer , on connoîtroit la longitude ,
& même l'heure vraie pour la ftation &
divifion de mer où l'on fe trouveroit ,
pourvû que la difpofition de l'horifon
permît de reconnoître avec des inftru
nens le jour , & fans inftrumens même la
nuit , la pofition des planettes & des étoi-
Jes qui y feroient vifibles , & encore mieux
fi ces Tables nouvelles indiquoient , avec
le moment auquel les principales étoiles ,
& les 360 méridiens céleftes pafferont fur
chacun des méridiens marins , le paralelle
qu'elles fuivent : en ce cas la latitude feroit
connoiffable avec la longitude , par ces
Tables d'après les étoiles , qui paffent actuellement
au méridien & au zenith du
vailleau,
JUIN. 1753 : ΤΟΣ
1
L'imperfection de la Géographie ne
peut être objectée contre les découvertes
à tirer de ces Tables : elles procureront
La perfection , fans l'exiger au préalable ,
pour être compofées & utiles ; afin d'en
tirer les avantages promis , elles ne demandent
pas la connoiffance des endroits
fur lefquels paffe un méridien célefte ,
diftant du premier du nombre de degrés
qui détermineroit la dénomination numérique
; leur ufage n'en ferviroit pas moins
à faire connoître d'avance & par provifion
, la longitude & latitude terreftre par
la longitude & latitude célefte.
Après avoir reconnu le méridien & le.
zenith actuel d'un vaiffeau , par tout ce,
qui peut le caractérifer dans le Ciel , les
Tables propofées découvriront fon degré
de longitude & de latitude , avec quelques
recherches fans connoître l'heure actuelle
, en y cherchant les indications con- ,
venables fur les étoiles obfervées au ze-
Dith & au méridien , & bien plus aifément
, fi l'heure eft défignée par la hauteur
du Soleil , ou par les étoiles du Nord , ou
par une ou deux montres , ou d'autres inf
trumens de Chronométrie ufuels fur les
Vaiffeaux .
Plus ces Tables feront détaillées , plus ,
elles fourniront de connoiffances utiles
E iij
1oz MERCURE DE FRANCE.
en ce genre , qui fans jamais nuire en au
cun cas à un pilote , lui ferviront à cette
triple découverte pour l'endroit où il eft ,
après avoir reconnu le zenith & le méridien
caractérisé par la poſition actuelle des
étoiles , & par la quantité de degrés &
minutes , dont d'autres étoiles & les diverfes
planètres en feroient plus ou moins
éloignées , à l'Orient ou l'Occident , au
Nord ou au Midi.
L'embarras n'eft pas de calculer exacte.
ment , & de publier affez-tôt & d'avance
les Tables propofées : la difficulté apparente
de leur exactitude ne proviendroit
pas des régles de leur compofition , mais
de l'application déterminée de leurs indis
cations , fans l'obſervation actuelle , à diverfes
plages & contrées de mer ou de
rerre , avant la perfection de leurs connoiffances
géographiques ; cette applica
tion qui ferviroit à la procurer , n'arrête
pas le calcul néceffaire à cette compofition
pour des méridiens fimplement aftronomi
ques , & non géographiques , qui en fe
roient décélés après l'obfervation , par le
recours aux Tables comme à l'oracle .
Par provifion il feroit auffi aifé de rendre
ces Tables exactes , avec abftraction
de leur application à une ftation fur mer ,
jafqu'après la combinaiſon de toutes les
JUIN. 1753 . 103
conjonctures indiquées & obfervées , qu'il
eft facile de calculer exactement à quelle
heure paffera un méridien céleste éloigné
du point d'Ariès , d'un nombre déterminé
de degrés & minutes à l'Occident ou l'O
rient ,fur un méridien terreftre éloigné
du Parifien d'un nombre proportionnel de
degrés & minutes , fans en appliquer le
résultat à aucun des endroits qui ont ce
méridien anonymement désigné par ſa
feule diftance , & aftronomiquement par
l'état actuel du Ciel obfervé & annoncé
dans ces Tables , qu'après l'avoir reconnu.
Aucun inconvénient ne pouvant arri
ver de compofer ces Tables , & les réfultats
en étant ineftimables fur terre comme
Lar mer , indépendamment de leur deftination
à déceler les longitudes , cette en
trepriſe feroit-elle négligée pour éviter la
modique dépenfe de cette compofition ,
ni faute de perſonnes propres à s'en charger
avec fuccès , & à de inodiques conditions
? Il n'importe par qui ces Tables
feroient compofées , pourvû qu'elles fuffent
portées à la perfection & au détail
convenable ; leur publicité d'avance de
plufieurs mois , du moins ferviroit aux Aſtronomes
pour les examiner affez à tems ,
afin d'avertit des fautes qui pourroient s'y
gliffer , & aux Navigateurs de long cours
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
pour s'en pourvoir avec toutes les corrections
publiées à tems .
C'est l'unique fecret pour la connoiffance
des longitudes , & pour beaucoup
d'autres découvertes fondées fur l'harmo
nie des deux fphéres , ou fur les rapports
du Ciel & de la terre qui font connus ',
malgré leur variation fucceffive , aisément
prévoyable : nulle raifon pour épargner la
compofition & l'édition de ces Tables ,
auffi utiles , plutôt que des prix de 2000
liv. pour l'éclairciffement d'une fimple
queftion fouvent problématique & inutile
; quand même ces Tables n'auroient
d'autre fin , que de perfectionner la Géographie
& l'Aftronomie , & non de rendre
plus éclairée la navigation qui a ſi befoin
de connoître la longitude.
Le firmament étant mieux connu que
la terre , peut mieux fervir de Mappemonde
à fon égard , que la terre de Planifphére
pour les Cieux : c'eft toujours aux paralelles
& méridiens céleftes , de faire connoître
les terreftres par leurs rapports ac
tuels & fucceffifs : fi au moment qu'une.
conftellation , ou implement une telle
étoile eft verticale ou médiante à l'Obſervatoire
de Paris , il feroit impoffible d'indiquer
par aucunes Tables compofées
d'avance tous les endroits fur mer , ou fur
JUIN. 1753. 105
terre même , qui auront pour verticales
& médiantes d'autres principales étoiles ;
il est aisé d'enſeigner quelles étoiles paſſeront
en chaque minute pour chaque jour ,
par tous les méridiens & les paralelles terreftres
éloignés du Parifien de tant de degrés
& minutes , fans le pouvoir appliquer
aux endroits de ces méridiens & paralelles
terreftres , qu'après l'obfervation , faute
de connoître affez leurs pofitions géographiques.
Mais après avoir reconnu avec l'heure
actuelle , les principales étoiles verticales
& médiantes , on fçaura avec fûreté par les
Tables dreffées à cette fin , qu'on le trouve
fous un tel méridien & paralelle célefte ,
felon fa diftance du point d'Ariès , & en
un arc d'un méridien & parallele terreftre
qui doit être conféquemment éloigné du
Parifien & de l'Equateur de tant de degrés
& minutes , & on ne l'apprendra pas moins,
faute de connoître l'heure actuelle, dès que
ces Tables ferviront à la découvrir par
Ï'état
du Ciel obfervé.
C'est donc à l'entreprife des Tables
propofées , de vérifier que le feul & vrai
moyen de découvrir les longitudes , eft de
connoître l'ordre fucceffif du Ciel , & d'en
faire l'application fur le globe terraquée.
Nofti ordinem Cali , & pones rationem ejus
106 MERCURE DE FRANCE.
in terrâ. Fob cap. 38. v . 1 3. Quand l'ho- `
rifon par fes nuages & fes brouillards ne
permettra pas le recours à ces Tables , l'inconvénient
ne devra être objecté qu'au défaut
de pouvoir obferver cet ordre du Ciel ;
& ce nouveau moyen beaucoup plus für
d'en appliquer le rapport , ne peut nuire à
ancun des moyens , qu'on tâche depuis fi
long- tems de découvrir pour prendre en
mer la longitude , comme la latitude.
Le mot de l'Enigme du premier volume
de Juin , eft formeil. Celui du premier
Logogriphe , eft Efpervier , dans lequel on
trouve ivre , Pife , Perfe , Perfée , vipere,
Perfe , le Poëte , Pirée , Vefpres , veſperie ,
vefperie bis , ver , pie , Eve , Pie , Pape ,
priere , verre. Celui du fecond Logogriphe
eft Gloire , dans lequel on trouve or , Roi,
lire , loi , ile , loge , orge , oiè , lie , oeil , role ,
Eloi , loire.
JU IN. 1753 107:
BO BO DE IC IC DE DE DE DE IC IC da
JE
ENIGM E.
E fuis un genre , & je renferme
Efpéces à foifon , dont chacune a fon terme ;
Parcourons- les de l'un à l'autre bout.
Souvent la moitié de moi-même ,
Sert avec un effort extrême
A faire ufage de mon tout ;
Protée au tems jadis ne prit point tant de formes
Que j'en prens , en France furtout :
Quelquefois , comme Atlas , portant des poids.
énormes ,
Je me livre fans choix & fans acception ,
Ainfi que pourroient faire Alix & Janneton :
D'autres fois plus leger , plus vif qu'un papillon,.
Et plus jaloux qu'un vieux barbon .
J'efface par l'éclat des couleurs les plus vives ,
La mefsagere de Junon ;
Et j'emporte avec moi des figures oifives ,
Ridicules, fans goût , même fans paffion ,
Qui n'ont rien de réel que la prétention .
La Ville d'un grand Roi me donne auffi fon nom;.
Sans crainte du qu'en dira- t'on ,
Sans en avoir moins bon renom ,
Je favorife un tête à tête.
Jafsemble tout le peuple à cestain jour de fête ;.
Qui fait en mevoyant mainte exclamation ; .
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
Enfin comme il n'eft rien de ftable
Réduite à d'infâmes valets ,
On me fuit , & pour prix de mes fages bienfaits ,
Je fais plus d'horreur qu'une étable .
JE
AVTR E.
E fuis un ambigu de la nature humaine ,
Je présenté aux mortels un vifage odieux ,
Le Soleil cependant n'eft pas plus radieux ;
Je traverſe la mer , je ravage la plaine ,
L'Amour ne peut fans moi triompher des humains,
Du redoutable Mars j'embellis les deftins ,
Et fous fes étendarts j'enchaîne la Victoire ,
Mais fix mois de l'année enfermé dans un trou ,
Je ne fréquente alors que le trifte hibou ,
Et je laisse oublier mes travaux & ma gloire.
Par une fociété de gens de Lettres.
LOGO GRIP H E.
Compagne fage de la Science
La vérité me fuit toujours :
Et l'on ne trouve l'évidence
Fort fauvent que par mon fecours.
Treize pieds forment ma ftructure ;
Combine- les , & je te jure
Que tu trouveras, cher Lecteur ,
Ce fage & prudent Gouverneur ,
JUIN. 1753. 102
Qui conduifit par fon adrefle ,
Ce fils d'Uliffe à la ſageffe ,
Ce qui de tous braves foldats ,
Sans ceffe accompagne les pas.
Cette fameufe Magicienne ,
Qui retint quelque tems , par fes charmes trom
peurs ,
De la Religion Chrétienne
Un des plus vaillans défenfeurs.
Le terrible Dieu de la
guerre
Le plus cruel des Empereurs ,
La Reine de toutes les fleurs ;
Ce
que
le Héros ne craint guere ;
Celui des juges de l'Enfer ;
Qui tient en main l'urne fatale ,
De l'univers entier , jalis la Capitale.
Les mortels qui dans l'univers ,
De Dieu font la vivante image ;
Le plus fage des Grecs , ce célébre impofteur ,
Qui des murs d'Ilion caufa l'affreux ravage.
L'ouvrage du Dieu Créateur ,
Ce qui défefpera plus d'un fameux Poëte.
La robe ordinaire du bal ;
De tous Prélats Chrétiens l'ornement principal ;
Deux mois de l'année , un Prophéte
Enféveli pendant trois jours
Dans le ventre d'une baleine.
Celle des doctes Soeurs qui chante les amours
Un atbre , un élément deux jours de la femaine ;
FIO MERCURE DE FRANCE.
Ce qui jamais n'habite aux petites maifons ;
Un fameux Magicien , trois notes de mufique ;
L'épithete qu'un faryrique ,
Prouve par de bonnes raifons ,
Etre le lot de tous les hommes..
Ce qui nous garantit des injures de l'air ;
Ce qui n'eft jamais où nous fonimes ;.
Un oiſeau qui paffe la mer;
Une partie de l'année ;.
Deux portions de la journée ;
La plus trifte couleur ; le plus riche métal;
Les defcendans d'Enée ; un ftupide animal ;
D'un chien l'ordinaire défenſe ;
Trois Apôtres ; un Roi de France.
Le pénible outil des forçats ,
Certain livre qui plaît bien plus que livre d'heure § .
Ce mont fameux par ſes dégâts ,
Que l'on dit être la demeure
D'un des géans audacieux ,
Que foudroya le Roi des Cieux.
Un des fynonimes de diable ;
Ge que tu perds en me lifant ;
Une Ville infâme , execrable ,
Sur laquelle le Tout- Puiflant
Lança les feux de ſon tonnerre.
Un tréfor ,fans lequel on ne peut être heureux .
Une partie de la terre..
Ce qui dans le défert fut le pain des Hébreux- ;
Ce grand Joueur de luth , célébre dans l'Hiftoires ,
J U 1 N. 1753 114
Qu'un Dauphin garantit de la fureur des eaux ,
Ce qui fit tant d'honneur aufameux Defpréaux
Une Ville au bord de la Loire ;
La Déefse de tous Chasseurs ,
Ce dont fe fert l'Amourpour blefser tous les coeurs
Ce fortuné mortel qui gagna la tendresse
De la plus aimable Déesse
La montagne facrée , où Dieu dicta la loi ;
Surnom refpectueux , que nous donnons au Roi
Mais enfin finifsons,, fans tarder davantage ,
Je te déplais par ma longueur ,
Scache pourtant , ami Lecteur ,
Que de mes attributs je fupprime une page.
112 MERCURE DE FRANCE.
207208 209 208 207200205 206 207 208 209 2000 200
NOUVELLES LITTERAIRES.
fervir à la vie de
M. de Favanne , Peintre ordinaire
du Roi , & Recteur de l'Académie Royale
de Peinture & Sculpture . Brochure in- 12.
de 36 pages. A Paris , chez la veuve Pierre,
rue Saint Jacques , à S. Ambroife 1753 ..
Le Clerc , Libraire à Paris , fur le Quai
des Auguftins , à la Toifon d'or , vient de
recevoir plufieurs exemplaires d'un Livre
nouveau , intitulé : Défenfes du beau fexe,
ou Mémoires hiſtoriques , philofophiques
& critiques , pour fervir d'apologie aux
femmes. A Amfterdam , aux dépens de la
Compagnie 1753. Quatre volumes in - 12.
CHOIX d'Hiftoires tirées de Bandel , Ita
lien , de Belleforeft Commingeois , de
Boiftuau dit Launai , & de quelques autres
Auteurs ; par M. Feutry. A Londres , & le
vend à Paris , chez Durand & Piffot 1753 .
Deux volumes in- 12.
Les Hiftoires qui forment le Recueil
que nous annonçons , nous ont paru plus
intéreffantes , plus ferrées , plus morales
que dans les originaux où on les a puifées.
Il y en a même quelques - unes qui
JUI N. 1753. 113
méritent une attention finguliere , & qui
appartiennent prefque entierement au Tra
ducteur ; de ce genre eft l'origine de la
Ville d'Elcabir , en Afrique , où on lit les
maximes fuivantes :
Il n'appartient qu'aux grands Rois d'ofer
faire des changemens & des réformes
dans leurs Etats. Ce qui feroit facile pour
deviendroit impoffible & même dangereux
à ceux qui ne font pas affez heureu
fement nés pour embraffer d'un coup de gémie
toute la conftitution d'un Empire .
eux ,
Le bien public doit être la bafe de toute
réforme quand un Réformateur a le
peuple de fon côté , il ne doit rien craindre
des deux Etats fupérieurs.
.
Quelque forme que puiffe avoir un
Gouvernement , j'en excepte le defpotique '
fans réferve , qui eft la honte de l'humanité
; le meilleur fera toujours celui qui '
fera adminiftré par les plus honnêtes gens.
On devroit confulter le peuple fur le
choix qu'on fait de ceux qui rempliffent
les emplpis importans. Il n'a à fe dérerminer
que par des chofes qu'il ne peut
ignorer : il en eft mieux inftruit dans la
Place publique qu'un Monarque dans fon
Palais. Si l'on pouvoit douter de la capacité
naturelle qu'a le peuple pour difcerner.
le mérite , il n'y auroit qu'à jetter les
114 MERCURE DEFRANCE.
yeux fur cette fuite de choix étonnans que
firent les Athéniens & les Romains.
Si les vertus font les fondemens les plas
folides d'un Empire , le Citoyen le plus
vertueux en doit être le plus puiffant.
Si un homme ne peut maîtrifer les paſfions
, comment pourra t'il le gouverner ?
S'il ne fçait pas le conduire , comment réglera-
t'il fa famille s'il ne peut régir la
funille , comment veut- il prendre les rênes
de l'Empire ?
L'Etat ne doit faire qu'une famille , le
Souverain doit en être le Pere .
Le défaut le plus effentiel d'un Gouver.
nement , eft de ne pas intéreffer les peuples
à fa confervation .
Les Souverains devroient avoir le cou
rage d'imiter cer Empereur Chinois qui
porta la vertu à un fi baut point , qu'il ordonna
par un manifefte qu'on l'avertît
des défauts , non-feulement de ſes Minifi
tres , mais des fiens propres.
Si les Princes veulent trouver un ami
fidéle , il faut qu'ils le cherchent parmi.
ceux qui les ont affez aimés pour avoir eu
courage de leur déplaire , & de s'expo-,
fer à leur haine pour l'amour de la vérité .
le
C'eft fervir à la gloire du Prince , que
de ne pas fervir à fes paffions ; un homme
Lincere peut feul contribuer au bonheur de
JUIN. 1753.
1.15
l'Empire , comme un flatteur peut feul le
renverfer.
Les Monarques devroient encore imi,
ter ce même Empereur de la Chine qui
vifitoit quelquefois les champs , & alloit
former le premier fillon : cette cérémonie
honoroit l'agriculture ; ils devroient auffi
récompenfer celui dont la terre en proportion
de la bonté du fol , auroit été la
plus fertile.
Aucune Ville de l'Empire ne doit avoir
plus de peuple , que fon territoire ne peut
nourrir , on doit difperfer le furplus dans
les Provinces défertes , où la plupart des
terres font en friche & incultes.
Le bled devroit toujours être d'un mê
me prix , proportionné au tems , & aux
lieux où il croîtroit ; affez fort cependant
pour que le laboureur puiffe vivre & ac
quitter les charges : il feroit défendu à qui
que ce foit d'en vendre fous les peines les
plus rigoureufes ; chaque ville , & gros
bourg auroit un magafin public , où tout
le bled de leur terroir refpectif feroit porté.
Les Chefs des lieux & les Magiftrats
le payeroient fur le champ , pourvoiroient
à fa confervation , & le feroient revendre
au peuple. Perfonne ne pourroit en avoir
de provifion que pour un tems court &
limité. S'il arrivoit qu'une Province en
116 MERCURE DE FRANCE.
manquât , on en tireroit de toutes les autres
, de petites proportionnées à l'abondance
des magafins & aux befoins des
peuples , pour en verfer dans la Province
affamée ; le tranfport s'en feroit par corvées
par ce moyen , le pain n'y feroit pas
plus cher qu'ailleurs. On ne craindroit
plus la famine dans l'Empire , on éviteroit
par-là ces petites féditions aufquelles la
populace s'accoutume , & qui pourroient
un jour devenir dangereufes.
Il ne faudroit jamais lever aucuns impôts
fur tout ce qui fert à nourrir , vêtir ,
chauffer & éclairer le même peuple : voilà
le grand moyen de l'avoir toujours pour
fois il faudroit au contraire doubler ceux
qui fe perçoivent fur les chofes dont fe
fervent les gens aifés , & tripler les droits
für celles de luxe & de fantaifie ; perfonne
ne fe plaindroit , & le tréfor de
l'Empire y gagneroit.
On ne devroit placer aux poftes impor
tans que des gens d'un âge mûr ; il conviendroit
auffi qu'ils fe retiraffent avant la
vieilleſſe .
La grandeur d'un Empire confifte , premierement
dans la multitude des peuples ;
il faut donc favorifer la multiplication : le
célibat doit être diffamé.
Il ne faut rien fouffrir d'inutile dans
J. U IN. 1753. - 117
l'Etat. C'eft fur ce principe qu'un Empereur
Chinois de la famille des Tangs , fit
détruire tous les Monaftéres de Bonzes.
Il ne laiffa que ce qu'il en falloit préciſément
pour l'exercice de la Religion , &
l'inftruction de la jeuneffe. Du furplus
de ces folitaires , il en fit des laboureurs
; état pour lequel la plus grande partie
d'entr'eux étoit née.
pour
*
P
Des loix économiques & fomptuaires à
un certain point feroient fort utiles : fans
bannir le luxe , on peut le modérer.
Rien n'eft plus contraire au bien de l'é
tat que le nombre prodigieux de domeftiques
. N'eft il pas ridicule qu'un Marchand
de colifichets & de chofes fuperflues en
ait cinq ou fix ; un feul lui fuffiroit . Quatre
ou cinq travailleroient donc à la terre ,
fileroient des laines , du lin , de la foye ;
çer article eft important , & s'étend loin.
Il faudroit encourager le Commerce ,
l'honorer & lui donner de grandes libertés.
Par ce moyen on travaillerois plus à
acquérir qu'à conferver , & l'Empire feroit
floriant. On ne devroit accorder aucun
droit exclufif. L'Etat doit acheter les fecrets
utiles , les découvertes nouvelles , les
publier , & les mettre au rang du commerce
général .
Il faudroit auffi encourager & honorer
18 MERCURE DE FRANCE....
les Sciences , les Arts , les talens & toutes
les vertus. Le Juge éclairé & intégre , le
bon Jurifconfulte , l'habile Négociant , le
grand Capitaine , l'Auteur célébre & l'Ar
tifte excellent , doivent marcher d'un pas
égal : ils font tous également utiles à la
Patrie.
On doit maintenir les prérogatives du
Corps & les priviléges des Villes , même
conquifes , quand ils ne font pas oppofés
à la droite raiſon.
Il ne faut dans un Royaume qu'une
Religion dominante , qu'une même coûtume
, qu'une même mefure , qu'une même
monno ; il eft dangereux de toucher à
ce dernier article.
On doit affurer toutes les acquifitions
des Etrangers ; c'est le feul moyen de les
attirer dans l'Empire.
Deux points effentiels dans tous Gouvernemens
, font de fçavoir récompenfer
& punit. Ce principe a des conféquences
infinies .
On ne devroit faire mourir aucun criminel
: il faudroit les employer aux travaux
publics , aux canaux , aux grands
chemins ; on en feroit plufieurs claffes felon
le genre de délits. On craint plus la
longueur des maux , qu'une mort , même
violente , qui les finit en pcu de momens.
JUIN. 1753. 119
Les femmes convaincues de crimes deroient
être condamnées à une mort douce
ou douloureuſe , lente ou prompte felon
l'exigence des cas. Elles la craignent
en général plus que les tourmens . Dailleurs
elles ne peuvent être employées aux
travaux , & elles corromproient les Colonies
fi on les y envoyoit.
Un homme qui dans une féance perdroit
au jeu fes revenus de huit jours feulement
, devroit être deshonoré.
11 faudroit empêcher que l'honneur ne
fût en contradiction avec lui- même , &
qu'on pût à la fois couvrir d'infamie & de
dignité. C'est ce qu'on voit dans quelques
joueurs , & dans les diffipateurs du preinier
rang ; à l'égard de ces derniers , forfqu'enfin
ils font dans une espece d'interdit
, on devroit renouveller cette ancienne
loi qui les obligeoit de porter fur la
tête une marque diffamante pour les renoître
& pour empêcher le monde d'être
davantage leur dupe : cela contiendroit
leurs pareils . On devroit auffi exclure leurs
-enfans de toutes les charges , jufqu'à ce
qu'ils euffent payé les dettes de leurs peres.
Quoique les hommes naiffent égaux ,
ils ne peuvent refter long tems dans cet
état. L'inégalité des conditions & des richeffes
eft un des plus fermes liens de la
120 MERCURE DE FRANCE.
fociété : la grande difproportion des biens
eft le principe deftructeur de cette même
focieté. N'eft-il pas honteux de voir des
exacteurs plus opulens que des Princes ?
L'humanité ne fouffre-t- elle pas de voir
des hommes mourir de faim , de froid
de douleur , pendant que d'autres hommes
regorgent de vivres , de plaifirs & d'ai
fances ? Que l'on proportionne les biens ,
perfonne ne fouffrira : l'inégalité fubfiſtera
& tout le monde fera heureux .
On ne doit regarder comme vraiment
nobles , que ceux qui font dignes de l'être.
Voulez-vous récompenfer l'humble vertu
& le mérite obfcur ? annobliffez les afcen.
dans de cet homme vertueux & patriote :
le voilà égal à ceux de la race la plus ancienne.
Voulez- vous punir le noble criminel
& infolent ? dégradez le aneantiffez
les titres ; le voilà confondu avec
la plus vile populace : les vertus & le rang
forment feuls la vraie nobleffe.
Il feroit , utile de fimplifier les loix ,
d'abreger les formalités de juftice , &
d'ordonner que les fuppôts fuffent folidairement
refponfables des pertes que leurs
lenteurs exceffives , leur négligence , quelquefois
leur mauvaife foi , & fouvent leur
ignorance caufent aux parties. Il feroit aifé
d'établir un bureau où l'élite des Ju
rifconfultes
JU. IN. 1753. ¥ 21
rifconfultes de tout l'Empire travaillât à
cette réforme. On pourroit faire de même
à l'égard des autres objets défectueux , en
faifant un jufte choix de perfonnes équitables
& verfées dans les matieres refpectives.
Ce projet eft fimple , & de facile
exécution : les effets ne peuvent être que
très- heureux .
Au lieu de multiplier les loix civiles &
politiques , on devroit s'attacher à érendre
les loix naturelles ; les premieres ne
devroient émaner que des fecondes. Le
nombre des loix civiles énerve leur force
; elles fe contredifent prefque toutes :
la nature eſt toujours la même.
Pour obvier aux pertes imprévues que
feroient les particuliers , il faudroit que
la Province où il y auroit eu un incendie
, une faillite innocente , ou quelque
autre accident funefte , fe cottiſât pour
les réparer. Si une Ville entiere étoit brû
lée , ou qu'une Province fût ravagée
l'Empire alors devroit contribuer à cette
réparation.
+38
3
11. Vol
F
122 MERCURE DE FRANCE:
LETTRE
De M. de Morand , à l'Auteur du Mercure
fur l'Ecole des Arts , établie à Paris par
M. Blondel , Architecte & Profeffeur ,
rue de la Harpe.
Monfieur ,l'amour que vous avez
pour les Beaux- Arts , l'ardeur que
vous témoignez pour leurs progrès , furtout
l'empreffement avec lequel vous les
annoncez au Public , m'engagent à vous
faire part d'une Séance Académique où je
me fuis trouvé , & où j'ai vû les effets de
cette noble émulation , qui foutient , anime
& perfectionne les Beaux- Arts.
Vous fçavez , fans doute , Monfieur
que dès 1741 , M. Blondel , Architecte ,
déja connu dans la République des Arts ,
par plufieurs Ouvrages dans les bâtimens
& diftingué dans la République des Lettres
par fon Traité de la décoration des édifices
, en 2 vol. in- 4° . qui a été très - bien
reçu en France , & qui eft univerfellement
eftimé dans les Pays Etrangers , forma
le deffein d'établir à Paris , une Ecole ,
dans laquelle il raffembleroit toutes les
Sciences & les Arts néceffaires à l'accroiſſement
de l'Architecture, où les EtranJUIN.
1753 123
gers & les citoyens pourroient trouver
Tous les fecours convenables pour fe perfectionner
dans cet Art, aufli utile qu'il eſt
agréable , qui fut toujours eftimé , culti
vé & honoré de tous les peuples policés.
En 1743 , M. Blondel obtint l'agrément
de l'Académie Royale d'Architecture pour
donner des leçons publiques * ; mais pour
les rendre plus folides & plus profitables ,
il en joignit pour les Mathématiques , le
deffein en général , la coupe des pierres ,
la chapenterie , la menuiferie , la ferrureric
, & autres Arts dont l'Architecture
emprunte du luftre , & à qui elle en prête.
Il choifit pour cela des Profeffeurs d'un
mérite reconnu , dont les talens & l'application
répondant aux défirs du Fondateur
, attirerent bientôt chez lui un grand
nombre de difciples , dont les uns ont
paffé au fervice de divers Princes Etran
gers ; les autres en Italie , où ils jouiffent
des bienfaits de nos Rois , dans l'Académie
fondée par Louis le Grand , & protégée
par fon illuftre Succeffeur ; dont quelques-
uns même de retour dans leur Patrie
, fe reffentent de la faveur du Monarque
& de l'eftime des Connoiffeurs.
* Voyez les Difcours publics qui ont été prononcés
par l'Auteur , le 16 Juin 1747 & 16 Juin
1749 , imprimés chez Jorry & chez Mariette .
Fij
124 MERCURE DEFRANCE.
"
"1
Ces premiers fuccès ayant encore plus
encouragé M. Blondel , il établit dans fon
Ecole douze places gratuites , où les citoyens
qui ont de véritables difpofitions
pour les Beaux - Arts , & que la fortune
n'a point favorifés , trouvent tous les fecours
fuffifans pour réparer les caprices
du fort , ea fe mettant en état d'exceller
dans une carriere dont on leur ouvre fi
facilement l'entrée . Quel furcroît d'émulation
, des foins fi nobles , fi conſtans ,
fi généreux ne dûrent- ils pas prodaire ? &
quels fuccès ne dûrent pas en être le fruit ?
Ils furent en effet fi heureux qu'ils ne tarderent
pas à parvenir aux oreilles de M.
de Trudaine , Miniftre éclairé , dont le
bien public fait la plus douce occupation ,
& eft l'objet de toutes fes démarches : il
venoit lui-même de former un Bureau
pour l'inftruction des éleves des Ponts &
: Chauffées , fous la direction de M. Perronnet
, dont le mérite véritablement reconnu
n'a pas befoin d'éloges ; & ce Miniftre
reconnoiffant combien les leçons de
M. Blondel leur feroient utiles , il les confia
auffi tôt à cet habile Maître pour la parrie
de l'Architecture.Content de leurs progrès
, M. de Trudaine encouragea par fes
libéralités plufieurs de ces Eleves ; mais
non moins fenfible au mérite du Maître , il
*
JUI N. 1753. 125
l'honora d'une bienveillance particuliere ;
il voulut bien parler en fa faveur à M. le
Garde des Sceaux , qui obtint de Sa Majeſté
le 4 Fevrier dernier , une gratification
pour M. Blondel.
Une grace fi diftinguée , par laquelle lo
Roi lui- même fe déclare Protecteur du
nouvel Etabliffement , ne pouvoir que
prêter de nouvelles forces au zéle d'un
coeur tel que celui de ce digne citoyen : il
avoit pris l'effor de lui - même , les regards
complaifans de fon Prince ne pouvoient
que lui faire porter fon vol plus haut
auffi ne s'eft il fervi des bienfaits du Roi
que pour les partager avec les difciples
dont l'avancement eft une de fes plus
douces récompenfes : à cet effet , il leur a
diftribué le onze de ce mois des prix qui
ont été donnés publiquement en préſence
de Mrs les Infpecteurs généraux des Ponts
& Chauffées , de plufieurs Architectes du
Roi , & de fon Académie Royale , de différens
amateurs des Beaux- Arts , & c.
L'ordre , la décence , l'émulation , la
capacité que j'y ai remarqués , méritent ,
fans doute , que le Public en foit inftruit
par l'organe de votre Journal , que vous
avez rendu à plus d'un titre , les archives
& le dépôt des arts , des talens & de leurs
fuccès.
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
La Séance commença par les Mathématiques
, qui furent démontrées par divers
Eléves destinés aux Ponts & Chauffées ,
depuis neuf heures du matin , jufqu'à une
heure après midi . On y expliqua d'abord
les parties les plus intéreffantes des Sections
coniques ; enfuite celles de la méchanique
, relativement à l'art de bâtir , &
dans ces divers exercices ; plufieurs des
jeunes Artistes ont fait briller une pénćtration
, une folidité , une jufteffe de jugement
; en un mot , les difpofitions &
L'efprit des Arts & des Sciences qui peuvent
affurer les progrès de leurs études ,
& illuftrer leurs talens.
A quatre heures après midi , les perfonnes
invitées à cette affemblée vinrent examiner
& décider les prix d'Architecture ;
ces prix avoient pour fujer : La diftribution
d'une maison oeconomique , avec les dépendances
des bâtimens qui font de fon ref
fort , y compris les baffe - cours , les jardins
de propreté , potagers , &c . Enfuite cette
même affemblée affifta à différentes differtations
fur les Arts libéraux & méchaniques
qui ont rapport à l'Architecture :
ces differtations avoient pour objet l'origine
, l'application , les avantages & defavantages
de chacun de ces Arts en particulier
; fçavoir l'Architecture elle- même ,
JUIN. 17538 127
Ja Peinture , la Sculpture , l'Agriculture ,
la Maçonnerie , Charpenterie , Menuiferie
, Serrurerie ; le plomb , le pavé , &c.
Après cette lecture , les prix furent diftribués
; fçavoir , trois pour l'Architecture
, concernant la diftribution économique
, pour lefquels neuf Eleves avoient
concouru : le premier fut adjugé au fieur
Jacques Dumont , de Limoges ; le fecond
au fieur Marc- Antoine Montfort de Pon- .
chon , de Paris ; & le troifiéme au fieur Jofeph
Pierre Antoine , de ; tous
trois deſtinés pour les Ponts & Chauffées .
Deux autres prix qui furent adjugés à des
Diflertations concernant la théorie des
Arts ; le premier pour la Sculpture , au
fieur Samuel- Bernard Perron le cadet , de
Poiffy; & le fecond pour la Peinture , aut
fieur Bernard - Jofeph Perron l'ainé , de
la même Ville .
L'on vit enfin plufieurs projets compofés
par les différens Eleves de cette Ecole ,
pour les Edifices de Palais , de Maifons
Royales , &c. dont les Auteurs font divers
Penfionnaires de Princes Etrangers , de
Pologne , de Suede , d'Allemagne , envoyés
au fieur Blondel ; ouvrages excellens
en leur genre , qui prouvent mieux
que ne feroient tous les raifonnemens , les
progrès & les fuccès de cet établiffement,
Fiiij
12S MERCURE DE FRANCE.
Mais je vous avoûrai que ce qui m'a le
plus frappé , c'eſt 1 ° . que j'ai remarqué
que parmi ce grand nombre d'éleves , tous
les externes auffi - bien que les Penfionnaifemblent
refpirer ce même amour
pour la gloire que leur Maître fçait fi bien
leur infpirer , & qu'ils brûlent à l'envi de
res ,
ce défir violent de rendre leurs noms dignes
de paffer à la postérité , par l'affiduité
& l'exemple d'un travail infatigable .
2°. Que les Profeffeurs que le S. Blondel
s'eft affocié , paroiffent émus du même zéle
, & travailler de tout leur pouvoir à
donner de bonne heure à ces jeunes gens
le véritable efprit des Arts & des Sciences
qu'ils font chargés d'enſeigner dans cette
Ecole.
Ce qui a mis le comble à ma fatisfaction
& à celle des amateurs qui n'étoient venus
comme moi à cette Affemblée que pour
en être spectateurs , c'eft de voir une gran
de collection de Deffeins des plus grands
Maîtres , des modéles dans tous les genres
, & une Bibliotheque affez nombreufe
, dans le choix de laquelle , ce qui fait
le plus d'honneur à M. Blondel , c'eſt d'avoir
fait traduire à grands frais les Auteurs
originaux le plus en réputation fur l'Architecture
, qui ont écrit dans des langues
étrangeres , & cela dans le feul deffein de
JUIN. 1753. 129
répandre dans l'efprit de fes difciples une
clarté plus prompte & plus propre à faire
éclore le germe des talens.
En un mot , Maîtres , Difciples , Profeffeurs
, Eleves , Amateurs , Protecteurs ,
tous m'ont femblé concourir avec le même
zele , à la noble entrepriſe , aux grandes
vûes , aux foins généreux & infatigables
d'un digne citoyen & d'un Artiſte
habile. Perfonne ne s'eft apperçu de la longueur
d'une Séance , qui ayant commencé
à neuf heures du matin , n'étoit point fnie
à neuf heures du foir , tant on a été
intéreffé & attaché par la diverfité & l'agrément
des matieres. Vous voudrez bieny
concourir à votre tour , en rendant publiques
ces marques d'un zéle fi rare & fi
défintéreffé . J'ai l'honneur d'être , &c .
De MORAND.
DISSERTATION fur l'ancienne jonction
de l'Angleterre à la France , qui a
remporté le Prix au jugement de l'Académie
des Sciences , Belles- Lettres & Arts:
d'Amiens en 1751 , avec des Plans ou
Cartes topographiques ; dédiée à M. le
Duc de Chaulnes. Par M. Defmarest. A
Amiens , chez la veuve Godart , Imprimeur
du Roi , de M. le Duc de Chaulness
& de l'Académie ; & fe trouve à Paris,,
B 4
130 MERCURE DE FRANCE.
chez Ganeau , rue S. Severin ; Chaubert ,
Quai des Auguftins ; Lambert , rue de la
Comédie Françoife. 1753. d'environ 160
pages in 12 .
:
:
Notre globe a éprouvé à fa furface des
changemens & des révolutions multipliées
les preuves en font répandues par
tout ; & quiconque en difpute l'exiftence
, foule peut-être aux pieds les monumens
qui atteftent ces altérations. Cette
partie de la Phyfique réunit à des apparences
féduifantes , des vûes qui peuvent
être utiles au bien public. M. Delmareft
eft occupé dans cette Differtation à difcuter
les preuves de la révolution qui auroit
détaché l'Angleterre du continent des Gaules
il a recours en même tems dans cet
examen , aux témoignages que l'Hiftoire
& la Phyfique peuvent de concert lui préfenter
pour établir fon fentiment . Ayant
confidéré fon objet fous deux points de
vue les plus généraux , fçavoir l'exiſtence
de l'Ifthme d'abord , & fa ruption enfuite
, il en a tiré la divifion des deux parties
de fon Mémoire . Dans la premiere ,
il expofe les preuves de l'existence de l'Ifthme
, que l'Hiftoire & la Phyfique ont pû
lui offrir. Dans la feconde il fait envifager
le méchanifme par lequel cetre langue
de terre a fait place au détroit qui
JUIN. 1753
231
fubfifte maintenant entre Douvres & Ca
lais.
La premiere partie commence par une
difcuffion préliminaire , qui a pour but
de prouver que les anciens Auteurs ne
nous ont tranfmis aucun témoignage pofitif
fur l'exiftence de l'Ifthme. Pitheas
qui a franchi ce détroit , les Phéniciens
qui commercerent les premiers dans les
Ifles Caffiterides , c'est- à- dire , les Illes Britanniques
, ne nous ont rien appris. Cé--
far & les autres Hiftoriens qui ont eu occafion
de parler de l'Angleterre , gardent:
le même filence. M. Defmareft fait voir
que deux paffages , l'un de Tacite & l'autre
de Dion Caffius , qui fembloient infinuer
que les anciens Grecs & Romains
doutoient fi l'Angleterre étoit une Ifle ,
prouvent plutôt leur ignorance fur le véritable
état des lieux , que la tradition de
l'existence de l'Ifthme. Ce qu'avance Servius
en commentant le vers de Virgile ::
Et toto divifos orbe Britannos , ne le frappepas
davantage ; il regarde ce Commentaire
hazardé , comme ces feux qui viennent
luire rapidement dans l'obfcurité , & qui
taiffent encore de plus épaifles ténebres
après qu'ils ont difparu. Les Auteurs modernes
qui ont parlé de l'ancienne jonc
tion , ne s'appuyent de même fur aucun
E vj
132 MERCURE DE FRANCE.
monument pofitif que l'Hiftoire leur fourniffe.
Ainfi , il réfulte de là qu'on chercheroit
en vain des témoignages fur l'exiftence
de l'Ifthme.
peu-
Mais fil'Hiftoire ne préfente rien de clair
& de précis à l'Auteur , il eft attentif à faifir
les ouvertures & les préfomptions que
certains faits avoués de tout le monde
vent lui fournir , pour établir l'exiſtence
de la langue de terre. Les Anciens Celtes
& les Peuples qui ont formé des établiſſemens
en Angleterre , le préfentent à nous
avec des traits de reffemblance dans leur
langage , leurs moeurs , leurs coutumes ,
leurs inclinations qui décelent une même
origine . Cependant Céfar & Tacite femblent
adopter l'opinion abfurde qui fuppofoit
les anciens Bretons éclos du fein de
la terre. M. D. eft porté à croire que la
difficulté de concevoir comment des colonies
de Celtes ont pu pénétrer jufqu'en
Angleterre , en fuppofant le détroit ouvert
, a fait imaginer ce fyftême. S'ils font
Celtes & qu'on ne puiffe admettre qu'ils
foient fortis du fein de la terre , ne fautil
pas rétablir l'Ifthme qui offroit un paffage
de plein-pied aux Colonies qui fe
font difperfées dans les Gaules ?
Non-feulement , les hommes dans ces
premiers tems n'ont pu faire le trajet ,
JUIN. 1753 . 133
parce qu'ils n'avoient pas pour lors les fecours
néceffaires , mais encore les animaux
nuifibles , comme les loups , &c. n'ont pû
alier chercher cette terre ifolée , ni en traverfant
la mer à la nage , ni en s'embarquant
fur des glaçons comme les ours
blancs , qui font des defcentes en Iſlande.
Il faut donc leur ouvrir un paffage libre ,
& l'Ifthme le leur préfente ainfi qu'aux
hommes.
L'Auteur fait voir qu'il eft abfurde d'avoir
recours à des voyes furnaturelles pour
peupler les Ifles & d'hommes & d'animaux
, car celles qui font ainfi peuplées
font voilines des continens , & il eſt à
préfumer qu'elles en faifoient partie .
On peut donc faire valoir en faveur de
Fexiftence de l'Ifthme l'impoffibilité de
peupler l'Angleterre d'hommes & d'animaux
nuifibles dans des tems reculés. M.
Defmareft appuye cette preuve de quelques
réflexions auffi décifives , dont l'hif
toire lui fournit encore les motifs.
Les anciens Bretons , quoique Celtes
comme les habitans des Gaules , n'avoient
aucun commerce avec ces derniers. Céfar
ne put tirer aucun éclairciffement des marchands
Gaulois fur les ports de l'Angleter
re. Tacite, Strabon & Pomponius- Mela repréfentent
les Bretons comme des Barbar
134 MERCURE DE FRANCE.
res. Pourquoi cette défunion ? Si les Celtesavoient
envoyé des Colonies dans l'Angleterre,
n'auroient- elles pas confervé leur
commerce par les mêmes voyés qui leur
auroient ouvert un paffage dans l'ifle prétendue
M. D. penfe que les anciens Bre
tons qui s'étoient répandus dans l'Angleterre
par l'Ifthme , avoient été ainfi fépa-`
rés du commerce des Gaulois par le même
événement qui a fait de leur féjour une
Kle ; qu'étant devenus infulaires , ils n'imaginerent
plus rien au-delà de leur fé-
Jour ; qu'ils eurent befoin que les Phéniciens
leur vinffent annoncer qu'ils n'é
toient pas feuls dans ce monde ; qu'enfin
ces Phéniciens concentrerent l'induftrie
des Bretons dans leur Ifle , &c. L'Auteur
tourne même en preuve de l'exiftence de
Ifthme & de fa deftruction , le défaut de
témoignages qui le prouvent ; parce que
ces peuples inondés & ifolés ne conferverent
pas même la mémoire d'un événe
ment qui les rendit barbares.
M. Defmareft faifit cette lueur de vé
rité & cette lumiere que fourniffent les
monumens hiftoriques , pour paffer de là
à un plus grand jour que la Phyfique & la:
Géographie doivent jetter far l'événement
qui l'occupe. Il trouve les témoignages les
plus authentiques épars fur les rivages du :
JUI N. 1753. 1.35
détroit & dans toute l'étendue de la Man
che d'un côté , & de la mer d'Allemagnede
l'autre . Il entre dans un grand détail
pour préfenter à fes Lecteurs une idée topographique
des lieux , en dépouillant le
Neptune François & la Carte du D. Halley
: il en résulte que fur une longueur de
153 lieues , les côtes de la Manche d'une
ouverture de 30 lieues , fe refferrent pour
ne former qu'un détroit de huit. Le Pas de
Calais n'occupe prefque que la 4 partie
de la largeur de l'ouverture du Canal vers
l'Océan. L'Auteur détermine de même la.
pente du terrein du fond des deux mèrs .
en partant du pas de Calais ; il trouve que
la profondeur de la mer au détroit n'a que
1a5 ° , la 6 ° , la 7° & la 8 partie des profondeurs
fucceflives déterminées , & rendues,
fenfibles fur la Carte qui accompa
gne cette Differtation ; enforte que le
fond du Canal vis à- vis de Calais , en
fuppofant la Manche à fec , formeroit réellement
, & forme actuellement fous l'eau.
qui le couvre , une élévation de 620 pieds
fur le fond de la pleine mer vers l'Océan
, à une diſtance de 153 lieues , & de
200 pieds fur le fond de la mer d'Allemagne
, à une diftance de 80 lieues . Tout
ce détail eft rendu fenfible par un calcul
aifé à fuivre , & par les plans & la cou
136 MERCURE DE FRANCE.
pe
du terrein de la Manche & de la mer
d'Allemagne , deffinés par M. Buache de
l'Académie des Sciences , gravés avec précifion
, & très bien enluminés.
Non-feulement M. Defmareft fair envifager
le raprochement des côtes & la pente
fucceffive du terrein à l'Eft & l'Ouest
du détroit , comme une preuve de l'ancienne
union ; la difpofition & la nature
des couches de terre fur les rivages de Ca-
Jais & de Douvres lui paroiffent encore
ajouter à fon fentiment un nouveau dégré
de certitude . Ces couches de terre
étant les mêmes vers Douvres & vers Calais,
elles portent des caracteres diftinctifs,
dit-il , qui décelent les parties d'un ancien
tour , car elles confervent les empreintes
d'une formation identique & d'une
même moulure pour ainfi dire.
On auroit pa objecter pu que le détroit a
été formé par un vallon naturel , qui au-
Foit ouvert un paffage libre à l'eau . M.Def
mareft qui met cette objection dans tout
fon jour , répond que l'élévation fucceffive
du fond de la mer jufqu'au détroit , nous
la deftination de la nature n'a
pas été d'y former un vallon. Il ajouteque
fi le détroit eût été formé par un val
lon , on remarqueroit fur les côtes de Calais
& de Douvres une pente infenfible ::
montre que
JUI N. 1753 137
on verroit une tendance marquée dans les
couches paralleles de pierre & de terre qui
compofent la hauteur de la côte de Calais ,
pour prendre une courbure réguliere par
deffous les eaux & pour aller rejoindre leurs
correfpondantes à Douvres. Au contraire
la folution de continent eft bruſquée , &
annonce le défaftre de la ruption , en un
mot le travail de la mer. M. Defmareſt a
appuyé toutes ces réflexions de la defcription
raifonnée des cartes de M. Buache ,
qui , comme nous l'avons dit , accompagnent
cette Differtation . Enfin il finit cette
premiere partie par faire enviſager une
chaîne de montagnes , qui commence à fe
former dans l'Artois , & qui fe continue
en Angleterre , précisément dans la direction
de la langue de terre qui formoit l'If
thme au détroit.
M. D. expofe dans la feconde partie , le
méchanifme par lequel l'Ifthme a été enle
vé. Il remarque d'abord que les révolutions
qui arrivent à la furface de notre
globe font les effets des agens généraux
qui meuvent la maffe des eaux de l'Océan .
Il s'attache enfuite à faire voir les circonftances
particulieres , qui dans le cas préfent
augmentent l'intensité de ces ofciltations.
La premiere circonftance eft l'efpace
refferrée que préfente l'embouchure de
138 MERCURE DE FRANCE.
la Manche , aux marées , & qui viennent
de la pleine mer. Il prouve par plufieurs
faits avérés , combien cette difpofition des
lieux contribue à augmenter l'action des
vagues. Il examine à cette occafion com.
ment & pour quelle raifon les marées font
élevées dans la Manche & autour de l'An.
gleterre.
La feconde circonftance eft la hauteur
perpendiculaire des côtes de l'Ifthme , qui
ont du préfenter aux vagues une furface
aplomb de 80 à 200 pieds d'élévation.
La troifiéme circonftance eft la violence
du vent , qui s'infinuant dans l'embou
chure de la Manche avec toute la viteffe
acquife fur l'étendue de la pleine mer
qu'il a parcourue , rencontre un canat
qui fe referre infenfiblement , & qui la
condenfe par la difpofition de fes rivages ;
les vents d'Ouest qui font violens & du
rables fur les côtes , fe trouvent dans la
direction du canal de la Manche.
Après avoir établi les agens qui figurent
dans ce méchanifme qu'il adopte pour
la deftruction de l'Ifthme , l'Auteur parcourt
différens faits qui conftatent d'une
maniere authentique que la mer a été en
treprenante de tout tems & en plufieurs
endroits , mais furtout aux environs da
détroit. Il fait principalement remarques
JUIN. 1753. 139
d'après les obfervations de John Somner
que la plaine de Romney- Marsh eft comme
le dépôt où la plus grande partie des
débris de l'Ifthme ont été accumulés
par le
courant qui les y voituroit, Enfin il retrouve
dans le détroit de Calais deux caracteres
diftinctifs d'ouverture ; le premier
eft fa direction d'Orient en Occident : fituation
qu'il a prouvé être favorable par
l'examen particulier des agens locaux. La
feconde fe trouve dans les configurations
refpectives des côtes qui indiquent des angles
correfpondans , tels qu'on les obferve
aux bords d'un canal formé par les eaux
courantes :-il détaille ces angles d'après le
Neptune François.
M. Defmareft explique enfuite le méchanifme
par lequel il conçoit que la langue
de terre a été emportée ; il fait proprement
l'application des agens dont il a
expofé l'afcendant & l'énergie par des raifons
& par des faits ; il ne veut pas que cette
langue de terre ait été emportée par l'é
ruption d'un volcan , comme on pourroit
peut- être le foupçonner pour le détroit
de la Sicile. Il paroît que le fond du détroit
eft trop uniforme & trop profond
pour avoir été le foyer d'un volcan . Au
furplus , ajoute M. D. , ce volcan qui
dans les exploſions auroit fait fauter une
140 MERCURE DE FRANCE.
langue de terre de cette épaiffeur &
de cette étendue , auroit caufé au loin
des défaftres terribles , & auroit mis en
réſerve d'affreux témoins de la catastrophe
, qui nous exempteroient par leur
notoriété de la difcuffion dans laquelle
nous nous fommes engagés . Nous ne faivrons
pas M. Delmareft dans ce qu'il dit
fur l'action des vagues contre les rivages
de l'Ifthme pour les entamer & les miner
fucceffivement ; fur les progrès du travail
de la mer , qu'il évalue par un calcul
fondé fur une obfervation de M. Saul
mon au Trefport . Tout ceci n'eft pas fufceptible
d'extrait , c'eft une fuite de raifonnemens
qui fe tiennent , & qui perdent
à être détachés.
Nous renvoyons nos Lecteurs à la Dif
*fertation même , où l'on trouvera des conjectures
heureuſes , des raiſonnemens preffans
, & un ſtyle net & ferme.
DICTIONNAIRE Univerfel de Ma
thématique & de Phyfique , & c . Par M.
Saverien , de la Société Royale de Lyon .
Voici l'article des Arts que nous avons
promis ; ce fera le dernier. Nous avons
choifi celui de Mufique, convaincus qu'on
lira avec plaifir ce qui regarde cet Art
agréable. Nous ne citerons de ce grand
JUIN. 1753. I 41
morceau que la partie hiftorique c'eft
:
fans doute la moins importante , mais c'eſt
celle qui eft à la portée d'un plus grand
nombre de Lecteurs.
و د
» 2. On lit dans la Genefe , chap. IV.
» que Jubal , fils de Lameck , inventa la
» Mufique vocale & inftrumentale l'an
» 230 de la création du monde , & qu'Enos
» chanta le premier les louanges de Dieu .
» Jofeph ajoute à cela , que fubal inventa
auffi le pfalterion & la harpe ( Tom. 1 .
» chap. 9. ) . Mais qu'est- ce que
c'étoit que
» cette Muſique ? un Art ? une Science ?
» c'est ce que l'Ecriture Sainte ne dit pas.
» Ainfi fon témoignage ne nous inftruit
point de l'origine de la Musique ; elle
» nous apprend feulement qu'elle étoit en
ufage chez les Hebreux dans le tems de
» Jacob ; puifque Laban , fon beau -pere ,
» lui reprocha que s'il l'avoit averti de
»fon départ pour s'en aller dans fon
» natal , il l'auroit fait conduire en chantant
& au fon des inftrumens. Nous litfons
encore dans ce Livre faint ,
» Mufique produifit un miracle en faveur
» de ces peuples : c'eſt d'avoir fait tomber
» les murailles de Jericho au feul fon des
» trompettes , & cela pour en faciliter la
» prife. Il y avoit même des Muficiens
» dans ces tems reculés . On fçait qu'on
"
pays
, que la
142 MERCURE DE FRANCE.
» recevoit fpécialement les enfans måles
» de la famille de Levi , qui avoient de
la voix. On prétend même qu'on con-
» noiffoit les notes & les points , dont on
>> attribue l'invention aux Moforébes. Le
"
» Roi David paffoit pour auffi bon Mu-
» ficien que grand Joueur de harpe , ſur
laquelle il chantoit les Cantiques & les
» Pleaumes qu'il compofoit en vers. C'é-
» toit avec cet inftrument qu'il appaifoit
<«< les fureurs de Saül. Cet effet ſeul ſuppofe
une connoiffance plus que mécha-
» nique de la Mufique , & fur tout un
grand goût pour ce bel Art. Il femble
" même que David a connu l'harmonie ,
» ou du moins une forte d'harmonie ,
» l'agrément des accords. Ce Monarque
>> ordonna que dans les Temples il y au
» roit fix rangs de Chantres de chaque
» côté , par rapport aux fix tons de la Mu̸-
fique des Hebreux. Hafaph en fut le premier
Maître de Mufique . Si l'on en croit
Polidore-Virgile , David inventa une efpéce
d'orgue dont il jouoit avec un archet.
Mais ce qui décele bien les lumie-
» res de ce grand Roi dans cet Art , c'eſt
» le don qu'il fit en mourant à fon fils
Salomon. Il lui laiffa 2400 millions en
600 millions d'écus , en argent
»monnoyé , pour la conftruction du fa-
"
» or ,
JUIN. 1573
143
meux Temple de Jerufalem , qui étoit
une des fept merveilles du monde . La
fin de David dans la conftruction de ce
Temple , étoit d'y établir une Musique
magnifique , en y difpofant des fouterrains
, & des places convenables pour
cela. Salomon remplit les vûes de fon
pere , fuivant la defcription qu'il nous
refte de fon Temple ; il y avoit quatre
chambres fouterraines qui fervoient aux
› Concerts des Lévites , dont le nombre
pour le fervice du Temple étoit de vingtquatre
mille. Dans ces fouterrains on
› avoit mis cent mille crochets pour fuf-
• pendre les inftrumens qui y restoient
» toujours , crainte que la chaleur ne les
gârât . On y trouvoit jufques à quarante
» mille harpes , autant de citres d'or , à
» vingt carats , deux cens mille trompettes
d'argent , & quantité d'autres inftru-
» mens de Mufique. Deux Sur Intendans
" avoient foin de ces inftrumens. Enfin ,
" combien de Relations n'avons - nous pas
» de la Musique des premiers peuples du
»monde ? Ne lit on pas encore que les
Prophétes avoient befoin de bons
joueurs d'inftrumens , pour les exciter à
» l'enthoufiafme prophétique ? Il falloit
» même à Elifée un grand joueur de luth
pour faire quelque prophétie ; c'eft un
90
و د
144 MERCURE DE FRANCE.
fait , qu'il ne put rien opérer devant
" Azael , Roi de Syrie , qu'après qu'il eut
joué du pfaltérion .
99
»Toutes ces Hiftoires ne nous inftrui-
»
fent pas
fur
l'efpéce
de Muſique
que
connoiffoient
ces
gens
-là.
Quelques
Au-
» teurs
célébres
prétendent
avoir
vû des
fragmens
de Mufique
notés
de ce tems
,
» & qu'on
affure
très- harmonieux
. Malgré
» la célébrité
de ces Auteurs
d'ailleurs
ref-
» pectables
, cette
prétention
eft une
pure
>> chimere
. Pour
fçavoir
donc
quels
ont
été
» les premiers
principes
du grand
Art
dont
je fais
l'Hiftoire
, il faut
en
rapprocher
» l'origine
.
-93
"
"
» Tous les Muficiens conviennent una-
» nimement , qu'on doit aux Grecs les ré
gles de la Mufique ; & ceux- ci en font
» honneur à Mereure , un homme que les
Mythologiftes ont bien voulu transfor-
» mer en Dieu , fils de Jupiter & de Maya,
l'une des fept Pleyades. Il inventa la
lyre à quatre cordes , tendues fur l'écaille
>> d'une tortue , dont les accords de la plus
»baffe répondoient à la note mi , & les
>> trois autres à celles de fa , fol , la , qui
marquent les quatre tons ou modes prin
cipaux de la voix. Ces modes font les
premiers fondemens de la Mufique. Sui-
» vant Diodore de Sicile , ces quatre cor-
و د
"
و د
59
des
JUIN. 1753. 145
23
des avoient rapport aux quatre faifons
» de l'année . Cet Auteur ajoûte , que Mer
» cure fit préfent de cette lyre à Apollon ,
» dans le tems qu'il étoit pasteur des troupeaux
du Roi Amete ; que celui - ci la
» donna à Orphée , qui augmenta les pre-
» miers principes de la Mufique , comme fit
auffi Amphion , par les doux accords de
» fa voix & de fon luth .
20
ور
ود
» Cette origine paroît fabuleufe , parce
» que ce font ici les Héros de la Fable .
» Mais eft ce la faute de ces Muficiens ,
» s'il a plû à des hommes d'en faire des
» Dieux , des êtres imaginaires ? Le Pere
» Pezron a prouvé que le fond ou le can-
» nevas de la Fable , eft une Hiftoire qu'on
» a falfifiée , & l'Auteur de l'Histoire de
ta Mufique fait bien voir la vérité de cette
origine. Quoiqu'il en foit , telle fut
» la Mufique des Grecs , & tel fut le
30
premier
fyftême de cet Art. Il parut l'an
» du monde 2115 , & fubfifta 1500 ans ,
» jufqu'au tems de la naiffance du fameux
» ythagore. On doit à ce Philofophe le
» fecond fyftême de Mufique , qu'un heu-
» reux hazard , fecondé par une belle ima
» gination & de grandes connoiffances ,
»lui fit découvrir. Un jour comme il fe
promenoir , il entendit des forgerons
qui battoient à grands coups de mar
33
11. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
" teaux un fer chaud fur l'enclume , & re
marqua que ces coups formoient des ac
» cords. Surpris de cette nouveauté , Pythagore
entra dans la forge , pour mieux
juger de cette difference de fons , ou
» cette forte d'harmonie. En examinant
» les marteaux , il reconnut que la diffe
rence des fons dépendoit des differens
poids des marteaux . Pour mettre cette
» découverte à profit , Pythagore tendit
» differentes cordes , par le moyen de
» poids differens. Or il trouva qu'une corde
tendue par un poids de 12 livres ,
comparée au ton d'une autre corde ten-
> due par un poids de 6 livres , étoit dans
le rapport de 2 à 1 , qui eft l'octave.
Celle qui étoit tendue par un poids de
» 8 livres , rendit un fon qui étoit à celui
de la premiere , comme 3 à 2 , ou 1-2 à
8 , ce qui forme la tierce ; & enfin
qu'une quatriéme corde tirée par un
poids de 9 livres ༡ , donnoit un ton qui ,
» comparé à celui de la premiere , formoir
la quarte. Ces connoiffances mûrement
» digerées , donnerent ,à Pythagore l'idée
'd'un inftrument pour trouver les pro
» portions & les quantités des fons.
(Voyez Monochorde. ) Il inventa enfuite
une efpéce de luth on de lyre ,
compofée de fept cordes , au lieu que la
99
و
JUIN. 1753.
147
•
lyre de Mercure n'en avoit que quatre.
»Le nombre de fept fut dirigé , dit- on ,
par celui des planettes , dont Pythagore
croyoit les mouvemens mélodieux ,
» (Voyez Aftre). Ces fept cordes lui fervi-
» rent de modéle pour trouver les fept
» tons principaux de la voix. Les tons &
» les modes ainfi découverts , on forma un
nouveau fyftême de Musique , qui fic
» abandonner celui de Mercure.
"
و د
» Quelque tems après , un Muficien
» nommé Simonide , s'avila d'ajouter à
» l'inftrument de Pythagore , une huitiémę
» corde pour former un huitiéme ton ,
» dans la vûe de mieux accommoder les
>> accords de la voix à ceux des inftrumens,
» fans s'écarter néanmoins des principes
» du fecond fyftême. Mais ce fyftême fut
» attaqué par Ariftorene de Tarente , Dif
ciple d'Ariftote , & par Didyme , grand
Muficien de ce tems. Sur ce que Pythagore
» vouloit qu'on jugeât des fons par tes
régles des Mathématiques , ceux- ci pré-
» tendirent que l'oreille devoit feule en
» décider. Pour appuyer cette opinion ,
» Ariftoxene inventa un nouvel inftrument ,
» qu'il appella Teirachorde , compofé de
" quatre cordes , avec lequel il trouva
» l'ordre des fons ou voix diatoniques
» les confonnances & les diffonnances des
ל כ
Gij
148 MERCUREDE FRANCE,
ת
و ر
» tons , fuivant le jugement de l'oreille .
Malgré les efforts de ce Muficien , le
fyfteme de Pythagore le foutint , & on
» donna à celui d'Ariftoxene le nom de
Tempéramment ; ce qui forma une nou-
» velle fecte de Muficiens . Ainfi la mé
thode de Pythagore fubfifta encore cinq
» ou fix cens ans chez les Grecs.
»
33
ور
"
ע»Leschofesenétoientlàen3600du
» monde , lorfque parut le célébre Olympe,
» doué d'un génie peu commun. Après
» avoir approfondi le fyftême de Pytha-
»gore , Olympe remarqua que les huit
» tons connus , c'eft- à- dire , les fept de
Pythagore , & le huitiéme de Simonide , il
» remarqua , dis je , que ces tons paſſoient
» trop vîte de l'un à l'autre , ce qui ren-
» doit la Mufique fort dure . Il falloit
» la rendre plus douce , y mêler des agré
» mens , ou mettre des intervalles dans le
» paffage de ces tons. C'eft à quoi s'atta-
» cha Olympe , & à quoi il parvint par les
و ر
pour
femi-tons. Il les découvrit avec un inf-
» trument femblable à celui de Pythagore ,
» fur lequel il tendit une corde plus fine
Ȉ chaque diftance ou intervalle de huit
» cordes , qui exprimoient ou qui ren-
» doient les huit tons. A une découverte
» fi brillante , la Musique changea de face.
» En combinant fes femi -tons avec les
JUI N. 1753 149
tons entiers , le grand Olympe forma un
» fyftême qui comprit les trois genres
principaux de la Mufique vocale & inf-
» trumentale ; fçavoir , le diatonique , le
» chromatique, & l'enharmonique . ( Voyez
39
» ces mots .
"
Enfin , ces trois fameux fyftêmes de
Muſique , répandirent un fi grand jour fur
>> toute la théorie de cet Art , que les Muficiens
y firent fans peine des additions.
» On inventa une infinité de caracteres ,
» de lettres couchées , de notes differen-
» tes , & d'autres figures dont le nombre
» étoit de plus de douze cens , fans parler
» du coma , inventé par Ariftoxene , qui
» fert à diviſer un ton plein en neuf par-
" ties , dont quatre font le femi -ton ma-
(
و ر
jeur , & cinq le deni -ton mineur . Cet-
" te multiplicité de caracteres ne fut rien
moins que favorable au progrès de la
Mufique. Les Latins qui le comprirent ,
» l'en débarrafferent , & fubftituerent en
leur place les quinze premieres lettres
» de l'alphabet , dont chacune marquoit
» les differences des tons des voix dont
«< ils compoferent une Table , qui fut nommée
Gamma , d'où vient le mot Gamme.
Boece , l'an soz de Jefus Chrift , la re- 502
» mania , ajouta à la Mufique des Latins ,
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
» & en cet état elle fleurit en Italie juſques
» au tems du Pape Saint Gregoire le Grand,
" très fçavant Muficien. Ce Pontife , qui
» non content de protéger les Arts , les
» cultivoit , obferva d'abord que les huit
» dernieres lettres de la gamme des Latins
» ne faifoient qu'une répétition , ou une
» octave plus haute que les fept premiers
» fons. Il les réduifit aux fept premieres
» lettres que l'on réitéroit plus ou moins ,
» tant en haut qu'en bas , felon l'étendue
a des chants , des voix & des inftrumens ,
» fans altérer néanmoins le fond des fyf-
» têmes de la Muſique des Grecs , lefquels
» fubfiftoient en 1224 de Jefus - Chrift , où
» Ġui Laretin inventa un quatriéme fyftê-
» me , appellé le Moderne , fi original &
» fi généralement eftimé ,» que je dois m'at-
» tacher à le faire connoître.
39
»
›
Ayant remarqué que les noms que les
" Anciens donnoient aux cordes de leur
» fyftême étoient trop longs , Gui Laretin
» ſubſtitua en leur place les fix fameuſes
fyllabes ut , re , mi , fa , fol , la , qui lui
» vinrent d'abord dans l'efprit , en chan-
» tant la premiere ftrophe de l'Hymne de
» Saint Jean-Baptifte , dans laquelle elles
» font effectivement renfermées , comme
on le voit ici :
JUIN
. 353 1753
29
و د
» Ur queant laxis
» Mira geftorum
» SOLVe polluti
و ر
REfonare fibris
Famuli tuorum
Labii reatum
Sanite Joannes.
Angelo Berardi , Sçavant d'Italie , a
renfermé ces fyllabes dans le vers fuivant
:
UT RElevet Miferum Fatum SoLitofqueLabores.
» Une grande raifon de Laretin , en
abrégeant les noms des cordes , étoit de
pouvoir les écrire au deffus des fyllabes
on texte , comme on le pratiquoit alors.
» Mais il s'apperçut que cette maniere
d'écrire les notes ou fons fur une même
» ligne , ne faifoit pas affez diftinguer les
fons graves des fons aigus , & n'aidoit
ainfi que foiblement la mémoire & l'imagination.
Dans un beau génie , la
» connoiffance
d'une néceffité eſt preſque
toujours le germe d'une découverte ; à
peine Laretin fe fur convaincu de l'im-
» portance de diftinguer autrement les
» fons graves des fons aigus , qu'il trouva
» un moyen à cette fin , en tirant plufieuts
lignes paralleles , entre lefquelles il mertoit
certains points ronds ou quarrés ,
» immédiatement
au-deffus de chaque fyl-
&
labe , qu'on a depuis appellé Notes ,
و ر
G. iiij.
752 MERCURE DE FRANCE.
» qui par leur fituation haute ou baffe des
» degrés que ces points occupoient fur
» ces points ou entr'elles , faifoient diftin-
» gner tout d'un coup les fons graves
des
los aigus. Et pour marquer plus précilément
quel fon chacun de ces points"
repréfentoit , Laretin prit les fix pre-
» mieres lettres de l'alphabet des Latins ,
» au- deffous defquelles il mit le caractere ,
« ou le gamma des Grecs , afin de rappel-
» ler l'origine de l'art de noter des Grecs.
"
Comme ces lettres étoient deftinées à
" ouvrir ou donner la connoiffance des
»fons , il les nomma clefs , & les ayant
»
jointes avec les fix fyllabes ut , re , mi ,
» fa , fol , la , il en forma une Table , qu'il
» nomma gamma , & dont le nom s'eft encore
confervé. On conjecture qu'il mit
d'abord à la tête de chaque ligne , &
entre chaque ligne une de ces fept clefs,
qui marquoient le nom qu'on devoit
donner à tous les points , ou notes pla-
» cées fur ces lignes & entr'elles. Ainfi la
» note qui étoit fur la ligne où étoit la
» lettre ƒ , actuellement une clef, étoit un
fa La feconde note au- deffous du fa ,
» étoit un mi , parce qu'elle répondoit à
la clef E , par où Laretin défignoit cette
note : ainfi des autres. S'étant enfuite
apperçu que l'ordre naturel des notes
و د
»
TUIN. 1753.
153
fuffifoit pour les faire reconnoître quand
on en avoit déligné une , cet ingénieux
» Muficien fupprirna toutes ces clefs qui
chargeoient toutes les lignes , & fe con-
» tenta d'en caracterifer une . En effet ,
» un fa étant défigné , la note fuivante
» doit être un fol , celle d'enfuite un la ,
39 & c.
ود
و د
Quelque rapides que foient les progrès
de Gui Laretin dans la Mufique , &
quelque étonnant qu'il paroiffe qu'un
» homme feul ait fait tant de découvertes
fur cet Art , nous n'avons pas encore vû
» le point de perfection cù ce grand Muficien
le porta . Non content de la divifion
des deux femi tons des Grecs ,
» entre les deux notes la & fi qu'il appel-.
» loit dans fon lyftême A & B , Gui Laren
mit quelquefois fur le B ou le fi
» un b
pour marquer que de l'A au Bil
» ne falloit élever la voix que d'un ſemi-
» ton. Et parce que cette intonation a
quelque chofe de plus tendre & de plus
» doux , que lorfqu'on éleve la voix d'un
" ton plein , il donna à ce b l'épithète de
» mol , d'où vient l'origine des bémols .
»
93
» Enfin , après avoir ajouté au deffas de
la plus haute corde de l'ancien fyftême ,
une corde au- deffous de la plus balle des
» anciens , & quatre autres au- dellus de
1
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
la plus haute , ce Muficien compoſa ſon
fyftême de 22 cordes , çavoir de 20
» diatoniques , qui forment ce qu'on a
» appellé depuis l'ordre béquarre , ou na-
» turel ; & deux baillées d'un demi -con
" plus bas que le naturel , qui changeant
»l'ordre naturel de quelques notes , pro-
» duifirent l'ordre qu'on nomme diatoni-
» que bémol , ou fimplement bémol.
"
Telles font les découvertes du fameux
Gui Laretin . Comme l'on n'eft pas grand
» homme impunément , Meibonius & Bon
temps les lui ont chicanées. Ils ont formé
outre cela des difficultés contre lon fyl
ême, Mais fans nous arrêter , ni à leur
» mauvaiſe humeur , ni à leurs objections,
fuivons le fil de notre Hiftoire de la
Mufique qui nous intéreffe davantage. -
»
Jufques- là les fons le trouvoient naturellement
de 7 en 7 degrés , qu'on
? pouvoit répéter d'octave en octave à
» l'infini. Afin de donner la facilité d'exprimer
tous les degrés de l'octave ; d'en
» templir tous les intervalles , & de faire
» cette répétition indéfinie , fans changer
» le nom à aucune des notes , on imagina
» d'ajouter aux fix fyllabes de Gui Laretin ,
» une feptiéme fi. On trouva enfuite
» qu'entre toutes les cordes qui font l'iatervalle
d'un ton , on pourroit mettre
JUI N. 1753. 155
une corde mitoyenne qui les partageac
en deux femi- tons . On ajouta donc 1º .
» au fyſtême de Gui Laretin la corde chro-
» matique , appellée communément bémol ;
aux cordes chromatiques des anciens
celles qui partagent les tons majeurs ,
ou les intervalles par lefquels le inilieu
» de chaque tétrachorde eft formé en deux
» femi tons , & cela en élevant d'un ſemi-
" ton la plus baffe des cordes ; ce que l'on
marque aujourd'hui par un double die-
» ze , que l'on met du côté gauche fur le-
» même degré , & immédiatement devant
» cette plus baffe note.. De là on conclut
que les mineurs , ou les intervalles qui
terminent en haut chaque tétrachorde ,
devoient être aufli fufceptibles de ce
» partage que les tons majeurs. Ainfi on
augmenta le fyftême des Grecs de ces.
cordes chromatiques qui y manquoient..
Enforte que chaque octave eft aujour
»-d'hui compofée de 13 fons ou cordes
» & de 12 intervalles on femi-tons , fçavoit
de huit fons diatoniques ou natu-
"-rels , & de 5 chromatiques ou diezes.
Par ces additions la Mufique le dépouilloit
, mais elle étoit encore bien
» refferrée . A mesure qu'on le fentit , on
multiplia les cordes , afin d'y trouver
plus de fond pour les parties de l'harmoý
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE .
nie , & ces augmentations ont donne
29 cordes diatoniques & 20 chromati-
» ques. Tout cela compofe aujourd'hui 8
» tétrachordes ou 4 octaves , formées de 8
fons diatoniques & de 5 chromatiques.
» Ce font ces quatre octaves qui font l'é-
» tendue ordinaire du fyftême moderne ,
» ou des orgues & des clavecins . Il me
» refte à parler de l'invention de la figure.
» des notes , & ce qui y a donné lieu .
"
» Comme l'égalité des notes du fyftême
» de Gui Laretin rendoit les chants trop
» uniformes , qu'elle les privoit de cette
» variété de mouvemens , tantôt lents ,
» tantôt vîtes , qui en font le plus grand
» agrément , & qu'elle obligeoit fouvent
»de prononcer très- defagréablement les
fyllabes du texte , un Docteur de Paris
» allez connu ( Jean des Murs ) inventa
» vers l'an 1330 les differentes figures des
» notes , par lesquelles on juge tout d'un
coup combien de tems doit durer préci-
» fément chaque fon .
»
C'est ainsi que la Mufique eft parve-
» nue à l'état où elle eft aujourd'hui , &
c'eft en fuivant ce dernier fyftême que
le fameux Lully & le grand Rameau ont
"produit de fi belles chofes , & c. & c .
JUI N. 1755. IST
LE PRINTEMS ,
IDYLLE ALLEGORIQUE.
J
Par M. Tanevat .
Euneſſe de l'année , agréable ſaiſon ,
Mere des doux zéphirs , des fleurs
gazon ,
d'un verd
Charme de la Nature & fa gloire premiere ,
Fille du Dieu brillant , qui répand la lumiere ;
Par combien de tréfors & d'objets raviffans ,
Au fein de la verdure enchantez - vous mes fens !
De mille aftres divers , chaque jour décorée ,
La terre le difpute à la voûte étherée ,
Elle exhale fans cefle un parfum gracieux ,,
Et l'air pur retentit de concerts précieux.
Des portes du matin la diligente Aurore
Arofe de fes pleurs tous les préfens de Flore
Tandis qu'ornant les Cieux de leur éclat vermeil
Les roles opt tracé la route du Soleil :
L'Amante de Titon ouvre enfin la barriere ,
Et.le pere du jour commence la carriere ;
Ses obliques rayons , tempérant leurs ardeurs ,.
Diffi , ent lentement d'agréables vapeurs.
炒菜
Ceres voit dans vos mains fa belle deftinée ;
258 MERCURE DE FRANCE.
Du plus brillant émail Pomone eft couronnée;
Déja du Dieu Bachus , fur ces rians côteaux ,
Les pampres reverdis embraffent les ormeaux.
Vous ranimez les feux confervateurs du monde ;
Et rendez , en toas lieux , la Nature féconde .
On compteroit plutôt les feuilles des forêts ;
Les habitans des eaux , les épics des Guerêts ,
Que le nombre d'Amours qui dans cette contrée;
Nous ramenent les tems de Saturne & de Rhée ;
Hs rempliffent les bois , les champs & les vergers,
Il en eft de conftans , il en eft de legers ;
Ceux -ci réfident peu , s'envont d'une aîle agile,
Habiter promptement & la Cour & la Ville.
Il en eft de rufés , il en eft d'ingenus ,
De coquets , de fripons * , & de plus retenus,!
De timides ; ceux- là ne réuffiffent guère :
D'autres qui vont toujours à l'ombre du myſtère ,
Quelques- uns moins voilés , mais fins & délicats ,
Er ces derniers fouvent ,font d'heureux candidats.
Enfin fuivant nos goûts , vous les faites éclore ;.
Des rives du Lignon il s'en échappe encore.
En a.r'on vûjamais de plus francs , de plus dour,
Que ceux qui fur ces bords conduiſent ces époux ?
O le couple charmant ! quel favorable augure!
Printems délicieux ! c'eft ta vive peinture.
Ruer improbus, dis Virgile en parlant de l'Amour.
JUIN.
1753. -159
Cette Nymphe divine étale mille appas :
•
Que de nouvelles fleurs éclofent fous les pas !
Son Amant la contemple , & d'une ardeur fincère
Invoque avec l'Hymen tous les Dieux de Cythère
Un Autel élevé par la main des Amours ,
Doit d'une chafte flâme éternifer le cours
Les fermens font reçus : & toute la nature
S'embellit au moment d'une union fi pure.
Des boccages voifins les oiſeaux raſſembléș ,
Célébrent cet Hymen par des chants redoublés à
Un prodige faccéde à leur ramage tendre.
Dans la vague des airs ces mots fe font entendres:
Par la faveur des Dieux , par ce noeud folemnel ,
Ces épouxjouiront d'un printems éternel.
ë
SPECTACLE S.
2.
L'inchémi Bayrore, après trente-cinq
'Académie Royale de Mufique a retiré
sepréſentations , & a donné le Mardi s
Juin , les Fêtes Grecques & Romaines , done
les paroles font de M. Fuzelier & la Mufique
de M. Blamont , Surintendant de la
Mufique du Roi , & Chevalier de l'Ordre
de S. Michel. Ce Ballet heroique repré
fenté peur la premiere fois en 1723 & repris
en 1733 & eu 1741 , eft fi connu ,
qu'il fuffira de nommer les Acteurs qui y
158 MERCURE DE FRANCE.
Du plus brillant émail Pomone eft couronnée,
Déja du Dieu Bachus , fur ces rians côteaux,
Les pampres reverdis embraffent les ormeaux.
Vous ranimez les feux confervateurs du monde
Et rendez , en tous lieux , la Nature féconde.
L
On compteroit plutôt les feuilles des forêts ;.
Les habitans des eaux , les épics des Guerêts ,
Que le nombre d'Amours qui dans cette contrée ;,
Nous ramenent les tems de Saturne & de Rhée ;
Hs rempliffent les bois , les champs & les vergers.
Il en eft de conftans , il en eft de legers ;
Ceux-ci réfident peu , s'en vont d'une aîle agile,
Habiter promptement & la Cour & la Ville .
Il en eft de rufés , il en eft d'ingenus
f
De coquets , de fripons * , & de plus retenus ,!
De timides ; ceux- là ne réuffiffent guère:
D'autres qui vont toujours à l'ombre du mystère ,
Quelques- uns moins voilés , mais fins & délicats ,
Er ces derniers fouvent , font d'heureux candidats..
Enfin fuivant nos goûts , vous les faites éclore ; .
Des rives du Lignon il s'en échappe encore.
***
En a.r'on vûjamais de plus francs , de plus dour,
Que ceux qui fur ces bords conduisent ces époux ?
O le couple charmant ! quel favorable augure !
Printems délicieux ! c'eft ta vive peinture.
* Euerimprobus, dit Virgile en parlant de l'Amour.
TUIN.
-159 1753.
Cette Nymphe divine étale mille appas :
Que de nouvelles fleurs éclofent ſous ſes pas !
Son Amant la contemple , & d'une ardeur fincère
Invoque avec l'Hymen tous les Dieux de Cythère
Un Autel élevé par la main des Amours ,
Doit d'une chafte flâme éternifer le cours.
Les fermens font reçus : & toute la nature
S'embellit au moment d'une union fi pure.
Des boccages voifins les oifeaux raffemblés ,
Célébrent cet Hymen par des chants redoublés à
Un prodige fuccéde à leur ramage tendre.
Dans la vague des airs ces mots fe font entendres:
Par la faveur des Dieux , par ce noeudfolemnel ,
Ces épouxjouiront d'un printems éternel.
AAAAAAAAAAÏAAAAAAAAA
SPECTACLE S.
L'A
'Académie Royale de Mufique a retiré
Titon & l'Aurore , après trente- cinq
sepréſentations , & a donné le Mardi s
Juin , les Fêtes Grecques & Romaines , done
les paroles font de M. Fuzelier & la Mu
fique de M. Blamont , Surintendant de la
Mufique du Roi , & Chevalier de l'Ordre
de S. Michel . Ce Ballet heroique repré
fenté peur la premiere fois en 1723 & repris
en 173.3 & en 1741 , eft fi connu
qu'il fuffira de nommer les Acteurs qui y
Too MERCURE DE FRANCE.
jouent. Les rôles d'Apollon , d'Erato-j
de Clio , de Terpficore font remplis dans
le Prologue , par M. Gelin , Mlles Jaquet
& Dubois , M. Poirier. Dans les perfonnages
danfans , Mlle Puvigné fait le rôle
de Terpficore , & M. Veri elai de chef
de la-danfe..
Dans la premiere Entrée , qui eft celle
des Bacchanales , les rôles d'Antoine , de
Deros , de Cléopatre, d'une Egyptienne &
d'un Egypan , font remplis par Mrs de
Challe & de la Tour , Milles Chevalier &
Gaultier , & M. Gelin .
Dans la deuxième , intitulée les Jeux
Olympiques , Alcibiade , Timée , Afpafie ,
Amintas , Zelinde , font joués par M. de
Chaffé , Miles Jaquet & Dubois , M. Poirier,
Mlle Chefdeville. Les deux luteurs
font Mrs Veftris & Lyonnois Dans les
Saturnales qui forment la troifiéme entrée,
les rôles de Delie , de Plautine , de Tibale
, d'une Bergere , font remplis par Miles
Chevalier & Dubois , M. Jeliotte & Mlle
Dubois.
Les Comédiens François ont remis le
Same 19 du mois dernier les trois Confines
, Comédie de Dancourt , en Profe &
en trois Actes & avec trois Divertiffemens.
Cette Piéce n'avoit point été donJUIN.
1753. 161
née depuis le mois de Mars 1750. A cette
reprife , les rôles des trois Coufines ont
été remplis par Mlles Dangeville , Gauffin
& Grandval ; celui de la Meuniere par
Mlle la Motte , & ceux de Delorme & du
Garde Moulin , de l'Epine , de Giflot &
du Bailly par Mrs Paulin , Armand
Drouin , Bellecourt & la Thorilliere . On
a été très content & de la Piece & de la
maniere dont elle a été jouée ; mais on
n'en a pas trouvé les Ballets auffi bien deffinés.
Le petit Pietro qui a danfé avec tant
d'applaudiffemens fur le Theatre de l'Opera
Comique à la Foire S. Germain , eft
le feul qui fe foit diftingué dans les Divertiffemens
des trois Coufines ; il y a
danfé deux entrées comiques d'une maniere
furprenante.
Les mêmes Comédiens ont remis le
Vendredi premier de ce mois , le Moulin
de Javelle , Comédie en Profe , & en un
Acte , de Dancourt , avec un Ballet nouveau
, & une Pantomime danfée par Mlle
Buggiani & M. Cofimo Mananefi , danfeurs
Italiens qui ont paru avec tant d'éclat
fur le théatre de l'Opéra Comique , à
la derniere Foire S. Laurent. Les rôles de
Mefdames Simoneau , du Roullet , Bertrand
, de la Comteffe de la Grenouillese
, & de la Soubrette , dans la pièce du
162 MERCURE DE FRANCE.
> Moulin de Javelle ont été joués par
Mlles Guéan , Huffe , la Motte , Brillant
& Beaumenard ; ceux du Fiacre , du Valet
de Simonneau , de Duroullet , de Ganivet
, du Chevalier , de Bertrand , du
Robin , de M. Grimaudin & de Nicolas ,
l'ont été par Mrs Armand , Deſchamps
la Thorilliere , Bonneval , Dangeville ,
Bellecourt , Paulin , Drouin , Dubreuil &
Baron. On a été plus content du Ballet du
Moulin de Javelle , que de ceux des trois
Coufines ; les Danfeurs Italiens y ont eu
le fuccès le plus complet. Mlle Huffe qui
vient d'être reçue pour la premiere demipart
qui vaquera , a été bien accueillie du
Public.
Les Comédiens Italiens continuent les
repréſentations de Raton & Rofette , Parodie
de Titon & l'Aurore. Cet Ouvrage
qui vient d'être imprimé chez Prault fils ,
& dont on trouvera l'extrait dans le Mercure
prochain , eft applaudi depuis les
changemens heureux que M. Favard y a
faits. Il a été précédé pendant quelques
repréſentations , de Baroco , Parodie du
Joueur , Intermede Italien ; laquelle lorfque
feu Theveneau en chantoit le princi
pal rôle , avoit fait un fi grand effet ; la reprife
de cette rapfodie a été extrêmement
JUIN 17538 163
malheureufe & le devoit être. Mlle Favard
y a parodié Mlle Tonelli avec les
graces ordinaires.
CONCERT SPIRITUEL.
E Concert du Jeudi 31 Mai , jour de
1
LFAfcenfion , commença par la fixićme
Sonate des pieces de clavecin de M.
Mondonville , mife en grand concert ;
enfuite Latatusfum , Motet à grand choeur
de M. Cordelet , dont nous avons déja
annoncé la chûte , & qui ne s'eft pas relevé.
Mrs Merchi freres , jouerent un concerto
de leur compofition fur le Calfon
cini : c'eft ua inftrument à deux cordes
montées ſur le re & le la , par conféquent
très-borné ; mais la maniere extraordinai
re dont les deux Muficiens Italiens en
jouent , le rend très-furprenant & affez
agréable. Mlle Davaux chanta avec ce bel
organe qui donne de fi grandes efpérances
, Ufquequo Domine , petit Motet de M.
Mouret. M. Gaviniés joua feul & bien .
Le Concert finit par le fublime Fenite exul
temus , de M. Mondonville .
164 MERCURE DE FRANCE
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗券
NOUVELLES ETRANGERES.
DU NORD.
DE MOSCOu , le 29 Avril.
Left arrivé un Courier du fieur Obrefxoy's
IRéficat de Pumpcraurice à la porte.
Courier a apporté des lettres du Baron de Pencxler
, du fieur Porter & du Baron de Hochepied ,
pour les Miniftres des Cours de Vienne & de Londres
, & pour celui des Etats Généraux des Provinces-
Unies Ces Miniftres ont communiqué au
Comte de Beftuchef , Grand Chancelier , le contenu
de ces dépêches . Le Baron de Bretlack ,
Ambaffadeur de l'Empereur & de l'impératrice
Reine de Bohême & de Hongrie , & le fieur Guy➡
dickens , Envoyé du Roi de la Grande- Bretagne ,
ont eu ees jours ci avec le Grand Chancelier ,
une conférence à l'occaſion de laquelle ils ont fait
partir des Couriers pour leurs Cours refpectives.
DE WARSOVIE , le 2 Mai.
Il s'eft élevé depuis quelque tems un grand
différend entre le Clergé & la Nobleffe de ce
Royaume . Selon la Nobleffe , le Clergé ne doit
poin jouir de tous les droits qu'il s'attribue , &
pl fieurs de ces droits font contraires aux Loix
fondamentales de la Nation . Le Clergé de fon
côté appuye fes prétentions fur une poffeffion ,
dans laquelle il n'a point été troublé de tems immémorial,
Sa Majesté, qui depuis ſon avénement à
€
JUIN. 1753. 165
fa Couronne , s'eft conftamment occupée du foin
a'entretenir l'union parmi les différens Ordres du
Royaume , a vû avec peine la naiflance de ces
divifions. Pour les faire ceffer , Elle a déja employé
les exhortations les plus pathétiques . Elle
fe propoſe , à lon retour en Pologne , de travailler
efficacement à rétablir la paix . Le Grand Ma
réchal de la Couronne a envoyé à Dreſde un long
Mémoire , qui contient le détail de tous les griefs
de la Noblefle.
DE STOCKHOLM , le 4 Mai.
Le 26 du mois dernier , le Roi nomma le Duc
de Mecklenbourg Strelitz , Chevalier de l'Ordre
des Seraphins ; le Vice- Amiral Ruth & le fieur
Saltza , Commandeurs de l'Ordre de l'Epée , le
Comte de Strahlenheim , le Baron de Hekel , le
Baron de Falkenber , & les fieurs Rehnberg ,
Winckler , Gyllengham & Grauberg , Chevaliers
du même Ordre. Le Baron Charles Alexandre de
Liliencreutz , le feur Engelbrecht , Vice Préfident
du Tribunal de Wi mar ; le fieur Colin
Campbell , Confeiller du Contel de Commerce ,
& le fieur Linnæus , Premier Médecin de Sa Majefté
, ont été faits Chevaliers de l'Ordre de l'Etoile
Polaire.
DE COPPENHAGUE , le 5 Mai .
Un grand nombre d'Ouvriers travaille à appla
nir le terrein deftiné pour le camp projetté Les
troupes qui doivent s ' flembler dans ce camp ont
ordre de le tenir prêtes à marcher pour s'y rendre,
L'Octroi que le fier Raabe , Confeiller Privé
, avoit obtenu pour Petabliffement d'un Mont
166 MERCURE DE FRANCE.
de Piété, & qu'il avoit cédé à la Dame de Jen
tofft , vient d'être annexé pour toujours à l'Hô
pital des Matelots Invalides. Les Députés du College
de l'Amirauté auront déformais la Direc
tion de cet établiſſement , & leur geſtion doit
commencer le mois prochain . Ils payeront une
fon certaine fomme à la Dame de Jentofft pour
dédommagement.
Le Baron Conrad Ditleu de Knuth , époufà le
27 du mois dernier , la Comtefle de Reventhiau.
ALLEMAGNE
,
DE VIENNE , le 28 Avril.
A la fin du mois prochain , le Comte Nicolas
Efterhafi prendra la route de Ruffie , où il va réfider
en qualité d'Ambaffadeur de leurs Majeſtés
Impériales. Le Comte de Collorédo , nommé pour
remplir les fonctions de leur Miniftre auprès du
Roi de la Grande Bretagne , ne tardera pas non
plus à partir pour la deftination. Le Marquis de
Maio , Ambafladeur du Roi des deux Siciles , arrivera
ici dans quelques jours.
Il eft décidé que le Général Haddig aura le
commandement du camp que l'on a réfolu de former
en Hongrie. Le Prince Vinceflas de Lichtenftein
, qui doit commander le camp de Thein
en Bohême , fait préparer en diligence ſes équipages
. Si l'on en croit le bruit public , l'Empereur
ira voir ce camp. L'Impératrice Reine a élevé
au grade de Major Général , le Baron de Reichelin
, Colonel Commandant du Régiment d'Ins
fanterie de Harrach .
Il paroît une Ordonnance par laquelle l'Impératrice
Reine fixe à vingt-quatre ans , l'âge auJUIN.
1753. 167
quel les jeunes gens de l'un & de l'autre fexe entreront
à l'avenir en majorité. Cette Princeffe
vient de fonder dans l'Univerfité de cette Ville ,
quatre Chaires de Profeffeurs en Droit ; l'une pour
les Inftituts & le Code ; une autre pour le Digef
te ; la troifiéme pour le Droit Canon , l'Hiftoire
du Droit , & le Droit naturel , la quatrième pour
le Droit des gens , & le Droit public de l'Allemagne.
Les Profeffeurs qui rempliront les deux
dernieres de ces Chaires , auront le Titre de Confeillers
Auliques , & les deux autres celui de Conleillers
de Régence. Il y aura quatre mille flo
rins d'appointemens attachés à la place de Profeffeur
du Droit des gens & du Droit Public de
l'Allemagne ; trois mille cinq cens pour le Profeffeur
du Droit Canon ; trois mille pour celui
qui expliquera le Digefte , & deux mille pour ce
lui qui fera chargé des leçons fur les Inftituts &
fur le Code. Les quatre nouvelles Chaires ne feront
données qu'au concours , & l'Archevêque
de cette Capitale , en qualité de Protecteur des
études , préfidera à l'examen des Candidats.
Ce matin l'Impératrice Reine a déclaré qu'Ellé
accordoit la charge de Grand-Maître de fa Maiſon
au Comte d'Uhlfeld ; celle deChancellier d'Etat
& de Cour , au Comte de Kaunitz- Rittberg, cie
devant Ambaffadeur de leurs Majeftés Impériales
auprès du Roi Chrétien ; celle de Chancelier de
Cour pour tous les Etats héréditaires d'Allemagne
, au Comte de Haugwitz ; & celle de Vice-
Président du Directoire & de Confeiller d'Etat intime
, au Baron de Bartenftein , pour le dédomager
de la place de Secrétaire d'Etat de la conférence
, dont il étoit en poffeffion , & qui a été fupprimée.
Outre cet arrangement , L. M. Impériales
ont nommé le Comte de Rofenberg leur Ambaſſa
168 MERCURE DE FRANCE.
deur auprès de la République de Venife. Le Mar
quis de Botta d'Adorno doit quitter Bruxelles pour
aller remplir les fonctions de Miniftre Plénipotentaire
de l'Empereur en Italie Il fera remplacé .
dans le pofte de Miniftre Plénipotentiaire de
l'Impératrice Reine aux Pays - Bas par le Comte de
Cobenzel , Miniftre de leurs Maj ſtés auprès des
Cercles Antérieurs de l'Empire . Plufieurs Couriers
viennent d'être dépêchés , pour porter la
nouvelle de ces arrangemens dans les différens
endroits où il a paru convenable d'en donner
avis,
L'Impératrice Reine a établi une Commiffion
chargée d'empêcher l'impreffion des ouvrages qui
contiendront des principes fcandaleux , ou dangereux
pour les moeurs . Le Comte de Schratten,
bach eft Préfident de cette Commiſſion .
DE LEIPSICK , le 7 Mai.
Hier matin , on obferva ici affez diftinctement
le paffage de Mercure devant le Soleil , nonobftant
les nuages qui de moment à autre obfcurcif
foient cet Aftre . A cinq heures trente - trois mi
nutes , la Planete avoit déja parcouru un tiers du
Difque. Elle n'avoit plus à dix heures & demie
que très- peu de tems à arrêter dans le Soleil ,
lorfque cet Aftre fe couvrit entierement de nuages;
ce qui a empêché qu'on ne pût s'aflurer
précisément de l'inſtant de l'émerſion,
DE CASSEL , le 27 Mai,
Maximilien , Prince de Heffe , Feld Maréchal
Général des Armées de l'Empire , & Chevalier de
l'Ordre
JUIN. 1753.
169
P'Ordre de Saint Hubert , mourut le 8 de ce mois.
en cette Ville , âgé de foixante-trois ans , onze
mois & dix jours , étant né le 28 Mai 1689. Ge
Prince étoit fils de Charles , Landgrave de Heffe-
Caffel, mort le 23 Mars 1730 , & de Marie -Amelie
de Kettler , & frere du feu Roi de Suéde , ainfi que
du Landgrave actuellement Régent. Le 29 Novem
bre 1720 , il avoit époufé Frédérique - Charlotte
de Heffe- Darmstadt. De ce mariage il a eu Charles
de Heffe , né le 30 Septembre 1721 , mort le
23 Novembre 1722 ; Ulrique-Frédérique Guillelmine
, née le 31 Octobre de la même année , &
mariée le 21 Novembre de l'année derniere à Frédéric
Augufte de Holftein- Gottorp , Evêque de
Lubeck , Chriftine- Charlotte , née le 11 Février
1725 ; Guillelmine & Marie , nées le 25 Février
1726 , la premiere mariée le 15 Juin 1752 à Frédéric-
Henri-Louis , frere du Poi de Pruffe , la feconde
morte le 24 Mars 1727 ; & Caroline- Amelie
, née dans le mois de Novembre 1730.
ESPAGNE.
DE MADRID , le 15 Mai.
Cette Cour a reçu de Rome la ratification du
Concordat conclu avec le Saint Siége . Quelques
Evêques de ce Royaume ont témoigné voir avec
peine , qu'on les privât de la nommination à plu-
Lieurs Bénéfices dont ils avoient la collation : mais
le Roi n'a pas jugé que les plaintes de ces Prélats
duffent apporter aucun obftacle à l'exécution
des arrangemens pris à ce fujet .
Don Louis- Jofeph Velafquez , Chevalier de
l'Ordre de Saint Jacques , & Membre de l'Académie
Royale de l'Hiftoire , eft chargé par le Roi
11.Vel. H
170 MERCURE DE FRANCE.
de faire la recherch ede toutes les Antiquités Puniques
, Romaines , Gothiques & Arabes , qui le
trouvent en Espagne. Il a commencé fon voyage
par l'Eftramadoure , & il le continuera par la
Murcie , le Royaume de Valence , la Principanté
de Catalogne , l'Arragon , la Navarre , la Bifcaye
, les Afturies & la Galice . On a de ce jeune
Sçavant un ouvrage fur les caracteres inconnus
qu'on trouve dans plufieurs Infcriptions .
DE BARCELONE , le 10 Mai.
Il est parti cesjours ci de ce Port , plufieurs Navires
chargés de Marchandifes pour différentes def.
tinations . Un de ces Bâtimens s'étoit à peine éloi .
gné de la côte , que l'équipage découvrit un Vaiffeau
Barbarefque. Auffi tôt le Capitaine revira de
bord pour fe rapprocher de terre . Le Navire ,
quelque diligence que fit le Corfaire , eut le tems
de gagner le rivage ; mais l'épouvante étoit telle
parmi les Paffagers & les Matelots , que dès
qu'ils purent débarquer , ils prirent tous la fuite.
Ainfi ce Bâtiment devint bientôt la proye des Infidéles
. Sa cargaifon étoit eftimée vingt mille
piaftres.
ITALIE.
DE ROME, le 30 Avril,
Au commencement de la femaine prochaine ;
la Congrégation des Rités doit s'affembler extraordinairement
pour la Béatification du Cardimal
Bellarmin . On doit imprimer les Instructions
Paftorales , que le Pape a compofées pendant qu'il
a été Evêque d'Ancône & Archevêque de BoutoJUIN.
1753. 171
gne. Elles ont été traduites d'Italien en Latin ,
afin qu'elles fuflent d'une utilité plus générale .
A la fin du mois dernier , le Lord Minden s'étant
mis en chemin pour aller à Naples , fon carofle
rencontra dans un chemin étroit une calêche
, dans laquelle étoient des Officiers de Sbirres
. Ces derniers non - feulement ne voulurent point
reculer , mais tirerent un coup de piftolet , dont
le Gouverneur du jeune Lord fut bleflé fi dange.
reufement , qu'il mourut en arrivant à Naples.
L'émotion que cet accident a caufé au Lord Minden
l'a fait tomber malade , & en revenant ici ,
il est mort avant-hier à Frefcati , âgé de dix fept
ans.
DE GENES , le 29 Avril.
On plaça le 21 de ce mois , dans le grand Salon
du Palais Ducal , la Statue du Maréchal Duc de
Richelieu , faite par ordre du Gouvernement , en
mémoire des fervices que ce Général a rendus à
la République . Hier , le Chevalier Chauvelin ',
Envoyé Extraordinaire & Plénipotentiaire du Roi
de France , eut fon audience de congé du Doge &
du Sénat .
En reconnoiffance des fervices que ce Miniftre
a rendu à la République , le Grand Confeil a infcrit
ce Miniftre dans le Livre d'Or de la Nobleffe .
DE TURIN , le 25 Avril.
Charlotte-Elizabeth-Marie de Savoye , fille de
Victor Amedée-Marie , Duc de Savoye , & de
Mane- Antoinette Ferdinande infante d'Elpague,
mourut en cette Ville le 17 de ce mois Cette
Princeffe étoit âgée de neufmois & deux jours,
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
étant née le 15 Juillet de l'année derniere,
On comptoit de voir bientôt arriver ici le Che
valier Chauvelin , nommé pour y remplacer le
Marquis des Iffarts en qualité d'Ambaffadeur de
Sa Majefté Très- Chrétienne ; mais on apprend
que ce Miniftre , avant que de fe rendre en cette
Ville , doit faire un voyage à Paris.
GRANDE BRETAGNE,
DE LONDRES , le 17 Mai.
Sur la réquifition de la République de Gênes ;
le Roi a fait publier une Proclamation , pour dé
fendre, à fes Sujets de donner aucun fecours aux
Rebelles de Corfe , fous peine d'encourir ſa haute
indignation , & de fubir les peines portées contre
ceux qui violent volontairement les Traités
conclus par Sa Majefté,
Il eſt arrivé le 12 dans la Tamiſe une nombreufe
Flotte marchande venant du Nord. Un
Confeil de guerre fut tenu le 10 à Gofport , pour
examiner les caufes du naufrage du Vaiffeau l'Affurance.
Le Contre- Maître de ce Bâtiment a été
condamné à trois mois de prifon , pour ne l'avoir
pas fait piloter. On n'a prononcé aucune peine
contre le Pilore , parce qu'il a été conftaté que le
banc de fable , fur lequel le Vaiffeau a échoué ,
ne s'eft formé que depuis trois mois.
Sept cens Ouvriers des Mines de charbon fe
font affemblés tumultueufement dans le Comté
de Sommerfet , & étant entrés dans la Ville de
Briftol , ils y ont commis quelques défordres :
mais on compte que par les mefures qui ont été
prifes , cette émeute eft appailée , & que les chefs
des mutins font actuellement punis.
JUIN.
17531 173
DES PROVINCES - UNIES.
DE LA HAYE , le 25 Mai,
Quelques perfonnes ayant accufé de plufieurs
faits graves le fieur Mauritius , Gouverneur de
Surinam , & n'ayant pû fournir des preuves valables
de leurs allégations , les Etats Généraux conformément
à l'avis du Haut Confeil de Hollande ,
Zeelande & Weftfrife , ont mis les accufations à
néant , avec permiffion au fieur Mauritius de faire
telles pourfuites qu'il jugera à propos , en réparation
, tant de l'injure qui lui a été faite , que
des torts qu'il peut avoir foufferts. Lears Hautes
Paiffances ont condamné les accufateurs à tous
les frais de la Procédure. En même tems , il a été
ordonné que comme dans cette affaire il s'eft manifefté
des choles qui demandent des recherches
ultérieures , toutes les piéces du procès avec les
annexes feroient dépofées entre les mains du Fif
cal pour la confervation des droits du Souverain.
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c .
' Académie des Jeux Floraux tint le 3 Maiderque.
Après la lecture de l'éloge.de Clémence
Ifaure , compofé par M de Ponfan , M. d'Orbeffin
, Piéfident du Parlement , lat la Traduction
d'une Fable Angloife , intitulée la Tourterele &
le Moineau , & il la compara avec deux Fables de
la Fontaine . On fit enfuite la diftribution des Prix .
Il y a eu deux Ode couronnées. La premiere a
pour titre la Calomnie , & eft adreflée aux Manes
de Rouffeau . Li feconde eft fur la mort de la Da
me de Montegut , Maîtreffe des Jeux Floraux,
Les autres Prix ont été adjugés à deux Idylles
dont les titres font , le Triomphe du langage de
l'Amour , & les Boules de Savon , & à deux Dif
cours fur le fujet propofé l'année derniere : Combien
les Sciences font redevables aux Belles- Lettres,
Un de ces Difcours eft de M. Foreft , Bachelier de
Sorbonne ; l'autre de Dom Pont , Religieux Benedictin
de la Congrégation de Saint Maur , Profeffeur
de Grec & d'Hebreu , & Membre de l'Académie
des Sciences & Belles- Lettres de Touloufe
. Le fujet que l'Académie des Jeux Floraux
propofe pour le Prix d'Eloquence , qui doit être
donné l'année prochaine , ſera : Rien n'av:lit plus
les gens de Lettres , que l'hommage qu'ils ne ceffent
de rendre à ceux qui n'ont d'autre mérite que leurs
vicheffes.
Les Chevaliers de l'Ordre de Saint Michel tin
rent le 8 un Chapitre dans le grand Couvent des
JUIN. 1753 . 175
Religieux de l'Obfervance. Le Marquis d'Hautefort
, Chevalier des Ordres du Roi , & ci devant
Ambaffadeur auprès de leurs Majeftés Impériales ,
y préfida en qualité de Commiflaire de Sa Majesté.
M Louis Michel Van - Loo , Peintre de Sa Majesté
Catholique ; M. Pibrac , un des quarante Confeillers
du Committé de l'Académie Royale de Chirurgie
, & ci devant Premier Chirurgien de la feue
Reine d'Espagne, veuve de Louis I. & M. Morand ,
Infpecteur Général des Hôpitaux Militaires , Chirurgien-
Major de l'Hôtel Royal des Invalides ,
Penfionnaire de l'Académie Royale des Sciences ,
& Secretaire Perpétuel de l'Académie de Chirurgie
, furent reçus Chevaliers .
Le 9 , M. de Bouis , ci -devant Gentilhomme du
feu Comte d'Alais , & chargé de l'éducation de ce
Prince , préfenta à leurs Majeftés & à la Famille
Royale , un Livre intitulé : Parterre géographique ,
ou Méthode pour apprendre en peu de tems aux enfans
la Géographie & l'Histoire .
Le 10 , le Duc d'Aiguillon & le Chevalier de
Flamareas , prêterent ferment de fidélité entre les
mains du Roi , le premier pour la Charge de Lieutenant
Général de S. Majefté dans le Comté Nantois
, le fecond pour la furvivance de la Charge de
Grand Louvecier de France , dont le Marquis de
Flamarens fon oncle , eft titulaire .
Le 13 , le Roi accompagné de Madame Infante ,
de Madame Adelaïde , & de Meſdames Victoire &
Sophie , partit pour aller fouper & coucher au
Château de la Meute.
Madame la Dauphine fit rendre le même jour à
l'Eglife de la Paroiffe du Château les Pains Benits ,
qui furent préfentés par l'Abbé de Poudens , fon
Aumônier en Quartier.
Le Marquis de Brancas prêta auffi ferment le 13
Hij
176 MERCURE DE FRANCE.
entre les mains de Sa Majeſté , pour la Lieutenan
Ice Générale de Provence .
Le même jour , le Duc de Rohan en grand manteau
de deuil , fit fes réverences au Roi, à la Reine,
& à la Famille Royale , à l'occafion de la mort de
la Ducheffe de Rohan , fon époufe.
La Marquife de Raré , épouſe du Marquis de ce
nom , Guidon de Gendarmerie , fut préſentée le
12 à leurs Majestés .
Le Roi a nommé le Duc d'Aiguillon , pour
commander en chef dans la Province de Bretagne.
Le Maréchal Duc de Belle- Ifle vient d'obtenit
la furvivance du Gouvernement de Metz &
du Pays Mcffin , pour le Comte de Gilors , fon
fils.
Meffieurs d'Armenville & de Voffey , Exempts
des Gardes du Corps dans la Compagnie de Luxem
bourg , ayant demandé la permiffion de fe retirer ,
Sa Majefté a difpofé de leurs places en faveur de
M. de Gouyon , Capitaine de Cavalerie , & de
M. de Pontécoulant , Officier dans le Régiment
des Gardes Françoifes.
Le Roi arriva à Marly le 14 au foir , avec Monfeigneur
le Dauphin , Madame Infante , Madame
Adelaide , & Mefdames Victoire & Sophie. La
Reine y étoit arrivée quelques heures auparavant
avec Madame la Dauphine & Madame Louiſe.
Il y eut jeu dans le Salon , & leurs Majeftés fou
perent au grand couvert avec la Famille Royale ,
les Princeffes du Sang , & les Dames de la Cour.
Le même jour , le Roi fir dans la Plaine des Sablons
, la revue du Régiment des Gardes Françoifes
& de celui des Gardes Suifles . Ces deux Régimens
, après avoir fait l'exercice , défilerent en
p.éfence de Sa Majefté. Monfeigneur le Dauphin,
JUIN. 1753. 177
qui étoit allé dîner à la Meute , fe trouva à cette
revûe ainfi que Madame Infante , Madame Adélaide
, & Mefdames Victoire & Sophie.
Avant la revue , le Roi , accompagné de Monfeigneur
le Dauphin & de Mefdanes , entra dans
Pattelier que la Ville a fait conftruire au Roulle
pour les travaux du Monument que Sa Majesté
lui a permis de conficrer à fa gloire . Sa Majesté y
a été reçue par les Prévôt des Marchands & Eche
vins , le Duc de Gefvres , Gouverneur de Paris ,
étant à leur tête . Elle y a vu le grand modéle en
plâtre de fa Statue Equeftre ; & après l'avoir confidéré
avec attention , ainfi que les conftructions
difpolées pour la fonte de ce Monument , elle a
eu la bonté d'en témoigner fa fatisfaction , tant
aux Prévôt des Marchands & Echevins , qu'à M.
Bouchardon , Sculpteur , & à Meffieurs Varin pere
& fils , Fondeurs .
Le 16. la Reine alla à Verſailles Sa Majesté y
entendit dans l'Eglife des Religieux Recollets le
Panégyrique de Saint Jean- Népomucene , pronon
cé par le Pere Floriot , de la Compagnie de Jefus,
La Reine y affifta enfuite au Salut , après lequel
Sa Majesté revint à Marly.
La Cour a demeuré à Marly jufqu'au 30 Mai
dernier
Le Maréchal Duc de Duras partit le 16 pour les
eaux de Bourbon .
Le Marquis de Cruffol, Miniftre Plénipotentiaire
du Roi auprès de l'infant Duc de Parme , elt aufi
parti depuis quelques jours , pour aller prendre les
eaux de Pougues , près de Nevers. Il eft accompagné
dans ce voy ge par la Marquiſe ſon époule.
L'Abbé Nollet , de l'Académie Royale des
Sciences , Profeffeur nommé par le Roi pour la
Chaire de Phyfique Expérimentale , que Sa Ma-
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
jeſté vient d'établir dans l'Univerfité de Paris at
Colge de Navarre , fic lé rs l'ouverture de cette
nouvelle École par un Difcours public. La Chambre
des Comptes , à qui les Supérieurs du Collége
de Navarre rendent compte des revenus de ce
College , affignés fur le Domaine du Roi , avoir
été invitée à cet Ate. Elle y a affifté , & elle a
été reçue avec les honneurs dûs aux Cours Supérieures.
Dans le Difcours qui étoit en François ,
& qui fut précédé d'un Exorde Latin , l'Abbé Nollet
montra quelles qualités quelles difpofitionsfont
neceffaires pour faire des progrès dans la Phyfique Expérimentale.
On écrit de Chambord , que M. de Perce , à
qui l'on doir l'établiffement de l'éducation fauvage
des bêtes à laine dans ce Royaume , a fait ton .
dre depuis quelques jours fes troupeaux. Cette
premiere tonte fera fuivie d'une feconde à la fin
de Septembre. Ainfi ces troupeaux fe trouveront
nuds pendant l'hyver. Malgré cela , ils demeurefont
exposés à toutes les injures du tems , & M. de
Perce a l'expérience , que cette maniere d'élever
Jes animaux de cette efpéce , loin de leur nuire ,
leur eft falutaire .
Les Lettres de Bourdeaux marquent que , dans
les huir derniers jours avant le départ du Courier ,
Y eft arrivé dix fept Bâtimens venans de divers
endroits , particulierenient des Pays du Nord.
il
Un détachement de quatre - vingt Canoniers du
Bataillon de Chabrié du Régiment Royal Artil-
Jérie , qui étoit depuis quelque tems à Verfailles ,
en partit le is pour retourner à la Fere . M. de
Valliere , Lieutenant Général des Armées du Roi ,
Falla voit au Bois de Boulogne ce détachement ,
que M. de Chabrié y avoit fait mettre en bataille.
Cette circonftance fournit un fpectacle touchant Si
TUIN. 1753 179
M. de Valliere s'attendrit , en revoyant les compagnons
de fes travaux , fes braves Eleves ne furent
pas moins fenfibles à la joie de pouvoir rendre
eurs hommages à leur ancien Général . Il reçut
des marques , non équivoques de la profonde vénération
qu'ils confervent pour lui , & de la fatisfaction
qu'ils ont de retrouver dans M. de Valliere
fon fils , le digne héritier de les emplois & de fon
mérite.
Le 20 de ce mois , Madame Adelaide fit rendre
à l'Eglife de la Paroiffe du Château de Veifailles
les Pains Bénits , qui furent préfentés par l'Abbé
de Panat , fon Aumônier en Semestre.
Le même jour , le Comte de Gifors piêta ferment
de fidélité entre les mains du Roi , pour le
Gouvernement Général de Metz & du Pays Mef.
fiu , dont Sa Majefté a confervé la furvivance au
Maréchal Duc de Belle- Ifle , pere du Comte de
Gifors.
Sa Majefté a difpofé de la place de Confeiller
d'Etat Ordinaire , vacante par la mort de l'Arche
vêque de Sens , en faveur de l'Abbé de Marbeuf,
Aumônier Ordinaire de la Reine , en furvivance
de l'Abbé de Saint - Aulaire.
Le Chevalier de Courtomer , Capitaine d'une
Compagnie de Grenadiers dans le Régiment des
Gardes Françoifes , ayant obtenu la permiffion de
fe retirer , avec une penfion de deux mille écus
le Roi a donné la Compagnie de Grenadiers vacante
, au Comte de Poudens ; la Compagnie du
Comte de Poudens à M. de Nolivos , Aide - Major
du même Régiment ; la place d'Aide - Major , qui
vaque par la promotion de M. de Nolivos , à M.
de Cavenac , Sous- Aide- Major , & celle de Sous-
Aide Major de M. de Cavenac au Baron d'Ars.
Sa Majesté a nommé dix nouveaux Chevaliers de
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE:
P'Ordre de Saint Louis parmi les Officiers de ca
Régiment , & elle a accordé une penfion de mille
franes fur ledit Ordre au Comte de Mornay ; deux
pareilles penfions fur le Tiéfor Royal , l'une au
Chevalier d'Aubonne , l'autre à M. de Bouville ,
& un fupplément de fept cens livres de penfion au
Chevalier de la Ferrière. Plufieurs Pages de Sa
Majeſté ont été faits Enfeignes dans ce Régiment.
M. de Vezou , Maître de Géographie & d'Hif
toire , a préfenté à Sa Majesté une nouvelle Mappemonde
Géofphérique , laquelle offre une def
cription très- exacte de la Sphere , & des Cercles
qui la compofent , ainfi que des Points & des
Lignes qui y font imaginés, M. de Vezou n'a
rien négligé , pour rendre cette Carte agréable aux
yeux. Un riche Cartouche , couronné de l'Image
du Roi fous la figure du Soleil , avec ces mots ,
Artibus eft inftar Solis , en renferme le titre. La
Carte eft entourée d'une très - belle bordure.
L'Evêque de Graffe fut facré le 20 , dans la
Chapelle du Séminaire de Saint Sulpice par l'Archevêque
d'Ambrun , affifté des Evêques de Grenoble
& de Viviers.
Sa Majesté a nommé Chevalier de l'Ordre de
Saint Michel M. Bagard , Premier Médecin du Roi
de Pologne , Duc de Lorraine & de Bar , Préfident
du College Royal de Nancy , & Membre de l'Acacémie
établie dans la même Ville.
L'Académie de Dijon a aggregé dans fon Corps
M. Gautier qui a mérité une penfion du Roi , par
la perfection à laquelle il a porté l'art de graver
& d'imprimer les tableaux , & qui depuis un tems
a donné au public plufieurs volumes d'obfervations
fur l'Hiftoire Naturelle , fur la Physique &
fur la Peinture , avec des planches imprimées en
couleur.
JUIN. 17535 181
- Le Maréchal Duc de Richelieu , Premier Gentil
hommede la Chambre du Roi , & la Ducheffe de
Chevreufe , Dame d'Honneur de la Reine , en furvivance
de la Ducheffe de Luynes , allerent le 27
à l'Abbaye de Poifly , nommer une cloche au nom
de leurs Majeftés.
Leurs Majeftés fignerent le même jour le Contrat
de mariage du Comte de Château - Meillien ,
Sous-Lieutenant de la Compagnie des Chevaux-
Legers d'Orleans , fils du Marquis du Pleffis-
Chaftillon , Lieutenant Général des Armées du
Roi , avec Demoiselle Marie Magdeleine Louife
de Barberie de Saint Conteft , fille du Marquis de
Saint Conteſt , Miniftre & Secretaire d'Etat , ayant
le Département des Affaires Etrangeres.
Le même jour le Duc d'Orleans fit rendre à
l'Eglife de la Paroiffe du Château les Pains Benits ,
qui ont été préfentés par l'Abbé le Chanteur , un
de fes Aumôniers .
Le 26 & le 28 , il y eut concert à la Cour. On
y exécuta le Prologue & les trois premiers Act :s
de l'Opéra de Thétis & Pelée, dont les paroles font
de M. de Fontenelle , Doyen de l'Académie Françoife
, & la musique de feu Colafle . La Reine & la
Famille Royale ont affifté à ces deux Concerts.
Mefdames Victoire & Sophie fe font purgées
le 18 & le 29 avec des eaux , par précaution .
Sa Majesté a figné le 29 le Contrat de Mariage
du Duc de Boutteville .
Le 30 , leurs Majeftés revinrent à Versailles de
Marly avec la Famille Royale .
Le 31 , le Roi fut à Choify , il y demeura juf
qu'au 2 Juin.
Conféquemment à l'Arrêt du Confeil du 12
Novembre de l'année derniere , rendu à l'occafion
du premier tirage du rembourſement des rentes
182 MERCURE DE FRANCE;
trois pour cent , créées fur la Ferme Générale des
Poftes par Edit du mois de Mai 1751 ; les Porteurs
des Récépiffés de M. du Vergier , Commis au
Grand Comptant du Tréfor Royal , libellés fur
lefdites rentes , font tenus de les convertir en quit.
tances de M. Paris de Montmartel , pour participer
au fecond tirage du remboursement de ces
rentes.
L'Académie Royale des Sciences a nommé pour
un de fes Correfpondans M. Boffut , Profeffeur
de Mathématiques dans l'Ecole du Génie à Mézieres.
On mande d'Avignon , que le Prince d'Ardore ,
Chevalier des Ordres du Roi , & de l'Ordre de
Saint Janvier , ci - devant Ambafladeur du Roi des
Deux Siciles auprés de Sa Majefté , y étoit arrivé
de Paris le 12 du mois dernier. Les mêmes Lettres
ajoutent qu'il y a été reçu , non feulement
avec les honneurs dûs à fon rang , mais encore
avec l'empreffement affectueux qu'exigeoit l'al
liance qui fe trouve entre la Maiſon du Prince
d'Ardore & celle du Vice- Légat . Le Prince d'Ardore
eft parti le 14 d'Avignon , pour continuer fa
route vers Naples. A fon départ il a été falué ,
comme il l'avoit été à ſon arrivée , par une décharge
générale de l'artillerie.
Suivant les avis reçus de Bourdeaux , les Navires
l'Hercule , de deux cens cinquante tonneaux ;
le Grand Alexandre , de trois cens ; la Bonne- Nouvelle
, de cent foixante ; le Berger , de cent cinquante
; le Fier , de trois cens ; la Dauphine , de
deux cens , & le Vive le Roi , de cent foixante ;
Capitaines Barbaw , Mur , Charaffe , Laclaverie ,
Castaigna , Roudier & Poiffon , ont apporté deux
mille trois cens douze barriques de fucre , deux
cens foixante & quatre de caffé , quinze de cacao ,
JUIN. 1753 . 18;
Vingt - huit d'indigo , & plufieurs autres marchandifes.
Les quatre premiers de ces Bâtimens viennent
de Saint-Domingue , & les trois autres de la
Martinique.
Les nouvelles de Bretagne portent que le Navire
le Grand Superbe , qui , en revenant de Saint
Domingue , avoit été obligé de relâcher au Ferol ,
où il avoit été retenu pendant près de trois mois ,
eft entré ces jours - ci dans le Port de Saint- Malo.
Le 30 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix-huit cens quinze livres ; ies Billets de
la premiere Lotterie Royale à fix cens foixante &
quinze , & ceux de la feconde à fix cens dix - fept.
BENEFICES DONNE'S.
A Majefté à nommé à l'Abbaye de Cherbourg,
Ordre de Saint Auguftin , Diocéfe de Cou
tance , l'Abbé de Dampierre , Chancelier & Chanoine
de l'Eglife Cathédrale de Toul.
L'Abbé de Lowendalh , Abbé de l'Abbaye de
la Cour- Dieu , Vicaire Général de l'Evêché d'Orleans
, & frere aîné du Maréchal de Lowendalh ,
fut élû le 2 de ce mois Doyen de l'Eglife Collégiale
de Saint Marcel- lez -Paris , & le 10 il prit
poffeffion de ce Benefice.
Le Roi a donné l'Abbaye de Saint Sever Cap
de Gascogne , Ordre de Saint Benoft , Congrégation
de Saint Maur , Diocéfe d'Aire , à l'Abbé Ber
thier , Vicaire Général de l'Archevêché d'Auch
le Prieuré de Chaumont , dans le Vexin François ,
Diocéfe de Rouen , à M. de Brouains , Chapelain
du Château de Saint Germain en Laye , & le Prieuré
de Saint Denis de Couptrain , Dioceſe du Mans,
à M. de Lorgers.
1
184 MERCURE DE FRANCE.
NAISSANCES, MARIAGES
& Morts.
EII Mai , la Marquile de Gamaches eft accouchée
d'un fils , qui fut baptifé le même
jour dans l'Eglife Paroiffiale de Saint Sulpice , &
qui a été nommé Joachim - Valleri - Thérefe Louis.
Il a été tenu fur les Fonts , au nom de la Ville de
Saint Valleri -fur - Somme , par le Vicomte de
Gamaches , & a eu pour maraine la Maréchale de
la Mothe- Houdancourt.
Le 16 , la Comtefle de Lamet accoucha d'un fils,
qui fut baptifé le même jour à Saint Sulpice ; ila
été tenu fur les Fonts par le Marquis de Lamer ,
repréfenté par le Duc de Broglie & par la Maréchale
de Broglie , & a été nommé Charles - Henri-
Vi&or.
Le 21 , la Comteffe de Clugni eft accouchée
au Château de Theniffey , en Bourgogne , d'un
fils & d'une fille.
Meffire Jofeph - Pierre - Balthazar - Hilaire de
Puget , Marquis de Barbantane , fils de Mef.
fire Paul- François de Puget , Tabaffole de Réal ,
Marquis de Barbantane ; & de Dame Jeanne - Gabrielle
de Puget , Dame de Maillart , a épousé le
19 dans la Chapelle de l'Hôtel de Crillon , De.
montelle Charlotte- Françoile Elifabeth Catherine
du Menildot de Vierville ; fille de Meffire Charles-
Bernardin du Menildot , Marquis de Vierville , &
de Dame Françoife -Elizabeth de Frefnel .
Le 24, Meffite
Louis
Robert
Charles
Mallet
,
Marquis
de Graville
, Enfeigne
de la Compagnie
des
Gendarmes
de Bourgogne
, époula
Dame
Angelique
Marie
Surrey
de Saint
Remi
, veuve
da
Marquis
de Pierrepont
,
JUIN. 1753. 185
Le premier Mai , Meffire Jean- Nicolas de Boullongne
, Maître des Requêtes , Intendant des Finances
en furvivance de Meffire Jean de Boullongne
fon pere , époula Deinoifelle Louife Julie
Feydeau de Brou , fille de Meffire Paul - Efpri : Feydeau
de Brou , Confeiller d'Etat Ordinaire , & au
Confeil Royal des Finances , ainfi qu'au Confeil
Royal du Commerce. Leur Contrat de mariage
avoit été honoré le 29 du mois précédent de la
fignature du Roi , de la Reine & de la famille
Royale.
Le 2 Meffire Claude- Charles Louis d'Eftut ,
Marquis de Traci , Sous- Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes Dauphin , épousa Demoifelle
Marie Emilie de Verzure , fille de Meffire
Nicolas- Bonaventure de Verzure , Ecuyer - Seigneur
de Pamfon & du Vaudrois , Confeiller-
Secretaire du Roi , Maifon- Couronne de France
& de fes Finances , & un des Syndics de la Compagnie
des Indes , & de Dame Marie Panier d'Orgeville.
Leur Contrat de Mariage avoit été honoré
le 1s du mois dernier de la fignature du Roi , de
la Reine & de toute la Famille Royale .
.
Le Marquis de Traci eft d'une famille noble ,
originaire d'Ecoffe , établie en France depuis l'an
1420 par Walther , ou Gauthier Stat , ou Eftat ,
un des Gentilshommes Ecoffois qui vinrent cette
année au fecours de Charles VI . fous la conduite
de Jean Stuart , Comte de Boucan & de Douglas,
depuis Connétable de - France . Gauthier Stut fut
un des Officiers de la Garde Ecoffoife du Roi
Charles VII. & épousa en 1433 Anne - Briffé Formé
, Dame d'Affé , & fut pere de Thomas Stut
Seigneur d'Affé , allié en 1476 avec Anne le Roi
de Saint Frorent- fur Cher . Leur fils Alexandre
Stut époufa en premieres nôces Anne d'Affignies ,
•
186 MERCURE DEFRANCE.
Dame de Saint Perre , dont le fils unique nommé,
Feti fut tué à la guerre . Alexandre fe remaria en
1526 avec Anne- Regnier de Gueichi , fille de
Pierre , Seigneur de Guerchi , & de Perette du
Chefaair. De ce mariage fortit , entr'autres François
de Stut , Seigneur de Saint Perre , Chevalier
de l'Ordie du Roi en 1969 , & Gouverneur de la
Ville de Cofne-fur Loire ; lequel époufa le 2 Février
152. Renée de Boiffelet , fille d'Antoine
de Boitfelet & de Marguerite d'Affignies . Elle le
rendit pere de François Stut II . du nom , Exempt
de la premiere Compagnie des Gardes du Corps ,
Seigneur de Traci , par la donation que lui en fit
fa premiere fenime Françoife de Bar , dans fon
Contrat de mariage . Il n'en eut point d'enfans ,
& époufa en fecondes nôces Marie de Bufferant ,
fille de Louis , Seigneur de la Grange Chaumont ,
Gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi ,
& de Marguerite de Veau- Cham plivault. Leur
fils , Loui d'Eftur , fut reçu Chevalier de Malte
au Grand Prieuré de France. L'aîné François de
Stut III. du nom , Seigneur de Tráci , Meftre de-
Camp de Cavalerie, acquit la Seigneurie de Parai,
en Bourbonnois , par fon alliance du 26 Juillet
1639 , avec Edmée de la Platiere , de la famille du
Maréchal de Bourdillon , & fille de Guillaume
de la Platiere , Seigneur de Cheveroux , & de
Claudine de Villars , Dame de Patai . De cette al
liance naquit François Stut IV . du nom , Seigneur
de Traci & de Parai , qui épouſa Charlotte de la
Magdelene de Ragni , d'une ancienne & illuftre
Maifon de Bourgogne , dont il y a eu deux Chevaliers
du Saint Efprit , & dont la branche aînée eft
fondue dans la Maifon de Crequi- Lefdiguieres.
Leur fils Antoine Stut , Comte de Traci , Seigaeur
de Parai , Capitaine de Cavalerie dans la
JUIN. 1753. 187
Meftre-de- Camp Général , s'eft allié en 1719 avec
Charlotte- Victoire Marion de Drui , feur utérine
du Comte du Montal , Lieutenant Général des Atmées
du Roi , & Chevalier de fes Ordres , & fille
d'Euftache Louis Marion de Drui , Marquis de
Courcelles & de Bonnencontre , Premier Major
Général de la Gendarmerie de France en 1690 ,
tué à la bataille de la Marfalle , & d'Henriette-
Marguerite de Saulx - Tavanes de Mirefel , veuve
de Louis de Montfauloin Marquis de Montal ,
Meftre-de -Camp de Cavalerie . Leurs enfans font
1. Louis d'Eftut de Traci , Religieux Théatin ;
Claude d Eftur , Chevalier de Malte , puis Marquis
de Traci , qui a donné lieu à cet article .
Les A més de la Mailon de Stut font d'or à trois
pals de fable , écartelé d'or au coeur de gueule.
Meffire Jean Frederic de la Tour- Dupin de
Gouvernet , Comte de Paulin , Colonel dans le
Corps des Grenadiers de France , fils du feu Meffire
Jean de la Tour- Dupin de Gouvernet , Comte
de Paulin , Meftre de Camp de Cavalerie ; & de
Dame Suzanne de la Tour , fut marié le 9 Mai à
Demoiselle Marie - Thérefe Billet de Muizon . Le
Roi avoit figné le 4 leur Contrat de mariage.
Meffire François -Jean de la Myre , Comte de
Mori , ci - devant Chevalier de Malte , fils du
Comte de la Mothe la Myre , Lieutenant du Roi
au Pays de Vermandois & de Thiérache , & de
Dame Marc de la Ferté , époufa le 14 dans l'Eglif.e
Paroiffiale de Saint Paul , Demoiselle Marie-
Anne- Thérefe de Chamborant , fille du Comte de
la Claviere , Lieutenant Général des Armées du
Roi , Gouverneur de Montmedi , & Gouverneur
du Comte de la Marche , & de Dame Marie- Anne
Moret de Bournonville ; l'Evêque de Perpignan
leur donna la Benediction nuptiale en prélence
188 MERCURE DE FRANCE.
du Curé de la Paroiffe . Lorſque le Comte de Mori
quitta l'Ordre de Saint Jean de Jerufalem , le
Grand- Maitre lui permit de continuer d'en porter
la Croix , même étant marié .
Louis-Marie Fouquet de Belle- Ifle , Comte de
Gifors , Colonel du Régiment de Champagne , fils
de Charles Louis- Augufte Fouquet de Belle Ifle ,
Duc de Gifors , Pair & Maréchal de France , Prince
du Saint Empire Romain , Chevalier des Ordres
du Roi , & de l'Ordre de la Toifon d'Or ,
Gouverneur des Villes & Citadelle de Mets , & du
Pays Meffin ; Commandant en Chef dans les Trois-
Evêchés , frontieres de Champagne & Pays de
Luxembourg; Lieutenant Général des Duchés de
Lorraine & de Bar ; & de Marie- Thérele- Emma.
nuelle Cafimire Geneviève de Bethune , a épousé
le 23 Julie Helene Rofalie Mazarini Mancini,
fille de Louis- Jules- Barbon Mazarini Mancini ,
Duc de Nivernois & Donziois , Pair de France &
Grand d'Espagne de la Premiere Claffe , Prince
du Saint Empire , Noble Vénitien , Brigadier des
Armées du Roi , Chevalier de fes Órdres , & fon
Ambaffadeur Extraordinaire auprès du Saint Siége ,
& d'Helene Françoife- Angélique Phelypeaux de
Pontchartrain . La Benediction nuptiale leur a été
donnée dans la Chapelle particuliere de l'Hôtel
de Mortemart par l'Archevêque d'Embrun . Leur
Contrat de mariage avoit été figné le 20 par leur
Majeftés & par la famille Royale.
Le 10 Février Dame Marie Jaquette de Fleuri de
Penanou , veuve de Robert Kergrendes , Meftrede-
Camp de Cavalerie , décedée rue de Seve , fut
enterrée à Saint Sulpice .
Meffire Pierre- Jacques-Lonis- Augufte Ferron ,
Marquis de la Ferronays , Maréchal des Camps
1
1
JUIN. 1753. 189
Armées du Roi , & ci - devant Meftre- de- Cap
d'un Régiment de Cavalerie , mourut le 11 en
fon Château de Saint Mars , dans le Nantois , âgé
de 54 ans , il étoit fils de feu Meffire Pierre Ferron
, Comte de la Ferronays , Brigadier de Cavalerie.
Le Marquis & le Comte de la Ferronays
avoient été à la tête du même Régiment .
M: Claude Annet , Comte d'Apchier , Chevalier
des Ordres du Roi , & Lieutenant Général de fes
Armées , mourut en cette Ville le 12 , âgé de 59
ans.
2
Dame Marie-Louise de Vachon > veuve de
Jean-Nicolas , Marquis de Montmorenci Châteaubrun
, Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
mourut le 18 en cette Ville dans la foixante- quatorziéme
année de fon âge.
Dame Marie-Anne-Françoife Goujon de Gafville
, épouse de Meffire Pierre de Marolles , Comte
de Rocheplatte , Brigadier de Cavalerie , & Lieutenant
pour Sa Majesté dans la Province de la
Haute-Marche , mourut en cette Ville le 21 âgée
dé 38 ans . Elle avoit été mariée en premieres noces
à Meffire Charles le Tonnelier de Breteuil ,
Baron de Previlli , Premier Baron de Touraine.
Le 23 , Meffire Charles - Theophile de Bethifi ,
Meftre-de- Camp de Cavalerie , Capitaine au Régiment
d'Enrichemont , décedé rue de Varenne
fut enterré à Saint Sulpice .
Le 24 ,
T
eft décedée au Couvent de Trefnel N...
Doé de Combeault , née en Mai 1745 , fille unique
de Guillaume-Jean- Baptifte , né le 30 Mars 1720 ,
Confeiller au Grand Confeil : marié le 12 Août
1743 à Anne- Madeleine du Villeroy , née le 27
Septembre 1727 , niéce de Madame Camufet , &
épouse du Fermier Général.
M. de Combeault eft fils de Guillaume Antoine
180 MERCURE DE FRANCE:
P'Ordre de Saint Louis parmi les Officiers de ce
Régiment , & elle a accordé une penfion de mille
franes fur ledit Ordre au Comte de Mornay ; deux
pareilles penfions fur le Tiéfor Royal , l'une au
Chevalier d'Aubonne , l'autre à M. de Bouville ,
& un fupplément de fept cens livres de penfion an
Chevalier de la Ferrière. Plufieurs Pages de Sa
Majefté ont été faits Enfeignes dans ce Régiment.
M. de Vezou , Maître de Géographie & d'Hiſtoire
, a préfenté à Sa Majesté une nouvelle Map
pemonde Géofphérique , laquelle offre une def
cription très - exacte de la Sphere , & des Cercles.
qui la compofent , ainfi que des Points & des
Lignes qui y font imaginés, M. de Vezou n'a
rien négligé , pour rendre cette Carte agréable aux
yeux. Un riche Cartouche , couronné de l'Image
du Roi fous la figure du Soleil , avec ces mots ,
Artibus eft inftar Solis , en renferme le titre. La
Carte eft entourée d'une très - belle bordure.
L'Evêque de Graffe fut facré le 20 , dans la
Chapelle du Séminaire de Saint Sulpice par l'Ar
chevêque d'Ambrun , affifté des Evêques de Grenoble
& de Viviers.
Sa Majesté a nommé Chevalier de l'Ordre de
Saint Michel M. Bagard , Premier Médecin du Roi
de Pologne , Duc de Lorraine & de Bar , Préfident
du College Royal de Nancy , & Membre de l'Acacémie
établie dans la même Ville.
L'Académie de Dijon a aggregé dans fon Corps
M. Gautier qui a mérité une penfion du Roi , par
la perfection à laquelle il a porté l'art de graver
& d'imprimer les tableaux , & qui depuis un tems
a donné au public plufieurs volumes d'obſervations
fur l'Hiftoire Naturelle , fur la Physique &
fur la Peinture , avec des planches imprimées en
couleur.
JUIN. 17535 181
Le Maréchal Duc de Richelieu , Premier Gentil
homme de la Chambre du Roi , & la Ducheffe de
Chevreufe , Dame d'Honneur de la Reine , en furvivance
de la Ducheffe de Luynes , allerent le 27
à l'Abbaye de Poifly , nommer une cloche au nom
de leurs Majeftés.
Leurs Majeftés fignerent le même jour le Contrat
de mariage du Comte de Château - Meillien ,
Sous- Lieutenant de la Compagnie des Chevaux-
Legers d'Orleans , fils du Marquis du Pleffis-
Chaftillon , Lieutenant Général des Armées du
Roi , avec Demoiselle Marie Magdeleine Louiſe
de Barberie de Saint Conteft , fille du Marquis de
Saint Conteft , Miniftre & Secretaire d'Etat , ayant
le Département des Affaires Etrangeres.
Le même jour le Duc d'Orleans fit rendre à
l'Eglife de la Paroiffe du Château les Pains Benits ,
qui ont été préfentés par l'Abbé le Chanteur , un
de fes Aumôniers .
Le 26 & le 28 , il y eut concert à la Cour. On
y exécuta le Prologue & les trois premiers Actes
de l'Opéra de Thétis & Pelée , dont les paroles font
de M. de Fontenelle , Doyen de l'Académie Fran
çoife , & la mufique de feu Colaffe . La Reine & la
Famille Royale ont affifté à ces deux Concerts.
Mefdames Victoire & Sophie fe font pargées
le 28 & le 29 avec des eaux , par précaution .
Sa Majesté a figné le 29 le Contrat de Mariage
du Duc de Boutteville .
Le 30 , leurs Majeftés revinrent à Versailles de
Marly avec la Famille Royale .
Le 31 , le Roi fut à Choify , il y demeura jufqu'au
2 Juin.
Conféquemment à l'Arrêt du Confeil du 12
Novembre de l'année derniere , rendu à l'occafion
du premier tirage du rembourſement des rentes
182 MERCURE DE FRANCE ,
trois pour cent , créées fur la Ferme Générale des
Poftes par Edit du mois de Mai 1751 ; les Porteurs
des Récépiffés de M. du Vergier , Commis au
Grand Comptant du Tréfor Royal , libellésfur
lefdites rentes , font tenus de les convertir en quit.
tances de M. Paris de Montmartel , pour participer
au fecond tirage du remboursement de ces
rentes.
L'Académie Royale des Sciences a nommé pour
un de fes Correfpondans M. Boffat , Profeflect
de Mathématiques dans l'Ecole du Génie à Mézieres.
On mande d'Avignon , que le Prince d'Ardore,
Chevalier des Ordres du Roi , & de l'Ordre de
Saint Janvier , ci - devant Ambaſſadeur du Roi des
Deux Siciles auprés de Sa Majefté , y étoit arrivé
de Paris le 12 du mois dernier. Les mêmes Lettres
ajoutent qu'il y a été reçu , non feulement
avec les honneurs dûs à ſon rang , mais encore
avec l'empreffement affectueux qu'exigeoit l'al
Jiance qui fe trouve entre la Maiſon du Prince
d'Ardore & celle du Vice Légat . Le Prince d'Ar
dore eft parti le 14 d'Avignon , pour continuer la
route vers Naples. A fon départ il a été falué ,
comme il l'avoit été à ſon arrivée , par une décharge
générale de l'artillerie .
Suivant les avis reçus de Bourdeaux , les Navires
l'Hercule , de deux cens cinquante tonneaux ;
le Grand Alexandre , de trois cens ; la Bonne- Nouvelle
, de cent foixante ; le Berger , de cent cinquante;
le Fier, de trois cens ; la Dauphine , de
deux cens , & le Vive le Roi , de cent foixante ;
Capitaines Barbaw , Mur , Charaffe , Laclaverie ,
Caltaigna , Roudier & Poiffon , ont apporté deux
mille trois cens douze barriques de fucre , deax
cens foixante & quatre de caffé , quinze de cacao ,
JUIN. 1753 . 18;
vingt - huit d'indigo , & plufieurs autres marchandifes.
Les quatre premiers de ces Bâtimens viennent
de Saint-Domingue , & les trois autres de la
Martinique.
Les nouvelles de Bretagne portent que le Navire
le Grand Superbe , qui , en revenant de Saint
Domingue , avoit été obligé de relâcher aù Ferol ,
où il avoit été retenu pendant près de trois mois ,
eft entré ces jours - ci dans le Port de Saint-Malo.
Le 30 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix-huit cens quinze livres ; ies Billets de
la premiere Lotterie Royale à fix cens foixante &
quinze , & ceux de la feconde à fix cens dix -fept.
BENEFICES DONNE'S.
A Majefté a nommé à l'Abbaye de Cherbourg,
Sordre de Saint Auguftin , Diocéfe de Cou
tance , l'Abbé de Dampierre , Chancelier & Chanoine
de l'Eglife Cathédrale de Toul .
L'Abbé de Lowendalh , Abbé de l'Abbaye de
la Cour- Dieu , Vicaire Général de l'Evêché d'Orleans
, & frere aîné du Maréchal de Lowendall ,
fut élû le 2 de ce mois Doyen de l'Eglife Collégiale
de Saint Marcel- lez - Paris , & le 10 il prit
poffeffion de ce Benefice .
Le Roi a donné l'Abbaye de Saint Sever Cap
de Gascogne , Ordre de Saint Benoît , Congrégation
de Saint Maur , Diocéfe d'Aire , à l'Abbé Ber
thier , Vicaire Général de l'Archevêché d'Auch ;
le Prieuré de Chaumont , dans le Vexin- François ,
Diocéfe de Rouen , à M. de Brouains , Chapelain
du Château de Saint Germain en Laye ; & le Prieuré
de Saint Denis de Couptrain , Dioceſe du Mans,
à M. de Lorgers.
184 MERCURE
DE FRANCE
.
NAISSANCES
, MARIAGÉS
& Morts.
E 11 Mai , la Marquile de Gamaches eft ac-
Louchée d'un fils , qui fut baptifé le même
jour dans l'Eglife Paroiffiale de Saint Sulpice , &
qui a été nommé Joachim -Valleri - Thérefe Louis.
Il a été tenu fur les Fonts , au nom de la Ville de
Saint Valleri -fur- Somme , par le Vicomte de
Gamaches , & a eu pour maraine la Maréchale de
la Mothe - Hou dancourt.
ita
Le 16 , la Comtefle de Lamet accoucha d'un fils,
qui fut baptifé le même jour à Saint Sulpice ;
été tenu fur les Fonts par le Marquis de Lamer , repréfenté par le Duc de Broglie & par la Maréchale
de Broglie , & a été nommé Charles - Henri-
Vi&or.
Le 21 , la Comteffe de Clugni eft accouchée
au Château de Theniffey , en Bourgogne , d'un
fils & d'une fille.
Meffire Jofeph - Pierre - Balthazar - Hilaire de Puget , Marquis de Barbantane , fils de Mef
fire Paul - François de Puget , Tabaffole de Réal ,
Marquis de Barbantane , & de Dame Jeanne - Gabrielle
de Puget , Dame de Maillart , a époulé le
De.
19 dans la Chapelle de l'Hôtel de Crillon ,
montelle Charlotte Françoiſe Elifabeth Catherine
du Menildot de Vierville , fille de Meffire Charles-
Bernardin do Menildot , Marquis de Vierville , &
de Dame Françoife- Elizabeth de Freſnel .
Le 24 , Meffite Louis - Robert Charles Mallet ,
Marquis de Graville , Enfeigne de la Compagnie
des Gendarmes de Bourgogne , époufa Dame Angelique
Marie Surrey de Saint Remi , veuve da
Marquis de Pierrepont,
JUI N. 17530 185
Le premier Mai , Meffire Jean-Nicolas de Boullongne
, Maître des Requêtes , Intendant des Finances
en furvivance de Meffire Jean de Boullongne
fon pere , époufa Demoifelle Louife Julie
Feydeau de Brou , fille de Meffire Paul - Efprit Feydeau
de Brou , Confeiller d'Etat Ordinaire , & au
Confeil Royal des Finances , ainsi qu'au Confeil
Royal du Commerce. Leur Contrat de mariage
avoit été honoré le 29 du mois précédent de la
fignature du Roi , de la Reine & de la famille
Royale.
Le 2 , Meffire Claude - Charles- Louis d'Eftut ,
Marquis de Traci , Sous - Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes Dauphin , épousa Demoifelle
Marie Emilie de Verzure , fille de Meffire
Nicolas- Bonaventure de Verzure , Ecuyer- Seigneur
de Pamfon & du Vaudrois , Confeiller-
Secretaire du Roi , Maiſon- Couronne de France
& de fes Finances , & un des Syndics de la Compagnie
des Indes , & de Dame Marie Panier d'Orgeville
. Leur Contrat de Mariage avoit été honoré
le 1s du mois dernier de la fignature du Roi , de
la Reine & de toute la Famille Royale.
Le Marquis de Traci eft d'une famille noble ;
originaire d'Ecoffe , établie en France depuis l'an
1420 par Walther , ou Gauthier Stat , ou Eftar
un des Gentilshommes Ecoffois qui vinrent cette
année au fecours de Charles VI . fous la conduite
de Jean Stuart , Comte de Boucan & de Douglas,
depuis Connétable de- France. Gauthier Stut fut
in des Officiers de la Garde Ecoffoife du Roi
Charles VII . & épouſa en 1433 Anne - Briffé Formé
, Dame d'Affé , & fut pere de Thomas Stut
Seigneur d'Affé ; allié en 1476 avec Anne le Roi
le Saint Frorent- fur Cher . Leur fils Alexandre
Stut époufa en premieres nôces Anne d'Affignies ,
186 MERCURE DE FRANCE.
Dame de Saint Perre , dont le fils unique nommé
Feti fut tué à la guerre . Alexandre fe remaria en
1526 , avec Anne- Regnier de Gueicht , fille de
Pierre , Seigneur de Guerchi , & de Perette du
Chefaair. De ce mariage fortit , entr'autres François
de Stut , Seigneur de Saint Perre , Chevalier
de l'Ordie du Roi en 1969 , & Gouverneur de la
Ville de Cofne-fur Loire ; lequel époula le 2 Février
152. Renée de Boiffelet , fille d'Antoine
de Boitfelet & de Marguerite d'Affignies . Ellele
rendit pere de François Stut 11. du nom , Exempt
de la premiere Compagnie des Gardes du Corps ,
Seigneur de Traci , par la donation que lui en ht
fa premiere fenime Françoife de Bar , dans fon
Contrat de mariage . Il n'en eut point d'enfans ,
& époufa en fecondes nôces Marie de Bufferant ,
fille de Louis , Seigneur de la Grange Chaumont ,
Gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi ,
& de Marguerite de Veau- Cham plivault. Leur
fils , Loui d'Eftur , fut. reçu
Chevalier de Malte
au Grand Prieuré de France. L'aîné François de
Stut III . du nom , Seigneur de Traci , Mefire de
Camp de Cavalerie, acquit la Seigneurie de Parai,
en Bourbonnois , par fon alliance du 26 Juillet
1639 , avec Edmée de la Platiere , de la famille du
Maréchal de Bourdillon , & fille de Guillaume
de la Platiere , Seigneur de Cheveroux , & de
Claudine de Villars , Dame de Parai . De cette al
liance naquit François Stut IV . du nom , Seigneur
de Traci & de Parai , qui époufa Charlotte de la
Magdelene de Ragni , d'une ancienne & illuftre
Maifon de Bourgogne , dont il y a eu deux Chevaliers
du Saint Efprit , & dont la branche aînée eft
fondue dans la Maifon de Crequi- Lefdiguieres.
Leur fils Antoine Stut , Comte de Traci , Seigueur
de Parai , Capitaine de Cavalerie dans la
JUI N. 1753- 187
Veftre-de -Camp Général , s'eft allié en 1719 avec
Charlotte-Victoire Marion de Drui , freur uterine
du Comte du Montal , Lieutenant Général des Armées
du Roi , & Chevalier de fes Ordres , & fille
d'Euftache Louis Marion de Drui , Marquis de
Courcelles & de Bonnencontre , Premier Major
Général de la Gendarmerie de France en 1690 ,
tué à la bataille de la Marfalle , & d'Henriette-
Marguerite de Saulx- Tavanes de Mirefel , veuve
de Louis de Montfauloin Marquis de Montal ,
Meftre- de - Camp de Cavalerie . Leurs enfans font
1. Louis d'Eftut de Traci , Religieux Théatin ;
° Clauded Eftut , Chevalier de Malte , puis Marquis
de Traci , qui a donné lieu à cet article .
Les A més de la Mailon de Stut font d'or à trois
bals de fable , écartelé d'or au coeur de gueule.
Meffire Jean Frederic de la Tour- Dupin de
Gouvernet , Comte de Paulin , Colonel dans le
Corps des Grenadiers de France , fils du feu Mefire
Jean de la Tour- Dupin de Gouvernet , Comte
de Paulin , Meftre de Camp de Cavalerie ; & de
Dame Suzanne de la Tour , fut marié le 9 Mai à
Demoiſelle Marie - Thérefe Billet de Muizon . Le
Roi avoit figné le 4 leur Contrat de mariage.
Meffire François-Jean de la Myre , Comte de
Mori , ci - devant Chevalier de Malte , fils du
Comte de la Mothe la Myre , Lieutenant du Roi
u Pays de Vermandois & de Thiérache , & de
Dame Marc de la Ferté , époufa le 14 dans l'Eglife
Paroiffiale de Saint Paul , Demoifelle Marie-
Anne- Thérefe de Chamborant , fille du Comte de
■ Claviere , Lieutenant Général des Armées du
oi , Gouverneur de Montmedi , & Gouverneur
u Comte de la Marche , & de Dame Marie- Anne
foret de Bournonville ; l'Evêque de Perpignan
-ur donna la Benediction nuptiale en présence
188 MERGURE DE FRANCE.
du Curé de la Paroiffe . Lorfque le Comte de Mosi
quitta l'Ordre de Saint Jean de Jerufalem , le ?
Grand- Maitre lui permit de continuer d'en porter
la Croix , même étant marié .
Louis- Marie Fouquet de Belle- Ifle , Comtede
Gifors , Colonel du Régiment de Champagne , is
de Charles Louis- Augufte Fouquet de Belle Ifie,
Duc de Gifors , Pair & Maréchal de France , Prin
ce du Saint Empire Romain , Chevalier des Or
dres du Roi , & de l'Ordre de la Toifon d'Or ,
Gouverneur des Villes & Citadelle de Mets , & du
Pays Meffin ; Commandant en Chef dans lesTrois-
Evêchés , frontieres de Champagne & Pays de
Luxembourg ; Lieutenant Général des Duchés de
Lorraine & de Bar ; & de Marie - Thérefe- Emmanuelle
Cafimire Geneviève de Bethune , a époulé
le 23 Julie Helene Rofalie Mazarini Mancini,
fille de Louis- Jules- Barbon Mazarini Mancini,
Duc de Nivernois & Donziois , Pair de France &
Grand d'Espagne de la Premiere Claffe , Prince
du Saint Empire , Noble Vénitien , Brigadier des
Armées du Roi , Chevalier de fes Ordres , & foa
Ambaffadeur Extraordinaire auprès du Saint Siége ,
& d'Helene Françoife-Angélique Phelypeaux de
Pontchartrain. La Benediction nuptiale leur a été
donnée dans la Chapelle particuliere de l'Hôtel
de Mortemart par l'Archevêque d'Embrun. Leut
Contrat de mariage avoit été figné le 20 par leur
Majeftés & par la famille Royale.
Le 10 Février Dame Marie - Jaquette de Fleuri de
Penanou , veuve de Robert Kergrendes , Meftre
de - Camp de Cavalerie , déccdée rue de Seve , fut
enterrée à Saint Sulpice .
Meffire Pierre- Jacques- Lonis- Augufte Ferron ,
Marquis de la Ferronays , Maréchal des Camps
JUIN. 1753. 199
Armées du Roi , & ci- devant Meftre - de- Ca p
un Régiment de Cavalerie , mourut le 11 en
in Château de Saint Mars , dans le Nantois , âgé
e 54 ans ; il étoit fils de feu Meffire Pierre Fer-
›n , Comte de la Ferronays , Brigadier de Cavarie.
Le Marquis & le Comte de la Ferronays
voient été à la tête du même Régiment .
M: Claude Annet , Comte d'Apchier , Chevalier
es Ordres du Roi , & Lieutenant Général de fes
rmées , mourut en cette Ville le 12 , âgé de 59
as.
Dame Marie-Louife de Vachon , veuve de
ean - Nicolas , Marquis de Montmorenci Châteaurun
, Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
ourut le 18 en cette Ville dans la foixante - qua-
›rziéme année de fon âge.
Dame Marie-Anne-Françoife Goujon de Gafille
, époufe de Meffire Pierre de Marolles , Comte
e Rocheplatte , Brigadier de Cavalerie , & Lieuenant
pour Sa Majesté dans la Province de la
Haute- Marche , mourut en cette Ville le 21 âgée
é 38 ans. Elle avoit été mariée en premieres noes
à Meffire Charles le Tonnelier de Breteuil ,
aron de Previlli , Premier Baron de Touraine.
Le 23 , Meffire Charles - Theophile de Berhi ,
eftre - de- Camp de Cavalerie , Capitaine au Rément
d'Enrichemont , décedé rue de Varenne ;
t enterré à Saint Sulpice .
Le 24 , eft décedée au Couvent de Trefnel N...
oé de Combeault , née en Mai 1745 , fille unique
Guillaume-Jean- Baptifte , né le 30 Mars 1720 ,
onfeiller au Grand Confeil : marié le 12 Août
43 à Anne- Madeleine du Villeroy , née le 27
ptembre 1727 , niéce de Madame Camufet , &
oufe du Fermier Général.
M. de Combeault eft fils de Guillaume Antoine
190 MERCURE DE FRANCE.
Doé , Chevalier Seigneur de Combeault , en Brie,
ci-devant Confeiller au Grand Confeil , & de fa
premiere femme Marie- Charlotte Toulard , fille
de Jean- Baptifte , Auditeur des Comptes ; Guil
laume Antoine qui a eu VA autre fils âgé de
vingt-fept ans , Officier , né de fa fecondefemme
Claude- Denile- Françoiſe de Paul Berthelier , foeur
de Madelaine , veuve du premier Janvier 1751
d'Antoine François Faucard de Beauchamps , Mai
tre des Comptes à Nantes , dont Jeanne Benjami
ne-Angélique, mariée le 2 Septembre 1737 àJam
Gabriël de la Porte du Theil , Ecuyer , ci-devant
Miniftre à Vienne , qui a deux filies .
,
Guillaume Antoine Doé de Combeault a port
foeur Marie-Anne , veuve de Jules- Adrien Gaultier
de Befigny mere du Préfident des Requêtes
Adrien -Jules , & de trois filles ; P'aînée Cathenne
eft décedée , laiffant une fille de Charles Selle ,
Confeiller au Parlement ; la feconde Jeanne- Cathe
rine a été mariée en Septembre 1723 à Gabriël de
Berny , auffi Confeiller au Parlement ; la troifiéme,
Marie-Anne a époufé Denis- Louis Pafquier ,
Confeiller au Parlement , Seigneur & Baron de
Coulaines. Voyez p. 425 , de la cinquième Partie
des Tablettes génealogiques.
Guillaume Doé , pere de Madame de Befigny
& de fon frere , avoit été reçu Secretaire du Roile
14 Mars 1691 ; il avoit eu pour frere Jean - Baptifte,
Confeiller au Châtelet dès le 3 Septembre 1677)
& leur foeur avoit époufé Jacques Gayor , Se
gneur de l'Ile-Robert , Confeiller de la Cour des
Aides , reçu le 20 Mai 1677 , dont étoit venue N..
Gayot, mariée à Charles le Clerc , Marquis de
Tremblay, né en 1660 .
On a appris de Bourdeaux , que Marguerite
Plantinet y étoit morte âgée de 108 ans. Elle avot
JUIN. 1753-
191
a vingt - deux enfans , & les avoit tous nourris.
lle étoit fille d'Audet Plantinet , qui eft mort à
& de Catherine Teftemalle morte à
04 ans. Le pere , la mere & la fiile , font inhumés
ans l'Eglife Paroiffiale de Sainte Colombe.
or an ; •
Meffire Claude Leon , Marquis de Bouthillier ,
Vicomte de Eridieres , Marquis de Rhodes & de
araupot , Comte de Sery , Baron de Cros , Seineur
Châtelain des- Aix d'Angillon , mourut
Mars dans fa cinquante - quatrième année .
le
Dame Sara Spencer , veuve du Général Douglas,
Vice- Amiral & Gouverneur des lfles - fous - le - vent,
ous la domination de la Grande Bretagne , eft
morte les , & elle fut inhumée le lendemain dans
'Eglife Paroiffiale de Saint Côme.
>
Charlotte-Rofalie de Chaftillon , épouſe de
Louis- Marie -Bretagne- Dominique de Rohan-
Chabot , Duc de Rohan , Pair de France , Prince
le Leon , Comte de Porhoët , d'Aftarac & de
Landivifiau , Marquis de Blein , Vicomte du Faon
Baron de Frefnay , Préfident né de la Noblede de
Bretagne , Brigadier d'Infanterie , & Gouverneur
le Lectoure , mourut en cette Ville le 6 Mars
gée de 34 ans. Son corps , après avoir été préenté
à Saint Sulpice , a été porté en l'Eglife du
Couvent des Célestins pour y être inhumé . La
Ducheffe de Rohan avoit été l'une des Dames
ommées pour accompagner Madame la Dauhine
. Elle étoit fille d'Alexis- Magdeleine - Rolalię ,
Duc de Chaſtillon , Pair de France , Chevalier des
Ordres du Roi , Lieutenant Général des Armées de
Sa Majefté , Lieutenant Général de la Haute &
Baffe Bretagne , Grand- Bailli de Haguenau , & cilevant
Gouverneur de Monfeigneur le Dauphin ;
de Charlotte Vautrude Voihin , premiere femme
u Duc de Chaftillon , fille de Daniel - François
Voifin , Chancelier de France.
192 MERCURE DEFRANCE
Louis- Henri de la Tour d'Auvergne , Duc
d'Albret , fils de Godefroi -Charles Henri de la
Tour-d'Auvergne, Prince de Turenne , Colonel
Général de la Cavalerie , Grand - Chambellan de
France , en furvivance du Duc de Bouillon for
pere ; & de Louiſe- Henriette - Gabriëlle de Lorraine
, fille du Prince de Pons , mourut en cette
Ville le 7. Il étoit né le 20 du mois dernier , &
avoit été baptifé le même jour , ayant eu pour
parain & pour maraine le Prince de Pons , & la
Princeffe de Rohan. Le 8 de ce mois , fon corps ,
après avoir été expofé fur un lit de parade , fix
préfenté à l'Eglife de Saint Sulpice , & porté enfuite
à celle de la Maifon- rofeffe des Jefuites , od
il a été inhumé. Le caroffe dans lequel étoit le
cercueil , & qui étoit attelé de huit chevaux , étoit
fuivi de quatre autres caroffes. Un grand nombre
de domeftiques de livrée avec des flambeaux
éclairoient le convoi.
Meffire Charles de Guiri , Marquis de Guiri , ef
mort le même jour âgé de 72 ans.
Le même jour fut enterré à Saint Sulpice Louis-
Antoine de Mauleon , Sous-Diacre du Diocéle
d'Aleth , Chanoine & Comte de Lyon , déccdé au
Semicaire de Saint Sulpice.
Meffire Jean Georges de Caulet , Marquis de
Grammont , Lieutenant Général des Armées du
Roi , Lieutenant d'une des quatre Compagnies
des Gardes- du- Corps , & Gouverneur de Mezieres
& de Charleville , mourut à Verſailles le 8 âgé de
70 ans.
Meffire Jean-Baptifte- Alexandre de Legall Br
gadier de Cavalerie , eft mort le 12 âgé de 54ans
Il étoit fils de Meffire N... de Legail , Lieutenant
Général des Armées de Sa Majefté , connu pir
differentes actions , & furtout par celle de Mondrexia.
Catherine
JUI N. 1753-
193
Catherine- Louife de Coffé de Brillac , fille du
Comte de Collé de Briflac , Commandeur de l'Or
dre Royal & Militaire de Saint Louis , Lieutenant
Général desArmées du Roi , Gouverneur de Salces
en Rouffillon , & Menin de Monfeigneur le Dauphin
, mourut en cette Ville le 13 âgée de deux
ans & demi.
Marie-Charlotte- Magdeleine de Vintimille du
Luc , fille de Galpard-Magdelon - Hubert de Vinti➡
mille , Marquis du Luc , Lieutenant Général des
Armées du Roi , mourut le 14 âgée d'environ 37
fon corps , après avoir eté préfenté à Saint
Sulpice , a été porté à l'Eglife Métropolitaine pour
y être inhumé.
ans ;
Demoiſelle Marie Quffon eft morte à Effone
le 18 , dans la cent dixième année de fon âge.
Meffire N... de Bragelongne , Vicaire -Général
de l'Evêché d'Amiens , & Abbé de l'Abbaye de
Saint Jean d'Orbeftier , Ordre de Saint Benoit ,
Dioceſe de Luçon , eft mort à Amiens le 23 dans
la quarante-uniéme année de fon âge.
Dame Elizabeth de Raguienne , époufe de Meffire
Profper André Bauyn de Jallais , Intendant de
l'Hôtel Royal des Invalides , & Confeiller Honoraire
en la Grand'Chambre du Parlement , eft
morte le 27 dans fa foixante - troifiéme année. Elle
avoit été mariée en premieres nôces à M. Duclerc,
Capitaine des Vaiffeaux du Roi.
Meffire Jean Baptifte le Normant , Doyen du
Chapitre de Saint Marcel , & Abbé de l'Abbaye
de Cherbourg , dite Notre-Dame du Vou , Ordre
de Saint Auguftin , Diocéfe de Coutances , mourut
le 30 âgé de 78 ans .
Meffire N... Ozenne de Baville , Abbé de l'Ab.
baye de Mimac , Ordre de Saint Benoit , Congré
gation de Saint Maur , Diocéfe de Limoges ,
mort le 31 dans fa foixante-onzième année.
II. Vol. L
eft
194 MERCURE DE FRANCE.
སམ
Marie-Therefe d'Hautefort , veuve de Claude-
Charles , Marquis de Laval Montmorenci , Chevalier
d'honneur de feue Madame la Ducheffe
d'Orléans mourut en cette Ville le premier
Avril , âgée de 80 ans . Elle avoit été Dame d'honneur
de feue Madame la Duchefle de Berri.
Mellire Gafpard Sigifmond , Baron de Vendt ,
Gouverneur , Grand Bailly & Capitaine des Chaffes
des Ville & Château de Montargis , mourut
le 10 à S. Cloud âgé de 97 ans . Il avoit été prenier
Maître d'Hôtel de Madame , mere de feu M,
le Duc d'Orléans , Régent de ce Royaume.
Dame Marie-Geneviève Camus de Pontcarré ,
épouse de Meffire Louis de Lefpinai , Marquis de
Marreville , Meftre de Camp de Cavalerie , mourut
le 11 dans la quarante deuxième année.
Dame Jeanne Charlotte Herault , épouse de
Meffire Jean - François Gabriel de Polaftron, Comte
de Polaftion , Gouverneur de Caſtillon , Colonel
du Régiment de la Couronne , eft morte le
14 , âgée de 17 ans.
Marie Anne Céfarée de Lanti de la Rovere ,
veuve de Jean Baptifte - François- Jofeph de Croy ,
Duc de Havré & de Croy , Prince de l'Empire ,
& Grand d'Espagne de la premiere Claffe , modrut
en cette Ville le 16 âgée de 68 ans. Elle a été
inhumée dans l'Eglife des Carmelites du Fauxbourg
S. Germain.
Dame Jeanne Regnault , époufe d'Alexis -Jean
Marquis du Châtelet , Seigneur Châtelain de la
Ferté - les- Saint - Rifquier , Gouverneur de Brayfur
Somme , & Grand Voyer de Picardie , entre
les rivieres de Somme & d'Authie , eft morte
dans la 80e année.
.7
Meflire N.de Boifle de la Farge , Abbé de
'Abbaye de Vigeois , Ordre de S. Benoît , DioJUI
N. . 195
1755
cefe de Limoges , & Vicaire Général du même
Diocéfe , eft mort le 21 au Château de la Farge
en Limofin , dans la foixante -feizième année de
fon âge.
Edouard Hyde , Comte de Clarendon , Pair de
la Grande Bretagne , connu ci devant ſous le nom
de Lord Cornburi , mourut en cette Ville le 27
dans fa quarante quatrième année.
Le Pere Sylvain Peruffault , de la Compagnie
de Jefus , mourut le 30 à la Maiſon Profeffe des
Jéfuites âgé de 75 ans. Il étoit Provincial de la
Province de Bourdeaux , lorfqu'il fuccéda en 1743
au Pere Tachereau de Lignieres , dans la place de
Confeffeur du Roi ,
Meffire Jean Jofeph Languet , Archevêque de
Sens , Abbé de l'Abbaye de Coëtmaloen , Ordre
de Cîteaux , Diocéfe de Quimper , & de celle de
Saint Juft , Ordre de Prémontré , Diocéle de Beauvais
, un des trois Confeillers Ordinaires d'Etat
Eccléfiaftiques , Supérieur de la Maiſon & du Collége
de Navarre , & l'un des Quarante de l'Académie
Françoife , mourut à Sens le 11 Mai dans fa
foixante-feizième année . Il avoit été nommé en
1714 à l'Evêché de Soiflons , & en 1730 àl'Arche
vêché de Sens .
Meffire Charles Brûlart , Marquis de Genlis ,
eft mort le 15 dans fa Terre de Genlis en Picardie ,
âgé de quarante - fix ans .
Marie de Butler , veuve de Charles - Balthazar de
Clermont- Chafte , Comte de Rouffillon , mourut
le 21 en cette Ville âgée de cinquante - trois ans.
Elle avoit été nommée Dame d'Honneur de la
Princeffe de Condé .
Balthazar Nacelli de Branciforte d'Arragon ,
Comte de Cofimo , Grand d'Efpagne , Chevalier
de l'Ordre de Saint Janvier , Grand - Maitre de la
Tij
186 MERCURE DE FRANCE.
que
lui en fit
Dame de Saint Perre , dont le fils unique nommé
Feti fut tué à la guerre. Alexandre fe remaria en
1526 , avec Anne - Regnier de Gueichi , fille de
Pierre , Seigneur de Guerchi , & de Perette du
Chefaair. De ce mariage fortit , entr'autres François
de Stut, Seigneur de Saint Perre , Chevalier
de l'Ordie du Roi en 1969 , & Gouverneur de la
Ville de Cofne-fur Loire ; lequel époufa le 2 Février
152. Renée de Boiffelet , fille d'Antoine
de Boitfelet & de Marguerite d'Affignies . Ellele
rendit pere de François Stut II . du nom , Exempt
de la premiere Compagnie des Gardes du Corps,
Seigneur de Traci , la donation
par
fa premiete fenime Françoife de Bar , dans fon
Contrat de mariage . Il n'en eut point d'enfans ,
& époufa en fecondes nôces Marie de Bufferant ,
fille de Louis , Seigneur de la Grange Chaumont ,
Gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi ,
& de Marguerite de Veau- Champlivault . Leur
fils , Loui, d'Eftur , fut. reçu Chevalier de Make
au Grand Prieuré de France. L'aîné François de
Stut III . du nom , Seigneur de Traci , Mefire de
Camp de Cavalerie, acquit la Seigneurie de Parai,
en Bourbonnois , par fon alliance du 26 Juillet
1639 , avec Edmée de la Platiere , de la famille du
Maréchal de Bourdillon , & fille de Guillaume
de la Platiere , Seigneur de Cheveroux , & de
Claudine de Villars , Dame de Parai . De cette al
liance naquit François Stut IV . du nom , Seigneur
de Traci & de Parai , qui époufa Charlotte de la
Magdelene de Ragni , d'une ancienne & illuftre
Maifon de Bourgogne , dont il y a eu deux Che
valiers du Saint Efprit , & dont la branche aînée ef
fondue dans la Maifon de Crequi - Lefdiguieres.
Leur fils Antoine Stut , Comte de Traci , Se
gueur de Parai , Capitaine de Cavalerie dans la
JUIN. 1753 . 187
Meftre -de - Camp Général , s'eft allié en 1719 avec
Charlotte-Victoire Marion de Drui , four uterine
du Comte du Montal , Lieutenant Général des Arnées
du Roi , & Chevalier de fes Ordres , & fille
Euftache Louis Marion de Drui , Marquis de
Courcelles & de Bonnencontre , Premier Major
Général de la Gendarmerie de France en 1690) ,
ué à la bataille de la Marfalle , & d'Henriette-
Marguerite de Saulx - Tavanes de Mirefel , veuve
de Louis de Montfauloin Marquis de Montal ,
Aeftre - de - Camp de Cavalerie . Leurs enfans font
. Louis d'Eftut de Traci , Religieux Théatin ;
Claude d Eftur , Chevalier de Malte , puis Maruis
de Traci , qui a donné lieu à cet article .
Les A més de la Mailon de Stut font d'or à trois
al's de fable , écartelé d'or au coeur de gueule .
Meffire Jean Frederic de la Tour - Dupin de
Gouvernet , Comte de Paulin , Colonel dans le
Corps des Grenadiers de France , fils du feu Mefire
Jean de la Tour- Dupin de Gouvernet , Comte
le Paulin , Meftre de Camp de Cavalerie ; & de
Dame Suzanne de la Tour , fut marié le 9 Mai à
Demoiselle Marie - Thérefe Billet de Muizon . Le
Roi avoit figné le 4 leur Contrat de mariage.
Meffire François- Jean de la Myre , Comte de
Mori , ci- devant Chevalier de Malte , fils du
Comte de la Mothe la Myre , Lieutenant du Roi
u Pays de Vermandois & de Thiérache , & de
Dame Marc de la Ferté , époufa le 14 dans l'Eglife
aroiffiale de Saint Paul , Demoifelle Marienne
-Thérefe de Chamborant , fille du Comte de
Claviere , Lieutenant Général des Armées du
oi , Gouverneur de Montmedi , & Gouverneur
u Comte de la Marche , & de Dame Marie - Anne
Moret de Bournonville ; l'Evêque de Perpignan
eur donna la Benediction nuptiale en présence
188 MERCURE DE FRANCE.
du Curé de la Paroiffe. Lorfque le Comte deMos
quitta l'Ordre de Saint Jean de Jerufalem, le
Grand-Maitre lui permit de continuer d'en porter
la Croix , même étant marié .
Louis-Marie Fouquet de Belle - Ifle , Comte de
Gifors , Colonel du Régiment de Champagne , fils
de Charles -Louis- Augufte Fouquet de Belle lile ,
Duc de Gifors , Pair & Maréchal de France , Prin
ce du Saint Empire Romain , Chevalier des Or
dres du Roi , & de l'Ordre de la Toifon d'Or ,
Gouverneur des Villes & Citadelle de Mets , & d
Pays Meffia ; Commandant en Chef dans les Trois
Evêchés , frontieres de Champagne & Pays de
Luxembourg ; Lieutenant Général des Duchés de
Lorraine & de Bar ; & de Marie - Thérefe- Emma
nuelle Cafimire Geneviève de Bethune , a époulé
le 23 Julie Helene Rofalie Mazarini Mancini,
fille de Louis-Jules- Barbon Mazarini Mancini ,
Duc de Nivernois & Donziois , Pair de France &
Grand d'Espagne de la Premiere Claffe , Prince
du Saint Empire, Noble Vénitien , Brigadier des
Armées du Roi , Chevalier de fes Ordres , & foa
Ambaffadeur Extraordinaire auprès du Saint Siége ,
& d'Helene Françoife- Angélique Phelypeaux de
Pontchartrain. La Benediction nuptiale leur a été
donnée dans la Chapelle particuliere de l'Hôtel
de Mortemart par l'Archevêque d'Embrun . Leut
Contrat de mariage avoit été figné le 20 par kut
Majeftés & par la famille Royale.
Le 10 Février Dame Marie - Jaquette de Fleuri de
Penanou , veuve de Robert Kergrendes , Meftre
de-Camp de Cavalerie , décedée rue de Seve , fut :
enterrée à Saint Sulpice.
Meffire Pierre- Jacques- Lonis- Augufte Ferron ,
Marquis de la Ferronays , Maréchal des Camps
S
JUIN. 1753. 12
Armées du Roi , & ci - devant Meftre- de- Cap
in Régiment de Cavalerie , mourut le 11 en
Château de Saint Mars , dans le Nantois , âgé
54 ans ; il étoit fils de feu Meffire Pierre Fern
, Comte de la Ferronays , Brigadier de Cavaie.
Le Marquis & le Comte de la Ferronays
oient été à la tête du même Régiment.
M: Claude Annet , Comte d'Apchier , Chevalier
s Ordres du Roi , & Lieutenant Général de fes
mées , mourut en cette Ville le 12 , âgé de 59
S.
Dame Marie-Louife de Vachon , veuve de
an- Nicolas , Marquis de Montmorenci Châteauun
, Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
Durut le 18 en cette Ville dans la foixante- quarziéme
année de fon âge.
Dame Marie -Anne-Françoiſe Goujon de Gafle
, épouse de Meffire Pierre de Marolles , Comte
Rocheplatte , Brigadier de Cavalerie , & Lieumant
pour Sa Majefté dans la Province de la
aute- Marche , mourut en cette Ville le 21 âgée
38 ans. Elle avoit été mariée en premieres nôs
à Meffire Charles le Tonnelier de Breteuil ,
aron de Previlli , Premier Baron de Touraine.
Le 23 , Meffire Charles- Theophile de Berhis ,
eftre- de- Camp de Cavalerie , Capitaine au Rément
d'Enrichemont , décedé rue de Varenne
¤ enterré à Saint Sulpice .
Le 24 , eft décedée
au Couvent
de Treinel
N...
oé de Combeault
, née en Mai 1745 , fille unique
Guillaume
-Jean-Baptifte
, né le 30 Mars 1720 ,
onfeiller
au Grand
Confeil
: marié
le 12 Août
43 à Anne- Madeleine
du Villeroy
, née le 27
ptembre
1727 , niéce
de Madame
Camufet
, &
oufe du Fermier
Général
.
M. de Combeault eft fils de Guillaume - Antoine
190 MERCURE DE FRANCE.
Doé , Chevalier Seigneur de Combeault , en Brie,
ci-devant Confeiller au Grand Confeil , & de fa
premiere femme Marie-Charlotte Toulard , fille
de Jean Baptifte , Auditeur des Comptes ; Guillaume
Antoine qui a eu un autre fils âgé de
vingt-fept ans , Officier , né de fa feconde femme
Claude-Denile-Françoiſe de Paul Berthelier , foeur
de Madelaine , veuve du premier Janvier 1751
d'Antoine François Faucard de Beauchamps , Maî
tre des Comptes à Nantes , dont Jeanne Benjami
ne-Angélique, mariée le 2 Septembre 1737 à Jean-
Gabriël de la Porte du Theil , Ecuyer , ci-devant
Miniftre à Vienne , qui a deux filies .
" Guillaume Antoine Doé de Combeault a poor
foeur Marie-Anne , veuve de Jules- Adrien Gaultier
de Befigny , mere du Préfident des Requêtes
Adrien- Jules , & de trois filles ; P'aînée Catherine
eft décedée , laiffant une fille de Chailes Selle ,
Confeiller au Parlement ; la feconde Jeanne- Catherine
a été mariée en Septembre 1723 à Gabriël de
Berny , auffi Confeiller au Parlement ; la troifiéme,
Marie-Anne a époafé Denis- Louis Palquier ,
Confeiller au Parlement , Seigneur & Baron de
Coulaines. Voyez p. 425 , de la cinquième Partie
des Tablettes génealogiques .
Guillaume Doé , pere de Madame de Beligay
& de fon frere , avoit été reçu Secretaire du Roi le
14 Mars 1691 ; il avoit eu pour frere Jean- Baptifte,
Confeiller au Châtelet dès le 3 Septembre 1677 ,
& leur foeur avoit époufé Jacques Gayot , Seigneur
de l'Ile -Robert , Confeiller de la Cour des
Aides , reçu le 20 Mai 1677 , dont étoit venue N..
Gayot , mariée à Charles le Clerc , Marquis da
Tremblay , né en 1660.
On a appris de Bourdeaux , que Marguerite
Plantinet y étoit morte âgée de 108 ans. Elle avoit
JUI N. 1753 . 191
eu vingt-deux enfans , & les avoit tous nourris.
Elle étoit fille d'Audet Plantinet , qui eft mort à
10 an ; & de Catherine Teftemalle morte à
104 ans. Le pere , la mere & la fille , font inhumés
dans l'Eglife Paroiffiale de Sainte Colombe.
•
Meffire Claude Leon , Marquis de Bouthillier ,
Vicomte de Eridieres , Marquis de Rhodes & de
Laraupot , Comte de Sery , Baron de Cros , Seigneur
Châtelain des- Aix d'Angillon , mourut le 4
Mars dans fa cinquante- quatrième année .
Dame Sara Spencer , veuve du Général Douglas,
Vice-Amiral & Gouverneur des lfles - fous - le -vent,
fous la domination de la Grande Bretagne , eft
morte le 5 , & elle fut inhumée le lendemain dans
l'Eglife Paroiffiale de Saint Côme.
Charlotte- Rofalie de Chaftillon , épouse de
Louis- Marie - Bretagne -Dominique de Rohan-
Chabot , Duc de Rohan , Pair de France , Prince
de Leon , Comte de Porhoët d'Aftarac & de
Landivifiau , Marquis de Blein , Vicomte du Faon ,
Baron de Frefnay , Préfident né de la Noblette de
Bretagne , Brigadier d'Infanterie , & Gouverneur
de Lectoure , mourut en cette Ville le 6 Mars
âgée de 34 ans. Son corps , après avoir été préfenté
à Saint Sulpice , a été porté en l'Eglife du
Couvent des Céleftins pour y être inhumé . La
Ducheffe de Rohan avoit été l'une des Dames
a nommées pour accompagner, Madame la Dauphine.
Elle étoit fille d'Alexis -Magdeleine- Rolalie ,
Duc de Chaftillon , Pair de France , Chevalier des
Ordres du Roi , Lieutenant Général des Armées de
Sa Majefté , Lieutenant Général de la Haute &
Baffe Bretagne , Grand- Bailli de Haguenau , & cidevant
Gouverneur de Moofeigneur le Dauphin ;
& de Charlotte Vautrude Voihin , premiere femme
du Duc de Chaftillon , fille de Daniel - François
Voifin , Chancelier de France.
192 MERCURE DEFRANCE
Louis- Henri de la Tour d'Auvergne , Duc
d'Albret , fils de Godefroi- Charles Henri de la
Tour- d'Auvergne, Prince de Turenne , Colonel
Général de la Cavalerie , Grand -Chambellan de
France , en furvivance du Duc de Bouillon fon
pere ; & de Louife- Henriette- Gabriëlle de Lorraine
, fille du Prince de Pons , mourut en cette
Ville le 7. Il étoit né le 20 du mois dernier , &
avoit été baptifé le même jour , ayant eu pour
parain & pour maraine le Prince de Pons , & la
Princeffe de Rohan . Le 8 de ce mois , fon corps ,
après avoir été expofé fur un lit de parade , fur
préfenté à l'Eglife de Saint Sulpice , & porté enfuite
à celle de la Maiſon- rofeffe des Jefuites , ou
il a été inhumé. Le caroffe dans lequel étoit le
cercueil , & qui étoit attelé de huit chevaux , étoit
fuivi de quatre autres caroffes. Un grand nombre
de domeftiques de livrée avec des flambeaux
éclairoient le convoi .
Meffire Charles de Guiri , Marquis de Guiri , eft
mort le même jour âgé de 72 ans.
Le même jour fut enterré à Saint Sulpice Louis-
Antoine de Mauleon , Sous- Diacre du Diocéle
d'Aleth , Chanoine & Comte de Lyon , déccdé an
Semicaire de Saint Sulpice.
Meffire Jean Georges de Caulet , Marquis de
Grammont , Lieutenant Général des Armées du
Roi , Lieutenant d'une des quatre Compagnies
des Gardes-du- Corps , & Gouverneur de Mezieres
& de Charleville , mourut à Verſailles le 8 âgé de
70
ans.
Meffire Jean- Baptifte- Alexandre de Legall , Brigadier
de Cavalerie , eft mort le 12 âgé de 54 ans.
Il étoit fils de Meffire N... de Legall , Lieutenant
Général des Armées de Sa Majeſté , connu par
differentes actions , & furtout par celle de Mondrexia.
Catherine,
JUI N. 1753. 193
Catherine- Louife de Coffé de Briffae , fille du
Comte de Collé de Briflac , Commandeur de l'Or
dre Royal & Militaire de Saint Louis , Lieutenant
Général des Armées du Roi , Gouverneur de Salces
en Rouffillon , & Menin de Monfeigneur le Dauphin
, mourut en cette Ville le 13 âgée de deux
ans & demi.
Marie-Charlotte - Magdeleine de Vintimille du
Luc , fille de Galpard-Magdelon - Hubert de Vintimille
, Marquis du Luc , Lieutenant Général des
Armées du Roi , mourut le 14 âgée d'environ 37
ans ; fon corps , après avoir eté préfenté à Saint
Sulpice , a été porté à l'Eglife Métropolitaine pour
Y
être inhumé.
Demoiſelle Marie Quffon eft morte à Effone
le 18 , dans la cent- dixième année de ſon âge.
Meffire N... de Bragelongne , Vicaire- Général
de l'Evêché d'Amiens , & Abbé de l'Abbaye de
Saint Jean d'Orbeftier , Ordre de Saint Benoît ,
Diocéfe de Luçon , eft mort à Amiens le 23 dans
la quarante uniéme année de fon âge.
Dame Elizabeth de Raguienne , époule de Meffire
Profper -André Bauyn de Jallais , Intendant de
l'Hôtel Royal des Invalides , & Confeiller Honoraire
en la Grand'Chambre du Parlement ,
morte le 27 dans fa foixante- troifiéme année. Elle
avoit été mariée en premieres nôces à M. Duclerc,
Capitaine des Vaiffeaux du Roi .
eft
Meffire Jean Baptifte le Normant , Doyen du
Chapitre de Saint Marcel , & Abbé de l'Abbaye
de Cherbourg , dite Notre- Dame du Vau , Ordre
de Saint Auguftin , Diocéfe de Coûtances , mourut
le 30 âgé de 78 ans.
Meffice N... Ozenne de Baville , Abbé de l'Ab.
baye de Mimac , Ordre de Saint Benoit , Congré
gation de Saint Maur , Diocéfe de Limoges , eft
mort le 31 dans la foixante-onziéme année.
II.Vol. L
194 MERCURE DE FRANCE.
Marie- Therefe d'Hautefort , veuve de Claude-
Charles , Marquis de Laval Montmorenci , Chevalier
d'honneur de feue Madame la Ducheffe
d'Orléans , mourut en cette Ville le premier
Avril , âgée de 80 ans . Elle avoit été Dame d'honneur
de feue Madame la Duchefle de Berri.
Melire Gafpard Sigifmond , Baron de Vendt
Gouverneur , Grand Bailly & Capitaine des Chaffes
des Ville & Château de Montargis , mourut
le 10 à S. Cloud âgé de 97 ans . Il avoit été preanier
Maître d'Hôtel de Madame , mere de feu M.
le Duc d'Orléans , Régent de ce Royaume.
Dame Marie-Geneviève Camus de Pontcarré
épouse de Meffire Louis de Lefpinai , Marquis de
Marreville , Meftre de Camp de Cavalerie , mou .
rut le 11 dans la quarante deuxième année.
Dame Jeanne Charlotte Herault , époufe de
Meffire Jean - François Gabriel de Polaftron , Comte
de Polaftion , Gouverneur de Caftillon , Colonel
du Régiment de la Couronne , eft morte le
14 , âgée de 17 ans .
Marie Anne Céfarée de Lanti de la Rovere ,
veuve de Jean Baptifte François - Jofeph de Croy ,
Duc de Havré & de Croy , Prince de l'Empire ,
& Grand d'Espagne de la premiere Claffe , modrut
en cette Ville le 16 âgée de 68 ans . Elle a été
inhumée dans l'Eglife des Carmelites du Fauxbourg
S. Germain.
Dame Jeanne Regnault , époufe d'Alexis -Jean
Marquis du Châtelet , Seigneur Châtelain de la
Ferté- les-Saint- Rifquier , Gouverneur de Brayfur
Somme , & Grand Voyer de Picardie , entre
les rivieres de Somme & d'Authie , eft morte le
27 , sans la 80e année.
Meffire N ... de Boifle de la Farge , Abbé de
'Abbaye de Vigeois , Ordre de S. Benoît , DioJUI
N. 1 753
195
cefe de Limoges , & Vicaire Général du même
Diocéfe , eft mort le 21 au Château de la Farge
en Limofin , dans la foixante - feizième année de
fon âge .
Edouard Hyde , Comte de Clarendon , Pair de
la Grande Bretagne, connu ci devant ſous le nom
de Lord Cornburi , mourut en cette Ville le 27
dans fa quarante quatrième année.
Le Pere Sylvain Peruffault , de la Compagnie
de Jefus , mourut le 30 à la Maifon Profeffe des
Jéfuites âgé de 75 ans . Il étoit Provincial de la
Province de Bourdeaux , lorfqu'il fuccéda en 1743
au Pere Tachereau de Lignieres , dans la place de
Confeffeur du Roi ,
Meffire Jean Jofeph Languet , Archevêque de
Sens , Abbé de l'Abbaye de Coëtmaloen , Ordre
de Cîteaux , Diocéfe de Quimper , & de celle de
Saint Juft , Ordre de Prémontré , Diocéfe de Beauvais
, un des trois Confeillers Ordinaires d'Erat
Eccléfiaftiques , Supérieur de la Maiſon & du Collége
de Navarre , & l'un des Quarante de l'Académie
Françoiſe , mourut à Sens le 11 Mai dans fa
foixante-feizième année . Il avoit été nommé en
1714 à l'Evêché de Soiflons , & en 1730 àl'Archevêché
de Sens .
Meffire Charles Brûlart , Marquis de Genlis ,
eft mortle 15 dans fa Terre de Genlis en Picardie,
âgé de quarante-fix ans .
Marie de Butler , veuve de Charles- Balthazar de
Clermont- Chaſte , Comte de Rouffillon , mourut
le 21 en cette Ville âgée de cinquante - trois ans.
Elle avoit été nommée Dame . d'Honneur de la
Princeffe de Condé .
Balthazar Nacelli de Branciforte d'Arragon,
Comte de Cofimo , Grand d'Espagne , Chevalier
de l'Ordre de Saint Janvier , Grand - Maitre de la
Tij
196 MERCURE DE FRANCE.
Maifon du Roi des Deux Siciles , Confeiller d'Etat
de Sa Majefté Sicilienne , & Président de la fuprê
me Junte de Sicile , mourut en cette Ville le 29.
Son corps doit être tranſporté à Naples.
ARRESTS NOTABLES.
ETTRES Patentes du Roi données
Lverfilles le 2 Septembre 1752. Regiftrees en
la Chambre des Comptes ; concernant les Trélo,
riers généraux de la Marine & des Galeres.
DECLARATION du Roi , donnée à Ver.
failles le 8 , regiftrée en Parlement ; portant cel
fation du recouvrement de ce qui reste à payer des
finances ordonnées êtré payées par les Edits de
1745 , fur différens Offices .
ARREST du Confeil du Roi , du 11 ; qui
fixe par derniere grace , & fans efpérance d'aucun
autre délai , à trois mois , pour le viſa de tous les
effets concernant l'ancienne Compagnie Royale
de la Chine.
*
EDIT du Roi , donné à Verſailles au même
mois , regiftré en Parlement ; portant réglement
pour les gages des Offices réunis par des Edits
particuliers , & antérieurs à l'Edit du mois d'Avril
1749.
DECLARATION du Roi , donnée à Fontainebleau
le 10 Octobre , regiftrée en la Cour
des Monnoyes le 4 Octobre fuivant ; portant nouveau
reglement fur les formalités que doivent
obferver les Gardes de l'Orfévrerie de Paris dans
JUIN 1753. 197
leurs vifites chez les maîtres & veuves de leurs
Corps , & chez les fondeurs .
ORDONNANCE du Bureau des Finances
de la Généralité de Paris , du 21 Novembre ;
qui enjoint aux Commiffaires, généraux de la Voirie
d'inférer dans les permiffions des petits auvents
qu'ils accordent , la claufe qu'ils ne pourront être
recouverts en plomb , tuiles ou ardoifes , mais
feulement de bardeau ou bois merrain ; & qui fait
défenſes aux Couvreurs , maîtres , apprentifs ou
compagnons , de conftruire ou rétablir aucune
couverture d'auvent , autrement qu'en bardeau ou
bois merrain , à peine de cinquante livres d'a
mende.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , du 28 ;
qui déclare les augmentations des gages acquifes
par les Officiers de différens Bailliages de Franche-
Comté , pour jouir de l'union faite à leurs
Siéges , des Préfidiaux établis par Edit de Septembre
1696 , n'être pas unies au corps des Offices
de ceux qui les ont acquifes.
