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1750, 04-05, 06, vol. 1-2
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32.50 Mo
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909
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Texte
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
AVRIL. 1750.
LIGIT GIT
UT
SPARARCAT
Chez
Le
A PARIS
,
Guan
ANDRE' CAILLEAU , rue Saint
Jacques , à S. André.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ,
à la defcente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais ,
ACQUES BARROIS , Quai
des Auguftins , à la ville de Nevers.
M. DC C. L.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
ЧЕ NEW
UBLIC LIBRARY
ASTOR, LENOX AND
A VIS.
TREDEN FELLATIONDRESSE générale du Mercure eft
La
à M. DE CLEVES D'ARNICOURT ,
rue des Mauvais Garçons , fauxbourg Saint
Germain , à l'Hôtel de Mâcon. Nous prions
très - inftamment ceux qui nous adrefferent
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le
Port , pour nous épargner le déplaifir de les
rebuter, & à eux, celui de ne pas voir paroître
leurs Ouvrages.
-Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , plus promptement,
n'auront qu'à écrire à l'adreffe ci-deffus
indiquée ; on fe conformera très- exactement à
leurs intentions.
Ainfi ilfaudra mettre fur les adreſſes à M. de Cleves d'Arnicourt
, Commis au Mercure
de France , rue des Mauvais Garçons , pour remettre à M. Remond de Sainte Albine.
PRIX XXX. SOLS .
MERCURE ht

nt
DE FRANCE ,
le DÉDIÉ
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p.
S
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Fire
DKF
AU RO I,
AVRI L. 1750.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
SUITE
De la feconde Lettre de M. Rouflille , fervant
de Réplique à la Réponse
de M. Daviel.
Es Cataractes, adhérentes à la circonférence
poftérieure de l'uvée ,
font- elles curables ?
J'ai foûtenu que non , parce
que le déchirement
de l'uvée , qui ne
pourroit manquer
d'arriver
, fil'on tentoit
d'abattre ces fortes de Cataractes , entraîne
après lui de trop grands
dangers , pour
A ij
4 MERCURE
DE FRANCE .
qu'un Opérateur ofe s'y expofer. M , D.
qui prétend au contraire que la guériſon
de ces Cataractes eft très- poffible , n'eft pas
fi timide . Il ne craint point de déchirer
l'Iris , parce qu'il n'en réſulte pas , ſelon lui ,
le plus petit accident , p . 13. ( 1 ) Quand
bien même , dit- il ailleurs , p . 8. ( 2 ) la lame
poftérieure de l'Iris fe trouveroit déchirée dans
l'opération , il n'y a rien à craindre. Il avoit
pourtant dit dans fa premiere Lettre ( 3 )
que les accidens que peut caufer l'aiguille
pointue ,font fans nombre & ſouvent fans reméde,
parce qu'il n'eft pas poffible au Chirurgien ,
même le plus adroit , de diriger la pointe de
cette aiguille dans une partie auſſi délicate que
l'oeil , fans rifquer de toucher affez souvent
LA PARTIE POSTERIEURE DE L'IRIS , les
procès ciliaires , ou la prunelle , & de déchirer
par conféquent des vaiffeaux qui occafionnent
ordinairement des épanchemens de fang dans
la chambre antérieure de l'oeil , pour peu que
la Cataracte foit molle ou adhérente. Ces inconvéniens
lui paroiffoient alors fi terribles
, qu'il s'étonnoit que les grands Maîtres
de l'Art n'euffent pas étéfrappés du danger
manifefte qu'il y avoit de porter une aiguille
pointue & tranchante dans l'oeil ,
(1 ) Ibid. p . 218 .
نم
( 2 ) Ibid. p . 213 .
(3 ) Mercure de France . Septembre , 1748. P.
205.
AVRIL. 1750. S
Γ
t
ze
qu'ils n'euffent pas fongé à chercher une méthode
moins propre à faire trembler le Malade
S & le Chirurgien. Vous voyez qu'il s'eft
aguerri ; mais prouvons- lui , par les aveux
qu'il fait encore dans fa feconde Lettre ,
qu'il a eu tort de changer de fentiment.
Nous venons de voir qu'il convient, fans
détour , des fâcheux accidens qui fuivent
toujours du déchirement des procès ciliaires.
Pourquoi donc , premierement , pourroit-
on fans danger déchirer la membrane
poftérieure de l'uvée , tandis qu'il eft fi
dangereux de déchirer les procès ciliaires ,
qui n'en font que de petites appendices ?
Ne fait- elle pas également partie de la
choroide ? Chaque procès ciliaire renferme
dans fa duplicature un raifeau vaſculaire
très- fin. La membrane poftérieure de
l'uvée n'eft- elle pas également parfemée
d'une multitude de petits vaiffeaux rangés
en forme de tourbillons , que Stenon appelle
Vafa verticofa ? Peut- on la déchirer ,
fans déchirer en même tems plufieurs de
ces fibres delicates , qui fervent à la dilatation
& au refferrement de la prunelle ,
& qui touchent immédiatement cette membrane
très-fine ? On ne court point ce danger
, en déchirant fimplement les procès
ciliaires.
-t
et
e
En fecond lieu , les procès ciliaires étant
A iij
6 MERCURE DEFRANCE .
des appendices de la membrane poftérieure
de l'uvée , M. D. croit- il qu'il foit fi aifé ,
avec un inftrument tel que le fien , fans
pointe ni tranchant , de déchirer cette
membrane , fans déchirer en même tems
plus ou moins des procès ciliaires , à proportion
de ce que cette membrane fera
elle- même déchirée , dans un plus ou
moins grand nombre de fes parties ? Il me
femble pour moi , moi , que fi la membrane antérieure
de la capfule du criftallin eft adhérente
à un certain nombre de points , ou ,
ce qui eft bien plus, à toute la circonference
de la membrane poftérieure de l'uvée ,
on ne peut plonger le cristallin avec la capfule
, fuivant la méthode de M. D. dans.
l'humeur vitrée , fans einporter en même
tems , au moins toute la membrane poftérieure
de l'uvée , avec tous les procès ciliaires
qui y font attachés. Je dis au moins ,
parce que vraisemblablement on emportéroit
toute l'uvée en entier . Pour n'emporter
que le cristallin , avec fon chaton que
l'on fuppofe non- feulement colé , mais
fortement adhérent , il faudroit difféquer ,
ce qu'il eft impoffible de faire dans un oeil
en place avec l'aiguille la plus tranchante ,
& à plus forte taifon avec celle de M.
Daviel.
Qu'il ne croye pas au refte fe tirer d'af
AVRIL. 1750. 7
faire , en difant que les Cataractes adhé
rentes , qu'il prétend avoir guéries , ne l'étoient
que par quelques points legers , &
que ce n'eft que de celles de cette espéce
qu'il a parlé , lorfqu'il a foûtenu qu'elles
étoient curables . Pour fe convaincre du
contraite , il ne faut que lire ce qu'il écrit
p. 7 , de fa feconde Lettre *.
23
» C'eſt ſi pen , dit- il , l'ancienneté des
» Cataractes , qui les rend adherentes à la
» partie poftérieure de l'Iris , que cette ad-
» hérence fe contracte prefque toujours dès
>> le commencement , & beaucoup plus ,
lorfque les Cataractes font molles , que
quand ciles font dures & fort folides.
»La taifon de cela eft que le criftallin ,
» dans cet état de molleffe , étant preffé
par l'humeur vitrée , fe porte en avant
» & vers la partie antérieure de l'oeil , dont
» l'action des quatre mufcles droits accé-
» lére encore l'allongement ; & pour lors
» la membrane qui enveloppe le criftallin ,
» venant à s'allonger , donne lieu à ce
corps de s'appliquer fortement à la partie
» poftérieure de l'Iris & de la prunelle , dans
laquelle il s'engage quelquefois.
Il paroît donc clairement par ces paroles,
que les Cataractes adhérentes , les plus
* Mercure de Septembre , 1749 , P. 212.
A j
S MERCURE DE FRANCE.
communes , felon M. D. font celles qui
font fortement appliquées à la partie poftérieure
de l'Iris & de la prunelle , ce qui lui
ferme l'unique porte par où il pouvoit s'échapper.
Je pourrois lui demander ici en paffant ,
par quel méchaniſme l'humeur vitrée force
cristallin à fe porter vers la partie antérieure
du globe de l'oeil , & ce qui détermine
les quatre mufcles droits à accélérer
ce mouvement. Je conçois que cela peut
arriver quelquefois par quelque maladie
particulière du fond de l'oeil , mais je ne
vois pas comment la molleffe de la Cataracte
peut être la premiere caufe de tous
ces effers. Mais je m'éloignerois de ce qui
fait l'objet principal de notre difpute , &
je n'ai ni le tems , ni la volonté de le fuivre
dans tous les écarts.
M. D. pour appuyer fon fyftême , a recours
à des autorités , & il cite des fairs.
Après avoir réfuté fes raifons , il eft jufte
de le fatisfaire auffi fur ces deux genres de
preuves.
Mais premierement , par rapport aux
autorités , M. D. qui eft Maître ès Arts ,
ne fçait- il pas qu'en matiere de Phyſique
une bonne raifon vaut mieux que dix au
torité s? Que ne prouveroit on point en
effet en ce genre par desautorités ! Le
AVRIL. 1750.
pour & le contre s'établiroient avec une
égale facilité. C'est ce que je vais faire
voir tout-à- l'heure dans l'efpéce préfente.
Je pourrois donc en rigueur me difpenfer
abfolument de répondre , & au paffage
d'Antoine Maître-Jean , cité par cet Oculifte
, & au prétendu ouvrage de M. Boerhaave
, que tout le monde fçait avoir luimême,
dans la Préface de fa Chymie , donné
un Catalogue exact de fes véritables
productions , après s'être plaint amérement
de l'injuftice qu'on lui faifoit dès fon vivant
, en faisant paffer fous fon nom des
ouvrages dont il n'étoit point le pere . Celui
qui a paru depuis peu fur les Maladies
des Yeux , eft affûrément bien indigne de
ce grand Homme. C'eft quelque rapfodie
d'Ecolier , où l'on trouve du bon & du
mauvais. Le bon peut bien être de Boerhaave
, qui a fait apparemment quelques
leçons fur les Maladies des Yeux . Mais tous
ceux qui connoiffent le mérite de cet Auteur
,fe donneront bien de garde de lui
attribuer le mauvais .
Revenons. Par raport à Antoine Maître
Jean , je fuis obligé de convenir qu'il
reconnoît la curabilité des Cataractes adhérentes
, & de l'abandonner , avec quelque
réſerve pourtant , à M. D. Je dis avec
quelque réferve, parce que cet Auteur qui
A v
io MERCURE DEFRANCE:
reconnoît bien en paffant, qu'on peut guérir
les Cataractes adhérentes, n'infifte point
fur cet article , ne le prouve nulle part ,
& fe contente en quelque façon de le fuppofer
, comme une chofe que d'autres
avoient dite avant lui , & qu'il n'avoit pas
apparemment examinée . C'eſt une erreur
qui lui eft échappée , comnie cela peut arriver
à tous les hommes , & comme cela
leur arrive effectivement tous les jours ,
fur tout en matiere de Phyfique. Peutêtre
l'adhérence dont il parle , n'étoit-elle
formée que par quelques filets legers , ce
qui mettroit une grande difference entre
fon fentiment & celui de M. D. Je veux
bien cependant ne pas appuyer fur ces differences
, parce que cela m'eft inutile. Je
refpecte Antoine Maître-Jean , mais je ne
Ferois pas ufage de mon efprit ; fi je me
faifois une loi de penfer en tout comme
lui.
Pour Boerhaave , ou plutôt l'ouvrage
qu'on vient de donner fous fou nom , je
m'étonne comment M. D. l'a cité en fa faveur.
En lifant ce qu'il dit für les fignes.
qui annoncent que l'opération aura un
bon ou un mauvais fuccès , j'ai eu le plaifir
de voir qu'il étoit entierement pour
moi fur le point de la curabilité des Cataractes
adhérentes. Voici ce qu'il dit , p .
AVRIL. 1750. 11
125 , de la Traduction . La Cataracte peut
être abbaiffée , fi elle n'a pas fait concrétion
avec l'uvée. Il examine à quels fignes on
peut reconnoitre cette adhérence , & il en
trouve un certain dans l'immobilité de la
prunelle , ce qui eft diamétralement oppofé
au fentiment de M. D. qui affûre p. 15
* qu'il eft abfolument faux que l'adhérence de
la Cataracte rende la prunelle immobile.
Boerhaave finit l'article , en difant p. 126.
» Si la prunelle eft immobile , l'expérience
»nous a toujours fait voir , que cette opé-
»ration eft plutôt nuifible qu'avantageufe ;
car en introduifant l'aiguille , on déchire
»toutes les pellicules qui fe trouvent en-
» tre la Cataracte & la partie inférieure de
» l'uvée , qui s'étoient unies l'une à l'au-
>> tre , ce qui occafionne la rupture des
» conduits ciliaires & des fibriles noires ,
» & trouble la liqueur aqueufe : & ce n'eft
» pas là le feul inconvénient qui en arrive ,
»car comme l'immobilité de la Cataracte
>>fuppofe toujours concrétion avec les par-
» ties internes , il s'en enfuit des inflam
»mations , des fuppurations & des con-
» vulfions , fouvent mortelles. C'eft pourquoi
l'on ne doit pas en pareil cas entreprendre
l'abaiffement. Vous voyez com
"
■ Ibid. p. 220.
A vj
12 MERCURE DE FRANCE:
bien il y a à gagner pour M. D. à citer des
Auteurs.
Enfin il nous cite trois faits , qui pourroient
fembler aux Lecteurs peu attentifs ,
devoir décider notre feconde question en
fa faveur , malgré toutes nos bonnes raifons.
Je fuis bien éloigné de penfer ainfi
& en difcutant ces trois faits , dont le premier
eft muni d'un Certificat trop refpectable
pour être révoqué en doute , je prétends
convaincre de plus en plus ceux qui
me feront l'honneur de lire cette Lettre ,
de la fauffeté du fyftême de M. D. Jecommence
par le dernier. Il regarde un M. de
Gaillarbois , Officier de Marine à Toulon ,
qui depuis trente-fix ans avoit à l'oeil droit
une Cataracte , occafionnée par un coup
de baguette fur cet oeil . M. D. l'abbattit
avec fuccès en 1741 , quoiqu'elle fût adbérente
a toute la circonference interne de la
prunelle. Mais c'eft ici où je l'arrête , & je
lui demande la preuve de l'adhérence de
cette Cataracte à toute la circonference interne
de la prunelle , ou , pour parler plus exactement
, de l'uvée. M. D. connoiffant li peu
les fignes de l'adhérence des Cataractes ,
comme nous venons de le voir ; qu'il nous
permette de ne pas nous en rapporter toutà-
fait à lui fur un fait qu'il n'a pas fçû connoître
, & dont les conféquences nous jetAVRIL.
1750.
13
teroient dans l'abfurde , car encore un
coup,je ne puis me réfoudre à lui accor
der le don des miracles. Les coups reçûs
fur l'oeil caufent quelquefois des Cataractes
, mais comme ils n'en caufent pas toujours
, celles qu'ils caufent , ne font pas
non plus toujours adhérentes. Il faut
pour
cela qu'il y ait eu des déchiremens , ce qui
n'arrive pas toujours.
Pour les deux premiers faits rapportés
par M. D. comme ils fe reffemblent parfaitement
, & que l'un des deux eft attefté par
des témoins qui ne font pas recufables , je
les admets très- volontiers , mais j'ofe dire
qu'ils font plus pour moi que pour lui . Il
s'agit de deux Cataractes caufées par des
piquûres d'épine. La premiere , fuivant le
Certificat , étoit adhérente du côté du petit
angle , c'eft-à- dire , que dans l'endroit
préciſement de l'uvée & de la membrane
antérieure de la capfule du criftallin , où
la pointe de l'épine avoit pénétré , dans
un point , il s'étoit fait une adhérence legére
par le moyen de quelques filets déliés
qui s'étoient avancés de la membrane poftérieure
de l'uvée jufqu'à la membrane antérieure
de la capfule criftalline , & qui
formoient le point d'union. Mais qu'eſtce
qu'une pareille adhérence a de commun
avec les adhérences dont parle M. D. qui ,
14 MERCURE DE FRANCE.
felon lui , confiftent presque toujours dans
une application forte du criftallin à toute la
circonference poftérieure de l'Iris & de la
prunelle , vers laquelle il eft pouffé par
l'humeur vitrée , aidée de l'action des quatre
muſcles droits ? Parce qu'on pourroit
fans grand danger rompre dans l'opération
de la Cataracte quelque fibrile legére qui
uniroit le criftallin à fa capfule , & cette
membrane à la partie poftérieure de l'uvée ,
s'enfuit- il qu'on pourroit avec aufli peu
d'inconvénient en rompre des milliers ,
comme cela arriveroit néceffairement dans
l'hypothefe de M. D. C'eft comme fi l'on
difoit qu'il eft égal d'arracher une poignée
de cheveux , ou d'en arracher un ou deux.
Mais je puis aller plus loin , & puifque
l'opération du Sieur Jacques Carquet , ainfi
que celle de M. Miran , Receveur du Canalde
Carcaffonne , ont fi bien réuffi , je ſuis
fort en droit de fuppofer que dans l'une &
dans l'autre il n'y a eu aucun déchirement
à l'uvée , & que le point d'adhérence
de la membrane antérieure de la capſule
cristalline avec la membrane poſtérieure
de l'uvée fubfifte encore aujourd'hui . Voilà
de quoi étonner M. D. Cela eft pourtant
fort vraisemblable , & voici ce qui m'engage
à le croire .
Je puis fuppofer que l'adhérence dont
AVRIL. 1750. 15
5
L
C
parle le Certificat , étoit fimplement entre
la membrane poftérieure de l'uvée & la
membrane antérieure de la capfule du crif
tallin . Rien ne m'oblige de croire qu'il y
én eût entre cette derniere membrane &
le criftallin même. Le Certificat ne le dit
point , & comment ceux qui l'ont donné ,,
auroient ils pû le dire ? Ils auroient été audelà
de ce qu'ils pouvoient connoître avec
certitude. Si donc j'ai lieu de croire que le
cristallin feul a été plongé dans l'humeur
vitrée par l'opération , fans que la portion
antérieure de fa capfule ait été entraînée
avec lui , & qu'au contraire elle eft de
meurée en place , je fuis en droit de penfer
auffi que le point d'adhérence n'a point
été détruit , & qu'il fubfifte encore en fon
entier. Or tout m'engage à croire que l'opération
a été faite ainfi , contre l'intention
de l'Opérateur à la vérité , qui croit
qu'on abbat toujours la capfule du cristallin.
Premierement , fuivant le certificat
Popération n'a été fuivie d'aucun accident
, ce qu'il feroit bien difficile de croire
, pour peu qu'il y eût eu quelques fibres
de rompues.
Secondement , fuivant le même Certificar
, l'Opération du fieur Carquet a en
un entier fuccès. M. D. affûre la même
16 MERCURE DE FRANCE.
me chofe de celle de M. Miran , je le crois
volontiers. Mais j'en conclus que ces deux
Meffieurs ont dû voir après leur opération
, auffi bien qu'on puiffe voir en pareil
cas. Or cela n'arrive que lorfque la
membrane antérieure de la capfule cristalline
eft confervée. * La ſtructure de l'oeil ,
le méchanifme de la vifion , ainſi que les
principes d'Optique , nous forcent de le
penfer ainfi. Car , quoiqu'en dife M. Daviel
, pour bien réuffir dans l'opération de
la Cataracte cristalline , il ne faut point
abattre avec le criftallin la membrane
antérieure de fa capfale . Elle eft d'un trop
grand ufage après l'opération , pour la perfection
de la vûe. C'eft cette membrane
qui empêche l'humeur vitrée de paffer
dans les chambres de l'humeur aqueule .
C'est elle qui lui donne , lorfqu'elle a pris
la place du cristallin , cette convexité qui
la met en état de procurer jufqu'à un certain
point aux rayons de lumiere les mêmes
réfractions qu'ils recevoient du criftallin
, & de raffembler les pinceaux optiques
d'une maniere propre à rendre la
Le déchirement ou la fection de cette membrane
, qui arrive quelquefois dans certaines opé
rations rares de la Cataracte , ne combat point
cette théorie ; c'eft ce que l'on fera voir aiſément
dans une autre occafion.
AVRIL. 1750. 17
vifion prefque auffi parfaite que dans l'état
naturel . Et M. D. peut être affuré que
toutes les fois qu'il a abattu une Cataracte
avec un entier fuccès , quelque intention
qu'il ait cue , il n'a point abattu avec le
criftallin la bourfe qui le renferme . C'eft
donc par hazard qu'il a réufli ; je n'examine
point cette conféquence , mais je
tiens mon principe pour certain , & fi outre
les raifons que je viens d'alléguer , il
veut des autorités pour s'en convaincre ,
je vais lui en donner une qui en vaut mille
autres. C'eſt celle de l'illuftre M. Ferrein ,
ce célébre Anatomiste , qui joint à la théorie
la plus éclairée les plus grands talens
pour la pratique.On peut confulter un Mémoire
qu'il a donné fur cette matiere par
mi les Actes de l'Académie Royale de
Montpellier , lorfqu'il demeuroit encore
dans cette Ville. Je fuis donc en droit
de préfumer que dans les deux opérations
citées par M. D. le point d'adhérence n'a
point été détruit , ou que fuppofé qu'il
y ait eu quelque fibrille rompue , ce n'a
été qu'entre le criſtallin & fa membrane
antérieure , en cas d'union entr'eux ( ce
que je ne fuis pas forcé d'admettre ) &
non entre cette membrane & l'uvée.
Je ne puis m'empêcher de faire ici un
avcu , qui flattera peut-être d'abord M. D.
18 MERCURE DE FRANCE.
mais dont il ne peut cependant pas fe glo
rifier beaucoup , s'il veut bien y faire un
peu d'attention ; c'eft qu'il fuit de la théorie
que je viens d'établir , qu'on peut dans
an fens vrai , mais très - éloigné de celui de
cet Oculifte , admettre des Cataractes adhérentes
curables . C'eft en fuppofant , 1º .
Que l'opération, lorfqu'elle eft bien faite,
laiffe toujours fubfifter la capfule criſtalline
, ce qui eft certain . 2 ° . Que l'adhérence
n'exifte qu'entre la membrane poftérieure
de l'uvée & la membrane antérieure de la
capfule cristalline , fans que le criftallin
foit attaché en aucune façon à cette membrane
, ce qui peut arriver quelquefois
comme dans les cas mentionnés ci - deffus.
Si l'on fuppofoit outre cela que la membrane
antérieure de la capfule ne înt au
cristallin cataracté que par quelques petits
filets très- faciles à rompre , je pourrois entore
convenir que , cette rupture pourroit
fe faire fans grand inconvénient , parce
que cette membrane demeurant en place
l'uvée ne feroit point tiraillée ni endommagée
, & la vûe pourroit être très- bonne.
Voilà tout ce que je puis accorder à M. D.
fur la curabilité des Cataractes adhérentes .
Je fens que je fuis bien loin de compte
avec lui , mais l'amour de la confraternité
ne me fera point paffer les bornes de la
vérité.
"

A VIR I L. 1750. 19
Il reste encore une petite difficulté à
réfoudre fur le peu de danger du déchirement
de l'uvée . On peut, dit M. D. quicite
Heifter & Sharp , ouvrir cette partie dans
toute fa longueur fans rien craindre. Ces
derniers mots font de trop , & ne fe trouvent
point dans les Auteurs cités. M.
Sharp dit au contraire que le fuccès de cette
opération nefçauroit manquer d'etre fort doutrux.
M. D. ignore- t'il donc l'énorme difference
qu'il y a entre couper avec un inf
trument bien tranchant , & déchirer de
vive force : Ne fçait- il pas, comme tous les
Chirurgiens , que la fimple égratignure
d'un nerf, d'un tendon , d'une aponevrofe ,
occafionne prefque toujours des accidens
terribles , tandis qu'on peut couper ces
parties en entier , fans qu'il en résulte rien
de femblable : Encore un coup pour un
homme qui a fait (a Philofophie , c'eft bien
mal raifonner. Mais puifqu'il a cité Heifter
& Sharp , & qu'il les a fans doute lûs ,
il a dû y voir dans le Chapitre fur la Cataracte
, qui précéde dans l'un & dans l'autre
celui qu'il cite , que ces deux excellens
Auteurs ne font affùrément pas pour lui.
Parum , dit Heifter , p . 598 , aut nihil (pei
Supereft ... ſi ... ipfa uvea cum fuffufione
glutinata deprehenditur. Dans toutes les efpéces
de Cataractes adhérentes , dit M..
20 MERCURE DE FRANCE .
Sharp , l'opération ne fçauroit guéres convenir.
Il affûre pourtant l'avoir faite une
fois avec fuccès , mais il ajoûte tout de
fuite , qu'il ne l'entreprit , que parce qu'il
crut l'adhérence fort légere , comme elle fe
trouva en effet , & il dit dans le Chapitre
même de la Section de l'Iris , qu'il regarde
la Cataracte adhérente comme une forte d'aveuglement
qui eft fans remede. C'eft ainfi
que les Auteurs cités par M. D. lui font
favorables.
Il est donc bien prouvé qu'il y a de trop
grands dangers à abattre les Cataractes adhérentes
à la circonférence poftérieure de
l'uvée , pour qu'un Opérateur puiffe s'y
expofer , fans bleffer les loix de la prudence
. Mais il y auroit de fa part beaucoup
plus de témérité à l'entreprendre avec l'aiguille
, fans pointe & fans tranchant , de M.
D. Et je vous avoue que je ne conçois pas
encore comment M. D. avec ce feul inftrument
, tel qu'il nous l'a annoncé dans fa
premiere & fa feconde Lettre , peut hazarder
l'opération . Dès le dixiéme fiécle *
* M. Dupetit ; Mem. de l'Acad Royale des Sc .
ann 1725 , p. 11. Voyez auffi Chir . d'Heifter ,Part.
2 , Sect 2 , ch. ss , Art . 22 , la defcription d'une aiguille
platte convexe , dont fe fert M. Taylor , à
laquelle il fait précéder la pointe & le tranchant
d'une lancette, pour ouvrir les membranes de l'oeil.
AVRIL. 1750. 21
( car il ne faut pas que M. D. fe donne
l'honneur d'une invention fi vaine & fi
dangereuſe ) il étoit des Oculiftes qui faifoient
l'opération de la Cataracte avec
une aiguille fans pointe & fans tranchant.
Et voici comme ils s'y prenoient : ils fe
fervoient de deux aiguilles. La premiere ,
qui étoit tranchante & pointue , fervoit à
ouvrir les membranes de l'oeil : la feconde ,
qu'ils faifoient fuccéder à l'autre fans pointe
&fans tranchant, & qu'ils appelloient pour
cette raifon aiguille mouffe, s'introduiſoit, à
la faveur de l'incifion faite aux membranes,
jufqu'au lieu de la Cataracte. Alors l'Oculifte
faifoit exécuter à cet inftrument telle
direction & tel mouvement qu'il jugeoit
néceffaire pour terminer fon opération,
C'est ce que fait auffi M. D. ** Avec la premiere
aiguille il ouvre les membranes; avec
la feconde il fait de fon mieux pour finir .
Vous pouvez , Monfieur , voir ces deux
aiguilles gravées ici , pour fatisfaire votre
curiofité , & pour que le Public n'y ſoit
pas trompé davantage .
Il faut donc que M. D. renonce au mérite
de l'invention & ne prétende qu'à celui
de l'érudit qui a été chercher dans le
** Voyez la Planche des aiguilles à Cataractes
dont M. D. fe fert. Elles font gravées d'après les
Liennes .
22 MERCURE DE FRANCE.
dixiéme fiécle fon aiguille fans pointe &
fant tranchant. Mais fa recherche ne marque
pas de choix & de difcernement. L'ufage
de cette aiguille avoit été juſtement
abandonné , parce que la capfule qui enveloppe
le cristallin tenant étroitement à
beaucoup d'autres parties , il arrivoit que
leur élasticité & leur flexibilité mettoient
long -tems le fuccès de l'opération dans
l'incertitude , & ce n'étoit qu'au bout de
8 , 10 & ' quelquefois 20 minutes * , que la
Cataracte , après la rupture & le déchirement
de ces parties unies entre elles ,
fe foumettoit & fe laiffoit porter au lieu
de fa deftination . De là tant d'inconvéniens
qui attiroient fouvent de fâcheufes
catastrophes à l'organe , & qui firent
rejetter il y a plus de 600 ans l'aiguille
mouffe , & par conféquent celle qui lui
frayoit le chemin . En vain M. Daviel prétend-
il rétablir aujourd'hui leur ufage ; les
mêmes inconvéniens fubfiftent ; il a tiré
fon aiguille de la rouille , il n'empêchera
pas la rouille de la reprendre ..
Il ne me refte plus qu'à le fatisfaire fur
quelques termes défobligeans qu'il a crû
voir dans ma Lertre. Je ne fuis pas furpris
que s'étant prodigué les louanges d'un
* M. D. de fon aveu même , eft refté plus d'une
demic - heure dans l'operation .
AVRI L. 23 $ 750.
孙品
5 ,
eu
u-
-nt
le
ai
es

era
ù
is
10
ne
bout à l'autre de la fienne , d'une maniere
fi démefurée , il ait été un peu fenfible à
quelques expreffions qui ne font pas toutà-
fait flatteufes , mais je ne l'ai appellé ni
lourd ni groffier. J'ai pû dire feulement
qu'il fe trompoit groffierement , ou lourdement.
A- t'il affez oublié fa Logique ,
pour ne pas fçavoir que ces façons de par
ler font extrêmement differentes ? C'eft fans
doute pour le venger & pour faire entendre
que je ne dois être qu'un ignorant ,
qu'il affecte en plufieurs endroits ( p. 5 &
17 , ) de me rappeller les Hôpitaux de
Chartres & de Dreux , comme fi je n'euffe
eu pour m'inftruire que les fecours que
l'on peut trouver dans ces deux Villes . Ne
diroit- on pas qu'il eft inftruit au jufte de
l'hiftoire de ma vie ? Je lui proteste pourtant
que ce n'eft ni à Dreux , où je n'ai ja
mais demeuré , ni à Chartres , où je fais
ma réſidence , que j'ai appris ce que je puis
fçavoir. Je le tiens de mon pere , qui a demeuré
huit ans auprès de l'illuftre M. Gendron.
Je le tiens du célébre M. de Chanferu
, mon beau-pere , dont la maiſon peut
paffer à juste titre pour une des premieres
Ecoles de l'Europe pour les maladies des
yeux , chez qui j'ai eu le bonheur de demeurer
dès l'âge de 16 ans . Je le tiens des
fecours que j'ai pû trouver à Paris , où j'ai
24 MERCURE DEFRANCE.
été plufieurs années demeurant en qualité
de penfionnaire chez M. Guérin , alors
Chirurgien Major de la Charité , & où j'ai
eu l'avantage de recevoir les fçavantes leçons
de M. Ferrein fur les maladies des
yeux. Enfin je le tiens de la lecture affidue
& réflechie de tous les bons Auteurs
qui ont traité de ces maladies. Mais comme
je ne prétens pas me comparer à M. D.
je n'ai garde auffi de mettre tous ces avantages
en paralléle avec l'Hôpital des Galéres
de Marſeille .
Je lui dois encore de juftes remercimens
pour les égards charitables qu'il a
bien voulu avoir pour moi. Ce n'eſt que
malgré lui , dit-il , & parce que je l'y ai
forcé , que pour completter les 61 Cataractes
qu'il avoit annoncées dans fa premiere
Lettre , & dont il n'avoit rapporté
que 41 , il s'eft vû obligé de citer pour
foixante- uniéme , celle qu'il a abattue à
l'oeil droit du fieur Genet , Hôte de Nemours
, fur l'oeil gauche duquel j'avois
opéré en 1746 d'une maniere infructueufe.
En vérité M. D. eft un galant homme.
Ne pouvoit- il donc citer fon opération
fans faire mention de la mienne ? Et puifqu'il
n'a pas opéré fur le même oeil , n'eftil
pas évident qu'il n'a parlé de la mienne
que parce qu'elle n'a pas réuffi ? Je crois M.
Genet
AVRIL. 1750.
25
S
CS
).
7.
1-
-iie
Genet trop honnête homme , pour ne lui
avoir pas dit qu'il a vû très - diftinctement
de fon oeil opéré plufieurs jours après mon
opération , ce qui prouve qu'elle a été bien
faite , mais qu'étant furvenu le deuxième
jour une chaleur extrême & un fort grand
tonnerre , il éprouva dans cet oeil des douleurs
vives qu'il me cacha pendant un jour
entier , par la crainte de la faignée . C'est à
cette inflammation occafionnée par la chaleur
& le tonnerre , & négligée dans fon
commencement par la faute du malade ,
qu'il faut attribuer le peu de fuccès de
mon opération. M. D. fçait fort bien que
nous ne répondons point des accidens qui
arrivent à nos malades par leur indocilité .
Et avec un peu , je ne dis pas de charité ,
( car il n'en faut point ici ) mais d'amour
pour la juftice , il ne fe feroit pas difpenfé
rapporter ces circonftances effentielles ,
croyant obligé de rapporter le fait principal.
Mais ce qui montre évidemment
que c'est par une pure malice qu'il en a
rendu compte , & qu'il n'y étoit nullee.
ment obligé pour la juftification , c'eſt
qu'il n'y peut fervir en aucune maniere.
En effet l'opération qu'il a faite fur le Sr
Genet n'a pû être du nombre des 61 annoncées
dans fa premiere Lettre. Cette
opération n'a été faite que le 6 Novembre
ai
2-
eté
Ir
eis
1.
e
1.
et
de
fe
B
26 MERCURE
DE FRANCE.
748 , & fa Lettre eft du 30 Septembre
Monfieur,
jufqu'où M. D. porte les ménagemens pour
fes Confreres
e
la
même
année
. Vous
voyez
,
Je crois qu'il n'a pas fuier cette fois de
fe plaindre de mon peu de modération. Je
me fuis bien donné de garde de dire qu'il
fe trompoit groffierement , je me fuis contenté
de le faire voir. J'ai l'honneur d'ê
tre avec reſpect , Monfieur , &c .
Rouffille.
A Chartres , le 15 Novembre 1749.
Planche qui repréfente les Inftrumens dont fe
fert M. D. pour opérer la Cataracte.
1 , 2 , efpece de petit biftouris , repréfenté
garni de fon manche , & démonté ,
avec lequel M. Daviel incife la membrane
de l'oeil.
3 , 4 , 5 , Inftrument mouffe & plat- convexe
, qui s'introduit par l'ouverture , &
avec lequel M. D. finit l'opération. La
troifiéme figure repréfente cet inftrument
de profil , pour en mieux faire voir la courbre.
La quatrième figure le repréſente
dans toute fa largeur. La cinquiéme
le
montre démonté.
6 , 7 , Vis qui reçoit l'écrou qui eft à
T'extrêmité
fupérieure du manche.
2
THE
NEW
YOR
PUBLIC
LIBRARY
ABTOR
, LENOR
AND
TILDEN
FOUNDATQUE
AVRI L. 17501
27
8 , 5 , 8 , efpece de bouton , dont il faut
demander l'ufage à M. D.
9 , 9 , 9 , les manches de ces Inftrumens.
EPITRE
AM. le Maréchal Comte de Saxe , Maréchal
Général des Armées du Roi . Par
M. ***** , de Riom en Auvergne.
Pourriez - vous , vaillant Guerrier ,
A l'ombre de l'olivier ,
Las des Poëmes Epiques ,
Des Odes , des Chants lyriqués ,
Goûter du ftyle plaifant
Le jargon plus amufant ?
Ofer dans un badinage
Célebrer votre courage ,
Bien direz en vérité
Que c'est trop de liberté
Pour Mufe fi bas lotie ;
Et de fait c'eft moquerie
Que telle demangeaiſon .
Mais j'ai beau parler raifong
Cette belle mijaurée
De vous s'eft enamourée ,
Et veut chanter vos exploits
Bij
2S MERCURE DE FRANCE ,
Multipliés tant de fois ,
Que pour en faire le compte ,
Suivant ce que l'on raconte ,
Barême , quoique très - fin ,
Perdroit bien - tôt fon latin.
Ce n'est donc qu'en miniature
Que j'en trace la peinture.
Quel affez heureux pinceau
Pourroit fournir au tableau
De chaque action hardie
Qu'avez fait en Germanie ,
Où , couronné de laurier ,
La hache en main , le premier
De Prague brifant les portes ,
Frayiez la gloire aux cohortes.
Tels furent vos coups d'effai ,
Que pouvons , à dire vrai ,
Qualifier de coups de maître.
Mais dès qu'on vous vit paroître
Par LOUIS favorifé
Du Bâton fleurdelifé ,
Ce fut bien un nouveau luftre.
Bien-tôt ce Monarque illuftre ,
En Héros bon connoiffeur
Fit choix de votre valeur ,
Pour conferver & défendre
* Fameux Arithméticien.
AVRI L.
29 1750.
Ses conquêtes dans la Flandre
Lorfqu'il vola fur le Rhin
Punir un Prince Lorrain
D'avoir de notre frontiere
Franchi l'humide barriere .
On l'auroit fait dans les eaux
Barboter à pleins nazeaux ,
Si jaloux de fa puiffance ,
L'Aftre ennemi de la France
N'eût d'un trait envenimé
Frappé ce Roi bien aimé. *
Alors , vigilant Maurice ,
Quoique plus foible en milice ,
Votre prudence avifa
Si fagement , qu'on n'ofa
Tenter le moindre avantage ,
Tant vous montriez bon viſage
Et fites fi beau , fi bien ,
Que LOUIS ne perdit rien;
Mais la Campagne
fuivante
Dès que la faifon riante ,
Banniffant les Aquilons ,
Vient émailler nos vallons :
Comme un doux Zéphir rappelle
La délicate Hyrondelle ;
* Au mois d'Août 1744 , le Roi , allant de Flandres
en Alface , pour faire repaffer le Rhin au Prince
Charles de Lorraine , tomba malade à Mets.
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
De même vos étendarts
Rappellent de toutes parts
Nombreuſe & belle Jouvance ,
A fignaler fa vaillance .
Or les Villes de trembler ,
Maint Gouverneur le troubler ,
A l'aspect de tant de monde.
On ne fçait trop fur qui gronde
La foudre du grand Saxon.
Tournay tremble tour de bon :
Et bien- tôt , fans dire garre ,
Le canon fait tintamarre ,
Met les murs en defarroi ,
Et l'habitant en émoi.
Cumberland furpris , enrage ;
Il veut diffiper l'orage ,
Et croit que de prime abord
Tout revirera de bord.
Ainfi , plein de confiance ,
D'un pas certain il s'avance ,
Attaque près Fontenoy
Notre redoutable Roi ,
Item , votre Seigneurie ,
Qui n'entend pas raillerie.
Dieu fçait comme il fut reçû .
* Le Duc de Cumberland , Commandant l'aymée
ennemie.
AVRIL. 1750. 33
De pied ferme & réfolu ,
A l'envi les deux armées ,
De noble ardeur animées ,
Se firent très - brufquement
Réciproque compliment.
Vive fut la moufquetade ;
Plus vive encor la taillade.
Ainfi que nous , l'ennemi
Ne fut pas brave à demi ,
Et la victoire indéciſe ,
Quoiqu'à vos ordres foumife ,
Le fla:te d'un vain espoir ,
Pour mieux vous faire valoir,
Alte- là , Mufe infenlée ,
Ne va point dans la mêlée
Montrer ton foible muſeau,
Entrer dans un champ fi beau ,
Seroit un coup téméraire
Pour une veine vulgaire.
Laiffe donc aux Arrouets *
Le foin d'en conter les faits.
Suffit qu'en la conjoncture
Fut grande déconfiture.
Le Breton fut terraffé ;
Le Batave difperfé ;
* M. Arrouet de Voltaire , qui afait un Poëme
fur la Bataille de Fontenoy.
Bij
32 MERCURE DE FRANCE.
Le Hongrois fuit de plus belle.
Bref , la déroute fut telle ,
Que depuis le jour fufdit ,
Onque plus on ne les vit
Faire bonne contenance ,
Et prîtes fans réſiſtance ,
Tournay , Gand , Bruges , Nieuport ;
Oudenarde eut pareil fort ,
Ath , Oftende , Dendermonde ,
Vafte pays à la ronde
Tout le foumit en fix mois :
Ce qu'un grand Prince autrefois
En cinq ans n'avoit pu prendre.
Céfar , Pompée , Alexandre ,
Ces hommes fi merveilleux ,
Eroient des Héros frilleux ,
Qui voyoient fouffler Borée
Du coin de leur cheminée.
Pour vous , brave Maréchal ,
Froid , chaud , tout vous est égal .
Malgré la neige & la bize ,
Pouffez toujours l'entrepriſe.
D'abord conclu ', d'abord fait :
Témoin le galand Ballet
Que donnâtes à Bruxelles.
Mais c'eft trop pouffer le zéle ,
Que d'aller par un tel Bal
AVRI L. 1750. 33
Troubler ceux du Carnaval.
Au moins , * en cette occurrence ,
Auriez dû, par préférence
Pour gens de diftinction ,
Accorder fufpenfion
Pendant les quatre journées
Qu'ils avoient tant demandées
Pour paffer leur mardi gras
Dans de tranquilles ébats .
Vous les auriez pris de même
Le fecond jour de Carême.
Ainfi paffez vos hyvers.
Bien-tôt la priſe d'Anvers
De votre ardeur coûtumiere
Sera la fleur printanniere.
Mons , Saint Guilain , Charleroy ,
Pour échaper à la Loi,
Vainement fe fortifient ;
Leurs Digues , trop foibles , plient
Sous les efforts du torrent.
Hui céde. Namur fe rend,
* La Ville de Bruxelles fut prife le 20 Février
1746 , jour du Dimanche gras . Avant de capituler ,
le Gouverneur de cette Ville avoit demandé à M. le
Maréchal de Saxe une ſuſpenſion d'armes pendant
quatre jours , pourfçavoir fi le Prince de Valdex lui
donneroit du fecours , ce qui lui ayant été refusé , il
fut obligé de fe rendre.
B v
34 MERCURE DEFRANCE.
Car ce n'étoit pas la peine
Qu'il reftât feul à la Reine. *
De fi rapides fuccès
Ne bornent point vos projets.
Toujours altéré de gloire ,
Il vous faut une victoire ,
Qui , par un éclat nouveau ,
Appofe le digne fceau
Aux exploits d'une Campagne ,
Ou l'appui de l'Allemagne ,
Le preux Charles ** devant vous
Chanta fur un ton plus doux.
Vers les rives de la Meufe
Fut cette affaire fameufe ,
Qui fit tant fur l'Acheron
Paffer de gens , que Charon
Crut que c'étoit
jour de Foire
Dans
le fombre
territoire
;
Oh oh ! dit- il , qu'eſt ceci ?
Pourquoi tant de preffe ici
Quelle funefte bagarre
Vous fait defcendre au Ténare ?
La Bataille de Rancoux ,
Répond le dernier de tous.
* De Hongrie.
**Le Prince Charles de Lorraine , Commandant
en chef l'Armée des Alliés.
AVRIL.
1750. BS
Les François ont du courage ,
Mais dans cet affreux carnage,
C'étoient diables incarnés ,
Si bien ils étoient menés.
Jamais , ayant fait diette,
L'oifeau fur une alouette
Ne fondit fi vivement,
Que fondent rapidement
Sur nos troupes confiernées
Leurs colonnes forcenées.
Anfe plie au premier choc.
Varoux pius ferme qu'un roc ,
A tenir en vain s'obſtine.
En vain Raucoux * fe mutine ;
Il faut céder aux vainqueurs.
La crainte faifit les coeurs.
A fuir perfonne n'hésite.
Quel massacre à la pourſuite !
Oui , fi la nuit à propos
N'eut tendu fes noirs rideaux ,
C'eût été rafle accomplie.
A ces traits brillans , s'écrie
Le Nautonnier infernal ,
Je connois leur Général ,
Ce Saxon , plus intrépide
Que ne fut jadis Alcide ;
*
Poftes qu'occupois l'armée ennemie dans for or
drede bataille.
B
vj
36 MERCURE
DE FRANCE.
Auffi fage que Pallas ,
Brave comme on n'en vit pas ;
Ce fleau du peuple Belgique
Seul m'accable de pratique ;
Toujours paflent à foiſon
Des occis de fa façon ;
J'en ai prefque ufe ma barque ,
Et l'on m'a dit que la Parque
Fait venir par deux Lutins
Des cifeaux neufs de Moulins. *
Ainfi fur cette aventure
Ce Dieu de morne figure
S'énonce au fatal manoir ;
Mais il eût fallu le voir
Sur Lauffelt crier merveille ,
Quand de morts foule pareille
Lui raconta comme quoi
L'exemple d'un vaillant Roi
Vous rendit , s'il eft poffible ,
Encore plus invincible.
Toutefois êtes tous deux
De lauriers trop defireux .
Comment , pour avoir la gloire
De groffit d'une victoire
Le Journal de ſes exploits ,
Ville Capitale du Bourbonnois , où l'on fabrique
de bons ciseaux .
AVRI L.
37 1750 .
Ainfi réduire aux abois
Gens d'honneur & de mérite ,
De trois Nations l'élite ?
N'est- ce pas être brutal ?
Pardon fi je parle mal ,
Mais je dois en confcience
Vous faire ma remontrance
Que c'eft très- mal entendu
Que n'être jamais battu .
Eft-il diable qui s'y frotte ?
Voudra - t'on chercher riotte
A des Heros tels que vous ?
Ma foi, fi n'êtes plus doux ,
Pourrez bien , de votre grace ,
Guerroyer par contumace .
Mais j'ai beau , pour votre honneus,
M'ériger en fermoneur ;
Votre efprit acariâtre
Plus en fait le diable à quatre .
Et loin de vous corriger ,
J'apprends qu'allez affiéger
Berg-op-zoom , cette hautaine ,
L'écueil où maint Capitaine
Vint échouer autrefois.
Mais la pucelle à vos loix .
Pour le coup fera foumife,
Dès qu'en laiffez l'entrepriſe
A Lowendalh , la terreur
38 MERCURE DE FRANCE.
Du plus expert Gouverneur,
Pour la Place tout confpire.
Cromstrom eft un maître Sire ,
Et la mer en liberté ,
Fournit à cette Cité
Garnifon toujours nouvelle ,
Provifion fraîche & belle ,
Si bien qu'un certain Auteur , **
Cauteleux politiqueur ,
Dit que c'eft une rifée
Que cette Ville affiégée ,
Où penetrent chaque jour
Les curieux d'alentour ,
Mais contre la politique ,
Le Général au Critique
Va montrer par un aſſaut
Qu'il a badiné trop tôt ,
Et forçant cette barriere ,
Vous ouvrir ample carriere ,
Pour aller mettre à l'encan
Les richeffes d'Amfterdam.
Bien eft vrai que la curée
Ne vous eft pas aflûrée ,
Et que pour trop convoiter ;
On pourra vous arrêter.
Falloit-il fe mettre en tête
De faire encor la conquête
* Gouverneur de Berg-op-zoom.
** Mercure Hiftorique & politique de la Hage.
AVRI L. 1750.
39
De Maftreicht , & l'inveftir
Comme on alloit le couvrir
Eh bien on le facrifie ,
Si tant en avez envie ,
Mais ce gage de la paix
Mettra le comble à vos faits.
Car déja la République *
A préfenté fa fupplique ;
Déja nos fiers ennemis
Sont traitables & foumis.
Content d'avoir fçû rabattre
Leur orgueil opiniâtre,
Louis dépofe foudain
Les foudres qu'avoit en main ,
Moins jaloux de fa puiffance
Que du bonheur de la France.
Enfin puifque Seigneur Mars
A plié fes étendarts ;
Que Janus, à fon exemple ,
Va clore l'huis de fon Temple ,
Goûtez , illuftre Héros ,
Un doux & noble repos.
Que pour vous Lachefis file
Dans cet Empire tranquile
Tant & plus de jours fleuris ?
Affez notre coeur , épris
De l'amour le plus fincére ,
De Hollande.
40 MERCURE DE FRANCE.
Vous admire & vous vénére.
D'un feul plaifir ſommes courts ,
Sçavoit qu'euffions vû vos jours
Prendre leur courſe chérie
Au fein de notre Patrie ,
Mais foyez François ou non ,
Qu'importe Votre grand nom
De la France dans l'Hiftoire
Sera l'amour & la gloire.
208 207 208 209 208:2072082092080 208209208
LETTRE
A M. Remond de Sainte Albine , fur le
nouveau Genre Dramatique.
Monfieur , vous avez annoncé il y a
quelques mois une brochure critique
de M. de Chaffiron , fur ce qu'il lui
plaît , d'après l'Abbé Desfontaines , de
nommer le Comique Larmoyant , & en
rendant au ftyle de cet ouvrage la juftice
qu'on ne fçauroit lui refufer , vous n'époufez
point les fentimens de l'Auteur.
Mais vous vous bornez à attaquer le titre,
tandis que le tout demande réfutation .
C'eft , fans doute , par un pur efprit de
ménagement pour M. de Chaffiron . Vous
fçavez que le Public , &c. .. . Pour moi ,
A VRI L. 1750. 41
dont le foible crédit ne fçauroit porter de
fi funeftes coups , je vais oppofer quelques
réflexions à celles de notre Cenfeur , & à
la qualification dérifoire de Comique Larmoyant
, qui feule a donné des idées défavorables
à un fi grand nombre d'efprits
fuperficiels. Je commence par fubftituer
celle de comique moderne , que l'impartialité
avouera fans doute préférablement
à toute autre , & qui me paroît d'autant
plus être la véritable , que c'eft le genre
le plus nouvellement inventé que nous
connoiffions. Car n'en déplaife au zéle
fincére , mais mal entendu , de M. du
Boulley pour M. de la Chauffée , on ne trou
ve ni dans Térence , ni dans aucun autre
Poëte ancien ou moderne , le germe des
piéces de ce grand homme , & il faut
avouer qu'il doit fubir feul toute la honte
qu'il y a à plaire . Vous trouverez fans
doute que j'aurois dû faire cette réponſe
plutôt , mais la critique de M. de Chaffiron
étant trop bien écrite, tonte injufte qu'elle
eſt ,, pour qu'on en ait déja perdu le fouvenir
, vous voyez que rien ne périclite
encore . Ne vous étonnez pas fur tout ,
Monfieur , fi je prends fait & caufe dans
cette affaire. Je fuis jeune , j'ai le goût de
mon âge , & les jeunes gens font les premiers
à quiM.de Chaffiron reproche un goût
42 MERCURE DE FRANCE.
dépravé en fait de piéces de théatre , mais
je me trompe , nous ne venons qu'après
les femmes , qu'il trouve auſſi
peu fentées,
auffi peu connoiffeufes que nous . Cela eft
dans l'ordre de la galanterie , & l'on voit
que l'Auteur la connoît trop bien pour y
faire jamais les moindres fautes. Je paffe à
une courte apologie du genre qui eft devenu
l'idole des femmes & des jeunes gens ( car ce
font les propres paroles de M. de Chaffiron )
& je les rapporte d'autant plus volontiers,
qu'elles renferment le plus bel éloge qu'on
puiffe faire de ce qu'elles tendent à condamner.
Ce feroit ici le lieu de faire valoir
l'opinion dans laquelle je ferai toujours
, que la jeuneffe , fur tout parmi le
fexe , eft le vrai juge compétent des productions
de l'efprit en général , & de cel-
Tes de la Scéne en particulier : je prouverois
fans peine qu'on ne décide jamais
mieux que par le fentiment , & qu'il eft
chez les jeunes gens dans fon véritable
centre. Je dirois que s'il y a quelque trait
de feu dans un ouvrage , il va droit à eux
comme à fa fphére , mais c'eft une vérité
qui me conduiroit trop loin ; j'obferverai
fimplement que M. de Chaffiron ne pouvoit
pas s'y prendre plus mal , pour nous
défabufer de notre faux goût prétendu ,
que de nous faire connoître qu'il nous eft
AVRI L. 1750.
49
commun avec les femmes Au refte fommes-
nous ficoupables envers le bons fens ?
C'eft ce qu'il faut examiner , & d'abord
je ferai à nos adveriaires la même queftion
que fit l'illuftre M. Racine à quelques
Critiques, qui formoient contre fa Tragé
gédie de Berenice des plaintes auffi vagues
que celles qu'on forme aujourd'hui contre
les objets de notre idolatrie. Il leur demanda
s'ils s'y étoient ennuyés ; ils lui répondirent
que non , qu'ils avoient même
été touchés , & qu'ils la reverroient avec
plaifir . N'eft-ce pas ce qui eft arrivé à M.
de Chaffron , foit au théatre , foit même
fimplement au cabinet , vis- à- vis des piéces
contre lesquelles il s'éleve fi fort ? En
ce cas ma réponſe fera auffi la même que
celle de M. Racine. Je prierai M. de Chaffi
ron & fes cofrondeurs de nos nouveautés,
d'avoir affez bonne opinion d'eux -mêmes
, pour ne pas croire qu'un genre , qui
leur plaît , puiffe être contre les régles.
Dans ce fyftême d'un de nos premiers Poëtes
Tragiques nous voila entierement juftifiés
, auffi bien que tel Auteur pour lequel
on nous reproche une aveugle admiration.
En effet , que m'importe de quelle
façon on entreprenne de me charmer ,
pourvû que j'aye lieu de l'être , & que je
le fois immanquablement ? Cela étant ainsi ,
44 MERCURE DE FRANCE.
me dira t'on , vantez tant qu'il vous plaira
ces fortes d'ouvrages , mais que ce ne foit
pas en qualité de Comédies. Je pourrois
répondre que je ne veux pas me donner la
peine d'entrer dans un examen de mots &
de noms ; que le plaifir eft ma feule bouffole
, & que les tyrans n'ayant jamais été
foufferts dans aucune République , les régles
doivent être bannies de la République
des Lettres. Mais je vais plus loin , &
je prétens qu'en conféquence même des
opinions reçûes , notre genre eft un vrai
comique. Remontons à la fource. Qu'estce
que la Comédie ? C'eft un tableau de la
vie ordinaire , & non pas en général de la
vie humaine , comme vient de la définir
M. de Paffe dans fa Lettre fur les Romans,
inférée dans le Journal de Verdun du mois
d'Août dernier. Ce Prédicateur épiſtolai- .
re n'a pas fait réflexion qu'il ne donne par
là au comique aucun caractére diftinctif
d'avec le Tragique , qui eft au moins à
auffi jufte titre un tableau de la vie humaine
, puifque le Tragique repréfente les actions
des perfonnages les plus diftingués
d'entre les hommes. La Comédie eft donc
un tableau de la vie ordinaire , vie dont
les pleurs & les ris partagent le cours , ce
qui me paroît leur former un droit égal
fur la Scène Comique. On ne s'eft cepenAVRIL.
1750.
45
dant appliqué jufqu'ici qu'à faire rire.
Quelle injuftice ! L'attachement qu'on a
toujours eu , foit pour les Hiftoires tragiques
, dont la dignité eft fouvent hors
de nous, foit pour des Hiftoires comiques,
qui donnent prefque toujours dans le dernier
Bourgeois ; cet attachement , dis-je ,
ne dévoit- il pas répondre d'un intérêt
bien plus vif pour un genre , qui , tenant
un jufte milieu , nous rend entierement à
nous-mêmes ? Car enfin nous ne sommes
ni des Agamemnons , ni des Meffieurs Dimanches,
mais nous fommes des d'Arvianes
& des d'Urvals. Les femmes ne font ni des
Agrippines , ni des Dames de la Reſource
mais elles font des d'Arfleurs & des Mélanides.
Ajoûtez à cet intérêt perfonnel le
ton de la bonne compagnie , les moralités
les plus faines & les plus brillantes , en
un mot la double fatisfaction de pleurer
& de rire dans une même piéce , toujours
également à propos . Pour moi , je ne trouve
rien de plus enchanteur , & s'il falloit
accabler M, de Chaffiron fous le poids d'une
feule autorité , je n'aurois qu'à le prier
de fe fouvenir que nous avons dans notre
parti M. de Voltaire , qui , outre la Differtation
qu'il vient de mettre à la tête de fa
Nanine , a déja remarqué fi ingénieuſement
à ce sujet , il y a quelques années ,
46 MERCURE DE FRANCE.
qu'il faut être de bien mauvaise humeur
pour reprocher à un homme de nous donner
un plaifir de plus . Cette penſée doit
nous paroître d'autant plus frappante ,
qu'elle fe trouve dans des avis à un Journaliſte
, & qu'il femble que M de Voltaire
it prévû dès -lors le befoin qu'en pourient
avoir quelques Critiques de ce
ems. On dira peut-être que l'âge de ce
fameux Ecrivain dément l'idée dans laquelle
je fuis que les ouvrages d'efprit ne
reffortiffent qu'au Tribunal de la jeuneffe ,
& M. de Chaffiron feroit dans le cas d'effuyer
les mêmes reproches pour avoir infinué
que le Dramatique dont il s'agit ,
n'eft confacré qu'aux femmes & aux jeunes
gens. Mais nous n'avons à nous rétracter
ni l'un ni l'autre , car on peut dire
que M. de Voltaire eft un jeune homme
puifqu'il en a la vivacité , le brillant & la
délicateffe. Je ne m'arrêterai pas à ce qu'ajoûte
M. de Chaffiron , que le regne de notre
idole fe détruira auffi vite que celui du Tragi-
comique. La feule idée du parallele eft
infoutenable. Mélanide , le Préjugé à la
mode , l'Ecole des amis , l'Ecole des meres ,
la Gouvernante , vivront tant qu'il y aura
du fentiment dans le monde , & fi ce genre
n'a pas été connu plutôt , c'eft que les
chefs-d'oeuvre font réfervés à notre fiécle.
AVRI L. 1750. 47
Je fçais que M. de Chaffiron , par un refte
de pudeur , ne nomme point M. de la
Chauffée, ou que s'il le fait, ce n'eft qu'avec
éloge , mais qui ne voit que toute fa critique
afféne de ce côté , & qu'il peut bien
dire avec Néron , dans la Tragédie de Britannicus
?
J'embraffe mon rival , mais c'est pour l'étouffer.
Qui ne fent qu'on ne sçauroit déprifer
un genre , fans faire un tort manifeſte à la
perfonne qui l'a créé ? Je renvoye pour le
refte aux réflexions judicieufes de M. du
Boulley , inférées dans votre dernier Mercure
de Novembre. Elles doivent plaire
fans doute beaucoup plus que les miennes,
mais je facrifie volontiers l'intérêt de mon
amour propre à celui de la vérité ; il en eft
une que je n'ai pas moins à coeur de vous
perfuader , c'eſt l'eftime refpectueuse avec
laquelle j'ai l'honneur d'être , Monfieur ,
Votre , & c.
De la Louptiere.
A Paris , le 28 Janvier 1750.
1
1
48 MERCURE DEFRANCE.
CANDYÐIÐIDYAYAYAYAYACINA
É LEGIE.
DAPHNIS ET DORIS.
D
Ans un fombre vallon , fous un ombrageux
hêtre ,

Daphnis baigné de pleurs n'attendoit que la mort,
Et les tendres agneaux , oubliant tous de paître
D'un trifte bêlement fembloient plaindre fon fort
Une claire fontaine , où naiffoienr mille fleurs ,
Qui fe précipitoit du haut d'une colline ,
Semblant participer à fes vives douleurs ,
Jettoit à gros bouillons fon onde cristalline ,
Et les flots ondoyans , accelerant leur courſe ,
Alloient d'un bruit confus annoncer à Doris ,
Qu'elle verroit en pleurs ,fur le bord de leur fource
Le malheureux berger , l'infortuné Daphnis .
Mais la cruelle, fourde à leur triste murmure ,
Semble leur commander de pourfuivre leur cours ;
Elle est avec Tircis fur la molle verdure ,
Où les ris & les jeux entraînent les amours .
L'écho qui répétoit leurs foupirs , leur langage ,
Annonce imprudemment au malheureux Daphnis,
Que Tircis étoit feul dans un fombre boccage ,
Jouiffant des faveurs de la belle Doris.
A ces triftes accords Daphnis perdit fes fens ;
Il fe laiffa tomber trois fois fur la fougere ;
Trois fois le relevant fur fes membres mourans,
Hélas !
AVRI L. 1750.
49
ort
Hélas ! s'écria-t'il , trop cruelle bergere !
Sont- ce là les fermens de ta fidélité ,
Qu'autrefois tu gravois fur l'écorce d'un hêtre ?
Tu prenois pour témoin de ta fincérité
Les timides brebis que tu conduifois paître.
Oui , les tendres agneaux foumis à ta houlette ,
Témoins de ton ardeur , & de tous les fermens
Que tu faifois au fon de ma douce muſette ,
Exprimeront tes feux par des longs bêlemens .
Quel eft donc ton tranfport : Ah ! quelle eft ta
folie !
Ata pû te réfoudre à quitter ton Daphnis
Hélas ! ta Cuauté le prive de la vie ,
Pour filer des beaux jours à fon rival Tirfis .
Puis- je avoir mérité ces maux de ta còlére ?
N'ai- je pas mille fois fur mon doux chalumeau
Fait retentir les bois du nom de ma bergére ,
Et bravé les dangers où couroit ton troupeau ?
J'expofois tous mes jours à la dent meurtriere
Des loups , des fangliers ; je courois après eux ;
Je les pourfuivois loin , & malgré la barriere
Que des déferts affreux préfentoient à mes yeux.
Je ne connoiffois plus le péril , ni le rifque ;
Mon amour me faifoit affronter les bazards ;
Je me jettois fur eux n'ayant que mon Lycifque * ;
* Chien , engendré d'un loup d'une chienne .
Virg. dans fes Buccoliques,
..C .
1
so MERCURE DE FRANCE .
Que ma houlette en main , ma fronde & quelques
dards.
Tu voyois mon ardeur ; témoin de ma tendreſſe ,
Tu voyois le péril où me portoit l'amour ,
Et malgré cette ardeur , ah ! cruelle ! ah ! traîtreffe
!
Tu quittes ton berger , tu le prives du jour.
Nymphes du Mont Dicté , fermez vos pâturages ;
N'artofez plus vos prez pour les boeufs , fes taureaux
;
Refufez-lui vos bois & vos tendres herbages ;
Ne laiffez plus bondir dans vos champs les troupeaux.
Protecteur des bergers , vous humides Nayades ,
Puniffez la perfide , apprêtez vos carreaux ;
Vous Faunes , vous Pâlès , & vous chaſtes Dryades,
Chaffcz- la de vos bois & loin de vos côteaux.
Déchaînez .... divin Pan , n'exaucez point mes
voeux ;
Protégez cette ingrate , ah ! foyez -lui propice s
Arboifiers verdoyans , vous hêtres ombrageux ,
Préſervez les troupeaux des chaleurs du folftice.
Vous , aimables ruiffeaux , & vous , claires fon
taines ,
Serpentez dans fes prez , rendez- les verdoyans ;
Vous , folâtres Zéphirs , déployez vos haleines ;
Flottez fur fon blanc ſein
champs.
* Le Dieu Pan.
& volez dans fes
AVRIL. 1750. ST
3,
es
nes
D.
Vas,Doris, vers l'objet pour lequel tu foupires
Tu diras que Tircis a fçû mieux te charmer ;
Vas mettre fous tes loix ce coeur que tu defires,
Mais tu reconnoîtras que je fçais mieux aimer.
Par M. Antoine , de Selles- Curan
Rouergue , étudiant en Médecine dans l'Univerfité
de Montpellier.
en
***************
OBSERVATIONS.
A M. le Jeune , Auteur du Projet pour
l'établiſſement d'un , nouvel Hôtel- Dieu
dans l'Ifle des Cygnes. Par M. F. Carré.
J'ai lû un Mon-
"'Ai lû avec un extrême plaifir , Mon--
fieur , dans le Journal du mois d'Octobre
1748 , page 268 , l'Extrait du Projet
que vous avez donné pour l'établiſſement
d'un nouvel Hôtel- Dieu dans l'Ile des
Cygnes . Jai lû auffi l'ouvrage d'un Anonyme
, votre antagoniste , qui l'eft également
du bien public , inferé dans le Mercure
du mois de Mars 1749 , page 44 ,
& ceux qui viennent à l'appui de votre
plan , l'un dans le Mercure de Mai 1749,
page 70 , l'autre dans celui de Juin fuivant
, page 28.
Les moyens que vous établiſſez pour
Cij
Ja MERCURE DE FRANCE.
.
cette entrepriſe , font d'autant plus avantageux
, qu'ils tendent à l'exécution parfaite
par une voie courte & naturelle , en
augmentant le revenu annuel de cette
Maifon de cent mille livres de rentes , &
plus , fi elle en a befoin . Je ne doute point
que Paris , même toute l'Europe , n'applaudiffe
à un deffein auffi grand , aufli
beau , auffi louable , & auffi-bien conçû.
J'efpére néanmoins que vous ne prendrez
pas en mauvaiſe part les obfervations que
je prends la liberté de vous faire .
Vous propofez un bâtiment fomptueux,
& de la plus grande magnificence pour le
nouvel Hôtel- Dieu ; de là , Monfieur , il
réfulte des conféquences aufquelles vous
n'avez fans doute pas pensé.
L'air eft bientôt corrompu dans ces maffes
énormes , trop refferrées & trop élevées
, où les pauvres & les malades font
entaffés , fuffoqués , & infectés par le défaut
d'efpace & d'air libre.
Trouvez bon que je compare le fafte ,
qu'on admet dans ces fortes de bâtimens ,
à une efpéce de maladie épidémique , inféparable
de ces fortes d'entreprifes qui
confument le plus fouvent la partie la plus
liquide du revenu des pauvres , par les
augmentations & les réparations confidérables,
qu'on eft obligé d'y faire fouvent.
AVRIL. 1750.
53
Ne feroit-il pas mieux , Monfieur
qu'au lieu de cette magnificence que vous
voudriez qu'il y eût dans les bâtimens du
nouvel Hotel Dieu , Fon fit feulement
un corps- de- logis avec deux aîles fur- longées
d'une profondeur médiocre pour la
façade de cette Maifon , & qui annonceroit
quelque chofe de grand; que l'on fit en
fuite 3 far les derrieres , des ailes multipliées
d'une étendue.confidérable avec de grandes
croifées , fymérrifées des deux côtés. "
On pourroit fupprimer le corps delogis
même , & élever en fa place l'Eglife
de cette Maifon , dont on enrichiroit la
façade avec un grand & riche portail . On
pourroit appuyer contre les flancs de cette
Eglife les deux aîles fur- longées que je
propofe , qui diminueroient d'élevation
par gradation , & pratiquer une grande entrée
par chacune des deux aîles avec quelques
attributs , qui répondiffent à ceux de
la façade de l'Eglife ;
Former dans les ailes multipliées de
grandes falles pour qu'on pût mettre ai
fément cinquante lits pour autant de ma
lades , & y pratiquer deux cheminées feule
ment, plutôt que des poëles, à moins qu'ils
ne fuffent de terre cuite , attendu
de fonte portent à la tête.
-
que ceux
Je voudrois auffi que ces mêmes aîles
Ciij
$4 MERCURE DE FRANCE :
ne fuffent élevées que d'un étage & demi ,
c'eft-à dire , les premieres falles de cinq à
fix pieds au- deffus du rez de chauffée , &
les fecondes enfuite ; je crois ce degré d'élevation
affez fuffiſant.
·
Il faudroit pratiquer une cour bien
fablée ; dans laquelle il n'y eût que
les contours pavés de plattes bandes
de trois pieds de largeur , & plus élevées
de deux pieds que le milieu , où il y
auroit deux puifards pour y recevoir les
eaux dans les tems de pluies ; n'y mettre
ni arbres , ni groffes plantes , & que cette
cour fût de la longueur des deux aîtes paralleles
, pour qu'elles pûffent également
jouir de l'air libre.
Plus cet Hôpital occupera de terrain
plus il aura d'air , & fera par conféquent
plus fain. On ne doit point épargner celui
que demande un pareil établiffement.
Il n'a été fondé que par la piété des Fidéles.
La Religion , l'humanité , le refpect que
l'on doit à fon Prince & à l'Etat , exigent
les dernieres attentions, pour conferver les
Citoyens dont le nombre diminue chaque
jour.
Il faudroit auffi que l'endroit , où l'on
établita la tuerie & la boucherie , fût ifolé
à une des extrêmités de cette Maifon , de
même que les baffes - cours , écuries , étables
, buchers , &c.
AVRIL. 1750.
55
ce
હથ રહ્યું છેતે વધુસુ
n:
12-
le
Ainfi que celui pour mettre le linge
qui auroit fervi aux malades , & tout ce
qui peut altérer la falubrité de l'air . Cet
objet eft d'affez de conféquence pour ne
devoir pas le négliger ; ne point mêler le
linge , fervant à l'ufage des malades incubles
, avec celui deftiné aux fébricitans .
Je crois après cela , qu'il convient ,
Monfieur , d'en refter aux excellens moyens
que vous nous avez donnés d'abord pour
la conftruction de cette Maifon , & pour
l'augmentation de fon revenu annuel ;
mais je défapprouve ceux qui tendent à
attirer à foi les fruits des travaux journaliers
du malheureux peuple , de la bonne
foi & de la fimplicité duquel on abuſe ,
que par-là on réduit dans un état fouvent
plus à plaindre que ceux qui font dans
THôpital même , & qui ne peut élever
fes enfans : c'eft ce qui fait auffi que
partie de ceux qui viennent à bien , ne
pouvant fubfifter chez leurs parens , ni
dans leur Patrie , faute d'y être occupés, &
par le défaut de fçavoir quelques métiers ,
fe voyent dans la cruelle néceffité de s'expatrier
, pour aller cultiver les terres des
Colonies , pour l'avantage des Proprietaires
feulement , tandis que moitié des fonds
du Royaume demeurent fans culture , pouvant
tous rapporter.
C iiij
56 MERCURE DE FRANCE.
Quiconque aime l'Etat , doit autant qu'il
lui eft poffible , procurer des reffources au
pauvre peuple qui en eft la principale colonne.
N'imaginer que des moyens tendans
à le ruiner , c'eft n'avoir aucune notion du
Tout- Puiffant ; c'eft encore contribuer fous
de vains prétextes , à augmenter journellement
le nombre des miferables Citoyens.
Dès-lors que le peuple eft épuifé , il eft
non -feulement hors d'état d'améliorer l'objet
de les travaux , mais encore d'élever fa
famille ; d'aider les infortunés , & de contribuer
aux charges de l'Etat , qui fouffre i
une double perte par la diminution
des
Citoyens , qui fait l'affoibliffement
de fes
reffources.
Ne devroit- on pas , Monfieur , imiter
la vigilance de notre admirable Police ,
qui veille journellement à empêcher & à
réprimer , en faveur du bien général , la
cupidité occupée de l'intérêt particulier
, pour dans la fuite multiplier les Citoyens
contribuables , & par-là affûrer
l'Etat , en augmentant les revenus , qu'on
affoiblit d'autant plus qu'on en diminue
les Citoyens.
Vous pouvez donc réparer aisément , par
vos premiers moyens , la partie que je vous
exhorte d'abandonner par refpect pour la
Religion & le bien de l'Etat .
AVRIL. 1750. 57
ce
C
pat
L
Meffieurs les Adminiftrateurs de l'Hôtel-
Dieu font toujours également animés
d'un véritable zéle pour le bien général
des infortunés , mais les obligations de
leur état exigeant un homme tout entier ,
il ne leur eft pas poffible d'entrer dans certains
détails : ils font donc par- là obligés
de s'en rapporter à des Régiffeurs , qui ,
lorfqu'il eft queftion du bien être des malheureux
, ne s'occupent que d'une économie
, fouvent mal entendue , dans l'idée
qu'ils ont d'épargner des fommes très -confidérables
.
Si ces Meffieurs ( je parle en général )
font véritablement attachés à la Religion
Chrétienne , je les invite à tourner leur
vûë vers la Providence ; elle ne manque
jamais à ceux qui s'y confient. Qu'ils ne me
fçachent pas mauvais gré , fi je leur retran
che une partie caduque , étant fondé fur
de puiffantes raifons : ils trouveront des
reffources infiniment plus abondantes ,
lorfque le Public verra que chaque malade
aura fon lit particulier , & que les membres
de Jefus Chrift feront traités comme
il convient , avec cette charité tendre &
compariffante , l'objet le plus attendriffant
pour les pauvres infortunés , & fur lequel
Dieu verfe fes benedictions fans meſure.
Cv
58 MERCURE DE FRANCE :
La véritable piété conſiſte à procurer
tous les fecours néceffaires aux pauvres
malades , fans aucune lezine, ni aucun mauvais
ménage ; à en ufer de même envers les
malheureux prifonniers , les veuves , les
vieillards ; à aider les pauvres familles à ſe
relever pour les conferver à l'Etat , & à
donner à leurs enfans & aux orphelins des
métiers , pour les lui rendre utiles & à
cux-mêmes.
Le zéle qui vous anime , Monfieur ,
m'eftun sûr garant que vous ne ferez point
oppofé à mes réflexions ; elles font fondées
fur une longue expérience , & fur
mon attachement fincére à la Religion ,
au Souverain , à l'Etat & à la Nation.
Je fuis , &c
A Paris , ce 30 Janvier 1750.
AVRIL. 1750.
59
ur ,
DIC
ב
EPITRE
A M. Hel.
Vous ,en qui la vertu couronne l'opulence +
Qui, dans le fein d'une heureufe abondance,
Olez aimer les Arts , & chérir les talens !
Vous , dont les nobles fentimens
Sont en tout point h differens
De ceux , dont la riche ignorance
Se fait toujours un faux honneur
D'avilir les Sçavans , d'abhorrer la Science ,
Et de n'employer leur aifance ,
Qu'à braver le bon goût & fomenter l'erreur :
Permettez qu'une Mufe ingénue & fincére
Joigne fon foible hommage à tous ceux qu'en ce
jour
Rend à votre mérite & la Ville & la Cour.
De cet hommage téméraire
Peut-être voudrez -vous reconnoître l'Auteur ?
Deux mots vont à vos yeux dévoiler
Enchanté de l'efpoir flatteur
ce miſtére.
De pouvoir près de vous faire éclatter mon zéle ,
Et de vous confacrer mes veilles , mes inſtans ,
( Efpoir , dont votre bouche , au vrai toujours
fidelle ,
C vj
60 MERCURE DEFRANCE.
Avoit daigné combler mes voeux les plus ardens )
Je me croyois heureux , mais l'aveugle Déeſſe ,
Toujours inexorable aux enfans du Permeffe ,
Effaça , par fon art , de votre fouvenir
La trop obligeante promeffe ,
Qui me flattoit déja d'un heureux avenir.
Livré depuis ce tems au déſeſpoir , aux larmes ,
Je gémis , confterné du funefte malheur ,
Qui me fait perdre un bien , pour moi fiplein de
charmes ,
Dont la poffeffion auroit fait mon bonheur .
O vous, dont la bonté peut calmer ma douleur ,
Qui pouvez d'un feul mot diffiper mes allarmes ,
Souffrez qu'auprès de vous je prenne un Pro
tecteur ,
De tout infortuné généreux défenfeur ;
Ah ! daignez l'écouter ; vous lui rendrez les
armes ;
Ce Protecteur zélé , c'eft votre propre coeur.
P. A. M.
AVRIL. GI
1750.
000000000000000000000000
IN PACIS REDITUM
Cum folemnis de Pace haberetur Oratio in
Collegio Regio Victoriacenfi,
ECLOGA.
Malibaus , Amyntas.
Rbe procul , ta citofque petens fine tefte receffus,
URbep
Quos Mofa fpumanti decurrens agmine lambit ,
Errabat paftor Mælibæus , mente volutans
Multa fuper foedas ftrages quas impia fecum
Bella ferunt . Olli longo vox muta dolore
Et cantus teneros , & carmina læta recufat ;
Triftè filent calami , malè pendet inutilis atcus.
Seu primos Titan radios per fumma refundit
Sidera , decedens ferum feu conficit orbem ,
Continuos agro gemitus è pectore rumpit..
Vaftatos agros , incenfa mapalia flammis
Dum videt , indignans his implet queftibus auras,
Malibaus.
Siccine felici toties exculta labore
Arva ferus fibi miles habet ? Modò nec tibi parcit ,
Infelix pecus heu ! manibus data præda cruentis .
Quo mihi libertas Paftorem abducite.... nunquàm
Vos , Batavi colles , vos , patria rura , videbo.
62 MERCURE DE FRANCE.
Forte novum Carmen fylvis ludebat Amyntas
Pace datâ exultans , redimitus tempora fertis.
Errantem agnofcit Mælibæum in vallibus imis ;
Ut notas audit voces , veftigia flectit
Adproperans , prior & ( Amyntas ) Quæ te , Malibæe
, gementem
Triftitia exagitat ? trepido dum fefta tumultu
Paftor quifque parat , pagumque effufa per omnem
Jucundos inter concordant gaudia lufus ,
Anxia cur mæftâ denſantur nubila fronte ?
Luctus jam fatis eft , dirum compefce dolorem ,
Pendentes revoca vicinâ è rupe capellas ,
Ludis & propera focium te jungere noftris.
Malibans.
Quid fruftra tentas afflictum pectus , amice ,
Sollicitare dolis ? Fletus tu nofcis acerbos,
Et malè ficta vocas Moelibæum ad gaudia ; latė
Expugnata ruunt infeftis moenia flammis ,
Disjectæ turres , miferis fpes maxima quondam.
Gandavum , Ipras , Montes , Furnas , altumque
Namurcum
Hoftis habet , Lawfeltiacos experta furores
Fumat adhuc tellus , cumulata cadavera campis.
Nulla falus remanet , Trajectum à culmine natat.
Gallus ubique furens tener agros , & mihi dextrâ
Rapta truci periit gregis heu ! pass optima . Sævas
Tot clades inter , mala tot lugenda , fuperfit
AVRIL. 1750.
63
Quifnam lætitiæ locus ? At precor , unde ferebas
Præcipites greffus ? Tibi vultus unde renident
Exhilares , pecus & nullo cuftode relinquis ?
Quid refonant digitis calami ? Quid nexa coro
⚫nant
Serta caput ? cupido properes evolvere caufas.
Amyntas.
Hæc nobis , Mælibee , bonus facit otia victor.
Berzi-Soma cellas dùm fulminat , obruit arces ,
Dùm fibi Belga tremens bellorum extrema veretur
,
Vaftandafque domos , & vincula certa , repente
Terribiles ponit Ladoix placabilis iras.
Ipfe triumphator crudelia bella perofus ,
Sponte fuâ ceffat lauris fuperaddere lauros ,
Pacem offert victis , atque imperat effe beatos.
Quod mirere magis , regali fronte benignus
Paftores verbis ultrò folatur amicis :
Pafcite ut ante greges pueri ; jam ducite amoenos
Aufpice pace dies , hac vobis rura manebuut.
Malibans.
Vera refers ? Quali mulces dulcedine fenfus !
Gallorum Regem mitis clementia flectit ?
Noftras ergò preces facili Deus excipit aure ;
Vos , Batavi colles , vos , patria tecta , videbo.
Sæpe quidem memini , diuturno faucia luctu
Ominibus lætis ni mens malè furda fuiflet ,
64 MERCURE DE FRANCE.
Venturam fortem felicia figna canebant.
Nuper enim occultum cùm turbida nubila folem
Velarent , fubitò detectos frontis honores
Explicuit radians , & rifit purior æther.
At fignis tunc nulla fides , nam cafibus acto
Infandis nondum fpes affulgebat , Amynta.
Amyntas.
Define plura queri, veterum neque cura malorum,
Ingratis urgens ftimulis , nova gaudia lædat.
Tempora nunc vultus pofcunt meliora ferenos,
Alma dies oritur . Calamos , Mælibæe , refumas ,
Nunc inflare decet , cantus deprome priores,
Alterno blandam dicemus carmine Pacem ;
Pulfatas referent geminantia littora voces.
Incipe , tu Malibae prior , par deinde reponam .
Malibans.
Nil moror: hîc latos tecum rediviva ſonabita )
Mufa modos. Qualis ferventi debilis æftu ,?
"
1..
2 .
Cùm peragit tractus alto fub fole viator
Exiliente fitim gaudet fedare liquore ,
Languenteſve artus viridi deponit in umbra ;
Tale tuum nobis , Pax ô gratiſſima , munus.
Amyntas.
f
Dulce quies feffis : recreant in gramine ſomni :
Deficiens tellus , nimioque perufta calore
Pandit aperta finus , tepidos & combibit imbres.
Poft gelidas hyemes flat mollior aura Favoni :
AVRIL. 1750. 65
Agricolas avidos multùm juvat aurea meffis,
Tu mage delectas , Pax & dulciffima rerum.
Malibans.
Pax redit, & fugiunt immania bella , furores ,
Sollicitudo . Pavor timidis procul avolat alis .
Jamque leves revolant hilari fimul agmine rifus ,
Et fecura quies , & amicâ fronte voluptas.
Paftores longo tandem mærore foluti ,
Prodite lætitiam , paffim celebrate beatas
Pacis delicias ; varios lufufque , jocofque
Edite ; concordes certatim agitate choreas ,
Er gravidas largo pateras ficcate Lyxo .
Pax redit , buc revolant hilarifimul agmine rifus.
Amyntas.
Pax redit , & redeunt innoxia gaudia : plaudunt
Gutture mellifluo volucres , pacemque falutant .
Limpidus exultat rivus , tremuloque fufurro
Ludere amans, ferpit per gemmea gramina lentus.
Emicat impatiens vifendæ pacis amore
Naïas , & fummâ niveum caput exerit undâ.
Flora nitens calatis rofeos afpirat odores ;
Et Pomona fuos fundit lætiffima fructus.
Dicite , Paftores ; repetito dicite cantu :
Pax redit, buc revolant innoxia gaudia , rifus.
Malibans.
Pacis Amans Lodoix : volvent dùm fidera curfus ,
66 MERCURE DE FRANCE.
Fluctus & affiduo pulfabit littora moru ,
Altiùs infixum labetur pectore numquam
Victoris donum , fuaviffima gratia victis .
Jam potero faciles fecurus carpere fomnos ,
Permifit Lodoix feftivos ludere verfus.
Sæpiùs at , voveo , quamvis fit ruftica , grandes
Mula memor tenui laudes tentabit ariſtă ,
Solemnefque inter coetus , memorare juvabit :
Qui populis ultrò fubjectis parceregeflit ,
Vivat iò Lodoix, paftorum gaudia , vivat ↓
Anyntas.
Pacis amans Lodoix : pifcis prius erret in auras
Quàm noftrâ illius pereat clementia mente.
Quando novos referer curru fol aureus ignes ,
Purpureos fores , & dulcia poma quot annis
Accipiet Lodoix , nec ruftica munera temnet.
Victrices tellus dedit olli Belgica lauros ;
Nectite jam virides ramos pacalis olivæ ;
Paftores , mandat fieri fibi talia Victor.
Dicite felices , repetito dicite cantu :
Qui populis ultrò fubjectis parcere geſtit ,
Vivat iò Lodoix , paftorum gaudia , vivat !
Malibans.
At nox lapfa polo pallentes invehit umbras ,
Et matres teneris repetunt balatibus agni.
Nunc libet optatis ambo fuccedere tectis ,
Et placidas coenare dapes , ludofque ciere ;
AVRIL. 67
1750.
Siccos rore bono cantus recreabis, Amynta ,
Dicemufque iterùm plena inter pocula : Jongunt
Vivat io Lodoix ,paftorum gaudia , vivas !
Raoult.
REPONSE *
De M. Bourgelat , Ecuyer du Roi , Chefde
l'Académie de Sa Majesté à Lyon , à M. le
Chevalier de la Pleigniere .
Nftruit par vous-même , Monfieur , de
que vous avez daigné me faire,
en m'adreffant une Lettre conrenue dans
l'art. CXXIV des Mémoires pour l'Histoire
des Sciences & des Beaux- Arts de mois
d'Octobre dernier , j'attendois ces Journaux
impatiemment. Ils me font enfin parvenus.
Je ne puis vous exprimer la fatiffaction
avec laquelle j'y ai lû la piéce dont
vous vous déclarez publiquement l'Au
teur. Quoiqu'en improuvant quelquesunes
de mes Démonftrations , elle ne déci
de pas pleinement & dans fon entier la
question que vous m'aviez propofée ; elle
répond parfaitement à l'idée que j'en ai
conçue . L'aveu de l'impuiffance de vos
* Une maladie de l'Auteur a retardé fa Réponse .
68 MERCURE DE FRANCE.
efforts eft une reffource que vous avez
voulu me ménager , & votre intention a
été fans doute de me fournir ( fuppofition
néanmoins faite du défaut de folidité des
principes que vous condamnez ) les moyens
de trouver, dans le peu de fuccès des recherches
auxquelles vous vous êtes livré vousmême
, une forte de dédommagement &
des motifs de confolation .
Un jufte fentiment de reconnoiffance
devroit me porter à vous fuivre pas à pas.
N'efperez pas cependant de moi une analyfe
auffi exacte que celle que vous avez faite
de ma Lettre, inférée dans les Journaux de
Décembre 1748. Prendre le ton de ces
hommes fçavans en tous genres , placés à
jufte titre dans la République des Lettres,
pour apprécier le mérite de tous les ouvra
ges , & emprunter le ſtyle des Arrêts qui
émanent de ces doctes Tribunaux, ce feroit
m'ériger en Juge de vos obfervations. Mes
prétentions ont des bornes plus étroites .
Je n'examinerai dans votre Epitre que ce
que vous y voyez d'affez formidable pour
anéantir mon fyftéme , & mes réflexions fe
ront infiniment fimples . Si dans le prélude
de ma Réponse à Mylord Wilton , prélude
que vous avez trouvé rempli de principes
daxiomes , j'ai crû devoir parler de la
méchanique visible des mouvemens du
AVRIL. 1750. 69
cheval ; mon but n'a pas été de donner
une preuve de mafcience en plus d'un Art,
La diverfité des connoiffances ne nuit
point ; quelque éloignées qu'elles paroiffent
les unes des autres dans leur objet ,
elles fe prêtent toujours des fecours mutuels
. Celui qui m'étoit préfenté, exigeoit
de moi des explications détaillées. D'une
autre part , j'imaginois en être comptable
au génie pénétrant & profond d'une Nation
, pour laquelle les matieres les plus
abftraites ne font ordinairement que des
jeux ; le mafque eft enfin levé ; je ne confulterai
donc que votre goût . Perfuadé ,
Monfieur , que vous êtes doué de cette
heureufe facilité & de cette intelligence
que je fuppofois dans Mylord , mais en
même-tems affûré de votre averfion
pour
tout ce qui tient de l'axiome , je tâcherai
de vous épargner , autant qu'il me fera
poffible , l'ennui que vous procure la féchereffe
qui paroît inféparable des vérités
géométriques , & mes raifons feront expofées
de maniere que je marquerai clairement
la diſtance immenſe qu'il y a entre
des mots & des choſes.
Votre premier trait porte fur la définition
que j'ai donnée des aides.
l'ous les définiffez avec jufteffe , me ditesvous
,mais la pofition variée du corps , dont
70 MERCURE DE FRANCE.
vous parlez en cet endroit , m'a paru totalement
inutile , puifque , continuez-vous , le
bufte du Cavalier doit toujours être dans une
pofition ferme & dans un jufte équilibre , &
que celui-là emporte le prix de fon Art , au
jugement de l'ignorant & du fçavant , quifçaie
manierfon cheval,& le faire agir fans varier
fes pofitions, & fans avoir aucuns mouvemens
fenfibles,
On pourroit vous répondre d'abord ,
Monfieur , qu'un prix remporté au jugement
de l'ignorant n'a rien de bien attrayant
& de bien flatteur ; le fçavoir ſeul
eft en droit de décider du fçavoir , & les
fuffrages de l'ignorance font inconteftablement
à dédaigner : mais entrons dans le
fond de la chofe même.
La pofition variée du corps ; ce terme
de variée vous femble inutile & fuperflu ;
vous le rejettez impitoyablement, attendu
que le bufte du Cavalier doit toujours être
dans une pofition ferme & dans un jufte équilibre
: j'en fuis d'accord avec vous, mais ce
jufte équilibre , cette fermeté néceffaire
cette poſition ferme , en un mot , confiftet'elle
dans une entiere immobilité ? Non
Monfieur ; auffi environ fix lignes plus bas
trouvai - je une variation dans vos expreffions
& dans votre avis . Et que celui -là
emporte leprix defon Art , &c . qui fçait maAVRI
L. 71 1750.
nier fon cheval , le faire agir fans varier
fespofitions , & fans avoir aucuns mouvemens
fenfibles, Premierement , comment ne pas
varier fes pofitions & faire en même- tems
des mouvemens infenfibles ? Car ces mots ,
fans avoir aucuns mouvemens fenfibles , annoncent
que vous admettez néanmoins
des mouvemens ; or ne pas varier & faire
des mouvemens , font deux chofes diamétralement
oppofées ; que ces mouvemens
foient imperceptibles ou non , l'action
& le repos forment toujours un contrafte
véritable .
gra
D'ailleurs , Monfieur , faites- moi la
ce de me dire à quelles parties du Cavalier
je dois faire rapporter ces termes ,
fans varierfes pofitions ; ce ne peut pas être
affûrément à la main & aux jambes . Quelque
fubtile que foit l'exécution du vainqueur
que vous couronnez , ces deux agens
doivent néceffairement opérer & être mûs,
quoiqu'invifiblement : autrement il fau
droit conclure que l'animal ſe manie ſeul ,
& fans le fecours du Cavalier , qui doit le
faire agir . Ce fera donc infailliblement au
corps or s'ils doivent le rapporter au
corps , pourquoi , je vous prie , cette in
Aection , ce pluriel ? En cédant même , à
qui il appartient , l'honneur d'être Grammairien
, je puis croire , avec tout le mon-
:
72 MERCURE DE FRANCE .
de , que ces mots ,fes pofitions , en dénotent
plus d'une. Vous réprouvez néanmoins la
pofition , en tant que variée ; fielle doit
être toujours immobile , par quelle raifon
en adopteriez - vous plufieurs ? Le corps ne
peut-être en même- tems dans deux attitu
des differentes : or s'il eft plus d'une pofition
, vous voudrez peut- être bien convenir
qu'il ne peut que varier en paffant
des unes aux autres .
Mais qu'est- ce que c'eft que cette pofition
variée , dont j'ai entendu parler en
définiffant les aides ? Agréez , Monfieur ,
que je vous remette fous les yeux meş
propres paroles ; les voici : & celles qui
confiftent dans le jufte équilibre & dans la pofition
variée , mais mefurée , du corps , fervent
aux mouvemens compofes que produiſent les
deux autres. ( Aides de la main & des jambes.
) N'y a- t'il point eu une espece d'affectation
de votre part à ne choifir que le mot
de variée , à paffer rapidement fur ceux de
jufte équilibre, de pofition , mais variée,mesurée,
& ne ferois-je pas en droit de vous reprocher
le plaifir qu'on diroit que vous vous
êtes promis, en vous priant vous-même de
ne pas me comprendre ? Souffrez pour ma
fatisfaction que je vous trace un exemple
trivial de cette pofition variée ; je l'appuyerai
de quelques autorités affez refpecta
1
bles
AVRI L. 1750.
73
bles , pour que le Public , juge impartial
& éclairé des débats que vous lui foumettez
, vous invite enfin à vous rendre .
J'arrête un cheval. Quelles font les aides
prefcrites à l'inſtant de l'arrêt ? Si vous
confultez M. le Duc de Newkaftle , le Reftaurateur
& le Prince de la Cavalerie , il
vous dira dans le chapitre 27 de fon ouvrage
, page 158 , Traduction de M. de
Soleyzel , Edition de 1677 , chez Gervais
Cloufier , Marquez des arrêts fort rarement
, &c. Mais mettez votre corps en arriere
pour faire baiffer & plier les hanches.
Chap. 45 , pag. 201 & 202 , Supposons
que la tête eft placée , formez de bons arrêts
avec vos gras de jambes , le corps & la
main.
ن م
Non content du principe de cet Auteur
célébre voulez- vous avoir recours
aux lumieres de M. de la Gueriniere ? Il
s'empreffera de confirmer cette maxime. Je
lis actuellement dans fon Ecole de Cavalerie
, édit. in-fol. chap. 10 , page 100 ,
l'ar. de l'arrêt , pour bien marquer un arrêt
le cheval doit être un peu animé auparavant
& dans le tems qu'on fent qu'il va plus vite
que la cadence de fon train , ilfaut, en le ſecourant
délicatement des gras des jambes , mettre
les épaules un peu en arriere & tenir la bride
de plus en plus ferme , &c . Je vois encore
D
>
74 MERCURE DE FRANCE.
quelques lignes au-deffous , en mettant le
corps en arriere , on doit ferrer un peu les
condes , &c. Or mettre fon corps en arriere
, demande & eft effectivement une action
pofitive de ce même corps , mais ce
n'eft pas affez . M. le Duc de Newkaſtle a
fait une divifion de l'homme à cheval, qui
me femble très-claire. Il dit , page 154 ,
ilfaut que vous fçachiez que le corps de l'homme
à cheval eft divifé en trois parties , fçavoir
, deux mobiles & une immobile. La premiere
des mobiles eft le corps jufqu'au défaut
de la ceinture , &c . Voilà donc le corps juf
qu'au défaut de la ceinture , c'est- à - dire
le buste du Cavalier , qui eft déclaré une
partie mobile : une partie mobile eft - elle
donc deftinée à ne jamais varier & à n'être
jamais mue ?
Ce que je trouve à la page 153 , chap.
26, qui traite des aides fecrettes du corps
du Cavalier , n'eſt pas moins énergique.
Lifons : il faut vous affeoir & vous placer
droit fur l'enfourchure, & vous y tenir comme
je l'ai expliqué , fi vous pouvez , quoique puiffe
faire un cheval , pour cela vous devez
prévenir toutes fes actions & faire le contraire
de tout ce qu'il fera : par exemple , fi le cheval
leve le devant , il faut mettre le corps un
peu en avant , parce que fi vous demeuriez
dans la premiere pofture, lorsque le cheval fe
نم
AVRIL. 75 1750.
live ainft , votre corps pancheroit trop en arriere
fur la croupe du cheval. Si le cheval
rue on qu'il faute de quelque maniere que ce
foit , même s'il fépare , il faut mettre votre
corps en arriere , ce qui eft contraire au mouvement
du cheval , car fi vous ſuiviez le mouvement
du cheval , vous mettriez votre corps
en avant , vous feriez jetté à croix ou pile
cul par deffus tête ; le meilleur & le plus für
eft de le tenir en arriere quand il faute ou qu'il
rue, & cette action vous tiendra fur votre enfourchure.
Je me perfuade , Monfieur
qu'un texe auffi intelligible n'a pas befoin
de commentaire . M. le Duc de Newkaftle
vous enfeigne que dans le premier &
dans le fecond cas , il ne faut pas demeurer
dans votre premiere pofture : ne pas demeurer
dansfa premiere pofture , c'eft en changer
& en changer , c'eſt varier fa pofition. Je
pourrois à d'auffi grands témoignages
Monfieur , joindre celui de M. le Baron
d'Efzemberg , qui dans chacune des differentes
leçons qu'il nous donne , propofe
des régles diverfes qui établiffent la néceffité
de cette pofition variée , mais mefurée , &
de ce jufte équilibre qui caractériſe l'homme
de cheval , mais j'abandonne cette premiere
objection , pour examiner fi celle qui fuit
aura plus de confiftance . Je vais la rapporter
en fon entier , dans la crainte de lur
Dij
76 MERCURE DE FRANCE .
faire perdre quelque chofe de fa force.
Page 2792 , vous pofez un principe dont
vous paroiffez douter , quoique ce foit fur lui.
que vous fondiez la réuffite de vos opérations :
or s'il eft conftant que la rêne droite détermine
le cheval à gauche , & la rêne gauche à droite
, &c. Vous fuivez votre idée , que vous .
rendez très-intelligible , mais pensez- vous en
effet que la rêne droite détermine le cheval à
gauche, & l'expérience n'eft- elle pas contraire
à ce que vous avancez ici ? Mettez une bride
dans la bouche d'un cheval ignorant , & portez
la rêne droite à gauche , il n'ira certainement
pas comme vous le défirez , mais pour le
déterminer àgauche, portez votre main gaucho.
àgauche, le cheval obéira auffi- tôt, c'est donc
la rêne gauche qui détermine le cheval à gauche
puifqu'il y obéit, & non la ' roite. Ainfi votre
principe étant détruit , toutes vos opérations en
ce genre ne peuvent avoir lieu . Je ne crois
pas , Monfieur , avoir oublié & omis une
feule de vos paroles.
Il faut l'avouer ,fi eft une prépofition ou
une conjonction conditionnelle & dubitative
, & j'ai eu tort de l'employer , puifqu'elle
vous a mis dans le cas d'être inçertain
de mon fentiment fur l'effet des rênes ,
& de me croire dans le doute & dans la
perplexité à cet égard. Pour vous convaincre
à jamais de mes idées fur ce point ,
AVRI L. 1750. 77
j'ofe oppofer encore à votre expérience les
dogmes & les axiomes des deux illuftres
Ecrivains que j'ai cités ; ils vous offriront
toujours une fource inépuifable de lumieres
& de connoiffances.
Voici comment M. de la Gueriniere ,
non moins profond , mais plus à la portée
de tout le monde que le Duc de Newkaftle
, s'explique dans le chap. 7 , p. 87 , cn
parlant de la main , de la bride & de fes
effets. Le troifiéme effet de la main eft de
tourner à droite en portant la main de ce côté,
ayant les ongles un peu en haut , afin que la
rene de dehors , qui eft la rêne gauche , laquelle
doit faire action, puiffe agir plus promp
tement . Le quatrième effet eft de tourner à
gauche en y portant la main , tournant un pen
les ongles en- deffous , afin de faire agir la rêne
de dehors,qui eft la rêne droite à cette main.
D'une autre part M. le Duc de Newkaftle
, ch. 12 , page 128 , nous dit : je vous ai
fait voir comme la rêne de dedans preffoit le
theval du côté de dehors de la volte & le faifoit
regarder dedans , & je vous ai auffi fait
voir comme la rêne de dehors preffoit le cheval
du côté de dedans de la volte & le faifoit regarder
hors la volte, & pour paffager il faut qu'il
foit preffe du côté de dedans, & par confequent
qu'il falloit lui donner l'aide avec la rêne de
dehors , mais pour le faire regarder dans la
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
valte , j'aide auffi avec la rêne de dedans , fi
bien que j'aide avec les deux rênes en paſſageant
; la rêne de dedans eft pour le faire regarder
dans la volte , & la rêne de dehors eft
pour faire approcher fon épaule de dehors
vers le dedans . Il femble enfin , Monfieur ,
qu'ailleurs & dans le chap. 14, il ait voulu
vous inftruire en même- tems & de l'ufage
des rénes & de l'art avec lequel on doit
varier la pofition de fon corps.
Pour la main droite, ce font fes termes , il
faut tourner en haut le petit doigt & au même
inftant tourner la main vers le dedans de la
volte , mais il faut avancer en avant votre
épaule de dehors en même- tems auſſi. Pour
la main gauche tournez les ongles en bas ,
qui eft le contraire de la main droite , & tournez
la main en dedans de la volte , c'est -àdire
, qu'il faut mettre la main fur le dedans
de la volte & avancer votre hanche droite qui
vous aidera à avancer l'épaule droite , ce qui
vous fera non-feulement aider mieux votre
cheval , mais vous en ferez mieux placé& en
état de paroître de meilleure grace à cheval.
Le principe dont la prépofition dubitative
fi vous a perfuadé que je doutois
mais dont néanmoins j'étois , je fuis & ferai
toujours certain , eft donc , Monfieur
un principe inconteftable. La rêne droite
détermine le cheval à gauche , la rêne
>
AVRIL. 1750 . 79
gauche détermine le cheval à droite ; cette
maxime confacrée par le Duc de Newkaſtle
, avouée & adoptée par M. de la Gueriniere
, écrite , en un mot, par l'un & par
l'autre , diminuera peut-être l'autorité
qui naît de votre expérience , & rendra
fans doute , à toutes les opérations que j'ai
prefcrites en conféquence , cette force &
cette certitude qui réfultent ordinairement
d'une vérité démontrée.
Mais , dites-vous , mettez une bride dans
la bouche d'un cheval ignorant , & portez la
rêne droite à gauche , il n'ira certainement
pas comme vous le defirez , mais pour le déterminer
à gauche , portez votre main gauche
à gauche , & le cheval obeira auffi- tôt :
c'est donc la rêne gauche qui détermine le cheval
à gauche , puisqu'il y obéit , & non la
droite.
On feroit réellement tenté d'envifager
cet argument comme une de ces premieres
épreuves que l'on propofe à notre génie
dans le deffein de le former & de l'étendre.
Quoiqu'il en foit , avez- vous vraiment
penfé , Monfieur , que j'ai entendu parler
d'un cheval ignorant ? Non , car à la page
2210 , vous me reprochez d'avoir , hors
de faifon & du fens de l'objection , parlé
d'un cheval accompli. Quelle idée attachez-
vous, en fecond lieu, aux mots de che-
D iiij
So MERCURE DE FRANCE.
val ignorant , car il eft parmi ces animaux ,
comme parmi les hommes , divers degrés
d'ignorance ? Votre intention a- t'elle été
de défigner un poulain , un cheval neuf ,
qui n'a jamais été monté, & qui ne connoît
rien , un animal entier à quelque main ou
qui fe livre à mille deffenfes ? En ce cas le
moindre piqueur fçait par expérience que
les rênes féparées , c'est-à- dire , la rêne
droite dans fa main droite & la rêne
gauche dans fa main gauche , s'il tire la
rêne droite à droite , le cheval s'y porterà,
comme il fe déterminera à gauche , en conféquence
de l'action de la rêne gauche , tirée
de ce même côté , mais parce que dans
ces circonftances on eft contraint d'opérer
avec la rêne gauche pour tourner à gauche
, & avec la rêne droite pour tourner à
droite , conclure indéfiniment qu'il fauc
toujours en ufer ainfi , & que jamais le che
val ne peut obéir à l'action de la rêne oppofée
, c'eft contredire les régles les plus
communes , c'eft du principe le plus réel
& le plus conftant tirer la conféquence la
plus faufle.
Je dis que c'eft contredire les régles les
plus communes ; j'ajoûterai , les régles même
les plus naturelles . Voyez en effet un
homme & un cheval , tous les deux également
ignorans , c'eft -à-dire , qui n'ont
AVRIL. 81
1750.
point eu d'école. Je fuppofe dans le premier
l'unique habitude de tenir les rênes
de la bride dans la main , & de piquer fon
cheval , & dans le fecond , celle d'avoir une
embouchure dans la bouche , une felle fur
le corps & de cheminer. Que fait l'homme
ignorant pour porter le cheval à gauche
? Il tourne la main gauche à gauche.
Que fait- il pour porter fon cheval à droite
? Il tourne la main gauche à droite , &
il conduit à fon gré ,
quelqu'ignotant
qu'il foit , l'animal ignorant qu'il monte
parce qu'en tournant la main gauche à
gauche , il racourcit la rêne droite qui détermine
le cheval du côté gauche , où le
Cavalier le mene, & qu'en portant fa main
gauche à droite , il racourcit la rêne gauche
, qui détermine le cheval à droite.
C'eſt ainfi qu'une multitude innombrable
de perfonnes fait , à l'imitation de M.
Jourdain , de la Profe , fans le fçavoir.
La propofition que j'ai avancée dans ma
Lettre à Mylord , fur la précifion , la jufteffe
& l'exactitude des aides , forme le
troifiéme objet de vos obfervations & de
vos remarques. Je me rappelle qu'elle eft
conçue en en ces termes. Mais lajufteffe ,
la précifion , l'exactitude des aides , confiftentelles
uniquement dans cet accord de la main
des jambes ? Non , Mylord , quelque précis
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
que foit cet accord , il ne conftituerajamais la
perfection d'une exécution fine & mesurée . La
jufteffe des aides peut être confidérée relativement
à l'action du Cavalier & relativement
à celle de l'animal qu'il travaille ; relativement
à l'action du Cavalier , elles feront juf
tes , dès que les parties qui doivent agir , agiront
proportionnément entre elles , mais rela
tivement à l'action de l'animal , elles cefferont
de l'être deviendront même fauſſes , malgré
leur rapport & leur réunion , fi elles ne
font pas données à tems .
Comparons à préfent , Monfieur , la
maniere dont vous réfutez cette diftinction
avec les expreffions que j'ai mifes en
ufage ; j'y fuis d'autant plus intereffé , que
ce parallele ne peut qu'être extrêmement
avantageux à mes idées , puifqu'il prouvera
qu'elles font à cet égard entierement
conformes aux vôtres.
La jufteffe des aides , avez -vous dit , en
ne prenant qu'un des membres de ma propofition
, peut être confiderée relativement à
T'action du Cavalier. Réponse. Non , mais relativement
à l'action du cheval , car elles ne
peuvent être appellées aides juftes , qu'autant
qu'elles font agir la machine de l'animal dans
des inftans difficiles à faifir , mais feuls poffibles
; car , continuez- vous , pour affermir
toujours de plus en plus votre opinion , ſi
AVRIL. 1750. 83
les aides de l'homme ceffent d'être analogues
aux mouvemens qu'il veut que le cheval exécute
, ce ne feront plus des aides , mais des
mouvemens fans ordre & fans précifion : c'eft
pourquoi la jufteffe des aides confifte uniquemens
dans l'accord de la main & des jambes,
dans les inftans poffibles à l'animal.
Si les aides de l'homme ceffent d'être analogues
aux mouvemens qu'il veut que le cheval
exécute , ce ne feront plus des aides , mais des
mouvemensfans ordre & fans préciſion. Ou
bien , relativement à l'action de l'animal, elles
cefferont de l'être ( juſtes ) & deviendront
même fauffes , malgré leur rapport & leur
réunion , fi elles ne font pas données à tems.
Je le demande avec ingénuité ; ces deux
propofitions font-elles contradictoires &
préfentent- elles un fens different à l'efprit ?
Sera-ce donc la diftinction des aides , confidérées
d'une part relativement au Cavalier
, & de l'autre relativement au cheval
que vous avez prétendu relever ? Je trou
ve dans la conclufion de votre raiſonnement
fur ce point les deux conditions que
cette même diftinction renferme , très- nettement
expliquées . C'est pourquoi la jufteſſe
des aides confifte uniquement dans l'accord de
la main des jambes , dans les inftans poffibles
à l'animal. La jufteffe des aides confifte
uniquement dans l'accord de la main & des
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
jambes. Premiere condition relative à l'action
du Cavalier & à la néceffité de l'accord
des parties qui doivent aider , dans
Les inftans poffibles à l'animal ; feconde condition
relative à l'action du cheval & à la
difpofition actuelle & préfente de fes membres
, fans laquelle il ne peut paffer à telle
autre action , qui n'eft poffible qu'attendu
cette difpofition actuelle .
Votre quatriéme objection contient , &
je ne me trompe , le reproche que vous me
faites d'avoir laiffé échapper le point !
de la difficulté au moment même où l'on
s'attendoit à une décifion complette . Selon
ce que vous m'apprenez , Monfieur , ị
il s'agiffoit dans la queftion inferée dans
les Journaux d'Avril 1748 , d'un chevalfans
école , tandis que j'ai fuppofé au contraire
un cheval accompli ; ainfi vous concluez
que tout l'article que vous examinez , porte
à faux , & pour en donner une preuve
victorieufe & invincible, vous ajoûtez que
fi l'on entend parler d'un cheval accompli ,
obéiffant & atientif, il doit répondre exactement
à des mouvemens invifibles auſpectateur,
prefque infenfibles au Cavalier , & qu'enfin
on ne demande ici rien que de naturel .
Je pourrois me juftifier , Monfieur , de
la faute & de l'erreur que vous m'impu
tez , en combattant" fimplement la raifon
AVRI L. 1750. 85
même fur laquelle vous prétendez affeoir
ma condamnation . On ne demande ici rien
que de naturel ;fi l'on entend parler d'un cheval
accompli , obéiſſant & fenfible , il doit
répondre exactement à des mouvemens invifibles
au spectateur & prefque infenfibles au
Cavalier. Quoi donc ! Un cheval accompli,
doué de l'obéiffance & de l'attention la
plus exacte , n'a - t'il plus rien de naturel ?
Le pas , le trot & le galop ont été placés
par le Duc de Newkaitle , par M. de la
Gueriniere , & par M. le Baron d'Eizemberg
, au rang des allûres naturelles de l'animal
; ces allûres cefferoient- elles d'être
telles dans le cheval accompli ? Non , Monfieur
, parvenus par le fecours de l'Art à
lui donner ce point de fineffe & de fenfibilité
, cette précision , cette liaifon de
mouvemens , au moyen defquels il répond
exactement & avec ordre à des mouvemens
invifibles au spectateur & prefque infenfibles
an Cavalier , il eft conftant que nous n'avons
fait que perfectionner en lui la nature.
Nous n'avons pû changer la difpofition
des membres qu'il doit mouvoir toujours
relativement à fa premiere confor
mation , & fi nous n'avons pû changer cette
difpofition relative à fa premiere conformation
, il eft indubitable que le cheval
, quelqu'accompli qu'il foit , préfente
86 MERCURE DE FRANCE.
au Cavalier les mêmes tems à prendre & à
faifir. Or dès qu'il préfente les mêmes tems
à prendre & à faifir , comment & pourquoi
ai-je dû imaginer que la queftion propofée
m'indiquoit plutôt un cheval fans
école , qu'un cheval accompli ? Allons plus
loin , & ma juftification ne fera pas
difficile.
Un principe certain & affûré parmi nous,
eft que la perfection du galop vient de la
légereté des épaules & du bon appui ,
comme celle du trot vient de la foupleffe
des membres . De ce principe en naît un
autre. Il ne faut point galopper un cheval ,
qu'il ne fe préfente de lui- même au galop.
Le trot , vivement battu & diligemment
relevé , lui en facilite l'action ; quand fes
membres font libres,& déliés & qu'il a acquis
une union au-deſſus de la médiocre ,
il s'y détermine fans peine , au lieu que
s'il péfe ou tire à la main , le mouvement
du galop le fait abandonner encore davantage
fur l'appui , & le précipite fur les
épaules .
Tel eft , Monfieur , le fentiment de tous
les Auteurs ; tel eft celui de tous les Maîtres
qui pratiquent. Nous ne tendons qu'à
donner infenfiblement à l'animal l'habitude
d'une exécution conforme à fa diſpoſition
, à fon inclination & à fes forces : de
AVRI L. 1750 $7
que
là la diverfité , l'enchaînement & la fuite
des leçons appropriées à fon naturel & difpenfées
felon les progrès qu'il fait : or
quelqu'un à qui l'on propofe de marquer
le tems jufte que l'on doit faifir paur enlever
le cheval du pas au galop , du trot au gulop ,
de l'amble même au galop , d'expliquer
dans le cas où l'animal fe défuniroùi en travaillant
, les aides l'on pourroit employer
pour le remettre fur le bon pied , fans l'arrê
ter , peut- il croire raisonnablement que la
queftion ne concerne qu'un cheval fans
école , c'eft-à-dire , un cheval dont les
épaules font encore nouées & engourdies ,
dont l'appui n'eft point formé , qui n'a acquis
par aucun exercice reglé ni l'union
ni l'enſemble néceffaire , & qui enfin ne
peut tout au plus qu'obéir aux châtimens
& non aux aides ? Dans quelle circonftance
d'ailleurs, & à quelle occafion cette même
queftion m'a-t'elle été faite ? Elle termine
une analyfe d'un Traité théorique
& pratique de Cavalerie . On prétend
que l'Auteur qui s'eft fort étendu fur l'article
du galop , a oublié de marquer le tems jufte
dont il s'agit : or , dans un Traité théorique
& pratique de Cavalerie , la gradation
des leçons n'eft- elle pas diftinctement marquée
? Et fi elle eft diftinctement marquée,
on n'a pû , on n'a dû infailliblement par88
MERCURE DE FRANCE.
ler que d'un cheval affoupli , obéiffant &
fenfible , parce qu'en un mot , Monfieur
de même que les perfonnes prépofées à la
culture de notre génie , ne peuvent dévetopper
nos facultés , étendre & augmenter
nos vûës , qu'en faifant couler infenfiblement
& par degrés les efprits dans les veftiges
repréfentatifs des objets de chaque
fcience , nous ne pouvons dans notre Art
donner aux fibres de l'animal tout le déployement
, tout le reffort dont elles peuvent
être fufceptibles , que par la répetition
, la continuation & l'augmentation
proportionnée de cette action , & de cet
exercice , qui en facilite la détente , & qui
les difpofe à des mouvemens dont la liberté
, la précifion & la jufteffe dépendent
Toujours d'une fouplefle acquife . Je ne
chercherai donc point à réparer la mépri
l'on m'accufe d'avoir faite , mais je
vous prie fimplement d'obferver que le
mot d'accompli a été ſubſtitué , dans l'inpreflion
de ma Lettre à Mylord , à celui
d'affoupli , que je trouve dans le manufcrit
original , qui eft encore entre mes mains .
fe
que
Enlever le cheval du pas au galop , c'est le
porter de laplus tardive des allures à une action
prompte & preffée , & c . Cette définition
contenue dans ma premiere Epitre et
très- claire , felon vous , & n'apprend rien, fiAVRI
L. 1750 89
non , que plus le degré de lenteur eft grand ,
plus il est éloigné du degré de viteffe du galop
par conféquent moins l'action de l'animal
eft lente , plus elle eft prochaine du degré requis.
Votre obfervation fur cet article me
prouve que ce que vous envifagez comme
très- intelligible , eft néanmoins ce qui n'eft
pas le mieux entendu. La conféquence
que vous tirez de mon raifonnement eft
en effet directement contraire à celle que
j'en ai tirée moi-même : je ne puis vous en
convaincre plus aifément , qu'en vous rappellant
mot à mot ce que j'ai écrit à cet
égard .
Enlever un cheval du pas au galop , c'est
le porter de la plus tardive des allures à une
altion prompte & preffée ; la difficulté qu'il
trouvera à franchir la diftance qu'il y a de la
premiere à la feconde , ne proviendra pas abfolument
de l'oppofition extréme de ces deux
mouvemens differens , mais de l'état dans lequelferont
alors fes forces , qui, plus ou moins
raffemblées , feront plus ou moins près du degré
de percuffion néceffaire pour paffer à une
action infiniment plus diligente , infiniment
plus relevée. Si fon pas en effet est averti ,
s'il eft écouté , quoique la progreffion fera plus
lente que celle qui refulteroit d'un pas allongé,
d'un pas
campagne , il fera plus libre &
plus difpofe à exécuter ce qu'on exige de lui ,
de
90 MERCURE DE FRANCE.
parce que fon allure, étant plusfoutenue ,ſuppo-
Se un plus grand enfemble , & que le plus
le plus ou le
moins d'union lui donne plus ou moins de facilité
à percuter & conféquemment à s'enlever.
Vous voyez donc , Monfieur , que
bien loin de conclure comme vous , que
moins l'action de l'animal eft lente , plus elle
eft prochaine du degré requis , j'avance au
contraire que quoiqu'elle foit lente, pourvû
qu'elle foit foutenue , elle eft plus prochaine
de ce même degré , que celle qui
moins foutenue feroit dans un plus grand
degré de vîteffe, parce que felon ce que j'ai
établi dans mon prélude à Mylord, l'impreffion
la plus forte eft toujours celle qui réfulte
des pieds de derriere . Par eux l'animal
percute non-feulement en tombant & en
frappant, mais en pouffant, de maniere que
l'arriere-main chaffe continuellement devant
lui l'avant -main ; or fi la maſſe entiere ,
on fi la plus grande partie de cette maſſe,réfidant
fur cette arriere- main , détermine la
courbure des reins , la flexion des hanches
, des jarrets , &c. l'extenfion plus ou
moins fubite , & plus ou moins violente ,
qui fuivra cette flexion , fera plus que
fuffifante pour porter l'animal d'un mouvement
lent à un mouvement plus vîte &
plus preffé , quelque remarquable que
foit
la difference & l'oppofition qu'il y a de
AVRIL. 1750. 91.
l'un à l'autre. La vérité de cette propopofition
, qui vous paroîtra peut-être un
paradoxe , eft autorifée par l'expérience . Il
nous arrive fouvent en effet d'enlever un
cheval au galop , non du pas , du trot ou
de l'amble , mais de l'inſtant même du repos
, c'eſt-à-dire , de cet état d'immobilité
dans lequel l'animal eft féant en une même
place ; & comment eft -il poffible qu'il
paffe fur le champ de cet état d'immobilité
à une action véhémente , fi ce n'eft à
raiſon des aides , par le moyen defquelles
le poids de fon corps , fubitement rejetté
fur les hanches, & toutes les forces raffemblées
, le point de percuffion , d'où réſulte
la poffibilité & la plus grande facilité qu'il
a de s'enlever , fe trouve néceffairement
augmenté & proportionné à l'action à laquelle
nous voulons le déterminer & le
conduire ? Que fi , comme vous l'avouez
vous- même , page 2219 , & comme vous
dites l'avoir expérimenté , le cheval ne peut
jamais partir d'un feul tems du pas au galop
fans marquer quelque tems de trot , ce qui ,
continuez -vous , a fait que votre tems ni le
mien n'ont pu réuſſir , c'eſt que vous avez
fans doute foumis à ces épreuves un cheval
fans école , incapable de s'unir , abandonné
fur les épaules , hors d'état de répondre
aux aides de votre corps , de votre
2 MERCURE DE FRANCE .
main & de vos jambes , & cet aveu de voi
tre part démontre encore plus clairement
que je ne l'ai pu faire , que dans la queftion
inférée dans les Journaux d'Avril
1748 on ne devoit avoir en vûë qu'un
cheval affoupli.
Mais l'attention que demande votre
Lettre , & le plaifir que j'ai à la détailler ,
m'engageroit infenfiblement , Monfieur ,
dans une analyſe à laquelle vous fçavez
que mon deffein n'étoit pas de me livrer.
Paffons donc fur le champ à l'examen de
la difficulté qui nous divife.
Mon objet eft de prouver que
le tems
que je faifis , & que je dis que l'on doit
faifir pour enlever le cheval du pas , du
trot & de l'amble, au galop, eft non -feulement
un tems jufte & poffible , mais un
tems tiré du mouvement naturel de l'animal.
Dans la néceffité où j'ai été d'indiquer
à Mylord Wilton les moyens sûrs de découvrir
ce tems , j'ai expliqué les effets
des aides , par le fecours defquelles , plaçant
, pour ainfi dire , à mon gré les membres
du cheval , je le méne infenfiblement
& malgré lui au moment poffible d'exécuter.
L'effet de ces aides clairement développé
, j'ai démontré , & vous en êres
convenu vous -même , page 2212 , que
AVRIL. 1750. 93
l'animal ne peut fe refufer au tems que je
lui fuggére . Il ne peut s'y refufer, & pourquoi
? Parce que ce tems fuggéré n'eft autre
chofe qu'un nouvel arrangement de
fes membres , qui pour lors eft tel que nous
l'appercevons dans l'action du galop ; or fi
l'obligation, dans laquelle je mets l'animal
de partir , naît de ce nouvel arrangement ,
il n'eft donc queftion , pour parvenir à la
connoiffance du tems defiré & que nous
cherchons , que d'examiner fi dans la fucceffion
naturelle & progreffive de fon
mouvement au trot , au pas & à l'amble ,
il eft réellement un inftant où fes jambes
font dans cette même pofition & dans cet
ordre obfervé . Celui où la jambe droite de
devant fe détachera de terre me l'a préfenté ,
parce que dans ce moment en effet , la jambe
droite de derriere eft encore en mouvement
pourfe porter en avant , mais c'eſt là où vous
m'arrêtez , Monfieur , en atteftant contre
moi l'expérience,
D'abord vous m'accufez de n'avoir pas
exactement défini la pofition des pieds
du cheval dans fon action du Il feroit
pas.
affûrément très- difficile qu'une définition
que je n'ai donnée , ni prétendu donner , fût
exacte , & je ne l'ai donnée , ni prétendu
donner , puifque je n'ai parlé que très- fuccinctement
de cettte action , en difant dans
94 MERCURE DE FRANCE.
le prélude de ma réponſe à Mylord, foit que
la progreffion ait lieu ,en conféquence de l'action
alternative & diametralement opposée de la
jambe de derriere du montoir,& de celle de devant
du hors montoir, ou de la jambe du derriere
du hors montoir , & de celle de devant du
montoir, comme nous avons crû juſqu'à préſent
l'entrevoir lors du pas diligent & du trot ,
c. Réfulte-t'il donc de ces expreffions
qu'il n'y ait aucune difference entre le pas
& le trot ? Non , elles annoncent fimplement
, conformément aux témoignages de
tous les Auteurs & à vos propres idées ,
que dans l'une & l'autre de ces allûres
l'action des jambes du devant & du derriere
eft oppofée , traversée & diagonale.
Ne s'agit - il pour fatisfaire votre curiofité
, que d'entrer dans la difcuffion la plus
fcrupuleufe des mouvemens de l'animal ?
J'y fouferis avec l'empreffement , que
m'infpirent , d'une part le defir de mériter
vos fuffrages , & de l'autre l'étroite obligation
dans lequelle je fuis de dévoiler les
fondemens , fur lefquels le fyftême que
vous combattez eft établi.
Pour tracer la pofition des pieds de l'animal
au pas , je ne m'en tiendrai pas ,
Monfieur , à l'infpection d'un cheval de
charette ou de fomme , qui occupé du fardeau
qu'il tire , ou qu'il porte , chemine à
AVRIL.
95 1750.
pas lents & comptés , & dont le mouvement
rallenti , vû les efforts qu'il eft contraint
de faire , vous a montré le long- tems
que fon corps eft fupporté par trois jambes
, fituation forcée & indifpenfable
puifque c'est l'unique dans laquelle il
puiffe s'affermir , foit qu'il ait à porter un
poids confidérable , foit qu'en tirant il ait
à percuter puiffamment pour réfifter &
pour vaincre le même poids qui s'oppofe
à fa progreffion. Si la queftion qui m'a été
propofée n'a pû regarder raifonnablement
un cheval fans école , fans doute qu'elle
eft encore moins applicable à un cheval
bâté ou attelé. Ainfi ne fortons point de
notre hypothéfe , & fixons notre attention
fur l'action des jambes d'un animal qui
chemine franchement & librement ,& dont
les mouvemens font tels que ceux de cette
allûre que nous connoiffons , & que nous
défignons dans notre Art par le nom de
pas. Ne confultons point uniquement
auffi l'aveu fouvent équivoque de nos
fens ; il eft rare , que conduits par ces guides
trompeurs , l'erreur foit inévitable : on
croit voir, ce qu'on ne voit pas ; on ne
voit point ce qu'il feroit effentiel de voir ;
une pofition , une action , un mouvement,
un tems nous échappe , & nous omettons
96 MERCURE DE FRANCE .
dès lors une condition néceffaire qui nous
auroit peut-être fauvé de tout égarement .
Dans le deffein , Monfieur , de n'y pas
tomber moi - même , je conſidérerai donc
dans l'action des jambes de l'animal au pas,
10. l'inftant où elles fe détachent de terre ,
2 °.le tems qu'elles demeurent en l'air ,
3 . l'inftant qu'elles fe pofent à terre , 4 ° .
le tems qu'elles y font fixées , c'eft- à- dire ,
que j'en obferverai le lever , le foutien , le
pofer & l'appui.
Le lever & le pofer font des inftans qui
fuyent trop rapidement, pour qu'ils puiffent
être divifés . Je ne les envifage donc
que comme les commencemens des deux
tems que je définis , & que je nomme le
foutien & l'appui . Je remarque néanmoins
que l'inftant du lever du pied droit de
devant est toujours l'inftant du poſer du
pied gauche de devant , comme l'inftant
du lever du pied droit de derriere eft
toujours l'inftant du pofer du pied gauche ,
fon voifin. Quant aux tems du foutien
& de l'appui fucceffif & marqué de chacune
de ces jambes , ils ne peuvent être
que parfaitement égaux entr'eux dans leur
durée : autrement il faudroit néceffaire- ,
ment que les deux pieds de devant , ou les
deux pieds de derriere , reftaffent quelque
tems
AVRI L. 1750. 97
tems à terre ou en l'air enfemble , ce qui
n'eft point , & ne peut pas être dans l'allûre
dont il s'agit.
Suppofons à préfent que chaque jambe
de l'animal , dont les battues ou les foulées
font efpacées par des intervalles de
tems égaux , foit une feconde de tems à
terminer toute fon action , qui conſiſte ,
comme je l'ai dit , dans l'inftant du lever ,
dans le tems du foutien , dans l'inftant du
pofer , & dans le tems de l'appui. Rappellons
nous que Pinftant du pofer d'une
jambede devant ou de derriere , eft inconteftablement
l'inftant du lever de celle qui
l'avoifine. Souvenons- nous encore que les
deux tems du foutien & de l'appui étant
fenfiblement égaux égaux , & l'action
plette de chaque jambe étant d une feconde
, ces deux tems divifés feront chacun
d'une demie feconde. Il réfultera conféquemment
de cette fuppofition, que la
jambe droite de devant eft une demie feconde
de tems à terre ou fur fon appui ,
tandis que la jambe gauche de devant eft
une demie feconde de tems en l'air ou dans
fon fourien , comme , cette même jambe
gauche de devant étant une denie feconde
de tems à terre , la même jambe droite de
devant fera une demie feconde de tems en
l'air , & ainfi des deux jambes de derriere
E
com98
MERCURE DE FRANCE.
dans leur appui & dans leur foutien réciproques.
Mais au pas les foulées font intercalaires
, c'est-à-dire , que dans le cas où la
jambe droite de devant, en fe pofant, a fait
entendre fa foulée , la jambe gauche de
derriere doit immédiatement après faire
entendre la fienne , la jambe gauche de devant
fait enfuite entendre fa battue , &
cette battue eft fuivie de celle de la jambe
droite de derriere. Or nous avons fixé une
demie feconde de tems pour l'appui de la
premiere jambe mife à terre. La foulée de
la jambe gauche de devant , à qui nous
avons accordé un même espace de foutien,
ne fe fera que lorfque la demie feconde
fera écoulée , & fi fa foulée doit être intercalairement
précédée , comme on ne peut
le nier , de celle de la jambe gauche de
derriere , & ainfi fucceffivement , il eſt évident
que chaque foulée intercalaire , fépa
rée par des tems égaux , qui ne font autre
chofe que les quatre tems du pas, de l'exiftence
defquels nos oreilles nous affûrent ,
doit être marquée à un quart de feconde
l'une de l'autre. Venons à l'application .