AUTRE du 4 Décembre , qui ordonne que ,
tous les propriétaires de fonds & héritages , maifons
& offices , ne pourront retenir le vingtiéme
des arrérages des rentes , penfions & autres redevances
, de quelque nature qu'elles foient , dûes.
aux Hôpitaux , & c.
AUTRE , du 12 , pour l'élargiffement de la
rue de la Verrerie , conformément au plan y annexé.
ORDONNANCE du Roi , du même jour ;
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
portant que les falaires des gens de mer qui au
ront déferté des Bâtimens marchands , continueront
d'être déposés dans les Bureaux des Claffes .
ARREST de la Cour des Aides , du 15 ;
qui confirme avec amende & depens , deux fentences
de la Jurifdiction des Traites de Langres ,
des 17 Septembre & 9 Décembre 1751 , par lef
quelles le nommé Cerf d'Alface , entrepreneur de
la fourniture des étapes aux troupes du Roi au
paffage d'Ifches , Ligneville & Mirecourt , &
Antoine Lallemant fon voiturier , ont été condamnés
en trois cens livres d'amende , & en la
confifcation de quatre muids de vin , enſemble de
la voiture , chevaux & équipages , pour avoir paffé
de Champagne en Lorraine fans déclaration ni
payement des droits de fortie , fous prétexte que
lefdits vins étant deſtinés pour la fourniture des
Troupes , ils n'étoient point fajets aufdits droits.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , du 19 ;
qui modere, à commencer du premier Janvier
1753 , les droits de marc d'or , d'enregistrement
chez les Gardes des rôles , fceau , & autres frais de
provifions des offices vacans & autres réputés
teis , qui feront levés aux revenus cafuels.
aux
ORDONNANCE du Roi , du 22 ; pour la
continuation , du premier Juillet 1752 au dernier
Juin 1753 , du rappel du complet reglé par
l'Ordonnance du premier Janvier 1752 ,
Compagnies d'Infanterie Françoife & Etrangere ,
& par celle du 23 Avril 1752 , aux Compagnies
à pied des Troupes légeres.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , du
JUIN. 1753-
199
26 qui caffe un Procès
verbal de vifite faite par
les Officiers
de l'Election
de Grenoble
, au Bu
reau général
du Tabac
de ladite
Ville , en préfence
du Procureur
du Roi , & tout ce qui peut
l'avoir
précédé
& fuivi : condamne
lefdits
Officiers
à la reftitution
des Tabacs
qu'ils
ont enlevés
au
Bureau
général
, finon à en payer
la jufte valeur
;
& interdit
le Procureur
du Roi en ladite Election
des fonctions
de fon office pendant
trois mois.
LISTE générale des Rembourfemens de partie
des capitaux de rentes à trois pour cent , créées
fur la Ferme générale des Poftes , par Edit de
Mai 1751 ; lefdits rembourfemens montant à la
fomme de trois cens feize mille trois censilivres ,
échûs par le fort de la Loterie tirée dans PHôtel de
de Ville Paris , en préfence de Mrs les Prevêt des
Marchands & Echevins , le 29 du même mois .
Numero. Sommes . Numero. Sommes.
124 5000. Ci - contre.. 98300.
184
10000 . 1070 10:00.
282 000 . 1083
20000.
3.12 10000. 1106 20000. 398
Sooo. 1211 3000.
405 . Sooo. 1279 15000.
470 3000. 1360 3000.
635 2000. 1523 5000 .
734 1000. 1840 : .8000.
772 10000. 1628 2000.
818 6000. 1643 2000.
896 10000. 1685
2000.
969 83 0. 1733 8000.
982 18000 . 1839 3000.
98300. 199300.
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
Numero. Sommes. Numero. Sommes.
liv.
D'autre part 199300.
Ci-contre .. 253300.
1880 2000. 2344 3000 .
1985 20000. 2406 10000.
2011 8000. 2438 10000,
2238 10000. 2481 10000.
2253 3000. 2489 10000.
2286 Sooo. 2531 10000 .
2316 3000 . 2532 10000.
2339 3000.
253300. 316300,
Lefdits Rembourfemens ont été faits au Tréfor
Royal , chez M. Savalete de Magnanville , le 15
Janvier 1753 , & jours fuivans .
ORDONNANCE du Roi , du premier
Janvier 1753 , concernant l'affemblée des batail
lons de Milice & de Grenadiers Royaux .
AUTRE du 3 Janvier , concernant les Soldats
, Cavaliers & Dragons , qui viennent à Paris
avec des Congés limités.
AUTRE du 8 , portant ce qui devra être
obfervé par rapport aux Maronites & autres Chrétiens
Orientaux , & aux Elclaves rachetés , qui fe
trouveront dans le Royaume. I
AUTRE du 16 , qui proroge pour un an , à
compter du premier Janvier 1753 , jufqu'au premier
Janvier 1754 , l'exemption des droits fur les
beftiaux venans des Pays étrangers , accordée par
celui du 21 Décembre 1751,
C
JUIN.
201
1753.
30 , ARREST du Confeil d'Etat du Roi , du
Jervant de Réglement général pour le Contrôle
des Exploits.
ARREST de la Cour des Aides du 3 i , qui ing
firme une Sentence du Grenier à Sel de Joinville,
du 14 Mars 1752 , pour avoir fait main - levée de
chairs falées,faifies fur le nommé Pierre Magé, Laboureur
, fous prétexte que l'Ordonnance ne fixe
pas la quantité de fel néceffaire pour la falaifon ;
& enjointfeulement audit Magé de lever un demiquart
de fel , par forme de reftitution de droits de
Gabelles confifque les chairs falées , & condamne
ledit Magé en l'amende de trois cens livres ,
conformément à l'article XXXII , du titre VIII. de
l'Ordonnance ; & aux dépens.
à
ORDONNANCE du Roi , du 6 Février,
qui fait défenfes à toutes perfonnes de faire porter
à leurs domeftiques la livrée de Sa Majefté ,
moins qu'ils n'en ayent droit par conceffion particuliere
: & à tous Officiers de la faire porter fans
en avoir obtenu la permiffion par écrit du fieur
Grand-Ecuyer de France .
AUTRE du même jour ; qui fait défenſes à
toutes perfonnes , de quelque qualité & condition
qu'elles foient , de faire porter par leurs domeftiques
une livrée de couleur bleue , encore que le
galon foit different de celui de la livrée de Sa
Majefté.
AUTRE du 9 ; pour mettre le Régiment
d'Infanterie de Nivernois , fous le nom du Comie
de la Marche.
202 MERCURE DE FRANCE.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , du 15 ;
qui ordonne l'exécution de celui du 15 Juin 1752,
concernant les amendes de fix livres & de trois li
vres,fur les appellations aux Préfidiaux , Baillagos
& Sénéchauffées dans tout le Royaume.
AUTR E , du même jour ; qui ordonne l'exé
cution de celui du 15 Juin 1752 , concernant les
Préfentations fur les Interventions , &c. dans tour
le Royaume.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , & Lettres
Parentes fur icelui , des 22 Février 1751 , &
12 Février 1753 ; portant nouveau Réglemeng
pour les ouvrages d'Orfévrerie . Regiftrées en la
Cour des Monnoyes , le 28 Mars 1753.
AUTRE , du 10 Avril ; portant Réglement
entre les Fermiers des coches d'eau de Paris à
Auxerre , & les Syndics & Propriétaires des coches
& carroffes.
AUTRE , du même jour , qui en interprétant les
articles III , VI , X , LXXXVIII & XC du Réglement
, concernant la fabrique des toiles de Laval ,
Mayenne & Château- Gontier , du 19 Août 1739 ,
permet , fous les conditions y portées , aux Fabri
quaus de fabriquer des toiles appellées , Laifes
ordinaires , en fil de chanvre , tant en chaine qu'en
trame , en trente - quatre portées au moins de
quarante fils chacune , & c .
AUTRE , du 17 , qui , en interprétant l'article
IX de l'Arrêt du Conteil du 4 Juillet 1752 , permet
aux Fabriquans & Mulquiniers de la Province
·JUIN. 1753. 203
d'Artois , de fe faire enregistrer par nom , furnom
& qualités , fur les Regiftres du Greffe des Juges
de Police de ladite Province , le plus prochain du
lieu de leur domicile , & c,
AUTRE , du 19 ; qui caffe un Arrêt de la
Cour des Monnoyes , du 10 Février dernier : ordonne
la confifcation de la valeur d'efpéces décriées
& hors de cours , qui avoient été trouvées
dans la démolition d'un mur , & que conformément
à l'Edit du mois de Février 1726 , toutes efpéces
de France ou étrangeres décriées & hors de
cours , qui fe trouveront en la poffeffion des particuliers
, de quelque maniere & en quelque endroit
que ce puiffe être , feront acquifes & confifquées
au profit de Sa Majefté ; & que la confifcation
d'icelles , ou de leur valeur repréſentative
fera pourfuivie & jugée en ladite Cour des Monnoyes.
"
AUTRE , du 26 ; qui ordonne que les Marchands
& Negocians qui feront voiturer leurs
marchandifes par le coche d'Auxerre , pourront .
fe fervir de tels rouliers que bon leur femblera
& les rouliers prendre librement leur charge aux
Bureaux du coche d'Auxerre , & apporter directement
aux Bureaux dedit coche , les marchandifes
qu'ils auront été chargés d'y conduire , fans qu'ils
puiffent être troublés ni inquiétés par les Fermiers
Généraux des meffageries , ou leurs Fermiers.
AUTRE , du 29; qui ordonne
que les Offices
de Subftituts
des Procureurs
du Roi , Procureurs
poftulans
, Huiffiers
& Sergens
des Amirautés
de
Bretagne
, qui n'ont payé l'hérédité
établie
Déclarations
des 3 Décembre
1743 & 12 Janvier
par les
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
1745 , feront & demeureront exceptés de la fuppreffion
portée par la Déclaration du 13 Octobre
1750 , & par les Arrêts rendus en conféquence :
ordonne qu'ils feront admis à en payer l'annuel , &
à les réfigner comme avant lefdites Déclarations.
Et qu'il fera expédié & fcellé des provifions au
profit des porteurs de quittances de finance , de
vacant , de réfignation ou de nomination d'Ofces
de Notaires , Procureurs , Huifiers , Sergens
& autres de cette náture , expédiées avant ou depuis
les Déclarations des 3 Décembre 1743 & 12
Janvier 1745 , encore qu'ils n'ayent payé l'héré-"
dité , pour par eux en jouir cafuellement , & en
payer le prêt & annuel , conformément à la Déclaration
du 8 Septembre 1752.
ORDONNANCE du Roi , du premier
Mai ; pour régler la diftribution des Congés d'ancienneté
.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , du 3
Mai ; portant réglement pour les Eſſayeurs des
Monnoyes,
ORDONNANCE du Roi , du 28 Maij
qui défend à tous Capitaines , Maîtres & Patrons
de Navires , ou autres Bitimens de mer François ,
de porter dans l'ifle de Corfe aucunes armes , mu
nitions ou uftenfiles de guerre.
Instruction pour l'Infanterie , dreffée par ordre
de Sa Majefté , concernant l'exécution de l'Or
donnance du 7 Mai 1750 , avec des obfervations
fur quelques commandemens de ladite Ordonnan
ce , divifées en cinquante- huit , & un Supplément
pour les commandemens qui n'y ont point été in
ferés.
JUI N. 1753 205
A V I S.
?
L'Enviéleréveillepour faire la guerre au Sa
chet Antipopleétique de M Arnoult ? qui
jouiffoit d'une approbation tranquille par le filence
& la confufion de ſes adverfaires ; on rappelle
d'anciens évenemens qu'on croit capables de
Je décrier , fur tout la mort du célebre Poëte M.
Rouffeau , arrivée à Bruxelles après une attaque
d'apoplexie : le fait eft certain ; mais ceux qui
Je croyent propre à faire douter de la vertu du
fpécifique , ignorent au contraire qu'il en eft une
nouvelle preuve ; c'eft ainfi que la malignité pré
te fouvent des armes contre elle-même , en mettant
M. Arnoult dans la néceffité de publier des
circonstances qu'il a recueillies depuis long-tems ,
& que la feule crainte de fatiguer le Public lui a
fait retenir dans l'obfcurité , ou lui affure un nouveau
triomphe auquel il n'eft fenfible qu'autant
qu'il peut fervir à redoubler la jufte confiance
que tant d'honnêtes gens ont pour fon remede.
Un Certificat légalité du Bourguemeftre & Echevins
de Bruxelles read témoignage que le fameux
Rouffeau eut il y a plufieurs années une attaque
d'apoplexie confidérable , qu'on lui fit faire ufage
du remede de M. Arnoult ; que la grande confiance
qu'il avoit en ce remede , l'engageoit à en
changer fouvent pendant plus de quatre ans fans
qu'il lui foit arrivé d'accident ; que s'étant trouvé
huit jours au dépourvû , ſon ſachet étant vuide &
mol , il lui étoit arrivé une rechûte ; qu'ayant reporté
l'espace de trois ans très fidelement le mê
me remede , il ne lui étoit arrivé aucun fymptô
me ; mais qu'à fon dernier voyage de Hollande
206 MERCURE DEFRANCE.
ayant remarqué qu'il n'y avoit plus rien dans le
fachet qu'il portoit , il le quitta , & remit à fon
arrivée à Bruxelles à en faire venir un autre de
Paris ; que quatre jours après il avoit eu une nouvelle
attaque d'apoplexie , dont il étoit mort.
Feu M. Herault , Lieutenant Général de Police
& Confeiller d'Etat , attefta à¡ feu S. E. M. le
Cardinal de Fleury , Premier Miniftre , en pré
fence de plufieurs Seigneurs de la Cour , que qua
tre perfonnes de les parens & amis tombés en apoplexie
, s'étoient trouvés guéris par le remede du
feur Arnoult , dont ils avoient fait uſage exact
en le renouvellant au moins tous les ans , pendant
l'efpace de dix années , fans qu'il leur foit arrivé
aucun fymptôme ; que fe croyant guéris ils
avoient cellé l'ufage du remede , qu'ils étoient
retombés , qu'ayant repris le même remede , ils
s'étoient trouvés guéris , & n'avoient eu aucune
rechûte depuis plus de huit ans.
Comme il fe paffe peu de jours fans quelques
témoignages glorieux pour les fpécifiques , on
prend cette occafion pour en publier quelqu'au-,
tres affez remarquables par leurs circonftances &,
par le caractere de leurs Auteurs, M. Arnouk a
toutes ces pieces entre les mains.
Extrait d'une Lettre de M. Jacques de Weft ,
Prêtre à Anvers , à M. Arnoult,
Mon cher pere fe portant auffi bien qu'on le
peut défirer, a befoin d'un de vos admirables Spécifiques
, auxquels je dois , après Dien , fa vie qui
m'eft précieuſe ; car depuis plufieurs années
que nous lui avons appliqué votre remede , dont
je ne fçaurois aflez eftimer les vertus , mon pere .
n'a eu aucune attaque d'apoplexie , quoiqu'il ca
eût été attaqué trois fois dans l'efpace de quarante
JUI N. 1753 . 207
jours avant qu'il portât votre excellent remede.
Nos amis en auront inceffamment befoin pour fe
garantir de cette terrible maladie ; pour moi je
vous prie de me l'envoyer au plutôt , & je fuis.
Signé Jacques de Weft , Prêtre.
M. Duval , Négociant à Paris , attefte que Madame
fa mere a eu plufieurs attaques d'apoplexie ;
que depuis plus de cinq ans qu'elle porte le remede
de M. Arnoult , il ne lui eft plus arrivé aucune
rechûte , qu'il y a environ un an , ſon ſachet
fe trouvant ufé & vuide, on s'apperçut de quelques
fymptômes d'une nouvelle rechûte , ce qui fit
prendre un nouveau fachet , qui produifit l'effet
qu'on en attendoit , s'étant trouvée plus libre à
tous égards & guérie parfaitement .
M. Dionis , celebre Médecin de la Faculté de
Paris , attefte auffi que M. Denis , oncle de Madame
fon épouse , étant tombé à Moulins il y a
dix huit mois en apoplexie , il lui envoya le remede
de M. Arnoult , dont il a fait ufage exact
fins aucune rechûte , & jouiflant d'une fanté parfaite
; mais qu'au mois de Mars 1752 , fa niéce
Payant folicité de changer fon fachet , attenda
qu il y avoit plus d'un an qu'il le portoit & qu'il
étoit entierement vuide & mol , il la chargea de
faire l'emplette d'un nouveau , & pour lui donner
des preuves de fa réfolution , il quitta le fien
que l'on pouvoit regarder comme inutile , que Ma
dame fon époute fut plufieurs jours fans fonger au
Cachet , qu'il eut au bout de cinq jours une rechûre
, dont il mourut , M. Dionis ajoûte qu'il regarde
le fait d'autant plus particulier & plus important
, qu'il fert à prouver combien il eft effentiel
de ne jamais diſcontinuer l'ufage du remede
de M. , Arnoult , Droguiste , rue Quincampoix
à Paris , & feul poffeffeur de ce précieux re→
mede.
208 MERCURE DE FRANCE:
M. Bernier , autre célébre Médecin de la Fa
culté de Paris , & fous les yeux duquel fe font
paffés les faits ci- deffus , les confirme à qui le
veut .
M. Fels , Docteur en Médecine & Bourgue
meftre de la Ville de Scheleftat , par fa lettre du
28 Fevrier 1748 , certifie avec le R. P. Thadé ,
Capucin , Prédicateur au Neuf-Brifac , que le R..
P. Urlan , Capucin , Prédicateur & Aumônier de
l'Hôpital Royal & Militaire du Neuf- Brifac , étant
tombé en apoplexie & paralifie de tout le côté
droit , le renede de M. Arnoult a eu un effet
merveilleux , & l'a totalement guéri .
M. le Comte , Docteur en Médecine à Rethel-
Mazarin , par fa Lettre du 20 Avril 1753 , mare
que que le Prieur de Novy , Bénédictin , après
une attaque d'apoplexie a fait un ufage exact da
remede du fieur Arnoult pendant fix ans, fans qu'il
lui foit arrivé aucune rechûte ; qu'au bout de ce
tems fon fachet étant vuide & négligeant de le
renouveller , il vient d'effuyer une violente atta.
que d'apoplexie , pour quoi il demande prompte
ment trois fachets , dont un pour le Prieur de Novy
, le fecond pourle Pere Procureur , & le troifiéme
pour lui-même.
L
AUTR E.
E fieur Beaumont , Marchand fur le Pont No.
tre- Dame , au Griffon d'or ; donne avis qu'il
vend les ouvrages de M. Dernis , Chef du Bureau
des Archives de la Compagnie des Indes , fçavoir
:
Les Parités réciproques de la livre numeraire
ou de compte , inftituée par l'Empereur Charlemagne
, proportionnément à l'augmentation as
JUIN. 1753: 209
rivée fur le prix du marc d'argent , depuis fon
Regne jufqu'à celui de Louis XV à préfent regnant
, préfenté au Roi par l'Auteur , le 11 Mai
1746.
Le Tableau fur les Changes Etrangers entre la
France & les principales Places de l'Europe , calculés
fur les prix de l'argent monoyé , fuppofés
depuis 27 liv . le marc jufqu'à so , & par lequel on
peut voir en tout tems , fi la France eft créanciere
des autres Etats , ou fi au contraire , ces
Etats font créanciers de la France .
Un autre Tableau contenant la réduction en
monnoye de France , des nionoyes de change de
ces mêmes Places , fervant de preuve à celui mentionné
ci-deffus , préfenté au Roi le 3 Août 1746.
On trouve chez ledit fieur Beaumont ces trois
Tableaux gravés , en feuille , & encadrés avec un
verre de Bohême par dellus pour en conferver la
propreté.
AUTR E.
Mademoiſelle Collet continue pour l'utilité du
Public , à faire connoître les progrès & les vertus
d'une Pommade de fa compofition , qui foulage
dans l'inftant , & guérit radicalement les hémorroïdes
tant internes qu'externes , fuflent - elles ulceres
; l'épreuve en a été faite par M. Morand
Chirurgien , lequel lui a expédié fon Certificat
après que l'épreuve en a été faite à l'Hôtel Royal
des Invalides, par ordre de feu M. de Breteuil, Miniftre
d'Etat. M. Peirard , Maître Chirurgien &
Accoucheur de la Reine , lui a délivré un pareil
Certificat , de même que M. le Suire & plufieurs
autres Chirurgiens de Paris , & autres perfonnes
de diftinction , après en avoir fait l'épreuve euxmêmes
.
210 MERCURE DEFRANCE.
Cette pomade fe garde autant de tems que l'on
veut , & le peut tranfporter par tout , pourv
qu'on ait foin de la garantir de la chaleur & du
feu. Les moindres pots font de 3 liv . de 6 liv. de
12 liv . de 18 liv . de 20 liv. & de tous les prix que
l'on fouhaitera ; on donnera la façon de s'en fer
vir aux perfonnes qui voudront en faire usage.
Les perfonnes étrangeres qui en voudront, autont
la bonté d'affranchir les ports des Lettres,
Mlle Collet demeure à préfent rue des Petits
Champs , vis- à- vis la petite porte de Saint Honoré,
chez M. Jollivet , Marchand Papetier , à l'Enſei.
gne de l'Efperance.
AUTRE.
On trouvera chez le Sieur Prudhomme , Mar.
chand Papetier , rue des Lombards , vis- à- vis celle
des Cinq Diamans , à la Prudence , un affortiment
de feuilles de papiers de la Chine de differentes
grandeurs , pour tapifferies , deffus-de- portes ,
écrans & paravents . Il vend auffi de toutes fortes
de papier à l'uſage des Bureaux.
AUTRE.
Le Sieur Giros , Tabletier - Verniffeur , donne
avis qu'il continue de fabriquer des Tabatieres de
carton vernies qui n'ont aucune odeur . Il en dé
bite depuis trois aus , & il y en a plus de deux qu'if
a l'honneur d'en fournir à la Cour . Pour ce qui
eft de l'enjolivement & des goûts nouveaux , il
peut fans prévention , le donner pour excellent.
Il en ade plus de deux cens goûts differens , depuis
fix livres jufqu'à vingt piftoles la pièce. Il commence
auffi à en débiter de doublées d'écaille ,
JUI N. 1753 .
211
pour contenter ceux qui pourroient avoir quelque
préjugé contre le vernis , & il les vendra avec garantie
pour la folidité . Toutes les tabatieres doublées
, comme celles qui ne le feront pas , porterontfon
nom imp rimé dans le fond , pour empê
cher qu'il ne s'en vende fous fon nom qui ne
foient pas de lui . Sa demeure eft au fauxbourg
Saint Antoine , rue de Charenton , dans la grande
porte No. 12 , entre la rue Saint Nicolas & la rue
Traverfiere , à Paris .
AUTRE.
Le Sieur Arnauld , Marchand Parfumeur , Privilégié
du Roi , fuivant la Cour , a pour Enſeigne
la Providence , rue Traverfiere , près la Fontaine
de Richelieu à Paris , fait & vend la Pâte Royale ,
fi connue , pour blanchir & adoucir les mains , en
ôter les taches , comme rougeur , angelures & autres
, en s'en frottant naturellement jufqu'à ce
qu'elle tombe par petits rouleaux : on peut s'en
fervir fans eau & avec de l'eau , étant également
bonne , cela va à la volonté de ceux qui en font
ufage , l'odeur en eft fort agréable , & d'une qua
lité à pouvoir être tranfportée par tout fans rien
diminuer de la bonté ; on lui donne avec juftice le
titre de fans égale . Elle fe vend dans des pots de
terre grife de Flandre , cachetés d'un cachet , qui
a pour attribut , Unico , univerfus ; décoré d'un
Soleil , d'un Bâton Royal , d'une Main de Juſtice
& de plufieurs fleurs de lys , & le nom du Sieur
Arnauld eft gravé dans le tour du cachet , pour
que le Public ne foit point abulé par d'autres , qui
tenteroient à imiter cette pâte.
Le pot plein avec l'efpatule d'yvoire eft de 41
& lorfqu'on le rapporte vuide , on le remplit pour
212 MERCURE DE FRANCE.
7
3. liv. Il fe vend dans la même boutique toutes
fortes de poudres , pomades , & eaux de fenteur ,
ainfi que de très beau rouge naturel , avec l'eau
de beauté pour conferver le tein , & généralement
tout ce qui concerne les parfums. Le tout à jufte
prix.
LISTE des Vinaigres & Moutardes du
fieur le Comte , Vinaigrier ordinaire
du Roi.
Toutesfortes de Vinaigres de tables , fçavoir :
Inaigre rouge fort , depuis & fols la pinte
jufqu'à 1 livre. Vinaigre double blanc, i liv.
1of. blanc naturel , 1 1. à l'Esprit de - vin , 6 liv,
blanc , diftilé , 2 1. 1cf. d'Eftragon , à la Saint-
Florentin 3 1. à l'Eftragon diſtilé , blanc , 2 liv. &
rouge , 1. Vinaigre Sureau , blanc , 3 1. & rouge
, 1 1. 10 f. à l'Ozeille , 2 1. pour donner le fumé
au Gibier , 2 1. Vinaigre rofat , blanc , 3 1. &
rouge , 2 1. d'illet , blanc , 3 l. d'OEillet , rouge
, 2. 1. de Paflepierre , 2 1. de Creffon , de Pimprenelle
, 2 1. d'Aube- Epine , 2 1. de Baume fauvageon
, 2 1. de Bafilique à la Reine , 3 1. à la Rocambole
, 3 1. à la Civette , 3-1 . de Céleri , 3 1. de
Mille-feurs , 3 1. à la Capucine, 3 1. de Ravigote, 3 1.
de Cerfeuil , 3 1. à la Chriftemariné, 3 I. aux fines
herbes , ou compofé , 3 1. de Framboife , 3 1. de
Ciboulette , 3 1. à l'Echalotte , 3 1. aux petits oignoms
, 3 l. au Perfil , 3 1. à la Rouillé , de Sariette
, 3 l . de Corianthe , des quatre Baumes , 3 liv.
aux Capres , 3 1. aux Moufferons , 3 1. de Fenouil,
31. de Mellitot , 3 1. au gros Poivre , 3 1. à la Ja- 3
maïque , 3 1. Mariné , 4 1. à la Choifi , 4 I. de Camelle
, 41. de Maths , 4 1. de Gérofile, 4 liv. aur
, 4
JUIN.
113 1753.
Trufles , l. aux Anchois , 5 livres.
Vinaigres de parfums & aromatiques , à l'ufage
des bains & toilettes , & de propreté.
Vinaigre Royal , pour ôter les boutons , cou
pûres , piqûres de coufins , brûlures , gangrene ,
peftilentielles , & maux fcorbutiques , 20 I. Vi
naigre de Marseille , dit des quatre voleurs , préfervatif
contre le mauvais air & la contagion ,
comme petite vérole , fièvres malignes , & pour
chaffer le mauvais air d un appartement : il eft le
feul Vinaigre connu pour cette propriété , 10 liv.
Vinaigre de Bergamote , 6 l . de Cédra , 6 1. à la
feur d'Orange , 61 de Mirthe , 6 1. de Citron ,·
1. de Citronelle , 6 1. de Jafmin , 6 l. de Tuberufe
, 6 1. de Jonquille , 6 l . de Mille - fleurs , 6 l.
de Violette , 6 1. pour ôter les dartres , 6 l . de por
Fourri , 61. de Lys , 6 1. Minéral , 6 1. de Portugal
, 6 1. d'Iris , 6 1. de Neroly , 6 1. de Limette,
61. de Vulneraire blanc , 61, de Bafilic , 3 liv.
d'Hyffope , 3 1. de Sauge , 3 1. d'Abfinthe , 3 liv.
de Laurier , 3 1. de Lavande , 3 1. de Muguet 3 1.
de Mille - feuille , 3 1. d'Angélique , 3 1. de Genievre
, 31 de Marjolaine , 3 1. de Thin , 3 1. de
Romarin , 3 1. de Beaume franc , 3 1. de Cocq ,
3 I. de Plantin , 3 I. de Mure , 3 I. de Menthe , 31.
de Méliffe , 3 1. d'Epine - Vinette , 3 1. de Cédre ,
3 1. Santaliffe , 3 1. Serpolet , 3 1. de Cochlearia
, pour la confervation de la bouche , 4 1. Vinaigre
pour ôter les boutons & adoucir la peau ,
4 1. de Géroflée , 4 1. de Roſe Muſcade , 4 1. aux
Frailes , 4 1. de Cyprès , 4 l . de Vulnéraire rou
ge . 41. Mufqué , 8 l . pour blanchir le vifage , 8
1. parfumé , 10 l d'Ambre gris , 10 1. pour ôter
les taches de rouffeur , 12 1. aftringent , à l'ulage
214 MERCURE DE FRANCE
des Dames 24 1. Verjus de Bourgogne .
Les Bouteilles fe payent à part.
Moutardes de différentes efpeces.
Moutarde fine , compofée aux Capres & Enchois,
la pinte 4 1. Moutarde fine commune, 2 liv.
10f. à la Romaine , 6 1. aux Moufflerons , 61. aux
Truffes,gl. aux petites Capres, 3 1. 10 f. à la Bourgeoile
, 1 1. 10 f. aux Piftaches , 6. 1. à la Choifs ,
61. à la Marquife , 6 1. à la Chartreufe , 4 1. à la
Ravigotte , 3 I. à l'Ail , 3 1. en poudre à l'Angloi
fe , commune , la livre , 3 l . en fleur.
Toutes ces Moutardes peuvent fe conferver
deux ans & plus. On trouve chez ledit Sieur , la
Moutarde de Châlons & de Soiffons en tout tems.
Fruits au Vinaigre.
Pavie de Pompone à l'Italienne , la pièce , 1.1.
Pavie à dépecer , la livre , 3 1. Bigareaux à la
Chartres , 21. Champignons au Vinaigre , 2 liv.
Melons marinés à l'Angloife , 2 1. Bled de Turquie,
Noix à l'Ecoffoife , 2 1. Cornichons d'Hollande
, dit Bois - le- Duc , 2 l. 10. & autres fruits.
Excelleute Eau- de- vie defCoignac , & véritable
Efprit- de- vin à fec pour les Réchauds.
Le fieur le Comte s'étant apperçu que quel
ques particuliers hazardoient de vendre des Vinaigres
qu'ils décorent des mêmes noms que les
fiens , avertit le Public qu'il ne fort pas de chez
lui une bouteille qui ne foit ficelée & cachetée à
fon nom. Il donne auffi avis qu'il a un entrepôt
à Nantes , chez le fieur Routge , Marchand Negociant
, grande rue Bafle , pour la commodité
de ceux qui habitent les Indes , &c. Șa demeure
eft toujours Place de l'Ecole , près du Pont-Neuf, à
Paris.
JUIN. 1753. 215
APPROBATION.
Jlier ,le fecond volume da Mercure de France
' Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chancedu
mois de Juin. A Paris , le 20 Juin 1753 .
PLA
LAVIROTTE.
TABLE.
IACES FUGITIVES en Vers & en Profe.
La Mouche qui fe noye dans le lait . Fable
traduite du Latin , 3
Difcours fur les élémens , les principes & les regles
générales de la Mufique ,
Madrigal,
6
47
Traduction de quelques endroits choifis de Telemaque
,
Réflexions traduites de l'Allemand ,
Vers préſentés au Roi , par M. Pinget ,
48
58
61
Aflemblée publique de l'Académie Royale des
Sciences , le 2 Mai ,
Vers à Madame la Marquife de B ***
65
Lettre de M. Boulanger , à l'Auteur du Mercure ,
Madrigal à un ami ,
88
89
97
Mémoire de M. l'Abbé de Brancas , fur les longitudes
, 98
Mots de l'Enigme & des Logogriphes du premier
Volume de Juin ,
Enigmes & Logogriphes ,
Nouvelles Litteraires ,
106
107
II2
Lettre de M. de Morand , à l'Auteur du Mercure ,
122
216
Le Printems , Idylle allégorique ;
Spectacles ,
Concerts Spirituels ,
Nouvelles Etraugeres ,
159
163
164
France. Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 174
Bénéfices donnés ,
Naiffances , mariages & morts ,
Arrêts notables ,
Avis ,
183
184
196
201
Lifte des Vinaigres & Moutardes du fieur Lecom
te , Vinaigrier ordinaire du Roi ,
212
لاس
De l'Imprimerie de J. BUL191.
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI
AVRIL. 1753 .
ASPARGAR
IGIT
UT
":
2
Chez
A PARIS ,
La Veuve PISSOT , Quai de Conty;
à la defcente du Pont-Neuf.
CHAUBERT , rue du Hurepoix.
JEAN DE NULLY , au Palais.
DUCHESNE , rue Saint Jacques,
.au Temple du Goût.
M. DCC . LII .
Avec Approbation & Privilege du Roi,
NEW YORK
PUBLIC LIBRARY
ASTOR,
TILDEN F UN ATIONS
A VIS.
ADRESSE du Mercure eft à M. MERIEN
Commis an Mercure , rue des Foffez S. Germain
l'Auxerrois , au coin de cetle de l'Arbre-ſec , pour remettre
à M. l'Abbé Raynal.
·
Nous prions très-inftamment ceux qui nous adrefferont
des Paquetspar la Pofte , d'en affranchir le port
pour nous épargner le déplaifir de les rebuter , & à eux
celu de ne pas voir paroître leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays Etrangers ,
quifouhaiteront avoir le Mercure de France de la premiere
main, & plus promptement , n'auront qu'à
écrire à l'adreffe ci- deffus indiquée.
On l'envoye auffi par la Pofte, aux personnes de Prowince
qui le defirent , les frais de la pofte ne font pas
confiderables.
Ốn avertit auſſi que ceux qui voudront qu'on le porte
chez eux à Paris chaque mois , n'ont qu'à faire fçavoir
leurs intentions , leur nom & leur demeure audit fieur
Merien,Commis au Mercure; on leur portera le Mercure
très - exactement , moyennant 21 livres par an , qu'il
payeront , fçavoir , 10 liv .. 10.f. en recevant leſecond
volume de Juin , & 10 l . 10 f. en recevant le ſecond
volume de Décembre. On les fupplie inftamment de
donner leurs ordres pour que ces payemens foientfaits
dans leurs tems.
On prie auffi les perfonnes de Province , à qui on
envoye
le Mercure par la Pofte , d'étre exactes à faire
payer au Bureau du Mercure à la fin de chaque femeftre
fans cela on erait hors d'état de foutenir les
avances confidérables qu'exige l'impreffion de ces
ouvrage.
On adreffe la même priere aux Libraires de Province .
On trouvera le fieur Merien chez lui les mereT&»
di , vendredi , &ſamedi de chaque semaine.
PRIX XXX, SOLS .
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
AVRIL. 1753.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
0
LA SOLITUDE .
POEM E.
Ui ton amitié te féduit ,
Cher Damon , plus d'inquiétude
Sur l'agréable folitude ,
Où mon goût enfin me conduit
Ce n'eft qu'au dedans de foi -même
Qu'on peut trouver le vrai bonheur
En vain par une erreur extrême ,
A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
L'homme le cherche hors de fon coeur,
Dans le bruyant fracas du monde
Rarement peut- on le fentir
Ami , ma retraite profonde
Sans ceffe m'en fera jouir.
;
Là dans cette tranquille yvrefle
Que produit un parfait repos ,
Je vais oublier ma tendreffe ,
Le plus terrible de mes maux .
Malgré les appas de Sylvie
Et fon inhumaine rigueur ,
Devenu maître de mon coeur ,
En paix je pafferai la vie ,
Tout va fournir à mes plaifirs ;
Le fpectacle de la nature
Source d'une volupté pure
Suffit à de fages défirs,
Etalant avec abondance
Les charmes de la nouveauté ,
Des faifons l'aimable inconſtance
Affure ma félicité.
* Le Printems nait , la vive Flore
Rajeunit nos champs & nos bois ,
* Le Printems.¸
AVRI L
1753
1
Tout s'embellit , tout fe décore
Tout reprend la vie & la voix.
Plus doux que ceux dont l'Arabie
Embaume au loin fes flots amers ,
D'un parfum dont l'ame eft ravie ,
Mille fleurs rempliffent les airs.
La nouvelle & riante fcene
Que forme leverd renaiffant ,
Des zéphirs la paiſible haleine ,
Un foleil doux , pur & brillant.
Tout dans cette aimable jeuneffe
Où l'Univers eft rétabli ,
Produit cette vive allegreffe
Dont le coeur fe trouve rempli
Dans fa retraite alors au fage
Que faut-il pour fe rendre heureux #
De fes fens faire un fimple ufage ,
Préter l'oreille , ouvrir les yeux.
Dans l'heureux champ qui l'environne
Promenant fes doux entretiens ,
Par avance il jouit des biens
Qu'annoncent Cerès & Pomone.
Un peu plus loin de fon féjour ,
Dans unbois fombre & folitaire ,
Les oifeaux chantant leur amour ,
A ii
MERCURE DE FRANCE,
Par leurs concerts fçavent lui plaire.
Les humains outragent tes loix ,
'Amour vrai bonheur de la vie ,
On ne goute que dans les bois
Tes douceurs trop dignes d'envie .
Mais déja du prompt moiflonneur
La faux , dans les vertes prairies *
Des plantes tendres & fleuries
A flétri l'éclat & l'honneur .
Phébus des voûtes azurées
Sous nos yeux fait prefque le tour ,
Et déja les champs d'alentour ,
Etalent leurs treffes dorées.
On voit fuccéder mille fruits
'Aux fleurs que le Printems fit naitre ;
ટિ
Et déja l'on peut fe promettre
Les charmes des plus douces nuits .
D'une ardeur & prompte & légere ,
Tous s'empreffant à leurs emplois ,
Du travail le plus néceffaire
Subiffent les utiles loix.
Parmi cette active allégreffe ,
Ennuis , l'on ne fent point vos coups ,
Triftes enfans de la moleffe ,
* L'Eté
AVRIL.
1753. Z
Le travail vous écarte tous,
Après les divers éxercices
Que fournit la blonde Cerès ,
Dans un repos rempli d'attraits
On goûte de pures délices .
Quelquefois au bord d'un ruiffeau ,
Sous le doux flambeau de Diane ,
J'admire loin de tout profane
Des Aftres le brillant tableau,
Sur le canal d'une riviere
Promenant le Livre à la main ,
Horace , Adiffon , La b: uyere ,
Me dévoilent le coeur humain .
Tantôt l'aimable Poëfie
Me pretera fes doux accens
Cette charmante phrenefie
Change les heures en momens .
Ce :ès eft elle enfin contente ?
Pomone fait voir fes attraits * ;
Moins belle encor que bienfaifante ,
Elle va combler nos fouhaits.
Tout rit encor dans la nature ,
Les jours plus doux quoique brillans ,
Les ombres , les eaux , la verdure
* L'Automne..
A iiij
MERCURE DE FRANCE
Ont encor des charmes touchans.
Les arbres des vertes
campagnes
Sont accablés de fruits divers ,
Dans les vergers , fur les montagnes ,
Mille tréfors nous font ouverts.
Plus que jamais dans les prairies
Bondiffent les heureux troupeaux ,
Et de leurs Mufettes chéries ,
Les bergers charment les échos.
De mille feftons couronnée
La vigne annonce chaque jour ,
De pourpre & d'or environnée ,
De Bachus le prochain retour.
Combien d'amuſemens aimables
La campagne fournit alors !
Que de voluptés raisonnables
Qui ne caufent point de remords !
Quelquefois je cueille fans peine
Les doux tributs de nos vergers ,
Pendant que j'entends dans la plaine
Les concerts des heureux bergers .
D'un jardin l'aimable culture
Vient enfuite occuper mes mains ,
C'eft de l'utile agriculture ,
Que vient le bonheur des humains,
AVRI L. 1753. 2
Tantôt dans mes vignes chéries ,
Des raifins voyant les progrès ,
Par mille douces rêveries
Tous mes fens feront enyvrés .
Enfin le jus qu'aime Silene ,
Source d'amuſemens nouveaux
Tel qu'une riante fontaine
Coule long - tems dans mes tonneauz
Ainfi l'agréable Pomo ne
Me donnera d'heureux momens ,
Ainfij'aurai pendant l'Automne
Des plaifirs toujours renaiflans.
Mais lorfque des prifons d'Eole
Les tumultueux aquilons * ,
Iront d'un Pole à l'autre Pole
Semant la neige & les glaçons
Quand loin de l'éxacte balance
Le Soleil pourfuivant fon cours ,
Par fa longue & fâcheufe abfence
Semblera négliger nos jours ;
Quand du fein profond des nuées
L'onde fondant par tourbillons ,
Après les terres abreuvées
Viendra fubmerger nos valons ;
* L'Hyver:
Av
to MERCURE DE FRANCE.
Lo fque regrettant la nature
Plongée en un triste cercueil ,
Tellus dépouillant ſa parure ,
Semblera fe couvrir de deuil .
Alors comme dans un azyle
Dans mon cabinet arrêté ,
Mon efprit content & tranquille-
Cherche l'aimable vérité .
Souvent avec foin je repaffe
Sur ces fpectacles différens ,
Qu'ont donné , chacun en fa place ,'
L'Eté , l'Automne & le Printems.
L'ordre fixe de la nature
Malgré les mouvemens divers ,
Eft pour moi la vive peinture
Du fage auteur de l'Univers .
Quand les Etres avec conftance
Tendent tous à la même fin ,
D'une fuprême intelligence
La raifon reconnoît la main ..
La fageffe ainfi fe révele
Jointe au pouvoir illimité ,.
Mais je découvre encor en elle:
Et la juftice & la bonté.
De cette vérité fi pure
AVRI L. 1753.
Déja vos coeurs font éperdus ,
Infenfés enfans d'Epicure ,
Vous allez être confondus.
Parmi les biens le mal abonde ,
Dites-vous , l'étrange union !
» Le hazard gouverne le monde ,
» Un Etre fage feroit bon.
De votre impatient caprice
Ainfi vous écoutez la voix ,
Sans penfer que de la juſtice
La bonté doit fuivre les loix.
Jamais un Etre bon & jufte
Ne couronne la liberté ,
Que quand fon jugement augufte:
Trouve qu'elle l'a mérité
L'homme eft libre & fon choix décide
Comment il doit être traité ,
Selon qu'il le fait voir avide
Oa da vice ou de l'équité.
Mais fi fon coeur toujours tranquille
D'aucun mal n'étoit combattu ,
Hn'auroit , toujours immobile ,
Jamais ni vice ni vertu .
Mortels dans cette économie ,
A l'épreuve vous êtes mis,
A vjj
12 MERCUREDE FRANCE
Pour être dans une autre vie
Ou récompenfés ou punis
D'une vérité fi fublime
L'efprit admire la fplendeur ,
Mais mieux encor qu'on ne l'exprime
Chacun la reffent en fou coeur.
Voici donc l'aimable ſyſtème
Où conduit la droite raifon "
Il existe un Etre fuprême
Sage , tout puiffant , jufte & bon
Ainfi contemplant la nature
D'un oeil tranquille & d'un coeur droit,
Tandis que l'orgueilleux murmure ,
Le vrai fage examine & voit.
Ainfi l'impétueux Borée
Met par tout le trouble & l'horreur
De Phébus l'ardeur modérée
Ranime & met tout en vigueur..
Tranſporté du plaifir extrême
Que produilent ces grands objets ,
Mon efprit rentrant en lui - même-
Cherche en quoi confifte la paix.
Nos défirs par leurs vives flâmes,
Caufent nos plus cuifans foucis ,
Ces cruels tyrans de nos ames.
AVRI L.
13 1753
Sont nos plus mortels ennemis..
La droite raiſon qui modere
Leur immenfe & bouillante ardeur
Peut , par un confeil falutaire
Seule , en tirer notre bonheur.
Prenez garde fur - tout , dit elle,
Auxprogrès de vos paffions ,
Bien fouvent leur douceur récele
D'immortelles féditions.
Si leur but n'eft pas légitime ,
Reprimez leurs naiffans efforts ;
En vain contr'elles on s'anime ,
Quand elles caufent des tranfports.
Ainfi joignant avec l'étude
Ces utiles réflexions ,
Je fçaurai du tems le plus rude
Adoucir les conditions ..
Quelquefois l'aimable harmonie
M'occupera quelques momens ,.
On fent fa douce tyrannie
Avec les plus foibles talens .
Enfin cher Damon , ta préfence
Viendra fouvent combler mes voeux ,
Je fuis sûr de la complaifance
De ton coeur tendre & généreux
1
14 MERCURE DE FRANCE.
Lors faifant un raportfidele
Et de tes plaifirs & des miens ,
Nous verrons par ce paralelle
De quel côté font les vrais biens.
Du féjour vanté de la Ville
Tu me peindras les agrémens ,
Une fociété facile
Source de mille amuſemens.
Là contre l'ennui tout confpire ,,
Ees feftins , les danfes , les jeux ,
La par des fêtes qu'on admire
On tâche de fe rendre heureux.
Mais quand ces biens feroient folides
Qu'ils pourroient contenter les coeurs ,,
Qu'ils deviennent bien infipides
Par le défordre de nos moeurs !
Ces mortels poifons de la vie ,,
Le fier orgueil , l'ambition ,
L'excès dans les plaifirs , l'envie
Et la diffimulation ;
Ces monftres en chagrins fertiles ,
Où fent-on leur contagion ?
N'eft- ce pas dans le fein des Villes
Qu'ils ont leur habitation ?
Alors de ton erreur profonde
A·V RI L.. 1733 I'S
Tu fortiras , mon cher Damon ,
On ne peut être heureux au monde
Qu'autant que l'on fuit la raison.
Oraifon , digne fouveraine
D'un coeur guéri des vains déſirs ,
Qui brifant leur indigne chaine
Sçait eftimer les vrais plaifirs ;
Raifon que ton fecours propice
Accoure défendre mon coeur ,
Que ni l'humeur ni le caprice
N'en cache jamais la candeur !
Jeune encor , en butte à l'orage ; ,
J'ai besoin d'un conftant effort ,
Sois mon guide , helas à quel âge
Peut-on fc croire dans le port ?
PINET , ainé
A Bergerac en Perigord , le 26 Août 17520
15 MERCURE DE FRANCE.
DISSERTATION
HISTORIQUE ET CRITIQUE ,
Sur l'invafion d'Attila , Roi des Huns dans
les Gaules , où on prouve que ce Prince n'a
combattu qu'une fois en bataille rangée ;
que cette bataille s'eft donnée en Champagne
, à cinq lieues de Troyes , dans la Platne
de Merry-fur- Seine.
Es Huns ayant autrefois paffé les pa
lus méotides , s'étoient étendus julqu'au
Danube , & avoient obligé les Empereurs
d'Orient à leur payer tribut. Enfin
leur Roi Attila ayant foumis plufieurs
Rois Barbares & ayant affemblé une armée
de cinq cens mille hommes , paffa en
451. de la Pannonie dans la Gaule , fous
prétexte de faire la guerre à Théodoric ,
Roi des Visigots. Son deffein étoit de
conquerir toutes les Gaules , ou du moins
de piller ces belles Provinces ; & pour l'é
xécuter plus facilement , il avoit tâché de
fomenter la defunion entre l'Empereur
Valentinien & Théodoric Roi des Vifigots
, qui étoit maître de toutes les Provinces
qui font au- delà de la Loire , le
A VRI L. 1753 .
17
long de l'Océan & de la Mer méditerannée.
Ce Prince aimoit les armes : il avoit
beaucoup de valeur , & étoit plein de courage.
Prifque , Orateur Grec ( a ) , qui
avoit été envoyé vers Attila en qualité
d'Ambaffadeur , affure qu'en le voyant ,
il avoit apperçu des traits qui lui faifoient
penfer qu'il étoit né pour le malheur
de l'Univers ; fa figure étoit terrible ,
il étoit de petite taille , mais il avoit la démarche
fiere , la poitrine large , la tête
groffe , les yeux petits , vifs & toujours en
mouvement , le nez plat , la barbe claire ,
les cheveux gris , le teint brun , marquant
fon origine ; & tels font encore aujourd'hui
les Tartares . Quoiqu'il fûr fort brave
, il combattoit plus de la tête que de la
main , étant très- habile pour les Confeils ;
il fe laiffoit fléchir à ceux qui fe foumettoient
, & traitoit bien ceux à qui il avoit
donné la parole .
( a ) Prifcus Panites Græcus Rhetor dicit... Vi.
fum fibi hominem ad exitium orbis terræ , inceffu
fuperbum , micantibus oculis , crudelem & mili
tari difciplinæ deditum , fapientem in confiliis....
Denique fuiffe exiguâ faturâ , largo pectore , ca.
pite craffo , oculis admodum parvis , barbâ rarâ
refinis naribus , colore fubfuno & deformi . Papy .
Maffon , libro de calamitatibus Galliæ.
2
18 MERCURE DE FRANCE.
Attila pour infpirer plus de terreur aux
Peuples qu'il vouloit fubjuguer prit la qualité
de fleau de Dieu , & fous ce nom terrible
, il fe crut en droit de mettre tout à
feu & fang. Après avoir paffé le Rhin fans
obftacle , il détruifit toutes les Villes qu'il
trouva fur fon paffage , entr'autres Trèves ,
& Metz , qui étoient confidérables . Nous
apprenons ( a ) de Grégoire de Tours ,
que la Ville de Metz fut prife la veille de
Pâques , qui tomboit en cette année 45 E
le 17 du mois d'Avril , qu'après ce pillage
on égorgea les Citoyens & les Prêtres
qu'enfuite on réduifit cette Ville en cendres.
De - là marchant en avant , & envoyant
de gros détachemens à droite & à
gauche , il fit un butin immenfe , il entra
dans le païs de Reims au mois de Mai ;
certe Ville eut le même fort que les autres.
Son deffein étoit d'aller droit à Paris,
mais il changea d'avis . On attribue ce
changement à la protection & aux prieres
(a ) Igitur ( Hunni à Pannoniis egreffi , ut quidam
ferunt ) in ipsâ faneta Pafcha vigilia , ad
Metenfem urbem , reliqua depopulanda , perveniunt
tradente urbem incendio , & populum in ore
gladii trucidantes ipfofque Sacerdotes Domini
ante altaria facro- fancta perimentes , nec in ea remanfit
locus inuftus , præter Oratorium B. Martyris
primi Stephani Levitæ. Greg. Tur . lib . 20
cap . 6º.
AVRIL. 1753. 19
de Sainte Genevieve qui vivoit alors.
Ce Prince après avoir mis l'épouvante
dans toutes les Provinces d'entre le Rhin ,
la Meufe & la Mofelle , voyant qu'il avoit
le champ libre , qu'on ne lui avoit oppofé
aucune armée qui pût retarder ou empêcher
fes conquêtes , voulut profiter de cette
confternation générale pour fe rendre
promptement fur la Loire . Il avoit deſſein
de fe faifir d'Orléans , afin d'en faire fa
place d'armes , & enfuite aller conquerir
ces belles provinces qui font au- delà de ce
fleuve , perfuadé que s'il pouvoit vaincre
& fubjuguer les Vifigots qui les poffédoient
, il fe rendroit bientôt maître de
toute la Gaule , avec d'autant plus de facilité
que les intérêts des differentes Nations
qui s'y étoient cantonnées , n'étoient
pas aifés à concilier , pour travailler à leut
commune défenfe ; les Romains , les Vifi--
gots , les Bourguignons , les François qui
en occupoient des parties confidérables ,
ne cherchoient qu'à s'aggrandir aux dépens
des uns & des autres ; ainfi Attila ne
regardoit pas comme une affaire difficile
de fubjuguer tous les autres dès qu'il auroit
vaincu les Vifigots.
Il affembla donc fon armée & marcha
vers la Seine. Il y a tout lien de croirequ'il
paffa cette riviere à Ponts , parite
20 MERCURE DE FRANCE.
Ville à dix lieues au - deffous de Troyes ;
ainfi nommée à caufe des ponts que les
Romains y avoient conftruits , & on l'appelloit
anciennement duodecim pontes . Il
y a apparence qu'avant de faire paffer fon
armée , il fit offrir des victimes à les Dieux
pour tirer des augures fur la réuffite de fon
projet on trouve fur un petit ruiffeau af.
fez voifin de la Seine de groffes pierres
brutes qui ont tout l'air d'autels préparés
pour les facrifices à la maniere des Barba
res. Après avoir paffé la Seine , il marcha
vers la riviere d'Yonne , il s'empara de la
Ville d'Auxerre qu'il ravagea. Partie de
fon armée a pu paffer la riviere à Auxerre,
l'autre à Pont- Sur- Yonne .
Enfin ce Prince arriva vers la Loire à
la vue d'Orléans avec fa formidable armée
, la veille de S. Jean - Baptifte. Sui
vant les actes de la vie de Saint Anien ,
Evêque d'Orléans , qui affurent que ce
Saint rempli de cet Efprit de prophétie
( a ) avoit prédit qu'une bête cruelle arriveroit
le huit des calendes du mois de
Juin , à deffein de mettre en piéces fon
troupeau : il fit promptement fes difpofi-
1
( a ) Simulque Anianus plenus prophetiæ Spiritu
octavo calendas Julii diem effe prædixit , quo
beftia crudelis gregem fibi creditum laniandumu
decerneret. A&ta S. Aniani.
A VRI L. 1753 .
27
tions pour attaquer cette place. Il la fit
inveftir & en forma le fiége ; la Ville avoit
été fortifiée & on y avoit mis une forte
garnifon , par les ordres de Théodoric &
( a ) d'Actius , dès qu'ils avoient appris le
deffein d'Attila , la garnifon étoit compofée
des Alains , & commandée par Sandiban
leur Roi qui étoit à la folde des Romains
: la réſiſtance fut grande ; Attila en
fut furpris , il n'étoit pas accoutumé à
trouver tant d'oppofition à fes deffeins ,
tout avoit plié jufqu'alors fous fes étendarts
; mais comme il étoit grand politique
& très habile dans la connoiffance
des affaires militaires , il ne douta point
que cette résistance n'eût pour
fondement
l'efpérance d'un prompt fecours,
Ces motifs le portérent à employer
toutes fortes de moyens pour fe rendre
maître promptement
de la Ville. 11 ufa
d'abord d'artifice pour gagner Sandiban, il
lui fit faire fous-main des propofitions
pour l'engager à lui remettre la place , &
peu s'en fallut qu'il ne réuffit ; ce moyen
lui ayant manqué , il preffa le fiége trèsvivement
; il fit battre la Ville de tous
côtés ; il fit dreſſer plufieurs batteries de
(a ) Quod ubi Theodoricus & Aetius agnove
runt magnis aggeribus eamdem Urbem ante adı
ventum Attila obftruunt. Jornandes.
22 MERCURE DE FRANCE.
beliers pour faire bréche au corps de la
place , & lorfqu'ils furent en mouvement,
les murs en furent ébranlés ( a ) , ils firent
bréche en quelques endroits , & il ſe fla
toit de la pouvoir bientôt emporter.
Il étoit vrai auffi que la Ville attendoit
un fecours confidérable. Aetius Général
des Romains & Commandant dans les
Gaules , avoit mis tout en mouvement
pour faire connoître le danger commun
dont on étoit menacé. C'étoit un homme
de grand mérite , & Attila avoit dans ce
Général un puiffant adverfaire , capable
de faire obftacle à fes projets , l'hiftoire du
tems nous a confervé fon portrait . Il étoit
né avec un tempéramment vigoureux , (b)
tel qui convient aux Héros , il avoit l'ef
prit vif & entreprenant ; il étoit difpos &
dégagé dans toutes les parties de fon corps,
(a ) Hunnorum Rex Aureliam aggreditur ,
eamque maximo arietum impulfu nititur expugnare.
Greg. Turon .
(b ) Aetius virili & habitu formatus , animo ala
cer , membris vegetas , equis promtiffimus , fagittaram
peritus , cautè impiger , bellis aptiffimus ,
pacis captator celebris , nullius avaritiæ fectator ,
bonis animæ præditus , injuriarum patientiſſimus
laboris adpetens , impavidus periculorum , famis ,
fitis , vigiliarum tolerantiffimus .
- Ex chronico Gregorii Turonenfis , apud Chefnium
tomo primo , pag. 725,
•
AVRIL. 1754. 23
adroit à monter un cheval ,habile à tirer de
l'arc , diligent dans les entrepriſes , grand
Capitaine , fçachant prendre habilement
fon parti pour faire une paix avantageufe
, ennemi de l'avarice , doué de tous les
dons d'une belle ame , fouffrant avec patience
les injures , aimant le travail , intrépide
dans les dangers , fouffrant gayement
la faim , la foif, & les veilles .
Aetius donc pour oppofer une digue
affez forte aux deffeins d'Attila , fe fervit
d'abord du crédit d'Anitus , en qui les
Gaulois avoient une grande confiance
pour leur perfuader de la néceffité de marcher
promptement au fecours de leur patrie
fous les Etendarts d'Actius . Il ébranla
par
les mêmes motifs les Nations qui s'étoient
établies dans les Gaules. Ainfi les François
fous la conduite de Mérouée leur Roi , les
Bourguignons , tous les Gaulois de la Belgique
& de la Celtique fe mettent en
marche avec les Saxons auxiliaires & viennent
joindre Aetius qui par ce concours de
tant de Nations fe trouva à la tête d'une
armée d'environ 200000 hommes.
D'un autre côté l'Empereur Valenti
nien avoit ménagé une ligue avec Théodoric
Roi des Vifigots , après avoir fait
la paix avec ce Prince. Dès qu'il eut appris
le deffein formé par Attila de péné24
MERCURE DE FRANCE.
trer dans les Gaules , & au moment qu'Aetius
apprit que ce Prince avoit paffé le
Rhin , il pria Anitus d'aller promptement
en informer Théodoric , & de l'engager à
fecourir les Gaules . Enfin Anien Evêque
d'Orléans apprenant que fa Ville étoit menacée
d'un fiége fe rendit en diligence à
Arles pour repreſenter à Aetius le danger
qui le menaçoit. Celui - ci l'invita d'aller.
vers Théodoric pour lui faire connoître
( a ) les malheurs de fa patrie , & pour lui
faire comprendre combien il étoit interreffé
à marcher au fecours d'Orléans , puif.
que fi Attila venoit à s'en rendre le maître
, il auroit un paffage libre fur la Loire ,
qu'il entreroit facilement dans fes Etats , &
qu'il pourroit lui caufer de grands maux.
Théodoric qui , fur les premiers avis que
lui avoit donné Valentinien , avoit formé
une puiffante armée , n'hésita plus à prendre
fon parti , il la fit affembler , il alla ſe
mettre à la tête de fes troupes avec Thorifmond
fon fils aîné , il donna avis de fa
réfolution à Aetius , par l'Evêque Anien
qui enfuite revint à Orléans avec de grandes
efpérances d'un prompt fecours. Aetius
( a ) Aetius Patricius venientem audiens Anianum
Epifcopum Aurel . ad Theodoricum Regem
Gothorum dirigit , petens auxilia contrà Hunnos.
Idatius 1.
marcha
A NR I L. 1753.
•
25
marcha fur le champ à grandes journées
& ayant fçu la marche de Théodoric , il
convint de faire la jonction de leurs armées
avant d'arriver à la vue de la Ville
affiégée; ainfi cette armée combinée arriva
vers le Camp d'Attila en même-tems.
Ce Prince fut bien furpris de voir une fi
puiffante armée accourir au fecours d'Orléans
; il n'en connoiffoit ni le nombre
ni la force , & il n'ignoroit pas qu'il
avoit affaire à deux Généraux de grande
expérience & fort braves , qui avoient
fouvent donné des preuves de leur valeur.
D'ailleurs ces armées étoient compofées de
troupes fraîches , pourvues abondamment
de tout , campées dans un païs ami &
connu , bien déterminées à l'attaquer jufques
dans fes retranchemens .
Attila n'avoit point encore trouvé en
tête de pareilles forces. Rien ne s'étoit
oppofé à fon invafion ; tout avoit plié devant
lui ; les troupes n'avoient point été
dans le cas de combattre ; & cependant
elles étoient fatiguées tant par la longue
marche qu'elles avoient faite depuis Reims
jufqu'à la Loire , que par les travaux du
fiége qui avoit été pouffé avec une grande
vivacité. D'ailleurs les vivres commençoient
à manquer,le païs voifin étoit épuifé
; fa Cavalerie étoit nombreuſe , mais
B
26 MERCURE DE FRANCE.
de quelle utilité pouvoit- elle être dans un
terrain coupé & garni tel qu'eft ordinairement
celui des environs d'une Ville fi
quée fut un grand fleuve. Avant de ſe déterminer
à un parti , il tint confeil avec
Les Généraux , .on conclut qu'il falloit fe
retirer & abandonner le fiége. Ce párti ne
laiffoit pas d'être dangereux ; une retraite
en prefence de l'ennemi n'eft pas facile ;
cependant on préféra ce danger à la crainte
de perdre une bataille , ou à la honte
d'être forcé dans fon camp. Les Huns n'abandonnérent
leur proye qu'avec bien de
la douleur cat la Ville étoit aux abois
la bréche étoit affez large pour donner un
affaut général ; quelques Officiers principaux
avoient même pénétré dans la place,
Ils étoient en poutparler avec les citoyens
pour prendre des otages , & convenir d'uhe
capitulation honteuse pour la Ville , &
c'eft précisément dans ce tems fi critique
& fi proche du danger que le fecours ar
riva , & fit quitter prife aux Huns.
ne
Auffi- tôt queThéodoric & Aetius s'aper
curent des mouvemens de l'armée ennemie
qui décampoit à leur vue , ils fitent de
gros détachemens pour la pourſuivre ; on
battit l'arriere- garde , on tua beaucoup de
foldats ; mais la nuit futvint qui empêcha
de pourfaivre ces ennemis . Il fallut fe reAVRIL.
1753. 27
tirer & laiffer les Huns poursuivre leur retraite.
C'est cette action qui a fait dire à plufieurs
Hiftoriens , entr'autres à Idatius &
Jornandés , qu'il s'étoit donné une grande.
bataille proche d'Orléans . Le premier ( 4 )
dit qu'Arcila foutint un grand combat fur
la riviere de Loire dans le voisinage d'Or.
déans contre les Goths , que ceux- ci perdirent
deux cens mille hommes que
leur Roi Théodoric y perdit la vie , &
qu'Attila eut cent foixante mille hommes
de tués. Il faut fe fouvenir qu'il ajoute
qu'il y eut encore une action plus fanglante
depuis dans une plaine voifine de la
Ville de Troyes , puifqu'elle dura trois.
jours. Et Jornandes , en difant que cette
bataille fe donna proche d'Orléans , ajoûte
que ce fut dans les plaines de Châlons dans
un endroit appellé Mauriac . In campis Catalaunicis
, in campo Mauriaco,
Si cette bataille a été réelle , il eſt conſ
tant que la Ville d'Orléans feroit tombée
au pouvoir d'Attila , puifque les Goths Y
perdent non- feulement deux cens mille
(4) Attila contrà Gothos fuper Ligerim Auvium
, nec procul ab Aurelianis , confligit certa
men. Cæfa funt Gothorum ducenta millia , Theodoricus
Rex hoc prælio occubuit ; cæfa funt ho
minum centum fexaginta millia. Idatius,
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Hommes , c'est - à- dire , au moins les deux
tiers de leur armée , mais encore leur Roi,
leur Chef. Certes , une telle perte auroit
du jetter les Goths dans une confternation
générale , & dans ce cas comment peut-on
simaginer qu'ils ont eû le courage de
pourfuivre Attila jufqu'aux environs de
Troyes ; on penfe bien plûtôt que Thorif
mond affligé de la mort du Roi fon Pere ,
& de la perte de fon armée , auroit pris le
parti de retourner dans fes Etats pour les
raffurer par fa prefence , pour mettre fes
frontieres en fureté , & pour remettre fon
armée en état de tenir la campagne , & enfin
pour le mettre en poffeffion du Thrône
de fon Pere qui lui appartenoit par le
droit de fa naiffance , & qui en fon abfence
auroit pu être occupé par un de fes
freres il prit bien ce parti , comme on le
verra par la fuite , mais ce ne fut qu'après'
le gain de la bataille donnée contre Attila
dans la plaine de Merry près de Troyes ,
dans laquelle le Roi Théodoric fon Pere
perdit la vie.
D'ailleurs fi la perte des Goths a été de
200000 hommes , Aetius a dû auffi ſouffrir
quelque perte , & en ce cas comment
peut- on affurer qu'Attila victorieux a été
forcé de lever le fiége d'Orléans , de ſe retirer
, de retourner fur fes pas étant fuivi
AVRIL. 1753. 29
de près par une armée qui femble vaincue,
& qui enfin l'atteint en Champagne vers
la Seine cela ne fe conçoit pas ailément .
Enfin , fi toute la perte dans cette bataille
prétendue a été du côté des Goths , com
ment peut- on s'imaginer que Thorifmond
ne feroit point entré en méfiance contre
Aetius , qui auroit femblé avoir eu deſſein
de facrifier l'Armée des Goths pour ménager
la fienne ? de pareils foupçons font
naturels , & s'ils ont eu lieu , il faut conclure
que Thorifmond aura regardé Aetius
comme un Allié infidéle , & qu'il y auroit
eu de l'imprudence de fa part à prendre
encore confiance en lui ; & cependant on
voit ce Prince poursuivre Attila , de concert
avec le Général Romain .
Il eſt donc bien plus fenfé de conclure
de tout ceci , qu'Attila ayant été obligé de
lever le fiége d'Orléans , pour ne pas rifquer
de fe voir forcé dans fes lignes , vers
le milieu du mois d'Août , fouffrit un échec
par la perte d'une partie de fon arrieregarde
qui fut pourfuivie & maltraitée par
Pennemi , & que c'eft cette défaite qui a
donné lieu d'en parler comme d'une action
générale qu'on a confondue avec la
bataille rangée qui ne fut donnée que plus
de fix femaines après , bien loin d'Orléans ,
dans la Champagne où avoit marché Atti-
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
Ja , & dans la plaine de Mauriac où il cam
pa , & qu'il choifit comme plus commode
pour les évolutions de fes troupes en cas
d'action , & furtout de fa Cavalerie qui
étoit fort nombreuſe..
Je prens pour garant de ce fentiment
Grégoire de Tours , Hiftorien françois &
par conféquent plus digne de croyance
que des Etrangers. , tels qu'Idatius & Jornandes
, dont l'un était Italien , & l'autre
Efpagnol : il dit fimplement qu'Attila fut
obligé de lever le fiége d'Orléans & de fe
retirer . Voici comme il s'en explique.
Cependant les murs de la Ville étant
(4 ) ébranlés par la force & les fecouffes
des beliers , & étant prêts à écrouler ; on
voit dans ce moment Aetius & Théodoric,
Roi des Goths accompagné de fon fils
Thorifmond , avec leurs armées ; ils avancent
vers la Ville , ils repouffent Attila, ils
(a ) Intereà jam trementibus ab impetu arietum
muris , jamque ruituris , que Ætius & Theodo
Rex Gothorum ac Thorifmodus ejus Filius ,
cum exercitibus fuis ad civitatem occurrunt , adverfumque
hoftem ejiciunt , repelluntque , Attilam
fugant qui Mauriacum campum adiens fe præcingit
ad bellum. Quod hi audientes fe contrà eum
viriliter præparant : igitur Aetius cum Francis Go
thifque conjunctus adversis Attilam confligit , at
ille ad internecionem vaftari cernens fuuin exerci
tum fugâ dilabitur. lib. 2º. cap. 13º.
AVRIL. 1753. 31
lui font lever le fiége & le mettent en
fuite. Celui- ci s'étant retiré dans la plaine
de Mauriacum , fe prépare au combat , les
autres ayant appris cette nouvelle , fe déterminent
à l'attaquer vigoureufement,
Ainfi Aerius joint avec les Francs & les
Goths engage la bataille avec Attila , qui
voyant fon armée prête à périr le retire
avec précipitation. Le Roi Théodoric eft
tué dans cette action .
Cet Historien ( 4 ) ajoute qu'alors la
guerre fur finie. Aetins , dit-il, ayant pillé
le camp ennemi revint dans fa patrie chargé
de grandes & riches dépouilles , & At+
tila s'en retourna avecfon armée fort diminuée
& affoiblie.
Il faut donc convenir , comme je l'ai
déja dit , qu'il s'eft paffé deux actions entre
Aetius avec fes Alliés & Attila , l'une
lors de la levée du fiége d'Orléans , l'autre
lors de la bataille donnée à Mauriacum
& ce sentiment eft encore appuyé par les
Actes de S. Anien , Evêque d'Orléans , où
on voit qu'Attila ( b ) forcé de lever le
.
( a ) Actius fpoliato campo victor in patriam
cum grandi eft reverfus fpolio. Attila verò cum
paucis reverfus eft. Ibid.
(b ) Reliqua pars Hunnorum quæ ibidem proftrata
non cecidit , fugæ præfidium expetunt , de-
Dec ,judicante Domino , in loco qui vocatur Mau-
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
fiége d'Orléans , marcha comme un homme
qui fuit , & que fon armée étant arrivée
à Mauriacum , il y eut une bataille , où
fon Armée fut prefque défaite conformé
ment aux deffeins de Dieu qui voulut punir
ce Roi barbare.
Attila obligé de fe retirer avec perte de
devant Orléans , tâcha de remettre fon armée
en état de fe défendre ; il marcha en
fe retirant par le même chemin qu'il avoit
tenu pour arriver fur la Loire : après avoir
repaflé l'Yonne , il gagna les bords de la
Seine , réfolu de continuer fa marche en
fureté , ou de fe camper avantageufement
pour en venir à une action générale & décifive.
Il efpéroit d'ailleurs en temporifant
que tant de Nations réunies contre lui
pourroient fe defunir , & qu'alors il prendroit
fon avantage fuivant les conjonc
tures.
On peut croire qu'Actius qui ne vouloit.
pas laiffer échaper une armée fugitive &
timide , avoit prévenu Attila , & que dans
ce deffein il avoit fait rompre les Ponts
fur la Seine , afin de retarder ſa marche &
de pouvoir l'atteindre , car il le fuivoit
dans le deffein de le combattre s'il pou
voit le rencontrer.
riacus , trucidenda gladiis , mortis fententiam expectaret.
Acta S. Aniani apud Papelrook.
AYRI L. 1753. 33
Attila fit alte & campa fur les bords de
la Seine , & afin de fe mieux déterminer
fur la réfolution qu'il avoit à prendre , il
confulta les Dieux , comme il avoit déja
fait avant de paffer ce fleuve , pour fçavoir
s'il éviteroit ou s'il donneroit bataille
, bien réfolu de combattre s'il obtenoit
d'heureux augures. ( a ) Il fit donc faire
de grands facrifices & offrir des victimes à
fes Dieux fur plufieurs Autels faits de
groffes pierres brutes , dont plufieurs ont
plus de 24 pieds de circonférence ; on les
voit encore aujourd'hui affez prêts de la
petite Ville de Ponts vers les bords de la
Seine , fans qu'on puiffe deviner qu'elles
ayent pu fervir à d'autres ufages. Les augures
ne furent pas auffi heureux qu'il
pouvoit le defirer . Les Sacrificateurs ne
purent s'empêcher de déclarer que la lataille
feroit funefte aux Huns ; mais ils
ajoûtérent qu'un principal Général de l'armée
ennemie y feroit tué. Attila fe Hattant
qu'Aetius dont il redoutoit la valeur
& la prudence pouvoit être ce Général dé-
(a ) Igitur Attila Rex Hunnorum' , tali percut
fus eventu , diffidens fuis copiis , metuens inire
conflictum , intufque fugam revolvens ipfo funere
triftiorem , fatius per arufpices futura inquitere.
Jornandes de rebus Gothicis .
B v
1
34 MERCURE DE FRANCE.
figné , réfolut de donner bataille . Hunnis
infaufta denuntiant fe. Jornandes.
Prefque tous les Hiftoriens conviennent
que cette bataille s'eft donnée dans les
plaines de Châlons- fur-Marne , in campis
Catalaunitis : ainfi on doit conclure qu'elle
ne s'eft point donnée près d'Orléans , comme
je l'ai déja obfervé ; encore moins en
Auvergne , ou dans le voifinage de la Ville.
de Touloufe , comme quelques Auteurs
l'ont prétendu .
Or ces plaines de Châlons font défte.
gnées par Jornandes , de façon à faire conprendre
qu'elles s'étendent dans tout le
païs que nous appellons Champagne
Campania à campis ; puitqu'il affure qu'el
les ont cent lieues de long à la meſure des
Gaulois , ( a ) & foixante & dix de large..
Cet Hiftorien obferve , que la lieue des
Gaulois eft de quinze cens pas ; & la lieue
commune de France étant de trois millepas
, il réfukte que ces plaines que ces plaines auront encore
cinquante de nos lieues en longueur
& trente - cinq de largeur. Ainfi on eft à
même de trouver dans une fi grande étendue
le champ de bataille , qui eft enfuite
défigné d'une maniere plus particuliere
(a ) Convenitur in Campos Catalaunicos , cen
Bùm leucas , ut Galli vocant , in longum tenentes.
& feptuaginta in latum, Jorn.
AVRIL. 35 1753.
par ces termes , Campi Mauriaci , pout
dire qu'elle a été donnée dans la plaine
de Mauriacum .
Grégoire de Tours dit , qu'Attila ayant
été repouffé devant Orléans , fe retira
dans les plaines de Mauriacum , & que là
il fe prépara à une bataille . Les Actes de
la vie de S. Anien nous difent que c'eft
dans cet endroit que l'Armée d'Attila fut
prefque détruite , in loco qui vocatur Manriacus.
Idatitis nous donne un nouveau jour
pour connoître la véritable fituation de
cette plaine de Mauriacum Il dit pofiti--
vement que les Huns en fe retirant après
la levée du fiége d'Orléans , qu'ils furent
forcés d'abandonner avec affez de préci
piration , dirigerent leur marche vers la
Ville de Troyes , à deffein de camper comme
ils firent dans la partie de la Champagne
mauriacenfe , ainfi appellée à caufe de
Mauriacum qui lui donnoit fon nom ,
Hunni repedantes , Tricaftis in Mauriacenfi
confident Campaniâ, .
Nous connoiffons une belle & grande
plaine diſtante de cinq lieues environ de
Troyes , dans laquelle deux armées trèsnombreuſes
, telles qu'étoient celles d'Aɔ-
Hus & d'Attila , ont pu donner bataille
dans le voisinage de laquelle eft la petite
Bvje
36 MERCURE DE FRANCE.
Ville de Merry fituée fur la Seine à l'Occident
de Troyes , qui s'appelloit autre
fois Mauriacum , & qui a donné fon nom
à cette plaine que l'on a appellée Mauriacum
; Campus Mauriacus , & Campania
Mauriacenfis , ou Marciacenfis.
Ce qui m'autorife dans mon fentiment
eft qu'on lit dans Aimoin , que la Reine
Brunehault , à la fin du fixiéme fiécle, en
600 environ , c'eft-à -dire , 150 ans après
la bataille dont il eft queftion , ayant été
chaffée du Royaume d'Auftrafie par les
Grands de l'Etat , & ayant été obligée de
fuir feule & inconnue , arriva dans cette
partie de la Champagne , appellée Mauriacenfe
, & qu'étant embarraflée de trouver
un guide pour la conduire en Bourgogne ,
ignorant le chemin qu'elle devoit tenir
elle s'adreffa à un jeune Païfan qui lui
fervit de guide : or il paroit certain par la
route que cette Reine infortunée a dû
prendre , qu'elle paffa par Merry , & que
c'eft dans le voisinage de cette Ville qu'elle
trouva un Conducteur ( a ) .
( a ) Anno quarto Theodorici Regis Burgun
diæ , Brunechildis ab Auftrafiis ejecta eft , & in
Marciacenfi Campania à quodam homine paupere
reperitur.
Aimonius , Monachus Floriacenfis : Hift. Franc.
Jib. 13. capit. 19. & 87.
A VRI L. 1753. 37
Meffieurs Pithou & Defguerrois croyent
qu'il faut ôter de ce mot Marciacenfi
la lettre m. & lire Arciacenfi ; & en ce
cas l'Auteur auroit défigné la Plaine d'Arcis
- fur- Aube , Arciacenfi. Mais il eft
difficile de fe perfuader que ce foit une
faute du copifte : une lettre initiale & majufcule
telle que la lettre m . n'a pû être
mife par erreur ; ainfi il faut lire in Marciacenfi
ou Mauriacenfi Campania , dans la
plaine de Merry ; on fçait que cette Province
a été appellée Champagne à caufe
de fes grandes Plaines , & on en a défigné
fes différentes Contrées par les noms des
Villes voifines ; Campania Catalaunenfis ,
Campania Remenfis , Campania Trecenfis ,
Campania Arciacenfis , & Campania Marciacenfis.
Mon fentiment fe trouve appuyé de
Pautorité de M. de Valois , dans fa Notice
des Gaules ; il affure que la bataille livrée
à Attila par Actius & fes alliés , s'eft donnée
dans la plaine de Méry-fur - Seine , &
reconnoît que cette plaine eft celle défi
gnée par Mauriacum , Campus Mauriacus ,
Campania Mauriacenfis ; de-là il conclut
que Jornandes a confondu les plaines de
Châlons avec celle de Méry, qu'il a pris une
pártie pour le tout , puifque par l'étendue
qu'il donne aux plaines de Châlons , elles
38MERCURE DE FRANCE.-
comprennent toute la Champagne. Ils'ap
puye du témoignage de Fredegaire , qui
étant né François , eft préferable à celui des
Hiftoriens étrangers. Il dit dans fon troi
fiéme Livre des Chroniques Huni Tricaffis
´in Mauriacenfi confident campanià . Les Huns
( après avoir levé le fiége d'Orleans , }
viennent dans le voisinage de la Ville de
Troyes , & campent dans la plaine de
Méry ; cet Hiftorien ajoute que ce fut
dans cet endroit que fe donna la bataille en
queftion. Thorifmond , dit- il , engage un
combat avec Attila & les Huns dans la
plaine de Méry ( 4 ) , il dura trois jours ,
& un nombre infini de foldats y périt . Il
faut voir M. de Valois au mot , Campania ,
Catalaunum , & Mauriacum.
Enfin je vais employer en faveur de
mon fyftême une preuve qui me paroît
démonſtrative , elle est tirée des actes de
la vie de Saint Loup , Evêque de Troyes,
qui font certains . Ces Actes affurent que
les Huns s'étant répandus dans les Gaules ,
l'allarme devint générale ; que lorfqu'on
apprit qu'ils marchoient vers la Champagne
, & du côté de la Ville de Troyes ,
( a ) Thorifmodus , cum Attila Mauriaci con-
Higit certamine , ibique tribus diebus utræque pha
Janges invicem præliantur , & innumerabilis mul
titudo. gentium occubuit.
AVRIL 17537- 3.9
les Citoyens furent faifis de crainte ; cette
Ville firuée dansune plaine fur les bords.
de la Seine , n'avoit alors ni murs , ni
foffés , ni remparts , ni armes , le faint
Evêque râcha de raffarer fon troupeau ,
en l'exhortant de mettre fa confiance en.
Dieu , il leur infpira l'efprit de la priere-
& de la pénitence , encore plus par fonexemple
que par fes inftructions , & perfuadé
que la douceur peut beaucoup fur
les efprits les plus impérieux , il réſolut
d'envoyer complimenter Attila , qui étoit
Campé vers le Village de Brofium , à préfent
Saint Memin , diftant de quatre lieues
de Troyes ; il envoya pour cet effet ſept
Cleres de fon Eglife , avec Memonius
Diacre , qui devoit porter la parole ; ils
marcherent précédés de la Croix avec les
textes des faints Evangiles , & des encenfoirs
; le Prince leur donna audience , &
les écoutails lui déclarerent de la part
de Saint Loup , que ce Prélat & tous
fes Citoyens fe foumettoient à fes ordres ,
qu'ils étoient venus en leur nom pour lui
rendre tous les honneurs qui étoient dûs
à un figrand Prince. Heft à croire qu'Attila
content de ces foumiffions , auroit
renvoyé ces Députés en toute sûreté ,
mais un incident fut caufe de leur mort
les rayons du Soleil qui donnoient fur les
40 MERCURE DE FRANCE:
X
textes , frapperent par reverbération les
yeux d'un cheval monté par un des Généraux
de l'armée , & parent d'Attila , ce
cheval en devint fougueux , s'emporra
& renverfa fon maître qui fut tué.
Attila devint furieux par la douleur
que lui caufa cet accident , il s'écria que
ces gens- là étoient des Magiciens , & ordonna
qu'on les fit mourir : on les arrêta
fur le champ , & on les égorgea fur le
bord du grand chemin ; un jeune Clerc du
nombre des fept fe fauva , & retourna à
Troyes , où il fit rapport à fon Evêque de
ce qui s'étoit paffé ; les corps de ces faints
Martyrs furent enlevés & cachés par des
Chrétiens , ils furent par la fuite enterrés
avec folemnité , on mit leurs corps dans
des tombeaux de pierres , placés dans une
Chapelle fouterraine ; ainfi Attila étoit
donc campé à cinq lieues de Troyes , &
dans la plaine proche de Méry ; c'eft done
là que l'on doit trouver ce champ de bataille
, fi fouvent appellé Campus Manriacus
; ma preuve eft appuyée , non - feulement
fur une tradition conftante , fur
d'anciens monumens , historiques mais
encore fur un fait qui exifte aujourd'hui
c'eft-à- dire , fur les tombeaux de Saint
Memin & de fes Compagnons.
و
Quoique je penfe avoir démontré mon
AVRIL. 17537
fentiment par des preuves qui ont chacu
ne une autorité de gradation qui approche
de l'évidence , cependant je ne pourrois
me flatter de l'approbation de mes
Lecteurs , fi dans la plaine en queſtion , je
ne pouvois pas trouver dans une précision
géographique toutes les fituations particulieres
du terrain défigné avec un fi beau
détail par Jornandes , qui nous a donmé
une Relation fort curieufe de la bataille
, & une deſcription exacte de tous
les mouvemens des deux armées combattantes
: il faut l'entendre lui- même , & en
même tems je ferai mes obfervations pour
faire connoître que la plaine de Méry est
fi conforme à tout ce que cet Hiftorien
nous dit , qu'il n'eft pas poffible de s'empêcher
de reconnoître que c'est l'unique
endroit où s'eft donnée cette fameufe bataille.
1 ° . Il faut une plaine affez vaſte , aſſez
grande pour y camper deux armées nonbreufes
de cinq cens mille combattans environ
chacune , & entre ces deux camps
un terrain propre pour les mouvemens &
les évolutions militaires qui font néceffaires
pour une action générale , aperto
Marte certatur ; or la plaine de Méry -fur-
Seine qui eft à la gauche de cette riviere ,
a plus de quatre lieues de longueur , de42
MERCUREDE FRANCE.
puis Savieres jufqu'à Romilly-fur- Seine ,
& plus de deux lieues de largeur , entre
la Seine & les petites hauteurs qui la ter
mine vers le Midi , depuis Echemines jufqu'à
Ocey.. Attila a donc pû camper entre
le Village de Brofum , & préfent Saint
Memin & celui de Savieres , ayant devant
lui le petit ruiffeau de Fontaines qui paſſe
aux Grèz , de-là à Blive , & qui enfuite
va fe jetter dans la Seine. Actius a pû
camper vers le Village de Châtres , qui
en Latin s'appelle Caftrum , peut-être à
caufe du camp de ce Général : fon améeavoit
de gros équipages. Si on fait attention
qu'Aétius avoir foin de foutenir la
grandeur Romaine par la fplendeur , qu'il
avoit avec lui plufieurs Rois puiffans , tels
que Théodore , Roi des Viligots , fon fils,-
Thorifmond, Merouée , Roi des François,
& les Princes qui commandoient les
Bourguignons & les Saxons auxiliaires ,
& enfin Sandiban , Roi des Alains ; en ce
cas la prudence d'Aetius exigeoit qu'il less
mis en fûreté , furtout à la vûe & dans le
voisinage d'une armée de Barbares , compofée
prefque toute de Cavalerie lefte , de
gens qui ne vivoient que de pillage , &
il est à croire qu'il choifit un terrain qui
eft entre Romilly & un peuit ruiffeau qui
fait un marais qu'on appelle le Ru , qui
AVRIL 1753:
prend la fource vers Pars , & qui forme
ee terrain au Sud- Oüeft , comme fort propre
à y mettre en fûreté les équipages , y
ayant au milieu une hauteur qui eft appellée
les Hauts- Buiffons , d'où on peut aifément
découvrir tous les mouvemens
qu'auroient pur faire les Huns ; & à la tête
de ce marais vers Pars , on voit deux on
trois petites élevations qui ont pû fervir às
* pofter des fentinelles , pour donner avis
en cas de befoin de ce qui fe pafferoir de
ce côté-là : on les appelle dans ce pays ,
Temels , à caufe fans doute du mot Latin
Tumuli.
2º. Il faut un terrain entre ces deux.
camps affez fpatieux , pour y ranger les
deux atmées en bataille : or cette plaineétoit
convenable pour cet effet , & envoici
l'ordre Actius commandoit l'aîlé
gauche de fon armée qu'il avoit placée
entre Châtres & la petite hauteur de Saint-
Georges , en Gaonnay ; l'aîle droite com--
mandée par Théodoric étoit poftée vers
Orvilliers , & s'étendoit jufques vers les
hauteurs d'Ocey. Dans ce centre , affezz
près d'Orvilliers , commandoit Sandiban
Roi des Alains. On avoit jugé à propos
de lui donner cette poſition , afin qu'on
pût avoir l'oeil fur lui ; on s'en méfioitavec
raiſon , parce que lorsqu'il défendoit
44 MERCURE DE FRANCE:
la Ville d'Orleans , il avoit écouté des
propofitions de la part d'Attila pour lui
rendre la place. Attila a pû ranger for
armée de cette forte , il mit fa gauche appuyée
vers Brofium , aujourd'hui de Saint
Memin ; fa droite étoit appuyée fur les
hauteurs d'Echemines , & lui - même s'etoit
réservé de commander le centre , afin
d'être à portée de tout , & partir du terrain
qu'occupoit fon armée , fur tout l'aîle
droite étoit entre le ruiffeau de Fontai
nes & le ruiffeau de Saint Georges.
3°. Jornandes ajoute , qu'entre ces deux
armées rangées ainfi en bataille , il y avoit
une petite hauteur en forme de colline
qui étoit importante par l'avantage de fa
fituation ( a ) , en forte que ces deux armées
avoient deffein de s'en emparer
ainfi les Huns pofterent leur droite , &
les Romains leur gauche vis- à- vis de cette
colline , avec réfolution de s'en rendre les
maîtres , dès que l'action commenceroit
à s'engager. Or cette hauteur fe trouve
dans la plaine de Méry ; on l'appelle la
(a ) Erat autem pofitio loci , declivi tumore , in
modum collis excrefcens , quam uterque cupiens
exercitus obtinere ,quia loci opportunitas non parvum
beneficium conferret , dextram partem Hu
ni cum fuis , finiftram Romani & Visigothi cum
auxiliariis occuparant . Jornandes .
AVRIL. 1753. 45
hauteur de Saint Georges parce qu'il y a
une Eglife dédiée à ce Saint , elle eft précilément
entre les deux armées , prêtes à
combattre , on voit l'aîle gauche d'Attila
& l'aile droite d'Aetius, ayant toutes deux
préfent l'objet de leurs deffeins , & le
motif de leurs victoires.
4. Suivant notre Hiftorien , il doit fe
trouver un petit ruiffeau ( a ) , ayant des '
bords peu élevés , qui eft au bas de cette
hauteur , du côté du campement d'Attila , '
& d'où les Huns furent repouffés & culbutés
, avec un tel carnage que le fang fir
de ce ruiffeau un torrent à plein bord enflé
.du fang des combattans ; or cé ruiffeau
eft bien marqué dans notre plaine , il
prend fa fource vers le Prieuré de Saint
Georges , paffe au bas de la petite colline
dont nous venons de parler , traverſe le
grand chemin , entre Valants & Saint'
Memin , paffe vers le hameau de Curlande
, & va fe jetter de - là dans la Seine.
Après toutes ces obſervations , j'oſe me
flatter que les Lecteurs feront perfuadés
que cette fameufe bataille , dont on n'a
( a ) Rivulus memorati campi humili ripâ pro
labens peremptorum vulnere multo fanguine
provectus , non actus ( aufus ) imbribus ut folebat,
fed liquore concitatus infolito , torrens factus eft
cruoris augmento. Jernandes .
46 MERCURE DE FRANCE.
jamais bien connu l'endroit où elle s'eft '
donnée , a été réellement décidée dans la
plaine de Méry. Tout femble concourir
à appuyer mon fentiment , au lieu que
les Auteurs qui affurent que cette action
s'eſt pallée vers la Ville de Châlons- fur-
Marne , ne paroiffent pas avoir des raifons
affez folides pour faire goûter leur
opinion ; ils font en contradiction avec
tous les anciens monumens que j'ai cité
en faveur de la mienne . En effet , comment
peut-on concilier ce campement
d'Attila dans le voisinage de la Ville de
Troyes l'envoi par Saint Loup de Députés
à ce Prince , lear Martyre vers Brofum
, leur fepulture fur le bord du grand
chemin, le paffage d'Attila par la Ville de
Troyes , la fureté que lui donne Saint
Loup , en l'accompagnant en qualité d'ô
tage dans fa retraite a fi Attila avoit perdu
la bataille au-delà de Châlons , à dix fept
lieues de Troyes , comme quelques- uns
l'ont prétendu , & obligé de regagner le
Rhin , fuivant le Traité fait avec Aetius ;
somment peut-on fuppofer qu'il eût retrogradé
fur fa route pour venir à Troyes,
en s'éloignant de fon véritable chemin
puifque de cet endroit il étoit plus près
du Rhin où il marchoit , de trois journées
de marche ?
1
AVRIL. 1755: 47
Ainfi je me croirai content de mon travail
, fi je puis avoir découvert ce qui n'a
pû être connu à plufieurs , & entr'autres
a Papyre Mallon , qui dans fon Livre (a )
des Calamités des Gaules a beaucoup parlé
de cette bataille , & convient qu'il n'eft
pas poffible de déterminer au jufte l'endroit
où elle s'eft donnée , ce qui lui fait
dire affez plaiſamment , que quelque Devin
ou quelque Fée en ôte la connoiffance
à la pofterité en rendant ce lieu inconnu.
( a ) Campi Mauriaci peculiari & proprio noż
mine funt diftincti in quibus contrà Hunnos for
tiffimè dimicatum eft , quod loci nomen Divus
aliquis aut Diva forfitan ignotius reddidir.
Cette Differtation s'étant trouvée trop lon
gue pour être inferée dans unfeul Mercure ,
nous renvoyons èè qui refte an moís prochain.
MERCURE DE FRANCE.
A UNA MI ,
Qui m'engageoit à faire des Vers..
A Mi , les momens font paſſés ;
D'une aurore affez éclatante
Les plus beaux feux font éclipfés,
Ah ! fi la Parque complaifante
M'avoit dans ma courſe naiſſante
Filé des jours moins traversés ,
Peut- être l'on m'eût vû par une heureuſe audace
Ceindre mon front des lauriers du Parnaſse ,
Dans des Vers nobles , aifés , harmonieux
Inftruire les mortels , faire parler les Dieux ;
"Des vrais Heros confacrer la mémoire ,
Immortalifer leur valeur ,
Et dans les faftes de la gloire
Infcrire mon nom & le leur.
Mais maintenant, au midi de ma vie
Quand mille foins embaraffans
Ont rangé fous leur tyrannie
Plus de la moitié de mes ans ,
Laifferai-je enyvrer mes fens
Du vain espoir que tu me donne ,
De retrouver dans mon automne
Les fleursque l'on cueille au Printers.
Séduit
AVR 1 L. 1753 .
49
•
*
Séduit par une erreur brillante
Irai-je d'une main tremblante ,
Aflemblant quelque traits glacés ,
Sur une feuille languiffante ,
Verfer mes ennuis retracés
Confervons notre caractere :
Modefte par tempéramment ,
Inftruit à penfer fenſément ,
Je dois au luxe littéraire
Renoncer authentiquement ;
Et m'arachant à la douce chimere
D'un art rempli d'enchantement ,
Faire éclatter dans ma profe fincere ,
La vérité fans ornement.
LORIN ,
Juge des Fermes & Subdelégué de l'Intendance
à Bapaume.
с
so MERCURE DE FRANCE.
AHAHA
ASSEMBLEE PUBLIQUE
De la Société des Sciences & Belles- Lettres
L
d'Auxerre..
A Société des Sciences & Belles- Lettres
d'Auxerre tint fon Affemblée Publique
le deux Novembre dernier , dans
une Salle du Palais Epifcopal en préfen.
ce de M. l'Evêque , qui en eft le Protecteur
.
M. Dulairain , Chanoine de la Cathédralé
& Directeur , ouvrit la Séance par
la lecture d'un Difcours , dans lequel il
traite de l'origine des idées , & fait voir
qu'elles ne nous viennent pas toutes par
les fens .
M. Moreau , auffi Chanoine & Sécrétaire
perpetuel , lut un extrait de tous les
Ouvrages qui ont été préfentés pendant
le cours de l'année . Ceux des Membres
qui s'appliquent aux Belles- Lettres , ong
préfenté plufieurs Difcours , où l'on expofe
les moyens les plus fûrs pour aquérir
l'éloquence ; qu'il ne faut ne faut pas moins de
courage dans un Heros Magiftrat , que
dans un Heros Militaire ; que la pauvreré
eft le creufet de la vertu , & qu'une forAVRI
L. 1753. ST
tune brillante en eft l'écueil le plus ordinaire.
On a traité aufli des Médailles , des
regles de la devife , de la Mufique des Anciens
, de la culture du terrein du pays
Auxerrois , & des moyens d'en tirer plus
de produit ; du commerce qu'on peut fai-
Te à Auxerre , des Manufactures qu'on
peut y établir , & des moyens les plus propres
à réuffir dans cette entrepriſe.
>
Ceux qui s'appliquent aux Sciences ont
préfenté des Mémoires fur les eaux minérales
des environs d'Auxerre , leurs verles
maladies aufquelles elles font propres
, & la maniere d'en ufer. Des obfervations
méteorologiques , avec l'hiſtoire
des maladies qui ont eu cours , pour
fervir à établir un jour les influences des
variations de l'atmosphere fur le corps hu
main. Des obfervations d'agriculture pour
fervir à établir les influences des mêmes
variations fur les fruits de la terre , principalement
fur le bled & fur le vin , la
defcription & le deffein de plufieurs plantes
du Pays pour fervir au Botanicum d'Auxerre
, les progrès & l'utilité de la Chymie
, des expériences de Phyfique , faites
par le mélange de différens fels ; la fixation
de la Méridienne de la Ville , par des
obfervations faites au folftice d'Eté de cette
année ; des recherches fur les mesures
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
ufuelles comparées avec celles des Anciens,
M. Moreau a terminé cet extrait par la
lecture d'une Ode fur la convalefcence de
M. le Dauphin, }
M. De la Coudre , Confeiller au Bailliage
& au Préfidial , lut un Difcours fur les
avantages de la critique & fur les regles
qu'on doit obferver dans celles des ouvra
ges d'efprit.
M. Potel , Chanoine de la Cathedrale
lut une Differtation dans laquelle il dé
montre que la vie commune a été en uſage
parmi les Chanoines d'Auxerre pendant
quatre cens ans au moins. Les archives du
Chapitre lui ont fourni les monumens les
plus anciens , fur - tout la Charte de Louis
le Debonnaire , datée de la fixième année
de fon Empire , par laquelle cet Empereur
confirme le don qu'avoient fait l'Evêque
& les Chanoines , des terres & autres heritages
, en faveur de la vie commune.
M. Mignot , Chanoine & Chantre de
la Cathédrale , lut un Difcours fur l'abus
des Sciences & Belles Lettres , & fur l'qfage
qu'on en doit faire par rapport à la
Religion .
M. le Pere , Directeur du Bureau de la
Pofte , termina la Séance par la lecture
d'un Mémoire fur les mefures ufuelles
fur- tout le muid de vin ; il rappelle les reAVRIL.
1753. ss
glemens qui en fixent la capacité , il en
expofe les dimenfions Géometriques d'où
il réfukte qu'il contient 272 pintes d'Auxerre
qui reviennent à 300 pintes de Paris.
Il a propofé des moyens furs pour ren
dre invariables toutes les autres mesures.
UN
N homme d'efprit fort connu dans
la Litterature fe propofe de donner
un Recueil de Fables , dont la plupart feront
tirées de Phedre , & des Auteurs Anglois
ou Allemands. Pour fonder le goût
du Public , il nous en a envoyé trois
imitées de M. Gellert , le la Fontaine de
l'Allemagne.
L'AVEUGLE ET LE BOITEUX.
Ú Aveugle héfitoit dans un mauvais chemin ,
Il rencontre un Boiteux , & dit au Pelerin ,
: vous , qui voyez ma mifère ,
Je refpire , & je fuis privé de la lumiere ,
Ah de grace , aidez - moi , daignez guider mes
pas.
Que me propoſes- tu ? Qui , moi , t'aider , helas !
Je me traine
Avec peine :
Mais toi , tu marches bien , & tu ne parois fort ;
C iij
34 MERCURE DE FRANCE.
Si tu veux me porter nous fuivrons même fort.
Tu peux compter fur moi , je mettrai mon étude
A t'avertir de tout juſqu'au moindre caillou ;
Sans quoi je rifquerois de me caffer le cou ,
Mon interêt répond de mon exactitude
Que tes pieds deviennent les miens
Et mes yeux deviendront les tiens.
Ça , rendons nous fervices pour fervices.
'Allons , très volontiers . Le Boiteux à ces mots
S'accroche à fa béquille & grimpe fur le dos
Du compagnon qui fe voûte à propos.
Ils fçurent éviter foffés & précipices ,
Ce fut leur union qui fit leur fureté.
Chacun a fes talens , nous n'avons point les vôtres
,
Il eſt vrai , mais auffi vous n'avez point les nôtres.
De ces défauts divers nait la focieté :
C'est pour apprivoifer notre férocité
Et pour nous faire une néceffité
De nous fervir les uns des autres ,
Que le Ciel entre nous partagea fes bienfaits.
Et fi tous les bumains n'étoient point imparfaits
Chacun pourroit alors fe fuffire à foi -même ;
On nous verroit encor errer dans les forêts .
Jufques dans les refus que les Dieux nous ont faits,
Admirons leur bonté fuprême ,
Ils ont dû , réſervant à très - peu de morțels
Les Mufes , les Beaux - Arts , les talens agréables
Deftiner le grand nombreà nos befoins réels
AVRI L.
1753- 55.
Nous pouvons profiter de ces dons mutuels :
Tout deviendra cominun , rendons - nous focia
bles .
LE RENARD IMPRUDENT.
LEs humains à leur tour font de maîtres Renards
,
Ils nous tendent de toutes parts
Des embûches de toute espece :
Ton peu d'expérience allarme ma tendreffe ,
Difoit un Renard vieux routier ,
A fon fils encor écolier ;
La neige au loin couvre ces champs arides ;
J'y vois le bout d'un fer prêt à trancher nos jours ;
C'est un piége , mon fils , que ces humains perfides
Ont fçû nous préparer : ce font là de leurs tours.
Un poulet eft l'appas qui doit nous y conduire :
Prends- y bien garde , crois- moi ,
Autrement c'est fait de toi ,
Va , ne te laiffe point féduire ,
J'ai peine à te quitter dans cette occafion ,
Mais la néceffité m'appelle ,
Il faut que j'aille à la provifion.
Il part après cette leçon fidele ,
Et le fils dit alors , que faire en l'attendant
Il peut avoir raiſon , je voudrois cependant
C iiij
16 MERCURE DE FRANCE.
Voir le poulet enfermé dans la cage ,
Le voir & rien davantage ,
Le voir au plus quelques inftans.
Je n'en puis craindre aucun dommage
Je me retirerai lorfqu'il en fera tems;
Et certes ce n'eft point la vue
Qui nous tuë.
fait d'abord un pas , puis deux , trois ... à la fin
Il avance , il arrive à l'embuche couverte ,
Le fer fe lâche , il expire foudain.
'Au moment qu'il fe croit éloigné de fa perte.
C'eft ainfi que fouvent la volupté féduit.
J'éviterai , dit-on , fon atteinte cruelle ,
Je ne veux qu'un inftant badiner avec elle
Notre penchant nous y conduit ,
On croit en être loin encore ;
Et l'on fent dans fon coeur le trouble qui la fair ,
On fait les premiers pas, & fon feu nous dévore..
LE POLYHISTOR.
LEplus heureux des Rois en un fens c'èſt Pluton
,
On ne fçauroit gagner tous les gens qu'il em
ploye ,
Fideles éclairés , double ſujet de joye.
Et pour paffer le Phlégéton ,
Il ne fuffit de quelque Ducaton =
AVRIL.
1753 17
Il faut encor payer de fa perfonne.
Caron eft connoiffeur , & n'entre pas qui veut
Dans la barque où chacun vient le plus tard qu'il
peut.
Un jour s'y préfenta le Sçavant de Pétronne.
Soyez le bien- venu , lui dit le conducteur ,
Sur le mot bien- venu bâillant de tout fon coeur ,
Qui donc êtes-vous , mon cher homme ?
Je fuis , repartit l'ombre , un vrai Polyhiftor ,
» Je fçais le Grec , l'Hébreu , le Siriaque encor.
Gramairien , Rhéteur , Géometre , Aftrorome,
Philofophe , Poëte ». Oui- dea , notre Bourgeois
Trédame , ce n'eft pas une petite affaire
Que de paffer tant de gens à la fois .
» Mais ce n'eft pas non plus un honneur ordinaire,,
Je fuis le Parangon des Univerfités .
Tandis qu'il détailloit toutes les qualités ,
Et comptoit par les doigts les différens volumes
Qu'il avoit publiés , fes Ouvrages Pofthumes ,,
Arrive fur les mêmes bords
Une ombre fimple en ſes manieres.
Son timide maintien , fes modeftes dehors
Faifoient peu préfumer & n'en n'impofoient guè
res .
Maître Caron l'appercevant
Baille plus fort qu'auparavant ,
At dit : quel eft cet autre ? Encor quelque Sca
vant ?
Cv
58 MERCURE DE FRANCE .
» Le titre ne m'eſt dû , j'étudiai mon être
Reprit cette ombre avec douceur ,
» Je ne cherchois qu'à me connoître ,
* Et ne m'érigeois point en vain réformateur
Des humains près de qui le Ciel m'avoit fait
>> naitre .
Il ne m'auroit fuffi de faire mon bonheur :
Heureux fi j'avois pû contribuer au leur.
» L'homme étoit mon objet , le monde étoit mon
Livre ,
» Et tant que j'ai vécu j'apprenois l'art de vivre.
"
םכ J'aurois voulu fonder les abîmes du coeur ,
Mais qui peut pénétrer toute la profondeur ?
» Le mien qui m'égaroit fans ceffe
Ne me prouvoit que trop hélas ,
» Combien je faifois peu de pas
» Dans la route de la fageffe .
L'autre ombre à ce propos rit fous cape & s'em
preffe
De monter fieremént dans la barque à Caron ,
Qui vous le repoussant à grands coups d'aviron z
Retire toi , dit-il , important perfonnage ,
Tu t'ignores toi même , & prétens tout fçavoir.
Cet homme- ci vaut mieux , je lui dois le paffage
Et me fais un plaifir de le bien recevoir ,
Il connoit fa foibleffe & partant il eft fage .
Pour des Sçavans & des faifeurs d'X , X ,
Des beaux efprits à face minaudiere,
AVRIL.
$2 0753.
Qui fe piquent d'être Phénix ,
Il en vient une fourmiliere ,
On ne voit que cela fur les rives du Stix.
Un galant homme eft mille fois plus rare ,
Et le monde en paroît avare.
Grace au Ciel , paffe encore , en voici pouttant un
Qui daigne avoir le fens commun.
REFLEXIONS
Sur l'Imprimerie , & fur la Littérature.
'ART de l'Imprimerie eft , fans con-
Lredit ,une des plus belles époques de
la Littérature ; fon invention fait honneur
à l'efprit humain , & prouve à combien
de belles chofes les hommes peuvent at
teindre ; mais elle prouve auffi le peu de
cas qu'ils font des dons que la nature leur
prodigue , & combien
, & combien peu ils méritent
d'en jouir. Car de quelle utilité ne nous
eft pas cet Art refpectable : Quelles obli- શી
gations n'avons - nous pas au flambeau qui
nous guide fi facilement dans la connoiffance
des Sciences divines & humaines &
dans celle de tous les Arts qui lui doiveng
fnon lear invention , au moins lui doi
vent-ils leur perfection & leur accroiffe
C vi
60 MERCURE DE FRANCE.
>
ment. Mais n'en abufons- nous pas tous
les jours ? Quels foibles progrès aurionsnous
fait effectivement dans les Sciences
fans l'Imprimerie , & fi nous n'avions
eu d'autres fecours que celui des Copiſtes ?
Quelles peines ne nous ont- ils pas donné
& quelles peines ne nous donnent-ils pas
encore pour débrouiller leurs travaux confidérables
, à la vérité , mais peu exacts &
tellement remplis de l'ignorance des fiécles
où ils ont vécu , que fans le fecours
de l'Imprimerie , furtout, & d'habiles Philologues
, il ne nous auroit pas été poffi
ble de tirer de leurs obfcurs travaux tant
de tréfors qui y étoient enfouis ; nous aurions
toujours éré des Auteurs & des Copiftes
fans goût & fans difcernement , fi
nous n'avions pas eût d'autres moyens de
nous communiquer nos découvertes dans
les Sciences que celui des manufcrits. left
certain que nous ferions dans l'ignorance
la plus vile ; car il ne feroit pas poffible de
répandre dans le monde autant de manuf
crits que nous pouvons par le moyen de
P'Imprimerie , répandre d'exemplaires que:
les gens ftudieux fe procurent facilement
au moyen de cet important fecours. C'eſt
donc à cet Art précieux & prefque divin
que nous devons nos lumieres ; c'eſt à lui
que nous avons l'obligation d'être fortis
A
AVRIL. 1753. 68
de la barbarie , d'avoir répandu les Belles-
Lettres & les Sciences dans le monde , &
enfin , fi j'ofois le dire , de nous avoir
rendu hommés..
à
Les habiles gens de ces fiécles d'ignorance
, malgré leur peu de lumieres , n'en
font pas moins dignes de notre vénération
& n'en méritent pas moins nos égards
toutes fortes de titres. Premierement
pour nous avoir tranfmis quantité de bons
Ouvrages de l'antiquité qui feroient péris
fans leurs fecours. Secondement , pour ne
s'être pas rebutés du peu de fecours qu'ils
avoient , des travaux immenfes qu'il leur
en a coûté pour tranfmettre à leurs Def
sendans le fruir de leurs veilles .
Quelle gloire , quelle récompenfe attendoient-
ils de leurs contemporains 2
Quelle reconnoiffance en efpéroient- ils ?
Aucune. Nous ne fçavons que trop certainement
que plufieurs d'entre eux effuyérent
des perfécutions fâcheufes , dont
le fujet , dans tout autre tems , leur auroit
attiré le reſpect & la vénération non -feulement
de leur patrie , mais de tout le
monde fçavant. Ils étoient encore fort
heureux quand on n'attentoit pas à leurs.
perfonnes.
Mais encore , de qui effuyoient-ils ces
perfécutions ? De ceux qui par état des
62 MERCURE DE FRANCE.
-
voient être plus éclairés , par conféquent
plus amis des Lettres , & moins fuperfti
tieux ; mais au contraire leur ignorance
égaloit celle du vulgaire , & ils ne connoifloient
d'autre fcience que celle d'entretenir
& de fomenter la fuperftition de
nos trop dociles Ancêtres. Ils y trouvoient
leur compte ; leur intérêt ne vouloit pas
que les Hommes devinffent plus éclairés ,
& leur politique couverte d'un grand
manteau qui cache bien des fourbes , ne
leur permettoit pas de fouffrir de plus habiles
gens qu'eux , & il ne s'en montroir
jamais impunément.
Quel motif pouvoit donc les engager a
écrire ? L'Amour des lettres eft le premier
& le feul fuffifant , & d'ailleurs il est sûr
qu'ils penfoient , & même qu'ils entrevoyoient
qu'à ces fiécles de barbarie il en
fuccéderoit d'autres dans lefquels quelques
habiles gens fecoueroient hardiment
le joug de la fuperftition & de l'ignorance
; & ils ne pouvoient pas croire
que leur poftérité feroit auffi ingrate &
auffi ignare que leurs contemporains , &
ils penfoient jufte . Ne cherchons donc
plus pourquoi ils étoient fi laborieux
l'idée qu'ils avoient d'une poftérité éclai
rée & reconnoiffante les flatoit agréable
ment & les encourageoi
*
A VRI L. 1753. 63
Enfin les motifs qui les
engageoient
à écrire , étoient les mêmes qui nous guident
aujourd'hui , & ceux qui ont guidé &
qui guideront les Ecrivains de tous les
tems & de toutes les nations : c'est-à-dire ,
la gloire de fe faire un nom.
A ces nombreux fiécles de barbarie fuc
céda celui qui vit naître le bel Art de
l'imprimerie , c'est- à- dire , le quinziéme
fiécle . Tout le monde fçait que ce fut en
Allemagne dans ce fiécle- là que cet aftre
parut , & que l'immortel Jean Furh & fon
domestique P. Schaeffer , furent ceux qui
le découvrirent; mais ce ne fut que dans le
feiziéme fiécle que l'Art de
l'Imprimerie
parut dans tout fon jour, Les Etiennes en
France ; les Frobens en Allemagne ; les
Manuces en Italie ; & les Plantins dans
les Païs - bas , furent en même tems les plus
fçavans hommes de leur fiécle , & les Imprimeurs
les plus corrects & les plus
exacts.
On ne peut auffi fixer la renaiffance des.
Lettres que dans ce tems là . D'auffi habiles.
gens à la tête de l'Imprimerie par leur
fcience & leurs travaux , ont fait autant
pour tirer les Sciences de la barbarie , que
François L. & Louis le Grand , pour leur
progrès & pour l'encouragement des gens,
de Lettres. Le paralelle de ces illuftres me
64 MERCURE DE FRANCE.
primeurs avec ces grands Princes n'eft
point outré , nous avons même en quelque
forte plus d'obligation aux premiers ; car
les derniers n'auroient pu être utiles aux
Lettres , fi les premiers par leurs travaux
ne les avoient fait naître , & ne leur avoient
en quelque façon fourni les moyens de
s'immortalifer.
Par le fçavoir des Etiennes , avec quelle
fagacité la Langue grecque ne s'eft- elle pas
trouvée dépouillée de quantité d'erreurs
que l'ignorance avoit adopté ; & Henry
Etienne ne la débrouilla- t- il pas avec une
capacité qui lui méritera l'admiration de
la poftérité la plus reculée ? De combien
d'éditions d'Auteurs facrés & profanes ,
cette illuftre famille n'a- t- elle pas enrichi
la Religion & la République des Lettres ?
Ce font encore aujourd'hui les fources où
nous puifons fi facilement & fans avoir
fouvent la moindre reconnoiffance pour
ces Grands-Hommes .On ne fera peut -être
pas fâché de fçavoir quelle fut la fin de
cette illuftre famille à laquelle les Lettres,
doivent tant après avoir confumé tout
leur bien & avoir par un defintéreffement
peu commun , facrifié toute leur fortune
pour l'avancement des Lettres & de l'Imprimerie
, le neuvième & dernier des
Etiennes mourut à l'Hôpital an deshonA
VRT L. 1753. 65
neur des Lettres & du nom François. Tandis
qu'actuellement , le plus ignorant des
Libraires ( dont le nombre n'eft pas petit )
vit dans l'opulence à l'abri d'un pareil
fort. C'eft fur un pareil fujet , qu'on peut
bien s'écrier : ô bifarre fortune iô fantafque
déité !
Les Manuces en Italie tinrent la même
conduite , & par leur fçavoir , leur amour
pour les Lettres , leur exactitude & leurs
recherches dans leur profeffion , ils furent
l'honneur de leur fiécle & de leur Patrie .
En Allemagne les Frobens s'éterniferent
par leur exacte probité , leur profond
fçavoir , le choix qu'ils fçurent faire des
meilleurs Auteurs & leur paffion pour les
Lettres qui leur faifoit préferer l'interêt
public au leur. Les Libraires de nos jours
qui penfent fi noblement , font je crois ,
bien rares , peut être même n'en exiſte-
Fil pas. Nous devons d'ailleurs aux foins
de ces habiles Artiftes , des éditions
parfaites des Peres Latins & des Peres
Grecs qui leur attirent les louanges des
plus fçavans hommes de leur fiécle.
Plantin dans les Pays- Bas ne le céda ni
aux Etiennes , ni aux Manuces , ni aux
Frobens , fur-tout dans l'art de l'Imprimerie.
La fameufe Poliglotte d'Anvers , ou
la grande Bible de Philippe fecond peur
66 MERCURE DE FRANCE.
feule prouver de quoi étoit capable cet ha
bile homme. Une Imprimerie qu'il éta
blit à Leyden fervit d'école aux Imprimeurs
d'Hollande , dont les belles Imprimeries
fe font toujours diftinguées de celles
des autres Nations , par la fineffe , la
beauté & la délicateffe de leurs caracteres.
Il feroit à fouhaiter qu'elles fe fuffent diftinguées
de même par le choix des ouvrages
, & qu'elles euffent refpecté davantage
la Religion & les moeurs ; c'eft ce
que les Libraires ne font pas encore acruellement
, & c'eft dans de pareilles mains
que cet Art précieux eft devenu dangereux.
Mais jamais il n'auroit dégéneré s'ik
cût toujours été profeffé par des Artiſtes
auffi éclairés & auffi capables que ceux
dont j'ai parlé ci deffus .
Je laiffe à penfer d'après ce portrait , fr
le feiziéme fiécle , eft cher aux Lettres &
fi la capacité des Libraires n'influe que
peu fur la Littérature. Ce n'eft pas que je
prétende dire que ce fiécle n'eut pas auffi
fes Libraires ignorans & fes Auteurs fans.
mérite , mais je ne crains pas d'avancer
qu'ils furent en bien plus petit nombre
que dans notre fiécle , & qu'ils n'étoient
pas accueillis fi favorablement.
Enfin , ce fiécle étoit par bien des titres
plus folide que le nôtre.Ces illuftres Impri-
1
AVRI L. 671 1753.
meurs n'admettoient point fous leurs pref
fes , ces Ouvrages tant chéris de notre fiécle
: le monstrueux Roman , les Syſtèmes
faux & abfurdes , les Libelles , & tous ces
autres écrits , qui feront graver dans les ,
faltes de la Littérature , le dix -huitiéme
fiécle comme un fiécle de frivolité & d'imagination
, étoient rejettés de ces habiles
gens , & un futile Auteur n'ofoit fe
préfenter au tribunal de ces refpectables
Imprimeurs. Tel fut en abregé l'état de
l'Imprimerie & de la Littérature dans le ,
feiziéme fiécle.
Le beau fiècle par excellence , le dixfeptiéme
fiécle parut. L'Imprimerie reçue
fa derniere perfection , les Sciences , les
Belles - Lettres , & les Arts parurent d'après ,
l'antiquité la plus pure . Un demi fiécle
fut fuffifant pour produire tous ces prodi
ges , ce qui prouve combien peuvent les
regards favorables d'un Prince. Le commencement
du dix- feptiéme fiécle fut af
ſez obſcur , nos troubles domeſtiques , nos
guerres civiles & de Religion , en furent
fans doute la caufe.
Mais comme les bonnes chofes ne le font
jamais fans exception , & que le bien eft
prefque toujours accompagné de fon contraire:
de même fi cefiécle pofféda de grands
Ecrivains , il en pofféda auffi un grand
68 MERCURE DE FRANCE.
nombre de mediocres & de mauvais . Com
bien d'inutiles Romans ? combien de Poëres
fans génie & fans feu ; pour le grand
Gorneille & Racine , combien d'Auteurs
dramatiques froids & languiffans ; pour
un Moliere , combien de comiques pitoyables
, groffiers & fans moeurs ? Que
refulta- t-il de tout cela ? Une multiplicité
étonnante de Livres inutiles & préjudiciables
aux Lettres ; l'abus de l'Imprimerie
& la corruption du goût. Sont ce là
des maux de peu de conféquence ? Les Sçavans
critiques n'avoient pas , fans doute ,
tort de vouloir écrafer ces infectes Littéraires
, ils fentoient parfaitement combien
l'abus de l'Imprimerie eft nuifible aux Letfres
, & leur vif amour pour elles & pour
les progrès de l'efprit humain leur fit redoubler
leurs travaux & leurs foins pour
donner au public des modeles de bon goût,
c'eft- à-dire , de l'antiquité la plus pure.
Ils penfoient par ce moyen ramener les
efprits au vrai , au folide , & arrêter cette
manie d'écrire , qui en multipliant fi fort
les livres , prouvoit que nos écrivains
avoient plus de fécondité que de jugement
, de goût & de difcernement . C'é
toit en vain , la plupart des Libraires ignorans
, admettoient fous leurs preffes indif
féremment tout ce qui fe préfentoit , &
AVRI L. 1753. 69
il ne fe trouvoit que trop fouvent un for
public , qui payoit l'Auteur & l'Imprimeur
de leur ignorance & de leurs ignobles
travaux .
Ce moyen & les cenfures paffageres
qu'ils faifoient des mauvais ouvrages ne
leur réuffiffant point, ils penferent que des
critiques reglées & périodiques étoient le
feul moyen qui reftoit à leur zele pour
l'amour des Lettres. De-là naquirent les
Journaux , Ouvrages qui en immortalifant
fon inventeur , furent à la Littérature du
dernier fiécle , une éqoque bien brillante .
Ces tribunaux dès les commencemens
intimiderent la foule des mauvais Auteurs ;
ils firent de grandes plaintes ; fuivant eux
cette réforme gênoit les efprits & ralentiroit
infailliblement les progrès des Lettres
;ainfi raiſonnoient ces graves perfonnages.
Mais on n'en fut pas la dupe , on fçavoit
parfaitement qu'ils avoient des raifons
particulieres , qui les faifoient parler ainfi,
& qu'ils fentoient qu'ils ne pourroient jamais
foutenir les regards perçans de la fevere
critique. Ces dernieres & tacites raifons
étoient les vrais fujets de leurs plaintes
; d'un autre côté , voici ce que ces tribunaux
leur objectoient pour éviter ou
pour ne pas craindre la critique. Premié
rement , de quitter la plume : feconde70
MERCURE DE FRANCE.
ment , de fe mettre en état de ne donner
que de bons ouvrages : ces raifons paroîtront
, fans doute , folides aux gens fenfés
, mais elles ne paroiffent pas telles à
cette forte d'écrivains. Preffés ainfi de près,
ils leverent le mafque quoi ! dirent- ils ,
fort unanimement , depuis dix , quinze
ou vingt ans que je tiens la plume , je la
quitterois , ou j'irois écolier barbon , méditer
fur Ciceron , Virgile , Homere &
Horace , & blanchir à la fuite de ces Meffieurs
! non , Meffieurs les Cenfeurs , nous
ne fommes nullement d'avis de cela. Critiquez
tant que vous voudrez , nous avons
nos Lecteurs , nous écrirons pour eux , &
notre imagination affez féconde d'ellemême
, n'a pas befoin de cette tant belle
antiquité , pour donner du prix à nos Ouvrages.
Tels furent les réponfes que les
ennemis des Anciens firent aux objections
des Cenfeurs . Pour des gens qui fort fouvent
travailloient plus pro famem que pro
-famam , ces raifons étoient folides .
Enfin , pour abreger , le bon goût fembla
renaitre ; mais ce ne fut que pour peu
de tems , & le mauvais goût ne tarda pas
à fe répandre comme auparavant : les Auteurs
s'accoutumerent à la critique , & le
Public n'en profita pas affez.
Quoique les maux qui ravageoient la
AVRI L. 1753 71'
Littérature du dernier fiécle paruffent de
la derniere conféquence aux Sçavans de ce
fiécle de mémoire , & qu'ils méritaſſent
effectivement leur attention ; cependant
ils n'étoient encore que de vraies minuties
& de pures bagatelles en comparaifon de
ceux qui inondent la Littérature du dixhuitiéme
fiécle ; & je fuis perfuadé qu'aucun
Sçavant du fiécle paffé , ne s'elt jamais
imaginé que dans le fiécle où nous vivons
nous aurions de plus grands maux à réformer
dans la Littérature , que ceux qui dégraduient
celle de leur tems .
Il n'eft que trop certain que les maux
qui détruifent notre Littérature font plus
grands de beaucoup que ceux du dernier
fiécle ; car bien loin d'avoir fait les progrès
que nous aurions dû faire dans les
Belles - Lettres , au contraire elles font
tombées , ( fi j'ofois me fervir de ces termes
) dans un état d'humiliation & de
baffeffe, dont elles ne peuvent être retirées
que par de grands efforts , & par une
grande attention de la part de la Nation
.
Que ne doit- on pas faire , que ne doiten
pas entreprendre , & que ne doit - on
pas exécuter en faveur d'un objet fi intéreffant
& fi précieux à la République des
Lettres & à l'Etat ;
MERCURE DE FRANCE.
Le frivole ayant pris la place du bon
goût , l'antiquité le trouvant méprifée , ce
beau flambeau , ee guide fi sûr fe trouvant
en quelque forte rejetté avec ignominie
; il eft tems , pour empêcher que toutes
ces belles chofes ne fe détruifent toutà-
fait , d'y obvier par le moyen d'une réforme
à laquelle le Gouvernement & la
République des Lettres doivent concourir
de concert.
Je ne m'occuperai point à faire le détail
de tous les maux qui doivent être l'objet
de cette réforme , d'autant plus que cela
feroit infini , que j'excéderois les bornes
que je me fuis prefcrites , & que d'ailleurs
ces maux font fi vifibles & fifenfibles aux
gens de Lettres , que ce feroit en quelque
façon leur préfenter un objet qu'ils ne
connoiffent que trop , & avec lequel ,
malgré eux , ils fe trouvent familiarifés. Je
me contenterai feulement d'expofer au
Public littéraire les moyens de réforme
que mon amour pour les Lettres m'a fait
imaginer : s'ils ne le trouvent point folides
, je crois toujours avoir bien mérité
du public par la bonne volonté que j'ai
d'être utile aux Lettres & à ma Patrie .
Le fade Roman , le ftyle précieux fuivi
de penfees fauffes & métaphyfiques ,
les innovations dans notre Langue , le
mépris
AVRIL. 1753 75
mépris des Langues fçavantes , par conféquent
du bon goût , &c. Tous les maux
difparoîtroient en réformant l'Imprimerie
, & les abus que l'on y a laiffé introduire.
On me dira peut-être que cela
n'eft pas poffible , & que la réforme de
l'Imprimerie feule ne peut pas entraîner
avec elle celle de tous les maux précédens.
Je me réserve à en démontrer dans l'inftant
la poffibilité.
Des deux moyens de réforme que j'ai
imaginé pour mettre l'Imprimerie fur le
pied que je defiterois , le premier fe trouve
avoir befoin du fecours du Gouvernement,
& le fecond du fecours de la Répu
blique des Lettres.
Le Gouvernement peut feul , par exem
ple , faire que l'on n'admette qu'un certain
nombre de Libraires dans chaque
Ville où l'Imprimerie a lieu . Il peut feul
auffi empêcher qu'aucun Libraire ne foit
reçu dans cette refpectable Profeffion fans
avoir fait fon chef- d'oeuvre ( comme on
l'exige parmi les Artifans ) c'eft-à- dire ,
fans avoir donné des preuves de fa capacité
dans la Littérature & dans fa Profeffion.
Ce que j'ai rapporté ci deffus de la
capacité des Etiennes dans la Littérature
& dans leur Profeffion , eft un argument
favorable à ma cauſe , & démontre claire-
D
74 MERCURE DE FRANCE.
ment combien il importe , & combien il
eft avantageux à la République des Lettres
que les Libraires foient fçavans &
gens de Lettres ; effectivement il en réfulteroit
toute forte de biens. Premierement
le nombre en feroit moins, grand ,
par conféquent ils ne feroient point dans
le cas de chercher à gagner leur vie par
des moyens honteux , & deshonorans pour
eux & pour les Lettres ; fecondemeut , ils
n'admettroient point fous leurs preffes
d'ouvrages frivoles , ou qui euffent d'autre
but que celui de favorifer le progrès
de l'efprit humain ; troifiémement , enfin
ils pourroient vivre dans l'opulence fans
que les Lettres en fouffriffent.Mes Lecteurs
jugeront fi cette réforme mérite l'attention
du Gouvernement & de la Nation.
Que les Lettres y gagneroient ! & que notre
fiécle en s'immortalifant feroit chéri
de la postérité !
Le ſecond moyen de réforme qui mẹ
refte à préfenter , a befoin du fecours de
la République des Lettres. Si l'on ne vouloit
pas exiger que les Libraires fortiffent
de leur ignorance & qu'ils fuffent lettrés
on pourroit faciliter le progrès des Lettres
& détruire le frivole,en empêchant les
Libraires par le moyen des Cenfeurs, d'imprimer
aucun ouvrage qui n'eût été jugé
AVRIL. 17538
75
utile & très - néceffaire pour l'avancement
des Lettres. Sil'on ne fe fût pas contenté
de ne rejetter que ceux qui maltraitent les
moeurs , la Religion & l'Etat , les mauvais
Livres ue fe feroient pas tant multipliés , &
notre Littérature ne feroit pas dans l'état
déplorable où elle eft.
Ce moyen feroit encore exceilent , mais
il ne vaudroit pas , je crois , le premier ;
car il feroit toujours plus avantageux que
des Libraires s'impofaffent eux-mêmes cette
loi par leurs lumieres & par leur amour
pour les Lettres.
L'Imprimerie mife fur un tel pied feroic
difparoître fur le champ les mauvais Auteurs
, qui n'oferoient plus préfenter leurs
vils manufcrits à des Libraires plus éclair
rés qu'eux , ou à des Cenfeurs rigides qui
rejetteroient tout manufcrit qui ne renfer
metoit pas des chofes folides & utiles aux
progrès des Lettres . Les moins clairvoyans
verront actuellement que ce projet de
réforme n'est point chimérique , & que
par fon moyen notre Littérature fe trou
veroit dans peu fur un pied très -floriffant ;
on n'auroit plus lieu d'appréhender qu'el
le retombât dans l'état où elle eſt , pour
pea que l'on tînt la main à l'exécution des
Réglemens qui interviendroient fur cette
importante matiere.
. Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Enfin il arriveroit de tout cela , que les
Auteurs qui ont le plus contribué à la perte
du bon goût, feroient les premiers à travailler
pour l'acquérir ; d'autant plus que
ce feroit le feul moyen qui leur reſtât
pour garder le titre d'Auteur , & pour faire
oublier à la Nation le préjudice qu'ils auroient
caufé à la Littérature par leurs mauvaifes
productions. Les ouvrages périodiques
annonceroient chaque mois moins de
productions littéraires , mais auffi il n'y
auroit pas de rebut à faire. L'antiquité par
une étude conftante des Langues fçavantes
, reparoîtroit chez nous avec gloire.
Le bon goût prendroit la place du galimathias
& du précieux , l'efprit & le jugement
expulferoient l'imagination déréglée,
incapable de produire quelque chofe de
folide.
Si mon projet ne ſe trouve point folide
dans toutes les parties , j'ofe inviter les
Sçavans à en produire un meilleur. Je me
trouverai toujours affez récompenſé d'avoir
excité quelques gens de Lettres à travailler
for un fujet auffi important , & d'avoir
évité au dix - huitiéme fiécle le titre
contemptible de fiécle de la frivolité & du
mauvais goût.
Par M. Auffray.
AVRIL. 17531 77
XXXXXXXXXXXX
ELZIDOR ,
O U
LE DESESPOIR AMOUREUX,
Romance en Vaudeville.
Air Du Vaudeville d'Epicure. :
Vous qui dans le talent de plaire
Croyez trouver mille douceurs ,
Filles , de l'Enfant de Cythère
Redoutez les appas trompeurs. :
De ce Dieu quelquefois l'empire
N'eft pas exempt de cruauté ,
L'hiſtoire qué vous allez lire
En établit la vérité.
Air : De la Samaritaine.
D'un bon Marchand une fille ,
Fort gentille ,
D'Amour fubiffoit la loi ,
Le tendre objet de ſa flâme ;
De fon ame
Etoit le fouverain Roi.
Air :Monfieur le Prévôt des Marchands.
Pour féduire de foibles coeurs ,
L'Amant n'épargne pas les pleurs ,
11 jure une flâme éternelle ,
D iij
78 MERGURE DE FRANCE:
2
Si l'on ne l'aime , il veut mourir ;
Mais fon feu n'eft qu'une étincelle
Qui s'envole avec le plaïfir .
C
Air : Je voudrois bien me marier
De cette maxime Elzidor
Fit l'épreuve terrible ▸
Aux foupirs du traître Alindor-
Elle fut trop [en fible
Car l'ingrat ayant de fon feu
Eteint la violence :
Elzidor , lui dit - il , adieu
:
Je pars pour la Provence:
Air : Ne vla- t- il pas que j'aimes
Qu'entens-je ! tu veux me quitter è
S'écrie Elzidor blême ;
Jufte Ciel ! Pourrois - tu douter
De fuon amour extreme
Meme air.
Oui , je connois , dit Alindor ,
Ton extrême tendrefle ....
Mais adieu , charmante Elzidor ,
Adieu , le tems me preffe.
Air : Dans un détour.
Où fuis- je Q Cieux !
Eh quoi tu veux quitter ces lieux.
Où nos coeurs heureux
AVRIL. 79 1753 .
Brûloient de fi tendres feux ?
Dieux !
Tant d'amour , tant d'ardeur
Ne peuvent donc attendrir ton coeur ?
Se peut- il ! ....
Air : Ici fe fonde une Abbaye.
Ah ! trop cruel Amant , arrête :
Arrête , perfide vainqueur.
Ne jouis-tu de ta conquête ,
Que pour me déchirer le coeur ?
Air : La mort de mon cher Pere:
Mais , que vois- je ! Parjare ,
Saus répondre tu fuis :
A ma fâme fi pure
Réfervois - tu ce prix ?
Traître , quel est mon crime?
Que t'ai -je fait ? Ciell
Pour me rendre victi me
De ton départ cruel.
Ait : De tous les Capucins du monde.
Alors cette fidélę Amante
La larme aux yeux , foible , mourante ,
Veut courir après ſon ingrat :
Soins impuiffans ! frivole peine !
Sa force manque , elle s'abat
Sur le rivage de la Seine.
Diij
So MERCURE DE FRANCE.
Air ; Réveillez vous , Belle endormie;
Mais bientôt reprenant courage ,
Elle fe leve avec fureur ,
Prononçant d'un ton plein de rage
Ces mots dictés par la douleur.
Air : Ah Maman , que je l'échapai belle.
Amour ,fecours- moi , je t'implore ;
Tu vois mon malheur ,
Et la douleur
Qui me dévore :
Punis l'ingrat que mon coeur adore ,
Son crime eft le tien ,
Si tu ne m'en venges pas bien ;
La mort , la feule mort peut fuffire ,
Peut feule adoucir ,
Seule finir
Tout mon martyre.
Que le perfide à l'inftant expire ;
Dans fon coeur fanglant
Je veux terminer mon tourment . . ::
Air : Point de bruit.
Mais , ô Ciel !
Le cruel
M'abandonne !
Et moi dans de vains fouhaits ,
Dans de triftes regrets. . ..
D'où vient que je friffonne t
AVRIL. 81
1753.
(
Quelle horreur
A mon coeur
Se préfente !
Je ne fçais plus où je ſuis ;
Quelle voix tous ces cria
Enfante ?
Au chagrin qui me poffede ,
La mort eft le feul reméde ;
Terminons
Mes affronts ,
Mon outrage :
Fleuve , deviens mon tombeau
Engloutis dans ton cau
Ma
rage.
Air : Petits Moutons , gadez la plaine,
A ces mots , avec violence ,
La trop malheureufe Elzidor ,
Dans le milieu des flots s'élance ;
Sans ceffe appellant Alindor.
Air : Non , je ne ferai pas , &c .
Ainfi périt d'amour un fi rare modéle ;
Mais en eft-il encor qui foit auffi fidéle ?
Sa mort nous donne au moins cette utile leçon ;
Qu'ilfaut avant l'Amour confulter la Raifon.
Par M. Du ***.
Dv
Sz .MERCURE DE FRANCE.
396 692 506 506 ARG 502 50% 300 : 302 306 30 500 500 50
SEPTIEME LETTRE
D'UN PRUSSIEN ,
8
A M. l'Abbé Raynal , fur l'étude de la
Philofophie chez les Allemands.
Nde
E pourroit- on pas dire , Monfieur ,
de la Philofophie , ce que le célébre
Thomas ( a ) Bartholinus , difoit des Livres .
fine libris Deus jam files , juftitia quiefcit ‚ „
torpet medicina, omnia tenebris involuta cimeriis.
En effet elle eft auffi néceffaire à
la recherche de la vérité , que la refpiration
l'eft à la circulation du fang. La Philofophie
, cette fcience qui conduit à tour,
qui eft la clef de toutes les autres , & fans
laquelle il eft impoflible d'entreprendre
quelque chofe avec fuccès , eft le plus pré
cieux trefor que la providence nous ait
confié . Quelqu'utile cependant qu'elle foit
aux hommes , elle a trouvé les ennemis
& fes tyrans ; tyrans qui quoique bien af-1
foiblis fubfiftent encore aujourd'hui : elle
a été en proïe aux préjugés & à l'ignorance
la plus craffe : née , ou plûtôt , cultivée
( a ) Dans la très-bonne Differtation , de libris
legendis. P. S.
A VRI L. 1753. $3
d'abord avec fuccès dans le fein de la
Gréce , elle fur tranfportée en Italie ; delà
elle fe réfugia en Orient , & revint enfin
en Occident s'y rétablir, en même- tems
que les Turcs tâchoient de s'affurer leurs
nouvelles conquêtes : le rétabliffement des
Lettres en général , époque à jamais mémorable
, fut auffi celui de la Philofophie.
Les Docteurs fcholaftiques feuls dépoftaires
des Sciences depuis plus de deux fiééles
, avoient tout embrouillé de leurs
idées abftraites , de leurs propofitions univerfelles
, de leurs définitions ridicules , de
leurs fubtilités , & de mots vuides de fens .
Ces illuftres refugiés , qui vinrent de
Conftantinople s'établir en Italie , ne reconnurent
ni Ariftote , ni Platon dans les Ouvrages
de ces Docteurs ignorans , tant on
y avoit ajoûté , retranché , & altéré les
idées de ces Peres de la Philofophie. Que,
pouvoit- on avoir de bon , lorfqu'on croyoit
trouver la vérité dans des ouvrages d'A
riftote , traduits d'après une traduction Arabe
, & remplis d'idées auffi obfcures , que
l'ayent jamais pû être celles des Rabins &
& de la Cabale. La Philofophie étoit alors
un amas immenfe & confus d'erreurs & de
préjugés ; par bonheur l'Art de l'Imprimerie
n'avoit pas encore été découvert &
le monde ne fut pas inondé de ces pro-
D vj
$ 4 MERCURE DE FRANCE.
ductions , qui font plus de honte à l'efprit
humain , qu'elles ne l'élévent au-deffus des
brutes. Que d'obftacles à la raifon pour
revendiquer fes droits !
C'eft ici où l'on peut juger du genie des
hommes ; le choix des moyens pour rétablir
la Philofophie , fait l'apologie de
ces Sçavans Grecs à qui nous devons tout ,
& que les Allemands eurent raiſon d'imiter.
On a beau dire que la pureté & l'élégance
du langage n'ont rien de commun
avec la Philofophie & le bon fens , j'ai tout
lieu de douter , que fans le fecours d'une
langue épurée , on puiffe faire de grands
progrès dans cette Science : la Philofophie
demande trop de précifion & de clarté.
On le crut , & c'eft ce qui porta ces Grecs
réfugiés à engager les Italiens à perfectionner
la langue latine , & à apprendre la
langue Grecque. Mais comme il n'étoit pas
facile d'exécuter , en fi peu de tems , un
projet auffi difficile pour desGrecs familiarifés
avec la barbarie , ces généreux Sçavans
travaillérent à traduire les ouvrages
d'Ariftote & de Platon , & à publier auffi
fidélement qu'il étoit poffible, les fyftêmes
de ces Philofophes , dont les idées mariées
avec des opinions obfcures & ridicules ,
étoient entierement éloignées de leur docA
VRI L. 1753. 85
trine. Jean Argyropyus , qui étoit venu
s'établir à Florence , fut engagé par Laurent
de Medicis , à traduire la Phyfique d'Arif
tote : cet habile homme avoit une fi grande
réputation , que Théodore de Gaze ayant
appris qu'il travailloit à cette traduction ,
ne fit aucune difficulté de jetter au feu
celle qu'il venoit d'entreprendre. Deux
fectes fe répandirent alors en Italie , &
s'oppoferent à celle des Scholaftiques , celle
des Platoniciens réformés , & celle des Arif
toteliciens. On fit main-baffe fur tout ce
que l'on avoit fait depuis ces Peres de
la Philofophie , pour en revenir à leurs
fiftêmes ; c'étoit détruire une maiſon inhabitable
, pour en rebâtir une autre qu'il
feroit toujours tems de rendre plus commode.
On ne pouvoit mieux faire ; &
puifque les Scholaftiques refpectoient ces
Philofophes fans en connoître la doctrine ,
bien loin de condamner & de déplorer la
confiance que l'on avoit dans les fiftêmes
épurés de ces . Philofophes , nous devons
regarder ce préjugé comme le feul moyen
qu'il y avoit alors de ramener les hommes
à des idées plus faines.
Ce changement , qu'il étoit néceffaire de
rappeller ici en racourci , artira , comme
je l'ai déja dit ailleurs , quantité d'Allemans
en Italic . Thomas à Kempis , Agricola , &
$6 MERCURE DEFRANCE.
quelques autres , engageoient leurs Compatriotes
à entreprendre ce voyage ,
à
chercher dans le fein de l'Italie des connoiffances
qui ne fe trouvoient prefque
point ailleurs ces Allemands de retour
dans leur Patrie ne travailloient qu'à infpirer
le goût des Lettres & de la Philofophie
, & leurs travaux eurent des fuccès ,
aufquels on ne s'attendoit pas. Qu'on fe reprefente
un pays prefqu'entiérement gouverné
par des ignorans, & où l'on ne voyoit
que des Couvents , & des Cloîtres , Maifons
où l'oifiveté & l'ignorance avoient
établi leurs Temples & leurs Autels , &
dans lequel on vit tout- à-coup une demidouzaine
d'Hommes Illuftres répandus
dans quelques Villes , qui connoiffoient
l'état de leur patrie , & en gémiffoient ,
fans ofer prefque dire publiquement tout
ce qu'ils penfoient fur ce trifte état de
l'Allemagne. L'amour de la vérité l'emporta
pourtant fur tout autre motif; pour
peu qu'on life l'hiftoire de ces tems là , on
verra avec quelle ardeur ces Philofophes
tâchoient de perfuader aux Allemans leurs
véritables intérêts : tout ce qui nous refte
des Ouvrages de ces grands Hommes
eft rempli de voeux & de confeils. Ils demandoient
qu'on remédiât à tous les abus
qui régnoient dans les écoles , qu'on réta-
•
A VRI L. r7 { 3 、87
blit de nouvelles Académies , de nouveaux
Colléges , & qu'on réformât ceux qui fubfiftoient
déja . Tous les écrits d'Ellembogius
, de Nauclerus , de Peutinger , de Bebelius
, de Sebaftien Brand , de Jean Camerarius
de Pirckheimer , & c. font remplis
de ces voeux , & des difcours les plus pathétiques
, pour porter enfin les Princes
d'Allemagne à entrer dans des projets ,
dont dépendoit le falut de leur Patrie .
,
Il fallut beaucoup de tems & de remontrances
pour venir à bout de ces deffeins .
On s'adreffa au Pape ; on fit des reprefentations
aux Diettes de l'Empire ; mais celle
de Ratisbonne , convoquée en 1471 , ayant
pour but la guerre contre les Turcs , &
celle d'Augsburg en 1474 , regardant les
affaires de Frédéric , Comte Palatin , qui
fut mis au ban de l'Empire , on ne put rien
obtenir fous le régne de Frederic III.: On
fit de nouvelles remontrances à Maximilien
I.; on lui reprefenta qu'il étoit de l'utilité
de la Patrie , d'ordonner que les Bé
néfices & les Canonicats ne fuffent accordés
qu'à des gens de Lettres , que c'étoit
là le feul moyen de faire fleurir les
Sciences , & d'extirper une bonne fois l'ignorance
, qui régnoit par tout . Toutes
ces reprefentations furent inutiles ; les Papes
, les Empereurs , les Princes , les Prê-
1
88 MERCURE DEFRANCE.
tres s'y oppoférent , ils étoient intéreffés
à laiffer leur Patrie dans le malheureux
état où elle fe trouvoit.
Les Papes commençoient à craindre l'Allemagne
, orgueilleufe fous Charlemagne ,
fuperftiticule fous Louis le Debonnaire ,
rampante fous fes Succeffeurs , malheureufe
fous Henri II. , foible encore , mais
fiere fous Henri III. , Fridéric I. & fes
Succeffeurs ; elle reprit peu -à-peu de fa
premiere force , fous Frideric 111. & Maximilien
I. Les Papes croyoient que le rétabliffement
des Lettres feroit un nouvel
obftacle aux grands deffeins , qu'ils ont
toujours eus fans pouvoir toutefois les
exécuter entierement ; ou du moins l'aigreur
qui régnoit entre eux & l'Empire
, les empêcha de faire à l'Allemagne
tout le bien qu'ils auroient pu . Les Empereurs
, d'un autre côté , ne penfoient
qu'à profiter des troubles de l'Empire ,
tandis qu'ils étoient eux- mêmes obligés
de fonger à leur fureté ; les Suiffes & les
François étoient alors des ennemis auffi
puillans que redoutables par leurs deffeins.
Les Princes pouvoient-ils mieux faire
les Empereurs ? ils avoient trop d'intérêt à
ne fonger qu'à la défenfe de leur liberté :
& pour les Moines , il étoit de leur falut ,
de penfer de même , c'eſt- à - dire , d'empêque
AVRI L. 1753 . 89
cher qu'on ne fît de fages réglemens.
Les voies de prieres & de reprefentations
étant inutiles , on penfa à en prendre
d'autres. On tourna en ridicule l'ignorance
des Moines ; Erafme écrivit , dans ce
deffein , fon excellent Ouvrage , intitulé ,
l'Eloge de la Folie ; & peu de tems après
parut ce Livre fi connu , & qui mérite tant
de l'être , je veux dire les Epiftola obfcurorum
virorum , qui fut écrit dans les mêmes
vues Les Sciences avoient bien fait quelques
progrès ; on avoit bien quelques
grands Hommes en Allemagne ; mais la Philofophie
Scholaftique régnoit encore prefque
partout, auffi bien que l'ignorance des
Langues , de la Poëfie & de l'éloquence :
on ne fe donnoit pas feulement la peine
de lire les Ouvrages d'Ariftote , je ne veux
pas dire dans l'original , cela étoit impoffible
, mais dans les bonnes traductions
qui venoient d'être faites en Italie .
Il est néceffaire de remarquer ici , que
plufieurs entendent par Scholaftiques
non-feulement tous ceux qui commentérent
la Philofophie d'Ariftote , avant le
rétabliffement des Lettres , mais encore
tous ceux qui le firent après cet événement
jufqu'au tems de Bacon , de Galilée ,
de Grotius , &c . Mais j'ai lieu de croire
qu'il vaut mieux fixer à ce dernier tems le
co MERCURE DE FRANCE.
triomphe de la vraie Philofophie , que les
commencemens de fes progrès qui parurent
déja par les ouvrages de ceux qui eni
feignoient les fyftêmes de Platon & d'A
riftote , tels qu'ils avoient été donnés par
ces Grands -Hommes. Il y eut toujours des
Docteurs Scholaftiques , c'eft- à- dire , des
Philofophes attachés à ces fiftêmes , que
les Moines avoient fi maltraités ; nous en
avons eu du tems même de Descartes & de
Leibnitz ; & je ne fçais pas fi la Philoſophie
, telle qu'elle eft traitée en Eſpagne &
en Portugal , n'eft pas quelque chofe du
moins de bien approchant de la Scholaftique.
La Philofophie Scholaftique fe diftingue
de la Philofophie rétablie d'Arif
tore & de Platon , par le mélange des idées
les plus fublimes de la Religion chrétienne
avec des fubtilités très-intelligibles , & par
les difputes fur des notions univerfelles ,
que quelques-uns regardoient comme des
chofes féparées des individus , dont elles
font tirées. Quand je parle donc ici des
Scholaftiques , & quand j'en parlerai dans
la fuite , il faut entendre ces Philofophes
de l'école , tels qu'ils étoient , lorfque les
Turcs prirent Conftantinople , & tels que
furent encore après Rhenanus , Treborius ,
JufteJodocus , & tant d'autres.
Ces Docteurs fcholaftiques étoient un
A VRI L. 1753. 91.
nouvel obftracle, & peut-être le plus fort ,
au changement que l'on méditoit fur la
Philofophie. On cut beau leur repréfenter
qu'ils n'entendoient ni Ariftote ni Platon
ne pas entendre des Auteurs qu'ils avoient
commenté depuis 300 ans , leur parut une
impoffibilité. Il fe croyoient fi bons Phitofophes
, qu'ils ne fe défioient pas feulement
de leur foibleffe , ce qui eft le com
ble de ignorance . Ces illuftres Sçavans ,
qui avoient étudié en Italie , & qui,
étoient revenus dans leur patrie enfeigner
la Philofophie & les beaux Arts , fe donnerent
en vain la peine de faire entendre
à tout le monde le fruit que l'on pouvoit
retirer de la culture des Lettres ; on fut
fourd parce qu'on étoit aveugle. Ce même
efprit qui fit demander à un Cardinal.
un fiécle aauuppaarraavvaanntt ,, qu'on condamnât
Petarche , parce qu'il lifoit Virgile , regnoit
encore , & comment n'auroit- il pas
regné , fi l'on a vû dans des tems plus
heureux les ennemis des Lettres ( a ) dire
(c ) Voyez Clavigni de Sainte Honorine , Diſcernement
& ufage des Livres fufpects . Voici une réflexion
de M. Naudé ( Confidérations politiques
fur les coups d'Etat , c. 4. ) & peut- être encore ſeroit-
on bien empêché de me montrer le même ( Athée )
dans l'Hiftoire d'Italie , auparavant les careffes que
Cofme & Laurent Medicis firent aux Lettres . C'eft
même fous lefiécle d'Augufte qu'Horace difoit de lui .
92 MERCURE DE FRANCE.
& publier qu'avant François I. il n'y avoit
point eu d'Athée en France , ni en Italie
avant la prise de Conftantinople , Defcartesavoit
déja parut , ainfi que le célébre &
admirable Bacon , lorsqu'on brûloit encore
des gens , pour être foupçonnés de magie.
Qu'on ne s'étonne donc pas fi dans des
fiécles plus barbares , Erafme, Louis Vives ,
Jacques Faber , Marie Nifolius , ( d ) travailloient
en vain à détruire les préjugés
que l'on avoit fur le fçavoir des Scholaftiques
, & fur la perfection de leur Philofophie.
La fureur s'en mêloit , on en
fit autant pour les Scholaftiques que Char
pentier pour la Philofophie d'Ariftote , qui
fit affaffiner Ramus , pour avoir ofé croire
que ce difciple de Platon n'étoit pas infaillible
.
La diverfité des opinions n'auroit ja
mais dû influer fur les fentimens du coeur ;
cependant nous avons vû de tout tems , &
nous voyons encore aujourd'hui , ce motif
fervir de bafe aux haines les plus invétérées
: il n'y a pas jufqu'aux chofes de
goût , où des gens ne prétendent qu'on
Parcus Deorum cultor & infrequens
Infanientis dum fapientiæ
Confultus erro .
(d) Voyez l'excellent Ouvrage de Chr . Sto
chius , intitulé : De bonarum litterarum palingens
fia ,fub & poft reformationem. Jenæ 1717.
AVRI L. 1753.
93
>
ne peut être de leurs amis , fans penfer
comme eux. Sera- t- il après cela furprenant
, Monfieur , de voir les progrès de
la Philofophie fe faire fi lentement
les échafauts fe dreffer pour affouvir la
rage & la vengeance de ceux qui tirannifoient
le bon fens , & la calomnie couvrir
d'opprobre , ceux que l'amour de la
vérité engageoit à détruire l'erreur . Les
fyftèmes corrompus d'Ariftote & de Platon
ont fait plus de mal à l'Allemagne & à
l'Europe entiere , que toutes les guerres
qui l'ont ravagées de tous tems. Il feroit
même affez facile de faire voir que la philofophie
Scholaftique eft la feule fource
des héréfies & des perfécutions qui leur
ont fuccédé.
Les Allemands fuivirent la route que
les Italiens venoient de leur frayer : malgré
cet avantage, que de chemin n'y avoitil
pas encore à faire pour que la Philofophies'y
rétablit ? Un Pays troublé par mille
guerres , l'Empire toujours defuni , les
Papes toujours irrités contre les Empereurs
; les Empereurs ne fongeant qu'à détruire
la liberté Germanique ; les Princes
jaloux de leurs droits , ne penfant qu'à ſe
défendre ; une ignorance genérale , la fupeftition
à fon comble , des gens fans génic
, fans goùt & fans moeurs , fe trouvant
94 MERCURE DEFRANCE .
à la tête des autres , & jouiffant de la confiance
de quelques Princes ; tout cela permettoit-
il à la Philofophie de renaître ?
Quand je pense à ces maux & à l'état où
fe trouve aujourd'hui l'Allemagne , je ne
defefpere d'aucun peuple , quelque barbare
qu'il nous paroiffe . Peut- être que la
même viciffitude , qui s'eft vûe dans les
Sciences qui furent tranfportées fucceffivement
d'Egypte en Grece , en Italie , à
Conftantinople , qui retournerent enfuite
en Italie , & pafferent en France & en Allemagne
, fe verra en Europe , qui pourra
un jour être privée des Sciences & des
Arts qui y font nos délices , tandis qu'ils
fleuriront au milieu de ces Peuples , que
les Chrétiens ont été affujetir pour les fauver.
Vous pourrez , Monfieur , me reprocher
de m'écarter de mon fujet , & vous
aurez raiſon : je ne puis me juſtifier qu'en
Vous difant que je regarde ce que je viens
de vous dire , comme un avant- propos ,
dans lequel j'ai jetté tout ce qui pouvoit
interrompre dans la fuite , la fidele
expofition que je vais vous faire de l'étu
de de la Philofophie en Allemagne . Vous
devez être accoutumé à ufer d'indulgence
avec un Etranger , qui cherche à apprendre
les délicateffes & la pureté d'aA
V 1753. • RIL. · 95
ne Langue que vous poffedez fi bien . J'ai
Thonenur d'être , & c.
Ce x Avril 1753.
Le mot de l'Enigme du Mercure de
Mars eft l'Almanach,
Celui du premier Logogriphe eft Plaifanterie
, dans lequel on trouve plaifant ,
faliere , âtre & lit , lapin , Pâris , pitié , Pi-
Late , lais , lait , plaifir , S. Pie , raifin , air ,
pie , lanier , Paris , rente , Pline , pin , âne ,
efprit , airain , & étain , fi , la , re , Lia
Trajan , Italie , Naples , le Tanaïs ou la
Seine , & Nil , ire , rien , an , & été.
Celui du fecond Logogriphe eft Reversi
dans lequel on trouve feve , re , vers , ruï
fe , rufe, fervi , jeu , rue , rire , revers ,
rus , ver , fus , Riés , Sufe , vie , verse
à l'impératif , Sire , fuer , ris , rive, re
vers , verre , Eve , & riſée,
96 MERCURE DE FRANCE.
bobsbsbjbJt / JbjbjbJtJtj
J'Hab
ENIGM E.
' Habite , cher Lecteur , un globe fublunaire }
Entouré d'atmosphere ,
Et même d'un rempart ,
Naturel & fans art.
Je fuis le Roi de cette ſphere ,
Tout ytend à me plaire :
Si le deftin vouloit , j'aurois quoiqu'animal ,
Un ornement Royal .
Voici , Lecteur , de quoi me reconnoître ,
Je viens au jour , même avant que de naitre ,
Je fubfifte fans me nourrir ;
Je péris , fans mourir.
Par M. L. M. *** à Montauban.
LOGO GRIP H E.
Entre ma fooeur & moi beaucoup de reffemblance
,
Soit pour le goût , la forme & la couleur ,
Qui le croiroit ? Voici la différence ,
Quoique femelle , elle a moins de douceur.
Après
AVRIL. 97
1753.
Après la foeur , diſons un mot du frere ;
Il eft joli , poli , fait à manger.
Sous cet appas , te plait- il d'en tâter ?
Tu m'apprendras fi c'est là ton affaire ;
Mais fonge auparavant qu'il eſt très -dangereux
De décider far l'apparence ,
Que de maris en fout l'expérience ,
Bien volontiers je m'en rapporte à eux.
Il eft tems de paffer à ma combinaiſon.
Rien de plus bief que la façon.
Six pieds compofent ma ſtructure ,
Peu faite pour la découpure ,
Je t'offre pourtant un pronom ,
Source de procès & de haine ;
Un Poete d'un grand renom ,
Ami de Varus & Mecène ;
Ce qui fert de meſure au tems ,
Dont le cours eft bien peu durable ;
Et le ravage irréparable .
S'accroit , hélas ! tous les inftans..
Tu peux trouver encor ce métail précieux ;
Pour l'avide mortel objet de tant de voeux ,
Qui fait franchir les mers , qui fait braver l'orage ;
Ecueil de la vertu que redoute le fage.
Mais n'eft- ce point trop raiſonner
Pour un marmoufet de ma taille ?
L'ennui fuit de près la morale ,
Et bien tôt l'on pourroit bâiller.
E
98 MERCURE DE FRANCE.
t
Je finis en fecret en pleurant mon partage ,
Qu'une lettre manquée me caufe de dommage !
Sort heureux que je perd , Batteufe illufion ,
D'une charmante Iris j'aurcis porté le nom.
Par M. D. L. S. R. de Lyon.
AUTR E.
Pour dominer fur l'homme je fuis fait¸
Et par la forme fans égale
Que me donnent fix pieds pris d'un fimple alphabet
,
Lors même que je fuis tout mauvais & tout ſale "
Je fuis toujours bon & net .
DARNESON , de Toulouse.
AUTR E.
Avant d'aller chercher des routes plus fçavantes
,
Lecteur , veux-tu fçavoir mon nom !
De cinq fillabes différentes
Travaille à la combinaiſon,
Je t'offre d'abord un Prophête ,
Une Ville en Artois , deux des quatre élémens ,
AVRI L.
99 1753.
Ce dont un feul mortel couvre ici bas la tête ,
Ce que l'on enfeigne aux enfans ,
L'attribut de la Fable ,
Ce dont on ne doit pas douter ,
Ce que fouvent en maigre on nous fert für la ta
ble ,
L'inftrument d'Apollon , deux notes à chanter ,
Un petit animal , ce qui fert à le prendre ,
Ce que l'humble veut éviter ,
Ce qui fouvent fe fait attendre ,
Ce qui fert à fe repoſer ;
Pour me faire enfin mieux connoître ,
Je contiens la fource du vin ;
De plus un Prince eft non grand maître ,
Et l'on m'entend de loin lorfque je fuis en train.
A Toulouse , par M. de Marrat , du Bataillon
de Soucy , du Régiment de Royal- Artillerie.
Eij
Joc MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES LITTERAIRES.
Ictionnaire Apoftolique , à l'uſage
D. de Mellicurs les Curés des Villes &
de la Campagne , & de tous ceux qui fe
deftinent à la Chaire. Par le P. Hyacinte
de Montargon , Auguftin de la Place des
Victoires , Prédicateur du Roi , Aumonier
& Prédicateur ordinaire du Roi de
Pologne , Duc de Lorraine & de Bar. Tome
4. A Paris , chez la veuve Lottin &
Buttard rue S. Jacques. 1753 .
Les fujets traités dans ce Volumé font
le monde , la mort , la fuite des occafions ,
les bonnes oeuvres , la paix , la parole de
Dieu , & la pénitence . Nous ne pouvons
trop répéter que cet Ouvrage eft d'une
très- grande utilité. Nous en jugeons ainfi
d'après un examen férieux , que nous
avons fait nous mêmes , & d'après l'expérience
qu'en ont faite plufieurs Eccléfiaftiques
fort occupés des fonctions de leur
miniftere .
LA Grammaire Allemande de M. Gottf
ched , Profeffeur de Philofophie de l'Univerfité
de Leipfic. Contenant les meilAVRIL
. 17531 IOLL
3
leurs principes de la Langue Allemande
dans un ordre nouveau , & mife en Fran ,
çois par M. G. Quand. A Paris , chez De-,
bure , l'ainé , Jorry , & Duchefne. in- 12 v.
1. 1753.
M. Gottſched célébre en Allemagne par
le bon goût de Littérature qu'il y a répandu
, & en France par les éloges que Îui a
donnés un homme de beaucoup d'efprit
qui ne loue que les gens louables & qui
les loue bien , eft l'Auteur de la Grammaire
que nous annonçons . Nous y avons
trouvé la clarté, l'ordre & la logique qu'on
défire fouvent inutilement dans les Ouvrages
de cette nature .
GEOGRAPHIE abregée , par demandes
& par réponſes , divifée par leçons ,.
avec la lifte de quelques Cartes néceffaires
aux commençans. Sixième édition , augmentée
du plan de l'ancienne Géographie
& des fyftèmes du monde , avec plufieurs
Cartes. Par M. l'Abbé Lenglet du Fresnoy . A
Faris , chez Debure , l'ainé , Quai des Auguftins.
1753. Prix 1 liv. 16 fols relié.
liv 10 fals broché .
La multitude d'éditions prouve que
l'Auteur de cet Ouvrage a atteint le but
qu'il s'eft propofé.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
LETTRES choifies de M. Pope , fur
différens fujets de morale & de littérature
, traduites de l'Anglois par M. Genet.
A Paris, chez R. David; & à Strasbourg ,
chez Baouer, 1753. vol 2 in- 12 .
Ces Lettres ne font pas indignes du
grand Poète qui les a écrites. Il y a peu
d'art , & des idées heureufes en littératu
re & en morale .
LES vies des Hommes illuftres de la
France , continuées par M. l'Abbé Péran ,
Licentié de la Maifon & Société de Sorbonne
, tome XX . A Amfterdam , & fe
vend à Paris , chez Le gras , grand'Salle
du Palais. 1753.
A mefure que cette grande entrepriſe
avance , elle devient plus curieufe. Le Volume
que nous annonçons contient la vie
des deux célébrés Maréchaux de Biron. Le
continuateur plus exact que fon prédecef
feur , ne laille rien à défirer du côté des
recherches , & doune même quelques détails
de trop. On jugera de fon ftyle par .
le portrait qu'il fait du premier des deux
grands Capitaines dont il écrit l'hiftoire.
Armand Gontaud de Biron , qui après
avoir pallé par tous les grades fubalternes ,
parvint enfin à la premiere charge militaire
, dans laquelle par fon activité , ſon
AVRI I... 17937 103
expérience , fa bravoure & fa vigilance
il égala , s'il ne furpaffa , les plus grands
Capitaines d'un fiécle fécond en Heros.
Le célébre la Noue qui étoit bon connoiffeur
en ce genre , n'a pas fait difficulté de
l'appeller le plus grand Capitaine de France.
Selon Brantôme , qui rapporte ce trait,
c'étoit trop peu dire ; & cet Auteur pré
tend que le Maréchal de Biron étoit le
plus grand homme de guerre qu'il y eûe
alors dans toute la Chretienté.
Il avoit paffé toute fa vie ou dans les
Armes , ou dans les Ambaffades , & il fe
Alattoit d'entendre auffi bien les négociations
que l'art Militaire. Actif , vigilant
, laborieux , iill aaiimmooiitt à fe mêler
de tout , & fe donnoit affez fouvent de
l'emploi , lorfqu'on ne lui en donnoit pas ;
il fe piquoit auffi de fcience , & fur- tout
de bien poffèder l'Hiftoire & la Geogra
phie ; il deffinoit des cartes lui- même ,
& prétendoit que ce talent étoit une des
parties des plus néceffaires à un Général ,
qui devoit , difoit- ii , être toujours en
état de faire voir fur le papier , ce qu'il
comptoit exécuter dans une campagne.
On lui reprochoit d'avoir été violent &
emporté , & d'avoir trop aimé la table ,
où il buvoit , dit Mezerai , jufqu'à fe rendre
gaillard, On attribue à Henri IV . une re-
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
partie qui fait voir que le Maréchal portoit
la chofe un peu loin. On dit que le
Duc de Savoye , après la mort du Duc de
Biron , fils du Maréchal , faifant l'éloge
des belles actions de l'un & de l'autre , &
des importans fervices qu'il avoit rendu à
l'Etat le Roi lui répondit qu'il étoit
vrai que ces deux Genéraux l'avoient bien
fervi ; mais qu'il avoit eu de fon côté beaucoup
de peine à moderer l'ivrognerie du
pere , & les boutades du fils.
M. de Thou convient auffi que le Maréchal
aimoit le plaifir de la table , mais
il fe contente de dire qu'il y étoit gai &
enjoué. A l'égard de fa vie privée , voici
ce que cet Hiftorien nous en rapporte. Le
Maréchal dormoit peu , après fon premier
fommeil, il réveilloit fonSecretaire qui couchoit
aux pieds de fon lit , & il lui dictoit ce
qu'il avoit deffein de faire pendant la journée
: enfuite il fe rendormoit , & à fon reveil
il fe faifoit lire ce qu'il avoit dicté . Il
retranchoit ou y ajoutoit fouvent , felon
les nouvelles idées qui lui étoient venues .
C'étoit alors , continue le même Hiſtorien
, qu'il deftinoit les Officiers aux differentes
chofes aufquelles il avoit deffein
de les employer. Il écrivoit exactement un
journal de ce qu'il faifoit , mais foit par
fa faute , ou par celle de fon fils , nous
AVRI L 1753 105
avons perdu ces mémoires qui auroient
fait un grand honneur à la Nation . Il a
compofe un Livre où il expliquoit fort au
long , tous les devoirs d'un Maréchal de
Camp , & dans lequel il rapportoit plufieurs
exemples de ce qu'il avançoit . Son
fils , ajoute M. de Thou , m'avoit plusieurs
fois promis de me le remettre entre les mains
il trouva enfin qu'on le lui avoit pris.
C'eft apparemment le même Ouvrage ,
dont parle le pere Daniel , lorſqu'il dit
Nous avons de ce Seigneur un petit Ouvrage
fur la milice , intitulé : Maximes & inftructions
de l'art Militaire.
LE Temple de la mort , Poëme. Par M.
de Feutry, A Londres , & fe vend à Paris ,
chez Durand , rue S. Jacques,
C'est une Allégorie d'environ trois cens
Vers pleins de feu , d'images & de chofes
hazardées. Nous en tranferirons ici quelques-
uns.
Là , dans l'immenfité d'un effroyable gouffre
Sont plongés dans les flots de bitume & de fouffre
,
Les fils dénaturés , les parens inhumains ,
Les Juges corrompus , les cruels affaflins ;
Le mortels enrichis par le vol & l'uſure ;
Les Sporus , leurs amans , l'horreur de la nattiré ,
Les trompeufes Laïs , les obfcenés Auteurs ,
Ev
106 MERCURE DE FRANCE..
De la tendre innocence infâmes corrupteurs ::
Ici font les époux défenis , infidéles ,
Les Rois voluptueux & les Sujets rebeles.
Plus loin font tourmentés par d'horribles ferpens .
Les pâles envieux , les traîtres , les méchans ,
Les tigres engraiffés des miferes publiques ,
Les dévôts impofteurs , les pieux fanatiques :
Ofouvenirô crime ! en fortant des Autels ,
Ces monftres ont percé le plus grand * des mortels.
TRAITE' du Sénat Romain , traduit:
de l'Anglois de M. Middleton , avec des
notes. Par M. D *** Préfident du Parlement
de Touloufe . A Montauban , chez:
Jean Logier , & à Paris , chez Rollin..
1752. in- 12 vol . 1 .
Ce traité qui a de la réputation en Angleterre
, manquoit à notre Littérature..
On y trouvera tout ce qu'on peut défirer
fur la maniere de créer les Sénateurs , &
de remplir les places vacantes du Sénat ,
fur fon pouvoir & fa jurifdiction ; fur le
droit & la maniere de le convoquer ; fur
les lieux où il s'affembloit ordinairement ;.
fur le tems déterminé pour la tenue de fes .
affemblées ; fur les divers ordres des citoyens
dont il étoit compofé , & les formalités
qui s'obfervoient dans fes délibérations
; fur la force & la nature de fes dé-
* Henri IV.
A VRI L. 1753- 107
crets ; & enfin fur la dignité particuliere ,
les honneurs & les ornemens propres aux
Sénateurs Romains . Nous nous ferions étendus
davantage fur ce te traduction , fi elle
nous étoit plutôt tombée entre les mains..
OBSERVATIONS fur l'Hiftoire Naturelle
, fur la Phyfique & fur la Peinture ,
avec des Planches imprimées en couleur.
Cet Ouvrage renferme les fecrets des Arts ,
les nouvelles découvertes , les difputes des-
Philofophes & des Artiftes modernes.
175 2. Tome 2. 6º partie. A Paris , chez
Delaguette , rue S. Jacques.
LETTRES fur divers fujets de controverfe
, contenant les principaux motifs
qui ont déterminé S. A. S. Monfei
gneur le Prince Frederic , Comte Palatin
du Rhin , Duc de Baviere , Comte de
Veldenz , Sponheim & Ribeau -Pierre
Seigneur de Hohenack , à fe réunir à la
Sainte Eglife Catholique Apoftoliqne &
Romaine ; 2. vol. in- 12 , feconde Edition , -
revue , corrigée & augmentée par l'Auteur
( le R. P. Sehedorf , de la Compagnie
de Jefus ) A Manheim , chez Nic.
Pierron , & fe trouve à Paris , chez Bou
det , Libraire- Imprimeur du Roi , rue S
Jacques , à la Bible d'or. ( Ces a vol.
liv. relié. ), Evit
108 MERCURE DE FRANCE:
ALMANACH des Finances pour l'année
1753 , contenant fommairement la
nature & les principales particularités des
affaires de Finance , les noms & demeures
des intereffés , les Bureaux , jours
d'Affemblées , Tribunaux où le portent
les conteftations & autres éclairciffemens
à ce fujet , utiles & néceffaires à toutes
fortes de perfonnes. A Paris , chez Laurent
Prault , cour du Palais dans le paffage
S. Barthelemi.
L'ordre de . ce nouvel Almanach nous a
paru bien , & les détails néceffaires pour
beaucoup de gens .
TRAITE' des fievres continues , dans
lequel on raffemble & examine les principales
connoiffances que les Anciens ont
acquifes fur les fievres par l'opération &
la pratique , principalement fur les préfages
, la coction , les crifes , lacure de
ces maladies. Par M. Quefnay , Ecuyer ,
Membre de l'Académie Royale des Scien-.
ces , & Médecin confultant du Roi , &
Premier Médecin ordinaire de S. M. en
furvivance. A Paris , chez d'Houry, 2 v.
in- 1 2.
NOUVEAU Traité de navigation
contenant la théorie & la pratique du pi-
Jotage . Par M. Bouguer , de l'Académie
AVRI L. 1753. 109
Royale des Sciences , & c. A Paris , chez
Hippolyte-Louis Guerin , & Louis-Fran- ,
çois Delatour. 1753. in-4° .
ELEMENS de l'Architecture Navale ,
ou traité pratique de la conftruction des
Vaiffeaux. Par M. Duhamel du Monceau
de l'Académie Royale des Sciences & Infpecteur
genéral de la Marine. A Paris ,
chez Jombert rue Dauphine. 1752 in -4° .
r. Volume.
ALMANACH Hiftorique & Géogra
phique de la Picardie pour l'année 1753
où l'on donne une idée genérale de la fituation
, de la divifion , de l'Hiftoire ,
des rivieres , du terroir , des coutumes ,
de la Nobleffe & du commerce de cette
Province ; avec les particularités les plus
intéreffantes fur les principales Villes qu'elle
renferme , & la plus grande partie des
noms des perfonnes qui y compofent l'Erat
Eccléfiaftique , Militaire , Civil & Littéraire
; particulierement de la ville d'Amiens
: dédié à M. le Duc de Chaulnes .
A Amiens , chez la veuve Godard .
Nous avons trouvé des chofes fort fingulieres
dans cet Almanach. Nous avons
été fur tout agréablement furpris d'y voic
qu'on diftribue à Amiens , des prix aux
TO MERCURE DE FRANCE.
manufacturiers qui perfectionnent les étof
fes qu'on y fabrique depuis long tems
ou qui en imaginent de nouvelles. Il eft
à fouhaiter que cet exemple foit ſuivi
par Lyon , & c.
L'ESPRIT des Beaux Arts . A Paris ,
chez Bauche fils , Quai des Auguftins ,
1753. 2 vol. in-12.
Par l'efprit des Beaux- Arts , l'Auteur en
tend le développement des principes des
expreffions les plus vraies de la fenfibilité ;
ce font fes termes. Quoiqu'il foit remon
té aux principes de la Peinture , de la Poë
fie , de la Danfe , de la Sculpture , & c.
on s'apperçoit que la Mufique l'a plus particulierement
occupé.
EUVRES d'Architecture de M. de Boffrand
, Architecte du Roi , Premier Ingénieur
& Infpecteur général des Ponts &
Chauffées du Royaume contenant les
principaux Batimens Civils , hydrauliques.
& méchaniques qu'il a fait éxécuter en
France & dans les Pays Etrangers ; tels
que les Palais de Bouchefort , de Nancy
de Luneville , de la Malgrange , de Vurtzboug
; les Hôtels de Montmorenci , d'Argenfon
, de Craon ; les decorations inté
Kieures de l'Hôtel de Soubife , le Portaik
A VRI L. 1753.
de la Mercy ; le Puits de Bicêtre , les Ponts
de Sens & Montreau , & c.
Ces Bâtimens fe vendent féparément &
en Volume , avec un Difcours orné de vignettes
& culs - de-lampe.. A Paris , chez
R. Patte , Graveur , rue S. André- des - Arcs ,
vis à vis la rue Mâcon .. Le prix en volu
me eft 30 liv. fur le Raifin , & 36 liv.
fur le Jefus fin .
Cet Ouvrage contient 96 grandes planches
d'Architecture & d'ornemens , dont.
la plupart font gravées par Meffieurs Blondel
& Babel..
RECUEIL des actes , titres & mémoi
res concernant les affaires du Clergé de
France , augmenté d'un grand nombre de
piéces & d'obfervations fur la difcipliue
préfente de l'Eglife ; & mis en nouvel ordre
fuivant la Délibération de l'Affemblée
générale du Clergé , du 29 Août 1705 ::
in -folio , tome douzième. Dans lequel on
traite 1 ° . Des Collateurs & des Patronsparticuliers
des titres Eccléfiaftiques . Des
Droits utiles & honorifiques des Patrons
& Fondateurs ; de leurs Charges & Devoirs
, & c. 2º. Des qualités requifes pour
être pouvû des titres Eccléfiaftiques , fuivant
les faints Decrets , & les Ordonnances
du Royaume. 3. Des provifions dess
112 MERCURE DE FRANCE.
titres Eccléfiaftiques , obtenues foit du Pape
ou de fes Légats , foit des Collateurs
ordinaires. 4°. Des Elections & Bénéfices
électifs . 5. Des Regles & Formalités requifes
, en ce qui regarde l'éxécution des
titres Eccléfiaftiques. 6° . Des Procédures ,
& inftruction des Procès , fur le Poffeffoire
des Bénéfices. A Paris , chez Guillaume
Defprez , Imprimeur ordinaire du Roi &
du Clergé de France.
Le même Libraire continue de vendre
l'Abregé des Mémoires du Clergé , in-folio
, qui fait la table raifonnée des douze
Volumes qui forment actuellement les Mémoires
du Clergé.
THEORIE & Pratique du commerce
& de la Marine , traduction libre fur l'Efpagnol
de Dom Geronimo de Uftariz ,
fur la feconde édition de ce Livre à Madrid
en 1742 , vol. in-4° . A Paris chez la
veuve Etienne & fils. 1753.
C'eft , à ce que nous croyons , le feul
Livre où l'on puiffe apprendre le commerce
que fait l'Efpagne , & celui qu'elle peut
faire. Le Traducteur , qui à en juger par
le peu de notes dont il a accompagné le
texte , a des connoiffances exactes & érendues
, auroit rendu un fervice confidérable
à l'Europe , s'il avoit donné en forme
AVRI L. 1753. TT
de fupplément , ce que le Grand Miniftre
qui gouverne l'Eſpagne a fait d'utile pour
fon Pays.
LA pratique univerfelle , pour la reno
vation des Terriers, & des Droits Seigneuriaux
; contenant les queftions les plus importantes
fur cette rnatiere , & leurs décifions
, tant pour les pays coutumiers que
ceux régis par le droit écrit . Ouvrage utile
à tous les Seigneurs , tant Laïcs qu'Eccléfiaftiques
; à leurs Intendans , Gens d'af
faires , Receveurs & Regiffeurs ; de même
qu'aux Notaires & Commiffaires de
Terriers & autres Officiers . Dans lequel
on trouvera tout ce qu'il eft néceffaire de
fçavoir , concernant les bois , paturages
& pacages ; pour les Officiers des Maîtrifes
des Eaux & Forêts , ceux des Domaines du
Roi , & des Seigneurs Laïcs & Eccléfiaftiques
; ce qui doit être pratiqué fur ces
objets par les Apanagiftes , Engagiftes
Douairiers , Ufu -fruitiers , Bénéficiers
Commandeurs de Malthe , Communautés
Eccléfiaftiques & Laïques , & tous gens de
main- morte , Seigneurs Laics & particnliers
; le tout accompagné de modeles &
ftyle de Procès- Verbaux , de délits , Saifies
& Reconnoiffances de Terriers . Par
M. Edme de la Poix de Freminville , Bailly
114
MERCURE
DE FRANCE.
des Ville & Marquifat de la Paliffe ,
Commiffaire aux Droits Seigneuriaux . To
me troifiéme. Le prix eft de neuf livres relié
. A Paris , chez Giſſey , rue de la vieille
Bouclerie , à l'Arbre de Jeffé. 1753 .
Les deux premiers volumes de cet Ouvrage
ont eu un grand fuccès. Celui que
nous annonçons eft digne du fort de ceux
qui l'ont précédé. Nous y avons trouvé
beaucoup de clarté & de méthode . Ceux
qui ont droit de prononcer fur le mérite
d'un Ouvrage de cette nature , font contens
de l'exactitude & de la profondeur
des recherches,
Le retour de S. Cloud , par mer & par
terre. Seconde édition , augmentée des
annales & antiquités de S. Cloud. A ta
Haye, & le trouve à Paris , chez Duchefne.
1753 .
C'est une plaifanterie affez gaye , quis
eft fuivie des annales & antiquités de S.
Cloud. Ce dernier morceau eft férieux ,
exact & plein de recherches .
'ABASSAï , Hiftoire Orientale. A
Paris , chez Bauche fils , Quai des Auguleins.
1753. in- 12 . 2 vol .
Il nous paroît que le Public a trouvé
dans ce Roman de l'efprit , de la chaleur ,
AVRI L. 1753.
plufieurs fituations neuves , & des réfle
xions fines , mais trop fréquentes.
LETTRE à M. Fr. ***. fur la Tragédie
de Picaris , repréfentées par les Comédiens
ordinaires du Roi , le 2 Janvier
1753. A Paris , chez la veuve Caillan ,
rue S. Jacques. Brochure de 24 pages.
ROMAN Oriental . A Paris , chez Duchefne
, rue S. Jacques , 1753. in 12. v. 2.
Cette nouveauté ne mérite pas d'être
confondue avec la plupart des frivolités
de ce genre. La quantité de faits , la rapidité
des avantures , quelques caracteres
, un ftile affez foutenu , & quelquefois
des traits de plaifanterie qui naiffent
du fujet , en rendent la lecture amulante.
L'ISLE de France , ou la Colonie de
Venus , précédée d'une Epitre à M. ***.
fervant de Préface . A Amfterdam , & le
trouve à Paris , chez Duchesne.
"
C'eft un petit Roman allégorique dans
lequel on peint nos femmes avec d'affez
vives couleurs. Quelques négligences
un affez grand nombre d'obfcurités , & un
ftile qui manque quelquefois d'éxactitude
n'empêchent pas un Lecteur attentif de
fentir les traits vifs , élégans & légers qui
116 MERGURE DE FRANCE.
font femés dans la Brochure que nous
annonçons. C'eſt la production d'un jeune
homme de dix- huit à vingt ans , qui a
de la chaleur & de la Poëfie .
OEUVRES de Theâtre de M. ***, A
Paris , chez Duchesne , rue S. Jacques
1753. in- 12. vol. 1. Les Comédies qui
forment cet agréable Recueil , font les
Mariages affortis , la Coquette fixée , le
Reveil de Thalie , l'Ecole du monde , le
Retour de l'Ombre de Moliere. Nous en
rendrons compte le mois prochain.
DICTIONNAIRE univerfel de Mathé
matique & de Phyfique ;
Où l'on traite de l'origine , du progrès
de ces deux Sciences , & des Arts qui en
dépendent , & des diverfes révolutions
qui leur font arrivées jufques à notre tems
avec l'expofition de leurs principes & l'analyfe
des fentimens des plus célébres Auteurs
fur chaque matiere . Par M. Saverien
de la Société Royale de Lyon. A Paris , chez
Rollin, & Jombert , & c.
Eclipfe. Cet article eft fort curieux &
très-inftructif. Après la définition du ter
me , M. Saverien diftingue les Eclipfes du
Soleil , de la Lune , & des Satellites
qui lui fournit trois articles particuliers..
ce
A V RI L. 1754. 117
Chacun de ces arricles eft traité fur le mêmė
ton , c'est- à-dire , que l'Auteur rend
raifon dans les uns & les autres , de la
caufe des Eclipfes & du tems auquel elles
doivent arriver. Il enfeigne auffi la maniere
de les obferver , de les deffiner , &
de calculer ; & tout cela par le fecours des
figures , où l'on voit peints des Aftrono
mes occupés à ces travaux. Sur le calcul ,
M. Saverien a reconnu que celui de M. de
la Hire , dont prefque tous les Aftronomes
font ufage , n'eft pas cependant tout
à-fait exact. Le tems apparent de la plus
grande obfcurité n'eft pas encore déterminé
dit-il , felon toute la rigueur Géométrique ; &
pour y avoir égard , il faudroit résoudre les
nouveaux triangles de la figure de M. de la
Hire , décrire une nouvelle orbite ; en un mot
reprendre tous les calculs , &c. On lit encore
avec plaifir le dénombrement des plus
belles Eclipfes ; la maniere de faire des
Eclipfes artificielles ; l'hiftoire du calcul des
Eclipfes , celle de l'Eclipfe de Lune , &c ,
Nous ne fuivrons point l'Auteur dans tout
ce travail aftronomique , trop fçavant
pour la plupart de nos Lecteurs . Mais on
fera bien aile de fçavoir l'Hiftoire générale
d'un Phénomene qui frappe tout le mon
de. Nous emprunterons pour cela les propres
rermes de M. Saverien . C'eft à la pa118
MERCURE DE FRANCE.
»
315. tome 1. §. 1. que nous prenons .
» On ne trouve point dans l'hiſtoire
d'Eclipfe de Soleil plus ancienne que
» celle qui arriva du tems du fiége de
› Troye , & fuivant toutes les apparen-
» ces , au commencement de ce fiége. Philoftrate
marque , par rapport à cette
Eclipfe , que ce fut alors que Palamede
expofa aux Grecs la qualité des Eclipfes ,
pour la premiere fois , d'où Marfnam conclud
, que Troye a été prife l'an 505. de
la periode Julienne , c'est-à-dire , 1209
ans avant Jefus-Chrift , ( Canon . Chronolog.
pag. 330. )
»
"
Suivant ce calcul , c'eft à Palamede
que nous devons la connoiffance des
Eclipfes. Ce fentiment n'eft pas général ;
prefque tous les Hiftoriens en font hon-
» near à Thales de Milet. Cependant , fe
lon Pline , ( 1. II . ) Thales vivoit l'an de
"
و ر
و ر
la 48 Olimpiade ; & l'Eclipfe que cer
Auteur prédir , arriva l'an CLXX . de la
fondation de Rome ; car ce Philofophe
prédit une Eclipfe , & c'eft une remarque
qui mérite attention & qui conclud en
» faveur de Palamede , Eudeme ou Clément
foutient que ce fut à la 50 Olympiade
que cette Eclipfe parut. Et Calvifius
guidé par Herodote , la rapporte à la 43e
olympiade , c'est- à - dire 507 ans avant
"
و د
"3
. د
AVRI L. 1753. 119
Jefus-Chrift , tems , où , felon Pline ,
Thales ne l'avoit pas prédite. Le P. Sou-
» ciet , qui fuit le fentiment du P. Perau ,
» veut , qu'elle foit arrivée la 597e année
avant Jefus-Chrift , de 9 Juillet à 6 heures
» du matin. Quoiqu'il en foit , il eft cer-
» tain que cette Eclipfe prédite eft celle
»
qu'on vit lors de la guerre entre le Roi
» de Lydie Alyattes & Tyaxares ou Affuc-
» rus , Roi des Medes. Cette Eclipſe eſt re-
"commandable par trois endroits . Et d'abord
parce que c'eft la premiere qui a
» été prédite. En fecond lieu , parce que
» c'eft Thales , qui a ofé faire cette prédic-
» tion avant aucun Aftronome , & avec
» fuccès ; & enfin , par l'événement que
caufa cette Eclipfe. Lorfqu'elle arriva
» les armées des deux Rois , dont je viens
» de parler , étoient aux prifes , & tellement
en action , qu'elles étoient entre-
» mêlées. Comme l'Eclipfe fut totale , une
» nuit obfcure fuccéda à la clarté du jour.
» Les combattans furent obligés de cefler ;
" & cet accident fit tant d'impreffion , que
» les deux Rois , obligés de faire ceffer le
» combat , le regarderent comme un avis
du Ciel , pour faire la paix. Cette paix
fut enfuite confirmée par le mariage de
» Darius le Mede , fils d'Affuerus ( qui à
» été auffi nommé Aftyages ) , avec Ariane
00
"3
120 MERCURE DE FRANCE.
fille du Roi de Lydie. Ce nom de Da-
» rius me rappelle un témoignage de Suidas
, fur le tems où Thales prédit cette
» Eclipfe : c'eft fi on l'en croit, fous Darius
» même. Il faut voir , pour mieux s'éclaircir
fur tout cela , les recherches de M.
» Mayer , dont Théophile Rayer fait men-
» tion dans le Comment, acad. Petrop . tom.
III.
» Pline dit dans fon Hiftoire natnrelle , 1 .
» II . que le premier Romain qui prit garde
aux Eclipfes de Soleil & de Lune , & qui
» en rendit compte au peuple de fa Na-
» tion , fut Sulpicius Gallus , élevé à la di-
»gnité confulaire avec Marcus Marcellus .
» Il déclara aux Soldats de Paulus Emilius,
» qui étoit en guerre avec le Roi Perfeus
» le jour de l'Eclipfe , qui devoit être celui
» du combat. Cette déclaration fut faite
ordre de Paulus Emilius pour raffurer
» fes Soldats , qui auroient été effrayés de
» cet accident. Cardans ces tems reculés ,
» par
où l'efprit de l'homme étoit plus petit
» que le coeur , les Eclipfes caufoient de
» grandes fraïeurs . Les uns penfoient qu'el-
» les nuifoient aux aftres , & qu'à la lon-
» gue elles les feroient périr. On n'eft pas
» étonné que le peuple eût de pareilles
» craintes. Rarement il penfe de lui- même,
& un préjugé introduit par un im-
» bécile
A VRI L. 1753. T21
bécile fait fouvent la loi. Mais il y a lieu
d'être furpris que les célébres Poëtes
Steficore & Pindare ajoutaffent foi à ces
extravagances . Cela nous fait bien voir
» que tel, ( comme le dit l'Abbé Desfontai
» nes dans quelque endroit dans fes Juge-
» mens , & c. ) , eft un aigle dans un genre ,
qui n'eft qu'un canard ou un oye dans
» un autre .
» Peut- être que les opinions des hommes
qui faifoient une étude particuliere
des aftres , donnoient lieu à ces égare
» mens , fi l'on en croit Plutarque , ( l. II.
des opinions des Philofophes , ch. 24. :)
» Anaximandre croyoit qu'il y avoit une
Eclipfe , lorfque la bouche ou l'ouver
ture , par laquelle le Soleil exhale fa
chaleur venoit à fe fermer . Heraclide
→ vouloit que la figure du Soleil fût celle
» d'un batteau , & que cet aftre fût ' éclipfé
lorfque le batteau faifoit capot , & ne
»préſentoit à la terre que fapartie concave .
»Plus fimplement que tout cela Zenopha.
» nes penfoit que le Soleil s'éclipfoit parce
qu'il perdoit fa clarté . Et enfin Ariftarque
, qui plaçoit le Soleil entre les étoilles
fixes , foutenoit que la terre tournoit
autour du Soleil , & qu'elle l'obfcurcif
∞foit par fon ombre lors des Eclipfes.
Toutes ces idées accréditoient les fu
+99
F
122 MERCURE DE FRANCE.
و د
22
99
"
perftitions populaires. Perfuadé que ce
» phénomene étoit au deffus de la portée
» des Sçavans , chacun en donnoit une
explication particuliere, On croyoit que
» la Lune étoit enchantée lorfqu'elle étoit
éclipfée. Afin de prévenir cet enchante
» ment,il y avoit des gens affez fots pour
croire qu'en courant au-devant d'eile , &
faifant beaucoup de bruit , on l'en déli-
» vroit , & il fe trouve encore de pareils
>> gens dans le Nord. ( Voyezles Obfervations
» Phyfiques & Géographiques , par M. l'Abbé
Lambert ,tome I. ) en général , Nicias ,
Capitaine Athénien , étoit fi effrayé des
Eclipfes , qu'il n'ofa faire voile dans un
» tems où il devoit en arriver une ; &
cette terreur caufa la ruine des Athé
» niens. Tant il eft vrai , que les Sciences
font néceffaires dans des occafions où d
»peine paroilloient elles de mife .
» Les Auteurs qui ont écrit fur les
Eclipfes font en très - grand nombre. Tous
les Aftronomes s'en font mêlés . Je ne
bornerai ici à ceux qui en ont écrit ex
profeffo. Tels font Prolomée , ( Almagest.
1. VI. ch. 9 & 10. ) Regiomontan. ( Epi
tome Almageft . I. VI . ) Bouilleau , ( Aftronomia
Philofop. 1. XII . ) Riccioli , ( Almageft
. vet, & nov. ) le P. Hank, ( Doe-
• irina Eclipfiumpro opportuniore difcentium
"
A V RIL. 1753- 123
"
ufu in compendium redacta. ) Jean Zim
merman , ( Problêmes fondamentaux des
Eclipfes du Soleil & de la Lune ; ) [ Il eſt
imprimé en Allemand ] .
G. B. Widebourg ( Eclipfis totalis Solis
terre , in boreali terra hemifpherio
» obfervanda , pro illuftrando calculo Ecclip.
» fium ) . Voyez Wiug. ( Aftronomia Britannica
, 1. VI. ) De la Hire ( Tab. Af-
» tronomica , & c..
» La Differtation du M. Strnicks eft une
des plus fçavantes quej'aie vu en ce genre.
Elle mérite d'être imprimée en notre
>>langue. Outre qu'elle eft recommandable
» par une profonde érudition , & par fon
»utilité pour la Chronologie , elle renfer
»me encore des découvertes réelles . En at-
» tendant que cette Differtation foit pré-
»fentée en François au Public, voici une re-
" cherche que je ferois bien fâché d'omet-
» tre;recherche importante& qui n'est sûrement
pas connue de tous les Aftronomes.
» M. Struicks voulant connoître quand
» & après combien de tems les Eclipfes
»fe rencontrent le même jour de l'année ,
» a trouvé que cela arrive après que la Lu-
" ne a parcouru fon orbite 6444 fois ,
» c'eſt-à- dire , 521 ans Juliens. Pendant
» ce tems , la latitude de la Lune n'accroit
» environ que de 4 minutes , ou fa gran-
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
» deur diminue environ 1 pouce , plus
» ou moins ; fi dans , l'Eclipfe précéden
te la latitude eft croiffante , vica
» verfâ.