Soit faifi le moment où le pied droit de
devant fe leve , fon foutien eft d'une demie
feconde ; le pied gauche de derriere ſe levera
un quart de feconde après lui , ſon
1
AVRI L. 1750. 99
foutien fera auffi d'une demie feconde :.
le pied gauche de devant fe levera un
quart de feconde après celui- ci , il aura le
même tems de foutien , mais celui du pied
droit de devant , qui le premier s'eft levé ,
étant terminé , ce même pied droit de devant
, dans le moment de la levée du pied
gauche fon voifin , fe pofera : un quart de
feconde après , le pied droit de derriere fe
levera , & aura le même foutien , & un
quart de feconde enfuite , le pied droit de
devant , lors de la pofée du pied gauche qui
l'avoifine , recommencera la marche dans le
même ordre & dans la même fucceffion :
or fi le pied droit de derriere fe leve un
quart de feconde après le pied gauche de
devant , & que , dans l'inſtant du lever de
ce pied gauche de devant , le pied droit de
devant fe pofe , le pied droit de derriere ,
pour completter le tems de fon foutien
qui eft d'une demie feconde , a donc encore
un quart de feconde à être en l'air
ainfi quelqu'oppofée que paroiffe à vos
yeux l'action des jambes de l'animal au
pas , non- feulement il eft poffible , mais
il eft certain qu'au moment où la jambe droite
de devant le détachera de terre , La jambe
droite de derriere fera encore en mouvement
pourfe porter en avant.
Dès qu'il eft certain qu'au moment où la
E ij
100 MERCURE DE FRANC E.
}
jambe droite de devant va ſe détacher de teri
re, la jambe droite de derrière eft encore en
mouvement pour ſe porter en avani , & le
trouve conféquemment moins en arriere
que la gauche de l'arriere-main ; cette dif
pofition , cet arrangement des jambes eſt
le feul dans lequel on peut fubftituer à
l'ordre intercalaire , dont j'ai parlé , l'ordre
fucceflif du mouvement des membres
au galop . Qu'arrive- t'il en effet , ſi dans
ce même inftant je forme un demi arrêt
proportionné , & qui jette le poids du
corps fur les hanches ? Ce qui précisément
eft arrivé dans le tems que je fourniffois
artificiellement au cheval le moment poffible
d'exécuter. Le devant eft en l'air ,
l'épaule de dedans , ou l'épaule droite , plus
avancée que la gauche , ou celle de dehors ;
la jambe gauche de derriere eft à terre ,
occupée à foutenir le fardeau du corps ,
qui occafionnant une flexion plus confidérable
, donnera lieu à une détente plus
violente ; l'autre jambe de derriere qui
étoit prête à fe pofer dans l'inftant que j'ai
faifi , fe pofe dans ce même inftant , en
conféquence de l'action de ma main & de
mes jambes , & vient étayer le corps, qui,
puifque la jambe droite de devant le déta
choit de terre , n'auroit été fupporté du
côté droit en aucune maniere , fi celle-ci
1
AVRIL. 1750. 101
ne s'approchoit de la direction du centre
de gravité pour le recevoir.
Le devant eft en l'air : comment y eft il
parvenu ? eft ce par le feul fecours de mes
aides? Non , c'est parce que la jambe gauche
de devant , qui naturellement fe pofoit à
terre , a effectué par la battue & par fa
percuflion la levée de l'avant-main , car
l'action médiate & immédiate de ma main
& de mes jambes n'auroit pû opérer cette
levée fans cette percuffion , & le foutien
de ces deux jambes de devant en l'air eft
le premier moment de l'interverfion de
l'ordre intercalaire , après quoi les jambes
de derriere agiffent fuivant leur arrangement.
La jambe gauche , qui a été chargée la
premiere , percute , & par elle , en percutant,
le corps fe trouve porté en avant , attendu
la fituation perpendiculaire de cette
jambe , tandis que la droite , près de la
direction du centre de gravité , l'enleve ,
vû fa fituation oblique , & donne une
nouvelle force & une nouvelle vîteffe au
mouvement progreffif qu'il a déja reçu ;
c'est ainsi que l'animal paffe de l'action tardive
du pas à l'action prompte & preffée
du galop , pendant le cours & la durée de
laquelle les deux jambes de devant , dont
la percuffion ne peut qu'effectuer à chaque
battue le foutien du corps lors de fa
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
chûte , & la relevée de l'avant-main après
cette chûte , tomberont alternativement
dans l'ordre que nous avons remarqué .
Vous m'objectez , Monfieur que le
tems que je défigne n'eft point un tems
naturel , mais un tems artificiel , & la raifon
que vous en apportez , eft la néceffité
dans laquelle je fuis de détacher de terre la
jambe du montoir , qui fe pofoit . Il n'eft perfonne
qui ne fente en premier lieu , que
fans la battue de cette jambe du montoir , &
fans fon premier point d'appui fur la terre,
je n'aurois pû enlever le devant de l'animal,
& je vous le démontrerai dans la fuite . En
fecond lieu , je ne comprends pas quelle
eft la diftinction que vous voudriez faire
ici des tems naturels & des tems artificiels.
J'entends par tems chaque inftant de poffibilité
, dans lequel le cheval fe trouve ,
d'exécuter ce qu'on lui demande , inftans
qui paffent & qui s'échappent fubitement,
mais qui fe reproduifent fans ceffe , &
dont la fucceffion , plus ou moins rapide ,
eft interrompue par des intervalles qui ne
font que des inftans d'impoffibilité , s'il
m'eft permis de m'exprimer ainfi , & que
j'appellerai contre- tems. Saifir les tems ,
c'eft donc faifir les momens où l'animal
peut ; c'eft profiter avec art de la difpofition
actuelle & préfente de ſes membres,
AVRIL. 1750. 103
pour le conduire à telle action qui n'eſt
poffible , qu'attendu cette difpofition actuelle
, &c. Telle eft , Monfieur , la définition
que vous avez trouvée écrite dans
ma Lettre à Mylord , & à laquelle vous
avez daigné accorder votre approbation.
Or fi faifir les tems , c'eft profiter avec art
de la difpofition actuelle & préfente des
membres de l'animal pour le conduire à
telle action , qui n'eft poffible, qu'attendu
cette difpofition actuelle , & fi au moment
oùje veux faire paffer le cheval du pas au
galop,la difpofition de fes membres eft telle
qu'à l'action à laquelle je veux le déterminer
, il eft indubitable que le tems faifi
dans l'inftant de cette difpofition actuelle
& préfente eft un tems naturel , puifqu'il
eft tiré de la progreffion fucceffive &
naturelle de l'animal dans fa premiere allûre.
Seroit- il donc artificiel , Monfieur ,
parce que je détache de terre la jambe du montoir
, qui fe pofoit ? C'eſt un effet de mes aides
, fans lefquelles je n'aurois pas conduit
l'animal ; ce fecours de l'Art n'influe point
fur la nature du tems faifi , autrement il
faudroit conclure qu'il n'en eft point de
naturel qu'un homme de cheval puiffe
prendre , & en ce cas le prix feroit accordé
avec raifon au cheval qui exécute , & non
au Cavalier qui le monte.
E iiij
104 MERCURE DÉ FRANCE .
Mais la folution que vous donnez , ektelle
plus conforme à cette même nature
que vous réclamez ? Elle ne me paroît pas
du moins bien intelligible. Dabord , je
vois un cheval de charette , qui dans fa marche
a toujours trois pieds à terre en même
tems , & de ces trois pieds , il en eft deux,
tantôt de l'avant main , tantôt de l'arriere-
main , qui font à terre enſemble ; voilà
le premier tableau que vous m'offrez. Le
fecond que vous me donnez , comme une
fuice & une explication du premier , me
fait appercevoir le pied droit de devant tombant
à terre , le pied gauche de derriere tombant
incontinent après , & chaffant le gaushe
dès le commencement de fon mouvement , de
façon qu'il l'oblige d'aller en avant. Le pied
gauche de derriere chaffe le pied droit de
devant dès le commencement de fon mouvement.
Que fignifient ces termes de chaffer & de
mouvement ? La jambe gauche de devant
étant chaſſée , refte- t'elle à terre ? Si elle eſt
chaffée dès le commencement du mouvement de
la jambe gauche , il eft donc deux jambes
en l'air ainfi la premiere peinture que
vous me faites , ne s'accorde pas avec la ſeconde.
Ce pied eft fuivi du droit de derriere ,
qui comme tous les autres étant environ an
milieu de fon action dans un pas lent , chaffe
toujours le pied qui doit fe mouvoir après lui.
AVRIL. 1750. 105
Le pied droit de derriere chaffe celui qui
doit fe mouvoir après lui au milieu de fon
action ; le pied gauche de derriere a néanmoins
chaffe le pied gauche de devant au
commencement de fon mouvement ; le milieu de
l'action de l'un , le commencement du mouvement
de l'autre , font pour moi des ténébres
épaiffes , dans lesquelles mon foible
génie fe confond & fe perd , & qui me
difpenfent d'examiner , Monfieur , le fond
de votre fyftême , qui d'ailleurs , felon ce
que vous m'apprenez , n'a point été couronné
& foutenu par une pratique heureuſe.
A l'égard du tems que je failis pour paffer
de l'amble au galop , vous ferez peutêtre
fort étonné que quelque marquée ,
quelque fenfible , quelque grande que
foit
la difference que vous apperceviez entre
celui que vous indiquez , & celui que je
défigne , il n'y en ait réellement aucune,
Le tems auquel je m'attache , eft l'inftant
où la jambe droite de devant fe détachera
de terre , parce que je ne connois de tems
naturel pour porter , dans l'efpéce dont il
s'agit , le cheval d'une allûre à l'autre , que
celui où fes jambes figurent à peu près ,
comme lors de l'action à laquelle je veux
le conduire. La jambe droite de devant
fe détache-t'elle de terre ? La jambe droite
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
de derriere s'en détache auffi au même
inftant & fuit la droite de devant , tandis
que les deux jambes gauches fe chargent
du poids du corps du cheval. Dans le tems
que vous prenez, la jambe gauche de derriere
tombe à terre , & cet inftant eft , dites- vous,
celui où la jambe gauche de devant s'y poſe
auffi vous n'avez pû faifir l'inftant où la
jambegauche de devant & de derriere tomboit
à terre , fans faifir celui où les jambes droites
alloient s'enlever ; & fi ces deux jambes
droites fe levent dans cet inftant , les quatre
jambes de l'animal font dans une feule
& même pofition , lors de nos deux tems
que rien ne differencie ; le vôtre vous a
réuffi , Monfieur , & l'expérience journaliere
que vous m'affûrez que vous en faites,
me confirme la certitude du mien.
Je pourrois néanmoins placer ici une réfléxion
fur la maniere dont vous expliquez
le mouvement par lequel les parties droites ,
qui alloient s'enlever dans une action convenable
à l'amble , font obligées de monter leur
mouvement au degré du galop. Ce mouvement
fe fera , en pofant la jambe droite de derriere
plus avant que la gauche ; enfuite la gauche
Se pofera à terre. Quelle est la jambe gauche
dont vous voulez parler ? Si c'eft de
celle de derriere , elle fe pofoit à terre à
l'inftant que vous avez faifi , & ne peut
AVRIL. 1750. 107
pas s'y pofer après la droite de derriere ,
puifqu'elle eft à terre avant elle ; fi c'eſt
de la gauche de devant , elle fe pofoit également
à terre , puifque vous pofez pour
principe , qu'à l'amble les deux jambes du
même côté fe pofent à terre en même tems. Et
puifque c'eft le moment que vous avez choifi
, dans tout ce détail je n'obferve qu'une
chofe ; la jambe droite de derriere , placée
plus avant que la gauche , a été celle fur
laquelle ,› par une exception à votre régle
générale, la machine chevaline s'eft enlevée ,
tandis que la gauche , que vous fuppofez
être en l'air , & qui cependant étoit à terre,
a opéré par fa percuffion le port du corps
de l'animal en avant .
Quant au trot , vous avancez comme
une maxime certaine , que le pied droit de
devant , & le pied gauche de derriere , fe
levent & fe pofent à terre enſemble , &
que dès qu'ils y arrivent , le pied gauche de
devant , & le pied droit de derriere , ſe levent
auffi en même tems , & fe poferont
enfuite tous les deux en même tems.
Il ne s'agit fans doute pas ici , Monfieur
, du trot d'un cheval fans école , car
il me paroît extrêmement uni & foutenu ,
mais quel eft le tems que vous choififfez ?
C'est celui où le pied gauche de derriere
tombe à terre , & conféquemment la jarn-
Evj
108 MERCURE DEFRANCE.
;
be droite de devant. Quel eft au contraire
celui que je préfere ? C'eft le tems où la
jambe droite de devant fe détache de terre,
& conféquemment la jambe gauche de
derriere.La pofition des pieds de l'animal ,
dans l'inftant où vous agiffez , eft relle
que la jambe gauche de derriere fe pofe
à terre près du centre de gravité la
jambe droite de derriere dans le même
inftant s'en détache ; voilà donc une difpofition
contraire à l'arrangement des
jambes de derriere au galop à droite , &
conforme à l'arrangement de ces jambes au
galop à gauche. Or fi dans l'inftant de la
pofée de la jambe gauche de derriere à
terre , vous renfermez votre main dans deux
rênes bien égales , dont l'effetfera fuivi d'une
percuffion égale de vos deux jambes , cette
même difpofition vicieufe fubfiftera toujours.
La jambe droite de derriere , bien
loin de fe porter en avant , reftera au même
lieu où vous l'avez furprife dans l'inftant
de votre action ; la jambe gauche de
devant , qui devoit fe détacher de terre
au même inftant que la droite , que vous y
avez fixée, fe trouve en l'air , en fuppofant
néanmoins que vous avez enlevé le devant
au moyen de l'effet des deux rênes
égales & de l'aide de vos jambes , & fielle
fe trouve en l'air , elle est beaucoup plus
AVRIL. 1750. 109
en arriere que la jambe droite de devant ,
qui ,, ayant completté fon foûtien , a embraffé
plus de terrain que la gauche fa
voifine : il eft donc évident que l'animal
en partant fera défuni du derriere , puifque
la droite de derriere ne fuivra point
la droite de devant qui entame.
Examinez à préfent quelle eft la difpofition
des jambes à l'inftant que je faifis. Vous
trouverez que la jambe gauche de derriere
va fe détacher de terre , & eft encore plus
en arriere que la droite de l'arriere- main ,
qui étoit prête à fe pofer près de la direction
du centre de gravité , au moment
même où l'autre alloit s'enlever . Cette
pofition eft conforme à celle de ces mêmes
jambes au galop à droite. Or fi dans ce
moment j'enleve le devant de l'animal ,
je fixe la jambe droite de derriere à terre
moins avant qu'elle ne s'y feroit fixée ellemême
, mais plus avant que la gauche , qui
demeure à l'endroit où je l'ai furprife ; la
ambe gauche de devant par fa chûte à
l'inftant même que je faifis , m'aide à relewer
l'avant- main ; dans ce même inftant.
a droite fa voifine , qui fe détachoit de
erre pour le porter en avant , s'y porte en
ttendant la tombée de cette avant- main ,
qui arrivera après la percuffion du derrie- .
e , & cet arrangement des quatre jambes,
110 MERCURE DE FRANCE.
étant préciſement celui qui eft requis dans !
l'action jufte du galop à droite , me fournit
fans conteftation le tems jufte , pofitif
& naturel , que je defire
Mais , dites- vous , la jambe gauche de derriere
eft toujours celle qui enleve la machine
chevaline. Il eft vrai , Monfieur , que c'eft
premierement fur cette jambe que je l'enleve
, & que je rejette une grande partie
du poids du corps du cheval , mais ne perdez
point de vue la droite de derriere , qui
arrive dans l'inftant même pour partager
le poids & pour affermir l'animal . Je n'aurois
pû au furplus en enlever le devant
dans ces allures , fans le fecours de la percuffion
& fans le premier point d'appui
fur la terre , au moins d'une des jambes de
l'avant-main , quelque force que l'on puitfe
fuppofer dans les reins & dans les refforts
du cheval. Ce n'eft donc point la jambe
gauche de derriere qui enleve la machine ,
parce que le poids du corps n'étant pas
fur la même direction que cette colonne ,
à qui vous accordez la faculté de l'enlever,
& cette colonne n'ayant d'appui ftable
que fur la furface du fol fur lequel elle
repofe , à quelque degré que vous faffiez
monter la puiffance tendante à augmenter
l'angle qui fe trouve entre la colonne ,
AVRI L. 1750. 111
qui eft approchante de la perpendiculaire
& le poids qui eft horisontal , & qui ne
repofe fur cette colonne que par une de
fes extrémités , tout fon effet fe bornera à
le porter en avant dans fa chûte , qui ſeroit
inévitable fans fon appui à l'extrêmité
oppofée .
Telles font , Moufieur , les differentes
obfervations que m'a fuggerées la lecture
de votre Lettre. Je n'ai l'honneur de vous
les communiquer qu'à titre de défenſe .
Quelque féduifans & quelque flatteurs
que foient les piéges que vous tendez à
mon amour propre , je trouve dans mes
fentimens tout ce qu'il faut pour les éviter.
Me propofer de vous inftruire , c'eft m'inviter
à méconnoître la fupériorité que tous
les grands hommes qui vous environnent
ont fur moi ; je me fais une gloire de l'avouer
, & le filence le plus conftant & le
plus profond vous garantira déformais la
fincérité de cet aveu . Je fuis , & c.
112 MERCURE DEFRANCE.
རྒྱ 0 :རྩོ ❁༧ ༽❁ གུ
LE RAT ET LA BELETTE .
FABLE.
UN
pauvre Rat ,
C'étoit un Rat d'Eglife ,
Qui n'avoit pâture à la guiſe ,
Fort mécontent de fon état ,
Voulut fortir de la mifére :
Pour cet effet ,
Il va tout droit
A l'office d'un Preſbytére ;
C'eft-là penfer folidement.
Une fine Belette y mangeoit graffement.
Vivons , dit- il , d'intelligence ,
Je ferai , je crois , bien ici.
Voici
Des mets en abondance.
Je chéris votre compagnie ,
Dit l'hôteffe , fans jalousie ,
Nous pouvons en ce lieu tous deux
Paffer des jours heureux ,
Mais ne montrez pas votre mine
A la cuiſine ;
Si vous étiez vû des matous ,
Malheur à vous.
Par mon agilité , ma mie ,
1
AVRIL. 113 1750.
Reprit le Rat trop peu fenté ,
Jesçauri garantir ma vie
D'un chat mal avifé.
Grand merci toutes fois : l'avis eft falutaire ,
Mais j'ai foif , comment faire ?
A la cuifine dans un ſeau
Je trouverai de l'eau.
Au revoir , ma mignonne ;
J'y cours à petit bruit :
Voilà la nuit.
Je tedirai tantôt , fi la liqueur eft bonne.
Hélas ! par un deftin fatal ,
Meffire Rat fit le régal
D'une chatte rufée ,
Qui le guettoit depuis la matinée e
La Belette perdit fon compagnon.
Cette leçon
Nous prouve ,
Qu'ilfaut fuivre les bons avis
De nos amis ,
Quand on en trouve.
114 MERCURE DEFRANCE.
*****
VERS
Pour mettre au bas d'un Portrait de
Madame du Bocage .
TElle eft l'aimable du Bocage .
Tels fes yeux pleins du feu qui brille en fes écrits,
A tant d'attraits qui ne rendroit hommage ?
De ce qui frappe en elle nos efprits ,
Ce Portrait cependant n'eft qu'une foible image .
D'un oeil d'envie Amour voit fon ouvrage ;
Apollon , à fon tour épris ,
Ne pouvant à fes vers refufer fon fuffrage
Avec l'Enfant aîlé , dans le facré vallon
"
Des plus fuperbes fleurs compofe une couronne ;
D'un vifage riant le tendre Amour la donne ,
Et tous deux fur leur lyre ils célébrent fon nom .
J. F. Guichard.
QUATRAIN
Par le même , fur le deffein qu'il avoit de
faire en vers le Portrait de la même
Dame.
Q
Ui mieux que moi peindroit de Sapho tous
les charmes
Amour ,fi tu voulois conduire mon pinceau !
A VRI L. 1750. 115
Mais que dis - je ? Il fuffit : mon coeur lui rend les
armes ;
C'eft à toi feul à faire un fi riche tableau.
ནཾ
A la même , fur les ouvrages qu'elle a donnés
au Public, Par M. de la Soriniere.
Divinité fur le Pinde adorée ,
Vous , qu'Apollon confulte fur fes vers ,
Quelautre Dieu vous infpira ces airs ,
Dont retentit tout Cythérée ?
O Dieux ! Quels aimables concerts !
Je fens que mon efprit s'enflamme ,
Et que certain charme vainqueur
Entre , pénétre dans mon ame ,
Et trouve la route du coeur.
Non : ce n'eft point une mortelle
Dont la voix éclatte en ces chants ;
C'eſt Venus , qui dans ſa nacelle
Vogue en cadence , au gré des vents :
Zéphir préfide à ce myſtére ,
Vertumne abandonne les champs ,
Et l'Amour d'une aîle legere ,
En concertant avec fa mere ,
Marque la mefure & les tems,
Dans ces tranfports , où mon ame étonnée
Voit captiver mon efprit & mes fens ,
N'entends-je point les aimables accens
116 MERCURE DE FRANCE.
De cette Grecque infortunée
Qui ne put attendrir Phaon ?
Non c'eft l'illuftre du Bocage ;
:
C'eft la riva'e de Milton ,
Qui dès le printems de fon âge
Vient éclairer notre raison.
A M. Deftouches , de l'Académie Françoife ,
fur fá Comédie , intitulée , la Force du
Naturel.
Tout applaudit à ton Drame immortel
De tes lauriers la Scéne fe décore :
Si ton couchant reffemble à ton aurore ,
C'eft la force du naturel.
M. Tanevot.
;
On a dû expliquer l'Enigme & les Logogryphes
du Mercure de Mars , par la
Langue , mantelet , ftratagême , camouflet ,
nuage & framboife . On trouve dans le premier
Logogryphe ane , latte , lame , ame ,
tente , tête , été. On trouve dans le fecond
mafette , rage , été , germe , mets , Mars , mer,
Théatre , gefte , rame , mere , âge & Tage.
* Sapho.
AVRI L. 1750. 117
On trouve dans le troifiéme Catule , Cam ,
flet , moule , fou , mal , lame , feu , eau , mulot,
ut , fa , la , moufle , camelot , Ela , étal ,
atôme , fouet , ame”, mule , tuƒ‚oeuf, Côme
Luc , Malo , flute , culotte , clef , culte , Autel
, muë , Ale , mat , Comt:, muet, col , écu,
mulet , calme , flot ,fat , lor , matou , Calumet
& Lac. On trouve dans le quatrieme nuë ,
Eu , an , Ange , âne , nage , âge , auge , aune,
un & eau ; & dans le cinquiéme les mots
dont il contient l'énumération .
****************
JE
ENIGM E.
E fuis enfant du génie ,
Et fouvent de la fantaisie.
Lorfque je parois chez le Roi,
Auffi- tôt de me fuivre on ſe fait une loi ,
Et fans avoir pi forme , ni figure ,
Je fuis toujours le chefde la parure.
De moi ne peuvent fe paffer
La coquette & le petit maître.
Enfin , Lecteur , pour mieux me dévoiler ,
Et de toi me faire connoître ,
Apprends que le François me confidére tant
Qu'il me donne le prix fur l'or & fur Pargent.
Par J. F. Fival,
IIS MERCURE DE FRANCE .
LOGOGRYPH E.
CLofe pendant l'été , je parois dans l'automne
Ma préſence bientôt réveille le gourmand ,
Et porte le vieillard auffi- bien que l'enfant
A chercher dans mon fein les faveurs de Pomone.
D'abord dans mes neuf pieds , Lecteur ,
En combinant , je t'offre ma couleur ;
un efprit bienheureux ; ce qu'en fante l'envie ;
Une Ville de France , un fleuve renommé ;
Ce qui paffe bien vite , & mefure la vie;
Un ſtupide animal , un pays éloigné ,
Deux animaux , l'un fidel , l'autre traître ,
Qui , tous deux compagnons , fervent le même.
maître .
Lecteur , cela fuffit , & fans trop t'arrêter ,
Tu peux ailément m'expliquer.
Par M. de la Roche , le jeune.
AUTRE.
Par les jolis acceus d'un gofier gracieux ,
De l'hyver fugitif j'annonce les adieux .
Mais , pour me défigner encor d'une autre forte ,
Sur douze pieds monté , voici ce que je porte :
Une Ville , jadis défendue avec art ,
AVRIL. 1750. 119
Conquife néanmoins par Philippe & Richard ;
Une illuftre Maifon , où brille une Princeffe ,
Dont la rare beauté releve la fageffe ;
Un Empereur fameux par de triftes revers ;
Le Héros que le Taffe a chanté dans fes vers ;
Un zélé compagnon des exploits d'Alexandre ;
Un brave défenfeur des rives du Scamandre ;
Le Prince , dont Turenne admira la valeur.
Après un tel détail , devine - moi , Lecteur.
ParM. de Lanevere , ancien Moufquetaire
du Roi , à Dax.
LOGOGRYPHU S.
Bisternis pedibus confto , mihi fyllaba triplex ;
Et triplex fenfus ; per me diademata , honores ,
Ingenium , virtus , alienaque jura parantur ;
Per me Ifac lætus gentem reparavit amicam :
Littera prima cadat , flumen fine nave licebit
Tranfire , & vanos ridere in littore fluctus.
Anxius hic hæres lector : gaudere reperto
Nomine fi tantum cupias ( adverte ) patebit.
Pignus amicitiæ , timidi vel pignus amoris ,
Sæpè fui , cum fole novo novus inchoat annus.'
Sed quid vana..... ftupes , Lector , clademque
fateris.
Victor abi dederat quod quæris Gallia nomers
:
# 20 MERCURE DE FRANCE .
NOUVELLES
L
LITTERAIRES ,
DES BEAUX- ARTS, &c.
ES PRINCIPES de la Jurifprudence
Françoife , expofés fuivant l'ordre
des diverfes efpéces d'actions qui fe pourfuivent
en Juftice . A Paris , chez Briaffon,
rue Saint Jacques , à la Science & à l'Ange
Gardien , 1750. Avec Approbation &
Privilége du Roi. Tome 1. pp. 372. Tome
2. pp . 480.
On eft redevable de cet ouvrage à M.
Prevôt de la Jannes , Confeiller au Préfi
dial d'Orléans , & Profeffeur en Droit
dans l'Univerfité de la même Ville. Selon
le jugement des perfonnes plus en état
que nous de prononcer fur le mérite de
ce Livre , les Principes de la Jurifprudence
Françoife y font expliqués trèsclairement
, & appliqués avec une parfaite
juſtelle aux diverfes actions contentieules.
Les mêmes perfonnes prétendent qu'il eft
peu de Traités , dont l'étude foit plus néceffaire
aux jeunes gens qui fuivent le
Barreau. Nous ajoûterons que ceux mêmes,
qui ne fe deftinent point à la Profeffion
d'Avocat , peuvent tirer une très rande
utilité de la lecture d'un pareil ouvr ge.
TRAITE
A VRI L. 1750. 121
TRAITE' des Péremptions des Inftancess.
Par feu Me. Jean Menelet, ancien Avocatt
au Parlement de Dijon . Revû & augmenté
par Me. J. F. Bridon , aufli Avocat au même
Parlement. A Dijon , de l'Imprimerie
de de Fay , l'aîné , & fe vend chez de Fay ,
puîné , Libraire , rue Portelle , 1750. In-
8°. pp. 366.
Voici encore un autre Traité de Jurif
prudence. Son feul titre annonce fuffifamment
fon utilité , & par tout ce que
nous avons entendu dire de l'ouvrage , il
paroît que la matiere , qui en fait l'objet ,
y eft traitée d'une façon abfolument neuve
, & tout- à- fait conforme aux principes
des plus habiles Jurifconfultes .
LE RHINOCEROS , Poëme en profe ,
divifé en fix Chants. Par Mlle de ****.
Et pueri nafum Rhinoceruntis habent . Martial
. Ep. 1750. in - 8 ° . pp . So.
Cetre Brochure eft plus de notre reffort
que les deux Livres précédens. Auffi , pour
en porter notre jugement , nous ne nous
appuyerons point des décifions d'autrui.
Elle eft écrite avec feu , & l'Auteur y a
répandu en plufieurs endroits une critique
fine des moeurs du tems. S'il n'étoit pas
injufte d'examiner féverement un fimple
badinage , nous remarquerions que la vrai
F
122 MERCURE DE FRANCE.
femblance eft trop négligée dans l'avanture
d'Elmire & de Verbois.
DICTIONNAIRE des Monogrammes , Chif
fres , Lettres Initiales , Logogryphes , &c.
fous lefquels les plus habiles Peintres,
Graveurs & Deffinateurs , ont défigné leurs
noms. Traduit de l'Allemand de M. Chrift,
Profeffeur dans l'Univerfité de Leiptick ,
& augmenté de plufieurs Supplémens. Par
M. ** , de l'Académie Impériale , & de la
Société Royale de Londres. A Paris ,
chez Sebaſtien Forry , Imprimeur- Libraire ,
Quai des Auguftins , près le Pont Saint
Michel , aux Cigognes , 1750. In- 8° . pp.
378.
Tous les amateurs de la Peinture recevront
ce préfent avec reconnoiffance. La
plupart d'entre eux , pour mettre le prix à
un Tableau , ne fe contentent pas de connoître
par eux-mêmes , qu'il renferme de
grandes beautés ; ils veulent encore être
certains qu'il eft de la main d'un Peintre
célébre , & cette certitude dépend quelquefois
d'une marque cachée dans quelque
coin de l'ouvrage. Plufieurs de ces
marques font fort extraordinaires ; fouvent
même il eft difficile de deviner fi elles
repréfentent des lettres ou d'autres objets.
De plus, le même Maître s'eft fervi ſouvent
1
AVRIL. 1750. 123
de marques differentes , & la même marque
a été employée par differens Maîtres.
Ces circonstances , & plufieurs autres que
nous ne rapportons point , contribuent à
jetter beaucoup d'obfcurité dans l'Hiftoire
de la Peinture & de la Gravure. L'objet de
ce Dictionnaire eft de remédier à cet inconvénient
, autant qu'il eft poffible , &
d'aider les curieux à difcerner , fi un ouvrage
eft effectivement de l'Auteur dont
ils le foupçonnent.
HISTOIRE de la Ville de Lyon, M. l'Abbé
Pernetti , déja connu par plufieurs ouvrages
, nous prie d'inferer ici une Lettre par
Laquelle il invite fes compatriotes à lui
fournir des fecours pour ce travail important.
rifé
Monfieur , ayant été follicité & autopar
le Confulat à la compofition d'une
nouvelle Hiftoire de Lyon , j'ai crû
devoir raffembler tous les moyens de la
rendre auffi parfaite qu'elle peut être : un
des plus effentiels eft la communication
des Piéces & des Actes originaux qui fe
trouvent dans vos Archives.
L'importance du fujet , la gloire de cette
Ville , l'honneur des Eglifes qu'ellé
renferme , font les feuls motifs qui m'ont
déterminé à
entreprendre un ouvrage
difficile ; ce font auffi les feuls que j'em-
3
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
ploye , pour obtenir de vous la
grace que je
vous demande , felon la forme & fous les
conditions qui vous paroîtront les plus
convenables .
Je ne parle point de l'intérêt particulier
de votre établiſſement , auquel il s'en
faut bien que nos Hiftoires ayent rendu la
juſtice qui lui eft dûe , ni de tant de noms
précieux à la vertu , inconnus au monde ,
qui méritent d'avoir place dans les faſtes
de cette Ville.
Quelque foit mon zéle la Patrie
, pour
il a befoin de fecours , & c'eft en partager
le fuccès que de l'aider. Je fuis , & c.
PERNETTI , Chevalier de l'Eglife de
Lyon , de l'Académie des Sciences & Belles
Lettres , & de la Société Royale , de cette
Ville,
Lyon , 20 Novembre 1749 .
Ceux qui voudront faire part de leurs
découvertes , font priés de les remettre à
Paris à M. Racine , de l'Académie des Inf
criptions , & Académicien Honoraire de
celle des Sciences & Belles Lettres de Lyon,
rue Sainte Anne. Il fe chargera de les faire !
tenir à M. l'Abbé Pernetti.
ARCHITECTURE HYDRAULIQUE . Secon
de Partie , qui comprend l'Art de conftruire
les éclufes , pour diriger les eaux de
· 1750. 125 AVRI L.
la mer & des rivieres , à l'avantage de la
défenfe des Places , du Commerce & de
l'Agriculture ; à l'ufage des Ingénieurs ,
Architectes & Entrepreneurs des travaux
publics. En deux volumes in - 4° . grand papier,
accompagnés de cent quinze planches
in -folio.Ouvrage fervant de fuite à la Science
des Ingénieurs. Par M. Belidor , Colonel
d'Infanterie , Chevalier de l'Ordre Militaire
de Saint Louis , &c. Propofé par
foufcription. A Paris , Quai des Auguftins
, chez Charles- Antoine Jombert , Libraire
du Roi pour l'Artillerie & le Génie,
à l'Image Notre-Dame , 1750.
Afin de mettre nos Lecteurs plus à portée
de juger de l'importance & du mérite
de ce Livre , nous allons copier deux Aververtiffemens
, l'un de l'Auteur , l'autre du
Libraire.
Avertiffement du Libraire , fur la premiere
Partie de l'Architecture Hydraulique.
Quoiqu'il y ait peu de Livres de
Sciences plus généralement répandus
en Europe , que la premiere Partie de
l'Architecture Hydraulique , à en juger
par la promptitude du débit des éditions
faites à Paris & en Allemagne , où les
Sçavans l'ont traduite en leur Langue ;
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
peut- être ferai -je plaifir à ceux qui n'ont
pas eu occafion de connoître cet ouvrage ,
de leur donner une idée de cette premiere.
Partie .
Elle comprend l'Art de conduire , d'élever
& de ménager les eaux pour les differens
befoins de la vie. En deux gros volumes
in-4°. grand papier , accompagnés
de cent planches d'une grande beauté.
Comme le principal objet de l'Auteur a
été d'appliquer la théorie des Méchaniques.
à l'ufage qu'on peut faire des machines
pour les perfectionner , eftimer la puiffance
qu'il faudra pour les mouvoir , & !
l'effet dont elles feront capables , il en
donne d'abord un Traité préliminaire ,
écrit de façon à faire naître une idée jufte
des differens mouvemens qui fe rencontrent
dans les plus compofées , faifant voir
la réfiftance caufée par le frottement & la
maniere d'en calculer le déchet , afin d'y
avoir égard dans la pratique. Ce fujet eft
appliqué à des exemples propres à éclairer
l'efprit fur les avantages & les défauts
de toutes les machines en général . Après
cela , il rapporte tout ce qu'on peut dire
d'effentiel fur le mouvement des eaux
quelle en eft la pouffée , afin d'y proportionner
la réſiſtance qu'on veut lui oppofer
de la part des bâtardeaux , digues , le-
1
AVRIL. 1750. 127
vées , éclufes , &c. à quoi ſe réduit la force
de leur courant appliqué au mouvement
de toutes fortes de moulins , faifant voir
quel doit être le rapport de leur vîteffe à
celle de la roue , pour que la machine foit
capable du plus grand effet. Il en ufe de
même fur la maniere de calculer la force
du vent , à l'occafion des machines ; comme
on peut auffi les mouvoir par l'action
du feu pour élever l'eau , foit qu'on la tire
d'une extrême profondeur , ou qu'on
veuille la faire paffer fur une montagne.
Les pompes étant indifpenfables dans tous
ces cas , il s'eft fort étendu fur ce qui peut
contribuer à leur perfection , & fur les
moyens les plus fimples de les mouvoir ;
enfin il entre dans le plus grand détail fur
la diftribution des eaux aux fontaines d'une
Ville , & l'Art d'en décorer les jardins de
plaifance.
Le prix de cette premiere Partie eft de
40 liv. reliée , & de 35 liv . en feuilles .
Avertiffement de l'Auteur fur la feconde
Partie.
De tous les travaux aufquels la néceffité
a obligé les hommes de s'appliquer , il n'y
en a point où ils ayent fait paroître plus
de jugement & d'induftrie que dans la
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE.
conſtruction des ouvrages propres à diriger
les eaux de la mer & des rivieres, pour
les affujettir à leurs befoins . Ce que l'on
voit en France & dans les Pays- Bas fur ce
fujet , eft bien plus digne d'admiration
que tous les monumens érigés par le feul
goût de la magnificence , parce que l'on
trouve toujours un plaifir nouveau à examiner
ceux dont on retire des avantages.
Mais n'a -t'on pas lieu d'être furpris quo
cet Art n'ait été imaginé qu'après tant
d'autres moins utiles ? cependant peut- on
difconvenir qu'un Art qui facilite la navigation
de la mer & des rivieres , qui enfeigne
le moyen de les joindre par des canaux
malgré les obftacles que le terrein
préfente , qui defféche les pays aquatiques,
atrole ceux qui font arides , affûre le repos
des places maritimes , & contribue à la défenfe
des autres , ne méritât d'être cultivé
par préference à ceux , qui n'ont pour objet
que le fafte ou l'amufement , puifqu'il eft
la fource d'où naiffent les richeffes & l'abondance
? Il n'y a pas deux cens ans que
les Hollandois ont inventé les grandes
éclufes , & qu'on a appris d'eux à les appliquer
dans une infinité de circonſtances
utiles aux befoins ( de la vie , car nous ne
tenons rien là deffus des anciens , qui foit
AVRIL. 1750. 129
digne d'entrer en comparaifon avec les
ouvrages merveilleux dont l'Europe eſt
préfentement remplie .
Vers le milieu du Regne de Louis le
Grand , les Ingénieurs , furtout ceux du
Roi , firent des progrès furprenans dans
Architecture Hydraulique , en exécutant
les travaux immenfes que ce Monarque
ordonna dans tout le Royaume. Mais
quelles peines n'ont-ils pas cu pour parvenir
à travailler fûrement ? Et que n'euffent
ils point donné pour avoir fur cette matiere
un Traité où ils euffent trouvé de quoi les
guider ? Faute de pareils fecours , il eft
bien à craindre que l'on ne faffe des effais
onéreux à l'Etat ; combien d'ouvrages
échoués par le défaut de conftruction ? Ön
ne fent jamais mieux fon indigence , que
lorfqu'on le trouve dans le cas d'exécuter ,
ou de rendre ce que l'on ne fçait qu'imparfaitement.
L'Architecture Hydraulique rencontre
bien plus de difficultés dans l'exécution
que la Civile ; c'eft un terrible élement à
foumettre que l'eau , quand il faut y établir
folidement des ouvrages de conféquence
, malgré les fureurs de la mer , ou
les courans impétueux des groffes rivieres.
Que d'Art , d'adreffe & de conſtance ne
faut-il pas pour réuffic ? Au lieu que dans
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
l'Architecture Civile , l'on eft fûr de fon
fait par l'application de quelques régles
générales , autorifées de l'ufage & du bon
goût. D'ailleurs il eft bien plus aifé de s'inftruire
de cette derniere , fur laquelle on
a un nombre d'excellens Livres , au lieu
que nous n'en avons point fur l'autre . Les
Sciences , en général , ne fe perfectionnent
qu'autant qu'elles fe tranfmettent dans les
écrits de ceux qui en ont traité. Faute d'en
avoir fur l'objet dont nous parlons , il a
été privé de l'avantage des autres ; ce n'eſt
cependant qu'en étudiant ce qui a été exécuté
de mieux dans chaque efpéce d'ouvrage
, qu'on peut en déduire des maximes
judicieules , tirées d'une pratique raifonnée.
De- là vient que ceux qui voudroient
s'y appliquer , n'ont pas plus de reffource
aujourd'hui qu'on en avoit par le paffé . II
eft auffi à confidérer que la maniere de travailler
changeant felon la nature des
lieux , tel qui aura fait des progrès dans
un endroit , fe trouve déforienté , lorsqu'il
paffe en un autre , furtout des côtes de
I'Océan à celles de la Méditerranée .
Ce font ces réflexions qui m'ont engagé
à faire depuis plus de trente ans des
recherches fur tout ce qui pouvoit me mettre
en état de traiter un fujet auffi vafte ;
je n'ai pour cela épargné ni peines , ni dé-
1
1
AVRIL. 1750. 131
penſes , m'étant tranfporté plufieurs fois
exprès dans nos principaux Ports de mer
fous les aufpices de M. le Grand Amiral
de France , des Miniftres de la Guerre &
de la Marine , afin de m'inftruire moimême,
fur les lieux , de la nature des chofes
que je voulois décrire. De - là j'ai parcouru
les Pays- Bas Autrichiens & la Hollande ,
pour y faire les mêmes recherches . Mais
comme il ne me fuffitoit pas d'avoir vu ce
qui avoit été fait de plus remarquable ,
qu'il me falloit fur toutes chofes être inftruit
de quelle maniere on s'y étoit pris
pour l'exécution , tant de foins cuffent
peut-être été d'une foible reffource , fi la
fortune , qui entre toujours pour quelque
chofe dans nos fuccès , ne m'eût favorifé ,
en me faifant trouver dans le commerce de
nos plus célébres Ingénieurs , & chez
quelques Etrangers , tout ce que je pouvois
défirer pour remplir mon objet. Ainfi j'ai
raffemblé de toutes parts des richeffes inefrimables
, que l'on ne trouve que dans les
fources où je les ai puifées. Quelle perte
pour les gens du métier , & même pour les
Curieux , fi tant de précieux morceaux fuffent
reftés dans l'oubli ! Il eft vrai , que
ce n'étoit point un petit travail que d'en
former un corps d'ouvrage , traité méthodiquement
, & qu'il falloit être bien hardi
F vj
132 MERCURE DEFRANCE.
pour ofer l'entreprendre : mais trop de timidité
tient de l'indolence; il eft permis de
fuivre fon génie , quand on fe voit éclairé,
comme je l'ai été , par un grand nombre
d'habiles gens de tous les pays , où la néceffité
a fuggeré des moyens d'éviter un
mal commun , ou de fe procurer un bien
général , ayant entretenu une correfpondance
avec tous ceux qui pouvoient me
fournir du fecours . Ainsi c'eft le fruit des
profondes méditations & de la longue
expérience des plus grands Maîtres , qui
compofe le fond de ce Traité.
Quoique le Public ait ignoré ces particularités
, il n'en a pas moins marqué d'em
preffement pour voir paroître cet ouvrage
promis en 1727 , conime devant fervir de
fuite à la Science des Ingénieurs, & en 1739,
fous le titre de Seconde Partie de l'Architecture
Hydraulique . L'accueil qu'on a fait à
la premiere , & la protection dont l'a honorée
M. le Comte d'Argenfon par des
traits . dignes de fon goût & de fon zéle
pour le progrès des Sciences , avoit excité
plus vivement que jamais le defir de mieux
faire encore , lorfqu'à la veille de manifefter
ma reconnoiffance , la guerre m'a
obligé de quitter mon cabinet. Cependant
en parcourant l'Allemagne & les frontieres
d'Italie , je n'ai pas laiffé que de mettre à
AV RIL. 133
1750.
Profit tout ce que j'ai rencontré qui avoit
rapport à mon fujet ; il m'étoit trop cher
pour le perdre de vue. Huit ans le font
écoulésfans qu'il m'ait été poffible d'y tra
vailler que par intervalle , mais ayant pris
en 1748 la réfolution de profiter du loifir
qu'alloit me laiffer la paix , j'ai trouvé que
étoit affez avancé ouvrage
chever en peu de tems , en y travaillant
avec affiduité.
mon
pour
l'a-
La conftruction des éclufes de toute ef
pece , avec l'application qu'on en peut
faire
, s'y trouve détaillée jufques dans les
moindres parties. On rapporte pour exem
ple les plus magnifiques qui ont été exé
cutées à Dunkerque , Mardick , Calais ,
Graveline , Oftende , Boufingue , Cherbourg
, Muyden , & c. Les Plans , Profils
& Elévations en développent fi parfaitement
tout ce qui mérite d'être bien diftin
gué, que l'on
peut
, à l'aide
des
inftructions
qui les accompagnent , en exécuter
dans le même goût , & faire mieux encore
à certains égards , montrant ce qui a été
bien ou mal entendu , & les termes de précifion
aufquels la pratique peut atteindre.
On s'eft fort étendu fur la bonne conftruction
de la maçonnerie , fur le meilleur
affemblage de la charpente pour les Radiers
, Bufcs & Portes de toute efpece, fur
134 MERCURE DE FRANCE.
la jufte économie du fer , fa façon , auffibien
que celle des ouvrages de bronze , déduifant
, autant qu'il a été poffible , des régles
générales des cas particuliers qui ont
réuffi .
La maniere d'établir en pleine mer les
fondations des Forts & Jettées , faites à
pierres perdues ou par encaiffement ; celle
d'y parvenir auffi en faifant des bâtardeaux
& des épuifemens , s'y trouve expliquée
dans le plus grand détail : en un mot , tout
ce que l'expérience & le raifonnement
ont enfeigné de mieux pour bâtir folidement
dans l'Ocean & la Méditerranée .
Comme Dunkerque a été la plus fameuſe
école qu'il y ait eu en Europe , pour les
travaux qui conviennent aux Places Maritimes
, par la grande quantité qu'on y en
a faite de toute efpece , depuis que cette
Place eft paffée à la poffeffion de la France,
jufqu'au tems de fa démolition , je me fuis
attaché à rapporter tout ce qu'on y avoit
exécuté de merveilleux , pour bonifier le
Port & en défendre l'accès. Telles font les
Jettées , Forts de charpente & de maçonnerie
, rifbans , bâtardeaux avec leurs éclufes
pour diriger l'eau des foffés , la pofition
& la manoeuvre de celles qui fervoient à
creufer le Port ; en un mot , tout ce qui
peut fervir d'exemple , & inftruire la pofAVRIL.
1750. 134
térité de l'ancienne fplendeur de cette Ville
, dont nous rapportons la naiffance &
l'accroiffement dans un Mémoire hiftorique
, qui fait voir les événemens qui ont
occafionné tous ces travaux , &la gradation
par où ils ont été conduits avant que
d'arriver à leur perfection c'eft même
en les étudiant dans le tems de leurs démolitions
, & en fuivant ce qui fe faifoit alors
au Canal de Mardick , que j'ai formé le deffein
de l'ouvrage que j'annonce aujourd'hui
, ayant jugé des difficultés qu'on devoit
trouver à s'en bien inftruire , par celles
que j'éprouvois moi -même.
Je n'ai rien négligé non plus de ce qui fe
rencontre ailleurs digne d'être rapporté ,
afin de mettre le Lecteur plus en état de
raifonner & d'étendre les connoiffances.
Je parcours nos principaux Ports de mer ,
de l'Océan & de la Méditerranée , pour
faire remarquer ce qu'on y trouve digne
d'attention je m'arrête fur tout à Cherbourg
& à la Barre de Bayonne , pour entrer
dans le détail des magnifiques Jettées
de maçonnerie que l'on y fait depuis quelques
années. D'autre part , Breft , Rochefort
& Marfeille , offrent auffi des exemples
pour la conftruction des Formes deftinées
aux Vaiffeaux & Galeres . Les Fanaux
pour éclairer l'entrée d'un Port ou d'une
1 ; 6 MERCURE DE FRANCE.
riviere , font encore un fujet digne de res
marque. J'en rapporte plufieurs pour exemple
, principalement l'hiftoire & la defcription
de la fameufe Tour de Cordouan.
Je parle aufli des Machines propres à cu→
rer les Ports , & de la conftruction des Ca
renes , Quais de maçonnerie & de charpente.
La maniere de défendre l'accès des Places
de guerre en formant des inondations,
quand elles font à portée de la mer , des rivieres
ou canaux , eft une partie de la Fortification
, qui méritoit bien d'être traitée
à fond , la conftruction des éclufes & bâtardeaux
, demandant beaucoup d'attention
pour diriger les eaux , de maniere à préfenter
à l'ennemi toutes les difficultés
qu'il peut effuyer de cette part.
Ce qui fe pratique en Hollande pour
faciliter l'écoulement des eaux d'un pays
aquatique , nous a fervi d'exemple pour
traiter ce fujet convenablement : ainfi les
Bufes & Pertuis qui s'ouvrent d'eux - mêmes
par l'action de l'eau douce , quand elle
s'évacue dans le tems de la baffe mer , &
fe ferment aufli-rot que la marée remonte ,
font rapportés avec tour ce qui peut intéreffer
la confervation des Digues . Nous
ne nous fommes pas moins attachés à la
. maniere de deffécher les marais , de fe gaAVRIL
1750. 137
rantir des caufes qui occafionnent les
inondations , de conftruire les Etangs ,
conduire les canaux & rigoles d'arrofage ,
à l'imitation de ce qui fe pratique de
mienx en Italie , en Provence & en Suiffe.
Le moyen de rendre les rivieres navigables
, de les contenir dans leurs lits , d'empêcher
que certains courans n'anticipent
fur les terres voisines , eft une partie trop
intéreffante pour ne m'en être pas fait un
objet effentiel . Comme plufieurs Auteurs
Italiens ont écrit d'excellentes chofes fur
ce fujet , j'ai beaucoup profité de leurs inftructions.
D'autre part , nos Ingénieurs
d'Alface ayant une maniere qui leur eft
propre , de faire des épis le long des bords
duRhin , pour contraindre le courant de ce
fleuve à fuivre la détermination qui convient
à la pofition des lieux qu'on veut
conferver , je rapporte dans le plus grand
détail ce qui s'y pratique .
Une partie de mon ouvrage roule auffi
fur les canaux de navigation ; j'y fais
mention de ceux qui ont été exécutés ou
fimplement projettés chez toutes les Nations
, tant de la part des anciens que des
modernes , & de ce que l'on doit obferver
pour former les projets de cette conféquence
, afin de prendre le parti le plus
avantageux. Que de chofes à dire pour ne
138 MERCURE DE FRANCE.
pas multiplier les dépenfes mal - à propos ,
prévenir les inconvéniens inféparables de
pareilles entreprifes , faire une jufte eftimation
des eaux dont on pourra difpofer ,
& de l'économie qu'on peut y apporter ,
lorfqu'on eft dans le cas de ménager celle
qui doit fe tirer du point de partage , en
faifant en forte par un moyen fimple , mais
peu connu , de n'en dépenfer par éclatée
que la moitié, & même le tiers de ce qu'on
a coûtume de perdre !
Je donne dans un grand détail la conftruction
de tous les ouvrages qui appar
tiennent aux canaux , avec les devis qui
en peuvent faciliter l'exécution , relativement
aux Plans & Profils d'éclufes , Sas ,
Baffins , Aqueducs , Deverfoirs , Digues ,
Ponts de maçonnerie & de charpente, &c.
en rapportant pour modéle ce qui a été
exécuté de plus remarquable au fameux
Canal de Languedoc & ailleurs.
Voilà en gros les fujets qui compofent
la feconde Partie de mon Architecture
Hydraulique , ayant obmis ici une infinité
de chofes intéreffantes qui m'euffent
mené trop loin . Elle eft accompagnée d'une
grande quantité de deffeings originaux
d'une précifion peu commune , fur 115
ou 120 Planches in-folio , qui font actuellement
toutes gravées par ce que nous
AVRIL. 1750. 139
avons de plus habiles. * Pour en juger , il
fuffit de dire qu'elles font fupérieures à
celles de la premiere Partie : auffi les frais
de toute efpéce en font ils bien plus confidérables
; mais c'eft de quoi je me fuis
mis peu en peine , pourvû que le Public
fut fatisfait , perfuadé qu'il auroit égard à
la richeffe de l'édition .
L'ouvrage eft en deux gros volumes in- 4°.
fur du grand raifin fin , qui en cuffent fait
quatre ordinaires affez amples , fi je n'avois
ufé d'économie , en chargeant les Planches
autant qu'elles pouvoient l'être , &
en ne donnant aux feuilles d'impreffion.
que la marge néceffaire , afin de ne point
tomber dans le cas d'offrir plus de papier
que de matiere. Pour faciliter l'exécution
de cet ouvrage , M. le Chancelier , qui
veut bien l'honorer de fa protection , a
permis qu'il fût publié par foufcription ,
comme l'a été la premiere Partie , mais elle
n'aura lieu que pour un petit nombre d'éxemplaires
, mon Libraire ne pouvant fe
dédommager, que fur le refte de l'édition ,
des grandes avances qu'il fait depuis longtems.
Le premier payement de la foufcription
eft de vingt livres , & l'on donnera 14 livres
en retirant le fecond volume : ainfi la
Ces Planches fe montrent chez le Libraire.
140 MERCURE DE FRANCE.
foufcription entiere eft de 34 livres pour
les deux volumes en feuilles , qui coûteront
50 livres reliés à ceux qui n'auront
pas foufcrit , fans pouvoir fe flatter de la
moindre diminution . La foufcription fera
ouverte jufqu'au mois d'Août prochain ,
après quoi l'on ne fera plus reçû à ſoufcrire.
Le premier volume fera délivré dans le
mois d'Octobre de la préfente année 1750 ,
aux Soufcripeurs par préférence , le ſecond
dans le même mois de l'année fuivante
, avec l'exactitude qu'on a éprouvée
pour mes autres ouvrages .
Les Soufcripteurs , qui défireront avoir
leurs éxemplaires brochés , payeront pour
la
brochure avec cartons , vingt fols par
volume , à caufe de la grande quantité
de Planches qui doivent y entrer. A
l'égard de ceux qui fouhaiteront les
avoir reliés , outre le prix de la foufcription
,
ils payeront trois livres pour la
reliûre de chaque volume , mais on leur
confeille de faire plutôt retirer leurs
exemplaires brochés ou en feuilles , de
crainte qu'ils ne foient maculés , s'ils vouloient
les avoir reliés avant que l'impreffion
fût parfaitement féche .
Meffieurs les Ingénieurs , Officiers d'Artillerie
& de la Marine , qui voudront
AVRI L. 1750.
141
une
foufcrire, & qui n'auront point de commodité
pour faire remettre l'argent de la
foufcription à Paris au ficur Jombert , auront
la bonté de lui adreffer un billet de
20 livres , payable par le Tréforier Gé
néral de leur Corps , à qui il remettra
reconnoiffance de foufcription
en bonne forme , qui leur fera renvoyée
pour comptant . Les autres perfonnes
de Province & les Libraires étrangers
pourront adreffer de même au fieur
Jombert des Lettres de change fur des
Correfpondans ou Banquiers ; ils affranchi
ront , s'il leur plaît , le port de leurs lettres ,
afin que la quantité ne lui foit point trop
à charge.
Après que j'aurai fatisfait à mes engagemens
fur ce qui précéde , je me propofe
de mettre au jour un autre ouvrage que je
laiffe repofer depuis long- tems , dans l'ef
pérance de le rendre plus accompli ; il aura
pour titre ;
Traité det effets de la Poudre dans le canon,
Les Bombes & les Mines , fondé fur un grand
nombre d'épreuves , appliquées aux opérations
les plus effentielles de la guerre.
Cet ouvrage , que j'ofe dire comprendre
des chofes fort intéreffantes & les plus
capables de perfectionner ce qui appar
tient à l'Artillerie , explique par une théo142
MERCURE DE FRANCE.
rie nouvelle , qui le rapporte à l'expérience,
tout ce que la poudre produit de merveilleux
, d'où l'on déduit la méthode de
calculer fa vîteffe , fon choc , par conféquent
les effets , avec une exactitude dont
ce fujet ne paroiffoit pas fufceptible. J'entrerai
dans un plus grand détail par un
Programme que je publierai en 1752.
On trouve chez le même Libraire une nouvelle
édition de l'Art de la guerre , par principes
& par régles . Par M. le Maréchal de
Puifegur. En deux volumes in - quarto , avec
plus de cinquante planches. Le prix eft de
30 livres. Et l'Ingénieur de Campagne ,
ou Traité de la Fortification paffagere . Par
M. de Clairac , Brigadier des Armées du
Roi , Ingénieur en chef à Bergues . Volume
in-4° . accompagné de trente-fix planches . Le
prix eft de 12 livres.
HISTOIRE ECCLESIASTIQUE , par M.
l'Abbé Fleury.

Rien ne prouve mieux le cas que le Pablic
a toujours fait de ce Livre , que les
éditions réitérées qui en ont paru jufqu'à
préfent ; non-feulement il convient aux
perfonnes qui font une étude particuliere
de la Religion , mais il eft auffi très - utile à
tous ceux qui fe plaiſent à la lecture de
l'Hiftoire.
C'est dans la vûe deprocurer plus aiféAVRI
L. 1750. 143
en
ment cet important ouvrage au Public , &
fatisfaire fon empreffement , que l'on a
cru devoir réimprimer les volumes qui
manquent , afin de former un nombre de
500 exemplaires complets. Pour
faciliter l'acquifition , on offre une diminution
du prix ordinaire de ce Livre , qui
a été jufqu'à préfent de 180 livres pour les
XXXVI volumes in quarto , en feuilles , &
de 90 livres pour les mêmes XXXVI volumes
in- 12 , auffi en feuilles.
Pour favorifer ceux qui voudront s'en
affürer des éxemplaires , on réduira le prix
de 180 liv. à 120 liv . & celui de 90 liv.
à 53 liv. Ce prix fixé fera payé dans les
termes & aux conditions fuivantes.
Conditions pour la foufcription de l'Hiftoire
Eccléfiaftique , in- quarto , XXXVI volumes,
dont le prix ordinaire eft de 180 livres
en feuilles , & qu'on réduit à 120 livres.
On payera , en affûrant un éxemplaire ,
dont les Libraires fourniront leur reconnoiffance
,
30 liv.
En recevant
les tomes
I à VI , en feuilles
au 1 Septembre
1750
, 24 liv.
En recevant
les tomes
VII à XII
au premier Janvier 1751 ,
18 liv.
En recevant les tomes XIII à
XVIII au 1 Avril 1751 , 18 liv
144 MERCURE DE FRANCE.
En recevant les tomes XIX à
XXIV au premier Juin 1751 ,
En recevant les tomes XXV à
XXX au premier Juillet 1751 ,
Les tomes XXXI à XXXVIfe dé-
18 liv.
12 liv.
livreront gratis aux Soufcripteurs
le premier Août 1751. Total , 120 liv .
Les Libraires ne recevront lefdites affûrances
que jufqu'au prem. Septemb . 1750.
Conditions
pour la foufcription de l'Histoire
Eccéfiaftique , in -douze , XXXVI volumes
, dont le prix ordinaire eft de 90 livres
en feuilles , & qui eft moderé à 63 livres .
On payera , en affûrant un exemplaire,
dont les Libraires fourniront leur reconnoiffance
,
En recevant les tomes I à VI , en
feuilles , au premier Mai 1759 ,
En recevant les tomes VII à XII ,
au premier Juin 1750 ,
En recevant les tomes XIII å
XVIII , au premier Juillet 1750 ,
Is
liv,
12 liv.
9 liv.
و
9 liv.
En
recevant
les
tomes
XIX
à
XXIV
, au
premier
Août
1750
,
En
recevant
les
tomes
XXV
à
9 liv.
XXX , au prem . Septembre 1750 , 9 liv .
Les tomes XXXI à XXXVI , fe
délivreront gratis aux Soufcripteursle
premier Octobre 1750. Total , 63 liv.
Les
ANCI AVRIL. 1750. 145
12
Les Libraires ne recevront lefdites affurances
que jufqu'au premier Mai 1750 .
Les Soufcripteurs
feront retirer leurs
exemplaires dans les tems ci - deffus fpécifiés.
On fe croit obligé de les avertir que
s'ils négligent de le faire au plus tard dans
le cours de l'année qui fuivra la publication
entiere dudit Livre , leurs avances feront
perdues pour eux , & ils ne feront
plus admis à répéter leurs exemplaires ;
condition expreffe , fans laquelle les avantages
dont ils jouiffent , ne leur auroient
pas été propofés.
Ce nombre d'exemplaires confommé ,
les Libraires vendront fans remife l'Hiftoire
Eccléfiaftique , in- quarto 180 livres ,
& l'in-douze 90 livres , prix ordinaires .
Ceux qui voudront jouir dès- à- préfent
du bénéfice de la foufcription , en fe procurant
à la fois les XXXVI volumes ,
payeront pour l'in- quarto 120 livres , &
pour l'in- douze 63 livres .
Les perfonnes qui ont déja les XX premiers
volumes de cet ouvrage , & qui
voudront en acquérir la fuite , qui eft en
XVI volumes , donneront en un feul payement
la fomme de 54 livres pour l'in- quar
to , au lieu de So livres , & pour les XVI
volumes in - douze qui fe vendoient 40 livres
, la fomme de 28 livres. Cette dimi-
G
146 MERCURE DE FRANCE.
nution n'aura lieu que jufqu'au premier
Juin 1750.
Ceux qui ne voudront pas prendre les
XVI volumes à la fois , les payeront le
prix ordinaire , c'eft-à- dire , s livres le volume
in- quarto en feuilles , & 2 livres 10
fols le volume in - douze , aufli en feuilles.
On pourra s'adrefler à Paris , chez P. G.
le Mercier , rue S. Jacques , au Livre d'or;
Defaint & Saillant , tue S. Jean de Beauvais
; Jean-Th. Hriffant , rue S. Jacques ,
à S. Paul & à S. Hilaire ; Durand , rue
S. Jacques , au Griffon ; le Prieur , rue S.
Jacques , à la Croix d'or.
HISTOIRE de l'Ancien & du Nouveau
Teftament , par le P. Calmet.
L'Hiftoire du Peuple Juif ayant une.
liaifon néceffaire avec l'Hiftoire de l'Eglife
, qui eft celle du Peuple Chrétien ,
les mêmes Libraires , acquéreurs de l'ouvrage
de M. Fleury , croyent devoir propofer
en même-tems par foufcription l'Hif
toire que le P. Calmet a compofée fur
l'Ancien & le Nouveau Teftament ; ouvrage
connu & recherché , dans lequel
l'Auteur a parfaitement exécuté le deffein
qu'il avoit eu de donner une Introduction
à l'Hiftoire Eccléfiaftique de M. Fleury.
Pour faciliter l'acquifition de ce Livre ,
qui doit naturellement précéder l'Hiftoire
AVRI L. 1750. 147
Eccléfiaftique , voici les avantages que
l'on a crû pouvoir propofer à ceux qui
voudront en retenir des exemplaires d'ici
au premier Avril 1750.
Cet ouvrage forme quatre volumes inquarto
, avec differentes Cartes & figures ,
& cinq volumes in- douze , aulli avec Cartes
& figures. Le prix ordinaire de l'in
quarto en feuilles eft de 20 livres , on le
réduira à 15 livres : celui de l'in - douze en
feuilles eft de 12 livres 10 fols , il fera
réduit à 7 livres 10 fols.
Paffé le tems accordé pour foufcrire à
cet ouvrage , on ne fera plus admis à profiter
de l'avantage propofé .
M. de Chennevieres , Commiffaire Ordonnateur
& Premier Commis de la Guerre,
fait actuellement imprimer une feconde
Edition du Livre qu'il donna en 1742 , &
qui a pour titre, Détails Militaires. L'expérience
qu'il a acquife pendant quatre campagnes
& fes nouvelles recherches , l'ont
mis en état d'y faire des changemens &
des augmentations confidérables.
Mrs les Officiers , tant Généraux que
particuliers , principalement ceux de l'Etat-
Major de l'armée , des Régimens & des
Places , y trouveront bien des chofes relatives
à leurs fonctions , & dont la connoiffance
leur est très-néceffaire.
G ij
14S MERCURE DE FRANCE.
Ce Livre fera auffi fort utile aux Contrô
leurs , Directeurs , Médecins , Chirurgiens
Majors & Aumôniers des Hôpitaux Militaires
, aux Employés dans les vivres & les
fourages , & aufli aux Magiftrats des Villes
, chacun pour les parties qui les concernent.
Il contient le détail des fonctions des
Commiflaires des Guerres dans les Places
& à l'armée , les articles des Ordonnances
qui leur font les plus néceffaires pour l'exercice
de leurs Charges , les décifions tirées
de plufieurs Lettres des Miniftres ; des inftructions
fur le fervice des Hôpitaux Militaires
& pour leur établiffement ; fur la
conftruction des fours de campagne , fur
toutes les fournitures néceflaires pour un
camp ;; fur ce qu'un Commitfaire des Guerres
doit fçavoir , quand il eft chargé de la
fubfiftance d'un Corps de Cavalerie qui
doit prendre le verd , fur les approvifion .
nemens néceffaires dans une Place , par
proportion au nombre de troupes qu'il
faut pour la défendre , & des modéles de
tout ce que les Commiffaires des Guerres
font chargés de faire.
On y trouvera encore tout ce qui regarde
les Revûes , les Etapes , les vivres , les
fourages , la fourniture des lits & du bois
de chauffage aux troupes , celle des chaAVRI
L. 1750 149
riots & chevaux d'ordonnance pour leur
départ & pour les autres occafions où le
fervice de Sa Majefté l'exige ; l'armement ,
l'habillement de l'Infanterie , de la Cavalerie
& des Dragons ; la taille des chevaux
des deux derniers Corps , les Congés des
Officiers , Soldats , Cavaliers & Dragons ,
les enrôlemens , les contributions & diftributions
à l'armée & dans les Places affliégées
, & c .
L'Auteur a ajoûté le détail des fonctions
d'un Commiffaire Ordonnateur, chargé de
celles d'Intendant d'armée , & tout ce qui
concerne le fervice d'un Commiffaire des
Guerres , chargé d'un embarquement de
troupes.
Les Chapitres des vivres , des fourages
& des Hôpitaux , font beaucoup plus étendus
& plus inftructifs qu'ils ne l'étoient
dans la premiere édition .
Ce Livre fera en quatre tomes in- 12 ,
& fe vendra chez le Sr Mariette, Marchand
Libraire , rue Saint Jacques , aux Colonnes
d'Hercule ; on compte qu'il fera achevé
d'être imprimé au commencement du mois
d'Avril.
HISTOIRE générale du douzième fiécle,
comprenant toutes les Monarchies d'Europe
, d'Afie & d'Afrique , les Héréfies ,
les Conciles , les Papes & les Sçavans de
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
ce fiécle. Par M. A ** de Marigny , cinq
volumes in- 12 . fe trouve à Paris, chez Ganeau
, rue S. Severin , à S. Louis & aux
Armes de Dombes , 1750.
DICTIONNAIRE DE TREVOUx en 7 volumes
in-folio , & Supplément , féparément,
ep faveur de ceux qui ont les éditions précédentes.
Nouvelle Edition , propofée par
foufcription. Le prix pour les Soufcripteurs
fera de 140 livres en feuilles , mais
il ne fera que de 108 livres pour les
premiers
acquéreurs . Ceux qui voudront ache
ter l'ouvrage complet , payeront actuellement
54 livres , & en recevant l'exemplaire
, pareille fomme de 54 livres . On ne
recevra des affarances pour ces fept volumes
que jufqu'à la fin de Juillet de la préfente
année. A l'égard du Supplément ,
qui formera un volume d'environ 1200
pages , le prix fera de 30 livres en feuilles,
& pour ceux qui voudront affûrer un
exemplaire , ils ne payeront que 21 livres,
fçavoir en affûrant l'exemplaire 12 livres ,
& en le retirant 9 livres. Ganeau & Compagnie
, chez lefquels on fouferira , invitent
le Public à affûrer les exemplaires
d'ici à la fin de Mai prochain , & fi l'on
ne retire ces exemplaires dans le courant
de fix mois après la publication , les avances
feront perdues , fans laquelle condiNCR
1750. ISI AVRIL.
tion cet avantage n'auroit pas été propofé .
COURS de Belles Lettres , diftribué par
exercices . Tome troifiéme . Aaris , chez
Defaint & Saillant , rue S. Jean- de - Beauvais
, in- 12 , 1748 .
ANECDOTES du Regne de Pierre I. dit le
Grand , Czar de Mofcovie , contenant ,
1. l'Hiftoire d'Eudochia Federowna , &
la difgrace du Prince de Mencikow , premiere
partie de 136 pages . 2 °. L'Ordonnance
du même Pierre 1.du Février 1720 ,
pour la réformation de fon Clergé , feconde
partie de 177 pages , in- 12.
21
ELEMENS de Phyfiologie , par M. Lientaud
, Profeffeur d'Anatomie. A Amster
dam , chez les Freres Daplain , 1749 ,
in- 8°. de 335 pages . L'ouvrage eft en Latin.
CODEX LITURGICUS Ecclefia Univerfa ,
in
дио continentur Libri Rituales , Miſſales ,
·Pontificales, Ceremoniales , Officia , Diptycha,
&c. Ecclefiarum Occidentis & Orientis
tam antiqui quam recentes , editi & manuf
cripti , &c. Ouvrage propofé par ſouſcrip
tion. On foufcrit chez Nicolas Brondi ,
Libraire , à l'Enfeigne de S. Jean de Dieu ,
à Rome. L'Auteur de cet Ouvragé eft M.
Jofeph Louis Affemani , Profeffeur en Langues
Orientales dans le Collége de la Sapience.
ORIGINES & Antiquitates Chriftiana, &c.
G iiij
152 MERCURE DE FRANCE.
Auctore F. Th. M. Mamachi , Ord. Prad.
Collegii Cafanatenfis Theologi. Ce grand
ouvrage , propofé par foufcription , doit
être en XII volumes in-4° . On foufcrit
chez les Palearini , en donnant XI Jules
pour chaque tome , dont le premier paroît
, & le fecond paroîtra au mois d'Avril
1750 , à Rome , & à Paris , chez Debure ,
l'aîné.
DE RATIONE temporum Athanafianorum,
par le même Auteur , à Rome.
LA VERITE' de la Religion Chrétienne
contre les illufions des Juifs modernes ,
par Jean-Antoine Coftanzi , 1749. Dans
la même Ville. L'ouvrage eft en Italien.
L'ARITHMETIQUE pratique , divifée en
15 Traités , par le P. Alexandre de la Purification,
Clerc Régulier de la Mere de Dieu
des Ecoles Pies , feconde Edition in-4° .
Dans la même Ville. L'ouvrage eft en Latin.
DIALOGUE du P. Vincent Riccati , Jéfuite
, fur les forces vives , & fur l'action des
forces mortes , 1749 , in - 4° . de 428 pages.
A Bologne , chez Lelio dalla Volpo.
LA PIETE' des jeunes gens ranimée par
les exemples du P. Jofeph Calafanz , Inftituteur
des Ecoles Pies , 1747 , in- 8°. Ce
Livre eft en Latin & en Italien . A Florence.
LETTRE du P. D. Fidele Soldani , tot
AVRIL. 1750. 153
chant l'état Monaftique , & la parenté de
S. Grégoire VII. Dans la même Ville.
IL MISANTROPO , Comedia del Sig. Moliere
, tradotta in Verfi Toscani dall' Abbate
Enrico Girolami Fiorentino , in- 8°. 1749.
Dans la même Ville.
LES COMEDIES de Terence , traduites
en vers libres. Le Latin eft vis-à- vis. L'ouvrage
eft en Italien.
LES OEUVRES de Saint Fulgence, Evêque
de Rufpe. Chez Auguftin Savioli , 1748 ,
in-folio. L'ouvrage eft en Latin . Ces deux
derniers ouvrages le trouvent à Venife.
TROIS LETTRES de M. le Marquis Maffei
; la premiere fur le premier tome de
Dion , nouvellement imprimé ; la feconde
fur les nouvelles découvertes faites dans
Herculane ; la troifiéme fur une Infcription
trouvée depuis peu à Plaiſance, 1748,
in-4°. A Verone. Ces Lettres font en Italien.
ECLAIRCISSEMENS propres à l'inftruction
de la Jeuneffe Italienne , par Mad.
Marie Gaëtane Agnefi. L'ouvrage eft en
Italien .
DISSERTAZIONE Theologico- critica del P.
Maeftro Fr. Ambrogio Anfano Tanbuxi ,
dell' Ord. de' Predicatori , &c. 1749. Ces
deux Ouvrages le trouvent à Milan.
On trouve à Crémone deux Lettres du
Gy
154 MERCURE DEFRANCE .
Docteur Martin Ghifi , dont la premiere
traite de diverfes maladies qu'on a guéries
par le moyen du Mercure crud , & la feconde
contient l'hiftoire du mal de gorge
·épidémique des années 1747 & 1748. Le
volume eft in- 4° . de 138 pages , fans la
Préface & la Table des matiéres .
DISSERTATION fur les qualités fenfibles
des corps , par le P. Fortuné de Brescia , de
1'Ordre des Freres Mineurs Réformés ,
1749 , in- 4° . de 343 pages. A Breſcia.
RISTRETTO della Sacra Iftoria de M. de
Royaumont , volume in- 8°. de 328 pages.
A Arezzo.
ENTRETIENS fur la Religion , traduits
du François en Italien. L'Auteur eft le P.
Rodolphe Dutertre , Jéfuite , & le Traducteur
eft un eccellentiffimo Duca Napolitano ,
qui ne fe nomme point. A Naples.
LALUCANIA.Difcorfi di Guiseppe Antonini,
Barone della terra di S. Blafo , &c . Dans
la même Ville..
LETTRE d'une Dame fur les phénoménes
de l'Electricité. A Peroufe, 1748 , in- 4°.
On travaille à Lueques à une nouvelle
Edition de l'Hiftoire Eccléfiaftique du P.
Alexandre , Dominicain . L'Editeur eft le
P. Jean -Dominique Manfi , Clerc Régulier
de la Congrégation de la Mere de
Dieu. Cet ouvrage contiendra neuf volu
mes in-folio.
A VR IL. 1750. 155
DISSERTATION fur l'Electricité, par le
P. François -Marie Plata , Jéfuite , in 4°.
de 74 pages , 1749. A Palerme en Sicile.
l'ouvrage eft en Latin .
GOUVERNEMENT de fanté pour le Royaume
de Sicile , & c. in -folio , 1749. Dans la
même Ville. L'ouvrage est en Italien.
TRAITE' des Parlemens Généraux de Sicile
, depuis 1446 jufqu'en 1748 , avec
des Mémoires hiftoriques fur l'ufage ancien
& moderne des Parlemens chez les
diverfes Nations , &c. par D. Antoine
Mongitore , Chanoine - Doyen de l'Eglife
Métropolitaine de Palerme . Nouvelle Edition
avec des notes & des additions du
Docteur D. François Mongitore , Prêtre de
la même Ville , & c. in -folio , 1749. Dans
la même Ville.
LE PREMIER TOME de l'Hiftoire de la
Patrie , in-8° . en Hollandois. Ce volume
commence à l'arrivée des Bataves en ce
Pays jufqu'à l'an 800. Le fecond Tome
vient auffi de paroître. A Amfter dam, chez
Ifaac Tirion.
RECUEIL d'Edits & Placards de l'Empereur
, des Rois , des Electeurs , contre les
Herrnhutſchers , in -4° . Hollandois , dans
la même Ville , chez Henri Vieroot.
HISTOIRE de la derniere guerre en Flandres
, en Brabant , & en Brabant Hollan-
G vj
156 MERCURE DEFRANCE .
dois , in-8 °. Hollandois. Dans la même
Ville , chez S. Van Eweld.
DESCRIPTION de l'lflande , Groenlande
& Détroit de David , par Jean Anderfon ,
traduit de l'Allemand en Hollandois , in-
4°. Dans la même Ville , chez le même .
LE SECRET des Impiétés des Herrnhutfchers
découvert , traduit de l'Allemand en
Hollandois , in-8 ° . Dans la même Ville ,
chez Gerrit de Groot.
LEXICON Galeno-Chymico Pharmaceutiɛum
. Deux volumes in-folio. Dans la même
Ville , chez le même.
HISTOIRE de Thomas Jones , traduit de
l'Anglois par P. le Clerc , in - 8 ° . Dans la
même Ville , chez le même.
RECUEIL de trois Traités touchant le
meilleur Gouvernement des Provinces-
Unies ; le premier de Gysbert Cuper ,
Bourguemeftre de Deventer ; le fecond de
Pierre de Huybert , Confeiller Penfionnaire
de Zélande ; le troifiéme de Conftantin
Huygens , Député de la Province
de Hollande , grand in- 8 °. Hollandois.
Dans la même Ville , chez W.Van Wel
Bergen.
par
CABINET de raretés de Mathématiques ,
Simon Panfer , Mathématicien à Émbden
, in-4°. Hollandois. Dans la même
Ville , chez le même.
AVRIL. 1750. 157
LE LIVRE d'intérêt depuis jufqu'à 6
pour cent , par l'Efpine , en Hollandois &
en François , in -8 °. Le Droit du Change à
Amſterdam , par J. Phoonfen. Deux volumes
in- 8°. Le nouveau parfait Secretaire ,
Hollandois & François , in- 8 ° . A Rotterdam
, chez la Compagnie des Libraires.
LES AVENTURES de Telemaque , avec
figures in- 8°. traduites en Hollandois :
dans la même Ville , chez Jean- Daniel
Beman.
REMARQUES particulieres far les Drogues
de Médecine , par R. Zaff, Médecin .
2. Traité des Jardins de Hollande ,
par H. Van Ooften , in- 8 ° . Recueil des
Remédes domeftiques , in- 8 ° . Hollandois.
Dans la même Ville , chez H. Kentlink.
TRAITE' de deffeings , par J. G. Goerée,
in-8°. Hollandois. Dans la même Ville ,
chez H. Maronier.
ANATOMIE & Traité des mufcles , par
Léonard Taffin , in- 8 ° . Hollandois. Dans
la même Ville , chez le même.
REFLEXIONS abregées , mais néceffaires
pour ceux qui font devenus Herrnhutfchers
, & pour ceux qui ont envie de le
devenir , in-4° . Hollandois. 4 Utrecht ,
chez H. Vonk van Lynden.
LES ANNALES d'Utrecht , par Gafpard
Burman , Hollandois , in - 8 ° . Dans la même
Ville , chez le même .
15S MERCURE DE FRANCE .
LA CONCORDANCE du vieux & du nou
veau Teftament de Trommius. Trois volamcs
. , in-folio , Hollandois. A Lewarde ,
chez P. Koumans & W. Koulon , par foulcription
, dans la mêmé Ville .
BARNABA Briffonii Opera Minora varii
argumenti , in-fol. Dans la même Ville ,
chez Philippe Bonk , & Corneille de
Pecker.
LETTRES Danoiſes , où font rapportées
les aventures d'un Prince d'Afie , appellé
Menola , & les voyages dans les Indes , en
Portugal , en Italie , en France , en Angleterre
, en Hollande , en Allemagne & en
Dannemarck ; augmentées de la moitié ,
par J. Guil. Heyman , Docteur en Médecine.
Trois volumes in-S° . Hollandois .
Dans la même Ville , chez Abraham Honkoop.
DAVIDIS RUHNKENII Epiftola critica in
Homeri Hymnos , & Hefiodum , ad V. C.
Gafpar. Valkenaar , in - 8° . Dans la même
Ville , chez Corneille de Pecker.
LEÇONS ( dictata ) d'Herman Boerhaave,
fur la vertu des médicamens . Traduction
Hollandoife , in- 8 ° . Dans la même Ville ,
chez H. Kentelink , Hondrick van Pelt , &
Adrien Douci.
DESCRIPTION générale de l'Univers ,
traduite du Latin de Bernard Varenius ,
AVRIL. 1750. ∙159
avec les notes d'Ifaac Newton & du Docrent
Jurin , fuivant l'édition du D. Schaw.
Deux volumes , Holl. fans mention de
format. A Harlem , chez Jean Bosch.
CUVRES de M. Antoine Defpeiffes ,
Avocat & Jurifconfulte de Montpellier ,
où toutes les plus importantes matieres du
Droit Romain font méthodiquement expliquées
, & accommodées au Droit François
, confirmées par les Arrêts des Cours
Souveraines , & enrichies des plus utiles
doctrines des Auteurs anciens & modernes.
Nouvelle édition , revûe , corrigée
& augmentée confidérablement , par M.
Guy du Rouffeaud de la Combe , Avocat au
Parlement de Paris , divifée en trois volumes
in -fol. A Lyon , chez lesfreres Bruyfet,
Libraires , 1750.
CUVRES diverfes de M. L. F. Nouvelle
édition , revûë , corrigée , confidérablement
augmentée , & ornée de figures en
taille douce . Deux parties & deux volumes
in- 12 . A Paris , chez Chaubert , Quai des
Auguftins , 1750.
EXPOSITION abrégée des preuves hiftoriques
de la Religion Chrétienne , pour lui
fervir d'apologie contre les fophifmes de
l'irréligion . Ouvrage deftiné à l'éducation
de la jeuneffe , par M. Beanzée. Volume
in- 1 2. de 444 pages , fans la Préface.
160 MERCURE DE FRANCE.
LE CHRETIEN parfait honnête homme;
ou l'Art d'allier la piété avec la politeffe ,
& avec les devoirs de la vie civile . Ouvrage
qui intéreffe tout le monde , où l'utile
eft revêtu de l'agréable , & où la fiction
poëtique fert de canal à la vérité , par
M. l'Abbé Dupréaux , Gradué en Théologie.
Deux volumes in- 12 . A Paris , chez
Valleyre , rue Saint Severin , Huart &
Moreau , rue Saint Jacques.
ANTI - LUCRETIUS , five de Deo & natura
Libri IX. &c. Nouvelle édition , dont le
prix modique la fera rechercher. A Paris,
chez les freres Guerin , Mercier & Deffaint
1749.
la
MEMOIRE fur la Langue Celtique ,
contenant 1 °. L'Hiftoire de cette Langue ,
en indiquant les fources où l'on peuc
trouver aujourd'hui . 2 ° . Une defcription
étymologique des villes , rivieres , montagnes
, forêts , curiofités naturelles des i
Gaules , de la meilleure partie de l'Elpagne
& de l'Italie , de la grande Bretagne
dont les Gaulois ont été les premiers Habitans.
3 °. Un Dictionnaire Celtique , renfermant
tous les termes de cette Langue.
AVRIL. 1750. 161
EXTRAIT
De la Séance publique de l'Académie des
Belles Lettres de Corfe , tenue
le 8 Février 1750.
L'Académie by M.Savelli , pour rem
'Académie ayant nommé depuis la fin
plir une des places vacantes , le nouvel
Académicien y a pris féance le 8 Février
, & après avoir entendu la lecture
des ftatuts , il a prononcé un difcours
de remerciement , dont nous allons donner
l'extrait .
" Citoyen & ami des Arts , pouvois - je ,
» Meffieurs , rentrer dans cette Capitale
fous des aufpices plus favorables ? La paix
rendue , une Académie rétablie , de tels
» bienfaits ne devoient naître que d'un
» Richelieu nouveau.
Après un détail des malheurs de la
guerre , il dit : » Je ne vois plus enfin les
» Citoyens égorgés par les Citoyens ; la
» Corfe oppofée à la Corfe. Ma Patrie me
repréfente un peuple fidéle , qui renonce
» à fes préjugés ; un Souverain qu'elle
refpecte ; un Miniftre François qu'elle
regarde avec raifon , comme l'auteur
a délintéreffé de fon bonheur , puifque
162 MERCURE DE FRANCE .
"
c'est à lui qu'elle doit la connoiffance
de fes devoirs , & les moyens heureux
» de s'y attacher. Paffant enfuite au réta
bliffement de l'Académie : " on a beau
» dire que les grands hommes font impé
» nétrables ; maxime fauffe , qui n'a lieu
» que pour ces politiques accoûtumés à
» conduire les négociations par cette fub
» tilité ingénieufe qui fait tout échouer ;
elle eft découverte. A peine votre Pro-
» tecteur a- t'il páffé dans cette Ifle , que
fon projet a paru au grand jour . Pour
quoi, Meffieurs , vous auroit- il caché fes
" vûes ? Elles ne tendoient qu'à vous ren
" dre heureux . Vous les avez fuivies , &
» vous l'êtes devenus.
ת
Quelqu'inefperée que fût cette paix ,
dont vous cominencez à gouter les fruits,
votre Protecteur a voulu vous faire jouir
d'un bienfait que vous aviez perdu de
» vûe ; les Sciences enfévelies fous les
» ruines du Royaume renaiffent aujour
d'hui , & le premier fruit que je retire
de ce calme , c'eft l'avantage flatteur
» d'être admis parmi vous ; je fens , Meffieurs
, tout le prix de cet honneur , &
» j'effayerois de vous en témoigner ma
» reconnoiffance , fi je ne craignois de
» l'affoiblir ; il eft de ces fituations que
le
» coeur fent , mais que l'efprit ne peut
» rendre.
AVRIL. 1750: 163
M. Savelli paffa enfuite à l'éloge de
l'Académie... A peine rétablis , contianue-
t'il , vous avez déja enrichi votre
Patrie de Differtations fçavantes , & de
plufieurs ouvrages eftimables ; telles font
vos veilles particulieres . Plus grands encore
par vos travaux communs , vous
33
*
allez donner à la République des Lettres
un ouvrage que l'Académie Della
» Crufca ** avoit projetté depuis longtems
, & que le deftin fembloit vous
» réſerver. Revenant de là à quelques
louanges délicates du Protecteur , le nouvel
Académicien termine fon difcours par
l'éloge de la République.
» Dans ces tems même où furpris par une
prévention que des ennemis étrangers
& puiffans nourriffoient dans vos coeurs ,
avez- vous douté de l'amour de vos Maî-
» tres : Si quelqu'un des Citoyens pouvoit
» n'en pas être perfuadé , qu'il écoute la
» voix du fage Miniftre , que la gloire de
-" vos Souverains & la félicité des peuples
» ont amené dans cette Ifle ; il nous dit
tous les jours , que l'unique but de la
* Hiftoire des plus fameux Poëtes Italiens ,
contenant par ordre alphabétique un abregé de
leur vie & de leurs ouvrages .
** Nom que porte l'Académie des Belles Lettres
de Florence .
164 MERCURE DE FRANCE.
"
République eft de partager avec nous le
»douceurs d'une paix que fon courage
» vient de lui procurer.
» La voix de la justice ne nous annonce
» t'elle pas des intentions auffi pures ? Nous
» fommes Sujets , les Génois font nos mai
» tres; en faut - il davantage pour notre bon
» heur ?
n
M. de Chevrier , Directeur , répondit
au nouvel Académicien ; il commença pa
lui faire fentir combien le choix de l'Aca
démie eft avantageux pour elle , & glo
rieux pour lui.
»
Quelque differentes , continua- t'il)
» que foient les prérogatives de la Noblee
» aux yeux des gens de Lettres , ils ne
» laiffent pas que d'avoir une confidéra
» tion fenfible pour ceux qui , fupérieurs
» aux hommes ordinaires par la naillance ,
» veulent l'être encore par le mérite : ces
égards font d'autant mieux fondés
» qu'on le rappelle avec douleur ces tems
ingrats , où la Nobleffe fainéante laiffoit
» au vulgaire le foin laborieux de moif
»fonner les palmes du Parnaffe , & faifoit
» parade d'une ignorance , d'autant plus
dangereufe , qu'une vanité mal enten
» due l'avoit pour ainfi dire , rendue
» refpectable , & quelquefois néceffaire ;
les regards de Louis XIII. firent faire
99
,
AVRIL. 1750. 165
de nouveaux progrès au génie ; Louis le
Grand acheva avec éclat l'ouvrage que
lon pere avoit entrepris avec gloire ; les
Sciences furent regardées comme utiles
dans tous les Etats ; le préjugé difparut ,
& les Nobles commencerent à juger
qu'ils étoient hommes .
» Ces tems de barbarie une fois écartés
, on vit la Nobleffe cultiver les Sciences
avec fuccès , & s'en faire une application
férieufe , lorfque l'interêt de l'Etat
n'exigeoit plus fa préfence dans les
armées. Le Directeur pallant aux ouvrages
donnés au Public par M. Savelli , il
dit : » Iffu * des Héros qui ont ſauvé la
Corfe , vous vous êtes tracé une route
differente , par laquelle vous êtes arrivé
à une gloire auffi folide. Deux chemins
Oconduifent communément à l'immortalité
; les uns féduits par l'éclat des vertus
guerrieres expofent leur vie pour la
défenfe des États s tel fur votre ayeul ,
le brave Savelli : d'autres jaloux d'inftruire
les peuples , fe font abandonnés
entierement à la connoiffance de l'efprit
*M Savelli e reconnu par les Savelly Komains,
pour un des defcendans du Comte Savelly , qui
affa en Corfe dans le huitiéme fiécle , & en challa
les Maures qui infeſtoient cette lſe.
166 MERCURE DE FRANCE.
» humain ; tels font les travaux aufquels
» vous vous appliquez . Si les exploits du
"Comte Savelli le font vivre encore parmi
» nous , vos occupations Littéraires , indépendamment
de ce nom fameux , vous
» acquereront une réputation , peut- être
pas auffi faftueufe , mais du moins aufli
» durable. Turenne & Corneille , Maurice
» & Fontenelle , occupent le même rang
» dans l'efprit de ceux qui ne pefent que
» le mérite , & la postérité n'oubliera pas
» que vous avez éclairé par vos écrits une
» Nation que vos ancêtres ont vengée par
» leurs armes. Le Directeur parlant de l'Académie
, dit : » Nous ne fommes établis
" que pour le bonheur de la Nation , vous
» le fçavez déja , & vous l'apprendrez en-
» core mieux dans nos Conferences par-
» ticulieres ; c'eſt - là où vos compatriotes,
» Auteurs & Citoyens , ne cultivent les
» Lettres que pour l'avantage de la Patric
» & la gloire du Souverain ; le defir impatient
d'une réputation , l'éclat frivole
d'un nom brillant, ne nous font pas illu-
» fion , & nous ne nous appliquons aux
»Beaux Arts , que parce qu'ils nous condui
»fent à la recherche de la vérité qui eft le
» principe de la vertu.
Le Directeur , après quelques portraits
AVRIL. 1750. 167
élicatement frappés , termina ainfi fon
ifcours par les juftes éloges qui font dûs
Protecteur & à la République.
» Les ftatuts qu'on vient de lire , vous .
font juger de l'efprit de celui qui nous
les a donnés ; notre Protecteur , en rétablifant
cette Compagnie , n'a eu en vûe
que l'utilité publique , & il femble en
cela avoir prévenu les defirs bienfaifans
de vos Souverains. C'eſt cet objet inféparable
de fes devoirs & de fon amour
pour vous , qui l'a guidé jufqu'ici dans
toutes les opérations ; & ce qu'il vient
de faire pour ce Royaume , prouve à
quel point la gloire de la République ,
& votre félicité lui font cheres. Il eft
vrai que la paix qu'il a donnée à cette
Ifle , & que le rétabliſſement de l'Académie
doit rendre conftante , ne feroit
peut-être qu'une tranquillité paffagere ,
fi vos Souverains , après s'être rendus
célébres par leur valeur , ne fe fignaloient
aujourd'hui par les marques d'une
» clémence , dont vous allez reffentir les
effets dans le fein d'un repos durable.
168 MERCURE DE FRANCE.
PLAN
D'une inftruction publique & gratuite de
l'Art du deffeing , en faveur des jeunes
Habitans de la Ville de Beauvais.
ART. I. 'Intention de M. le Contrôleur
LaGénéral étant d'étendre , autant
qu'il fera poffible , l'utilité que produit
l'Ecole du Deffeing , entretenue dans la
Manufacture Royale des Tapifferies de
Beauvais par le Sieur Oudry , Peintre de
Sa Majefté , & Profeffeur en fon Académie
de Peinture & de Sculpture & de ladite
Manufacture , il a été le premier Mars de
cette année ouvert en ladite Manufacture
une Claffe d'Ecoliers externes , en faveur
des jeunes Habitans de la Ville de Beauvais ,
& autres qui voudront participer aux inftructions
qui en feront l'objet.
II. Ces Inftructions font publiques &
gratuites , mais pour un nombre défini
d'Ecoliers , afin de ne pas tomber dans la
confufion , & dans les autres inconvéniens
des affluences inconfidérées & admifes
fans difcernement.
III. Ce nombre eft & demeurera fixé
à vingt Ecoliers , & fera toujours entretenu
complet , lors de la retraite ou du renvoi
de quelques- uns de ceux qui ont été admis.
IV.
AVRI L. 1750. 169
IV. Ceux des jeunes Habitans de la Ville de
Beauvais , qui defireront en être , feront tenus de fe
faire inferire par leur nom , furnom , âge , & les
noms , demeure & profeffion de leur pere & mere,
dans le Regiftre ouvert pour cet effet en ladite
Manufacture par ledit Peintre & Profefleur du Roi,
Il n'en fera point reçu , qu'ils n'ayent huit ans accomplis.
V. Le nombre de vingt Ecoliers , auquel on
s'eft aftraint ci deffus , a été tiré de celui defdits jeunes
gens dûement infcrits , & ce par la voie du fort,
laquelle fera , de même , mife en ufage à chaque
vacance qui furviendra par la retraite & le renvoi
d'un ou de plufieurs des Ecoliers actuels.
VI. Ces renvois auront lieu pour tous manquemens
,fuffisamment caractériſés , au bon ordre & à
la décence de ladite Ecole , juremens , propos
ſcandaleux , défauts de foumiflion aux enfeignemens
ou envers ceux qui feront chargés d'y préfider
, querelles , violences & voies de fait entre
les Ecoliers , & autres déportemens femblables.
VII. Ils feront auffi encourus par l'inaffiduité
marquée aux exercices ordinaires , fans empêchement
légitime déclaré à tems par les parens , n'étant
pas jufte que la place , qui pourra être occupée
par un fujet appliqué , demeurât abandonnée infructivement
à un fujet négligent . Ainfi tout Ecolier
de ladite Claffe , qui aura ceffé de la frequenter
pendant un mois , fera cenfé s'en être retiré , &
fera remplacé par un des fujets qui fe trouveront
infcrits , & par ladite voie du fort.
VIII. Ledit renvoi fera encore applicable aux
Ecoliers , qui par une inaptitude invincible ſe trouveront
ne faire aucun progrès , & y occuperont de
même inutilement une place que d'autres pourtoicnt
remplir utilement. Ce qui fera foumis au
H
170 MERCURE DE FRANCE .
jugement dudit Peintre & Profeffeur de Sa Majefté
, & après une épreuve au moins d'une année
révolue .
IX. Ladite Claffe fe tiendra trois jours par chaque
femaine , les Lundis , les Mercredis & les
Vendredis , & à chaque fois pendant l'espace de
deux heures , & ces heures feront fixées pendant
les mois d'Avril , Mai , Juin , Juillet , Août & Septembre
, depuis cinq heures jufqu'à fept heures de
l'après dîner , & pendant les fix autres mois , depuis
deux heures jufqu'à quatre.
X. Le Maître qui préfidera aux exercices de
ladite Claffe , diftribuera aux Ecoliers les origi
naux néceffaires pour les former en l'Art du Def
feing , & lefquels il proportionnera au degré de
capacité de chacun defdits Ecoliers , qui feront
fur ce obligés de s'en remettre à la détermination.
XI. En l'abfence dudit Maître il fera fuppléé
par un Adjoint qui aura les mêmes fonctions , &
la même autorité attribuée au premier , & qui feront
l'un & l'autre choifis par ledit Peintre & Profeffeur
de Sa Majefté .
XII. Ledit Maître , ou fon Adjoint , inftruira
lefdits Ecoliers des principes de l'Art , & leur en
fera faire l'application fur les originaux qu'il
leur en remettra devant les yeux , & par le
moyen des corrections qu'il fera fur les Deffeings
que lesdits Ecoliers auront faits d'après.
XIII. A l'arrivée des Tableaux du Roi , faits
pour l'ufage de la Manufacture , ledit Maître , ou
fon Adjoint , les expofera en ladite Claffe , & expliquera
aux Ecoliers tout ce qui en fera le mérite
& la beauté , tant par rapport au Deffeing
que relativement à la compofition , la couleur,
les effets de la lumiere , l'intelligence générale ,
AVRIL. 1750. 171
1'harmonie , & généralement à tout ce qui peut
fervir à former le vrai goût & la connoiffance de
l'Art ; & même dans les ftations que le Peintre &
Profeffeur du Roi fera à Beauvais , il fera ces explications
par lui - même .
XIV. Et pour mieux inculquer les principes quí
regardent la couleur , ceux des Ecoliers qui auront
fait des progrés bien faillans dans l'Art du Def
feing , feront exercés en l'étude de ladite couleur
, en travaillant au Paftel & d'après les Tableaux
de Sa Majesté .
XV. Et afin de difcerner les fujets qui feront
affez avancés , pour mériter d'être admis à cette
étude privilégiée , il fera chaque année formé un
concours entre tous les Deffinateurs de ladite
Claffe ,pour avoir lieu à la fin du mois de Juillet ,
ou au commencement de celui d'Août , afin que
les Deffeings qui y auront été faits , puiffent être
jugés par ledit Peintre & Profeffeur du Roi , le
jour de la Fête de Sa Majefté , & en conféquence
de ce jugement , le mieux méritant defdits Deffinateurs
fera infcrit au nombre des Etudians au
Paftel , & ne pourront lefdits Deffeings du con-
Cours être corrigés par le Maître ou les Adjoints ,
fous peine d'être rejettés.
XVI. Ladite Ecole , ou Claffe d'externes , fera
&demeurera diftincte & féparée de l'Ecole entretenue
dans ladite Manufacture par ledit Peintre &
Profeffeur de Sa Majefté , en faveur des Eleves &
Apprentifs de ladite Manufacture , appliqués au travail
de la Tapiflerie , & ne pourront lefdites deux
Ecoles être jointes ni concourir enſemble , fous
quelque prétexte que ce foit.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
E Sieur Beaumont , Marchand d'Eftampes ,
fur le Pont Notre- Dame , du Griffon der,
donne avis qu'on trouve chez lui ;
Les parités réciproques de la livre numeraire ,
ou de compte , inftituée par l'Empereur Charle
magne , proportionnément à l'augmentation arrivée
fur le prix du marc d'argent , depuis fon
Regne jufqu'à celui de Louis XV , ouvrage , par
lequel on peut voir d'un coup d'oeil le progrès
qu'a fait la livie de 20 fols , & fa valeur refpective
fous chaque Regne.
Un Tableau fur les Changes , calculés fur les
prix du marc d'argent monnoyé , fuppofés depuis
27 liv. le marc , jufqu'à so liv . inclufivement, &
par lequel on peut voir en tout tems , fi la France
eft créanciere ou débitrice des autres Etats.
Et un autre Tableau , contenant la réduction
en monnoye de France , des monnoyes de Change
des principales Villes de l'Europe , par lequet
on peut auffi voir le progrès qu'ont fait les
monnoyes étrangeres , relativement à l'augmentation
du prix de notre marc d'argent.
Articles omis dans les Nouvelles Litéraires,
M. Aubert , le fils , Muficien de la Chambre du
Roi , & Ordinaire de l'Académie Royale de Mufique
, vient de donner au Public un Livre de Sonnates
, à Violon feul , avec la Baffe continue , dédié
à Madame Adelaide . Cet ouvrage a beaucoup
de fuccès. Il fe vend chez le Clerc , rue du Roule ,
NC
AVRIL. 1750. 173
à la Croix d'or , & chez la veuve Boivin , rue Saint
Honoré , à la Régle d'or.
La Merope , de M. Clement , qui fe trouvoit
ci devant chez Prault , fils , fe vend à préſent chez
Cailleau , Libraire rue Saint Jacques , à Saint
André.
>
A M. Remond de Sainte Albine. A Paris,
le 11 Mars 1750.
J
E vous remercie bien fincerement , Monfieur ,
d'avoir fait part au Public de l'honneur que
j'eus le 7 & le 8 Janvier dernier , d'être préfenté ,
avec mon Eleve , au Roi , à Monfeigneur le Dauphin
& à Mefdames de France , par M. le Duc de
Chauines , Préfident de l'Académie Royale des
Sciences. La brieveté cependant de votre narré me
fait penfer que vous n'avez été inftruit là -deffus
quefort légèrement , ce qui m'oblige , Monfieur,
vous prier de rendre publiques les deux particularités
fuivantes , qui me font affûrément trop honorables,
pour que je doive les abandonner à l'oubli.
Lapremiere , c'eft que la curiofité d'entendre
parler un fourd & muet de naiffance ayant porté
Sa Majesté à permettre à M. d'Etavigny , mon
Eleve , de paroître devant elle le 7 Janvier , elle
daigua , ainfi que Monfeigneur le Dauphin , l'écourer
avec une benignité admirable , pendant environ
trois quarts d'heure. La feconde , c'est que
le lendemain je fus mandé de rechef par le Roi. Je
joins ici Monfieur , la Lettre que M. le Duc de
Chaulnes , mon très illuftre Protecteur , m'envoya
pour cet effet par un exprès. Il eft à fouhaiter pour
moi que vous ayez la complaifance de lui donner
Hij
174 MERCURE DE FRANCE.
place dans le Mercure. Je vous prie même d'y in
férer jufqu'à l'adrefle , attendu que par l'ignoranee
où l'on eft de ma demeure , plufieurs lettres
qu'on m'a écrites de Province, ont été considérablement
retardées. J'ai l'honneur d'être avec ref
pect , Monfieur , votre , & c.
J. R. Pereire.
LETTRE
De M. le Duc DE CHAULNES , à M.
PEREIRE , à l'Hôtel d'Auvergne , Quai
des Auguftins à Paris. A Choifi le 7.
Janvier 1750.
L &Roime d, do 4 zyde-
E Roi me charge , Monfieur , de vous mantavigny
, parce que Mefdames , qui font arrivées
après le départ de Monfeigneur le Dauphin , défirent
de le voir. Je fuis charmé de la nouvelle occafion
que cela vous procurera de faire connoitre
le fervice que vous lui rendez & le fuccès de vos
talens.
( Signé) LE DUC DE CHAULNES,
AVRIL. 1750. 175
LETTRE
que
De M. de la Beaume , ancien Capitaine des
Grenadiers du Régiment de Normandie
Lieutenant Colonel, Commandant le Bataillon
de S. Gaudents , en réponse à celle
lui avoit écrite M. d'Auteroche , ancien
Lieutenant Colonel au Régiment d'Agenois,
demeurant chez Mad. Mouton , rue des
deux Ecus à Paris , pour fçavoir le détail
de la cure que lui a faite M. Daran, Chirurgiendu
Roi , s'iljouiſſoit toujours d'une
bonnafanté à cet égard.
Onfieur , l'intérêt que vous prenez à ma
fanté, & leplaifir bien naturel à une perfonne
quiafouffert autant que je l'ai fait, dedire qu'il
fe porte bien , m'affûrent que vous lirez ma Lettre
avec plaifir , quoique longue . Voici donc quels
ont été le
commencement
de ma maladie , les fuites
& l'heureufe fin couronnée par M. Daran . A la
fuite des
maladiesquej'avois eues dans ma jeuneffe,
je
commençai
à m'appercevoir en 1716 que le volune
de mes urines diminuoit de plus en plus , de
telle forte qu'en 1720 j'eus nombre de rétentions
d'urine qui
duroient
quelquefois 24 heures avec
des
douleurs violentes
; on employoit alors les
puis j'eus des rétentions d'urine totales deux ou
trois fois
l'année
. Après avoir effayé plufieurs remedes
pour
donner
une libre iffue aux urines , on
me fit
prendre
du baume de Copahu , pour cica-
Hj
176 MERCURE DE FRANCE.
tifer l'ulcére : cela me rétreffit tellement le pallage
des urines , que je ne pouvois abfolument uriner.
Je fus faigné plufieurs fois , & on me fit prendre
quantité de bains ; malgré tout cela j'avois de
grandes difficultés à uriner , fouffrant beaucoup.
On me fit ufer des fondes de plomb, qui me foulagerent
pendant quelque tems ; deux ans après j'eus
une rétention totale qui me inena aux portes du
trépas. Je fus à Paris pour confulter ma maladie ;
feu M. la Peyronie me fit mettre entre les mains
d'un Chirurgien , nommé Guilmardet , qui , après
m'avoir traité l'espace de deux mois , voulut me
perfuader qu'il m'avoit guéri . Il eſt vrai que je me
trouvois foulagé , mais fix mois après , ayant fait
une route de Strasbourg en Flandres , j'eus une rétention
d'urine des plus volentes , qui me dura
trois jours , fans pouvoir uriner , après quoi on
m'introduifit une algalie à force , qui fit venir
beaucoup de fang & qui procura l'iffue aux urines,
& je la gardai trois jours confécutifs , ce qui me
foulagea effectivement. Je partis enfuite pour Paris
, pour me faire traiter de nouveau . On m'indi
qua M...... Chirurgien de Paris , qui me traita
avec des bougies qui me foulagerent , & qui prétendoit
m'avoir guéri ; cependant deux ans après
j'eus encore un accident à la Rochelle , où je fus
deux jours fans pouvoir uriner ; à force de faignées
mon mal ſe calma. Je paflai en Baviere avec le
Régiment , quoique je fuffe fort incommodé de
cette maladie. Les grands froids ou les fatigues
que j'ai fouffertes dans ce pays- là , augmenterent
mon mal ; j'eus plufieurs accidens de rétention
d'urine par intervalles ; un jour je m'apperçus d'une
tumeur au périnée ,que je fis voir au Chirurgien
Major d'Ingolfthath , qui me fit mettre un em
plâtre de Vigo cum Mercurio ; cette tumeur m'in
NG

14.
A VRIL 1750.
177
:
commodoit beaucoup. Je fortis d'Ingolfthath avec
les malades , je remontai le bâteau jufqu'à Olme :
ma tumeur augmentoit toujours , je fus obligé
de faire faire un brancart à Olme , fur lequel on
me porta jufqu'à Strasbourg, où je me repofai un
mois chez un Chirurgien, après lequel tems, efpésant
trouver quelque foulagement à Montpellier;
je partis dans une litiere jufquà Lyon , de Lyon je
defcendis le Rhône jufqu'au S. Efprit , où je me
trouvai fi mal, & ma tumeur étoit fi confidérable ,
que je fus forcé de m'y arrêter ; là on jugea à propos
de me l'ouvrir , ce qui me foulagea un peu ,
mais cependant je ne pouvois fupporter aucune fituation
j'arrivai un mois après à Montpellier
dans un état pitoyable , j'envoyai chez M. Serres ;
fameux Chirurgien de cette Ville , le prier de venir
voir mon état, il me mit beaucoup de cataplafmes.
Quinze jours après il parut une autre tumeut
de l'autre côté , qui me caufa de nouvelles douleurs.
Je fis appeller M. Fizes ,fameux Médecin
de cette Ville , qui me dit que l'on pouvoit me
foulager,
maisque je ne devois point efperer de
guérifon . Je fouffrois beaucoup ,me trouvant toujours
mouillé, les urines paffant
continuellement
par les fiftules autant que par la voye ordinaire.
Un mois après il en parut une troifiéme . Pour lors
je reçûs une lettre d'un de mes amis à Marſeille ,qui
me manda que M. Daran étoit établi dans cette
Ville,traitant cette maladie & la guériffant radica
lement.Je fis
voir cette lettre à M Fizes, qui me dit
qu'il necroyoit pas qu'il me guérit , mais que ceà
faire ce
voyage , &
étant
arrivé
chez
M.
Daran
,
Ime
trouva
dans
un état pitoyable
, ayant
trois
fiftulesparoù
les
urines
fortoient
&
couloient
continuellement
goute
à
goute
par
la
voye
ordinaire
,
HY
178 MERCURE DE FRANCE.
de forte que j'étois obligé de porter nuit & jour
un vafe de fer blanc pour les recevoir. Cependang
après m'avoir obfervé , il m'affara qu'il me guéri
roit avec le tems. J'éprouvai , avec toute la fatis
faction que l'on peut imaginer , l'effet de fes promeffes.
Environ quatre mois après qu'il eut com
mencé mon traitement , les fiftules furent cicatri
fées , l'incontinence d'urine cefla , & elle fortit li
brement , je trouvai mon état fi different , que je
ne pouvois me perfuader que cette cure eût på
être fi parfaitement accomplie fur moi , & que je
craignois de me voir expofé aux mêmes accidens
de moment à autre , vû fur tout le pronoftic que
m'avoit fait M. Fizes , qu'on pouvoit bien me
foulager , mais non point me guérir : cependant
ma fanté a toujours été depuis de mieux en mieux,
& je rends avec plaifir ce témoignage public es
faveur de M. Daran , que depuis qu'il a opéré ma
guérifon , qui datte actuellement de cinq années,
je n'ai eu aucun reffentiment de mon ancien mal ,
& je jouis d'une fanté auffi parfaite que fi je n'avois
jamais eu cette maladie. Je fuis charmé de
trouver encore ce moyen de lui témoigner ma reconnoiffance
du fervice effentiel qu'il m'a rendu.
Je vous prie donc d'agréer que je rende cette Lettre
publique , afin que tout le monde fçache que
M. Daran guérit, non-feulement pour un tems ces
maladies , comme on me le faifoit craindre , mais
qu'il les guérit pour toujours . Je puis parler plus
pertinemment que perfonne de l'infaillibilité des
fecours qu'il employe , l'ayant éprouvé fur moimênie
, & je me mets au rang de fes admirateurs
& des apologiſtes de fa nouvelle méthode.
Vous trouverez peut- être ma Lettre un peu longue
, mais j'aurois crû manquer à la demande que
vous m'avez faite , fi par un détail plus abregé j'aCE
Dice
f
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY
.
Celte
ja
ABTOR , LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
,
dre,
arler
t
male
Hvj

AVRIL. 179 1710.
voisobmis des circonftances peut être effentielles.
J'ai donc mieux aimé m'étendre davantage , &
Vous marquer exactement tout ce qui s'eft paflé
depuis le commencement de ma maladie
Jusqu'au
moment qu'elle a été guérie. J'ai l'honneur d'être
très-parfaitement , Monfieur , votre , &c.
De la Beaume.
A
Montpellier, le 10 Février 1750 .
Q
MENU ET S.
Ue ne puis-je dans vos yeux ,
Faits pour rendre tous les Dieux
Amoureux ,
Lire un deftin plus
heureux ,
Qui
réponde à mes feux,
Ames voeux !
Quoi !
toujoursme rebuter !
Eh quand donc voudrez- vous écoutez
Ou flatter
Les voeux d'un
tendre coeur ,
Brûlant d'une
ardeur
Qui feroit mon
bonheur !
Mais quel
embarras ,
Hélas !
O Ciel ' quel coup d'oeil
enchanteur
Et
Aatteur ,
H vj
180 MERCURE DE FRAN
Vient pour embrafer mon ame !
Ah ! le Dieu qui m'enflame ,
Eft Dieu de mon bonheur.
REPONSE.
Pour les Dieux
Je mépriferois mes charmes ;
Tes allarmes
Ont des armes ,
Qui te rendent plus cher à mes yeux :
Quand de toi
Je veux recevoir la loi ,
Apprends , cher amant , que mon coeur
Ne la reçoit que d'un vainqueur.
Juge par ces tendres aveux
De l'excès de mes feux ;
Par mon ardeur
Pour toi , vois le noeud qui m'engage ,
Mais fois fage ,
Point volage ,
Et connois enfin le prix de ton bonheur.
THE NEW YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ABTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
.
THE
NEW
YORK PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LÉKOK
AMB
TILDEN
FOUNDATIONS
.
AVRIL. 1710. 179
mis des circonftances peut être effentielles.
onc mieux aimé m'étendre davantage , &
marquer exactement tout ce qui s'eft paflé
le commencement de ma maladie Jusqu'au
ent qu'elle a été guérie. J'ai l'honneur d'être
arfaitement , Monfieur , votre , &c .
De la Beaume.
Montpellier , le 10 Février 1750 .
MENU ET S.
Ue ne puis-je dans vos yeux ,
pour rendre tous les Dieux
Amoureux ,
un deftin plus
heureux ,
réponde à mes feux ,
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voeux !
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toujours me rebuter !
quand donc voudrez-vous écouter
Ou
flatter
vaux d'un
tendre
coeur ,
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d'une
ardeur
ui
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mon
bonheur !
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quel
embarras ,
Hélas !
Ciel'
quel
coup
d'oeil
enchanteur
Et
Aatteur,
H vj
180 MERCURE DE FRANCE
Vient pour embraſer mon ame !
Ah ! le Dieu qui m'enflâme ,
Eft Dieu de mon bonheur.
REPONSE.
Pour les Dieux
Je mépriferois mes charmes ;
Tes allarmes
Ont des armes ,
Qui te rendent plus cher à mes yeux :
Quand de toi
Je veux recevoir la loi ,
Apprends , cher amant , que mon coeus
Ne la reçoit que d'un vainqueur.
Juge par ces tendres aveux
De l'excès de mes feux ;
Par mon ardeur
Pour toi , vois le noeud qui m'engage,
Mais fois fage ,
Point volage,
El connois enfin le prix de ton bonheur,
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YORK PUBINO
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, LENOX
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FOUNDATIONS
,
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3
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NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
I
ACTOR
, LENOX
AND
TILBEN
FOUNDATIONS
.
I
AVRIL. 1750. ISI
CHANSON
Adreffée à Mad. la Comteffe de V ....
fur l'Air : Réveillez- vous belle endormie,
V Oulez-vous de la V ....
Avoir un
reflemblant portrait ?
Les graces compofent fa mine ,
Et nous la peignent trait pour trait.
Avec un noble & droit corfage ,
Elle joint air doux & riant ;
La candeur eft fur fon vifage ,
Et tout l'enſemble en eſt charmant.
Aux
agrémens de la figure
Elle unit
l'efprit & le
coeur ,
Et pour
achever fa
peinture ,
On ne lui
voit jamais d'humeur
.
Ce
compofé peut
fembler
rare
Parmi
nos
belles
d'à
préfent ;
Caren
France ,
ainfiqu'en
Navarre
,
H DC fe
trouve pas
fouvent.
182 MERCURE DEFRANCE.
洗洗洗洗:洗洗洗法:洗洗洗洗:洗洗洗澡
L
SPECTACLES.
E Jeudi , Mars , l'Académie Royale de Mufique
, repréfentant pour la Capitarion des Atteurs
, donna un Spectacle compofé du Prologue
du Carnaval du l'arnaffe ,dont les paroles font de M.
Fuzelier , & la mufique de M. Mondonville , Mi
tre de Mufique de la Chapelle du Roi ; du troifiéme
Acte du Ballet des Caractéres de l'Amour , de
M. de Blamont , Sur- Intendant de la Mufique da
Roi ; & de Zelinder , Roi des Silphes , dont les pa
roles font de M. de Moncrif , Lecteur de la Reine,
& l'un des Quarante de l'Académie Françoiſe , &
la mufique de Mrs Rebel & Francoeur , tous deux
Sur-Intendans de la Mufique de la Chambre du
Roi , & Infpecteurs de l'Académie Royale de Mufique.
Le Samedi 7 , on donna au Concert de la Rei
ne , exécuté dans l'apartement de Madame la Dau
phine le Carnaval du Parnaffe , qui a obtenu à
Verfailles les mêmes applaudiffemens que Paris lui
avoit fifouvent accordés. Les Acteurs, qui avoient
contribué à fon heureux fuccès , y ont rempli leurs
rôles avec diftinction.
Le Jeudi 12 , l'Académie Royale de Mufique
remit pour la Capitation des Acteurs le même
Spectacle qui avoit été fi fort applaudi le Jeudi
précédent , & la continuation de ce mêlange , fait
avec choix , a toujours fatisfait les Spectateurs.
Le Samedi 14 , cette Académie termina les
trois repréſentations qu'elle accorde pour la Capitation
des Acteurs , par le même arrangement de
AVRIL. 183
1750.
33
Spectacle qui avoit attiré les deux précédentes
fi grand concours . fois un
Le 1s Mars , Dimanche de la Paffion , le Con.
cert Spirituel du Château des Thuilleries commença
fa carriere avec fon ordre & fon choix
accoûtumés. Voici la difpofition des morceaux
qui ont été exécutés avec l'applaud ffement des
Auditeurs, 1 ° . Une fymphonie ; 2 ° . Confitemini ,
Motet à grand choeur de feu M. de la Lande. 3 °.
Mad. Hanbant , foeur de M. Lei , a joué un concerto
de pardeffus de viole. 4 ° . Mile du Perey a
chanté Quemadmodum , Moter de feu M Mouret.
3. M. Pagin a joué feul le Printems de Vivaldi.
Le Concert a fini par Nifi Dominus , Motet à grand
choeur de M. Belan , Maître de Mufique du Concert
de Marfeille. On y a entendu M. Befche le
cader, àpréfent Ordinaire de la Mufique du Roi ,
Haute
- contre , qui a attiré un fi grand concours à
Notre-Dame a fon début à Paris .
Ce Concert , dont l'Orchestre eft confidérablement
& avantageulement augmenté par les foins
attentifs & le goût éclairé de la direction qui le
conduit , a continué d'attirer le Public le Mardi de
la Paffion 17 Mars , en donnant d'abord use brillante
tymphonie
, fuivie de Diligam te , Motet à
grand choeur de feu M. l'Abbé Madin , Maître de
Kermazin
a joué un Conceito de Baffon ; Venite
Mufique de la Chapelle du Roi . M France de
exultemus
,
Motet de feu M. Mouret , a été chanté
très-bienpar Mile le Miere, M l'Abbé, le fils, a joué
feul un
Concerto
fort applaudi , qui a été ſuivi de
&
P'undes
plus
beaux ouvrages
de
M.
Mondonville
,
actuellement
Maître
de Musique
de
la Chapelle
du
Roi,&
Auteur du Ballet
du
Parnafle
,
graverpour
fatisfaire
les amateurs
. M.
Befche
, le qu'il fait
184 MERCURE DE FRANCE.
Cadet , Ordinaire de la Mufique du Roi , a chanté
dans ce dernier Motet , & a été extrêmement applaudi.
Le Vendredi de la Paffron 20 Mars , on termina
avec un grand fuccès le Concert par l'admirable
Motet Coeli enarrant. On avoit commencé à l'or..
dinaire par une grande fymphonie , fuivie de Can
tate Domino , Motet à grand choeur de M. Fanton,
Maître de Musique de la Sainte Chapelle , qui fat
reçû trés- favorablement des Auditeurs . Mad. Hau.
baut , joua feul un Concerto fur le pardeffus de
viole , & réuffit beaucoup , ainfi que M. Beroyer ,
qui chanta Domine non exaltatum , petit Moter de
M- Bordier , Maître de Mufique de l'Eglife des
Saints Innocens , & M. Sohier , l'aîné , premier
Violon du Concert de Lille , joua feul avec le
plus grand fuccès avant le beau Motet de M.
Mondonville.
Le Dimanche des Rameaux , le Concert débuta
par une fymphonie. Exaltabo te Deus , Motet
à grand choeur de feu M. de la Lande précéda
M. Taillard , qui donna un Concerto de flûte
Allemande , fuivi de l'aimable exécution de Mlle
Duperey, qui a chanté Cantate Domino, petit Motet
de feu M. Mouret . M. Pagin a joué feul , & on
finit par Bonum eft , Motet à grand choeur de M.
Mondonville , toujours applaudi.
Le Lundi 23 , une fymphonie précéda Deus
meus , Motet à grand choeur de M. Cordelet . M.
France de Kermafin a joué un Concerto de Baſſon.
Mlle Lemiere a chanté parfaitement Exultate jufti,
petit Motet de M. Cordelet . M. l'Abbé a joué teul
un Concerto. Le Concert a été terminé avec un
applaudiffement redoublé par Caels enarrant , Motet
à grand coeur de M Mondonville.
Le Mardi Saint , une grande fymphonie, Dixit
AN
AVRIL. 1750. 185
infipiens , Motet à grand choeur de M. Richer , Or-
Hdinaire de la Mufique du Roi , qui a obtenu le
fuffrage de l'auditoire, M. Stoffel , Trompette de
la Mufique du Roi , a fonné un Concerto qui a eu
le même fuccès. M. Befche , le cadet , Ordinaire
de la Mufique du Roi , a chanté Benedictus Domi-
(
, petit Moter de feu M. Mouret . Nommer M.
Befche, c'eft le louer. M. Felice del Giardino , a joué
feul fur le violon un Concerto de fa compofition
fort applaudi , ainfi que le beau Motet à grand
choeur de M. Mondonville , Dominus regnavit , qui
a très- bien terminé le Concert.
Le Mercredi Saint , le Concert commenca à
l'ordinaire par une grande fymphonie ; enfuite Do
minus regnavit , Motet à grand choeur de M. Fanton
, Makre de Musique de la Sainte Chapelle .
M. France de Kermafin a joué un Concerto de
Clarine, M. l'Abbé de la Croix a fait admirer
Ja
douceur de fa voix & les graces de fon chant
dans Miferere mei Deus , Pf. 50 , de la compofition
de M. le Fevre
, Organifte de Saint Louis dans l'Ifle,
qui a été fort goûté, M Pagin a joué feul
avec applaudiffement , & le Concert finit
A très célebre Motet à grand choeur de M. Mondonville
, Cali
enarrant .
par le
Le
Jeudi 26 , une belle
& grande
fymphonie
commença le
Concert. Elle fut fuivie
de Lauda
Jerufalem,
Motet à grand choeur
de feu M. de la
Lande. M.
Sohier , premier Violon
du Concert
de
Lille, a joué
feul , & toujours
avec
les
mêmes
ap
plaudiffemens.
On achanté
Diligam
te , Motet
à
grand
choeur de feu M. Gilles
, Il Signor
Felice
del
Giardino a
joué avec M. Venier
des Duo
de fa
compofition ,
qui
propre
beauté
,
que par la perfection
de
l'exécution.
Le
Concert a fini par Coeli
enarrant», de
ont fort réuffi , tant par leur
186 MERCURE DE FRANCE.
M. Mondonville , qu'on ne peut trop répéter.
Le Vendredi Saint , une grande fymphonie . Le
De profundis , Motet à grand choeur de M. Ma
donville,Mad. Haubaut a joué un Concerto de par.
deffus de viole . M Berroyer a chanté Domine , nOI
exaltatum , petit Motet de M. Bordier , Maître de
Mufique des Saints Innocens. Ce Motet a été fon
applaudi , ainfi que le refte du Concert , compoft
d'un Concerto , fait & exécuté par M. Gavinés ,
du Miferere , Motet à grand choeur de feu M.
la Lande.
Le Samedi Saint , une grande fymphonie à tim
bales & trompettes , de la compofition de M. Plef
fis , le cadet , accompagné de l'orgue , par M. Da
quin , rganifte de Sa Majefté , lequel enfuite a
joué feul & fini par O fili . Puis , Deus nofter , PC
44, Motet à grand choeur de M. Cordelet . M. Fran
ce de Kermafin, a joué feul un Concerto de Baffon ,
Mile Duperey & Mlle le Miere ont chanté en Duo
Confitemini Domino , petit Motet de M. Cordelet. Il
Signor Felice del Giardino a joué un Concerto de
fa compofition. Le Concert a fini par Cantate , PC.
149 , Motet à grand choeur de M. Davefnes . To
ces morceaux ont été fort applaudis , aiqfi que
leur exécution .
Le 29 , Fête de Pâques , le Concert commedça
par une grande & brillante fymphonie , mêlée
de timbales & de trompettes , qui eft de la compofition
de M. Pleffis , le cadet . Cette fymphonie
a été accompagnée par M. Daquin , Organiste du
Roi , & a été terminée par O filii & filia . Enſuite
Cantate Domino , Motet à grand choeur de M. de
la Lande. M. Taillard a joué feul un Concerto de
flûte Alleminde Mile Duperey & Mile le Miere
ont chanté confitemini Domino , petit Motet de M.
Cordelet, M. Pagin a joué feul , & Venite exultiAVRIL.
1750. 187
2
mus de M. Mondonville , ainsi que la plus granrede
partie de ce qui a précédé ce Motet , a obtenu
les applaudiflemens réiterés d'une aflemblée des
-plus brillantes & des plus nombreuſes.
Le Lundide Pâques ,le Concert Spirituel a ouvert
par une grande & brillante fymphonie , exécutée
avec la perfection ordinaire. Domini eft terra , PC.
23 ,de la compofition de M le Fevre , Organiste
de Saint Louis dans l'Ifle , a été fort applaudi des
connoiffeurs . M. Capel a joué feul un conceito de
Baffon ; Mile Duperry a chanté Regra Coeli , petit
Motet de feu M. Mouret . M. l'Abbé a joué un
Concerto de fa compofition . Ces trois derniers
morceaux n'ont pas été moins goûtés que Magnus
Dominus , Motet à grand choeur de M. Mondonsille.
Le Mardi 31 Mars , une fymphonie de la compofition
de M Iravenel , Ordinaire de l'Académie
Royale de Mufique , a mérité les fuffrages des auditeurs.
Enfuite Dominus
de Mutique de la
choeur de M. Fanton ,
nazit
, Motet
à
grand -
Sainte
Chapelle. M. France
de Kermaſîn
a joué feul
un
Concerto de Baffor. Mlle le Miere
a chanté
Laudate pueri, petit Motet
de feu M. Fiocchi
. M.
par
Gariniés a
joué feul , & on a
fini
de M.
Mondonville , qui a terminé
le Concert
&
Nifi
Dominus
,
obtenules
applaudiffemens
accoûtumés
.
Les
Comédiens François
repréfentérent
le
14
Mars, pour la
clôture
du Théatre
, la
Tragédie
de
Polieucte ,
fuivie des Trois
Coufines
. Ils
avoient
repréfenté le 11 , pour
la treiziéme
& derniere
fois la
Force du
naturel , Comédie
nouvelle
de
Pilluftre M
Nericault Deftouches
. Cette
Piéce
.
mée,nous
n'en
donnerons
l'extrait
que dans
le
n'ayant éé
achevée
que ces jours
-ci d'être
impriprochain
Mercure.
188 MERCURE DE FRANCE.
Samfon a été joué par les Comédiens Italiens ;
pour la clôture de leur Théatre .
送洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗浄
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E 22 Février fecond Dimanche du Carême,
La Reine entendit dans la Chapelle du Châ
teau la Meffe qui fut chantée par la Mufique. L'après-
midi , Sa Majefté , accompagnée de Monſeigneur
le Dauphin & de Meſdames de France , alfifta
à la Prédication du Pere de Beauvais , de la
Compagnie de Jelus.
Le 20 & le 25 , leurs Majeftés entendirent le
Sermon du même Prédicateur .
Le 26 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix - sept cens foixante- quinze livres , les
Billets de la premiere Loterie Royale à fept cens
quare , & ceux de la feconde à fix cens trente
quatre.
Le premier Mars , troifiéme Dimanche du Carême
, le Roi & la Reine , accompagnés de Monfeigneur
le Dauphin & de Mefdames de France
entendirent dans la Chapelle du Château la Meffe
chantée par la Mufique .
L'après-midi , leurs Majeftés affifterent au Sermon
du Pere de Beauvais , de la Compagnie de
Jefus.
Le 4 , la Reine , Monfeigneur le Dauphin &
Mefdames de France , entendirent le Sermon du
même Prédicateur.
Le 3 ,le Marquis de Saint Germain , AmbaffaAVRI
L. 1750. 189
deur ordinaire du Roi de Sardaigne , eut une audience
particuliere du Roi , à laquelle il fut conduit
par le Marquis de Verneuil , Introducteur des
Ambafladeurs.
Le Roi a accordé le Gouvernement du Fort de
Saint Jean de Marſeille , vacant par la mort de M.
de Cherifey , Lieutenant Général des Armées de
Sa Majefté , à de M. Cherifey , fon fils , Exempt
d'une des Compagnies des Gardes du Corps , avec
rang de Mestre de Camp.
Sa Majesté a en même tems difpofé en faveur
du Chevalier d'Auger , Lieutenant Général des
Armées du Roi , & Commandeur de l'Ordre Royal
& Militaire de Saint Louis , de la place de Grand
Croix de cet Ordre , & de la Penfion de fix mille
livres , vacantes par la mort de M. de Cherifey.
On aprend de Clermont Ferrand en Auvergne ,
qu'un Juif, natif d'une des Villes du Palatinat de
Pofnanie en Pologne , ayant été converti à la Religion
Chrétienne par un Miffionnaire de ce Diocèle
, il a reçu le Baptême par les mains de l'Abbé
de Champflour , Chanoine de la Cathédrale , &
Vicaire Général de l'Evêché de Clermont, & qu'il
a eu pour Parain le Corps de Ville , & pour Mareine
l'épouse de M. Roffignol , Intendant de cette
Généralité .
Les , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix - fept cens cinquante livres ; les Billets
de la premiere Loterie Royale à fept cens
huit , & ceux de la feconde à fix cens quaranteneuf.
Le 8 , quatrième Dimanche du Carême , la Reine
entendit dans la Chapelle du Château la Meſſe
qui fut chantée par 1 Mufique.
L'après-midi , Sa Majefté, accompagnée de Monfeigneur
le Dauphin & de Mefdames de France ,
190 MERCURE DE FRANCE.
affifta à la Prédication du Pere de Beauvais ,
de la Compagnie de Jefus .
Le 11 , la Reine , Monfeigneur le Dauphin &
Mefdames de France , entendirent le Sermon du
même Prédicateur.
M. de Lamoignon de Malesherbes , Confeiller
de la quatriéme Chambre des Enquêtes , & reçu
Premier Président de la Cour des Aides , en futvivance
de M. de Lamoignon de Blancmefail , fon
pere , prit féance le 7 Mars à l'Académie Royale
des Sciences , en qualité d'Honoraire de cette
Académie , à la place du feu Duc d'Aiguillon .
Le 12 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix- sept cens foixante- deux livres & demi
; les Billets de la premiere Loterie Royale , à
fept cens quatre , & ceux de la feconde à fix cens
quarante fix.
Le 15 , Dimanche de la Paffion , le Roi & la
Reine entendirent dans la Chapelle du Château
Meffe qui fut chantée par la Mufique.
L'après- midi , leurs Majeftés , accompagnées de
Monfeigneur le Dauphin & de Mefdames de France
, aſſiſterent à la Prédication du Pere de Beauvais
de la Compagnie de Jefus.
Le 18 , la Reine , Monfeigneur le Dauphin &
Mesdames de France entendirent le Sermon du
même Prédicateur.
Le 19 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix fept cens foixante-deux livres & demi
; les Billets de la premiere Loterie Royale , à
fept cens quatre , & ceux de la feconde , à fix cens
cinquante-deux .
Le 22 , Dimanche des Rameaux , le Roi & la
Reine , accompagnés de Monfeigneur le Dauphin
& de Mefdames de France , affifterent dans la
Chapelle du Château à la Bénédiction des Palmes,
AVRIL. 191 1750.
Leurs Majeftés allerent à la Proceffion , adorerent
la Croix , & entendirent enfuite la Meffe .
Leurs Majeftés affifterent l'après-midi à la Prédication
du Pere de Beauvais , de la Compagnie
de Jefus.
Le 23 , la Reine ſe rendit à la Paroifle , & Sa
Majefté communia par les mains de l'Evêque de
Chartres , fon premier Amônier.
Le 25 , Mercredi Saint , leurs Majeftés affifterent
dans la Chapelle du Château à l'Odice des
Ténebres .
Le 26 , Jeudi Saint , le Roi entendit le Sermon
de la Cêne de l'Abbé Couturier , Curé de Chamarantes
, & l'Evêque de Rennes fit l'Abfoute , après
laquelle Sa Majesté lava les pieds à douze pauvres,
& les fervit à table . Le Comte de Charolois ,
faifant les for Ctions de Grand- Maître de la Maifon
du Roi , étoit à la tête des Maîtres d'Hôtel , & il
précédoit le fervice , dont les plats étoient portés par
Monfeigneur le Dauphin , par le Duc de Chartres,
le Comte de Clermont , le Prince de Dombes , le
Comte d'Eu , le Duc de Penthievre , & par les
principaux Officiers de Sa Majefté . Après cette cérémonie
, le Roi & la Reine fe redirent à la Chapelle
, où leurs Majestés entendirent la grande
Meffe , & affifterent à la Proceffion .
Le 25 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix-fept cens foixante-deux livres & demi
; les Billets de la premiere Loterie Royale , à
fept cens trente- cinq , & ceux de la feconde , à fix
cens foixante-quinze,
192 MERCURE DE FRANCE.
L
BENEFICES.
E Roi a accordé l'Evêché de Lodéve à l'Abbé
de Fumel , Vicaire Général de l'Evêché de
Vannes.
L'Abbaye de Bennevent , Ordre de Saint Auguf
tin , Diocèle de Limoges , à l'Abbé le Maire , Miniftre
de Sa Majesté en Dannemarck.
L'Abbaye Séculiere de Saint Martial , Ordre de
Saint Benoît , même Diocèfe , à l'Abbé de Monteſquiou
, Vicaire Général de l'Evêché de Sarlat.
Celle de Bois - Aubri , même Ordre , Diocèle de
Tours , à l'Abbé Nau , Vicaire Général de l'Archevêché
de Tours.
Celle de Divielle ou Ville-Dieu , Ordre de Prémontré,
Diocèse d'Acqs , à l'Abbé de la Roche-
Saint André, Vicaire Général de l'Evêché d'Acq .
L'Abbaye Réguliere de Sept Fonts , Ordre de
Citeaux , Diocèle d'Autun , à Dom Sibert , Prieur
de cette Abbaye.
L'Abbaye de Saint Pierre de Poulangy , Ordre
de Saint Benoît , Diocèle de Langres , à la Dame
de Grammont , Religieufe Chanoineffe du même
Ordre.
Celle de Saint Cyr , même Ordre , Diocèfe de
Chartres , à la Dame de Molitard , Religieufe du
même Ordre .
Le Prieuré de S. Michel de Crêpy en Valois , Ordre
de S. Auguftin , Diocèle de Senlis , à la Dame
le Roi.
L'Abbaye de Chazes , Ordre de S. Benoît , Diocèle
de Saint Flour , à la Dame de Génétine , Religieufe
du même Ordre.
La Prévôté de l'Eglife Métropolitaine de Cambray
, à l'Abbé de Fumal , Vicaire Général de l'Evêché
de S. Omer. PRESENS
AVRI L. 1750 . 193
PRESENS envoyés à l'Académie Eſpagnole
, par M. Titon du Tillet.
Es préfens confiftoient en plufieurs volumes ,
Estampes & Médaillons , fçavoir , La Defcription
du Parnafle François que M. Titon du Tillet
a fait exécuter en bronze ; les Fais fur les hon.
neurs & les monumens accordés aux Sçavans
diftingués ; les Médaillons en bronze de plufieurs
Poctes , & de quelques Muficiens François ; deux
grandes Eftampes du Parnafle François , & c .
M. Bafquial de la Houze , Gentilhomme attaché
à M. de Vaulgrenant , Ambaffadeur à la Cour
d'Espagne , s'étoit c argé de remettre le tout à
l'Académie Efpagnole. Ayant fait part de fa commillion
au Sécretaire perpétuel de cette Compagnie
, celui-ci fit fçavoir quelque tems après à
M. Basquiat , que l'Académie recevoit avec plaifir
les préfens de M. Titon du Tillet , & le jour fut
indiqué pour le 3 Février de cette année. L'Académie
tint une affemblée publique à ce fujet . M.
Bafquiat , accompagné de deux François , fe rendit
dans la premiere falle de l'Académie , où deux
Académiciens vinrent le prendre , & d'où ils l'introduifirent
dans la Salle d'aflemblée . Tous les
Académiciens fe leverent & fe tintent debout ,
jufqu'à ce qu'on eût donné à M. Basquiat une
place après le Doyen de l'Académie , les deux
François , qu'il avoit menés avec lui , ayant eu la
leur parmi les autres Académiciens . M. Basquiat
prononça un difcours dans lequel il s'étendit fur
P'heureufe alliance entre l'Efpagne & la France , &
fur les auguftes Monarques qui les gouvernent , &
qui accordent une protection fi éclatante aux
Académies & aux Sçavans. L'alliance entre les
I
194 MERCURE DE FRANCE.
Mufes Efpagnoles & Françoifes y fut célébrée . A
ce difcours , qui fut extrêmement applaudi , M. le
Marquis de Villena , Directeur perpétuel de l'Académie
, répondit par un difcours Elpagnol , plein de
nobleffe & de grace , dans lequel il parla avec
éloge du zéle de M. Titon du Tillet pour la gloire
de la Nation , & pour celle des perfonnages illuftres
. On accepta fes préfens avec reconnoîllance ,
& l'Académie donna à M. Bafquiat , pour M.
Titon , fix volumes in -folio du Dictionnaire Efpagnol
qu'elle a compofé , & un autre volume
fur l'ortographe Efpagnole , le tout relié en maroquin
rouge , avec filets & ttanche dorée. M. Baſquiat
eut les mêmes Livres reliés en veau. La
Séance finie , plufieurs Pages entrerent dans la
Salle , & préfenterent des rafraîchiffemens à l'Af
femblée .
M. d'Angulo , Confeiller du Confeil de Sa Majefté
Catholique , Grand Officier & Secrétaire de
fa Chambre , & Secrétaire de l'Academie Efpagnole
, a envoyé à M. Titon une Relation , & un Certificat
figné du Sceau de l'Académie , où eft détaillé
tout ce qui s'eft paffé à ce fujet , & où les deux
difcours font inferés. M. Titon a fait fon remerciement
en profe à cette Académie , & il a ajouté les
vers fuivans.
VERS de M. Titon du Tillet,
à l'Académie Espagnole.
Illuftres Lluftres favoris des Filles de Mémoire ,
Vous , dont les noms & les talens ,
Vainqueurs de la Parque & du tems,
Vivront à jumais dans l'Hiftoire ;
Vos foins ont pour toujours aflûré mon deſtin .
AVRIL.
195
1750.
Vous faites couler dans mon fein
Un vifrayon de cette gloire ,
Qui va vous confacrer à la postérité.
Ojour heureux ! douce victoire !
Je touche , comme vous , à l'immortalité.
Quel jufte prix , & quel hommage
M'acquittera jamais de ce que je vous dois ?
Chantres fameux , & de l'Ebre & du Tage ,
Prêtez- moi votre lyre , & ranimez ma voix.
Mais toi furtout , charmant & délicat Génie ,
L'amour des Nations , l'honneur de ta Patrie ,
Cervantes , toi Bofcan , Hurtade * , Gongora ,
De Vega , Caldéron , Quevedo , Savedra ,
Tant d'autres qu'en fon fein enfanta l'Ibérie ,
Venez ,infpirez- moi ces divines fureurs ,
Et ces heureux tranſports ..... Mais non , illuftres
ombres ,
Je ne veux point troubler les paifibles douceurs
Que vous goûtez fur les rivages fombres ;
Le feu dont vous brûliez , vit dans vos fucceffeurs ,
Je vous retrouve en eux ; votre esprit les anime.
Par vous-mêmes inftruits , formés fur vos leçons
Leurs chants égalent vos chanfons ,
Et fur le ton le plus fublime ,
Ils fçavent allier la raifon à la time.
Vous qui de vos bienfaits me comblez en ce jour
Glorieux fucceffeurs de vos nobles ancêtres ,
* Hurtado de Mendoza , Grand d'Espagne.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Sçavans mortels , mes rivaux & mes maîtres ,
Pourquoi ne puis - je pas , par un jufte retour,
D'un pareil don vous payer à mon tour ?
Mais pardonnez , troupe immortelle ,
Mes efforts feroient vains , & je n'ai que du zéle :
Je vous l'offre , & j'y joins mes refpects & mes
C
voeux .
Imitateurs de nos exemples ,
Puiffent nos fideles neveux
S'ouvrir leur Lycée & leurs Temples !
Que pour leurs communs intérêts ,
Les Mufes d'Espagne & de France ,
Par les doux noeuds d'une étroite alliance ,
A l'avenir s'uniffent pour jamais !
Que mariant leurs voix mélodieufes
A leurs lyres harmonieuſes ,
De l'aveu d'Apollon , ces immortelles Soeurs ,
De leurs auguftes Protecteurs
Ne ceffent de chanter les vertus généreuses !
Leurs invincibles mains , par de nobles exploits ,
Ont vangé l'Univers , & rétabli leurs droirs.
Du Rhin & de l'Eſcaut les Naïades timides
En ont pâli d'effroi dans leurs grottes humides ;
L'Eridan en courroux en pouffe encor des cris.
Que les bords fortunés de la Seine & du Tage
Annoncent leur grandeur , & portent d'âge en âge
Le nom de Ferdinand , & le nom de Louis !
AVRI L. 197 1750.
MANIERE de trouver fur mer
les Longitudes.
P Remierement , les latitudes exactement par nous font données l'élevation des Aftres fur chaque
Méridien , d'où je conçois que les Longitudes ,
qui doivent fe prendre dans les degrés de l'équinoxial
, peuvent fe trouver par les étoiles qui font à la
moindre diftance de ce même équinoxial. Nous
avons , pour trouver les latitudes , l'Etoile Polaire ,
qui est éloignée du vrai Pôle Septentrional du
monde , de plus de deux deg és ; & nous avons ,
pour trouver les longitudes , la premiere des trois
du Ceinturon d'Orion , dites vulgairement les trois
Rois , qui n'eft prefque qu'à un demi degré de déclinaifon
de l'équinoxial .
2º. Tous les Aftronômes & les Marins fçavent
que les étoiles dans l'équinoxial , à un Méridien
plus Oriental que celui où l'on eft , s'y levent une
heure plutôt , c'est - à- dire , à quinze degrés de longitude
de plus , & à un Méridien plus occidental ,
une heure plus tard , à quinze degrés de longitude
de moins. Ils fçavent que les étoiles , qui s'y levent
vingt-une minutes plutôt , font à un Méridien
de cinq degrés quinze minutes de longitude , qu'il
faut ajouter à celui où l'on eft ; & que celles qui
s'y levent ving - une minutes plus tard , en font
auffi à cinq degrés quinze minutes de longitude ,
qu'il faut fouftraire du Méridien où l'on eſt , c'eſtà-
dire ,toujours un degré de longitude pour quatre
minutes de tems , & quinze minutes de longitude
pour une minute de tems.
3° On doit avoir dans les Vaiffeaux une Horloge
à retort , donnant les heures & les minutes
du jour dans la plus grande exactitude qu'il foit
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
poffible. On fe fert auffi de Sabliers exactement
d'une heure , dont les vingt-quatre écoulemens
font le jour entier , avec d'autres d'une demieheure
& d'un quart.
4°. L'Etoile d'Orion , dont nous devons nous
fervir pour trouver les longitudes , & qui eft fi près
de l'équinoxial , durant une demie année on la
voit fe lever , & durant l'autre demie année fe
coucher. La conftellation d'Orion eſt la plus belle
qui paroille dans le firmament , & la plus aifée à
connoître. Les trois étoiles de fon Ceinturon y
font très -brillantes , & fe découvrent très - diftinctement
dans les pleines Lunes les plus éclairées.
Ainfi il est très - facile d'obferver le lever & le coucher
de la premiere des trois qui font dans fon
Ceinturon .
Pratique pour avoir les longitudes dans la
tems qu'on voit notre Etoile d'Orion fe
lever.
Ayant à fe mettre en mer d'un Port dont on
connoît la longitude , on obferve , au moment que
fe leve cette Etoile d'Orion , l'heure qu'il eft à la
bonne horloge qu'on a fur le Vaiffeau : par exem
ple , dix heures quarante- cinq minutes du foir ; &
ayant mis à la voile vingt- quatre heures après ,
on obferve le moment que le leve cette même
étoile . Et fi on la voit ſe lever à dix heures quarante-
une minutes , on connoît qu'on eft encore au
Méridien & à la longitude du Port d'où l'on eft
parti , car c'est l'heure & la minute qu'elle doit
s'y lever , à raifon du mouvement du Soleil en
vingt- quatre heures , qui eft de cinquante - neuf
minutes huit fecondes , qui donnent de tems trois
minutes cinquante-fix fecondes , & c'eſt ce que les
Aftronomes appellent l'accéleration du mouve .
AVRIL . 1750. 199
ment des étoiles , dont ils ont une Table pour
plubeurs jours.
Mais fi après 24 heures de navigation , on voit
cette Etoile d'Orion fe lever à 10 heures 20 minutes
du ſoir , c'eſt -à - dire , 25 minutes plutôt , en
ayant fouftrait 4 minutes pour l'accélération du
lever de l'étoile , reftent démonftrativement
21
minutes de tems , qui étant réduites en degrés ,
fonts degrés & 15 minutes de longitude , qui
étant ajoutées à la longitude du Port d'où l'on eft
patti , donnent auffi démonftrativement
la longirude
du Méridien où eft le Vaiffeau . Si au contraire
, aprés 24 heures de navigation , on voit
cette Etoile fe lever à 11 heures 10 minutes da
foir , c'est-à- dire , 25 minutes plus tard , en ayant
fouftrait 4 minutes pour l'accélération du lever de
l'étoile , restent 21 minutes , ce qui étant comme
auparavant réduit en degrés , donne 5 degrés & 15
minutes , qu'il faut alors fouftraire de la longitude
du Port d'où l'on eft parti , pour avoir la longitude
du Méridien où eft le Vaiffeau .
Si l'horloge ne montroit que 14 minutes plu .
tôt , ou 14 minutes plus tard , le lever de cette
Etoile d'Orion , en ayant fouftrait les 4 minutes
d'accéleration , reſtent 10 minutes de tems , qui
étant réduites en degrés , donnent 2 degrés & 30
minutes de longitude , qu'il faut ajouter quand l'étoile
fe leve plutôt , & qu'il faut fouftraire , quand
elle fe leve plus tard , pour avoir la longitude du
Méridien ou eft le Vailleau , c'eſt à - dire , toujours
un degré de longitude pour 4 minutes de tems ,
15 minutes de longitude pour une minute de tems ,
30 minutes de longitude pour 2 minutes de tems ,
& 45 minutes de longitude pour 3 minutes de
tems , & encore 7 minutes 30 fecondes de longirude
pour 30 fecondes de tems , & enfin 3 minutes &
45 fecondes de longitude pour 15 ſecondes de tems.
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE:
Il faut maintenant faire attention , que les heu
res données par l'horloge doivent s'avancer ,
quand le vailleau va vers l'Orient , & qu'au contraire
il faut les retarder , quand il va vers l'Occident
, & cela à raifon de 4 minutes de tems pour
un degré de longitude , & d'une minute de tems
pour 15 minutes de longitude , & ainfi du refte ,
comme nous venons de le dire .
Pour le premier exemple que nous avons donné ,
le Vaiffeau allant vers POrient , l'Etoile d'Orion
fe levoit plutôt , & nous avons trouvé que le
Vaiffeau avoit avancé de 5 degrés & 15 minutes
de longitude , ce qui donne en tems 21 minutes ,
ce qu'il faut ajouter à l'heure qu'il est alors au
Port d'où l'on eft parti , qui eft 10 heures & 41
minutes du foir , d'autant que 24 heures après
cette Etoile d'Orion s'y leve 4 minutes plutôt , &
on aura 11 heures 2 minutes du foir : dont il faut
auffi - tôt corriger l'horloge , pour avoir l'heure
qu'il eft au nouveau Méridien où le Vaiffeau eft
arrivé .
Mais le Vaiffeau allant vers l'Occident , ayant
au contraire reculé de 5 degrés & 15 minutes de
longitude , qui donnent pareillement 21 minutes
de tems , il faut alors les fouftraire de i heure qu'il
eft au Port d'où il eft parti , qui eft 10 heures 41
minutes , & ils reftent 10 heures & 20 minutes
qu'il eft à cet autre Méridien où le Vaiſſeau eft
arrivé ; & fur cela il faut aufli-tôt corriger l'horloge
, & c'eft à quoi il faut faire grande attention
.
Ces deux Vaiffeaux , P'un allant vers l'Orient, &
l'autre vers l'Occident , fe trouvent alors éloignés
P'un de l'autre en tems de 42 minutes , car ayant
fouftrait , de 11 heures 2 minutes qu'il eft au premier
Vaiffeau , les 10 heures 20 minutes qu'il eft
au fecond , reftent 42 minutes , qui étant réduites
AVRIL . 1750. 201
en degrés , donnent 10 degrés & 30 minutes de lon
gitude , dont les deux Vaifleaux fe trouvent éloigués
l'un de l'autre , l'un ayant fait s degrés & 15
minutes vers l'Orient , & l'autre auffis degrés &
15 minutes vers l'Occident .
Vingt quatre heures après on recommence à
faire la même opération , & fi le Vaiffeau , qui va
vers l'Orient , voit cette Etoile d'Orion fe lever ce
jour- là 15 minutes plutôt , en ayant fouftrait 4
minutes à raifon de l'accélération du mouvement
des étoiles , reftent 11 minutes , qui étant réduites
en degrés donnent 2 degrés & 45 minutes de lon
gitude , qu'il faut ajouter à celle du Méridien d'où
Pon eft parti 24 heures auparavant , & ayant ajou
té ces 11 minutes à 10 heures 58 minutes , qu'il eft
alors au Méridien d'où l'on eft parti , on aura Ir
heures & 9 minutes pour la correction de l'horloge
. Mais fi le Vaiffeau , qui va vers l'Occident ,
voit cette étoile fe lever 15 minutes plus tard , on
aura 2 degrés 45 minutes de longitude à fouftraire
de celle du Méridien d'où l'on eft parti 24 heures
auparavant , & auffi 11 minutes à fouftraire de 10
heures 16 minutes , & on auta 10 heures 5 minutes
pour la correction de l'horloge.
Voilà ce qu'il faudroit faire exactement toutes
les 24 heures , pour avoir les longitudes dans la
plus gran le précifion ; mais il attive plufieurs fois
que le Ciel eft couvert de nuages , & qu'on eft
plufieurs jours fans voir cette Etoile d'Orion fe
lever ou fe coacher , & c'eft là ce qui eft commun
aux latitudes , où l'on eft quelquefois auffi plufieurs
jours fans pouvoir découvrir les étoiles pour avoir
la hauteur du rôle .
Dans ces tems donc où le Ciel eft couvert ,
fans rien changer à l'horloge & fans y faire de cr
rection , on comptera exactement les jours qu'il y
aura , jufqu'au premier moment où l'on reverra
202 MERCURE DEFRANCE.
notre Etoile d'Orion fe lever ou fe coucher à telle
heure & telle minute , & fi le Vaiffeau va vers
l'Orient , il arriverà quelquefois après bien des
jours , qu'elle fe levera une heure & quelques minutes
plutôt qu'il n'eft à l'horloge , depuis qu'on
a vú le dernier lever d'Orion.
S'il n'y a , par exemple , que cinq jours qu'on
n'a point vu cette étoile fe lever , on adans la
Table de l'acceleration des étoiles , pour ce nombre
de jours , 19 minutes & 39 fecondes , qu'il fau
dra fouftraire de l'heure & des minutes qu'on verra
cette étoile fe lever plutôt , & le reſtant étant réduit
en degrés & en minutes , il faudra l'ajouter à
la longitude du Méridien où s'eft faite la derniere
obfervation de l'étoile , parce que le Vaiffeau va
vers l'Orient , mais l'Etoile d'Orion fe levant plas
tard, quand le Vaiffeau va vers l'Occident , il faudra
l'en fouftraire pour avoir la longitude du lieu
où l'on eft. Et après cela il faudra pareillement
faire la correction de l'horloge , pour avoir l'heure
qu'il eft au Méridien où le Vaiffeau est arrivé ,
comme nous avons dit que cela fe doit faire ,
quand on fait l'obſervation d'un jour à l'autre.
Maintenant pour la demie année où l'on voit
cette Etoile d'Orion fe coucher , c'eſt préciſément
la même pratique que nous avons donnée pour fon
lever; car fi du Vaiffeau d'un Port dont la longitude
eft connue , on obſerve en partant le coucher
de notre étoile , quand on va vers l'Orient ,
on la voit 24 heures après fe coucher plutôt . Et
Ja difference des tems en minutes étant réduite
en degrés & en minutes de longitude , il faudra
Pajouter à la longitude du Port d'où l'on eft parti ,
& on aura la longitude du Méridien où eft le
Vaiffeau ; & on fera la correction de l'heure de
P'horloge par l'addition des minutes de la difference
des tems. Mais quand le Vaiſſeau va vers
AVRI L. 1750. 203
l'Occident, on y voit, 24 heures après, notre Etoile
d'Orion le coucher plus tard. Et la difference des
tems en minutes , étant réduite en degrés & en
minutes , il faudra alors la fouftraire de la longi
tude du Port d'où l'on eft parti , & on aura celle
du Méridien où eft le Vaiffeau , & l'on fera la correction
de l'horloge par la fouſtraction des minutes
de la difference des tems.
Je dois dire ici qu'il y a des tems où cette Etoile
d'Orion étant près du Soleil , on eft quelquefois
plufieurs jours fans pouvoir obferver fon lever ou
fon coucher. Alors il faut prendre uue autre étoile
de la troifiéme grandeur , qui eft dans la ceinture
de la Vierge , marquée dans Baïerus , pour y faire
par fon lever ou fon coucher tout ce que nous
avons dit de l'Etoile d'Orion . Et fi elle avoit été
auffi aifée à obferver que celle d'Orion , je lui aurois
donné la préference , parce que cette Etoile
n'eft diftante de l'Equinoxial que de deux minutes
; mais celle d'Orion fe préſente à la vûe ſi ailément
dans le Ciel , même dans la plus grande
clarté de la pleine Lune , avec des étoiles de la premiere
grandeur , qui en annonçent le lever & le
coucher. que cela a été caufe que je m'y fuis particulierement
attaché . Et fa déclina fon Auftrale
de l'Equinoxial n'étant guéres que d'un demi degré
,cela dans la pratique n'y fçauroit jamais faire
une difference bien fenfible .
Ce qu'il y a de plus important pour trouver fur
mer les longitudes avec la plus grande préciſion ,
c'eft qu'il faut toujours avoir fur les Vaiffeaux des
horloges à reffort , faites par les plus excellens
Maîtres , qui donnent les heures & les minutes du
mouvement moyen du Soleil en 24 heures avec la
plus grande exactitude qu'il foit poffible , & c'eſt
ce qu'on peut connoître en les ayant confrontés
fur terre avec les pendules des Aftronômes exacte.
· Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
ment reglées pour le mouvement moyen du Soleil
en 24 benres.
Une autre maniere de trouver fi l'horloge eft des
plus juftes , c'eft que peu de jours avant que de fe
mettre en mer, le Ciel étant ferain , il faut obferver
P'heure & la minute que fe leve ou fe couche notre
Etoile d'Orion , & le lendemain les 24 heures
allant finit , fi on la voit fe lever ou fe coucher 3
minutes 56 fecondes plutôt , l'horloge eft des plus
exactes Il faut faire attention que le Vaiffeau , allant
vers l'Orient du Méridien d'où il eft parti ,
paffe à un autre Méridien plus Oriental , & l'hot
loge 24 heures après marque les minutes dont il
eft avancé vers l'Orient , & en ayant fouftrait 4
minutes pour l'accélération , le reftant en minutes
de tems fe réduit en degrés & en minutes de lon
gitude . Les Aftronômes , les Marins & les Géographes
, ont pour cela trois Tables , l'une pour réduire
les degrés & les minutes de longitude en
tems : une autre pour réduire le tems en degrés
& en minutes de longitude , & une troifiéme de
l'accélération des étoiles pour trente jours. Et
' c'eft des deux dernieres dont les Marins ont befoin
pour trouver les longitudes , & s'il s'y gliffe
quelque erreur , cela ne peut venir que de l'hor
Joge , & non pas de notre méthode , qui eft trèscertaine
; car un defaut dans l'horloge , de 30 fe
condes de tems , donne d'erreur dans les longitu
des 7 minutes & 30 fecondes , & un défaut d'une
minute de tems donne d'erreur 15 minutes de
longitude , & ainfi du refte.
La pratique que nous donnons ici pour trouver
fur mer les longitudes , eft fondée fur des
principes bien démontrés , & connus pour trèscertains
des Aftronômes , & des hommes les plus
habiles & les plus verfés dans la Marine : car it
eft évident que les Vaiffeaux étant arrivés à des
AVRI L. 1750 205
Méridiens où l'on voit notre Etoile d'Orion fe
lever ou fe concher autant de minutes plutôt , ou
aurant de minutes p us tard ; ces minutes de tems
étant réduites en digrés & en minutes , qu'il faut
ajouter ou fouftraire , comme nous avons dit ,
donnent incontestablement la ' ongitude des Méri
d'ens où font les Vaiffeaux. Voilà les longitudes
données par les étoiles , comme on nous donne les
Jani udes. Et c'est là ce qu'on cherche depuis bien
du tems pour la plus grande perfection de l'Art de
naviger fûrement fur mer,
La mantere de trouver fur mer les longitudes
eft de fi grande importance , que des Villes puiffantes
, & des Républiques , qui f nt le plus grand
commerce dans les quatre , arties du monde , ont
promis de très grandes récompenf - s à celui qui en
donneroit la méthode certaine , mais pour moi ,
qui n'ai fait cette decouverte qu'à la quatre- vingt
feptéme année de ma longue vie , avant qu'on ait
pú vérifier par l'utage de plufieurs années ce
qu'on doit juger de notre maniere de trouver les
longitudes , j'aurai probablement fini ma carriere .
Par le Pere de Rebeque , d' Aire en Artois ,
de la Compagnie de Jefus , 1749 .
LETTRE
D: M. B. à M. Remond de Sainte-
Albine , fur l'Ortographe Françoife.
A perfection de la Langue , Monfieur , eft
politique d'un Etat. Louis XIV . qui avoit des
idées juftes fur toutes chofes , convaincu de co
I
I
"
206 MERCURE DE FRANCE.
"
principe , honora d'une protection particuliere
l'Académie Françoife , fentant combien ce Corps
feroit avantageux à la gloire de la Monarchie.
C'eft lui en effet , à qui nous fommes redevables
de la perfection de notre Langue , & qui l'arendue
, pour
ainfi dire , la Langue de convention de
toute l'Europe ; mais tous les Etrangers fe plai
gnent de la difficulté de l'ortographe , qui retarde
les progrès qu'ils pourroient faire dans l'étude de
notre Langue , & quelquefois les décourage.
C'est ce qui a fait propofer à un Auteur du fiécle ,
de fupprimer toutes les doubles lettres qui ne font
pas néceffaires à la prononciation , & d'écrite
comme l'on parle . Les François , amateurs ordi
nairement de la nouveauté , n'ont cependant point
goûté ce projet. Permettez moi , Monfieur , de
vous faire à ce fujet mes réflexions , que je vous
fupplie d'inferer dans votre Mercure.
La difficulté de notre ortographe réſulte de ce
qu'on n'écrit point comme l'on parle , ce qui empêche
notre Langue de fleurir , par le dégout que
cela occafionne aux commençans ; quel inconvé
nient y auroit-il de remédier à ce mal ? Le premier,
dit -on , on perdroit les étymologies. J'ai deux
réponſes également fimples.
La premiere , que lorsqu'un mot eft adopté dans
une Langue , & que chacun en fçait la fignification
, il eft inutile de fçavoir d'où il vient ; tout
le monde fçait que la Théologie eft la Science
qui traite de la connoiffance de Dieu & des Loix
Divines , & pour lors il eft indifferent de fçavoir
que Théologie vient de Theos & de Logos , qui fignifie
en Grec , Dien & Difcours ; l'h n'eft donc pas
néceffaire dans Théologie , ce qui lui donne naturellement
une prononciation plus dure que celie
qu'elle a dans la converfation ordinaire Une feconde
réponse eft , que ceux qui fçavent les LanA
VRI L. 1750. 207
gues originaires , fentent d'abord l'étymologie ,
fans qu'elle foit défignée par les lettres , & cette
étymologie n'a rien qui intéreffe ceux qui ignorest
ces Langues ; de plus , comme ces derniers
P'emportent par leur nombre fur les premiers ,
leur utilité eft préferable à la fatisfaction imaginaire
des autres.
Une feconde objection le préſente encore contre
mon fyftême. Vous voulez donc rendre , dirat'on
, tous les Livres que nous avons Gaulois ? On
ne pouria plus les lire . Quelle perte ! Il eft vrai
que c'en feroit une eflentielle , mais ce changement
n'eft point affez confidérable pour que cela
nous privât de la lecture de ces Livres ; l'ortographe
, te le qu'elle eſt aujourd'hui , eft d'une diffi
culté confidérable quand on apprend la Langue .
mais cette difficulté s'évanouit , quand on la poffede
, ce n'eft pour lors qu'un peu plus ou moins
d'attention. A l'égard des Livres dont les Auteurs
font vivans , comme ils fe réimpriment fouvent ,
il feroit facile de faire cette correction ; les Auteurs
ne leroient point fâchés d'avoir le prétexte
d'une nouvelle édition ; ils en donnent fouvent en
faveur d'une correction moins effentielle .
Il n'y a point de projet qui n'ait les inconvé→
niens , on doit pefer le pour & le contre , & tout
doit céder à l'utilité .
Si quelqu'un juge à propos de me faire quelque
objection , je tacherai d'y répondre.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Paris , ce 7 Février 1740.
B****
208 MERCURE DEFRANCE .
說洗洗淡淡選洗潔潔選選洗:洗洗選選
NAISSANCE , MARIAGE,
L
& Morts.
E 22 Février , naquit Charles , fils de Charles,
Marquis de Carvoifin , Brigadier des Armées
du Roi & Cornette de fes Moufquetaires , & de
N. d'Artaguette , fon époufe.
Le 15 , Pierre- Gabriel- Louis le Neuf , Sei
gneur de Sourdeval , près de Caen , Brigadier
des Armées du Roi du 10 Mai 1748 , Lieutenant
Colonel du Régiment d'Infanterie de Rohan , &
Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de Saint
Louis , époula dans la Paroifle de Saint Sulpice
Matie Marguerite de Pleure , fille de Jean Nicolas
de Pleure , Seigneur de Romilly en Champagne
, Confeiller Honoraire en la Grand - Chambre
du Parlemen , & de Marie - Thérèſe Gaillard , fa
feconde femme.
Le 22 Janvier , Honoré Comte de Sabran , des
Comtes de Forcalquier , Premier Chambellan de
feue S.A.R.M. le Duc d'Orleans , mourut au Château
de Forneac en Languedoc , âgé d'environ 75
ans. I éot fils d'tizear de Sabran, Seigneur de
Biofe & de Beauregard , Chef de la Branche d'Anfonis
, & de Magdeleine de Requiſton . Il avoit
épouté le 18 Août 1714 Magdeleine - Louiſe Charlotte
de Foix , fille de Gafton de Foix , Comte de
Rabat , de laquelle il a en , 1 ° . Marie - Gaſton-
Elzéar , Marquis de Sabran , qui fuit 2° . Louiſe
de Sabran , née le 14 Août 1720 , mariée le 27
Mars 1737 à Michel , Comte d'Arcoffie Capitane
au Régiment de Piémont , lequel mourut à
Marfeille te 16 Juillet 1737.
Marie- Gafton Elzéar , Marquis de Sabran ,
AVRIL. 1750: 209
·
Colonel da Régiment de Condé , qui fut tué au
Combat d'Ettingen , avoit époufé le 16 Janvier
1741 Charlotte-Marie de Coetlogon , file de Cefar
Magdeleine , Marquis de Coetlogon , & Dame
d'honneur de S. A. S. Madame la Ducheffe de
Chartres , décédée le 14 Juillet 1748. De ce mariage
eft forti un fils unique , né en 1743 , & tenu
fur les Fonts de Baptême par L. A. S. M. le Duc &
Madame la Ducheffe de Chartres.
Cette Mailon , auffi ancienne qu'illuftre , eft
primitivement originaire de Languedoc , où elle a
poffedé , entre autres biens , une partie de la Ville
& Seigneurie d'Uzés ; paflée enfuite en Provence ,
elle y a joui de la Souveraineté de Forcalquier ,
dont elle a confervé le titre . Une de fes Branches
s'établit dans le Royaume de Naples , où elle poffeda
, avec de grands biens , les premieres Charges
& Dignités de cet Etat. Saint Elzear étoit de
cette illuftre Maifon . Voyez pour un plus grand
éclairciement l'Abbé Robert de Briançon , dans fon
Etat de la Provence.
Le 4 Février , Armand - Louis du Pleffis- Richelieu
, Duc d'Aiguillon , Pair de France , Comte
d'Agenois & de Condomois , Baron d'Arvert & de
Saujon , Marquis de Montcornet , Seigneur de
Vereft , Larçay , & c . Noble Génois , Gouverneur
pour le Roi des Ville , Citadelle , Parc & Château
de la Fere , Honoraire de l'Académie Royale des
Sciences , mourut en fon Hôtel , dans la foixantefeptième
année de fon âge , étant né à Londres le
10 Octobre 1683.
Il étor fils de Louis- Armand , Marquis de Richelien
, & de Marie Charlotte de Mazarin , &
petit fils de Jean - Baptiste - Amador , Marquis de
Richelieu , lequel étoit frere puîné d'Armin Jean
du Pleffis , Duc de Richelieu , pere du Ma échal
de ce nom . Il avoit époulé par Contrat du 12
210 MERCURE DE FRANCE.
Août 1718 , Anne - Charlotte de Cruffol , fille de
Louis de Cruffol , Marquis de Florenfac , & de
Marie Louife de Senneterre , de laquelle il a
eu plufieurs enfans , dont il ne refte qu'Armand
Emanuel du Pleffis- Richelieu cidevant
Duc d'Agénois , aujourd'hui Doc d'Aiguillon
, Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
Noble Génois , &c. lequel a épousé le 4 Février
1740 Louife - Félicité de Brehan de Plelo , dont il
a deux filles.
Les ,Jean-Henri de la Caffagne , Marquis de
Saint Pau , Lieutenant des Gardes du Corps , Maréchal
des Camps & Armées du Roi , & Gouver
neur de Sainte Menehoult , mourut à Versailles
dans un âge très - avancé.
Le 8, Louis de Cherifey , Lieutenant Général des
Armées du Roi , Grand'Croix de l'Ordre Militaire
de Saint Louis , Gouverneur du Fort de Saint Jean
de Marfeille , mourut à Metz , âgé de 85 ans.
Le même jour , Jofeph Durey de Sauroy , fils de
Jofeph Durey de Sauroy , Marquis du Terrail ,
Maréchal des Camps & Armées du Roi , Lieute
nant Géneral du Pays Vendômois , mourut âgé
d'environ 8 ans fur la Paroille de Saint Nicolas des
Champs , & fut tranſporté dans l'Eglife des RR.
PP. de la Mercy.
Le 12 , Charles de Villiers Beraud , Seigneur de i
Montbleux, Confeiller du Roi , Maître ordinaire en
fa Chambre des Comptes , & Doyen de cette Compagnie
, mourut à Paris , âgé de 85 ans.
Le 13 , Louife . Therefe Hocquart , époufe de
Pierre- Paul , Marquis d'Offun , Brigadier des Atmées
du Roi , Capitaine - Lieutenant des Chevau
Legers de la Compagnie de la Reine , mourut
âgée de 19 ans.
Le 14 , Charlotte- Maurice de Courten , épouse de
Jean Baptifte-François de Villemur, Lieutenant GAVRIL.
1750. 211
ral des armées du Roi , Infpecteur Général de
PInfanterie , & Commandeur de l'Ordre Royal
& Militaire de Saint Louis , mourut dans la vingtquatrième
année de fon âge , & fut inhumée à
Saint Sulpice.
Le 19 , Charles de la Porte de Montval , Confeiller
du Roi en fes Confeils , Grand Maître des
Eaux & Forêts au Département de Berry ,mourut,
& fut inbumé à Saint Germain l'Auxerrois.
Le 20 , Pierre-Nicolas Larcher , fils de Nicolas
Larcher , Maître des Requêtes , mourut âgé d'environ
fept ans , & fut inhumé à Saint Sulpice.
Le 21 , Marie - Theréfe de Rouvroy , époufe de
Jean Baptifte-Victor de Rochechouart , Comte de
Mortemart , Brigadier des armées du Roi , Infpec
teur Général de l'Infanterie , & Commandeur de
l'Ordre de Saint Louis , Baron de Bray- fur - Seine ,
& Marquis d'Everly & de l'Ile- Duc, mourut âgée
de 22 ans , & fut inhumée à Saint Sulpice .
Elle étoit fille unique de Jean - Augufte , Comte
de Rouvroy , Meftre- de- Camp d'un Régiment de
Dragons de fon nom , mort le 13 Novembre 1729,
& de Marie-Anne Girault, morte le 27 Mars 1744.
Cette Maifon eft une branche de celle de Saint
Simon .
Jean-Baptifte-Victor , né le 30 Octobre 1711 ,
d'abord Colonel du Régiment de Dauphiné le
21 Février 1734 , puis de celui de Navarre le 15.
Mars 1740 , Brigadier des armées du Roi , le zo
Février 1743 , eft fils de Jean-Baptifte de Rochechouart
, Comte de Maure , devenu Duc de Mor
temart par la mort de Louis- François- Auguſtin de
Rochechouart , arrivée le 21 Décembre 1748 ,
dans la quatrième année de fon âge ; & de Anne
Colbert , Dame de Blainville , morte le 4 Juin
1746. Il avoit époufé en premieres nôces , le 10
Février 1743 , Eleonore- Gabrielle -Louiſe- Fran212
MERCURE DE FRANCE.
çoife de Crux , fille d'Armand- Gabriel de Cruri
Marquis de Montaigu , & d'Angélique- Marie-
Damaris Eléonore Turpin de Criffé , morte le
10 Octobre 1744 , de laquelle il avoit eu Victor-
Gabriel de Rochechouart , né le 21 Mai 1744 : &
en fecondes nôces Marie - Therefe de Rouvroy, qui
donne lieu à cet article , & qui n'a vêcu que quatre
mois après fon mariage.
Le même jour , Marie Angélique du Four de
Nogent , veuve de Louis de Banne , Comte d'Avejan
, Lieutenant Général des Armées du Roi ,
& Capitaine Lieutenant de la premiere Compagnie
des Moufquetaires de la Garde de Sa Majefté,
mourut dans la quatre- vingt-cinquième année de
fon âge . Elle étoit fille de Jean du Four , Seigneur
de Nogent & autres lieux , Secretaire des
Commandemens , & Intendant des Maifon &
Finances de feue S. A. R. Madame la Duchelle
d'Orléans , mort le 16 Février 1704 , & d'Angélique
Catherine Guynet , qu'il avoit épousée en
1683. Elle avoit été mariée le 16 Avril 1709.
Le 28 , Charlotte Gabrielly, fille de Paul Victor
Amedée Gabrielly , Lieutenant Général de Cavalerie
, & Colonel d'un Régiment au Service de
l'Empereur Charles VII. mourut âgée de 26 ans ,
& fut inhumée à Saint Sulpice .
Le 9 Mars , Jacques Augufte Ferdinand - Philippe
Marie Dalpozzo de la Cifterne , Marquis de la
Trouffe , Seigneur de Lizi Mari , Crepoil , Rademont
, Cocherel & autres lieux , mourut fur la
Paroiffe de Saint Benoît , & fut tranfporté dans
l'Eglife des R. P. Cordeliers , féulture ordinaire de
fa Maifon depuis qu'elle et en France . Nous don
nerons fa Genéalogie dans le Mercure prochain.
AVRI L. 1750.
213
ETAT général des Baptêmes , Mariages ,
Morts & Enfans Trouvés de la Ville &
des Fauxbourgs de Paris , & de toutes les
Maifons Religieufes d'hommes & de filles,
p.ndant l'année 1749 .
MOI S.BAFTESMES MARIA
Garç . Filles . GES .
442 Janvier 365759
Février 23 789 635
Mars .96 904
MORTS ¡ENFTRONT.
Eom. Femm. Garç. Filles .
696 674 157 144
688 604 171 141
36 828 720 192 208
Avril
794 749 329912 813 151 152
Mai 136
847 396 883 762 182 152
Juin 335 745 676 156 163
Juillet 36 706 449 860 708 154
134
Août 309 783
306 803668 136 166
820 743 163 147
682 172 145 f
Septem 23 769 419
Octobre - 82788 370 821
Novem 804 763 549 1787 746 147 150
Décem.1741 731 27 1929847 142 150
Total 9819.9339.4263 . 9772.8643.1923.1852 .
Il eft mort dans toutes les Maifons Religieufes
d'hommes pendant l'année , 63.
Dans toutes les Maifons Religieufes de filles
pendant l'année , 87 .
Religionnaires morts & enterrés dans des Chantiers
, 23 hommes & 12 femmes .
Etrangers Religionnaires , morts & enterrés à
Paris , 6 hommes & 1 femme.
ཆ Total général , Baptêmes ,
Mariages ,
Morts ,
Enfans Trouvés ,
19158
4263
18607
3775
1
214 MERCURE DEFRANCE.
Partant le nombre des Baptêmes de l'anneé 1749
excede celui des morts de $ 51.
Il y a eu en 1748. 17907 Baptêmes ; 4003 Mariages
; 19529 Morts ; 3429 Enfans Trouvés.
Le nombre des Baptêmes de l'année 1749 cât
augmenté de celui de 1748 de 1251.
Celui des Mariages eft augmenté de 260 .
Celui des Morts eft diminué de 922 .
Celui des Enfans Trouvés eft augmenté de 348.
絲說說洗洗洗洗:洗洗洗洗洗洗洗澡
ARRESTS NOTABLES.
ECLARATION du Roi , donnée à Verfailles
le 28 Décembre 1749 , Regiſtrée en la
Chambre des Comptes , portant que les Archevê
ques & Evêques du Royaume , exempts à titre
onéreux du droit de Régale , feront tenus dans
deux mois du jour de leur ferment de fidélité au
Roi , d'obtenir , fur l'Acte qui en fera expédié ,
des Lettres Patentes adreflées à la Chambre des
Comptes de Paris , & de les y faire regiſtrer dans
le même délai .
ORDONNANCE du Roi , du 31 , pour
la formation d'une Compagnie de Bas - Officiers
Invalides, deftinée à fervir à la garde du Château
de la Baftille .
AUTRE du premier Janvier 1750 , pour l'expédition
des congés aux Miliciens qui font dans le
cas d'être licenciés , & le remplacement du nombre
d'hommes néceffaire pour conferver les bataillons
de Milice fur le pied de cinq cens hommes.
AVRIL. 1750. 215
52
S
DECLARATION du Roi , donnée à
Verfailles le 27 , Regiftrée en la Chambre des
Comptes , concernant les délais des Comptes des
Receveurs Généraux des Finances , des années
1746 , 1747 , 1748 & 1749.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , du même
jour , qui fixe à fix mois pour tout délai le
Vifa de tous les effets concernant l'ancienne Compagnie
Royale dela Chine.
AUTRE du 29 , qui confirme la Tranſaction
paflée le 2 Septembre 1749 , entre M. l'Archevêque
deBefançon & les Sieurs Doyen , Chanoines ,
Chapitre & Suppôts de l'Eglife Collégiale de
Dole ; ordonne qu'elle fera exécutée à perpétuité
felon fa forme & teneur , & faifant droit fur l'appel
comme d'abus interjetté par M. l'Archevêque
de Befançon des Bulles de Benoît XI , & Jean
XXIII , déclare qu'il y a abus , en ce que par lefdites
Bulles ladite Eglife de Dole , & lesdits
Doyen , Chanoines , Chapitre , Membres & Suppots
d'icelle ont été exemptés de l'autorité & Jurifdiction
ordinaire de M. l'Archevêque de Befançon
, & foumis immédiatement au Saint Siége.
AUTRE du 24 Février , qui proroge pour un
an, à compter du premier Janvier 1750 , jufqu'au
premier Janvier 1751 , l'exemption des droits fur
les beftiaux venant de l'étranger, ordonnée par celui
du 5 Novembre 1748.
ORDONNANCE du Roi , du premier
Mars , concernant l'Affemblée des Bataillons de
Milice & de Grenadiers Royaux.
216 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE
A M. Remond de Sainte Albine , fur un
nouvelle efpece de Voûte.
L
E Sieur Geoffroy , Monfieur , Architecte , natif
de l'Ile , dans le Comtat Venaiffin , a tronvé
le moyen de faire des Voûtes en brique fas
ceintre , dont le Public peut retirer un avantage
confidérable, & comme je fçais que vous vous faites
un plaifir de lui faire part des nouvelles décou
vertes , je n'ai pas crû pouvoir mieux m'adreffet
qu'à vous pour lui communiquer celle - ci .
Ces Voûtes font folides & d'une conftruction
facile ; loin de pouffer les murs de foutenement,
elles font capables de les retenir ; elles n'ont pref
que befoin d'aucune butée , car elles fe font folide
ment fur de fimples cloifonnages ; il leur faut peu
de bombemens ; elles font prefque auffi plattes que
les platfonds, avec l'avantage que le plâtre , qui eft
adhérent aux briques , n'eft pas fujet à fendre ; je"
fuis perfuadé qu'à Paris , où le plâtre eft bon &
très commun , on diminueroit de plus de moitié
la dépenfe dans les bâtimens , que l'on y renouvelle
continuellement , outre ce , un Hôtel , dont toas
les appartemens feroient voûtés de même jufqu'au
faîte du toit , feroit à l'abri des incendies.
Le premier etfai que fit le fieur Geoffroy de ces
fortes de Voûtes , fut au magnifique Château qu'a
fait conftruire M. le Baron de Saunier , dans fa
Terre de Violes , à deux lieues d'Orange . Ce Château,
qui eft fpacieux , a des piéces d'une grandeur
extraordinaire ;les deux fuperbes appartemens,
qui compofent le rez - de-chauffée , font voûtés de
même ,
AVRI L. 1750. 217
même , & fur ces mêmes voûtes on a fait la diftribution
de huit petits appartemens par de fimples
R cloifonnages , fur lesquels on a auffiétabli de pareilles
voûtes qui vont jufqu'au faîte du toit . L'ou
vrage qui eft fait depuis fix ans , eft fi tolide , qu'à
fix lieues à la ronde on ne conftruit aucun nouveau
bâtiment fans ces fortes de voûtes , Un ouvrier en
peut faire une toife quarrée par jour : il entre dans
chaque toife environ cent briques & un quintal
de plâtre , compris l'enduit & l'ornement . Les briques
ont un pied de longueur , fur fix pouces de
largeur , & deux pouces & demi d'épaiffeur ; il
faut qu'elles foient bien cuites ; ces briques font
affemblées & adoffées avec le plâtre , & par conféquent
les voûtes n'ont que deux pouces & demi
d'épaiffeur , & foûtiennent le même poids , qu'une
autre voûte faite avec moilons.
Si l'on compare le prix des planchers & de leurs
platfonds avec ces fortes de voûtes , l'on fera convaincu
qu'elles coûtent infiniment moins , qu'elles
occupent moins du terrein , & font plutôt conftrui
tes .
Le Sieur Geoffroi eft fi peu jaloux de ſa découverte
, que je fuis perfuadé qu'il fe fera un plaifir
de donner tous les éclairciffemens qu'on voudra
lui demander , pourvû toutefois qu'on affranchiffe
les Lettres qu'on pourroit lui écrire à ce fujet.
Il fait fa réfidence ordinaire à Orange , où il a
fait conftruire plufieurs de ces voûtes par les Maffons
les plus ordinaires qui peuvent fe paffer de
fon lecours , après l'avoir vû travailler une demie
journée. Vous voyez , Monfieur , que je n'ai d'autre
but dans cette Lettre , que d'e trer dans vos
vûes pour le bien public , & de vous affûrer que
j'ai l'honneur d'être , &c . R. P. D B. J.A.
Au Bourg S. Andéol , le 27 Janvier 1750.
K
218 MERCURE DEFRANCE.
LETTRE
Sur quelques cures faites par M. Alliés.
E vous ai confeillé , Monfieur , de vous met◄
tre entre les mains du Sr Alliés , Chirurgien
Lithotomifte , Expert pour la guérison des maux
del veffie & de l'uréthre & pour tout ce qui occafionne
la rétention . Je me trouve bien de les traitemens
, & je compte qu'il vous tireroit facilement
de l'état où vous êtes . La derniere fois que j'eus
P'honneur de vous rencontrer , il me parut que pour
déterminer votre confiance , vous feriez bien aile
de voir quelques relations des miracles de l'Eſcu
lape que je vous prêche . J'ai eu pareille envie
avant d'y placer ma dévotion , & m'étant adreflé
à lui même pour être fatisfait fur ce point , il tira
de fes mémoires quelques notes fur les cures qu'il
a faites , & me copia les articles dont je vais vous
faire part Si quand vous les aurez vûs , vous avez
befoin de plus grands éclairciffemens , on vous les
fournira.
Notes de M. ALLIE'S.
M. de Vaxiníon , Anglois , ayant deux tumeurs,
Pune au col de la veffie , l'autre aux Proſtates, qui
l'empêchoient d'uriner , confulta M. Guerin , pere,
Chirurgien , qui lui propola de faire taire des incifions.
Le malade n'y ayant voulu confentir , M.
Guerin m'envoya chercher par M. Farely , Médecin.
Je vis M.de Vaxinfon, & le panfai, commen
, çant par faire venir à fuppuration ces tumeurs, qui
dans huit jours furent entierement diffipées. Au
AVRIL. 1750. 219
E
bout de vingt fept jours M. de Vaxinfon ſe trouva
parfaitement guéri & urinant à plein canal .
M. étant enu à Paris , pour fe faire traiter ,
palla par les frictions , & foufrir une opération au
fcrotum par un dépôt qui s'y étoit fait , mais après
Aces traitemens il le vit dans un état plus dange .
reux qu'auparavant. Il avoit le fciorum carfmomateur
, & fon urine , dont il ne fortoit que quel
ques gouttes imperceptibles , paffoit par une demie
douzaine de finus , dont quatre au ſcrotum , un au
col de la veffie , l'autre à l'uréthre. Ayant confulté
là deffus deux Chirurgiens célébres , qui jugerent
fa maladie incurable , il enten it parler de moi ,
vint metrouver , & j'entrepris la guérifon . En peu
de jours je le fis uriner par le conduit ordinaire.
Au bout d'un mois les finus du fcrotum furent réunis
, le tefte alla toujours de mieux en mieux , &
dans fept femaines le malade fe trouva urinant librement
à plein canal & jouiffant d'une parfaite
fanté.
M de Beaulieu , paffant par le grand reméde
fe trouva dans le cas de la rétention d'urine M.
Gloire ,fon Chirurgien, ayant eflayé de le fonder,
fans pouvoir réuffir , fe tranfporta chez moi pour
me prier de venir voir ce malade . J'y allai & je
trouvai qu'il avoit au périnée une tumeur confidérable
& trois finus , par lefquels fe filtroit fon
urine , ainfi que par un quatrième au col de la
vellie. Je fis fondre la tumeur , fermai les finus
& rendis à M. de Beaulieu la faculté d'uriner à
plein canal avec une parfaite fanté dont il jouit
encore.
M. D ** , étant venu me confulter , urina devant
moi. Le fil de fon urine étoit imperceptible ,
& quelques gouttes couloient en deffous . Pendant
qu'il urinoir , il furvenoit une enfure , qui s'aug-
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
mentoit jufqu'à la groffeur du poing Lorfqu'on
preffort cette enflure , l'urine fortoit par une infi.
nité de finus , qui produifoient l'effet d'un arroſoit
En fix femaines ou environ je le remis en état d'u•
riner à plein canal , & lui rendis une parfaite
fanté.
M. Guerin , pere , m'ayant envoyé cherchet
pour voir un malade , qui depuis un tems nepou
voit uriner que goutte à goutte , je le pantai pendant
quinze jours , au bout defquels trouvant tou
jours une grande réſiſtance au 1 hincter de la vel
fie , je communiquai mon embarras & mes réflexions
à M. Guérin , qui fut d'avis de continuer les
panfemens. Le dix - huitième jour , deux heures
après avoir été panfé , le malade voulut uriner &
ne le put. Dans cette conjoncture critique il envoya
querir M. Guerin , M. Petit & moi . A peine
fûmes - nous raffemblés que nous lui vîmes rendre ,
avec impétuofité par la verge une pierre groffe
comme une noilette , qui s'étoit logée au col dela !
veffie . La fortie de cette pierre fut fuivie d'ane.
copieufe évacuation d'urine , & depuis le malade
urine fans obftacle & s'eſt parfaitement bien
porté.
Le Sieur Alliés demeure rue Plátriere , à côté de
Sainte Agnès , près la rue Montmartie .
AVRIL. 1750. 223
NOUVELLE preuve de la bonté &
vertu de l'Elixir & des Goûtes de M. le
Général de la Mothe , par le Certificat de
la guériſon ci- deſſous de la fille de M. le
Comte de Brefme.
atta-
E fouffigné Médecin ordinaire du Roi , de fes
grander Médecin de Rola,defie
de France , certifie avoir employé avec fuccès
les Goûtes jaunes de M. le Général de la Mothe
pour Mlle de Brefme , âgée de quatre ans ,
quée d'hydropisie tympanite , où toutes fecrétions
étant fupprimées , lefdites Goûtes ont fi
beureufement opéré , que ladite Demoiſelle a été
guérie en peu de tems . En foi de quoi nous avons
donné le préfent Certificat . A Paris , le 12 Dé→
cembre 1749. Vallant , Médecin des Ecuries du
Roi,
Je certifie la même chofe que ci- deffus , ayant
vú plufieurs fois la même Demoiselle malade & en
convalefcence. Fait à Paris , les même jour & an
que deffus . Falconet , Docteur & Regent de la
Faculté , & Médecin Confultant du Roi
Kii
CERTIFICATS ·
De guérisons opérées par le Sieur Rafa.
E fouffigné certifie que M. Rofa , Chirurgien-
Herniaire à Paris , rue de la Calandre , près le
Palais , à l'image de Sainte Geneviève , a guériradicalement
chez moi , rae Saint Honoré à la Clef
d'argent , une perfonne qui étoit incommodée
d'une defcente du côté gauche , qu'elle avoit depuis
plus de vingt ans , & que le bandage de fer
qu'elle portoit auparavant lui caufoit de grands
maux de reins ; que ledit Sieur Rofa l'ayant entrepris
, il l'a guérie radicalement en fix mois , ily
a neuf ans qu'elle a quitté le bandage fans fer que
ledit Sieur Rofa lui à fait . A Paris , ce 16Décembre
1749. Philippe Herque.
a
Plus ledit Sieur Rofa a auffi guéri radicalement
en fix mois le Sieur Paul May , Marchand Fruitier
, rue Saint Honoré , prés les Quinze-Vinges ,
par le moyen de fon bandage fans fer , d'une defcente
du côté gauche . Ce malade avoit été traité
l'efpace d'un an par un autre Chirurgien avec
bandage de fer , qui le faifoit beaucoup fouffrir.
Pareillement le Sieur Rofa a guéri le fils de François
May , venu au monde avec une defcente
originaire de fon pere du côté droit , en huit mois
de tems avec fon bandage fans fer A Paris , ce
31 Décembre 1-49 . Signé , Paul de May.
Le Public eft averti , qu'en cas de befoin du fecours
du Sieur Rofa , il faut affranchir les ports des
Lettres.
AVRI L. 1750. 217
AVIS AU PUBLIC.
E Public eft averti que le Sieur Dejean , Chi
Lenrgien pour lesdefcentes , a inventé une nou-
Covelle façon de faire les bottines à l'ufage des enfans ,
qui ont des difpofitions à porter leurs jambes dans
une mauvaiſe attitude.
Cette façon differe des autres .
Premierement , en ce qu'elle rend lefdites bottines
beaucoup plus legéres que les autres , &
qu'elle leur donne toutes les qualités capables de
répondre à l'indication qu'on fe propofe.
Secondement , parce que lesdites bottines peuvent
être augmentées par degrés en largeur & en
longueur , à proportion que les enfans croiffent ;
& cela par le moyen de petites vis & d'écroux ,
fans qu'il foit befoin d'aucunes perfonnes de la
profeffion : & jufqu'à ce que les enfans ne foient
plus dans le cas d'en avoit befoin , ce qui eft d'un
grand avantage à plufieurs égards , particuliere
ment en ce que cela eft d'un moindre embarras
pour le Public , & qu'on n'eft point exposé à des
récidives de dépenfes.
Troifiémement par le moyen de l'élafticité defdites
bottines , on leur fait facilement prendre la forme
des jambes.
On avertit le Public , que les perfonnes qui ont
des enfans dans le cas d'avoir befoin desdites bottines
, doivent commencer de bonne heure à leur
en faire porter. Les perfonnes éloignées feront
prendre la mefure par un Chirurgien , afin qu'elle
foit plus jufte ; & cette mefure doit être prife ,
l'enfant chauffé , depuis le talon du foulier , juf
qu'à la jonction du tibia avec le femur ; il faut
224 MERCURE DE FRANCE.
exactenient marquer la partie de la jambe , qui fe
difpofe à fe porter contre l'ordre naturel.
Il eft abfolument néceffaire que cette meſure
foit envoyée avec les fouliers de l'enfant , lefquels
doivent être juftes.
Les perfonnes qui auront la bonté d'écrire à
l'Inventeur des bottines en queſtion , auront auffi
celle d'affranchir le port de leurs Lettres.
Son adreſſe eſt à M. Dejean , Chirurgien pour les
defcentes , rue Saint Germain l'Auxerrois , proche
P'Arche Marion , à Paris,
AVERTISSEMENT
De M. Remond de Sainte Albine , fur un
changement qu'on trouvera dans le
prochain Mercure.
Ldeparque pouvelles Prange-
E parti que j'avois pris de fupprimer
de ce Recueil les Nouvelles Etrangeres
, avoit été approuvé de plufieurs perfonnes.
Quelques autres ont paru fouhaiter
qu'on neles privât point de cet article.Quoique
l'augmentation conſidérable du débit
du Mercure prouve que le goût de ces derniers
Lecteurs n'eft pas le plus général , une
raifon particuliere m'oblige de me confor
mer à leurs défirs . Les évenemens politiques
reprendront donc à l'avenir dans ce
Journal la place qu'ils y avoient toujours
occupée. Mais on aura la bonté de fe fouveย
1750.
229
AVRI
L.
nir que les Auteurs du Mercure ont été
conftamment dans l'habitude de copier
pour l'article en queftion la Gazette de
France , & que je me fuis rélervé le pri
vilége d'ufer de la même liberté.
* Dans le tems que M. Remond de Sainte Albine
compofoit cette Gazette , les Auteurs du Mercure copistent
jusqu'aux éloges qu'il donnoit aux Morts il-
Luftres . Feu M de la Roque a méme inferé mot pour
mot dans le Mercure les deux articles de M Remond
de Sainte Albine fut la maladie &la convalefcence
de Sa Majefté , imprimés dans les Gazettes
du 29 Août du 19 Septembre 1744, que le Pu
blic a lûs avec unfi grand empreſſement , moins fans
doute pour leur propre mérite , que pour les fujets inté
reſſans qui en faifoient l'objet.