.f
→
» Cette période eft d'une grande utilité
dans la Chronologie ; & j'ai déja fait
preffentir que c'étoit un des principaux
» mérites de l'ouvrage de M. Siruicks. Car
» pour rechercher une Eclipfe qui eft are
» rivée dans des tems reculés , on eſt d'abord
en état d'en indiquer le jour & même
l'heure. Ileft auffi aifé de fçavoir quand il
» arrivera une Eclipfe. Et voilà deformais le
» calcul des Eclipfes réduit à une ou deux ré
» gles d'Arithmétique. Rendons cet avan-
» tage fenfible. Pour connoître les Eclipfes
» paffées , je fuppofequ'il eft arrivé en 418
le 10 Juillet, une grandeEclipfe de Soleil,
(fuppofition véritable . ) Si l'on ôte 418
de 521 , on fera certain que la même
Eclipfe a paru en 403. En retournant la
régle , on. fçaura en quel tems arrivera
»une Eclipfe.
"
» M. Struicks foutient la découverte de
»cette période par une lifte d'Eclipfes de
Soleil & de Lune obfervées en Europe ,
‚» qui ont été vues 521 ans avant au mê-
» me jour & dans la même partie de la
: terre. Le même Auteur prétend qu'en ſe
-fervant des Eclipfes de Soleil , on peut
AVRT L. 1753 . 125
découvrir celles de la Lune, qui arrivent
» le mêmejour par le moyen d'une période
de 720 ans. Il ajoûte qu'on peut décou
vrir de la même maniere les Eclipfes de
" Soleil par les Eclipfes de Lune , en ayant
égard à la latitade de cette planette
» fans s'expliquer davantage. Sur la comparaifon
de ces Eclipfes , M. Halley penfe
qu'en comparant les Eclipfes de Lune
» de Babilon , celles d'Albategnius , & cel-
» les d'aujourd'hui , on peut conclure
qu'elles commencent actuellement à aller
plus vite qu'autrefois . Cela mérite atten-
» tion. ( Struicks Introd. à la Géogr, univ. ).
33
LETTRE
Ecrite à l'Auteur du Mercure.
'AI vu , Monfieur , avec plaifir dans un
des Mercures précédens , le réfultat du
calcul de M. Pingré , de l'Académie de
Rouen , fait fur les Tables de M. Hallei ,
qui donne la fortie de Mercure 5 heures
plus tard qu'il n'eft annoncé ici dans nos
Ephemerides. Ce calcul fondé fur les meil
leures tables que je connoiffe , nous fait
eſpérer de voir ici plus long-tems la Planette
de Mercure fur le Soleil , puiſqu'au
lever de cet aftre , fçavoir à 4h 37 du
matin , Mercure ne fera pas encore au mi-
Fiij:
126 MERCURE DE FRANCE.
lieu de fa courfe , c'est -à -dire , de la tra
verfée qu'il doit parcourir durant l'efpace
de près de 8 heures fur le difque du Soleil .
Cela vient d'être confirmé ces jours-ci
par un écrit public , qui ſe vend chez Da
vid , Quai des Auguftins , & qui a pour ti
tre Avertiffement aux Aftronomes`, & c. de
forte que la chofe examinée par diférens
côtés , paroît bien décifive & il n'est
pas douteux actuellement que la fortie de
Mercure du difque du Soleil , ne foit pas
apperçue vers io trois quarts ; au lieu
qu'elle étoit annoncée vers 6b du matin
dans les Ephemerides.
t
Mais à l'occafion de cet Avertiffement
qu'on vient de publier , il est néceffaire de
répondre à une affertion qui fe trouve
dans le texte de l'Auteur , & qui paroît un
peu précipitée.
Il eft dit page 22 que l'on a un exemple
fort remarquable & inconteftable de la va
riation des diamètres apparens des corps
céleftes à l'approche les uns des autres &c.
Or la queftion le réduit , Monfieur , à celle-
ci ; fçavoir fi dans les Eclipfes du Soleil
des années 1715 , & 1724 , vues à Londres
& à Paris , le difque de la Lune étant
tout entier fur le difque du Soleil , ce corps
lumineux a du paroître s'enffer de la cen
tiéme partie de fon diametre , c'est- à-dire
d'environ 20 fecondes.
A VRI L. 1753. 127
Il me femble , Monfieur , après avoir la
tout ce qui a été publié jufqu'ici avec la
plus grande attention , qu'on n'a jamais
rien apperçu de fenfible dans ces circonftances
où l'on étoit occupé affurément à
bien vérifier le fait , à caufe qu'il pouvoit
être de la plus grande importance pour;
connoître la denfité de l'Atmoſphere de
la Lune. C'eft pourquoi puifqu'on n'y a
rien remarqué , je ne vois pas ce que pourroit
fignifier une expérience faite à la hâte
dans une chambre obfcure à Berlin en
1748 , où fans regarder directement le
Soleil , on fe contentoit d'en recevoir une
image fur un papier blanc,fans que tout l'équipage
fût feulement bien affermi , ni
qu'on eût préparé aucune machine qui
l'entrainât d'un mouvement commun au
mouvement diurne du Soleil , c'est- à- dire
de l'Eft à l'Oueft . D'ailleurs cette pratique
eft affez grofliere , à caufe qu'il y a beau
coup de couleurs vers les bords de l'image ,
& fi quelques Mathématiciens s'en fervent
encore en Allemagne , je puis dire fans
exagérer que les Aftronomes du premier
ordre l'ont abandonnée , il y a bien près
de cent ans , fçavoir depuis que M. Hugghens
a publié fon Sistema faturnium.
Ainfi le mot d'incontestable , foit qu'il
ait été inféré dans le texte à deffein ou
F iiij
128 MERCURE DE FRANCE
qu'il ait échappé par hazard à l'Auteurde
l'ouvrage que j'ai cité , ce mot , dis- je ,
fe réduit au moins à celui qui lui eft oppofé
, & ce ne fera pas , Monfieur , dans
le tems du paffage prochain de Mercure ,.
qu'on fera à portée de remuer cette queftion
, mais plutôt au mois d'Octobre prochain
, fi l'on obferve l'Eclipfe annulaire,
de Soleil aux Côtes d'Espagne & du Porrngal.
Quant à moi je la regarde déja
comme décidée , ayant affez de faits aurentiques
pour me convaincre que le difque
du Soleil ne s'enfle pas à l'approche
de la Lune. Mais je ne confeillerois
pas à ceux qui voudront vérifier le Fait aus
mois d'Octobre prochain d'y employer de
médiocres inftrumens ; car on ne doit épargner
ni foins ni dépenfes pour attaquer une
queftion , lorfqu'on entreprend de la décider
; à quoi l'héliométre de M. Bouguer
exécuté par nos plus habiles Artistes pourroit
fans doute être fort utile , fi quelque
Mathématicien François fe propofoit de
vérifier la chofe . J'ai l'honneur d'être ,
& c.
AVRIL . 129 1753.
LETTRE
De M. l'Abbé de Brancas à M. de l'Ifle ,
fur fon Avertiffement , au fujet dn paffage
de Mercure devant le Soleil,
'Ai lû , Monfieur , avec empreffement
votre nouvel Avertiffement , & j'ai
été bien fatisfait de l'étendue & de l'im.
portance de vos recherches. N'ayant pas
repréſenté le mouvement apparent du Soleil
& de Mercure , comme celui de Mars
en fon oppofition du 14 Septembre 1751,
dont vous avez donné la repréſentation
an Journal de Trevoux d'Août 1751 ;
ma Carte du plan de l'Univers pour 1753
& 1754, que vous voudrez bien agréer ,
peut y fuppléer : je me flatte qu'elle défigne
même leur mouvement réel , qui ne
differe prefque point de l'apparent , qu'il
eft impoffible d'expliquer que par
fa réalité
dans un extrême détail , d'après les
indications de la connoiffance des tems ,
& des Ephemérides de M.de la Caille ou de
M. Zanoti . En le repréfentant à l'exemple
des fameux Kepler & Caffini , il ſuffic
de fuppléer les trois mouvemens combinés
de la terre en rotation , en progreffion
& regreffion , que leurs . Cartes fous - er
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
tendent , afin que les miennes abfolument
analogues , en préfentant pareillement le
vrai plan de l'Univers pour les années dé
fignées , foient une réfutation des fyftêmes
du monde & de Physique ( où l'applica
tion détaillée de ces indications eft abfolument
impoffible ) fans recours aux difficultés
infolubles , par les fictions dont ils
font un tiffu .
Ayant d'ailleurs démontré la rotation
de la terre , la révolution annuelle du Soleil
, la réalité de l'apparente des Planettes
, & la limitation de la diftance des
étoiles , par des obfervations & réflexions
neaves , je pense que ces fyftêmes doivent
céder à ce plan de l'Univers , autant que
les anciennes Mapemondes aux modernes,
& furtout à la vôtre , ou bien autant qu'u
ne Pendule qui n'indique que les jours
ou les heures au plus , à une Pendule qui
marque le tems vrai & moyen , les minu
tes & les fecondes : à quoi ferviroit l'éguille
fans le cadran ? Ces fyftêmes étant ,
pour ainfi dire , cette éguille ifolée , n'ont
pu conduire à la découverte des équations
aftronomiques : elle femble réſervée
à ce Plan qui doit aider aux obfervations
mêmes , de s'éclaircit par leurs circonftan
ces & leurs combinaifons , & par la caufe
décelée des apparences : ne puis-je ë
AVRIL. 1755 132
parler ainfi d'après l'évidence & l'expérience
, fans bleffer la modeftie qui me
convient ? L'ayant dreflé avec la méthode
géographique , en fyftématifant & continuant
les Cartes figuratives du cours apparent
du Soleil & des Planettes pour le
foutenir réel , & en appliquant à ces éphé
merides en figures , des reftaurateurs de
l'Aftronomie , le mouvement progreffif &
regreffif de la terre , qu'il n'y avoient pas
fait connoître : ce plan préfente ainfi fa
preuve multipliée , autant que l'application
détaillée des éphemerides en nombre,à qui
daigne l'examiner avec fon explication
phyfique : mais il eft trop décifif contre
les anciens fyftêmes.
Puifque vous annoncez p. 21 & 22 de
votre Avertiffement , que plufieurs accidens
peuvent introduire des inégalités
dans les réſultats des méthodes geométriques
& aftronomiques , en obfervant le
prochain paffage de Mercure , permettezmoi
de vous infinuer que le cours appa
rent du Soleil & de Mercure repréſenté
par ma Carte , étant réel , doit introduire
plufieurs caufes d'inégalités apparentes ',
que le calcul n'a pû vous faire prévoir :
daignez , pour l'intérêt de l'Aftronomie
& de fes progrès , examiner quelles differences
& équations doit amener dans les
F vj
132 MERCUREDE FRANCE
་ +
réfultats des calculs , ce cours prévu , čal4
culé & repréfenté fur ma Carte , d'après
les Ephemérides en chifṛes , étant réel ou
optique , afin que l'obſervation que vous
ferez , & qu'à votre exhortation , feront
vos correfpondans , décide en même tems :
entre les fyftêmes du monde & ce plan de
Parrangement mobile & variable des Af .
t
tres , qui ont un cours fenfible à l'égard
de ceux qui paroiffent fixes : j'en aurois
pû joindre la repréfentation , en faisant
du fond de ma Carte un planiſphere , de
même que rendre ce plan géométrique
dans les proportions , comme ma Carte
précédente pour le cours de Mars , de
Venus , de Mercure & du Soleil , durant
1751 & 1752. Quelques réflexions pourront
vous difpofer à l'examen que je vous
exhorte de faire.
Quel difparat fi Mercure à fon prochain
paffage , n'eft, retrograde depuis le 26
Avril jufques au 21 Mai , dans un arc graduel
de ro degrés environ , qu'en appa
rence , comme il faut le foutenir dans les
trois fyftêmes , fans. pouvoir le prouver a
ou s'il eft réellement auffi , retrograde dans :
une courbe feuillée , que le cours annuel
du Soleil eft réel , dans un orbe circu
laite & invariable , comme je le prouve :
pas trop d'argumens infolubles : fi durant
13.
AVRIL. 1753 . 1331
la même obſervation Mercure s'éloignera
de Venus & s'approchera de Mars , fi
Saturne retrogradera à °48' du Capricorne
dans une courbe analogue , fi Venus ;
dans une pareille commencera fa retrogradation
le 20 Mais files autres Planet
tes feront dans les configurations & les
diſtances réciproques qui font défignées ,.
& dans l'afpect avec diverfes étoiles annoncées
par les Ephemérides .
La paralaxe du Soleil ne doit pas feule
influer , comme une autre cauſe que je
vais déceler , fur des inégalités que votre
Mapemonde indique pour les divers lieux,
d'où ce paffage de Mercure pourra être
obfervé : fans difcuter pour les fuivans en
1756 , 1769 , 1776 , 1782 , 1786 )
1789 , 1799 , &e. Si les noeuds de fon
orbe ont un mouvement propre , & de
plus optique , qui foir relatif au change
ment de pafition de la terre , par une fuite
de fa progreffion & regreffion , & à la
variation par ce double principe contin
gente dans l'étendue inégale des douze
Lignes de l'écliptique , du moins par la
même raifon quele Soleil & toute Planetse
revient au Méridien , plus ou moins de
minutes après les mêmes étoiles , felon
que fa diſtance géocentrique varie (dont
sinfere l'inſtatancité de la lumiere ) Mer734
MERCURE DE FRANCE.
cure doit paroître entrer ou fortir quel
ques fecondes , plus ou moins tôt ou tard,
en chacun de ces paffages , fi fa diſtance
& celle du Soleil à la terre eft plus grande
ou plus petite , par la même raifon ultérieure
que leur diamétre apparent doit
paroître un peu inégal en ce cas , ainfi
que felon la diverfité des télescopes , &
l'effet differentiel des refractions & de la
paralaxe ; car le cours du Soleil doit même
faire varier les phaſes , ainfi que la direction
& l'étendue de la radiation & de
l'ombre de Mercure , & de tout Altre
majeur ou fubalterne ; autrement que fi le
Soleil étant fixe , la variation n'arriveroit
que par leur feule révolution propre dans
des orbes occultes & indéterminés , fort
differens des apparens & repréſentés.
Une autre cauſe d'inégalité qui ne mérite
pas moins mention & attention , c'eſt
la diverfité d'élevation paracentrique : c'eft
ainfi que je caractériſe la difference , dont
tout obfervatoire s'éleve ou s'abbaiſſe le
plus par la feule rotation de la terre à l'égard
du plan de l'écliptique , ou du lieu
actuel du Soleil , de la Lune , de Mercure,
ou d'une des autres Planettes , ou même de
diverfes étoiles.
Cette élévation paracentrique , qui
peut-être fous divifée en paramétrique &
AVRIL. 1753. 737
ร
périmétrique , défigne la difference dont
le bas ou le haut d'une tour , d'une coline
, ou d'une montagne s'éleve ou s'abbaiffe
, indépendamment de fa latitude
par la feule rotation de la terre , à l'égard
d'un Aftre ou du plan de fon orbe , fi cette
difference d'élevation perimetrique
peur avoir quelques influences (nr les inégalités
des obfervations aftronomiques ;
quoiqu'elle foit regardée comme indifferente
. fût- elle d'un quart de lieuë , d'une
demie lieuë , ou d'une lieuë même , du
moins on ne doit pas regarder comme telle
, la difference d'élevation parametrique
, qui eft celle par laquelle un arc de
divers paralelles boreaux ou auftraux ,
varie plus d'exhauffement & d'abaiffement,
à l'égard de divers Aftres mobiles ou
fixes , qu'un arc de l'équinoxial ou d'un
tropique , ou d'un autre paralelle d'une
des zones temperées ou glaciales.
Pour bien concevoir cette difference
d'élevation parametrique & perimetrique
, & de la paracentrique compofée de
l'une & l'autre , qui fait fuppofer une mutation
dans l'arc de la terre , & une équation
au centre du Soleil , il faut incliner
un globle terreftre , fur le cercle de l'horifon
rationel qui figurera mieux le plan
de l'écliptique de l'angle dont eft fon
136 MERCUREDE FRANCE..
obliquité avec l'équateur ; faifant enfuite
tourner ce globe d'Occident en Orient
pour figurer lá rótatión de la terre aſcen➡ ›
dante d'un côté , & defcendante de l'autre
, an connoîtra par la feule infpection
de quelle quantité graduelle à l'égard du
plan de l'orbe folaire , eft l'exhauffement
ou l'abaiffement de tout obfervatoire imaginé
fur le globe terraquée , fuivant fa
latitude , & la hauteur de fon fol encore
plus que de fon édifice.
L'élevation perimetrique eft inégale en
prefque toute contrée , mais toujours égale
en toute plage de mer entre les polai ,
res , fi le niveau marin forme un cilindroide
, quoiqu'il foit variable périodiquement
de fix en fix heures , de quelques /
pieds , par le flux , & reflux , felon que le
finus de la convexiré de ce niveau dans le
milieu de l'Ocean en augmente ou diminue
, comme fi l'eau & l'air ' imminens
paffoient fous la preffe de l'éther ambiant,
qui comprime en plus avec graduation ,
depuis les confins de ces fegmens ombragés
ou illuminés jufqu'à leur milieu ], &
en moins depuis ce milieu jufqu'à ces confins
, & inégalement chaque fois , felon
le degré d'électrifation ou de defelectrifa
tion , toujours relatif aux phaſes de la.
Lune , plus qu'à fa variable diſtance .
AVRIL. 17935 137
L'élevation paracentrique de tout obi
fervatoire , doit être fort differente en
degrés , minutes & fecondes , & en leur´
valeur , à proportion que leur dimenfion
eft plus ample dans un plus grand cercle : :
quelle difparité dans cette élevation , file
demi-diamétre de la terre au paralelle de
-Paris , n'eft que de 920 grandes lieuës , ou
de 987 moyennes , au lieu de 1432 &
demie lieuës , comme je l'ai établi dans ;
mes Ephemerides de 1751 & 1752. Si les
Méridiens feuls peuvent avoir un diamé--
tre de 2865 lieuës , à l'exclufion des paralleles
, & même des tropiques & de l'é-·
quinoxial ; fi la paralaxe du Soleil & de
tout Aftre fans la diverfité des diftances :
doit paroître inégale , felon la direction
des Méridiens , ou des paralleles , & felon
la hauteur du niveau des mers , ou des
continens montagneux-
Cette diverfité d'élevation paracentri
que * , eft une de mes preuves de la ro
tation de la terre , qui eft additionnelle
à celle qui réfulte du défaut de varia
tion de latitude dans les Aftres fixes , qui
devroient paffer en vingt - quatre heures
avec les mobiles , par le plan de l'éclipti
que comme des Méridens , au cas que l'ap
* Explication du flux & reflux , p. 441. in-496-
chez Jombert.
738 MERCURE DE FRANCE.
parence de leur révolutiou diurne & communeprovint
de fa réalité , & non d'une ro
tation réelle de la terre en fens contraire.
La caufe d'une inégalité dans la médiation
du Soleil , confirmée par le retour
plus ou moins hâtif de la Lune , de Mercure
, & de Venus , & de Mars , & de Jupiter
, & de Saturne , & de leurs Satellites
au Méridien , fuivant l'inégalité de
diſtance & latitude , & par la variation
comparée de l'intervalle de leur médiation
& de celle du Soleil , ou d'une étoile
, peut être encore mieux vérifiée ↳
quand l'une des planches inférieures
paffe par fon noeud afcendant ou defcendant
, & à plus forte raifon devant le
difque du Soleil . La variété de latitude
pår le mouvement propre de Mercure vers
fon neud defcendant , comme au 6 Mai
prochain , ou afcendant comme en 1756 ,
n'eft pas moins une caufe d'inégalité dans
fon obfervatione que la défiance de le
voir paffer fur le Soleil , par la demie rotation
afcendante ou defcendante de la
terre : ces cauſes fort délicates d'inégalités
méritent d'être expofées par un Aftronome
de votre fagacité , qui afpire & exhorte
à l'extrême jufteffe & précifion , & qui
probablement ne voudra pas les diffimuler
, afin de ne pas nuire à l'hypothèſe de
Copernic.
A VRIL. 7753. 139
Si l'on n'y a pas égard , concluons que
tous les calculs fur la durée & les pheno
ménes du paffage prochain de Mercure ,
pourroient & devroient être défectueux ?
car fi conformément à mon Plan de l'Univers
& aux Ephemerides , le cours du
Soleil paroîtra direct , & celui de Mercure
retrograde ; fi l'apparent de l'un &
F'autre Aftre eft réel , ce paffage doit être,
& paroître plus prompt , à proportion que
leur viteffe fans varier , eft en direction
contraire. J'évite d'expliquer comment
la révolution Copernicienne de la terre
feroit propre le 6 Mai prochain , à faire
voir Mercure retrogradant devant le difque
du Soleil , à peu près au quinziéme degré
du figne du Taureau & de la conftellation
du Belier , & tous les autres Aftres mobiles
dans les pofitions & configurations
indiquéés d'avance fur ma Carte pour ce
jour précieux aux Aftronomes , comme
pour les fuivans , jufques au 31 Décembre
1754 , & pour les précédens , depuis
le premier Janvier 1753 quelle plus excellente
& plus féconde preuve de la faul
feté des anciens fyftêmes du monde & de
Phyfique , que la réalité de ce cours apparent
auffi prouvée que fon apparence ?
N'est- il pas convenable de chercher plu
tôt les caufes des apparences , des inégali
140 MERCURE DE FRANCE.
tés & des équations , d'après une théorie
du Ciel & de la terre , fondée fur le dé
tail des obfervations conftatées & fyftématifées
, que d'après des fyftêmes auffi
bornés , cenfurables & fictices , que ceux
de Copernic , de Ticho & de Ptolomée.
•
par
Ces réflexions font répandues dans mes
divers ouvrages : mais j'ai crû devoir
vous les expofer , afin de vous engager , & :
par vous & vos correfpondans , à y avoir
égard pour la perfection de l'Aftronomie ,!
de la Cofmographie & de la Phyfique :
j'ai encore un motif en afpirant à procu
rer cette perfection , motif fost convenable
à mon état , cleft d'affurer l'autorité
des textes facrés qui m'ont fervi d'éclairciffement
: mon but a été & fera toujours
d'établir la vraie & faine Physique ,
que j'oppole à celle dont l'incrédulité
s'appuyoit , que Moyfe & les autres Auteurs
des Livres Canoniques , ont dû être
infpirés pour le fervir de ces expreffions
que l'Efprit faint , en ne voulant qu'inf
truire fur la morale , fur la Religion , &
far l'Histoire du Peuple de Dieu , n'a pas
prétendu favorifer l'erreur en tout autre
genre de fcience ; que fi la caufe Phyfique
des chofes qui s'oppoferent fous le Soleil,
n'a point été trouvée par les difputes &
les recherches des Philofophes , c'eft faute
"
AVRIL: ·1753. 14/1
d'avoir affez profité des expériences & de
ces textes relpectifs , qui même ont été
contredits & méprilés , étant mal interprétés
par zéle pour de fauffes hypothéfes.
Soyez perfuadé des fentimens avec lef
quels je fuis , & c.
A Bercy , ce premier Mars , 1753.
E 29 Janvier , l'Académie des Belles-
LE22 sciences de Arts , ésablie à
›
Bordeaux , fit fa rentrée publique dans la
Salle des PP. Recollets de cette Ville. M.
de Lamontaigne , Confeiller au Parlement
, & Directeur de l'Académie , ouvrit
la Séance par un difcours fur l'émulation.
M. L'Abbé Garat , Profeffeur de Philofophie
au Collège de Guyenne , lut enfuite
une Differtation fur la caufe des
tremblemens de terre , dans laquelle il
combattit le fyftême adopté par M. Halles.
Cette lecture fut fuivie de celle que fit
M. Caftel , Docteur en Médecine & Bibliothécaire
de l'Académie , d'un Mémoire
envoyé à cette Compagnie par M.
Romas , Lieutenant Affeffeur du Sénéchal
de Nérac , l'un de fes Correſpondans. M.
Romas rendoit compte dans ce Mémoire
142 MERCURE DE FRANCE.
de plufieurs expériences d'électricité qu'il
a faites fur deux malades paralytiques .
M. de Secondat , Secrétaire Perpétuel
de l'Académie , termina la Séance par l'é
loge de M. l'Abbé Bellet , Chanoine du
Chapitre de Cadillac , & l'un des Académiciens
affociés , mort depuis peu,
Cette Académie avoit adjugé le prix en
1751 , à une Differtation fur la nature &
la formation de la grêle , qui avoit pour
dévile : Vtque ferunt imbres gelidis concrefcere
ventis , &c, L'Auteur de cette Piéce
avoit négligé de le faire connoître jufqu'à
préfent.
L'Académie déclara à fa rentrée que
c'étoit le R. P. Blaiſe Moncftier , Jefuite ,
Profeffeur de Philofophie au Collège de
Tournon , en Vivarez.
SUJETS propofés par l'Académie Royale
des Sciences Beaux Arts , établie
Pau , pour deux prix qui feront diftribués
le premier Jeudi du mois de Février
1754.
'Académie ayant jugé à propos de rés
nera deux en 175 4 , l'un à une Piéce d'Eloquence
qui n'excédera pas une demie
heure de lecture , dont le fujer fera : Si-$5 la
AVRIL. 1753.
143.
multiplicité des Ouvrages en tout genre eft
plus utile que nuifible aux progrès des Scien
ces des Belles- Lettres.
·
Et l'autre à une Ode , ou à un Poëme
de foixante vers au moins , ou de cent au
plus , dont le fujet fera : l'Eloge de la fin
cerité.
Les ouvrages feront adreffés à M. l'Ab.
bé de Sorberio , Secretaire de l'Académie ;
on n'en recevra aucun après le mois de
Novembre , & s'ils ne font affranchis dy
port.
Chaque Auteur mettra à la fin de fon
ouvrage , une Devife ou Sentence , il la
repetera au- deffus d'un billet cacheté ,
dans lequel il écrira fon nom & fon
adreffe .
On avertit que l'Académie n'accorde
point le prix aux Auteurs qui négligent
d'inferer leur nom dans le billet cacheté ,
ou qui y mettent des noms fuppofés ,
non plus qu'à ceux qui affectent de le faire
connoître avant la déciſion , ou en faveur
de qui on brigue les fuffrages.
M. David , Affocié de l'Académie Royale
de Nimes , eft l'Auteur du Difcours qui a
remporté le prix en 1753 .
144 MERCURE DE FRANCE.
PLAN d'un nouvel Ouvrage Périodique, de
Littérature , intitulé le Mercure Danois.
L
E titre de l'ouvrage qu'on annonce
I
dans cette feuille , fait affez entendre
que l'idée en eft prife du Mercure de France
, qui paroît depuis long- tems avec fuc-
.cès.
Comme on s'y propofe des vûes , à peu
près femblables , la forme qu'on a deffein
de lui donner fera auffi à peu près la même
; c'est-à- dire , que les matières en fefont
rangées fous quatre chefs principaux,
qui formeront conftamment quatre articles
dans chaque volume .
Le premier fera d'abord compofé de
quelques Piéces fugitives intéreffantes ,
parmi lesquelles on n'inferera pas feulement
celles qui feront encore peu connues
à caufe de leur rareté , ou de leur
nouveauté , mais on en donnera auffi qui
n'auront point encore été publiées . A l'égard
du choix des fujets de ces Piéces ,
on ne fe preferira aucune branche de
Science , ou de Littérature en particulier
la variété du goût des Lecteurs , ne permettant
d'exclure d'un ouvrage fait pour
tout le monde , que ce qui ne peut plaire
à perfonne.
>
Le
A VRI L. 1753. 1451
1
›
Le ſecond article fera uniquement deftiné
à faire connoître l'état actuel des
Sciences , des Lettres & des Arts. On y
trouvera raffemblées les nouvelles Littéraires
des principaux Pays de l'Europe
de France , d'Angleterre , d'Allemagne ,
de Hollande d'Italie , de Suéde , & c.
Mais on ne ſe bornera point toujours à
annoncer au Public les Livres qui paroî
tront dans ces divers Pays , on en donnera
fouvent une idée plus exacte , & l'on
tâchera de mettre le Lecteur à portée d'en
juger , toutes les fois que ces Livres pàroîtront
dignes de fon attention & de fa
curiofité.
Le troifiéme article eft proprement
celui qui juftifiera le titre de Mercure
Danois , que l'on a choifi. Le Dannemak
en fera l'objet : on s'appliquera à y rendie
un fidéle compte de ce qui s'y paffera de
plus intéreffant . Les productions de l'efprit
, celles de l'Art , les differentes entreprifes
, les établiſſemens nouveaux , les
Arrêts , & les Ordonnances remarquables
, les Morts , Mariages , Naiffances
célébres , & c . en un mot , tout ce qui fera
propre à relever au- dehors la gloire d'un
Regne , fi sûr d'être d'autant plus admiré ,
qu'il fera plus connu , trouvera place dans
cet article , où l'on n'avancera rien , qu'on
G
146 MERCURE DE FRANCE.
n'ait eu foin de puifer dans les fources.
Enfin comme il eft des perfonnes pour
qui les nouvelles politiques ont un attrait
particulier , & à qui un ouvrage périodi
que paroîtroit incomplet fans cela , on
ajoutera aux articles précédens , les principales
nouvelles des differens Pays de
l'Europe.
Tel eft en peu de mots le plan de l'ouvrage
qu'on offre au Public. On fe perfuade
que le Lecteur judicieux , éclairé ne
defapprouvera pas qu'on s'en foit tenu à
cette courte & fimple expofition . Tout
ce que peut dire un Auteur en annonçant
fon propre ouvrage pour en faire approu
ver le deffein , & lui affurer d'avance des
fuffrages nombreux , devient fufpect avec
raiſon , comme un jugement rendu dans
fa propre caufe. Ainfi fatisfait d'inftruire
le Public de fes vûes , l'Editeur laiſſe entierement
à fon équité le foin de juger
par lui même de l'efpéce du fuccès qu'elles
mériteront.
Cet ouvrage que l'Auteur a obtenu la
permiffion de dédier au Roi , fe débitera
par forme de foufcription , & il paroîtra
un volume de médiocte groffeur chaque
mois , le Lundi après le quinziéme.
Les perfonnes qui fouhaiteront de ſoufcrire
payeront d'avance fix rixadalers , arAVRIL
1753. 147
>
gent de Dannemark , pour le prix de l'année
entiere , & s'adrefferont à M. MALLET
Profeffeur Royal en Belles- Lettres
Françoifes , Honoraire de l'Académie Royale
de Lyon , au Château de Charlottenbourg.
Ceux qui voudront faire parvenir quelques
piéces à l'Auteur , font priés de ſe
fervir de la même adreffe , avec la précaution
d'envoyer les paquets francs de port.
Le premier volume fe débitera le Lundi
19 Mars de l'année courante.
A Coppenhague ce 20 fanvier 1753.
PROJET de Soufcription pour
lés Nouvelles
des années 1748 , 1749 , 1750 ,
1751 & 1752 , qui paroitront dans le
commencemenr de 1754 en 4 Volumes
in- 8°.; imprimés fur le plus beau papier
& avec des caractères neufs.
*
La Soufcription fera d'une guinée d'Angleterre
, ou de 24 livres de France , payables
en foufcrivant .
Ceux qui ont deffein de foufcrire font
priés de s'adreffer ou à l'Auteur à Londres,
jufqu'au premier Juillet prochain , c'eſt-àdire
, à M. Clément , chez M. Jamiffon ,
Tailleur en Pall - Mall ; ou à Paris , à M.
Angus , Caiffier de M. le Chevalier Lambert
, rue de Bourbon , Faubourg S. Germain
; ou à Berlin , àM. Jacques des Champs ,
Gij
148 MERCURE DE FRANCE:
Paſteur de l'Eglife Françoife : lefdits Mrs
Angus & des Champs donneront quittance
valable pour l'Auteur , & recevront les
Soufcriptions pendant tout le long de l'année.
Le titre de l'Ouvrage fera Les cinq années
Littéraires , & c. On peut connoitre la
maniere de l'Auteur par les années 1751
& 1752 qui viennent d'être publiées feuille
à feuille .
S'il paroît , ou arrive , quelque choſe
de bien curieux dans le cours de cette anil
en rafraichira fes vieilles
Nouvelles deffus le marché. Quelques
excurfions fur l'Angleterte de tems en
née
1753 ,
tems.
par
On mettra à la tête de l'Ouvrage les
noms de ceux qui auront foufcrit , ( à
moins qu'ils n'envoyent leur contr'ordre )
pour combien d'éxemplaires ; & l'on
n'imprimera précisément que le nombre
d'éxemplaires foufcrits.
&
A VRI L.
1753. 749
NOUVEL ETABLISSEMENT
POUR L'EDUCATION.
Oute théorie abfolument nouvelle
tout ſyſtème d'éducation , non encore
éprouvé & de pure fpéculation , peuvent
être légitimement foupçonnés de
quelque défaut ou d'infuffifance : il faut
néceffairement que la pratique ait prouvé ,
par des faits fenfibles & inconteſtables ,
ce qu'il y a de plus ou de moins avantageux
dans quelque méthode que ce foit ;
c'eft ce qui a engagé le feur Viard à ne
faire ufage que de celles qui ont pleinement
réuffi , & à les faire concourir toutes
enfemble au but qu'il s'eft propofé
d'accélérer par là les progrès des différentes
inftructions qu'il donne chez lui , aux
enfans & aux jeunes gens qui lui font confiés
.
Ainfi le Sieur Viard fait enfeigner les
plus petits par le Bureau Typographique
de feu M. Dumas , pour la lecture des langues
Françoife & Latine , l'Ortographe
les effais d'écriture , la numération , & les
premiers élémens de la Grammaire , d'après
ce qu'il en a vû pratiquer dans les célébres
écoles de MM. Chompré & autres , dans
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
plufieurs maifons particulieres , fous la
conduite d'habiles Précepteurs , & même
par un affez grand nombre de Maîtres externes
, qui font la plupart des chofes admirables
en ce genre.
Après cette heureufe préparation il ſe
fert d'abord pour le François de la petite
Grammaire de M. Reftaud , & introduit
peu-à - peu l'ufage & la pratique du Latin ,
en faifant apprendre tous les jours un certain
nombre de mots Latins & de phraſes.
ufuelles , tirées des meilleurs Auteurs , en
tr'autres d'Erafme & de Mathurin Cordier
, afin de fuivre le confeil de Montagne
, qui eft d'accoutumer la jeuneffe à
parler familierement Latin. Enfuite il employe
la méthode de MM , Rollin & Pluche
, & fur- tout la pratique des textes interlinaires
de M. Du marfais , ce fçavant
Grammairien , & s'attache particulierement
à la traduction avant que de faire compofer
des Thêmes , en expliquant foigneufement
aux enfans les regles & les raifons
de chaque tour de phrafe , tant fur le Latin
que fur le François. Il fe fert auffi volontiers
des Livres de M. Chompré & des
meilleurs Auteurs claffiques des Colléges ,
recueillant autant qu'il eft poffible , les
excellentes leçons de MM . les Profeffeurs.
de l'Univerfité & des RR. PP . Jéfuites...
AVRIL. 1753. Ist
Pour orner & récréer l'efprit de fes jeunes
Eleves, il leur fait donner par maniere
de divertiffement, des préceptes élémentaires
d'Hiftoire , de Chronologie , de Géographie,
de morale , & de politique par une
nouvelle méthode appellée Bibliothèque
hiftorique , affez femblable en fon genre
celle de la Typographie , & très - propre વે
piquer la curiofité des Connoiffeurs .
à
il a chez lui pour Profeffeur en cette
partie M. Mahaut , qui fçait tellement intereffer
fes petits auditeurs , qu'ils quittent
volontiers le jeu pour fes leçons . Les
curieux font invités à s'affurer du fait
par
eux-mêmes.
M. Huré , très - verfé dans les Mathéma
tiques demeurant auffi chez le Sieur Viard ,
y donne affidument des leçons de Géométrie
, de Sphere , & de Fortifications , & c.
fuivant particulierement les plans propo
fés
par M M. Clairaut & de la Chapelle ,
Il a auffi chez lui un habile Maître qui enfeigne
la Langue Allemande à ceux de fes
éleves qu'on deftine à la profeffion des
Armes .
Il fait venir du dehors les meilleurs
maîtres pour l'Ecriture , le Deffein , la
Danfe , la Mufique , & les Armes , felon
le goût & la volonté des parens.
Il fait déclamer les jeunes gens , les
Gi
152 MERCURE DE FRANCE.
fait parler en public à certains jours , &
'compofer , dès qu'ils en font capables ,
fur différens fujets, & particulierement fur
le ftyle Epiftolaire. On mene les plus
grands entendre les Sermons , les Harangues
, les Difcours Académiques , les Plaidoyers.
On fait auffi quelques effais de
Phyfique expérimentale . On va herboriſer
quelquefois dans la Campagne , lever des
Plans fur le terrein , & c .
Un Prêtre zelé de la Paroiffe , vient de
tems en tems faire le Cathéchifme , & les
autres inftructions convenables .
Il n'y a point d'attention que l'on n'ait
fur la bonne nouriture , la propreté à tous
égards, la regle , la vigilance fur les moeurs,
les jeux , les entretiens , & la plus grande
politeffe.
On fait enforte que la privation des
éxercices ordinaires tienne lieu de punition
, quand elle eft indifpenfable .
On ne fixe point de prix pour les différens
âges , c'eft aux parens judicieux à fe
faire à eux mêmes la loi fur cet article
en évaluant chaque choſe .
Tout ce que le Sieur Viard demande ,
c'eft qu'on foit bien perfuadé que le zele
du bien public , beaucoup plus que l'intêtêt
, anime fon entrepriſe.
Son adreffe à Paris , Place de l'Eftrapade,
AVRIL. 1753. 153
BEAUX ART S.
Explication des ouvrages de Peinture & de
Sculpture , faits pendant l'année 1752
par les Eleves protegés & préfentés au Roi
le 3 Février 1753 , à Versailles par M.
de Vandieres , Directeur & Ordonnateur
Général des Bâtimens.
N' . I.
Jefus-Chrift mis au tombeau .
Pint par M. Melling , âgé de 26 ans ,
& depuis deux ans dans l'Ecole.
N° I I.
La malddie d'Antiochus.
Antiochus , fils de Seleucus Nicanor ,
Roi de Syrie , étant tombé dans une langueur
amoureuse pour Stratonice , ſa bellemere
; le Médecin Erafiftrate découvrit la
caufe du mal de ce Prince par le treffaillement
de fon poulx à la vûe de cette Reine.
Seleucus la lui céda , & lui permit de l'époufer.
Peint
par M. Briard , âgé de 25 ans ,
& depuis deux ans & demi dans l'Ecole.
G v
154 MERCURE DE FRANCE..
Nº. III.
Pfiché au défefpoir de la colere & de
l'abandon de l'Amour , fe précipite dans
un fleuve , où elle eft reçue par deux
Nymphes , Naïs & Cimodocé.
Peint par M. Deshais , âgé de 22 ans ,
& depuis un an dans l'Ecole.
N° IV.
Un modèle de ronde boffe , repréfentant
Enée , fauvant fon pere , & ſon fils
Afcagne de l'embrafement de Troye.
Modelé par M. Guiard , âgé de 24 ans,.
& depuis un an dans l'Ecole..
N°. V.
Un modèle de ronde boffe , repréfentant
trois enfans dont un s'enivre , & lesdeux
autres fe difputent une tourterelle.
Exécuté par M. de la Rue , le cadet , âgé
de 21 ans , nouvellement entré dans
l'Ecole.
Nº . V I..
Combat à armes blanches , de Cavalerie
& d'Infanterie contre des Dragons.
Peint par M. de la Rue , l'aîné , âgé de
27 ans , & depuis quatre ans dans l'Ecole.
C'eft fur ce Tableau que M. de la
Rue a été choisi pour peindre les ConAVRI
L.
I'S 5 1753
quêtes du Roi , à la place de feu M. Parrocel.
Ce choix fait honneur à l'Ecole & à la
conduite de M. Vanloo .
L'ENTREPRISE que M. Feffard a formée
de graver la Chapelle des Enfans Trouvés,
a été vue d'abord avec affez d'indifference ;,
peu à peu les efprits fe font échauffés ; il
nous femble qu'actuellement les difpofitions
font telles que l'habile Artifte pouvoit
les defirer. Depuis que les premieres
planches ont paru , les Soufcripteurs fe
font beaucoup multipliés ; nous avons
donné leurs noms en differens tems , &
nous allons continuer. Lorfque le nombre
de cinq cens foufcriptions fera rempli
, M. Feffard donnera lui-même à chaque
Soufcripteur une Lifte ornée d'une
vignette & d'une bordure relative au
fujet. Elle fera de la grandeur des planches
, & n'augmentera pas le prix des
foufcriptions.
LISTE des nouveaux Soufcripteurs , pour
la gravure de la Chapelle des Enfans:
Trouvés.
S. A. S. M. le Prince de Condé ,
M. le Duc de Penthiévre .
S. A, S. Madame la Princeffe de Bour
G vj
152 MERCURE DE FRANCE:
fait parler en public à certains jours , &
compofer , dès qu'ils en font capables ,
fur différens fujets , & particulierement fur
le ftyle Epiftolaire. On mene les plus
grands entendre les Sermons , les Harangues
, les Difcours Académiques , les Plaidoyers.
On fait auffi quelques effais de
Phyfique expérimentale . On va herboriſer
quelquefois dans la Campagne , lever des
Plans fur le terrein , & c.
Un Prêtre zelé de la Paroiffe , vient de
tems en tems faire le Cathéchifme , & les
autres inftructions convenables.
Il n'y a point d'attention que l'on n'ait
fur la bonne nouriture , la propreté à tous
égards , la regle, la vigilance fur les moeurs,
les jeux , les entretiens , & la plus grande
politeffe.
On fait enforte que la privation des
éxercices ordinaires tienne lieu de punition
, quand elle eft indifpenfable.
On ne fixe point de prix pour les différens
âges , c'eft aux parens judicieux à fe
faire à eux mêmes la loi fur cet article ,
en évaluant chaque chofe.
Tout ce que le Sieur Viard demande ,
c'eft qu'on foit bien perfuadé que le zele
du bien public , beaucoup plus que l'inté
têt , anime fon entrepriſe.
Son adreffe à Paris , Place de l'Eftrapade.
AVRIL. 1753 . 153
BEAUX ART S.
Explication des ouvrages de Peinture & de
Sculpture , faits pendant l'année 1752
par les Eleves protegés & préfentés au Roi
le 3 Février 1753 , à Versailles par M.
de Vandieres , Directeur & Ordonnateur
Général des Bâtimens.
Eint
N'. I.
Jefus-Chrift mis au tombeau.
P par M. Melling , âgé de 26 ans ,
& depuis deux ans dans l'Ecole .
N° I I.
La malddie d'Antiochus .
Antiochus , fils de Seleucus Nicanor ,
Roi de Syrie , étant tombé dans une langueur
amoureuse pour Stratonice , ſa bellemere
; le Médecin Erafiftrate découvrit la
caufe du mal de ce Prince par le treffaillement
de fon poulx à la vûe de cette Reine.
Seleucus la lui céda , & lui permit de l'épouſer.
Peint par M. Briard , âgé de 25 ans ,
& depuis deux ans & demi dans l'Ecole.
G v
154 MERCURE DE FRANCE.
Nº. III.
Pfiché au défefpoir de la colere & de
l'abandon de l'Amour , fe précipite dans
un fleuve , où elle eft reçue par deux
Nymphes , Naïs & Cimodocé.
Peint par M. Deshais , âgé de 22 ans ,
& depuis un an dans l'Ecole.
N ° IV.
Un modéle de ronde boffe , repréfentant
Enée , fauvant fon pere , & ſon fils.
Afcagne de l'embrafement de Troye.
Modelé par M. Guiard , âgé de 24 ans,.
& depuis un an dans l'Ecole ..
N°. V.
Un modèle de ronde boffe , repréfen
tant trois enfans dont un s'enivre , & lesdeux
autres fe difputent une tourterelle .
Exécuté par M. de la Rue , le cadet , âgé
de 21 ans , nouvellement entré dans
l'Ecole.
Nº . V I..
Combat à armes blanches , de Cavalerie
& d'Infanterie contre des Dragons.
Peint par M. de la Rue , l'aîné , âgé de
27 ans , & depuis quatre ans dans l'Ecole.
C'eft fur ce Tableau que M. de la
Rue a été choisi pour peindre les ConAVRI
L. I'S 5 1753.
quêtes du Roi , à la place de feu M. Parrocel.
Ce choix fait honneur à l'Ecole & à la
conduite de M. Vanloo .
de
L'ENTREPRISE que M. Feffard a formée
graver la Chapelle des Enfans Trouvés,
a été vue d'abord avec affez d'indifference ;
peu à peu les efprits fe font échauffés ; il
nous femble qu'actuellement les difpofitions
font telles que l'habile Artifte pouvoit
les defirer. Depuis que les premieres
planches ont paru , les Soufcripteurs fet
font beaucoup multipliés ; nous avons
donné leurs noms en differens tems , &
nous allons continuer. Lorfque le nombre
de cinq cens foufcriptions fera rempli
, M. Feffard donnera lui-même à cha--
que Soufcripteur une Lifte ornée d'une
vignette & d'une bordure relative au
fujet. Elle fera de la grandeur des planches
, & n'augmentera pas le prix des:
foufcriptions.
LISTE des nouveaux Soufcripteurs , pour
la gravure de la Chapelle des Enfans:
Trouvés.
S. A. S. M. le Prince de Condé,
M. le Duc de Penthiévre .
S. A, S. Madame la Princeffe de Bour-
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
bon de Vermandois à Beaumont lès Tours.
M. le Duc de Nivernois.
M. le Comte d'Argenfon , Miniftre de
la
guerre .
M. le Comte de Calemberg , Felt-Maréchal
de leurs Majeftés Impériales , à
Bruxelles.
M. Marie , Premier Commis de M. le
Comte d'Argenfon.
M. de Villette , Tréforier Général de
l'Extraordinaire des Guerres .
M. Paul d'Albert de Luynes , Evêque
de Bayeux.
M. le Marquis de Lambert , Lieutenant
Général des Armées du Roi,
Le R. P. Benoît , Prieur de l'Abbaye de
Saint Lucien de Beauvais .
M. de la Live de la Briche.
Madame Chambon .
M. Maine , Maître Particulier des Eaux
& Forêts , à Troyes .
M. de la Fautrieres , Confeiller au Parlement
.
M. Lambert , Greffier en chef au Châtelet.
Madame de la Live d'Efpinay.
M. de la Live d'Efpinay , Fermier Gé
néral.
M. de Billy.
M. d'Efplans , de Montpellier.
AVRI L.
157 17531
M. Camufat , Major à Troyes.
M. Tillet , Directeur de la Monnoye ,
à Troyes.
M. Richet , Tréforier de France , de la
Généralité de Montpellier.
M. de Saint Martial , de Montpellier .
M. l'Abbé Geofroy , Chanoine de l'Eglife
de Troyes.
M. Méallet , Procureur du Roi des Eaux
& Forêts de Troyes.
M. Coffinet , Chanoine de S. Etienne
de Troyes.
M. Paillot de Montabert , à Troyes.
M. de Courcelles , Grand - Maître des
Eaux & Forêts de l'Ile de France .
M. de Roiffy , Receveur Général des
Finances .
M. Coulon , Grand-Maître des Eaux &
Forêts de Charleville.
M. Crancé , Commiffaire Ordonnateur
de la Guerre.
M. Pierdhouy , Avocat.
M. Thomé , Officier aux Gardes.
M. de Chauvigny , Curé & Chanoine.
de Landau , en Baffe- Alface.
M. Bonnet , Payeur des Rentes .
M. Damefme , Contrôleur de la Bouche
de Madame la Dauphine .
M. Rabel , Ecuyer de la Bouche de
Madame la Dauphine.
158 MERCURE DE FRANCE.
M. Taunay , Peintre en émail .
M. Chattelain , Contrôleur de la Bou
che du Roi.
M. de la Chauffée , Contrôleur de M.
Rouillé , Miniftre & Secretaire d'Etat .
M. le Baron de Bernſdorf , Miniſtre
d'Etat , & Secretaire de Sa Majesté le Roi
de Dannemarck & de Norwege.
M. Vafferechble , Premier Secretaire
des Affaires Etrangeres de Sa Majefté le
Roi de Dannemark & de Norwege .
M. Secouffe , Avocat.
M. Pomier , Ingénieur du Roi , des
Pónts & Chauffées des Etats de Languedoc
, réfident à Alais .
M. François , Libraire d'Amiens.
M. Durand , Libraire.
M. Malaffis , Imprimenr du Roi & de
la Marine , à Breft.
M. Gaurhier , Secrétaire du Roi..
M. Dulau Dallemans , Curé de Saint
Sulpice.
M. de la Tour , Peintre ordina ire du
Roi.
M. Baudin , Commis au Bureau de la
' Guerre.
M. Chevery , Huiffier ordinaire de la
Reine.
LA premiere partie de la Carte d'Afie ,,
AVRIL. 1753
759
1 publiée en deux feuilles l'année derniere:
par le célébre M. d'Anville , Secrétaire de
S. A. S. M. le Duc d'Orleans , eft fuivie
actuellement de la feconde partie , pareillement
en deux feuilles. Elle renferme
la Chine , & la plus grande partie de la
Tartarie réunie fous une même domina.
tion , le Tibet joint à la partie de l'Inde ,.
fituée au-delà du Gange , les Iffes Sumatra
, Java , Borneo , Moluques , Philippines
& du Japon . Le Publie trouvera
cette feconde partie auffi travaillée de la
part de l'Auteur que la précédente , &
d'une auffi belle exécution de la part du
Graveur . La publication en eft dûe à S.
A. S. qui a voulu qu'un ouvrage fort içavant
& fort exact commencé par feu M.
le Duc d'Orleans , fût continué fous les.
mêmes aufpices..
Le S. Chedel vient de mettre au jour
plufieurs morceaux gravés d'après differens
Maîtres , & principalement d'après les
deffeins & les tableaux de M. Boucher
Peintre du Roi ;le payfage domine dans.
les planches de cet excellent Artifte , dont
l'intelligence & la touche méritent l'eftime
& la recherche des curieux . On peut
même les affurer que peu de perfonnes
ont poffédé une pointe auffi agréable &
160 MERCURE DE FRANCE.
auffi parfaite. Voici la liste des Ouvrages
que l'on trouvera chez le fieur Chedel ,
qui loge dans la rue S. André des Arts ,
en face de la rue Git - le- Coeur,
Deux grands païfages d'après les deffeins
de M. Boucher. Ils ont environ un
pied. & demi de largeur fur un pied de
hauteur. Ils ont pour titre , le Pont ruftique
& le Petreur.
Un Païfage d'après Teniere . Il a treize
pouces de largeur fur neuf de hauteur. Il
eft exécuté de la grandeur du tableau . Il a
pour titre , la naiffante Aurore.
Les travaux du Pont d'Orléans , gravés
d'après le deffein de M. Desfriches. Cette
planche a 14 pouces & demi de largeur
fur 9 de hauteur .
Un paifage feul d'après un deffein de
M. Boucher , intitulé La Ferme'; 11 pouces
de largeur fur & de hauteur.
Deux païfages fous les titres du Nid &
de la Cafcade , 9 pouces de hauteur fur
7 de largeur.
Un petit païfage feul d'après un deffein
de M. Boucher, & qui a pour titre Le Puits.
Le fieur Chedel debite auffi plufieurs
petites fuites de fa compofition , reprefentant
des païfages, des fujets militaires , des
Paftorales , des Tempêtes , des Incendies ,
& c.
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
喝
Vaudeville.
Ici de la simp
d'autres lieux
*
Ahpour
lordi
= mét,cequ'ildéffer
A VRI L. 1753. 161
nanana:ICFCh
CHANSON
DU DEVIN DE VILLAGE.
L'ARTALà l'Amour eft favorable ,
Et fans art , l'amour fçait charmer ;
Ala Ville , on eft plus aimable ,
Au Village , on fçait mieux aimer :
Ah ! pour l'ordinaire ,
L'Amour ne fçait guére ,
Ce qu'il permet , ce qu'il défend ;
C'eft un enfant , c'eft un enfant.
Ici de la fimple nature,
L'amour fuit la naïveté ;
En d'autres lieux , de la parure
Il cherche l'éclat emprunté.
Ah! pour l'ordinaire , &c.
Souvent une flâme chérie ,
Eft celle d'un coeur ingénu :
Souvent par la coquetterie ,
Un coeur volage eft retenu .
Ah ! pour l'ordinaire , &c;
L'amour felon fa fantaisie ,
Ordonne & difpoſe de nous :
162 MERCURE DEFRANCE.
Ce Dieu permet la jaloufie ,
Et ce Dieu punit les jaloux.
Ah! pour l'ordinaire , & c.
A voltiger de belle en belle ,
Os perd fouvent l'heureux inftant ;
Souvent un Berger trop fidéle
Eft moins aimé qu'un inconftant.
Ah! pour l'ordinaire , &c.
A fon caprice on eft en batte ,
11 veut les ris , il veut les pleurs ;
Par les rigueurs on le rebute ,
On l'affoiblit
par
les faveurs.
Ah !
pour
l'ordinaire , & c.
AVRI L. 1753. 163
諾洗洗洗洗洗洗洗?洗洗洗洗洗洗浴
茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶
SPECTACLE S.
L'A
'Académie Royale de Mufique a donné
le Jeudi-gras , premier Mars , la
premiere repréſentation du Jaloux corrigé ,
Opéra bouffon en un Acte , & du Devin
de Village , Intermede. On trouvera dans
un des précédens Mercures l'extrait du Jaloux
corrigé ; nous allons donner celui du
Devin de Village .
EXTRAIT
DU DEVIN DE VILLAGE,
ACTEUR S.
COLIN.
COLETTE.
LE DEVIN.
M. Feliotte.
Mlle Fel.
M. Cuvillier.
Colette & avere la Scene par
Olette foupirant & s'effuyant les yeux
>
un Monologue qui peint fa naïveté , fa
tendreffe pour Colin , & la douleur qu'el
le reffent de fon infidelité .
J'ai perdu tout mon bonheur ,.
164 MERCURE DE FRANCE .
J'ai perdu mon ferviteur
Colin me délaifle ,
Hélas il a pû changer !
Je voudrois n'y plus fonger :
J'y fonge fans ceffe.
J'ai perdu mon ferviteur ,
J'ai perdu tout mon bonheur,
Colin me délaiffe.
Il m'aimoit autrefois , & ce fut mon malheur ;
Mais quelle eft donc celle qu'il me préfere ?
Elle est donc bien charmante ! Imprudente berge
re ,
Ne crains- tu point les maux que j'éprouve en ce
jour ?
Colin à pû changer, tu peux avoir ton tour.
Que me fert d'y rêver fans ceffe ,
Rien ne peut guérir mon amour
Et tout augmente ma triftefle :
J'ai perdu mon ferviteur ,
J'ai perdu tout mon bonheur ,
Colin me délaiffe.
Colette va trouver le Devin du canton
, pour fçavoir le fort de fon amour ,
& tandis que le Devin s'avance gravement ,
Colette compte dans fa main de la monoye
; puis elle la plie dans un papier &
la préfente au Devin , après avoir un peu
hélité à l'aborder.
AVRI L.
165
1753.
Colette d'un air timide.
Perdrai - je Colin fans retour ?
Dites-moi s'il faut que je meure.
Le Devin apprend à Colette que la Da
me du lieu , moins belle , mais plus adroite
qu'elle , a fçû par des préfens captiver
Colin , qui aime à fe parer. Il lui fait ef
perer en même tems qu'il le ramenera à fes
pieds.
Colette.
Si des galans de la Ville
J'euffe écouté les difcours ,
Ah qu'il m'eût été facile
De former d'autres amours !
Mife en riche Demoiselle
Je brillerois tous les jours ,
De rubans , & de dentelle
Je chargerois mes atours.
Pour l'amour de l'infidele ,
J'ai refuſé mon bonheur :
J'aimois mieux être moins belle ;
Et lui conferver mon coeur.
Le Devin.
Je vous rendrai le fien , ce fera mon ouvrage ;
Yous , àle mieux garder appliquez tous vos foins,
Pour vous faire aimer davantage ,
Feignez d'aimer un peu moins,
L'Amour croît s'il s'inquiette ,
166 MERCURE DE FRANCE
Il s'endort s'il eft content ,
La bergere un peu coquette
Rend le berger plus conftant.
Colette promet de s'abandonner aux
fages leçons du Devin , qui après fon départ
, fait connoître dans un Monologue
qu'il la trompe , & que toute la fcience n'eſt
fondée que fur ce qu'il a appris de Colin :
ce Berger vient le trouver & lui dire qu'il
quitte la Dame du lieu , & préfere Colette
à des biens fuperflus.
Le Devin.
Colin , il n'eft plus tems , & Colette t'oublie
Colin.
Elle m'oublie , & Ciel ! Colette a pû changer,
Le Devin
Elle eft femme , jeune & jolie
Manqueroit-elle à ſe venger ?
Colin.
Non , Colette n'eft point trompeufe ;
Elle m'a promis la foi ,
Peut-elle être l'amoureufe
D'un autre berger que moi ?
Le Devin lui annonce que ce n'eft point
un berger , mais un beau Monfieur de la
Ville que Colette lui préfere ; Colin demande
en grace au Devin de lui apprendre
AVRI L. 1753. 167
coup affreux qu'il re- le moyen d'éviter le
doute , le Devin lui ordonne de le laiffer
feul un moment confulter ; il tire enfuite
de fa poche un Livre de grimoire ,
un petit bâton de Jacob , avec lefquels il
fait un charme. De jeunes payſannes qui
venoient le confulter laiffent tomber leurs
préfens , & le fauvent toutes effrayées en
voyant fes contorfions . Il dit après à Colin
que le charme eft fait , & que Colette
va paroître.
Colin.
A l'appailer pourrai -je parvenir ?
Hélas ! voudra-t- elle m'entendre
Le Devin.
Avec un coeur fidele & tendre
On a droit de tout obtenir.
à part.
Sur ce qu'elle doit dire allons la prévenir.
Colin refté feul , fe livre à l'efperance
de pofféder Colette qu'il regarde comme
le fouverain bien.
Quand on ſçait aimer & plaire ,
A-t-on befoin d'autre bien ?
Rends-moi ton coeur , mabergere
Colin t'a renda le fien,
Mon chalumeau , ma boulette
168 MERCURE DE FRANCE.
Soyez mes feules grandeurs ,
Ma parure eft ma Colette ,
Mes trésors font fes faveurs.
Qué de Seigneurs d'importance
Voudroient bien avoir fa foi !
Malgré toute leur puiſſance
Ils font moins heureux que moi.
Colette arrive parée , Colin l'apperce→
vant ne fçait s'il doit fuir , ou lui parler ,
& après avoir bien héſité , il l'aborde d'un
ton radouci , & d'un air moitié riant , &
moitié embaraflé.
Ma Colette , êtes- vous fâchée ?
Je fuis Colin , daignez me regarder,
Colette.
Colin m'aimoit , Colin m'étoit fidele ,
Je vous regarde , & ne vois plus Colin.
Colin.
Mon coeur n'a point changé ; mon erreur trop
cruelle
Venoit d'un fort jetté par quelque efprit malin
Le Devin l'a détruit , je fuis malgré l'envie
Toujours Colin , toujours plus amoureux.
Colette.
Par un fort à mon tour , je me fens poursuivie
Le Devin n'y peut rien.
Colin.
Que je fuis malheureux!
Colette.
AVRIL.
169 1753.
- Colette.
D'un amant plus conftant ,
Colin.
Votre infidélité ,
Ah de ma mort fuivie ,
Colette .
Vos foins font fuperflus , ´
Non , Colin , je ne t'aime plus.
Colin.
Ta foi ne m'eft point ravie :
Non , confulte mieux ton coeur ,
Toi-même en in'ôtant la vie ,
Tu perdrois tout ton bonheur .
Hélas !
Colette à part.
à Colin.
Non , vous m'avez trahie ,
Vos foins fout fuperflus ,
Non , Colin , je ne t'aime plus.
Colin.
C'en eft donc fait , vous voulez que je meure ,
Et je vais pour jamais m'éloigner du hameau .
Colette rappellant Colin qui s'éloigne lentement
.
Colin
Colin.
Quoi?
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Colette.
Tu me fuis ?
Colin.
Faut -il que je demeure ,
Pour vous voir un amant nouveau ?
Colette,
Tant qu'à mon Colin j'ai fçû plaire ,
Mon fort combloit mes défirs .
Colin.
Quand je plaifois à ma bergete ,
Je vivois dans les plaifirs .
Colette.
Depuis que fon coeur me méprife ,
Un autre a gagné le mien .
Colin.
Après le doux noeud qu'elle briſe ,
Seroit- il un autre bien !
D'un ton penétré.
Ma Colette fe dégage.
Colette.
Je crains un amant volage .
Enſemble.
Je me dégage à mon tour ,
Mon coeur devenu paifitle ,
Oublira , s'il eft poffible ,
AVRI L. 1753.
171
cher
Que tu lui fus
un jour.
chere
Colin.
Quelque bonheur qu'on me promette
Dans les noeuds qui me font offerts ,
J'euffe encor préféré Colette
A tous les biens de l'univers .
Colette.
Quoiqu'un Seigneur jeune , aimable ,
Me parle aujourd'hui d'amour
Colin m'eût femblé préférable
A tout l'éclat de la Cour.
Colin tendrement.
Ah Colette !.
Colette avec unfoupir.
Ah berger volage !
Faut-il t'aimer , malgré moi !
Colin fe jette aux pieds de Colette , elle
lui fait remarquer à fon chapeau un ru
ban fort riche qu'il a reçu de la Dame.
Colin le jette avec dédain ; Colette lui en
donne un plus fimple dont elle étoit parée
, & qu'il reçoit avec tranfport.
A jamais Colin
Enfemble.
je t'engage ,
t'engage ,
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Mon
Son
}
coeur &
{
ma
foi.
fa
Qu'un doux mariage
M'unifle avec toi :
Aimons toujours fans partage ,
Que l'amour foit notre loi .
Le Devin revient en leur difant qu'il
les a délivrés d'un cruel maléfice ; ils lui
offrent chacun un préfent , & le Devin
recevant des deux mains , leur répond galamment
qu'il eft affez payé s'ils font heurcux
.
Le Divertiffement commence par un
Choeur , & Colin chante cette Romance
au milieu du Divertiffement.
Dans ma cabane obfcure
Toujours loucis nouveaux ,
Vent , Soleil , ou froidure ,
Toujours peines & travaux :
Colette , ma bergere ,
Si tu viens l'habiter ,
Colin dans fa chaumiere
N'a rien à regretter.
Des champs , de la prairie
Retournant chaque foir ;
Chaque foir plus chérie
Je viendrai te revoir :
AVRIL.
1753. 173
Du Soleil dans nos plaines
Devançant le retour ,
Je charmerai mes peines ,
En chantant notre amour.
Les paroles du Jaloux corrigé font de M. Coler
& la Mufique de M. Blavet. Le Récitatif de cet
Intermede François , eft à peu près dans le goût
du récitatif Italien , autant du moins que la différence
des Langues a pú le permettre ; & malgré
la prévention prefque générale de notre Nation
contre le récitatit Italien , il n'a point paru que
les Spectateurs ayent été extrêmement choqués
de ce premier effai . Les Ariettes de l'Intermede
ne font autre chofe que des parodies des meilleures
Ariettes de la Serva Padrone , du Joueur , & du
Maitre de Musique ; & quoique tranfplantées ,
pour ainfi dire , elles ont été trouvées en général
agréables , entr'autres celle de l'Echo , celle
de Non , non , Madame Orgon , & celle du Due.
On a trouvé dans le Divertiffement , qui eft en
entier de M. Blavet , de bons airs de violon , & le
Vaudeville fur tout a très-bien réuffi .
Le Public a été aflez jufte pour ne pas trouver
mauvais que M. Manelli & Mile Tonelli , qui
jouoient , l'un le rôle de M. Orgon , & l'autre
celui de Suzon , & qui chantoient du François
pour la premiere fois de leur vie , euffent une
prononciation finguliere : leur jeu a été d'ailleurs
affez vif. Mlle Victoire chargée du rôle de Mad .
Orgon , y a mis beaucoup de fineffe , de naturel
d'efprit & de bonne plaifanterie. Cet effai a été
affez heureux pour qu'on puiffe efperer que la jeune
Actrice fera retirée de la danfe où elle eft peu
néceflaire , pour le chant où elle fera fort utile..
Les amateurs nous ont paru fouhaiter générale-
Hinj
174 MERCURE DE FRANCE.
ment ce changement . L'exécution du Divertiffement
qui eft fort gai , a répondu à celle du refte
de l'Intermede , & Mrs Hyacinthe & Laval s'y
font diftingués , ainfi que Mlle Raix & M. Beat .
Les Paroles & la Mufique du Devin du Village
, font de M. Rouleau de Genève , fi connu
par le Difcours de Dijon , & par les autres Ouvrages
qui en ont été la fuite . Cet Intermede qui
avoit été joué à Fontainebleau au mois d'Octobre
dernier avec un fuccès prefque inoui , à été
bien reçu à Paris. La multitude a trouvé les chants
de cet Intermede très agréables , & les gens d'efprit
ont remarqué de plus dans fa Mufique une
fineffe , une vérité , une naïveté d'expreffion fort
rares . Mile Fel & M. Jeliotte y ont fait aux (pectateurs
, le même plaifir qu'ils ont coutume de
faire dans les rôles dont ils font chargés , & on
a fort regretté qu'ils ayent été doublés fi - tôt . Dans
le Divertiffement on a fur tout goûté la Pantomime
, dont la Mufique a paru pleine de caractère
, & dont la danfe parfaitement bien adaptée à
la Mufique , a été très bien exécutée par Mlle
Raix & par Mrs Veftris & Lani.
Le Mardi 11 , on a retiré le Jaloux corrigé après
fix repréfentations , & on continue à donner le
Devin du Village , précédé de la Serva Padrona , &
fuivi du Maître de Musique , deux Intermedes Italiens
qui avoient beaucoup réuffi dans la nouveauté
, & qui continuent à réuffir beaucoup dans
la reprife. Le Divertiffement que M. Blavet avoit
fait pour le Jaloux corrigé , termine agréablement
le nouveau Spectacle. Mr Delatour & Mlle
Jaquet , jouent les roles de Colin & de Collete
dans le Devin du Village.
Les Comédiens François ont remis au Théatre
A VRI L. 1753. 175
le Mercredi 28 Février , la Force du naturel , Comédie
en Vers , & en cinq Actes , de M. Nericaut
Deftouches ; elle a eu cinq repréſentations .
Le Public a revû avec beaucoup de plaifir fur
le même Théatre le Lundi cinq Mars & les jours
fuivans , l'Impertinent , Comédie en Vets & en un
Acte , de M. Defmabis , qui avoit été jouée en
1750 avec un grand fuccès : le principal rôle de
cette Piéce eft rendu dans la plus grande perfection
par M. Grandval , Acteur inimitable pour les
rôles de ce genre.
L'Opéra Comique a donné le Mardi 13 du
mois dernier , la premiere repréſentation du Safffant,
Piece nouvelle en un Acte , qui réuffit fort .
NOUVELLES ETRANGERES.
DU NORD.
DE STOCKHOLM , le 7 Fevrier.
Onformément aux réfolutions prifes dans la
Cderniere Diette , les forces de ce Royaume
confiftent en foixante- quatre mille hommes tant
d'Infanterie que de Cavalerie , vingt- fix Vailfeaux
, foixante - dix Galeres , & vingt- mille Matelots
. Par une nouvelle Ordonnance de Sa Majefté
, la marque des trois Couronnes , qui eft le
coin du Royaume , doit dorénavant être empreinte
fur tout l'or , l'argent , le cuivre & l'etain ,
qui fer ont mis en oeuvre.
On travaille à augmenter co : fidérablement les
Hij
176 MERCURE DE FRANCE .
logemens de l'Hopital établi l'année derniere
aux dépens de l'Ordre des Séraphins.
Ila paru ces jours- ci une Ordonnance datée du
7 Décembre 1752 , & qui a été publiée en François
& en Suédois. Elle porte ce qui fuit : » Nous
Adolphe-Frederic , & c. Comme il eft dicté par la
» Loi au X Ve Chapitre , §. 2. qu'un Etranger doit
jouir de ce qui lui revient par droit de fuccef-
" fion , lorfqu'il est d'un pays où les Sujets Sué-
ود
93
גכ
ל כ
dois jouiffent du même droit ; & comme nous
» fommes convenus avec Sa Majesté le Roi de
» France , de l'établiflement d'une parfaite réci
procité en pareil cas , de forte que le Dr it d'Au-
» baine ceffera deformais entiérement à l'égard
des biens & effets mobiliers , qui fe trouveront
appartenir en France à ceux de nos Sujets qui
» y décéderoient ou ailleurs . A ces caules , Nous
» avons trouvé bon d'ordonner ultérieurement
par la préfente , que fi un François vient à mourir
en Suéde ou ailleurs , fes héritiers légitimes
» ou teftamentaires , fes légataires , ou tous autres
, ayant titre valable pour exercer les droits
» foit qu'ils foient Regnicoles ou Etrangers, pour-
» rent librement recueillir les biens , meubles &
» effets mobiliers , qu'il auroit délaiffés dans ce
» Royaume , foit que lesdits héritiers ou repré-
·
fentans veuillent s'établir en Suéde , og tranf-
» porter lefdits effets hors du Royaume , fans aucune
diminution , & fans payer aucun droit ,
» foit à la Couronne , foit à la Ville où la fucceffon
fera ouverte , ni à autres. Et pourront les
Procureurs & Mandataires defdits Héritiers &
repréfentans du deffunt , même leurs Tuteurs &
" Curateurs qui auront été légitimement établis
» dans le lieu du domicile defdits Mineurs , récla-
» mer lefdits biens , fe les faire remettre en donAVRIL.
1753-
177
20
30
ner décharges valables , les regler & adminiftrer
, en juftifiant feulement de leurs titres &
qualités. Au refte , nous fommes convenus avec
Sa Majesté le Roi de France , que ce qui a été
» ainfi reglé entre nous , fortira fon effet & fera .
réciproquement obfervé dans les deux Royau-
» mes , à commencer du premier Janvier de la
» prochaine année 1753. Enjoignons à tous ceux
qu'il appartiendra , de tenir la main à l'exécu
tion de la préfente ordonnance. En foi de quoi
»Nous l'avons fignée de notre main , & y avons
» fait appofer notre Sceau Royal.
DE COPPENHAGUE , le 1 Fevrier.
Laurent Spengler , Tourneur de la Cour , &
Ouvrier très- célebre , vient de mettre la dernie
re main à un Luftre d'ambre que l'on regarde
comme un chef- d'oeuvre. Ce précieux morceau
repréfente un Temple de Minerve , orné d'une
petite ftatue de la Déeffe . Les pilaftres font d'ordre
Dorique , & tous les ornemens en font
d'un travail achevé . Ce Luftre a été préfenté au
Roi , qui l'a fait mettre dans fon Cabinet de cu--
riofités.
ALLEMAGNE..
DE VIENNE , le 1S Fevrier.
Le 13 de ce mois , il y eut Bal à la Cour . Tous
les Mafques y repréfentoient quelque Divinité dee
Anciens , & l'Archiducheffe aînée y parut en Mi
Derve. Les Archiducs dînerent le 16 chez le Feld--
Maréchal Comte de Bathiani , & le repas fut fuivi
dain: Ball: Le Baron de Bretlacz , Ambaffadeuzr
H
178 MERCURE DE FRANCE :
de leurs Majeftés Impériales en Ruffie , ayant demandé
fon rapel à caufe de fes indifpofitions , le
Comte Nicolas Efterhafi, ci - devant Miniftre Pléni.
potentiaire de cette Cour à celle d'Eſpagne , doit
partir inceffamment pour le remplacer . Leurs Majeftés
ont nommé leur Miniftre Plénipotentiaire
auprès du Roi de la Grande Bretagne , le Comte
Charles de Colloredo , qui a réfidé quelque tems
à Petersbourg en la même qualité . Ce Comte a
été déclaté Confeiller Privé & Major Général. Sa
place de Colonel Commandant du Régiment
dont le Lieutenant- Feld- Maréchal Comte de Colloredo
eft Colonel , a été donnée au Lieutenant-
Colonel de ce Corps , & le Comte de Laſcy en a
obtenu la Lieutenance- Colonelle . Le 15 , le Comte
de Cobenzel arriva de Mayence. On dit qu'il
fera chargé d'appuyer les interêts de l'Evêque de .
Gurck , dans le Chapitre qui doit fe tenir pour
l'élection d'un nouvel Archevêque de Saltzbourg.
>
L'Impératrice Reine a envoyé des ordres en
Bohême & en Moravie , pour y lever la Milice ,
à peu près fur le même pied qui s'obferve en France.
DE DRESDE , le 14 Fevrier.
On donna le quatre de ce mois à la Cour la
premiere repréſentation d'un nouvel Opéra intitulé
Soliman. Jamais aucun Spectacle moderne
n'a réuni plus de magnificence & de fingularité .
L'entrée de Zelim , qui eft une pompe militaire ,
mérite fur-tout une defcription particuliere . Les
Ecuries de Sa Majesté avaient fourni grand nom .
bre de chevaux Turcs , Perfans , Circafhens & Po-
Jonois , & même plufieurs chameaux .Un Sebfban-
Pacha , ou Quartier- Maître- Général , ouvroit la
marche avec une troupe de Milice Turque , penAVRI
L. 1753. 179
dant qu'un Choeur de Mufique chantoit les exploits
de Zélim . Enfuite venoient une Compagnie
de Janiffaires , plufieurs Maures , quatre
chameaux richement caparaçonnés , deux éléphans
factices , & fi femblables à la nature , qu'ils
ont trompé tous les Spectateurs ; vingt quatre
Efclaves qui conduifoient des bêtes fauvages ;
une troupe de Turcs portant les dépouilles des
ennemis , quatre Baraicters ou Enfeignes portant
des trophées ; divers Prifonniers Perfans ; les chevaux
de main de Zélim , fuperbement har achés ,
& menés chacun par deux Maures. Zélim , précédé
de plufieurs Pachas & de fes Pages , paroiffoit
fur un cheval Perfan , couvert d'un harnois .
Turc , très -riche , & tout brillant de pierres précieuſes
. Au côté droit de ce Prince étoit le Selitar-
Aga ou Porte Sabre , & à la gauche le Soulak-
Pach ou Capitaine des Gardes , Zélim étoit
fuivi de fes Agas , magnifiquement montés , &
de fes Chatits , ou Valets de pied . La marche
étoit fermée par un Corps de Janiflaires.
DE BERLIN , le 25 Fevrier.
Toute la Cavalerie vient d'être remontée : on
va maintenant travailler à la remonte des Dragons
& des Huffards . Un Courrier extraordinaire
, dépêché de Londres par le fieur Michell , a apporté
au Roi la Réponſe de la Cour Britannique à
P'Expofition des Motifs de Sa Majefté On attend irceffamment
ici le Comte de la Lippe Buckebourg.
Suivant les derniers avis reçus de Caffel , le Prin
ce Maximilien de Heffe , pere de la Princefe
époufe du Prince Henri , eft prefque entieremens . "
rétabli de fon indifpofition. On apprend de Siléfi
, que le 7 de ce mois la Ville. de Glatz a éré:
Hvj
1So MERCURE DE FRANCE.
menacée d'un embrafement général ; mais que
par les foins & la diligence qu'on a apporté pour
arrêter les progrès des flammes , il n'y a eu que
cinq nailons réduites en cendres . Des Lettres de
Brême marquent que la nuit du 15 au 16 , le feu
ayant pris avec violence dans un des principaux
quartiers de la Ville , il y a eu quelques maiſons
entierement confumées , & que quatre perfonnes .
y ont péri.
DE DUSSELDORP , le 2 Mars.
On fit le 24 du mois dernier près du Village de
Lindorf , dans le Duché de Bergues , l'épreuve
d'une machine pour tirer l'eau des mines de
plomb , de vitriol , d'alun & de fouffre . Dans
l'intervalle de deux heures , le premier puits d'une
mine , lequel a plus de cent pieds de profondeur
, s'eft trouvé entierement tari . Quoique cette
machine enléve à chaque fois un poids d'environ
cent quintaux , un enfant peut la faire jouer ,
& l'arrêter auffi facilement que le balancier d'u
me pendule .
ESPAGNE.
DE LISBONNE , le 1 Février.
Le Comte de Balchi , nouvel Ambaffadeur de
France , arriva ici le 15 du mois dernier . Ce Mi、
niftre fut reçu au bord du Tage par le Comte
d'Aventès , qui le conduifit jufqu'à fon Hôtel
dans un carroffe de Sa Majefté. Il eut le 17 fes
premieres audiences particulieres. Le 18 , le Duc
de Soto Mayor , Ambaffadeur d'Espagne , prit
congé de leurs Majeftés & de la Famille Royale..
AVRI L. 1753. 181
Par les dernieres Lettres qu'on a reçues de la-
Nuova Colonia , on a été informé que le Marquis
de Valdetirios , premier Commiffaire du Roi Catholique
, & Don Gomès Freyra , premier Commilaire
de Sa Majefté , alloient inceffamment
procéder à la démarcation ; qu'en conféquence ,
M. d'Echeverria , fecond Commiffaire Efpagnol ,
avoit été détaché avec un Officier Portugais ,
pour commencer à tirer la ligne de féparation ,
depuis Caftilhos jufqu'à la Riviere d'Ybieri , & delà
jufqu'au faut qui fait la moitié du chemin jufqu'à
la riviere des Amazones . Il a été convenu entre
les Commiffaires , qu'à l'arrivée des derniers ordres
de leurs Cours , on commenceroit l'échangedes
terres par les fept Villages fur la riviere d'Uruguay
Les Cartes fur lefquelles on a dreffé leplan
de l'échange & de la démarcation , le font
trouvées défectueufes en plufieurs points effen-.
tiels .
Quelques Négocians de Lifbonne ont formé
une Compagnie , pour établir un commerce régié .
entre les differens Ports de ce Royaume & les Indes
Orientales , à l'inftar de celui qui le fait à
Cadiz avec les Ports de l'Amérique . Ils te pros.
pofent d'employer des Vaiffeaux de Regiftre.
DE MADRID , le 20 Février.
On affure qu'il y aura cette année un Campdans
la Catalogne , pour former les troupes au
nouvel exercice . Le Marquis de Grimaldi , cidevant
Miniftre Plénipotentiaire du Roi à la Cour
de Suéde , eft arrivé de Paris , où il s'étoit arrêté
en revenant de Stockholm. Ce Miniftre a eu
Phonneur de rendre compte à Sa Majefté des com
millions dont il a été chargé,
182 MERCURE DE FRANCE.
Les divertiffemens du Carnaval ont commencé
le 2 de ce mois au Palais du Buen - Retiro, On
joue alternativement fur le Théatre de ce Palais
les trois Opera de Demetrius , de Siroë & de Didon
abandonnée. Ce dernier , qu'on ne fe laffe point
de revoir , cauſe toujours une nouvelle furpriſe.
Les décorations de ce fpectacle font de la plus
grande magnificence. L'embrafement de Carthage
, & l'inondation qui lui fuccéde , réuniffent
tout ce que l'Art des machines peut inventer pour
frapper les yeux , & pour étonner l'imagination..
On voit une grande Ville en proye aux flammes .
Un inftant après , Neptune , armé de fon Trident,
paroît dans une Conque tirée par des mouftres .
marins. Il eft environné d'une foule de Tritons
& de Néréides . De tous côtés l'eau jaillit dans les
airs , & les deux plus terribles des élemens combattent
, l'un pour la deftruction de la Ville , l'au
tre pour fa confervation. Dans l'Opera de Didon
, la Signora Mingotti repréfente cette Reine ;
& dans celui de Siroë , elle joue en habit d'homme
le rôle d'Emir.
DE
GIBRALTAR , Le 31 Janvier.
Suivant les nouvelles de Tetuan l'Empereur
de Maroc , après avoir ratifié le Traité de paix
conclu avec la République des Provinces - Unies ,
a fait publier ce Traité dans tous les Etats , avec
ordre aux Armateurs fes Sujets , de refpecter à
Pavenir le Pavillon Hollandois , fous peine de las
vie,
AVRIL. 183 1753.
ITALI E.
DE NAPLES , le 10 Février.
On travaille avec toute l'activité poffible , à rétablir
le Port de Salerne. Le Roi a envoyé une
Compagnie de Mineurs , pour aider les habitans à
couper une montagne , au travers de laquelle on
veut pratiquer un chemin.
DE ROME , le 21 Février.
Le 16 de ce mois , mourut en cette Ville le-
Cardinal Thomas Ruffo , Evêque d'Oftie & de
Velletri , Doyen du Sacré Collée , Vice- Chan-.
celier de la Sainte Eglife Romaine , Commandeur
de la Bafilique de Saint Laurent in Damaſo , Secrétaire
de la Congrégation du Saint Office , &c.
Membre de celles du Concile de propaganda Fide,.
de la Confulte , de la Vifite Apoftolique , des..
Eaux , des Evêques & Réguliers : Protecteur des.
Moines de Saint Bifile , des Capucins , des Capucines
de Monte- Cavallo , du Monaftere de Sainte
Marthe , des Religieufes de Sainte Theréfe , de
l'Archiconfrairie du Saint Sacrement , & c. Ce
Cardinal étoit âgé de quatre-vingt- neuf ans cinq :
mois & un jour , étant né à Naples le 15 Septembre
1663. Il étoit Cardinal depuis le 17 Mai
1706 , & le feul avec le Cardinal d'Alface , qui
reftât de la création de Clément XI . Par fon
teftament , il a laiffé tous les biens au Duc de
Baranello , fon neveu. Son corps a été exposépendant
trois jours dans une Salle de fon Palais , &
il y a eu nuit & jour un très grand concours. Il
tut transporté le 18 après midi en grande pompe
184 MERCURE DEFRANCE .
•
dans l'Eglife de Saint Laurent in Damafo , où il a:
voulu être inhumé . Le Convoi étoit précédé des
Orphelins , de onze Confrairies , de tous les Religieux
Mandians , & du Chapitre de Saint Laurent.
Plufieurs Evêques , les Prélats de la Chambre
Secrette du Pape , & les Clercs de Chambre
fuivoient le corps porté fur un char . Avant hier
le Pape fe rendit à l'Eglife de Saint Laurent , & il
affifta avec tout le Sacré Collège à la Meffe de
Requiem , qui fut célébrée pour le feu Cardinal.
DE GENES , le S Février.
On n'a point effuyé depuis long- tems en Italie
un froid auffi vifque celui qui s'y fait fentir. Les
vents continue en même tems d'être contraires,
& pendant quinze jours il n'eft entré dans ce Port
que quatre ou cinq Bâtimens .
GRANDE BRETAGNE.
DE LONDRES , le IS: Février.
On remit le 8 à M. Michell , Secrétaire de
Légation du Roi de Pruffe , la Réponſe à l'Expofition
des Motifs de ce Prince. Cette réponſe
étoit accompagnée d'une Lettre du Duc de Newcaftle
à M. Michell. L'un & l'autre Ecrit ont été
imprimés & rendus publics.
Avant-hier , les Seigneurs réfolurent de préfen
ter une adreffe au Roi , pour le fupplier de leur
faire remettre un Extrait des Mémoires que le
Gouvernement a reçus concernant la Nouvelle-
Ecoffe , & un état de l'emploi des fommes qui
ont été accordées par le Parlement pour l'entre
tien de cette Colonie . Ils pafferent dans la même
A VRI L. 1753 185
féance le Bill contre les Braconniers . Le 8 , la
Chambre des Communes approuva les réfolutions
prifes la veille fur les moyens de lever le fubfide ,
& elle fit la premiere lecture d'un Bill , qui ordonne
que les Officiers de Juftice foient rembourfés
des dépenfes qu'ils font obligés de faire dans
les procédures criminelles. S'étant formée enfuite
en Committé , elle alloua deux mille deux
cens quatorze livres fterlings au Capitaine Jean.
Vernon , en indemnité du terrein fur lequel le
Fort de Sheerneff eft bâti , & qui appartenoit au
grand-oncle de cet Officier.
Le 21 , les Seigneurs réfolurent de fupplier le
Roi , qu'on leur remît les états des fommes aufquelles
les dettes de la Nation montoient le 31
Décembre 1751 , & aufquelles elles fe font trouvées
monter à la fin de l'année derniere . Le 16 ,
la Chambre des Communes lut pour la premiere
fois le Bill , qui a pour objet l'encouragement de
l'induftrie. La Chambre accorda le 17 à la Colonie
de la Nouvelle Ecoffe quarante - fept mille
quatre cens quarante-huit livres fterlings pour
l'année derniere , & quarante-fept mille cent foixante-
fept pour cette année. En même tems cette
Chambre accorda fept mille neuf cens feize livres
fterlings , pour fuppléer aux non - valeurs des droits
fur le papier timbré , & neuf mille huit cens quarante
fix pour les non- valeurs des droits fur les
vins. Conféquemment aux ordres de la Chambre ,
la Compagnie du Levant lui a fait remettre tous
fes comptes , & les réglemens faits par rapport
au commerce du. Levant. Prefque toutes les Vil
les maritimes du Royaume ont préfenté des Requêres
, pour obtenir que ce commerce foit rendu
libre. La Compagnie d'Afrique a demandé
d'être remboursée de fix mille livres sterlings,
186 MERCURE DE FRANCE .
qu'elle a dépensées au- delà des dix mille qui lui
ont été accordées l'année derniere .
Le 23 , le Lord Steward informa les Seigneurs,
qu'en conféquence de leur Adreffe , le Roi leur
feroit remettre l'état des dettes de la Nation . Ils
firent le même jour la feconde lecture du Bill
concernant la taxe fur les terres , de celui pour
perpétuer les droits fur le fel & fur les harangs , &
du Bill contre les foldats mutins & les déleiteurs.
Hier , ils paflerent ces trois Bills . Le 22 la
Chambre des Communes approuva les changemens
faits au Bill , qui ordonne que les Connéta
bles foient rembourlés de certains frais extraordi
naires . On préfenta un Bill , pour permettre l'entrée
des laines d'Irlande dans le Port d'Excefter,
?
Aujourd'hui , le Roi s'eft rendu à la Chambre
des Pairs avec les cérémonies accoûtumées , & Sa
Majefté ayant mandé la Chambre des Commu
nes , a donné fon confentement au Bil de la taxe
fur les terres , à celui pour perpétuer les droits
fur le fel & fur les harangs , & à quelques autres
Bills , tant publics que particuliers. Il fut préfenté
ces jours derniers aux Seigneurs un projet de
Bill , tendant à établir que les loix qui empêehent
que chacun ne puiffe exercer librement les
Arts & métiers dont fa fituation particuliere , fon
génie & les circonftances , le pofteroient à faire
choix , ne fervent qu'à reftraindre l'induftrie d'une
Nation ; qu'en bornant ainfi les Arts & métiers
à un petit nombre de mains , on nuit à leurs progrès
, on renchérit les marchandifes , on fait perdre
les débouchés & la vente , on diminue la demande
générale , & l'on fait décroître la richeffe
& la force de l'Etat ; que par conféquent pour
remédier à ces maux , & pour
ôter toute contrainte
à l'industrie , il eft néceffaire qu'il foit pomis
AVRIL. 1753. 187
déformais à quelque perfonne que ce puifle être ,
d'exercer indifferemment tout Art & métier dans
quelque Ville , Cité ou Bourg que ce ſoit , même
dans les Villes qui font privilégiées , & où il y a
des Communautés établies .
Le 25 , la Princeffe de Galles quittera le deuil
qu'elle aura porté pendant deux ans entiers pour
la mort du Prince fon époux.
Il y a un projet pour envoyer à la Nouvelle
Ecoffe tous les vagabonds & gens fans aveu , &
pour les y employer à la culture des terres , ou à
d'autres ouvrages utiles. Sur l'avis que le projet
d'un Bill , pour rendre libre l'exercice de tout Art
& de tout métier , a été préfenté à la Chambre des
Pairs , le Commun Confeil de cetre Ville leur a
donné une Requête , par laquelle il demande que
ce Bill n'acquiere pas force de loi.
PATS - BAS.
DE LA HAYE , le 23 Février.
La Princeffe Gouvernante vient d'établir pour
le Génie une Ecole de Mathématiques , fous la
direction de M. Chardon , Capitaine Ingénieur.
Il y aura des Leçons trois fois par semaine , &
l'ouverture s'en fera à la fin du mois d'Avril prochain
.
188 MERCURE DE FRANCE.
L
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E IS Février dernier , jour de l'Anniverſaite
de la naiflance du Roi , on chanta le Te Deum
dans l'Eglife de Notre- Dame , Paroiffe du Château
. Le Comte de Noailles , Gouverneur de
Verlailles , y affifta , étant accompagné des Offi
eiers du Bailliage. Après la cérémonie , il alluma
le feu qui avoit été préparé vis à -vis de l'Eglife.
Les Invalides , chargés de la garde de cette Ville ,
frent une triple falve de moufqueterie Il y ent
-expofition du Saint Sacrement , Salut & Te Deum
dans les autres Eglifes , ainfi que dans celle de
Notre Dame. Le foir on fit des feux dans les rues,
& toutes les mailons furent illuminées.
Les Dominicains du Noviciat , rue Saint Dominique
, fauxbourg Saint Germain , célébrerent le
16 un Service folemnel pour l'Anniverſaire du
feu Duc d'Orleans . Pénétrés de reconnoiffance
pour les marques d'affection dont ce Prince a ho
noré leur Ordre , ils n'ont rien oublié de ce qui
pouvoit relever l'éclat de cette cérémonie. Le
fond du Choeur & la face intérieure de la Porte
de l'Eglife étoient tendus de noir jufqu'à la voûte.
Des deux côtés de l'Eglife , ainfi que dans la croifée
, la tenture montoit feulement juſqu'à la naiffauce
des chapitaux , de forte que l'Ordre d'Architecture
reftoit à découvert , & entroit dans le
plan de la décoration funébre. Il y avoit le long
de chaque face latérale deux Litres de velours
noirs , chargées d'Ecuffons aux Armes du Prince.
Entre ces Litres on avoit placé de diſtance en
AVRIL. 1753. 189
diſtance des Emblêmes en camayeu , relatifs
aux traits les plus remarquables de fa vie. Vingtdeux
grands Ecuffons , en broderie d'or , étoient
mêlés alternativement avec ces Emblêmes.
Un magnifique Dais , fufpendu au - deffus de
la corniche de l'Eglife , couronnoit le Catafalque.
Des quatre coins du Dais partoient des rideaux
bordés d'hermine , & femés de fleurs - de- lys
d'or , qui formoient , aux quatre premiers Pilaftres
de l'Eglife , des attaches avec noeuds & chûtes.
La Repréſentation , élevée fur un double
gradin , étoit couverte d'un Drap mortuaire , galonné
d'argent , avec une bordure d'hermine.
On avoit pofé fur des couffins la Couronne &
les marques des Ordres du Saint- Efprit & de la
Toifon d'Or. Cent cierges , de deux livres cha
cun , entouroient la Repréfentation. L'Autel
étoit éclairé avec la même magnificence . Un cordon
de lumieres regnoit autour du Sanctuaire .
Dans la Nef & dans la Croisée étoit un grand
nombre de Guirlandes , qui portoient chacune
cinq bougies. Vers les onze heures du matin , la
Ducheffe de Modéne , qui avoit été invitée à la
cérémonie , fe rendit à l'Eglife , & prit la place
qui lui avoit été préparée . La Mefle fut célébrée
pontificalement par l'Evêque de Caftres , & à
POffertoire le Pere François - Etienne , Religieux
de la Maifon , prononça l'Oraifon Funebre. Il
choifit pour texte ces paroles de l'ECCLESIASTIQUE
: Dilectus Deo hominibus , cujus memoria in
benedictione eft. Après avoir montré dans fon Exorde
l'ufage qu'on doit faire des grandeurs & des
richeffes pour être chéri de Dieu & des hommes ,
& après avoir excité de juftes regrets au fujet de
la mort du Duc d'Orleans , il récapitula les plans
des differens Orateurs qui ont célébré les vertus
190 MERCURE DE FRANCE.
(
de ce Prince. Il montra que tous les éloges deja
prononcés , pouvoient fe réduire fous les deux
points de vue fuivans , dont il forma la divifion de
fon Difcours. Prince felon le coeur de Dieu : le Duc
d'Orleans n'employa fa grandeur , que pour lui être
agréable. Prince felon le coeur des Peuples : le Duc
d'Orleans n'employa fa grandeur , que pour leur être
utile. Tout le monde reconnut dans cet éloge le
vrai caractére du Prince qui en étoit l'objet , &
l'on applaudit genéralement l'Orateur , dont les
talens méritent d'autant plus d'eftime , qu'il eſt
encore fort jeune. Plufieurs Seigneurs & Dames
affifterent à cette cérémonie , ainfi que les principaux
Officiers du Duc d'Orleans.
Leurs Majeftés entendirent le 17 la Meffe de
Requiem , qui fut célébrée pour l'Anniverfaire de
Monfeigneur le Dauphin , pere du Roi , & pendant
laquelle M. Rebel , Sur- Intendant de la Mufique
de la Chambre , fit chanter un De profundis
de fa compofition , que les gens du monde & les
gens de l'Art ont trouvé plein d'expreffion & de
caractere.
Le 18 , le Roi quitta le deuil qu'il avoit pris le
28 du mois dernier , pour la mort de la Duchelle
du Maine.
Sa Majesté fit ce même jour la cérémonie de
recevoir onze Chevaliers ' de l'Ordre du S. Efprit.
Leurs Majeftés , accompagnées de Mefdames
de France , affifterent le 25 au Salut dans la Chapelle
du Château.
Le même jour ; ainfi que le 24 , le Roi & la
Reine fouperent au grand couvert , avec la Famille
Royale.
Monfeigneur le Dauphin fut incommodé le 24
d'une grande douleur de dents , qui lui caufa un
peu de fiévre. Le 25 la joue s'enfla , & le foir on
AVRI L. 1753. 191
apperçut fur la gencive un bouton en maturité .
On l'a ouvert , & le lendemain Monseigneur le
Dauphin s'eft trouvé fans fiévre & fans douleur .
Le 26 , il y eut chez Madame la Dauphine un
Concert , auquel la Reine & Mefdames de France
affifterent. On y chanta le fecond & le troifiéme
A&te d'Armide.
Le I1 Mars , le Roi a pris les eaux de Vichy. Sa
Majefté continua de les prendre pendant deux jours.
Par un Arrêt du Confeil d'Etat , l'exemption
des droits fur les Beftiaux venans des Pays Etrangers
, accordée par differens Arrêts , notamment
par celui du 21 Décembre 1751 , eft prorogée
pour un an , à compter du premier Janvier de
cette année jufqu'au premier Janvier de l'année
prochaine.
On apprend que la Ville de Marſeille vient
d'établir une Académie de Peinture & de Sculpture
, fous la protection du Duc de Villars , Gouverneur
de Provence. L'ouverture de cette Académie
fe fit le 3 du mois de Février dernier , & la
Séance commença par un Difcours que M. Lemoine
, Peintre du Roi , & Directeur de l'Acadé
mie pour la Peinture , prononça fur l'utilité des
Beaux Arts. M. Verdignier a été nommé Directeur
pour la Sculpture. La nouvelle Académie eft
compofée de vingt Académiciens. Elle tiendra
fes affemblées dans une. Salle de l'Arfenal , & elle
fera choix de Profeffeurs habiles , pour donner des
leçons publiques de Géométrie , de Perſpective &
d'Architecture .
Le Prince de Condé donna le 3 un Bal paré ,
qui fut précédé d'un ſouper , ſervi à plufieurs tables
, dont les trois principales étoient chacune de
trente couverts. Le fplendide & l'agréable ont
également regné dans cette fête , ordonnée par
192 MERCURE DE FRANCE.
la magnificence , dirigée par le goût , & animée
par le plaifir.
Sa Majesté fe rendit le 4 au Château de Bellevue
, où Elle a paflé les deux derniers jours da
Carnaval.
Madame la Dauphine communia le même jour
par les mains de l'Evêque de Bayeux , fon premier
Aumônier.
Le 3 , il y eut Concert chez la Reine , & l'on y
chanta les deux derniers Actes de l'Opéra d'Armide.
On exécuta les chez Madame la Dauphine
le Prologue & le premier Acte du Bailet de Zaide ,
dont la Mufique eft de M. Royer , Ordinaire de
la Mufique de la Chambre du Roi , & Maître de
Mufique des Enfans de France .
Les Comédiens François repréfente rent le premier
, la Tragédie de Bajazet , fuivie de l'Esprit
de Contradiction , & le 6 la Comédie de Démocrite
de Regnard , fuivie de la petite Piéce de la Pupille
, de M Fagan.
-Le 7 , Mercredi des Cendres , on chanta
pendant
la Mefle du Roi , le Miferere en Faux Bourdon.
Sa Majesté reçut les cendres par les mains
de l'Abbé de Termont , un de fes Aumôniers en
quartier. La Reine les reçut par les mains de l'Archevêque
de Rouen , fon Grand Aumônier ; Mon.
feigneur le Dauphin par celles de l'Abbé de Raigecourt
, Aumônier du Roi ; & Madame la Dauphine
par celles de l'Evêque de Bayeux , fon premier
Aumônier .
Leurs Majeftés fouperent le même jour au grand
couvert avec la Famille Royale.
M. l'Abbé de Bouillé , Maître de l'Oratoire
du Roi , fuccéde au feu Abbé Chevriers , dans la
Dignité de Doyen des Comtes de Lyon.
Le 8 & le 9 , pendant la Mefle du Roi , M. Izo
fit
AVRI L. 1753. 193
fit chanter le Pfeaume Benedic anima mea , Domninum
, Motet de fa compofition.
Leurs Majeftés , accompagnées de la Famille
Royale , atfifterent le 11 à la Prédication de
Dom Jean-Bernard Senfatic , Religieux Bénédictin
de la Congrégation de Saint Maur.
Le même jour , le Roi foupa au grand couvert
chezla Reine .
Le même jour , la Comteffe de Montrevel a
été préfentée à leurs Majeftés & à la Famille
Royale.
Il y eut , le 10 & le 12 , Concert chez Madame
la Dauphine. Le 10 , on y chanta les deux
derniers Actes du Ballet de Zaïde. On y chanta
le 12 le Prologue & le premier A&te du Ballet de
la Paix , dont les paroles font de M. Roi , Chevalier
de l'Ordre de Saint Michel , & la Mufique
de Mrs Rebel & Francoeur , Surintendans de la
Mufique de la Chambre. La Reine a affifté à ces
deux Concerts .
Le 8 , les Comédiens François repréſenterent
la Tragédie des Horaces , & Attendez moi fous
l'Orme. Ils jouerent le 13 le Philofophe marié , &
le Medecin malgré lui.
Le 14 , les Comédiens Italiens ont joué Arlequin
Sauvage , & cette Comédie a été accompagnée
de deux Ballets .
J
La Reine , Monfeigneur le Dauphin , & Mefdames
de France , entendirent le même jour le
Sermon par le R. P Senfaric.
Le 14 , le Pere du Parc , un des Profeffeurs
de Rhétorique du Collège de Louis le Grand , prononça
un Difcours Latin , dans lequel il éxamina
Si l'étude des Belles - Lettres peut énerver l'ame. Plu
fieurs perfonnes de la premiere diſtinction aſſiſtes
rent à ce Diſcours.
1
194 MERCURE DE FRANCE.
La Brigade , qui vaque par la mort de M. le
Marquis de Grammont , dans les Gardes du Corps ,
a été donnée au Comte de Briqueville , Lieutenant-
Colonel du Régiment de Cavalerie d'Efcars.
Une Ordonnance du Roi , datée du 6 Fevrier
dernier, renouvelle les défenfes à toutes perfonnes
de faire porter à leurs Domeftiques la Livrée de Sa
Majefté , à moins qu'elles n'en ayent le droit par
leurs charges , ou par une conceflion particuliere.
Les Officiers même de la Maiſon du Roi ne pourront
ufer de cette liberté , fans en avoir obtenu la
permiffion par écrie du Grand Ecuyer de France.
Il est défendu par une autre Ordonnance de
même date , de donner aux Domeftiques une Livrée
de coulent bleue , quoique le Galon ſoit différent
de celui de la Livrée de Sa Majefté. Les
Era gers feuls ne feront point affujettis à ce Réglement.
M. de Pontcarré de Viarme , qui a obtenu depuis
peu une place de Confeiller d'Etat Ordinaire,
vacante par la mort de M. l'Eſcalopier , s'étant
démis de l'Intendance de Bretagne , le Roi a difpofé
de cette Intendance en faveur de M. le Bret ,
un de fes Avocats Généraux au Parlement.
Le Roi a donné à M. Bochart de Sarron , Maitre
des Requêtes , l'agrément de la charge d'Avocat
Général , vacante par la nomination de
M. le Bret à l'intendance de Bretagne.
Sur la demande que M. Duclos , Hiftoriographe
de France , l'un des Quatante de l'Académie
Françoife , & Affogié à celle des Infcriptions &
Belles- Lettres a faite de Lettres de vétérance
dans la feconde de ces Académies ; cêtre Compa❤
gnie à élú pour le remplacer , M. de Guignes ,
Interprete à la Bibliothèque du Roi pour les Lan
AVRIL . 1753 195
gues Orientales. Le 13 , l'Académie reçut la lettre
par laquelle Sa Majesté a confirmé cette élection .
La Faculté de Droit a fixé au premier du mois
de Juin prochain , l'ouverture du concours pour
les trois places d'Aggregés , qui vaquent dans cet
te Faculté par la promotion de Mrs Thomaffin ,
Lorry & Martin , à l'Anteceffure...
Leis , les Actions de la Compagnie des In
des étoient à dix huit cens livres , les Billets de la
piemiere Lotterie Royale à fix cens quatre - vingtdouze
, & ceux de la feconde à fix cens dix -neuf.
Le 21 , la Frivolité , Comédie de M. de Boilly , a
été jouée à la Cour pour la 3 fois , & avec plus de
fuccès encore qu'elle n'en avoit eu.
с
BENEFICES DONNE'S.
E Roi a donné l'Abbaye du Val Chrétien , ΌOτrα."
Lere de
dre de Prémontré , Diocéfe de Soiffons , à
P'Abbé Bellon , Chanoine de l'Eglife Cathédrale
de Chartres , & Chapelain de Sa Majesté ; l'Abbaye
de la Chapelle- aux- Planches , même Ordre ,
Diocèle de Troyes , à l'Abbé Gouault , Vicaire-
Général de ce dernier Diocéfe ; l'Abbaye de Bais
d'Aurillac , Ordre de Saint Benoît , Diocéfe de
Saint Flour , à la Dame de Perouené de Saint-
Chamaran ; le Prieuré de Monteireigne , fous le
titre de Notre Dame , & Redoux fon Annexe ,
dépendant de l'Abbaye de Saint Michel en l'Heral
unie au College Mazarin , au fieur Mahieu.
Le Roi a donné l'Abbaye de Fontaines-les-
Blanches , Ordre de Citeaux , Diocéfe de Tours ,
à l'Abbé de Durfort ; celle de Perignac , même
Ordre , Dioceſe d'Agen , à l'Abbé Paffalaigue
celle d'Aubeterre , ci -devant Ordre de Cîteaux ,
préfent fécularisée & érigée en Collégiale , Dio
Tij
196 MERCURE DE FRANCE.
céfe de Périgueux , à l'Abbé de Segonzac , & le
Doyenné de l'Eglife Collégiale de Saint Martin ,
de Tours , à l'Abbé de Prunarede.
Le Roi a donné l'Abbaye de Vauluifant , Or..
dre de Citeaux , Diocèfe de Sens , à l'Abbé de
Lomenie de Brienne , Vicaire Général de l'Archevêché
de Rouen ; celle de la Trinité de Vendôme
, Ordre de Saint Benoft , Diocèle de Blois , à
l'Abbé de Bourdeilles , Vicaire Général de l'E-'
vêché de Périgueux ; celle de Belleperche , Ordre
de Citeaux , Diocèfe de Montauban , à l'Ab .
bé de Montlezun , Vicaire Général de l'Evêché de
Mirepoix; & celle de Franquevaux , même Ordre
, Diocèle de Nifmes , à l'Abbé Sconin de Saint
Maximin , Vicaire Général de l'Evêché d'Alais.
Sa Majesté a accordé l'Abbaye de la Noë , Ordre
de Citeaux , Diocèle d'Evreux , à l'Abbé de
Cheylus , Vicaire Général de l'Evêché de Lisieux
celle de Néauffle - le-Vieux , Ordre de Saint Benoît
, Diocèse de Chartres , à l'Abbé de Verthamont
; le Prieuré de Chavanon , Ordre de Grammont
, Diocèle de Clermont , à l'Abbé de Banne
d'Avejan , Chanoine de l'Eglife Cathédrale d'Alais
, & la Prévôté de l'Eglife Collégiale de Saint
Martin de Tours , à l'Abbé Moré , Pénitencier
de l'Eglife Métropolitaine de la même Ville.
L'Abbé du Chaſtel , Chanoine & Chancelier de
l'Eglife Cathedrale de Metz , a été nommé pour
remplir la place d'Aumônier , vacante dans la
Chapelle de la Reine , par la mort de l'Abbé de
Montazet.
Le Roi a donné l'Abbaye de la Capelle , Ordre
de Prémontré , Diocèle de Toulouze , à l'Abbé
de Cambon Vicaire Général du même Diocèfe
, & Confeiller -Clerc du Parlement de Lan-,
guedoc , l'Abbaye Reguliere d'Azile , Ordre de
A V RIL. 175 197
Sainte Claire , Diocèfe de Narbonne , à la Danie
de Maupeou , Religieufe du même Ordre , & le
Prieuré d'Augurio , Diocèle de Sifteron , à M. Simeon.
Sa Majesté a donné l'Abbaye de 5. Tautin d'Evreux
, Ordre de Saint Benoît , à l'Abbé de Beaupoil
de Saint- Aulaire , Vicaire Général de l'Ar
chevêché de Rouen , & celle d'Aniane , même
Ordre, Diocèse de Montpellier , à l'Abbé Moreau ,
Confeiller -Clerc du Parlement , & Chanoine de
P'Eglife Métropolitaine de Paris .
MARIAGES ET MORTS.
M
Effire Jaques Gabriël Bazin , Marquis de Befons
& de Maifons , Seigneur de Neuville ,
Sully , Hupin , & autres lieux , Brigadier des Ar
mées du Roi , Meftre de Camp d'un Régiment de
Cavalerie, fils de feu Meire Louis Gabriel Bazin ,
Marquis de Befons & de Maifons , Gouverneur
de Cambrai & Pays Cambrefis , Maréchal des
Camps & Armées du Roi ; & de feue Marie - Anne
Befnard de Mailons , & petit fils de Jacques Bazin
de Bezons , Maréchal de France , Chevalier des
Ordres du Roi , Gouverneur de Cambray & pays
Cambrefis , Confeiller au Confeil de Régence ,
mort en 1733 , a été marié le 18 Septembre à
Anne- Marie Briqueville de la Luzerne , fiile de
feu Meffire Henri de Briqueville , Marquis de la
Luzerne , Seigneur de Manville , S. Clément &
autres lieux , & de Marie- Anne - Catherine Bouter
de Guignonville. La bénédiction nuptiale leur fur
donnée par l'Evêque de Carcaffonne , dans la
Chapelle particulière de M. de Trudaine , Corfeiller
d'Etat , leur contrat de mariage avoit été
figné le quinze par Leurs Majeftés & la Famille
Royale. I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
François-Emmanuel de Cruffol d'Uzès , Comte
de Cruflol , Meftre de Camp du Régiment de Cavalerie
de fon nom , fils de Charles - Emmanuel de
Cruflol d'Uzès , Duc d'Uzès , premier Pair de
France , Prince de Soyon , Brigadier d'Infanterie ,
Gouverneur & Lieutenant- Général des Provinces
de Saintonge & d'Angoumois , & d'Emilie de la
Rochefoucauld , époufa le 8 Janvier , Magdelai
ne-Julie Victoire de Pardailhan de Gondrin , fille
de feu Louis de Pardailhan de Gondrių , d'abord
Duc d'Epernon , puis Duc d'Aatiu , Pair de France
, Maréchal des Camps & Armées du Roi , &
Gouverneur de l'Orléannois , mort le 9 Décembre
1743 , & de Gilette - Francoife de Montmo
renci Luxembourg. La bénédiction nuptiale leur
fut donnée à Puteaux , dans la Chapelle du Duc
de Penthievre par l'Evêque de Blois . Leurs Majef
tés & la Famille Royale avoient figné leur contrat
de mariage le 2 du même mois .
fut
Marie-François- Augüfte de Matignon , Comte
de Gacé , Mentre de Camp , Lieutenant du Régiment
du Roi Cavalerie , fils de Marie- Thomas.
Augufte Matignon , Comte de Gacé & de Montmartin
, Chevalier des Ordres du Roi , & Brigadier
de Cavalerie , & d'Edmée Charlotte de Bren .
ne , ci devant Dame du Palais de la Reine ,
marié le même jour à Diane- Jacqueline Jofephe-
Henriette de Clermont d'Amboife , fille de Jean-
Baptifte de Clermont d'Amboife , Marquis de Renel
, Prince de Delin , Lieutenant - Général des
Armées du Roi , grand Bailly de Provins , Gouverneur
de Chaumont en Baffigny & de Mont-
Dauphin , Lieutenant- Général pour Sa Majeftě ,
du Blaifois , du pays Durois & do Vendômois , &
de feue Henriette Fitz - James de Berwick . Leurs
Majeftés & la Famille Royale avoient auffi ligné
AVRIL. 1753-
199
leur contrat de mariage le 31 de Décembre. La
bénédiction nuptiale leur fut donnée dans la Chapelle
de l'Hôtel de Matignon , par l'Evêque de
Soiffons.
Le 9 Novembre dernier, Meffire Jacques Marquis
d'Angennes,ci- devant Colonel du Régimentde fon
nom , eft mort dans fa terre du Tremblay , près S.
Cyr , âgé d'environ 66 ans ; il deſcendoit en ligne
directe de Jacques d'Angennes , Seigneur de Rambouillet
& de Maintenon ; & d'Elifabeth Coste
reau , fille de Meffire Jean Cottereau , Seigneur
de Maintenon , & de Marie Thurin , lequel Cot
tereau avoit fervi avec autant de diſtinction que de
probité & defintéreffement fous trois Rois fucceffivement
, ce qui lui avoit mérité & attiré également
leur confiance & eftime, Jacques d'Augen .
nes eut d'Elifabeth Cottereau , neuf fils & une fille
mariée à N. le Clerc , Marquis du Tremblay , de
la famille du fameux Pere Jofeph du Tremblay ,
Capucin . De fes neuf fils il y en eut un Cardios!,
Evêque du Mans ; quatre qui furent honorés du
Collier de l'Ordre du S. Efprit , dans les premieres
promotions d'Henri III.& d'Henri IV. Celui dont
nous annonçons la mort , étoit le feul qui reftoit
de fon nom ; il étoit veuf de N. de Mailly du
Breuil , de laquelle il avoit eu un fils, mort jeune,
& une fille qui eft reftée unique héritiere des biens
& du nom , Demoiſelle âgée de 26 ans , qui joint
à fon illuftre naiffance , les qualités du coeur & de
l'efprit. Nous ne nous étendrons pas fur l'illustre
Maifon d'Angennes , elle eft trop connue par la
grande ancienneté de fon origine & de fa noblelle,
fes grandes alliances , & les fervices rendus à la
Couronne. Voyez l'Hiftoire des Grands Officiers,
du P. Anfelme , tom. II .
Le même jour , eft morte âgée de 15 ans & 6
1 üij
200 MERCURE DE FRANCE.
mois , Demoiselle N. de Malherbe , qui par la more
de fon frere étoit devenue unique héritiere . Elle
étoit fille de Mefire N. Marquis de Malherbe , cidevant
Capitaine au Régiment du Roi Infanterie ,&
de Dame N Sabine de la Quiere , & Niéce de Meffite
N. de Malherbe , Abbé Commandataire de
Tiron , Chanoine de l'Eglife de Paris , nommé
par le Roi à l'Evêché de Beziers . La Maiſon de
Malherbe , originaire de Caën , illuftre par fes alliances
, eft une des plus anciennes Nobleffes de la
Buffe-Normandie. C'eft d'elle que tire fon origine
l'illuftre Malherbe , Poëte , dont les Ouvrages
font fi éftimés par la beauté du ftyle & la pur
reté de la langue. Cet Auteur vivoit du tems de
Henri IV. dans les bonnes graces duquel il eut
grande par . Cette Maiſon eft trop connue pour
en faire un plus long détail. Voyez fur ce PHILtoire
& le Nobiliaire de Normandie.
Meffire Charles- Marc - Antoine de Courben ;
Marquis de la Roche- Courbon , décéda dans fon
Château de S. Leger en Saintonge , le 10 Novembre
, dans la cinquante- neuvième année de
fon âge .
Dame Henriette des Portes de Pardhailhan ,
'Abbeffe de l'Abbaïe d'Azile , Ordre de S. Clair ,
Diocèfe de Narbonne , eft décédée dans fon Abbaye
le 29 Novembre , âgée d'environ cinquante-
trois ans:
Meffire Guillaume de Charron , Brigadier des
'Armées du Roi , Commandant pour Sa Majefté
dans les Villes & Citadelles de Verdun , & ci devant
Lieutenant Colonel du Régiment de la vieille
Marine , mourut le 8 Décembre à Verdun dans
la 71. année de fon âge.
Le 17 , fut inhumé à Saint Eustache Meffie
Guy du Parc Mazerolles , Chevalier de S. Louis ,.
AVRIL: 17538 200
ancien Officier des Moufquetaires , décédé rue S!
Lazare , âgé de foixante - douze ans.
Le 19 , mourut à Tours Marie- Anne- Elifabeth
de Beauveau , veuve du quatre Décembre 1730 ,
de Paul- Louis Duc de Rochechouart , Pair de
France , Prince de Tonnai - Charente , premier
Gentilhomme de la Chambre du Roi , Meftre de
Camp d'un Régiment d'Infanterie , fils de Louis
Duc de Mortemart , & neveu du Duc de Mortemart
d'aujourd'hui. Voyez les Tab . Chron . t . 3 .
p. 18. t. § . p. 247.
La Duchefle de Rochechouart étoit fille de
Pierre-Magdelaine Comte de Beauveau , de lá
branche de Rivau , Chevalier des Ordres du
Roi , Lieutenant Général de fes Armées , & Gou
verneur de Douay , frere de René François de
Beauveau , Archevêque de Narbonne , Comman
deur de l'Ordre du S. Efprit ; & de Marie- Cathe
rine , épouſe de Claude de Bullion , Marquis d'Attilli.
Voyez Tab . Chron. 4. Part. p. 128.
Le Comte de Beauveau du Rivau avoit épousé
le 28 Avril 1711 , fa coufine , Marie- Therefe de
Beauveau , foeur germaine d'Henriette Louife ,
mariée des même jour & an avec Hubert de Choi
fenil , Comte de la Riviere & de Chavigny. Voyez
leur poftérité dans les Tab. Chron . t . 4. p . 364 .
Elles étoient filles de Gabriel Henri de Beauveau ,
Marquis de Montgauger , Comte de Criffé , Capitaine
des Gardes du Corps & des Gendarmes de
feu Monfieur , frere de Louis XI V. , & de Marie-
Angélique de S. André fa premiere femme
qu'il avoit épousée en 1682.
2
Le Marquis de Montgauger étant devenu veuf ,
s'étoit remarié en 1694 avec Marie- Magdelaine
de Brancas , fille de Louis de Brancas , Duc de Villars,
de laquelle il laiffa fix filles, fçavoir : 1°. Any
202 MERCURE DE FRANCE.
7.
ne-Agnès de Beauveau , inariée en 1717 à Agefis
las Gafton de Groffolles , Marquis de Flamarens.
Brigadier des Armées du Roi , Grand Louvetier
de France mort fans enfans. 2° Louife- Magdelaine
- Adelaide , Religieufe. 3º . Marie - Helene
mariée en 1741 à Eustache Louis- Antoine de Bermard
Comtes d'Avernes , Comte d'Orbec , mort
en 1745 , dont eft né Charles Antoine de Bernard ,
Marquis d'Avernes , Comte d'Orbec , Sous Lieutenant
dans le Régiment du Roi , Infanterie. 4 °.
Marie Louife Magdelaine , mariée en 1733 , à
Pierre Louis Comte d'Ailli , Marquis de Seneci..
Voyez Tab. Chron. t. 5. p. 126.5 ° Gabrielle.
Elizabeth , mariée en 1738 à Louis François - Jofeph
de Pardien ; Comte d'Avréménil , Chevalier
de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis , dont
eft né Louis Elizabeth de Pardieu , Marquis d'A
vréménil , 6º . Marie Candide de Beauveau.
Meffire Gabriel -Jérôme de Bullion , Comted'Efclimont
, Maréchal des Camps & Armées du
Roi , Prevôt de la Ville , Prevôté & Vicomté de
Paris , & Confervateur des Priviléges royaux de
l'Univerfité , eft mort en cette Ville de 31 Décemi
bre , âgé de 57 ans . Il avoit été reçu le 21 Janvier
1923. au Parlement en la Charge de Prevôr:
de Paris & inftalé le même jour au Châtelet dans
les differens Siéges de la Jurifdiction . Son corps,
fut prefenté dès le 23 à l'Eglife de S. Euftache , la
Paroifle , & de là porté à l'offitution , où il a été
inhumé , le Châtelet , qui la veille étoit allé en
corps lai jetter de l'eau benite , a affitté an convoi
& au tranfport. La Compagnie de Lieutenant-
Criminel de Robe courte , & un détachenient du
Guet à la tête duquel étoit le St de Roquemont ,
ont accompagné le Corps . Le Comte d'Éiclimbat
étoit arriere- petit- fils de Claude de Bullion , Com
AVRI L. 1753. 203
mandeur des Ordres du Roi , & fur Intendant des
Finances.
Jean Felix fils de Jean Felix , Marquis de Rieux,
Lieutenant Général des Armées du Roi , eft mort
à Paris le 25 Décembre , âgé de 9 mois.
Demoiſelle Marie-Anue de Harville , fille de
feu Mefire Anne- François , Marquis de Harville
Maréchal des Camps & Armées du Roi , eft décédée
le même jour , dans la 23 ° année de fon
âge.
Le 27 , fut inhumé à S. Gervais Pierre de S.
Paul , Confeiller du Roi , Greffier des Cominiffons
extraordinaires de fon Confeil , décédé rue
S. Antoine.
Le même jour , le corps de Demoiselle Marie-
Anne de Harville , fille mineure de Meffire Anne-
François de Harville , Maréchal des Camps &
Armées du Roi , décédée rue du Bacq , fut pré-
Lenté à S. Sulpice & tranfporté à Celle , route
d'Orléans .
L'Abbé des Gallois de la Tour , Abbé de l'Abbaye
de la Chapelle , Ordre de Prémontré , Diocèle
de Toulouze & Vicaire Général de l'Evêque
d'Alais , mourut à Aix en Provence le deux Janvier
, âgé d'environ 40 ans. Il étoit frere du fieur
des Galloys de la Tour de Glené, Premier Préfident:
du Parlement de Provence , & Intendant de
Province.
Le même jour , M. Georges Moneron "de las
Buffiere , Chevalier de S. Louis , Brigadier de las
premiere Compagnie des Moufquetaires , décédé
à l'Hôtel , fur inhumé à S. Sulpice.
Meffire Pachard , Prieur Commandataire da
Prieuré de S. Philbert de Nicelle , Diocife de la
Rochelle , eft mort le 3 , dans la foisante opziés
me aanér de ſon âge..
204 MERCURE DE FRANCE.
Dame Jean- Baptifte- Marie Blondot, veuve de Se
raphin Rioult de Curfay , Lieutenant Général pour
le Roi dans la Province de Poitou , & Colonel
d'un Régiment d'Infanterie de fon nom , mourut
le même jour , âgée de 63 ans.
Le mênie jour , fut inhumé à S. Paul Meffire-
Maximilien- Henri de Gravel , Seigneur de Neufs
fontaine Ménil , Maréchal des Camps & Armées
du Roi , ancien Capitaine du. Régiment des Gar
des - Françoifes , décédé rue &grand Cloître Sainte
Catherine.
Le même jour , on inhuma à S. Nicolas -des-
Champs Mefire Jean. Baptifte Robert Billet der
Muizon , Vicomte du Breuil , décédé rue de la
Corderie.
Le même jour, à S. Euftache , Pierre-Antoine
Maffon , Chevalier Seigneur de Vernou , décédé
rue des Bons- Enfans.
Le 4 , fut enterré à S. Germain- l'Auxerrois .
Dame Magdelaine- Anne Marquette , époufe de
Meffire Jean Charles Cofte de Champeron , Seigneur
de Marcouville , Realle , & c. Préfident à
la Cour des Aides , décédé rue S. Thomas-du-
Louvre.
Le même jour , on inhuma à S. Severin , Meffire
Daniel- Guillaume Tourres , Confeiller à la
Cour des Aides , décédé rue Poupée , âgé de Sz
ans .
Les , fut inhumée à S. Sulpice , Marie - Anne-
Charlotte de Rofen , fille de Meffire Anne - Ar
mand , Marquis de Rofen & de Bolwiller , Comte.
de Grammont , Baron de S. Remi , Lieutenant,
Général des Armées du Roi , décédée rue Pot-de--
Fer , âgée de 2 ans 8 mois .
Dame Marie de Puidevale de S. Marfal de Bon-
Coroz, Abbeffe de l'Abbaye de Buis , eft morte le
AVRIL . 17537 205
dans fon Abbaye à Aurillac. Elle avoit été nommée
à cette Abbaye le 25 Mars 1684.
Eaftache Louis Tannegur , fils de Meflire
Jean-Louis-Nicolas de Bafcie , Comte d'Argenteuil
, Lieutenant Général pour le Roi dans les
Provinces de Champagne & de Brie , Gouver
neur de la ville de Troyes en furvivance , & de
Dame Marie- Angelique- Philippe le Veneur ; efe
mort le 7 à Ville-Maréchal , près de Nemours ,
âgé de dix mois quelques jours. Il avoit été reçu
au berceau , Chevalier de l'Ordre de S. Jean de
Jerufalem.
Meffire Jourdan de Fleins , Abbé de l'Ab
baye du Rivet, Ordre de Cîteaux , Diocèse de Ba
zas , mourut le même jour en cette Ville dans la
foixante-troifiéme année de fon âger
Le neuf du même mois fur-inhumé à S. Sulpi
ce , Meffire Glaude de Sacardi , Comte de Vete
rani , ancien Capitaine de Marine , décédé rue du
Regard.
Meffire Charles d'Aftorg , Comte d'Aubarede
eft mort à Aufch le 10 , dans la foixante onzié
me année de fon âge.
Le même jour , Dame Marie Pourroy de Quin
fónnas , veuve de Meffire Claude de Veyne , Mar
quis da Bourg íès - Valence , eft morte à Valence
en Dauphiné , dans le Monaftere de la Vifitation
od elle s'étoit reti ée. Elle étoit dans la quatrevingt-
treizième année de fon âge , & n'avoit au
cune infirmité. 豐}
Le 12 , fut enterrée à S. Eustache , Marguerite
Bouffeau , veuve de Jaques Prezpain , décédée rue
du Joquelet , âgée de ico ans.
Le même jour , mourut à- l'Hôtel de Genève .
rue de Beauvais , Pierre - Jean - Laurent- Marie
Comte de Mean, Chanoine de la Chathédrale.der
206 MERCURE DE FRANCE.
Liége , & fut inhumé à S. Germain l'Auxerrois,
11 defcendoit de Jean de Mean , qui après la dé
folation de la Ville de Liege par Charles Duc de
Bourgogne en 1468 , s'étoit retiré à Herftal , lieu
frué près de Liége , & renommé par le féjour
qu'y a fait autrefois Pepin , pere de Charles Martel:
George de Mean , petit - fils de ce Jean de Mean,
étant retourné à Liége , en devine Bourguemeftre ,
puis Confeiller du Confeil Ordinaire , Gentilhomme
, reçu à l'Etat de la nobleffe du Pays , puis
érant veuf de Marie de Fraipont , fut Chanoine
de la Cathédrale de Liege , & enfuite Chancelier
fous le Prince Erneft de Baviere ; il eut plufieurs
garçons , mais une feule fille mariée au Baron de
Lamboy , qui fut mere du Général Comte de
Lamboy , & finit cette branche .
Laurent de Mean autre defcendant de ce Jeande
Mean de Herſtal , énoncé couſin de George
dans une preuve faite en juftice , fut aufli Bourguemeftre
de Liége.
Il avoit un frere nommé Jean de Mean , qui a
formé la tige des Barons de Mean , Seigneurs de-
Boler & de Méer , qui fubfifte encore .
Il eut deux fils , Pierre & Jean de Mean. Le
premier, Echevin de Liege , Commiffaire Décifer
de Maeftricht , & l'autre Confeiller du Confeil
ordinaire. Ce dernier a formé la branche des Ba-
Fons de Mean , Seigneurs de Pailhe , qui eft aujourdhui
éteinte , la derniere heritiere ayant épou--
fé M. le Comte de Liedekerke.
De Pierre de Mean naquit Charles de Mean ,
célébre dans la République des Lettres & la Jurif—
prudence.
Entre plufieurs enfans. de Charles de Means,
Pierre (on aîné a continué la ligne : un autre filss
noinmé Laurent de Mean , a été Miniftre. Plénis
AVR I L. 1753. 207
potentiaire de S.A. S. E. de Cologne Jofeph- Clé
ment de Baviere , au Traité de Rifwick ; & Jean-
Ferdinand de Mean fut Chanoine de la Cathédrale
& Grand Doyen de Liége. C'eſt à ces trois freres
,& leurs neveux , que l'Empereur Leopold envoya
de fon propre mouvement , un Diplome de
libre Baron du S. Empire , avec des éloges affez .
diftingués.
Charles Baron de Mean , fils de Pierre , époufa.
Dorothée de Hinis , dont on peut voir la généalogie
dans Butkens , Trophées de Brabant , tome 3.
Page 443 ,
Charles B. de Mean mourut jeune & ne laifla
qu'un fils unique nommé Pierre, pere de celui qui
donnedieu à cet article : celui - ci s'eft allié à Helene-
Jeanne de Waha , fille de Jean Charles , Baron
de Waha & d'Anne- Ferdinand de Selys , four
de François , Baron de Selys , Echevin de Liege ,.
& de François- Lambert , Baron de Selys , Chanoi
ne & Doyen de la Cathédrale de Liége.
Ce Pierre de Mean a été élevé à la dignité de
Comte par S. A. S. E. de Baviere . Il remplit les .
mêmes emplois que les ayeux ; Commillaire Dés
cifeur de Maestricht depuis 1713 ; Confeiller au
Confeil privé depuis 1720 , & du Confeil ordinai
Le depuis 1730.
Celui qui donne lieu à cet article étoit le cinquiéme
de fes garçons , Painé a été Chanoine de
la Cathédrale de Liége , Prevot de Sainte- Croix ,
mort en Fevrier 1749. Le fecond eft auffi Chanoines
Capitulaire de la Cathédrale de Liége , en
verta du Procès lasperial de l'Empereur regnant.
Le troifiéme a épousé eu Mai 1752 , Marie- Anne-
Françoife Comtelle de Hoenftroech , Chanoinelle
du Chapitre d'Ardenne , dont la mere née
Comtefle de Neffebrod , eft aujourd'hui Grande:
209 MERCUREDE FRANCE.
Maîtreffe à la Cour Palatine . TIE
11 a un frere cadet vivant , & il avoit deur
feurs , l'ainée mariée à Meffire Antoine Ulrick
Baron de Lambert de Urtembacht , Vicomte
de Montenack , Seigneur de Bergilers , l'un des
Pairs du Comté de Namur : & la cadette n'eft pas
encore établie...
Le même jour fut inhumée à Saint Sulpice
Dame Antoinette Dufrefoy , veuve de M. Antoine
, Comte de Laugaunai , décédée rue de la
Chaife , âgée de 74 ans.
Le 13 , fut enterré à Saint Sulpice M. de Ildefonte
, de Belle , de la Richardie , Chevalier &.
Penfionnaire de l'Ordre de Saint Louis , ancien
Major du Regiment Colonel - Général , Cavalerie ,
décédé rue des Canettes .
Le même jour , à Saint Jean en Grêve , fut inhumée
Dame Catherine- Nicole de Benoife , veuj
ve de Meffire Pierre Gruyn , Confeiller d'Etat,
Garde du Tréfor-Royal , décédée rue d'Orleans ,
âgée de 74 ans
* Le 14 , oninhuma à Saint Nicolas du Chardonnet
Mre. Jean - Baptifte Alexandre Armand, Comte
de Châteauvieux , Capitaine d'Infanterie , décédé
rue des Boulangers.
M. le Rouge , Abbé de l'Abbaye de la Cha
pelle-aux- Planches , Ordre de Prémontré , Diocele
de Troyes, mourut le 14, âgé de 7 ans. Il
étoit Chapelain ordinaire de la Reine.
Demoiselle Françoife ! - Magdeleine de Caux
eft morte à Paris le 15 , dans la trente-quatrième
année de fon âge , elle reftoit feule de la Maiſon
de Caux , qui étoit originaire de Normandie , &
établie en Bretagne dans le Comté Nantois. Une
branche de cette Maifon s'étoit établie en Angle➡
perre où elle s'eft éteinte.
AVRIL. 1753 209
M. Richard , Chapelain du Roi , & Abbé de
l'Abbaye du Val- Chrétien , Ordre de Piémontré ,
Diocéfe de Soifons , décéda le 16 âgé d'environ '
70 ans.
Le 16 eſt morte Dame Marie- Catherine Dutant
, veuve de Mre Céfar Petit des Landes , Con
feiller du Roi , Correcteur Honoraire en fa
Chambre des Comptes , mort le 17 Janvier 1741 .
Elle étoit fille de Mre Charles Darant , Confeiller
du Roi , Correcteur ordinaire en la même Cham➡
bre des Comptes , & de Dame Catherine Canterel
, fon époule. Du mariage defdits Sieur &
Dame Petit des Landes , fait par Contrat du 4
Mai 1693 , il ne refte que deux fils , Mre Antoine
Céfar Petit des Landes , Confeiller du Roi , Correcteur
ordinaire en fa Chambre des Comptes ,
garçon ; & Mre Charles Françoiſe de Paule Petitdes-
Landes , Confeiller du Roi , Auditeur ordinaire
en la même Chambre des Comptes , lequel
par Contrat du 21 Décembre 1745 , a époulé
Damoiſelle Eliſabeth Lemaiſtre , fille de feu Charles
Lemaitre , Ecuyer Confeiller Secretaire du
Roi , Maiſon Couronne de France & de fes Firances
, Confervateur des Hypothéques Honoraire ,
& Doyen des Subftituts du Procureur du Roi au
Châtelet de Paris , & de Dame Louiſe Guyon , fa
yeuve , duquel mariage il y a à préfent trois en
fans vivans , Marie- Elifabeth , Charlotte - Louiſe ,
& Charles-Jean.
La famille des Petit des Landes eft fort an
cienne ; elle eft originaire du Vendômois , & a
porté d'abord le feul nom de Petit ; pluſieurs de
cette famille ont été attachés par des titres honotables
aux fervices des Comtes & du premier
Duc de Vendôme. Depuis le 3 Octobre 1564 ,
noble Charles Petit , mari d'Anne de Loynes
210 MERCURE DE FRANCE.
Paraffis , fils de noble Jacques Perit & de Françoife
Bouchard , Dame du Tremblay prit le furnom
de Deflandes , à caule du Fief & Domaine des
Landes , fitué au Terroir des Roches- l'Evêque ,
Paroiffe de Lunay en Vendômois , lequel Fief
& Domaine il acquit de Catherine Symon , veuve
de Paul de Laulney , qui avoit été Nourrice de
Jeanne d'Albret , femme d'Antoine Duc de Ven .
dôme , à laquelle Symon , ladite Jeanne d'Albret
avoit donné par reconnoiffance ledit Domaine par
Lettres du 21 Jain 1954 , donation confirmée par
Antoine , Duc de Vendôme , par Lettres du 12
Septembre 1560 ; & encore par ladite Jeanne
d'Albret , pour lors veuve dudit Antoine , Duc de
Vendôme , par Lettres du 28 Mars 1952 , leldites
Lettres registrées à la Chambre des Comptes de
Vendôme le 7 Juin 1 563.Ce Domaine a depuis été
poffedé par Jacques Petit des Landes , Ecuyer , fils
dud. Charles , lequel l'a gardé toute la vie , conjointement
avec un autre Domaine qu'il a eu de Dlle
Marguerite l'Empereur fa femme , dans le Duché
de Montmorenci , à préfent appellé Anguien au
Village de Tours, lequel Domaine avoit été acquis.
par Jeanne Bourfier , mere de ladite l'Empereur,
le 15 Février 1586. Ce même Jacques Petit des
Landes , qui avoit été employé trente ans dans les
armées des Rois Henri IV. & Louis XIII. en
qualité d'Officier , fuivant qu'il paroît par les
Lettres du 7 Juin 1633 , regiftrées en la Cour des
Aydes le 3 Août ſuivant , a tranfmis ces deux Do.
maines à Gilbert Petit des Landes , Ecayer , fon
fils , pere de Célar Petit des Landes, dont eft men.
tion ci deffus , & c'eft pendant le bas âge de Céfar
Petit des Landes que Dame Marie Deborges fa
mere a vendu le Fief & Domaine des Landes fans
ceffer par fondit fils d'en porter le nom . Le DoAVRIL.
1753. 211
maine étant dans le Duché d'Anguien , eft encore
en la poffeffion des Sieurs Petit des Landes ,
qui font regardés comme les plus anciens Gentilshommes
du Duché , ce qui eft juftifié par les Regiftres
du Greffe & Tabellionage d'icelui.
Ils portent pour armes, d'azur , aux trois coquil
les oreillées d'or , deux & une .
Henti Louis de la Tour d'Auvergne , Comte
d'Evreux , le plus ancien des Lieutenans Géné
zaux des armées du Rot , & cr devant Gouverneur
de l'Ile de France , mourut à Paris le 20 dans la
foixante quarorzième année de fon âge . Il étoit
Als de Godefroi- Maurice de la Tour d'Auvergne ,
Duc de Bouillon , d'Albret & de Château- Thierry
, Pair & Grand Chambelian de France , Comte
d'Auvergne , d'Evreux & de Beaumont le
Roger , Vicomte de Turenne , Gouverneur de la
Haute & Baffe- Auvergne , mort le 25 Juiller
1721 ; & de Marie- Anne Mancini , niéce da fa.
meux Cardinal Mazarin , morte le 21 Juin 1714,
Le Comte d'Evreux a poſledé long - tems la Charge
de Colonel Général de la Cavalerie legere de
France. Sur la démiſſion qu'il en donna , le Prince
de Turenne , fon petit- neveu , en fut pourvûle 7
Juiller 1740. Il avoit été réſervé que le Comte d'Evreut
continuereit d'en faire les fonctions pendant
buit années , qui expirerent en 1748 ; le Prince de
Turenne a comencé dès lors à exercercette Charge.
LETTRE de M. Thillaye , Pompier à
Rouen , a l'Auteur du Mercure.
Onfieur , vous avez dans votre Journal du
•
lume de Décembre de la même année , cu la b
212 MERCURE DEFRANCE.
té de donner avis au Public de mes Pompes toutes
en cuivre , qui font de nouvelle conftruction , &
dont l'ufage eft de tirer de l'eau des puits trèsprofonds
; & vous avez , Monfieur , à la fuite de
de même avis prévenu le Public en ma faveur , à
caufe de ceux de mes ouvrages que vous connoiffiez
: voudriez- vous bien , Monfieur , pour jufti
fier & appuyer ce que vous avez avancé , rendre
public le jugement favorable que l'Académie des
Sciences a poité de mes Pompes , & dont voici le
Certificat .
Extrait des Regiftres de l'Académie Royale
des Sciences , du 23 Juin 1752 .
Meffieurs le Camus , & le Marquis de Courtie
vron qui avoient été nommés pour examiner une
Pompe préfentée par le Sieur Nicolas Thillaye ,
Pompier de Rouen , deftinée à tirer l'eau d'un
puits , & à l'élever , foit par le moyen d'un tuyau
montant , foit en le faifant fortir par forme de jets
par un ajustage retreci , pour s'en fervit en cas
d'incendie , en ayant fait leur rapport.
La Compagnie a jugé , que cette Machine dont
on trouve la defcription dans le Vitruve de M. Perrault
, au douziéme Chapitre du douziéme Livre , fous
le nom de Machine de Ctefibius , a éte exécutée par
le Sieur Thillaye avec le plus grand foin, & toute
Ta folidité qu'on peut defirer , que les corps des Pompes
font bien élaizés , toutes lesparties parfaite
ment bien ajustées , enforte qu'on ne peut rien defirer
de plus dansfes proportions fon exécution. En foide
quoi j'ai figné le préfent Certificat. A Paris , ce 28
Juin 1752. Signé , Grand-Jean de Fouchi , Secretaire
Perpétuel de l'Académie Royale des Scien
dest
A VRI L. 1753. 218
-S'il fe trouve dans ces Pompes & dans leurs dif
ferentes parties une proportion exacte , il résulte
de- là qu'elles doivent produire tout l'effet poffible,
étant d'ailleurs conftruites d'après les principes
des grands Maîtres , dont la plupart font Mem
bres de l'Académie des Sciences,
Outre ces avantages de bonnes proportions
bien conftatés par le témoignage & l'approbation
de Meffieurs de l'Académie , ces nouvelles
Pompes ont encore celui de pouvoir être démontées
& remontées fans frais , & avec précision par
quiconque fçaura ce que c'eft qu'une vis ; de forte
que fi par fucceffion de tems il fe trouvoit quel
que chofe à refaire aux foufpapes , piéces effen.
tielles à la Machine , on les peut déviffer de deffus'
leurs corps , & les mettre en poche pour les por.
ter à rajufter.
Meffieurs de l'Académie m'en ont demandé le
deffein , parce qu'ils les ont regardées comme un
monument digne d'être mis au rang de leurs Machines.
J'ai fait voir à Meffieurs de l'Académie , & aux
autres perfonnes qui fe font trouvées préfentes à
mes expériences publiques,, qu'avec une de mes
Pompes & cent pieds de boyaux de cuirs élevés -
perpendiculairement fur le toit de la Maifon des
RR. PP. Feuillans de la rue Saint Honoré , un
homme feul tiroit l'eau du puits , fur lequel cette
Pompe eft encore actuellement montée , & l'éle- *
voit à cent pieds de haut , & que lorsqu'on y
mettoit un ajuſtoir comme aur Pompes à incendie
, l'eau jailliffoit à cinquante pieds de plus
au-deffus de cent : cette expérience a été réitérée
depuis le commencement du mois de Mai jufqu'au
9 de Juin ſuivant.
Les meilleurs Connoiſſeurs de la Cour , M. le
214 MERCURE DE FRANCE.
Comte de Charolois , M. le Maréchal de Riches
lieu , & plufieurs Perfonnes de marque , ont été
curieux de voir ces nouvelles Pompes , & m'en
ont achetées , & j'ai la fatisfaction d'apprendre
que mes Pompes arrêtent lecours de beaucoup
d'incendies , & que leur utilité s'en fait de jour en
jour de plus en plus fentir. Je vous devois , Mons
feur , commeje crois devoir auffi au Public , ce'
récit du fuccès de mes Pompes , & je demande fi
peu à en être crú for ma parole , que j'offre de
donner aux acheteurs toutes les garanties qu'ils
exigeront de moi.
Je ne terminetai pas ma Lettre , Monfieur
fans vous remercier de la maniere dont vous m'as
vez annoncé dans le public , & dont vous avez
encouragé mon zéle.
Vous avez , Monfieur , pénétré mes vrais fen
timens , c'eſt l'amour du bien public qui m'anime
plus que tout autre motif: je pense qu'il eft du
devoir d'un bon Citoyen de ne point faire de my
tére de choſes utiles , & dont la vie & la fortune
des hommes peut dépendre à tout inftant.
Ainfi j'avertis , que bien loin de faire un ſecret
de la conftruction de mes Pompes , j'expliquerai
cette conſtruction , & j'en ferai voir les effets à
tous lesCurieux indiftinctement chez les RR. PP.
Feuillans , rue Saint Honoré, où eft mon magaſin.
J'y donnerai comme l'année derniere , mes expériences
tous les Samedis après midi, pendant le
mois de Mai1793.
Les Particuliers qui voudront de plus amples
explications pourront s'adrefler à Paris , an Sieur
Barbier, rue de vieils Auguſtins , vis-à vis le Bureau
des Eaux de Pally ,feul chargé de la commiſſion , ou
directement à moi , rue des Bons Enfans , à Rouen,›
Je délivre gratuitement les figures & les defcripAVRI
L.
215 175.3 .
tions de mes Pompes , & je n'ouvre que les Lettres
dont le port eft affranchi.
L
AVIS.
E fieur Peroret fait une Cire épilatoire pour
dégarnir les fourcils , le front , les joues , les
bras & les mains qui font chargés de poil I a
établi de nouveaux Bureaux chez le fieur Malivoir
, Marchand Parfumeur , rue Bar- du -bec
près la rue S. Mery , quartier Sainte Avoye ; &
chez le fieur Malivoir , auffi Parfumeur , rue des
Boucheries , Faubourg S. Germain. Le prix eft
de 6 liv. & de 3 liv . la douzaine , fuivant la groffeur.
Les Marchands donnent par écrit la maniere
de fe fervir de cette Cire .
J
APPROBATION.
'Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier
, le Mercure de France , du mois d'Avril.
A Paris , le i Avril 1753.
LAVIROTTE.
PIECES
TABLE.
FUGITIVES en Vers & en Profe.
La Solitude. Poëme , 3
Diflertation hiftorique & critique fur l'Invafion
d'Attila , Roi des Huns , dans les Gaules , 16
A un ami , qui m'engageoit à faire des Vers ,
Aflemblée Publique de la Société des Sciences &
Belles Lettres d'Auxerre ,
L'Aveugle & le Boiteux ,
so
$3
ཕ་
216
Le Renard imprudent ,'
Le Polyhiftor ,
55
16
Reflexions fur l'Imprimerie & fur la Littérature
59
Elzidor , ou le Déſeſpoir amoureux . Romance
en Vaudevilles , 72.
Septiéme Lettre d'un Pruffien à M. l'Abbé Raynal
, fur l'étude de la Philofophie chez les Allemands
,
82
Mots de l'Enigme & des Logogriphes du Mercure
de Mars ,
Enigmes & Logogriphes ,
Nouvelles Litteraires ,
Lettre à l'Auteur du Mercure ,
96
ICO
125
129
Lettre de M. l'Abbé de Brancas à M. de l'Iſle , fur
fon avertiffement , au fujet du paffage de Mercure
devant le Soleil ,"
Sujets proposés par l'Académie Royale des Sciences
& Beaux - Arts , établie à Pau , pour deux
Prix qui feront diftribués le premier Jeudi du
mois de Février 1754 , 142
Plan d'un nouvel ouvrage periodique de Littérature
, intitulé : le Mercure Danois ,
Nouvel établiffement pour l'éducation ·
144
149
Beaux-Arts. Explication des Ouvrages de Peinture
& de Sculpture ,
Chanfon du Devin du Village ,
Spectacles . Extrait du Devin du Village ,
Nouvelles Etrangeres ,
153
161
163
175
France . Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 188
Mariages & morts ,
197
Lettre de M. Thillaye , Pompier à Rouen, à l'Auteur
du Mercure ,
Avis ,
La Chanfon notée doit regarder la page 161.
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
211
215-
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI
MAI. 1753 .
LIGIT
UT
PARGAT
Chez
Papillow
A PARIS ,
La Veuve PISSOT , Quai de Conty,
à la defcente du Pont- Neuf.
CHAUBERT , rue du Hurepoix.
JEAN DE NULLY , au Palais.
DUCHESNE , rue Saint Jacques,
au Temple du Gout.
M. DCC. LIII.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
A VIS.
'ADRESSE du Mercure eft à M. MERIEN
Commis au Mercure , rue des Foffez S. Germain
PAuxerrois , au coin de celle de l'Arbre -ſec , pour remettre
à M. l'Abbé Raynal.
Nous prions très -inftarnament ceux qui nous adreſſeront
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le port
pour nous épargner le déplaifir de les rébuter , &à eux
celu de ne pas voir paroître leurs Ouvrages .
Les Libraires des Provinces ou des Pays Etrangers ,
quifouhaiteront avoir le Mercure de France de la premere
main, plus promptement ,
n'auront qu'à
écrire à l'adreffe ci- deffus indiquée.
On l'envoye auffipar la Pofte, aux perfonnes de Province
qui le defirent , les frais de la pofte ne font pas
confid rables.
On avertit auffi que ceux qui voudront qu'on le porte
chez eux à Paris chaque mois , n'ont qu'à faire fçavoir
leurs intentions , leur nom & leur demeure audit fieur
Merien,Commis au Mercure; on leur portera le Mercure
très- exactement , moyennant 21 livres par an , qu'il
payeront , fçavoir , 10 liv.. 10 f. en recevant lefecond
volume de Juin , ❀ 101. 10 S. en recevant leſecond
volume de Décembre. On les ſupplie inftamment de
donnerleurs ordres pour que ces payemens foient faits
dans leurs tems.
On prie auffi les perſonnes de Province , à qui on
envoye le Mercure par la Pofte , d'être exactes à faire
payer au Bureau du Mercure à la fin de chaque femeftre
,fans cela on feroit hers d'état de foutenir les
avances confidérables qu'exige l'impreffion de ces
ouvrage.
On adreffe lamême priere aux Libraires de Province.
On trouvera le fieur Merien chez lui les merere.
di , vendredi , & ſamedi de chaque semaine.
PRIX XXX. SOLS .
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU
ROI.
DE E
M A I. 1753 .
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
LES
LE
A
MONUMENS
PUBLIC S.
POEM E.
A MONSEIGNEUR
DAUPHIN.
Ugufte rejetton d'une tige féconde ,
Qui donne à nos climats les plus grands
Rois du monde ;
Souffre qu'à tes regards j'offre ces monumens
A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
Que la fageffe éleve , & que détruit le tems .
Reftes bien précieux des rares avant ges ,
Dont la terre a joui dans le cours des beaux âges
Il eft des monumens encor plus glorieux ;
Le Ciel les éleva dans ton coeur vertueux.
A la Religion dès l'enfance fidéle ,
Ton ame eut des vertus que mérita ton zéle ;
Et leur effain nombreux croiffant avec les ans ,
A comblé les deftius des Fénelons du tems .
Le Ciel fur tes vertus reglant ta deſtinée ,
Prépatoit à ton coeur un augufte Hymenée :
Il préfide aux doux noeuds de cet Hymen charmant
,
Que la tendreffe avoue autant que le ferment.
Par un heureux préfage il fait briller l'aurore
Du beau jour que bientôt il devoit faire éclore ;
Et couronnant enfin tes défirs & nos voeux ,
Il'accorde à la France un Roi pour nos neveux .
Les jeux avec les tis depuis cet heureux gage ,
Sembloient d'un long bonheur nous affurer l'ufage
;
Le plaifir en notre ame & s'éleve & s'accroît
Mais du bonheur humain que le cercle eft étroit
J'apperçois les Français plongés dans les allarmes
,
Et trop épouvantés pour répandre des larmes :
Je frémis avec eux de ce foufle infecté ,
Qui vient fouiller un fang qu'il avoit refpe &té.
MAI.
.5 1753
2
Mais le Dieu qui t'afflige , eft un Dieu qui t'éprouve
:
Il veille , & dans le calme enfin tout fe retrouve :
Maître de la nature , il la fait obéir ,
Et fixe au fang un cours qu'il n'ofera trahir :
Il te rend aux vertus d'une Epoule chérie ,
Qui , pour fauver tes jours , a méprifé la vie ;
Et par un même fort , dans le coeur des Français ,
Au trouble le plus grand fait fuccéder la paix.
Mufes qui préfidez aux plus nobles accens ,
Ranimez en ce jour mes fons trop languiffans ;
Celébrez par ma voix ces monumens auguftes ,
Qu'élevent à nos yeux des mains fages & juftes ,
Témoins de la grandeur des peuples & des Rois .
Et vous , vils monumens , qu'étale en mille en-
. droits ,
Ou le farouche orgueil , ou la folie altiere ,
Tombez , difparoiffez , rentrez dans la pouffiere.
Vos énormes fardeaux fur la terre apperçus ,
Qu'offrent-ils en effet à nos regards déçus ?
Le triomphe éclatant d'inutiles caprices ,
Et peut être celui des plus horribles vices ;
Trop funeftes tableaux des malheurs redoublés ,
Dont le poids fit gémir des peuples accablés .
Je laiffe à des pinceaux plus féconds en prodiges
Le foin ingénieux d'embellir ces preftiges.
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Moins pompeux , & plus vrai , par des accens
flatteurs
Je n'encenferai pas ces marbres impofteurs ,
Placés par l'arrogance, ou par la main des crimes.
A Peffor des vertus je confacre mes rimes ; ¦
Paroiflez , monumens , objets majestueux
Du bien de la patrie , & du refpect des Dieux .
Qui frappe mes regards ? Ah quel ſuperbe tem
ple ( 1 ) !
Avec éronnement l'univers le contemple.
Merveille de l'Afie , & des plus beaux talens t
Le feu dévorera jufqu'à tes fondemens .
D'un fcélérat fameux la fombre frénéfie ,
Pour s'immortalifer , hélas , te facrifie .
Arrête , malheureux , arrête , que fais tu
Eteins tes noirs flambeaux au ſein de la vertu.
Il eſt fourd à ma voix ; ô ciel , lance ta foudre ;
Il en eft tems encor , réduis , réduis en poudre
Ce facrilege bras levé pour t'outrager.
Mais en vain je l'implore en cet affreux danger ;;
Et la flâme à la main un fougueux téméraire ...
Tout le temple n'eft plus qu'une vapeur légeres
perte de tes murs par les arts embellis , La
A toute la nature arrachera des cris .
Quel eft cet édifice ( 2 ) offert par la victoire
( 1 ) Le Temple d'Ephefe.
( 2 ) Le Temple d'Apollon bâti à Rome par Auguste
après la victoire d'Actium. Il yfi conftruire un
MA I. 1753. 7
A ce Dieu qui préfide au Temple de Mémoire ?
La matiere & l'Ouvrage à l'envi l'ont orné ;
D'un char étincelant le faîte eft couronné ;
Et le Soleil affis fur ce glorieux Trône ( 1 )
Charme les Spectateurs , que fa lumiere étonne.
De célébres mortels revivent dans ces lieux ;
Et de l'efprit humain les monumens nombreux ,
Dont ce vafte édifice a décoré ſes voûtes ,
A de nouveaux tréfors vont nous ouvrir des routes.
Du féjour d'Apollon , malheureux habitans ( 2 ) ,
Ce Dien devient l'ami de vos fiers Conquérans ;
E: fenfible aux autels que lui dreffe un grand homme
,
Elle fait citoyen & protecteur de Rome.
Pégafe , les neuf Soeurs , & le double vallon
Patient dans ces beaux lieux que protége Apollon :
La Phocide eſt déſerte , & ce Dieu même entraîne
Dans le Tibre orgueilleux les eaux de l'Hippo
créne.
Romains par ce grand art , des Muſes emprunté ,
pacieux Portique pour une Bibliothèque Grecque &
Latine, Les Poëtes attachoient leurs ouvrages dans ce
Temple après les avoir fait approuver du Public. Properce
en fait la defcription dans la XXXIe . Elégie
du Liv. 2.
( 1 ) Auro Solis erat fupra faftigia currus .
Propert, Eleg. 31. Liv . 2 .
( 2. ) Les Grecs.
A iiij
S MERCURE DE FRANCE.
Inftruifez l'univers que vous avez dompté .
Peuples accourez tous à ce facré Portique ( 1 ),
Dans Solyme élevé par un Roi pacifique .
Quelle richeffe immenfe , & quel jour radieux
Frappent dans le lieu Saint mes trop débiles yeux !
L'encens brûle aux autels par la main des Lévites ,
Et l'on fert le vrai Dieu chez les Ifraelites.
Grand Roi , qui dédaignas d'affronter les ha
zards ,
Tu te plûs à former & protéger les Arts :
Tu fis régner la paix , l'équité , l'abondance ;
Saba vint rendre hommage à ta magnificence ;
Et méprifant ainfi les belliqueux exploits ,
Tu méritas le nom du plus fage des Rois.
Un Meſſie annoncé par des voix prophétiques ,
Nous ouvrira bientôt de vaftes Bafiliques :
Tombez , tombez , Chrétiens , aux pieds de vos
autels ,
Un Dieu defcend chez vous à la voix des mortels.
Révelez la Loi fainte , &-portez la lumiere ,
Où le Soleil commence à finir fa carriere .
Brifez , brifez ces Dieux follement invoqués ,
Plus foibles que les mains qui les ont fabriqués :
Réuniffez au joug d'une loi falutaire
Ces peuples adoffés aux confins de la terre.
Dénouez de l'erreur les malheureux liens ,
( 1 ) Le Temple de Salomon,
MAI. 1753.
Et répandez par tout des monumens chrétiens.
Princes & Citoyens , embelliffez vos villes
Par le concours des arts , par des travaux utiles ; .
Redoutez de l'oubli l'indigne obſcurité ,
Et tranfmettez vos noms à la postérité,
Le ciel qui nous donna les arts & l'induſtrie ,
Ne défend pas les foins qu'on doit à fa patrie =
Ces utiles travaux , & ces foins généreux
Confacrent les vertus & les talens heureux.
Telle autrefois l'Egypte en miracles féconde ,
Devint bientôt l'école , & l'ornement du monde.
Un Phare ici s'éleve , & brife les complots
De la fureur des vents , des écueils & des flots :-
Là forte t des Palais ; plus loin les yeux avides
Contemplent la hauteur de larges Pyramides ;
Et l'on voit ces grands corps , édifices fçavans ( 1 )
Fixer l'état du Ciel ,de la terre , & du tems .
A l'Egypre fçavante Athene rend hommage ,
Et la Grèce auffi tôt perce l'épais nuage ,
(1 ) M. de Chazelles étant en Egypte mefura les
Pyramides , trouva que les quatre côtés de la pliss
grande étoient exposés précisément aux quatre Régions
du monde. Or comme cette expofition fi jufte , doit
felon toutes les apparences poffibles , avoir été affectéepar
ceux qui éleverent cettegrande maffe de pierres ,
il y a plus de trois mille ans ; il s'enfuit que pendant
un fi long espace de tems rien n'a changé dans le
Ciel à cet égard , ou ce qui revient au même , dans
Poles de la terre nidins les Méridiens .
"
Eenten. Eloge de M. de Chazelles
A.W
10 MERCURE DE FRANCE.
Qui couvroit les climats d'une profonde nuit
Le jour fuccéde enfin à l'ombre qui s'enfuit :
Ces bords font animés d'une nouvelle vie ;
La matiere a perdu fa pefante inertie ,
Tout refpire ; & la toile , & le marbre , & Pakrain
,
Sous les doigts de l'Artiſte ont changé le deftin .
A fes riches vaiffeaux Athène ouvre un Pyrée ,
Spectacle auffi pompeux , que retraite affurée :
Un Senat ( 1 ) qui jadis avoit jugé des Dieux ( 2 )
Prononce les Arrêts fous des toits précieux .
La patrie attentive aux citoyens utiles ,
Affigne à leurs vertus de glorieux aziles ( 3 ) :
Elle anime , & chérit les vertueux travaux ;
Heureux fi l'univers lui donnoit des rivaux.
A d'effrénés foldats la Grece enfin ouverte
Prévit fon trifte fort , & foupira fa perte :
Trop foible , elle plia fous un joug déteſté ;
1terdit tous les arts avec la liberté.
>
Minerve fugitive aborde en Italie :
Par fes dons enchanteurs cette rive ennoblie ,
N'offrit de toutes parts qu'illuftres monumens ;
Le Tibre' fat bordé de pompeux bâtimens ,
Et l'orgueilleufe Rome effaça par fes charmes.
L'éclat du monde entier fubjugué par fes armes.
( 1) L'Areopage.
( 2 ) Neptune & Mars.
( 3 ) La Prytanée.
M A I. 17530
Le Dieu qui créa l'homme , & qui tient en les
mains
Des peuples & des Rois les fragiles deftins ,
Tranfporta les talens fur les bords de la Seine :
Q'Rome , ton éclat n'eft plus qu'une ombre vaine
.
Mais interromps le cours de tes juftes douleurs ;
Tu verras les Français réparer tes malheurs.
Le Français né guerrier , emporté par la gloi--
re ,
Qu'affurent aux Héros Bellone & la Victoire ,
Ne refpirant que Mars , & fes nobles ardeurs
Dédaignoit follement Minerve & les neufSoeurs..
Il porta la terreur au fein de l'Aufonie ,
Et foupçonna le goût des aits & du génie.
Le cifeau fut touché , l'équerre & le pinceau ;
Mais l'art chez nos ayeux fut long-tems au berceau
:
Enfin il s'échappa d'une trop longue enfance ,
Et verfa les faveurs dans le fein de la France.
Délicieux féjour des graces & des ris ,
Tu charmes nos regards , & confonds nos efprits t
Les arts imitateurs des traits de la nature ,..
Vont porter leur tribut à ton archite&tare ;
Et noblement grouppés fur des fonds éclatans .
Semblent ne redouter ni le fort ni le tems.
Je les vois s'applaudir , & triompher enfemble-
Au milieu de ces murs ( 1 ) où le goût les raffumble
( 3)Verfailles
A.vj.
12 MERCURE DE FRANCE .
Sous ces lamb is dorés tout fixe mes regards ,
Et le Palais des Rois eft le Temple des Arts .
Mais un nouveau prodige à mes yeux fe découvre
:
Quel mortel , ou quel Dieu deffina de ce Louvre
Le merveilleux contour , qui rend tout à la fois
La grandeur du génie , & la grandeur des Rois ?
Le féjour des talens ( 1 ) te donne un nouveau luftre
:
Tu reçus ce bienfait du Roi le plus illuftre ,
Toujours cher à nos coeurs , ainfi qu'à nos regrets,
De ce Roi couronne par Mars & par la paix ;
Qui toujours careffant la gloire & le génie ,
Conftruifit un trophée à la de te Uranie ( 2 ) ,
De ce Roi qui fixa dans des murs fomptueux (3 ) ;
Du foldat indompté les reftes glorieux.
Et toi , de ce beau fang digne & précieux gan
ge ,
Toi , dont les bataillons contemploient le courage
,
Lorſqu'aux champs de Bellone , ainſi qu'un fier
lion ,
Tu terraffois l'orgueil des enfans d'Albion ;
( 1 ) Les différentes Académies qui fe tiennent as
Icuore.
12 ) L'Obfervatcire.
( 3 ) L'Hôtel des Invalides.
MA I. 1753 17
Dans les fils des guerriers fais germer la vaillance
,
Pourfuis tes hauts deffeins , ( 1 ) & l'on verra la
France
Te devoir d'âge en âge un peuple de héros ,
Qu'auroit cachés le fort dans l'ombre du repos.
Pour une tendre fleut , qui n'eft qu'à fon aurore
,
Souffre que plein d'efpoir aujourd'hui je t'implore
:
Ce jeune rejetton , objet de mon amour ,
D'un pere qui m'eft cher , reçut auffi le jour.
Grand Roi , dont les bienfaits embelliront l'hif
toire ,
Daigne l'affocier au berceau de la gloire.
Le zéle & le devoir par de juft es efforts ,
Scauront de fon enfance animer les refforts .
Sous les yeux d'an Miniftre habile autant que fage
,
Il fera des vertus le noble apprentiffage ,
Et s'inftruira fans ceffe en cet augufte liệu ,
A bien fervir fon Roi , la patrie , & fon Dieu.
(4.) L'établissement de l'Ecole Royale Militaire.
14 MERCURE DE FRANCE.
婆婆婆爽
SUITE de la Differtation hiftorique &
critique fur l'invafion d'Attila , Roi des
Huns , dans les Gaules.
Ous allons voir en détail cette ba-
Ntaille fi fameufe , après la perte de
laquelle Attila va à Troyes , après avoir
fait fa paix avec Aetius , & de- là pourſuit
fa marche jufqu'au Rhin pour ne plus revenir
dans les Gaules ; & on verra diftinctement
le local du champ qui convient
en tout à la pofition que je viens de lui :
déterminer.
Attila avoit plufieurs Rois dans fon armée
, entr'autres trois freres , Rois des
Oftrogors , & Ardaric , Roi des Gépides ,
dont le génie & la valeur donnoient une
grande confiance aux troupes , & aufquels.
ce Prince commandoit comme à fes vaffaux
. Etant arrivé en Champagne vers la
fin du mois d'Août , ou au commencement
du mois de Septembre , & ayant choifi la
plaine de Méry pour y camper , il fir toutes
les difpofitions néceffaires pour ran
ger fon armée en bataille en cas de befoin
, & il fe détermina à bien recevoir fes
ennemis qui le poutfuivoient. Il faut obferver
qu'il laiffa devant lui le petit rui
MAT. 1753.
feau de Saint Georges , au delà duquel
étoit la petite colline fi importante par fa
fituation ; il crut qu'ayant fait fa retraite
c'étoit à l'armée ennemie à venir l'attaquer
& à lui livrer bataille. Mais Aetius jugea
plus à propos de laiffer rallentir le feu des
Huns , & content de s'être campé avec
avantage , il attendoit qu'Attila s'ébranlât
pour venir à lui & commençât l'action
, perfuadé que s'il prenoit ce parti ,
il feroit obligé de paffer le ruiffeau qui
couvroit fon aîle droite , & qu'il lui aufoit
été difficile de forcer , s'il attaquoit:
les Huns aidés de ce retranchement naturel
; fon deffein étoit de les attirer fur la
hauteur , dont il avoit fait garnir le revers
de fon côté par fes meilleures troupes ,
fans que les ennemis fe fuffent apperçus .
de ce mouvement.
Les armées avoient été mises en ordre
de bataille dès le matin ( du 9 au 10 Septembre.
) Attila, après avoir exhorté les
Huns à combattre vaillamment , leur inf
pira tant d'ardeur qu'il crut devoir profiter
de leur bonne difpofition ; il ne s'ébranla
que fur les trois heures après midi
& fit fonner la charge pour aller à l'ennemi
, ils'imagina qu'Actius vouloit éviter
une action décifive ; il penfa , que fi par
malheur. if étoit barra , la nuit qui ne tar
16 MERCURE DE FRANCE
;
deroit pas l'aideroit à fe fauver & fon ar
mée , & faciliteroit fa retraite dans fon
camp , ou que s'il entamoit l'ennemi i re- il
viendroit le lendemain matin à la charge.
Au premier fignal fon aîle droite paffa le
ruiffeau en bon ordre, & s'avança à grands
pas pour s'emparer de la colline , & enfuite
fondre de l'autre côté fur les Romains.
avec l'avantage de combattre de haut en
bas mais dès qu'ils furent à portée de monter
cette hauteur & d'en atteindre le fommet
, alors parurent les Romains qu'ils ne
croyoient pas . proche d'eux. Il y eut un
choc furieux ; il faut obferver qu'à l'heure
de cette action , qui étoit fur les troisheures
après midi , les Romains avoientle
Soleil à dos , & les Huns l'avoient en
face , ce qui étoit pour ceux- ci un grand
inconvénient . On fçait que d'habiles Généraux
ont fçu profiter d'un tel avantage ,
tels qu'Annibal , Pepin & Guérin de
Montaigu . Aetius auffi grand homme de
génie que brave Capitaine , fçut bien tirer
parti de cette circonftance les Romains en
profiterent habilement. Ils avoient encore
l'avantage du terrain, ils étoient tout frais,
ils firent lâcher pied aux Huns, Ils les
pourfuivirent en pente , & les menerent
toujours battans jufqu'au ruiffeau qu'ils
venoient de franchir mal à - propos. Us
M A 1.1753 . 17
firent un grand carnage des Huns. Ceuxci
fe rallierent vers le ruiffeau , ils y furent
accueillis par des troupes fraiches ,
& firent ferme ; les Romains encouragés
par leur premier fuccès les attaquerent
vivement. Attila voyant que le gain ou
la perte de la bataille dépendoit de ce
point critique , y accourut avec de nouvelles
forces . Aetius qui ne vouloit pas
manquer une occafion auffi favorable de
décider de la bataille en fa faveur , vint
avec Thorifmond fe mettre à la tête des
combattans. Il fit avancer des gros de Cavalerie
pour foutenir l'Infanterie ; le combat
fut violent & opiniâtre , on s'y battit
à découvert fans aucune rufe , avec
tout le courage qu'on peut défiter de
troupes & de braves foldats , animés par
la présence de leurs Généraux , & qui
veulent vaincre ou mourir. Conferuntur
acies utraque fortiffime ; nihil fubreptionis
agitur , fed aperto marte certatur .
Théodoric , qui commandoit l'aîle droite
de l'armée d'Aetius , s'étant apperçu du
mouvement qu'avoit fait Attila au centre
de fon armée pour aller au fecours, des
fiens , fe porta auffi avec un gros détachement
de Cavalerie vers l'aile gauche qui
étoit aux prifes avec l'ennemi. Sa préfence
augmenta la fureur ; les Huns furent
8 MERCURE DE FRANCE .
plufieurs fois fur le point de lâcher fe
pied , mais la préſence d'Attila ( a ) les
forçoit à refter , & les encourageoit à foutenir
les efforts des Romains , on le bartoit
par tout homme à homme , corps à
corps , la mêlée devint générale , prefque
toutes les forces des deux armées y étoient
accourues , jamais carnage ne fut fi horrible
, fi varié , fi cruel , ni fi opiniâtre.
Enfin les Huns commencerent à plier ,
on les pouffa par tout avec grande perte ;
ils tâchoient de regagner leur camp , en
faisant toujours face à l'ennemi , mais
bientôt la confufion fur générale , ils fu-
´rent enfoncés par tout ; on vit alors les
rives du ruiffeau ( b ) abandonné pleines
de corps morts & fon courant rouler
avec les eaux le fang à plein bord avec la
rapidité d'un torrent ; & ce qui fut éton-
,
(a) Et quamvis haberet res ipfa formidinem ,
præfentia tamen Regis cunctationem hærentibus
auferebat , manus manibus congrediuntur , bellum
atrox , multiplex , immane , pertinax .
( b ) Rivulus memorati campi humili ripâ prola
bens , peremtorum vulneribus fanguine multo
provectus , non actis imbribus ut folebat , fed liquore
concitatus infolito , torrens factus eft cruoris
augmento. Et quos illic coëgit in aridam fitim
vulnus inf. &tum , fuenta mixta clade traxerunt ;
ifti conftricti forte mirabili fordebant , potantes
fanguinem quem fudêre fauciati.
MAI. 1783. 19
nant ,c'eft que les vainqueurs tourmentés
de la foif, fe jettoient fur les bords pour
l'étancher , & buvoient ainfi le fang de
leurs camarades & des ennemis.
Lés Romains & leurs Alliés ,' ayant à
lear têre Aetius , Méroüée , Théodoric &
Thorifmond, renverferent tout ce qui ofoit
fe préfenter devant eux . Attila cependant
faifoit manoeuvrer fa Cavalerie pour
favorifer la retraite ; mais celle des Vifigots
qui venoit encore d'accourir à l'aile
droite , pour avoir la gloire de combattre
fous les yeux de fon Roi , & d'avoir part.
à la gloire de la victoire , engagea un combat
avec celle des Huns : il étoit déja tard,.
le jour baiffoit ; à peine fe connoiffoit- on ,.
tout étoit en confufion . Théodoric s'étant
trop avancé eut fon cheval tué fous:
lui , il tomba & il mourut , ayant été foulé
aux pieds des chevaux ; les Vifigots fçachant
que leur Roi étoit en danger ( a ).
devinrent encore plus furieux , ils attaquerent
les Huns en tête & en flanc , avec
une telle animofité qu'ils auroient percé
juſqu'à Attila , s'il ne s'étoit
"
promptement
( a ) Tunc Vifigothi dividentes fe ab Alanis , in
vadunt Hunnorum catervas & pene Attilam
trucidaffent , nifi providus priùs fugiffet fuofque
intrà fepta caftrorum , quæ plauftris vallatu babe
bat , reclufiflet .
20 MERCURE DE FRANCE.
retiré dans fon camp , où il eut la douleur
d'accueillir les débris de fon armée . Thorifmond
, pourſuivant trop vivement l'ennemi
, fe trouva avoir pénétré dans le
camp même d'Attila ; fon cheval fut tué ,
il fut heureuſement dégagé par les fiens ,
& retourna au camp des Romains. Aetius
eut la même avanture , & courut les mê
mes rifques ; peu à peu chacun fe retira.
Les Romains ne fe flattoienr de la victoite
qu'avec une certaine inquiétude , on ne
pouvoit encore fçavoir au jufte le nombre
des tués de part & d'autres Aetius étoir
perfuadé que la victoire lui coûtoit cher ,
par la refiftance opiniâtre des Huns & la
valeur d'Attila.
Les deux armées s'étant retirées dans
leurs camps ne furent pas fans allarmes ,
elles craignoient quelque furprife pendant
la nuit. Aetius voulut la paffer fur la petite
hauteur avec des troupes fraiches. Attila
rentré dans fon camp , fit travailler toute
la nuit à renforcer fes retranchemens ; il
fit mettre fur les chariots qui le bordoient,
des Gépides , gens habiles à tirer de l'arc .
Le lendemain au point du jour , Aetius
voulut reconnoitre le champ de bataille ,
il vit toute la plaine jufqu'au camp d'Artila
jonchée de corps morts , on en voyoit
des monceaux vers le petit ruiffeau , &
MAI. 1753. 21
s'appercevant que les fiens ne faifoient
aucun mouvement , & que tout étoit tranquille
dans leur camp , il ne douta plus de
leur défaite. Il fe fatta que la victoire
avoit fuivi fes étendarts , il en étoit d'autant
mieux perfuadé , que fi Attila ne s'étoit
pas crû vaincu il ne feroit pas reſté ſi
tranquille dans fon camp ; après s'être
avancé dans la plaine il entendit du bruit
dans le camp ennemi , c'étoit le fon vif de
plufieurs inftrumens de guerre que ce ,
Prince faifoit jouer pour s'étourdir fur
fon infortune , pour donner quelque confolation
à fes troupes & diffiper leur chagrin
, pour faire croire à fes ennemis qu'il
fe rejouiffoit de fa victoire .
Aetius ayant fait marcher fes troupes
pour fe rendre maître du champ de bataille
qui ne lui fut point conteſté , fit
lever les corps morts , & chercher avec
foin celui de Théodoric. On trouva que
le nombre des morts étoit de cent foixante
& dix mille hommes , dont cent vingt .
mille & plus étoient de l'armée d'Attila ;
on trouva enfin le corps du Roi des Vifigots
, on s'empreffa de lui donner les honneurs
de la fépulture avec tout l'appareil
militaire ; toute l'armée marqua beaucoup
de douleur , mais elle étoit temperée par
une certaine fermeté que donnoit la joie
22 MERCURE DE FRANCE.
de la victoire. Son fils Thorifmond marqua
en cette occafion , combien il étoit
fenfible à la perte d'un grand Roi & d'un
bon pere on peut coire qu'il fut enterré
à la vûe du camp ennemi , comme une
marque de triomphe fur la petite colline ,
dans l'endroit où eft aujourd'hui le Prieuré
de Saint Georges ; je puis même conjecturer
qu'on bâtit fur fon tombeau une
Chapelle à l'honneur de ce Saint , qu'on
a toujours regardé comme le Patron des
Vainqueurs & le Protecteur des combattans.
Toujours eft-il vrai qu'en cer endroit
dès l'an mil quatre- vingt- neuf , il y
avoit une Chapelle dédiée à ce Saint ,
lorfque le Chapitre de l'Eglife de Troyes
confentit à l'établiffement d'une Communauté
de Religieux dans cette Eglife , à la
priere d'Yves de Chartres. Quoniam apud
nos Ecclefia B. Georgii apta erat Divino
Servitio , placuit , &c. Vide Camuzatium
P. 117.
Je hazarde encore une autre conjecture
du nom de l'endroit où eft bâtie cette
Eglife ; on l'appelle Gannayum , Sanctus
Georgius in Gannayo . Or Gannayum , ou
Ganagium , felon M. Ducange , veut dire
guyn, ce mot vient de Ganare , qui veut
dire acquirere , gancare , emporter par for .
ce , & Gancum , veut dire une pique , un
javelot.
MA I. 1753 . 23
Thorifmond , après avoir rendu les derniers
devoirs à la mémoire du Roi fon
pere , brûloir du defir de vanger fa mort ;
il prit la réfolution d'engager toute l'armée
à combattre de nouveau contre Attila
; fur la propofition on tint Confeil &
on délibera fur le parti qu'on avoit à prendre.
Actius dont la prudence régloit tous
les fentimens , remontra qu'il étoit difficile
& dangereux d'aller attaquer Attila
jufques dans fon camp , qu'un ennemi défefperé
étoit à craindre , que ce Prince
pouvoit trouver dans fa valeur & dans fon
génie , des reffources pour rendre inutiles
toutes les attaques ; que fon camp étoit
entouré de chariots fur lefquels il avoit
poſté des gens braves & habiles à tirer de
Tare , & qui en défendoient les appro
ches ; qu'il étoit à croire qu'il avoit fortifié
fon camp par des foffés & des redou
tes ; que fi une fois on venoit à être repouffé
, les victorieux qui venoient d'obtenir
avec de grands dangers le gain de la
bataille pourroient fe décourager. Il ajouta
, que fon fentiment étoit de donner
feulement de fréquentes allarmes aux ennemis
fans entrer en action , afin de les
obliger d'abandonner leur camp ; qu'il
étoit à propos d'envoyer fouvent des partis
aux environs de leur armée pour leur
24 MERCURE DE FRANCE .
couper leurs vivres dont ils ne devoient
pas être bien pourvûs , & que par-là on
pourroit venir à bout de les réduire à toute
extrêmité.
-L'avis parut fi fage & ce confeil fi
avantageux , que tous les Princes & les
Généraux s'y conformerent , & Thorif
mond même , malgré la vivacité de ſon
âge , & l'envie de fe vanger , l'approuva .
On infulta donc le camp des ennemis
on coupa les vivres , on enleva des convois
, cette petite guerre dura quelques
jours ; Attila confus de fa défaite , & inquiet
de fa fituation préfente , étoit au
milieu de fon camp femblable à un lion
furieux qui fe voit forcé dans un bois . Il
craignoit qu'enfin fes ennemis ne vinffent
l'attaquer , le forcer & le furprendre dans
fes retranchemens ; il en fit faire un au
milieu de fon camp , & là il fit mettre
tous fes effets précieux , fon tréfor , les
plus beaux harnois de fes chevaux , les
riches dépouilles qu'il avoit enlevés dans
les Gaules , fon deffein en cas de malheur
étoit d'y faire mettre le feu , & de s'y jetter
lui même pour y périr , plutôt que de
tomber vif entre les mains des vainqueurs
Dans cette extrêmité il reconnut qu'il
s'étoit avancé trop inconfidérément dans
les
I
a
1
M A I. 1753
25
les Gaules , que les défordres affreux qu'il
y avoit commis en mettant tout à feu & à
fang , l'avoient fait regarder avec horfeur
; que jugeant de l'avenir par les premiers
fuccès , il avoit négligé de fe ménager
une retraite affurée , qu'il n'avoit pas
eu foin de choisir une Ville forte pour lui
fervir de place d'armes , & pour couvrir
fon armée en cas de befoin .
Ce Prince fi fier prit donc le parti de
s'hamilier : il propofa à Aetius fecretement
un arrangement qui étoit tel ; il faifoit
préfent à ce Général Romain d'une
fomme de dix mille fols d'or ; il lui promettoit
d'évacuer les Gaules , de s'en retourner
au-delà du Rhin fans s'arrêter , de
ne laiffer commettre à fes troupes aucun
acte d'hoftilité , de payer par tout où il
pafferoit , & il le prioit de le laiffer décamper
tranquillement fans le poursuivre
pour le combattre..
Actius reçut fes propofitions . Ce grand
politique confidéroit que fi les Viligots
reftoient encore long- tems avec lui , ils
pourroient exagerer leurs fervices & les
mettre à trop haut prix. Il redoutoit l'ambition
du Prince Thorifmond , qui ayant
encore fous fes ordres une puillante armée
, pouvoit entreprendre quelqu'invafion
fur les terres de l'Empire , d'autant
B
26 MERCURE DEFRANCE.
plus facilement qu'Aetius n'avoit dans fort
armée que des troupes la plupart auxiliaires
, compofées de différentes nations qui
auroient pû fe retirer quand elles auroient
jugé à propos. Il ne pouvoit même guere
compter fur Sandiban , Roi des Alains ,
quoiqu'il fût à la folde de l'Empereur ;
c'étoit un Prince inconftant & intereffé
qui pouvoit fe mettre du parti de Thorif
mond s'il y trouvoit fon avantage , il
étoit même capable d'aller chercher des
avantures utiles .
parve-
Ces confidérations déterminerent donc
le Général Romain à traiter avec Attila ;
par ce moyen il renvoyoit un ennemi formidable
, il fe défaifoit d'une groffe armée
alliée , il procuroit la paix ; on croit qu'il
la fouhaitoit par un défir fecret de
nir à l'Empire ; on fçait que le foupçon
qu'on en eut par la fuite , fut caufe qu'on
lui ôta la vie. Ce grand génie n'eut pas
de peine après cela à congédier Thorifmond
; il lui fit entendre qu'il étoit de
fon intérêt de retourner promptement à
Toulouſe , pour s'y faire reconnoître Roi ,
lui faifant obferver que s'il tardoit , un
des Princes fes freres pourroit prétendre
au trône ; qu'avec la nouvelle de la mort
de Théodoric on pourroit faire croire que
lui-même auroit été tué ; qu'il étoit bien
MA I.
27 1753 .
difficile de faire defcendre du trône un
Prince affez habile pour s'en être emparé ;
qu'il étoit bien plus fûr & plus prudent
de le prévenir . Thorifmond trouva ce confeil
fi bon qu'il en remercia Aetius , lui
marqua fa reconnoiffance , prit fes mefures
pour affembler fon armée & retourner
dans fes Etats ; cette féparation ne fe fit
fans doute qu'après qu'Attila eut décampé .
Alors , c'est-à- dire vers le vingt du
mois de Septembre , dix jours environ
après la bataille , Attila fous la foi du traité
qu'il venoit de conclure , décampa . Il
alla à Troyes , où il arriva avec des fentimens
pacifiques , fans toutefois quitter cette
hauteur qui lui étoit naturelle . S. Loup
qui en étoit Evêque , pouvoit bien avoir
appris la défaite de ce Prince, mais il avoit
tout à craindre d'une armée compoſée de
gens féroces & barbares , fi accoutumés au
pillage , & à commettre toutes fortes de
défordres ( a) : la Ville étoit alors peu confidérable
, elle n'avoit ni murs , ni fol
fés , ni fortifications ; fes Citoyens étoient
braves , mais en petit nombre.
Le Saint Prélat ayant mis toute fa con-
( a ) Ubi Hunni ad Tricaftium infefto agmine
venêre civitatem , patentibus campis fitam , &
nec armis munitam , nec muris ..... Vita Sancti
Lupi.
Bij
28 MERCURE DEFRANCE.
fiance en Dieu le Seigneur des Armées
après avoir raffuré fon troupeau , alla en
habits Pontificaux ( a ) affifté de fon Clergé
& des principaux de la Ville, fuivis de tout
le peuple au- devant d'Attila , pour le recevoir
à une des portes de la Ville qu'on
appelloit la Porte de Céfar. Cet Evêque
étoit éloquent , il avoit une phifionomie
qui prévenoit en la faveur ; fa réputation
le faifoit regarder dans toutes les Gaules
comme un homme d'une vertu fublime ,
& le modele des Evêques. Attila même
qui en avoit une haute idée , avoit conçu
pour lui beaucoup d'eftime : ce Prince
rut à la porte de la Ville ; alors Saint
Loup qui l'y attendoit , s'humilia devant
ce Prince avec cet air de candeur qui fiéd
fi bien aux Evêques , il le falua avec refpect
, il le complimenta , & lui demanda
4
pa-
( a ) Lupus habitu indutus Pontificali , cum
multitudine Cleri , Attila advenienti fit obvius ;
is facta falutatione interrogat Attilam quifeam
effet , quitot Regibus devictis , nationibus popu
lifque proftratis , urbibus everfis , cuncta fibi fubderet
Cui Attila , ego fum Rex Hunorum , At.
tila , flagellum Dei : ad hæc Lupus , & quis eft
mortalium qui Dei flagello refiftat Veni igitur
Dei mei flagellum , illoque utere , ut Deus con.
cedit ad hæc verba Barbarus emollitus , Trecen
fem urbem illafam tranfit .
Sic Nicolaus Olanus.
MA I. 29 1753.
qui il étoit ; j'ai , lui dit- il , un grand empreffement
de connoître ce Héros qui a
vaincu tant de Rois, qui a fubjugué tant de
nations , qui a foumis tant de peuples à fa
domination , qui a conquis fi rapidement
un grand nombre de Provinces , à qui toute
l'Europe a femblé rendre hommage : le
compliment étoit flatteur. Attila lui répondit
fiérement : je fuis le Roi des Huns ,
le fleau de Dieu. L'Evêque lui répliqua , ch
qui d'entre les mortels ofera réfifter au Acau
de Dieu Venez donc, fleau de mon Dieu ,
mais n'ufez du pouvoir que Dieu vous a
donné qu'avec la mesure qu'il vous infpirera.
Attila à ces paroles fentit dans fon
coeur des mouvemens d'eftime , de douceur
& de compaffion , il promit au Saint
Prélat que fon Armée en paffant par fa
Ville , n'y commettroit aucun défordre ; &
donna à ce fujet des ordres fi précis , que
les Huns la traverferent fans s'écarter en
rien du commandement de leur Prince ,
qui fçavoit le faire obéir.
Un autre Hiftorien affure qu'Attila ( a)
par le mouvement de Dieu , paffa par la
Ville d'une porte à l'autre, fans faire aucun
( a) Divinâ virtute tùm ipfe ( Attila ) , tùm exercitus
neminem videntes , tranfierunt per civitatem ,
& portâ ufque ad portam veluti cæcitate percuffi ,
ficque patria falvata eft. Petrus Equilimus .
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
mal ; que les Huns paroiffoient n'avoir
point d'yeux comme s'ils avoient été frappés
d'aveuglement.
Cette armée fut fans doute long- tems
à défiler , elle étoit encore nombreuſe &
avec beaucoup d'équipages , elle alla camper
de l'autre côté de la Ville vers l'Orient.
Je fuis porté à croire que Saint
Loup ravi de voir fa ville délivrée d'un fi
grand danger , engagea les citoyens à porter
par reconnoiffance , toutes fortes de
vivres & de rafraichiffemens à ces troupes.
Attila voulant exécuter fon traité avec
Aetius , vint le lendemain vifiter S. Loup.
On voit dans ce Prince par cette démarche
, les qualités que lui donne Jornandes
, d'être fidéle à fa parole ( a ) & de ſe
laiffer fléchir aux prieres de fes ennemis ,
tant il est vrai qu'avec de grands défauts ,
il avoit de grandes vertus.
Dans l'entrevûe que ce Prince ent avec
notre faint Evêque , il lui fit part de fon
infortune , en lui avouant la perte de la
bataille qu'il venoit de donner ; il lui fit
confidence du traité qu'il avoit fait avec
(a ) Attila bellorum quidem amator , fed ipfe
manu temperans , confilio validiffimus , fupplicationibus
exorabilis , propitius in fide femel receptis.
Jornandes.
MAI 1753. 31
Aetius , il lui fit entendre qu'il craignoit
quelqu'embûche de la part de ce Général
pendant la route qu'il alloit tenir pour s'en
retourner , qu'au moins Actius pour être
plus certain de fa promeffe & pour empê
cher que les Huns , s'ils étoient maîtres de
la campagne , ne vinffent à commettre de
nouveaux défordres , ne manqueroit pas ,
fuivant les lumieres de fa prudence , d'envoyer
une armée pour le fuivre , que cette
armée pouvoit groffir en chemin par les
habitans des Provinces qu'il avoit ravagées
, & entreprendre de fe venger , foit
en l'attaquant , foit en envoyant des détachemens
pour le harceler , lui couper
les vivres , & par là le réduire à des extrêmités
: il ajoûta qu'il fçavoit parfaitement
le grand crédit qu'il avoit dans les
Gaules , le refpect qu'on avoit pour lui ,
non -feulement à caufe de fa dignité , mais
encore à caufe des grandes vertus & des
talens que Dieu lui avoit donnés ; qu'il
avoit pour la perfonne des fentimens d'eſtime
& d'amitié dont fon coeur étoit pénétré
, qu'il le prioit avec confiance de
l'accompagner dans fa retraite , pour deux
raifons ; la premiere , parce qu'il lui ferviroit
d'otage pour la fureté ; la feconde
parce qu'il profiteroit du plaifir de fa converfation
, de fes inftructions , & de l'u
2
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
tilité de fes prieres , que peut- être fa converfion
étoit attachée à la complaisance
que ce Prélat auroit pour lui ; il finit par
fe recommander à fes prieres. Toute cette
converfation ſe fit par le moyen d'un interprete
nommé Humigafius ( a ) , parce
que ce Prince & le Prélat n'entendoient
pas les langues réciproques.
Ce Prince avoit penfé jufte , Aetius
le fit fuivre par une petite armée pour
l'obferver , avec ordre de camper toujours
à la vûe de celle d'Attila ; & afin de mieux
cacher leur petit nombre , il ordonna aux
Chefs ( b ) de faire allumer tous les foirs
dix feux à la tête de chique tente , afin de
faire croire que cette armée étoit nombreufe
: on a remarqué qu'elle étoit prin-
( a ) At immanis ille & ferus Attila , fidem
fancti viri altiori fenfu fufcipiens , pro fuâ exercitúfque
fui falute & incolumitate , fecum eum
vult proficifci ad Rhenum ufque , pollicens ei ubi
ventum fit , fe ipfum dimiffurum ; mox copia offertur
ab eo loco revertendi , non negatur reditus
, iter quoque indicatur , orat tyrannus fanc-.
tum virum ut velit pro ipfo Dominum deprecari ,
interprete ufus Humigazio. Vita Sancti Lupi.
( b ) Aetius fecum habens Francos , focium direxit
non tergum Hunnorum , quoufque Thoringium
à longe profequutus eft . Præcepitque fuis
ut unufquifque nocte ubi manebat , decem fparfim
focos foverent , ut immenfam, multitudinem
fimularent. Idatius.
MA I. 1753 .
33
cipalement compofée de François.
,
Attila arriva enfin fur les bords du
Rhin , & après avoir traversé ce fleuve
il renvoya Saint Loup avec une efcorte ,
& le combla d'honneurs. L'année fuivante
il fit une irruption en Italie ; après la
campagne , étant de retour à Strasbourg ,
il s'abandonna à la débauche , & mourut
d'une hémorragie de fang.
Saint Loup ayant pris congé de ce Prince
, revint dans fa ville Epifcopale , où il
fe vit en butte à bien des contradictions
au rapport de quelques Hiftoriens . C'eft
un fait que nous examinerons ailleurs.
REFLEXIONS..
On voit aifément par ce trait d'hiftorre
, le fruit de l'ambition & des ravagesdes
conquérans , qui font la honte , la
confufion , & la haine publique. On admire
avec quelle prudence Aetius conduit
tout cet évenement , avec quelle adreffe
il ménage les intérêts de tant de nations ,
dont les fecours lui devenoient néceffaires
dans des circonftances délicates & dange
reufes ; par fon courage il vient à boutde
terraffer & de chaffer hors des Gaules
le fleau de Dieu..
Mais quand on envifage tant d'évene
By
34 MERCURE DE FRANCE .
2
mens avec les yeux de la foi & de la Religion
, on reconnoît aifément que c'est
Dieu qui les conduit , qui les dirige ; il
amene des extrêmités de l'Europe une
armée formidable pour châtier les Gaulois
& les peuples qui les avoient conquis
les prieres des Saints défarment
fa juftice , une Sainte Geneviève prie le
Seigneur de délivrer la ville de Paris de
l'incurfion de ces Barbares , ils prennent
une autre route pour aller à Orléans
faint Anien , Evêque de cette derniere
Ville , prie pour fon peuple prêt à périr ,
& Attila léve le fiége de leur Ville qui
étoit aux abois , & prête de reffentir toute
la cruauté des Huns : faint Loup Evêque
de Troyes , obtient par l'abondance de fes
larmes , par la ferveur de fes prieres , que
fa Ville foit délivrée de l'extrême danger
dont elle eft menacée , & Attila y vient
comme ami ; ce Saint élevant fes mains
au Ciel pendant la bataille qui fe donne
dans la plaine de Mery , eft exaucé de Dieu ,
Attila eft vaincu , & fes prieres font plus
efficaces que toute la valeur des armes .
Dieu appaifé par les gémiffemens de fes
Saints , par les voeux de fes amis , renvoye
Attila au -delà du Rhin ; ne voulant plus
punir , il n'a plus befoin de fleau .
Si nous jettons les yeux fur le camp
M A I. 1753-
35
d'Attila , fur le champ de bataille arrofé
de tant de fang , où trouvons- nous les
trophées des conquérans ? où font les veftiges
de la grandeur de ce Roi fi puiſſant ?
C'est là où il a fait couler le fang des faints
Clercs envoyés par Saint Loup ; c'eft là
auffi que Dieu tire vengeance de ce fang
répandu fi injuftement : on voit encore les
trophées de ces Saints ; leurs tombeaux
monumens refpectables de leur courage &
de leur foi , feront toujours révérés , tandis
qu'on détestera la mémoire d'Attila . La
vraye gloire n'appartient qu'aux ferviteurs
de Dieu.
Non fequimur probabilia , nec ultra id quod
verifimile eft , progredi poffumus , & refellere
ne pertinaciâ , & refelli fine iracundia , parati
fumus.
Cic. Tufcul. Quaft . Lib. 2º,
Bvjj
36 MERCURE DE FRANCE .
E PITRE
A M. ** , furfon Mariage.
Nfin parmi fes efclaves
L'hymen a fçu te ranger ;
J'ai vu les triftes entraves
Dont il vient de te charger ,
Arifte , j'ai vu la femme
Qui va regner fur ton ame ,
Et que l'Amour t'a foumis ;
C'en eft fait ; & fa tendreffe
Va voir groffir fa richeffe.
Des pertes de tes amis.
Toujours occupé de plaire-
A l'objet qui t'a charmé ,
Tu te feras une affaire
Du doux plaifir d'être aimé ¿
Et tous ces amis d'élite ,
Dont le goût & le mérite.
Etoient affortis au tien ,
Bientôt dans ta folitude ,
Entre ta femme & l'étude ,
Ne feront comptés pour rien.
Bientôt ton ame affoupie
Par un amoureux poiſon ,
MA I. 17530 37
Oublira que chez Julie ( a ) ,
De ris , de jeux , de folie
Tu peux feul donner leçon ;
Et que l'aimable Thalie ( b ) ,.
L'efprit fin & la faillie ,
Perdant leur cher nourriffon ,
Sans toi baifferont le ton
Devant la mélancolie ,
Qu'y conduira la Raiſon .
Garçon , badin & folâtre.
Ton coeur s'amufoit de tout :
Epoux , il en faut rabatre ;
Nouvel état , nouveau goût.
Ces foupirs où fur les traces
Et des talens & des graces.
Tu venois tenir ton coin ;
Cette divine harmonie
Qu'Amphion ( c ) & Polymnie-
Font entendre chez P ....
Et qui t'attire & t'enchante ', '
N'auront plus rien qui te tente ;
Tout cela mene trop loin .
Trouvant dans le tête à tête .
De ta nouvelle conquête
Un plaifir toujours nouveau ,
(a ) Me . P...
(b ) La Comédie qu'on yjoue. -
c ) Mr. & Me. Forqueray..
38 MERCURE DE FRANCE
Ta main d'Hercule rivale
De la quenouille d'Omphale
Fera tourner le fuſeau ,
N'imitant dans ce fier mâle
Que ce qu'il fit de moins beau.
Boiffize ( a ) , ce lieu tranquille ,
Qui fur la fin des chaleurs
Te préparoit un azile
Contre les cris des plaideurs ;
Boiffize envain cet Automne
Etalera de Pomone
Les dons les plus précieux ;
Ces côteaux délicieux ,
Ces bords fleuris , d'où la Seine:
Ne s'éloigne qu'avec peine ,
Ne frapperont plus tes yeux ;
Ils ont reçu tes adieux .
Le Sage qu'on y révere ,
Dont l'efprit & la gaitė
Donnent à fon batiftere
Un démenti mérité.
P.... par fa politeffe
Aux lenteurs de ta molleffe
Envain fera le procès ;
De cet ami qui t'invite
D'y venir chercher un gîte
( a ) Villagefur les bords de la Seine , à dix-lieues
de Paris , où M. P…... a une Maiſon de campagnes.
MAI.
39 1753.
La voix fera fans fuccès.
Enchanté de ta campagne ,
Et peut -être un peu jaloux
Tu croiras que la compagne
Pourroit nuire à fon époux ;
Que dans ce féjour champêtre
Où le Plaifir parle en maître ,,,
Et ne connoît plus de frein ,
Un mari rifque trop d'être
Le confrere de Vulcain.
Pourquoi donc le mariage.
Transforme-t'il un époux ?
Non , non , Arifte eft trop fage
Pour fe féparer de nous ;
N connoît notre tendrefle ,
Son coeur qui pour nous l'en preffe ,
Va le rendre à l'Amitié ;
Laiffons paffer fon yvreffe ,
Dans peu plein de gentilleffe ,
Mais plus court d'un demi- pied ,
Il viendra faire pitié
A notre Bureau d'adreffe .
L'oeil battu , le teint blaffart ;
Dans peu , d'un ton emphatique ,
De maint exploit chimérique
Il viendra nous faire part ;
Mais , malgré fa Rhétorique ,
Nous n'en croirons pas le quart
En attendant que fenfible
40 MERCURE DE FRANCE .
A nos plaifirs les plus doux-
Il revienne parmi nous
Montrer la face rifible-
D'un chétif & maigre époux ;
Qu'il reçoive ici d'avance
Le compliment empreffé
D'un ami qui le difpenfe
De rendre le débourfé
D'un coeur défintéreffé
Qui fe pique de conftance..
L'hymen feroit offenfé
S'il faifoit cette dépense .
Pour bien faire fon métier ,.
Un époux dans fon ménage.
Doit avoir un coeur entier ;
Trop d'amitié le partage..
MAI. 1753 45
LETTRE
A l'Auteur du Mercure de France
fur les Traductions en vers.
Monfieur , je crois ne pouvoir mieux
adreffer mes plaintes qu'à vous ,
pour les rendre publiques avec fruit , &
leur donner dans le monde , & auprès des
gens de goût quelque autorité.
Il
y a long- tems qu'on nous reproche
que nous n'avons pas de bonnes Traductions
en vers , & cela avec raifon ; parce
que nos bons Ecrivains ont dédaigné la
gloire qu'il y a à y réuflir . On lit dans les
Lettres Perlanges que tout Traducteur ne
fera jamais traduit ; mais il fera honoré ,
récompenfé , eftimé. Une Nation voifine
de la nôtre , que nous nous faifons
un point d'honneur d'imiter , & de furpaffer
même quelquefois par bien des chofes
, compte parmi fes plus grands hom
mes les Traducteurs de differens Poëtes ;
que ne l'imitons- nous encore en cela ?
On fçait en France , & par tout le monde
lettré , le fingulier accueil que l'Angleterre
a fait à la Traduction d'Homere &
àfon Traducteur ; on fçait parfaitement
42 MERCURE DE FRANCE.
pour
que Dryden n'a pas eu moins de fuccès
la Traduction de l'Enéide ; Cruch ,
pour celle qu'il a faite de Lucréce , & c .
Les Italiens tout de même , fourniffent de
bonnes Traductions . Nous feuls , qui
pourrions nous occuper à cette étude
beaucoup plus utilement que tant d'autres
, & qui y fommes comme néceffités
par l'impoffibilité morale où l'on eft aujourd'hui
de rien écrire de nouveau , aimons
micux nous laiffer taxer , ainfi que
notre Langue , d'incapacité & de foibleffe
par les Etrangers , que de leur prouver le
contraire , comme il feroit aifé de le faire ,
& d'abandonner l'ineftimable honneur de
réuffir dans des Opéra & des Contes de
Fées , & de paffer aux yeux de nos voifins
, ainfi que de la postérité , pour des Auteurs
originaux.
Je crois qu'on peut s'exempter de la régle
, & ceffer d'être à la mode pour un
moment.
.
Les Homere , les Virgile ont encore
des admirateurs après deux mille ans &
plus ; & je vois que tel Roman , telle Hiftoriette
vantée , fêtée , courue la veille ,
ceffe d'être connue le lendemain.
Nos Opéra , tout de même ; nos Piéces
à Tiroir , tout de même. Nos Comédies
du bon ton , & nos Tragédies , où on vouMAI.
1753. 43
droit auffi l'introduire , n'ont pas un meilleur
fort.
Cela n'arriveroit pas fi nos Auteurs tragiques
preffés de la produire , fe donnoient
la peine que demandent de longs ouvrages.,
s'ils travailloient à fe former le goût ,
le jugement , & à régler leur imagination,
(je parle de ceux qui en ont ) s'ils lifoient,
traduifoient , méditoient les bons modéles
en tout genre , principalement dans
celui où ils veulent s'exercer.
Vos exemplaria Graca ,
Nocturna verfate manu , verfate diurnâ ,
difoit Horace aux Romains , qui nous va
loient bien .
Je ne prétends point vous dire que j'aie
attrapé le but que je propofe , dans le peu
d'imitations que j'ai l'honneur de vous
envoyer ; je puis dire feulement que je
l'ai cherché. Ma vanité & l'ambition de
l'efprit ne font pas affez grandes chez moi
pour me faire croire que j'aie réuffi dans
de pareils efforts. Si j'ai effayé de rendre
quelques endroits des Auteurs qui
m'ont plû , ce n'a point été pour lutter
contre eux , ni chercher à les furpaffer ,
après les avoir égalé , mais feulement pour
céder à l'enthouſiaſme qui m'entraînoit ,
& leur payer en quelque façon une forte
44 MERCURE DE FRANCE.
de tribut , en reconnoiffance du plaifir
qu'ils m'avoient procuré .
Je fuis , Monfieur , & c .
Baillet de Saint- Julien.
A Paris , le 16 Mars 1753. 1
Traduction libre du fecond choeur de la
Troade de Seneque * , Verum eft an timidos
, c.
N'Eft-ce point un vain bruit par la peur ene
fanté ;
Et l'ame furvit- elle au corps qu'elle a quitté ?
Les mortels une fois privés de la lumiere
Recommenceroient - ils leur pénible carriere?:
Et trop infortunés tant qu'ils font ici - bas ,
Le feroient-ils encore au - delà du trépas ?
Non : cette auftére loi paroît trop dure à ſuivre :
Tout eft fini pour nous , quand nous ceffons de
vivre ;
Et cet efprit borné que tant nous admirons ,
S'ufe , languit , s'éteint , & meurt quand nous
mourons.
Tout ce que l'Océan entoure de fon onde ,
C'est moins les penfées de Seneque qu'on a prétendu
rendre ici , que la vigueur de leurs expreffions , &
toute la force de leur énergie . On n'ignore pas dans
quel difcrédit eft tombé de nos jours le matérialiſme
avec tant de raison.
MA I.
45 . 17331
Ce que voit du Soleil la courfevagabonde ,
Doit fe confondre au fein dont on l'a vu fortir ,
Le néant eft le terme où tout vient aboutir.
Le tems dévore tout , les effets &leurs cauſes ;
Et l'ame fuit les loix que fuivent toutes choſes.
Pourquoi donc fe troubler , & qu'eft- ce que la
mort ?
Un inftant qui finit les duretés du fort ;
Où le perd de nos fens l'aveuglement extrême ,
Que rien ne sçauroit fuivre , & qui n'eſt rien luimême.
L'homme , quand une fois fon fort eft terminé ,
Devient ce qu'il étoit avant que d'être né .
Imitation de l'Epigramme 57 du XIº, Livre
de Martial , Quod nimium laudas , &c.
Philofophe orgueilleux , tu veux que je t'admire
Dans ces voeux infenfés que tu fais pour la mort :
Ton courage eft divin ! mais dis , qui te l'infpire ?
Ta force ne te vient que de ton mauvais fort.
Tu n'as , infortuné , ni feu , ni lit , ni table ,
Pour amollir ton pain , tu n'as d'eau que tes pleurs.
O courage étonnant ! ô force inimitable !
De braver une mort qui finit nos malheurs.
Rougis de ta foibleffe , & d'une lâche envie ,
Ne fais plus vanité , Philofophe orgueilleux :
Le courage n'eft point à méprifer la vie ,
Mais à la fupporter quand on eft malheureux .
46 MERCURE DE FRANCE.
Traduction de l'Epigramme 22 du premier
Livre , Cùm peteret Regem , &c. C
Trompé dans fa valeur , Mutius en furie ,
Immola dans les feux fon bras à la Patrie,
Porfenna fufpendit ce prodige iuhumain :
Il tremble ; il ne peut voir ce qu'endure un Ros
main ;
Et l'ennemi , des feux arrachant ce grand homme,
Le conduit du fupplice aux triomphes de Rome.
Ocourage ! o vengeance ! ô glorieuſe erreur !
Le bras eût- il plus fait , s'il eût été vainqueur.
Traduction de l'Epigramme 41. de l'Allamannifeudo
dette à Caton quando morio,
&.c.
Caton , le fer en main , prêt à finir fon fort ,
Raffura par ces mots ceux qui craignoient ſa mort :
Ceffez de me flatter d'une lâche efperance ,
Je hais tout dans Céſa : juſques à ſa clémence .
Apprenez aujourd'hui qu'un Romain , que Caton
Suit bien moins fon courroux , qu'il ne fuit fen
pardon.
MAI 47 1753.
RETRAITE PHILOSOPHIQUE.
UN petit toit humble & ruftique
Charmant azile de la paix ,
Où mes ayeux , dans la pratique
De la fageffe & des bienfaits ,
Ont coulé des jours pleins d'attraits ,
Dans un loifir philoſophique :
Un vignoble , un taillis , des prés ,
Des terres cultes , des marais
Formant un domaine modique ,
Quelques meubles faits à l'antique ,
C'est tout le bien qu'ils m'ont laiffé ,
Et quelque vertu domestique ,
Fruit des moeurs du fiécle paflé.
C'eft là que dans l'indépendance ,
Méprifant le frivole éclat
D'une faftueule opulence ,
Je vis content de mon état ,
A l'aide d'une honnête aifance :
Où fans coulis , fans quinteffence ,
Sans jus , fans tout cet apparat
Inventé par l'intempérance ;
Sans défir pour le fuperflu ,
Qu'un luxe avide & foutenu
Fait convertir en néceffaire ;
MERCURE DE FRANCE.
Quand je n'ai que moi pour témoin ,
Je mefure mon ordinaire
Au niveau du fimple befoin.
Bien précieux , tréfor facile ,
Heureufe médiocrité !
Pofition douce & tranquille ,
Où l'innocence & la fanté
Retrouvent toujours un azile !
Ah! fi l'homme étoit moins docile
Al'efprit de cupidité !
S'il fentoit votre utilité ,
Revenu de l'erreur commune ,
Il connoîtroit la vilité
De tous les biens de la fortune ;
Ces faux biens ou portent les voeux
Ne fçauroient faire des heureux.
Qu'il affecte de le paroître ,
C'eſt en vain , l'orgueil le féduit.
Seroit-il vrai ce que l'on dit ,
Qu'on eft beureux lorfqu'on croit l'être ?
Si c'eft là la félicité
Par les mortels fi défirée ;
S'il faut que fa réalité
Soit le feul effet de l'idée ,
Une imagination bleſſée ,
Sans ceffe fertile en projets ,
Pourra donc , fans être bornée ,
Réalifant
MAI .
1753.
Réalifant des vains objets ,
Donner du prix à la fumée .
Détrompons nous bien. Le bonheur
N'eft pas le lot de cette vie ;
La fortune la plus fuivie ,
Le plaifir le plus féducteur ,
Dont l'ame puiffe être ravie ,
Laiffent un vuide dans le coeur :
On éprouve encor qu'il foupire
Pour d'autres biens , d'autres plaifirs
Ce font toujours nouveaux défirs.
Eft- on heureux quand on défire e
Il est un état cependant ,
Etat qu'aucun défir n'enflâme ,
Etat heureux par conféquent ;
Il nous vient du calme de l'ame ,
La fageffe en ourdit la trame.
Cet état heuteux & content ,
Je le trouve dans ma retraite ,
Où je raffemble quelquefois
D'amis une troupe difcrete ,
Dont les moeurs célébrent mon choix
Les jeux , les ris , font de la fête
La tempérance y fait les loix.
D'une profufion homicide
Fuyant les dangereux apprêts ,
La délica effey décide
C
fo MERCURE DE FRANCE.
De l'élégance de nos mets ,
Et d'un vin d'une triple automne
Verfé par la fobriété ,
Affaifonné par la gayté
Qui de tems en tems nous redonne
Quelqu'amufante vérité.
La fageffe n'eft point fauvage:
Jamais la fombre austérité
Ne rendit le portrait du ſage ,
Dont la contexture eft l'ouvrage
Du pinceau de l'aménité.
Quoique feul , la troupe éclipſée ,
Le trifte ennui fuit loin de moi.
A chaque inftant de la journée
J'affigne toujours un emploi.
Aux progrès d'une jeune plante,
Je donne des foins empreflés ;
J'élague une treille abondante
Dont les rameaux font trop preffés
Ou j'arrose une Aeur naiflante .
Tantôt grimpé fur un côteau ,
J'admire le brillant tableau
Du fpectacle de la nature.
Tantôt affis fous un berceau
De chevre-feuil , d'autre verdure ,
Je m'amufe de la lecture
D'un livre de pur agrémént,
M A I.
SL 1753.
Tantôt un plus intéreffant
M'inftruit à faifir la meſure
D'une morale exquife & pure ;
A maitrifer les voluptés
Et les paffions qui nous ravalent ;
A prifer les commodités ,
Précisément ce qu'elles valent ;
Arehauffer le prix des moeurs ,
A me donner des vertus neuves ,
A prendre des Dieux bienfaiteurs ,
Le bon tems comme des faveurs
Le mauvais comme des épreuves ;
A fuivre enfin de la raiſon
La belle & fage économie.
C'eft ainfi que prenant leçon
D'une faine philoſophic ,
Comme on fort d'une compagnie ,
Où fans délice & fans chagrin ,
Chaque auteur a fait la partie ,
Je verrois finir mon deſtin ,
Sans aucun dégoût pour la vie ,
Sans aucun regret de ſa fin.
DUCASSE , Avocat à Tonneins,
Cij
* MERCURE DE FRANCE,
SECONDE LETTRE
SUR
L'IMPRIMERIE.
DE L'ORIGINE
ET DES PROGRES DE CET ART.
A M. le C. de S.
E
N vous promettant , Monfieur , de
repondre à la queftion que vous me
fites l'honneur de me faire fur l'inventeur
de l'Imprimerie. , je prévoyois bien que
c'étoit un engagement férieux que je prenois
avec vous , dont vous ne me tiendriez
pas quitte fi- tôt. Je vais donc, fuivant vos
défirs , vous entretenir aujourd'hui de l'origine
& des progrès de cet Art qui fait fi
juſtement vos délices ,
Si quelque chofe doit vous furprendre
par rapport à l'origine de l'Imprimerie ,
c'eft qu'on ait été fi long- tems fans la découvrir
car de tout tems l'on avoit eu
fous les yeux tout ce qui pouvoit en donner
l'idée .
Dès le commencement du monde l'on
gravoit fur la pierre , témoin les deux taMÁI.
1753: $3
bles fur lesquelles furent tracés les arti
éles de la Loi divine.
Chez les Egyptiens , ces pyramides qu'on
élevoit avec tant de pompe & de magnificence
étoient chargées de caractères
hyéroglyphiques : les Grecs fi adroits ( a )
& fi ingénieux dans tous les Arts , & les
Romains qui les fuivirent , écrivoient ordinairement
avec une aiguille , ou un ftile
d'acier , ou d'autre métal fur de fines
écorces d'arbres enduites de cire ; ils gravoient
même foit en creux , foit en relief,
leurs Loix & d'autres ouvrages fur des tables
de plomb , de cuivre , & de bronze
( b ). Il paroiffoit donc aifé , après avoir
gravé toutes ces planches , de les approher
fur un fable fin & préparé exprès
(a) Du Tillet : Effais fur les honneurs rendus
aux Sçavans. p. 3226
(b) Dès la plus haure antiquité l'on voit des
lettres , des mots & des difcours taillés & gravés
fur le marbre , fur des corps beaucoup plus durs
& plus difficiles à tailler que le bois . Les Livres
d'airain, TABULA ANEA , étoient des tables de cuitre
où étoient gravées les limites des terres que
les Romains affignoient aux foldats de leurs colonies.
L'Ecriture Sainte nous apprend que Judas Machabée
envoya à Rome des Ambaffadeurs qui en
rapporterent un traité d'alliance entre les Juifs &
les Romains , gravé fur une table de cuivre . Dans
le Dialogue de Platon , intitulé Minos , on lit que
de Roi de l'ifle de Candie , qui vivoit plus de 1200
Ciij
$ 4 MERCURE DE ERANCE:
qui en auroit pris l'empreinte. Il eft vrai
que dabord ces lettres feroient venues à
rebours ; mais la réflexion leur auroit bientôt
fourni le moyen de les redreffer , en
les
gravant enfuite à contre- ſens , où d'une
maniere oppofée . Pour lors ils auroient
employé fur les planches gravées , l'encre
ou quelqu'autre liqueur colorée dont ils
avoient ufage , pour imprimer fur leur papier
les caractères qu'ils auroient gravés
fur les planches.
Mais il y a plus . Il femble que Ciceron
( a ) ait entrevû tout la méchaniſme
de cet Art ; l'on croiroit même qu'il ne
parle que d'après l'épreuve , lorfque voulant
donner un éxemple d'une chofe imans
avant J. C. envoya dans les Provinces Talu ,
qui fit porter avec lui les loix du Royaume , gravées
fur des lames d'airain . Plutarque dans fes
Apophtegmes laconiques nous apprend qu'Age--
filas , Roi de Sparte , voulant animer les foldats
au combat , imagina la maniere d'imprimer des
lettres comme on le fait par des tables gravées : il
imprima donc dans fa main le nom de la victoire
Viky & ayant preflé de cette main le foye de
Panimal que le Devin venoit d'égorger , il montra
ce mot heureux qui fut regardé par tous les
affiftans , comme une prédiction divine qui auroit
fon effer.
(a ) Ceci est tiré en partie d'une petite Differtation
imprimée dans le Mercure de Fevrier 1749
P. 34a
MAI.
SS 1753
poffible ( a ) , il dit : cela eft auffi poſſible
que fi vousjettiez en l'air une quantité de caracteres
d'or ou d'autre métal repréfentant nos
21 lettres , & qu'en tombant ils fe rencontraf
fent affez juste pour préfemer un fens : pour
moi , continue Ciceron , je fuis perfuadé que
quelque gran le que fût la quantité de ces caractères
, vous n'y rencontreriez pas unfeul
vers d'Ennius,
Voila bien tout le myftere de la Typographie
à découvert , caractères de fonte ,
caractères séparés & ifolés , qui pouvant
recevoir entr'eux différentes places , font
en état de préfenter tous les difcours poffibles.
Ne croiroit- on pas que Ciceron
en parlant comme il fait , a vu une de nos
Caffes . Mais voici quelque chofe de plus
furprenant encore , puifque ce que Ciceron
dit n'eft qu'un difcours , au lieu que
voici des faits.
Les Anciens avoient le fecret de jetter
des médailles en fonte , par conféquent
fe fervoient de poinçons & de matrices.
Or ce qu'ils faifoient en grand , ils pou-
(a) Voici le texte : Si innumerabiles unius &
vigintiforma litterarum vel aurea quales libet , aliquò
conjiciantur ... non intelligo cur non idem putet
poffe ex bisin terram excuffis annales Ennii , ut deinceps
legi poffint effici , quod nefcio an ne in uno quidem
verfu poffit tantùm valere fortuna. De natura Deo-
Bum, Lib. 2. chap. 93.
C iiij
56 MERCURE DE FRANCE .
•
›
voient le faire en petit. De- là , comme
vous voyez , Monfieur , jufqu'à l'Imprimerie
il n'y avoit plus qu'un pas à faire
& n'eft- il pas fingulier que touchant la
chofe prefqu'au doigt , les Anciens ayent
laiflé écouler 5500 ans , fans arriver à la
découverte de l'Imprimerie , eux qui furent
les inventeurs de tant d'autres Arts ?
Cependant on y parvint enfin.
Il eft des tems marqués où le Ciel découvre
aux yeux des mortels des trésors
qu'ils ne connoiffoient pas , & où ceffant
pour ainfi dire d'être avare , il enrichit
fubitement l'univers de découvertes ineftimables.
Ce fut au milieu du XVe fiécle
pourtant d'ignorance & de barbarie , qu'un
homme l'antiquité eût dit un Dieu ) découvrit
ce fecret divin : ce fur vers l'an
1440. Guttemberg en fut le pere , & Mayence
le berceau (a ) .
Il s'écoula environ dix - fept années
avant que la premiere production pût paroître
au jour : ce fut alors que toutes les
parties de l'Europe étonnées & jaloufes de
tout le merveilleux de cet Art , difputerent
à l'envi , l'honneur de le pofléder .
Ainfi de l'Allemagne lieu de fa naiffance
l'on voit l'art de l'Imprimerie paffer en
(a) On s'est étendu fur ces objets dans la Let
tre inférée dans le Mercure de Mars . pag. 57.
MAL 1753 57
Hollande , de Hollande en Angleterre ,
d'Angleterre en Italie , d'Italie en France
, de France en toutes les parties de l'Europe
connue. Chaque Ville fe fait un honneur
d'être la premiere de fa Province à
eflayer ce bel Art. Je vous ennuyerois
Monfieur , fi je vous citois feulement les
noms des Villes chcz qui cet Art s'établit ;
& pour vous faire juger par un feul exemple
de la rapidité & de l'étendue de fes
progrès , il fuffira de vous dire qu'avant
la fin du fiécle où cet Art prit naiſſance
c'eſt- à-dire, en quarante ans ou environ l'on
compte jufqu'à 193 Villes qui l'adopterent
& en donnerent des productions . ( a ) .
Etavec quel honneur cet Art fut- il traité
en Allemagne , fous les Fauft & Scheffer
, à Mayence ; Eggeftein , à Strasbourg ;
en Hollande , fous les Cofter , à Harleim ;
les Frobens & Oporin à Bâle ( b ) ; Plan-
(a) On peut confulter l'Hiftoire de l'Impri
merie , par Profper Marchand , qui finit fon ouvrage
par la lifte de toutes les Villes qui ont éta
bli l'Imprimerie chez elles .
( b ) Froben avoit fept preffes feulement pour
Pimpreffion de fon S. Auguftin , dont il ne fit
pourtant que les deux premiers volumes. C'eſt le
S. Auguftin d'Erafme de 1529. 10 vol . Chevilliers
, Hiftoire de l'Imprimerie. p . 131. Oporin avoit
chez lui trente -deux prefles roulantes. Jouvenel de
Carlencas, T. 3. P. 41.
Cv
18 MERCURE DE FRANCE.
tin , ( a ) à Anvers. En Italie , fous les
Sweynheym ; Pannarts & Uldaric , à Rome
; les Janfon , les Manuces & les Vende--
lins à Venife; en France fous les Friburger,,
Crants & Géring , à Paris ; fous les Gryphes
, à Lyon : l'Angleterre n'a - t - elle pas
produit un nombre de célébresImprimeurs ,
d'autant plus jaloux du fuccès , qu'il leur
avoit plus coûté pour ofer établir un Art
auffi grand & auffi utile ( b ),
( a ) Un Voyageur étoit tenu n'avoir rien vu en
Hollande , s'il n'avoit vú l'Imprimerie de Plantin.
C'étoit une des plus rares merveilles de l'Europe.
Jouvenel de Carlencas . ibid . Ce fut là que
fat imprimée cette Polyglotte qu'on nomma la
huitiéme merveille du monde. Gui: Chardin dit
qu'il en coûtoit pour les ouvriers , plus de cent
écus d'or par jour. M. de Thou y vit rouler dixfept
preffes tout à la fois . ( Chevilliers . p . 58.).
( b ) Le Chancelier de l'Univerfité d'Oxfort ;
Thomas Bourchier . Archevêque de Cantorbery ,
ayant formé le deffein de procurer l'art Typogra
phique au Royaume d'Angleterre , follicita Henri
VI d'entrer dans la dépenfe néceffaire pour y
réuffit . Get Archevêque donna trois cens marcs
d'argent , & le Roi douze cens à Robert Tour.
non , Maître de la Garde de robe. Celui- ci prit
avec lui Guillaume Caxton , Marchand de Londres
, & tous deux arriverent à Amſterdam , delà
àLeyde , fous prétexte de quelque trafic , n'ofant,
aller à Harlem , parce qu'on y metroit en prifon.
les Etrangers qui étoient, foupçonnés de n'y venir
que pour apprendre l'Imprimerie . Ils conduisirent:
bien leur intrigue que par argent ils.debauches
MAI. 8753. 59
Après l'Europe ce fut l'Afrique qui fut
enrichie de la découverte de l'Imprimerie.
L'Empereur d'Ethiopie ( ) & des Chrétiens
qu'on nomme Abyffins , voulut établir
l'imprimerie dans fes Etats. David un
des Souverains de ce Pays , écrivoit en
1521 au Roi de Portugal , Dom Manuel ,
& en 1524 au Roi Jean III. d'envoyer en
Ethiopie tout ce qu'il pourroit d'ouvriers
habiles dans les Beaux - Arts de l'Europe ,
entre lefquels il , fait mention (péciale des
Imprimeurs , les deffignant par le nom
d'Ouvriers pour faire des Livres en moules.
Les Etats de Maroc en Barbarie , ( b ) ont
réçu l'Imprimerie des Portugais & des Efpagnols
leurs voifins . Il en font ufage encore
, mais très - fobre : car ils fe font un
rent un des ouvriers de Guttemberg ( car Guttemberg
véritable invetneur de l'Imprimerie , après
s'être brouillé à Strasbourg en 1455 , avec Fauft &
Scheffer , étoit venu s'établir à Harlem en 1459. )
Cet Ouvrier nommé Frédéric Cortelle , fut emmené
à Londres , où on lui donna des Gardes de
peur qu'il ne s'échappàt. De Londres il arriva à
Oxfort, où il commença à mettre en pratique ce
qu'il avoit appris du fondateur même de la Typographie.
Ce fut en 1468 que parut le premier Livre
qui étoit : D. Hyeronimi expofitio in Symbolum
Apoftolorum. 4. Ant. Wrood. Chevelliers. p. 24.
Meltaire. t. 1. p. 63.
(a ) Voyez Chevilliers , p . 273.
( b ) Ibid.
C vj
60 MERCURE DE FRANCE
point de religion de ne point laiffer fortir
leurs Livres de chez eux .
L'Afie eut part auffi à ces avantages
( a ). Les Mofcovites reçurent en
1560 la découverte de cet Art , par un
Marchand Ruffien qui avoit fait emplette
de caractères ;ils s'en font fervi pour mettre
au jour de fort beaux Livres . Il eſt
vrai que le fcrupule & la crainte de quelque
nouveau changement par rapport à
leur religion , les fit brûler alors ; mais au
fiécle fuivant ils en reprirent Eufage , & ils
s'y font fi bien apprivoifés qu'ils l'ont admife
à Mofcou , ainfi qu'Olearius le certitifie.
En 1577 , Goa jouiffoit du même
avantage : on trouve des Livres imprimés
à Rachol , dans le pays de Salfette , à Menille
, dans les ifles Philippines. Les pays
Orientaux ( b ) ont auffi éprouvé un changement
auquel ils ne fe feroient jamais attendus.
Le Mont- Liban , vit au fiécle paffé
s'élever une Imprimerie ( c ) au milieu
de fon fein : ce fut en 1632 ; il eſt vrai
qu'elle la vit auffi s'éteindre quelque tems
après , après avoir néanmoins donné un
Pleautier de David en Syriaque.
( a ) Chevilliers , p. 274.
(b ) Jouvenel de Carlencas. T.
(c ) Mémoires des Académies étrangeres , préſon=
tés à l'Académis Royale des Sciences de Paris, 40%
Tome premier , page 153+
MAI. 17537 61
Én 1669 , Ofcam , Archevêqe ( a ) Arménien
, & Procureur délégué du grand
Patriarche d'Arménie qui eft fous le Roi
de Perfe , obtint de Louis XIV . un Privikége
pour l'établiffement d'une Imprimerie
Arménienne à Marfeille .
En 1707 , Athanafe , Patriarche d'Antioche
, homme nullement fçavant , mais
fort zélé pour les Sciences , en fonda une
à Alep , d'où il fortit trois Livres Arabes.
Elle ne fubfifta que deux ans environ , car
le Fondateur fut obligé d'y mettre luimême
le feu , pour éviter la perfécution
dont la barbarie & l'ignorance des Mahometans
le menaçoient .
En 1720 , il y en avoir une dans un
Monaftere des Grecs Catholiques de l'Antiliban
(b ) .
En 1728 , Conftantinople voit l'Imprimerie
s'établir dans fes murs ( c ) ; laquelle
en douze années procure plus de
280 Livres ainfi la Turquie , autrefois
fiége de l'ignorance , voit aujourd'hui dans
fa Capitale , rouler des prefles d'où fortent
des Editions incomparables ; & la Syrie
( a ) L'Abbé Prévôt : Pour & Centre, tom. 15.p
155.
(b ) Les Mémoires des Académies Etrangeres .
ont fur cet article un extrait fort intereffant , tom,
pag. 153 , &fuiv.
(c) Jouvenel de Carlencas , tom. ze
62 MERCURE DE FRANCE .
dénuée de tout fecours , a préfentement
dans les montagnes du Liban , une Imprimerie
( a ) qui lui fournit abondamment
des Livres traduits en Arabe.
Enfin , l'Amérique découverte depuis
F'Imprimerie , jouit comme les autres par-
- ties du monde , de ce tréfor ineftimable.
On voit des Livres imprimés à Lima , Capitale
du Pérou , & au Mexique , dans la
nouvelle Efpagne:
Voila , Monfieur, en abregé ce qui concerne
l'origine de l'Imprimerie par rapport
à l'Hiftorique ; mais ce feroit ne fatisfaire
qu'à moitié votre curiofité, fi je ne
vous la faifois confidérer actuellement du
côté de l'Art.
Il ne faut pas le diffimuler , Monfieur ,
rien ne fe crée , mais une production nait
d'une autre . L'art de la Sculpture étoit dé-
-ja en vogue : on étoit accoutumé à creufer
fur des planches de bois , des defleins
plus ou moins informes ; mais tous ces ouvrages
tenoient plutôtde la Sculpture que
de la Gravure , & chaque piéce de bois
formoit ainfi un feul éxemplaire , comme
d'un tableau. Il vint en idée d'approcher un
papier contre cette planche fculptée , laquelle
par la preffion de la main , laiffoit
(a ) Elle a été établie par les Miffionnaires Jé
fuites , à Antoura.
MAI. 1753. 63
foiblement , à la vérité , tous les traits
gravés par le cizeau. Alors au lieu de graver
en relief , l'on grava en creux : l'on
noircit la planche , & le papier appliqué
contre cette planche ainfi noircie , rendoit
le deffein de maniere à faire plaifir à
la vûe , & à faire un nombre de contens ::
& ce qui appuye ce système , c'est que les
premieres impreflions furent faites fur des
planches de bois , fur lefquelles on gra❤
voit le difcours que l'on vouloit mettre
fous la preffe ( a ) . On ne difcontinua que
lorfqu'on fentit tous les inconvéniens que
cette maniere entraînoit après elle , parce
que les caractères étant indivifibles il fatloit
graver continuellement d'ailleurs il
étoit prefqu'impoffible de bien corriger
les fautes que l'on avoit faites enfin les
impreffions étoient très groffieres , les lettres
ne pouvant abfolument avoir une parfaite
égalité & conformité entr'elles. Autre
inconvénient : l'on n'imprimoit que
d'un côté de la feuille , & deux feuilles
imprimées ainfi chacune de fon côté , ſe
colloient enſemble dos à - dos & formoient
un feul & unique feuillet ; ce qui rendoit
le volume fort groffier , le feuillet ayanɛ
Fair & prefque la confiftance du carton .
(a) Comme l'on fait encore en Chine.
64 MERCURE DE FRANCE.
Il fallut donc étudier encore une maniere
plus courte , plus facile & moins difpendieufe.
On commença par féparer les lettres
de bois que l'on travailloit & poliffoit
des mains , enfuite comme l'on vit
qu'elles n'avoient pas par leur propre ma
tiere affez de force pour fupporter un ti→
rage un peu confidérable , l'on chercha &
l'on trouva enfin l'art de graver chaque
lettre féparément fur un poinçon d'acier ,
& d'en former des matrices , qui avec les
fecours d'un moule , fervent à fondre les
lettres feparément & à les multiplier au befoin.
Ces caractères donc après avoir été de
bois , furent compofés avec une efpece de
·léton : quelques- uns en firent de fer ( a ) ;
enfuite on les fit d'étain . Ce fut Pierre
Scheffer , ou autrement , Pierre Opilio
l'un des ouvriers employés par Faust &
Guttemberg qui trouva l'art de fondre des
caractères, Cette invention lui valut la fille
de Fauft ; & quelques-uns pour cette découverte
, le citent comme le véritable
inventeur de l'Imprimerie : ce fut alors
que le même feuillet foutint l'impreffion
des deux côtés : & que le caractere fupporta
un plus nombreux tirage , à caufe de
fa confiftance infiniment fupérieure à l'au
(a) Saleingre
MA I. 3753. 65
*
tre voila ce qui regarde les caracteres.
L'encre fut inventée felon les uns pár
le même Pierre Scheffer , felon d'autres
par Guttemberg : je ferois plus porté pour
celui-ci , attendu que l'on avoit déja imprimé
(fur des planches de bois , à la vérité
) avant que Scheffet fût au fervice de
Fauft & de Guttemberg. Je ne dirai point
fi la compofition de cette encre eft la même
que celle dont on fe fert aujourd'hui' ,
mais au moins faut - il convenir de fa bonté
, puifqu'au bout de 300 ans , elle n'a
rien perdu de fa belle couleur noire : il
paroit par le premier Livre qui fut imprimé
Codex Pfalmorum 1457 , que l'encre
fouge fut employée auffi - tôt que l'encre
noire à la fin de ce Pleautier on lit : Prefens
codex venuftate capitalium decoratus ,
rubricationibufque fufficienter diftinétus ( a) .
Je puis même dire en paffant , que le mot
de rubrique tire fon origine du mot de la
couleur rouge , dont on fe fervoit dans
l'impreffion , pour en diftinguer du texte ,
cette partie qui n'en étoit pas.
Quand à la matiere fur laquelle on imprimoit
, c'étoit le papier , ou le parchemin
ou même le vélin on voit des
éditions de ces trois façons.
,
(4 ) Chevilliers , p.ørí P.
66 MERCURE DE FRANCE.
Il ne reftoit plus que la preffe , mais
rien n'étoit plus aifé à inventer , & peutêtre
differoient- elles de celles de nos jours.
Tel eft , Monfieur , le détail de tout
ce qui fervit , & de tout ce qui étoit néceffaire
pour mettre au jour les productions
de l'Art Typographique . Falloit ik
moins que dix- fept années pour laiffer
à tant d'opérations , le tems de mettre un
ouvrage en état de paroître aux yeux
du
Public.
Le premier Livre en caracteres mobiles ,
eft le Pfalmorum Codex , par Fauft &
Scheffer , in-4°. 1457. Mayence. L'on eut
enfuite des mêmes Imprimeurs en 1459 ,
le Rationale Durandi , in fol. en 1450 le
Catholicon , in-fol. en 1461 le Decor puellarum
, in-8 ° . en 1462 , le Biblia Latina ,
in-fol. deux volumes.
Ces productions paroiffent merveilleufes
, & furtout cette derniere , qui dans le
fonds pouvoit paffer pour un prodige ;
Fauft en avoit apporté à Paris plufieurs
exemplaires . Comme l'impreffion étoir
tout-à-fait femblable à l'écriture , on les
marchanda comme manufcrits , & Fauft
profitant de la méprife des acheteurs , les
vendit comme tels extrêmement cher , juſqu'à
foixante écus d'or ( a) . Plufieurs s'y
(4) Ce quirevient à 896 liv. 5 f. de notre mony
MAI 17337 67
por.
laifferent tromper ; mais enfin quelqu'un
s'appercevant que tous ces exemplaires ne
differoient entr'eux pas même d'un iota ,
la chofe parut impoflible par les voies naturelles
, & ils ne balancerent pas à accufer
Fauft de magie : l'accufation fut
tée en justice réglée , & Fauft fe trouva
fort heureux de pouvoir s'évader de Paris
; il revint à Mayence ; tant étoient
furprenans les premiers effais de cet Art !
Cependant , Monfieur , à voir la façon
dont cet Art s'eft perfectionné , combient
ces premieres productions ne doivent - elles
pas paroître informes & groffieres ? Voici
une legere idée de ce qu'elles étoient.
1°. Le caractere ( a ) ayant pris pour
modéle l'écriture , l'on juge bien qu'il ne
devoit pas être bien délicat.
2. Prefque tous les mots avoient des
abbréviations : ce qui donnoit une difficulté
défagréable à ceux qui pouvoient les
déchiffrer , & condaifoit en erreur ceux
qui n'étoient pas fi habiles ; & ce vice fut:
trouvé fi général & fi infupportable , qu'en
1498 l'on fut obligé de faire un traité:
exprès fur la maniere de lire les abbrévia
tions.
noyé , l'écu d'or d'alors revenant à 3 liv, & là
livre à 4 liv . 19. 6. d . de notre monnoye d'au
jourd'hui.
(a ) Meltaire . 1. p. 33
68 MERCUREDE FRANCË.
3. Le difcours n'avoit d'autre repos que
le point , ou les deux points.
4°. Il n'y avoit ni chiffres ni titres cou
rans au haur des pages , ni réclame ni
fignature ; de façon qu'on perdoit un tems
infini à trouver ce que l'on defiroit.
5. Prefque tous les Livres étoient in
folio , ou in-4°. très rarement in- 8 °.
6. L'on fut long- tems fans n'imprimer
que du Latin & du François. Quand il
venoit dans le difcours quelques mots
Grecs , ou même quelques caracteres Grecs ,
·la gravure en étoit fi difforme & fi eftrapiée
, qu'ils fembloient avoir été faits plu
tôt par conjecture que par art : de forte
qu'il falloit plutôt deviner que lire , ou
bien encore l'on alloir plus fans façon ; on
laiffoit la place du mot ou de la phraſe
en blanc ( a ) , pour qu'une main plus habile
fuppléât avec la plume au défaut du
caractere. On fouffrit long. tems de pareilles
lacunes.
7°. L'on avoit encore la coutume de
ne point mettre au commencement des
parties , chapitres & fections , des majufcules
( ce que nous appellons aujourd'hui
(a) Comme on le voit encore en 1517 , dans
PAdagia de Polydore Virgile , par Jean le Petit :
on l'Imprimeur s'excufe fur le Fidelium penuřiâ
Compofitorum : Chevilliers , p. 192,
MAI. 1753. 69
Lettres grifes ) ce vuide étoit rempli par
une lettre peinte à la main ; quelquefois ,
il est vrai , avec élégance ; mais tout le
monde n'ayant pas le moyen de fournir
à cette dépenfe , qui fouvent étoit confidérable
, & où le gour préfidoit plus que
la néceffité , il fe trouvoit que le Livre
étoit affez mal traité en cette partie , au
moins par le défaut d'uniformité.
8.Il n'y avoit point encore de régles
même pour les opérations principales : il
y a quelques ouvrages qui commencent
par le folio verfo , comme le Florus : cha-
'cun faifoit comme il l'entendoit.
9. Et dernier défaut , & qui n'étoit
pas le moindre : rien n'étoit plus mal orthographié
que ces premieres impreffions.
Voyons préfentement comment cet Art
s'eft dépouillé infenfiblement de fes groffieretés
, au moins de fes imperfections.
:
1°. Le caractere , non- feulement changea
de forme , mais fe multiplia à l'infini.
Cette partie fe perfectionna en affez peu
de tems des gens habiles s'y appliquerent
& y excellerent. L'on eut fucceffivement
des caracteres de toutes grandeurs :
& c'eft ce qui fonda les premieres richeffes
de l'Art Typographique .
2°. Les abbréviations tomberent abfo-
Jument : on ſe laffa de deviner ; on voulut
70 MERCURE DE FRANCE.
lire couramment : les Livres exigerent un
peu plus de terrain . Le Public feul paya
le plaifir de lire fans gêne .
3 °. L'on admit bientôt les differentes
ponctuations. Le point virgule , la virgule
, le coma , le point interrogant , le
point admiratifvinrent augmenter le nombre
des caffetins . On y joignit la parenthéle
, les crochets , les divifions , les guillemets
& quantité d'autres petites piéces
que l'ufage a rendues depuis néceffaires &
indifpenfables.
4. Les pages furent côtées au haut par
des chiffres ( a ) . Ils fe mirent d'abord
au côté fupérieur des pages antérieures :
il est vrai qu'on les négligea enfuite pen◄
dant un certain tems ; mais on y revint
bientôt après ( b ) , & on les mit à chaque
page. La réclame ( c ) fut inventée pour
(a ) Géring Crantz , & Friburger , Fondateurs
de l'Imprimerie à Paris , firent ufage des chiffres
dès 1477 aux Sermons de Leonard Ŭdine , au baut
des pages & non en bas , comme s'aviſa de faire
Thomas Anfelme d'Haguenau , dans l'édition infolio
, qu'il donna en 1514 ,
du Dictionnaire Grec
d'Helychius. Chevilliers , p. 38.
( b ) C'eft ce qui a fait passer Alde Manuce pour
P'Inventeur de cet ufage : cependant il est sûr qu'il
ne l'employa qu'en 1496.
(c ) On en attribue encore l'invention à l'illuftre
Alde Manuce , en 1495 ( il la mettoit à
MA 1. 1753.
71
faciliter au Relicur l'affemblage de fes
feuilles pliées , & fervit de fecond fecours
à la fignature qui étoit déja en
ufage ( a ) , ainſi que le titre courant ( b )s
& alors on fupprima le Regiftrum Chariarum
( c) .
la page poftérieure , jamais à l'antérieure ) cependant
dès 1468 , on la voit employée par Jean de
Spire , de Vénife , dans une édition de Tacite in
folio. On ne commença à s'en fervir à Paris qu'en
1520. Chevilliers .
( a ) On la voit dès 1476 , au Platea de ufuris.
Antoine Zarot , Imprimeur de Milan , après avoir
commencé à bien placer les fignatures au- deffous
de la derniere ligne , voulut corriger cette bonne
maniere , en la meuant mal à propos au bout de
cette même ligne , comme on le voit dans fon
édition de Jean Simoneta de geftis Francifci Sfortia
Ducis Mediolanenfis 1486. Chevilliers . A Paris
Heari Etienne fut le premier à s'en fervir : ce fut
en 1504.
( b) On le voit dès 1477 , à l'éditiou des Sermons
de Leonard de Udine , citée déja .
( c ) Ce Regiftrum Chartarum , étoit la récapitulation
de toutes les feuilles qui compofoient le volume.
Le Relienr ou le Marchand voyoit par- là
fon exemplaire étoit complet. Il fut inventé en
Italie en 1473 , par Uldaric de France , & Simon
de Luc , Imprimeurs à Rome , qui l'employerent
à la fin d'une édition de Virgile , fol. Chevilliers
(p. 39. ) a donc tort d'en attribuer l'invention à
Jean de Cologne , Imprimeur de Vénife , dans fon
Summa Alexandr. Alenfis 1475. Il fut employé
pour la premiere fois à Paris en 1499 , par Géring
72 MERCUREDE FRANCE .
5 °. L'on s'enhardit infenfiblement , &
de l'in- 8° . la plus petite forme qu'on fit
d'abord , l'on defcendit juſqu'à l'in- 24.
6º. Non- feulement on imprima comme
il faut quelques paffages Grecs : mais l'on
fit des éditions complettes des Livres
Grecs , Hébreux , Chaldéens , Arabes ,
Rabins , Syriaques , Armeniens , Samaritains
, & c.
7. Des lettres gravées fur bois , autrement
dites lettres grifes , remplacerent les
lettres peintes à la main . Le particulier ſe
trouva déchargé de cette dépenfe inutile ,
& tous les exemplaires d'une édition furent
femblables entr'eux ,
8. L'Art s'affujettit à des régles certaines.
Le goût les décida ; & l'on parvint
peu à peu à plaire aux yeux par une apparence
gracieufe. Les fections , les chapitres
, les premieres pages garderent des régles
de proportion , qui n'ont fait que Le
perfectionner de jour en jour,
& Berchtold Rembold , affociés dans leur Venerabilis
Beda expofitio in Epiftolas Pauli ex fancto
Auguftino collecta . Meltuire . T. 1. p. 10, 11. 112. &
357. au refte ce Regiftrum Chartarum ne fut pas
long-tems en ufage. Il fut regardé avec raiſon ,
comme une piéce inutile. En effet les Relieurs
avoient pour le guider les chiffres du haut des pages
, les fignatures & les réclames ; tout cela étoit
plus que fuffifant.
MAI. 1753 .
73"
9° . Le défaut
d'ortographe fe corrigea
auffi
infenfiblement par
l'attention de
quelques
Sçavans qui fe firent un honneur
de joindre leurs lumieres à la ſcience
des
Imprimeurs .
C'eft ainfi , Monfieur , que l'Art de l'Imprimerie
eft parvenu à ce point de perfection
où il eft
préfentement. Si aujourd'hui
il attire foiblement les regards ou
l'admiration , il ne faut s'en prendre qu'à
nous-mêmes , qui nous accoûtumons à tout,
jufqu'à être infenfibles à la perfection des
Arts les plus utiles & les plus agréables .
J'ai l'honneur d'être , &c.
A. L. M.
A Paris , ce 8 Mars 1753 .
Nota. Il y a une faute à corriger dans la premiere
Lettre fur l'Imprimerie . Mercure de Février , Bofcornius
, lifez Boxhornius.
D
74 MERCURE
DE FRANCE .
E PITRE
A M. D. D. L. G. de St. V. Maître des
Fortuné mortel ,
Requétes.
dont les graces
Ont formé l'efprit & le corps ;
O vous , qui mêlez vos accords
Aux divins accords des Horaces ,
Qui du fein des tendres amours ,
Volez fur le Trône d'Aſtrée ,
Et qui dans les plus fombres jours ,
Jouiffez des beaux jours de Rhée :
Envain enyvré des grandeurs ,
Dans le fafte & dans les honneurs
L'homme ambitieux & fuperbe ,
Croit trouver le fouverain bien ;
Tout paffe , leur éclat n'eft rien ;
Et l'infecte étendu fur l'herbe
L'inftruit chaque jour de fon fort.
Pour calmer fon ardeur brûlante ,
L'avare fait un vain effort ;
Avec fon or fa foifaugmente.
Le riche toujours agité
Du cruel remords qui le preſſe ,
Cherche au fein de la volupté
Un bonheur qui le fuit fans ceffe ;
M A I.
75 1753 ,
Bonheur , espoir du genre humain ,
Non , tu n'es qu'un fantôme`vain.
Le plaifir eft mêlé de crainte ,
A la fois fur nous le deftin
Verfe le nectar & l'abfinte ,
Et de nos maux quelle eft la fin ?
Le tems , d'une aîle impétueuſe ,
Vole avec les jeux & les ris ,
Et la troupe tumultueufe
Des paffions & des foucis ;
D'abord la route qu'il nous ouvre ,
Brille des plus belles couleurs ;
Mais heureux celui qui découvre
Le ferpent caché fous les fleurs ;
Malheur à celui qui s'égare ,
Et s'expofe aux maux que prépare
Ce deftructeur & ce tyran ;
C'eft un vaiffeau que l'onde agite ,
Et qu'une vague précipite
Dans les gouffres de l'Océan .
O vous , qui n'êtes point la proye
Des paffions & du chagrin ,
Et qui d'un oeil doux & ferein.
Voyez la douleur & la joie :
Prudent économe du tems ,
D'une Philofophie aimable
Vous affaifonnez vos inftans ,
Près d'une compagne adorable
Vous goûtez un bien délectable.
Dij
76 MERCURE DE FRANCE:
Quand pour arrêter la fureur
De l'envie & de la cabale ,
Vous franchiſſez , nouveau Dedale ,
Le labyrinte de l'erreur ;
Vous vous faites une habitude
D'une ingrate & pénible étude ,
Même elle a pour vous des appas :
Mais dès qu'à la chicane altiere
Vous avez donné le trépas ,
Vous quittez Domat * & Ferriere
Pour l'Amour qui vous tend les bras ;
D'une époufe qui vous eft chere ,
Après une abfence legere ,
Vous venez calmer les foupirs;
Soudain les ris & les plaifirs
Viennent embellir fon viſage ;
Tel ,que lorsqu'un fombré nuage
Ceffe d'obfcurcir le Soleil ,
Cet Aftre paroît plus vermeil
Et plus éclatant de lumiere .
Vous , ô vous la digne héritiere
Des vertus de nos bons ayeux ,
Qui par leurs attraits brillez mieux
Que par le fafte & l'opulence ,
Qui joignez l'aimable décence
Au vif enjouement de Cypris ,
Tendre moitié , fille charmante ,
* Auteursfur le Droit & fur la Coûtume.
MAI.
77 1753.
A la fois l'époufe & l'amante
Du plus fortuné des maris :
O
que
de l'humaine foiblefTe
Votre douceur enchantereffe
Sçait bien foulager les tourmens !!
Qu'elle apprête d'heureux momens !
Que votre gaité nous captive !
Qu'elle a d'empire fur nos fens
Quand par mille jeux innocers
Telle qu'une grace naïve ,
De votre flamme pure & vive ,
Vous faites éclater l'ardeur ?
Et vous , cenfeur impitoyable ,
Qui fans ceffe armé de rigueur ;
Criez d'une voix lamentable
Qu'il n'eft point d'union durable ;
Cefsez les frivoles difcours
De votre critique erronée ,
Et dans les bras de l'hymenée
Voyez repofer les amours.
De Beaumont.
Nota. La perfonne dont il eft fait mention dans la
Piéce qui précéde , étant morte d'une fauſſe couche fur
la fin de l'année derniere , cette perte qui a excité tous
les regrets , a donné lieu à la Piéce fuivante.
QUoi , ni la fleur de la jeunesse ,
Ni l'éclat des naiſsans appas ,
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
Ni la vertu , ni la ſageſse ,
✪ mort , ne te défarment , pas !
Que dis - je ? ô funefte allarme !
O regrets , ô voeux fuperflus !
Graces , amours , fondez en larmes ;
Plaiſirs , fuyez , S. V. n'eſt plus .
La candeur , l'aimable décence
>
Relevoient fes charmes touchans ,
Et les jours heureux & brillans
Etoient filés par l'innocence .
"
Possesseur d'un tréfor fi beau ,
Qu'à tout bien préferoit votre ame
Vous le perdez , & votre flâme ,
Hélas ! a creufé fon tombeau.
A
Il n'eft pas loin ce jour célébre
Où l'hymen á ferré vos noeuds;
Ces fêtes , ces apprêts pompeux
Sont changés en pompe funebre.
Biens fragiles , dons du Printems ,
'Ah ! faut-il que la main de Flore
Avec tant de foin vous colore ,
Pour durer auffi peu de tems ?
M A I. 1753 . 79
MMMMMMMMMMMMMMMM
LETTRE
Sur un petit Ecrit qui fe trouve à la fin de
plufieurs éditions des pensées de M. Pafchal .
Cfieur ,de ne point admettre d'autres
démonftrations que celles de la Géométrie
; j'ai feulement eu l'intention de vous
prouver qu'il eft bien difficile de s'affurer
du vrai , par le moyen de ces démonftrations
, qu'on abufe quelquefois , & que
très -fouvent on y prend une lueur de probabilité
pour l'évidence , ce qui n'arrive
point en Géométrie .
'Eft tort que vous m'accuſez , Mon-
J'ai lu , ou plutôt j'ai relû , comme vous
me l'aviez confeillé , le petit écrit fur cette
matiere qui fe trouve à la fin des penfées
de M. Pafchal , mais qui n'eft pas de
lui : bien loin qu'il foit contraire à ce que
j'ai l'honneur de vous avancer , j'y ai rencontré
la preuve de mon opinion ; &
puifque cet Auteur qui paroît avoir beaucoup
de fagacité , a pû s'égarer dans un
difcours de douze pages , je me crois fondé
à foutenir que quoiqu'il exifte réellement
des démonftrations d'un autre genre
que celles de la Géométrie , rien n'eft plus
D iiij
80 MERCURE DE FRANCE.
facile que de fe tromper dans l'ufage &
l'application qu'on veut faire de ces démonftrations.
Notre Auteur , par éxemple , intimement
convaincu de l'impoffibilité qu'il y
auroit , qu'un homme fans efprit prononçât
fur le champ une harangue entierement
femblable à celle de M. le Premier
Préfident , dont cependant il n'auroit eu
aucune connoiffance ; intimement perfuadé
, dis -je , de cette vérité , que je fuis
bien éloigné de révoquer en doute , il entreprend
de la démontrer , & c'est dans
cette démonstration où je crois qu'il s'eſt
égaré.
Il s'agit de la différence de combinaifon
qui le trouve entre le cas fufdit & celui
d'un homme qui formeroit une oraifon
de Ciceron , ou cette même harangue
avec des caracteres d'imprimerie qu'il tireroit
au hazard d'un caſſetin . Notre Auteur
tranche la difficulté , & dit que le hazard
qui opére avec toute liberté dans l'arrangement
des caracteres , ne peut avoir
lieu dans le cas du Difcours prononcé :
après avoir tenté de le prouver par une
différence qu'il établit entre la pensée &
le corps , mais qui ne fait de rien ici ,
il rabbat fur une objection qu'on pourroit
lui faire , & s'explique en ces termes.
M A I. 1753. 83
» On dira , peut être , que cet homme
» peut vouloir agir comme une machine ,
» & prononcer feulement des mots qui ne
و ر
29
fignifiant rien dans fon intention , peu-
>> vent exprimer les penfées deM.le Premier
» Préfident ; mais c'eft ce qui ne fçauroit
être , parce qu'il eft impoffible qu'un
>> homme fe défaffe à ce point de fon efprit
; il faudroit qu'il n'en gardât que
» le vouloir de remuer la langue , & alors
il ne prononceroit pas un mot feule-
» ment ; que s'il la remuoit pour la pro
»noncer , ce ne fçauroit être que des
" mots qu'il auroit auparavant formés.
dans fa tête , & qui ne fignifiant rica
» étant affemblés , parce qu'il les voudroit
affembler quoiqu'il ne fignifiaffent
» rien , ne feroient pas la harangue qui a
du fens ; ou s'il vouloit que leur affemblage
fignifiât quelque chofe , ce ne fe-
Droit pas non plus la harangue dont il ne
>> fçauroit avoir les idées ; voila donc une
>> choſe qui ne confifte qu'en combinai
fon , & à laquelle il eft impoffible, que
le hazard puiffe aller..
99 :
33
29
ל כ
·997
On pourroit arrêter notre Auteur à chaque
mot de fa folution ; mais comme tou
tes les erreurs qui s'y trouvent viennent
de ce principe qu'il eft impoffible qu'un
homme fe defaffe à ce point de fon efprit ,
D W
82 MERCURE DE FRANCE:
que cet homme ne peut prononcer que des mots
qu'il auroit auparavant formés dans fa tête ;
je me contenterai d'établir que cette prétendue
intention , lors de la formation de
chaque mot dans la tête de l'homme fans
efprit qui les prononce , ne prouve rien
contre l'arrangement fortuit de ces mots ,
puifque cette intention peut être fortuite .
Je vais plus loin', & je ne trouve pas
impoffible que l'homme compofe & prononce
chaque mot par un par hazard : on
ne voit point en effet pourquoi le hazard
qui agit dans un homme , lorfqu'il tire des
lettres d'un caffetin , ne peut pas agir de la
même maniere & fans reftriction dans le
même homme , lorfqu'il tire de l'organe
de fa voix fucceffivement & un à un , les
fons de ces mêmes lettres avec lesquelles il
compofe les mots de fa harangue , c'eſt à
ce que je crois la même chofe , & il peut
ne pas y avoir plus d'intention dans l'un
que dans l'autre ; mais ce qui conftitue la
différence de combinaifon dans ces deux
cas , & ce qui empêche même qu'on ne
la puiffe foumettre au calcul dans celui
du difcours prononcé , c'eft que dans le
cas où l'on tire les caracteres d'un caffetin
, le nombre de ces caracteres eft fini
& par conféquent le calcul poffible ; au
lieu que le nombre des fons de la voix ,
MAI. 1753. 83
quoique fixé , eu égard à la variété de ces
fons , eft infini par rapport à tel ou tel
fon ; de forte qu'il feroit très poflible par
une autre combinaiſon , que cet homme
jette des fons au hazard pendant des fiécles
entiers fans prononcer autre chofe que le
fon A , de même que s'il y avoit moyen
d'amaffer une infinité de caracteres , l'homme
qui les tireroit un à un , pourroit pen.
dant une fuite de fiécles , n'amener que
des A: ce qui mettroit dans l'impoflibilité
de combiner.
La différence entre le finge qui traceroit
en un certain tems la harangue du
Premier Préfident avec des caracteres qu'il
tireroit au hazard d'un caffetin , & l'homme
fans efprit qui ne la prononceroit pas
dans le même tems , ne confifte donc
qu'en ce qu'on fuppofe un nombre fini de
caracteres dans le caffetin ; au lieu que
l'indifférence où l'homme eft à chaque
inftant de prononcer tel ou tel fon , rend
infini le nombre de chacun de ces fons.
On ne voit pas même bien clairement
que la harangue du Premier Préfident fort
plus difficile à trouver pour le fot que
pour l'homme d'efprit ; la chofe eft égale ,
fi on les fait prononcer au hazard ; mais
il paroît que cette prononciation jettée au
hazard & fans réflexion , convient bien
D vj
$ 4 MERCURE DE FRANCE.
mieux au fot qu'à l'homme d'efprit .
Voila , Monfieur , les penſées & réflexions
qu'a occafionné le petit Ecrit
dont vous m'avez confeillé la lecture ; je
fuis bien éloigné d'attaquer le but qu'on
s'y eft propofé & qui eft très- refpectable ;
mais j'ai crû devoir vous inftruire d'un
raifonnement faux , qui fe trouve à la fuite
d'un Livre rempli de vérités,
J'ai l'honneur , & c.
LA ROSE ET L'ENFANT.
FABLE .
Par M. Lemonier.
Dans Ans un jardin délicieux ,
Où d'accord avec la nature
L'art étaloit à tous les yeux
D'un parterre naiffenr la brillante peinture
Un jeune enfant fe promenoit un jour.
Tout l'enchantoit dans ce riant féjour :
Des fons de Flore admirateur volage , 1
De toutes ces fleurs à la fois
Il eût voulu faire un rare affemblage ,
( Pareil ſouhait convient à pareil âge :) ..
Une d'elles fixa fon choix :
C'étoit une tendre iofe ,
MAI 175· 3. 83
Qui nouvellement éclofe
Aux doux zéphirs à peine ouvroit fon ſein :
Plus il la voit , plus il la trouve belle :
Pour la cueillir il avance la main ;
Mais une épine cruelle
En lui caufant une douleur mortelle ,
La lui fait retirer foudain .
Jeuneffe inconftante & légere ,
Profitez de cette leçon :
Qui cherche à fe fatisfaire
Doit n'écouter que la raifon
Le plaifir n'eft qu'une chimere ,
Dont il faut fuir le dangereux poifon .
86 MERCURE DE FRAN CE .
M. F. Mufard , de Geneve , qui s'attache
depuis quelques années à la partie de l'Hif
toire Naturelle , qui regarde les productions
marines qu'on trouve dans la terre , dont il a
une Collection des plus complettes , fait journellement
des obfervations qui faciliteront
beaucoup l'étude de cette Science. En voici
quelques-unes , à la fuite d'une de fes Lettres
à M.Jallabert , Profeffeur en Philofophie expérimentale
& en Mathématique , à Geneve
dont la copie nous est tombée entre les mains.
LETTRE
De M. F. Mufard de Géneve
à M. Jallaberi.
Onfieur
, par
M la Lettre que vous me
fîtes l'honneur de m'écrire , en réponſe
à celle où je vous communiquai
mon goût pour la recherche des foffilles
étrangers à la terre , vous me donnâtes ,
Monfieur , de fages confeils que j'ai exactement
mis en pratique . Je m'en fuis même
fi heureufement fervi , que je crois
vous en devoir un nouveau remerciement.
C'eſt à eux , Monfieur , & à ceux qu'a
bien voulu m'accorder le célébre M. BerM
A 1.
1753 87
nard de Juffieu , que je dois le peu de lumiere
que j'ai acquis fur une matiere qui
fait mes plus agréables amulemens. Pour
vous fairejuger de mes progrès , j'expoferai
à la fuite de cette Lettre quelques- unes de
nes obfervations. Vous les trouverez mal
expliquées , mais la pénétration d'un Sçavant
, tel que vous , y fuppléera , & me
pardonnera quelque défaut de méthode ,
en faveur de mon zéle pour la Phyfique .
Je fouhaite feulement qu'il ne vous en
coûte pas trop pour deviner mes idées.
Je fouhaite auffi que vos accablantes occupations
vous donnent le tems de les lire
deux fois , & celui de m'écrire ce que vous
en penfez
Au furplus , Monfieur , j'ai eu dernierement
par M. Dargenville des marques
de votre fouvenir , aufquelles j'ai été extrêmement
fenfible . Je compte toujours
fur vos bontés , & fur quelques foilles
des Alpes.
J'ai l'honneur d'être , & c.
A Paris , ce 29 Mars 1753 .
Avant de vous détailler mes obfervations
, je crois néceffaire , Monfieur , de
vous rappeller que M. Woodward , &
d'autres Naturaliftes modernes ont dir ,
que la matiere qu'on trouve dans les co88
MERCURE DE FRANCE.
› quilles foffilles celle qui les environne ,
& celle qui compofe les coquilles moulées
, eft ordinairement la même que celle
qui compofe les couches entieres où ces
coquilles fe trouvent. On ne peut
difcon
venir de la certitude de leur remarque ;
mais il eſt étonnant que ces Phyficiens
modernes , non plus que les anciens , ne
fe foient pas doutés ( car ni les uns ni les
autres n'en font aucune mention ) d'une
obfervation beaucoup plus effentielle ,
qui eft que la matiere qui compofe L'inté
rieur de ces premieres coquilles , celle qui
les environne , celle qui a fervi à former
les coquilles moulées , & celle qui compofe
les couches entieres où elles fe trouvent
, n'eft autre que matiere de plus petites
coquilles ou de leurs détrimens . Je
me trompe
, files obfervations fuivantés
'n'établiffent cette vérité ..
1º . En examinant la matiere qui remplit
l'intérieur des coquilles fofilles qu'on
trouve à Courragnion , à Grignon , à
Chaumont , à Liancour , à Villarſeau , à
Meru , & dans quantité d'autres lieux ;
j'ai vu qu'elle eft compofée , ainfi que les.
couches entieres , de petites coquilles ,
d'oeufs de poiffons , de fragmens & détrimens
de corps marins , de branches decoraux
, de divers.madrepores , & c. le tout
MA I. 89
3753
mêlé avec de la pouffiere de coquille , ce
qui fait enſemble une efpéce de fable
blanc , qu'on appelle cron dans le Vexin ,
& Falun , en Champagne , où il fert d'engrais
pour les terres. Ces couches ont en
certains lieux fix pieds d'épaiffeur , & plufieurs
lieues d'étendue. Elles font trèsprès
de la fuperficie de la terre. Les coquilles
grandes & petites qu'on y trouve ,
font blanches , & parfaitement femblables,
à la couleur près , aux analogues de mer ;
le cron en fort en les fecouant .
2º. En vifitant d'autres collines j'ai vû
dans plufieurs couches , plus avant en terre
que les précédentes , les mêmes objets , c'eſtà-
dire des coquilles encore confervées ,
mais qui font remplies & environnées d'un
cron fondu , ou dénaturé en partie , cependant
encore connoiffable par des reftes de
petites coquilles ou détrimens ; toutes ces
couches font compofées de ce même cron ,
mêlé de ces coquilles , qui étant plus groffes
& plus fortes que celles du cron , fe
font confervées entieres .
3. Ailleurs dans des carrieres , ainfi
que dans des foffilles , au-delà de cent
pieds de profondeur , j'ai vu plufieurs couches
dont les coquilles font entierement
fondues & détruites. On n'apperçoit plus
que leur moule , compofé , ainfi que les
90 MERCURE DE FRANCE.
couches entieres , de matiere de cron dénaturé,
dans lesquelles on découvre encore
les formes moulées de très - petites coquilles
, & leur empreinte dans les vuides
qu'elles ont laiffés .
N. B. Que dans le nombre infini de
coquilles moulées que renferme mon Cabinet
, il n'eft aucun de ces moules , grands
& petits , de pierre dure ou tendre , qui
ne foit compofé de petites coquilles auffi
ou moulées de cron dénaturé & condenfé.
›
4°. En d'autres lieux , j'ai trouvé des
couches où je n'ai apperçu , à la premiere
vûe , ni coquilles , ni leur moule ;
mais , en examinant la matiere avec un
bon microſcope , j'ai été certain qu'elle
étoit compofée d'infiniment petites coquilles
moulées , mêlées avec de petits oeufs
de poiffons de mer.
5. J'ai de plus obfervé avec attention
les pierres , dont tous les édifices & les
maifons de ce Pays font bâties , celles en
groffes & petites maffes , les pierres à chaux,
la plupart des grais , les marbres , les rocs
vifs , les gros & petits cailloux , les agathes
, & c. &c. En obfervant,, dis - je , toutes
ces differentes fortes de pierres , je me
fuis convaincu qu'il n'y en a que très- peu ,
même dans les plus dures , où l'on ne voie
MA I. 17533 or
encore des
marques des productions marines
; quant aux pierres tendres qui fervent
à la conftruction des bâtimens , il n'y en a
aucune dont la couche entiere d'où on les
tire , ne foit de matiere de cron dénaturé ,
mêlé de coquilles moulées. Il eft aifé à tous
connoiffeurs de s'affurer de cette derniere
remarque.
6. J'ai diverfes boules de marbre , &
d'affez grands morceaux de pierre beaucoup
plus dure , compofés de matiere de
cron dénaturé , où l'on apperçoit encore
nombre de petites coquilles moulées .
7°. J'ai auffi plufieurs cailloux arrondis ,
de deux pouces de diamètre , plus ou
moins , foit cryftallifés , foitfilex , que j'ai
caffé , dans lefquels il y a une cavité remplie
de très -petites coquilles & madrepores
, mêlées de pouffiere de coquille ;
qui fait une forte de cron , parfaitement
femblable à celui de la premiere obfervation
.
8°. J'ai en outre plufieurs morceaux de
pierre à fufil , ou filex , tel qu'on le vend
pour allumer l'amadou , fur lefquels on
voit très - diftinctement diverſes fortes de
coquilles de mer , & de madrepores.
Toutes ces couches & ces pierres , dans
lefquelles on découvre un fi prodigieux
nombre de vestiges de productions de mer,
92 MERCURE DE FRANCE.
& les differens degrés de dureté , de cou
leur , & de déguisement fous lefquels elles
paroiffent , me perfuadent que le regne
minéral doit infiniment plus qu'on ne
croit au regne animal ; d'autant plus qu'on
trouve de même nombreuſe quantité de
pareils veftiges , dans les couches des lieux
les plus profonds qu'on ait creufés en terre.
Cette remarque , entre les mains d'un
homme tel que vous , n'eft elle pas une
ouverture qui pourroit conduire beaucoup
plus loin.
Quand je vous ferai , Monfieur , un
deuxième envoi , qui fera , je vous promets
, mieux choifi que le premier , j'y
joindrai un échantillon de chacune des
piéces que j'ai nommées , afin que vous
jugiez fi mes obfervations font exactes. La
crainte d'être aujourd'hui trop long , me
fait remettre à vous communiquer dans
le même tems , d'autres découvertes qui
font la fuire de celles- ci , & qui me paroiffent
, non-feulement auffi évidentes , mais
bien plus importantes & plus fécondes
pour la connoiffance de l'Hiftoire naturelle
de la terre.
Par exemple , ne penfez-vous pas ,
Monfieur , que lors de la fonte ou deftruction
des coquilles dans les lieux où la mer
les a dépofées , leurs couleurs fe font difMAI.
1753. 93 .
perfées dans la terre ? n'y feroient- elles
pas l'origine & la caufe des belles couleurs
de divers corps foffilles ? Pour
moi , je ne puis croire qu'une fi prodigieufe
quantité de couleurs ( de plufieurs couches
affez épaiffes fur diverfes efpéces de
coquilles ) le foient évaporées ou anéanties
. Je fçais les objections qu'on peut
contre cette idée , mais je me flare de pouvoir
les détruire ; & comme je ne veux
rien établir que fur des faits bien liés &
bien prouvés , vous verrez que dans mes
conjectures même , je ne donnerai rien ,
au hazard.
faire
Le mot de l'Enigme du Mercure d'Avril
eft le poulet dans l'oeuf. Celui du premier
Logogriphe eft marron , fruit , dans lequel
on trouve mon , pronom ; Maro , nom du
Poëte Virgile ; an & or ; en y ajoutant la
lettre i , on y trouveroit Marion . Celui du
fecond Logogriphe eft bonnet , dans lequel
on trouve bon & net. Celui du troifiéme
Logogriphe eft Artillerie , dans lequel
on trouve Elie , aire , la terre , l'air , la
Tiare à lire , la raillerie , la réalité , lait
la lire , ve , la , rat , ratier , être , altier , la
lettre , le lit , la treille , & Monfeigneur le
Comte d'En, Grand- Maître de l'Artillerie .'
, >
94 MERCURE DE FRANCE:
ENIGM E.
Du coupable mortel , falutaire ennemie z
Je l'immole à fon crime , & lui fers de Bourreau
Car parmi les plaiſirs qu'il goûte dans la vie ,
Je lui fais entrevoir la mort & le tombeau.
Pleine d'aigreur pour lui , fans agir je le touche ;
Sans yeux je l'apperçois , je lui parle fans bou
che ;
Comment me deviner , comment me définir ?
On me connoît trop tôt , quand on veut réfléchira
LOGO GRIP HE.
Te-moi quatre pieds : cela fait , cher Leca
teur ,
Je préfente à tes yeux un très- grand Empereur.
Mes quatre pieds remis , je porte une Amazone ,
Non moins belle que propre aux travaux de
Bellone ;
Une Ville où Céfar , par fa capacité ,
Fit voir du Capitaine un modéle achevé ;
Le Théâtre fameux des exploits d'Alexandre ;
Celui qui réduifit Jeruſalem en cendre ;
Le pofte où Manlius défendit autrefois
Les Romains échappés au glaive des Gaulois ;
MĀ I.
95 17530
Ce Guerrier que l'on vit , fur le point de combattre
,
Oublier fon honneur , pour faivre Cléopâtre ,
Un cruel ennemi du parti de Sylla ;
1 Un Général qu'Oftende à jamais illuftra ;
Reine dont Marlbouroug , par plus d'une victoire,
Rendit le nom célébre au Temple de Mémoire ;
Un Roi dont triompha le généreux Narsès ;
Belle , qu'un Orateur harangua fans fuccès ;
L'époufe d'un Héros , digne Chef de l'Empire. ::.
Je ferois infini , fi je voulois tout dire.
A
AUTRE .
Vec toi , cher Lecteur , je naîs plus ou moins
beau ,
Selon que m'a formé la Nature , ma mere ;
C'eft en vain qu'on voudroit me trouver par
riere ,
der-
Je marche devant toi , juſques dans le tombeau.
Seul , je fuis fuffifant pour te faire connoître ;
J'indique quelquefois ton inclination ;
Tu ne m'as jamais yû que par réflexion ,
Et tu te fais honneur de me faire paroître.
Par moi l'Amour , ce petit féduifant ,
Lance à coup sûr fes premiers traits de flâme :
D'une galante Dame ,
Je fuis le plus bel ornement :
Qu'on vienne lui jurer une ardeur éternelle ,
96 MERCURE
DE FRANCE .
C'est moi qu'on confidére en elle ,
Et ma beauté le plus fouvent
Enchaîne feule fon amant.
A ce portrait qui peut me méconnoître ?
Tu me tiens , j'en fuis sûr : pas encore peut-être,
Diviſe -moi , tu devineras mieux .
J'ai fix pieds qui vont deux à deux ,
Tourne & retourne- les de certaine maniere ,
Tu vois d'abord le tems que chacun a vêcu ;
Tu trouves de la France une double riviere
Dont le nom n'eft pas inconnu ;
Du Ciel , ce don qui feul anime la matiere ;
De Sparte , un Roi qui de bonne amitié
Reçut un Athénien qui féduifit fa femme ;
Ce que donne toujours le Directeur d'un ame ;
Le nom d'un Saint ; d'un bezet la moitié ;
Le nom de quelque Nymphe en Ifle convertie ;
Tout ce qui peut contenir la liqueur ;
De notre terre une partie ;
Celui dont le chagrin n'a pas faifi le coeur ;
Un inftrument de Méchanique ;
Le nom d'un Aftre radieuxx ;
Et du Couvent le bon jour ennuyeux ;
Une note enfin de mufique ,
Et fi tu veux encore un habitant de l'air .
Je ne veux pas , Le cteur , t'amufer davantage ,
Tu m'as depuis long- tems peut- être découvert ,
Quoiqu'il en foit enfin reconnois le * * * .
NOUVELLES
M A 1.
1753 97
222 na
NOUVELLES LITTERAIRES .
L
' AUTEUR de Manon Lescaut , Ouvrage
fi original , fi bien écrit , &
fi intéreffant , follicité depuis long- tems
de donner une édition correcte de ce
Roman , s'eft déterminé à ne rien épargner
pour la rendre telle qu'on la défire :
papier , caracteres , figures , tout y eft digne
de l'attention du Public . Elle a paru
dans le courant d'Avril avec des additions
confidérables. On en a tiré peu d'éxemplaires
afin que la beauté des figures & des
caracteres ne reçût aucune diminution, Ce
Livre fe vend chez Didot , Quai des Auguftins
, à la Bible d'or .
Il feroit à fouhaiter qu'on redonnât
avec le même foin , les Mémoires d'un
homme de qualité , Cleveland , le Doyen
de Killerine , &c. Ouvrages remplis de
Philofophie , de fituations neuves , du plus
grand intérêt , & écrits avec beaucoup de
naturel , de facilité , de nombre & de
nobleffe.
LES Lutins du Château de Kernofy.
Nouvelle hiſtoire de Madame la Comteffe
E
8 MERCURE DE FRANCE.
› de Maralt. Nouvelle édition revûe
corrigée & augmentée de deux Contes
in-16. vol. 2. A Leyde , & fe trouve à Paris
, chez Ganneau,
Il fuffit de rappeller au Public que les
Lutins du Château de Kernofy font de
Madame de Muralt , pour lui inſpirer la
curiofité de les lire ou de les relire .
TRAITE' des maladies veneriennes ;
par M. Herman Boerhaave : traduit du
Latin. A Paris , chez Briaffon , rue S. Jacques.
1753. in - 12 . vol. 1 .
Dire qu'un Ouvrage de Medecine eft
de M. Boerhaave , c'eſt dire qu'il eſt auſſi
parfait qu'il puiffe l'être .
ELOGE funebre de M. Bertrand , Avocat
en Parlement , Procureur du Roi de
la Maréchauffée ; Affocié à l'Académie
Royale des Belles- Lettres d'Angers . Prononcé
le 15 Décembre 1752 , en préſence
de les amis , immédatement avant le Service
, chez les PP. Recolers de Nantes ,
par un Religieux de la Maifon . A Nantes ,
de l'Imprimerie de la veuve Antoine Marie.
1753. in-4°. pp. 36.
On s'apperçoit en lifant cet Eloge qu'il
a été composé par un ami & prononcé
devant des amis ; nous croyons cette remarque
très-glorieufe pour la mémoire de
M. Bertrand,
M A 1. 1753 : 99
AVERTISSEMENT fur la Bibliotheque
historique & critique du Poitou . Par
M. Dreux du Radier.
Avant de livrer mon manufcrit à l'impreffion
, je prie ceux qui auront quelques
connoiffances particulieres fur les Sçavans
du Poitou , dans quelque genre de ſcience
que ce foit , de me les adreffer : s'ils veulent
prendre la peine de rédiger eux-mêmes
les mémoires , je me ferai un fenfible plaifir
d'employer leurs ouvrages , & d'en faire
honneur à mon recueil. Je ne crois pas
qu'on trouve mauvais que j'exige des citations
exactes , des dattes préciſes , des
preuves certaines , & fur tout un eſprit
dégagé de toute partialité , foit en parlant
des Auteurs , foit en parlant de leurs productions
, dans les extraits qu'on voudroit
bien m'en donner. L'ame , je ne dis
de l'hiftoire feulement , mais de toutes
les productions de l'efprit qu'on deſtine
à la postérité , c'eft la folide , l'aimable
vérité. Ne quid falfi dicere audeat , nequid
veri dicere non audeat , voila la loi que
doit s'impofer quiconque met la plume
à la main. J'admettrai toutes les difcuffions
critiques qui ne tendront qu'à éclaircir
des faits ou des fentimens qu'il importe
de connoître. Je recevrai même avec plai
fir des obfervations génealogiques , quand
pas
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
elles ne feront pas éloignées de mon objet.
Mais , perfonne ne l'ignore , le Pu
blic eft délicat fur cet article : il eft en
garde contre tout ce qui n'eft pas démontré.
Je prie donc ceux qui entreront dans
quelques détails de cette nature , de m'en
adminiftrer des preuves au - deffus du foup .
çon. On adreffera les lettres & les mémoires
qu'on voudra bien m'envoyer , affranchis
de port , à M. Ganeau , Libraire
rue S. Severin , aux armes de Dombes,
Je ne manquerai pas de faire ufage de ce
qu'on me remettra ; les Auteurs des mémoires
qui voudront être connus ; auront
la bonté de figner , & même de joindre
leurs qualités à leur nom,
MEMOIRES fur les ouvrages en fer & en
acier qui fe pratiquent dans la Manufacture
Royale d'Effone par le moyen du laminage
, & qui fe vendent à Paris chez le
fieur Bullot , rue des Bourdonnois , visà-
vis la rue des Mauvaifes paroles. A. Pa
ris , chez Durand , rue S. Jacques ; 1753 .
Une Brochure in- 12 . avec des Planches.
IDE'E de la Poëfie Angloife , ou Traduction
des meilleurs Poëtes Anglois , qui
n'ont point encore paru dans notre langue
, avec un jugement fur leurs ouvrages
, & une comparaifon de leurs Poëfies
MAI 17531 101
avec celles des Auteurs anciens & modernes
, & un grand nombre d'anecdotes critiques.
Par M. l'Abbé Tart , de l'Acadé
mie de Rouen . 1753. in- 12 . vol . 3 .
Nous rendrons compte le mois prochain
de cette agréable & importante Tra
duction ,
ESSAI fur l'Architecture. A Paris ;
chez Duchefne , rue S. Jacques. 1753. in
12. vol. 1 .
Nous avons , dit l'Auteur , divers trai
tés d'Architecture qui dévelopent avec affez
d'éxactitude les inefures & les proportions
, qui entrent dans le détail des différens
ordres , qui fourniffent des modeles
pour toutes les manieres de bâtir . Nous n'avons
point encore d'ouvrage qui en établiſ
fe folidement les principes, qui en manifeſte
le véritable efprit , qui propofe des regles
propres à diriger le talent & à fixer le goûr.
Il me femble que dans les Arts qui ne font
pas purement méchaniques , il ne fuffit pas
que l'on fçache travailler , il importe furtout
que l'on apprenne à penfer. Il faut
qu'un Artifte puiffe fe rendre raison à luimême
de tout ce qu'il fait. Pour cela il a
befoin de principes fixes qui déterminent
fes jugemens , & qui juftifient fes choix
de telle forte qu'il puiffe dire qu'une choſe
Eiij
TOZ MERCURE DE FRANCE .
eſt bien ou mal , non point feulement par
inftinct , mais par raifonnement , en homme
inftruit des routes du beau.
peu
Les connoiffances ont été pouffées bien
loin dans prefque tous les Arts liberaux.
Une foule de gens à talent fe font
appliqués à nous en faire fentir toutes les
fineffes. On a écrit très- fçavamment de la
Poëfie , de la Peinture , de la Mufique .
Les myfteres de ces Arts ingénieux ont été
fi bien approfondis , qu'il refte à leur égard
de découvertes à faire. Nous avons
des préceptes réflechis & des critiques ju
dicieufes , qui en déterminent les vrayes
beautés . L'imagination a des guides qui
la mettent fur la voye , & des freins qui
la retiennent dans les bornes. On apprécie
au jufte , & le mérite de fes faillies , & le
défordre de fes écarts. Si nous manquions
de bons Poëtes , de bons Peintres , ou de
bons Muficiens , ce ne feroit point faute
de théorie , ce feroit défaut de talent.
La feule Architecture a été abandonnée
jufqu'à préfent au caprice des Artiſtes ,
qui en ont donné les préceptes fans difcernement.
Ils ont fixé les regles au hafard
fur la feule inſpection des édifices
anciens. Ils ont copié les défauts avec autant
de fcrupule que les beautés : manquant
de principes pour en faire la dif
M. A - I. 1753 . 103
férence , ils fe font impofé l'obligation
de les confondre : ferviles imitateurs
tout ce qui s'eft trouvé autorisé par des
exemples , a été déclaré légitime : bornant
routes leurs recherches à confulter le fait
mal à propos ils en ont conclu le droit , &
leurs leçons n'ont été qu'une fource d'erreurs.
"
Vitruve ne nous a proprement appris
que ce qui fe pratiquoit de fon tems ; &
quoiqu'il lui échappe des lueurs qui annoncent
un génie capable de pénétrer dans
les vrais mysteres de fon art , il ne s'attache
point à déchirer le voile qui les couvre , &
s'éloignant toujours des abîmes de la théorie,,
il nous mene par des chemins de prati
que qui plus d'une foi nous égarent du bur
a
Tous les modernes , à l'exception de
M. Cordemoi , ne font que commenter
Vitruve , & le fuivent avec confiance dans
tous les égaremens . Je dis à l'exception de
M. Cordemoi ; cet Auteur plus profond
que la plupart des autres , à apperçu la
vérité qui leur étoit cachée . Son traité
d'Architecture eft extrêmement court :
mais il renferme des principes excellens ,
& des vûes extrêmement réflechies . Il pou
voit en les développant un peu davantage
, en tirer des conféquences qui auroient
répandu un grand jour fur les obf-
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
curités de fon art , & banni la fâcheufe
incertitude qui en rend les regles comme
arbitraires .
Il eft donc à fouhaiter que quelque
grand Architecte entreprenne de fauver
L'Architecture de la bifarrerie des opinions
, en nous en découvrant les loix fixes
& immuables . Tout art , toute ſcience a
un objet déterminé. Pour parvenir à cet
objet , toutes les routes ne fauroient être
également bonnes ; il n'y en a qu'une
qui mene directement au but ; & c'eft cette
route unique qu'il faut connoître. En
toutes chofes , il n'y a qu'une maniere de
bien faire. Qu'est ce que l'Art ? finon cette
maniere établie fur des principes évidens
, & appliquée à l'objet par des préceptes
invariables.
L'Auteur de l'Effai que nous annon- .
çons nous paroît être un très bon guide :
fon ouvrage eft plein de méthode & d'efprit.
Les Artiftes y trouveront des vûes
fures , & les gens du monde le liront au
dn
moins les trois quarts , avec autant de
plaifir qu'un livre de pur agrément.
BIBLIOTHEQUE amufante & inftructive
, contenant des anecdotes intéreffantes
& des Hiftoires curieufes tirées des meillieurs
Auteurs. A Paris , chez Duchefne
M A 1. 97538
105
rue S. Jacques. 1753. in- 12 . vol. 1.
C'eſt une espece d'Ana qui ne roule
pas uniquement comme la plupart des autres
fur des matieres de littérature : il s'étend
à tout. On y trouvera des contes &
des hiftoriettes , fur la plupart des fujets
qui font le fujet ordinaire des converfations
, comme la beauté , la laideur , les
femmes , les fonges , le mariage , les complimens
, les Prédicateurs , les feftins , les
Médecins , les voleurs , les Aftrologues ,
& c . Nous allons rapporter quelques uns
des traits qui nous ont paru le mieux choifis.
Un Italien , quoique réconcilié en apparence
avec fon ennemi depuis dix ans ,
ne laifoit pas de conferver pour lui une
haine fecrette. Un jour qu'ils le promenoient
enſemble dans un lieu écarté , l'Iralien
le prit par derriere , le renverſa ,
& lui mettant le poignard fur la gorge
le menaça de le tuer , s'il ne renioit Dieu .
L'autre après avoir fait beaucoup de difficultés
, s'y réfolut à la fin pour éviter la
mort ; l'Italien n'eut pas plutôt obtenu ce
qu'il demandoit , qu'il lui plongea le poignard
dans le fein , & s'en alla après , en
fe vantant de s'être vangé de la maniere du
monde la plus glorienfe , en faifant périr
en même tems le corps & l'ame de fon ennemi,
Ev .
106 MERCURE DEFRANCE.
M. Demaucroix répondit ainfi à un de
fes amis qui lui confeilloit de fe marier.
Ami , je vois beaucoup de bien
Dans le parti qu'on me propofe ;
Mais toutefois ne preflons rien :
Prendre femme eft étrange chofe ;
Il faut y penſer mûrement :
Sages gens en qui je me fie ,
M'ont dit que c'eſt fait prudemment ,
Que d'y fonger toute la vie.
M. de Valois dit avoir appris de M.
de Varillas , qu'en 1287 , dans le Comté
d'Armagnac , il fe fit un mariage pour
fapt ans , entre deux perfonnes bien nobles
, qui fe réfervoient la liberté de le
prolonger au bout des fept années , s'ils
s'accommodoient l'un de l'autre. Le contrat
portoit encore , qu'en cas que le terme
expiré ils vinffent à fe féparer , ils
tageroient également moitié par moitié les
enfans de l'un & de l'autre fexe qui fetoient
provenus de leur mariage pendant
l'efpace des fept années , &
que fi par hazard
le nombre s'en trouvoit impair , ils
tireroient au fort à qui des deux le furnuméraire
échoiroit . On dit que ce contrat
eft dans la Bibliothéque du Roi.
par-
CHEZ les Oftiacs , lorſqu'une femme
a perdu fon mari , elle fe fait une ftatue
MAI.
107 1753.
qu'elle revêt des habits du défunt ; elle la
tient toute la nuit entre fes bras , & l'a
continuellement pendant le jour devant
fes yeux , afin de s'exciter par cette vûe à
pleurer fon mari . Elle continue cette cérémonie
pendant une année entiere , après
laquelle elle dépouille la ftatue & la jette
en quelque coin , en attendant qu'elle en
ait befoin pour une autre occafion . Une
femme qui n'obferveroit pas cette cérémonie
, feroit deshonorée ; on lui reprocheroit
de n'avoir pas aimé fon mari , & d'avoir
manqué à la foi conjugale.
LB Maire d'une petite Ville , fituée fur
tes bords du Rhône , fit un jour cette harangue
à um des Lieutenans Généraux de
F'armée de Piemont . Monfeigneur , tandis
que Louis le Grand fair aller l'Empire de
mal en pire , damner le Danemarck , fuer la
Suede ;tandis qu'il gêne les Gênois , berne
les Bernois , & cantonne le reste des Cantons
; tandis que fon digne rejetton fait
baver les Bavarois , rend les troupes de
Zell fans zele , fait faire des effes aux
Effois ; tandis que Luxembourg fait fleuir
la France à Fleurus , met en flâmes les
Flamands , lie les Liegeois , & fait dan
fer Caftanaga fans caftagnetes ; tandis que
le Turc hongre les Hongrois , fait efclaves
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
les Efclaves , & réduit en fervitude la
Servie ; enfin tandis que Catinat démonte
les Piemontois , que S. Ruth fe ruë fur
le Savoyard , & que Larré l'arrête ; vons ,
Monfeigneur , non content de faire fentir
la pefanteur de vos doigts aux Vaudois ,
vous faites encore la barbe aux Barbets
ce qui nous oblige à être avec un profond
refpect , Monfeigneur , vos très humbles
& très-obéiffans ferviteurs , les Maire
Echevins & habitans de la Ville de.
LA Reine de Suede Chriftine ayant
écouté une harangue , dont la longueur
l'avoit ennuyée , M. Voifin la fupplia de
témoigner fa reconnoiffance à celui qui l'a
voit faite. Cela eft jufte , dit- elle , quand
ce ne feroit qu'à caufe qu'il vient de finir.
que
UN fameux Prédicateur Efpagnol prêchant
un premier Dimanche de Carême
fur la tentation , dit
le Diable porta
le Sauveur fur le pinacle du Temple , pour
tâcher de le tenter , mais qu'ayant trouvé
à qui parler par la forme fyllogiftique , if
changea de batterie ; & comme il fçavoit
par expérience qu'il n'y a gueres de gens
qui ne fe laiffent féduire par les appas
des honneurs & des richeffes , il lui offrir
l'empire de divers Royaumes , & qu'avec
des lunettes d'aproche il lui fit voir l'Ita
MAI. 1753. 100
fie , l'Allemagne , la France , & c. mais
que par malheur pour lui les montagnes
des Pyrénées lui cacherent l'Espagne , ce
qui le mit au défefpoir ; car , dit- il , s'il
eût pû lui découvrir toutes les beautés
qu'elle renferme , je ne fçais s'il n'auroic
fuccombé à la tentation .
pas
UN homme ayant une cruche d'excellent
vin , la cacheta . Son valet fit un trou
par deffous & buvoit le vin ; le maître
voyant fon vin diminuer , quoique le cachet
fût entier , étoit furpris ; & n'en pouvant
deviner la caufe , quelqu'un lui dit :
mais prenez garde qu'on ne le tire par
deffous . Eh ! gros fot , dit le maître , ce
n'eft pas par deffous qu'il manque , c'eft
par deffus.
ANDRE' Baccius , habile Médecin de Florence
, mais très fantaſtique , ayant été appellé
pour voir une femme malade , commença
à lui tâter le poulx , & lui ayant
trouvé une groffe fievre , il lui demanda
entre autre chofe l'âge qu'elle avoit ; elle
n'eut pas plutôt dit qu'elle avoit 63 ans ,
qu'il repouffa fon bras , & lui dit en colere
: combien de tems voulez - vous donc
refter au monde ? & fe retira fur le champ .
RIEN n'étoit plus fimple que la Médeci110
MERCURE DE FRANCE.
ne dans fes commencemens , l'Hiftoire raconte
qu'Efculape , qui n'avoit à fa fuite
Forfqu'il alloit par le pays , qu'un chien
& une chevre , fe fervoit de la langue de
F'un pour les ulceres , & du lait de l'autre
pour les maladies de la poitrine.
LA diffection du corps humain a paffé
pour un facrilege jufqu'au tems de François
I. & on voit une confultation que fit
faire l'Empereur Charles- Quint aux Théologiens
de Salamanque , pour fçavoir fi
en confcience on pouvoit diffequer un
corps , pour en connoître la ftructure .
MEMOIRES de M. le Marquis de Choup
pes , Lieutenant- Général des armées du
Roi , & de la Province de Rouffillon ,
Gouverneur de Bellifle , Meftre de Camp
de deux Régimens , Chevalier des Ordres
du Roi , Ambaffadeur pour Sa Majesté à la
Cour de Lisbonne , Confeiller d'Etat d'épée
, ayant commandé en chef les armées
du Roi en Catalogne . A Paris , chez Du
chefne , rue S. Jacques. 1753. in 12. vol . 2 .
On trouvera dans ces Mémoires écrits
facilement , quelques évenemens de la fin
du Regne de Louis XIII . & de Louis XIV .
qu'on trouve prefque par tout.. Il n'y a
que la fameufe affaire de Fribourg que
MAI
1753.
nous ne nous fouvenons pas d'avoir vû ſi
bien détaillée par aucun hiftorien .
ABREGE' de l'hiftoire du Regne de
Louis XIV. , depuis fon avenement à la
Couronne jufqu'à fa mort. Par M. A ** ;,
Docteur en Médecine . A Bruxelles , chez
Jean Frix , in- 12. vol . 1.
C'eft un tas de dattes qui ne peuvent
pas être d'une grande inftruction , & qui
n'ont aucun agrément.
LES têtes folles. A Londres , & fe trouvent
à Paris , chez Tillard , Quai des Auguftins.
L'Auteur de cette bagatelle a imaginé
qu'une jeune femme qu'on croyoit dans le
monde très infen fible , s'étoit prise d'une
belle paffion pour un Sylphe. C'eft à
près le fond du Ballet de Zelindor , & de
deux Comédies du théatre Italien ; l'une de
Romagnely , & l'autre de M. de Sainte Foy
peu
C'eſt à un ami que cette femme écrit
fon hiftoire. Les commencemens , les progrès,
les incidens & le dénouement de fa
paffion font affez bien écrits. Dans un mo
ment de langueur que lui caufe la folie
qu'elle a faite en fe refufant aux defirs de
fon fylphe , elle rencontre dix-mille têtes
folles dans une forêt , & c'est là que commence
l'imitation du fingulier & piquant
Roman d'Acajou
112 MERCUREDEFRANCE.
Ce badinage a le mérite d'un ftyle agréa
ble , fouvent ingénieux , mais quelquefois
obfcur . L'imagination eft ce qui lui manque.
Avis au Public , concernant l'Hiftoire
de la Ville de Paris , compofée par Dom
Michel Felibien , Religieux Benedictin de
la Congrégation de Saint Maur , & mife
au jour par Dom Gui Alexis Lobineau
Religieux de la même Congrégation .
Cinq volumes in-folio , avec figures. A
Paris , chez G. Defprez , Imprimeur du
Roi & du Clergé de France , rue Saint Jacques
1753 .
Ce n'eft point un ouvrage nouveau que
nous annonçons. Il y a long-tems que
l'Hiftoire de la Ville de Paris a vûle jour,
& qu'elle a mérité les fuffrages des Sçavans
& des Connoiffeurs .
Nous allons néanmoins en retracer ici
une idée , & nous parlerons enfuite de
P'objet que nous nous fommes propofé ,
en publiant l'Avis que nous donnons aujourd'hui.
Cette Hiftoire eft le fruit du travail &
des recherches de Dom Felibien & de Dom
Lobineau , Religieux Benedictins de la
célébre Congrégation de Saint Maur ,
connus l'un & l'autre par differens ouvraMAI.
1753: 113
ges qui leur ont acquis une haute réputation
dans la République des Lettres, Dom
Felibien s'y appliqua fans interruption pendant
l'efpace de huit années. La mort
l'ayant enlevé dans le cours de ce travail ,
on défigna Dom Lobineau pour lui fuccéder
, & c'eft par les foins de ce dernier ,
qu'après fix années d'application fans relâche
, l'ouvrage reçut enfin la perfection
dont il étoit fufceptible. Il parut en cinq
volume in-folio , qui forment deux parties.
La premiere , qui renferme l'Hiftoire de
la Ville de Paris , occupe les deux premiers
volumes. La feconde contient les
Piéces juftificatives de ce qui eft avancé
dans la premiere , & elle remplit les trois
derniers volumes .
Premiere Partie. Avant que Avant que d'entrer
dans le détail de l'Hiftoire , qui fait l'objet
de cette premiere partie , on trouve
deux Differtations très - étendues & trèsfçavantes.
Dans la premiere , on parle de .
l'origine de l'Hôtel- de- Ville. On réfute
d'abord le fentiment de quelques Auteurs
qui ont prétendu que lesMagiftrats Municipaux
de la Ville de Paris , étoient redevables
de leur inftitution à Philippe- Augufte
. On fait voir que le Corps de l'Hôtelde
- Ville exiſtoit fous les deux premieres races
de nos Rois , & que l'époque de fa
114 MERCURE DE FRANCE.
Véritable origine doit être placée dans le
premier âge de cette Ville. On combat
en même tems l'opinion de l'Auteur du
Traité de la Police , fur l'origine du commerce
par eau , & des priviléges qui y
étoient attachés : on démontre que ce commerce
& ces priviléges conftituoient l'effence
du Corps Municipal de cette Ville ,
bien long- tems avant l'époque que cer
Auteur afligne à cet établiffement : & l'on
s'attache en particulier à détruire le fentiment
de l'Auteur par rapport à la naviga
tion ; il prétend que les Parifiens fe paffoient
de navigation , & de commerce de
long- cours avant le regne de Louis le
Jeune. Tout ce qu'on avance à cet égard
eft appuyé par des piéces autentiques ti
rées des Archives de la Ville , des anciens
registres du Parlement , & par d'autres
chartes précieufes dont on rapporte les
copies d'après les originaux.
Cette premiere Differtation n'eft point
l'ouvrage des fçavans Bénédictins , Auteurs
de l'Hiftoire de la Ville de Paris : elle eft
de M. le Roy , ancien Controlleur des
Rentes de l'Hôtel-de - Ville .
La feconde a été faite à l'occafion de
quelques anciens monumens , trouvés en
1711 dans le Choeur de l'Eglife de Notre-
Danie , dans le tems que l'on y creuſa un
' MA I. 7753. ITS
caveau pour la fépulture des Archevêques
de Paris. Ce morceau que l'Auteur appelle
, Differtation fur les Antiquités Celti
ques , fert à prouver que le Corps des Né
gocians de Paris fe trouvoit déja formé
dès le tems de l'Empire de Tibére .
Ces deux Differtations font fuivies d'un
excellent Difcours dans lequel , après
avoir donné une efquiffe du premier état
de la Ville de Paris , on parle de fes accroiffemens
, tant fous les Romains ,
que
fous les Rois de la premiere , de la feconde
& de la troifiéme Race . Paris eft clos
de murs fous Philippe - Augufte ; Charles
V. & Charles VI . font une nouvelle enceinte
; Henri III . l'augmente de nouveau.
Henri IV . Louis XIII. & Louis XIV. furtout
, donnent une plus vafte étendue à
cette grande Ville. Louis XV. enchérit
encore fur fes Prédéceffeurs , & Fon voit
dès le commencement de fon Regne de
nouveaux embelliffemens qui rendent Paris
la plus confidérable & la plus brillante
Ville de l'Europe . Ce Difcours eft terminé
par une divifion de Paris en differens
quartiers , & par un dénombrement exact
de cette Ville .
L'Auteur entrant enfuite en matiere ,
donne l'Hiftoire de cette Capitale . Son
ouvrage eft partagé en vingt Livres , dans
116 MERCURE DE FRANCE .
lefquels on trouve réunis deux objets trèsintéreffans
, & dignes de l'attention & de
la curiofité du Public : c'eft la Ville en
elle-même & fes differentes parties , & en
même tems tout ce qui s'y eft paffé de
mémorable pendant près de deux mille
ans . Ces deux objets marchent enſemble
& font traités felon l'ordre chronologique
, en commençant dès l'an 390 , avant
l'Ere Chrétienne , & en continuant ainſi
jufqu'à nous.
Tel eft le plan que l'on a exécuté avec
tout le foin & toute l'exactitude poffible ,
dans les deux premiers volumes de cet
ouvrage. De plus on l'a enrichi de Cartes
& de Gravures exquifes qui repréſentent
les Edifices principaux , les differentes
perfpectives , en un met tout ce que Paris
renferme de plus digne d'être remarqué :
le tout deffiné & gravé par les plus grands
Maitres .
Seconde Partie. Les trois volumes qui
forment cette feconde Partie , font d'un
prix ineftimable , par rapport aux monumens
qu'ils renferment. Ce font des Titres
précieux , dont la lecture intérelle
non-feulement ceux qui fe piquent de
fcience , mais même ceux qui ne font que
fimplement curieux . On voit des actes
autentiques de toute efpéce tirés des dif
Μ Α Ι. 1753 . 117
ferens tréfors , foit publics , foit particu
liers , une longue fuite d'extraits des anciens
regiftres , foit du Parlement & de la
Chambre des Comptes , foit des Archives
des grandes Maifons , des Chartriers des
anciennes Abbayes , des Cartulaires des
grandes Bibliotheques , dont la plus gran .
de partie n'avoit jamais vû le jour , &
d'autres font abfolument ignorés , quoiqu'imprimés
depuis long-tems . Les regiftres
de l'Hôtel de Ville ont fourni de plus
une quantité confidérable de pieces qui
doivent en particulier faire regarder ces
trois volumes- ci comme les Archives publiques
de la Ville de Paris.
La collection de ces différentes piéces
forme une fuite qui s'étend depuis l'an
358 , jufqu'en 1722 ; c'est - à- dire pendant
l'efpace de 1200. Ainfi indépendamment
des anciens titres pour les tems reculés ,
on trouve les Edits , Déclarations , Arrêts
du Confeil , Ordonnances , Reglemens &
autres Piéces modernes qui étendent ou
reftraignent , ou même expliquent les priviléges
& les prérogatives accordés par des
actes de la plus haute antiquité .
Ces différens morceaux n'ont pas toujours
été employés précisément felon l'ordre
chronologique , mais fuivant l'ordre
des matieres , c'est-à-dire , qu'après avoir
118 MERCURE DE FRANCE:
rapporté le premier acte qui établit une
origine quelle qu'elle foit , on a placé immédiatement
après , les différentes piéces
tant anciennes que modernes qui concernent
la même matiere. Dès que cette matiere
eft épuisée , on rentre alors dans
l'ordre chronologique : & de crainte que
cet arrangement ne causât quelqu'embaras
, on a mis à la tête de ces trois volumes
une Table chronologique , dans laquelle
toutes les piéces font rangées felon
l'ordre des années ; ainfi en fçachant à peu
près dans quel tems une pièce a été donnée
, on la trouve à l'inftant par le moyen
de cette Table : on ne s'eſt pas même contenté
d'y indiquer fimplement l'année
on a pouffé l'exactitude jufqu'à marquer
le mois & le jour de la date de chacune
de ces pieces.
De plus , comme la plupart des chartres
anciennes , fur - tour celles qui ont
été composées dans des fiécles d'ignorance
, font énoncées en termes barbares &
abfolument inintelligibles , on a eu foin
de placer à la tête de ces trois derniers
volumes un dictionnaire des mots les plus
difficiles à entendre. Il eft intitulé : Gloffaire
ou explication des mots latins hors d'ufage,
ou de la langue vulgaire latinifés .
A ce Gloffaire, on en a joint un autre
MA I. 1753 . 119
qui le fuit immédiatement . Il a pour titre
Gloffaire françois , ou explication abregée
des termes du vieux langage françois. Ce
Dictionnaire eft d'autant plus utile , qu'il
y a un très grand nombre d'expreffions de
l'ancien idiome françois , que l'on n'entendroit
plus aujourd'hui fans le fecours de
ce Gloffaire,
Tout cet Ouvrage eft terminé par une table
alphabétique très -étendue , au moyen
de laquelle on trouve dans un inftant ce
dont on peut avoir beſoin dans ces cinq
volumes.
Voila en abregé ce que contient l'Ou
vrage de Dom Felibien & de Dom Lobineau.
Nous allons parler à préfent de l'ob
jet que nous nous fommes propofé en publiant
l'avis que nous donnons aujourd'hui,
Quoique le débit de cet Ouvrage eûr
rempli nos efpérances , cependant il y a
quelque tems que faifant une revûe exacte
de nos magaſins , nous en avons trouvé
I un certain nombre d'exemplaires , dont
quelques-uns étoient complets , d'autres
pouvoient le devenir au moyen de quelque
dépenfe : comme elle n'alloit pas fort
loin , nous avons pris fur nous de la faire ,
& malgré cela nous proposons une diminution
confidérable fur ce qui nous refte ;
diminution cependant qui n'aura lieu que
120 MERCURE DE FRANCE.
pour ceux qui le pourvoiront de cet Ou
vrage d'ici au premier du mois de Juillet
de cette année.
Ainfi d'ici à ce tems nous livrerons les
cinq volumes de l'Hiftoire de la Ville de Paris
en feuilles petit papier , pour la fomme
de 24 1. , & nous prendrons 36 1. pour l'exemplaire
de grand papier auffi en feuilles .
PUBLII TERENTII Afri Comoedia fex ad
optimorum exemplarium fidem recenfie. Les
fix Comédies de Terence , revues fur les
meilleures éditions. A Paris , chez le Loup
& Mérigot fils , Libraires , Quai des Au
guftins. 2. vol . in- 12 . avec figures.
Le Terence que nous annonçons , paroît
devoir entrer dans la fuite des Poëtes
Latins de Couftelier ; mais qu'il eft fupérieur
aux autres , & qu'on voit bien qu'il
eft l'ouvrage de l'émulation ! Commençons
par le travail littéraire. L'Editeur eft
M. Philippe , connu par les belles éditions
qu'il a données de quelques Hiftoriens ,
& de la plupart des Poëtes qui compofent
la fuite de Couftelier. C'eft un bon garant
de l'éxactitude & de la correction de
celle- ci. On trouve dans le premier tome
la vie de Terence , écrite par Suetone &
continuée par Donat. Elle eft fuivie des
témoignages ou des éloges des Anciens ,
&
MAI. 1753 12t
& ce font comme les preuves de l'hiſtoire
du Poëte. Les trois Comédies contenues
dans ce premier volume font l'Andrienne ,
l'Eunuque , & l'Heautontimorumenos.
Le fecond volume eft compofé des Adelphes,
du Phormion, de l'Hecyre ; & chacune
des fix Comédies eft précédée d'un argument
Latin de Murei , & à la fin de la
derniere font de nombreuses variantes
fur chaque Piéce . Les variantes , travail
utile qui forme la critique des textes , font
pour les Sçavans , & n'amufent gueres les
lecteurs fuperficiels. Mais celles-ci , par le
bon choix des fources , & par les éclairciffemens
qu'on y a femés , répandent tant
de jour fur le texte , qu'elles peuvent à
certains égards tenir lieu de notes . Suit un
catalogue exact & curieux de toutes les
éditions de Terence : elles fe montent à
254 , en y comprenant celle que nous an
nonçons . Ce catalogue intereffant eft pour
des yeux un peu philofophes , une espece
de carte où toute la fortune du Poëte eft
tracée . On n'eft point étonné que l'écri
vain le plus pur de l'ancienne Rome , que
le modéle élégant des graces Latines , ait
été réimprimé tant de fois . On a fuivi pour
l'arrangement des Vers l'ordre des imprimés
; l'Editeur, dans fon Avertiffement ►
declare qu'il n'a rien voulu hazarder fur la
F
122 MERCURE DE FRANCE.
mefure de ces vers , parce qu'il n'eft pas
poffible de la deviner , à moins , dit- il ,
qu'on ne reffufcite Terence on Donat . Au défaut
de cette découverte , ou en attendant
la revélation , on a introduit dans le Dialogue
une nouveauté qui diftinguera cette
édition de toutes les autres . Tous les vers
qui font interrompus par quelque interlocuteur
, font coupés & difpofés méchaniquement
comme dans nos piéces de
Théatre ; ce qui repoſe agréablement la
vûe , jette de la clarté dans le Dialogue
& contribue à l'intelligence du jeu Thearral
. Enfin on a fait revivre un ufage qui
paroiffoit abandonné depuis très - longtems
: tout ce qui eft proverbial ou fententieux
eft en caractere italique. On fent
que l'objet de cette diftinction eft de frapper
les yeux , pour mettre le Lecteur à
tée de remarquer plus aifément , foit les
expreffions , foit les chofes.
por-
L'éxécution Typographique & les ornemens,
répondent au goût de la partie litté
raire. Le papier eft beau & d'une grande
blancheur , l'impreffion eft élégante & fort
nette . Les ornemens font de bon goût &
bien variés ; ils confiftent en fept Etampes ,
en trente vignettes , & eu autant de culs
de lampe : ils ont tous été gravés par les
meilleurs Maîtres , d'après les deffeins de
MAI.
1753. 123
•
Pilluftre Gravelot , & le célébre M. le Bas
en a gravé la plus grande partie . Le frontifpice
général répréfente le cabinet de
Terence . Ce Poëte affis près d'une table ,
la plume à la main , femble faire des corrections
à fes piéces , fur les avis de Scipion
& de Lelius , qu'on voit auffi fur des
Géges. Le fleuron eft compofé d'un médaillon
de Terence, d'après ce qu'il y a de
plus authentique en ce genre . Il eft accompagné
des attributs de la Comédie & de la
Poëlie ; chaque Piéce a fon frontispice
qui en défigne prefque toujours l'endroit
le plus intéreflant. Le fujet de l'eftampe
de l'Andrienne eft tiré du récit que le
vieillard Simon fait à Sofie dans la premiere
Scene . On a repréſenté le moment
où Glycerium s'étant approchée trop près
du bûcher de Chryfis dont on fait les obféques
, Pamphile la retient dans fes bras.
On voit cette courtifane affligée , s'abandonner
fur le jeune homme d'un air , qui
décele leur intelligence , & le pere qui
les obferve . Le frontifpice de l'Eunuque
eft le tableau de la feconde Scene du premier
Acte. Thaïs , courtifanne aimée de
Phédria , veut s'excufer à lui de ce que la
veille il a trouvé fa porte fermée ; mais
avant d'expliquer fes raifons , elle a exigé
le fecret de Parmenon qui eft préfent.
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
Or cet efclave ayant répondu que fa difcrétion
dépendroit de la vérité du récit
le moment choifi par l'Arrifte eft celui où
Parmenon furprenant Thaïs en menſonge
, l'interrompt pour lui dire que fon fecret
ne tient plus à rien. L'eftampe de
PHeautontimorumenos eft plus fimple ; la firuation
de la troifiéme Scene du deuxième
Acte en fait le fujet. Antiphile faifie de
joye à la vûe de Clinia fon amant , ſe laiffe
aller fur fa compagne qui eft la courtifanne
Bacchis , tandis que d'un autre côré
Syrus , efclave de Clitiphon , veuc l'empêcher
de fe montrer. Le fujet du fronifpice
des Adelphes eft tiré de la premie.
re Scene du deuxième Acte. Efchine , pour
obliger fon frere qui eft amoureux d'une
joueuse d'inftrumens , enléve cette fille
au Marchand d'efclaves à qui elle appartient.
Le principal inftant de l'action eft
celui où le Marchand voulant s'opposer à
la violence d'Efchine , reçoit un foufflet '
de Parmenon fon efclave. L'eftampe du
Phormion repréfente un incident de la ſeptiéme
Scene du cinquiéme Acte . Phor
mion , appelle Naufiftrate , femme ' de ·
Chremès , pour l'inftruire des infidélités
de fon mari. Celui- ci s'empreffe avec Demiphon
, pour lui fermer la bouche , &
La femme accourant au bruit , paroît tout -à
MA I. 1753. 125
coup. L'incident dont eft compofé le frontifpice
de l'Hecyre , eft pris de la troifiéme
du cinquiéme Acte. Parmenon , valet
de Pamphile , vient dire à fon maître
que Myrrhine a reconnu la bague qui lui
avoit été volée , & qu'elle eft aux doiges
de Bacchis. L'inftant de l'action ne fait
qu'exprimer la joye de Phamphile qui
s'exhale par une exclamation pathétique ,
& la furpriſe du valet , confus des tranf
ports de fon maître , dont il ne conçoit
pas la raison. Bacchis furvient avec deux
fuivantes. Les vignettes , dont à chaque
Piece le nombre égale celui des Actes ,
ayant un plan trop borné pour admettre
de grandes figures , les traits les plus pittorefques
qui fe trouvent dans chacun de
ces Actes , font repréfentés par des enfans
: le foin de démêler ces fujets , fera l'amufement
du Lecteur. Il étoit bien plus
difficile de varier les culs de lampe ; mais
par l'ufage qu'on a fait de ce dernier genre
d'ornemens , on a fçu le rendre auffi
piquant que le refte ; ces culs de lampe
font compofés de mafques antiques , qui
fidélement exprimés , défignent par leurs
caracteres les perfonnages des fix Pièces.
Il y a quelques exemplaires du Livre
que nous annonçons en papier d'Hollande
, & fix en beau velin .
Fiij
826 MERCURE DE FRANCE.
ASSEMBLE'E PUBLIQUE
De l'Académie de Beziers.
L'A
و
'Académie des Sciences & Belles- Lettres
de Beziers tint fon affemblée publique
le 11 Janvier dernier. M. l'Evêque de
Beziers ouvrit la Séance par un Difcours
dans lequel il remercia l'Académie de l'avoir
choisi pour fon chef. M. l'Abbé de
Manfe , Directeur , parla enfuite fur l'utilité
des affemblées Académiques, répondit
au Difcours de M. l'Evêque de Beziers
, & fit l'Eloge de M. le Comte de S.
Florentin , Protecteur de l'Académie. M.
Racolis lut l'éloge de M. le Préfident Barbier.
M. de Guibal , qui travaille à l'hiftoire
de Beziers , lut la partie de cette hiftoire
depuis la fin du douzième fiécle , juf
qu'à l'an 1752. M. Carbaffe fit la lecture
d'une Differtation fur la cataracte , dans
laquelle il infifta fur les moyens de la prévenir.
M. l'Abbé de Cambacerès termina
la Séance par l'éloge de M. l'Abbé de
Gayet , Abbé de Villemagne , & Vicaire
Général de Beziers .
Nous aurions fouhaité que l'Académie
nous eût envoyé les pieces dont on vient
de lire le titre , nous en aurions fait l'exMAI.
1753. 127
y
trait avec foin & avec plaifir . Il doit
avoir beaucoup de bonnes choſes dans des
ouvrages faits dans une Ville où il y a autant
d'efprit , d'agrément & de bonne littérature
qu'à Beziers .
BEAUX ARTS.
SECONDE LETTRE de M. Godefroy ;
Sur la deffenfe de l'échappement à Cylindre
de M. Graham , en réponse à la critique
de M. P. le Roi , inferée dans le
Mercure de Mars 1753. par M. Senard
Son neveu.
'Admirez-vous pas , Monfieur , la
N prudence de M. Pierre le Roi , qui
toujours occupé des chofes les plus importantes
, a déferé à fon neveu le foin de
répondre à ma lettre ? n'auroit- il pas été
plus prudent de laiffer les chofes en l'état
où elles étoient , que de me forcer à dire
bien des chofes que par modération j'a
vois fupprimées ? En effet de quoi s'eftil
offenfé ? que j'aye deffendu la caufe légitime
de l'échappement à cylindre du
célébre M. Graham , dont les fuccès font
confirmés & foutenus par une expérience
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE .
toujours heureufe , depuis plus de trente
ans .
Je n'ai jamais cherché à donner atteinte
à la réputation de M. P. le Roi : cependant
ayant bien fenti que par contrecoup
la mienne feroit en compromis ; il
n'a pas hésité d'attaquer celle de M. Graham.
M. P. le Roi ne pouvoit. il vanter
fa nouvelle méthode fans miner le crédit
des montres à cylindre : c'eft uniquement
pour en prendre la défenſe que j'ai mis la
main à la plume . Au refte je n'ai rien die
dans ma précédente qui dût l'offenfer , finon
que j'étois furpris du parallele qu'il
faifoit de fa prétendue nouvelle invention ,
avec celle de M. Graham .
Vous ne trouverez peut- être pas hors
de propos que je dife deux mots fur fa découverte,
& je fuis perfuadé que vous ne ſerez
pas moins étonné que moi , & quel'ont
été tous les habiles Horlogers, quand vous
fçaurez que fa méthode tant vantée , fe
réduit au feul avantage d'avoir une roue
de rencontre plus grande que dans les
montres ordinaires. Les fentimens font
partagés fur cet avantage prétendu , vû
que la roue petite ou grande , les raports
font égaux fuivant les principes de la méchanique
; le feul avantage qu'il pourroit
alléguer , feroit un peu plus de facilité
dans l'exécution .
M A I.
17537 129
Mais pour obtenir les avantages qu'il
prétend retirer de fa méthode , il change
la pofition de la grande roue moyenne ,
qui eft pour l'ordinaire au centre de la
platine , dont la tige porte le canon de
l'éguille des minutes . Comme fa rouë n'eft
plus au centre , il fe trouve obligé de faire
mener les minutes par une rouë de renyoi
; mais à quoi bon multiplier les êtres
fans néceffité ? Je fuis fâché d'être obligé
de lui dire que j'ai vu plufieurs montres
de M. Pannier de cette conflruction , il y
a plus de trente ans , & que toutes les
montres à barillet tournant qui font à minutes
, font de la conftruction qu'il nous
donne pour nouvelle ; elles n'ont point
été copiées par les habiles Horlogers ,
eu égard au renvoi , qui, quelque bien fait
qu'il puiffe être , donnera toujours au
moins une minute de jeu à l'extrémité de
l'aiguille des minutes , par le jeu des rouës
de renvoi.
A l'égard du recul qu'il prétend corri
ger , fuivant les mêmes régles de la Méchanique
, le recul fera à la rouë de rencontre
, en raifon de ce que les léviers
des palettes feront à la verge du balancier.
La roue de rencontre devenant plus
grande , les palettes de la verge devien
nent plus longues ; ainfi le recul fera tou-
Fy
139 MERCURE DE FRANCE.
jours le même ; & dans l'échappement à
cylindre il n'y a point de recul , & tonte
la prétendue conftruction de M. le Roi
étoit pour éviter le recul .
Vous comprenez , Monfieur , avec
quelle modération j'en ufois envers M.
P. le Roi , puifque je lui épargnois le défagrément
de s'entendre reprocher , par
des raifons démonftratives , les inconvé
niens qui annéantiffent fa prétendue nouvelle
invention. Je dis prétendue , parce
que j'ai beaucoup vû de montres de
cette conftruction , & je pourrois citer
plufieurs Horlogers qui en ont vû ainfi
que moi ; mais c'eft une chofe trop connue
pour avoir befoin de citation .
Je pardonne à M. Senard , neveu de M.
le Roi , d'adopter le fyftême de M. fon
oncle , vû qu'il eft tout neuf dans l'Horlogerie
; il paroît pourtant qu'il voudroit
paffer pour un habile Géométre & un
grand Phyficien , du moins il en ' emprunte
les termes. Quoique peu initié dans
ces fciences , je crois en fçavoir affez pour
faire une bonne montre.
M. P. le Roi me fait la grace de m'accorder
que je fuis un Horloger qui fait
des montres à cylindre , comme bien d'autres
; je conviens qu'il y en a qui les font
auffi bien que moi , mais le nombre n'em
MA I. 1753. 238
eft pas fi grand qu'il pourroit fe l'imagi- ર
ner ; & fans vouloir tiret fur lui , j'ofe
dire qu'il n'eft pas de ce nombre non
plus que tous ceux qu'il dit avoir confultés.
Je fuis bien fâché de bleffer fon amour
propre par cet aveu , mais je ne puis me
refufer à la vérité .
Il me fait encore le reproche de l'abondance
de l'huile qu'exige l'échappement à
cylindre ; mais il s'en faut beaucoup que
cette quantité d'huile foit fi confidérable
qu'il le dit , car tant que le cylindre aura
l'ouverture requife & que les courbes des
dents de la roue feront bien faites , leurs
furfaces ne feront pas fujettes à s'écorcher,
& il ne faudra d'huile que la quantité
néceffaire pour tapiffer les furfaces frottantes
& alléger le frottement , qui fera autant
uniforme qu'il eft poffible de l'avoir
dans tous les échappemens , par la perfection
qu'aura la roue , ce qui produira un
frottement régulier entre les deux pivots
du balancier ; pourvû que les parois frottans
foient tapiffés d'huile , l'échappement
à cylindre peut aller quatre ou cinq
ans fans être démonté & fans altération.
Je puis même prouver que j'en ai eu
qui ont été dix ans fans avoir été démontées
, cependant elles alloient auffi bien
que des montres ordinaires ; il eft vrai que
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
la calotte dont j'enferme exactement le
mouvenient , le met à l'abri de l'altération
que pourroit y produire les corps
étrangers , & par ce moyen je conferve
non feulement l'huile de l'échappement
mais encore celle de tous les pivots aufquels
ont ne peut fe difpenfer d'en mettres,
& quoiqu'en dife M.P. le Roi, elle fe conferve
affez pour ne pas fe décompofer.
Au refte , il ne nous apprend rien de nouveau
, lorfqu'il dit que tout corps qui
frotte contre un autre corps , doit tirer à
ufure , car le moindre apprentif fçait
qu'un corps intermédiaire , tel que l'huile,
eft abfolu meut néceffaire pour adoucir
le frottement de leurs furfaces .
Il est vrai que j'ai vu des cylindres tran
chés , mais cet accident provenoit de la
préſence des corps étrangers , dont on n'avoit
pas eu foin d'empêcher l'introduction.
Les palettes de la verge du balancier
font fujettes au même inconvénient ;
j'en ai vû qui ont été creufées au point
qu'il a fallu refaire la verge des palettes ;
mais cer accident attive moins aujourd'hui
qu'autrefois , par la précaution que
l'on a de faire à préfent de longs tigerons
à la palette du bas de la verge du balaneier
; cependant quelque précaution qu'on
prenne , rarement peut - on empêcher
MAI.
1753 133
Thuile de monter dans la palette , je vois
peu de montres aufquelles cela n'arrive.
Malgré cela , pourvû qu'il n'entre point
de corps étrangers , les palettes , ainfi
que les cylindres , tireront auffi peu à ufare
qu'il fera poffible.
M. P. le Roi me fait une plaifante tracafferie
, mais qui tombe d'elle- même
dece que j'ai dit dans ma précédente lettre
que tout le frottement de l'échappement
à cylindre étoit en raifon donnée de la
réfiftance du reffort fpiral ; il eft fous -entendu
le produit de l'élafticité dudit
reffort , & le frottement qui produit la
preffion des dents de la roue fur les furfaces
extérieures & intérieures du cylindre.
Ce qui me fait dire que fi le reffort fpiral
avoit moitié moins de force , le frottement
feroit plus leger , puifque ces montres
ne peuvent pas marcher fans reffort
fpiral.
Je fuis furpris qu'un auffi habile hom
me que M. P. le Roi puiffe penfer que
j'aye voulu esquiver ce frottement ; ce font
fes propres termes . J'avoue que je n'ai
point l'art de faire marcher des échappements
, quoiqu'à repos , fans un certain
frottement , car il y en a dans tous les
échappemens . Y auroit-il du bon fens d'imaginer
que l'on pût éviter tout frotte134
MERCURE DE FRANCE.
pas
ment abfolument parlant non ; mais il
s'agit de le conferver autant qu'il eſt poſfible
dans l'uniformité, pour que les changemens
ne foient auffi fenfibles que
M.P. le Roi le publie;je lui indiquerai pluficurs
perfonnes de fon quartier pourvues
de montres à cylindre ; il verra de fes
propres yeux que les montres à cylindre
que j'ai faites à ces perfonnes , vont audelà
de toute attente , & même il en
eft une de ce nombre qui va depuis plus
de vingt ans , à peine appercoit- on la trace
du frotttement fur fon cylindre ; ce
qu'on ne peut éviter aux palettes des verges
du balancier dans les montres ordinaires
, parce que tous les corps qui frottent
, tirent plus ou moins à ufure .
M. P. le Roi eft averti que lorfque j'ai
pris la deffenfe de cet échappement , j'étois
fondé fur des expériences dont les
preuves feront toujours au-deffus de tous
les raifonnemens ; je fens bien que fans
ces expériences j'aurois de la peine
à le convaincre & à le retirer de fon
préjugé mais il faut fe rendre à l'expérience
, fur tout quand elle eft autentiquement
confirmée .
M. P. le Roi dit dans fa Lettre , qu'il
ne blâme point la foibleffe du reffort fpiral
dans une montre à cylindre ; mais M.
MA I. 1753.
135
Senard , fon neveu , dit , ne croyez pas que
nous penfions comme vous , que cefoit une perfection
, tout le contraire. Il adopte le fpiral
fort ; c'eft une preuve qu'il ignore que
comme le reffort fpiral eft le régulateur
de la quantité du mouvement imprimé
par la force mobile au balancier , il faut
que fa réfiftance foit légere , ce qui fuis
néceffairement la foibleffe dudit reffort
fpiral , car autrement fa réfiftance anéantiroit
le mouvement communiqué aumême
balancier , & la montre s'arrêteroit
au doigt : ainfi il faudroit ou affoiblir le
-balancier ou le reffort fpiral , pour obtenir
du mouvement ; mais la diminution
du balancier deviendroit un obftacle à la
jufteffe du mouvement , car plus le balancier
auta de male , plus auffi lem ouvement
fera régulier. J'ai même toujours
obfervé que les montres dont le reffort
fpiral étoit foible , marchoient avec plus
de jufteffe que celles dont les mêmes refforts
étoient plus forts . Je ne fuis pas
le feul qui ait fait cette obſervation ; mais
il y a des proportions de pratique qu'on
peut connoître que par une longue expérience
, puifqu'elle nous fait remarquer
une harmonie qu'on ne peut démontrer
& qui n'eft fenfible qu'à ceux qui ont une
pratique confommée.
ne
136 MERCURE DE FRANCE.
•
*
Je fouhaite que cet avertiffement puiffe
fervir de leçon à M. Senatd , pour s'appliquer
à joindre la pratique à la théorie.
Ce n'eft pas affez de raifonner , il faut en
core qu'une expérience de plufieurs an
nées puiffe éclairer nos idées ; car le raifonnement
féduit , & fouvent l'expérience
détruit. M. P. le Roi m'objecte que nos
connoiffances fur les métaux ne font pas affez
certaines pour pouvoir nous affurer qu'un cyindre
sufera ou ne s'ufera pas , qu'il n'y a
que l'expérience qui pourra nous le prouver.
Avant de répondre à fon objection , qu'il
me permette de lui dire que je n'ai point
prétendu avancer que le cylindre , abfolu
ment parlant , ne tireroit point à ufure
puifque tout ce qui frotte , s'ufe plas ou
moins. Mais revenons , je conviendrois
de fon objection, fi j'employois un morceau
d'acier pris au hazard pour faire un
cylindre , je l'avoue , je ne ferois pas fûr
de ma matiere ; mais je ne me fers jamais
de cette matiere que préalablement
l'épreuve ne m'en foit parfaitement connue
, ce qui n'eft pas fi difficile qu'il le
prétend Il s'agit de choifir un acier d'Angleterre
bien corroyé , dont le grain foit
bien égal , en tremper un morceau & le
polit avec autant de foin que s'il devoit
ervir à faire quelque chofe de bien préMAI.
137 1753.
cieux , s'il prend bien également la trempe
& qu'il reçoive un poli affez vif pour
que , regardé à travers le verre à groffir ,
on ne puifle en appercevoir les pores ,
on fera affuré de fa bonté , parce que ce
fera une preuve phyfique que les parties
infenfibles de la matiere feront bien accrochées
& parfaitement liées enfemble.
Pour employer le cuivre avec précaution,
& fe procurer la fureté de la matiere
dont on veut faire les roues de rencontre
il faut s'attacher à choisir un cuivre dont
le grain foit bien fin & la matiere bien
liante & préferer au neuf, le cuivre vieux ,
parce que ce dernier femble avoir reçu par
le long-tems qu'il y a qu'il est tiré de fa
mine , une certaine perfection ; par cet
attention on évitera l'inconvénient où je
me fuis trouvé d'être obligé de refaire
des roues de rencontre , parce que leur
matiere avoit des parties mordicantes , qui
par leur frottement fur les palettes du balancier
, en écorchoient la furface que
j'avois repolie plufieurs fois , ce qui dans
la fuite m'a fait apporter beaucoup d'attention
fur le choix de la matiere .
M. P. le Roi voudroit me perfuader
qu'il a fait des expériences fur les meilleures
montres à cylindre ; mais ce qui
prouve évidemment qu'il ne les a faites
138 MERCURE DE FRANCE.
que fur des échappements mal faits , c'eft
qu'il ne tient pas le langage qu'il devroit
tenir , puifqu'en voulant prouver
que j'avois voulu efquiver le frottement ,
comme je l'ai rapporté plus haut , il s'exprime
en ces termes : au feul afpect du jeu
de cet échappement , &c. Il paroît que par
ces termes , au feul afpect du jeu , il imagine
que le cylindre eft fufceptible d'un
jeu confidérable . Je fuis perfuadé que s'il
avoit voulu examiner avec affez d'attention
& de foin , l'échappement à cylindre
, il auroit reconnu qu'il n'y a pas
plus de jeu à cet échappement qu'à tout
autre.
M.P. leRoi,pour prouver la connoiffance
parfaite qu'il a de l'échappement à cylindre
, rapporte dans fa derniere Lettre, que
lui & M. Julien le Roi fon frere , ont fait
de fuffifantes obfervations fur l'échappement
à cylindre. Je fais trop convaincu de
leur capacité , pour en concevoir aucun
doute ; mais comme la modeftie eft ordinairement
l'appanage du fçavoir , M. Julien
le Roi, il y a plufieurs années, me marqua
fa furprife fur une montre de M.
Graham dont le cylindre étoit tranché
fur fes furfaces extérieures & intérieures
, ainfi que fur fes leviers ; il me
propofa d'en refaire le cylindre ; mais
>
MAI. 139 17539
après avoir examiné fcrupuleufement les
parties alterées , je reconnus bien tôt que
l'application de quelques corps étrangers
très durs , tels que l'émeri ou la poudre
de diamant , avoit produit une ufure
auffi marquée ; c'eft pourquoi je ne jugeai'
pas à propos de refaire le cylindre , je me
contentai de relimer à neufles courbes des
dents de la rouë de ce cylindre que je repolis
bien enfuite , & ce pour détruire &
enlever toutes les parties mordicantes qui
pouvoient s'y être attachées ; je remontai
ladite rouë d'échappement au- deffus de
l'endroit qui étoit tranché au cylindre par
l'afure , & après avoir nettoyé le cylindre
, je remontai la montre qui alla auffi
bien qu'on pouvoit le défirer ; je l'ai même
vue pendant huit jours fuivre ma pendule
à fecondes , fans fortir de fa minute .
Je puis citer M. Couratin , célebre Horloger
, comme témoin de la vérité de ce
que j'avance ; mais avois- je beſoin de citer
un témoin auffi irréprochable ? non , je
fuis trop convaincu que M. Julien le Roi
a trop de probité pour nier cette vérité ; il
eft même à remarquer qu'au bout d'un certain
tems que M. Julien le Roi cut fous
fes yeux cette montre il m'affura qu'il
n'avoit jamais vû qu'une feule montre à
rouë de rencontre aller auffi bien que
,
140 MERCURE DE FRANCE.
cette montre de M. Graham , à laquelle
j'avois fait l'opération dont je viens de
parler , ce qui l'a déterminé depuis ce
tems-là à faire faire des montres à cylindre
comme il le fait encore aujourd'hui . Cela
prouve bien clairement que M. Julien le
Roi n'eft pas auffi prévenu contre cet échapement
, que l'eft M. P. le Roi fon frere.
J'avoue fincérement avec M.P. leRoi que
je n'ai jamais fait de montres de fa nouvelle
conftruction ; je lui repéte même
que jufqu'à ce qu'il ait détruit la perfuafion
oùje fuis , que les avantages que l'on
retire des montres à cylindre , font en tout
point fupérieurs à ceux qu'il prétend retirer
de fa nouvelle conftruction , je l'en
laifferai libre poffeffeur. Il a raifon de dire
dans fa Lettre, qu'il faut pefer les avantages
& non les compter , car il peut être
affuré que je les ai pefés au point que je
ne cefferai de faire des cylindres , jufqu'à -
ce qu'il ait réuffi à procurer plus de juſtelle
à fa prétendue nouvelle Méchanique.
je
Quand j'ai dit que dans les montres &
cylindre j'avois une roue d'échappement
plus grande que ne pourra la faire M. P.
le Roi dans fa nouvelle conftruction ,
n'ai point prétendu en tirer avantage ,
parce que je connois le peu de cas que
J'on doit faire des grandes roues dans
+
MA I. 1753. 141
I'Horlogerie , quoique vantées dans pluheurs
Journaux ; je ne m'étendrai point
fur cette matiere , pour ne me point écar
ter de mon fujet.
M. P. le Roi regarde pour rien l'avantage
d'avoir toutes les roues en cage ; il eſt
bien le maître de nier tout & de fe refufer
à cette délicateffe de précifion ; mais il
fera toujours dans le cas de fe voir fruſtré
de ces moyens qui tous tendent à produire
plus de juftefle. Il dit enfuite que l'engrenage
de la rouë de champ eft le même que celui
des autres ronës , & qu'il femble qu'il y
ait quelque chofe de funefte dans cet engrenage
contre lajufteffe.
Je lui réponds qu'il n'y a rien de funeſte
dans les chofes que la néceffité rend indifpenfables
; au refte je regarde cet engre
nage comme bien plus difficile que celui
d'une rouë plate , & t'ofe affurer qu'on
ne peut le rendre auffi parfait ; pour l'en
convaincre je le renvoye à ce qu'en a dit
M. le Camus dans la démonſtration qu'il
donne de l'engrenage de la rouë de champ
dans fes ElémensMéchaniques . En un mot,
M. P. le Roi convient & ne peut difconnir
de l'avantage qu'a la rouë du cy
lindre , d'engrener entre les deux pivots
du balancier ; mais il ne peut fe
difpenfer d'attaquer le poids de la roug
142 MERCURE DE FRANCE.
qui pefe environ fix ou huit grains , & il
faut obferver que je la mets de peſanteur
ainfi que le balancier.
A l'égard du prix des montres à cylindre
que j'ai dit être à meilleur marché que
les autres , M. P. le Roi n'en veut pas appercevoir
la preuve ; mais je le répete ,
c'eft qu'elles vont mieux que les montres
ordinaires , & que l'expérience m'a prouvé
qu'elles font moins fujettes à ſe déranger
dans les chûtes , en voici un exemple .
Il y a environ vingt- cinq ans que j'ai fait
une montre à cylindre à M. le Moine
Sculpteur du Roi ; dans cet efpace de
tems cette montre eft tombée au moins
vingt fois de fort haut , même de deffus
un échaffaut , fans que les pivots du balancier
en ayent fouffert , & depuis que je
fais de ces montres , je n'ai pas encore eu
de pivots du balancier qui fe foient caffés.
Ce font des faits ; je ne dis pas pour cela
que les montres à cylindre foient abfolument
exemptes de ces accidens , mais
l'expérience m'autorife à affurer qu'ils leur
font beaucoup moins fréquens qu'aux
montres à roue de rencontre ordinaires :
ainfi quoique les montres à cylindre
foient plus cheres que les montres ordinaires
, elles ne laiffent pas d'être à meilleur
marché .
MAI . 143 1753
Mais M. P. le Roi n'hésite pas à affurer
que j'en impofe,lorſque je dis que dans les
chûtes le pivot du balancier eft plus fujet
à fe caffer dans les montres ordinaires
que dans celles qui font à cylindre , ce qui
fait que les dents de la rouë de rencontre
s'émouffent indifpenfablement ; cela eft fi
vrai que de dix pivots aufquels arrivera
cet accident , l'on pourroir parier qu'il
y en aura huit où les dents de la roue de
rencontre feront émouflées . Je me fatre
de prendre les précautions requifes dans les
ajuftemens du coq & de la couliffe , pour
prévenir ces accidens ; mais malgré les
extrêmes précautions que j'ai prifes , je
n'ai expérimenté que trop fouvent qu'elles
étoient inévitables , ainfi que l'ont
reconnu tous les Horlogers .
Malgré moi , je réponds à une petite
mifére , dont M. P. le Roi me fait un reproche
de la citation que je fais de Meffeurs
de Chabert & le Monnier , fur les
éloges qu'ils m'ont faits de leurs montres
à cylindre ; j'aurois pû en citer bien d'autres
dans le Pays étranger , ainfi que dans
le Royaume , mais cela devient inutile.
Après ce reproche , M. P. le Roi fe met
lui-même dans un cas bien plus fufpect ,
puifque pour marquer les éloges qu'il dit
avoir reçus fur une montre de fa façon ,
144 MERCURE DE FRANCE.
& en apporter un témoignage plus frappant
( comme il le dit en propres termes )
il cite la page 160. de l'Hiftoire de l'Académie
de l'année 1742 , où l'on lit ce
qui fuit :
La premiere montre qu'il ait exécuté fur ce
plan , fervit d'exemple & fervit de preuve
Pour une gageure confidérable , qui avoit été
faite à Lifbonnefur la préférence qu'on devoit
donner aux montres d'Angleterre ou de France
; celle- ci foûtint fi bien l'épreuve qui enfut
faite avec une montre du célebre M. Grabam
, qu'il fut impoffible de décider laquelle
étoit la meilleure. Un peu plus bas , le neveu
de M. P. le Roi ajoute : Quand M. Godefroi
auroit fait la montre , auroit- il efperé quelque
chofe de plus ? Je ne fçais , mais il mefemble
que la maniere feule dont M. le Roi fontient
la réputation de la Nation fur l'Horlogerie
mérite bien quelques égards de fa part. Je
prie M. P. le Roi d'être bien perfuadé que
j'aurai toujours pour lui tous les égards
qu'il mérite ; mais il trouvera bon que je
lui dife , que je fuis furpris qu'une Hiſtoire
qui a reçu place dans les Mémoires de
l'Académie & qui a paru dans plufieurs
Journaux , n'ait pas mérité affez d'égards
pour que l'on y citât les gageurs. On en
a fans doute oublié les noms. Pour répondre
à l'avantage que M. P. le Roy prétend
donner
MAI. 1753 . 145
donner au témoignage frappant des éloges
de fa montre tirés de l'Hiftoire de l'Académie
, qu'il life le Mémoire de M. P.
le Roy , fils de M. Julien le Roy , contre
M. de Rivas , & furtout cet endroit où il
dit : mais qu'il me foit permis de répondre à
l'Auteur , que dans les éloges que l'Academie
fait de beaucoup d'ouvrages , fes vues font
auffifouvent d'encourager ceux qui cultivent
les Arts , que de montrer la bonté de leurs productions.
dif-
Au refte , quand il lui plaira , M. P. le
Roy nous donnera la raifon , pour laquel
le ayant par fa montre égalé la jufteffe de
celles de M. Graham , il n'a pas continué
de faire d'aufli excellentes montres ; il dira
l'exécution en eft
peut- être que trop
ficile , mais ce langage ne quadrera jamais
dans la bouche d'un habile Artiſte , parce
qu'en fait d'Horlogerie , il n'y a point de
difficultés qu'on ne doive s'appliquer à
furmonter , lorfque l'on doit en retirer
plus de jufteffe.
A cet égard je puis donc conclure , que
je fuis meilleur Citoyen qu'il ne me dépeint
dans fa Lettre , puifque la difficulté
de l'échappement à cylindre ne m'empêche
de le continuer , & même avec
pas
fuccès. 11 eft vrai que je n'ai jamais rien
préfenté à l'Académie , parce que j'ai tou-
G
146 MERCURE DE FRANCE:
jours eu pour maxime d'éviter le défagré
ment qu'éprouvent bien des gens qui
croyant avoir trouvé des chofes merveilleufes
, les voyent bientôt rentrer dans
le néant .
Mais fans fortir des bornes que me pref
crit la modeftie , & je crois , fans mériter
qu'on m'attribue trop d'amour propre ,
je me trouve forcé à faire un défi à M.
P. le Roy qu'il faffe quand il voudra
une montre dans fa nouvelle conftruction
, ou même dans celle qui a fi bien
foutenu la gageute de Lifbonne ; de
mon côté je ferai une montre à cylindre ;
nous mettrons les deux montres entre les
'mains d'un Académicien qui les ayant
examinées rigoureufement , pendant un
tems convenu , deviendra l'arbitre de la
préférence que l'une méritera fur l'autre
& celui de nous deux , dont la montré
aura été jugée inférieure à l'autre , fera
tenu de l'abandonner comme perdue en
faveur de celui dont la montre aura fait
moins d'écarts. Et pour donner plus de
force au défi , l'Académicien qui fera prié
de vouloir bien fe charger de cet examen,
continuera fes obfervations autant de tems
que le jugera à propos M. P. le Roy pendant
fix mois , même un an , pour que l'on
puiffe obferver les variétés de la matche
M-A 1. 17530 147
de ces deux montres pendant les quatre
faifons. L'expérience fera plus complette
que celle de l'Hiftoire de Liſbonne.
Quant aux formes des pignons & des
dentures dont j'ai parlé dans ma précédente
Lettre , où j'ai dit que je m'en tenois
aux éxpériences que j'avois faites fur les
montres des plus grands Maîtres , qui
font des modéles qu'on n'auroit pas dû
ceffer de fuiyre ; j'ai donné pour preuve
les montres du célébre Thompion , lefquelles
après foixante ans de marche
étoient fi peu altérées , que les trous des
pivots étoient encore les mêmes fans avoir
été rebouchés . Peut - on ſe refuſer à de
pareilles
, expériences ? Il faut donc conclure
que les formes des pignons & des dentures
, étoient telles qu'il convient qu'elles
foient pour obtenir l'uniformité du monvement
, & qu'elles avoient les conditions
dont M. le Camus nous a donné la démonſtration
.
i 11 eft à remarquer que M. P. le Roy
-avance dans fa Lettre , que ce fçavant Académicien
n'a écrit fur cette matiere qu'à fa
follicitation. Mais il n'eft pas bien difficile
d'appercevoir , que quand même il n'y
auroit jamais eû dans le monde d'Artiftes,
tel que M. P. le Roy , M. le Camus n'auroit
pas laiffé de nous donner fes démonf-
Gij
148 MERCURE DE FRANCE:
trations géométriques fur les engrenages
puifqu'elles font une fuite néceflaire de fes
élemens de méchanique ftarique. Je m'étonne
que M. P. le Roy ne fefoit pas vanté
d'en avoir donné les principes à cet illuſtre
Auteur .
M. P. le Roy a pefé fi fcrupuleuſement
le paffage de mon Mémoire , où je me
plains de la forme des dentures & des
pignons , qu'il réplique en ces termes , parlant
de moi : A l'entendre S dit M. Senard
fon neveu , vous croiriez qne MM.. PP..le Roy
dans fa pratique & dans ce qu'il a dit dans
fon Mémoire , s'éloigne beaucoup de ce que
M.le Camus a démontréfur la forme des denis
des roues des aîles des pignons . Mais
quelle apparence y a- t'il que M. P. le Roy
ait dû fpécialement prendre pour lui un
reproche qui ne regarde que le général
puifqu'il fçait lui- même que de célébres
Horlogers font tombés , & tombent encore
aujourd'hui dans le défaut des pi
gnons vuides & des pivots fins ce qui
fait que de tels pignons n'ont pas la forme
requife pour obtenir des points de force
uniforme , & c'eft aufli ce qui produit
l'altération des trous , qui néceffaitement
deviennent ovales. Ce font ces défauts
qui m'ont fait dire qu'on faifoit il y a foixante
ans de meilleurs engrenages qu'auMA
I. 149 2753
Jourd'hui . J'ai obfervé cette vérité fur
plufieurs montres à pignons vuides & pivots
fins. Après les avoir démontées , j'y
ai trouvé des trous ovales , ainfi il ne
doit pas paroître étonnant que j'aie dit ,
que quand les montres de Thompion
étoient nettoyées , elles alloient auffi bien
que celles de nos plus grands Maîtres ,
puifque dans celles de Thompion les trous
s'étant confervés , elles doivent conféquemment
auffi conferver leur juſteſſe ,
& aller auffi bien que celles dont les trous
deviennent ovales. Cette conféquence
n'étant point appuyée fur de fimples opinions
mais fondée fur l'expérience ,
prouve bien que la paffion marquée que
me reproche M. P. le Roy , eft celle que
j'ai toujours eu pour la vérité .
"
Ne ferois-je pas plus fondé à reprocher
à M. P. le Roy , la paffion marquée qu'il
m'attribue , puifqu'il paroît offenfé des
éloges que je donne à M. Graham & aux
Anglois ? Je protefte que je n'ai point de
parti de Nation , & que la feule équité
m'a forcé à ne pas refufer à l'Angleterre
un mérite que l'expérience la plus autentique
a confirmé. Si j'ai paru prendre le
parti de cette Nation , la circonftance net
Fa - t'elle pas exigé ? M. P. le Roy veut détruire
la méthode de M. Graham , dont
G.iij.
150 MERCURE DE FRANCE.
les avantages me font connus depuis long
tems. N'étoit- il pas jufte que j'en priffe la
défenſe ; je fuis perfuadé que tout honnête-
homme en ma place en auroit fair
autant. Je ne crois point en cela avoir attaqué
l'Horlogerie Françoife ; au contraire
, je crois par - là avoir montré ſon impartialité
, & la dignité avec laquelle elle
foutient fa réputation , û bien établie dans
le Royaume & dans le Pays étranger. Si
l'occafion m'eût permis de parler de nos
habiles Horlogers François , je n'aurois
pas manqué de dire que dans ce Royaume
un très grand nombre d'habiles gens tra
vaillent avec fuccès à la perfection & à la
gloire de l'Horlogerie , à laquelle je m'attacherai
toujours , ainsi qu'à l'avantage de
la Nation Françoife .
Je n'ai point écrit ( comme le font bien
des gens ) dans la vue de me faire un mé
rite apparent , en me faifant afficher dans
tous les écrits publics ; l'intérêt indifpenfable
de me juftifier des ridicules que l'on
a voulu me prêter , en a été l'unique motif:
d'ailleurs le métier d'un Horloger
n'eft pas d'écrire , mais de faire des montres.
Ainfi j'annonce à M. P. le Roy , qu'il
fera bien le maître de dire & écrire tour
ce qu'il lui plaira , mais qquuee jjee ne répon
drai que la lime à la main , lorfqu'il acTHE
NEW
YORK PUBLIC
LIBRARY
ABTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
1
Roma
Titon.
Tendrement .
*2
Votre coeur a
=pirs; vous
m
*
nos desirs:
#
charme desp
MA 1.
151 1753.
ceptera le défi que je lui ai propofé . J'ai
l'honneur d'être , &c.
V
ROMANCE
DE TITON ET L'AURORE.
Otre coeur aimable Aurore
Eft fenfible à mes foupirs.
Vous m'aimez , je vous adore ,
L'Amour comble nos défirs ;
Puiffent-ils s'accroître encore
Par le charme des plaifirs.
SPECTACLE S.
'Académie Royale de Mufique a convendredis
& les Dimanches , Titon & l'Aurore ; les
Mardis & les Jeudis , la Serva padrona ,
le Devin du Village & le Maître de Mufique.
La même Académie a donné trois fois
pour la capitation des Acteurs , Egle ,
Zelindor & le Devin du Village . La troifiéme
repréſentation de ces trois Actes a été
fuivie le Samedi fept Avril de l'Ariette
de Pigmalion , que M. Jeliotte a chanté
G üij
152 MERCURE DE FRANCE .
mieux , s'il fe peut , qu'à fon ordinaire.
i
Les Comédiens François ont donné
pour la premiere fois fur leur théatre , le
Vendredi 23 Mars , le Diffipateur , Comédie
en Vers & en cinq Actes de M.
Néricault Deftouches. Cette Piece avoit
été préfentée aux Comédiens en 1736 ,
mais des circonftances particulieres empêcherent
qu'elle ne fût jouée alors : l'Auteur
fe contenta de la faire imprimer , &
elle fut repréfentée dès l'année 1737 dans
les Provinces , où elle s'est toujours foutenue
depuis avec fuccès. La Comédie du
Diffipateur n'a pas eu un fort auffi heureux
à Paris , foit parce que quelques
rôles ont été joués négligemment , foit
parce que les beautés qui y font répandues
n'avoient pas la grace de la nouveau
té , foit enfin parce que le Public fatigué
de beaucoup de Piéces nouvelles qui
hui ont été préfentées fucceffivement , a jugé
cet Ouvrage comme plufieurs autres qui
ont paru depuis un certain tems , c'est - àdire
, avec une rigueur exceffive : une
partie du troifiéme Acte & tout le cinquiéme
, ont été cependant applaudis comme
ils le méritent. La fcene où le Valer
offre à fon Maître entiérement ruiné , le
peu qu'il poffede , a fait fur. tout un très
M A I. 153 1753
grand effet. Nous ne pouvons nous empêcher
de dire que la févérité qu'on porte
dans les jugemens fur les nouveautés , eft
pouffée trop loin ; il y a même lieu d'ap
préhender qu'elle ne produife un découragement
général. Nous n'entendons parler
que des nouveautés qui fe donnent au théa
tre François , car on eft extrêmement indulgent
pour tout le rette. Les rôles de Julie ,
de Cidalife , d'Arfinoé , d'Araminte , de
Belife, de Finette , de Cleon , du Baron pere
de Julie , de Geronte , du Marquis
du Comte de Florimon , de Carton & de
Pafquin , ont été remplis par Mlles Gauffin
, Grandval , Guéan , la Motthe Beaumenard
, Dangeville & par Mrs De la
Noue , Bonneval , Lathorilliere , Drouin ,
Bellecour , des Champs , d'Angeville , &
Armand..
Les mêmes Comédiens ont remis au
théatre le Dimanche 1 Avril , le Double
veuvage , Comédie en trois Actes de Dufrefni
, elle a été précédée de l'Alzire , de
M. de Voltaire ; ces deux Piéces ont été
fort applaudies d'une affemblée également
nombreufe & brillante..
Ils ont donné le Lundi 2 la cinquiéme
repréſentation du Diſſipateur , & pour pe« -
tite Piece Pourceaugnac.
Le Mercredi quatre , la fixiéme & der .
Gyv
154 MERCURE DE FRANCE.
niere repréſentation du Diffipateur , &
pour petite Piéce Zeneïde.
Le Vendredi 6 , la Réconciliation Nor
mande , & le Double veuvage. Dans la
Réconciliation Normande , Mrs Grandval
, & Armand , Mlles Grandval & d'Angeville
ont joué les rôles du Chevalier
de Falaife , d'Angélique & de Nérine ;
dans la plus grande perfection . Et le Samedi
fept , pour la clôture du théatre , la
Berenice de Racine , & le Double veuvage ,
M. Bellecour a fait le compliment ordinaire.
Les Comédiens Italiens ont donné le
Samedi 27 Mars , la premiere repréſentation
de Raton & Rofette ou la Vengeance
inutile , Parodie de l'Opéra de Titon &
l'Aurore , avec des Divertiffemens ; cet
Ouvrage qui eft de M. Favard n'a pas été .
autant applaudi que les précédens du mê
me Auteur,
Les mêmes Comédiens ont remis au
Théatre , le Dimanche premier Avril
Timon le Milantrope , Comédie en trois
Actes & en Profe , de M. Deliſte , avec
trois Divertiffemens.
La nouvelle Parodie ayant été fufpen
due par l'indifpofition de Mlle Aftraudi ,
qui avoit confenti à fe traveftir en BerMAI
175:30
ISS
ger , pour chanter le rolle de Raton ; M.
Rochard dont une maladie dangereufe
avoit privé le Public depuis long- tems , a
reparu dans le même rolle le Lundi deux
Avril.
Le Jeudi 5 & le Vendredi 6 , on a repréfenté
Timon le Misantrope ? avec les
nouveaux agrémens qui avoient été donnés
à la Cour le Mercredi précédent ; &
le Samedi 7 pour la clôture , la Parodie
de Titon & l'Aurore , précédée de la
trentiéme repréſentation de la Frivolité.
Mlle Aſtraudi étant rétablie , a repris dans
la Parodie , le rôle de Raton , & M. Rochard
a joué le rôle dont il avoit d'abord
été chargé dans la Frivolité ; il y a eu
deux complimens au Public d'un genre
différent , le premier en vers libres , compolé
par M. de Boiffy avec fon élégance
ordinaire , & prononcé par M. de Heffe ;
le fecond en Vaudevilles par l'Auteur de
la Parodie , & chanté par Mlle Favard
qui a été comblée
d'applaudiffemens , &
dans le Compliment & dans les princi
paux rôles des deux Pieces .
L'Opéra Comique a donné le Santedii
fept Avril , la premiere repréfentation du
Calendrier des Vieillards , Piece nouvelle
en un Acte qui n'a point réuffi .
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE:
Le Mardi 10 , on a donné fur le même :
Théatre la premiere repréſentation du
Rien , Parodie des Parodies de Tiron &
l'Aurore , qui a été reçue favorablemenţi
Et le Samedi 14 pour la clôture , la cinquiéine
repréſentation du Rien , précédée
d'Acajou , & fuivie du Suffifant & da
Compliment.
EXTRAIT du Suffifant qui a été joué
trente deux fois fans aucune interruption...
,
ACTEUR S
ELVIRE
CLITIE , niece , d'Elvire
,
LE CHEVALIER ,
LINDOR, Amant de
Clitie ,
MARTON, Suivanre
d'Elvire ,
Mlle Villiers.
Mile Rofaline.
M. le Moine.
M. Defchamps.
Mlle Defglands.
Lindor & Clitie ouvrent la Scene , &
après s'être réciproquement affurés de leurs
feux & de leur conftance , Lindor qui a
de la délicateffe , ne peut s'empêcher de
marquer à fa maitreffe quelque inquiétude
fur les foins du Chevalier qui la fuit de
près ; Clitie répond par un Coupler qui
peint à merveille la fatuité , & les airs du
heros de la Piece .
MAI
17531
Que craindre d'un petit Maître
Suffifant , enchanté de fon être ,
Qui ſe vante ,
Forge , invente,
Billets doux ,.
Soupers , & rendez vous a
Affectant la foible vûe ,
Et paflant les bijoux en revûe
Il minaude
Echafaude
Son jargon ,
Sur un fingulier ton :
Que craindre , & c.
Qui la belle
La plus rebelle ,.
Ceffe de l'être à fon aſpects.
L'air d'aifance
Le difpenfe ,
Des égards & du froid refpect ;
Chargé de poudre & d'effence ,
I lexhale un parfum fufpect ;
Que craindre , & c.
Cliţie fait entrevoir à Lindor au fujer
dElvire qui ek jolie , coquette & qui
s'obtine à l'agacer , les mêmes foupçons
que Lindor paroiffoit avoir eu à l'occafion
du Chevalier ; Lindor la raffure , & ils
chantent enfemble :
158 MERCURE DE FRANCE.
Non , non , notre aniour n'eft point volage ,
Le fentiment le produit.
Non , non , notre amour n'eſt point volage ,
Par l'eftime il eft conduit :
Une ardeur qui fe partage ,
Trompe autant qu'elle féduit
Mais du feu qui nous engage ,
Naît le bonheur qui nous fuit.
İls fortent.
Elvire arrive un miroir de poche à
la main , avec Marton fa fuivante ; elle
la gronde de ce qu'elle a mal arrangé ſa
coëffure , elle parle enfuite alternativement
du Chevalier , de Lindor , & de fa
niéce , qui les lui enleve l'un & l'autre
Elvire les voudroit avoir tous deux , mais
elle s'arrête plus particulierement à Lindor
, & comme elle entend le Chevalier
elle prend le parti de le tromper , en fai
fant femblant de ne penfer qu'à lui . Mais.
le Chevalier lui eft bien fupérieur en bonne
opinion & en impertinence , il lui dit
avec une affurance digne de lui , qu'il
voudroit de tout fon coeur n'être qu'à el
le , mais que Clitie eft un bijou..
Elvire piquée.
Après un tel aveu ,"
MA I. 37538 159
En vérité ; j'ai bien lieu
D'être fidele au noeud
Qui nous lie.
Le Chevalier.
'Accufez la fatalité
Elvire.
Bien peu je m'en chagrine:
-Le Chevalier.
Malgré ma bonne volonté
Má tendreffe décline ,
Je vous refpecte avec raifon
Elvire.
La faveur eft fort grande !
Clitie eft donc fenfible .
Le Chevalier,
Eft- ce que cela fe demande
Bea.
Elvire veut fçavoir de fa niece qui furvient
, fi c'eft le Chevalier qu'elle cherche.
Moi , Madame ,
Clitie.
Elvire.
Au moins je le foupçonne..
Elle rougit
Le Chevalier.
160 MERCURE DE FRANCE .
Elvire.
Allons , raffurez - vous.
La démarche eft fimple , on la pardonne
Pour un motif fi flateur & fi doux.
Clitie.
Que veut dire ce badinage ?
Elvire:
Sans m'en demander davantage ;
Expliquez-vous avec Monfieur ;
Au Chevalier.
Lindor chez moi pourra fe rendre ;
Et s'il veut meriter mon coeur ,
Vous n'avez plus droit d'y prétendre.
Le Chevalier refté feul avec Clitie , fe
donne le plus d'air qu'il lui eft poffible ;.
Clitie ne lui répond que par monofillabes
; Lindor croit qu'elle eft fâchée de
l'avoir trouvé tête à tête avec fa tante , &:
continue fur fon ton ordinaire.
Vous boudez ,
Vous gardez
Le filence.
Mais loin d'en être accablé ,
Parbleu je fuis comblé
De.votre réfiftance.
A vous voir ,
Le devoir
Yous occupe...
M A I.
17537
De ce manège ufité
Je n'ai jamais été la dupe ;
Cependant cet air bizare ,
A parler net , vous dépare ,
Vous attraits
Sont moins vrais ;
Ah ! de
grace ,
Abandonnez ce ton- là;
En vérité , céla
Me paffe.
Entre nous
C'est pour vous
Qu'on vous gronde ;
Car vous avez un maintien
Qui ne reflemble à rien ,
Ce n'eft pas là le monde.
Ayez donc
Du bon ton
Quelqu'ébauche ,
Je fais trop franc : pardonnez ;
Mais , ma foi , vous donnez
A gauche.
Clitie
Vos airs , votre leçon ,
Vos petits mots , votre faſte ,
De la faine raiſon forment bien le contraste ;
L'efprit a peu de part
A cette bigarṛure ,
Plaire eft un grand hazard,
162 MERCURE DE FRANCE:
Lorfque Part
Choque la nature.
Le Chevalier.
Je vous trouve délicieuſe ,
Ma foi , vive les argumens.
Sçavez-vous qu'on eft précieufe
Avec de tels raiſonnemens ?
Mais comme vous êtes bien née ,
Si vous voulez vous appliquer ,
Je veux après notre bymenée ,
Ma chere enfant , vous éduquer.
L'hymen de Lindor & d'Elvire
Va fe terminer en ce jour.
O jufte Ciel!
Clitie.
Le Chevalier.
Je vais l'inftruire
Du plein fuccès de mon amour.
Que dites-vous ?
Clitie
Le Chevalier.
Vous mordez à la
grappe
L'amant vous frappe ;
Par le nom d'époux ,
Déja votre joie éclate ;
J'aime à voir ce fentiment ,
Cela me flate
Infiniment.
MA-la *753 163
Je m'en étois douté ,
Mais tout mon art eft de féduire ;
On peut le dire
Sans fatuité.
Clitie croit de bonne foi ce que lui a dit
le Chevalier ; Marton qui vient la joindre
confirme encore fa crainte , en lui apprenant
qu'Elvire & Lindor font enſemble.
Clitie fe défole en penfant à l'infidélité de
fon amant qui arrive avec Elvire , ce qui
produit une Scéne d'éclairciffement , dans
laquelle Lindor avoue tout fon penchant
pour Clitie ; la tante devient furieufe contre
fa niéce qui lui enleve les deux feuls
amans qu'elle ait ; Clitie céde fans peine
le Chevalier pour garder Lindor ; Elvire
fe radoucit & approuve le goût de ſa niéce
pour Lindor ; quoique la niéce ait
abandonné le Chevalier , la tante ne peur
guéres compter fur ce petit-maître , &
pour l'humilier elle prie Clitie de feindre
de l'amour pour lui , afin qu'on ne puiffe
plus douter de fes vrais fentimens qui
tourneroient à fa confufion ; Clitie accepte
le parti , le Chevalier s'en croit adoré
Lindor fe mêle de la plaifanterie , & diz
uniquement au Chevalier.
Qui peut réfilter à ces charmes 2
Chevalier , ton air eft divîn
164 MERCURE DEFRANCE!
Mais toi-même à Clitie enfin
Tu vas rendre les armes .
Le Chevalier.
Un minois
Peut bien quelquefois
Nous toucher ,
Sans nous attacher:
Un éclair
Eft affez l'image
Des feux d'un homme du bel air.
On le craint ,
Et même on fe plaint
D'un tourment
Qu'il caufe aifément.
Lindor.
Ton humeur volage
S'endort fur les lauriers.
Le Chevalier.
Volontiers
Oh parbleu , s'il falloit aimer
Toutes celles qu'on ſçait charmer
Le rôle feroit affommant ,
J'y renoncerois affurément ;
Car enfin ,
Moi , fi j'étois vain ,
Je pourrois ,
Tout ce que je voudrois .
Me flater.
M A I. 16
17531
Que plus de cent femmes
Kefpirent pour me regretter,
Elles font
Du bruit , elles ont
Clitie.
Beau crier ,
Sans ceffe prier.
Soins perdus ,
Je ris de leurs flammes .
Mes foupirs vous ſont dûs .
Clitie.
Je touche donc à cet inftant
Que fifort je defire .
Le Chevalier.
Croyez vous qu'au fort qui m'attend
Je puiffe bien fuffire ?
Clitie.
O , vous êtes des fuffifans ,
On ne peut trop vous le dire.
Le Chevalier à Linder ,
Hé bien , comment gouvernes- tu
La refpectable Elvire
Lindor.
Tu vois à mon air abbatu ,
Qu'envain mon coeur foupire.
Clitie.
Ah , Monfieur le Chevalier ,
Vous que l'on prend pour modéle,
i
*66 MERCURE DE FRANCE.
Lindor.
Dont le talent fingulier
Eft de vaincre chaque belle;
Clitie.
Apprend donc à Lindor
A flechir une cruelle.
Marton.
Enfeignez donc à Lindor
L'air de plaire fans effort.
Le Chevalier.:
Je le veux de toute mon ame.
Ecoute donc , & retiens bien ;
Le piége où l'on prend une femme.
Eft pour nous autres moins que rien
Un air lefte , un propos libre ,
Moitié hardi , moitié faillant ;
Le plus fouvent
Tout en riant,.
Pique l'efprit en le contrariant ,
La raifon perd bientôt l'équilibre ..
Quand on l'attaque avec tant de brillant:
Lindor.
Le beau fexe par vous fut toujours refpecté.
Le Chevalier,
Ah , défais - toi , mon cher , de cette qualité !
Tien , la foumiffion qu'on a pour fon vainqueur,
Nourrit fa vanité fans émouvoir ſon coeur
MAI.
167 1753:
Plus le fexe a de droit , & plus il en abufe ;
Qui l'encenſe eft efclave , eft aimé qui l'amuſe..
Clitie.
Ainfi , Monfieur Lindor , avant de m'enflammer;
Profitez , à ce prix on pourra vous aimer ;
Votre mal-adreſſe eft extrême ,
Vous porteriez trop mal vos fers.
Le Chevalier.
Quoi ! le pauvre diable vous aime ?
Clitie.
Vraiment , il s'en donne les airs.
Le Chevalier,"
Il fçait nos voeux , & d'en former il ofe.
Oh , la bonne chofe,
Lindor.
Clitie.
Tiens , je t'avertis
Que tu me divertis.
Le paralelle eft , je vous le déclare
D'un fingulier rare.
Il embraffe Lindor. Baife- moi , Lindor ,
Car le trait vaut de l'or.
Le Chevalier raconte toute l'avanture à
Elvire qui furvient : alors la plaifanterie
des deux amans ceffe , & ils fe jurent une
ardeur éternelle ; le Chevalier fans paroître
trop étonné , veut fe rabattre fur la
tante , qui lui dit :
Il n'eft plus tems de fonger à me plaire ;
Dai , Chevalier , votre regne eft paffé ,
168 MERCURE DE FRANCE:
Et ma raiſon , grace à votre caractere ,
Sçait dédaigner un facrifice forcé:
Le Chevalier.
Quand le dépit s'arme d'un commentaire ;
On fait bien voir que le coeur eft bleffé ;
Ceci fort peu m'embarraffe ,
Et même j'en fuis charmé ;
L'amour propre qui menace ,
Par l'amour est défarmé .
Avant que le jour le paffe
Vous voudrez combler ines voeux
Lorfque je quitte une place
Je la reprends quand je veux,
apart. Je fuis pourtant petrifié.
Elvire.
Votre orgueil guérit ma foibleffe.
Clitie.
Afi , qu'il a l'air humilié !
Le Chevalier , tirantfa montre.
Un autre m'attend , je vous laifle ;
Oui , je vous laiffe.
Je pars.
Elvire.
Allez , Monfieur , allez ;
Es de m'oublier je vous preffe .
Le Chevalier , revenant.
Je crois que vous me rappellez.
Elvire.
M A I.
169 17531
Non.
Elvire.
Le Chevalier.
Ilfort en chantant.
Je vous laiffe
Témoins de ma gloire , aimables oiſeaux.
Marton.
S'il chante , il n'en a pas envie.
Lindor Clitie.
Vous avez bien fçu le punir..
Elvire.
Dès ce jour , ma chere Clitie ;
J'aurai le foin de vous unir.
Si fon départ un peu m'afflige ;
J'y gagne ; car je me ſouviens
Qu'un petit malheur qui corrige ;
Eft le plus grand de tous les biens .
Cet ouvrage , qui eft de M. Vadé , comme
nous l'avons annoncé dans le dernier
Mercure , a été conftamment & juſtement
applaudi à toutes les repréſentations.
A
170 MERCURE DEFRANCE .
LETTRE
A l'Auteur du Mercure , fur un Spectacle
donné au Collège de Louis le Grand.
ONvient de donner , Monfieur ,
au
College de Louis le Grand une Comédie
& une Tragedie dont vous aurez
fans doute entendu parler ; toutes les deux
font du P. Geoffroy, l'un des Profeffeurs
de Rhétorique. Le fujet de la Comédie
eft le Misantrope ; il y eft repréfenté fous
d'autres traits que dans celle de Moliere.
Celui- ci nous l'a peint comme un
homme vertueux , dont la droiture & la
fimplicité vont jufqu'à la rudeffe ; il eft
bifarre , impoli , ne peut vivre qu'avec
les méchans ; mais fon caractere dominant
, c'eſt la vérité , qualité fi eftimable
& fi rare qu'elle fait difparoître fes défauts
; c'en eft un je crois dans cette piéce
qui d'ailleurs eft inimitable. Le P. Geoffroy
a évité ce défaut:fonMifan trope n'eft point
un homme vrai , qui ne peut foutenir la vue
de nos vices réels ; c'eit un efprit de travers
qui juge de tout à l'avanture , qui ne connoît
ni défaut dans lui , ni mérite dans les
autres , pour qui tous les hommes font ridicules
& qui l'eft encore plus . Cependant
U
M A I. 1753 171
toute plaifante & toute ingénieufe qu'eft
cette piéce , je ne prétens pas la comparer
au chef- d'oeuvre du grand Moliere ; il
me fuffit de vous dire qu'elle a amufé
une affemblée très refpectable par le rang
& les talens de ceux qui la compofoient ,
& que les jeunes Acteurs qui l'ont repréfentée
, ont joué avec tout l'art qu'on
peut défirer. Meffieurs le Tendre &
d'Eftampes font ceux qu'on a le plus admiré.
Je paffe à la Tragedie qui étoit la
piéce principale : elle ne nous a pas moins
fait pleurer que la Comédie nous avoit
fait rire ; le fujer en eft nouveau : le
voici tel qu'il eft expofé dans le Programme.
Bafilide , Seigneur diftingué de la Cour
de Byfance , avoit été difgracié fous le
regne précédent ; privé de tous les biens
il trouva une retraite chez un ancien ami ,
mais dont la fortune avoit été renversée
avec la fienne ; là il ne vivoit que du travail
de fes deux fils . Bafcanès l'avoit fait
difgracier , & il occupoit fa place depuis
quinze ans ; ce favori de l'Empereur regnant
, acheta un Domaine étendu &
considérable , affez près de l'endroit où
Bafilide vivoit retiré il étoit venu en
prendre poffeffion , & l'Empereur lui avoit
fait l'honneur d'être de ce voyage . Une
Hij
17¿ MERCURE DE FRANCE.
chaffe les conduifit dans la plaine voifine
de la retraite de Bafilide ; un trait lancé
d'une main inconnue , tua Baſcanès auprès
de l'Empereur ; ce Prince promet une récompenfe
confidérable à celui qui livrera
le meurtrier à fa vengeance. Philoxene ,
cet ami qui a retiré Bafilide , propofe aux
enfans de chercher le coupable ; ils font
éblouis d'abord par l'appas d'une récompenſe
qui doit être une reſource pour
leur pere ; mais comment découvrir l'af
faffin , ils prennent le parti de tirer au
fort & de préfenter comme le coupable ,
celui des deux fur qui le fort fera tombé ,
le cadet eft défigné , l'aîné refuſe d'exécuter
l'arrêt du fort. Cependant Bafilide eſt
foupçonné du meurtre commis ; cette confidération
ébranle l'aîné , mais elle ne le
porte qu'à vouloir mourir lui-même ; le
cadet trouve moyen d'être livré fans que
fon frere ait part à la trahifon. L'Empereur
parvient enfin à connoître l'artifice ; le
vrai coupable eft trouvé ; touché de cet
héroïſme fi nouveau , ce Prince rappelle
le pere à la Cour , & comble de fes faveurs
les deux freres .
Ce fujet est tiré de l'Histoire du Japon.
La difficulté de faire entrer dans les vers
les noms Japonois a obligé de mettre la
fcene ailleurs ; elle eft dans un boccage
M A I. - 1733 173
proche Bylance. Cette piéce eft conduite
avec goût , bien verfifiée & pleine des
plus beaux fentimens ; l'expofition eft
fimple & naturelle , le fujet s'y développe
fans . affectation & fans embarras ; & le
Spectateur fe trouve inftruit d'un événement
des plus intéreffans & des plus compliqués
, fans qu'on paroiffe avoir voulu
l'inftruire.
D'abord Bafilide s'entretient avec Philoxene
, fon ami , fur fes honneurs paffés
, la chûte malheureufe & fes chagrins
préfens ; cet entretien lui donne lieu de
fe faire connoître . On le voit occuper la
premiere place du Miniftere fans orgueil
& fans fafte , defcendre fans regret ;
biens , honneurs , époufe , amis , il a
tout perdu ; on ne peut être plus malheureux
que lui , ni mériter moins de
l'être . Plus grand encore dans fa difgrace
que dans les jours de fa profpérité , il
s'oublie lui -même , & ne gémit que des.
miféres de fes enfans & de fes amis ; il
craint de les accroître en leur parlant des
fiennes. Voici ce qu'il répond à Philoxene
lorfqu'il le preffe de lui décharger fon
coeur.
Ami , n'ajoute pas au revers qui m'accable :
Que puis-jerque peux-tu contre un fort implaca
ble ?
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
Pour adoucir mes maux tu veux les partager ;
Ce feroit les accroître & non les foulager.
Doublement maltraité , mon coeur dans ce par
tage
Te rendroit malheureux , le feroit davantage.
C'est l'amour qui t'engage à plaindre mes mal
heurs ;
C'est l'amour qui m'oblige à te cacher mes
pleurs.
Bafcanès , qui lui devoit tout , l'a calomnié
, l'a perdu , l'a remplacé auprès de
l'Empereur ; le traître périt , il le plaint :
il meurt lorfqu'il alloit mettre le comble
à fon infortune par un nouveau trait d'injuftice
& de perfidie ; Bafilide foupire , &
deffend à fes enfans & à fon ami de l'en
féliciter . Il leur dit :
Arbitres équitables ,
Les Dieux lancent les traits qui frappent les coupables
;
Mais l'homme qui les voit frapper l'homme à ſes
yeux ,
Refpecte les vengeurs & plaint les malheureux.
Quand le Ciel daigne en main prendre notre def
fenſe ,
Mêler nos coups aux fiens , c'eſt lui faire une of
fenſe .
Lors même
que
fur eux éclate fon courroux
MAI. 17536 175
Il veut , punis par lui , qu'il foient pleurés par
nous.
Comme le traître a été frappé entre les
bras de l'Empereur , il tremble pour ce
Prince dont le pere l'a fi mal payé de fa
vertu & de fes fervices ; en un mot , pere
tendre , fujet fidéle , ami généreux , ennemi
plus généreux encore, Courtifan habile ,
il a toutes les qualités qui concilient l'eftime
, & éprouve tous les maux qui excitent
la compaffion. C'est ce caractere bien développé
dès le commencement , qui a rendu
la piéce fi intéreffante.
Les enfans de Bafilide , Timagene &
Sofipatre , lorfqu'ils étoient à travailler
dans la plaine , ont vu le Favori frappé
d'un coup mortel , tomber & expirer aux
pieds de l'Empereur ; ils viennent promptement
raconter à leur pere cet événement
tragique.Philoxene confirme cettenouvelle
par un récit plus circonftancié; le coupable
qui a porté le coup vient chercher un afyle
entre les bras, mais il efttrop vertueux pour
approuver un pareil attentat. Dyfmene ,
c'eft le nom du coupable , s'étonne de lui
voir condamner un crime qui le venge :
envain il veut juftifier la fureur qui le lui
a fait commettre : Bafilide croiroit l'avoir
commis , s'il l'avoit approuvé. Dylmené
Hiinj
176 MERCURE DE FRANCE.
tâche du moins de l'engager à lui garder
le fecret , & ne pouvant le lui faire promettre
, le menace de la mort s'il le trahit
, & fe retire . Bafilide alors doute un
moment s'il n'ira pas le dénoncer.
Le fauver du forfait c'eft me rendre complice ;
Le livrer , c'eft me rendre auteur de fon fuplice
Fuyons la trahison , refufons le fecours ,
Et laiffons le deftin arbitre de fes jours.
:
L'Empereur a promis une grande récompenfe
à celui qui dénoncera l'affaffin
; cette récompenfe peut le tirer , lui
& fes enfans , de la mifere dans laquelle il
gémit n'importe , il ne peut fe réfoudre
à en fortir par une trahifon. Ses deux fils
déliberent de leur côté ; l'un s'intéreffe
pour le coupable , & l'appelle fon vengeur
; l'autre voudroit le connoître , pour
mériter en le dénonçant , la récompenfe
promife par l'Empereur.
Timagene.
Sous un bras ignoré , mais conduit par les Dieux,
Nous avons vu tomber ce rival odieux .
Sa mort eſt un triomphe ; en ferons - nous un
crime ?
Verrons- nous en coupable , un ami magnanime ?
Et de qui nous délivre , indignes délateurs ,
MA I. 17538 377
De qui nous a profcrits ferons-nous les vengeurs ?
Sofipatre.
Son fort ainfi que vous me touche & m'inté
refle ;
Mais plus qu'un étranger un pere a ma tendreffe
•
Je l'avourai pourtant , quoique pour ce projet ,
Confpirent les devoirs de fils & de ſujet ,
Une fecrette horreur me faifit & m'agite ,
Et d'un homme à trahir l'humanité s'irrite.
L'intérêt veut le perdre , & mon coeur le fau
ver',
Je le plains , je le cherche , & crains de le trou.
ver.
Enfin l'humanité triomphe de leur zéle
& de leur tendreffe ; ils renoncent à pourfuivre
le coupable , mais non pas au falaire
promis à celui qui le dénoncera . Leur
amour pour un pere leur infpire un projer
auffi héroïque qu'il eft nouveau ; c'eft
Timagene qui le propofe en ces termes .
D'un pere infortuné pour adoucir le fort
Ofons un de nous deux , oſons braver la mort.
Que dis je , un de nous deux ? je prens fur moile
crime ;
Chargez -vous feulement de livrer la victime.
Sofipatre veut l'être malgré les réfiftances
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
de fon frere , & après s'être difputés longtems
l'avantage d'être facrifiés , les deux
freres fe déterminent enfin à interroger
le fort ; il défigne Sofipatre . Timagene refufe
à fon tour d'être le délateur d'un
frere . Philoxene, fur ces entrefaites , vient
leur apprendre que Bafilide eft foupçonné
, & que leur reffource unique c'eft d'ufer
de la plus grande diligence pour trouver le
coupable & le dénoncer . Cette circonftance
les défole , mais ne les détermine pas
encore . Timagene veut toujours être le
coupable malgré l'arrêt du fort , l'autre ne
veut point être le délateur. Cette contef
tation donne lieu à une fcene des plus touchantes.
Je n'en raporterai qu'un morceau
: c'est une réplique de Timagene à
Sofipatre .
Moi , que je vous accuſe ! ah ! quand je voudrois
même
>
Jufque- là condescendre à votre ardeur extrême ,
Puis-je forcer ma bouche à ces tons de rigueur
Que contre un accufé doit prendre un délateur ?
D'un amour allarmé fidéles interprêtes ,
Mes yeux fe baigneroient de larmes indiferettes ;
Cent fois le nom de frere à mon coeur échapé
Dévoilera l'intrigue au Prince détrompé .
Oncroira criminel le délateur du crime ,
Vous ferez l'accufé , je ferai la victime.
MA I. 1753. 179
L'Empereur entre accompagné d'Adraf
te , un de fes favoris ; les deux freres fe
retirent , mais ne s'éloignent pas , afin
d'être inftruits des fentimens du Prince , &
de fçavoir fi les bruits qu'on a répandus
au fujet de Bafilide , font parvenus jufqu'à
lui . Adrafte cherche inutilement à
confoler l'Empereur ; celui - ci ne penfe
qu'à venger fon favori & à fatisfaire fa
fureur ; il demande fi quelqu'un n'habite
point ce lieu fauvage : Adrafte répond
que Bafilide y a trouvé une retraite ; ce
nom fait naître des foupçons . Bafcanès
étoit fon rival , il eft tué dans un lieu voifin
de fa retraite ; Bafilide a dû défirer fa
mort , on l'en croit coupable. L'Empereur
ordonne qu'on le cherche & qu'on
l'arrête alors Timagene fe préfente pour
juftifier fon pere , fans dire cependant
qu'il eft fon fils ; il affure que Bafilide a
pleuré la mort de Bafcanès , que le crime
eft d'un autre , qu'il en répond fur fes
jours. L'Empereur furpris, croit qu'il connoit
le coupable , & lui promet tout s'il
veut le nommer ; à ces mots Sofipatre pour
épargner à fon frere la douleur de le dénoncer
, ou pour l'empêcher de fe livrer
lui - même , fe montre & fe déclare coupable
du crime qu'on veut punir. On lui demande
qui l'a porté à fe perdre ainfi , il ré-
H vj
180 MERCURE DE FRANCE
pond en montrant fon frere :
• ད
Ce traître s'eft flatté qu'une opulence extrême
Deviendroit par ma mort for partage aujourd'hui,
Et je la rends du moins inutile pour lui.
C'eſt là tout mon eſpoir.
L'Empereur donne fon anneau à Timagene
, fait mettre aux fers Sofipatre, & ordonne
au premier de le fuivre pour recevoir
la récompenſe qu'il lui deftine. Les
deux freres , l'un enchaîné , l'autre libre
reftent un moment for la fcene , & font entendre
les plus beaux fentimens.
Timagene.
C'est donc là le deffein dont votre ame occupée
Déroboit le myftere à la mienne trompée ?
Sofipatre.
J'ai dû vous épargner l'utile trahiſon
>
Dont l'amour , la vertu , l'honneur & la raifon
Vous cachoient l'avantage , & vous faifoient n
crime.
Vous n'êtes pas le traître , & je ſuis la victime.
Timagene.
Non , non , ne croyez pas feul affronter la mort
Je fçaurai prévenir , ou fubir votre fort.
MAI. 181
17538
Sofipatre.
Sortez , plus de délais donneroient de l'ombrage,
On voit couler vos pleurs . ( Il fort . ) O fers ! heureux
partage !
Poids affreux pour des bras qu'ont flétri les forfaits
,
Pour d'innocentes mains que vous avez d'attraits !
Dieux juftes , raffemblez , fléchis par ma priere ,
Tous vos traits fur le fils , tous vos dons fur le
pere .
C'est par là que finit le troifiéme Acte.
On a admiré l'adreffe de l'Auteur qui a
fçû tirer un fi grand avantage de ce qui
devoit l'embarraffer le plus , je veux dire
la dénonciation de Sofipatre ; il a fi bien
ménagé les incidens & les diverfes circonftances
, que le pere n'eſt point abandonné
par le fils , ni le frere livré par le
frere , ce qui auroit eu un mauvais effet.
Au lieu que Sofipatre fe livrant lui- même,
Timagene conferve fa vertu , & celle du
prifonnier en éclate davantage. Je loue
d'autant plus volontiers ce coup de Théatre
, que tout le monde en a été frappé
comme moi . Il étoit difficile qu'un fi beau
trait échappât. Ce vers fuffifoit pour le
faire remarquer aux moins attentifs.
Vous n'êtes pas le traître , & je fuis la victime,
182 MERCURE DE FRANCE .
Bafilide ouvre enfuite le quatrième Acte
par un Monologue , dans lequel il
marque la furprife & la crainte qu'excite
dans fon ame la vûe de l'anneau précieux
que fon fils lui a remis . Comme il n'attend
aucune faveur de la fortune , il craint
que celle- ci ne foit le fruit du crime.
Accablé jufqu'ici du poids de l'indigence ,
Je redoute encor plus cette prompte opulence.
J'ignore d'où me vient ce bien inattendu ,
Par qui de mes befoins le cours eſt ſuſpendu .
O Dieux ! qu'il ne foit plus , ou qu'il foit légitime
!
Je foutiens les malheurs , j'appréhende le crime.
-L'abfence de l'un de fes fils augmente
fes inquiétudes & fes foupçons. Il ignore
qu'il eft dans les fers , mais la nature lui
fait fentir que ce fils eft malheureux . Timagene
pour le raffurer , fait des efforts
inutiles , il veut abſolument voir fon fils :
on lui promet de le lui faire voir. Alors
le coupable qui a confié fon fecret au pere,
qui eft l'ami des enfans , qui n'a pas
eu plutôt commis le crime qu'il s'en eft
repenti , qu'il en a tremblé , apprend que
Sofipatre eft accufé il veut le fauver
même au prix de fa vie , & s'il ne va pas
:
MAI. 185 1753
du
encore jufqu'à fe livrer lui - même ,
moins il déclare hautement à Philoxene
que Sofipatre eft innocent , & fe retire
auffi-tôt.
L'Empereur paroît encore, & témoigne
à Adrafte l'embarras où le jettent la fécurité
& la joye que témoigne fon prifonnier ; il
ne peut le croire coupable ; il charge fon
favori de le fonder encore , & de ne rien.
omettre pour éclaircir ce myftere qui
s'embrouille de plus en plus.
Ici tout fert à remuer le fpectateur , à
l'effrayer , à l'attacher. Le pere que l'Empereur
veut qu'on arrête , l'ami , l'Empereur
, le coupable même par la générofité
qu'il vient de faire paroître , & par
les remords qui ont fuivi de près ſon crime
on s'intereffe à la deftinée de tous
les perfonnages , & comme on ne peut la
prévoir , la curiofité augmente avec l'intérêt.