APPROBATION.
L'ier,le Mercure de du préfent mois, A
, par ordre de Monfeigneur le Chance-
Paris , le 10 Avril 1750 .
MAIGNAN DE SAVIGNY.

TABLE.
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe.
PleaseFu Gronlle Lettre de M. Rouffille ,
fervant de Réplique à la Réponſe de M. Daviel
, 3
Epitre à M. le Maréchal Comte de Saxe , Maréchal
Général des Armées du Roi, par M*****
de Riom en Auvergne , 27
Lettre à M. Remond de Sainte Albine , fur le
nouveau genre Dramatique ,
Daphnis & Doris Elégie ,
40
48
Obfervations à M. le Jeune , Auteur du Projet
pour l'établiflement d'un nouvel Hotel Dieu
dans l'ifle des Cignes , par M. Carré ,
Epitre à M. Hel ...
61.
·59
Ecloga in Pacis reditum , cum folemnis de Pace haberetur
Oratio in Collegio Victoriacenfi ,
Réponse de M. Bourgelat , Ecuyer du Roi , Chef
de l'Académie de Sa Majesté à Lyon , à M. le
Chevalier de la Pleigniere ,
Le Rat & la Belette , Fable ,
67
112
114
Vers pour mettre au bas d'un Portrait de Mad da
Bocage
Quatrain fur le deffein que l'Auteur avoit de faire
en vers le Portrait de la même Dame , ibid.
A Mad. du Bocage , fur les ouvrages qu'elle a
donnés au Public , par M de la Soriniere , 115
A M. Deftouches , de l'Académie Françoife , fur fa
Comédie , intitulée la Force du Naturel , 116
Mots de l'Enigme & des Logogryphes du Mercure
de Mars ,
Enigme & Logogryphes ,
ibid.
117
Nouvelles Litteraires , des Beaux-Arts , & c . 120
Extrait de la Séance publique de l'Académie des
Belles Lettres de Corie , tenue le 8 Février
1750 , 161
Plan d'une Inftruction publique & gratuite de
l'Art du Deffeing , en faveur des jeunes habitans
de la Ville de Beauvais ,
Avis du Sieur Beaumont , Marchand d'Eftampcs,
168
172
Articles omis dans les Nouvelles Littéraires , ibid.
Lettre à M. Remond de Sainte Albine , par M.
Pereire , 173
Autre de M. le Duc de Chaulnes à M. Pe-
174
reire,
Autre de M. de la Beaume , ancien Capitaine
des Grenadiers du Régiment de Normandie ,
Lieutenant Colonel , Commandant le Bataillon
de S. Gaudeus , en téponſe à celle que lui avoit
écrite M. d'Auteroche ancien Lieutenant Colonel
au Regiment d'agenois , demeurant chez
Mad. Mouton rue des deux Ecus à Paris , pour
fçavoir le detail de la cure que lui a faite M.
Daran , Chirurgien du Roi , & s'il jouifloit tou
jours d'une bonne fante à cet égard ,
Menuet ,
Réponle ,
175
179
180
182
Chanton adreffée à Mad . la Comteffe de V ....
fur l'air : Réveillez- vous , belle Endormie , 181
Spectacles ,
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , & c . 188
Benéfices donnés , 192
Pielens envoyés à l'Académie Eſpagnole , par M.
Titon du Tillet , 193
Vers de M. Titon du Tillet à la même Acadé
194
205
208
mie ,
Maniere
de
trouver
fur
mer
les
Longitudes
,
197
Lettre
de
M.
B **
à M.
Remond
de
Sainte
Albine
, fur
l'Ortographe
Franço
fe ,
Naiflance
, Mariage
&
Morts
,
Etat
Général
des
Baptêmes
, Mariages
, Morts
& Entans
Trouvés
de
la Ville
& des
Fauxbourgs
de
Paris
, de
toutes
les
Maifons
Religieufes
d'hommes
&
de
Filles
pendant
l'année
1749
,
Arrêts notables , 214
213
Lettre à M. Remond de Sainte Albine , fur une
nouvelle efpece de Voûte ,
216
Lettre fur quelques cures faites par M. Alliés, 218
Nouvelle preuve de la bonté & vertu de l'Elixir &
des Goutes de M. le Général de la Mothe ,parke
Certificat de la guérifon de la fille de M le
Comte de Brefme , 221
Certificats de guérifons opérées par le Sieur
Rofa ,
Avis au Public ,
212
223
Avertiflement de M. Remond de Sainte Albine ,
fur un changement qu'on trouvera dans le prochain
Mercure, 224
La Planche doit regarder la page
La Chanfon notée, la page
De l'Imprimerie de J. BULLOT,
379

MERCURE
DE FRANCE,
DEDIE AU ROI.
Chez
MAI.
1750.
AGIT
UT
SPARCAM
A PARIS ,
The
Guay
ANDRE' CAILLEAU , rue Saint
Jacques , à S. André,
La Veuve PISSOT, Quai de Conty,
à la defcente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
JACQUES BARROIS , Quai
des Auguftins , à la ville de Nevers.
M. D C C. L.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
A VIS.
L'AM. DE CLEVES D'ARNICOURT ,
' ADRESSE générale duMercure eft
ruë des Mauvais Garçons , fauxbourg Sam
Germain , à l'Hôtel de Mácon. Nous priens
très - inftamment ceux qui nous adrefferent
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le
Port , pour nous épargner le déplaifir de les
rebuter, & à eux, celui de ne pas voir paroître
leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays .
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de Francede la premiere main , &plus promptement,
n'auront qu'à écrire à l'adreffe ci-deffus
indiquée ; on fe conformera très-exactement à
leurs intentions.
Ainfi ilfaudra mettre ſur les adreſſes à M.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France , rue des Mauvais Garçons , pour
remettre à M. Remond de Sainte Albine.
PRIX XXX. SOLS .
MERCURE
DE FRANCE ,
1
DEDIE AU ROI.
MA I. 1750 .
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
AVERTISSEMENT
Sur les deux Piéces fuivantes,
A Ville de Rheims a perdu l'un
de fes principaux ornemens par
la mort de M. de Pouilly , Auteur
de la Théorie des fentimens agreables,
Dès le mois dernier , nous aurions
annoncé cette mort , fi nous ne nous étions
propofé de donner quelques détails fur la
vie d'un homme , qui a fi bien mérité de
fa Patrie & de la République des Lettres,
Puiffe le tribut , que nous payons ici à la
.
"
1
A ij
4 MERCURE DEFRANCE.
vertu , à la ſcience & à l'efpece d'efprit, la
feule eftimable , contribuer à multiplier le
nombre de leurs Sectateurs ! A la fuite de
l'éloge de l'illuftre ami que nous regrettons
, nous infererons un Difcours qu'il
prononça peu de jours avant la derniere
maladie. En y traçant le portrait d'un des
perfonnages les plus rares que la France
ait jamais produits , il a préfenté le tablean
de fes propres fentimens , & les louanges
qu'il difpenfe à fon concitoyen , il les recevra
lui-même de la postérité.
Eloge hiftorique de M. de Pouilly.
M
R de Pouilly naquit dans la Ville de
Rheims vers la fin du mois d'Août
de l'an 1691. On remarqua chez lui dès
fa plus grande jeuneffe les difpofitions qui
annoncent les hommes fupérieurs . Après
avoir fait fes premieres études dans l'Univerfité
de Rheims avec un fuccès qui éton
na plufieurs fois fes Précepteurs & fes Profeſſeurs
, il vint à Paris pour y trouver plus
de fecours , & y acquérir ce goût , que l'on
trouve rarement ailleurs que dans les Capitales
. Il fe propofa de fçavoir tout ce
qui peut faire l'objet des connoiffances
humaines , & il ne donna l'exclufion à auMA
I. 1750.
eune fcience. La Théologie , la Philofophie
, les Mathématiques , les Belles- Lettres
& les Langues fçavantes , l'occuperent
alternativement. Quelques années avant
qu'il arrivât à Paris , le fameux Livre des
Principes de M. Newton avoit paru . D'autant
plus curieux d'en pénétrer les miſtéres
, qu'ils étoient encore regardés pour
lors comme une énigme , M. de Pouilly y
donna toute fon application , & il parvint,
un des premiers , à entendre un ouvrage
qui faifoit le defefpoir de prefque tous les
Mathématiciens. L'ardeur avec laquelle il
fe livra à l'étude , lui caufa un fi grand
épuifement , qu'il fut obligé de s'interdire
tout travail d'efprit , & d'aller refpirer l'air
natal . Il avoit tellement altéré la conftitution
, que depuis il n'a jamais pû recouvrer
fa premiere fanté. Etant revenu à
Paris , lorfqu'il fut un peu rétabli , il recommença
de donner la plus grande partie
de fon tems à fes anciennes occupations
, en obfervant cependant de partager
la journée entre les fpéculations pénibles
des Mathématiques & quelques études
moins féricufes , qui lui fervoient de délaffement
.
Les amis qu'il avoit dans l'Académie
des Infcriptions & Belles- Lettres l'ayant
engagé à y entrer , il y lut quelques Mémoi
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
res qui lui attirerent des contradictions ,
mais que tout le monde convint être écrits
avec toute l'élégance & l'érudition dont
la matiere ett fufceptible. Son profond
fçavoir , plus encore fon caractére eſtimable
, fa douceur , les charmes de fa conver
fation , lui procurerent un grand nombre
d'amis du premier ordre. M. le Chancelier
, qui tient dans la République des Let
tres une place auffi éminente que dans l'Etar
, lui marqua toujours des bontés parti-j
culieres. Il fut étroitement lié avec le Pere
Malbranche , M. de Fontenelle , le Pere
Regnault , le Pere de Tournemine , le Pe
re Harduin , le Pere du Cerceau , le
Pere de Monfaucon , l'Abbé Renaudot ,
l'Abbé de Longrue , l'Abbé Fraguier , &
avec prefque tous les Membres de nos Académies.
Les Sçavans étrangers qui venoient
en France , n'avoient pas moins
d'empreffement que ceux de notre Nation,
de le connoître. Sa fanté s'affoibliffant tous
les jours par l'excès de fon travail , on lai
confeilla de voyager. Il alla en Angleterre
& il y demeura un an entier chez Mylord
& Mylady de Bollenbrocke, qui l'ont honoré
de leur eftime & de leur amitié jufqu'au
dernier moment. De retour dans fa patrie,
il comptoit paffer fa vie dans une Terre ,
& s'y occuper uniquement de fes Livres &
MA I. 1750. 7
des plaifirs champêtres. Mais frappé de la
vertu & des appas d'une Demoifelle de fes
parentes , il l'époufa. Il vivoit à Rheims ,
Supaffant la plus grande partie de fon tems à
l'étude, lorfque fes Concitoyens, à qui fes
grands talens étoient connus , fouhaiterent
de le voir à la tête du Confeil de Ville.
Quelque répugnance qu'il eût pour un état
qui l'arrachoit à fes inclinations, il accepta
la propofition , perfuadé qu'un homme de
bien fe doit à l'utilité des autres hommes.
Il ne fut pas plutôt dans cette place , qu'il
imagina les projets les plus avantageux
pour le bien de la Ville , & il en a exécuté
une partie avec les fecours du célebre M.
Godinot , qui , dès qu'il apperçut les grandes
vûes de M. de Pouilly , le rendit dépofitaire
des tréfors qu'il confacroit au
bonheur de fes Concitoyens. On vit en
peu de tems des Fontaines falutaires couler
dans la Ville , & faire ceffer les maladies.
que les eaux mal faines , dont on ufoit auparavant
, avoient caufées jufqu'alors . Des
Profeffeurs , appellés de Paris , établirent
à Rheims des Ecoles de Mathématiques
& de Deffeing , tant pour donner une
meilleure éducation à la jeuneſſe
po
, que
pour favorifer la perfection des Manufac
tures. Si M. de Pouilly montra l'étendue
de fes vûes par la grandeur de fes projets ,
1 .
I
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
il ne la montra pas moins par fon habileté
dans l'exécution . Les differens obftacles
qu'il a eus à furmonter, lui ont donné lieu
de faire connoître qu'il avoit une adreſſe
merveilleufe pour manier les efprits , une
fécondité inépuifable de reffources , un
courage d'efprit & une conftance qui égaloient
fon amour pour le bien public.
Tant d'occupations importantes n'empêchoient
pas M. de Pouilly de donner quelques
heures de chaque jour aux études qui
avoient fait toujours le principal plaifir de
fa vie. Ce fut pendant qu'il étoit à la tête
du Confeil de la Ville de Rheims , qu'il
mit la derniere main à fa Théorie des Sen.
timens agréables , qui fut alors publiée pour
la premiere fois de fon confentement. Le
grand nombre des éditions qui ont paru
de ce Livre , lorfqu'il n'étoit pas encore
dans l'état de perfection où il eft préfentement
, en prouve le mérite . Les vers
que nous allons rapporter , & qui font
d'un Militaire de qualité , auffi bon juge
des hommes que des ouvrages , expriment
fidellement ce qu'on doit penfer de l'Auteur
.
Souvent fublime , & toujours agréable ,
Profond , tendre, élégant , plus Citoyen qu'Auteur,
Pouilly , pour nous tracer la route du bonheur ,
MA I. 1750.
Pour peindre la vertu , pour nous la rendre ai
mable ,
Confulta la Nature , & nous a peint fon coeur .
M. de Pouilly étoit occupé de plufieurs
nouveaux projets également utiles & intéreffans
, lofqu'il fut attaqué d'une Alaxion
de poitrine , qui termina fa vie le 4
Mars dernier , cinquième jour de fa maladie.
Les regrets univerfels & fincéres de
toute la Ville de Rheims le louent
mieux que ne pourroit faire le panégyrique
le plus éloquent . Il n'y a aucun de fes
Compatriotes , qui ne croye avoir perdu un
bienfaicteur , un ami , un pere ; & toutes
lesperfonnes qui l'ont connu conviennent
qu'il eft rare d'allier une fi belle ame avec
un efprit fi fupérieur.
DISCOURS
Prononcé par M. de Pouilly , Lieutenant des
Habitans de la Ville de Rheims , au Renouvellement
des Officiers, le 17 Février 1750 .
Dans unjour *deftiné à vous marquer
ma reconnoillance particuliere , me
fera- t'il permis , Meffieurs , de me livrer
*M. de Pouilly finiffoit alors la quatrième année
de fa Magiftrature , & avoit été continué Lieu
tenant des Habitans pour la cinquième.
A v
.0 MERCURE DE FRANCE.
à la fatisfaction d'être l'interpréte de notre
reconnoiffance commune envers un Bienfaicteur,
dont la perte nous eft auffi préfente
que s'il venoit de nous être enlevé ? Profi
tons de la circonftance qui nous raſſemble,
pour célébrer à l'envi fes bienfaits , mais
ne nous bornons point à lui rendre un
hommage ftérile ; formons le tableau de
fon zéle pour le bien public : ce tableau ,
s'il eft fidéle , fera le monument le plus
glorieux qu'on puiffe élever à fa mémoire,
& ce fera auffi pour les bons Citoyens un
modéle femblable à ce beau idéal , dont
les grands Artistes doivent effayer d'ap
procher , lors même qu'ils ne peuvent pas
efpérer d'y atteindre.
Mais par quels coups de pinceau pourrois-
je vous peindre affez noblement un
homme que vous avez vû marquer tous
fes jours par des bienfaits , infenfible à tout
autre plaifir qu'à celui de confacrer fon
loilir & fes biens à l'embelliffement ou à
l'utilité de la Ville qui lui avoit donné la
naillance ? Ici , il décore un Temple augufte
par des ouvrages qui en découvrent
toutes les beautés , & y en ajoûtent de
*
Les fommes confacrées par M. Godinot , pour
les differentes décorations de l'Eglife de Rheims ,
montent à plus de quarante mille écus
MAI. II 1750.
nouvelles. ( 1 ) Là , il ouvre un afile à des malades
infortunés , qui portent dans leur
fein toutes les horreurs de la mort , & qui
per la cruauté d'un mal , dont on redoute
les plus légeres influences , trouvoient
d'autant moins de fecours , qu'elles en
avoient plus de befoin . ( 2 ) Ailleurs il donne
de l'écoulement à des eaux croupiffantes
qui répandoient dans les airs des vapeurs
empoisonnées. Des bâtimens ajoûtés à vos
Hôpitaux , l'embelliffement de vos Promenades
publiques , annoncent les attentions
généreufes. ( 3 ) Les enfans dans quelques
unes de vos Paroiffes manquent- ils des fecours
néceffaires à leur éducation ? Sa charité
bienfaifante leur ouvre des Ecoles.
(4) Enfin , eft- il convaincu que la nature
du terrain ne fournit à la plupart de
(1 ) Il a donné à l'Hôtel -Dieu quarante - deux
mille livres , tant pour la fondation de l'Hofpice
destiné aux perfonnes attaquées de Cancers , que
pour d'autres bonnes oeuvres.
(2 ) Aqueducs , embelliflemens de promenades
publiques , bâtimens ajoûtés aux Hôpitaux , vinge
mille livres.
(3) Les Ecoles gratuites, vingt-fept mille livres.
(4) La dépenfe des Fontaines amenées dans la
Ville monte à cent mille livres , & pour continuer
cet ouvrage fi utile , M. Godinot a laiffé à la mort
le refte de fes biens.
Enfin , ce Bienfaiteur a confacré pour le bien
public plus de cinq cens mille livres.
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
vos Concitoyens que des eaux pernicieufes
? Il en fait couler dans vos murs d'auffi
excellentes pour la fanté , que favorables
pour les opérations du Commerce.
Qu'il eft digne de tous vos regrets ,
Mellieurs , ce Citoyen vénérable , qui , obfervant
à fon égard une parfaite frugalicé,
étoit fi attentif à vous combler de fes bienfaits
, à les affortir à vos befoins , & à en
affûrer la durée ! Les Annales de la Grece
ont éternifé le fouvenir d'un riche Athénien
, qui ouvroit à fes Compatriotes les
jardins , fes greniers & fes trélors . C'étoit
dans le fein de la magnificence qu'il
exerçoit fa libéralité , & il ne l'étendit jamais
qu'à fes contemporains . Votre Bienfaicteur
, Meffieurs , l'emporte fur le Ci
royen le plus généreux dont l'Hiftoire faffe
mention. Avare envers lui- même , pour
être prodigue envers yous , à peine eût-il
crû vous obliger , s'il n'eût obligé tous vos
defcendans . Ŏ vous , qui habiterez cette
grande Ville dans toute la fuite des fiécles,
vous vivrez pour fa gloire . Ceux- ci lui
devront l'éducation , ceux - là l'air pur qu'ils
refpireront ; tous, le précieux bienfait d'u
ne eau falutaire .
De tous ceux à qui la Renommée a fait
connoître cet homme rare , en eft-il aucun
qui n'ait reffenti à fon égard ces mouMAI.
1750. 13
yemens de furprife & de reconnoiffance
qu'infpire l'idée d'un mortel en qui cha❤
que homme croit appercevoir fon bienfaicteur
? Tout ce qu'il y a de plus grand dans
Eglife & dans l'Etat s'eft empreflé de lui
donner les témoignages les plus flateurs ,
12 : & nous avons été les témoins d'un ſpectacle
plus grand que celui qu'admira autrefois
la Grece , quand Alexandre s'écria que
s'il n'étoit pas Alexandre , il voudroit être
Diogéne. Ce Prince ambitieux , qui voufoit
tout conquérir , refpecta un Philofophe
orgueilleux , qui ofoir tout méprifer.
Pour nous , Meffieurs , nous avons vû le
plus paiffant Roi de l'Europe , qui fçais
n'ufer de fes victoires que pour faire régner
la juftice & la paix , révérer la vertu
d'un Sujet généreux , qui fçavoit n'ufer de
fes richeffes que pour contribuer à la félicité
publique
.
Sa générofité a été pure & irréprochable.
Il eft des hommes qui , injuftes pour être
bienfaifans , enrichiffent des étrangers par
la ruine de leur propre famille , à qui ils
enlevent des biens que l'intention de leurs
ancêtres & l'ordre de la fociété leur
avoient deftinés. Votre Bienfaicteur , Meffieurs
, bien loin de croire qu'on pût jamais
commettre cette injuftice envers fes proches
, a penfé que nous étant préfentés pan
14 MERCURE DE FRANCE.
les mains mêmes de la nature , pour être
les premiers objets de notre affection , ils
doivent toujours être les premiers objets
de nos largeffes . Il ouvrit donc la diftri
bution de fes biens , par celle qu'il fit en
leur faveur ; il leur rendit beaucoup plas
qu'il n'avoit reçû de fes peres. Quitte cavers
eux par ce trait de libéralité, il a crû.
qu'il pouvoit regarder les biens qui lui
reftoient , comme des dépôts entierement
confacrés à l'utilité publique.
Ce génie ferme & élevé avoit penfé
que la loi , qui défend aux Miniftres des.
Autels de travailler à augmenter leurs richeffes
, devoit en certaine circonſtance
recevoir des exceptions , & céder à la
loi éternelle , qui ordonne de faire aux
autres hommes tout le bien dont on eft
capable. Il avoit donc crû devoir exercer
en leur faveur tous les dons finguliers
qu'il avoit reçus de la nature , & dans cet
te vûe il renouvella en partie ce qu'ont
exécuté autrefois , dans une fphére beaucoup
plus étendue , les Fuggers , les Jac
ques Coeurs , & les Médicis : il a nous rendu
croyable le fuccès prodigieux de leurs
talens , mais y aura-t'il dans toute la fuite
des tems aucun homme , dont l'exemple
autorife la postérité à croire qu'un de vos
Citoyens a , par l'excellence de fes Vins ,
FR
15
MA I. 1750.
tiré des tributs immenfes de toute l'Europe
, fans en avoir jamais voulu recueillir
d'autre avantage que les dons qu'il en faifoit
à vos Hopitaux , à l'Eglife , & à fa
Patrie ?
Ce n'eft pas affez d'être le bienfaicteur
du genre humain , pour en mériter l'admiration
; on a bien peu de droit à ce tribut
flatteur , quand on le recherche. Il entre
dans le caractére du grand homme , que la
vanité ne foit point le mobile de fa conduite
, & qu'il ne cherche pas à faire un
trafic ignoble de fes actions vertueufes
contre de frivoles adulations.
Mais peut- on difcerner fi , dans un
homme qui fe dévoue à l'utilité publique ,
le defir de la gloire n'a point de part à des
entrepriſes éclatantes , & fi elles ne font
point l'effet de cette difpofition naturelle ,
qui rend certaines ames plus fenfibles aux
attraits de la louange qu'à ceux de la richeffe
? Oui , Meffieurs , on peut , ce me
femble , malgré la nuit épaiffe qui couvre
à nos yeux la profondeur du coeur humain,
ou peut appercevoir que les motifs de votre
Bienfaicteur ont été auffi héroïques que
fes actions .
Ceux qui méritent le plus la reconnoiffance
du Public , ne l'obtiennent pas toujours
toute entiere de leur vivant ; on ne
16 MERCURE DE FRANCE.
découvre bien toute leur grandeur , que
quand ils le montrent à nous dans l'éloi
gnement des lieux ou des tems . Mais eft on
leur compatriote & leur contemporain ?
on aime à fecouer le joug de la fupériorité
qu'ils femblent ufurper fur nous par leurs
bienfaits , & l'on cherche à s'en venger
par des cenfures. Eft - on forcé de louer
leurs actions on fe dédommage fur leurs
motifs . Ne peut - on fe défendre d'applau
dir à la fin qu'ils fe font propofée ? on fe
confole par la critique des moyens qu'ils
ont choifis ? Un retour, fi contraire à celui
qu'un bienfaicteur feroit en droit d'efpérer,
le décourage prefque toujours , & l'abbat ,
s'il n'a que la vanité pour appui.
Or , Meffieurs , quand le Citoyen que
nous regrettons , a dans le cours de fes
differens bienfaits effuyé les traits de cette
malignité , ont - ils jamais fufpendu , ou
même rallenti fon inclination bienfaifante
? N'a- t'il pas eu quelquefois à combattre
des contradictions , d'autant plus capa
bles de déconcerter l'amour propre , qu'el
les étoient fuggerées par des intentions
droites , & appuyées par des raifons fpécieufes
Sa générosité toujours égale , foit
qu'il fût contredit ou loué , annonçoit
qu'un principe fupérieur à la vanité prédoit
à tous les mouvemens , & dirigeoit
toute fa conduite.
FR
MAI. 1750. 17
1.
nos coeurs ,
Il eft mort cet homme illuftre , qui femble
avoir été formé pour nous apprendre
jufqu'où , dans les conditions privées , on
peut fignaler fon zéle pour le bien public :
il eft mort ! Qu'il vive éternellement dans
& que fes fentimens particu
liers ne foient pas pour nous des titres
d'ingratitude ! Ils ne nous difpenfent pas
de payer à fes bienfaits le tribut qui leur
eft dû. Il en eft des Bienfaicteurs comme
des Peres & des Rois : le malheur de fe
tromper fur les points même les plus importans
n'efface pas en eux ces traits
facrés de reffemblance avec la Divinité ,
qui exigent de nous les hommages les plus
refpectueux.
**********
LES SUITES FUNESTES DE L'AMOUR ♣
ODE
Par M. B ...
E Nyvré d'une douce extafe ,
Porté fur l'aîle des Zéphirs ,
A travers le feu qui m'embraſe ,
Mes efprits volent aux Plaifirs .
Quels objets brillent à ma vûe ?
Je vois l'Amour fendre la nue ,
i
18 MERCURE DEFRANCE
De fon éclat remplir les airs !
Des effains de jeux l'environnent ,
Les ris & les graces couronnent
Ce Dieu vainqueur de l'Univers .
Que Bellone aux champs de la gloire ,
Avec un peuple de Héros ,
D'un bras armé par la victoire ,
Lance la foudre & les carreaux.
Qu'aux Dieux la prompte meſſagere
Coure des Enfans de la guerre
Vanter les généreux exploits.
D'un doux tranfport l'ame enyvrée ,
Ce n'eft qu'au fils de Cytherée
Que je veux adreffer ma voix,
***
Quitte les bras du noble Alcide ,
Defcends du célefte féjour ,
Jeune Hebé ; d'une aîle rapide ,
Vole à l'Empire de l'Amour.
Sur les pas de cette Déeffe ,
Accourez , brillante jeuneffe ,
A ce Dieu dreffez des Autels.
Vous , peuple aîlé , dont les ramages
Retentiffent dans ces bocages ,
Chantez fes bienfaits aux mortels.
EFRA
MAI. 1750:
S!
Que vois-je ! quels objets funébres !
Porté fur fon char radieux ,
Fuyant à travers les tenebres ,
Phébus fe dérobe à mes yeux.
Dans l'horreur de la nuit obſcure ,
Des excès d'une vie impure
Je lis le jufte châtiment.
Grands Dieux , cellez votre vengeance ;
Quel que foit le poids de l'offenfe ,
Le pardon n'en eft que plus grand.
**3*+
O Ciel ! quelle nouvelle aurore
Eclaire les champs de Cypris !
J'apperçois la raiſon éclore ,
Au fein des célestes lambris.
Foible & tremblant dans ma carriere.
Je la vois près de la barriere ,
Qui m'éblouit de ſa ſplendeur .
J'entends fa voix enchantereffe a
Digne organe de la fageffe ,
Ses doux accens touchent mon coeur.
**
» Détruis , dit-elle , ton idole .
>> Sous les débris de ces Autels ,
» Od fume ton encens frivole ,
»Etouffe tes voeux criminels.
39
20 MERCURE DEFRANCE
»Voi dans les bras de la molleffe
» Ces Héros de Rome & de Grece ,
Obfcurcir leurs travaux guerriers.
» Eux qu'on vit armés du tonnerre
Effrayer , embrafer la Terre ,
30
Le Mirthe flétrit leurs lauriers.
炒菜雞
"Arrache le bandeau funefte
Que l'erreur pofa fur tes yeux ,
Et fuis la lumiere céleste ,
Dont daignent t'éclairer les Dieu
» Voi dans la fureur qui la guide ,
La jaloufie au teint livide ,
Pourfuivre les foibles humains.
» Un mafque couvre fon vifage ;
Un poignard , inftrument de ragej
Arme fes criminelles mains.
*X
» Sous cette route féductrice ;
» Qu'Amour pour toi joncha de fleurs
» Eft un horrible précipice ,
23 Où font les foucis , les douleurs.
» Tel Promethée , au fombre Empire,
» Livre au Vautour , qui le déchire ,
»De fon coeur les reftes fanglans.
Tels les remords , les maux , les larmes ,
MAI. 1750.
De l'erreur diffipant les charmes ,
Paniront tes efprits tremblans.
Fils ingrat , fils chéri , dit - elle ,
Reviens , il en eft encor tems ,
Près de la vertu qui t'appelle ,
Saifis ces précieux inftans.
Enfin voici l'heure propice ,
Ou ton être fouillé du vice
Va fe purifier dans ſon ſein ;
Ce moment eft le feul , peut - être ,
Que la mort , pour te reconnoître ,
Raviffe à fon fer aflaffin.
***+
1.
Tel que l'on voit plus prompt qu'Eole ,
S'élever l'Aigle audacieux ,
Elle dit , me charme & s'envole
Préfider au Confeil des Dieux .
Puiffe , hélas ! cette mere affable ,
Veiller d'un regard favorable
Sur nos plaifirs & nos travaux !
Puiffe la vertu , le courage ,
Des Dieux , dont nous fommes l'ouvrage ,
Nous rendre jaloux & rivaux !
Impiafub dulci melle venena latent . Ovid.
22 MERCURE DE FRANCE.
N
Ous avons inferé dans le Mercure
de Mai 1749 , p. 64 , un Mémoire
fur l'achevement du Louvre, Pour finir cet
édifice l'Auteur propofoit deux projets,
Le premier étoit de continuer , autour de
l'intérieur de la cour du Louvre , le troi.
fiéme Ordre de la façade oppofée à celle
qui eft du côté de la rue Froidmanteau.
Le fecond étoit au contraire de démolir ce
qui exifte de ce troifiéme Ordre , & dy
fubftituer le petit Attique qui regne dans
le refte du bâtiment.
Si l'on ne confultoit que la magnifi
cence , il n'y auroit point certainement à
balancer entre ces deux projets , & le premier
obtiendra les fuffrages de tous les
bons Juges. Auffi l'Auteur lui donnoit-il
la préférence . Mais les ouvrages , dont
l'exécution eft trop lente & trop coûteufe ,
font exposés fouvent , furtout en France ,
au rifque de demeurer imparfaits , & peutêtre
par cette raifon , dans le cas où l'on
feroit réduit à l'alternative , feroit- on
mieux de le déterminer à continuer le pe
tit Attique dont nous venons de parler.
D'un autre côté , dans ce dernier parti il fe
préfente un inconvénient. En démoliffant
le troifiéme Ordre commencé, s'il arrivoit
MA I. 1750. 23
ue des obftacles empêchaffent de conduire
le Louvre à fa perfection , nous jettetions
nos fucceffeurs dans de très - grandes
dépenfes , fuppofé que préférant le pre
mier projet au fecond , ils vouluffent réta
blir ce que nous aurions détruit.
L'Auteur du Mémoire qu'on va lire , paroit
avoir pefé mûrement les avantages
& lesdéfavantages de part & d'autre , &
il propofe un troifiéme projet , par le
quel , fans s'engager à des frais exceffifs &
dans de longs travaux , on peut donner au
Louvre un air fini & en quelque forte
régulier , & conferver en même tems un
moyen facile de rendre uniforme , toutes
les fois qu'on le voudra , la décoration de
l'intérieur de la cour de cet édifice . Neus
eroyons que le Public ne pourra refufer
fon approbation aux réflexions fages , aux
vuesoeconomiques , & cependant étendues ,
& au goût éclairé du judicieux Anonyme.
MEMOIRE
Sur le Louvre.
ENfuppofant qu'on voulût achever le
Louvre , & qu'on mît en délibération
la maniere de l'achever , il n'eft pas douteux
que le plus grand nombre de ceux
24 MERCURE DE FRANCE.
qu'on appelleroit à ce Confeil , commen
ceroient par dire , que dans une opération
de cette importance , & qui doit paller
jufqu'à la postérité la plus reculée , il ne
faut prendre garde ni au tems , ni à la dépenfe
, & qu'il ne faut fonger qu'à faire
au mieux. Cela eft beau dans la ſpécula
tion. La plupart des hommes , par amour
propre , penſent s'élever vis-à- vis d'euxmêmes
, & vis- à- vis des autres , en propofant
de grands & vaftes deffeins , mais
celui qui , plus prudent , plus avifé & plus
expérimenté , connoît les hommes en général
, & les François en particulier , ne fe
livre pas à de trop vaftes projets , qui demandent
trop de tems & trop de dépense ,
& furtout beaucoup de conftance . Combien
d'évenemens peuvent arriver , qui fufpendent
, & font abandonner de trop vaftes
entrepriſes commencées ! Differens Rois ,
leur differente façon de penfer , des changemens
de Miniftres , une guerre longue
& coûteufe , la trop grande dépenfe , le
trop de tems qu'exigeroit une entreprife
trop confidérable , enfin , mille autres inconvéniens
qu'on ne peut pas tous prévoir
, & qui arrêtent tout : ainfi rien ne
c'acheve , & on ne jouit jamais . Nous n'en
avons qu'une trop funefte expérience dans
ce même Louvre , qu'il s'agiroit de finir. Si
Louis
MAI.
25 1750.
Louis XIV. M Colbert & M. Perrault ,
tout grands hommes qu'ils étoient , chacun
dans leur genre , ne s'étoient pas livrés
trop aifément à de trop vaftes projets ,
ils auroient eû la fatisfaction d'achever le
Louvre , & il y a long- tems que l'on en
jouiroit. Mais au lieu de fe contenter d'achever
, du mieux qu'ils auroient pû, ce qui
étoit affez bien commencé , & qu'ils auroient
pû embellir en l'achevant dans la
même idée qu'il étoit commencé , ils ont
crû faire mieux , ils ont voulu faire mieux
que bien. Qu'en est-il arrivé ? Après des
dépenfes prodigieufes , tout eft resté imparfait
, & aujourd'hui on fe trouve dans
le plus grand embarras ; on ne fçait comment
s'y prendre pour achever , & faire
quelque chofe de raisonnable , & qui ſoit
poffible. Ne faifons donc pas comme eux ,
faifons ce qu'ils auroient dû faire.
Celle des façades du Louvre , qui regarde
Saint Germain de l'Auxerrois , & qu'on
appelle vulgairement la Colonade du Louvre
, eft achevée en dehors & en dedans
du côté de la cour : il ne reste aujourd'hui
que de la couvrir par un toit briſé ,
dont les baluftrades extérieures & intérieures
cacheront la plus grande partie ,
peu près comme on a fait au Palais des
Thuilleries , lorfque Louis XIV. l'a reftauà
B
26. MERCURE DE FRANCE.
ré & embelli. A l'encoignure de cette colonade
, qui tient à la façade du Louvre ,
qui regarde la riviere , il y avoit autrefois
un pavillon , dont le toit a été démoli en
partie , & eft aujourd'hui étayé : il faut
achever de le démolir entierement , car il
ne faut pas qu'il paroiffe de toit aux deux
pavillons qui terminent la Colonade ; c'étoit
l'intention de M. Perrault , ainfi qu'on
le voit dans les élévations de cette Colonade
, qui ont été gravées de fon tems . Il
s'eft contenté de mettre un grand fronton
au milieu de cette colonade , & n'en
vouloit point mettre aux deux pavillons
qui la terminent ; c'eft le meilleur parti.
Par cet arrangement , le milieu domine ,
& les pavillons des coins ne lui difputent
rien . D'ailleurs une répétition de frontons
aigus ou ceintrés font fouvent un mauvais
effet , tombent trop dans la répétition
, & cauſent trop d'uniformité ; ce qu'il
faut éviter autant qu'on le peut , en confervant
cependant la fymétrie autant qu'il
eft pollible.
Autrefois la façade du Louvre , qui regarde
la riviere , étoit d'une belle Architecture
( elle eft gravée. ) Elle contenoit
trois pavillons & deux corps-de-logis. Le
pavillon du milieu & ceux des deux
encoignures étoient plus élevés les
que
MAI. 27 1750.
deux corps-de -logis , & étoient couverts
de toits affez exhauffés. Quand M. Perrault
conçut l'idée de la Colonade , il voulut
que les entablemens de la façade , qui
eft du côté de l'eau , fuffent du même alignement
que ceux de la Colonade , & il
avoit taifon. D'ailleurs , il vit que les Bâtimens
de la façade , qui regardent la riviere
, étoient fimples : il voulut les faire
doubles, pour le procurer plus de logemens
avec plus de commodités , mais par - là , il
s'eft jetté dans de grands inconvéniens ,
ainfi qu'on va le dire. Il a élevé du côté de
l'eau une façade qui fe raccorde avec ſa
Colonade , par- là il s'étoit mis dans la néceffité
indifpenfable de démolir l'ancienne
décoration de cette façade qui étoit
belle , & peut-être fuffifante ; aujourd'hui
elle devient totalement inutile ; on ne peut
la conferver , elle nuiroit au -dedans des
logemens ; les murs font trop épais , &
tiendroient trop de place : il faut donc
aujourd'hui la démolir , & reconftruire à fa
place un mur de refend , fort folide & néceffaire
, pour le procurer des logemens
doubles dans cette partie : Quelle dépense !
D'ailleurs , il faut obſerver que dans des
Palais de cette conféquence , les piéces
des appartemens doivent être vaſtes & les
murs épais : par conféquent ces apparte-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
mens , quand ils font doubles , deviennent
fombres indifpenfablement : ils font plus
vaftes , & peut- être plus commodes , mais
ils font privés de plufieurs agrémens ; n'en
eft- ce pas un fort grand pour de grandes
piéces que d'être percées des deux côtés ,
ce qui les rend beaucoup plus claires ? Autrefois
les Appartemens de cette façade
jouiffoient en même tems de la vie de la
riviere , & de la vûe de la cour de ce Pa-'
lais. Quel agrément ! En Hyver , ils étoient
échauffés par le Midi , & en Eté , ils étoient
rafraîchis par le Nord . Ileft vrai que pour
rendre les logemens commodes , il auroit
fallu y faire plufieurs efcaliers , ce qui étoit
fort poffible , en les plaçant dans les encoignures
des bâtimens & ailleurs . En doublant
ces bâtimens du côté de la riviere,
M. Perrault s'eft mis dans la néceffité de
démolir les trois pavillons de cette façade,
pour la mettre d'accord avec fa Colonade :
c'eft ce que l'on peut faire aujourd'hui fort
aifément, Par- là l'extérieur deviendra d'accord
avec l'intérieur.
Les Appartemens du Louvre , qui donnent
fur la cour , qui autrefois étoient
fimples , & que M. Perrault a voulu rendre
doubles , en élevant un mur de face du côté
de la riviere , n'avoient autrefois environ
que trente pieds en dedans oeuvre ; ils
MA I. 1750. 19
étoient trop étroits. Le double qu'il a élevé
du côté de la riviere n'a guéres plus de largeur
: ainfi les Appartemens qu'il contiendroit
auroient le même défaut que ceux
qui font du côté de la cour . Pour éviter
ces deux inconvéniens , ne pourroit- on pas
fe contenter de démolir le mur qui faifoit
autrefois la face extérieure de cette partie
du Louvre du côté de la riviere , & ne point
conftruire à fa place un nouveau mur de
refend ? Par-là on éviteroit la dépenſe de
conftruire un mur épais , & les Appartemens
auroient toute la largeur contenue
entre le mur extérieur qui regarde la rivicre,
& le mur intérieur qui eft du côté de la
cour. On trouveroit peut-être que les Appartemens
feroient trop larges , puifqu'ils
auroient environ foixante pieds de largeur,
&feroient peu commodes, faute de dégagement.
Il feroit bien aifé de remédier à ces
deux inconvéniens ; il n'y auroit qu'à pratiquer
un corridor , ou gallerie dans toute
la longueur de cette partie , du côté de la
cour . De cette façon les Appartemens
jouiroient de la vue de la riviere ; l'inf
pection des lieux & des plans gravés ren-
*C'étoit peut- être l'intention de M. Perrault ,
ainfi qu'il eft indiqué par des pierres d'attente dans
la partie du Louvre , qui eft du côté de la rue Saint
Honoré , du côté de la cour.
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
dra tout ceci plus clair , il faut y avoir recours.
A l'égard de la façade extérieure du
Louvre , qui regarde la rue Saint Honoré,
elle eft fort eftimée des connoiffeurs ; elle
eft d'un beau fimple , & elle fait variété
avec les autres. Gardons- nous bien de la
doubler , ainfi qu'on a fait celle du côté
de la riviere : nous nous jetterions par -là
dans les mêmes inconvéniens , & peutêtre
plus grands encore , ainfi qu'on va
l'expliquer . L'Eglife des Peres de l'Ora
toire, qui mérite d'être confervée , nous gêne.
Si on vouloit doubler cette partie du
Louvre , elle fe trouveroit trop près de
l'Eglife ; il n'y auroit plus de reculée pour
la voir , & même pas affez de paffage pour
les voitures le long de cette façade. Dans
un Palais de cette importance , il faut
il faut que
les accès en foient faciles & dégagés , &
qu'on puiffe fort aifément circuler tout autour
, ce qui deviendroit impoffible , fi on
doubloit cette façade du côté des Peres de
l'Oratoire.
Il est à obferver que M. Perrault , en
voulant donner une certaine étendue à la
Colonade , a dépaffé , en la conftruiſant ,
le mur extérieur de la façade , du côté
de la rue Saint Honoré , prefque vis-à-vis
le Cul-de- Sac des Peres de l'Oratoire ,
MAI.
31 1750.
e ce qui y forme aujourd'hui un pavillon
faillant , mais qui fe raccorde avec la façade
de ce côté- là. Contentons - nous aujourd'hui
de former un pavillon pareil à
l'autre extrémité de cette façade , par - là
tout fe trouvera d'accord & de fymétrie.
Bien entendu que ces deux pavillons n'auront
point de toits apparens , & que ces
toits feront d'accord avec tous les autres
.
Laiffons jufqu'à nouvel ordre la façade
du Louvre , qui regarde la Place où
aboutit la rue Froidmanteau , telle qu'elle
eft aujourd'hui , à peu près comme au Luxembourg.
Par la fuite , on pourra fupprimer
les toits des trois pavillons qu'elle
contient , & les rendre femblables à tous
les autres . Pourvû que les quatre façades
extérieures du Louvre foient d'accord
& de fymétrie dans toutes les parties qui
compofent chacune d'elles , cela doit fuffire
, on ne les voit pas toutes quatre à la
fois . La décoration intérieure des quatre
côtés , qui forment la cour du Louvre , eft
plus difficile à accorder . C'eft ce que nous
allons traiter le plus fommairement qu'il
nous fera poffible.
Pour s'orienter , il faut fe fuppofer au
milieu de la cour du Louvre , & y être entré
par la façade qui donne fur la Place
τό
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
Froidmanteau. On appercevra au fond de
la cour en face la façade intérieure de ce
côté , fur laquelle M. Perrault a fait élever
un troifiéme Ordre qui fe trouve en dedans
de la cour, parallele , & adoffé à la Colonade
extérieure . Ce troifiéme Ordre eft continué
au dedans de la cour en retour à
gauche , jufqu'au pavillon qui fe trouve
au milieu de ce côté , & fur ce pavillon
même , & continué environ à la moitié de
·
la partie qui eft depuis le pavillon du mihieu
jufqu'à l'encoignure intérieure du
côté de la rue Froidmanteau. Achevons ce
troifiéme Ordre qui eft en face. Il y a peu
de chofe à faire. Achevons ce qui eſt commencé
jufqu'au pavillon du milieu de
la partie gauche , & à ce pavillon même.
Arrêtons-nous là , enfuite démoliffons le
peu qui eft commencé du troifiéme Ordre
en- deçà de ce pavillon , & continuons en
fa place le petit Attique qui regne dans le
refte de cette partie. Rendons la partie de
la cour , qui fe trouve à notre droite , pareille
à celle dont nous venons de parler :
ces trois parties fe trouveront d'accord &
de fymétrie. Laiffons toutes les autres parties
intérieures , comme elles font aujourd'hui.
Que réfultera- t'il de tout cela ? Le
voici , à peu près le même effet qu'au Palais
du Luxembourg. On verra en entrant dans
MAI. 1750.
33
la cour du Louvre une face de bâtiment
élevée , deux aîles en retour de pareille
hauteur & fymétrie qui feront terminées
par deux pavillons égaux : le refte demeurera
comme il eft aujourd'hui , ce feront
deux aîles fubordonnées aux autres , &
égales entre elles. La façade intérieure de
la cour , parallele & adoffée à l'extérieure
qui donne fur la Place Froidmanteau , reftera
jufqu'à nouvel ordre , comme elle
eft aujourd'hui , fauf à démolir par la fuite
le toit du pavillon du milieu , fous lequel
on paffe pour entrer dans la cour du Louvre
, du côté de la Place Froidmanteau , &
à le rendre femblable aux autres. Par cet
arrangement nous démoliffons peu de
chofes , nous accordons le goût & l'économie
nous confervons tout ce que
nous avons , & nous ne détruifons que
peu de chofes par conféquent , nous employons
moins de tems , moins de dépenfe
, & nousjouiffons plutôt . En prenant ce
parti , nous laiffons à nos fucceffeurs la
poffibilité & l'exemple de rendre égale toute
la décoration de l'intérieur de la cour da
Louvre , en démoliſſant ce qui refteroit
pour lors de l'ancien petit Attique , & en
fubftituant à fa place le troifiéme Ordre ,
pareil à celui que nous acheverions aujourd'hui
, au lieu qu'en démoliffant à pré-
>
Bv
34 MERCURE DE FRANCE.
fent ce troifiéme Ordre , & y fubftituant
un petit Attique pareil à l'ancien qui eft
préfentement dans les autres parties inté
rieures du Louvre , nous les engageons à le
continuer par tout , ( s'il nous étoit arrivé
d'arrêter avant que de l'avoir fini ) . Ainfi,
au lieu d'embellir le Louvre , comme on le
peut aisément , il arriveroit que fi on l'achevoit
conformément à l'ancien petit
Attique , on diminueroit confidérablement
l'exhauffement & la beauté intérieure de
ce Palais.
Difons un mot des couvertures qui reftent
à faire à ce Palais . Dans les parties où
le bâtiment eft fimple , rien de fi aifé , &
de fi peu de frais. La feule partie qui eft
du côté de la riviere , eft double : couvronsla
en deux parties dans fa longueur , une
goûtiere dans le milieu de ces deux parties.
Le côté de la cour eft déja couvert
, ainfi
peu de dépense , aifée & bientôt
faite .
Il nous reste à parler de la partie du
Louvre , qui y eft contigue , & pour ainfi
dire extérieure : c'eft ce que M. le Cardinal
de Rohan occupoit , & qui va l'être
par M. le Comte d'Argenfon. Un Architecte
qui penfera paroître un grand Architecte
, & qui ne le fera pas , commencera
par dire , tout cela ne vaut rien , ilfaut
MAI.
35
1750.
jetter tout cela bas . Mais un homme de goût
dira , confervons ce petit morceau , il eft pré
cieux à bien des égards , ainfi qu'on va le
voir bientôt. Il n'eft pas abfolument achevé
à l'extérieur , mais il y a peu de chofes
à faire pour qu'il le foit , il faut feulement
élever l'Attique qui y manque , depuis le
pavillon qui eft au milieu de ce bâtiment ,
jufqu'au gros pavillon qui forme l'encoignure
du Louvre de ce côté là , & rendre
cet Attique nouveau , pareil à celui qui eft
anciennement élevé dans la partie parallele
à celle qu'il faut élever aujourd'hui .
Ce nouvel Attique fe raccordera , le mieux
qu'il fera poffible, avec le gros pavillon du
Louvre , & quand il lui feroit inférieur &
fubordonné , il n'y a pas grand inconvénient,
parce que ce corps de bâtiment eft,
pour ainfi dire , ifolé du refte du Louvre ,
&ycommunique feulement par l'intérieur
qui renferme des chofes très-précieufes ,
& qu'il faut confervet très - foigneufement.
Cet intérieur eft prefque par tout extrêmément
orné des plus belles Peintures , Sculptures
, dorures , &c . Ces Peintures , dont
les plus confidérables font peintes à frefque
par Romanelli , & de fon plus beau,
méritent d'être confervées : c'eft peut -être
ce qu'il y a de plus beau à Paris dans c
genre. Il a peint auffi à l'huile tout le petit
B vj
36 MERCURE DE FRANCE:
Appartement de la Reine , dans le goûr de
Piétre de Cortone , fon Maître . Les Sculp
tures de ces appartemens ont été exécutées
par les meilleurs Sculpteurs de ce tems-là ,
& font de toute beauté.
Un Propriétaire prudent , & un Architecte
fage , ne diminueront jamais leur Domaine
; ils le conferveront foigneufement ;
l'augmenteront, l'embelliront, autant qu'ils
le pourrront , furtout s'il mérite , comme
celui-ci, qu'on s'en donne la peine.
RAVAEDENKAIDEDEDEDEDEDE
LA DISPUTE FINIE ,
OU LE JUGEMENT DE MINERVE
A Mile Dangeville.
T Halie & le fils de Cythére
Entre eux fe difputoient un jour.
La Mufe difoit à l'Amour :
Quoi donc , petit Dieu téméraire ,
Vous prétendez , fi je vous croi ,
Avoir l'avantage fur moi ?
Vous vous trompez d'une étrange maniere
Et j'en appelle à votre mere.
Pour vous fon jugement ne fera pas fufpect.
Ma mere ! dit le Dieu qu'à Paphos on revére;
Pour elle j'ai bien du respect ,
MA I. 1750. 37
Mais qu'elle trouve bon , foit dit fans lui déplaire,
Qu'on ne la prenne pas pour juge en cette affaire.
J'ai mes raifons ; tout fon fils que je fuis ,
Elle eft femme , & l'eft à bon titre.
Non , je ne veux plus , fi je puis ,
En rien la prendre pour arbitre.
L'affaire de Pfiché me tient encore au coeur..>
Mais il fuffit . Cherchons un autre Juge qu'elle ,
Un Juge impartial , intégre & fans humeur ,
Qui termine notre quérelle.
Voilà Minerve : elle décidera
Qui de nous deux aura la préference :
Mais promettons vous & moi , par avance
Qu'à fon arrêt on ſe tiendra.
Je le veux bien , dit la Muſe badine.
Arrêtez un moment ; venez , fille divine ,
Accorder deux Divinités
Sur un point important qui les tient divifées.
Vous les trouverez diſpoſées
Afuivre en tout vos volontés .
Or voici l'affaire : écoutez.
Vous connoiffez l'aimable Dangeville ,
Du Théatre François l'ornement & l'amour ,
Et le doux charme de la Cour ,
Et les délices de la Ville ;
Dangeville , l'objet de mes foins affidus ,
Que j'élévai dès fon enfance ,
Et dont les talens foûtenus
38 MERCURE DE FRANCE.
Ont furpaffé même mon eſpérance.
L'Amour , ce Dieu présomptueux ,
( Car , entre nous , il l'eft plus qu'on ne [çauroit
croire , )
Ofe me difputer la gloire
D'avoir feule formé , par mon Art merveilleux ,
Ces grands talens qui nous étonnent ,
Et que tant de fuccès couronnent.
N'est-ce pas moi qui régle tous fes pas ,
Ses regards , fes difcours , & même fon filence ,
Ses geftes , fon maintien , cette noble décence ,
Ce goût que l'Art polit , mais qu'il ne donne pas ?
Tout ce qu'elle eft , elle l'eft par Thalie.
Je veux exprès un jour jouer la Comédie ,
Et contraindre par-là tous les Dieux d'avouer
Que Dangeville eft ma copie ,
Et qu'elle fçait , comme moi , la jouer.
Comme vous ! Arrêtez , dit le fils de Cythere ;
Je vous croyois modefte , & furtout plus fincere :
L'éloge eſt très-Batteur , & me paroît bien doux.
Dangeville joûra tout auffi -bien que vous ,
Mais mieux que vous , elle faura nous plaire ,
Et c'eft fur quoi je prétends l'emporter,
Vous avez des talens , du goût , & du génie ,
Et j'aurois tort de vous les conteſter :
J'en fais même grand cas. Vous voyez bien,
Thalie ,
Que je n'ai pas pour vous un coeur trop ennemi .
MAI. 39 1750.
Mais fans l'Amour , & les Graces légères ,
Tous les talens ne plaifent guéres ,
Ou bien ne plaisent qu'à demi.
Ils n'ont , fans mon fecours , qu'un air rude &
fauvage.
Le vrai fecret de les mettre en ufage
N'eft réfervé qu'an feul fils de Cypris ;
Ils reçoivent de moi leur plus grand avantage ;
Vous les formez , & je les embellis.
Dangeville me doit fes charmes ,
Doux tyrans , aimables vainqueurs ;
Ses attraits font les feules armes
Qui lui foumettent tous les coeurs.
Les ris & les graces
Volent fur fes pas ,
Les jeux délicats
Naiffent fous fes traces.
Sur fon front gracieux ,
Avec des traits de fâme ,
J'ai peint l'éclat des Cieux ;
Je regne fur fon ame
Et brille dans les yeux.
Reconnoiffez ici mon fouverain Empire.
40 MERCURE DE FRANCE.
Que votre Art impuiffant reſpecte mon pouvoir.
Je régle le Deftin de tout ce qui refpire ;
Pour triompher , je n'ai qu'à le vouloir.
Doucement , s'il vous plaît , dit l'auſtére Minerve,
Votre pouvoir eft grand , mais chacun a le fien ,
Et l'on ne me doit pas compter ici pour rien.
Apprenez à parler avec plus de réſerve .
Thalie & fes leçons forment l'habile A&teur ,
Cupidon fçait le rendre aimable ,
Minerve le rend eftimable :
Vous n'ornez que le corps , moi j'enrichis le coeur.
Voilà mon jugement : s'il n'eft point trop flatteur,
Du moins il eft trés- équitable.
Vivons en paix , & qu'en ce jour
Toute difpute entre vous foit finie.
Applaudiffons-nous tour à tour ;
Dangeville à la fois eft ma fille chérie ,
La digne éleve de Thalie ,
Et le chef-d'oeuvre de l'Amour,
MAI. 41 1750.
% ❁% :༧Õ % གུ
DEFENSE DU CHANT GREGORIEN,
Par M. Roulleau , Prêtre , Chanoine de
Saini Michel de Beauvais , adreffée à un
Chanoine d'A.. contre un Anonyme Auteur
d'un nouveau Livre.
A Beauvais , le 18 Octobre 1749.
Ous me faites beaucoup d'honneur ,
fentiment fur le Livre anonyme qui a pour
titre: Traité critique du plain-chant ufité
aujourd'hui dans l'Eglife , contenant les principes
qui en montrent les défauts , & qui peuvent
conduire à le rendre meilleur , imprimé
à Paris chez P. G. le Mercier , rue Saint
Jacques , au Livre d'or , 1749. Ce feroit
à moi de m'adreffer à vous , & je l'euffe
fait fans doute , fi cet ouvrage fûr tombé
entre mes mains avant la réception de votre
lettre , pour vous
vous prier de nous en faire
la contre-critique. Eclairé autant que vous
l'êtes fur l'ancien ufage de l'Eglife par rapport
à fes chants , & verfé depuis longtems
dans cette fainte pratique de notre
Religion ; à portée d'ailleurs de confulter
à Paris tant de perfonnes fçavantes , vous
pouvez, mieux que qui que ce foit , relever
42 MERCURE DE FRANCE.
cet écrit. Mais puifque vous attendez de
moi que je vous dife ce que j'en penfe , je
vais , fur les extraits que vous avez la bonté
de m'envoyer , vous dire ingénument
quel jugement je crois qu'on en pourroit
porter.
L'Auteur du Traité en queftion , que je
fuppofe être Muficien & même Compofiteur
, a quelques idées dont on auroit på
faire ufage , fans s'écarter du Chant Grégo
rien , ni lui porter aucune atteinte ; elles
s'étoient préfentées à mon efprit , lorfque
par ordre de M. l'Evêque Comte de Beauvais
j'entrepris de compofer le chant de
fon nouveau Breviaire , & je les aurois
employées vrai -femblablement , fi je ne me
fuffe fait une loi inviolable de ne point
donner dans aucune nouveauté , & de fuivre
fcrupuleufement l'ancien & vrai plainchant.
Ces idées de l'Auteur , & le chagrin
qu'il a de voir le plain- chant au berceau depuis
fi long tems , fans que perfonne ait encore
eu te courage de l'en tirer , me font appercevoir
qu'il veut le bien , qu'il s'efforce d'y
tendre , & qu'il voudroit y amener ceux
qui s'appliquent plus particulierement à
cet Art.
си
Mais tout porté que je fuis à applaudir
à fon zéle , & à le louer de la peine qu'il
s'eft donnée de nous faire part de fes réfle
MAI. 49 1750.
ions ,je me vois forcé cependant , malgré
noi , d'avouer que mon fentiment n'eft pas
bien conforme au fien ; & afin qu'il ne s'ihagine
pas que c'eft par caprice , par efprit
le contradiction , par envie ou jaloufie, &
arce que je me fens intéreffé à défendre
ma propre caufe , que je me rends le Cenfeur
de fon écrit , je vais tâcher de juftifier
leblâme que j'en porte , en répondant
à chacun des extraits de fon Livre.
Plus je réflechis fur ces extraits, & plus je
trois y appercevoir trois projets que je ne
puis approuver. Le premier a pour but l'abolition
du plain - chant. Le fecond tend
à lui fubftituer dans l'Eglife une espece de
chant mufical , lequel n'étant ni mufique
ni ftrictement prife , ni fauxbourdon
plain-chant figuré , eft un phénoméne inconnu
jufqu'à ce jour. Le troifiéme a pour
objet de démontrer que les Compofiteurs
du plain-chant de nos jours , ceux fur tout
qui ont marché plus fcrupuleufement fur
les pas des anciens , ne fçurent jamais ce
que c'eft que vrai chant , n'en eurent pas
même le moindre goût. Trois projets qui
me paroiffent également répréhenfibles ;
le premier comme téméraire & déraifonnable
; le fecond comme beaucoup au-deffous
du Chant Grégorien , eu égard aux
effets que celui- ci produit , & fufceptible
44 MERCURE DE FRANCE.
d'ailleurs de plufieurs inconvéniens . Quant
au troifiéme projet où l'Auteur heurte de
front les Compofiteurs de plain - chant de :::
nos jours , il ne peut fervir qu'à prouve
fon peu de connoiffance dans cette matie
re. Au reste , en prenant la défenſe de- ..
Chant Grégorien , je ne m'y attache pas
pharifaïquement. Le confidérant dans fes
effets à l'égard de Dieu & du Chrétien &
dans fa fin , je penferai également en fa
veur de tout chant d'Eglife , Ambroisien
ou autre , pourvû que comme notre plain
chant , il foit revêtu des mêmes avantages
& à la portée de tous les fidéles.
Le premier but de l'Auteur du Traire
dont il s'agit , eft d'abolir le Chant Grégo
rien ; je dis que ce projet eft téméraire &
déraisonnable . Téméraire , parce qu'il eft
moralement & plus que moralement im
poffible de réunir dans cette entrepriſes
déraisonnable, parce que l'entreprise d'une
chofe plus que moralement impoffible ,
que l'on doit s'affûrer , à n'en pas douter,
ne pouvoir réuffir , & dont on doit être
certain que le projet fera rejetté de tout
le monde , ne peut être le fruit d'un raifonnementfolide
ni d'un efprit fenfé. Or l'Auteur
a- t'il jamais bien réflechi fur fon entreprife
, lorfqu'il a médité l'abolition da
Plain- chant dans l'Eglife ? A- t'il pû raiſonMA
I.
1750. 45
ablement fe flatter de la réuffite ? Il n'y
nulle apparence. En effet , quelle force
doit pas avoir un ufage auffi ancien
univerfel dans l'Eglife ; refpectable ,
on-feulement par l'avantage qu'il a de
orter le nom d'un grand Pape qui en eft
reftaurateur ou le propagateur , mais plus
ncore par fon objet & par fa fin ? Com❤
ment a- t'on pû concevoir le deffein de le
enverfer ? Comment en hazarder l'entrerife
& s'en promettre la réuffite ? Tel eſt
ependant l'ufage contre lequel notre Aueur
s'éleve & qu'il entreprend d'abolir.
-je donc tort après cela d'avancer qu'il
a témérité dans le projet & peu de jugement
à prétendre y réuffir ? Je ne parle ici
qu'après un faint Evêque & un des plus
grands perfonnages qu'ait jamais eu l'Eglife.
Si quid tota per orbemfrequentat Ec- *
lefia ....quin ita faciendum fit difputare ,
infolentiffima infania eft.
Le fecond point de vue de l'ennemi du
Chant Grégorien eft de lui fubftituer dans
l'Eglife une efpece de chant muſical , lequel
n'étant ni mufique ftrictement priſe ,
ni fauxbourdon , ni plain-chant figuré , ſera
apparemment une forte de chant inconna
jufqu'ici à nos Maîtres de l'Art , & dont
l'Auteur nous donnera , fans doute , un jour
* S. Auguft. Epif. $4 ad Januarium, Edit. 1689.
46 MERCURE DE FRANCE.
la définition. Mais tel nom qu'il lui donne
, peu m'importe ; l'exemple que vous
m'en envoyez , Monfieur , tiré de fon Trai
té, me fuffit pour avancer que le chant qu'
nous propofe , eft bien au- deffous du vrai
Grégorien , eu égard aux effets que celui - c
produit , je veux dire , aux fentimens de
Religion & de piété que le Plain- chant bien
compofé infpire au vrai Chrétien , &je dis
enfuite qu'un tel changement occafionne
roit à toutes les Eglifes beaucoup d'em
barras.
Dieu , dont la grandeur ne dépend point
de fa Créature , veut cependant que tout
ce qui eft forti de fes mains foit fon panégyrifte.
Les Cieux chantent fa gloire , le
firmament fa toute- puiffance ; toute la Ter
re publie fes merveilles : rien dans la Nature
, qui ne le reconnoiſſe pour fon Sou
verain Seigneur , & le feul Maître de l'Univers.
L'homme , la plus excellente de
toutes les Créatures , doit donc à fon Créateur
le tribut de fes louanges , & quoiqu'il
foit vrai de dire qu'il puiffe louer Dieu
dans le plus profond filence , c'eft cependant
par ces chants ( quant au culte extérieur
) qu'il lui rend de plus éclatans hommages.
Or je foutiens que le Plain - chant ,
le véritable Grégorien , eft le feul digne
de la grandeur de Dieu , & par conféquent