Enfin l'Empereur au défefpoir de ne
pouvoir punir le crime fans s'expofer à
facrifier l'innocence , apprend que Timagene
, qu'il regarde comme le délateur ,
eft ami de Sofipatre , & qu'il le plaint. On
ajoûte qu'ils ont un ami commun qui paroît
s'intereffer à leur fort , que cet ami
montre beaucoup moins d'affurance & de
-tranquilité qu'eux. Sur ce fourçon l'Em184
MERCURE DE FRANCE:
pereur donne ordre qu'on le faififfe : en
attendant qu'on ait pû le joindre , il fait.
venir Sofipatre ; celui- ci brave toutes fes
menaces & fes promeffes ; il perfifte à fedire
coupable & à demander la mort. Timagene
paroît fur ces entrefaites , & au
lieu de convaincre le prifonnier comme
l'efperoit d'abord l'Empereur , il l'excufe
, il le juftifie , & promet de tirer de
lui la vérité. L'Empereur s'étant retiré ,
Timagene tâche d'engager Sofipatre à le
charger du crime dont on l'accufe ; Sofipatre
n'y peut confentir ; ils veulent qu'un
feul des deux périffe , aucun des deux ne
veut être fauvé ; enfin Timagene ne pouvant
réfoudre fon frere à lui donner fes
fers , déclare qu'il les partagera du moins ,
& qu'il périra fi fon frere périt . L'Empereur
furvient & l'entend , il ordonne
qu'on l'enchaîne ; mais tandis que les
Gardes les environnent , Bafilide eft préfenté
par Adrafte , il remet à l'Empereur l'anneau
qu'un de fes fils dit avoir reçu de
fa main dans ce moment les Gardes fe
retirent , & il apperçoit fes deux fils dans
les fers ; alors fa douleur & fa furprife
éclatent , il ſe jette aux pieds de l'Empepereur
, l'affure de leur innocence , & le
prie de faire tomber fur lui feul le poids
de fa vengeance. Tu feras fatisfait , re-
:
M A I. 1753. 185
prend l'Empereur , & fait un figne à fes
Gardes, Ils viennent à lui l'épée nue à la
main ; Bafilide les attend avec fermeté-;
approchez , leur dit-il :
Le feul crime
Peut porter la frayeur dans un coeur magnanime:
' Les deux fils fe jettent entre les Gardes
& leur pere , ils demandent qu'on les perce
avant de le frapper. Le moment fatal eſt
arrivé où Bafilide , fes enfans & Polixeno
peut-être doivent périr . Ils n'ont ni le tems
ni les moyens de fe juftifier . Déclarer le
vrai coupable , ce feroit dans le pere une
trahifon , dans le fils une infidélité , & ils
en font incapables. Ce fpectacle joint à
ces confidérations , plonge le fpectateur
dans la trifteffe & dans la crainte ; mais
il en fort auffi-tôt à la vûe de Dyfmene
qu'on voit amené devant l'Empereur ; il
apperçoit d'abord Bafilide , & croit qu'il
l'a trahi ; mais il revient bientôt de cette
erreur en voyant fes deux enfans chargés
des fers qu'il a mérité : alors il ne ba-
Lance plus , al confeffe fon crime , expo- -
fe les motifs qui l'y ont porté , & leve le
bras pour fe percer ; mais on l'arrête , &
on l'enleve par ordre de l'Empereur. L'innocence
de Bafilide , la vertu de fes enfans
eft reconnue ; le Prince les rappelle à la
Cour , & finit par ces beaux Vers.
186 MERCURE DE FRANCE .
Heureux fils ! heureux pere !
Venez aux pieds du trône oublier la mifere ;
Je vous rends vos emplois. De cet humble ſéjour ;
Les vertus avec vous vont rentrer à la Cour.
O Ciel ! tu réſervois à mon ardeur extrême ,
Ce plaifir , qui peut feul flatter le rang fuprême ,
De pouvoir au mérite égaler les bienfaits ,
Et réparer les maux que la fortune a faits .
Voila , Monfieur , un extrait abrégé de
la Tragédie du P. Geoffroy. Le fujet en
eft noble & digne du théatre. C'est le Miniftre
d'un grand Empire que le fort afflige ,
& pour qui des enfans veulent fe facrifier :
c'est un favori tué entre les bras de l'Em .
pereur dont la mort doit être vengée.
Sauver les enfans , foulager le pere , venger
l'Empereur , quoi de plus capable que
ces trois objets d'intéreffer les fpectateurs !
La fin eft d'infpirer un des premiers &
des plus précieux fentimens que la nature
ait donnés à l'homme , je veux dire l'amour
filial . Le trait de l'hiſtoire du Japon qui a fait
naître l'idée de cette Tragédie eft un des plus
beaux exemples que nous ayons en ce genre
, & il eft digne d'être propofé à la jeune
Nobleffe qu'on éleve dans ce Collége .
J'ai éprouvé à la repréſentation de cette
Piéce que le théatre pourroit être agréable
, fans être dangereux , & qu'on pourMA
I. 1753. 187
roit y donner des leçons de vertu , fans y
mêler , comme l'on fait fi fouvent , celles
du vice , & les fades galanteries qui deshonorent
chez nous la majefté de la Tragédie.
Les Grecs l'ont fait avec fuccès , comme
le remarquent Rouffeau & le P. Brumoy
; leur théatre eft plus chafte que le
nôtre , & il est au moins auffi beau & auffi
intereffant. De deux plaifirs égaux pourquoi
ne préferer pas celui qui favorife les
bonnes moeurs à celui qui les corrompt ?
L'unité de lieu & d'action eft exactement
gardée. Tous les incidens , quoique
fort multipliés & fort compliqués , fe rapportent
au principal objet , & dans chaque
fcene l'efprit eft toujours occupé de
Bafilide. Point de fcene ifolée ; elles concourent
toutes à l'accompliffement de l'action
qu'on repréfente , chaque incident
naît du fujet & prépare le dénouement ,
fans l'annoncer. Enfin il n'entre rien dans
le dénouement qui n'ait fervi à nouer
l'intrigue. La crainte & l'efpérance qui
agitent alternativement le fpectateur, s'accroiffent
d'actes en actes jufqu'à la cataf
trophe par où l'action finit ; & dans le
tems même que le vrai coupable veut fe
percer , on tremble encore pour Bafilide ,
& on pleure le fort de fes enfans .
Les Connoiffeurs ont trouvé le carac
188 MERCURE DE FRANCE.
tere du coupable manié avec art ; fon crime
ne le rend point odieux . C'eft un premier
crime , la fureur & le défefpoir le lui
ont fait commettre , il en a frémi auſſi tôt
après l'avoir commis ; il l'a avoué avec
candeur , il ne peut fouffrir qu'un autre
en foit la victime. Tous ces traits lui attirent
de la compaffion , de l'eftime même.
En un mot on confent qu'il foit puni , parce
qu'il eft coupable , mais on voudroit.
qu'il fût innocent.
Le ſtyle de cette Tragédie eft pur , nombreux
& fublime. Les penfées font grandes
, hardies , magnifiques & touchantes
comme le veut Horace :
Non fatis eft pulchra effe poëmata , dulcia funto.
Point d'antithefe ni de ces penſées à
demi éclofes qui n'embelliffent la Poëfie
qu'aux yeux des petits génies . On ne nous
a point préfenté non plus de ces portraits
qui font aujourd'hui fi fort à la mode dans
nos Poëmes épiques & dramatiques , &
que l'on devroit plutôt appeller des efquiffes
& des deffeins , puifqu'on n'y voit
que des traits fans couleur . Ici chaque
perfonnage eft peint comme dans Homere
, Virgile & Sophocle , par fes actions ,
& non par des mots , par fes fentimens &
non par des fentences froides & alambiMAI.
1753. 189
quées. Ce n'eft point l'ouvrage d'un Métaphyficien
qui fubtilife , c'eſt le tableau
d'un Poëte qui fçait peindre & qui excelle
dans la fcience des moeurs , le vrai coloris
de la Poëfie.
Il me resteroit à vous envoyer quelques
morceaux de cette excellente Piece. On
en a retenu beaucoup de Vers , que vous
aurez peut- être entendu réciter . Je me
contente de vous envoyer la fin d'un portrait
de la Cour que tout le monde a trouvé
beau . C'eft Bafilide qui parle.
·
Nourri dès mon enfance au centre des intrigues ,
Placé par mes emplois à la tête des brigues ,
Du vrai j'ai vû le faux prendre les plus beaux
traits ,
-Du voile des vertus fe couvrir les forfaits ;
Sous le nom d'amitié la haine déguiſée ,
Eblouir les regards de la foule abuſée ;
L'heureux environné de courtiſans foumis,
Compter mille flateurs , ne point compter d'a
mis.
La faveur n'en a point , la difgrace en a - t - elle ?
Quel coeur à l'infortune ofe refter fidele ?
La vengeance des Kois , comme celle des Dieux ,
Diffame les endroits où font tombés fes feux ;
Elle répand au loin la vapeur de l'orage ,
Et l'odeur de la foudre infecte le nuage.
Avec ceux qu'a frappé ce couroux redouté
190 MERCURE DE FRANCE.
Le plus foible commerce eft dès - lors évité.
Ils portent la terreur , & leur vûe effrayante
Infpire à qui les voit un reſpect d'épouvante ;
Tout tremble , fuit , s'éloigne ; & fi ſemblable i
toi ,
Quelqu'ami vertueux daigne garder fa foi ,
Rarement à la Cour cet effort fe contemple ;
C'est un prodige alors , ce n'eft point un exemple.
Cette Piece a été repréſentée auffi parfaitement
qu'elle puiffe l'être dans un Col
lége . M. de Luxembourg qui faifoit le rôle
d'Adrafte , s'énonçoit naturellement ,
fans aucune affectation , & avec cet air
de nobleffe qu'on lui connoît & qui fied
fi bien à un jeune homme de fon rang &
de fa naiffance. Le rôle de Bafilide fut
joué par M. France avec beaucoup de force
& de vivacité ; ce jeune Acteur tira
plufieurs fois les larmes de toute l'aſſemblée
. Les deux fils ' de Bafilide étoient Mrs
de Vaudreuil & d'Auriac : ces deux Acteurs
n'ont que douze ou treize ans , &
je crois pouvoir affurer que nous avons
au Théatre plufieurs Acteurs eftimés qui
ne les valent pas. C'eft le jugement qu'en
a porté le parterre ; ils furent fouvent interrompus
par des applaudiffemens , & les
larmes qu'ils firent verfer , font mieux
leur éloge , que tout ce que j'en pourMA
I. 1753. 191
rois dire. Mrs d'Arvillars , de Vandy &
Bonvouft qui avoient les rôles d'Empereur
, de Dyfmene & de Philoxene ne
contribuerent pas peu au fuccès de cette
Piéce. Je fouhaite qu'on la repréfente encore
& que vous puiffiez juger par vousmême
de la juftice que je rends à l'Auteur
en louant fon ouvrage. J'ai l'honneur d'être
, & c.
A Paris , ce 3 Mars 1753.`.
NOUVELLES ETRANGERES.
DU LEVANT.
DE CONSTANTINOPLE , le 23 Fevrier.
A Comtefle Defalleurs fit il y a quelques jours
L₁a remme du Grand- Vifir une vifite , dont
voici le détail . L'Ambaffadrice , accompagnée de
plufieurs Dames qui parlent le François & le
Turc , fe rendit fur le bord de la mer avec les
Officiers , les Pages & fa Livrée . Elle paffa le
Canal avec ce cortege . Trois caroffes du Grand-Vifit
l'attendoient à l'autre rive . Il y avoit des chevaux
pour tous les hommes de fa fuite, Lorſqu'on
fut arrivé au Palais du Vifir , la Comteffe Defalleurs
fut conduite à l'appartement de l'époufe de
ce premier Miniftre. Vingt- quatre Efclaves , habillées
maguifiquement , reçurent l'Ambaffadrice à
la porte , & P'introduifirent dans la Salle , où la
femme du Vifir l'attendoit. Après les premiers
192 MERCURE DE FRANCE.
complimens , la Comteffe Defalleurs lui préſenta
deux riches caffettes ; dans l'une étoit un ſervice
de vermeil pour la toilette , avec une montre &
une boëte d'odeurs , garnies de diamans : l'autre
contenoit fix piéces d'étoffes d'or & d'argent , fabrique
de Lyon, De fon côté , l'épouſe du Grand-
Vifir fit préfent à l'Ambaffadrice de quatre piéces
d'étoffes de Perfe & des Indes , de très- grand
prix . On fervit enfuite plufieurs tables. L'Ambaffadrice
& l'époufe du Vifir dinerent feules à
la premiere . Toutes les autres Dames mangerent
auffi deux à deux , y ayant à chaque table une
Dame Françoife & une Dame Turque . Deux
femmes Interpretes étoient à côté de la premiere
table pour expliquer ce qu'on fe difoit. L'é.
pouſe du Vifit après le repas le retira , & elle laiffa
fes Dames avec l'Ambaffadrice , pour lui faire
voir les appartemens. Sur le foir , la Comteffe Defalleurs
fut reconduite jufqu'à la mer par les équipages
du Vifir.
!
DU NORD.
D'ASTRA CAN , le 4 Fevrier.
Les derniers avis reçus de Perfe marquent que
le Prince Heraclius , qui jufqu'à préfent s'étoit
contenté du titre de Protecteur , a réfolu de prendre
celui de Roi , & qu'il le diſpoſe à ſe faire
' couronner dans Ifpahan .
DE PETERSBOURG , le 2 Mars.
Suivant les avis reçus de l'Ukraine , la rigueur
'du froid n'empêche point qu'on ne travaille avec
toute l'activité poffible , à fortifier plufieurs Placas
;
MAI. 1733
193
Ces ; & il défile un grand nombre de troupes da
côté d'Aftracan. Les mêmes lettres marquent que
Ja Nouvelle- Servie continue de le peupler , & qu'il
s'y rend un grand nombre de familles de l'Efclawonie
& des Provinces voifines .
DE STOCKHOLM , le 24 Mars.
On compte que le Major Général Lieven fera
chargé de la direction du nouvel exercice que le
Roi veut introduire dans la Cavalerie. Le Baron
de Cronstedt , fecond Intendant de la Cour , a
obtenu la place de premier Intendant , vacante
par la mort du Baron de Horleman . L'exploitation
des Mines d'or de Schmaland fe continue
avec tout le fuccès qu'on peut défirer.
3
DE COPPENHAGUE , le 5 Mars.
Par une Ordonnance du 19 du mois dernier , le
Roi a défendu l'entrée des étoffes de foye & de
laine de fabriques étrangeres. Sa Majefté a auffi
renouvellé les défenfes de porter des diamans &
autres pierreries . Le 28 , le Duc de Ploen , arrivé
ici depuis peu , eut une audience particuliere
du Roi , & fur admis à fa table .
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 13 Mars.
On apprend de Tefchen dans la Haute Silefie ,
que le nommé André Schmid У eft mort dans la
cent vingt -quatrième année de fon âge . En 1652
il le maria , & après cinquante aus de mariage ,
fon époule étant morte , it prit une feconde fem
Į
194 MERCUR E DE FRANCE.
me , dont il a eu quatre enfans . Sa vieillelle n'a
été accompagnée d'aucune infirmité.
On vient d'établir un nouveau Tarif pour les
droits d'entrée , de fortie & de paffage , fur les
denrées & les marchandiſes , tant en Bohême
qu'en Moravie , & dans la partie de la Silefie
poflédée par l'Impératrice Reine. Ce Tarifa été
communiqué au fieur de Klingraff , Miniftre du
Roi de Pruffe , & au Baron Furft de Kupkerberg ,
Commiffaire de ce Prince en cette Cour.
DE BERLIN , le 11 Mars .
la
Les Directeurs de la Compagnie Afiatique ont
eté informés par la voye d'Angleterre , que le
Vaiffeau le Château d'Embden , deftiné
pour
Chine , avoit mouillé le 14 Novembre dernier å
Porto- Pray dans l'ile de San- Jago , une des Illes
du Cap- Verd. Ainfi ce Bâtiment a fait en un mois
près de deux mille lieues.
DE LUNEBOURG , le 16 Mars..
Les Etats de ce Duché viennent d'établir un Bureau
, à l inftar de ceux qui fubfiftent depuis quelques
années dans l'Electorat de Hanovre , pour
affurer les maiſons des particuliers contre les accidens
du feu . Chacun s'empreffe de concourir
au fuccès d'un établiſſement ſi avantageux.
DE MUNICH , le 4 Mars.
Ily eut le premier de ce mois à la Cour une
fête d'Hôte . Dix chars magnifiques , dont chaun
contenoit vingt perfonnes , étoient à la tête
de la marche. L'Electeur & l'Electrice , en Hôte
MA I.
1753
& en Hôteffe , étoient feuls dans une caleche con-
195
duite par le Comte de Sinsheim , Grand Ecuyer.
Plufieurs Seigneurs & Dames fuivoient à cheval
ou en carroffe. Auffi- tôt qu'on fut rentré au Palais
, on commença le Bal . Il fut interrompu à
neuf heures par un fouper fervi fur une table en
fer à cheval , de cent vingt couverts . Après le fouper
, le Bal recommença , & il dura toute la nuit.
On affure que l'été prochain l'Electeur ira voir la
Hollande , tandis que l'Electrice prendra les Bains
d'Embs , ou ceux d'Aix- la- Chapelle . Le tems du
départ de l'Electeur de Cologne n'eft point encore
fixé.
»
ESPAGNE.
DE MADRID , le 20 Mars.
›
Le nouveau Concordat que Sa Majefté a fait
avec la Cour de Rome , renferme dix articles .
» I. La Collation & les Expéditions des Evêchés ,
» des Abbayes , & des autres Bénéfices confifto-
» riaux fe feront à l'avenir de la même maniere
qu'elles fe font faites par le paffé. I I, Les
» droits des Ordinaires fubfifteront en leur entier
» dans les mois qui leur appartiennent. III. Les
Cures , ainfi que les Canonicats , feront don-
» nés au concours , comme auparavant , dans
» les endroits où cet ufage eft établi. IV. Les
» Jufpatronats , foit Laïcs , foit Eccléfiaftiques
» feront tous confervés . V. Le Saint Siége aura
la collation de cinquante-deux Bénéfices des
plus confidérables de l'Efpagne , felon la défignation
qui en a été faite entre le Pape & Sa
Majefté. VI . Tous les autres Bénéfices feront à
la nomination du Roi , & les Eyêques en donne
ל כ
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
55
*
ront les Prov fions , chacun dans fon Diocèle:
VII. Si dans les préfentations il arrivott que le
Pourvû cût beloin de quelque difpenfe , il fera
tenu de recourir à la Daterie de Rome , & d'y
payer la taxe accoutumée . VIII. Les Cédules
en Banque ne feront point augmentées , mais
on maintiendra celles qui fe trouvent déja affignées
& diftribuées. IX . Le Spoglio des Evêaques
, & les revenus des Evêchés pendant la
vacance , n'appartiendront plus à la Chambre
Apoftolique ; mais ils feront réservés à l'avenir
pour les nouveaux Evêques. X. Pour indemni
fer la Cour de Ronie de ce qu'elle perd par cet
arrangement , le Roi a fait remettre à Rome en
" argent comptant le montantde ce que pouvoient
produire pendant dix années l'expédition des Bul
ales , le Spoglio , &c . & il lera fait emploi de cette
Lomme , pour que la Chambre Apoſtolique en ti-
> re le revenu à raison de trois pour cent. De plus,
comme par ce même arrangement le Nonce de
* Sa Sainteté qui eft en cette Cour , eft privé des
fix pour cent qu'il retiroit du produit du Spoglio
, & du revenu de la vacance , on lui don-
» nera annuellement une fomme de cinq mille
» écus Romains , affignée fur les fonds de la Croifade.
25
La Fête Chinoife , fpectacle nouveau qui a été
Exécuté les derniers jours du Carnaval au Palais
da Buen Retiro , a eu le fuccès le plus éclatant,
Le Théatre avoit été changé en une grande &
magnifique Salle , accompagnée de plufieurs ca
binets de dégagement. Cette fl'e étoit ornée de
glaces , de tables de marbre précieux , de grands
vafes de porcelaine de la Chine , de luftres de
cryftal , de canapés des plus belles étoffes de Perfe,
& de riches tapis. Elle étoit éclairée par lus
MAL T753. 197
de deux mille bougies de Venife , fans compter un
nombre infini d'autres lumieres. Une des circonf
cances les plus frappantes de cette Fête eft que le
fieur Farinelli , qui en a été l'Ordonnateur , n'a
eu que quatre jours pour la faire préparer .
DE BARCELONNE , le 6 Mars,
Les grandes routes que la Cour a ordonné de
faire dans la Catalogne , fe continuent , ainfi
que les réparations des Places de cette Province ,
avec une diligence extraordinaire ; & l'on compte
qu'avant la fin de l'eté tous ces travaux feront
finis. Le Marquis de la Mina , chargé par le Roi
de la direction de ces différens ouvrages , les conduit
avec une ardeur infatigable. On dit qu'il
doit le former un Camp à quelque distance de
cette Ville , pour perfectionner les troupes dans
Je nouvel exercice .
ITALI E.
DE NAPLES , le 28 Février.
Sa Majesté voulant rendre Gaïete une des pla
ces les plus fortes qu'il y ait fur la Méditerranée ,
a réfolù d'ajoûter à ce Port , tant du côté de la
mer , que de celui de terre , plufieurs nouveaux
ouvrages.
Don Claude Raichortinger , Officier d'Artillerie
& Intendant des Mines , a découvert dans ce
Royaume quelques carrieres, de marbre fembla
ble à celui de Perfe.
DE ROME , le 15 Mars.
Antoine - Xavier Gentili , Cardinal , du titre de
Liij
498
MERCURE DE FRANCE.
Saint Etienne in Monte Calio , & Sous- Doyen
du Sacré Collége , mourut en cette Ville le 12 ,
âgé de foixante- douze ans un mois & trois jours ,
érant né le 9 Fevrier 1681. Il avoit été élevé à la
Pourpre en 1731 par le Pape Clement XII .
GRANDE
BRETAGNE.
DE
LONDRES , le 22 Mars.
Il y a des ordres donnés pour
augmenter les
équipages de tous les Bâtimens deftinés à la garde.
des côtes. On prépare
actuellement
plufieurs
Vaiffeaux de guerre , qui doivent être
envoyés
à
différentes ftations. Les Lettres de la Nouvelle
Ecoffe
marquent que
le
Gouverneur de cette Colonie
fait
travailler avec
beaucoup de
diligence à
fortifier la Ville
d'Hallifax. On parle de changer
le reglement qui fixe le tems du fervice des
Soldats depuis Pâge de feize ans jufqu'à celui de
foixante , & d'établir qu'à l'avenir
perfonne ne
puiffe être enrôlé avant dix - huit ans , ni retenu
au fervice après
quarante- cinq.
Un homme ayant été fuffoqué par des exhalaifons
de charbon de terre qu'on avoit allumé dans
une Mine , on le crut mort . Il avoit les yeux fixes
& la bouche ouverte : tout fon corps étoit
froid , & l'on ne fentoit aucun
mouvement ni at
eoeur ni aux artères . Un
Chirurgien , nommé
Guillaume Taflack , imagina qu'il pourroit le rappeller
à la vie par un moyen qui paroîtra extraor
dinaire. Il appliqua
exactement la bouche fur
celle de cet homme , dont il ferra en même tems
les narines , & en foufflant fortement , il fit enfer
la poitrine . Ayant continué de fouffler , il fentit
fix ou fept battemens de coeur très -vifs : la
M A I
1753- 199
poitrine reprit fon élasticité , & bientôt le poulz
fe rendit fenfible, Le fieur Taffack ouvrit auffitôt
la veine au prétendu mort : le fang fortit d'abord
par gouttes , & un quart d'heure après il
coula librement. Alors le Chirurgien fit fecouer
& frotter le malade. Une heure après celui - ci
reprit connoiffance , & s'en retourna chez lui.
DES PROVINCES - UNIES.
DE LA HAYE , le 4 Avril.
> L'ouverture de l'Ecole Militaire nouvelle.
ment établie fous la direction du fleur Chardon ,
Capitaine-Ingénieur au fervice des Etats Généraux
, fe fit . le 2 de ce mois. Le Feld -Maréchal
Cointe Maurice de Naffau-Ouwerkerk у aflifta
avec plufieurs Officiers Généraux & avec
le Corps des Officiers de la Garnifon . Le fieur
Chardon , dans le difcours qu'il prononça à cette
occafion , remarqua que » comme la nature a été
tout
le premier maître de la raifon , c'est elle qui a
» fait naître aux hommes l'idée du mouvement &
» de la diftance , de la grandeur & de la petiteffe ,
du rapport & de la proportion : idées bien fimples
, & qui toutes fimples qu'elles paroiffent
ont diffipé les ténébres qui avoient fi long - tems
caché les fources fécondes de la vérité . Ces
idées , dit -il , éleverent peu à peu l'efprit à l'intelligence
des parties les plus parfaites de la fagefle
, à la compréhenfion de ces calculs prodigieux
, qui s'étendent aujourd'hui de l'infini à
> l'infini , & dont le dénouement fembloit n'être
refervé qu'à la Divinité feule. Dépouillons-
» nous , continua- t'il , de toutes préventions contre
les difficultés apparentes de l'étude des Ma-
ג כ
32
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
thématiques. Depuis qu'on en a applani les ave
nues , qu'on en a écarté les obftacles , & qu'on
réduit des principes , immenfes en apparence , à
un petit nombre de notions fixes , d'où découlent
les conféquences les plus naturelles & les
plus évidentes , & les obfervations les plus importantes
& les plus faciles , il n'y a plus rien
qui doive nous arrêter. C'eft de cette ſciensce
, ajouta le fieur Chardon , que la plupart
» des autres tirent leur principale force. C'eft par
elle que nous apprennons à régler la marche , &
à aflurer le campement des armées ; c'eft elle
qui preferit les ordres de bataille , & qui ious
dirige dans l'attaque & dans la défenfe des Pla
» ces ; c'est elle enfin qui , en nous traçant des
>> routes aflurées fur le vafte Océan , nous con-
» duit tous les jours à la découverte des chofes les
plus propres à faire fleurir le commerce de ceBte
puillante République .
לכ
L
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
A Ducheffe de Penthiévre eft accouchée le 1
Mars dernier , d'une Princeffe .
Le 16 , le Prince de Condé & le Prince de Soubife
, en grand manteau de deuil , firent leur révé➡
rence au Roi , à la Reine , & à la Famille Royale ,
à l'occafion de la mort de la Landgrave Douairiere
de Heffe- Rheinfels . La Princeffe de Soubife s'ac
quitta du même cérémonial le jour fuivant.
Demoiſelle Marie Quiflon eft morte à Effone le
18 , dans la cent dixième année de ſon âge.
Le 18 , fecond Dimanche du Carême , le Roj
M A I 1753. 201
& la Reine , accompagnés de la Famille Royale
entendirent la Prédication de Dom Jean - Bernard
Senlaric , Religieux Bénédictin de la Congrégation
de Saint Maur.
Monfeigneur le Dauphin & Madame Adelaïde
tinrent le 19 fur les Fonts le fils du Comte de Laval
Montmorency , Colonel du Régiment de
Guyenne , & fils du feu Maréchal de Laval Montmorency.
Cet enfant , âgé de cinq mois , a été
nommé Louis- Adelaide-Jofeph . Les cérémonies du
Baptême lui ont été fuppléées , en préſence du Cu
rẻ de la Paroile du Château , par l'Abbé de Raígecourt
, Aumônier du Roi .
La Reine a affifté le 17 & le 19 au Concert
chez Madame la Dauphine.Le 17 on chanta l'Acte
de Phil mon & Baucis , & celui d'Iante Iphis ,
du Ballet de la Paix , par M. Roy , Chevalier de
l'Ordre de Saint Michel . On Y exécuta le 19 ,
Prologue & le premier Acte du Ballet de l'Année
Galante , dont les paroles font du même Auteur
& la Mufique de M. Mion , Penfionnaire du Roi.
le
Le 15 , les Comédiens François repréfenterent
la Tragédie d'Andromaque , de feu Racine , & la
petite Comédie de Zenéide , de M. de Cahufac. Ils
ont repréfenté le 20 la Comédie des Femmes Sca
Dantes , & celle du Florentin.
Leurs Majeftés affifterent le 15 & le 21 au Sermon
de Dom Jean-Bernard. Senſaric , Religieux
Bénédictin de la Congrégation de Saint Maur.
Le is , le 18 & le 21 , leurs Majeftés fouperent
an grand couvem .
.
Les Comédiens Italiens jouerent le 21 les Cou
ronnes & la Frivolité.
" Le 22 on fit la Proceffion
folemnelle
qu'on a
coûtume
de faire tous les ans , en mémoire
de la
séduction
de cette Capitale
fous l'obéiffance
da
1. V
202 MERCURE DE FRANCE.
Henri IV. Le Corps de Ville y affifta felon l'ufage.
Le fixiéme Tirage de la Lotterie Royale s'eft,
fait le 27 & les quatre jours fuivans , dans la
grande Salle de l'Hôtel de Ville , en préſence des
Prevôt des Marchands & Echevins. Le principal ,
Lot eftéchu au N ° . 41717 , le Nº . 12379. a eu la
premiere Prime. Les Lots & les Primes feront
payés à l'ordinaire , chez M. Blondel de Gagny ,
Tréforier de la Caifle des Amortiflemens.
Depuis environ foixante ans , les trois Foires
Royales , qui étoient établies à Beaufort en Anjou
, & qui étoient des plus confidérables de certe'
Province , avoient ceffé de le tenir. Elles viennent
d'être rétablies. La premiere fut indiquée pour le
26 ; la feconde pour le 25 du mois de Juin prochain
, & la troifiéme pour le 7 Novembre. On
obfervera pour l'ordinaire à l'avenir , de tenir la
premiere le lendemain de la Fête de Notre- Dame
de Mars ; la feconde , le jour de Saint Jean - Bap . ,
rifte , & la derniere , le Mercredi d'avant la Foire
de la Saint Martin , établie à Angers . Il n'y aura
de changement que lorfque la Fête de la Vierge
arrivera le Samedi , ou celle de Saint Jean Baptifte
le Dimanche ; alors la Foire fera remife au
Lundi fuivant. Ces Foires qui feront franches ,
font deftinées principalement pour le commerce
des Beftiaux .
Plufieurs Lettres font l'éloge d'un Cabinet de
Curiofités Hydrauliques qui fe voit à Bouchain ,,
Ce Cabinet renferme près de cent machines , toutes
differentes par le méchanifme , inventées &
exécutées par M. Laurent , Directeur des Ponts &
Chauflées de la Ville . Elles font rangées dans une
Salle conftruite exprès , & elles y font placées dans
un ordre relatif à leurs divers effets . Les mêmes
MA I. 203 1753-
Lettres affurent que M. Laurent n'a jamais eu
d'autre maître que fon génie.
La Reine communia le 25 , par les mains de
L'Evêque de Chartres , fon Premier Aumônier.
Le lendemain , Fête de l'Annonciation de la
Sainte Vierge , le Roi & la Reine , accompagnés
de la Famille Royale , entendirent le matin après
la Meffe , les Vêpres chantées par la Mufique , aufquelles
l'Abbé Gergoy , Chapelain de la Chapelle-
Mufique , officia , & l'après - midi , la Prédication
de Dom Jean- Bernard Senfaric , Religieux Béné
detin de la Congrégation de Saint Maur.
Leurs Majeftés ont affifté le 23 & le 28 au Sermon
du même Prédicateur .
Le 23 , le 26 & le 28 , le Roi foupa chez la Reine
avec la Familie Royale.
ア
Madame Victoire fut faignée deux fois le 25
pour un rhume , dont elle étoit fort incommodée..
Heureufement fon indifpofition n'a point eu de
fuite , & elle a été purgée le 29.
La fanté de Madame Louife , qui a gardé pendante
quelque tems la chambre , eft entierement
rétablie .
..Le Marquis des Iffarts , Ambaffadeur du Roi à
Turin , ayant demandé au Roi ſon rappel , Sa Ma
jefté a nommé pour le remplacer dans cette Ambalfade
, le Chevalier Chauvelin , Lieutenant Général
de fes Armées , & fon Miniftre Plénipotentiaire
auprès de la République de Gênes.
Le Roi a nommé M. Ogier , Préſident Hono-
Faire au Parlement de Paris , fon Miniftre Plénipotentiaire
auprès du Roi de Dannemarck .
M. de Boullongne a obtenu du Roi la furvivance
de fa Charge d'Intendant des Finances ,"
pour M. de Boullongne , fon fils , Maître des Re
quêtes.
I vj
204
MERCURE DE FRANCE .
le
Le Collège de Navarre , établi dès le commen
cement du quatorziéme fiécle dans cette Capitale ,
eft un monument de l'amour de nos Rois pour
progrès des Lettres . Fondateurs de cette Maiſon
ils fe font portés dans tous les tems à la foutenir
par leur protection & par leurs bienfaits. Sa Majesté
ayant hérité des fentimens de fes Prédécelfeurs
, honore de la même attention tout ce qui
peut concerner l'intérêt des Sciences. En conféquence
, elle a jugé à propos de réunir en la perfonne
de M. Foucher les deux places de Principaux
qui étoient dans le Collége de Navarre , & -
d'affecter les revenus de celle qu'elle fupprime
à l'établiſſement d'une Chaire de Phyfique Expérimentale
dans ce Collége . On doit attendre d'autant
plus de fruit de cet arrangement , que le Roi
a choiſi lui - même pour remplir la nouvelle Chaire
, l'Abbé Nollet , de l'Académie Royale des
Sciences , de la Société Royale de Londres , de
l'Inftitut de Bologne , & ci- devant Maître de Phyque
de Monfeigneur le Dauphin. L'Abbé Nollet
commencera immédiatement après les Fêtes de
Pâques , à donner fes leçons publiques.
Depuis deux mois , il y a eu des enlevemens
confidérables de foyes gréges dans tout le Languedoc
, & celles des deux qualités fupérieures.
ont été vendues vingt pour cent plus cher qu'elles
me l'avoient été à Alais pendant la derniere Foire
de la Saint Antoine. Le grand débit qui s'eft fait
de cette marchandiſe , la rendue très- rare. Il en
eft de même des organfins en Piémont. On attend
par cette raifon avec grande impatience la
nouvelle récolte de foye , fur laquelle on ne peut
établir un prognoftic certain que vers leto du mois
de Juillet , l'ufage étant en France , comme en
Italie , de ne faire couver la graine des vers qu'a
près la Semaine Sainte.
MAI. 1753. 205
Suivant les avis reçus de Bourdeaux , le Navire
le Duc de Penthievre , Capitaine de Labe , venant
de l'ifle Saint-Domingue , a touché avec tant de
force fur la pointe du grand Banc , en fe préfen
tant pour entrer dans la riviere , qu'il a perdu fon
gouvernail & les ancres , à l'exception d'une feule.
La marée & le vent ayant porté bientôt ce-
Bâtiment au large , toutes les manoeuvres qu'on
fit ne purent empêcher qu'il ne fût jetté contre la
côte d'Arcaffon , à huit lieues de Bourdeaux.
Comme le naufrage étoit inévitable , les Officiers
& l'équipage gagnerent la terre dans le Canot &
dans la Chaloupe. Sur le compte que l'on renditde
ce défaftre à M. Lavau de Gajon , chargé du
détail de la Marine à la Tête de Bufch , cet Offcier
imagina des moyens fi bien entendus , &
donna des ordres fi prompts & fi juftes pour leurexécution
, que le Navire , nonobftant fon éloignement
& les difficultés que les Pilotes du lieu
trouvoient pour le fauver , a été tiré de danger ,
& conduit heureufement dans le Baffin d'Arcaflon.
Cet événement eft d'autant plus remarquable ,
que cette côte a toujours été l'écueil de tous les
Vaiffeaux qui ont eu le malheur d'y tomber . Les
mêmes Lettres ajoûtent que le Navire le Duc de
Penthievre , auquel l'accident dont on vient de
parler , étoit arrivé à la fin de l'année derniere ,
eft entré le 15 Mars dernier dans le Port de Bour.
deaux.
Le Roi , qui étoit allé le 29 au Château de-
Choify, revint à Versailles le 31,
Le 30 , la Reine entendit la Prédication de Dom
"Jean-Bernard Senfaric.
Le premier Avril , quatriéme Dimanche da
Carême , leurs Majeltés , accompagnées de la-
Eamille Royale , affifterent au Sermon du même
206 MERCURE DE FRANCE.
Prédicateur , & au Salut chanté par les Miffion
naires.
Le même jour , le Roi déclara qu'il donnoit,
fon confentement au mariage de Louis- Jofeph de
Bourbon , Prince de Condé , Prince du Sang , Pair :
& Grand-Maître de France , avec Charlotte - Godefride
- Elizabeth de Rohan - Soubife , fille de
Charles de Rohan , Duc de Rohan- Rohan , Prince
de Soubife , Pair de France , Lieutenant Général
des Armées du Roi , Capitaine-Lieutenant de la
Compagnie des Gendarmes de la Garde de Sa
Majefté , & Gouverneur de la Flandre Françoife
& du Hainault ; & d'Anne - Marie - Louiſe de la
Tour d'Auvergne de Bouillon , morte le 19 Septembre
1739.
Leurs Majeftés foupetent le foir au grand cou-.
vert avec la Famille Royale.
La Comtelle de Revel & la Marquife de Bar-.
bantane , furent préfentées le même jour au Roi
& à la Reine.
Le même jour , le Marquis de Segur prêta fer-,
ment de fidélité entre les mains du Roi pour le
Gouvernement de Foix , Donezan & Andore . Il
prêta auffi ferment pour une des Charges de Lieu .
tenans Généraux du Gouvernement de Champagne
& de Brie.
Le Roi a accordé au Marquis de Saint - Jal ,
Lieutenant Général de fes Armées , & premier.
Lieutenant des Gardes du Corps dans la Compa❤
gnie de Villeroy , de Gouvernement des Ville &
Citadelle de Mezieres , vacant par la mort du Mar )
quis de Grammont .
Le Marquis de Saint -Jal , ayant remis fa Lieutenance
des Gardes du Corps , le Roi a difpofé de
la Brigade qui vaque dans la Compagnie de Villroy
par cette demiffion , en faveur du Marquis
M. A I. ·1753. 207
de Montigny , Maréchal des Camps & Armées de
Sa Majefté , & premier Exempt de la même Com
pagnie , lequel avoit Brevet d'Enfeigne.
Le Roi a fait Brigadier d'Infanterie M. de
Courcy , Colonel du Régiment de Tournaifis , &
Commandant les troupes de Sa Majesté en Corle.
La Ducheffe d'Orléans a nominé la Marquife
de Barbantane , pour être une de fes Dames de
Compagnic.
On a prend de Befançon , que M. d'Oxiron ,
Médecin , a inventé une nouvelle machine pour
faire jouer les pompes dans les incendies machi
ne fi fimple qu'il fuffit d'un homme pour la faire
agir . L'épreuve en a été faite avec tout le fuccès
poffible dans le Palais de Graovelle , en préfence
de l'Intendant de la Province , & des perfonnes les
plus confidérables de la Ville .
Leurs Majeftés , accompagnéés de la Famille.
Royale , entendirent le 6 & le 8 le Sermon de
Dom Jean- Bernard Senfaric . Le 8 , après la Prédication
, elles affifterent au Salut , chanté par
Miffionnaires.
les
Le Roi partit le 9 pour le Château de Choily ,
d'où Sa Majesté eft revenue le 12.
lly eut Concert le 7 chez Madame la Dauphi
ne , & la Reine y affifta . On y chanta le Prolo
gue & le premier Acte du Ballet intitulé : les Ca- ,
racteres de la Folie , dont les paroles font de M.
Duclos , Hiftoriographe de France , & l'un des
Quarante de l'Académie Françoife ; & la Mufiques
de M. de Bury , Sur- Intendant & Maître de la
Mufique de la Chambre , en furvivance.
M. de Berigny , Ecuyer du Roi , & Capitaine
de Cavalerie , & M. Menard de Clefle , Cornette
de la Cornette Blanche , ont obtenu les deux pla
ces d'Exempts qui vaquoient dans les Gardes du
Corps,
208 MERCURE DE FRANCE
Sa Majefté voulant établir l'uniformité dans le
fervice que les Troupes d'Infanterie doivent faire
en campagne, ainfi qu'elle l'a établie précédemment
pour le fervice dans les Places ; elle a donné
une Ordonnance datée du 17 Février , laquelle
fixe tout ce qui doit être obfervé par rapport au
premier de ces fervices .
Le 12 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens vingt livres , & les Billets
de la feconde Lotterie Royale à fix cens dix-neuf.
Ceux de la premiere Lotterie Royale n'ont poin
de prix fixe.
NAISSANCE
L
MARIAGES
& Morts.
E 3 Février , Dame Marie- Louife de la Garde;
époufe de François- Camille , Marquis de
Folignac & de Monpipeau , eft accouchée d'une
fille qui fut baptifée le du même mois dans l'E
glife Paroiffiale de la Magdelaine de la Villel'Evêque
, & nommée Henriette - Zephirine . Elle
fut tenue fur les fonts par la Ducheffe d'Orleans,
& par le Prince de Conti . Voyez les Tablettes
hift . II. Partie , page 253.
Meffire Charles- François de Maillé de la Tour-
Bandri , Baron de Gaftines , fils unique de Meſhire:
Charles Henri de Maillé la Tour- Landri , Marquis
.de Jalefne , Colonel d'infanterie , aîné &
chef de la Maifon de Maillé , a épousé le premies
Février Marie Henriette de Maillé la Tour- Lan
dri , fa coufine , fille de Meffire Charles - Louis da
Maillé , Comte de la Tour- Landri , Baron d'An
trafic. Ils ont reçu la Benediction nuptiale dans
MAI. 1753. 200
La Chapelle du Château d'Antrafme , près de
Laval .
Le 26 , Meffire Gabriel le Prêtre , Marquis de
Vauban , Capitaine de Grenadiers au Régiment du
Roi , avec Commiffion de Colonel d'Infanterie ,
époufa à Neuville- les- Dames, près de Mâcon , De
moifelle Marie Victoire de Beaurepaire , fille du
Marquis de ce nom . Le Marquis de Vauban eft petit-
neveu du feu Maréchal de Vauban , & fils du
feu Comte de Vauban , Lieutenant Général des Armées
du Roi , & Gouverneur de Bethune . Voyez
les Tablettes hift . IV . Part. page 318 .
Blanche Alphonfine - Octavie- Marie -Françoile
de Saint- Severin d'Arragon , époufe de Cafimir
'Egmont Pignatelli , Marquis de Pignatelli ,
connu ci devant tous le nom de Duc de Bifaccia
ou de Bifache , Brigadier de Cavalerie & Meftre
de - Camp du Régiment de Cavalerie d'Egmont
mourut en cette Ville le 20 Janvier , âgée de 16
ans & demi. Elle étoit fille du Comte de Saint-
Severin d'Arragon , Chevalier des Ordres du Roi,
Miniftre d'Etat , & ci devant premier Miniftre
Plénipotentiaire de Sa Majefté au Congrès d'Aix
la - Chapelle.
Louife Benedictine de Bourbon Condé, Ducheffe
du Maine , eft morte en certe Ville le 23 ; elle étois
âgée de foixante-feize ans deux mois & quinze
jours , étant née le 8 Novembre 1676. Cette
Princeffe étoit fille de Henri - Gilles de Bourbon ,
Prince de Condé , premier Prince du Sang , &
& d'Anne Palatine de Baviere . En 1692 , elle
avoit épousé Louis- Augufte de Bourbon , Duc du
Maine , Prince légitimé de France , Prince Sou
verain de Dombes , Comte d'Eu , Duc d'Aumale,
Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant Géné
210 MERCURE DE FRANCE .
ral des armées de Sa Majefté , Colonel Général
des Suiffes & Grifons , Gouverneur pour Sa Majefté
dans les Provinces du Haut & Bas Languedoc
, Grand - Maître & Capitaine Général de l'Artillerie
de France , mort le 14 Mai 1736. De ce
mariage étoient nés fept enfans , tant Princes
que Princeffes, Les feuls qui reftent font Louis-
Augufte de Bourbon , Prince Souverain de Dombes
, Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant
Général des armées de Sa Majeſté , Colonel-
Général des Suifles & Grifons , & Gouverneur de
Languedoc , né le 4 Mai 1700 , & Louis Charles
de Bourbon , Comte d'En , Chevalier des Ordres
du Roi , Lieutenant Général de fes armées , Gou.
verneur de la Province de Guyenne , Grand-
Maître & Capitaine-Général de l'Artillerie de
France , né le 15 Octobre 1701 .
Le même jour , la nommée Jeanne Candar ,
veuve de Jacques le Magnan , mourut à Cher,
bourg dans fa centième année .
Le même jour fut enterré à Saint Paul M. Ni.
colas Bouçot de Judinville , Seigneur de Douy ,
&c. Confeiller , Secrétaire du Roi , Garde des
Rôles en furvivance des Offices de France , décédé
aue du Roi de Sicile .
M. Claire François Defnotz de Villermont
Abbé de l'Abaye de la Noë , Ordre de Citeaux ,
Diocéfe d'Evreux , mourut en fon Manoir Abba.
jal de Morand le 26 , âgé de 70 ans .
Demoiselle Marie- Louife de Mérode , Marquife
de Trelon , fille de feu M. Louis , Comte de Mé
rode , Lieutenant Général des armées du Roi , & de
Dame Grace de salcédo , eft morte à Douai.
Le 31 Janvier fut enterré à Saint Louis , Meffire
François Ginefte , Préfident Honoraire en la Cour
des Monnoyes , & Ancien Commiffaire du ConMA
I. 1753.
211
feil , décédé rue & Ile Saint Louis , âgé de S
ans.
Le , premier Février , Anne de Silvecane , veuve
de Meffire Claude Butteau , Préfident des Tréforiers
de France , morte âgée de 87 ans , fut préfentée
à Saint Eustache , & transportée aux Petits
Peres de la Place des Victoires.
Le 2 Février eft décédé à l'âge de 81 ans , Meffire
Jofeph- Joachim - François Doujat , Chevalier ,
Seigneur d'Arcueil en partie , & des Fiefs des Arcs.
& Danjon , Confeiller Honoraire au Châtelet,
-Sa famille d'extraction noble & originaire de
Berry , qui , au rapport de Catherinot , avoit porté
les armes fous les Rois Charles VII . & Louis XI .
vint s'établir à Paris au commencement du feiziéme
fiécle , où elle a rempli depuis differentes
places dans la Magiftrature. La Charge d'Avocat
Général du Grand Confeil fut créée en 1527 pour
un Louis Doujat , petit- fils d'Adam Fumée , Garde
des Sceaux de France , d'où fucceffivement font
fortis deux Confeillers de la Cour des Aydes , un
Confeiller au Grand Confeil , & cinq Confeillers.
au Parlement ; le dernier defquels eft mort en
1710 , ayant été Doyen du Parlement pendant 16
à 17 ans.
Depuis près de trois fiécles , cette famille s'eft.
alliée , anciennement avec celle des Tudert . Fumée ,
Molé , Montholon & Briçonnet , avec quantité
d'autres diftinguées dans la Robe ; & en dernier.
Heu avec celle des Talon , Bignon , Phelypeaux
de Pontchartrain , Joly de Fleury , ainfi qu'avec la
branche de Lamoignon , d'où fort M. le Chance
lier d'aujourd'hui .
M. de Maupeou , qui depuis 1743 eft Chef &
Premier Préfident du Parlement , étoit neveu , à la
mode de Bretagne , par - Françoife Doujat , fom
212 MERCURE DE FRANCE
ayeule , de celui qui donne lieu à cet article.
Le pere de M. Doujat étoit François Doujat
Maître d'Hôtel ordinaire du Roi. H avoit eu pour
frere Jean Doujat , mort Doyen du Parlement ,
& pour foeur Françoife Doujat de Maupeou .
Sa mere étoit Magdelaine Tiraqueau , arriere.
petite fille du célébre Addré Tiraqueau , mis au
rang des Hommes illuftres du feiziéme fiécle , &
Confeiller és Parlemens de Bordeaux & de Paris
fous François I. & Henri II. & coufine germaine
de Françoife Tiraqueau , Comtefle de Neuillan
mere de Mefdames la Maréchale de Navailles &
la Comteffe de Froulay.
En luiseft éteinte la branche des Doujat de Paris:
La puînée labfifte encore à Toulouſe , où dès
1483 elle a donné un Procureur Général , & fucceffivement
fix Confeillers au Parlement , & à la
Ville plufieurs Capitouls perpétuels , ainfi que l'attefte
la Faille dans les Annales de Languedoc.
M. Doujat a laiffé pour feul & unique héritier
Jean- Jofeph le Boindre , Confeiller au Parlement,
fils de fa fceur Matie Françoife Catherine Doujat ,
& de Jean Baptifte- François le Boindre , mort
Sous Doyen de la même Compagnie en 1742 ,
lequel étoit fils de Jean le Boindre , Doyen du Par
lement és années 1692 & 1693 .
Mefire Jean- Jacques de Gomer de Luzanci ,
Chanoine Honoraire de l'Eglife Métropolitaine de
Paris , eft mort le même jour âgé de 86 ans.
Meffire Jacques Savalette , Confeiller honoraire
au Grand Confeil , Abbé de l'Abbaye de Neaufe .
le-vieux , Ordre de S. Benoît , Diocéfe de Chartres
, Vifiteur Général des Carmelites de France
Chanoine honoraire de l'Eglife Métropolitaine de
Paris , & ci- devant Doyen du Chapitre de S. Germain
l'Auxerrois , mourut le 4 dans la 69 année,
MAI. 1753: 213
CERTIFIC AT de M. le Chevalier de
Caumontel , fur l'efficacité du Bechique
fouverain , ou Sirop pectoral du fieur Valade
,, qui demeure rue Montorgueil , is
côté de la rue Tiquetonne , chez M.Chodot
, Teinturier , à Paris .
D Elissé radicalement
D'un dangereux étouffement ;
J'attefte par reconnoiffance ,
Sans intérêt ni ſuffiſance ,
Que le Bechique fouverain ,
De moribond m'a rendu fain.
Des enfans de Venus , de Mars & de Minerve
foutient la vigueur , la valeur & la verve ;
Il calme le fang agité ,
Sins nuire à la vivacité.
11 eft auri de la poitrine
Il détruit toute humeur chagrine ,
Abbat les vapeurs du cerveau ,
Le remplit d'un efprit nouveau,
Lorsque l'appétit abandonne .
peu de tems il le redonne ;
Il porte le corps au fommeil,
Et le ranime à fonéveil.
C'est un reméde fpécifique ,
Flaneus , anodin , pacifique ,
~214 MERCURE DE FRANCE.
Propre à guérir nombre de maux ,
Sans jamais troubler le repos .
Son Auteur vigilant , nommé Claude Valade ,
Ne fait point pour le gain , déperir fon malade :
Par tout , à jufte titre , il doit être vanté ,
Puifqu'avec fon Sirop , il donne la fanté.
CALCUL du paffage prochain de Mercure
fur le Soleil , felon les Tables de M.
Hallei . Par M, Pingré , de l'Académie
de Rouen.
E6 Mai au matin , à 3 heures 9 minutes 28
•
Méridien de Paris.
...
Sortie en S du difque du Soleil , à 10 heures 55
minutes 27 fecondes ; la plus petite diſtance des
centres a dégté 1 minute 39 fecondes , à 6 heu
res 57 minutes 25 fecondes du matin.
MA
...
S
MA I. 1753.
2x5
FAUTES à corriger dans le Mercure
d'Avril.
P
Age 134 , ligne penultiéme , après le mot pa
racentrique , ôtez qui.
Page 135 , ligne 1. après le mot perimetrique,
ajoûtez qui.
Ibid. ligne 25 , mutation , lifez nutation.
Ibid. ligne 29 , l'arc , lifez l'axe.
Page 138 , ligne 14. planches , lifez Planetes:
Page 139 , ligne 12. J'évite , lifez J'invite .
Page 140 , ligne 28. s'oppoferent , lifez s'operent.
J
APPROBATION.
'Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier
, le Mercure de France du mois de Mai.
A Paris , le 1 Mai 1753 .
LAVIROTTE.
TABL E.
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe.
Les monumens publics. Poëme , 3
Suite de la Differtation hiftorique & critique fur
l'invasion d'Attila , Roi des Huns , dans les
Gaules ,
Réflexions fur cette Piéce ,
Epitre à M. ** fur fon mariage ,
14
33
36
Leure à l'Auteur du Mercure fur les Traductions
214 MERCURE DE FRANCE .
Propre à guérir nombre de maux ,
Sans jamais troubler le repos.
Son Auteur vigilant , nommé Claude Valade ,
Ne fait point pour le gain , déperir fon malade :
Par tout , à jufte titre , il doit être vanté ,
Puifqu'avec fon Sirop , il donne la ſanté.
CALCUL du paffage prochain de Mercure
fur le Soleil , felon les Tables de M.
Hallei. Par M. Pingré , de l'Académie
de Rouen.
E-6 Mai au matin , à 3 beures 9 minutes 28
Lfecondes , mate de Mercure enE. as
Méridien de Paris.
Sortie en S du difque du Soleil , à 10 heures ss
minutes 27 fecondes ; la plus petite diftance des
centres a dégré 1 minute 39 fecondes , à 6 heu
res 57 minutes 25 fecondes du matin .
I
M
...
S
MA I. 1753.
FAUTES à corriger dans le Mercure
d'Avril,
Page 134 , ligne penultiéme , après le mot pa-
Page 135 , ligne 1. après le mot perimetrique
ajoûtez qui.
Ibid. ligne 25 , mutation , lifez nutation .
Ibid. ligne 29 , l'arc , lifez l'axe.
Page 138 , ligne 14. planches , lifez Planetes:
Page 139 , ligne 12. J'évite , lifez l'invite.
Page 140 , ligne 28. s'oppoferent , lifez s'operent.
·J
APPROBATION.
'Ai lû , par ordre de Monfeigneur le Chance
lier , le Mercure de France du mois de Mai.
A Paris , le 1 Mai 1753 .
LAVIROTTE.
TABLE.
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe.
Pes monumens publics . Poème ,
3
Suite de la Differtation hiftorique & critique fur
l'invafion d'Attila , Roi des Huns , dans les
Gaules ,
Réflexions fur cette Piéce ,
Epitre à M. fur fon mariage ,
14
33
36
Leure à l'Auteur du Mercure fur les Traductions
276
en Vers ;
Traduction libre du fecond choeur de la Troade
de Seneque ,
44
Imitation de l'Epigramme 57 du 11 Livre de Martial
, 45
Traduction de l'Epigramme 22º du premier Livre
,
Retraite Philofophique ,
Seconde Lettre fur l'Imprimerie,
45
47
52
Epitre à M. D. D. L. G. de S. V. Maître des Requêtes,
Lettre far un petit écrit de M. Pafchal ,
La Rofe & l'Enfant , Fable.
Lettre de M. Mufard à Mr Jallabert ,
74
79
84
86
93
94
97
Mots de l'Enigme & des Logogriphes du Mercure
d'Avril ,
Enigmes & Logogriphes ,
Nouvelles Litteraires ,
Affemblée publique de l'Académie de Beziers , r
Beaux- Arts . Seconde Lettre de M. Geoffroy ,
M. P. le Roy , & c.
Romance de Titon & l'Aurore ,
Spectacles ,
Lettre à l'Auteur du Mercure ,
Nouvelles Etrangeres ,
127
151
ibid.
170
France. Nouvelles de la Cour de Paris , &c . 188
Nafance , mariages & morts , 211
Certificat en vers de M. le Chevalier de Caumontel
, fur l'efficacité du Bechique du S. Valade , 213
Calcul du paffage Mercure de fur le Soleil ,
Fautes à corriger dans le Mercure d'Avril ,
La Chanfor notée doit regarder la page 151.
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
214
215
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI
JUI N. 1753 .
PREMIER VOLUME.
BY
SPARGAR
IGIT
UT
Chez
A PARIS ,
La Veuve PISSOT , Quai de Conty
à la defcente du Pont-Neuf.
CHAUBERT , rue du Hurepoix.
JEAN DE NULLY , au Palais.
DUCHESNE , rue Saint Jacques,
au Temple du Gout.
M. DCC. LIII.
Avec Approbation & Privilege du Roi,
A VIS.
'ADRESSE du Mercure eft à M. MERIEN
L Commis au Mercure , rue des Foffez S. Germain
l'Auxerrois , au coin de celle de l'Arbre -ſec , pour remettre
à M. l'Abbé Raynal.
Nous prions très-inflamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le port ,
pour nous épargner le déplaifir de les rebuter , &à eux
celu de ne pas voir paroîtrè leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays Etrangers ,
quiſouhaiteront avoir le Mercure de France de la premiere
main, plus promptement , n'auront qu'à
écrire à l'adreffe ci - deffus indiquée.
On l'envoye auffi par la Pofte , aux perſonnes de Province
qui le defirent , les frais de la pofte ne font pas
confiderables.
On avertit auffi que ceux qui voudront qu'on le porte
chez eux à Paris chaque mais , n'ont qu'àfairefçavoir
leurs intentions , leur nom & leur demeure, audit fieur
Merien,Commis au Mercure; on leur porterale Mercure
très- exactement , moyennant 2 1 livres par an , qu'il
payeront , fçavoir , 10 liv. 10f. en recevant leſecond
volume de Juin , & 10 l. 10 ſ. en recevant le ſecond
volume de Décembre. On les fupplie inftamment de
donner leurs ordres pour que ces payemens foientfaits
dans leurs tems.
à
On prie aufficles perfonnes de Province , qui en
envoye le Mercure par la Pofte , d'être exactes à faire
payer au Bureau du Mercure à la fin de chaque femeftre
,fans cela on feroit hors d'état de foutenir les
avances confidérables qu'exige l'impreſſion de cev
ouvrage.
On adreſſe la même priere aux Libraires de Province.
On trouvera le fieur Merien chez lui les mercridi
, vendredi , & famedi de chaque femaine.
PRIX XXX. SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROI.
JUIN.
1753 .
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
SONG E.
Ous qui neuve en l'art des foupirs ,
Plaifez fans fard , vivez fans chaines
Au gré des innocens défirs ,
Itis , fi de l'amour vous ignorez les
peines ,
Vous en ignorez les plaifirs.
Ce Dieu , des jours de votre aurore
Voit déja luire les plus beaux
Et vous compte , à regret encore
1. Vol. A
4
MERCURE
DE FRANCE
Autre part , que fous les drapeaux.
Si , quand on commence de plaire ,
On ne doit point tarder d'aimer ,
Vous devez tribut à Cythere ,
Iris , vous avez fçu charmer.
Timide , ému , baigné de larmes ,
J'ai fongé cette nuit , qu'en vous contant
art ,
Le pouvoir qu'avoient eu vos charmes
Sur un coeur ennemi du fard .....
Vous le dirai-je
même
>
fans
helas ! vous effuyiez vous
Les pleurs qui couloient de mes yeux ;
Et des tendres regards , des foupirs amoureux
Echappés malgré vous , plus que cent je vous aime,
Me décelcient des feux heureux,
O Dieux , que ces momens étoient délicieux !
Je voulois témoigner les tranſports & l'extafe
Du plus tendre difcours , lorfque l'amour l'embrafe
.
Mes mains , pour l'exprimer, reftoient fans mou
vement .
Ma voix me fervant foiblement
Ne laiffoit échaper , dans cette tendre yvreffe ;
Que ces mots qu'étouffoient des larmes d'allégrefle
;
Le doux plaifir , ... ô Dieux .... qu'aimer avec
retour !
Mon coeur n'a pu tenir contre tant de tendreffe ;
T
JUIN 1573.
Et l'excès de mon vif amour
Ne m'a laiffé qu'un excès de foibleffe .
Iris , daignez laiffer mon coeur
Dans les charmes d'un vain menfonge ;
Ou réalisez le bonheur
Qu'il favouroit dans ce doux fonge.
M.... D... D...
VERS D'UN F. M.
IRIS,
A IRIS.
Rrs , dont la délicateffe
Soumet l'amour aux fentimens ;
N'abule point de la tendreſſe
Du plus tendre de tes Amans.
Ceffe de tenter ma foibleffe ;
Bientôt l'amour , avec dépens
Gagneroit contre ma fageffe.
Tu preffes mon coeur , nuits & jours ;
'A trahir le fecret des Sages ,
Et tu lui fais autant d'outrages ,
Qu'il te voit prendre de détours .
Helas ! réſerve mes amours
A quelques plus tendres ufages.
Mon coeur fouffrant de tes foupirs ,
T'oppofe à regret ta maxime ,
De faire taire des défirs 2
A iij
MERCURE DE FRANCE
Autre part , que fous fes drapeaux .
Si , quand on commence de plaire ,
On ne doit point tarder d'aimer ,
Vous devez tribut à Cythere ,
Iris , vous avez fçu charmer.
Timide, ému , baigné de larmes ,
J'ai fongé cette nuit , qu'en vous contant fans
art ,
Le pouvoir qu'avoient eu vos charmes
Sur un coeur ennemi du fard .....
Vous le dirai-je
même
>
helas ! vous effuyiez vous
Les pleurs qui couloient de mes yeux ;
Et des tendres regards , des foupirs amoureux
Echappés malgré vous , plus que cent je vous aime,
Me déceloient des feux heureux.
O Dieux , que ces momens étoient délicieux !
Je voulois témoigner les tranfports & l'extafe
Du plus tendre difcours , lorfque l'amour l'embrale
.
Mes mains , pour l'exprimer, reftoient fans mou
vement .
Ma voix me fervant foiblement
Ne laiffoit échaper , dans cette tendre yvreffe ;
Que ces mots qu'étouffoient des larmes d'allégrefle
;
Le doux plaifir , ... ô Dieux .... qu'aimer avec
retour !
Mon coeur n'a pu tenir contre tant de tendreffe ;
T
JUIN I573. S
Et l'excès de mon vif amour
Ne m'a laiflé qu'un excès de foibleffe .
Iris , daignez laiſſer mon coeur
Dans les charmes d'un vain menfonge ;
Ou réalisez le bonheur
Qu'il favouroit dans ce doux fonge.
M.... D... D ...
VERS D'UN F. M.
A IRIS.
IR 13 , dont la délicateffe
IRIS
,
Soumet l'amour aux fentimens ;
N'abule point de la tendreffe
Du plus tendre de tes Amans.
Ceffe de tenter ma foibleffe ;
Bientôt l'amour , avec dépens ,
Gagneroit contre ma fageffe.
Tu preffes mon coeur , nuits & jours ;
'A trahir le fecret des Sages ,
Et tu lui fais autant d'outrages ,
Qu'ilte voit prendre de détours .
Helas ! réſerve mes amours
A quelques plus tendres ufages.
Mon coeur fouffrant de tes foupirs ,
T'oppofe à regret ta maxime ,
De faire taire des défirs₂
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Qu'on nepeut contenterfans crime
Par quelques inftans de plaifir
Tu rendrois mon coeur la victime
Des cruels & longs repentirs.
Ceffe des pleurs & des prieres ,
Dont mes lens font trop attendris ;
On ne peut dire qu'entre Freres
Comment nos Temples font bâtis
Qui dévoileroit leurs mysteres ,
Leur feroit perdre tous leurs prix.
Qu'il me fuffife de t'apprendre ,
Que l'amour y fuit la raiſon ;
Et qu'un amant difcret & tendre
Eft digne d'être t ... M...
Iris , fi ton défir s'irrite "
Et veut être plus fatisfait ;
Adieu , je fauve dans la fuite
Mon coeur, ma gloire , & mon ſecret,
Par le meme
JUIN. 17538
*HaHaHa73.62
%
SECONDE DISSERTATION *
Sur les Obélifques d'Egypte , particuliérement
fur ceux qui furent tranſportés
J
à Rome.
A 1 raffemblé dans ma premiere Differtation
, où je traite des Obélifques
Egyptiens , les fentimens des Anciens
fur les auteurs de ces célébres monumens ;
j'y ai rapporté ce qu'on fçait de ceux qui
furent tranfportés à Rome , & j'ai montré
qu'il n'eft pas poffible de découvrir , qui
font les Rois Egyptiens qui les avoient
fait tailler.
J'ai particulierement
obfervé dans la
même Differtatión , que cette impoffibilité
tombe également fur l'Auteur de l'Obélifci-
Cette feconde Differtation fur les Obélifques
d'Egypte , & la premiere fur le même fujet , qui
a été inférée dans le fecond volume du Mercure de
Juin 1752 , font l'une & l'autre de M. d'Origny ,
Chevalier de l'Ordre Militaire de Saint Louis ,
devant Capitaine de Grenadiers au Régiment de
Champagne . La Differtation où on examine un
paffage d'Hérodote , & qui fe trouve dans le
Mercure de Mai 1752 , eft encore du même
Auteur.
A iiij
MERCURE DEFRANCE.
que qu'Augufte fit élever dans le champ
de Mars : quoique Pline prétende que
cet Obélifque doive être attribué à Séfoftris
. J'ai même été plus loin ; après
avoir montré qu'on ne peut fçavoir le
nom de l'Auteur de cet Obélifque du
champ de Mars , j'ai fait voir fur l'autorité
des paffages de Diodore , de Strabon ,
d'Ammien Marcellin , qu'il ne peut être
attribué à Séfoftris.
Mais comme , fur ce dernier article , je
n'ai point convaincu tous les partifans de
Pline , puifqu'ils ne font point contens
des autorités que j'ai empruntées des
Grecs , que même ils défaprouvent la préférence
que je donne à ceux ci fur l'opinion
de Pline , & qu'ils ne veulent l'abandonner
que forcés par de plus puiffans
motifs pour parvenir à montrer évidemment
que l'Obélifque du champ de Mars
n'eft point l'ouvrage de Séfoftris , j'examinerai
ici ,
1. Le dégré d'autorité des Hiftoriens
qui parlent des Obélifques.
II. Si Pline paroît inftruit du fujet qu'il
traite .
III. S'il a eu véritablement intention
d'attribuer à Séfoftris l'Obélifque du
champ de Mars.
IV . Enfin , je prouverai de nouveau que
JUIN... 1573.-
FObélifque du champ de Mars n'eft point
celui de Séfoftris.
I.
Dégré d'autorité des Hiftoriens qui parlent
des Obélifques.
Pour parler avec précifion des Obé--
lifques Egyptiens , j'ai particulierement :
confulté Herodote , Diodore de Sicile ,,
& Pline.
Herodote & Diodore embraffent l'Hiftoire
univerfelle , & ils deftinent l'un &
l'autre , un des livres de leurs Ouvrages à
l'Hiftoire particuliere des Egyptiens &
de l'Egypte , où ils avoient voyagé à deffein
de s'en inftruire..
Ces deux Hiftoriens voyageurs , après:
avoir fait connoître l'Egypte , détaillé fes :
productions , expofé le caractére , les.
moeurs , les ufages , les Loix de cette Nation
, donnent une idée des fciences aufquelles
les Egyptiens s'appliquoient , &
des Arts qu'ils exerçoient ; enfin ils décrivent
les monumens qu'ils ont vus en
Egypte , & entr'autres les Obélifques less
plus diftingués .
Regardons Pline comme un Philofophe,,
comme un Phyficien , & comme un Hiftorien
refpectable , dont la lumiere eft
sûre en une infinité de circonftances : j'aswale
même que fon autorité doit être
AY
10 MERCURE DEFRANCE.
d'un très-grand poids , mais il faut auffi
avouer qu'il eft plus ordinairement Hiſto -
rien de la Nature & des Arts en général ,
que des Nations & de leurs monumens ,
dont il ne parle fouvent que quand fon
fujet lui en fait naître l'occasion .
Après avoir parlé des pierres précieufes,
il entre dans le détail de celles qui fe tirent
des entrailles de la terre , des différens
marbres , de ceux qui font particaliers
à l'Egypte , enfin des efpéces de
marbres employés ordinairement pour les
Obélifques, à propos de quoi il donne une
idée de ces monumens.
La différence effentielle entre les vûes des
trois Hiftoriens nommés , doit , fans doute
, fubordonner l'opinion de Pline , à l'égard
des Obélifques , au fentiment des
deux anciens Voyageurs , qui avoient
l'Hiftoire pour principal objet ; & quand
je n'aurois point eu d'autre autorité , je
devois dans ma premiere Differtation préférer
, comme je l'ai fait , ce qu'ils en difent
à ce que Pline en rapporte.
Mais on reconnoit fenfiblement dans les
quatre Chapitres ( a ) , que nous allons
examiner , & où Pline traite des Obélifques
, qu'il n'étoit point fuffifamment inf
( a ) Pline , 1. 36. c. 8 , 9 , 10 , 11
JUIN. 1753. II
truit de fon fujet , qu'il n'y donne que
des extraits , faits avec négligence , de
diverfes relations très - hazardées , ou bien
qu'il s'étoit fié à des Mémoires très - peu
exacts , peut- être même très infidéles.
11 .
Si Pline paroît inftruit du fujet qu'il trame .
II. Pline ne cite que vingt & un Obélif
ques , cependant il y en avoit en Egypte
une quantité innombrable ( a ) . On ne
peut pas dire qu'il ne s'étoit arrêté qu'à
ceux qui furent tranfportés à Rome , puifqu'il
ne comprend dans ces vingt & un
que les deux ( b ) d'Augufte & celui de
Caligula , & lorfqu'il écrivoit , il y en
avoit dans cette ville un bien plus grand
nombre , les deux entr'autres qui furent pla
cés à l'entrée du tombeau d'Augufte.
D'ailleurs , il ne fuit point dans l'énumération
de ceux dont il parle , l'ordre
des tems où ils furent taillés . Il décrit l'O
bélifque de Nectancbo , qui régnoit en
2636. ( c) avant celui qu'il dit être du
Roi contemporain de Pythagore , qui
paffa en Egypte vers l'an 3450 ( d ) & ce
n'eft qu'après avoir décrit celui - ci , qu'il
( a ) Tac, ann. I. r. n. 6o. Am. Mar. 1 17. c. 4-
Str. 1. 17. p. 805. tous les Voyageurs modernes. 4
( b ) Pline , 1. 36. c. 9 , 10 , II..
( c ) Av . PEte:
vulg, 368, ( d ) Av . l'Ere vulg. 554.
A vj
MERCURE DEFRANCE.
parle d'un autre qu'il attribue au grand
Séfoftris , qui régnoit en 2513 , 146 L
ans avant l'Ere vulgaire , & qui connu
( a ) encore fous le nom de Cethofis &
d'Egyptus , l'eft également pour le frere
d'Armaïs , ou Danais qui paffa d'Egypte
à Argos dans le Péloponèſe.
De plus les noms que Pline donne aux
Rois , qu'il prétend avoir fait ériger des.
Obélifques , font prefque tous inconnus.
chez les Auteurs ( b ) qui avoient parlé
des Rois Egyptiens avant lui ; & comme
il ne cite point ces autorités , & que ces
noms ne fe trouvent point chez ceux qui
ont écrit ( c ) depuis , il eft impoffible de
découvrir où il les a pris .
Enfin , quoiqu'il rapporte quelques
traits hiftoriques , où il n'eft point d'accord
avec les Hiftoriens qui l'ont précédé ,
il n'entre cependant dans aucune difcuffion
critique : ayons y recours. La comparaifon
de fes paffages avec ceux des Hiftoriens
Grecs , en montrant combien il avoit
de connoiffance de l'Hiftoire des anciens
Egyptiens, fervira encore de nouvelle
peu
( a ) Her. 1. 2. c. 182. Diod . 1. s. p. 329. Edin
Rhodom. Apoll . 1. 2. Jofe . rep à App. 1. 1. n. 15
( b ) Herodote , Diodore Manethon , Eratof
thene , Jofephe , Strabon , & c.
(4 ) Africain , Eufebe , le Syncelle , &c,
JUIN. 1753. 13
preuve à la néceffité qu'il y a de lui préférer
ces derniers.
Le premier des Obélifques , dont Diodore
parle , avoit ( a ) été mis dans le
Temple de Thebes par Séfoftris , le Roi
le plus célébre des Egyptiens , à qui de
l'aveu de toute la Nation elle devoit
un ( b ) nombre infini de monumens pu .
blics & particuliers. Ce Prince avoit pu
concevoir l'idée de celui-ci , lorfqu'il fit,
la conquête de l'Afie . Sémiramis au rapport
de Ctefias ( c ) , avoit fait élever près
de Babylone un Obélifque de cent trente
pieds , enforte que PHiftoire particuliere.
de Séfoftris donne de la vraiſemblance à
L'opinion qui le fait , en Egypte , inventeur
des Obélifques . Au contraire le nom
de Mitrès , que Pline ( d ) donne à celui
qu'il prétend être le Roi auteur du premier
Obélifque , n'eft pas même connu
des Anciens .
Il faut encore obferver que le P. Hardouin
( e ) averti , que le nom de Mitrès
des anciennes éditions , qui cependant
n'ont pu être faites que fur des manufcrits.
( a) Diod. 1. 1. fec 2. p. 53. ( b ) Her . 1. 2. c .
208. Diod . 1. 1. fec . 2. p . 51. Str. 1. 17. p 804.
( c ) Diod . 1. 2. p . 100. ( d ) Pline , 1. 36. c . 3 .
( e ) Premiere note de la 14. fec, du 36º. liv. de
Pline.
14 MERCURE DE FRANCE
n'eft point dans ceux qu'il cite , & qu'il y
a Meftrès. Il adopte cette derniere leçon
fans en dire le motif; mais s'il faut lire
Meftrès , le paffage de Pline n'en eft que
plus fufpect.
Meftrès ( a ) eft l'ancien nom de l'Egypte
, & il n'y a point d'exemple que les
premiers Rois l'ayent porté. Ce nom dérive
de celui de Mefraïm , ou Menès Fondateur
de la Monarchie . Pline , ou les mémoires
qu'il a fuivis , ce qui doit être regardé
comme la même chofe , ne donneroit-
il pas le nom de Meftrès au Roi qu'il
propofe comme l'auteur du premier Obétifque
, pour en rendre l'origine commume
avec celle de la Monarchie ? cette conjecture
a au moins de la vraiſemblance ,
& doit faire fufpecter les mémoires dont
Pline s'eft fervi .
Il a déja été remarqué que Pline ne fuit
pas l'ordre chronologique dans l'énumération
qu'il fait des Obélifques : cela fait
voir que la defcription de ces monumens
ne l'occupoient pas particulierement ; il
n'en parloit en effet qu'en paffant . Il faut
donc avoir recours aux Hiftoriens , & toutes
les fois que ceux-ci lui font comparés ,
on trouve de nouveaux motifs de foupçon-
( 4 ) Syn. g. 93.
JUIN 1753 . 1-5
ner les mémoires auxquels il s'eft fié : en
voici un exemple.
Pline pour donner une idée des Obélif.
ques , dit que ce font ( a ) des blocs de
marbre d'une longueur prodigieufe dédiés
au Soleil , auffi tot après avoir dit qu'ils
étoient dédiés au Soleil , il ajoûte que Mitrès
, Roi de la ville du Soleil , c'eſt - à- dire
d'Héliopolis , où le Temple de cette
Divinité étoit conftruit , reçut en fonge
l'ordre de faire tailler le premier Obélifque
: & lorfqu'il cite celui de Nuncoréus ,
il rapporte ( 6 ) que ce fut après avoir recouvré
la vûe , que Nuncoréus fils de Sefoftris
dédia un Obélifque au même Temple
, fuivant les ordres de l'Oracle : c'eſtlà
précisément l'hiftoire ( * ) qu'Hérodote
& Diodore , d'accord entr'eux , avoient
raconté long -tems auparavant de l'origi
ne de l'Obélifque du fils de Sefoftris ; &
c'eft cette même ( c ) hiftoire que Pline
( a ) Pline , l. 36. c . 8. ( b ) I. 35. c. II.
( c ) Her. 1. 2. c. 111. Diod. l . 1. fec. 2. p . 54.
(*) Le fils de Séfoftris devenu aveugle par acci
dent ou par maladie , avoit inutilement , difent
Herodote & Diodore , recouru aux remédes &
imploré le fecours des Dieux , lorfqu'au bout de
dix ans l'Oracle l'avertit de faire voeu de dédier
deux Obélifques au Temple du Soleil à Héliopolis
: il recouvra en effet là vie , & fuivant l'ordre
qu'il en avoit reçu , il dédia à ce Temple deux
Obélifques de cent coudées de haut.
16 MERCURE DE FRANCE.
divife , pour en attribuer des circonstances
à Mitrès , & d'autres à Nuncoréus.
On vient d'obferver que , fuivant Pline,
l'Obélifque de Mitrès eft le premier qui ait:
été taillé ; & comme je l'ai fait voir dans.
ma premiere Differtation , Hérodote &
Diodore n'ont point connu d'Obélifque
taillé dans la baffe Egypte avant ceux du
fils de Séfoftris . Cette circonftance jointe
à la conformité qui fe rencontre entre ce
que Pline dit de Mitrès & de Nuncoréus ,
avec l'histoire qu'Herodote rapporte fousle
nom de Phéron , fils du grand Séfoftris ,
& Diodore fous celui de Séfoftris fecond ,
qu'il dit de même fils du grand Séfoftris ,
doit paroître fuffifante pour identifier Mitrès
, Phéron , Séfoftris fecond , & même
Nuncoréus .
Je n'ai point tiré cette conféquence
dans ma premiere Differtation , parce que
je n'avois alors d'autre but , que de mon
trer que l'Obélifque de Caligula n'eſt
point celui du fils de Séfoftris , & que je
n'entrois point dans la critique du paffage
de Pline. Après cette nouvelle remarque ,
ce paffage doit , comme je l'ai avancé
paroître extrait fur des mémoires très infi
déles .
Si Pline avoit fixé la hauteur de l'Obé .
lifque de Mitrès , comme il a déterminé
JUIN. 1753 17
celle de tous les autres , elle feroit vraifemblablement
la même que la hauteur
de celui de Nuncoréus : mais puifque j'ai
commencé à répandre du foupçon fur la
fidélité des autorités de Pline à l'égard des
Obélifques , je dois faire remarquer que
des vingt & un Obélifques dont il parle ,
il obferve la hauteur des trois qu'il dit
avoir vu à Rome , qu'il donne de même
la hauteur des dix - fept autres , & que le
premier de tous , celui qu'il prétend avoir
été taillé par Mitrès , eft le feul ( 4 ) qu'il ne
détermine point. N'eft - t on donc pas fondé
à penser que c'eft moins une omiffion
qu'une attention réfléchie , pour éviter de
mettre une nouvelle preuve d'identité entre
Mitrès & Nuncoréus.
On peut encore remarquer que le fils
de Séfoftris n'eft nulle part counu fous le
nom de Nuncoréus : Herodote ( b ) l'appelle
Phéron ; Diodore lui donne le nom
de Séfoftris fecond ; Africain & Eufébe
ceux de Raphacès ( c ) ou Rapcès . Ce Roi
pouvoit , il est vrai , en avoir un cinquiéme
; mais , je l'ai déja obfervé , les
noms que Pline attribue aux auteurs des
Obélifques , ne fe trouvent chez aucun
( a ) Pline , 1. 36. c. 8. ( b ) Her. 1. 1. c. 111
Diod. 1. 1. fec. 2. p . 54. ( c ) Syn . p . 72. 73 .
1
18 MERCURE DE FRANCE:
autre auteur ; & les variations qui ſe rencontrent
dans les Mss. fur plufieurs de ces
noms , rendent encore plus inutile tout
ce qu'on prétend tirer de Pline pour nous
inftruire fur l'hiftoire des Obélifques .
Le Pere Hardouin qui a examiné les
anciennes éditions & les Mss. fur le nom
de l'auteur de l'Obélifque du champ de
Mars , y a trouvé grand nombre de variations
( a ) . Il a de même trouvé pour le
pere de Nuncoréus des noms différens ,
tels que ceux de Séfofide , Séforide ; & M.
Bandini en a obfervé encore un plus grand
nombre dans les onze Mss. qu'il a confultés
(*), entr'autres celui de Riccardiano
qui eft du huitiéme ou neuviéme fiécle :
ce Manufc. donne le nom de Sochide à
( a ) Seiziéme note de la quinziéme ſec . du 36
1. de Pline .
(* ) M. Bandini a donné far l'Obélifque du
champ de Mars un Traité imprimé à Rome en
1750. in-fol. il a pour titre dell' Obelisco di Cefare
Augufo Scavato dalle rovine del campo Marze
commentario. La Traduction Latine eft à côté de
l'Italien,
M. Bandini apprend dans la préface , p . 16 ;
&c. qu'il a confulté jufqu'à onze Manufcrits $
que dans la plupart des plus anciens il manque
quelque chofe des chapitres 8 , 9. Cette circonftance
ne doit pas contribuer à donner une entiere
confiance au reſte de ces chapitres , non plus qu'à
ceux qui traitent de la même matiere .
JUIN. 1753 .
་ 9
l'Auteur de l'Obélifque du champ de
Mars , quoiqu'il nomme Sefofide le pere
de Nuncoréus.
Ces différences dans les noms de ce
Roi , foit quand il eft dit auteur d'un
Obélifque , ou lorfqu'on le donne comme
pere de Nuncoréus , doivent être imputées
fans doute à la négligence des Copiftes.
Mais fur quel fondement veut- on
que ce foit précisément le nom de Séfoftris
que les Copiftes auroient dû mettre
en tranfcrivant les paffages de Pline , &
que la faute ne foit pas de la part de ceux
qui ont employé ce nom de Sefoftris ?
Si l'on fait attention que des neuf
noms que Pline donne aux anciens Rois
-auteurs des Obélifques , c'eſt - à - dire à ceux
qui regnerent avant la conquête de Cambyfes
, le nom de Séfoftris , qui fe trouve
le pénultiéme , eft le feul que les Hiftoriens
ou Chronologiftes anciens ayent
rapporté ; il femblera au contraire plus
jufte de penfer que le nom de ce pénultiéme
auteur des Obélifques devoit être auffi
inconnu que les autres ; qu'il pouvoit y
avoir, ou Sochide , ou Sefotide, & c. & qu'on
y a fubftitué le nom de Séfoftris, parce qu'il
eft plus célébre , de même qu'on a ſubſtitué
dans quelques Mss.au nom de Mitrès
celui de Mestrès , qui femble indi18
MERCURE DE FRANCE:
autre auteur ; & les variations qui fe rencontrent
dans les Mss . fur plufieurs de ces
noms , rendent encore plus inutile tout
ce qu'on prétend tirer de Pline pour nous
inftruire fur l'hiftoire des Obélifques .
Le Pere Hardouin qui a examiné les
anciennes éditions & les Mss . fur le nom
de l'auteur de l'Obélifque du champ de
Mars , y a trouvé grand nombre de variations
( ) . Il a de même trouvé pour le
pere de Nuncoréus des noms différens ,
tels que ceux de Séfofide , Séfotide ; & M.
Bandini en a obfervé encore un plus grand
nombre dans les onze Mss. qu'il a confultés
( * ) , entr'autres celui de Riccardiano ,
qui eft du huitième ou neuviéme fiécle :
ce Manufc. donne le nom de Sochide à
(a ) Seiziéme note de la quinziéme fec. du 36
1. de Pline.
( * ) M. Bandini a donné far l'Obélifque du
champ de Mars un Traité imprimé à Rome en
1750. in-fol. il a pour titre dell' Obelisco di Cefare
Augufo Scavato dalle rovine del campo Marze
commentario. La Traduction Latine eft à côté de
l'Italien ,
M. Bandini apprend dans fa préface , p. 16 ;
&c. qu'il a confulté jufqu'à onze Manufcrits ;
que dans la plupart des plus anciens il manque
quelque chofe des chapitres 8 , 9. Cette circonftance
ne doit pas contribuer à donner une entiere
confiance au refte de ces chapitres , non plus qu'à
ceux qui traitent de la même matiere.
JUIN. 1753.
19
l'Auteur de l'Obélifque du champ de
Mars , quoiqu'il nomme Sefofide le pere
de Nuncoréus.
Ces différences dans les noms de ce
Roi , foit quand il eft dit auteur d'un
Obélifque , ou lorfqu'on le donne comme
pere de Nuncoréus , doivent être imputées
fans doute à la négligence des Copif
tes. Mais fur quel fondement veut- on
que ce foit précisément le nom de Séfoftris
que les Copiftes auroient dû mettre
en tranfcrivant les paffages de Pline , &
la faute ne foit pas de la part de ceux
qui ont employé ce nom de Sefoftris ?
que
Si l'on fait attention que des neuf
noms que Pline donne aux anciens Rois
auteurs des Obélifques , c'est - à- dire à ceux
qui regnerent avant la conquête de Cambyfes
, le nom de Séfoftris , qui fe trouve
le pénultiéme , eft le feul que les Hiftoriens
on Chronologiftes anciens ayent
rapporté ; il femblera au contraire plus
jufte de penfer que le nom de ce pénultiéme
auteur des Obélifques devoit être auffi
inconnu que les autres ; qu'il pouvoit y
avoir,ou Sochide , ou Sefotide , & c . & qu'on
y a fubftitué le nom de Séfoftris, parce qu'il
eft plus célébre , de même qu'on a fubftitué
dans quelques Mss.au nom de Mitrès
celui de Meftrès , qui ſemble indi20
MERCURE DE FRANCE .
quer le Fondateur de la Monarchie .
Pour reftituer ce paffage de Pline d'après
les Mss. & les anciens Hiftoriens , il
auroit fallu , fi l'on me permet de dire içi
mon avis , donner , felon le Manufc . de
Riccardiano , le nom de Sochide à l'auteur
de l'Obélifque du champ de Mars ,
& fubftituer le nom de Séfoftris à tous
ceux qui le trouvent pour le pere de Nuncoréus
, on a vu que Nuncoréus eft le
même que Phéron & Séfoftris fecond :
cependant cette feconde reftitution ne remedie
pas à tout le défordre de ce paffage
de Pline, où il convient que l'Obélifque du
fils de Séfoftris avoit cent coudées , & où
.néanmoins il affure que c'eft un Obélifque
entierement pareil à celui que Caligula fit
conduire à Rome , quoique l'Obélifque
de Caligula foit d'un tiers environ moins
grand .
Pour rétablir tout le défordre où Pline
a mis l'hiftoire des Obélifques , nous aurions
befoin de fecours , que vraifemblablement
nous n'aurons jamais. Mais après
être convenu qu'il n'y a nulle apparence
qu'il eût voulu abufer la poftérité , en
confidérant que l'hiftoire des Obélifques
eft hors d'oeuvre dans fon grand ouvra
ge , d'ailleurs très- refpectable , très- inftractif
& très intéreffant , il faut conve
JUI N... 21 1753
hir auffi qu'il a faifi fans examen les premiers
mémoires qui lui font venus fur ces
monumens , que Tes Copiftes ont encore
défigurés ce qu'il en rapporte , & que
dans l'état où eft cette partie de fon texte ,
il n'apprend rien qui ne doive faire préférer
ce que les Auteurs Grecs en difent.
Néanmoins , quoique les paffages de
Pline fur les Obélifques , tels qu'ils font
entre nos mains , ne puiffent avoir aucune
autorité , je pense qu'il eft convenable
d'examiner fi c'eft à lui feul qu'il faut imputer
la faute , qui dans les circonftances
préfentes intereffe le plus ; c'eſt- à - dire , s'il
eft bien conftant , qu'il ait voulu donner
le nom du grand Séfoftris à l'auteur de .
l'Obélifque qu'Augufte a élevé dans le
champ de Mars,
III.
Si Pline a en véritablement intention d'attri
buer à Sefoftris l'Obélifque du champ
de Mars.
Les Hiftoriens qui parlent de Séſoftris
, de ce Prince le plus célébre de toute
l'antiquité,lui donnent toujours quelqu'un
des titres , qu'il avoit fi glorieufement
mérité par la conquête de l'Afrique , de
l'Afie & des frontieres de l'Europe , &
par fes foins à procurer des avantages
fes fujets.
મે
22 MERCURE DE FRANCE.
Pline fçavoir ( a ) juſqu'où ce Conquérant
avoit pénétré avec fes armées ; il n'ignoroit
point que de retour dans fes Etats,
indépendamment d'un nombre infini de
monumens agréables & utiles , qu'il érigea
dans toutes les parties de l'Egypte ,
il avoit creusé des canaux pour la commodité
de fes fujets , & pour leur procurer
Fabondance il fçavoit encore que ce fuperbe
Roi , c'eft ainfi qu'il le caractérife '
( b ) , étoit dans l'ufage de faire traîner
fon char par les Rois qu'il avoit vaincus.
Pline étant donc fi bien inftruit de l'hiftoire
du grand Séfoftris , de ce Roi des
Rois , il doit paroître au moins fort extraordinaire
qu'ayant à célébrer l'entrepri
fe d'Augufte , & dans l'intention de faire
entendre que cet Empereur avoit tranfporté
à Rome un monument de ce grand
Roi, il fe foit bornéà dire fimplement que ?
l'Obélifque qu'Augufte éleva dans le champ
de Mars ( c) , étoit l'ouvrage deSéfoftris ,
fans ajoûter ni qualification , ni réflexion ,
En vérifiant les éditions de Pline , même
les plus anciennes, on trouve dans les trois
( * ) paſſages qui viennent d'être cités de
(a) Pl. 1.6 . c.29. (b ) Pl. 1.33.c. 3. (c) Pl . I. 36. c. 9.
(*) Pline parle du grand Sefoftris dans le 29 chapitre
du liv. 6. & il en parle encore en deux endroits
différens du 3. chapitre du liv. 33.
JUIN. 1753. 23
P'histoire du grand Séfoftris , que le nom
de ce célébre Roi eft le même nom de Sé.
foftris , que lui donnent les autres Hiftoriens
, & que c'eft feulement lorsqu'il
s'agit de l'Obélifque du champ de Mars
que ce nom n'eft plus le même .
Il faudroit examiner tous les Mss. connus,
particulierement ceux que M. Bandini
a vûs à Rome. Si les faits hiftoriques de ce
Roi font toujours fous le nom de Séfoftris
, s'il eft conftant , comme il y a toute
apparence , qu'il ne fe trouve aucune variation
fur ce nom dans les circonstances
historiques , quoique ces mêmes. Mss . employent
des noms differens , lorfqu'il s'agit
de l'Obélifque ; il faudra convenir que
le défordre de ce paffage , & la difficulté
de le concilier avec les Voyageurs Grecs s
viennent de ce que plufieurs des Copiftes
ont mal à propos inféré le nom de Séfoftris
dans leurs Mss. & de ce qu'on met
dans les autres Mss. ce nom qui ne devoit
pas y être en voici une efpéce de
preuve .
Pline au livre XXXIII , chapitre III ,
décline le nom de Séfoftris comme les
textes d'Hérodote , de Diodore , de Strabon
, &c. & de même que prefque tous les
Hiftoriens qui en ont parlé : il met à l'ablatif
victo Sefoftri ou Sefoftre , au lieu que
24 MERCURE DE FRANCE.
dans les paffages fur les Obélifques , il dit
à l'ablatif minor eft à Sefoftride , & au genitif
quemfecerat Sefoftridis filius. Puifque
le même écrivain obferve cette différence,
puifqu'elle fe trouve dans le même corps
d'ouvrage , on doit croire qu'il n'a pas
prétendu rendre le même nom ; enforte
qu'il eft au moins très - vraiſemblable que
dans les M'ss où on lit aujourd'hui Sefoftride
& Sefoftridis , & où on a cru voir le
nom de Séfoftris , ce n'étoit point celui
du grand Séfoftris que Pline y avoit mis ,
mais un nom qui y reffembloit , & qu'infenfiblement
en ajoûtant fauffe correction
à correction également fauffe , on s'eft
tellement rapproché du nom de Séfoftris ,
qu'enfin on a été en quelque façon fondé
à s'y méprendre .
Mais on a cru à Rome , difent les partifans
du paffage de Pline , lorfqu'Augufte
fit dreffer un Obélifque dans le
champ de Mars , que cet Obélifque étoit
l'ouvrage de Séfoftris ; je demande où font
les garans de cette opinion : les Hiftoriens
contemporains ne le difent point. Suetone
lui-même , qui écrit l'hiftoire particuliere
d'Augufte , ne le dit pas non plus , & cou
tes les apparences font , comme on vient
de le voir , que Pline n'a pas prétendu le
dire ; il n'y a donc rien de certain fur le
nom
JUI N..
1753 . 25
nom de l'auteur de cet Obélifque , & rien
ne détruit ce que les voyageurs Grecs en
difent , non plus que leurs fentimens fur
les Obélifques de Séfoftris .
Cependant , les mêmes partifans du texte
de Pline , qui ne négligent rien pour le
faire prévaloir tel qu'il eft aujourd'hui ,
voulant toujours lui donner la préférence
fur les auteurs Grecs , ont penfé que cette
élévation de deux cent cinq pieds , que
Diodore donne aux Obelifques de Séfoftris
, doit être regardée comme une exagération
, ou comme une faute de Copifte
: c'eft le point où ils s'arrêtent plus particulierement.
Ils comptent même tirer de là une preuve
de la néceffité de reftituer le paffage de
Diodore dans la facilité qui fe trouve à
faire cette correction . Les lettres numérales
, dit- on , qui fervent dans Diodore à
exprimer 120 coudées , reflemblent tant
à celles qui en exprimeroient 41 , qu'il
faut croire que Diodore avoit employé
ces dernieres , puifqu'au moyen de cette
reftitution , il fe trouve d'accord avec Pline
fur ce qui regarde la hauteur de l'Obélifque
qu'on voit actuellement dans le
champ de Mars.
Mais je demande fi au lieu des lettres
Grecques numérales qui forment 41 , on
1. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
n'auroit pas trouvé, fil'on en avoit eu éga
lement befoin , d'autres lettres numérales
,
qui faifant un nombre différent , euffent
cependant
également
reffemblé
à celles
que Diodore employe
pour exprimer
120
coudées , comme cela fe trouveroit
aflu
rément ; la reffemblance
du nombre Grec
41 avec le nombre Grec 120 , ne prouve
rien en faveur de la correction qu'on voudroit
faire paffer.
D'ailleurs eft- ce Diodore qu'il faut corriger
d'après Pline , dont les paffages démontrent
qu'il n'eſt point inftruir de fa
matiere , & qu'il travailloit fur des mé
moires très infidéles ; ou Pline qu'il faut
corriger d'après Diodore dont les Mss.ne
préfentent aucune variation fur les nombres
qui y qui y font exprimés ?
Ces nombres exprimés par Diodore ,
pour fixer la hauteur des Obélifques du
grand Séfoftris , font même juftifiés par
ceux qu'il employe en fixant la hauteur
des Obélifques de fon fils Séfoftris fecond :
ceux- ci qui avoient 100 coudées , comparés
avec ceux qui font à Rome , ne font
pas
moins que ceux de fon pere contre la
vraisemblance , fi en effet ils peuvent être
regardés comme exagérés : cependant ces
nombres qui marquent 100 coudées , qui
font les mêmes dans tous les manufcrits de
JUI N. 1753 27
Diodore, font auffi les mêmes fans aucune
variation , dans toutes les éditions & dans
les Mss . d'Hérodote ; bien plus Pline luimême
, comme nous l'avons déja vû , parle
d'un ( a ) Obélifque de cent coudées taillé
Nuncoréus .
par
Si les lettres numérales employées par
Diodore pour l'Obélifque du fils de Sé
foftris font conftatées par l'autorité de Pline
lui-même , par celle d'Hérodote , &
par l'uniformité des Mss . qu'on a de l'un
& de l'autre , pourquoi celles que Diodore
employe pour un nombre qui ne fort
pas davantage de la vraisemblance , ne fe
roient elles pas également authentiques ?
L'examen du paffage de Pline & la conformité
des nombres de Diodore avec ceux
d'Hérodote ,, pour fixer la hauteur des Obélifques
du fils de Séfoftris , doivent faire
fentir à ceux qui propofent la reftitution
du paffage de Diodore , combien elle eſt
contraire aux regles de la faine critique.
Il est encore un autre moyen dont ceux
qui s'attachent au fentiment de Pline , fe
fervent pour lui concilier des fuffrages.
Ce que Diodore rapporte , difent- ils , de
la hauteur des Obélifques de Séfoftris
fort de la vraisemblance , puifqu'on n'en a
(a) Pline 1. 36. c. 11.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE:
jamais vû de deux cent cinq pieds de hau
teur.
Il eft vrai qu'on n'a point vû à Rome
d'Obéliique de la hauteur de ceux dont
Diodore parle ; mais fi l'on veut que ce
foit une raiſon pour douter qu'il y en ait
eu en Egypte , il auroit fallu fur ce même
principe , lorfque le grand Conftantin
entreprit d'y faire paffer ( a ) celui que
fon fils Conftance éleva dans le grand cir
que , douter de fon exiftence , parce qu'il
eft d'un tiers environ plus haut que ceux
qu'Augufte avoit élevés cependant cet
Obélifque arriva à Rome , & il y eft en
core.
D'ailleurs quand il feroit refté en Egypte
, du tems d'Augufte , des Obélifques
tout entiers de la grandeur de ceux que
Diodore attribue à Séfoftris , cette grandeur
eût paru aux Romains un obſtacle
infurmontable à leur tranſport ; jugeonsen
par les difficultés que Pline affure qu'on
éprouva pour tranſporter à Rome ( b ) les
deux Obélifques qu'Augufte y fit conduire
, quoiqu'ils fuffent environ des deux
tiers moins grands que ceux de Séfoftris .
Mais il y a toute apparence que ces
très grands Obélifques ne fubfiftoient plas
( a) Am. Mar. 1. 17. C. 4.
(6 ) Pline. 1. 36. c. 9.
JUIN. 1753. 29
dans leur entier : ils n'auront pû réſiſter à
la fureur de ces conquérans , qui avoient
particulierement travaillé à détruire les
plus célébres d'entre les monumens qui
embeliffoient l'Egypte ; indépendamment
de ce que les plus grands Obélifques devoient
exciter davantage leur jalousie &
leur fureur , ils étoient les plus fragiles ;
on en trouve une preuve dans ceux qui
étoient à Rome : la plus confidérable partie
des plus grands a été brifée lorsqu'ils
furent rous renverfés dans les faccagemens ,
aufquels en divers tems cette Ville a été
exposée.
Il fuffit , enfin , de faire attention à l'état
où se trouvent les paffages de Pline
fur l'hiftoire des Obélifques , & aux apparences
, prefque même à la certitude
qu'il n'a point voulu attribuer au grand
Séfoftris l'Obélifque du champ de Mars ,
pour lui préférer dans la queftion préfente
l'autorité des voyageurs Grecs. On
trouve chez eux des preuves inconteſtables
, que l'Obélifque du champ de Mars
n'eft point l'ouvrage de Séfoftris ; c'eſt en
partie ce qui faifoit l'objet de ma premiere
Differtation fur ces monumens des
Egyptiens. Qu'il me foit permis de rappeller
ici une partie de ces preuves que
j'ai déja données , pour y en ajouter de
Biij
20 MERCURE DE FRANCE.
.
quer
le Fondateur de la Monarchie .
Pour reftituer ce paffage de Pline d'après
les Mss. & les anciens Hiftoriens , il
auroit fallu , fi l'on me permet de dire içi
mon avis , donner , felon le Manufc. de
Riccardiano , le nom de Sochide à l'auteur
de l'Obélifque du champ de Mars
& fubftituer le nom de Séfoftris à tous
ceux qui le trouvent pour le pere de Nuncoréus
, on a vu que Nuncoréus eft le
même que Phéron & Séfoftris fecond :
cependant cette feconde reftitution ne remedie
pas à tout le défordre de ce paffage
de Pline , où il convient que l'Obélifque du
fils de Séfoftris avoit cent coudées , & où
néanmoins il affure que c'eft un Obélifque
entierement pareil à celui que Caligula fit
conduire à Rome ,, quoique l'Obélifque
de Caligula foit d'un tiers environ moins
grand.
Pour rétablir tout le défordre où Pline
a mis l'hiftoire des Obélifques , nous aurions
befoin de fecours , que vraifembla.
blement nous n'aurons jamais. Mais après
être convenu qu'il n'y a nulle apparence
qu'il eût voulu abufer la poftérité
confidérant que l'hiftoire des Obélifques
eft hors d'oeuvre dans fon grand ouvra
ge , d'ailleurs très - refpectable , très - inftractif
& très intéreffant , il faut conve
JUIN.. 1753 21
hir auffi qu'il a faifi fans examen les premiers
mémoires qui lui font venus fur ces
monumens , que fes Copiftes ont encore
défigurés ce qu'il en rapporte , & que
dans l'état où eft cette partie de fon texte ,
il n'apprend rien qui ne doive faire préférer
ce que les Auteurs Grecs en difent.
Néanmoins , quoique les paffages de
Pline fur les Obélifques , tels qu'ils font
entre nos mains , ne puiffent avoir aucune
autorité , je penfe qu'il eft convenable
d'examiner fi c'eft à lui feul qu'il faut imputer
la faute , qui dans les circonftances
préfentes intéreffe le plus ; c'est- à - dire , s'il
eft bien conftant , qu'il ait voulu donner
le nom du grand Séfoftris à l'auteur de
l'Obélifque qu'Augufte a élevé dans le
champ de Mars.
III.
Si Pline a eu véritablement intention d'attribuer
à Sefoftris l'Obélifque du champ
,
de Mars.
Les Hiftoriens qui parlent de Séloftris
, de ce Prince le plus célébre de toute
l'antiquité,lui donnent toujours quelqu'un
des titres qu'il avoit fi glorieufement
mérité par la conquête de l'Afrique , de
P'Afie & des frontieres de l'Europe , &
par fes foins à procurer des avantages à
fes fujets.
"
22 MERCURE DE FRANCE.
Pline fçavoir ( a ) jufqu'où ce Conquérant
avoit pénétré avec fes armées ; il n'i-'
gnoroit point que de retour dans fes Etats,
indépendamment d'un nombre infini de
monumens agréables & utiles , qu'il érigea
dans toutes les parties de l'Egypte ,
il avoit creusé des canaux pour la commodité
de fes fujets , & pour leur procurer
Fabondance il fçavoit encore que cefuperbe
Roi , c'eft ainfi qu'il le caractérife '
( b ) , étoit dans l'ufage de faire traîner
fon char par les Rois qu'il avoit vaincus.
Pline étant donc fi bien inftruit de l'hiftoire
du grand Séfoftris , de ce Roi des
Rois , il doit paroître au moins fort extraordinaire
qu'ayant à célébrer l'entrepri
fe d'Augufte , & dans l'intention de faire
entendre que cet Empereur avoit tranfporté
à Rome un monument de ce grand
Roi, il fe foit bornéà dire fimplement que
l'Obélifque qu'Augufte éleva dans le champ
de Mars ( c), étoit l'ouvrage deSéfoftris ,
fans ajoûter ni qualification , ni réflexion ,
En vérifiant les éditions de Pline , même
les plus anciennes, on trouve dans les trois
( * ) paffages qui viennent d'être cités de
(a) Pl. 1.6. c.29. (b ) Pl . 1.33.c. 3. ( c) Pl. I. 36. C. 9.
(*) Pline parle du grand Sefoftris dans le 29 chapitre
du liv. 6. & il en parle encore en deux endroits
différens du 3. chapitre du liv. 33.
JUIN. 1753.
23
.
T'hiftoire du grand Séfoftris , que le nom
de ce célébre Roi eft le même nom de Séfoftris
, que lui donnent les autres Hiftoriens
, & que c'eft feulement lorsqu'il
s'agit de l'Obélifque du champ de Mars ,
que ce nom n'eft plus le même."
Il faudroit examiner tous les Mss. connus,
particulierement ceux que M. Bandini
a vûs à Rome. Si les faits hiftoriques de ce
Roi font toujours fous le nom de Séfoftris
, s'il eft conftant , comme il y a toute
apparence , qu'il ne fe trouve aucune variation
fur ce nom dans les circonstances
historiques , quoique ces mêmes. Mss. employent
des noms differens , lorfqu'il s'agit
de l'Obélifque ; il faudra convenir que
le défordre de ce paffage , & la difficulté
de le concilier avec les Voyageurs Grecs ,
viennent de ce que plufieurs des Copiftes
ont mal à propos inféré le nom de Séfoftris
dans leurs Mss . & de ce qu'on met
dans les autres Mss . ce nom qui ne devoit
pas y être en voici une efpéce de
preuve.
Pline au livre XXXIII , chapitre III ,
décline le nom de Séfoftris comme les
textes d'Hérodote , de Diodore , de Strabon
, &c. & de même que prefque tous les
Hiftoriens qui en ont parlé : il met à l'ablatif
victo Sefoftri ou Sejoftre , au lieu que
24 MERCURE DE FRANCE.
dans les paffages fur les Obélifques , il dir
à l'ablatif minor eft à Sefoftride , & au genitif
quem fecerat Sefoftridis filius. Puifque
le même écrivain obferve cette différence,
puifqu'elle fe trouve dans le même corps
d'ouvrage , on doit croire qu'il n'a pas
prétendu rendre le même nom ; enforte
qu'il eft au moins très- vraisemblable que
dans les M'ss où on lit aujourd'hui Sefoftride
& Sefoftridis , & où on a cru voir le
nom de Séfoftris , ce n'étoit point celui
du grand Séfoftris que Pline y avoit mis ,
mais un nom qui y reffembloit , & qu'infenfiblement
en ajoûtant fauffe correction
à correction également fauffe , on s'eft
tellement rapproché du nom de Séfoftris ,
qu'enfin on a été en quelque façon fondé
à s'y méprendre .
Mais on a cru à Rome , difent les
partifans
du paffage de Pline , lorfqu'Augufte
fit dreffer un Obélifque dans le
champ de Mars , que cet Obélifque étoit
l'ouvrage de Séfoftris ; je demande où font
les garans de cette opinion : les Hiftoriens
contemporains ne le difent point. Suetone
lui-même , qui écrit l'hiftoire particuliere
d'Augufte , ne le dit pas non plus , & tou
tes les apparences font , comme on vient
de le voir , que Pline n'a pas prétendu le
dire ; il n'y a donc rien de certain fur le
nom
1
JUI N.
1753 . 25
nom de l'auteur de cet Obélifque , & rien
ne détruit ce que les voyageurs Grecs en
difent , non plus que leurs fentimens fur
les Obélifques de Séfoftris.
Cependant , les mêmes partifans du texte
de Pline , qui ne négligent rien pour le
faire prévaloir tel qu'il eft aujourd'hui ,
voulant toujours lui donner la préférence
fur les auteurs Grecs , ont penfé que cette
élévation de deux cent cinq pieds , que
Diodore donne aux Obelifques de Séfoftris
, doit être regardée comme une exagération
, ou comme une faute de Copifte
: c'est le point où ils s'arrêtent plus particulierement.
Ils comptent même tirer de là une preuve
de la néceffité de reftituer le paffage de
Diodore dans la facilité qui fe trouve à
faire cette correction . Les lettres numérales
, dit- on , qui fervent dans Diodore à
exprimer 120 coudées , reflemblent tant
à celles qui en exprimeroient 41 , qu'il
faut croire que Diodore avoit employé
ces dernieres , puifqu'au moyen de cette
reftitution , ilfe trouve d'accord avec Pline
fur ce qui regarde la hauteur de l'Obélifque
qu'on voit actuellement dans le
champ de Mars.
Mais je demande fi au lieu des lettres
Grecques numérales qui forment 41 , on
1. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
n'auroit pas trouvé, fi l'on en avoit eu également
befoin , d'autres lettres numérales ,
qui faifant un nombre différent , euffent
cependant également reffemblé à celles
que Diodore employe pour exprimer 120
coudées , comme cela fe trouveroit affu
rément ; la reffemblance du nombre Gree
41 avec le nombre Grec 120 , ne prouve
rien en faveur de la correction qu'on voudroit
faire paffer.
D'ailleurs eft - ce Diodore qu'il faut corriger
d'après Pline , dont les paffages démontrent
qu'il n'eft point inftruir de fa
matiere , & qu'il travailloit fur des mémoires
très infidéles ; ou Pline qu'il faut
corriger d'après Diodore dont les Mss . ne
préfentent aucune variation fur les nombres
qui y font exprimés ?
Ces nombres exprimés par Diodore ,
pour fixer la hauteur des Obélifques du
grand Séfoftris , font même juftifiés par
ceux qu'il employe en fixant la hauteur
des Obélifques de fon fils Séfoftris fecond:
ceux- ci qui avoient 100 coudées , comparés
avec ceux qui font à Rome , ne font
pas moins que ceux de fon pere contre la
vraisemblance , fi en effet ils peuvent être
regardés comme exagérés : cependant ces
nombres qui marquent 100 coudées , qui
font les mêmes dans tous les manufcrits de
JUI N. 1753- 27
Diodore, font auffi les mêmes fans aucune
variation , dans toutes les éditions & dans
les Mss . d'Hérodote ; bien plus Pline luimême
, comme nous l'avons déja vû , parle
d'un ( a ) Obélifque de cent coudées taillé
parNuncoréus.
Si les lettres numérales employées par
Diodore pour l'Obélifque du fils de Séfoftris
font conftatées par l'autorité de Pline
lui-même , par celle d'Hérodote , &
par l'uniformité des Mss . qu'on a de l'un
& de l'autre , pourquoi celles que Diodore
employe pour un nombre qui ne fort
pas davantage de la vraiſemblance , ne ſe
roient elles pas également authentiques ?
-L'examen du paffage de Pline & la conformité
des nombres de Diadore avec ceux
d'Hérodote , pour fixer la hauteur des Obéliíques
du fils de Séfoftris , doivent faire
fentir à ceux qui propofent la reftitution
du paffage de Diodore , combien elle eſt
contraire aux regles de la faine critique.
Il est encore un autre moyen dont ceux
qui s'attachent au fentiment de Pline , fe
fervent pour lui concilier des fuffrages.
Ce que Diodore rapporte , difent- ils , de
la hauteur des Obélifques de Séfoftris ,
fort de la vraisemblance , puiſqu'on n'en a
(4) Pline 1. 36. c. 11.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE:
jamais vû de deux cent cinq pieds de hau
teur.
Il eft vrai qu'on n'a point vû à Rome
d'Obélifque de la hauteur de ceux dont
Diodore parle ; mais fi l'on veut que ce
foit une raifon pour douter qu'il y en ait
eu en Egypte , il auroit fallu fur ce même
principe , lorfque le grand Conftantin
entreprit d'y faire paffer ( a ) celui que
fon fils Conftance éleva dans le grand cir
que , douter de fon exiftence , parce qu'il
eft d'un tiers environ plus haut que ceux
qu'Augufte avoit élevés cependant cet
Obéliſque arriva à Rome , & il y eft encore
.
is
D'ailleurs quand il feroit refté en Egypte
, du tems d'Augufte , des Obélifques
tout entiers de la grandeur de ceux que
Diodore attribue à Séfoftris , cette grandeur
eût paru aux Romains un obſtacle
infurmontable à leur tranfport ; jugeons ,
en par les difficultés que Pline affure qu'on
éprouva pour tranſporter à Rome ( b ) les
deux Obélifques qu'Augufte y fit conduire
, quoiqu'ils fuffent environ des deux
tiers moins grands que ceux de Séfoftris .
Mais il y a toute apparence que ces
très - grands Obélifques ne fubfiftoient plus
( a) Am. Mar. 1. 17. C. 4.
(b ) Pline. 1. 36. c. 9.
JUIN. 1753 . 29
dans leur entier : ils n'auront pû résister à
la fureur de ces conquérans , qui avoient
particulierement travaillé à détruire les
plus célébres d'entre les monumens qui
embeliffoient l'Egypte ; indépendamment
de ce que les plus grands Obélifques devoient
exciter davantage leur jalousie &
= leur fureur , ils étoient les plus fragiles ;
on en trouve une preuve dans ceux qui
étoient à Rome : la plus considérable partie
des plus grands a été brifée lorsqu'ils
furent rous renverfés dans les faccagemens ,
aufquels en divers tems cette Ville a été
= expofée.
,
Il fuffit , enfin , de faire attention à l'état
où fe trouvent- les paffages de Pline
fur l'hiftoire des Obélifques , & aux apparences
, prefque même à la certitude
qu'il n'a point voulu attribuer au grand
Séfoftris l'Obélifque du champ de Mars ,
pour lui préférer dans la queftion pré
fente l'autorité des voyageurs Grecs. On
trouve chez eux des preuves inconteftables
, que l'Obélifque du champ de Mars
n'eft point l'ouvrage de Séfoftris ; c'eſt en
partie ce qui faifoit l'objet de ma premiere
Differtation fur ces monumens des
· Egyptiens. Qu'il me foit permis de rappeller
ici une partie de ces preuves que
j'ai déja données , pour y en ajouter de
"
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
nouvelles qui doivent décider la question.
L'Obélifque du champ de Mars n'eft point
celui de Séfoftris.
IV.
Diodore dans le premier livre de fa Bibliotheque
hiftorique fair , comme nous
l'avons dit , l'hiftoire de l'Egypte & de la
nation Egyptienne ; il détaille avec foin
les ouvrages des Rois qui ont travaillé à
décorer leurs Etats ( a ) ; il apprend en
quoi confiftoient ceux de Bufiris , d'Ofi
manduas , d'Uchoréus ; il nomme les Auteurs
des Pyramides dont il fait la defcription
, de même que des célébres travaux
de Maris , &c. Il s'étend davantage
fur ceux de Séfoftris , & on voit qu'il donne
une attention particuliere à les faire
tous connoître.
Ce grand Roi , dit- il , fit bâtir un Temple
dans ( b ) chacune des villes de l'Egypte
, releva le terrain de plufieurs d'entr'elles
, pour les mettre à l'abri des innondations
du Nil , creufa un nombre infini
de canaux , & fortifia l'Egypte contre
l'Arabie par un mur de quinze cens ftades
de longueur ( c ). Ce Prince Religieux
( a ) Diod. 1. 1. fec. 2. P, 42. 44. 47. 57•
(b) Diod, 1 1. fec. 2. p . 51 .
(c) C'eft plus de foixante lieues.
JUI N. 117530 31
employa les plus habiles ouvriers pour
travailler aux diverfes offrandes * qu'il fit
* Il y a eu un tems où tous ceux qui parloient
des Egyptiens , s'efforçoient à l'envi de leur attribuer
l'invention des Sciences & de tous les
Arts : les expreffions qui caractérisent la délicateffe
, l'élégance , étoient indiftinctement prodi-"
guées & fans mefure , lorfqu'on décrivoit leurs
travaux ; mais les anciens voyageurs ne paroiffent
le plus fouvent avoir été touchés que des
difficultés vaincues , de l'immenfité de leurs édifices
, de cet air de nobleffe qu'ils y trouvoient
& des marques de l'élévation du génié qui les
avoit conçu . Ils s'éxpriment même tout différemment
lorfqu'ils s'arrêtent fur les objets de décoration
. Ecoutons Strabon qui ( 1. 17. p. 806. )'
rend compte de ce qu'il a vu. » Les murs de ce
Temple ( d'Héliopolis ) font décorés de trèsgrandes
figures fculptées comme les ouvrages
» des Etrufques & de l'ancienne Grece . Il y a
.
1
auffi , pariculierement à Memphis , des Temples
» formés de beaucoup de colomnes d'une ordon-
» nance très groffiere ; car outre que ces colonnes
font en très-grand nombre , d'une grandeur immenfe
, & de différens ordres , leur ordonnance,
" n'a aucune forte d'embeliffement ni d'élégan-
" ce, & ne fait voir qu'un certain travail fans
deffein & fans goût , Ileft encore certain que,
Prefque tous les édifices de l'ancienne Egypte furent
détruits lors de la conquête de Cambyfe , &
que ceux qui parlent de l'elégance du travail
des Egyptiens , n'en ont pû prendre l'idée que
d'après les monumens qui furent rétablis depuis
que les Grecs regnerent fur cette Nation . P. Lucas
dit au commencement du cinquiéme livre de
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
aux Dieux : Diodore ne fe centente pas
d'expliquer en quoi elles confiftoient. II
obferve encore dans quel Temple elles furent
dédiées . Il offrit des Statues coloffales
dans le Temple de Vulcain à Memphis
au Temple de Thebes , un vaiffeau
de bois de cedre , revêtu d'argent en dedans
, & d'or dans toutes les parties extétieures
; enfin , il éleva dans cette derniere
Ville deux Obélifques de cent vingt
coudées.
Après un détail ainfi circonftancié
peut on croire que Séfoftris ait conftruit
d'autres Obélifques que les deux dont Diodore
parle d'ailleurs ces monumens éxigeoient
un travail fi confidérable qu'il
n'auroit pû indépendamment de fes autres
ouvrages , en entreprendre une plus grande
quantité : un Obélifque occupoit vingt
fon voyage en 1714 , qu'il a obfervé entre les
ruines qui couvrent toute l'Egypte , que ceux
des monumens où on apperçoit le plus de délicateffe
, portent ordinairement quelques infcriptions
Grecques , ce qui fert à dater le tems de leur rétabliffement.
Les Egyptiens ont communiqué les
Arts aux Grecs , & ceux-ci leur ont fait connoître
le bon goût. Cette remarque de P. Lucas ,
joint à ce que Strabon dit , m'autorife à regarder
PObélifque du champ de Mars comme moins
ancien que les autres qui font à Rome , parce
qu'il eft travaillé avec plus de délicateffe .
JUIN.
33 1753.
mille hommes, ( a ) pendant vingt ans.
Les Obélifques de Séfoftris , les deux
feuls qu'il fit tailler , furent élevés à Thèbes.
Ce Roi des Rois de retour de fa
grande
expédition en Afrique , en Afie & en
Europe , les fit tailler , dit Diodore ( b )
" pour y graver le dénombrement de fes
» troupes , l'état de fes Finances , & le
» nombre des nations qu'il avoit foumi-
» fes 19%
On reconnoit les mêmes Obélifques à
la defcription que Strabon fait des plus
diftingués de ceux qu'il a vû à Thebes ,
lorfqu'il en alla vifiter les ruines avec
Cornelius Gallus , à qui Augufte avoit
confié le Gouvernement de cette importante
Province.
Ces Obélifques étoient ornés d'inf
criptions en caracteres hieroglyphiques ,
qui apprenoient ( c ) en quoi confiftoient
les richeffes & la puiffance du Roi qui
les avoit fait élever : que ce Roi avoit
» étendu fon Empire jufques dans la Scy-
> thie , la Bactriane , les Indes , & juſ-
» ques dans les parties de l'Afie mineure
» qui furent enfuite appellées l'lonie =
que le nombre des impôts qu'il rece- »
( a ) Pline 1. 36. C. 9.
( b ) Diod. 1. 1. fec. 2. p. 53-
(c ) Str. 1. 17. p. 816.
Bu
34 MERCURE DE FRANCE.
" voit étoit infini ,, ddee même même que celui
»des troupes qu'il entretenoit ».
Tacite ( a ) rapporte que Germanicus
remarqua ces mêmes infcriptions , lorfqu'il
remonta jufques dans la Thébaïde ,
pour voir les antiquités de Thebes .
Comme il eft certain que Séfoftris eft
le feul Roi d'Egypte qui ait étendu fon
empire fur les Provinces dont l'énumération
paroît dans l'infcription que Strabon
nous a confervée , il n'eft point douteux
que ce ne fuffent les Obélifques de
ce Roi , qui avoient été vûs à Thèbes par
Diodore , Strabon , & felon Tacite par
Germanicus.
Ces trois Hiftoriens différens , qui fans
s'être copiés , parlent de ce qu'ils ont vû,
s'accordant à donner aux mêmes Obélifques
le caractere diftinctif de ceux de Séfoftris
, prouvent : 1 ° . que les Obélifques
de Séfoftris étoient confacrés à Thebes.
2°. Que ces Obélifques qu'ils défignent
n'avoient point été tranfportés par Auguf
te , puifque Germanicus les vit à Thebes
cinq ans après la mort de cet Empereur.
3°. Que l'Obélifque du champ de Mars
n'eft point l'un de ceux de Séfoftris ,
puifque Pline affure ( b ) que cet Obélifque
( a ) Tac. ann. l. 1. n . 60,
( b) Pline 1, 36. c. 9.
JUIN.
35 1753.
du champ de Mars explique , par les infcriptions
hieroglyphiques dont il eft or
né , non pas la puiffance de celui qui les a
fait tailler , mais la philofophie des Egyptiens
, & leurs anciennes opinions fur les,
opérations de la nature.
D'ailleurs Strabon , qui en décrivant la
ville de Thebes , avoit défigné ( a ) les
Obélifques de Séfoftris , dit , lorſqu'il décrit
la ville d'Héliopolis , qu'on avoit tiré
de cette derniere , les deux Obélifques
qui furent conduits à Rome , & ils ne
pouvoient être que ceux dont Augufte decora
le grand Cirque & le champ de Mars.
Ce n'est point une fimple conjecture ,
que je tire du paffage de Strabon , c'eft
une conféquence néceffaire. Cet écrivain
célébre mourut vers le commencement du
regne de Tibere , & il ne paroît nulle part
qu'il foit venu d'Egypte alors aucun autre
Obélifque que ceux qu'Augufte en avoit
fait transporter.
Cette conféquence eft encore appuyée
de l'autorité d'Ammien Marcellin , qui
dit très- affirmativement , que les Obélifques
qu'Augufte fit conduire à Rome
avoient été tirés ( 6 ) de la ville d'Héliopolis
, pour être placés l'un dans le grand
(a ) Str. l. 17. p 80s . 816.
( 4 ) Am. Mar. 1. 17. C.40
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Cirque , & l'autre dans le champ de Mars,
Enfin les paffages de Pline ne nous ap .
prennent rien qu'on puiffe regarder comme
conftant fur le nom de l'auteur de l'Obélifque
du champ de Mars , & au contraire
les paffages des Hiftoriens Grecs ,
tant ceux qui caractérisent les Obélifques
de Séfoftris , que ceux qui parlent de celui
qui fut élevé dans le champ de Mars ,
prouvent que ce dernier n'eft point l'ouvrage
de Séfoftris .
Il faut donc dire , avec Strabon & Am.
mien Marcellin , qu'il fut tiré des ruines
du Temple confacré au Soleil dans la ville
d'Héliopolis , fituée dans la baffe Egypte
: cet Obélifque y avoit été dédié par
un Roi dont le nom n'a point été tranfmis
à la postérité , non plus que les noms d'un
très-grand nombre d'autres Rois auffi asteurs
d'Obélifques qui furent encore dé
diés au même Temple.
Il y a cependant apparence que les noms
des Rois qui les avoient fait tailler étoient
fculptés fur chacun d'eux , mais en caracteres
hieroglyphiques , dont l'intelligence
étoit perdue avant que les Grees euffent pris
connoillance de l'hiftoire des Egyptiens.
Nous avons déja remarqué que les Hif
toriens du fécle d'Augufte ne difent point
que cer Obélifque du champ de Mars fûri
JUIN. 17539
37.
regardé , lorfqu'il arriva à Rome , pour
l'ouvrage de Séfoftris. Pline feut pourroitil
fournir une autorité fuffifante ? Quand
le texte du paffage fur lequel on fe fonde
feroit aufli correct qu'il eft fufpect d'alteration
, ainfi que je l'ai fait voir , j'oferois
dire que Pline en ce cas n'auroit eu
d'autre appui qu'une tradition populaire. :
On fçavoit , en général , que Séfoftris
étoit l'inventeur des Obélifques : il étoit
reconnu pour le plus célébre des Rois
Egyptiens , & on auroit pû dans l'intention
d'illuftrer l'entreprife d'Augufte , attribuer
à ce grand Roi d'Egypte unmonument
qui excitoit alors les attentions de
' Empereur. Tel eft le langage ordinaire
de la flatterie .
G'eft ainfi qu'elle s'exprima , lorfque
Conftance fit venir à Rome l'Obélifque
que Conftantin avoit tiré entre un grand
nombre d'autres , du milieu des ruines de
Thebes on dit alors à Rome qu'il ( 4 )
étoit l'ouvrage de Séfoftris , fans doute
parce qu'il fortoit de Thebes ; motif infuffifant
par lui- même , puifque cet Obélifque
eft en effet de moitié moins grand
ou environ , que ceux de Séfoftris.
En voila fans doute aſſez ſur une quel-
(4 ) Am. Mar. 1. 47. c.4
36 MERCURE DE FRANCE.
Cirque , & l'autre dans le champ de Mars,
Enfin les paffages de Pline ne nous ap .
prennent rien qu'on puiffe regarder comme
conftant fur le nom de l'auteur de l'O.
bélifque du champ de Mars , & au contraire
les paffages des Hiftoriens Grecs ,
tant ceux qui caractérisent les Obélifques
de Séfoftris , que ceux qui parlent de celui
qui fut élevé dans le champ de Mars ,
prouvent que ce dernier n'eft point l'ouvrage
de Séfoftris .
Il faut donc dire , avec Strabon & Am.
mien Marcellin , qu'il fut tiré des ruines
du Temple confacré au Soleil dans la ville
d'Héliopolis , fituée dans la baffe Egyp
te : cet Obélifque y avoit été dédié par
un Roi dont le nom n'a point été tranfmis
à la postérité , non plus que les noms d'un
très-grand nombre d'autres Rois auffi asteurs
d'Obélifques qui furent encore dédiés
au même Temple .
Il y a cependant apparence que les noms
des Rois qui les avoient fait tailler étoient
fculptés fur chacun d'eux , mais en caracteres
hieroglyphiques , dont l'intelligence
étoit perdue avant que les Grecs euffent pris
connoillance de l'hiftoire des Egyptiens.
Nous avons déja remarqué que les Hif
toriens du fécle d'Augufte ne difent point
que cet Obélifque du champ de Mars fûr
JUIN. 1753
37.
regardé , lorfqu'il arriva à Rome , pour
l'ouvrage de Séfoftris. Pline feut pourroitil
fournir une autorité fuffifante ? Quand
le texte du paffage fur lequel on fe fonde
feroit aufli correct qu'il eft fufpect d'alteration
, ainfi que je l'ai fait voir , j'oferois
dire que Pline en ce cas n'auroit eu
d'autre appui qu'une tradition populaire.
On fçavoit , en général , que Séfoftris
étoit l'inventeur des Obélifques : il étoit
reconnu pour le plus célébre des Rois
Egyptiens , & on auroit pû dans l'intention
d'illuftrer l'entreprife d'Augufte , attribuer
à ce grand Roi d'Egypte un monument
qui excitoit alors les attentions de
l'Empereur. Tel eft le langage ordinaire
de la flatterie .
C'est ainsi qu'elle s'exprima , lorfque
Conftance fit venir à Rome l'Obélifque
que Conftantin avoit tiré entre un grand
nombre d'autres , du milieu des ruines de
Thebes on dit alors à Rome qu'il ( 4 )
étoit l'ouvrage de Séfoftris , fans doute
parce qu'il fortoit de Thebes ; motif in
fuffifant par lui-même , puifque cet Obélifque
eft en effet de moitié moins grand
ou environ , que ceux de Séfoftris.
En voila fans doute affez fur une quela)
Am. Mar. 1. 47. c.4
38 MERCURE DE FRANCE
tion , que bien des Lecteurs jugeront ne
pas mériter de fi longues difcuffions. Je
ne compte pouvoir les juftifier qu'en affurant
que je ne m'y fuis laiffé entraîner
qu'après avoir fait la plus ferme réfolution
de ne les plus reprendre.
• LA FAUVETTE
ET LE MOINEAU.
FABLE.
U Ne fauvette en un bocage
Chantoit & n'aimoit point ;
Mais fonjoli ramage
Réparoit tant foit peu fon défaut en ce point
Les oifillons du voifinage
Par troupes y couroient ,
Ecoutoient , admiroient ,"
Maints envioient ſuivant l'uſage .
Depuis un tems un moineau s'y trouvoir ,
Franc ; ce titre , dit - on , eft le feul qu'il avoit
En tapinois il écoutoit fauvette ,
Et fon coeur éprouvoit ,
A l'entendre applaudir , une douceur fecrette ;
Cependant en bemol quand fauvette chantoit
De notre franc moineau fa voix bleffoit l'oreille .
Tandis qu'en autres tons fauvette le flattoit.
JUIN. 1753 .
39
Ferois-je feul une preuve pareille ,
Se difoit tout bas le moineau ,
» Ileft ici plus d'un oiſeau-
Expert & connoiffeur d'où vient les vois - je
> taire ?
:
» Ah , je pénétre le mystére !
Ils n'aiment point fauvette , & leur amuſement
Ici les guide uniquement ;
» Cependant c'est dommage ,
» Car de fauvette le ramage
En ce point corrigé feroit en tout parfait :
» Parlons , fon intérêt doit me donner courage
Et de ce pas , l'oifeau de fon fouci fecret
Vole , quoiqu'en tremblant , faire part à fauvette ;
Heureufement alors il la trouva feulette .
De l'avis fur fon coeur quel ait été l'effet ,
Notre moineau ne pouvoit le redire.
Dans un efprit femelle a t'on jamais fçu lire
Toujours dès lors , du pas qu'il avoit fait ,
Parut-il à fauvette , indifcret , témeraire ,
Dans les fuccès conftans trouva- t'il le falaire
Sous cet heureux aſpect
Paroît toujours un coeur que captive l'eftime ;
Tout l'intérefle en fon objet ,
Le plus leger défaut pour lui devient un crime ,
Et plus la tendreffe l'anime ,
Plus il s'empreffe à le rendre parfait.
A C. D. B. 1752. A. D. L.
40 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE
Aux Déiftes , par M. Gautier , Chanoine
Regulier , Profeffeur de Mathématiques
Hiftoire des Cadets Gentilshommes du
Roi de Pologne , Duc de Lorraine & de
Bar.
•
Effieurs , je viens de faire impri-
M mer un ouvrage , qui eft intitulé :
Refutation du Celfe moderne , on Objections
contre le Chriftianifme , avec des réponses.
Vos difficultés mifes au jour par une des
meilleures plumes de votre parti , je les ai
rapportées avec toute la candeur que vous
avez droit d'exiger. Vous dites qu'il n'appartient
qu'à des Controverfiftes de mauvaife
foi d'affaiblir ou de fupprimer vos
raifons , que la Religion ne permet pas à
fes défenfeurs d'employer des précautions
artificieuſes ; nous avouons ces vérités . Elles
nous autorisent à vous prier d'appor
ter dans la difpute la fincérité dont nous
nous piquons . Permettez - moi de vous demander
fi vous n'avez aucuns reproches à
vous faire à cet égard . N'a t'on pas détruit
les prétextes de l'incrédulité , brifé fès azmes
ruiné les appuis ?
JUI N. 1753. 41
Vous prétendez que nos démonftrations
évangéliques vous laiffent tous vos avantages
; votre prétention ne nous furprend
pas. Si vous conveniez de la folidité de
nos preuves , vous ne feriez plus Déiftes .
Rappellez vous , je vous prie , ces paroles
de M. l'Abbé Houtteville : » A l'égard
des Déiftes qui voudroient échapper à
» mes preuves par de vagues déclamnations
, je ne leur dirai qu'un mot . Ils
conviennent que j'ai propofé leurs ob-
» jections dans toute leur force , & le re-
» tranchent à dire qu'elles ne font pas dé-
» truites. Mais s'il eft vrai qu'elles ne le
foient pas , il est donc aifé d'attaquer
mes réponſes & de les renverfer ; d'en
» mettre à découvert les paralogifmes ; de
contredire les faits , ou les principes
» que j'y ai établi , & de rétablir ceux que
» j'y attaque. L'a-t'on fait l'a- t'on même
tenté? Que le Public nous juge .
"
Votre filence , Meffieurs , prouve clai
rement votre défaite , & celle de ces Chrétiens
prétendus , qui tiennent le même
langage que vous . Vous direz peut-être ,
& c'eft-là votre feul azile , qu'on ne vous
permet pas d'attaquer la Religion . Eh ne
trouvez-vous pas le moyen de nous inonder
de brochures où vous la décriez. Pourquoi
donc ne trouvez-vous pas celui de
42 MERCURE DE FRANCE.
détruire nos preuves ? c'eft qu'il eft plus
facile d'étaler des objections furannées &
réfolues cent fois , que de montrer la prétendue
foibleſſe de nos réponſes .
Il ne s'agit pas ici de s'élever contre les
dogmes , de fonder la profondeur des
myftéres , d'oppofer des raifonnemens à
'Hiftoire ; il ne s'agit pas de faire des
queftions fur ce que Dieu doit ou peut faire
, fur l'équité de fes décrets , fur la fageffe
des moyens qu'il employe. Tout fe
réduit à la réalité de la révélation , à la
notoriété d'un fait dont la vérité eſt démontrée
.
On fçait bien que ce n'eft point en s'accufant
réciproquement d'avoir des moeurs
corrompues , que les Chrétiens & les
Déiftes termineront leurs difputes. J'avoue
au défenfeur de Milord Bollinbrokę,
que ce ne fera jamais par des invectives
qu'on ramenera l'efprit des incrédules ;
mais il doit avouer auffi qu'un grand nombre
de ces Meffieurs ont donné lieu de
croire qu'ils avoient une mauvaife condui
te , & qu'ils fe font attiré les reproches
qu'on leur a faits. Ignore- t'il qu'ils ont
mis au jour quantité d'ouvrages pleins
d'erreurs qui tendent à la deftruction des
moeurs & de la fociété ? Que veut-il , par
exemple , , que nous penfions de l'Auteur
JUIN. 1753
43
d'un Difcours fur la vie heureuſe , imprimé
à Poczdam , en 1748. Ce Déifte die
que nous fommes tout corps ; qu'il eſt démontré
par mille preuves fans réplique ,
qu'il n'y a qu'une vie & qu'une félicité ,
que la vraie Philofophie n'admet qu'un
bonheur temporel ; qu'il n'y a en foi ni vices
, ni vertus , ni bien , ni mal moral , ni
juſte,ni injufte ; & traite d'ignorans , de fanatiques
& de bêtes arrogantes , ceux qui
n'adoptent pas ces maximes fublimes.
Les Déiftes qui font Philofophes , répondront
fans doute , qu'ils ont en horreur
tous ces libertins dont les ouvrages
refpirent la débauche , établiffent des
fyftêmes pernicieux , & dégradent la
nature humaine. C'eft avec ces Philofophes
qui fe piquent d'avoir de bonnes
moeurs , & de raifonner conféquemment ,
qu'il feroit avantageux de difcuter publiquement
les motifs de la foi. Je vous prie
donc , Meffieurs , d'attaquer nos réponſes ,
vous pouvez m'envoyer vos répliques par
la pofte , fans les affranchir. Le moyen que
je vous offre leve tous les obftacles qui
pourroient vous empêcher de nous communiquer
les raifons qui vous font perfifter
dans vos fentimens.
où l'on a
Après tant de bons ouvrages
prouvé , que la vérité de la Religion
44 MERCURE DE FRANCE:
Chrétienne eft mieux établie que les au
tres vérités hiftoriques , il femble , fi vous
ne tâchiez pas d'entraîner les Chrétiens
dans vos erreurs , qu'on pourroit fe contenter
de vous plaindre & de prier Dica
pour votre converfion ; mais comme par
vos difcours , & par une foule d'ouvrages
imprimés ou manufcrits , vous augmentez
tous les jours le nombre de vos profélites
, notre fenfibilité aux intérêts de la Religion
, à fes pertes , à votre malheur ,
doit nous porter à forcer votre dernier
retranchement. Loin de redouter les difficultés
que vous pouvez oppofer à notre
créance , nous fouhaitons ardemment que
vous faffiez tous vos efforts pour renverfer
les preuves , qui felon nous , conftarent
invinciblement l'exiftence de la révélation.
Nous dévoilerons enfin la foibleffe
des argumens qui vous ont fubjugué . Vous
ne pourrez plus couvrir votre impuiffance
à répondre , du prétexte d'un défaut de liberté
, & fi vous vous obſtinez à garder le
Llence , ce fera un aveu formel qu'il ne
vous reste aucunes reffources.
La réfutation de Celfe moderne , fe vend à
Nancy , chez Babin ; on trouvera ce Livre à
Strasbourg , à Metz , à Paris , chez Savoye.
àDijon, à Lyon, &c . v. in- 12 . 30 í, broché,
JUIN. 1753.
**** ¡ X+3XXXX
P
E P. IT RE
A M. l'Abbé G ***.
Afteur , dont l'eſprit agréable ,
La candeur & l'urbanité ,
Ont fait un mortel adorable ;
Des fentimens que in'ont dicé
Le goût , l'eftime & l'équité ,
Reçois ici le tendre hommage : |
C'eft la main de la vérité ,
Qui t'offre le jufte fuffrage
Que tes vertus ont mérité.
En toi , quel heureux affemblage
De raifon & de fentimens ,
De vrai mérite & d'agrémens !
On voit rarement à ton âge
Le concert de ces dons charmans.
Au lieu des rides & des glaces
Que produit l'hyver de nos ans ;
Paré des roles du Printems ,
Au milieu des jeux & des graces
Tu coules les plus doux inftans.
Tu fçais , aux fruits de la vieilleffe,
Mêler les fleurs de la jeuneffe ,
Le férieux à l'enjoument ,
La faillie au zaifonnement ,
42 MERCURE DE FRANCE.
détruire nos preuves ? c'eft qu'il eft plus
facile d'étaler des objections furannées &
réfolues cent fois , que de montrer la prétendue
foibleffe de nos réponſes .
Il ne s'agit pas ici de s'élever contre les
dogmes , de fonder la profondeur des
myftéres , d'oppofer des raifonnemens à
l'Hiftoire ; il ne s'agit pas de faire des
queftions fur ce que Dieu doit ou peut faire
, fur l'équité de fes décrets , fur la fageffe
des moyens qu'il employe. Tout le
réduit à la réalité de la révélation , à la
notoriété d'un fait dont la vérité eft démontrée.
"
On fçait bien que ce n'eft point en s'accufant
réciproquement d'avoir des moeurs
corrompues , que les Chrétiens & les
Déiftes termineront leurs difputes. J'avoue
au défenfeur de Milord Bollinbrokę,
que ce ne fera jamais par des invectives
qu'on ramenera l'efprit des incrédules ;
mais il doit avouer auffi qu'un grand nombre
de ces Meffieurs ont donné lieu de
croire qu'ils avoient une mauvaile condui
te , & qu'ils fe font attiré les reproches
qu'on leur a faits . Ignore- t'il qu'ils ont
mis au jour quantité d'ouvrages pleins
d'erreurs qui tendent à la deftruction des
moeurs & de la fociété ? Que veut- il , par
exemple , que nous penfions de l'Auteur
JUIN. 1753
43
d'un Difcours fur la vie heureufe , imprimé
à Potzdam , en 1748. Ce Déifte die
que nous fommes tout corps ; qu'il eft démontré
par mille preuves fans réplique ,
qu'il n'y a qu'une vie & qu'une félicité ,
que la vraie Philofophie n'admet qu'un
bonheur temporel ; qu'il n'y a en foi ni vini
vertus , ni bien , ni mal moral , ni
jufte,ni injufte ; & traite d'ignorans , de fanatiques
& de bêtes arrogantes , ceux qui
n'adoptent pas ces maximes fublimes .
Les Déiftes qui font Philofophes , répondront
fans doute , qu'ils ont en horreur
tous ces libertins dont les ouvrages
refpirent la débauche , établiffent des
fyftêmes pernicieux , & dégradent la
nature humaine . C'eft avec ces Philofophes
qui fe piquent d'avoir de bonnes
moeurs , & de raifonner conféquemment ,
qu'il feroit avantageux de difcuter publiquement
les motifs de la foi. Je vous prie
donc , Meffieurs , d'attaquer nos réponſes,
vous pouvez m'envoyer vos répliques par
la pofte , fans les affranchir. Le moyen que
je vous offre leve tous les obftacles qui
pourroient vous empêcher de nous communiquer
les raifons qui vous font perfifter
dans vos fentimens.
Après tant de bons ouvrages où l'on a
prouvé , que la vérité de la Religion
44 MERCURE DE FRANCE:
Chrétienne eft mieux établie que les au
tres vérités hiftoriques , il femble , fi vous
ne tâchiez pas d'entraîner les Chrétiens
dans vos erreurs , qu'on pourroit fe contenter
de vous plaindre & de prier Dica
pour votre converfion ; mais comme par
vos difcours , & par une foule d'ouvrages
imprimés ou manufcrits , vous augmentez
tous les jours le nombre de vos profélites
, notre fenfibilité aux intérêts de la Religion
, à fes pertes , à votre malheur ,
doit nous porter à forcer votre dernier
retranchement. Loin de redouter les difficultés
que vous pouvez oppofer à notre
créance , nous fouhaitons ardemment que
vous faffiez tous vos efforts pour renverfer
les preuves , qui felon nous , conftatent
invinciblement l'existence de la révélation
. Nous dévoilerons enfin la foibleffe
des argumens qui vous ont fubjugué. Vous
ne pourrez plus couvrir votre impuiffance
à répondre , du prétexte d'un défaut de liberté
, & fi vous vous obftinez à garder le
flence , ce fera un aveu formel qu'il ne
vous reste aucunes reſſources .
La réfutation de Celfe moderne , ſe vend à
Nancy, chez Babin ; on trouvera ce Livre à
Strasbourg , à Metz , à Paris , chez Savoye.
à Dijon, à Lyon, &c. v. in- 1 2. 30 Í, broché,
JUIN.
45 1753.
XXXXXXXXXXXXXXXX
P
E P. IT RE
A M. l'Abbé G ***.
Afteur , dont l'efprit agréable ,
La candeur & l'urbanité ,
Ont fait un mortel adorable ;
Des fentimens que in'ont dicté
Le goût , l'eftime & l'équité ,
Reçois ici le tendre hommage : |
C'eft la main de la vérité ,
>
Qui t'offre le jufte fuffrage
Que tes vertus ont mérité .
En toi , quel heureux aſſemblage
De raiſon & de fentimens ,
De vrai mérite & d'agrémens !
On voit rarement à ton âge
Le concert de ces dons charmans,
Au lieu des rides & des glaces
Que produit l'hyver de nos ans ;
Paré des roles du Printems ,
Au milieu des jeux & des graces
Tu coules les plus doux inftans.
Tu fçais , aux fruits de la vieilleffe,
Mêler les fleurs de la jeuneffe ,
Le férieux à l'enjoument ,
La faillie au taiſonnement >
46 MERCURE DE FRANCE,
Les ris badins à la fageffe.
Tujoins par un heureux lien
Ciceron à Saint Chryfoftome ;
Anacréon à Saint Jerôme ,
Demofthene à Saint Cyprien ;
Et les fleurs de l'Académie
A la nobleffe , à l'énergie ,
Qui forment l'Orateur Chrétien.
Ici , ton zéle apoftolique
Triomphe du vice abbatu ;
Et là fur un ton pathétique
Tu perfuades la vettu ,
2
Dont tes moeurs font leçon publique.
Ailleurs , tu fçais par tes bons mots
Confondre l'imbécile efpéce
Des ridicules & des fots.
Tantôt dans une douce yvreffe ;
Parmi les verres & les pots ,
T'égayant en joyeux propos ,
Tu frondes la fauffe fagelse
Qu'un tas de noirs hibous profefse ,
Et qui ne fait que des cagots.
Puifque je fuis fur mon pupître ,
Je ne veux pas dans cette Epitre
Oublier le Pere Prieur * ,
Voifin aimable à plus d'un tître,
Qui gardant pour foi la rigueur
* Prieur d'une Maifon de Benedictins,
JUIN. 1753. 47
Des régles dont il eft l'arbitre ,
Reçut les hôtes en Seigneur.
Son air gracieux & fincére ,
S nolitefse , fa douceur ,
aifonnoient la bonne chere ,
Qu'il prodiguoit de fi bon coeur.
De mon compagnon de voyage ,
Tantôt Prevôt , tantôt Prieur >
Je copie ici le langage
:
Qu'il eft aimable ce Prévôt !
Mais fur tout qu'il eft bien dévot
Au divin Enfant de Séméle ,
Et qu'à table il chanfonne bien !
On diroit Phoebus d'Elien ,
Qui , parmi la troupe immortelle
Chante le jus de Bromien.
Mais briſons -là ; car auffi- bien
MaMufe , abeille vagabonde ,
Sur tous les objets , à la ronde ,
Vole , fans s'arrêter fur rien ;
Je finis donc quoiqu'elle gronde.
Mortel , digne du fiécle d'or ,
Puiffe ta carriere féconde
Egaler celle de Neftor
AL.
Dont tu poſsedes la faconde !
Puifses- tu jufques à la fin ,
Heureux Vieillard , aimable Sage ;
Toujours content , tonjours badin ,
48 MERCURE DE FRANCE
Noyer tous les jours dans ton vin
Les foins & les dégoûts de l'âge.
VERS
A une Dame qui Lifoit l'Effaifur la néce
&fur les moyens de plaire.
CE nefut jamais en lifant ,
f Cette maxime eft reçue à Cithére )
Qu'une belle apprit l'art & les moyens de plaire.
Penfez-vous les trouver dans un Livre amuſant ?
B... votre erreur extrême ,
Pour trouver cet art féduifant ,
Ne le cherchez que dans vous-même,
TROISIE'ME
JUIN. 1753.
49
TROISIEME ET DERNIERE LETTRE
SUR L'IMPRIMERIE ,
A M. LE C. DE S.
L'Eloge & Apologie de cet Art.
}
1
E finis , Monfieur , par où j'aurois dû
commencer , & encore eft - ce moins
pour vous que j'écris cette Lettre qui fervira
de complément aux queftions que
vous m'avez faires fur l'art Typographique
, que pour détruire les préjugés de
certaines gens qui n'envifageant les arts &
les fciences que d'un oeil fuperficiel , portent
des jugemens fur ce qu'ils ne comprennent
pas le plus fouvent. Les uns prétendent
que cet Art n'étoit pas abfolument
fi néceffaire au bien des Sciences, puiſqu'on
s'en paffa pendant 5500 ; efpace de tems
pendant lequel néanmoins il s'eft trouvé
des fçavans en tous les genres , & que
l'on peut regarder comme les peres & les
fondateurs de ce que nous fçavons aujour
d'hui les autres ne regardant que l'état
préfent des chofes , fixés plutôt fur l'abus
que fur les avantages de l'Imprimerie , ne
craignent pas de dire que cet Art procure
aux Sciences plus de mal que de bien , plus
1. Vol.
:
C
so MERCURE DE FRANCE.
de honte que de gloire. N'eft- ce pas cet
Art après tout , difent ils , qui enfante
mille ouvrages dignes de mourir au moment
de leur naiffance , les uns attaquant
ouvertement la Religion ; les autres tendant
à corrompre les moeurs ; d'autres eufin
tout à fait inutiles , & dont le moindre
mal eft d'entretenir cet efprit de frivolité
, trop regnant parmi nous , & de
dégoûter les vrais ftudieux , par le déluge
d'ouvrages dont ils font inondés . Voilà
certainement de graves objections , Monfieur
, aufquelles néanmoins je vais tâ
cher de répondre . Je vais le faire le plus
briévement qu'il me fera poffible : & pour
ne rien confondre , après l'éloge que je
vais vous faire de l'Art typographique , je
tâcherai de faire fon apologie , en la difculpant
de fes abus dont on fe plaint tant.
1. De ce que l'on a été plus de tems pri
vé du fecours de l'Imprimerie , qu'on n'a
été à en jouir , il ne faut pas conclure que
cet Art doive être confondu avec tant d'autres
, dont le mérite eft fimplement d'être
utiles ou agréables. Pour peu que l'on ré
Alechiffe aux avantages que l'on en a rețirés,
& que l'on en retire tous les jours , l'on a
peut juſtement s'étonner comment l'on a
pu s'en paffer durant tant de fiécles .
I
&
C
Pour bien juger de tout le mérite d'une le
&
JUIN. 1753 51
découverte , il faut le tranfporter au moment
de la nailfance , raffembler toutes.
I les circonstances qui l'ont précédée , accompagnée
& fuivie , confidérer le befoin
plus ou moins grand qu'on en avoit
au moment qu'elle a paru ; car les hommes
naturellement paffionnés pour la nouveauté
, deviennent indifferens fitôt qu'ils
poffédent. Il leur fuffit même de jouir ,
pour que la poffeffion leur fembie dûe :
l'Art de l'Imprimerie encore aujourd'hui ,
partage avec bien d'autres ce malheureux
fort . Si l'on en excepte ceux que l'amour
des beaux Arts , ou un intérêt légitime as
tache particulierement à fon fervice , combien
peu en connoiffent tout le mérite
tout l'utile , tout le grand. Tous les jours
on manie des Livres : ils tombent entre
les mains de tout le monde , & cependant
l'on ignore prefque généralement par quels
degrés ils paffent pour parvenir au jour.
La multitude des Livres , au lieu de prouver
tout le divin de l'Art qui les enfante ,
lui donne , je ne fçais quel air de fimple
& de vulgaire , qui femble le confondre
avec mille autres arts inférieurs. Qu'on
changeroit de fentiment , fi l'on fe remettoit
devant les yeux l'état où se trouvoient.
les Sciences avant l'origine de ce bel Art ,
& celui où elles font parvenues depuis !
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
Vous le fçavez , Monfieur , rien n'égaloit
l'état de langueur , je pourrois même
dire d'horreur , dans lequel les Lettres gémiffoient
avant l'origine de l'Imprimerie.
Les Livres qui font la fource des Sciences
n'étant que manufcrits ( a ) , étoient fi ra-
(a ) Voyez Mezerai , dans l'article de l'Eglife
du dixiéme fiécle , p . 467 , édit . d'Holl .
•
L'Hiftoire nous apprend que Grécie , Comteſse
d'Anjou , acheta ( en 1087 ) un Recueil d'Homelies
deux cens brebis , un muid de froment , ua
muid de feigle , un muid de millet , & un certain
nombre de peaux de martre .
Charles V. Roi de France , n'avoit la Bibliothé
que du Louvre compofée que de mille volumes .
Antoine Pécatel , natif de Palerme , vendit une
Métairie entiere pour avoir un Tite - Live de Poge
Florentin. (le Galois , p . 153. )
Louis XI. Roi de France , fe trouvant avoir be
foin d'un Livre que pofsedoit la Faculté de Médécire
de Paris , fut obligé de configner certains gages
de vaisselle d'argent & autres cautions ,
qu'on le lui prêtât pour le faire tranfcrire ( Naudé. )
afin
Jacques Piccolomini , Cardinal de Pavie dans
le quinziéme fiécle , ne put avoir les oeuvres de
Plutarque , à moins de quatre-vingt écus d'or ; &
Jes Epitres de Seneque , àmoins de vingt cinq . (16,)
Gaguin rapporte que Palquier , Libraire de Paris,
lui fit cent écus les Concordances.
Breffian dit que Frederic III. Empereur d'Oc
cident ou d'Allemagne , qui a regné depuis 1439
jufqu'en 1493 , ne fçut mieux gratifier un Ambaf
fadeur du Duc de Wirtemberg , qu'en lui donnant
une vieille Bible Hébraïque.
Voyez Naudé plus au long , p . 39 à 45 .
JUIN. 1753.
53
res ou fi chers , que l'on pouvoir prefque
dire qu'ils manquoient. De- là cette difette
d'études & de connoiffances en tout
& par tout. En France par exemple , tout
l'empire littéraire fe réduifoit à quelques
Monafteres , où encore la politique habile
à profiter de l'ignorance des peuples , leur
faifoit employer les momens de loiſir ,
plutôt à la régie des affaires qu'à l'étude
des Lettres. Quel trifte tableau ne vous
ferois- je pas, fi fortant de ce Royaume pour
parcourir toutes les contrées de l'univers ,
je vous peignois au naturel l'état des
Sciences dans les 5 500 ans qui précéderent
l'invention de l'Imprimerie . Une
ignorance craffe enveloppoit tous les peuples
( a ) . Le rang & la naiffance ne laif
foient fçavoir que ce qu'il en falloit pour
déchiffrer des titres , & encore fouvent ,
( a) On peut voir le Traité que Louis Vives a
fait fur l'ignorance de ces fiécles , & ce qu'en ont
dit Mélancton & Eraſme.
En Allemagne il y eut un Prêtre qui baptifa :
In nomine Patria , Filia & Spirituafanta. Ce fut
fous le Pontificat de Zacharie. ( le Gallois , p . 91. )
Erafme rapporte que David Burgondus , Evêque
d'Utrecht , ayant examiné trois cens Curés , il
n'en trouva que trois dignes de l'être .
Si l'ignorance étoit telle parmi le Clergé , qui
étoit néanmoins la partie la plus éclairée , qu'on
juge des particuliers & du bas peuple.
C iij
$ 4 MERCURE DEFRANCE.
faute de cette connoiffance , ne fondoit- on
fes droits que fur des traditions ( a) . Parmi
les millions d'hommes qui peuploient
même les Villes les plus policées , à peine
en voyoit-on quelques-uns fortir , comme à
la nage de ce vafte Océan d'ignorance , lefquels
vivement preffés par un amour inné
pour les Lettres , s'efforçoient de vaincre
par un travail affidu & une étude continuelle
, les obftacles qu'ils rencontroient
par tout en cela peut-être excités principalement
par le plaifir d'être les feuls à
éclairer les autres. Mais qu'étoient tous
ces Sçavans ? tout au plus de ces aftres qui
dans l'obfcurité de la nuit jettent une clarté
brillante , mais dont le nombre même
fournir une lumiere femblable au
ne peut
jour.
Et l'on peut encore raisonnablement
s'étonner de ce qu'il fe trouvât de ces
و د
(a) » Dans le dixième fiécle , dit M. le Préf
dent Hénault , Pignorance étoit fi profonde ,
» qu'à peine les Rois , les Princes , les Seigneurs ,
encore moins le peuple fçavoient lire : ils connoifsoient
leurs pofseffions par l'ufage , & n'avoient
garde de les foutenir par des titres , puif
qu'ils ignoroient l'ufage de l'écriture ; de- là
» auffi le crédit que prirent les Clercs ou Eccléfiaftiques
dans les affaires , parce qu'ils étoient
les feuls inftruits . ( Abregé chronologique de l'Hif
toire de France , à l'an 992.
*
JUIN. 1753. SS
hommes qui volontairement fe dévouaffent
à l'étude. Les fources où l'on avoit
à puifer étoient rares & corrompues : rares
, il falloit les chercher , toujours longtems
, quelquefois envain : corrompues ,
il falloit s'en défier ; & comment le pouvoit
on ? on ignoroit même qu'elles le
fuffent. On ne marchoit donc dans la voie
des connoiffances qu'à la foible lueur de
quelques flambeaux , jamais fûrs. Auffi rout
devenoit conjecture : chaque Auteur pouvoit
préfenter fes propres idées comme
les réelles , hazarder tel fyftême qu'il lui
plaifoit geh ! quel autre auroit pu le relever
& s'infcrite en faux contre lui : il y a
Lant de matieres à traiter , & il y avoit fi
peu de Sçavans , qu'il eût été fingulier que
deux couruffent la même carriere , & s'y
rencontraffent,
Il faut cependant avouer que dans le
long efpace de tems , il y eut des Sçavans ,
que l'on peut même regarder comme les
vrais fondateurs des Sciences . Mais ils ne
venoient que de loin en loin , de fiécle en
fiécle , à peu près comme les Cométes
dont l'apparence eft rare & le cours incertain.
Le feul fiécle que l'on puiffe citer avec
honneur eft celui d'Augufte , où les Arts
& les Sciences fe trouverent comme for-
C iiij
34 MERCURE DEFRANCE.
faute de cette connoiffance , ne fondoit- on
fes droits que fur des traditions ( a) . Parmi
les millions d'hommes qui peuploient
même les Villes les plus policées , à peine
en voyoit-on quelques-uns fortir , comme à
la nage de ce vafte Océan d'ignorance , lefquels
vivement preffés par un amour inné
pour les Lettres , s'efforçoient de vaincre
par un travail affidu & une étude continuelle
, les obftacles qu'ils rencontroient
par tout en cela peut-être excités principalement
par le plaifir d'être les feuls à
éclairer les autres. Mais qu'étoient tous
ces Sçavans ? tout au plus de ces aftres qui
dans l'obſcurité de la nuit jettent une clarté
brillante , mais dont le nombre même
ne peut fournir une lumiere femblable au
jour.
Et l'on peut encore raisonnablement
s'étonner de ce qu'il fe trouvât de ces
ود
» (a) Dans le dixiéme fiécle , dit M. le Préfi
dent Hénault , l'ignorance étoit fi profonde ,
» qu'à peine les Rois , les Princes , les Seigneurs ,
encore moins le peuple fçavoient lire : ils connoifsoient
leurs pofseffions par l'uſage , & n'avoient
garde de les foutenir par des titres , puif
qu'ils ignoroient l'ufage de l'écriture ; de - là
auffi le crédit que prirent les Clercs ou Eccléfiaftiques
dans les affaires , parce qu'ils étoient
les feuls inftruits . ( Abregé chronologique de l'Hif
toire de France , à l'an 992.
20
JUIN. 1753. SS
hommes qui volontairement fe dévouaffent
à l'étude. Les fources où l'on avoit
à puifer étoient rares & corrompues : rares
, il falloit les chercher , toujours longtems
, quelquefois envain : corrompues ,
il falloit s'en défier ; & comment le pouvoit
on ? on ignoroit même qu'elles le
fuffent. On ne marchoit donc dans la voie
des connoiffances qu'à la foible lueur de
quelques flambeaux , jamais fûrs. Auffi rout
devenoit conjecture : chaque Auteur pouvoit
préfenter fes propres idées comme
les réelles , hazarder tel fyftême qu'il lui
plaifoit geh ! quel autre auroit pu le relever
& s'infcrire en faux contre lui : il y a
Lant de matieres à traiter , & il y avoit fi
peu de Sçavans , qu'il eût été fingulier que
deux couruffent la même carriere , & s'y
-rencontraffent.
Il faut cependant avouer que dans le .
Jong efpace de tems , il y eut des Sçavans ,
que l'on peut même regarder comme les.
rais fondateurs des Sciences . Mais ils ne
venoient que de loin en loin , de fiécle en
fiécle , à peu près comme les Cométes
dont l'apparence eft rare & le cours incertain.
Le feul fiécle que l'on puiffe citer avec
honneur eft celui d'Augufte , où les Arts
& les Sciences fe trouverent comme for-
C iiij
56 MERCURE DE FRANCE.
cés par la liberalité & le bon goût de cet
Empereur , à percer les obftacles qu'ils
n'avoient pu vaincre encore . Mais c'étoit
comme une espéce de défi que l'Empire
Romain donnoit aux fiécles à venir. On
étoit honteux d'être ignorant › parce
qu'Augufte vouloit des Sçavans ; ce regne
ne fut pas long le beau fiécle des Lettres
tomba avec le beau fiécle de l'Empire : ce
fut comme un Soleil qui fe coucha pour
ne reparoître que long- tems après , & les
Sciences rentrerent dans leur premier état
d'obfcurité & d'horreur.
Mais encore dans ces tems heureux
quand il arrivoit que quelqu'un fût capa
ble d'un bon ouvrage , avec quelle lenteur
paroiffoit- il cet ouvrage ? obligé qu'il
étoit de paffer par la main des Scribes ,
des années entieres s'écouloient avant
qu'un certain nombre d'exemplaires pût
contenter l'avidité des plus curieux. Et
en quel état le voyoit - on fe préfenter ?
des Écrivains inattentifs , ou ignorans , ou
téméraires ne le laiffoient guéres dans fon
premier état. Un Auteur avoit donc la
douleur de voir paroître fon ouvrage tout
défiguré :
Trifte objet , ou du Ciel triomphoit la colere ,
Et que méconnoifsoit l'oeil même de fon pere.
Vous me prévenez , Monſieur , & vous
JUIN. 1753 .
37
convenez fans doute , que rien n'étoit
non-feulement plus utile , mais même plus
néceffaire qu'un Art qui reçût comme en
dépôt les productions des Sçavans , les
confervât dans leur entier , & qui par un.
troifiéme avantage les répandît avec prodigalité
dans l'univers pour l'inftruire
l'éclairer & le former ;. & voilà ce que va
faire l'Imprimerie.
"
A peine l'Art typographique eft- il en
vogue , que le goût des Sciences fe renou
velle , & renaît de fes propres cendres.
Tous les Sçavans anciens fortent comme
de leurs tombeaux : ils quittent la poufficre
qui les enfeveliffoit , & paffent fous
les preffes ils reprennent leur premiere
forme. Que dis - je ? ils reparoiffent même
avec plus d'éclat , multipliés à l'infini , ils
vont fe répandre dans l'univers , dont ils
n'habitoient auparavant que quelque contrée.
Tous fortent à l'envi du honteux
-oubli , auquel ils fembloient condamnés,
pour toujours. Théologiens & Jurifconfultes
, Sçavans & Artiftes , Humanifles
& Hiftoriens , tous venus de loin en loin ,
difperfés çà & là , reviennent luire fur
l'horifon qui leur paroît tout nouveau.
Aftres bienfaifans , chacun va s'éclairer à
eur lumiere. On éleve déja des Bibliohéques
, où tous les Livres rangés papor
Cv
18 MERCURE DE FRANCE.
dre & en abondance , fourniffent des armes
pour bannir l'ignorance , & bientôt
après c'eft une fcience que de pofféder de
mémoire les titres des ouvrages que l'Imprimerie
vient d'enfanter.
L'ardeur des nouveaux Imprimeurs ne
fuffit pas à contenter le public avide de
dire. Un Livre ( la Bible ) qu'un homme
faifoit tranferire une fois en fa vie , qui
paffoit de lui à fes enfans à titre de fucceffion
; ce même Livre , je le vois en moins
de quarante ans imprimé plus de cent fois,
en toutes fortes de Langues , & en toutes
fortes de formes.
»L'admirable façon d'écrire , s'écrie làdeffus
un Hiftorien de cet Art ( a ) , où
» la main d'un feul ouvrier fait à elle feu-
» le l'ouvrage de mille langues & de mille
plumes ! Admirable effet , j'ajouterois
même , fortilege innocent de ces carac-
» teres mobiles , qui fortant chacun de leur
» place à la volonté de l'ouvrier , s'affem-
»blent & fe concertent pour produire
» promptement & fans effort , tel ouvrage
: » que l'on veut..
Eh bien , Monfieur , vous rappellez- vous
l'état des Sciences avant l'origine de l'Imprimerie
admirez vous affez celui qui le
(a ) Mettaire. T. 1. p. 3
JUIN. 1753 .
59
fuit. Rapprochez les deux tableaux, comparez
& jugez. Là , les Sçavans étoient rares,
oubliés ou peu fuivis par leurs fucceffeurs ;
içi , ils font à l'infini , & forment de leur
vivant d'auffi fçavans qu'eux. Là , les fources
étoient corrompues , & capables d'induire
en erreur ; ici elles font purifiées &
rendues fûres. Là , les ouvrages étoient
toujours défigurés ; ici ils font dans toute
leur exactitude . Là enfin , il étoit prefque
impoffible de n'être pas ignorant ; ici il eft
prefque impoffible de n'être pas fçavant.
Croyez vous cependant cependant , Monſieur ,
que c'est ce même Art , à qui on reproche
tant d'abus ? c'est ce dont il me reste à vous
entretenir.
2. Je demande à ceux qui attribuent
tant d'abus à l'Imprimerie , fi parce que
de l'Imprimerie il naît des inconvéniens ,
il faut la fupprimer brûlerons - nous donc
nos preffes , fondrons-nous nos caracteres
? ce fentiment rigoureux peut bien être
foutenu par les favoris du fyftême nouveau
, Gi généralement combattu fans être
détruit. Quand on foutient que les Sciences
tendent plutôt à la corruption qu'à la
réforme des moeurs , certes l'Art typogra
phique doit avoir une grande part dans
cet anathême fi général & fi abfolu. Quel
mal fait donc l'Imprimerie d'enfanter ,
C vj
60 MERCURE DE FRANCE .
dit-on , des ouvrages contre la Religion
& contre les moeurs , les multiplier à l'infini
& les éternifer. Je ne difconviens pas
que l'Imprimerie n'ait prêté , & que trop
fouvent , fon miniftére à de pareils forfaits
; mais je demande en même tems , f
fans le fecours de l'Imprimerie ces abus
ne fe fuffent pas commis ? Tout ce qui favorife
l'impiété & les paffions , ne trouvera-
t-il pas toujours cent copiftes contre
une preffe ? L'impie Lucréce , le trop tendre
Ovide , le lafcif Juvenal , le volup
tueux Epicure & tant d'autres , ont- ils eu
befoin de preffes pour éternifer leurs ouvrages
dignes des ténébres ? & tous leurs
difcours euffent- ils été écrits comme les
oracles de la Sybille fur des feuilles volantes
, auroient ils été portés par les vents
pour être perdus dans les airs ? Remonzons
à la vraie caufe : corrigeons les hom
mes , & les Arts n'auront plus d'abus. Au
refte , quand l'Imprimerie a prêté & prête
encore fon miniftére à de pareilles oeu
vres , ne le prête- t'elle pas également pour '
détruite ce qu'elle produit ? Na t'elle pas
enfanté , & n'enfante- t'elle pas tous les
jours des ouvrages qui combattent les fyltêmes
des impies , qui prennent la défenfe
des moeurs ? & fon inventeur ne fe plaindroit-
il pas encore des abus qu'on peut
JUIN. 1753. 61
faire de fa découverte ? ne pourroit- il pas
dire : Non hos quafitum munus in ufus ? Encore
une fois que les Auteurs foient fages ,
nous n'aurons que des preffes chaftes .
Le fecond abus que l'on attribue à l'Imprimerie
, c'eft de confacrer des ouvrages.
futiles qui n'entretiennent qu'une frivolité
dangereuse pour les efprits & pour la
Littérature : il eft vrai que cet abus eft.
réel ; mais enfin , à l'examiner de bien
près , eft ce l'Imprimerie qui a donné ce
ton , ou ne l'auroit- elle pas reçu ? qu'on
réforme les Ecrivains, & nous n'aurons que
des ouvrages folides..
C Quant à cette fécondité de Livres done
on accufe fi fort l'Imprimerie , pourroiton
taxer cer Art perfonnellement ? L'om
s'en plaignoit , bien des fiécles avant l'Imprimerie
: Faciendi plures libros , nullus eft
finis ( a ) , difoit Salomon. Il n'y avoit
pourtant alors que des Copiftes. Il faut
donc s'en prendre à l'amour propre humain
qui defire toujours de voir éternifer
fes propres idées. Un Livre paffe pour le
Temple de Mémoire ; que d'Auteurs ont
crû être immortalifés , en voyant leurs
ouvrages imprimés ,! C'eft une erreur qui
fubfifte depuis long- tems , & qui ne mourra
(4 ) Ecclefiaftes . Chap. 12. V.12
62 MERCURE DE FRANCE.
qu'avec le dernier des Auteurs . Au refte ,
quel mal caufe aux Sçavans ce déluge de
Livres ? ou ils renferment du neuf , oa ils
ne font que répéter dans ce dernier cas
l'on peut s'en tenir aux fources , & dans
le premier ils fervent encore à quelque
chofe, à parer long-tems les magafins & les
boutiques des Libraires , pour aller de là
faire un faut chez l'Epicier , habiller le poivre
& la canelle. Peut- être , Monfieur ,
un efprit politique trouveroit-il un avantage
dans ce qui paroit un fi grand abus .
Une conformation de papier , telle qu'il
en faut pour les mauvais ouvrages ( qui ne
font pas en petit nombre ) ne laiffe
que de faire un objet dans un Etat commerçant.
Mais j'abandonne volontiers ce
fujet à traiter à quiconque s'amufe à juger
tout par la fpéculation ; pour moi , je ne
prétends parler qu'en amateur d'un Art
que tout le monde doit chérir & eſtimer ,
malgré les abus. Je fuis , & c.
Ce 13 Avril 1753 .
A. M. L.
pas
JUIN. 1753. 63
L'AMOUR ET L'AMITIE .
QUe vous me faites de pitié ,
Difoit un jour l'Amour à l'Amitié !
Vous faites , nous dit on , le charme de la vie ,
Mais avec vous fans moi fort ſouvent on s'ennuye;
Evec vous , on verroit mon fort plus envié ,
Avec moi , vos plaifirs augmenter de moitié :-
Tour en va beaucoup mieux , quand on nous affocie..
Ma foeur , formons un plan qui pour toujours- alf
lie
Le tendre Amour à la douce Amitié.
Je vous fuis obligée autant qu'on le peut être ,
Répondit l'Amitié , de la civilité
Qu'envers moi vous faites paroître.
Souverain des Etats dont le fort vous fit maître
Vous y regnez en pleine autorité ,
Si nous les partagions , peut-être ,
De nos moeurs la diverfité
Pourroit entre nous faire naître
Souvent quelque point contefté.
Trop différens font les uſages
Des climats qui nous font foumis.
Vous regnez fur des coeurs volages ,
Je gouverne des peuples fages :
2
64 MERCURE DEFRANCE
Tous nos foins ne pourroient jamais les rendre
amis :
Vos intérêts d'ailleurs font différens des nôtres à
Et n'en déplaife à votre majefté ,
Je verrois peu de fureté
A lier de fi près les miens avec les vôtres ♣
Sous mes loix la tranquilité ,
La paix , la fidélité
Sont les feuls où l'on aſpire.
'Amour , il n'en eft pas ainfi ſous votre empires
Troubles , foucis , chagrins , dépit ,
Vos miniftres les plus fideles ,
Bar des peines toujours nouvelles ,
Défolent celui qui vous fuit :
Vous vous plaifez à regner dans la guerre
Autant que j'aime à regner dans la paix ,
Seule elle a pour moi des attraits ,
Plus flatteurs que la fauffe gloire..
Que vous ne rencontrez jamais
Danst ' éclat féduifant d'une injufte victoire
De grace , Amour , gardons nous bien
De former jamais un lien ,
Qui loin de nous unir fouvent feroit éclore-
Nouveaux fujets de nous brouiller encore
Vos loix qui font tout le foutien
De votre pouvoir fans limite ,
Ne manqueroient pas dans la fuite
D'anéantir bientôt le mien..
Fe redoute votre puiffance
JUI N.
1753. 63
Je connois à ma honte où s'étendent vos droits. :
Amour , pour la derniere fois ,
Entre nous jamais d'alliance.
Ce difcours à tout autre eût paru rebutant ,
L'Amour en aima davantage :
Un refus à propos fouvent fixe l'amant ,
Qu'un avoeu trop prompt rend volage.
Non , dit l'Amour , je renonce à mes loix
Chere Amitié , pour vivre fous les vôtres :
Ufez fur moi de tous vos droits ,
2
Je n'en veux plus connoître d'autres.
Fiez vous à la foi du plus parfait amant ,
Ab fi vous connoiffiez .... Déeffe , je le jure ,
Vous me verrez toujours tendre , foumis , conf
tant ,
J'en jure par le Stix , par toute la nature.
En eft- ce affez , parlez , que voulez vous encor
Ç'en eft affez , repartit la Déeffe ,
Calmez cet amoureux tranſport ,
Le feul mot de ferment me bleffe:
Mais finiffons cet entretien ,
Entre nous longue conférence
Ne tourneroit jamais à bien
Et peut tirer à conféquence.
Non , non , l'excès de vos rigueurs
Ne peut m'empêcher de vous faivre ,
Lui dit l'amour fondant en pleurs ,
Sans l'eftime , fans vous , l'Amour ne sçauroit vi
vre
64 MERCURE DEFRANCE!
Tous nos foins ne pourroient jamais les rendre
amis :
Vos intérêts d'ailleurs font différens des nôtres
Et n'en déplaife à votre majefté ,
Je verrois peu de fureté
Alien de fi près les miens avec les vôtres ☀
Sous mes loix la tranquilité ,
La paix , la fidélité.
Sont les feuls où l'on aſpire.
'Amour , il n'en eft pas ainfi ſous votre empires
Troubles , foucis , chagrins , dépit ,
Vos miniftres les plus fideles ,
Bar des peines toujours nouvelles ,
Défolent celui qui vous fuit :
Vous vous plaifez à regner dans la guerre
Autant que j'aime à regner dans la paix ,
Seule elle a pour moi des attraits ,
Plus flatteurs que la fauffe gloire..
Que vous ne rencontrez jamais
Dansl 'éclat féduifant d'une injufte victoire .
De grace , Amour , gardons nous bien
De former jamais un lien ,
Qui loin de nous unir fouvent feroit- éclore-
Nouveaux fujets de nous brouiller encore.
Vos loix qui font tout le foutien
De votre pouvoir fans limite ,
Ne manqueroient pas dans la fuite
D'anéantir bientôt le mien.
Fe redoute votre puiffance
JUIN.
1753.
Je connois à ma honte où s'étendent vos droits.:
Amour , pour la derniere fois ,
Entre nous jamais d'alliance.
Ce difcours à tout autre eût paru rebutant ,
L'Amour en aima davantage :
Un refus à propos fouvent fixe l'amant ,
Qu'un avoeu trop prompt rend volage.
Non , dit l'Amour , je renonce à mes loix ,
Chere Amitié , pour vivre fous les vôtres :
Ufez fur moi de tous vos droits ,
Je n'en veux plus connoître d'autres.
Fiez vous à la foi du plus parfait amant ,
Ab fi vous connoiffiez .... Déeffe , je le jure ;
Vous me verrez toujours tendre , foumis , conf
tant
J'en jure par le Stix , par toute la nature.
En eft- ce affez , parlez , que voulez vous encor
Ç'en eft affez , repartit la Déeffe ,
Calmez cet amoureux tranſport ,
Le feul mot de ferment me bleſſe:
Mais finiffons cet entretien ,
Entre nous longue conférence
Ne tourneroit jamais à bien ,
Et peut tirer à conféquence.
Non , non , l'excès de vos rigueurs
Ne peut m'empêcher de vous faivre ,
Lui dit l'amour fondant en pleurs ,
Sans l'eftime , fans vous , l'Amour ne sçauroit vis
yre
46 MERCURE DE FRANCE.
Faudra t-il donc , chere Amitié ,
Envers tous auffi fecourable ,
Que dans la douleur qui m'accable
Seul je voustrouvé fans pitié ?
L'Amitié , qui craignit la fuite
D'un difcours auffi féduifant ,
Fit un pas pour prendre la fuite ;
Mais l'Amour dans le même inſtant
Qu'il l'apperçoit qu'elle l'évite ,
La fixa d'un regard perçant.
O vous , qui voulez vous défendre
De l'Amour & de fes attraits ,
Avec ce Dieu trompeur ne diſcourez jamais :
Fuyez-le d'abord fans l'entendre ,
C'eft l'unique moyen d'échapper à fes traits.
Déja la Décfle ébranlée ,
Cherche elle- même à l'approuver :
Amour , je veux vous éprouver ,
Lui dit-elle , toute troublée ,
Vous m'avez tant de fois trompée,
Que je ferois au défefpoir
De courir rifque de me voir
Encor une fois abufée.
Ecoutez moi , Dieu de l'Amour ,
J'ignorois toujours l'art de feindre ,
le fçais que vos attraits embelliroient ma cour *
Mais plus ils font charmans , & plus je les dois
craindre :
JUIN. 67
1753.
Vous m'avez joué plus d'un tour ,
A l'ombre de mon nom vous ufurpez ma place ;
Il est rare que pour nous deux ,
Un coeur contienne affez d'efpace ;
Quand vous m'avez chaffé , il cefle d'être heureux .
L'Amitié , dites vous , fans vous eft languiffante ;
Mais l'Amour eft fouvent l'écueil de l'Amitié :
Moderez votre activité ,
Vous rendrez l'Amitié conftante.
Je voudrois fi jamais nous faifions un traité ,
Je voudrois.. Ordonnez , dit l'Amour transporté,
Amour , oferiez -vous m'en faire la promeffe ?
Parlez , chere Amitié ... Je voudrois la ſageſſe.
L'Amour ſe trouva lors dans un grand embaras ,
La loi lui parut neuve & des plus fingulieres.
Il promit , le tint-il ? c'eſt ce qu'on ne fçait pas.
Ce qu'on fait , c'est qu'en pareil cas
La fageffe a bien des affaires .
Heureux qui par un doux effort
D'une tendre amitié , d'une amour raiſonnable
Sçait fe former un heureux fort.
C'eft pour elle qu'il eſt aimable ,
S'il paroît quelquefois moins fort ,
Elle la rend plus durable.
Par feu M. D. de l'Académie d'Angers.
A Angers , ce 27 Août 1752.
68 MERCURE DEFRANCE .
bJtJtJtJbJb Jb Jb Jb JbJbj
ASSEMBLE'E PUBLIQUE
De la Société Royale de Lyon , du 28 Avril
M
1751.
Garnier Directeur , a fait l'ouver
ture de l'Affemblée par un Difcours
dans lequel il établit combien les
Sciences & les Arts font utiles pour
épurer les moeurs. Après quoi il a donné
les extraits fuivant des Mémoires lus à
l'Académie , depuis la précédente Affemblée
publique.
Sur les Pierres gravées.
M. Defleurieux dans un Mémoire qu'il
a donné , a fait des remarques en général
fur les pierres gravées : il prouve qu'étant
plus durables , c'est-à- dire , plus à l'abri
des frottemens & des autres injures du
tems , elles font plus propres à inftruire
des faits de l'antiquité , que prefque tous
les autres monumens qui nous en reftent.
Ce Mémoire contient auffi les obferva
tions. de l'Auteur fur le recueil qu'il a acquis
de 15 à 1600 empreintes de pierres
antiques en fouffre & cinabre très- fidelles
; elles ont été faites fur les inftructions
JUI N. 17538
ة و
de M. Mariette , par M. Chriftiano , fameux
Médaillifte , fur les originaux du
Cabinet du Roi , de M. le Duc d'Orléans
& de plufieurs Princes & Ducs Etrangers.
M. de Fleurieux en mettant fon recueil
fous les yeux de la Compagnie , a fait
fans y penfer , l'éloge de fon goût pour la
belle antiquité.
Sur l'Allégorie pitorefque.
Des réfléxions fur la difficulté qu'il y a
de réuffir dans la Peinture purement allégorique
, font l'objet d'un Mémoire de M.
Clapaffon . De quelques talens , dit - il
que les Peintres foient pourvûs , il eft rare
qu'ils réuffiffent dans les fujets où il
n'entre que de l'Allégorie. 11 eft prefque
impoffible , continue-t-il , qu'avec les feules
figures de ce genre , ils puiffent exprimer
leurs idées de maniere qu'elles foient
fen Gibles pour les fpectateurs . Après avoir
apporté les raifons de cette difficulté , il
en donne une preuve exiftante dans les
plafonds de l'Hôtel-de-Ville , & du Palais
de Lyon . L'ordonnance , les expreffions
& le coloris de ces peintures , font fouhaiter
que ces avantages fuffent réunis à
quelques traits d'hiftoire connus & bien
choifis.
La compofition allégorique ne doit
70 MERCURE DE FRANCE.
donc être mise en oeuvre que dans une néceffité
abfolue , & en ce cas il faut que
les figures tracées foient en petit nombre
& ailées à reconnoître .
Expérience pour faire éclore les oeufs de
poule.
Quelques perfonnes de cette Province
ayant tenté de fuivre les leçons tracées
par M. de Reaumur dans le Livre qu'il
publia l'année derniere touchant l'art de
faire éclore & d'élever les oifeaux domef
tiques M. de Ruolz a fait part à l'Académie
du procédé & du fuccès d'une jeune
Demoiselle de cette Ville , qui dans le
mois d'Août & de Septembre derniers
fit éclore dans la campagne un très- grand
nombre de poulets , en expofant les oeufs
pendant trois ſemaines à la chaleur du fuinier
, fuivant les précautions de M. de
Reaumur , fur lequel on ofe affurer qu'elle
a rencheri,
Les bornes qui font ici prefcrites ne
permettent pas de rapporter tout ce que
M. de Ruolz nous apprend d'intéreffant ;
on ne peut s'en dédommager que par la
lecture même de l'Ouvrage de M. de Reaumur.
Le fuccès de cette jeune perfonne.
doir encourager à fuivre fon exemple.
JUI N. 1753.
7 F
}
Sur la Cataracte
M. Olivier qui a donné ce Mémoire
penfe que l'opération de la cataracte eſt
fouvent inutile , parce qu'il croit que le
cristalin abattu , ne peut demeurer fixe là
où l'éguille de l'operateur l'a placé , n'y
étant retenu par aucune caufe apparente .
Il craint que lorfque la malade fe donnera
quelque mouvement , le criftalin revienne
vis à- vis la prunelle. Pour remedier à cet
inconvénient , M. Olivier propofe 1º . de
déplacer le cristalin de fon chaton à la maniere
ordinaire, 2° . Après l'avoir déplacé,
de l'extraire hors de l'oeil . Mrs S. Yves &
Petit ont extrait des criſtalins qui avoient
paffé dans la chambre anterieure , ils ont
travaillé l'un & l'autre fur la partie anté
rieure de l'oeil , fur la cornée tranfparen
te , ils ne pouvoient pas fe tromper. L'o ,
pération que propofe M, Olivier est infi
niment plus délicate , parce qu'il est très.
difficile de déterminer précisément l'en,
droit où doit le faire l'ouverture pour l'ex
traction du cristalin de la chambre pofté
rieure , qui comme l'on fçait eft extrêmement
petite , fi l'on incife trop en avant ,
on endommagera le cercle ciliaire ; fi l'on
coupe trop en arriere , on portera la poin
te de l'inftrument dans l'humeur vitrée :
72 MERCURE DE FRANCE.
cependant il faut avouer que quoique dif
ficile , elle n'eft pas abfolument impoffi
ble ; c'eft aux opérateurs à bien prendre
leurs dimenfions.
La cataracte caféeuſe , de même que
celle qui provient d'un coup dans l'oeil ,
font les feules , fuivant M. Ölivier , dont
ont doit attendre la maturité , & dont il
préfume que le malade ne fçauroit guérir
radicalement , qu'autant qu'on aura re
cours à la double opération dont on vient
de parler.
Pour les autres efpeces de cataracte , il
n'eft point du fentiment d'en attendre la
maturité , il croit même qu'elles font plus
aifées à guérir récentes , que confirmées.
Dans ce deffein , il a inventé un nouvel
inftrument qu'il appelle Kenembatome ; il
eft compofé de trois piéces , fçavoir : 1º
d'une aiguille à cataracte ordinaire , 2º.
d'une canulle d'argent dans laquelle entre
l'aiguille femblable à celle du trocar , inf
trument dont on le fert pour faire la ponc
tion aux hydropiques. La troifiéme piéce
de cet inftrument eft une feringue qui s'a
dapte à la canulle , de forte qu'après
avoir incifé à la maniere ordinaire , &
avoir dilaté la playe avec la même aiguil
le , il n'eft queftion que d'adapter la feringue
à la canulle , & de pomper le mate
ricl
JUIN. 1753. 73
riel de la cataracte qui n'eft pas encore durcie
, car cette opération eft principalement
propofée pour les cataractes commençantes
, & quand même elles auroient déja
acquis quelque confiftance , M. Olivier
croit que l'Opérateur pourroit adroitement
les divifer , foit avec l'aiguille une
fois introduite , foit avec l'extrêmité de la
canulle , & les ayant ainfi réduites en petites
parcelles , elles pourroient être afpirées
par la petite feringue. Il ajoute qu'au
cas que l'on s'apperçut qu'il en fût refté
quelque fragment dans l'oeil , il conviendroit
d'y pouffer quelques injections avec
l'eau rofe , ou d'autres médicamens appropriés.
Réflexions fur la feconde pouffée , qui arrive
quelques fois aux Maronniers d'Inde.
Les Phénomenes les plus rares ne paroiffent
furprenans , que parce que leur
caufe eft inconnue , & quoiqu'elle foit
fouvent très - près de nous , ce n'eft cependant
qu'avec beaucoup de tems & d'attention
qu'on peut la découvrir. M. Morand ,
Médecin de la Faculté de Paris , un de nos
affociés , nous a communiqué fes recherches
fur la feconde pouffée des maronniers
d'Inde ; ayant remarqué avec étonnement
que quelques -uns de ces arbres , après s'ê-
I. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE .
tre dépouillés en automne , fe parent tout
d'un coup de nouvelles feuilles & de
nouvelles fleurs à la fin d'Octobre , & juſqu'au
milieu de Novembre , tandis que
toutes les autres plantes ayant payé le tribut
à la Nature paroiffent fans vie , & que
leurs triftes dépouilles éparfes fur la terre
fans éclat & fans couleurs , font le jouet
des vents.
M. Morand , après avoir prouvé que
cette feconde pouffée ne devoit point être
attribuée à la qualité du terrain , ni à l'expofition
de ces arbres , ni à plufieurs autres
caufes qui fe préfentent naturellement
à l'efprit , affure avoir remarqué plufieurs
années de fuite , que les chenilles avoient
mangé durant l'été toutes les feuilles des
arbres , qui faifoient le fujet de fes rechetches
& de fes obfervations : la féve deftinée
à la nourriture de ces feuilles ne les
trouvant plus , fera reftée dans le tronc &
dans les branches de l'arbre , mais y étant
accumulée au bout d'un certain terme , elle
a dû néceffairement donner une nouvelle
parure à ces arbres.
Remarque fur le Corail.
Parmi plufieurs piéces de l'Hiftoire Naturelle
que la Société Royale vient de recevoir
, on obferve un madrepore , auquel
J. U IN . 1753..
75
tiennent naturellement trois petites plantes
de corail , l'une tombe perpendiculairement
en bas , ayant vegeté fur le fond
d'un coquillage attaché au madrepore ;
l'autre a crû de bas en haut de deffus un
amas de corps marins , & la troifiéme eſt
née le long de la tige fe préfentant de travers.
fes
L'examen de ce curieux morceau , nous
a fait conclure que M. le Comte de Marfigli
s'eft trompé , lorfqu'il dit à la page
109 , de fon Hiftoire phyfique de la mer ,
que le corail croît de telle forte que
rameaux tombent perpendiculairement
vers le centre de la terre : erreur qu'il répéte
à la page 117 , où il prétend que le
corail vegete la tête en bas .
نم
Tables des quotiens pour tous les divifeurs
depuis 2 jufqu'à 10000 , & pour dividende
quelconque.
M. l'Abbé Dugaiby , Auteur de ees
Tables , a donné un Mémoire qui les annonce
, & qui en donne une explication .
Ceux qui ne font point familiers avec
le calcul , dont le fçavoir eft borné aux
régles de l'addition & de la fouftraction ,
Le trouvent affranchis par les comptes faits
de Barrême , des difficultés & des erreurs
de la multiplication .
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Les Tables que donne M. Dugaiby , &
que l'on peut pouffer plus loin , ne font
pas moins utiles. La divifion eft bien plus
difficile que la multiplication , & plus
fujette à erreur. Combien de perfonnes
qui peuvent le paffer des comptes faits ,
& à qui il ne manque que le fecours de
ces Tables pour faire ufage des quatre
opérations de l'Arithmétique Un Auteur
eft bien dédommagé de l'application & de
l'ennui de fon travail , quand il l'épargne
ainfi aux autres.
Sur le rang que doivent tenir les ouvrages and
ciens modernes , tant pour la peinture
la fculpture que pour l'architecture.
Quoiqu'il foit difficile de comparer avec
quelque équité les édifices modernes qui
fubfiftent dans leur entier avec les anciens
qui font en partie ruinés , cependant les
anciens , ignorant abfolument l'art de la
coupe des pierres , n'ont pû éviter les ennuyeufes
répétitions de leurs combinaifons
, au lieu que cet Art ayant procuré
aux ouvrages modernes des embelliffemens
ingénieux , gracieux & variés , met l'architecture
moderne au- deffus de l'ancienne.
La même difficulté de comparer les tableaux
antiques , encore moins confervés
JUIN. 1753-
77
que les bâtimens avec les tableaux modernes
, eft applanie par la comparaifon de la
peinture ancienne avec la fculpture ancienne
. M. de la Monce remarque 1 °.
que nous avons aujourd'hui des ſtatues anciennes
& très- entieres ; 2 °. que les Auteurs
anciens ont fort loué ces ftatues ;
3. que ces mêmes Auteurs ont auffi fort
eftimé les tableaux contemporains de ces
mêmes ftatues. De ces trois réflexions il
conclud judicieufement que les peintures
anciennes étoient excellentes , puifqu'el
les ont été trouvées telles par des Auteurs
qui ont porté le même jugement des ftatues
, qui prouvent encore aujourd'hui le
goût & le difcernement de ces Auteurs.
Notre habile Critique obferve , que fi
les anciens fe font attirés les louanges les
plus légitimes par le fublime de la correction
du deffein , de fes proportions , &
fur tout des expreffions ; les modernes
ne leur font point inférieurs dans tous ces
points. Il penfe auffi que les Coloriſtes
Vénitiens & Flamans ont égalé , ou peut.
être furpaffé le coloris de Zeuxis.
Jufques- là les uns & les autres vont de
pair , mais trois chofes décident la queftion
en faveur des modernes ; la premiere
eft que l'on n'obferve point dans leurs ouvrages
une certaine froideur , & une roi-
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
deur fréquente dans les membres des fculp
tures les plus eftimées des anciens , défaut
qui felon toute apparence , exiftoit aufff
dans leurs peintures . La feconde eft que
les habiles Peintres & Scalpteurs modernes
ont perfectionné la forme des femmes
& des enfans . La troifiéme enfin eft ,
qu'ils ont donné aux grouppes une tournure
plus gracieufe que les anciens , une
vraisemblance mieux contraftée & plus artifte
, far tout dans les bas reliefs .
Sur les étranglemens dans les tayaux
des Pompes
L'expérience femble être en contradic
tion avec la théorie fur le calcul des forces
néceffaires pour élever l'eau , lorfque les
tuyaux font plus petits
petits que le corps de
pompe , ou lorfque le paffage de l'eau eſt
retréci , foit par les foupapes , foit par quelqu'autre
étranglement dans les tuyaux.
Il eft démontré que deux ouvertures iinégales
ne peuvent donner une même quan.
tité d'eau , que lorfque les forces motrices
font en raifon inverfe des quarrés de ces
ouvertures. Ce principe eft vrai , mais les
conféquences que de bons Auteurs en ont
tirées dans leurs ouvrages , produifent dans
le calcul de plufieurs fortes de pompes ,
des differences que les Praticiens ne veu
JUIN. 1753. 79
lent pas adopter , fe croyant en droit d'y
oppofer leur expérience journaliere. Un
exemple des plus récens , eft la machine
conftruite fur les remparts de cette Ville ,
pour fournir aux jets d'eau de la Place de
Louis le Grand ; deux chevaux fuffifent à
fon mouvement , quoiqu'il en fallûr un
nombre prodigieux , fi l'on fait à la lettre
les raifonnemens d'un de nos meilleurs
Auteurs & des plus modernes. T
L'importance de cette queftion a engagé
M Mathon à chercher d'où venoit
l'erreur dans l'application du principe , il
a divifé fon Mémoire en deux parties. La
premiere traite de la force néceffaire au
pifton pour refonter : la feconde de celle
qu'il lui faut pour afpirer. Il examine dans
ces deux cas quels effers produit le défaut
d'égalité entre le corps des pompes , & les
Tuyaux ou les ouvertures des foupapes.
Dans les tuyaux montans ou de refoulement
, l'étranglement du tuyau exige à
la vérité que les forces foient en raiſon
inverfe des quarrés des ouvertures. Mais
cela doit s'entendre feulement de la portion
de force qui fert à pouffer l'eau , &
à la faire fortir avec une viteffe déterminée
, & non de celle qui eft en équilibre
contre la pefantear de la colomne qu'on
éleve , & qui empêche le pifton d'être re-
D iiij
So MERCURE DE FRANCE.
pouffé en atriere. De- là fuit que les étran
glemens des tuyaux font peu nuifibles
lorfque l'eau ne doit y paffer qu'avec une
vitefle médiocre , ce qui eft le cas le plus
ordinaire.
Il n'en eft pas de même des tuyaux d'afpiration
, les étranglemens y diminuent
confidérablement la preffion , avec laquelle
la furface inférieure du pifton eft pouf
fée en haut par l'eau qui monte dans ce
tuyau , & par conféquent il en refte plus
expofé à celle par laquelle le poids entier
de l'atmoſphere la pouffe de haut en
bas.
M. Mathon ayant appliqué ces principes
à la machine qui fournit aux jets
d'eau de la Place de Louis le Grand , dont
le rapport du corps de pompe à l'ouverture
des foupapes , eft à peu près comme
celui de 62 à 1 , conclut de ces calculs que
deux chevaux peuvent fuffire à fon mouvement
, & que l'étranglement produit
par les foupapes des tuyaux montans , n'oc
cafionne pas une augmentation de force
motrice d'une livre entiere , tandis que
celui des foupapes des tuyaux d'afpiration
en exige une d'environ vingt- deux
livres.
JUI N. 1753. 81
Machine approuvée par la Compagnie.
Meffieurs Delorme & Goiffon ont examine
par ordre de la Compagnie un rouet
à quatre guindres pour devuider la foye ,
que le Sieur Claude Raymond , Fabriquant
en étoffes de foye , a préfenté à l'Académie
le dix huitiéme Novembre 1750,
dont le principal avantage eft d'occuper
moins de place que le rouet en ufage , à
caufe de la pofition qu'il a donnée à fa roue
entre les deux pieds de derriere du rouet
qui fe trouve par- là dégagé de la place que
cette roue occupoit au-devant en retour
d'équerre fur une fole traînante. Ces Meffieurs
ayant fait leur rapport ,
La Compagnie a jugé que ce rouet occupe
moins de place que l'ancien , que fa
Ioue eft dans une pofition plus folide , &
qu'il eft difpofé à recevoir le jour plus fa
vorablement que la perfection que le
Sienr Claude Raymond lui a donnée par
ce changement fans rien perdre de fes
avantages , rend cette conftruction utile &
préferable à l'ancienne.
Obfervations météorologiques , faites à Tours
en 1750 , par M. Burdin , Académicien
affocié.
L'hiver y a été affez doux & pluvieux ,
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
il n'y a eu que quelques legeres gelées les
premiers jours de Janvier , le quatrième du
même mois le thermométre de Lyon eft
defcendu à trois degrés au- deffous de la
congélation , & le trentiéme Décembre à
quatre degrés.
Le jour le plus chaud a été le vingtdeuxième
Juillet à 36 degrés , à trois heu
res après midi .
Ces degrés de chaleur & de froid font
bien differens des fuivans obfervés à Lyon
dans la même année .
Obfervations météorologiques , faites à l'Obſer
vatoire de Lyon , par le Pere Beraud, en
1750.
Le plus grand froid arrivé à Lyon le
fixiéme Janvier & le quatrième Décembre
1750 , a été marqué au thermométre de
Lyon à 8 degrés ,, au- deffous du point de
la congelation au lever du Soleil , & à celui
de M. de Reaumur à l'efprit de vin , à
7 degrés-
La plus grande chaleur à trois heures
après midi le vingt- deuxième Juillet , a été
marquée au thermométre de Lyon , à 34
degrés , an- deffus de la congelation , &
à celui de M. de Reaumur à 30 degrés.
JUIN. S3 1753 .
A CATE N N E.
Le Pere Beraud en comparant les obſervations
qu'il a faites au grand Collége avec
celles qu'il a reçues de Rouru , près de
Cayenne , dont la latitude feptentrionale
eft de 4 degrés 56 m. trouve qu'il s'en faut
bien que les grandes chaleurs qu'on éprouve
dans la Zone torride , égalent les grandes
chaleurs que nous reflentons ordinairement
pendant l'été à Lyon , & dans les
climats voifins , car les plus grandes chaleurs
de Cayenne pendant fon été de Septembre
1749 , & pendant fes deux étés
de 1750 , n'ont fait monter le thermométre
de Mercure , à la divifion rappor
tée à celle du thermométre de Lyon , qu'à
30 degrés au-deffus de la congelation , &
2 ou 3 fois feulement à 31 degrés ; &
ici le vingt-deuxième Juillet de la même
année 1750 à 34 degrés & , c'est à dire ,
qu'alors nous avions une chaleur fupérieure
à la plus grande de Cayenne de 3 degrés
: les 15 , 21 , 23 & 27 du même
mois , notre thermométre marquoit 32 ; ›
notre chaleur alors furpaffoit donc la plus
grande de Cayenne d'un degré 4
4
L'année précédente notre thermométre
monta jufqu'à 36 degrés le treiziéme
1
Dvj
$4 MERCURE DE FRANCE.
Juillet. Nous avions donc alors 5 degrés
de chaleur de plus qu'on n'en a- en été dans
la Zone torride , d'où l'on doit conclure
que les chaleurs fous les tropiques , &
près de la ligne ne font pas auffi infuppor
tables qu'on l'imagine , & qu'elles ne font
accablantes pour les Européens que par
leur continuité .
Obfervation fur le Barométre en 1750.
La plus grande hauteur dans les barométres
lumineux ou Phofphores , a été
obfervée à Lyon le vingt- huitiéme Janvier
, à 28 pouces 3 lignes . La moindre
hauteur le 16 Novembre à 26 pouces 9
lignes & demie.
La hauteur moyenne du barométre à
Lyon , eft à 27 pouces 6 lignes , comme
l'a fixée le Sieur Cafati , dans l'imprimé
dont il orne fes baromètres .
Enfuite M. Delorme a lû un Mémoire ,
intitulé : Plafond de briques pour garantir
de l'incendie , fans pouffée contre les murs ,
fupporté à cet effet par des poutres recou
vertes auffi de briques , joignant à la folidité
la propreté & l'économie.
Dans la premiere fection , l'Auteur par
court les differentes conftructions de planchers
& de voûtes en ufage , qui peuvent
retarder ou empêcher la communication
JUIN. 1753 85
du feu. Il entre dans des détails fur les
avantages relatifs de ces conftructions ,
fur leurs inconvéniens & leurs défauts ,
fans omettre leur dépense.
Dans la feconde , il donne la conftruction
des plafonds de briques , qui font
des voûtes extrêmement furbaiffées entre
deux poutres qui leur fervent d'appuis &
de retenues contre leur pouffée .
Un plafond peut être compofé de plufeurs
de ces voûtes formées fur un arc de
6 à 8 pieds de portée , & de 8 à 10 pou
ces de fléche , que l'on peut terminer par
des arrieres voufures. de Saint Antoine .
Leur épaiffeur eft de 3 pouces , largeur de
leurs briques ; leurs naiffances ne font pas
appuis directement deffus les poutres ,
mais fur les côtés vers la furface inférieure
, où elles trouvent des entailles propres
à les recevoir ; par cette difpofition la
poutre le trouve enveloppée par les côtés :
il ne reste donc que la furface inférieure
à mafquer pour la garantir du feu . A cer
effet il convient de la couvrir de briques
auffi larges qu'elle a d'épaiffeur, qui feront
tenues par des têtes plattes de cloux à vis
entre leurs joints. Le poid de ces voûtes
chargées d'un peu de terre pour recevoir
le carrelage , n'excéde que de peu celai
des folives & des planches que l'on fuppri86
MERCURE DE FRANCE.
me entierement , & il n'exige pas de plus
fortes poutres. La réfiftance de ces plafonds
eft , felon M. Delorme , à l'épreuve
des fardeaux & des ébranlemens continuels
des ouvroirs & manufacturés . Il n'y
a qu'un feu extrêmement violent qui
puiffe lui donner atteinte , & dans ce cas
fa chute arrête & met fin à l'incendie.
Il rapporte dans la troisiéme & derniere
fection plufieurs avantages de l'ufage de
ces plafonds ; outre fon objet de garan
tir de l'incendie , il lui reconnoît la folidité
des voûtes de maçonnerie fans en
avoir l'épaiffeur , la pouffée ni la courbure ;
ils font à l'abri des vapeurs qui pénétren
& périffent les planchers chez les Teintu
riers , Chapeliers , & c . Leur conftruction
préfente une économie d'un quart de la
dépenfe des feuls planchers ; il n'en tombe
point de pouffiere , & ils ne donnent
aucun azile aux rats. Le bruit d'un étage à
l'autre en eft plus fourd , & leur difpofition
les rend fufceptibles de toutes les décorations
en plâtre.
La Séance a été terminée par un Mémoire
qu'a lû M. Gavinet , fur l'Opium
d'Egypte & de France , dont l'Extrait a été
donné dans l'affemblée publique du deuxićme
Décembre 1750.
JUIN. 87 1753.
Le mot de l'Enigme du mois dernier eft.
La Confcience. Celui du premier Logogryphe
et Conftantinople , dans lequel on
trouve Conftantin , Antiope , Alife , Afie
Tite , Capitole , Antoine , Cinna , Spinola
Anne , Reine d'Angleterre , Totila , Lais
& Plorine , femme de Trajan. Celai du fecond
Logogryphe eft.Vifages dans lequel
on trouve age , Gave , riviere du Bearn ,
vie , Agis , avis , Ives , as , Ea, vafe , Aſie,
gai , vis , Vega , Ave , fi & geai,
ENIGME.
I'D S 15
N me titre d'image , & pour original
On me donné une four cadette ;
Voilà qui s'accorde affez mal :
Quelques Sçavans l'ont dit , le peuple le repete.
C'eſt fort mal taifonner , n'en déplaife aux Sça
vans ,
Car elle eft ma cadette au moins de neuf cens ans.'
Je renie à jamais cette laide Megere ,
Je la méconnois pour ma foeur ;
Le monde entier ne pouvant s'en défaire ,
Ne la fouffre qu'avec horreur :
Mais moi , pour ma douceur , par tout on me dés
fore 2
88 MERCURE DE FRANCE:
Quoique fur les mortels j'éxerce un grand empire;
Et que je prime en tous lieux , en tous tems ,
Sur les petits & fur les grands.
Avec Phoebus je partage mon regne ,
Sans que perfonne me dédaigne ;
Pendant qu'il eft dans les bras de Thétis ,
Je difpofe & j'ordonne , avoué de Thémis.
Four éxercer mes droits , la nature me poſe
Au faîte d'un Palais
Dont elle tient la porte cloſe ,
Lorfque mon peuple fe repole
Sur mes loins & qu'il vit en paix.
J'adoucis , à mon gré , l'efprit le plus farouche
Tous les habitans de la mer ,
De la terre & de l'air ,
Je les charme quand je les touche.
Sans partialité , je donne même rang
A l'idiot comme au ſçavant ;
Sans diftinguer ni le fexe , ni l'âge ,
Je traite également le fou comme le fage.
Je pétris l'embonpoint , les rofes & les lys
Par moi font répandus fur le teint de Philis.
Pour abreger enfin un trop long étalage ,
Il eft tems de finir , fi tu m'as decouvert ,
Ménage- moi , Lecteur ; malheur à qui me perd.
JUI N.
89 1753:
LOGOGRYPHE.
L'Homme dont la boiffon
Offufque la raifon ,
Un Archevêché d'Etrurie ;
Un fameux Royaume d'Afie :
Le héros dont Méduſe éprouva la valeur ,
Et qu'Andromede eut pour libérateur.
Un ferpent vivipare ;
Qu'on me paffe ce mot , je conviens qu'il eft rare
Mais il eft expreffif. Un ancien Auteur ,
Poëte fatitique ;
Un Port de mer jadis celebre dans l'Attique :
Un Office canonial.
Le dernier des efforts qu'en Sorbonne on deman
de
Des Lettres afpirans au bonnet Doctoral ;
Une forte de réprimande :
Certain infecte , & parmi les oifeaux ,
Un dont le nom fe donne à maints chevaux.
La femme féductrice
Qui fut au genre humain
La fource de toute injuftice.
Un Pontife Romain ;
Ce qu'on adreſſe à Dieu pour le rendre propice :
Un fymbole adopté
Pour la fragilité.
90 MERCURE DE FRANCE.
J'en ai bien dit affez , Lecteur , fi tu tranſpoſes , .
Tu peux , de mes neuf pieds , former toutes ces
chofes ;
Dans le fort d'un Nifus & de Dedalion ,
Sans le fecours d'Edipe , on découvre mon nom :
Mon mérite , au furplus, pour la pêche ou la chaffe ,
Peut me développer fous l'une ou l'autre face.
AUTRE.
Quoique chimérique & frivole ,
Des héros & des beaux efprits
Je fuis l'impérieufe idole :
Ces exploits éclatans , ces fublimes écrits ,
Confacrés avec fafte au temple de Mémoire ,
Me doivent la plupart , & leur être & leur prix ,
Ainfi que ces grands noms qui brillent dans l'Hif
toire.
La paffion pour moi , dans des fiécles d'erreur
Paffa pour la vertu fuprême ;
Mais la foi me lançant fon terrible anathême ,
Me rendit un objet d'horreur ;
De prefque tous les coeurs , malgré fa juſte haine ,
Je fuis encor la fouveraine.
De mes fix pieds , Lecteur , l'arrangement divers
T'offre un métal , un mortel reſpectable ,
L'inftrument qu'en fa main porte le Dieu des Vers,
De l'equité l'oracle redoutable ,
JUIN. 91 .
1753 .
Un terrein environné d'eau ;
>
D'un ordre un peu fufpect la fombre bafilique ,
Une espece de grain , un oifeau domeſtique
Ce qui reste au fond du tonneau ,
L'organe délicat fans lequel la lumière
Nous affecteroit vainement ,
L'embarras d'un acteur , un Saint , une riviere :
Ce detail te fuffit , Lecteur , affurément.
HR IN EN 13Fan
A
NOUVELLES LITTERAIRES.
BREGE' de la Médecine pratique ,
ou nouvelle pharmacopée, contenant
en racourci tout ce qui eft effentiel & néceffaire
pour remplir toutes les vûes d'un
Médecin pour la guérifon des maladies ,
avec un Commentaire fur chaque formule
pour montrer la maniere de l'appliquer
aux cas particuliers ; & une table des ma
ladies & des remedes qui leur font propres.
Ouvrage composé par l'ordre de fon
Alteffe Royale le Duc de Cumberland
pour les Médecins , Chirurgiens , le Chirurgien
général & Apoticaire général de
l'armée du Roi ; traduit de l'Anglois &
enrichi de notes . Par M. D. M. Etudiant
en Médecine . A Paris , chez Thiboust
Place de Cambray & Ganneau , rue S,
92 MERCURE DE FRANCE.
Severin , aux Armes de Dombes & à Sa
Louis. 1753. 1. vol .
On voit affez par le titre quel eft le but
de cet Ouvrage . Les notes que le Traducteur
y a ajoutées concernent la préparation
des Médicamens dont il eft parlé
dans ce Livre , fuivant les procédés de la
pharmacopée de Londres & d'Edimbourg.
Un Ouvrage de cette forte peut occafionner
bien des abus & ne peut être utile
qu'aux gens de l'art qui fçauront apprécier
le mérite de ces formules & diftinguer les
cas où elles conviennent , de ceux où el
les feroient dangereuſes.
CURIOSITÉ's de l'Eglife de Notre
Dame de Paris , avec l'explication des
Tableaux qui ont été donnés par le corps
des Orfevres. A Paris , chez Gueffier , Parvis
Notre - Dame. 1753. Brochure in - 12 ,
de 103 pages.
SINGULARITE's diverfes en Profe
& en Vers. A Cosmopolis , & fe trouvent à
Paris , chez Durand , 1753. in- 12 . V. I.
DANS le premier Mercure du mois de
Juin dernier , on a annoncé au Public un
I ivre intitulé , Traité de la conftruction &
des principaux usages des Inftrumens de Ma
JUIN. 1753.
93
(
thématique. Par le S. N. Bion , Ingénieur
du Roi , pour les Instrumens de Mathématique.
A Paris , chez Charles-Antoine fombert
, rue Dauphine 175 2 .
Voici comme cet Auteur au Liv. III.
ch . I. pages 68 & 69 , article du compas
de réduction à tête mobile , s'explique fur
la conftruction de la ligne des polygones
de cet inftrument.
ל כ
» Divifez , dit il , en deux parties égales
» la jambe du compas de réduction ; preffez
avec le compas commun ſa moitié
jufte , & la portez à l'ouverture des chiffres
6 , de part & d'autre de la ligne des
polygones du compas de proportion ,
lequel reftant ainfi ouvert , prenez l'ouverture
des chiffres 3 pour le triangle
» équilateral, & portez - la fur la jambe du
» compas de réduction , commençant par
l'extrêmité de ladite jambe fur laquelle
» vous marquerez le même chiffre 3 : pre-
» nez enfuite l'ouverture des chiffres 4 fur
4
>> le compas de proportion pour le quar-
» ré , portez fur la même jambe du même
* côté , pour y marquer le même nombre
" 4 , &c. ». L'Aureur opere de même pour
les autres polygones.
L'inftrument divifé de cette maniere ne
fervira jamais à iufcrire des polygones réguliers
, dans tel cercle que l'on voudra ;
94 MERCURE DE FRANCE.
parce que l'inftrument n'eft pas divifé Telon
la raifon du cercle à chaque côté des
polygones . Dans le compas de proportion,
la raifon du rayon ou du côté de l'exagone
aux côtés des autres polygones infcriptibles
dans le même cercle, fuffit ; parce
que le centre étant fixe , le même rayon
fubfifte toujours. Mais dans le compas de
réduction , comme le centre eft mobile , il
s'enfuit que la raifon du rayon ne peut
point être la même pour tous les polygones
; & que par conféquent un des côtés
de l'inftrument doit être le rayon du cercle
, & l'autre la corde du polygone ; de
même que dans la ligne des parties égales
, un des côtés de l'inftrument , eft par
exemple , la quatrième partie de l'autre côté.
Or l'Auteur fuppofe que la raifon du
rayon eft la même pour tous les polyganes
, dont l'inſtrument n'eft pas divifé comme
il le doit être.
Conftruction de la ligne des Polygones du
Compas de réduction.
Par exemple , pour le triangle , prenez
du centre du compas de proportion la diftance
au point 6 qui marque le rayon ou
le côté de l'exagone qui lui eft égal ( Eucl.
Liv. 4. prop. 15. ) & portez - la fur une ligne
indéterminée ; prenez enfuite la difJ.
U. IN. 1753. 95
tance du même centre au point ; quimarque
le triangle , & portez- la fur la même
ligne indéterminée , depuis le point où a
fini le côté de l'exagone , jufqu'à l'endroit
où cette diftance fe rencontrera :
ces deux diftances ajoûtées ainfi au bout
l'une de l'autre , compoferont une ligne
divifée en deux parties inégales, qui con
tiendront la raifon de la corde de l'exagone
à celle du triangle. Divifez proportionnellement
à cette ligne, la longueur du
compas de réduction (par la prop. 10 .
du 6. Liv. d'Euclide ) vous aurez un inftrument
qui fera propre à infcrire dans
un cercle propofé , un triangle équilateral.
Les autres polygones fe trouveront de la
même maniere, en prenant toujours la dif
tance du centre du compas de proportion ,
au rayon ; en y ajoûtant la diftance du même
centre , au point qui défigne le polygone
demandé , & divifant la longueur
du compas de réduction proportionnellement
à cette ligne faite de deux diftances.
Nous avons dreffé une table qui facilitera
cette conftruction , le
, par moyen de
l'échelle de 1000 parties. Elle eft compcfée
de cette maniere : par exemple , pour
le triangle , on prend le finus de 60º . moi .
tié de l'angle , au centre du triangle , & ce94
MERCURE DE FRANCE .
fe parce que l'inftrument n'eft pas divifé lelon
la raifon du cercle à chaque côté des
polygones . Dans le compas de proportion ,
la raifon du rayon ou du côté de l'e'exagone
aux côtés des autres polygones inf.
criptibles dans le même cercle, fuffit ; parce
que le centre étant fixe , le même rayon
fubfifte toujours . Mais dans le compas de
réduction , comme le centre eft mobile , il
s'enfuit que la raifon du rayon ne peut
point être la même pour tous les polygones
; & que par conféquent un des côtés
de l'inftrument doit être le rayon du cercle
, & l'autre la corde du polygone ; de
même que dans la ligne des parties égales
, un des côtés de l'inftrument , eft par
exemple , la quatrième partie de l'autre côté.
Or l'Auteur fuppofe que la raifon du
rayon eft la même pour tous les polygones
, dont l'inſtrument n'eſt pas divifé comme
il le doit être.
Conftruction de la ligne des Polygones du
Compas de réduction.
Par exemple , pour le triangle , prenez
du centre du compas de proportion la diftance
au point 6 qui marque le rayon où
le côté de l'exagone qui lui eft égal ( Eucl.
Liv. 4. prop. 15. ) & portez -la fur une ligne
indéterminées; prenez enfuite la difJ
U IN . 1753. 25
tance du même centre au point ; quimarque
le triangle , & portez - la fur la même
ligne indéterminée , depuis le point où a
fini le côté de l'exagone , jufqu'à l'endroit
où cette diftance fe rencontrera :
ces deux diſtances ajoûtées ainfi au bout
l'une de l'autre , compoferont une ligne
divifée en deux parties inégales , qui cons
tiendront la raifon de la corde de l'exagone
à celle du triangle. Divifez proportionnellement
à cette ligne, la longueur du
compas de réduction (par la prop. 10 .
du 6. Liv. d'Euclide ) vous aurez un inftrument
qui fera propre à infcrire dans
un cercle propofé , un triangle équilateral.
t
Les autres polygones fe trouveront de la
même maniere, en prenant toujours la diftance
du centre du compas de proportion ,
au rayon ; en y ajoûtant la diftance du même
centre , au point qui défigne le polygone
demandé , & divifant la longueur
du compas de réduction proportionnellement
à cette ligne faite de deux diftances.
Nous avons dreffé une table qui facili
tera cette conftruction , par le moyen de
l'échelle de 1000 parties. Elle eft compcfée
de cette maniere : par exemple , pour
le triangle , on prend le finus de 60 ° . moi .
tié de l'angle , au centre du triangle , & ce96
MERCURE DE FRANCE.
lui de 30. moitié de l'angle , au centre
de l'exagone , enfuite on fait cette analo.
gie.
Comme la fomme des deux finus 136602
eft au finus de 60d. pour le triangle 86602
ainfi la longueur du compas
eft au quatriéme terme qui eft • •
1000
. 633
+ 132934
135602.
Ce quatrième terme eft celui que l'on
a mis dans la table , en y ajoutant une
unité , parce que la fraction excéde la moitié
du divifeur & que l'on la néglige . Si
on retranche 634 de 1000 , le refte 366
fera le rayon ou le côté de l'exagone.
Voyez la table inferite : Table pour la
conftruction de la ligne des Polygones.
Quoique M. Bion n'ait pas parlé de la
ligne des plans , ni de celle des folides ,
on pourroit cependant les mettre aufli fur
Pinftrument par le moyen des tables qui
fe trouveront ci- après.
On a pris pour les compofer , les tables
du compas de proportion , qui fervent pour
y conftruire ces lignes ; celles dont nous
nous fommes fervi font celles d'Henrion.
Celle des plans eft celle qui eft intitulée
pour 100 , & celle des folides pour 125 .
Les tables ne font calculées que jufqu'au
30°. plan ou au 30 ° . folide , parce qu'audelà
JUIN. 1753 97
e là les divifions de l'inftrument deviendroient
trop ferrées. Voici l'analogie dont
on s'eft fervi .
Comme la fomme faite du petit plan
& du plan double .
eft au côté du plan double
ainfi la longueur du compas
241
• · 141
• 1000
eft au quatriéme terme , qui eft . 585 .
+ 's
241.
Les ufages de cet inftrument font les
mêmes que ceux du compas de propor
tion , les démonftrations en font auffi les
mêmes ; mais le compas de réduction l'emporte
fur le compas de proportion , furtout
pour ceux qui font fouvent dans l'ufage
d'augmenter ou diminuer les plans
felon une raifon donnée ; avec le compas
de proportion , il faut changer d'ouvertu
re toutes les fois que l'on change de côté
fur le plan , pour trouver le côté homologue
; au lieu qu'avec le compas de réduction
, lorsqu'on a une fois placé fon centre
fur la raifon propofée , on s'en fert comme
d'un compas ordinaire , un des côtés
donne le grand plan , & l'autre le petit ;
ce qui évite là peine de faire des échelles ,
& ce qui eft plus expéditif que le compas
de proportion .
Les perfonnes qui feront curieufes d'a-
1.Vol. E`
98 MERCURE DE FRANCE.
voir cet inftrument , pourront s'adreffer
à M. Garry , Ingénieur du Roi pour les
inftrumens de Mathématiques , qui demeute
à Paris , fur le Quai de l'Horloge du
Palais , au Cercle entier , proche le Meris
dien . On trouvera aufli chez lui les autres
inftrumens travaillés avec beaucoup de
précision ,
Il donnera la communication d'un manuferit
qui explique la conftruction & l'ufage
du compas de réduction , ou bien il
le fera tranfcrire pour les perfonnes qui
en auront befoin.
TABLE
Pour la ligne des polygones .
Caract. Côtés des polyg. Ray. du cer.
Polygones.
Triangle
Quarré
Pentagone
Exagone
Eptagone 7
49474
634 366
586 414
540 460
6. 5.00 500
462 538
o&ogone 422
578
Enneagone 406
594
Decagone
10
382 618
Undecagone
II
360 640
Buodecagone. 12 342 658
JUI N. 1753. 99
TABLE
Pour les plans.
TABLE
Pour les folides.
Solides Petits Plans Petits
Carac . mult. plans.. Carac. mult. folides.
x
500 500
I 500. 500
585 415 2 . 558
442
3 634 366
3 590 410
4 667 333 4. 614 386
691 309 S 631 369
710 290
'7 725 275
8 739 261
678
645 355
7
657 346
667 333
9 750 250 9 676 324
10 760 240
10 682
318
768
232
11 690 310
12 776 224
12 696 304
13
783 217 13 702 298
14 789
211 14 707 293
IS 795 205 15 711 -289
16 800 200 16
713
287
17
805 195 17 720 280
18 809 191 18
724 276
19
813
187 19
727 273
20 817 183' 20
731 269
21
821 179
21
734 266
22
824 176 22 737
263
23
827 173
23 740 260
-24
830 170 24 743 257
25 833 166 23 445 255
26 836 164 26 747 273
27
840
160 27 750 250
28 841
159 28 752 248
29 843 157 29 755 245
30
845 155 30 757 243
E ij
100 MERCURE DEFRANCE:
LETTRES critiques dans lesquelles
on fait voir le peu de folidité des preuves
apportées par ceux qui pourfuivent la vérification
des prétendues reliques de S.
Germain , Evêque d'Auxerre ; 1 vol . in- 8°.
A Paris, chez la veuve Robineau , Quai des
Auguftins. 1
En 1717 , M. l'Abbé le Beuf apprit d'un
Prémontré octogénaire de l'Abbaye de S.
Marien , qu'on tenoit par tradition des
anciensde leur Maiſon , qu'un coffre fort
placé dans la Bibliotheque & fermé à clef ,
senfermoit des Reliques qui avoient été
tirées de l'Eglife de Saint Germain . Ce
Sçavant obtint en 1718 de deux Religieux
de l'Abbaye , qu'on fît en fa préfence
l'ouverture de ce coffre ; & il s'y
trouva entr'autres chofes , un fac d'une
toile affez fine , fur lequel étoit attaché &
coufu un billet d'une écriture fort ancienné
, dont voici la teneur.
Ces offemens m'ont été remis en main
par
gens pieux , me difant être des reliques de la
chaffe de S. Germain , & qu'il les avoient ramaffées
fur le pavé de l'Eglife dudit S. Germain
, à l'heure même que les Huguenots ruinerent
les Chaffes d'icelle , en l'an mil cing
cent foixante fept. Fait 1607 .
Ce biller eft écrit , dit - on , de la main
d'Edme Martin , Abbé de S. Marien deJUIN.
1753. 101
puis 1598 , jufqu'en 1627. C'étoit un
homme d'une piété auffi folide qu'éxenplaire.
Il attefte dans fon billet que les
perfonnes qui lui ont remis les offemens
en queſtion , étoient des gens pieux : donc
-ils l'étoient véritablement ; donc au moins
il les a crû tels , & par une conféquence
néceſſaire, il n'a pas douté de la fincérité de
leur rapport. Donc nous ne pouvons nous
difpenfer d'en porter le même jugement ;
donc enfin nous devons croire que les of
femens qui furent confiés à cet Abbé, font
les véritables reliques de S. Germain.
Les Lettres que nous annonçons font
écrites pour détruire toutes ces conféquences
, & il nous paroit qu'elles atteignent
leur but ; mais comme nous n'avons vu
qu'une partie du procès , notre opinion
ne doit pas être d'un grand poids.
TABLE générale des matiéres contenues
dans le Journal des Sçavans de l'Edition
de Paris , depuis l'année 1665 qu'il
a commencé , jufqu'en 1750 inclufivement
, avec les noms des Auteurs , les titres
de leurs Ouvrages , & l'extrait des
jugemens qu'on en a portés . Tome 2. A
Paris , chez Briaffon, rue S. Jacques. 1753
in· 4
En rendant compte du premier Volume ,
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
nous avons fait fentir la commodité , l'atilité
, & les autres avantages de cette entrepriſe.
Nous invitons l'Auteur qui l'a
formée , à nous donner un fupplément depuis
1750. Le Journal des Scavans n'a
jamais été auffi bon qu'il l'eft devenu depuis
deux ou trois ans .
LE Quart d'heure d'une jolie femme,
ou les Amuſemens de la toilette . Ouvrage
prefque moral , dédié à Meffieurs les Habitans
des coins du Roi & de la Reine
& précédé d'une Préface fur la Comédie.
Par Mlle de **. A Genève , & ſe trouve à
Paris , chez Jorri.
Un Auteur , un Financier , un Abbé ,
un Magiftrat fe trouvent à la toilette d'une
femme , & lui racontent pour l'amuſer
quelques avantures arrivées à d'autres
toilettes. Ces petits contes font précédés
d'une Préface dans laquelle l'Auteur combat
M. R ***, qui n'avoit loué que deux
de nos Poëtes comiques , Meffieurs Greſfet
& Piron.
Il eft indépendamment de ces deux Auteurs
, dit l'Ecrivain dont nous parlons ,
des concurrens illuftres qui font honneur à
la Scene Françoife , & ce feroit être mauvais
citoyen que de leur refufer la justice
qu'ils méritent.
JUIN. 1753. 103
Deux jeunes Poëtes , déja courronnés
par la voix publique , doivent efperer de
nouveaux fuccès . M. de la Chauffée nous
a intereflé par une action pathéthique &
un intérêt touchant ; M. Deftouches a peint
les Caracteres , M. de Boiffy les Ridicules ;
il reſtoit à mettre dans leur jour l'humanité
& la belle nature , & la perfection.
de ces tableaux étoit réſervée à Mrs de Marivaux
& de Ste Foix ; mais le fatyrique
qui n'admet que deux Auteurs dans le
Temple de Thalie , a exclu ces derniers
avec moins d'aigreur , mais avec autant
d'injustice que les précédens, gardez auſſt,
dit M. R ***. que
Jargon miftique , enfantines féeries ,
Que mit en vogue un paffager fuccès ,
N'aillent perdant le Théatre François ,
Laiffez fêter à l'Opéra Comique ,
Ces jolis Riens que Monet revendique ,
Et qui feront à jamais le rebut
D'un Ecrivain mâle & vifant au but.
Peut -on être auffi injufte pour ne rien
dire de plus ? Depuis long- tems on fait à
M. de Marivaux, le reproche mal- adroit de
mettre trop d'efprit dans fes Comédies :
dans le cours des fuccès mérités du Spectateur
François , il daigna fe juftifier fur ces
reproches ; ceux qui connoiffent le coeur
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
humain fe rangerent de fon parti ; les
petits efprits toujours entêtés , ne voulu
rent point fe détacher de leurs premieres
idees ; mais tout le monde le lut & lui applaudit
ces fuffrages que chaque jour on
voit renouveller fur nos deux Théatres ,
prouvent que reprocher à cet Auteur d'avoir
trop d'efprit , c'eft en manquer , on
abufer de celui qu'on a . J'ai toujours regardé
M. de Marivaux comme le Racine
du Théatre comique , habile à faifir les
fituations imperceptibles de l'ame , heureux
à les développer ; perfonne n'a mieux
connu la métaphyfique du coeur , ni micax
peint l'humanité.
Sentimens nobles , jaloufie élevée
amour propre rafiné , détail Bourgeois
plaifanteries du bon ton , gayeté fubalterne
, tout fe trouve réuni dans les Piéces
de cet Auteur , qui ne font un jargon miftique
que pour ceux qui fuyent les charmes
du ftyle , & qui ignorent le ton du
Théatre.
Refte à juftifier l'Auteur de ces tableaux
ingénieux où la belle nature eft repréfentée
avec les couleurs naïves qui lui font
propres. Ce genre qu'on doit à M. de Ste
Foix , eft un agrément nouveau dont il
enrichit la Comédie , & je regarderai toujours
l'Oracle & les Graces comme des
JUIN. 1753. 109
-
fleurs immortelles dont il a paré le front
de l'aimable Thalie..
En fupprimant ces tableaux tians , copies
fidéles de la nature , on nous enleveroit
nos plaifirs les plus vifs ; mais , difent
ces hommes nés pour tout profcrire , pourquoi
charger le répertoire du Théatre d'un
nombre de Piéces qui mourront avec l'Actrice
adorable qui les foutient ?
Je connois les talens de Mlle Gauffin
& perfonne ne leur rend plus de juftice
que moi ; cependant lorfque je vois Lucinde
, il me paroît qu'elle s'embellit des
charmes de la Piéce ; avec quelle tendre
naïveté elle développe les fentimens de
fon coeur ? eft ce Actrice ou l'Auteur
qu'on applaudit Soyons juftes , & convenons
que fans M. de Ste Foix , Mlle
Gauffin mériteroit moins d'éloges.Suivons
.M. R **. } .
Enfantines féeries ,
Que mit en vogue un paffager fuccès.
C'eftignorer Paris & l'hiftoire du Théa
tre, que de parler ainfi ; les prémices de l'Oracle
furent courronnés par les fuccès dûs
à la nouveauté d'un genre agréable , re-
,prifes tous les ans avec le même éclat ; cette
Comédie fair un des fonds du Théatre ,
& devient, comme difoir l'Abbé Desfon
Ey
106 MERCURE DE FRANCE.
taines , en parlant d'Inés , la manne des
faméliques Comédiens. Si les Graces n'ont
pas le même fort , on ne doit imputer ce
malheur qu'à la nature ingrate.
DISCOURS fur les grandeurs de Je
fus-Chrift , prononcé à Toulouſe le 28
Janvier 1751 , dans l'Eglife Paroiffiale de
Notre-Dame de la Dalbade , deffervie
par les Prêtres de la Congrégation de l'Oratoire.
Par M. l'Abbé d'Héliot , Prêtre ,
Abbé du Perray- neuf, Profeffeur des Libertés
de l'Eglife Gallicane dans l'Univerfité
de Touloufe , Membre de l'Académie
Royale des Sciences , Infcriptions
& Belles Lettres de la même Ville . A Pa
ris , chez Hippolyte - Louis Guerin , 1752.
in-12. 153 PP.
LETTRES Ofman. A Conftantinople.
1753. vol . 3. in- 12.
Ce font les Lettres d'un voyageur Philo
fophe , qui écrit à un de fes amis le réful
tat de les obfervations. Quoique les
moeurs des François foient le principal
objet de fon étude , il parle quelquefois
de littérature , de guerre & de politique ,
& en parle facilement , agréablement ,
ingénieufement. Ce qu'il dit fur le faici
de nous paroît en particulier très bien , &
JUI N.. TTS.3... 107
nous le tranfcririons avec plaifir , fi les
bornes qui nous font prefcrites nous le
permettoient. Quelques morceaux plus
courts mettront le Lecteur à portée de ju
ger par lui-même de la nouveauté que
nous lui annonçons.
Un for , pourvû qu'il foit riche , ne
paroît point en France ce qu'il eft par- tout
ailleurs , c'eft- à- dire , un homme infupor
table.
Un courtisan eft un homme qui ché
rit tout le monde , & qui n'aime perfon .
ne , qui ne blame rien en général , & n'aprouve
rien en particulier ; qui ne dit ja
mais tout ce qu'il penfe , & penſe rares.
ment ce qu'il dit ; qui parle au Miniftreavec
liberté en public , & tremble tête à.
tête avec lui ; , qui eft affable fans être po
li ; qui protége en apparence , & n'oblige
point en effet ; qui dans le plus grand
defoeuvrement conferve toujours l'air oc
cupé & diftrair ; qu'un regard du Souve→
rain enyvre , ou confond ; qu'un mot éléve
, ou fait tomber & difparoître.
Un homme rare , c'est un grand Sei
gneur , qui a du mérite , qui fait beaucoup,
qui ne dit rien , qui fe communiquepeu,
qui craint de parler avantageufements
de lui- même , & de penfer mal des, a
trest
R.Vj
106 MERCURE DE FRANCE.
taines , en parlant d'Inés , la manne des
faméliques Comédiens. Si les Graces n'ont
le même fort , on ne doit imputer ce
malheur qu'à la nature ingrate.
pas
DISCOURS fur les grandeurs de Je
fus-Chrift , prononcé à Touloufé le 28
Janvier 1751 , dans l'Eglife Paroiffiale de
Notre-Dame de la Dalbade , deffervie
par les Prêtres de la Congrégation de l'Oratoire.
Par M. l'Abbé d'Héliot , Prêtre ,
Abbé du Perray- neuf , Profeffeur des Libertés
de l'Eglife Gallicane dans l'Univerfité
de Toulouſe , Membre de l'Académie
Royale des Sciences , Infcriptions
& Belles Lettres de la même Ville. A Pa
ris , chez Hippolyte- Louis Guerin, 175.2.
in- 12. 153 PP..
LETTRES d'Ofman . A Conftantinople.
1753. vol. 3. in- 12.
Ce font les Lettres d'un voyageur Philo
fophe , qui écrit à un de fes amis le réful
tat de les obfervations. Quoique les
moeurs des François foient le principal
objet de fon étude , il parle quelquefois
de littérature , de guerre & de politique ,
& en parle facilement agréablement ,
ingénieufement. Ce qu'il dit fur le faicide
nous paroît en particulier très bien , &
JUI N.. TTS 3. 107
nous le tranfcririons avec plaifir , fi les
bornes qui nous font prefcrites nous le
permettoient. Quelques morceaux plus
courts mettront le Lecteur à portée de ju
ger par lui-même de la nouveauté que
nous lui annonçons.
Un for , pourvû qu'il foit riche , ne
paroît point en France ce qu'il eft par- tout
ailleurs , c'eft- à-dire , un homme infupor
table.
Un courtisan eft un homme qui chérit
tout le monde , & qui n'aime perfon .
ne , qui ne blame rien en général , & n'aprouve
rien en particulier ; qui ne dit ja
mais tout ce qu'il penfe , & penfe rares.
ment ce qu'il dit ; qui parle au Miniftreavec
liberté en public , & tremble tête à.
tête avec lui ;, qui eft affable fans être
li ; qui protége en apparence , & n'oblige
point en effet ; qui dans le plus grand
defoeuvrement conferve toujours l'air oc
cupé & diftrair ; qu'un regard du Souve→
rain enyvre , ou confond ; qu'un mot éléve
, ou fait tomber & difparoître.
po
Un homme rare , c'est un grand Sei
gneur , qui a du mérite , qui fait beaucoup,
qui ne dit rien , qui fe communiquepeu
, qui craint de parler avantageufement
de lui- même , & de penfer mal des au
treat
B.vjj
108 MERCURE DE FRANCE.
Un homme charmant , eſt un homme
qui ne fçait rien & décide de tout ; qui
s'eft fait un répertoire de trente attitudes
indécentes ou ridicules , qui eft inftruic
de tout ce qui fe paffe dans le monde , &
lit des premiers les miferes qui paroiffent ;
qui fe pique des plus profondes connoiffances
fur les modes , & fe met toujours à
ravir ; dont toutes les voitures font élégantes
, & les chevaux toujours rendus ;
qui va chaque jour dans trente maiſons ,
qui s'engage à fouper dans vingt endroits ,
& vient à dix heures en demander où il
n'eft pas attendu qui fçait tirer une
douzaine de phrafes d'un mot qui ne fi
gnifie rien ; qui met avantageulement fur
fon compte , & plaifamment fur celui des
autres ; qui veut paroître un tyran de toutes
les femmes , & n'eft que la reſource
de celles qui font décriées , le jouet des
coquettes , l'efclave des bons airs , & le
fleau de la bonne compagnie : cependant
marionnette affez amulante pour quel
qu'un de raifonnable , qui ne le voit qu'u
ne fois & qu'un moment.
་
;
Au reste , ce n'eft pas une petite affair
re , que d'être cet homme charmant ; car
il eft affujetti à la mode , comme les parures
qu'il invente , & s'il n'en étudie pas
lescap rices , pour s'y foumettre promp
JUIN. 1753. 100
ement , il perd ce titre précieux , & n'eſt
plus qu'un être fouverainement ridicule.
Je crois qu'on peut diftinguer , parmi
les François ceux qui ont de l'efprit , les
beaux efprits , & les gens d'efprit. Ces
diftinctions qui leur échappent fouvent
m'ont paru fenfibles dans leur fociété .
L'homme qui n'a que de l'efprit , n'a
prefque jamais le fien : fon orgueil veut
choifir un autre genre , & fouvent choilit
mal . Le ton qu'il emprunte , ou ne lui va
point , ou s'épuife . Il reffemble à une femme
qui née jolie , minaude fans ceſſe pour
paroître belle , & paroît à peine gentille .
Le bel efprit fait un mélange du fien &
de celui des autres , qui lui coûte beauconp
de travail , qui lui procure peu de
plaifir , qui l'expofe à bien des revers.
mais qui lui acquiert une forte de réputa
tion : il étonne les fots , il en impofe à la
multitude , il fatigue les perfonnes de bon
fens ; il croit ne rien dire de médiocre ,
quand il dit des riens avec emphaſe , &
n'approuve gueres ce qu'il entend dire ,
pour laiffer préfumer qu'il auroit mieux
dit : il cite fouvent & fe plaint de fa mé
moire : il décide toujours fans fe défier de
fon goût. Celui - ci le confulte , celui- là le
eraint , tous le careffent ; il eft du bon air
d'en être connu.
O MERCURE DE FRANCE.
L'homme d'efprit conferve toujours le
fien , fçait tirer parti de celui des autres ,
n'éblouir jamais , perfuade toujours , n'a
point l'air apprêté , marche d'un pas égal
& fûr , il éclaire ceux qui le fuivent.
Il eft aisé d'avoir de l'efprit , il eft ridicule
d'être bel efprit , il faut être né
homme d'efprit.
Le talent de la faillie , la gayeté du
propos , le goût apparent du plaifir , font
ce que l'homme qui a de l'efprit , affecte
dans la fociété , & ce que la fociété en
éxige .
се
Les François portent fi loin leur goût
pour ces frivoles agrémens , qu'ils s'affu
jetiffent tous au foin d'en faire les frais ;
tant pis pour ceux que leur tempéram
ment ou leurs réflexions n'y deſtinent
pas , il faut qu'ils fortent de leur caractes
re , ou qu'ils permettent qu'on les trouve
ennuyeux.
Celui qui parvient ici à fe faire la répu
tation d'homme d'efprit , s'il fe répand
dans le monde , eft obligé de furprendre
dans la converfation , par des idées extraordinaires
& brillantes : on s'y attend ;
it la perd , s'il ne le fait pas admirer..
Jufqu'à préfent nous n'avons eu que
des idées vulgaires, fur la.vertu ,,le méri
JUIN 1753. IPL
te , & la beauté . Nous les cherchons fou
vent dans les objets , nous en faifons l'analyfe
& l'examen avant d'en former un jugement
affuré. Nous exigeons certains principes
, certaines combinaiſons , certains
rapports , certaines proportions , certains .
effets , dont nous fommes affez généralement
convenus , pour déterminer le bon
& le beau. Les François font plus ingénieux,
plus accommodans , & fçavent tirer
meilleure partie de la nature & de l'art ..
Es le font grace mutuellement fur les perfections
de l'ame & du corps , ils s'en tiennent
à l'apparence , & pourvû qu'ils faf
fent illufion, lear amour propre eft content..
Leurs loix font affez pures & affez féve
res; mais elles ne foumettent que leur
extérieur. Leurs raifonnemens ont affez de
jufteffe & d'étendue ; mais leur raiſon eſt
impuiffante contre leurs penchans . Si l'on
approfondit leur conduite , rien ne con-.
trafte davantage avec leur morale ; fi l'on
s'en rapporte à la fuperficie , rien n'eft
mieux concilié. La foupleſſe eſt en eux un
caractere naturel ; j'entends cette efpece
d'adreffe , qui, diffimule les défauts , &
qui exagére les bonnes qualités . Tous les
hommes s'annoncent fous les dehors les
plus eftimables ; tous prétendent qu'on
leur croye de la probire , de l'efprit , des.
*
112 MERCURE DE FRANCE.
connoiffances , & da jugement : toutes les
femmes font jaloufes de leurs charmes &
de leur réputation ; heureufement qu'ils
naiffent avec plus de foibleffe que de vices
; car excepté le coeur qu'ils ont communément
bien fait , le refte de leurs prétentions
eft affez chimérique. Ils font plus
brillans que folides , plus fuperficiels que
profonds , plus vains que fiers , plus voluptueux
que délicats , plus foibles que
fenfibles , enfin plus occupés du défir de
plaire que des moyens d'attacher , & moins
touchés de la vraye gloire , que de fon
⚫éclat,
Leur inconféquence m'amufe beaucoup.
Par éxemple , ils attachent une partie de
feur honneur à la fidélité de leurs femmes ,
c'eft prefque le feul devoir & la feule vertu
qu'ils en éxigent ; cependant ils fe confolent
d'être trahis tane que le Public l'i
gnore. La foi conjugale n'impofe en ef
fet d'autre contrainte que celle des bien
féances ; & la jaloufre n'éclaire un mari ,
que lorfque le cri public le réveille ; alors
il est couvert d'un ridicule qui le dégrade
davantage qu'un vice qui lui feroit per
fonnel ; ce ridicule qu'ils redoutent , tu
n'imaginerois pas qu'ils cherchent tous à ſe
le communiquer , & ne prennent aucune
précaution pour s'en défendre.,
JUIN 1753. 113 A .
Il eft d'ufage qu'une femme foit chez
elle tête à tête avec un homme aimable
qu'elle reçoit fans rougir . On le fçait , on
Le doute même qu'il lui a tenu des propos
galans , après avoir effleuré l'éloge de fa
parure , conté l'hiftoire du jour & hazar
dé quelques Epigrammes ; c'eft le ton du
François.
La cenfure du grand monde , ni la délicateffe
de l'époux , n'y trouvent rien à
dire ; mais cette même femme & ce même
homme , qui ont pû mettre à profit
l'inftant qu'ils ont été fans témoin , n'oſeroient
paroître enfemble aux promena❤
des , aux fpectacles , ni même en carrofle ,
fans admettre en tiers une autre femme.
Si tôt que la décence eft fatisfaite , on
n'interroge pas la vertu ; & ce n'eft pas
aux yeux d'une foule de fpectateurs , que
la vertu défendroit le tète à tête . Ces efpéces
de dehors farouches ne font prefcrits
qu'à la Ville. La Campagne autorife
bien plus de liberté . Il femble qu'on laiſ.
fe à la barriere les foupçons & les fcrupu
les ; chacun fait ce qu'il veut fans conféquence
on fe raffemble , on fe fépare ,
on s'affortit , fans qu'on examine fi une
femme a difparu feule , ni avec qui elle
s'eft écartée. Elle ne confulte , pour
sure , que ce qui lui devient plus com
fa
pa
114 MERCURE DE FRANCE.
mode , ou plus avantageux. La chaleur de
la faifon fert de prétexte au choix du négligé.
La modeftie ne conferve gueres l'intendance
de la toilette , & l'art chiffonne
Foujours le voile qu'elle place : les plaifirs
champêtres prennent fans indécence un
coloris plus vif , les converfations y font
plus libres & plus enjouées ; cela s'appel
le être plus naturel , plus à foi même. On
croit fe connoître davantage , & l'on fuppofe
la confiance établie . Les uns font dans
leur chambre , les autres lifent , fe promenent
, jouent , arrivent , s'en vont , reviennent
fans contrainte.
DICTIONNAIRE univerfel de Ma
thématique & de Phyfique , où l'on traite
de l'origine , du progrès de ces deux
Sciences & des Arts qui en dépendent ,
& c. Par Monfieur Saverien , de la Société
Royale de Lyon . A Paris , chez Jacques
Rollin & Charles- Antoine Jombert.
Nous prenons pour la troifiéme fois ce
fçavant ouvrage , & nous y reviendrons
encore une quatrième , parce que nous
nous faifons un devoir d'en faire connoître
les principales parties. Nous avons inferé
un article d'Aftronomie dans le Mercure
précédent , & nous allons en tranf
crire un de Phyfique , qui fera fuivi d'un
JUI N. 17531 115
dernier fur les Arts. On jugera par là de
l'étendue des connoiffances de M. Saverien
& de la maniere dont les matieres
font traitées.
L'article que nous copions eft pris fans
prédilection & fans choix ; c'eft celui de
Microſcope ; mais nous ne nous arrêterons
qu'aux obfervations faites avec cet inftrument
, qui compofent le cinquiéme paragraphe
de cet article. Ainfi nous omettons
la conftruction de Microſcopes , fimples
compofés , folaires , leur Théorie , &c. qui
demandent des figures , & qui exigent
trop de contention. C'eft par cette raifon
que nous ne parlons pas ici des Mathématiques
tranfcendantes .
Obfervations Microfcopiques. Le Microf
cope a enrichi ła Phyfique de tant de découvertes
, qu'il feroit difficile de les fai
re connoître , même en fe contentant feulement
de les indiquer ; c'est un nouveau
mondese petits êtres, dont les limites font
immenfes. Pour en donner la carte , je vais
la réduire fous une efpece de Mappemonde
, où l'on verra le genre des découvertes
, comme on diftingue en Géographie
fur cette carte , les quatre parties du monde.
Cette divifion eft même celle des efpeces
de découvertes actuelles ; car je reconnois
trois fortes d'Obfervations Microf
116 MERCURE DE FRANCE:
copiques , la premiere a pour objet les
folides , la feconde les liquides & ce qu'ils
contiennent , la troifiéme & la quatrième ,
les infectes.
Obfervations Microfcopiques fur les folides.
La pointe d'une aiguille très-fine
paroît au Microſcope , inégale , irrégufiere
, obtufe , large de trois lignes ; le
tranchant d'un rafoir paroît épais de plus
de trois lignes ; les fils d'une toile font
auffi gros que des cordes ordinaires ; la
glace d'un miroir eft polie & fillonnée
, & compofée d'une infinité de corps
inégaux qui réfléchiffent une lumiere de
différentes couleurs. M. Leewenhoek ayant
rompu un petit diamant , en plaça les
morceaux à fon Microſcope à la lumiere du
Soleil , & il vit qu'il en fortoit plufieurs
étincelles de flammes , qui brilloient continuellement
, & qui dans quelques- uns
reffembloient à un éclair un peu foible . Les
mêmes morceaux de diamant , confiderés
à l'ombre , chacunes de leurs particules
jettoient une petite flamme qui leur étoit
particuliere ; plufieurs d'entre elles étoient
de couleur de feu , d'autres vertes , ayant
peu d'éclat , mais reffemblant à des éclairs ;
à une certaine diftance des unes
autres , s'élançoit une multitude d'étincelles
; enfin dans certains morceaux du dia
aux
JUI N. 17531
117:
:
mant , M. Leewenhoek diftingua les petites
lames dont il eft compofé.
, par
M. Hook a examiné le premier les étincelles
qui partent d'une pierre ou de l'acier
, la collifion de ce métal avec
cette pierre , c'eſt- à- dire , en battant le
fufil , une de ces étincelles étant reçue fur
un papier blanc & expofé au Microſcope ,
parut comme une balle d'acier poli , qui
réfléchifloit beaucoup de lumiere.
La moififfure qu'on voit à travers un
'Microscope , paroît un petit parterre orné
E de plantes , qui portent des feuilles , des
Heurs & des femences , & qui croiffent
d'une maniere prefque incroyable . Dans
peu d'heures ces femences bourgeonnent
fe développent , arrivent à parfaite maturité
& produisent elles -mêmes d'autres
femences , enforte qu'en un feul jour il
fe fait plufieurs générations.
La feuille de fauge paroît comme une
couverture velue , ou comme une peluche
pleine de noeuds bordés d'argent , & embellie
de cristaux fins & ronds , ou de pen- ;
dans attachés par de petites tiges. Le .
dos de la feuille d'un rofier , & furtour
celle de l'églantier odorant , eft ( fuivant
le témoignage du Microscope ) toute ouvrée
d'argent ; & les feuilles de la rue font
pleines de trous comme des rayons de
18 MERCURE DE FRANCE.
miel ,& c. De toutes ces obfervations fur cesfeuilles
& fur plufieurs autres , j'en choifrai
ici une qui a droit d'intéreffer le Lecteur
particulierement ; c'eft celle qu'on
fait fur des feuilles d'ortie. On fçait que
ces feuilles font toutes couvertes de piquans
aigus , qui pénétrant la chair , lorfqu'on
les touche , cauſent de la douleur
de la chaleur & des enflures. Mais peu de
gens fçavent comment ces piquûres font
mauvaiſes. Pendant long-tems on a crû
que les pointes de la feuille reftoient dans
les playes qu'elles avoient faites ; erreur,
Par le Microfcope on apprend que ces
pointes font formées & agiffent de la même
maniere que les aiguillons des animaux
vivans ; cela veut dire que ces feuilles fe
crêvent en piquant , & diftillent une liqueur
qui épanchée dans le fang , produit
les ébullitions dont on reffent les effets.
Il y a une infinité d'autres obſervations
für le fel , les grains de fable , &c, auf- `
quelles je ne m'arrêterai pas , parce qu'étant
obligé de ne préfenter dans tout cela
que l'effentiel des chofes , je ne puis faire
mention de celles qui lui font acceffoires.
Mais il eft une découverte importante que
je ferois fâché d'omettre , c'eft fur les pakticules
du fang. On voit avec le Microf
cope , que le fang humain eft compofé de .
JUIN.
1753.
globules ( que je regarde comme folides )
rouges && rroonnddss ,, qui flottent dans une eau
tranfparente , qu'on appelle ferofité. Chaque
globule eft compofé de fix autres plus
petits & plus tranfparens ; & chacun de
ces petits globules eft compofé de fix glo
bules plus petits & fans couleur . Enforte
que chaque globule rouge eft composé au
moins de trente-fix globules plus petits
& peut-être plus. ( Leewenhoek Arc. nat.
Tom. IV. ) Ces globules ont un diamétre
de mille neufcens quarantiémes de la partie
d'un pouce. M. Lewenhoek a obfervé , que
quand il étoit bien malade les globules de
fon fang paroiffoient durs , & qu'ils devenoient
plus plians lorfque la fanté lui
revenoit. D'où il conclut , que dans un
corps ffaaiinn cceess globules doivent être mous
& Alexibles , afin qu'ils paffent par les veines
& artéres capillaires , en changeant
aifément de figures , c'eft-à dire , devenant
tantôt ovales , tantôt fphériques , felon
qu'ils coulent dans des tuyaux plus
ou moins étroits . Cette conjecture eft confirmée
par la facilité avec laquelle toute
la maffe du fang peut être corrompue. On
fçait que la morfure de la vipére , du fcorpion
, de la tarantule , &c. eft très dangereufe
: pourquoi ? c'eſt que la liqueur
qu'ils diftillent dans les veines , altere la
120MERCURE DE FRANCE.
folidité , la figure , la grandeur ou le mouvement
des globules qui compofent la
maffe du fang. Les Anglois , mûrement
attentifs à cette conféquence , ont penfé
que dans les maladies où cette précieuſe
liqueur eft principalement affectée , il ne
s'agiffoit pour en guérir , que de rétablir
ces globules dans leur état naturel. A cette
fin , ils ont fait plufieurs expériences ,
dont voici ( en faveur de l'importance de
la matiere ) les plus remarquables.
Un foldat étoit attaqué d'un mal vénérien
tellement invétéré , qu'il s'étoit formé
des noeuds & des os fur fon bras ; les
remédes ordinaires avoient eu peu de fuccès.
Le Docteur Fabricius s'avila d'injec
ter dans la veine médiane du bras droit ,
environ deux dragmes d'un certain purgatif.
Deux heures après , il commença
opérer & produifit une ample évacuation.
Par une fimple injection les protuberances
difparurent peu à peu , & le malade fut
entierement guéri .
Le même Médecin injecta dans la veinecave
d'une femme mariée , âgée de trentecinq
ans , & attaquée d'épilepfie , injecta ,
dis je , une petite quantité de réfine purgative
, diffoute dans un efprit anti- épileprique.
Ce reméde occafionna quelques
douces évacuations , après lefquelles les
accès
JUIN. 1373. 121
accès devinrent moins fréquens , & en
peu de tems la malade guérit. ( Tranfalt.
Philofoph. N°. 30. )
Obfervations microfcopiques fur les infectes.
Comme cet article me paroît trop long .
& que je crains qu'il ne prenne trop fur
les autres matieres que j'ai à traiter , quelque
curieux & important qu'il foit , je
me contenterai de nommer les infectes
propres aux obfervations , & en m'arrê
tant feulement fur la particularité d'un ,
dont le merveilleux ne fçauroit être affez
divulgué ces infectes font la mouche , la
puce , le pou, la fourmi , les mites , le
étard , les grenouilles , l'éperlau , le bernacle
, &c. fur ces obfervations on peut
confulter Leewenhoek ( Arenat. Det ; )
Swammerdam ( Hiftoire générale des Infectes
) le Docteur Power ( Obferv. Micr. )
Néedam ( Obfervations Microfcopiques ) &
furtout Baker ( le Microſcope à la portée de
tout le monde ) qui a réveillé avec autant
de foin que d'intelligence les plus belles
obfervations en ce gente ; l'infecte auquel
je dois m'arrêter eft le polype. C'eft un
animal qui a plufieurs pieds , découvert
par M. Lewenhoek , examiné par M. Benting
, & dont la nature a été entierement
développée. Je ne m'arrêterai pas aux obfervations
particulieres qu'on a faites fur
I. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
·
cet animal avec le Microfcope. Le point
où j'en veux venir , eft ce qui le conſtitue ;
il a plufieurs cornes qui lui fervent de pat
tes , & à l'extrêmité d'où elles partent , il
y a une bouche ou un paffage pour l'efto .
mach. Cet eftomach s'étendant tout le
long de l'animal , forme un corps fembla
ble à une pipe , ou à un tuyau ouvert de
deux côtés. Leur longueur , lorfqu'ils s'é
tendent eft d'un pouce & demi. Ce font
les plus gros ; car l'on n'en trouve guéres
qui ayent plus de neuf ou dix lignes ;
ceux- ci fe refferrent à une ligne. Cet animal
le trouve ordinairement à la lentille
de marais. Quand on en coupe un en deux
parties par le travers , la partie de devant,
qui contient la tête , la bouche & les bras,
s'allonge d'elle - même , fe traîne & mange
le même jour. La partie où eft la queue ,
produit une tête , une bouche , avec des
bras dans l'endroit coupé; & cela felon
que la chaleur eft favorable en été , ils for
tent dans vingt- quatre heures , & la tête
eft parfaite en peu de jours, En coupant
le polype en travers , en plufieurs parties ,
on forme de chaque partie tout autant de
polypes. Comme cet animal eft petit , on
laiffe groffir les parties pour avoir le plai
fir de le multiplier un plus grand nombre
de fois . Cet animal coupé felon fa lon
JUIN. 123 1573.
gueur , devient deux polypes en moins
d'une heure , qui dévorent des vers auſſi
longs qu'eux. Si l'on joint les parties coupées
elles fe réuniffent ; voici quelque chofe
de plus extraordinaire. Le corps du polype
eft une espéce de boyau ou de tube
percé. Or en retournant ce tube , comme
on retourne un bas , on forme un polype ,
dont l'intérieur devient l'extérieur , qui
mange , qui groffit comme dans fon premier
état.
M. de Reaumur , dans la Préface du fixiéme
volume de fon Hiftoire Naturelle
des Infectes ; M. Lionnet , & M. Trembley
ont fait connoître toutes les merveilles de
cet animal.
6. Le Microfcope eft une invention moderne
, il étoit encore inconnu en 1618 ,
comme on en peut juger par le Livre que
Hieronimus Serbirus publia cette année , ſur
l'origine & la conftruction du Télescope.
Selon M. Hughens , dont le témoignage
eft d'un grand poids , ( voyez la Dioptrique )
Corneille Drebbel l'inventa en 1621 ; cette
découverte étoit trop belle pour ne pas
s'attirer de concurrens . François Fontana ,
dans un ouvrage intitulé : Obfervationes
cæleftium terreftriumque rerum , publié l'an
1648 , a effayé de fel'attribuer , en foutenant
qu'il avoit connu le Microscope
Fij
124 MERCURE DE FRANCE,
compofé en 1618 ; c'eft s'y prendre un peu
tard. Auffi la prétention de Fontana `na
pas
fait fortune , & les Sçavans ont reconnu
Drebbel pour l'Inventeur du Microf.
cope , & c.
Notre deffein étoit de copier encore ici
le refte de l'Hiftoire du Microfcope , mais
comme nous craignons que cet article ne
prenne trop fur ce Mercure , nous le ter
minerons ici ; difons feulement que M.
Saverien attribue l'invention des Microf.
copes fimples à Etienne Gray , Leweneek ,
&c. & qu'outre les ouvrages cités pour les
obfervations Microfcopiques il recommande
encore les fuivans : Francifci Fontana
, Obfervationes coeleftium terreftriumque
rerum ; la Micrographie de Robert Hooks
Anatomie des Plantes de Malpighi , &
quelques autres Traités du même Auteur ,
tels que de Bombyce , de Ovo incubate , de
Vifcerum ftructura , les Arcana natura detečła
, de Lecwenhoek , la Micrographia cu,
riofa , de Bonnani.
Le Docteur Smith , ayant fait des injections
de quelques altérans dans la veine
de trois malades , dont l'un étoit eftropié
par la goutte ; l'autre exceffivement apoplectique
, & le troifiéme affligé d'une maladie
étrange , appellée par les Médecins
plicapolonica , il les guérit. entierement.
( Tranf. Philofoph . N° . 39. )
JUIN. 17530 123
Obfervations Microfcopiques , fur les li
quides. On obferve dans prefque tous ces
liquides des animaux , & Mrs. Leewenhoek
& Joblot , ont en quelque maniere épuisé
ces obfervations. Le dernier furtout s'y eft
attaché d'une façon particuliere : il a examiné
l'eau de pluye , des infufions de poivre
noir , blanc & long , du féné , des oeillets
, des barbeaux , du thé , de l'épine- vinete
, du fenouil , de la fauge , de la fleur
de fouci , du verjus , du melon , du foin
vieux & nouveau , de la rhubarbe , des
champignons , du bafilic , des fleurs de
citron , &c. & dans chacune de ces infufions
il a vû des animaux de differentes efpéces.
En gardant ces infufions , il y paroît
des animaux d'autre forte & en differens
tems. M. Joblot a donné la defcription
& la figure de ces animaux dans fon
Traité du Microfcope , ci devant cité . Parmi
ces figures , on en diftingue une remar
quable ; c'eft celle de l'infufion d'anemone.
Elle offre un animal qui a fur le dos
la figure humaine. Mais de toutes ces obfervations
, celle qu'on a faite In femine
mafculino a été plus fuivie. M.Leewenhoek eft
le premier qui a crû y voir des petits animaux
, aufquels il rapportoit la caufe de
la génération , & la chofe a paru fi mers
veilleufe , que M. Hartzoeker a prétendu
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
que
>
avoir feul part à cette découverte. Ces
animaux ont une gueule & font d'une fi
gure affez femblable à celle d'un tétard
ils font d'abord dans un grand mouve
ment qui fe rallentit bientôr ; & à mesure
la liqueur fe refroidit ou s'évapore ,
il en périt. Dépofés dans l'endroit de leur
deftination ils meurent tous , excepté
celui qui doit ( fuivant ce fyftême ) devenir
un homme . On prétend que cet animal
s'attache dans la matrice de la femme
par des filets qui forment le placenta . Uni
ainfi au corps de la mere , il reçoit la nourriture
qui lui eft néceffaire , pour fon accroiffement
& pour fa métamorphofe. La
conjecture qu'on fait fur cette métamorphofe
eft finguliere. Quand il eft parvenu,
dit on , à un certain accroiffement fous
cette forme, il en prend une nouvelle. De
ver qu'il étoit , il devient un corps affez
femblable à une fêve , mais fans mouve-
´ment. Il accroît dans cette enveloppe , &
quand le tems où il doit fortir de fa prifon
eft venu , il la déchire , & fe montre
fous la figure humaine.
Ceux à qui cette métamorphofe ne plaît
pas , & qui admettent des oeufs pour principe
de la génération , foutiennent que
animal fpermatique dépofé dans la ma-
, nageant & rampant dans les fluides trice
.
127
JUIN. 1753
2
qui s'y trouvent dans l'acte de la copulation
, parvient à la partie de la trompe qui
le conduit jufques à l'ovaire . Là , trouvant
un oeuf propre à le recevoir , il le
perce , s'y loge & y reçoit les premiers degrés
de fon accroiffement . L'oeuf piqué ,
fe détache de l'ovaire , tombe par la trompe
dans la matrice , où l'animal s'attache
par les vaiffeaux qui forment le placenta.
Telles font les conféquences qu'on tire
de la découverte des animaux fpermatiques.
Si l'on en croit M. de Buffon , ces animaux
font une pure chimere. Ce qu'on
apperçoit au Microfcope n'eft autre chofe
que des parties de la liqueur feminale ,
qui font dans une efpéce de fermentation ,
& dont le mouvement n'eft nullement
fpontané. ( Poyez l'Hiftoire Naturelle , &c.
avec la Defcription du Cabinet du Roi , par
Meffieurs de Buffon & d'Aubenton.
METHODE aifée & peu coûteufe de
traiter avec fuccès plufieurs maladies épidémiques
, comme la fuerte , la fievre militaire
, les fievres pourprées , putrides
vermineufes & malignes , fuivie dans dif
férens endroits du Royaume & des pays
Etrangers , avec les moyens de s'en préferver.
Par M. de Mezerai , Médecin or
dinaire du Roi , Docteur en Médecine ,
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE.
ancien Médecin des armées de Sa Majefté
en Italie & en Allemagne , & correfpondant
de l'Académie Royale des Sciences .
A Paris , chez la veuve Cavalier & fils
rue S. Jacques. 1753. Brochure de 58 pp .
Ceux à qui il appartient de juger de
cette méthode en font cas , & pour les
maladies énoncées dans le titre & pour
un grand nombre d'autres.
L'HONNEUR confidéré en lui - même
& relativement au duel , où l'on démontre
que l'honneur n'a rien de commun
avec le duel, & que le duel ne prouve rien
pour l'honneur. Par M. C ***, A Paris ,
chez Pierre - Alexandre le Prieur rue S.
Jacques. 175 2. in- 12 . vol. 1 .
2
Si ce Livre d'une morale pure & noble
nous étoit tombé plutôt entre les mains
nous en aurions rendu un compte un peu
détaillé au Public.
CHRONOLOGIE univerfelle , ou def
cription des tems , contenant route la fuite
des Souverains de l'univers , des hommes
illuftres , & des principaux évenemens
de chaque fiécle , depuis la création
du monde jufqu'à préfent ; en trente- cinq
Planches gravées en taille douce , & réunis
en une machine d'un ufage facile &
JUIN. 1753. 129
commode. Par M. Barbeu Dubourg , Docreur
en Médecine & Profeffeur de Phar.
macie. A Paris , chez l'Auteur , rue S. Be
noît , à côté de l'Abbaye S. Germain , &
Fleuri , Tapiffier à l'Eftrapade . 1753 .
Cet Ouvrage que des perfonnes fort intelligentes
nous ont affuré devoir être trèsutile,
& dont le Difcours préliminaire nous
a paru tout à fait bien , fera mis en vente
dans le courant de Mai . Le prix eft de 12
liv. en feuilles , & 15 liv . avec la machine.
Comme l'utilité publique eft le principal
but de l'Auteur dans fon travail , il
fe fera un plaifir & un devoir de fournir
gratis un fecond éxemplaire revû & corrigé
, à toutes les perfonnes diftinguées
dans la république des Lettres qui voudront
bien lui renvoyer leur premier exem
plaire avec les corrections , ratures , additions
on obfervations qu'elles auront
pris la peine d'y faire, & dontil tâchera de
profiter pour perfectionner cer Ouvrage.
Sous le titre de perfonnes diftinguées
dans la République des Lettres , l'Auteur
comprend tous Auteurs , Docteurs , Pros
fefleurs , Principaux & Préfets de Collé
ges , Bibliothéquaires , & Académiciens
François & Etrangers.
CHOIX d'Hiftoires tirées de Bandel ,
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
Italien ; de Belleforêt , Commingeois ; de
Boiſtuau dit Launai ; & de quelqu'autres
Auteurs. Par M. Feutry. A Londres , &
fe vend à Paris , chez Durand & Piffot.
1753. in-12 . vol. 2.
Nous donnerons un extrait de cet Ou
vrage dans le Mercure prochain.
IDE'E de la Poëfie Angloife , ou Traduction
des meilleurs Poëtes Anglois , &c.
Par M. l'Abbé Tart. A Paris, chez Briaffon.
1753. in- 12. vol. 3 .
33
Le Traducteur a mis à la tête de fon 1º
volume une Préface fenfée & fort bien écri
te, où il s'explique ainsi. Le génie de l'in
vention eft rate parmi nous. Nous fommes
moins capables de faire des décou-
» vertes que nous ne fommes habiles à les
» embellir. Il y a plus loin pour nous du
néant à l'être, que de l'être à la perfec-
» tion. Il faut nous éclairer des lumieres
» de nos voifins , nous enrichir de leurs
productions , faire en Poëfie ce que les
" Sçavans & les Artistes font dans les
» Sciences & dans les Arts , communiquer
avec tous les peuples de l'Europe , &
confpirer tous enfemble à l'utilité du gen
» re humain. Il feroit à fouhaiter que tou-
» tes les nations n'euffent qu'un feul lan-
» gage , & qu'il ne fe fît qu'un peuple de
JUIN. 1753. 131
•
tous les Sçavans de l'univers.
La Préface eft fuivie de la vie de M. Jean
Philips , & de trois de fes Poëmes . Le pre
mier eft intitulé Pomone ou le Cidre. M.
Yart en examine les beautés & les défauts
en écrivain qui ne s'aveugle pas fur le mérite
de l'original , & qui a beaucoup re-
Béchi fur le genre géorgique ; il réfulte
de cet examen que M. Philips eft un bon
imitateur de Virgile.
Le fecond Poëme eft intitulé la Bataille
Hofchtet. Cet Ouvrage , dit le Traducreut
, ne marque qu'un mépris aveugle
pour la France , & une admiration outrée
pour l'Angleterre ; ce n'eft point le plaifir
de voir fa nation victorieufe , c'eft la
joye cruelle de voir fes ennemis humiliés
qui anime M. Philips. Son Poëme eft fi dépourvû
de fictions , qu'il n'y a point d'autre
ordre que celui que le tems a donné aux
évenemens qui y font rapportés ; ce n'eft
pour le fond qu'une relation hiftorique ;
mais elle est écrite en beaucoup d'endroits
avec force , & la Poëfie qui regne dans les
détails fupplée à la ftérilité du fond. Tout
n'y eft pas pourtant de la même force : la
defcription des voyages de l'armée Angloife
en Allemagne eft fans Poëfie . Les
difcours que le Poëte fait tenir aux François
avant la bataille font ridicules ; les
F vj
132 MERCURE DEFRANCE.
invectives contre l'Electeur de Baviere
marquent plus de fureur que de génie ,
enfin les digreffions qui précédent & qui
fuivent le récit de la bataille font trop
longues.
Le troifiéme Poëme qui eft dans le gen
re burlesque , eft intitulé le précieux Chelin.
Le heros de ce Poëme eft réduit à une
telle pauvreté , qu'il foupire après un chelin.
Il fait la peinture de la joye & des
plaifirs que cette pièce de monnoye pour
roir lui procurer , de là il paffe à la def
cription des miferes de toutes efpeces aux
quelles il eft expofé ; il fait enfuite un
portrait ridicule de ceux qui le menent en
prifon , & il exagere les maux qu'il y
Louffre. Le Poëte trouve le moyen de remplir
fon Poëme de plaifanteries, d'autant
plus fingulieres que le fujet en eft peu fufceptible.
Les trois Poemes font précedés de trois
Difcours le premier roule fur le genre
diadactique , le fecond fur l'héroïque ,
le troifiéme fur le burlefque . Ces trois
Difcours nous ont paru dans de bons principes
, très- bien appliqués à l'examen des
Poëmes dont on nous donne la traduc
tion.
On peut confidérer trois chofes dans
l'Ouvrage que nous annonçons : la traduc
JUIN 17530 133
on qui eft élégante & facile : les differsations
préliminaires qui font exemptes de
préjugés , & de l'admiration aveugle qu'a
trop louvent un Traducteur pour fon ori
ginal : les notes qui font pleines de goûti
& inftructives , mais quelquefois un peu
prodiguées.
Nous rendrons compte dans les Mercu
res fuivans du fecond & du troifiéme Vo
lumes , qui nous ont paru fort fupérieurs
au premier.
215
LETTRES intéreffantes , philofophi
ques & critiques , fur le petit nombre de
Connoiffances que l'homme peut acquérir
par le fecours de fa raifon , écrites à Madame
de ***, Par M. le Marquis de C ...
de Cia . A Amfterdam, chez Pierre Mortier :
Nous parlerons . de ce Livre le mois prochain
. "
4
NOUVEAUX Dialogues des morts ..
- Cette nouveauté où les fujets nous ont
paru bien choifis , & traités avec beau
coup de facilité , de vérité & de naturel
nous occupera le mois prochain. On la
trouve en deux volumes , chez Nyon &
Guyllin , Quai des Auguftins , à Paris .
SUPPLEMENT aux Tablettes Dram
134 MERCURE DE FRANCE .
matiques pour les années 1752 & 1753 .
A Paris , chez Piffet , Jorry & Duchefne.
M. le Chevalier de Mouhi qui eft &
doit être content de l'accueil que le Public
a fait à fes Tablettes Dramatiques ,
vient de donner le Supplément que nous
annonçons ; on le diftribue gratis à tous
ceux qui ont acheté le Livre.
INSTRUCTIONS Militaires. A Paris ,
chez Briaffon. 1753. in - 8 ° . vol . i .
Les Officiers de tous les grades trouveront
dans cet Ouvrage des obfervations
zès-fenfées & très- inftru&tives.
ELEMENS de Phyfiologie , ou Traité
de la ftracture & des ufages des différenres
parties du corps humain , traduit du
Latin de M. Haller. A Paris , chez Prault
fils , Quai de Conti, 1753. in- 8°. vol. 1 .--
DISSERTATION dans laquelle on
examine fi les jours critiques font les mêmes
en ´nos climars , qu'ils étoient dans
ceux où Hypocrate les a obfervés , & quels
égards on doit y avoir dans la pratique.
Piéce qui a remporté le prix propofé par
F'Académie de Dijon , pour l'année 1741-
Par M. J. B. Aymer , Docteur en Médecine.
A Paris , chez le même. 1753+
JUIN. 1753. 1 ;
ESSAI fur les bienféances oratoires .
chez le même. 1753. in- 8°.
A Paris
vol. 2 .
Nous rendrons compte le mois pro
chain de cette nouveauté.
LE Chevalier de Roftain , plus que Septuagénaire
, s'eft depuis quelque tems remis
à l'Hiftoire de Chartres entrepri
fe difficile & pénible que fon peu de fanré
lui avoit fait interrompre , & pour la
quelle il a déja bonne provifion de matériaux
.
Mais rebuté & découragé par de nou
velles difficultés , qu'il juge infurmontables
fans de nouveaux fecours , il fupplie
encore une fois les vrais Sçavans , qui ont
une parfaite connoiffance des antiquités
Gauloifes , de le vouloir bien feconder
en continuant de l'aider de leurs lumieres
car on peut dire que l'exactitude &
la fidélité dont il fe pique , vont jufqu'au
fcrupule .
Son premier foin fera de faire honneur
à fes guides , fans déferer à leur modefie,
laquelle femble exiger qu'on retranche
& qu'on fupprime & leurs noms &
les louanges qu'ils méritent.
" C'est toujours à le Breton » Imprimeur
ordinaire du Roi , suc de laHarpe ,
136 MERCURE DE FRANCE.
au S. Efprit , à Paris , qu'il faut adreffer
les Mémoires inftructifs.
Cette vafte Hiftoire du pays Chartrain
fera relevée d'une ample Differtation fur
les Druides , ou les Sages de la Gaule ,
dont parle Jules- Céfar dans fes Commen.
taires , laquelle ne fçauroit être que trèsintéreffante
pour tout le Royaume.
Mais pour l'entiere perfection de ces
deux Livres , il faudroit néceſſairement
avoir quantité de papiers , que les Anglois
ont autrefois enlevés du tréfor de
Eglife Cathédrale de Chartres , & que
des voyageurs , dignes de foi , affurent
avoir vus dans l'Univerfité d'Oxfort.
Si quelqu'amateur d'Ouvrages exacts
& judicieux , pouvoit procurer le recouvrement
de ces curieux manufcrits , PAuteur
qui ne travaille que pour la gloire &
pour l'honneur de fa patrie , n'en regreteroit
pas la dépenfe ; c'est ce que l'on a
plus d'une fois vainement tenté durant le
tumulte des armes , toujours contraire
aux Belles- Lettres. Mais préfentement que
tout femble être tranquille , en France &
en Angleterre , la chofe femble être bien
plus ailée..
JUIN.
317 ~1753.
LETTRE
D'un Religieux de *** , à M. Duhamel dis
Moncean
?
N lifant , Monfieur , votre utile trai
té de la confervation des grains
j'ai été comme infpiré à méditer fur l'expédient
le plus propre à engager d'en faire
des provifions à moins de frais , & le
plus d'utilité pour obvier aux difettes &
à la cherté du pain , qui toujours ont des
fuites fâcheufes. Je me fais un plaiſir &
un honneur de , vous communiquer mes
réflexions , qui jointes à la lecture de vo
tre Livre , dans une nouvelle édition
pourroient avoir du fuccès dans plufieurs
etats : le zéle de la félicité publique ne
devant pas fe borner à fa patrie.
On a toujours jugé qu'un excellent
moyen de maintenir le pain à un modique
prix , en remediant aux difettes des
années ftériles , feroit que les Commu
nautés Religieufes , de l'un & de l'autre
fexe , fiffent des magasins de bled dans les
années abondantes : mais le vrai moyen
de les engager à la dépenfe , aux foins &
aux embaras de ces grandes provifions ,
quel eft- il ?
138 MERCURE DEFRANCE.
C'eft de les autorifer & encourager même
par des priviléges & des fecours , à
faire commerce de cette denrée avec honneur
, ainsi qu'il eft permis en France aux
Gentilhommes pauvres , d'exercer l'art
de la Verrerie , & à tous Gentilhommes
en Bretagne , de faire dormir fa nobleffe ,
pour s'adonner au négoce & aux Arts libéraux
avec profit ; & en Angleterre aux
Milords même , d'être negocians & artifans
, avec autant de décence que de liberté
.
La plupart de ces Communautés ont les
bâtimens convenables aux magafins , &
au négoce du bled , & des fonds même
de terre ou de dixmes qui en rapportent
fuffifamment ; ou du moins des revenus
& des fonds en argent , propres à les mettre
en état d'en tirer parti pour leur
Couvent , pour les pauvres & le public,
"
la
Il eft à préfumer que les foins pour
confervation de cette denrée feroient
moins difpendieux , plus grands & mieux
fortunés , que chez les marchands ordinaires
: & que dans toutes les occafions
de la vendre , ces Communautés fe contenteroient
d'un moindre gain que des
particuliers , qui de profeffion n'ont d'autre
regle & principe que leur intérêt propre
, au prejudice du général ; qui conf
JUIN. 1753. 139
"
tamment font obligés , n'ayant pas de
- bâtimens fuffifans , d'en louer cherement ,
& qui faute de fonds & de crédit , ou de
grenier , fouvent font réduits à n'ache
ter du bled , qu'à mefure qu'ils prévoyent
l'occafion très prochaine de le vendre avec
profit , par des voyes peut -être même illégitimes.
Quel inconvénient y auroit-il que les
Communautés Religieufes pour être engagées
à faire des provifions de grains ,
fuffent autorifées à en faire un commerce
mais
toujours légitime fans exclufion ,
avec probité , & autant de liberté qu'en
ont des particuliers , qui fouvent dans ce
négoce font fufpects d'intrigues & de pratiques
fort préjudiciables au Public & a
l'Etat , & ne fongent d'ailleurs qu'à s'enrichir
?
La difficulté dans l'exécution de ce projet
feroit plus à caufe des préjugés vulgaires
, de déterminer les Communautés
Religienfes à faire ces magafins & ce commerce
de bled , qu'à leur en permettre l'établiffement
: mais enfin la liberté & la
vûe du bien public jointe à celle du leur
propre , feroient avec les acceffoires , un
aiguillon qui tôt on tard en détermine
soit plufieurs , après une permiffion aurentique
, & un encouragement de la pare
140 MERCURE DE FRANCE.
du Gouvernement : infenfiblement la plû
part y trouveroient une amorce & un apas ,
quand la planche étant faite , les avanta
ges qui en réfulteroient pour les pauvre
& pour les riches , autant que pour ces
Communautés & pour tout l'Etat , feroient
plus notoires.
&c.
Il me reste de vous affurer de l'eftime
A Bruxelles.
LETTRE
A M. de Voltaire , fur fon Hiftoire de Loxis
XIV. Par M. ***.
A Religion , la Patrie , le Roi , enfin ,
Monfieur , tout ce qu'il y a de faint ,
de facré fur la terre , m'engagea en 1688 ,
à prendre le parti des armes , la bonne
cauſe ne prévalut pas. La funefte guerre
d'Irlande étant finie , je paffai en France
où j'ai eu l'honneur de fervir depuis 1693;
jufqu'à la paix d'Aix - la- Chapelle . Quand
les vieux Officiers ne trouvent pas l'occafion
de rebattre leurs anciennes campa
gnes , ils s'amufent ordinairement à la
lecture de l'Hiftoire ; j'ai lû avec un plaifir
fingulier , celle que vous avez faite de
Louis Quatorze. Suivant les lumieres d'un
JUIN. 1753. 141
Militaire qui n'a jamais étudié que dans
l'école de Mars , le ftyle en eft fleuri , nerveux
, & coulant ; l'élégante préciſion s'y
trouve jointe à beaucoup de clarté ; les
faits font exposés avec dignité , les réflexions
font judicieufes , & l'air de fincérité
& de candeur qui y regne partout , fera
que la postérité ne révoquera jamais en
doute , ni les éclairciffemens , ni la vérité
des chofes intéreffantes que vous avez
apprifes vous même da la bouche des perfonnes
diftinguées , & de la France , & de
l'Angleterre avec ces armes vous combatez
très heureuſement des opinions géné
ralement reçûes ; quoique plufieurs foient
appuyées fur les témoignages des Auteurs
contemporains ; en un mot , il ne manque
, pour rendre cet Ouvrage parfait
qu'une plus éxacte connoiffance des affairés
d'Irlande .
Je commencerai par la bataille de Boine
, fi une déroute mérite ce nom , car auf,
fi.tôt que le Roi Jacques vit l'avant -garde
du Prince d'Orange dans le gué , il
jugea à propos de fe retirer , & d'emmener
avec lui prefque toute notre Cavalerie
, alors les troupes nouvellement levées
, qui compofoient les deux tiers de
notre armée fe débanderent ; trois vieux
Régimens d'Infanterie & deux de Cavale142
MERCURE DE FRANCE.
rie, difputerent long tems le paffage de la
riviere ; mais voyant qu'un gros corps de
troupes venoit les prendre en flanc , que
le Prince d'Orange avoit fait paffer fur le
pont de Sleine , que notre Général avoit
négligé de faire rompre , ils replierent fur
les François qui étoient au nombre de
cinq mille , & qui n'avoient point combattu
: avec eux ils firent fi bonne contenance
, que l'ennemi n'ofa les inquierter
dans leur retraite. Les François furent гар-
pellés en France ; les débris de notre armée
gagnerent Limerick , le Prince d'Orange
à la tête de fon armée victorieuſe ,
parut bientôt devant cette Place , & en
forma le fiége. Dès que notre Commandant
, qui étoit François , eut reconnu que
la brêche étoit praticable , il nous exhorta
d'abandonner la vieille Ville , qu'il difoit
n'être plus tenable , & de paffer avec lui
dans la nouvelle ; nous ne voulûmes pas
obéir ; notre belle défenſe fit voir que
nous avions raifon , & qu'il n'y avoit pas
de meilleurs remparts que des gens réfolus
de mourir plutôt que de céder. Le Prince
d'Orange avec les meilleures troupes de
l'Europe , fut obligé de lever le fiége d'u
ne Ville qui n'avoit pour toute fortification
qu'un fimple mur ; en partant , ne
faire fes bleffés , par
pouvant cmporter
JU- I N.
143 ∙1753.
une action barbare , il fit mettre le feu à
fes propres Hôpitaux ; nous tirâmes beaucoup
de ces miférables du milieu des flammes
, une grande quantité y périt. La ba
taille d'Aghram fe donna l'année fuivante,
quinze mille Irlandois fans paye ,
mal vêtus , mal armés , & encore plus mal
nourris , combattirent contre vingt- cinq
mille Anglois ; notre Infanterie repouffa
la leur trois fois de fuite ; mais la mort de
notre Général , tué par un boulet de canon
, & la trahison de celui qui commandoit
notre Cavalerie , nous arracherent
la victoire que nous tenions , pour ainfi
dire , entre les mains. Les restes de notre
armée regagnerent Limerick ; Ginkle , qui
commandoit celle du Prince d'Orange ,
vint nous y affiéger. Après une longue
défenfe nous fumes obligés de capituler ,
avant que le fecours d'hommes & de vivres
arrivât. Outre que j'ai été témoin ,
oculaire de ces faits , toutes les Relations
qu'on a faites de cette guerre les racontent
peu près comme je viens de les
expofer. Comment donc , Monfieur , avezvous
pû dire que les Irlandois s'étoient
toujours mal battus chez eux ? comment
avez vous pû adopter un préjugé vulgaire ,
qui n'eft fondé que fur cette fauffe maxime
, que les vaincus ont toujours tort ?
144 MERCURE DE FRANCE
Avant que d'avoir
prononcé
, ne falloit
-il
pas avoir fait attention
à l'état déplorable
où nous étions ? ayant non-feulement
use
armée à combattre
fupérieure
de beaucoup
en nombre
, mais auffi toutes
les incommodités
, aufquelles
eft fujerte
une armée
dépourvûe
de tout.
Ainfi on peut
dire avec vérité , que fi jamais
les Irlandois
ont mérité
quelque
gloire
militaire
.
c'eft chez eux. Eft- il jufte de repréſenter
,
des perfonnages
illuftres
, tels que Milords
Limerick
, Clare, Trimlefton
, Slaine,
Galmoy
, Lucan , Weftmeath
, Dillon
,
&c. comme
des gens néceffiteux
, qui
étoient bien aifes de venir en France pour
profiter
des liberalités
de Louis XIV? Il
eft vrai que les bontés
de ce grand Monarque
adoucirent
beaucoup
la rigueur
de
leur fort : il ne l'eft pas moins ,, que s'ils
euffent
voula demeurer
chez eux , il n'y
en avoit pas un qui n'eût eu
plus de cin
quante
mille livres de rente. Je ne crains
pas d'avancer
ce fait ; c'eft une vérité con.
mie de tous ceux qui ont la moindre
connoiffance
de l'Irlande.Nous
voyons les def
cendans
de ces Seigneurs
, dont les biens
étoient
fubftitués
, jouir de grands
revenus
: par exemple
, Milord
Weftmeath
a
cinquante
mille livres de rente ; Milord
Dillon
, cent mille livres ; Milord
Trimlefton
JUIN. 1753.
145
Lefton , quatre vingt mille livres ; & on
fçait que fi Milord Clare avoit voulu renoncer
à fa Religion , il eût hérité de plus
de trois cens mille livres de rente . Non ,
Monfieur , point d'autre motif n'engagea
prefque tous les Officiers Irlandois à páffer
en France , après le dernier fiege de
Limerick , que celui de s'unir à la deftinée
de leur Prince ; motif , fi vous voulez
romanefque. Cependant vous m'avouerez
qu'il faut de la grandeur d'ame , pour en
3 être déterminé. Quoique la Nobleſſe Irlandoife
foit très- riche , fi l'on regardoit
les richeffes comme une vertu , nous conviendrions
que les Anglois la poffedent
dans un degré plus éminent que nous.
Nous n'en ferons pas de même pour ce
qui regarde le génie & les talens : les
dons de l'efprit ont été répandus en Irlande
par une main tout auffi liberale qu'en
Angleterre , qui ne peut fe vanter d'avoir
produit de plus grands hommes que Boyle,
Usher , Congreve , Steele , Rofcommon
Farquar , Suthern , Parnell , Suift , Philips
, Barkley , &c. tous Irlandois . Les
Etrangers les confondent ordinairement
avec les Auteurs Anglois , la Langue Ar◄
gloife étant commune aux deux Nations ,
qui font d'ailleurs gouvernées par le mê
me Roi. Il ne fe trouve ni dans Speed ,
1.Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE,
ni dans Baker , ni dans aucune autre Hiftoire
d'Angleterre , que l'Irlande ait été
fubjuguée par un fimple Comte Anglois.
J'efpere qu'à la premiere édition qui fe
fora de votre Hiftoire de Louis XIV . vous
rendrez plus de juftice à une Nation qui
ne vous a jamais offenfé , & que vous avez
injuítement maltraitée . J'ai l'honneur
d'être , &c.
DISSERTATION fur l'ancienne jone
tion de l'Angleterre à la France , qui a
remporté le prix , au jugement de l'Académie
des Sciences , Belles-Lettres & Arts
d'Amiens , en l'année 1751 , avec des Plans
& des Cartes topographiques. Par M.
Defmareis. A Amiens , chez la veuve Godard
, Imprimeur du Roi , de M. le Duc
de Chaulnes & de l'Académie . Et fe vend
à Paris , chez Ganeau , rue S. Severin ;
Chaubert , Quai des Auguftins ; & Lambert
, rue de la Comédie Françoife. 1753 ,
1. volume . Nous rendrons compte le mois
prochain de cette fçavante Differtation,
7:14
VERS
A Madame de Pompadour.
LES
Es Anciens qu'on cite pour exemples ,
Etablillant des Prêtres en tout lieu
TUIN. 1733. 347
.
T
Trop ailément multiplioient les Temples ;
Pour un feul attribut , chez eux on étoit Dieu.
Sans que ce fiécle leur reflemble , I
Notre hommage aux talens eft tout auffi réel ;
Máis grace à Pompeur qui tes unit enſemble „
On'n'a Beföln que J'un Autel.
bjbdbdbdbab/ Jbsbjbjbjbj
BEAUX ARTS.
L'Avie des Peintres. Flamands , Alle
ן י
mands & Hollandois , avec des portraits
gravés en taille-douce , une indication
de leurs principaux ouvrages , & des
réflexions fur leurs différentes manieres.
Par M. J. B. Defcamps , Peintre , Membre
de l'Académie Royale des Sciences , Belles
Lettres & Arts de Rouen , & Profeffeur
de l'Ecole du Deffein de la même Ville.
Tome premier. A Paris , chez Jombert
, rue Dauphine , & à Rouen , chez
Befogne , au Palais.
Tout l'extérieur du grand Ouvrage que
nous annonçons eft très bien. Le papier
eft bon & beau , le caractere neuf & bien
choifi , les gravures exécutées avec goût
& avec foin . Nous entrerons les mois fuivans
dans quelques détails fur l'Ouvrage
même , & nos Lecteurs s'appercevront que
Gij
148 MERCURE DE FRANCE,
3
M. Defcamps a un ftyle net & ferme ,
qu'il a fait des recherches fort profondes
fur fon art , & que les difcuffions où il
juge à propos d'entrer , font pleines de
fagacité & de lumiere. L'Ouvrage entier
doit fournir quatre volumes. On ne nous
donne actuellement que le premier.
M. Blainville vient de mettre au jour
des Sonates pour le deffus de viole avec
la baffe continue . Comme les difficultés
ne vont pas auffi -bien à cet inftrument
qu'au violon , & qu'il y a d'ailleurs peu
de compofiteurs qui ayent fait des Sona
tes pour le deffus de viole , l'Auteur s'eft
plus attaché au chant & à la mélodie qu'à
la recherche des traits ; on y en trouvera
pourtant , mais autant qu'il en faut feulement
pour rendre l'exécution plus vive &
plus intéreffante. Comme M, Blainville
eft un Muficien Philofophe , & qu'il a
fait des recherches profondes fur fon art,
nous croyons qu'on fera bien´aiſe de trou
ver ici le catalogue de fes ouvrages. Trai
té d'harmonie' , Effai fur un troifiéme mode
, premiere & feconde Symphonie ,
premier & deuxième livre de Violoncelle.
Cantatilles. La Prife de Bergopzoom ,
le Serin perdu , la Mufette , le Roffignol ,
T'heureufe Surprife . Tous ces Ouvrages fe
JUIN. 1753. 145
trouvent aux adreffes ordinaires.
L'ATTENTE de l'hymen , Cantate à
deux voix , pour deffus & baffe- taille , dé
diée à S. A. S. M. le Prince de Condé. A
Paris , aux adreffes ordinaires.
"
Nous annonçons avec plaifir deux
nouvelles Estampes de David Teniers
Peintre agréable & fécond : elles font trèsbien
rendues chacune dans leur genre , par
le fieur Chenu qui les a gravées avec foin ,
& dans le goût qui convenoit à la diſpoſi
tion des originaux .
La premiere a pour titre : les Amufemens
Hollandois ; cette tabagie compo
fée de onze figures en deux groupes , &
dédiée à M. le Comte de Vence , appartient
à cet illuftre amateur , qui commu
nique les belles chofes qu'il poffède , avec
une nobleffe & une générosité digne de
fon nom .
La feconde , dont le fujet eft beaucoup
plus petit , eft intitulée : la Coquette de
Village. La compofition tire fon plus
grand effet de la beauté du Ciel & de l'ho
rifon , dont le point de vue eft tenu fort
bas. M. Eifen qui poffède l'original , a
des connoiffances qui doivent être garanres
du mérite de ce petit Tableau . M. Che
Giij
150 MERCURE DE FRANCE
"
nu demeure rue de la Harpe , à côté dr
paffage des Jacobins , vis- à- vis le Caffé de
Condé...
MOYREAU vient de mettre au jour
une nouvelle Eftampe , gravée d'apres
Wouvermens, intitulée l'Ecurie de la lo
te ; c'est le N°. 73 de ſa ſuite . Le Tableau
original appartient à M. de Julienne. M
Moyreau demeure rue des Mathurins , b
quatrième porte cochere à gauche ener
trant par la rue de la Harpe..
CARTES MARINÉS.
IL paroît depuis quelques jours des
nouvelles Cartes hydrographiques, qu
ont été dreffées au dépôt des Cartes &
Plans de la Marine , pour le fervice de
Vaiffeaux du Roi , par ordre de M. Roul
lé , Miniftre & Sécretaire d'Etat.
Ces. Cartes qui font d'un très- grand
détail & parfaitement bien exécutées, fon
du célébre & laborieux M. Belin , Inge
nieur de la Marine , de la Société Royal
de Londres , & c .
La premiere des Cartes que nous an
nonçons contient une partie des Côte
d'Efpagne depuis le Cap S. Vincent ju
JUIN. 1753.
:
qu'au détroit de Gibraltar , & les côtes
d'Afrique , depuis ce détroit jufqu'au Cap
Bojador , avec les Ifles de Canaries .
La feconde comprend la fuite des côtes
d'Afrique , depuis le Cap Bojador , juf
qu'à la riviere de Sievra-Leona , avec les
Files du Cap- verd.
Ces Cartes font la fuite du travail de
eet Ingénieur fur les côtes d'Afrique , dont
la publié deux morceaux en 1750 fous le
nom de Carte génerale de la côte de Guinée
, depuis la riviere de Sievra Leona ,
jufqu'au Cap de Lopez Gonfalvo , & Carre
particuliere de la Côte d'or .
Il a joint à ces deux nouvelles Cartes
an Mémoire de 18 pages in-quarto , dans
Fequel il rapporte les principales obferons
- tions dont il s'eft fervi pour les dreffer.
. On voit par ce Mémoire que M. Belin n'a
rien negligé pour trouver ce dégré de précifion
, fi néceffaire à la fureté des navigateurs
; il entre dans des détails curieux
& extrêmement intéreffans ; fes difcuffions
font bien fuivies , & portent un caractere
de certitude à laquelle on ne peut
fe refufer mais ces fortes de matieres ne
font gueres fufceptibles d'extrait ; on les
affoiblit en voulant les abréger . Nous remarquerons
feulement d'après fon Mémoire,
que toutes les Cartes Marines qui ont
:
G iiij
152 MERCURE DE FRANCE.
paru jufqu'ici , pour cette partie des côtes
d'Afrique , font très- défectuenfes , &
ne peuvent que caufer la perte des navi
gateurs qui s'y confieroient. Nous ne poavons
nous refufer à une réflexion qui fe
préfente naturellement , c'eft qu'il eſt bien
flateur d'avoir pour but dans fes études &
fon travail , la confervation de la vie &
des biens des citoyens .
Ces Cartes fe trouvent chez M. Bellin ,
rue du Doyenné , du côté de la rue S.
Thomas du Louvre .
M. le Rouge vient de préfenter à Sa
Majefté une Carte particuliere de l'Ile de
Sardaigne. Il l'a préfentée enfuite à l'Académie
, & lui a fait remarquer que cette
Carte avoit manqué jufqu'à préfent à la
Géographie ; ainfi c'eft une vraye nouveauté.
Cette Carte eft d'une grande feuille
d'Atlas , & fe diftribue chez l'Auteur
rue des grands Auguftins , vis- à- vis le
Pannier Aeuri.
T
JUIN. 17539 153
EXTRAIT
Des Regiftres de l'Académie Royale des
Sciences.
M
l'Aca-
Du 10 Février 1753.
ESSIEURS Bouguer & de Courtivron
, qui avoient été nommés
pour examiner un Thermometre du fieur
Bourbon , qui au lieu de contenir la li
queur dans une boule , la contient dans
une cavité , compofée de deux calottes
hémifphériques , dont l'une rentre dans
l'autre , en ayant fait leur rapport ,
démie a jugé que ce Thermometre , conftruit
d'ailleurs fur les principes de M. de
Reaumur , étoit beaucoup plus fenfible
que les Thermometres ordinaires , conftruits
fur les mêmes principes qu'entre
toutes les figures qu'on pourroit choisir
pour ce Thermometre , le fieur Bourbon a
éxécuté une des plus propres à lui conféser
la figure lorfqu'on eft obligé d'y tou
cher ; & qu'en général cette conſtruction
étoit bonne & avantageufe : en foi de
quoi j'ai figné le préfent Certificat . A Paris
, ce 28 Février 1753. Signé Grand-
Jean de Fouchy , Sécretaire Perpétuel de
l'Académie Royale des Sciences.
GY
11 I {
#54 MERCURE DE FRANCE
Le fieur Bourbon qui excelle à faire
Toutes fortes de Barometres & de. Ther
mometres , & qui en vend de communs
& d'élégans , demeure grande rue du
Faubourg S. Antoine , au deffus des Enfans
Trouvés.
•
Lcettes qui a ouvert le 15 Janvier der
E fieur Jean- Baptifte Dupuis des Bri
ier une Ecole de Mufique pour la com
pofition , la Mufique vocale , l'Orgue , le
Clavecin , l'accompagnement de la Viele ,
pour répondre au zele que le Public té
moigne fur cet établiffement , vient de
rendre fon Ecole générale pour tous less
inftrumens fervant à l'accompagnement
des voix..
Les claffes fe tiennent les Lundis , Mer--
oredis & Vendredis depuis une heure
après -midi , jufqu'à neuf heures du foir .
Sçavoir , depuis une heure jufqu'à trois
gratis , pour les perfonnes douées d'un ta-
Tent décidé , à qui la fortune ne permet
pas de fe procurer des Maîtres .
On trouve chez lui les inftrumens né
ceffiires & une collection nombreuſe de
Livres de Muliques dans tous les genres.
Les
Etrangers
Province
qui voudront
profiter
de fom
ou les perfonnes de
JUIN. 1753. 155
école , pourront fe mettre en penfion chez
lui. Ils auront auffi la liberté de s'appliquer
à d'autres fciences & de fe
procurer
tels maîtres qu'ils voudront.
Il demeure rue Plâtriere , la feconde
porte cochere à droite , en entrant par la
rue Montmartre..
LE fieur Royller , célébre Expert véri
ficateur des écritures , rue de la Verrerie ,
à Paris , avertit le Public que ſe trouvant
actuellement fecondé par fon fils , il don
mera plus facilement & avec plus de fuc
cès encore qu'il ne faifoit , des démonf
trations gratuites fur Fécriture , depuis
fix jufqu'à huit heures du foir. On nous a
apporté des ouvrages du fieur Royllet fils,
& nous avouons que nous avons été étonnés
de leur hardieffe , & enchantés de leur
propreté. On ne peut pas raifonner avec:
plus de précision , de netteté & de mo
deftie , que ce jeune homme le fait de fom
art. Il va montrer en Ville.
+
Cvj
HI UC
#54 MERCURE DE FRANCE
Le fieur Bourbon qui excelle à faire
Toutes fortes de Barometres & de. Ther.
mometres , & qui en vend de communs
& d'élégans , demeure grande rue du
Faubourg S. Antoine , au deffus des Enfans
Trouvés.
L
E fieur Jean - Baptifte Dupuis des Bri
cettes qui a ouvert le 15 Janvier der
tier une Ecole de Mufique pour la com
pofition , la Mufique vocale , l'Orgue , le
Clavecin , l'accompagnement de la Viele ,
pour répondre au zele que le Public té
moigne fur cet établiffement , vient de
rendre fon Ecole générale pour tous les
inftrumens fervant à l'accompagnement
des voix.
Les claffes fe tiennent les Lundis , Meroredis
& Vendredis depuis une heure
après -midi , jufqu'à neuf heures du foir.
Sçavoir , depuis une heure jufqu'à trois
gratis , pour les perfonnes douées d'un ta-
Tent décidé , à qui la fortune ne permet
pas de fe procurer des Maîtres..
On trouve chez lui les inftrumens né
ceffiires & une collection nombreufe de
Livres de Muuques dans tous les genres.
Les Etrangers , ou les perfonnes de
Province qui voudront profiter de fon
JUIN. 1753. ISS
école , pourront fe mettre en penfion chez
lui. Ils auront auffi la liberté de s'appliquer
à d'autres fciences & de fe procurer
tels maîtres qu'ils voudront.
Il demeure rue Plâtriere , la feconde
porte cochere à droite , en entrant par la
rue Montmartre ..
LE fieur Royllet , célébre Expert véri
ficateur des écritures , rue de la Verrerie
à Paris , avertit le Public que fe trouvant:
actuellement fecondé par fon fils , il don
mera plus facilement & avec plus de fuccès
encore qu'il ne faifoit , des démonftrations
gratuites fur Fécriture , depuis:
fix jufqu'à huit heures du foir. On nous a
apporté des ouvrages du fieur Royllet fils,.
& nous avouons que nous avons été étonnés
de leur hardieffe , & enchantés de leur
propreté. On ne peut pas raifonner avec:
plus de précision , de netteté & de modeftie
, que ce jeune homme le fait de fom
art. Il va montrer en Ville..
Cvj
152 MERCURE DE FRANCE.
paru jufqu'ici , pour cette partie des côtes
d'Afrique , font très- défectuenfes , &
ne peuvent que caufer la perte des navi
gateurs qui s'y confieroient. Nous ne poavons
nous refufer à une réflexion qui fe
préfente naturellement , c'eft qu'il eft bien
Aatent d'avoir pour but dans fes études &
fon travail , la confervation de la vie &
des biens des citoyens .
}
Ces Cartes fe trouvent chez M. Bellin ,
rue du Doyenné , du côté de la rue S
Thomas du Louvre.
M. le Rouge vient de préfenter à Sa
Majefté une Carte particuliere de l'Ile de
Sardaigne . Il l'a préfentée enfuite à l'Académie
, & lui a fait remarquer que celle
Carte avoit manqué jufqu'à préſent à b
Géographie ; ainfi c'eft une vraye nou
veauté. Cette Carte eft d'une grande feuille
d'Atlas , & fe diftribue chez l'Auteur ,
rue des grands Auguftins , vis- à- vis le
Pannier fleuri.
JUIN. 17539 153
EXTRAIT
Des Regiftres de l'Académie Royale des
M
Sciences.
Du 10 Février 1753.
ESSIEURS Bouguer & de Courtivron
, qui avoient été nommés
pour examiner un Thermometre du fieur
Bourbon , qui au lieu de contenir fa liqueur
dans une boule , la contient dans
une cavité , compofée de deux calottes
hémifphériques , dont l'une rentre dans
l'autre , en ayant fait leur rapport , l'Académie
a jugé que ce Thermometre , conftruit
d'ailleurs fur les principes de M. de
Reaumur , étoit beaucoup plus fenfible
que les Thermometres ordinaires , conftruits
fur les mêmes principes qu'entre
toutes les figures qu'on pourroit choisir
pour ce Thermometre , le fieur Bourbon a
éxécuté une des plus propres à lui conférer
la figure lorfqu'on eft obligé d'y toucher
; & qu'en général cette conftruction
étoit bonne & avantageufe : en foi de
quoi j'ai figné le préfent Certificat. A Paris
, ce 28 Février 1753. Signé Grand-
Jean de Fouchy , Sécretaire Perpétuel de
l'Académie Royale des Sciences.
Gy
•M I T C
154 MERCURE DE FRANCE
Le fieur Bourbon qui excelle à faire
toutes fortes de Barometres & de. Ther
mometres , & qui en vend de communs
& d'élégans , demeure grande rue do
Faubourg S. Antoine , au deffus des Enfans
Trouvész
*
E fieur Jean - Baptifte Dupuis des Bri
a
cettes qui a ouvert le 15 Janvier der
ier une Ecole de Mufique pour la com
pofition , la Mufique vocale , l'Orgue , le
Clavecin , l'accompagnement de la Viele ,
pour répondre au zele que le Public té
moigne fur cet établiſſement , vient de
rendre fon Ecole générale pour tous les
inftrumens fervant à l'accompagnement
des voix.
Les claffes fe tiennent les Lundis , Meroredis
& Vendredis depuis une heure
après midi , jufqu'à neuf heures du foir,
Sçavoir , depuis une heure jufqu'à troisgratis
, pour les perfonnes douées d'un talent
décidé , à qui la fortune ne permet
de fe procurer des Maîtres . pas
On trouve chez lui les inftrumens néceffiires
& une collection nombreuſe de
Livres de Muñques dans tous les genres.
Les Etrangers , ou les perfonnes de
Province qui voudront profiter de fon
JUIN. 1753. 155
école , pourront fe mettre en penfion chez
ui. Ils auront auffi la liberté de s'appliquer
à d'autres fciences & de fe
procurer
tels maîtres qu'ils voudront.
Il demeure rue Plâtriere , la feconde
porte cochere à droite , en entrant par la
rue Montmartre..
LE fieur Royllet , célébre Expert véri
ficateur des écritures , rue de la Verrerie
à Paris , avertit le Public que ſe trouvant
actuellement fecondé par fon fils , il donmera
plus facilement & avec plus de fuccès
encore qu'il ne faifoit , des démonf
trations gratuites fur Fécriture , depuis
fix jufqu'à huit heures du foir . On nous a
apporté des ouvrages du fieur Royllet fils,
& nous avouons que nous avons été étonnés
de leur hardieffe , & enchantés de leur
propreté. On ne peut pas raifonner avec:
plus de précifion , de netteté & de mo
deftie , que ce jeune homme le fait de fon
art. Il va montrer en Ville.
?
Cvj
156 MERCURE DE FRANCE
ZAAAAAAAAAAAAAAAALI
CHANSON.
D'Une
aimable
bergere
Sçavoir toucher le coeur ,
Sçavoir fans lui déplaire ,
Expliquer fon ardeur ,
Sans que d'amour le langage
Puiffe trop l'effaroucher ,
Mais feulement la toucher ;
C'eft du bel âge.
D'un Berger plein de zele
Ecouter la langueur ,
Sans faire la cruelle ,
Répondre à fon ardeur ;
S'il veut un baifer pour gage
Ne le lui point refuſer ,
Ou lui laiffer dérober ;
C'eft du bel âge
D'une égale tendreſſe ,
Se chérir tous les deux ;
Le répeter fans ceffe
De la bouche & des yeux ;
Mettre enfin tout en uſage ,
Pour fatisfaire fes voeux ,
Et par là fe rendre heureus ,
R
ille .
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
JUIN.
117 17531
C'eft du bel âge.
Belle & tendre jeuneffe ,
Sans faire de façons ,
Du Dieu de la tendreffe
Ecoutez les leçons ;
Car quoique dife le ſage ,
De l'amour & de fes traits ,
Il eut toujours des attraits
Pour le bel âge.
BC BC DC DC IC IC IC IC IC IC IC IO
SPECTACLE S.
E Mardi premier Mai , l'Académie
de fon théatre par le Devin du Village , &
la premiere répréſentation du Médecin
ignorant. Les ariettes de cet Intermede
font de Pergolefe , & on a adapté à ces
ariertes une action que le Public y a trouvé
affez mal coufue . La Mufique des arietres
a été trouvée digne de fon illuftre auzeur
, c'eft le plus grand éloge qu'on puiffe
lui donner . On a fur tour extrêmement
goûté les Ariettes Vi fto ben , & Ecco il povero
tracollo , du premier Acte ; & le Duo
admirable qui termine cet Acte . Dans le
fecond , l'Ariette Caro pardonna mi , & le
Récitatif mefuré qui la précede , ont c
18 MERCURE DE FRANCE.
trêmement réuffi , ainfi que le Duo qui
termine l'Intermede. Mlle Tonelli a été
auffi applaudie dans ce nouvel Ouvrage
que dans les précédens. M. Manelli n'a ni
joué , ni chanté fon rôle comme on l'auroit
défiré. Les Connoiffeurs trouvent entr'autres
chofes que l'ariette Ad un povere
polacco auroit dû faire plus d'effet felle
eût été mieux chantée. M. Cofimi , quoiqu'il
ait peu de voix , a mis dans fon jeu
& dans fon chant beaucoup de précision ,
de vivacité & d'intelligence.
Le Devin du Village & le Médecin ignorant
font donnés le Mardi & le Jeudi . On
continue toujours avec fuccès les Diman
ches & les Vendredis , les repréfentations
de Titon & l'Aurore..
Les Comédiens François voulant réparer
& embellir leur Salle , le Roi leur
a accordé une gratification de 20000 li
vres. Les réparations néceffaires & les embeliffemens
convenables ont été faits pendant
la vacance de Pâques , avec tout le
fuccès qu'on devoit attendre des habiles
Artiftes qui en ont été chargés ; & les Comédiens
ont fait à l'ordinaire , l'ouvertu
re de leur Théatre , le lendemain de la
Quafimodo ; ils ont repréfenté la Tragedie
d'Athalie, fuivie du Legs; ces deux PiéJUIN
17532 159
ees ont été précédées d'un Compliment
fortement penfé & bien écrit , qui a été
prononcé par M. -le Kain .
Le Mardi premier Mai , ils ont donné
Didon , Tragédie de M. le Franc , & la
petite Piéce du Babillard , de M. de Boiffy..
Le Mercredi deux , la Medée , de Longepierre
, & le Mariage fait & rompu,
Comédie en trois Actes de Dufrefny , qui
n'avoit pas été repréfentée depuis quelque
tems ; les principaux rôles du Mariage fait
rompu ont été très bien joués par M.
Grandval , Mlle Dangeville & M. Armand.
•
Le Jeudi trois , les Folies amoureufes &
George Dandin. Le Vendredi quatte , lee
Menteur , & les Précieuses ridicules .
Et le Samedi cinq , ils ont remis au
Théatre Don Sanche d'Arragon , Comédie
héroïque en cing Actes & en Vers , de:
Pierre Corneille. Le premier Acte a paru
admirable , le fecond & le troifiéme font
trés-froids , & il y a des beautés dignes de
Auteur dans le quatriéme & dans le cinquiéme
. Le caractere de Don Sanche eft le
feul de la Piece qui foit vraiment beau , il
paroît qu'on lui a tout facrifié. M. Grandval
l'a rendu d'une maniere fublime : les
rôles de D. Ifabelle , Reine de Caftille ;
de D. Leonore , Reine d'Arragon ; de D.
160 MERCURE DE FRANCE
Elvire , Princeffe d'Arragon , & de Blan
che , ont été joués par Mlle Gauffin , Duménil
, Clairon & Brillant ; & ceux de
D. Lope de Gufman , de D. Manrique de
Lare , de D. Alvar de Lare , & de D. Raimond
de Moncade , par Mrs Bellecourt ,
le Kain , Drouin & Dubreuil . Les Comé
diens pour la reprife de cette Piece , ont
fait faire par M. Brunerti , un fallon neuf
qui eft admiré de tous les Connoiffeurs.
Le Roi qui fçait également récompen
fer & diftinguer les talens fupérieurs , a
accordé au fieur Grandval la permiffion de
donner à fon profit , fur le théatre de la
Comédie Françoiſe , fix Bals à l'inftar de
ceux qui fe donnent fur le théatre de l'Opéra
pendant l'Hyver. Le premier a été
donné le Dimanche fix -Mai , le fecond le
Jeudi 10 du même mois , & le troifiéme
le Jeudi dix - fept : les autres feront donnés
les trois Jeudis fuivans.
Les Comédiens Italiens ont fait l'ou
verture de leur théatre le Lundi 30 Avril ,
par la remiſe de la Fauffe prevention , Comédie
Françoife en Vers & en trois Actes
, qui a été fuivie de la Parodie de Ti-
Jon & l'Aurore , & du Compliment en
Vaudevilles , qui avoit été chanté à la clô
ture par Mlle Favard
JUI N. 1753 161
COMPLIMENT prononcé par Mile Favard
, à l'ouverture du Théatre Italień ,
le 30 Avril. 1753 .
Sur l'air: Toutet les meres toujours feveres.
Meffieurs ,
Mesdames ,
Ah ! dans nos ames
Renait Pelpoir ;
Quel bonheur de vous voir f
Mais l'on n'engage ,
Suivant Pufage ,
De haranguer ,
Cela doit m'intriguer
Hélas ! comment faut -il faire
Pour plaire ?
Hélas ! comment
Vous faire un compliment
Je ne fais point l'art
D'apprêter le fard
De ces beaux difcours
Qu'on retourne toujours
L'ulage en eft vieux ,
Et très ennuyeux ;
Pourrai- je en ce jour ,
Trouver un nouveau tour
Hélas ! comment faut- il faire
Pour plaire ?
Hélas comment
162 MERCURE DE FRANCE.
Vous faire un compliment
On ne rifque rien ,
Vraiment je fçai bien
Que l'on applaudit ,
Ce qu'on a cent fois dit
Mais ... Plus de la moitié
Le fait par pitié ,
Et l'homme d'efptit
Au fond de l'ame en rito
Hélas ! comment
Faut-il faire
Pour plaire ?
Hélas ! comment
Vous faire un compliment
En vain l'on agite ,
En vain l'on débite
De grands mots enflès
Sur des tons empoulés ;
Une ardeur nouvelle
Doit prouver le zele ::
Par tous nos effors ,
Signalons nos tranfports ;.
Voila comment
Il faut faire
Pour plaire :
Voila comment
Se fait un compliment.
Quand le fuffrage
JUIN. 1753- 163
Nous
encourage ,
Il faut s'exciter
A le mieux mériter .
Que fans relâche ,
Chacun s'attache ,
Et ne cherche en tout
Qu'à fuivre votre goû.t
Voilàcomment
On efpere
Vous plaire :
Voila comment
Je fais mon compliment
Le Jeudi trois Mai , les mêmes Comédiens
ont repréſenté La vie eft un fonge ,
Comédie héroïque de M. de Boiffy , fuivie
d'Arlequin Hulla , & le Dimanche 6
P'Embarras des richeffes, avec tous fes agrémens
, fuivie de la Guinguette', Divertiffement
Pantomime.
CONCERTS SPIRITUELS..
L.
E Concert a attiré plus de monde
dans la quinzaine de Pâque , qu'il ne
Favoit fait les années précédentes. On va
voir par le détail des différens morceaux
qui y ont été exécutés , que ce fuccès étoit
dû aux foins & au goût des Directeurs .
Nous ne ferons qu'indiquer ce qui eſt.
162 MERCURE DE FRANCE.
Vous faire un compliment
On ne rifque rien ,
Vraiment je fçai bien
Que l'on applaudit ,
Ce qu'on a cent fois dit
Mais... Plus de la moitié
Le fait par pitié ,
Et l'homme d'efprit
Au fond de l'ame en rit
Hélas ! comment
Faut-il faire
Pour plaire ?
Hélas ! comment
Vous faire un compliment
En vain l'on agite ,
En vain l'on débite
De grands mots enflès
Sur des tons empoulés ;
Une ardeur nouvelle
Doit prouver le zele ::
Par tous nos effors ,
Signalons nos tranfports ;.
Voila comment
Il faut faire
Pour plaire :
Voila comment
Se fait un compliment.
Quand le fuffrage
JUIN. 163 1753-
Nous encourage ,
Il faut s'exciter
A le mieux mériter .
Que fans relâche ,
Chacun s'attache ,
Et ne cherche en tout
Qu'à fuivre votre goû.t
Voilà comment
On efpere
Vous plaire :
Voila comment
Je fais mon compliment.
Le Jeudi trois Mai , les mêmes Comé
diens ont repréſenté La vie eft un fonge ,
Comédie héroïque de M. de Boiffy , fuivie
d'Arlequin Hulla , & le Dimanche 6
l'Embarras des richeffes, avec tous les agrémens
, fuivie de la Guinguette , Divertiffe
ment Pantomime.
CONCERT'S SPIRITUELS.
E Concert a attiré plus de monde
dans la quinzaine de Pâque , qu'il ne
L'avoit fait les années précédentes . On va
voir par le détail des différens morceaux
qui y ont été exécutés , que ce fuccès étoit
dû aux foins & au goût des Directeurs.
Nous ne ferons qu'indiquer ce qui eft
162 MERCURE DE FRANCE
Vous faire un compliment
On ne rifque rien ,
Vraiment je fçai bien
Que l'on applaudit ,
Ce qu'on a cent fois dit
Mais ... Plus de la moitié
Le fait par pitié ,
Et l'homme d'efprit
Au fond de l'ame en rito
Hélas ! comment
Faut-il faire
Pour plaire ?
Hélas ! comment
Vous faire un compliment
En vain l'on agite ,
En vain l'on débite
De grands mots enflès
Sur des tons empoulés ;
Une ardeur nouvelle
Doit prouver le zele ::
Par tous nos effors ,
Signalons nos tranſports 3 ,
Voila comment
Il faut faire
Pour plaire :
Voila comment
Se fait un compliment.
Quand le fuffrage
JUIN. 1753- 163
Nous encourage ,
Il faut s'exciter
A le mieux mériter .
Que fans relâche ,
Chacun s'attache ,
Et ne cherche en tout
Qu'à fuivre votre god.t
Voilà comment
On efpere
Vous plaire :
Voila comment
Je fais mon compliment
Le Jeudi trois Mai , les mêmes Comédiens
ont repréfenté La vie eft un fonge ,
Comédie héroïque de M. de Boiffy , fuivie
d'Arlequin Hulla , & le Dimanche 6
l'Embarras des richeffes, avec tous fes agrémens
, fuivie de la Guinguette ', Divertiffement
Pantomime.
CONCERTS SPIRITUELS.
L
E Concert a attiré plus de monde
dans la quinzaine de Pâque , qu'il ne
l'avoit fait les années précédentes. On va
voir par le détail des différens morceaux
qui y ont été exécutés , que ce fuccès étoit
dû aux foins & au goût des Directeurs.
Nous ne ferons qu'indiquer ce qui eft
164 MERCURE DE FRANCE
connu ; nous nous arrêterons un peu plus
fur les nouveautés.
Le Concert du Dimache huit , jour de
la Paffion, commença par une Symphonie;
enfuite Deus , venerunt gentes , nouvea
Motet de M. Fanton , qui fut affez mal
exécuté. Une fymphonie de M.Guillemain,
Ordinaire de la Mufique du Roi . M. Al
banefe , de la Mufique de la Chapelle du
Roi , chanta très agréablement deux morceaux
Italiens bien choisis , le 1 del Signot
Caputy , le 2º de M. Haffe . M. Carminati,
Venitien , établi à Lyon , joua un Concerró
de violon , & a joué plufieurs fois
depuis. Les Connoiffeurs l'ont fort goûté ,
& le Public a trouvé fon jeu fort précis &
fort fage. Le Concert finit par Bonum eft,
Motet à grand choeur , de M. Mondon
ville.
Le Concert du Vendredi de la Paffion,
13 Avril , commença par la premiere ouverture
des fymphonies de M. Martin ; enfuite
Deprofundis , Motet à grand choeur
de M. Mion , qui ne réuffit point : une
fymphonie à cor- de- chaffe. M. Gelin chanta
Inclina Domine ,' petit motet de M. Martin.
M. Carminati joua un Concerto de
violon . M. Albanefe chanta avec beaucoup
de goût & de naturel , deux beaux
morceaux Italiens. Le premier , del SiJUIN.
1753. 165
gnor Pergolefi , le deuxième , del Signor
Romani . Le Concert finit par Magnus Dominus
, motet à grand choeur de M. Mondonville,
Le Concert du Dimanche des Rameaux,
quinze Avril , commença par une Symphonie
; enfuite Cantate Domino , canticum
novum , motet à grand choeur de M. Martin.
M. Albanele chanta deux morceaux
Italiens. M. Gaviniés joua feul & bien,
M. Richer , Page de la Mufique de la Chapelle
du Roi , qui fit les délices de tour
Paris l'an dernier , chanta une Ariette fort
agréable de M. l'Abbé Blanchard. On
trouva que fon goût n'avoit pas diminué
que fa voix s'étoit fortifiée . Le Concert
finit parDe profundis , motet à grand choeur
de M, Mondonville.
&
?
Le Lundi feize , le Concert commença
par une fymphonie. On donna enfuite
pour la premiere fois , le Stabat mater
del Signor Pergolefi , motet fi célebre dans
toute l'Europe , & qui depuis qu'on l'avoit
annoncé , fixoit l'attention de tout
Paris . Cet Ouvrage fur mieux reçu des
Connoiffeurs que de la multitude. Les
morceaux qui ont le plus réuffi font le
Prélude admirable , par lequel ouvre le
motet , le Stabat Mater en Duo , & le
Récit Vidit fuum dulcem natum. Il ne pa164
MERCURE DE FRANCE
P
connu ; nous nous arrêterons un peu plus
fur les nouveautés.
Le Concert du Dimache huit , jour de
la Paffion , commença par une Symphonie;
enfuite Deus , venerunt gentes , nouveau
Motet de M. Fanton , qui fut affez mal
exécuté. Une fymphonie de M.Guillemain,
Ordinaire de la Mufique du Roi . M. Albanefe
, de la Mufique de la Chapelle du
Roi , chanta très agréablement deux morceaux
Italiens bien choisis , le 1 del Signor
Caputy , le 2º de M. Haffe . M. Carminati,
Venitien , établi à Lyon , joua un Concerró
de violon , & a joué plufieurs fois
depuis. Les Connoiffeurs l'ont fort goûté ,
& le Public a trouvé fon jeu fort précis &
fort fage. Le Concert finit par Bonum eft ,
Motet à grand choeur , de M. Mondonville.
Le Concert du Vendredi de la Paffion ,
13 Avril , commença par la premiere ouverture
des fymphonies de M. Martin ; enfuite
De profundis , Motet à grand choeur
de M. Mion , qui ne réuffit point : une
fymphonie à cor-de- chaffe. M. Gelin chanta
Inclina Domine ,' petit motet de M. Martin.
M. Carminati joua un Concerto de
violon . M. Albanefe chanta avec beaucoup
de goût & de naturel , deux beaux
morceaux Italiens . Le premier , del Si
JUIN. 1753 . 165
gnor Pergolefi , le deuxième , del Signor
Romani. Le Concert finit par Magnus Dominus
, motet à grand choeur de M. Mondonville,
Le Concert du Dimanche des Rameaux,
quinze Avril , commença par une Symphonie
; enfuite Cantate Domino , canticum
novum , motet à grand choeur de M. Martin.
M. Albanele chanta deux morceaux
Italiens . M. Gaviniés joua feul & bien.
M. Richer , Page de la Mufique de la Chapelle
du Roi , qui fit les délices de tour
Paris l'an dernier , chanta une Ariette fort
agréable de M. l'Abbé Blanchard . On
trouva que fon goût n'avoit pas diminué
que fa voix s'étoit fortifiée. Le Concert
finit parDe profundis , motet à grand choeur
de M. Mondonville ,
&
Le Lundi feize , le Concert commença
par une fymphonie. On donna enfuite
pour la premiere fois , le Stabat mater ,
del Signor Pergolefi , motet fi célebre dans
toute l'Europe , & qui depuis qu'on l'avoit
annoncé , fixoit l'attention de tout
Paris . Cet Ouvrage fur mieux reçu des
Connoiffeurs que de la multitude. Les
morceaux qui ont le plus réuffi font le
Prélude admirable , par lequel ouvre le
motet , le Stabat Mater en Duo , & le
Récit Vidit fuum dulcem natum . Il ne pa166
MERCURE DE FRANCE.
que
roît pas poffible de pouffer plus loin l'expreffion
de la douleur & de la tendreſſe ,
le Muficien l'a fait dans ces morceaux.
Mais ce qui eft peut- être plus admirable encore
, parce que cela étoit plus difficile ,
c'eft l'art qu'il a eu de varier le mouvement
dans les différens morceaux de fon motet
fans varier l'expreffion . Par exemple dans
le fecond morceau Cujus animam gementem
, qui eft fur un mouvement afſez vif,
le Muficien a fçû mettre une expreffion de
douleur , que les Connoiffeurs y ont bien
fentie , & qui n'a peut- être pas été rendu
par l'exécution auffi parfaitement qu'elle
pouvoit l'être. On auroit défiré aufli qu'à
la place de la fugue Fac ut erdeat cor
meum , qui a fait peu d'effet au Concert
on eût fubftitué le duo Quis eft homo ,
non fleret , qui n'eft pas inférieur aux plus
beaux morceaux du Motet. Quoiqu'il en
foit de ces obfervations , le fuccès du Sta- ·
bat a été affez grand pour qu'on l'ait don
né cinq jours de fuite , & pour qu'il air
été redemandé une fixième fois. Ce Moter
a été exécuté par Mrs Dota & Albaneſe
Italiens , de la Mufique du Roi.
1
qui
Le Concert du Mardi commença par
une fymphonie à cors- de- chaffe , enfuite
le Stabat. Mlle Davaux débuta dans Magna
eft gloria ejus , morceau tiré du moter
JUIN. 1.753. 167
Domine in virtute tuâ , de M. de Lalande.
Mlle Dayaux eft un fujet de la plus grande
& de la plus rare efpérance : la voix eft
nette , franche , naturelle , fenfible & fonore.
On ne doit pas craindre que ce ta
lent fe gâte comme nous en avons vû ſe
gâter tant d'autres : les arrangemens qui
ont été pris pour la perfectionner font trèsfages
, & formeront , felon toutes les apparences
, pour l'Opéra un fujet dont ila
très- grand befoin . Après que M. Carminati
eut joué un Concerto , Mlle Fel
chanta , comme elle feule fçait chanter ,
Salve Regina , petit motet de M. Rouffeau,
Auteur du Devin du Village , & du Diſcours
de Dijon. On a trouvé dans ce Motet
beaucoup de chant & d'expreflion , &
les Connoiffeurs défirent que M. Rouffeau
continue à enrichir la Littérature & la
Mufique Françoife & Latine par fes Ouvrages.
Mercredi le Concert commença par
une Symphonie, M. Dota & M. Albanefe
chanterent Stabat Mater , del Signor Pergolef
; enfuite Diligam te , motet à grandchoeur
de M. Gilles , dans lequel Mlle
Bouroux chanta Beata gens , morceau ajoûté
de M. de Lalande . M. Gaviniès joua
feul. Le Concert finit par De profundis
no tet à grand choeur de M, Mondonville.
168 MERCURE DE FRANCE.
Jeudi le Concert commença par une
fymphonie , dans laquelle M. Peria & M.
Grillet donnerent du cors. M. Dota & M.
Albaneſe , Ordinaires de la Mufique de la
Chapelle du Roi , chanterent Stabat Ma
ter , del Signor Pergolefi. Mlle Davau
chanta Magna eft gloria ejus , morceau tiré
d'un moter de M. de Lalande , Domine in
virtute tua, M. Carminati joua un Concerto.
Mile Fel chanta Salve Regina , petit
moter nouveau de M. Rouffeau . Le Ĉoncert
finit par Diligam te , motet à grand
choeur de M. Madin,
Vendredi , le Concert commença par
une fymphonie ; enfuite le Stabat Mater,
del Signor Pergolefi , chanté par M, Dota
& Albaneſe , Ordinaires de la Mufique de
la Chapelle du Roi, Mlle Duperey & M,
Gelin chanterent Cantemus Domino , petit
motet de M, Mouret. M. Gaviniés joua
feul . Mile Davaux chanta Magna eft gloria
ejus , morceau tiré d'un motet de M. de
Lalande , Domine in virtute tuâ, Le Concert
finit par De profundis , motet à grand
choeur de M. Mondonville ,
Samedi le Concert commença par une
fymphonie à tymballes & trompettes de
M. Pleffi cadet , de l'Académie Royale de
Mufique : enfuite Cantate , motet à grand
choeur , à timballes & trompettes , de M,
Davelne ,
JUI N. 1753. 169
Daveſne , de l'Académie Royale de Mufique.
Mlle Duperey chanta fort bien Regina
Cali , petit moret de M. Mouret . Mlle Fel
& M. Gaviniés exécuterent un concerto
accompagné de voix , de la compofition de
M. Mondonville. Le Concert finit par Co-
Li enarrant , motet à grand choeur du même
Auteur.
:
Dimanche , jour de Pâques , le Concert
commença par une fymphonie de M. Geminiani
enfuite Domine in virtute tuâ ,
motet à deux choeurs de M. Cordelet . M.
Albanefe chanta un air Italien . M.Taillard
joua fort agréablement un concerto de flûte.
Mlle Duperey & M. Richer , Page de la
Mufique de la Chapelle du Roi , chante .
rent Confitemini Domino , petit motet de
M. Cordeler. M. Gaviniés joua feul . Mlle
Fel chanta Laudate pueri Dominum , petit
moret de M. Fiocio . Le Concert finit par
Venite exultemus , motet à grand choeur de
M. Mondonville.
' Lundi de Pâques , le Concert commença
par une fymphonie , enfuite Deus venerunt
gentes , motet à grand choeur de M.
Fanton . M. Richer , Page de la Mufique
de la Chapelle du Roi , chanta une ariette
nouvelle de M. l'Abbé Blanchard. M.
Piffet le fils , joua un concerto de violon .
M. Albaneſe chanta une ariette Italienne.
1. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE:
M. Carminati joua un concerto . Le Con
cert finit par Bonum eft , motet à grand
choeur de M. Mondonville .
Mardi , le Concert commença par une
fymphonie nouvelle à cors- de - chaſſe , de
M. ***. Enfuite Jubilate Deo , motet nouveau
à grand choeur de M. Martin . M.
Moria joua un concerto de violon . M. Richer
, Page de la Mufique du Roi , chanta
une ariette nouvelle & bien faite de M.
l'Abbé Blanchard . M. Carminati joua un
concerto. Mlle Davaux chanta Magna eft
gloria ejus , récit tiré d'un motet de M. Lalande
, Domine in virtute tuâ. Le Concert
finit par Nifi Dominus , motet à grand choeur
de M. Mondonville,
Vendredi , le Concert commença par
une fymphonie à cors- de - chaffe . M. Dota
& M. Albanefe , Ordinaires de la Mufique
de la Chapelle du Roi , chanterent
Stabat Mater , del Signor Pergolefi . Mlle
Dubut chanta Jubilate Deo , petit motet.
Mlle Fel & M. Gaviniés exécuterent un
concerto accompagné de voix , de la compofition
de M. Mondonville . Mlle Davaux
chanta Venite exultemus , petit motet
de M. Mouret. Le Concert finit par Dominus
regnavit , motet à grand choeur de M.
Mondonville.
Dimanche , jour de Quafimodo , le`
JUIN. 1753. 171
Concert commença par la premiere Sonate
des Piéccs de Clavecin de M. Mondonville
, enfuite Cali enarrant , motet à grand
choeur du même Auteur . M. Gelin chanta
Cantemus Domino, petit motet. M. Albanefe
chanta un air Italien . M. Taillard joua
un concerto de flûte . Mlle Duperey & M.
Richer , Page de la Mufique de la Chapelle
du Roi , chanterent Confitemini Domino ,
petit motet de M. Cordelet. Mlle Davaux.
chanta Venite exultemus , petit motet de
M. Mouret. M. Gaviniés joua feul . Mlle
Fel chanta Salve Regina , petit motet de
M. Rouffeau. Le Concert finit par Venite
exultemus , motet à grand choeur de M.
Mondonville.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE
NOUVELLES ETRANGERES.
DU LEVANT.
DE CONSTANTINOPLE , le 1. Mars.
Uivant les derniers avis qu'on a reçus d'Ifpa
han , le Prince Heraclius y a été reconnu &
proclamé Roi. Tous les Chrétiens établis en Perfe
, fe promettent des difpofitions de ce nouveaw
Souverain , les plus heureufes fuites pour les intés
rêts de leur commerce.
DU NORD.
DE MOSCOu , le 28 Mars,
Sur la nouvelle que quelques Hordes de Tartares
le montroient fur nos frontieres , le Comte
de Rafoumowski , Hettman des Colaques , eft retourné
en Ukraine , & l'on a fait marcher des
Loupes pour renforcer différens poftes.
DE STOCKHOLM , le 21 Avril.
Il avoit été permis aux Fermiers de la Douane
de faire vendre ici les marchandifes de contreban
de , qui furent confifquées l'année derniere à Nor-
Koping , mais le College des Manufactures ayant
repréfenté que le débit de ces marchandifes feroit
préjudiciable aux Fabriques du Royaume , le Sénat
a ordonné que la vente fût fulper.due.
JUIN
173 1753.
DE COPPENHAGUE , le 9 Avril.
L'Anniverſaire de la naiffance du Roi , qui eſt
entré dans la trente - uniéme année de fon âge ,
fut célébré avec beaucoup d'éclat le 31 du mois
dernier, La Cour fut ce jour - là très- nombreuſe ,
& le Grand Maréchal fit fervir matin & foir plufieurs
tables . A l'occafion de cette fête , le Roi
fit diftribuer une Médaille frappée en l'honneur de
la Reine. D'un côté de cette Médaille eft le Buſte
de cette Princeffe , avec cette légende : Qualis
idalium colens : Telle qu'eft en Idalie la mere des
Graces. Au revers eft un Autel antique , fur lequel
eft pofée une Couronne on lit au- deffus ;
Meritam , & au - deffous Accepit . Le Chiffre de la
Reine eft tracé fur le devant de l'Autel . L'Exergue
renferme la date du mariage de cette Princeſſe.
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 8 Avril.
On fait ici beaucoup d'accueil au jeune Comte
de Pembroke. Lorfqu'il fut préfenté à leurs Majeſtés
Impériales , l'Empereur lui dit : » Qu'il fe
rappelloit toujours avec plaifir , la magnifique
» réception qui lui avoit été faite en Angleterre ,
» dans la terre de Walton , par le pere de ce jeu-
» ne Seigneur .
Immédiatement après Pâques , on travaillera
à la conftruction du vafte édifice que l'impératri
ce a deſtiné , tant pour les leçons publiques de
F'Univerfité , que pour le logement des Profeffeurs.
Les Etats de la Baffe Autriche fourniffent
une fomme pour ce bâtiment.
1
Hiij
374 MERCURE DE FRANCE.
?
On attend ici trois Eléphans , que l'Impératrice
de Ruffie envoye à leurs Majeftés Impériales pour
la Ménagerie de Schombrun .
DE SALTZ BOURG , le 6 Avril.
Les de ce mois , jour auquel expiroit le terme
preferit par les Canons , pour nommer au Siege
vacant , les fuffrages fe réunirent en faveur dú
Comte Sigifmond- Chriftophe de Schrattenbach ,
Doyen de l'Eglife Métropolitaine , & Grand - Chanoine
des Chapitres d'Aicftet & d'Augfbourg.
Auffi tôt que l'élection fut faite , le Comte de Co.
benzel , Commiflaire Impérial , dépêcha un Cou,
ier à Vienne pour en informer l'Empereur .
DE DRESDE , le 26 Avril.
Toutes les troupes avant quinze jours feront
en marche , pour fe rendre au Camp que le Roi a
réfolu de former, Elles y entreront le 29 & le 30
du mois prochain . Le 2 Juin elles pafferont en revûe
devant Sa Majesté . Deux jours après , l'Infan
terie fera féparément fes évolutions , & le fix il
y aura un exercice particulier pour la Cavalerie.
Le 8 , l'Armée le divifera en deux corps , qui fe
livreront un combat fimulé . On fera le 13 & les
jours fuivans l'attaque d'un Polygonė. Le 20 , les
troupes fe fépareront. Ce camp fera commandé
par le Général d'Arnim , qui aura fous fes ordres
le fieur de Haxthaufen , le Prince d'Anhalt-
Deffau , le Comte de Bruhl , Grand Ecuyer , &
le Comte de Rex , en qualité de Lieutenans- Généraux.
JUIN. 1753. 175
DE LEIPSICK , le 12 Avril.
Depuis peu , le fieur Winckler , Profeffeur de
'Univerfité de cette Villé , a fait de nouvelles
découvertes fur l'Electricité . En donnant un certain
dégré de force à la machine électrique , il eft
parvenu à faire percer , par les rayons qui en
émanent , un morceau de cuir mouillé. La plûpart
des trous faits par ces rayons font quarrés .
Les rayons trop foibles pour trouer le cuir , y
Jaiflent des taches noires.
55
DE BERLIN , le 3 Avril.
On vient de publier un Octroi accordé par Sa
Majefté pour une nouvelle Compagnie , qui commercera
à Bengale & fur les côtes voifines. L'Edit
donné à ce fujet eft daté du mois de Janvier der .
nier , & il eft en Langue Françoife. Voici la fubf
tance des principaux articles qu'il contient. Le
Comptoir de la Compagnie fera fixé à Embden .
Elle y chargera les Vaiffeaux qu'elle fera partir
, & ces bâtimens y reviendront faire la vente
» de leurs cargaifons . Il fera permis à la Compagnie
d'envoyer tous les ans à Bengale autant
de Navires , & de tel nombre de tonneaux
qu'elle jugera à propos ; comme auffi d'étendré
fon commerce à telles branches qui lui con-
» viendront . Elle levera en Ooſt- Friſe & dans le
» Duché de Cleves , les Soldats & les Matelots
dont elle aura befoin , & ils ne pourront être
engagés dans le fervice du Roi. Les Vaiffeaux
» l'Artillerie , les Magafins & les effets de la Compagnie
, ne pourront non plus , fous aucun
23
53
>
Hiiij
76 MERCURE
DE FRANCE
.
30
3
50
prétexte , être arrêtés pour le même fervice. Autant
qu'il fera poffible , la Compagnie préfer era
pour le chargement de les Vaiffeaux , les maichandifes
fabriquées dans les Etats de Sa Majefté
, à celles des fabriques étrangeres ; mais dans
les cas où elle fera obligée de fe fournir des der-
» nieres , celles-ci ne payeront aucune impofition ,
Les marchandifes
que la Compagnie vendra par
tranfit aux étrangers , feront exemptes de tous
>> droits d'entrée : elle jouira pareillement
de la » franchife des droits de fortie pour toutes les
» marchandifes
fabriquées dans les Etats du Roi ,
ainfi que pour l'artillerie & les munitions qui lui feront néceflaires . L'introduction
des marchandifes
des Indes pouvant nuire aux Fabriques & aux Manufactures
du Royaume , ces marchan-
» difes feront gardées par entrepôt dans les Ma- gafins d'Embden , pour être vendues à l'étran
ger , & il fera produits des certificats de leur
exportation Les effets de la Compagnie ne pour
ront jamais être faifis pour dettes particulieres.
En cas de rupture avec quelque Puiffance de
» l'Europe que ce foit , les capitaux que les Sujets
» de cette Puiffance auront fournis à la Compagnie
, ni les intérêts qui en proviendront
, ne
feront point fujets à confifcation. La Compagnie
étant fous la protection du Roi , elle fera
» compriſe dans les Traités de Commerce que Majefté pourra conclure avec d'autres Puiſſan-
» ces . Il fera libre à la Compagnie , & à ſes repré- » fentans , de faire fous le nom & l'autorité du
ce
33
"
לכ
55
Sa
Roi , avec les Princes & Souverains des pays de
" l'Inde , tels Traités & telles alliances qu'elle
"jugera convenables.
Le fonds de la Compagnie eft fixé provifoirement
à un million de rifdales de Brandebourga
JUIN.
177 1753
C
Cette fomme fera partagée en deux mille Actions
de trois cens dallers chacune , qui ne pourront
être augmentées ni diminuées que du confentement
de l'Affemblée générale des Intéreffés. Il
fera payé par la Compagnie , tous les fix mois
un dividende de deux pour cent. Si l'on n'eft pof
feffeur de dix Actions , on n'aura point de voix
dans l'Affemblée générale. Les Propriétaires de
trente Actions auront deux fuffrages ; ceux de
cinquante Actions , trois fuffrages ; mais aucun
Intéreflè n'en aura un plus grand nombre.
4
PORTUGAL.
DE LISBONNE , le 29 Mars.
Sa Majefté a renouvellé l'Ordonnance concernant
les filles qui paffent du Brefil en Europe , Cette
Ordonnance , réuniflant les faines maximes de la
Religion , & les vies d'une fage politique , porte
en fubftance: Qu'une des principales caufes de la
dépopulation du Brefil provenant de ce que l'on
envoye de ce pays- là en Portugal un grand
nombre de filles , pour leur faire embraffer contre
leur gré l'état de Religieufes , Sa Majefté a
jugé néceffaire de s'oppofer à un tel abus , &
d'empêcher qu'il ne pafle à l'avenir dans ce
Royaume aucunes filles du Brefil , fans avoir
» été examinées fur les motifs de leur voyage,
> afin qu'on puiffe connoître fi leur vocation à la
vie monaftique eft volontaire .
"
םכ
Le Procureur Général de la Ferme des diamans
au Bréfil , ayant tiré pour près de huit cent mille
crufades fur la Caiffe de cette Ferme , & fes lettres
de change n'ayant point été acceptées , parce
qu'il n'avoit point été fait ici de remiſes fuffifantes
HV
178 MERCURE DE FRANCE.
en diamans , le Roi , afin d'empêcher le difcré.
dit des lettres du Brefil , s'eft chargé du payement
de celles qui ont été proteftées. En même
tems , on a fait partir un Navire pour Rio de Ja
neiro , avec un ordre de faifir tous les biens des
Directeurs de la Ferme , jufqu'au rembourfement
de la valeur de ces lettres.
.f
ITALIE. T
L
DE NAPLES , le 25 Mars.
Les quatre Chabecs armés en courſe , qui
étoient rentrés dans ce Port , ayant remis à la
voile, ont attaqué trois Corfaires Algériens fur les
côtes de la Pouille. Après un combat très -vif , ils
ont coulé à fond un des Vaiffeaux Barbarelques ,
& ils ont forcé les deux autres à prendre la fuite.
DE ROME , le 15 Mars.
Le Duc & la Ducheffe de Wirtemberg ariiverent
le 24 avec une fuite nombreufe. Des leures
que le Prince Héréditaire de Brandeboug Anf
pach a reçues depuis peu , l'obligent de retourner
promptement en Allemagne.
D'ANCONE , le 18 Avril.
Par un Décret confirmatif des privileges dont
eette Ville jouit pour la franchife de fon Pott , le
Pape déclare que les Négocians & Capitaines ,
qui aborderont ici , entreront librement dans le
Port & dans la Ville avec leurs effets pour y com
mercer ; qu'ils difpoferont de leurs cargaifons
Comme ils jugeront à propos , foit en gros ou en
JUI N. 179 1753.
détail , & qu'ils pourront enfuite partir en toute
liberté , qu'afin de leur ôter toute crainte d'être
retenus trop long tems , & en engagés dans des
dépenses extraordinaires , en cas de démêlés au
fujet de leurs marchandiſes , Sa Sainteté confent
que les différends de cette nature foient jugés en
dernier reflort par les Confuls affemblés , qu'il
fera libre au Propriétaire ou au Capitaine de chaque
Navire , de dépofer ſes marchandifes dans les
magafins ordinaires de la Ville , & de les faire
fortir par eau , fans payer aucun droit ; que les
grains de dehors feront cependant exceptés de
cette regle , & qu'ils ne pourront être introduits
fans permiffion.
DE FLORENCE , le 13 Avril.
Un jeune Gentilhomme Anglois , Officier dans
les troupes de cet Etat , ayant pris querelle avee
un Noble de cette Ville , fut inis pour cette raifon
aux arrêts . Lorfqu'on lui annonça qu'il ne
pouvoit obtenir la liberté , qu'en demandant pardon
à la perfonne qu'il avoit offenfée , la feule
propofition le révolta fi fort , qu'il fe donna um
coup de poignard dont il eft mort peu de jours
après.
DE TURIN , le 26 Mars.
Les fecouffes du dernier tremblement de terre
ont caufé quelque dommage dans les vallées deLucerne
& de la la Peroufe . La fortereffe de Fenef
trelles en a même un peu fouffert . Ces fecoulles
ont été plus vives encore fur la cime des montagnes
, & par intervalle on y entendoit un bruit
femblable à celui du canon
I vi
180 MERCURE DE FRANCE.
GRANDE BRETAGNE,
DE LONDRES , le 12 Avril.
Le 9 de ce mois , les Seigneurs approuverent le
Bill contre les mariages clandeftins. Avant- hier ,
ils donnerent auffi leur approbation au Bill follicité
par la Compagnie de la Pêche du Harang , &
à celui qui ordonne que les Officiers de Juftice
foient rembourfés de certaines dépenfes extraordinaires.
La Chambre des Communes s'affembla
le 9 en Committé , pour examiner le Bill , concer.
nant les enlevemens du tabac en feuilles. Elle ré
folut le lendemain d'accorder divers avantages aux
Entrepreneurs des Manufactures de foye , & de
prendre en même tems des mesures efficaces , afin
d'aflurer le payement des droits fur les velouts.
Le Bill , qui regarde la taxe fur les maisons en
Ecoffe , fut lú pour la feconde fois. Hier, la
Chambre paffa le Bill touchant le Commerce du
Levant . Il fut décidé dans la même Séance , qu'après
l'expiration du terme limité pour le payement
des primes fur les toiles qui fe tranſportent
en Pays étrangers , le Gouvernement donneroit
encore pendant neufannées trois mille livres fterlings
par an pour ces primes.
On compte qu'il partira cette année plus de
cent Navires pour la Pêche de la Baleine . Quelques
Négocians de Dublin viennent de former
une nouvelle Compagnie d'Affurance pour les
Vaiffeaux. L'Ecoffe et comprife dans l'arrangement
, qui adjuge un intérêt de trois pour cent
aux Certificats donnés par la Douane pour les primes
fur le tranfport des grains . On doit faire un
Réglement , pour empêcher l'agiot des Billets de
a prochaine Lotterie.
JUIN. 1753. 181
Avant hier , le Roi fe rendit à la Chambre des
Pairs , & Sa Majefté donna fon confentement à
quarante cinq Bills , tant publics que particuliers,
La Chambre des Communes a paflé celui qui per-,
met à tous les Sujets de Sa Majefté , de commer-,
cer dans le Levant . On croit que le Bill , concernant
les moyens de rendre la Milice plus utile en
Angleterre , fera renvoyé à l'année prochaine . Ce
foir , les deux Chambres fe font ajournées jufqu'après
les Fêtes de Pâques.
Il a été propofé à la Chambre des Communes,
un Bill pour naturalifer les Juifs. Les Colonies
Angloifes doivent demander au Parlement la per-:
miffion d'acheter des Etrangers plufieurs marchan
difes , qu'elles prétendent pouvoir fe procurer par,
cette voie ,à vingt pour cent meilleur marché qu'en
Angleterre. Quoi qu'elles offrent de diminuer,
confidérablement le prix du fucre , fi le Gonverne
ment veut avoir égard à leur demande , on doute
qu'elle leur foit accordée.
DES PROVINCES - UNIES.
DE LA HAYE , le 3 Mai.
Le 30 du mois dernier ,jour fixé pour l'Entrée,
publique du Marquis de Bonnac , Ambaffadeur,
du Roi Très- Chrétien , cct Ambafladeur partit de
fon Hôtel vers les onze heures du matin , pour fe
rendre à Delft. Il y arriva peu après midi , &
étant defcendu au Doéle , il fut reçu au bas du
Perron par M..Оckerfe , Maître d'Hôtel de l'Etat ,
qui , après l'avoir complimenté au nom de leurs
Hautes Puiffances , le conduifit à l'appartement
qu'on lui avoit prépaté. Quelques momens après.
le Marquis de Bonnac fut complimenté par M. Af..
Tendelft , Grand Bailli de la Ville , & enfuite par
182 MERCURE DE FRANCE.
une Députation des Magiftrats , compofée de Mel
feurs Vander Goës , Bogaert de Bellois , de Blef
wyk , de Lely , & du fecond Penfionnaire. Lorfque
ce cérémonial fut fini , l'Ambafladeur paſſa
dans une Salle , où l'on avoit dreffé une table de
dix -huit couverts. Il fe plaça au milieu dans un
fauteuil , ayant à fa droite les Députés des Magiftrats
, à la gauche les principales perfonnes de
fa fuite , & vis - à vis de lui le Maître d Hôtel de
l'Etat. Vers les trois heures après midi , fur l'avis
que les Députés des Etats Généraux étoient en
marche pour venir recevoir le Marquis de Bonnac
, on ſe leva de table , & les Députés de la
Ville l'accompagnerent jufqu'au Yacht qui lui'
étoit deftiné. L'Ambaffadeur , s'étant rendu par le
canal au Pont de Hoornbrug , y trouva le Baron
de Pieck , Seigneur de B acxel & de Zoëlen , &
M. Reepmaeker , Seigneur de Strevelfboek & de
Nordwadinxveen , Députés de leurs Hautes Puif- '
fances. Après qu'ils l'eurent complimenté , il
monta avec eux dans le caroffe de l'Etat , dont il
occupa feul le fond , & la marche fe fit dans l'ore
dre fuivant. Deux Poftillons & quatre Meflagers
de l'Etat. Un caroffe , dans lequel étoit M. Oc-
Kerfe. Le Suiffe de l'Ambaffadeur , à cheval, Ses
deux Coureurs , vêtus de damas verds , avec des
trouffes de damas cramoifi , les veftes & les trouf
fes chamarrées de point d'Efpagne d'argent. Ea
Livrée de l'Ambaffadeur , marchant fur deux files .
Son Maître d'Hôtel , à cheval , en habit d'écarlatte,
galonné d'or. Quatorze de fes Officiers , auffi à
cheval , vêtus de drap cramoifi galonné d'argent ,"
avec des veftes d'une étoffe de foye verte à ours
d'argent. Quatre chevaux de main caparaçonnés
magnifiquement , & conduits par des Palefreniers.
Un Ecuyer. Les Pages , avec des habits de vélours
JUIN
1753. 183
verds , chamarrés de point d'Eſpagne. Le caroffe
de l'Etat , dans lequel le Marquis de Bonnac étoit,
ayant vis-à vis de lui les deux Députés des Etats
Généraux . Les quatre câroffes de l'Ambafladeur ,
fuivis de quatre-vingt- quatre autres caroffes, dont
dix étoient attelés de fix chevaux , L'Ambafladeur
en arrivant dans cette Vile' , fut conduit à l'Hôtel
du Prince Maurice , où il fut reçu âu bruit de diverfes
fanfares , exécutées par les Trompettes & le
Timbalier de leurs Hautes Puiffancés. Les deux
Députés des Etats Généraux , après avoir accom
pagné le Marquis de Bonnac au principal apparte
meat , & y être demeurés quelque tems , le retirerent
, & PAmbafladeur les reconduifit jufqu'au
caroffe de l'Etat . Dès que les Etats Généraux furent
avertis de l'arrivée de PAmballadeur , ils luž
députerent huit Membres de leur Affemblée ,
fçavoir , le Baron de Heekeren de Brantzenburg ,
pour la Province de Gueldres ; M. Van- der- Doës ,
& M. Steyn , Confeiller Penfionnaire pour celle
de Hollande , le Baron de Borffele , pour celle de
Zelande le Baron d'Ablaing de Gieffenburg ,
pour celle d'Utrecht ; M. de Kempenaar , pour
celle de Frife ; le Baron de Palland, pour celle
d'Over-Yfsel , & M. Altorphius , pour celle de
Groningue . Ces Députés , étant allés à l'Hôtel da
Prince Maurice dans quatre carofses , entourés des
Mefsagers de l'Etat , le Marquis de Bonnac , ac
compagné de toute fa fuite , les reçut au bas du
Perron. On avoit placé huit fauteuils pour eux au
haut bout de la Salle d'Audience , & un autre fau
teuil en face pour l'Ambassadeur . Après qu'on fut
affis , les Députés de complimenterent de la part
de leurs Hautes Puifsances , le Baron de Heexéreń
portantulal parole: Le Marquis de Bonnac ayant
répondu à leur compliment , les Députés #le leve184
MERCURE DE FRANCE.
rent , & ils furent reconduits avec les mêmes cé
rémonies qui avoient été obſervées à leur arrivée,
Le foir du même jour , & les deux jours fuivans,
le Marquis de Bonnac a été traité aux dépens de
l'Etat , & outre la table qui étoit de vingt - quatre
couverts , on en a fervi plufieurs autres pour les
perfonnes de fa fuite . Cet Ambassadeur reçut hier
les complimens de tous les Miniftres des Puifsances
Etrangeres Aujourd'hui , il doit fe rendre à
l'Afsemblée des Etats Généraux , avec le même
cortége qui l'a accompagné le jour de fon Entrée ,
& il aura fa premiere audience publique de leurs
Hautes Puissances. Il donnera le s & le 6 deux
repas fplendides , l'un aux Seigneurs de la Régen
ce , l'autre aux Ambaſsadeurs ; & le 7 il y aura
chez lui un grand Bal
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c .
E 28 Mars dernier , le Comte de Tefsé , Grand
Général pour le Roi dans les Provinces du Maine
& du Perche , & dans le Comté de Laval , & Colonel
dans le Corps des Grenadiers de France ,
prit l'exercice de fa Charge de Premier Ecuyer de
la Reine . Cette Charge étoit exercée pour le
Comte de Tefsé par le Duc de Bethune , fon Ayeul
maternel.
Selon les avis reçus de Rheims , on y expofa le
8 Avril dernier , dans une des Salles de l'Hôtel de
Ville , plufieurs ouvrages des Eleves de l'Ecole de
Defsein qui y eft établie . Les mêmes Lettres an
noncent que M. Rogier , Confeiller de la Cour
JUIN . 1753 . 195
des Monnoyes de Paris , & Chef du Conseil de
Ville de Rheims , vient d'établir à fes dépens une
I diftribution de Prix , pour entretenir l'émulation
parmi les jeunes gens de cette Ecole .
Le 12 , le Roi revint du Château de Choify.
Leurs Majeftés entendirent le 14 la Melse de
Requiem , qui fut célébrée pour l'Anniverfaire de
Monfeigneur le Dauphin , Ayeul du Roi , & pendant
laquelle M. Blanchart , Maître de Mufique
de la Chapelle , en Quartier , fit chanter le De profundis
, de fa compofition.
Le 15 , Dimanche des Rameaux , le Roi accom
pagné de la Famille Royale , affifta à la Bénédiction
des Palmes , qui fut faite par l'Abbé Gergoy ,
Chapelain de la Chapelle- Mufique , lequel en préfenta
une à Sa Majesté . Après avoir aſſiſté à la
Proceffion , le Roi adora la Crox . Sa Majesté
entendit enfuite la grande Mefse , à laquelle le
même Chapelain officia , & qui fut chantée par la
Mufique. La Reine entendit l'Office , de la Tribune.
L'après-midi , le Roi & la Reine affifterent aux
Vêpres & au Salut , après avoir entendu la Prédi .
cation de Dom Jean Bernard Senfaric , Religieux
Benedictin de la Congrégation de Saint Maur.
Le 13 & le 15 , leurs Majeftés entendirent le
Sermon du même Prédicateur.
La Reine fe rendit le 16 à l'Eglife de la Paroisse
du Château , & Sa Majefté y communia par les
mains de l'Evêque de Chartres , fon Premier Aumônier.
Madame Infante , Duchefse de Parme ,
communia par celles du Prince Conftantin , Premier
Aumônier du Roi,
Le même jour , Madame la Dauphine commu
nia dans fa chambre par les mains de l'Abbé de
Poudens , fon Aumônier en Quartier,
186 MERCURE DE FRANCE
Le 17 , Monfeigneur le Dauphin comman
par celles du Cardinal de Soubize , Grand Aumo ,
nier de France , & Madame Adélaïde par celles
l'Evêque de Meaux , fon Premier Aumônier.
Leurs Majeftés affifterent le 18 à l'Office is
Ténébres.
Le 19 , jour du Jeudi Saint , l'Archevêque
Narbonne ayant fait l'Abfoute , le Roi a lavé
pieds à douze Pauvres , & les a fervis à table. L
Comte de Charolo is , faifant les fonctions deb
Charge de Grand - Maître de la Maiſon du Roi ,
étoit à la tête des Maîtres d'Hôtel , & il précéde
le Service , dont les plats étoient portés par Mo
feigneur le Dauphin , le Duc d'Orléans , le Prin
de Condé , le Comte de Clermont , le Prince
de Conty , le Comte de la Marche , le Prince d
Dombes , le Comte d'Eu , le Duc de Penthieve
& par les principaux Officiers de Sa Majek
Après cette cérémonie , le Roi & la Reine fefox
rendus à la Chapelle , où leurs Majeftés ont enter
du la grande Meffe , & ont affifté enſuite à l
Proceffion .
Madame la Dauphine fut faignée le même jou
par précaution.
Le même jour , la Reine entendit le Sermonde
la Cène de M. de la Riviere , un de fes Clercsde
Chapelle , Chanoine de l'Eglife de Saint Mery
L'Archevêque de Narbonne fit enfuite l'Abfoute,
après laquelle Sa Majefté lava les pieds à douze
pauvres filles qu'elle fervit à table. Le Marquise
Chalmazel , Premier Maître d'Hôtel de la Reine ,
précéda le Service , & les plats furent portés par
Madame Infante Duchcffe de Parme , par Mada
me Adelaïde , par la Ducheffe d'Orléans , & pa
les Dames du Palais.
Leurs Majeftés affifterent l'après-midi à l'O
A
JUIN. 1573. 187
fe des Ténébres , dont Meffieurs Aïuto , Poirier
& Joguet , chanterent les trois premieres
Leçons .
Le même jour , vers les dix heures du foir , le
Roi & la Reine fe rendirent à la Chapelle du Château
, & y firent leurs prieres pendant une heure
devant l'Autel , où le S. Sacrement étoit en dépôt.
Le 20 , jour du Vendredi- Saint , leurs Majestés
accompagnées de la Famille Royale , entendirent
Ele Sermon de la Paffion de Dom Jean - Bernard
Senfaric , Religieux Benedictin de la Congrégation
de Saint Maur. Le Roi & la Reine affifterent enfuite
à l'Office , & allerent à l'Adoration de la
Croix. L'après - midi , leurs Majeftés entendirent
les Ténébres , dont les trois premiers Leçons furent
chantées par Meffieurs Rozes , Sioneft & de
- Gandras .
1
La Reine , accompagnée de Monfeigneur le
Dauphin , de Madame Infante , & de Madame
Adelaïde , affifta le 21 aux Complies & au Salut
pendant lequel la Mufique chanta l'O Filii.
Le 22 , Fête de Pâques , le Roi & la Reine entendirent
la grande Meffe , célébrée pontificalement
par l'Archevêque de Narbonne .
Leurs Majeftés affifterent l'après - midi à la Prédicatión
de Dom Senfaric , & enfuite aux Vêpres
aufquelles le même Prélat officia .
Le mêmejour , le Roi fit rendre à l'Eglife de la
Paroiffe du Château les Pains Benits , qui futeng
préfentés par l'Abbé de Sainte Aldegonde , un des
Aumôniers de Sa Majefté , en Quartier.
Le Roi dîna le 20 , & foupa le 22 , au grand
couvert chez la Reine avec la Famille Royale .
Le 24 , le Bailli de Froullay , Ambafladeur Ordinaire
de la Religion de Maire , eut une audience
particuliere du Roi , à laquelle il fut conduit
188 MERCURE DE FRANCE.
ainfi qu'à celles de la Reine , de Monfeigneur le
Dauphin , de Madame la Dauphine , de Madame,
de Madame Infante , de Madame Adalaïde , & de
Madame Louife , par le Marquis de Verneuil , Introducteur
des Ambaffadeurs .
Le même jour , le Roi fe rendit à Trianon. St
Majefté revint à Verſailles le 28 .
Monfeigneur le Dauphin & Madame Infante,
tinrent le 25 fur les Fonts , la fille dont la Marquife
de Civrac eft accouchée le 29 du mois de
Janvier dernier , & qui a été nommée Amable
Cecile. L'Abbé de Colincourt , Aumônier du Roi,
fuppléa les cérémonies du Baptême à l'enfant , ca
préfence du Curé de la Paroifle du Château .
Le Roi a accordé le 18 Avril 1753 , à Agefilan-
Gafton de Groffoiles , Marquis de Flamarens , Bri
gadier des Armées de Sa Majefté , la furvivance
de la Charge , en faveur d'Emmanuel de Groffol
les , Chevalier de Flamarens , fon neveu , fils de
Marie Clément-Jofeph de Groffolles , Comte de
Flamarens , Seigneur de Montaftruc & d'Aurenque
, ci-devant Colonel d'Infanterie. La Généa
logie de la Maifon de Groffelles de Flamarens fe
trouve au tome IX . de l'Hiftoire Généalogique
des Grands Officiers de la Couronne. On en a
donné un extrait dans le Mercure de Décembre
1741.
Le Duc d'Uzès s'eft démis de fa Pairie en faveur
'du Comte de Cruſsol , fon fils .
Sur la démiffion du Duc de Chaulnes , le Roi
vient d'accorder au Duc d'Aiguillon l'agrément
de la Charge de Lieutenant Général pour Sa Ma.
jefté dans le Comté Nantois .
9
Suivant les Lettres de la Rochelle , on y a effuyé
, la nuit du 4 au 5 d'Avril dernier un ouragan
furieux. Ce coup de vent s'eft fait ſentir avec
La même violence à Nantes & à Bourdeaux .
JUIN. 1753 185
On apprend qu'il eft arrivé dans ce dernier Port
fieurs Bâtimens chargés de marchandiſes ; enautres
, le Dromadaire & la Marie Efther , chan
de trois cens tonneaux , tous deux venans de
int Domingue ; la Charmante Moly , qui a apté
de Waterfort diverfes provifions ; l'Aima-
, parti des côtes d'Irlande ; la Marie- Franfe
, de Camaret , venant du Pont - l'Abbé avec
cargaifon de toiles à voiles , & la Marie-Théde
Saint- Bréac , qui a chargé à Saint - Malo
1x cens quintaux de morue. Les Navires la
tre Dame- de - Grace , de Cherbourg ; le David ,
Heureufe - Famille , & le Solide , de la Rochelle :
Neptune , de Quimper , & l'Unique - Providence ,
Dieppe , dont la deftination eft pour l'Améri
e , étoient à Bourdeaux dans le tems du départ
Courier , & ils ſe préparoient à remettre à la
le pour continuer leur route .
Tous les avis qu'on reçoit de Befançon , con
ent le fuccès de la nouvelle Pompe , dont M.
xiron eft l'Inventeur. Cette Pompe , deſtinée
r les incendies , n'a ni rouage , ni mani ,
e. C'eſt une vis de preffe à fix pans , avec fon
ncier. Deux perfonnes fuffifent pour la faire
. En une minute , elle refoule l'eau foixante
dans une botte de cinq pouces de diamètre ,
n cinq minutes elle fournit un muid d'eau .
Monfeigneur le Dauphin tint le 25 d'Avril der
, au nom de l'Infant Duc de Parme , avec
Hame Infante , le fils dont la Comtefse de
illes eft accouchée le 21 Novembre de l'année
niere. Cet enfant a été nommé Philippe - Louisc-
Antoine. Les cérémonies du Baptême lui
été fuppléées par l'Abbé de Colincourt , Aumôdu
Roi.
e 25 , & les deux jours fuivans , le Roi prit les
"
190 MERCURE DE FRANCE
eaux à Trianon . Monfeigneur le Dauphin less
prifes à Versailles le 27 & le 28.
La Reine accompagnée de Madame Infante
Duchesse de Parme , & de Madame Adelaïde , eft
allée voir le Roi à Trianon , les trois jours que sa
Majefté a pris les eaux.
Le 28 , le Roi revint de cette Maiſon de Plai
fance.
Le même jour , Meldames Sophie & Louiſeſt
rendirent à l'Eglife de la Paroisse du Château , &
y communierent par les mains de l'Abbé de Sainte-
Aldegonde , Aumônier de Sa Majesté.
Madame la Dauphine avance heureufement
dans le cinquième mois de fa grofsefe . Cette Prin
cesse , qui par précaution gardoit depuis longtems
la chambre , eft fortie le même jour pour la
premiere fois , & a continué de fortir tous les jours.
Le 29 , Madame Sophie fut faignée du pied.
Le Duc de Crufsol prêta le même jour ferment
'de fidélité entre les mains du Roi , pour le Gou
vernement de Saintonge.
"
Leurs Majeftés & la Famille Royale fignerent
le 29 le Contrat de Mariage de Meffire Jean Ni
colas de Boullongne , Maître des Rêquêtes , Intendant
des Finances en furvivance de Meffire
Jean de Boullongne , fon pere , avec Demoiſelle
Louife Julie Feydeau de Brou , fille de Meffire
Paul Elprit Feydeau de Brou , Confeiller d'Etat
Ordinaire , & au Confeil Royal des Finances , ain
qu'au Confeil Royal du Commerce.
eut
Le même jour , le Prince d'Ardore ,
Ambafsadenr
Extraordinaire du Roi des Deux Siciles ,
une audience particuliere du Roi , dans laquelle il
prit congé de Sa Majefté. Il eut enfuite audience
de la Reine , de Monfergneur le Dauphin , de Ma
dame la Dauphine , de Monfeigneur le Duc de
JUIN 1753. Tor 7
ourgogne , de Madame , de Madame Infante ,
e Madame Adélaïde , & de Mefdames Victoire ,,
ophie & Louife. Cet Ambafladeur fut conduit à
putes ces audiences par le Marquis de Verneuil ,
ntroducteur des Ambaffadeurs.
Le même jour , la Reine fit rendre à l'Eglife de
1 Paroiffe du Château les Pains Benits , qui furent
réfentês par l'Abbé de Marboeuf , Aumônier Orlinaire
de Sa Majesté.
Dans les derniers jours d'Avril , le Comte de
Joailles partit pour aller prendre les eaux de
Vichy. Il eft accompagné dans ce voyage par la
Comteffe fon époufe.
Les nouveaux Drapeaux du Régiment des Gar
les- Françoifes , & de celui des Gardes- Suifles ,
Furent portés le 2 de Mai à l'Eglife Métropolitaine
, où ils furent bénits par l'Archevêque de
Paris avec les cérémonies accoutumées.
Le Roi avant fixé au 3 de ce mois le mariage du
Prince de Condé , Sa Majesté a donné ordre au
Marquis de Biezé , Grand- Maître des Cérémonies ,
d'y inviter de fa part les Princes & Princelles du
Sang , & les Princes & Princeffes Légitimés .
Hier au foir , jour des Fiançailles , Monfeigneur,
le Dauphin & les Princes le trouverent dans le
Cabinet du Roi , où la Reine , avertie parle Grand-
Maître des Cérémonies , arriva quelque tems après ,
étant accompagnée de Madame la Dauphine , de
Madame Infante Ducheffe de Parme , de Madame
Adelaide , des Princeffes , & des Dames de la
Cour , qui s'étoient rendus à fon appartement. Le
Comte de Saint -Florentin , Miniftre & Secretaire
d'Etat , préfenta la plume à leurs Majeſtés & à la
Famille Royale pour figner le Contrat . Après la
fignature , le Cardinal de Soubize , Grand- Aumônier
de France , fit les Fiançailles , le Curé de la
"
192 MERCURE DE FRANCE.
Paroiffe du Château préfent. Meldames Victoire ,
Sophie & Louife , ne fe font point trouvées à cet
té cérémonie , parce qu'elles étoient indifpofées.
Mademoiselle , s'étant trouvée mal , n'a pû y al.
fifter juſqu'à la fin. Aujourd'hui , à midi , le Roi
& la Reine , accompagnés de Monfeigneur le
Dauphin , de Madame Infante , de Madame Adelaïde
, & des Princes & Princefles , fe font rendus
à la Chapelle , étant précédés du Grand Maître &
du Maître des Cérémonies . Le Prince de Condé
& Mademoiſelle de Soubize , qui marchoient de
vant le Roi , le font avancés auprès de l'Autel
Leurs Majeftés , fuivies des Princes & des Princef
fes s'en étant approchées , le Cardinal de Soubize
a fait la cérémonie du mariage. L'Abbé de Colincourt
& l'Abbé du Barail , Aumônier du Roi , ont
tenu le Poële. Après la Meffe , qui a été célébrée
par le Cardinal de Soubize , le Regiftre des maria
ges apporté par le Curé de la Paroiffe , a été mis
fur le Prie - Dieu du Roi , & le Cardinal de Soubize
a préfenté la plume à leurs Majeftés , à Monfeigneur
le Dauphin , à Madame Infante , & à Madame
Adelaide pour figner. Madame la Dauphine
, Monfeigneur le Duc de Bourgogne & Madame
Louife , ont entendu la Melle de la Tribune.
Le foir , le Roi & la Reine fouperent en
public avec la Famille Royale & les Princeffes.
On a reçu avis que l'Académie
des Sciences
de
Bologne
avoit aggregé
dans fon Corps M. de Chabert
, Enfeigne
des Vaiffeaux
du Roi , & Membre
dé l'Académie
de Marine
, nouvellement
établie à
Breft.
L'Ordre de Saint Jean de Jerufalem ayant pluheurs
Commanderies dans les deux Siléfies , le
Bailli de Froullay , Ambaſſadeur Ordinaire de la
Religion auprès du Roi , a été chargé d'aller , de
Ja
JUIN. 1573-
193
la part du Grand-Maître & de l'Ordre , faire un
compliment à Sa Majefté Pruffienne . En conféquence
, après avoir pris congé du Roi & de la
Reine dans les audiences qu'il eut de leurs Majef
tés le 24 Avril dernier , il partit le 3 Mai fuivant
pour fe rendre à Berlin . Pendant l'abfence de cet
Ambaffadeur , le Commandeur de Grieu , Procureur
Général , & Receveur de l'Ordre de Malte au
Grand Prieuré de France , fera chargé des affaires
de l'Ordre en cette Cour.
Le jour du mariage du Prince de Condé , il y
eut appartement chez le Roi dans la Chambre du
Lit , & dans les Salles du Trône & du Bal . Enfuite
leurs Majeftés fouperent en public dans l'apparte
ment de la Reine avec Monfeigneur le Dauphin ,
Madame Infante Ducheffe de Parme , Madame
Adelaïde , & les Princeffes du Sang .
Après le fouper , le Roi fit l'honneur au Prince
de Condé de lui donner la chemife. La Reine fit
le même honneur à la Princeffe de Condé .
Le 4 après midi , leurs Majeftés allerent voir la
Princefle de Condé , qui reçut le même jour la
vifite de Monfeigneur le Dauphin , de Madame la
Dauphine , de Madame Infante , de Madame Adelaïde
, & celles des Princes & Princeffes.
On chanta le s , pendant la Mefse du Roi , le
De profundis , pour l'Anniverfaire de Madame la
Dauphine , Ayeule de Sa Majesté.
Le même jour , le Roi partit pour Bellevue
d'où Sa Majefté eft revenue le 8 .
·
"Le 6 , Monfeigneur le Dauphin fit rendre à l'E
glife de la Paroisse du Château les Pains Benis ,
qui furent préfentés par l'Abbé de Termont , Aumônier
du Roi.
Madame Victoire , qui à caule d'une indifpofi
tion n'a oit pû faire fes Pâques , alla le 7 à la mê--
I. Vola
I
194 MERCURE DE FRANCE.
me Eglife , où elle communia par les mains de
P'Abbé de Colincourt , Aumônier de Sa Majesté.
Il y eut le s & le 7 , Concert chez la Reine. On
y a chanté le Prologue & les trois premiers A&tes
de l'Opéra de Tancrede .
Le 8 , la Reine fut faigaée par précaution .
Le 10 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix - huit cens livres , les Billets de la premiere
Lotterie Royale à fix cens foixante & treize ,
& ceux de la feconde à fix cens dix- ſept.
L
BENEFICES DONNE's.
E Rci a donné l'Abbaye de S. Nicolas d'Angers
, Ordre de S. Benoît , à l'Abbé de Bouillé ,
Maître de l'Oratoire de Sa Majesté , & Doyen
des Comtes de Lyon ; l'Abbaye d'Ambournay ,
même Ordre , Diocéfe de Lyon , à l'Abbé de
la Tour-du- Pin ; le Prieuré de Saint- Philebert
de Niceil , Diocéfe de la Rochelle , à M. Pagès ;
celui de Saint- Vincent- lez - Orléans , à M. Regnier
; & celui de Saint- Felix de Silvarol , Baye
de Saint- Claude , Diocéfe de Langres , à M. de
Sampigny.
Sa Majefté a donné l'Abbaye de Saint Pierre de
Lezat , Ordre de S. Benoît , Dioceſe de Rieux ,
à l'Evêque de Poitiers ; celle de Saint - Jean d'Orbeftier
, même Ordre , Diocefe de Luçon , à l'Ab
bé de Saint- Sauveur de Soyan ; l'Abbaye Régu
liere de Vaucelles , Ordre de Cîteaux , Dioceſe
de Cambray , à Dom Bernard ; le Prieuré de Mor
tagne , Ordre de S. Auguftin , Dioceſe de Saintes
, à M. le Quien de la Neuville ; & le Prieuré
de Beaumont-la- Châtre , Dioceſe du Mans , à M.
de la Pommerie , Chantre de l'Eglife Collégiale
de Vendôme.
JUIN. 17538 195
Le Roi a accordé le Prieuré de Leobon de Laverray
, Dioceſe de Poitiers , à M Cordelas , le
Prieuré de Sainte- Catherine de Briande , même
Diocese , à M. Jollivard ; & le Prieuré de Saint-
Quentin en Mauge , & Saint- Vincent de Chalonne
, Dioceſe d'Angers , à M. Rouffeau.
Le Roi a donné l'Abbaye de Maymac , Ordre
de Saint Benoît , Congrégation de Saint Maur ,
Diocèle de Limoges , à l'Abbé le Bafcle d'Argen,
teuil , Vicaire Général de l'Archevêché de Tours,
Sa Majefté a donné au fieur Barc , un de fes
Clercs de Chapelle , la place de Chapelain , vacante
par la mort de l'Abbé Richard . Le fieur du
Pujet a obtenu la place de Clerc de Chapelle ,
qu'avoit le fieur Barc.
NAISSANCES , MARIAGES
& Morts.
1
A Marquife de Civrac eft accouchée le 29 Janvier
dernier , d'une fille qui a été baptifée le
25 Avril fuivant , & nomméc Amable - Cecile.
Le 9 Mars naquit & fur baptifé à S. Nicolas
du Chardonnet , Jules - François - Philibert Durand
d'Auxi , fils de Meffire Philibert Durand , Chevalier
, Comte d'Auxi , Seigneur de Sommiere , &c.
Confeiller du Roi en fes Confcils , Maître des
Eaux & Forêts de Bourgogne , Franche-Comté
& Alface , & de Marie- Therefe Rougeot la feconde
femme.
On trouvera dans l'Hiftoite de Bourgogne , par
Dom Planchet , tome 2. pag. 272. & dans les
Registres des Etats de Bourgogne une connoiffance
entiere de la famille de M. le Comte d'Auxi .
La Ducheffe de Penthievre eft accouchée le 13
I ij
196 MERCURE DE FRANCE .
de ce mois d'une Princeffe.
"
Le is , eft née & a été baptifee Françoife-
Charlotte , fille de Meffire Claude - Conftance- Céfard
de Houdetot , Comte de Houdetot Mar
quis de la Meilleraye , Seigneur & Patron des
Paroiffes de S. Germain de Noards , Guerbaville ,
Bliquetuil , Vatteville , & autres lieux , Chevalier
de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis ,
Capitaine-Lieutenant des Gendarmes de Berry ,
& de Dame Elifabeth- Françoife- Sophie de la Live
, fon épouſe , mere auffi d'un garçon , né le
12 Juillet 1749. Elle a été tenue fur les Fonds de
Baptême par Meffire Charles - Louis de Houdetot,
Marquis de Houdetot , oncle parternél ; repréfen
té par Louis de la Live d'Epinay , coufin mater
nel , & par Dame Marie Françoiſe - Charlotte de la
Live , époufe de Meffire Jacques Pineau de Lucé,
Maître des Requêtes , & Intendant d'Alface , tan
te maternelle ; repréfentée par Dlle Anne- Marie-
Louiſe de Lucé fa fille , coufine maternelle .
Le Comte de Houdetot , pere de celle qui
'donne lieu à cet article , eft fecond fils de feu
Charles de Houdetot , Marquis de Houdetot ,
Lieutenal Général des Armées du Roi , mort le
cinq Juin 1748 ; & de feue Catherine -Madeleine-
Therele Carel , morte le 4 Janvier 1749 .
M. le Comte de Houdetot eft de la feconde
branche de fa maiſon , une des plus anciennes de
Normandie , où elle eft connue par les titres &
les hiftoires , depuis l'année 1034 : & la branche
ainée pofféde encore aujourd'hui les même terres
au pays de Caux , qu'elle poffédoit en 1229 , &
préfente aux mêmes Cures auxquelles elles préfentoient
alors.
Ses armes de toute ancienneté , font d'argent ,
une bande d'azur , diaprée d'or de trois piéces ,
JUIN.. 1753. 197
1
celle du milieu chargée d'un lion , & les deux autres
d'un aigle à deux têtes , le tout d'or.
Voyez cette généalogie bien détaillée , dans
P'Hiftoire des grands Officiers de la Couronne ,
tom. 8. fol. 16 , & c.
·
Monfeigneur le Dauphin & Madame Adelai .
de , tinrent le 19 fur les Fonts , le fils du Comte
de Laval Montmorenci , Colonel du Régi.
ment de Guyenne , & fils du feu Maréchal de
Laval-Monmorenci . Cet enfant âgé de cinq mois ,
a été nommé Louis - Adelaïde-Jofeph . Les cérémonie
du Baptême lui ont été fuppléées en préfence
du Curé de la paroiffe du Chateau , par l'Abbé
de Raigecourt , Aumonier du Roi.
Le 19 de Fevrier , Meffire Arnoul , Comte de
Pracomtal , Guidon des Gendarmes de la Garde ,
époufa Dile Anne- Charlotte Thiroux de Monregard.
Le Comte de Pracomtal , dont le contrat
de mariage avoit été honoré le 11 du même mois
de la fignature du Roi , de la Reine & de la Famille
Royale , eft iffu d'une famille noble de
Dauphiné , qui tire fon nom du Château de Pracomtal,
près de la Ville de Montelimar.Guillaume
& Roftaing de Pracomtal freres , font connus par
plufieurs titres de 1258 , 1264 , 1272 , 1285 , & c .
Le premier tefta en 1302 , en faveur de fon neveu
Guillaume II. de Pracomtal Celui- ci eut deux
fils , Roftaing & Pons qui formerent deux branches
. Le dernier fit celle des Barons de Souffey en
Bourgogne , dont l'héritiere Louife de Pracomtal ,
fut mariée en 1648 , à François - Damas , Comte de
Crux , auquel elle porta la Baronnie de Souffey.
Roftaing de Pracomtal , fils ainé de Guillaume ,
Seigneur de Pracoital dit auffi Château - Sablier
, fit un Codicile en 1348 , & eut de fa fem
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
me Pabiette de Cruas , Barthelemi de Pracomtal ;
marié en 1346 avec Morofe Audoard , dont le fils
Roftaing IIIe du nom , Coffeigneur d'Oufche ,
d'Efpeluche & de Montboucher , fut pere par ſa
troifiéme femme Marguerite , de Guichard de Pracomtal
, Seigneur d'Anconne , qualifié noble &
puiffant homme. Celui- ci époufa par contrat du
30 Janvier 1450 , Beatrix , fille de noble Armand
la Rode , ou la Roue , & tefta le 18 Février
1498. Son fils aîné Ferrand ou Ferrandon de Pracomtal
, Seigneur d'Anconne , qualifié noble &
puiffant homme , tefta en 1516 , & laiffa de fa
femme , Claudine , fille de noble Alzias de l'Eſpine,
Seigneur d'Aunac & de Suzanne de Pracomtal ,
Antoine de Pracomtal , Protonotaire du S. Siegé
en 1534 , & Doyen de Ste Croix de Montelimar en
1539 & 1561 , & Imbert de Pracomtal , Seigneur
d'Anconne , Capitaine de 300 hommes de pied ,
qualifié noble & paillant Seigneur , allié par contrat
du premier Fevrier 1540 , à Marguerite de
'Hére , fille de noble & puiffant Seigneur Hu
gues de l'Hére , Seigneur de Glandage . Il tefta
en 1554. Son fils aîné , Antoine de Pracomtal , dit
le Capitaine d'Anconne , acquit une grande réputation
à la guerre , fe fignala à la bataille de
Jarnac en 1569 , fe trouva auffi à celle de Moncontour
en la même année, commanda longtems
dans Angoulême , & mourut fans alliance.
Jean de Pracomtal , Seigneur d'Ançonne , troifiéme
fils d'Imbert , fut tué en 1588 par les troupes
de Lefdiguieres. Il avoit été marié en 1575
avec Claude Roux , de laquelle il laiffa entr'autres
enfans Antoine de Pracomtal , Seigneur d'Anconne
& de Château- Sablier , qui tefta en 1630
ayant époufé en 1615 Claire - Magdelaine Sicardde-
Cubleze. Il en eut Henri qui continua la pof
JUIN. 1753 . 190
,
térité , Pierre- André , Lieutenant-Colonel dans le
Régiment Lyonnois , tué en 1668 devant la Ville
de Dole , en Franche- Comté ; & Etienne , Capitaine
dans le Régiment de Ventadour , bleffé au
fiege de Roffet , & tué au fervice du Roi. Henri
de Pracomtal , Seigneur d'Anconne & de Château-
Sablier , appellé le Marquis de Pracomtal ,
mort en 1692 avoit époulé en 1644 Claude
Arod , foeur de Melchior Arod de Senevas de S.
Romain , Confeiller d'Etat d'épée , & Ambaſſadeur
en Suiffe & en Portugal , & fille d'Antoine
Arod , Seigneur de Senevas & de S. Romain en
Jareft , & de Jeanne de Marfonfeule. De ce inariage
il eutJeanne- Urfule de Pracomtal , mariée en
1679 avec Anne- Henti d'Armes , Comte de Buffeaux
, Lieutenant de Roi en la Province de Nivernois
, & décédée en 1744 , âgée d'environ 100
ans , & Armand de Pracomtal , Seigneur d'Anconne
& de Château - Sablier , appellé le Marquis de
Fracomtal,Lieutenant Général des Armées du Roi,
& Gouverneur de Menin , tué à la bataille de Spire
en 1703 , ayant épousé en 1693 , Catherine - Françoife
de Mornai de Mont-Chevreuil , fille d'Henri
de Mornai, Marquis de Montchevreuil , Chevalier ,
des Ordres du Roi , Gouverneur de S. Germain--
en- Laye , & de Marguerite Boucher- d'Orlai, Ce
fut en faveur de ce mariage que fon oncle maternel
, Melchior Arod , lui fit don des terres &
Seigneuries de Senevas , de Chaignon & de 9.
Romain , à la charge lui & fes defcendans de
porter les nom & armes d'Arod . De ce mariage
font fortis Leonor- Armand de Pracomtal qui fuit ,
& Anne-Marguerite , mariée en 1724 avec Charles
d'Hugues , Baron de Beaujeu & Seigneur de
la Motte-du -Caire.
Leonor Armand de Pracomtal , Sire de Chatil-
I i
200 MERCUREDE FRANCE .
lon , Baron de Berniere , Marquis du Breuil & de
Luis , Seigneur de Vefvre , de Roué , de Chevanne-
Gazeau , de Mouffi , de Buffeau , & c. appellé
le Marquis de Pracomtal , Chevalier de S.
Louis , & Lieutenant de Roi en Nivernois , a
époufé en 1723 Catherine Boucher d'Orfay , fille
de Charles Boucher d'Orfay , Seigneur d'Orſay ,
Maître des Requêtes honoraire , Intendant de
Dauphiné , & de Catherine le Grain . Leurs enfans
font ,
1º. Charles Jean de Pracomtal , né en 1724 ,
Religieux Benedictin.
20. Arnoul de Pracomtal , né en 1725 , qui a
donné lieu à cet article.
3°. Antoine- Charles , né en 1733 , reçu Page
de la petite Ecurie du Roi en 1747 .
4. Anne -Marguerite , née en 1727 , mariée en
1746 avec Adrien- Antoine Bloquel de Croix , Ba
ron de Wimes.
Voyez la genéalogie de Pracomtal , dont les
armes font d'or , au chef d'azur ; chargé de trois
fleurs de lys d'or , dans l'Armoirial général , rroifieme
Regiftre , par M. de Serigni .