MAI. 1750. 47
le feul chant du vrai Chrétien . Dieu eft
jaloux du coeur de l'homme , il veut que le
Chrétien l'adore en efprit & en vérité ; il
veut qu'il le prie avec inftance , qu'il frappe
, qu'il falle violence. Un beau Plainchant
, un vrai chant Grégorien fraye au
rai Chrétien par fa gravité & fa fimplicité
toutes ces routes qui conduisent à Dieu.
Sa gravité m'annonce la Majesté Divine ,
la toute- puiffance & la gloire de mon
Dieu ; fes chants modeftes , mon néant
ma dépendance & mes befoins. L'expref-
Gon de la lettre éclaire , nourrit mon efprit
; fa douce mélodie , ce charmant unif
fon de mille voix ( fi je puis m'exprimer
ainfi ) leſquelles ſemblent n'en faire qu'une
, ravit mon ame , attendrit , embrafe
mon coeur , & me tranfporte hors de moimême
, fa fimplicité me le rend facile ; il
eft à la portée d'un chacun , & tout Chrétien
de tout âge & de toute condition peut
l'apprendre aifément & s'y familiarifer ;
ainfi donc puifqu'il n'eft point de Chrétien
qui ne doive à Dieu des Hymnes &
des Cantiques de louange , & que l'un des
meilleurs moyens pour louer Dieu digne
ment , c'eft , felon le Saint Apôtre , de mêler
fa voix avec celle de tous les fidéles ,
pour ne former enfemble qu'un feul chant
d'allégreffe , il n'eft pas , felon moi , de
45 MERCURE DE FRANCE.
chant qui réponde mieux aux Tentimens
que l'Apôtre exige des fidéles , que le vrai
chant Grégorien * .
Le Chant que nous propofe notre nouvel
Auteur , quoiqu'il en diſe , eſt bien
different ; c'est un certain chant muſical , ou
plutôt une Mufique beaucoup plus fimple à
la vérité, que ce que nous appellons communément
Mufique , mais enfin c'eft de la
Mufique . Or la Mufique , & fur tout celle
que nous propofe notre Critique , n'aura
jamais, par rapport à la fin qu'un Chrétien
en doit attendre , les mêmes avantages que
le chant Grégorien. La Mufique , qui naturellement
entraîne après foi un certain
air de diffipation , conduira les fidéles infenfiblement
vers cet écueil . Le Plainchant
eft mâle , & fa gravité contient dans
la modeftie. Ici le coeur prie & pouffe avec
le St. Efprit des gémiffemens inenarrables ;
là les lèvres feules feront bientôt de la pattie
, & le coeur y fera pour rien. Ici je vois
tout un peuple ne pouffer qu'un cri vers le
Ciel & faire violence à Dieu même ; là je
ne verrai plus qu'une poignée de Chantres
eu Muficiens qui chanteront , tandis que
le refte & le plus grand nombre des fidéles
* Loquentes vobifmetipfis , in Pfalmis & Hymnis
Spiritualibus cantantes & pfallentes in cordibus veftris
Domino. Ephef, cap. 5 .
fera
MAI. 1750.
49
fera dans le filence , dans la tiedeur & dans
l'ennui. Le Plain- chant enfin ne m'offrit
jamais , & jamais ne me préfentera de
chants qui ne foient dignes de leur objet :
& la mufique , fi notre Auteur veut , ou le
chant de fon goût , dégénérera bien - tôt en
chants de Spectacles . Que dis- je ? Peut- être
en Chanfons & en Vaudevilles .
Ily a environ trente -fix ans que j'étudie
la Mufique , j'en ai fait pendant nombre
d'années mon occupation
particuliere : cependant
je ne fais point difficulté de le dire
, jamais la plus belle mufique ne me fit
fentir dans l'Eglife que j'étois Chrétien
comme un beau Plain chant grave , un Répons
majestueux , une Hymne ou une Profe
bien compofée ; jamais je ne connus
mieux Dieu & ne me fuis connu moi-même
, que lorfque confondu au milieu d'un
grand peuple, & mêlant ma voix avec celle
de tous les fidéles , j'ai chanté le Plainchant
tout fimplement. Cela mis en fait ,
ne puis-je pas avancer , Monfieur , qu'entreprendre
d'abolir le chant Grégorien
pour lui fubftituer un chant mulical , c'eſt
vouloir , du côté de Dieu , affoiblir une
partie de fa gloire , & tendre à priver le
vrai Chrétien des
confolations qu'il en tire
, &
conféquemment ne fuis-je pas autorifé
à foutenir que le chant que propofe
C
so MERCURE DE FRANCE.
l'Auteur du Traité critique du Plain-cham ,
eft bien au deffous du chant Grégorien ?
Notre Adverfaire me dira peut-être, que
le Saint Prophère Roi dans fes tranfports
d'allegreffe , danfoit devant l'Arche du Seigneur
, au milieu de tous les inftrumens
de mufique qui étoient en ufage de fon
tems , jouant lui-même de la harpe ; &
qu'il eft à préfumer que les chants des
Ifraëlites n'avoient rien qui approchât de
la pefanteur de notre Plain- chant. Je foufcris
ici très-volontiers à ce préjugé , & je
conviens des autres faits , mais tout cet appareil
étoit néceffaire vis- à- vis d'un peuple
groffier , que l'on ne foutenoit dans le
vrai culte de Dieu que par des dehors frappans
; il n'en eft pas ainfi des enfans de la
nouvelle Alliance. Les Juifs charnels neſe
conduifoient que par les fens ; le Chrétien
qui vit de la Foi , fe conduit par l'efprit.
D'ailleurs la mufique , à ce qu'il paroît ,
étoit le feul chant des Hébreux ; le commun
du peuple , vrai - femblablement , gar
doit le filence dans les facrifices & à toutes
les plus grandes folemnités.. L'honneur de
chanter les louanges du Seigneur étoit réfervé
aux Enfans de Lévi ; ceux - ci en faifoient
leurs fonctions & leur étude principale*,
& ils la tranſmettoient à leur poſté-
* Voyez D. Calmet .
MAI. St 1750.
rité. L'Eglife de Jefus- Chrift n'a pas crû
devoir faivre les mêmes pratiques ; on remarque
que dès fa nailfance elle confeille
le chant des Cantiques & des Pfeaumes à
fes Enfans , mais elle les exhorte à chanter
in cordibus .... Domino . Saint Auguſtin &
Saint Ambroife , qui parlent du chant des
Chrétiens comme d'un ufage déja exiftent
dans l'Eglife , & Saint Grégoire , par les
foins duque! le Plain- chant eft venu jufqu'à
nous , étoient animés du même efprit,
leur vûe étoit la même , & c'est en fuivant
ce même efprit & dans la même vûe que je
ne crains point de dire que le Plain- chant ,
eu égard à fes effets dont je viens de donner
la preuve , eft le feul & véritable chant
du Chrétien.
Ici la patience échappe aux Amateurs &
auxCompofiteurs de mufique , je les entends
prononcer d'une voix unanime ma condamnation
. Hardieffe inouie , s'écrient- ils !
Quoi donc donner au Plain- chant quelque
prééminence fur la mufique ? Cet homme
par fon raifonnement prétendroit- il donc
la bannir des Eglifes : A Dieu ne plaife
que j'aye jamais cette penfée ; la mufique
donne un éclat charmant à nos Fêtes , elle
eft digne de nos plus grandes folemnités ,
& ce feroit être infenfé que de prononcer
anathéme à un ufage que le faint Concile
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
dé Trente ne profcrit point. Amateur &
partifan de ce bel Art , je n'en fais pas
moins admirateur de toutes les perfections
qui le caractérisent ; il eft le chant par excellence
, & tout autre doit lui céder .
Je fçais que bien fûrement & plus effica
cement la mufique peut produire dans le
coeur du Chrétien ces niêmes fentimens
qu'un beau Plain-chant y fait naître . Je
fçais que le fens fpirituel , littéral & hiftorique
de l'Ecriture Sainte bien conçû , un
habile Compofiteur pourra me tranfporter
en efprit fur cette grande & haute montagne
dont nous parle le Difciple bien aimé* ;
qu'alors à la faveur d'un Récit onctueux &
fage , d'un Duo ou Trio plein de modeftie,
d'un Quatuor harmonieux & pathétique ,
d'un Cheur frappant ; qu'à la faveur enfin
d'une mufique où la piété domine fur tous
les accords , je commencerai dans mon raviffement
à découvrir la Sainte Jérusalem ,
terme de nos efpérances ; qu'alors une voix
brillante , conduite par de rares talens ,
foutenue d'une mélodieufe fymphonie ,
femblera me dire , Ecce Tabernaculum Dei
cum hominibus ; ** mais je fçais auffi que ces
morceaux de mufique , tout parfaits qu'ils
puiffent être en eux - mêmes , ont befoin
néceffairement de l'Art du plus grand Mu-
* Apoc . 21 .
* . Ibid.
MAI. 1750 53
ficien ; que fans lui , non- feulement ils ne
produifent plus les effets que le Compofiteur
s'en eft promis , mais qu'ils perdent
encore tout ce qu'ils ont de flatteur & de
raviffant. Jefçais auffi que ces mêmes morceaux
de mufique , qui font la vraye
mufique d'Eglife , ne font prefque plus
du goût du tems , & quand ils reviendroient
à la mode ( car les Arts ont , comme
les fiécles , leurs viciffitudes ) ils ne feront
jamais à la portée de tous les fidéles :
toute Eglife ne pourra pas , comme du
Plain-chant , en faire ufage tous les jours ,
en toute occafion , à tout inftant. La mufique
eft comme un mets exquis qu'on ne
fert pas fur toutes les tables, qui flatte d'autant
plus le goût qu'il eft plus rare , & qui
émouffe l'apétit, fi -tôt qu'il eft trop fouvent
préfenté. Le Plain-chant au contraire eft
une viande commune , mais folide , dont
tous les fidéles fe nourriffent , grands , petits
, riches & pauvres, fçavans & ignorans;
tous les Chrétiens font ufage du Plainchant
pour louer Dieu ; perfonne ne dit ,
ce chant m'ennuye , ce chant me dégoûte .
Rendez la mufique auffi commune qu'elle
eft rare , faites- en le chant ordinaire de
l'Eglife ; tel qui fe révolte aujourd'hui fur
ce que j'avance , nous dira bien-tôt , anima
noftra jam naufeatfuper cibo ifto. ( Num.21.5 . )
C iij
14 MERCURE DE FRANCE .
L
Or je foutiens maintenant que la mufique
de notre Auteur, contre laquelle je m'éleve,
& qui n'eft rien moins que celle dont je
fais ici l'éloge , ne fera jamais du goût de
tous les Fidéles , qu'elle ne fubfiftera pas
feulement dans nos Eglifes 24 heures ; je
doute même fi la complaifance ira jufqu'à
l'entendre pendant un feul Office entier.
Je dis qu'elle occafionneroit à toutes
nos Eglifes bien de l'embarras : cela fe
prouve en ce que l'entreprise de l'Auteur
du Traité ayant une fois licu , il faut que
toutes les Eglifes changent leurs Livres ;
que tous les Eccléfiaftiques & autres fidéles
, qui ne fçavent que le Plain - chant , ſe
remettent fous des Maîtres pour apprendre
la mufique. Alors que de chants nouveaux
à compofer ! Que de nouveaux Livres à imprimer
, à écrire & à acheter ! Mais que
d'écoliers à inftruire ! Tout ceci démontre
fuffifamment combien le Traité critique du
Plain-chant , &c. eft peu digne d'attention.
Le troifiéme projet de l'Auteur tend à
démontrer que les Compofiteurs du Plainchant
de nos jours , & ceux fur tout qui
ont marché plus fcrupuleufement fur les
pas des anciens , ne fçurent jamais ce que
c'eft vrai chant , n'en eurent pas même
le moindre goût. Il ne faut pas ici de
grands raifonnemens ; de courtes réponſes
que
MA I.
55 1750.
ou fimples réflexions fur chaque extrait de
votre Lettre , fuffiront pour prouver combien
notre Critique eft peu verfé dans cet-
Le matiere .
Le Plain-chant , dit l'Auteur , page 28
de fon Traité , est toujours dans fon berceau :
ce qui m'étonne , c'est que perfonne encore n'ait
eu le courage de l'en tirer. L'Auteur confidere
fans doute le Plain - chant comme une
efpece de mufique naiffante , mais encore
brute & informe. Il faut le défabufer , s'il
eft poflible , & lui faire voir que le Plainchant
, confidéré du côté de fes parties intrinfeques
, eft dans fon genre une étude
aufli parfaite que la mufique dans le fien ,
que s'occuper de l'une , n'eft pas étudier
l'autre.
Le Plain- chant & la mufique font deux
études differentes l'une l'autre , faifant
partie de l'Art du chant , comme la Mufique
, la Géométrie ,l'Algébre font des études
diftinctes entre elles , quoiqu'elles faffent
partie des Mathématiques; c'eft- à - dire que
quoique ces deux études fortent du même
principe , elles ont des loix differentes ,
des routes contraires , la fin n'eft pas abfolument
la même . Le Plain chant eft vis-àvis
de la mufique ce que la Métaphyfique
eft par rapport
à la Théologie. La Métaphyfique
& la Théologie ont le même ob-
C iiij
56 MERCURE DE FRANCE.
jet , circa quod verfantur. Ce font deux étu
des cependant bien diftinctes l'une de l'au
tre ; dans la Métaphyfique le Philoſophe
ne cherche à connoître l'Etre furnaturel
que par les lumieres de fa raifon ; dans la
Théologie le Chrétien joint aux lumieres
de la raifon celles de la foi. Dans l'étude
de ces deux fciences on fe fert d'argumens,
de fyllogifmes & autres fubtilités fcholaftiques,
il eft vrai, mais les médium, les routes
par où on les conduit & la façon d'y répondre,
font bien differentes. La Métaphyfique
eft bornée , la Théologie eft immen
fe. Or fi raifonnant comme notre Critique,
je difois , la Métaphysique est toujours dans
fon berceau : ce qui m'étonne , c'eft que perfon
ne encore n'ait eu le courage de l'en tirer ; &
cela parce que je voudrois rapprocher la
Métaphyfique de la Théologie , en la fou
mettant aux mêmes loix & aux mêmes raifonnemens
, quel jugement porteroit- on
de ma façon de penfer ? Qu'en diroit l'Aureur
critique , & avec lui tout le monde ?
Ne croiroit- on pas que je parle de la Métaphyfique
, comme un homme qui n'en
fçait que le nom ? C'eft ainfi cependant
que raifonne l'Antagoniste du Plain - chant .
Le Plain- chant & la mufique ont , commes
les deux fciences dont je viens de par-
Jer , leur rapport & leur éloignement ;
MAI. 1750: 57
même objet, qui eft le chant , même moyen
pour y parvenir ; au lieu de fyllogifmes &
d'argumens , 7 notes , 5 tons , deux démitons
, S modes ; pour fubtilités d'écoles ,
les changemens de clefs , les b mols , les
b cares , les modes mixtes ou compofés :
mais de même que nos fyllogifmes fe traitent
& fe conduifent differemment dans
nos deux fciences , l'une philofophique &
l'autre théologique , nos combinaifons de
notes , de tons , de femi - tons , nos dominantes
, nos tranfpofitions & nos modulations
,font bien differentes dans l'un &
l'autre travail ; & de même que la fin de
la Métaphyfique n'eft pas tout-à-fait la
même que celle de la Théologie , le Plainchant
& la mufique different en ce que.
celle-ci a pour fin principale de chanter &
de charmer l'oreille plus que de prier , & le
Plain-chant de prier & de louer Dieu plus
que de chanter. Le Plain - chant a des bornes
très-étroites , fes chants roulent prefque
toujours fur les mêmes cordes ; il n'a
& ne peut avoir qu'une certaine tournure ,
un certain ftyle , & s'en écarter , c'eft perdre
de vue l'objet de fon travail . La mufique
, au contraire , eft fans bornes , fes
chants font auffi libres & auffi variés que
les differens génies qui les enfantent ; fon
harmonie foutenue d'un nombre d'inftru--
C. v.
SS MERCURE DE FRANCE.
mens & de voix , eft parfaite , fur tout
lorfque les accords , qui fe combinent prefque
à l'infini , font entre les mains d'un
homme qui fçait les manier avec art.
A ce raifonnement , qui eft fondé fur le
vrai , & qui démontre à l'Auteur du Traité
, que le Plain- chant eft comme la mufique
une étude particuliere & un ouvrage
fini , lorfque les règles qui en font la baze
, & les loix qui le caractériſent , y font
fagement obfervées , je pourrois ajoûter
tout ce que tant d'Auteurs anciens & modernes
ont écrit à ce fujet pour nous inftruire
& de fa naiffance & de fes prorès
; je devrois enfuite parler des règles
ftrictes qu'il faut fuivre , des loix auxquel
les les Compofiteurs doivent fe foumettre
pour rendre leur Plain- chant parfait ; ( régles
& loix que notre Critique reconnoîtroit
alors bien differentes de celles
qui font la bonne mufique ; régles & loix
cependant qui font le beau Plain- chant &
la belle harmonie du vrai Grégorien . )
Mais outre que je ne ferois ici que l'écho
de ces habiles Antiquaires , qu'un homme
curieux peut aifément confulter à Paris
dans les Bibliothèques publiques , & que
d'ailleurs je ne me fuis point engagé de
donner ici des leçons de Plain- chant à notre
Auteur , j'excederois les bornes d'une fim.
MA I. 59 1750 .
ple lettre , je vais continuer de le fuivre.
A la page 9 du Traité , il paroît ne reconnoître
aucun Plain- chant régulier , je
\ le préfererois , dit- il , à tout autre, s'il étoit régulier.
J'ai bien parcouru des Plain - chants
differens , tant anciens que modernes ; je
n'en ai point vû cependant qui n'ayent été
felon les régles ftrictes qui conftituent le
vrai Plain-chant , fi ce n'eft quelques morceaux
dans lesquels on eft forcé d'avouer
Finfuffifance du Compofiteur , ou de reconnoitre
l'ignorance groffiere du Copiſte,
mais ces pièces défectueufes ne font pas
communes , & elles ne font rien contre le
beau Plain chant . Ce qui prouve inconteftablement
contre l'Auteur critique la régularité
du vrai Plain -chant , ce font les
Contre-points admirables qu'on a fait deffous.
Combien n'en a -t'il pas paru fous l'Introite
des morts , Requiem ; fous les Pange
lingua , Sanctorum meritis ; fous la Profe
Dies ira , & c. Combien n'en feroit - on pas
encore de fort beaux fous les nouveaux
Plain-chants , fi nos habiles Compofiteurs
de mufique vouloient s'en donner la peine?
Si le Plain- chant n'étoit pas régulier , le
beau Contre-point feroit phyfiquement impoffible
; il ne feroit pas beaucoup plus aifé
de bien chanter le chant fur le Livre , ou
Fleuretis , forte de compofition fuivant les
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
régles ftrictes de la mufique , auffi belle
en fon genre qu'elle eft difficile à bien trai
tér , compofition d'autant plus finguliere
qu'étant fouvent accompagnée de bien des.
voix differentes, qui ne s'entrefoutiennent
point comme fait un corps de mufique , elle
n'a rien cependant qui offenfe l'oreille , je
dis plus , elle n'a rien qui ne flatte, file Muficien
qui chante , fçait la traiter en habile
homme,
L'Auteur avoue , page 35 , que c'est le
Plain - chant qui lui a appris qu'il y a des
chants authentes & des chants plagaux. Je
nefuis pas furpris de fon aveu . Quoique la
mufique ait fes grands airs & fes chants
rampans , ces fortes de termes font infoli
tes à un Maître de mufique , ce n'est que
dans le Plain-chant qu'on s'en fert.
A la page 3 du Traité Critique , l'Auteur
dit , tout chant , quel qu'il foit, le i lain- chart
mêma, est une espece de musique, il n'en differe
qu'en ce qu'il eft fans accompagnement. Cette
propofition eft fauffe dans toutes les parties,
1. parce que l'Art du chant eft le genre , la
mufique & le Plain- chant font les especes,
je l'ai démontré , Si l'Auteur fe fût reflouvenu
de fa Logique , il n'auroit pas donné
dans cette méprife. 2 ° . Parce que ce n'eft
pas le défaut d'acompagnement qui fait la
difference du Plain-chant avec la mufique,
MAI. 61
1750.
& pour forcer l'Auteur d'en convenir , um
diléme fuffic.
Ou l'Auteur du Traité Critique admes
dans le Plain- chant le défaut d'accompagnement
poffible , ou il admet feulement
Le défaut d'accompagnement actuel & exiftent.
Dans le premier cas l'Auteur trouve
fa condamnation dans ce qu'il avance luimême
à la page 37 de fon Traité , où il dit
que , quoique le Plain- chant foit fans accompagnement
, les oreilles fenfibles le fuppofent
19ujours. Si les oreilles fenfibles fuppofent
toujours l'accompagnement , donc il eft
poffible ; les Contre-points en effet font la
preuve de la poffibilité . Mais il n'eft
pas plus recevable dans le fecond cas , car
fi c'est le défaut d'accompagnement actuel
& exiftent qui fait , la difference du Plainchant
avec la mufique , on pourra done
dire de même que les Vaudevilles & les
Chanfonnettes, qui font fans accompagnemens
, font aufli da Plain- chant. Il faut
être plus exact quand on écrit, & tâcher de
ne rien avancer qui ne foit abfolumens
vrai , fur tout quand on parle en termes
généraux .
Au même endroit l'Auteur fe plaint que
La mefure du Plain-chant est toujours la même.
Et à la page 57 , que le Plain - chant e
tout- à -fait défectueux dans fa mefure ,. AM
62 MERCURE DE FRANCE.
de
moins dans l'exécution . On y connoit que la
mesure à deux tems , & chaque note , quelle
qu'elle foit , y vaut un tems , au moyen
quoi quarrée ordinaire , lozange , quarrée à
queue , tout est égal. C'eft ici que l'Auteur
fait appercevoir combien il eft novice dans
la connoiffance du Plain- chant, & combien
peu il a étudié cette matiere . Il la critique,
cependant , mais comment critiqner une
fcience qu'on ne connoît pas ? Comment
ofer traiter d'ignorans ou du moins d'infuffifans
ceux qui font profeffion de s'en occuper
? Notre Auteur a pris le parti d'écri
re , il faut que fa plume fe promene , laiffons-
le s'avancer & fuivons le pas à pas.
Le Plain-chant eft défectueux dans fa mefure.
La raifon qu'en donne l'Auteur , c'eft,
dit-il , qu'on n'y connoît que la mesure à deux
tems : ceci eft faux, & je vais le prouver tout
à l'heure . Mais quand il n'y auroit qu'une
forte de mefure , comme autrefois , c'eftà-
dire dans la naiffance du Plain chant , où
il n'y avoit pas de mouvemens reglés; puifque
ce n'eft , comme vous le remarquez
très -judicieufement , Monfieur, que depuis
l'introduction des accompagnemens qu'on
a commencé à y battre la meſure , il s'en
fuivroit de- là feulement , que le Plain chant
feroit beaucoup plus borné que la mufique,
c'eft de quoi je fuis convenu , mais il ne feMA
I. 63
1750.
roit pas pour cela défectueux , car qui dit
défectueux , dit qui a des défauts. Or le vrai
chant Grégorien n'eft jamais plus beau &
plus parfait , que lorsqu'il eft à deux tems
graves.
On ne connoit dans le Plain- chant , dit
l'Auteur , que la mesure à deux tems . L'Antagoniste
du Plain- chant n'a donc jamais
entendu parler de l'Hymne Conditor alme
fiderum. Jefu Redemptor faculi ! Il n'a donc
jamais entendu chanter la Profe de la Pentecôte
, Veni Sancte Spiritus ; celle de la
Sainte Vierge , Ave virgo virginum , &
tant d'autres qui fe chantent à trois tems !
L'Auteur ne s'égare pas moins , lorfqu'il
dit , que chaque note du Plain- chant , quelle
qu'elle foit , y vaut un tems , au moyen de quoi
quarré , ordinaire , &c . tout est égal , comme
i elles étoient femées dans nos Livres
par
hazard.Pour raiſonner ainfi, il faut n'avoir
que la fpéculation du Plain - chant & n'avoir
jamais ouvert la moindre des Méthodes
qui fervent à l'enfeigner. Il y a des fignes
de longues , de communes , de demibreves
& de breves , c'est ce que tout le
monde fçait : & ces fignesne font pas mis.
au hazard , mais fuivant certaines régles
dictées par la quantité des mots ou par
l'expreffion des chofes , autant qu'un fimple
chant le permet. L'ufage ( fur tout dans.
64 MERCURE DE FRANCE.
les pieces que l'on fçait de mémoire ) en
fait fentir l'exécution journellement ; enforte
que par la diverfité de la durée que les
notes indiquent , & par les filences , on
voit qu'il tient de la nature de ce que les
anciens appelloient Rythme.
Page 4 , du Traité , l'Auteur dit : La
modulation du Plain- chant eft trop souvent
dure , même barbare. L'Adverfaire du Plainchant
peut en envifager les modulations
de trois côtés differens , & les rejetter , out
parce qu'elles lui déplaifent , ou parce
qu'elles n'ont guéres de rapport avec celles
de la mufique , ou enfin parce que réellement
elles ne valent rien . Dans le premier
cas , je ne fçaurois dire à l'Auteur qu'il a
tort, puifque ne décidant de la dureté& de
-la barbarie des modulations du Plain- chant
conformément à fes fenfations , & ne
jugeant pas des chofes ut in fe funt , comme
difent les Philofophes , je fuis forcé de
m'en tenir à ce que ceux -ci nous apprennent
avec juftice , que omnia judicia que
feruntur de rebus pro ut funt quoad nos , femper
vera funt , certa & evidentia . Mais je
dirai feulement que ce jugement ne fait
rien contre le Plain- chant . Nombre de
perfonnes naiffent fouvent avec de bonnes
oreilles , & ne trouvent cependant aucun .
goût à la plus belle mufique : la musique
que
MAI. 1750. 65
Repour cela perd-elle quelque chofe de fon
mérite ? A l'égard du fecond cas , l'Auteur
peut voir ma réponſe dans ce que j'ai dit
ci- devant , que les modulations du Plainchant
font fouvent bien differentes de celles
de la mufique ; & ce n'eft pas une raifon
pour les blâmer . Quant au troifiéme ,
'Auteur peut avoir raiſon , & je la lui
donne , mais il devoit dire , les modulations
du Plain- chant font quelquefois dures
; je ne l'euffe pas contredit. J'aurois
feulement attendu de lui qu'il m'en eût fait
la preuve , ce qu'il auroit pû faire aifément.
Ils s'en trouve en effet . Alors cette
faute ne vient pas de la nature du Plainchant
, mais de l'ignorance du Compofiteur.
Or la faute de l'ouvrier ne fait pas
l'imperfection de l'Art. La Peinture &
l'Architecture feront toujours de très beaux
Arts , & des Arts très-parfaits , quoiqu'il
yait de très-mauvais Peintres & des Architectes
fort ignorans.
L'Auteur Critique , au lieu de rendre
comme il fait , toutes les propofitions générales
, auroit dû s'attacher aux mauvais
ouvrages , les rapporter , & fe renfermant
dans les régles ftrictes du Plain- chant , en
démontrer les défauts. Alors commençant
par moi , s'il m'eût fait remarquer mes
egaremens & mes fautes dans mon Plain .
66 MERCURE DE FRANCE.
chant de Beauvais , s'il m'eût enfuite bla
mé de ce qué par trop de refpect peur
être pour les anciens , j'ai laiffé ou admis
quelques Hymnes défectueufes , & de ce
que par trop de condefcendance j'ai con
fervé dans quelques Hymnes & Antiennes
des tournures bizarres dans les finales ;
Cenfeur rigide de mes ouvrages , plus que
perfonne ne peut l'être , j'euffe reçû les
leçons avec joie , & fans doute que dans
l'occafion j'euffe profité de fes lumieres
avec plaifir.
L'Auteur dit , page 29. Les Compofiteurs
du Plain-chant qui nous eft connu , fe font
écartés de la nature ; & page 36 , les Compofiteurs
du Plain- chant "ont ignoré l'harmonie
, c'eft pour cela que fes modulationsfontfi
contraires à la nature. C'eſt à tort qu'on
accufe les Compofiteurs du Plain- chant
de nos jours , de s'être écarté de la nature
dans leurs ouvrages . Jamais on ne fut plus
attentif qu'on l'a été , fur- tout dans ces
derniers tems , pour obferver l'expreffion
de la Lettre , pour ménager les cadences
& les chûtes , de façon à n'en pas couper
le fens , pour rendre les modulations douces
, naturelles & faciles , pour garder enfin
la quantité dans la Latinité ; & c'est
encore avec plus d'injuftice qu'on accufe
les Compofiteurs d'ignorer l'harmonie ,
MA I. 67 1750.
ufieurs d'entr'eux étant Muficiens par
our , par étude ou par état .
Page 66. L'Auteur ne voudroit pas
'on imitât les anciennes piéces de Plainhant
, & moi qui dès ma plus tendre enance
fuis initié dans les grands mystéres
e la mufique , inftruit des régles de l'haronie
par le Pere de l'harmonie * même ,
elui foutiens , qu'à moins qu'on ne fuive
es anciennes Piéces de Plain- chant , & les
plus beaux morceaux de l'antiquité en ce
genre , on ne fçauroit faire de beaux ni de
rais Plain- chants : aufli lorfque je tra-.
vaillois au chant du nouveau Breviaire de
Beauvais , m'oubliant moi -même , je perdois
de vûe la mufique , fitôt qu'il n'étoit
queftion que de penfer au Plain- chant :
& bien loin de me plaindre de ce que les
nouveaux Compofiteurs ont travaillé d'après
les anciens Antiphonaires , je dirois
plutôt qu'ils n'ont pas toujours été de bons
imitateurs , foit parce qu'ils n'ont pas fait
choix des meilleures pièces , & n'en ont
pas fait des applications heureufes , foit
*M. P'Allouette , Maître de Mufique & Beneficier
de Notre- Dame de Paris ; on l'appelloit ,
lorfqu'il vivoit , le Pere de l'harmonie ; c'est une
juftice que lui rendoient de fon vivant , & que ren
dent aujourd'hui à fa mémoire les plus grands
Maîtres de l'Art .
68 MERCURE DE FRANCE.
parce que pour puifer dans leur propte
fond , ou pour rendre les Offices moin
longs , ils les ont défigurées , en y intro
duifant de leur génie , & les ont gâtées
en voulant trop élaguer.
Page 37 , l'Auteur dit : Quoique le Plain
chant foit fans accompagnement , les oreilles
fenfibles le fuppofent toujours , quelqu'ignoran
tes qu'elles foient. Je répons d'abord , que
pour faire un beau Plain- chant , il ne faut
pas être Muficien , ni s'occuper de l'ac
compagnement que les oreilles fuppofent :
ceci eft l'affaire du Muficien ; le Compo
fiteur du Plain- chant n'entre pas là-dedans
; il lui fuffit de fçavoir bien fes régles,
de bien connoître la nature du beau Plainchant
, d'en avoir le goût , & de bien entrer
dans l'efprit de la parole qu'il traite ,
n'y point faire de contre-fens , ni de fauffes
conftructions du texte . Je dis en fecond
lieu , que fans y fonger , l'Auteur fait ici
l'éloge du Plain - chant. Car en difant que
Les oreilles fenfibles , quelqu'ignorantes qu'el
Les foient , y fuppofent toujours l'accompagnement
, c'eft avouer que le Plain-chant alors
eft régulier , autrement les oreilles n'y
fuppoferoient pas l'accompagnement. Contradictions
de l'Auteur. Voyez la page 9
de fon Traité,
Page 54. Il y a uneforte de creufet pour
MAI. 1750. 69
rouver le chants on y fait une baffe , & s'il
eft pas poffible de la faire fans fauffe relaon
, le chant eft contre les régles ; s'il eft pofle
de faire cette baffe fans fauffe relation ,
ais qu'elle nefoit pas vraie baffe , le chant ,
oique regulier , quant auxfucceffions de cors
, eft certainement mauvais. Je répons
ue cette régle eft bonne pour la mufique :
in ne l'exige pas , & on ne doit pas mêne
l'exiger pour le Plain - chant ; cependant
n peut en faire ufage , & alors le contrejoint
eft cette forte de creufet.
Page 8. Notre Auteur rejette le chant
fur le Livre : C'eft , dit- il , une mufique defi
mauvaife efpéce queje n'en dirai rien de plus.
Et plus bas , il dit , le contre -point eft un
acroftiche. C'eft conféquemment que l'Auteur
écrit & parle ainfi : fuivant fon idée
de ne vouloir qu'un chant mufical , il faut
qu'il rejette l'un & l'autre ; il devoit auffi
profcrire le fauxbourdon , puifque dans
ces differentes efpéces de chants d'Eglife ,
le Plain- chant eft le fujet principal. L'Auteur
m'auroit bien mieux fatisfait , s'il eût
dit » le fleuretis , ou chant fur le Livre, qui
"faifoit autrefois fur le Plain- chant un
" genre de compofition admirable
"
eft
» aujourd'hui prefque par tout une mufique
de fi mauvaiſe espéce que je n'en dirai rien
»deplus. Je lui aurois applaudi : car fi je
70 MERCURE DEFKANCE
l'entends encore bien chanter dans qu
ques Eglifes , je ne le vois pas moins pént
de jour en jour . Il eût pû dire auffi da
fauxbourdon , qu'on n'y reconnoît
que la baffe & la taille ; les deux parti
fupérieures , le deffus & la haute-contre
s'évaporent en criailleries , & nous don
nent tous les jours le déplaifir de fentir
quel eft leur peu de goût & leur parfaite
infuffifance : mais je ne ferai jamais d'ac
cord avec notre Critique fur ce qu'il nous
dit du contre-point.
Je regarde ce genre de mufique comme
un des plus dignes de l'Eglife . Il eft très
difficile à traiter , j'en conviens ; tous les
Compofiteurs l'abandonnent à peine y
aura-t'il dans quelques années des Maîtres
qui le connoîtront : c'eft une perte pour
l'Eglife , c'en eft une dans la mufique :
mais tout difficile qu'il foit à manier , ce
n'eft pas pour cela dans la mufique ce que
l'acroftiche eft dans la Poëfie . Je prétends
que dans un contre-point , on peut avec
l'étude , le foin , & le travail , compofer un
beau choeur , où l'expreffion de la Lettre
fera auffi-bien caractérisée , que l'harmonie
en fera parfaite : & me donner pour
excufe de n'y point travailler dans de certaines
occafions qui femblent le requerir ,
que c'eft un acroftiche , c'eft me faire en-
:
MA I. 1750. 71
dndre qu'on ne le fçait pas faire. Je ne
ais pas dupe de ces faux- fuyans .
Page 46. Notre Auteur piétend que les
ombinaiſons des fept notes de la gamme
euvent être autant multipliées que les
ombinaifons des Lettres de l'alphabet.
ela eft très - vrai dans la mufique , farout
dans celle de nos jours , mais dans le
Plain-chant qui eft très- borné , comme j'ai
déa dit , cela ne peut jamais être.
J'allois finir ma Lettre , Monfieur , dans
e moment que le Traité Critique du Plainchant
, &c. contre lequel je m'éleve , eft
tombé entre mes mains. Je l'ai lû jufqu'à
troisfois avec toute l'attention qui m'a été
pollible , & j'ai banni avec foin tout préjugé,
défitant fincérement le trouver moins
repréhenfible que je ne m'étois imaginé. Je
ne voispas que j'aye beaucoup de chofes à
ajouter ni retrancher à ma Lettre ; elle reftera
telle qu'elle eft ; je ferai feulement ici
quelques réflexions le plus fommairement
qu'il me fera poffible.
L'Auteur du Traité , dont eft queftion ,
eft certainement Muficien , je le crois mê
me Compofiteur ; par tout il en tient le
langage , & raifonne fuivant les principes
de la mufique c'eft par- là qu'il donne
prefque toujours à faux dans toutes les cenfures
qu'il fait du Plain- chant , pour lequel
72 MEN EDE FRANCE
.
il laiffe appercevoir fon dégoût & fan
averfion.
Il eft hardi dans la cenfure. Je ne fçais
ce que penferont nos Compofiteurs de
mufique vocale & inftrumentale , parm
lefquels il y en a tant aujourd'hui qui ont
pouffé leurs talens fort loin , de la façon
dont il s'explique à leur occafion dans plufieurs
endroits de fon Traité . Je ne fçais
ce qu'ils penferont , par exemple , de la
crainte où il paroît être de ne trouver perfonne
qui fcache bien les régles de mar
che , c'est-à-dire , qui foit bien au fait de
commencer avec art un Recit , 'un Duo , ou
un Choeur , & le conduire habilement à fa
fin ; voici ce qu'il dit dans fon Avertiffe
ment , page xvij . Je ne fçais s'il en eft encore
qui connoiffent les régles de marche . Celles :
qu'il nous en donne fort élegamment à la
page 46 de fon Traité , feront fans doute
d'un grand fecours aux Maîtres de l'Art.
Tout fon Livre , dont le point de vûe
eft de réduire le Plain- chant à la mufique
roule fur des fophifmes entaffés les uns fur
les autres , & pour y répondre , un gros
volume ne fuffiroit pas. Ce que je remarque
de particulier , c'eft que voulant nous
donner un Traité Critique du Plain- chant ,
il nous donne un Traité de Mufique. Mais
quel Traité ? Les perfonnes qui n'ont pas
un
MAI. 73 1750.
un grand ufage du chant , n'y comprendront
rien , & ceux qui font verfés dans cet Art
diront avec moi ,
Sunt verba & voces , prætereaque nihil.
Son Credo que nous avons ici chanté
entre amis , mérite affûrement tout ce que
je dis de fa mufique , ou plutôt de fon
Plain-chant prétendu. C'est une mufique de
fi mauvaife efpéce , que je n'en dirai rien de
plus.
Cet Auteur ne connoît guéres Saint Auguftin
; s'il eût jetté les yeux fur ce qui
fuit peu après le paffage qu'il nous cite de
ce Pere , pages de fon Traité , lequel
paffage ne tend qu'à dire , qu'il faut conferver
le chant dans l'Eglife ; * Ut per
oblečtamenta aurium infirmior animus in affellum
pietatis affurgat ; il auroit lû , Tamen
cum mihi accidit, ut nos amplius cantus, quàm
res quæ canitur , moveat , pænaliter me peccaffe
confiteor , & tunc mallem non audire
cantantem. Il auroit conclu , que Saint Auguftin
, qui ne s'oppofoit pas qu'on confervât
le chant dans l'Eglife , qui même
en releve les avantages dans fon écrit ,
n'auroit point cependant été du goût qu'on
Y introduisît un chant muſical.
*Conf. S. Aug. lib. 10. cap. 33.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
Ce que l'Auteur , fur la fin de fon Trai
té , nous dit de Saint Dunftan , Archeve
que de Cantorbery , pour favorifer fon
fyftême , ne lui eft pas d'un plus grand
avantage . L'Auteur de la vie de Saint
Dunftan nous dit à la vérité , que ce faint
Evêque , n'étant encore que dans les Or
dres mineurs , jouoit de plufieurs inftrumens.
Sicut David Pfalterium fumens , cy
tharam percutiens , modificans organa , cyn
bala tangens. Mais il nous dit auffi , que
comme David , il n'en faifoit ufage que
pour chanter les louanges du Seigneur,
Sicut David vafa cantici habuit , quia ufum
illorum non nifi in divinis laudibus expendit
Or il eft certain que dans le dixième fiécle
, auquel vivoit notre faint Archevêque
, on ne faifoit ufage que du Plainchant
pour chanter les louanges de Dieu ;
il étoit alors feul en vigueur. S. Gregoire ,
qui lui avoit fait prendre une nouvelle
forme , & qui en avoit multiplié les pièces,
vivoit encore dans tous les coeurs des Fidéles.
Le Plain-chant étoit une des principales
études des Chrétiens ; chacun faifoit
des efforts de génie pour le perfectionner ,
& Gui Aretin , qui parut au commencement
du onzième fiécle , & dont le fyftême
eft venu juſqu'à nous , fut celui qui perça
plus avant dans cette étude .
MAI. 1750.
75
Ce qui pourroit être encore une preuve
de ce que j'avance , que les chants d'Eglife
n'étoient autres que le Plain- chant , c'eft
que Saint Dunftan , fuivant l'Auteur de fa
vie , ayant un jour fufpendu fa guittare
à la muraille , pour tracer une étolle qu'u
ne Dame vouloit broder , pendant qu'il y
étoit occupé , fa guitarre parut jouer fans
que perfonne y touchât , l'Antienne Gaudent
in coelis animefanctorum , &c. du fixiéme
mode , telle qu'on la connoît encore
aujourd'hui , & qu'on la chante dans les
anciens Antiphonaires. Le même Auteur
de la vie de notre Saint nous dit que ce
prodige commença à le détacher du monde
entierement , & M. Baillet , qui nous
parle du goût & des talens de Saint Dunf
tan pour toutes fortes d'inftrumens , nous
dit qu'il étoit encore jeune. Nous apprenant
enfuite fa retraite & fon entier renoncement
au monde , il ne nous en parle
plus que comme d'un grand Evêque , livié
fans réferve aux follicitudes paftorales ,
& qui devenu tout à tous , rempliffoir
avec un zéle infatigable les fonctions de
fon miniftére. D'où je tire deux conféquences
: la premiere , que Saint Dunftan ,
qui chantoit les louanges de Dieu , en
* Ex vit fancti Authore Osberno. Saculo XI. ..
Mab.fæc, v . p. 663. & 664.
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
jouant de les inftrumens dans fa jeuneffe ,
les chantoit vrai -femblablement fur les
chants d'Eglife , qui n'étoient autres alors
que le Plain - chant . La feconde , que quand
il feroit vrai que Saint Dunftan auroit
chanté alors fur les inftrumens les louanges
de Dieu fuivant un certain goût mufical
, & même qu'après fa retraite il y auroit
donné quelques quarts d'heures , ce
ne pouvoit être que comme amufement ,
pour fe délaffer de fes fatigues & grand
travaux , & non comme rempliffant un
ufage établi dans l'Eglife ; ce qui ne peut
être d'aucun avantage à notre Auteur pour
faire valoir ſon ſyſtème.
Je paffe legérement fur ce que l'Auteur
appelle dans le Plain-chant des tirades
& je ne m'arrêterai point à relever ce qu'il
nous dit touchant l'expreffion de la Lettre
.
Quant à ces tirades qui l'offenfent fi fort,
je le renverrois d'abord à Saint Auguftin ;
il y reconnoîtroit ailément que ce faint
Docteur , fous la protection duquel il ſemble
mettre fon Traité , bien loin d'être de
fon fentiment fur ces prétendues tirades ,
qui étoient déja d'ufage de fon tems , s'en
explique au contraire dans des termes bien
differens ; & faifant enfuite un parallele
* Illi qui cantant, five in meſſe , five in vineâ, five
T
MAI , 1750. 77
de ces mêmes tirades avec ce que nous appellons
roulades dans la mufique , je feois
convenir le Chrétien dépouillé de
out préjugé , que ces roulades font le plus
fouvent , & furtout dans la mufique à la
mode , auffi peu dignes de la vraie mufique
d'Eglife , que les tirades ou neumes ,
comme Gui Aretin les appelloit , font
(fil'on en excepte quelques unes ) de l'effence
& de la majefté du vrai Plainchant.
A l'égard de l'expreffion de la Lettre &
des régles que nous en donne l'Auteur ,
ne me feroit pas moins aifé de lui démontrer
qu'il n'a pas encore fur cela des
lumieres bien étendues ; mais il eft tems
de finir , & d'ailleurs je ne pourrois guéres
entâmer cette Differtation , fans perdre
quelquefois de vûe l'unique objet de
ma Lettre . Je fuis , & c.
in aliquo ferventi opere , cum coeperint in verbis cantisorum
exultare latitiâ , veluti impleti tantâ latitiâ
ut cum verbis explicare non poffunt , avertunt ſe à
Hilabis verborum , & eunt infonum jubilationis. Ju
bilum fonus quidam eft fignificans cor parturire quod
dicere non poteft : & quem decet iftajubilatio nifi inef
fabilem Deum S. Aug. Enarrat, in Pfal . 32.
D iij
MERCURE DE FRANCE .
CASAIDIAKAN)????ARON
L'HYMEN SAUVE',
Ou la refource imprévûe.
L'Enfant qu'on adore à Cythére , ૩
De voyager fit un jour le projet.
En un inftant fon équipage eft prêt ;
Le carquois fur le dos il embraffe fa mere ,
Qui le quitte à regret ,
Si fon maintien n'eſt pas ſuſpect.
Il part : les ris , les jeux forment fa fuite ;
L'allegreffe guide ſes pas ;
Le plaifir lui montre fon gîte ;
On le fçait , l'amour n'y voit pas.
Dans un climat nouveau la troupe arrive - t'elle ¿
La Renommée au loin ,
Auffi - tôt avec foin
En porté la nouvelle ;
L'on accourt , & dans ce féjour
C'eft chaque inftant fête nouvelle.
Pour mériter fes dons chacun lui fait là cour ;
L'Amour eft complaifant , il donne ;
Chacun accepte , mais perſonne
A fon tour ne lui rend.
Ainfi d'un cours rapide
MAI.
1750. 79
Du Dieu la valife fe vuide ,
Bientôt ce n'eft plus que du vent ;
Si quelquefois encor il donne ,
Auffi-tot chacun l'abandonne .
Aux ris , jeux & plaifirs ,
Succédent les defirs ,
Dont la cohorte l'environne.
Qui fut pour lors embarraffé ?
Ce fut notre Dieu de Cythere.
Envain paroît- il courroucé ,
Le point eft de fortir d'affaire.
Tandis qu'il fe débat
Pour repouffer la fureur infolente
De cette troupe petulante ,
L'intérêt l'apperçoit : touché de fon état
A fon fecours il vole ;
Il ne perd point le tems en compliment frívole ,
Et fans autre examen
Il entraîne l'Amour au temple de l'Hymen.
Affis fur un Trône d'yvoire ,
Le Sceptre en main , le Dieu prononçoit les arrêts ;
Autour de lui rangés l'on voyoit fes ſujets ,
Dont l'humeur fombre & noire
Annonçoit les regrets.
Près de l'Hymen enfin l'un & l'autre s'avance ;
Dans le temple auffi -tôt regne un profond filence;
Dij
So MERCURE DE FRANCE.
» De defirs & de foins accablé tu gémis ,
Dit alors l'intérêt à l'enfant de Cypris ;
»Je t'offre une main ſecourable :
Pour terminer bientôt un fort fi déplorable ,
» Dès cet inftant foyons amis ;
"Mes foins t'affûreront une paix defirable ;
» Donne-moi ton bandeau , je ne veux que ce prix
» D'une union pour toi fi favorable ,
A jamais je ferai ton plus folide appui ,
» Sois feulement mon guide.
L'Amour d'un ton timide
A ces propos répond par un oui.
A les voir s'embraffer ,l'alliance eft conclue
Déja l'amour détache fon bandeau.
Alors il voit l'Hymen , circonstance imprévûe ;
Déconcerté , tremblant , il détourne la vie.
A la lueur de fon flambeau ,
Du temple il cherche quelqu'iffue ,
Il l'apperçoit , il fuit , tant ſon ame eſt émue ,
Il oublie à la fois arc , Яéches & bandeau.
En fouriant , l'intérêt les ramaffe ;
» Fais-moi la cour , Hymen ,
Dit-il au Dieu. Je tiens en main
"J
» Ta gloire ou ta diſgrace ;
»A ton aſpect l'amour a marqué ſon horreur ;
>>Il te connoît , voilà la fource de ta perte ;
ל ,›BientôttaCourſeradéferte,
MAI. SF 1750.
» De fon aveuglement dépendoit ta grandeur.
L'Hymen demeure fans réplique ,
Confus il attend qu'il s'explique .
L'intérêt cependant prend le facré bandeau ,
L'ajufte fur les paupieres ,
S'arme des fléches meurtrieres ,
Et fon inftinct lui tient lieu de flambeau.
L'intérêt de tout tems fut un Dieu téméraire,
» L'amour , dit-il , fuit à Cythere ,
Et je vais fous fes traits abufer l'univers ;
» Hymen , adieu , forge des fers ,
» Mes tréfors brilleront , & l'homme en fon délire
» A l'inftant docile à ma voix ,
» De l'amour méprisant les loix ,
» Sera foumis à ton Empire ,
Dérobe feulement tes fers aux yeux . Il dit :
Il part : le projet réuffit.
Annette de l'Orme.
A Besançon , le 6 Février 1750 .
D ,
82 MERCURE DE FRANCE.
hqh dh dh : dh dh dh : qh ch ch
PRIERE A L'AMOUR.
L'Auteur avoit reçu dans une Lettre anonyme
deux coeurs en découpure.
Favorable fils de Venus ,
A qui tous les coeurs font connus
Viens fixer mon ame incertaine ;.
Je fuis prêt à porter ta chaîne ,
Et j'attens pour fuivre tes loix ,
Que tu m'aides à faire un choix.
De deux coeurs dont j'ai l'étiquette ,
D'un je voudrois faire l'emplette.
L'on eft petit & tout entier ,
Bienfait , mignon & régulier :
L'autre plus grand eft en dentelles ,
Ou plutôt femble avoir des aîles.
Amour , dis - moi lequel des deux.
Mérite d'emporter mes voeux .
Je crains d'accorder mon hommage
Au premier qui paroit fi fage :
Peut-être bien pour mon amour ,
L'ingrat n'auroit point de retour .
Heft entier & fans bleffure ,
On n'y voit point d'égratignure.
Quelquefois les coeurs les mieux faits
Sont infenfibles à tes traits.
.MA I.
1750.
83
Mais je crains que l'autre plus tendre ,
Aifément ne fe laiffe prendre ;
Découpé comme un affiquet ,
Ipourroit bien être coquet ;
On juge à certaine ouverture
Qu'il n'eft pas neuf & fans bleſſure :
Je ne veux point d'un coeur banal ,
Que me difpute un fier rival :
Le mien fait tout mon appanage ,
Je veux le donner fans partage ;.
Quoi ! ferois- je affez malheureux ,
D'avoir réſervé tous mes feux
Pour une infidelle Maîtreffe ,
Qui ,fuivantfa folle tendreffe ,
Aimeroit indifferemment ,
Sans choix & fans difcernement ?
J'en étois là de ma priere ,
Quand l'Amour d'une aîle legére
Vint voltiger autour de moi,
Ces deux coeurs font de bon aloi ,
Choifis , dit- il , ou l'un ou l'autre ;
Je ferai qu'en galant apôtre ,
Tu les convertiffes tous deux ,
Et que tu rendes amoureux
Celui qui paroît inflexible :
L'autre que tu crois trop fenfible ,.
Viendra fe ranger fous ta loi ,
Et n'aimera d'autre que toi Vafary de Courna
D vj
$ 4 MERCURE DE FRANCE.
VERS
Pour être recités par une petitefille
à fes parens.
J E le fens bien , l'amour eft de tout âge ,
Il naît en nous , & fans apprentiſſage ;
Avant qu'on fçache s'exprimer ,
Notre coeur fçait aimer.
Le mien aimoit avant l'adolefcence .
Il m'en fouvient ; dès ma plus tendre enfance
Je chériffois mon papa , ma maman ;
Mes yeux alors étoient mon truchement ,
His répandoient des pleurs en abondance ,
Dès que l'on m'éloignoit de leur chere préſence ;
Mais bientôt le plaifir venoit les égayer ,
Dès qu'il m'étoit permis de les confidérer.
Aimer fans qu'on puiffe le dire ,
Eft ,felon moi , le plus affreux martyre.
Pourquoi ne peut- on pas le prononcer plutôt ?
Tout fe réduit à ce feul mot ,
Je vous aime :
C'est tout ce que pour vous dit mon amour extrême
;
C'eft-là le premier mot que j'ai fçu bégayer ,
Ceft auffi le dernier que je veux prononcer.
Par le même.
MAI. 1750. 85
གུ གུ་ གུ
REPONSE
A la queftion fur l'origine du nom
de Cardin.
Our répondre à la queftion qui a été
propofée dans le Mercure de Mars
e la préfente année , touchant le nom de
Jardin qui a été porté * , & qui l'eft encore
car plufieurs perfonnes , quoiqu'on ne
fouve point de Saint de ce nom dans les
Calendriers ni dans les Martyrologes , je
rois devoir commencer par faire obferver
que quantité de noms de Saints ont été
altérés dans l'ufage vulgaire par ceux qui
les ont portés , ou par ceux avec lefquels.
ils habitoient. Plufieurs de ces altérations.
font venues de ce qu'on a allongé les
noms , comme celui de Stephanus , en
Etiennot , Eriennon , Eftevenin , &c. D'au
tres altérations ont pris leur origine de
ce qu'on a tronqué le commencement des
noms , furtout la premiere fyllabe ; par
* Par MM. le Bret , Premiers Préfidens du Parlement
de Provence ; j'ai trouvé auffi qu'en 1402
un Bourgeois de Paris s'appelloit Cardin Fremin ;
& en 1549 , une Dame étoit appellée Cardine de
fon nom de bâtême.
$ 5 MERCURE DE FRANCE
exemple , dans Baftien , Colette , Goton
Menon , qui viennent de Sebaſtien , Ni
colette , Margoton , Germaine. Quel
quefois auffi on a retranché les deux pro
mieres fyllabes , comme Babet , abrege
d'Elifabeth ; Bauld , ou Bold , qui vient
de Theobaldus. Ces derniers exemples fons
plus rares à la vérité; mais qu'on prenne
la peine de parcourir la Table du Matty
rologe Univerfel de l'Abbé Chaftelain ,
on y trouvera aux lettres & m , Saint
Lehire , qui vient du Latin Eleutherius ;
Saint Madir , qui vient d'Emeterius ; Saint
Manuel , formé d'Emmanuel ; Sainte Merentienne
, d'Emerentiana ; Saint Milon ,
d'Emilianus. A la lettren , Sainte Nitaffe,
nom formé d'Anaftafia , Sainte Noflette ,
nom provenu d'Onofledis . Aux lettres r
& s , Saint Rigo , altération du nom Hen
ricus ; Saint Sadre , venu de Ceffator ;
Saint Sane , d'Eufanius ; Saint Sernis ,
d'Ifferninus ; Saint Syque , d'Hefychius . Il
pouvoit y ajouter Saint Lary , qui vient
d'Hilarius : j'ai auffi appris par la fçavante
Hiftoire de Languedoc , tom. 3. p. 594.
que de Rogerius on a fait quelquefois
Gerius. Cardin ne peut donc être que le
refte d'un nom , auquel il manque le com
mencement ; & il faut encore obferver
que
fa finale a tout l'air d'un diminutif,
MAI. 87 175.0.
de même que Thevenin , provenu de Stephaninus
, eft le diminutif de Stephanus.
Or le commencement , qui manque à ce
nom , ne pourroit être que Ri , ou bien
Don , car on ne trouve dans le Martyrologe
Univerfel que deux noms de Saints finif-
Lans par chard en François , & par cardus
en Latin , qui font Ricardus & Dul .
cardus ; j'avois compté y trouver un Saint
Guicardus , qui auroit fait Guichard , mais .
il n'y en a point . Etant donc réduit à
Dulcardus , ou à Ricardus , defquels on
aura fait des diminutifs dans l'ufage vulgaire
, fupprimant la tête du nom & allongeant
la queue : il eſt queſtion maintenant
de voir , fi à la tête du diminutif Cardinus,
il faut plutôt fuppléer Ri que Dul . Je n'en
fais aucune difficulté , & je penfe que les
premiers enfans , qui ont été appellés Cardin
dans leur jeuneffe , avoient été nommés
par leurs parains & par le Prêtre ,
Ricard ou Richard. Le nom de Douchard
ne doit pas beaucoup arrêter , parce que
ce Saint n'eft connu que dans le Berry , an
lieu que le nom Ricardus , d'où l'on a fait
Richard ou pour mieux dire , que le nom
Richard que l'on a latinifé en Ricardus ,
a été porté par plufieurs Saints en differens
pays depuis le huitiéme fiécle de
1. C. c'eft à -dire , depuis mille ans . Il y a
88 MERCURE DE FRANCE.
eu quelques Saints de ce nom en Italie &
en France , mais un peu plus en Angleterre.
Je fuis perfuadé que ce qui peut avoir
communiqué ce nom fur les côtes de la
France , eft le commerce de quelques Anglois
Catholiques , qui ont regardé Saint
Richard , célébre Evêque de Cicefter , en
Angleterre , mort en 1253 le 3 Avril ,
comme leur Patron fpécial. Les enfans
avoient été nommés au batême Ricard:
feurs nourrices , & autres qui les élevoient,
les ont appellés Cardin , comme qui diroit
petit Richard , de même qu'ils appelloient
Colin , ceux qui avoient été bâtifés fous
le nom de Nicolas. Et comme les noms
de bâtême font quelquefois devenus des
noms de famille , de-là vient qu'on voit
celui de Cardin ou Chardin , porté pour
fur-nom , de même que celui de Colin .
Je ne crois pas au refte que l'on puiffe regarder
comme improbable , que le nom de
Cardin, porté par des enfans , ait continué
de leur être donné , lorfqu'ils ont été
avancés enâge, & qu'ils font devenus adul
tes : on a l'exemple de Sainte Colette ,
dont le nom eft un pur nom de jeune fille ,
émané de celui de Nicolaa , & qui fignific
petite Nicole , fous lequel nom cette Sainte
a été connue toute fa vie , tant au Diocéfe
d'Amiens dont elle étoit native , que dans
M A 1. 1750. 89
les Pays- Bas où elle mourut l'an 1446 , ou
1447 , âgée de 66 ans.
QUESTION
Sur le mot Mercurien,
Ans le Traité de la Police , Tome
troifiéme , Livre cinquième , chapitre
fixième , titre quarante- troifiéme des
Jardins , page 385 , il eft rapporté une
Ordonnance du Prevôt de Paris , du 3 Février
1472, dans laquelle on lit , article.
dix-huit.
Item : que nul Jardinier ne foit fi oſ邨
ni hardi , d'entreprendre befogne au- deffus
de cinq fols , s'il ne met par maniere de
chef-d'oeuvre un quarteron de Mercurien,
en bon ouvrage , & fuffifant au dire &
rapport des Maîtres Jurés Jardiniers.
On a cherché dans plufieurs Dictionnaites
, fans y trouver ce mot Mercurien ;
on défireroit d'être inftruit de fa fignifi
cation.
go MERCURE DE FRANCE.
洗洗洗洗:洗洗洗洗:洗洗洗洗:洗洗澡
IDYLLE
A mettre en Muſique .
L'AMOUR ET LE PRINTEMS.
Sur les ailes des Zéphirs
Le Printems ramene à Cythere
Les ris , les tendres defirs .
Un Soleil bienfaifant vient éclairer la terre
Par les rayons du plus beau jour.
Les graces & les jeux danfent avec l'Amour ;
Ce Dieu fous des berceaux de myrthe & de verdure
An milieu des plaifirs tient fon aimable Cour ,
Dont le Printems fait la parure.
Tout célebre le retour
De l'amant de la Nature,
Le ruiffeau murmure
Par un bruit flatteur
Et l'onde plus pure
Coule avec lenteur.
1
Sous les verds feuillages
Les tendres oifeaux
Mêlent leurs ramages
Au concert des eaux.
MA I. 1750. 91
Déja la prairie
S'émaille de fleurs ;
Elle eft embellie
De mille couleurs.
L'air plus doux dans les fens fait couler la molleffei
Le fentiment d'une vive tendreſſe
Soumet les jeunes coeurs propres à s'enflammer .
Myrtil aime Cephife & fçait s'en faire aimer;
Près de Flore Zephir fe joue & la careffe.
A l'afpe &t du Printems
L'Univers fe remplit de charmes ;
L'Amour prend fon flambeau , fon carquois & fes
armes ;
Près de lui les attraits & les defirs conftans
Préparent aux heureux amans
Des plaiſirs fans allarmes.
20 Que tout cede à ma loi ,
» Dit le Dieu de Cythere ;
» Le Printems eft avec moi ,
Je fuis affûré de plaire .
»Uniffons pour jamais
»Nos plaifirs , notre empire ;
Que tout ce qui refpire
Eprouve nos bienfaits.
»Signalons en tous lieux notre aimable puiſſance ; 23
92 MERCURE DE FRANCE.
ן כ »Quenospréfensdélicieux
"Triomphent de l'indifference
» Des mortels & des Dieux.
Le Printems à l'Amour unit fa deſtinée ;
De cette union fortunée ,
Les Zéphirs amoureux inftruifent l'Univers
D'encens & de parfums divers
S'exhale la douce fumée ;
Un Choeur mélodieux répete dans les airs :
Tandis
Vous , que le jeune âge
Invite aux Amours ,
Tirez
avantage
De vos plus beaux jours.
que votre coeur au plaifir s'intereſſe ,
Livrez vous aux douceurs de fes attraits charmans ;
Entre l'amour & la fageffe
Partagez tour à tour tous vos heureux momens ;
C'eft dans la faifon du Printems
Que vous devez cueillir les fleurs de la tendreffe.
Raoult.
TRADUCTION DE CES VERS.
CE qui charme fouvent dans une perſpective ,
C'eſt parmi les rochers une onde fugitive ,
L 23
MAI. 1750:
Une fombre caverne , un précipice affreut ,
Que la Nature a fait par un caprice heureux.
J'aime dans le Poëme un aimable délire ,
Pourvu que la raifon le conduife & l'infpire.
S
Pope , Effai fur la Critique , Chant 2.
TRADUCTION LATINE.
Æpe juvat , cùm late oculi per rura vagantur ,
Lympha fugax inter preruptas murmure rupes
Carrerefaxifrago ; placet antrum gurgite vaſt●
Quod doctis ludens manibus natura cavavio.
Sic& amoenaplacent deliramenta Poëta ,
Dum juftis fapiens ratio moderetur habenis.
Par le même.
ΕΧΑΜΕΝ
D'un Article des nouveaux Mémoires d'Hif
toire , &c. de M. l'Abbé d'Artigny ,
concernant la Pucelle d'Orléans. Par D.
Polluche, de laSociétéLitteraire d'Orléans.
A plupart des politiques fe font attachés
à diminuer le merveilleux qui fe
trouve dans l'Hiftoire de la Pucelle d'Orléans.
Tout ce que cette généreufe fille a
94 MERCURE DE FRANCE.
exécuté , n'a été , felon eux , que la fuite
d'un jeu concerté , qu'on crut propre à re
lever le courage des François abattus par
les avantages continuels des Anglois . Mon
deffein n'eft pas de combattre une opinion
fi injurieufe à la mémoire de Charles VII,
& fi humiliante pour celle de la Pucelle.
Je vais feulement ici examiner quelques
particularités qu'on vient de publier de la
vie de cette Héroïne, & qui ne ferviroient
pas peu à établir l'opinion contre laquelle
nous nous déclarons , fi elles étoient telles
qu'on nous les repréſente.
Ces particularités paroiffent dans de
nouveaux Mémoires pour l'Hiftoire , par M.
Abbé D'ARTIGNY , T. 2 , p . 52 , dans
lefquels cet Auteur , qui cite les Mémoimoires
de M. le Sage de Beaumanoir, avance
hardiment que la Pucelle , avant de paroitre
fur la fcéne , avoit été , avec trois de fes
compagnes , Peronne ou Pierrone de Balle
Bretagne , Catherine de la Rochelle &
une autre dont on ignore le nom , fous la
direction d'un Cordelier , nommé Frere
Richard , & que ces quatre filles fe vantoient
d'avoir des infpirations & des apparitions
céleftes : à quoi il ajoûte que fi
nos Hiftoriens n'ont point fait mention
de cette particularité , peut- être ils l'ignoroient
, ou qu'ils ont évité d'en parler,
MAI . 1750.
95
ans la crainte de faire tort à l'Hiftoire de
Pucelle. Cette réflexion eft d'autant
las jufte , que Frere Richard étoit un
idionnaire zelé , grand Royaliste , & ce
'on peut ajoûter , un intriguant très prore
à conduire & à faire réaffir une fourerie
, comme on le verra plus bas .
Mais en fuppofant que la Pucelle a été
ous la direction de notre Cordelier , que
deviendront les preaves qu'on peut tirer
u récit de l'Abbé d'Artigny , fi on peut
émontrer qu'elle n'a pû y être qu'après
voir paru fur la fcéne & avoir exécuté les
fairs les plus marqués de fa miffion ? C'eſt
ce qu'il me fera aifé de faire.
La Pucelle partit de Vaucouleurs pour
venir en France fur la fin de Février ou au
commencement du mois de Mars 1429 ,
puifque , fuivant l'Hiftoire de Charles
VII du Hérault Berry , elle arriva à Chinon
pendant le Carême de cette année où
Pâques fe trouvoit le 27 Mars , & qu'elle
ne fut guéres plus de 12 à 14 jours à fon
voyage . On fçait qu'elle n'en mit que 8 à
venir d'Auxerre , par où elle paffa , jufqu'à
Chinon , & que d'Auxerre à Vaucouleurs
le chemin eft plus court prefque de
moitié. Depuis fon arrivée à la Cour il ne
paroît point qu'elle ait pû être fous la direction
de Frere Richard , car indépen
1
1
96 MERCURE DE FRANCE.
dament de ce qu'elle fuivit le Roi à Poitier
& de fes apprêts pour le voyage d'O
léans , le Journal du Roi Charles VII nou
apprend que Frere Richard , qu'on difot
nouvellement arrivé de Jéruſalem , pr
choit au mois d'Avril dans la Ville de Pa
ris , qui étoit depuis long- tems entre la
mains des Anglois , d'où ayant été oblige
de fortir , il fe mit avec les Armignacs , che
vauchant avec eux, &faifanttourner les Ville
par fon langage. Comment donc dans ce
circonftances , la Pucelle & Frere Richard
auroient- ils pû fe rencontrer ? On ajoûte
pour preuve de leur connoiffance , que le
jour de Noel ce Cordelier donna trois fois
le Corps de Notre Seigneur à la Pucelle
dans la Ville de Gergeau , ce qui peut être
vrai , mais ce qui n'a pû arriver qu'après
que la Pucelle eut parufur la fcéne , puifque
Gergeau , ayant été pris le 2 Octobre
1428 , ne fut repris fur les Anglois que le
12 Juin 1429 plus d'un mois après la levée
du fiége d'Orléans par la Pucelle.
On peut ici objecter que Frere Richard,
à fon retour de Jérufalem en France , avoit
pû paffer par la Lorraine , & que ce fut à
Vaucouleurs, avant le départ de la Pucelle,
qu'il inftruifit cette fille , de concert avec
Baudricourt , qui en étoit Gouverneur ,
pour lui faire jouer le perfonnage qu'elle
fit.
MAI. 1750.
97
fit. Outre que cette objection eft tout au
plus une fimple conjecture , elle fe trouve
détruite par le témoignage même de la
Pacelle , qui dans le tems de fon procès à
Rouen 1431 , interrogée le 3 Mars fur le
fait de Frere Richard , répondit : je ne l'avoye
oncques veu quand je vins devant Troyes.
Or la Pucelle ne vint devant Troyes, qu'avec
le Roi qui s'avançoit vers Rheims
où il fut facté le 17 Juillet 1431.
Il y a plus ; Frere Richard alors ne connoiffoit
pas plus la Pucelle qu'il n'en étoit
connu, puifqu'interrogée : Quelle chere Frere
Richard lui fit , elle répondit : Que ceux
de Troyes , comme elle penfe , l'envoyerent devers
elle , & qu'en approchant il faifoit le figne
de la Croix & jettoit eau benite , & quelle
Tui dit , approchez hardiment , je ne m'envol-
Lerai pas .
Dira-t-on à cela que l'intérêt qu'avoit la
Pucelle de diffimuler la manoeuvre de fa
prétendue Miffion , lui a fait déguifer la
vérité & cacher ce qui s'étoit paffé avec
Frere Richard , qu'elle affectoit de ne pas
connoître ? En parlant ainsi , on ne fait pas
réflexion que ceux qui font les plus contraires
à la Pucelle , l'ont bien regardée
comme l'inftrument d'une fourberie que la
politique faifoit agir , mais qu'ils lui ont
toujours rendu la juftice de la croire de
E
9S MERCURE DE FRANCE.
bonne foi , & qu'elle étoit perfuadée des
maximes qu'ils prétendent qu'on lui avoit
infinuées. En tout cas , comme nous l'avons
montré , on ne voit pas dans quel
tems la Pucelle peut avoir connu Frere Richard
avant la levée du fiége d'Orléans ;
époque qui détruit tout le raifonnement
de l'Abbé d'Artigny.
Voyons maintenant le caractére de Fre
re Richard , que j'ai promis de donner : il
eft peint au naturel dans le même interrogatoire
du 3 Mars . La Pucelle interrogée
fur ce que lui dit Catherine de la Rochelle
, qu'elle avoit vûe à Gergeau & en Berry,
c'eft à- dire après la levée du fiége d'Or
léans , ce qu'il n'eft pas inutile de faire
remarquer , répondit , que cette Katherine
lui dift qu'il venoit une femme , une Dame
Blanche , veftue de drap d'or , qui lui difoit
qu'elle allaft par les bonnes Villes , & que
le Roi lui baillaft des Héraults & trompettes ,
pour faire crier que quiconque auroit or , ar
gent ou tréfor macié , qu'il l'apportaft tantoft,
& que ceulx qui ne le feroiens ou qui en au
roient de caché , qu'elle le congnoiftroit bien
fçauroit trouver lefdus tréjors , & que ce
feroit pour payer les Gens d'armes d'icelle
Jehanne , à laquelle elle ( la Pucelle ) répondift
qu'elle retournaft à fon mari pour faire
fon ménage & nourrir fes enfans .. Toure
MAI.
99 1750.
fois Frere Richart vouloit qu'on la mift en oeuare
, ce qu'elle ( la Pucelle ) ne voulut fouffrir
, dont ledit Frere Richart & ladite Catherine
ne furent pas contens d'elle.
Il est évident par cet expofé , que Frere
Richard n'étoit que trop propre à conduire
une intrigue , & s'il étoit vrai , commé
l'Abbé d'Artigny l'a avancé , que la Pucelle
eût été fous la direction de ce Religieux
, avant de paroître fur la fcéne , on
enconcluroit naturellement, & fans crainte
de fe tromper , tout ce qu'on voudroit
contre l'Hiftoire de la Pucelle , dans laquelle
cet Abbé , indépendamment de ce
qu'il a dit , ne peut s'empêcher de reconnoître
quelque chofe de furnaturel , qui fe trouve
en quelque maniere confirmé par le renversement
de l'objection ; peut- être la plus
forte qu'on pouvoit faire contre la milion
de la Pucelle.
Quand j'ai dit plus haut que ceux qui
combattoient davantage cette miffion de
la Pucelle , ne l'ont jamais accufée de mauvaife
foi , je n'ai pas crû que le ſentiment
du Marquis d'Argens , * qui prétend que
cette fille fçavoit les deffeins de ceux qui la
faifoient agir , & qu'elle connoiffoit le deffous
des cartes , dût faire une exception . La maniere
dont cet Auteur traite l'article de la
* La 152 de fes Lettres Juives.
}
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
?
Pucelle, eft trop peu férieufe pour faire impreffion.
On en peut juger par l'aventure de
Frere Luce des Contes de la Fontaine, qu'il
cite , & par la comparaifon qu'il fait de
Jeanne d'Arc avec une fille , qui dans ces
derniers tems a fait beaucoup de bruit dans
une des principales Villes du Royaume ;
mais quand cet Auteur parleroit férieufement
, où a t'il trouvé , dans la fuite de la
procédure qu'on tint contre la Pucelle à
Rouen , les preuves de ce qu'il avance ? Il
fuffira de lire les réponfes de cette fille
aux interrogatoires qu'on lui faifoit , pour
être convaincu qu'elle étoit entierement
perfuadée de ce qu'elle difoit , & que s'il
y avoit de l'impofture dans fon fait , elle
ne venoit pas d'elle , & qu'elle l'ignoroit,
L'aventure de Catherine de la Rochelle ,
que nous avons rapportée , eft un témoignage
qui marque la répugnance pour
tout ce qui pouvoit être regardé comme
une fourberie.
Ce qui fembleroit favorifer le fentiment
du Marquis d'Argens , c'eft la cédule
qu'on prétend que la Pucelle donna , dans
laquelle elle recognut les las d'erreurs aufquels
elle étoit détenue , & confeffa avoir griefvement
péché , en feignant menfoigneufement
avoir en des révélations de par Dieu & fes
Anges ,fainte Catherine & fainte MargueMAI.
JOX
1750.
rite , dont elle fe dédit. Mais examinons cette
piece , qui a été regardée par un Auteur
qui nous a donné ce procès de la Pucelle
fous le Regne de Louis XII , comme du
tour fuppofée .
La cédule dont il s'agit, eft datée du 24
Mai 1431 ; mais quatre jours après, le 28,
la Pucelle , dans un nouvel interrogatoire ,
foutint fermement , comme elle avoit toujours
fait dans le cours de fon procès , que
véritablement Dieu l'avoit envoyée , & que
ce qui étoit contenu dans la cédule de l'abju-
Tation , elle ne l'entendift jamais. D'où il eft
aifé de conclure que quand même cette
cédule feroit authentique, on en doit inférer
qu'on avoit fait figner à la Pucelle des
chofes qu'on lui déguiſoit dans la lecture ,
& dont elle étoit fort éloignée de convenir
, à moins qu'on ne veuille dire que la
crainte du fupplice dont elle étoit menacée
& qu'elle vouloit éviter , l'engageoit
à fe prêter à tout ce que les ennemis , qui
avoient befoin d'une pareille confeffion
pour la diffamer dans le public , avoient
intérêt d'exiger d'elle ; ce qui dans l'un ou
l'autre cas détruit également les idées qu'une
pareille piéce peut faire naître , que la
Pucelle fçavoit les deffeins de ceux qui la
faifoient agir , & qu'elle connoiffoit le deffous
des
cartes.
E iij
102 MERCURE DEFRANCE.
淡菜洗洗洗洗洗洗選選:洗潔派派派
LES DEUX AMOURS,
ALLEGORIE.
Deux Amours qu'on eût cru freres ,
Tant ils fe reffembloient bien ,
Ils étoient pourtant de deux meres
Qui ne fe reffembloient en rien ,
Vinrent chez moi pour prendre gîte.
Je n'ai , dis -je , place pour deux.
Que l'un de vous déloge vite ,
L'autre même peut chercher mieux.
Entre eux, voilà grande querelle ;
Chacun d'eux prétendoit refter.
Ingrat , me difoit l'un , apprends ce que je céle
A d'autres qui voudroient fans doute m'arrêter ,
Nous n'aurons point à contefter ,
Je fuis bien für d'avoir la préférence ;
Sçache qui m'a donné naiſſance .
Je la dois à Philis , j'en fuis l'enfant gâté
Plaifirs , faveurs , j'apporte en abondance
Tout ce que peut avoir l'Amour le mieux doté ;
Auffi chez toi fi je veux un azile ,
Ne crains pas que ce foit pour vivre à tes dépens ,
Ma mere m'a promis de me nourrir long-tems ;
Vois fije fuis difficile ?
MA I. 103 1750.
Je ne te demande rien ,
Elle fe charge auffi de tout mon entretien ....
Oh ! mon féal ! que vous avez de langue !
Eh ! quoi , dit l'autre , un jeune Amour harangue ,
Et fait le fuppliant un grand quart d'heure entier !
D'honneur vous gâtez le métier ;
Pour moi je n'ai qu'un mot à dire,
Je ſuis ici , j'y refte , & cela doit fuffire ....
Mais, dis- je, quel es- tu ? ., je fuis fils de Thémire.
De Thémire ! à ce nom je chaffai le premier.
@@% 9% hསྐུའ ∶༧ སྐུ
SUITE
De la Differtation contre les expériences de la
Chambre noire de M. le Chevalier Newton.
Par M. Gautier , Penfionnaire du Roi.
Lina bienfases depratique des couleurs ,
Es bienfaits de Sa Majeſté au fujet de
ma
ou maniere de graver , par laquelle j'ai donné
au Public une fuite de Planches Anatomiques
, connues de toute l'Europe , & que
je continue fans interruption ; le zéle qui
m'anime à me rendre digne de plus en plus
des bontés de mon Souverain , & l'amour
naturel que j'ai pour la perfection des
Sciences & des Arts , m'ont enhardi à mettre
au jour la théorie de cet Art , fi long-
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
tems recherché par ceux qui faivoient le
Systéme de M. Newton fur les Couleurs.
J'ai exercé la maniere d'imprimer les
tableaux avec fruit pendant dix ans à Paris
& pendant huit mois à Londres . Il étoit
tems que je donnaffe la théorie fur laquelle
elle eft fondée , ce que j'ai fait par un Traité
que j'ai eu l'honneur de préfenter au Roi ,
de lire à l'Académie des Sciences , d'adref
fer aux Sçavans & à toutes les Académies
étrangeres. Sa Majefté le Roi de Pruffe
m'a fait l'honneur de me remercier par M.
Darget, Secretaire de fes Commandemens,
de l'empreffement que j'ai eu de lui faire
hommage de ma découverte , & la plupart
des Académies de Province m'ont aufli
écrit d'une maniere flatteufe fur mon nouyeau
fyftéme , & travaillent actuellement
à en répeter les expériences. La Société
Royale de Londres eft la feule qui garde
le filence.
Il s'agit ici de vérité , de lumiere & de
couleurs , l'une des plus belles parties de
la Phyfique ; c'eft elle qui nous introduit
dans les autres. La lumiere que Dieu
a féparée des ténebres , felon l'Ecriture
Sainte , peut feule par fes differentes oppofitions
avec l'ombre , ou les ténebres ,
nous donner les differentes couleurs. J'appelle
la lumiere le blanc parfait , & les té
MA I. 1750.
"
105
nébres le noir parfait ; & je prouve par mes
nouvelles expériences , que la lumiere interpofée
à l'ombre fait le bleu clair &
foncé ; c'est ce que nous appercevons tous
les jours au lever du Soleil par l'interpoition
des rayons entre nous & l'immenfité
de l'air noir & ténébreux , qui ne nous
éclaire point la nuit , & prend fa couleur
célefte pendant le jour. J'appelle cette interpofition
, transparence de lumiere fur ombre,
& la couleur bleue qui en réfulte, premiere
couleur fecondaire.
A l'égard de la feconde & troifiéme
couleur fecondaire , elle ſe fait par l'interpofition
de l'ombre fur la lumiere . Au
lever du Soleil , ou à fon couchant , lorfque
les vapeurs noires de la terre s'interpofent
entre cet Aftre & nos yeux , quoique
fa couleur naturelle foit le blanc parfait
, ne nous paroît-il pas felon l'épaiffeur
des
vapeurs rouge , orangé ou jaune ;
Youge , lorfque les vapeurs font abondantes
, ce qui fait lafeconde couleur fecondaire;
orangé dans une moindre quantité , & lorf
que les vapeurs font plus legeres, jaune, qui
eft la troifiéme couleur fecondaire.
Donc la feule tranſparence de l'ombre
fur la lumiere , donne ces trois couleurs .
Mais comme l'orangé tient au rouge , &
que fon mêlange avec le bleu ne faic au-
4
1
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
cune couleur décidée , nous le nomons ,
fimplement couleur intermédiaire. Au contraire
le jaune produit le vert par fon mélange
avec le bleu , qui eft une couleur ter
tionaire & connue ; le violet n'eft auffi
qu'une couleur tertionaire , produite par le
mêlange du bleu & du rouge .
Le bleu , le rouge & le jaune , qui autrefois
étoient pris pour des couleurs primitives, ne
font donc aujourd'hui que descouleurs feb
condaires produites par le noir & le blanc.
Toutes ces couleurs fe trouvent fur l'image
lumineufe de la Chambre noire ; il
n'y en a pas d'autres. Voici l'ordre qu'el
les obfervent fur cette image par des rangs
paralleles ; le rouge , l'orangé , le jaune, le
vert, le bleu , le bleu foncé , qui eft le même
queM.Newton appelloit indigo, & le violet.
M. le Chevalier Newton croyoit qu'elles
étoient primitives , & qu'elles étoient enfermées
toutes les fix ou les fept dans un
fimple rayon , qu'il fuppofoit , comme la
centiéme partie d'un cheveu . Je m'arrête ici
fur cette opinion , pour la combattre par une
fimple démonftration à la portée de tout le
monde , & que je crois inconteſtable.
Démonftration qui prouve l'impoffibilité du
fyftême de M. Newton.
Faites tomber fur un prifme , ou fur an
MAI.
1750.
107
vaiffeau
prifmatique de quinze pouces de
Jong fur trois ou quatre pouces de largeur
à chaque face , par une
ouverture
affez grande , faire au volet de la Chambre
noire , les rayons du Soleil fur toute l'étendue
de l'une de ces faces ; combien de milliers
de rayons , que je fuppofe fi l'on veut,
comme un cheveu , traverferont à la fois
les furfaces de ce prifme ? Et fi chaque
rayon fimple contient fept autres rayons
colorés , il faut alors , felon les loix géométriques
, que chaque point de la furface
refringente du pritme , qui reçoit l'un de
ces rayons , réfracte
également les fept
rayons colorés
prétendus , qui font contenus
dans chacun de ces fimples rayons ; ce qui
produiroit une confufion , & non un ordre
de couleur , comme nous venons de voir fur
l'image lumineufe de la Chambre noire : cela
eft inconteftable. Deux rayons feulement
font capables d'y porter cette confufion.
.
Je fuppofe au bas de la face du prifme
un rayon fimple , qui réfracte fept autres
rayons colorés qu'il contient , felon M.
Newton; le rayon rouge ou rubrifique , comme
le moins réfrangible, fe portera à la partie
la plus baffe de l'image, & le violet, comme
le plus réfrangible, à la partie la plus élevée
, ou , fi l'on veut , au centre de l'image.
N'eft-il pas vrai pour lors , que
, que le rayon
E vi
108 MERCURE DE FRANCE.
fimple le plus élevé qui donne fur la par
tie fupérieure de cette furface , c'est-à- dire ,
-quatre pouces plus haut , ſi la face du prifme
a quatre pouces de largeur, & qu'il foit
pofé horizontalement ; ce fimple rayon ,
qui eft plus élevé, ne doit- il pas également
réfracter les fept autres rayons colorés
qu'il contient , comme le premier rayon
fimple que nous venons d'examiner ? Et
par conféquent le rayon rouge de ce fecond
rayon fimple ne doit-il pas porter
fa réfraction plus haut que celle de celuiqui
part de la partie inférieure de la furface
réfringente ? Si cela eft, le rayon rouge
du rayon fimple fupérieur doit croifer
au centre de l'image le rayon violet ,le bleu,
& même le vert , de ceux qui font produits
par le rayon fimple inférieur ; ce qui devroit
produire une confufion de couleurs
dans cet endroit , au lieu d'une réunion de
couleurs , comme le prétend M. Newton ,
car les lignes qui fe croifent , ne fe réunif
qu'à leurs foyers. Il eft donc impoffible ici
de trouver les foyers réunis de tous ces
rayons colorés ou prétendus colorifiques ,
fur une même ligne perpendiculaire àl'horifon
à tout point de diſtance : & la confufion
des couleurs feroit bien plus grande , fi
dans l'intervalle de ces deux rayons il y en
avoit un milieu , ce qui eft effectivement ,
MAI. 109
1750 .
lorfque le prifme eft en plein Soleil .
Donc fi l'image lumineule que donne
ce prifme en plein Soleil dans une Cham
bre noire , eft ordonnée par des bandes
de couleurs paralleles au nombre de fept ,
qui ne comprennent chacune qu'une feule
couleur , & qu'elle ne foit pas confufe ou
mêlée d'une infinité de lignes colorées des
fept couleurs , comme cela devroit être , fi
le fyftème de M. Newton étoit véritable :
on conclura que les couleurs s'engendrent
par un autre principe. Cet autre
principe felon moi eft feulement l'oppofition
de l'ombre & de la lumiere , comme
je viens de dire.
Nouveau système des couleurs.
Les rayons de lumiere ne font point colorés
, ils ne portent point en eux aucune
couleur , ils font fimples , tels que Dier
les a féparés des ténébres : mais les couleurs
font produites par leurs oppofitions avec
l'ombre , le noir eft la couleur générale de
tous les corps qui ne font point lumineux
fi le blanc eft celle des corps lumineux .
L'existence des corps non lumineux
prouve celle de l'ombre ou du noir.
Privation de lumiere eft ténébres , c'eft la
vérité ; mais ténébres ne font pas privation
de noir ; & l'on peut ajouter que la lu110
MERCURE DE FRANCE.
miere eft autant privation de ténébres,
que les ténébres font privation de lamiere
.
Que l'on fe donne la torture pour nier
l'existence de l'ombre ; que les Philofophes
modernes la comparent au néant , cela
n'avancera jamais la Philofophie : on fe
jettera au contraire dans des raisonnemens
vagues ; & il faudra toujours convenir que
l'ombre & la lumiere exiftent du moins
pour produire les couleurs , comme je vais
le prouver. J'ajoute ici , que non- feulement
l'ombre pure , oppofée à la lumiere ,
produit les couleurs , mais elles fe produi
fent encore par les oppofitions de la lamiere
avec les corps ombrés , mêlés de lumiere.
Par exemple , une Chambre noire ,
comme celle de M. Newton , extrêmement
vafte , auffi exactement lutée , où le jour
n'entreroit que par une ouverture d'un
quart de pouce de diamètre , donne les
mêmes couleurs & dans le même ordre
que celle où le jour entre par une fenêtre
baffe , de trois pieds de large fur quinze
pouces de haut , au-devant de laquelle
l'on pole un grand prifme , comme ceux
dont M. Newton s'eft fervi , & cela parce
que l'oppofition de l'ombre fe fait toujours
avec la lumiere dans le même ordre , &
dans la même force réciproque. Quoique
MAI. 1750. 111
la Chambre foit moins obfcure , elle l'eft
affez pour s'opposer à la lumiere vive qui
palle par le prifme dans toute fon étendue ,
& peut également produire les couleurs ,
comme une chambre plus noire qui reçoit
moins de rayons.
Démonftration.
Si la lumiere du Soleil fe réfracte
par
les deux faces du prifme tout à la fois ,
quand elle entre par la grande ouverture
; d'une chambre noire , & lorfqu'elle donne
tout le long de ce prifme , alors elle produit
deux images très belles & très- vives ;
la premiere donne fur le mur au fond de
la chambre , & eft produite par les rayons
qui paffent par la face inférieure & réfringente
, la feconde donne fur le plancher
de la chambre , & eft produite par les
rayons qui paffent par la face fupérieure .
La premiere eft donc plus élevée , felon les
loix de l'Optique , que la feconde ; par
conféquent les rayons qui paffent par la
face inférieure & réfringente , font afcendans
, & ceux qui traverfent la face inférieure
& réfringente , font en defcenfion .
D'où je conclus que l'afcenfion des rayons
fur la muraille au fond de la chambre
doit caufer deux oppofitions d'ombre avec
la lumiere , l'une à la partie inférieure des
111 MERCURE DE FRANCE,
{
Tayons par l'interpofition de l'ombre entre
la muraille & cette partie inferieure
des rayons qui partent du prifine & fe
portent fur la muraille ; & l'autre oppofition
par l'interpofition de la lumiere dans
La partie fupérieure avec l'ombre , puif.
qu'au haut de l'image la lumiere eft entre
la muraille & l'ombre , au lieu que dans le
bas de l'image , comme nous venons de
dire , l'ombre eft entre la muraille & les
rayons de lumiere qui partent du prifme
par la face inférieure.
Ces deux oppofitions differentes doivent
faire , felon mon fyftéme , fur la partie
inférieure de l'image, le rouge, l'orange &
le jaune, & fur la partie fupérieure , le blea
clair , le bleu foncé , & le violet fi vous
voulez . Ce qui arrive effectivement dans
l'image lumineufe où les rayons font afcendans,
mais fi les rayons font defcendans
comme dans la feconde image qui fe porte
fur le plancher de la Chambre noire par la
face fupérieure , il arrive tout le contraire,
le rouge eft en haut & le bleu en bas , ce
qui n'eft pas difficile à comprendre.
Le vert , qui eft au milieu de l'image ,
n'eft que la jonction de ces oppofitions
differentes ; cela eft fi vrai que lorfque
j'approche du prifme une muraille portative
de carton ou de toile blanche , le vezt
ལ་
MAI. 1750. 213
lifparoît & le blanc prend fa place , parce
qu'alors les oppofitions ne peuvent plus
fe joindre.
Quant au violet , qui fe trouve toujours
far l'expiration du bleu , cette couleur
n'eft produite que par un retour de la lumiere
ou un réflet , qui caufe auffi une
double transparence , comme le vert . Ainfi
les feules oppofitions de l'ombre & de la
lumiere & leurs tranfparences caufent les
ttois couleurs fecondaires de l'image , qui
font le blen , le jaune & le rouge ; les couleurs
intermédiaires , qui font l'orangé & le
bleu foncé , & les deux couleurs tertionalres
, qui font le vert & le violet , fans avoir
recours à des rayons colorés qui n'ont jamais
exifté .
Je n'ai pas parlé ici du gris , cependant
le gris eft une couleur réelle ; comme elle
ne fe trouve pas dans l'image lumineufe
de la Chambre noire , M. Newton ignoroit
fon exiſtence. Cette couleur eft produite
par le feul mêlange du noir & du
blanc , ou de l'ombre & de la lumiere.
C'est une couleur fecondaire , mais ifolée ,
de differente nature de celles dont nous
venons de parler , & elle ne prodait aucun
changement ; fi on la mêle avec les premieres,
elle fert feulement à les falir. Les anciens.
Philofophes croyoient mal-à-propos que
114 MERCURE DE FRANCE.
132
le mélange du noir & du blanc produifoir
toutes les couleurs , ce qui eft faux : ce
mêlange ne produit que le gris , comme je
viens de dire ; ils ignoroient totalement l
transparence de l'ombre & de la lumiere, que
j'ai découverte .
Je n'ai plus rien à donner au Public fur
cette matiere , quant à préfent.
Je vais diftribuer à la fin de ce mois l'A
natomie de la femme à mes Souferipteurs ;
ils fe plaignent de ma découverte &croyent
que le fyftéme contre Newton a cauté le
retard de cette diftriburion ; ce n'en eft
pas la caufe , mais c'est le retard des
fujets de femme diffequée que je n'ai pu
avoir qu'avec des peines incroyables , &
comme je ne donne rien que d'après le na
turel , il a bien fallu attendre.
Mon Systéme n'eft point incomprébenfible,
comme on a voulu dire , il s'accorde avec les
phénoménes céleftes , je le prouve par qua
torze expériences fort claires & decifives : je
les ai démontrées publiquement pendant plu
fieurs jours en prefence d'un grand nombre de
Géométres-Phyficiens , que j'ai dénewtonianifés.
Ceux qui voudront les répéter préfentement
, auront recours à mon Livre.
Quant à l'expérience du T, que j'ai donnée
* On imprime actuellement en Anglois le Sybé
me de M. Gautier , à Londres .
1
MAI. 1750. 115
ن م
Public dans le Mercure , j'ai oublié de
ire qu'il falloit fe fervir d'un priſme dont les
ingles réfringens foient de 48 degrés ou eniron
, ce qui fait un prifme compofe de deux
faces égales & d'une face plus grande , qui
ert de baze ; la coupe de ce prifme forme
n triangle ifocelle & non équilatéral. Il faut
de plus que fes petites faces foient un peu convexes
des extrémités du prifme au milien ,
fur le travers , qu'elles forment une ligne fphérique
& convexe , & la baze ou le grand côté
un peu convexe auſſi, ce qui formera un prifme
lenticulaire . Cette expérience ne peut se faire
avec un prisme exallement droit , ni celle des
trous , qui eft la feptième de ma CHROAGENESIE.
Celle-ci & celle du T , dont je viens de
parler , font décifives contre la couleur inhir.
nte aux rayons de M. Newton.
Dans la derniere obfervation de ma premiere
Differtation dans le Mercure de Mars
dernier , il y a une faute d'impreffion : il eft
dit que les rayons d'ombre de lumiere changent
de couleurs autant de fois qu'ils le réflechiffent
differemment l'un fur l'autre ; il falloit
dire autant de fois qu'ils fe fléchiffent.
Dans ce même Mercure , page 158 &
dixiéme ligne , parlant de M. Newton ,
après ces mots , il n'a
Pincidence des rayons fur les furfaces réfringentes
, il falloit ajoûter, convexes & conca-
- ves du prifme.
pas
même connu
116 MERCURE DE FRANCE
De plus , j'ai parlé de rayons ténébreux
dans cette Differtation & dans ma Chroage
nefie , on n'a pas compris ce que veut dre
rayon tenebreux. J'entens par ce terme l'ombre
qui accompagne un rayon de lumiere , comme
celle qui accompagne le rayon de lumiere , qui
entre dans la Chambre noire , ainfi que le four
reau d'une épée accompagne fa lame . L'air
étant ténebreux ,fiplufieurs rayons de lumie
re feparés paffent à travers , ne formeront- ils
pas dans les intervalles de ces rayons de la
miere des rajons de tenebres ? C'est ce quej'ap
pelle rayon ténebreux .
EXPLICATION DE LA PLANCHE
FIGURE PREMIERE ,
Qui démontre géométriquement l'impoſſibilité
du fyfteme de M. Newton.
A, B , C , le prifme.
A , B , la face réfringente fupérieure da
prifme.
B, C , la face réfringente inférieure.
D , B , rayon fupérieur qui paſſe par
face inférieure.
la
B , G , I , H , réfraction de ce rayon.
E , F , rayon inférieur qui paffe par la même
furface.
F , I , H , K , réfraction de ce Rayon.
LM , muraille de la Chambre noire , où
MAI.
117 1750.
4es rayons réfractés portent leur image.
H , efpace que doivent occuper les fept
couleurs primordiales du premier rayon
fupérieur .
K, efpace que doivent occuper celles du
rayon inférieur .
H , efpace commun aux deux images
lumineufes colorées , & par conféquent
endroit où fe fait la confufion
des rayons.
Obfervation.
Cette confufion feroit depuis le point
jufques au point K , fi l'efpace qui eft
ntre le point B , & le point F , fur la furace
réfringente du prifme , étoit remplie
de rayons , ce qui arrive lorſque le prifme
eft en plein Soleil,
FIGURE IL
Cette figure & la fuivante représentent la
Chambre noire du fyſtéme de M. Gautier,
A, B, C , la coupe du prifme ifocelle qui
réfracte les fayons par le petit angle
refringent , lefquels s'élevent moins
que dans un prifme équilatéral.
B , F , le faifceau de rayons qui donne
fur toute la furface inférieure.
N, G , M , I , le même faiſceau qui fe réfracte
à la fortie du priſme.
IS MERCURE DE FRANCE
P , Q , la muraille de la Chambre noire
P , Q , R , S.
G, H , l'image lumineufe qui eft portée
fur cette muraille par les rayons qui
traverfent le priſme.
I, H , l'ombre inférieure à ces rayons, qui
couvre la lumiere & qui donne fur l'i
mage le rouge , l'orangé & le jaune
M, H, la plus grande épaiffeur de l'om
bre qui donne le rouge ; L , I , celle qui
donne l'orangé , & en 1 , eft le jaune.
T , V, G , la partie des rayons, qui couvre
l'ombre.
Vers K , eft le bleu clair , parce que la la
miere eft plus épaiffe ; & vers G , eft
le bleu foncé,& le violet fe trouve fur le
retour de la lumiere au-deffus du bleu.
T , V , rayons directs , qui vont du priſme
à la muraille , & qui ne font point couverts
& ne couvrent pas l'ombre , c'eſt
pourquoi ils donnent le blanc au cen
tre de l'image.
Obfervation.
Le prifme , dont l'angle réfringent eft
moindre que celui d'un prifme équilatéral,
réfracte moins les rayons , ce qui occa
fionne par conféquent au centre de l'image
un grand efpace de blanc entre le blea
& le jaune ; alors le vert difparoît dans
cette image.
MAI. 1750. 119
FIGURE III.
Cette figure repréfente la même Chamte
noire , mais le prifme qui donne l'iage
eft prefque équilatéral , & les rayons
affent par le grand angle.
b, c , le prime ; d , e , a , c , la colomne
de rayons que donne le Soleil fur le
prifme.
c , f, h , la même colomne fortant du
prifme , qui fe réfracte plus haut que la
précédente.
g, l'image lumineufe qui donne au
haut de la muraille , & quand le Soleil
eft plus élevé , elle fe porte fur le
plancher de la Chambre noire.
1 , g , partie d'ombre qui cache à l'image
lamineufe cette colomne de rayons , &
qui occafionne le rouge , l'orangé &
le jaune.
h , f, partie de rayons qui couvrent l'ombre
qui accompagne la colomne à fa
partie fupérieure , ce qui fait lumiere
fur ombre & donne depuis h, jufqu'à f,
lebleu clair, le bleu foncé ou l'indigo , &
le violet, par le retour des rayons qui fe
réflechiffent du point f, vers le point m.
Obfervation.
Si la ligne h , i , ne contient aucune partie
ombrée , & qu'elle coupe depuis le
120 MERCURE DE FRANCE
prifme à la muraille la colomne de lumi
re , le jaune qui eft produit par la ligne
d'ombre , o , h , ne fera point oppofe
bleu clair, qui eft produit par la ligne
lumiere fur l'ombre défignée par p,
mais fi la colomne de lumiere étoit pl
oblique à la muraille , & que la ligne
h, i , perpendiculaire à la muraille , pa
sât par le point o , alors le jaune produi
par l'ombre fur la lumiere fe trouve
roit deffus le bleu clair , produit par
lumiere fur l'ombre , ce qui feroit une la
miere entre deux ombres , & par confe
quent le vert , ſelon mon ſyſtéme ; c'eſt
auffi ce qui arrive en effet , & il n'y a point
de vert fur l'image, lorfque le jaune eft fe
paré du bleu par un trait de lumiere di
recte ou blanche,
J'appelle ici retour de lumiere la réflexion
des rayons qu'occafionne la colomne la
mineufe qui fe porte fur l'image ; le com
mencement de cette réflexion eft encore
un peu lumineux , & par fon retour elle
produit une double tranfparence com
me celle du vert , où cette lumiere foible
fe trouve entre deux ombres , mais comme
elle est prête à s'éteindre , & qu'elle eft dominée
par l'ombre du côté de la muraille ,
elle occafionne alors le violet fur le haut
de l'image , & cela eft fi vrai , que le violet
MAI. 121 1750.
eft très-fenfible & très-étendu fur le
haut de l'image , lorfque les rayons font
beaucoup réfractés & très- obliques à la
muraille. Au contraire quand l'image eft
moins oblique , il n'y a prefque point de
violet , parce que l'angle de réflexion eft
moins grand.
J'ai auffi dit que le violet fe produifoit
par la réflexion des rayons qui partent de
la fuperficie de la face fupérieure , ce que
Ton peut éprouver , en tournant le prifme,
& faifant rencontrer cette réflexion avec
la réfraction qui occafionne le bleu .
Page 108. lig. dern, milieu , lif. millier .
****************00000000
VERS
De M. Piron , à M. l'Abbé Trublet.
Hommage & gloire à l'Auteur des Effais ,
Et de morale & de Littérature ;
Plus on te lit , plus , cher Abbé , tu plais ;
Ta pafferas à la race future.
Ce n'eft ici gracieuſe impoſture ,
Ni faux encens : ton oeil obfervateur
Perce les plis & les replis du coeur ,
Y voit très- clair , & fans faute y ſçait lire .
Aufond du mien lis donc à ton honneur ,
Plus mille fois que l'efprit n'en peut dire,
F
122 MERCUREDEFRANCE.
COMPLIMENT
Du Pere Fleury , de la Compagnie de Jefus ,
au Roi de Pologne , Duc de Lorraine &
de Bar , devant qui ce Jefuite a prêchépen.
dant le Carême dernier.
SIIRE ,
Les Souverains fur la terre font les
images de Dieu ; s'il veille fur leurs jours ,
c'eft afin qu'ils s'intéreffent à fa gloire.
L'Hiſtoire du Roi d'Ifraël n'eſt , à propre
ment parler , que l'Hiftoire de la Religion
; on y voit l'Eternel verfer tour à
tour les difgraces ou les profpérités fur les
Princes , felon qu'ils négligent ou protégent
l'Autel.
Et voilà , Sire , la fource des bénedic
tions que vous avez reçues de Dieu. Ainfi
que le Roi David , ne fûtes- vous pas tou
jours l'homme de fa droite , & le fils chéri
de fa Providence ! Avec quel foin elle vous
a conduit , comme par la main , à travers
les plus grands périls , & parmi les plus
étranges révolutions ! Avec quelle prédi
lection elle vous a choifi , confervé , éprou
vé ! Avec quelle profufion elle a répandu
dans votre ame les fentimens d'humanité
MAI. ! 1750.
1023
& de courage , qui font les bons Rois &
des Héros ! Avec quelle diftinction elle a
remis trois fois en vos mains le fymbole
de fa puiffance , & le dépôt de fon autorité!
Avec quelle complaifance elle vous
a montré à differentes Nations , & elle a
deftiné votre fang à remplir les premiers
Trônes du monde !
Sire , des attentions fi marquées de la
part de Dieu méritoient de juftes retours ;
auffi que n'avez-vous pas fait pour fignaler
votre reconnoiffance ? La plupart des
Rois ne pensent qu'à agrandir , ou à illuftrer
leur empire ; la principale occupation
de votre Majefté fur le Trône eft de faire
regner Jesus-Chrift dans vos Etats , de les
orner , non des trophées du monde , mais
de la Religion. Temples , Autels , Afiles
de l'innocence , Sanctuaires de piété , de
zéle , de charité & bien d'aurres ; voilà
les monumens que vous érigez par tout ,
& qui feront bien mieux écrits dans le
Ciel , que dans les faftes de la Lorraine
& les Annales de l'Eglife. Et c'eft moins
encore pour vous , Sire , que pour cette
Eglife fainte dont vous êtes le Protecteur ,
que pour vos peuples dont vous êtes le
Pere , que j'adreffe à Dieu cette priere , par
laquelle je vais terminer les fonctions de
mon miniſtére .
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
Seigneur , c'eft dans les jours de votre
miféricorde , que vous nous avez donné un
Roi felon votre coeur , autant pour votre
gloire que pour notre bonheur : conferveznous
le meilleur de tousles Maîtres ; retranchez
de nos jours pour multiplier les
fiens. Ici je ne crains pas d'être défavoué
de fes fidéles Sujets qui m'écoutent , meſarez
le nombre de fes années fur celui de fes
vertus & de fes bienfaits , plus grands dans
dix ans de regne que ceux de plufieurs
'autres dans dix fiécles . Eclairez votre image
, Seigneur ; inveftiffez le Prince de lumiere
& de force ; que toujours il écarte
l'impiété & la féduction de fon Trône ;
qu'il gouverne toujours avec douceur ,
que toujours il regne fur lui- même comme
regne fur nous , qu'il goûte l'avantage
de vous être fidéle , auffi fenfiblement que
nous goûtons le bonheur de lui être foumis
; & après nous avoir long- tems char
més par les bontés, édifiés par les exemples,
après avoir accompli les généreux deffeins
qu'il aformés pour la gloire de la Religion
& la félicité de fes peuples , qu'il arrive
fûrement , máis lentement , au Royaume
du Ciel!
il
Ce font les voeux , Sire , que nous offrons
au Ciel pour votre Majefté ; & que
pouvons-nous vous fouhaiter fur la terre 2
MAI. 1750. 125
L'élevation du rang ? Denx fois par le
fuffrage unanime d'une Nation noble &
libre , vous avez été placé fur un des plus
grands Trônes du monde .
La réputation des armes ? L'Alexandre
du Nord a vanté vos exploits ; nous vanterions
les fiens davantage , s'il avoit plus
fuivi vos confeils.
Les douceurs de la paix ? Pour la procurer
à l'Europe , & la rendre utile à la
France , que n'avez - vous pas facrifié ?
Tout ce qui touche le plus les Souverains.
Les efpérances d'une poftérité ? Par une
augufte Reine vous avez donné à la France
un Prince , notre gloire & notre amour ,
des Princeffes deftinées à orner les Diadêmes
.
La gloire des fentimens ? Ennemi déclaré
de la flatterie , Ami de la vérité , Protecteur
des Sçavans , Pere de vos Sujets ;
fous vos loix , Polonois , Lorrains , François
, ne forment qu'un même peuple , ne
parlent qu'un même langage , ne fe difputent
que l'hommage du coeur.
L'immortalité des actions ? Si les faftes
de votre regne ne font pas chargés de
trophées fanglans , fi on n'y voit pas des
campagnes dévastées & des Villes en cendres
, on y verra des Villes floriffantes ,
le Commerce ranimé , les Arts appellés
F iij
126 MERCURE DE FRANCE:
par le génie , & employés par le goût ; on
y verra des orphelins dottés par vos libéralités
, la Nobleffe de plufieurs Nations
élevée aux Sciences & aux armes , on y
verra tous les pauvres confolés , foulagés ,
inftruits par les Miniftres de votre zéle ,
& les dépofitaires de vos charités ; enfin
on y verra plus de bienfairs répandus dans
dix ans de regne , que des Souverains n'en
ont accordés pendant dix fiécles.
Ces Temples auguftes , ces afiles facrés
de l'innocence , ces Palais confacrés à la
Retraite ou à l'Apoftolat , tous les monumens
immortels de votre Religion , com
me de votre magnificence , qui vous pla
ceront parmi les Rois bienfaifans & bienaimés
, qui rendront votre nom cher à
tous les fiécles : voilà , Sire , la vraie immortalité....
Je me trompe , ce n'en eft
que l'ombre.
Ce qui la donne véritablement , ce qui
l'affûre infailliblement , ce qui fait les
Cafimirs & les Louis , ce font les vertus
chrétiennes & perfonnelles ; cette foi vive
qui anime votre coeur , & qui édifie le
monde ; cette Religion que vous faites ref
pecter dans votre Cour , autant par votre
exemple que par votre autorité ; corte tendre
piété qui vous profterne fi fouvent au
pied des Autels ; cette élevation d'ame , &
MAI. 127 1750:
cette charité héroïque qui fe répand en
fecret dans le fein des malheureux ; le zéle
ardent pour étendre le culte de Jefus- Chrift
dans vos Etats , après l'avoir placé dans
Avotre coeur,
Voilà , Seigneur , ce qui fait le grand
Roi à vos yeux ; ce qui parmi tant de périls
vous a fait protéger notre Souverain
comme le fils chéri de votre Providence ;
ce qui, felon vos promeffes, prolongera fes
années pour voir les enfans de fes enfans
fur les premiers Trônes ; & après avoir
regné long- tems & faintement fur la terre,
ce qui le fera regner éternellement dans
le Ciel
MAPAPAYPAIDHANGEDRA KATO
E PITRE
D'UN ROSSIGNOL.
A Madame Haubault , qui a joué pluſieurs
fois du par-deffus de viole avec beaucoup
d'applaudiffemens , au Concert Spirituel.
EH quoi ! Du fort qui - me -pourſuit
Serai je toujours da victimes?i
Jadis , um monftre parfon crime
M'a mife enl'étas auja fuis......
Hélass ! du moins dans ma mifére
F
128 MERCURE DE FRANCE:
Quelques plaifirs foulageoient mes malheurs
Le timide berger , l'innocente bergere
Prenoient part à mes pleurs.
Au lever de l'Aurore ,
De la Nymphe qu'il adore ,
Tityre par fes chanfons
M'invitoit à vanter les graces & les charmes.
Sur de plus tendres fons
Tircis plaignoit fon amour , fes allarmes,
Surpriſe d'une tendre ardeur ,
La jeune Æglé me confioit des larmes
Qu'elle cachoit à fon vainqueur.
De toute ma gloire ,
Il ne me refte , hélas ! que la mémoire,
Je ne vois plus deſſous l'ormeau
La bergere naïve
Prêter à mes chanſons une oreille attentive.
Tityre n'y vient plus enfler fon chalumeau :
Tout eft rentré dans le hameau ,
Et Philoméle , abandonnée ,
Ne fait entendre les fons
Qu'à des forêrs & de triftes vallons.
Une Nymphe ( qui l'eût de ce trait foupçonnée ? )
Me caufe ce tourment.
Au fon d'un inftrument ,
Dont la douce harmonie
Surpaffe de ma voix la tendre mélodie ;
Bergeres & bergers ont quittéleurs troupeaux;
MAI. 129
1750.
Cloë laiffe Tityre , Amyntas Celiméne ,
Et Tircis même oublie , & Philis & ſes maux.
Jugez fi de ma peine
Le fujet eft leger;
Mais vous-même bientôt vous ſçaurez me venger.
Bientôt ils fe plaindront du coeur d'une inhumaine
Qui les aura trop fçu charmer.
Mlle L. V. de Paris.
LETTRE
A M. Remond de Sainte Albine , fur un
article du nouveau Supplément du
Dictionnaire de Morery.
Monfieur , le bien des Lettres exige ,
je crois , que je vous falle part do
deux obfervations fur l'article de DANECHE!
MEND-KAN , inferé dans le nouveau Supplément
au Dictionnaire de Morery. Ces
obfervations portent également , & fur
M. l'Abbé Goujer , qui en eft l'Auteur , &
fur MM. les Journaliſtes de Trévoux .
Je remarque donc d'abord , avec MM.
les Journalistes , qu'à l'article , dont il s'agit
, M. l'Abbé Goujet auroit dû citer le
Mercure d'Août 1740 , d'où il a tiré la No--
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
tice du Philofophe Mogol , dont il parle
C'eft en effer à.ce Mercure qu'il en eft
redevable ; & il paroît même qu'il a copié
littéralement l'extrait qui y eft rapporté
comme tiré de M. Bernier , fans avoir
confronté ce paffage dans l'original . La
preuve en réfulte de deux points ; 1. De
ce que , pour diminuer apparemment
fon travail , il n'a pas pris la peine
de compofer un autre préambule quece
lui qui fe trouve dans le Mercure, & qu'il
s'eft feulement.contenté d'en fincoper quel,
ques endroits. 2 ° . De ce qu'il a copiéjulqu'à
l'erreur qui s'y trouve , en renvoyant
mal- à- propos à la page 188 de M. Bernier
, & non àla page 138 , qui eft la véritable
indication qu'il auroit dû donner.
M. l'Abbé Goujet auroit évité tous reproches,
en renvoyant de bonne foi à ce Mercure
? Car ceux qui ne l'auroient pas vû
dans le tems , n'y auroient pas recouru ,
& ceux qui l'auroient connu n'auroient
peut-être rien dit. Mais aujourd'hui il
s'eft mis dans le cas de faire crier ceux qui,
foit qu'ils le regardent comme Auteur de
cet article , foit qu'ils l'en regardent comme
le Copiſte , ne s'en prendront jamais
qu'à lui , les premiers de la fauffe indication
qu'il leur donne dans M. Bernier,
les feconds de ne l'avoir pas vérifié luiMA
1. 1750.
131
même , avant de la hazarder dans fon Dictionnaire;
ce que ceux - ci auront encore plus
de peine à lui pardonner , parce qu'il eft
de principe qu'un homme , qui donne au
Public un ouvrage de cette importance ,
ne s'en doit rapporter à qui que ce foit
de quelque mérite que l'Auteur cité foit
fuppofé êrre, ou qu'il foit même en effet.
Mais je me garderai d'en dire davantage,
& c'eft en m'en tenant ainfi à cette fimple
obfervation , que je marquerai mon profond
refpect pour un homme du mérite &
du caractère de M. l'Abbé Goujet.
-
Malgré l'obligation que nous devons
avoir à MM . les Journalistes de Trévoux ,
de la réclamation qu'ils ont faite les premiers
de cet article du Mercure , qui fe
trouve dans le Supplément de Morery , je
ne me crois cependant pas difpenfé de vous
faire encore une petite remarque à leur
fujet , & c'eft ce qui forme le fecond obje
de ma Lettre.
Ils ajoutent en propres termes : Ily a
4uffi ,dans le Mercure de Novembre 1741 ,
une Lettre CURIEUSE DE M. le Gendre de
Saint Aubin , au fujet de ce même perſonnage
( DANECHE-MEND- KAN ) . Je fuis , il faut
lavouer , fort furpris de cette erreur de
MM. les . Journalistes , il faut qu'ils ayent
hazardé de citer cette Lettre de mémoire :
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
deux raifons me portent à le croite ,
La Lettre dont ils parlent , n'eft pas de M.
le Gendre de Saint Aubin , mais de M. J...
à M. le Gendre de Saint Aubin. En fecond
lieu elle ne contient rien de curieux far ce
Philofophe Mogol , je n'y vois. qu'un reproche
que M. J... fait à M. le Gendre ,
de n'avoir pas fait mention de l'opinion
de DANECHE-MEND-KAN , dans la troifiéme
édition qu'il venoit de donner de fon
Traité de l'Opinion , tandis qu'on avoit marqué
, en parlant de ce Philofophe dans le
Mercure d'Août 1740,beaucoup de furpriſe
qu'elle cût pû lui échapper dès la premiere
édition. Penfée au refte , qui étoit d'antant
plus du reffort de l'ouvrage de M. de
Saint Aubin , qu'elle étoit ( ajoute M.J...}
finguliere , propre à faire voir les em-
»portemens exceffifs de l'efprit philofophique
, & les bizarres opinions qu'il
eft capable d'enfanter . Il n'y a rien ,
comme on voit , dans cette Lettre de cu
rieux au fujet de ce Philofophe , elle eft
toute perfonnelle à M. de Saint Aubin
Ces deux erreurs me perfuaderoient prefque
, que MM. les Journalistes ont fait , à
peu près , comme M. l'Abbé Goujet ; qu'ils:
ont travaillé à la hâre , fans fe donner la
».
* 11 difoit qu'il lui fembloit qu'il ne devroit riem
avoir dans la Nature hors le Néant..
M A I. 1750. 133
peine de confronter ni de vérifier : mais
je m'abftiens de critiquer cette précipita
tion littéraire ; quand on embraffe beaucoup
de chofes , il eft difficile de les rem
plir parfaitement toutes . Les fautes des
hommes laborieux font excufables , on doit
les relever par exactitude , mais elles ne
nous difpenfent point de la reconnoiffance.
Vous connoiffez les fentimens avec lefquels
j'ai l'honneur d'être , & c.
Fouin-de-Saufeuil..
A Paris , le & Avril 1750 ..
Les mots de l'Enigme & des Logogryphes
du Mercure d'Avril , font la mode
chataigne , chardonneret & orange. On trouve
dans le premier Logogryphe , chatain ,
Ange , haine , Caen , Ville de Normandie ,.
Tage , age , ane , la Chine , chien & chat . On
trouve dans le fecond Acre , Rohan , Conrad
III. Tancrede , Cratere , Hector & Conde.
On trouve dans le troifiéme nager..
134 MERCURE DE FRANCE.
P
ENIGM. E..
Ar un deftia bizarre , on me voit tour àtour
Fille & mere de celle à qui je dois le jour ;
Mais la maternité , cher Lecteur , eft faivie ,
Et pour elle & pour moi , d'un bien malheureur
fort :
En me donnant la vie , elle reçoit la mort ,
Et je reçois la mort en lui donnant la vie.
Chauvier.
J
LOGO GRYPH E.
E fuis ce que jefuis , fous plus d'une figure.
Je dois mon être à l'Art , ainfi qu'à la nature.
Blen.ſouvent j'ai trois pieds , & je ne marche pas.
L'ecteur , le croirois - tu ? Je n'ai jamais qu'un bras.
En tous lieux , en tout tems , on me croit trèsutile
;
On me voit en campagne , on me voit à la Ville ;
Je dois au feu ma forme , & par un fort fatal ,
On me remet au feu pour appaiſer un mal.
Neuf, dix , fix , fept & trois , je montre du caprice ;
Sept , neuf, dix , je fais voir un péché de malice ;
Cependant lorsqu'on rend hommage à l'Eternel ,
ֿ
MA I. 1750. 735
Avec un fept , neuf . cinq , on me voitfur l'Autel
Neuf , deux & fix , je crains une patte cruelle ;
Trois , fept , huit , neuf & dix , le défaut d'une
belle;
Je deviers animal avec un cinq , fix , trois ;
Ma mort fait le plaifir des Princes & des Rois.
Tupeux me deviner , je fais affez publique ,
Je t'offre même encor deux notes de mufique ;
Mais prend cinq , fix & dix , pour la belle faifon ,
Car fans deux , fept & neuf, tu meurs comme un
oilon .
Adieu donc , cher Lecteur ; ne dis rien à Nanine;
Chut de grace motus ; attend qu'elle devine .
AUTRE.
Gourrege
DE mon utilité le Médecin décide ,
Et mon premier effet eft de faire fouffrir .
Je conviens que je fuis quelquefois homicide ;
Enfant de la douleur & jamais du plaifir.
Mais quel tréfor de biens ma préfence chérie
N'apporte-t'elle pas à mille malheureux ,
Quifans moi dans leurs maux , auroient perdu la
vie ?
Et peut- être , Lecteur , l'éprouvez- vous comme
eux.
Ma naiffance eft un mal , elle est toujours fenfible,
136 MERCURE DE FRANCE.
Bien fouvent très- heureufe & quelquefois nuifible.
Laiffons ces premiers traits , combinons un , deux,
buit ,
Méfiez- vous de moi , je friponne fans bruit-
Avec un cinq , fix , fept , je n'ai plus de courage ;
Trois , quatre , cinq , fix , huit , me paffant de langage
,
J'annonçai le retour de l'époux de Sara ,
On le vit avec joie , & fon pere en pleura.
Un , cinq ,fept , huit , s'il vit , que Dieu te le con
ferve !
Un, deux , fept , huit , hélas ! que le Ciel , t'en
préſerve !
Avec un , fix , fept , huit , gardons notre vertu į
C'est le folide bien ; Lecteur : qu'en penfes- tu ?:
Folǎtre
Par le même.
AUTR E.
Olâtre amuſement d'une tendre jeuneſſe ,
On ne me voit jamais d'une trifte vieilleſſe
Egayer les momens graves & pareffeux :
On riroit de la voir fe livrer à mes jeux.
De mon corps fufpendu le mouvement critique-
Dans la joie eft fouvent une fcéne tragique.
D'abord qu'un harceleur vient troubler mon
repos ,
Favance , & je recule , emportant mon Héros..
MAI. 1750: 237
Frois , quatre , cinq , fix , un , je vis agile &lefte
Dans le fade élement qu'un yvrogne détefte .
Mais fi cinq , un , dix , deux , me met dans la pris
fon ,
Adieu , c'eft fait de moi , je fuis au courtbouillon ,
šix , neuf, deux , dix , douze , un fléau redouta
ble.
Sept , cinq , eft defiré plus qu'il n'eſt defirable.
Deux, fept, huit, on me voit en Mufique, en Plain
chant.
six , quatre , deux , pourfuis ; tu les fais en marchant.
J'en ai , je crois , trop dit , Lecteur : penfe & de
vine.
Je porte dans mon fein un meuble de cuifine ;
Le nom trifte & fâcheux d'un homme fans efprit
Et ce que tu reçois , lorfque Damon t'écrit.
Par le même
138 MERCURE DE FRANCE
nunununununu
NOUVELLES LITTERAIRES ,
Q
DES BEAUX-ARTS, ¿ci
UATRE TRAGEDIES OPERA,
de l'Abbé METASTASIO , tradutes
en François. A Vienne , 1750. I. vol.
pp. 237. II . vol . pp. 243 .
Ces Tragédies font intitulées , Adrien,
Titus , Cirus & Zenobie. Le Traducteur pa-
Foît s'être attaché à rendre littéralement
fon original. Par les deux Scenes que nous
allons copier , & qui font prifes dans l'Opera
d'Adrien, les Lecteurs pourront fe for
mer une idée du caractère des Poëmes dont
on nous donne ici la traduction .
Ofroës , Roi des Parthes , a été dépouillé
de fes états par les Romains. Parmi les prifonniers
qu'ont fait les Vainqueurs , eft
Erimene , fille de ce Prince , & promiſe à
Pharnafpe. Le defir de la tirer des fers
conduit Pharnafpe à Antioche , où Adrien,
qui commande l'armée Romaine , & qui
depuis la derniere victoire qu'il a rempor
tée fur les Parthes , a été élû Empereur ,
s'eft retiré après avoir entierement foumis
cette Nation. Ofroës , attiré par un plus
grand deffein , s'eft rendu auffi dans la CaMAI.
1750 139
tale de la Syrie. Aidé de quelques- uns.
efes fujets captifs , il met le feu au Palais
e l'Empereur. On arrête le progrès des.
ammes , & le Roi des Parthes fe fauve ,
ais Pharnafpe eft reconnu , on fe faifit de
ai, & quoiqu'il n'ait aucune part à l'incenje
, on le foupçonne d'en être l'auteur.
Sabine , deſtinée à devenir l'époufe d'A- ,
drien , a découvert que l'Empereur eft fenible
aux charmes d'Erimene. Pour éloigner
a Rivale , elle trouve le moyen de faire,
fortir fecrettement Pharnafpe de prifon :
elle remet entre les mains de ce Prince
Eriment, charmée de retrouver fon Amant ,.
& tous deux , après avoir quitté Sabine
fe difpofent à prendre la fuite , lorfqu'ils
entendent un grand bruit. Erimene le cache,
& Ofroës paroît l'épée à la main. Vêtu
àla Romaine , & vû feulement de loin
par
la Princeffe fa fille , il en eft méconnu .
SCENE VIII du fecond Acte.
Ofroës , Pharnafpe , Erimene , cachée.
Ofroës. Va , fuperbe ; va maintenant raconter
aux ombres les triomphes de Rome.
Pharnafpe . Où courez - vous , Seigneur ?
Ofroës , Ami , nous fommes vengés. La
terre eft délivrée de-fon Tyran. Vois le fer
heureux qui vient de punir, Adrien . Cet .
40 MERCURE DEFRANCE
odieux Romain paffoit ordinairement par
ce chemin obſcur, pour fe rendre à l'appar
tement d'Erimene …….. Je l'ai attenda , &
lui ai plongé cette épée dans le fein .
Pharnafpe. Mais dans l'obſcurité vour
pouviez vous tromper......
Ofroës. J'avois tout prévu . Un Romain
que j'avois gagné , à mon approche à feint
de tomber. C'eft le fignal qu'il m'avoit
donné , pour le mettre lui - même en fûreté,
& pour me faire reconnoître Céfar.
Pharnafpe . Qu'allons - nous faire ? En
fuyant ,.
nous nous expofons à être rencontrés par
ceux que le bruit aura attirés ......
Ofroës. Ce fer nous ouvrira un paffage.
Pharnafpe. N'employons ce moyen qu'à
Seigneur , cachez - vous
dans ce bofquet. Je reviens bientôt.
Ofroës. Hâte ton retour , ou je pars feul .
l'extrémité . ...
SCENE IX.
Adrien, l'épée à la main . Pharnafpe . Gardes.
Adrien , rencontrant Pharnafpe . Arrête,
malheureux.
Pharnafpe . Dieux ! que vois- je ?
Adrien. Gardes , empêchez fa fuite ...
Ingrat , ma vûe t'interdit. Tu as cru me
MAI.
41 1750.
ercer le coeur....Qui t'a fait agir ? Qui
rompu tes fers ? Parle.
Pharnafpe. Je ne puis.
Adrien. Qu'on le traîne dans la prifon
a plus affreuse.
Erimene. Arrêtez .... Ecoutez... Il eft
nnocent.
Pharnafpe. Princeffe , que faites- vous ?
Adrien à Erimene. Vous en ce lieu avec
Pharnafpe , & vous défendez ce traître.
Erimène. Il ne l'eft point . Entre ces arbres
.....
Pharnafpe. Qu'allez - vous dire ?
Erimene. Entre ces arbres eft caché le
fcélérat qui a attenté à vos jours.
Pharnafpe. O Ciel ! Elle ne fçait pas que
c'eft fon pere.
Adrien à Erimene. Si vous voulez que je
vous croye , ne prenez pas tant d'intérêt
au péril de Pharnafpe . Ingrate ! Vous tremblez
pour fes jours ! Votre trouble eft fi
grand , que vous ne pouvez faire un menfonge
adroit & vrai - femblable .
Pharnafpe à part. Appuyons fon erreur.
Erimene à Adrien . Si vous ne m'en croyez
pas ......
Pharnafpe. Que fertil , Princeffe , de
chercher à differer ma mort de quelques
inftans ? .... En voulant m'excufer , vous
142 MERCURE DE FRANCE.
me condamnez . Si je fuis coupable ,
faute m'eft fi chere , que je ne voudra
être innocent.
pas
Erimene. Cher Amant , cher Epour
Pourquoi confpirer vous-même votre pe
te ? Pourquoi vouloir paroître coupable
d'un crime que vous n'avez pas commis?
Adrien. Voilà donc ce Pharnafpe qu
vous ne connoiffiez pas ? Comment vou
eft-il fi cher en ce moment ? Je le punir
de plus d'un crime à la fois. Gardes !
Erimene. Mais voyez quel eft le pe
fide .....
Pharnafpe. Erimene , au nom de notre
amour , gardez-vous de parler .
Erimene. Vous obéir , feroit vous trahir,
( aux Gardes. ) Suivez mes pas. C'eft ici que
s'eft caché le traitre . ( Elle court vers l'en
droit où s'eft retiré Ofroës. )
Pharnafpe. Dieux ! Arrêtez .
Erimene à Adrien. Voyez , Seigneur....
Ofroës. Il eft vrai , c'eſt moi .
Erimene. Mon Pere !
Ofroës . Ma main s'eft trompée , mais fi
tu me laiffes la vie , je réparerai mon er«
reur.
Adrien. M'attaquer dans l'obfcurité ! Pren
dre le moment que le hazard me fai
tomber !
ן י
MAI. 1750.
143
Ofroës. Sort barbare ! Voilà ce qui m'a
bufe.... Le hazard a voulu que ta chûte
e fauvât. J'ai frappé l'un pour l'autre.
Adrien, Barbare ! Quelle récompenfe de
aes bontés ! .... Je t'avois offert l'amitié
le Rome.
Ofroës.... Vos amis font efclaves , &
ous regnez.
Adrien. Nous fommes les dépofitaires
de la juftice. Ceux qui deviennent nos
compagnons , font efclaves de la juftice
& non de Rome....
Ofroës. Eh ! qui vous a rendus les dépotaires
de la juftice ? Etes- vous admis au
Confeil des Dieux ? Eres-vous des Dieux
vous-mêmes?
Adrien. Non , mais nous cherchons à les
imirer....
Ofroës . Eft- ce à l'exemple des Dieux ,
que vous envahiffez les biens d'autrui ,
que vous enlevez les Sceptres , que vous
voulez opprimer vos rivaux , que vous trahiffez
vos épouses ? ...
Adrien . Ah ! c'en eft trop. Gardes , que
dans des prifons féparées ces criminels attendent
le fupplice.
A la lecture de ces deux Scénes , il eft
facile de reconnoître le talent fingulier
de M. l'Abbé Metaftafio , pour créer des
144 MERCURE DEFRANCE
fituations théatrales , & pour tenir pref
que continuellement en mouvement l'e
prit & le coeur des Spectateurs. En lifant
le refte de la Piéce , & celles qui y font
jointes , on ne pourra s'empêcher de con
venir qu'il montre beaucoup de génie,
non-feulement dans la maniere de placet
fes perfonnages , mais encore dans les dif
cours qu'il leur prête. Nous ne diffimuler
rons pas cependant , non plus que fon
Traducteur , qu'il ne s'eft fait aucun foru
pule de s'approprier plufieurs morceaux
des Tragédies Françoifes. Mais ceux de
nos Auteurs vivans , chez lefquels il
puifé , ne lui en fçavent point mauvais ,
gré. On difoit un jour à M. de Voltaire ,
que l'Abbé Metaftafio l'avoit bien volé
Ah !s'écria ce Poëte célébre , le cher vo
leur ! il m'a bien embelli. Des Cenfeurs fe
véres feront à l'Auteur Italien quelques
autres reproches. Son Traducteur répond
dans fa Préface au plus important.
DEMONSTRATION du Principe de l'Har
monie , ſervant de baze à tout l'Art mufical
théorique & pratique . Approuvée par l'Académie
Royale des Sciences , &c. Par M.
Rameau. A Paris , chez Durand , rue Saint
Jacques , au Griffon , & Piffot , Quai des
Auguftins , à la Sageffe , 1750. In - 8°.
Voici de quelle maniere MM. Dortons
MAI. 1750.
145
le Mairan, Nicole, & d'Alembert, nommés
Commiffaires par l'Académie
pour exami
ner le Traité de M. Rameau , s'énonçent
dans leur rapport fur cet excellent ouvrage.
» Nous croyons que la baze fondamentale
prouvée par l'Auteur , & puifée dans
• la nature même , eft le principe de l'har-
» monie & de la mélodie ; que M. Rameau
explique avec fuccès , par le moyen de
ce principe , les faits dont nous avons
* parlé , & que perſonne avant lui n'avoit
réduit en un fyftême auffi lié & auffi
étendu ; fçavoir , les deux Tetracordes
des Grecs , la formation de l'Echelle
» Diatonique , la difference de valeur qu'un
» même fon peut avoir , l'altération qu'on
» temarque dans cette Echelle , & l'infen-
» fibilité totale de l'oreille à cette altéra-
» tion , les régles du Mode- majeur , la difficulté
d'entonner trois tons confécutifs
» la raison pour laquelle les deux Tier ces
» majeures , ou les deux Accords parfaits ,
» de fuite , font profcrits dans un ordre
» diatonique , l'origine du Mode mineur
la fubornation au majeur , & les variétés ,
» l'ufage de la diffonance , la caufe des
>> effets que produifent les differens genres
de mufique Diatonique , Chromatique &
Enharmonique , le principe & les loix
du Tempéramment. "Ainfi l'harmonie al-
»
»
G
146 MERCURE DE FRANCE
»fujettie communément à des loix all
arbitraires , ou fuggerées par une exp
» rience aveugle , eft devenue , par le t
»vail de M. Rameau , une Science géomé
trique , & à laquelle les principes m
thématiques peuvent s'appliquer ave
une utilité plus réelle & plus fenfible...
C'est pourquoi M. Rameau , après avo
acquis une grande réputation par fes o
» vrages de Mufique pratique , mérite en
core d'obtenir , par les recherches &
» découvertes dans la Théorie de fon Art,
l'approbation & l'éloge des Philofo
phes.
Un jugement fi favorable , prononcé pa
des Juges fi capables de bien décider , ne
nous laiffe rien à dire fur le mérite du Li
vre de M. Rameau. La trop grande abon
dance des matieres ne nous permet pas
pour le préfent de rendre compte da
principe de cet Auteur , de la maniere dont
il le démontre , & des conféquences qu'il
en tire . Nous nous acquitterons une autre
fois de cette obligation , & nous y fatis
ferons d'autant plus volontiers , que cela
nous donnera une occafion de relire un
ouvrage , qui développe d'une façon fi lumineufe
& fi méthodique toute la théorie
d'un des Arts les plus agréables.
LETS
HISTOIRE GENERALE du donieme fiéch,
MAI. 1750.
147
Comprenant toutes les Monarchies d'Europe
, d'Afie & d'Afrique , les Héréfies ,
les Conciles , les Papes , & les Sçavans de
ce fiécle . Par M. de Marigny . A Paris, chez
Eurenne Ganeau , Libraire , rue Saint Severin
, à Saint Louis & aux Armes de Dombes
, 1750. Avec Privilége . Cinq volu
mes in- I 2 .
On nous écrit au sujet de cet ouvrage la
Lettre fuivante.
LETTRE à M. Remond
de Sainte Albine,
'Auteur déclare dans fon difcours préli
L'minaire , que fon ouvrage eft un effai
qu'il fe propofe de donner au Public , fur
la méthode de traiter l'Hiftoire par
fiécles ,
& d'une maniere qui n'eft pas commune.
Celles qu'on a fuivies jufqu'ici dans les
Hiftoires univerfelles , ou dans celle de
quelques fiécles , forment un tiffa des divers
évenemens de chaque Monarchie ,
quoiqu'ils n'ayent rien de commun . Selon
cette méthode , il paroît que quelque
liaifon qu'on puiffe donner à ces divers
fujets , par des tranfitions adroites & des
nuances délicates , il refte toujours une
grande difficulté pour les Lecteurs ; leur
imagination eft fatiguée par ces tranfports
fréquens du Nord au Sud , la mémoire
G. ij
148 MERCURE DE FRANCE
s'égare daus cette multitude de faits qui
coupent les uns les autres , pour être pl
cés dans l'ordre des tems : voilà les inco
véniens que l'Auteur expofe contre la m
thode ordinaire ; c'eft un tableau , felo
lui , fi chargé de groupes , qu'il ne lai
qu'une impreflion vague des objets qui
font repréſentés.
L'avantage de celle qu'il propofe l
paroît plus aifé : le Lecteur voit nette
ment dans chaque Monarchie la fucceffion
filiale , ou élective , des Souverains qui ont
regné durant ce fiécle en chaque Pays. Cet
objet détaché l'occupe tout le tems de la
durée , fans aucune interruption de lieu ,
de tems ni d'évenement : s'il veut s'atta
cher à une Monarchie qui l'intéreſe da
vantage , il eft maître de la relire ; cet
avantage ne fe trouve point dans la méthode
ufitée , où tous les faits font mêlés
& découfus. Ses raifons me paroiffent folides
, & j'en fuis convaincu par mon expérience
en lifant cet ouvrage ; je ne fais
que les abréger pour vous en donner une
idée .
Il autorife le choix qu'il a fait du douziéme
fiécle , préferablement à tout autre ,
parce que , dit- il avec raifon , il eft le
plus fertile en grands évenemens , foit pour
I'Hiftoire Profane , foit pour celle de
MAI. 1750. 149
Eglife . Tels font celui des Rois Norbands
en Angleterre , de leur puiffance ,
ivale de la France , & leurs longues queelles
avec nos Rois ; celui de l'établiffement
d'une nouvelle Monarchie par des
Normands en Italie & en Sicile , celui des
ameux voyages d'outremer , celui des démembremens
de l'Empire des Arabes , celai
de la conftitution fixée , & de la fucceffion
certaine des Couronnes du Nord.
De plus , dans ce fiécle l'état de l'Europe
& des Monarchies eft tel qu'on le voit aujourd'hui
par l'exiſtence des Souverainetés
monarchiques ou aristocratiques.
Tel eft l'objet que l'Auteur s'eft propofé
dans cet ouvrage , & fur lequel il à rempli
fon plan. Je vais vous dire un mot de fon
Hiftoire de l'Eglife . Il ne s'eft point écarté ,
ni pour les faits , ni pour les circonftances,
ni pour les dates , du célébre & fage Abbé
M. Fleuri , qui a épuifé cette matiere fur
la doctrine , les ufages , les loix de la police
Eccléfiaftique , les Héréfies , les moeurs,
& les faits hiftoriques de tous les fiécles de
l'Eglife .
Voilà , Monfieur , l'efquiffe des matieres
& de l'ordre de l'ouvrage de M. l'Ab.
bé de Marigny ; il laiffe au Public lettré
à juger de l'utilité de fa Méthode pour les
Lecteurs qui veulent s'inftruire folidement ,
G iij
150 MERCURE DE FRANCE:
& non pour ceux qui ne cherchent qu
s'amufer durant quelques momens d'inter
valle d'une diffipation ou d'une ofivet
qui les accable .
11 ne me reste plus qu'à vous dire quel
que chofe fur l'exécution . Sa narration ef
nette , ferrée , concife ; il auroit pû s'étendre
davantage fur les circonftances des
faits ; on voit un Ecrivain qui ne cherche
pas à faire des volumes ; c'eft un voyageur
qui tend d'un pas égal au gîte où il dois
arriver ; fon ftyle eft mâle & nerveux ; on
peut y trouver quelques négligences ; il a
fuivi les meilleurs Auteurs des Monarchies
dont il traite ; on voit par tout an
ton de fincérité & de liberté , qui eſt le vétable
efprit de l'Hiftoire : lorfqu'il parle
des vices , de l'ignorance , des moeurs du
Clergé de ce fiécle ; fon ftyle vif & animé
y répand'un fiel , dont il faut lui pardonner
l'amertume , car il n'a rien ajouté dans
les faits & les circonstances , à ce que les
autres Ecrivains en ont dit , & même les
plus faints perfonnages de ce fiécle . If fat
en effet un des plus déplorables de l'Eglife,
& le vaiffeau , agité alors d'une furieufe
tempête , auroit pû paroître prêt à
être fubmergé , s'il n'étoit pas certain que
Jefus-Chrift ne peut l'abandonner ; mais
Jefus- Chrift calma ces flots , & lui procura
MAI. 1750 .
151
ans les deux derniers fiécles cette tranfaillité
, cet efprit de moeurs , de docfine
, d'édification , dont elle jouit aujour-
T'hui dans tous les membres qui la comofent
, depuis leurs refpectables Chefs jufqu'à
leurs inférieurs .
J'ajouterai en paffant , qu'il paroît une
Hiftoire Eccléfiaftique que je n'ai pas encore
luë , & qui eft écrite felon le même
plan , c'est-à-dire par fiécles ; je crois que
ette Méthode fera préferable pour l'utilité
des Lecteurs. On ignore le nom de
l'Auteur de cet ouvrage. Voilà tout ce que
je puis vous apprendre de plus intéreffant
far la Littérature.
Quelques Critiques m'ont dit que M.
l'Abbé de Marigny eût mieux fait de donner
à la fin , plutôt qu'au commencement
de chaquel Monarchie , les Tableaux Génealogiques
des Rois. L'utilité m'en paroît
égale , & il y aura autant de Lecteurs
pour l'une que pour l'autre de ces pofitions.
Pour moi , j'envifage que l'on fe
met mieux au fait de la fucceffion & de
l'intelligence de l'Hiftoire , en voyant ces
tableaux à la tête de chaque Monarchie ..
HISTOIRE DES ARABES , par Ismaël Ben
Naffer Abulfeda , propofée par foufcrip
tion .
- Ifmaël Ben Naffer Abulfeda , dont nous
P
G iiij
152 MERCURE DE FRANCE:
avons une Géographie fur l'Afie , eftimée
par tous les Sçavans , comme ce que nous
avons de meilleur en ce genre fur cette
partie , avoit fait une Hiftoire des Arabes
que l'on fçavoit exifter , & que l'on défiroit
depuis long-tems , ( n'y ayant rien fur les
Arabes qui foit auffi authentique & aufli
détaillé que cette Hiftoire qui commence
en 622 , & qui finit en 1330. ) M. Reiske,
Profeffeur en Langue Arabe , à Leypfic ,
ayant découvert cette Hiftoire dans la Bibliothéque
de Leyde , s'eft flatté qu'il feroit
une chofe très-agréable au Public s'il
la traduifoit en Latin : & Elie Lufac , fon
ami , & Libraire à Leyde , pour feconder
fes intentions, s'eft déterminé à l'imprimer
en fept volumes in-4° . dont trois contiendront
le texte Arabe , & quatre la verfion
Latine , fi en le propofant par foufcription
le nombre des Soufcripteurs fe monte feulement
à trois cens. Il avertit donc le Public
qu'il propofe cet ouvrage par foufcription
, avec des conditions auffi avantageufes
qu'on peut le fouhaiter. On peut
foufcrire , ou pour tout l'ouvrage , ou pour
le texte Arabe feulement , ou pour la feule
verfion. S'il fe trouve trois cens
Soufcripteurs pour tout l'ouvrage , les fept
volumes feront payés 36 florins : s'il s'en
trouve fix cens , ils ne feront payés que
MAI. 1750.
153
12 florins 15 f. & ainfi à proportion , plus
y en aura , moins ils coûteront. S'il ne
e trouve que trois cens Soufcripteurs pour
a verſion Latine , les quatre volumes fefont
payés 14 florins , 15 f. s'il s'en trouve
ix cens , ils ne feront payés que 10 flofins
; & ainfi à proportion , le prix diminuant
felon que le nombre des Soufcripteurs
fera plus grand. Et pour bannir tout
foupçon d'infidélité , on imprimera à la
tête du premier volume les noms de tous
ceux qui auront foufcrit . On ne recevra
des foufcriptions que jufqu'au mois de Décembre
1750. On s'adreffera à Meffieurs
de Saint & Saillant , Libraires dans la rue
de Saint Jean de Beauvais à Paris , pour
avoir des foufcriptions . On trouvera chez
eux le Profpectus avec un effai de l'ouvrage
, afin que le Public puiffe juger de la
beauté du caractére , du papier & de l'exécution
. On trouve dans le Profpe & us les
conditions plus détaillées que celles ici
énoncées .
L'ECOLE DU POTAGER , qui comprend
la defcription exacte de toutes les plantes
potageres , les qualités de terre , les fituations
& les climars qui leur font propres ,
la culture qu'elles demandent , leurs propriétés
pour la vie , & leurs vertus pour la
fanté , les differens moyens de les multi-
1
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
plier , le tems de recueillir les graines ,
leur durée , & c. La maniere de dreffer &
de conduire les couches , d'élever des
champignons en toutes faifons , &c. Par
l'Auteur du Traité de la culture des Pè.
chers. A Paris , rue Saint Jacques , chez
Antoine Baudet , Libraire -Imprimeur , &
P. A. le Prieur , Imprimeur du Roi , 1749 .
Tome II. in- 12. pp . 586.
Dans ce fecond volume , l'Auteur parle
dir cran , du creffon , de l'échalotte , de
l'épinart , de l'estragon , du fenouil , de la
féve de marais , de la garderobe , du haricot
, de l'hyfope , de la laitue , de la lavande
, du laurier , de l'épicerie , de la
mache , de la marjolaine , de la meliffe ,
dù melon , du melongene , de la moutarde ,
du navet , de l'oignon , de l'ofeille , du
Fanais , de la patience , de la percepierre ,
du perfil , de la pimprenelle , du poireau ,
de la poirée , du pois , du poivre long , du
Fourpier , de la raiponfe , de la rave & da
radix , du romarin , de la roquette , de la
rue , du falfinx d'Efpagne , du falfifix com-
10 ,, de la fariette , de la fauge , du thim,
du topinambour , de la trique madame , &
de la truffe . Sur chaque article , il donne
exactement tout ce qu'annonce le titre du
Livre. On ne s'attend pas que nous faivions
l'Auteur dans tous les détails où il
MAI. 355 1750.
entre. Nous rapporterons feulement quelques-
unes de fes remarques fur les plantes
les moins connues .
Garderobe.
Il y a deux fortes de Garderobes , le mâle
& la femelle. On donne au mâle le nom
d'Aurone , & à la femelle celui de Santoline
& de petit Cyprès . Ni l'une ni l'autre efpéce
ne font d'aucun ufage pour les alimens
, mais elles ont l'une & l'autre de
grandes vertus pour la Médecine , & la
Garderobe femelle fert de plus à la confervation
des meubles & des habits , écartant
par fon odeur âcre les vers & les tignes
de tous les endroits où on la met.
Epicerie.
On en compte cinq efpéces. Celle qu'on
nomme Nigella femine aromatico , a une
grande reffemblance avec la plante qui
porte l'Anemone ,
l'Anemone , & fon fruit eft divifé en
plufieurs loges , qui renferment des femences
anguleufes , de couleur de noifette ,
d'une odeur aromatiqne , & d'an goût trèspiquant.
En plufieurs endroits de l'Italie
on employe cette graine dans les alimens
à la place des quatre épices , & elle a effectivement
tout à la fois le goût du poivre ,
de la mufcade , du gerofte & de la canelle ,
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
Cette femence eft utile à la fanté , prife
en décoction , ou mêlée dans les alimens.
Elle augmente le lait des nourriffes. Elle
provoque les mois aux femmes , eſt un
antidote contre le venin , & guérit quelquefois
de la fiévre quarte.
Melongene.
Le Melongene eft un fruit à peu près
de la nature du Concombre. Il eſt commun
dans les Pays chauds , mais on n'en cultive
ici que pour la curiofité. Cependant il y
réuffit fort bien , furtout quand l'été eft
chaud. En général , la graine même y meu.
rit affez bien , mais dans les années tempérées
elle n'acquiert pas toute fa perfection
, & il est toujours plus für d'en tirer
de Provence ou du Languedoc.
Roquette.
Elle excite l'appetit , aide la digeftion ,
diffout les matieres gluantes , facilite la
fortie des urines , mais elle ne convient
pas aux tempéramens chauds & bilieux.
De tous les remédes contre le fcorbut ,
c'eſt un des plus efficaces .
Il eft inutile d'avertir que la defcription
& la culture des plantes érant le principal
objet , fur lequel l'Auteur fe propofe
d'inftruire fes Lecteurs , c'eft auffi la partie
+
MAI. 1750. 157
tient le plus de place dans cet ouvra-
Jufqu'à préfent on n'avoit eu fur cette
tiere aucun Traité , ni fi complet , ni fi
n détaillé.
TRAITE' de la culture des Terres , fuit
les principes de M. Tull , Anglois.
M. Duhamel du Monceau , de l'Acadé
e Royale des Sciences , de la Société
yale de Londres , Infpecteur de la Maie
dans tous les Ports & Havres de
ince. Avec figures en taille douce. A
ris , chez Hippolite-Louis Guerin , Liaire
, rue Saint Jacques , à Saint Thoas
d'Aquin , 1750. In- 12 . pp . 476.
Le Livre , dont nous venons de rendre
ompte , ne regarde qu'une partie de
Agriculture . Celui - ci embraffe l'Agrialture
dans toute fon étendue , & par conquent
intéreffe encore plus généralement
I nature humaine. L'importance de l'ourage
exige plus qu'une fimple annonce .
uffi nous promettons-nous d'en parler
lus au long. Nous fommes toujours cerains
de plaire au Public , en l'entretenant
les découvertes , des expériences & des
bfervations d'un Sçavant de la célébrité
de M. Duhamel.
MEMOIRES LITTERAIRES fur differens
fujets de Phyfique , de Mathématiques , de
Chymie , de Médecine , de Géographie ,
15
15S MERCURE DE FRANCE.
d'Agriculture , d'Hiftoire naturelle , &
Traduire de l'Anglois par M. Eydous.
Paris , chez André Cailleau , Libraire r
Saint Jacques , à Saint André , 1750.
12. pp. 370.
On trouvera dans ce Recueil plufieur
Differtations Académiques qui n'ont paru
que féparément , & qui peut-être dans la
fuite auroient été perdues , fi l'on n'avoit
pris foin de les raffembler . Le Traducteur
doit quelques-uns de ces Mémoires , ea
tre autres ceux fur la Pierre philofophale ,
le Camphre , l'Ambre & les Sels Métalli
ques , à diverfes perfonnes de diftinction,
qui non contentes d'encourager fon tra
vail , lai ont fait part des richeffes qu'elles
poffédoient. Il avoit d'abord refolu de ran
ger fes matieres par claffes , mais il affure
avoir eu des raifons pour ne pas fuivre cette
méthode . Si l'on goûte ce premier volume,
il fera fuivi de quelques autres.
LE THEATRE OUVERT AU PUBLIC , ou
Traité de la Tragédie & de la Comédie , dans
lequel , après avoir rapporté l'origine de
ces deux Poëmes , on donne des régles
exactes pour en juger. Deux Parties. Traduction
de l'Anglois. A Paris , chez Jac
ques- François Quillan , fils , Libraire , rue
S. Jacques , vis - à - vis celle des Mathurins,
aux Armes de l'Univerſité , 1750. In - 22 .
Pp . 182 ,
4
MAI. 1750. 159
LES MUSES EN FRANCE , ou Hiftoire
hronologique de l'origine , du progrès.
de l'établiffement des Belles Lettres ,
es Sciences & des Beaux Arts , dans ce
Royaume , & les perfonnes illuftres qui
es premieres fe font les plus diftinguées ,
c. Par M. A. M. le Fevre , Prêtre de Pais
, Bachelier en Théologie. A Paris ,
hez le même Libraire , 1750. Petit in - 12 .
Pp. 114.
LE MANUEL des Dames de Charité , ou
formules de médicamens faciles à préparer
, dreffées en faveur des perfonnes'charitables
, qui diftribuent des remédés aux
panvres dans les Villes & dans les campagnes.
Avec des remarques utiles pour faciliter
la jufte application des remédes qui
font contenus , & un Traité abregé fur
l'afage des differentes faignées . Nouvelle
édition , imprimée à Orléans. Se vend à
Paris , chez Debure , l'aîné , Quai des Auguftins
, à l'Image Saint Paul , 1750. In-
12. pp. 256 , en y comprenant la Table
des matieres .
y
NOUVEAU TRAITE' de Diplomatique. A
Paris, chez Guillaume Defprez, Imprimeur
& Libraire ordinaire du Roi & du Clergé
de France , & Pierre Guillaume Cavelier
Libraire , rue Saint Jacques , à St. Proſper
160 MERCURE DE FRANCE.
& aux trois Vertus , 1750. Tome I. in-4
Avec figures , 18 liv. relié.
Ce premier tome renferme la premiere
& la moitié de la feconde des neuf pat
ties , qui doivent compofer la nouvelle
Diplomatique. On fent affez , fans que C
nous le difions , de quelle utilité fera ce Li
vre bien exécuté.
à
Un Religieux Benedictin , de la Congrégation
de Saint Vannes , fe propofe de
donner bientôt au Public un ouvrage , qui
aura pour titre Mémoires pour fervir
l'Hiftoire du Cardinal de Grandvelle , Premier
Miniftre de Philippe II. Roi d'Espagne ,
dans lefquels on donne une idée du caractère
& du génie des differens Princes qui regnoient
du tems du Cardinal , & des grands hommes,
qui eurent quelque part au Gouvernement ſous
fon miniftere. Cet ouvrage pourra former
un gros in-4°.
L'Auteur n'a en d'autre but , que de
compofer un précis de ce qui eft arrivé
fous le miniftére du Cardinal de Grandvelle
: travailler à une Hiftoire plus complette
de cet homme illuftre , c'étoit embraffer
celle de tout fon fiècle . Les occupations
de l'Auteur ne lui permettent pas
de l'entreprendre.
Si fon ouvrage ne peut avoir le mérite
MA I. 1750 161
la perfection , il aura du moins celui
è la nouveauté. Ce n'eft point une comilation
, ni une traduction de ce qui a été
erit fur le Cardinal : l'Auteur ne connoît
ucun Ecrivain qui ait été bien inftruit , ou
ue l'efprit de parti n'ait porté à déguifer
2 vérité. C'eft dans les propres écrits du
Cardinal , qu'il a puifé tout ce qu'il y
vance , de forte que fans aucun autre feours
, il en pourroit parler , comme s'il
ût étéfon contemporain
.
Quant au plan qu'il s'eft tracé , il a fui-
Vi la méthode qui lui a paru la plus facile
dans l'exécution , & la plus naturelle. Son
Ouvrage eft divifé en trois Parties. La premiere
n'eft autre chofe que des notions
préliminaires , qu'un difcours acceffoire à
Hiftoire du Cardinal de Grandvelle ; on
donne celle de fa famille , & une idéo
da caractére & du génie des differens Princes
qui regnoient de fon tems , & des
grands hommes qui curent quelque part
au gouvernement fous fon miniftére . On
s'étend davantage dans la feconde fur luimême
; & dans la troifiéme on fournit des
preuves néceffaires pour détruire les injuftes
préjugés , que la haine & la jaloufie f
rent naître autrefois à fon égard , & qu'elles
entretiennent encore aujourd'hui.
QUATRIEME DIVERTISSEMENT de la
162 MERCURE DE FRANCE,
compofition de M. de Lavaux , pour
flute , le violon & le hautbois. Dédié
MADAME Adelaïde.
M.Corrette, Organifte de l'Eglife des R.P
Jéfuites de la Maifon Profeffe de la rue S
Antoine , Compofiteur connu par differen
ouvrages , où la fcience & le goût brilleng
également , vient de faire paroître un nou
veau fruit de fon génie , intitulé Deuxième
Livre de Piéces d'Orgue , contenant le cin
quiéme , fixième , feptiéme & huitéme ton,
ce qui compofe , avec le premier Livre ,
les huit tons de l'Eglife , à l'ufage des Da
mes Religieufes . On trouve dans le Pre
mier Livre la maniere de mêlanger ks
jeux. Le prix eft de fix livres . On le vend
chez l'Auteur , rue Beaurepaire ; chez
Mad. Boivin , rue Saint Honoré , à la
Regle d'or ; chez M. le Clerc , rue da
Roule , à la Croix d'or , & chez Mlle
Caftagnery , rue des Prouvaires , à la Mufique
Royale,
MAI.
1730. 183
PRIX
opofe par l'Académie Royale des Sciences
pour l'année 1752 .
Eu M. Rouillé de Meflay , ancien
Confeiller au Parlement de Paris ,
ant conçu le noble deffein de contribuer
progrès des Sciences & à l'utilité que lo
blic en pouvoit retirer , a légué à l'Acaémie
Royale des Sciences un fonds pour
eux Prix , qui feront diftribués à ceux qui,
u jugement de cette Compagnie , auront
le mieux réuffi fur deux differentes fortes
de fujets qu'il a indiqués dans fon teftament
, & dont il a donné de exemples.
Les fujets du premier Prix regardent le
Systéme général du Monde , & l'Aftrono
nomic phyfique.
Ce Prix devroit être de 2000 livres ,
aux termes du teftament , & fe diftribuer
tous les ans , mais la diminution des rentes
a obligé de ne le donner que tous les deux
ans , afin de le rendre plus confidérable ,
& il fera de 2500 livres.
Les fujets du fecond Prix regardent la
Navigation & le Commerce.
Il ne fe donnera que tous les deux ans ,
& fera de 2000 livres .
164 MERCURE DE FRANCE
L'Académie avoit propofé pour le fuje
du Prix 1748 , une théorie de Saturne &
Jupiter , par laquelle on puiſſe expliquer
inégalités que ces Planétes paroiffent fe cauftr
mutuellement , principalement vers le tems de
Leur conjonction.
En couronnant la Piéce qui avoit paru l
meilleure , elle annonça que ce fujet lui
fembloit aflez important pour être appro
fondi davantage , & qu'elle croyoit pou
voir en conféquence le propofer une fe
conde fois pour le Prix de 1750.
Parmi les Piéces qu'elle a reçûes cette an
née , & celles de 1748 , qui ont concouru,
les unes ont à peine effleuré la queftion ;
les autres , quoiqu'elles foient remplies de
recherches très - profondes , & qu'iles marquent
beaucoup de fagacité dans leurs Auteurs
, lui paroiffent fondées fur des hypothefes
qui ne font pas affez prouvées ; elle
croit donc devoir propofer de nouveau la
même queftion pour le Prix de 1752 , &
elle exhorte les Sçavans à redoubler leurs
efforts pour jetter autant de lumiere qu'il
eft poffible , fur un point auffi important
de l'Aftronomie phyfique . Elle exige auffi ,
comme elle l'a fait en 1748 , que les Auteurs
entrent dans tout le détail néceſſaire
fur la démonſtration des propofitions , qui
ferviront de bafe à leurs théories . Le Prix
MAT.
1750. 165
ra double , c'est-à- dire , de sooo livres,
Les Piéces déja envoyées concoureront,
les Auteurs pourront y faire tels chan
mens qu'ils jugeront à propos.
Les Sçavans de toutes les Nations font
ivités à travailler fur ce fujer , & même
s Affociés Etrangers de l'Académie . Elle
eft fait la loi d'exclure les Académiciens
egnicoles de prétendre aux Prix.
Ceux qui compoferont , font invités à
crire en François ou en Latin , mais fans
ucune obligation . Ils pourront écrire en
elle Langue qu'ils voudront , & l'Acadéhie
fera traduire leurs ouvrages.
On les prie que leurs écrits foient fort
bles , fur-tout quand il y aura des Calculs
d'Algébre .
Ils ne mettront point leur nom à leurs
ouvrages , mais feulement une Sentence
ou devife . Ils pourront , s'ils veulent , attacher
à leur écrit un billet féparé & cacheté
par eux , où feront avec cette même
Sentence , leur nom , leurs qualités & leur
adreffe ; & ce billet ne fera ouvert par l'Académie
, qu'en cas que la Piéce ait remporté
le Prix .
Ceux qui travailleront pour le Prix ,
adrefferont leurs ouvrages à Paris au Secretaire
perpétuel de l'Académie , ou les
lui feront remettre entre les mains. Dans
166 MERCURE DE FRANCE
te fecond cas le Secretaire en donneras
même-tems , à celui qui les lui aura rem
fon récépiffé , où fera marquée la Sentence
de l'ouvrage & fon numéro , felon l'ord
ou le tems dans lequel il aura été reçù.
Les ouvrages ne feront reçûs que ju
qu'au premier Septembre 1751 excluf
ment.
L'Académie à fon affemblée publiqu
d'après Pâques 1752 , proclamera la Pic
qui aura ce Prix.
S'il y a un récépiffé du Secretaire pour
la Piéce qui aura remporté le Prix , le Tre
forier de l'Académie délivrera la fomme
du Prix à celui qui lui rapportera ce réce
piffé. Il n'y aura à cela nulle autre for
malité.
S'il n'y a pas de récépiffé du Secretaire
le Tréforier ne délivrera le Prix qu'à l'Au
teur même , qui fe fera connoître , ou au
porteur d'une procuration de fa part .
PRIX
Propofe par l'Académie Royale de Chirurgie
pour l'année 1751.
'Académie Royale de Chirurgie pro-
Lpofepour le Prix de l'année 1751 , de
déterminer ce que c'est que la Métaftafe ; ies
MAI. 1750. 167
aladies Chirurgicales où elle arrive , &
lles qu'elle produit ; les cas où l'on doit l'éiter
, ceux où il faut la procurer , les moyens
'on doit employer dans l'un & l'autre cas.
L'Académie , qui n'a en vûe que l'avanement
de la Chirurgie , n'adopte que les
onnoiffances qui peuvent conduire fûrehent
dans la pratique ; elle rejette toutes
opinions , toutes explications purement
ingénieufes , & tous raifonnemens qui ne
font fondés que fur des conjectures ou fur
des vrai-femblances.
Le Prix eft une Médaille d'or de la valeur
de cinq cens livres , conformément au
legs de M. de Lapeyrenie ; elle fera donnée
à celui qui , au jugement de l'Académie
, aura fait le meilleur ouvrage fur le
fajet propofé.
Ceux qui enverront des Mémoires
font priés de les écrire en Latin ou en
François , & d'avoir attention qu'ils foient
fort lifibles.
Ils mettront à leurs Mémoires une mar
que diftinctive , comme Sentence , devife,
paraphe ou fignature , & cette marque fera
couverte d'un papier collé ou cacheté , qui
ne fera levé qu'en cas que la piéce ait remporté
le Prix.
Ils auront foin d'adreffer leurs ouvrages
francs de port à M. Quefnay , Secretaire de
168 MERCURE DE FRANCE.
l'Académie de Chirurgie , ou à M. Hevi
Secretaire pour les Correfpondances ,
les leur feront remettre entre les mains.
Toutes perfonnes , de quelque qualité
pays qu'elles foient , pourront alpirer
Prix ; on n'excepte que les Membres d
l'Académie .
Le Prix fera délivré à l'Auteur même, of
au Porteur d'une procuration de fa part
l'un ou l'autre repréfentant la marque dif
tinctive , & une copie nette du Mémoire
Les ouvrages feront reçûs jufqu'au dernier
Février 1751 inclufivement , & l'Acadé
mie à fon affemblée publique de la même t
année , qui fe tiendra le Mardi d'après la
Fête de la Trinité , proclamera la Piéce
qui aura remporté le Prix .
Faites
ELECTIONS
par la Société Royale de Londres , par
l'Académie de Berlin , & par celle des
Arcades de Rome.
A Société Royale de Londres & l'Académie
de Berlin , ont montré le même
empreffement que l'Académie Royale
des Sciences de Paris , d'aggreger à leurs
Corps M. le Comte de Treffan. Nous profitons
de l'occafion pour annoncer qu'il
cft
MAI. 1750.
169
eft l'Auteur du Mémoire fur les Barres
Magnétiques de M. Knight , inferé dans un
des derniers Mercures . Il s'eft gliffé dans
ce Mémoire une faute d'impreffion , & le
nom de Bayle s'y trouve au lieu de celui
de Boyle.
M. Titon du Tillet ayant envoyé à l'Académie
des Arcades les mêmes préfens qu'à
P'Académie Espagnole , la premiere de ces
deux Compagnies l'a reçû au nombre de
fes Académiciens.
ESTAMPES NOUVELLES.
Morr
Oyreau ,Graveur , vient de mettre au
jour une nouvelle Eftampe , qui a
pour titre la Fontaine du Triton . Elle eft
gravée d'après le Tableau original de Phiippe
Wouvermens , qui eft dans le Cabinet
de M. le Marquis de Voyer. La demeure de
M. Moyreau eft maintenant dans la rue du
petit - Pont , à l'Image Notre Dame , chez
un Papetier.
On trouve chez Olieuvre , Marchand
d'Eſtampes , rue des Poftes , cul- de fac des
Vignes , l'Eftampe qui fert de frontispice
à l'Abregé Chronologique de l'Hiftoire
de France , de M. le Préfident Henault , &
trois autres Eftampes nouvelles , fçavoir
H
170 MERCURE DE FRANCE.
celle de Louis XV , celle de Jeanne Gray,
proclamée Reine d'Angleterre en 155 ,
& celle de feu M. Silva , Médecin Confultant
du Roi.
LETTRE
De M. de Paffe à M. Remond de Sainte
Albine , pour répondre à une Critique de
M. de la Louptiere.
V
Ous avez inferé , Monfieur , dans le Mer
cure d'Avril , une Lettre de M de laLouprine
fur le nouveau genre dramatique , dont il prend
la défenfe contre M. de Chaffiron. En lifant cette
Lettre , j'ai été furpris de m'y voir cité & critiqué
mal - à propos. Voici l'endroit qui me regarde.
L'Auteur veut prouver que le nouveau gente dramatique
eft un vrai comique. » Qu'est- ce que la
» Comédie , dit- il ? C'eſt un tableau de la vie of
dinaire , & non pas en général un tableau de la
vie humaine , comme vient de la définit M. de
Paffe dans fa Lettre fur les Romans , inferée dans
le journal de Verdun du mois d'Août dernier.
» Ce Prédicateur Epiftolaire n'a pas fait réflexion,
» qu'il ne donne là au Comique aucun carac
ל כ
tére diftinctif d'avec la Tragédie , & c. Qui ae
s'imagineroit que j'ai donné une définition de la
Comédie dans ma Lettre fur les Romans , & que
j'ai voulu marquer fon caractére diftinctif? left
pourtant vrai qu'il n'en eft rien . Après avoir die
que les perfonnes ſenſées ne font pas ordinairement
beaucoup de cas des Romans , j'ajoute ,
MAI, 1750. 171
"cependant il faut couvenir que ce genre d'ou-
" vrages pourroit être utile , s'il étoit bien traité ;
il feroit même eftimable , fi au lieu de le rem-
"plir d'évenemens chimériques , de fictions puériles
,de fairs incroyables , de fituations forcées ,
on le rendoit , ainfi que la Comédie , le tableau
»de la vie humaine , & qu'on le fit fervir à la
culture de l'efprit & à la connoiffance du coeur.
Comme M. de la Louptiere s'occupe bien plus
des ouvrages de génie , que des Sciences qui ont
pour objet la précifion & l'exactitude , il n'eft pas
ronnant qu'il fe méprenne fur ce que t'eft que
définition . Mais il me femble qu'il pouvoit
aifément s'appercevoir , que je n'ai point eu deffein
de définir la Comédie dans l'endroit qu'il cenfure ,
& que même mon fujet ne le demandoit pas.
J'avois befoin d'un objet de comparaison pour
mieux faite entendre ma pensée . Je me fuis fervi
de l'exemple de la Comédie que j'ai prife dans
une fignification générique , & je l'ai fait d'après
M. de Crebillon , fils , qui a employé les mêmes
expreffions dans la Préface qui eft à la tête des
Egaremens du coeur de l'esprit . Je ne voulo's
pas dire feulement que le Roman , pour devenir
utile , doit être le tableau de la vie ordinaire ,
mais en général qu'il doit offrir le tableau de la vie
humaine. En voilà plus qu'il n'en faut pour mon
trer que la Critique de M de la Louptiere eft fans
fondement & fans objet . Il ne l'a faite vrai -femblablement
, que pour avoir occafion de m'appli
quer le titre de Prédicateur Epiftolaire ; l'idée en
effet eft très-beile . & il a eu raifon de ne pas vou
loir qu'un fi bon mot fût perdu. Je fuis bien éloi
gné de lui prêter aucun motif perfonnel , & de
croire qu'il ait quelque intérêt à jetter une forte
de ridicule fur les réflexions que je me fuis permi
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
fes contre les Auteurs qui ne refpectent , ni la vet
tu , ni la décence , dans leurs écrits . J'ai l'honneur
d'être , & c .
A Paris , ce 21 Avril 1750 .
Depaffe.
REPONSE
A une Lettre fur l'ortographe Françoife , inferée
dans le Mercure a' Avril 1750.
page 205.
L
E defir que vous avez , Monfieur , de procurer
aux Etrangers une facilité pour apprendre la
Langue Françoife , en retranchant de notre ortographe
les lettres inutiles , vous fait fouhaiter que
le Tribunal de l'Académie prononce fur cet arti
cle , & profcrive fans miféricorde toutes les let
tres qui , fans fervir à l'articulation de la parole ,
ne fervent qu'à faire fentir la véritable étymolo
gie des mots. Ne nous fa tons pas , Monfieur ;
notre Langue , qui peut fournir des modéles en
tout genre d'écrire , & dont les Etrangers font fi
curieux de fe procurer l'intelligence , n'eſt pas encore
, malgré cela ( pour me fervir de vos termes )
la Langue de convention de toute Europe. Le
Latin feul jouit de cet avantage , & c'eſt par le rapport
de ceile là avec celle ci , que nous faisons
fentir à l'Etranger la force & energie de nos peafées.
Je dirai la même chofe de la Langue Grec
que , dont lufieurs de nos mots font deuvés Or
on ne doit jamais mépriter une ortographe qui
commence par parler aux yeux , & qui rend tenti
MAI. 1750. 173
Lles le fens & l'expreffion d'un mot qui eft d'abord
difficile à prononcer . Je m'immagine même que
" c'est cette reflexion qui a engagé jufqu'à préfent
l'Académie à en ufer fobrement fur une reforme ,
qui entraîne après elle bien des inconvéniens . A
quoi j'ajoute une réponse à votre feconde objection
, qui fe prétente d'elle même , & dont il paroit
que vous voulez vous diffimuler à vous -même
les fâcheufes conféquences . Quel meurtre ne feroit-
ce pas , de voir releguer dans e fond des Bibliotheques
les Corneilies , les Racines , les Boffuets
, les Fenelons , les Maimbourgs & les Bourdaloues
, qui après quelques générations ne feroient
guéres plus entendus que le Sire de Joinville
, Jean de Meun , & Guillaume de Saint Amour ?
Toute la République des Lettres a droit de ſe récrier
contre un pareil attentat . Les Auteurs du
tems , quelque mérite qu'ils ayent , ne peuvent
m'em êcher de regretter la perte , ou du moins
Pef éce d'oubli que la pofterité feroit , à la fin , de
tant de grands hommes qui les ont devancés .
Notre Langue , fi vous y prenez garde , eft fi
bien affujettie à la Langue Latine,d'où elle tire fon
origine , que tous les mots nouveaux adoptés par
le bel ufage , ou imaginés par la néceffité d'exprimer
de nouvelles idées , à mesure que nous faifons
plus deprogrès dans les Sciences que ces mots ,
dis je , ne font autre chofe que des mots Latins ,
ou quelquefois Grecs , que nous nous donnons la
liberté de Francifer Or s'il eft vrai pour quelquesuns
, que l'ortographe m'aide fonvent à en fentir
la vraie fignification , à moi qui fuis François ,
combien plus cette même ortographe eft - elle néceffaire
à celui qui n'entre en commerce avec le
François que par le moyen du Latin ?
J'efpére done , que la Langue Françoife , conti
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
nuant à fe perfectionner par un tour original , par
la grace & le nombre qui s'y font introduits , &
furtout par une clarté qui lui eft particuliere , aura
dans tous les tems de quoi dédommager les Curieux
& les Sçavans du peu d'accord qui fe trouve
fouvent , comme je l'avoue , entre notre ortogra
phe & notre prononciation .
J'ai l'honneur d'être , & c.
Le Chevalier de C...
A Argentan , ce 22 Avril
1750.
REPONSE
De M. N. Deftouches à M. Tanevot. *
Si la force du
naturel
Eft , comme tu le dis , un ouvrage immortel ,
Et s'il rend mon Couchant femblable à mos
Aurore ,
Voilà ton goût juftifié.
Par toi ce Drame apprécié
Fut porté fur la Scéne où tu le fis éclore ,
Et je dois les lauriers , que je recueille encore ,
A la force de l'amitié.
* M. Tanevot a adreſſé à M. Deftouches un Qua
› que nous avons fait imprimer dans le dernier
Mercure.
train
MAI. 175 1750 .
'Electeur de Cologne ayant fouhaité un Exem-
L'
plaire des ouvrages du célébre M. Ry , & les
Libraires n'en ayant plus aucun , ce Prince en demanda
un à l'Auteur lui-même . M. Roy fe hâta
d'obéir aux ordres de S. A. Electorale , & ilaccom
pagna d'un compliment rimé fon envoi . La réronte
de l'Electeur fut le don de fon Portrait en
miniature dans une boëte magnifique . M. Roy devoit
un Remerciement proportionné à une diſtinction
fi flatteuſe , & l'on juge aifément qu'il s'acquitta
de ce devoir avec empreffement. Nous
croyons faire plaifir au Public , en lui procurant
la lecture des deux Piéces de vers de M. Roy.
A Son Alteffe Electorale M. l'Archevêque
de Cologne.
PAI
ENVOI
Ar le goût de nos Arts votre Alteffe guidée ;
Sur la foi des bienfaits dont m'a comblé mon Roi.
A peut- être conçu de moi
Une trop favorable idée .
Je vois que vous voulez me juger par vos yeux ;
Que cet ordre m'eft précieux !
S'offrir & s'annoncer porte un air d'affûrance ;
L'hommage , qui nous fied le mieux ,
Eft celui de l'obéiffance.
Nos Souverains font grace aux talens nés chez eux,
Aux talens étrangers on ne fait que juftice :
A quel péril mes vers me vont- ils expoſer ,
Hij
176 MERCURE DE FRANCE.
Si par quelque regard propice ,
Prince , vous ne daignez les naturaliſer ?
REMERCIEMENT
Au même Electeur.
D
U fidéle pinceau l'élégant artifice
Offre à mes avides regards.
Le Souverain , dont la faveur propice
Etend jufques fur moi fon goût pour les Beaux
Arts.
Rare tréfor , augufte image ,
Que ne puis je te rendre un auffi digne hommage,
Qu'Ovide aux portraits des Céfars ?
Metrompai- je ? En croirai - je une flatteuſe yvteſſe !
Je vois ce front, où luit la Majesté des Rois ,
S'ouvrir en ce moment , accueillir ma foibleſſe ,
Et par un air ſèrein encourager ma voix.
Grand Prince, vous aviez comblé mon eſpérance ,
En donnant à ma Muſe accès dans vos loifirs :
Vous ajoutez à l'indulgence
Un bienfait où n'ofoient afpirer mes defirs.
Oui , du tems & des lieux il trompe la diſtance ;
Je jouis de votre préſence ,
Seul bien que j'envierois à votre heureuſe Cour,
Par un culte nouveau , répeté chaque jour ,
J'adrefferai mes voeux à votre reffemblance :
De la peinture même expliquant le filence ,
J'irai jufqu'à me flatter
MAI. 1750. 177
Que vous daignez écouter
Tous mes tranfports de zéle & de reconnoiffance,
Quos dedit Ars , vultus effigiemque colo . Ovid . de
Ponto II.
L'ouvrage fuivant eft du même Auteur , & par
onféquent trouve ici naturellement fa place.
COMPLIMENT fait à la clôture du
Théatre Italien , le Samedi 14 Mars
1750.
SCENE PREMIERE.
M. SOLY , Mlle ASTRAU DY.
M. Soly.
HAranguer le Public vous ! quelle extravad
Monfieur
gance !
Mile Aftraudy.
› prenez un ton un peu plus radouci.
M. Soly.
Vous réglerez mon ton , je penſe !
Mile Aftraudy.
En faveur de mon fexe un peu de complaisance
M. Soly.
Le fexe en tout pays n'a que trop de puiffance
Dans notre République il n'en eft pas ainfi ,
Tout est dans la même balance.
HI
178 MERCURE DE FRANCE.
Mile Aftraudy.
Eh bien ! ne fuis- je pas Comédienne auffi ?
M. Soly
La derniere venue ici
Me difpute une préference ?
Mlle Aftraudy.
Mon âge eft , comme on fçait , l'âge de l'efpérance,
Et le Parterre a voulu de tout tems
Favorifer le germe des talens :
Notre foibleffe attire l'indulgence.
M. Soly.
Eût on beaucoup d'expérience
L'indulgence eft à defirer.
Mile Aftraudy.
Moins j'ai d'acquit , plus je dois l'implorer.
Ainfi le Compliment eft à ma bienséance.
M. Soly.
'Ah ! ah ! fi le Public nous fouffre avec bonté ,
Ce fera par votre éloquence.
Mile Aftrandy.
L'éloquence a l'air apprêté ,
Et contr'elle on eft en défenſe ;
Au moins l'ingénuité
A mon âge eft naturelle ;
Quand je promettrai da zéle ,
Beaucoup de docilité ,
Ce ferment dans ma bouche a lieu d'être écouté.
MAI. 1790.
179
M. Soly.
Votre jeuneffe encor !
Mile Aftrandy.
Reffource telle quelle.
M.Soly.
Dites tout votre vanité
Laiffe en arriere la beauté.
Mlle. Aftrandy.
Je ne m'en pique pas , & je me rends juftice:
M. Soly.
La beauté ne fait
pas l'Actrice.
Mlle Aftraudy.
Le Public feul la forme , & c'eft par fes leçons
Que dans notre Art nous avançons.
M. Soly.
Erles Auteurs auffi . La belle découverte !
Mlle Afraudy.
L'Auteur les prend de loin à loin :
Mais pour nous tous les foirs c'est une Ecole ouverte.
M. Soly.
On attend vos progrès .
Mlle Aftraudy.
J'y mettrai tout mon foin.
M. Soly.
Croyez-vous en avoir befoin ?
Hvi
180 MERCURE DEFRANCE:
yous danfez ; le mérite eft leger & frivole ;
Depuis qu'on vous a fait montet
Jufqu'à l'honneur de réciter ,
La présomption vous rend folle.
Mile Aftraudy.
La danfe eft de quelque fecours.
Sans elle ce Théatre auroit de mauvais jours.
M. Soly.
Pour votre compliment , faites la capriole
Mile Aftraudy.
Eh ! mais , Monfieur , vous m'infultez
M. Soly.
Je vous prie humblement de me céder la place.
Mlle Aftrandy.
C'en eft trop , vous empietez
Sur les droits du Parterre : il fait juftice ou grace.
C'est lui qui nous reçoit , c'eft lui feul qui nous
chaffe.
SCENE II.
ARLEQUIN Mlle ASTRAUDY , M. SOLY.
Arlequin..
Montrons nous . C'eſt à moi de les morigener.
Qu'est- ce donc ! que de bruit ! Eh quoi ? Petits
Comiques ,
Qui ne devez que badiner,
M A 1 .
181
1750.
Paîbleu c'eft bien à vous de vous paffionner
Sur le ton des Acteurs Tragiques ?
M. Soly & Mile Aftraudy.
Ecoutez-moi..
Arlequin.
J'ai tout entendu de là bas."
Je vais vous accorder.
M. Soly.
Ah !
Bel arbitre à vrai dire !
Ariequin
Vous riez : je ne m'en fâche pas ,
Car j'aime affez à faire rire.
Je fçais concilier les plus aigres humeurs ,
Aux pieds de l'intérêt courber l'antipathie.
J'ai mis ces jours paflés d'accord deux Procureurs,
Mile Aftraudy.
Comment ?
Arlequin.
Par le profit , bouffole des grands coeurs,
L'un à l'autre vendit les droits de fa partie.
Le lendemain je fis embraffer deux Auteurs.
M. Soly
Le miracle eft plus fort.
Arlequin.
Après dix ans de guerre
'A l'aide du ſifflet je fçus les rapprocher :
Tous deux également bafoués du Parterre,
182 MERCURE DE FRANCE
N'eurent rien à fe reprocher,
Pour une opulente Douairiere
Deux Gafcons alloient s'égorger ,
Je les rendis amis.
Mlle Aftraudy.
Eh ! de quelle maniere
M. Soly.
Eft ce en les faifant partager ?
Arlequin.
Non, c'eft en leur montrant que chez la Tréforiere
Rien ne reftoit plus à gruger.
M. Soly.
Oui , l'intérêt ceffant fait ceffer la querelle ;
Mais l'intérêt,l'honneur beaucoup plus cher que lui,
Nous font difputer aujourd'hui.
Arlequin.
Et vous dérangent la cervelle.
Mlle Aftrandy .
Sans offenfer Monfieur.
M. Soly.
Sans me faire valoir
Aux dépens de Mademoiſelle.
Mile Aftraudy
Je voulois donc..
M. Soly.

Je veux
Arlequin.
Ceft à moi de vouloir.
M`A I. 183 1750.
YOUS ?
M. Soly.
Arlequin.
Et tous les deux rentrez dans le devoir.
M. Soly.
Ah pour un Arlequin la phrafe eft bien hautaine.
Arlequin.
Ah ! nous ne fommes pas ici chez Melpomene .
Là les plus grands Héros , Turcs , ou Grecs , ow
Romains ,
Européens , ou Méxicains
Sont alternatifs fur la fcéne ;
L'un y fuccéde à l'autre , & chacun a ſon tour :
Ici j'ai toute la ſemaine
Point de piéces fans moi ; fête ou non , c'eſt mog
jour :
Partant je fuis dans mon domaine
Et toute la Troupe eft ma cour.
M. Soly
Des geftes , des lazzi , ſcience fort profonde
L'habit , le maſque joue ;
Mlle Aftraudy.
Au moins il vous feconde ,
Sans cela vous feriez à bout.
Arlequin.
Que d'honnêtes gens dans le monde ,
De qui le mafque impoſe & dont l'habit fait tout
Mais voici du Public la derniere audience ,
184 MERCURE DE FRANCE.
Faut-il par nos débats laffer fa patience !
Il adoucit pour nous la rigueur de fes loix ,
Pour moi fur-tout , noi qu'il a tant de fois
Prévenu de fa bienveillance ,
J'étouffe fous le poids de la reconnoiffance.
Je veux bien avec vous mettre encommun mes
droits ,
Quoique fûr de la préſéance.
Ça parlons enfemble tous trois.
M. Soly.
Adieu, grand Orateur , adieu , je me retire ,
Vous ne me laiffez rien à dire.
Il fort.
Arlequin à Mlle Aftraudi.
Vous décampez auffi , je croi.
Mlle Aftraudy.
Il ne l'emporte pas ſur moi ,
C'eft ce qui me confole.
Arlequin.
Oui triomphez , ma belle.
Que voilà bien l'efprit fémelle !
SCENE
Arlequin.
III.
Puifque le champ me refte , il faut avec éclat
Se tirer d'un pas délicat.

Meffieurs ,je fuis balourd , confus dans mon lan
gage ,
MAI. Α 185 1750.
Court de mémoire , dont j'enrage ,
D'autres diroient , un peu diftrait,
Affez enclin au verbiage ,
Ainfi que tous porteurs de robe & de bonnet ;
Mais le connoître en effet
Eft le chef- d'oeuvre du fage ,
Er du Comédien fur-tout , dont l'apanage ;
Eft de le croire parfait .
Vous nous paffez trop de deffauts fans doute ,
Mais nous ne les adoptons pas .
Nous nous corrigerons , Meffieurs , quoiqu'il en
coûte ,
J'en jure fur ce coutelas,
Cet augufte ferment eft mon plus digne hommage.
Je n'en dirai pas davantage.
Le difcours le plus beau déplaît par la longueur
Après le Créancier , eft- il quelque vifage
Plus mauffade qu'un harangueur ?
Le défaut d'espace nous oblige de renvoyer
au mois prochain le Compliment que M. Roy
compofe pour l'ouverture du même Théaire
186 MERCURE DE FRAANNCCEE..
洗洗洗洗洗洗洗洗洗潔淡淡淡水洗
CHANSON
Au fujet de la conjonction du Soleil ave
Vénus , au mois de Mars 1750 , pendan
laquelle on a joui d'une continuité
beaux jours.
A
Mans , volez à Cythere
Sur l'aile du tendre Amour.
L'Aftre brillant de fa Mere
S'unit à l'Aftre du jour.
De cette union célefte
Votre fort peut le prévoir ;
L'Amour vous dira le reſte ,
Et l'Hymen doit le fçavoir.

Les Cieux vous feront propices.
Ils fervent le blond Phébus ;
Vous partez fous les aufpices
De la riante Vénus .
Le Soleil du fein de l'onde
Sort pour
C'eft
éclairer vos pas ;
pour le bonheur du Monde
Que Cypris a des appas.
::
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
२६.
12 NEW YORK
LIBRARY
.
A3TOR, LENOX AND
TILDEN
FOUNDATIONS
M A I. 1750. IST
Joyez l'Amour qui les méne
éclat de fon flambeau ,
riant du Phénoméne
rend l'Olympe plus beau.
couple de Dieux fidéles
cefle de s'enflâmer .
s Dieux font de grands modéles ;
eft comme eux qu'il faut aimer.
SPECTACLES
.
E 3 Avril , Vendredi de la femaine de Pâques ,
le Concert du Château des Thuilleries comença
par une grande fymphonie, Elle fut fuivie
u Motet Beatus quem elegifti , de feu M. Gilles . M.
Yogm, jeune homme âgé de quinze ans , & éleve de
M. Charlot , joua avec un très brillant fuccès un
Concerto de M. le Clerc. Mlle Dubut chanta Jubilate
Deo , petit Moret de M. Pleffis , cadet , & fut
fort applaudie . Il Signor Felice del Giardino exécuta
avec M. Venier des Duo de fa compofition.
Le Motet Coeli enarrant , de M. Mondonville , ter
mina le Concert.
Les , Dimanche de Quasimodo , aprés la fymphonie
qui fervit d'ouverture à l'ordinaire , on
doana Cantate Domino , Moret à grand Choeur de
feu M. de la Lande . Meffieurs Gaviniés , Edouard
& Capel , exécuterent une Sonate en Trio , de M.
Bertault. Mile Chevalier chanta Ufquequò , petit
Motet de feu M. Mouret. M. Gaviniés joua feul.
Le dernier Motet fut le Venite, exultemus , de M.
Mondonville.
188 MERCURE DEFRANCE
Le lendemain 6 , jour de la Fête de l'Anno
ciation de la Vierge , le dernier des Concerts
trois femaines pendant lefquelles les Théa
font fermés , ne réuffit pas moins que les prés
dens . Une grande & belle fymphonie précéd
Motet Nifi Dominus . M. Sodi joua fur la mando
line un Concerto de fa compofition . M. P
chanta Benedictus Dominus , petit Motet de feu
Mouret. M. l'Abbé , fils , joui feul , & le Conce
finit par le beau Motet Coeli enarrant,
L'Académie Royale de Mufique rouvrit le
fon Théatre par l'Opéra de Tancrede , dont elle
continué les repréſentations , & toujours avec
mêmes applaudiffemens , jufqu'au tros de
mois inclufivement. Elle a redonné le 9 & le
du mois dernier , les mêmes fragmens qu'elle
avoit donnés pour la Capitation des Acteurs , fa
voir le Prologue du Carnaval du Parnale , le troi
fiéme Acte des Caractéres de L'Amour , & l'
charmant de Zelindor. On joua le 23 le Ballet des
Caract res de l'Amour.
Les Comédiens François repréfenterent le 17
pour la premiere fois, la Tragédie de Callife , imi
zation de la Belle Pénitente du Théatre Anglois.
Sans doute , on apprendra avec joie , qu'un cer
tain nombre d'amateurs de la Comédie ont affuré
une fomme à ces Comédiens pour le Vendredi
de chaque femaine , à condition que ce jourlà
les meilleurs Acteurs joueroient les Piéces Comiques
qui leur feroient indiquées par les perfou
nes de cette Société .
La Piéce intitulée les Métamorphofes , & dont le
titre a été changé en celui des Parfaits Amans , 2
été reprife depuis peu par les Comédiens Italiens
& elle leur a attiré le même concours
que dans la
nouveauté. Quoique toute en François , cette Pi
MAI. 1750. 189
lorfqu'elle a été donnée pour la premiere fois,
affichée comme Piéce Italienne . L'objet de
ateur étoit d'annoncer le genre de l'ouvrage.
effet il s'ek propofé feulement de tracer une
ece de Canevas , qui lui fournît l'occasion
mener des danfes , du chant & des machines ,
en même tenis de faire naître des Scénes plaites
& des lazzis entre les Acteurs Com'ques.
y a parfaitement réuffi , & on lu en fçaura
core plus de gré , quand on fera inftruit du ha
d qui l'a engagé à compofer ce bad nage ingéeux
. Etant entré dans le magafin de la Comédie
alienne , il y vit des décorations qui lui parurent
gulieres . On lui dit qu'elles avoient été faites
our une Comédie qu'on n'avoit pû jouer . 11
agina fa Piéce , pour que ces décorations ne
fent pas inutiles. Ainfi, au lieu qu'ordinairement
n fait les décorations pour les Comédies , cette
Comédie- ci a été faite pour les décorations , & on
peut la regarder comme une espéce de bouts
timés.
CONCERTS DE LA COUR.
N recommença le 8 les Concerts , qui avoient
zaine de Pâques , & l'on exécuta chez Madame la
Dauphine PActe de la Vie , du Ballet des Sens.
Miles de Selle , Fel & Coupé , en ont chanté les
rôles , ainsi que M. Joguet.
Le 11 , le 13 & le 15 , le Prologue & les cinq
Actes de l'Opéra d'Iphigenie furent chantés chez
la même Princefle , & les rôles furent remplis par
Miles Romainville , de Selle , Mathieu , Godon fche ,
d'Aigremont & Bezin , & par Meffieurs Benoit ,
Poirier , Joguet , le Page , & Tavernier.`
NOUVELLES ETRANGERES
DE CONSTANTINOPLE , le 8 Mars.
E 3 du mois dernier , on fignifia à l'Agada
Janiffaites, de la part du Grand Seigneur, que
fa Hauteffe le dépofoir de fes emplois , & quil
eût à fe retirer en Natolie : l'ancien Aga fut rap
pellé & rétabli dans la dignité dont il avoit éé
dépouillé .
Le même jour , le feu prit dans un Bazar de cette
Ville ; le vent fe trouva malheureuſement
violent , que les flâmes rendirent bien - tôt l'incen
die genéral . En peu de tems , plus de trois mille
maifons furent réduites en cendre. Le dommage
que ce funefte événement a caufé , monte à des
fommes immenfes , & on aflûre que plufieurs milliers
de perfonnes ont péri dans les flâmes. Le
Grand Seigneur , accompagné du Grand Viûr &
des principaux Officiers du Sérail , pendant tout
le tems qu'a duré l'incendie , s'eft trouvé dans
les endroits qui éxigeoient les fecours les plus
prompts.
Une partie des Gouverneurs des Provinces de la
Turquie en Europe ont été changés : Ali Pacha ,
qui avoit le Gouvernement de Siliſtrie , paſſe à
celui de Widdin , & il eft remplacé par Muzza-
Ouglou , Gouverneur de Choczim : Muſtapha
Pacha , qui avoit le Gouvernement de Widdin , à
reçu ordre de fe rendre à celui de Choczim. Le
même changement a lieu pour les places fubalternes
; il n'y a gueres de jours que le Gouverne
ment ne faffe de nouvelles difpofitions.
M
1750. 191
Le Grand Seigeur eut un accès de fiévre au
mmencement de ce mois , mais cette indifpofin
n'a eu aucune fuite , & la Hauteffe eft partai
ment rétablie : elle fe rendit le 4 fur le bord de
mer , où elle vit lancer à l'eau un Vaiffeau de
ierre de cinquante canons , nouvellement confvit
fous la direction du Capitan Pacha ; elle en
frut fatisfaite , & les bontés , qu'elle a eues pour
et Amiral à cette occafion , ont détruit l'opinion
ans laquelle on étoit qu'il ne conferveroit pas
ang tems fa place .
Oa continue d'enlever les décombres dont le
ernier incendie avoit embarraffé les rues , & on
ebâtit à meſure de nouvelles maiſons . Il eſt arrivé
ncore depuis peu un nouvel accident par le feu ,
le Palais du Mouphti , malgré les prompts fecours
que le zéle des Mufulmans y a apportés , a
été entierement réduit en cendres.
La contagion , qui regnoit depuis quelque tems
dans cette Capitale , eft entierement cellee , & on
attribue cet heureux changement à un vent du
Nord qui regne depuis peu,
DE PETERSBOURG , le 28 Mars.
Le Prince Boris Gregorewitz Joufoupoff , Confeiller
Privé & Prefident du Confeil de Commerce
, a été créé Sénateur : fa Majefté Impériale lui
donné en même tems la Direction générale des
Cadets , vacante par la mort du Prince Bazile Ni-
Kitish de Repnin.
L'impératrice a donné ordre que le Régiment
des Gardes Ifmaeloff fût habillé de neuf, l'uniforme
de ce Régiment eft verd avec des paremens
Louges , relevés avec un paflement d'or.
M. Guydickens , Envoyé Extraordinaire du Roi
LUETRANCE
·
de la Grande Bretagne , reçut ces jours paffisi
courier de Londres avec des dépêches , concer
la fituation des affaires du Nord. Sa Majefté
tannique a chargé ce Miniftre de faire connoise
à cette Cour , que comme le principal objet
fes foins , depuis la conclufion du traité d'Ar
Chapelle , a été d'affermir la paix dans l'Euro
e le a fait de tems en tems les démarches qu'el
a jugé les plus propres à étouffer les femences
troubles dout le Nord paroifloit être menacé
qu'elle a remarqué avec déplaifir que fes forsi
cet égard n'avoient pas encore eu le ſuccès qu'elle
avoit cru devoir s'en promettre ; qu'elle confer
voit néanmoins l'efpérance de réaffir dans fesbons
offices auprès des Pu.flances intereffées ; que pr
un effet de confiance en fa Majefté Impériale, elle
la prioit pour le bien de la paix , & par confidera
tion pour les inftances de fes Alliés , de n'en pas
venir à une extrémité auffi grande que feront celle
de faire entrer les troupes fur le territoire de la
Couronne de Suéde en Finlande , & que fi l'Impératrice
prenoit ce parti , fes Alliés ne fe croiroient
pas dans l'obligation de fournir des fecours qui
ne pourroient être réclamés que par la partie attaquée
.
L'Impératrice doit partir demain pour ſe rendre
à Goftilitz , Terre appartenante au Comte de Ra
fomoulki , Grand Veneur.
DE COPPENHAGUE , le 3 Avril.
La Compagnie des Indes Occidentales a tenu
dernierement une affemblée générale , dans la
quelle il a été réfolu d'augmenter confidérabi
ment le nombre des Vaiffeaux qu'el e envoye
toutes les années en Amérique , & de diminuer le
prix
Sustheme deM. New ton
0
Fig.1. D
G
B
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Systheme de MrGautier .
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Fig.2
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m Fig.3
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THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY .
ABTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONE
MA 1. 1750 . 193
rix du fucre qu'on en tire : elle arrêta auffi qu'elle
fetoit dans le courant de Juin prochain le remourfement
d'un capital de quatre - vingt mille
Scus , dont elle a fait l'emprunt il y a quelques ausées.
Les Vaiffeaux gardes-côtes , le trouvant en état
de mettre à la voile , ont reçû ordre de fe rendre
à leurs ftations le long des Řades dans le Sund &
dans le Bell . On travaillera après les Fêtes de Pâques
à l'armement des Vaiffeaux de guerre que la
Cour a deffein de mettre en mer au commencement
de l'Eté.
Le 31 du mois dernier , S. M. conféra la dignité
de Comte à Mrs Louis Holftein , de Berkentin &
de Schulin , Miniftres de fon Confeil , & à M. de
Molke , Grand Maréchal de la Cour ; elle nomma
Confeiller Privé , M. Vander Lube , Premier Gentilhomme
de fa Chambre ; elle fit Chevaliers de
l'Ordre de Dannebrog le Comte d'Ahlefeldt , le
Maréchal Reyfenftein , le Grand Baillif Stockslet ,
les Birons de Gyldenxhron & de Backhoff, la
Baillifde Bylon & le Chambellan de Levezan .
La Marquife de Puente Fuerte , époufe du Marquis
de ce nom , Envoyé Extraordinaire du Roi
d'Efpagne auprès de fa Majefté , mourut le 22 du
mois dernier , dans la vingt-deuxième année de
fon âge ; fon corps a été embaumé pour être
tranfporté en Efpagne , où il doit être déposé dans
le tombeau de fa Maiſon .
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 28 Mars,
A Cour, ayant reçû avis qu'il regnoit une ma
frontieres de Turquie , a ordonné qu'on formas
194 MERCURE DE FRANCE.
un cordon de troupes depuis Mahadia juſqu'i
Ranizova.
L'Empereur a accordé un délai de trois mois a
Princes de la Maifon de Bade . pour recevoir id
l'inveftiture des Fiefs de cette Mailon , releas
de l'Empire.
Leurs Majeftés Impériales doivent partir a
commencement du mois prochain pour Schon
brun , où elles pafferont une partie de l'Eté.
La Banque a fait publier , qu'elle acquitterot
tous les arrérages des capitaux que les circonftan
ces de la guerre ont empêché de payer , mais elle
a fait déclarer en même- tems qu'elle ne comptera
plus à l'avenir aux intéreffés que cinq pour cent des
fommes qui y feront placées , au lieu de fix poar
cent qu'elle donnoit pendant la guerre : il eft regle
que la même réduction aura lieu pour tous les au
tres fonds dans les Etats de l'Impératrice Reine.
Le mariage du Comte Durazzo , Envoyé Extraordinaire
de la République de Génes , avec la
Comteffe de Weiffen -Wolff, fut célebré le 17 avec
beaucoup de magnificence ; toutes les perfonnes
de diftinction qui font en cette Cour fe font trouvées
à cette cérémonie .
Le Comte de Podewils , Miniftre du Roi de
Prufle , a annoncé aux Miniftres de leurs Majeftés
Impériales , que fi la Suéde venoit à être attaquée
par la Ruffie, le Roi fon Maître ne pourroit fedifpenfer
de lui donner les fecours ftipulés par les
Traités ; qu'ainfi fa Majefté Pruffienne fe flattoit
que leurs Majeftés Impériales tenteroient de nouveaux
efforts pour empêcher qu'il ne fe commit
en Finlande aucun acte d'hoftilité.
Le Prince Louis de Wolfenbuttel fut nommé 1:
19 Felt Maréchal Général des Armées Impériales,
MAI. 195 1750.
DE DRESDE , le 5 Avril.
Le Roi n'ira point à Leipfice , comme on s'y
étoit attendu ; ſa Majeſté ſe diſpoſe à fe rendre en
Pologne , & on fait déja des préparatifs pour ce
Voyage.
Le Préfident de la Commiffion , établie pour
faire le procès aux prifonniers d'Etat , qui font à
Sonneftein , vient de recevoir ordre de travailler
Cans relâche à leur jugement , fa Majefté voulant
que cette affaire foit terminée avant ſon départ
pour Warfovie .
On vient de publier un Edit , par lequel le Roi
ordonne que la ferme des impôs de cet Electorat
foit adjugée au plus offrant & dernier enchérif
feur pour le nombre d'années qui a été reglé.
ESPAGNE.
DE MADRID , le 26 Mars.
A Majesté a difpofé du Régiment de la Reine ;
Dragons , en faveur du Marquis de Coria : la
Lieutenance Colonelle de celui de Murcie a été
donnée au Capitaine Don Miguel Lafo de la
Vega.
Don Thomas de Parraga a été nommé à la place
de Juge de Police de la Sénéchauffée de la Vieille
Caftille ; celle d'Alcade Major du Sénéchal de la
Ville de Tolede a été conférée à Jofeph Guillaume
de Tolede ; celle de Segovie , à Don Jofeph
Gayon ; Don Alexandre de Ribera a obtenu celle
d'Alcade pour le criminel de la Ville de Grenade
, & celle dont les fonctions s'étendent fur la
partie des Montagnes de Grenade , fous le nom
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
d'Alpuxarras , a été donnée à Don Augutin de l
Vega Cavallero.
La place de Sergent Major des Gardes du Corps
vacante par la démiffion de Don Rodolphe d'
quaviva d'Arragon , a été conférée au Marquis de
Villadarias , Lieutenant Général & Infpecteur Gé
néral de Cavalerie .
Le ir de ce mois , le Comte de Villa Franca,
Introducteur des Ambafladeurs , fe rendit à l'H
tel du Chevalier Oforio , Ambaffadeur Extraordi
naire du Roi de Sardaigne , auquel il apprit que fa
Majefté admettroit le 4 ce Miniftre à fon audience
publique. Enfuite il le conduifit dans les carolle
du Roi à l'Hôtel qui lui avoit été préparé pourle
recevoir. Le Chevalier Oforio y a demeuré trois
jours , pendant lefquels il a été traité aux dépens
du Roi avec la plus grande magnificence , felon
l'ordre que le Marquis de Villa Caftel , Majordo
me de ſemaine , avoit reçu de ſa Majeſtė. Le 4,
le Comte de Villa Franca vint prendre l'Ambaffa
deur dans les caroffes du Roi & le conduifit au Palais
: les livrées de ce Miniftre étoient de la dernie
re magnificence & fon cortége fort nombreux ;
on le fit paffer par les principales rues de cette
Capitale , où étoient rangées les Compagnies des
Gardes de l'Infanterie Efpagnole , les Gaides Wal
lones & les autres troupes de la Maiſon du Koi.
Lorfque l'Ambaſſadeur defcendit de caroffe, trente
Gentilshommes de la bouche de fa Majeſté Catholique
le reçurent à la portiere , & l'accompa
gnerent à la falle de l'audience , il y trouva le Roi
environné de tous les Grands d'Efpagne , & de la
principale Nobleffe de la Cour. Après avoir fatis
fait au cérémonial ordinaire , le Chevalier Olorio
fit en forme la demande de l'Infante Marie-Antoi
nette , de la part du Roi fon Maître , pour le Duc
MAI. 1750. 197
e Savoye. Il fut conduit aux audiences de la
Reine , de l'Infante Marie- Antoinette & de l'Infant
Cardinal . Enfuite il fut reconduit à fon Hôtel par
es caroffes du Roi , accompagné du Marquis de
Villa Caftel , du Marquis de Urfel , Gentilhomine
le la bouche du Roi , & du Comte de Villa Franta
, avec le même cérémonial qu'on avoit obſervé
en le conduifant à l'audience .
Le foir on tira devant le Palais un beau feu d'artifice
, dont la façade repréfentoit un magnifique
Edifice ; leurs Majeftés & la Famille Royale le virent
tirer de leurs balcons , airfi que tout ce qu'il
ya de lus diftingué à la Cour : dès qu'il fut nuit,
il y eut des illuminations par toute la Ville , &
chacun à l'envi fignala par des fêtes la folemnité
de ce jour.
ITALIE.
DE NAPLES , le 28 Mars .
Na publié une Ordonnance , par laquelle la
fortie des grains de ce Royaume eft défendue
fous de groffes peines.
Le Duc de Cerizano fut nommé il y a quelques
jours par la Majefté pour aller réfider à Rome en
qualité de Miniftre Plénipotentiaire du Roi auprès
du Pape.
L'Efcadre qu'on équipoit dans ce Port pour al
ler en courfe contre les Corfaires , eft prête à met
tre à la voile , & n'attend que le vent favorable
pour lever l'ancre .
DE ROME , le 30 Mars.
Il eft arrivé ici ces jours paflés deux Officiers
Autrichiens , qui font partis le lendemain pour al-
I ii
19S MERCURE DE FRANCE.
let à Civita Vecchia , où ils ont commiffion , dir
on , d'acheter des grains pour les faire transporter
dans la Lombardie.
Le Prince regnant de Bade Dourlach , qui eft
dans cette capitale depuis quinze jours , fut admiss
la femaine derniere à l'audience du Pape.
M. Paffionei a été nommé à la charge de Ca
merier Secret.
Les deux fils du Duc de Corfini doivent partir
inceffamment pour aller vifiter les principales
Cours de l'Europe.
DE GENES , le 2 Avril.
Le Gouvernement ayant nommé une Députation
de quatre Nobles ; fçavoir , deux du premier
deux du fecond College , pour aller compli
menter le Chevalier Chauvelin fur la nouvelle
qualité d'Envoyé Extraordinaire du Roi Très-
Chrétien , cette Députation fe rendit à l'Hôtel
que ce Miniftre occupe actuellement , précédés
du Maître des Cérémonies & accompagnée de
douze Suiffes de la Garde du Palais , & elle le
complimenta felon l'ufage.
L'après-midi , le Chevalier Chauvelin fe tranf
porta chez le Doge , & il eut la première audience.
Le 6 de ce mois , fur les dix heures du matin,
le Doge , ayant fini le teins de l'exercice de fes
fonctions , le retira chez lui avec les cérémonies
ordinaires. Le Grand Confeil fut indiqué le lendemain
pour procéder à l'élection d'un nouveau
Doge.
MA I. 1750.
199-
GRANDE BRETAGNE
DE LONDRES ,
le
13 Avril.
Ans le Confeil qul fe tint à Saint James le
de ce mois , le Comte Hindford , ci - devant
baffadeur du Roi en Ruffie , le Lord Anfon &
Chevalier Robinſon , furent déclarés Membres
Confeil Privé, & y prirent féance. Sa Majeſté
mma dans le même Confeil les Seigneurs de la
égence qui feront chargés de l'adminiftration
es affaires nationales pendant fon fejour en Alleagne
; fçavoir , l'Archevêque de Cantorbery , le
and Chancelier , le Duc de Dorfet , le Comte de
Sower , les Ducs de Malborough , de Grafton de
Richmond , d'Argyll , de Bedford & de Neucafile ,
pares Comtes d'Harrington , de Sandwich , & M.
Henry Pelham. On lut enfuite une proclamation
par laquelle il eft ordonné de renouvel er tous les
paffeports qui ont été accordés ci - devant aux Navires
jufqu'au premier Avril 1752 , à l'exception de
ceux qui ont été donnés aux Vaiffeaux de la Com-
Fas pagnie des Indes. Il fut auffi réglé que les Navires
deGibraltar & de Minorque ne recevroient les
leurs que des Gouverneurs de ces deux Places.
2424
洗菜洗澡***************M
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
Le 26 Mars après- midi , la Reine entendit le
Sermon de la Cene de l'Abbé Deſpiat , Prédi
cateur Ordinaire de Sa Majefté, & après l'Abfoute,
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
qui fut faite par l'Evêque de Rennes , Sa Maje
lava les pieds à douze pauvres filles qu'elle fervit
table. Le Marquis de Chalmazel , Premier Mai
tre d'Hôtel de la Reine , précédoit le fervice, don
les plats furent portés par Mefdames de France , &
par
les Dames du Palais .
Le Roi & la Reine affifterent le même jour dans
la Chapelle du Château à l'Office des Ténebres.
Le 27 , Vendredi Saint , le Roi & la Reine , accompagés
de Monfeigneur le Dauphin & de Mel
dames de France , entendirent le Sermon de l
Paffion du Pere de Beauvais , de la Compagnie de
Jefus. Leurs Majeftés affifterent enfuite à l'Office ,
auquel l'Abbé Gergoy , Chapelain Ordinaire de la
Chapelle de Mufique , officia , & elles allerent i
l'adoration de la Croix. L'après midi , elles entendirent
les Ténébres.
La Reine affifta le Samedi Saint aux Complies
& au Salut , pendant lequel l'O filii fut chanté par
la Mufique.
Le 29 , Fête de Pâques , le Roi & la Reine , accompagnés
de Monfeigneur le Dauphin & de
Meldames de France, entendirent la Grand'Melle,
célébrée pontificalement par l'Evêque de Rennes ,
& chantée par la Mufique.
L'après midi , leurs Majeftés affifterent à la Prédication
du Pere de Beauvais , de la Compagnie
de Jefus , & enfuite aux Vêpres , auxquelles le
même Prélat officia.
Le 31 Mars , M. Leftevenon de Berkentoode ,
Ambaffadeur Ordinaire de la République de Hol
lande , qui eft arrivé à Paris le 23 , eut la premiere
audience particuliere du Roi. Il y fut conduit ,
ainfi qu'à celles de la Reine , de Monfeigneur le
Dauphin , de Madame la Dauphine , & de Meſdames
de rance , par le Marquis de Verneuil , latroducteur
des Ambaffadeurs.
MA I. 1750. 201
L'Académie Royale des Infcriptions & Belles.
Lettres tint le 7 Avril fon affemblée publique d'a
près Pâques.
M. de Boze fit la lecture d'un Ouvrage fur une
Médaille d'or de Pefcennius Niger , apportée du
Levant par un Carme , & dont le Roi a fait l'acquifition
.
M. de Sainte Palais lut un Mémoire fur la Chevalerie
, & M. l'Abbé Barthelemi une Diflertation
fur la Paléographie Numifmatique , c'est- à - dire
"l'Introduction à la connoiffance des Médailles .
Le 8 , l'Académie Royale des Sciences tint auffi
fon affemblée publique.
M. de Fouchy lut l'éloge de feu M. le Duc d'Aiguillon.
Cette lecture fut fuivie de celle d'une Di
fertation de M. du Hamel fur la maniere de faire
des Aimans artificiels , qui ont une très - grande
vertu .
M. Delifle lut un Ouvrage contenant la relation
des tentatives que les Ruffiens ont faites pour découvrir
un paffage à la Chine par le Nord- Eft.
A la lecture de cet Ouvrage fucceda celle d'un
Mémoire de M. d'Aubanton , fur la maniere de
reconnoître les Pierres fines , en comparant leurs
couleurs à celles qu'on fait naître par le moyen
du Priſme.
Le dernier Mémoire qui fut lû eft de M. l'Abbé
Nollet , & contient une Differtation fur la Grotte
du Chien , qui fe voit entre Naples & Pouzols.
Le 14 , le Roi & la Reine entendirent dans la
Chapelle du Château la Mefle de Requiem , pendant
laquelle le De profundis fut chanté par la Mufique
pour l'Anniverfaire de Monfeigneur le Dauphin
, Ayeul du Roi.
Le 21 , les nouveaux Drapeaux du Régiment
des Gardes Françoifes & de celui des Gardes
Suifles furent portés à l'Eglife Métropolitaine , ou
I v
202 MERCURE DEFRANCE.
ils furent bénits par l'Archevêque de Paris avec
les cérémonies accoûtumées.
Le 23 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix-fept cens quatre-vingt dix ; les Billets
de la premiere Loterie Royale à lept cens trenteneuf
, & ceux de la feconde à fix cens foixante
cinq.
黃洗洗洗:洗洗洗洗:洗洗洗洗:蔬菜
NAISSANCE, MARIAGES
Morts.
E 30 Mars , André-Hercules de Roffet , Dat
>
Lorraine , euc d'Anne- Magdeleine d'Auxi de
Monceaux , qu'il a époufée le 6 Juin 1736 ,foa
premier fils . Il en avoit déja eu trois filles , fçavoir
, 1º. Marie Magdeleine , née le 21 Janvier
1744 , 2 Marie Victoire , née le 10 Novembre
745,3 °. N née le 18 Novembre 1747.
Le 31 Janvier Hugues de May , Seigneur de
Termont , époufa dans l'Eglife Paroiffhiale de Saint
Eustache Marie Louife le Prêtre , fille d'Edmond
le Prêtre & de Louife - Charlotte de Vellard de
Pendy.
Hugues eft fils de Gafpard de May , & de Marie
de la Roche- Aimon .
Au mois de Mars dernier , Antoine de Chabannes
, Marquis de Curton , Seigneur de Saint Geace,
de Madie , Fleurac , la Daille , Hauteroche ,
Chaumont Saint Chriftophe , la Roche Nectete
& de Polagnac , en Auvergne , Marquis du Palais
& de Chevelard , dans le Forez ; ci - devant Colonel
du Régiment de Cotentin , Infanterie , époula
dans la Chapelle du Château d'Ecuri , dans le Soif
MA I. 1750. 2C3
nnois , Charlotte - Jofephine de Gironde , fille
André de Gironde , Comte de Buron , Seigneur
de Veronde , &c . grand Echanfon de France , Lieu.
tenant Général au Gouvernement de France , &
d'Anne-Antoinette le Boiſtel.
Antoine de Chabannes eft fils de Henri de Chabannes
, Comte de Rochefort , & c. & de Gabrielle
de Montlezun , fa premiere femme. Il eft le Chef
du nom & des armes de la Maifon de Chabannes
qui eft fi connue par fon ancienneté . Son illuftration
et fi grande par les alliances qu'elle a eu
T'honneur de contracter avec plufieurs Maifons
fouveraines , & furtout avec l'augufte Maifon de
France ; par les premieres dignités qu'elle a poffedées,
par les grands Fiefs dont elle a joui , enfin par
les grands hommes d'Etat & de guerre qu'elle a
produits , que nous n'entrerons fur cela dans aucun
détail . Il nous fuffita de dire , que l'aîné de cette
Maifon porte toujours le nom de Marquis de Cur
ton , en conféquence de la donation qui fut faite
de la terre de Curton , en Guienne , par Charles
VII. à Jacques de Chabannes 1. du nom , grand
Maître de France , le Héros de fon fiécle , & qui
Contribua autant que Capitaine de fon tems , à
Pexpulfion des Anglois du Royaume
terre , dit M. le Maître dans un de fes Plaidoyers ,
fubfifte aujourd'hui dans la Maifon de Chabannes,
comme une dépouille immortelle de l'Angleterre ,
& une Couronne de la valeur de fes Ancêtres .
V. P'Hifloire Genealogique des grands Officiers de la
Couronne T. VIII.
laquelle
Le Comte de Buron , pere de la nouvelle Comteffe
de Curton , eft fils d'Alexandre de Gironde
Seigneur de Neroude , de la Chaife & de Saint
Remy ; & de Marie -Henriette d'Affé , fille de
Charles d'Affé , Seigneur de Montfaucon , dans
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
le Maine , & de Renée Godde . Le nom de Giron
de eft connu en Auvergne , depuis le quatorziéme
fiécle , & cette famille est allée aux Langhear ,
Vaffelieu , Rochefort , Montſervier , Saint Pol ,
Molent de la Vernede , du Lac , Severac , Same
Camand , Villemontée , d'Apcher , d'Oradour ,
Marillac , d'Aflé & de Mars.
Le 11 du même mois , Nicolas Baltazar Mel
chior , Comte de Rizemont , Seigneur du Builon ,
Monteville , Loudeville , & en partie de Dampart,
Colonel d'infanterie , Capitaine au Régiment de
Lyonnois , Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire
de Saint Louis , & ci - devant Aide- Major
Général de l'armée du Roi en Flandre , époula
dans la Chapelle du Château de Tignonville , en
Beauce , Marie - Adelaide de Prunelė.
Nicolas- Baltazar Melchior , né le 9 Février
1720 , au Château du Buiffon , Paroiffe de Cham
peuil Diocéfe de Sens , eft fils aîné de dét in: Ni.
colas de Bizemont , Seigneur de Bzemont ; & de
Marie Catherine Charlotte de Sainxe d'Ormeville
, fon époufe. La Maiſon de Bizemont eft originaire
de Picardie , & d'une ancienne Nobleffe
connue dès l'an 1340 , que Mathieu & Ancelot
de Bizemont vinrent s'établir dans l'ifle de France,
od ils acquirent les Terres de Monteville & da
Buiffon.
Marie - Anne Adelaide de Prunelé , eft fille aînée
de Parfait , Marquis de Prumelé , Seigneur de
Tignonville , Montville , Argenville & autres
lieux , Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis ;
& de Marie des Acres de l'Aigle , fille aînée de
Jacques Louis des Acres de l'Aigle , Marquis de
PAigle , la Chapelle , Ecotfay & autres lieux ,
Brigadier des Armées du Roi , & Lieutenant de
Roi de la Province de Normandie. La Maiſon de
M A I. 205 1750.
unelé eft de la Province de Beauce. Le plus anen
de cette Mailon , dont la mémoire fe foit conrvée
par titres , eft Guillaume de Prunelé , qui
voit fous le regne de Philippe- Augufte . Il étoit
eigneur de la Porte , près d'Estampes , & it fur
mplové en cette qualité dans le rôle & dénombre.
ent des Chevaliers du Baillage d'Eftampes qui
enoient leurs Fiefs du Roi en 1202. V. le Suplément
de Moreri 1733 , vol. 2 , & le Mercure do
Mars 1746 , où il en eft parlé à l'occafion du maage
de Jules Etienne Honoré de Prunelé , Baron
Saint Germain le- Defiré , avec Marie- Gene
iéve Gabrielle- Nicole de Crouches de Chepi ,
reuve de Jean- Louis de l'Etandart , Marquis de
Bully.
Le 8 Avril Charles Georges- René , Marquis de
Coifin , Vicomte de Caiheil , Seigneur de Congles
& autres lieux , Capitaine dans le Régiment de
Dragons de la Reine , époufa fur la Paroiffe de
Saint Euftache , N. de Mailli , fille de M. le Marquis
de Mailli - Rubempré , Premier Ecuyer de
Madame la Dauphine ; & de Anne- Françoite - Elizabeth
Arbalete de Melun , Dame du Palais de
cette Princeffe .
Charles Georges - René eft fils de Pierre Ar
mand , Marquis du Cambout , Vicomte de Carheil
, Seigneur de Congles , & autres lieux ; & de
défunte Renée- Angélique de Talhouer de Que
raveau. Pierre- Arinand eft de la branche des Seigneurs
de Beçay & du Cambout , qui commença
en la perfonne de Louis du Cambout It . du nom
fils de François , Seigneur du Cambout & de
Coiflin , mort le 12 Octobre 1625 , âgé de 83 ans.
Le frere aîné de Louis fe nommoit Charles , & de
lui étoir deſcendu Armand du Cambout , en fayeur
de qui , & de les defcendans mâles , la Terre
206 MERCURE DE FRANCE. VA
de Coiflin fut érigée en Duché-Pairie , par Lettres
données à Paris au mois de Décembre 1663. A
mand eur deux fils , 1 ° . Pierre du Cambout , Du
de Coillin , qui épouſa Louiſe Marie d'Alegre ,
mourut fans enfans le 7 Mai 1710. 2 ° . Henr
Charles du Cambout , Evêque de Metz , Premier
Aumônier du Roi , & qui hétita du Duché à la
mort de fon frere . Ce Prélat étant décede depuis
plufieurs années , le Duché eft éteint , & cette an
cienne & illuftre famille ne fubfifte plus que dans
la perfonne de Pierre- Armand.
Le 9 Avril , Pierre Fançois- Thomas de Berel
Comte de Manerbe , Lieutenant Général des Atmées
du Roi , Gongerneur & Châtelain du Châ
teau de Joux & de la Ville de Pontarlier , en
Franche-Comté , & de la Ville & Chareau de
Touques , en Normandie , Chevalier de l'Ordre
Royal & Militaire de Saint Louis , ci devant Lieg
tenant & Aide-Major des Gardes du Corps da
Roi , époufa dans l'Eglife Paroifiale de S Roch
Henriette-Marie Jofephine de la Befire de Cham
bors , fille de Jofeph-Jean-Baptifte de la Boliere ,
Comte de Chambors , en Vexin François ,
vant Ecuyer ordinaire du Roi , & Cɔpitaine au Régiment
de Bretagne , & de feue Marie- Anne Angélique
de la Fontaine Solaze , fon époufe en preanieres
nôces.
ci - de-
Le Comte de Manerbe eft fils unique de fra
Jacques- Pierre de Borel , Baron de Manerbe , en
Normandie ; & d'Anne de Monchy , Dame d'hon
neur de S. A. S Marie d'Orleans , Ducheffe de
Nemours , n'ayant qu'une foar Elizabeth de Borel
de Manerbe , veuve fans enfans de N. Hôrot ,
frere du Commandeur de ce nom. Il étoit veef
depuis le mois de Mars 1747 , de Marie Françoile
de Borel de Cherbec , fa coufine germaine , don
il n'avoit point eu d'enfans .
I
MAI . 1750. 207
La nouvelle Comteffe de Manerbe a pour frere
..tiqne Yves Jean Baptifte de la Boiffiere , Marquis
Chambors , Ecuyer ordinaire du Roi ; n'étant
int né d'enfans du fecond mariage du Comte
Chambors , leur pere , avec Genevieve Hinſen
, morte en 1738 , ni du troifiéme contracté en
739 avec Brigitte de Sarsfield .
Le 12 Mars , Marie- Magdeleine - Jeanne de
onfemothe de l'Etoile , épouse de Leon de Montmorenci
, premier Baron Chrétien , mourut âgée
Penviron 72 ans , & fut fuivie peu de jours après
par fon époux , qui déceda le 20 du même mois
dans la quatre vingt feptième année de fon âge.
Leon de Montmorenci étoit de la branche des
Marquis de Foffeux . Il naquit le 31 Octobre
1664 , fut Page du Roi en 1679 , puis Capitaine
au Régiment du Roi , Infanterie , & Lieutenant
Général au Pays Chartrain. Il épousa en Novenbre
1697 Marie- Madeleine- Jeanne , fille de Jean
de Pouffe mothe de l'Etoile , Seigneur de Montbriffeuil
, Préfident aux Requêtes du Parlement ;
& de Marie- Magdeleine Regnaut , fa femme ,
dont il a eu plufieurs enfans 1 ° . Anne Leon , né
ED 1705 ; d'abord Guidon des Gendarmes d'Anjou
, puis Capitaine - Lieutenant des Gendarmes de
la Reine , Brigadier des Armées du Roi le 20 Février
1743 ; Maréchal de Camp le premier Mai
1745 , & Lieutenant Général le 10 Mai 1748 ;-
nommé Chevalier des Ordres du Roi , le premier
Janvier 1749 , & reçu le 25 Mai fuivant ; m.rié
le 11 Septembre 1730 avec Marie Bartu de Ville ,
fille d'Armand , Baron de Ville , & de Anne-
Barbe de Courcelles , laquelle mourut le 13 Août
1731 , après être accouchée le 11 du même mois
d'un fils nommé Anne - Leon . 2 ° . Marie- Charlotte ,
née le 8 Février 1702 , mariée le 4 Décembre
208 MERCURE DE FRANCE
1726 à Louis de Montigu , Vicomte de Beaun
Marquis de Bouzols , Chevalier des Ordres
Roi & Lieutenant Général de fes Atmées. 2
Anne - Julie , née le 16 Février 1704 manée le
Décembre 1724 à Emmanuel Rouffelet , Marqu
de Château-Regnaut , Lieutenant Général de
Haute & Bafle Bretagne.
Le 15 , Philippe Fyot de la Marche , Lieutenant
Général des Armées du Roi , mourut & fut inh
mé à Sainr Roch . Il avoit été appellé d'abord le
Chevalier , puis le Comte de la Marche. Il étoit
Sous - Lieutenant de la Compagnie des Gendarmes
Anglois , avec rang de Meftie- de- Camp lorfqu'
fut nommé Brigadier des Armées du Roi le 20
Février 1743. Il fut fait Maréchal de Camp , le
premier Mai 1745 , & Lieutenant Général le 10
Mai 1748. Il étoit frere de M. Fyot de la Matche,
Premier Préfident du Parlement de Dijon depuis
l'année 1745.
Le même jour , François de la Vergne , Marquis
de Trefjan , mourut dans fa quatre - vingt - quatrié
me année , & fut inhumé à Saint Sulpice. Il avoit
été Capitaine de Gavalerie dans le Régiment de
Condé , & Aide - de - Camp de M. le Duc de Laozun
en Irlande , où il fut bleffé à la bataille de la
Doine . Il acheta enfuite une Enfeigne de Gendarmerie
, & le trouva en cette qualité à plufieurs affaires
générales & détachemens de guerre . Après
la bataille de la Marfaille , où il fervit utilement
à la tête d'un Efcadron , dont tous les Officiers
avoient été tués , ou mis hors de combat , le feu
Roi voulut lui faire l'honneur de l'attacher au
fervice de fa perfonne , & lui donna l'agrément
du premier Guidon des Gendarmes de la Garde
de Sa Majesté . Il y continua, fes fervices jufqu'au
tems où les incommodités , occafionnées par la
MAI. 1750. 209
hute d'un cheval bleffé qui tomba fur lui , l'oblierent
de quitter le Service .
Il avoit époufé en 1704 Louife - Magdelaine
rulard , de la branché de Genli , fille du Marjuis
de Brouffin , veuve alors du Marquis de
toque- Epine , tué dans un fourage en Italie en
701 , à la tête d'un Régiment de Cavalerie de fon
jom. Il n'a eu de ce mariage que Louis -Elizabeth
le la Vergne , Comte de Treffan , Lieutenant
Général des Armées du Roi , Commandant pour
Sa Majesté en Toulois , & ci- devant Commandant
en Boulonnois & aux Côtes de Picardie , Membre
de l'Académie Royale des Sciences , de la Société
Royale de Londres , & de l'Académie Royale
des Sciences & Belles Lettres de Berlin , né le 4
Novembre 1705 .
Le Marquis de Treffan , qui donne lieu à cet
article , étoit frere aîné de Louis de la Vergne de
Treffan , Comte de Lyon , Premier Aumônier de
feu S. A. R. M. le Duc d'Orléans , du Confeil de
Confcience , mort Archevêque de Rouen en .
1733.
Il étoit fils de François de la Vergne , Marquis
de Treffan , & de Louife Beon , de la branche
cadette de Beon- Luxembourg. Ce François de la
Vergne avoit eu pour mere Marie Charlotte de
Monteynard , & étoit l'aîné de vingt -deux enfans .
du même lit , dont dix -neuf ont paffé l'âge de
70 ans. L'un de fes freres avoit été Comte de
Lyon , Aumônier de S. A. R. Monfieur , frere
du Roi , & eft mort Evêque du Mans. La cadette
de tous étoit Louife- Elizabeth de la Vergne de
Treflan , laquelle en premieres nôces épousa le
Comte de Vaillac , Chevalier d'honneur de feu
S. A. R. Madame , Chevalier des Ordres du Roi ,
& en fecondes nôces le Comte de la Mothe - Hou210
MERCURE DE FRANCE.
dancourt , Grand d'Espagne de la premiere Claffe
Lieutenant Général des Armées du Roi , dont elle
eut le Maréchal de la Mothe - Houdancourt ,
Grand d'Espagne de la premiere Clafle , Chevalier
d'honneur de la Reine , & Chevalier des Ordres
du Roi , & le Comte de la Mothe - Houdancourt
tué à la tête du Régiment de Lorraine dans la
Ville d'Aire , affiégée par les Aliés & défendue
par le Comte de Goëbriant.
La Maifon de la Vergne , originaire da Languedoc
, fubfifte en deux branches féparées , de
puis la fin du quatorziéme fiécle . Depuis cette
féparation , le Comte de Treffan , Lieutenant Général
des Armées du Roi , eft le quinzième , & e
Marquis de la Vergne Montbafin le dix - feptième ,
en ligne directe. Cette Maifon perdit fes biens ,,
& fut dépouillée de fes Terres dans le tems de la
guerre des Albigeois , ayant eu le malheur de
fuivre leurs erreurs & le parti du Comte de Toulouſe
, à la Maiſon duquel elle avoit l'honneur
d'être alliée & attachée . Elle ne fe rétablit ca
Languedoc que par l'acquifition que le Cardinal
de la Vergne , fur la fin du quatorziéme ſiècle , ſt
des Terres de Treffan & de Montban , qu'il par
tagea entre les deux neveux , chefs des branches
qui fubfiftent aujourd'hui.
Depuis un tems trés - ancien , la Maiſon de la
Vergue a eu des Comtes de Lyon de fou nom ,
& les Cartulaires de ce Chapitre montrent par les
differentes preuves qui y font admifes , qu'elle tient
par la filiation maternelle & par les alliances aux
plus anciennes Majfons de Languedoc du Dau
phiné & de la Provence ; entre autres à celles de
Beon , de Monteynard , de Levis Mirepoix , de
Montmorenci , de la Tremouille , de la Tour- du-
Pin , de Berenger , de Narbonne , de Caufan ,
bles
MAI. 1750. 211
Hopoul , de Seguin Caballoles , de Peruffy , de
Fare , de Marcieu , de Simiane , de Saffenage ,
Thoiras , & de du Viviers - Lanzac,
Le 28 , Léonard d'Alegre , Aumônier de la
eine , Abbé de l'Abbaye de Saint Pierre de Bourheil
, Ordre de Saint Benoît , Diocéle d'Angers ,
burut dans la cinquante- cinquième année de fun
e. Il avoit eu cette Abbaye en 1723. Il étoit
is de Louis d'Alegre , dit le Chevalier d'Alegre ,
nis Marquis de Beauvoir ; d'abord Officier de
Saléres , puis Capitaine de Frégate le 21 Mai
os , & enfuite Capitaine de Vaifleau , & de
laire d'Artique , d'une famille de Marfeille. Le
Marquis de Beauvoir a eu encore un autre fils ,
nommé Jofeph d'Alegre , né en 1702 , Capitaine
formé de Dragons dans le Régiment Metrede-
Camp Général , puis Exempt des Gardes du
Corps , qui époufa le 27 Février 1737 Magde-
Jeine -Geneviève de Sainte Hermine , fiile de Henri
de Sainte Hermine , Seigneur de la Laigere , Capitaine
de Vaiffeau ; & de Marie- Marguerite- Ge .
nevieve Morel de Putanges , & une fille nommée
Urfale , Abbeffe de Saint Georges de Rennes , depuis
le 12 Janvier 1715.
Louis d'Alegre , pere de Léonard qui donne
lieu à cet article , étoit de la branche des Seigneurs
de Viveros & de Beauvoir , qui a commencé dans
Chriftophe d'Alegre , troifiéme fils d'Yves II . Baron
d'Alegre , Confeiller & Chambellan de Charles
d'Anjou , Roi de Sicile & de Naples.
Marie-Jeanne-Agélique Delpech , fille de M. Delpech
, Receveur Général des Finances , & épouse
de Marie-Jacques , Marquis de Brehant , Brigadier
des Armées du Roi , Colonel du Régiment de Picardie
, mourut à Paris le 19 Avtil , dans la vingtkriéme
année de fon âge, La Maiſon de Bréhant
213 MERCURE DE FRANCE
eft une des plus anciennes de Bretagne , & depois
onze cens elle eft citée dans l'Hiftoire de cette
Province , dont elle étoit regardée dès - lors comme
une des plus diftinguées. Elle porte de gueule à
fept macles d'or , trois , trois & un.
Les perfonnes qui ont connu Mad . de Bréhant
ne trouveront point qu'elle foit trop flattée dans
les vers faits fur la mort de cette Dame , par un
ami de M. le Marquis de Bréhant.
Digne de fentimens & d'eftine & d'amour ,
De toutes les vertus ornée ,
Toujours égale , hélas ! qui la voyoit un jour,
Ainfi la voyoit une année .
N'adorer que Dieu feul , n'aimer que fon époux.
C'étoit le ſeul plaifir dont ſon coeur fût jaloux,
Sa vertu mérita notre plus pur hommage.
Le Ciel inexorable a brifé les autels ,
Qu'à fon rare mérite élevoient les mortels ,"
Et lui donne en fon fein un plus digne partage,
O tendre & malheureux époux !
Toujours de l'Eternel tu refpectas les coups.
Offre- lui ta douleur , ta femme trop parfaite
Pour refter ici bas , Bréhant , n'étoit pas faite ;
Mais malgré les rigueurs de l'inflexible fort
Cette époufe chérie & trop tôt enlevée ,
Dans tous les coeurs eft tellement gravée
Qu'elle y vivra toujours en dépit de la mort .
Par M. du Perron.
AVERTISSEMENT
Q
De M. Remond de Sainte Albine.
Uelques incidens imprévus m'empê
chant de continuer de me charger du
Mercure , je dois , après que j'aurai donné
le premier volume de Juin , remettre le
foin de ce Recueil à M. l'Abbé Raynal , à
qui il faudra s'adreſſer à l'avenir pour co
qui concerne ce Livre.
APPROBATION.
Ai lý , par ordre de Monfeigneur le Chance
lier , le Mercure de France du préfent mois, A
Paris , le 8 Mai 1750 .
MAIGNAN DE SAVIGNY
TABLE .
PIECES FUGITIVEs en Vers & en Profe
Avertiffement fur les deux Piéces fuivantes, 3
Eloge hiftorique de M. de Pouilly ,
Difcours prononcé par M. de Pouilly , Lieutenant
des Habitans de la Ville de Rheims , au renouvellément
des Officiers , le 17 Février 1750 , 9
Les fuites funeltes de l'Amour, Ode , par M. B. 17
Mémoire fur l'achevement du Louvre.
La Difpute finie , ou le Jugement de Minerve
Mlle Dangeville ,
Défente du Chant Grégorien par M. Roulleau
Prêtre , Chanoine de Saint Michel de Beauvai
adreflée à un de ſes amis , contre un Anonyme
Auteur d'un nouveau Livre.
L'Hymen fauvé , ou la reffource imprévue,
Priere à l'Amour.
Vers pour être récités par une petite fille à
parens ,
$2
Réponse à la queftion fur l'origine du nom de
Cardin ,
Queftion fur le mot Mercurien , 89
Idylle à mettre en Mufique. L'Amour & le Priatems
Vers de l'Effai de M. Pope ,
Traduction Latine de ces vers ,
90
92
93
Examen des nouveaux Mémoires d'Hiftoire , & c.
de M. l'Abbé d'Artigny , concernant la Pucelle
d'Orléans , par D. Polluche , de la Société Littéraire
d'Orléans ,
Les deux Amours , Allégorie ,
ibid.
10%
Suite de la Differtation contre les Expériences de
la Chambre noire de M. le Chevalier Newton
, par M. Gautier , Penfionnaire du Roi , 103
Vers de M. Piron à M. l'Abbé Trublet ,
Compliment du P. Fleury au Roi de Pologne ,
121
Duc de Lorraine & de Bar , devant qui ce Jé
fuite a prêché pendant le Catême dernier , 122
Epitre d'un Roffignol à Mad. Haubault , qui a
joué plufieurs fois du Par -deffus de Viole avec
beaucoup d'applaudiffemens au Concert Spirituel
, 127
Lettre à M. Remond de Sainte Albine , fur un
article du nouveau Supplément du Dictionnaire
1
de Morery ,
129
Mots de l'Enigme & des Logogryphes du Mercure
d'Avril ,
Enigme & Logogryphes
Nouvelles Litteraires , des Beaux- Arts , & c .
133
134
138
Prix propofé par l'Académie Royale des Sciences
pour l'année 1752 , 153
Autre propolé par l'Académie Royale de Chirurgie
pour l'année 1751 , 166
Elections faites par la Société Royale de Londres ,
par l'Académie de Berlin , & par celle des Arcades
de Rome ,
Eftampes nouvelles ,
168
169
Lettre de M. de Paffe à M. Remond de Sainte
Albine , pour répondre à une Critique de M. de
la Louptiere ,
Réponse à une Lettre fur l'Ortographe Franço fe ,
inférée dans le Mercure d'Avril dernier , page
205 ,
171
172
Réponse de M. N. Deftouches à M. Tanevot ,
174
175
Envoi des OEuvres de M. Roy à M. l'Archevêque
de Cologne ,
Remercîment à ce Prince par le même Auteur , à
qui il avoit envoyé fon Portrait en miniature
dans une boëte magnifique ,
176
Compliment fait à la clôture du Théatre Italien
le Samedi 14 Mars 1750 , 177
Chanfon au fujet de la conjonction du Soleil
avec Vénus , au mois de Mars 1750 , & c.
Spectacles ,
Concerts de la Cour ,
Nouvelles Etrangeres. De Conftantinople ,
"De Pétersbourg ,
De Coppenhague. ,
Aliemagne. De Vienne ,
186
187
189
190
1.91
192
193
De Drefde ;
Efpagne. De Madrid ,
Italie. De Naples ,
De Rome ,
De Génes ,
Grande Bretagne . De Londres ,
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c .
Naillance , Mariages & Morts ,
La Planche doit regarder la page
La Chanfon notée , la page
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
39
186
(
MERCURE
DE FRANCE ».
SEDIE
AU
ROI.
JUIN
.
1750.
PREMIER VOLUME.
LIGIT
UT
SPARGAT
Chez
A PARIS ,
ANDRE' CAILLEAU , rue Saint
Jacques , à S André.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ,
à la defcente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais .
JACQUES BARROIS , Quai
des Auguftins , à la ville de Nevers.
M. D C C. L.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
AVIS.
L'ADRESSE
'ADRESSE générale du Mercure ef
ruë des Mauvais Garçons , fauxbourg Saint
Germain , à l'Hôtel de Mâcon. Nous prions
très - inftamment ceux qui nous adrefferent
dès Paquets par la Pofte , d'en affranchir let
Port , pour nous épargner le déplaifir de les
rebuter, & à eux, celui de ne pas voir paroire
leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , &plus promptement,
n'auront qu'à écrire à l'a treffe ci-deſſus
indiquée ; on fe conformera très- exa& ement à
leurs intentions.
Ainfi ilfaudra mettrefur les adreffes à M.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France , rue des Mauvais Garçons , pour
remettre aux Auteurs du Mercure.
2 .
PRIX XXX . SOLS .
IS
MERCURE
DE FRANCE ,
1 1
ÉDIÉ
AU ROI.
1750.
JUIN.
IECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
LA RELIGION.
ODE.
AM.V**. Profeffeur d' Hiftoire & de Belles
Lettres , à Genève .
D
Ieu parle ; à fon gré tout s'arrange.
Du fein d'un ténébreux mélange
Sortent les divers élemens.
I marque aux Aftres leur carriere.
Le Soleil répand fa lumiere ,
Et fon cours mefure le tems.
1. Vol. A
4 MERCURE DE FRANCE;
Formé par la même Puiffance ,
L'homme vivant dans l'innocence ,
Image de fon Créateur ,
Tant qu'il eut pour guide fidéle
La fimple équité naturelle ,
Couloit des jours pleins de douceur.
+XX.
Dans ce tems regnoit la fageffe.
De l'eftime , de la tendreffe ,
L'égalité ferroit les noeuds .
Le vice n'eût ofé paroître ;
L'homme ne connoifloit pour Maître
Que Dieu , qui le rendoit heureux.
*3X+
Sans foins , fans travail , fans culture ,
Il ne devoit qu'à la Nature
Et fes tréfors , & les plaifirs ;
La terre ouvroit fon fein fertile ;
Soudain l'agréable & l'utile
Prévenoient d'innocens defirs.
Mais qu'entends - je ? La foudre gronde ;
L'air s'obscurcit , & ce bas monde
Ne jouit plus d'un Ciel ferein :
La Paix s'envole de la terre.
Mortels ! Le Maître du tonnerre
le glaive à la main.
Se montre,
JU IN. 1750:
ZA
D'où vient ce revers déplorable ?
las ! l'homme vain & coupable ,
devoir rompant le lien ,
mbraffe plus que des chimères ,
i pour des biens imaginaires
font perdre le feul vrai bien .
++
Déja la raiſon l'abandonne ;
aveugle orgueil l'empoiſonne
net de cent illufions ,
une extrême perfidie ,
abliant l'Auteur de fa vie ;
ne fert que fes paffions.
*XXX
Le crime , aidé de l'impoſture ;
Eduit l'homme ingrat & parjure ,
l'erreur triomphe en tous lieux.
e plus fublime efprit s'égare ;
e Romain , le Grec , le Barbare ;
léchit fous ce joug odieux.
Quel reméde à ce mal extrême ?
Du Ciel la clémence fuprême
D'an Peuple faint va faire choix .
Par combien de facrés oracles ,
De bienfaits , d'éclatans miracles ;
Aui fait-il entendre ſa voix ! -
A iij
MERCURE DE FRANCE
JU
Quand il fouffre une foifardente ,
D'un rocher une eau jaillifante
Sort d'abord pour le foulager;
Une nourriture céleste
Tombe à fes pieds ; & manifefte
Le Dieu , qui veut le protéger.
Ifraël voit les mers profondes
S'ouvrir , & partager leurs ondes ,
Pour faire un paffage nouveau :
Sur Sina , brillant de lumiere ,
D'une loi fainte & falutaire
Il reçoit le divin flambeau.
Lorsqu'à Dieu ce peuple eft docile ,
Il poffède un pays fertile ,
Et rien ne trouble fon bonheur ,
Mais lorsqu'il devient infidéle ,
D'une fervitude cruelle
Il fent toute la pefanteur.
XXX
Quel plus grand objet ſe préſente !
Je vois une étoile brillante
Du Meffie annoncer le jour :
Le Ciel à nos voeux eft propice ;
Il détruit l'erreur & le vice ,
Et montre aux mortels fon amour.
JUIN. 1750
A fa naiſſance , que de gloire !
es Mages , chantant ſa victoire ,
Sennent aux pieds de fon berceau :
fa voix les vents obéiſſent ,
es fourds , les aveugles guériffent ,
t les morts fortent du tombeau.
***
Ce qu'il enfeigne , il le pratique ;
On le voit tendre , pacifique ,
de fainteté revêtu :
ja morale pure & fublime
Donne autant d'horreur pour le crime ,
Que d'eftime pour la vertu .
+3x+
Lui feul a mis en évidence
Le noeud d'une fajnte alliance ,
Et l'heureuſe immortalité :
Oui ! fon origine eſt céleſte ,
Et toute la nature atteſte
Sa grandeur & fa dignité .
+3
En vain le démon dans fa rage,
Mettant les tourmens en uſage ,
De la foi combat les progrès :
Elle triomphe , & ces obftacles
Détruits par d'éclatans miracles ,
N'en font qu'augmenter le fuccès.
A Mij
MERCURE DE FRANCE.
Tel on voit des nuagesfombres
Le Soleil , diffiant les ombres ,
Répandre par tout la clarté ;
Dès que le Chriſt vient à paroître ,
L'idole tombe , & d'un ſeul Maître
On adore la majefté.
Les faints oracles s'accompliffent ;
Tous nos doutes s'évanouiffent ;
La vérité brille à nos yeux :
Jefus meurt dans l'ignominie ,
Mais fa mort , nous donnant la vie ,
Nous ouvre la route des Cieux .
Déja , du Couchant à l'Aurore,
Le Chrétien reconnoît , implore
Le Dieu qui nous a racheté :
Refpectons les loix fouveraines ,
Et du vice brifant les chaînes ,
Courons à la félicité.
*3*
Toi , dont la piété fincére
Nous perfuade & nous éclaire ,
C'est toi qui m'inſpires ces vers
Je connois ton efprit fublime ,
Et je voudrois de mon eftime
Rendre témoin tout l'Univers.
JUIN.
9 1750.
De mon coeur tu calmes les peines :
Tu diffipes les ombres vaines
- De l'erreur qui m'avoit féduit.
Que tu fçais être vif & tendre !
Quand tu parles , je crois entendre
La vérité qui nous inftruit.
Geneve , J. B. Tollot.
粥粥淡淡淡洗洗洗洗洗:洗洗洗洗洗洗
ESSAI
Sur cetre queftion , propofée par l'Académie
de Pau , pour l'année 1750. Les
Talens fans étude peuvent- ils produire du
beau ?
P
Our bien difcuter une queftion , on
doir commencer par en développer
les termes , furtout quand ils font fufceptibles
de divers fens . Le mot de talens
celui de beau , font de ce nombre : examinons
d'abord avec quelque précifion ce
qu'ils fignifient.
Le talent eft une heureufe difpofition ,
qui nous rend propres à exercer avec
fuccès un Art , ou à cultiver une Science.
C'eft lui qui nous donne cette pénétration
, cette induftrie naturelle , par lefquelles
nous fommes capables de certaines >
A.y
to MERCURE DEFRANCE.
que
chofes , fans prefque avoir befoin da fe
cours des régles & des leçons. C'e ain
le fameux Pafcal étoit parvenu pa
lui- même à la 32. propofition d'Eucli
de , à ce que dit fon Hiftorien : c'eft ain
encore que le célébre la Fontaine compo
foit des Fables , avant que d'avoir étudié
les préceptes de l'Art poëtique ; auffi Ma
dame de la Sabliere l'appelloit - elle un
Fablier , difant qu'il produifoit des Fables,
comme un pommier produit des pommes
Un de mes amis , qui a un talent fingulier
pour les Méchaniques , mais point d'éru
de , a fait une machine très- ingénieufe
pour lancer de groffes pierres & des feux.
d'artifice dans un grand éloignements
elle eft d'un ufage plus aifé & plus commode
que ces Catapultes , dont Vitrave
fait la defcription , & que certainement le
Génevois ne connoitfoit point. Mais il
peut naître des mêmes talens des productions
à peu près femblables...
Il me femble que le génie a quelque
chofe de plus grand que le talent , & qu'il
eft plus général. Si j'ofois apprécier le mé
rite de deux illuftres Philofophes , je dirois
que Newton avoit un talent fupérieur pour
les obfervations & pour l'Art des calculs ,
mais que Defcartes avoit un génie plus
grand & plus vafte.
JUI N. 1750. 11
L'efprit doit plus à l'étude que le talent
& que le génie , quoiqu'il n'en foit pas
féparé. Flechier avoit peut - être plus d'ef
prit que Boffuet , mais celui- ci avoit plus
de génie. Monfeigneur le Dauphin , pere
da Monarque qui occupe aujourd'hui fi
glorieufement le Trône de la France , &
qui fait la félicité de fes Sujets , difoit
que Corneille avoit plus de génie que Rane
, mais que celui-ci avoit plus d'efprit
& de goût. Le génie a peut- être quelque
chofe de plus noble que l'efprit ; celui-ci
au contraire a quelque chofe de plus vif,
de plus gracieux & de plus délicat. Leur
diverfité lie les hommes , perfectionne les
Arts , fait la beauté, & l'harmonie de la
focieté ; auffi la Providence a - t'elle foin
d'en former de differentes efpéces. Pluhieurs
avortent & fe perdent , faute de
culture : ceux qui ont le bonheur de tomber
en de bons terrains , & de trouver des
circonftances favorables , fe développent
avec fuccès , & produifent des fruits excellens.
Qu'est- ce à préfent que le beau ? Le
bean idéal n'eft peut être autre choſe que
le vrai ; dans ce fens , ce feroit la conformité
de nos idées avec ce qui eft . Le beau
moral neft pac different de la vertu ; c'eft
la conformité de nos penfées & de nos ac
A vj.
MERCURE DE FRANCE.
ef
tions , avec les régles que Dieu nous a pref
crites , mais ce beau n'eft pas celui que nous
cherchons. Il s'agit d'un beau qui entre
dans les productions de l'efprit , qui caule
une forte de furprife & d'admiration . La
vérité en doit faire l'effence , mais cette
qualité n'eft pas fuffifante , lorfqu'elle ek
unique. Rien de plus vrai que cette pro
pofition , deux & deux font quatre ; cependant
elle n'a certainement rien de beau,
non plus que celle- ci , qui eft malheureu
fement trop vraie , la mort n'épargne perfonne.
Ce qui eft commun eft infipide , &
ne caufe aucun étonnement , mais voulez
vous rendre cette derniere propofition
belle & intéreffante ? dites comme Malberbe
Le pauvre en--fa cabane , où-le chaume le couvre,
Eft fujet à fes loix ,
Et la Garde qui veille aux barrieres du Louvre,
N'en défend pas les Rois.
Cette efpéce de beauté ne doit pas tou
jours fa naiffance à la penfée ; elle fort
quelquefois de l'expreffion , qui a quelque
chofe de noble & de fingulier, qui fixe l'attention
, & l'oblige en quelque forte den
confidérer le tour & les images. Les grandes
figures produisent le beat , pourvû
JUIN. 1750. 13
qu'elles foient afforties aux objets qu'elles
repréfentent , & qu'elles les peignent fidélement.
Car rien ne feroit plus petit &
plus ridicule , que de fe fervir de termes
pompeux , de grands mots , pour exprimer
quelque chofe de mince & de vulgaire.
Comme rien n'eft au- deffus de la Divinité
, tien auffi n'eft plus majeftueux , ni
plus fublime que la peinture que Racine
fait de l'Etre fuprême.
Ce Dieu , maître abfolu de la terre & des Cieux ,
N'eft point tel que l'erreur le figure à nos yeux.
L'Eternel eft fon nom ; le monde elt fon ouvrage ;
Il entend les foupirs de l'humble qu'on outrage ;
Juge tous les mortels avec d'égales loix ,
Et du haut de fon Trône interroge les Rois.
Au feul fon de fa voix la mer fuit , le Ciel tremble ;.
Il voitcomme un néant tout l'Univers enfemble ,
Et les foibles mortels , vains jouets du trépas ,
Sont tous devant les yeux , comme s'ils n'étoient.
pas.
Quelle force de poëfie , quelle harmonie
, quelles figures nobles & hardies !
La Religion eft une fource intariffable:
de beau , parce qu'elle produit une infinité
d'idées nobles & fublimes . Dien dit que la
lumiere foit , la lumiere fut. L'expreffion
fimple & naturelle , il eft vrai ; mais ,
14 MERCURE DE FRANCE.
pourroit- on exprimer avec plus de dignite
la puiffance infinie du Créateur ? Comme
le Soleil eft le plus beau de tous les objets
matériels que nous connoiffions , parce
qu'il eft parfaitement lumineux , qu'ils
éclaire & qu'il embellit toute la nature.
de même l'Être tout parfait , qui eft l'Auteur
de la Religion , répand fur elle unez ,
excellence & une beauté qui charme &
qui ravit l'efprit , lorfqu'il confidére avec
attention les vérités importantes qu'elle
renferme. Mais cette efpéce de beau n'cft
pas fait uniquement pour plaire à l'efprit ,
il doit toucher le coeur , & faire fur lui une
impreffion vive & durable.
Après avoir vu que le beau ne confifte
pas uniquement dans le vrai , comme le dit
Defpreaux.
Rien n'eft plus beau que le vrai , le vrai ſeul eft
aimable.
: Examinons s'il fe trouve dans la variété
jointe à l'unité , comme le penfe M. de Crouzas.
Un bâtiment bien ordonné , & compofé
de diverfes parties , mais afforties
les unes aux autres , forme un tour régulier
, & l'on y trouve en même tems l'umité
& la variété. Un tel édifice plaît aux
yeux & marque le bon goût de l'Archirecte
, mais s'il eft petit & borné , ou s'il
1
.
JUIN $750.
IS
Feft pas orné à proportion de fon étendue ,
n ne fçauroit dire qu'il foit beau. Le beau
uppofe quelque chofe de grand , de maeftueux
, dont toutes les parties bien proportionnées
forment une jufte fymmétrie.
-On ne veut pas que les ornemens foient
prodigués ; cela fent trop le colifichet ou
le gothique , mais on fouhaite que les matériaux
les plus néceffaires fervent à embellir
le bâtiment , & le préfentent avec élégance.
&
Il eſt fi vrai que la grandeur entre dans
le caractére de la beauté , qu'on ne fçau-
Foir dire qu'une perfonne de petite taille ,
quelque grace qu'elle ait d'ailleurs ,
quelque bien proportionnée qu'elle foir ,
foit proprement belle . Je fçais bien qu'un
amant trouve toujours beau ce qu'il aime
& que l'amour peut prêter des charmes à
la laideur même , mais un Philofophe ne
voit pas par les yeux de l'amour : je ne fçais
même l'on peut dire qu'il y ait véritablement
de la beauté dans un Madrigal ,
dans une Chanfon , dans une Epigramme ;
ces piéces ont fi
d'étendue , que que la
beauté manque de place , & femble refufer
d'y entrer. Ce qui fait leur prix , c'eft la
delicateffe ou le fel de la pentée , la fineffe
ou la naïveté de l'expreffion,
peu
Mais peut- être le beau naîtra de la clarté
16 MERCUREDE FRANCE.
de la penfée & de la netteté de l'expref
fon ; j'en doute , du moins fi elles ne font
pas accompagnées de quelques autres qua
lités plus effentielles à la beauté. La Géométrie
a fes axiomes , qui font d'une parfaite
évidence ; l'Algébre calcule , & fes
opérations n'ont rien d'obfcur ; la Phyfique
démontre quelquefois , mais de tout
cela il ne réfulte aucune autre beauté
qu'une beauté féche & décharnée . Plus j'y
penfe , plus je fuis convaincu que fi la vé
fité vouloit paroître fur la terre, & s'y faire
des partifans , elle joindroit à cet air ma
jestueux qu'elle a naturellement , les attraits
les plus propres à attirer & à fixer
l'attention , & même ces graces vives &
touchantes , qui produifent une admiration
fubite & durable. Il faut flatter l'imagina
tion pour aller au coeur ; la féduction eft
bien permife , quand elle fe fait au profit
de la vérité.
Après avoir défini , le mieux qu'il m'a
été poffible , ce que c'est que le talent , &
ce que c'est que le beau , il me reste à entrer
dans l'examen même de la queftion ;
mais ce que je viens de dire , en avancera
beaucoup la folution ;
On ne doit pas douter que l'étude ne
puiffe perfectionner ce que le talent a
ébauché , mais elle le gâte auffi quelque
དྲུ
I
JUIN. 1750. 17
fois , en voulant trop le finir. Il y a certains
ouvrages'où il ne faut pas que l'Art paroif
fe ; ils font d'autant plus beaux , qu'ils imitent
mieux la Nature . La main de l'ouvrier
s'y fait trop fentir , & femble flétrir
cette fleur légere & délicate qui en fait le
prix. Le talent , fecondé d'une main habile
, & conduit par de bons yeux , fçait
créer , faifir & fe rendre propres les principes
des Arts , & mettre en exécution ce
qu'ils ont de plus ingénieux . L'induftrie
fupplée prefque aux lumieres qui nous
manquent. On eft furpris de voir dans le
pays des Sauvages des maffes énormes
élevées à une très-grande hauteur , fans
l'ufage de nos machines , qu'ils ne connoifloient
point. La méchanique des anciens
étoit fort imparfaite &fort défectueufe
, fi on la compare à celle des modernes ;
cependant quelle magnificence & quelle
beauté dans les Pyramides des Egyptiens
& dans quelques Edifices des anciens Romains
!
Ce qu'ils ont fait fans beaucoup d'étude,
ne pourrions- nous pas le faire encore aujourd'hui
Je demande , où les anciens
ont- ils puifé ce beau qui brille & dans leurs
Ouvrages & dans quelques uns de leurs
Ecrits ? La même fource qui leur a été ouverte
, eft- elle tarie , ou feroit- elle fermée
18 MERCURE DE FRANCE.
aux modernes ? La Nature feroit-elle devenue
avare de fes dons ?
Pour nos aînés mere idolatre ,
N'eft-elle plus que la marâtre
Du refte groffier des humains ?
La Motte.
Ce n'eft pas l'étude des Régles qui a
fait les Homeres & les Virgiles. La bonne,
La fuprême , la divine Poëfie , dit Montagne ,
eft au- deffus des régles & de la raiſon ; elle
brille comme la fplendeur d'un éclair ; elle ne
provoque pas notre jugement , elle le ravit ✪
l'enchante. Ce n'eft pas non - plus à l'étude
froide & fatigante des préceptes , que l'on
doit les Démosthènes , les Cicérons , les Baſ.
fuets. On peut les entendre & les enfeigner
, & n'être cependant qu'un Ecrivain
médiocre & infipide. Le fçavant & infatigable
Abbé de Marolles fçavoit les régles ,
mais quelle fadeur dans les traductions !
Il rend plattement & groffierement ce que
fon original dit finement & avec délicateffe
. Je fais bon gré à l'Abbé d'Aubignac,
difoit le Grand Condé , d'avoir donné de
bonnes régles fur la Tragédie , mais je fcais
mauvais gré aux régles d'avoirfait faire unefi
méchante Tragédie à l'Abbé d'Aubignac. Il
y a prefque toujours affez loin de la théoJUI
N. 1750. 19
tie à l'exécution. Il est bien plus aifé d'ap
percevoir ce qu'il faut faire , que de le pratiquer.
Les régles ont d'ailleurs ceci de défavantageux
, c'eft qu'elles fement fouvent en
des terrains très ingrats , au lieu que les talens
ne manquent point de porter des fruits ,
à la vérité , plus ou moins bons , plus ou
moins abondans. Nous portons en nous - mêmes
,difoit Antoine Arnaud , une femence
divine ; fi elle eft cultivée par une bonne main,
elle produit des fruits dignes de fon origine
mais -fi elle tombe en de mauvaises mains , nous
ne fommes plus qu'une terre marécageuse &
férile qui étouffe ce germe divin.
Un autre défaut de l'étude , c'eſt qu'elle
a pour objet toutes les fciences ; or toutes
les fciences ne font pas également propres
à porter des fruits. Que ne pourroiton
pas dire de l'étude laborieuſe, fcholaftique
& vétilleufe des Langues ? Elles rempliffent
la mémoire , mais le coeur & l'efprit
demeurent vuides & defléchés . Les
Nations les plus fages & les plus éclairées ,
dit un excellent Journaliſte , fe font longtems
paffées de Logique , auffi- bien que de
Grammaire & de Réthorique. Saint Auguſ
tin faifoit très- peu de cas de la Logique.
Nos connoiffances , dit un Ecrivain trèsjudicieux
, font rarement utiles , fouvent incertaines
, prefque toujours trop achetées par
20 MERCURE DEFRANCE:
une étude longue & pénible. Et combien de
gens allez fots pour s'enorgueillir de ces
1çavantes bagatelles !
Après avoir étudié long- tems & avec
attention les diverfes opinions des Sçavans
, on ne fçait à quoi s'en tenir ; les
idées fe brouillent & fe confondent. On
eft obligé de revenir fur fes pas , ou l'on
tombe dans un pyrrhoniſme affreux , qui
nous rend la vérité ou méconnoiffable ou
indifferente. C'eſt l'état où s'eft trouvé le
célébre Bayle , après avoir lû tout ce qu'on
peut lire , & retenu tout ce qu'on peut
retenir. Enfin une étude trop longue &
trop appliquée altére la fanté, ufe les organes
, & affoiblit l'efprit ; c'est ce qui arriva
à Pafcal , ce beau génie.
Me pardonnera-t'on d'avoir dit tant de
mal de l'étude ? Je conviens cependant
qu'elle est néceffaire , qu'elle peut perfec
tionner les talens & produire du bean ,
pourvû qu'elle foit bien conduite & bien
dirigée. Mais pour fe faire mieux goûter ,
je lui confeille de fe cacher adroitement
fous le génie & fous les talens ; on croira
alors n'admirer que les graces de la Nature
, & on admirera les merveilles de
P'Art.
Geneve. 7. B. Tellot.
JUI N. 1750 LF
絲洗潔洗洗洗洗澡:洗洗洗洗洗洗選落
LETTRE APOLOGETIQUE
De M. de la Soriniere , à M. l'Abbé d'Artigny
, fur ce que cet Abbé vient de publier
des Amours de Bayle & de Mad.
Jurieu , dans les nouveaux Mémoires
d'Hiftoire , de Critique & de Littérature
, & c .
Onfieur , les nouveaux Mémoires
d'Hiftoire , de Critique & de Littérature
, quevous venez de donner au Public ,
feront inconteftablement mis dans le nombre
des Livres les plus inftructifs & les plus
amufans.
Je les ai lûs avec une fatisfaction que je
ne fçaurois trop vous exprimer. J'aime
beaucoup à voir paffer l'érudition dans les
mains d'un homme du monde , qui joint à
la politeffe de l'expreffion un certain tour
aifé de penfées , qui prend toujours agréablement
fur l'efprit, en intéreffant le coeur.
Un Pédant peut nous inftruire , mais il
nous plaît rarement. Toujours guindé ,
fans effor & fans facilité , il n'atteint guéres
ce que demande l'élegant Horace , qui
tout enfemble Poëte Philofophe & Courtilan
, dit avec les graces ordinaires :
22 MERCURE DE FRANCE,
Omne tulit punctum , qui mifcuit ntile dulci ,
Lectorem delectando , pariterque monendo.
Je ne fçais s'il ne parloit point de votre
Livre.
Croiriez vous , M. qu'après des éloges
fi juftement mérités , je dûffe vous faire un
procès fur ce que vous avez fi comp ! ifamment
publié des Amours de Bayle &
de Mad . Jurieu ? Je ne fçaurois vous patter
ce trait- là , & il faut que vous ayez la
courtoisie de me pardonner la perite fortie
que je vais faire fur vous , pour les défendre.
Je fuis fâché , M. de vous voir attaquer
la réputation de deux perfonnages célébres
, auxquels juſqu'à préſent on n'avoit
rien reproché dans ce goût-là. Le commerce
d'efprit , quand il exigeroit des affiduités
& des entrevûes auffi fréquentes que
l'amour , devroit avoir quelque privilége ,
fur-tout lorfque les yeux les plus clairvoyans
n'y peuvent rien démêler qui ait le
moindre rapport à celui des fens .
Bayle n'étoit guéres fait pour l'amour.
Avec plus d'une couche du mauvais vernis
de l'Ecole , dont on peut dire qu'il n'étoit
jamais forti , il eût eu peine à jouer le rôle
de galant auprès d'une femme d'efprit, qui
n'auroit pas manqué de tourner fes tenJUI
N. 1750. 23
es fyllogifmes en ridicule , s'il eût voulu
monftrauvement lui prouver fon amour
ec toutes les forces de fa dialectique.
ailleurs on a toujours refpecté la conaire
de Mad. Jurieu , & il feroit à fouiter
qu'on n'eût pas eu plus de reproies
à lui faire du côté de l'héréfie.
Convenez de bonne foi , Monfieur , que
eft une opinion fort nouvelle que celle
ue vous accréditez aujourd'hui fur le
ompte de deux perfonnes , dont les moeurs
avoient jamais été fufpectées . J'ai regret
ue ce foit par vous qu'elle s'introduife
ans le monde ; elle ne manquera pas de
aire fortune avec les graces dont vous
avez parée, Aux trois quarts- & - demi des
gens il ne faut que de legéres probabilités
our établir des certitudes .
Ce n'eft pas , Monfieur , que je prétende
épargner à M. Jurieu certaines difgraces
, dont les titres de Docteur & de
Miniftre n'exemptent pas ; ce n'eft pas non
plus que , le regardant comme Prophéte ; *
je penfe qu'il eut dû prévoir & prévenir
uncoup fi fatal à fon honneur , mais enfin ,
c'eft que je ne vois rien qui tende le moins
du monde à prouver que celui- ci fût ce
que vous inferez qu'il étoit , d'après M. de
Beringhen.
* Voyez l'Histoire du Miniftre Jurien,
24 MERCURE DE FRANCE.
Bayle avec tout l'efprit imaginable , &
la plus vafte érudition que mortel pût ja
mais acquerir , devoit être un homme fort
gauche dans le monde poli ; ce n'étoit pas
fon élément , & je crois qu'il fe démêloit
fort mal d'avec les femmes , qui en font inconteſtablement
la meilleure & la plus aimable
partie. Il eft fubtil dans tout ce qu'il
dit , & dans tout ce qu'il écrit , j'en conviens
, mais il lui manquera toujours un
certain tour galant , un certain fond d'urbanité
, qui ne fe puife pas dans le Pays des
fillogifines , & quelque délicates que
foient les Lettres qu'il eut l'honneur d'écrire
à la Reine de Suéde , qui lui intentoit
peut être un mauvais procès * , on n'y
remarquera point ces touches gracieuſes ,
cette dignité , ce ton , ce vernis d'homme
de Cour, que Buffi Rabutin n'eût pas manqué
d'y répandre. Dans les Lettres du Philofophe
, il y a du Sophifme ; le Courtisan
n'y eût fait parler que la Nature & les
graces.
Hélas ! Monfieur , jufqu'à ce jour on
avoit conftamment regardé Bayle comme
irréprochable en fes moeurs : il y a même
eu des gens qui ont pouffé la bonne opinion
qu'ils avoient de lui , jufqu'à fe per-
* Voyez la vie de ce Sçavant , par M, des Mai
zeaux .
fuader
#
JUIN. 1750. 25
fuader qu'il avoit confervé fa premiere
innocence , à certains égards , & vous l'en
dégradez d'un feul mot .
Elevé dans les cris de l'école , férieufement
occupé des Sciences les plus épineufes
dès fa plus tendre jeuneffe , relegué par
état au fond d'un Cabinet dont il ne fortoit
guéres ; fi ce fçavant acquit de grandes
connoiffances du côté de l'efprit il n'y
contracta vraisemblablement pas les bonnes
graces du corps , qui font ordinairement
des Lettres de Change pour un homme
qui veut faire le galant : & je crois en
avoir affez dit , pour prouver qu'il ne l'éroit
pas.
Quant au reproche qu'on lui fait d'avoir
répandu quelques obfcénités dans fon Dictionnaire
Hiftorique & Critique , je l'abandonne
: & il eft certain qu'il y en a
qui feroient pour le moins foupçonner
qu'il n'avoit pas l'imagination fort pure ,
pour le fond des chofes il étoit auffi innocent
qu'on a de raifons de le croire ;
mais cela prenoit-il fur le coeur ?
fi
Hiftorien trop fidéle , Compilateur trop
exact , il copioit fouvent mot pour mot ce
qu'il auroit dû mettre à l'écart , ou c - ou
vrir d'un voile , & c'eft juftement ce qui
prouve qu'il n'étoit ni poli , ni galant ,
mais qu'il étoit trop naif. Eh ! plût à Dieu
1. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
qu'on le pût aufli facilement juftifier fur fa
foi !
Au furplus , Monfieur quand vous
auriez des preuves inconteſtables
que le
commerce de Bayle & de Madame juricu
n'étoit pas innocent , pourquoi vous plairiez-
vous à leur enlever une gloire dont
ils auroient pailiblement joui peut-être
jufqu'à la confommation des fiécles ?
Je ne crois pas qu'on doive être fort
obligé à des recherches cruellement cu
rieufes , qui mettent en évidence les fuibletfes
des hommes célébres , quand leur
fiécle ne leur a rien reproché. J'ai lu une
longue & fçavante Differtation dans des
Mémoires très eftimés , où l'Auteur s'efforce
de démontrer par tous les traits qu'il
peut ramaffer dans l'antiquité , & par tous
les fecours que lui peut fournir la fagacité
de l'efprit humain ( dix-huit cens ans après
les événemens ) que Ciceron vivoit familierement
avec Tullie. Eft- ce pour nous
prouver que les plus grands hommes ont
fait des fottifes ? Nous en euffions bien été
perfuadés fans ce trait- là , qui nous fcandalife
; & nous ne fentons pas un grand plaifir
à le voir mettre fur le compte d'un des
plus honnêtes- hommes de la République
Romaine.
On ne ſçauroit avoir la main trop leJUIN.
-1750. · 27
tre , quand il s'agit de l'honneur des
ames : & nous devons tous nous piquer
la plus fine Chevalerie à cet égard . Je
is perfuadé qu'il n'y a perfonne qui ne
ive lire avec une fatisfaction infinie les
Suvelles & brillantes apologies , que
elques doctes & zélés Champions ont
mpofées depuis peu de la conduire de
Impératrice Fauftine , femme du meilleur
du plus fage de tous les Empereurs Rolains.
En effet , quoi de plus douloureux que
evoir ce Maître du monde partager avec
plus vil de fes Sujets * un coeur qui lui
ppartenoit par des titres fi facrés , & le
lus illuftre d'entre les Stoïques , cité à des
ribunaux injuftes & fans autorité , où la
erta d'une des plus grandes Princeffes de
terre étoit fi cruellement outragée !
*
L'Empire & la Philofophie ne pouoient
mettre la réputation de Marc - Auéle
à couvert de certains coups ; on conient
de cette vérité , mais quand on abanlonnera
toutes les apparences qui ne prouent
rien au fond , pour ne s'attacher qu'à
les réalités , on trouvera dans la conduite
le Fauftine , éclairée de près , de quoi la
aftifier des plus horribles accufations ,
* Un Gladiateur.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE
auxquelles elle a été en proye penda
feize cens ans , & l'on fe perfuadera plu
que jamais , qu'en tout ce qui s'appelle
matieres de galanteries , on doit toujour
fe précautionner d'un efprit de feeptici
me , qui réduife les faits , les plus lamineu
en apparence , à des problêmes dont
folution n'appartient pas à l'efprit h
main.
LACE
Un air tranchant , un air trop décifif
ne font pas compétens dans ces matieres
je le répète , & fans pouffer la charité adre
delà de fes bornes , je fuis plus que cons
vaincu qu'on peut appeller d'office des tro
quarts.& demi des arrêts , que la maligni
du coeur de l'homme ſemble avoir homo
logués.
Enfin , Monfieur , pour conclure ,
dans le dernier fiécle un Sçavant du premier
ordre a ofé prendre la défenfe des grands
hommes accufés de magie , pourquoi ne
me feroit- il pas permis dans celui - ci de faire
l'apologie de ceux qui ont été accufés fa
les moeurs ? Je finis , en vous allûrant de la
fincere & refpectueufe eftime avec laquelle
j'ai l'honneur d'être , &c.
Soriniere.
A la Soriniere , le premier Décembre 1749-
* Gabriel Naudé.
JUIN. 1750. 29
La Chaffenfe imprudente .
Ris , pour les forêts négligeant les troupeaux ,
Laittoit au point du jour nos paifibles hameaux.
ans crainte du péril , l'imprudente bergese
lux habitans de l'air alloit faire la guerre.
Ces doux amuſemens faifoient tous les plaifirs ;
Elle ignoroit encor l'ufage des foupirs.
Belle , dans fon printems , fans amour , fans teadreffe
,
Elle fuivoit les loix d'une auftére fageffe ,
Lorfqu'un jour pour la chaffe une nouvelle ardeur
L'entraîna dans un bois funeſte à ſon bonheur.
Elle tend fes filets , & prépare fes piéges ,
Pais va tranquillement fe cacher fous des liéges.
Son malheur la conduit près du Dieu de Paphos,
Qui fur un lit de fleurs fe livroit au repos.
Tout à coup il fe leve , & d'une main légére
Prend fon carquois , fes traits , & bleffe la bergére....
Téméraire, dit- il , éprouve mon courroux ;
Tu vas haïr la chaffe , & n'aimer que mes coups.
A ces mots , elle fuit , interdite , éperdue ,
Elle quitte les bois , fe dérobe à fa vue ,
Elle laiffe en fuyant , les lacets , maint oiſeau ,
Et fans reprendre haleine elle court au hameau.. ]
Biij
30 MERCURE DE FRANCE. JU
Ah dit- elle , mon chien , mon troupeau , mendant
-houlette !
Que j'aille me cacher dedans quelque retraite
Mon trouble paroîtroit , évitons ces dangers ,
Et fayons avec foin l'amour & les bergers...
A peine elle finit un fi fage langage ,
Que d'un pas chancelant elle fort du Village.
Elle s'arrête enfin fous des rochers déferts ,
Et c'étoit-là qu'amour lui préparoit des fers…..
Un berger vif , bien fait , un berger fait pour
plaire ,
Suivi des ris , des jeux , approche la bergére...
O Ciel , s'écria t'il , eh ! par quel heureux fort ,
Vous vois - je à ce moment , bergere , fur ce bord ▸
L'amour n'habite point dans un lieu fi fauvage ;
Que dis-je en vous voyant je vais lui rendre
hommage.
Je vois briller fes feux , vous l'avez dans vos
yeux ;
Ce Dieu vous fuit par tout , jufques dedans ces
lieux .
Ils ont pris dans l'inftant une face nouvelle ;
Ces rochers font plus beaux , cette mouffe plus
c.belle ;
Mille petits oiſeaux , animés par l'amour ,
S'empreifent à chanter leurs feux dans ce féjour,
Et mon coeur en fecret pour vous feule foupire :
Recevez cette ardeur , qui me force à le dire ; -
1-4
JUIN. 1750. 31
Du plus tendre berger écoutez les foupirs ;
Donnez-moi votre coeur , & comblez mes defirs...
Jour fatal ! dit Iris , témoin de ma foibleffe !
Faut-il que je me rende au charme qui me preffe ?
L'amour dedans ce bois m'a lancé mille traits.
Envain dedans ces lieux je viens chercher la paix.
Un berger fe préfente , & par un doux langage ,
Il me donne fon coeur , il m'en fait un hommage.
Dans le trouble où je fuis , je ne fçais fi le mien
Pourroit fe bien défendre , & je crains tout du
fien......
Fayons un tel danger , rentrons dans le Village ,
Rendons à mes troupeaux une bergère fage .
Par A. F. étudiant en Médecine à Toulone.
Du Port Sainte Marie , le 3 Janvier 1750 .
PENSE'ES DETACHE'E S.
'Amour de la gloire chez les hommes
naît prefque toujours avec les talens
propres à l'acquérir. C'eft fans doute une
attention bien louable de la Nature , que
les génies médiocres n'en foient point
échauffés , puifqu'ils ne feroient rien que
de ridicule , malgré la nobleffe de ce prin
cipe.
B iiij
32 MERCURE DEFRANCE:
On ne peut efperer de plaire véritablement
à une partie des hommes , qu'on ne
doive fouhaiter par la même raifon de dé
plaire fouverainement aux autres .
Une grande réputation eſt à charge ; une
médiocre l'eft encore plus. Celle-ci vaut
cent fois moins que l'obscurité .
La plupart des hommes ne jugent pas
affez d'eux par comparaison.
Il y en a beaucoup que le repos étourdie
plus que l'action.
Après les penfées juftes , rien ne vaut
mieux que les penfées hardies.
Ceux qui ont de grandes paffions , font
fouvent les plus honnêtes gens hors de ces
paffions.
Le revers de la gloire eft l'intérêt.
Après les mauvais plaifans , rien au monde
n'eft plus infupportable que certains
bons plaifans
.
En lifant les anciens, on eft prefque für
de fçavoir ce qu'ont écrit les modernes ,
mais en lifant ceux-ci , on n'apprend pas
toujours ce qu'ont dit les autres , & la façon
dont ils l'ont dit.
C'eſt une bien fotte penfée pour un homme
d'efprit , que celle de publier un Livre
pour s'enrichir ; elle ne convient qu'à
un Libraire .
Se peindre dans fes ouvrages n'eft pas
un hazard,
JUIN.
33 1750.
Une des plus grandes vertus , c'eft la
franchiſe , mais c'eft la plus mal payée .
Les bonnes manieres font la monnoye
du mérite.
Il ne faut fçavoir beaucoup lire que
quand on fçait beaucoup oublier.
On n'eft rien avec une exceffive timidi
té , mais on eſt doublement avec de l'affûrance
doublement aimable ou doublement
fat. Que de gens rifquent cette alternative
!
La parure , l'arrangement , font l'objet
de la vanité des fots ; celle des grands
hommes eft plus cachée.
On a
peu d'amis
, ou on n'en
a point
.
Ceux
qui
en ont
de véritables
, font
ceux
qui
hafffent
le plus
généralement
les autres
hommes
. Leur
fenfibilité
fe réferve
toute
pour
ce petit
nombre
, auquel
ils
fongent
uniquement
à plaire
, & qui a feul
cet avantage
à leur
égard
.
Les Anglois nous difent que l'or de leurs
ouvrages eft en lingots , pendant que chez:
nous ce n'eft que de l'or trait . Ce reproche
convient fans doute à quelques- uns denos
Ecrivains , recherchés dans leurs idéescomme
dans leur ftyle , & qui n'abandonnent
une penfée que quand elle ne peut
plus leur fournir même pour l'expreffion ;
mais ce défaut n'a jamais été à la mode
B.V
34 MERCURE DE FRANCE.
chez nous ; il n'eft en vogue tout au plus
qu'à + *
*
Il ne faut pas toujours prendre le contrepied
des chofes , ni les prendre à la lettre
, pour trouver la vérité , quoique fouvent
elle foit là .
Si l'efprit ne s'apprend pas , la nobleffe
de l'efprit s'apprend encore moins..
La poftérité paye aux grands hommes
l'intérêt de la gloire que leur ont refufée
leurs contemporains.
On triomphe du malheur , on ne le fuit
pas..
C'eft en penfant qu'on apprend à penſer.
Baillet de Saint Julien.
O DE
Sur la mort de M. Levefque de Pouilly ,
Lieutenant des Habitans de la Ville
de Rheims.
Quis defiderio fit pudor aut modus
Tam cari capitis ? -
Cuipuder , & juftitia foror » -
Incorrupta fides , nudaque veritas ,
Quando ullum invenient parem ?a
3. Horar. Ode xx, lib.
135
JUIN
. 1750 .
35
Dans tes murs défolés quels accens retentiffent
Rheims , quel affreux revers change ta joye en
pleurs ?
Eh quoi ! Pouilly n'eſt plus . Ah ! mes larmes s'u
niflent
Au cri de tes juftes douleurs.
Fais les entendre au Ciel ; que rien ne les modere :
Guide- moi , je te fuis au trifte monument ,
Qui renferme à jamais un bienfaiteur , un pere ,
Ton foutien & ton ornement.
Loin d'adoucir les traits du malheur qui t'accable,
Laille m'en retracer le douloureux tableau :
La trifteffe & l'amour te le rendront aimable ,
Au pied même de fon tombeau.
Il est un doux plaifir à répandre des larmes ,
Quand l'objet qui les cauſe intereſſe le coeur :
L'efprit, en l'affligeant lui fait trouver des charmes
A s'occuper de fa douleur .
+x38x+
Quoi ! Pouilly, dans ce jour, où jaloux de t'entendre,
Un Peuple admirateur fignala fes tranfports ,
* M. de Pouilly! quelques jours avant fa derniere
maladie , pronmça Péloge de M. God not . Bi n'aicteur
de la Vil'e , avec une éloquence qui charma tous
les Auditeurs.
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Devoit-il donc pleurer d'un Cigne du Méandre
Les tendres & derniers accords
En ce moment , hélas ! je le vois ce grand homme
Sur fon front brille encor cette noble candeur ,
Et ces traits de vertu qu'admira jadis Rome
Dans fon illuftre Défenſeur .
Comme lui , Citoyen , Philoſophe auſſi ſage „
Il avoit de les moeurs l'aimable urbanité ,
Et, non moins éloquent, aux graces du langage
Il uniffoit la vérité,
Sous tes voiles obfcurs , févere modeftie ,
Il cachoit le Sçavant aux regards des mortels.
Si toujours ces grands traits décoroient le génie ,
Il mériteroit des Autels.
Pour vanter fes vertus dans mes chants retracées ,
N'avez-vous . , Citoyens, que des gémissemens ?
Des larmes , tôt ou tard par le tems effacées ,
Seront- elles des monumens ?
XXX
Mais en eft- il befoin ! Pouilly laiffe des gages
Plus dignes des regards de lapostérité
JUIN. 1750.
37
Talens , vertu , bienfaits , vous êtes les fuffrages
Qui donnez l'immortalité.
**
C'est ainsi que le Sage , artifan de fa gloire ;
Sçait s'affranchir lui feul de l'empire des ans ,
Et peut , fans le fecours des Filles de Mémoire ,
S'illuftrer chez nos deſcendans.
Bienfaiteur des mortels , ami de fa Patrie ;
Rheims , il te confacra fes veilles , ſon ſçavoirs
ll fit du bien commun fon étude chérie ;
Vrai fage , il s'en fit un devoir.
Enrichi des tréfors & de Rome & d'Athénes ,
Il fit de leur éclat ta gloire & ton honneur :
Cicéron , à la fois , Platon & Démofthenes ,.
Il étoit tout pour ton- bonheur,
Il fçavoit qu'aux humains nous fommes refpon
fables
Des talens que le Ciel nous confia pour eux ,
Et que ces dons facrés font de nous des coupables,.
Si nous ne faifons des heureux..
Mérité noble , en lui quels deffeins tu fais naître. !
P
38 MERCURE DEFRANCE,
A de vastes projets je vois fon coeur ouvert :
Il les remplit déja ; Rheims , tu vas reconnoître
L'ame & le lang du grand Colbert. **
Sur ta tête long- tems tu vis la mort , armée
Du perfide poifon de tes glaçantes eaux ,
Répandre les langueurs , & toujours alfimée ,
Sous tes pas creufer des tombeaux.
Tes malheurs font finis ; fa tendreffe féconde
Fait un autre Cimon d'un de tes Citoyens :
A la voix , fon or coule , & fe change ca und
onde ,
Qui fauve & ranime les tiens.
Eft - ce affez qu'à tes jours fon zéle foit utile ?
Non , dans tes murs s'eleve u Temple pour les
Arts , ***
Et deja fous tes yeux , croiffent dans cet afyle
Des Belidors & des Mignards.
*3*X*
* Les ayeux de M. de Touilly étoient proches parens
de M. Colbert.
"
** C'est par le infinuations de M.de Pouilly que M.
Godinet s'est détermin à fagre conduire dans Rheims ={
les Fontaines qui y coulent a ec tant d'avantages.
*** Ecoles de Mathématiques de Defleing.
JUIN. 39 1750
Vele ,dis moi , quel Dieu de fes mains bienfaifantes.
Vient d'embellir tes bords de charmes inconnus : *
L'oeil croit, en s'égarant fur tes rives naifantes ,
Voir les Jardins d'Alcinous.
**
Quel Aftre lumineur à mon ame ravie
Montre du vrai plaifir le fentier peu battu!
C'est par toi que j'apprends , divine Théorie ,.
Les délices de la Vertu.
Au feu de tes rayons je contemple l'image
Du Monarque parfait , & du vrai Citoyen ,
Et partout enchanté , j'apperçois fans nuage-
Le Philofophe & le Chrétien .
Modefte fectateur des fentimens fublimes ,
Dont LOUIS te montra l'empreinte dans for
coeur ,
* Les emb lliſſemens faits aux promenades publi
ques , fous a Magiftrature de M de Pouilly.
*·Le chapitre quatorz¹éme de la Théorie des Sentimens
a pour objet le bon ear attaché à la vertu. Le
fyfteme de cet ouvrage précieux co fifte für tout à démontrer
la fource du pla fir que caufent en nous ces
fentimens , qui font lagloire du coeur de l'homme &
le bonheur de la fociété.
Voyez l'epitte Dédicatoire au Roi , de la
Théorie des Sentimens.
40 MERCURE DE FRANCE,
Pouilly , tu me parois de tes fages maximes
Plus le difciple que l'auteur.
+3X+
Jouis de notre amour ; vois la reconnoiffance,
L'oeil attendri fur toi , célébrer tes bienfaits :
Mais, Ciel ! l'aveugle mort te menace & s'avance';
Elle a frappé , tu diſparois.
***
Ainfile feu , qui part de la nue entr'ouverte ,
De nos champs tout à coup détruit l'espoir fateur,
Et laiffe aux habitans , défolés de leur perte,
L'étonnement & la douleur.
Qu'il revive , grand Dieu ! faut - il un facrifice ,
Pour qu'à fes yeux du jour luiſe encor le flambeau
Oui , frappe , fi tu crois la victime propice ,
Que pour moi s'ouvre ſon tombeau !
炒菜
Tu rejettes mes voeux , 8 Religion fainte :
Vainement je rappelle un Citoyen des Cieux;
Ne l'as-tu pas conduit dans la célefte enceinte ,
Quand ta main lui ferma les yeux?
Du moins files regrets où notre coeur s'obſtine ,
Pouilly, jufques à toi font monter ſes ſoupirs,
JUIN. 1750.
48
Defcends quelques momens de la voûte divine ,
Qu'ouvre le feu de nos défirs.
*x *x*
Defcends & fois témoin de la douleur publique :
Entends de tes vertus les éloges flatteurs :
Cet hommage ingénu n'a pas la tache inique
Des coupables adulateurs.
D'un peuple qui t'eft cher , modere la trifteffe :
Montre-toi parmi nous. O défirs fuperflus !
Trompeufe illufion qui flatte ma tendreffe !
Hélas ! Pouilly ne m'entend plus.
Son amitié pour moi ne fut donc qu'un beau fonge,
Dont la mort me ravit les rapides bienfaits ?
Pour ma mémoire , eh quoi ! ne font-ils qu'un
menfonge
Suivi d'inutiles regrets ?
Qu'entends-je ? Quelle voix ! Pouilly, tu me con
foles :
Ecarte , me dis- tu , des doutes criminels :
De ton coeur allarmé les craintes font frivoles ;
Mes fentimens font immortels.
42 MERCURE DE FRANCE
Si le fang de la vie entretient l'exiſtence ,
De fes foibles ruiffeaux l'ame ne dépend pas :
Dans l'immortalité confifte fon effence ;
Elle aime au- delà du trépas..
Aimable rejetton d'une tige fibelle
Qui nous rendrez un jour fon coeur & fes talens ,
Allez près d'une mere , aux larmes trop fidelle ,
Répéter ces derniers accens.
+3x4
Et ** vous , dont il étoit l'amour & la lumiere,
Citoyens , voulez - vous n'être jamais ingrats
Que toujours fon génie éclaire la carriere
Où lui- même guida vos pas .
De Saulx , Recteur de l'Univerfité.
Allufion à la Lettre que M. de Pouilly écrivit à
PAuteur le premier jour de fa maladie , il la finiffeis
par ces paroles.. Adieu , mon cher Abbé , on va me
faigner : quand on me tireroit tout mon fang , je
ne vous en aimerois certainement pas moins , car
vous fçavez que fi la vie eft dans le fang , l'ame n'y
eft pas. Adieu encore , mon cher Abbé , & me tui
amantiffimum ama.
* M. de Pouilly , toujours occupé du bien public,
recommanda, en mourant , l'exécution des projets qu'il
avoit conçuspour le bonheur de fa Patrie M Hachet
te , ce fage Magiftrat qui le remplace , est bienpropre
par fon zéle fon intelligence à remplir les dejars
de l'illuftre Défunt.
JUIN. 1750: 43
EDEDEDEJKAEDEDEDEDEDEDEA
LETTRE
De M. de la Sauvagere , Ingénieur en chef
du Port Louis , à M. Remond de Sainte
Albine.
M
Onfieur , le Mercure de ce mois *.
>
page 216 , nous rapporte une Lettre
qui vous a été écrite du Bourg Saint
Andeol , par laquelle i paroît que le Sicur
Geoffroi , Architecte à Orange , eft l'Inventeur
des voûtes plattes en briques ,
qu'il a fait exécuter avec beaucoup de fuccès
dans un Château du Comtat. Cette
maniere de faire des voûtes plattes , au
hieu de planchers , dans les bâtimens , eft
connue depuis long-tems en France , dans
le Rouffillon & le Languedoc. C'est à cet
inftar que M. le Maréchal de Belle- Ille a
fait voûter toutes les écuries de fon Châ
teau de Bify , par des ouvriers qu'il a fait
venir exprès de Perpignan . M. le Marquis
de Rougé, Maréchal des Camps & Armées
du Roi , ayant entendu parler de ces voùtes
plattes , crut ne pouvoir mieux s'adreffer
pour être inftruit de leur conftruction
qu'à M. de la Cheze , Ingénieur en chef
* Avril,
44 MERCURE DE FRANCE.
de Thionville , qui les avoit vû bâtir fous
fes yeux. Je vous envoye , Monfieur , ſa
réponſe en original , telle que M. le Marquis
de Rougé m'a fait l'amitié de me
l'adreffer , dans la créance que le détail où
entre M. de la Cheze , ne pourroit que me
faire grand plaifir ; & en effet j'ai eu
l'honneur de lui en faire mes remercîmens.
Dans le même efprit , j'ai pensé que j'ea
ferois beaucoup au Public , de ' vous prier
d'inferer la Lettre de M. de la Cheze dans
le Mercure. On y trouvera, fans être obligé
d'avoir recours à d'autres inftructions ,
toutes les explications néceffaires , pour
faire exécuter , dans tous les pays oùl'on
peut avoir de la brique & du plâtre , ces
voûtes plattes , où il ne faut prefque point
de ceintre , & d'une folidité à toute épreu
conféquemment d'une grande épatgne
, dans les lieux où les bois font chers ;
fans compter tous les autres avantages qui
réfultent de ces voûtes plattes , qui rombent
naturellement fous les fens , pour peu
qu'on y réflechiffe , & qui ne me font
point douter , que nos grands Architectes
ne les adoptent par préference à leur ancienne
maniere de faire les planchers plafonnés
en deffous , ces voûtes formant un
platfond naturel , fufceptible de tous les
ornemens , comme ceux que l'on a fait
r
JUIN. 1750.
45
jufqu'à préfent. Comme le Sieur Geoffroi
doit à fon invention ces voûtes plattes ,
pratiquées ailleurs depuis long tems , il ne
Tera peut-être pas fâché lui -même de profiter
des obfervations faites par M. de la
Cheze , fur ce qu'il a vû exécuter à Bify
par les Maçons du Rouffillon , qui tiennent
de peres en fils la pratique de faire
ces fortes de voûtes , qu'ils exécutent avec
une facilité , que nos Maçons acquereront
aifément en peu de tems , pour peu qu'ils
s'y appliquent. C'eft en fuivant exactement
ce qui eft expliqué dans la Lettre de
M. de la Cheze , que M. le Marquis de
Rougé a fait faire en petit dans fon Château
de la Beffiere , en Anjou , une de ces
voûtes par un Maçon de campagne , où il
a parfaitement réuffi. Le Public , Monfieur
, ne doit pas moins de reconnoiffance
à celui qui nous annonce la découverte du
Sieur Geoffroi , dont la façon généreuſe
de penfer mérite des louanges , en offrant
de ne point celer ce qu'il invente , à ceux
qui s'adrefferont à lui ; il fe trouve dans
le cas de M. Pafcal , qui eft parvenu dans
fon enfance jufqu'à la trente- deuxième
propofition d'Euclide , fans en avoir jamais
entendu parler. Il y auroit bien des
réflexions à faire , Monfieur , fur ce que
46 MERCURE DE FRANCE.
l'anonyme affûre que ces voûtes , nonfeulement
n'ont point de pouffée , mais de
plus qu'elles feroient capables d'empêcher
les écarts des murs qui les foutiennent ; 2
cette décifion vague ne s'accorde pas avec
la théorie de la pouffée des voûtes , qui a
fes loix , fuivant les differens cas , fondées
fur des principes fürs & inconteftables ,
connus aux Mathématiciens , & dont les Attiftes
ne peuvent s'écarter fans rifque
dans la pratique . Ces Problêmes ont été
traités par les fçavans Meffieurs de la Hire,
Belidor & Frezier. Nous ne pourrions
qu'avoir une très-grande obligation au
Sieur Geoffroy , de nous donner au fimple
trait les plans & profils , en long & en
large , du Château de M. le Baron de Saunier
, pour nous faire connoître l'épaiffeur
& la hauteur des murs , fur lefquels portent
ces voutes plattes , & leur largeur intérieure
: le tout cotté en chiffres , afin que
les moindres dimenfions y foient précifément
connues. L'expérience qu'a le Sieur
Geoffroi de celles qu'il a fait faire il y a
fix ans, & qui fe font maintenues fi folides,
fervira de régle aux uns pour en faire faire
de femblables , & aux autres pour foula--
ger leur inquiétude , qui les empêche d'en
rifquer la dépenſe de crainte d'accident,
1
JUIN. 1750.
47
artout à un fecond étage , & à plus forte
aifon , à plufieurs étages les uns fur les
utres. J'ai l'honneur d'être , & c.
De la Sauvagere , Ingénieur en chef.
Au Port Louis , le 24 Avril 1749 .
LETTRE
De M. de la Cheze , Ingénieur en chef de
Thionville , à M. le Marquis de Rougé ,
Maréchal des Camps & Armées du Roi,
M
Onfieur , j'ai eu l'honneur de recevoir
votre Lettre , en datte du 10
de ce mois , avec le Mémoire qui l'accompagnoit
, au fujet des voûtes plattes , en briques
& plâtre , que je trouve exactement
conformes , à quelque chofe près , à ce
que j'ai vû pratiquer par des ouvriers de
Perpignan , qui en ont fait beaucoup de
femblables chez M. le Maréchal de Belle-
Ifle à Bify , & entre autres une à fes écuries
qui ont trente pieds de largeur. La clef de
cette voûte n'a que fix pieds d'exhauffement
au-deffus de fa naiffance , & fa forme
eft un demi ovale fort rallongé ; on y a
pratiqué plufieurs abajours & des lunettes
au- deffus , faites de la même façon que la
48 MERCURE DE FRANCE .
voûte , ce qui me faifoit craindre qu'elle
n'en fût fort affoiblie : cependant peu de
tems après qu'elle fut conftruite , je la va
charger de foin bottelé , jufqu'au faîte de
fon comble , qui eft dix-huit pieds au -def
fus de la voûte , fans que ce grand fardeau,
qui y féjourna très long - tems, lui ait fait le
moindre tort , ni les années fuivantes
qu'on a répeté la même choſe.
La plus grande partie des autres fembla
bles voûtes faites à Bify n'ont que 14 à
Is pieds de largeur ; elles font conftruites
d'un feul berceau de 18 pouces de ceintre,
c'est- à-dire la clef élevée de 18 pouces andeflus
des naiffances : l'opération en eft fi
facile, qu'elles furent faites par les ouvriers
en plâtre de Paris , & même du Pays. Leur
forme eft de même un grand ovale fort
rallongé.
Les feconds étages des bâtimens de Bify
font en planchers ordinaires , n'ayant point
ofé hazarder les mêmes voûtes , ce qui aoroit
pourtant pû avoir lieu , étant toutes
portées par les murs de refend de 18 pouces
d'épaiffeur , fervant à fe contrebutter
réciproquement , comme les arcades d'un
pont , & ayant deux gros pavillons aux
deux bouts , pour retenir le tout.
Je ne voudrois pas en rifquer un fecond
étage , fur tout pour êtrechargé d'un gros
fardeau
ཏུ །
JUIN. 1750. 49
ardeau , fi leurs naillances portoient fur
es murs de face , à moins que lefdits murs
' euffent 3 à 4 pieds d'épaiffeur , comme
font ceux des écuries de Bify , car il eft
faux d'affûrer qu'elles ne pouffent point
ayant eu l'expérience du contraire , mais il
ft bien vrai qu'elles le font beaucoup
moins que les voûtes ordinaires , faites en
pierres , ou en briques pofées de champ à
mortier de chaux & fable . A propos de ce
mortier , il faut bien prendre garde de ne
pas s'en fervir pour garnir les reins de celles
en plâtre : fon humidité & fon fel eft
capable de les faire manquer . On les garnit
fimplement avec des platras , avec un
peu de plâtre qui les lie , après cependant
qu'on a bien lié avec le mur les deux ou
trois premiers rangs en maçonnerie de
briques caffées, ou de moëlon ordinaire en
plâtre.
Un fimple enduit fous ces voûtes fait
un platfond admirable où l'on ne voit jamais
aucune crevaffe. Si on y pratique
une corniche rallongée , il arrive que le
refte de la voûte paroit être un platfond plat
à l'ordinaire,
Pour faire ces fortes de voûtes , après
s'être déterminé fur la figure qu'on veut
leur donner , & la hauteur de leur ceintre
que j'eftime devoir être toujours la huitié .
C 1. Vol.
jo MERCURE DE FRANCE.
me partie de la largeur de la pièce ,
fait les ceintres en conféquence , qu'on d
pace à 6 pieds environ l'un de l'autre.
Ces ceintres ne font pas faits pour po
ter la voûte , mais feulement pour la gu
der , en tendant un cordon de l'un à l'a
tre , fuivant la largeur de la brique. Auli
les fait- on très -legers , & c'eft une trèspetite
dépenfe .
Si c'eft fur une maçonnerie nouvelle
qu'on veut les conftruire , on obferve , en
les faifaut , de pratiquer une retraite à l'en
droit où doit être la naiffance ; & licet
fur de vieilles maçonneries , on fait une
entaille dedans , qu'on dreffe enfuite ea
mortier de plâtre.
Les briques qu'on a faites à Bify , & que
les ouvriers de Perpignan demanderent
ainfi , avoient dix pouces de longueur fur
cinq de largeur , & un pouce feulement
d'épaiffeur ; la largeur doit être toujours
moitié de la longueur.
L'opération le fait ainfi . Le cordeau
étant tendu fur les ceintres , fuivant la largeur
de la brique , & après avoir bien nettoyé
& un peu humecté l'entaille dans le
mur , le Maçon y met un peu de plâtre ,
à mesure qu'il pofe chaque brique , ainfi
que fur le joint qui doit la lier avec le mur
& avec la feconde brique fuivante ; il la
JUIN.
ST 1750:
effe par le bas fuivant l'entaille , & par
haut fuivant le cordeau , enfuite de quoi
n Manoeuvre la tient dans cette fitua
on , jufqu'à ce qu'elle foit ferme , & penint
ce tems le Maçon fe prépare pour la
fe de la feconde brique , qu'il trempe
ins un fceau d'eau ;il met du plâtre aux
ints qui doivent toucher l'entaille & la
emiere brique , la dreffe comme la preere
, & la fait tenir enfuite par fon .
fanoeuvre , & répéte la même opération ,
fqu'à ce que ce premier rang foit fini ;
afuite de quoi il change fon cordeau pour
pofe du fecond qui fe fait de même. Il
ommence par une demie brique , afin
ue les joints fe couvrent. Tant pour la
olidité que pour l'appareil de l'ouvrage ,
e Maçon met du plâtre aux joints qui
loivent fe lier. Le bas de ce fecond rang
loit être ajusté fur le haut du premier &
in cordeau , & ainfi de fuite .
La feconde opération pour doubler la
Foûte d'une feconde brique eft plus aifée.
On ne met qu'un enduit de plâtre , en poant
chaque brique fur les premieres pofées,
& on couche le fecond rang deffus , obfervant
que les joints de ce fecond lit ne fe
rencontrent pas avec ceux du premier. Le
Maçon garnit en même tems les reins , &
quand il a pofé cinq à fix cours de briques
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
d'un côté , il iffe à l'autre , & fait enforte
que les deux cheminent d'un pas égal vas
la clef. Il - eſtime , en l'approchant , quelle
en fera l'ouverture , afin de la réduire à l
largeur de fa brique , ce qui fe fait en fai
fant les joints plus ou moins grands ; cel
eft aifé quand l'ouvrier a un peu d'exp
rience , ou bien on a des briques d'un plus
grand & d'un moindre échantillon , dott
il eft prudent d'être muni ; il eft inutile de
dire que la brique doit être de la meilleure
qualité , bien cuite , bien fonnante , faire
de la meilleure terre qui peut lui être pro
pre , & le plâtre d'une bonté égale à celui
de Paris.
Si vous êtes , Monfieur , dans un Pays
de plâtre , il n'eft pas poffible qu'il ne s'y
trouve des ouvriers qui ayent la judiciaire
affez bonne , pour vous faire une voûte
avec le fecours de ce que j'explique ci- def
fus , & s'ils y parviennent, ils vous affure
ront , & vous le jugerez vous-même, qu'ils
feront en état d'en faire de toutes les efpéces
; cette premiere vous fervira d'expé
rience. J'en ufai de même , j'en fis charger
une à cet effet de quinze milliers en gras
moëlons , que je fis étendre fur fa fuperficie,&
que je fis mettre enfuite en pyramide
au milicu. Je tremblois deffus dans les
commencemens, les ouvriers fe familiarife
JUIN, 1750. 53
ent fi fort dans le badinage , qu'à la fin ils
aifoient rouler les plus groffes pierres , &
woient enfuite l'imprudence de les laiffer
omber de leur fiviere . Je laiffai féjourner
e fardeau deux ou trois jours deffus , comme
fi je voulois abfolument qu'il lui arrivât
accident : je n'en eus pas la fatisfaction ,`
pas feulement de la moindre fracture .
Je la fis démolir enfuite , n'étant pas
content de fa forme : on eut beaucoup
de peine à le faire à coups de maffe qui ne
faifoient que leur trou , il fallut l'abbattre
par piéces. Elle avoit quatorze pieds &
demi de largeur , quinze pouces feulement
de hauteur de ceintre , & vingt - cinq pieds
de longueur , étant conftruite en impériale
de caroffe.
Les principaux ouvriers , qui on . travaillé
à Bify , étoient des Maçons en plâtre
de Paris ; fi vous fouhaitez les avoir , il faudroit
vous adreffer à un nommé M. Contant
, Architecte , qui demeure fur le
Quai des Orphêvres , au coin de la rue de
Harlay. Un Appareilleur , nommé Effelin ,
dont il fe fert , connoît lefdits ouvriers &
pourra les déterrer , & faire marché avec
eux pour vous les envoyer. Vous pouvez
encore , Monfieur , & je l'aimerois mieux,
en faire venir de Perpignan , ou de Monauban
, ou de Caftelnaudary , en Langue-
C iij
14 MERCURE DE FRANCE.
doc ; vous avez fans doute des connoiffan
ces dans ce Pays ; il faudroit s'adreffer aur q
Capucins dans ces deux dernieres Villes
Je ne me fouviens plus combien on payon
la journée à ceux de Perpignan , ni ce
qu'on ' on leur donna pour leur voyage ; ceux
de Paris l'étoient à 40 f. par jour . Je ne
me fie point au mérite de ceux du Canton
de Bify , pour ofer vous les propofer , n'y
en ayant pas d'ailleurs qui faffent le feul
métier de travailler en plâtre. L'effentiel
pour votre économie eft , fi vous avez
beaucoup de voûtes à faire , d'avoir quantité
de briques , faites fuivant les dimenfions
ci- deffus, qui font les meilleures, avant
que les ouvriers arrivent ; & vous verrez ,
fi le plâtre eft à peu près à auffi bon marché
qu'à Paris , qu'une de ces voûtes ne coûte
pas la moitié de ce que coûteroit un plancher
ordinaire : la voûte a d'ailleurs de
grands avantages , tant pour la durée , que
pour rendre un lieu plus fain , &
pour être
tranquille fur les accidens du feu . Vous
devez entrevoir , Monfieur , que j'en fuis
devenu bien partifan ; je me fâchois cependant
dans le commencement , quand
on me les propofoit fur un fimple Mémoire.
Jefuis furpris que vous n'ayez pas
été faire un tour à Bify pour vous en donher
une jufte idée , vous y auriez auffi vù
JUIN. 1750. ཧ་
des cloifons dans le même goût ; je fuis
bien ravi que cette occafion me procure
Tavantage de vous renouveller les marques
du refpectueux attachement avec lequel
J'ai l'honneur d'être , & c.
La Cheze.
***
ILLLUSION AGREABLE.
Mufe ,fuivons les vifs tranſports
Qu'excitent l'Hypocrêne & le Dieu de la Rime..
Qu'en peut-il arriver ? Oui , malgré mes efforts ,
Ma crainte céde au doux feu qui m'anime.
Belle Cloris , pour louer vos beaux yeux ,
Vous ne pouvez me faire un crime
De me fervir du langage des Dieux...
Mais, hélas ! ...Quelle ardeur me preffe !..
Où fuis -je ! ... Quelle eft ma foibleffe !
Ces yeux, qui de ma lyre infpiroient le doux fon,
Ne me font plus fentir que le trait qui me bleſſe :
Ma Mufe invoque envain les Nymphes du Permeffe.
C'en eft fait , je n'ai plus ni rime , ni raifon ;
Je lens tarir ma veine , & du mont Hélicon
Phébus en ce moment me tranſporte à Cythére.
Déja je vois l'Amour avec la mere.
Venus furtout , la Reine de Cypris ,
Cinij
56 MERCURE DE FRANCE
Qui parmi les jeux & les ris ,
Aux habitans de l'amoureuſe ſphere ;
Des fecrets de Paphos explique le myſtére ,
Fixe mes yeux & mes defirs ,
Perce mon coeur de mille traits de flamme ;
Et met le comble au trouble de mon ame.
Bientot un tourbillon de volages Zéphirs
Me faifit , & me pouffe aux pieds de la Déeffe...
Quoi dit- elle , c'est toi ? Quelle eft ta folle
yvreffe.?
Viens-tu jufques dans mon Palais
Affronter mon pouvoir , méprifer mes attraits ?
Ou bien de la raifon as- tu repris l'ufage ?
Confeffe-le moi librement ,
Parle fans fard , dis - moi ton fentiment ;
La jeune Cloris qui t'engage ,
Sur nous encor a t'elle l'avantage ?
Combien de fois n'as-tu pas proteſté ,
A fes appas rendant hommage ;
Qu'elle obfcurciffoit ma beauté ?
Pour punir ce mépris qui me bleffe & m'outrage ,
N'as-tu pas craint que mon fils irrité
Ne mit fon arc & les traits en uſage ?
Ingrat ! fi j'en croyois tout mon dépit jaloux ,
Je réduirois ton coeur au plus vil efclavage.
A ces mots , je fléchis mes débiles genoux ,
Et fans chercher à calmer fon courroux ;
DI
JUIN.
57 1750.
Je lui tiens ce difcours : .... Quoiqu'en votre
puiffance ,
J'obéis avec confiance.
Déeffe , vainement je voudrois le cacher ,
La charmante Cloris feule a fçu m'attacher.
Cent fois de fes beautés admirant l'affemblage ,
Sur vous , fur vos appas , elle avoit mon fuffrages
Tel fut jadis mon jugement ,
Je le difois fans complaifance.
Voici pour le préſent quel eft mon ſentiment
Sans vous donner la préference ,
Une parfaite égalité
Vous rend toutes les deux Reines de la beauté.
Dúffai-je aigrir votre vengeance ,.
Je dirai plus ; quelque raviffement
Que m'ait caulé l'éclat de tous vos charmes,
Sans craindre l'effort de vos armes
Je n'ai pas ceffé d'un moment
De conferver pour celle qui m'enflamme
Tous les mouvemens de mon ame.
Yotre vûé en un mot allume dans mon coeur
Les mêmes feux que j'éprouve auprès d'elle
Mais par un prodige enchanteur ,
Je sens que je lui fuis fidelle ,
Et ce fentiment m'eſt flatteur :
Si j'ai commis un crime en cela , je l'ignore ...
Eh bien ! Qu'attendez-vous ? Armez votre fa
reur.
Cr
JS MERCURE DE FRANCE.
Voili mon fein , frappez , je n'ai point de frayear
Il m'eſt doux de mourir pour celle que j'adore.
L
Après ces mots , j'attends mon trifte fort ,
Et gardant un profond filence ,
Je m'apprête à fubir la mort.
Mais la Déefle alors , témoin de ma conftance ,
Au lieu d'angmenter fon courroux ,
Reprend ainfi d'un ton plus tranquille & plus
doux :
Bannis , nton cher Tircis , toate crainte frivole ;
Mon injufte rigueur fe diffipe & s'envole ;
Je voulois éprouver ta flamme & ton amour ,
Et voir fi ton ardeur n'étoit pas inconſtante,
Cet aveu fatisfait le coeur de ton amante ,
Et déformais cent fois le jour
Je te rendrai le plus parfait retour.
Elle dit à la voix mon ame rappellée
Rompt le charme trompeur dont elle étoit trou
blée ;
Et fur le champ , levant mes foibles yeur,
Quelle fut ma ſurpriſe ! 8 Dieux !
Quand fous l'amoureux Dialême ,
Trop charmante Cloris , je ne vis que vous-même.
B
J. U IN.
59 17.50.-
ENVO I.
B Elle Cloris , que cette image ,
Où j'ai peint fi naïvement
De mon coeur le fidéle hommage ,
Reçoive un heureux traitement.
Ma Mufe ne feroit que trop récompensée
Si pénétrant votre penſée ,
Je n'avois emprunté que quelques ornemens
Pour moi ,loin de fupercherie ,
Pour expofer mes fentimens ,
J'ai d'une douce rêverie
Sçû tirer des réalités ,
Et du plus agréable ſonge
Former de pures vérités .
Voulez- vous de ces vers fupprimer , tout men
fonge ?
Aimez celui qui du plus tendre, amour
Pour vos beaux yeux meurt mille fois le jour,
Par A. R. àJ. c.
60 MERCURE DEFRANCE.
60 200904 205 204 200 201 202 203 204 205 204 20
C
MEMOIRE
Sur la Principauté de Dombes.
Ette Province a été autrefois polle
dée par les Barons de Beaujeu , de la
Maifon Royale des Bourbons , qui étoient
auffi Seigneurs du Beaujolois , dont elle eft
limitrophe , n'en étant féparée que par la
Saône feuë Mademoifelfe de Montpenfier
, fille de Gafton d'Orléans , frere de
Louis XIII. jouiffoit de ces deux Provin
ces , & poffédoit la Dombes à titre de Souveraineté.
A fon décès, ce pays eft parvenu à feu M.
le Duc du Maine , auquel elle en fit legs
par fon teftament, & la Dombes eft aujour
d'hui du patrimoine de M. le Prince de
Dombes , fon fils aîné.
Il y a dans cette Province foixante- quatre
Paroiffes , & plufieurs hameaux dépendans
de Paroiffes dont les clochers font
fitués en Brelle.
La Ville de Trevoux , Capitale de cette
Principauté , eft bâtie en amphitéarre fur
le bord de la Saône , dans un charmant
emplacement.
Il y a un Parlement , un Gouvernement
JUIN. 1750. GI
un Intendant ; la Collégiale dépend du
Diocéfe de Lyon , dont l'Archevêque y
tient un Official ; la campagne y eft également
belle & fertile en toutes chofes.
La feconde Ville de la Dombes eft Toilfey
, où il y a Baillage & un bon Collége ;
elle eft dans une fituation à peu près femblable
à celle de Trevoux:
Le principal revena de cette Souverai
neté confifte en Gabelles , dont la confommation
et d'environ trois mille cinq cens.
minots , ce qui fait au Prince un produit
affez confidérable , outre celai de fon Domaine
, des Aides & Péages ; le papier
timbré n'y aa pas Heu.
Le Tabac y étoit autrefois marchand
mais il a été enfuite mis en parti.
Les Greffes & le cafuel des Charges
rendent encore quelque chofe.
Le Pays fait tous les fept ans un don.
gratuit , qui lui trent lieu de Tailles .
Autrefois le droit de battre Monnoye
y a beaucoup valu , furtout lorfque lecommerce
des piéces de cinq fols alloit
bien au Levant.
Il y eut auffi un tems que l'on y fabriquoit
des fequins d'or , & le profit en étoit
auffi fort grand dans le Commerce du Le-
Yant; on allure que dans.ce tems- là le be62
MERCURE DE FRANCE.
JU
nefice de la fabrication de la Monnoye de
Dombes alloit à plus de cent mille livr
par an .
Les Vénitiens fe plaignirent de la fabri
cation des fequins au coin de Saint Marc
mais feue Mademoiselle répondit que co
Saint étoit Patron de Trevoux autli -bien
que de Venife.
Il y a long- tems que cette fabrication y
a ceffe : cette Princeffe jufqu'à fa morty
a fait battre une petite monnoye de métail,
vulgairement appellée les petits liards ,
qui paffoit même en France pour deux
deniers ; fes Succeffeurs ne l'ont pas continuée
, & il ne s'en voit prefque plus ,
enforte qu'il n'y a plus de fabrication de
monnoye à Trevoux.
La Principauté de Dombes a été dans la
Maifon de Bourbon , depuis l'an 1400 ,
que Edouard , dernier Souverain de fa
famille , n'ayant point d'enfans , en fit
donation à Louis , Duc de Bourbon ,
& à la Ducheffe Anne Dauphine , fa fem-
.me.
En 1516 , Anne de France , Ducheffe
Douairiere de Bourbon , poffeda cette
Seigneurie ; elle avoit époufé Pierre de
Bourbon , & ily a à leur égard une anec
dote mémorable en ce qu'ils furent Ré
JUIN. 63
2750.
ens du Royaume pendant la minorité de
Charles VIII.
Derhins , ancien Avocat au Parlement de
Dombes , & Doyen des Avocats de Saint
Etienne- en- Forez.
LES AMUSEMENS
DU HER OS.
Drame en un Ale , repréfenté au Château de
Belail , en préfence de S. A. R. M. le
Prince Charles de Lorraine. Par M. de
la Porte.
Habitarunt Di quoque Sylvas . Virg. Eclo . 24 .
PERSONNAGES.
LE PLAISIR
Ligne..

le Prince Charles de
THALIE , Déeffe de la Comédie , la
Princeffe Elizabeth de Salm.
TERPSICORE , Déeffe de la Danfe ,.
Mlle d'Euchin de Croix ..
DIANE , Déeffe de la Chaffe , Mlle de
Champly.
MINERVE , Déeffe de la Sageffe ,.
Mlle de Croix.
MOMUS , Dieu de la Bouffonnerie ,
Mole Marquis de Gerbeville..
64 MERCURE DE FRANCE.
UN PHILOSOPHE , M. de Tonny
Capitaine an Régiment de Charles de Le
raine.
LE GENIE DE BELOEIL , M. de
Porte.
La Scéne eft au Château de Belalal
SCENE PREMIERE.
LE PLAISIR , feul.
LE voici donc cet heureux jour ;
Qui depuis fit long-tems flattoit mon eſpérance.

Un Prince , objet de mon amour ,
Vient dans mes bras chercher la jouiffance
Des douceurs , que procure un champêtre féjour.
Enchanté du bonheur que le Ciel te préfente ,
Difpofe-toi , Dieu du plaifir ,
A préparer quelque fête briflante ,
Qai puiffe amufer fon loifir.
Tendres amours , naïves graces ,
Venez-lui prodiguer vos dons les plus exquis
Venez , volez , & fur vos traces
Conduifez les jeux & les ris.
Mais quoi ! le zéle qui m'enflamme
Me fait prefque oublier , que pour une grande
ante ,
Ces frivoles amuſemens ,
Ces ris , ces jeux que je réclame ,
Eurenttoujours fans agrémenss
JUIN. 65 1750
Qu'un Héros , qui veut fe diftraire ,
Jufques dans fes délaſſemens ,
pit montrer du Héros l'augufte caractére.
evons notre efprit à de plus grands objets.
Ouvrons la Scéne Dramatique.
Qu'à ce fpectacle magnifique
Pun Bal bien ordonné fuccédent les apprêts.
De-là , dans le fein des forêts
Du fang des animaux allons rougir la terre ;
Et réunir les travaux de la guerre
Avec les charmes de la paix.
O vous , à qui le Ciel de ces beaux exercices
A donné la direction ,
Terpficore , Thalie , & vous foeur d'Apollon ,
A ce deffein foyez propices.
Si jamais on vit les plaifirs
Obeir à vos loix puiſſantes ,
Hatez -vous , Deités charmantes i
A votre tour fecondez nos defirs.
SCENE
I I.
LE PLAISIR,THALIE , TERPSICORE , DIANE.
Thalie.
Dociles à la voix , qui vers vous nous appelle ,
Nous venons à l'envi fignaler notre zéle
Pour ce Prince chéri des Dieux ,
Qui pour fe foulager du poids laborieux ,
Qu'impofent mille foins pénibles ,
66 MERCURE DEFRANCE.
Près de nous dans ces lieux paifibles
Vient goûter du repos les fruits délicieux.
Terpficare.
Inftruites , comme vous , que ce ce Prince ada
rable
Devoit paroître dans ces lieux ,
Quand votre voix nous a porté vos voeux ,
Nous cherchions en fecret un moyen convenable
Pour l'amufer de notre mieux.
Déja même avec un courage ,
Prefque auffi grand que la bonté,
Chacune de notre côté
Nous avions réfolu de commencer l'ouvrage.
Diane.
Quelque grand que fûr ce projet ,
Le fuccès cependant en paroiffoit facile :
Rien ne manquoit qu'un maître habile ,
Qui concourût au même objet ,
Et qui de diverfes parties ,
Avec adreffe réunies ,
Sçût compofer un tout parfait.
C'est vous , Plaifir , qui méritez de l'être :
Votre goût fûr & délicat
Nous affure qu'en vous nous trouverons un maitte
Tout propre à donner de l'éclat .
A des talens qui brûlent de paroître,
Et capable d'ailleurs de calmer un débat ,
Qu'un peu d'ambition entre nous faifoit naître.
JUIN. 67
17507
Le Plaifir.
e devine , je crois , le véritable point ,
jui peut à ce débat avoir donné naiſſance.
Entre nous , ne feroit ce point
Que vous trouvant en concurrence ,
hacune de vous trois vouloit la préference ,
devant un Héros , qui par les mêmes droits
Doit avoir pour toutes les trois
Une tendreffe finguliere ,
.Avoir l'honneur de briller la premiere ?
Thalie.
C'eft cela je difois que par mes dons brillans
J'avois fur cet honneur un titre légitime.
Terpficare.
Et moije foutenois qu'on ne pouvoit fans crime
Le refufer à mes pares talens.
Le Plaifir.
Et Diane , fans doute , opinoit que pour elle
La Juftice panchoit.
Diane.
Il est vrai que mon zéle ;
Pour ne point dire encor quelque chofe de plus ,
Pouvoit le demander fans, crainte d'un refus.
Le Plaifir.
Ceffez de difputer un fi foible avantage
Cheres Soeurs : la Divinité ,;
Que nous avons tous en partage ,
68 MERCURE DE FRANCE.
}
Doit nous mettre au-deffus de la rivalité.
Cette foibleffe eft l'appanage
De la fragile humanité.
D'ailleurs , dans cette circonftance
Vous avez toutes l'affûrance ,
Que fi vos foins ne font pas admirés
Du Héros , pour lequel ils feront confacrés ,
Il les verra du moins avec quelque indulgence.
C'eft à vos fages documens ,
Chere Mufe , belle Thalie
Qu'il doit cet efprit fin & ce tour de génie ,
Qui répandent tant d'agrémens
Sur le commerce de la vie.
Le Port majeftueux , le front libre & ferein ,
Les graces , la fierté , la nobleffe & l'aifance,
Ce font- là les préfens , Déeffe de la Danfe,
Qu'il a reçûs de votre main.
Diane , en exerçant ſon ardente jeuneſſe
Par la fatigue & les hazards ,
Lui donna la fanté , la force , la foupleffe ,
Qui doivent d'ua mortel , noutri dans la molleffe ,
Diftinguer un enfant de Mars.
Ces titres , Déités aimables ,
Vous donnent fur fon coeur des droits incontefta
bles.
Mais en de vains propos nous perdons trop
tems.
Pour la fête qui fe prépare ,
de
2
JUIN. 69 i750.
llez,fans plus tarder , difpofer tous vos plans :
ur tout n'oubliez pas , dans vos arrangemens ,
Qu'il faut du beau , du neuf, du fublime , du rares
Toutes enfemble.
C'est àquoi nous allons pourvoir .
Le Plaifir.
Adieu , mes Soeurs : juſqu'au revoir.
SCENE III.
LE PLAISIR , MINERVE.
Minerve.
Eh quoi ! toujours dans mon empire
Verrai -je le Plaifir , déchaîné contre moi ,
Par mille inventions s'efforcer de féduire
Les coeurs engagés ſous ma loi ?
C'est trop infulter la fageffe.
Le Plaifir.
Peut- on fçavoir , refpectable Déeffe ,
Ce qui vous met ainfi la bile en mouvement ?
Me ferois je oublié ?
Minerve.
Comment !
D'un Héros , qui dès la jeuneffe ,
Fut le plus digne objet de ma vive tendreffe ,
Je vois que vous allez , perfide corrupteur ,
Etouffer les vertus , énerver la vigueur ,
Et vous ne voulez pas que je fois allarmée ?
70 MERCURE DE FRANCE,
Croyez moi , des périls qui menacent ſon coeur
Je ne fuis que trop informée.
J'étois ici derriere , & je n'ai rien perdu
De tout le beau diſcours que vous avez tenu ;
Parlez , Plaifir ; à quoi tendent ces fètes ,
Dont on va difpofer les plans
Le Plaifir.
Quoi ! c'eft cela
Qui cauſe en vous ces frayeurs indifcretes ?
Un fimple amufement , un rien , un . . . ;
Minerve
Alte- lå.
Je fuis depuis long- tems au fait de ce langage ;
Ce que vous appellez un fimple badinage ,
Un tien, un... en un mot tout ce qu'il vous plaira,
A tout mortel qui s'y fiera ,
Doit faire appréhender un funefte naufrage.
Un naufrage !
Le Plaifir.
Minerve.
Oui , d'abord fous le voile trompeur
D'un bien , dont la raiſon autoriſe l'uſage ,
Vous préfentez aux yeux du fage
Des ris & des amours le cortège enchanteur,
Avez-vous une fois découvert un paffage ;
Pour vous gliffer jufqu'au fond de ſon coeur ;
Alors votre feinte douceur
K
JUIN.. 1750. 71
ponduit après foi le trouble & le ravage.
at gémit fous vos loix : la force , le
Victimes de votre fureur ,
courage ,
Rampent dans un trifte esclavage :
ami que vous étiez , vous êtes oppreffeur,
3ambien de coeurs , hélas ! m'en rendroient témoignage
!
Le Plaifir.
left vrai ; ( car je vois qu'il faut vous parler net ,
qu'il eft avec vous inutile de feindre . )
e plaifir ne tientpas toujours ce qu'il promet ,
Maisdans le cas préfent vous n'avez rien à craindre ,
Minerve.
Pourriez-vous fur cela me donner caution ?
Le Plaifir.
Oui , je le veux ; prenons une tierce partie ,
Qui dife au vrai , fi je vous trompe , ou non .
Vous connoiffez l'équité du Génie ,
Qui tient Beloeil fous la protection :
Je confens d'en påffer par fa décifion .
Eh ! bien redoutez- vous encor ma perfidie ?
Minerve.
Non : malgré la prévention ,
Qui fait qu'à chaque inftant je crains avec raiſon
De votre part quelque fupercherie :
Si vos jenx du Génie ont l'approbation ,
Très-volontiers je vous donne la mienne
MERCURE DE FRANCE.
Le Plaifir.
Commencez donc par me féliciter ;
Car je fuis fur de mériter la fienne.
Minerve.
Nous le verrons : allons le prier d'aſſiſter
Aux effais qui doivent s'en faire.
'Allons.
Le Plaifir.
SCENE IV.
LE PLAISIR , MOMUS.
Le Plaifir , en fuivant Miñerve , rencontre
Momus.
Ah ! te voila, Momus , ch quelle affaire
T'amene ici ?
Momus.
Parbleu , je viens me divertir ;
Et vous offrir mon petit miniſtére
Si vous jugez qu'il puiffe vous fervir .
Le Ilaifir.
Pour le préfent , il n'es pas néceffaire.
Momus.
J'enfuis fâché , mais vous, dites -moi , s'il vous plaît,
Que faites- vous de cette pigriêche ,
Qui vient de s'en aller ? Sçavez-vous ce que c'est t
Le Plaifir.
Qui vraiment , c'eſt Minerve,
: Momus.
11
JUIN.
73 1750 .
Momus,
Or voici fon portrait :
Elle a primo l'humeur revêche.
ecundo. .
Le Plaifir.
Je n'ai pas le tems de t'écouter.
la fuis ; fi tu veux , ici tu peux refter .
SCENE
MOMUS feul.
V.
Qu'eft ceci : Quoi ! ce Dieu , l'ami du badinage ,
Le Plaifir feroit affez fou ,
Pour penfer à fe rendre,fage ,
C'eft- à- dire chagrin , mifantrope , hibou
Non , je ne le crois point , le cas eft trop étrange
Pour qu'il puiffe ariver.Après tout , qu'il s'arrange
Tout comme bon lui femblera ;
Je m'en lave les mains , & déja je proteſte
Que s'il fait cette faute - là ,
Je le fuirai comme la pefte .
Toujours Momus Momus fera.
C'est le moulin qui moulut & moudra .
Mais quelqu'on vient : ô le plaifant viſage !
C'est un Philofophe , je gage .
1. Vela
R
74 MERCURE
DE FRANCE
.
SCENE
VI.
MOMUS , LE PHILOSOPHE
,
Le Philofophe
à part.
La Sageffe n'eſt point ici.
Momus à part.
Bon ! me voilà pleinement
éclairci.`
Le Philofophe
à part .
On m'avoit dit pourtant qu'elle devoit s'y
rendre.
Momus
à part.
Approchons
- nous : tâchons d'entendre
Ce qu'il marmote entre les dents.
Le Philofophe
.
En regardant
Momus.
Mais .... je vois ....n'eft- ce pas . . . •
Momus à part.
Voyons
fi tu devines,
Le Philofophe à part.
Quelqu'un
de fes dignes enfans ?
Non .... je me trompe.
Momus haut.
Eh bien , badaud , tu m'examines !
Parle , réponds , gros malotru ,
Viens-tu chercher ici ta raiſon égarée ?
Le Philofophe.
Monfieur , refpectez la vertu ,
JUIN.
1750. 75
Dont ma perfonne eft l'image facrée.
Sçavez-vous qui je fuis ?
Momus,
Eh que m'importe à moi ?
Le Philofophe.
Apprenez que je fuis un ſage.
Momus.
C'est pourquoi
Tu peux vite plier bagage ,
Et de ce lieu détaler promptement ,
Car je fuis moi l'antipode du fage .
Quiconque eft affez imprudent
Pour faire en ma préſence un ſi ſot perſonnage ;
Me déplaît infailliblement ,
Et s'expofe à voir un tapage ,
Dont il n'a pas toujours trop lieu d'être content. .
Le Philofophe.
O ciel ! qu'entens-je ? quel langage !
Eft-ce donc ainfi qu'on outrage
Le prototype des mortels ,
Un Philofophe , un homme à qui le premier âge
Auroit élevé des autels ?
Momus.
Oh ! laiffe-là ce verbiage.
Ainfi que toi , je fçais qu'au tems paſſé
L'on étoit affez infenfé
Pour rendre à tes pareils un ridicule hommage :
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Mais aujourd'hui nous penfons mieux ,
Et nous fommes moins fots que n'étoient n
ayeux.
Allons , vite , partons , ta figure me choque .
O le joli magot !
Le Philofophe.
Qu'a- t'il donc de baroque ?
Momus.
Tout ; ta barbe , ton air , tes difcours , ton maine
tien.
Le Philofophe.
Oh ! moi , de tout cela je me trouve fort bien,
Et je vous donne ma parole ,
Que pour fortir d'ici je ne fais pas un pas.
Parbleu , la choſe feroit drôle !
Momus.
Comment vieux loup-garou , tu ne t'en iras pas ?
Je t'arrache la barbe.
Au fecours,
Le Philofophe.
Au meurtre , on m'aſſaſſine ,
SCENE VII.
MINERVE , LE PLAISIR , LE GENIE ,
MOMUS , LE PHILOSOP HE.
Minerve.
Qu'eft ce donc quel horrible fracas a
JUIN. 77 1750.
Les jeux , qu'au Prince l'on deftine ,
oivent ils commencer par de pareils éclats
Momus.
Précisément : la fageffe devine ;
C'eft un prélude au divertiffement.
Minerve.
Au Philofophe.
Qu'avez-vous ? je vous vois tout je ne ſçais comment.
Momus.
Ne voyez- vous pas qu'il badíne ?
C'eft , vous dis je , un prélude au divertiffement .
Le Philofophe.
Voila , je vous l'avoue , un maudit garnement.
Dites plutôt , pendart infigne ,
Que fans aucun ménagement
Pour Minerve & pour fon fuivant ,
Vous m'avez fait l'affront le plus indigne
Qu'un mortel puiffe recevoir.
Dites que vous avez terni toute ma gloire :
Que ma barbe .....
Minerve.
Eh ! bien .
Le Philofophe.
Ah je fuis au defefpoir.
Non , Déeffe , on ne sçauroit croire
Jufqu'à quel point ila porté
Dij
78 MERCURE DE FRANCE.
L'excès de fa témérité .
Qu'on parcoure toute l'hiftoire ,
Je fuis für que l'antiquité
Ne vit jamais une action plus noire.
Qui l'eût jamais penſé que de profanes mains ! . :
Momus.
Il rit.
Ah , ah , ah.
Le Génie.
Quoi ! Momus , vous verra-t'on fans ceffe
Chercher à rire aux dépens des humains
En vérité ce procedé nous bleffe ,
Nous autres Dieux .
Momus.
Et qui ne riroit pas
De voir que ce nigaud fe fâche
Du foin qu'on prend de friſer ſa mouftache ?
Sçavois-je que fon poil eût pour lui tant d'appas è
Le Génie,
Faites tréve à la raillerie.
Si par fois la Philofophie
Déplaît par trop de gravité ,
Convenez de votre côté ,
Que vous outrez fouvent votre plaifanterie .
L'une & l'autre aujourd'hui feroient hors de faifon,
Puifqu'on projette une partie ,
Qui doit avec les jeux accorder la raison.
Pour décider de cette fête
JUIN.. 79 1750.
inerve & le Plaifir m'honorent de leur choix.
Je crois que nous avons nous trois
Tout ce qu'il faut pour la rendre complette.
Ainfi fans que rien vous, arrête ,
ous pourrez déloger quand bon vous femblera ,
tnous laifler en paix conférer fur cela .
Momus.
Le compliment n'eft pas honnête ,
Mais comme je fuis bon , & qu'avec mon humeur
Je puis trouver ailleurs d'autres fujets de rire ,
"Pour ne point vous troubler , adieu , je me retire .
Au Philofophe.
Allons , fuis- moi , je veux être ton conducteur.
Le Philofophe.
Que je vous faive moi ? que le Ciel m'en préferve.
Momus.
Eh ! bien va-t'en tout feul.
SCENE VIII .
LE PLAISIR , MINERVE , LF GENIE.
Le Plaifir.
Avouez - le , Minerve :
Vos fuivans ne font pas toujours dignes de vous.
Minerve.
Je conviens qu'ils ne font pas tous
Tels qu'il devroient, & qu'avec leur fageffe
Ils mêlent bien fouvent un excès de rudeffe ,
Qui les feroit paffer pour fous ;
D iiij
JU 80 MERCURE DEFRANCE
Mais croyez-vous, Plaifir, être en droit de me faire
Quelque reproche à cet égard ?
Vos favoris , pour la plûpart ,
N'ont-ils pas le défaut contraire
Voyez Momus .
Le Plaifir.
Je ne sçaurois nier
Qu'il n'ait de tems en tems le talent de déplaire,
Minerve.
Dites de fe faire abhorrer.
Le Génie.
On peut dans les excès ailément le jetter.
Il faut avoir l'efprit bien jufte , bien folide ,
Afin de ne pas s'écarter
De ce milieu précis où la vertu réſide.
C'est ce fage tempérament
Qui doit être préfentement
Comme la bouffole & le guide
De notre divertiffement.
Ne m'avez vous pas dit que de vos exercices
Trois Déelles déja travailloient les efquiffes ,
Et que bien - tôt elles viendroient ici
Pour nous en faire voir le plan en racourci ?
Le Plaifir.
Auffi doivent- elles s'y rendre ,
Et même leur délai commence à me furprendre.
J'ignote quel motif empêche ... Ah ! les voici.
S
MUSTE
i
JUIN. 1750 .
SCENE IX ,
LE GENIE , MINERVE , LE PLAISIR ;
THALIE , TERPSICORE , DIANE.
Thalie.
Tenez , Plaifir , voyez par l'ébauche légere
Que j'expofe à vos yeux , fi mes amuſemens
Sont d'un goût
Pobtiendrai
e me hâte
·
Terpficore.
Penfez- vous que de cette maniere
Diane.
Pour répondre à vos empreffemens
Le Plaifir.
Eh ! mes foeurs , fouffrez que je refpire.
Vous m'accablez , comment voulez
j'admire
· Vous que
Les effais qu'à l'envi vous avez entrepris ,
Si toutes vous laiffant conduire
Par cette ardeur dont vos coeurs font épris ,
De tous en même tems vous étalez le prix ?
Parlez l'une après l'autre. Au furplus le fuffrage
Que je pourrois vous accorder ,
N'eſt pas ce qui doit décider
Du mérite de votre ouvrage .
D'un arbitre plus fûr vous devez l'obtenir.
Thalie.
En eft-il un plus fûr que le Plaifir a
D v
82 MERCURE DE FRANCE:
Minerve.
Qui ,Déeffe , du moins dans cette conjoncture.
Mais peut- être que pour vos jeux ,
De cet arbitre rigoureux
Vous appréhendez la cenfure.
En ce cas , croyez- moi , vous ne feriez point mal
De décliner fon Tribunal.
Thalie.
Non , nous ne craignons rien : quand Minerve
elle-même
Seroit ce rigide cenfeur ,
Avec une affurance extrême ,
Nous oferions prétendre à fa faveur.
Terpficore.
Nos jeux n'ont point le caractére
De ceux qui d'un juge ſévére
Peuvent redouter la rigueur,
Ils font faits pour un Prince à qui nous voulons
plaire ,
Mais ce n'eft point en attaquant
fon coeur ,
Que nous cherchons à le diſtraire.
Diane.
Vous l'avouerez vous- même en peu de tems.
Mais cependant dires - nous , je vous prie ,
Sans nous tenir davantage en fufpens ,
Quel mortel ou quel Dieu doit juger nos talens.
Le Génie.
Il n'eft pas loin d'ici..
JUIN.
1750. 83
11
Thalie.
Seroit-ce vous , Génie ?
Le Génie.
On m'honore de cet emploi.
Thaiie.
En vérité , j'en fuis ravie.
Le Génie.
Refte à fçavoir fi votre compagnie
Yeut bien , ainfi que vous , s'en rapporter à mai
Terpficore.
N'en doutez nullement .
Diane.
Sur notre confiance ,
Votre équité , votre prudence ,
Vous ont donné des droits acquis ,
Et nous aurons pour vos avis
La plus parfaite déférence .
Le Génie.
Eh bien , s'il eft ainfi , qu'une de vous commence
A me faire voir le précis
Des jeux , qui par fes foins doivent être fournis .
Puis nous viendrons à l'autre . Allons, belle Thalie,
Quel eft votre projet ?
Thalie.
Par une Comédie ,
Je voudrois , s'il le peut , égayer les efprits ,
Et malgré la coûtume aujourd'hui trop fuivie,
D vi
$4 MERCURE DE FRANCE.
Qui fait que beaucoup de maris
En Flandre , en Allemagne , en France , en Italie;
En un mot dans tous les pays ,
N'ofent paroître aimer une époufe chérie ,
Prouver que rien n'eft plus permis ,
A deux époux que d'être bien unis ,
Et que de-là dépend le bonheur de leur vie.
Le Génie.
Fort bien , cela s'appelle inftruire en amuſant,
Mais comme votre coeur panche vers la tendreffe ,
N'irez -vous pas auffi prouver qu'une maîtreſſe
Ne doit point rejetter les foupirs d'un amant
Thalie.
Si je le fais , ce fera fagement.
Le Génie.
A ces conditions , annoncez votre piéce ;
J'y donne mon confentement.
Thalie.
Au Parterre. Meffieurs , l'on aura l'honneur
de vous donner dans le moment le Préjugé
à la mode , Comédie en cing Alles.
Le Génie.
Thalie fort.
Terpficore à préfent voudroit- elle nous dire
Quel genre de plaifirs elle prétend donner?
Terpficare.
Volontiers: ces plaisirs , faciles à décrire ,
JUIN. 1750.
onfiftent en un bal que je viens d'ordonner.
éja pour relever l'éclat de cette fête ,
Toutes les Nymphes de ces lieux
es atours les plus beaux & les plus précieux
Ont pris foin de parer leur tête ,
Et le Prince , à qui dans ce jour
Chacun à l'envi fait la cour ,
Nous flatte que de fa préfence
Il voudra bien honorer notre danſe.
Le Génie.
Mais , Déeffe , la danfe eft - elle fans danger ?
Ces geftes , ces coups d'oeil, ces fouris , cette joye,
Tous ces tranfports enfin où l'ame fe déploye ,
Sont-ils pour l'innocence un piége à négliger ?
Qu'en pensez-vous ?
Terpficore.
Ce que j'en pense ?
Qu'à craindre ainfi vous êtes mal fondé ,
Etqu'an amufement conduit par la prudence
Ne fçauroit être regardé
Comme un écueil pour l'innocence .
Tel eft le mien : je prétends que l'aifance
S'y foumette aux devoirs qu'impofe le refpect ,
Et qu'avec un air circonfpect
Elle y fuive dans tout les loix de la décence .
Le Genie
En ce cas votre bal ne peut être ſuſpect ,
Et vous pouvez avec toute affûrance,
86 MERCURE DE FRANCE.
1
Fixer l'heure à laquelle il faudra qu'on commence
Terpficore. Au Parterre.
Meffieurs, il y aura demain grand Bal
mafqué au Chateau de Beloeil : on le commen
cera à 11 heures & demie précifes.
Terpficore fort.
Diane , au Génie.
Maintenant c'eft à moi. Puiſque vous acceptez
Ce Spectacle & ce Bal qu'on vous a préſentés ,
Vous voudrez bien auffi , j'efpere ,
Donner votre fuffrage au divertiſſement
Que vous offre mon miniſtére.
Le Génie.
Vous avez , pour le croire , un jufte fondement,
Mais il convient qu'auparavant
Vous m'appreniez quelle en eft la matiere.
Diane.
C'eſt une chaffe : un Cerf de dix cors - jeunement
Fort long tems ici près a fait fa repofée.
Or quoique dans cette ſaiſon ,
Où l'amour dans ſon coeur a verſé fon poiſon ,
La rencontre en foit mal aifée ,
Parce qu'il court de buiffon en buiffon ,
J'imagine pourtant que fans beaucoup de peine
Mon limier le détournera ,
Et qu'on ne fera pas une recherche vaine.
J'ai pris des moyens pour cela ,
JUIN. 87 1750.
Jemain les piqueurs en brillant équipage.
int au point du jour difpofer les relais .
Le Génie.
Et l'amour pour ce grand ouvrage
# doit-il pas auffi diſpoſer ſes filets ?
Diane..
amour ! ignorez- vous que la chafte Diane
Jans fes amuſemens n'admet rien de profane.
Le Genie
Je ne dis point que dans vos bois
Fous ayez jamais eu deffein de l'introduire
Mais comme il eft un peu fournois,
Et qu'il fait les tours fans rien dire
Il pourroit bien en tapinois
S'y gl fler, fans vous en inſtruire.
Diane.
J'y veillerai , foyez -en bien certain.
Le Génie.
Eh bien annoncez donc qu'on chaffera demain.
Diane. Au Parterre.
Meffieurs , il y aura demain une grande
Chaffe du Cerf. Le rendez - vous est au milieu
des bois de Beloeil.
Diane fort.
Minerve.
Le Génie eft un
peu facile.
Le Génie.
Le Plaifir , j'en fuis fûr , penfe differemment
88 MERCURE DE FRANCE
Le Plaifir.
Un peu , mais à vos loix je dois être docile ,
Et déférer en tout à votre jugement.
Ainfi fans murmurer j'y ſouſcris.
Le Génie.
Y fouferit- elle auſſi ?
La Sagefle
Minerve.
Je tiendrai ma promeffe ,
Je ferai plus. Comme Pallas ,
Je représenterai , fous d'aimables images ,
Ces attaques & ces combats ,
Que les Negres fur l'eau font avec les Sauvages.
Le Génie.
Puifqu'entre vous le débat eft fini ,
Ne penfons plus qu'à célébrer la Fête.
A la Sageffe enfin le Plaiſir eft uni.
Peut-elle n'être pas parfaite ? *
D
COMPLIMENT
A fon Alteffe Royale .
Ans ce tableau qui vient d'offrir à vos regards
Tous les plaifirs que notre zéle
Pouvoit imaginer pour un Enfant de Mars ,
* On peut voir le detail de ces Divertiffemens dans
une Lettre imprimée de l'Auteur , à Mad. la Marquife
du Chastelet.
JUIN. 1750. 89
Prince augufte , un crayon fidéle ,
Par le mêlange des couleurs ,
tracé votre esprit , vos graces & vos moeurs
Si cet éloge dramatique ,
be le coeur a conduit avec la vérité ,
..our votre modeftie a paru trop flatté ,
Plaignez -vous de la voix publique :
Elle-même nous l'a dicté .
LETTRE
D'un Toulousain , à M. Piganiol
de la Force.
M
,
Onfieur , j'ai lû avec plaifir vos onvrages
, & j'y ai reconnu beaucoup
d'exactitude ; vous fçavez mieux que
moi , qu'elle eft bien néceffaire dans les
defcriptions des Villes & des Pays que
l'on préfente à ceux qui n'ont pû voyager.
Cependant , Monfieur , vous êtes tombé
dans une erreur , dans la Defcription
que vous avez donnée de la Ville de Touloufe
, Capitale de la Province de Languedoc.
Vous dites qu'il y a un caveau dans le
Convent des Cordeliers , qui conferve les
90 MERCURE DE FRANCE.
corps morts fans pourriture , & fans trop
vous faire inftruire d'un fait aufli extrao
dinaire , & fi contraire à la nature , vous
avez fuivi ceux qui avant vous ont donné
des Relations de voyages : l'erreur mêm
s'eft gliffée jufques dans le Dictionnaite
de Morery , & par - là elle eft devenue ge
nérale.
J'ai un vrai plaifir de vous détromper ,
& de vous expliquer la vérité d'un firare
phénoméne ; je le puis d'autant mieux ,
qu'étant né dans la Ville de Touloufe , &
un de mes oncles ayant été Gardien du
Convent des Cordeliers , j'ai appris de
lui , & j'ai même vû de mes propres year
de quelle façon ce grand prodige s'opé
roit.
Cette Eglife des Cordeliers eft d'une
très-grande longueur , & les murailles &
la voûte ne font bâties qu'avec de la brique
. Il faut une grande quantité de chaux
pour lier & maçonner les briques entr'elles
, & l'on fait de grands creux dans le fol
de l'Eglife , qui fervent à l'éteindre.
A mesure que les murailles & la voûte
ont avancé , on a fait d'autres creux pour
la commodité du port du mortier , lef
quels enfin étant comblés ont formé le fol
de l'intérieur de l'Eglife , dans laquelle l'on
enfevelit journellement des corps morts,
JUIN. 1750. 91
sfépultures font couvertes de grandes
tes , comme on le voit dans certaines
ifes de Paris . Quand des corps morts
tenterrés dans ces creux comblés , il
ye que quand on rouvre la terre pour
z : mettre d'autres , on trouve les premiers
féchés , mais cependant ayant une petite
midité qui ne difparoît entierement
en les mettant au Soleil.
Ces corps ainfi defféchés font tranfpordans
un caveau , où l'on defcend par
petit degré , & où on les place debout
ntre la muraille . Je vous avoue , Moneur
, que je fus étonné la premiere fois
e j'y defcendis , de voir à la trifte lueur
un flambeau une centaine de corps
hommes & de femmes qui ont confervé
afqu'à leurs cheveux , & dont on diſtingue
même les fexes .
Voilà , Monfieur , le fait tel qu'il eft.
Il n'eft pas extraordinaire que ces corps
foient defféchés par les fels & les efprits
de feu qui ont demeuré dans ces creux
avec le refte de la chaux ; tout Phyficien
expliquera facilement cette opération .
On voit encore des cadavres defféchés
de la même façon , dans une Eglife Paroiffiale
de la même Ville , fous l'invocation
de Saint Pierre des Cuifines . On en
voit au moins trente fur une efpéce de ga92
MERCURE DE FRANCE. U
lerie , fituée fur la grande porte de cer
Eglife , qu'on trouve dans les creux ,
ont fervi à éteindre la chaux lors de
conftruction,
> Permettez moi encore Monfieur,, 00
vous obferver que vous avez obmis da
la Defcription de la même Ville des ch
fes très-intéreffantes pour les amateurs d
l'antique. Vous n'avez point parlé d'a
Cimétiere qui fervoit de fepulture dans les
tems les plus reculés aux habitans de Tou
loufe : c'eft un grand champ , qui eft dans
un village fitué à une petite demie licue
appellé encore vieille Touloufe , & dans
les titres les plus anciens vetus Toloza. Ons
y voit quelque mafure , & lorfqu'on la
boure ce champ , qui eft très- vafte , ou
que des ravines entraînent la terre , l'on y
frouve de grandes urnes fépulchrales de
terre cuite , d'environ trois pieds de hauteur
avec des anfes ; toutes fe terminent en
pointe par le bas , & fe retréciffant par le
haut , elles forment un col comme celui de
nos groffes bouteilles de verre . J'en ai vù
plufieurs chez des particuliers qui n'en
connoiffent
pas le prix : le fçavant Pere
Monfaucon nous en a donné la figure dans
fon Livre de l'Antiquité expliquée.
On trouve dans ces urnes des monnoyes
de cuivre ou d'argent , ce qui fais
JUIN. 1750. 98

fumer que ce champ étoit deſtiné pour
épulture des Romains , qui vinrent s'édir
dans cette partie du Royaume.
J'allai dans cette Paroiffe il y a fept ou
tans , pour voir la fituation de ce
amp : le Curé eut la bonté de me faire
efent d'une petite monnoye d'argent
i avoit été trouvée dans une de ces ures
, & étant venu à Paris à quelque tems
e- là , je la fis voir au Pere Monfaucon ,
i la trouva très - finguliere . Ne fçahant
en lire les caractéres , il jugea que ce
evoit être une monnoye du tems antéfeur
à l'établiffement des Romains dans
es Gaules .
Vous avez encore oublié , Monfieur , de
parler d'un Amphitéatre qui eft à demie
lieuë de Touloufe , du côté oppofé au
champ dont je viens de parler ; la moitié
de cet édifice bâti en tuille eft démoli :
on voit par les murailles , & par une partie
des cavernes , qu'il étoit de figure ovale
, mais qu'il n'étoit pas de la moitié fi
fpacieux que celui que j'ai vû à Nîmes.
Je vous avoue que j'ai été furpris de
trouver cet ancien monument dans un fi
grand éloignement de la Ville , qui ne
peut jamais avoir été étendue de ce côtélà,,
parce que la riviere de Garonne fé94
MERCURE DE FRANCE. J
pare le terrein de l'Amphitéatre , de
Ville.
Je croirois affez volontiers que cet A
phitéatre a été bâti dans cette partie d
Gaules par quelque Proconful env
par les Empereurs Romains , ou qu'il
été bâti par quelque grand Seigneur se
Pays , qui a voulu fe donner un Amphi
theatre auprès de fa maiſon de campagne
comme nous voyons de nos jours des Se
gneurs qui font conftruire des Theatres
dans leurs Palais pour y repréfenter des
Comédies.
Voici encore , Monfieur , ce qui vous
a échapé , qui me paroît bien finguliers
c'eft un bizarre ufage de ne laiffer entrer
perfonne dans le Capitole , ou Maifon de
Ville , ayant l'épée au côté.
Vous n'ignorez pas que le Capitoulat
donne la nobleffe ; cet ufage eft fi ancien ,
que l'on ne fçauroit rapporter ce privilége.
D'où peut venir la coûtume de dé
fendre l'entrée de la Maifon- de- Ville aux
Gentilshommes qui ont droit de porter
Fépée ? Il fembleroit plutôt que cette défenfe
devroit tomber fur les roturiers ,
qui n'ont pas le droit de porter des armes.
Ne trouvez-vous pas étrange , qu'étant
"
JUIN. 95 1750.
rmis d'entrer dans le Château de Verlles
, jufques même dans la Chambre du
pi , avec l'épée au côté , on fe foit avifé à
bulouſe d'établir un ufage contraire ?
Ce ridicule ufage , Monfieur , paroît
révoltant , que j'ai vû fouvent des
trangers s'en retourner fans voir 1 Hôtel-
Ville , parce que le foldat en fentinelle
ur faifoit la très - humiliante proponition
e laiffer leur épée à la porte : cependant
ofe vous affurer que cet Hôtel - de- Ville
mérite d'être vû , foit par les belles Salles
qu'il contient , foit par les belles peintures
-dont elles font décorées . Vous vous appertevez
que cet abus ne peut être fondé que
fur de petites idées provinciales , peu décentes
, & qui déshonorent une Ville
dont les habitans naiffent avec de l'ef
prit. Je fuis , Monfieur , votre , &c.
96 MERCURE DEFRANCE.
RAVDID30ED10110 : VU!
VERS
De M. de la Soriniere , à M. Bruhi
Docteur en Médecine , & de l'Acade
Royale d'Angers, fur fon ouvrage de lT
certitude des lignes de la mort , &le z
infatigable avec lequel il travaille à fa
mettre en exécution le projet de Réglement
qu'il a préfenté au Roi , pour remédier à l'a
bus des Enterremens & Embaumement
précipités.
B Ruhier , qui par tes eris rappelles les mortels
De la barque où Caron les raffemble & les paffe ;
L'humanité te doit ériger des Autels ,
Où ton nom radieux en chiffres immortels
Avec l'or & l'azur fans ceffe fe retrace .
Par les foins que ton zéle exige de nos loix,
Moderne Promethée , & nouvel Efculape ,
Tu remers dans nos fens la chaleur qui s'échape ;
Et tu nous fais renaître une feconde fois.
LETTRE
JUIN. 1750. 97
**********************
M
LETTRE
Au même Médecin,
R, une Hiftoire de notre fiécle , il y a
près de quarante ans , que vous ne
pportez pas , quoiqu'elle foit pareille à
lufieurs qui font dans votre Livre au
jet des Enterremens précipités , vient de
être contée par une Dame qui m'eſt
roche , & que je crois véridique .
A Vitry- le-François , Madame fa mere
toit amie intime de Madame Dominé
qui avoit été enterrée , & qui devoit la
prolongation de fa vie à une bague qu'on
he put lui tirer ; le foffoyeur l'ayant fçû
voulut en profiter , & vint la nuit l'exhumer
pour lui arracher la bague ; elle fit un
cri qui le mit en fuite , & elle revint chez
elle route tranfie. J'ignore le genre de fa
maladie , mais les perfonnes qui voudront
en être inftruites , peuvent s'en éclaircir .
Elle a eu depuis plufieurs enfans , & je
crois que M. Dominé , Avocat en Parlement
en eft un , ou eft de la famille , qui
fûrement en fçait quelque chofe .
>
Si tous ceux qui font fûrs de pareilles
Rue Bertin-Poirée,
4 Vol. B
*
8. MERCURE DE FRANCE
hiſtoires , vouloient vous en faire part av
les circonstances de leurs réfurrections
vous augmenteriez votre Livre du double
& ce feroit , je crois , le plus für moye
d'obtenir plutôt le Réglement quevo
demandez , qui eft le plus judicieux po
le genre humain , car l'état d'une mon
violente peut être préjudiciable au falut.
Toutes les Villes du Royaume , ou pl
tôt tout le genre humain , devroient ave
vous le demander avec empreffement.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Eugirfel.
SEANCE PUBLIQUE
Tenue le 8 Avril 1750 par l'Académie
Royale des Sciences.
M
R de Fouchy , Secretaire Perpétuel
de l'Académie , ouvrit la Seance
par la lecture de l'éloge de feu M. le Duc
d'Aiguillon
.
Cette lecture fut fuivie de celle d'un
Mémoire de M. Duhamel du Monceau , fur
différens moyens de perfectionner la bouf
fole. M. Anthéaume , déja connu par plufieurs
chofes utiles qu'il a foumifes à l'exaJUIN.
1750.
99
Y=-
en de l'Académie , avoit déja fait à cet
aftrument quelques corrections imporantes.
L'été dernier , il les communiqua
M. Duhamel , qui lui fit part à fon tour
e fes vûes , pour donner à la bouffole une
erfection d'un autre genre que celle
jui avoit été l'objet des recherches de
M. Anthéaume. Ils convinrent enfemble
de réunir leurs idées , & de travailler de
concert à en tirer le fruit qu'ils défifoient.
Pour rendre la bouffole plus parfaite , il
étoit néceffaire premiérement d'augmenter
dans l'aiguille la force qui la porte à fe
diriger vers le Nord. L'impreffion magnétique
, que le fer reçoit , occafionnant la
direction de l'aiguille , on ne doit point
douter que s'il étoit poffible de doubler ,
tripler , quadrupler cette impreffion , on
n'augmentât proportionnellement la force
directrice .
On ne peut profiter de la force magné
tique , fi quelque obftacle s'oppofe à fon
action. Il convenoit donc de chercher à
diminuer les frottemens de l'aiguille fur
fon pivot.
Quoique les aiguilles foient d'autant
plus parfaites, qu'elles fe meuvent plus facilement
, les Marins craignent cependant
cette grande mobilité , parce qu'elle con-
E ij
Too MERCURE DE FRANCE
tribue à rendre l'aiguille ce qu'ils appe
lent volage , c'est-à - dire , plus fufcepubl
d'être agitée par le mouvement du Vai
feau , inconvénient qui les empêche de
connoître la vraie direction . Il falloit ér
ter ce défaut , fans rien diminuer de la mo
bilité de l'aiguille.
Depuis long - tems , M. Duhamel s'étoit
appliqué au premier de ces trois objets
En 1743 , il avoit rendu compte à l'Aca
démie des recherches qu'il avoit faites
avec M. le Maire , pour donner à de petis
barreaux d'acier autant de force magnéti
que , qu'en avoient ceux envoyés d'Angle
terre par M. Knight. M. Duhamel avoit
même dèflors annoncé que la méthode ,
par laquelle il y étoit parvenu , pouvoit
fervir à procurer une grande force magné .
tique aux aiguilles de bouffole , & M. le
Maire depuis en avoit tiré un très bon
parti , non- feulement pour faire de meilleures
bouffoles , mais encore pour former
des aimans artificiels , qui portent des
poids confidérables rélativement à la grof.
feur de ces aimants.
Un Mémoire de M. le Comte de Treſſan,
imprimé dans le Mercure de Janvier de
cette année , ayant annoncé que M Knight
fçavoit compofer des barres magnétiques ,
qui communiquoient aux aiguilles , tremJUIN.
1750. 101
tes dur, une vertu beaucoup plus forte &
finiment plus durable , que celle qu'elles
¿quéroient étant aimantées avec les meilures
pierres ; M. le Comte de Treffan
fant ajoûté de plus dans ce Mémoire ,
ue ces barres avoient la propriété d'augenter
la force des aimants foibles , & de
hanger la direction de leurs pôles : des
hénoménes fi finguliers ont infpiré à
MM. Duhamel & Anthiaume la curiofité
le connoître la compofition de ces barres
magnétiques , dont M. Knight n'a point
revelé le fecret à fa propre Nation.
D'abord , pour leur premier effai , ils
ont choifi deux lames de fabre fort larges.
Ils les ont réduites à deux pieds fept pouces
de longueur , & les ont aimantées
après les avoir liées à une autre plus grande ,
fuivant la méthode que M. Duhamel avoit
indiquée en 1743. Enfuite avec ces deux
James , ils ont aimanté deux barres d'acier
d'Angleterre , trempées dur & polies , qui
avoient chacune huit pouces de longueur
fur quatre lignes & demie de largeur , &
deux lignes & demie d'épailleur. Diverfes
expériences , rapportées dans le Mémoire
de M. Duhamel , prouvent que ces barres
magnétiques ont acquis une force magnétique
très -approchante de celle des barres
de M. Knight.
E. ii)
102 MERCURE DE FRANCE.
JU
» Nous avions déja lieu , dit notre ce
» lébre Académicien , d'être contens de
nos recherches. Néanmoins nous jug
" mes que nous aurions encore plus de
" fuccès , fi nous fubftituions aux lames de
»fabre , dont la furface eft convexe , des
» lames d'acier de même longueur , mai
» dont la fuperficie feroit plane.
L'événement a juftifié cette conjecture ,
& M. Duhamel , conjointement avec M.
Amhéaume , eft parvenu à faire des barreaux
magnétiques , pour le moins audi
forts que ceux qu'on avoit reçus d'Angle
terre. On verra dans le Mémoire même ,
lorfqu'il fera imprimé , le détail des procedés
que ces deux Sçavans ont fuivis pour
réuffir dans leur entreprife. Nous remar
querons
feulement , que leurs nouveaux
barreaux magnétiques ayant été comparés
à ceux de M. Knight , deux de ceux- ci , qui
péfoient douze onces trois gros , n'ont
porté que vingt- huit onces deux gros , au
lieu que deux barreaux de MM . Duhamel
& Anthéaume , qui ne péfoient que
ces trois gros & demi , ont porté trentefix
onces deux gros , & deux autres , qui
ne péfoient que quatorze onces quaire
gros , ont porté quarante - quatre onces
deux gros.
fix on-
Quoique de ces expériences nos deux
JUIN. 1750. 103
avans paroiffent être en droit de con-
Jure que leurs barres magnétiques furpafrent
en force celles de M. Knight , M. Duamel
avance feulement que les unes égaent
les autres , parce que celles d'Angleerre
, étant plus anciennement fabriquées
que celles de France , peuvent avoir perdu
ane partie de leur vertu .
Nous avons dit ci - deffus , qu'il ne fuffifoit
pas d'augmenter dans les aiguilles de
bouffole la force qui les porte à fe diriger
vers le Nord , & qu'il étoit néceffaire de
les rendre très - mobiles fur leur fupport.
C'est l'objet auquel M. Anthéaume s'eft
particuliérement attaché , & voici la ma-
Diere dont il fe fert pour donner cette
perfection à la bouffole. Il place au centre
de cet inftrument un petit pilier de cuivre,
allez
gros pour qu'on
puiffe y maftiquer
une chappe
d'agathe
ou de verre : il ajufte
une pareille
chappe
au centre
de fa roſe :
puis , il fait un petit fufeau
de cuivre , dont
un des bouts eft reçû dans la chappe
qui
eft au haut du petit pilier , & dont l'autre
répond
à la chappe
qui eft au centre
de la
rofe : enfin du milieu de ce fufeau
il part
une verge de cuivre
, portant
trois petits
poids , qui ont affez de puiffance
pour
rappeller
le fufeau & la rofe dans la perpendiculaire
. M. Duhamel
alsûre
que par
E iiij
TU 104 MERCURE DE FRANCE.
là l'aiguille a une mobilité, qu'on ne foup
çonneroit point avant d'en avoir fait l'e
preuve.
Il ne reftoit plus à nos deux Sçavans
qu'à faire en forte que les aiguilles ne fa
fent point volages . Le reméde qu'ils ont
apporté à ce défaut , eft fort fimple ,. & il
ne confifte qu'à coller fous la rofe de peri
tes aîles de papier , qui , fans la charger ,
éprouvent dans l'air une réſiſtance par la
quelle les ofcillations font confidérablement
diminuées.
Après que M. Duhamel eut fini la lecture
de fon excellent Mémoire , M. de Life
lut une Relation des tentatives que les
Ruffiens ont faites pour découvrir un paf
fage à l'Amérique par le Nord- Eft. Cette
Relation ne nous ayant pas été communiquée
, nous ne pouvons pour le préfent en
donner l'extrait.
Le troifiéme Mémoire , qui fut lû , eft de
M. d'Aubenton , & il a pour objet la connoiffance
des pierres précieuſes. L'Auteur
commence par dire que les Joualliers &
les Lapidaires font aujourd'hui les maî
tres de donner le nom qui leur plaît à toutes
les efpéces de pierres qui ne font pas
d'un ufage ordinaire , fans courir le rifque
d'être convaincus d'erreur , quoique les
Auteurs d'Hiftoire naturelle , & furtout
JUIN. 1750.
105
line , ayent donné les noms & les defriptions
des pierres. Comme on trouve
lus de noms & de defcriptions dans les
ivres, qu'il n'y a de pierres dans la nature,
n ne fçait plus à quelles pierres convienent
certains noms. Cette obfcurité augente
encore par le défordre qui régne
lans les defcriptions , & par le peu de liaion
qu'elles ont entr'elles , & cela
parce
qu'on ne s'eft prefcrit aucune régle certaine:
your prévenir l'équivoque dans les noms
& éviter la confufion dans les chofes.
Le défaut de précifion dans les dénominations
des couleurs a achevé de rendre
les defcriptions inintelligibles. » On a
» dénommé chaque couleur , dit M. d'Au-
» benton , & de plus on a voulu exprimer
les teintes & le mêlange des couleurs ;
" pour cela on a cherché des termes , on a
» fait de nouvelles expreffions , on en a
" même employé decompofées, & l'on n'ac
pas réufli , parce que l'oeil faifir des nuan--
" cesque l'on ne peut exprimer dans au-
»Cane Langue.
L'Auteur , étant obligé de renoncer à
toute defcription de couleurs , s'eft propofé
de rechercher dans la nature même
un objet de comparaifon , qui für allez
étendu pour repréfenter tout ce qu'il ne
pouvoit pas décrire, & affez conftant pour
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
ne jamais caufer d'erreur.Afin d'y parvenit
il a imaginé de rapporter les couleurs de
toutes les pierres au fpectre folaire , que le
Prifme donne par la réfraction des rayons
de lumiere , & de tirer de cette compara
fon des connoiffances invariables dans les
détails les plus étendus.
On voit dans les pierres précieufes des
couleurs rélatives aux fept dénominations
principales du ſpectre : on voit de plus que
routes les couleurs mêlangées des pierres
font de même rélatives aux couleurs intermédiaires
du fpectre , & qu'elles fuivent
exactement le même ordre . Nous n'en
donnerons qu'un exemple : le verd fe trou
vant dans le fpectre entre le jaune & le
bleu , l'efpace qu'il occupe eft mêlé de
verd & de jaune par l'extrêmité inférieure,
& il y a un mêlange de verd & de bleu à
fon extrêmité fupérieure de même la
couleur verte fe trouve dans l'émeraude ;
on voit dans le péridot une couleur mêlée
de verd & de jaune, & dans l'aigle marine
an mêlange de verd & de bleu , & c.
L'opération que l'on a à faire pour rapporter
les couleurs des pierres à celles du
fpectre , eft fort fimple & fort aifée, même
pour les gens qui ne font point exercés
aux expériences d'optique ; il faut avoir
une planche fort mince dans laquelle on a
JUIN. 1750 . 107
ait deux couliffes paralleles , pofées à côté
l'une de l'autre à un pied de diftance , &
mobiles de haut en bas & de bas en haut,
On perce dans chaque couliffe un trou de
deux lignes de diamètre , & on applique
fur le trou de l'une des couliffes la pierre
que l'on veut comparer , & fur le trou de.
Fautre couliffe un morceau de criſtal de
roche , à peu près femblable à la pierre pré
cicafe , foit
cieuſe ,
pour l'épaiffeur , foit pour la
taille ; on préfente l'autre face de la planthe
pour recevoir le fpectre folaire , que
l'on fait tomber fur le criftal.
A un pied de diftance du trou qui eft
fait au volet de la chambre noire , pour
donner entrée au rayon qui doit le réfrac
ter à travers le prifme pour former le
fpectre , on fait un autre trou de la même
grandeur pour laiffer paffer un autre rayon
de lumiere non réfractée , que l'on fait
tomber fur la pierre précieufe ; alors en ſe
plaçant derriere la planche , on voit las
pierre précieufe bien éclairée par le rayon
de lumiere non réfractée , & le criftal coloré
par le fpectre . On hauffe ou on baiffe
le criftal par le moyen de la couliffe , jufqu'au
point où la couleur , que lui donne
le fpectre , devient femblable à celle de la
pierre précieufe on peut les comparer aifément
, puiíqu'on les voit tous les deuxà
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
la fois , & qu'il n'y a que ces deux objets
qui foient visibles.
Voilà le moyen de donner au cristal la
couleur , les nuances , & les mêlanges de
toutes les couleurs des pierres précieuſes ;
& à mesure qu'on l'éloignera du prifme ,
on lui donnera toutes les teintes & les dé
gradations de chaque couleur. Il faut qu'il
У ait au moins 15 pieds de diftance entre
le prifme & l'endroit où l'on reçoit le fpec
tre ; plus près , il ne feroit pas alfez développé
mais lorsqu'on veut comparer des
pierres d'une teinte très - foible , on eft
obligé de les éloigner à une fi grande diftance
, que l'espace de la chambre pourroit
n'y pas fuffire. Pour remédier à ce petit inconvénient
, on met à la place du criſtal un
verre concave , qui en rendant les rayons
divergens ,affoiblir leur couleur ; enfuite
on préfente le cristal à l'endroir où la cou
leur qu'il reçoit , eft pareille à celle de la
pierre précieufe. Si on veut comparer des
pierres montées , on laiffe vaides les trous .
des couliffes qui font dans la planche , &:
on fait paffer par l'un un rayon de lumiere
non réfractée , à laquelle on expoſe la
pierre précieufe , & par l'autre une petite
partie du fpectre , que l'on fait tomber fur
un cristal monté àpeu près comme la pierre
précieufe. Il y a des pierres qui , comme les
JUI N. 1750. 109
opafes de Bohême , ont une légere teinte
le brun ou de noir : on peut auffi les imiter
moyen d'un verre légèrement enfumé ,
travers lequel on fair paffer le rayon.
oloré.
Après avoir comparé la couleur d'une
pierre à celle du fpectre à laquelle elle cor
refpond , il ne reste plus qu'à conftater le
point de comparaifon , afin que l'on puiffe
donner la même couleur à un morceau de
eriftal , fans avoir la pierre précieufe . Pour:
cela, on gradue le fpectre, en divifant cha
cun de fes intervalles en plufieurs partics.
égales. Cette graduation doit être tracée
fur la planche à côté de la couliffe qui porte
le criftal . La plus grande difficulté eft de
faire tomber le pectre précisément furt
cette bafe , fans qu'il déborde en haut &
en bas. Si M. d'Aubenton n'étoit pas parvenu
à ce point d'exactitude , toutes les
comparaifons de couleurs , qu'il auroit pâ
faire , auroient été fujettes à des erreurs.
continuelles , mais il a trouvé un moyen
certain de les éviter , & il les exécute d'une
maniere fort fimple , dont il a donné le
détail.
L'Auteur , après avoir expliqué fa mé
thode, donne un exemple , pour faire voirque
ce n'est que par cette méthode , qu'il .
e poffible de le faire, une idée, jufte &
tro MERCURE DE FRANCE.
1
»
»
précife d'une pierre que l'on ne peut pas
voir. Je fuppofe , dit-il , qu'un Natura
» liſte ſe trouve au Royaume de Pegu , &
qu'il y rencontre une pierre , qui mérite
par la beauté de fa couleur d'être connue
dans toutes les parties du monde ; je fuppofe
de plus notre Aliatique expérimen
té dans le commerce des pierres précieu
fes, & fcavant en hiftoire naturelle. Avec
» ces connoiffances , il fçaura d'abord diftinguer
fi fa pierre eft un diamant , ou fi
» c'eſt ſeulement une pierre orientale Il
comparera fa dureté, & par là il donnera
une idée de fon poli ; il rendra compte
» du poids de cette pierre, il en exprimera
la figure , il dira fi elle eft nette , ou
" bien il détaillera les défauts qui s'y trou
veront toute cette defcription lui fera
facile , mais lorsqu'il faudra défigner le
mêlange , les nuances & les teintes de
couleur qu'aura la pierre , l'expreffion
* il
»lui
manquera
, & il ne pourra
jamais
fai- »re entendre
aux autres
ce qu'il aura vû. Si nous apprenons
à cet Indien
comment
peut comparer
les couleurs
des pierres précieufes
à celles
du fpectre
folaire
,
d'abord
il fera une copie
de la fienne >> parfaitement
reffemblante
à l'original
, & dès qu'il aura indiqué
fur l'échelle
da ſpectre
le dégré
auquel
on doit s'arrêter
,
JUIN. 1750. 211
on pourra voir à Paris la vraie couleur
de la pierre qui fera au Pegu ; on l'imitera
fur le cristal , & on en verra une
image fidelle & invariable. Les Naturaliftes
définiront fon genre & fixeront
fon efpéce ; les Joualliers jugeront de fa
beauté & décideront de fon prix. Enfin
certe pierre fera bien connue. On pourra
anff déterminer de combien de dégrés
elle eft plus ou moins colorée qu'une
autre , & quelles nuances on y ajoûreroit
, en la montant fur telle ou telle
feuille . Si Pline avoit eu cette méthode ,
»nous connoîtrions parfaitement aujour
» d'hui les pierres des Grecs & des Ro-
» mains ; j'efpere qu'avec ce fecours nous
pourrons tranfmettre à la postérité une
idée jufte de celles que nous avons.
La brièveté que M. d'Aubenton a été
obligé de fe preferire dans une lecture publique
, l'a empêché de donner toute la
fuite de fa méthode : il a refervé ce détail
pour un autre Mémoire ; il dit feulement
qu'il divife les pierres précieufes en trois
claffes ; la premiere comprend les diamans ,.
la feconde les pierres que l'on appelle
orientales , & la troifiéme les pierres occidentales
, au nombre defquelles le criftal
de roche doit être mis on trouvera des
pierres de toutes couleurs dans chacune de
H
Erz MERCURE DE FRANCE.
ces trois claffes , même dans celle des dian
mans. Les pierres fines , c'est-à-dire , les
cailloux , les agates , les calcédoines , kes
fardoines , les cornalines , les jafpes , &
autres pierres de même nature , feront une
feconde branche de cette méthode .
Les fept dénominations principales des
couleurs défigneront fept genres de pierres
précieufes dans chaque claffe ; chaque
dégré fenfible dans ce mêlange des couleurs
conftituera une efpéce , mais les dégradations
de chaque couleur, ne feront
regardées que comme des variétés , car on
voit le plus fouvent différentes teintes
dans différens endroits de la même pierre.
L'Auteur prévient une objection qu'on
pourroit lui faire ; c'eft que puifqu'il y a
des nuances. prefqu'à l'infini dans les cou--
Feurs , il y auroit auffi une infinité d'efpéces
de pierres , & que par conféquent il ne
feroit pas poffible de fixer les termes des
divifions. A cela il répond , qu'il ne prétend
pas déterminer le nombre des espèces,
ni décidet les termes de leurs divifions..
Il y auroit , dit-il , de la témerité à ofercompter
les différentes productions de la
nature ; l'Etre fuprême qui les a créées ,
» eft feul capable de comprendre & de dé-
» velopper le fyftême de la nature dans
33
*
Systême , méthode , diftribution en claffes ,
JUIN. 113 1750
toute fon étendue . M. d'Aubenton fait
oir enfuite pourquoi les méthodês out
oujours dû nous jetter dans l'équivoque
dans l'erreur , par le vice effentiel de
eur conftruction . On s'attache feulement
quelques caracteres des individus , on
ombine les différences & les reffemblanes
qu'ils ont entr'eux relativement aux
caractéres que l'on a choifis , on eft néceffairement
obligé de négliger les autres , &
de les retrancher , pour ainfidire , comme
s'ils étoient inutiles à la connoiffance de
Findividu auquel ils appartiennent. En
effet ,
il ne feroit pas poflible de les combiner
tous. Qui pourroit exprimer en une
phrafe & retenir de mémoire les réſultats
de tant de combinaifons , ou les rédiger
en claffes , genres , eſpèces , ordres , tribus,
familles Voilà ce qui produit une différen
ce effentielle entre les phrafes données par
les Nomenclateurs, & dans les defcriptions
faites par les Naturaliftes . Les claffes & les
genres ne font que des réfultats de combinaifons
que nous avons faites , c'eft- à- dire ,
de nos conventions ; il n'y a que les individus
qui puiffent être réellement connus.
& phyfiquement décrits ; on ne peut avoir
la connoiffance entiere d'un individu , que:
genres , & c. font des mots fynonimes dans la no
menclature de l'Hiftoire Naturelle.
114 MERCURE DE FRANCE . T
par une defcription qui renferme tous les
caracteres , mais on peut fçavoir parfaite
ment le nom , la phrafe & le caractere
d'une efpéce , fans bien connoître l'individu.
L'Auteur interrompt cet examen , parce
que l'objet de ce Mémoire n'eft pas de difcuter
, s'il eft poffible de faire des méthodes
, aufquelles le titre faftueux de fystème
de la nature puiffe convenir ; fon intention
n'eft pas même d'infinuer que les méthodes
que nous avons , foient inutiles. Il
croit au contraire qu'il y en a plufieurs
qui font néceffaires à ceux qui étudient
Phiftoire naturelle ; qu'elles peuvent fuppléer
à la mémoire de ceux qui fçavent
déja , & que ces diftributions méthodi
ques doivent entrer dans l'arrangement
d'un cabinet d'hiftoire naturelle. Ce qu'il
veut prouver , c'eft que l'on peut faire des
méthodes fur un meilleur plan , que ceux
que l'on a fuivis jufqu'à préſent. Un objet
de comparaifon , pris dans la nature & invariable
, eft bien plus capable de diriger
nos connoiffances & de les afsûrer, que des
régles aufquelles nous ne devons pas efpérer
de foumettre la nature . L'infuffifance
de ces régles eft démontrée par la comparaifon
des couleurs des pierres précieules
avec celles du ſpectre folaire. » Je ſuppoJUIN.
1750. 115
fe , dit l'Auteur , que l'on ait une pierre
dont la couleur foit femblable à celle
qui fe trouve dans le fpectre , à l'endroit
où M. Newton a tracé la ligne qui fépare
le rouge de l'orangé : fa couleur.
fera également mêlée de rouge & d'orangé
, ainfi elle appartiendra également au
genre des pierres, rouges & à celui des
pierres de couleur orangée. Auquel la
rapporter ? Voilà la difficulté qui eft infurmontable
par toutes les méthodes , &
que l'on ne peut vaincre que par l'objet
de comparaifon. Dès qu'il nous repréfente
la vraie couleur de cette pierre ,
nous connoiffons parfaitement fon efpé-
»ce: qu'importe donc que fon gente foit
indéterminé ? Il n'eft pas plus poffible de
» compter les espèces , que de déterminer
" exactement l'étendue des genres ; mais
cependant toutes les pierres , dans lefquelles
le mêlange des couleurs eft fenfi-
» blement différent , peuvent être rappor-
» tées aux couleurs intermédiaires , aufquelles
elles correfpondent ; ainfi on
diftingue toutes les efpéces , fans qu'il
» foit néceffaire d'en fçavoir le nombre .
Les caracteres , dont dépendent les genres
& les espèces , font épars & confus dans les
méthodes introduites en hiftoire naturelle
; dans celle -ci au contraire , ils font rap116
MERCURE DE FRANCE.
>
prochés & fi bien fuivis , que l'on peu
appercevoir toutes les nuances fuccellives
par lesquelles la nature paffe d'un extrême
à l'autre. Notre imagination ne peut pas
interrompre l'ordre de cette fucceflion :
les genres étant , pour ainsi dire , réalifes
fous nos yeux , nous voyons le point de
tranfition nous faififfons les termes
moyens que nous préfentent les espéces
équivoques entre deux genres , nous y
diftinguons des caractéres uniques ; par
conféquent la connoiffance de l'individu
n'eft point dépendante de celle du genre
comme les opérations de la nature ne dé
pendent point des conventions des hommes.
C'eft fur ces confidérations , que M.
d'Aubenton fe croit en droit de foutenir
que
fa nouvelle méthode met en évidence
les défauts des méthodes arbitraires ; qu'elle
eft entiérement conforme à la nature ,
en ce qu'elle nous donne les moyens de
diftinguer & de reconnoître toutes les efpéces
des pierres précieufes, indépendamment
de leur genre , comme la nature lesproduit
, indépendamment de nos méthodes.
M. l'Abbé Nollet ayant paffé une bonne
partie de l'année derniere , tant à la Cour
de Turin , qu'à parcour les différens endroits
de l'Italie, qui pouvoient lui fournia
JUIN. 1750 .
nouvelles connoiffances fur la phyfique
fur l'hiftoire naturelle , il a fait dans le
Surs de ce voyage beaucoup d'obfervaons
& d'expériences, dont il rend compte
epuis cinq ou fix mois à l'Académie par
ne fuire de différens Mémoires . C'eft un
le ces Mémoires , dont la lecture termina
à Séance de l'Académie . M. l'Abbé Noliet
raffemblé dans cet Ouvrage toutes les
emarques qu'il a faites fur la fameufe
Grotte , fituée près du Lac Agnano entre
Naples & Pouzzol , connue fous le nom
la Grotte du chien , fans doute , dit notre
Académicien , parce que c'eft ordinairement
fur un animal de cette efpéce ,
qu'on repére les expériences pour les
curieux qui s'y font conduire.
D
Cette grotte n'eft point taillée dans le
roc , mais dans une terre fablonneufe, qui
a pourtant affez de confiftance pour ne
point s'écrouler : elle eft dans la colline qui
borde le lac : on avance deux ou trois toifes
en montant , & l'on y entre de pleinpied
: elle a environ trois pieds de largeur,
& près de deux toifes de profondeur ; un
homme de moyenne taille peut fe tenir debout
vers l'entrée , mais on ne peut aller au
fond, qu'en fe courbant beaucoup . Le terrein
en est toujours humide , ainfi que les
côtés à la hauteur de dix pouces feule
ment.
18 MERCUREDE FRANCE
Quand on eft dehors & qu'on fe pas
che pour regarder à fleur de terre dans e
grotte , on y apperçoit une vapeur aff
femblable à celle qu'on voit au - deff
des charbons ardens , mais différente enc
qu'elle eft moins animée & comme ram
pante , ne s'élevant point au- delà de cing
à fix pouces » Ce fluide à peine vifible
» dit M. L. N. & qui paroît fi fubtil à l
» vûe , s'étend uniformément & femble
affecter l'équilibre , comme une liqueur
"
"
»fa furface , beaucoup plus terminée que
»les autres vapeurs , balance viſiblement
fous l'air , comme fi ces deux matieres
» avoient peine à ſe mêler .
la
M. l'Abbé N. étant entré dans la grotte,
& y étant resté debout pendant quelques
minutes , n'y remarqua aucune autre odeur
que celle qui régne ordinairement dans les
fouterrains qu'on a tenus fermés , mais il
fentit aux pieds une chaleur douce , qui
paroiffoit s'élever à peu près autant que la
vapeur ; il s'en afsûra , en y portant
main , qu'il y tint plongée pendant quelques
minutes , & qui n'y contracta ni
odeur , ni goût , dont il pût s'appercevoir
enfuite, en la portant au nez , ou fur la langue.
La chaleur de ce lieu étoit de 29 dégrés
au thermométre de M. de Réaumur ,
dans un tems où la température de l'air
JUIN. 1750. 119
xtérieur étoit feulement de 18.
Sur le penchant de la colline , immédiaement
au-deffous de la grotte , on ſenr
uffi un peu de chaleur, & l'on y apperçoit,
n regardant à fleur de terre , une vapeur
emblable à celle dont nous venons de faimention
, & qui fe meut en fuivant la
jente du terrain . M. l'Abbé N. fourçonna
que ce fluide venoit de la grotte , en ſe
laiffant aller au gré de la pefanteur , &
cette conjecture le tourna en certitude ,
lorfqu'ayant fait éteindre un flanbeau
dans la vapeur ( expérience déja trèsconnue
) il vit que la fumée , flottante fur
te fluide plus pefant que l'air , étoit entraînée
du dedans au - dehors de la caverne , &
qu'elle prenoit , en coulant , des dégrés de
viteffe proportionnés à la déclivité du
terrain. Il eft affez fingulier que la fumée
du flambeau nouvellement éteint ne s'éleve
pas dans l'air qui eft au- deffus , elle
contracte apparemment ce dégré de péfanteur
qui ne lui eft point ordinaire , en
s'uffiffant avec la vapeur plus facilement
qu'avec l'air.
Au refte , cette vapeur péfante n'eft pas
la fenie qu'on ait vû couler ainfi fous
l'air. Après les grandes éruptions du Vefuve
, il arrive quelquefois qu'aux environs
du Volcan, & principalement près des
20 MERCURE DE FRANCE :
endroits où fes Laves fe font arrêtées , les
foffes , les caves , les citernes , les puits ,
&c. fe rempliffent d'une efpéce de mofete ,
qui reffemble affez à celle de la grotte ,
hors qu'elle n'eft point permanente comme
elle , mais pendant tout le tems qu'elle
⚫dure , on obferve qu'après avoir rempli
le lieu de fa fource , elle déborde , elle fe
répand dans les endroits qui font plus bas,
& elle s'arrête dans ceux qui font creux ,
comme pourroit faire l'eau d'un baflin qui
deviendroit trop plein.
Après l'expérience du flambeau éteint ,
M. l'Abbé N. fit celle du chien : il vit en
effet que l'animal , ayant la tête plongée
dans la vapeur, fe tourmentoit beaucoup ;
qu'il fouffloit de la gorge & du nez ; qu'il
battoit des flancs , comme fi la refpiration
lui manquoit ; qu'enfin tomboit en défaillance
, & que dans l'espace de trois minutes
, il étoit devenu comme mort , mais
qu'ayant été remis à l'air hors de la grotte,
en moins de deux minutes il revint dans
fon état naturel .
On fit après la même épreuve fur un
coq , qui , ayant fait d'abord de grands
efforts pour vomir , fut fuffoqué en moins
d'une minute & fans retour , par les alimens
qui lui revinrent abondamment dans
le bec.
Def
JUI N. 1750. 12 P
y
Des grenouilles nouvellement prifes au
bord du lac , & mifes à terre dans la grotte,
furent comme pâmées en trois ou quatre
minutes , mais quoiqu'on les y laifsât plus
d'un quart-d'heure en cet état , elles reprenoient
vigueur en peu de tems , lorfqu'on
les remettoit en plein air.
Les mouches , les fcarabées & autres infectes
, tinrent encore plus long- tems contre
les effets de la vapeur , & revinrent
après une défaillance de plus longue durée
, ce qui avoit déja été obfervé l'année
précédente par M. Taitbout , Conful de
France à Naples , & par le Pere la Torre ,
avec qui M. l'Abbé N. fit ces dernieres
épreuves,
Il eſt donc conftant , 1 °. que la vapeur
de la grotte éteint fubitement la flamme ;
2º. qu'elle fait mourir les animaux ; 3 °.
que les reptiles & les infectes tiennent.
plus long- tems que les autres animaux .
contre fon action. Mais ces effets viennent-
ils de quelque qualité peftilentielle,
qui infecte , qui empoifonne les animaux ,
comme on l'a crû d'après les Auteurs qui
ont mis cette vapeur au rang des mofetes
proprement dites ? Ou bien ne doit- on
s'en prendre qu'au défaut de l'air , dont ce
Auide prend la place , & auquel il n'eft pas
capable de fuppléer ? C'eft ce que M. l'Abbé
1. Vol
F
122 MERCURE DE FRANCE.
Na tâché d'éclaircir par les expériences
fuivantes.
Le papier bleu & le firop de violette ne
changerent point fenfiblement de couleur,
foit qu'on les tint long- tems plongés dans
la vapeur de la grotte , foit qu'on y appli
quât de la terre récemment tirée du même
lieu .
Des linges & des éponges , imbibés de
bon vinaigre, & appliqués à la même épreuve,
ne firent appercevoir aucun figne de fermentation
. Erant approchés du nez d'un
chien , ils n'empêcherent pas non plus que
l'animal ne fouffrit les accidens ordinais
res , & dans le même efpace de tems.
Des boucles de tombac & des feuilles
de clinquant ne changerent point de couleur
dans la grotté , comme les métaux
polis ont coûtume d'en changer , quand on
les expofe à quelque vapeur fulphureufe
ou arlénicale .
On a déja dit ci deffus que cette vapeur
n'a point d'odeur forte , & qu'elle ne fait
aucune impreffion fur la peau de la main.
Tout cela fit croire à M. l'Abbé Noller ,
que fi ce fluide avoit quelque mauvaile qualité
, ce n'étoit pas au point de pouvoir nui.
re fubitement, & que vraisemblablement il
ne feroit pas plus de tort à la peau du vifage
, aux yeux , ni même aux parties inJUIN.
1750. 123
ternes du corps , qu'il n'en faifoit à la
main , lorfqu'on l'y tenoit plongée. Il
ft manger à un poulet du pain qui avoit
efté plus d'une heure par terre. dans la
grotte , & l'animal , qui l'avala fans répuguance
, n'en parut nullement incomnodé.
la
vapeur ,
Enhardi par ces épreuves & par ces ré-
Acxions , M. L. N. plongea fon vifage dans
mais fans refpirer , ayant les
yeux ouverts & la langue un peu avancée
hors des lévres. Il ne fentit qu'un attouche
ment femblable à celui d'une vapeur d'eau
bouillante chargée de quelque fel , qui lui
fit d'abord fermer les yeux par un mouvement
affez naturel à cet organe , lorfqu'il
eft frappé par quelque autre matiere qu'un
air pur , mais cela fe paffa fans aucune impreffion
douleureufe , fans aucune faveur
que la langue pût diftinguer.
Enfin dans une feconde immersion M.
L. N. hazarda de refpirer un peu cette vapeur
, & alors il fentit quelque chofe de •
fuffoquant , comme quand on a la bouche
près d'un gros tuyau de poële fort échauffé,
ou que l'on entre dans une étuve où il
regne une grande chaleur avec de l'humidité.
Il fentit auffi dans la gorge & dans
le nez une legere âcreté qui le fit touffer
& éternuer : mais cette épreuve ( qui dura
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
peu à la vérité ) ne lui caufa ni nauſée , ni
mal de tête , ni aucune autre incommodité
.
Tout confideré , M. L. N. ne voit dans
la vapeur de la Grotte , qu'un fluide plas
pefant que l'air, & d'une nature differente,
puifqu'il a peine à ſe mêler avec lui , d'où
l'on
peut conclure
que
les
animaux
, qui
meurent dans la grotte , y font moins empoifonnés
que noyés ou fuffoqués.
Cette conjecture devient très plaufible ,
quand on confidere , 1 °. que le même animal
fert pendant nombre d'années à ces
fortes d'épreuves , fans fe reffentir des accidens
qu'il a éprouvés dans la grotte ; en
feroit-il de-même , s'il avoit avalé quelque
matiere capable d'infecter le fang , ou
d'attaquer les folides par corrofion ou autrement?
2 °. On voit une reffemblance
affez marquée entre les animaux qui périffent
dans la grotte , & ceux qu'on fait
mourir par défaut d'air dans la machine
pneumatique ; les uns & les autres ont
des naufées , battent des flancs & font påmés
en trois ou quatre minutes : dans la ma;
chine du vuide comme dans la grotte , les
Reptiles & les Infectes réfiftent plus longtems
que les autres animaux. 3. Enfin les
Sçavans du pays , qui ont ouvert les cadavres
des animaux nouvellement fuffoqués
JUI N. 1750. 125
dans la grotte , n'y ont remarqué aucun
autre dérangement que les poulmons un
peu affaiffés , état affez conforme à celui
d'un animal , mort pour avoir feulement
manqué d'air.
C'eft une vieille erreur , & dont on eft
pleinement revenu maintenant , de croire
qu'il faille jetter dans le lac Agnano les
animaux qui ont fouffert dans la vapeur ,
comme fi cette eau devoit leur fervir d'antidote
; elle acheveroit plutôt de les noyer,
s'il ne leur reftoit pas affez de force pour
nager & porter la tête jufques dans l'air.
On a dû expliquer l'Enigme & les Logogryphes
du Mercure de Mai par Glace ,
Caffetiere, piqueure & Eſcarpolette . On trouve
dans le premier Logogryphe rétif, ire ,
cire , rat , fier , cerf, re , fa , été , air. On
trouve dans le fecond pie , peur , queue ,
pere, pire & pure. On trouve dans le troifiéme
carpe , rets , pefte , or , fol , pas , pot ,
for & Lettre.
F iij
J 126 MERCURE DE FRANCE.
蔬菜洗洗洗澡洗洗選業:淡淡汞派出
ENIGM E.
MA figure , Lecteur , eft affez régulière .
J'habite les Palais , j'habite la chaumiere .
Quelquefois un rival ufurpe mon emploi ,
Et fait que fans regret on fe paffe de moi.
J'ai le dehors ouvert , c'eft partout ma coûtume ,
Mais au fond,j'ai le coeur noir & plein d'amertume.
A mon Maître fouvent je donne du ſouci.
Pour lors un Etranger , par les oeuvres noirci,
Des mains, des pieds , chez moi fe faifant un paffage,
En fort , le front couvert des effets de la rage.
Mon fupplice eft toujours l'ouvrage de la main,
Et l'ingrat ,fans pitié , me déchire le fein ,
Mais bien-tôt ce vainqueur touche au haut de ma
gloire ,
Et fier de ma défaite , il chante fa victoire.
L'Air
AUTR E.
'Air , l'Océan , fous tes yeux me font naître ;
L'homme d'honneur me voit deux fois paroître ;
Inutile à plufieurs , j'accompagne l'amour ,
Je fers dans l'amitié , je fers dans l'infortune.
Je viens à l'ordre. Adınife dans l'atour ,
Je fuis une chofe commune.
JUIN. 1750. 127
Priſe encor dans un autre fens ,
Je puis , fans refpecter les droits des plus puiffans ,
Et fans bleffer auffi l'autorité fuprême ,
M'adreſſer aux Enfers,à la Terre, aux Cieux même.
Qu'arrive- t'il enfin bien fouvent je déplais ,
Le ton fait tout. C'eſt aſſez , je me tais .
LOGO GRYPHE.
A
Mi Lecteur , j'offre à tes yeux
Mille objets , & fur tout des Héros & des Dieux
Rappelle- toi la deſtinée
De cette fille infortunée ,
Victime d'un tranſport jaloux ;
Qui paya cher... mais taifons- nous.
Je dois à l'Art bien plus qu'à la Nature.
Dix pieds compofent ma ftructure.
Renverse-moi , je fuis un mets friand.
Combine-moi , fois patient ,
Tu trouveras le nom qu'on donne à ſa maîtreſſe.
D'un Dieu, prife autrement , j'excitai la tendreffe ;
Mais quel changement dans mon fort
A tes yeux m'a donné la mort !
Je vois paroître un Poëte célébre ,
Dont Mirabeau fir l'oraiſon funebre ,
Et le vafe brillant où coule la liqueur,
Qui raffûre la tête & réjouit le coeur.
F iiij
128 MERCURE DE FRANCE .
Au Firmament , globe qui brille .
Autour de moi l'hyver s'affemble la famille,
Veux-tu m'interroger encor ?
J'étois, au tems de l'âge d'or ,
De l'Egypte Dieu tutelaire ,
Et d'une Nymphe amant téméraire.
Quittons l'hiftoire & courons le pays 3
Tu trouveras d'abord les Etats des Sophis
Province non loin de l'Afie ;
Ville fameuse en Italie ;
En France une grande Cité ,
Dont le nom , fi l'on veut , en perfonne cité .
D'une autre caufa la ruine.
Mais j'en dis trop , on me devine.
Renfermops -nous & changeons le tableau.
Le même mot t'offre un Pape , un oiſeau ;
Un Elément ; un morceau de muſique ;
Un grand outrage ; animal domeftique ;
Mauvaiſe rencontre fur mer ;
Inftrument tranchant & de fer ;
Ce qu'en route aux foldats on donne ;
Un nom très cher ; un Directeur de None ;
En France un titre défiré ;
Nom au Monarque confacré ,
Ancienne piéce de monnoye ;
Vive expreffion de la joye ;
Mets des enfans de Mahomet ;
Ce qui précede un grand banquet ;
JUIN. 129

1750.
Ce qui fit tort au bon Nicaife ;
Ce qui fait qu'au Sermon on eft mal à fon aife ;
Deux notes de musique, & deux péchés mortels
Efprit qui renverfa le Trône & les Autels ;
D'une meute guide invifible ;
Piége où le prend tout animal terrible ...
Mais , Lecteur , je veux t'égayer ,
Et j'apperçois que je te laffe.
De trente mots je te fais grace ,
Car je craindrois de t'ennuyer.
L. B ** . R ** . L. B ** . B **.
DADS
AUTR E.
Ans mes fix pieds facilement ,
Pour peu qu'à me chercher votre efprit s'ève itue
Note , fentinelle , Elément ,
Viendront s'offrir à votre vûe ;
Vous trouverez également
Une riviere en Eſpagne connue ;
Le court trajet qui du berceau
Conduit les mortels au tombeau ;
Ce qu'on peut voir dans une étable ,
Utile toutefois à certains Artiſans ;
Un homme chez les Mufulmans
Décoré d'un rang honorable ,
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
Enfin dans plus d'un lieu je trouve de l'emploi ,
Lorsqu'il s'agit d'élire un Roi.
Corranfon.
AUTR E.
Quoique je fois de fort peu de valeur ,
Mon corps
Et
peut
mince & Aluet dans toutes les toilettes
Eft d'un grand ufage aux coquettes ,
donner auffi du tintouin au Lecteur.
D'abord un certain mois qu'on deftine aux feurettes
,
Diviſe également mon tout.
Item on trouve encor,en cherchant juſqu'au bout,
La fille de Cadmus ; une Nymphe ; une Ville ;
Un mot Latin qu'à mainte fille
Maint galant traduit en François ?
Ce qu'un homme d'honneur tâche de rendre
illuftre ;
Ce qu'il faut dénombrer cinq fois ,
Quand on veut compofer un Luftre ;
Un fratricide , un Souverain ,
Un ton de la mufique , une qualité rare ,
Dont plus d'un fauflement fe pare;
Un membre ; un fruit ... Comment ferai -je enfin
Pour tirer mon Lecteur d'un compte auſſi bifarre ?
JUIN.
131 1750.
Puifqu'il a commencé , qu'il rêve encor un peu,
S'il prétend retirer ſon épingle du jeu.
11 JE
"
Par le même.
AUTRE.
E fuis Pau , le Pô , pot & peau ,
Paul , Pal , Pan , pont , pou , Pole & plante.
Note , ut , fa , la , flute , fel , eau :
Feu , tuf, Toul , Apt , Alep , Laon , pante ;
Noel , Noé , Lot , Leon , neuf;
An , Lot , talon , flot , flote & foule ;
Falot , felon , fat , plat , fol , oeuf ;
Ane , Paon , loup , fan , taupe & poule.
Par le même.
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX- ARTS , &c.
A FORCE DU NATUREL.
Lmédie en vers& Ming Actes. Par
M. Nericault Deftouches , de l'Académie
Françoife. Repréfentée pour la premiere
fois par les Comédiens ordinaires du Roi ,
le 11 Février 1750. A Paris , chez Prault,
pere , Quai de Gêvres , au Paradis . Avec
Approbation & Privilége. In - 12 . pp . 132.
Prix 30 fols.
F vj
132 MERCUREDE FRANCE.
Horace a dit , Naturam expellas furcè, 14-
men ufque recurret , & non feulement on
n'a point raxé de faufleté cette propofition,
mais elle eft devenue proverbe , ce qui n'at
rive guéres qu'à celles dont l'évidence
frappe tous les efprits. Cependant on regarde
en même-tems comme un princips
non moins certain , que l'éducation nous fait
ce que nous sommes . Il n'eft donc pas extraordinaire
que d'un côté M. Deftouches ait
pris pour fujet de fa Comédie une maxime
qui eft une efpéce d'axiôme , & que de l'au
tre il fe foit trouvé des Cenfeurs , qui confidérant
fous une face differente cette même
maxime , ayent prétendu qu'elle étoit
fouvent démentie par l'expérience. Que!-
que oppofés que paroiffent être le principe
qui fert de bafe à l'ouvrage de M.
Deftoches , & le fentiment des perfonnes
qui lui- reprochent d'avoir entrepris de
prouver une propofition fauffe , il eft facile
, pour peu qu'on y faffe attention , de
s'appercevoir qu'on ne difpute que faute
de s'entendre. Sans doute on ne peut nier
dans divers cas l'éducation ne triomphe
du naturel , mais il n'en eft pas moins
inconteftable que dans un grand nombre
d'autres le naturel prévaut für l'éducation .
Eft-ilqueftion feulement des qualités qui ne
dépendent pas abfolument dutempérament?
que
JUIN. 1750.
x33
n'eft point douteux qu'une éducation
lus ou moins négligée ne puiffe les renre
en nous plus ou moins parfaites . S'a
it-il au contraire des penchans auxquels
ous fommes portés par la conformation
de nos organes & par l'efpece de fang qui
coule dans nos veines ? En combien d'occa
fons n'avons- nous pas vû notre tempérament
l'emporter fur les inftructions que
nous avons reçûes dans notre enfance ? Ainfi
, pour fçavoir file titre de la Piéce de M.
Deftouches a été attaqué avec juftice , il faudroit
examiner fi les défauts qu'il fuppofe
avoir réfifté à l'éducation chez fon princi
pal perfonnage , font du nombre de ceux
qu'elle ne peut que difficilement corriger.
Nous éviterons cette difcuffion , pour paffer
plus promptement à l'analife d'un ouvrage,
qui , quand même la critique qu'on a faite
du fujet, feroit fondée , mériteroit toujours
une très haute eftime.
Par une friponnerie qui peut- être eft
malheureufement plus commune qu'on ne
penfe , la Nourrice de la fille du Marquis
& de la Marquife d'Oronville a fubftitué
fa fille à la leur. La jeune Villageoife ,
quoiqu'élevée felon le rang que fa mere
lui a fait ufurper , a confervé les inclinations
& la rudeffe des perfonnes de fa
naiffance. Peu fenfible à tout ce que de
134 MERCURE DEFRANCE.
grand monde a d'impofant , elle n'a pas
même fongé à combattre la tendreffe que
lui a infpirée Guerault , Intendant du Marquis
, & elle a époufé en fecret ce Domeftique.
Guerault, dès le commencement du premier
Acte , annonce aux Spectateurs fon
mariage clandeftin . Dans la Scéne fuivante
, il exhorte Julie ( c'eft le nom que porte
la fille fuppofée , ) à ménager davantage
la Marquife.
Julie.
Elle ne m'aime point ,
Ni mon pere non plus.
Guerault.
Ils ont tort en ce point.
Mais je pense qu'au fond c'eft un peu votre faute,
Madame dit fouvent que vous êtes trop haute ,
Que vous ne lui marquez aucun attachement.
Julie.
Elle me contredit , me gronde à tout moment.
Mon pere, toujours grave & toujours férieux ,
Ne m'honore jamais d'un regard gracieux.
Quand il me dit un mot , c'eft d'un ton fier & rude.
Servantes & Valets , tous prennent l'habitude
De me contrecarrer , d'ofer trouver mauvais
Et tout ce que je dis , & tout ce que je fais.
JUIN. 1750. 739
Far toutle monde ici je me vois maltraitée ,
Et vous êtes le feul qui m'ayez refpectée .
Auffi vous m'avez plû. Vous voilà mon époux ,
Et je veux me venger , en fuyant avec vous ,
D'autant plus qu'on prétend que j'épouſe un jeune
homme ,
Doucereux Courtisan dont l'air poli m'affomme;
Qui , loin de m'amufer , me fait mourir d'ennui
Par fes tendres fermons tout auffi plats que lui
Guerault.
Vous ne lui témoignez que trop d'antipathie .
Mais pendant quelques jours traitez - le poliment
Pour ôter toutfoupçon de notre engagement ,
Je vais feindre d'aimer une jeune innocente ,
Qu'à propos pour cela le hazard me préfente :
Notre Fermiere ici doit l'amener tantôt.
Cette Fermiere , qu'on nomme Mathurine
, eft mere de Julie . L'innocente , dont
parle Guerault , & qui eft la véritable fille
du Marquis d'Oronville , paffe fous le nom
de Babet , pour être fille de la Fermierė.
Pendant que Julie & Guerault s'entre
tiennent , la Marquife furvient. Elle
plaint du peu de foin que Julie prend de
le conformer aux leçons & aux exemples
qu'on lui donne.
136 MERCURE DE FRANCE.
Julie.
Qu'ai je donc après tout, qui vous paroille étrange
Parce que je fuis vraie , & veux l'être toujours ;
Que je méprile l'art de farder les difcours ;
Que je bais les façons , & que, bien loin de feiadie
Avec qui que ce foit je ne puis me contraind: e ;
Parce que je n'ai pas ce petit air coquet
Des femmes du bel air , & leur joli caquet ,
Et que j'ai le malheur , en mes fimples manieres ,
De ne pas reffembler à tant de minaudieres ,
On ne voit rien en moi qui ne foit à blâmer ,
Et chacun à l'envi cherche à me réformer !
Et moi , j'aimerois mieux vivre dans un Village ,
Que dans votre beau monde, en un tel efclavage.
Leur converfation eft interrompue pat
le Marquis. Il eft accompagné du jeune
Comte qu'il deftine à Julie pour époux.
La Marquife diffimule le peu d'efpérance
qu'elle a de voir les remontrances produire
dans fa prétendue fille un heureux changement.
Au fecond Acte , Mathurine , que la néceffité
de régler les affaires de la fucceffion
de fon mari , mort depuis peu , appelle à
Paris , arrive du Château d'Oronville
avec la fauffe Babet . Cette jeune perfonne
avoue ingénuement qu'elle fera malheu
reufe, fi elle eft obligée d'époufer Guerault,
JUIN. 1750 137
qui la demande en mariage , pour mieux
acher la folle démarche de Julie . Le Marquis
& le Comte , charmés de la douceur ,
es graces & de la nobleffe des fentimens
le Babet , la prennent fous leur protecion
, & l'affûrent qu'elle ne fera point
mariée contre fon gré. Babet ne réuflit pas
ibien à gagner la bienveillance de Julie ,
qui la traite avec beaucoup de hauteur .
Cet Acte eft terminé par une Scéne , dans
laquelle Julie informe Guerault , qu'elle eft
menacée d'être renvoyée au Convent , fi
le lendemain elle n'accorde fa main au
Comte , & qu'ainfi il faut précipiter leur
fuite , que certaines raifons les avoient
obligés de differer de quelques jours.
L'affection que le Marquis témoigne
pour Babet , paroît fufpecte à Lifette , Sui-
Vante de Madame d'Oronville . Elle fair
part de fes conjectures , dans la premiere
Scéne du troifiéme Acte , à fa Maîtreffe ,
qui interpréte plus favorablement
les fentimens
du Marquis , & qui , à la vûe de Babet
, ne peut s'empêcher de les partager
avec lui.
La Marquife , après l'avoir regardée
quelque tems.
O les aimables traits !
Ahl Lifette, contre elle appaife ta colere. ,
38 MERCURE
DE FRANCE.
( A Babet. )
Approche , mon enfant.
Babet.
Je crains de vous déplaire ,
Je vois que j'importune , & vais me retirer.
La Marquife l'arrêtant.
Non , laiſſez- moi le tems de vous confidérer.
Lifette la tournant de fon côté,
Viens , que je te contemple auffi tout à mon aife.
Dans fon joli minois il n'eft trait qui ne plaife ,
Mais cette belle bouche & ces grands yeux fidoar
Pourroient bien vous ravir le coeur de votre époux.
Babet avec transport.
Me préferve le Ciel de comettre un tel crime !
-Il paroit m'honorer de la plus tendre eſtime ;
Du moins il me le dit , & j'aime à le penfer :
Mais fi tant de bonté pouvoit vous offenſer ,
Madame , plus que vous je ferois malheureuſe.
J'aimerois mieux mourir que vous être odieuſe.
J'ai l'honneur de vous voir pour la premiere fois;
Cependant de mon coeur vous entendez la voix :
Oui, Madame , c'eſt lui qui parle par ma bouche.
Croyez ce qu'il vous dit.
La Marquife
attendrie
.
Oui , ce qu'il dit me touche.
( à Liſette. )
Son air noble & naïf & ſes tendres accens
JUI N. 1750. 139
Jat un charme fecret qui furprend tous mes fens.
Ces traits , ce fon de voix ... Mais bon , quello
apparence ?
Le hazard bien ſouvent forme une reffemblance.
Liferte , ne dis plus que je dois la haïr.
Mon coeur à cet excès ne pourroit fe trahir.
i
Lifette regardant Babet ,
La petite forciere ! Elle a l'art de ſurprendre.
Babet.
Mais , Madame , felon ce que je viens d'entendre,
On vous a prévenue en parlant contre moi .
De quoi m'accufe- t'on ?
Lifette.
Soyez de bonne foi.
On a dit à Madame ...
Babet.
Ah ! qu'oſe-t'on lui dire
Lifette.
Que vous caufiez ici plus d'un tendre martyre.
J'en fuis fâchée.
Babet.
Lifette.
Enfin que Monfieur fon époux ,
Puifqu'il faut dire tout , eft amoureux de vous.
Babet.
Amoureux de moi ? Ciel ! Madame , je vous jure
Que jamais on n'a dit de plus noire imposture.
$ 40 MERCURE DEFRANCE.
Monſeigneur , il eft vrai , me parle tendrement,
Mais quoique jeune encor , j'avoue ingénument
Que je fçais diftinguer d'une innocente eftime
Un fentiment trop vif pour être légitime.
Si je le remarquois dans Monfieur votre époux ,
L'honneur fçauroit bien - tôt m'exiler de chez vousi
Je fuis née , il eft vrai , dans la plus baffe fphere.
Monfeigneur toutefois me traite comme un pere,
Et n'uſe à mon égard de fon autorité ,
Que pour mettre mon coeur en pleine liberté ,
Prenant un ton un peu fier.
Ce coeur penfe , Madame , avec trop de nobleffe ,
Pour qu'on pût le réduire à la moindre baffeffe.
Oui , quoique d'un fang vil , il a trop de hauteur,
Pour fouffrir feulement l'ombre du deshonneur.
Ce n'eft qu'à cet égard qu'on peut me trouver fiere.
Mais je fors du refpect. Fille d'une Fermiere ,
D'un ton humble & foumis je devrois vous parler.
Excufez ma douleur ; laiſſez - la s'exhaler':
Malgré vos préjugés , elle fe flatte encore
Que vous ne voulez -pas que l'on me deshonore ;
Que mes pleurs toucheront votre coeur généreux.
Votre eftime, Madame , eft l'objet de mes voeux ,
Et fi j'ofois plus loin porter la hardieſſe ,
J'ambitionnerois toute votre tendreffe.
Je ne mérite pas que vous m'en honoriez ,
Madame , mais fouffrez que je tombe à vos pieds,
JUIN. · 1750. 141
our obtenir qu'au moins vous foulagiez ma peines
in m'épargnant l'horreur d'encourir votre haine ,
Beft le plus grand malheur que je puiffe louffrir,
i vous m'en affligez , il en faudra mourir,
La feconde Scéne du quatriéme Acte fe
palle entre Guerault & Julie , qui lui remet
les diamans qu'elle a reçus de fes patens
à l'occafion de fon futur mariage avec
le Comte. Dans la feptiéme Scéne le Comte
vient apprendre au Marquis une trifte
découverte . Tantôt , dit le Comte , Julie &
Guerault conféroient ensemble dans le jardin ,
La jeune Louifon , Suivante de Julie ,
Qui déja foupçonnoit leur étrange folie ,
Derriere le berceau fe gliffant en fecret ,
A, fans en perdre un mot , entendu leur projet ,
Et , comme je rentrois , m'a conté cette hiſtoire
Que pendant très long-tems j'ai refufé de croire,
Julie eft réfolue , & Guerault craint & tremble.
Ils attendent la nuit pour s'évader enſemble ,
Lui , coufu , chargé d'or , elle de fes bijoux.
Ils vont directement , en fortant de chez vous ,
Jufqu'auprès d'Oronville , où chez votre Fermiera
Ils fe tiendront cachés cette femaine entiere ,
Comptant le mettre enfuite à l'abri du danger ,
En fe fauvant tous deux en pays étranger .
142 MERCURE DE FRANCE.
M. d'Oronville , en fureur , fort pour
aller fçavoir de Louifon elle-même les dé
tails de la converfation de Julie & de Gue
rault. Babet , dans la dixième Scéne , paroît
vêtue magnifiquement. Le Comte ,
frappé de plus en plus des appas de cent
jeune Beauté , lui laiffe entrevoir la tendre
impreffion qu'elle fait fur lui . Il déclare
à Mathurine , qui vient les joindre ,
que le Marquis & la Marquiſe font déterminés
à garder Baber auprès d'eux . La derniere
Scéne de cet Acte eft une des plus
adroites de la Piéce . Julie y découvre à
Mathurine fon mariage avec Guerault.
Mathurine à fon tour y fait l'aveu que Julie
eft fa fille. On ne fçauroit trop louer
l'art avec lequel M. Deftouches a préparé
& filé ces confidences réciproques , & le
comique qu'il trouve le moyen de jetter
dans cette Scéne par la joye que caufe à
Julie une nouvelle , qui mettroit au deſefpoir
une perfonne d'un autre caractére.
Julie , après avoir pris les habits convenables
à fon changement d'état , ouvre
le cinquiéme Acte par ce monologue.
Fades brimborions , ridicule parure ,
Vous n'aurez plus l'honneur de farder ma figure.
Je n'aurai plus befoin de termes éloquens ,
Et mes difcours naïfs ne feront plus choquans,
JUIN.
1750. 143
ns mon vrai naturel je fuis déja rentrée ,
c'eft de lui tout feul que je ferai parée.
e jeu tous les grands airs , adieu monde poli ,
i voulois me forcer à prendre un nouveau pli .
un Bourgeois tout uni je vais être la femme ,
renonce à l'honneur d'être une grande Dame,
fonnage brillant que mon coeur ingénu ,
mon goût trop ruftique , auroient mal foutenu ,
tre ce que l'on eft , jamais ne fe contraindre ,
eft la feule grandeur où je brûlois d'atteindre ;
'y voilà parvenue . Ah ! pauvre vérité ,
On teprend pour rudeffe & pour groffiereté.
Tu me rendois mauffade . Allons donc au Village ,
Où l'on n'a point encore oublié ton langage.
Lifette vient annoncer à Julie qu'un
habitant du Village d'Oronville demande
à lui parler. Elle eft fort furpriſe de voir
la prétendue fille du Marquis fous un vêtement
de fimple Payfanne. Julie lui cache
la raifon de la métamorphofe , & va trouver
l'homme qui defire de l'entretenir .
La cinquième Scéne eft entre le Marquis
& fon Intendant. Celui- ci feint de ne
point entendre les reproches de fon Maître.
M. d'Oronville tire l'épée , pour le
forcer de convenir de fon crime. Julie accourt
, & retient le bras du Marquis,
144 MERCURE DEFRANCE.
Hélas ! s'écrie - t'elle , que faites- vous ?
Voudriez-vous, Monfieur , poignarder mon épou
Le Marquis.
Ton époux ? M'aborder avec cette impudence ?
Dans cet habit ?
Julie.
Il eft conforme à ma naiffance.
( Mathurine paroît à la porte. )
Le Marquis.
Infâme. Il eft conforme à ton lâche deſſein,
...Ton fang va laver l'honneur de ma famille,
Mathurine.
5..Eb! Monfeigneur , ne tuez pas ma fille.
Ta fille ?
Le Marquis.
Mathurine.
Oui , Monfeigneur , ayez pitié de nous、
Epargnez mon enfant , elle n'eft plus à vous,
Le Marquis.
Se pourroit - il , & Ciel . . . . .
Julie , fe jettant à ſes pieds,
Lifez cette écriture ,
Et vous en ferez für,
Le Marquis , après avoir ouvert la 'ettre qus
Julie lui préfente .
Ah ! c'est la fignature
De
JUIN. 1750. 149
Je défunt mon Fermier. Quel myftere eft ce là
Julie.
"'eſt à moi qu'on écrit cette importante lettre .
Mon Oncle , en ce moment , vient de me la remettre.
Le Marquis , lifant avec émotion.
A MADEMOISELLE D'ORONVILLE.
Votre Oncle vous dira que vous étes mafille.
Ne fouffrez plus qu'on trompe une illuftrefamille ,
Car Babet eft Julie , & vous êtes Babet.
Je meurs , &leremords m'arrache ce fecret.
Vous-même , à Monſeigneur révélez le mystére ,
Et demandez pardon pour votre pauvre mere.
Dois - je croire , grand Dieu , ce que je lis ici !
Julie.
Mon pere vous l'attefte , & vous écrit auffi.
Les preuves de ce fait font jointes à fa lettre .
Son frere en eft chargé ..
Le Marquis.
¡¡.. Vit on jamais un tel événement ?
Quoi ? c'est vous qui venez vous dégrader vous
même >
1. Vol. G
3
146 MERCURE DE FRANCE ,
Julie.
En vous rendant heureux , mon bonheur eft extrême.
Le Marquis.
Ta générosité redouble ma furpriſe ;
Se peut-il qu'à ton fort tu fois fi-tôt foumife
Je veux par mes bienfaits réparer .
Julie.
Monfeigneur ,
Pardonnez à ma mere , & je ſuis trop heureufe,
Le Marquis attendri confent d'oublier
la faute de Mathurine , & il fe difpofe à
aller embraffer la nouvelle Julie , lorfque
celle-ci fe préfente fort émue. Elle prie
Mathurine de la remener à Oronville ,
pour la garantir de l'amour du Comte , de
qui , dit- elle , elle a tout à craindre. Un
inftant après , elle eft fuivie du Comte &
de la Marquife . M. d'Oronville leur annonce
quelle eft la fauffe Babet , & il joint
au plaifir de recouvrer fa fille , la fatisfaction
de donner au Comte une épouſe digne
de lui.
Cette Comédie eft dédiée à M. le Marquis
de Payzieulx , Miniftre des affaires
Etrangeres. Monfeigneur , dit M, Def
29
JUIN. 1750. 147
"
"
touches dans fon Epitre Dédicatoire , rien
» n'eft fi profondément gravé dans ma mé-
» moire & dans mon coeur , que les bienfaits
dont je fuis redevable à votre illuftre
famille. A peine avois-je atteint
l'âge de dix-neuf ans , lorfque feu M. le
Marquis de Puyzieulx votre Oncle , fi
» célébre par fes longues & heureufes négociations
, daigna m'initier dans les fe-
» crettes fonctions de fon Ministére , &
"m'inftruire des moyens d'y participer
fous les ordres . J'eus le bonheur , pen-
» dant fept années entieres , de profiter
»des leçons d'un fi grand Maître , qui , ne
» fe bornant pas à éclairer mon efprit ,
39
daigna prendre le foin de former mon
»coeur , & de le remplir de ces nobles
» principes d'honneur & de vertu , qui
»ont toujours brillé dans votre maifon...
»Je me fis un devoir d'en informer le Pu-
»blic , lorfque je mis au jour le Curieux
Impertinent .... Je pris la liberté de dé-
» dier cette Piéce à M. le Marquis de Puy-
» zieulx , mon bienfaicteur , & j'ai le bonheur
d'orner aujourd'hui de votre nom ,
» Monfeigneur , de ce nom qui m'eft &
»me fera toujours fi précieux , un ouvra
" ge que toutes les inftances de mes amis
n'auroient pû tirer de mes mains , fi je
n'avois pas conçu l'efpérance de le faire
.
ן כ
»
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
» paroître fous vos aufpices..
M. Deftouches avertit dans fa Préface ,
qu'en faifant imprimer fa Piéce , il a rétabli
quelques endroits qui n'ont pas été récités
au Théatre. L'Imprimeur les a diftingués
par des guillemets.
Il n'y a eu qu'une voix fur l'agrément &
la vérité du Dialogue de cette Comédie .
Tout le monde y a reconnu la même main ,
qui a donné le Glorieux & le Philofophe marié.
Amis & indifferens , tous ont rendu éga
lement juſtice au talent que M. Destouches
poffede fi fupérieurement de faire parler
toujours convenablement fes perfonnages
; à la jufteffe avec laquelle fes Acteurs
fe répondent ; à l'attention qu'il a de faire
fortir du fujet & des caractéres les ornemens
qu'il employe , & à la fageſſe avec
laquelle il écarte tous ces portraits , toutes
ces moralités hors d'oeuvre , qui en prouvant
que des Auteurs Dramatiques ont
quelque efprit, montrent qu'ils n'ont point
de connoiffance de leur art . Ainfi que le
plus grand nombre des Spectateurs , nous .
aurions mieux aimé que Guerault neût
point formé le deffein de voler M. d'Oronville.
Cependant nous convenons qu'en
cela M. Deftouches a pû avoir ſes raiſons ,
& que vrai femblablement fon objet a été
de fe ménager un moyen de faire éclatter
JUI N. 1750. 149
la droiture & la probité de la fauffe Julie.
Pour ce qui regarde la critique qu'on a
faite du rôle de Lifette , nous ne fommes
point de l'avis des Cenfeurs. Il est vrai
que Lifette manque de refpect au Marquis.
Mais pourquoi ne feroit-il pas permis de
mettre au Théatre une Suivante imperti-
Bente , comme on y met d'autres caractéres
ridicules ou vicieux ? Il y a beaucoup
d'apparence que le rôle dont il s'agit , n'auroit
bleffé perfonne , fi Louifon , dans ſa
premiere Scéne avec Lifette , en parlant de
l'humeur maligne & foupçonneufe de cette
fille , eût dit auffi quelque choſe du
peu de ménagement de Lifette pour fes
Maîtres.
TRAITE' de la Culture des Terres , fuivant
les principes de M. Tull , Anglois .
Par M. Duhamel du Monceau , de l'Académie
Royale des Sciences , de la Société
Royale de Londres , Infpecteur de la Marine
dans tous les Ports & Havres de France.
Avec figures en taille- douce . A Paris,
chez Hippolite Louis Guerin, Libraire , rue
Saint Jacques , à Saint Thomas d'Aquin ,
1750 , in- 12 . pp . 486 .
Le Traité , dans lequel M. Tull a donné
un nouveau Systéme d'Agriculture , fondé
fur un grand nombre d'expériences repetées
, ayant attiré l'attention de tous les
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
amateurs du bien public , M. le Maréchal
de Noailles avoit engagé feu M. Otter , de
l'Académie Royale des Belles- Lettres , à
traduire ce Livre. Mais pour bien rendre
cet ouvrage , qui même dans fa propre
Langue n'eft pas auffi clair qu'on pourroit
le défirer , il ne fuffifoit pas de fçavoir
l'Anglois , il étoit de plus néceffaire de
connoître l'agriculture. Auffi après que M.
Otter eut achevé fa Traduction , il convint
qu'elle avoit befoin de paffer fous les
yeux d'un homme plus inftruit que lui , &
M. de Buffon fe chargea de cette réviſion.
M. Duhamel ignoroit ce que nous venons
de rapporter , lorfqu'au mois de Juin
1748 , il reçut une lettre par laquelle M. le
Chancelier le prioit de donner fon avis
fur une Traduction qui avoit été faite du
même ouvrage par M. Gottfort , & que M.
le
Chancelier lui envoya.
L'intérêt que M. Duhamel prend à tout
ce qui peut être avantageux à l'agriculture,
le défir de répondre aux vûes du Chef de
la Magiftrature , la nouveauté & l'utilité
des idées de M. Tull , ces differens motifs
engagerent notre fçavant Académicien
d'examiner avec foin le manuferit qui lui
étoit confié. Il lui parut que M. Tull étoit
beaucoup trop prolixe ,& que ce feroit rendre
fervice au Public & à l'Auteur , que de
JUIN. 1750. 152
faire l'extrait de l'ouvrage , au lieu d'en
donner la Traduction . En conféquence ,
M.Duhamel entreprit cette analife . Dans le
tems qu'il étoit prêt de la finir , M. de
Buffon apprit que cet Académicien travailloit
fur le Traité de M. Tull. M. de Buf
fon avoit penfé comme M. Duhamel fur cet
Ouvrage. Il approuva le parti que M. Duhamel
avoit pris , & il lui remit la Traduc
tion de M. Otter , pour qu'il pût la confulter
, quand il fe trouveroit de l'obfcurité
dans celle de M. Gottfort.
C'est donc fur le plan que nous avons
indiqué , & avec le fecours de ces deux
Traductions , que M. Duhamel a compofé
fon ouvrage . S'étant rempli des idées de
M. Tull , il leur a donné un ordre plus méthodique
que celui qu'elles ont dans l'Anglois
; il a fupprimé entierement tout ce
qui étoit étranger au fujet , & il a abregé
tout ce qui lui a femblé trop étendu ; il a
détaillé les ufages qu'on fuit communément
, quand cela lui a paru néceffaire
pour faire appercevoir les avantages des
nouveaux ufages propofés par M. Tull ; il a
ajouté diverfes expériences , ou pour confirmer
le fentiment de l'Auteur , ou pour
empêcher les Lecteurs de croire trop lége
rement , lorfque les principes de l'Auteur
ae font pas affez conftatés.
nc
G iiij
152 MERCURE DE FRANCE.
Notre célebre Académicien a divifé ce
Traité en deux Parties. Dans la premiere
les principes de la nouvelle méthode de
cultiver les terres font exposés , & l'Ateur
en fait l'application à la culture de
plufieurs plantes utiles. La feconde Partie
eft deftinée à décrire les inftrumens qui
font néceffaires pour cultiver les terres
fuivant les nouveaux principes .
L'ART de mesurer fur mer le Sillage da
Vaiffeau , avec une idée de l'état d'armement
des Vaiffeaux de France. Dédié aux
Marins . Par M. Saverien , Ingénieur de la
Marine. A Paris , Quai des Auguftins ,
chez Ch. Ant. Fombert , Libraire du Roi
pour l'Artillerie & le Génie , au coin de
la rue Gift-le- Coeur , à l'Image Notre- Dame
, 1750 , in- 8 ° . pp . 262.
Souvent les Altres fe dérobent à la vue
des Navigateurs. Pour ſuppléer au défaut
des obfervations , par lefquelles on peut
connoître le vrai point du Ciel , fous le
quel un Navire fe trouve , il étoit néceffaire
d'établir un art de mefurer le Sillage.
Ordinairement on jette hors du Vaiffeau
quelque corps attaché à une corde , &
lorfqu'il eft fixe , on meſure la diftance du
Vaiffeau à ce corps . Cette opération repetée
donne des points fucceffifs , par le fecours
defquels on eftime le chemin qu'on
JUIN. 1750. 153
a fait. Les Anglois font les inventeurs de
cette méthode , & elle eft pratiquée prefque
par toutes les Nations de l'Europe . M.
Saverien , dans le Livre que nous annonçons
, fe propofe de montrer qu'elle n'eſt
rien moins que certaine. Selon lui , la rapidité
du Sillage ne fe peut bien mefurer que
par le mouvement du Navire par rapport
à l'eau , ou par celui de l'eau par rapport
au Navire. Notre Auteur fe déclare pour
le dernier moyen.
RECUEIL de differers Traités de Phyfique
d'Hiftoire Naturelle , propres à perfectionner
ces deux Sciences. Par M. Deflandes.
Tome fecond . A Paris , chez J. F.
Quillan , fils , Libraire , rue Saint Jacques,
vis-à-vis celle des Mathurins , aux Armes
de l'Univerfité , 1750 , in- 12 .
TRAITE' fur les differens degrés de certitude
morale , par rapport aux connoiffances
humaines. Par M. D. *** . A Paris , chez
le même Libraire. Petite Brochure de 17
pages.
REPONSE de M. Daran , Chirurgien du
du Roi , & Maître en Chirurgie de Paris ,
à la Brochure intitulée , Pour la défenſe &
la confervation des parties les plus effentielles
à l'homme & à l'Etat . A Paris , de l'Imprimerie
de Giffey , rue de la vieille Bouclerie ,
àl'Arbre de Jeffé , 1750 , in - 12 . pp . 75 .
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
POESIES de M. Cottereau , Curé de la
Ville de Donnemarie , de Mons en Montois
, & de leurs dépendances. Imprimées
par les foins de M.Cottereau de Beaune, Etudiant
en Rhétorique au Collège de Tours ,
& neveu de l'Auteur . A Paris , chez André
Cailleau , rue Saint Jacques , à Saint André
, & la veuve Piffot , Quai de Conty , à
la defcente du Pont-Neuf, 1750 , pp. 100.
TOUS LES OUVRAGES du vénérable Jofeph-
Marie Thomafi , Cardinal de la Sainte
Eglife Romaine. Tome premier , contenant
les anciens Titres des Livres Saints ,
les fections & divifions par Chapitres &
verfets ; le tout a été collationné avec les
Manufcrits , & augmenté de Notes pat Antoine
François Vezzofi , Clerc Régulier. A
Rome , 1747. De l'Imprimerie, de la Minerve
, chez les Freres Palearini. Trois volumes
in-4° . Le premier eft de soo pages ,
fans les Préfaces. Le fecond de 588 , &
le troifiéme de 624. Ces ouvrages font en
Latin.
FR . THOME Marie Mamachi , Ordinis
Prædicatorum Theologi, Cafanatenfis , Originum
& antiquitatum ChriftianorumLibri XX.
Tomus primus. Roma , excudebant Nicolaus
& Marcus Palearini , 1749 , in-4° .
DE NUMMO ARGENTEO Benedicti III.
Pontificis Maximi Diſſertatio , in quâ plura
JUIN.
1780% 155
ad Pontificiam Hiftoriam
illuftrandam , &
Joanna Papiffe Fabulam refellendam proferuntur.
Accedunt Nummi aliquot
Romanorum
Pontificum hactenus inediti ,
appendix veterum
monumentorum . Roma excudebant N.
M. Palearini , 1748 , in-4°.
DESCRIZIONE delle prime Scoperte dell
antica Citta d'Ercolano , ritrovata vicino a
Portici , Villa della Macfta del Re delle due
Sicilie , diftefa dal Cavaliere Marchefe Don
Marcello de l'enuti , e confecrata all' Alteffa
Reale del Sereniff. Frederigo Chriftiano Principe
Reale di Polonia , ed Elettorale di Saffo
nia ; in Venezia appreffo Lorenzo Bafeggio
1749 , in- 8 °. M. Venuti traite aufli dans
cet ouvrage de l'origine & de l'établiffement
de cette Ville , & de la fuite de fon
Hiftoire .
LITURGIA ROMANA Vetus tria Sacra,
mentaria complectens , Leonianum fcilicet ,
Gelafcanum ,& antiquum Gregorianum , edense
Lud, Ant . Muratorio , Sereniffini Ducis
Mutina Bibliotheca Prafecto , qui & ipfam
cum aliarum gentium Liturgiis contulit , ad
confirmandam pra cateris Catholice Ecclefia
de Euchariftia doctrinam. Denique accedunt
Miffale Gothicum , Miffale Francorum , diso
Gallicana , duo omnium verus ini Roman
ne Ecclefia Rituales libri. Venetiis , typis
Joannis-Baptifta Pafquali , 1748. Deux volumes
in folio. G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
RIFLESSIONI fu le nuove Scoperte Lada,
Ant. Muratori per gli annali d'Italia , der
cate à l'Excell. Rev. Monsignor Lodovico
Gualterio , Arcivescovo de Mira , Nuncio
della S. Sede preſſo la Maefta del Re delle
due Sicilie. N. S. in Napoli , per Giovanni
de Simone , 1746 , in- 4° .
L'EBRAISMO della Sicilia , ricercato el
efpofto da Giovanni de Giovanni , Canonico
della Santa Metropolitana Chiefa di Palermo,
ed Inquifitor Fifcale della fuprema Inquifitione
di Sicilia. In Palermo , nella ſtamperia
di Guiseppe Gramignane , 1748 , in- 4°.
DESCRIPTION naturelle & hiftorique des
Ifles de Scilly , à quoi on a joint un détail
circonftancié de la Province de Cornouaille
, par Robert Heat , Officier Militaire de
S. M. ci-devant en garnifon à Scilly , avec
une Carre des Inles de Scilly , un Plan des
Côtes , &c. de 456 pages , fans la Dédicace
, la Préface & la Table des Matieres. A
Londres , chez Mamby & Cox , dans Luggate
hill , 1750 , in- 8 ° . L'ouvrage eft en
Anglois
LES TRANSACTIONS philofophiques de
la Société Royale pour les mois d'Avril ,
de Mai , & d'une partie de Juin de 1748 ,
in-4°. Dansla même Ville & en la même
Langue.
NOUVELLE EDITION Angloife du ParaJUIN.
1750 .
157
perdu , de Milton , en deux volumes
4°. avec de nouvelles figures deffinées
Hayman , & gravées par Grignon &
venet. Dans la même Ville , chez Ton-
& Draper , Libraires. Elle eft dédiée
Comte de Bath , qui a bien voulu faire
frais des Tailles douces. L'Editeur eft
Docteur Newton.
RECHERCHES CRITIQUES fur l'état prént
de la Chirurgie , par Samuel Sharp s
Membre de la Société Royale , & Chiruren
de l'Hôpital de Guy. A Londres ,
hez J. & R. Tonfon & S. Draper , dans le
Strand , 1750 , in- 8°. L'ouvrage eft en
Anglois.
DISCOURS touchant les merveilleux effets
de la Pierre divine , dont on explique
les propriétés contre la pierre , la gravelle ,
rétention d'urine , & colique néphrétique.
Seconde édition . A Paris , chez Heriffant,
fils , Libraire , rue Notre- Dame , 1750 ,
in- 12 . La Dile de Sain , qui demeure rue
Saint Antoine , vis- à - vis les Filles de Sain
te Marie , poffede cette Pierre divine ,
dite de fade.
ELEMENS de Géographie , ou nouvelle
Méthode fimple & abregée , pour apprendre
en peu de tems & fans peine la Géographie
, contenant l'explication des Pôles
& des cercles de la fphére , celle des
1,8 MERCURE DE FRANCE
"
degrés de longitude & de latitude , d
Les Tables Géographiques de tous les Exe
pires , Royaumes & autres Etats du massa
de , à côté defquelles on voit l'origine
les changemens moeurs Coûtumes
Gouvernement , Religion , &c . de chaque
Etat. L'Etat Civil & Politique des qu
tre parties du monde. On y a joint un
lifte des meilleures Géographies , & voya
ges dans toutes les parties du monde , avec
une Table des matieres fort ample & for
exacte , par M. D. S. H. A Paris , chez
Nyon , fils , Quai des Auguftins , à l'Occa
fion. Un volume in- 12 . 175o .
DICTIONNAIRE des alimens , vins &
liqueurs ; leurs qualités , leurs effets , re
lativement aux differens âges & aux dif
ferens tempéramens , avec la maniere de
les apprêter ancienne & moderne , fuivant
la méthode des plus habiles Chefs d'office
& Chefs de cuifine , de la Cour & de la
Ville. Ouvrage très-utile dans toutes les
familles.
Hac res & jungit , junétos &fervat amicos.
Horat. 5. liv. 1. V. 54.
Par M. C. D. Trois volumes in- 12. fe
trouvent à Paris , chez Giffey , rue de la
vieille Bouclerie , & Bordelet , rue Sain
Jacques , vis-à-vis le Collège des Jefuite,
JUIN. 1750. 159
RMON du P. Bourdalone fur le Jubilé ,
aure in- 12. Se vend à Paris , chez
in , Coignard & Guerin , Libraires ,
Saint Jacques.
RAISON FUNEBRE de M. le Cardinal
Rohan , prononcée dans l'Eglife Carale
de Strasbourg le 15 Septembre
249 , par le R. P. Louis-Antoine Cuny
la Compagnie de Jefus . A Paris , chez
erin , rue Saint Jacques , à Saint Thoras
d'Aquin .
NOUVEAU TRAITE' de Diplomatique ,
l'on examine les fondemens de cet Art ,
établit des régles fur le difcernement
es Lettres , & l'on expofe hiftoriqueent
les caractéres des Bulles Pontificales
des Diplômes donnés en chaque fiécle ,
Nec des éclairciffemens fur un nombre
confidérable de points d'Hiftoire , de
Chronologie , de Critique & de Difcipline
; & la réfutation de diverfes accufations
intentées contre beaucoup d'Archives
célébres , & furtout celles des anciennes
Eglifes. Par deux Religieux Benedictins
de la Congrégation de Saint Maur.
Tome I. in-4° . avec figures. Prix 18 liv.
relié. A Paris , chez Guillaume Defprez ,
Imprimeur & Libraire du Roi & du Clergé
de France , & Pierre Guillaume Cavelier ,
Libraire , rue Saint Jacques , à Saint Profper
& aux trois Vertus.
160 MERCURE DE FRANCE JU
179
s
LETTRES du Cardinal Polus , Partie
fiéme in- 4° . de 88 pages , pour les Prela
minaires qui concernent Polus, pages
pour les monumens qui regardent le C
dinal Contarini , & pages 119 pour s
Lettres de Polus. A Brefce , chez Jez
Marie Rizardi , 1748. Ces Lettresfont
Latin.
BIBLIOTHEQUE des Ecrivains de Valenmes
par Don Vincent Ximenez , Prêtre Be Li
ficier dans l'Eglife Métropolitaine de Val
lence. Tome premier de 368 pages in-f49
1747. A Valence . L'ouvrage eft en Efpa
gnol.
TRAITE' des Fluxions , par M. Collin
Maclaurin , Profeffeur de Mathématiques
dans l'Univerfité d'Edimbourg , &c. tra
duit de l'Anglois par le Pere Pezenas , Jefuite
, Profeffeur Royal d'Hydrographie ,
à Marseille , &c. Deux tomes , in-4°. Le
premier de 344 pages , fans les Préfaces
& l'Introduction . A Paris , chez Jombert ,
Quai des Auguftins , 1749.
NOUVELLES DECOUVERTES faites avec
le Microſcope , par M. Needham , traduites
de l'Anglois , avec un Mémoire fur les
polypes à bouquets , & fur ceux en entonnoir,
par M. Trembley , tiré des Tranfac
tions philofophiques. A Leyde , de l'lm
primerie d'Elie Luzac, fils , 1747. Volume
JUIN. 1750. 161
12. de 179 pages , fans compter
l'Averement
, la Préface
& les planches
.
LETTRES
du P. Belgradi
à M. le Maris
Maffei
, touchant
les monumens
déaverts
fous Réfina & Portici . A Venife ,
49.
L'ECOLE du Jardin Potager , par l'Auur
du Traité de la culture des Pêchers.
eux tomes in. 12. A Paris , chez Antoine
ondet , Libraire- Imprimeur , & P. A. le
rieur , Imprimeur du Roi , rue Saint Jacjues
, 1749.
EUVRES diverfes de M. L. F... Nouvelle
édition revûë , corrigée , conſidérablement
augmentée, & ornée de figures en
Taille douce. Deux parties , en deux volumes
in- 12 . AParis , chez Chaubert , Quai
des Auguftins , près le Pont Saint Michel ,
1750.
MANIERE de bien nourrir & foigner les
enfans nouveaux nés , par M. Michel Bermingham
, Ecuyer , né à Londres , naturalife
François , Confeiller , Chirurgien Juré
de la feue très excellente & très puiffante
Princeffe Marie - Beatrix d'Eft , Reine Mere,
Douairiere de la Grande Bretagne , Maître
Chirurgien de Paris & de Londres , &c.
AParis , chez Barrois , Quai- des Auguftins
, in-4°. 1750.
HISTOIRE GENERALE de Pologne , par
t
162 MERCURE DE FRANCE.
M. le Chevalier de Solignac , Secretaire d
Cabinet & des Commandemens du Roid
Pologne Duc de Lorraine & de Ba
Cinq tomes in 12. A Paris , chez Jean
Thomas Heriffant , 1750 .
>
DICTIONNAIRE des Monogrammes
Chiffres , Lettres initiales , Logogriphes
Rébus , &c. fous lefquels les plus célébre
Peintres , Graveurs & Deffinateurs, ont d
guifé leurs noms , avec les figures orig
nales de ces marques , & leurs explica
tions tirées de leurs ouvrages ; traduit de
l'Allemand de M. Chrift , Profeffeur dans
l'Univerfité de Leipfic , & augmenté de
plufieurs Supplémens , par M. ** , de l'A
cadémie Impériale & de la Société Royale
de Londres. Volume in-8 °. A Paris ,
chez Sebaſtien Jorry , rue du Hurepoix ,
1750.
INTRODUCTION aufaint Ministére , on la
maniere de s'acquitter dignement de toutes les
fonctions de l'état Ecclefiaftique , tant pour le
Spirituel que pour le temporel. Par M. l'Abbé
de Mangin , Docteur de la Faculté de
Théologie. A Paris , chez Joſeph Bullet ,
rue Saint Etienne des Grecs , à S. Jofeph.
Trois volumes in- 12.
Cet ouvrage , dont nous avons donné
le plan dans le Mercure de Février , pag
148 , eft en vente depuis quelques jours.
JUIN. 1750. 163
vient de paroître un Livre intitulé
entils Airs , ou Airs connus , ajustés
deux violoncelles , Parties féparées .
ix eft de 6 liv . Se vend à Paris , chez
#Clerc › rue du Roule à la Croix
airs fe peuvent jouer feul , auffiqu'à
deux parties ; on a chiffré la fele
Partie pour les jouer auffi avec un
recin .
M. le Clerc débite auffi un genre noua
de Cantatilles , intitulées Cantatilletes.
futeur compte en donner un Livre tous
mois. Il y aura deux Cantatillettes dans
que Livre.La mufique des deux premie
nous a paru très - agréable. On aura foin
e les paroles foient telles , qu'elles puifnt
même être chantées dans les Monafté
s. Le prix eft de 2 liv . 16 f.
SEANCE PUBLIQUE
De la Société Littéraire d'Arras , tenue le
14 Mars 1750.
M
Onfieur Caurvet , Avocat , Directeur de la
Société , ouvrit la Séance par un difcours ;
dont l'objet étoit de faire voir combien il nous eft
utile d'étudier l'Hiftoire de notre Province ; ce
qu'il fonda fur les trois propofitions fuivantes :
Cette étude nous rend plus cher le Pays que nous.
habitons : elle nous fert à en éclaircir les droits
184 MERCURE DE FRANCE
elle fournit des fecours aux Citoyens pour le
verfes profeffions qu'ils ont embraffées .
M. Briois , Avocat Général du Confeil d'A
& Chancelier de la Société , prononça un difcoa
fur l'avantage de bien parler. Il prouva l'
tance de ce talent , non - feulement pour l'hom
d'Etat , le Négociateur , le Magiftrat , &c
encore pour tous les hommes en général .
Enfuite M. le Pippre de la Vallée , nouvel
ment reçu dans la Société , fit fon remercimer
auquel répondit le Directeur.
M. l'Abbé Galhaut , Chanoine de la Cathédra
d'Arras , lut un Mémoire pour fervir à l'Hifto
Eccléfiaftique du Diocéfe. Il remonta jufqu'a
fiécles les plus reculés , pour y découvrir l'origin
du Chriftianifme dans l'Artois : il parla de
Manne , espéce de lajne , qui , fuivant la Trad
tion tomba dans ce Pays vers l'an 367 , & qui en
graiffa les terres , qu'ane longue féchereffe aro
rendu ftériles : il rapporta les témoignages de
Auteurs qui ont fait mention de cet évenement
tels que Saint Jerôme , Paul Orofe , Caffiodore
Gille Boucher , & Alexandre Majoris , Chanons
d'Arras , lequel a laiffé un manufcrit fur l'antiquité
de cette Eglife , où il s'eft beaucoup étendu pour
démontrer la vérité de ce miracle. M. l'Abbé G.
examina enfuite quels furent les premiers Apôtres
de l'Artois , & après avoir parlé de Saint Diogène,
qui , au rapport de quelques Ecrivains , bâtit une
Eglife à Arras vers l'an 400 , il fixa le tems auquel
Saint Vaaft , facré Evêque d'Arras & de Cambrai
par Saint Remi , vint établir la Religion Chré
tienne dans le Pays des Atrébates . Il rappella les
principales actions de ce Saint , qui eft encore
aujourd'hui le Patron du Diocéfe d'Arras. Il continua
l'Hiftoire des Evêques , & finit à Saint Ge
qui mourut en 594 dans la Ville de Cambrai , où
JUIN, 165
1750.
Védulphe , fon Prédéceffeur , avoit transfere
te Epifcopal . Ceux qui leur fuccéderent , fieur
réfidence dans la même Ville , & prirent
e eux le nom d'Evêque de Cambrai & d'Ar-
-afqu'à la féparation des deux Evêchés arrivée
95.
Binot , Avocat & Tréforier des Chartres
ois , lut un difcours fur l'utilité des Acadé
& M Maffon termina la Séance par une
de Poëfie intitulée le Rhume,
SUJET
pofe par l'Académie des Sciences & des
Beaux- Arts , établie à Pau , pour un Prix
qui fera diftribué le premier Jeudi du mois
de Février 175 !.
Académie accordera un Prix d'une Médaille
d'or empreinte de fes Armes , à l'ouvrage en
ofe , qu'elle jugera le mériter , lequel ne pourra
e de plus d'une demie heure de lecture , & qui
ra pour Sujet : Le vrai bonheur confifte à faire des
питеих.
Ceux qui fouhaiteront que leurs ouvrages enrent
en concours pour le prix , les adrefferont à
M. de Duplaà , Confeiller au Parlement de Navarte
, Secretaire de l'Académie ; mais il n'en fera
eçu aucun après le mois de Novembre prochain ,
les paquets refteront au rebut , s'ils ne font affranchis
des frais du port.
Chaque Auteur mettra au pied de fon ouvrage
la Sentence ou Devile qu'il voudra , il la repetera
au -deffus d'un billet cacheté , & il écrira ſon nom
adedans du billet .
166 MERCURE DE FRANCE U
ESTAMPES NOUVELLE §,
Ipain, novellament , deux El
L paroît nouvellement chez le f
pes qui repréfentent en petit deur
de l'Iliade d'Homére. Les Tableaux ,
près lefquels elles font gravées , font
feu M. Antoine Coypel , premier Pein
du Roi. L'un eft la colère d'Achilles , le
qu'Agamemnon veut immoler Iphigén
l'autre , l'adieu d'Hector & d'Androm
que , lorfqu'Hector fe prépare à fortir
Troye pour combattre Achilles.
1
L
Ces deux morceaux ont été déja grave:
en grand par feu M. Tardien , le pere ,
ont été extrêmement goûtés du Public. Le
deux petites Estampes que nous annonçon
renferment toutes les beautés des grandes
même intelligence dans les effets de le
miere , même expreffion dans les caracté
res des têtes , ce qui rend ces deux Eftampes
auffi intéreffantes qu'elles peuvent
l'être.
Le fieur Tardieu demeure rue Saim faques
, près celle des Noyers , à Paris.
JUIN. 1750. 267
LETTRE
M. Jallet , Maître en Chirurgie à Paris ,
M. Jean Baget , auffi Maître en Chirur
te dans cette Ville.
Onfieur , il paroît depuis quelque
rems une Brochure portant votre
m, & qui a pour titre : Lettre pour la dé-
Je & la confervation des parties les plus
mielles à l'homme & à l'Etat . Les dif
ars que cet écrit fait tenir , font une
ès-mauvaiſe impreffion dans le public ;
eft ce qui m'engage à vous informer de
qui fe paffe à ce fujet. Je me trouvai il
a quelques jours avec plufieurs perfonnes
e confidération. Par hatard , la converfaon
tomba far votre ouvrage ; un Officier
qui étoit à côté de moi , me demanda fi je
ousconnoiffois . Oui , Monfieur , lui ré
pondis-je , c'eſt un de mes amis , fort honête-
homme , bon Chirurgien , qui a été
un de nos Démonftrateurs à Saint Côme.
Je le crois , Monfieur , répliqua l'Officier,
mais peut- on s'empêcher de blâmer un
homme qui attaque par de mauvais diſcours
un de fes confreres , qui ne lui a jamais
donné de fujet de fe plaindre de lui ; difcours
, j'ofe le dire , remplis de calomnies,
L'Auteur y attaque en même tems la répų168
MERCURE DEFRANCE.
tation de M. Daran , & celle des plus b
biles Maîtres de l'Art. Tout le réduit
dire , que M. Daran n'eft qu'un han
nouveau , dont les remédes font de tres
dangereufe conféquence ; qui en a in
pofé & qui en impoſe encore au Public
capable de fuppofer des Lettres en ſa fi
veur ; & ceux qui lui ont donné des Ce:
tificats de fes cures , font des étourdis &
des imbéciles. Mais quel eft ce M. Dara:
dont il parle en des termes fi peu meſures
C'est un homme qui demeure à Paris depuis
quatre ans ; qui s'eft fait connoitre à la
Ville & à la Cour par des cures extraordires
; qui a donné des preuves de probité
& dont la réputation ne s'eft point démentie
; eftimé & aimé des Médecins &
Chirurgiens les plus habiles. M. Baget
donne un démenti à tout le Public , de
gayeté de coeur & fans preuves.
A l'égard des Certificats , qui font ceux
qui les ont donnés ? Ce font Meffieurs
Chicoyneau , Molin , Vernage , Pouffe ,
Falconet , Procope , le Thuillier , Ferrein ,
&c. Entre les Chirurgiens , Mellieurs la
Péyronnie , Boudou , Malaval , Morand ,
Foubert, Hevin , Guerin , Bagieu , & tous les
autres qu'il feroit trop long de rapporter.
Il devoit refpecter tous ces grands hommes.
Convient-il à M. Baget de leur don
JUIN. 1750. 169
r des leçons fur la maniere d'attefter des
its dont ils ont été témoins ? Perfonne
eft plus en état de parler de l'efficacité
es remédes qu'employe M. Daran , que
oi. Il y avoit plus de vingt ans que j'éis
attaqué de rétentions d'urine caufées .
ar des carnofités , j'avois confulté les plus
ftimés de vos confreres , j'ai été foulagé
par intervalle & jamais guéri . M. Daran
eft arrivé , je me fuis mis entre les mains
& graces au Ciel , par le moyen de fa
méthode à traiter ces maladies , je jouis
d'une parfaite fanté , & depuis trois ans je
n'ai point reffenti la moindre incommodiré.
Ce n'est que depuis que ce galant
homme s'eft établi ici , que M. Baget s'affiche
, & comment s'affiche - t'il ? Eft- ce
par
des cures éclatantes , munies de toutes les
preuves défirables comme a fait M. Daran ?
Non , c'est par une Lettre pleine d'invectives
, dans laquelle on ofe témérairement
révoquer en doute des faits atteftés
par les plus grands Médecins & les plus
renommés Chirurgiens de Paris .
Cet Officier en cût dit bien davantage ,
car il parloit avec tant de vivacité , qu'il
ne m'étoit pas poffible de l'interrompre ,
mais un de fes amis arriva heureufement ,
pour mettre fin à une converfation où je
Touffrois beaucoup pour l'amour de vous
I. Vol.
H
170 MERCURE DE FRANCE. !
d'autant plus que je n'avois aucunes ba
nes raifons à lui oppofer. Et qu'aurois
pû dire , puifque moi - même j'avois do
à M. Daran un Certificat d'une cure qu
je lui avois vû faire dans la perfonne
• M. Deshayes , Directeur des Fabriques de
mouchoirs de Saumur , cure qui a fa
tant d'honneur à M. Daran , & de laquelles
le malade a fenti fi fort le prix , qu'ils
voulu la rendre publique pour lui en mar
quer fa reconnoiffance ? Cette guériſon
été accomplie fous mes yeux & fous ceur
de M. Juffieu , Docteur en Médecine de la
Faculté de Paris, & nous l'avons regardée
T'un & l'autre comme un prodige. M.
Deshayes jouit encore aujourd'hui d'une
parfaite fanté , & n'eût été l'indulgence
qu'on doit avoir pour fes confreres , n'aurois-
je point été en droit de m'élever contre
vous , & de dire qu'on ne peut point
vous paffer de vouloir foumettre à votre
jugement la décifion de nos confreres les
plus célébres qui ont certifié en faveur de
M. Daran ; de vouloir vous montrer plus
éclairé qu'eux ; de les accufer de faire des
fautes , de ne fçavoir ce qu'ils font , de
donner dans les piéges qu'on leur tend ?
M. Daran n'étoit point notre confrere
dans le tems que nous avons certifié : cela
n'a point empêché que nous ne nous foyons
9
JUI N. 1750. 171
tés
pour le bien
public
àlui rendre
jufe.
Mettez
votre
conduite
à côté de la
tre ; il eft aujourd'hui
notre
confrere
,
vous le calomniez
; une infinité
de gens
nfeffent
lui devoir
la vie , & vous
avanz
que fa méthode
ne peut faire
que du
al , le tout
pour
dire que vous
avez
des
médes
meilleurs
que les fiens : mais fi ceétoit
, depuis
trente
ans que vous
êtes
otre confrere
, vous auriez
bien pû les emloyer
, en faire
voir les bons
effets
, nous
ire revenir
de l'idée
où nous
étions
que
les maladies
de l'uréthre
dans
bien
des
cas étoient
très-difficiles
à guérir
, & quelquefois
incurables
. Vous
n'avez
rien fait
de tout cela , & vous
voulez
que le Public
vous donne
la préference
fur M. Daran
,
qui aune infinité
de preuves
en la faveur
,
& à qui l'on doit
rendre
la juftice
, que
perfonne
avant
lui n'a jamais
traité
les maladies
de l'uréthre
avec
autant
de méthode
& de
connoiffance
qu'il le fait . Si vous
êtes notre
confrere
, M. Daran
l'eft
auffi ,
Vous avez
manqué
& contre
lui & contre
nous. Je vous
prie de regarder
ma Lettre
,
comme
une preuve
de mon
zéle pour mes
confreres
, & d'être
perfuadé
que j'en agirois
de même
à votre
égard , fi le cas l'exigeoit.
Je fuis , & c.
Zallet
.
A Paris , ce 12 Mai 1750 .
Hij
72 MERCURE DE FRAN
CECCDCECacaostar .
AIR SERIEUX.
Par M. D. L. B. L. F. âgé de 15
V Enez , Amour , venez embellir la N
Tout languit où vous n'êtes pas.
Le chant des roflignols , des eaux le do
mure ,
Les fleurs , la naiffante verdure ,
N'ont , fans vous , pour les coeurs que de
appas.
Venez , Amour , venez embellir la Nature ;
Tout languit on vous n'êtes pas.
NOUVELLES ETRANGERE
DE CONSTANTINOPLE , le Avril
2
LECapitan Raches'eftmain veut l'éloignet
E Capitan Pacha s'eſt maintenu juſqu'ici di
la Cour , il a ordre de le tenir prêt à mettre àl
voile au plutôt avec fon Efcadre , pour aller rama
fer le Tribut que les lles de l'Archipel doiven
payer tous les ans au Grand Seigneur ,
M. Celfing , qui n'étoit ici qu'à titre de Char
gé des affaires de Suéde , a reçû dernierement de
Lettres de Créance , qui lui donnent la qualit
d'envoyé Extraordinaire & de Miniftre Plenipo
THE NEW YORK
PUBLIC
LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN
FOUNDATIONS.

THE NEW YORK
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TILDEN FOUNDATIONS.
JUIN. 1750. 173
tiaire de S. M. Suedoife auprès de la Porte
omane.
DE WARSOVIE , le 19 Avril.
a croit que le Roi , que l'on attend ici le 25 ,
jendra bien- tôt après fon arrivée , une Diette
aordinaire de quinze jours , pour remettre en
vité le Tribunal de Pétrixow .
Pezewsky, Starofte de Staniflowsxy, eft mort
uis peu dans une de fes terres .
es avis des frontieres portent que les Haydathes
, ayant fait une nouvelle incurfion fur les
es de la République , ont commis d'abord quel
défordre , mais que les troupes , qui font de ce
, les ont attaqués & mis en fuite , après en
ir tué plufieurs & repris le butin qu'ils avoient
es lettres des Provinces de Ruffie , limitrophes
a Pologne , ne parlent que des troupes qui déat
vers es Provinces Occidentales de l'Empire ,
rincipalement du côté de l'Ingermanie .
DE COPPENHAGUE , le 5 Mai.
Le 22 du mois dernier , le Roi alla prendre le
ertiffement de la chaffe à Jagersbourg, & rele
lendemain en cette Ville.
Da affûre que le Baron de Bernsdorff , Miniftre'
S. M. à la Cour de France , eft nommé pour
céder au Comte de Schulin dans le Confeil &
is la Charge de Secretaire d'Etat ayant le Détement
des affaires étrangeres , & que , comme
voit été rappellé avant la mort du Miniftre auil
va fuccéder , le courier qu'on lui dépêche,
rle joindre fur la route , lui porte , avec cette
Hij
174 MERCURE DE FRANCE
nouvelle, l'ordre de fe rendre au plutôt ici.
On mande de Stockholm du 17 , que , quo
que le Roi de Suéde fût entierement rétabli de
fiévre dont il avoit eu plufieurs accès , il n'av
pas laiffé de continuer à prendre le Quinqui
pendant quelques jours , & qu'il gardoit même
encore la chambre par précaution . Les même
Lettres ajoûtent que ce Prince a donné le Goavernement
de Halland à M. Hummelhiem : qui
a conferé. l'Ordre des Séraphins au Comte Chrétien-
Augufte de Solms - Laubach , & que le 10 ,
Prince Succeffeur avoit , au nom de S. M. që
Chevalier de l'Ordre de l'Epée M. Marcas de
Wurtemberg , Major Général & Colonel du Ré
giment de Jemtlande.
La Reine fut incommodée la femaine paffée, &
pendant deux ou trois jours on ne connut rien
la nature de fon indifpofition. La petite verole
s'eft- déclarée enfuite , mais elle eft de la meilleste
forte , & l'éruption s'en fait très bien.
Le Prince Héréditaire Charles - George d'Anhalt
Cothen , arrivé depuis quelques jours en cette Ville
, vient d'être déclaré Capitaine Titulaire des
Gardes à Cheval du Roi.
S. M. vient d'accorder une penfion de deux
mille écus à la veuve du Comte de Schulin ;
Grand-Maréchal Comte de Molke , la place de
Préfident de la Compagnie Afatique , que la mort
du même Comte de Schulin laifloit vacante ; 2
Colonel Finck , le premier Régiment de Fyhne ,
vacant par la démiflion du Baron Schenck de Waterfted;
à M. Thyco Hoffman, la Charge d'Alel
feur du Haut- Tribunal ; à M. Lewetzau , Confeil
ler Privé de Conférence,une place dans le College
de l'Economie & du Commerce ; au Baron de Bahr
Refident à Hambourg , le titre de Confeiller de
Cour & de Conférence.
JUIN. 1750. 179
On mandoit de Stockholm , le 28 du mois paffé ,
e le Roi de Suède fe portoit actuellement auffi
en que l'on pût le défirer , & qu'étant entré le
dans fa foixante- quinziéme année , il avoit à
tre occafion reçû les complimens des Sénateurs,
1 Miniftres Etrangers & des perſonnes de dif
action.
ALLEMAGNE. VE.
DE VIENNE , le ୨ Mai.
Uivant les avis reçûs de Prague , on y fair
les préparatifs néceflaires pour le camp que
on veut affembler en Boheme , & qui fera de 25
nille hommes. On a fait partir d'ici de nouveaux
niformes pour les Régimens qui le doivent comofer
, & l'on continue d'affûter que L. M. I. iront .
oir ce Camp.
Les nouvelles de Conftantinople annoncent la
difgrace du Séralkier Pacha de Babilone , lequel ,
fans Lavoir pú prévoir , s'eft vú tout- à-coup dépofé
, dégradé de fa dignité de Pacha à trois
Queues , & relegué dans l'ifle de Candie. On a
fait de grandes réjouillances à Conftantinople ,
lorfqu'on y a reçu la nouvelle de l'exécution des
ordres du Grand Seigneur , dont il n'avoit rien
tranfpiré. Ce Pacha , devenu l'objet de la haine
publique , exerçoit dans fon Gouvernement ,
faveur des troubles de Perfe , une espece de pouvoir
indépendant , & ne fe conformoit aux ordres
de la Porte , qu'autant qu'ils s'accordoient avec
fes vûes Les circonftances des tems avoient forcé
la Porte de diffimuler , & d'attendre que la fituation
des affaires de Perfe la mît en état de ne pas
commettre imprudemment fon autorité.
Hiiij
175 MERCURE DE FRANCE.
Le 26 du mois dernier , l'Empereur vint d
Schonbrun ici pour affifter à la Comédie,
Le Prince Charles de Lorraine arriva le 28
mois dernier à Schonbrun. Hi vint l'après - midi f
te vifite en cette Ville à l'Impératrice Douairiere
& retourna le foir à Schonbrun .
Le 30 Avril , l'Archiduc Jofeph & les Archids
cheffes Marie -Anne , Marie Chriftine & Maries
Amélie , partirent d'ici pour Schonbrun , où la
autres Archiducs & Archiduchefles doivent les fuivre
aujourd'hui.
Le Comte de de Beftuchef, Ambaffadeur de
Ruffie, étant à la veille de retourner à Pére : fbourg,
a reçû de nouvelles inftructions de fa Cour , qui
le feront refter encore près de fix mois en cette
V : lle .
Les lettres de Pétersbourg du 18 Avril difent
que le Général d'Arnimb , nouveau Ministre du Roi
de Pologne Electeur de Saxe , y étoit arrivé le 14,
& que le lendemain il avoit remis fes Lettres de
Créance au Comte de Beftuchef- Rumin , Grand
Chancelier.
DE BERLIN , le 9 Mai.
Une partie des équipages du Roi partit le premierde
ce mois pour la Pruffe.
Le Baron de Cocceji , Grand - Chancelier &
Miniftre Privé Actuel d'Etat & de Guerre , partit
le mêmejour pour aller établir en Siléfie , comme
il a déja fait en d'autres Provinces , le nouveau
plan du Roi pour la réforme de l'adminiftration
de la Justice.
Le 4 , mourut en cette Ville , dans la cinquan
te- quatiéme année de fon âge , M Frederic de
Reichenbach , Confeiller-Privé du Roi , Piéfident
JUIN. 1750. 177
13
Is Confiftoires de la Marche - Electorale , Direc
ur des revenus Eccléfiaftiques , du Confiftoire
rançois & des Maifons des Pauvres , Curateur des
niverfités établies dans les Etats du Roi , Direceur
des Monts - de - Piété , & Confeiller de la Réence
de Minden.
Le Baron de Goltz , ci - devant Ministre de cette
Cour à celle de Ruffie , arriva le 6 de Pétersbourg,
En cette Ville .
Sa Majesté a donné une penfion de 800 écus à
veuve de M. Adolphe Pannewitz , Major- Géa
néral de Cavalerie , & Grand Bailli d'Orfoy , more:
Te 30 Avril , & le Régiment de Fufilters , vacant
par la mort du Lieutenant Général de Kreytzen
au Colonel de Kreytzen , Commandant du Régis
ment d'Infanterie de Bonin.
Le Roi , depuis quelques jours , a créé Chovalier
de l'Ordre de l'Aigle Noir le Prince Louis.
de Helle Darmstadt , Major Général de fes troba
pes , & Colonel d'un Régiment d'Infanterie.
ESPAGNE..
DE MADRID , lè Mai:
*
V cette Cour, à l'occafion du mariage de l'In-
Oici le détail abregé des fêtes données dans
fante Dona Marie Antoinette.
Le Chevalier Oforio , Ambaffadeur Extraordi
maire du Roi de Sardaigne , avoit fait conftruire :
dans le jardin de fon Hôtel un vafte falon, magnifiquement
orné. Le 26 du mois de Mars au foir ,,
les Miniftres Etrangers , & les perfonnes les pluss
diftinguées de la Cour , de l'un & de l'autre fexe ,,
s'y étant raffemblés , on diftribua quantité de ra
fraichillemens. Ily eut enfuite un Concert , qui
How
178 MERCURE DE FRANCE.
fut fuivi d'un fouper , que l'on fervit à plufieurs
tables avec autant d'ordre & de propreté , que
d'abondance & de délicateffe . A l'iffue du fouper
on commença le Bal , qui dura jufqu'à quatre
heures du matin. Le lendemain au loir , la fets
ouvrit par la Comédie Espagnole del Paftor fide,
jouée par les meilleurs Comédiens de la Cour
Les rafraîchiflemens , le fouper & le bal ne le céderent
en rien à ce qui s'étoit fait la veille , &
ces deux naits l'Hôtel de l'Ambafladeur fut ille
miné en dedans & en dehors , avec beaucoup de
magnificence.
Le 8 du mois dernier au foir , après la fignature
du contrat de mariage , le Roi , la Reine , Pla
fante & l'Infant Cardinal affifterent , avec toute la
Cour , au Feu d'artifice , que la Ville avoit fait
dreffer dans la place extérieure du Palais du Buen-
Retiro. La décoration repréfentoit là Ville de
Turin , fa Citadelle , & le Pô qui baigne fes murs.
Divers Hiérogliphes convenables au fujet de la fête
ornoient ce bâtiment. On fe rendit enfuite au Sa
lon de los Reynas , où Fon devoit représenter une
Serenata ( forte d'Opéra fans danfes ) intitulée
L'Afilo d'Amore. Les paroles font du célébre Abbé
Metaftazio , & la Mufique de M. Francefco
*Coffeli , Maître de la Chapelle du Roi. On avoit
fait de la premiere Piéce un Salon d'Ordre Ionique
, ayant vingt- quatre pilaftres & douze colon
nes en faillie , qui laifoient un paffage liore entreelles
& ces pilaftres. L'entre deux de ces derniers
étoit tendu de belles tapifferies de Flandres , entourées
de moulures & de divers ordemens dorés.
Aux quatre faces de la corniche s'élevoient des
pieds-d'eftaux , qui portoient les katues de qua
tre des Arts libéraux . Aux quatre angles , arron
dis en demi- cercle , étoient des tribunes ornées.
JUIN. 1750. 179
balustrades , & remplies de Joueurs d'inftrunens
de mufique . Les corniches , les fetons &
es autres oenemens , les bafes & les chapiteaux
les colonnes , étoient dorés. Les colonnes , la frife
le foubaflement , étoient feints de marbre d'A-
-frique ; les pilaftres , les balustrades & les chambranles
des portes , d'albâtre. La voûte repréfentoit
en Ciel ferein , où le Peintre avoit exécuté diver
fes allégories convenables au fujet. Un grand.
nombre de luftres de criſtal éclairoit cette Piéce.
Les rideaux étoient garnis de galons , de franges ,
de cordons & de houpes d'or , & le plancher couvert
de riches tapis de Turquie. Le Salon de los
Reynos formoit une galerie d'Ordre Compofite. Ons
avoit fait autant de loges fermées de balustrades
des fix fenêtres de chaque côté. Le dedans en étoit
tapiffé de drap d'or à fonds cramoifi ; le dehors
& le refte du Salon , de fatin couleur de perle
chamaré de galons d'or fur un deffein de bongoût.
Deux pilaftres ornoient les côtés de chaque
fenêtre , & des trophées de cornes d'abondance:
dorées & d'une forme agréable étoient placésentre
les pilaftres. Dans des niches , éclairées cha
cune de deux luftres , quatorze ftatues repréſentoient
les Sciences. On voyoit aux angles quatre
enfans avec les attributs des quatre parties du
monde, Seize autres étoient placés fur la corniche
avec des pots de fleurs entre eux. Ces pots , les
pieds d'eftaux , divers emblêmes exécutés en bas.
reliefs , & tous les autres ornemens , étoient dorés ..
Le plafond offroit dans fon milieu l'Hymen conduit
en triomphe , par Venus , accompagnée der
Génies & d'autres Divinirés. De feints bas-reliefs .
peints aux angles , repréfentoient les Vertus Morales
, & l'on voyoit dans le refte du plafond diverfes
allégories relatives au fujet de la Serenate .
H.vj.:
180 MERCURE DE FRANCE.
Leurs Majeftés & leurs Alteffes fe placerent fa
des fiéges couverts de tiffu d'or garni de dentelles
& de galons d'or. Les couffins & le tapis de piedere
étoient de même. Des deur décorations de lagano
Piéce , l'une repréfentoit un Antre fur le bord de
la mer , & l'autre le Temple ou le Palais de l'Amour.
Après qu'on eut ceffé de chanter , l'Orche
tre & les inftrumens du premier Salon exécate he
rent enſemble divers morceaux de mufique:
Le 9 , les choſes ſe pafferent à l'Hôtel de l'Ambaffadeur
de Sardaigne , à peu près de même que
le 7 , & le 10 au foir : ce Miniftre termina fes fêtes
par un feu d'artifice qui fut tiré fur la petite Place
du Saint Efprit , & que toute la Cour , ainfi que
tout le peuple , trouva d'une grande beauté.
Le 12 fur les fept heures du foir , on célébrales
fiançailles , où la benediction fut donnée par le
Cardinal Patriarche des Indes . Après quoi on le
rendie au Théatre Royal du Buen - Retiro , fur le
quel d'excellens Acteurs repréſenterent l'Armida
Placata , nouvel Opéra du Docteur Giovani -Ambrofio
Millavaca , de Lodi , mis en Mafique par
M Gio. Catt. Mele. Napolitain. Le dehors des appartemens
étoit illuminé de plus de deux cens
Juftres à huit , douze , feize , vingt quatre & trentefix
lumieres , diftribués avec fymmétrie dans un
très bel ordre. L'Orchestre étoit trés nombreux &
vêtu d'un uniforme d'écarlate galonné d'argent ,
ce qui faifoit un fort bel effet . Toutes les décosations
, ainfi que celles de L'Afilo d' Amere ,
avoient été peintes exprès par le célébre Antonio
Yoli ,de Modéne. La premiere & la derniere s'at
tirerent la principale attention. La premiere re
préfentoit , au ſein d'une belle forêt , un lieu dés
licieux , orné de grottes de verdure . Huit fon
Maines portoient leurs caux de diverſes parts avec
JUIN. 1750. 181
e agréable variété. Des deux du milieu parti
nt des jets , qui s'élancerent fi haut qu'ils étei
ment les lumieres d'un luftre , élevé de foixante
eds au deffus du Théatre . La derniere décora .
on étoit le Temple du Soleil . Huit colonnes
ane hauteur extraordinaire en formoient l'enée.
Elles étoient toutes de criftal blanc & de
bis , avec differens ornemens tranfparens , ainfr
ue les foubaffemens & les degrés des côtés . Les
afes, les chapiteaux & les ftatues, étoient tranfpaens
en or , & le refte des ornemens céleftes de
dême en argent. Toute l'architecture étoit d'Orre
Compofite , fur un fond couleur de rofe. Le
ledans , du même goût que le dehors , étoit orné
le quantité de globes de criftal de diverfes cou
ears , & de deux cens étoiles argentées , qui ,
yournant toutes en même tems , ajoutoient beau
coup d'éclat à cette décoration . Les douze Signes.
du Zodiaque, & differentes Divinités célestes , rem
pliffoient la partie fupérieure : le tout étoit tranf
parent. On voyoit au centre le Palais du Soleil ,
qui s'élevoit au-deffus du premier corps de la
Sténe. Il étoit octogone , avec des colonnes de
cristal blanc & verdâtre , & dans le milieu de ce
Palais étoit le Char du Soleil , dont les chevauxen
mouvement & portés fur des groupes de nues
étoient conduits par Apollon , accompagné des.
Sciences On oyoit derriere ce Dieu la face du
Soleil , d'une feule pièce de criftal de cinq pieds .
de diamètre. Deux rangs de rayons , en fpirale ,
& tournant en differens fens , avoient dans leur
plus grand diamétre v ngt un pieds ; & le tout
pefoit deux mille deux cens cinquante livres. Cette
machine jettoit un fr grand éclat , que les yeux en
étoient éblouis , tant à caufe de la multitude des
lumieres qu'elle renfermoir , qu'à cause de la ge
182 MERCURE DE FRANCE.
flexion de plus de dix-huit mille dont le Théa
étoit éclairé. En s'élevant inſenſiblement , elle de
couvrit la porte de cristal qui donne fur le Par
du Buen - Retiro , laiffant appercevoir dans l'éloi
gnement une autre illumination de diverfes cons
leurs avec un feu d'artifice , que l'on tira pendantqu'Apollon
chantoit le compliment qui termin
cette fête. Le Roi fut fi content de M. Carlo
Brofchi Farineli , qui l'avoit inventée & conduite,
ainfi que celle du Salon de los Reynos , qu'il la
donna de fa propre main une Croix de Calatrava
garnie de riches brillans, La Reine accompagna
ce préfent d'une boëte d'or , auffi garnie de diamans
, & dans laquelle étoit une bague montée
d'un brillant de grand prix .
Le 13 , jour fixé par Sa Majesté pour aller en
public à Notre Dame d'Atocha rendre graces 3
Dieu du mariage de l'Infante , leurs Majeftés par
tirent du Buen- Retiro fur les cinq heures du fort ,
avec un cortége de caroffes des plus nombreux &
des plus brillans , & fe rendirent à cette Eglife ,
où le Saint Sacrement étoit expofé. Le Te Deum
& le Salve Regina furent chantés par la Ma
fique de la Chapelle du Roi. Toute la Cour alla
de-là voir à la grande Place une illumination de
lumieres tranfparentes , avec un Feu d'artifice
préparé par la Ville . La décoration étoit un Are
de-triomphe en l'honneur de l'Amour ; bâtiment,
ayant quatre faces en arcades , élevé de cent cinquante
pieds , dont les angles étoient ornés en
dehors de quatre belles pyramides , & dont le
comble portoit une ſtatue de la Renommée avec
fa trompette à la main. L'exécution de ce Feufurprit
, par des lumieres de diverſes couleurs , par
des cafeades deu qui couloient à la maniere de
celles d'eau , & par, beaucoup d'autres inventions
T
en
JUI N. 1750. 183.
gréables . Toutes les rues , par lesquelles le Roi
Ja , foit en allant , foit en retournant , étoient
ndues de belles tapifferies , & illuminées deambeaux
à diſtance égale. On les avoit auffi diffées
de maniere qu'elles laiffoient un paffagebre
au nombreux cortège du Roi . Les Bataillons
es Gardes Espagnoles & Wallonnes en bordoient
s deux côtés , & le formant à mesure que le
tége étoit paffé , ils marcherent en colonnes
près la fuite du Roi. Les Députés des cinq grands
Corps avoient arrangé cette fête fous les ordres du
Marquis del Rafal , Corregidor de cette Ville ,
aquel le Roi témoigna la fatisfaction qu'il en
voit , en l'honorant de la Clefde Gentilhomme
le la Chambre avec les entrées .
Il y eut le 14 au foir une feconde repréfenta
ion de L'Armida Placata fur le Théatre Royal
& le lendemain , on repréfenta de même pour la
feconde fois L'Afilo d'Amore , dans le Salon des
Los Reynos.
Le 16 , leurs Majeftés partirent du Buen - Retiro
fur les cinq heures du foir , avec la Ducheffe de-
Savoye & le Cardinal Infant dans leur caroffe
pour aller à Alcala . Leurs Majeftés & leurs Altef
fes logerent au Palais Archiepifcopal , & virent
tirer un feu que la Ville avoit fait préparer. Le
lendemain au matin leurs Majeftés & leurs Altefles
allerent révérer differentes Reliques dans l'Eglife
Cathédrale , & dans celles du Collège des
Jéfuites & du Convent de Saint François . Sur les
trois heures après midi , la Ducheffe de Savoye
prit congé du Roi , de la Reine & du Cardinal Infant
, & partit for le champ pour aller coucher à
Torija. Leurs Majeftés & le Cardinal Infant s'en :
setournerent entre quatre & cine à Madrid.
284 MERCURE DE FRANCE:
ITALI E.
DE NAPLES , le zz Avril.
Es Corfaires de Barbarie continuant d'infefter
LEs contin articin tutt
·
de cette Ville , fur la fin du mois dernier , deur
Galiotes & deux groffes Barques armées. De ces
Bâtimens , les uns avoient cinglé vers les Côtes de
Calabre , & les autres avoient fait voile pour l
Sicile. Depuis on a reçu avis , le 7 de ce mois ,
que deux Tartanes chargées de grains , l'une fortie
de ce Port , & l'autre du Port de Palerme ,
avoient été prifes par cinq Chebecks Algériens ,
mais qu'il n'y avoit eu qu'un feul homme detué
d'un coup de fufil , le refte des équipages ayant eu
le bonheur de fe fauver. Le Roi , fur cette nouvelle
, ordonna que l'on fit partir au plutôt dear
Vaiffeaux de guerre , pour aller , avec les Navires
qui font déja en mer , donner la chaffe à ces Cor
faires , & ces deux Vaffèaux mirent à la voile
le 11:
7 Le même jour de ce mois , D Antoine Spi
nelii ,fils du Prince Cariatti , prit poffeffion de la
Charge de Miniftre du Confeil.
Le Roi a nommé M. Antoine Seffale , Archevê
que de Brindes , à l'Archevêché de Tarente , va
cant par la mort de M. Roffi , en chargeant cer
Archevêché de deux mille Scudi de penfions dife
ribuées à diverfes perfonnes..
DE GENES , lė ir Mais.
Depuis quelque tems , il pleut abondamment en
ce Pays , ce qui caufe ici beaucoup de joie. Dans
Aout cer Etat , & fur tout vers la Côte Occidentale ,
E
JUIN. 1750: 185*
bleds & même les oliviers périffoient par l'exde
la féchereffe.
On dit toujours ici , que l'on va faire un Régleent
pour la Banque de S. George . Ce Régleent
eft d'autant plus néceffaire que les Billets de
Banque diminuent tous les jours de prix , mais
embarras eft d'accorder l'intérêt des particuliers
vec celui du Public.
Suivant les dernieres Lettres de Corfe , il paroît
que la tranquillité s'y rétablit de plus en plus. A
égard du nouveau Réglement , qui fe doit faire
our cette lile , on travaille à en dreffer les artiles.
DELIVOURNE , le 4 Mai.
Deux Vaiffeaux de ce Port , appellés , l'un le
Huffard de Mer , & l'autre l'Hirondelle , ont été
augmentés d'un Pont , ce qui fait croire qu'il eft
toujours question d'établir dans les Etats de Tofcane
, une Compagnie de Commerce pour aller
trafiquer aux Indes Orientales.
Le Vaiffeau Tofcan , la Notre Dame de Montenero
, commandé par le Capitaine Barthelemi
Prato , & revenu depuis quelques jours de Tunis ,
a rapporté que deux Barques Tuniſiennes avoient
pris , & conduit dans leur Port le Navire Danois.
PElizabeth, parti , fous les ordres du Capitaine
Flors , de la Rochelle pour Cadix avec une charge
d'Indigo , de Sucre & d'autres effets , & que tout
l'équipage avoit été fait esclave. Il a rapporté de
même , que le Navire Anglois , la Providence , parti
d'Alexandrie pour Livourne , avoit été arrêté par
des Algériens , qui l'avoient chicané fur fon Palleport.
On a fçu ,par la voie d'une Barque de Trapani ,
186 MERCURE DE FRANCE.
que quatre Chebecks Algériens s'éroient emparés
fur la Côte de Sicile d'une Barque Maltoife char
gée de vivres pour Malte , & d'une Felouque S
cilienne .
GRANDE BRETAGNE.
DE LONDRES , le 18 Mai,
E23 du mois dernier , à une heure & demies
après midi , le Roi fe rendit à la Chambre
Haute , & les Communes ayant été mandées , il
donna fon confentement Royal à divers Bills pu
blics & particuliers . Il dit enfuite , en adreliant la
parole aux deux Chambres :
. MYLORDS ET MESSIEURS ,
Je ne puis mettre fin à cette Séance du Parlement,
fans vous rendre de très-vives actions de graces port
le zéle , avec lequel vous avez expédé les afurn
publiques. Rien ne pouvoit me fare un plus grand
plaifir que votre attention à ces points effentiels de
Lintérêt de la Nation , que je vous avois infiamment
recommandés à l'ouverture de cette Séance. C'eft
donc avec laplus grande fatisfaction que je denne mon
confentement à ces Loix , le réfaltat de vos prudentes,
délibérations , où vous n'avez eu pour objet que d'aug
menter le crédit public , de rendre plus floriffans le
Commerce & les Manufactures , & d'encourager l'a
duftrie de mes bons Sujets . Depuis que vous étes affem .
bés , il eft arrivéfi peu de changement dans l'étas des
affaires au dehors , qu'à peine puis -je ajouter quelque
chefe à ce queje vous en ai dit . Je perfifte dans laréfo
Lution de remplir avec la plus grande exaclitude tous,
les engagemens que j'ai contractés , de ne manquer
à rien de ce qui dépendra de moi , pour la confervation
d'une Paixfi bien établie. Tous mes Alliés d'ailleurs
JUIN 17508 187
ont donné les affûrances les plus pofitives de leur
position à concourir à cette grande fin , d je ferai
Dujours fincérement tous mes efforts pour entretenir
pour augmenter cette bonne difpofition , afin que
es Royaumes puiflent , ainsi que toute l'Europe ,
ter long-tems les heureux fruits de latranquillité
éfente.
MESSIEURS DE LA CHAMBRE DES COMMUNES ,
Je vous fais des remerciemens particuliers , pour les
cours que vous m'avez fi promptement accordés ,
our cet amour du bien public , qui vous a fait faifir la
remiere occaſion , où vous pouviez réduire l'intérêt
les dettes nationales , fans donner atteinte à la con◄
jance due à la parole du Parlement. Le fuccès , dont
es fages mefures font déja fuivies , prouve quel est
aujourd'hui le crédit de ce Royaume , & l'érable
même de maniere à ne laiffer aucun doute de fa continuation.
Ce fuccès ne sçauroit manquer d'augmener
,foit au-dedans , foit au- dehors , laforce & la réputation
de mon Gouvernement.
MYLORDS ET MESSIEURS ,
Je ne doute point que vous ne portiez chacun dans
vos Provinces les mêmes bons principes , qui vous ont
fait agir , & ces mêmes fentimens d'affection , dont
vous m'avez ici donné des preuves . Que ce foit donc
votre affaire d'entretenir la paix l'harmonie dans
l'Etat , de maintenir & d'étendre la Religion , les
bonnes moeurs le bon ordre parmi mon peuple , dont
le bonheur véritable & conftant fera toujours l'objet
de mes foins.
Après ce difcours , le Lord Chancelier , par or--
dre du Roi , prorogea le Parlement au Jeudi 25 de
Juin prochain.
Le Chevalier Chaloner Ogle , Amiral Commandant
en Chef des Flottes du Roi , mourut le
22 au foir , en cette Ville dans un âge fort
avancé.
188 MERCURE DE FRANCE.
On a reçu , par la voie de Terre , des nouvelles
certaines de la reſtitution , faite au mois de Sep.
tembre dernier , de Madraff & du Fort Saint
George entre les mains des Commiffaires Anglois ,
chargés d'en reprendre poffeffion .
Le 27 , le Roi partit vers les fix heures du matin
du Palais de Saint James , pour aller s'embarquer
à Harwick , afin de paffer en Hollande . Le vent
ne permit de mettre à la voile que le lendemain,
& le 29 Sa Majeſté débarqua fur les trois heures
après midi à Hellevoet- Sluys , & prit la route
par Utrecht pour Hanover , où l'on compte
qu'elle a du arriver hier. On reçut cette nouvelle
le premier de ce mois aufoir , & l'arrivée du Coarier
fut immédiatement fuivie de la tenue d'un
Confeil , dans lequel les Lords Régens firent l'ouverture
de leur Commiffion .
L'Amiral Boscawen , Commandant de l'Eſcadie
employée à l'attaque de Pondichery , lequel avoit
quitté les Indes Orientales après la ceffation des
hoftilités, arriva le 26 dans la Rade de Portfmouth
avec quatre de fes Vaiffeaux feulement , un coup
de vent Payant feparé des autres à l'entrée de la
Manche. Lorfque cet Amiral partit du Cap de
Bonne Efpérance, le Centaure, Vaiffeau de la Compagnie
des Indes de France , coula à fonds à la
hauteur de ce Cap. Les Anglois fe trouverent à
portée d'en fauver l'équipage ; & l'Amiral Bofcawen
, aufi-tôt après fon arrivée , a fait fçavoir aur
Seigneurs de l'Amirauté qu'il avoit fur les quatre
Vaiſſeaux deux cens, tant Officiers que foldats, de
ce Navire Francois. Le 28 , il eut ordre de fe tenir
prêt à les faire inceffamment transporter à Brest
fur un Bâtiment que l'on frêteroit exprès.
Le 29 , le Comte de Harrington , Viceroi d'It
lande , arriva dans cette Ville. Le 25 , il avoit mis
125
JUIN. 1750. 189
in à la Séance du Parlement d'Irlande , & délaré
qu'en l'abfence du Viceroi , l'Archevêque
PArmagh , Primat du Royaume , le Grand Chancelier
& l'Orateur de la Chambre des Communes ,
feroient Lords Jufticiers ou Régens.
On apprend de Spithead , que les il étoit encore
arrivé dans cette Rade un des Vaiffeaux de
Guerre de l'Escadre de l'Amiral Boscawen .
Le 6, la Compagnie des Indes Orientales tint ,
par extraordinaire , une affemblée générale , dans
laquelle il fut deliberé fur la réduction de l'intérêt
des dettes Nationales de quatre à trois pour cent,
conformément à l'Acte de la derniere Séance du
Parlement. Après plus de quatre heures de débats
três- vifs , on autorila les Directeurs à foufcrire à
cette réduction pour 3 millions 200000 liv, ſterl .
qui font dûes à la Compagnie.
Les Lords - Régens , qui font convenus de s'affembler
tous les jeudis pour délibérer fur les affai
res Nationales , ont chois pour leurs Secretaires
Meffiears Richard Newil Aldworth & Richard
Levefon Gower , Membres du Parlement & Secretaires
fous le Duc de Bedford.
Les Commiffaires de l'Amirauté ont nommé
l'Amiral Rowley , pour fuccéder au feu Chevalier
Chaloner Ogle , dans la Charge de Commandant
en chef de la Flotte du Roi.
Le Vicomte de Dorone a été élû Membre du
Parlement pour le Comté d'Yorck , à la place du
Chevalier Stapleton , nommé depuis peu l'un des
Commiffaires de la Douane.
190 MERCURE DE FRANCE.
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c :
E Avril , le Roi vit exécuter par plufieus
Ldétachemens ,dans le Parterre de l'Orangerie,
les differens exercices qui ont été propofés à Sa
Majefté pour le maniement des armes de l'Infan
terie.
Le Roi a accordé le Gouvernement d'Avefnes ,
vacant par la mort du Chevalier de Broglie , a
Marquis d'Argouges , Lieutenant Général des Ate
mées de Sa Majeſté .
Le zo , la Reine entendit dans la Chapelle du
Château la Meffe de Requiem , pendant laquelle
le De profundis fut chanté par la Mufique pour
l'Anniverfaire de Madame la Dauphine , Ayeule
du Roi.
Le 26 , le Chevalier Morokni , Ambaſſadeur
ordinaire de la République de Vénife , fit foa
Entrée publique en cette Ville. Le Maréchal de
Duras , & le Marquis de Verneuil , Introdu&teur
des Ambaffadeurs , allerent le prendre dans les
caroffes de leurs Majeftés au Convent de Picpus,
d'où la marche fe fit en cet ordre . Le carole de
l'Introducteur ; celui du Maréchal de Duras ; un
Suiffe de l'Ambaffadeur , à cheval ; la livrée à
pied; quatre de fes Officiers ; un Ecuyer & fix
Pages , à cheval ; le caroffe du Roi , à côté duquel
marchoient la livrée du Maréchal de Daras
& celle de l'Introducteur , le caroffe de la Reine ;
celui de Madame la Dauphine ; ceux du Duc
d'Orleans , du Duc de Chartres , de la Duchelle
JUIN. 1750: 191
Chartres , du Prince de Condé , du Comte de
harolois , du Comte de Clermont , de la Prineffe
de Conty , du Prince de Conty , du Comte
e la Marche , de la Ducheffe du Maine , du Prine
de Dombes , du Comte d'Eu , du Duc de Pensiévre
, de la Ducheffe de Penthiévre , & celui du
Marquis de Puyzieulx , Miniftre & Secretaire
Etat , ayant le Département des affaires étrangees.
Les quatre caroffes de l'Ambaffadeur ,précédés
Fun Suifle à cheval , marchoient enfuite à une
itance de trente à quarante pas. Lorsque l'Amaffadeur
fut arrivé à fon Hôtel , il fut compli
plimenté de la part du Roi par le Duc d'Aumont ,
Premier Gentilhomme de la Chambre de Sa Majefté
; de la part de la Reine , par le Marquis de
Chalmazel , fon Premier Maître d'Hôtel de la
pare de Madame la Dauphine , par le Comte de
Mailly, fon Premier Ecuyer.
;
Le 28 , le Prince Camille , & le Marquis de Ver-
Deuil , Introducteur des Ambaffadeurs , allerent
prendre le Chevalier Morofini en fon Hôtel dans
les caroffes du Roi & de la Reine , & ils le conduifirent
à Versailles , où il eut fa premiere Audience
publique du Roi . L'Ambaladeur trouva
afon paffage dans l'avant- cour du Château les
Compagnies des Gardes Françoiſes & Suifles fous
les armes , les tambours appellans dans la cour ;
les Gardes de la Porte & ceux de la Prévôté de
PHôtel , fous les Armes , à leurs poftes ordinaires ,
& fur l'efcalier les Cent Suiffes , la hallebarde à la
main. Il fut reçu en dedans de la Salle ' des Gardes
par le Duc de Bethune , Capitaine des Gardes du
Corps , qui étoient en haye & fous les Armes.
Après l'Audience du Roi , l'Ambaſladeur fut conduit
à l'Audience de la Reine , & à celles de Mon-
Leigneur le Dauphin & de Madame la Dauphine ,
92 MERCURE
DEFRANCE
par le Prince Camille & par l'Introducteur de le
Ambaffadeurs . Il fut conduit enfuite à celle
Mesdames de France , & après avoir été traité pa
les Officiers du Roi , il fut reconduit à Paris dan
les caroffes de leurs Majeftés avec les cérémon
accoûtumées.
Le 30 , le Roi accompagné de Monfeignem
Dauphin fit dans la plaine des Sablons la revis
du Régiment des Gardes Françoifes & de celui de
Gardes Suiffes , lefquels , après avoir fait l'exe
cice , défilerent en préſence de Sa Majeſté.
Le 30 , les Actions de la Compagnie des Inde
étoient à dix -fept cens quatre- vingt livres ; les
Billets de la premiere Loterie Royale à fept cen
vingt-fix , & ceux de la feconde à fix cens can
quante-fept.
Les Mai , le Commandeur de la Cerda ;
Envoyé Extraordinaite du Roi de Portugal eut fa
premiere Audience du Roi , enfuite de la Reine
de Monfeigneur le Dauphin , de Madame la Da
phine & de Mefdames de France . Il fut condust.
à ces Audiences par le Marquis de Verneuil , Introducteur
des Ambaſſadeurs , qui l'étoit alle
prendre dans les caroffes du Roi & de la Reine
Après avoir été traité par les Officiers du Roi ,
fut reconduit dans les caroffes de leurs Majeftés
avec les cérémonies accoutumées.
Le 7 , Fête de 1 Afcenfion , la Reine com
munia dans la Chapelle du Château par les
mains de l'Archevêque de Rouen , fon Grand
Aumônier.
L'après- midi, le Roi , là Reine , Monfeigneur le
Dauphin & Mefdames de France , affifterent dans
la Tribune , aux Vêpres chantées par la Mufique ,
aufquelies l'Abbé Gergois , Chapelain ordinair
de la Mufique , officia , ainfi qu'au falut , qui fu
chanté par les Miſſionnaires.
JUIN. 1750. 193
Le 12 , le Roi partit pour Choify , & Mefdames
yrendirent le 13.
Le 16 , la Reine & Monfeigneur le Dauphin ,
rent en perfonnes fur les fonts de Baptême le
Is de feu M. de Saint Cloud , Ecuyer ordinaire
e la Reine. Il fut baptifé dans la Chapelle du
hâteau par l'Archevêque de Rouen , Grand Aujônier
de la Reine , en présence du Curé de la
aroiffe de Notre Dame , & fut nommé Louis-
Marie-Jofeph .
Le Roi revint le même jour de Choify.
Le lendemain , fête de la Pentecôte , les Chealiers
, Commandeurs & Officiers de l'Ordre du
jaint Efprit , s'étant affemblés vers les onze hen
es du matin dans le Cabinet du Roi , Sa Majesté
int Chapitre. Elle fe rendit enfuite à la Chapelle ,
tant précédée de Monfeigneur le Dauphin , &
les Chevaliers , Commandeurs & Officiers de
Ordre. Le Roi, devant lequel les deux Hu'ffiers
de la Chambre portoient leurs Maffes , était en
Manteau avec le Colier de l'Ordre & celui de la
Toifon d'or. Sa Majefté entendit la Grande
Mefle , célébrée par l'Abbé d'Harcourt , Commandeur
de l'Ordre du Saint Efprit , & chantée
par la Mufique de la Chapelle . Après la Meffe
& les cérémonies accoûtumées , Sa Majefté ſe
- plaça fur fon Tiône , près de l'Autel , du côté de
PEvangile , & reçut le ferment du Comte de la
Marche , lequel eut pour Patrains Monfeigneur le
Dauphin & le Duc de Chartres . La Reine & Mefdames
entendirent la même Meffe dans la Tribune.
L'après- midi , leurs Majeftés affifterent au Sermon
de l'Abbé Varé , Docteur de la Maiſon &
Société de Sorbonne , & Prédicateur du Roi , &
enfuite aux Vêpres qui furent chantées par la Mu-
1.Vol. I
194 MERCURE DEFRANCE.
fique , & aufquelles l'Abbé Gergois , Chapelais
ordinaire de la Chapelle de Mufique du Roi , o
ficia.
Le 19 , le Roi partit pour Choify.
Le 3 , le Comte de Valentinois , fecond fils d
M. le Duc de Valentinois , Pair de France , pre
ferment entre les mains de Sa Majefté pour
Charge de Lieutenant Général de Baffe Norma
die , & pour les Gouvernemens de Cherbourg
Grandville & Saint Lo , fur la démiffion du Dic
fon pere , qui en étoit pourvû . Il eſt le neuvième
de la Maiton qui les poflede fans interruption de
pere en fils ; Joachim de Matignon , Chevalier de
Saint Michel , fous le Regne de François L Jac
ques de Matignon , Maréchal de France , Cheva
lier du S. Efprit , Odet , & Charles de Matignon ,
fes deux fils ,Chevaliers des Ordres da Roi, François
de Matignon , Chevalier des Ordres du Roi , & fils
de Charles , Henri de Matignon , fils de Franço's ,
& Jacques de Matignon , Chevalier des Ordres
du Roi , pere de M. le Duc de Valentinois .
Le 21 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix - huit cens cinq livres ; les Billets de
la premiere Loterie Royale , à fept cens vingt-neuf,
& ceux de la feconde , à fix cens foixante -cinq.
BENEFICES.
E Roi a accordé 1 Abbaye de Bourgueil , Ordre
de Saint Benoit , Diocèle d'Angers , i1
l'Abbé de la Châtaigneraye , Comte de Lyon ,
Aumônier de Sa Majeſté , & Vicaire Général du
Cardinal de Tencin.
Celle de la Vieuville , Ordre de Citeaux , Diocèfe
de Dol , à l'Abbé de Durfort,
JUIN. 1750.
195
SOMMAIRE
La Chambre d'Affurances Générales , &
groffes Aventures , établie dans la Ville de
Paris.
Erre Chambre eft formée par des Négocians
en corps de Compagnie , par Acte d'affocia
& Déliberations paffé devant Notaires , les 29
vier & 4 Février 1750 , enregistré en l'Amirauté
nérale de France , au Siége général de la Table de
rbre du Palais à Paris .Son fonds de douze millions
smpofé de 4000 intérêts de 300o liv. dont un
He en fixième d'intérêt de 500 liv . pour la comdité
des Intéreflés ) eft désolé en effets exigis
& commerçables chez Me . Leverrier , Nore
, pour la fûreté des Aflûrés .
L'avantage du Public dans cette Chambre d'Afances
, & ce qui doit mériter fa confiance à
as égards , confifte dans ce fonds qui , quoique
pofé , circulera continuellement fur la place ,
duquel deux millions font deftinés au prêt à la
offe , le furplus eftimé fuffifant pour répondre
tous les rifques que la Compagnie prendra ,
at dans fa Chambre de Paris , que de ceux qui
font pris par les Directeurs Commiffionnaires
ins les Villes maritimes , à qui ceux qui voudront
re affurer peuvent s'adrefler indifferemment.
Les Syndics , Confeillers & Directeurs, régiffen
nom de la Compagnie la Chambre de Paris ,
celles établies en Province , membres de celle-
1 , font adminiftrées par des Négocians y domi-
Hiés , lefquels en qualité de Directeurs ont les
buvoirs néceffaires pour figner les polices d'affû
I ij
196 MERCURE DE FRANCE

rances , contrats de graffe , & peuvent faire rég
par Arbitres fur les lieux les difficultés , com
mément à l'Ordonnance de 1681 , & font au
fés à payer ponctuellement , en cas de pertes
avaries , même d'avance , en donnant cautionp
Paffuré , & fe conformeront d'ailleurs en tout
aux ufages de leur Ville .
Tout Négociant , porteur de quinze intérêts
3000 liv , a voix délibérative par lui-même , ou par
fon repréfentant , avec faculté à ceux qui en
un moindre nombre , de fe réunir & faire cha
entre eux d'un Négociant qui puiffe les repréle
ter , lequel a droit de fe trouver aux Affemblees
extraordinaires , qui fe tiennent l'après - midi da
premier Mercredi de , chaque mois , pour prendre
enſemble avec les Conſeillers , Directeurs & Intéreffés
délibératifs , connoiffance de la Caifle gé
nérale , de celui des rifques pris à Paris & par
les differentes Chambres , & délibérer fur toutes
les affaires de la Compagnie , & l'on diftribuera,
deux jettons d'argent à chacun des affiftans .
Outre les Signataires antérieurement annoncés,
les polices d'affûrances feront encore fignées par
Meffieurs Pierre Bourdeaux , Jofeph Delaleu , &
Charles Delaleu, en leur qualité de Directeurs.
La répartition des bénéfices généraux fera eric
tement reglée , & faite par les Intéreſſés dans l'Alfemblée
générale , convoquée au mois de Janvier
de chaque année .
La Liſte des Vaiſſeaux qui entrent & fortent de
ous les Ports de France , & des principaux Ports
de l'Etranger , ceux même en armement , ain
que les nouvelles intéreffantes de la mer , fe trouveront
tous les jours à la Chambre , de même que
les prix fatisfaifans des Primes d'affûrances de tous
les Ports de France & de l'Etranger , fuivant la
mature des risques,
JUIN. 1750. 197
Au furplus , la folidité du fonds de la Compaie
, & la loi qu'elle s'eft impofée de payer fans
datefter dans les cas de pertes ou d'avaries , lui
it eſpérer la confiance générale .
La Chambre d'Affurances , rue Aubri-le -Boucher.
Autre Article important.
L s'eft formé à Paris une Compagnie pour travailler
la fameufe Mine de Guadahanal en Analoufie
, qui fous le Regne de Philippe II . a été
xploitée pendant trente- fix ans confécutifs , &
froduifoit des fommes très- confidérables toutes les
nnées. On prie Meffieurs les Defcendans de Mef-
Geurs les Comtes de Foucares , à qui cette mine
appartenoit alors , ou tous autres qui pourroient
avoir quelques documens ou mémoires à ce
fujet , de vouloir bien en faire part à Meffieurs
Cazaubon & Behic , Banquiers à Seville , qui auront
foin de communiquer tous les avis qu'on
voudra bien donner , au Directeur Général de l'entrepriſe
.
絲洗洗洗洗洗洗洗:洗洗洗洗洗洗洗洗
SPECTACLES.
'Académie Royale de Mufique donna les du
L'mois dernier la premiere repréſentation de
* On devoit donner dès le 21 du mois d'Avril la
premiere représentation de Léandre & Hero ,
ainsi que le marque le Livre desparoles de cet Opéra
I iij
198 MERCURE DE FRANCE. 1
Léandre & Hero , Opéra Tragédie . L'Auteu
la Mufique & celui des paroles , diftingués
des titres fort fupérieurs à ceux de Muficien
de Poëte , n'ont pas permis qu'on décorât de
noms le frontifpice de leur ouvrage. On a troue!
le Poëme très- bien écrit , & cela n'a pas éto
les perfonnes qui connoillent la plume à laque
an en eft redevable . La Mufique a eu tout le fa
cès qu'elle méritoit , & l'on a particulierement
plaudi le Duo du premier Acte , celui du tro:fient
un choeur du même Acte , un air que M Jeliste
chante au quatrième , & une très belle Chaconse
qui eft dans l'Acte précédent. La fète du quatrième
a paru extrêmement agréable , & l'on a reconst
beaucoup d'expreffion dans le chant & les lympho
nies qui terminent le fecond .'
Une indifpofition ayant obligé M. Jeliotte de
quitter le rôle de Léandre & M. de la Tour s'étant
trouvé auffi incommodé , ils ont été remplaces
dans ce rôle par M. Beroger , nouvelle Haute
contre , qui l'a chanté avec fuccès .
Le 20 , la Tragédie nouvelle de Cléoputre , com
polée par M. Marmontel , fut jouée pour la premiere
fois par les Comédiens François . Il y ades
beautés du premier ordre dans cette Piéce , & elle
doit faire un grand honneur à fon Aureur , quand
même elle ne réuffiroit pas autant qu'Ariftɔmene
& que Denis le Tyran.
Les Comédiens Italiens repréfenterent le 4 une
Piéce en trois Actes , intitulée le Provincial à Paris,
q par fon dialogue leger & fin , par les traits
neufs dont elle eft remplie , & par fa vérification
élégante & facile , a obtenu avec juftice un apmais
elle a été retardéc juſqu'au s Mai , par une ma
lalie de M. Jeliotte.
JUIN. 1750. 199,
audiffement général. A la fin de cette Comédie ,
1. de Heffe a fait exécuter un Ballet que la Cour
voit déja vû avec un extrême platfit. C'eſt un Taleau
animé des differens âges en recréation.
Mlle de l Harche , qui n'avoit point encore part
ur ancun Théatre public , débuta le 2 de ce nois
u Théatre François dans le rôle de la Coquette
-lu Misantrope & dans la Pupille . Elle a montré
beaucoup d'intelligence & de fineffe , furtout dans
le premier de ces deux rôles .
Le 7 du mois dernier , jour de la Fête de l'Af
cenfion , le Concert Spirituel du Château des
Thuilleries commença par Cantate Domino , Motet
à grand choeur de M. Martin . Ce Motet , qui
a foutenu la réputation que l'Auteur s'eft acquife ,
a été fuivi d'une belle fymphonie . Miles Duperry
& le Miere ont chanté enfemble Confitemini Domino
, petit Motet de M. Cordelet , Maître de Mufique
de Saint Germain l'Auxerrois. M. Gaviniés
a joué feul , & a été fort applaudi , de même que
le Ni Dominus , de M. Mondonville , qui a terminé
le Concert.
Une brillante fymphonie fervit d'ouverture au
Concert du jour de la Pentecôte . On exécuta enfaite
le Motet Dominus regnavit , de feu M. de la
Lande. Meffieurs Edouard , Capelle , Vibert & Hebert
, donnerent un Quatuor de Cors- de - chafle .
Laudate , pueri , Dominum , petit Motet , de feu M.
Fioco, fut chanté par Mlle le Miere. M. l'Abbé , fils ,
joua feul du violon , & le Concert finit par Bonum
eft , beau Motet à grand choeur de M. Mondonille.
Le jour de la Fête du Saint Sacrement , après
une grande fymphonie , on chanta Exaudiat te
Dominus , nouveau Motet à grand choeur avec
tymbales & trompettes. Un excellent Concerte
I i
200 MERCURE DE FRANCE.
JU
- de M. Guillemin , Ordinaire de la Mufique du Ro
précéda le petit Motet Confitemini Domino , d
M. Cordelet. A la fin du Concert , on exécuta le
Motet Cæli enarrant , avec les mêmes applaudi
femens qu'il avoit eus pendant les trois femaines
de Pâques.
CONCERTS DE LA COUR.
>
LE
E 18 , le 20 , le 22 , le 25 , le 29 Avril , & les
dans l'appartement de Madame la Dauphine . 01
a chanté dans les trois premiers jours le Prologue
& l'Opéra d'Amadis de Gréce , & dans les trois
autres le Prologue & les quatre Actes du Ballet
des Elémens. Les rôles d'Amadis ont été remplis
par Mad. de la Lande , Mlle Fel , Meffieurs Poirier,
Benoit , la Garde & Godonefche ; ceux du Baller ,
par Miles Chevalier , de Selles , Mathieu , Canavar
& Befin , & par Meffieurs Benoit , la Garde , Joguet,
Poirier & Godoneſche.
COMPLIMENT *
Pour l'ouverture du Théatre Italien , le 7.
Avril 1750.
SCENE PREMIER E.
LA MARQUISE , M. MIRACLE.
M. Miracle.
D'Un comique pareil fe peut- on affoler ?
* Ce Compliment , ainsi que celui qui se trouve
dans le dernier Mercure, a été composé parM. Roy.
Les
JUIN. 201 1750.
La Marquife.
mes goûts paffagers ne mettez point d'obſtacle.
M. Miracle..
Les miens qui m'ont mis au pinacle
ont fixes , font des loix. Voulez - vous exceller?
tes-vous mon éleve ? il faut me reffembler .
La Marquife.
Quand je dois compofer, vous êtes mon Oracle .
our ines amuſemens , mon cher Monfieur Miracle,
Mon choix, fantaſque ou non , vaut-il de quereller?
M. Miracle.
Le bon air jufques - là peut il fe ravaler ?
Après un mois d'abſence ; affamé de ſpectacle ,
Eft-ce aux Italiens qu'on vient le régaler ?
La Marquife.
Voulant me réjouir , où falloit - il aller ?
M. Miracle
Chez les François , morbleu : le fucculent Tragique
Farci de fentimens , & fort de politique ;,
Le haut Comique affaifonné
De morale & de patétique ,
Voila des alimens pour un goût rafiné .
Ici quel eft le mets délicat , ou folide ?
C'est l'ombre d'un repas; on en fort toujours vuide,
C'eft du fet, c'eft du vent , de la mouffe, des riens,
La Marquife.
Soir, j'ai moins d'appétit que vous, mais je foutiens
I v
202 MERCURE
DEFRANCE
.
Que ce que vous nommez le plus léger ſervice,
Eft celui qui fouvent amene la gaîté.
M. Miracle
.
Ici le fruit eft mal monté.
Qu'ils font gauches vos gens d'office !
La Marquife.
Vous en voulez de loin à ces pauvres A&teurs.
M. Miracle.
Souvent j'ai pris contre eux la défenſe des moeurs ,
Car j'en ai.
La Marquife.
Sur ce point chacun vous rend juftice.
M. Miracle.
N'a- t'on pas vû fouvent ces ineptes farceurs ,
Mauvais finges en tout, par leurs froids bâtelages
Dégrader , difloquer les plus grands perfonnages ,
Des Grecs & des Romains , des Rois , des Empereurs
;
Avec de fauffes couleurs
Défigurer les ouvrages
Des plus célebres Auteurs ,
Dont le public devroit encenſer les images ?
La Marquife.
Mais de ces illuftres Rimeurs
La Parodie a t'elle excité les clameurs ?
En ont-ils éprouvé du déchet à leur gloire ?
Non , P'Agnès de Chaillet chez plus d'un curieus
JUIN . 1750% 203
me la tragique Inés rafraîchit la mémoire :
Feft Caftor & Pollux , ces Jumeaux fi fameux
: mmortels l'un par l'autre.
M. Miracle.
Ah ! quel blafphême affreux !
La Marquife.
Calmez - vous : -à préfent on fait des Tragédies
Portant en foi leurs Parodies ,
Et le Théatre Italien
Chargeroit fans ajoûter rien.
Mais fon filence aux Auteurs Dramatiques
Epargne-t'il les plus âpres critiques ?
Qu'y gagnent ces Meffieurs ? Au fond des cabinets,
Des feuilles périodiques
Vont remplacer les filets :
Un inftant , au Théatre , eût fait coûler ces traits :
Mais le Lecteur , à tête repolée ,
Savoure l'Analyfe avec art composée ;
Il y voit relever juſqu'aux moindres erreurs :
Le Public détrompé , rétracte des fuffrages
Mandiés à genoux chez tant de Protecteurs ,
Ou payés par avance à des cliens à gages.
M. Miracle.
Mais on peut ripofter à ces malins écrits ,
On arme fa cabale , on partage Paris :
L'Italien déclare une plus rude guerre ;
• Plaide- t'on contre le Parterre
I vj
204 MERCURE DE FRANCE:
La Marquife.
Un Phénix tel que vous ne craindra rien de lui.
M. Miracle.
Je le fçais , mais enfin ce lieu choque ma vûe.
La Marquife.
C'estpour le Compliment que j'y viens aujourd'hui
M..Miracle.
२..
J'ai tant d'averfion pour ce féjour d'ennui
Que j'évite toujours de paffer dans la rue..
Mais le Compliment fait , je fors.
La Marquife.
Quoi , vous me laifferiez
M. Miracle
Je pars , ou je m'endórs,
Commence-t'on bien tôt?
La Marquife.
Oui , l'Orateur s'avanco
M. Miracle.
Comment : C'eft une fille !
La Marquife..
Oui la jeune Afiraudy.
M. Miracle.
Vous vous moquez. Quoi , l'Eloquence
Ici tombe en quenouille !
La Marquife..
Un peu de patience :
Un pareil choix eft ſouvent applaudi.
JUIN. 1750. 201
SCENE IL
Mlle ASTRAUDY , LA MARQUISE
M. MIRACLE.
La Marquife..
Bon jour, ma chere enfant, je vous donne audience
Et Monfieur , qui n'a rien de comparable à lui.
M.Miracle à Mile Aftrandy.
Comment ! elle a des yeux , un fart joli vifage
Avez- vous de l'efprit ?
Mlle Aftraudy.
Monfieur , c'eft notre ufage
D'emprunter celui d'autrui.
M. Miracle.
Le vôtre vaut mieux , je gage.
Mlle Aftrandy.
Vous me fattez .
M. Miracle.
Non , c'eft de bonne for.
Ce qu'on vous a prêté fera , comme je croi ,.
De quelque Auteur chétif le doucereux langage.
Mignone, vien demain me haranguer chez moi.
Ilfort..
Mlle Aftraudy.
Aquelle heure , Monfieur.?
206 MERCURE DE FRANCE
SCENE III.
LA MARQUISE , Mlle ASTRAUDY.
Mile Aftrandy.
Oh! le plaifant vilage !
Il fait mal le Seigneur.
La Marquife.
Vous fçavez done qui c'eſt ?
Mile Aftraudy.
Qui ne le connoît pas ?
La Marquife.
C'eſt un grand perſonnage ,
Il a quelques écarts , & c'eft par- là qu'il plast.
Je crois qu'il eft parti .
Mile Aftraudy.
· J'apprêtois fon éloge.
La Marquife.
Pour moi je demeure ici.
Comme Mufe , Dieu mérci ,
Je poutrai figurer feule dans une loge.
Mile Aftrandy.
Vous êtes Mufe ! Eh bien , Madame , donnez- nous
Dans vos momens perdus quelque nouvelle Piéce,
La Marquise.
Ce Théatre eft joli , mais déroge à nobleffe :
Les Auteurs font honteux de travailler pour vous ;
Ils femblent fe cacher fous terre ;
JUI N. 1750. 207
*
Contens que de l'ouvrage on fente la valeur ,
Is ne font point crier du milieu du Parterre ,
L'Auteur , qu'on nous montre l'Auteur!
SCENE IV.
Elle fort.
Mlle ASTRAUDY.
Meffieurs , foit Ecrivains connus , foit anonymes ,
Qui pourront réuffir à votre amuſement ,
Tous les choix également
Nous paroîtront légitimes .
Je fuis encor bien loin du fin difcernement ;
Mon âge eft ma premiere excufe ;
Et ce n'eft point ma voix qui reçoit ou refufe
Ce qu'on vient préfenter à notre jugement.
Vous m'apprendrez à m'y connoître ,
Et les Comédiens les plus accrédités ,
Ou d'eux-mêmes plus entêtés ,
Ne trouvent point de meilleur maître.
Vos bontés cette année ont furpaffé nos voeux ,
Et depuis que la Troupe eft introduite en France
On ne fe fouvient pas d'un fuccès plus heureux.
Le zéle accroîtra par la reconnoiffance,
Si l'avenir le plus doux
M'offre de belles années ,
Je ne les veux que pour vous ;
Vos fuffrages , feul bien dont mon coeur eft jaloux,
Rempliront mes deſtinées ;
Eh ! quelle autre conquête auffi chere pour nous !
208 MERCURE DE FRANCE:
VERS
A M. Deftouches , de l'Académie Françoife.
Par M. Tanevot.
LEfentiment t'a rendu précieux
Les vers que j'ai tracés fur ton dernier ouvrage .
Le coeur les a fait naître , & ſon fincére hommage
Sera toujours le plus cher à tes yeux.
Digne de l'âge d'or , comme lui tu r'exprimes;
La naïve candeur refpire dans tes rimes ,
De l'amitié raffemble tous les raits ,
Et l'enrichit de fes plus beaux attraits.
Ainfi ta Minerve immortelle
Fera paffer aux fiècles à venir
Cette tendreffe mutuelle ,
Qui pour jamais fçut nous unir.
Le généreux Pylade , & le fidéle Acate ,
Ont été célébrés par des Chantres fameux.
Rien ne femble égaler la gloire qui les flatte ,
Toutefois dans tes vers mon fort eft plus heureux
PASASALARASANDUDBA : Pawan
MARIAGES ET MORTS.
E9 Avril , Augufte- Simon Briffart , l'un des
FermiersGénéraux de Sa Majefté, époufa dans
la Chapelle de l'Hôtel des Fermes du Roi , fur la
JUÍN.
· 1750.
.
209
aroiffe de Saint Eustache , Henriette de la Borde,
Be de Jean- François de la Borde , auffi l'un des
ermiers Généraux de Sa Majefté , & d'Elifabeth
Vaffeur.
Augufte Simon eft fils de Jacques Briffart , Seineur
de Triel , Chanteloup & autres lieux , Coneiller
- Secretaire du Roi , Maiſon , Couronne de
Irance & de fes Finances , l'un des Fermiers Ge
éraux de Sa Majefté , & de dé unte Marie Rofe
Texier, fon époufe , decédée le 9 Novembre 1734-
Le 28 , Pierre - François Ogier de Berville , cidevant
Confeiller an Parlement , époufa , dans l'Eglife
Paroiffiale de Saint Paul , Angélique- Marie
Petit de Leudeville , fille de dé unt François Petit ,
Seigneur de Leudeville , Breffonvilliers & autres
lieux , Confeiller du Roi , Président en fa Cour des
Aides de Paris , & d'Angelique Petit d'Etigny .
Pierre- François eft fi s de Pierre - François Ogier,
Seigneur d'Enonville , Berville , Ivry & autres
lieux , Grand Audiencier de France , & de Marie
Therefe Berger.
Le 4 Avril , Marie- Bonaventure , fille de Jean-
Jacques de Bazan , Marquis de Flamenville , mou
rut , âgée de 17 ans , & fut inhumée fur la Par
roiffe de Saint Eustache ..
Le 7 , Jean Antoine Boizot , Premier Préfident
du Parlement de Bezançon , mourut à Bezançon ,
âgé de 69 ans.
Le 18 , Julie Veronique de Montauban , Demoifelle
de Compagnie de S. A. S. Madame la Ducheffe
du Maine , mourut , âgée d'environ 60 ans , &
fut inhumée à Saint Sulpice.
Le 19 , François Thomas de Pange , Docteur de
Sorbonne , Vicaire Général de M. l'Archevêque
d'Alby ; Abbé Commendataire de l'Abbaye de la
Vieuville , Diocèse de Dol en Bretagne , & Cha
210 MERCURE
DE FRANCE
noine de l'Eglife de Saint Dien en Lorraine ,mourut
, âgé de 30 ans , & fut inhumé à S. Paul.
Le 20 , Anne - François , Marquis de Harville ,
Maréchal des Camps & Armées du Roi , & Seigneur
de la Selle , des Bordes, Beaumorer , Voife & autres
lieux mourut , âge de 62 ans , fur la Paroiffe de
Saint Sulpice , & fut tranfporté à la Selle. Il avoit
époufé Marie Bouché , fille de M. Bouché , ci -devant
Intendant de Bordeaux , dont il laiffe deux
filles , l'aînée deiquelles eft mariée à Me
Marquis de Verneuil , Introducteur des Ambaſſadeurs
, la cadette n'eft point encore mariée.
Il étoit fils de Claude de Harville , Comte de
Harville , & de Magdeleine de Chaffebras , & aeu
plufieurs foeurs , deux defquelles font encore vi
vantes ,fçavoir , la Marquife de Montperoux &
la Marquife de Fontette.
Baftion
La Maiſon de Harville eft très - ancienne
& originaire de la Province de Beauce. Clav
de de Harville , Marquis de Palioifeau , Bifayeul
d'Anne François , étoit Vice- Amiral de
France , Chevalier des Ordres du Roi , & Gouver
neur de Calais , où l'on voit encore un
qu'il fit conftruire , & qui porte fon nom . La
Branche aînée de cette Maiſon a poffedé pendant
plufieurs fiécles la terre de Palloifeau , quiappartient
aujourd'hui à Mad, la Marquise de Pompone , fille
aînée de François de Harville , & coufine germaine
de celui qui donne lieu à cet article .
le Il ne reste plus de la Maiſon de Harvil'e que
Marquis de Trenel , qui en eft l'aîné , & qui a
époule N. de Matignon.
Le 21 , Jeanne Louife André , époufe de Jean-
François de la Gonifiere , Seigneur de Beuvigny,
Lieutenant Colonel du Régiment de Cambrefis ,
& Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de
JUIN . 211 1750 .
!
Saint Louis , mourut , & fut inhumée à Saint
Euftache.
Le 23 , Gui de Séve Piêtre Docteur en Théologie
de la Société de Sorbonne , Seigneur de
Châtillon- le- Roi , Ify , Grigneville , Befinville ,
Merobert & autres lieux , mourut âgé de 78 ans
& fut inhumé à Saint Sulpice . La Maison de Séve
eft originaire d'Italie , & s'eft établie à Lyon au
commencement du feiziéme fiécle . On croit ne
devoir point confondre , celui qui donne lieu à cet
article , avec un Gui de Séve qui a été Coadjuteur
& Succefleur de fon oncle dans l'Evêché d'Arras.
Le 7 Mai , Franço's Reyfard , Confeiller. du Roi,
Maître ordinaire en fa Chambre des Comptes de
Dauphiné , mourut & fut inhumé à Saint Euftache.
Le 10 , Louis- Charles de Marhault , Seigneur
d'Arnouville & autres lieux , Confeiller d'Etat.
ordinaire , ci- devant Lieutenant Général de Police
& Premier Profident du Grand Genfeil , moürüť
fur la Paroifle de Saint Paul , & fut tranfporté aux
Dames Religieufes de l'Ave Maria . Il avoit été
d'abord Confeiller au Grand Confeil le 17 Janvier
1691 , enfuite Maître des Requêtes le premier
Mars 1694 , puis Intendant & Confeiller du Confeil
de Commerce , Lieutenant Général de Police
le 18 Février 1718 , Confeiller d'Etat en 1720 ,
Chef du Confeil de feue Madame , & Premier Préfident
du Grand Confeil en 1740.
Il étoit fils de Jean - Baptifte de Machault , Confeiller
au Parlement de Paris , mort le 26 Septembre
1712 , & de Catherine Villemontée . Il avoit
épousé le 19 Février 1700 Françoife- Elizabeth
Millon , morte le 2 Janvier 1720 , fille unique
d'Alexandre Millon , Seigneur d'Ammon , Maître
des Requêtes , & de Marie- Magdeleine - Therefe
212 MERCURE DE FRANCE.
Coicault de Cherigny , de laquelle il a en plufieurt
enfans , mais dont il ne refte que Jean Baptiste de
Machault , Seigneur d'Arnouville , ci devant
Confeiller au Parlement de Paris , enfuite Maître
des Requêtes , aujourd'hui Controlleur Général
des Finances depuis le 6 Décembre 1745 , Commandeur
& Grand Tréforier des Ordres de Sa
Majefté , lequel a plufieurs enfans de Genevière
Rouillé du Coudrai , fa femme , fille de Hilaire
Rouillé du Coudrai , Maître des Requêtes , & de
Louife-Heléne le Feron.
La famille de Machault eft une des plus diftinguées
dans la Robe , & elle a fourni un grand
nombre de perfonnages illuftres. ]
CURES opérées par une pommade , que
M. Harrington de la Corderie compofe
pour la paralyfie , la goutte fciatique ,
les rhumatismes , tant fimples que goutteux
Monfieur le Marquis de Venterol , âgé de
84 ans , paralytique de tout le côté gauche ,
depuis le commencement de l'année 1742 , a été
parfaitement guéri de la jambe , & très - foulagé
de fon bras & de fa main.
Madame Joly , époule de M. Joly , Tateur
onéraire de S. A. S. M: le Prince de Condé , étoit
retenue au lit depuis plus de fept ans , par une paralyfie
qui avoit fuivi une attaque d'apopléxie.
Elle fut guérie au mois d'Août 1749 , & non feulement
elle marche auffi librement qu'elle faifoit
avant fon attaque , mais elle jouit de la plus par
faite fanté.
4UIN. 1750. 213
M. l'Abbé de Seré de Rieux a été guéri aux
Goblins chez M. de Julienne , d'une contraction
& d'un accorniffement de nerfs dans une jambe &
une cuiffe , qui étoient très-diminuées de groffeur ,
& où il fentoit des douleurs très vives. Il avoit
employé fans fuccès differens remèdes pendant
plus de trois ans , & par la pommade de M. Har
rington il a recouvré toute la liberté du mouvement
, ainfi que la groffeur de fa cuiffe & de fa
jambe . Il marche fort bien , & il ne fent plus de
qouleur.
Le Sieur Lallement , Maître Dorear , rue ' de
Harlay , avoit fouffert , pendant plus de cinq ans ,
de violentes douleurs aux pieds , dont tous les
doigts étoient recourbés & chargés de nodus, & les
chevilles engorgées . Il reflentoit auffi de grandes
douleurs dans les reins , & étoit obligé de demeu
rer au lit la plus grande partie du tems. La pommade
de M. Harrington a fondu les nodus , redreflé
& rendu le mouvement aux doigts des pieds , &
diffipé les douleurs.
M. Harrington fait ordinairement fa réſidence à
fon Château de la Brouffe par Lambale , à Ma,
tignon , en Bretagne .
Il eft actuellement à Paris , & loge chez le
Sieur de Neef , Maître Tailleur , rue des Grands
Auguftins ; vis -à- vis la rue Chriftine.
AVIS AU PUBLIC.
R Marchand , Ordinaire de la Mufique du
Mol,atrouvé le fecret de guérir les Loupes
en un feul panfement , dans quelque endroit du
corps qu'elles foient placées , & cela fans caufer
aucun mal. Il ne fe fert d'aucuns ferremens , & il
214 MERCURE DE FRANCE.
ne met point d'emplâtres. Son remede n'empêche
point qu'on ne vaque à les affaires , & il guérit
parfaitement au bout de trente jours. M. Marchand
demeure à Verſailles , rue des Bons Enfans.
NOTE de M..Remond de Sainte Albine.
J'ai déja averrique ce Mercure - ci le- roit le dernier que je donnerois au Pablic.
Les foins que j'ai pris pour rendre ce
Recueil de plus en plus digne de quelque
attention, ayant parû n'être pas abfolument
fans fuccès , il me refte à remercier les Lecteurs
des bontés qu'ils ont bien voulu me
témoigner à cet égard .
Le Mercure eft tiré maintenant chaque mois à
trois cens exemplaires de plus qu'il ne l'étoit lorſque
je m'enfuis chargé.
J
APPROBATION.
'Ai lû , par ordre de Monfeigneur le Chancelier
, le premier volume du Mercure de France
du préfent mois A Paris , le 12 Juin 1750 .
MAIGNAN DE SAVIGNY.
TABLE .
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe.
3 La Religion , Ode ,
Effai fur cette Queftion propofée par l'Académie
9
de Pau pour l'année 1750. Les Talensfans étude
peuvent ils produire du beau ?
estre apologétique de M. de la Soriniere , à Ma
I'Abbé d'Artigny , fur ce que cet Abbé vient de
publier des amours de Bayle & de Mad . Jurieu,
dans les nouveaux Mémoires d'Hiftoire , de
Critique & de Littérature ,
La Chaffenfe imprudente ,
Penfées détachées ,
21
29
31
Ode fur la mort de M. Levefque de Pouilly , 34
Lettre de M. de la Sauvagere , Ingénieur en chef
du Port Louis , à M. Remond de Sainte Albine , 43
Autre de M. de la Cheze , Ingénieur en chef de
Thionville à M. le Marquis de Rougé , Maréchal
des Camps & Armées du Roi ,
Illufion agréable ,
Mémoire fur la Principauté de Dombes ,
47
5.5
60
Les amuſemens du Héros . Dranie en un Acte , repréfente
au Château de Beloeil , en préfence de
S. A. R. M. le Prince Charles de Lorraine. Par
M. de la Porte , 63
Lettre d'un Touloufaip à M. Piganiol de la
Force , 89
Vers de M. de la Sorinière à M. Bruhier , Docteur
en Médecine , & de 1 Aca émie Royale d'Angers
, fur fon ouvrage de l'incertitude des fignes
de la mort , &c.
Lettre au même Médecin ,
Séance publique tenue le 8 Avril 1750 par
démie Royale des Sciences ,
96
97
l'Aca-
98
Mots de l'Enigme & des Logogryphes du Mercure
de Mai ,
Enigme & Logogryphes ,
Nouvelles Litteraires , des Feaux- Arts , & c .
125
126
131
Séance publique de la Société Littéraire d'Arras
,
163
Sujet propofé par l'Académie des Sciences.de P
pour 1751 ,
Estampes nouvelles , 166
Lettre de M Jallet , Maître en Chirurgie à Pans ,
2 M. Jean Baget , auffi Maître en Chirurgie
dans cette Ville ,
Chanfon notée ,
Nouvelles Etrangeres ,
167
#bud
194
France , nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 190
Bénéfices donnés ,
Sommaire de la Chambre d'Affúrances générales ,
& groffes Aventures , établie dans la Ville de
Paris ,
Autre article important ,
Spectacles ,
Concerts de la Cour ,
195
197
ibid.
200
Compliment pour l'ouverture du Théatre Italien
le 7 Avril 1750 ,
ibid.
208
Vers à M. Deftouches , de FAcadémie Françoife ,
par M. Tanevot ,
Mariages & Morts ,
Cures opérées par une pommade , que M. Harrington
de la Corderie compofe pour la paraly
fie , la goutte fciatique , & les thumatifmes ,
tant fimples que goutteux ,
Avis au Public ,
Note de M. Remond de Sainte Albine ,
212
213
214
La Chanfon notée doit regarder la page
174
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
IERCURE
DE FRANCE ,
ÉDIÉ AU ROI.
AV
JUIN. 1750.
SECOND VOLUME.
hez'
RISPARGAL
LICIT
]
UT
A PARIS ,
Le
Juan
ANDRE' CAILLEAU ,Sue Sain
Jacques , à S André.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ,
à la defcente du Pont-Neuf..
JEAN DE NULLY , au Palais ,"
JACQUES BARROIS , Quai
des Auguftins , à la ville de Nevers.
M. DC C. L.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
AVIS.
L'ADRESSEgénérale du Mercure
CLEVES D'ARNICOURT
ruë des Mauvais Garçons , fauxbourg Sail
Germain , à l'Hôtel de Mâcon. Nous prie
très - inftamment ceux qui nous adreferen
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir l
Port , pour nous épargner le déplaifir de le
rebuter, & à eux, celui de ne pas voirparoitn
leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , &plus promp
tement, n'auront qu'à écrire à l'adreffe ci-des
indiquée ; on fe conformera très-exactement à
leurs intentions.
Ainfi ilfaudra mettre fur les adreffes à M
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France , rue des Mauvais Garçons , pour
remettre aux Auteurs du Mercure.
PRIX XXX . SOLS.
Sa
MERCURE
DE FRANCE ,
1 1
DEDIE AU RO I.
1750. JUIN.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
EPITRE
AUX GRACES.
Vous , qui parez tous les âges ,
Tous les talens , tous les efprits ,
Vous , dont le Temple eft à Paris ,
Et quelquefois dans les Villages ;
Vous , que les plaifirs & les ris
Suivent en fecret chez les fagès ,
Graces , c'eft à vous que j'écris.
Fugitives ou folitaires ,
La foule des efprits vulgaires
11. Vol. A ij
4 MERCURE DE FRANCE
1
Vous cherche fans ceffe & vous fuit.
'Auffi fimples que les bergeres ,
Le goût vous fixe & vous conduit ;
Indifferentes & légeres ,
Vous échappez à qui vous fuit.
Venez dans mon humble réduit ,
Vous n'y ferez point étrangeres.
Rien ne peut y
bleffer vos yeux ,
Votre frere eft le feul des Dieux
Dont vous verrez chez moi l'image .
Dans fon carquois brille un feul trait ,
Et dans fa main eſt le portrait
De celle qui fut votre ouvrage.
Venez donc , foeurs du tendre Amour ,
Eclairer ma retraite obfcure.
Venez enſemble ou tour à tour,
Et du pinceau de la Nature ,
Achevez l'heureuſe peinture
Que je vous confacre en ce jour.
Vos bienfaits , charmantes Déeffes ,
Sont prodigués dès le berceau ,
Et jufques au bord du tombeau ,
Vous nous conſervez vos richeſſes
Vous élevez fur vos genoux
Ces enfans fi vifs & fi doux ,
Dont le front innocent déploye
La candeur qu'ils tiennent de vous ,
JUIN. 1750.
tous les rayons de la joye.
ɔus aimez à vivre avec eux ;
-bus vous jouez dans leurs cheveux ,
bur en parer la négligence .
ompagnes de l'aimable enfance ,
ous préfidez à tous les jeux ;
t de cet âge trop heureux
Tous faites aimer l'ignorance.
amour , le plaifir , la beauté ,
Des trois enfans de la jeuneſſe ,
N'ont qu'un empire limité ,
Si vous ne les fuivez fans ceffe.
L'Amour à travers fon bandeau
Voit tous les défauts qu'il nous cache ;'
Rien à fes yeux n'eft toujours beau ,
Et quand de vos bras il s'arrache
Pour chercher un objet nouveau ,
Vos mains rallument fon flambeau ,
Et ferrent le noeud qu'il attache ;
Bien plus facile à dégoûter ,
Moins délicat & plus volage ,
Le plaifir fe laiffe emporter
Sur l'aile agile du bel âge.
Il dévore fur fon paffage
Tous les inftans fans les compter.
Vous feules lui faites goûter
Le befoin qu'il a d'être fage ;
A iij
6. MERCURE DE FRANCE,
Partout où brille votre image ,
Le goût le force à s'arrêter ,
Et la conftance est votre ouvrage.
Sans vous que feroit la beauté ?
C'eft par les graces qu'elle attire ,
C'est vous qui les faites ſourire .
Vous tempérez l'austérité
Et la rigueur de fon empire.
Sans votre charme fi vanté ,
Qu'on fent & qu'on ne peut décrite ,
Sa froide régularité
Nuiroit à la vivacité
Des défirs ardens qu'elle inſpire.
Le Dieu d'Amour n'eft qu'un enfant ;
Il craint la fierté de ces belles .
Qui foulent d'un pied triomphant
Les fleurs qui naiffent autour d'elles.
Par vous l'amant ofe efperer
De faifir l'inftant favorable .
C'est vous qui rendez adorable
L'objet qu'on craignoit d'adorer.
Qu'il eft doux de trouver aimable
Ce qu'on eft contraint d'admirer !
Les belles qui fuivent vos traces ,
Nous ramenent à leurs genoux.
Junon , après mille diſgraces ,
Après mille tranſports jaloux ,
JUIN.
1750.
chaîne fon volage époux
⚫ec la ceinture des Graces .
air , la démarche , tous les traits ,
efprit , le coeur , le caractére ,
at emprunté de vos attraits
: talent varié de plaire .
a Nymphe qui craint un regard ,
qui pourtant en eft émue :
a Nayade , qui par hazard
Nous laiffe entrevoir qu'elle eft nue ;
La Vendangeufe qui fourit
Au jeune Sylvain qu'elle enyvre ,
Et lui fait fentir que pour vivre
L'enjoûment vaut mieux que l'efprit.
" De l'Amour victime rebelle ,
La boudeufe , qui dans un coin ,
Semble fuir l'amant qu'elle appelle ,
Qui , plus fenfible que eruelle ,
Gémit de fentir le befoin
De le laiffer approcher d'elle :
La rêveufe , dont la langueur
La rend encore plus touchante ,
Qui fe plaint d'un mal qui l'enchante ,
Dont le remede eſt dans ſon coeur.
La coquette qui nous attire ,
Quand nous croyons la dédaigner ,
Et qui ( pour fûrement regner )
A iiij
MERCURE DE FRANCE
-Semble renoncer à l'Empire.
L'amante , qui dans fon ardeur ,
A de l'amourfans indécence ,
Et qui fçait à chaque faveur
Faire revivre l'innocence.
La beauté , dont les yeux charmans
Donnent des défirs fans yvreſſe ,
Qui ,fans refroidir fes amans ,
Leur fait adorer fa fagefle.
La fineffe fans faufſeté ,
La fageffe fans pruderie ,
L'enjoument fans étourderie ,
Enfin la douce volupté
Et la touchante rêverie ,
Un gefte , un fourire , un regard ,
Ce qui plaît fans peine & fans art ,
Sans excès , fans airs , fans grimaces,
Sans gêne & comme par hazard ,
Et l'ouvrage charmant des Graces,
Ceffez donc de vous allarmer ,
Vous , à qui la Nature avaro
Accorda le bienfait d'aimer ,
Et refufa le don plus rare ,
Le don plus heureux de charmer.
De l'Amour touchante victime ,
O vous , qu'il bleffe & fuit toujours ,
Les Graces offrent leurs fecours
Aux coeurs malheureux qu'il opprimer
JUI N. 1750.
ez encenſer les autels
ces charmantes immortelles ;
Potre retour les mortels
us compteront parmi les belles ,
les A mours les plus cruels ,
us ferviront fouvent mieux qu'elles,
a s'accoûtume à la laideur ,
efprit nous la rend fupportable ,
les Graces pour leur honneur ,
lacent fouvent notre bonheur
Jans les bras d'une laide aimable.
'ous qui comptez tous les momens
De la jeuneffe qui s'envole ,
Craignez moins la perte frivole
De fes dangereux agrémens :
Compagnes légeres du Tems ,
Les Graces fuivent tous les âges ;
Elles réparent leurs outrages ,
Et fement les fleurs du Printems
Sur l'hyver paisible des fages.
Ainfi le vieux Anacréon
Orna fa brillante vieilleſſe
Des graces que dans fa jeuneffe
Chantoit l'amante de Phaon.
De leurs célébres bagatelles
Le monde encore eft occupé ;
La mort de l'ombre de fes aîles,
N'a point encore enveloppé
Leurs chanſonnettes immortelles,
AY
10 MERCURE DE FRANCE,
Le feul efprit & les talens
N'éternitent point nos merveilles.
L'oubli qui nous fuit à pas lents ,
Fait périr le fruit de nos veilles.
Rien ne dure que ce qui plaît ;
L'utile doit être agréable.
Un Auteur n'eft jamais parfait ,
Quand il néglige d'être amable.
Maryrs illuftres de Clio ,
Vous , dont la plume infatigable
Nous enrichit & nous accable ,
Voyez de vos in- folio
Quel eft le fort inévitable .
Dans l'abîme immenfe du tems
Tombent ces recueils importans
D'Hiftoriens , de politiques ,
D'Interprétes & de critiques ,
Qui tous , au mépris du bon fens,
Avec les Livres Germaniques
Se perdent dans la nuit des ans.
La mort dévore avec furie
Les grands monumens d'ici bas ,
Mais le plaifir qui ne meurt pas ,
Abandonne à fa barbarie
Les Annales des Potentats ,
Et tout bon Livre qui l'ennuye ,
Pour fauver & rendre à la vie
L'heureuxChantre de Ménélas ,
JUIN.
1750.
It le tendre amant de Leſbie .
La mort n'épargna dans Varron
Que le titre de fçavant homme,
* Mais les graces de Cicéron
Tiretent des cendres de Rome
Et fes ouvrages & fon nom.
Les graces feules embelliffent
Nos efprits ainsi que nos corps ;
Et nos talens font des refforts
Que leurs mains légeres pol ffent.
Les Graces entourent de Aeurs
Le fage compas d'Uranie ,
Donnent le charme des couleurs
Au pinceau brillant du Génie ,
Enſeignent la route des coeurs
A la touchante mélodie ,
Et piêtent des charmes aux pleurs
Que fait verfer la Tragédie.
Malheur à tout efprit groffier ,
A l'ame de bronze & d'acier ,
Qui les méprife & les ignore.
Le coeur qui les fent , les adore ,
Et peut feul les apprécier .
Mais vous , filles de la Nature ,
Qui fites l'amour des mortels ,
Ne fouffrez pas qu'an défigure
Vos ouvrages fur vos autels .
Paroiffez aux yeux des Impies ,
A vj
12 MERCURE DE FRANCE
Qui fans craindre votre courroux ,
Nous offrent de froides copies ,
Qu'ils nous font adorer pour vous.
Venez diffiper l'imposture ,
Daignez reparoître au grand jour.
Nous apprendrons votre retour ,
Et par le cri de la Nature ,
Et par les tranfports de l'Amour,
A NECDOTES
Sur le Czar PIERRE LE GRAND
Par M. de Voltaire.
P
Ierre premier a été furnommé le grand,
parce qu'il a entrepris & fait de très
grandes chofes, dont nulle ne s'étoit préfentée
à l'efprit d'aucun de fes prédéceffeurs,
Son peuple avant lui, n'étoit qu'un peuple
de Tartares. Il èft bien vraisemblable que
toutes les Nations ont été ainfi quelque
chofe de mitoyen entre l'ours & l'homme,
jufqu'à ce qu'enfin il foit venu des hommes
tels que le Czar Pierre , précisément
dans le tems qu'il falloit qu'ils vinffent.
Un jeune Genevois nommé le Fort ,
voyagea à Mofcou avec un Ambaffadeur
Danois vers l'an 1695. Le Czar Pierre
avoit alors dix-neuf ans , il vit ce Gene
JUIN. 1750. 13
qui avoit appris en peu de tems la
gue Ruffe , & qui parloit prefque toucelles
de l'Europe. Le Fort plut beaup
au Prince ; il entra dans fon fervice ,
ien- tôt après dans fa familiarité . Il lui
comprendre qu'il y avoit une autre mare
de vivre & de regner que celle qui
sit malheureufement établie de tous les
ns dans fon vafte & miférable Empire ,
fans ce Genevois la Ruffie feroit enre
barbare.
Il falloit être né avec une ame bien
ande pour écouter tout d'un coup un
ranger , & pour le dépouiller des préjugés
a trône & de fa patrie. Le Czar fentit
ue ni lui ni fa Nation n'étoient pas encoe
des hommes , & qu'il avoit à former un
Empire , mais il n'avoit aucun fecours auour
de lui. Il conçut dès- lors le deffein
le fortir de fes Royaumes, & d'aller comne
Prometée: emprunter le feu céleste ,
pour animer fes compatriotes. Ce feu divin,
il l'alla chercher chez les Hollandois ,
qui étoient il y a trois fiécles auffi dépourvûs
d'une telle flamme , que les Mofcovites.
Il ne put exécuter fon deffein auffitôt
qu'il l'auroit voulu . Il fallut foutenir
une guerre contre les Turcs , ou plutôt
contre les Tartares en 1696 , & ce ne fut
qu'après les avoir vaincus , qu'il fortit de
14 MERCURE DE FRANCE.

LEPAC
eque
de
S: C
fes Etats pour aller s'inftruire lui -même
tous les Arts , qui étoient abfolument
connus en Ruffie . Le maître de l'Emp
le plus étendu de la terre , alla vivre p
de deux ans à Amfterdam & dans le Vill V
ge de Sardam , fous le nom de Pierre M
chaeloff. On l'appelloit communément M
Pieter Bus. Il fe fit inferire dans le Catan
logue des Charpentiers de ce fameux Vilav
lage , qui fournit de Vaiffeaux prefque
toute l'Europe . Il manioit la hache & le
compas , & quand il avoit travaillé à fo
atelier à la construction des Vaiffeaux , il
étudioit la Géographie , la Géométrie &
l'Hiftoire. Dans les premiers tems le peuple
s'attroupojt autour de lui . Il écartoit
quelquefois les importans d'une maniere
un peu rude , que ce peuple fouffroit , lui
qui fouffre fi peu de chofe . La premiere
Langue qu'il apprit , fut le Hollandois ; il
s'adonna depuis à l'Allemand , qui lui parut
une Langue douce, & qu'il voulut qu'on
parlât à fa Čour.
Il apprit auffi un peu d'Anglois dans fon
voyage à Londres , à Londres , mais il ne fçut jamais
le François , qui eft devenu depuis la Langue
de Pétersbourg fous l'Impératrice Elifabet
, à mesure que ce pays s'eft civilife.
Sa taille étoit haute , fa phifionomie fiére
& majeftucufe , mais défigurée quelque
¿
JUIN. 1750.
15
:fois par des convulfions , qui altéroient
traits de fon vifage . On attribuoit ce
Je d'organe à l'effet d'un poifon , qu'on
Toit que fa four Sophie lui avoit donné ,
ais le véritable poifon étoit le vin &
au-de -vie , dont il fit fouvent des excès,
fiant trop à fon tempérament robuſte.
Il converfoit également avec un Artian
& avec un Général d'armée . Ce n'éoit
ni comme un Barbare , qui ne met
point de diftinction entre les hommes , ni
comme un Prince Populaire , qui veut plaie
à tout le monde ; c'étoit en homme qui
youloit s'inftruire. Il aimoit les femmes ,
autant que le Roi de Suéde , fon rival , les
craignoit , & tout lui étoit également bon
en amour comme à table. Il fe piquoit de
boire beaucoup , plutôt que de goûter des
vins délicats.
On dit que les Légiflateurs & les Rois
ne doivent point fe mettre en colere , mais
il n'y en eut jamais de plus emporté que
Pierre le Grand , ni de plus impitoyable.
Ce défaut dans un Roi , n'eft pas de ceux
qu'on répare en les avouant , mais enfin il
en convenoit , & il dit même au Magiftrat.
de Hollande à fon fecond voyage : ' ai réformé
ma Nation , & je n'ai pû me réformer
moi-même. Il eft vrai que les cruautés qu'on
lui reproche , étoient un ufage de la Cour
16 MERCURE DE FRANCE.
:: de Mofcou , comme de celle de Maroc.
n'étoit point extraordinaire de voir en
Czar appliquer de fa main Royale ceata St
coups de nerfs de boeuf fur les épaulest
nues d'un premier Officier de la Couron- h
ronne , ou d'une Dame du Palais , pourr
avoir manqué à leurs fervices , étant yvres ,
ou d'effayer fon fabre en faifant voler la
tête d'un criminel. Pierre avoit fait quel
ques-unes de ces cérémonies de fon pays ; R
le Fort cut affez d'autorité fur lui pour
l'arrêter quelquefois fur le point de frap
per , mais il n'eut pas toujours le Fort au
près de lui.
Son voyage en Hollande & fur tout fon
goût pour les Arts , qui fe développoit,
adoucirent un peu fes moeurs , car c'eſt le
privilége de tous les Arts de rendre les
hommes plus traitables. Il alloit fouvent
déjeuner chez un Géographe , avec lequel
il faifoit des Cartes marines. Il paffoit des
journées . entieres chez le célebre Ruish ,
qui le premier trouva l'art de faire ces belles
injections qui ont perfectionné l'Anatomie
, & qui lui ôtent fon dégoût. Ce Priace
fe donnoit lui - même à l'âge de 22 ans
l'éducation qu'un Artifan Hollandois donneroit
à un fils dans lequel il trouveroit
du génie , & cette espéce d'éducation étoit
au- deffus de celle qu'on avoit jamais reçûc
JUIN. 1750. 17
: le Trône de Ruffie . Dans le mêmens
il envoyoit des jeunes Mofcovites
yager & s'inftruire dans tous les pays de
urope. Ces premieres tentatives ne funt
pas heureufes. Ses nouveaux difciples
-imitoient point leur Maître. Il y en cut
ême un , qui étant envoyé à Venife , ne
rtit jamais de fa chambre , pour n'avor
as à fe reprocher d'avoir vû un autre pays ,
ue la Ruffie. Cette horreur pour les pays
trangers leur étoit infpirée par des Prêtra
Mofcovites , qui prétendoient que c'étoit
in crime horrible à un Chrétien de voyager
, par la raison que dans l'Ancien Tefcament
il avoit été défendu aux habitans
de la Paleftine de prendre les moeurs de
leurs voifins , plus riches qu'eux & plus
adroits.
En 1698 , il alla d'Amfterdam en Angleterre
, non-plus en qualité de Charpentier
de Vaiffeaux , non pas auffi en celle
de Souverain , mais fous le nom d'un
Boyard Ruffe , qui voyageoit pour s'inf
truire. Il vit tout , & même il alla à la Comédie
Angloife , où il n'entendoit rien ,*
mais il y trouva une Actrice , nommée
Mile Groft , pour laquelle il prit du goût,
& dont il ne fit pas la fortune.
Le Roi Guillaume lui avoit fait préparer
une maifon logeable ; c'eft beaucoup à
18 MERCURE DE FRANCE. J
Le.
Londres , où les Palais ne font pas comes
muns dans cette Ville immenfe , où l'on
voit gueres que des maifons baffes , fan de fi
cour & fans jardin , avec des petites parte d
tes , telles que celles de nos boutiques. e .
Czar trouva fa maifon encore trop bellevaric
il alla loger dans le quartier des mateloo
pour être plus à portée de fe perfectionne le
dans la Marine. Il s'habilloit même fo
vent en matelot , & il fe fervoit de ce de
guifement pour engager plufieurs gens de
mer à fon fervice.
Ce fut à Londres qu'il deffina lui - même
le projet de la communication du Volga &
du Tanaïs. Il vouloit même leur joindre
la Duina par un canal , & réunir ainfi
J'Océan , la Mer Noire & la Mer Cafpienne.
Des Anglois qu'il emmena avec lai le
fervirent mal dans ce grand deffein , & les
Turcs , qui lui prirent Azoph en 1712 ,
s'oppoferent encore plus à cette vaſte entrepriſe.
Il manqua d'argent à Londres ; des Marchands
vinrent lui offrir cent mille écus
* pour avoir la permiflion de porter du Tabac
en Ruffic . C'étoit une grande nouveauté
en ce pays-là , & la Religion même y
étoit intéreffée. Le Patriarche avoit excommunié
quiconque fumeroit du tabac ,
parce que les Turcs leurs ennemis fumoient,
JUIN. 1750: 19
te Clergé regardoit comme un de fes
nds priviléges d'empêcher la Nation
iffe de fumer. Le Czar prit les cent mille
is & fe chargea de faire fumer le Clergé
-même. Il lui préparoit bien d'autres
novations.
Les Rois font des préfens à de tels voyaurs
; le préfent de Guillaume à Pierre
t une galanterie digne de tous deux . Il
i donna unYacht de vingt-cinq piéces de
Fanon , le meilleur voilier de la mer , avec
les provifions de toutes efpeces ; & tous
es gens de l'équipage voulurent bien fe
aifer donner aufli . Pierre fur fon Yacht ,
dont il fe fit le premier pilote , retourna
en Hollande revoir fes Charpentiers , &
de là il alla à Vienne vers le milieu de l'an
1698 , où il devoit refter moins de tems
qu'à Londres, parce qu'à la Cour du grave
Léopold il avoit beaucoup plus de céré-
- monies à effuyer & moins de chofes à apprendre.
Après avoir vû Vienne, il devoit
aller à Venife & enfaite à Rome , mais il
fut obligé de revenir en hâte à Moscou ,
fur la nouvelle d'une guerre civile , caufée
par fon abſence & par la permiffion de famer.
Les Strelits , ancienne milice des
Czars , pareille à celle des Janiffaires , auffi
turbulente , auffi indiſciplinée , moins courageufe
& non moins barbare , fut excitée
20 MERCURE DE FRANCE.
J
guerr
ter 1
ab
tat
à la révolte
par quelques Abbés & Moine
moitié Grecs , moitié Ruffes , qui répréfere
terent combien Dieu étoit irrité qu'on
du tabac en Mofcovie , & qui mitent E
tat en combuftion pour cette grande queant
relle. Pierre , qui avoit prévû ce que pouch
roient des Moines & des Strelits , avoi
pris fes mefures. Il avoit une armée difci
plinée , compofée prefque toute d'étran
gers bien payés , bien armés & qui fumoient
fous les ordres du Général Gor
don , lequel entendoit bien la guerre &
qui n'aimoit pas les Moines . C'étoit à quoi
avoit manqué le Sultan Ofman , qui voulant
, comme Pierre , réformer fes Jannif
faires & n'ayant pû leur rien oppofer , ne
les réforma point & fut étranglé par eux.
Alors les armées furent mifes fur lei
pied de celles des Princes Européans ; il
fit bâtir des Vaiffeaux par fes Anglois &
fes Hollandois à Veronis fur le Tanaïs ,
quatre cens lieues de Mofcou. Il embellit
les Villes , pourvut à leur fûreté , fit des
grands chemins de cinq cens lieues , éta-
Blit des Manufactures de toute efpece ; &
ce qui prouve la profonde ignorance où
vivoient les Mofcovites , la premiere Manufacture
fut d'épingles . On fait actuellement
des velours cifelés & des étoffes
d'or & d'argent à Mofcou . Tant efſt puif-
169
tet
JUI N.
21
1750%
è l'influence d'un feul homme , quand
t maître & qu'il fçait vouloir.
a guerre qu'il fit à Charles XII
pour
ouvrer les Provinces que les Suédois
sient autrefois conquifes fur les Rulles ,
l'empêcha pas, toute malheureufe qu'elfur
d'abord , de continuer fes réformes
ns l'Etat & dans l'Eglife ; il déclara à la
i de 1699 que l'année fuivante commenit
au mois de Janvier & non au mois de
ptembre. Les Ruffes qui penfoient que
feu avoit créé le monde en Septembre ,
rent étonnés que leur Czar fût allez puifnt
pour changer ce que Dieu avoit fait .
ette réforme commença avec le fiécle en
700 , par un grand Jubilé , que le Czar
adiqua lui -même ; il avoit fupprimé la
ignité de Patriarche , & il en faifoit les
onctions. Il n'eft pas vrai qu'il eût , comne
on l'a dit , mis fon Patriarche aux peti
es maifons de Mofcou . Il avoit coûtume
quand il vouloit fe réjouir en puniflant ,
de dire à celui qu'il châtioit ainfi , je te
fais fou ; & celui à qui il donnoit ce beau
titre étoit obligé , fût-il le plus grand Seigneur
du Royaume , de porter une marotte
, une jaquette & des greiots , & de divertir
la Cour en qualice de fou de Sa Ma
jefté Czarienne. Il ne donna point cette
charge au Patriarche ; il fe contenta de fup22
MERCURE DE FRANCE
primer un Emploi , dont ceux qui
avoient été revêtus, avoient abufé au p
qu'i
'ils avoient obligé les Czars de marche
devant eux une fois l'an en tenant la bri
du cheval patriarchal , cérémonie dont 1
homme tel que Pierre le Grand s'étoit d'
bord difpenfé.
Pour avoir plus de Sujets , il vonl
avoir moins de Moines , & ordonna qu
dorénavant on ne pourroit entrer dans
Cloître qu'à cinquante ans , ce qui fit qu
dès fon-tems fon pays.fur de tous ceux qui
ont des Moines , celui où il y en eut le
moins.
Il fit d'ailleurs des loix fort fages pout
les deffervans des Eglifes & pour la réfor
me de leurs moeurs , quoique les fiennes
fuffent affez déréglées , fçachant très-bien
que ce qui eft permis à un Souverain' , ne
doit pas l'être à un Curé. Avant lui les
femmes vivoient toujours féparées des
hommes ; il étoit inoui qu'un mari eût ja
mais vû la fille qu'il époufoit. Il ne faifoit
connoiffance avec elle qu'à l'Eglife. Parmi
les préfens de nôces , étoit une groffe poignée
de verges , que le futur envoyoit à la
futute , pour l'avertir qu'à la premiere occafion
elle devoir s'attendre à une petite
correction maritale. Les maris même pouvoient
tuer leurs femmes impunément , &
JUIN
1750. 23
enterroit vives celles qui ufurpoient ce
ne droit fur leurs maris.
ierre abolit les poignées de verges , dé
dit aux maris de tuer leurs femmes , &
ur rendre les mariages moins malheux
& mieux affortis , il introduifit l'ufade
faire manger les hommes avec elles,.
de préfenter les prétendans aux filles:
ant la célébration ; en un mot , il établit
fit naître tout dans fes Etats jufqu'à la.
ciété. On connoît le reglement qu'il fit.
même pour obliger fes Boyards & fes
oyardes à tenir des affemblées , où les
utes qu'on commettoit contre la civilité
offe , étoient punies d'un grand verre
eau-de-vie , qu'on faifoit boire au délinjuant
, de façon que toute l'honorable
ompagnie s'en retournoit fort yvre: &:
peu corrigée. Mais c'étoit beaucoup d'introduire
une espece de fociété chez un
peuple qui n'en connoiffoit point. On alla.
même jufqu'à donner quelquefois des
fpectacles dramatiques. La Princeffe Natalie
, une de fes foeurs , fit des Tragédies en
Langue Ruffe , qui reffembloient affez aux
piéces de Shakeſpear , dans lefquelles des
Tirans & des Arlequins faifoient les premiers
rôles. L'orchestre étoit compofé de
violons Ruffes , qu'on faifoit jouer à coups
de nerfs de boeuf. A préfent on a dans Pé
24 MERCURE DE FRANCE.
terfbourg des Comédiens François & der
Opéras Italiens . La magnificence
&
goût même ont en tout fuccedé à la barbes f
barie. Une des plus difficiles entreprifeer
du Fondateur, fut d'accourcir les robes, es
de faire rafer les barbes de fon peuple. C
fut là l'objet des plus grands murmures
comment apprendre à toute une Nation Les
faire des habits à l'Allemande & à manier
le rafoir? On en vint à bout en plaçanta
aux portes des Villes des Tailleurs & der
Barbiers , les uns coupoient les. robes dec
ceux qui entroient , les autres les barbes :
les obftinés payoient quarante fols de notre
monnoye. Bien- tôt on aima mieux per
dre fa barbe que fon argent. Les femmes
fervirent utilement le Czar dans cette ré- s
forme ;elles préféroient les mentons rafés ,
elles lui eurent l'obligation de n'être plus
fouettées , de vivre en fociété avec les
hommes , & d'avoir à baiſet des vifages
plus honnêtes .
Au milieu de ces réformes , grandes &
petites , qui faifoient les amufemens du
Czar , & de la guerre terrible qui l'occa
poit contre Charles XII , il jetta les fondemens
de l'importante Ville & du Port
de Pétersbourg en 1704 , dans un marais ,
où il n'y avoit pas une cabane. Pierre travailla
de fes mains à la premiere maiſon ;
rien
200
O
JUIN. 1750.
25%
a ne le rebuta ; des ouvriers furent for
de venir fur ce bord de la Mer Baltie
, des frontieres d'Aftracan , des bords
la Mer Noire & de la Mer Cafpienne . Il
rit plus de cent mille hommes dans les traux
qu'il fallut faire , & dans les fatigues
la difette qu'on effuya ,mais enfin la Ville
afte. Les Ports d'Archangel , d'Aftracan ,
Azoph , de Veronis furent conftruits.
Pour faire tant de grands établiffemens ,
our avoir des Flottes dans la Mer Balti- .
ne & cent mille hommes de troupes rélées
, l'Etat ne poffedoit qu'environ dixuit
de nos millions de revenu . J'en ai
le compte entre les mains d'un homme
qui avoit été Ambaffadeur à Pétersbourg.
Mais la paye des ouvriers étoit proportionnée
à l'argent du Royaume. Il faut fe
fouvenir qu'il n'en coûta que des oignons
aux Rois d'Egypte pour bâtir les Piramides.
Je le répete , on n'a qu'à vouloir, On
ne veut pas affez.
Quand il eut créé fa Nation , il crut qu'il
lui étoit bien permis de fatisfaire ton goût
en époufant fa Maîtreffe , & une Maitreffe
qui méritoit d'être fa femme . Il fit ce mariage
publiquement en 1712. Cette célebre
Catherine , orpheline , née dans le Vil
lage de Ringen en Eftonie , nourrie par
charité chez un Vicaire , long-tems fer-.
11. Vol B
26 MERCURE DEFRANCE.
vante , mariée à un Soldat Livonien , prife
par un parti Moscovite deux jours aprèsce
premier mariage , avoit paffé du fervice da
Général Bauer,à celui de Menzicof, garçon
pâtiffier , qui devint Prince & le premier
homme de l'Empire ; enfin elle fut l'épouſe
de Pierre le Grand , & enfuite Impératrice
Souveraine après la mort du Czar , & di- C
gne de l'être. Elle adoucit beaucoup les
moeurs de fon Mari,& fauva beaucoup plus
de dos du Knout, & beaucoup plus de têtes
de fa hache , que n'avoit fait le Général le
Fort. On l'aima ; on la révéra ; un Baron
Allemand , un Ecuyer d'un Abbé de Fulde
n'eût point épousé Catherine ; mais Pierre
le Grand ne penfoit pas que le mérite eût
auprès de lui befoin de trente- deux quartiers.
Les Souverains penfent volontiers
qu'il n'y a d'autre grandeur que celle qu'ils
donnent , & que tout eft égal devant eux.
L'éducation fait la grande difference , les
talens la font prodigieufe , la fortune encore
plus. Catherine avoit eu une éducation
tout auffi bonne pour le moins chez
fon Curé d'Estonie , que toutes les Boyar
des de Mofcou & d'Archangel , & étoie
née avec plus de talens & une ame plus
grande : elle avoit reglé la Maifon du Général
Bauer & celle du Prince Menzikof,
ans fçavoir ni lire ni écrire. Quiconque
JUI N. 1750. 27
it très - bien gouverner une maison
it gouverner un Royaume . Cela peut
oître un paradoxe , mais certainement
ft avec le même efprit. d'ordre , de
effe & de fermeté , qu'on commande à
at perfonnes & à cent millions.
Le Czarevitz Alexis , fils du Czar , qui
oufa , dit-on , comme lui , une Efclave ,
qui , comme lui , quitta fecrettement la
ofcovie , n'eut pas un fuccès pareil dans
deux entreprifes , & il en coûta la vie
fils pour avoir imité mal- à propos le
re ; ce fut un des plus terribles exemples
févérité , que jamais on ait donné du
aut d'un Trône , mais ce qui eft bien hoorable
pour la mémoire de l'Impératrice
Catherine , c'est qu'elle n'eut point de
art au malheur de ce Prince , né d'un aute
lit , & qui n'aimoit rien de ce que fon
ere aimoit : on n'accufa point Catherine
Pavoir agi en marâtre cruelle ; le grand
rime du malheureux Alexis étoit d'être
trop Ruffe , de défaprouver tout ce que
fon Pere faifoit de grand & d'immortel
pour la gloire de la Nation . Un jour entendant
des Mofcovites qui fe plaignoient
des travaux infupportables qu'il falloit endurer
pour bâtir Pétersbourg , Confolezvous
, dit- il , cette Ville ne durera pas longtems.
Quand il falloit fuivre fon Pere dans
Bij
28 MERCURE DE FRANCE
ces voyages de cinq à fix cens lieues , que
le Czar entreprenoit fouvent , le Prince ,
feignoit d'être malade ; on le purgeoit r
dement pour la maladie qu'il n'avoit pas
tant de médecines jointes à beaucoup d'eau
de vie , altérerent fa fanté & fon efprit.
avoit eu d'abord de l'inclination pour s'inf
truire ; il fçavoit la Géométrie , l'Hiftoire ,
avoit appris l'Allemand , mais il n'aimoit
point la guerre , ne vouloit point l'appren
dre , & c'eft ce que fon Pere lui reprochoir
le plus. On l'avoit marié à la Princeffe de
Wolfenbuttel, foeur de l'Impératrice, femme
de Charles VI , en 1711. Ce mariage
fut malheureux . La Princeffe étoit fon- d
vent abandonnée pour des débauches
d'eau-de-vie , & pour Afrofine , fille Filandoife
, grande , bien faite & fort douce.
On prétend que la Princeffe mourut
de chagrin , fi le chagrin peut donner la
mort , & que le Czarevitz époufa enfuite
fecrettement Afrofine en 1713 , lorfque
l'Impératrice Catherine venoit de lui donner
un frere , dont il fe feroit bien pallé .
Les mécontentemens entre le Pere & le
fils devinrent de jour en jour plus férieux,
jufques là que Pierre, dès l'an 1716 , menaça
le Prince de le deshériter , & le Prince
lui dit qu'il vouloit fe faire Moinc.
Le Czar en 1717 renouvella fes voya
JUI N. 1750. 20
que
par politique & par curiofité ; il alla
an en France. Si fon fils avoit voulu fe
folter , s'il y avoit eu en effet un parti
mé en fa faveur , c'étoit- là le tems de fe
clarer , mais au lieu de refter en Ruffie
de s'y faire des créatures , il alla voyar
de fon côté , ayant eu bien de la peine
raffembler quelque milliers de ducats
'il avoit fecrettement empruntés . Il fe
tta entre les bras de l'Empereur Charles
I , frere de fa défunte femme . On le gar
a quelque tems très - incognito à Vienne ,
e- là on le fit paffer à Naples , où il refta
rès d'un an , fans ni le Czar , ni peronne
en Ruffie fçût le lieu de fa retraite.
Pendant que le fils étoit ainfi caché , le
Pere étoit à Paris , où il fut reçû avec les
mêmes refpeces qu'ailleurs , mais avec une
galanterie qu'il ne pouvoit trouver qu'en
France. S'il alloit voir une Manufacture ,
& qu'un ouvrage attitât plus fes regards
qu'un autre , on lui en faifoit préfent le lendemain
, il alla dîner à Petitbourg , chez
M. le Duc d'Antin , & la premiere chofe
qu'il vit, fut fon portrait en grand , avec le
même habit qu'il portoit . Quand il alla
voir la Monnoye Royale des Médailles ,
on en frappa devant lui de toute espéce
& on les lui préfentoit ; enfin on en frappa
une qu'on laiffa exprès tomber à les
Bij
30 MERCURE DE FRANCE.
pieds & qu'on lui laiffa ramaffer . Il s'y vitrofe
gravé d'une maniere parfaite avec ces more Teft
Pierre le Grand. Le revers étoit une Retre
nommée & la Légende , Vires acquirit c
do; allégorie auffi jufte que flatteufe pou
un Prince , qui augmentoit en effet fon me Die
tite par fes voyages.
Après avoir vu ce pays , où tout difpefe
les hommes à la douceur & à l'indulgence
il retourna dans fa Patrie & y reprit fa fen
vérité. Il avoit enfin engagé fon fils à re
venir de Naples à Pétersbourg; ce jeune
Prince fut de là conduit à Mofcou deyant
le Czar fon pere , qui commença par le
priver de fa fucceffion au Trône , & lui fir
figner un acte folemnel de renonciation à
la fin du mois de Janvier 1718 , & en con- C
fidération de cet acte le pere promit à fon
fils de lui laiffer la vie.
Il n'étoit pas hors de vrai-femblance
qu'un tel acte feroit un jour annullé. Le
Czar, pour lui donner plus de force , oubliant
qu'il étoit pere & le fouvenant feulement
qu'il étoit fondateur d'un Empire ,
que fon fils pouvoit replonger dans la barbarie
, fit inftruire publiquement le procès
de ce Prince infortuné , fur quelques réticences
qu'on lui reprochoit dans l'aveu
qu'on avoit d'abord exigé de lui.
On affembla des Evêques , des Abbés &
J U. IN ..
31 1750
les Profeffeurs , qui trouverent dans l'Antien
Teftament , que ceux qui maudiffent
leur pere- & leur mere doivent être mis à
mort, qu'à la vérité David avoit pardonné
fon fils Abfalon révolté contre lui , mais
que Dieu n'avoit pas pardonné à Abfalon.
Tel fut leur avis fans rien conclure , mais
c'étoit en effet figner un arrêtde mort. Alexis
n'avoit à la vérité jamais maudit fon
pere; il ne s'étoit point révolté comme Ab-
Talon il n'avoit point couché publique
ment avec les Concubines du Roi ; il avoit
voyagé fans la permiffion paternelle , & il
avoit écrit des lettres à fes amis , par lefquelles
il marquoit feulement qu'il efperoit
qu'on fe fouviendroit un jour de lui en Ruffe
. Cependant de cent vingt- quatre Juges
fécufiers qu'on lui donna , il ne s'en trouva
pas un qui ne conclût à la mort , & ceux
qui ne fçavoient pas écrire , firent figner
lesautres pour eux . On adit dans l'Europe
que le Czar s'étoit fait traduire d'Efpagnol
en Ruffe le procès criminel de Don
Carlos, ce Prince infortuné que Philippe II,
fon pere, avoit fait mettre dans une prifon ,
où mourut cet Héritier d'une grande Monarchie
, mais jamais il n'y eut de procès
fait à Don Carlos , & jamais on n'a fçû la
maniere , foit violente , foit naturelle dont
ce Prince mourut. Pierre , le plus defpoti-
Bij
32 MERCUREDE FRANCE.
que des Princes , n'avoit pas befoin de
xemple. Ce qui eft certain , c'est que
fon fils mourut dans fon lit le lendemins
de l'arrêt., & que le Czar avoit à Mofcon
une des plus belles Apotiquaireries de l'E
rope. Cependant il eft probable que
lece
Prince Alexis , héritier de la plus valte
Monarchie du monde , condamné unani
mement par les fujets de fon pere , qui devoient
être un jour les frens , put mourir
de la révolution que fit dans fon corps un
arrêt fi étrange & fi funefte. Le pere alla
voir fon fils expirant , & on dit qu'il verfa
des larmes , infelix utcunque ferent ea fata
nepotes . Mais malgré fes larmes , les rones
furent couvertes de membres rompus des
amis de fon fils . Il fit couper la tête à fon
propre beau-frere , le Comte Lapuchin ,
frere de fa femme Ottokefa Lapuchin,
qu'il avoit répudiée , & oncle du Prince
Alexis. Le Confeffeur du Prince eut auffi
la tête.coupée. Si la Moſcovie a été civilifée
, il faut avouer que cette politeffe
lui a coûté cher.
Le reste de la vie du Czar ne fut qu'ane
fuite de fes grands deffeins , de fes travaux
& de fes exploits , qui fembloient effacer
l'excès de les févérités , peut être néceffatres.
Il faifoit fouvent des harangues à fa
Cour & à fon Confeil. Dans une de fes
JUIN. 1750. 33

rangues il leur dit qu'il avoit facrifié fon
As au falut de fes Etats.
Après la paix glorieufe qu'il conclut
nfin avec la Suéde en 1721 , par laquelle
in lui ce da la Livonie. , l'Eſtonie ,
nanie , la moitié de la Carelie & du
ourg , les Etats de Rufli lui déférer
aom de Grand , de Pere de la 37
'Empereur. Ces Etats étoient repi
par le Sénat , qui lui donna foien
ment ces Titres en préfence du Comte de
Kinski , Miniſtre de l'Empereur , de M. de
Campredon , Envoyé de France , des Ambaffadeurs
de Pruffe & de Hollande ; peu à
peu les Princes de l'Europe fe font accoùtumés
à donner aux Souverains de Ruffic
ce Titre d'Empereur , mais cette dignité
n'empêche pas que les Ambaffadeurs de
France n'ayent par tout le pas fur ceux de
Ruffie.
Les Raffes doivent certainement regar
der le Czar comme le plus grand des hom
mes. De la Mer Baltique aux frontieres
de la Chine , c'eft un Héros : mais doit- il ,
Fêtre parmi nous ? Etoit-il comparable pour
la valeur à nos Condés , à nos Villars , &
pour les connoiffances , pour l'efprit , pour
les moeurs , à une fouled'hommes avec qui
nous vivons ? Non , mais il étoit Roi , &
Roi mal élevé , & il a fait ce que peut- être
BY
34 MERCURE DE FRANCE . J
mille Souverains à fa place n'euffent pass Ar
fair . Il a eu cette force dans l'ame , quis ch
met un homme, au-deffus des préjugés , & en
de tout ce qui l'environne , & de tout ce dan
qui l'a précedé ; c'est un Architecte qui a
bâti en brique , & qui ailleurs eût bâti en
marbre . S'il eût regné en France , il eût
pris les Arts au point où ils font pour les e
élever au comble ; on l'admiroit d'avoir
vingt- cinq grands Vaiffeaux fur la Mer
Baltique , il en eût eu deux cens dans nos
Ports.
A voir ce qu'il a fait de Pétersbourg,
qu'on juge ce qu'il eût fait de Paris . Če
qui m'étonne le plus , c'eft le peu d'efpé
rance que devoit avoir le genre humain
qu'il dût naître à Mofcou un homme tel
que le Czar Pierre. Il y avoir à parier un
nombre égal à celui de tous les hommes
qui ont peuplé de tous les tems la Ruf
fie , contre l'unité , que ce génie fi contraire
au génie de fa Nation ne feroit
donné à aucun Ruffe , & il y avoit encore
à parier quinze millions , qui font
le nombre des Ruffes d'aujourd'hui , contre
un , que ce lot de la Nature ne tomberoit
pas au Czar. Cependant la chofe eft
arrivée. Aujourd'hui les Raffes ne font
plus furpris de leurs progrès , ils fe font en
moins de cinquante ans familiarifés avec
JUIN.
3.5 1750.
sus les Arts. On diroit que ces Arts font
nciens chez eux ; il y a encore de vastes.
limats en Afrique où les hommes ont be
oin d'un Czar Pierre.
I
Left effentiel à l'Apologue de renfermer
une vérité cachée fous le voile d'une
fiction qui réuniffe l'inftruction & l'amufement
, mais je ne crois pas qu'il foit
abfolument de fon effence d'être en récit..
Le Dialogue a le mérite d'épargner bien
des longueurs , les dit- il , dit-elle , répondil
, répond- elle , &c. de n'être point une
leçon directe , puifque l'Auteur n'y parle
jamais ; de pouvoir être mis à la fois dans
la bouche de deux ou trois enfans ; de
former une forte de fcéne plus animée
la narration , & felon l'expreffion de M.
Raymond de Saint Mard , d'être Dramatique.
Tous ces avantages anront fans doute
déterminé M. Peffelier à mettre quelques
Fables en Dialogue. Nous entrevoyons
dans ce nouveau genre des reffources pour
le plaifir & pour l'utilité , motifs qui devroient
le réunir dans tous les ouvrages
d'efprit , comme ils fe trouvent dans ceux
de l'Auteur qui donne occafion à ces ré--
flexions.
que
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
**
LE CHARDON
ET LA VIGNE
FABLE EN DIALOGUE,
J.
Par M. Peffelier.
La Vigne
'Ecoute ; quelle confidence
Youlez- vous donc me faire avec empreflement
Le Chardon.
Quelle confidence ? .. vraiment ,
Sçais-su quelle eft ton imprudence
D'avoir choisi ta téfidence
Autour de cet ormeau ?
La Vigne.
Je ne m'en doute pas.
Le Chardon.
Ignores-tu que de ce pas ,
On va le tranfplanter ? .
La Vigne..
Je lui fuis attachés
Afez pour le fuivre au trépas.
Le Chardon
Lorfque tu feras arrachée,
Trifte , rampante & deffechée
Tu te repentiras d'avoir mal profé
D'un avis .
·
*ct
NE
te
JUIN. 1750. 37
La
Vigne.
Je crains peu qu'on me- faſſe la guerreur
un attachement que Korme a mérité ,
Et dût me frapper le tonnerre
e le faivrois par tout avec fidélité ;
L'amitié doit furvivre à la profpérité ;
faut tenir à l'arbre & non pas à la terre.
LES DEUX PORTRAITS ,
FABLE.
Par le même..
D’Une jeune Beauté dèux ſúcceſſèurs d'Appello-
Entreprirent un jour de faire le Portrait ;
Vous dire comment on l'appelle.
Eft chofe inutile à ce trait :
Qu'ilvous fuffile que pour ellé
Nos deux Peintres , dit-on, penfoient differem .
ment ;
L'an étoit un amant fatisfait de la belle ,
L'autre avait dans le coeur certain reflentiment
De la fçavoir volge , ou peut être rebelle ,
Deux points qui chez l'Amour bleffent également..
Sur les mouvemens de leur ame
Ils gouvernerent leur pinceau ;
Arquelle difference entre chaque morceau!
J
48 MERCURE DEFRANCE
Etoit-ce bien la même Dame ?
D'un côté tout étoit en beau ;
te de
Le Peintre, amant heureux, avoit fait une Graces exp
L'autre , irrité de ſa diſgrace ,
Une Furie & fon flambeau.
Le plus trifte de l'aventure-
Eut que le beau portrait s'effaça par malheur ,.
Tandis que chaque jour la terrible peinture
Prit une plus vive couleur.
Les amans , je dis ceux de la meilleure trempe,
Ne,durent que fort peu d'inftans.;
Les ennemis font plus conftans ;
La haine peint en huile , & l'amour en détrempe:
SUITE
De la Differtation contre les expériences de la
Chambre noire de M. Newton , par M.
Gautier , Penfionaire du Roi.
J'ai ditque je n'avois plus rien à donner
au Public fur cette matiere , quant à préfent
. Mais comment puis - je me refuſer
aux queftions que me font plufieurs Phyficiens
2
JUIN. 1750. 39
trait de la premiere & feconde Partie du
premier Livre de l'Optique de Newton .
Les expériences de la premiere Partie
Optique de M. Newton , font pour.
rouver ,
THEOREM ES ..
» 1 °. Que les rayons de lumiere qui different
en couleur , different auffi en degrés de
réfrangibilité.
» 2 °. Que la lumiere du Soleil eft composée
de rayons differemment réfrangibles.
» 3 °. Que la lumiere du Soleil eft composée
de rayons differens en réflexibilité , & les
rayons qui font le plus réfrangibles , font auffi
plus réflexibles que les autres..
Les propofitions qui fuivent ceux-ci
dans cette premiere Partie , font fondées,
-fur les deux premiers Théoremes ..
Théoremes de la feconde Partie.
» 1 °. Que les phenoménes des couleurs dans
la lumiere rompue ou reflechie , ne font pas
produits par des nouvelles modifications de
lumiere differemment agitée , felon que la
lumiere & l'ombre font terminées differem-.
»ment.
» 2 ° . Toute lumiere homogéne a fa cou
leur propre qui répond à fes degrés de
J
40 MERCURE DEFRANCE.
ا ت ل »réfrangibilités & cette couleur ne peut retu
changée , ni par réflexion , ni par réfra
» tion.
3*. Ce Theoreme eft par lui-même con
traire à Newton .
» 4°. On peur avec des couleurs compofer
» le blanc & toutes les couleurs grifes , entre s
le blanc & le noir : la blancheur de la
» lumiere du Soleil eft composée de toutes les
w-couleurs primitives mêlées dans une jufte pro
»portion..
Problêmes de la feconde Partie.
" 4°. Par les propriétés de la lumiere expe
fées ci-deffus , rendre raison des couleurs de
»l'Arc-en Ciel.
» 5°. Par les propriétés de la lumiere déja
découvertes , expliquer les couleurs perma
nnentes des corps naturels .
Je ne cite ici que le texte des propo
fitions , que je veux combattre dans cette
Differtation . Je prie le Lecteur de voir
les expériences du Traité d'Optique fur les
réflexions , réfractions , inflexions , & couleurs
de la lumiere , par M. le Chevalier Newton',-
dans l'original , feconde édition 1719;
ou dans la fidelle Traduction , de M.
Cofte. A Amfterdam , 1720 , chez Pierre
Humbert , ou tel autre , &c. Voyez lapremiere
expérience Newtonienne,
JUIN.
1750. 41
Je détruis cette expérience , par l'expéence
fuivante..
Premiere Expérience Anti-Newtonienne.
J'ai obfervé que les couleurs prifmorales
ne fe rencontrent que par l'oppofiion
des corps ou des fuperficies , c'eſt- àlire
,, que lorfqu'une fuperficie obfcure ,
de quelque couleur qu'elle foit , confine
avec une autre plus claire , la couleur qui
fe forme dans leurs jonctions eft purement
bleuë , ou rouge , orangée & jaune .
J'entends qu'un corps confine avec un
autre plus clair , lorfque fon extrêmité
touche une fuperficie , ou un fond plus
clair. Et je dis , qu'un corps eft pofé fur
un fond obfcur , lorfque les extrêmités de
ce même corps confinent avec un fond d'u
ne teinte plus obfcure : en voici un exem
ple.
Je fuppofe une bande de gros carton ,
pofée horizontalement fur une vitre ; fi
l'on eft dans une chambre , & qu'on regarde
ce carton , la bande de carton fera
le corps obfcur pofé fur un fond clair
alors il fe formera deux oppofitions , une
fupérieure & l'autre inférieure , à la bande
de carton qui fera plus ombrée que la
vitre , puifque le jour vient à travers dans.
la chambre où l'on fait l'expérience . Mais,
42 MERCURE DE FRANCE.
au contraire fi je me fers de cette même
bande de carton , & que je la pofe harizontalement
fur un papier gris ou bru
ou fur un chapeau noir, le carton confinera
avec un fond obfcur , & fera une oppoft
tion avec le papier brun contraire à celle
que faifoit la virre.
Si je regarde les confins des corps pa
la face réfringente & inferieure du prime ,
fi l'objet eft entouré d'un fond plus clair :
par fa partie fupérieure , il fe formera une
couleur bleue nuancée du clair à l'obſcur ,
& par fa partie inferieure le rouge , 15
rangé & le jaune , & ces couleurs feront
renversées , fi l'objet clair eft pofé fur un
fond plus obfcur. Au contraire fi je regar
de par la face réfringente & fupérieure
du prifme , alors les couleurs font diffe.
rentes & totalement oppofécs , c'eſt-àdire
, que l'extrêmité fupérieure des corps
obfcurs fur le clair fera rouge , jaune &
orangée , au lieu d'être bleue , & celle des
objets clairs, pofés fur des fonds obfcurs,
fera bleue , au lieu d'être rouge.
Je conclus que l'afcenfion ou defcenfion
des rayons , caufée par les deux differentes
faces du prifme , comme j'ai obfervé cidevant
dans la démonftration de mon fyftême
, occafionne les couleurs & leur renverfement
, & change le rouge en bleu &
JUIN. 1750. 43
bleu en
rouge , fuivant
que la lumiere
oppofe
à l'ombre
, ou que l'ombre
s'opofe
à la lumiere
, puifque
les couleurs
ne
nt produites
que par ces oppofitions
,
ans les confins
des corps
plus ou moins
.
mbrés
.
Il doit s'en fuivre de -là , que fi les lignes
font perpendiculaires , & le prifme horizontal
, il n'y aura alors plus de formation
de couleurs. Mais fi le prifme & les lignes
des confins font perpendiculaires , le phenoméne
fera bien different de ce que nous
venons de dire ; le bleu fe trouvera fur les
côtés des lignes perpendiculaires qui auront
le clair à droite , & l'obfcur à gauche
, fi on regarde par la face réfringente
du prifme qui eft du côté gauche : & on
verra le contraire , fi on regarde par la
face du prifme qui eft du côté droit. Et
pour prouver que la réfrangibilité prétendue
de toutes les couleurs eft égale dans
les deux faces réfringentes du prifme , &
que les couleurs font également réfrangibles
; que l'on regarde dans l'un & dans
l'autre cas avec l'oeil droit , ou avec l'oeil
gauche que l'on mette la lumiere à droite
ou à gauche , le phenoméne féra toujours
le même .
Je ne crois pas que l'on fe foit apperçu.
jufqu'à préfent de ces experiences , je ne
44 MERCURE DE FRANCE.
J
les ai trouvées que par la vertu du claici n
obfcur. Un Philofophe , je le répere , ne
peut définir les couleurs fans être Peint ,
non plus qu'un Peintre fans être Philofo
phe :il n'eft donc pas furprenant que M
Newton fe foit trompé dans les obfervations.
Je m'apperçus encore dans ces expérien
ees , que les lignes obliques font le même
effet que les lignes horizontales. Quand
les lignes obliques à l'horifon féparent
deux furfaces , dont l'une eft obfcure &
F'autre claire , fi la ligne panchée eft appayée
fur une furface brune , & foutient
un fond clair , c'eft- à- dire , que l'angle
qu'elle forme avec l'horizon le plus aigu ,
renferme une furface obfcure alors les
confins des corps produifent le bleu , fi
l'on regarde par la face inferieure du prifme
, & au contraire le rouge & le jaune.
Je conclus de ces expériences que les couleurs
ne font point dares rayons , mais
qu'elles fe produifent par l'oppofition de
l'ombre & de la lumiere.
Critique de la premiere expérience de l'Opti
que de M. Newton..
Pour prouver que les rayons de la lumiere
prétendus , qui different en couleur
& en degrés de frangibilité , n'ont jamais
de
T
JUIN. 45 1750.
ifté il n'y a qu'à faire attention à la
éprife de M. Newton fur fa premiere
(périence ; il dit , que le deffous de la fenêeto
convert d'un drap noir , afin que deil
ne réflechit aucune lumiere , qui en pafint
par les bords du papier à l'oeil , pût fe
rêler avecla lumiere du papier, en obſcurir
le phénomène. Cela veut dire que le
papier étoit pofé fur un fond noir. Alors ,
comme je viens d'expofer dans ma premiere
expérience Anti - New:onienne , le
papier peint confinoit avec un fond plus
obfcur , & en regardant par la face fupérieure
, c'est à dire , l'angle réfringent tour-
'né en haut , le bleu paroiffoit plus élevé
que le rouge , parce que fur la ligne ſupérieure
du papier peint , moins obfcure que
le fond fur lequel il pofe , il ne peut s'y
former que du bleu par l'afcenfion des
rayons , & fur la ligne infericure à cette
fuperficie , la même raifon , il ne peur
s'y rencontrer que du rouge . Si j'ajoute du
rouge en bas , & du bleu en haut , n'eft - il
pas vrai que le bleu me paroîtra plus élevé
par cette addition fupérieure, que le rouge
qui au contraire doit paroître plus bas par
Paddition, ou bande rouge inferieure.Ĉela
eft fi vrai , que quand au lieu d'un drap
noir , vous mettez le papier peint fur une
feuille de papier blanc , alors le rouge dans
, par
J
46 MERCURE DE FRANCE.
sco
la même pofition de l'oeil & du prifme
paroîtra plus haut que le bleu , parce que
les oppofitions des fuperficies feront coac
traires.
Regardez enfuite ce papier peint de
bleu & de rouge par la face inferieure da
prifme , c'est-à-dire , l'angle réfringem sourné
en bas , la defcenfion que cauſe cette
furface du prifme aux rayons , quand le
papier peint eft fur le drap noir , bordera
la partie fupérieure de l'image de rouge ,
& la partie inferieure de blou ; & alors
le rouge paroîtra plus élevé que le bleu ;
& fi dans la même pofition vous pofez le
papier peint fur un papier blanc , le bleu
fera plus haut que le rouge.
Pourquoi donc M. Newton a-t'il pû
prétendre , que la lumiere qui en paſſant par
les bords du papier à l'oeil , peut se mêler avec
la lumiere du papier & en obfcurcir le phénoméne
? On n'a jamais oui dire que la lumiere
obfcurciffe quelque chofe ; d'ailleurs
ce prétendu obfcurciffement occafionné
par la lumiere , feroit autant pour le
bleu que pour le rouge , & ne sçauroit ocfionner
aucun dérangement aux differentes
réfractions , s'il y en avoit jamais eu
dans les differentes couleurs.
A quel propos fe fervir d'un prifme ,
pour connoître i les couleurs font diffe
JUI N. 1756. 47
que
ament réfrangibles ? Lorfqu'elles fe port
des corps colorés à nos yeux par réflen
: fi elles étoient differemment réfranles
, n'eft- il pas vrai que le papier , mié
ti de bleu & de rouge , devroit , fans le
cours du prifme nous paroître aux yeux ?
que M. Newton veut nous faire voir
ec le prime.Car il dit lui-même dans fon
héoreme,que la lumiere du Soleil eft compode
rayons differens en réflexibilité , &
srayons quifont les plus réfrangiblesfont auffi
us réflexibles que les autres. Si cela étoit ,
faudroit donc que fans le fecours du
rifme les rayons qui fe réflechiffent de la
artie rouge du papier à l'oeil , fuffent
poins réflechis que ceux de la partie bleue,
par conféquent que l'angle de réflexion
lu rouge fûtmoins grand que celui du bleu ,
e qui devroit faire paroître naturellement
nos yeux la moitié rouge de ce papier plus
élevée que la moitié bleue , ce qui cependant
n'arrive pas, ni ne peut arriver. Donc
les couleurs ne font ni plus réfrangibles, ni
plus réflexibles les unes que les autres ; fi l'on
fe fert du prifme , elles font tantôt plus
hantes & tantôt plus baffes , fuivant qu'el
les pofent fur des fonds plus clairs ou plus
obfcurs ; elles ne paroiffent plus élevées
que lorfqu'elles font ajoutées par quelque
bande apparente de couleur de même n48
MERCURE DE FRANCE.
ture ; & celles qui fe réflechiffent nature , da
lement des corps fans le fecours du princ
me , ne font pas réflechies par des angleses
plus grands les uns que les autres.
V. la feconde Expérience Newtonienne
Seconde Expérience Anti- Newtonienne,
Au lieu de me fervir d'un papier peint ,
comme faifoit M. Newton , j'ai imaginés
un grand vaiffeau prifmatique ; partagé
dans fon milieu par une cloifon de maftic,
de plâtre & de poix , afin d'empêcher la co
communication des liqueurs que je vous
lois mettre féparément dans le prifme ; il
étoit fait de glaces de miroir très- épailles
& bien unies , jointes par des bizeaux bien
luttés , que j'avois fait tailler fur les angles.
Ce double prifme étoit enchaffé les
par
deux bouts , de boëte de laiton , où il y
avoit une ouverture pour.y introduire la
liqueur , que l'on bouchoit enfuite . Je mis
dans une moitié de ce prifme une liqueur
rouge faite avec le bois de brézil , & un
peu d'alun bien clarifié , d'une couleur de
rubis très- vive , & l'autre moitié je la remplis
d'une liqueur bleue faite avec le tour-
' nefol & l'indigo' , & un peu de fel de tartre
, enforte qu'elle imitoit parfaitement
le faphir . J'expofai ce double prifme miparti
de rouge & de bleu aux rayons du
Soleil
JUIN. 1750. 49
›leil , dans ma Chambre noire vis-à- vis
grande ouverture : la double image
oit très- parallele par fes deux côtés , enorte
que la rouge ne baiffoit point par fa
éfraction plus que la bleue , ce qui auroit
û plutôt arriver ici que dans les expérienes
de M. Newton , fi la couleur rouge
ut été moins réfrangible que la bleue.
Les images produites par ces nou-
'eaux prifmes étoient très -belles ; la rouge
arpaffoit en vivacité le rouge ordinaire
les couleurs primordiales , & celui des
erres précieuſes., & des plus beaux rubis .
La bleue par la couleur célefte qui en étoit
produite , effaçoit les bleus des pierres
ines.
Ce qu'il y a d'extraordinaire dans cette
expérience , c'eft que l'image rouge porte
fur fa partie inferieure un rouge d'écarlate
fombre , un peu plus haut un orangé admirable
, au deffus de l'orangé un rouge
vif, & au-deffus du rouge vif un cramoil
parfait.
L'image bleue étoit encore plus finguliere
;il n'y avoit ni orangé ni jaune fur
le bas de l'image , mais un rouge extrême.
ment pur & vif, au-deffus un verd pâle ,
& plus haut un très-bean verd , ce verd
étoit à niveau de l'orangé de l'image rouge
, & enfuite le bleu qui occupoit toute
II.Vol. C
so MERCURE DEFRANCE.
la partie fupérieure du Spectre , étoit pa
rallele au rouge, fupérieur de la premiere
image : le retour de lumiere de l'inge
bleue faifoit à l'ordinaire le violet.
Arant
qu
FIEL
30
Que faut-il conclure de cette expérien
te , finon que le rouge n'eft pas plus ter for
frangible que le bleu : Ici il n'y a point de
rayon de lumiere qui puiffe obfcurcir le
phenoméne . Il n'y a point de bande qui
augmente ou diminue les couleurs. Tout
eft fimple , c'eft pofitivement ce qu'il fal
loit faire pour juger fainement , fainement , fi les cou
leurs , ou les rayons colorifiques étoient
differemment réfrangibles . Mais que diront
les Newtoniens , fi les corps tranfparens
bleus , & qui ne réflechiffent & réfractent
que du bleu, felon leur fentiment,
réfractent du rouge très-pur & du verd?
Si les corps tranfparens rouges réfractent
l'orangé & le cramoifi ? Que répondrontils
Sinon qu'ils vont confulter leur a
traction , ou la propenfion quelconque vers le
centre , pour voir fi elle ne leur fera pas ſecourable
dans ce phenoméne.
J'ai tortillé des fils noirs à ce prifme
les fils paroiffoient & difparoiffoient à
égale diftance , tant fur le bleu que fur le
rouge ; de plus j'y ai interpofé une lentille,
& la double réfraction qu'occafionnoit
cette lentille , ne rendoit pas le bleu plus
réfrangible que le rouge.
JUIN.
51
1750.
Critique contre la feconde Expérience de
l'Optique de M. Newton.
Ayant mis des fils noirs fur un papier
oitié bleu & moitié rouge , dont le rouge
toit foncé & vif, & le bleu clair , de
orte que les couleurs étoient à l'uniffon
e teintes , il eft arrivé tout le contraire
De ce que prétend M. Newton , c'est-àare
, que le bleu & le rouge ont fait leur
ffet enſemble , & à la même diſtance : on
pour lors bien diftingué les couleurs &
es fils à travers la lentille fur la muraille ,
yant pofé une chandelle au bas du papier ,
qui étoit pofé perpendiculairement à l'horizon
, & lorfque j'écartois le papier &
que les couleurs fe confondoient avec les
fils de foye , elles fe confondoient également.
Il est vrai que lorfque le bleu étoit
plus obfcur & plus foncé que le rouge ,
on avoit peine à les diftinguer avec les fils
qui les traverſoient à toute diſtance , ainfi
on ne peut pas dire que cette expérience
foit jufte.

Enfin M. Newton étoit peu certain
de fes expériences, qu'il dit lui-même :
" Au refte il ne s'enfuit pas de ces expérien
ces que l'on vient de voir , que toute la lu
« miere du bleu foit plus réfrangible que toute
la lumiere du rouge , &c.
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
J
a
Je fuis furpris , qu'après avoir avoué for , blo
incertitude fur ces expériences , il ait
foutenir la conftante réfrangibilité des préfac
tendus rayons colorés , par une fuite d'a
tres expériences , auffi fautives que celles de
que je viens de citer.
Par les deux expériences Anti- Newto
wiennes que je viens d'expofer , le premier
Théoreme du premier Livre eft détruit.Ma
Newton,pour prouver le fecond Théoremo
de fon Optique,donne d'autres expériences.
Voyez la quatriéme Expérience Newto
nienne dans le même Livre.
Troifiéme Expérience Anti-Newtonienne.
Je regardai le trou de la Chambre noire
par la face inferieure d'un prifme , & je
m'apperçus que le rouge étoit deffus les
autres couleurs , & que le bleu étoit dans la
partie la plus baffe de l'image.
Je regardai enfuite à travers un fecond
prifme l'image que produifoit ce même
prifme par fa face inferiçure ? l'angle réfringent
de ce priſme n'étoit que d'environ
48 degrés , & celui du prifme dont je
me fervois pour regarder , étoit de 60 degrés
; l'image n'étoit éloignée du priſme ,
qui recevoir les premiers rayons , que de 6
pieds : alors le violet & le bleu me parurent
rouges, leverd, jaune ; le jaune, verd, & le
JUIN. 1750.
53
ge , bleu. Cependant je regardois ces
leurs avec un prifme plus réfringent
celui qui les produifoit , & les rayons
foient par la même face , c'eſt -à- dire ,
les deux angles réfringens tournés en
i , & l'image que je regardois n'étoit aunement
renversée , ce qu'il étoit ailé d'ap-
[cevoir par des marques que je pofai fur
te image.
Je fortis de la Chambre noire de . M.
ewton , & je fis l'expérience dans la
ienne , où le prifme qui donnoit l'image
oit en plein Soleil , de plus je fis deſcene
fur la muraille l'image blanche de réexion
que donne le prifme , à quelques
eds de diſtance de l'image colorée , & je
gardai ces deux images avec un autre
rifme ; l'image qui venoit de la réfracjon
, étoit produite par un angle réfringent
de 48 degrés , & le fecond prifme
voit un pareil angle réfringent , & les
ayons paffoient par les mêmes faces . Alors
l'image blanche de réflexion étoit colorée
de rouge fur fa partie fupérieure , & de
bleu fur fa partie inferieure : & l'image
colorée par la premiere réfraction étoit
blanche & fans aucune.couleur. Que devenoient
donc les couleurs de l'une , &
d'où venoient les couleurs de l'autre ? Si ce
n'eft qu'elles paroiffoient & difparoiffoient
Cij
$4 MERCURE DE FRANCE J
Crite
par les differentes afcenfions ou defcent mis
fions , lorsque l'image eft reçue dans la répo
ne , ou qu'elle fe porte fimplement for las
muraille. Et quoique les images ne fuient cro
pas renversées , quand on regardoit avec let , 8
fecond prifme , elles étoient cependant
changées dans l'ordre de leurs couleurs
Les rayons de l'image blanche faifant
l'oppofition d'une fuperficie claire fur un
fond obfcur , lorfqu'elle étoit en defcena
fion , l'ombre fupérieure tomboit fur la Ne
lumiere inferieure , & la lumiere fupe
rieure fur l'ombre inferieure , ce qui occae
fionnoit le rouge , l'orangé & le jaune eni
haut ; & le bleu en bas de l'image . Il n'y
avoit point de verd , parce que le blanc
occupoit le milieu de cette image. Enfuite
les rayons du fpectre coloré , au lieu d'ètre
afcendans , comme ils étoient aupara
vant , étoient en defcenfion . Cette defcenfion
qu'occafionnoit le fecond prifme,
remettoit les rayons dans leur état naturel,
& alors plus de couleurs .
Mais ayant regardé avec un prifme ,
dont l'angle réfringentétoit de plus de 60
degrés , alors les images étoient toutes les
deux colorées , car la defcenfion occafion--
née par le fecond prifme , étant plus forte
que l'afcenfion produite par le premier , il
falloit bien , que non- feulement les rayons.
"
JUI N. 1750.
155
-ffent mis dans leur état naturel , mais de
us emportés par le furcroit de la defcenon
plus bas les uns fur les autres .
Je crois que cette expérience eft fort
laire , & j'en laiffe la décifion au Lec-
Leur.
Critique de la quatrième Expérience
Newtonienne.
J'abandonne les expériences de l'Optique de
M. Newton , qui ne valent pas la peine d'être
critiquées.
D'où vient que M. Newton ne parle
point ici de la place qu'occupoit le rouge ?
Cette couleur contre fon fentiment fe
trouve alors au- deffus du bleu : il fe contente
de dire :
Regardant le trou du volet à travers du
prifme , j'obfervai que la longueur de fon
image rompue furpaffoit de beaucoup la largeur,
& que la partie de cette image qui étoit
•la plus rompue paroiffoit violette , que la moins
rompue paroiffoit rouge , & les parties d'entredeux
bleues , vertes & jaunes , &c.
Qu'entend
- il la partie
par
la moins rompue
? Si ce n'eft que cette partie occupoit
moins de place. Moins rompte ne prouve
pas qu'elle étoit moins réfrangible. Un
taifceau de rayons peut être moins étendu ,
mais plus réfracté qu'un autre ; ici il fem-
C iiij
36 MERCURE DE FRANCE.
ble au contraire que le rouge paroiffan
plus élevé que le bleu , cette premiere cou
leur forme avec le point vifuel un plas
grand angle que le bleu , & par conféquent
eft plus réfractée . La conclufion de cette
expérience n'eft pas décifive , cependant
M. Newton dit : Si la réfraction ſe faifon
régulierement ,fuivant une certaine propertion
entre le finus d'incidence & de réfraction,
comme on le fuppofe communément , l'image
rompue devroit paroître plus ronde.
Pourquoi faudroit il que l'image parût
plus ronde ? Peut- on ignorer que les rayons
à travers un prifme , dont les faces font
planes & droites , ne peuvent fe dilater
& s'agrandir que de bas en haut , & fe
dilatent très- peu latéralement ? Ce Philofophe
dit enfuite , d'où vient cette inégalité ?
Si ce n'eft de ce que quelques - uns des rayons incidens
font plus rompus , & d'autres moins ,☛
cela conftamment ou par hazard , ou de ce
qu'unfeul & même rayon eft confondu , diſſipé,
pour ainfi direfendu , éparpillé en plufieurs
rayons divergens , c. c'est ce qui ne paroît
pas encore par ces expériences , mais qui pa
roitra par celles qui fuivent.
La divergence & l'éparpillement des
rayons , foit par hazard ou autrement , ne
prouvent rien fur la differente réfrangibilité
, & M. Newton a raifon de dire , que
4
JUIN.
1750 . 57
ft ce qui ne paroît pas encore. Voyons fi
la fera prouvé par la fuite.
Je ne fuis pas content de l'expétience
i vient après , dans le Livre de M. Newn
, elle ne dit rien finon qu'un ſecond .
ifme croifé avec celui qui porte l'image ,
rend oblique fans l'élargir . Il obſerve
-ulement que Les rayons qui font également
frangibles , tombent tous fur un cercie qui
pond au difque du Soleil , &c. A l'égard
u troifiéme prifme , auquel il fait croifer
eux prifmes paralleles , qui portent enfemle
le bleu & le rouge , c'est toujours la
nême obfervation * . Si l'extrémité M. de
image MN, eft par une plus grande réfrac
ion tranfportée plus loin de la premiere place
MT, que Pextrémité rouge , de l'autre image
PT, ne l'étoit de la même place MT. C'eſt ,
dit enfuite M. Newton , ce qui met la
propofition à couvert de toute difpute . Je lui
réponds , que dans la même obfervation ,
l'extrêmité bleue N , de l'image M N , eft
auffi tranfportée par une moindre réftaction
de fa premiere place N , que l'exrrêmité
rouge P , de l'autte image PT , de fa
premiere place P. Il ne faut pas beaucoup
de réflexion pour s'en appercevoir.
* Voyez la Traduction de M. Cofte , à Amfterdam
, page 53 , Liv . 1. Partie I. ou fi vous voulez ,
Newton dans New ton méme, feconde édition 1719.-
C v...
58 MERCURE DE FRANCE.
pot-
Il y a une autre expérience après celle-ci C
faire avec deux planches percées & de
prifmes. M. Newton eft furpris , que lor
qu'il tournoit le premier prifme , qui étoit
tout contre l'ouverture du volet , enforte
qu ' laugmentoit la réfraction de ce prifme
fans s'en appercevoir , en voulant faire
ter le bleu fur le trou de la premiere planche.
Il étoit étonné , dis je , que le bleu qui
paffoit par le fecond prifme derriere cette
planche , ( & qui dérivoit alors des rayons
plus réfractés , fans avoir égard à la cou
leur , par la plus grande obliquité des furfaces
du prifme ) fût alors plus élevé que
le rouge , qui étoit produit par une moindre
obliquité de rayons Le prifme étant
plus droit dans l'inftant que le rouge pa
roiffoit moins oblique. L'ouverture fixe
des trous qui étoit aux planches , n'empê
choit point que les rayons qui paffoient par
le bord inferieur du premier trou , ne répon
diffent au bord fupérieur du fecond , dans
un cas , & qu'il n'arrivât le contraire dans
l'autre.
La feptiéme expérience qui fait dans
fon Livre , eft combattue par la Critique
de la premiere ; c'eſt la même faute.
La huitiéme de l'Optique de M. Newton
eft combattue par la feconde de cette
Critique.
JUIN, 1750.
59
Celle qui fuit parle de réflexion , mais
cette réflexion en repaffant à travers le
prifme devient réfraction , c'eft ce que M.
Newton n'obſerve point. Il parle enfuite
de l'accroiffement du violet fur le rouge.
Voyez la Critique ci deffus de la troifiéme
expérience.
La dixième du Livre eft à
peu près la
même , à l'exception que les rayons que
l'on croit difparoître , font feulement interrompus
par le plan même des furfaces
jointes du prifme qui les coupe , & reçoit
une partie de chaque image en particulier.
Je remets la Critique de la feconde par
tie du premier Livre pour une autre fois.
Je vais maintenant étudier la Geométrie
& la Phyfique , car mes ennemis prétendent
que j'ai la fcience adamique , & que je
n'ai jamais rien appris ; ils veulent prouver
par la qualité que je porte de Graveur &
de Peintre , que je ne fuis pas Philofophe
fuivant les régles.
Je fais actuellement la diftribution de
l'anatomie de la femme , de grandeur &
de couleur naturelle , & je ferai celle de
l'homme dans trois mois.
Les diftributions fe font toujours chez moi ,
rue de la Harpe , entre la rue Poupée , & la
rue Percée.
C
vj
60 MERCURE, DE FRANCE.
"
VERS
Sur la Revue faite par Sa Majesté de fes Régimens
des Gardes Françoifes & des Gardes
Suiffes , le 30. Mai 1750..
Sur les bords que la Seine arroſe de ſon onde , Ur
Et non loin de ce vafte bois * ,
Confacré par Diane aux plaifirs de nos Rois ,
Se perd dans le lointain une plaine féconde **.
Là de vaillans Guerriers , fiers éleves de Mars ,
Affemblés fous leurs Chefs , près de leurs Etendars,
Héros que depuis peu dans les champs de la
Gloire
Couronna tant de fois la main de la Victoire ,
Attendoient de Louis & l'ordre & les regards.
Ils n'avoient pas ce front , tel que dans le carnage
Le Rhin enfanglanté le vit avec effroi ,
Quand le fer à la main , fous les yeux de leur Roi,
De morts & de mourans ils couvroient fon rivage.
Une douce fierté brille fur leur vifage.
Mille Courfiers fougueux fuperbement parés ,
Des fpectateurs les flots ferrés ,
Le Bois de Boulogne , où les Rois de France vont
quelquefois prendre le noble plaifir de la Chaffe.
**La Plaine des Sablons.
JUIN. 61 1750 .
3
ormoient autour du camp une épaiffe barriere.
´out ce que dans ſon ſein enferme de beautés
La plus galante des Cités ,
fout ce qui dans Paris fçait aimer , & peut plaire ,
Y brilloit dans tout fon éclat.
A ce concours nombreux du peuple & du foldat ,
On diroit que la Terre entiere
Account pour voir Louis , & recevoir les loix.
Mais Ciel ! Qu'eft ce que j'apperçois ?
Dans vos fables enchantereffes ,
Poëtes , ne me vantez plus
Et vos Junons & vos Venus :
Votre Olympe a fes Dieux , Paris a fes Déeffes ,
Et mes regards furpris trouvent ici les Cieux.
Dans un fuperbe Char trois aimables Princeffes *
Dignes du fang de nos Rois , leurs ayeux ,
Marchoient à cette fête , & la rendoient plus belle ;
Des amours , des ris & des jeux
La troupe empreffée & fidelle
Voloit autour du Char , & leur portoit nos voeux ;
Un effain de beautés accompagnoit leurs traces .
Telle on vit fur les flots amers ,
Parmi fes Nymphes & les Graces ,
La Fille & la Reine des mers ,
Lorfque pour le bonheur & la gloire du monde
• Madame Anne-Henriette de France , Madame
Marie Adelaide de France ,
Louife-Thérefe- Victoire de France.
Madame Marie
62 MERCURE DE FRANCE.
Elle fortit du fein de l'onde ,
Et du feu de les yeux embraſa l'univers. "
Mais le moment s'approche ou Louis va paroître :
Peuple , viens rendre ici ton hommage à toa
.Maitre.
Je vois déja fon magnanime fils ,
L'amour des Nations , & le foutien des Lys ,
Ce fils.... mais un léger nuage
Semble avoir obfcurci l'éclat de ſon viſage.
Ah! je perce le voile , & du jeune Louis
J'entrevois l'ame toute entiere ;
*
Louis cherche une époufe & fon augufte Mere.
Ciel , rends-lui ces objets , & fes voeux font remplis.
Un bruit foudain frappe la nue ;
De refpect & d'amour je fens mon ame émue.
Sa Majefté l'annonce : oui , c'eft lui , je le voi ;
C'eft Louis qui s'offre à ma vûe !
Guerriers , Chars & Drapeaux , Plaine , Forêt
touffue ,
Tout difparoît ; je ne vois que mon Roi .
Par M. Guis , de Marfeille.
* La Reine & Madame la Dauphine ne ſe trouvevent
point à cette Revûë.
JUIN. 1750 . 63
4
D :
LA FELICITE
HISTOIRE.
A Félicité eft un être qui fait mouvoir
tout l'Univers ; les Poëtes la
chantent , les Philofophes la définiffent ,
les Grands l'envient aux petits , les petits
la cherchent baffement chez les Grands ;
les jeunes gens la défigurent ; les vieillards
en parlent fouvent fans l'avoir connues
les hommes pour l'obtenir croyent devoir
la brufquer ; les femmes , qui ordinairement
ont le coeur bon , efperent fe l'affûtrer
en tâchant de la procurer ; l'homme timide
la rebute , le téméraire la révolte ,
les prudes la voyent fans pouvoir la joindre
, les coquettes la laiffent fans la voir ;
tout le monde la nomme , la défire , la
cherche , prefque perfonne ne la trouve ,
prefque perfonne n'en jouit ; elle exifte
pourtant. Chacun la porte dans fon coeur ,
& ne l'apperçoit que dans les objets étrangers
; plus on s'écarte de foi-même , plus
on s'écarte du bonheur ; c'est ce que je vais
prouver par l'hiftoire d'un pere & d'une
mere qui revenus de leurs erreurs , en
fitent le récit à leurs enfans , & facri-
,
64 MERCURE DE FRANCE.
fierent leur amour propre au défir de les
inftruire.
Zemidore & Zelamire étoient de vieux
époux qui s'étoient mariés par convenance
, s'étoient eftimés fans s'aimer , & en
avoient aimé d'autres fans les eftimer : ils
avoient eu des enfans par bienféance , s'étoient
enfuite négligés par diffipation , &
s'étoient fait des infidélités réciproques ,
le mari , par air & par mode ; la femme ,
par vanité & par vengeance.
L'âge les raffembla ; ils reconnurent leurs
erreurs en cellant de les faire aimer aux
autres ; l'amour propre leur avoit donné
des foibleffes , l'amour propre les en avoit
corrigés. Ils avoient cherché le monde
pour y trouver des louanges ; ils l'avoient
quitté pour éviter des ridicules ; ils s'étoient
défunis par ennui , & s'étoient réu
nis par resource.
Ils formerent tous deux le même projet
fans fe le communiquer , c'étoit de faire
tourner leurs fautes au profit de leurs enfans.
Zemidore voulut raconter les avantures
à fon fils Alcipe , pour lui faire connoître
les écueils du monde . Zelamire voulut
faire part des fiennes à fa fille Aldine ,
pour lui en faire éviter les dangers .
C'eft , je crois , la meilleure façon d'inftruire
des enfans. II y a apparence
JUIN. 1750. 65
u'elle devient à la mode , car les jeunes
ens font tant de fottifes , qu'il pourroit
embler qu'ils ont en vûe la perfection de
eurs defcend ans.
Voici le récit de Zemidore à fon fils.
HISTOIRE DE ZEMIDORE.
Depuis long- tems , Alcipe , je defire
vous ouvrir mon coeur & vous marquer
ma confiance , bien moins en vous donnant
des confeils , qu'en vous découvrant
mes fautes ; vous oublieriez les uns , vous
retiendrez les autres ; des préceptes font
plus difficiles à fuivre , que des défauts à
éviter ; un modéle de vertu fait fouvent
moins d'impreffion , qu'un modèle d'imprudence.
J'ai été jeune : mon pere , qui étoit plus
rigide qu'éclairé , me donna une éducation
dure & me dégoûta de la raifon , en me
l'offrant avec trop de févérité. Il'intimida
mon efprit au lieu de l'éclairer , & deffecha
mon coeur à force de réprimandes , au
lieu de le nourrir & de le former par la
douceur. Les premieres leçons qu'on donne
aux enfans doivent toujours porter le
caractére du fentiment ; l'intelligence du
coeur eft plus prématurée que celle de l'efprit
; on aime avant que de raifonner ; c'eft
la confiance qu'on infpire, qui fait le fruit
66 MERCURE DE FRANCE.
des inftructions qu'on donne. Mon pere
n'en ufa pas ainfi ; le titre de pere me donna
plutôt une idée de crainte que de tendreffe
; la contrainte où j'étois me fit prendre
un air gauche qui ne me réuffit pas ,
quand je débutai dans le monde ; mes raifonnemens
étoient affez juftes , mais dépouillés
de graces , & bien fouvent la
bonne compagnie ne juge de la folidité de
l'efprit que par fon agrément. Mon pere
m'avoit préfenté dans quelques maifons, &
m'avoit repeté bien des fois que le point
effentiel pour réuffir étoit d'être complaifant,
mais il faut dans celui qui a de
la complaifance deux chofes pour l'être
fans paffer pour un fot : il lui faut de l'ufage
du monde & du difcernement fur ceux
qui font les objets de fa complaifance ; il
faut qu'on fçache gré à quelqu'un de fe
prêter aux goûts differens des fociétés ,
& l'on ne peut lui en fçavoir gré , qu'on
ne lui en fuppofe de contraires qu'il facrifie.
Vous êtes affez payé de vous plier à
la volonté d'autrui , lorfqu'on eft perfuadé
que vous pouvez en avoir une à vous.
Mon efprit étoit trop intimidé pour me
faire fentir cette diftinction ; les gens chez
qui j'étois reçû , étoient trop bornés pour
l'appercevoir. J'y allois tous les jours faire
des révérences en homme emprunté ,
JUIN. 1750 67
des complimens en homme fot , & des
parties d'ombre en homme dupe ; en un
mor je leur procurois avec toute la complaifance
poffible un ennui qu'ils me rendoient
avec toute la reconnoiffance imaginable.
Ce
genre
genre
de vie me déplaifoit
fort ,
lorfqu'un
jour de grande
affemblée
je crus
au milieu
de trente
vifages
hétéroclites
découvrir
une femme
, qui fans tirer à conféquence
pour
le lieu où elle étoit , avoit
une figure
humaine
; je la regardai
, elle le
remarqua
; je rougis
, elle s'approcha
, je
n'ai
jamais
été fi embarraffé
. Elle avoit
bien
cinquante
ans , mais je n'en avois que
vingt
, ainfi elle étoit jeune . La converfation
s'anima
, c'est -à-dire elle parla
beaucoup
& je répondis
fort peu , mais
comme
toutes
mes monofyllabes
fervoient
de liaifon
à ſes phraſes
, cela pouvoit
s'appeller
une converfation
.
Je lui trouvai bien de la raiſon , elle en
fut flattée , parce qu'elle en manquoit ;
j'eus le fecret en peu de mots de dire plufieurs
fottifes ; elle loua mon efprit , j'en
fus enchanté , parce que perfonne ne m'en
trouvoit. L'amour propre noua nos chaînes
, il en forme bien plus que la fympathie
, & voila pourquoi elles durent fi peu ,
c'eft qu'on celle de fe flatter , à meſure
68 MERCURE DE FRANCE.
qu'on fe connoît , & les liens fe relâchent,
amefure qu'on néglige le principe qui les
a ferrés.
F'eus la hardieffe le troifiéme jour de lui
offrir la main pour la remener chez elle ,
elle l'accepta & je fus faifi de crainte dès
l'antichambre , c'étoit mon premier tête àtête
, cela me paroiffoit une affaire décifive
pour ma réputation ; je n'avois jamais rien
à dire,& je voulois toujours parler, je cherchois
au loin des fujets de converſation , &
je ne prenois point le ftyle de la chofe ;
j'étois fort refpectueux , parce que je ne
connoiffois pas fon caractére; elle étoit fort
prévenante , parce qu'elle connoiffoit le
mien.
que
Enfin après plufieurs propos vagues & forcés
, qui marquent plus la difette d'efprit
le filence , nous arrivâmes à ſa porte ;
je prenois déja.congé d'elle , lorfqu'elle me
dit que l'ufage du monde exigeoit que je
la conduififfe jufqu'à fon appartement.
Madame , lui répondis- je très -fpirituellement
, je n'ofois pas prendre cette libertélà
. Oh vous le pouvez , Monfieur , pourfuit-
elle , je ne crains point les jeunes gens.
Madame , repartis -je , un peu déconte
nancé , vous êtes bien polie. Vous n'avez
que vingt ans , répliqua- t'elle , en vérité
Vous êtes bien avancé pour votre âge . Oh ,
JUIN. 1750. 69
Madame , lui répondis- je , vous avez la
bonté de me dire cela, parce qu'il y a
long tems que vous êtes amie de ma mere.
- Mais voila précisément ce qui n'eft point ,
s'écria-t'elle avec aigreur ; nos âges font fi
differens , je ne l'en eftime pas moins cependant
, & dites- moi , je vous prie , êtesvous
fort répandu , avez -vous bien des
-connoiffances ? Madame , je vais tous les
jours dans la maiſon où j'ai eù le bonheur
de vous rencontrer : c'eft bien fait , ditelle
, ce font de fi bonnes gens , il eft vrai
qu'ils ne font pas exceffivement amuſans ,
mais en vérité leur commerce eft fûr ,
m'en accommode affez , car je hais fort la
jeuneffe , j'entends par la jeuneffe tous ces
petits Meffieurs que les femmes gâtent fi
bien , & je ne fçais pas ce qui leur en revient
, car ils font la plûpart fi fots dans le
tête-à- tête, & fi avantageux en compagnie ;
je vous diftingue beaucoup au moins en
vous recevant feul , Madame , affûrément,
lui dis- je , je n'en abuſerai pas. Je le vois
bien , reprit- elle ; je fuis affûrée qu'il n'y
a pas un jeune homme qui à votre place
n'eût déja été impertinent. Je ferois bien
fâché , repris- je , que cela m'arrivât ; je ne
fuis pas bégueule , continua- t'elle , & je
n'exige pas qu'on foit toujours avec moi
profterne dans le refpect ; & dires-moi, mon
70 MERCURE DE FRANCE.
cher ami , n'avez -vous jamais été amonreux
? Non , Madame , lui répondis-je , cat
mon père ne veut me marier que dans
deux ans ; affurément , dit- elle , il doit
être bien content d'avoir un fils auffi formé
que vous l'êtes ; cependant, pourfuivitelle
, je ne verrois pas un inconvénient extrême
que vous vous priffiez d'inclination
pour quelque femme ; pourvu que ce ne
fût point pour quelque tête évaporée , qui
au lieu de vous former le coeur , vous
prouvât que l'on peut s'en paffer . Ah ! je
m'en garderai bien , lui dis- je , cela nuiroit
à mon établiffement , & ces chofes-ià
font contre l'honnête homme . Mon cher
enfant , répondit- elle , j'ai une grande admiration
pour votre probité , mais il eft
tard ; foupez avec moi. Je ne le puis pas ,
Madame , repris-je ; mon cher pere & ma
chere mere feroient trop inquiets ; eh
bien , allez-vous en donc , dit-elle avec un
air impatienté ; je lui obéis & je fortis fort
content de ma perfonne . J'aurois crû m'en
être très-bien tiré , fi quelque tems après
on ne m'avoit pas dit qu'elle me faifoit
paffer pour un fot ; j'en fus confondu .
A force d'aller dans le monde , j'en pris
infenablement les ufages ; à force d'entendre
des fottifes , je me deshabituai d'en
dire , mais à force d'aller avec des gens
JUIN. 1750. 71
qui en faiſcient , je ne pus gueres me difenfer
d'en faire. De l'extrême fimplicité,
e paffai à l'extrême étourderie ; ces deux
excès oppofés le touchent , c'eſt le défaut
de réflexion qui les produit tous deux ; on
ne s'en garantit qu'en s'accoûtumant à penfer,
mais c'eft un parti que tout le monde
ne peut pas prendre aifément. Je remarquai
que chacun vantoit le bonheur , & fe
plaignoit du malheur ; je ne concevois pas
pourquoi on avoit la maladreffe de trouver
l'un plutôt que l'autre , & je n'avois
pas encore affez de raifon pour fentir que
les routes qu'on prend pour arriver au
bonheur , font prefque toujours celles qui
vous en éloignent. Je crus en fçavoir plus
que les autres , & j'imaginai , comme font
les gens de mon âge , que la fuprême félicité
étoit d'être homme à bonnes fortunes.
Ainfi avec de l'étude & une férieufe attention
fur nfoi-même , j'acquis en peu de
tems tous les ridicules néceffaires pour
mériter ce titre. J'eus beaucoup de refpect
pour moi , & beaucoup de mépris pour
femmes ; voilà le premier pas qu'un homme
fait dans la route de la galanterie. Je
fis des agaceries avec une impertinence
qui faifoit voir combien je me croyois de
graces ; je me louai avec une confiance
qui perfuadoit prefque les fots de mon
les
72 MERCURE DE FRANCE.
res
mérite , & j'eus des prétentions avec une
effronterie qui fit croire que j'avois da
droits. En un mot je me donnai un mais
tien capable de deshonorer vingt femmes
c'étoit beaucoup pour un homme qui avoit
été auffi neuf que moi , auffi m'admirois-je
perpétuellement ; car¡ un fot eft bien plas
content de devenir un fat , qu'un homme
d'efprit de devenir un homme de bon fens.
Je manquai de refpe&t à beaucoup de femmes
, plufieurs s'en offenferent fans que je
les regrettaffe , plufieurs m'accuferent P
fans que je m'en fouciaffe ; je fus très- fouvent
téméraire & quelquefois heureux.
Je reduifis des prudes en louant leur vertu
, des coquettes en vantant leurs chatmes,
& des bigottes en déchirant tout l'Univers
, mais je gardai toutes ces conquêtes
auffi peu de tems qu'elles m'en avoient
coûté ; le caprice me dégouta des premieres
, la legereté m'enleva les fecondes , la
fauffeté me révolta contre les troifiémes ,
ainfi ce bonheur prétendu quej'envifageois
s'évanouiffoit toutes les fois que je croyois
le poffeder ; j'ai remarqué fouvent que tous
les faux bonheurs ont un point-de- vûe ,
comme certains tableaux , dont les beautés
diminuent & difparoiffent à mesure qu'on
en approche.
Je m'étois cependant fait une réputation
qui
No
EX
pa
ourp
da
11.
JUIN. 1750. .73
Lui contribua à mon établiſſement , car
u'un jeune homme foit à la mode , il paffe
our être aimable , & pour lors on ne s'inorme
pas s'il eft raifonnable. On propoſa
mon pere un parti convenable , c'eft -àlire
une fille riche. J'acceptai la propofiion
; l'entrevûe fe fit ; la perfonne avoit
affé fa vie en Convent , elle me trouva adnirable
; on me fit jouer une partie avec
elle , à peine ouvrit - elle la bouche pour
nommer les couleurs ; je lui trouvai beaucoup
d'efprit, & je me crus certain de fon
bon caractére.
Après avoir pris des précautions auffi
fages pour le bonheur de l'un & de l'at
tre , on nous maria .
Nous vêcumes affez bien enſemble pendant
un an , & même elle devint groffe.
Elle parloit peu ; je lui répondois encore
moins ; je croyois que la taciturnité
faifoit partie de la dignité d'un mari . Plufieurs
de mes amis me dirent que ma femme
avoit de l'efprit ; je leur dis pour leur
marquer ma reconnoiffance , que les leurs
avoient le coeur tendre.
Enfin après avoir éprouvé l'erreur de la
diffipation & l'abus des bonnes fortunes ,
pour parvenir à la félicité , je crus l'envifa
ger dans les honneurs , & je devins ambi
rieux. Vous voyez , mon fils , que je ne
11. Vol. D
74 MERCURE DEFRANCE.
me fais pas grace d'un feul de mes défauts,
vous les faire éviter tous.
pour
Je ne fçavois pas quels chagrins je me
ménageois ; la montagne des honneurs et
bien efcarpée , il faut bien du mérite &
fouvent bien de mauvaiſes qualités pour y
arriver , mais on eft aveugle fur foi-même,
& parce que j'avois eu affez de talens pour
faire le malheur de quelques femmes , je
m'en croyois affez pour faire le bonheur
• d'un état. Je formai des brigues , j'intéreſ
fai pour moi plufieurs perfonnes que je
méprifois & qui ne m'eftimoient pas ; je
les éblouis à force de promeffes , je leur fis
entrevoir une protection chimérique, pour
en obtenir une réelle . Enfin j'eus la place
d'un homme eftimé, mais je ne la poffedai,
qu'autant de tems qu'il m'en fallut pour
faire voir mon incapacité & mon ingratitude.
L'injuftice m'avoit élevé , l'équité
me déplaça. Je me retirai avec votre mere
, rempli de haine pour les grandeurs &
pour les femmes , mais défeperé de fentir
que je n'en pouvois pas être regretté . Rien
n'eft fi humiliant que de ne pouvoir pas
être eftimé de ceux qu'on a droit de méprifer
; on fouffre bien plus des fentimens
qu'on infpire , que de ceux qu'on reçoit ;
un ambitieux permet le mépris , pourvû
qu'il foit élevé , un homme déplacé fouJUIN.
1750. 75
ent le malheur , pourvu qu'il ne foit pas
éprifé . J'allois mourir de chagrin d'aoir
perdu un pofte qui m'auroit fait mour
d'ennui , lorfque je rencontrai un fage
ni diffipa mes ténebres , & qui me montra
bonheur , en me prouvant que jufqu'aɔrs
je n'avois fait que changer de maljeurs.
Mon fils , me dit-il , j'ai payé comme
tous le tribut aux fauffes opinions , j'ai
herché la félicité parmi toutes les erreurs,
e ne l'ai trouvée qu'après en avoir abandonné
la recherche ; laffé du monde que
habitois , je voulus aller fous un autre
Ciel ; le hazard me fit aborder dans une
Ifle ,je fus accueilli par une grande femme………….
Je jurerois , lui dis- je en l'interrompant
, que cette femme-là étoit habillée
de blanc . Mon fils , reprit-il froidement
, vous êtes bien vifpour un homme
malheureux , & fur quoi jugez- vous qu'elle
étoit habillée de blanc ? Oh , lui répondisje
, c'eft que dans tous les Romans c'eft l'uniforme
de la vertu , je vous avoue que je n'y
aurois point trop de confiance , car j'y ai
fouvent été trompé dans le monde. Vous le
méritiez bien , répliqua le Sage. Revenons
, lui dis-je , à votre grande femme ,
quelle étoit elle ? C'étoit la Félicité , reprit-
il . Ah ! m'écriai-je avec ardeur , je
Dij
76 MERCURE DE FRANCE
brûle du defir de la connoître, conduiſer
moi dans fon Ille merveilleufe. Pour y
aborder , dit- il , il faut être Philofophe.
Philofophe , m'écriai - je ? Cela me paroit
bien ennuyeux . Je vois bien , reprit- il ,
que vous ignorez ce que c'eft qu'ua
Philofophe ; la route de la Philofophie ,
quoique tortueufe , conduit toujours au
parfait bonheur , lorſqu'on fe garantit de
l'amour propre. Cette Philofophie n'eft
pas une vertu âpre , telle qu'on la repré
fente, qui prend la caufticité pour la jaf
teffe , l'humeur pour la raifon , & le dé
dain pour un fentiment noble. La Philofophie
qui conduit dans l'lfle & qui infpire
ceux qui l'habitent, eft une vertu douce,
qui craint les vices & qui plaint les vi
cicux , qui pratique le bien plus qu'elle ne
le prêche , qui fçait diftinguer une foibleffe
d'avec le fentiment , qui chérit ,
qui refpecte tout ce qui ferre les noeuds de
la fociété , qui établit une parfaite égalité
dans le monde , qui n'admet de prééminence
que celle que donnent les qualités
de l'ame , qui loin de haïr les hommes
les prévient , les foulage , leur fait connoî
tre les charmes de l'amitié par le plaifir de
l'exercer , & qui tâche d'enchaîner tous les
coeurs par les liens des bienfaits , de l'amour
& de la reconnoiffance.
JUIN. 1750. 77
Ah ! lai dis-je avec tranfport , c'est vous
al que je prends pour guide , je fens que
ferois heureux , fi je reffemblois au porrait
que vous venez de faire , je ne m'éonne
pas qu'il y ait fi peu de vrais fages ;
left plus facile de méprifer les hommes
que de les foulager. Vous méritez le bonheur
, reprit le fage , venez , fuivez - moi .
Je mentai fur fon Vaiffeau , nous fendîmes
les mers avec la plus grande rapidité,
il fembloit que nous fuffions portés fur les
aîles des vents . Nous découvrîmes l'Ifle ;
alors le fage me dit , nous voici à la rade ,
tous les gens que vous y voyez font ceux
qui, comme vous , afpirent à entrer dans le
Sanctuaire de la Félicité , mais on les laiffe
pendant quelque tems réflechir fur les
naufrages qu'ils ont faits dans le monde ;
quand leur coeur eft affez changé pour en
connoître l'abus & pour s'en repentir , on
les fait entrer dans le Port; ce fecond degré
doit leur donner un avant goût de la
félicité ; ils y reftent quelques jours , &
c'eft de-là qu'on les introduit dans l'Ifle
du parfait bonheur . Après ces mots , il me
quitta en me laiffant pénétré de vénérapour
lui. tion
Il y avoit vingt à trente poftulans à la
rade , je n'en reconnus d'abord aucun ,
quoique j'euffe vêcu avec eux dans le mon
Dij
7S MERCURE DE FRANCE.
de comme avec mes intimes amis , mais
changement qui s'étoit fait dans leur am:,
en avoit operé un auffi fenfible fur leur
vifage. C'eft une douceur , un calme , unc
férenité qui efface les minauderies & le
fard des petits-maîtres & des coquettes ; la
converſation eft liante fans être fade ; on
y foutient des opinions pour inftruire , &
jamais pour le contredire ; fi l'on commet
des fautes , on les reconnoît & l'on baiſe la
main qui vous punit , on jure de s'aimer ,
c'eft un ferment qu'on accomplit d'avance
par l'impatience qu'on a de le former.
J'étois depuis huit jours dans cette fituation
, lorfque je vis une femme qui me
parut fort aimable. Nous nous étions déja
abordés avec cette joye intérieure que la
fraternité procure , lorfqu'on vint nous
chercher pour nous faire entrer dans le
Port ; nos fentimens femblerent encore
s'épurer par le voifinage de l'ifle , notre
confiance devint plus intime , nos coeurs
s'approcherent de plus en plus , je remar
quai que fes yeux étoient humides de lar
mes , je lui en demandai la cauſe . Hélas !
me dit elle , je fens que je vais entrer dans
l'Ile de la félicité fans en goûter les douceurs
, elles feront altérées par le fouvenir
d'un époux que je plains ; il m'a toujours
négligée , mais ma froideur pour lui a
JUIN. 1750. 79
peut-être caufé fon éloignement, & je me le
reproche; fi j'avois voulu lui plaire , j'aurois
empêché les égaremens ; fans doute il eft
malheureux , il va d'écueils en écueils ; fon
infortune doit être au comble par l'humiliation
de s'être toujours trompé : eh quel
eft le nom de cet époux , lui dis- je ? Ceft
Zemidore, reprit- elle ; ah ! vous vous nommez
donc Zelamire , m'écriai -je auffi- tôt en
l'embraffant ; revoyez Zemidore rempli de
-refpect & d'amour pour vous ; le voile de
l'erreur qui nous déroboit à nos yeux &
qui endurciffoit notre ame , eft enfin déchiré
, nous rouchons à la vieilleffe , mais
nous nous aimons , c'eft être jeune encore .
La raison répare en nous les ontrages du
tems ; s'il a changé nos traits , la vérité a
rajeuni nos ames , la vertu va les confondre
; deux époux qui s'eftiment à notre
âge , font plus heureux que ceux qui ne
font unis que par le feu de la jeunelle &
le caprice des paffions. Oui , mon cher
Zemidore , me dit Zelamire , je penfe
comme vous , rien ne pourra nous féparer
, n'oublions pas cependant nos foibleffes
, rapellons- nous-les , moins pour nous
en punir que pour en garantir nos enfans.
Notre jeuneffe leur a donné le jour , que
notre vieilleffe leur vaille un bien plus
précieux,qui eft la vertu & le vrai bonheur .
D iiij
So MERCURE DE FRANCE.
Après une reconnoiffance fi tendre , L
Sage vint nous prendre , & nous conduifit
dans le fein de la Félicité. 11 ne tient qu'à
vous , mon fils , de m'en faire jouir ; connoiffez-
là , foyez- en digne , & je ferai tonjours
heureux.
Telle fut l'inftruction de Zemidore à
fon fils ; je ne fçais pas s'il en eft devena
plus raifonnable , on en pent douter
car M. de Fontenelle a dit que les fottifes
des peres font perdues pour les enfans , &
je vois tous les jours qu'il a dit vrai.
張洗洗洗洗洗洗羨灘
DISCOURS
Prononcé le jour de la Pentecôte par M.l'Ak
bé de Pomponne , à la Reception de M.
le Comte de la Marche à la qualité de
Chevalier des Ordres du Roi..
SIRE IRE ,
» C'est un jour bien glorieux & très-honorable
pour l'Ordre du Saint Efprit,
»lorfque Votre Majefté y affocie un Prin
»ce de fon fang. Ce defcendu de tant de
Rois & de tant de Héros , Monfieur le
» Comte de la Marche , eft fils d'un Prince
qui a mérité " la tendre amitié de V. M.
JUIN. 1750.
SI
par fon attachement pour Elle , par fon
zéle & par fa fidélité , . & qui s'eft acquis
beaucoup de gloire par la valeur , &
par fes grands talens militaires dans la
guerre de Boheme , d'Allemagne , de
Flandre & d'Italie . Nous avons les
• preuves des vertus Chrétiennes de Monfieur
le Comte de la Marche , par les informations
de vie & moeurs faites par
M. l'Archevêque de Paris , & de la Ĉatholicité
par la profeffion de foi qu'il.a
prononcée devant le même Prélat.
» Monfieur le Comte de la Marche attend
les ordres de V. M. pour La recep
tion.
Ce 24 Mai 1750.
J
VERS
Préfentés à M. le Maréchal de Saxe ,,
le 6: Juin 1750 .
Adis on admira trois célébres Vainqueurs :
Dans l'Art des Campemens Pyrrhus mettoit: fa
gloire ,
Fabius s'illuftroit par des fages lentears ,
Marcellus , plein de feu , voloit à la victoirez,
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
Maurice, nous montrant qu'on peut les furpaller,
Sçait camper , s'arrêter , marcher & triompher.
***
Par M. Tinois.
500000
VERS
Aux deux fils de M. le Duc de Duras , qui
ont M. de la Buffiere pour Gouverneur.
CRoiffez , jeuneffe aimable , hâtez votre raifon
,
Volez à la vertu , courez à la lumiere ;
Pour bien former le coeur il n'eft qu'une faifor ;
Ecoutez les avis du fage la Buffiere.
Quand vous aurez acquis par l'âge & les travaux
La noble liberté de voler de vos aîles ,
Vous fuivrez aisément la trace des Héros ,
Et vous n'irez pas loin pour trouver vos modéles,
De Bonneval.
{ "
83
JUIN
17501
蔬洗洗洗:洗洗洗洗:洗洗洗洗:洗洗洗
LETTRE
De M. le Commiſſaire D.
Ans le Mercure du mois de Mai
D
1750 , on demande ce que fignifie
le mot Mercurien , employé dans l'article
18 d'une Ordonnance du 3 Février 1472,
imprimée dans le Traité de la Police , tome:
3. page 385.
Celui qui a propofé cette queftion , auroit
pû s'en difpenfer , s'il avoit apporté
quelque attention à la lecture de ce Réglement
; il y a en cet endroit une faute
d'impreffion , il faut lire Merrien * , au lieu
de Mercurien ; ce mot Merrien eft employé
plus de cent fois dans cette Ordonnance
& dans la précédente , ainfi la correction
n'eft pas difficile à imaginer.
Après avoir répondu à la queftion propofée
dans le Mercure , je vous prie ,
Monfieur , de me permettre d'en propofer
une à mon tour.
Un Magiftrat , célébre par fon efprit
& fon érudition , & que je ne me difpenfe
de nommer que par la crainte que j'ai de
* Merrien , eft un vieux mot , qui fignifie Bois ,
matiere de Bâtiment.
D▾
84 MERCURE DE FRANCE
bleffer fa modeftie , m'a fait préfent d'un
manufcrit , où l'on trouve fol. 84 , une
Ordonnance de Police , du 22 Août 1527,
qui défend le jeu de frelin ; fi quelqu'un
fçait ce que c'eft , & veut bien en communiquer
l'explication au Public par votre
canal , on n'aura pas lieu de fe plaindre
que l'on ait propofé dans le Mercure au
fujet du mot Mercurien , une queſtion
dont l'objet étoit imaginaire , puifque cette
queftion aura donné lieu d'en propofer
une dont l'objet eft réel .
Vous me permettrez , Monfieur , de me
fervir de la même voie du Mercure , pour
prier M. l'Abbé Goujet , que je ne connois
que de réputation , d'indiquer la fource
& l'ouvrage où il a pris la Lifte des Rois
de Norvege , qu'il a inferée dans fon fecond
Supplément au Dictionnaire hiftorique
de Moreri ; s'il vouloit avoir la complaifance
d'y joindre les époques des Regnes
, il obligeroit infiniment une pesfonne
qui s'adonne à l'Hiftoire.
A Paris , ce 2 Juin 1759.
JUIN. 1750. 8.5.
Les mots des Enigmes & des Logogry-
--hes du premier volume de Juin , font
heminée , apostrophe , tapisserie , gâteau , caion
& pantoufle. On trouve dans le preier
Logogryphe patiſferie , Iris, Iffe , Atis,
le ) Taffe , taffe , aftre , âtre , Aftrée , Apis,
atyre , Perfe , Iftrie , Pife , Paris , Paris ,
-'ie , pie , air , ariete , rapt , rat , Pirate
Serpe , étape , pere ,pater , Pair , Sire , pie,
is ›
riz , apprêt , tapis , preffe , re ,fi , ire
areffe , parti , pifte , trape. On trouve dans
e fecond ut , guet , eau , Tage , âge , auge ,
Aga. On trouve dans le troifiéme Mai, Ino,
lo , Coni , amo , nom , an , Caën , Cam , mi ,
ami , main , coin . On trouve dans le qua
triéme les mots qu'il contient..
ENIGM E.
Fille de la folie , & mere des talens ',
Je fuis utile au peuple , & des Grands adoptée ;:
Mon regne eft paffager , quoi qu'il dure long tems:
Je renais de ma chûte , & ſemblable à Prothée ,
De forme , de couleur , je change à tous momens.
Par ma diverfité je rejouis , j'amuſe ,
Ala Ville , à la Cour , le Noble , le Bourgeois ;.
Et cependant d'inconftance on m'accuſe :.
86 MERCURE DE FRANCE
Le fage tôt ou tard fe foumet à mes loix,
Si l'on en rit , mon nom lui ſert d'excuſe;
Nous
N. G.... de Rouen,
AUTR E.
Ous fommes deux enfans , à fçavoir fa
& frere ;
Notre pere eft un fou pour l'ordinaire ,
On ne peut mieux le définir ;
En nous créant il cherche à plaire. ,
Mais admirez le beau plaifir ;
Nous fommes dès notre naiffance
Condamnés à l'obſcurité ?
Yeut- on nous en tirer ? Autre difficulté .
Ce qui fait de nous deux la feule difference ,
C'eft que dans mon entretien
Je fuis moi , quoique femelle ,
Plus fimple & plus naturelle ,
Et que toujours mon frere embrouillé dans le fien,
Fait fi bien quelquefois que l'on n'y comprend
rien.
J.F. Guichard.
JUIN
. 1750. $7
i.
Z.
2
J
LOGO GRYPHE.
E fuis un mouvement de l'ame ;
J'accrois par le defir:
Lui feul me nourrit & m'enflâme ;
Source de mille maux , je la fuis du plaifir.
Examine Lecteur ce que mon nom préſente :
1, 2 & 3 , on me forme en marchant;
1,2,6,7 , Je fuis un oifeau , dont le chant
Ne plaît guéres affurément ,

Mais dont la beauté raviffante
Offre toujours aux yeux un nouvel agrément.
4, 6 , 7 , l'ordinaire pâture
ia , 2
Dont ufent Meffieurs les Baudets ;
1 , 2 & 7 , j'habite les forêts ;
5,7 , je fais de l'humaine nature
La plus folide nourriture ;
Mais on va deviner , c'eft affez , je me tais.
Par M. le Tenneur , Lieutenant Général
de Melun.
J
AUTRE.
E fuis une prifon ', dont l'afpect au - dehors,
Sous un mafque caché préfente mille charmes ,
Mais mon fein fort fouvent n'eft que fource de
Larmes ,
$ 8 MERCURE DE FRANCE.
Où l'amant pour toujours voit noyer les tran
ports.
De fept lettres , Lecteurs , prends les quatre premieres
,
Pexprime un des deux noms d'un grand engages
ment ;
Mets ces lettres à part , & prends les trois dernie
>
res,
Je fais un appui foible , & qui trompe fouvent
Par I 2 , 3 , 6 , 7 , je fuis le blanc d'un Livre ;
Un être indivifible , & né pour toujours vivre ;
La mere du Sauveur ; l'inftrument d'un forçat;
L'eſclave Abraham ; un talent diabolique ;
Le tendre coeur d'un pain ; un ton de la mufique;
Un Juge préposé pour les loix de l'Etat .
Je fuis preffé , Lecteur , ainfi je me retire ;.
Déja d'une foule d'amans
Les foupirs & les cris perçans
M'annonçent qu'il eft tems d'appaifer leur martyre:
De la Roche le jeune , de Langres.
JUIN. 1750% 89
བྱ
JOUVELLES LITTERAIRES ,
LEOPATRE , d'après l'Hiſtoire , par
M. Marmontel , in- 12.
On trouve par tout la vie de Cleopâtre ,
mais elle n'eft nulle part comme dans cet
ouvrage , tournée du côté de la morale &
de la politique. Les réflexions profondes
I& les raifonnemens folides de l'Auteur
répandent un grand jour fur cette brillante
partie de l'Hiftoire , mais le ftyle fe reffent
quelquefois de ces difcuffions ; il nous
a paru de tems en tems un peu fec. Ce
Leger défaut n'empêche pas que la brochure
que nous annonçons , ne porte l'empreinte
d'un génie lumineux & hardi. On en jugera
parle portrait de Cleopatre.
Portrait du Cleopatre.
Cleopatre étoit belle , mais l'éclat de
cette beauté, qui lui avoit fuffi pour fubju
guer le coeur de Céfar , & fuivant quelquesuns
celui de Cneïus , fils du grand Pompée
, étoit devenu le plus foible de fes
charmes. L'amour de Céfar l'avoit remplie
d'une noble ambition. Elle fe fentoit
digne du Trône du monde , & pour y parvenir
elle n'avoit que la route des coeurs .
90 MERCURE DE FRANCE
Il étoit pour elle de la derniere impor
tance d'étudier l'art de plaire , & perfonne,
je crois , ne s'y appliqua avec autant de
fuccès. Avec une ame forte, élevée , auda
cieuſe , elle avoit reçu de la nature un ef
prit vif, brillant & enjoué . Elle avoit tous
les goûts , elle prenoit tous les tons , elle
aimoit tous les plaifirs , & les varioit fans
ceffe Moins occupée à fatisfaire fes defirs
qu'à en infpirer de nouveaux , la certitude
de plaire ne lui fit jamais négliger les
moyens de paroître plus aimable , & quoiqu'elle
aimât de bonne foi , il n'eft point
d'artifice qu'elle ne mît en ufage pour
aimée .
être
la
Habile à obferver tous les mouvemens
du coeur qu'elle vouloit , ou gagner of
retenir , elle fçavoit y jetter à propos
crainte , le defir , l'efperance , la confiance
& la jaloufie , le raviflement & la donleur
, employant tour à tour avec un art
inconcevable la tendreffe & le caprice ,
l'ingénuité & la diffimulation , la froideur
& l'emportement. Dans le tems où elle
fembloit le plus fe livrer à fes penchans ,
elle les régloit fur fes vûes , & fon yvrefle
même étoit politique. On ne fçait ce qui
l'emportoit en elle en , elle , des graces de la nature
ou des rafinemens de l'art . Mais elle portoit
filoin l'un & l'autre de ces avantages,
JUIN. 1750. 91
que réduite au plus foible des deux , elle
r'eût pas laiffé appercevoir la perte de l'aure.
Cleopatre réuniffoit enfin tout ce qui
peut enflammer les paffions d'un homme ,
& flatter l'orgueil d'un Héros.
LE MANUEL des Dames de Charité ,
ou Formules de médicamens faciles à préparer
, dreffées en faveur des perfonnes
charitables , qui diftribuent des remédes
aux pauvres
pauvres dans les villes & dans les
campagnes ; & un Traité abregé fur l'ufage
des differentes faignées. Nouvelle édition.
A Paris , chez Debure , l'aîné , Quai des
Auguftins , à l'Image Saint Paul , 1750.
Un volume in- 12.
Cet ouvrage , que d'habiles gens regardent
comme le plus fimple & le plus fûr de
tous ceux qui ont paru en ce genre , ne
peut manquer d'être bien accueilli dans
un fiécle , où malgré les invectives des
moraliſtes , il y a beaucoup d'humanité.
Ce fentiment deviendra tous les jours plus
vif. Il n'eft pas poffible que la Philofophie
& la politique faffent des progrès ,
fans nous éclairer fur le prix des hommes.
Les fages Médecins qui ont compofé ce précieux
ouvrage , aident les pauvres malades
de leurs lumieres , c'eft aux gens riches à
les fecourir de leurs biens.
HISTOIRE des révolutions de l'Empire
$ 2 MERCURE DE FRANCE.
de Conftantinople , depuis la fondation
de cette Ville , jufqu'à l'an 1453 , que les
Turcs s'en rendirent maîtres. Par M. de
Burigny. A Paris , chez Debure , l'aîné ,
Libraire, Quai des Auguftins , à l'Image S.
Paul , 1750. Trois volumes in- 1 2 .
Il falloit la fagacité , l'érudition & la
patience de M. de Burigny pour écrire
I'Hiftoire que nous annonçons . On fçavoit
en gros ce qui concernoit l'Empire de
Conftantinople , mais les détails en étoient
peu connus , & il a fallu des recherches
infinies pour s'en inftruire. Quoique l'Anteur
ait jetté beaucoup de lumiere fur les
évenemens profanes , il nous a paru que ce
qui concerne la Religion , eft encore mieux
développé. Ceux qui font portés à mal
penfer de l'humanité , ne feront point détrompés
par la lecture de ce Livre , dans
lequel on trouve , je crois , plus de crimes
bas & horribles que dans les faftes du refte
de l'Univers. Les Sçavans , & ceux qui
cherchent à le devenir , ont applaudi à un
ouvrage , rempli d'une érudition exacte ,
& écrit avec beaucoup d'ordre & de clarté :
les Lecteurs qui ne cherchent qu'à s'amufer,
auroient defiré un peu plus d'art dans
Les tranfitions , un peu plus de couleur
dans les portraits , un peu plus d'ornement
dans le ſtyle..
JUIN.
93 1750.
LETTRES TURQUES . Nouvelle édition ,
yue corrigée & augmentée. A Cologne ,
mez Pierre Mortier , 1750. Deux voluszes
in- 12 .
Ces Lettres connues par plufieurs édi
ons inférieures à tous égards , à celle
u'on vient de nous donner , ont furtout
éuffi par le naturel & par l'élegance. Ce
ui nous a paru le plus diftinguer cet ourage
de M. de Sainte Foy , des autres de
ette nature , c'eft que nos ridicules y font
eints fans malignité & fans mylantropie.
y trouvera plufieurs traits femblables à
ceux qu'on va lire .
On
Il n'eft pas aifé de démêler , fi les François
aiment véritablement les Etrangers ,
ou s'ils n'ont que la vanité , l'efpéce de
coquetterie de s'en faire aimer. Croiroient
ils que par toutes fortes de bonnes façons ,
ils doivent tâcher d'adoucir le malheur
d'une perfonne , envers qui la nature a été
affez marâtre pour ne l'avoir pas fait naître
Françoiſe ?
Tu me demanderas fans doute , fi les
Françoifes font belles : on peut croire que
non , mais il eft impoffible de fentir qu'elles
ne le font pas fans les avoir vûes , on
peindra la beauté , jamais les graces.
La Comédie eft un lieu où les François
s'affen blent à une certaine heure , pour y
94 MERCURE DE FRANCE.
4
pleurer fur la triſte deſtinée de quelques
Héros qu'ils n'ont jamais vûs ni connus ,
& pour y rire des défauts , des foiblefes ,
des vices & des ridicules de leurs parens ,
de leurs amis , & des perfonnes avec qui
ils vivent tous les jours.
S'il étoit permis à Paris d'avoir plufieurs
femmes , elles y feroient peut-être auffi
captives qu'en Turquie , mais comme un
François ne peut en avoir qu'une , il ne la
cache pas,de peur que fon voifin ne cachât
auffi la fienne .
LES AMUSEMENS du coeur & de l'efprir,
pour les années 1748 & 1749. A Paris ,
chez Caillean , Briaſſon , David , le jeune ,
& Quillan. Quatre volumes in - 12 .
Ce Recueil que nous devons aux foins
d'un excellent Humaniste , M. Philippe, eft
extrêmément varié , & il renferme de bonnes
chofes dans chaque genre : des Poëfies
vives & legeres , des morceaux de morale
lumineux & approfondis , des hiftoriettes
heureufement imaginées & écrites
avec élégance , quelques voyages curieux,
quelques critiques judicieufes. Il en eft
pourtant de cette collection , comme de
toutes les autres ; elle gagneroit beaucoup
à être plus courte ,
RE'PONSE de M. Daran , à la brochure
portant pour titre : Pour la défenfe & la
JUIN. 1750 .
95
fervation des parties les plus effentielles à
omine & à l'Etat , & c . A Paris , de l'Imimerie
de Giffey , 1750 , pp. 76 .
Les Adverfaires de M. Daran contriient
, fans le fçavoir , & fans le vouloir , à
endre & à affermir fa réputation , en le
ettant dans la néceffité de reproduire
ouvent des Certificats qui atteftent la
onté de la méthode qu'il employe dans le
raitement des maladies de l'uréthre. Le
émoignage des plus grands Médecins , des
plus habiles Chirurgiens , & des perfones
qui doivent leur guérifon aux bougies,
eft un de ces argumens qu'il ne paroît pas
facile de réfuter. Cette efpéce de démonftration
eft maniée avec adreffe dans la brochure
que nous annonçons.
ANECDOTES LITTERAIRES , ou Hiftoire
de ce qui eft arrivé de plus fingulier & de
plus intéreffant aux Ecrivains François ,
depuis le renouvellement des Lettres fous
François I. jufqu'à nos jours. A Paris ,
chez Durand & Piffot , 1750. Deux volumes
in- 1 2.
Cet
ouvrage attribué par quelques
perfonnes
à un de nos Ecrivains
qui n'y a
point de part , pouvoit
être très-amufant.
Il auroit fallu pour cela en retrancher
les
Auteurs déja oubliés , ne rapporter
des
plus connus
que des avantures
bien pi
95 MERCURE DE FRANCE.
quantes , & mettre plus d'élégance & de
Correction dans le ftyle. Ce Livre , t
qu'il eft , eft pourtant le plus agréable de
tous ceux de ce genre par la quantité, le
choix & l'ordre des Anecdotes qu'il renferme
Un article pris an hazard fera mieur
connoître cette collection que tout ce que
nous en pourrions dire.
Jean Palaprat , né à Toulouſe l'an 1650 ,
mort en 1721.
1. Palaprat étoit Sécretaire des Comman
demens de M. de Vendôme , Grand Prieur
de France , avec lequel il vivoit dans une
fort grande liberté. M. de Catinat , qui
l'aimoit fort , lui dit un jour en l'embralfant
: les vérités que vous lâchez au Grand
Prieur , me font trembler pour vous . Raffûrez-
vous , Monfieur , dit plaifamment
Palaprat , ce font mes gages .
II. Palaprat logeoit au Temple , chez
M. le Grand Prieur , où quelquefois il n'y
avoit point de dîner , & d'autres fois il y
avoit des repas énormes. Palaprat difoit
fur cela. Dans cette maiſon on ne peut
mourir que d'indigeftion ou d'inanition .
III . On prétend que Palaprat avoit fait
le Grondeur en un Acte, & que Brueys , à
qui il l'enyoya , le mit en trois. Sur quoi
Palaprat dit : Jarnidious j'avois envoyé à
ce
JUIN. 1750.
1 97
coquin-là une jolie petite montre d'Anleterre
, il m'en a fait un tourne -broche.
L'Abbé Brueys contoit la chofe autrenent.
Etant un jour dans une compagnie
vec Palaprat , quelqu'un vint à parler du
Srondeur , & en fit l'éloge : Le Grondeur !
reprit vivement Brueys , c'eft une bonne
: pièce. Le premier Acte eft excellent , il eft
tout de moi. Le fecond , coufi coufi , Palaprat
y a travaillé . Pour le troifiéme il
ne vaut pas le diable : je l'avois abandonné
à ce barbouilleur. Ce coquin ! dit alors
Palaprat : il me pouille ainfi tout le jour
de cette façon , & mon chien de tendre
pour lui m'empêche de me fâcher.
IV . M. le Grand Prieur trouva un jour
Palaprat qui battoit fon domestique. Il lui
en fit des reproches affez vifs. Comment ,
Monfieur , vous me blâmez , dit le Poëte :
Sçavez - vous bien que quoi que je n'aye
qu'un laquais , je fuis aufli mal fervi que
vous qui en avez trente ?
V. Dès que le Livre de Labruyere eut
parû , on employoit à tout propos le mot
de caractère. J'en avois les oreilles fi rebattues
, dit Palaprat , qu'un jour que je
dînois avec un beau parleur qui s'en fervit
un million de fois , je m'avifai pour me
moquer de lui , de dire d'un ton précieux .
que je trouvois des fauciffes qu'il y avoit
II. Vol. E
1
98 MERCURE DE FRANCE.
à ce repas , d'un caractére tranfcendant
VI. Dans le tems qu'on fçut que Cats
nat méditoit la bataille de la Marfaille ,
je fus envoyé chez lui par M. le Grand
Prieur , dit Palaprat. Après que je me fus
acquité de ma commiffion , je me retirai .
Le Maréchal me rappella , & me dit froidement
: Vous ne croiriez pas une chofe , se
pendant jefuis homme vrai. J'étois en peine
où aboutiroit ce préambule , & je fus fort
Yarpris, lorfque j'entendis cette grande vérité.
Il y a plus de huit jours , me dit- il ,
en me ferrant le bras , que je n'ai pas fongé
à faire un vers , & il rentra tranquille
ment dans fon cabinet fans me laiffer le
tems de lui répondre.
VII . Un jour , dit Palaprat , que j'étois
dans la tente de M. de Catinat , on parla
des differentes qualités des Généraux , je
dis en jettant un coup d'oeil fur le Maréchal
, que j'en connoiffois un fi fimple ,
qu'en fortant de gagner une bataille , il
joueroit tranquillement aux quilles . A peine
cus-je achevé , que M. de Catinat me
répondit froidement : Je ne l'en eftimerois
pas moins ,fi c'étoit en venant de la perdre.
VIII . J'ai voulu prévenir , dit Palaprat ,
le ridicule que tant de gens fe donnent ,
quand ils ont fait fortune , & profiter de
mon bon fens , pendant qu'aucune métaJUIN.
1750. 99
morphofe ne l'avoit encore alteré . Je fis
donc un Manifefte de précaution , comme
un défaveu anticipé de tournement de tête.
Voici quelques articles . Quand je ferai
devenu riche , fi je me fais defcendre
des Comtes de Toulouſe , je menurai, Si
je fais des magnifiques defcriptions des
charges & des terres qui ont été dans ma
mailon , autant de fanffés. Si je fais tomber
la converfation fur la noble éducation
que mes parens m'ont donnée , fur mon
Gouverneur , fur la fomme diftinée à mes
menus plaifirs :pas un mot de vrai , Si je
foutiens que j'ai dépenfé de grandes fommes
à fervir à mes crochets M. de Vendôme
: Cela eftfi faux , que je n'avois que cin
quanie piftoles quandje l'ai fuivi. Mon manifefte
n'a pas eu lieu ; la fortune n'eft pas
venue , & le bon fens m'eſt demeuré.
CONSIDERATIONS fur le Commerce &
la Navigation de la Grande Bretagne , ou
vrage traduit de l'Anglois , de M. Joshuagie
fur la quatrième édition . A Londres,
1749. Un volume in- 12 .
Cet ouvrage rare , quoiqu'important ,
peur paller pour un Traité agréable , &
prefque compler de la matiere qui en eft
Pobjer. On y voir d'abord les révolutions
arrivées dans le Commerce de l'Angleterre
, depuis Guillaume le Conquerant
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
jufqu'à nos jours. De cette efpéce de préliminaire
, on paffe à un détail extrêmement
circonftancié & fort inftructif : c'eſt
le rapport du Commerce Anglois avec le
Commerce de toutes les Nations connues.
Des conjectures fur ce qui pourroit rendre
ce Commerce plus lucratif& plus étendu ,
terminent ce Livre qui nous paroît méti
ter une très-grande attention. La premiere
partie qui eft historique , eft un peu étran
glée ; la feconde qui eft une fuite de cal
culs , eft à peu près exacte ; la troifiéme
qui eft politique , eft profonde & lumineufe.
On trouvera dans cet Ouvrage un
peu de défordre & beaucoup de vivacité ,
quelques répétitions & de grandes vûës ,
de legeres erreurs & des vérités importantes
. Nous devons cette Traduction à M.
de Secondat de Montefquieu , qui foutient ,
comme Citoyen & comme homme de Lettres
, la célébrité du nom qu'il porte..
RECUEIL de differens Traités de Phyfique
& d'Hiftoire naturelle , propres à perfectionner
ces deux Sciences. Par M.Def
landes , tome 2. A Paris , chez Quillan ,
fils , Libraire , rue Saint Jacques , 1750.
Les Sciences abftraites , qui ne fervoient
guéres autrefois qu'à faire la réputation
des hommes illuftres qui les cultivoient
commençent depuis quelques années à
JUIN. 101
1750.
tourner au profit de la Société . M. Deflandes
eft un de ceux qui ont contribué à la
révolution. Ses nouveaux Traités réuniffent
trois avantages : ils roulent fur des
objets importans ; on leur a donné un
tour agréable , & ils font débarraffés de
tous ces calculs effrayans , qui au jugement
de bien des perfonnes , défigurent la Phyfique
depuis trop long- tems. Les Differtations
qui roulent fur la conftruction des
Vaiffeaux ,fur le nombre d'hommes qui
cft actuellement fur la terre , fur les progrès
de l'Artillerie & du génie , nous ont
paru les plus inftructives. L'Auteur fent
mieux que nous ce qui manque à fon travail
, pour avoir le degré de perfection
dont il eft fufceptible.
LETTRES DE NINON DE LENCLOS , au
Marquis de Sevigné. A Amfterdam , chez
François Joli , 1750. Deux volumes in - 8 °.
Le Public a jugé que l'Auteur de cet
ouvrage étoit homme d'efprit , & qu'il
fçavoit écrire , mais on y a trouvé plus de
métaphyfique & moins de volupté qu'on
n'en attendoit. Une certaine monotonie
dans le ftyle , & peut- être auffi dans les
penfées, empêche qu'on ne fente jufqu'à un
certain point les chofes fines & ingénieufes
, dont ces Lettres font remplies. Le fyf
tême qui fert de baſe à ce Livre , ne s'eft
>
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
per
pas trouvé du goût de beaucoup de
fonnes , & en particulier de l'homme d'ef
prit qui nous a adretlé les vers qu'on va
Îire .
DENONCIATION
au Tribunal de
l'Amour , des Lettres de Ninon
de Lenclos.
PRends ton carquois , Dieu de Cythére,
Contre l'Auteur d'un ouvrage nouveau ;
Il déchire ton voile , il leve ton bandeau ;
Il veut t'enlever le mystére ,
Et te réduire à ton flambeau :
Sur les mortels foumis au pouvoir de tes armes
On ne peut ouvrir le rideau ,
Sans ôter à tes feux la moitié de leurs charmes.
POESIES de M. Cotterean , Curé de la
Ville de Donnemarie. A Paris , chez André
Cailleau , rue Saint Jacques , & la
veuve Piffot , Quai de Conti , 1750. Un
volume in- 8° . pp. 100.
M. Cotterean a enrichi fi long-tems le
Mercure , que nous ferions impardonnables
, fi nous ne faififfions avec empreffement
l'occafion qui fe préfente de rendre
juftice à fon travail & à fes talens. Sa verfification
nous a paru facile & naturelle ; fa
morale pure , fans être outrée ; fon Recueil,
quoique très- court , extrêmement varié.
J
DER
103
JUIN. 1750.
es bornes de ce Journal ne nous permetant
pas de juftifier notre jugement par de
nous nous bornerons à :ongues piéces
apporter quelques Epigrammes.
Epigramme fur un Curé d'un pauvre Villagé
du Diocéfe de Sens.
PRelat , qui m'as placé pour la premiere fois
Dans un pays fauvage , aride & plein de bois ,
Ma mifere eft extrême & ma peine accablante .
Suivant ta promeffe obligeante ,
Et par l'ordre établi dont tu t'es fait la loi ,
J'attends que ta main bienfaifante
Me confere un meilleur emploi.
Mais pour preuve évidente
Que la mifere me tourmente ,
Et que mes Paroiffiens font tous de pauvres gens ,
(Pour un Curé , chofe étonnante ! )
Je fais trifte , & ma peine augmente ,
Quand je fais des enterremens .
Seconde Epigramme.
Dans une Paroiffe d'Auxerre ,
Un Maître Bohemien mourut fubitement ;
Pour contenter fa femme on eut foin de lui faire
Un magnifique enterrement ;
Trois jours après , le Curé poliment ,
Accompagné de deux Vicaires ,
Vint demander les honoraires.
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
La veuve , à ce difcours preffant ,
Dit à la fille ingénument :
Babet , ces bons Meffieurs ont chanté pour ton
pere ,
Et tu fçais que chacun s'aide de fon métier.
Eh bien ! fonnons du tambourin , ma mere ,
Et danfons pour les remercier,
Troifiéme Epigramme.
Au fort d'une bataille un Général de France
Apprit la mort d'un fils qu'il aimoit tendrement ,
D'un fils doux , généreux , docile & complaifant,
Sur qui feul il fondoit la plus douce efperance ,
Mais loin de s'affliger de cet évenement ,
Ce pere infortuné fçut fi bien le contraindre ,
Qu'il étonna tous les efprits.
Il dit à fes foldats : braves gens , mes amis ,
Aujourd'hui ne fongeons qu'à vaincre ,
Demain je pleurerai mon fils.
MANUEL LEXIQUE , ou Dictionnaire
portatif des mots François , dont la fignification
n'eft pas familiere à tout le monde.
A Paris , chez Didot , Quai des Anguftins,
à la Bible d'or , 1750. Deux volume in - 8°
Cet ouvrage ne peut manquer de réaffir ;
parce que c'est un Dictionnaire traduit de
l'Anglois, & parce que c'eft un Dictionnaire
pr.enté au Public par M. l'Abbé Prevolt.
JUIN. 1750. 10S
Il eft impoffible qu'il ne fe foit gliffé dans ce
Recueil quelques articles que tout le monde
fçait , & quelques autres que perfonne
ne fe foucie de fçavoir , mais nous l'avons
affez examiné , pour ofer affûrer
que la
plupart des chofes qui y font contenues
font utiles , quelques -unes même agréables.
Trois ou quatre traits, pris au hazard,
feront connoître la matiere & la forme de
ce Dictionnaire.
MINE.
S. F. En termes d'Hiftoire naturelle ,
c'est un lieu où le forme quelque métal ,
ou quelque minéral , tel que le vitriol ,
l'antimoine , la litharge , le cinabre , & c.
Mine fe dit auffi des lieux d'où l'on tire
des diamans . La plus fameufe Mine d'or
eft celle du Potofi , au Perou ; c'est une
montagne qui n'a pas plus d'une lieue de
circuit , & d'où les Efpagnols ont tiré des
millions fans nombre. Les plus fameufes
Mines de diamans , font celles de Golkonde
& du Bréfil . On remarque que toutes
les veines des Mines d'or & d'argent
font du côté du Soleil levant ; quelques
Naturalistes prétendent que les Mines des
métaux croiffent comme de véritables végétaux
, qu'elles ont un tronc , des rameaux
, & des veines proprement dites ,
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
qui fervent à leur nourriture & à leur a
croiffement : on en cite plufieurs , tella
que les Mines de fer , de l'ifle d'Elbe , qui
ayant été long-tems abandonnées comme
vuides , font redevenues enfuite plus abondantes
que jamais .
En terme de Fortification , Mine fignifie
une ouverture fouterraine , où l'on
place des barils de poudre , pour y mettre
le feu avec une mêche , & faire fauter tout
ce qui fe trouve au- deffus : On appelle
Mineurs ceux qui travaillent aux Mines.
En termes de peinture , on appelle Mintde-
Plomb , une couleur compofée de cérufe
brûlée , qui donne un rouge orangé fort
vif. En termes de mefure , Mine fe dit
communément de deux minots. En termes
de Monnoye , Mine , eft le nom d'une ancienne
Monnoye Grecque , du poids de
cent drachmes ou d'une livre ; la petite
Mine n'étoit que de 65 drachmes. Les
Hébreux avoient auffi leurs Mines ; la
grande de fix vingt drachmes , ou foixante-
dix fecles , & la petite de 50 fecles , qui
s'appelloit Mine Antique.
PHILTRE.
Philtre. S. M. mot Grec , formé du verbe
, qui fignifie Aimer. On a donné ce
nom à certaines drogues qu'on fait prendre
-
JUIN. 1750. 107
our infpirer de l'amour. Quoique l'im
softure abufe quelquefois de la crédulité
des efprits fimples , l'expérience ne per
met pas de douter qu'il n'y ait des in
fluences d'un corps fur un autre qui peuvent
produire ce qu'on appelle des penchans
& des averfions ; mais il eft certain ,
1° . que ces fentimens , quoique indélibérés
, n'ont jamais la force de nous faire.
agir malgré nous . 2 ". Que ce ne peut pas
être l'interpofition d'un corps étranger qui
les produife . 3 ° . Que quand cet effet
pourroit être produit par un corps étranger
, il ne pourroit l'être conftamment ,
c'est-à-dire , qu'il ne dureroit pas plus
long- tems que fa caufe , qui fe détruirois
néceffairement par fon action même, & par
conféquent , que s'il y avoit des Philtres ,
ils demanderoient d'être continuellement
renouvellés , fans quoi leur impreffion s'évanouiroit
auffi -tôt . Concluons que les
feuls Philtres qu'on puiffe reconnoître, font
les influences immédiates d'un fexe fur
l'autre , foit par le feul inftinct de la nature
, qui les porte l'un vers l'autre , &
qui peut être fortifié par des rapports mutuels
d'efprits & d'humeurs , foit par les
charmes de la beauté , de l'efprit , & des
autres qualités naturelles ou acquifes , qui
agiffent tout à la fois fur les fens & fur
E vj
TOS MERCURE DE FRANCE.
l'imagination , foit encore plus par là force
de ces deux caufes réunies. Ainfi pour êt
aimé des perfonnes d'un fexe different da
nôtre , rendons - nous aimables , & laiffons
faire le reste à la nature , qui eft d'ellemême
un affez bon Philtre .
RHINOCEROS.
Rhinoceros. S. M. Nom Grec d'un fort
gros animal , qui a la tête d'un cechon
avec une corne pointue fur le nés , ce que
fignifie fon nom , la peau fans poil & dif
polée en forme d'écailles très - dures , la
queue courte, & qu'on prétend fort ennemi
de l'élephant. Il eft affez commun en
Afie , & dans les déferts de l'Afrique , où
l'on ne le chaffe que pour avoir la peau ,
dont les habitans fe font des boucliers.
Malgré la groffeur de fa maffe , il eft fort
leger à la courfe , & n'eft redoutable que
lorfqu'on l'attaque , & qu'on le met en
furie par quelque bleffure . Un Capitaine
de Vaiffeau Hollandois en a transporté un
en France , qui a été vû de tout Paris en
1748. On trouve vers le Cap de Bonne-
Esperance une autre espéce de Rhinocéros,
qui a deux cornes fur le nez , & du poil
gris- cendré au lieu d'écailles.
EXPOSITION des découvertes philofophiques
de M. le Chevalier Newton , par
JUIN. 1750. 109
M. Maclaurin , de la Société Royale de
Londres , &c. Ouvrage traduit de l'Anglois
par M. Lavirotte , Docteur en Médecine
de la Faculté de Montpellier, A
Paris , chez Durand , rue Saint Jacques ,
au Griffon , 1749. Un volume in-4° .
Newton ce génie fublime , à qui il appartenoit
de changer la face de la Philofophie,
s'eft acquis tant de célébrité, qu'il eft
devenu comme de mode d'adopter , de
connoître au moins fes principes. La difficulté
de les étudier dans l'original a donné
naiffance à plufieurs Commentaires.
M. Maclaurin'n'eft pas le premier qui en ait
entrepris , mais , de l'aveu des Anglois , il
eft celui qui y a mieux réufli. Pour préparer
tes Lecteurs à l'admiration qu'il croit
dûe aux découvertes de fon Maître , le
Difciple commence fon ouvrage par une
Hiftoire agréable & très-adroite des erreurs
qui les ont précédées. Il les prend
dès leur origine , il en expofe la caufe ! &
les progrès , & s'attache avec raifon à faire
fentir combien l'efprit humain eft fujet à
s'égarer , lorfqu'il préfere le brillant des
hypothéfes à la fageffe des expériences. Ce
premier Livre eft fuivi de celui qui traite
de la théorie du mouvement & de la méchanique.
On donne par la voie de l'Analyfe
dans le troifiéme , la démonſtration
110 MERCURE DE FRANCE.
de la pefanteur , cette force par laquelle
tous les corps tendent au centre du monde .
Les effets de la gravitation développés par
la fynthéle font le fujet du quatrime
Livre.
L'exécution de cette belle entreprife
nous a paru pleine de lumiere ; nous y aurions
defiré plus de précision , fouhait
fingulier & nouveau à l'égard d'un ouvrage
Anglois . Le Traducteur qui écrit bien ,
& qui eft Phyficien , a eu le courage de
défendre notre Defcartes , & l'adreffe de le
bien défendre. Nous regrettons bien fincérement
, que des occupations d'une autre
efpéce empêchent M. Lavirotte de nous
faire dans la fuite de femblables préfens.
L'Académie de la Crufca , fi célébre par
les grands Hommes qu'elle a formés , &
par ceux qu'elle a adoptés , vient de recevoir
M. de la Bruere , un des Auteurs du
Mercure . Ce choix prouve que les talens
aimables font recherchés en Italie comme
en France.
JUIN. III 1750. ་
BEAUX - ARTS.
LETTRE à M. ****.
J'Ai vû , Monfieur , la belle Statue de
l'Amour , que M. Bouchardon vient
d'exécuter en marbre pour le Roi. L'idée
avantageufe que je m'en étois faite far des
rapports confus , loin de diminuer à la
vûe de l'ouvrage , comme il arrive bien
fouvent , s'eft trouvée tout d'un coup por
tée à un point d'admiration & de plaifir
que je fuis tenté de partager avec vous ,
puifque vous defefperez d'en pouvoir jamais
jouir en entier , c'eft à- dire par vos
propres yeux .
L'objet de ce grandSculpteur a été de nous
repréfenter l'Amour , qui déja vainqueur
des Dieux , entre autres de Mars & d'Hercule
, s'eft emparé de leurs armes & prétend
changer la Maflue de ce dernier en
un Arc formidable qui ne trouve plus de
coeur à l'épreuve. Voilà , dira - t'on , bien
des chofes exprimées à la fois , & on ſçait
que la Sculpture a peut- être encore moins
d'avantage que la Peinture , pour nous
faire imaginer plus d'un moment dans les
actions qu'elles nous expofent , mais vous
allez juger de l'art & du génie avec lequel
l'Auteur a vaincu cet obftacle.
112 MERCURE DE FRANCE.
La figure de l'Amour , qui n'eft plus an
enfant jouant dans les bras de fa mere , eft
de cinq pieds de proportion , & par conféquent
de la force & de l'âge qu'on don
ne à l'amant de Pfyché ; avec l'épée de
Mars qui eft à fes pieds , entremêlée de copeaux
, il a non-feulement dégroffi l'ouvra
ge , mais formé plus des deux tiers de fon
Arc , dont il commence à effayer le reffort
& l'élasticité. Pour s'affûrer d'un plein fuccès
, il ne lui refte que le bout & le gros
noeud de la Maffue à rabattre . Il étoit abfolument
néceffaire que cette derniere partie
de l'opération ne fût pas achevée , pour ne
laiffer aucun doute, tant fur la matière qu'il
employe, que fur l'ufage qu'il en veut faire .
Vous concevez , Monfieur , que pour com
mencer à faire plier un Arc de cette grandeur
& dont la partie inférieure eft enco
re une maffe informe , il faut employer
bien de la force , & comme c'eft un Dieu
qui travaille , il eft indifpenfable de lui
conferver de la nobleffe ; il allonge fa
main gauche autant qu'il eft poffible à une
figure debout , en force , & qui n'eſt par
conféquent que médiocrement inclinée ,
& il appuye l'extrémité de ce même Arc
contre la poitrine avec fa main droite
pour le faire courber ; ce mouvement produit
un balancement de figure des plus
JUIN. 1750. 113
nobles , & d'autant plus heureux qu'il ne
paroît point recherché . Le foutien néceffaire
au plus grand nombre des figures repréfentées
debout , & dont l'art eft ordinai
Fement très- mal caché , fe voit ici également
heureux & bien trouvé ; c'eft un tronc
de laurier qui repouffe quelques branches
chargeés de feuilles , & fur lequel la peau
da Lion de Nemée paroît jettée au hazard ;
elle groupe à merveilles avec le cafque &
le bouclier de Mars , appuyés contre ce
même tronc. Les plumes de ce cafque ,
qui font légeres & flotantes , font un contrafte
admirable avec le poil rude & la criniere
du Lion . Enfin les aîles de l'Amor
qui font grandes & fortes & d'un
different , ont exigé une autre forte de
travail ; il eft fi fimple & fi naturel , qu'on
fe plaît à jouir de ces differentes oppofitions
; elles ne font aucun tort , quelque
riches qu'elles puiffent être , à la figure
même , & ces acceffoires ne font plus qu'une
belle épiſode heurenfement placée dans
un beau Poëme. On voit fur le terrain femé
de fleurs , la corde deftinée à tendre
l'Arc d'abord qu'il fera fini . Ainfi , comme
je vous l'ai déja obfervé , Monfieur ,
nul doute fur le genre de l'opération , fur
la nature du travail , fur les motifs de l'entreprife
, fur la maniere dont elle eft exé
114 MERCURE DE FRANCE .
cutée & fur l'effet que l'on doit s'en pro
mettre . Examinons à préfent la figure
elle -même .
L'Amour eft nud , comme on le repréfente
ordinairement ; l'air de tête eft noble
fans affectation , le fourire eft délicat
fans le moindre foupçon de grimace , & la
malignité de fon regard n'eft point chatgée
, elle annonce le plein faccès de fon
opération , & fait penfer aux fuites qu'elle
doit avoir ; fes cheveux naturellement annelés
& renoués à l'antique par un fimple
ruban , ont leurs maffes diftinctes & font
facilement travaillés ; le col eft parfaitement
uni à la tête & aux épaules , le carquois
eft noblement placé fur le dos , & le
cordon qui le tient fufpendu , ne cache ni
n'interrompt le jeu d'aucune des parties
qu'il recouvre ; les oreilles , les pieds , les
mains & les genouils font enfin d'un goût
exquis . Voilà,Monfieur, quelle eft la com
pofition de cette belle Statue. A l'égard
du travail , c'est la chair même touchée
fans aucune maniere , laiffant voir toute
l'expreffion de la peau & toute la juſteſſe
des muſcles & des attachemens.
La néceffité d'exprimer la jeuneffe n'a
pas été fans doute une des moindres diffi
cultés que l'Auteur ait rencontrées dans
cet ouvrage ; obligé de rendre cet âge où la

JUIN. 1750. 135
Nature n'ayant pas encore pris toute fa
croiffance , s'établit fur des parties qu'elle
augmente & fortifie les premieres , & qui
doivent fe trouver proportionnées dans
l'âge viril , il devoit encore conferver l'idée
de la beauté au milieu d'une maigreur
ou pluôt d'un défaut d'embonpoint néceffaire
pour exprimer l'adolefcence ; il ne falloit
pas cependant oublier que l'on repréfentoit
un Dieu , & quel Dieu encore ! Les
proportions de cet âge étoient difficiles à
trouver , il falloit les faifir fur differens
modéles , qui dans ces circonftances préfentent
plus la charge qu'on doit éviter , que
l'exemple à fuivre ; l'Auteur fe trouvoit
privé de la refource ordinaire des belles
proportions que l'antique nous fournit
dans l'Hercule , dans l'Apollon , dans la
Venus , dans l'Antinous , & c. Toutes ces
figures font d'un âge formé , & par-là elles
ne lui offroient aucun fecours pour les détails
de celle dont je vous entretiens. Il fe
trouveroit donc des cas , me direz- vous ,
Monfieur , où la connoiffance & l'étude
de l'antique deviendroient inutiles , ce qui
démentiroit ce que je vous ai dit ſi ſouvent
de leur utilité ; non , Monfieur , je ne
me contredis point , cette étude fervira
toujours & dans tous les cas , aux Artistes
qui voudront exceller ; non -feulement elle
116 MERCURE DE FRANCE.
apprend à lire , à faifir la Nature &
rendre dans ce qu'elle a de plus grand
mais elle met feule en état d'exécuter tom
les fujets. L'ouvrage qui fait le fujer de
cette Lettre en eft une bonne preuve , &
fans m'engager dans une plus grande dif
cuffion fur les chef- d'oeuvres de l'antiquité
, je me contenterai de vous obſerver
que Puget , le Bernin , Michel Ange mê- *
me , & quelques autres modernes illuftres
nous ont laiffé de grands exemples pour
l'expreffion de la chair & de la peau , &
que M. Bouchardon , attentif à recueillir
le fruit de ces exellens modéles , ne s'cit
jamais écarté de la route que nous ont tracée
les illuftres modernes & les anciens
Sculpteurs Grecs , qui ont confulté prin
cipalement la Nature ; elle fera toujours la
maîtreffe commune de tous les grands Artiftes
paffés , préfens & à venir. C'eft auffi
par cette raifon que l'Auteur ne s'eft
point affujetti aux proportions du jeune
Olympe que l'antique nous préfente , &
qui font les mêmes de fon Amour ; il a
exécuté ce qu'il a vû , & nous fait fentir
en même-tems les méditations qu'il a faites
fur le grand Art de la Sculpture.
Je fuis , Monfieur , &c .
A Paris , le 3x M.1i 1750.
TREN JUI N. 1750. 117
flos ,Graveur , Place Dauphine , vient
ettre au jour deux Eftampes , le Bain
Fète Italienne . Elles font gravées d'ales
tableaux originaux de Pater , joli
ntre , mais inférieur à Vatteau , dont
ft imitateur.
MEMOIRES fur le Louvre . Nouvelle
tion ,revûe & corrigée , brochure in- 12 .
ife trouve chez Prault , fils , & la veuve
fot.
Ces deux Mémoires ont été lûs avec
nt d'empreffement & fi hautement loués
ans tous les Journaux , qu'il paroît inutile
en donner l'extrait. Nous nous contenrons
de dire que nous avons été fur les
eux le livre à la main , & que les idées
u'on y propofe , nous ont paru claires ,
imples , nobles & d'une facile exécution .
Qu'il nous foit permis d'ajoûter que le
econd Mémoire eft fort fupérieur au
premier,
118 MERCURE DE FRAN
陽光洗洗洗洗洗洗:洗洗洗業
COLIN ET COLET
J
DUO.
E t'adore , Colin .
Qu'une crainte fecrette
Ne trouble plus notre deftin.
Aimons-nous d'une ardeur parfaite ;
Que nos foupirs
Annoncent nos défirs ,
Irritent nos plaifirs.
Que la délicateffe
Regle nos transports ;
Que la fageffe
Banniffe nos remords.
De nos idées ,
De nos pensées ,
Faifons un tout charmant ;
Que la Nature les anime ,
Que la volupté les exprime ,
Et que le coeur en foit garant.
Attentifs à nous plaire ,
Au fidéle berger ,
A la tendre bergere
Enſeignons l'art d'aimer.
'
E
4
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIERARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
JUIN. 17501 119
SPECTACLES.
'Académie Royale de Mufique , en
quittant Tancrede , dont elle a donné
repréfentations avec beaucoup de fucrepréfenta
pour la premiere fois le s
i dernier Leandre & Héro , Tragédie ,
écédée d'un Prologue .
Le Poëme de cet Opera eft un ouvrage
happé à la premiere jeuneffe d'un Ma-
Arat illuftre dans la République des Letts
, refpectable par les talens , fes vertus
les emplois.
Il a été mis en mufique par un Militaire,
ftingué par la naiffance , revêtu de titres
quis par des actions & des fervices hoorables
, & connu depuis long- tems par
n goût & fon amour pour les Beauxrts.
4
La paix donnée à l'Europe par le vain
neur le plus généreux a fourni l'idée du
tologue. C'eft la clôture du Temple de
hus.
L'hiſtoire de Léandre & Héro , fi agréa
ement écrite par Ovide , eft le fond de
Tragédie .
Leandre & Héro , en faisant l'expofin
de leur amour , font celle de la Tra
120 MERCURE DE FRANC
gédie. Héro s'eft confacrée à Vénus.
Déeffe l'a choifie pour la grande Pred
à l'ombre des Autels elle cache fes ama
La rage , la fureur , la jaloufie d'Atha
Roi de Seftos , font déformais inutiles.
puis , dit Héro ,
Dans ces demeures tranquilles
Vous attendre , vous voir , ne vivre que pour ro
Leandre plein de fon amour ne pe
diffimuler fes craintes . Athamas eft fon rival
, il eft Roi , & c. mais la protection de
Vénus lui redonne de l'efperance . Un Duo
dont la mufique a paru auffi aimable que
les paroles , termine cette premiere Scene,
& les hommages que les bergers viennent
rendre à la nouvelle Prêtreffe , amenent
& forment une fête Paftorale , qui eft faivie
de l'arrivée de Thermilis,
C'eſt la Reine des Ifles Eoliennes. Elle
eft fille d'Eole & magicienne. Elle vient
confulter Vénus fur la fituation de fon
ame. La Prêtreffe lui demande le nom de
fon amant ; c'eſt Léandre qu'elle nomme,
Héro la renvoye à la fête d'Adonis , qui
en effet eft celle du troifiéme Acte , & un
bruit de guerre qui annonce l'arrivée d'A
thamas , finit celui- ci.
Athamas agité de fes douleurs , vient
dans un bois confacré à l'Amour, Il y
chance
REDES
JUIN. 1750. 121
pa- hante un très beau Monologue. Héro
oît ; le reproche , la tendreife , la violene
même , caractérisent la paffion extrême
le ce malheureux Roi. Rien ne l'arrête ; il
zeut arracher à Vénus , à fes Autels , à l'Anour
même , la jeune Prêtreffe qu'un nuage.
dérobe à fes tranfports.
L'Amour vengeur fe montre dans un
nuage enflammé & dans fon Temple.
de Athamas eft affailli de toutes les paffions
malheureufes . La jaloufie , la vengeance ,
le défefpoir lui donnent le confeil affreux
d'être cruel comme elles. Eh bien ! dit
Athamas.
Je vole à la vengeance ;
Quel en fera le fruit
Un remords éternel.
Va , fais des malheureux , ne ceffe point de l'être,
Lui répondent tous ces monftres en l'environnant
, & en finiffant cet Acte .
On revoit au troifiéme Léandre & Héro.
Le jeune Prince d'Abidos au défefpoir des
périls que l'amour d'Athamas & celui de
Thermilis font courir à fa chere Héro , ne
refpire que vengeance. Il part pour s'armer
& pour renverfer la puiffance du Roi
de Seftos , & la fête de Vénus & d'Adonis,
dont on entend le prélude , & à laquelle
Athamas préfide , force la Prêtreffe de s'é-
II. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE
loigner. Athamas & Thermilis viennen
avec la fête dans laquelle on a entends
une belle chaconne.
Un coup de tonnerre cependant répond
aux foins & aux voeux d'Athamas. Le peaple
effrayé fe diſperſe . Ce malheureux Roi
engage Thermilis à recourir à fon art pour
connoître quel fera le fort que lui prépare
l'Amour. L'art fatal de Thermilis lui découvre
& le fort du Roi & le fien même.
Le défefpoir s'empare de leur ame , & ils
finiffent la Scéne & l'Acte par un Duo de
fureur d'une grande & forte exécution.
C'eft fur le Port d'Abidos que fe palle
le quatrième ; la florte de Léandre eft préparée
; il va enlever l'objet de fon amour ,
& renverser la puiffance du Roi de Seftos.
Thermilis qui paroît , retarde pour quel
ques momens ce projet . Elle porte dans
cette Scéne l'amour , la jaloufie , les fareurs
qu'on devoit en attendre .
Les Matelots prêts à s'embarquer , for
ment un divertiffement agréable. Léandre
chante une Ariete charmante qui a été embellie
encore par l'art de l'Acteur * . On
s'embarque ; ce mouvement & ce fpectacle
terminent fort agréablement cet Acte.
La tendre Héro vient pendant la nuit
fur la terraffe de fon Palais , qui donne fur
* M. Jeliote.
JUIN. 1750. 123
nia mer; ce terrible Elément , l'obscurité
des ombres , les dangers que court pour
venir la joindre un amant qu'elle adore ,
font le fujet du Monologue qu'elle chante
Il eft fuivi d'un divertiffement formé par les
Prêtreffes de Vénus , confidentes de fon
amour. Athamas l'interrompt ; Thermilis
portée dans les airs , vient elle-même pour
annoncer le deffein de Léandre , mais elle
ne s'en remet point au fort douteux des
armes pour affûrer fa vengeance ; elle dé
chaîne les vents & fouleve les flots; on voit
& on entend une tempête horrible ; une
flotte difperfée périt, & le vaiffeau de Léandre
frappé de la foudre eft englouti ; Héro
qui en eft témoin , ne balance pas , elle fe
précipite dans la mer , & va s'unir pour ja
mais à l'objet de toute fa tendreffe .
Telle eft la marche théatrale de cet Opéra
; elle eſt auffi fimple que naturelle. L'idée
du Temple de l'Amour vengeur eft
neuve & forte il y a encore beaucoup d'adreffe
à avoir fait à la fois Thermilis , fille
d'Eole & magicienne ; en cherchant à découvrir
le fort du Roi de Seſtos , elle voit
le fien qu'elle ne cherchoit
Ce
pas.
a fourni un beau morceau de
moyen
déclamation au Muficien , au Poëte une fituation
très -théatrale , & à l'Actrice une
* La Demoiſelle Chevalier.
Fij
124 MERCURE DEFRANCE.
occafion de montrer le talent particulier
qu'elle a pour les rôles de ce grand genre.
Il y a dans chaque Acte des beautés pat
ticuliéres. La fête du premier étoit d'autant
plus difficile à bien remplir , qu'elle eft
dans un genre mille fois rebattu. On y a
pourtant entendu avec autant de furprife
que de plaifir des bergeries nouvelles. Les
coupures de danfe & de chants , qui amenent
le divertiffement , prouvent le goût
de l'Auteur de la mufique , & l'air que
danſe enfuite une bergere prouve ſon invention
; tout ce divertiffement a paru varié
& agréable.
Le Monologue du fecond Acte , fa ritournelle
, fes accompagnemens font fort
beaux , ils l'auroient paru même dans la
bouche d'un Acteur moins eftimable . * On
a trouvé beaucoup de force dans toute la
fête cruelle qui le fuit. La Chaconne du
troifiéme Acte a été unanimement applau
die. La fête des Matelots du quatriéme , &
celle des Prêtreffes du cinquième , le font
difputées long- tems le prix . On a été incertain
jufqu'à ce que l'Acteur chéri , qui
repréfente Léandre , a quitté le rôle ; alors
on n'a plus vû que Héro , ** & le cinquième
* M. de Chaffé a joué le rôle d'Athamas avec
la nobleffe & l'expreffion qui lui font propres.
** Mlle Fel.
F
JUIN. 1750. 125
5
Ete a pris le deffus ; Leandrea reparu , mais
za préférence étoit décidée .
Le peu de chofes qu'on rapporte n'eft
point une exclufion pour ce qu'on ne cite
pas ; à peine a-t'on parlé ici du Prologue.
Tout le monde cependant a loué & chanté
un bel air de violon , & la Parodie qui en
a été faite , mais les bornes d'un extrait
ne nous permettent pas de tout dire.
Ce motifnous force à paffer rapidement
fur les détails du Poëme , où le Public a
Trouvé quelques défauts , & beaucoup de
chofes très-agréables.
Avertiffement de M. Morand..
La répugnance & l'attention que j'ai
toujours eues à ne pas travailler fur des fujets
déja traités avec fuccès avant moi ,
m'engagent à prendre aujourd'hui une précaution
qui puiffe m'empêcher d'être regar
dé comme copifte ou plagiaire.
Il y a plus de quinze ans que j'ai fait un
Ballet Lyrique en trois Actes , un defquels
eft Léandre & Héro. Cet Acte étoit furement
compofé , & avoit même été répeté
avant qu'il fût queftion de l'Opéra de Léandre
& Héro, que deux Auteurs auffi diftingués
par leurs tal - ns que par leur naiffancevont
donner au Public. Des raifons inuti
F iij
126 MERCURE DE FRANCE
les à dire ici ont éloigné jufqu'à préfent la
repréſentation de ce Ballet , mais comme
il fe pourroit qu'étant quelque jour mis
fur la Scéne , on rendît , furtout à la
Mufique , la juftice qui lui eft due , je
ferois fâché qu'on pût m'accufer alors
d'avoir voulu me prévaloir de l'Ouvrage
d'autrui.
Ainfi j'ai crû devoir détacher ce petit
Poëme de fon tout , pour conferver ſeulement
ma datte d'ancienneté , & pour n'ètre
expofé à aucun reproche , lorfqu'il pa
roîtra , foit au Théatre , foit dans le re- .
cueil de mes effais en divers genres , qui
eft actuellement fous preſſe.
Nous ajoûterons à ce que M. Morand
vient de dire , qu'il a fait fauver Léandre
par Vénus , ce qui amene naturellement à
la fin de fon Poëme un divertiffement
très-agréable.
Les Comédiens François ont donné le
12 du mois de Janvier , Orefte , Tragédie
de M. de Voltaire , qui vient d'être imprimée
chez le Mercier & Lambert. Voici l'or.
donnance de ce Poëme.
Pammene , vieillard , qui a été témoin
du meurtre d'Agamemnon , déplore avec
Iphife cette funefte révolution dont ce
jour-là même on célebre la fête par ordre
JUIN. 1750. 127
d'Egifte ; il partage avec elle la' douleur
qu'elle a de voir Electre dans les fers.
Ma foeur esclave, ô ciel ! ô fang d'Agamemnon !
Un barbare à ce point outrage encor ton nom !
Electre.
C'eft-là , c'eft en ces lieux . .
Que j'ai vu votre pere attiré dans le piége ,
Car Se débattre & tomber fous leur main facrilége .
Pammene aux derniers cris , aux fanglots de ton
Roi ,
Je crois te voir encor accourir avec moi.
J'arrive , quel objet ! Une femme en furie
Recherchoit dans fon flanc les reſtes de ſa vie,
Tu vis mon cher Orefte enlevé dans mes bras ,
Entouré des dangers qu'il ne connoiffoit pas.
Piès du corps tout fanglant de fon malheureux
pere.
A fon fecours encor il appelloit fa mere,
!
Es-tu vivant encor ? As - tu fuivi ton pere ?
Je pleure Agamemnon, je tremble pour un frere:
Pammene.
Avez-vous donc des Dieux cublié les promeffes a
Avez-vous oublié que leurs mains vergere fles
Fij
128 MERCURE DE FRANCE
Doivent conduire Orefte en cet affreux séjour ,
Qu'il doit punir Egifte au lieu même où vous êtes,
Sur ce même tombeau , dans ces mêmes retraites?
Clitemneftre cherche à calmer la douleur
d'Electre , & à modérer fon efprit de
vengeance.
Vous pensez que je viens heureuſe & triomphante
Condaire dans la joye une pompe éclatante.
Electre , cette fête eſt un jour de douleur ;
yous pleurez dans les fers , & moi dans ma grandeur.
Llle eft agitée de remords & de cruels
preffentimens fur la vengeance d'Oreſte.
Je chaffai de mon coeur la Nature outragée ;
Je tremble au nom d'un fils, la Nature eft vengée.
Son agitation continue dans la Scéne
fuivante avec Egifte. Il a envoyé fon fils
Pliftene à Epidaure,pour le défaire d'Oref.
te , qu'il a appris s'y être retiré. Clitemneftre
abhorre ce projet & veut confulter
l'Oracle.
L'amour brava les Dieux , la crainte les confulte .
Dans la premiere Scéne du fecond Acte
Ofefte & Pilade nous apprennent que
Pliftene , fils d'Egifte , a péri en attaquant
Orefte dans Epidaure . Ils apportent fa
JUIN. 1750. 129
AR
endre dans une urne , qui doit être préentée
à Egifte , comme contenant les cen-
Ares d'Orefte. Clitemneftre intimidée par
a réponſe de l'Oracle , qui confirme fes
craintes fur le retour d'Orefte , propofe à
Electre l'hymen de Pliftene , dont elle
ignore la mort & dont on attend le retour.
Electre rejette cet hymen avec horreur.
-Dans ce moment Iphife vient lui apprendre
qu'elle foupçonne qu'Orefte eft de retour ;
ella a vû les offrandes que deux inconnus
ont déposées fur le tombeau d'Agamemnon ,
Elle a crû y reconnoître l'épée & l'anneau
de fon pere. Electre ne fçauroit ajoûter foi
à cette nouvelle. Clitemneftre lui a fait
entendre qu'Orefte n'eft plus.
J'ai cru voir , & j'ai vu dans les yeux interdits
Le barbare plaifir d'avoir perdu fon fils.

Dans la premiere Scépe du troifiéme Acte
un efclave une urne & une épée . porte
Orefte & Pilade , armés feuls pour punir
Egifte dans fon propre Palais , font trembler
Pammene , qui croit que c'est renter
le Ciel.
Ils vont , répond Pilade , en ſignalant fon pouvoir
oublié ,
N'armer que la Nature & la feule amitié.
Pammene court encourager les amis fe-
F v
130 MERCURE DE FRANCE
crets du fils d'Agamemnon , & répandre le
bruit de la mort d'Orefte , pour tromper
Egifte & Clitemnestre .
Electre qui voit l'urne & les Errangers
interdits , ne doute plus de la mort d'0-
refte , & croit qu'ils ont été les affatlins.
Elle le déclare à Orefte , qu'elle ne reconnoît
point depuis feize ans d'abſence & de
malheurs , & le faifit de cette urne, qu'elle
croit contenir fes cendres , & qu'Egilte
furprend entre les mains . La douleur où
il voit Electre le confirme dans l'opinion
de la mort d'Orefte. L'avidité qu'Egifte
lui- même montre pour ces tristes reftes
d'un infortuné , perfuade Electre que ce
font en effet les cendres de fon frere.
Egifte lui fait arracher cette urne qu'elle
tient entre fes bras , & il donne Elecre
elle-même comme efclave pour récompen
fe à Orelte , qu'il prend pour fon vengeur,
Le bruit qui commence à fe répandre dans
Argos de la mort da fils d'Egifte , met Orelte
& Pilade en danger. Pour prévenir l'effet
de ce foupçon , ils prennent la réfolution
d'éclater & d'attaquer le Tyran à force ou
verte , appuyés de Pammene & des autres
amis d'Agamemnon .
Orefte témoigne quelque regret à Pilade
de ce qu'ils préparent fa vengeance fut
Egifte fans en informer Electre , qui y
REST
131
JUIN
. 1750.
prend tant d'intérêt, & qui ne vit que pour
en jouir , & fans le découvrir à elle :
Quoi ! j'abandonne Electre à fa douleur mortelle
Pilade
Renfermez cette amour & fi fainte & fi pure.
Doit- on craindre en ces lieux de dompter laNature?
Electre voyant fuir Orefte.
Le perfide ! il échappe à ma vûe indignée.
Pour moi , pour ma vengeance il ne refte que moi.
Ah ! le barbare approche , il vient.....
! ie
Orefte.
Oma Patrie , ô terre à tous les miens fatale ,
Redoutable berceau des enfans de Tantale !
De quoi fuis - je puni , de quoi fuis - je coupable
Au fort de mes ayeux ne pourrai-je échapper ?
Electre avançant du fond du Théatre.
Qui m'arrête , & d'où vient que je crains de
frapper -
Avançons.
Orefte.
Quelle voix ici s'eft fait entendre !
Pere ,époux malheureux , chere & terrible cendre,
Eft ce toi qui gémis , ombre d'Agamemnon ?
Electre.
Jufte ciel ! eft- ce à lui de prononcer fon nom ?
F vj
132 MERCURE DE FRANCE,
D'où vient qu'il s'attendrit ? Je l'entends qui fou
pire.
Les remords en ces lieux ont- ils donc quelque
empire ?
Le voila feul , frappons .
je ne puis
....
Orefte.
.... meurs . traitre ...
Ciel ! Electre eft- ce vous ? Furieufe , tremblante ?
Electre.
Affaffin de mon frere , oui , j'ai voulu ta mort ;
J'ai fait pour te frapper un impuiffant effort ;
Ce fer m'eft échapé , tu braves ma colere ,
Je cède à ton génie , & je trahis mon frere.
Orefte.
Ab ! loin de le trahir .... Où me fuis- je engagé?
Sitôt
Electre,
que je vous vois , tout mon coeur eft changé,
Quoi ! C'est vous qui tantôt me rempliffiez d'al
larmes ?
Orefte.
C'eft moi qui de mon fang voudrois payer vos
larmes.
Electre.
Ah ! ne me trompez plus , parlez. Il faut m'apprendre
L'excès du crime affreux que j'allois entreprendre
JUIN. 133 1750.
Orefte.
O foeur du tendre Orefte ! évitez - moi , tremblezi
Si vous aimez un frere.
Electre.
Oui , je l'aime , oui , je crois
Voir les traits de mon pere , entendre encor fa
voix .
La Nature nous parle & perce ce mystére :
Ne lui refiftez pas , oui , vous êtes mon frere ,
Vous l'êtes , je vous vois , je vous embraffe , hélas !
Cher Orefte , & ta foeur a voulu ton trépas.
Orefte , en l'embraffant.
Le Ciel menace en vain , la Nature l'emporte.
Un Dieu me retenoit , mais Electre eft plus forte.
Electre.
A quoi m'expofois- tu , cruel , à t'immoler ?
Orefte.
J'ai trahi mon ferment.
Electre.
Tu l'as du violer.
Orefte.
C'eft le fecret des Dieux.
Electre.
C'est moi qui te l'arrache ,
134 MERCUREDE FRANCE
Moi qu'un ferment plus faint à leur vengeance
attache.
Que crains-tu ?
Orefte.
Les horreurs où je fuis deftiné ,
Les oracles , ces lieux , ce fang dont je ſuis né.
Electre.
Ce fang va s'épurer , viens punir le coupable.
Les oracles , les Dieux , tout nous eft favorable.
Ils ont paré mes coups , ils vont guider les tiens.
Electre à Pilade & à Pammene.
Ah ! venez , & joignez tous vos tranſports aux
n:iens.
Uniffez -vous à moi , chers amis de mon frere.
Pilade à Orefte.
Quoi , vous avez trahi ce dangereux myſtére ?
Pouvez-vous..
Orefte.
Si le Ciel veut fe faire obéir ,
Qu'il me donne des loix que je puiffe accomplit.
Nous n'avons pû réfifter à la tentation
de reproduire aux yeux des Lecteurs une
partie de deux belles Scénes qui ont dû ,
comme on le jugera fans doute , exciter
une violente agitation dans l'ame des Spectateurs.
Egifte fait arrêter Orefte & Pilade.
Electre implore pour eux l'appui de CliJUIN.
1750 .
135
75
temneftre , qui fur l'intérêt vif que fa fille
y prend , foupçonne que l'un des deux eft
Orefte : malgré fes craintes elle céde aux
inftances de fa fille.
Electre.
Ciel enfin tes faveurs égalent ton courroux ;
Tu veux changer les coeurs , tu veux fauver mon
frere ,
Et pour comble de biens tu m'as rendu ma mere.
Egifte fait arrêter Pammene , comme
complice d'Orefte & de Pilade.
Orefte vit encore , & j'ai perdu mon fils !
Le déteftable Orefte en mes mains eft remis
Et quel qu'il foit des deux , juſte dans ma colére ,
Je l'immole à mon fils , je l'immole à ſa mere.
Clitemnestre.
Eh bien , ce facrifice eft horrible à mes yeux.
…………. Affez de ſang a coulé dans ces lieux ;
Je prétends mettre un terme aux cours des homicides
,
A la fatalité du fang des Pelopides.
Electre à Iphife.
Où me conduifez - vous ?
Quel affront pour Orefte , & quel excès de honte !
Elle me fait horreur... Eh bien , je la furmonte ;
J'ai donc connu fa baffeffe & l'effioi !
136 MERCURE DE FRANCE,
Je fais ce que jamais je n'aurois fait pour moi.
A Egifte.
Cruel , fi ton courroux peut épargner mon frere ;
(Je ne peux oublier le meurtre de mon pere )
Mais je pourrois, du moins muette à ton aſpect ,
Me forcer au filence & peut- être au reſpect ,
Que je demeure eſclave , & que mon frere vive.
Egifte.
Je vais frapper ton frere , & tu vivras captive ;
Ma vengeance eft entiere ; au bord de fon cercueil
Je te vois fans effet abaiſſer ton orgueil.
Clitemnestre.
Egifte , c'en est trop , c'est trop braver , peut-être ;
Et la veuve & le fang du Roi qui fut ton Maître
Je t'aimai , tu le fçais , c'eft un de mes forfaits.
Et le crime fubfifte , ainsi que mes bienfaits.
Mais enfin de mon fang mes mains feront avares ;
Je l'ai trop prodigué pour des époux barbares ;
J'arrêterai ton bras levé pour le verfer !
Tremble , tu me connois .... tremble de m'offenfer.
Dimas vient annoncer à Egifte qu'Orefte
eft reconnu , & que le nom du fils d'Agamemnon
réchauffe le coeur des foldats ,
& caufe de l'agitation dans l'armée ;
Egifte le fuit pour aller confommer ſa vengeance.
Clitemneftre eft rélolue à fauver
JUIN. 1750 .
137
n même tems fon fils & fon époux .
lectre eft défolée de voir , que malgré
'humiliation où elle s'eft abbaiffée en pré
ence d'Egifte , fon cher Orefte foit encore
xposé aux mêmes dangers .
Que font tous ces amis dont fe vantoit Pammene ,
Ces peuples dont Egifte a foulevé la ĥainę ,
Ces Dieux qui de mon frere armoient le bras vengeur
,
Er qui lui défendoient de confoler fa foeur ?
Pilade vient annoncer à Electre qu'elle
eft libre , qu'Orefte regne , & que le Ciel
! eft obéi .
Electre.
Quel miracle a produit un deſtin ſi profpére
Pilade.
Son courage , fon nom , le nom de votre pere ,
Le vôtre , vos vertus , l'excès de vos malheurs ,
La pitié , la juftice , un Dieu qui parle aux coeurs.
Orefte , le tournant vers fes fiers Satellites ,
Immolez , a-t'il dit , le dernier de vos Rois ,
L'ofez-vous ? A ces mots , au fon de cette voix
A ce front où brilloit la majefté fuprême
Nous avons tous crû voir Agamemnon lui - même
Qui perçant du tombeau les gouffres éternels
Revenoir en ces lieux commander aux mortels .
Dans les bras de ce peuple Orefte étoit porté,
138 MERCURE DE FRANCE
Egifte avec les fiens d'un pas précipité
Vole , croit le punir , arrive & voit fon maître,
O jour d'un grand exemple ! O juftice ſuprême !
Des fers que nous portions il eft chargé lui-mèuz

Orefte parle au peuple , il refpecte la mere ,
Il remplit les devoirs & de fils & de frere :
A peine délivré du fer de l'ennemi ,
C'estun Roi triomphant fur fon Trône affermi.
Electre.
Ah ! Pammene , où trouver mon frere , mon vene
geur ?
Pourquoi ne vient- il pas ?
Pammene.
Cette tombe eft l'Autel
Od ſa main doit verfer le fang du criminel ;
Daignez l'attendre ici , tandis qu'il venge unpere.
Mais ce fpectacle horrible auroit fouillé vos yeux,
Electre.
Maisque fait Clitemneftre en ce comble d'horreur?
Pammene.
Clitemneftre en proye à fa fureur ,
De fon indigne époux défend encor la vie.
Four
Fle
C
RESSE
139
JUIN
. 1750
.
-ur ce grand criminel qui touche à ſon trépas
Le demande
grace & ne l'obtiendra pas.
Iphife.
h ma foeur ! ah Pilade ! Entendez - vous ces cris ›
Ele&re.
"eft ma mere .
Pammene.
Elle-même.
Clitemnestre derriere la Scene,
Arrête!
Jphife.
Ciel !
Clitemneftre.
Electre.
Mon fils !
11 frappe Egifte : acheve , & fois inexorable ;
Venge-nous , venge-la , tranche un noeud fi cou
pable ,
Inmole entre fes bras cet infâme affaffin ;
Frappe , dis-je .
O destinée !
Clitemnestre.
Mon fils.... j'expire de ta main.
Pilade.
Iphife.
O crime !
Ele&re.
Ah trop malheureux frere !
140 MERCURE DE FRANCE
Quel forfait a puni les forfaits de ma mere !
Jour à jamais affreux !
Orefte.
O terre entr'ouvre- tois
Clitemneftre , Tantale , Aftrée , attendez- moi ,
Je vous fuis aux Enfers , éternelles vicmes ;
Je difpute avec vous de tourmens & de crimes,
Ele&re.
Qu'avez-vous fait , cruel ?
Orefte.
Elle a voulu fauver ....
Et les frappant tous deux.... je ne puis achever
Electre.
Quoi ! de la main d'un fils ! quoi par ce coup fa
Yous ? ..
nefte ,
Orefte.
Non , ce n'eft pas moi ; non ce n'eft point Oreste,
Un pouvoir effroyable a feul conduit mes coups.
Exécrable inftrument d'un éternel courroux ,
Banni de mon pays par le meurtre d'un pere ,
Banni du monde entier par celui de ma mere ,
Patrie , Etats , parens que je remplis d'effioi ,
Innocence , amitié , tout eft perdu pour moi.
Soleil, qu'épouventa cette affreuſe contrée ,
Soleil , qui reculas pour le feftin d'Atrée ,
Tu luis encor pour moi , tu luis pour ces climats !
JUIN. 1750. 141
ans Péternelle nuit tu ne nous plonges pas !
h bien, Dieux de l'Enfer, puiffance impitoyable,
jeux qui me puniffez, qui m'avez fait coupable ,
--h bien , quel eft l'exil que vous me deſtinez ?
Quel eſt le nouveau crime où vous me condamneza
arlez ... vous prononcez le nom de la Tauride ;
'y cours , j'y vais trouver la Prêtreffe homicide,
Qui n'offre que du fang à des Dieux de courroux,
i des Dieux moins cruels, moinsbarbares que vous.
C'est ainsi que M. de V. d'après Sophole
, a confervé dans fa cataſtrophe tout ce
" que ce terrible fujet a de tragique & de
théatral. La difpofition mal entendue de
notre Scéne , & l'affluence importune &
tumultueufe des jeunes gens qui s'y entretiennent
fouvent fans aucun égard de toute
autre chofe que de ce qui y fixe l'attenstion
des Spectateurs , lui font regretter
qu'on n'ait pas
pas pû exécuter fur le Théatre
de Paris , comme fur celui de Verfailles ,
cette cataſtrophe telle qu'il l'avoit donnée
& que nous venons de la tranfcrire . Les
cris de Clitemnestre , qui faifoient frémir
les Athéniens , & qui feroient la même
impreffion fur les François , qui ont une
ame fenfible & le goût du grand pathétique,
ces cris qui feroient fi touchans , fi pénetrans
dans le filence , pourroient-ils furmonter
"
142 MERCURE
DE FRANCE
les bruyans éclats d'une jeuneffe brillance
& inattentive , qui daigne à peine la
couler les Acteurs jufqu'à une petite partie
du Théatre qu'elle femble leur laiffer
regret , & où cependant ils devroient être
feuls ? En faifant la comparaifon de la ma
niere que M. de V. fouhaiteroit qu'on pró
férât pour terminer fa Tragédie d'Orefte ,
avec celle qu'on a priſe , on ne peut s'empêcher
d'être de l'avis de cet illuftre Auteur
, & de partager fes plaintes fur l'iné
gularité & l'indécence de la repréfentation
de nos Tragédies.
Ces inconvéniens , qui feroient peutêtre
un peu moins choquans dans la repréfentation
des Comédies , par des confidérations
que nous ne pouvons rapporter
ici , font d'autant plus affligeans pour les
amateurs du Théatre , que nous avons
des Acteurs excellens dans tous les genres
, & qui méritent toute l'attention du
Public.
Dans la repréfentation
d'Orefte, les Demoiſelles
Dumefnil & Clairon ont mon
tré , l'une dans le rôle de Clitemneftre , &
f'autre dans celui d'Electre , tout ce que
Pimpreffion la plus vive & la plus énergique
d'une jufte douleur peut prendre d'af
cendant fur les coeurs . Mrs Grandval &
Rozelli ont joué avec l'intelligence que
JUIN.
1750. 143
at le monde lert connoît , les rôles d'Ofte
& de Pilade .
Nous n'ajoûterons rien au compte que
->us venons de rendre de la Tragédie d'O.
fte. Le Public qui y a trouvé la fimplité
qui étoit particuliere aux Grecs , le
ntiment qui eft commun à toutes les Naons
& le pinceau de l'Auteur de Zaïre ,
Aérope , &c. a paru fouhaiter que les Au
eurs du Mercure fe bornaffent aux foncions
de fimples Hiftoriens. Nous entrors
olontiers dans des vûes fi fages , nous eſerons
que perfonne ne réclamera contre
in ufage qui aura commencé par M. de
Voltaire.
Le Jeudi 30 Avril dernier , Mlle Soulé
débuta fur le Théatre François par les rô
les de Mélite dans le Philofophe Marié , &
d'Ifabelle dans l'Ecole des Maris : elle a
joué les jours fuivans Celie dans le Jaloux
défabufé ; Agathe dans les Folies amoureufes
, & elle a fini par le rôle de Rodogune
dans la Tragédie de ce nom, Dans tous ces
differens perfonnages on a reconnu dans
P'Actrice , qui les repréfentoit , beaucoup
d'intelligence & de vérité; elle n'a dû qu'à
fes propres talens les applaudiffemens dont
elle a été honorée , n'y ayant à Paris perfonne
qui la connût, lorfqu'elle y eft venue
débuter.
144 MERCURE DE FRANCE
Les Comédiens Italiens ont repréfente
le 4 Mai dernier avec beaucoup de fuces ,
le Provincial à Paris , Comédie nouvelle
en trois Actes . M. Moiffy , Garde du Corps,
en est l'Auteur , & elle eft imprimée chez
Caillean , rue Saint Jacques, à Saint André,
Cette Piéce eft en vers , elle avoit d'a
bord été faite en cinq Actes , & on devoit
la jouer après Pâques à la Comédie Françoife.
Un Acteur, qui étoit chargé du rôle
principal , eut befoin de repos , & la Piéce
fut renvoyée à un autre tems. L'Auteur ,
piqué , la mit en trois Actes , & la coupa
pour le Théatre Italien , où elle a eu is
repréſentations . En voici l'idée .
Un homme de Robe de Provence envoye
à Paris fon neveu pour s'y former, &
il l'adreffe à un ancien ami fort gai , très
honnête homme & affez Philofophe. Cet
ami a deux nieces . Cidalife eft une jeune
coquette , légere , badine , un papillon ,
telle que font nos jolies femmes . Lucile
eft aimable, timide , & telle en un mot que
les femmes eftimables doivent être.
Le jeune Provincial n'a que 20 ans ; il
trouve Cidalife charmante, prend fes gouts,
fon ton , les airs , & ne s'apperçoit pas leulement
de Lucile.
Celle-ci a pris de l'inclination pour lui ,
elle la combat en vain , elle eft plus forte
que
JUIN. 1750. 145
ue fa raifon ; tout ce qu'elle peut gagner
ur elle-même , c'eft de cacher la foibleffe,
Les chofes font dans cet état, lorſque l'onle
de Province arrive , & vient s'éclaircir
par lui-même des progrès de fon jeune neveu
; il l'examine , il ne trouve qu'un fat.
Cependant fon vieux ami enchanté du
jeune Provincial , a conclu fon mariage
avec Cidalife , qui aux yeux de l'oncle de
Province , ne vaut pas mieux que fon
étourdi de neveu.
Par bonheur Cidalife fe met dans la tête
de fe moquer de la trifte , de la timide Lucile
, & elle imagine , pour connoître
mieux fon caractére , & comme une chofe
fort plaifante , que le jeune Provincial
faffe femblant de l'aimer .
Son projet tourne contre elle-même. Le
jeune homme trouve dans Lucile un caractére
qui l'enchante . L'Amour lui ouvre les
yeux fur les ridicules de Cidalife & fur fes
propres travers. Il eftime , il adore Lucile,
il fe corrige. L'Amour fait ce miracle , &
d'un jeune fat il fait un amant fort tendre,
& un très- galant homme.
Pour donner une idée du ftyle de l'Auteur
de cette Piéce , nous tranferirons une
partie de la Scéne neuviéme du fecond Acte,
elle roule fur les ridicules à la mode , fur
les inconféquences du grand monde , fur
11. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE
les moeurs , les façons de penfer diferentes
des divers quartiers de Paris .
Lifimon.
Je partirai , vous dis-je.
Oronte.
> Oh ! je veux mon cher Maître.
Lifimon.
Vous me preffez en vain . . . .
L'ennuyeufe Province a pour moi plus d'appas
Que ce brillant Paris à qui je ne plais pas.
Au fauxboug Saint Germain j'ai rifqué ma vifite ;
J'ai crû que le même art qui dans ce quartier-ci
Dans plus d'un fameux cercle avoit tant réuffi ,
Dans l'autre me rendroit un ſemblable ſervice ,
Mais c'eſt un autre monde où j'ai paru novice ,
Au point qu'il doute encor fi j'ai le fens commua.
Oronte.
Sa franchiſe fans doute aura choqué quelqu'un,
Lifimon.
Non , Monfieur ,fans vouloir vous faire un vain
phancôme ,
J'ai trouvé qu'on parloit tout un autre idiôme ,
Que cet autre quartier eſt un autre Univers ,
Qu'ici paffer un Pont , c'eft traverfer les mers,
Que tous vos habitans d'humeur douce &facile ,
Sont hors de leurs foyers , étrangers dans leur Ville,
Et que pour le flatter de plaire dans Paris ,
U
A
La
E
Q
JUIN. 1750 .
147
faudroit qu'un homme eût mille fortes d'efprits.
Oronte.
In homme raisonnable a de l'efprit par tout ,
Paris plus qu'ailleurs il contente fon goût.
a raiſon que tu fais habiter en Province ,
intre nous , n'a d'un mérite fi mince paru
Que je n'ai jamais pû dans fes plus beauxféjours
Y tenir , tu le fçais , plus de cinq ou fix jours .
Qu'y trouve-t'en , dis-moi ? faux fçavans qui differtent
,
Ou médifans cruels & qui vous déconcertent ;
Froids railleurs , qui riant tous feuls de leurs propos,
Courent après l'efprit & ne font que des fots ;
Eternels raconteurs , & de la même hiftoire ,
Dont il faut , malgré foi , fe charger la mémoire ;
Ou difcoureurs plus gais , gliffant d'un ton précis
Des impromptus qu'ils ont appris de pere en fils ;
Triftes complimenteurs que leurs lourdes careffes
Rendent fort impolis par trop de politeffes , &c.
M. de Moiffy montre tant de talent ,
qu'on peut , fans craindre de lui déplaire ,
relever quelques fautes légeres qui lui font
échappées.
Il y a dans fa Comédie des expreffions
impropres & des conftructions forcées ,
comme dans ces quatre vers.
De Comtes , de Marquis , j'ai formé mes amis....
G ij
148 MERCURE DE FRANCE
Dans quelque affreux deſert gémir notre infortunat
Mon amour lui déplaît ,& mon propos l'effuſque…..
Qui nous volent ainſi notre oncle précieux.
On trouve des négligences dans la fabrique
des vers, & des fautes contre les premieres
régles de la verfification , comme
dans les hémiftiches des deux fuivans ,
dont l'un eft terminé par une fyllabe féminine
fans élifion , l'autre par une fyllabe
mafculine , qui forme un hiatus.
. . Cet entretien fecret
Avoit ,fuppofons- le , pour principal objet ...
Oronte , viens ici , allons adroitement. ...
Il y en a , & c'eft fans doute la faute de
l'Imprimeur , où il manque le nombre néceffaire
de fyllabes . Cléodon dit , Scénę
cinquième , Acte troifiéme,
Lucile ciel ! Lui.
Arlequin répond.
Quoi ! fans nous avertir
Toutes ces taches légeres que nous rapportons
avec franchife , n'empêchent pas
que la Piéce en général ne foit écrite du
bon ton de la Comédie.
Les Comédiens ont joint à la repréfentation
de cette Piéce un Ballet nouveau ,
ce font les Ages en récréation , il eft nom-.
D
JUIN. 1750. 149
eux & varié. Le Public a donné dans
Cette occafion de nouveaux éloges à M.
ehere , qui en eft le Compofiteur .
NOUVELLES ETRANGERES.
DE
CONSTANTINOPLE , le S Mai.
L
A fanté du Grand - Seigneur a été pendant quelque
tems en aflez mauvais état , & l'on n'étoit
point fans crainte de perdre ce Prince , qui s'eſt
at aimer par fon caractere doux & pacifique. Le
de ce mois , après avoir été pendant quelques
ademaines renfermé dans le ferrail , il fortit pour
aller à la Moſquée & le montrer au peuple , qui
fe plaignoit d'avoir été fi long - tems fans le voir ,
& qui témoigna d'une maniere éclatante , la joye
que la préfence de S. H. lui caufoit.
Depuis , il y a eu dans cette Ville un grand incendie
, par lequel neuf à dix miile maiſons ont
été confumées. Le Grand- Seigneur , quoique fon
ufage foit dans ces fortes d'occafions d'aller accompagné
des principaux Officiers de l'Empire ,
contribuer par la préfence fa à remédier au défordre ,
ne s'eft point montré dans celle-ci , parce qu'il
étoit retombé malade . Il s'eft , au fujet de cet incendie
, répandu des bruits défavantageux aux Janiflaires.
Ces bruits ont caufé la dépofition de leur
Aga , qu'on a dès le lendemain embarqué fur une
Galere , qui doit le porter au lieu de fon éxil. On
a mis en fa place le Kioul-Kiaïa , ou Lieutenant
Général des janiffaires.
Plufieurs Couriers , venus confécutivement des
frontieres de la Perfe , ont apporté depuis peu la
nouvelle d'une révolution arrivée dans ce Royau-
Gj
150 MERCURE DE FRANCE.
vaul
Fre!
24
Au
5.
f
F
C
me. Ali Kouli -Kan , qui régnoit fous le nom Dép
brahim - Schach , fe flattant qu'à l'aide des Agua
& des mefures qu'il avoit puifes , il rédaironi
lement les factions , qui s'étoient armees come
lui , étoit parti d'Ifpaham avec une nombreuſe xinée
, commandée fous les ordres par les pr
paux Kans du Royaume Il attaqua dans les en
rons de Cafbin l'armée des Rebelles , qu'i nep
voit pas être prefque auffi forte que la fienre ,
perdit la bataille , & refta prifonnier . Le Chef des
Rebelles s'étant auffi - tôt fait proclamer Schach, ou
Roi de Perfe , s'eft mis en marche pour aller faire
reconnoître fon autorité dans Ifpaham , où sestêtes
des Kans tués les armes à la main , ou faits prifca.
niers , ont précedé fon arrivée , pour être expolées
dans les rues de cette grande Ville , comme un
trophée de la victoire. A l'égard d'ibrahim- Schach,
il lui a fait crever les yeux , & Pa renfermé dans
une Fortereffe, en attendant qu'il ait décidé s'il lui
laiſlera la vie.
DE PETERSBOURG , le 2 Mai
La Flotte Impériale doit être prête à mettre en
mer , le 15 ou le 18 du mois prochain , pour aller
croifer dans la Mer Baltique , à deffein foulement
d'exercer les équipages . Les Officiers de Manne
de Revel & des Ports voifins , out eu ordre de ne
pas quitter leurs départemens
Les avis de Wybourg , Capitale de la Carélie
en Finlande , portent que tout eft tranquille depart
& d'autre fur les frontieres de cette Province , &
l'on ne parle plus d'y faire marcher de nouvelles
Troupes . L'Artillerie , que l'on y conduifoit , a eu
ordre de s'arrêter fur la route .
Les , une nombreufe députation , compofée des
principaux Chefs des Cofaques de l'Ukraine , est
une Audience particuliere de l'Impératrice. Ces
Γ
0
0
{
JUIN. 151 1750.
Députés étoient arrivés ici quelques jours aupara
vaut , pour remettre au Comte de Rafoumofski ,
Président de l'Académie des Sciences , le Diplôme
d'Atteman, ou Grand Général de leur Nation. Leur
Audiance n'eut pour objet , que de demander à
S. M. Impériale qu'elle approu ât le choix qu'ils
- avoient fait. Non- feulement Pimpératrice a confirmé
l'élection du Comte Rafoumofski ; elle a de
plus regié , qu'au lien que jufqu'ici les Attemans
des Cofaques n'avoient eu que le rang de Lieutenans
Généraux , ce Comte auroit le même rang
que les plus anciens Généraux en chef ; qu'il feroit
qualifié de Grand Général & de Haut & Puffant
Seigneur , & qu'en cette qualité , lorsqu'il feroit à
la Cour , il auroit une garde compofée de so.Gre
nadiers & commandée par un Lieutenant .
DE STOCKHOLM , le 22 Mai.
La Flotte du Roi , confiftant en 12 Vaiffeaux de
Ligne , 8 Frégates , 6 grands Prames , so Galeres
& qulques autres Bâtimens armés , n'attend que
fes derniers ordres pour mettre en mer.
Le Chevalier d'Aldecoa , chargé des affaires
d'Efpagne en cette Cour , depuis le départ du
Marquis del Puerto , jufqu'à l'arrivée du Marquis
Grimaldi , eft parti ce matin pour retourner en
Elpagne y prendre poffeffion d'une place de Premier
Commis dans la Secretairerie d'Etat. Le Roi
lui a fait préfent d'une tibatiere d'or & d'une
bague de grand prix , & lorfqu'il prit , il y a quel
ques jours , les Audiances de congé , S. M. & le
Prince Succeffeur , ainfi que la Princeffe fon épou..
fe , lui témoignerent de la maniere la plus gracieuſe
, combien ils étoient fatisfaits de la conduite
qu'il avoit tenue en cette Cour.
Giiij
152 MERCURE DE FRANCE
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 9 Mai, ୨
'Impératrice- Reine vient d'établir une Com
miffion compofée du Comte de Choteck ,
qualité de Président , & de Mrs Kranigftett , de
Morck & de. Koller , Confeillers de Cour , & de
M. Sadtler, Confeiller de Guerre , en qualité d'Affeffeurs.
Cette Commiffion eft chargée de l'exécution
des nouveaux arrangemens pris au fujet
desInvalides. Deux mille feront entretenus ici dans
la maifon qui leur eft deftinée , deux mille à Prague
, mille à Pettau en Stirie , & mille en Moravie
& dans la partie de la Siléſie , qui dépend de l'Impératrice
.
On a rendu public le Réglement fait par l'Impératrice
Reine , pour l'entretien des Invalides
dans les Etats héréditaires . On y diftingue ceux
qui ne font plus en état de fervir d'avec ceux qui
font encore en état de remplir quelques fonctions
militaires. Parmi ceux qui feront dans le premier
cas , les Colonels auront 800 florins de penfion ;
les Lieutenans Colonels , soo ; les Majors , 400 ;
les Capitaines , 300 ; les Capitaines Lieutenans ,
150 ; les Lieutenans , les Quartiers Maîtres , les
Enfeignes , les Cornetes & les Aides de Camp ,
100 ; & le refte à proportion des Grades , & felon
les pays où les Invalides feront diftribués . Pour
ceux qui feront dans le fecond cas , les Colonels
faifant du fervice , joüiront de mille florins dans
l'Hôtel des Invalides , & de 12 cens hors de l'Hô
tel ; les Lieutenans Colonels & les Majors , de 600
ou de 700 ; les Capitaines , de 400 ; les Capitaines
Lieutenans & les Lieutenans , de 1 5o ; les Quar
BI
C
C
1
JUIN.
133 1750.
ers Maîtres , de 100 ou de 200 ; les Enfeignes ,
s Cornetes & les Aides de Camp , de iso ; & le
efte à proportion des Grades , & c.
DE DRESDE , le 12 Mai.
Le Comte de Wratiflan , Grand Maître de la
Maifon de la Reine , Premier Miniftre des Conférences
du Roi , & Chevalier de l'Ordre de l'Aigle-
Blanc , eft mort depuis peu dans fes Terres en
Bohême. Il étoit âgé de 71 ans.
On a appris par un Exprès venu de Warfovie ,
que l'ouverture du Senatus Concilium , s'étoit faitė
Te 4 au Château en préſence du Roi ; que les Séances
avoient été continuées les trois jours fuivans ;
que le Confeil s'étoit féparé , après avoir réfolu
que l'on tiendroit une Diete extraordinaire à Warfovie
; & que la Nobleffe de Lithuanie avoit paru
peu fatisfaite de ce qu'au lieu de cette Aſſemblée ,
on n'avoit pas pris le parti de tenir une Diete ordi
naire à Grodno.
DE BERLIN , le 30 Mai.
Par une Ordonnance publiée depuis peu , S. M.
exempte de tous droits les marchandifes du cru
de la Pologne , qui feront voiturées par terre aux
Port de la Poméranie- Pruffiene.
Le Roi confidérant que les Monnoies ne méritoient
pas moins fon attention que l'adminiſtration
de la Juftice , donna fes ordres & communiqua
fes vues , il y a quelque tems à ce fujet , à M.
de Grauman , Directeur des Monnoies. En conféquence
du plan dreffé par ce Directeur , M. Elmke,
Sous- Directeur , eft allé depuis quelques jours à
Breslau , pour paffer enfuite à Konifberg , & de-là
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
à Cleves , afin de faire exécuter dans touteser
Monnoies des Etats du Roi la réforme projec
par
S. M.
L'Affemblée publique , que l'Académie Rove
des Sciences & Belles- Lettres de Pruffe tint le 21 ,
fut terminée par la lecture que M. d'Arnzali
d'une Epitre en Vers François , Sur les Beaux- bo
les diferens fuccès qu'ils ont eus en diferens Pay
On diftribua dans la même Affemblée le Program
me du Prix proposé pour l'année 1752. Il a pour
fujet un point d'hiftoire effentiel à l'Hote de
Brandebourg. Dans le tems de la grande migra
tion des peuples , qui fe fit vers le commencement
du cinquiéme fiécle depuis Jefus Chrift , les Suéres
& les Vandales quitterent le Nord de l'Allemagne,
pours établir dans les Provinces de l'Empire Romain
; & les Provinces qu'ils abandonnerent furent
occupées par des Vénedes , peuples de l'Efclaronie
, qui s'y maintinrent pendant plufieurs fiècles.l
s'agit de fçavoir dans quel tems les Peuples , orignaires
d'Allemagne , revinrent habiter les mêmes
Contrées. C'est pour éclaircir ce point d'histoire,
jufqu'ici très obfcur , & fur lequel on ne trouve
rien de fatisfaifant dans les Hiftoriens de Brandebourg
, que la claffe des Belles Lettres demande :
1. Dans quel tems les Peuples Allemands font rentrés
dans la poffeffion des Marches , qui font entre l'Elbe
& l'Oder , auffi-bien que de la Nouvelle- Marche &
de la Pomeranie ? II. D'où l'on ti a les ColoniesAllemandes
, que l'on établit dans ces Contrées ; & es
même tems comment & fous quelles conditions elles
5 furent établies ? III . Quelles furent les mesures &
les précautions , que les Allema ds prirent pour fe
maintenir pour affoibler les Vénedes , qu'ils trouverent
dans lePays IV. Il eft confiant que les Peuples
Allemands , qui s'établirent dans les Gaules , en
1

JUIN. 1750.
155
,
Eſpagne & en Italie , adopterent infenfiblement la
Langue des Peuples qu'ils avoient foumis , au lieu
que la Langue des Véneles s'eft entièrement perdue
dans les Marches . Quelle eft la raifon de cette diffe-
Tence dans quel tems la Langue des Vénedes at'elle
ceffé d'être en ufage dans ces Contrées ? Les
Sçavans de tous les pays , à l'exception des Membres
ordinaires de l'Académie , font invités à travailler
fur cette Queftion . Le prix , comme l'on
fçait , confifte en une Médaille d'or du poids de
so ducats. Les pièces écrites d'un caractere lifible ,
doivent être adreflées au Profefleur Formey , Secretaire
perpétuel de l'Académie , & remifes avant
le premier de Janvier 1752 , terme après lequel
aucune ne fera reçue , quelque raifon de retardement
que l'on puifle alléguer en fa faveur . Les
Auteurs ne fe nommeront point , fe contenteront
de mettre à leurs Differtations une dévife , avec un
billet cacheté, contenant leur nom & leur demeure .
Par le fajet du prix propofé en 1748 , pour cette
année 1950 , lequel rouloit fur une Queftion tirée
de la Méchanique , on avoit demandé la théorie de
la résistance que fouffrent les corps folides dans leur
mouvement en paffant par un fluide , tant par rapport
à la figure & aux divers dégrés de vitesse des corps ,
qu'à la denfité & aux divers dégrés de compreffion du
fluide . L'Académie n'ayant pas eu lieu d'être fatisfaite
des Piéces qu'elle a reçues , déclare dans fon
Programme Qu'elle fouhaite que ceux qui ont
travaillé fur cette Queftion , auffi - bin que ceux qui
s'y appliqueront de nouveau , apportent plus de foin à
accorder leur théorie avec l'expérience , en prouvant
que la quantité de réfftance qu'ils auront trouvée ,
tant par rapport à la figure , que par rapport à la vireffe
du corps qui fe mout dans unfluide , eft prérifé
ment la même qu'on obferve . Elle recevra jufqu'au
>
G vj
56 MERCURE DE FRANCE
premier de Janvier 1752 , de nouvelles Piéces f
ce fujet , ou des Supplémens aux Piéces envoyé
ci- devant. Le Programme finit par rappeller le
fujet du prix de 1751 , pour lequel on ne receva
les Piéces que jufqu'au premier de Janvier prochain.
Il concerne la Queftion fuivante , tirée de
la Morale : Les événemens de la bonne ¿de la mu
vaife fortune dépendant inconteftablement de la Volonté
, ou du moins de la Permiffion de Dieu , à l'égard
duquel ce que nous appellons fortune , n'eft qu'us
vain nom deftitué de réalité. On demande : Si us
événemens obligent les hommes à la pratique de certains
devoirs , & queile eft la nature & l'étendue
de ces devoirs ?
DE FRANCFORT , le 17 Mai.
Les Réformés ayant , comme on le fçait , ob
tenu la permiffion d'avoir une Eglife dans cette
Ville , la Régence a jufqu'ici différé de prendre
les mesures néceffaires à ce fujet. Les repréfentations
que les Réformés ont faites à l'Empereur ,
ont produit un nouveau Refcrit , que M. de Bark
hauff , Confeiller Aulique de S. M. I. reçut il y a
quelques jours , avec ordre de le communiquer à
fa Régence. Sur l'invitation de ce Miniſtre , la Régence
nomma deux Députés pour aller s'inftruire
des intentions de l'Empereur. Ces Députés s'étant
rendus chez M, de Barkhauff, il leur fit la lecture
du Refcrit Impérial , qui porte en ſubſtance ; Que
Empereur n'apu voirfans mécontentement les délais,
dont on a fucceffivement usé , pour différer d'accorder
en cette Ville une Eglife aux Réformés ; qu'il ordonne
de nouveau & abfolument que cette Eglife leur fait
accordée fans aucun retardement ; qu'après cette der
n'ere déclarationfiformella defes intentions acet égard,
f
JUIN. 1750. IST
la Régence n'y ſatisfait pas au plutôt , S. M. I. l'y
ontraindrapar voye d'exécution , en envoyant en cette
ille une Commiſſion chargée de fes ordres , conforménent
au droit que lui donne fa qualité de Juge Su
réme dans l'Empire. Les Députés ayant fait le rap
sort de ce Refcrit aux differens Colleges de la
Magiftrature , ces Colléges ont reçu de la maniere
la plus refpectueule la communication des ordres
de l'Empereur , & ces jours paffés , ils fe font affemblés
plufieurs fois pour délibérer fur les moyens
de s'y conformer , de maniere que les anciens
Priviléges de cette Ville n'en reçoivent aucune
Batteinte.
Calea
Les Députés de la Régence de cette Ville fe
rendirent ces jours paffés chez M. de Barckauff ,
Confeiller Aulique de l'Empereur , & lui déclarerent
en réponſe au Refcrit Impérial , qu'il leur
avoit communiqué quelque tems auparavant
Que , quoique la Régence fut pénétrée du plus profond
respect pour l'Empereur , & qu'elle fût parfaitement
difposée à fe conformer aux intentions de S.M. I. læ
plupart des Membres dont les Colleges de la Magiftraure
étoient composés , perfiſtoient , pour les raisons
qu'ils avoient ci devant exposées, à s'opposer à ce que
les Réformés euffent publiquement une Egliſe en cette
Ville , & que la Régence ne voyoit aucun autre moyen:
de remédier à cet inconvénient , que de laiffer les chofes
fur le pied qu'elles étoient. M. de Barcкauff , en
fe conformant à la teneur du dernier Refcrit Impérial
, fe fervit des termes les plus forts , pour
représenter aux Députés de la Régence , combien
il étoit à craindre que ce refus obftiné n'irritât
P'Empereur , qui jufqu'alors avoit bien voulu ne fe
fervir que de la voye de perfuafion , au lieu des
moyens que fa dignité de Chef Supiême de l'Em.
pire le mettoit en droit d'employer d'abord. I
15S MERCURE DE FRANCE
ajoûta : Qu'il ne refloit donc plus à S. M. I.
faire ufage de toute fon autorité ; que la Magi
ture de Francfort s'expoloit aux voies d'exécution ,
qu'elle ne pourroit accufer qu'elle même de ce que ta
fortes de voies auroient de défagréable pour elle.
LE
PORTUGAL.
DE LISBONNE , le 28 Avril.
Es de ce mois , le P. Mai re Joam Bauta
Carbone , de la Compagnie de Jefus , Recteur
du Collège de S. Antam de cette Vile , y
mourut après 11 jours de maladie , & 41 ans de
Profeffion Religieuſe , à l'âge de 55 ans & 6 mois,
Il étoit d'Orfa dans le Royaume de Naples ; & le
défir de s'employer aux Miffions de Maranham ,
l'avoit fait venir en Portugal . Le Roi , qui fut informé
de les talens , & qui voulut qu'il le fini
fon fervice , l'a pendant 18 ans employé dans les
affaires les plus importantes du Gouvernement. Le
P. Carbone s'y conduifit toujours avec autant de
vigilance , de fidélité , de zéle our le bien public,
que de charité pour les pauvres . Les affaires pu
bliques ne lui firent jamais négliger les devoirs de
fon état. Il s'étoit réfervé du tems pour vaquer
la priere , difoit tous les jours la Meffe , & fe
chargeoit volontiers des fonctions les plus pénibles
de fon Inftitut . Il fut enterré le même jour au foir
dans l'Eglife du College , avec un concours ex
traordinaire de la Nobleffe de la Cour , des Religieux
de tous les Ordres . & du peuple , qui le regrettoit
comme fon pere. Les Religieux Auguf
tins , par eftime pour le Défunt & par attachement
pour la Compagnie, célébrerent les Obfeques avec
La plus grande folemnité.
C
JUIN.
If 17501
ESPAGNE.
DE MADRID , le 12 Mai.
Ar les nouvelles que l'on a reçues à Aranjuez
Parvoyage de la Bucheffe de Savoye, on upprend
que dans les differens lieux de fon paffage ,
elle reçoit des peuples toutes fortes de témoiguages
de leur aff &tion pour elle. Elle arriva le 3 fur
le midi , à Barcelone . Le Marquis de la Mina , Ca-
- pitaine Général de la Principauté de Catalogne , à
la tête des Troupes qu'il commande , tous les Of
ficiers Militaires du premier rang & les Officiers
du Tribunal , s'étoient avancés jufqu'à Martorell
au-devant de cette Princeffe , & s'étant joints à fon
cortége , ils lui rendirent à l'entrée de la Ville les
honneurs qu'on devoit lui rendre , & la conduifirent
au Palais , où ils furent admis à lui baifer la
main. L'après - midi , la Comtelle de Aranda , la
Marquife de la Mina , les autres Dames & les Seigneurs
de la premiere diftin&tion eurent le même
honneur. Le foir , la Place qui eft au- devant du
Palais fur illuminée. Des barricades peintes formoient
une enceinte au milieu de cette Place , &
Ja Ducheffe paffa la nuit jufqu'au jour à voir plufeurs
Quadrilles de Mafques , vêtus avec autant de
goût que de magnificence , paffer fucceffivement
fous fon balcon , & former enfuite des danſes au
milieu de cette enceinte . Le 4 au matin , les Tribunaux
, la Ville & les perfonnes de diftinction
eurent l'honneur de baifer la main de S. A. ce qui
remplit toute la matinée . Sur le foir , elle alla voir
un Combat naval , que l'on avoit préparé pour
fon amufement. Elle en fut d'autant plus contente
, qu'il fut exécuté parfaitement bien , & que
160 MERCURE DE FRANCE
c'étoit un ſpectacle nouveau pour elle. Lanuitfa
employée à voir premiérement un Feu d'Artifice ,
enfuite un Opéra , qui fut repréſenté dans un des
Salons du Palais . Les , elle le remit en chemin
pour aller à San- Celoni.
Elle arriva le 7 à Figuieres , & le 8 au matin , elle
y reçut les refpects du Chevalier Oforio , fon Premier
Maître d'Hôtel , de la Dame d'honneur , des
Dames & de tout le refte de la Maiſon , envoyée
par le Roi de Sardaigne pour la recevoir , & pour
la fervir & la conduire à Turin . Elle leur fit voir à
tous une bonté , qui les combla de joye. Ils furent
préfens à fon dîner , dînerent avec le Marquis de
Los Balbales , & retournerent enfuite à là Jonquiere
. Le même jour à trois heures & demie aprèsmidi
, la Ducheffe partit de Figuieres , pour aller
à la maifon où fe devoit faire la Remife. Elle s'y
rendit avec tous les équipages qui l'avoient accompagnée
durant la route , & quelques autres d'ane
grande magnificence que le Roi avoit fait préparer
pour cette cérémonie. Ceux du Marquis de
Los Balbafes , de la Ducheffe de Medina Cali ,
du Duc de Medina - Sydonia & des autres principaux
Officiers , fuivoient , & tous étoient fort riches
& fort brillans. La Ducheffe de Savoye fit
fon entrée dans cette maifon , au milieu d'une
double haïe des Troupes , qui l'avoient conduite.
Elles étoient compofées de deux bataillons des
Gardes Espagnoles , du Régiment de Cavalerie de
Calatrava & des Dragons de Numance . La maiſon
étoit très- ornée en dedans & en dehors , & les appartemens
étoient meublés avec autant de magnificence
que de goût. Le Marquis de la Mina en
avoit pris foin par ordre du Roi. Toute la Maiſon
Piedmontoife de la Ducheffe s'y trouva en habits
de Gala d'une extrême richeffe . On commença
L
4th
L
ch
รูป
9
2
JUIN. 1750. 161
les cinq heures à dreffer l'Acte folemnel de la
emife , où l'on obſerva toutes les formalités de
ile. Cela tint un peu plus d'une demi - heure . Après
uoi la Ducheffe fe fépara de fon cortége Efpanol
, en le remerciant avec les expreffions les
lus gracieuſes & les marques de la plus vive reonnoiffance
des fervices qu'elle en avoit reçus.
-es Efpagnols fe retirerent avec chagrin ; & ce
-hagrin eut été bien plus vif , s'ils avoient prévu
qu'ils feroient privés de l'honneur d'aller le lendemain
à la Jonquiere , comme ils l'avoient projetté,
lui baifer la main , & recevoir les derniers témoignages
de fa bonté. Ils le voulurent en vain , parce
qu'en arrivant au bord d'un ruifleau qu'il falloit
traverfer , ils trouverent que la fonte des neiges en
avoit fi fort groffi les eaux pendant la nuit , qu'il
n'étoit guéable en ancun endroit. Il y eut le 8 &
le 9 à Figuieres , un grand concours de perfonnes
de qualité , d'Officiers des troupes , & de gens de
diftinction de differens états . Ils furent tous admis
aux tables , que tenoient le Marquis de la Mina &
les principales perfonnes du cortège Efpagnol, D.
Jofeph de Cordoua , Gouverneur de Girone , étoit
allé , par ordre du Marquis de la Mina , à la Jonquiere
, pour y prendre foin de la table de la Ducheffe
, & de celles de toute fa Maiſon Piedmontoife.
Le Comte de Mailly , Commandant du
Rouffillon , fe rendit à la maiſon où le fit la Remife
, & préfenta à la Ducheffe de la part de Sa Majefté
Très- Chrétienne, une magnifique Aigrette de
briflans. S. A. lui témoigna l'eftime qu'elle avoit
pour fa perfonne , en lui faifant préfent d'une
Boete d'or garnie de diamans. Le cortége Espagnol
reçut du Chevalier Oforio , au nom de Sa Majesté
Said, de riches préfens , proportionnés à la qualité
de chaque perfonne , & confiftans en Portraits
162 MERCURE DE FRANCE
enrichis de diamans , en Bagues , en Tabatieres
autres chofes de prix . Le 10 au matin , le Cheralier
Oforio fit remettre au Marquis de Los Babafes
, pour faire paffer à la Cour , des lettresde a
Ducheffe de Savoye à L. M. par lefquelles elle eu
faifoit part du bon état de ſa ſanté . Par les Courm
venus depuis , on a fçu que le 11 , elle étoit par
de bonne heure de la Jonquiere , pour continge
fa route en traverfant une partie de la France.
ITALI E.
DE NAPLES , le 12 Mai.
Ur les repréſentations qui furent faites au Roi
s
fujet du luxe qui s'eft introduit dans les deuils ,
dans les Enterremens & dans les Profeflions Reli
gieufes , furtout dans celles des filles , S. M. après
en avoir déliberé dans fon Confeil , a nomme une
Commiflion pour dreffer un Réglement fur ces
differens articles & fur le luxe en général .
Le Gouvernement fait obferver avec beaucoup
d'exactitude , les défenfes faites aux Officiers de
fe murier fans la permiffion du Roi , & aux Evêques
, de fouffrir qu'il fe falle de pareils mariages
dans leurs Diocèles . Le Brigadier Colonne , frere
du Prince de Stigliano , ayant époufé , fans en avoir
eu le confentement de la Cour , la veuve do Chevalier
de Palma , le Roi l'a fait conduire aux arrêts
dans le Château de Bayes , & a ordonné que la
Dame fût renfermée dans un Convent. La Cham
bre Royale a cité devant elle l'Evêque de Nola ,
pour le cenfurer de ce qu'il a donné lon confente
ment à ce mariage .
13
DO
C
JUIN. 1750.
163
DE ROME , le 2 Mai.
Le Gouverneur de Rome fit publier le 19 Avril
in Edit , dont l'objet eſt de hâter l'exécution de la
ouvelle Conftitution du Pape , laquelle commence
par ces mots Officii noftri , & régle les cas
où les perfonnes coupabies d'homicide , pourront
jouir du privilége des afiles , dans lefquels ils fe
feront réfugiés, Cet Edit ordonne entr'autres chofes
, fous des peines qu'il énonce , à tous Médecins,
Chirurgiens , & autres perfonnes qui fe mêlent de
la cure des playes , de ne pas fe contenter de faire
en général le rapport de la qualité des playes ,
mais de déclarer expreffément , fi elles mettent la
vie des bleflés en danger , & de quelle nature eft le
danger.
Hier premier de ce mois , le Bailli de Solaro ,
Ambaſſadeur de Malthe , partit d'ici pour aller à
Turin fa Patrie.
Le concours de Pélerins que l'Année Sainte attire
en cette Ville , eft fi giand , que l'Hôpital de
la Sainte Trinité , durant le mois d'Avril , a donné
43 mille 485 repas , dont 32 mille 161 à des hom.
mes; mille 562 à des femmes ; 547 à des Confrairies
étrangeres , affociées à l'Archiconfiairie ,
qui prend foin de cet Hôpital ; 441 à des pauvres ;
2 mille 842 à des Convalefcens , & 3 mille 932 aux
Prêtres & aux gens employés au fervice de l'Hôpital.
Il y a pour ces derniers , ainfi que pour les
convalefcens , deux repas par jour . Cet Hôpital ,
établi pour les Convalefcens & les Pélerins , eft
chargé par fa fondation de recevoir à fouper & de
loger plufieurs jours de fuite les Pélerins , les Cónvalefcens
, les Compagnies affociées à l'Archiconfrairie
de la Sainte Trinité , & tous les pauvres de
P'un & de l'autre fexe qui fe préfentent.
164 MERCURE DE FRANCE
DE LIVOURNE , le 1 Juin.
On mande de Génes , que la République pareit
fort fatisfaite de la maniere dont l'Empereur set
expliqué avec le Comte Durazzo , fon Envoyé Extraordinaire
, au fujet des Bâtimens & Marelos
Génois, arrêtés dans ce Port au mois de Septembre
dernier. S. M. I. n'a laiſſé rien à défirer là- deffus ,
ayaut ordonné qu'on afsûrât , même par écrit , ce
Miniftre de les fentimens à cet égard. Les mêmes
Lettres ajoûtent , que la République par déférence
pour S. M. I. ordonnera que la Tartane Tunifiene
& les quinze Turcs , pris l'année derniere par une
Barque de la Compagnie de Notre Dame du Se;
cours , foient renvoyés ici .
DE GENES , le 11 Mai,
On travaille férieufement au Réglement projené
pour le rétabliffement de la Banque de Saint-
George .
On continue de travailler avec ardeur à l'affaire
du Fief de Campo , qui caufe ici beaucoup d'inquiétude
, & dont on fe fatte de fe tirer plus heureufement
que l'on ne l'avoit cru , Ce qui vient de fe
paffer fait efpérer que la Cour de Vienne ſe rendra
moins difficile pour l'accommodement de cette
affaire. L'Empereur avoit fait folliciter ici la reftitution
d'un Pinque Corfaire de Tunis , qu'une Bat
que Génoiſe de la Compagnie de Notre- Dame du
Secours avoit prife l'année paffée. La République
a fait remettre ce Bâtiment à l'Empereur.
La tranquillité fe maintient toujours dans toute
la Corfe.
De tems immémorial , les Envoyés du Roi de
Trance font en poffeffion ici de ne point permettre
que
reco
ne
vali
ce ,
res
fon
Le
QUE
ver
Con
Ch
0
Do
Fa
9-
Go
JUIN. 1750. 165
ue les Sbirres paffent devant leur maifon , qui fe
:connoît aux Armes de Sa Majefté Trés- Chrétiene
, lefquelles font au- deffus de la porte. Le Chealier
Chauvelin , Envoyé-Extraordinaire de Frane
, informé que malgré cet ufage , quelques Sbires
avoient eu la témérité de paffer devant fa maion
, chargea fes gens d'y veiller & de l'empêcher.
Le 19 du mois dernier , il s'y préſenta un homme
Jue l'on prit pour un Sbirre , & qui , quoiqu'arerti
de retourner en arriere , voulut abfolument
continuer fon chemin. Les gens du Chevalier
Chauvelin fe jetterent fur lui & le maltraiterent.
On fçut enfuite que ce n'étoit point un Sbirre , mais
le Gardien d'une des portes de la Ville , & que les
Domestiques qui l'avoient empêché de paffer
l'avoient poursuivi jufqu'à un Corps - de- gardes ,
qui n'eft pas loin de la maiſon de leur Maître. Le
Gouvernement en fit porter des plaintes au Chevalier
Chauvelin , & ce Miniftre reconnoiffant
gens l'avoient trompé , envoya tous ceux qui
avoient eu part à cette affaire,en priſon, & les remit
à la difpofition de la République , qui fit fur le
champ prier le Chevalier Chauvelin de leurrendre
la liberté.
fes
DE TURIN , le 16 Mai,
que
Le 9 , le Marquis de Saint- Marfan partit d'ici
pour le rendre en Eſpagne , où il va réfider en
qualité d'Ambaſſadeur du Roi ; & le Chevalier de
Saint Thomas , fecond Ecuyer du Duc de Savoye ,
pour aller fur les terres de France complimenter
la Ducheffe de Savoye , au nom de S. A. R.
Dans la maiſon du Duc de Savoye , le Roi a
nommé le Marquis
d'Aigueblanche & le Baron de
Valefa , Premiers Ecuyers ; le Chevalier de Saint166
MERCURE DE FRANCE
Thomas , le Comte de Villa , le Marquis de Cor
donne & le Comte deLagnafco , feconds Ecuyers;
le Comte de Vianzino , Premier- Ecuyer de la Du
cheffe de Savoye ; le Chevalier de Marmora &
Comte de Borgero , feconds Ecuyers de cette Pia
ceffe .
Il arriva le 21 un Courier de Narbonne , par le
quel on apprit que la Ducheffe de Savoye étoit
arrivée le 11 à Perpignan , où le Comte de Marily,
Commandant du Rouflillon , lui avoit donné de
grandes fêtes ; qu'elle avoit couché le 13 à Nar
bonne , d'où elle avoit dû partir le 14 , pour aller
à Béfiers ; le 15 , à Péſenas ; le 16 , à Montpellier,
où elle féjourneroit à caufe de la Fête de la Pente
côte , le 18 , à Lunel ; le 19 , à Nîmes , le 20 , à
Tarafcon ; le 21 , à Ærgon ; le 22 , à Cadenaz ; le
23 , à la Tour d'Aigues ; le 14 , à Manofque , où
elle féjourneroit ; le 26 , à Sifteron ; le 27 ,à Gap,
où elle refteroit le jour fuivant ; le 29 , à Embrun;
le 30 , à Briançon , le 31 , à Oulx , où fe fera la ta
tification & la confommation du mariage ; le pre
mier de Juin , à Suze ; & le 2 , à Rivoli , où toute
la Famille Royale fe réunira , pour y refterjul
qu'au 4 , jour deftiné pour l'entrée folemnelle en
cette Ville de Turin.
Le 28 , le Roi & le Duc de Savoye partirent en
pofte pour aller coucher à Suze , où les Gardes-du-
Corps & quelques Compagnies de Cavalerie s'é
toient rendues dès la veille. Le lendemain , ils alle
zent à Oulx.
JUIN. 1750. 167
GRANDE BRETAGNE.
DE LONDRES , le 18 Mai,
E Chevalier Hambury William partit le 13
pour le rendre à Berlin , en qualité d'Envoyé
xtraordinaire , & Miniftre Plénipotentiaire du
oi auprès de Sa Majefté Pruffienne.
On eft ici très -content d'avoir appris que le
Grand - Seigneur a écrit au Dey d'Alger , pour lui
njoindre expreflément d'empêcher au plutôt que
es Corfaires de fon Etat ne continuent de faifir les
Jailleaux des fujets de la Grande - Bretagne , &
our l'exhorter en même tems de s'accommoder
romptement avec S. M. R. fous peine d'encourir
findignation de Sa Hauteffe. Le Grand - Seigneur
goûte qu'il fe trouveroit très offenfé , fi le Minif
re Britannique réfidant à la Porte , y portoit encore
des plaintes au fujet de quelque Navire Anglois
pris par des Corfaires Algériens .
Le 27 , à une heure après midi , la Princeffe de
Galles accoucha heureuſement d'un Prince , à
PHôtel de Leicester . Une décharge du canon de
la Tour & du Parc annonça fur le champ cette
nouvelle au peuple ; & le Prince de Galles durant
le cours de la journée , reçut les complimens de la
Nobleffe. Le foir , il y eut des réjouiffances publiques.
Le même jour , le Marquis de Mirepoix , Ambaffadeur
de France & la Marquife fon épouse ,
partirent d'ici pour aller s'embarquer à Douvres ,
& paffer en France.
En conféquence de l'Acte de la derniere Séance
du Parlement , pour étendre & pour améliorer le
Commerce d'Afrique , on vient d'ordonner aux
168 MERCURE DE FRANCE
Créanciers de la Compagnie Royale d'Afrique , de
remettre les Etats de leurs créances aux Commiffaires
nommés pour les examiner & les acquiter,
Ceux qui font dans cette Ville & dans les Provis
ces voifines doivent les remettre au plutôt ; cen
qui font en Irlande , ou dans quelque partie de
Grande- Bretagne éloignée d'ici , les remettron
avant le 30 Août ; & ceux qui font en Afrique ,
ou dans quelque autre pays au- delà de la mer , out
jufqu'au 30 Novembre , pour fatisfaire à cet
ordre. C'eft la difpofition de l'Acte du Parle
ment.
Le Gouvernement a fait faire des plaintes à
PAmbaſſadeur du Dey d'Alger, au fujet da Navire
Anglois , la Providence , pris dans la Méditerranée
par des Corfaires de cette Nation , comme il reve
noit d'Alexandrie à Livourne, On a fait partit auffi
des ordres pour MM Staniford , Conful à Alger ,
& Keppel , qui commande l'Eſcadre du Roi dans
la Méditerranée , afin qu'ils infiſtent ſur la reftitation
de ce Navire , de fon Equipage & de fa Cargaifon.
Ils font chargés de déclarer en même tems
au Dey , que s'il ne remédie pas promptement à
ces fortes d'irrégularités , la Cour Britannique fera
forcée de recourir aux voyes les plus propres à
procurer la réparation des dommages caufés à fes
Sujets.
L'Amirauté reçut le 2 Juin de la part de M.
Keppel , Commandant de l'Eſcadre du Roi dans
la Méditerranée , la copie d'une Lettre du Dey
d'Alger , en réponſe à celle de ce Chef d'Eſcadre,
du 22 Janvier dernier. Cette Lettre porte :
Qu'une des Frégates du Dey étant en course , avoit
rencontré cinq Navires Anglois , & que le Capitaine
doutant de la validité de leurs Paſſe ports , avoit mis
fur chacun de ces Bâtimens trois ou quatre Maures ,
pour
JUIN. 1750. 169
pour les conduire à Alger , afin que leurs Paffe - portsy
Fuffent examinés , & qu'il avoit pris ſur ſon bord un
pareil nombre d'Anglois de l'équipage de chacun de
ces Navires ; qu'à leur arrivée à Alger , le Dey
avoit reconnu qu'on avoit commis une très - grande
faute , capable de le brouiller avec ses meilleurs &
Yes plus chers amis ; qu'il avoit fur le champ renvoyé
les Anglois au Conful Britannique , & qu'il avoit
fait arréter le Capitaine , qu'il auroit même fait
étrangler , fans les interceffions du Muphti & des
principales perfonnes de la Cour ; qu'il avoit cependant
puni ce Capitaine , en le déclarant incapable de
fervir fur mer far terre , é d'être jamais employé
dans la Marine ; qu'il efpéroit qu'en confidération de
l'ancienneté de leur amitié , le Roi de la Grande-
Bretagne regarderoit l'action de ce Capitaine comme
celle d'unfou ; qu'enfin pour qu'ils foient meilleurs
amis quejamais , il apporteroit tous fes foins , afin
d'empêcher qu'il n'arrivật à l'avenir de pareils incidens.
La publication de cette Lettre a fait plaifir
aux Négocians , mais on n'a pas eu lieu d'être aufli
fatisfait d'une autre Lettre du Dey adreflée au Roi,
que l'on a reçue quelques jours après . Il eft dit
dans cette derniere : Que l'affaire du Paquebot , le
Prince Frédéric , avoit été examinée par l'Armée ,
qui l'avoit déclaré de bonne prife , parce que la Commiffion
qu'il avoit à bord , ne pouvoit pas être regardée
comme devant le mettre à couvert de toutes recherches
, & que le haitiéme de cette prife avoit été
adjugé au Dey. Cette Lettre eft caufe que le Gouvernement
perfifte dans la réfolution de fe procurer
, de gré ou de force , fatisfaction de toutes
les infultes faites à la Nation par les Corfaires
d'Alger.
Il arriva le 11 Juin dans cette Ville un Miniftre
de l'Empereur de Maroc , chargé de traiter de la
II. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE
rançon des Captifs Anglois qui font dans fon Em
pire , & de renouveller l'alliance entre cet Empe
reur & Sa Majesté Britannique.
Le commerce des étoffes de laine & de foye ,
fabriquées dans ce Royaume , eft fi fort diminé
depuis quelque tems , que l'on commence à crain
dre qu'après avoir été ci devant très confidérable ,
il ne le trouve réduit à preíque rien . On attribué
ce malheur à la grande quantité d'Ouvriers , qui
font fortis de la Grande- Bretagne , pour aller travailler
àde pareilles Manufactures en Espagne &
dans d'autres Pays.
La Société qui s'eft formée dans cette Ville pour
rendre la pêche du harang auffi flor: flaute qu'il
fera poffible , a foufcrit des fommes confidérables,
& nommé fix Commiffaires , aufquels elle a donné
pouvoir de faire tout ce qui feroit néceffaire pour
parvenir au but que l'on fe propofe . Ces Com
miffaires font l'Amiral Vernon , le Général Ogie
thorpe , l'Alderman Janflen , & MM. Dayles ,
Crayeftein & Edwards. Malgré les précautions
prifes en Hollande pour empêcher la fortie des
Bâtimens & des hommes employés à la pêche du
harang , on a trouvé le moyen d'avoir un de ces
Bâtimens & 32 hommes. On a fait conftruire deux
Bâtimens pareils , & de ces 32 perfonnes , qui font
parfaitement verfées dans tout ce qui concerne la
pêche & la préparation du harang, on en a fait aller
18 à Southampton , pour être employées fur deux
Bâtimens , qu'une Compagnie , differente de la
Société de cette Ville , doit envoyer à la même
pêche. Ces quatre Bâtimens fe rendront au rendezvous
à Campbell- Town avant la fin d'Août , afia
de pêcher für la Côte Nord - Ouest de la Grande
Bretagne.
1750. 171
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
L's
E 28 du mois dernier , Fête du Saint-
Sacrement , le Roi & la Reine , accompagnés
de Monfeigneur le Dauphin &
de Meldames de France , fe rendirent à
l'Eglife de Notre-Dame , Paroiffe du Châ
teau , & leurs Majeftés affifterent à la Proceffion
, laquelle alla , felon l'uſage , à la
Chapelle du Château ; elles reconduifirent
enfuite la Proceffion à la Paroiffe , où elles
entendirent la grande Meffe.
Le 29 , les Peres de la Doctrine Chrétienne
, dans leur Affemblée générale tenue
à Paris , élurent le Pere Antoine Soret ,
pour Supérieur Général de leur Congré
gation .
On a reçû avis par un Courier dépêché
de Perpignan , que la Ducheffe de Savoye
étoit arrivée fur le territoire de France ,
afin de traverser le Languedoc & la Provence
, pour le rendre à Turin.
On a appris d'Amberg dans le Haut
Palatinat , qu'il y avoit eu le 17 & le 24
Avril dernier dans la petite Ville de Hirfchau
deux incendies , dont le premier
Hij
172 MERCURE DE FRANCE
avoit confumé 25 maiſons , & le fecond
36. Il ne refte fur pied qu'environ le tias
de cette Ville.
On écrit de Berlin du 16 du mois der
nier , que le Roi de Pruffe a nommé Lica .
tenant Général , le Prince Ferdinand de
Brunswick , Commandant des Gardes à
pied ; & Colonel , M. d'Oelnfnitz , Commandant
des Cadets Nobles.
On mande de Francfort du 17 , que le
Prince de Waldeck avoit écrit aux Etats
de l'Empire une Lettre circulaire , par laquelle
il demandoit d'être admis à la Diette
générale de l'Empire à Ratisbonne , pour
y prendre féance , & donner la voix dans
le College des Princes.
On eft informé que la Princeffe héréditaire
de Modéne eft relevée de fes couches
, & qu'elle jouit d'une parfaite ſanté ,
de même que la Princeffe nouvellement
née.
Le 27 , les Actions de la Compagnie des
Indes étoient à dix - huit cens cinq ; les Billets
de la premiere Lotterie Royale , à fept
cens vingt-fept , & ceux de la feconde , à
fix cens loixante - deux .
Le 25 Mai , M. l'Abbé de Mangin cut
l'honneur de préfenter à la Reine le premier
Exemplaire d'un Livre de fa compofition
, annoncé dès le mois de Février de
E
I
JUIN. 1750. 173
ette année dans le Mercure de France , &
lont le titre eſt : Introduction au Saint Miriftere
, ou la Maniere de s'acquitter dignenent
de toutes les fonctions de l'Etat Ecclé-
Taftique , tant pour le fpirituel que pour le
temporel. Sa Majesté le reçut avec bonté.
Le 30 , le Roi partit pour Choify , &
en revint le 3 de ce mois. Monfeigneur le
Dauphin y alla le premier , & en ievint le
lendemain . Mefdames y allerent le 2 , &
en revinrent avec le Roi.
Le 31 , le Roi entendit le Salut dans la
Paroiffe de Choify .
Le premier de ce mois , jour de la Fête
de Saint Jean- Népomucène , la Reine entendit
la Meffe aux Récollets , & communia
par les mains de l'Archevêque de
Rouen , fon Grand Aumônier . L'aprèsmidi
, Sa Majeſté affifta dans la même Egli.
fe au Sermon du P. de Lâtre , Jéfuite , &
au Salut.
Le 3 , pendant la Meffe de la Reine ,
l'Evêque de Bayeux , Premier Aumônier
de Madame la Dauphine , maria le Marquis
de Talaru & Mlle de Saffenage , dans
la Chapelle du Roi , en préfence de la
Reine & de Monfeigneur le Dauphin. Le
Curé de Notre Dame étoit préfent .
Tous les jours de l'Octave du Saint-
Sacrement , la Reine a entendu dans la
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
Chapelle du Château le Salut chanté pat
la Mufique. Monfeigneur le Dauphin &
Mefdames y ont affifté les jours qu'ils
n'ont point été à Choify.
Le 4 de ce mois , le Roi , la Reine ,
Monfeigneur le Dauphin & Mefdames fe
rendirent à l'Eglife de Notre- Dame , Paroiffe
du Château , & y entendirent la
Meffe célébrée par M. Jomart , Curé decette
Parole. Le mauvais tems ne permit
pas de faire la Proceffion. L'après - midi ,
le Roi fit dans la Cour de Marbre du Chiteau
, la revûe des deux Compagnies de fes
Moufquetaires.
Le 2s du mois paffé , les Archevêques
& Députés du fecond Ordre , compofant
l'Affemblée générale du Clergé de France ,
qui fe tient actuellement aux Grands Auguftins
, firent la premiere ouverture de
cette Alfemblée chez le Cardinal de la
Rochefoucauld , pour remettre leurs Procurations.
Le lendemain , ils tinrent une
autre Affemblée aux Grands Auguftins ,
dans laquelle les Procurations furent admifes
, & l'on fit l'élection des Préfidens ,
qui furent le Cardinal de la Rochefoucauld
, Archevêque de Bourges , & l'Archevêque
de Sens .
Le lundi premier de ce mois , ils firent
l'ouverture publique de leur Affemblée
JUIN , 175 1750.
par la Meſſe du Saint- Efprit , qui fut célébrée
avec les cérémonies accoûtumées
dans l'Eglife des Grands Auguftins. Tous
les Députés y communicrent de la main
du Cardinal de la Rochefoucauld , qui of
ficioit pontificalement , & le Sermon fut
prononcé par l'Evêque d'Autun .
Les Députés qui compofent l'Affemblée
font , pour la Province de Bourges , le
Cardinal de la Rochefoucauld , Archevêque
de Bourges , & l'Abbé de Radonvilliers
; pour la Province de Sens , l'Archevêque
de Sens , Confeiller d'Etat ordinai
re , fecond Préfident , & l'Abbé Barrin de
la Galiffonniere ; pour la Province de
Rouen , l'Archevêque de Rouen , Commandeur
de l'Ordre du Saint- Efprit , &
l'Abbé de Ris ; pour la Province de Bordeaux
, l'Archevêque de Bordeaux , &
l'Abbé le Berthon , Vicaire Général de
Bordeaux ; pour la Province de Vienne ,
l'Archevêque de Vienne , & l'Abbé de
Bellaffaire , pour la Province d'Alby , l'Archevêque
d'Alby , & l'Abbé de Calfand ;
pour la Province de Narbonne , l'Evêque
d'Alais , & l'Abbé d'Efponchés ; pour la
Province de Tours , l'Evêque de Rennes ,
& l'Abbé de Menou ; pour la Province de
Rheims , l'Evêque de Châlons , & l'Abbé
de Chanterac ; pour la Province de Paris ,
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
l'Evêque de Blois , & l'Abbé de la Prunt
rede ; pour la Province d'Arles , l'Evêque
de Toulon , & l'Abbé de l'Enfant ; pour la
Province d'Aix , l'Evêque de Gap , &
l'Abbé de Pierrefeu ; pour la Province
d'Auch , l'Evêque de Bayonne , & l'Abbé
Damou ; pour la Province d'Embrun ,
l'Evêque de Glandève , & l'Abbé de Beaurecueil
; pour la Province de Toulouſe ,
l'Evêque de Rieux , & l'Abbé Dalau ; pour
la Province de Lyon , l'Evêque d'Autun ,
& l'Abbé de Montjouvent , Comte de
Lyon. Anciens Agens Généraux du Clergé
, l'Abbé de Nicolay & l'Abbé de Breteuil.
Nouveaux Agens Généraux du Cler
gé , l'Abbé de Coriolis & l'Abbé de Caltries.
La nuit du 24 au 25 de Mai , il y eut à
Saint Macaire , en Guyenne , un tremblement
de terre , qui dura deux minutes ,
caufa beaucoup de frayeur au peuple , &
n'eut pourtant aucunes fuites fâcheuses.
C'est ce qu'on apprend par une Lettre écrite
de cet endroit le 25 , & fignée la Barriere
, Lançon , Millet , Tabart & Carrié.
Le 3 Juin , les Actions étoient à dix-huit
cens vingt-deux & demi ; les Billets de la
premiere Lotterie , à fept cens vingt , &
ceux de la feconde , à fix cens cinquantehuit.
JUIN. 1750 177 .
Le 7 , le Roi , Monfeigneur le Dauphin
Mesdames, partirent pour aller au Châ-
Bureau de la Meute. Monfeigneur le Dauphin
en revint la nuit , & le lendemain 8 ,
He Roi & Meſdames partirent de la Meute
pour le rendre à Compiegne . Sa Majesté
& Mefdames pafferent à deux heures aprèsmidi
à Saint Ouen , & defcendirent d'abord
chez le Duc de Gêvres , & enfuite
chez le Prince de Soubize . Après s'y être
promenée quelque tems , Sa Majesté continua
fa route avec Mefdames par Saint
11
Denis.
Le 9 , la Reine partit de Verfailles pour
Compiegne , paffa par S. Ouën , & ſuivit
la même route que le Roi.
Le 4 , le Cardinal de la Rochefoucauld ,
les Archevêques de Sens & de Rouen , &
les Evêques d'Alais , de Rennes & de Châlons
, Préfidens de l'Affemblée générale du
Clergé de France , avec les autres Prélats
& les Députés du fecond Ordre , qui compolent
cette Affemblée , allerent à Verfailles
rendre leurs refpects au Roi . Ils s'affemblerent
dans l'appartement qui leur
avoit été deftiné , & le Comte de Saint-
Florentin , Secretaire d'Etat , étant venu
les prendre pour les préfenter au Roi , ils
furent conduit à l'audience de Sa Majeſté
par le Marquis de Brezé , Grand - Maître
Hy
178 MERCURE DE FRANCE
des Cérémonies , & par M. de Gizeux ,
reçû en furvivance de la Charge de Maître
des Cérémonies , avec les honneurs qui fe
rendent au Clergé , lorfqu'il eft en Corps
Les Gardes-du - Corps étoient en haye dans
leur falle , & les deux battans des portes
étoient ouverts . Le Cardinal de la Rochefoucauld
complimenta le Roi , après quoi
il préfenta les Députés à Sa Majefté. Le
même jour , les Députés du Clergé eurent
audience de la Reine , de Monfeigneur le
Dauphin & de Madame la Dauphine.
Le 6 , le Comte de Saint-Florentin , Se
cretaire d'Etat , M. d'Ormeffon & M. Fey.
deau de Brou , Confeillers d'Etat ordinaires
& au Confeil Royal des Finances ,
& M. de Machault , Controleur Général
des Finances , vinrent en qualité de Commilaires
du Roi , à l'Affemblée générale
du Clergé , où ils furent reçus avec les cérémonies
ordinaires. M. d'Ormeffon porta
la parole , pour donner à l'Affemblée des
afsurances de la protection & de la bienveillance
de Sa Majesté.
Le 8 , le Comte d'Argenfon , Miniftre
& Secretaire d'Etat , ayant le département
de la Guerre , partit pour aller faire la
vifte des Fortifications des Places de Flandres
.
Sur la préfentation de l'Académie Royale
JUI N. 1750. 179
des Sciences , Sa Majefté a choifi , pour
remplir la place de Penfionnaire Anatomiſte
, vacante par la mort de M. Petit ,
Chirurgien , M. Ferrein , Docteur- Régent
en la Faculté de Médecine de Paris , &
Membre de cette Académie ; & pour remplir
la place d'Affocié Anatomifte , que M.
Ferrein occupoit , M. Bouvart , Docteur-
Régent de la même Faculté , & Membre
de la même Académie .
Le 11 , les Actions étoient à dix -huit
cens trente deux & demi ; les Billets de la
premiere Lotterie Royale , à fept cens
vingt- quatre , & ceux de la feconde , à fix
cens foixante- un .
Le Dimanche 14 , la Reine & Mefdames
allerent à la Paroiffe de Saint Jacques entendre
la grande Meffe , qui fut célébrée
par le Curé. La Reine & Mefdames y retournerent
l'après- midi aux Vêpres , & le
Roi y alla entendre le Salut.
Le 15 , Monfeigneur le Dauphin arriva
à Compiegne de Versailles.
Le 17 , le Marquis de Saint Germain ,
Ambaffadeur ordinaire du Roi de Sardaigne
, eut une audience particuliere du Roi ,
à laquelle il fut conduit par le Marquis de
Verneuil , Introducteur des Ambaſſadeurs.
M. Rouillé , Secretaire d'Etat , ayant le
département de la Marine , lequel avoit
H vj
180 MERCURE DE FRANCE
fuivi le Roi à Compiegne , en revint à Pa
ris le 12 , & fe rendit enfuite à Versailles.
Il en repartit le 15 de grand matin , pour
aller à Breft faire la vifite de ce Port.
Le 11 , Fête de Saint Barnabé, les Grands
Croix , Chevaliers & Officiers de l'Ordre
de Malthe , qui tiennent annuellement
deux Affemblées générales , fe rendirent
au Temple , où après avoir entendu la
Meffe du Saint-Efprit, ils tinrent Chapitre,
auquel le Prince de Conti préfida , comme
Grand- Prieur de France , après quoi ce
Prince donna dans le Palais Prieural da
Temple un magnifique diner à tout l'Or
dre. Les Préfidens , le Doyen & les Gens
du Roi du Grand- Confeil , Juges des affaires
de l'Ordre , furent de ce repas , y ayant
été invités , felon l'ufage qui fe pratique
depuis plufieurs fiécles. Le Prince de Conti
a nommé pour fon Lieutenant au Grand
Prieuré de France , le Bailli de S. Simon ,
dont les Provifions ont été enregistrées
dans le Chapitre , qui s'eft tenu le 16.
La Chambre d'Afsûrances & groffes Aventures
, dont on a parlé ci - devant , a
fouhaité que l'on inftruisît le Public , que
les douze millions , en quoi confifte fon
fonds , font dépofés chez le Verrier , Notaire
, en effets exigibles & commerçables.
Ces douze millions compofent quatre
&
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JUIN.
1750:
18.1
mille intérêts de trois mille livres chacun ,
& de ces quatre mille intérêts , un mille
eft en fixième d'intérêt de cinq cens
livres. *
Le 18 , Actions dix -huit cens quarantedeux
& demi ; Billets de la premiere Lotterie
Royale fept cens vingt- cinq ; ceux
de la feconde , fix cens foixante- trois.
MARIAGE ET MORTS.
MM.le
Onfieur le Marquis de Talara , fils aîné de
M. le Marquis de Chalmazel , Chevalier des
Ordres du Roi , Premier Maître d'Hôtel de la
Reine , a été fiancé le 2 Juin avec Mademoiſelle
de Saffenage , fille de M. le Marquis de Saffenage,
Chevalier des Ordres du Roi , Chevalier d'Honneur
en furvivance de Madame la Dauphine ; la
cérémonie des fiançailles s'eft faite dans le Cabinet
de cette Princeffe à fix heures du foir , en préfence
de la Reine , de Monfeigneur le Dauphin ,
par M. l'Evêque de Bayeux , Premier Aumônier
de Madame la Dauphine.

La célébration du mariage fe fit le lendemain
par le même Prélat , à la Chapelle du Château ,
pendant la Meffe de la Reine , & en préfence de
Sa Majefté & de Monfeigneur le Dauphin ; & le
foir Monfeigneur le Dauphin & Madame la Dauphine
firent l'honneur aux nouveaux mariés de
leur donner la chemife.
Le 18 Mars , Jean- François Bouquet , Procureur
Général des Requêtes de l'Hôtel , moutut &
182 MERCURE DE FRANCE
fat inhumé à Saint Côme. Il étoit fils de N, Bж-
quet , ancien Echevin de la Ville de Paris , le
une veuve & cinq enfans , dont un garçon & quatre
filles .
Le 10 Avril François Beaumardy de Creci , Confeiller
du Roi en fa Cour de Parlement , Seigneur
de Creci , Hodane , la Neuville , Daumont &
autres lieux , mourut & fut inhumé à Saint Euſtache.
Le 14 , Achille de Broglie , Lieutenant Général
des Armées Navales , Grand Croix de l'Ordre
Royal & Militaire de Saint Louis , Seigneur de
Gelay , mourut âgé de foixante dix - huit ans , &
fut inhumé à Saint Sulpice. Il avoit été reçu Garde
Marine en 1687 , Enfeigne de Vaiſleau en 1689 ,
Lieutenant en 1691 , Capitaine en 1696 , puis
Chef d Elcadre & Lieutenant Général , Gouver
neur d'Avefnes en furvivance de fon pere en
1723.
Il étoit fils de Victor Maurice , Comte de Broglie
, Marquis de Brezolles , Maréchal de France ;
& de Marie de Lamoignon , fille de Guillaume de
Lamoignon , Marquis de Báville , Premier Prédent
du Parlement de Paris , & de Magdeleine
Potier d'Aquette . Il étoit frere puiné de Charles-
Guillaume , dit le Marquis de Broglie , Directeur
d'Infanterie , Gouverneur de Gravelines , Lieute .
nant Général des Armées du Roi , qui de fon mariage
avec Marie- Magdeleine Voiſin , fille de
Daniel-François Voifin , Seigneur de la Nograye,
Chancelier de France , morte le 11 Janvier 1722 ,à
l'âge de trente-deux ans , a eu Charles- Guillaume-
Louis, né le 15 Juin 1716 , & Marie - Françoile, née
les Octobre 1714 .
Achille étoit pareillement frere de François ,
Comte de Broglie , Maréchal de France en 1734 ,
JUIN.
183 1750.
& Chevalier des Ordres du Roi le premier Janvier
1731 ; & de Charles-Maurice , Docteur en Théologie
, Abbé de Baumelen , Moines , du Vaux , de
Cernai & du Mont Saint Michel . Il étoit petitfils
de François Marie de Broglie , Comte de
Revel , Lieutenant Général des Armées du Roi ,
Gouverneur de la Baflée , fils puîné d'Amedéc
Broglie , Comte de Curtandon . Ce François - Marie
a été le premier de fa Maifon qui fe foit établi
en France. Il y fut attiré par le Cardinal Mazarin
qui conçut pour lui une grande eftime pour la
belle défente qu'il rendit dans Coni pendant trois
mois , contre l'Armée du Roi qui affiégeoit cette
Place.
La Maifon de Broglie eft très - ancienne dans le
Piémont. Dès l'an 1256 , Douce , veuve de Guil-
Jaume Broglie , fonda conjointement avec Mathilde
Guialard dans la Ville de Quiers un Monaftéte
de Filles , fous le vocable de Sainte Marie
de la Maifon- Dieu. Cependant le premier par
qui l'on commence la Génealogie de Broglie , eft
Simon qui vivoit à Quiers en 1360. Cette Maiſon
a été feconde en grands Capitaines , fous qui les
premier Seigneurs d'Italie alloient apprendre le
métier des armes ; elle n'a pas été moins illuftrée
par la piété de plufients faints perfonnages qui ca
font fortis , & qui ayant embraffé pour la plupart ,
la vie monaftique ont édifié l'Eglife par leurs
vertus.
Le 18 , Theréfe Clement , veuve de Jean de
Chaulnes , Chevalier de Saint Louis , Seigneur de
Boutigni , Lieutenant Provincial d'Artillerie ,
mourut âgée de foixante- quinze ans & fur inhumée
à Saint Benoît.
Le 7 Mai , Elizabeth Marguerite le Venault de
La Lande , veuve de Nicolas d'Auxy de Boilly, Che184
MERCURE DE FRANCE
va'ier de Saint Louis , Lieutenant Colonel du Ré
giment de Santerre , Infanterie , mourut & fut inbumée
à Saint Louis- en- l'Iſle .
veu-
Le 11 , Charlotte Louile d'Hoftun de Gadagne ,
Comteffe de Verdun , Baronne de Bothelon ,
ve en ſecondes nôces de Renaud- Conſtant de Pont,
Comte de Pons , ancien Guidon des Gendarmes
de la Garde du Roi , mourut dans fa foixante,
huitième année. Elle avoit été mariée par Contrat
du 28 Février 1704 , à François d'Hoftun ,
Marquis de la Baume , fon coufin , dont étant de
venu veuve , elle épousa en 1710 Renaud Conftant,
Chefdu nom & des armes de la Maiſon de Pons ,
en Saintonge.
Elle étoit fille de Louis de Hoftun , dit de Gadagne
, Comte de Verdun , & de Philiberte Becerel
, fille de Claude de Becerel , Seigneur de Mar.
lia , la Baſtie , Colonges & de Vaux , au Pays de
Breffe ; & de Philiberte de Thenai . Louis de
Hoftun étoit de la feconde branche de cette Maifon
, qui a commencé dans Jean , cinquième fils
d'Antoine de Hoftun , Seigneur de la Baume.
Louis avoit reçu le nom de Gadagne , de Balthazar
fon pere , que Guillaume de Gadagne , fon oncle
maternel , inftitua fon héritier à condition de
porter le nom & les armes de Gadagne qui font
de gueules à la croix endentelée d'or . Le fecond fils
de ce Balthazar fit la branche des Comtes de Tal
lard , & fut pere de Camille , Duc d'Hoſtun ,
Comte de Tallard , Maréchal de France .
Le 12 , Louis des Bordes , fieur de Bourbiton ;
Moufquetaire de la premiere Compagnie , mourut
âgé de 37 ans , & fut inhumé à S. Sulpice.
Le 14 , Louis Chevalier , Confeiller du Roi en
fa Cour de Parlement , moarut , & fut inhumé à S.
Roch. Il étoit né le 14 Mai 1797 , & avoit été reçu
JUIN.
189 1750:
Confeiller au Parlement le 12 Décembre 1727:
11 étoit fils de Louis Chevalier , Seigneur de Montgeron
, le Boiffi & Bagnolet , Préſident de la feconde
Chambre des Enquêtes du Parlement de
Paris , reçu le 9 Août 1704 , Honoraire au mois
de Décembre 1714 , & de Marie - Anne Fermé ,
qu'il avoit épousée le 6 Juillet 1706 , & qui mourut
le 14 Mai 1710 ; petit- fils de Philibert - Antoine
Chevalier , Receveur Général des Finances de
Metz & de Marie- Magdeleine de Combault d'Au
teuil . Le premier que l'on connoiffe de cette famille
, qui eft ancienne , eft Etienne Chevalier ,
Secretaire du Roi & ſeul Tréſorier de France , fous
les Rois Charles VII . & Louis XI. qui avoit époufé
en 1449 , Catherine Budé , Dame de Grigny. De
leur mariage eft fortie une nombreuſe poftérité .
Le 20 , Claude de la Marre , Confeiller Secretaire
du Roi , Maiſon Couronne de France & de
fes Finances , Seigneur de Caffigny & de la Porte,
mourut âgé de 75 ans , & fut inhumé à Saint Euftache.
Le même jour , Jean- Louis Milhon de l'Ecoffois,
Seigneur de Vendeuil , Chevalier de Saint Louis ,
Gouverneur honoraire du Fort de Saint Louis à St
Domingue , mourut âgé de 75 ans , & fut inhumé
à S. Euſtache.
Le 23 , Pierre Coeuret d'Ofigny , Seigneur de Fre
manville , Conſeiller du Roi , Correcteur ordinaire
en fa Chambre des Comptes , mourut, & fut inhumé
à Saint Eustache.
Le 26 , Pierre- Benoît d'Orfigny , Seigneur de la
Monniere , mourut , & fut inhumé à Sulpice.
Le 31 , Marie- Louiſe de Roye de la Rochefau
cauld, époufe de Louis Marie de Lopriac , Comte
de Donge , Marquis d'Afferat , Maréchal des
Camps & Armées du Roi , & Chevalier de Saing
186 MERCURE DE FRANCE
Louis , mourut âgée de cinquante cinq ans , &fa
inhumée à Saint Sulpice . El e avoit été manée ta
1718 , & étoit fille de Charles de Roye de la Rochefaucauld,
Comte de Blanfac, & de Marie Hes
riette d'Aloigny de Rochefort , auparavant veuve
de Louis- Faufte de Brichanteau . Marquis de Nar
gis , & fille de Henri, Louis d'Aloigni , Comte
Rochefort,Maréchal de France & de Magdeleine
de Laval Bois- Dauphin . Charles étoit le troifiéme
fils de Frederic- Charles de Roye de la Rochefaacauld
, Comte de Roye & de Rouci , Lieutenant
Général des Armées du Roi , & d'Elizabeth de
Durefort , fille paînée de Guillaume de Durefort ,
Marquis de Duras & de Lorges. Frederic- Charles
étoit petit fils de Charles , en qui a commencé la
branche de Roye , la feconde de l'illuftre Maiſon
de la Rochefoucauld.
Marie-Louife , qui donne lieu à cet article , étoit
foeur de Louis- Armand-François de Roye , dit le
Comte de Marthon , puis le Comte de Rouci ,
aujourd'hui le Duc d'Eftiffac .
La Princeffe , troifiéme fille de leurs Majeftés
Don Carlos , Infant d'Eſpagne , de Marie -Amelie
de Saxe , Roi & Reine des Deux Siciles , mourut
le premier Mai âgée de quatre mois & vingt- huit
jours.
JUIN. 1750. 187
Nimprime actuellement chez d' Hour!,
proche le Pont S.Michel, une Pharmacopée
Chymique , ou Traité de Chymie , contenant
la maniere de préparer les Remedes
les plus utiles , & la methode de les employer
pour la guerifon de maladies ; en
deux tomes in 12. nouvelle édition . Par
M. Malouin de l'Academie - Royale des
Sciences , Docteur & ancien Profeffeur de
Pharmacie en la Faculté de Medecine de
Paris , & Cenfeur- Royal .
On avoit annoncé dans le Mercure du
mois d'Avril dernier , que le livre de M.
de Chennevieres, Commillaire Ordonnateur
& premier Commis de la Guerre , intitulé
Détails Militaires , fe vendroit chez Ma.
riente , rue Saint Jacques , mais comme il
quitte fon commerce ce fera Jombert ,
Quai des Auguftins, au coin de la rue Gille-
coeur, qui fera chargé de le débiter . Il fe
vendra auffi à Verfailles chez le Sieur Fournier
, Libraire rue des Recolets.
La difficulté d'imprimer le grand nombre
d'Etats qu'on y a mis , rendant les frais
d'impreffion beaucoup plus confiderables ,
les 4 tomes fe vendront douze livres en
blanc , & quinze livres reliés.
Il ne fera fini d'imprimer que vers la
188 MERCURE DE FRANCE
fin du mois de Juin prochain , ou au com
mencement de Juillet .
Avis au Public , concernant le Corps
complet de l'Hiftoire & des Mémoires de
l'Academie Royale des Sciences , en foixante-
dix -huit Volumes in- quarto , avec Figu
res gravées en Taille douce , propofé par
Soufcription. A Paris, rue S. Jacques, chez
Gabriel Martin , à l'Etoile ; Jean- Baptiſte
Coignard , & Antoine Boudet , à la Bible
d'Or Hippolite- Louis Guerin , à S. Thomas
d'Acquin; Laurent Durand, au Griffon .
On propofe au Public deux cens Exemplaires
du corps complet de ces Mémoires
en foixante- dix- huit Volumes in-quarto
chacun , au prix de fix cens foixante livres
l'Exemplaire en feuilles : cette fomme
de 660. livres fera payable en huit payemens
, dont les termes , auffi - bien que le
nombre des Volumes que l'on délivrera
aux Soufcripteurs lors des payemens , ſeront
expliqués ci - après.
On ne fera admis à foufcrire que jufqu'au
mois d'Août prochain 1750. inclufivement
, après lequel tems , il n'en fera
plus vendu au Public que pour le prix
ordinaire de 970 livres en feuilles.
Le bénéfice qui réfultera de cette propofition
pour les acquéreurs fera fenable
fi l'on veut faire le parallele du prix auquel
E DE: JUIN. 1750. 189
n ferestraint , avec le prix ordinaire de
cette Collection . Il eft de 970. livres
en feuilles. On l'abandonne aujourd'hui à
ceux qui voudront foufcrire , au prix de
660 , liv . en feuilles; par conféquent la difference
, à l'avantage des Soufcripteurs, fera
de 310. liv. ce qui fait environ un tiers de
diminution du prix ordinaire de ce Livre .
Il eft à propos d'obferver que les Volumes
de 1699 jufqu'à 1710 compris , fe
trouvent dans cette Collection réimprimés
, revûs & corrigés des fautes dont la
précédente Edition étoit remplie.
Ordre des Payemens & des Fournitures.
Premier Payement . En foufcrivant
chaque Soufcripteur payera la fomme de
cent vingt livres , dont il lui fera délivré
une
reconnoiffance fignée des quatre
Libraires ci-deffus nommés.
II. Au premier Septembre 17 50. en recevant
les dix premiers Volumes , la fomme
de quatre-vingt- une livres.
III. Au premier Decembre 1750. en recevant
les neuf Volumes fuivans , la fomme
de quatre-vingt - une livres.
IV. Au premier Mars 1751. en recevant
les neuf Volumes fuivans , la fomme
de quatre-ving- une livres.
V. Au premier Juin 1751. en recevant
les neuf Volumes fuivans , la fomme de
quatre- vingt-une livres.
VI . Au premier Septembre 1751. en
recevant les neuf Volumes fuivans , la fon
me de quatre-vintg-une livres.
VII. Au premier Decembre 1751. en
recevant les dix Volumes fuivans , la fomme
de foixante - douze livres,
VIII. Au premier Fevrier 175 2. en rece
vant les onze Volumes fuivans , la fomme
de foixante - trois livres.
Au premier Mars 1752. en recevant les
onze Volumes reftans , Rien .
Total du prix d'un exemplaire pour les
Soufcripteurs . 660 liv.
Nombre des Volumes qui feront délivrés
aux Soufcripteurs . 78. vol.
Les Soufcripteurs font priés d'avoir foin
de retirer les Volumes qui doivent leur
être délivrés à chaque terme ci -deffus indi
qué , & ils font avertis que faute par eux
de n'avoir pas retiré la totalité defdits Volumes
fix mois après le terme du mois de
Mars 1752. expiré , leurs avances feront
perdues pour eux : Condition fans laquelle
cet avantage n'auroit pas étépropofe.
Ceux qui voudront payer ladite fomme
de 660. livres en un feul payement , recevront
en même-tems un Exemplaire complet
en 78. Volumes en feuilles.
JUIN, 1750. 191
On avertit le Public qu'il n'en fera venu
aucun Volume détaché à moins de 12,
vres chaque Volume en feuilles , fans
ucun rabais ; de même que le Recueil des
Machines en fix Volumes , à moins de
05. livres en feuilles.

briaffon , Libraire à Paris , croit devoir
nformer le Public qu'en travaillant à réuir
toutes les parties qui compofent la
Collection entiére des Mémoires des Sciences
& des Beaux Arts , imprimés à Trévoux ,
qu'il a propofée par voie de Soufcription
il a été étonné que tous les Exemplaires
qu'il a confultés dans les Bibliothèques &
chez les Particuliers , fe font trouvés imparfaits
de la plus grande partie des Médailles
, Figures & Additions , qui ont été
mifes à la fin des mois en differens tems ,
conformément à la note fuivante ; comme
il est conſtant que ces défectuofités ôtent
tout le prix à ce Recueil , il a fait les plus
grands efforts pour les recouvrer , & à la
fin il y eft parvenu . Il les fournira avec les
Exemplaires qu'on a arrêtés chez lui par
voie de Soufcription , & quant à ceux qui
ont précédemment ce Recueil , il offre de
leur vendre ces differens morceaux pour
rendre leur Exemplaire auffi complet qu'il
Le peut.
192 MERCURE DE FRANCE
NOVITIUS , ou Dictionnaire Latin-
François , à l'ufage de Monfeigneur le
Dauphin . A Paris , Quai des Auguftias ,
chez Jacques Rollin Fils , à St Athanat
& au Palmier ; Charles - Antoine Ja
bert , au coin de la rue Gille- Coeur , i
l'Image Notre - Dame ; Claude - Jean-
Baptifte Bauche Fils , à Sainte Génevit
ve. 1750 .
Tout le monde connoît affez l'excellence
& la fupériorité de ce Dictionnaire ,
qui a eu l'honneur de fervir à l'éducation
de Sa Majefté , pour nous croire difpenfes
d'en faire ici l'éloge. Il fuffit d'avertir que
l'on y a corrigé avec beaucoup de foin
quantité de fautes qui fe rencontrent dans
les autres Dictionnaires , fans même excep
ter le tréfor de Robert- Etienne ; & qu'on
y ait fait une infinité d'additions confidé
rables , comme il eſt aisé à chacun de s'en
convaincre. Outre les mots latins qui fe
trouvent dans les Auteurs Claffiques , on
y a ajouté tous ceux de la fainte Bible , da
Breviaire & des Auteurs Eccléfiaftiques :
les noms des Villes , Provinces , Royaumes
, Rivieres , & des lieux les moins connus
: les termes de Théologie , de Droit ,
de Philofophie , de Médecine , de Botanique
, Mathématiques , &c. ce qui regarde
l'Hiftoire & la Fable. Enfin , il renferme
plus
JUIN.
193 1750.
plus de dix mille mots qui ne font dans
aucun des autres Dictionnaires Latins.
Pour faciliter
l'intelligence de la Langue
Latine à toutes fortes de perfonnes , &
Tur-tout à ceux qui font avancés en âge ,
aux Dames & aux perfonnes Religieufes ,
qui ne peuvent l'apprendre par la méthode
ordinaire , on a levé dans ce Dictionnaire
tous les obftacles qui pourroient arrêter les
Commençans , en y mettant les differentes
terminaifons des noms & des pronoms , du
moins celles qui pourroient leur faire
quelque peine , & qu'ils ne rappelleroient
pas aifément à leur fource fans le fecours
d'un Dictionnaire tel que celui - ci , où les
comparatifs & les fuperlatifs font inferés
fuivant l'ordre de l'Alphabet , & dans lequel
on a ajouté à chaque verbe fes termi-
#naifons particulieres , fuivant les differentes
modes dont il eft fufceptible.
Outre les avantages dont on vient de
parler , on trouvera dans ce Dictionnaire
des obfervations fur les endroits difficiles
des Auteurs , & fur le rapport ou la difference
qui fe trouve entre certains termes ,
avec des éclairciffemens fur les ufages des
anciens Romains ; fur leur police , leurs
Magiftrats , leurs loix : en un mot , bien
des particularités de l'Hiftoire Romaine
у font expliquées , pour mieux faire fen-
11. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
tir la force des mots & leur énergie.
Avec le fecours de ce Dictionnaire ,
tout Commençant qui fçait lire & faire
ufage de fa raifon , pour peu qu'il ait de
connoiffance des déclinaifons & des cojugaifons
,, peut entreprendre de traduire
un Auteur Latin , & il en viendra d'autant
mieux à bout qu'il n'eft question que de
chercher dans fon Dictionnaire les mors
tels qu'ils fe trouvent dans le Livre qu'il
Le propofe d'expliquer. On fçait que les
verbes fe cherchent ordinairement par
l'infinitif , mais cela n'empêche point
qu'on ne les trouve auffi à l'indicatif, renvoyant
enfuite à l'infinitifdu même verbe,
par un Vid, ou Vide. qui fignifie , Voyez.
Enfin , on a ajouté à chaque mot fa
quantité indiquée par des longues & des
bréves , pour la facilité des Commençans ,
& pour qu'ils s'accoûtument de bonne
heure à prononcer le Latin avec élégance
& pureté.
Les perfonnes déja avancées dans leurs
études trouveront dans ce Livre des chofes
qu'il n'auront peut- être jamais apprifes ,
& y reverront avec plaifir celles qui lear
feront échappées de la mémoire. Ceux qui
compofent en Latin feront pareillement
bien aifes d'y trouver des fynonimes , qui
ne fe préfentent pas toujours à l'efprit auffitôt
qu'on en a befoin.
JUIN. 1750. 195
Cet ouvrage ayant été imprimé fous les
yeux & aux dépens de l'Auteur , fon prix
exceffif , & la difficulté d'en pouvoir
trouver des exemplaires , ont fans doute
empêché bien des perfonnes d'en faire l'emplette.
C'est ce qui a déterminé les Libraires
qui viennent de faire l'acquifition du
refte de l'Edition de ce Dictionnaire , de
le mettre à près de moitié meilleur marché,
& de l'offrir au Public à 18. liv. l'exem
plaire relié en deux volumes , perfuadés
que la modicité du prix déterminera Meffieurs
les Profeffeurs à lui donner la préférence
fur les autres Dictionnaires , fur
tout ayant eu l'avantage d'être le plus complet
& le plus méthodique de tous ceux
qui ont paru jufqu'à préſent.
Les mêmes Libraires ont fait en même
tems l'acquifition des papiers & manufcrits
de l'Auteur, parmi lesquels ils ont trouvé,
entr'autres , tous les matériaux néceffaires
pour la feconde Partie de ce Dictionnaire ,
à laquelle il travailloit depuis un tems
confidérable , & qui heureulement ſe
trouve achevée. Ils fe propofent de la mettre
inceffamment fous preffe en un volume
in- 4°. grand papier , de même forme &
caractere que celle- ci , fous le titre de Novitius
ou Dictionnaire François- Latın , &c.
L'accueil favorable que le Public a fait à
I ij
196 MERCURE DEFRANCE.
la premiere Partie de ce Dictionnaire , &
l'idée avantageufe qu'il a conçue de l
feconde Partie , eft un sûr garant du
prompt débit & de la réuffite de cette entrepriſe.
N. B. On trouve chez les Libraires cideffus
nommés un autre Ouvrage du même
Auteur , qui a pour titre le Poftulant , on
Introduction & effai de méthode pour
commencer l'étude de la Langue Latine par
la traduction , fans autre fecours que celui
du Novitias , en un volume in-8°. dont le
prix eft de 30 f. relié en bazane ,
Projet de la quatrième & derniere Soufcription
des Planches Anatomiques de M.
Gautier , qu'on annonce prefentement au
Public,
N donnera pour completter ce qui
refte à démontrer dans l'Anatomie
de couleur & grandeur naturelle , encore
dix -huit Planches , comme avoit promis
feu M. Duverney , dans le projet publié en
1748 , & l'on ne fupprime de ce projet que
'Anatomie comparée des animaux , qui eft.
une partie plus curieufe qu'utile. Le fupplément
qu'il vouloit donner en petites
figures pour voir le corps affemblé, fera
JUIN. 1750. 197
-
compris dans les dix - huit Planches de cette
Soulcription , en forte que douze de ces
Planches formeront fix figures de grandeur
naturelle , deux d'homme , deux de femme
, & deux d'enfant.
Les trois premiéres Planches qu'on livre
actuellement , repréfentent une femme de
cinq pieds deux pouces : la premiere Planche
contient la tête , & une partie des épaules
: la feconde contient le corps & les bras
diffequés , le foye , les reins , la matrice
en fituation & les parties de la génération
de la femme : & la troifiéme contient
l'Angiologie des extrémités inférieures
c'est- à-dire , des cuiffes , des jambes & des
pieds.
Les trois de la feconde diftribution pourront
fe joindre , fi l'on veut , à côté de
celle-ci , & formeront un homme de cinq
pieds & trois ou quatre pouces de haut ,
dont la tête fera vue de profil dans la premiere
Planche , & difféquée avec les nerfs
de la face . Dans la deuxième Planche , fera
contenu le corps ouvert , où l'on verra le
coeur , les poulmons, l'eftomach , les intef
tins , & les parties de l'homme , avec la
fuite de l'Angiologie du tronc , & c. & la
troifiéme Planche contiendra les cuiffes ,
les jambes , & les pieds difféqués & injectés
; il y aura dans cette Planche , plufieurs
I iij
198 MERCURE DE FRANCE
Coupes de differens muſcles pour voir la
méchanique de leurs fibres.
Ces fix Planches qui ne feront qu'an
feul tableau , quand on voudra les joindre ,
feront le morceau le plus rare & le plus
curieux qui ait jamais paru en Anatomie ;
il fera voir tout à la fois un homme , une
femme , diffequés , de couleur & grandeur
naturelle. On verra dans ces figures prefque
tous les vifceres en fituation , & toute
l'Angiologie à la fois , & une grande partie
de la Nevrologie , de l'Oftéologie , &
les parties de la génération des deux
fexes .
Les fix Planches fuivantes feront pour
démontrer l'Anatomie des vifceres en par
ticulier. Les fix dernieres pourront auffi
fe joindre comme les precédentes , & formeront
deux autres figures entieres de
grandeur naturelle , une d'homme & une
de femme , pour l'Angiologie & Névrolo
gie, de la tête aux pieds , tant de la partie
antérieure que de la partie poftérieure , &
un fquelette d'enfant , ce qui fera l'Anatomie
complette . Voici les payemens de cette
derniere Sonfcription , & le tems des diftri
butions.
On foufcrira jufqu'au tems de la feconde
diftribution de cette partie , & on donnera
dix-huit livres.
JUIN. 1750. 199
En recevant les trois premieres Planches
qui forment le corps de la femme ,
on donnera dix -huit livres.
En recevant les trois Planches fuivantes
qui formeront le corps de l'homme , on
donnera douze livres.
En recevant les trois Planches qui fuivront
cette feconde diftribution , on donnera
douze livres.
En recevant les trois autres , on donnera
douze livres.
En recevant celle de la cinquiéme diftribution
qui fera une troifiéme figure entiére
, compriſe en trois Planches , on donnera
encore douze livres.
Total , ci .. $ 4 liv.
On délivrera enfuite les trois dernieres
Planches de l'Anatomie , & de cette Soufcription
, qui fera une quatrième figure
fur pied , fans rien recevoir de ceux qui
auront fouferit. Ceux qui ne foufcriront
point payeront ces dix-huit dernieres Planches
, 126 liv.
On fera reçu à foufcrire , foit que l'on
ait pris les précédentes Soufcriptions , ou
qu'on ne prenne que celle-ci , jufqu'à la
fin d'Octobre 1750.
La premiere diftribution fe fera dans le
courant de Juin , Juillet, & Août prochains :
la feconde dans le courant de Septembre ,
Liiij
200 MERCURE DE FRANCE
Octobre , Novembre & Décembre 1750 :
la troifiéme dans le courant de Janvier ,
Février & Mars fuivans : la quatrième
dans le courant d'Avril , Mai & Juin de
là même année 1751 : la cinquiéme dans
le courant de Juillet , Août & Septembre
1751 : & la fixiéme & derniere diftriba
tion dans le courant des trois derniers mois
de cette année , en forte que tout fera fini ,
comme on l'avoit promis , dans l'année
1751.
Récapitulation des Seufcriptions qui ont été
propofées pour cet ouvrage.
Planches avec leurs tables explicatives .
1. Les huits premieres de
Ont coûté Aceux qui
aux fouf n'ont pas
cripteurs, foufcrit.
l'Effai de Myologie, ci. 24 li v. 36 liv.
2. Les douze fuivantes.
qui complettent la
Myologie , ci
Total des 20 Planches:
36. liv. 54 liv.
de la Myologie , ci ... 60 liv . 90 liv.
3. Les huit de la troifiéme
Soufcription , contenant
l'Anatomie de la
: tête , ci
4. Les dix- huit de la qua-
24 liv. 36 liv..
JUI N. 201 1750
triéme & derniere Soufcription
qu'on
propofe
actuellement
coûteront
, ci .. 84 liv. 126 liv.
Total général des 46
Planches , ci . ..... 168 liv . 252 liv .
On regardera de tout tems comme un
Phénomène , qu'un
Particulier ait lui feul
exécuté dans cinq années de tems un fi
vafte projet , qui avoit échoué en plufieurs
endroits de
l'Europe , & pour lequel il a
fallu 40000 livres de fonds , que le Public
a fourni , car il s'agiffoit ici de peindre les
originaux de grandeur naturelle de 46
Planches , avoir pour cet effet la diffection
de plus de 300 fujets entiers ou en
parties , graver 184 cuivres , dont quatrene
peuvent former qu'une feule Planche ,
par rapport aux couleurs dont elles font
compofées ; fupporter un procès de quatorze
mois , & avoir un autre retard forcé.
Le tout compris dans un fi petit efpace de
tems qui à peine quelquefois a pû fuffire
pour former les arrangemens de certains
projets de moindre
conféquence. C'eſt cependant
ce que M. Gautier efpere exécuter,
en ayant déja donné une preuve convaincante,
par la diftribution des trois quarts de
cet Ouvrage , fait jufqu'à ce jour , que lui
I v
202 MERCURE DE FRANCE
feul a peint & gravé d'après nature.
On foufcrit chez M. Gautier , Gravent
Penfionnaire du Roi , feul en France pri
vilégié pour ces Planches Anatomiques ,
qui demeure préfentement rue de la Har
pe
à la feconde maifon neuve , entre la rue
Poupée & la rue Percée , où est fon Enfeigne.
Chez Boudet Libraire-Imprimeur" da
Châtelet , rue Saint Jacques.
On pourra relier cet Ouvrage avec les Tables
explicatives des Planches , en un ou deux
volumes , en forme d'Atlas , ou in- folio es
pliant les grandes Planches en deux , ou en
Les laiffant de toute leur grandeur.
Pour vernir les 20 Planches de la Myo
logie , il en coute 7 liv ; pour vernir les 8 de
La tête 2 liv. & les autres à proportion.
David le jeune , Libraire à Paris , Quai
des Auguftins , a reçû de Glafcou , quelques
exemplaires en papier d'Hollande, de
fa fuperbe édition de Cicéron , en vingt
volumes , petit format. 75 liv . en blanc.
On trouve chez le même Libraire fa
Collection des Poëtes & Hiftoriens Latins ,
imprimés à Londres en 18 volumes , petit
format
, $ 4 livres en blanc .
JUIN. 1750 .
203
Repréfentation du Chateau de Chambord an
Palais des Tuilleries , au rez de chauffée ,
vis-à- vis le grand efcalier.
I
Left des beautés de tous les fiécles ; il
en eft auffi qui font particuliéres à chaque
fiécle en particulier ce fut vers l'an
1523. que François I. fit bâtir le magnifique
Château de Chambord , qui eft d'une
beauté que tous les Connoiffeurs admirent
, tant l'Architecture & les Ornemens
y font diftribués fingulièrement , quoique
dans un goût femi gothique. L'Auteur qui
préfente au Public un modéle de ce Château
, qui eft à l'original comme 1 à 100 ,
ou plus exactement comme 1 à 93 & demi,
fe promet de fatisfaire la curiofité de ceux
qui voudront le voir.
Comme les piéces qui le compofent &
que l'on a eu foin de tenir détachées , fe
levent , on peut voir de près tous les ornemens
& la diftribution des appartemens.
On y compre 440 Piéces ; 1800 Ouvriers
employerent 20 ans à conftruire ce Palais .
Surtout le grand Efcalier du célébre Palladio
eft reconnu pour un chef- d'oeuvre
d'Architecture , étant double & prefqu'à
jour.
Ce Château eft élevé fur un piedestal de
I
vj
204 MERCURE DE FRANCE
cinq pieds de haut, neuf pieds de long, fa
7 pied de large, contenant les quatre Vue
principales des Environs du Château , &
dans l'intérieur duquel on a pratiqné une
Machine qui fait répéter à des Timbales ,
Trompettes , Hautbois , Flûtes & Baffons ,
douze airs des plus difficiles , entre autres
la marche des Houlans à cinq parties.
Ouvrage du S. L. R *** Ingénieur Géo
graphe du Roi.
On répréfente tous les jours , à 3,4,
5,6 , & 7 heures du foir ,
Les premieres Places trois livres , les Secondes
ving- quatrefols.
La Dame Rodeffe , veuve du Sieur Arnoult
l'aîné eft authoriſée par un Arrêt du
Confeil d'Etat du Roi , dù dix Avril 1750 .
à vendre le Sachet Anti-apor lectique ,
dont la diftribution lui avoit été tolérée
par la Commiffion-Royale de Medecine ,
qui a fixé le prix de chaque Sachet à 6 liv.
ON
AVIS
N fait part aux Curieux , & aux amateurs
de la belle Porcelaine du Japon,
comme auffi du Lac ancien du Japon , que
le onze Août prochain , & jours fuivans
fe vendra à la Haye dans la Maiſon de S.
JUIN. 1750. 205

E. Monfeigneur le Comte de Linden
Burgrave de Nimegue , la magnifique &
confidérable Collection de Porcelaine d'ancien
Japon , de Lac , d'Etoffes des Indes ,
& de Perfe , tant brochées que brodées ,
de feue Madame la Comteffe de Linden ,
parmi lesquelles Porcelaines fe trouve
nombre d'Urnes fexagones à Paon , à arbrif
feaux , fleurs , & autres. Differentes Jattes
par paire , rondes & octogones , à bord
brun , & fans bord brun à Oifeaux &
autres deſſeins . Differents fafmins par paire
, octogones & autres , à bord brun ,.
Fleurs, & Oifeaux du Paradis dans le fond..
Jattes à fruits découpées à jour , Plats à
Perdrix , à Gerbes , à Grenades , & autres..
Bacs avec le Cocq & la Poule , à Dragons
fur les bords , & à bord brun ; differentes
fortes de Taffes , & Soucoupes à caffé , &
à thé , à Dragons rouges , & autres deffeins
; pots à thé ovales à côtes de Melon
le tout d'ancien Japon de couleur de la
premiere claffe, comme auffi de très- grands
plats. Item plats de differentes grandeurs ,
d'ancien Japon bleu , à bord brun , à Japonois
& pécheurs , Arbres , Tigres , & Dragons
, Jattes octogones ; Taffes à caffé & à
thé , à bords bruns de differens deffeins
à Pagodes , Arbriffeaux , Oiſeaux , fleurs
Vaiffeaux &c le tout d'une beauté par-
2.
99
206 MERCURE DE FRANCE
faite , & de la premiere claffe , outre pla
ficurs Cabinets d'ancien Lac , & une grande
quantité de differentes Porcelaines moder
nes , tant du Japon que de la Chine.
Le Catalogue de cette belle collection
de Porcelaines , de Lac , & d'Etoffes fe
trouve à la Haye chez Pierre de Hondrs ,
& chez les principaux Libraires dans la plùpart
des Villes des Provinces Unies.
LE
AUTRES AVIS.
E Sieur Breffon de Maillard , décou
peur en Caracteres , & dont les ouvra
ges ont été indiqués par le Journal de Verdun
du mois de Novembre 1744 , & par
le Mercure de France du mois de Jain
1747 , donne avis au Public qu'il continue
toujours avec fuccès , de faire & vendre
les ouvrages en Caracteres , imitant
ceux d'impreffion , en deffeins , lettres financieres
& traits de plume, chiffre, nottes
de plain- chant , vignettes en bordures ,
papiers à vignette & enveloppes ; figures
d'animaux , bouquets courans & détachés ,
briques, carreaux , pierres , vitrages à mettre
fur les modeles de Bâtimens , obfervations
, remarques & rofettes de carte , ſentences
, devifes , étiquettes de Marchandi-´
JUIN. 207 1750.
fes , noms & demeures. Ses Ouvrages font
utiles aux perfonnes de commerce , par la
facilité que l'on a d'imprimer foi - même
fon adreffe .
11 demeure dans la feconde Cour de
l'Arſenal , du côté des Celeftins près le
Puits,
A veuve du Sr Simon Bailly avertit le
Public quelle continue de fabriquer
les véritables Savonettes légères de pure crême
do Savon , dont elle feule a le fecret. Comme
plufieurs perfonnes fe mêlent de les
contrefaire & de les marquer comme elle ,
il faut pour n'être point trompé , s'adreffer
chez elle , rue Pavée Saint Sauveur ,
au bout de celle du petit Lion , à l'image
Saint Nicolas , une porte cochere prefque
vis à- vis la rue Françoiſe , Quartier de la
Comédie Italienne .
E Sieur Courtois fait fçavoir au Public
Lqu'il airorvinaid at dest
Majefté Louis XV , de toutes grandeurs &
de toutes fortes de goûts ; fait également
toutes fortes d'ouvrages à la plume . Il demeure
rue Notre-Dame de Ronnes - Nou208
MERCURE DE FRANCE
velles , la derniere porte cochere , vis- àvis
un Menuifier , proche le Boulevart.
E Sieur Bourfin , Marchand de Cou-
Leurs, rue du Roule , à l'Aigle de
Pruffe, donne avis au Public, qu'après bien
des recherches & des expériences faites,
il a enfin trouvé le fecret de faire toutes
fortes de Paſtels , qu'il a portés à une perfection
où ils n'étoient point encore parvenus.
Il les compofe & les roule de telle
façon , qu'ile ne durciflent pas plus qu'il
ne faut , quoiqu'on les garde long- tems.
Chaque boete complette & bien affortie
contient cent trente Paſtels , qui forment
autant de nuances differentes. Ceux qui
s'occupent à la Peinture & au Deffeing ,
trouveront chez le même tout ce qu'ils
peuvent defirer en fait de couleurs , tant
en huile qu'en migniature , même pour
laver.
JUIN. 1750. 209
: ❁ :༧༧༽ @
ARRESTS NOTABLES.
RREST du Confeil d'Etat du Roi , du 17
A Juin 1749 , qui indique les Bureaux pour
l'entrée des Tabacs étrangers , dans la Province
'. d'Alface .
AUTRE de la Cour des Aides , du 1 Juillet
qui conformément à Particle premie du Titre
V.des exercices des Commis , de l'Ordonnance de
1680 , leur fait défenfes d'exercer aucun emploi
qu'ils n'ayent l'âge de vingt ans , & aux Officiers
du reffort de la Cour , d'en recevoir qu'il ne
leur foit apparu dudit âge.
AUTRE du Confeil d'Etat du Roi , du 20
Janvier 1750 , qui indique les Bureaux de Haguenau
& de Drufenheim , pour l'entrée des Tabacs
étrangers dans la Province d'Alface , au lieu de
ceux de Landau , Benheim & du Fort-Louis du-
Rhin , établis par l'Arrêt du 17 Juin 1749.
AUTRE du 10 Avril , qui ordonne que Meffieurs
les Gardes du Tréfor Royal , Receveurs ,
Payeurs & tous autres Tréforiers de Sa Majeſté ,
feront tenus à l'avenir de payer ce qu'ils pourront
devoir aux fucceffions des Prélats & Bénéfi
ciers décédés , tant des penfions , gages du Confeil
, gratifications , récompenfes , gages , appoin
temens & autres fommes , entre les mains des
fieurs Mény & Marchal , Economes généraux .
AUTRES contradictoires de la Cour des Ai
210 MERCURE DE FRANCE
des , du 24 , qui infirment huit Sentences des 06
ficiers des Greniers à Sel d'Ernée & Mayenne ;
confifquent de petites quantités de faux le trouvé
dans des endroits non fermans à clef, & fa fi cher
les nommés Joubin , Gaffeau , Dupont fille , Ques
tin , Valle , Gillet , Lechapeliier , & veuve Lefini
lier, les condamnent chacun en deux cens live
d'amende , & en tous les dépens , tant des cauſes
principales, d'appel & demandes . Et par forme de
réglement , fur les conclufions de M. le Procureur
Général , enjoint aux Officiers du Grenier à fel
d'Ernée , de fe conformer aux difpofitions de l'Ot
donnance & des Réglemens , & en conséquence
de condamner en l'amende portée par iceux , les
particuliers chez lefquels il fera trouvé du faux fel;
leur enjoint pareillement & à tous les Officiers des
Greniers du reffort de la Cour , lorsqu'ils déclareront
des procès verbaux nuls , d'inférer dans leurs
Jugemens les nullités fur lefquelles ils fe feront
fondés pour les prononcer .
ORDONNANCE du Roi , du premier
Mai, pour régler la diftribution des Congés d'an
cienneté pendant l'hyver prochain , & le renvoi de
l'avant-derniere claffe des Miliciens incorporés.
AUTRE du même jour , concernant l'ha
billement , l'équipement & l'armement de fes Ré
gimens de Dragons.
Π
t
C
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , dus ,
qui ordonne l'exécution de ceux des 14 Jun 1746
& 12 Août 1747 , rendus à l'occafion des fraudes
fur les vins enlevés de l'étendue des cinq groffes
Fermes , pour aller dans les quatre lieues des limi
tes des Provinces de Picardie & de Champagne , F
3
V
JUIN. 1750. 211
& fur ceux destinés pour le pays étranger ou pour
les Provinces réputées étrangeres ; ce faifant , que
les Villages d'Aouft & Prez , le hameau de Champlin
, Paroiffe d'Anteny , & le Château de Fautigny
,feront ajoûtés à Parrondiffement du Bureau
-de
de Rumigny ; le Village de Fligny , le hameau
de la Soquette , Paroiffe de Tarzy , la Forge de la
Croix Balard , Paroiffe de Signy , & le hameau de
Fougera , Paroiffe dudit Signy , à celui du Bureau
de Signy- le - petit , & le hameau des Audigny ,
Paroiffe de Prez , à celui du Bureau d'Auvilléresles-
forges,
ORDONNANCE du Roi , du 7 , fur le
Maniement des armes de l'Infanterie Françoiſe &
étrangère.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , du 10 ,
portant réglement pour les Toiles qui fe fabriquent
dans le Diocèle d'Alby & autres lieux des
environs de la Province de Languedoc.
AUTRE du 11 , portant fuppreffion d'un
Ecrit en forme de Lettre ,
commençant par ces
mots : Monfieur, le dernier trait d'avoir mis le feu ,
c. & finiflant par ceux - ci , m'attireront votre
compaffion & celle de tous les honnêtes gens. Je
Suis , &c.
AUTRE du 12 , qui , en ordonnant l'exécu
tion d'un Sentence des Juges de Police de Reims,
du s Mars précédent , portant confifcation de cent
quatre piéces d'étoffes de la fabrique de Rethel ,
avec differentes amendes , pour raifon des contraventions
aux réglemens , condamne les Jurés des
Fabriquans de ladite Ville de Rethel en diverfés
212 MERCURE DE FRANCE
amendes , avec deftitution de la Jurande , & mė
me de la Maîtriſe..
ORDONNANCE du Roi , du premier
Juin , concernant l'habillement , l'équipement &
Parmement de la Gavalerie.
ARREST du même jour , portant fuppreffion
d'un Livre qui a pour titre , Lettres , avec an
paflage Latin au bas , commençant par ces mots ,
Ne repugnate , &c. A Londres , 1750.
Le Roi étant informé qu'on répand dans le Public
un grand nombre d'exemplaires d'un Livre
qui a pour titre , Lettres , avec un paffage Latin au
bas , commençant par ces mots , Ne repugnate ,
&c. A Londres , 1750 , Sa Majesté auron jugé à
propos de s'en faire rendre compte , & elle auroit
reconnu que fous prétexte de foûtenir les droits
de l'autorité royale , & les maximes de la France ,
que perfonne ne révoque & ne peut révoquer en
doute , l'Auteur a fait entrer dans cet ouvrage des
déclamations contraires à l'honneur du Clergé de
France , qu'il voudroit faire pafler pour le Corps
le moins utile à la Société , comme fi fervir la
Religion & l'Eglife , n'étoit pas rendre les fervices
les plus utiles au Roi & à l'Etat : Sa Majefté ,
qui a toujours honoré , & qui honorera toujours
le Clergé de fes Etats d'une protection finguliere
, ne fçauroit donc profcrire trop promptement
un Livre , dont l'Auteur a affecté d'y femer des
traits odieux contre le premier Ordre du Royaume
, qui s'est toujours montré digne de ce titre,
non - feulement par l'élevation & la fainteté de
fon ministére ,mais par les marques éclatantes qu'il
a données dans tous les tems de fa fidélité , de fon
affection & de fon zéle invariable pour le fervice
JUIN.
1750. 213
u Roi , à quoi voulant pourvoir , Sa Majesté étant
fon Confeil , a ordonné & ordonne que ledit
Livre qui a pour titre : Lettres , avec un paffage
Latin au bas , commençant par ces mots , Ne re-
- ugnate , &c . A Londres , 1750 , fera & demeurea
fupprimé. Enjoint à tous ceux qui en ont des
exemplaires , de les remettre inceffamment au
Greffe du Confeil, pour y être fupprimés . Fait S.M.
très expreffes inhibitions & défenſes à tous Imprimeurs
, Libraires , Colporteurs & autres , de quelque
état ou condition qu'ils foient , d'en imprimer
, vendre , débiter ou autrement diftribuer , à
peine de punition exemplaire, Enjoint au fieur
Berryer , Maître des Requêtes , Lieutenant Général
de Police de la Ville & fauxbourgs de Paris , de
tenir la main à l'exécution du préfent Arrêt , lequel
fera lû , publié & affiché par tout où befoin
fera. Fait au Confeil d'Etat du Roi , Sa Majesté y
étant , tenu à Choify le premier Juin 1750. Signé,
M. P. de Voyer d'Argenfon .
ORDONNANCE du Roi , dus , concer
nant les Officiers d'Artillerie de la Marine , & les
Compagnies de Bombardiers & d'apprentifs Ca
nonniers.
APPROBATION.
'Ai lâ , par ordre de Monfeigneur le Chancelier
,le fecond volume du Mercure de Fraa
du mois de Juin. A Paris , le 8 Juillet 1750.
MAIGNAN DE SAVIGNY.
TABLE.
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe.
Epitre aux Graces ,
PIC
3
Anecdotes fur le Czar Pierre le Grand , par M. de
Voltaire ,
72
Le Chardon & la Vigne , Fable en Dialogue , par
M. Peffelier , 36
Les deux Portraits. Autre Fable , par le même,
37
38
Suite de la Differtation contre les expériences de
Ja Chambre noire de M. Newton , par M. Gantier
, Penfionnaire du Roi ,
Vers fur la revue faite par le Roi de ſes Régimens
des Gardes Françoifes & des Gardes Suilles le 30
Mai 1750 ,
La Félicité. Hiftoire
60
63
So
Difcours prononcé le jour de la Pentecôte par M.
l'Abbé de Pomponne à la réception de M. le
Comte de la Marche à la qualité de Chevalier
des Ordres du Roi ,
Vers préfentés à M. le Maréchal Comte de Saxe.
le 6 Juin 1750 ,
Autres aux deux fils de M. le Duc de Duras , dont
81
M. de la Buffiere eft Gouverneur
.ettre de M. le Commiffaire D ....
82
83
Mots des Enigmes & des Logogryphes du premier
volume du Mercure de Juin ,
Enigmes & Logogryphes ,
Nouvelles Litteraires ,
85
ibid.
89
Beaux-Arts. Lettre à M ***
Mémoires fur le Louvre ,
Colin & Colette , Duo ,
Spectacles ,
Nouvelles Etrangeres. De Conftantinople , 149
III
117
118
119
De Pétersbourg ,
150
De Stockolm , 1st
Allemagne. De Vienne , 154
De Drefde ,
153
De Berlin , ibid.
De Francfort ,
156
Portugal. De Lisbonne ,
158
Espagne. De Madrid , 159
Italie. De Naples ,
163
De Livourne , 164
De Génes , ibid.
De Turin , 165
167
Grande- Bretagne . De Londres ,
France , nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 171
Mariage & Morts ,
Addition aux Nouvelles Litteraires ,
181
187
Projet de la quatriéme & derniere Soufcription des
Planches Anatomiques de M. Gautier , 196
Repréſentation du Château de Chambord au
Palais des Tuilleries ,
Avis aux amateurs de la belle Porcelaine ,
Autre Avis du Sr Breffon de Maillard ,
Arrêts notables ,
202
204
206
207
Fautes à corriger dans ce Livre.
PAge $7 . ligne 14 , fi l'extrémié M. life ‚ á
l'extrémité bleue M.
Même page , ligne 17 , que l'extrémité rouge,
lifez , que l'extrémité rouge T.
Même page , ligne 22 , l'extrémité bleue N. de
Pimage M N. fez, l'extrémité bleue N. de l'
mage MN , fi les couleurs font renversées
en paffant par la face ſupérieure du premier
prifme,
La Chanfon notée doit regarder la page
De l'Imprimerie de J. BULLOT,
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le