2
Le 26 de Mars , Meffire Euftache - Jofeph d'Affignies
, Marquis d'Oify , Capitaine- Lieutenant de
la Compagnie des Gendarmes d'Orléans , a époufé
à Arras , Demoiſelle Marie- Louife - Guilaine le
Cocq , fille unique de Meffire Charles-Jofeph-
Guilain le Cocq , Chevalier , Comte de Humbe
xe & de Dieval , & de Dame Louiſe Catherine de
Clermont-Tonnerre , fille de Louis-Jofeph de Clermont
Tonnerre , Comte de Thouri , & de Françoife-
Cbarlotte de Lannion. Le Comte de Humbexe
, étoit fils unique & héritier de Mere Charle-
Baudouin le Cocq , Chevalier Conte de
Humbexe & de Dieval , Seigneur de Wulver-
>
JUIN. 201 1753.
ghem , la Motte & autres lieux , & de Therefe-
Charlote de la Tour-Saint-Quentin , & petit fils de
Jacques-François le Cocq , Chevalier , Comte de
Humbere , qui avoit épousé Barbarine -Jacobe de
Varick , Dame de Dieval , & dont le pere Côme le
Cocq , Chevalier , Vicomte de Waerde , Seigneur
de Humbeke , Wulverghem , la Motte , Lathent
& autres lieux , allié à Pétronille- Caroline de
Schietere de Maftaple , étoit fils de Baudouin ,
Chevalier , Seigneur de Humbexe , & de Françoile
de Latkem de Liefxenfrode , & petit fils de
François , Chevalier , Vicomte de Waërde , Seigneur
de Wulverghem , la Motte , Groenhoven
& Schilthoven , marié avec Iſabelle Damman de
Hombergen. Ce dernier avoit pour pere Pierre
le Cocq , Seigneur de Wulverghem , la Motte
Groenhoven & Vicomte de Waërde , par fon al-
Itance avec Catherine de Wits , & pour ayeul
Baudouin le Cocq , Seigneur de Groenhoven , de
la Motte , &c. qui avoit époufé Marguerite de
Sombeck de Goorteve , & dont le pere Hugues ,
Chevalier , Seigneur de la Motte , de la Haye ,
& c . mari d'Anne de Leftoret , étoit fils de Luc ,
Ecuyer , Seigneur de la Morte , Guidon d'hommes
d'armes , au fervice du Duc de Bourgogne , en
1466. Celui- ci qui avoit époufé Marie de Limo †
ges , avoit pour pere Jean le Cocq , Chevalier ,'
Seigneur de Sarcus & de Beaurepaire , qui vint de
Normandie s'établir dans les Pays- Bas , où il épou- '
fa Michelle de Mamez. Il étoit fils de Hugues
le Cocq , Chevalier , & de Charlotte l'Hermite.
La maison d'Affignies eft au nombre des plus
illuftres de la Province d'Artois , tant à caufe de
l'ancienneté de fon origine , que par rapport à
fes alliances .
Thierri d'Affignies , le premier qui vint s'éta
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
blir en Artois en 1996 , époufa Melizande de
Cifoing. Son fils Pierre d'Affignies , fut allié à la
fille du Seigneur deHabarack . D'eux étoit iſlu Martin
I. du nom , Sire d'Affignies , qualifié Chevalier
dans les Archives de la ville de Lille , lequel
vivoir fous le Regne de S. Louis . Il fut allié à Catherine
d'Afignies , Dame d'Affignies fa parente ,
de laquelle il eut Martin II . du nom , Sire d'Affignies.
Celui ci eut de fa femme , Marie de Renty ,
Jean I. du nom , Sire d'Affignies , qui épouſa
Jeanne de Cambrin , d'une ancienne maifon d'Ar
tois . Leur fils ainé , Jean I I. du nom , Sire d'Affignies
, fut allié à Marie de Tourmignies , qui fut
mere de Jean III . , Sire d'Affignies , Commandant
soo lances , pour le fervice du Duc de
Bourgogne . Ce dernier époufa Jeanne de Barban
son. De ce mariage naquirent entr'autres enfans ,
Louife d'Affignies , reçue Chanoineffe au Chapitre
d'Andenne fur Meuze , le 12 Février 1480 ,
& Leon , Sire d'Affignies , Commandant 1500 lances
à Cambrai , pour le fervice de Maximilien
d'Autriche , & décédé le 12 Février 1517. Il avoit
époulé Marie de Lannais , & en laiffa deux enfins
, qui furent Ponthus & Antoine d'Affignies ,
par lefquels la maiſon fe partagea en deux branches
principales.
Ponthus , Chevalier , Seigneur d'Affignies ,
continua la branche ainée par fon mariage avec
Saincte Pinchon. Leur fecond fils , Pierre d'Affignies
, fut Gouverneur des Ville & Prévôté de
Maubeuge , & fait Chevalier par l'Empereur Char
les Quint , à la tête d'un Régiment d'Infanterie
devant S Quentin . Il eut de la femme , Antoinette
du Boft , entr'autres enfans , Guillaume d'Affignies
, Gouverneur de Maubeuge après fou pere
, & Louis d'Affignies , Chevalier , Seigneur
JUIN. 1753. 203
Angeft en Flandre , & Commandant de Crefme
fur le Danube , allié à Ifabeau de Maſſiet , quí
fut mere de Lamoral d'Affignies , Chevalier , Seigneur
d'Angeft : fa femme , Marie de Brie , le
rendit pere de Ferdinand- Philippe , Comte d'Af
agnies , Député ordinaire de l'Etat noble du Hainaut
, qui de fon mariage avec Odilie de la Barre,
eut pour fille unique , Marie Françoife- Ferdinan
de Odilie d'Affignies , alliée à Louis Chrifoftome-
Denis de Corfarem , Comte de Niel & du S.
Empire , Colonel d'Infanterie au fervice de l'Empereur.
Jacques d'Affignies , fils ainé de Ponthus , te
ta le 12 Janvier 1603 , & épouía Catherine de
la Wacquerie , dite Fauvel , qui le rendit pere de
François d'Affignies , Chevalier , Seigneur de ce
même lieu , lequel tefta le 2 Septembre 1634. El
fut allié à Antoinette du Bofquel , dont le fils ainé
, Jean d'Affignies , Chevalier , Seigneur de la
Tourelle , étant devenu veuf d'Alexandrine de
Hennin Liétard , époula par contrat du 7 Septembre
1685 , Marie-Françoife le Blaneq , qui fut
mere d'Alexandre - Charles d'Affignies Chevalier
, Baron de Bailleul , Sire Bertoult. Celui ce
s'allia 1º . à Marie- Therefe de Tournai- d'Affignies
fa parente , de laquelle il n'est qu'une fille nommée
Euftachienne d'Affignies. De fon fecond
mariage avec Louiſe de la Hamaide , il eut Euftache-
Eugene d'Affignies , Baron de Bailleul , Sire
Bertoult , allié le 10 Novembre 1718 à Mari
Anne Jofephe de Saluces - Bernénicourt , de laquelle
il a laiffé quatre enfans ; fçavoir , Jofeph Alexandre
, Baron d'Affignies , Seigneur de Bailleul,
Sire Bertoult qui a époulé en Mars 1793 »
Dlle Anne-Marie - Jofephe - Aldegonde de Vander
burch , Chanoineffe de Denain ; Marie-Jofeph
kvj
204
MERCURE DE FRANCE.
Erneft Eugene , dit l'Abbé d'Affignies ; Anto
ne François Jofeph d'Affignies , & Erneftine -Jo
fephe Valpurge d'Affignies , Chanoinefle de Mau
beuge
Antoine d'Affignies Seigneur d'Allouaigne ,
avoué de Therouenne , fecond fils de Leon na
quit en 1514 , & fut créé Chevalier par Lettres-
Patentes de l'Empereur Charles Quint , données
Je 28 Janvier 1554 devant le Cafteau - Cambréfis , I
fut Mestre de Camp de Cavalerie & d'Infanterie
pour le fervice du même Empereur , & mouret
le 20 Novembre 1590. Il avoir épousé en premieres
nôces Jeanne le Chevalier , & en fecondes
le 15 Juillet 1564 Jeanne le Foutre. Il eut entre
autres enfans , deux fils du nom d'Antoine , nés
de différens lits , letquels ont formé deux branches
; fçavoir , celle des Marquis d'Affignies , &
celle des Comtes d'Oily.
Antoine d'Affignies , né du premier lit , Chevalier
, Seigneur d'Allouaigne , fut Lieutenant Gé
néral des hommes d'armes ez Pays- Bas , & mos.
rut en 1614 , & Barbe d'Auffay fa veuve , Dame
de Lambres les Douay , Lambrechies . Acquembrone
, décéda le 16 Novembre 1625. Celui de
leurs enfans qui continua la poftérité , fut Hou
dait d'Affignies , qui devint Seigneur d'Alioua
gne , Chartres , S. Martin fur Coyeul , Lambres
les-Douay , par le décez de fon frere ainé Her
cules d'Affignies , arrivé en 1656 Il époufa fa
parente Jeanne d'Affignies de la branche ainée.
Jean- Baptifte d'Affignies leur fils , fut créé Matquis
de Vincly Wendy en Artois , par Lettres du
mois d'Octobre 1676. Il fut allié à Jeanne Cornille
de Beaufermez , mere entre autres enfans
d'Octave Eugene , Marquis d'Affignies , marié en
1685 avec Marie - Florence de Markais , fille uni,
JUI N. 1753. 205
que & héritiere de Robert de Markais , Chevalier
, Seigneur de Werquin . Celui - ci eut pour
fils , François Eugene , Marquis d'Affignies , Seigneur
de Werquin , qui époufa le 24 Juillet 1714
Marie-Philipe Alberique du Châtel , de laquelle
il a eu trois enfans.
Charles -François- Florent , Marquis d'Affignies ,
Seigneur avoué héréditaire de Therouenne , marié
en 1740 avec Marie-Magdelaine Jofephe . Alé
xandrine de Tramecourt , dont eft née Marie-
Françoife Conftance Antoinette d'Affignies.
Florent Albert François d'Affignies.
Marie Philippe Alberique d'Affignies , reçue
Chanoineffe à Denain le 13 Septembre 1743.
Antoine d'Affignies , Chevalier , Seigneur de
Wannes Nurlud , fils d'Antoine d'Affignies , Chevalier
, Seigneur d'Allouaigne , & de fa feconde
femme , Jeanne le Foutre , fut Lieutenant d'une
Compagnie d'hommes d'armes ez Pays - Bas ,
& eut de fa femme Anne de Tournai , Euftache
d'Affignies , Chevalier , Seigneur d'Hacquedorne
, allié le premier Octobre 1630 , à Marie de
Watripont , qui fut mere de Julien Euftache d'Affignies
, Chevalier , Seigneur d'Hacquedorne ,
né le 27 Décembre 1638. Il fut inftitué héritier
univerfel de Philipe de Tournai , Chevalier
Comte d'Oify fon coufin , par fon teftamentdu 21
Mai 1678 à la charge de porter les noms & armes
de Tournai' : il mourut le 13 Mai 1687 , laiffant
de fa premiere femme , Françoife Taffin , Jean-
Euftache de Tournai d'Affignies , Comte d'Oify.
Celui ci fut marié le 28 Juin 1687 à Marguerite-
Claire de Berghes S. Winoc , & mourut à Oify ,
le premier Septembre 1716. Il eut pour fils Charles
Jofeph- Eugene de Tournai- d'Aflignies Che
valier , Comte d'Oify , Colonel d'Infanterie , qui
206 MERCURE DE FRANCE.
a époufé le 9 Juillet 1719 , Dame Benigne de Mafe
fuau.
Leurs enfans font :
Euftache Jofeph d'Affignies , Marquis d'Oily ,
qui donne lieu à cet article.
Gabriel -Jofeph d'Affignies , Chevalier de Malthe
, recu de minorité le 14 Septembre 1734 , En
feigne de Vailleaux .
Lydie -Benigne d'Affignies , née le 28 Octobre
2740.
Meflire Hilaire Rouillé , Marquis du Coudray ,
Brigadier de Cavalerie , & Capitaine Lieutenant
de la Compagnie des Gendarmes Dauphins , a
époulé le 2 Avril , Dlle Marie d'Abbadie , fille de
Meffire Bertrand d'Abbadie , Confeiller du Par
lement de Pau .
Louis Bufil de Brancas , Comte de Forcalquier,
Prince de Nizare , chef- aîné de toutes les bran
Iches de la Maifon de Brancas en France , Baron
du Caftelet , Seigneur de Robion , Monjuftin ,
Vitrolle & autres lieux , Grand - d'Efpagne de la
Premiere Clafle , & Lieutenant Général pour le
Roi au Gouvernement de Provence , mourut en
cette Ville le 3 , dans la quarante- troifiéme année
de fon âge. Il étoit fils de feu Louis de Brancas ,
des Comtes de Forcalquier , Maréchal de France ,
Grand- d'Efpagne de la Premiere Claffe ,Cheva
lier des Ordres du Roi , & de l'Ordre de la Toi
fon d'Or , Lieutenant Général en Provence ,
Gouverneur des Ville & Château de Nantes , qui
avoit commandé en Chef dans la Province de Bre
tagne , & avoit été Ambaffadeur Extraordinaire
de Sa Majesté à la Cour de Madrid , & d'Elizabeth-
Charlotte -Candide de Brancas , fille pofthume de
Louis de Brancas , Duc de Villars , Pair de Erance,
JUIN. 207 1753.
morte le 26 Août 1741. Le Comte de Forcalquier
avoit été marié le 6 Mars 1742 à Marie-Françoife
Hervé de Carbonel de Canifi , veuve d'Antoine-
François de Pardaillan , Marquis d'Antin , Vice
Amiral du Ponent , & il ne laiffe point d'enfans
de fon mariage. Par la mort , les titres & fa
deffe paffent au Marquis de Brancas , fon frere
Maréchal des Camps & Armées du Roi , & cidevant
Meftre- de-Camp d'un Régiment de Cavalerie
.
gran-
D
Magdeleine- Diane de Bautru de Vaubrun,
veuve de Mre François- Annibal , Duc d'Eftrées ,
Pair de France , Chevalier des Ordres du Roi ,
Lieutenant Général de les Armées , & Gouverneur
de l'Ile de France , mourut en cette Ville le 6 ,
âgée de 85 ans.
Mre Cefar- Charles Lefcalopier , Chevalier Seigneur
de Liencourt , Cremery & autres lieux , Confeiller
d'Etat Ordinaire , mourut à Paris le 7 Février
1753 , âgé de 82 ans , deux jours , étant né le s
Février 1671. Il fut d'abord Confeiller au Parle
ment de Paris , où il fut reçu le 30 Juin 1694 ; &
enfuite Maître des Requêtes le 3 Décembre 1708,
Intendant du Commerce , puis Intendant de Champagne
& enfin nommé Confeiller d'Etat en 1730.
Il préfida en cette qualité le Grand Confeil pendant
l'année 1742. Il étoit le neuviéme defcendant
de Picro Lefcale de Véronne , qui vint s'établir a
Paris dans le quinziéme fiécle ; & fils de Gafpard
Lefcalopier , Baron du Nourar , Confeiller su Parlement
de Paris mort étant de Grand'- Chambre
le Janvier 1709 ; & de Françoife- Geneviève
Colin, morte le 3 Avril 1725. D'Anne- Geneviève
Cherier, la femme , morte le 24 Juillet 1711 , fiile de
Jean Cherier , Chevalier Seigneur de la Rochette,
& d'Anne Gaboury , il laille Gafpard- Céfar- Char
Ј
208 MERCURE DE FRANCE.
les Lefcalopier , Maitre des Requêtes , Intendantà
Montauban depuis l'année 1740 , qui a des enfans
de N..... le Clerc de Lefleville , qu'il a épousée
en 1737 , fille de Charles- Nicolas le Clerc de Lef
feville , Comte de Charbonnier , Maître des Requêtes
; Charles - Armand Lefcalopier de Nourar ,
Maître des Requêtes , & Charles- François Leicalopier
, qui a été Capitaine dans le Régiment
Royal Cravattes , & s'eft retiré de bonne heure
du Service avec la Croix de Saint Louis , par la dé.
licateffe de fa fanté.
Le 17 , M. Louis de Villevault , Doyen de Meffieurs
les Confeillers de la Cour des Aides , décédé
rue Hautefeuille , âgé de 86 ans , fut préſenté à
Saint Severin , & tranfporté en l'Eglife des RR,
PP. Chartreux.
A VIS .
E Sieur Vacoffain , Marchand Epicier Drovis
à- vis Saint
avertit le Public qu'il eft autorilé du Roi pour la
vente d'une eau pour conferver & blanchir les
dents ; elle a la propriété de diffondre l'humeur
glaireufe qui peut contribuer à les gáter , l'ufage
de quinze jours fera voir par la beauté & fermeté
des dents que l'on pourra , hors dans les grands
befoins , fe difpenfer de tout ferrement . Le prix
de la bouteille eft de 12 f. Ledit Sieur Vacollain
avertit auffi qu'il a le Bureau du vrai fel policrefte,
compofé par M. de Seignette , de la Rochelle ; lequel
fel eft paraphé en- dedans de chaque paquet ,
& cacheté de la main dudit Sieur de Seignette .
Il avertit auffi qu'il continue de vendre avec
JUIN. 1753. 209
fuccès fa poudre purgative , dont M. Barbual de
Juvauvigny , Docteur en Médecine , & Médecin
de Nogent-fur- Seine , a fait des expériences heureufes
, & affez multipliées pour qu'on puiffe y
ajouter beaucoup de foi.
AUTRE.
La veuve Simon Bailly renouvelle au Public
fes affurances , qu'elle continue de fabriquer les
véritables Savonettes legeres de pure crême de favon
, & pains de pâte graffe pour les mains dont
elle feule a le fecret .
Comme plufieurs fe mêlent de les contrefaire ,
& les marquent comme elle , pour n'y pas être
trompé il faut s'adreffer chez elle , rue Pavée - Saint-
Sauveur , au bout de celle du Petit Lion , à l'Image
Saint Nicolas , une porte cochere , preſque vis às
vis la rue Françoife , quartier de la Comédie Ita
lienne.
AUTR E.
Le Sieur Lecomte , Vinaigrier ordinaire du Roi,
ayant annoncé dans les précédens Mercures foixante-
dix fortes de vinaigre , tant de toilette que
de table , donne avis qu'il les a poufsés jufqu'à
cent vingt fortes , & à quatorze fortes de moutarde
, dont il a porté celle aux capres & aux anchois
à la plus grande perfection . Nous en donnerons
la.lifte dans le Mercure prochain.
AUTRE.
Dufour , Marchand Tapiffier & Maître Gau
freur à Paris , avertit le public qu'il a fait conftruire
une Machine pareille à celle d'Utrecht ,
210 MERCURE DE FRANCE.
pour gaufrer toutes fortes d'étoffes à defseins cou
rans , & qui imitent les velours cizelés , comme
velours , fatin , taffetas , moire , gros de Tours ,
drap , calemande , camelot , peluches , & toutes
fortes de robes de differens defseins , pour habits
de velours d'hommes & de femmes , équipages de
carrofses , & meubles à grands defseins . Il avertit
que de faux ouvriers fans qualité , exposés à être
faifis , s'ingerent de l'imiter , & gâtent lefdites
éroffes . Il demeure au milieu de la rue des Fossés
de M. le Prince , vis- à -vis l'Hôtel de Condé , à
PEnfeigne de la Ville d'Utrecht .
LETTRE de M. André , Maître ès Arts
en Chirurgie , Chirurgien de la Charité
de la Paroiffe Royale de Saint Louis ; &
Ancien de la Maifon de Saint Cyr , ruede
l'Orangerie à Versailles. A M. Fefte ,
ancien Chirurgien - Major de la Marine &
penfionné du Roi , an fujet de fa Lettre à
M. Courpier , Médecin à Londres , inferée
dans le Mercure de France du mois de
Fanvier 1753 .
Mo
Onfieur , trop amateur de la perfection de
notre Art pour me livrer à une baffe jaloufie ,
j'ai vu avec fatisfaction dans votre Lettre à M.
Courpier les juftes éloges que vous donnez à M.
Daran , & le zéle que vous faites paroître pour les
intérêts. Une feule chofe a bleffé mon amour
propre , & j'avouerai naturellement ma fenfibilité.
Vous ne connoiffez que lui pour inventeur des
véritables bougies. I eft humiliant pour moi
JUIN. 1753. 2TT
qu'un homme de votre mérite ignore un ouvrage
fur les maladies de l'uréthre que je publiai il y a
environ deux ans , & dans lequel je prouvai la
découverte que j'ai faite d'un pareil reméde. L'expérience
qui s'en étoit faite à l'Hôtel Royal
des Invalides , à Paris & à Versailles , fous les yeux
des plus grands Maîtres de l'Art in'autorifoit à
l'annoncer. Il eût été bien avantageux pour moi ,
que cela fût parvenu jufqu'à vous . Je ne me ferois
point vû dans votre Lettre confondu ( quoiqu'implicitement
) avec ceux que vous taxez de charlatans
, parce qu'ils traitent les maladies fecrettes
par le moyen des bougies , fans avoir pris l'attache
de M. Daran. Non , Monfieur , je ne l'ai jamais
prife , & j'ai traité un grand nombre de malades
avec fuccès . Mes bougies ont comme les
fiennes , la propriété de renouveller les accidens
de la gonorrhée : elles mettent en fonte & en
fuppuration des ulceres cachés dans le canal , qui
y reftoient comine afsoupis depuis dix , vingt ,
trente & quarante années : elles les détergent , les
mondifient , les incarnent & les cicatrifent , après
avoir ôté tous les obftacles qui s'oppofoient à la
fortie des urines. Mes bougies guérissent la ftrangurie
, & toutes les rétentions d'urines qui ne font
point les fuites d'une pierre formée : elles font
fuppurer un canal malade , & n'affectent en aucune
façon celui qui feroit fain. Mes bougies enfin
, ont deux avantages que M. Daran ignore
peut-être ; c'eft que fans en multiplier la diverfité ,
les confie à tout le monde , fans crainte qu'elles
procurent de mauvais effets ; & que décompo
fées , je m'en fers avec fuccès pour la guérifon de
plufieurs maladies . Tour ceci pourra vous parof
tre fufpect , n'ayant pas l'avantage d'être connu
de vous ; mais il me fera très facile de vous en
procurer les preuves
je
212 MERCURE DE FRANCE
Vous dites , Monfieur , que M. Daran n'a point
donné la compofition de fon reméde , & qu'on ne
peut par conféquent agir par comparaiſon . Quoi
qu'il n'y ait point de difference du fien au mien ,
quant à la couleur & à la figure, je ne prétends pas
pour cela que l'un foit l'autre ; je préfume feule
ment par la conformité des effets , que les remé
des qui en font la compofition font de la même
Claffe , & j'ajouterois avec confiance qu'on tire
plus d'avantage du mien . C'eſt ce que je prouverai
dans un ouvrage que je prépare , & ou je rédige
les obfervations que j'ai faites , d'après les malades
que j'ai traités felon ma méthode . J'efpere qu'il
parviendra jufqu'à vous , & que vous ferez alors
convaincu que M. Daran n'eft pas le feul dépofi
taire des véritables bougies , & que les fuccès de
mon reméde ne le cédent point à ceux qui lui ont
fait fa réputation. Il fçait que j'en ai prouvé fuffifamment
l'identité dans ma Diflertation.
Par la façon dont vous parlez de l'ufage des
bougies , il paroît bien que vous en fentez la néceffité
pour la cure de beaucoup de maladies ,
pour lesquelles elles font trop négligées : je l'ai
obfervé dans ma Differtation , auffi voyons- nous
tous les jours tant de fauffes guérifons . Il y a tout
lieu d'efperer que la prévention à ce fujet tombera
enfin , & que les incrédules feront convaincus. J'ai
l'honneur d'être , & c.
André.
J
CERTIFICAT.
E fouffignée certifie , qu'étant tombée dans
une attaque d'apoplexie très - violente , avec
perte entiere de connoiffance , j'ai pris par ordre
JUIN. 1753.
213
e M. Goular , Médecin , des gouttes de Madame
a Générale la Motte , & qu'à l'inftant j'ai repris
' ufage de mes fens ; j'ai continué pendant quelques
jours à me fervir de ces gouttes , & j'ai été
Darfaitement guérie en peu de tems , quoiqu'à
'âge de 82 ans ; j'avois même une oppreffion de-
›uis environ un an , dont je ne m'apperçois prefque
plus. En foi de quoi j'ai donné le préfent
Certificat , pour rendre témoignage à la vérité. A
Paris , ce 20 Mai 1752 .
Catherine Loifon , de Beaumont.
A Meffire Cardin - François - Xavier le Bret ;
Chevalier , Seigneur de Pantin , de Selles
autres lieux , Intendant de la Province
de Bretagne. Par M. le Chevalier de
Cramezel.
Enfin , c'eft aujourd'hui que ta rare prudence ;
De fon éclat vainqueur reçoit le digne prix :
Tu vas , fage le Bret , combler notre esperance ;
Et faifant tous les jours à des peuples chéris
Goûter mille douceurs , au fein de l'abondance ,
Juftifier le choix de l'augufte Louis,
Miniftre des tréfors d'une riche Province ,
Par toi s'augmentera la gloire de l'Etat :
Juge intégre , éclairé , défigné par le Prince
Pour devenir le Chef d'un illuftre Sénat ,
Contre l'iniquité l'orphelin & la veuve
Trouveront fous tes loix un généreux fecours ;
214 MERCURE DE FRANCE
Les Bretons à jamais feront la douce épreuve
D'un bonheur dont ton zéle affermira le cours,
En toi de Magiftrat , d'Econome & de Pere ,
La France réunit les titres glorieux.
Tels en Provence on vit autrefois tes ayeux ;
Suffire à tout le poids d'un double miniftere ;
Répondre à tous les voeux des peuples & des Rois ;
Et du commun bonheur n'écouter que la voix,
Leur nom & leurs vertus ,
Les faveurs de nos Rois ,
voilà ton héritage :
voilà ton
appanage :
On les verra tranſmis à ta poſtérité ;
Ils en feront toujours l'ornement & la gloire ,
Et pour ton nom fameux au Temple de Mémoire,
Seront un gage sûr de l'immortalité.
A Paris , le 31 Mars 1753
la
PROSPECTUS Apologetique , pour
Quadrature du Cercle. A Paris , chez Delaguette.
1753.
E propofe pour cet Ouvrage , dit l'Auteur ;
" des
des foufcriptions de mille livres qui pourront
être compofés de tel nombre de perfonnes qu'on
>> voudra : les Nations intéreffées à cette grande
& très- utile découverte , vouloient compo-
» fer un feul nombre de ſouſcriptions , cela abré
geroit de beaucoup le tems de la démonſtra- 32
» tion .
80
>> Ceux qui voudront foufcrire , pourront s'adreffer
à M. de Montmartel , Garde du Tréfor
Royal à Paris , qui en recevant les fommes ou
JUIN. 1753. 215
22
» les foumiffions , en donnera des Récepiffés , dans
lefquels il fera fait mention que l'Auteur ne
a démontre pas géométriquement la Quadrature
» du Cercle , on rendra à chacun ce qu'il aura
» mis en dépôt fans aucune diminution ; & fi l'Au-
» teur tient la promeffe , on lui délivrera les fouf-
>> criptions qui doivent monter à quatre millions
» avant la démonſtration dont on enverra en-
» fuite cent Exemplaires à chaque Royaume &
Etat qui auront défiré d'y participer les Figu
» res y feront gravées & jointes à l'explication la
plus claire ; de forte que l'ufage en fera com
» mun à tous pour l'intelligence & l'exécution .
35
2
» Le Chevalier de Cauſans , ci- devant Colonel
» du Régiment d'Infanterie de Conty , a l'hon
» neur d'inviter les Académies des Sciences de
> l'Europe , d'envoyer un Député , qui en arri
vant à Paris , recevront chacun cent louis chez
» M : de Montmartel , pour contribuer aux frais
» du voyage à tout évenement. Tout fera fini en
>>trois démonstrations confécutives , qui fe feront
publiquement à l'Académie des Sciences à Paris.
M. de Montmartel fouhaite que le Public foiz
averti qu'il a été nommé dans le Profpectus fans fon
aveu , & qu'il ne prendra aucune part à cette affaire.
APPROBATION.
'Ai lû , par ordre de Monfeigneur le Chance
lier , le premier volume du Mercure de France
du mois de Juin. A Paris , le 1 Juin 1753.
LAVIROTTE
216
TABLE.
P
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe.
Songe ,
Vers d'un F. M. à Iris ,
Seconde Differtation fur les Obélifques d'Egypte ,
& c .
La Fauvette & le Moineau. Fable ,
Lettre aux Déiftes , par M. Gautier ,
Epitre à M. l'Abbé G *** "
Vers à une Dame , & c.
Derniere Lettrefur l'Imprimerie , & c.
L'Amour & l'Amitié
3
S
7
38
40
45.
48
49
63
Affemblée publique de la Société Royale de Lyon ,
du 28 Avril 1751 , 68
Mots de l'Enigme & des Logogriphes du Mercure
de Mai
Enigmes & Logogriphes ,
Nouvelles Litteraires ,
Lettre d'un Religieux de *** , &c.
Lettre à M. de Voltaire , &c.
Vers à Madame de Pompadour ,
Beaux- Arts ,
Chanfon
Spectacles ,
Concerts Spirituels ,
Nouvelles Etrangeres ,
87
ibid.
91
137
140
146
147
156
157
163
172
France. Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 184
Naiffances , mariages & morts ,
Avis ,
Lettre de M. André , Chirurgien , &c.
Vers à M. le Bret , Intendant de Bretagne ,
Profpectus pour la Quadrature du Cercle ,
La Chanfon notée doit regarder la page 156.
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
195
208
210
213
214
MERCURE
3
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI
JUIN . 1753 .
SECOND VOLUME.
TSPARG
LIGIT
UT
Chez
A PARIS ,
La Veuve PISSOT , Quai de Conty
à la defcente du Pont- Neuf.
CHAUBERT , rue du Hurepoix.
JEAN DE NULLY , au Palais.
DUCHESNE , rue Saint Jacques,
au Temple du Gout.
M. DCC . LIII.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
A VIS.
'ADRESSE du Mercure eft à M. MERIEN
Commis au Mercure , rue des Folfez S. Germais
l'Auxerrois , au coin de celle de l'Arbre-fec , pour remettre
à M. l'Abbé Raynal.
Nous prions très-inftamment ceux qui nous adreſſe
ront des Paquets par la Poffe , d'en affranchir leport ,
pour nous épargner le déplaifir de les rebuter , & à eux
celu de ne pas voir paroître leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays Etrangers,
quifouhaiteront avoir le Mercure de France de la premiere
main, plus promptement , n'auront qu'à
écrire à l'adreffe ci- deſſus indiquée .
On l'envoye auffi par la Pofte, aux perfonnes de Province
qui le defirent , les frais de lapaste ne font pas
confiderables.
Ŏn avertit auffi que ceux qui voudront qu'on le porte
chez eux à Paris chaque mois , n'ont qu'à faire fçavoir
leurs intentions , leur nom &leur demeure audit fieur
Merien,Commis au Mercure; on leur portera le Mercure
très- exa &ement , moyennant 21 livr. s par an , qu'il
payeront , fçavoir , to liv. 10 f. en recevant lefecond
volume de Juin , ♣ 101. 10 f. en recevant ie fecond
volume de Décembre. On les fupplic inftamment de
donner leurs ordres pour que ces payemens foient faits
dans leurs tems.
On prie auffi les perſonnes de Province , à qui en
envoye le Mercure par la Pofte , d'étre exactes à faire
payer au Bureau du Mercure à la fin de chaque ſemeftre
,fans cela on eroit hors d'état de foutenir les
avances confidérables qu'exige l'impreſſion de ces
Ouvrage.
On adreffe la même priere aux Libraires de Province:
On trouvera le ſieur Merien chez lui les mercredi
, vendredi , é ſamedi de chaque semaine.
PRIX XXX..SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,.
DÉDIÉ AU ROI.
JUIN. 1753.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
LA MOUCHE
QUI SE NOYE DANS LE LAIT.
Fable traduite du Latin.
DEs chèvres d'un troupeau replet ,
Et du retour du pâturage ,
Galatée à deux mains prefloit , fuivant l'uſage ,
Les mammelles pleines de lait.
Déja du doux nectar l'écoulement rapide
Sous les flots écumans d'une neige liquide ,
Du vafe déroboit les bords ,
11. Vol. A ij
4 MERCURE DEFRANCE.
Lorfque cédant aux doux efforts
De la volupté qui la guide ,
Une mouche du haut de l'air ,
Par la fatale deſtinée ,
Entrainée ,
Se précipite , & fond plus prompte qu'un éclair
Où l'attire du lait la dangereuſe amorce .
u Ce n'eft pas tonjours par l'écorce
Que de l'arbre l'on doit juger ;
» O mouche ! cu vas-tu t'engager ?
"Que fais tu , petite infenfée?
Croi- moi ; fui : hâte -toi , retourne fur tes pas :
Evite un précipice où tu n'apperçois pas
ל כ
Que tu donnes tête baiflée .
» D'une belle couleur les dangereux appas
55
» Souvent couvrent un piége ; enfin dans ce fluide,
Qui pour te foutenir n'a point de fond folide ,
» Garde- toi bien d'entrer , ou crains un prompt
» trépas.
Au lieu de profiter d'une leçon pareille ,
L'imprudente pourfuit , & fait la fourde oreille ;
L'odeur & la couleur du lait ,
La féduifent par leur attrait.
Vers le vafe fatal fes pas elle dirige ,
Long-tems fur la ſurface , & le joue & voltige ;
Puis ofe enfin , banniffant toute peur ,
Fofer fes pieds fur un terrein trompeur.
Le lait n'eft qu'effleuré qu'elle fe fent captive.
JUIN. 1753 .
Par une prompte tentative ,
A fes ailes trois fois elle donne l'effort
Pour le retirer du naufrage ,
Et trois fois elle fait un inutile effort.
Elle efpere du moins fe fauver à la nage ;
( Par amour pour la vie , hélas ! on tente tout ,
Et de quoi cet amour ne vient - il pas à bout ? )
Mais de l'art de nager fes pieds n'ont nul uſage.
Comme on voit dans les champs un imprudent
oifeau
D'une funefte glu ne s'arrachant qu'à peine ,
S'aller prendre fous le rezeau
Qu'un adroit oifeleur a tendu dans la plaine ;
Et dans ces lacus maudits s'embarraſſer plus fort :
Plus pour s'en échaper il veut faire d'effort ,
Plus la pauvrette auffi veut agiter fes aîles ,
Et plus de fon trépas elle avance l'inſtant :
Déja fon petit corps Aottant
En fent les atteintes cruelles ;
Trois fois confécutivement
Elle plonge , furnage , & rentre enfin dans l'onde,
Où les yeux d'une nuit profonde
Sont couverts éternellement .
Que fert , imprudente jeuneſſe ,
Que fert de vous donner les plus fages avis ?
Lorfque de vous ils font fuivis ,
C'eft pur hazard : vous vous livrez fans ceffe ,
Séduite par l'attrait d'un plaifir paſsager
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Aux bouillantes ardeurs du feu qui vous pofséde ,
Et n'appercevez le danger
Que quand pour en fortir il n'eft plus de reméde.
Brunet , de Dijon.
DISCOURS
Sur les élemens , les principes & les régles
générales de la Mufique
L
A Gamme ut , re , mi , fa , fol , la , fi,
ut , eft la premiere leçon que l'on met
fous les yeux de ceux qui veulent appren
dre la Mufique ; c'est l'échelle des tons de
l'ollave ut , c'eſt- à - dire , des fons qui peuvent
être exprimés fucceffivement par le
chant , en commençant depuis la note ut ,
& en montant jufqu'à fon octave.
A la premiere infpection de cette octave
confidérée dans fa totalité , l'on peut
la regarder comme formée de deux tetracordes
, dont le premier eft ut , re , mi , fa,
& le fecond fol , la , fi , ut ; chacun de ces
deux tetracordes repréfente deux tons &
un femiton , & il y a de plus un ton entre
fa & fol ; ainfi l'octave d'ut , confidérée
dans toute fon étendue , eft compofée de
fix tons , dont les degrés ou intervalles
JUIN. 1753. 7
partagés en tons & femi - tons , felon la
gamme ou échelle font ut , re , mi, fa, fol ,
la , fi , ut.
On éprouve de la difficulté à entonner
les trois tons , qui fe trouvent de fuite
depuis fa jufqu'au fi ; pour accoûtumer les
Ecoliers à furmonter cette difficulté , on
leur apprend qu'il eft convenable de monter
de fuite , depuis ut jufqu'à la quinte
fol , & de faire , foit réellement , foit
mentalement , un repos fur le fol avant
de continuer à folfier fol , la , fi , uit .
On exerce les commençans par l'intonnation
de la quinte ut fol , foit feule , ſoit
en y diftinguant la tierce majeure en cette
forte ut, mi , fol ; on s'eft d'autant plus at
taché jufqu'à préfent , à former l'habitude
de la jufte intonation de ces trois notes
que l'expérience a fait connoître , que la
note tonique ut , fa tierce majeure & la
quinte forment l'accord le plus parfait , &
que cet accord dans les differens tons qui
peuvent de même être établis fur chacune
des fept notes de l'octave , eft la baſe &
le fondement de la mélodie & de l'harmonie
, pour tout ce qui peut fe chanter
par la voix humaine .
Un moyen d'exciter fur ce point l'attention
& la curiofité des Etudians étoit ,
de leur apprendre à chercher dans une
A iiij
SMERCURE DE FRANCE.
Corde Sonore , comme par exemple , de
laiton , les differens tons de l'Octave , &
à voir par leur propre expérience , que
cette corde , en fuppofant qu'elle donne
dans toute fon étendue le ton d'ut , donne
àfa moitié l'Octave fupérieure de ce fon ,
& à fon quart la double Octave ; & que
cette même corde à fon tiers donne la quin
te , & à fa cinquième partie la tierce majeure
, mais dans la faite on ne manquera
pas de leur faire de plus obferver , que
ces deux tons de la tierce & de la quinte
font produits fi naturellement , qu'ils fe
font entendre fenfiblement dans la réfo
nance de la corde pincée dans toute fon
étendue , c'est à dire , dans le fon d'ut de
Ja corde prife dans fa totalité , ce ſon
donnant ainfi par la propre harmonie mi ,
fol , qui par cette raifon font juſtement
appellés fes fons harmoniques.
L'heureufe découverte de ce phenoméne
de la réfonance de la corde , & de tout
autre corps fonore à la quinte & à lạ
Lierce majeure ( a ) eft applicable à tous les
tons ou demi de l'Octave , lefquels peuvent
tous être confidérés chacun en parti-
( a ) On voit dans la premiere page de la Préface
de M. Rameau , fur fon nouveau fyftême de
Mufique théorique , que cette expérience eft cirée
par differens Auteurs.
JUI N. 1753. 2
culier , comme note tonique pour la fucceffion
d'une nouvelle Octave également
partagée en tons & femi tons ; elle répand
fur toutes les opérations de la Mufique ,
- une lumiere dont les Muficiens commen
cent à fe fervir utilement , pour s'éclaircir
& fe guider dans des routes , où précédemment
on n'avoit marché que la fonde à
la main , comme les marins au milieu des
écueils .
Les tons & femi tons de l'Octave avoient
été calculés & fixés avant cette importante
découverte ; mais les difficultés pour y
parvenir , & les régles pour l'ufage à faire.
de ces tons , avoient occafionné un grand
nombre de fyftêmes , dont aucun n'avoit
donné des principes affez clairs , affez
conftans & affez généraux , pour qu'on pût
en tirer des conféquences indubitables ,
tant pour le chant & les accords confonans
& diffonans dans cette Octave
& das les Octaves correfpondant audeffus
& au- dellous , que pour l'union
le contour & le mêlange de cette Octave
d'ut , avec les octaves des autres notes
qui dans le cours du chant peuvent aufli
être confidérées comme toniques , & què
fous ce titre ou autrement , peuvent plus
ou moins fournir des moyens pour l'ex
preffion des fentimens , des caractéres &
+
Av
to MERCURE DE FRANCE.
des paffions dans la fuite de la mélodic
& de l'harmonie , felon la diverfité on la
difference des fujets à traiter.
la
Avec ce flambeau des fons harmoni.
ques de la quinte & de la tierce majeure ,
au deffus de toute note confidérée comme
tonique , M. Kameau a fait fentir les raifons
, qui ont porté à divifer & partager
l'Octave felon l'ordre diatonique ut , re,
mi , fa , fol , la , fi , ut. Et guidé par
même lumiere , il a de plus fait reconnoî
tre des prints fixes pour la production &
la conftruction des differens accords , tant
dans l'Octave du fon fondamental géné.
rateur des fons harmoniques , que dans
les autres Octaves qui fe trouvent naturelkment
liées à ce fon , & dans celles qui
peuvent y être affociées.
C'est donc avec grande raiſon qu'il a
déja été remarqué ( a ) , que ce phenoméne
des fons harmoniques , produits naturellement
la réfonance de to corps
fonore conduit à découvrir & démontrer
par
pour la perfection de la mélodie & de
l'harmonie , des vérités qui jufqu'à préſeno
n'avoient pas même été foupçonnées.
Nous ignorons , fi ceux des anciens Phi-
(a ) Voyez le Mémoire fur l'identité des Octaves,
inferé dans le fecond Mercure de France , de
Décembre 17520
JUI N. 1753 . II
lofophes qui ont imaginé les premiers prin
cipes de la Mufique , ont connu ces fons
harmoniques , & leur propriété naturelle
pour indiquer , tant l'étendue des differens
accords que les routes à tenir pour la production
des chants , foit fimples , foit figurés
avec accompagnement ; il paroît feulement
, que foit par la force de leur génie
, foit par des épreuves répétées pour
trouver dans le partage de la corde les dif
ferens fons de l'Octave , & conféquem
ment les routes de la mélodie & de l'har
monie par la comparaison des fons , produits
dans les differentes divifions de cette
corde , c'est- à - dire , foit à ſa moitié &
à fon quart , qui donnent la répétition du
fon de la corde prife dans fa totalité , foit
à fon tiers qui donne la quinte , foit dans
fa cinquième partie qui donne la tierce
majeure , ils ont beaucoup approché des
régles preferites par la nature dans la production
des fons, harmoniques de chaque
Octave.
Le fentiment , la réflexion & l'expérience
ont fait connoître de même à ces
Philofophes , la difference des modes majeurs
d'avec les modes mineurs , par la comparaifon
des deux tierces formant l'accord
de la quinte , une de ces deux tierces étant
néceffairement mineure ; fur ce fonde-
A vi
12 MERCURE DE FRANCE.
ment ils s'étoient formé pour repréſenter
ce ton mineur une échelle diatonique , où la
tierce mineure précédoit la majeure pour
la formation de la quinte ſur la note tonique.
Ils avoient de plus reconnu , que la voir
humaine ne forme qu'avec peine trois tons de
faite en montant , & qu'il lui faut néceffairement
un repos de maniere ou d'autre,
après qu'elle a produit deux tons ; mais ce
dont il paroît qu'ils ont été le plus touchés
, a été d'indiquer la route de la mélodie
& de l'harmonie , par la note fenfible de
chaque Octave pour le majeur.
C'est en conféquence , que les Grecs ,
en donnant le ton d'ut & celui de fa pour
l'exemple de ce majeur , avoient fixé leur
Gamme on échelle diatonique aux fons ,
Si , ut , re , mi , fa , fol , la.
Cette échelle étoit compofée de deux
Tetracordes (a).
(a ) Selon M. Rameau dans fa Démonſtration
fur le principe de l'Harmonie , p 76 , ces deux
Tetracordes conjoints font lesfeuls naturels.
2 On voit fur ce même fujet dans les élemens de
la Mufique théorique & pratique , p. 32 , ce qui
fuit.
Les intervalles de deux fons quelconques , pris
dans chaque Tetracorde en particulier , font parfaitement
juftes , ainfi dans le premier Terracorde
les intervalles ut, mi , & G₁re font des tierces, l'une
1
JUIN.
13 1753.
Și , ut , re , mi ,
Mi , fa , fol , la.
Ces deux Tetracordes étoient parfaite
ment femblables ; ils commençoient l'un
& l'autre par la note fenfible du ton qu'ils
renfermoient , la note fi conduifant au
ton d'ut , & celle de mi à celui du fa ; com .
me ces deux femitons majeurs le trouvoient
ainfi naturellement dans la fucceffion des
tons de ces deux Tetracordes , ils devoient
Lervir d'exemples pour la formation des autres
femitons , à prendre , felon les occafions
par le partage de chacun de ces tons
avec l'aide des Diezes , pour fervir de note
fenfible des autres Octaves , qui pou
voient être pareillement établies fur chacune
de ces differentes notes bien entendu
que chacun des deux Tetracordes conjoints
pour ces autres Octaves , devoit être
femblable aux deux Tetracordes d'ut &
de fa.
Comme il falloit une regle fixe pour
élever fucceffivement la voix felon cette
route auffi haut qu'elle pouvoit aller , c'étoit
par cette confidération que l'échelle
diatonique de ces deux Tetracardes les remajeure
, l'autre mineure , parfaitement juftes
auffi bien que la quarte fi , mi , il en eft de même
dans les Tetracordes mi fa fol , la , puifque ce
Tetracorde eft parfaitement femblable au premiera
14 MERCURE DE FRANCE.
préfentoit comme corjoints , leur fucceffion
immédiate devant fervir ainfi à la
gradation des tons par l'expreffion foit de
la voix humaine , foit des inftumens de
Mufique , ce qui ne fe pratiquoit cependant
qu'au moyen d'un repos fur le fecond
femiton qui divifoit les deux tétracordes ,
de forte qu'il étoit entendu que la note
qui exprimoit ce femi ton mitoyen , pouvoit
naturellement porter deux accords ,
fçavoir le premier comme appartenant à
la fucceffion du chant du premier Tetracorde
, & un fecond , commie appartenant
à l'Octave dont ce femi ton étoit naturellement
la note fenfible.
L'exemple pour le Mode mineur felon cette
même méthode des Grecs , étoit bien fimple
; ils ajoutoient au- deſſous du fi de leurs
deux tétracordes conjoints , un la qu'ils
diftinguoient & féparoient de l'échelle
comme fon fur ajouté ; par ce moyen ils
avoient l'Octave reguliere & entiere da
Mode mineur , en defcendant cette Octave
depuis le la d'en haut , jufqu'au la d'en bas
fur ajouté.
La , Si , Ut , Re , Mi , Fa , Sol , La.
Le fecours de ce même La, employé
ainfi par les Grecs pour rendre complette
l'échelle de l'octave du Mode mineur , leur
fervoit également pour le complettement
JUIN. 1753. IS
de leurs deux Tetracordes deftinés à la repréfentation
de l'Octave diatonique du
Mode majeur ; les tons ou intervalles la ,
, ur, qui fe trouvoient de fuite & dans
leur jufte pofition pour commencer l'Octave
du ton mineur , devant à leur réplique
à la fuite de cette Octave , figurer également
pour porter l'Octave d'ut , juſqu'à
fon dernier degré dans la même progrelfion.
Tels ont été les fondemens de la Mufique
des Grecs. Ce que les hiftoires en ont
dit de grand & de merveilleux ne doit
laiffer aucun doute , qu'ils n'ayent ſçû
faire ufage des bemots de même que des
diezes , pour varier & caractérifer leurs
chants dans les différentes modulations .
Il auroit été bien à fouhaiter que la
décadence & la ruine des Sciences & des
Arts dans des fiècles malheureux , n'euffent
pas privé la poftérité des regles qui
formoient la méthode de cette ancienne
Mufique ( a ) . Il en eft arrivé que ceux ,
qui après plufieurs fiécles , ont renouvellé
( a ) On voit fur ce fujet dans l'Ouvrage de
M. Rameau , intitulé: Démonftration du principe
de l'harmonie p . 5. Ce qui fuit. » Les progrès qu'o-
»péroit la même Mufique , nous furent tranfmis
» à la vérité ; mais il ne parvint jufqu'à nous au-
» cunes des regles qu'obfervoient les Auteurs
pour opérer ces prodiges,
16 MERCURE DE FRANCE.
dans l'Europe la fcience de la Mufique ,
fe font figuré que les deux Tetracordes
conjoints des Grecs n'étoient pas fuffifans ,
& que voulant tendre au mieux , ils ont
fubftitué à ces deux Tetracordes , la fuccef
fion diatonique de la Gamme , qu échelle de
l'Octave ut , re , mi , fa, fol , la, f, ut (4),
fa ) On voit dans les élémens de la Mufique
théorique & pratique , p. 36. que notre échelle
ut , re , mi , fa , fol , la , fi , ut , eft composée de
deux parties , dont l'une at , re , mi , fa , fol , eft
dans le mode d'ut , & l'autre fol , ia , ſt , ut , cft
dans le mode de fol.
Voici ce qu'on lit à cette même page 36.
L'échelle des Modernes peut être regardée comme
compolée de deux Tetracordes disjoints , &
parfaitement femblables ; ut , re , mi , fa , & foľ,
la, fi , ut ; Pun dans le mode d'ut, l'autre dans celui
» de fol.
20
33.
On voit dans la Démonftration du principe de
l'harmonie de M. Rameau , p. 58. ce qui fuit ;
Il eft impoffible d'établir aucun Syftème dia-
» tonique dans l'étendue d'une Octave , fans qu'il ne
s'y rencontre des confonnances altérées.
L'avis de Meffieurs de l'Académie des Sciences
fur cet ouvrage de M. Rameau , ajoute p . 25. ce
qui fuit :
la,
Cette fucceffion immédiate exige que lefon fol
foit regardé comme appartenant à deux modes à
la fois , & féparant , pour ainfi dire , l'un de l'au
tre les deux Tetracordes ut , re , mi , fa , fol ,
fi, ut ; la meille ure maniere d'indiquer ici le paffage
dans un nouveau mode , feroit fans doute
de népéter deuxfois le fon fal
JUIN. 1753. 17
méthode qui en laiffant , comme de raifon
, fubfiiter les deux femi- tons naturels au
mi & au fi dans l'Octave d'ut , a introduit
la difficulté & irrégularité de l'intonation
des trois tans defuite fa , fol , la , fi , ce qui
a donné lieu à beaucoup de fyftêmes , tant
avant que depuis Zarlino , pour l'évaluation
& l'explication des tons & des accords
dans la totalité de l'Octave.
le
Enfin M. Rameau fe tenant à cette
échelle diatonique , établie depuis un auffi
long - tems , comme la baze de la Mufique
dans tous les Royaumes de l'Europe , s'eft
attaché à démontrer que les fons harmoniques
, naturellement produits par
fon fondamental ou tonique de chaque
Octave , donnent des indications claires
& certaines , non - feulement pour la jufte
évaluation des tons de cette échelle diata
nique , & pour éviter ou fauver l'incon
vénient des quatre tons qui s'y trouvent de
fuite ; mais aufli pour lafucceffion & la combinaifon
des accords dans l'Octave d'ur , &
dans les autres Octaves qui peuvent plus
ou moins y correfpondre pour l'agrément
& la perfection de la Mufique ; de forte
Dans la pratique du chant on fe contente d'un
fal ;
mais en ce cas il y a toujours , foit après le
fn fa , foit après le fon fol , un repos exprimé qu
fous-entendu.
18 MERCURE DE FRANCE.
qu'il paroit que déformais les amateurs de
cette Science ne peuvent mieux faire ,
que d'adopter les principes de fon fyfte
me préferablement à tout autre , & d'en
tirer pour la théorie & la pratique , les
conféquences qui doivent naturellement
enréfulter.
Voici les propres termes de M. Rameau
dans la Démonftration du principe de
l'harmonie à Meffieurs de l'Académie des
Sciences , page 19.
» Le corps fonore , que j'appelle à jufte
titre fon fundamental ( a ) , & principe
unique Generateur & Ordonnateur de
toute la Mufique , cette caufe immédiate
»de tons fes effets , le corps fonore , dis
» je , ne réſonne pas plutôt , qu'il engen
(a ) On voit fur ce fujet dans les élemens de
Mufique théorique & pratique , page 12. ce qui
fuit.
Si on fait réfonner un corps fonore , on en
tend , outre le fon principal & ſon Octave , deus
sautres fons très aigus , dont l'un eft la douzić.
» me au -deffus du fon principal , c'eſt à-dire l'Oc
tave de la quinte de ce fon ; & l'autre eft la dir
feptiéme majeure au-deffus de ce mêmefon ,
» c'est- à- dire , la double O &ave de fa tierce ma
» jeure.
Le fon principal eft appellé Generateur , & les
deux autres fons qu'il engendre & qui l'accom
" pagnent ,font appellés les harmoniques , ca y
comprenant l'Odave.
JUIN. 1753 . 19
>> dre en même tems toutes les proportions
» continues , d'où naiffent la mélodie , les
» modes , les genres & jufqu'aux moindres
« régles néceffaires à la pratique.
M. Rameau ajoute page 61 , qu'avec les
proportions naît l'harmonie , & avec la méladie
les progreffions , & il en tire la conféquence
fuivante.
» Ainfi cet ordre conftant , qu'on n'avoit
reconnu tel qu'en conféquence d'u
» ne infinité d'opérations & de combinai-
»fons , précéde ici toute combinaifon &
» toute opération humaine , & fe préſente
»dès la premiere réfonnance du corps fo-
» nore , tel que la nature l'exige ; ainfi ce
qui n'étoit qu'indication , devient prin-
" cipe , & l'organe fans le fecours de l'efprit
, éprouve ici ce que l'efprit avoit dé-
» couvert fans l'entremise de l'organe.
23
Le premierprincipe , felon ce fyftême eft,.
que la quinie d'un ton étant le premier
de fes deux fons harmoniques , ce fon de
la quinte a une influence principale pour
la progreffion du chant & des accords fur
Le fondement du premier fon fondamental
& Generateur de l'Octave ; c'eſt à raifon
de cette influence principale de cette
quinte , qu'elle eft nommée dominante du
ton.
Le ton d'ut fert d'exemple , comme Ge
20 MERCURE DE FRANCE.
nerateur & premier fon fondamental de lon
Octave diatonique.
Ses deux fons harmoniques fontfolà læ
quinte , & mi à la tierce majeure ( a ).
Il faut bien remarquer que cette quiate
fol , produite harmoniquement par le
fon ut , ne réfonne qu'au fol de la feconde
Octave , & que la tierce majeure mi , ne réfonne
qu'au mi de la troifiéme Octave.
Comme le nombre pour défigner les
notes de la premiere Octave d'ut , montent
jufqu'à 8 , la quinte harmonique à la
feconde Octave fe trouve au nombre
12 ( b ) , & la tierce harmoniqne au nombre
17 , à latroifiéme Octave .
Ainfi le fon naturellement monte`toujours
; mais la voix humaine n'ayant pas
affez d'étendue pour fuivre la progreffion
de ce fon , & chaque perfonne en particulier
n'ayant , foit par la raifon du fexe ,
de l'âge , foit par la force , ou la conftitu
(a) On voit fur ce fujet dans les élemens de
Mufique théorique & pratique , p. 19. ce qui fuit.
Ce chant ut , mi , fol , ut , dans lequel la tier-
» ce ut , mi , eft majeure , conftitue , ce qu'on appelle
le genre ou mode majeur ; d'où il s'enfuit
que le mode majeur eft l'ouvrage immédiat de
20
» la nature .
( b ) La douziéme eft l'Octave de la quinte.
La dixième & la dix- feptiéme font les Octaves
de la tierce majeure.
JUIN. 1753 : Z1
ion des organes , qu'une certaine étendue
, tant pour les baffes que pour les deffus
, il arrive de même naturellement ,
que lorfque nous ne pouvons atteindre à
exprimer un fon dans une Octave fupérieure
, notre voix fe porte d'elle- même à
J'exprimer dans une Octave plus à la portée
; on voit fur ce fujet dans l'avis de
Meffieurs de l'Académie des Sciences , fur
la Démonstration du principe de l'harmonie
de M. Rameau , p. 4. ce qui fuit.
» Si nous entonnons la tierce au lieu
» de la dix- feptiéme , & la quinte au lieu
» de la douzième , c'eſt que le peu d'éten-
» due de notre voix , & la facilité que
» nous avons à confondre les fons avec
» leurs Octaves , nous porte naturellement
» à réduire tous les intervalles à leurs moin .
» dres degrés.
La même chofe fe fait par imitation
dans les inftrumens de Mafique , felon
qu'ils portent plus au moins haut , & par
cette confidération , l'on doit toujours
avoir attention pour la fixation des tons
diatoniques dans la premiere Octave , d'y
rapporter les fons harmoniques concomitans
, qui réfonnent naturellement avec le
fon fondamental , premier Generateur à la
quinte de fa feconde Octave , & à la tierce
de fa troifiéme Octave.
22 MERCURE DE FRANCE.
Après avoir reçu de la nature les fons
harmoniques ut , mi , fol , produits par
la totalité de la corde , nous trouvons que
le pincement de cette corde à ſon tiersfd ,
donne pareillement , outre ce premier
fon , les deux fons harmoniques de fa tierce
& de la quinie , fi , re ; dans cette feconde
opération nous confidérons la note fo
comme cooperatear dominant , dans l'Oc
ve du ton principal Ut ; c'eft à ce titre
qu'elle nous donne à fa tierce majeure le
fi pour note fenfible de cette Octave , & i
fa quinte ou douzième ( a ) , le re pour
neuvieme ou feconde note de cette même
Octave.
Quant aux tons de fa & la , qui nous
restent à trouver pour complerter cette
Octave diatonique d'ut , & nous ne vou
lons pas nous écarter de la même voie des
fons harmoniques , nous trouverons par
une troifi me opération toute femblable , fur
La même corde , l'indication de ces deux
fons , en continuant de la racourcir une
feconde fois dans les mêmes proportions ;
car alors en la pinçant elle donne le fon
re , quinte de la dominante fol & fa &
la , fons harmoniques de ce même fon re , à
fa douzième , & à fa dix -feptiéme pour
completter cette Octave diatonique ut.
(a) La neuviéme eft l'Octave de la feconde.
JUIN. 1753 23
Au moyen de cette triple opération fur
le même fondement , & par les mêmes
voies , ut fera véritablement & réellement
le Generateur de tous les tons de fon Octave
, tant par fes propres fons harmoniques
mi , fol , que par ceux de fa quinte
ou dominante fol , fi , re ; avec le concours
de ceux de cette feconde quinte re , fa , la,
la note fol étant ainfi le fondement de la
feconde opération , & fa quinte adoptée
comme feconde ou neuvième Octave diato
nique ut , étant pareillement le fondement
de la troifiéme opération.
Dans cette progreffion harmonique ;
ut , comme fon fondamental & premier
Generateur , donne les accords confonans
de fon Octave ; fol , comme fecondfon principal
, donne les accords qui contenant
le fi , note fenfible du ton , dominent naturellement
dans toute l'étendue de cette
même Octave , & re comme troifiéme note
principale , eft le fondement des accords
diffonans , qui doivent naturellement concourir
par leur entrelaffement entre les
accords confonans de la note tonique &
ceux de la dominante.
On peut objecter contre la troifiéme
opération harmonique , faite comme les
deux premieres far upe feule & même
corde , pour trouver l'échelle diatonique
1
24 MERCURE DE FRANCE.
- d'ut , que la tierce produire par le re ;
comme coopérateur pour la formation de
cette Octave , doit être fuppofée majeure,
& qu'ainfi elle donne fa Dieze avec l'inconvénient
des trois tons de fuite depuis
ut , pendant qu'il faut pour cette fucceffion
diatonique le fa naturel , qui conformément
à l'échelle des Grecs & à celle de
la Mufique moderne , fait fuccéder un
femi ton aux deux premiers tons de cette
Octave ; c'eft vraisemblablement ce qui
engagé M. Rameau , à prendre une autre
Toute pour l'introduction & la fixation du
fa & du la dans l'Octave d'ur , & à préferer
pour cet effet l'indication tirée du
frémiffement d'une corde accordée à la ſeconde
ou quinte , au deffous de la corde
c'eft à dire , au fa. Selon cette branche
du fyftême de M. Rameau , le fa devient
à raifon de ce fimple frémiffement ,
une note principale de l'Octave diatoni
que d'ut , & donne conféquemment in
-qualité de fons dominante du ton , ſa tierce
majeure la pour le complettement entier
de cette Octave.
On ne peut difconvenir que ce moyen
de completter l'Octave diatonique , ne
foit ingénieufement imaginé ; M. Rameau
s'y eft d'autant plus attaché , que c'eſt un
moyen d'expliquer très -fenfiblement la
progreffion
JUI N. 1753. 25
progreffion de la baffe fondamentale par
quintes , foit en montant , ou en defcendant
; on voit fur ce fujet dans les élemens
de Mufique théorique & pratiqué , p. 21 ,
ce qui fuit :
199
" Puifque le fon ut fait entendre le
fon fol , & fait frémir le fon fa , qui
»font fes deux douzièmes , nous pouvons
imaginer un chant compofé de ce fon
> ut & de fes deux douziémes , ou ce qui
revient au même , de fes deux quintes
fa & fol , l'une au- deffous , l'autre audeffus
, ce qui donne le chant ou la fuite
» des quintes fa , ut , fol , que j'appelle
baffe fondamentale d'ut par quintes .
သ
S
On voit fur ce même fujet dans l'avis
de Meffieurs de l'Académie des Sciences ,
du dixiémc Décembre 1749 , fur la Démonftration
du principe harmonique de
M. Rameau , page 12 , ce qui fuit.
» Les trois fons qui forment cette baſſe,
» & les harmoniques de chacun de ces
" trois fons , compofent ce qu'on appelle
» le mode majeur d'ut.
Cependant à fuivre l'expérience du frémiflement
des cordes à la douzième & à
la dix-feptiéme majeure au- deffous d'ut ,
on trouve que cette indication donne non
le la naturel , mais le la bemol , & il
roit qu'on peut en conclure , que le ren-
II. Vol.
B
pa26
MERCURE DE FRANCE.
"
verſement des vrais fons harmoniques
d'ut par cette opération , doit bien plutôt
y faire confidérer le fa ( a ) , comme indiquant
naturellement la route de l'Octave
d'ut , mode mineur en defcendant ceue
Octave.
On peat de plus confidérer dans cette
opération pour le renversement des fons
harmoniques d'ut , qu'en fuppofant que
les cordes qui repréfentent ce renversement
par leur frémiffement à la douzième & à
ła dix feptiéme majeure , vinffont à réfonner
, elles exprimeroient non le ton fa & la
bemol , mais le fon même de la corde d'ut ,
comme caufe unique de refrémiffement ;
c'eft ce qu'on voit dans fa Démonftration
du principe de l'harmonie de M. Rameau ,
portant à la page 64 ce qui fuit :
» Pour former un accord parfait , où le
" genre mineur ait lieu , il faut fuppofer
» que les multiples réfonnent , & qu'ils
» réfounent dans leur totalité , au lieu
»qu'en faivant l'expérience que j'ai rap-
( a) On voit fur ce fujet dans les élemens de
Mufique théorique & pratique , page 20 , ce qui
fuit :
•
» De -là nous pouvons former ce chant indiqué
par la nature fa , la bemol , ut , dans lequel la
» tierce fa , la bemol en partant du premier fon fa,
a eft mineure ; & voilà l'origine du genre du mode ,
appellé mineur.
JUIN. 1753 27
portée , ils ne font que frémir & fe di-
» vilent en frémillant , dans les parties
» qui conftituent l'uniffon du corps fenore
» qui les met en mouvement ; de forte
»fi dans cet état de divifion , on ſuppoſoit
» qu'ils vinffent à réfonner , on n'enten-
»droit que cet uniffon.
que
>> On ne peut donc fuppofer la réfon-
» nance des multiples dans leur totalité ,
» pour en former un tout harmonieux ,
» qu'en s'écartant des premieres loix de la
nature .
Ces premieres loix de la nature font les
fons harmoniques , & il paroît que ce
qu'elles indiquent principalement , quant
à la fucceffion des tons diatoniques dans
la progreffion de l'Octave d'ut , eft de chercheries
fons de cette Octave , non - feulement
dans ceux qui font produits par la
réfonnance naturelle de cette corde , &
dans ceux de fa quinte , ou dominante fol ,
mais auffi dans ceux de fa neuvième qui
donnent fa & la , en fe conformant cependant
aux régles de l'harmonie pour
fauver l'inconvénient du fa , qui dans cette
progreffion harmonique fe trouve dieze
, & qui toutefois ne doit être employé
que comme dans le Tetracorde des Grecs ,
c'est à dire comme fa naturel , dans la fucceffion
diatonique de l'Octave d'ut.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Dans cette progreffion des fons barmo
niques du re , c'est le ton la , qui eft prodait
le premier à la douzième ou quinte
de re le fa Dieze n'eft produit qu'à la
dix-feptiéme pour la tierce du re , & comme
c'eft principalement fur les quintes
que fe fait l'opération harmonique pour
la fixation des fons diatoniques de l'Oc
tave , & pour la progreffion des accords ,
il s'enfuic que dans cette production har
monique du re , le fa Dieze ne doit pas
être regardé comme devant être auffi abfolument
invariable que le la ; de forte
qu'on peut très-bien appliquer en cet endroit
, ce que l'on voit dans la Démonftration
du principe de l'harmonie par M.
Rameau , page 24 ›
dans les termes fuivans.
*
» Il est évident que la feule quinte
»conftitue l'harmonie , & que les tierces
» la varient .
Ce qui dans les régles de l'harmonie
conduit à regarder ce fa tierce du re , comme
pouvant & devant varier par la diminution
d'un feini-ton pour faire partie de
l'Octave d'ut , c'eft que ce fon re ne devient
fon fondamental dans cette Octave
d'ut, que par fon concours avec la dominante
fol , dont il eft le principal fon harmonique
, comme donnant à la tierce maJUIN.
1753. 29
jeure le fa Dieze , note fenfible pour entrer
dans l'Octave de ce ton fol.
Par ce rapport néceffaire & immédiat du
fon re ( a ) , avec le ton fol dominante d'ut',
on conçoit aifément que le fa Dieze produit
à la tierce ou dix feptiéme de ce re ,
ne peut avoir la même force & les mêmes
conféquences fur l'Octave d'ut , lorsqu'il
repugne à la voix humaine de former en
l'exprimant , trois tons de fuite en monrant
depuis cette note tonique.
On peut même regarder comme une in .
dication naturelle , fur l'ufage & la propriété
de ce fa dans l'Octave d'ut , le frémiffement
de la corde à la douzième ou
quinte au deffous de la corde d'at , c'eftà-
dire au fa fous -dominante , puifqu'il eft
reconnu que cette corde , fi elle réfonnoit
dans fa totalité , ne rendroit pas le fon fa
mais celui d'ut , caufe unique de ce frémiffement.
Car on peut en tirer l'induction , que
le fa qui à la troifiéme opération pour les
productions harmoniques fur la corde ut ,
eft Dieze , eft cependant tellement fubor
donnée à l'ut , note tonique fondamentale
(a ) On voit dans les élemens du Mufique théo
rique & pratique , p . 85 , ce qui fuit.
} "Re , qui eft le fecond fon de la gamme , appar
tient à l'harmonie de fol , fecond fon de la baffe.
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
qu'il ne peut auffi long- tems que le chant
demeure dans l'Octave de cette note tonique
, être employé que comme fous - dominante
du fol , c'eſt - à- dire , fans être
Diezé.
Le re , agiffant comme auxiliaire de la
dominante fol , nous donnera donc le f« ,
pour la quatriéme note de l'Octave d'ur ;
bien entendu que cette production de la
dix- feptiéme de ce re ne fera regardée ,
comme ayant affez de force pour obliger
de lui conferver fon Dieke , que dans le
cas où il devra figurer comme note fenfible
de l'Octave defol , & non dans ceux où il
fera partie intégrante de l'Octave diatonique
d'ur.
Cette indication far l'affoibliffement &
la variation de ce fa , donné par la troifiéme
opération des productions harmoniques
d'une même corde , paroît d'autant
plus naturelle , que dans l'accord diffonant
fondé fur ce re , l'ut le trouve tou
jours figurer en même tems comme feptiéme
& comme note principale de l'Octave,
& que dans les cas où la dominante fol
vent retourner par la progreflion diatonique
de la cadence parfaite à cet ut (on Generateur
, cette note fa'ſe trouve alorsfans
fonction proprement dite , puifque dans
cette marche du chant de la baffe , le fa ne
JUIN. 1753.
31
peut naturellement porter d'autre accord ,
que celui de la dominante qui continue
de regner fur ce fa , lequel s'y trouve englobé
fous le nom de Triton.
L'Octave diatonique d'ut , fe trouvant
ainfi fixée par l'union de fes fons harmoniques
, tant avec ceux de fa dominante ,
qu'avec ceux de la quinte de cette dominante
, le compofiteur aura pour le mode
majeur dans cette Octave ( a ) ,
Premierement , les accords connus com.
me dérivés de la note tonique par les fons
harmoniques à la tierce majeure , & à fa
quinte.
Secondement , l'accord de la dominante
portant , outre l'accord parfait de les deux
fons harmoniques , une feptiéme qui dans
J'Octave d'ut eft précisément le fa , qui
Le trouve confondu & abforbé dans cet
accord , fans y faire d'autre fonction que
d'y figurer comme triton avec la note fen-
Able fi , laquelle conduit au ton generateur
ut , note principale & fondamentale
du ton.
Troifiémement , l'accord diffonant ou
de liaison pour concourir & aider pareille-
(1 ) Selon l'avertiffement fur les élémens de
Mufique théorique & pratique , page 6 , il s'agit
de faire voir comment on peut déduire d'unfeul
principe d'expérience les loix de l'harmonie.
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
par
ment à la marche & progreffion des accords
dans l'Octave diatonique d'ut ; cet
accord diffonant ayant pour fondement be
re avec la tierce & fa quinte fa & la , donnés
la troifiéme opération pour la production
des fons harmoniques de la corde
d'ut , mais étant en même tems fubordonné
à cette même note fondamentale ur ,
ce qui fait ut , re , fa , la , accord dont
l'emploi fe fait fur ces quatre notes fous
differens noms , foir directement , foit
par renversement , & dont M. Rameau a
expliqué amplement les noms & le double
emploi , felon que cet accord figure
principalement fur la note re , ou fur la
note la ; M. Rameau faiſant même entendre
dans fa Démonſtration du principe de
l'harmonie , page 6o , que ce double emploi
eft la tierce feconde d'une des plus
grandes variétés dans la Mufique.
Quatrièmement , le Compofiteur peut
aifément promener fes chants & les accords
, non-feulement dans cette Octave
d'ut , mais auffi dans les deux Octaves COFrefpondantes
de fol & de re , en obfervant
de ne conferver la Dieze au fa , comme
un des fons harmoniques de fol ,
lorfque le re fe trouvera employé comme
dominante , exigeant la tierce majeure fa
Dieze pour note fenfible conduisant à ce
ton de fol.
› que
JUIN. 1753 : 3.3
Cinquièmement, non-feulement le Com
pofiteur peut au gré de fon goût, jouir de ces
Trois Octaves correfpondantes d'ut , de fol,
de re ( a) , mais il peut également fans le dé-
( a ) On voit fur ce fujet dans les élemens de
Mufique théorique & pratique , p. 56 , ce qui .
fuit :
22 Quand on paffe d'un mode àun autre par Pintervalle
de tierce , foit en montant , foit en def
cendant , comme d'ut à mi , ou d'ut à la , de mi
» à ut , ou de la à ut , le mode de majeur devient
» mineur , ou de mineur devient majeur..
32 Un mode ne ceffe ordinairement , furtout dans
» le commencement d'une Piéce , que pour paffer
» dans l'un ou l'autre de les modes les plus rela--
tifs , qui font le mode de fa quinte au - deffus , &
» celui de fa tierce au - deffous ; ainfi les modes les
plus relatifs du mode majeur d'ut , font le mode
» de fol , majeur , & celui de la , mineur.
"
ર
» Outre ces deux modes relatifs , il y en a en--
» core deux autres dans lefquels le mode principal
paffe , mais plus rarement ; fçavoir le mode de:
fa quinte au-deffous & celui de la tierce au- def--
fus , comme fa & mi pour le mode d'ut .
30
On voit auffi dans les élemens de Mufique théo
rique & pratique , p. 107 , ce qui fuit ::
Toute note qui porte l'accord parfait , ſe nem--
me tonique.
» Toute note qui porte l'accord de feptiéme , ſe
» nomme dominante .
ל כ
» Parmi les accords de feptiéme , nous ne comp--
tons point ici l'accord de feptiéme diminuée ,
qui n'eft qu'improprement appellé : accord dea
feptiéme..
23 Quand un accord de feptiéme eft composé
By
34 MERCURE DE FRANCE.
tourner de fon Octave fondamentale d'ut,
employer auffi dans fes chants , de nouvelles
toniques avec leur accord naturel
& de nouvelles dominantes , c'eſt - à - dire ,
des notes portant l'accord de feptiéme
dans les Octaves de mi, fa , la , fi , ces
quatre notes de même que celles de fol &
de re , avec leur tierce & quinte appar
tenant à l'Octave ut , re , mi , fa , fol , la,
fi , ut ; bien entendu que ces accords foient
confervés analogues aux fons diatoniques
de cette Octave.
Si le Compofiteur croit devoir s'écarter
dans d'autres routes , c'eſt à dire , que le
trouvant fur une autre note tonique que
celle d'ut , il veuille s'attacher pour quelques
momens , ou fraſes de fa mélodie
ou de fon harmonie , à l'Octave diatonique
de cette autre note , c'est alors qu'il
peut fe trouver dans le cas d'introduire
dans le chant , foit à la baffe continue ,
foit dans les parties fupérieures , un Dieze
ou un bemol , au moyen duquel il puiffe ,
foit en montant , foit en defcendant d'un
femi -ton , entrer dans cette nouvelle Oc-
» d'une tierce majeure fuivie de deux tierces mi-
» neures , la note fondamentale de cet accord fe
» nomme dominante tonique ; dans tout autre accord
»de feptiéme , la fondamentale fe nomme fimpls-
» ment dominante.
JUI N. 1753. 35
tave au fortir de celle d'ut , & qui ne doit
fe faire qu'en fe conformant aux principes
& aux régles prefcrites pour la marche
de la baffe fondamentale , en forte
que le même chant puiffe revenir aiſément
par les mêmes routes à fon principe
dans l'Octave du ton premier Generateur.
Tout ce qui vient d'être expofé pour
l'Octave majeure d'ut , pris feulement
pour exemple ( a ) , peut & doit également
s'entendre pour les autres Octaves qui
peuvent être également fondées fur chacune
des fept notes de la gamme ut , re ,
mi , fa , fol , la , fi , ut ; c'eſt- à - dire , fur
celle de ces notes qui feroit prise pour
être repréfentée par une corde dans toute
fon étendue , parce qu'alors fon Octave
diatonique pour le ton majeur , feroit pareillement
& égalemeut le produit de fes
fons harmoniques , de ceux de fa quinte ,
comme note dominante , & du concours de
( a ) On voit fur ce fujet dans les élémeus de
Mufique théorique & pratique , page 95 , ce qui
fuit :
ラン
>> L'échelle diatonique ou gamme étant com
pofée de douze demi tons , il eft viſible que cha
» cun de ces demi tons en particulier peut être le
Generateur du mode , & qu'ainfi il y a vingt qua-
Fre modes entons , douze majeurs & douze mi-
3 BeUES
B vj
35 MERCURE DE FRANCE.
ceux de la quinte de cette dominante , pour y
fervir de liaiſon entre les accords confonans
& ceux de la dominante .
Ces, accords de la dominante étoient cidevant
connus fous le nom de grande difſonance
, comme exprimant avec la note fenfible
à la tierce majeure de la dominante,
l'accord de triton , qui proprement ne figure
que comme feptiéme dans ces accords
de la dominante.
Une chofe importante que le Muficien
doit avoir continuellement préfente à l'efprit
, lorfqu'il compofe dans le mode majeur
, c'eft que conformément à ce qui a
été ci-deffus dir du Tetracorde conjoint
des Grecs , la tierce majeure de la note tonique
, peut devenir naturellement une note
Jenfible , pour le conduire à l'Octave du
femi- ton qui fe trouve au -deffus , qu'ainfi
dans l'Octave majeure d'ut , le mi peut être
employé , non- feulement comme mediante
du ton d'ut , ou comme fimple note tonique
adjointe à cette Octave d'ut , ou comme
fimple dominante de la note la , mais auffi
comme note fenfible pour faire entrer naturellement
dans le ton de fa , quatrième
note du ton d'ut ; alors le fi bemol figurant
avec le mi , forme un triton ; pendant que
ce mi devenu note fenfible , indique l'en .
trée du ton dans l'Octave de fa , cù certe
JUI N. 1753-
37
note fenfible monte , pendant que le triron
defcend fur le la , qui eft la mediante
de l'Octave de fa.
La principale raifon qui a paru devoir
engager à recourir à l'expédient du double
emploi , pour définir quelle dénomination.
le fa naturel doit porter dans le cas où il
concourt avec le re à former l'Octave diatonique
ut , a été qu'en confidérant les.
quintes dans leur fucceffion triple fur le
fondement du nombre trois qu'indique le
pincé de la corde au tiers , & en leur fai
fant faire progreffion avec les tierces ma
jeures dont la progreffion eft , quintuple ,
comme étant prife à la cinquième partie
de la corde , il arrive qu'à la quatrièmequinte
la progreffion triple parvient au
nombre 8i , pendaut que la progreffion
des tierces . par quintuple n'arrive qu'au
nombre de So , & qu'ainfi il paroîtroitqu'il
y a réellement une difference notable
entre le produit des tierces majeures
& celui des quintes ; en effèt cette difference
dans le calcul , de même que dans
le
partage pour la divifion de la corde que
l'on fuppofe devoir y fervir de fondement
, a engagé les Muficiens à admettre .
dans la progreffion des quintes de quatreen
quatre , un coma de plus que dans la
progreffion des tierces majeurs ; mais
38 MERCURE DE FRANCE.
avons-nous une certitude phylique que
cette difference foit réellement dans la nature
des fons harmoniques ? & feroit- ce
déraifonner , que de penfer que la tierce
& la quinte y font produits , & conſervés
dans la proportion la plus jufte , non-feulement
dans les premieres Octaves , mais
auffi dans les autres qui peuvent être produites
par le fon Generateur de la premiere
, & que la difference de 80 à St
dans le calcul de la progreffion des tierces
& des quintes n'eft véritablement qu'apparente
, & n'a de réalité que dans notre
calcul , qui jufqu'à préfent n'a pû être
opéré que par une arithmétique infuffifante
pour la jufte comparaifon & fixation
des differentes parties d'un tout , confidérées
dans leur proportion triple , & dans
leur
rapport ou proportion quintuple ?
Ce doute fur la réaliré de cette difference
de 80 à St , dans la fucceffion &
évaluation des quintes & des tierces majeures
produites par les fons harmoniques,
peut influer fur la valeur des tons & fur
T'emploi des accords , en conféquence de
calculs produits par une arithmétique ,
dont les régles ne peuvent jamais atteindre
à la précision des proportions dans les
opérations de la nature.
On voit fur ce fujet dans les élemens
JUIN. 1753. 39
de Mufique théorique & pratique , p. 2 } ,
ce qui fuit :
"
La étant confidéré dans la fuite des
quintes comme quinte de re , & par con-
» féquent comme quinte de la quinte de
» fol , ne fçauroit faire avec ut une tierce
»mineure jufte & harmonique.
Mais cette réflexion ou régle peut s'entendre
des produits dans la progreffion
de ces quintes ( a ) , felon les calculs de
notre Arithmétique , pour le tempérainment
des accords fur les inftrumens , ces
calculs étant véritablement utiles pour
concilier par un tempéramment convena-
( a ) On voit fur ce fujet dans les élemens de
Mufique théorique & pratique , page 43 , ce qui
fuit :
» Il est néceflaire que toutes les quintes foient
» altérées , ou du moins quelques - unes ; or n'y
ayant point de raison pour altérer l'une préféra
» blement à l'autre , il s'enfuit que nous devons
toutes les altérer également ; par ce moyen l'al-
>> tération fè trouvant également répandue fur tou-
» tes les quintes , fera prefque imperceptible pour
» chacune ; & ainfi la quinte qui eft après l'Octave
, la plus parfaite de toutes les confonances
» & que nous fommes forcés d'altérer , ne le feta
» que le moins qu'il eft poffible.
Cette altération des intervalles dans les inftru.
» mens à touches , & même dans les inftrumens
fans touches , eft ce qu'on appelle tempéram
a ment.
40 MERCURE DE FRANCE.
ble dans l'accord des orgues & des clave.
cins , la force des quintes avec celles des
tierces , fans qu'il en réfulte une démonf
tration , que ces calculs doivent nécellairement
décider de la valeur réelle & naturelle
des fons harmoniques , foit de la
note tonique , foit de la dominante avec
l'adjonction de ceux de la quinte , pour
compléter la totalité des fons diatoniques
d'une Octave.
Par ces confidérations on admettroit le
double emploi ; comme utile dans la compofition
de la Mufique , pour explication
de l'ufage de l'accord diffonant de chaque
Octave ; mais en même tems on pourroit
fans trop d'inconvéniens , ne point s'atta
cher trop fcrupuleufement à faire la dif
tinction & l'application de ce double emploi
( a ) ; nous lifons même dans la Démonftration
du principe harmonique de
M. Rameau fur ce fujet , page 59 , ce qui
fuit :
» II importe peu à l'oreille que le la
Il
" dont il eft queftion , appartienne à fa
» comme tierce , ou à re comme quinte
»
& qu'il foit de même de part & d'autre,
(a) On voit dans les élemens de Mufique théorique
& pratique , page 68 , que ce double emploi
étant une efpéce de fcience , ne doit être employé.
qu'avecune forte de précaution..
JUIN 1753
43
dès qu'il forme de chaque côté une con-
»fonance jufte avec ſa baffe fondamen-
» tale.
""
Qu'importent à l'oreille les rapports
de ces produits lorfque tout l'effet
» qu'elle en éprouve , naît directement de
la baffe fondamentale , de la perfection
» de fon harmonie , de la difference des
genres majeurs & mineurs dans cette
» harmonie , & du plus ou moins de rap-
» port entre les modes fucceffifs .
» Voilà déja un fait éclairci , fçavoir ,
» l'inutilité de rectifier des differences
inappréciables , & qui par là doivent
» être réputées infenfibles .
Il n'eft point queftion ici d'approfondir
quels rapports les accords tirés des fyftêmes
cromatiques ou en harmoniques , peuvent
avoir avec les accords purement harmoniques
( a ) ; il peut fuffire de fçavoir
que ces accords établis fur une progreffion
par tierces majeures , ne peuvent être regardés
comme fondés véritablement ſur la
(a )On voit fur ce fujet dans les élémens de
Mufique théorique & pratique , page 74 , que les
accords fondés fur la feptiéme diminuée en ton
mineur , peuvent être regardés comme formés par
la réunion des deux accords de la dominante , &
de la fous - dominante dont on retranche la note.
tonique & la dominante , laquelle eſt toujoursfousentendue
, & même eft cenfée la note principale
42 MERCURE DE FRANCE.
production des fons harmoniques , qui
renferment principalement & néceffaire.
ment la quinte , & que ces accords extraor
dinaires ne doivent être employés qu'avec
de grands ménagemens.
Il a été obfervé ci - deffus , que les deux
Tetracordes conjoints des Grecs , fi , ut , re ,
mi , fa , fol , la , repréfentoient le mode
majeur ; mais qu'en ajoutant un la au- deſ
fous du fi , ces deux mêmes Tetracordes
leur fervoient pour la repréſentation du
mode mineur en defcendant.
Les mêmes notes leur fervoient pour les
Dons diatoniques du mode mineur , en commençant
à la note la , pour monter à la
quinte mi.
Quant à la fuite de cette Octave , en
montant de la dominante mi jufqu'au la ,
ils fçavoient que la marche devoit être
comme pour le mode majeur ; de forte
que tout le fecret étoit de monter le fa &
le fol , chacun d'un femi-ton par des Diezes
, pour parvenir par la tierce majeure
de la dominante mi à l'Octave la , ce qui
doit faire juger qu'ils avoient de même
que nous , l'ufage de la note fenfible pour
tous les tons , foit majeurs , foit mineurs .
Il ne paroît pas que nos principes pour
l'Octave diatonique du mode mineur
tant en montant qu'en defcendant , foient
›
JUIN. 1753.
43
differens de cette méthode des Grecs : fur
leur exemple on a repréſenté cette Octave
par celle de la , & il fuffit d'y comparer
leur tetracorde , pour voir que c'eft précifément
la même chofe en defcendant
cette Octave , & qu'en la montant il faut
néceffairement , après la dominante mi
ajouter un Dieze au fol pour la rendre
note fenfible de cette Octave , ce qui
oblige de monter pareillement d'un Dieze
le fa ( a ) , qui fe trouve entre le mi & ce
fol.
Ce que les modernes ont découvert de
plus , c'eft qu'au moyen de l'expérience
fur des cordes accordées à la douzième ou
quinte , & à la dix feptième ou tierce majeure
( b ) , au deffous de la corde d'ut ,
(a) Dans cette fucceffion diatonique , le fa eft
une pote de paffage.
(b ) On voit fur ce fujet dans les élemens de
Mufique théorique & pratique , page 54 , ce qui
fuit.
n
Il a été prouvé ( chap . 11. ) que la nature donne
immédiatement le mode majeur , par la réſonance
» du corps fonore , & qu'elle indique le mode mile
frémiſſement de la douzième & de la
dix- feptiéme majeure au-deffous de fon princi-
"pal.
» neur par
La nature en nous indiquant le mode mineur par
ale frémillement de cette douziéme & de cette dix.
»feptiéme , nous ramene en même tems , autant
qu'il eft poffible au fon principal d'ut , pour for44
MERCURE DE FRANCE.
pour
c'est- à- dire , au fa naturel & au la bemol ;
on fçait que par le renverversement des fons
harmoniques de cette corde d'ut , ces deux
nouvelles cordes frémiffent , & que ces
frémiffemens indiquent la route du ton mineur
, tant le ton de fa en montant ,
que pour celui d'ut en defcendant ; de
forte que fi cette même opération étoit
faire fur deux autres cordes dont
P'une donneroit les fons harmoniques
du re , & l'autre montée pour le ton de
fol , frémiroit dans les divifions correſpondantes
à ces fons harmoniques , l'on
auroit pareillement l'Octave mineure pour
le re en defcendant , & pour le fol ea
montant.
Mais ces expériences étant de fimple
curiofité , il peut fuffire pour la Mufique
pratique , de s'en tenir à l'exemple de
l'Octave la , conformément à la méthode
des Grees.
Quant à la théorie , il' paroît qu'on pour
roit regarder cette échelle du ton mineur ,
comme la fuite de l'opération harmonique
fur la corde ut ; car les fons harmoniques
produits , tant par cette note toni
mer le genre ou mode mineur , puifque fi cette
douziéme & cette dix - feptiéme réfonnoient en
» frémiffant , elles ne rendroient que le fon princi-
» pal' ut.
JUI N. 1753. 45
que , que par fa dominante fol , & par le
concours de fa quinte re , finiffant au la ,
ce peut- être une indication de la nature
pour nous faire fentir que l'Octave mineurefondée
fur ce la , correfpond entierement
& parfaitement avec le mode majeur
, fondé fur la note ut ; de forte que
ces deux Octaves , l'une majeure & l'autre
mineure , font analogues , & très- propres
à concourir enſemble à la plus parfaite
harmonie
( a ).
On peut très - bien appliquer ici , ce
que l'on voit dans la démonftration du
principe de l'harmonie de M. Rameau ,
page 71 .
» Ce nouveau fon fondamental , qu'on
veut regarder pour lors comme Genera-
» teur de fon mode , ne l'eft plus que par
» fubordination ; il eft forcé d'y fuivre en
» tout point la loi du premier Generateur ,
(a) On voit fur ce fujet dans les élemens de
Mufique théorique & pratique , page 71 , ce qui
fuit :
» Le mode mineur eft fufceptible d'un plus grand
» nombre de variétés que le mode majeur. Auffi
» ce dernier mode eft- il l'ouvrage de la nature
feule , au lieu que le mineur eſt en partie l'ou-
» vrage de l'Art. Mais en récompenfe le mode
majeur a reçu de la nature , dont il eft immédiatement
formé , une force & une vigueur que
» le mineur n'a pas.
46 MERCURE DE FRANCE:
"
qui lui céde feulement fa place dans cet-
» te feconde création , pour y occuper cel
» le qui eft la plus importante.
19
De-là , fuit une grande communauté
» de fons entre les harmonies des fonda-
» mentaux de ces deux modes ; car dès
que le Generateur du majeur & fa tierce,
»forment la tierce & la quinte du Gene-
» rateur du mineur , il en doit être de
» même entre les adjoints , comme il eft
» aifé de le vérifier ; de cette communauté
» de fons fuit un même ordre diatonique
» dans l'étendue de l'Octave de l'un & de
» l'autre mode , du moins en defcendant ,
» excepté que chaque Generateur y com-
» mence & finit fon ordre.
"
" La génération de ces deux modes ou
»le majeur , conftitue le genre du mineur :
2 leur analogie , que je puis regarder com-
» me une filiation dans leurs adjoints , &
» le fecours mutuel qu'ils fe prêtent , fem-
» blent préfenter certaines idées de.com-
» paraifon , dont on pourroit peut- être
tirer quelques inductions pour expliquer
» d'autres phenoménes de la nature.
On ne peut mieux finir ces réflexions
que par ces propres paroles de M. Rameau
( a) .
(4 ) Démonſtration du principe de l'harmonie ,
P. 67.
JUIN. 17531
47
La nature veut que le principe qu'elle
a une fois établi , donne par tout la loi ;
» que tout s'y rapporte , tout lui foit
» foumis , tout lui foit fubordonné , har-
» monie , mélodie , ordre , mode , genre ,
» effet , tout enfin .
Car ce principe conduit naturellement
à faire adopter le fyftême de la triple génération
harmonique , expliquée dans le
préfent Mémoire pour la fixation des tons
& des accords de l'Octave diatonique ,
tant pour le mode majeur , que pour le
mode mineur.
Hic M, T , D. en 3. p , T. & V , A
formant un tout parfait , fans autre difference
que dans les rapports & opérations
,
MADRIGAL.
L A jeune Egié , voyant un portrait de l'Amour,
Demandoit à Daphnis par quel deftin fevere ,
L'aimable Maître de Cythere
Avoit été privé de la clarté du jour .
Vous en êtes cauſe , Bergere ,
Lui dit il ; car Vénus ſa mere ,
Des dons les plus parfaits voulant vous décorer ,
Vous a donné les yeux qui devoient l'éclairer.
Par M. Lebeau de Schofne.
S MERCURE DE FRANCE:
TRADUCTION
De quelques endroits choifis de
Télémaque .
O
grotte
de
Defcription de la Grotte de Calypfo.
N arrive à la porte de la
Calypfo , où Telemaque fut furpris
de voir , avec une apparence de fimplicité
ruftique , tout ce qui peut charmer
les yeux. On n'y voyoit ni or , ni argent ,
ni matbre , ni colomnes , ni tableaux , ni
ftatues , cette Grotte étoit taillée dans le
roc , en voûtes pleines de rocailles & de
coquilles ; elle étoit tapiffée d'une jeune
vigne , qui étendoit fes branches fouples
également de tous côtés : les doux zéphirs
confervoient en ce lieu , malgré les ardeurs
du foleil , une délicieuſe fraicheur ;
des fontaines coulant avec un doux murmure
fur des prés fémés d'amaranthes & de
violettesformoient en divers lieux des bains
auffi purs & auffi clairs que le cristal , &c.
La grotte de la Déeffe étoit fur le penchant
d'une colline ; de là on découvroit
la mer , quelquefois claire & unie comme
une
"
JUIN.
1753 .
49
J
Endroits choifis de
Telemaque
Defcription de la Grotte de Calypfo.
Amque Deæ fpelunca Deam , comiteſque recepit
,
Hic , quæcumque placent agrefti & Amplice cultu
,
Telemachus mirà captus dulcedine vidit :
Aurum aberat , pariufque lapis, nec lamina lentum
Duxerat argentum ,
fpirabantque atria fignis
Phidiacis , nec Apellæos animata colores
Tela miniftrabat ,
ftabantque ex ære columnæ
Sed fpelunca cavo maternæ rupis in antro
Sectilis æquales fefe curvabat in arcus ,
Collectæque mari concha , tereteſque lapilli
Fornice pendebant , ramifque fequacibus hærens
Omni ex parte ſpecum vitis frondofa tegebat.
Hic placidi æftivos jucundo frigore foles
Mulcebant zephyri,
querulifque per humida prata ;
Quà violas trudebat humus , mollefque amaranthas
,
Balnea fundebat cryftallina naïades urnis , &c.
•
Quàpronum collis devexus coeperat infrà
Inclinare jugum , ftabat ſpelunca Calypfûs :
Hinc , velut è fpeculâ , vaſti circumfua Nerei
Æquora cernere erat , nitido nunc æmula vitro,
1.Vol. C
f5o0 MERCURE DE FRANCE.
une glace , quelquefois follement irritée
contre les rochers , où elle fe brifoit en
gémiffant , & élevant les vagues comme
les montagnes ; d'un autre côté on voyoit
une riviere où fe formoient des ifles bordées
de tilleuls fleuris , & de hauts peu
pliers qui portoient leurs têtes fuperbes
jufques dans les nuës ; les divers canaux
qui formoient ces ifles , fembloient ſe jouer
dans la campagne ; les uns rouloient leurs
caux avec rapidité , d'autres avoient une
cau paifible & dormante , & d'autres par
détours revenoient fur leurs pas , comme
pour remonter vers leur fource , & fembloient
ne pouvoir quitter ces bords enchantés
on appercevoit de loin des collines
& des montagnes qui fe perdoient
dans les nuës , & dont la figure bifarre
formoit un horifon à fouhait pour le plaifir
des yeux , & c.
Telemaque eft préfenté à Séſoftris.
Cette curiofité du Roi fit qu'on nous
préfenta à lui. Quand il me vit , il étoit
fur un trône d'yvoire , tenant en fa main
un fceptre d'or ; il étoit déja vieux , mais
agréable , plein de douceur & de majefté ,
il jugeoit tous les jours les peuples avec
une patience & une fageffe qu'on admi-
嘎
JUIN.
SL 1753 .
Planaque , ceu glaciem , ftratis æqualiter undis ,
Nunc fuper iminotas fruftrà indignantia rupes ,
Fractaque cum gemitu , & montes volventia aqua-i
rum .
Parte aliâ non una jacens in fluminis alveo
Infula florentes tilias in margine ripe ,
Populeafque comas æquabat in nubibus altis.
Intereà fecto deducti ex amne canales
Ludebant in agris , nunc limpida murmure rauco
Nympha ferebatur , nunc fagna quiera , lacufque
Tranquillis fundabat aquis , aut reflua rectò
Ad fontemque velut reditura , in feque recurrens
Emenfum relegebat iter , fimilifque moranti
Sufpenfor latices tardabat amore locorum.
Eminds æthereum dorfis ingentibus axema
Ferre videbantur colles , montefque fuperbi ,
Intentofque oculos quà Coeli definit orbis ,
Mirè oblectabat rudis , indigeftaque moles , & c
Telemaque eft préfenté à Séſoftris.
Idcircò Pharius nos navita duxit ad arcem
Principis ; ille throno , cùm me confpexit , eburno
Fultus erat , fceptrumque manufufceperat aureum;
Jamque ævi maturus erat , fed gratia blandis
Interfufa genis læros afflårat honores ,
Majeftafque decens placido fpirabat in ote :
Nulla folebat iners lux affulgere tyrano ,
Sed , dum folis equi pulfabant ætheris axes ;
Fas , & jura dabat populis mirantibus ultrò ;
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
roit fans flatterie. Après avoir travaillé
toute la journée à régler les affaires & à
rendre une exacte juftice , il fe délafſoit
le foir à écouter des hommes fçavans , ou
à converfer avec les plus honnêtes gens ,
qu'il fçavoit bien choisir pour les admettre
dans fa familiarité. On ne pouvoit
lui reprocher dans toute la vie , que d'a
voir triomphé avec trop de fafte des Rois
qu'il avoit vaincus , & de s'être confié à
un de fes fujets que je vous dépeindrai
tour à l'heure. Il fut touché de ma jeune
fe & de ma douleur , il me demanda ma
patrie & mon nom . Nous fûmes étonnés
de la fageffe qui parloit par fa bouche. Je
lui répondis : ô grand Roi , vous n'igno
rez pas le fiége de Troye , qui a duré dix
ans , & fa ruine qui a coûté tant de fang
à toute la Grece : Ulyffe , mon pere , a été
un des principaux Rois qui ont ruiné cette
Ville : il erre fur toutes les mers , fans
pouvoir trouver l'ifle d'Itaque , qui eft fon
Ton Royaume ; je le cherche , un malheur
femblable au fien fait que j'ai été
pris , rendez-moi à mon pere & à ma patrie
; ainfi puiffent les Dieux vous confer
yer à vos enfans , & leur faire fentir la
joye de vivre fous un fi bon pere , &c.
JUI N. 17339 13
Mox , ubi plena dies perfecto temporis orbe
Juftitiæ fuerat , rebufque impenfa regendis ,
Oftia cum doctis auditor ferus agebat
Vefpertina Sophis , aut mutua verba ferebat
Cum notis probitate viris , quos anteà dignos
Expertus fuerat , queis regia tecta paterent,
Hactenus huic nullum poterat vox publica culpam
Exprobare , nifi quòd vanâ laude fuperbus ,
Poftquam belligeros tot Reges marte fubegit ,
Servierat nimium famæ , & popularibus auris ,
Fidebatque viro cujus mox furta patebunt.
Jamque dolore meo motus , tenerâque juventâ ,
Scitatur patriofque lares , nomenque , genufque' ;
Vifa fuit fenis ore loqui facunda minerva .
Sicque ego refpondi , non te , Rex maxime , fugit
Obfidio Trojana decem dilata per annos ,
Excidiumque urbis tot Græcum cladibus emptum
:
Magnanimos inter Reges , quos bellica virtus
Exciit in Trojam , famâ præclarus Ulyffes
Hanc pater evertit , nunc devius æquore vafto
Tentat iter , fruftraque procul fugentia quærit
Regna Ithaca, patriafque domos , ubi fceptra gerebat
;
Hujus ego pariter veftigia per maris undas
Indeprenfa fequor , fed patris ad inftar , iniquis
Cafibus impulfum me claffis regia cepit ;
Ergò iterùm patriæ reducem me redde , patrique ;
Sic fuprema Deum fervet te curia natis ,
Lætenturque did patris ora verenda tueri , & c.
C iij
54 MERCURE DE FRANCE,
Defeription de Tyr.
Je profitai de ce féjour pour connoître
les moeurs des Phéniciens fi célébres dans
toutes les nations connues. Fadmirois
l'heureuſe fituation de cette grande Ville ,
qui eft au milieu de la mer dans une iſle.
La côte voifine eft délicieuſe par fa ferti
lité , par les fruits exquis qu'elle porte ,
par le nombre des Villes & des villages ,
qui fe touchent prefque , enfin par la douceur
de fon climat car les montagnes
mettent cette côte à l'abri des vents brûlans
du midi ; elle eft rafraichie par le vent
du Nord qui vient du côté de la mer. Le
pays eft aux pieds du mont Liban , dont le
fommet fend les nuës , & va toucher les
aftres une glace éternelle couvre for
front ; des fleuves pleins de neiges tom
bent comme des torrens , des pointes des
rochers qui environnent fa têre. Au def
fous on voit une vafte forêt de cédres an
tiques , qui paroiffent auffi vieux que la
terre où ils font plantés , & qui portent
leurs branches épaiffes jufqu'aux nues. Cette
forêt a fous les pieds de gras pâturages
dans la pente de la montagne. C'eft là
qu'on voit errer les taureaux qui magif
fent , les brebis qui bêlent , avec leurs
JUIN. 1753. 55
Defcription de Tyr.
Hæc mihi permifit Tyrios mora difcere mores
Quorum fama volat totum vulgata per orbem.
Hanc urbem immenfam , ftantem , quà gurgite
Nerei
Infula loca patet mediis mirabar in undis.
Aurea fertilitas vicinâ regnat in orâ ,
Pendentque arboribus fragrantia poma , nec unos
Finitima pagos tangunt ferè manibus urbes ;
Demum non alibi coelo magis æqua fereno
Temperies conftat , nam colles defuper oram
Infanis tepidi defendunt flatibus auftri ,
Aque mari fpirans Aquilo dat frigus amchum
Fufa jacet Regio montis radicibus imis
Cui Libano nomen , fectafque cacumina nubes
Prætereunt , pulfantque jugis immanibus aſtra',
Frons riget æternâ glacie , fluviique nivales
Præcipitant tanquàm torrentes murmure rauco
Rupibus ex altis , quêis cingitur horrida cervix ;
Inferius veteres inftar telluris ubi ftant ,
Denfaque tollentes in coelum brachia cedros
Explicat, & viridi latè nemus imminet umbra ;
Sub pedibus fylvæ , quà fe fubducere collis
Incipit , atque jugum molli demittere clivo ,
Pafcua læta patent ; illic errantia longos
Dant armenta boum mugitus , blandaque lenes
Balatus exercet ovis , vicideſque per herbas
Subſultim ludunt teneri cum matribus agni ;
C ilij
16 MERCURE DE FRANCE.
agneaux qui bondiffent fur l'herbe frai
che. Là coulent mille ruiffeaux qui diftribuent
par tout une onde claire . Enfin , on
voit au deffous de ces pâturages le pied de
la montagne , qui eft comme un jardin.
Le Printems & l'Automne y regnent enfemble
pour y joindre les fleurs & les
fruits. Jamais ni le foufte empefté du Midi
, ni le rigoureux Aquilon , n'ont ofé
effacer les vives couleurs qui ornent ce
jardin. C'eft auprès de cette côte que s'é.
leve dans la mer une ille où eft bâtie la
ville de Tyr. Cette grande Ville femble
nager au- deffus des eaux , & être la Rei
ne de toute la mer ; les Marchands y
abondent de toutes les parties du monde,
& fes habitans font eux- mêmes les plus fameux
marchands qu'il y ait dans l'univers.
JUI N.
$7
17538
Hic non una fcatens pumice limpida Nayas
Multifidos trudit per faxa loquacia rivos ;
Denique pes montis , firus humida pafcua fubter
Ambitiofus opes oftentat fertilis horti :
Hîc , ut poma novis coëant cum floribus , unà
Autumnus cum perpetuo fe vere maritat ,
Réftiferifque notus corrodens omnia flabris ;
Hybernufque Aquilo fpirans ex ore procellas ,
Non audent vivos horti delere colores.
Huic dulci vicina plage medio æquore furgit
Infula , quæ dorfo fundatam fuftinet urbem ,
Hanc fuprà pelagi circumflua ftagna natanten
Tre putes , totique freto dare jura videtur ;
Huc mercatores advecti ex omnibus oris
Conveniunt , portumque tenent , ipfifque colonis
Antè alias gentes commercia ritè coluntur , &c,
ev
JS MERCURE DE FRANCE
REFLEXIONS
Traduites de P Allemand
I.PLus
Lus les hommes font infociables &
vicieux, plus ils crient contre la per
verfité des hommes ; à les entendre il n'y a
point d'amis ils ont raifon , on ne croit
pas aux plaifits dont on n'a jamais goûté
les douceurs .
II . Si le génie des faux amis eft de pro
fiter des biens , du rang & du crédit de
ceux aufquels ils feignent de s'attacher ; le
premier office qu'ils leur rendent , eft de
les abandonner quand ils n'en ont plus
rien à efperer .
III. La manie des petits genies eft de
vouloir être bien avec les Grands ; leur fofie
, de le croire , lorfqu'ils en ont obtenu
la moindre faveur : j'en ai connu , me difoit
un homme d'efprit , qui pouffoient
Pillufion au point de croire que le petit
fils d'un homme en place, devoit fe reffouvenir
de la protection que fon grand- pere
leur avoit accordé plus de cinquante
ans avant la naiffance de fon propre
fils.
IV. Les louanges qu'on donne aux
JUIN. 1753. 19
échans , la flatterie dont on les accable
uand ils font en place, eft un tribut qu'on
aye à la crainte qu'infpirent leurs actions.
affées .
V. Tout le monde vante fon bon coeur ,
& perfonne ne loue fon efprit ; c'est que
'un attire l'envie , par la fupériorité qu'il
nous donne fur nos femblables , & que
'autre nous rend utiles.
V I. Les jeunes gens ne méprifent point
a vieilleffe , mais les vices des vieillards
eur caprice & leur humeur, Fontenelle ,
Paris ; ne s'eft jamais apperçu qu'il fûr
infuportable àla jeuneffe.
VII. Que les hommes font inconféquens
; recevoir une injure & ne pas
la venger , eft une tache qui ternit à
jamais la réputation ; faire une promeffe
& ne pas la remplir , & fous différens
prétextes éluder de tenir fa parole ,
eft à leur fentiment une chofe fort indifférente.
Pour moi je ne vois pas qui eft
plus à méprifer , de celui qui s'empare dir
bien d'autrui , ou de celui qui ne tient pas
fa promeffe.
VIII. Comme on prife les vertus à pro
portion des avantages qu'elles procurent
aux hommes, on a horreur des vices rélati
vementau tort qu'ils font à l'humanité, ainfi
la prodigalité qui en ruinant un feul a enri-
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
chi pluſieurs , eſt moins blâmée que l'orgueil
qui humilie tout ce qu'elle approche
, & que l'avarice qui anéantit fans
rien répandre , qui confume fans jouiffance
& qui poffede fans avantage.
IX. Les humeurs , les caprices & l'infociabilité
, font attribués fauffement à la
nature : le fang & la difpofition des organes
n'en font pas la caufe.Nos paffions, voilà ce
qui nous rend capricieux, fantafques, d'un
commerce difficile , enfin à charge à tout
le monde. D'Orimes vit - elle avec quelqu'un
qui foit fon égal ? non , elle veut
trop de refpect , & parce qu'elle en rend
baffement à tous les Grands , elle s'ïmagine
qu'elle en mérite de fes égaux.
Cloris ne vit plus à la Ville : à l'entendre
le théâtre eft trop grand pour quelqu'un
qui comme elle aime la tetraite & les
plaifirs de la campagne . Elle diroit vrai ,
felle difoit qu'elle veut primer & amaf
fer.
X. Aller droit & fans politique , c'eft
le vrai moyen de réuffir : tôt ou tard le
politique fe découvre lui - même , on eraint
toujours celui-cr ; il diroit vrai , qu'on fe
perfuaderoit le contraire ; tout chez luiparoit
fineffe & détours , tandis que la
droiture de l'autre empêche qu'on le
eraigne ; on le voit agir , cela fuffic pour
JUIN. 1753 . 61
ne pas le redouter & pour l'eftimer. Ainfi
la défiance produit la haine , auffi naturellement
que de l'ouverture du coeur naît
Famitié.
Traduit par Mlle. D. S. T. T.
VERS
Préfentés au Roi , par M. l'Abbé Pinget , de
Savoye , petit-neveu de feu Son Eminencs
M. le Cardinal Martigny.
U Ne Mufe inconnue , un étranger timide ,
Que le zéle foutient , que le fentiment guide ,
Ofe aujourd'hui , Grand Roi , vous adreffer des
vers ,
•
Vous préfenter fes voeux , & ceux de l'univers .
Tous les coeurs font Sujets d'un Monarque efi
mable ;
Il doit regner par tout , dès - là qu'il eft aimable ;
Un Regne fi charmant , un Empire fi doux ,
Qui n'appartient qu'aux Rois aimés , & tels que
vous ,
N'eft point un Regne étroit , entouré de barrieres,
Limité par des loix , borné par des frontieres ;,
Il s'étend jufqu'aux bords où naît & meurt le jour,
Jufqu'où l'on fait unir le reſpect à l'amour.
Les peuples éloignés , ou voiſins de la France ,
62 MERCURE DE FRANCE.
Elevés , comme moi , fous une autre Puiſsance ,
S'unifsent aux François pour vous aimer comme
eux.
Nous bénifsons les loix qui les rendent heureus.
Nous adorons leur Roi fi refpecté des nôtres ,
Leur Roi né pour donner des exemples aux autres!
Lors même que la guerre embrâfoit tant d'Etats,
Lorfque Mars fous vos loix nous livrant des com
bats ,
Des flots de notre fang faifoit rougir la terre' ;
Tandis que votre bras gouvernoit le tonnerre ,
On respectoit les coups qui partoient de vos
mains :
Nous ohions deviner vos voeux & vos defseins .
Nous difions : ce Héros , ce Vainqueur redouta
ble ,
Gémit , fous fes lauriers , du fort qui nous accable.
Tout le fang qu'il répand , coulant contre les voeuxy
Coûte moins à fon bras qu'à fon coeur généreuz.
C'est nous qui le forçons d'augmenter fes com
quêtes ;
Ce n'eft qu'avec douleur qu'il tonne fur nos têtes
Il veut finir nos maux , il combat pour la paix ;
C'étoit , Roi généreux , le but de vos fuccès.
Loin d'imiter ces Rois que la victoire entraîne ,
Vous cherchiez , vrai 'Héros , une gloire moins
vaine 9
Eorfque vos fiers foldats guidés par vos regards ,
Ebranloient nos Cités , foudroyoient nos remparts
JUIN.
1753.
Quand , la foudre à la main , à l'Europe étonnée
Vous paroiffiez promettre une autre deftinée .
Le dirai je ? Honoré du nom de Conquérant ,
Surchargé de lauriers , vous parûtes moins Grandi
Que quand on vous a vú , laſsé de la victoire,
En faveur de la paix limiter votre gloire.
Depuis cet heureux jour , ainfi que vos Sujets,
Tous les peuples foumis partagent vos bienfaites.
L'Europe les éprouve , & ne femble plus faite
Qu'un Etat florissant dont vous êtes le Pere.
Ea Paix fixa fon fort & fes deftins fottans :
C'étoit-là que tendoient tant d'exploits éclatan
Paix , heureuſe Paix fi long- tems exilée ,
Que les voeux de L ours ont enfin rappellée ,
Afsure à fon Empire un fort plein de douceurs';
Enchaîne fous les loix l'univers & les coeurs.
La France qu'il gouverne , & que fon Regne ho
nore' ,
La France qu'il vengea , le révere & l'adore..
Des bords où je fuis né jufqu'aux climats lointains,
Les Héros de fon Sang , peuple de Souverains ,
Dont fa main multiplie ou foutient les Couronnes
Ont recouvré leurs droits , ont monté fur des
Trônes.
Bourbons , qu'il a vengés , refpectez dans Louis,
L'appui de vos Etats , & la gloire des Lys.
Peuples qu'il a vaincus , méritez fa clémence ,
Ufez de fes bienfaits , redoutez fa vengeance.
Notre bonheur, Grand Roi , fondé fur vos vertus,
64 MERCURE DEFRANCE:
Prolongera le cours des jours qui vous font dûs.
Votre fils adoré d'une époufe féconde ,
Va combler vos defirs , donner des Rois au mon➡
de .
Vos Sujets défarmés , dans le fein du repos ,
Jouiffent fous vos yeux du fruit de leurs travaux.
Autour de votre Trône appuyé fur leur zéle ,
Tous ces Héros couverts d'une gloire immor
relle ,
Se couronnent d'olive , au lieu de ces lauriers
Qui croissent dans le fang fur des bords meure '
triers .
Les Arts dont vos bienfaits rappelleront l'aurore
Au fein de vos Etats s'emprefseront d'éclore .
Mille Ecrivains jaloux d'éternifer leurs noms ,
Confacreront leur plume au meilleur des Bours
bons ;
Et la postérité redoublant fes fuffrages ,
Ainfique leur Héros , chérira leurs ouvrages,
JUI N. 1753:
65
ASSEMBLE'E
PUBLIQUE
L
De l'Académie Royale des Sciences ,
le 2 de Mai..
'Ouverture de la Séance fut faite par
M. de Fouchy , Secrétaire Perpétuel ,
qui déclara que le prix propofé pour cette
année , & dont le fujet étoit : la meilleure
maniere de fuppléer à l'action du vent fur les
grands Vaiffeaux , foit eny appliquant les rames
, foit en employant quelque autre moyen
que ce puiffe être , étoit adjugé à la Piéce
N°. z . qui a pour devife : Quarendi initium
ratio attulit cum effet ipfa ratio confirmata quarendo
, dont l'Auteur ne s'eft pas fait connoître.
M. de Fouchy lur enfuite Féloge
de feu M. Chicoyneau , Affocié libre de
l'Académie. A cette lecture fuccéda celle de
Meffieurs Bouguer , Lalande , Heriffant , de
Parcieux & Buache. Nous allons rendre
compte de ces differens Mémoires.
Extrait du Mimoire de M. Bouguer.
M. Bouguer lut un Mémoire fur les dilatations
de l'air dans l'atmosphère ; & tour
ce qu'il dit peut fe rapporter à trois
chefs.
66 MERCURE DE FRANCE.
Il expliqua dans la premiere partie les
expériences , dont on s'eft fervi pour découvrir
la loi que fuit l'élafticité de l'air
dans les condenſations on dilatations.
Ce fluide fait reffentir une force élastique
plus ou moins grande , précisément dans
le même rapport qu'il eft plus ou moins
comprimé. L'expérience en a été répetée
fur le haut de la Cordeliere du Pérou , de
même qu'en bas au bord de la mer , dans
la zône torride , de même que dans les
zônes temperées , & elle a toujours réuffi
parfaitement : ainfi on doit regarder comme
un principe de Phyfique très- certain ,
que les élasticités de l'air font proportionnelles
à fes denfités. Mais ce qui eft trèsdigne
de remarque , & ce qui angmente
le nombre de ces efpéces de contradictions ,
dans lesquelles on fe voit jetté trop
vent , lorfqu'on entreprend d'appliquer la
Géométrie à la Science naturelle , c'eft que
Meffieurs Hughuens , Mariotte & Hailey ,
ayant conclu de ce principe que les denfités
de l'air dans l'atmosphère , fuivoient
exactement une progreffion géométrique ,
cette conclufion qui paroît fi légitime , ne
s'eft néanmoins trouvée conforme à l'expérience
que dans quelques cas particuliers.
fou-
Pour voir les raifons qui déterminerent
Meffieurs Hughuens , Mariotte & Halley
JUIN. 1753 . 67
regarder les condenſations de l'air
comme les termes d'une progreffion géométrique
, il fuffit de fuppofer que toute
la hauteur de l'atmosphère eft divifée en
ane infinité de tranches ou couches de
même épaiffeur. Les couches inférieures
feront plus comprimées que les fupérieures
, parce qu'elles feront chargées de tout
le poids de l'air qui eft au- deffus : mais fi
les élasticités de ce fluide font proportionnelles
à fes condenfations , ou fil'air
fe condenfe précisément dans le rapport
des poids qui le preffent , la quantité d'air
contenu dans chaque couche fera proportionnelle
à la pefanteur de tout l'air qui eft
au-deffus ; & de cette forte les quantités
d'air de chaque couche , de même que les
pefanteurs totales , à commencer d'en haut ,
croîtront en progreffion géométrique , à
mefare qu'on prendra des points plus bas.
Telle eft la conféquence tirée par les trois
Phyficiens cirés par M. Bouguer , conféquence
qui femble promettre un moyen
auffi sûr que facile de trouver la hauteur
des montagnes par le barométre .
En effet , fi les pefanteurs de l'air croif
fent dans l'atmosphère depuis le haut jufqu'en
bas , felon les termes d'une progreffion
géométrique , pendant que les hauteurs
au-deffus du niveau de la mer dima
68 MERCURE DE FRANCE.
peut
huent en progreffion arithmétique , ori
peut prendre ces dernieres quantités pour
les logarithmes des premieres ; & nous
avons déja des tables toutes calculées des
hauteurs des montagnes pour chaque hauteur
du mercure dans le barométre. H eft
vrai que les logarithmes que la Nature a
pour ainfi dire , placés dans l'atmosphère ,
ne font pas égaux à ceux que renferment
nos Tables , dont la forme eft dépendante,
entr'autres chofes , de l'échelle de notre
numération ; mais ces logarithmes font an
moins proportionnels les uns aux autres ;
& il fuffit donc de faire quelque changement
aux feconds pour les rendre conformes
aux premiers. M. Bouguer a trouvé.
que ce changement étoit extrêmement
fimple pour toutes les montagnes de la
Cordeliere du Pérou. Aprés avoir fait
l'expérience du barométre dans deux poftes
differens , il n'y a qu'à reduire en lignes
les denx hauteurs du mercure , & fi on
prend la différence de leurs logarithmes ,
en retranchant une trentiéme partie , &
en n'employant que les quatre premieres
figures après la caracteristique , on aura le
nombre de toiles dont une des montagnes
eft plus élevée que l'autre.
Le fuccès qu'a eu cette régle dans tout le
haut de la Cordeliere du Pérou,montre que
JUIN. 1753 . 69
les condenfations de l'air y diminuent effectivement
en progreffion géométrique , à
mefure qu'on monte de quantités toujours
égales. Mais la même méthode ne réuffit
point , lorsqu'on l'applique à nos montagnes
d'Europe , & même lorfqu'on s'en
fert pour les montagnes de la zone torride
qui n'ont qu'une hauteur médiocre , M.
Bouguer nous donne ce fait comme cer
tain , & c'eft de cette difficulté dont il a
principalement en vue de nous donner le
dénouement. Les denfités de l'air diminuent
en progreffion géométrique audeffus
de 6 à 7 cens toiles de hauteur verticale
, & au - deffous de ces 6 ou 7 cens toi,
fes , la progreffion géométrique n'a plus
lieu. D'où peut venir cette exception ?
Outre que cette question est très- propre à
piquer la curiofité des Phyficiens , elle peut
engager dans des recherches qui condui
ront à une méthode abfolument générale
de déterminer la hauteur des montagnes ,
en fe fervant du barométre.
Notre Auteur nous fait remarquer dans
la feconde partie de fon Mémoire , qu'il
faut mettre une grande diftinction entre
l'élafticité actuelle de l'air , cette force avec
laquelle il agit , lorsqu'il eft dans un certain
état de compreffion , & fa vertu élas,
tique confidérée en général. Un reffort
70 MERCURE DE FRANCE.
d'acier ne fait que très-peu d'effort , fi on
ne l'écarte que très - peu de fon état naturel
, au lieu qu'un reffort très- foible agira
fortement , fi on le comprime , ou fi on le
dilate beaucoup. La même difference doit
fe trouver entre les parties de l'air , malgré
le préjugé qui nous porte à les fuppo
fer toutes parfaitement égales. Ce fluide
eft de tous les corps le plus compreffible ;
& lorfqu'il fe réduit à un moindre eſpace ,
il faut néceffairement que quelques- unes
des petites parties de fes molecules fe replient
, ou le rapprochent les unes des autres.
Mais ces petites parties qui fe re
plient , ont elles toutes quelque figure
qu'on puiffe leur attribuer , précisément
les mêmes dimenfions , la même longueur,
la même groffeur ? s'il s'y trouve la moindre
inégalité , les particules d'air ne feront
pas pour cela hétérogènes , ou d'une nature
differente : cependant le degré de leur
élafticité ne fera pas le même , l'intensité
de leur reffort fera differente. On ne pour
ra pas juger de l'élafticité d'une partie par
celle d'une autre , & il ne faudra pas non
plus , comme on ne l'a fait que trop fouvent
, appliquer à une feule les differences
qu'on aura néceffairement remarquées dans
plufieurs.
Pour répandre du jour fur ce fujet par
•
JU IN. 1753-
71
un exemple , on n'a qu'à fuppofer que
differens ouvriers font plufieurs refforts.
Chaque reffort fera reffentir une élasticité
qui changera proportionnellement à la
quantité dont on l'éloignera de fon état
naturel , pourvû qu'on ne l'expofe pas à
un trop grand changement d'extenfion .
Tous ces refforts obferveront donc la même
loi dans leur élasticité ; mais quant à
l'intensité de cette force , elle fera abfolument
differente dans tous , à moins qu'on
n'ait travaillé exprès à leur donner précifément
le même degré de roideur . En effet
l'égalité entre les intenfités des refforts
ou les vertus élastiques , fuppofe le concours
d'un grand nombre de conditions
qui ne fe rencontrent prefque jamais dans
les ouvrages de l'art , & qui doivent fe
trouver encore plus difficilement dans
ceux de la nature. Il n'eft pas néceffaire ,
ajoute M. Bouguer , de comparer l'élaſticité
d'une branche d'arbre à celle d'un rofeau
que le moindre vent fait plier ; deux
branches d'arbre n'auront jamais exactement
, ni la même longueur , ni le même
diamétre ; & ces differences en entraîneront
dans les élasticités qui pourront être
très-inégales , quoiqu'elles foient toujours
proportionnelles dans chaque corps aux
quantités de la flexion.
72 MERCURE DE FRANCE
Ceci a quelque rapport au principe des
indifcernables de M. Leibnitz ; principe auquel
il vaudroit mieux , felon notre Auteur
, donner un nom tout contraire , M.
Leibnitz prétendoit que l'égalité ou la
conformité parfaite entre les corps étoit
abfolument impoffible , & il le prouvoit
par l'infpection de tous les objets qui fe
préfentoient à lui . L'intensité de la force
élastique eft du même ordre , parce qu'elle
dépend entr'autres circonftances , des dimenfions
du corps & de fa figure . Ainfiil
ne faut pas confondre la loi, que fuit Pélafti
cité avec l'intensité de cette force . Cette der
niere eft infiniment plus fujette au chanl'autre
: elle tombe dans le cas
gement que
de cette variété , ou de cette diflemblance
que la nature a pris foin de répandre par
tout , au lieu que la premiere en eft comme
indépendante.
Toutes ces remarques s'appliquent au
reffort de l'air ; & il en résulte que le théorême
général qui portoit que les dilatations
ou condenſations de l'atmoſphère , ſuivent
une progreffion géométrique à differentes
diſtances de la terre , doit recevoir de trèsgrandes
reftrictions. La progreffion géométrique
auroit lieu , fi toutes les parties
d'air avoient la même vertu élastique , fi
elles étoient toutes comparables à des refforts
JUIN. 17531
71
que
forts de même roideur ; fi chaque maffe
d'air transportée plus haut ou plus bas ,
produifoit précisément le même effet , que
celle dont elle prendroit la place , alors il
ne fe trouveroit dans les condenfations de
l'air , ou dans fes élafticités actuelles
la feule difference qu'y peut introduire le
poids des parties fupérieures , felon qu'elles
forment une colonne plus ou moins
longue. Mais puifque chaque partie d'air
a un dégré propre & diftinct de vertu
élastique , ou que l'intenfité de fa force eft
differente , la progreffion géométrique ne
doit point convenir aux dilatations de l'atmofphère
à differentes hauteurs. On doit
même ajouter qu'il n'eft pas poffible de
trouver à priori d'autre régle , ou de fubftituer
d'autre progreffion à la géométrique ;
puifque nous ne fçavons ni les limites ,
entre lefquelles font renfermées les élafticités
differentes des particules d'air , ni les
quantités d'air , qui ont le même degré
d'élafticité.
On voit bien en général que s'il fe trouve
une très-grande difference entre les intenfités
du reffort , les parties d'air plus
élastiques monteront néceffairement au
haut de l'atmosphère , les parties doüées
de moins de vertu élastique refteront en
bas , & toutes celles qui jouiront d'une
II. Vola D
74 MERCURE DE FRANCE.
élafticité égale ou moyenne , fe placeront
dans le milieu de la hauteur , en formant
une orbe plus ou moins épaiffe , ſelon
qu'elles feront en plus grande ou en moin
dre quantité. Le fommet de la Cordeliere
du Pérou , pénétre fans doute dans cette
orbe ; mais au deffous les élasticités fpéci
fiques de l'air y font inégales , & ce fluide
cherche continuellement dans cette région
baffe un équilibre qu'il ne trouve jamais.
C'est par cette raifon que M. Bouguer ne
veut pas qu'on prenne le niveau de la mer
pour premier terme , lorfqu'on fe fert da
barométre , pour trouver la hauteur des
montagnes ; il veut qu'on choififfe plutôt
le fommet de quelqu'autre montagne plas
haute , dont la hauteur ait été déterminée
exactement. Il a trouvé , par exemple,
que
là hauteur de Pichincha , montagne
adjacente à Quito , étoit de 2434. pat
rapport au niveau de la mer, & le mercure
s'y foutenoit dans le barométre à 15 pouces
II lignes. Il n'y a donc , lorfqu'on a
fait l'expérience du barométre fur le fommet
d'une montagne , qu'à chercher par
les logarithmes , combien elle eft moins
haute que Pichincha , & on en aura enfuite
la hauteur abfolue.
Tout ce que notre Académien vient
l'établir , fe trouve confirmé dans la der
JUI N. 17535
75
*
niere partie de fon Mémoire . Il cherchoit
par le mouvement d'un pendule la denfité
de l'air , en chaque endroit où il faifoit
les expériences du barométre. Plus l'air
étoit denſe , plus il réfiftoit aux excurfions
du pendule , & ces excurfions ſe réduifoient
plus promptement à une moindre
étendue. Ce pendule qui avoit 6 pieds
de longueut & une affez grande furface ,
perdoit à Quito la cinquième partie de
fon mouvement en 147 ofcillations fimples
; & c'étoit la même chofe dans tous
les autres lieux également élevés , la denfité
de l'air y étant la même. M. Bouguer
ne trouvoit de difference que lorsqu'il
paffoit dans un air plus rare en montant ,
on dans un air plus denfe en defcendant ,
alors le poids de la partie fupérieure de
l'air augmentoit ou diminuoit ; la preffion
devenoit plus grande ou moindre , mais
vers le haut de la Cordeliere , les denfités
de l'air fe trouvoient toujours exactement
proportionnelles aux forces comprimentes
; ainfi tout l'air avoit la même vertu
élaftique , ou la même intenfité de reffort
à cette grande élevation.
Les choſes devinrent differentes lorfque
l'Auteur s'approcha de la mer , & qu'il defcendit
entierement la Cordeliere pour s'en
revenir en Europe, Il trouva en certains en
Dij
78 MERCURE DE FRANCE:
droits que l'intensité du reffort de l'air y
étoit fenfiblement moindre ; la denfité y
étoit plus grande que ne fembloit le demander
la force de la compreffion. Ceci
fut obfervé à Popayan , où les circonftances
locales fourniffoient une explication
naturelle de ce changement. Plus bas l'intenfité
du reffort fe trouva plus grande ,
elle augmenta jufqu'à environ 200 toifes
au-deffus de la furface de la mer : elle ceffa
enfuite de croître , & elle diminua
après cela jufqu'à la mer , malgré l'action
de la chaleur qui travailloit à l'augmen
ter.
Le Mémoire dont nous rendons comp
te , finit en indiquant le moyen de déterminer
par le barométre la hauteur des
montagnes qui ne font qui ne font que médiocrement
élevées , & qui formoient , comme
on l'a vû , une exception à la régle géné
rale. Toutes les fois qu'en comparant les
expériences du pendufe avec celles du barométre
, on obfervera entre les denfités
de l'air & les hauteurs du mercure ,le
rapport trouvé à Quito , ce fera une mar
que que la vertu élastique de l'air fera la
même ; & il n'y aura qu'à retrancher ,
comme vers le fommet de la Cordeliere ,
une trentiéme partie des logarithmes des
kauteurs du mercure , pour avoir par leur
JUI N. 1753. 77
rence celles des hauteurs des montaexprimées
en toifes . Mais il arrivera
ent que les denfités de l'air ne feront
proportionnelles aux hauteurs du mer-
; elles feront trop grandes ou trop
res : alors la régle qui réuffit dans le
t de la Cordeliere aura befoin d'une
ation . Si l'air eft trop denfe , la même
ntité occupera moins de place ; ainfi
fera obligé de faire une legere dimiion
à la hauteur trouvée par les logames.
Si au contraire l'air eft trop peu
denfé à proportion de la hauteur du
cure , il occupera plus d'efpace , & il
droit donc augmenter la hauteur fourpar
la premiere régle.
setrait du Mémoire de M. de Lalande.
e Mémoire de M. de Lalande n'eft qu'un
Frait des obfervations qu'il a faites à Berpar
ordre du Roi , pour déterminer la
allaxe & la diftance de la Lune à la
re ; après avoir parlé de fes préparatifs
des précautions qu'il a apportées dans
obfervations il parcourut fuccinteent
l'hiftoire de tout ce qui s'étoit fait
puis Pythagore jufqu'à nous , par raprt
à cette partie de la Phyfique , & après
oir calculé fur différentes hypothefes de
courbure de la terre , la diftance de Ber-
>
Diij .
78 MERCURE DEFRANCE.
lin au Cap de Bonne Efpérance , où M.
de la Caille faifoit aux mêmes inſtants les
mêmes obfervations , il en conclut la parallaxe
d'environ un tiers de minute plus
grande , & la diſtance de la Lune de 600
lieues plus petite qu'elle ne fe trouve dans
les dernieres Tables de M. Halley , & des
inftitutions Aftronomiques de M. le Mo
nier: c'eft l'abrégé d'un ouvrage qu'il don
nera bien-tôt , & dans lequel il traitera
cette matiere plus au long , en conftruifant
lui- même les tables qui y font relatives .
Extrait du Mémoire de M. Heriffant.
M. Heriffant lut un Mémoire intitulé :
Recherches fur les organes de la voix des
quadrupedes , & de celle des oifeaux. Son
objet n'eft pas d'y traiter de l'organe de la
voix de l'homme , parce que cette matiere
paroît avoir été épuilée par l'illuftre
M. Dodart , qui nous apprend que cet
inftrument fi fimple en apparence & fi
digne de notre attention , doit être regardé
comme un inftrument à cordes & à
vent en même tems , incomparablement
plus parfait que ceux de l'un & de l'autre
genre que l'art met entre nos mains ,
Mais les organes employés à former la
voix des animaux des différentes claffes ,
ayant paru à M. Hériffant dignes de plus
JUIN. 1753 79
l'attention qu'on ne leur en donne , &
lui ayant fait faire réflexion que les quadrupedes
& les oifeaux de chaque efpece
fçavent rendre des fons de voix qui leur
font particuliers pour exprimer leurs befoins
& leurs défirs , il a cru devoir faire
des recherches fur cette matiere ; ce qui
lui a valu des obfervations qui lui ont
appris 1 ° . que la glotte , ou plutôt fes lévres
ne font pas les organes principaux de
la voix en général , comme tous les Phy
ficiens l'ont cru jufqu'ici , mais que ces
organes le trouvent être plus ou moins
compofés , fuivant les efpeces d'animaux ,
parmi lesquels il y en a à qui la nature a
donné outre la glotte , une membrane
tendineufe difpofée avec beaucoup d'art ,
qui doit concourir à la formation de la
voix , & y avoir même la principale part :
d'autres , à qui elle a accordé plufieurs de
ces membranes : d'autres, qu'elle a pourvût
d'efpeces de facs plus ou moins amples ,
& plus ou moins épais , qui dans quelquesuns
font membraneux , & dans quelques
autres , offeux : d'autres , qui ont reçu d'elle
en partage des membranes particulieres
& facs : d'autres enfin , qui ont dans leur
larynx une espece de tambour capable dé
rendre des fons très- forts.
2°. Que le mulet a les organes de la
Diiij
to MERCURE DE FRANCE:
voix prefque femblables à ceux de fon pere
, & tous différens de ceux fa mere ; ce
qui s'accorde parfaitement à ce que penfe
M. de Reaumur , qui eft les maque
lets de différentes efpeces d'animaux , doivent
nous fournir les faits les plus propres
à décider laquelle des opinions entre
lefquelles on eft partagé , par rapport
au myftere de la génération , eft vraye.
3°.Que les organes principaux qui concourent
enfemble à la formation de la
voix des oifeaux , confiftent en différentes
membranes plus ou moins déliées , plus
ou moins tendues , placées en divers fens ,
foit dans les branches du poumon , foit
dans certaines cavités offeufes ou cartilagineufes
, & figurées les unes en forme
d'anches de hautbois , les autres en manicre
de tympan de tambour , & c.
4° . Enfin que pour que la voix des oifeaux
puiffe fe former , il faut néceffairement
que les organes qui fervent à cette
fonction foient battus & agités violemment
entre deux airs , pour y caufer les
découffes & les trémouflemens très prompts
& très-actifs , dont dépend la voix de ces
animaux.
Extrait du Mémoire de M. Deparcieux.
M. Deparcieux lut un Mémoire de mé
1
JUIN. 1753 81
hanique des plus intéreffant : il démonra
que l'eau d'une chûte deftinée à faire
mouvoir quelque machine , moulin ou au-
Estre , peut toujours produire beaucoup
plus d'effet en agiffant par fon feul poids,
qu'en agiffant par fon choc.
Il est démontré , dit l'Auteur , que l'eau
qui tombe librement d'une hauteur quel
Econque , par exemple de dix pieds , foit
verticalement , foit le long d'un plan incliné
, a au bas de ces dix pieds la même viteffe
qu'auroit l'eau qui fortiroit par une
Couverture faite au bas d'un réſervoir, dans
lequel il y auroit dix pieds d'eau au deffus
de l'ouverture ; d'où l'on a conclu , &
avec raiſon , que l'effet produit par une
égale quantité d'eau devoit être le même
dans l'un & l'autre cas. Cela a fait penſer ,
fans l'approfondir davantage , que de quelque
maniere qu'on employât l'eau qui
paffe par une chûte , en la fuppofant toute
employée , on n'en devoit attendre
que le même effet , & qu'il n'y avoit de
choix à faire que pour le plus ou moins
de facilité pour l'execution. Je prouverai
bientôt , continue l'Auteur , qu'on peut
tirer beaucoup plus d'avantage du poids
de l’eau que de fon chọc .
M. D. fuppofe qu'on veuille tirer le
meilleur parti poffible de toute l'eau c
D
ai
S82 MERCURE DE FRANCE.
paffe par une chûte , cela pofé , il dit que
toutes les fois qu'une chûte eft de quatre
pieds ou environ , & au deffus , on doit
y employer une roue à pots ou à augets ,
en prenant l'eau par le devant de la rouë,
lorfque la chûte aura moins de 11 à n
pieds , afin de ne pas faire la rouë d'un
diametre trop petit , & ce à quoi on ne
s'attendroit fans doute pas ; plus une telle
roue tournera lentement , pourvû que fes
augets foient affez grands pour recevoir ,
malgré leur lenteur à paffer , toute l'eau
qui arrive au haut de la chûte , plus elle
produira d'effet.
Pour comparer les effets de l'eau , en
agiffant, ou par fon poids, ou par fon choc;
l'Auteur rappelle que M. Parent , en 1704
& M. Pitot en 1725 , ont démontré que
les aubes d'une roue mue par un courant
devoient , pour
pour produire le plus grand
effer , prendre le tiers de la viteffe du
courant , & que le plus grand effet
poffible ; en fuppofant la machine fans
frottemens , ne pouvoit être que les
27
de l'effort total de la quantité d'eau qui
choque les aubes ; & M. D. fait voir qu'en
faifant agir l'eau par fon poids , lorfque la
chûte le permet , fuppofant toujours la
machine fans frotemens , l'effet produit
peut être les de l'effort qui agit , & da-
Vantage fi l'on veut.
JUI N. 1753. 83
Depuis les expériences faites par Mrs
Huigens & de la Hire , on connoît les
efpaces parcourus pendant une feconde ,
ou pendant deux , ou pendant trois , & c .
par un corps qui tombe librement ; il eſt
venu en penfée à M. D de connoître les
efpaces parcourus par un corps , qui , au
lieu de tomber librement , eft obligé de
faire monter d'autant qu'il defcend des
poids qui font ou fes , ou fes , ou
fes 3 , & c.
12
1
L'Auteur rapporta la table qui contient
les réſultats de les expériences , dans laquelle
on voit par dégrés ce que le raifonnement
indique d'une maniere généra
le, qu'un poids defcend d'autant plus lente
ment, que le poids qu'il fait monter, d'autant
qu'il defcend , approche de lui être
égal. De- là regardant l'eau qui paffe par
une chûte comme une infinité de poids qui
fe fuccédent & qui ont tous à defcendre
d'une quantité donnée , foit qu'ils la defcendent
vîte ou lentement , plus on voudra
qu'ils produifent d'effet , plus il faut
les faire defcendre lentement . Ainfi preaugets
, & le plus
haut qu'on pourra , toute l'eau qui paſſe
par une chûte , moins cette roue tournera
vite , plus elle produira d'effet , pourvûy
que les augets foient affez grands pour renant
avec une roue à
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
cevoir toute l'eau qui arrive par le ruif
feau .
M. D. craignant que fon premier raifonnement
ne fût pas affez fenfible , quoique
très- conféquent , en fait un autre qui
paroît devoir être entendu de tout le
monde , & que nous rapporterons tout
entier , n'étant pas fufceptible d'extrait.
Qu'on le répréfente , dit l'Auteur , deux
roues de même diametre & de même nombre
d'augets , portées par un même arbre ,
& les augets de l'une tournés en fens contraire
de ceux de l'autre , en forte que les
augets de l'une de ces roues recevant en
haut toute l'eau qui arrive par un ruiffeau ,
ceux de l'autre puifent de l'eau en bas pour
la remonter à la même hauteur * . Les roues
ayant même diametre & même nombre d'au
gets , il eft clair que toutes les fois qu'un
auget de l'une fe vuidera en bas , un auget
de l'autre fe vuidera en haut. Si chaque auget
montant n'eft par exemple , chargé
que d'une quantité d'eau égale à la moitié
de celle qui eft dans chaque auget def
cendant , les roues tourneront avec une
certaine viteffe , la plus chargée emportant
celle qui l'eft moins , & cette viteffe
* Cet exemple ne peut avoir lieu dans aucun
cas M. E. ave tit qu'il ne l'a pris que pour rendre
plus fenfible ce qu'il avoit à prouver.
JUIN. 1753: 85
n'augmentera ni ne diminuera , tant que
la quantité d'eau qui arrive par le ruiffeau
reftera la même. L'eau remontée par les
augets de la deuxième roue pourra former
un ruiffeau dans lequel il ne coulera continuellement
que la moitié de la quantité
d'eau qui coule dans le canal par où elle
vient.
Si au lieu de ne faire prendre par chaque
auget montant que la moitié de co
qu'il y a dans chaque auget defcendant ,
on leur en fait prendre les trois quarts ,
on voit encore que la roue la plus chargée
emportera l'autre , mais moins vite que
dans le premier cas , & toutes les fois que
la premiere verfera 4 en bas , la deuxième
verfera 3 en haut ; & la quantité d'eau
qui coulera dans le ruiffeau formé par les
augets montans , fera les 2 de la quantité
d'eau qui conle dans le premier , & ainfi
des autres cas , enlevant davantage à mefare
qu'elles tournent moins vite . Voila
ce qui ne tombe pas d'abord fous le fens ,
mais qui n'en eft pas moins vrai.
Extrait du Mémoire de M. Buache.
L'heure de finir la Séance étant venue ,
M. Buache ne put lire que le commencement
d'un Mémoire qui avoit pour titre :
Obfervations Geographiques & Phyfiques
$6 MERCURE DE FRANCE
pour fervir à confirmer ce que la Carte des
nouvelles découvertes au Nord de la mer du f
Sud offre de plus particulier.
par
Ce Mémoire étoit relatif à pluſieurs
Cartes que l'on voyoit expofées : il y en
avoit quatre en grand in 4°. , dont trois
font gravées. La premiere contient avec
les Nouvelles découvertes , des vûes particulieres
fur la grande terre , reconnue
par les Ruffes en 1741 , & fur la mer de
l'Oueft & autres communications de mers.
La 2 expofe les découvertes de l'Amiral
de Fonte , felon la carte Angloife , donnée
l'écrivain du Vaiffeau la Californie ,
dans fon voyage à la Baye d'Hudſon ,
avec les terres vûes & reconnues par les
Ruffes ; & une comparaifon du réſultat
des Cartes du 16° & du 17 ° fiècle au fujer
du Détroit d'Anian . Laze contient le Géométrique
des découvertes de l'Amiral de
Fonte & de fon Capitaine Bernarda , com
paré avec le fyftême de la carte Angloife :
& un extrait ou abregé de la relation de
cet Amiral , d'après un manuſcrit communiqué
en 1748 , par M. de l'Ifle , qui l'avoit
reçu en 1739 de l'Ambaffadeur d'Angleterre
à Petersbourg . Une 4° Carte qui
n'étoit que manufcrite , mais qui fe grave
actuellement, avoit pour titre Carte rédui
ts ( ou Marine ) des terres au Nord de la
JUIN. 3753 87
grande Mer & de l'Océan , où le trouvent
diverfes vûes Géographiques & Phyfiques
( relativement au Mémoire lû à l'Affemblée
publique le 15 Novembre dernier
au fujet de la Géographie Phyfique . )
Cette Carte étoit enluminée en trois couleurs
avec ces notes : le jaune marque la
pente des terres d'où s'écoulent les eaux
qui fe rendent dans chaque baffin de l'Ocean
feptentrional : le rouge indique les
terreins inclinés vers la partie feptentrionale
de la grande mer , appellée vulgairement
la mer du Sud ; & le violet marque
la pente des terres qui fert à l'écoulement
des eaux dans la mer glaciale . Ces quatre
Cartes ont été préfentées à l'Académie
le 9 Aout de l'année derniere , avec un
premier Mémoire qui y étoit relatif , &
le tout en a été approuvé le 6 Septembre
fuivant,
On voyoit encore expofée une grande
Carte Jponoife de l'univers , qui eft ovale
, & dont l'original a été apporté en Europe
par Kampfer , & eft dépofé dans le
Cabinet de feu M. Hans Sloane , Préfident
de la Société Royale de Londres. Il y avoit
à côté un extrait de l'hiftoire du Japon
de Kampfer , fur les Pays que les Japonnois
marquent fur leurs Cartes au Nord
du Japon.
IS MERCURE DE FRANCE
JA
VERS
A Madame la Marquife de B ***,
'Allai pour vous au Dieu du Finde ;;
Et j'en implorai la faveur ,
Il me dit pour chanter Lucinde ,
Il faut un Dieu plus féducteur.
Je cherchai loin de l'Hypocrene
Ce Dieu fi puiffant & fi doux ,
Bien-tôt je le trouvai fans peine ;
Car il étoit à vos genoux :
Il me dit , garde- toi de croire
Que de tes vers elle ait befoin ;
De la former j'ai pris le foin
Je prendrai celui de fa gloire.
;
JUIN. 89 1753
LETTRE
DeM. Boulanger , Sous-Infpecteur des Ponts
Chauffées ; à l'Auteur du Mercure.
M
, On Libraire vient , Monfieur de
m'apporter tout à l'heure le Mercure
de ce mois , je fuis tombé d'abord fur
l'extrait d'une Lettre de M. F. Muffard de
Genève , écrite à M. Jallabert le 29 Mars
de cette année . L'obfervation dont il y eft
queftion fur les femences & embrions de
coquilles de mer , dont prefque toutes les
grandes coquilles font remplies , & la
plupart même des pierres formées , eſt fi
belle & fi intéreffante , fans doute , pour
l'hiftoire naturelle de la terre , que je ne
peux réfifter à la tentation de vous faire
part de obfervations que j'ai été à portée
de faire fur cette matiere en Champagne .
Je ne ferai que tranfcrire ce qui les concerne
, d'après les Mémoires que j'ai rédigés
dès 1745 & 46 , & que je n'ai confervés
jufqu'à ce jour , que pour les augmenter
, & ne rien hazarder un jour de
vant le Public , qui ne foir bien vû & bien
refléchi,
» La nature de tous les terreins que la
» vallée de Marne traverfe depuis Joinville
à S. Dizier , eſt d'une pierre blan
90 MERCURE DE FRANCE .
»
» che & coquilleufe , dont les plus belles
>> carrieres font à Chevillon & à Savonie-
» res . En examinant les pierres de ces car-
» rieres , j'ai trouvé que le banc de boufin
qui recouvre les autres bancs qu'on em-
»ploye à la conftruction , n'étoit formé
que d'une fine femence de coquilles qui
» affecte différente forme , mais dont la plus
grande partie eft ovale & creuſe ; cette
graine laiffe une multitude de petits
vuides qui rendent ce banc extrêmement
fufceptible de la gelée . Un feul pouce
» cube de ce boufin peut contenir 125
» mille de ces femences ; le pied cube ,
» par conféquent , 216 millions ; & la
toife cube 46 milliards 656 millions.
Dans les autres bancs , cette femence eft
» entremêlée d'autres coquilles déja for-
" mées ; il y en a même de fort grandes .
» Quelle prodigieufe fécondité en
23
"
fi peu
d'efpace ! mais que feroit- ce, fi on regardoit
, non plus un feul pouce cube , mais
» la mafle entiere du Pays? & ne feroit - ce
point un argument prefque invincible
» pour prouver combien la multiplication
» des coquilles des mers qui ont couvert
» notre féjour autrefois , a contribué à
> conftruire les lits & les bancs de nos
» carrieres ? que de calculer ce qu'un
pouce cube de cette femence pétrifiée
JUIN. 1753 91
"
pou-
» eût formé en volume , en fuppofant qu'il
» eût pû parvenir à une moyenne grandeur
: fi chacun de ces grains eût acquis ,
» par exemple , le volume d'un cinquan-
» te - quatrième de pouce
cube , toutes
» celles contenues dans ce même pouce ,
» auroient formé un folide de 23 14 toifes
cubes , & par conféquent ce feul
» ce auroit pû couvrir avec le tems , d'un
» banc de deux pieds d'épaiffeur & fans
» aucun vuide , une furface de 6942 toi-
» fes quarées. Quand on examine de mê-
» me , tous les autres bancs du Pays , on
» reconnoît aisément qu'ils ne font point
» forniés d'autres matières ; ceux dont le
grain eft plus fin , ne font compofés
& que
de cette même femence écrasée &
» autres coquilles , les unes brifées , les
» autres entierement confumées. Si nous
ne voulons confidérer à préfent l'efpace
» où toute cette pierre fe trouve , que fur
» trois lieues quarées & fur une quaran-
» taine de toifes de hauteur , le même
» culcul nous apprendra que cet énorme
folide qui contient 623 millions 756
» mille toifes cubes , n'a été qu'un folide
» de 156 pieds cubes environ . Nous n'a-
"vons point pris ici les termes qui au-
» roient rendu cette croiffance encore
"
plus merveilleufe. Car 1 ° . la groffeur
92 MERCURE DE FRANCE.
»
prede
cette femence n'eft point à fon
» mier point , puifqu'elle n'a pû parvenir
à ce terme que par une infinité de
dégrés inférieurs par lefquels doivent
» paller tous les êtres qui fe dévelopent
organiquement . 2°. Les pierres dans lefquelles
cette femence eft confumée &
broyée font bien plus compactes , & en
» contiennent par conféquent bien plus
de 46 milliards par toife cube ; & 3 °.
» il eft certain que cette femence étoit
la
plus grande partie de nature
» à acquerir un plus grand volume que
» celui d'un cinquante- quatrième de pou-.
» ce cube : chofe aiſée à voir par
»
pour
33
"
les coquilles
plus entieres , & les fragmens
épais que l'on en trouve dans certains.
» bancs de la même contrée . Si les deux
" extrêmes de ces grandeurs étoient connus
, ces carrieres feroient de fortes in-.
» dices que nos montagnes & nos continens
ont eu fous les eaux dans leur com-
» mencement un infiniment petit , pref-
» que comparable au néant . J'ai trouvé
» les mêmes embrions de coquilles dans
des boufins de la pierre de S. Maur &
autres pierres dont on fe fert à Paris.
99
Etant de retour à Paris les années fuivantes
, un ami me procura le précieux
avantage de la connoiffance de M. BerJUIN.
1753 .
93
nard de Juffieu. Je fus le premier qui fur
la fin de 1751 , ou au commencement de
1752 , lui parlai de ce boufin & qui lui
montrai même , quand il me fit l'honneur
de vifiter mon cabinet , de ce boufin des carrieres
de Savonieres. Sur ce que je lui en
dis , il en fit chercher par un de fes éleves
dans les environs de Paris , afin de vérifier
mon obfervation qu'il trouva véritable
à Paris comme eu Champagne . M.
Muffard me fit auffi dans le tems l'honneur
de me venir voir avec fon illuftre ami. Il
le prenoit pour guide dans une carriere où
il ne faifoit encore que d'entrer , ainſi
qu'il me le dit lui- même ; il avoit déja
fait néanmoins des progrès rapides , & je
fus en état d'en juger moi- même , quand
il me fit la grace de me montrer fon cabinet
de Pafly. Il y avoit dès- lors ramaffé
beaucoup de morceaux précieux , prefque
tous trouvés dans les roches & les fouilles
de fon jardin ; car il n'avoit point encore
fait aucun des voyages de Chaumont en
Vexin , de Mari * en Brie , & de Courtagnon
** en Champagne , où il fe propofoit
de faire des incurfions Phyfiques .J'admirai
fur tout une tabatiere dans laquelle
* Et non Mera .
** C'eft en Touraine & non en Champagne
que font les faluns,
94 MERCURE DE FRANCE.
il avoit formé un coquillier très nombreux,
uniquement compolé des mêmes coquillages
& autres petits foffiles qu'il avoit trouvés
dans les pouffieres & les fablons qui
rempliffoient les coquilles de Courtagnon,
de Grignon , &c. qu'on lui avoit donnés ;
mais il n'étoit point encore parvenu à cette
obfervation genérale fur les pierres que
les voyages qu'il a fait depuis , lui ont fait
faire. Je ne prétends point , en m'exprimant
ainsi , lui ôter le mérite d'avoir fait
cette obfervation par lui-même , il en eft
infiniment capable ; je ne cherche qu'à
me conferver le plaifir qui m'eft fenfible
d'en avoir le premier parlé à M. Bernard
de Juffieu. Du refte , je fçais que la nature
étant un grand livre qui parle aux hommes
le même langage , & qui écrit en caracteres
uniformes pour tous ceux qui
veulent y lire , il n'eft pas étonnant dans
un fiécle où ce goût a fait des progrès heureux
& rapides , de voir des obfervateurs ,
fouvent très - éloignés & même inconnus
& fans correfpondances les uns avec les
autres , découvrir les mêmes phénomenes
& recevoir de la nature les mêmes inftructions
; c'eſt par ce moyen que nos connoiffances
font à grand pas , des progrès
prefque certains fur ce qui concerne notre
féjour , & qu'on acquiert de jour en jour
JUIN.
1753. 95
que
des preuves prefque évidentes fur l'origine
de la plupart des bancs de la terre . Puifla
Lettre de M. Muffard à M.Jallabert
m'a engagé à vous faire part de ce que j'avois
vû & penfé fur cette matiere , je vais
encore, Monfieur, ajoûter ici une autre obfervation
, qui a auffi , à ce que je penſe, une
grande force pour prouver que la fubftance
de nos pierres doit beaucoup aux fubftances
marines. Je ne ferai de même que tranſcrire
-ce que j'ai déposé dans mes Mémoires.
» Ce même boufin de la pierre de Sa-
>> vonieres en Champagne , de S. Maur , de
» S. Leu & autres , les pierres même où ces
» embrions trop confumés ne fe diſtinguent
plus , & où il n'y a plus le moindre
veftige de coquilles , toutes ces pier-
» res échauffées fous le marteau , ont un
goût defagréable & fætide , qui ne peut
provenir que de la fubftance tout animale
dont elles font formées.
>>
Je ne me rappelle pas ſi j'ai fait
part de
cette obfervation à M. de Juffieu : je l'ai
fait dans les premieres années que j'étois
en Champagne je l'ai vérifiée à Paris
depuis & en d'autres Provinces ; & je
viens récemment d'avoir le plaifir de la
voir confirmée dans un Mémoire fur la
végétation des pierres , par M. Lieberoth
, Officier dans les mines de Saxe , &
26 MERCURE DE FRANCE.
inférée dans le Journal Economique du
mois de Juillet 1752 , qui ne m'eſt parvenu
que depuis peu ; les bancs d'ardoidoifes
, dit- il , chargés de poiffons pétrifiés
dans le Comté de Mansfeld , font
furmontés d'un banc de pierre appellé
puante ; c'eft une espece d'ardoife grife qui
a tiré fon origine d'une eau croupiffante
dans laquelle les poiffons avoient pourri
avant de fe pétrifier. Elle répand une trèsmauvaiſe
odeur,lorfque les ouvriers la travaillent
, ou qu'on la brife & frotte avec
violence , & cette puanteur doit être uniquement
attribuée aux fels urineux qu'el
le renferme , qui n'agiffent que quand on
les met en mouvement .
En vérité, Monfieur , je pense que fi les
Phyficiens qui ont déja écrit que notre féjour
avoit été formé fous les eaux des mers,
font bien excufables de toute façon , s'ils
fe font en celatrompés, car ne font- ce pas
là des efpeces de démonſtrations inconteftables
de voir la poſition uniforme &
genérale des bancs de la terre , la nature
des corps marins qu'ils renferment dans
une prodigieufe abondance , & enfin l'odeur
qu'ils en ont confervées ? toutes ces
choles m'ont même porté à croire que la
plupart des vapeurs nuifibles proviennent
des dépôts infects dont l'intérieur de la
terre
JUI N. 1753.
97.
tere eft rempli , & dont la plupart des
bancs font formés ; toutes ces matieres y
font fans doute encore dans une fermentation
continuelle , & il y a toute apparence
que la mauvaiſe qualité des eaux
provient en certains lieux , indépendamment
même de toute autre caufe , de leur
féjour & de leur paffage dans des réfervoirs
& des canaux pleins de corruption .
J'ai l'honneur d'être , & c.
MADRIGA L.
A un ami.
Pour te défigurer , tu te plains que l'envie
Des plus noires couleurs a fouillé ſon pinceau ;
Ne crois point qu'à nos yeux ta gloire en foit
ternie ,
Ses traits n'ajoûteront qu'une ombre à ton tableau.
A
Le mérite la bleffe , heureux qui peut la craindre :
Si ce monftre s'épuife en efforts fuperflus ,
( On doit plutôt , ami , t'admirer que te plaindre )
C'eft un tribut forcé qu'il paye à tes vertus.
BERNON , Americain.
11. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
MEMOIRE
De M. l'Abbé de Brancas ,fur les longitudes.
J
E regretterois de n'avoir follicité l'afage
de l'unique moyen de parvenir à
connoître les longitudes fur mer , l'ayant
publié dans mes Ephemérides de 1751 §.
21 , & n'afpirant à aucune récompenſe :
dois-je être fufpect après toutes mes recherches
fur le plan de l'univers , fur fon
explication phylique , & celles des pheno
ménes principaux ou finguliers ?
Ce feul & véritable moyen de réuffir à
cette découverte importante , dépend de
la compofition & publication annuelle de
quelques Tables aftronomiques , additionnelles
, à celles que l'Académie des Scienees
fait publier dans la Connoiffance des
tems. 7
On y trouve une Table de l'heure du
lever , du coucher & de la médiation , ou
du paffage par le méridien de Paris , pour
la Lune , Saturne , Jupiter , Mars , Venus ,
Mercure & le point d'Ariès : ce point doit
déterminer le premier méridien célefte ;
comme l'Obfervatoire de Paris , le premier
méridien terreftre ; & cette Table
JUIN. 1753 . 99
peut aifément être étendue pour chaque
jour de l'année , aux 359 autres méridiens
célestes & terreftres , diftans d'un degré
dans leur intervalle , & même aux méridiens
intermoyens .
Pour l'étendre à ces méridiens célestes
ou du moins à ceux de Cancer , de Libra ,
= de Caper , & enfuite aux terreftres correlpondans
fucceffivement , faut- il fçavoir
quelles Villes y font fituées ? cette Science
eft-elle plus néceffaire fur mer , où il n'y
a point de Villes & peu d'Ifles ? les planif
pheres fuffifent pour connoître les principales
étoiles qui défigneroient ces méridiens
céleftes , & les paralelles qui en font
décrits : le calcul découvrira le moment
de leur retour fur un méridien terreftre
éloigné du Parifien de tant de degrés &
minutes.
Une défignation numérique , graduelle
& aftronomique fuffiroit bien , afin qu'en
diftinguant les méridiens & paralelles céleftes
verticaux , on eût
par les Tables propolées
l'art de reconnoître les méridiens
& paralelles terreftres , ou marins qui font
fubjacens. C'eft ce que ce Mémoire rendra
plus fenfible aux Sçavans , & ce que ces
Tables rendroient manifefte en pratique
comme en théorie , & en un mot expérimental.
Quand la bouffele a été inventée ,
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
& quand les éclipfes des fatellites de Jupiter
ont été connues , a - t'on prévû tous les
avantages qui en proviendroient ?
Ce feroit affez que ces Tables encore
plus utiles , fuffent bornées aux degrés de
longitudes fur mer ; ce nombre de degrés
fe réduit à ceux qui font en plage de mer
navigable ; & ceux même où la navigation
est trop rare , pourroient être omis ; moins
de calculs à proportion qui , refteroient à
faire & à publier.
Avec le feul fecours de la Bouffole , &
d'une ou deux montres de poche , ou bien
fans ce fecours , par la méthode que j'ai à.
développer , on connoîtroit la longitude ,
& même l'heure vraie pour la ftation &
divifion de mer où l'on fe trouveroit ,
pourvû que la difpofition de l'horifon
permît de reconnoître avec des inftru
nens le jour , & fans inftrumens même la
nuit , la pofition des planettes & des étoi-
Jes qui y feroient vifibles , & encore mieux
fi ces Tables nouvelles indiquoient , avec
le moment auquel les principales étoiles ,
& les 360 méridiens céleftes pafferont fur
chacun des méridiens marins , le paralelle
qu'elles fuivent : en ce cas la latitude feroit
connoiffable avec la longitude , par ces
Tables d'après les étoiles , qui paffent actuellement
au méridien & au zenith du
vailleau,
JUIN. 1753 : ΤΟΣ
1
L'imperfection de la Géographie ne
peut être objectée contre les découvertes
à tirer de ces Tables : elles procureront
La perfection , fans l'exiger au préalable ,
pour être compofées & utiles ; afin d'en
tirer les avantages promis , elles ne demandent
pas la connoiffance des endroits
fur lefquels paffe un méridien célefte ,
diftant du premier du nombre de degrés
qui détermineroit la dénomination numérique
; leur ufage n'en ferviroit pas moins
à faire connoître d'avance & par provifion
, la longitude & latitude terreftre par
la longitude & latitude célefte.
Après avoir reconnu le méridien & le.
zenith actuel d'un vaiffeau , par tout ce,
qui peut le caractérifer dans le Ciel , les
Tables propofées découvriront fon degré
de longitude & de latitude , avec quelques
recherches fans connoître l'heure actuelle
, en y cherchant les indications con- ,
venables fur les étoiles obfervées au ze-
Dith & au méridien , & bien plus aifément
, fi l'heure eft défignée par la hauteur
du Soleil , ou par les étoiles du Nord , ou
par une ou deux montres , ou d'autres inf
trumens de Chronométrie ufuels fur les
Vaiffeaux .
Plus ces Tables feront détaillées , plus ,
elles fourniront de connoiffances utiles
E iij
1oz MERCURE DE FRANCE.
en ce genre , qui fans jamais nuire en au
cun cas à un pilote , lui ferviront à cette
triple découverte pour l'endroit où il eft ,
après avoir reconnu le zenith & le méridien
caractérisé par la poſition actuelle des
étoiles , & par la quantité de degrés &
minutes , dont d'autres étoiles & les diverfes
planètres en feroient plus ou moins
éloignées , à l'Orient ou l'Occident , au
Nord ou au Midi.
L'embarras n'eft pas de calculer exacte.
ment , & de publier affez-tôt & d'avance
les Tables propofées : la difficulté apparente
de leur exactitude ne proviendroit
pas des régles de leur compofition , mais
de l'application déterminée de leurs indis
cations , fans l'obſervation actuelle , à diverfes
plages & contrées de mer ou de
rerre , avant la perfection de leurs connoiffances
géographiques ; cette applica
tion qui ferviroit à la procurer , n'arrête
pas le calcul néceffaire à cette compofition
pour des méridiens fimplement aftronomi
ques , & non géographiques , qui en fe
roient décélés après l'obfervation , par le
recours aux Tables comme à l'oracle .
Par provifion il feroit auffi aifé de rendre
ces Tables exactes , avec abftraction
de leur application à une ftation fur mer ,
jafqu'après la combinaiſon de toutes les
JUIN. 1753 . 103
conjonctures indiquées & obfervées , qu'il
eft facile de calculer exactement à quelle
heure paffera un méridien céleste éloigné
du point d'Ariès , d'un nombre déterminé
de degrés & minutes à l'Occident ou l'O
rient ,fur un méridien terreftre éloigné
du Parifien d'un nombre proportionnel de
degrés & minutes , fans en appliquer le
résultat à aucun des endroits qui ont ce
méridien anonymement désigné par ſa
feule diftance , & aftronomiquement par
l'état actuel du Ciel obfervé & annoncé
dans ces Tables , qu'après l'avoir reconnu.
Aucun inconvénient ne pouvant arri
ver de compofer ces Tables , & les réfultats
en étant ineftimables fur terre comme
Lar mer , indépendamment de leur deftination
à déceler les longitudes , cette en
trepriſe feroit-elle négligée pour éviter la
modique dépenfe de cette compofition ,
ni faute de perſonnes propres à s'en charger
avec fuccès , & à de inodiques conditions
? Il n'importe par qui ces Tables
feroient compofées , pourvû qu'elles fuffent
portées à la perfection & au détail
convenable ; leur publicité d'avance de
plufieurs mois , du moins ferviroit aux Aſtronomes
pour les examiner affez à tems ,
afin d'avertit des fautes qui pourroient s'y
gliffer , & aux Navigateurs de long cours
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
pour s'en pourvoir avec toutes les corrections
publiées à tems .
C'est l'unique fecret pour la connoiffance
des longitudes , & pour beaucoup
d'autres découvertes fondées fur l'harmo
nie des deux fphéres , ou fur les rapports
du Ciel & de la terre qui font connus ',
malgré leur variation fucceffive , aisément
prévoyable : nulle raifon pour épargner la
compofition & l'édition de ces Tables ,
auffi utiles , plutôt que des prix de 2000
liv. pour l'éclairciffement d'une fimple
queftion fouvent problématique & inutile
; quand même ces Tables n'auroient
d'autre fin , que de perfectionner la Géographie
& l'Aftronomie , & non de rendre
plus éclairée la navigation qui a ſi befoin
de connoître la longitude.
Le firmament étant mieux connu que
la terre , peut mieux fervir de Mappemonde
à fon égard , que la terre de Planifphére
pour les Cieux : c'eft toujours aux paralelles
& méridiens céleftes , de faire connoître
les terreftres par leurs rapports ac
tuels & fucceffifs : fi au moment qu'une.
conftellation , ou implement une telle
étoile eft verticale ou médiante à l'Obſervatoire
de Paris , il feroit impoffible d'indiquer
par aucunes Tables compofées
d'avance tous les endroits fur mer , ou fur
JUIN. 1753. 105
terre même , qui auront pour verticales
& médiantes d'autres principales étoiles ;
il est aisé d'enſeigner quelles étoiles paſſeront
en chaque minute pour chaque jour ,
par tous les méridiens & les paralelles terreftres
éloignés du Parifien de tant de degrés
& minutes , fans le pouvoir appliquer
aux endroits de ces méridiens & paralelles
terreftres , qu'après l'obfervation , faute
de connoître affez leurs pofitions géographiques.
Mais après avoir reconnu avec l'heure
actuelle , les principales étoiles verticales
& médiantes , on fçaura avec fûreté par les
Tables dreffées à cette fin , qu'on le trouve
fous un tel méridien & paralelle célefte ,
felon fa diftance du point d'Ariès , & en
un arc d'un méridien & parallele terreftre
qui doit être conféquemment éloigné du
Parifien & de l'Equateur de tant de degrés
& minutes , & on ne l'apprendra pas moins,
faute de connoître l'heure actuelle, dès que
ces Tables ferviront à la découvrir par
Ï'état
du Ciel obfervé.
C'est donc à l'entreprife des Tables
propofées , de vérifier que le feul & vrai
moyen de découvrir les longitudes , eft de
connoître l'ordre fucceffif du Ciel , & d'en
faire l'application fur le globe terraquée.
Nofti ordinem Cali , & pones rationem ejus
106 MERCURE DE FRANCE.
in terrâ. Fob cap. 38. v . 1 3. Quand l'ho- `
rifon par fes nuages & fes brouillards ne
permettra pas le recours à ces Tables , l'inconvénient
ne devra être objecté qu'au défaut
de pouvoir obferver cet ordre du Ciel ;
& ce nouveau moyen beaucoup plus für
d'en appliquer le rapport , ne peut nuire à
ancun des moyens , qu'on tâche depuis fi
long- tems de découvrir pour prendre en
mer la longitude , comme la latitude.
Le mot de l'Enigme du premier volume
de Juin , eft formeil. Celui du premier
Logogriphe , eft Efpervier , dans lequel on
trouve ivre , Pife , Perfe , Perfée , vipere,
Perfe , le Poëte , Pirée , Vefpres , veſperie ,
vefperie bis , ver , pie , Eve , Pie , Pape ,
priere , verre. Celui du fecond Logogriphe
eft Gloire , dans lequel on trouve or , Roi,
lire , loi , ile , loge , orge , oiè , lie , oeil , role ,
Eloi , loire.
JU IN. 1753 107:
BO BO DE IC IC DE DE DE DE IC IC da
JE
ENIGM E.
E fuis un genre , & je renferme
Efpéces à foifon , dont chacune a fon terme ;
Parcourons- les de l'un à l'autre bout.
Souvent la moitié de moi-même ,
Sert avec un effort extrême
A faire ufage de mon tout ;
Protée au tems jadis ne prit point tant de formes
Que j'en prens , en France furtout :
Quelquefois , comme Atlas , portant des poids.
énormes ,
Je me livre fans choix & fans acception ,
Ainfi que pourroient faire Alix & Janneton :
D'autres fois plus leger , plus vif qu'un papillon,.
Et plus jaloux qu'un vieux barbon .
J'efface par l'éclat des couleurs les plus vives ,
La mefsagere de Junon ;
Et j'emporte avec moi des figures oifives ,
Ridicules, fans goût , même fans paffion ,
Qui n'ont rien de réel que la prétention .
La Ville d'un grand Roi me donne auffi fon nom;.
Sans crainte du qu'en dira- t'on ,
Sans en avoir moins bon renom ,
Je favorife un tête à tête.
Jafsemble tout le peuple à cestain jour de fête ;.
Qui fait en mevoyant mainte exclamation ; .
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
Enfin comme il n'eft rien de ftable
Réduite à d'infâmes valets ,
On me fuit , & pour prix de mes fages bienfaits ,
Je fais plus d'horreur qu'une étable .
JE
AVTR E.
E fuis un ambigu de la nature humaine ,
Je présenté aux mortels un vifage odieux ,
Le Soleil cependant n'eft pas plus radieux ;
Je traverſe la mer , je ravage la plaine ,
L'Amour ne peut fans moi triompher des humains,
Du redoutable Mars j'embellis les deftins ,
Et fous fes étendarts j'enchaîne la Victoire ,
Mais fix mois de l'année enfermé dans un trou ,
Je ne fréquente alors que le trifte hibou ,
Et je laisse oublier mes travaux & ma gloire.
Par une fociété de gens de Lettres.
LOGO GRIP H E.
Compagne fage de la Science
La vérité me fuit toujours :
Et l'on ne trouve l'évidence
Fort fauvent que par mon fecours.
Treize pieds forment ma ftructure ;
Combine- les , & je te jure
Que tu trouveras, cher Lecteur ,
Ce fage & prudent Gouverneur ,
JUIN. 1753. 102
Qui conduifit par fon adrefle ,
Ce fils d'Uliffe à la ſageffe ,
Ce qui de tous braves foldats ,
Sans ceffe accompagne les pas.
Cette fameufe Magicienne ,
Qui retint quelque tems , par fes charmes trom
peurs ,
De la Religion Chrétienne
Un des plus vaillans défenfeurs.
Le terrible Dieu de la
guerre
Le plus cruel des Empereurs ,
La Reine de toutes les fleurs ;
Ce
que
le Héros ne craint guere ;
Celui des juges de l'Enfer ;
Qui tient en main l'urne fatale ,
De l'univers entier , jalis la Capitale.
Les mortels qui dans l'univers ,
De Dieu font la vivante image ;
Le plus fage des Grecs , ce célébre impofteur ,
Qui des murs d'Ilion caufa l'affreux ravage.
L'ouvrage du Dieu Créateur ,
Ce qui défefpera plus d'un fameux Poëte.
La robe ordinaire du bal ;
De tous Prélats Chrétiens l'ornement principal ;
Deux mois de l'année , un Prophéte
Enféveli pendant trois jours
Dans le ventre d'une baleine.
Celle des doctes Soeurs qui chante les amours
Un atbre , un élément deux jours de la femaine ;
FIO MERCURE DE FRANCE.
Ce qui jamais n'habite aux petites maifons ;
Un fameux Magicien , trois notes de mufique ;
L'épithete qu'un faryrique ,
Prouve par de bonnes raifons ,
Etre le lot de tous les hommes..
Ce qui nous garantit des injures de l'air ;
Ce qui n'eft jamais où nous fonimes ;.
Un oiſeau qui paffe la mer;
Une partie de l'année ;.
Deux portions de la journée ;
La plus trifte couleur ; le plus riche métal;
Les defcendans d'Enée ; un ftupide animal ;
D'un chien l'ordinaire défenſe ;
Trois Apôtres ; un Roi de France.
Le pénible outil des forçats ,
Certain livre qui plaît bien plus que livre d'heure § .
Ce mont fameux par ſes dégâts ,
Que l'on dit être la demeure
D'un des géans audacieux ,
Que foudroya le Roi des Cieux.
Un des fynonimes de diable ;
Ge que tu perds en me lifant ;
Une Ville infâme , execrable ,
Sur laquelle le Tout- Puiflant
Lança les feux de ſon tonnerre.
Un tréfor ,fans lequel on ne peut être heureux .
Une partie de la terre..
Ce qui dans le défert fut le pain des Hébreux- ;
Ce grand Joueur de luth , célébre dans l'Hiftoires ,
J U 1 N. 1753 114
Qu'un Dauphin garantit de la fureur des eaux ,
Ce qui fit tant d'honneur aufameux Defpréaux
Une Ville au bord de la Loire ;
La Déefse de tous Chasseurs ,
Ce dont fe fert l'Amourpour blefser tous les coeurs
Ce fortuné mortel qui gagna la tendresse
De la plus aimable Déesse
La montagne facrée , où Dieu dicta la loi ;
Surnom refpectueux , que nous donnons au Roi
Mais enfin finifsons,, fans tarder davantage ,
Je te déplais par ma longueur ,
Scache pourtant , ami Lecteur ,
Que de mes attributs je fupprime une page.
112 MERCURE DE FRANCE.
207208 209 208 207200205 206 207 208 209 2000 200
NOUVELLES LITTERAIRES.
fervir à la vie de
M. de Favanne , Peintre ordinaire
du Roi , & Recteur de l'Académie Royale
de Peinture & Sculpture . Brochure in- 12.
de 36 pages. A Paris , chez la veuve Pierre,
rue Saint Jacques , à S. Ambroife 1753 ..
Le Clerc , Libraire à Paris , fur le Quai
des Auguftins , à la Toifon d'or , vient de
recevoir plufieurs exemplaires d'un Livre
nouveau , intitulé : Défenfes du beau fexe,
ou Mémoires hiſtoriques , philofophiques
& critiques , pour fervir d'apologie aux
femmes. A Amfterdam , aux dépens de la
Compagnie 1753. Quatre volumes in - 12.
CHOIX d'Hiftoires tirées de Bandel , Ita
lien , de Belleforeft Commingeois , de
Boiftuau dit Launai , & de quelques autres
Auteurs ; par M. Feutry. A Londres , & le
vend à Paris , chez Durand & Piffot 1753 .
Deux volumes in- 12.
Les Hiftoires qui forment le Recueil
que nous annonçons , nous ont paru plus
intéreffantes , plus ferrées , plus morales
que dans les originaux où on les a puifées.
Il y en a même quelques - unes qui
JUI N. 1753. 113
méritent une attention finguliere , & qui
appartiennent prefque entierement au Tra
ducteur ; de ce genre eft l'origine de la
Ville d'Elcabir , en Afrique , où on lit les
maximes fuivantes :
Il n'appartient qu'aux grands Rois d'ofer
faire des changemens & des réformes
dans leurs Etats. Ce qui feroit facile pour
deviendroit impoffible & même dangereux
à ceux qui ne font pas affez heureu
fement nés pour embraffer d'un coup de gémie
toute la conftitution d'un Empire .
eux ,
Le bien public doit être la bafe de toute
réforme quand un Réformateur a le
peuple de fon côté , il ne doit rien craindre
des deux Etats fupérieurs.
.
Quelque forme que puiffe avoir un
Gouvernement , j'en excepte le defpotique '
fans réferve , qui eft la honte de l'humanité
; le meilleur fera toujours celui qui '
fera adminiftré par les plus honnêtes gens.
On devroit confulter le peuple fur le
choix qu'on fait de ceux qui rempliffent
les emplpis importans. Il n'a à fe dérerminer
que par des chofes qu'il ne peut
ignorer : il en eft mieux inftruit dans la
Place publique qu'un Monarque dans fon
Palais. Si l'on pouvoit douter de la capacité
naturelle qu'a le peuple pour difcerner.
le mérite , il n'y auroit qu'à jetter les
114 MERCURE DEFRANCE.
yeux fur cette fuite de choix étonnans que
firent les Athéniens & les Romains.
Si les vertus font les fondemens les plas
folides d'un Empire , le Citoyen le plus
vertueux en doit être le plus puiffant.
Si un homme ne peut maîtrifer les paſfions
, comment pourra t'il le gouverner ?
S'il ne fçait pas le conduire , comment réglera-
t'il fa famille s'il ne peut régir la
funille , comment veut- il prendre les rênes
de l'Empire ?
L'Etat ne doit faire qu'une famille , le
Souverain doit en être le Pere .
Le défaut le plus effentiel d'un Gouver.
nement , eft de ne pas intéreffer les peuples
à fa confervation .
Les Souverains devroient avoir le cou
rage d'imiter cer Empereur Chinois qui
porta la vertu à un fi baut point , qu'il ordonna
par un manifefte qu'on l'avertît
des défauts , non-feulement de ſes Minifi
tres , mais des fiens propres.
Si les Princes veulent trouver un ami
fidéle , il faut qu'ils le cherchent parmi.
ceux qui les ont affez aimés pour avoir eu
courage de leur déplaire , & de s'expo-,
fer à leur haine pour l'amour de la vérité .
le
C'eft fervir à la gloire du Prince , que
de ne pas fervir à fes paffions ; un homme
Lincere peut feul contribuer au bonheur de
JUIN. 1753.
1.15
l'Empire , comme un flatteur peut feul le
renverfer.
Les Monarques devroient encore imi,
ter ce même Empereur de la Chine qui
vifitoit quelquefois les champs , & alloit
former le premier fillon : cette cérémonie
honoroit l'agriculture ; ils devroient auffi
récompenfer celui dont la terre en proportion
de la bonté du fol , auroit été la
plus fertile.
Aucune Ville de l'Empire ne doit avoir
plus de peuple , que fon territoire ne peut
nourrir , on doit difperfer le furplus dans
les Provinces défertes , où la plupart des
terres font en friche & incultes.
Le bled devroit toujours être d'un mê
me prix , proportionné au tems , & aux
lieux où il croîtroit ; affez fort cependant
pour que le laboureur puiffe vivre & ac
quitter les charges : il feroit défendu à qui
que ce foit d'en vendre fous les peines les
plus rigoureufes ; chaque ville , & gros
bourg auroit un magafin public , où tout
le bled de leur terroir refpectif feroit porté.
Les Chefs des lieux & les Magiftrats
le payeroient fur le champ , pourvoiroient
à fa confervation , & le feroient revendre
au peuple. Perfonne ne pourroit en avoir
de provifion que pour un tems court &
limité. S'il arrivoit qu'une Province en
116 MERCURE DE FRANCE.
manquât , on en tireroit de toutes les autres
, de petites proportionnées à l'abondance
des magafins & aux befoins des
peuples , pour en verfer dans la Province
affamée ; le tranfport s'en feroit par corvées
par ce moyen , le pain n'y feroit pas
plus cher qu'ailleurs. On ne craindroit
plus la famine dans l'Empire , on éviteroit
par-là ces petites féditions aufquelles la
populace s'accoutume , & qui pourroient
un jour devenir dangereufes.
Il ne faudroit jamais lever aucuns impôts
fur tout ce qui fert à nourrir , vêtir ,
chauffer & éclairer le même peuple : voilà
le grand moyen de l'avoir toujours pour
fois il faudroit au contraire doubler ceux
qui fe perçoivent fur les chofes dont fe
fervent les gens aifés , & tripler les droits
für celles de luxe & de fantaifie ; perfonne
ne fe plaindroit , & le tréfor de
l'Empire y gagneroit.
On ne devroit placer aux poftes impor
tans que des gens d'un âge mûr ; il conviendroit
auffi qu'ils fe retiraffent avant la
vieilleſſe .
La grandeur d'un Empire confifte , premierement
dans la multitude des peuples ;
il faut donc favorifer la multiplication : le
célibat doit être diffamé.
Il ne faut rien fouffrir d'inutile dans
J. U IN. 1753. - 117
l'Etat. C'eft fur ce principe qu'un Empereur
Chinois de la famille des Tangs , fit
détruire tous les Monaftéres de Bonzes.
Il ne laiffa que ce qu'il en falloit préciſément
pour l'exercice de la Religion , &
l'inftruction de la jeuneffe. Du furplus
de ces folitaires , il en fit des laboureurs
; état pour lequel la plus grande partie
d'entr'eux étoit née.
pour
*
P
Des loix économiques & fomptuaires à
un certain point feroient fort utiles : fans
bannir le luxe , on peut le modérer.
Rien n'eft plus contraire au bien de l'é
tat que le nombre prodigieux de domeftiques
. N'eft il pas ridicule qu'un Marchand
de colifichets & de chofes fuperflues en
ait cinq ou fix ; un feul lui fuffiroit . Quatre
ou cinq travailleroient donc à la terre ,
fileroient des laines , du lin , de la foye ;
çer article eft important , & s'étend loin.
Il faudroit encourager le Commerce ,
l'honorer & lui donner de grandes libertés.
Par ce moyen on travaillerois plus à
acquérir qu'à conferver , & l'Empire feroit
floriant. On ne devroit accorder aucun
droit exclufif. L'Etat doit acheter les fecrets
utiles , les découvertes nouvelles , les
publier , & les mettre au rang du commerce
général .
Il faudroit auffi encourager & honorer
18 MERCURE DE FRANCE....
les Sciences , les Arts , les talens & toutes
les vertus. Le Juge éclairé & intégre , le
bon Jurifconfulte , l'habile Négociant , le
grand Capitaine , l'Auteur célébre & l'Ar
tifte excellent , doivent marcher d'un pas
égal : ils font tous également utiles à la
Patrie.
On doit maintenir les prérogatives du
Corps & les priviléges des Villes , même
conquifes , quand ils ne font pas oppofés
à la droite raiſon.
Il ne faut dans un Royaume qu'une
Religion dominante , qu'une même coûtume
, qu'une même mefure , qu'une même
monno ; il eft dangereux de toucher à
ce dernier article.
On doit affurer toutes les acquifitions
des Etrangers ; c'est le feul moyen de les
attirer dans l'Empire.
Deux points effentiels dans tous Gouvernemens
, font de fçavoir récompenfer
& punit. Ce principe a des conféquences
infinies .
On ne devroit faire mourir aucun criminel
: il faudroit les employer aux travaux
publics , aux canaux , aux grands
chemins ; on en feroit plufieurs claffes felon
le genre de délits. On craint plus la
longueur des maux , qu'une mort , même
violente , qui les finit en pcu de momens.
JUIN. 1753. 119
Les femmes convaincues de crimes deroient
être condamnées à une mort douce
ou douloureuſe , lente ou prompte felon
l'exigence des cas. Elles la craignent
en général plus que les tourmens . Dailleurs
elles ne peuvent être employées aux
travaux , & elles corromproient les Colonies
fi on les y envoyoit.
Un homme qui dans une féance perdroit
au jeu fes revenus de huit jours feulement
, devroit être deshonoré.
11 faudroit empêcher que l'honneur ne
fût en contradiction avec lui- même , &
qu'on pût à la fois couvrir d'infamie & de
dignité. C'est ce qu'on voit dans quelques
joueurs , & dans les diffipateurs du preinier
rang ; à l'égard de ces derniers , forfqu'enfin
ils font dans une espece d'interdit
, on devroit renouveller cette ancienne
loi qui les obligeoit de porter fur la
tête une marque diffamante pour les renoître
& pour empêcher le monde d'être
davantage leur dupe : cela contiendroit
leurs pareils . On devroit auffi exclure leurs
-enfans de toutes les charges , jufqu'à ce
qu'ils euffent payé les dettes de leurs peres.
Quoique les hommes naiffent égaux ,
ils ne peuvent refter long tems dans cet
état. L'inégalité des conditions & des richeffes
eft un des plus fermes liens de la
120 MERCURE DE FRANCE.
fociété : la grande difproportion des biens
eft le principe deftructeur de cette même
focieté. N'eft-il pas honteux de voir des
exacteurs plus opulens que des Princes ?
L'humanité ne fouffre-t- elle pas de voir
des hommes mourir de faim , de froid
de douleur , pendant que d'autres hommes
regorgent de vivres , de plaifirs & d'ai
fances ? Que l'on proportionne les biens ,
perfonne ne fouffrira : l'inégalité fubfiſtera
& tout le monde fera heureux .
On ne doit regarder comme vraiment
nobles , que ceux qui font dignes de l'être.
Voulez-vous récompenfer l'humble vertu
& le mérite obfcur ? annobliffez les afcen.
dans de cet homme vertueux & patriote :
le voilà égal à ceux de la race la plus ancienne.
Voulez- vous punir le noble criminel
& infolent ? dégradez le aneantiffez
les titres ; le voilà confondu avec
la plus vile populace : les vertus & le rang
forment feuls la vraie nobleffe.
Il feroit , utile de fimplifier les loix ,
d'abreger les formalités de juftice , &
d'ordonner que les fuppôts fuffent folidairement
refponfables des pertes que leurs
lenteurs exceffives , leur négligence , quelquefois
leur mauvaife foi , & fouvent leur
ignorance caufent aux parties. Il feroit aifé
d'établir un bureau où l'élite des Ju
rifconfultes
JU. IN. 1753. ¥ 21
rifconfultes de tout l'Empire travaillât à
cette réforme. On pourroit faire de même
à l'égard des autres objets défectueux , en
faifant un jufte choix de perfonnes équitables
& verfées dans les matieres refpectives.
Ce projet eft fimple , & de facile
exécution : les effets ne peuvent être que
très- heureux .
Au lieu de multiplier les loix civiles &
politiques , on devroit s'attacher à érendre
les loix naturelles ; les premieres ne
devroient émaner que des fecondes. Le
nombre des loix civiles énerve leur force
; elles fe contredifent prefque toutes :
la nature eſt toujours la même.
Pour obvier aux pertes imprévues que
feroient les particuliers , il faudroit que
la Province où il y auroit eu un incendie
, une faillite innocente , ou quelque
autre accident funefte , fe cottiſât pour
les réparer. Si une Ville entiere étoit brû
lée , ou qu'une Province fût ravagée
l'Empire alors devroit contribuer à cette
réparation.
+38
3
11. Vol
F
122 MERCURE DE FRANCE:
LETTRE
De M. de Morand , à l'Auteur du Mercure
fur l'Ecole des Arts , établie à Paris par
M. Blondel , Architecte & Profeffeur ,
rue de la Harpe.
Monfieur ,l'amour que vous avez
pour les Beaux- Arts , l'ardeur que
vous témoignez pour leurs progrès , furtout
l'empreffement avec lequel vous les
annoncez au Public , m'engagent à vous
faire part d'une Séance Académique où je
me fuis trouvé , & où j'ai vû les effets de
cette noble émulation , qui foutient , anime
& perfectionne les Beaux- Arts.
Vous fçavez , fans doute , Monfieur
que dès 1741 , M. Blondel , Architecte ,
déja connu dans la République des Arts ,
par plufieurs Ouvrages dans les bâtimens
& diftingué dans la République des Lettres
par fon Traité de la décoration des édifices
, en 2 vol. in- 4° . qui a été très - bien
reçu en France , & qui eft univerfellement
eftimé dans les Pays Etrangers , forma
le deffein d'établir à Paris , une Ecole ,
dans laquelle il raffembleroit toutes les
Sciences & les Arts néceffaires à l'accroiſſement
de l'Architecture, où les EtranJUIN.
1753 123
gers & les citoyens pourroient trouver
Tous les fecours convenables pour fe perfectionner
dans cet Art, aufli utile qu'il eſt
agréable , qui fut toujours eftimé , culti
vé & honoré de tous les peuples policés.
En 1743 , M. Blondel obtint l'agrément
de l'Académie Royale d'Architecture pour
donner des leçons publiques * ; mais pour
les rendre plus folides & plus profitables ,
il en joignit pour les Mathématiques , le
deffein en général , la coupe des pierres ,
la chapenterie , la menuiferie , la ferrureric
, & autres Arts dont l'Architecture
emprunte du luftre , & à qui elle en prête.
Il choifit pour cela des Profeffeurs d'un
mérite reconnu , dont les talens & l'application
répondant aux défirs du Fondateur
, attirerent bientôt chez lui un grand
nombre de difciples , dont les uns ont
paffé au fervice de divers Princes Etran
gers ; les autres en Italie , où ils jouiffent
des bienfaits de nos Rois , dans l'Académie
fondée par Louis le Grand , & protégée
par fon illuftre Succeffeur ; dont quelques-
uns même de retour dans leur Patrie
, fe reffentent de la faveur du Monarque
& de l'eftime des Connoiffeurs.
* Voyez les Difcours publics qui ont été prononcés
par l'Auteur , le 16 Juin 1747 & 16 Juin
1749 , imprimés chez Jorry & chez Mariette .
Fij
124 MERCURE DEFRANCE.
"
"1
Ces premiers fuccès ayant encore plus
encouragé M. Blondel , il établit dans fon
Ecole douze places gratuites , où les citoyens
qui ont de véritables difpofitions
pour les Beaux - Arts , & que la fortune
n'a point favorifés , trouvent tous les fecours
fuffifans pour réparer les caprices
du fort , ea fe mettant en état d'exceller
dans une carriere dont on leur ouvre fi
facilement l'entrée . Quel furcroît d'émulation
, des foins fi nobles , fi conſtans ,
fi généreux ne dûrent- ils pas prodaire ? &
quels fuccès ne dûrent pas en être le fruit ?
Ils furent en effet fi heureux qu'ils ne tarderent
pas à parvenir aux oreilles de M.
de Trudaine , Miniftre éclairé , dont le
bien public fait la plus douce occupation ,
& eft l'objet de toutes fes démarches : il
venoit lui-même de former un Bureau
pour l'inftruction des éleves des Ponts &
: Chauffées , fous la direction de M. Perronnet
, dont le mérite véritablement reconnu
n'a pas befoin d'éloges ; & ce Miniftre
reconnoiffant combien les leçons de
M. Blondel leur feroient utiles , il les confia
auffi tôt à cet habile Maître pour la parrie
de l'Architecture.Content de leurs progrès
, M. de Trudaine encouragea par fes
libéralités plufieurs de ces Eleves ; mais
non moins fenfible au mérite du Maître , il
*
JUI N. 1753. 125
l'honora d'une bienveillance particuliere ;
il voulut bien parler en fa faveur à M. le
Garde des Sceaux , qui obtint de Sa Majeſté
le 4 Fevrier dernier , une gratification
pour M. Blondel.
Une grace fi diftinguée , par laquelle lo
Roi lui- même fe déclare Protecteur du
nouvel Etabliffement , ne pouvoir que
prêter de nouvelles forces au zéle d'un
coeur tel que celui de ce digne citoyen : il
avoit pris l'effor de lui - même , les regards
complaifans de fon Prince ne pouvoient
que lui faire porter fon vol plus haut
auffi ne s'eft il fervi des bienfaits du Roi
que pour les partager avec les difciples
dont l'avancement eft une de fes plus
douces récompenfes : à cet effet , il leur a
diftribué le onze de ce mois des prix qui
ont été donnés publiquement en préſence
de Mrs les Infpecteurs généraux des Ponts
& Chauffées , de plufieurs Architectes du
Roi , & de fon Académie Royale , de différens
amateurs des Beaux- Arts , & c.
L'ordre , la décence , l'émulation , la
capacité que j'y ai remarqués , méritent ,
fans doute , que le Public en foit inftruit
par l'organe de votre Journal , que vous
avez rendu à plus d'un titre , les archives
& le dépôt des arts , des talens & de leurs
fuccès.
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
La Séance commença par les Mathématiques
, qui furent démontrées par divers
Eléves destinés aux Ponts & Chauffées ,
depuis neuf heures du matin , jufqu'à une
heure après midi . On y expliqua d'abord
les parties les plus intéreffantes des Sections
coniques ; enfuite celles de la méchanique
, relativement à l'art de bâtir , &
dans ces divers exercices ; plufieurs des
jeunes Artistes ont fait briller une pénćtration
, une folidité , une jufteffe de jugement
; en un mot , les difpofitions &
L'efprit des Arts & des Sciences qui peuvent
affurer les progrès de leurs études ,
& illuftrer leurs talens.
A quatre heures après midi , les perfonnes
invitées à cette affemblée vinrent examiner
& décider les prix d'Architecture ;
ces prix avoient pour fujer : La diftribution
d'une maison oeconomique , avec les dépendances
des bâtimens qui font de fon ref
fort , y compris les baffe - cours , les jardins
de propreté , potagers , &c . Enfuite cette
même affemblée affifta à différentes differtations
fur les Arts libéraux & méchaniques
qui ont rapport à l'Architecture :
ces differtations avoient pour objet l'origine
, l'application , les avantages & defavantages
de chacun de ces Arts en particulier
; fçavoir l'Architecture elle- même ,
JUIN. 17538 127
Ja Peinture , la Sculpture , l'Agriculture ,
la Maçonnerie , Charpenterie , Menuiferie
, Serrurerie ; le plomb , le pavé , &c.
Après cette lecture , les prix furent diftribués
; fçavoir , trois pour l'Architecture
, concernant la diftribution économique
, pour lefquels neuf Eleves avoient
concouru : le premier fut adjugé au fieur
Jacques Dumont , de Limoges ; le fecond
au fieur Marc- Antoine Montfort de Pon- .
chon , de Paris ; & le troifiéme au fieur Jofeph
Pierre Antoine , de ; tous
trois deſtinés pour les Ponts & Chauffées .
Deux autres prix qui furent adjugés à des
Diflertations concernant la théorie des
Arts ; le premier pour la Sculpture , au
fieur Samuel- Bernard Perron le cadet , de
Poiffy; & le fecond pour la Peinture , aut
fieur Bernard - Jofeph Perron l'ainé , de
la même Ville .
L'on vit enfin plufieurs projets compofés
par les différens Eleves de cette Ecole ,
pour les Edifices de Palais , de Maifons
Royales , &c. dont les Auteurs font divers
Penfionnaires de Princes Etrangers , de
Pologne , de Suede , d'Allemagne , envoyés
au fieur Blondel ; ouvrages excellens
en leur genre , qui prouvent mieux
que ne feroient tous les raifonnemens , les
progrès & les fuccès de cet établiffement,
Fiiij
12S MERCURE DE FRANCE.
Mais je vous avoûrai que ce qui m'a le
plus frappé , c'eſt 1 ° . que j'ai remarqué
que parmi ce grand nombre d'éleves , tous
les externes auffi - bien que les Penfionnaifemblent
refpirer ce même amour
pour la gloire que leur Maître fçait fi bien
leur infpirer , & qu'ils brûlent à l'envi de
res ,
ce défir violent de rendre leurs noms dignes
de paffer à la postérité , par l'affiduité
& l'exemple d'un travail infatigable .
2°. Que les Profeffeurs que le S. Blondel
s'eft affocié , paroiffent émus du même zéle
, & travailler de tout leur pouvoir à
donner de bonne heure à ces jeunes gens
le véritable efprit des Arts & des Sciences
qu'ils font chargés d'enſeigner dans cette
Ecole.
Ce qui a mis le comble à ma fatisfaction
& à celle des amateurs qui n'étoient venus
comme moi à cette Affemblée que pour
en être spectateurs , c'eft de voir une gran
de collection de Deffeins des plus grands
Maîtres , des modéles dans tous les genres
, & une Bibliotheque affez nombreufe
, dans le choix de laquelle , ce qui fait
le plus d'honneur à M. Blondel , c'eſt d'avoir
fait traduire à grands frais les Auteurs
originaux le plus en réputation fur l'Architecture
, qui ont écrit dans des langues
étrangeres , & cela dans le feul deffein de
JUIN. 1753. 129
répandre dans l'efprit de fes difciples une
clarté plus prompte & plus propre à faire
éclore le germe des talens.
En un mot , Maîtres , Difciples , Profeffeurs
, Eleves , Amateurs , Protecteurs ,
tous m'ont femblé concourir avec le même
zele , à la noble entrepriſe , aux grandes
vûes , aux foins généreux & infatigables
d'un digne citoyen & d'un Artiſte
habile. Perfonne ne s'eft apperçu de la longueur
d'une Séance , qui ayant commencé
à neuf heures du matin , n'étoit point fnie
à neuf heures du foir , tant on a été
intéreffé & attaché par la diverfité & l'agrément
des matieres. Vous voudrez bieny
concourir à votre tour , en rendant publiques
ces marques d'un zéle fi rare & fi
défintéreffé . J'ai l'honneur d'être , &c .
De MORAND.
DISSERTATION fur l'ancienne jonction
de l'Angleterre à la France , qui a
remporté le Prix au jugement de l'Académie
des Sciences , Belles- Lettres & Arts:
d'Amiens en 1751 , avec des Plans ou
Cartes topographiques ; dédiée à M. le
Duc de Chaulnes. Par M. Defmarest. A
Amiens , chez la veuve Godart , Imprimeur
du Roi , de M. le Duc de Chaulness
& de l'Académie ; & fe trouve à Paris,,
B 4
130 MERCURE DE FRANCE.
chez Ganeau , rue S. Severin ; Chaubert ,
Quai des Auguftins ; Lambert , rue de la
Comédie Françoife. 1753. d'environ 160
pages in 12 .
:
:
Notre globe a éprouvé à fa furface des
changemens & des révolutions multipliées
les preuves en font répandues par
tout ; & quiconque en difpute l'exiftence
, foule peut-être aux pieds les monumens
qui atteftent ces altérations. Cette
partie de la Phyfique réunit à des apparences
féduifantes , des vûes qui peuvent
être utiles au bien public. M. Delmareft
eft occupé dans cette Differtation à difcuter
les preuves de la révolution qui auroit
détaché l'Angleterre du continent des Gaules
il a recours en même tems dans cet
examen , aux témoignages que l'Hiftoire
& la Phyfique peuvent de concert lui préfenter
pour établir fon fentiment . Ayant
confidéré fon objet fous deux points de
vue les plus généraux , fçavoir l'exiſtence
de l'Ifthme d'abord , & fa ruption enfuite
, il en a tiré la divifion des deux parties
de fon Mémoire . Dans la premiere ,
il expofe les preuves de l'existence de l'Ifthme
, que l'Hiftoire & la Phyfique ont pû
lui offrir. Dans la feconde il fait envifager
le méchanifme par lequel cetre langue
de terre a fait place au détroit qui
JUIN. 1753
231
fubfifte maintenant entre Douvres & Ca
lais.
La premiere partie commence par une
difcuffion préliminaire , qui a pour but
de prouver que les anciens Auteurs ne
nous ont tranfmis aucun témoignage pofitif
fur l'exiftence de l'Ifthme. Pitheas
qui a franchi ce détroit , les Phéniciens
qui commercerent les premiers dans les
Ifles Caffiterides , c'est- à- dire , les Illes Britanniques
, ne nous ont rien appris. Cé--
far & les autres Hiftoriens qui ont eu occafion
de parler de l'Angleterre , gardent:
le même filence. M. Defmareft fait voir
que deux paffages , l'un de Tacite & l'autre
de Dion Caffius , qui fembloient infinuer
que les anciens Grecs & Romains
doutoient fi l'Angleterre étoit une Ifle ,
prouvent plutôt leur ignorance fur le véritable
état des lieux , que la tradition de
l'existence de l'Ifthme. Ce qu'avance Servius
en commentant le vers de Virgile ::
Et toto divifos orbe Britannos , ne le frappepas
davantage ; il regarde ce Commentaire
hazardé , comme ces feux qui viennent
luire rapidement dans l'obfcurité , & qui
taiffent encore de plus épaifles ténebres
après qu'ils ont difparu. Les Auteurs modernes
qui ont parlé de l'ancienne jonc
tion , ne s'appuyent de même fur aucun
E vj
132 MERCURE DE FRANCE.
monument pofitif que l'Hiftoire leur fourniffe.
Ainfi , il réfulte de là qu'on chercheroit
en vain des témoignages fur l'exiftence
de l'Ifthme.
peu-
Mais fil'Hiftoire ne préfente rien de clair
& de précis à l'Auteur , il eft attentif à faifir
les ouvertures & les préfomptions que
certains faits avoués de tout le monde
vent lui fournir , pour établir l'exiſtence
de la langue de terre. Les Anciens Celtes
& les Peuples qui ont formé des établiſſemens
en Angleterre , le préfentent à nous
avec des traits de reffemblance dans leur
langage , leurs moeurs , leurs coutumes ,
leurs inclinations qui décelent une même
origine . Cependant Céfar & Tacite femblent
adopter l'opinion abfurde qui fuppofoit
les anciens Bretons éclos du fein de
la terre. M. D. eft porté à croire que la
difficulté de concevoir comment des colonies
de Celtes ont pu pénétrer jufqu'en
Angleterre , en fuppofant le détroit ouvert
, a fait imaginer ce fyftême. S'ils font
Celtes & qu'on ne puiffe admettre qu'ils
foient fortis du fein de la terre , ne fautil
pas rétablir l'Ifthme qui offroit un paffage
de plein-pied aux Colonies qui fe
font difperfées dans les Gaules ?
Non-feulement , les hommes dans ces
premiers tems n'ont pu faire le trajet ,
JUIN. 1753 . 133
parce qu'ils n'avoient pas pour lors les fecours
néceffaires , mais encore les animaux
nuifibles , comme les loups , &c. n'ont pû
alier chercher cette terre ifolée , ni en traverfant
la mer à la nage , ni en s'embarquant
fur des glaçons comme les ours
blancs , qui font des defcentes en Iſlande.
Il faut donc leur ouvrir un paffage libre ,
& l'Ifthme le leur préfente ainfi qu'aux
hommes.
L'Auteur fait voir qu'il eft abfurde d'avoir
recours à des voyes furnaturelles pour
peupler les Ifles & d'hommes & d'animaux
, car celles qui font ainfi peuplées
font voilines des continens , & il eſt à
préfumer qu'elles en faifoient partie .
On peut donc faire valoir en faveur de
Fexiftence de l'Ifthme l'impoffibilité de
peupler l'Angleterre d'hommes & d'animaux
nuifibles dans des tems reculés. M.
Defmareft appuye cette preuve de quelques
réflexions auffi décifives , dont l'hif
toire lui fournit encore les motifs.
Les anciens Bretons , quoique Celtes
comme les habitans des Gaules , n'avoient
aucun commerce avec ces derniers. Céfar
ne put tirer aucun éclairciffement des marchands
Gaulois fur les ports de l'Angleter
re. Tacite, Strabon & Pomponius- Mela repréfentent
les Bretons comme des Barbar
134 MERCURE DE FRANCE.
res. Pourquoi cette défunion ? Si les Celtesavoient
envoyé des Colonies dans l'Angleterre,
n'auroient- elles pas confervé leur
commerce par les mêmes voyés qui leur
auroient ouvert un paffage dans l'ifle prétendue
M. D. penfe que les anciens Bre
tons qui s'étoient répandus dans l'Angleterre
par l'Ifthme , avoient été ainfi fépa-`
rés du commerce des Gaulois par le même
événement qui a fait de leur féjour une
Kle ; qu'étant devenus infulaires , ils n'imaginerent
plus rien au-delà de leur fé-
Jour ; qu'ils eurent befoin que les Phéniciens
leur vinffent annoncer qu'ils n'é
toient pas feuls dans ce monde ; qu'enfin
ces Phéniciens concentrerent l'induftrie
des Bretons dans leur Ifle , &c. L'Auteur
tourne même en preuve de l'exiftence de
Ifthme & de fa deftruction , le défaut de
témoignages qui le prouvent ; parce que
ces peuples inondés & ifolés ne conferverent
pas même la mémoire d'un événe
ment qui les rendit barbares.
M. Defmareft faifit cette lueur de vé
rité & cette lumiere que fourniffent les
monumens hiftoriques , pour paffer de là
à un plus grand jour que la Phyfique & la:
Géographie doivent jetter far l'événement
qui l'occupe. Il trouve les témoignages les
plus authentiques épars fur les rivages du :
JUI N. 1753. 1.35
détroit & dans toute l'étendue de la Man
che d'un côté , & de la mer d'Allemagnede
l'autre . Il entre dans un grand détail
pour préfenter à fes Lecteurs une idée topographique
des lieux , en dépouillant le
Neptune François & la Carte du D. Halley
: il en résulte que fur une longueur de
153 lieues , les côtes de la Manche d'une
ouverture de 30 lieues , fe refferrent pour
ne former qu'un détroit de huit. Le Pas de
Calais n'occupe prefque que la 4 partie
de la largeur de l'ouverture du Canal vers
l'Océan. L'Auteur détermine de même la.
pente du terrein du fond des deux mèrs .
en partant du pas de Calais ; il trouve que
la profondeur de la mer au détroit n'a que
1a5 ° , la 6 ° , la 7° & la 8 partie des profondeurs
fucceflives déterminées , & rendues,
fenfibles fur la Carte qui accompa
gne cette Differtation ; enforte que le
fond du Canal vis à- vis de Calais , en
fuppofant la Manche à fec , formeroit réellement
, & forme actuellement fous l'eau.
qui le couvre , une élévation de 620 pieds
fur le fond de la pleine mer vers l'Océan
, à une diſtance de 153 lieues , & de
200 pieds fur le fond de la mer d'Allemagne
, à une diftance de 80 lieues . Tout
ce détail eft rendu fenfible par un calcul
aifé à fuivre , & par les plans & la cou
136 MERCURE DE FRANCE.
pe
du terrein de la Manche & de la mer
d'Allemagne , deffinés par M. Buache de
l'Académie des Sciences , gravés avec précifion
, & très bien enluminés.
Non-feulement M. Defmareft fair envifager
le raprochement des côtes & la pente
fucceffive du terrein à l'Eft & l'Ouest
du détroit , comme une preuve de l'ancienne
union ; la difpofition & la nature
des couches de terre fur les rivages de Ca-
Jais & de Douvres lui paroiffent encore
ajouter à fon fentiment un nouveau dégré
de certitude . Ces couches de terre
étant les mêmes vers Douvres & vers Calais,
elles portent des caracteres diftinctifs,
dit-il , qui décelent les parties d'un ancien
tour , car elles confervent les empreintes
d'une formation identique & d'une
même moulure pour ainfi dire.
On auroit pa objecter pu que le détroit a
été formé par un vallon naturel , qui au-
Foit ouvert un paffage libre à l'eau . M.Def
mareft qui met cette objection dans tout
fon jour , répond que l'élévation fucceffive
du fond de la mer jufqu'au détroit , nous
la deftination de la nature n'a
pas été d'y former un vallon. Il ajouteque
fi le détroit eût été formé par un val
lon , on remarqueroit fur les côtes de Calais
& de Douvres une pente infenfible ::
montre que
JUI N. 1753 137
on verroit une tendance marquée dans les
couches paralleles de pierre & de terre qui
compofent la hauteur de la côte de Calais ,
pour prendre une courbure réguliere par
deffous les eaux & pour aller rejoindre leurs
correfpondantes à Douvres. Au contraire
la folution de continent eft bruſquée , &
annonce le défaftre de la ruption , en un
mot le travail de la mer. M. Defmareſt a
appuyé toutes ces réflexions de la defcription
raifonnée des cartes de M. Buache ,
qui , comme nous l'avons dit , accompagnent
cette Differtation . Enfin il finit cette
premiere partie par faire enviſager une
chaîne de montagnes , qui commence à fe
former dans l'Artois , & qui fe continue
en Angleterre , précisément dans la direction
de la langue de terre qui formoit l'If
thme au détroit.
M. D. expofe dans la feconde partie , le
méchanifme par lequel l'Ifthme a été enle
vé. Il remarque d'abord que les révolutions
qui arrivent à la furface de notre
globe font les effets des agens généraux
qui meuvent la maffe des eaux de l'Océan .
Il s'attache enfuite à faire voir les circonftances
particulieres , qui dans le cas préfent
augmentent l'intensité de ces ofciltations.
La premiere circonftance eft l'efpace
refferrée que préfente l'embouchure de
138 MERCURE DE FRANCE.
la Manche , aux marées , & qui viennent
de la pleine mer. Il prouve par plufieurs
faits avérés , combien cette difpofition des
lieux contribue à augmenter l'action des
vagues. Il examine à cette occafion com.
ment & pour quelle raifon les marées font
élevées dans la Manche & autour de l'An.
gleterre.
La feconde circonftance eft la hauteur
perpendiculaire des côtes de l'Ifthme , qui
ont du préfenter aux vagues une furface
aplomb de 80 à 200 pieds d'élévation.
La troifiéme circonftance eft la violence
du vent , qui s'infinuant dans l'embou
chure de la Manche avec toute la viteffe
acquife fur l'étendue de la pleine mer
qu'il a parcourue , rencontre un canat
qui fe referre infenfiblement , & qui la
condenfe par la difpofition de fes rivages ;
les vents d'Ouest qui font violens & du
rables fur les côtes , fe trouvent dans la
direction du canal de la Manche.
Après avoir établi les agens qui figurent
dans ce méchanifme qu'il adopte pour
la deftruction de l'Ifthme , l'Auteur parcourt
différens faits qui conftatent d'une
maniere authentique que la mer a été en
treprenante de tout tems & en plufieurs
endroits , mais furtout aux environs da
détroit. Il fait principalement remarques
JUIN. 1753. 139
d'après les obfervations de John Somner
que la plaine de Romney- Marsh eft comme
le dépôt où la plus grande partie des
débris de l'Ifthme ont été accumulés
par le
courant qui les y voituroit, Enfin il retrouve
dans le détroit de Calais deux caracteres
diftinctifs d'ouverture ; le premier
eft fa direction d'Orient en Occident : fituation
qu'il a prouvé être favorable par
l'examen particulier des agens locaux. La
feconde fe trouve dans les configurations
refpectives des côtes qui indiquent des angles
correfpondans , tels qu'on les obferve
aux bords d'un canal formé par les eaux
courantes :-il détaille ces angles d'après le
Neptune François.
M. Defmareft explique enfuite le méchanifme
par lequel il conçoit que la langue
de terre a été emportée ; il fait proprement
l'application des agens dont il a
expofé l'afcendant & l'énergie par des raifons
& par des faits ; il ne veut pas que cette
langue de terre ait été emportée par l'é
ruption d'un volcan , comme on pourroit
peut- être le foupçonner pour le détroit
de la Sicile. Il paroît que le fond du détroit
eft trop uniforme & trop profond
pour avoir été le foyer d'un volcan . Au
furplus , ajoute M. D. , ce volcan qui
dans les exploſions auroit fait fauter une
140 MERCURE DE FRANCE.
langue de terre de cette épaiffeur &
de cette étendue , auroit caufé au loin
des défaftres terribles , & auroit mis en
réſerve d'affreux témoins de la catastrophe
, qui nous exempteroient par leur
notoriété de la difcuffion dans laquelle
nous nous fommes engagés . Nous ne faivrons
pas M. Delmareft dans ce qu'il dit
fur l'action des vagues contre les rivages
de l'Ifthme pour les entamer & les miner
fucceffivement ; fur les progrès du travail
de la mer , qu'il évalue par un calcul
fondé fur une obfervation de M. Saul
mon au Trefport . Tout ceci n'eft pas fufceptible
d'extrait , c'eft une fuite de raifonnemens
qui fe tiennent , & qui perdent
à être détachés.
Nous renvoyons nos Lecteurs à la Dif
*fertation même , où l'on trouvera des conjectures
heureuſes , des raiſonnemens preffans
, & un ſtyle net & ferme.
DICTIONNAIRE Univerfel de Ma
thématique & de Phyfique , & c . Par M.
Saverien , de la Société Royale de Lyon .
Voici l'article des Arts que nous avons
promis ; ce fera le dernier. Nous avons
choifi celui de Mufique, convaincus qu'on
lira avec plaifir ce qui regarde cet Art
agréable. Nous ne citerons de ce grand
JUIN. 1753. I 41
morceau que la partie hiftorique c'eft
:
fans doute la moins importante , mais c'eſt
celle qui eft à la portée d'un plus grand
nombre de Lecteurs.
و د
» 2. On lit dans la Genefe , chap. IV.
» que Jubal , fils de Lameck , inventa la
» Mufique vocale & inftrumentale l'an
» 230 de la création du monde , & qu'Enos
» chanta le premier les louanges de Dieu .
» Jofeph ajoute à cela , que fubal inventa
auffi le pfalterion & la harpe ( Tom. 1 .
» chap. 9. ) . Mais qu'est- ce que
c'étoit que
» cette Muſique ? un Art ? une Science ?
» c'est ce que l'Ecriture Sainte ne dit pas.
» Ainfi fon témoignage ne nous inftruit
point de l'origine de la Musique ; elle
» nous apprend feulement qu'elle étoit en
ufage chez les Hebreux dans le tems de
» Jacob ; puifque Laban , fon beau -pere ,
» lui reprocha que s'il l'avoit averti de
»fon départ pour s'en aller dans fon
» natal , il l'auroit fait conduire en chantant
& au fon des inftrumens. Nous litfons
encore dans ce Livre faint ,
» Mufique produifit un miracle en faveur
» de ces peuples : c'eſt d'avoir fait tomber
» les murailles de Jericho au feul fon des
» trompettes , & cela pour en faciliter la
» prife. Il y avoit même des Muficiens
» dans ces tems reculés . On fçait qu'on
"
pays
, que la
142 MERCURE DE FRANCE.
» recevoit fpécialement les enfans måles
» de la famille de Levi , qui avoient de
la voix. On prétend même qu'on con-
» noiffoit les notes & les points , dont on
>> attribue l'invention aux Moforébes. Le
"
» Roi David paffoit pour auffi bon Mu-
» ficien que grand Joueur de harpe , ſur
laquelle il chantoit les Cantiques & les
» Pleaumes qu'il compofoit en vers. C'é-
» toit avec cet inftrument qu'il appaifoit
<«< les fureurs de Saül. Cet effet ſeul ſuppofe
une connoiffance plus que mécha-
» nique de la Mufique , & fur tout un
grand goût pour ce bel Art. Il femble
" même que David a connu l'harmonie ,
» ou du moins une forte d'harmonie ,
» l'agrément des accords. Ce Monarque
>> ordonna que dans les Temples il y au
» roit fix rangs de Chantres de chaque
» côté , par rapport aux fix tons de la Mu̸-
fique des Hebreux. Hafaph en fut le premier
Maître de Mufique . Si l'on en croit
Polidore-Virgile , David inventa une efpéce
d'orgue dont il jouoit avec un archet.
Mais ce qui décele bien les lumie-
» res de ce grand Roi dans cet Art , c'eſt
» le don qu'il fit en mourant à fon fils
Salomon. Il lui laiffa 2400 millions en
600 millions d'écus , en argent
»monnoyé , pour la conftruction du fa-
"
» or ,
JUIN. 1573
143
meux Temple de Jerufalem , qui étoit
une des fept merveilles du monde . La
fin de David dans la conftruction de ce
Temple , étoit d'y établir une Musique
magnifique , en y difpofant des fouterrains
, & des places convenables pour
cela. Salomon remplit les vûes de fon
pere , fuivant la defcription qu'il nous
refte de fon Temple ; il y avoit quatre
chambres fouterraines qui fervoient aux
› Concerts des Lévites , dont le nombre
pour le fervice du Temple étoit de vingtquatre
mille. Dans ces fouterrains on
› avoit mis cent mille crochets pour fuf-
• pendre les inftrumens qui y restoient
» toujours , crainte que la chaleur ne les
gârât . On y trouvoit jufques à quarante
» mille harpes , autant de citres d'or , à
» vingt carats , deux cens mille trompettes
d'argent , & quantité d'autres inftru-
» mens de Mufique. Deux Sur Intendans
" avoient foin de ces inftrumens. Enfin ,
" combien de Relations n'avons - nous pas
» de la Musique des premiers peuples du
»monde ? Ne lit on pas encore que les
Prophétes avoient befoin de bons
joueurs d'inftrumens , pour les exciter à
» l'enthoufiafme prophétique ? Il falloit
» même à Elifée un grand joueur de luth
pour faire quelque prophétie ; c'eft un
90
و د
144 MERCURE DE FRANCE.
fait , qu'il ne put rien opérer devant
" Azael , Roi de Syrie , qu'après qu'il eut
joué du pfaltérion .
99
»Toutes ces Hiftoires ne nous inftrui-
»
fent pas
fur
l'efpéce
de Muſique
que
connoiffoient
ces
gens
-là.
Quelques
Au-
» teurs
célébres
prétendent
avoir
vû des
fragmens
de Mufique
notés
de ce tems
,
» & qu'on
affure
très- harmonieux
. Malgré
» la célébrité
de ces Auteurs
d'ailleurs
ref-
» pectables
, cette
prétention
eft une
pure
>> chimere
. Pour
fçavoir
donc
quels
ont
été
» les premiers
principes
du grand
Art
dont
je fais
l'Hiftoire
, il faut
en
rapprocher
» l'origine
.
-93
"
"
» Tous les Muficiens conviennent una-
» nimement , qu'on doit aux Grecs les ré
gles de la Mufique ; & ceux- ci en font
» honneur à Mereure , un homme que les
Mythologiftes ont bien voulu transfor-
» mer en Dieu , fils de Jupiter & de Maya,
l'une des fept Pleyades. Il inventa la
lyre à quatre cordes , tendues fur l'écaille
>> d'une tortue , dont les accords de la plus
»baffe répondoient à la note mi , & les
>> trois autres à celles de fa , fol , la , qui
marquent les quatre tons ou modes prin
cipaux de la voix. Ces modes font les
premiers fondemens de la Mufique. Sui-
» vant Diodore de Sicile , ces quatre cor-
و د
"
و د
59
des
JUIN. 1753. 145
23
des avoient rapport aux quatre faifons
» de l'année . Cet Auteur ajoûte , que Mer
» cure fit préfent de cette lyre à Apollon ,
» dans le tems qu'il étoit pasteur des troupeaux
du Roi Amete ; que celui - ci la
» donna à Orphée , qui augmenta les pre-
» miers principes de la Mufique , comme fit
auffi Amphion , par les doux accords de
» fa voix & de fon luth .
20
ور
ود
» Cette origine paroît fabuleufe , parce
» que ce font ici les Héros de la Fable .
» Mais eft ce la faute de ces Muficiens ,
» s'il a plû à des hommes d'en faire des
» Dieux , des êtres imaginaires ? Le Pere
» Pezron a prouvé que le fond ou le can-
» nevas de la Fable , eft une Hiftoire qu'on
» a falfifiée , & l'Auteur de l'Histoire de
ta Mufique fait bien voir la vérité de cette
origine. Quoiqu'il en foit , telle fut
» la Mufique des Grecs , & tel fut le
30
premier
fyftême de cet Art. Il parut l'an
» du monde 2115 , & fubfifta 1500 ans ,
» jufqu'au tems de la naiffance du fameux
» ythagore. On doit à ce Philofophe le
» fecond fyftême de Mufique , qu'un heu-
» reux hazard , fecondé par une belle ima
» gination & de grandes connoiffances ,
»lui fit découvrir. Un jour comme il fe
promenoir , il entendit des forgerons
qui battoient à grands coups de mar
33
11. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
" teaux un fer chaud fur l'enclume , & re
marqua que ces coups formoient des ac
» cords. Surpris de cette nouveauté , Pythagore
entra dans la forge , pour mieux
juger de cette difference de fons , ou
» cette forte d'harmonie. En examinant
» les marteaux , il reconnut que la diffe
rence des fons dépendoit des differens
poids des marteaux . Pour mettre cette
» découverte à profit , Pythagore tendit
» differentes cordes , par le moyen de
» poids differens. Or il trouva qu'une corde
tendue par un poids de 12 livres ,
comparée au ton d'une autre corde ten-
> due par un poids de 6 livres , étoit dans
le rapport de 2 à 1 , qui eft l'octave.
Celle qui étoit tendue par un poids de
» 8 livres , rendit un fon qui étoit à celui
de la premiere , comme 3 à 2 , ou 1-2 à
8 , ce qui forme la tierce ; & enfin
qu'une quatriéme corde tirée par un
poids de 9 livres ༡ , donnoit un ton qui ,
» comparé à celui de la premiere , formoir
la quarte. Ces connoiffances mûrement
» digerées , donnerent ,à Pythagore l'idée
'd'un inftrument pour trouver les pro
» portions & les quantités des fons.
(Voyez Monochorde. ) Il inventa enfuite
une efpéce de luth on de lyre ,
compofée de fept cordes , au lieu que la
99
و
JUIN. 1753.
147
•
lyre de Mercure n'en avoit que quatre.
»Le nombre de fept fut dirigé , dit- on ,
par celui des planettes , dont Pythagore
croyoit les mouvemens mélodieux ,
» (Voyez Aftre). Ces fept cordes lui fervi-
» rent de modéle pour trouver les fept
» tons principaux de la voix. Les tons &
» les modes ainfi découverts , on forma un
nouveau fyftême de Musique , qui fic
» abandonner celui de Mercure.
"
و د
» Quelque tems après , un Muficien
» nommé Simonide , s'avila d'ajouter à
» l'inftrument de Pythagore , une huitiémę
» corde pour former un huitiéme ton ,
» dans la vûe de mieux accommoder les
>> accords de la voix à ceux des inftrumens,
» fans s'écarter néanmoins des principes
» du fecond fyftême. Mais ce fyftême fut
» attaqué par Ariftorene de Tarente , Dif
ciple d'Ariftote , & par Didyme , grand
Muficien de ce tems. Sur ce que Pythagore
» vouloit qu'on jugeât des fons par tes
régles des Mathématiques , ceux- ci pré-
» tendirent que l'oreille devoit feule en
» décider. Pour appuyer cette opinion ,
» Ariftoxene inventa un nouvel inftrument ,
» qu'il appella Teirachorde , compofé de
" quatre cordes , avec lequel il trouva
» l'ordre des fons ou voix diatoniques
» les confonnances & les diffonnances des
ל כ
Gij
148 MERCUREDE FRANCE,
ת
و ر
» tons , fuivant le jugement de l'oreille .
Malgré les efforts de ce Muficien , le
fyfteme de Pythagore le foutint , & on
» donna à celui d'Ariftoxene le nom de
Tempéramment ; ce qui forma une nou-
» velle fecte de Muficiens . Ainfi la mé
thode de Pythagore fubfifta encore cinq
» ou fix cens ans chez les Grecs.
»
33
ور
"
ע»Leschofesenétoientlàen3600du
» monde , lorfque parut le célébre Olympe,
» doué d'un génie peu commun. Après
» avoir approfondi le fyftême de Pytha-
»gore , Olympe remarqua que les huit
» tons connus , c'eft- à- dire , les fept de
Pythagore , & le huitiéme de Simonide , il
» remarqua , dis je , que ces tons paſſoient
» trop vîte de l'un à l'autre , ce qui ren-
» doit la Mufique fort dure . Il falloit
» la rendre plus douce , y mêler des agré
» mens , ou mettre des intervalles dans le
» paffage de ces tons. C'eft à quoi s'atta-
» cha Olympe , & à quoi il parvint par les
و ر
pour
femi-tons. Il les découvrit avec un inf-
» trument femblable à celui de Pythagore ,
» fur lequel il tendit une corde plus fine
Ȉ chaque diftance ou intervalle de huit
» cordes , qui exprimoient ou qui ren-
» doient les huit tons. A une découverte
» fi brillante , la Musique changea de face.
» En combinant fes femi -tons avec les
JUI N. 1753 149
tons entiers , le grand Olympe forma un
» fyftême qui comprit les trois genres
principaux de la Mufique vocale & inf-
» trumentale ; fçavoir , le diatonique , le
» chromatique, & l'enharmonique . ( Voyez
39
» ces mots .
"
Enfin , ces trois fameux fyftêmes de
Muſique , répandirent un fi grand jour fur
>> toute la théorie de cet Art , que les Muficiens
y firent fans peine des additions.
» On inventa une infinité de caracteres ,
» de lettres couchées , de notes differen-
» tes , & d'autres figures dont le nombre
» étoit de plus de douze cens , fans parler
» du coma , inventé par Ariftoxene , qui
» fert à diviſer un ton plein en neuf par-
" ties , dont quatre font le femi -ton ma-
(
و ر
jeur , & cinq le deni -ton mineur . Cet-
" te multiplicité de caracteres ne fut rien
moins que favorable au progrès de la
Mufique. Les Latins qui le comprirent ,
» l'en débarrafferent , & fubftituerent en
leur place les quinze premieres lettres
» de l'alphabet , dont chacune marquoit
» les differences des tons des voix dont
«< ils compoferent une Table , qui fut nommée
Gamma , d'où vient le mot Gamme.
Boece , l'an soz de Jefus Chrift , la re- 502
» mania , ajouta à la Mufique des Latins ,
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
» & en cet état elle fleurit en Italie juſques
» au tems du Pape Saint Gregoire le Grand,
" très fçavant Muficien. Ce Pontife , qui
» non content de protéger les Arts , les
» cultivoit , obferva d'abord que les huit
» dernieres lettres de la gamme des Latins
» ne faifoient qu'une répétition , ou une
» octave plus haute que les fept premiers
» fons. Il les réduifit aux fept premieres
» lettres que l'on réitéroit plus ou moins ,
» tant en haut qu'en bas , felon l'étendue
a des chants , des voix & des inftrumens ,
» fans altérer néanmoins le fond des fyf-
» têmes de la Muſique des Grecs , lefquels
» fubfiftoient en 1224 de Jefus - Chrift , où
» Ġui Laretin inventa un quatriéme fyftê-
» me , appellé le Moderne , fi original &
» fi généralement eftimé ,» que je dois m'at-
» tacher à le faire connoître.
39
»
›
Ayant remarqué que les noms que les
" Anciens donnoient aux cordes de leur
» fyftême étoient trop longs , Gui Laretin
» ſubſtitua en leur place les fix fameuſes
fyllabes ut , re , mi , fa , fol , la , qui lui
» vinrent d'abord dans l'efprit , en chan-
» tant la premiere ftrophe de l'Hymne de
» Saint Jean-Baptifte , dans laquelle elles
» font effectivement renfermées , comme
on le voit ici :
JUIN
. 353 1753
29
و د
» Ur queant laxis
» Mira geftorum
» SOLVe polluti
و ر
REfonare fibris
Famuli tuorum
Labii reatum
Sanite Joannes.
Angelo Berardi , Sçavant d'Italie , a
renfermé ces fyllabes dans le vers fuivant
:
UT RElevet Miferum Fatum SoLitofqueLabores.
» Une grande raifon de Laretin , en
abrégeant les noms des cordes , étoit de
pouvoir les écrire au deffus des fyllabes
on texte , comme on le pratiquoit alors.
» Mais il s'apperçut que cette maniere
d'écrire les notes ou fons fur une même
» ligne , ne faifoit pas affez diftinguer les
fons graves des fons aigus , & n'aidoit
ainfi que foiblement la mémoire & l'imagination.
Dans un beau génie , la
» connoiffance
d'une néceffité eſt preſque
toujours le germe d'une découverte ; à
peine Laretin fe fur convaincu de l'im-
» portance de diftinguer autrement les
» fons graves des fons aigus , qu'il trouva
» un moyen à cette fin , en tirant plufieuts
lignes paralleles , entre lefquelles il mertoit
certains points ronds ou quarrés ,
» immédiatement
au-deffus de chaque fyl-
&
labe , qu'on a depuis appellé Notes ,
و ر
G. iiij.
752 MERCURE DE FRANCE.
» qui par leur fituation haute ou baffe des
» degrés que ces points occupoient fur
» ces points ou entr'elles , faifoient diftin-
» gner tout d'un coup les fons graves
des
los aigus. Et pour marquer plus précilément
quel fon chacun de ces points"
repréfentoit , Laretin prit les fix pre-
» mieres lettres de l'alphabet des Latins ,
» au- deffous defquelles il mit le caractere ,
« ou le gamma des Grecs , afin de rappel-
» ler l'origine de l'art de noter des Grecs.
"
Comme ces lettres étoient deftinées à
" ouvrir ou donner la connoiffance des
»fons , il les nomma clefs , & les ayant
»
jointes avec les fix fyllabes ut , re , mi ,
» fa , fol , la , il en forma une Table , qu'il
» nomma gamma , & dont le nom s'eft encore
confervé. On conjecture qu'il mit
d'abord à la tête de chaque ligne , &
entre chaque ligne une de ces fept clefs,
qui marquoient le nom qu'on devoit
donner à tous les points , ou notes pla-
» cées fur ces lignes & entr'elles. Ainfi la
» note qui étoit fur la ligne où étoit la
» lettre ƒ , actuellement une clef, étoit un
fa La feconde note au- deffous du fa ,
» étoit un mi , parce qu'elle répondoit à
la clef E , par où Laretin défignoit cette
note : ainfi des autres. S'étant enfuite
apperçu que l'ordre naturel des notes
و د
»
TUIN. 1753.
153
fuffifoit pour les faire reconnoître quand
on en avoit déligné une , cet ingénieux
» Muficien fupprirna toutes ces clefs qui
chargeoient toutes les lignes , & fe con-
» tenta d'en caracterifer une . En effet ,
» un fa étant défigné , la note fuivante
» doit être un fol , celle d'enfuite un la ,
39 & c.
ود
و د
Quelque rapides que foient les progrès
de Gui Laretin dans la Mufique , &
quelque étonnant qu'il paroiffe qu'un
» homme feul ait fait tant de découvertes
fur cet Art , nous n'avons pas encore vû
» le point de perfection cù ce grand Muficien
le porta . Non content de la divifion
des deux femi tons des Grecs ,
» entre les deux notes la & fi qu'il appel-.
» loit dans fon lyftême A & B , Gui Laren
mit quelquefois fur le B ou le fi
» un b
pour marquer que de l'A au Bil
» ne falloit élever la voix que d'un ſemi-
» ton. Et parce que cette intonation a
quelque chofe de plus tendre & de plus
» doux , que lorfqu'on éleve la voix d'un
" ton plein , il donna à ce b l'épithète de
» mol , d'où vient l'origine des bémols .
»
93
» Enfin , après avoir ajouté au deffas de
la plus haute corde de l'ancien fyftême ,
une corde au- deffous de la plus balle des
» anciens , & quatre autres au- dellus de
1
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
la plus haute , ce Muficien compoſa ſon
fyftême de 22 cordes , çavoir de 20
» diatoniques , qui forment ce qu'on a
» appellé depuis l'ordre béquarre , ou na-
» turel ; & deux baillées d'un demi -con
" plus bas que le naturel , qui changeant
»l'ordre naturel de quelques notes , pro-
» duifirent l'ordre qu'on nomme diatoni-
» que bémol , ou fimplement bémol.
"
Telles font les découvertes du fameux
Gui Laretin . Comme l'on n'eft pas grand
» homme impunément , Meibonius & Bon
temps les lui ont chicanées. Ils ont formé
outre cela des difficultés contre lon fyl
ême, Mais fans nous arrêter , ni à leur
» mauvaiſe humeur , ni à leurs objections,
fuivons le fil de notre Hiftoire de la
Mufique qui nous intéreffe davantage. -
»
Jufques- là les fons le trouvoient naturellement
de 7 en 7 degrés , qu'on
? pouvoit répéter d'octave en octave à
» l'infini. Afin de donner la facilité d'exprimer
tous les degrés de l'octave ; d'en
» templir tous les intervalles , & de faire
» cette répétition indéfinie , fans changer
» le nom à aucune des notes , on imagina
» d'ajouter aux fix fyllabes de Gui Laretin ,
» une feptiéme fi. On trouva enfuite
» qu'entre toutes les cordes qui font l'iatervalle
d'un ton , on pourroit mettre
JUI N. 1753. 155
une corde mitoyenne qui les partageac
en deux femi- tons . On ajouta donc 1º .
» au fyſtême de Gui Laretin la corde chro-
» matique , appellée communément bémol ;
aux cordes chromatiques des anciens
celles qui partagent les tons majeurs ,
ou les intervalles par lefquels le inilieu
» de chaque tétrachorde eft formé en deux
» femi tons , & cela en élevant d'un ſemi-
" ton la plus baffe des cordes ; ce que l'on
marque aujourd'hui par un double die-
» ze , que l'on met du côté gauche fur le-
» même degré , & immédiatement devant
» cette plus baffe note.. De là on conclut
que les mineurs , ou les intervalles qui
terminent en haut chaque tétrachorde ,
devoient être aufli fufceptibles de ce
» partage que les tons majeurs. Ainfi on
augmenta le fyftême des Grecs de ces.
cordes chromatiques qui y manquoient..
Enforte que chaque octave eft aujour
»-d'hui compofée de 13 fons ou cordes
» & de 12 intervalles on femi-tons , fçavoit
de huit fons diatoniques ou natu-
"-rels , & de 5 chromatiques ou diezes.
Par ces additions la Mufique le dépouilloit
, mais elle étoit encore bien
» refferrée . A mesure qu'on le fentit , on
multiplia les cordes , afin d'y trouver
plus de fond pour les parties de l'harmoý
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE .
nie , & ces augmentations ont donne
29 cordes diatoniques & 20 chromati-
» ques. Tout cela compofe aujourd'hui 8
» tétrachordes ou 4 octaves , formées de 8
fons diatoniques & de 5 chromatiques.
» Ce font ces quatre octaves qui font l'é-
» tendue ordinaire du fyftême moderne ,
» ou des orgues & des clavecins . Il me
» refte à parler de l'invention de la figure.
» des notes , & ce qui y a donné lieu .
"
» Comme l'égalité des notes du fyftême
» de Gui Laretin rendoit les chants trop
» uniformes , qu'elle les privoit de cette
» variété de mouvemens , tantôt lents ,
» tantôt vîtes , qui en font le plus grand
» agrément , & qu'elle obligeoit fouvent
»de prononcer très- defagréablement les
fyllabes du texte , un Docteur de Paris
» allez connu ( Jean des Murs ) inventa
» vers l'an 1330 les differentes figures des
» notes , par lesquelles on juge tout d'un
coup combien de tems doit durer préci-
» fément chaque fon .
»
C'est ainsi que la Mufique eft parve-
» nue à l'état où elle eft aujourd'hui , &
c'eft en fuivant ce dernier fyftême que
le fameux Lully & le grand Rameau ont
"produit de fi belles chofes , & c. & c .
JUI N. 1755. IST
LE PRINTEMS ,
IDYLLE ALLEGORIQUE.
J
Par M. Tanevat .
Euneſſe de l'année , agréable ſaiſon ,
Mere des doux zéphirs , des fleurs
gazon ,
d'un verd
Charme de la Nature & fa gloire premiere ,
Fille du Dieu brillant , qui répand la lumiere ;
Par combien de tréfors & d'objets raviffans ,
Au fein de la verdure enchantez - vous mes fens !
De mille aftres divers , chaque jour décorée ,
La terre le difpute à la voûte étherée ,
Elle exhale fans cefle un parfum gracieux ,,
Et l'air pur retentit de concerts précieux.
Des portes du matin la diligente Aurore
Arofe de fes pleurs tous les préfens de Flore
Tandis qu'ornant les Cieux de leur éclat vermeil
Les roles opt tracé la route du Soleil :
L'Amante de Titon ouvre enfin la barriere ,
Et.le pere du jour commence la carriere ;
Ses obliques rayons , tempérant leurs ardeurs ,.
Diffi , ent lentement d'agréables vapeurs.
炒菜
Ceres voit dans vos mains fa belle deftinée ;
258 MERCURE DE FRANCE.
Du plus brillant émail Pomone eft couronnée;
Déja du Dieu Bachus , fur ces rians côteaux ,
Les pampres reverdis embraffent les ormeaux.
Vous ranimez les feux confervateurs du monde ;
Et rendez , en toas lieux , la Nature féconde .
On compteroit plutôt les feuilles des forêts ;
Les habitans des eaux , les épics des Guerêts ,
Que le nombre d'Amours qui dans cette contrée;
Nous ramenent les tems de Saturne & de Rhée ;
Hs rempliffent les bois , les champs & les vergers,
Il en eft de conftans , il en eft de legers ;
Ceux -ci réfident peu , s'envont d'une aîle agile,
Habiter promptement & la Cour & la Ville.
Il en eft de rufés , il en eft d'ingenus ,
De coquets , de fripons * , & de plus retenus,!
De timides ; ceux- là ne réuffiffent guère :
D'autres qui vont toujours à l'ombre du myſtère ,
Quelques- uns moins voilés , mais fins & délicats ,
Er ces derniers fouvent ,font d'heureux candidats.
Enfin fuivant nos goûts , vous les faites éclore ;.
Des rives du Lignon il s'en échappe encore.
En a.r'on vûjamais de plus francs , de plus dour,
Que ceux qui fur ces bords conduiſent ces époux ?
O le couple charmant ! quel favorable augure!
Printems délicieux ! c'eft ta vive peinture.
Ruer improbus, dis Virgile en parlant de l'Amour.
JUIN.
1753. -159
Cette Nymphe divine étale mille appas :
•
Que de nouvelles fleurs éclofent fous les pas !
Son Amant la contemple , & d'une ardeur fincère
Invoque avec l'Hymen tous les Dieux de Cythère
Un Autel élevé par la main des Amours ,
Doit d'une chafte flâme éternifer le cours
Les fermens font reçus : & toute la nature
S'embellit au moment d'une union fi pure.
Des boccages voifins les oiſeaux raſſembléș ,
Célébrent cet Hymen par des chants redoublés à
Un prodige faccéde à leur ramage tendre.
Dans la vague des airs ces mots fe font entendres:
Par la faveur des Dieux , par ce noeud folemnel ,
Ces épouxjouiront d'un printems éternel.
ë
SPECTACLE S.
2.
L'inchémi Bayrore, après trente-cinq
'Académie Royale de Mufique a retiré
sepréſentations , & a donné le Mardi s
Juin , les Fêtes Grecques & Romaines , done
les paroles font de M. Fuzelier & la Mufique
de M. Blamont , Surintendant de la
Mufique du Roi , & Chevalier de l'Ordre
de S. Michel. Ce Ballet heroique repré
fenté peur la premiere fois en 1723 & repris
en 1733 & eu 1741 , eft fi connu ,
qu'il fuffira de nommer les Acteurs qui y
158 MERCURE DE FRANCE.
Du plus brillant émail Pomone eft couronnée,
Déja du Dieu Bachus , fur ces rians côteaux,
Les pampres reverdis embraffent les ormeaux.
Vous ranimez les feux confervateurs du monde
Et rendez , en tous lieux , la Nature féconde.
L
On compteroit plutôt les feuilles des forêts ;.
Les habitans des eaux , les épics des Guerêts ,
Que le nombre d'Amours qui dans cette contrée ;,
Nous ramenent les tems de Saturne & de Rhée ;
Hs rempliffent les bois , les champs & les vergers.
Il en eft de conftans , il en eft de legers ;
Ceux-ci réfident peu , s'en vont d'une aîle agile,
Habiter promptement & la Cour & la Ville .
Il en eft de rufés , il en eft d'ingenus
f
De coquets , de fripons * , & de plus retenus ,!
De timides ; ceux- là ne réuffiffent guère:
D'autres qui vont toujours à l'ombre du mystère ,
Quelques- uns moins voilés , mais fins & délicats ,
Er ces derniers fouvent , font d'heureux candidats..
Enfin fuivant nos goûts , vous les faites éclore ; .
Des rives du Lignon il s'en échappe encore.
***
En a.r'on vûjamais de plus francs , de plus dour,
Que ceux qui fur ces bords conduisent ces époux ?
O le couple charmant ! quel favorable augure !
Printems délicieux ! c'eft ta vive peinture.
* Euerimprobus, dit Virgile en parlant de l'Amour.
TUIN.
-159 1753.
Cette Nymphe divine étale mille appas :
Que de nouvelles fleurs éclofent ſous ſes pas !
Son Amant la contemple , & d'une ardeur fincère
Invoque avec l'Hymen tous les Dieux de Cythère
Un Autel élevé par la main des Amours ,
Doit d'une chafte flâme éternifer le cours.
Les fermens font reçus : & toute la nature
S'embellit au moment d'une union fi pure.
Des boccages voifins les oifeaux raffemblés ,
Célébrent cet Hymen par des chants redoublés à
Un prodige fuccéde à leur ramage tendre.
Dans la vague des airs ces mots fe font entendres:
Par la faveur des Dieux , par ce noeudfolemnel ,
Ces épouxjouiront d'un printems éternel.
AAAAAAAAAAÏAAAAAAAAA
SPECTACLE S.
L'A
'Académie Royale de Mufique a retiré
Titon & l'Aurore , après trente- cinq
sepréſentations , & a donné le Mardi s
Juin , les Fêtes Grecques & Romaines , done
les paroles font de M. Fuzelier & la Mu
fique de M. Blamont , Surintendant de la
Mufique du Roi , & Chevalier de l'Ordre
de S. Michel . Ce Ballet heroique repré
fenté peur la premiere fois en 1723 & repris
en 173.3 & en 1741 , eft fi connu
qu'il fuffira de nommer les Acteurs qui y
Too MERCURE DE FRANCE.
jouent. Les rôles d'Apollon , d'Erato-j
de Clio , de Terpficore font remplis dans
le Prologue , par M. Gelin , Mlles Jaquet
& Dubois , M. Poirier. Dans les perfonnages
danfans , Mlle Puvigné fait le rôle
de Terpficore , & M. Veri elai de chef
de la-danfe..
Dans la premiere Entrée , qui eft celle
des Bacchanales , les rôles d'Antoine , de
Deros , de Cléopatre, d'une Egyptienne &
d'un Egypan , font remplis par Mrs de
Challe & de la Tour , Milles Chevalier &
Gaultier , & M. Gelin .
Dans la deuxième , intitulée les Jeux
Olympiques , Alcibiade , Timée , Afpafie ,
Amintas , Zelinde , font joués par M. de
Chaffé , Miles Jaquet & Dubois , M. Poirier,
Mlle Chefdeville. Les deux luteurs
font Mrs Veftris & Lyonnois Dans les
Saturnales qui forment la troifiéme entrée,
les rôles de Delie , de Plautine , de Tibale
, d'une Bergere , font remplis par Miles
Chevalier & Dubois , M. Jeliotte & Mlle
Dubois.
Les Comédiens François ont remis le
Same 19 du mois dernier les trois Confines
, Comédie de Dancourt , en Profe &
en trois Actes & avec trois Divertiffemens.
Cette Piéce n'avoit point été donJUIN.
1753. 161
née depuis le mois de Mars 1750. A cette
reprife , les rôles des trois Coufines ont
été remplis par Mlles Dangeville , Gauffin
& Grandval ; celui de la Meuniere par
Mlle la Motte , & ceux de Delorme & du
Garde Moulin , de l'Epine , de Giflot &
du Bailly par Mrs Paulin , Armand
Drouin , Bellecourt & la Thorilliere . On
a été très content & de la Piece & de la
maniere dont elle a été jouée ; mais on
n'en a pas trouvé les Ballets auffi bien deffinés.
Le petit Pietro qui a danfé avec tant
d'applaudiffemens fur le Theatre de l'Opera
Comique à la Foire S. Germain , eft
le feul qui fe foit diftingué dans les Divertiffemens
des trois Coufines ; il y a
danfé deux entrées comiques d'une maniere
furprenante.
Les mêmes Comédiens ont remis le
Vendredi premier de ce mois , le Moulin
de Javelle , Comédie en Profe , & en un
Acte , de Dancourt , avec un Ballet nouveau
, & une Pantomime danfée par Mlle
Buggiani & M. Cofimo Mananefi , danfeurs
Italiens qui ont paru avec tant d'éclat
fur le théatre de l'Opéra Comique , à
la derniere Foire S. Laurent. Les rôles de
Mefdames Simoneau , du Roullet , Bertrand
, de la Comteffe de la Grenouillese
, & de la Soubrette , dans la pièce du
162 MERCURE DE FRANCE.
> Moulin de Javelle ont été joués par
Mlles Guéan , Huffe , la Motte , Brillant
& Beaumenard ; ceux du Fiacre , du Valet
de Simonneau , de Duroullet , de Ganivet
, du Chevalier , de Bertrand , du
Robin , de M. Grimaudin & de Nicolas ,
l'ont été par Mrs Armand , Deſchamps
la Thorilliere , Bonneval , Dangeville ,
Bellecourt , Paulin , Drouin , Dubreuil &
Baron. On a été plus content du Ballet du
Moulin de Javelle , que de ceux des trois
Coufines ; les Danfeurs Italiens y ont eu
le fuccès le plus complet. Mlle Huffe qui
vient d'être reçue pour la premiere demipart
qui vaquera , a été bien accueillie du
Public.
Les Comédiens Italiens continuent les
repréſentations de Raton & Rofette , Parodie
de Titon & l'Aurore. Cet Ouvrage
qui vient d'être imprimé chez Prault fils ,
& dont on trouvera l'extrait dans le Mercure
prochain , eft applaudi depuis les
changemens heureux que M. Favard y a
faits. Il a été précédé pendant quelques
repréſentations , de Baroco , Parodie du
Joueur , Intermede Italien ; laquelle lorfque
feu Theveneau en chantoit le princi
pal rôle , avoit fait un fi grand effet ; la reprife
de cette rapfodie a été extrêmement
JUIN 17538 163
malheureufe & le devoit être. Mlle Favard
y a parodié Mlle Tonelli avec les
graces ordinaires.
CONCERT SPIRITUEL.
E Concert du Jeudi 31 Mai , jour de
1
LFAfcenfion , commença par la fixićme
Sonate des pieces de clavecin de M.
Mondonville , mife en grand concert ;
enfuite Latatusfum , Motet à grand choeur
de M. Cordelet , dont nous avons déja
annoncé la chûte , & qui ne s'eft pas relevé.
Mrs Merchi freres , jouerent un concerto
de leur compofition fur le Calfon
cini : c'eft ua inftrument à deux cordes
montées ſur le re & le la , par conféquent
très-borné ; mais la maniere extraordinai
re dont les deux Muficiens Italiens en
jouent , le rend très-furprenant & affez
agréable. Mlle Davaux chanta avec ce bel
organe qui donne de fi grandes efpérances
, Ufquequo Domine , petit Motet de M.
Mouret. M. Gaviniés joua feul & bien .
Le Concert finit par le fublime Fenite exul
temus , de M. Mondonville .
164 MERCURE DE FRANCE
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗券
NOUVELLES ETRANGERES.
DU NORD.
DE MOSCOu , le 29 Avril.
Left arrivé un Courier du fieur Obrefxoy's
IRéficat de Pumpcraurice à la porte.
Courier a apporté des lettres du Baron de Pencxler
, du fieur Porter & du Baron de Hochepied ,
pour les Miniftres des Cours de Vienne & de Londres
, & pour celui des Etats Généraux des Provinces-
Unies Ces Miniftres ont communiqué au
Comte de Beftuchef , Grand Chancelier , le contenu
de ces dépêches . Le Baron de Bretlack ,
Ambaffadeur de l'Empereur & de l'impératrice
Reine de Bohême & de Hongrie , & le fieur Guy➡
dickens , Envoyé du Roi de la Grande- Bretagne ,
ont eu ees jours ci avec le Grand Chancelier ,
une conférence à l'occaſion de laquelle ils ont fait
partir des Couriers pour leurs Cours refpectives.
DE WARSOVIE , le 2 Mai.
Il s'eft élevé depuis quelque tems un grand
différend entre le Clergé & la Nobleffe de ce
Royaume . Selon la Nobleffe , le Clergé ne doit
poin jouir de tous les droits qu'il s'attribue , &
pl fieurs de ces droits font contraires aux Loix
fondamentales de la Nation . Le Clergé de fon
côté appuye fes prétentions fur une poffeffion ,
dans laquelle il n'a point été troublé de tems immémorial,
Sa Majesté, qui depuis ſon avénement à
€
JUIN. 1753. 165
fa Couronne , s'eft conftamment occupée du foin
a'entretenir l'union parmi les différens Ordres du
Royaume , a vû avec peine la naiflance de ces
divifions. Pour les faire ceffer , Elle a déja employé
les exhortations les plus pathétiques . Elle
fe propoſe , à lon retour en Pologne , de travailler
efficacement à rétablir la paix . Le Grand Ma
réchal de la Couronne a envoyé à Dreſde un long
Mémoire , qui contient le détail de tous les griefs
de la Noblefle.
DE STOCKHOLM , le 4 Mai.
Le 26 du mois dernier , le Roi nomma le Duc
de Mecklenbourg Strelitz , Chevalier de l'Ordre
des Seraphins ; le Vice- Amiral Ruth & le fieur
Saltza , Commandeurs de l'Ordre de l'Epée , le
Comte de Strahlenheim , le Baron de Hekel , le
Baron de Falkenber , & les fieurs Rehnberg ,
Winckler , Gyllengham & Grauberg , Chevaliers
du même Ordre. Le Baron Charles Alexandre de
Liliencreutz , le feur Engelbrecht , Vice Préfident
du Tribunal de Wi mar ; le fieur Colin
Campbell , Confeiller du Contel de Commerce ,
& le fieur Linnæus , Premier Médecin de Sa Majefté
, ont été faits Chevaliers de l'Ordre de l'Etoile
Polaire.
DE COPPENHAGUE , le 5 Mai .
Un grand nombre d'Ouvriers travaille à appla
nir le terrein deftiné pour le camp projetté Les
troupes qui doivent s ' flembler dans ce camp ont
ordre de le tenir prêtes à marcher pour s'y rendre,
L'Octroi que le fier Raabe , Confeiller Privé
, avoit obtenu pour Petabliffement d'un Mont
166 MERCURE DE FRANCE.
de Piété, & qu'il avoit cédé à la Dame de Jen
tofft , vient d'être annexé pour toujours à l'Hô
pital des Matelots Invalides. Les Députés du College
de l'Amirauté auront déformais la Direc
tion de cet établiſſement , & leur geſtion doit
commencer le mois prochain . Ils payeront une
fon certaine fomme à la Dame de Jentofft pour
dédommagement.
Le Baron Conrad Ditleu de Knuth , époufà le
27 du mois dernier , la Comtefle de Reventhiau.
ALLEMAGNE
,
DE VIENNE , le 28 Avril.
A la fin du mois prochain , le Comte Nicolas
Efterhafi prendra la route de Ruffie , où il va réfider
en qualité d'Ambaffadeur de leurs Majeſtés
Impériales. Le Comte de Collorédo , nommé pour
remplir les fonctions de leur Miniftre auprès du
Roi de la Grande Bretagne , ne tardera pas non
plus à partir pour la deftination. Le Marquis de
Maio , Ambafladeur du Roi des deux Siciles , arrivera
ici dans quelques jours.
Il eft décidé que le Général Haddig aura le
commandement du camp que l'on a réfolu de former
en Hongrie. Le Prince Vinceflas de Lichtenftein
, qui doit commander le camp de Thein
en Bohême , fait préparer en diligence ſes équipages
. Si l'on en croit le bruit public , l'Empereur
ira voir ce camp. L'Impératrice Reine a élevé
au grade de Major Général , le Baron de Reichelin
, Colonel Commandant du Régiment d'Ins
fanterie de Harrach .
Il paroît une Ordonnance par laquelle l'Impératrice
Reine fixe à vingt-quatre ans , l'âge auJUIN.
1753. 167
quel les jeunes gens de l'un & de l'autre fexe entreront
à l'avenir en majorité. Cette Princeffe
vient de fonder dans l'Univerfité de cette Ville ,
quatre Chaires de Profeffeurs en Droit ; l'une pour
les Inftituts & le Code ; une autre pour le Digef
te ; la troifiéme pour le Droit Canon , l'Hiftoire
du Droit , & le Droit naturel , la quatrième pour
le Droit des gens , & le Droit public de l'Allemagne.
Les Profeffeurs qui rempliront les deux
dernieres de ces Chaires , auront le Titre de Confeillers
Auliques , & les deux autres celui de Conleillers
de Régence. Il y aura quatre mille flo
rins d'appointemens attachés à la place de Profeffeur
du Droit des gens & du Droit Public de
l'Allemagne ; trois mille cinq cens pour le Profeffeur
du Droit Canon ; trois mille pour celui
qui expliquera le Digefte , & deux mille pour ce
lui qui fera chargé des leçons fur les Inftituts &
fur le Code. Les quatre nouvelles Chaires ne feront
données qu'au concours , & l'Archevêque
de cette Capitale , en qualité de Protecteur des
études , préfidera à l'examen des Candidats.
Ce matin l'Impératrice Reine a déclaré qu'Ellé
accordoit la charge de Grand-Maître de fa Maiſon
au Comte d'Uhlfeld ; celle deChancellier d'Etat
& de Cour , au Comte de Kaunitz- Rittberg, cie
devant Ambaffadeur de leurs Majeftés Impériales
auprès du Roi Chrétien ; celle de Chancelier de
Cour pour tous les Etats héréditaires d'Allemagne
, au Comte de Haugwitz ; & celle de Vice-
Président du Directoire & de Confeiller d'Etat intime
, au Baron de Bartenftein , pour le dédomager
de la place de Secrétaire d'Etat de la conférence
, dont il étoit en poffeffion , & qui a été fupprimée.
Outre cet arrangement , L. M. Impériales
ont nommé le Comte de Rofenberg leur Ambaſſa
168 MERCURE DE FRANCE.
deur auprès de la République de Venife. Le Mar
quis de Botta d'Adorno doit quitter Bruxelles pour
aller remplir les fonctions de Miniftre Plénipotentaire
de l'Empereur en Italie Il fera remplacé .
dans le pofte de Miniftre Plénipotentiaire de
l'Impératrice Reine aux Pays - Bas par le Comte de
Cobenzel , Miniftre de leurs Maj ſtés auprès des
Cercles Antérieurs de l'Empire . Plufieurs Couriers
viennent d'être dépêchés , pour porter la
nouvelle de ces arrangemens dans les différens
endroits où il a paru convenable d'en donner
avis,
L'Impératrice Reine a établi une Commiffion
chargée d'empêcher l'impreffion des ouvrages qui
contiendront des principes fcandaleux , ou dangereux
pour les moeurs . Le Comte de Schratten,
bach eft Préfident de cette Commiſſion .
DE LEIPSICK , le 7 Mai.
Hier matin , on obferva ici affez diftinctement
le paffage de Mercure devant le Soleil , nonobftant
les nuages qui de moment à autre obfcurcif
foient cet Aftre . A cinq heures trente - trois mi
nutes , la Planete avoit déja parcouru un tiers du
Difque. Elle n'avoit plus à dix heures & demie
que très- peu de tems à arrêter dans le Soleil ,
lorfque cet Aftre fe couvrit entierement de nuages;
ce qui a empêché qu'on ne pût s'aflurer
précisément de l'inſtant de l'émerſion,
DE CASSEL , le 27 Mai,
Maximilien , Prince de Heffe , Feld Maréchal
Général des Armées de l'Empire , & Chevalier de
l'Ordre
JUIN. 1753.
169
P'Ordre de Saint Hubert , mourut le 8 de ce mois.
en cette Ville , âgé de foixante-trois ans , onze
mois & dix jours , étant né le 28 Mai 1689. Ge
Prince étoit fils de Charles , Landgrave de Heffe-
Caffel, mort le 23 Mars 1730 , & de Marie -Amelie
de Kettler , & frere du feu Roi de Suéde , ainfi que
du Landgrave actuellement Régent. Le 29 Novem
bre 1720 , il avoit époufé Frédérique - Charlotte
de Heffe- Darmstadt. De ce mariage il a eu Charles
de Heffe , né le 30 Septembre 1721 , mort le
23 Novembre 1722 ; Ulrique-Frédérique Guillelmine
, née le 31 Octobre de la même année , &
mariée le 21 Novembre de l'année derniere à Frédéric
Augufte de Holftein- Gottorp , Evêque de
Lubeck , Chriftine- Charlotte , née le 11 Février
1725 ; Guillelmine & Marie , nées le 25 Février
1726 , la premiere mariée le 15 Juin 1752 à Frédéric-
Henri-Louis , frere du Poi de Pruffe , la feconde
morte le 24 Mars 1727 ; & Caroline- Amelie
, née dans le mois de Novembre 1730.
ESPAGNE.
DE MADRID , le 15 Mai.
Cette Cour a reçu de Rome la ratification du
Concordat conclu avec le Saint Siége . Quelques
Evêques de ce Royaume ont témoigné voir avec
peine , qu'on les privât de la nommination à plu-
Lieurs Bénéfices dont ils avoient la collation : mais
le Roi n'a pas jugé que les plaintes de ces Prélats
duffent apporter aucun obftacle à l'exécution
des arrangemens pris à ce fujet .
Don Louis- Jofeph Velafquez , Chevalier de
l'Ordre de Saint Jacques , & Membre de l'Académie
Royale de l'Hiftoire , eft chargé par le Roi
11.Vel. H
170 MERCURE DE FRANCE.
de faire la recherch ede toutes les Antiquités Puniques
, Romaines , Gothiques & Arabes , qui le
trouvent en Espagne. Il a commencé fon voyage
par l'Eftramadoure , & il le continuera par la
Murcie , le Royaume de Valence , la Principanté
de Catalogne , l'Arragon , la Navarre , la Bifcaye
, les Afturies & la Galice . On a de ce jeune
Sçavant un ouvrage fur les caracteres inconnus
qu'on trouve dans plufieurs Infcriptions .
DE BARCELONE , le 10 Mai.
Il est parti cesjours ci de ce Port , plufieurs Navires
chargés de Marchandifes pour différentes def.
tinations . Un de ces Bâtimens s'étoit à peine éloi .
gné de la côte , que l'équipage découvrit un Vaiffeau
Barbarefque. Auffi tôt le Capitaine revira de
bord pour fe rapprocher de terre . Le Navire ,
quelque diligence que fit le Corfaire , eut le tems
de gagner le rivage ; mais l'épouvante étoit telle
parmi les Paffagers & les Matelots , que dès
qu'ils purent débarquer , ils prirent tous la fuite.
Ainfi ce Bâtiment devint bientôt la proye des Infidéles
. Sa cargaifon étoit eftimée vingt mille
piaftres.
ITALIE.
DE ROME, le 30 Avril,
Au commencement de la femaine prochaine ;
la Congrégation des Rités doit s'affembler extraordinairement
pour la Béatification du Cardimal
Bellarmin . On doit imprimer les Instructions
Paftorales , que le Pape a compofées pendant qu'il
a été Evêque d'Ancône & Archevêque de BoutoJUIN.
1753. 171
gne. Elles ont été traduites d'Italien en Latin ,
afin qu'elles fuflent d'une utilité plus générale .
A la fin du mois dernier , le Lord Minden s'étant
mis en chemin pour aller à Naples , fon carofle
rencontra dans un chemin étroit une calêche
, dans laquelle étoient des Officiers de Sbirres
. Ces derniers non - feulement ne voulurent point
reculer , mais tirerent un coup de piftolet , dont
le Gouverneur du jeune Lord fut bleflé fi dange.
reufement , qu'il mourut en arrivant à Naples.
L'émotion que cet accident a caufé au Lord Minden
l'a fait tomber malade , & en revenant ici ,
il est mort avant-hier à Frefcati , âgé de dix fept
ans.
DE GENES , le 29 Avril.
On plaça le 21 de ce mois , dans le grand Salon
du Palais Ducal , la Statue du Maréchal Duc de
Richelieu , faite par ordre du Gouvernement , en
mémoire des fervices que ce Général a rendus à
la République . Hier , le Chevalier Chauvelin ',
Envoyé Extraordinaire & Plénipotentiaire du Roi
de France , eut fon audience de congé du Doge &
du Sénat .
En reconnoiffance des fervices que ce Miniftre
a rendu à la République , le Grand Confeil a infcrit
ce Miniftre dans le Livre d'Or de la Nobleffe .
DE TURIN , le 25 Avril.
Charlotte-Elizabeth-Marie de Savoye , fille de
Victor Amedée-Marie , Duc de Savoye , & de
Mane- Antoinette Ferdinande infante d'Elpague,
mourut en cette Ville le 17 de ce mois Cette
Princeffe étoit âgée de neufmois & deux jours,
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
étant née le 15 Juillet de l'année derniere,
On comptoit de voir bientôt arriver ici le Che
valier Chauvelin , nommé pour y remplacer le
Marquis des Iffarts en qualité d'Ambaffadeur de
Sa Majefté Très- Chrétienne ; mais on apprend
que ce Miniftre , avant que de fe rendre en cette
Ville , doit faire un voyage à Paris.
GRANDE BRETAGNE,
DE LONDRES , le 17 Mai.
Sur la réquifition de la République de Gênes ;
le Roi a fait publier une Proclamation , pour dé
fendre, à fes Sujets de donner aucun fecours aux
Rebelles de Corfe , fous peine d'encourir ſa haute
indignation , & de fubir les peines portées contre
ceux qui violent volontairement les Traités
conclus par Sa Majefté,
Il eſt arrivé le 12 dans la Tamiſe une nombreufe
Flotte marchande venant du Nord. Un
Confeil de guerre fut tenu le 10 à Gofport , pour
examiner les caufes du naufrage du Vaiffeau l'Affurance.
Le Contre- Maître de ce Bâtiment a été
condamné à trois mois de prifon , pour ne l'avoir
pas fait piloter. On n'a prononcé aucune peine
contre le Pilore , parce qu'il a été conftaté que le
banc de fable , fur lequel le Vaiffeau a échoué ,
ne s'eft formé que depuis trois mois.
Sept cens Ouvriers des Mines de charbon fe
font affemblés tumultueufement dans le Comté
de Sommerfet , & étant entrés dans la Ville de
Briftol , ils y ont commis quelques défordres :
mais on compte que par les mefures qui ont été
prifes , cette émeute eft appailée , & que les chefs
des mutins font actuellement punis.
JUIN.
17531 173
DES PROVINCES - UNIES.
DE LA HAYE , le 25 Mai,
Quelques perfonnes ayant accufé de plufieurs
faits graves le fieur Mauritius , Gouverneur de
Surinam , & n'ayant pû fournir des preuves valables
de leurs allégations , les Etats Généraux conformément
à l'avis du Haut Confeil de Hollande ,
Zeelande & Weftfrife , ont mis les accufations à
néant , avec permiffion au fieur Mauritius de faire
telles pourfuites qu'il jugera à propos , en réparation
, tant de l'injure qui lui a été faite , que
des torts qu'il peut avoir foufferts. Lears Hautes
Paiffances ont condamné les accufateurs à tous
les frais de la Procédure. En même tems , il a été
ordonné que comme dans cette affaire il s'eft manifefté
des choles qui demandent des recherches
ultérieures , toutes les piéces du procès avec les
annexes feroient dépofées entre les mains du Fif
cal pour la confervation des droits du Souverain.
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c .
' Académie des Jeux Floraux tint le 3 Maiderque.
Après la lecture de l'éloge.de Clémence
Ifaure , compofé par M de Ponfan , M. d'Orbeffin
, Piéfident du Parlement , lat la Traduction
d'une Fable Angloife , intitulée la Tourterele &
le Moineau , & il la compara avec deux Fables de
la Fontaine . On fit enfuite la diftribution des Prix .
Il y a eu deux Ode couronnées. La premiere a
pour titre la Calomnie , & eft adreflée aux Manes
de Rouffeau . Li feconde eft fur la mort de la Da
me de Montegut , Maîtreffe des Jeux Floraux,
Les autres Prix ont été adjugés à deux Idylles
dont les titres font , le Triomphe du langage de
l'Amour , & les Boules de Savon , & à deux Dif
cours fur le fujet propofé l'année derniere : Combien
les Sciences font redevables aux Belles- Lettres,
Un de ces Difcours eft de M. Foreft , Bachelier de
Sorbonne ; l'autre de Dom Pont , Religieux Benedictin
de la Congrégation de Saint Maur , Profeffeur
de Grec & d'Hebreu , & Membre de l'Académie
des Sciences & Belles- Lettres de Touloufe
. Le fujet que l'Académie des Jeux Floraux
propofe pour le Prix d'Eloquence , qui doit être
donné l'année prochaine , ſera : Rien n'av:lit plus
les gens de Lettres , que l'hommage qu'ils ne ceffent
de rendre à ceux qui n'ont d'autre mérite que leurs
vicheffes.
Les Chevaliers de l'Ordre de Saint Michel tin
rent le 8 un Chapitre dans le grand Couvent des
JUIN. 1753 . 175
Religieux de l'Obfervance. Le Marquis d'Hautefort
, Chevalier des Ordres du Roi , & ci devant
Ambaffadeur auprès de leurs Majeftés Impériales ,
y préfida en qualité de Commiflaire de Sa Majesté.
M Louis Michel Van - Loo , Peintre de Sa Majesté
Catholique ; M. Pibrac , un des quarante Confeillers
du Committé de l'Académie Royale de Chirurgie
, & ci devant Premier Chirurgien de la feue
Reine d'Espagne, veuve de Louis I. & M. Morand ,
Infpecteur Général des Hôpitaux Militaires , Chirurgien-
Major de l'Hôtel Royal des Invalides ,
Penfionnaire de l'Académie Royale des Sciences ,
& Secretaire Perpétuel de l'Académie de Chirurgie
, furent reçus Chevaliers .
Le 9 , M. de Bouis , ci -devant Gentilhomme du
feu Comte d'Alais , & chargé de l'éducation de ce
Prince , préfenta à leurs Majeftés & à la Famille
Royale , un Livre intitulé : Parterre géographique ,
ou Méthode pour apprendre en peu de tems aux enfans
la Géographie & l'Histoire .
Le 10 , le Duc d'Aiguillon & le Chevalier de
Flamareas , prêterent ferment de fidélité entre les
mains du Roi , le premier pour la Charge de Lieutenant
Général de S. Majefté dans le Comté Nantois
, le fecond pour la furvivance de la Charge de
Grand Louvecier de France , dont le Marquis de
Flamarens fon oncle , eft titulaire .
Le 13 , le Roi accompagné de Madame Infante ,
de Madame Adelaïde , & de Meſdames Victoire &
Sophie , partit pour aller fouper & coucher au
Château de la Meute.
Madame la Dauphine fit rendre le même jour à
l'Eglife de la Paroiffe du Château les Pains Benits ,
qui furent préfentés par l'Abbé de Poudens , fon
Aumônier en Quartier.
Le Marquis de Brancas prêta auffi ferment le 13
Hij
176 MERCURE DE FRANCE.
entre les mains de Sa Majeſté , pour la Lieutenan
Ice Générale de Provence .
Le même jour , le Duc de Rohan en grand manteau
de deuil , fit fes réverences au Roi, à la Reine,
& à la Famille Royale , à l'occafion de la mort de
la Ducheffe de Rohan , fon époufe.
La Marquife de Raré , épouſe du Marquis de ce
nom , Guidon de Gendarmerie , fut préſentée le
12 à leurs Majestés .
Le Roi a nommé le Duc d'Aiguillon , pour
commander en chef dans la Province de Bretagne.
Le Maréchal Duc de Belle- Ifle vient d'obtenit
la furvivance du Gouvernement de Metz &
du Pays Mcffin , pour le Comte de Gilors , fon
fils.
Meffieurs d'Armenville & de Voffey , Exempts
des Gardes du Corps dans la Compagnie de Luxem
bourg , ayant demandé la permiffion de fe retirer ,
Sa Majefté a difpofé de leurs places en faveur de
M. de Gouyon , Capitaine de Cavalerie , & de
M. de Pontécoulant , Officier dans le Régiment
des Gardes Françoifes.
Le Roi arriva à Marly le 14 au foir , avec Monfeigneur
le Dauphin , Madame Infante , Madame
Adelaide , & Mefdames Victoire & Sophie. La
Reine y étoit arrivée quelques heures auparavant
avec Madame la Dauphine & Madame Louiſe.
Il y eut jeu dans le Salon , & leurs Majeftés fou
perent au grand couvert avec la Famille Royale ,
les Princeffes du Sang , & les Dames de la Cour.
Le même jour , le Roi fir dans la Plaine des Sablons
, la revue du Régiment des Gardes Françoifes
& de celui des Gardes Suifles . Ces deux Régimens
, après avoir fait l'exercice , défilerent en
p.éfence de Sa Majefté. Monfeigneur le Dauphin,
JUIN. 1753. 177
qui étoit allé dîner à la Meute , fe trouva à cette
revûe ainfi que Madame Infante , Madame Adélaide
, & Mefdames Victoire & Sophie.
Avant la revue , le Roi , accompagné de Monfeigneur
le Dauphin & de Mefdanes , entra dans
Pattelier que la Ville a fait conftruire au Roulle
pour les travaux du Monument que Sa Majesté
lui a permis de conficrer à fa gloire . Sa Majesté y
a été reçue par les Prévôt des Marchands & Eche
vins , le Duc de Gefvres , Gouverneur de Paris ,
étant à leur tête . Elle y a vu le grand modéle en
plâtre de fa Statue Equeftre ; & après l'avoir confidéré
avec attention , ainfi que les conftructions
difpolées pour la fonte de ce Monument , elle a
eu la bonté d'en témoigner fa fatisfaction , tant
aux Prévôt des Marchands & Echevins , qu'à M.
Bouchardon , Sculpteur , & à Meffieurs Varin pere
& fils , Fondeurs .
Le 16. la Reine alla à Verſailles Sa Majesté y
entendit dans l'Eglife des Religieux Recollets le
Panégyrique de Saint Jean- Népomucene , pronon
cé par le Pere Floriot , de la Compagnie de Jefus,
La Reine y affifta enfuite au Salut , après lequel
Sa Majesté revint à Marly.
La Cour a demeuré à Marly jufqu'au 30 Mai
dernier
Le Maréchal Duc de Duras partit le 16 pour les
eaux de Bourbon .
Le Marquis de Cruffol, Miniftre Plénipotentiaire
du Roi auprès de l'infant Duc de Parme , elt aufi
parti depuis quelques jours , pour aller prendre les
eaux de Pougues , près de Nevers. Il eft accompagné
dans ce voy ge par la Marquiſe ſon époule.
L'Abbé Nollet , de l'Académie Royale des
Sciences , Profeffeur nommé par le Roi pour la
Chaire de Phyfique Expérimentale , que Sa Ma-
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
jeſté vient d'établir dans l'Univerfité de Paris at
Colge de Navarre , fic lé rs l'ouverture de cette
nouvelle École par un Difcours public. La Chambre
des Comptes , à qui les Supérieurs du Collége
de Navarre rendent compte des revenus de ce
College , affignés fur le Domaine du Roi , avoir
été invitée à cet Ate. Elle y a affifté , & elle a
été reçue avec les honneurs dûs aux Cours Supérieures.
Dans le Difcours qui étoit en François ,
& qui fut précédé d'un Exorde Latin , l'Abbé Nollet
montra quelles qualités quelles difpofitionsfont
neceffaires pour faire des progrès dans la Phyfique Expérimentale.
On écrit de Chambord , que M. de Perce , à
qui l'on doir l'établiffement de l'éducation fauvage
des bêtes à laine dans ce Royaume , a fait ton .
dre depuis quelques jours fes troupeaux. Cette
premiere tonte fera fuivie d'une feconde à la fin
de Septembre. Ainfi ces troupeaux fe trouveront
nuds pendant l'hyver. Malgré cela , ils demeurefont
exposés à toutes les injures du tems , & M. de
Perce a l'expérience , que cette maniere d'élever
Jes animaux de cette efpéce , loin de leur nuire ,
leur eft falutaire .
Les Lettres de Bourdeaux marquent que , dans
les huir derniers jours avant le départ du Courier ,
Y eft arrivé dix fept Bâtimens venans de divers
endroits , particulierenient des Pays du Nord.
il
Un détachement de quatre - vingt Canoniers du
Bataillon de Chabrié du Régiment Royal Artil-
Jérie , qui étoit depuis quelque tems à Verfailles ,
en partit le is pour retourner à la Fere . M. de
Valliere , Lieutenant Général des Armées du Roi ,
Falla voit au Bois de Boulogne ce détachement ,
que M. de Chabrié y avoit fait mettre en bataille.
Cette circonftance fournit un fpectacle touchant Si
TUIN. 1753 179
M. de Valliere s'attendrit , en revoyant les compagnons
de fes travaux , fes braves Eleves ne furent
pas moins fenfibles à la joie de pouvoir rendre
eurs hommages à leur ancien Général . Il reçut
des marques , non équivoques de la profonde vénération
qu'ils confervent pour lui , & de la fatisfaction
qu'ils ont de retrouver dans M. de Valliere
fon fils , le digne héritier de les emplois & de fon
mérite.
Le 20 de ce mois , Madame Adelaide fit rendre
à l'Eglife de la Paroiffe du Château de Veifailles
les Pains Bénits , qui furent préfentés par l'Abbé
de Panat , fon Aumônier en Semestre.
Le même jour , le Comte de Gifors piêta ferment
de fidélité entre les mains du Roi , pour le
Gouvernement Général de Metz & du Pays Mef.
fiu , dont Sa Majefté a confervé la furvivance au
Maréchal Duc de Belle- Ifle , pere du Comte de
Gifors.
Sa Majefté a difpofé de la place de Confeiller
d'Etat Ordinaire , vacante par la mort de l'Arche
vêque de Sens , en faveur de l'Abbé de Marbeuf,
Aumônier Ordinaire de la Reine , en furvivance
de l'Abbé de Saint - Aulaire.
Le Chevalier de Courtomer , Capitaine d'une
Compagnie de Grenadiers dans le Régiment des
Gardes Françoifes , ayant obtenu la permiffion de
fe retirer , avec une penfion de deux mille écus
le Roi a donné la Compagnie de Grenadiers vacante
, au Comte de Poudens ; la Compagnie du
Comte de Poudens à M. de Nolivos , Aide - Major
du même Régiment ; la place d'Aide - Major , qui
vaque par la promotion de M. de Nolivos , à M.
de Cavenac , Sous- Aide- Major , & celle de Sous-
Aide Major de M. de Cavenac au Baron d'Ars.
Sa Majesté a nommé dix nouveaux Chevaliers de
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE:
P'Ordre de Saint Louis parmi les Officiers de ca
Régiment , & elle a accordé une penfion de mille
franes fur ledit Ordre au Comte de Mornay ; deux
pareilles penfions fur le Tiéfor Royal , l'une au
Chevalier d'Aubonne , l'autre à M. de Bouville ,
& un fupplément de fept cens livres de penfion au
Chevalier de la Ferrière. Plufieurs Pages de Sa
Majeſté ont été faits Enfeignes dans ce Régiment.
M. de Vezou , Maître de Géographie & d'Hif
toire , a préfenté à Sa Majesté une nouvelle Mappemonde
Géofphérique , laquelle offre une def
cription très- exacte de la Sphere , & des Cercles
qui la compofent , ainfi que des Points & des
Lignes qui y font imaginés, M. de Vezou n'a
rien négligé , pour rendre cette Carte agréable aux
yeux. Un riche Cartouche , couronné de l'Image
du Roi fous la figure du Soleil , avec ces mots ,
Artibus eft inftar Solis , en renferme le titre. La
Carte eft entourée d'une très - belle bordure.
L'Evêque de Graffe fut facré le 20 , dans la
Chapelle du Séminaire de Saint Sulpice par l'Archevêque
d'Ambrun , affifté des Evêques de Grenoble
& de Viviers.
Sa Majesté a nommé Chevalier de l'Ordre de
Saint Michel M. Bagard , Premier Médecin du Roi
de Pologne , Duc de Lorraine & de Bar , Préfident
du College Royal de Nancy , & Membre de l'Acacémie
établie dans la même Ville.
L'Académie de Dijon a aggregé dans fon Corps
M. Gautier qui a mérité une penfion du Roi , par
la perfection à laquelle il a porté l'art de graver
& d'imprimer les tableaux , & qui depuis un tems
a donné au public plufieurs volumes d'obfervations
fur l'Hiftoire Naturelle , fur la Physique &
fur la Peinture , avec des planches imprimées en
couleur.
JUIN. 17535 181
- Le Maréchal Duc de Richelieu , Premier Gentil
hommede la Chambre du Roi , & la Ducheffe de
Chevreufe , Dame d'Honneur de la Reine , en furvivance
de la Ducheffe de Luynes , allerent le 27
à l'Abbaye de Poifly , nommer une cloche au nom
de leurs Majeftés.
Leurs Majeftés fignerent le même jour le Contrat
de mariage du Comte de Château - Meillien ,
Sous-Lieutenant de la Compagnie des Chevaux-
Legers d'Orleans , fils du Marquis du Pleffis-
Chaftillon , Lieutenant Général des Armées du
Roi , avec Demoiselle Marie Magdeleine Louife
de Barberie de Saint Conteft , fille du Marquis de
Saint Conteſt , Miniftre & Secretaire d'Etat , ayant
le Département des Affaires Etrangeres.
Le même jour le Duc d'Orleans fit rendre à
l'Eglife de la Paroiffe du Château les Pains Benits ,
qui ont été préfentés par l'Abbé le Chanteur , un
de fes Aumôniers .
Le 26 & le 28 , il y eut concert à la Cour. On
y exécuta le Prologue & les trois premiers Act :s
de l'Opéra de Thétis & Pelée, dont les paroles font
de M. de Fontenelle , Doyen de l'Académie Françoife
, & la musique de feu Colafle . La Reine & la
Famille Royale ont affifté à ces deux Concerts.
Mefdames Victoire & Sophie fe font purgées
le 18 & le 29 avec des eaux , par précaution .
Sa Majesté a figné le 29 le Contrat de Mariage
du Duc de Boutteville .
Le 30 , leurs Majeftés revinrent à Versailles de
Marly avec la Famille Royale .
Le 31 , le Roi fut à Choify , il y demeura juf
qu'au 2 Juin.
Conféquemment à l'Arrêt du Confeil du 12
Novembre de l'année derniere , rendu à l'occafion
du premier tirage du rembourſement des rentes
182 MERCURE DE FRANCE;
trois pour cent , créées fur la Ferme Générale des
Poftes par Edit du mois de Mai 1751 ; les Porteurs
des Récépiffés de M. du Vergier , Commis au
Grand Comptant du Tréfor Royal , libellés fur
lefdites rentes , font tenus de les convertir en quit.
tances de M. Paris de Montmartel , pour participer
au fecond tirage du remboursement de ces
rentes.
L'Académie Royale des Sciences a nommé pour
un de fes Correfpondans M. Boffut , Profeffeur
de Mathématiques dans l'Ecole du Génie à Mézieres.
On mande d'Avignon , que le Prince d'Ardore ,
Chevalier des Ordres du Roi , & de l'Ordre de
Saint Janvier , ci - devant Ambafladeur du Roi des
Deux Siciles auprés de Sa Majefté , y étoit arrivé
de Paris le 12 du mois dernier. Les mêmes Lettres
ajoutent qu'il y a été reçu , non feulement
avec les honneurs dûs à fon rang , mais encore
avec l'empreffement affectueux qu'exigeoit l'al
liance qui fe trouve entre la Maiſon du Prince
d'Ardore & celle du Vice- Légat . Le Prince d'Ardore
eft parti le 14 d'Avignon , pour continuer fa
route vers Naples. A fon départ il a été falué ,
comme il l'avoit été à ſon arrivée , par une décharge
générale de l'artillerie.
Suivant les avis reçus de Bourdeaux , les Navires
l'Hercule , de deux cens cinquante tonneaux ;
le Grand Alexandre , de trois cens ; la Bonne- Nouvelle
, de cent foixante ; le Berger , de cent cinquante
; le Fier , de trois cens ; la Dauphine , de
deux cens , & le Vive le Roi , de cent foixante ;
Capitaines Barbaw , Mur , Charaffe , Laclaverie ,
Castaigna , Roudier & Poiffon , ont apporté deux
mille trois cens douze barriques de fucre , deux
cens foixante & quatre de caffé , quinze de cacao ,
JUIN. 1753 . 18;
Vingt - huit d'indigo , & plufieurs autres marchandifes.
Les quatre premiers de ces Bâtimens viennent
de Saint-Domingue , & les trois autres de la
Martinique.
Les nouvelles de Bretagne portent que le Navire
le Grand Superbe , qui , en revenant de Saint
Domingue , avoit été obligé de relâcher au Ferol ,
où il avoit été retenu pendant près de trois mois ,
eft entré ces jours - ci dans le Port de Saint- Malo.
Le 30 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix-huit cens quinze livres ; ies Billets de
la premiere Lotterie Royale à fix cens foixante &
quinze , & ceux de la feconde à fix cens dix - fept.
BENEFICES DONNE'S.
A Majefté à nommé à l'Abbaye de Cherbourg,
Ordre de Saint Auguftin , Diocéfe de Cou
tance , l'Abbé de Dampierre , Chancelier & Chanoine
de l'Eglife Cathédrale de Toul.
L'Abbé de Lowendalh , Abbé de l'Abbaye de
la Cour- Dieu , Vicaire Général de l'Evêché d'Orleans
, & frere aîné du Maréchal de Lowendalh ,
fut élû le 2 de ce mois Doyen de l'Eglife Collégiale
de Saint Marcel- lez -Paris , & le 10 il prit
poffeffion de ce Benefice.
Le Roi a donné l'Abbaye de Saint Sever Cap
de Gascogne , Ordre de Saint Benoft , Congrégation
de Saint Maur , Diocéfe d'Aire , à l'Abbé Ber
thier , Vicaire Général de l'Archevêché d'Auch
le Prieuré de Chaumont , dans le Vexin François ,
Diocéfe de Rouen , à M. de Brouains , Chapelain
du Château de Saint Germain en Laye , & le Prieuré
de Saint Denis de Couptrain , Dioceſe du Mans,
à M. de Lorgers.
1
184 MERCURE DE FRANCE.
NAISSANCES, MARIAGES
& Morts.
EII Mai , la Marquile de Gamaches eft accouchée
d'un fils , qui fut baptifé le même
jour dans l'Eglife Paroiffiale de Saint Sulpice , &
qui a été nommé Joachim - Valleri - Thérefe Louis.
Il a été tenu fur les Fonts , au nom de la Ville de
Saint Valleri -fur - Somme , par le Vicomte de
Gamaches , & a eu pour maraine la Maréchale de
la Mothe- Houdancourt.
Le 16 , la Comtefle de Lamet accoucha d'un fils,
qui fut baptifé le même jour à Saint Sulpice ; ila
été tenu fur les Fonts par le Marquis de Lamer ,
repréfenté par le Duc de Broglie & par la Maréchale
de Broglie , & a été nommé Charles - Henri-
Vi&or.
Le 21 , la Comteffe de Clugni eft accouchée
au Château de Theniffey , en Bourgogne , d'un
fils & d'une fille.
Meffire Jofeph - Pierre - Balthazar - Hilaire de
Puget , Marquis de Barbantane , fils de Mef.
fire Paul- François de Puget , Tabaffole de Réal ,
Marquis de Barbantane ; & de Dame Jeanne - Gabrielle
de Puget , Dame de Maillart , a épousé le
19 dans la Chapelle de l'Hôtel de Crillon , De.
montelle Charlotte- Françoile Elifabeth Catherine
du Menildot de Vierville ; fille de Meffire Charles-
Bernardin du Menildot , Marquis de Vierville , &
de Dame Françoife -Elizabeth de Frefnel .
Le 24, Meffite
Louis
Robert
Charles
Mallet
,
Marquis
de Graville
, Enfeigne
de la Compagnie
des
Gendarmes
de Bourgogne
, époula
Dame
Angelique
Marie
Surrey
de Saint
Remi
, veuve
da
Marquis
de Pierrepont
,
JUIN. 1753. 185
Le premier Mai , Meffire Jean- Nicolas de Boullongne
, Maître des Requêtes , Intendant des Finances
en furvivance de Meffire Jean de Boullongne
fon pere , époula Deinoifelle Louife Julie
Feydeau de Brou , fille de Meffire Paul - Efpri : Feydeau
de Brou , Confeiller d'Etat Ordinaire , & au
Confeil Royal des Finances , ainfi qu'au Confeil
Royal du Commerce. Leur Contrat de mariage
avoit été honoré le 29 du mois précédent de la
fignature du Roi , de la Reine & de la famille
Royale.
Le 2 Meffire Claude- Charles Louis d'Eftut ,
Marquis de Traci , Sous- Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes Dauphin , épousa Demoifelle
Marie Emilie de Verzure , fille de Meffire
Nicolas- Bonaventure de Verzure , Ecuyer - Seigneur
de Pamfon & du Vaudrois , Confeiller-
Secretaire du Roi , Maifon- Couronne de France
& de fes Finances , & un des Syndics de la Compagnie
des Indes , & de Dame Marie Panier d'Orgeville.
Leur Contrat de Mariage avoit été honoré
le 1s du mois dernier de la fignature du Roi , de
la Reine & de toute la Famille Royale .
.
Le Marquis de Traci eft d'une famille noble ,
originaire d'Ecoffe , établie en France depuis l'an
1420 par Walther , ou Gauthier Stat , ou Eftat ,
un des Gentilshommes Ecoffois qui vinrent cette
année au fecours de Charles VI . fous la conduite
de Jean Stuart , Comte de Boucan & de Douglas,
depuis Connétable de - France . Gauthier Stut fut
un des Officiers de la Garde Ecoffoife du Roi
Charles VII. & épousa en 1433 Anne - Briffé Formé
, Dame d'Affé , & fut pere de Thomas Stut
Seigneur d'Affé , allié en 1476 avec Anne le Roi
de Saint Frorent- fur Cher . Leur fils Alexandre
Stut époufa en premieres nôces Anne d'Affignies ,
•
186 MERCURE DEFRANCE.
Dame de Saint Perre , dont le fils unique nommé,
Feti fut tué à la guerre . Alexandre fe remaria en
1526 avec Anne- Regnier de Gueichi , fille de
Pierre , Seigneur de Guerchi , & de Perette du
Chefaair. De ce mariage fortit , entr'autres François
de Stut , Seigneur de Saint Perre , Chevalier
de l'Ordie du Roi en 1969 , & Gouverneur de la
Ville de Cofne-fur Loire ; lequel époufa le 2 Février
152. Renée de Boiffelet , fille d'Antoine
de Boitfelet & de Marguerite d'Affignies . Elle le
rendit pere de François Stut II . du nom , Exempt
de la premiere Compagnie des Gardes du Corps ,
Seigneur de Traci , par la donation que lui en fit
fa premiere fenime Françoife de Bar , dans fon
Contrat de mariage . Il n'en eut point d'enfans ,
& époufa en fecondes nôces Marie de Bufferant ,
fille de Louis , Seigneur de la Grange Chaumont ,
Gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi ,
& de Marguerite de Veau- Cham plivault. Leur
fils , Loui d'Eftur , fut reçu Chevalier de Malte
au Grand Prieuré de France. L'aîné François de
Stut III. du nom , Seigneur de Tráci , Meftre de-
Camp de Cavalerie, acquit la Seigneurie de Parai,
en Bourbonnois , par fon alliance du 26 Juillet
1639 , avec Edmée de la Platiere , de la famille du
Maréchal de Bourdillon , & fille de Guillaume
de la Platiere , Seigneur de Cheveroux , & de
Claudine de Villars , Dame de Patai . De cette al
liance naquit François Stut IV . du nom , Seigneur
de Traci & de Parai , qui épouſa Charlotte de la
Magdelene de Ragni , d'une ancienne & illuftre
Maifon de Bourgogne , dont il y a eu deux Chevaliers
du Saint Efprit , & dont la branche aînée eft
fondue dans la Maifon de Crequi- Lefdiguieres.
Leur fils Antoine Stut , Comte de Traci , Seigaeur
de Parai , Capitaine de Cavalerie dans la
JUIN. 1753. 187
Meftre-de- Camp Général , s'eft allié en 1719 avec
Charlotte- Victoire Marion de Drui , feur utérine
du Comte du Montal , Lieutenant Général des Atmées
du Roi , & Chevalier de fes Ordres , & fille
d'Euftache Louis Marion de Drui , Marquis de
Courcelles & de Bonnencontre , Premier Major
Général de la Gendarmerie de France en 1690 ,
tué à la bataille de la Marfalle , & d'Henriette-
Marguerite de Saulx - Tavanes de Mirefel , veuve
de Louis de Montfauloin Marquis de Montal ,
Meftre-de -Camp de Cavalerie . Leurs enfans font
1. Louis d'Eftut de Traci , Religieux Théatin ;
Claude d Eftur , Chevalier de Malte , puis Marquis
de Traci , qui a donné lieu à cet article .
Les A més de la Mailon de Stut font d'or à trois
pals de fable , écartelé d'or au coeur de gueule.
Meffire Jean Frederic de la Tour- Dupin de
Gouvernet , Comte de Paulin , Colonel dans le
Corps des Grenadiers de France , fils du feu Meffire
Jean de la Tour- Dupin de Gouvernet , Comte
de Paulin , Meftre de Camp de Cavalerie ; & de
Dame Suzanne de la Tour , fut marié le 9 Mai à
Demoiselle Marie - Thérefe Billet de Muizon . Le
Roi avoit figné le 4 leur Contrat de mariage.
Meffire François -Jean de la Myre , Comte de
Mori , ci - devant Chevalier de Malte , fils du
Comte de la Mothe la Myre , Lieutenant du Roi
au Pays de Vermandois & de Thiérache , & de
Dame Marc de la Ferté , époufa le 14 dans l'Eglif.e
Paroiffiale de Saint Paul , Demoiselle Marie-
Anne- Thérefe de Chamborant , fille du Comte de
la Claviere , Lieutenant Général des Armées du
Roi , Gouverneur de Montmedi , & Gouverneur
du Comte de la Marche , & de Dame Marie- Anne
Moret de Bournonville ; l'Evêque de Perpignan
leur donna la Benediction nuptiale en prélence
188 MERCURE DE FRANCE.
du Curé de la Paroiffe . Lorſque le Comte de Mori
quitta l'Ordre de Saint Jean de Jerufalem , le
Grand- Maitre lui permit de continuer d'en porter
la Croix , même étant marié .
Louis-Marie Fouquet de Belle- Ifle , Comte de
Gifors , Colonel du Régiment de Champagne , fils
de Charles Louis- Augufte Fouquet de Belle Ifle ,
Duc de Gifors , Pair & Maréchal de France , Prince
du Saint Empire Romain , Chevalier des Ordres
du Roi , & de l'Ordre de la Toifon d'Or ,
Gouverneur des Villes & Citadelle de Mets , & du
Pays Meffin ; Commandant en Chef dans les Trois-
Evêchés , frontieres de Champagne & Pays de
Luxembourg; Lieutenant Général des Duchés de
Lorraine & de Bar ; & de Marie- Thérele- Emma.
nuelle Cafimire Geneviève de Bethune , a épousé
le 23 Julie Helene Rofalie Mazarini Mancini,
fille de Louis- Jules- Barbon Mazarini Mancini ,
Duc de Nivernois & Donziois , Pair de France &
Grand d'Espagne de la Premiere Claffe , Prince
du Saint Empire , Noble Vénitien , Brigadier des
Armées du Roi , Chevalier de fes Órdres , & fon
Ambaffadeur Extraordinaire auprès du Saint Siége ,
& d'Helene Françoife- Angélique Phelypeaux de
Pontchartrain . La Benediction nuptiale leur a été
donnée dans la Chapelle particuliere de l'Hôtel
de Mortemart par l'Archevêque d'Embrun . Leur
Contrat de mariage avoit été figné le 20 par leur
Majeftés & par la famille Royale.
Le 10 Février Dame Marie Jaquette de Fleuri de
Penanou , veuve de Robert Kergrendes , Meftrede-
Camp de Cavalerie , décedée rue de Seve , fut
enterrée à Saint Sulpice .
Meffire Pierre- Jacques-Lonis- Augufte Ferron ,
Marquis de la Ferronays , Maréchal des Camps
1
1
JUIN. 1753. 189
Armées du Roi , & ci - devant Meftre- de- Cap
d'un Régiment de Cavalerie , mourut le 11 en
fon Château de Saint Mars , dans le Nantois , âgé
de 54 ans , il étoit fils de feu Meffire Pierre Ferron
, Comte de la Ferronays , Brigadier de Cavalerie.
Le Marquis & le Comte de la Ferronays
avoient été à la tête du même Régiment .
M: Claude Annet , Comte d'Apchier , Chevalier
des Ordres du Roi , & Lieutenant Général de fes
Armées , mourut en cette Ville le 12 , âgé de 59
ans.
2
Dame Marie-Louise de Vachon > veuve de
Jean-Nicolas , Marquis de Montmorenci Châteaubrun
, Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
mourut le 18 en cette Ville dans la foixante- quatorziéme
année de fon âge.
Dame Marie-Anne-Françoife Goujon de Gafville
, épouse de Meffire Pierre de Marolles , Comte
de Rocheplatte , Brigadier de Cavalerie , & Lieutenant
pour Sa Majesté dans la Province de la
Haute-Marche , mourut en cette Ville le 21 âgée
dé 38 ans . Elle avoit été mariée en premieres noces
à Meffire Charles le Tonnelier de Breteuil ,
Baron de Previlli , Premier Baron de Touraine.
Le 23 , Meffire Charles - Theophile de Bethifi ,
Meftre-de- Camp de Cavalerie , Capitaine au Régiment
d'Enrichemont , décedé rue de Varenne
fut enterré à Saint Sulpice .
Le 24 ,
T
eft décedée au Couvent de Trefnel N...
Doé de Combeault , née en Mai 1745 , fille unique
de Guillaume-Jean- Baptifte , né le 30 Mars 1720 ,
Confeiller au Grand Confeil : marié le 12 Août
1743 à Anne- Madeleine du Villeroy , née le 27
Septembre 1727 , niéce de Madame Camufet , &
épouse du Fermier Général.
M. de Combeault eft fils de Guillaume Antoine
180 MERCURE DE FRANCE:
P'Ordre de Saint Louis parmi les Officiers de ce
Régiment , & elle a accordé une penfion de mille
franes fur ledit Ordre au Comte de Mornay ; deux
pareilles penfions fur le Tiéfor Royal , l'une au
Chevalier d'Aubonne , l'autre à M. de Bouville ,
& un fupplément de fept cens livres de penfion an
Chevalier de la Ferrière. Plufieurs Pages de Sa
Majefté ont été faits Enfeignes dans ce Régiment.
M. de Vezou , Maître de Géographie & d'Hiſtoire
, a préfenté à Sa Majesté une nouvelle Map
pemonde Géofphérique , laquelle offre une def
cription très - exacte de la Sphere , & des Cercles.
qui la compofent , ainfi que des Points & des
Lignes qui y font imaginés, M. de Vezou n'a
rien négligé , pour rendre cette Carte agréable aux
yeux. Un riche Cartouche , couronné de l'Image
du Roi fous la figure du Soleil , avec ces mots ,
Artibus eft inftar Solis , en renferme le titre. La
Carte eft entourée d'une très - belle bordure.
L'Evêque de Graffe fut facré le 20 , dans la
Chapelle du Séminaire de Saint Sulpice par l'Ar
chevêque d'Ambrun , affifté des Evêques de Grenoble
& de Viviers.
Sa Majesté a nommé Chevalier de l'Ordre de
Saint Michel M. Bagard , Premier Médecin du Roi
de Pologne , Duc de Lorraine & de Bar , Préfident
du College Royal de Nancy , & Membre de l'Acacémie
établie dans la même Ville.
L'Académie de Dijon a aggregé dans fon Corps
M. Gautier qui a mérité une penfion du Roi , par
la perfection à laquelle il a porté l'art de graver
& d'imprimer les tableaux , & qui depuis un tems
a donné au public plufieurs volumes d'obſervations
fur l'Hiftoire Naturelle , fur la Physique &
fur la Peinture , avec des planches imprimées en
couleur.
JUIN. 17535 181
Le Maréchal Duc de Richelieu , Premier Gentil
homme de la Chambre du Roi , & la Ducheffe de
Chevreufe , Dame d'Honneur de la Reine , en furvivance
de la Ducheffe de Luynes , allerent le 27
à l'Abbaye de Poifly , nommer une cloche au nom
de leurs Majeftés.
Leurs Majeftés fignerent le même jour le Contrat
de mariage du Comte de Château - Meillien ,
Sous- Lieutenant de la Compagnie des Chevaux-
Legers d'Orleans , fils du Marquis du Pleffis-
Chaftillon , Lieutenant Général des Armées du
Roi , avec Demoiselle Marie Magdeleine Louiſe
de Barberie de Saint Conteft , fille du Marquis de
Saint Conteft , Miniftre & Secretaire d'Etat , ayant
le Département des Affaires Etrangeres.
Le même jour le Duc d'Orleans fit rendre à
l'Eglife de la Paroiffe du Château les Pains Benits ,
qui ont été préfentés par l'Abbé le Chanteur , un
de fes Aumôniers .
Le 26 & le 28 , il y eut concert à la Cour. On
y exécuta le Prologue & les trois premiers Actes
de l'Opéra de Thétis & Pelée , dont les paroles font
de M. de Fontenelle , Doyen de l'Académie Fran
çoife , & la mufique de feu Colaffe . La Reine & la
Famille Royale ont affifté à ces deux Concerts.
Mefdames Victoire & Sophie fe font pargées
le 28 & le 29 avec des eaux , par précaution .
Sa Majesté a figné le 29 le Contrat de Mariage
du Duc de Boutteville .
Le 30 , leurs Majeftés revinrent à Versailles de
Marly avec la Famille Royale .
Le 31 , le Roi fut à Choify , il y demeura jufqu'au
2 Juin.
Conféquemment à l'Arrêt du Confeil du 12
Novembre de l'année derniere , rendu à l'occafion
du premier tirage du rembourſement des rentes
182 MERCURE DE FRANCE ,
trois pour cent , créées fur la Ferme Générale des
Poftes par Edit du mois de Mai 1751 ; les Porteurs
des Récépiffés de M. du Vergier , Commis au
Grand Comptant du Tréfor Royal , libellésfur
lefdites rentes , font tenus de les convertir en quit.
tances de M. Paris de Montmartel , pour participer
au fecond tirage du remboursement de ces
rentes.
L'Académie Royale des Sciences a nommé pour
un de fes Correfpondans M. Boffat , Profeflect
de Mathématiques dans l'Ecole du Génie à Mézieres.
On mande d'Avignon , que le Prince d'Ardore,
Chevalier des Ordres du Roi , & de l'Ordre de
Saint Janvier , ci - devant Ambaſſadeur du Roi des
Deux Siciles auprés de Sa Majefté , y étoit arrivé
de Paris le 12 du mois dernier. Les mêmes Lettres
ajoutent qu'il y a été reçu , non feulement
avec les honneurs dûs à ſon rang , mais encore
avec l'empreffement affectueux qu'exigeoit l'al
Jiance qui fe trouve entre la Maiſon du Prince
d'Ardore & celle du Vice Légat . Le Prince d'Ar
dore eft parti le 14 d'Avignon , pour continuer la
route vers Naples. A fon départ il a été falué ,
comme il l'avoit été à ſon arrivée , par une décharge
générale de l'artillerie .
Suivant les avis reçus de Bourdeaux , les Navires
l'Hercule , de deux cens cinquante tonneaux ;
le Grand Alexandre , de trois cens ; la Bonne- Nouvelle
, de cent foixante ; le Berger , de cent cinquante;
le Fier, de trois cens ; la Dauphine , de
deux cens , & le Vive le Roi , de cent foixante ;
Capitaines Barbaw , Mur , Charaffe , Laclaverie ,
Caltaigna , Roudier & Poiffon , ont apporté deux
mille trois cens douze barriques de fucre , deax
cens foixante & quatre de caffé , quinze de cacao ,
JUIN. 1753 . 18;
vingt - huit d'indigo , & plufieurs autres marchandifes.
Les quatre premiers de ces Bâtimens viennent
de Saint-Domingue , & les trois autres de la
Martinique.
Les nouvelles de Bretagne portent que le Navire
le Grand Superbe , qui , en revenant de Saint
Domingue , avoit été obligé de relâcher aù Ferol ,
où il avoit été retenu pendant près de trois mois ,
eft entré ces jours - ci dans le Port de Saint-Malo.
Le 30 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix-huit cens quinze livres ; ies Billets de
la premiere Lotterie Royale à fix cens foixante &
quinze , & ceux de la feconde à fix cens dix -fept.
BENEFICES DONNE'S.
A Majefté a nommé à l'Abbaye de Cherbourg,
Sordre de Saint Auguftin , Diocéfe de Cou
tance , l'Abbé de Dampierre , Chancelier & Chanoine
de l'Eglife Cathédrale de Toul .
L'Abbé de Lowendalh , Abbé de l'Abbaye de
la Cour- Dieu , Vicaire Général de l'Evêché d'Orleans
, & frere aîné du Maréchal de Lowendall ,
fut élû le 2 de ce mois Doyen de l'Eglife Collégiale
de Saint Marcel- lez - Paris , & le 10 il prit
poffeffion de ce Benefice .
Le Roi a donné l'Abbaye de Saint Sever Cap
de Gascogne , Ordre de Saint Benoît , Congrégation
de Saint Maur , Diocéfe d'Aire , à l'Abbé Ber
thier , Vicaire Général de l'Archevêché d'Auch ;
le Prieuré de Chaumont , dans le Vexin- François ,
Diocéfe de Rouen , à M. de Brouains , Chapelain
du Château de Saint Germain en Laye ; & le Prieuré
de Saint Denis de Couptrain , Dioceſe du Mans,
à M. de Lorgers.
184 MERCURE
DE FRANCE
.
NAISSANCES
, MARIAGÉS
& Morts.
E 11 Mai , la Marquile de Gamaches eft ac-
Louchée d'un fils , qui fut baptifé le même
jour dans l'Eglife Paroiffiale de Saint Sulpice , &
qui a été nommé Joachim -Valleri - Thérefe Louis.
Il a été tenu fur les Fonts , au nom de la Ville de
Saint Valleri -fur- Somme , par le Vicomte de
Gamaches , & a eu pour maraine la Maréchale de
la Mothe - Hou dancourt.
ita
Le 16 , la Comtefle de Lamet accoucha d'un fils,
qui fut baptifé le même jour à Saint Sulpice ;
été tenu fur les Fonts par le Marquis de Lamer , repréfenté par le Duc de Broglie & par la Maréchale
de Broglie , & a été nommé Charles - Henri-
Vi&or.
Le 21 , la Comteffe de Clugni eft accouchée
au Château de Theniffey , en Bourgogne , d'un
fils & d'une fille.
Meffire Jofeph - Pierre - Balthazar - Hilaire de Puget , Marquis de Barbantane , fils de Mef
fire Paul - François de Puget , Tabaffole de Réal ,
Marquis de Barbantane , & de Dame Jeanne - Gabrielle
de Puget , Dame de Maillart , a époulé le
De.
19 dans la Chapelle de l'Hôtel de Crillon ,
montelle Charlotte Françoiſe Elifabeth Catherine
du Menildot de Vierville , fille de Meffire Charles-
Bernardin do Menildot , Marquis de Vierville , &
de Dame Françoife- Elizabeth de Freſnel .
Le 24 , Meffite Louis - Robert Charles Mallet ,
Marquis de Graville , Enfeigne de la Compagnie
des Gendarmes de Bourgogne , époufa Dame Angelique
Marie Surrey de Saint Remi , veuve da
Marquis de Pierrepont,
JUI N. 17530 185
Le premier Mai , Meffire Jean-Nicolas de Boullongne
, Maître des Requêtes , Intendant des Finances
en furvivance de Meffire Jean de Boullongne
fon pere , époufa Demoifelle Louife Julie
Feydeau de Brou , fille de Meffire Paul - Efprit Feydeau
de Brou , Confeiller d'Etat Ordinaire , & au
Confeil Royal des Finances , ainsi qu'au Confeil
Royal du Commerce. Leur Contrat de mariage
avoit été honoré le 29 du mois précédent de la
fignature du Roi , de la Reine & de la famille
Royale.
Le 2 , Meffire Claude - Charles- Louis d'Eftut ,
Marquis de Traci , Sous - Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes Dauphin , épousa Demoifelle
Marie Emilie de Verzure , fille de Meffire
Nicolas- Bonaventure de Verzure , Ecuyer- Seigneur
de Pamfon & du Vaudrois , Confeiller-
Secretaire du Roi , Maiſon- Couronne de France
& de fes Finances , & un des Syndics de la Compagnie
des Indes , & de Dame Marie Panier d'Orgeville
. Leur Contrat de Mariage avoit été honoré
le 1s du mois dernier de la fignature du Roi , de
la Reine & de toute la Famille Royale.
Le Marquis de Traci eft d'une famille noble ;
originaire d'Ecoffe , établie en France depuis l'an
1420 par Walther , ou Gauthier Stat , ou Eftar
un des Gentilshommes Ecoffois qui vinrent cette
année au fecours de Charles VI . fous la conduite
de Jean Stuart , Comte de Boucan & de Douglas,
depuis Connétable de- France. Gauthier Stut fut
in des Officiers de la Garde Ecoffoife du Roi
Charles VII . & épouſa en 1433 Anne - Briffé Formé
, Dame d'Affé , & fut pere de Thomas Stut
Seigneur d'Affé ; allié en 1476 avec Anne le Roi
le Saint Frorent- fur Cher . Leur fils Alexandre
Stut époufa en premieres nôces Anne d'Affignies ,
186 MERCURE DE FRANCE.
Dame de Saint Perre , dont le fils unique nommé
Feti fut tué à la guerre . Alexandre fe remaria en
1526 , avec Anne- Regnier de Gueicht , fille de
Pierre , Seigneur de Guerchi , & de Perette du
Chefaair. De ce mariage fortit , entr'autres François
de Stut , Seigneur de Saint Perre , Chevalier
de l'Ordie du Roi en 1969 , & Gouverneur de la
Ville de Cofne-fur Loire ; lequel époula le 2 Février
152. Renée de Boiffelet , fille d'Antoine
de Boitfelet & de Marguerite d'Affignies . Ellele
rendit pere de François Stut 11. du nom , Exempt
de la premiere Compagnie des Gardes du Corps ,
Seigneur de Traci , par la donation que lui en ht
fa premiere fenime Françoife de Bar , dans fon
Contrat de mariage . Il n'en eut point d'enfans ,
& époufa en fecondes nôces Marie de Bufferant ,
fille de Louis , Seigneur de la Grange Chaumont ,
Gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi ,
& de Marguerite de Veau- Cham plivault. Leur
fils , Loui d'Eftur , fut. reçu
Chevalier de Malte
au Grand Prieuré de France. L'aîné François de
Stut III . du nom , Seigneur de Traci , Mefire de
Camp de Cavalerie, acquit la Seigneurie de Parai,
en Bourbonnois , par fon alliance du 26 Juillet
1639 , avec Edmée de la Platiere , de la famille du
Maréchal de Bourdillon , & fille de Guillaume
de la Platiere , Seigneur de Cheveroux , & de
Claudine de Villars , Dame de Parai . De cette al
liance naquit François Stut IV . du nom , Seigneur
de Traci & de Parai , qui époufa Charlotte de la
Magdelene de Ragni , d'une ancienne & illuftre
Maifon de Bourgogne , dont il y a eu deux Chevaliers
du Saint Efprit , & dont la branche aînée eft
fondue dans la Maifon de Crequi- Lefdiguieres.
Leur fils Antoine Stut , Comte de Traci , Seigueur
de Parai , Capitaine de Cavalerie dans la
JUI N. 1753- 187
Veftre-de -Camp Général , s'eft allié en 1719 avec
Charlotte-Victoire Marion de Drui , freur uterine
du Comte du Montal , Lieutenant Général des Armées
du Roi , & Chevalier de fes Ordres , & fille
d'Euftache Louis Marion de Drui , Marquis de
Courcelles & de Bonnencontre , Premier Major
Général de la Gendarmerie de France en 1690 ,
tué à la bataille de la Marfalle , & d'Henriette-
Marguerite de Saulx- Tavanes de Mirefel , veuve
de Louis de Montfauloin Marquis de Montal ,
Meftre- de - Camp de Cavalerie . Leurs enfans font
1. Louis d'Eftut de Traci , Religieux Théatin ;
° Clauded Eftut , Chevalier de Malte , puis Marquis
de Traci , qui a donné lieu à cet article .
Les A més de la Mailon de Stut font d'or à trois
bals de fable , écartelé d'or au coeur de gueule.
Meffire Jean Frederic de la Tour- Dupin de
Gouvernet , Comte de Paulin , Colonel dans le
Corps des Grenadiers de France , fils du feu Mefire
Jean de la Tour- Dupin de Gouvernet , Comte
de Paulin , Meftre de Camp de Cavalerie ; & de
Dame Suzanne de la Tour , fut marié le 9 Mai à
Demoiſelle Marie - Thérefe Billet de Muizon . Le
Roi avoit figné le 4 leur Contrat de mariage.
Meffire François-Jean de la Myre , Comte de
Mori , ci - devant Chevalier de Malte , fils du
Comte de la Mothe la Myre , Lieutenant du Roi
u Pays de Vermandois & de Thiérache , & de
Dame Marc de la Ferté , époufa le 14 dans l'Eglife
Paroiffiale de Saint Paul , Demoifelle Marie-
Anne- Thérefe de Chamborant , fille du Comte de
■ Claviere , Lieutenant Général des Armées du
oi , Gouverneur de Montmedi , & Gouverneur
u Comte de la Marche , & de Dame Marie- Anne
foret de Bournonville ; l'Evêque de Perpignan
-ur donna la Benediction nuptiale en présence
188 MERGURE DE FRANCE.
du Curé de la Paroiffe . Lorfque le Comte de Mosi
quitta l'Ordre de Saint Jean de Jerufalem , le ?
Grand- Maitre lui permit de continuer d'en porter
la Croix , même étant marié .
Louis- Marie Fouquet de Belle- Ifle , Comtede
Gifors , Colonel du Régiment de Champagne , is
de Charles Louis- Augufte Fouquet de Belle Ifie,
Duc de Gifors , Pair & Maréchal de France , Prin
ce du Saint Empire Romain , Chevalier des Or
dres du Roi , & de l'Ordre de la Toifon d'Or ,
Gouverneur des Villes & Citadelle de Mets , & du
Pays Meffin ; Commandant en Chef dans lesTrois-
Evêchés , frontieres de Champagne & Pays de
Luxembourg ; Lieutenant Général des Duchés de
Lorraine & de Bar ; & de Marie - Thérefe- Emmanuelle
Cafimire Geneviève de Bethune , a époulé
le 23 Julie Helene Rofalie Mazarini Mancini,
fille de Louis- Jules- Barbon Mazarini Mancini,
Duc de Nivernois & Donziois , Pair de France &
Grand d'Espagne de la Premiere Claffe , Prince
du Saint Empire , Noble Vénitien , Brigadier des
Armées du Roi , Chevalier de fes Ordres , & foa
Ambaffadeur Extraordinaire auprès du Saint Siége ,
& d'Helene Françoife-Angélique Phelypeaux de
Pontchartrain. La Benediction nuptiale leur a été
donnée dans la Chapelle particuliere de l'Hôtel
de Mortemart par l'Archevêque d'Embrun. Leut
Contrat de mariage avoit été figné le 20 par leur
Majeftés & par la famille Royale.
Le 10 Février Dame Marie - Jaquette de Fleuri de
Penanou , veuve de Robert Kergrendes , Meftre
de - Camp de Cavalerie , déccdée rue de Seve , fut
enterrée à Saint Sulpice .
Meffire Pierre- Jacques- Lonis- Augufte Ferron ,
Marquis de la Ferronays , Maréchal des Camps
JUIN. 1753. 199
Armées du Roi , & ci- devant Meftre - de- Ca p
un Régiment de Cavalerie , mourut le 11 en
in Château de Saint Mars , dans le Nantois , âgé
e 54 ans ; il étoit fils de feu Meffire Pierre Fer-
›n , Comte de la Ferronays , Brigadier de Cavarie.
Le Marquis & le Comte de la Ferronays
voient été à la tête du même Régiment .
M: Claude Annet , Comte d'Apchier , Chevalier
es Ordres du Roi , & Lieutenant Général de fes
rmées , mourut en cette Ville le 12 , âgé de 59
as.
Dame Marie-Louife de Vachon , veuve de
ean - Nicolas , Marquis de Montmorenci Châteaurun
, Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
ourut le 18 en cette Ville dans la foixante - qua-
›rziéme année de fon âge.
Dame Marie-Anne-Françoife Goujon de Gafille
, époufe de Meffire Pierre de Marolles , Comte
e Rocheplatte , Brigadier de Cavalerie , & Lieuenant
pour Sa Majesté dans la Province de la
Haute- Marche , mourut en cette Ville le 21 âgée
é 38 ans. Elle avoit été mariée en premieres noes
à Meffire Charles le Tonnelier de Breteuil ,
aron de Previlli , Premier Baron de Touraine.
Le 23 , Meffire Charles - Theophile de Berhi ,
eftre - de- Camp de Cavalerie , Capitaine au Rément
d'Enrichemont , décedé rue de Varenne ;
t enterré à Saint Sulpice .
Le 24 , eft décedée au Couvent de Trefnel N...
oé de Combeault , née en Mai 1745 , fille unique
Guillaume-Jean- Baptifte , né le 30 Mars 1720 ,
onfeiller au Grand Confeil : marié le 12 Août
43 à Anne- Madeleine du Villeroy , née le 27
ptembre 1727 , niéce de Madame Camufet , &
oufe du Fermier Général.
M. de Combeault eft fils de Guillaume Antoine
190 MERCURE DE FRANCE.
Doé , Chevalier Seigneur de Combeault , en Brie,
ci-devant Confeiller au Grand Confeil , & de fa
premiere femme Marie- Charlotte Toulard , fille
de Jean- Baptifte , Auditeur des Comptes ; Guil
laume Antoine qui a eu VA autre fils âgé de
vingt-fept ans , Officier , né de fa fecondefemme
Claude- Denile- Françoiſe de Paul Berthelier , foeur
de Madelaine , veuve du premier Janvier 1751
d'Antoine François Faucard de Beauchamps , Mai
tre des Comptes à Nantes , dont Jeanne Benjami
ne-Angélique, mariée le 2 Septembre 1737 àJam
Gabriël de la Porte du Theil , Ecuyer , ci-devant
Miniftre à Vienne , qui a deux filies .
,
Guillaume Antoine Doé de Combeault a port
foeur Marie-Anne , veuve de Jules- Adrien Gaultier
de Befigny mere du Préfident des Requêtes
Adrien -Jules , & de trois filles ; P'aînée Cathenne
eft décedée , laiffant une fille de Charles Selle ,
Confeiller au Parlement ; la feconde Jeanne- Cathe
rine a été mariée en Septembre 1723 à Gabriël de
Berny , auffi Confeiller au Parlement ; la troifiéme,
Marie-Anne a époufé Denis- Louis Pafquier ,
Confeiller au Parlement , Seigneur & Baron de
Coulaines. Voyez p. 425 , de la cinquième Partie
des Tablettes génealogiques.
Guillaume Doé , pere de Madame de Befigny
& de fon frere , avoit été reçu Secretaire du Roile
14 Mars 1691 ; il avoit eu pour frere Jean - Baptifte,
Confeiller au Châtelet dès le 3 Septembre 1677)
& leur foeur avoit époufé Jacques Gayor , Se
gneur de l'Ile-Robert , Confeiller de la Cour des
Aides , reçu le 20 Mai 1677 , dont étoit venue N..
Gayot, mariée à Charles le Clerc , Marquis de
Tremblay, né en 1660 .
On a appris de Bourdeaux , que Marguerite
Plantinet y étoit morte âgée de 108 ans. Elle avot
JUIN. 1753-
191
a vingt - deux enfans , & les avoit tous nourris.
lle étoit fille d'Audet Plantinet , qui eft mort à
& de Catherine Teftemalle morte à
04 ans. Le pere , la mere & la fiile , font inhumés
ans l'Eglife Paroiffiale de Sainte Colombe.
or an ; •
Meffire Claude Leon , Marquis de Bouthillier ,
Vicomte de Eridieres , Marquis de Rhodes & de
araupot , Comte de Sery , Baron de Cros , Seineur
Châtelain des- Aix d'Angillon , mourut
Mars dans fa cinquante - quatrième année .
le
Dame Sara Spencer , veuve du Général Douglas,
Vice- Amiral & Gouverneur des lfles - fous - le - vent,
ous la domination de la Grande Bretagne , eft
morte les , & elle fut inhumée le lendemain dans
'Eglife Paroiffiale de Saint Côme.
>
Charlotte-Rofalie de Chaftillon , épouſe de
Louis- Marie -Bretagne- Dominique de Rohan-
Chabot , Duc de Rohan , Pair de France , Prince
le Leon , Comte de Porhoët , d'Aftarac & de
Landivifiau , Marquis de Blein , Vicomte du Faon
Baron de Frefnay , Préfident né de la Noblede de
Bretagne , Brigadier d'Infanterie , & Gouverneur
le Lectoure , mourut en cette Ville le 6 Mars
gée de 34 ans. Son corps , après avoir été préenté
à Saint Sulpice , a été porté en l'Eglife du
Couvent des Célestins pour y être inhumé . La
Ducheffe de Rohan avoit été l'une des Dames
ommées pour accompagner Madame la Dauhine
. Elle étoit fille d'Alexis- Magdeleine - Rolalię ,
Duc de Chaſtillon , Pair de France , Chevalier des
Ordres du Roi , Lieutenant Général des Armées de
Sa Majefté , Lieutenant Général de la Haute &
Baffe Bretagne , Grand- Bailli de Haguenau , & cilevant
Gouverneur de Monfeigneur le Dauphin ;
de Charlotte Vautrude Voihin , premiere femme
u Duc de Chaftillon , fille de Daniel - François
Voifin , Chancelier de France.
192 MERCURE DEFRANCE
Louis- Henri de la Tour d'Auvergne , Duc
d'Albret , fils de Godefroi -Charles Henri de la
Tour-d'Auvergne, Prince de Turenne , Colonel
Général de la Cavalerie , Grand - Chambellan de
France , en furvivance du Duc de Bouillon for
pere ; & de Louiſe- Henriette - Gabriëlle de Lorraine
, fille du Prince de Pons , mourut en cette
Ville le 7. Il étoit né le 20 du mois dernier , &
avoit été baptifé le même jour , ayant eu pour
parain & pour maraine le Prince de Pons , & la
Princeffe de Rohan. Le 8 de ce mois , fon corps ,
après avoir été expofé fur un lit de parade , fix
préfenté à l'Eglife de Saint Sulpice , & porté enfuite
à celle de la Maifon- rofeffe des Jefuites , od
il a été inhumé. Le caroffe dans lequel étoit le
cercueil , & qui étoit attelé de huit chevaux , étoit
fuivi de quatre autres caroffes. Un grand nombre
de domeftiques de livrée avec des flambeaux
éclairoient le convoi.
Meffire Charles de Guiri , Marquis de Guiri , ef
mort le même jour âgé de 72 ans.
Le même jour fut enterré à Saint Sulpice Louis-
Antoine de Mauleon , Sous-Diacre du Diocéle
d'Aleth , Chanoine & Comte de Lyon , déccdé au
Semicaire de Saint Sulpice.
Meffire Jean Georges de Caulet , Marquis de
Grammont , Lieutenant Général des Armées du
Roi , Lieutenant d'une des quatre Compagnies
des Gardes- du- Corps , & Gouverneur de Mezieres
& de Charleville , mourut à Verſailles le 8 âgé de
70 ans.
Meffire Jean-Baptifte- Alexandre de Legall Br
gadier de Cavalerie , eft mort le 12 âgé de 54ans
Il étoit fils de Meffire N... de Legail , Lieutenant
Général des Armées de Sa Majefté , connu pir
differentes actions , & furtout par celle de Mondrexia.
Catherine
JUI N. 1753-
193
Catherine- Louife de Coffé de Brillac , fille du
Comte de Collé de Briflac , Commandeur de l'Or
dre Royal & Militaire de Saint Louis , Lieutenant
Général desArmées du Roi , Gouverneur de Salces
en Rouffillon , & Menin de Monfeigneur le Dauphin
, mourut en cette Ville le 13 âgée de deux
ans & demi.
Marie-Charlotte- Magdeleine de Vintimille du
Luc , fille de Galpard-Magdelon - Hubert de Vinti➡
mille , Marquis du Luc , Lieutenant Général des
Armées du Roi , mourut le 14 âgée d'environ 37
fon corps , après avoir eté préfenté à Saint
Sulpice , a été porté à l'Eglife Métropolitaine pour
y être inhumé.
ans ;
Demoiſelle Marie Quffon eft morte à Effone
le 18 , dans la cent dixième année de fon âge.
Meffire N... de Bragelongne , Vicaire -Général
de l'Evêché d'Amiens , & Abbé de l'Abbaye de
Saint Jean d'Orbeftier , Ordre de Saint Benoit ,
Dioceſe de Luçon , eft mort à Amiens le 23 dans
la quarante-uniéme année de fon âge.
Dame Elizabeth de Raguienne , époufe de Meffire
Profper André Bauyn de Jallais , Intendant de
l'Hôtel Royal des Invalides , & Confeiller Honoraire
en la Grand'Chambre du Parlement , eft
morte le 27 dans fa foixante - troifiéme année. Elle
avoit été mariée en premieres nôces à M. Duclerc,
Capitaine des Vaiffeaux du Roi.
Meffire Jean Baptifte le Normant , Doyen du
Chapitre de Saint Marcel , & Abbé de l'Abbaye
de Cherbourg , dite Notre-Dame du Vou , Ordre
de Saint Auguftin , Diocéfe de Coutances , mourut
le 30 âgé de 78 ans .
Meffire N... Ozenne de Baville , Abbé de l'Ab.
baye de Mimac , Ordre de Saint Benoit , Congré
gation de Saint Maur , Diocéfe de Limoges ,
mort le 31 dans fa foixante-onzième année.
II. Vol. L
eft
194 MERCURE DE FRANCE.
སམ
Marie-Therefe d'Hautefort , veuve de Claude-
Charles , Marquis de Laval Montmorenci , Chevalier
d'honneur de feue Madame la Ducheffe
d'Orléans mourut en cette Ville le premier
Avril , âgée de 80 ans . Elle avoit été Dame d'honneur
de feue Madame la Duchefle de Berri.
Mellire Gafpard Sigifmond , Baron de Vendt ,
Gouverneur , Grand Bailly & Capitaine des Chaffes
des Ville & Château de Montargis , mourut
le 10 à S. Cloud âgé de 97 ans . Il avoit été prenier
Maître d'Hôtel de Madame , mere de feu M,
le Duc d'Orléans , Régent de ce Royaume.
Dame Marie-Geneviève Camus de Pontcarré ,
épouse de Meffire Louis de Lefpinai , Marquis de
Marreville , Meftre de Camp de Cavalerie , mourut
le 11 dans la quarante deuxième année.
Dame Jeanne Charlotte Herault , épouse de
Meffire Jean - François Gabriel de Polaftron, Comte
de Polaftion , Gouverneur de Caſtillon , Colonel
du Régiment de la Couronne , eft morte le
14 , âgée de 17 ans.
Marie Anne Céfarée de Lanti de la Rovere ,
veuve de Jean Baptifte - François- Jofeph de Croy ,
Duc de Havré & de Croy , Prince de l'Empire ,
& Grand d'Espagne de la premiere Claffe , modrut
en cette Ville le 16 âgée de 68 ans. Elle a été
inhumée dans l'Eglife des Carmelites du Fauxbourg
S. Germain.
Dame Jeanne Regnault , époufe d'Alexis -Jean
Marquis du Châtelet , Seigneur Châtelain de la
Ferté - les- Saint - Rifquier , Gouverneur de Brayfur
Somme , & Grand Voyer de Picardie , entre
les rivieres de Somme & d'Authie , eft morte
dans la 80e année.
.7
Meflire N.de Boifle de la Farge , Abbé de
'Abbaye de Vigeois , Ordre de S. Benoît , DioJUI
N. . 195
1755
cefe de Limoges , & Vicaire Général du même
Diocéfe , eft mort le 21 au Château de la Farge
en Limofin , dans la foixante -feizième année de
fon âge.
Edouard Hyde , Comte de Clarendon , Pair de
la Grande Bretagne , connu ci devant ſous le nom
de Lord Cornburi , mourut en cette Ville le 27
dans fa quarante quatrième année.
Le Pere Sylvain Peruffault , de la Compagnie
de Jefus , mourut le 30 à la Maiſon Profeffe des
Jéfuites âgé de 75 ans. Il étoit Provincial de la
Province de Bourdeaux , lorfqu'il fuccéda en 1743
au Pere Tachereau de Lignieres , dans la place de
Confeffeur du Roi ,
Meffire Jean Jofeph Languet , Archevêque de
Sens , Abbé de l'Abbaye de Coëtmaloen , Ordre
de Cîteaux , Diocéfe de Quimper , & de celle de
Saint Juft , Ordre de Prémontré , Diocéle de Beauvais
, un des trois Confeillers Ordinaires d'Etat
Eccléfiaftiques , Supérieur de la Maiſon & du Collége
de Navarre , & l'un des Quarante de l'Académie
Françoife , mourut à Sens le 11 Mai dans fa
foixante-feizième année . Il avoit été nommé en
1714 à l'Evêché de Soiflons , & en 1730 àl'Arche
vêché de Sens .
Meffire Charles Brûlart , Marquis de Genlis ,
eft mort le 15 dans fa Terre de Genlis en Picardie ,
âgé de quarante - fix ans .
Marie de Butler , veuve de Charles - Balthazar de
Clermont- Chafte , Comte de Rouffillon , mourut
le 21 en cette Ville âgée de cinquante - trois ans.
Elle avoit été nommée Dame d'Honneur de la
Princeffe de Condé .
Balthazar Nacelli de Branciforte d'Arragon ,
Comte de Cofimo , Grand d'Efpagne , Chevalier
de l'Ordre de Saint Janvier , Grand - Maitre de la
Tij
186 MERCURE DE FRANCE.
que
lui en fit
Dame de Saint Perre , dont le fils unique nommé
Feti fut tué à la guerre. Alexandre fe remaria en
1526 , avec Anne - Regnier de Gueichi , fille de
Pierre , Seigneur de Guerchi , & de Perette du
Chefaair. De ce mariage fortit , entr'autres François
de Stut, Seigneur de Saint Perre , Chevalier
de l'Ordie du Roi en 1969 , & Gouverneur de la
Ville de Cofne-fur Loire ; lequel époufa le 2 Février
152. Renée de Boiffelet , fille d'Antoine
de Boitfelet & de Marguerite d'Affignies . Ellele
rendit pere de François Stut II . du nom , Exempt
de la premiere Compagnie des Gardes du Corps,
Seigneur de Traci , la donation
par
fa premiete fenime Françoife de Bar , dans fon
Contrat de mariage . Il n'en eut point d'enfans ,
& époufa en fecondes nôces Marie de Bufferant ,
fille de Louis , Seigneur de la Grange Chaumont ,
Gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi ,
& de Marguerite de Veau- Champlivault . Leur
fils , Loui, d'Eftur , fut. reçu Chevalier de Make
au Grand Prieuré de France. L'aîné François de
Stut III . du nom , Seigneur de Traci , Mefire de
Camp de Cavalerie, acquit la Seigneurie de Parai,
en Bourbonnois , par fon alliance du 26 Juillet
1639 , avec Edmée de la Platiere , de la famille du
Maréchal de Bourdillon , & fille de Guillaume
de la Platiere , Seigneur de Cheveroux , & de
Claudine de Villars , Dame de Parai . De cette al
liance naquit François Stut IV . du nom , Seigneur
de Traci & de Parai , qui époufa Charlotte de la
Magdelene de Ragni , d'une ancienne & illuftre
Maifon de Bourgogne , dont il y a eu deux Che
valiers du Saint Efprit , & dont la branche aînée ef
fondue dans la Maifon de Crequi - Lefdiguieres.
Leur fils Antoine Stut , Comte de Traci , Se
gueur de Parai , Capitaine de Cavalerie dans la
JUIN. 1753 . 187
Meftre -de - Camp Général , s'eft allié en 1719 avec
Charlotte-Victoire Marion de Drui , four uterine
du Comte du Montal , Lieutenant Général des Arnées
du Roi , & Chevalier de fes Ordres , & fille
Euftache Louis Marion de Drui , Marquis de
Courcelles & de Bonnencontre , Premier Major
Général de la Gendarmerie de France en 1690) ,
ué à la bataille de la Marfalle , & d'Henriette-
Marguerite de Saulx - Tavanes de Mirefel , veuve
de Louis de Montfauloin Marquis de Montal ,
Aeftre - de - Camp de Cavalerie . Leurs enfans font
. Louis d'Eftut de Traci , Religieux Théatin ;
Claude d Eftur , Chevalier de Malte , puis Maruis
de Traci , qui a donné lieu à cet article .
Les A més de la Mailon de Stut font d'or à trois
al's de fable , écartelé d'or au coeur de gueule .
Meffire Jean Frederic de la Tour - Dupin de
Gouvernet , Comte de Paulin , Colonel dans le
Corps des Grenadiers de France , fils du feu Mefire
Jean de la Tour- Dupin de Gouvernet , Comte
le Paulin , Meftre de Camp de Cavalerie ; & de
Dame Suzanne de la Tour , fut marié le 9 Mai à
Demoiselle Marie - Thérefe Billet de Muizon . Le
Roi avoit figné le 4 leur Contrat de mariage.
Meffire François- Jean de la Myre , Comte de
Mori , ci- devant Chevalier de Malte , fils du
Comte de la Mothe la Myre , Lieutenant du Roi
u Pays de Vermandois & de Thiérache , & de
Dame Marc de la Ferté , époufa le 14 dans l'Eglife
aroiffiale de Saint Paul , Demoifelle Marienne
-Thérefe de Chamborant , fille du Comte de
Claviere , Lieutenant Général des Armées du
oi , Gouverneur de Montmedi , & Gouverneur
u Comte de la Marche , & de Dame Marie - Anne
Moret de Bournonville ; l'Evêque de Perpignan
eur donna la Benediction nuptiale en présence
188 MERCURE DE FRANCE.
du Curé de la Paroiffe. Lorfque le Comte deMos
quitta l'Ordre de Saint Jean de Jerufalem, le
Grand-Maitre lui permit de continuer d'en porter
la Croix , même étant marié .
Louis-Marie Fouquet de Belle - Ifle , Comte de
Gifors , Colonel du Régiment de Champagne , fils
de Charles -Louis- Augufte Fouquet de Belle lile ,
Duc de Gifors , Pair & Maréchal de France , Prin
ce du Saint Empire Romain , Chevalier des Or
dres du Roi , & de l'Ordre de la Toifon d'Or ,
Gouverneur des Villes & Citadelle de Mets , & d
Pays Meffia ; Commandant en Chef dans les Trois
Evêchés , frontieres de Champagne & Pays de
Luxembourg ; Lieutenant Général des Duchés de
Lorraine & de Bar ; & de Marie - Thérefe- Emma
nuelle Cafimire Geneviève de Bethune , a époulé
le 23 Julie Helene Rofalie Mazarini Mancini,
fille de Louis-Jules- Barbon Mazarini Mancini ,
Duc de Nivernois & Donziois , Pair de France &
Grand d'Espagne de la Premiere Claffe , Prince
du Saint Empire, Noble Vénitien , Brigadier des
Armées du Roi , Chevalier de fes Ordres , & foa
Ambaffadeur Extraordinaire auprès du Saint Siége ,
& d'Helene Françoife- Angélique Phelypeaux de
Pontchartrain. La Benediction nuptiale leur a été
donnée dans la Chapelle particuliere de l'Hôtel
de Mortemart par l'Archevêque d'Embrun . Leut
Contrat de mariage avoit été figné le 20 par kut
Majeftés & par la famille Royale.
Le 10 Février Dame Marie - Jaquette de Fleuri de
Penanou , veuve de Robert Kergrendes , Meftre
de-Camp de Cavalerie , décedée rue de Seve , fut :
enterrée à Saint Sulpice.
Meffire Pierre- Jacques- Lonis- Augufte Ferron ,
Marquis de la Ferronays , Maréchal des Camps
S
JUIN. 1753. 12
Armées du Roi , & ci - devant Meftre- de- Cap
in Régiment de Cavalerie , mourut le 11 en
Château de Saint Mars , dans le Nantois , âgé
54 ans ; il étoit fils de feu Meffire Pierre Fern
, Comte de la Ferronays , Brigadier de Cavaie.
Le Marquis & le Comte de la Ferronays
oient été à la tête du même Régiment.
M: Claude Annet , Comte d'Apchier , Chevalier
s Ordres du Roi , & Lieutenant Général de fes
mées , mourut en cette Ville le 12 , âgé de 59
S.
Dame Marie-Louife de Vachon , veuve de
an- Nicolas , Marquis de Montmorenci Châteauun
, Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
Durut le 18 en cette Ville dans la foixante- quarziéme
année de fon âge.
Dame Marie -Anne-Françoiſe Goujon de Gafle
, épouse de Meffire Pierre de Marolles , Comte
Rocheplatte , Brigadier de Cavalerie , & Lieumant
pour Sa Majefté dans la Province de la
aute- Marche , mourut en cette Ville le 21 âgée
38 ans. Elle avoit été mariée en premieres nôs
à Meffire Charles le Tonnelier de Breteuil ,
aron de Previlli , Premier Baron de Touraine.
Le 23 , Meffire Charles- Theophile de Berhis ,
eftre- de- Camp de Cavalerie , Capitaine au Rément
d'Enrichemont , décedé rue de Varenne
¤ enterré à Saint Sulpice .
Le 24 , eft décedée
au Couvent
de Treinel
N...
oé de Combeault
, née en Mai 1745 , fille unique
Guillaume
-Jean-Baptifte
, né le 30 Mars 1720 ,
onfeiller
au Grand
Confeil
: marié
le 12 Août
43 à Anne- Madeleine
du Villeroy
, née le 27
ptembre
1727 , niéce
de Madame
Camufet
, &
oufe du Fermier
Général
.
M. de Combeault eft fils de Guillaume - Antoine
190 MERCURE DE FRANCE.
Doé , Chevalier Seigneur de Combeault , en Brie,
ci-devant Confeiller au Grand Confeil , & de fa
premiere femme Marie-Charlotte Toulard , fille
de Jean Baptifte , Auditeur des Comptes ; Guillaume
Antoine qui a eu un autre fils âgé de
vingt-fept ans , Officier , né de fa feconde femme
Claude-Denile-Françoiſe de Paul Berthelier , foeur
de Madelaine , veuve du premier Janvier 1751
d'Antoine François Faucard de Beauchamps , Maî
tre des Comptes à Nantes , dont Jeanne Benjami
ne-Angélique, mariée le 2 Septembre 1737 à Jean-
Gabriël de la Porte du Theil , Ecuyer , ci-devant
Miniftre à Vienne , qui a deux filies .
" Guillaume Antoine Doé de Combeault a poor
foeur Marie-Anne , veuve de Jules- Adrien Gaultier
de Befigny , mere du Préfident des Requêtes
Adrien- Jules , & de trois filles ; P'aînée Catherine
eft décedée , laiffant une fille de Chailes Selle ,
Confeiller au Parlement ; la feconde Jeanne- Catherine
a été mariée en Septembre 1723 à Gabriël de
Berny , auffi Confeiller au Parlement ; la troifiéme,
Marie-Anne a époafé Denis- Louis Palquier ,
Confeiller au Parlement , Seigneur & Baron de
Coulaines. Voyez p. 425 , de la cinquième Partie
des Tablettes génealogiques .
Guillaume Doé , pere de Madame de Beligay
& de fon frere , avoit été reçu Secretaire du Roi le
14 Mars 1691 ; il avoit eu pour frere Jean- Baptifte,
Confeiller au Châtelet dès le 3 Septembre 1677 ,
& leur foeur avoit époufé Jacques Gayot , Seigneur
de l'Ile -Robert , Confeiller de la Cour des
Aides , reçu le 20 Mai 1677 , dont étoit venue N..
Gayot , mariée à Charles le Clerc , Marquis da
Tremblay , né en 1660.
On a appris de Bourdeaux , que Marguerite
Plantinet y étoit morte âgée de 108 ans. Elle avoit
JUI N. 1753 . 191
eu vingt-deux enfans , & les avoit tous nourris.
Elle étoit fille d'Audet Plantinet , qui eft mort à
10 an ; & de Catherine Teftemalle morte à
104 ans. Le pere , la mere & la fille , font inhumés
dans l'Eglife Paroiffiale de Sainte Colombe.
•
Meffire Claude Leon , Marquis de Bouthillier ,
Vicomte de Eridieres , Marquis de Rhodes & de
Laraupot , Comte de Sery , Baron de Cros , Seigneur
Châtelain des- Aix d'Angillon , mourut le 4
Mars dans fa cinquante- quatrième année .
Dame Sara Spencer , veuve du Général Douglas,
Vice-Amiral & Gouverneur des lfles - fous - le -vent,
fous la domination de la Grande Bretagne , eft
morte le 5 , & elle fut inhumée le lendemain dans
l'Eglife Paroiffiale de Saint Côme.
Charlotte- Rofalie de Chaftillon , épouse de
Louis- Marie - Bretagne -Dominique de Rohan-
Chabot , Duc de Rohan , Pair de France , Prince
de Leon , Comte de Porhoët d'Aftarac & de
Landivifiau , Marquis de Blein , Vicomte du Faon ,
Baron de Frefnay , Préfident né de la Noblette de
Bretagne , Brigadier d'Infanterie , & Gouverneur
de Lectoure , mourut en cette Ville le 6 Mars
âgée de 34 ans. Son corps , après avoir été préfenté
à Saint Sulpice , a été porté en l'Eglife du
Couvent des Céleftins pour y être inhumé . La
Ducheffe de Rohan avoit été l'une des Dames
a nommées pour accompagner, Madame la Dauphine.
Elle étoit fille d'Alexis -Magdeleine- Rolalie ,
Duc de Chaftillon , Pair de France , Chevalier des
Ordres du Roi , Lieutenant Général des Armées de
Sa Majefté , Lieutenant Général de la Haute &
Baffe Bretagne , Grand- Bailli de Haguenau , & cidevant
Gouverneur de Moofeigneur le Dauphin ;
& de Charlotte Vautrude Voihin , premiere femme
du Duc de Chaftillon , fille de Daniel - François
Voifin , Chancelier de France.
192 MERCURE DEFRANCE
Louis- Henri de la Tour d'Auvergne , Duc
d'Albret , fils de Godefroi- Charles Henri de la
Tour- d'Auvergne, Prince de Turenne , Colonel
Général de la Cavalerie , Grand -Chambellan de
France , en furvivance du Duc de Bouillon fon
pere ; & de Louife- Henriette- Gabriëlle de Lorraine
, fille du Prince de Pons , mourut en cette
Ville le 7. Il étoit né le 20 du mois dernier , &
avoit été baptifé le même jour , ayant eu pour
parain & pour maraine le Prince de Pons , & la
Princeffe de Rohan . Le 8 de ce mois , fon corps ,
après avoir été expofé fur un lit de parade , fur
préfenté à l'Eglife de Saint Sulpice , & porté enfuite
à celle de la Maiſon- rofeffe des Jefuites , ou
il a été inhumé. Le caroffe dans lequel étoit le
cercueil , & qui étoit attelé de huit chevaux , étoit
fuivi de quatre autres caroffes. Un grand nombre
de domeftiques de livrée avec des flambeaux
éclairoient le convoi .
Meffire Charles de Guiri , Marquis de Guiri , eft
mort le même jour âgé de 72 ans.
Le même jour fut enterré à Saint Sulpice Louis-
Antoine de Mauleon , Sous- Diacre du Diocéle
d'Aleth , Chanoine & Comte de Lyon , déccdé an
Semicaire de Saint Sulpice.
Meffire Jean Georges de Caulet , Marquis de
Grammont , Lieutenant Général des Armées du
Roi , Lieutenant d'une des quatre Compagnies
des Gardes-du- Corps , & Gouverneur de Mezieres
& de Charleville , mourut à Verſailles le 8 âgé de
70
ans.
Meffire Jean- Baptifte- Alexandre de Legall , Brigadier
de Cavalerie , eft mort le 12 âgé de 54 ans.
Il étoit fils de Meffire N... de Legall , Lieutenant
Général des Armées de Sa Majeſté , connu par
differentes actions , & furtout par celle de Mondrexia.
Catherine,
JUI N. 1753. 193
Catherine- Louife de Coffé de Briffae , fille du
Comte de Collé de Briflac , Commandeur de l'Or
dre Royal & Militaire de Saint Louis , Lieutenant
Général des Armées du Roi , Gouverneur de Salces
en Rouffillon , & Menin de Monfeigneur le Dauphin
, mourut en cette Ville le 13 âgée de deux
ans & demi.
Marie-Charlotte - Magdeleine de Vintimille du
Luc , fille de Galpard-Magdelon - Hubert de Vintimille
, Marquis du Luc , Lieutenant Général des
Armées du Roi , mourut le 14 âgée d'environ 37
ans ; fon corps , après avoir eté préfenté à Saint
Sulpice , a été porté à l'Eglife Métropolitaine pour
Y
être inhumé.
Demoiſelle Marie Quffon eft morte à Effone
le 18 , dans la cent- dixième année de ſon âge.
Meffire N... de Bragelongne , Vicaire- Général
de l'Evêché d'Amiens , & Abbé de l'Abbaye de
Saint Jean d'Orbeftier , Ordre de Saint Benoît ,
Diocéfe de Luçon , eft mort à Amiens le 23 dans
la quarante uniéme année de fon âge.
Dame Elizabeth de Raguienne , époule de Meffire
Profper -André Bauyn de Jallais , Intendant de
l'Hôtel Royal des Invalides , & Confeiller Honoraire
en la Grand'Chambre du Parlement ,
morte le 27 dans fa foixante- troifiéme année. Elle
avoit été mariée en premieres nôces à M. Duclerc,
Capitaine des Vaiffeaux du Roi .
eft
Meffire Jean Baptifte le Normant , Doyen du
Chapitre de Saint Marcel , & Abbé de l'Abbaye
de Cherbourg , dite Notre- Dame du Vau , Ordre
de Saint Auguftin , Diocéfe de Coûtances , mourut
le 30 âgé de 78 ans.
Meffice N... Ozenne de Baville , Abbé de l'Ab.
baye de Mimac , Ordre de Saint Benoit , Congré
gation de Saint Maur , Diocéfe de Limoges , eft
mort le 31 dans la foixante-onziéme année.
II.Vol. L
194 MERCURE DE FRANCE.
Marie- Therefe d'Hautefort , veuve de Claude-
Charles , Marquis de Laval Montmorenci , Chevalier
d'honneur de feue Madame la Ducheffe
d'Orléans , mourut en cette Ville le premier
Avril , âgée de 80 ans . Elle avoit été Dame d'honneur
de feue Madame la Duchefle de Berri.
Melire Gafpard Sigifmond , Baron de Vendt
Gouverneur , Grand Bailly & Capitaine des Chaffes
des Ville & Château de Montargis , mourut
le 10 à S. Cloud âgé de 97 ans . Il avoit été preanier
Maître d'Hôtel de Madame , mere de feu M.
le Duc d'Orléans , Régent de ce Royaume.
Dame Marie-Geneviève Camus de Pontcarré
épouse de Meffire Louis de Lefpinai , Marquis de
Marreville , Meftre de Camp de Cavalerie , mou .
rut le 11 dans la quarante deuxième année.
Dame Jeanne Charlotte Herault , époufe de
Meffire Jean - François Gabriel de Polaftron , Comte
de Polaftion , Gouverneur de Caftillon , Colonel
du Régiment de la Couronne , eft morte le
14 , âgée de 17 ans .
Marie Anne Céfarée de Lanti de la Rovere ,
veuve de Jean Baptifte François - Jofeph de Croy ,
Duc de Havré & de Croy , Prince de l'Empire ,
& Grand d'Espagne de la premiere Claffe , modrut
en cette Ville le 16 âgée de 68 ans . Elle a été
inhumée dans l'Eglife des Carmelites du Fauxbourg
S. Germain.
Dame Jeanne Regnault , époufe d'Alexis -Jean
Marquis du Châtelet , Seigneur Châtelain de la
Ferté- les-Saint- Rifquier , Gouverneur de Brayfur
Somme , & Grand Voyer de Picardie , entre
les rivieres de Somme & d'Authie , eft morte le
27 , sans la 80e année.
Meffire N ... de Boifle de la Farge , Abbé de
'Abbaye de Vigeois , Ordre de S. Benoît , DioJUI
N. 1 753
195
cefe de Limoges , & Vicaire Général du même
Diocéfe , eft mort le 21 au Château de la Farge
en Limofin , dans la foixante - feizième année de
fon âge .
Edouard Hyde , Comte de Clarendon , Pair de
la Grande Bretagne, connu ci devant ſous le nom
de Lord Cornburi , mourut en cette Ville le 27
dans fa quarante quatrième année.
Le Pere Sylvain Peruffault , de la Compagnie
de Jefus , mourut le 30 à la Maifon Profeffe des
Jéfuites âgé de 75 ans . Il étoit Provincial de la
Province de Bourdeaux , lorfqu'il fuccéda en 1743
au Pere Tachereau de Lignieres , dans la place de
Confeffeur du Roi ,
Meffire Jean Jofeph Languet , Archevêque de
Sens , Abbé de l'Abbaye de Coëtmaloen , Ordre
de Cîteaux , Diocéfe de Quimper , & de celle de
Saint Juft , Ordre de Prémontré , Diocéfe de Beauvais
, un des trois Confeillers Ordinaires d'Erat
Eccléfiaftiques , Supérieur de la Maiſon & du Collége
de Navarre , & l'un des Quarante de l'Académie
Françoiſe , mourut à Sens le 11 Mai dans fa
foixante-feizième année . Il avoit été nommé en
1714 à l'Evêché de Soiflons , & en 1730 àl'Archevêché
de Sens .
Meffire Charles Brûlart , Marquis de Genlis ,
eft mortle 15 dans fa Terre de Genlis en Picardie,
âgé de quarante-fix ans .
Marie de Butler , veuve de Charles- Balthazar de
Clermont- Chaſte , Comte de Rouffillon , mourut
le 21 en cette Ville âgée de cinquante - trois ans.
Elle avoit été nommée Dame . d'Honneur de la
Princeffe de Condé .
Balthazar Nacelli de Branciforte d'Arragon,
Comte de Cofimo , Grand d'Espagne , Chevalier
de l'Ordre de Saint Janvier , Grand - Maitre de la
Tij
196 MERCURE DE FRANCE.
Maifon du Roi des Deux Siciles , Confeiller d'Etat
de Sa Majefté Sicilienne , & Président de la fuprê
me Junte de Sicile , mourut en cette Ville le 29.
Son corps doit être tranſporté à Naples.
ARRESTS NOTABLES.
ETTRES Patentes du Roi données
Lverfilles le 2 Septembre 1752. Regiftrees en
la Chambre des Comptes ; concernant les Trélo,
riers généraux de la Marine & des Galeres.
DECLARATION du Roi , donnée à Ver.
failles le 8 , regiftrée en Parlement ; portant cel
fation du recouvrement de ce qui reste à payer des
finances ordonnées êtré payées par les Edits de
1745 , fur différens Offices .
ARREST du Confeil du Roi , du 11 ; qui
fixe par derniere grace , & fans efpérance d'aucun
autre délai , à trois mois , pour le viſa de tous les
effets concernant l'ancienne Compagnie Royale
de la Chine.
*
EDIT du Roi , donné à Verſailles au même
mois , regiftré en Parlement ; portant réglement
pour les gages des Offices réunis par des Edits
particuliers , & antérieurs à l'Edit du mois d'Avril
1749.
DECLARATION du Roi , donnée à Fontainebleau
le 10 Octobre , regiftrée en la Cour
des Monnoyes le 4 Octobre fuivant ; portant nouveau
reglement fur les formalités que doivent
obferver les Gardes de l'Orfévrerie de Paris dans
JUIN 1753. 197
leurs vifites chez les maîtres & veuves de leurs
Corps , & chez les fondeurs .
ORDONNANCE du Bureau des Finances
de la Généralité de Paris , du 21 Novembre ;
qui enjoint aux Commiffaires, généraux de la Voirie
d'inférer dans les permiffions des petits auvents
qu'ils accordent , la claufe qu'ils ne pourront être
recouverts en plomb , tuiles ou ardoifes , mais
feulement de bardeau ou bois merrain ; & qui fait
défenſes aux Couvreurs , maîtres , apprentifs ou
compagnons , de conftruire ou rétablir aucune
couverture d'auvent , autrement qu'en bardeau ou
bois merrain , à peine de cinquante livres d'a
mende.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , du 28 ;
qui déclare les augmentations des gages acquifes
par les Officiers de différens Bailliages de Franche-
Comté , pour jouir de l'union faite à leurs
Siéges , des Préfidiaux établis par Edit de Septembre
1696 , n'être pas unies au corps des Offices
de ceux qui les ont acquifes.
AUTRE du 4 Décembre , qui ordonne que ,
tous les propriétaires de fonds & héritages , maifons
& offices , ne pourront retenir le vingtiéme
des arrérages des rentes , penfions & autres redevances
, de quelque nature qu'elles foient , dûes.
aux Hôpitaux , & c.
AUTRE , du 12 , pour l'élargiffement de la
rue de la Verrerie , conformément au plan y annexé.
ORDONNANCE du Roi , du même jour ;
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
portant que les falaires des gens de mer qui au
ront déferté des Bâtimens marchands , continueront
d'être déposés dans les Bureaux des Claffes .
ARREST de la Cour des Aides , du 15 ;
qui confirme avec amende & depens , deux fentences
de la Jurifdiction des Traites de Langres ,
des 17 Septembre & 9 Décembre 1751 , par lef
quelles le nommé Cerf d'Alface , entrepreneur de
la fourniture des étapes aux troupes du Roi au
paffage d'Ifches , Ligneville & Mirecourt , &
Antoine Lallemant fon voiturier , ont été condamnés
en trois cens livres d'amende , & en la
confifcation de quatre muids de vin , enſemble de
la voiture , chevaux & équipages , pour avoir paffé
de Champagne en Lorraine fans déclaration ni
payement des droits de fortie , fous prétexte que
lefdits vins étant deſtinés pour la fourniture des
Troupes , ils n'étoient point fajets aufdits droits.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , du 19 ;
qui modere, à commencer du premier Janvier
1753 , les droits de marc d'or , d'enregistrement
chez les Gardes des rôles , fceau , & autres frais de
provifions des offices vacans & autres réputés
teis , qui feront levés aux revenus cafuels.
aux
ORDONNANCE du Roi , du 22 ; pour la
continuation , du premier Juillet 1752 au dernier
Juin 1753 , du rappel du complet reglé par
l'Ordonnance du premier Janvier 1752 ,
Compagnies d'Infanterie Françoife & Etrangere ,
& par celle du 23 Avril 1752 , aux Compagnies
à pied des Troupes légeres.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , du
JUIN. 1753-
199
26 qui caffe un Procès
verbal de vifite faite par
les Officiers
de l'Election
de Grenoble
, au Bu
reau général
du Tabac
de ladite
Ville , en préfence
du Procureur
du Roi , & tout ce qui peut
l'avoir
précédé
& fuivi : condamne
lefdits
Officiers
à la reftitution
des Tabacs
qu'ils
ont enlevés
au
Bureau
général
, finon à en payer
la jufte valeur
;
& interdit
le Procureur
du Roi en ladite Election
des fonctions
de fon office pendant
trois mois.
LISTE générale des Rembourfemens de partie
des capitaux de rentes à trois pour cent , créées
fur la Ferme générale des Poftes , par Edit de
Mai 1751 ; lefdits rembourfemens montant à la
fomme de trois cens feize mille trois censilivres ,
échûs par le fort de la Loterie tirée dans PHôtel de
de Ville Paris , en préfence de Mrs les Prevêt des
Marchands & Echevins , le 29 du même mois .
Numero. Sommes . Numero. Sommes.
124 5000. Ci - contre.. 98300.
184
10000 . 1070 10:00.
282 000 . 1083
20000.
3.12 10000. 1106 20000. 398
Sooo. 1211 3000.
405 . Sooo. 1279 15000.
470 3000. 1360 3000.
635 2000. 1523 5000 .
734 1000. 1840 : .8000.
772 10000. 1628 2000.
818 6000. 1643 2000.
896 10000. 1685
2000.
969 83 0. 1733 8000.
982 18000 . 1839 3000.
98300. 199300.
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
Numero. Sommes. Numero. Sommes.
liv.
D'autre part 199300.
Ci-contre .. 253300.
1880 2000. 2344 3000 .
1985 20000. 2406 10000.
2011 8000. 2438 10000,
2238 10000. 2481 10000.
2253 3000. 2489 10000.
2286 Sooo. 2531 10000 .
2316 3000 . 2532 10000.
2339 3000.
253300. 316300,
Lefdits Rembourfemens ont été faits au Tréfor
Royal , chez M. Savalete de Magnanville , le 15
Janvier 1753 , & jours fuivans .
ORDONNANCE du Roi , du premier
Janvier 1753 , concernant l'affemblée des batail
lons de Milice & de Grenadiers Royaux .
AUTRE du 3 Janvier , concernant les Soldats
, Cavaliers & Dragons , qui viennent à Paris
avec des Congés limités.
AUTRE du 8 , portant ce qui devra être
obfervé par rapport aux Maronites & autres Chrétiens
Orientaux , & aux Elclaves rachetés , qui fe
trouveront dans le Royaume. I
AUTRE du 16 , qui proroge pour un an , à
compter du premier Janvier 1753 , jufqu'au premier
Janvier 1754 , l'exemption des droits fur les
beftiaux venans des Pays étrangers , accordée par
celui du 21 Décembre 1751,
C
JUIN.
201
1753.
30 , ARREST du Confeil d'Etat du Roi , du
Jervant de Réglement général pour le Contrôle
des Exploits.
ARREST de la Cour des Aides du 3 i , qui ing
firme une Sentence du Grenier à Sel de Joinville,
du 14 Mars 1752 , pour avoir fait main - levée de
chairs falées,faifies fur le nommé Pierre Magé, Laboureur
, fous prétexte que l'Ordonnance ne fixe
pas la quantité de fel néceffaire pour la falaifon ;
& enjointfeulement audit Magé de lever un demiquart
de fel , par forme de reftitution de droits de
Gabelles confifque les chairs falées , & condamne
ledit Magé en l'amende de trois cens livres ,
conformément à l'article XXXII , du titre VIII. de
l'Ordonnance ; & aux dépens.
à
ORDONNANCE du Roi , du 6 Février,
qui fait défenfes à toutes perfonnes de faire porter
à leurs domeftiques la livrée de Sa Majefté ,
moins qu'ils n'en ayent droit par conceffion particuliere
: & à tous Officiers de la faire porter fans
en avoir obtenu la permiffion par écrit du fieur
Grand-Ecuyer de France .
AUTRE du même jour ; qui fait défenſes à
toutes perfonnes , de quelque qualité & condition
qu'elles foient , de faire porter par leurs domeftiques
une livrée de couleur bleue , encore que le
galon foit different de celui de la livrée de Sa
Majefté.
AUTRE du 9 ; pour mettre le Régiment
d'Infanterie de Nivernois , fous le nom du Comie
de la Marche.
202 MERCURE DE FRANCE.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , du 15 ;
qui ordonne l'exécution de celui du 15 Juin 1752,
concernant les amendes de fix livres & de trois li
vres,fur les appellations aux Préfidiaux , Baillagos
& Sénéchauffées dans tout le Royaume.
AUTR E , du même jour ; qui ordonne l'exé
cution de celui du 15 Juin 1752 , concernant les
Préfentations fur les Interventions , &c. dans tour
le Royaume.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , & Lettres
Parentes fur icelui , des 22 Février 1751 , &
12 Février 1753 ; portant nouveau Réglemeng
pour les ouvrages d'Orfévrerie . Regiftrées en la
Cour des Monnoyes , le 28 Mars 1753.
AUTRE , du 10 Avril ; portant Réglement
entre les Fermiers des coches d'eau de Paris à
Auxerre , & les Syndics & Propriétaires des coches
& carroffes.
AUTRE , du même jour , qui en interprétant les
articles III , VI , X , LXXXVIII & XC du Réglement
, concernant la fabrique des toiles de Laval ,
Mayenne & Château- Gontier , du 19 Août 1739 ,
permet , fous les conditions y portées , aux Fabri
quaus de fabriquer des toiles appellées , Laifes
ordinaires , en fil de chanvre , tant en chaine qu'en
trame , en trente - quatre portées au moins de
quarante fils chacune , & c .
AUTRE , du 17 , qui , en interprétant l'article
IX de l'Arrêt du Conteil du 4 Juillet 1752 , permet
aux Fabriquans & Mulquiniers de la Province
·JUIN. 1753. 203
d'Artois , de fe faire enregistrer par nom , furnom
& qualités , fur les Regiftres du Greffe des Juges
de Police de ladite Province , le plus prochain du
lieu de leur domicile , & c,
AUTRE , du 19 ; qui caffe un Arrêt de la
Cour des Monnoyes , du 10 Février dernier : ordonne
la confifcation de la valeur d'efpéces décriées
& hors de cours , qui avoient été trouvées
dans la démolition d'un mur , & que conformément
à l'Edit du mois de Février 1726 , toutes efpéces
de France ou étrangeres décriées & hors de
cours , qui fe trouveront en la poffeffion des particuliers
, de quelque maniere & en quelque endroit
que ce puiffe être , feront acquifes & confifquées
au profit de Sa Majefté ; & que la confifcation
d'icelles , ou de leur valeur repréſentative
fera pourfuivie & jugée en ladite Cour des Monnoyes.
"
AUTRE , du 26 ; qui ordonne que les Marchands
& Negocians qui feront voiturer leurs
marchandifes par le coche d'Auxerre , pourront .
fe fervir de tels rouliers que bon leur femblera
& les rouliers prendre librement leur charge aux
Bureaux du coche d'Auxerre , & apporter directement
aux Bureaux dedit coche , les marchandifes
qu'ils auront été chargés d'y conduire , fans qu'ils
puiffent être troublés ni inquiétés par les Fermiers
Généraux des meffageries , ou leurs Fermiers.
AUTRE , du 29; qui ordonne
que les Offices
de Subftituts
des Procureurs
du Roi , Procureurs
poftulans
, Huiffiers
& Sergens
des Amirautés
de
Bretagne
, qui n'ont payé l'hérédité
établie
Déclarations
des 3 Décembre
1743 & 12 Janvier
par les
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
1745 , feront & demeureront exceptés de la fuppreffion
portée par la Déclaration du 13 Octobre
1750 , & par les Arrêts rendus en conféquence :
ordonne qu'ils feront admis à en payer l'annuel , &
à les réfigner comme avant lefdites Déclarations.
Et qu'il fera expédié & fcellé des provifions au
profit des porteurs de quittances de finance , de
vacant , de réfignation ou de nomination d'Ofces
de Notaires , Procureurs , Huifiers , Sergens
& autres de cette náture , expédiées avant ou depuis
les Déclarations des 3 Décembre 1743 & 12
Janvier 1745 , encore qu'ils n'ayent payé l'héré-"
dité , pour par eux en jouir cafuellement , & en
payer le prêt & annuel , conformément à la Déclaration
du 8 Septembre 1752.
ORDONNANCE du Roi , du premier
Mai ; pour régler la diftribution des Congés d'ancienneté
.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , du 3
Mai ; portant réglement pour les Eſſayeurs des
Monnoyes,
ORDONNANCE du Roi , du 28 Maij
qui défend à tous Capitaines , Maîtres & Patrons
de Navires , ou autres Bitimens de mer François ,
de porter dans l'ifle de Corfe aucunes armes , mu
nitions ou uftenfiles de guerre.
Instruction pour l'Infanterie , dreffée par ordre
de Sa Majefté , concernant l'exécution de l'Or
donnance du 7 Mai 1750 , avec des obfervations
fur quelques commandemens de ladite Ordonnan
ce , divifées en cinquante- huit , & un Supplément
pour les commandemens qui n'y ont point été in
ferés.
JUI N. 1753 205
A V I S.
?
L'Enviéleréveillepour faire la guerre au Sa
chet Antipopleétique de M Arnoult ? qui
jouiffoit d'une approbation tranquille par le filence
& la confufion de ſes adverfaires ; on rappelle
d'anciens évenemens qu'on croit capables de
Je décrier , fur tout la mort du célebre Poëte M.
Rouffeau , arrivée à Bruxelles après une attaque
d'apoplexie : le fait eft certain ; mais ceux qui
Je croyent propre à faire douter de la vertu du
fpécifique , ignorent au contraire qu'il en eft une
nouvelle preuve ; c'eft ainfi que la malignité pré
te fouvent des armes contre elle-même , en mettant
M. Arnoult dans la néceffité de publier des
circonstances qu'il a recueillies depuis long-tems ,
& que la feule crainte de fatiguer le Public lui a
fait retenir dans l'obfcurité , ou lui affure un nouveau
triomphe auquel il n'eft fenfible qu'autant
qu'il peut fervir à redoubler la jufte confiance
que tant d'honnêtes gens ont pour fon remede.
Un Certificat légalité du Bourguemeftre & Echevins
de Bruxelles read témoignage que le fameux
Rouffeau eut il y a plufieurs années une attaque
d'apoplexie confidérable , qu'on lui fit faire ufage
du remede de M. Arnoult ; que la grande confiance
qu'il avoit en ce remede , l'engageoit à en
changer fouvent pendant plus de quatre ans fans
qu'il lui foit arrivé d'accident ; que s'étant trouvé
huit jours au dépourvû , ſon ſachet étant vuide &
mol , il lui étoit arrivé une rechûte ; qu'ayant reporté
l'espace de trois ans très fidelement le mê
me remede , il ne lui étoit arrivé aucun fymptô
me ; mais qu'à fon dernier voyage de Hollande
206 MERCURE DEFRANCE.
ayant remarqué qu'il n'y avoit plus rien dans le
fachet qu'il portoit , il le quitta , & remit à fon
arrivée à Bruxelles à en faire venir un autre de
Paris ; que quatre jours après il avoit eu une nouvelle
attaque d'apoplexie , dont il étoit mort.
Feu M. Herault , Lieutenant Général de Police
& Confeiller d'Etat , attefta à¡ feu S. E. M. le
Cardinal de Fleury , Premier Miniftre , en pré
fence de plufieurs Seigneurs de la Cour , que qua
tre perfonnes de les parens & amis tombés en apoplexie
, s'étoient trouvés guéris par le remede du
feur Arnoult , dont ils avoient fait uſage exact
en le renouvellant au moins tous les ans , pendant
l'efpace de dix années , fans qu'il leur foit arrivé
aucun fymptôme ; que fe croyant guéris ils
avoient cellé l'ufage du remede , qu'ils étoient
retombés , qu'ayant repris le même remede , ils
s'étoient trouvés guéris , & n'avoient eu aucune
rechûte depuis plus de huit ans.
Comme il fe paffe peu de jours fans quelques
témoignages glorieux pour les fpécifiques , on
prend cette occafion pour en publier quelqu'au-,
tres affez remarquables par leurs circonftances &,
par le caractere de leurs Auteurs, M. Arnouk a
toutes ces pieces entre les mains.
Extrait d'une Lettre de M. Jacques de Weft ,
Prêtre à Anvers , à M. Arnoult,
Mon cher pere fe portant auffi bien qu'on le
peut défirer, a befoin d'un de vos admirables Spécifiques
, auxquels je dois , après Dien , fa vie qui
m'eft précieuſe ; car depuis plufieurs années
que nous lui avons appliqué votre remede , dont
je ne fçaurois aflez eftimer les vertus , mon pere .
n'a eu aucune attaque d'apoplexie , quoiqu'il ca
eût été attaqué trois fois dans l'efpace de quarante
JUI N. 1753 . 207
jours avant qu'il portât votre excellent remede.
Nos amis en auront inceffamment befoin pour fe
garantir de cette terrible maladie ; pour moi je
vous prie de me l'envoyer au plutôt , & je fuis.
Signé Jacques de Weft , Prêtre.
M. Duval , Négociant à Paris , attefte que Madame
fa mere a eu plufieurs attaques d'apoplexie ;
que depuis plus de cinq ans qu'elle porte le remede
de M. Arnoult , il ne lui eft plus arrivé aucune
rechûte , qu'il y a environ un an , ſon ſachet
fe trouvant ufé & vuide, on s'apperçut de quelques
fymptômes d'une nouvelle rechûte , ce qui fit
prendre un nouveau fachet , qui produifit l'effet
qu'on en attendoit , s'étant trouvée plus libre à
tous égards & guérie parfaitement .
M. Dionis , celebre Médecin de la Faculté de
Paris , attefte auffi que M. Denis , oncle de Madame
fon épouse , étant tombé à Moulins il y a
dix huit mois en apoplexie , il lui envoya le remede
de M. Arnoult , dont il a fait ufage exact
fins aucune rechûte , & jouiflant d'une fanté parfaite
; mais qu'au mois de Mars 1752 , fa niéce
Payant folicité de changer fon fachet , attenda
qu il y avoit plus d'un an qu'il le portoit & qu'il
étoit entierement vuide & mol , il la chargea de
faire l'emplette d'un nouveau , & pour lui donner
des preuves de fa réfolution , il quitta le fien
que l'on pouvoit regarder comme inutile , que Ma
dame fon époute fut plufieurs jours fans fonger au
Cachet , qu'il eut au bout de cinq jours une rechûre
, dont il mourut , M. Dionis ajoûte qu'il regarde
le fait d'autant plus particulier & plus important
, qu'il fert à prouver combien il eft effentiel
de ne jamais diſcontinuer l'ufage du remede
de M. , Arnoult , Droguiste , rue Quincampoix
à Paris , & feul poffeffeur de ce précieux re→
mede.
208 MERCURE DE FRANCE:
M. Bernier , autre célébre Médecin de la Fa
culté de Paris , & fous les yeux duquel fe font
paffés les faits ci- deffus , les confirme à qui le
veut .
M. Fels , Docteur en Médecine & Bourgue
meftre de la Ville de Scheleftat , par fa lettre du
28 Fevrier 1748 , certifie avec le R. P. Thadé ,
Capucin , Prédicateur au Neuf-Brifac , que le R..
P. Urlan , Capucin , Prédicateur & Aumônier de
l'Hôpital Royal & Militaire du Neuf- Brifac , étant
tombé en apoplexie & paralifie de tout le côté
droit , le renede de M. Arnoult a eu un effet
merveilleux , & l'a totalement guéri .
M. le Comte , Docteur en Médecine à Rethel-
Mazarin , par fa Lettre du 20 Avril 1753 , mare
que que le Prieur de Novy , Bénédictin , après
une attaque d'apoplexie a fait un ufage exact da
remede du fieur Arnoult pendant fix ans, fans qu'il
lui foit arrivé aucune rechûte ; qu'au bout de ce
tems fon fachet étant vuide & négligeant de le
renouveller , il vient d'effuyer une violente atta.
que d'apoplexie , pour quoi il demande prompte
ment trois fachets , dont un pour le Prieur de Novy
, le fecond pourle Pere Procureur , & le troifiéme
pour lui-même.
L
AUTR E.
E fieur Beaumont , Marchand fur le Pont No.
tre- Dame , au Griffon d'or ; donne avis qu'il
vend les ouvrages de M. Dernis , Chef du Bureau
des Archives de la Compagnie des Indes , fçavoir
:
Les Parités réciproques de la livre numeraire
ou de compte , inftituée par l'Empereur Charlemagne
, proportionnément à l'augmentation as
JUIN. 1753: 209
rivée fur le prix du marc d'argent , depuis fon
Regne jufqu'à celui de Louis XV à préfent regnant
, préfenté au Roi par l'Auteur , le 11 Mai
1746.
Le Tableau fur les Changes Etrangers entre la
France & les principales Places de l'Europe , calculés
fur les prix de l'argent monoyé , fuppofés
depuis 27 liv . le marc jufqu'à so , & par lequel on
peut voir en tout tems , fi la France eft créanciere
des autres Etats , ou fi au contraire , ces
Etats font créanciers de la France .
Un autre Tableau contenant la réduction en
monnoye de France , des nionoyes de change de
ces mêmes Places , fervant de preuve à celui mentionné
ci-deffus , préfenté au Roi le 3 Août 1746.
On trouve chez ledit fieur Beaumont ces trois
Tableaux gravés , en feuille , & encadrés avec un
verre de Bohême par dellus pour en conferver la
propreté.
AUTR E.
Mademoiſelle Collet continue pour l'utilité du
Public , à faire connoître les progrès & les vertus
d'une Pommade de fa compofition , qui foulage
dans l'inftant , & guérit radicalement les hémorroïdes
tant internes qu'externes , fuflent - elles ulceres
; l'épreuve en a été faite par M. Morand
Chirurgien , lequel lui a expédié fon Certificat
après que l'épreuve en a été faite à l'Hôtel Royal
des Invalides, par ordre de feu M. de Breteuil, Miniftre
d'Etat. M. Peirard , Maître Chirurgien &
Accoucheur de la Reine , lui a délivré un pareil
Certificat , de même que M. le Suire & plufieurs
autres Chirurgiens de Paris , & autres perfonnes
de diftinction , après en avoir fait l'épreuve euxmêmes
.
210 MERCURE DEFRANCE.
Cette pomade fe garde autant de tems que l'on
veut , & le peut tranfporter par tout , pourv
qu'on ait foin de la garantir de la chaleur & du
feu. Les moindres pots font de 3 liv . de 6 liv. de
12 liv . de 18 liv . de 20 liv. & de tous les prix que
l'on fouhaitera ; on donnera la façon de s'en fer
vir aux perfonnes qui voudront en faire usage.
Les perfonnes étrangeres qui en voudront, autont
la bonté d'affranchir les ports des Lettres,
Mlle Collet demeure à préfent rue des Petits
Champs , vis- à- vis la petite porte de Saint Honoré,
chez M. Jollivet , Marchand Papetier , à l'Enſei.
gne de l'Efperance.
AUTRE.
On trouvera chez le Sieur Prudhomme , Mar.
chand Papetier , rue des Lombards , vis- à- vis celle
des Cinq Diamans , à la Prudence , un affortiment
de feuilles de papiers de la Chine de differentes
grandeurs , pour tapifferies , deffus-de- portes ,
écrans & paravents . Il vend auffi de toutes fortes
de papier à l'uſage des Bureaux.
AUTRE.
Le Sieur Giros , Tabletier - Verniffeur , donne
avis qu'il continue de fabriquer des Tabatieres de
carton vernies qui n'ont aucune odeur . Il en dé
bite depuis trois aus , & il y en a plus de deux qu'if
a l'honneur d'en fournir à la Cour . Pour ce qui
eft de l'enjolivement & des goûts nouveaux , il
peut fans prévention , le donner pour excellent.
Il en ade plus de deux cens goûts differens , depuis
fix livres jufqu'à vingt piftoles la pièce. Il commence
auffi à en débiter de doublées d'écaille ,
JUI N. 1753 .
211
pour contenter ceux qui pourroient avoir quelque
préjugé contre le vernis , & il les vendra avec garantie
pour la folidité . Toutes les tabatieres doublées
, comme celles qui ne le feront pas , porterontfon
nom imp rimé dans le fond , pour empê
cher qu'il ne s'en vende fous fon nom qui ne
foient pas de lui . Sa demeure eft au fauxbourg
Saint Antoine , rue de Charenton , dans la grande
porte No. 12 , entre la rue Saint Nicolas & la rue
Traverfiere , à Paris .
AUTRE.
Le Sieur Arnauld , Marchand Parfumeur , Privilégié
du Roi , fuivant la Cour , a pour Enſeigne
la Providence , rue Traverfiere , près la Fontaine
de Richelieu à Paris , fait & vend la Pâte Royale ,
fi connue , pour blanchir & adoucir les mains , en
ôter les taches , comme rougeur , angelures & autres
, en s'en frottant naturellement jufqu'à ce
qu'elle tombe par petits rouleaux : on peut s'en
fervir fans eau & avec de l'eau , étant également
bonne , cela va à la volonté de ceux qui en font
ufage , l'odeur en eft fort agréable , & d'une qua
lité à pouvoir être tranfportée par tout fans rien
diminuer de la bonté ; on lui donne avec juftice le
titre de fans égale . Elle fe vend dans des pots de
terre grife de Flandre , cachetés d'un cachet , qui
a pour attribut , Unico , univerfus ; décoré d'un
Soleil , d'un Bâton Royal , d'une Main de Juſtice
& de plufieurs fleurs de lys , & le nom du Sieur
Arnauld eft gravé dans le tour du cachet , pour
que le Public ne foit point abulé par d'autres , qui
tenteroient à imiter cette pâte.
Le pot plein avec l'efpatule d'yvoire eft de 41
& lorfqu'on le rapporte vuide , on le remplit pour
212 MERCURE DE FRANCE.
7
3. liv. Il fe vend dans la même boutique toutes
fortes de poudres , pomades , & eaux de fenteur ,
ainfi que de très beau rouge naturel , avec l'eau
de beauté pour conferver le tein , & généralement
tout ce qui concerne les parfums. Le tout à jufte
prix.
LISTE des Vinaigres & Moutardes du
fieur le Comte , Vinaigrier ordinaire
du Roi.
Toutesfortes de Vinaigres de tables , fçavoir :
Inaigre rouge fort , depuis & fols la pinte
jufqu'à 1 livre. Vinaigre double blanc, i liv.
1of. blanc naturel , 1 1. à l'Esprit de - vin , 6 liv,
blanc , diftilé , 2 1. 1cf. d'Eftragon , à la Saint-
Florentin 3 1. à l'Eftragon diſtilé , blanc , 2 liv. &
rouge , 1. Vinaigre Sureau , blanc , 3 1. & rouge
, 1 1. 10 f. à l'Ozeille , 2 1. pour donner le fumé
au Gibier , 2 1. Vinaigre rofat , blanc , 3 1. &
rouge , 2 1. d'illet , blanc , 3 l. d'OEillet , rouge
, 2. 1. de Paflepierre , 2 1. de Creffon , de Pimprenelle
, 2 1. d'Aube- Epine , 2 1. de Baume fauvageon
, 2 1. de Bafilique à la Reine , 3 1. à la Rocambole
, 3 1. à la Civette , 3-1 . de Céleri , 3 1. de
Mille-feurs , 3 1. à la Capucine, 3 1. de Ravigote, 3 1.
de Cerfeuil , 3 1. à la Chriftemariné, 3 I. aux fines
herbes , ou compofé , 3 1. de Framboife , 3 1. de
Ciboulette , 3 1. à l'Echalotte , 3 1. aux petits oignoms
, 3 l. au Perfil , 3 1. à la Rouillé , de Sariette
, 3 l . de Corianthe , des quatre Baumes , 3 liv.
aux Capres , 3 1. aux Moufferons , 3 1. de Fenouil,
31. de Mellitot , 3 1. au gros Poivre , 3 1. à la Ja- 3
maïque , 3 1. Mariné , 4 1. à la Choifi , 4 I. de Camelle
, 41. de Maths , 4 1. de Gérofile, 4 liv. aur
, 4
JUIN.
113 1753.
Trufles , l. aux Anchois , 5 livres.
Vinaigres de parfums & aromatiques , à l'ufage
des bains & toilettes , & de propreté.
Vinaigre Royal , pour ôter les boutons , cou
pûres , piqûres de coufins , brûlures , gangrene ,
peftilentielles , & maux fcorbutiques , 20 I. Vi
naigre de Marseille , dit des quatre voleurs , préfervatif
contre le mauvais air & la contagion ,
comme petite vérole , fièvres malignes , & pour
chaffer le mauvais air d un appartement : il eft le
feul Vinaigre connu pour cette propriété , 10 liv.
Vinaigre de Bergamote , 6 l . de Cédra , 6 1. à la
feur d'Orange , 61 de Mirthe , 6 1. de Citron ,·
1. de Citronelle , 6 1. de Jafmin , 6 l. de Tuberufe
, 6 1. de Jonquille , 6 l . de Mille - fleurs , 6 l.
de Violette , 6 1. pour ôter les dartres , 6 l . de por
Fourri , 61. de Lys , 6 1. Minéral , 6 1. de Portugal
, 6 1. d'Iris , 6 1. de Neroly , 6 1. de Limette,
61. de Vulneraire blanc , 61, de Bafilic , 3 liv.
d'Hyffope , 3 1. de Sauge , 3 1. d'Abfinthe , 3 liv.
de Laurier , 3 1. de Lavande , 3 1. de Muguet 3 1.
de Mille - feuille , 3 1. d'Angélique , 3 1. de Genievre
, 31 de Marjolaine , 3 1. de Thin , 3 1. de
Romarin , 3 1. de Beaume franc , 3 1. de Cocq ,
3 I. de Plantin , 3 I. de Mure , 3 I. de Menthe , 31.
de Méliffe , 3 1. d'Epine - Vinette , 3 1. de Cédre ,
3 1. Santaliffe , 3 1. Serpolet , 3 1. de Cochlearia
, pour la confervation de la bouche , 4 1. Vinaigre
pour ôter les boutons & adoucir la peau ,
4 1. de Géroflée , 4 1. de Roſe Muſcade , 4 1. aux
Frailes , 4 1. de Cyprès , 4 l . de Vulnéraire rou
ge . 41. Mufqué , 8 l . pour blanchir le vifage , 8
1. parfumé , 10 l d'Ambre gris , 10 1. pour ôter
les taches de rouffeur , 12 1. aftringent , à l'ulage
214 MERCURE DE FRANCE
des Dames 24 1. Verjus de Bourgogne .
Les Bouteilles fe payent à part.
Moutardes de différentes efpeces.
Moutarde fine , compofée aux Capres & Enchois,
la pinte 4 1. Moutarde fine commune, 2 liv.
10f. à la Romaine , 6 1. aux Moufflerons , 61. aux
Truffes,gl. aux petites Capres, 3 1. 10 f. à la Bourgeoile
, 1 1. 10 f. aux Piftaches , 6. 1. à la Choifs ,
61. à la Marquife , 6 1. à la Chartreufe , 4 1. à la
Ravigotte , 3 I. à l'Ail , 3 1. en poudre à l'Angloi
fe , commune , la livre , 3 l . en fleur.
Toutes ces Moutardes peuvent fe conferver
deux ans & plus. On trouve chez ledit Sieur , la
Moutarde de Châlons & de Soiffons en tout tems.
Fruits au Vinaigre.
Pavie de Pompone à l'Italienne , la pièce , 1.1.
Pavie à dépecer , la livre , 3 1. Bigareaux à la
Chartres , 21. Champignons au Vinaigre , 2 liv.
Melons marinés à l'Angloife , 2 1. Bled de Turquie,
Noix à l'Ecoffoife , 2 1. Cornichons d'Hollande
, dit Bois - le- Duc , 2 l. 10. & autres fruits.
Excelleute Eau- de- vie defCoignac , & véritable
Efprit- de- vin à fec pour les Réchauds.
Le fieur le Comte s'étant apperçu que quel
ques particuliers hazardoient de vendre des Vinaigres
qu'ils décorent des mêmes noms que les
fiens , avertit le Public qu'il ne fort pas de chez
lui une bouteille qui ne foit ficelée & cachetée à
fon nom. Il donne auffi avis qu'il a un entrepôt
à Nantes , chez le fieur Routge , Marchand Negociant
, grande rue Bafle , pour la commodité
de ceux qui habitent les Indes , &c. Șa demeure
eft toujours Place de l'Ecole , près du Pont-Neuf, à
Paris.
JUIN. 1753. 215
APPROBATION.
Jlier ,le fecond volume da Mercure de France
' Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chancedu
mois de Juin. A Paris , le 20 Juin 1753 .
PLA
LAVIROTTE.
TABLE.
IACES FUGITIVES en Vers & en Profe.
La Mouche qui fe noye dans le lait . Fable
traduite du Latin , 3
Difcours fur les élémens , les principes & les regles
générales de la Mufique ,
Madrigal,
6
47
Traduction de quelques endroits choifis de Telemaque
,
Réflexions traduites de l'Allemand ,
Vers préſentés au Roi , par M. Pinget ,
48
58
61
Aflemblée publique de l'Académie Royale des
Sciences , le 2 Mai ,
Vers à Madame la Marquife de B ***
65
Lettre de M. Boulanger , à l'Auteur du Mercure ,
Madrigal à un ami ,
88
89
97
Mémoire de M. l'Abbé de Brancas , fur les longitudes
, 98
Mots de l'Enigme & des Logogriphes du premier
Volume de Juin ,
Enigmes & Logogriphes ,
Nouvelles Litteraires ,
106
107
II2
Lettre de M. de Morand , à l'Auteur du Mercure ,
122
216
Le Printems , Idylle allégorique ;
Spectacles ,
Concerts Spirituels ,
Nouvelles Etraugeres ,
159
163
164
France. Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 174
Bénéfices donnés ,
Naiffances , mariages & morts ,
Arrêts notables ,
Avis ,
183
184
196
201
Lifte des Vinaigres & Moutardes du fieur Lecom
te , Vinaigrier ordinaire du Roi ,
212
لاس
De l'Imprimerie de J. BUL191.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères