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MERCURE
DE FRANCE ,
1
DÉDIÉ AU ROI.
AOUST . 1749 .
IGITUT SPARGAT
T
Chez
A PARIS ,
CANDRE' CAILLEAU , rue Saint
Jacques , à S André.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ,
àladeſce te du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais .
JACQUES BARROIS , Qual
des Auguſtins , à la ville de Nevers.
M. DCC. XLIX.
AvecApprobation& Privilegedu Roi.
AVIS.
L
'ADRESSE générale duMercure el
àM. DE CLEVES D'ARNICOURT ,
vë des Mauvais Garçons ,fauxbourg Saint
rmain , à l'Hôtel de Mâcon. Nous prions
- instamment ceux qui nous adrefferont
Paquets par la Poste , d'en affranchir le
,pour nous épargner ledéplaisir de les
uter,&à eux, celui de nepas voirparoître
curs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui souhaiteront avoir le Mercure
846,6 de France de la premiere main, &plus promp
tement,n'auront qu'à écrire àl'adreſſe ci-deſſus 1558
indiquée ; onse conformera cactement à
1749 leurs intentions.
Ainsi il faudra mettr
de Cleves d'Arnicourt , ** errure
de France , rue des Mauva
remettre à M. Remond de Sai
FX XXX. SOLS,
ep
T,
1798
ONS
MERCURE
DE FRANCE ,
1
DÉDIÉ av ROI.
ont
Le
1
les
tre
ays
AOUST. 1749.
P PIECES FUGITIVES,
Jus
are
en Vers & en Profe.
LETTRE *
Ecritede ..... fur la Comédie du Méchant.
M
Adame , vous me demandez un
examen de la Comédie que vous
avez eu la bonté de m'envoyer ,
& mon premier ſoin eſt de joindre
à mes remerciemens la preuve de ma
* Cette Lestre a déja eté imprimée au commencement
de l'année derniere. Pluſieurs des reflexions
qu'on y lit ausujet de la Comédie du Méchant ,feretrouvant
dans le nouvel ouvrage périodique , intitulé,
A ij
4 MERCURE DEFRANCE.
déférence pour vos ordres. Amie des talens
, mais zélée pour la perfection des
Arts , vous voulez qu'on rende juſtice à
toutes les beautés d'un ouvrage , mais vous
ne croyez pas qu'on doive s'aveugler fur
ſes défauts. Je me conformerai à votre
goût , & je ne m'interdirai ni les éloges ,
ni les critiques que mérite la Piéce ſur laquelle
vous déſirez de ſçavoir mon fentiment.
Quelques- uns de vos beaux eſprits , à ce
que vous m'apprenez , Madame , prétendent
qu'il n'eſt pas permis de prendre pour
le ſujet d'une Comédie un caractére haïfſable.
Je penſe differemment. Le vice ,
ainſi que le ridicule , eſt admis au Théatre,
pourvû qu'en nous inſpirant de la haine
pour ce qui eſt blamable , on ait le fecret
de nous faire rire , & j'en ai pour garant
le ſuccès avec lequel Moliere a mis ſur la
ſcéne l'impieté & l'hypocrifie.
Cléon étant encore moins odieux que
Don Juan & que le Tartuffe , je ne ferai
donc point le procès à M. Greffer , de nous
avoir peint un fourbe digne de notre aver
ſion. Je lui reprocherai ſeulement d'avoir
LETTRES SUR QUELQUES ECRITS DI
CBTEMS , nous croyons faire pla fir aux Lecteurs
en les mestarten état de comparer les obfervations
desdeux Critiques,
AOUST. 1749. 5
A
embrallé dans ſon Poëme un ſujet trop
vaſte. Si un Auteur intituloit une Comédie
LE VICIEUX , nous lui dirions avec
raiſon : Le caractère que vous nous annoncez,
est trop composé. Pour remplir votre titre, vous
êtes obligé de nous montrer dans un mêmehomme
tous les vices , ou du moins les plus remar.
quables . Ce monstrueux aſſemblage partagera
notre attention entre pluſieurs objets , &nous
voulons qu'un seul nous occupe au Théatre. Le
nom de Méchant étant générique , & ne
comprenant pasmoins d'eſpeces d'hommes
differens que le nom de Vicieux , on peut
faire àM. Greffet une pareille objection .
Autant défaprouvé-je le trop d'extenfion
donné par cet Auteur au caractére de fon
perſonnage dominant , autant j'applaudis
au choixde ſes Acteurs ſubalternes. Ils font
tous ingénieuſement adoptés, ou pour
contraſter avec le Méchant , ou pour lui
donner occafion d'exercer ſon malheureux
penchant à nuire. Je ne m'arrêterai point
au rôle d'Ariſte , pour prouver le difcernement
de l'Auteurdans ce choix. Le Poëte
le plus médiocre auroit fenti la néceflité
d'oppoſer à Cléon un homme véritablement
vertueux. Ce dont je tiens compte à
M. Greffet , c'eſt d'avoir ſuppoſé dans la
mere & dans l'amant de Chloë la diſpoſition
qu'ont la plupart des femmes & des
A inj
6 MERCURE DE FRANCE.
jeunes gens de notre nation àſe laiſſer ſeduire
par l'extérieur , & à méconnoîtrele
ridicule & même le vice , dès qu'ils ſe
déguiſent ſous des dehors brillans .
M. Greffet n'a pas été auſſi heureux dans
l'invention de la fable de ſa Comédie, que
dans le choix de ces deux perſonnages. Je
ne me plains point comme vous , Madame,
de ce qu'il ny a pas dans ſon Poёте се
qu'on appelle communément intérêt. Selon
moi , une Piéce comique eſt faite pour
amufer l'eſprit , & non pour remuer le
coeur. Quand du ſujet il naît naturellement
une ſituation attendriſſante , je n'ai garde
d'exiger qu'on la rejette ; mais quoiqu'à
préfent les perſonnes de votre ſexe defirent
de trouver de pareilles ſituations dans la
Comédie , je crois non-ſeulement qu'elles
n'y ſont pas néceſſaires, mais encore qu'elles
font étrangeres au genre , & que Moliere
& Regnard ſe feroient mocqués de quelqu'un
, qui leur auroit demandé fi cette
eſpece d'intérêt ſe rencontroit dans une
Piéce nouvelle de leur compoſition.
Le ſeul intérêt qu'ils penſoient à faire
entrer dans leurs ouvrages dramatiques, eſt
celui que les connoiffeurs nomment intérêt
de curioſité. Il conſiſte à exciter dans
le Spectateur un déſir inquiet de ſçavoir
ce qui doit ſuivre chaque incident. M.
AOUST. 1749. 7
Greffet avoit deux moyens de produire
cet intérêt. L'un étoit de faire en forte
que le Méchant fût exposé continuellement
au péril prochain de ſe voir démafqué
, &que fon habileté lui fournît , jufqu'au
dénouement , des reſſources pour ſe
tirer de ce péril. L'autre étoit dejetter ſans
ceffe dans l'embarras , par les intrigues du
Méchant , les Acteurs auſquels nous nous
ſerions intéreſſés , & de ménager , à chaque
inſtant où Cléon avoit ſujet de croire
qu'il étoit prêt de triompher d'eux , un
hazard favorable qui s'opposât à ſon fuccès.
Par- là, M. Greſſet auroit mis de l'action
dans ſa Piéce , & j'accorde à ſes Cenſeurs,
qu'il a trop négligé cet article. Sa Comédie
n'a de vraies ſcénes théâtrales , que
celle dans laquelle Valére (a) s'efforce de
dégoûter Geronte de lui ; celle dans laquelle
Cléon , ignorant qu'il eſt entendu
de Floriſe , en fait à Lifetre (6) un portrait
ſi défavantageux ; celle ( c ) de la rupture
de Florife avec le Méchant ,& fi l'on veur,
celle imaginée (d) pour procurer à Liſerre
de l'écriture. de Frontin. Nous verrons
(a) Act. III . Scen- 7.
( 6 ) Act. IV. Scen. 9.
( c) Act. V. Scen. 7 .
(d ) Act, V. Scen. 1 .
A iiij
* MERCURE DEFRANCE.
dans la ſuite , que la premiere eſt défec
tueuſe. La ſeconde a été employée pluſieurs
fois. Pour la quatrième , elle eſt
neuve & jolie , mais elle ne mérite pas le
nom de ſituation . Ce nom n'eſt légitimement
dû qu'à la premiere & à la troiſieme.
Je me doute que cette derniere a été fort
applaudie , & l'intrépide malignité , avec
laquelle Cléon , après être tombé aux genoux
de Floriſe , ſe releve & la badine ,
me paroît un de ces coups de Théâtre ,
propres à faire une vive impreſſion ſur
tous les Spectateurs .
Vous me mandez , Madame , qu'on a
regardé comme un art dans M. Greffet ,
de n'avoir fait le Méchant ni intéreſſé ni
amoureux , & de ne lui avoir prêté , pour
mettre obſtacle au mariage de Valére &
de Chloë , d'autre motif que celui de porter
le trouble dans deux maiſons . Je n'adopte
pas le principe ſur lequel cette opinion
est fondée. Il eſt vrai que par là
Cléon en eſt plus méchant , mais par-là
l'Auteur le rend aufſi plus odieux , & cela
fans en retirer aucun avantage. En effer
que M. Greffet gagne t'il à prendre ce parti
? Premierement , l'objet de la Comédie
eſt l'imitation des défauts communs ; & en
nous peignant un homme qui fait le mal
précisément pour le mal ,l'Auteur nous
AOUST. 1749.
و
offreun être ſi ſingulier ,qu'à peine il exiſte
àla fois cinq ou fix de ſes ſemblables chez
tonte une Nation . Secondement , nous
exigeons dans les Poëmes dramatiques une
vraiſemblance beaucoup plus rigoureuſe
que dans d'autres ouvrages. Ce qui peut
nous paroître vrai dans un Roman , ce qui
l'eſt même dans l'Hiſtoire , quelquefois ne
nous le paroît pas au Théâtre , parce que
nous n'y trouvons vraiſemblable que ce
que nous voyons arriver le plus ordinairement.
Nous ſommes accoûtumés à ne voir
les hommes les plus pervers ſe déterminer
an crime , que parce qu'ils ont , ou s'imaginent
avoir quelque intérêt à le commertre.
Dans les régles de la vérité théâtrale
Cléon devoit reſſembler aux méchans que
nous connoillons.
Il y auroit diverſes autres remarques
à faire fur la fable de la Comédie du Méchant.
Pour ne pas vous ennuyer , Madame
, par de trop longs détails , je palle à
l'examende la conduite de ce Poëme.
On ne peut fans injustice refuſer des
louanges à M. Greffet , fur l'adreſſe avec
laquelle il nous épargne les récits longs &
fatiguans , dont quelquefois les expolitions
ſont furchargées. Tout ce que nous
avons beſoin de ſçavoir pour l'intelligence
de l'action de ſa Comédie , il le dit ſans
Ay
10 MERCURE DE FRANCE:
laiſſer entrevoir le deſſein de nous inſtruire.
C'eſt dommage qu'il n'établiſſe pas
avec aſſez de préciſion le caractére de ſon
principal perſonnage. Suivant la peinture
que nous fait Lifette , Cléon eft ,
(a ) Un homme faux , deshonoré , perdu ,
Qui nuit à tout le monde , & croit tout legitime!
De pareilles qualifications ne conviennent
qu'au plus horrible ſcélerat. Cependant
, preſque dans toute la Piéce , Cléon
n'eſt qu'un tracaffier & un médifant. J'avoue
que le conſeil qu'il donne à Floriſe
( b ) , de faire interdire Geronte , manifeſte
de la noirceur , & je ſens que l'Auteur
a eſſayé par-là de juſtifier ſon titre.
Il auroit dû s'appercevoir , qu'en voulant
pallier une faute , il en commettoit une
plus confidérable , que je vous ferai bientôt
obſerver.
Je ſuis beaucoup moins content du
noeud de la Piéce que de l'expoſition. Il
me ſemble qu'un ſimple caprice de Floriſe
eſt un trop leger obſtacle au mariage de
Valére , & qu'il n'eſt pas naturel que Geronte
, qui a un intérêt preſſant de voir
conclure cette affaire , ne prenne pas avec
ſa ſoeur , dans une occaſion ſi eſſentielle ,
(a) Act. I. Scen. 1.
(6) Act . II . Scen. 3.
AOUST. 1749. 11
an ton plus abſolu. La Piéce auroit été
mieux nouée ,ſi M. Greffet , au lieu de
ſuppoſer Chloë niéce deGeronte , le lui
eût donné pour pere ; ſi les richeſſes qu'elle
peut eſpérer , ne devoient lui venir que
du côté de Floriſe , & fi l'Auteur , à la
place de l'amour qu'il prête à la ſoeur de
Geronte pour Cléon , n'eût donné à cette
folle qu'un goût vifd'eſtime , qui lui eût
fait ſouhaiter que leMéchant épousat ſa
niéce. Alors les raiſons de Florife , pour
s'oppoſer àl'union de Valére & de Chloë,
feroient plus fortes que celles qu'elle al
légue ,& les complaiſances de Geronte
pour ſa foeur auroient un fondement plus
légitime.
Ce qui peut être défectueux dans le
noeudde la Comédie de M. Greffer , n'eſt
pas de nature à être remarqué par le commun
des Spectateurs. Tous au contraire
ont été certainement frappés du vice du
dénouement. Tous ont dû s'écrier que le
Méchant étoit trop foiblement puni , &
que la perte de l'eſtime de gens qu'il
• mépriſe , n'étoit pas pour lui une difgrace
fort affligeante. Il auroit été plus ſenſible
au malheur d'être privé d'une maîtreffe
qu'il auroit aimée , oude l'eſpérance d'une
fortune qui auroit été l'objet de ſon ambi.
tion;& cette réflexion auroit du ſuffire
Avi
12 MERCURE DE FRANCE .
à M. Greffet , pour rendre Cléon intéreſſé
ou amoureux.
Voilà , Madame , les défauts généraux
qui me bleſſent dans la conduite de la Piéce.
Je vais vous en détailler quelques-uns
departiculiers.
L'Auteur , & c'eſt ici la faute que je
vous ai promis , il y a un moment , de
vous faire obſerver ; l'Auteur , dis- je , n'a
pas pris garde qu'il n'eſt nullement vraiſemblable
que le Méchant , qui eft reconnu
pour avoir de l'eſprit ,& qui en a effectivement
beaucoup , hazarde la propofition
de faire interdire Geronte. Quelle
apparence qu'un homme , tel que Cléon ,
dévoile fi groſſierement ſa méchanceté
vis-à-vis d'une femme dont il veut ſe
ménager la confiance ? Est- il d'ailleurs
poffible qu'il ignore que de ſages Magiftrats
, malgré tous les efforts de la chicane
la plus fubtile , ne prononcent pas fi
légerement l'interdiction d'une perſonne ,
qui ne donne ſur elle aucune priſe à la
cenfure ?
Ce n'eſt pas la feule occafion , dans laquelle
l'Auteur n'obſerve pas l'uniformité
de chaque caractére. Sa Floriſe du cinquiéme
Acte n'eſt point celle du premier,
Dans le premier , c'eſt une petite maîtreffe,
preſque unpetit-maître. Dans le cinquiéAOUST.
1749. 13
me , c'eſt la femme la plus raiſonnable,
preſque une femme philoſophe. Avec
Ariſte, homme extrêmement eſtimable ,
qui n'a fans doute eu pour elle que les
manieres les plus polies , elle n'a pû cacher
ſa mauvaiſe humeur. Avec Cléon
qu'elle vientd'entendre la déchirer cruellement
, elle a la force de diſſimuler un
courroux , que les Prudes , les plus exercées
à compoſer leur ton & leur maintien ,
auroient de la peine à ne pas faire éclater.
En vain M. Greſſet , pour ſa justification
, rappellera- t'il ce diſcours de la Suivante
:
* J'ai déja vû Madame avoir quelques amans.
Elle en a toujours pris l'humeur , les fentimens ,
Le different eſprit. Tour à tour je l'ai vue ,
Ou folle , ou de bon ſens , &c.
Ces métamorphoſes ne ſont pas abſolument
ſans exemple ; mais elles ne ſe ſuccédentpas
fi rapidement. Pour l'ordinaire,
dansun feuljour , l'étourderie ne ſe change
pas en ſageffe. De plus , quand on accorderoit
à l'Auteur la poſſibilité de ce chan
gement , on lui objecteroit que Cléon n'a
pointde fucceſſeur dans lecoeur de Florife,
&que puiſque de l'aveu de Lifette ,
* Act. I. Scen. 2.
14 MERCURE DE FRANCE.
* Elle n'a d'ame... que par celui qu'elle aime ,
elle ne doit naturellement ſe guérir de ſes
travers , que lorſqu'elle aura le bonheur
de faire un amant capable de l'en corriger
Nous avons vû que le Méchant , contre
l'idée que nous devons avoir de lui ,
montre peu d'eſprit &de connoiſſance du
monde ,dans l'endroit que j'ai cité de ſa
premiere Scéne avec Floriſe. Valére , dans
la Scéne ſeptiéme du troiſiéme Acte , joue
le rôle d'un extravagant. On ne devine
pas , comment M. Greſſet n'a pas fenti
que , quelque envie que Valére ait de dégoûter
Geronte de lui , il ne peut vouloir
⚫ paſſer dans l'eſprit de ce vieillard , pour
un homme qui a le tranſport au cerveau.
On devine encore moins , comment un
Auteur , qui a autant de goût que M. Greffet
, s'eſt perſuadé que les propos ſans fuite,
tenus par le jeune ami de Cléon au ſujet
de la maiſon de campagne de Geronte ,
düſſent produire un effet agréable.
En général , M. Greffet reſpecte peu la
vraiſemblance. Je puis , Madame ,vous
en convaincre par d'autres preuves que
celles rapportées ci-deſſus ,& fon dénouement
m'en fournit une nouvelle. Je de
• Ibid
AOUST. 1749: Ty
mande à cet Auteur , ſur quelle eſpérance
Cléon , après que Florife a rejetté la propoſitionqu'il
lui a faite , écrit à ſon Procureur
pour le conſulter ſur l'interdiction
de Geronte. Il n'eſt pas douteux qu'il ne
fût néceſſaire de deſſiller les yeux de l'oncle
de Chloë fur le compte du Méchant.
Mais il n'eſt pas douteux non plus , que le
moyen , dont l'Auteur ſe ſert pour y parvenir
, ne ſoit abfolument dépourvû de
tout air de vérité.
Que M. Greffet me permette auſſi de
remarquer , que toute ſa Piéce porte fur
une fuppofition extrêmement forcée. Il
paroît fort extraordinaire que Florife ,
dans le voyage qu'elle a fait avec Lifette ,
nait rien appris des détails ſcandaleux ,
dont cette Suivante eſt ſibien inſtruite. Il
n'eſt pas moins furprenant que Valére
étant répandu dans le grand monde , ne
ſcache point que Cléon eſt en horreur à
tous les honnêtes gens , & que ce jeunehomme
craigne de ſe donner un ridicule
en rompant avec un tel ami.
Après vous avoir communiqué mes réflexions
, Madame , ſur les caractéres , fur
la fable & fur la conduite de la Comédie
du Méchant , il me reſte à vousparler du
Dialogue de cette Piéce , & de la maniere
dont elle eſt écrite. Je diftingue ces deux
16 MERCURE DE FRANCE.
choſes , parce qu'un ouvrage dramatique
peut être bien écrit , ſans être bien dialogué.
Celui de M. Greſſet eſt dans ce cas , du
moins pour ce qui regarde quelques Scénes
, particulierement celle dans laquelle
Valére entreprend * l'apologie de Cléon .
Vous m'avouez , Madame , que malgré les
applaudiſſemens donnés à cette Scéne par
le Public , vous ne pouvez ſupporter qu'Ariſte
n'y reprenne jamais la parole , qu'en
relevant le dernier mot de Valére , & que
celui-ci ſemble ne jouer vis-à-vis de ce
Diſcoureur ſententieux , que le fade rôle
deſtiné dans un exercice ſcholaſtique aux
complaifans , qui ſe chargent de faire briller
la mémoire du Héros de la Fête . Vous
m'avouerez auſſi que ce dernier défaut fe
rencontre dans plus d'une autre Scéne , &
que l'Auteur n'y fait ſouvent , comme dans
celle- ci , parler un Acteur , que pour donner
occafion à un autre , de débirer des
portraits oudes maximes. Vous ne diſconviendrez
pas non plus , que ſouvent un
perſonnage ne répond pas à ce qui lui a été
dit , & que même quelquefois il paffe d'une
matiere à une autre toute differente ,
ſans que la tranſition ſoit ménagée par aucune
nuance intermédiaire.
* A&. IV. Scen. 4.
AOUST. 1749. 17.
Je me hâte , Madame , de venir à la
partie , qui fait le plus d'honneur à M.
Greffet dans fon ouvrage. Les détails ,
qu'on y a le plus applaudis , ne font pas ce
que j'y louerai le plus. Soitdans le portrait
que Cléon fait de Paris * , foit dans
les diſcours par leſquels Ariſte combat les
faux principes du Méchant , ou la folle
prévention de Valére pour cet eſprit dangereux
, l'Auteur ſoutient dignement la
réputation qu'il s'eſt ſi juſtement acquiſe
par le Vert-vert & par la Chartreuſe . Autant
que perſonne , je ſens le prix de pluſieurs
traits heureux , par leſquels il nous
prouve la ſupériorité de ſon talent , & l'excellence
de ſon coeur. Mais ils n'annoncent
que l'homme d'eſprit , qui écrit & qui
penſe bien , & l'on peut réunir ces deux
avantages, ſans être propre à compoſer des
Comédies.
Si M. Greffet ne ſçavoit que coudre enſemble
des converſations ingénieuſes , &
mettre en vers élegans ſes réflexions morales
, je lui conſeillerois de ne pas ſe croire
né pour le genre comique. Il pofféde
dans undegré éminentle don de faire par
ler les vicieux & les ridicules , de maniere
que leurs caractéres ſepeignent dans leurs
* Act. I. Scen. 2.
18 MERCURE DEFRANCE.
diſcours , & c'eſt par-là que je le juge
digne de marcher ſur les traces de l'admirable
Moliere.
En faveur de ce don , & de celui d'écrire
en général avec un agrément fingulier
, je fais grace à M. Greffet fur certaines
négligences de ſtyle. Cependant il
n'eſt pas inutile d'avertir les Auteurs novices
, que quelques-unes de ſes expreffions
ne doivent pas être imitées.
L'exactitude grammaticale n'admet point
ce tour ,
(a) Et pour qui votre goût m'eſt incompréhenfible.
Ces deux vers ,
(b) Que la plate amitié , dont on fait tant de cas ,
Ne vaut pas les plaiſirs des gens qu'on n'aimepas.
ne portent point à l'eſprit une idée difſtincte.
On ne dit point ,
(c) Votre eſtime ..... n'a pas fait plus de frais
pour les femmes.
En eſt un mot fuperflu dans ce vers ,
(d)Cen'eſt pas ſur leurs moeurs que je veux qu'on
encaufe.
(a) Acte I. Scéne z .
(b) Acte II. Scéne r.
(c) Acte I I. Scéne 3 .
(d) Acte I I. Scéne 3 .
AOUST. 1749. 19
Latranſpoſition ,
(a)Avous en eſt toute la gloire ,
eſt trop violente. Dans cette fraſe ,
(6) Ma mere m'a man dé que c'eſt un homme ſage;
Que c'étoit ſon ami , & c .
l'imparfait figure mal après le préſent.
A ce diſcours de Valere ,
(c) C'eſt juger par des bruits de Pédans , de Comeres
,
1
Ariſte , au lieu de dire , non , par la voix
publique , doit répondre , non, mais par la
voix publique. Géronte ne parle pas correcrement,
en diſant (d), que tuferois bien fait,
noblement , & il faut qu'il repére le mot
fait avec ce ſecond adverbe. La fraſe ,
(e) A-t'on vû quelque part un fonds d'impertinences
,
eſt vicieuſe , le régime impertinence devant
être au fingulier. De plus , fond s'écrit ſans
s. On dit bien , l'orateur des Foyers ,
(a) Acte I I. Scéne 7.
(b) Ibid.
( c) Acte III. Scéne 6.
(d Ate III . Scéne 9.
(e) Acte III . Scéne 10.
20 MERCURE DE FRANCE.
mais on n'a jamais écrit , (a) l'Orateur des
mauvais propos. Le mot Parodie n'eſt pas
le terme propre en cet endroit- ci , qui
d'ailleurs eſt fort beau.
(6) Quels titres font les fiens ? L'inſolence &
des mots ;
Les applaudiſſemens , le reſpect idolatre
D'un eſſain d'étourdis , chenilles du Théatre ,
Et qui venant toûjours groſſir le Tribunal
Du Bavard impoſant qui dit le plus de mal ,
Vont ſemer d'après lui l'ignoble Parodie
Sur les fruits des talens & les dons du génie.
Même,avec un peu de mauvaiſe humeur,
on pourroit critiquer l'expreſſion , groffer
le Tribunal. Il y a de l'obſcurité dans cette
autre fraſe ,
(c) Stérilité de l'ame , &de ce naturel
Agréable , amusant , ſans baſſeſle & fans fiel
On peut faire le même reproche à celle-ci ,
(d) où vous êtes vous-même ,ſans lendemain.
Celle , ils ont d'avance (e) un air queje trouve
à ton Maître , ne ſignifie pas la même
choſe que , je trouve d'avance leur air à ton
Maure. Sans courir riſque de paffer pour
(a) Acte IV. Scéne 4. ( d ) Ibid.
(6) Ibud. ( e ) Acte V. Scéne .
(c) A IV. Scéne 4.
AOUST. 1749. 21
trop ſévére , je condamne auſſi ce vers ,
(a) A moi , dont vous ſcavez l'eſtime & la tene
drefle.
On connoît l'eſtime & la tendreſſe d'un
amant , & l'on ne les ſçait point.
Sans doute, les amis de M. Greffet fouhaiteroient
que ces taches ne ſe trouvaffent
point dans ſon ouvrage , mais elles ne
doivent riendiminuer de notre eſtime pour
les beautés de détail dont ce Poëme eft
rempli. J'apprens qu'on deſtine à cet Auteur
la premiere place,qui vaquera (6) dans
l'Académie Françoife. Cette Compagnie
ne peut affürément faireun meilleur choix,
&ſes ſuffrages ſont prévenus par ceux du
Public.
ma
Dans le moment , Madame , que je finis
na Lettre ,je reçois la critique , que vous
me marquez avoir ſuivi de près l'impreſ
fion de la Comédie du Méchant. Vous
trouverez mes obſervations fort differentes
de celles du Cenſeur anonyme. Peutêtre
n'approuverez-vous ni les unes ni les
autres , mais vous devez du moins approuver
mon exactitude à vous obéir..
Je ſuis avec reſpect , &c .
( a ) Alte V. Scéne 7.
(b)MGreflet n'a 'té nomméAcadémicien qua
quelque tems après la publication de ceste Letura,
:
22 MERCURE DE FRANCE .
PHEBUS ET L'AMOUR.
ODE ANACREONTIQUE.
C'Elt
Par M. Senant du Chaſtelier.
Eſt de toi , Dieu de la lumiere ,
C'eſt detes fecondes chaleurs ,
Que la nature toute entiere
Reçoit la vie & les couleurs.
Nosprés , nos bois en ton abſence
Languiſſent privés d'ornement ,
Lesoiſeauxgardent le filence ,
Et leseaux font lans mouvement.
Mais lorsque la faiſon de Flore
Vient nous annoncer ton retour ,
Et que les Zéphirs font éclore
Les fleurs, doux fruits de leur amour;
•Less ruiſſeaux libres de leurs chaînes,
Leshôtes allés de nosbois,
,
AOUST. 1749. 23
Célébrent la fin de leurs peines,
Par leurs murmures & leurs voiz.
Phébus , les gazons & l'ombrage ,
Nous les devons à tes chaleurs ,
Mais qui nous en apprit l'uſage?
C'eſt l'Amour , le ſoleil des coeurs,
Par un arrêt des deſtinées
Tu partages avec la nuit
L'empire éternel des années,
Nuit & jour ſon Aambeau nous luit
Pendant l'hyver , tes feux ſtériles
Eclairent à peine nos champs ;
Dans nos coeurs ſes flammes fertiles
Font toujours regner le printems .
Plus doux que celui du Zéphire ,
Son ſouffle échauffant les deſirs ,
Anime tout ce qui reſpire ;
On ne vit que par ſes plaiſirs.
Si l'aveugle enfant ne ſeconde
Tes traits ſur la terre ſemés .
24 MERCURE DEFRANCE.
1 Tu n'éclaires , flambeau du monde ,
Que des êtres inanimés.
Sur ſon front les deſtins injuftes
Ont mis un voile injurieux ,
Mais ſes coups n'en ſont pas moins juſtes ,
Ma Cloris lui prête les yeux.
Pour elle en ce brillant parterre
Phébus fait éclore les fleurs ;
Sur ſon teint le Dieu de Cythere
Les fait naître par ſes ardeurs,
Tant que tu voudras par ta flamme
Animer mes tendres chansons ,
Son ardeur échauffant mon ame
Produira d'agréables ſons.
Allez mes vers , ofez paroître
Avec les fleurs en ce printems ;
L'aimable Dieu , qui vous fit naître ,
Yous feradurerplus long-tems.
AUTRE
AOUS T. 1749. 23
AUTRE.
L'ABEILLE , EMBLESME DE L'AMOUR,
T
Out en l'univers ſommeille ;
Moi ſeul , de fi grand matin ,
Er la diligente abeille ,
Nous parcourons ce jardin .
De l'amour elle eſt'l'emblême
Avant la pointe du jour
Elle ſe leve : l'Amour
S'éveille toujours demême.
Ils font tous les deux petits.
Si de la moindre fleurette ,
Et fi des moindres réduits
L'abeille fait ſa retraite :
Dans l'oeil d'un objet charmant ,
Dans le coin de ſa paupiere ,
Le petit Dieu de Cythere
Se loge facilement .
Si l'abeille chérit Flore ,
L'Amour aime les zéphirs ;
Le doux Printems fait éclore
B
26 MERCURE DE FRANCE .
Et les fleurs & les défirs .
Ils font tous deux munis d'aîles ,
Et d'aiguillons aſſaſſins.
Tous les deux font des larcins ,
L'une aux fleurs , & l'autre aux belles.
Mais leurs vols ſont innocens;
C'eſt en ſemant qu'ils moiſſonnent.
Leurs larcins ſont des préſens ,
Puiſqu'en dérobant ils donnent.
De ce butin précieux ,
Pris ſur le lys & la roſe ,
Leur adreſſe nous compofe
Un nectar délicieux.
あ
Leurs bleſſures ſont cruelles,
Si leurs dons ont des attraits !
Mais combien ſont plus mortelles
Amour , celles de tes traits ?
L'on doit craindre ta vengeance ,
Nul ne le ſçait mieux que moi.
Mais pourquoi , cruel , pourquoi ,
Panis-tu , ſans qu'on t'offenſe ?
Parle même.
AOUST.
1749. 27
AUTRE.
LA GENTILLESSE
ET LA BEAUTE RÉUNIES.
A Mademoiselle Gauſſin.
Cupidon , Upidon , cet enfant gâté ,
Eut ces jours paſſés àCythere
Une diſpute avec ſa mere :
Venus diſoit que la beauté ,
Pour faire naître la tendreſſe,
Avoit lesplus puiſſans attraits,
Et l'amour , que la gentilleſſe
Lui fourniſſoit bien plus de traits
Elle eſt femme , ſon fils rébelle
Aucun d'eux ne voulant céder ,
Un combat devoit décider
Pour terminer cette quérelle.
De la plus belle de fa Cour ,
La Souveraine d'Idalie
Devoit faire choix , & l'Amour,
En élire la plus jolie.
Cemortel , qui par ſes écrits,
Bij
18 MERCURE DE FRANCE.
Dit Venus , nous prouve ſon zéle,
De nos ſujets le plus fidéle
Sera ton Juge , & mon Paris.
Elle crut par ce ſtratagême
Corrompre mon intégrité ,
Mais je ſuis plus que d'elle-même
Partiſan de la vérité.
*
Le petit Dieu , par qui tout aime,
Nomma la charmante Gauffin.
Ah ! dit Cypris , j'avois deſſein ,
Pour moi de l'élire elle-même.
Raſſemblez donc tous vos appas ,
Et diſputez-lui la victoire ,
Dit l'Amour : Venus n'oſa pas
Riſquer le combat & fa gloire,
Gauffin , cet aimable ſouris ,
Ces yeux à qui tout rend les armes ,
Auroient rendu vains tous les charines
De la ceinture de Cypris .
Vous auriez remporté la pomme ;
J'étois votre Juge en cejour ,
Et je vous voyois.... Mais quel homme
Ne vous voit des yeux de l'amour ?
Parle même,
AOUST. 1749. 19
J
LETTRE
De M. D. D. à M. Rémond
de Sainte Albine.
Éconſidére
comme des archives où chacun a la liberté
de dépoſer ſes ſentimens , fur ce
qui a rapport aux Sciences & aux Beaux
Arts , le Public.
Monfieur , le Mercure ,
pouryyêtre jugé par
Voici deux obfervations , auſquelles
je vous ſupplie de vouloir bien donner
place.
Je voudrois 1º. qu'on pût obtenir de
nos Phyſiciens , qu'ils ne regardaffent
jamais leurs découvertes , comme une nouveauté
que leur génie a créée ; & qu'ils ſe
perfuadaffent , qu'il n'y a rien qui n'ait été
connudes anciens ſous d'autres dénoniinations
, que celle que les modernes leur donnent
: l'électricité , l'attraction , par exemple,
fontde ce nombre : cela n'empêche pas
que retrouvant des choſes perdues , ils ne
puiſſent ſe faire honneur de les reveler ,
d'y ajouter leurs remarques , & d'en aug
menter l'utilité& le prix .
2º. Qu'ils ne s'en tinſſent pas à l'apparence
trompeuſe des nouveaux ſyſtêmes ,
B iij
30 MERCUREDE FRANCE .
qu'un autre qui fuccéde immédiatement détruit;
& qu'ils méditaſſent & analyſaffent
profondément, avant d'expoſer leurs idées ,
afin de mériter à bon titre l'immortalité à
laquelle ils afpirent.
J'ai vû dans le ſecond volume du Mercure
de ce mois ( Juin 1749 ) deux erreurs
de fait , que je ne puis m'empêcher de relever:
l'une , page 8 , ligne 18 ; l'autre ,
page 128 , ligne 15 .
Par la premiere , l'Auteur dit , qu'il ne
connoît point de procédé chymique ,par lequel
on puiſſe tirer duſel de l'eau.
S'il eût mis de l'eau en putréfaction ,
ou s'il avoit fait de longues diſtillations, &
digeſtions au bain marie ; que ce bain für
d'eau de pluye , ou de riviere , ou de puits,
n'importe ; qu'il n'eût point changé cette
eau ,mais qu'il l'eût ſeulement remplacée
par de nouvelle , à meſure de l'évaporation
, il auroit trouvé beaucoup de ſel ; &
de ce ſel , il en auroit tiré du ſoufre oa de
P'huile. Il auroit encore pû, en calcinant ce
fel pluſieurs fois, trouver un attrament qui
lui auroit procuré des principes homogénes
aëriens . C'eſt par de ſemblables procédés
que les Philoſophes , élaborant le ſel
de nature innominé , &non déterminé , obtiennent
le diſſolvant univerſel , l'unique
clefde la ſageſſe.
AOUST. 1749. 31
L'autre erreur ( page 128 ) eſt renfermée
dans cet expoſé. La prétendue invention de
transmuer les métaux, n'a point fait fortune
dans les esprits : la deftruction de la matiere ,
eſt au même point : lesélemensſont toujours indestructibles
, ou immuables ; ce n'est pas cependant
faute d'efforts de la part des Chy.
mistes , pour faire croire la poſſibilité de ces
changemens &anéantiſſemens.
De quoi s'eſt aviſé l'Auteur de ces propos,
d'attaquer, pour faire valoir la méchanique
du Bureau Typographique , laChymie
qui n'étoit point de ſa ſphere ? Qui
lui a dit que les métaux ne peuvent être
tranſmués ? L'a-t'il lû dans Lemery ?A-t'il
été la dupe de quelques foufleurs eſcrocs ,
ignorans , illitterés , & qui ne ſçavent
que tromper par leurs ſophistications ?
Tout lemonde ſçait à préſent , que l'on
peut déſoufrer de l'or , & remétaliſer ſon
ſoufre , en y joignant du mercure commun.
Cette opération , qui n'eſt pas philoſophique
,&qui ne rend qu'à peine poids
pour poids , fert néanmoins de preuve à la
vérité de la transmutation : on doit conclure
, qu'il eſt ridicule de nier qu'il ne
s'en puiſſe faire de plus conſidérables .
Que veut dire le Typographe ? Les
élemens font indestructibles & invariables ,
&c.
B iiij
3.2 MERCURE DEFRANCE.
De qui a- t'il appris que les Chymiſtes
ayent tentéde détruire les élemens ? Ils ne
connoiſſent qu'un ſeul principe , & deux
matieres élementées (la terre & l'eau). Ces
matieres procédent de ce premier principe
:elles ſe convertiſſent & ſe changent
perpétuellement l'une en l'autre : car , l'eau
devient chair , os , terre , bois , pierre ,
marbre , diamant , métal , &c. & toutes
ces chofes redeviennent eau.
Le principe feul eſt invariable : ſonunité
fous la forme de ſel , contient le feu &
l'eſprit ; voilà la ſource féconde de tous
les êtres , & de toutes les formes déterminées
au premier jour.
Ceci n'eſt pas un ſyſteme imaginé , mais
une vérité tirée de la nature même par
ceux qui ſe donnent la peine de la con,
fulter , aidés de la doctrine des anciens
Philofophes & de pluſieurs modernes , qui
s'occupent dans leur folitude ſans diſtraction
, à faire des décompoſitions & des
analyſes ; qui ſuivent pas à pas , avec une
extrême attention , le développement des
differens mixtes , ſortis de la même &
unique ſource . Que les Antichymiſtes jettent
les yeux fur tout ce qu'a produit cette
Science pour la néceſſité, la commodité ,
la ſanté , la sûreté , la perfection des Arts,.
enun mot le bien être en général ; ils ſe
AOUST. 1749.
33
perfuaderont bientôt , que ce n'eſt point
une ſcience vaine & ſyſtématique , qui ne
met en avant que despures idées , des mots
& des diſputes d'école ; & que la ſaine
Chymie eſt une Anatomie univerſelle , une
Phyſique démontrée , qui ne préſente que
des vérités cachées au vulgaire, mais effentielles
à la ſociété en général.
J'ai l'honneur d'être , &c ..
REFLEXIONS
Sur la transfusion dusang, àl'occaſion di
laquelleM. Cantwell , Docteur en Médecine
د aécrit une Lettre inferée dans le
Mercure de Juin 1749 , page 161 .
Onfieur Cantwell a tout ce
Mqu'un Medecin peut dire plus
probable , pour prouver que la transfusion
ne peut être pratiquée avec ſuccès. Il ſe"
fonde aavec raiſon ,fur la differente ſtructure
des corps , la nature duſang ,& la conftitu--
tion des tempéramens de chaque individu :
Il obſerve judicieuſement , que lefangn'est
pas un ſimple produit , ou l'elixir des alimens
, & qu'il y entre une grande quantité de
recremens depuis la maftication ,jusqu'à fon
entréedans laſouſclaviere..
By
34 MERCURE DE FRANCE.
1
Mais pour prouver encore avec plus de
force , que la transfuſion n'eſt pas propofable
, il faut entrer dans un examen profond
de la nature par l'analyſe , & démontrer
que quoique tous les êtres fortent
de la même ſource , le principe qui
en découle eft differemment déterminé , &
qu'il ne peut enſuite de cette détermination
ſe rétablir dans ſon état primitif ,
qu'après de longues élaborations , qui diviſent
& féparent les matieres paſſives ,
jointes poſtérieurement à la détermination
ſpécifique ; en premier lieu , au genre
animal , végétal & minéral ; en fecond
lieu , au caractére particulier de chaque
individu , tous differens , quoique de la
même eſpéce.
Pour établir évidemment cette vérité ..
je commencerai par expliquer ce qu'on
doit entendre par la détermination de ce
principe dans le genre végétal , & j'en
prouverai enfuite l'analogie avec l'animal.
Dans un jardin d'un arpent , plus ou
moins , n'importe , je peux ſemer un trèsgrand
nombre de végétaux ; ils y croîtront
& produiront chacun ſelon ſon eſpéce ,
par le ſecours de la chaleur humide du
globe terrestre , de l'air , des pluyes , de la
rofée,&des rayons vivifians du Soleil.
OUST.
1749. 55
Cette chaleur humide de la terre opére
le dévelopement du fétusrenfermé dans
chaque ſemence , comme l'animal l'eſt
dans l'oeuf; elle putréfie la matiere paſſive
élementée : voilà le premier degré de la
régénération de tous les êtres.
La putréfaction , diviſant cette matiere,
met en liberté le principe générateur : ce
principe contientdans ſonunité une portion
de ſoufre , qui eſt le feu ; une portion
demercure , qui eſt l'air ou eſprit ;& une
portion de ſel , qui eſt le corps , particulierement
configuré &déterminé àl'eſpéce
dont la ſemence procéde *.
Le premier rudiment de la tige commence
à s'élever, à meſure que du côté oppoſé
les racines s'étendent & attirent la
matiere élementée , que la putréfaction a
liquefiée ; cette matiere , comme le fang
de la mere de l'animal , eſt la premiere
nourriture de l'embrion. Ces racines naiffantes
, qui ne font encore que de petits
filamens , preſque imperceptibles , néan-
*Ce foufre , ce mercure& ce fel, ne fontpas
les communs.
Les Phyſiciens n'ignorentpas que le ſel de chaque
genre a ſa configuration particuliere : le ſel
philoſophique renferme dans ſa ficcité l'eſprit &
Phumide radical , inséparablement unis , & c'eft
cetteunité , qui eft le principe univerſel.
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE!
moins caractérisés dans leur contexture ,
ſelon l'eſpéce , attirent (car chaque eſpéce
aſon attrament propre.) attirent , dis - je ,
&n'admettent , en s'étendant enſuite dans
la terre , que la matiere élementée de fon
genre ; de même que les filets de cotony
dont on ſe ſertpour ſéparer de l'huile mêlée
d'eau , n'admettent que l'une des deux
liqueurs dont on les a d'abord imprei
gnés * . C'eſt ainſi que la ſéve , qui de la
terre pénétre, par les racines fortifiées par
le tems , eſt portée juſqu'au fommer du vé
gétal qu'elle édifie ; mais fi par cas fortuit,
il ſe mêle à cette ſéve des héterogénités
quidérangent la circulation , l'eſpéce-lan--
gair & meurt..
Ce n'eſt pas tout ce qui eſt à confidéren
dans la régénération des végétaux ; il faur
remarquer la configuration ſpécifique des
-couloirs ,& les métamorphoſes ſurprenan
tes qui en réſultent , puiſqu'il ſe produit
d'un végétal ſauvage un autre végétak
*Quoique le chyle ſoit un compoſede diverſes
parties diffemblables , les filtres par où il paffe , &
lorſqu'il est converti en fang , n'admettent que les
particules d'un fluide , dont ils ont été primitivement
abreuvés;& encore que ces filtres ſoient pref- .
que confondus les uns avec les autres , ils ne per-.
mettent pas fans violence l'entrée, de ce qui leur
aſt hétérogéne , tel eſt l'admirable méchaniſme des
diviſons & des ſecrétions dans tous les genres...
AOUST.
1749. 377
parfait. Le fruit du premier eſt déſagréable
au goût , celui du ſecond le flatte &
excite nos defirs ..
La greffe des arbres ſe fait avec auſſi
peu de réflexion de la part du Jardinies
qui l'opére , que du Phyſicien ſcholaftique
qui en voit le progrès .
Elle ne confifte , 1 ° . qu'à appliquer fur
un ſauvageon , dont on veut perfectionner
la production , ou la changer entiere
ment de forme , un oeil , oubouton à fruit,
enlevé d'un arbre delaplus belle & de la
plus excellente eſpéce. 2°. De retrancher
du ſauvageon toutes les branches qui ne
font point greffées , enforte que la ſéve
abondante foit forcée de ne pénétrer que
par les couloirs , ou les pores de la greffe..
Cette ſéve qui étoit propre à ne produire ,
par exemple , que de mauvaiſes prunes
acres , ne trouvant plus les paſſages libres
pour ſes particules paffives , trop chargées
de ſel &de foufre groffiers , hétérogénes
aux nouveaux filtres , ne paſſe pas outre
dans ſa totalité , parce que la greffe que
je ſuppoſe avoir été tirée d'un pêcher ,
eft configurée differemment , & ne peut
admettre qu'une féve homogéne à ſon ef
péce. Après que la tige a acquis la confiftance
ligneufe , que les filtres& les noeuds,.
qui.comme les glandes des animaux , font
S MERCURE DE FRANCE
les inſtrumens ſéparateurs & excrétoires ,
ont été perfectionnés , le mouvement de
circulation & de cohobation de la ſéve ,
digerée , vivifiée par les rayons pénétrans
du Soleil qui diſſipent le phlegme , rend
même ſéve balſamique : elle ſe
manifefte , en premier lieu , en fleurs , enfuite
en fruits, au centre deſquels ſe réunit
la plus pure ſubſtance élementée , qui fous
la forme d'amande , renferme le principe
générateur.
cette
Cette amande , comme celle dont elle
procéde originairement , contient done
P'intégrité des principes générateurs , déterminés
à produire par l'addition des matieres
paſſives ( la terre & l'eau ) , une longue
ſuite de poſtérité toujours eſſentiellement
de même nature: ce principe ainſi
déterminé , eſt un aiman , qui comme le
ferrugineux que le vulgaire connoîtį, n'attire
que les particules élementées qui lui
font homogenes. C'eſt par cette vertu ,
dont la parfaite connoiffance eſt réſervée
à la majeſté du Créateur , que les races des
differens êtres ſe perpétuent : le filtre , ou
moule , fixe la meſure ; l'attraction en détermine
la qualité ; c'eſt l'un & l'autre qui
diſpenſent à l'embrion les premieres notions
des formes ſolides , molles , fluides
& fpiritueuſes; les couleurs , la faveur ,
AOUST. 1749. 39
l'odeur , &c. dans une juſte proportion
ſymmétrique & caractériſtique de chaque
efpéce.
Que l'on fuppofe un vieux chêne
dont le ſommet foit couronné , ou dontle
tronc& les branches foient languiſſantes ::
qu'on recueille de la ſéve d'un autre
chêne jeune & vigoureux , ou par incifion
, ou en coupant l'extrêmité d'une de
ſes groſſes racines ; enfin qu'on en arroſe
rant qu'on voudra le vieux chêne : on ne
pourra ni le rajeunir , ni le ſauver , fi cette
ſéve n'a été élaborée par un ſçavantArriſte
, qui ſcache en tirer la quinteſſence
falutaire aux animaux , comme aux végétaux
,parce qu'il n'y a que les principes
actifs , purgés de phlegmes & de matieres
impures ,qui puiſſent ranimer la vie de
l'animal & du végétal ;mais cette revivificationanéceſſairement
ſon terme, felon la
conftitution du ſujet , & l'attention qu'on
a eûe pour le conferver par un régime réglé
, àl'égarddes hommes ,& une culture
foignée , à l'égard des végétaux.
Il faut à préſent appliquer ce que je
viens d'établir , au genre animal ; recher
eher quelles font l'origine& la qualité du
fang , qui comme la ſéve conſtitue les ſolides;
les fluides& les eſprits. Et d'autant
que lagénérationde toutes les eſpéces eft
40 MERCUREDEFRANCE.
uniforme , je ferai le parallele du dévé
loppement d'un poulet , avec celui de
Phomme.
Que la poule couve extérieurement
l'oeufqui contient l'embrion , dans un nid
qu'elle arrange elle- même ,ou qu'on lui a.
préparé , & que la femme couve dans l'uterus
celui qui a été déposé en elle ; cela
revient au même. Lorſque le coq introduit
l'embrion dans la poule , elle lui .
fournit auſſi-tôt de ſa propre ſubſtance ,.
ce qui est néceſſaire à ſa nourriture & à
fon accroiſſement, juſqu'à ce qu'il forte
de la coquille : & la femme nourrit intérieurement
, pendant les neuf mois de ſa
groſſeſſe , le férus dont l'homme lui a fait
le dépôt : c'eſt en cela ſeul que la tranfmiſſion
de la ſubſiſtance , & la couvaiſon.
du poulet , different des autres animaux
développés. dans le ſein de leur mere ; &
quoiqu'en diſent quelques Anatomiſtes ,.
la femme n'a pas plusde partque la poule.
à la formation de fon fruit ; & le concours
des trompes. de falope , leur méchaniſme:
forcé , l'ovaire , les oeufs , & les vermif
ſeaux , hommes imaginés par les Harvey &
les Dodart , font de pures idées démenties.
par la nature , que le préjugé & la réputation
de ces Syſtématiques ont perpétuées
par la négligence des gens de l'art à dé
AOUST . 1749.
velopper la vérité. J'ai plus amplement
traité ceci dans une Differtation particuliere
,fur la cauſe phyſique des fignes&
des configurations monftrueuſes , que les
enfans reçoivent dans le fein de leur mere ;
j'en ai prouvé l'origine ; j'ai fait connoître
le filtre , ou le moule qui détermine la matiere
ſéminale , &de quelle maniere l'embrion
ſe développe dans l'uterus.
Il faut maintenant examiner la compofition
du ſang , & ſi ſa ſubſtance , paſſant
immédiatement d'un corps ſain dans un
cacochime , ou décrépit , ſoit qu'il procéde
d'un animal de même eſpéce que celui auquel
on le ſubſtitue, ſoir qu'on introduiſe
dans les veines d'un homme celui d'une.
bête; ſi , disje , ce ſang étranger peut
procurer la guériſon d'un malade , ou la
réparation de la décrépitude.
Lefang, fuivant M. Cantwel , est la quinteffence
des alimens , dont l'animal se nourrit.
Je dis de plus que ce ſang , de même que
la ſéve, contient les principes actifs & la
matiere élementée , & que dans la plus.
grande partie des hommes & des femmes ,,
ceſang eſt mêléde beaucoup d'hétérogénités
, qui procédent de la diverſité des viandes
dont ils uſent ſans modération . Vio
tentant ainſi la nature , ils n'attendent pas.
que leur eftomach les avertiſſe de ſes be
42 MERCURE DE FRANCE.
foins , ils l'excitent & l'empliſſent avec
excès ; & quoiqu'il ſoit déja chargé de
mauvais levains , ils le comblent encore
par differens mets éguisés d'effences &
d'épiceries qui forment un agréable poifon
, auquel ils joignent beaucoup de vin ,
de liqueurs , & des actions violentes de
toutes eſpéces de voluptés : enforte que
le chyle ,qui réſulte de ce mêlange , eſt
une eau forte , laquelle au lieu de conferver
& augmenter les globules balfamiquesduſang,
les diviſe &les détruit ; elle
corrode les filtres , change la nature des
parties ſolides , molles & fluides ; enfin les
eſprits ne ſont quedes particules de feu
violent , qui portant l'incendie dans le
genre nerveux , dérangent ou détruiſent
les molécules du cerveau , & troublent la
raiſon ; voilà la ſource féconde de toutes
les maladies graves& aigues , qu'on reproche
aux ſuppôts d'Eſculape de ne pouvoir
guérir , malgré la phlebotomie excefflivement
réitérée , & les rafraîchiſſans fans
vertu : voilà d'où procédent lesrégénérations
cacochimes de ces hommes de foible
complexion , très-communs aujourd'hui
, ſujets à toutes les infirmités de tempérament,
débiles,& fans vigueur : voilà ce
qui fait dire aux fots , aux imbéciles , que
la nature dépérit , que les hommes ne font
AOUST. 1749: 43
plus ce qu'ils étoient autrefois ; que les
alimens n'ont plus la ſaveur qu'ils avoient
dutems denos peres ,&même lors de leur
adolefcence.
Quoique le ſang ſoit la quinteffence
des alimens des animaux en général , il
faut diftinguer celui des bêtes , de celui
deshommes.
Le premier doit ſe ſubdiviſer en deux
claffes. Celui des bêtes qui ne vivent que
de foin , de grain &d'herbes qu'elles
broutent , eſt ſimple ,& la chair qui en
provient , eſt ſans contredit , pour l'homme
, la nourriture la plus homogéne , après
le lait& le fruit.
Mais le fangdes bêtes voraces , qui ne
ſe repaiffent que d'autres animaux , ou de
la corruption des immondices , eſt trop
chargéde ſoufre &de ſel impurs ; la chair
qui en procéde ne peut être pour l'homme
qu'un mauvais aliment.
Les bêtes de la premiere claſſe transforment
en leur propre ſubſtance le grain ,
le foin & l'herbe , par la trituration& la
digeftion , & l'homme qui ſe nourrit de
cette fubftance homogéne déja bien préparée
, qui la triture & la digere une ſeconde
fois dans ſon eftomach , gouverné
par la ſobriété & la continence , ſe procure
un chyle très-parfait.
44 MERCURE DE FRANCE.
La forme du ſang , proprement dit , eſt
globuleuſe ; il circule dans les veines avec
une ſéroſité qu'on appelle lymphe : lorfque
la proportion de nature eſt bien compaffée
entr'eux , que la tranſpiration eſt
en équilibre avec la nutrition ,& que cette
nutrition ne fait que remplacer le volume
& le poids des ſécretions , ſi la volupté
effrenée ne la corrompoit pas , l'homme
jouiroit d'une bonne & conftante ſanté ,
qui le conduiroit paiſiblement à cette vénérable
décrépitude des anciens , exempt
deshorreurs de ſa deſtruction au milieu de
fa carriere: foname , après un ſiécle , s'envoleroit
ſans qu'il s'en apperçût.
J'ai diviſé le fang des bêtes en deux
claſſes ſeulement , mais celui de l'homme
eſt ſuſceptible d'une bien plus nombreuſe
diſtinction , non relativement aux princi
pes , qui ſont ſemblables & inaltérables ,
mais à cauſe des matieres élementées qui
les enveloppent' , les diviſent & circulent
dans toutes les parties de l'individu. Ces
matieres ſont plus ou moins hétérogénes ,
à raiſon des foufres , des ſels impurs &des
rerreſtréités qui tirent leur origine des differens
alimens & boiſſonsdont les hommes
uſent , ou ſobrement , ou avec excès ;
à quoi il faut ajouter la varieté de leurs
moeurs, de leur conduite réguliere ou dé
AOUST.
1749. 45
réglée; de leur état tranquile , ou tumultueux;
de leurs exercices violens ou modérés
, foit du corps, ſoit ſans actions corporelles
; car toutes ces choses qui influent
fur la compoſition des liqueurs , confervent
, ou alterent la conſtitution primitive
dufang.
Si l'on met du ſang en putréfaction , il
s'enfuit une puanteur inſupportable,mais
ſi par des diſtillations & cohobations réitérées
on dégage ſa vraie ſubſtance de
toutes impuretés , il s'en exhale une odeur
plus fuave & plus parfaite , que celle des
plus précieux parfums de l'Orient.
Enfin ſi l'on entire le ſel par des calcinations
, & qu'on réduiſe ce ſel en huile
philoſophique , il produit un reméde ſi
fouverain , que deux grains pris dans un
véhicule convenable rétabliſſent la maffe
ſanguine la plus appauvrie ; ſon feu homo
géne ranime &dégage celui que l'impureté
aattenué ; il abſorbe à fon tour cette impureté.
Ce ſpécifique eſt plus fûr que la transfuſion
,d'autant que le ſang de l'animal
le plus ſain , le plus vigoureux , eſt trèsabondant
en férofité & en terreſtreité , &
qu'il ne contient qu'une très-petite portion
de ce feu de nature où réſide la vie,
Que ſi les alimens les plus ſimples après
46 MERCURE DEFRANCE.
avoir été broyés dans la bouche , digerés
dans l'estomach , mêlés dans le duodenum
avec la bile& le fuc pancréatique , réduits
en chyledans le méſantere; que dans tous
ces différens paſſages , ce compoſé ait reçû
des diffolvans qui coopérent à ſa diviſion
parfaite , & qu'à l'entrée du méſantere , la
ſéparation des impuretés les plus groffieretés
ſe ſoit faite , enforte que le réſidu
arrivant au réſervoir de Pecquet , ſoit un
fluide reſſemblant àdu lait , que ce fluide
pénétrant par la veine ſouſclaviere pour delà
paſſer dans le coeur & circuler enſuite
dans toutes les partiesdu corps , traverſant
unegrande quantité de filtres ſéparateurs ;
enfin fi cen'est qu'après tout l'appareil que
je viensd'expliquer très-ſuperficiellement,
que les alimens peuvent être convertis en
notre propre ſubſtance , comment pouvoir
raiſonnablement s'imaginer qu'un ſang
étranger , tranſmis d'un côté à meſure
qu'on retire de l'autre celui auquel on
le ſubſtitue , puiſſe opérer le ſuccès qu'on
ſe propoſe de la transfuſion ? Quel rapport
, quelle homogénité y a-t'il entre ce
nouveau ſang & les filtres & les couloirs
où on le fait entrer ? Quelle vertu médécinale
contient-il pour anéantir les levains
dont celui qu'il remplace a impreigné les
inſtrumens ſéparateurs , les arteres , les
AOUST . 1749. 47
veines , le genre nerveux & les parties
ſolides ? De quelle maniere peut-il abforber
les dépôts & les empêchemens dans
les vifceres , rendre le reſſort aux fibres
obſtrués d'un paralitique , ramollir les cartilages
offifiés des vieillards ? Comment
peut-il réparer les ravages que les eſprits
ardens d'un furieux ont faits dans laſubtance
molle & délicate du ſiége de l'ame ?
Loin de pouvoir produire la réparation
de la décrépitude ,le rétabliſſement de la
cacochimie , il eſt démontré que le ſang
étranger ne pourroit qu'occaſionner la
corruption de l'individu où on le tranfmettroit
, & bien-tôt la mort.
Mais quand l'uſagede latransfuſionſeroit
autant avantageux qu'il eſt mal imaginé &
pervers , il ſeroit imprudent de l'autoriſer,
parcequelesperſonnes opulentes qui pourroient
en hazarder l'eſſai, ne ſe feroient pas
ſcrupulede ſacrifier la vie de jeunes gens
les plus ſains & les plus vigoureux ; confidération
qui exige l'attention des Magiſtrats
, pour s'oppoſer à ce cruel , inutile &
extravagant reméde ; j'ai prouvé qu'il n'avoit
pas plus d'efficacité pour les végétaux.
Que les Miniſtres des maladies s'appliquent
à conferver le ſang plutôt qu'à
l'extraire & à le remplacer; qu'ils le purifient
, qu'ils ſe procurent d'un nombre
:
8 MERCURE DE FRANCE.
d'hommes ſains , forts & robuſtes , par des
faignées qu'ils appellent de précaution .
le fel ou la quinteſſence du fang humain
, ou plutôt qu'ils cherchent ce fel
précieux dans celui de nature , qui eſt ſi
commun & fi univerſel , ils feront des miracles
; qu'ils confultent pour cette recherche
les anciens Philofophes , les Nourriffons
d'Hermès , & non Gallien , ils trouveront
ce divin reméde. Mais auſſi que les
hommes concourent differemment qu'ils
ne font à conferver leur ſanté, qu'ils foient
ſobres , qu'ils n'uſent que d'alimens & de
boiſſons ſimples , qu'ils ayent de la modération
dans leurs paſſions & de la retenue
dans la volupté.
D. D.
LE
AOUST.
49
1749.
LE RETOUR DU PRINTEMS .
DIVERTISSEMENT
PASTORAL.
Premier couplet chantépar une bergere,
Q U'il eſt triſte d'être ſévére !
Que l'amour a de doux momens )
Et que cette retraite eft chere
Aux coeurs ſenſibles & conſtans !
Chaque berger pour ſa bergere
Brûle du feu le plus fincére.
Accourez , trop heureux amans ,
Chantons le retour du printems.
Un berger répond.
Chantez , on vous doit cethommage ;
Chantez , vous êtes en touttems
Entre les belles du Village ,
Par vos fons flatteurs & touchans;
Et par votre ſimple langage ,
Ce que ſousun épais teuillage ,
Entre tant d'oiſeaux differens ,
Le roſſignol eſt au printems.
* Ce Divertiſſement étoit joint à une Comédie
destinéepour l'amusement d'unesociétéparticuliere.
C
50 MERCURE DEFRANCE.
La bergere chante tous les couplets
qui ſuivent.
Chantons la paix , ce don ſuprême
Du plus tendre des Conquerans ;
Nous ſommes , comme il dit lui-même ,
Moins ſes ſujets que ſes enfans.
Chantons cedigne fils qu'il aime :
:
i
Déja ſa valeur eſt extrême ;
Qu'il fera d'exploits éclatans !
N'en jugeons que par ſon printems.
L
Tous ceux qui ſçavent ſe connoître
Au front des Rois les plus clémens ,
Nous diſent qu'on y voit paroître
Des nuages affez fréquens ;
Celui de notre auguſte Maitre
•Eft toujours calme , on n'y voit naître
Aucuns jours moins beaux , moins rians ;
On n'y trouve que le printems. 4
Sous ſes loix l'Amour nous appelle,
Connoiſſons ſes ſoins bienfaiſans ,
Chantons ſa puiſſance immortelle ,
Et parons nous de ſes préſens *.
Chaque jour dans un coeur fidéle
:
*A ce vers elle distribue desfleurs à tous lesbergers
bergeres,
:
:
AOUST.
54 1749.
Il prend une force nouvelle ,
Mais dans les coeurs indifferens
Il veut naître avec le printems,
Dela Louptiere.
EXTRAIT
D'un discours Latin fur la paix , prononce
an College des Jesuites de Caen , par le
Pere du Rivet , de la Compagnie de Jefus.
Ila
S
paix que Louis XV. vient de procurer
à l'Europe , fait le bonheur de
la France , elle ne fait pas moins celui des
Nations étrangeres. Aufſi l'Orateur , dont
nous analyſons ici le Diſcours, ſe propoſet'ild'examiner
quels doivent être à l'égard
du Roi leurs ſentimens & les nôtres. 11
détermine leurs obligations à un tribut de
reconnoiſſance , grati animi tributum ; &
les nôtres , aux ſentimens d'un amour ſans
bornes , amoris fummi ſtipendium . Dès
l'Exorde, l'Orateur préſente en racourci un
tableau de la derniere guerre. Il prie les
Nations étrangeres de ne point s'offenfer
des traits qui pourroient lui échapper ,
moins avantageux peut-être qu'il ne le
Couhaiteroit pour leur gloire;mais que
C
2 MERCURE DE FRANCE.
l'Hiſtoire lui fournit pour preuves. Ici ,
dit l'Orateur , l'Histoire doit me servir de
guide. Si je n'avois à parler que de vous ,
(Nations étrangeres , ) je confulterois un
oracle plus favorable ; mais je parle de Louis ,
c'est dans l'Histoire ſeule de ce Monarque
qu'il faut chercher fon éloge. Cet Exorde
promet du beau & du vrai. Nous aurons
lieu de faire remarquer dans toute la ſuite
du Diſcours , que cette promeſſe eſt ac
quittée.
PREMJERE PARTIE.
Le tribut de reconnoiſſance que doivent
au Roi les Nations étrangeres , eſt
fondé ſur deux raiſons principales ; l'une ,
c'eſt que Louis leur a procuré la paix , dans
un tems où elle leur étoit devenue nécef-.
faire : l'autre , c'eſt qu'il leur a librement
abandonné preſque tout le fruit de
cette paix qui leur étoit devenue ſi néceſſaire.
C'eſt à ce double point de vûe que s'attache
l'Orateur dans cette premiere Partie
de ſon Diſcours. L'épuiſement univerſel
des Nations étrangeres, au tems de la concluſion
de la paix , rend tout-à fait fenfible
le premier de ces deux points de vûe.
En effet l'Autriche ne ſe ſoutenoit alors
que par le ſecours de ſes Alliés ,& fesAlliés
étoient las de la ſoûtenir. LaReing
AOUST. 1749. 53
de Hongrie s'étoit vûe dans l'obligation
de céder à la Pruſſe victorieuſe , la Siléfie
; à la Savoye , beaucoup de ſes Pays
héréditaires.
Il eſt à propos de remarquer , que quoique
l'Orateur ait ſemblé annoncer dans
fon Exorde aux peuples étrangers , des
traits fâcheux , ce ne ſont pas ceux de la
déclamation& de l'aigreur. Il rend justice
à leurs vertus & à leur mérite , il reſpecte
•même juſqu'à leurs malheurs. On verra
dans la ſuite du diſcours , qu'il eſt bien
éloigné d'employer cette façon de louer
révoltante , qui ne ſçait élever la gloire
du Vainqueur , que ſur la honte perfonnelle
des vaincus ,& qui ſemble ne lui
donner à combattre & à vaincre que des vices,
non des hommes , ou des hommes déja
vaincus par leurs vices & leur foibleſſe .
Quels rivaux , que des ennemis de cette
eſpéce ? Honorent- ils beaucoup un triomphe
? La route que l'Orateur fuit ici , eft
plus sûre : la politeſſe y jouit de ſes droits,
& la vérité n'a point à réclamer les ſiens ;
l'éloge ne riſque pas d'être confondu avec
l'adulation , parce qu'on ne confond pas
la vérité avec l'aigreur ; la cauſe du Héros
n'en eſt pas moins bonne ,& la condition
de l'Orateur n'en devient que meilleure .
C'eſt d'après des vûes ſi fages ,& qui de-
C iij
54 MERCURE DEFRANCE.
vroient être une régle dans l'art du Panégyrique
, que le P. D. R. trace le portrait
de l'Impératrice Reine .
>>> La France , dit- il , avoit craint long-
>> tems , & avoit pû craindre ſans honte
>>>une fille des Céſars ..... Redevable de
>> deux couronnes à ſa naiſſance , & d'une
>> troiſième à ſon mérite ... Aſſez ſolide
-pour écouter de ſages conſeils & pour
>>les ſuivre , affez judicieuſe pour les ap-
>> précier avec intelligence , affez ferme
>>>pour s'attacher invariablement à ſes
>>projets , affez pénétrante pour démêler
>> les talens propres à la fervir , affez fé-
>> conde en refſources , pour pouvoir être
>> quelquefois malheureuſe impunément ,
>> &c. le reſte du portrait eſt également
heureux & fidéle. Si ce n'étoit ici un fimple
extrait , nous aurions à nous reprocher
de priver les gens de goût de certains morceaux
qu'il faudroit expoſer dans leur total
pour les montrer dans tout leur beau .
Nous nous engageons cependant de leur
en préſenter affez pour les flatter. Il n'y
aura que le choix de difficile , Le caractére
que l'Auteur trace du Roi de Pruſſe , nous
fournit de quoi remplir notre engagement.
Voici comme il peint ce Héros.
>> Rappellez vous , Meſſieurs , les célé
>>bres victoires du Monarque Pruffien....
AOUST. 1749. 55
>>Héros , dont la vigilance égale la viva-
>> cité , prompt à prévenir les deſſeins de
>> ſes ennemis , heureux à les déconcerter ,
>> habile àcacher les ſiens , juſqu'à ce qu'ils
>> puiſſent éclater avec avantage , remplif-
>> fant tour à tour avec autant de valeur
» que d'activité tous les devoirs d'un
>>parfait Général , imitant dans la rapidité
>>de ſes opérations celle de la foudre ,
>>>dont les coups inattendus préviennent
>> le moment de la fuite , ou la rendent
>>>inutile ; digne par cette rapidité même
>>d'unir ſes armes à celles de Louis; ſe dé-
>>clarant pour la paix , fitôt qu'il a manqué
>> de raiſons plauſibles pour nous feconder
» dans la guerre , c'est- à-dire , tenant en-
>> core à Louis par la conformité des vûes ,
>> lors même qu'il ceſſoit d'être joint à
> nous par les armes .
و
Revocate in memoriam infignes illas,quibus
Europa perſonuit, Friderici Pruſſiorum Regis
victorias cum Bohemiam , Silefiam victor
peragraret ; heros vigil , in pravertendis hoftium
confiliis acer , in evertendis felix , in
fuis , donec erumpere tuto poſſent , diſſimulandisfolers
, ad omnes Ducis partes ſtrenuus
impiger ,hoftem ferire folitus more fulminis
quod improvisos occupat , fugam meditantes
affligit , conversos in fugam affequitur ; dignus
vincendi celeritate , quem bellifocium Ludo-
Ciiij
56 MERCURE DEFRANCE.
vicus haberet ; ubi ſtudendi palam defecerunt
honeste rationes , tum verò promovende pacis
cupidus , ideft , cum Ludovico , ſi non armorum
, faltem focietate conjunctus animorum.
Toujours dans ſon ſujet , l'Orateur décrit
enſuite l'épuiſement où étoient l'Angleterre
& la Hollande , les murmures &
les clameurs dont retentiſſoient Londres
& la Haye , au ſujet des ſubſides & des
impôts qu'il falloit payer ; il rappelle cet
acte public qui parut à l'ouverture de la
Campagne de 1748 , où les Provinces-
Unies annonçoient leurs frayeurs à toute
l'Europe . L'effroi de la Hollande à la vûe
de l'abbaiſſement dont elle eſt menacée ,
tandis que Génes ſe releve avec éclat ,
donne lieu à un parallele contrafté entre
ces deux Républiques ; nous nous contentons
de le donner en François. Ce même
parallele amene naturellement l'éloge du
Duc de Boufflers & du Maréchal Duc de
Richelieu . Nous traduirons ce morceau
auſſi littéralement qu'il nous ſera poſſible ,
& nous y joindrons le Latin , pour qu'on
puiſſe juger en même tems , &du ſtyle de
l'Orateur & de notre fidélité.
>> Infortunée Hollande , je ne veux ni
>> examiner de trop près , ni malignement
>>>interprêter ici le ſyſtême de votre poli-
>>tique. Je conſens même qu'on vous faffe
AOUST. 1749.
57
>> un mérite d'avoir fermé les yeux fur vos
>>propres périls , pour ne penſer qu'à ceux
>>de votre auguſte Alliée ; mais que la
>> République de Génes , en remettant en-
>> tre les mains de.Louis les intérêts de ſes
>>Citoyens& de ſon Sénat , aété bien plus
>>ſage que vous, &que par cette judicieuſe
>>précaution , elle a joué ſur le Théâtre de
>>l'Europe un rôle bien ſupérieur au vôtre !
>> D'abord éloignée du péril , vous n'en-
>> tendiez que de loin les foudres de la
>> guerre : tranquille au ſein de vos marais,
>>vous contempliez dans un calme pro-
>> fond les Villes de vos voiſins fumantes
>& renverſées. Cependant vos Ambaffa-
>>deurs parcouroient avec confiance les
>>Cours de l'Europe , portant partout la
» balance de la paix : Génes au contraire ,
> victime déplorable du plus affreux def-
>> tin , malheureuſe de ſurvivre à la perte
» de ſa liberté , expirante ſous le joug
>> d'une domination étrangere , réduite à
>>éprouver les rigueurs d'un humiliant ef-
« clavage , oſoit à peine ,du ſein de l'op-
>> preſſion , élever de timides regards &
» demander un vengeur ! Quelle étonnan-
» te révolution a changé tout à coup vos
>> deſtinées & les ſiennes ; Génes déſolée ,
> tremblante de frayeur , abimée dans le
deuil , fort de deſſous ſes ruines , ſes lar-
Cy
SS MERCURE DEFRANCE.
>>>mes ſont ſéchées , ſes eſpérances renaif
>> fent , l'aſſurance prend ſur ſon front la
>>place de la crainte ; libre de ſes fers , elle
>>>rend inutiles les efforts de ſes enneinis ;
>>elle écarte les dangers loin de ſes murail-
>>>les , elle brave les menaces de l'Autri-
>> che , elle échappe aux entrepriſes de la
>> Savoye , elle regarde ſans effroi les flot-
>>tes de l'Angleterre : & vous fiers Bata-
» ves , vous pâliſſez à votre tour , vous
>>déplorez vos pertes , vous vous plaignez
>>des caprices du fort qui vous porte des
>> coups mortels. Comment donc la ter
>> reur a-t'elle paffé des murs de Génes
>>dans vos Provinces ? C'eſt que les Génois
>> ont eû Louis pour défenſeur , & que
>>>vous n'avez pas craint de l'avoir pour
» ennemi.
>> O Boufflers , ô ſoutien d'une Répu
» blique ébranlée , ô digne inſtrument des
>> deffeins de Louis ! Génes ſubſiſte , elle
>>doit ſon repos à vos ſoins , ſon ſalut à
>>>votre bravoure ; pourquoi faut- il qu'un
>> fort cruel vous frappe dans le cours des
>> plus glorieux ſuccès ? Le tombeau s'ou
>>vre pour vous recevoir , Génes voit luire
>>fur elle les premiers rayons de fa liberté
>> naiſſante , & les horreurs du trépas vous
>>environnent ; vous êtes privé du fruit
>>de vos travaux,comme ſi la mort, en vous
AOUS. T. رو . 1749
>> prenant pour victime , avoit voulu rem-
>>placer celles que vous aviez défendues
>> contre ſes coups. Cependant , ô Héros
>> infortuné , cher & tendre objet de nos
>> regrets , conſolez -vous ; Richelieu fou-
>> tiendra la gloire de vos nobles travaux ;
>> il achevera votre ouvrage : Guerrier &
>>>>Courtiſan , tout enſemble ; ſçavant dans
>>l'art de la paix , habile dans celui des
>>>>combats , uniſſant aux dons du genie ,
» aux charmes de la politeſſe , au brillant
>>des graces , le feu de la valeur & le
>>phlegme de la prudence , c'est- à- dire ,
>> capable tout à la fois d'embellir les plus
>> belles Cours , & de fauver les Etats chan-
>>>celans , il fera retrouver en lui ce que
>>Génes vient de perdre en vous . On ad-
>>>mirera notre bonheur d'avoir dans
>ſa perſonne un Héros qui vous ref-
>> ſemble : la préſence de ce Guerrier bannira
la terreur , & écartera les ravages
>>d'une ville qui pofféde vos cendres ,&
>>comme votre tombeau ſera dans la ſuite
» des âges l'autel de la liberté publique ,
>> la ſtatue de Richelieu deviendra pout
>> Génes , ce qu'étoit celle de Pallas pour
>>>l'Empire Troyen , l'immortelle fauve-
>>garde de ſes autels &de ſes murs.
O Buffleri ! Civitatis afflicte columen ! 6
Ludovici confiliorum adminiſter animoſe ?
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
Genua stat tuis fecura vigiliis , tuis protecta
laboribus , tuis recreata periculis , & ( ô vim
fati duriffimam ) jaces , tu , immaturo cafu
prareptus , tumuli detruſus ad tenebras , cum
illa , per te fofpes ,ſuaviſſimâ rediviva libertatis
aurora incipit ſerenari , nec ad te vel
leviſſimus laborum tuorum fructus pertinuit ,
quaſimors defensam à tuis ictibus Genuenfium
Salutem tuo capite ulcifci voluiſſet. Solaretamen
fortis iniquas vices , heros defideratiſſime
; quos enim fociis in integrum reftituendis
labores tam alacriter impendiſti , eorum laudem
tuebitur Richelius ; abſolvet quod inceperas
, vir pacis idem & Martis artibus potens
, bellator ac aulicus ,fic argutias ingenii ,
lautitias urbanitatis , elegantia delicias , cum
fedulitate , cum prudentiâ , cum fortitudine
conſocians , ut alteris dotibus aulam omnium
Splendidiffimam ornare poffit , alteris verò
imperium aut rempublicam turbulentiffimis
bellı fluctibus agitatam à naufragio vindicare.
Qua propter , ô Buffleri , repræfentabit in fe
Richelins , &repræfentabit quantum est quod
amiſſum in te lugent ; orbi teſtatum relinquet ,
Galliam non unum civem haberefimilem tui ;
cuftodem cinerum tuorum Civitatem ab hoftili
feritate praftabit illaſam ; erit tuus ille tumulus
, ara quædam libertatis ; erit autem Richelii
in marmorefimulacrum velut illa Palladis
effigies Troja quondamſoſpitairix, ab ara
AOUST. 61
1749.
violationem hofticam , à muris Genuenfibus
vaftitatem propulfabit .
L'Orateur avoit d'abord expoſé l'épui
fement des Puiſſances ennemies ,& le beſoin
qu'elles avoient de la paix. Il ſe préſentoit
naturellement une objection : la
France n'étoit-t'elle pas dans le même état
d'épuiſement ? Objection ſpécieuſe ; mais
dont il montre le frivole , en appréciant
les pertes & les avantages , les dépenſes
& les reffources des differentes Nations;
il examine , il peſe tout. Un détail brillant
forme à ce ſujet des preuves qui vont jufqu'à
la conviction.
L'Orateur paſſe enſuite au déſintéreſſement
du Roi dans les concluſions de la
paix , ſecondmotifde reconnoiſſance pour
les Nations étrangeres : >>Ce déſintéreſſe-
>> ment , dit- il , n'a pas beſoin d'être prou-
>>vé, puiſqu'il n'a eu que tropde cen-
>>feurs. Les uns n'ont pû voir fans cha-
* grin , qu'un Roi , digne de gouverner
>> l'univers , refusât de s'aggrandir ; les au-
>>tres , dupes aveugles des préjugés popu-
>>laires ont confondu la grandeur du
>> Souverain avec la grandeur du Royau-
>> me; ils ont crû que le mérite du Mo-
>>narque confiſtoit à commander à plus
>>de peuples : idée fauſſe , puiſque le mé-
>>rite des Princes eſt indépendant de l'é-
د
62 MERCURE DE FRANCE.
>> tendue de leur empire , & que leurs ver-
>> tus ne doivent pas ſe compter par le
> nombre de leurs Provinces.
On releve enſuite ce déſintéreſſement fi
généreux , en montrant combien il a été
libre & volontaire . En effet , armées nombreuſes
, troupes aguerries , habiles Généraux
, artillerie formidable , munitions
abondantes , rien ne nous manquoit , &
jamais l'avenir ne nous avoit offert une
perſpective plus flatteuſe.
» Mais Louis , dit l'Orateur , dès le
>>commencement de la guerre , avoit ré-
>> ſolu de vaincre pour ſes Alliés , & non
»pour lui-même ; que dis-je réſolu , il s'y
>> étoit engagé , &c. Qu'on nous permette
ici d'envier le droit de faire une Traduction
, plutôt qu'un Extrait ; il y auroit
pour le Traducteur une gloire à laquelle
nous ne pouvons prétendre n'ayant que le
mérite du choix .
SECONDE PARTIE.
L'Orateur prétend , comme on a dit
plus haut , qu'en nous procurant la paix
Louis a mérité de notre part des ſentimens
d'un amour ſans bornes. Pourquoi ? Parce
que pour nous procurer la paix , il a fait un
des plus grands facrifices dont les Héros
ſoient capables , est illa pax grandi redemp
AOUST. 1749. 63
ta pretio ; premiere raiſon. Parce qu'en ſecond
lieu cette paix qu'il nous procure , ne
peut manquer d'être durable , est ad diuturnitatem
compofita. En faveur des nations
étrangeres , Louis avoit refuſé d'agrandir
ſes Etats ; en faveur de la France , il refuſe
de multiplier ſes victoires. Maître de Bergopzoom,
nous étions devant Mastricht,&
Maſtricht , étoit ſur le point de ſe rendre ,
ainſi l'entrée de la Hollande nous étoit ouverte.
Le nom de Bergopzoom rappelloit
naturellement celui du Maréchal de Lowendal
; voici comment en parle l'Orateur.
» Quelle difficulté étoit capable d'arrê-
> ter un Héros , qui pour eſſayer ſon bras
>> dans le métier de la guerre, avoit domp-
» té les Tartares ? Qui d'un théatre moins
>> illuſtre appellé ſur celui de la France , y
>> paroiſſoit avec tant de dignité , en aug-
>>mentoit l'éclat par ſes vertus militaires ,
>> en égaloit la grandeur par celle de ſes
> exploits ; guerrier , qui tantôt par fa
>> promptitude trompe la fortune , pour
» ainſi dire , prévient ſes caprices & ne lui
>>donne pas le tems de balancer ; tantôt
>> par la patience triomphe des obſtacles &
>> rachete la lenteur des opérations par le
merveilleux du ſuccès : toujours fage ,
>> jamais heureux par hazard , lors même
64 MERCURE DEFRANCE.
» qu'il l'eſt le plus promptement ; auſſi di-
>> gne du ſuffrage de Louis , lorſqu'il em-
>> porte Oftende en trois jours , que lorf-
>> qu'il lutte contre les réſiſtances de Ber-
>> gopzoom , qu'il l'attaque par trois en-
> droits, & l'oblige de reconnoître pour la
>> premiere fois un vainqueur.
Ce caractére eſt ſuivi d'une courte defcription
de Maſtricht ; dont le péril détermine
enfin les ennemis à ſolliciter la paix.
Que fera le Roi , demande l'Orateur ?Habile
à ſaiſir tout ce qui peut entrer en
preuve de ſon ſujet , l'Orateur tire avantage
de la difficulté que les Héros ont naturellement
à ſe vaincre ſur un point
auſſi délicat que le ſont les occafions qui
s'offrent d'ajoûter à leur gloire; c'eſt une
carriere brillante qui s'ouvre devant
eux . Quelle grandeur d'ame ne faut- il pas
pour ſçavoir s'y arrêter , lorſqu'on peut la
parcourir avec ſuccès ? C'eſt cette réflexion
, embellie par le brillant du ſtyle &
la vivacité des images, qui termine la premiere
preuve ſur laquelle l'Orateur a fondé
le tribut d'amour que nous devons au
Roi .
Il tire ſa ſeconde raiſon , de la conduite
que le Roi a tenue dans la concluſion de la
paix, & qui nous en affûre la durée. Pour
s'appuyer fur des titres que la malignité &
AOUST. 1749. 65
l'envie ne puiſſent rejetter, il remonte d
la ſource de preſque toutes les guerres qui
ont agité la France depuis un fiécle. Il en
attribue la cauſe à la jalousie de l'Europe
& aux vûes d'ambition qu'elle nous ſuppoſoit.
Tels furent en effet les refforts que
mit en oeuvre le fameux Prince d'Orange
Guillaume III . Or le déſintéreſſement du
Roi dans la concluſion de la paix permetil
encore à la jalouſie de s'irriter de notre
grandeur , & à la malignité de nous ſuppoſer
des projets d'ambition ? Que nous
envieront les nations étrangeres , elles à
qui nous cédons tout juſqu'ànos conquêtes
, finon le pouvoir de les rendre heureuſes?
Quelles vûes nous prêteront-elles,
finon celles de nous les attacher par les
liens du bienfait& de la confiance. C'eſt
fur ces principes que l'Orateur appuye ſes
conjectures fur la durée de la paix. Cependant
comme fi ces raiſons ne fuffifoient
pas , il a recours à l'expérience que nos ennemis
ont faite durant le cours de la guerre
, des reſſources inépuiſables qu'avoit la
France pour ſe rendre le fort des armes favorable
; reſſources dans les vertus du Roi,
refſſources dans les qualités auguſtes de
Monſeigneur le Dauphin , reſſources dans
la préſence même du Roi commandant en
perſonne ſes armées , reſſourcesdans la va66
MERCURE DE FRANCE .
leur des Princes du Sang , reſſources dans
la capacité des Généraux , reſſources dans
la multitude de nos troupes , reſſources
dans la bravoure du ſoldat , enfin reffources
dans le zéle de tous les Citoyens & de
tous les Corps du Royaume.
Le détail de ces differentes reſſources
eſt un morceau trop étendu pour trouver
place ici , on pourra juger du reſte par ce
que nous en allons rapporter .
>>Reſſources , dit l'Orateur, dans les ver-
» tus du Roi . En est - il dont il n'ait donné
> des exemples éclatans ? Exemple de pru-
>>dence, de bravoure, de hardieſſe,de conf-
>>tance , de modeſtie, d'humanité, de bonté
>>pour les foldats , de généroſité à l'égard
>même de ſes ennemis. Les champs de Fontenoy
ſont principalement le théatre où
l'Orateur fait remarquer l'aſſemblage de
ces vertus héroïques. Lejour ſous lequel il
les fait paroître , en aſſûrant au Roi le tributd'amour
que nous lui devons , promet
à l'Orateur cet hommage d'eſtime qu'on
ne peut refuſer à ceux qui ſçavent peindre
les Héros tels qu'ils font , & la vertu
telle qu'elle doit être pour emporter tous
les fuffrages.
>>Reſſources dans la capacité des Géné-
>> néraux & des premiers Officiers. Ici ,
Meſſieurs , quelle foule de noms illuftres
AOUST. 1749. 67
> ſe préſente à moi ? Les Clermont , les
» Broglie , les Coigni , les Maillebois , les
>>> Birons , les Segurs , les d'Eſtrées , les
►Contades, les d'Armantieres& tant d'au-
>> tres qu'il fuffit de nommer pour avoir
>>fait leur éloge ? Que ne puis-je du moins
>>vous peindre en traits affez majestueux
>> ce brave & intrépide Saxon , né pour
>>l'avantage de cet Empire , quoiqu'il foit
" né hors de ſon ſein , comme ſi le Ciel
>> eût voulu que le même homme fit par ſa
» naiſſance la gloire de l'Allemagne ,& par
>>ſes exploits celle de la France ? Que de
> talens ! que de qualités s'offriroient à
>> votre admiration ! S'il aſſure dans la
>> Flandre le fruit de nos victoires contre
>> les entrepriſes d'une armée formidable ,
>> commandée par les chefs les plus habiles ;
>> c'eſt Turenne , qui à la tête de quel-
>>>ques troupes , défend une feconde fois
>>>nos Provinces contre toutes les forces de
» l'Empire . S'il livre une bataille , s'il at
>> taque en perfonne ; c'eſt un Condé qui
>>triomphe encore à Lens, à Nortelingue,
>> à Rocroi : s'il marche pour aller inveſtir
>> Maſtricht , & prenant ſa route au tras
» vers des ennemis , il échappe à toute
>>leur vigilance ; c'eſt Luxembourg qui re-
>> nouvelle le prodige de la marche de Vi-
>>>gnamont , & qui l'efface par un prodige
68 MERCURE DEFRANCE
encore plus grand : s'il régle toutes les
>>opérations d'une Campagne ; c'eſt Cati-
>>>nat qui joint aux grandes vûes l'eſprit
>>de détail , qui change de vertus ſelon les
>> conjonctures ; dans les favorables ofe
>>tout avec hardieſſe , dans les difficiles
» n'agit qu'avec précaution, dans la né-
>> ceflité ne ménage rien. On diroit que
>>Maurice tient à tous les fiécles ; aux paf-
❤ſés , dont il fait revivre en lui les Héros,
>>au préſent qu'il honore par ſes exploits ,
>>aux futurs dont il ſera le modéle.
>> Que j'aimerois encore à vous peindre
> cet autre Général, qui joint une noble&
>>heureuſe audace à l'activité de l'efprit , à
>>la ſupériorité des lumieres & de l'intel-
>>>ligence; dont le courage a défendu Pra-
>>>gue , les foins , fortifié & embelli Metz .
>>>Négociateur profond , qui démêle avec
>>adreſſe le noeud des affaires les plus dif-
>>>ficiles , & qui à la tête des armées le tran-
>> che , s'il le faut , avec le fer; guerrier
>> toujours redoutable à nos ennemis , foit
>> qu'il les attaque ſur leurs terres , foit
>>qu'il les chaſſe de deſſus les nôtres ; auſſi
>>maître des eſprits qu'il domine par l'é-
>>tendue du ſien , que de la victoire qu'il
>>enchaîne par ſa valeur ; Citoyen diſtin-
>>gué par l'éclat de ſes ſervices , ne profi
AOUST. 1749. 69
> tant de l'élevation de ſa fortune que
>> pour faire du bien. Que dirai-je de plus ?
>Objet de la jalouſie , parce que le deſtin
>>du mérite fut toujours d'avoir des ja-
>>loux.
Adjumenta in bellicis ducum prafectorumque
virtutibus. Hic autem , auditores , grot
ſplendida occurrunt nomina , Claromontii,
Broglii , Cognai , Mallebofii , Segurtii , Bironii
, Estrai, Contadii , Armentarii , & alia
tam multa que praconio non indigent , quoniam
ipſum nomen inſtar ampliſſima laudis eft?
Quin faltem licet animofum illum Saxonem
adumbrare vobis , ut par eft ; Gallia natum ,
quamvis natus fit extra Galliam,ut idem Ger
manis apud illos naſcendo , idem Gallis apud
nos militando , claritatem afferret ? Quot in
uno collecta dotes, congestaque decora veftrum
omnium animos admiratione defixos fufpenderent
! Ille,fi cumpauciffimis numero copiisvictoriarum
noftrarumfructus contra celeberrimos
boftium duces , numerofiffimumque exercitum
tutatur in Belgio, crederes adeffe Turennium
noſtras provincias adversus imperii vires nou
nifi cum lectiſſimâ militum manu iterum de
fendentem. Si confligit instructa acie &hoftes
impetit, confilio rem gerens ac manu, crederes
adeſſe Condeum ad rupem regiam , ad Ne
rolingam , ad Lentiam , triumphantem , Si
70 MERCURE DEFRANCE.
Trajectum ad Mosam circumceffurus , iter
inftituit cum exercitu , &-intento per mediam
federatorum ducum aciem itinere , experrectam
illorum vigilantiam ludificatur , crederes
adefſſe Luxemburgium Vinea- Montani itineris
renovantem prodigia &majoribusfuperantem.
Sı belli rationem omnem componit tacitus ,cre.
deres adeffe Catinatum pro difficultate temporis
cautè , pro commoditate rerum audacter , pro
neceffitate fortiter , fingulis rebus &univerfis
providentem. Adeo Mauricius ad omnes atates
quafi pertinet , ad præteritas quarum heroes
ab inferis excitat , ad prafentem quam
bellicis decoribus illuftrat , ad poſteras qua.
rum exemplar futurus est .
Quidni etiam vacat aliter quam brevioribus
lineamentis Ducem illum deſignare confilio
non feracem minus &promptum quam feliciter
audacem , Pragisftrenuè defensis clarum ,
Metis adſplendorem fimul &fecuritatem amplificatis
confpicuum , non modo rebus adhibitâ
ingenii dexteritate folerter expediendis ,
fed etiam, ubi opus eft , ferro ſecandis habilem ;
qui quam laudabiliter ſe geſſu in hoftiumſolo ,
tam efficaciter impedivit ne latrocinaremur
in noſtro ; cujus eft &mentibus victoria do.
minari , quoniam alterum amplitudinem mentis
, alterum animi fortitu inem postulat ,
utroque fimul eminet. Civis meritorum clariAOUST.
1749. 71
1
1
1.
is
0
1
tate ſpectandus , in fortuna faftigio plures beneficiis
demereri cupidus , cui nec illud etiam
deeft quod fumma virtuti numquam defuit ,
habere invidos.
On regrette d'être obligé de mettre des
bornes à cet Extrait , nous y avons fait remarquer
bien des beautés , mais nous ne
les avons pas épuisées. L'Orateur partout
ſemblable à lui-même s'eſt foutenu dans
les endroits même qui paroiſſent les moins
du reffort du génie. Son discours eſt terminé
par une peroraiſon digne du reſte de
l'ouvrage. Il rapproche les preuves ,&
en forme une image , où l'on reconnoît la
grandeur du Héros & les titres ſur lef
quels font fondés les ſentimens de reconnoiſſance
que ne peuvent lui refuſer les
Nations étrangeres , & le tribut d'amour
que la France lui doit pour le bienfait de
lapaix.
72 MERCUREDE FRANCE .
PARALLELE DE LOUIS XV.
A
AVEC LOUIS XIV.
Te louer , grand Roi , dans l'ardeur qui
m'engage ,
Je ne ſçais qui je dois admirer davantage ,
Ou Louis qui tranſmit ſes vertus dans ton coeur ,
Qu toi, dont l'héroïſme en foutient la ſplendeur.
Combien de fois vit-on, d'un floriſſant Empire
Tout l'éclat s'éclipſer, quand le Monarque expire ?
Souvent le fils s'endort , & perd dans le repos
La gloire que le pere acquit par ſes travaux.
L'infatigable Roi que le François adore ,
Fait douter ſi Louis ne regne pas encore :
Partout il ſuit ſes pas ,& la foudre à la main ,
Comme lui de la gloire il s'ouvre le chemin ,
Mais quel aſtre , jaloux du bonheur de la France ,
Fait fentir à Louis ſa maligne influence ?
La fiévre au frontlivide & la pâle langueur
Dans ſa courſe brillante arrêtent ce vainqueur,
La gloire eſt conſternée & laFrance éperdue :
Tout n'offre que triſteſſe & que pleurs àma vue.
Tendres François, voici votre jour le plus beau ,
Jour heureux , où Louis triomphe du tombeau.
L'amour qu'il eut pour vous lui raviſſoit la vie :
Apeine il la reprend , qu'il vous la ſacrifie.
Comme
,
AOUST. 1749. 73
Comme Louis le Grand , ſe plaignant autrefois
Qu'un fleuve impétueux retarde ſes exploits ,
Avec ſes Légions le traverſe à la nage ,
Et le rend malgré lui témoin de ſon courage ;
'Ainſi ſon fils , touché qu'au jour de ſes ſuccès
Un accident fatal ſuſpende ſes progrès,
Ranime ſes eſprits , combat la douleur vive ,
Qui retient dans ſon ſein ſa grande ame captive :
Il ſurmonte ſes maux , vole au-delà du Rhin :
J'admire dans Fribourg le vainqueur de Menin.
Vous voyez ce Héros dans laplaine Belgique
Enchaîner d'une main lavaleur Britannique ,
De l'autre foudroyer des remparts & des tours,
Torrent impétueux ,rien n'arrête ſon cours.
Naſſau que retenoit une lente prudence ,
De Louis devant Mons admira la vaillance.
Plus bouillant, plus hardi, le jeune Cumberland ,
Se prépare à combattre un Héros qui l'attend.
Allons, dit-il, marchons : qu'à travers le carnage
Mes bataillons ſerrés ſe faſſent unpaſſage.
C'eſt Tournai qui m'appelle , il faut le ſecourir,
Fondre , frapper , percer , triompher ou périr.
Sa colonne terrible & ſa voix menaçante
Ad'autres qu'aux François eût donnél'épouvante,
Louis d'un ſeul regard anime ſes ſoldats ,
Et force la victoire à marcher ſur ſes pas.
Va, vole, dis par tout ,bruyante Renommée,
D
74 MERCURE DEFRANCE .
Qu'à force de courage , enfonçant d'une armée
La colonne effrayante , un intrépide Roi
A renverſé 'Anglois aux champs de Fontenoy :
Quetouché de leurs cris , il reçoit dans ſes tentes
Et ſoulage de Mars les victimes ſanglantes.
Et toi , brillante gloire , éleve des Autels
Auplus vaillant des Rois, au plus doux des mortels.
Vous , Héros , dont le ſang a cimenté le Trône ,
Recevez les lauriers dont ſa main vous couronne.
Que de nouveaux exploits , quels lieux , quelle
faiton
Qui ne ſerve , Louis , à ſignaler ton nom !
Dans l'horreur de l'hyver , ici Bruxelles priſe
Allarme le Danube & a fiere Tamile :
Là vainement la mer s'arme , combat pour vous,
Oſtende , & vous , Anvers , vous tombez ſous nos
coups
A peine par Conty Mons eſt réduit en poudre ,
Que Namur par Clermont eſt frappé de la foudre
Ce fils du grand Condé , plein d'ardeur pour fon
Roi ,
Nous rappelle à Raucoux le beau jour de Rocroy.
Peins, Muſe, dignementle François magnanime
Ne craignant que la nuit dans l'ardeur qui l'anime
:
Peins-nous , comme un Turenne , au milieu des
guerriers ,
Maurice, pour Louis moiſſonnant des lauriers.
AOUST.
75
1749.
Charles,de ce vainqueur redoutant la pourſuite ,
Cherche , tout grand qu'il eſt ,ſon ſalut dans la
fuite.
Suſpens , Aſtre du jour, ton cours précipité:
Quelques moinens encor prête-nous ta clarté.
Sur la France Raucoux répandra plus degloire,.
Que ne fit de Steinkerque autrefois la victoire.
Nous oublions ces lieux où les Héros François
Firent de leur valeur de ſi nobles eſſais.
Sur tes plus hautes tours Belle-Iſle me tranſporte,
Prague , fameuſe Prague , auſſi foible que forte :
Foible, quand les François l'attaquent en Céfars ,
Forte, lorſque leurs corps lui ferventde remparts.
Afesyeux toujoursgrands pat leur valeur extrême,
Ils le ſont encor plus pat leur retraite même ,
Ils bravent les frimats ſous des cieux inconnus ,
Et s'ouvrent un chemin à force de vertus.
Du courſier d'Apollon je vole ſur les aîles ,
Versces monts ou desRoiss'aigriffent les que
relles.
Enproye aux ennemis ,&déja dans les fers ,
Gênes , ta délivrance étonne l'Univers.
J'apperçois le poignard , je vois la main levée,
Intrépide elle frappe , & la Ville eſt ſauvée.
Ah! pour te recouvrer , aimable liberté ,
Que n'oſe point un coeur de ſes fers irrité !
Louis prête fon bras ,& partage la gloire ..
Dij
76 MERCURE DEFRANCE.
Du noble & nouveau trait dont brillera l'histoires
Richelieu , dont le nom eſt ſi cher & fi grand ,
Acheve les exploits de Boufflers expirant .
Du haut des monts , enflé d'une vaine eſpérance
,
Browne comme un torrent inonde la Provence :
D'Amédée imitant le dangereux effort ,
Ofe-t'il ſe flatter d'avoir un autre ſort ?
Audacieux projet , entrepriſe inutile !
L'un fuit devant Teſſé , l'autre devant Belle-Ine.
Nervinde reparoît , Lawfeld la reproduit ,
'Avec non moins de ſang , mais avec plus de fruit.
Nous touchons aux marais de la riche Zélande ,
Etdéja nous ſemons l'effroi dans la Hollande.
Louis , ſur Bergopzom ton bras s'appéſantit :
Des traits de Lowendal rien ne le garantit :
Parunheureuxdeſtin devenant notre proye ,
De la Paix deſirée il prépare la voye.
Nos champs n'offrent encor que d'horribles gla
çons ,
QuandMaſtrichtdelauriersnousoffre des moiſſons
Atravers les éclairs , la foudre & le tonnerre ,
DontBellone en fureur épouvante la terre ,
Au milieu des ſoupirs, dans le centre des maux ,
Qu'enfante chaque jour le plus granddes fleaux,
Quelle divinité , douce ,tranquille , aimable ,
Jette ſur les mortels un regard favorable
AOUST. 77 1749.
D'une puiſſante voix , P'olivier à la main ,
Elle impoſe ſilence à cent bouches d'airain .
Tel un calme profond fuccédant à l'orage ,
Qui n'a produit par tout que grêle & que ravage,
Raflûre les mortels, diffipe la terreur ,
Dont les vents irrités avoient frappé leur coeur ;
Telle la paix ſuccéde au monſtre redoutable ,
Qui ſe nourrit du ſangdes peuples qu'il accable ,
Regle les intérêts qui nous déſuniſſoient ,
Et fait quitter aux Rois les foudres qu'ils lançoient.
La victoire s'arrête & ſe tait devant elle :
L'heureux jour deNimegue enfin ſe renouvelle.
Comme ſon Biſayeul oubliant ſes exploits,
De ſes armes Louis abandonne les droits.
Afoulager ſon peuple il trouve plus de gloire ,
Qu'à conſerver les fruits qu'il tient de la victoire.
Eh quoi! pour retenir tant de pays conquis ,
Faut- il qu'un nouveau ſang en devienne le prix ?
Plus un Empire eſt grand , plus ſa chûte eſt prochaine.
Decent Princes jaloux il fomente la haine.
Loin d'ici le vainqueur , dont les heureux ſuccès ,
Et l'ardeur d'envahir éloigneroient la paix.
J'adore un Conquérant que guide la juſtice ,
Et qui des dons de Mars ſçait faire un facrifice.
De cent États en feu le Pacificateur
Dij
78 MERCURE DE FRANCE.
Eſt plus grand à mes yeux, que le plus grandvainqueur.
Achevons des deux Rois le brillant parallele :
Que d'amour dans leur coeur pour leur peuple
fidéle!
L'éclat que leur Empire emprunte des Beaux Arts ,
Le diſpute à l'éclat qu il reçoit du Dieu Mars.
Nos Héros exercés , & la France aguerrie ,
A l'abri des revers mettent leur Monarchie.
Que de traits reflemblans ! L'on diroit que par tour
Leur gloire ſe confond, & ne forme qu'un tout.
REFLEXIONS .
Sur la nouvelle Carte que M. de Thuri
vient de donner au Public.
D
E toutes les entrepriſes qui ont été
faites en France pour la perfection de
la Géographie & de la Navigation , il n'en
eſt point qui faffe plus d'honneur à la Nation
que celle qui regarde la deſcription
géométrique de la France. Que la Terre
, felon la remarque de M. de Fontenelle
* , foit un ſphéroïde allongé ou applatti
vers les poles , la difference ſera toujours fi
petite , que cette queſtion peut paroître
* M. 1740 , page 74-
AOUST. 1749. 79
plus curieuſe qu'importante; mais que l'on
donne plus ou moins d'étendue aux parties
qui compoſent l'étendue de la France ,
c'eſt une queſtion dont l'importance eſt
plus ſenſible & l'utilité plus marquée.
D'ailleurs les autresNations partagent avec
la France * la gloire d'avoir concouru à la
connoiſſance de la grandeur des degrés
terreſtres , tandis qu'aucune n'avoit peutêtre
encore pensé à ſe procurerdes Cartes
exactes de ſon pays .
Il ſembloit pourtant que l'intérêt du Roi
&celui de ſes Sujets , ſe trouvoient réunis
dans l'exécution de cette entrepriſe. Que
l'on propoſe à un Miniſtre de faire conftruire
denouveaux chemins , de régler la
marche des troupes dans l'intérieur du
Royaume, il faut toujours avoir recours
à la Carte , pour la diriger par la voie la
plus courte,( la diligence eſt auſſi néceffaire
pour le bien du commerce que pour
le ſuccès des armes ) il n'eſt point de particulier
qui ne ſente la neceſſité d'avoir
un plan exact , ou le papier terrier de ſa
terre , & nous ſentons tous combien il
nous eſt avantageux que le Roi ait le plan
exactde tout ſon Royaume.
Il ne faut pas croire que la préciſion
géométrique ſoit abſolument inutile , &
*Grandeur & figure de la Terre , p . 17 .
Dij
80 MERCUREDEFRANCE .
4
que la Géographie de la France , dans l'état
où elle ſe trouvoit auparavant , fût
d'une exactitude plus que ſuffiſante : il
fuffir de jetter les yeux ſur la Carte de M.
de Thuri , pour voir combien la France
a , pour ainſi dire , changéde face depuis
ſa nouvelle réforme ; & pour reconnoître
toutes les erreurs où nos meilleurs Géographes
font tombés , on trouve des differences
de 4 à sooo toiſes entre la diftance
d'une Ville à l'autre, déterminée par
lestriangles,& celle que donnent lesCartes
des Sieurs Delifle & Jaillot. Il ſeroit trop
longdedonner ici le détail de toutes les remarques
que j'ai faites ſur le rapport de ces
Cartes, je me contenteraid'en rapporter ici
quelques-unes.
Les diſtances ſuivantes font marquées
en minutes d'un grand cercle , qui répondent
à 951 toiſes , parce que c'eſt une mefure
commune à toutes les Cartes.
Thuri. Delifle. Jaillot.
De Tarbe à Auch , 33 38 40.
2
D'Auch à Toulouſe ,
37
De S. Bertrand à Lombés ,
30
I
2
41 40
35-
2
2 33
De Langres à Châlons , 77 71
De Troyes à Sens ,
2
32 28
De Châlons à Rheims , 21
25
De Langres à Dole , 48
40
De Dole à Châlons , .. 32
35
AOUST. 1749.
Thuri. Delisle. Jaillot.
D'Auxerre à Saulieu , 37 41
De Philifbourg à Strasbourg , 49
De Strasbourg àNeuf Brifac , 35 33
De Colmar à Befort ,
44
2
2
33 29
De Fréjus à Nice , 29 26
r
Du S. Eſprit à Arles 35 39
,
Du Queſnoi à Rocroi , 39 32
De Sancerre à Montargis , 41 37
DeMontargis à Sens ,
26 23
De Saintes àla Rochelle , 32
33 31
D'Angoulême , 33 34 30
De Perigueux à Limoges , 45 53
De Lion à Grenoble , SI 42
De Mende à S. Flour , 35
32
De Bordeaux à Agen , 63 60
De Nevers à Moulins , 26
23
De Moulins à Autun , 47
2
De Bourges à Limoges , १० 83
2
De Bourges à Moulins , so 55
De Nantes à Luçon , 49 44
De Verdun à Longwy , 28
30
De Clermont à Verdun , 11- 13
2 2
De Langres à Chaumont , IS 19
2
De Mets à Thionville . 15 18
2
De Troyes à Langres , 57 53
Après avoir comparé les diſtances des
principales Villes , ſituées dans l'intérieur
&vers les confins du Royaume , j'ai examiné
de la même maniere toutes celles qui
D v
82 MERCURE DEFRANCE.
font placées ſur les côtes de l'Océan , &
aux environs : on ſçait que nous n'avons
rien de plus exact que les Cartes inſerées
dans le Neptune François , on y remarque
cependant des differences de 2 à 3000
toiſes dans la diſtance d'une Ville à l'autre
; il eſt vrai qu'il s'en trouve pluſieurs
abſolument conformes à la Carte de M.
de Thuri. Je ne rapporterai ici que celles
où j'ai remarqué les differences les plus
conſidérables.
Les diſtances fuivantes font marquées
en toiſes.
Selon M. de Selon le Nep
Thuri. tuneFrançois.
DeDouvres à Calais , 21700 22200
De S. Vallery à Dieppe , 26000
24000
De Dieppe à Fécamp , 27500
26000
De Gramville à S. Malo , 20000 18500
De Frehel à S. Brieu , 19500 14800
De S. Brieu à Treguier , 23500 20000
De S Pol de Leon à Gouluen , 13000 11000
De Breſt à Crauſen ,
8000
7000
De Pontcroix à Quimper , 15000 13500
DeQuimperlai au M deGroix , 14000 12000
De l'Orient à Auray ,
16000 14000
D'Auray . Vannes , १००० >8000
De Vannes à Guerande , 23000 21000
Des Sables d'Olonne à la Ro- 32000 28500
chelle ,
De Soulac à la Tête Dubuc , 50500 47500
Dans la Carte du Diocéſe de Courance,
levée par le Sieur de la Pagerie ,
AOUST. 1749. $3
& unedes plus exactes detoutes celles qui
ont paru juſqu'à préſent , on remarque
une difference de près de 1 500 toiſes dans
la diſtance de l'Iſle Saint Marcou à Valogne
, que M. de la Pagerie établit plus
grande qu'on ne la trouve dans la Carte
de M. de Thuri.
Si les differences que l'on remarque
entre la Carte de M. de Thuri & celles des
autres Géographes , paroiſſent exorbitantes
, eu égard à la quantité de Cartes qui
ont paru ſucceſſivement , & à l'habileté
de ceux qui les ont miſes au jour , il faut
aufli convenir que les moyens , qui ont
étémis en uſage pour les dreſſer , paroiffoient
peu propres à donner l'exactitude
que l'on pouvoir deſirer. En effet quel art
ne falloit-il pas fuppofer dans un Géographe
, pour ſçavoir difcerner parmi le
grandnombre de Mémoires qui lui étoient
communiqués , ceux qui avoient été faits
par les perſonnes les plus intelligentes ?
Quel tems immenfe & quelle longue
fuite de combinaiſons ,pour débrouiller un
chaos d'obfervations qui ſe contredifent
les unes les autres ; & ne pourroit-t'on pas
dire que nos meilleursGéographes font
ceux qui ont ſçû le mieux deviner ?
د
J'attends avec impatience que M. de
Thuri nous donne le détail de routes fes
Dvj
$ 4 MERCUREDE FRANCE .
opérations , pour pouvoir calculer la difrance
de toutes les Villes principales les
unes par rapport aux autres , car l'échelle
de ſa Carte eſt trop petite pour que l'on
puiſſe eſtimer les diſtances à 2 ou 300
près.
A Lyon ,le 26 Mai.
MADRIGAL.
C'Eft Eſt envain que vous m'exhortez ,
Ingénieuſe Iris à peindre vos beautés ;
Je me garderai bien de cette audace infigne.
Avant que de vos yeux j'euſſe ſenti les coups,
Mon coeur ne trouvoit rien qui de mes vers fût
digne ,
Et je ne trouve pas mes vers dignes de vous.
Parle Chevalier D... R...
M
AOUST . 85 1749
SSSSSSSSSSS
מ מ
NAIS.
CANTATILLE ,
Mise en Muſique par M. N**.
D Epuis qu'un Etranger aimable
Embellit ce rivage heureux ,
Les roſſignols ſemblent plus amoureux .
L'Empire de Neptune eſt toujours favorable ,
Et lemurmure des ruiffeaux
Se mêle aux chantsde mille oiſeaux.
Roſſignols , votre doux ramage ,
Paſſe juſqu'au fond de mon coeur:
L'amour , dont j'ignorois l'uſage ,.
Eſt enfin moncharmant vainqueur.
Pour l'Etranger que l'on admire ,
Je ſens des tranſports trop connus :
C'eſt pour lui ſeul que je foupire ;
Ah ! que ſes ſoins font affidus !
Je nel'apperçois point encore ,
Etdéja le Soleil éclaire ce ſéjour !
Il devoit devancer l'Aurore
Pour venir me faire ſa cour..:
1
86 MERCURE DE FRANCE.
Je
Mais Dieux ! j'entends ſa voix enchantereſſe ! ১
Ses yeux , remplis des plus beaux feux ,
Vont m'aſſûrer de ſa tendreſſe ...
le vois , il approche , il va combler mes voeux,
Belle Nymphe , un Dieu pour vous plaire
S'eſt caché juſques à ce jour :
Ici , vous allez voir Cythere ,
C'eſt le triomphe de l'Amour.
Enmoi reconnoiſſez Neptune ,
Enchanté de vos yeux charmans :
Pour lui la plus belle. fortune ,
C'est d'effacer tous vos amans.
Venez , Divinité nouvelle ;
Venez, regnez ſur mes ſujets :
Mon Trône eſt fait pour la plus belle ,
En vous je vois briller ſes traits,
Laffichard.
6
CetteCantatille , qui ſe vend ſeulement
chez M. le Clerc , rue du Roule , à la Croix
d'or , eſt miſe en Mufique par un Auteur
qui , fans copier M. Rameau , a ſçû raffembler
dans ſon ouvrage une partie des graces
de ce célébre Muſicien. Prix 30 f.
L'illustre Alliance , Cantatille de M.
Noblet , fe vend I liv. 16 ſ, aux adreſſes
AOUST. 1749. 87
ordinaires , de même que le retour de Philinte
, Cantatille , miſe en Muſique par une
jeune Demoiselle , ſe vend I liv. 4 f.
LETTRE
免洗洗洗萧
Touchant le vrai nom d'un Poëte François ,
qui a été célébre au XIV. fiècle.
JEEnnee puis , Monfieur , m'empêcher de
donner à l'Auteur de la Bibliothéque
Françoiſe toutes les louanges qu'il mérite
, pour avoir ſurmonté les dégoûts qui
ſe préſentent à la lecture de nos anciens
Poëtes , dont il a rendu compte dans ſon
ouvrage. Il faut pour ce travail un genre
de conſtance , dont tous les Ecrivains ne
font pas fufceptibles. M. l'Abbé Goujet
afait voir que rien ne l'avoit rébuté dans
fon entrepriſe. Comme je crois que c'eſt
lui faire plaifir que de lui propoſer les
doutes qui peuvent naître dans l'eſprit de
ſes lecteurs , je lui en propoſe , Monfieur ,
par votre canal , un qui m'eſt venu , en lifant
ſon neuvième tome.
En parlant d'un Religieux de l'A'bbaye
de Chaalis , proche Senlis , qui a écrit
dans le quatorziéme fiécle , ſous le regne
de Philippe de Valois , differens fonges
88 MERCURE DEFRANCE .
en vers François , ſous le titre de Peleri
nages , il affecte de l'appeller toujours
Guillaume de Deguilleville. Ce ne peut pas
être une faute d'impreſſion , puiſque de
Deguilleville y est répeté plus de ſoixante
fois. C'eſt donc de propos déliberé que
M. L. G. donne à ce Poëte le nom de
Deguilleville.
Cependant il ſemble que juſqu'à lui ,
on ne l'avoit point connu autrement que
ſous le nom de Guillaume de Guilleville ,
Guillelmus de Guillevilla. On peut voir
differens catalogues de manuscrits , que je
n'ai pas actuellement ſous la main : M.
Goujet fournit lui -même des preuves que
le de redoublé , eſt une altération du nom
de cet Auteur : car à la page 92 l'Abbréviateur
de ſa Poëfie l'appelle ſimplement
Guilleville... Il eſt vrai qu'à la page 75 ,
dans les vers de Pierre Virgin , qui a retouché
notre Poëtre après qu'il fut décedé ,
on lit ces vers :
>>Cy enſuit le noble Romant
>>D>u Pelerin , bon& utile ,
>> Compoſé bien élegamment
>>>Par Guillaume de Deguilleville ,
>> De Chalis de Pontigny , fille ,
>>M>o>inede l'Ordre de Ciſteaux ,
AOUST. 1749. S9
>> Diftingué par voye très- ſubtile
>> En trois livres ſpéciaux.
Mais j'ai tout lieu de ſoupçonner qu'il
y a eu de l'inattention de la part duCopiſte
dans le quatriéme vers , parce qu'il
renferme une ſyllabe de trop. Donnezvous
la peinede ſcander , & vous ſentirez
qu'il faut lire , par Guillaume de Guilleville
.
Outre cela le nom de Deguilleville me
paroît tout- à- fait bizarre. Sa terminaiſon
en ville marque qu'il a été formé de celni
de quelque lien ; or , je ne vois aucun
exemple qui prouve que jamais aucun pofſeſſeur
de terre , ou Fondateur de Village
, ſe ſoit appellé Deguille , mais ſeulement
Guille , qui étoit l'abregé de Guillaume.
Auſſi avons-nous en France une
Paroiſſe appellé Guilleville : elle eſt ſituée
au Diocéſe d'Orleans , fur la route de
cette Ville à Chartres , & nous n'en avons
aucune du nom de Deguilleville.
Je m'étends peut- être un peu trop fur
cette minutie ; mais je compte que M. L.
G. ne trouvera pas mauvais que je lui aye
demandé la preuve qu'il peut avoir euë ,
pour allonger d'une fyllabe le nom de
notre Poëte; toujours diſpoſé àme conformer
à la maniere dont il l'écrit , s'il me
१० MERCURE DE FRANCE .
fait voir par votre Journal , ou par un au
tre , que l'aſſemblage des lettres initiales
de chaque couplet , des lamentations
de ce Poëte dont il parle , page 82 , forme
Guillermusde Deguillevilla.
A
AMPHΙΟΝ .
CANTATILLE,
. Mour , Dieu puiſſant que j'implore ,
Viens offrir à mes yeux la beauté que j'adore.
Soit que leblond Phébus quitte le ſein des mers ,
Ou qu'à l'obſcure nuit il céde l'univers ,
Quand le Dieu du ſommeil partage ſon empire,
Et lorſque tout ce qui reſpire
Se ſoumet à ſa douce loi :
L'écho répete au loin les accens de mavoix.
J'attire les forêts ,& j'applanis les monts ,
J'amollis les rochers par les ſons de ma lyre.
Cruelle, ton coeur ſeul me refuſeun empire ,
:
4
:
:
Que tout cede à mes chanſons.
Amphionau comble du malheur ,
Perdant tout eſpoir de plaire ,
Exprimoit ainſi ſa douleur ,
Quand l'aimable Dieu de Cythere
AOUST. 1749.
ود
De Niobé toucha le coeur ,
Et vainquit ſa rigueur.
Aveugle, elle fuit ſeul lepenchantqui l'entraîne;
L'Amouren ſouriant l'enchaîne ,
Et lui fait adorer les fers
Dont il accable l'univers.
De ce Dien redoutez les armes ,
Belles , fuyez , fuyez ſes charmes :
Que de larmes , que d'aigreur
Suivent un inſtant de douceur !
Amphion par fes chants mélodieux
Obtient le bonheur de lui plaire ,
L'Hymen & le Dieu de Cythère ,
Les joignent par les plus doux noeuds.
A l'Amour durant le bel âge
On s'engage facilement ,
On aime les chants d'un amant ,
On en écoute le langage ,
Et l'on en prend les ſentimens,
Dece Dieu , &c.
D'A..
92 MERCURE DEFRANCE,
CONSEILS d'un ami à une Demoisellede
Beauvais , par un Auteur anonyme.
J''AAii des conſeils à vous donner,
Ce n'eſt pas le moyen de plaire ,
Iris , on ne divertit guere ,
Quand on ne fait que raiſonner,
Auſſi j'aurois gardé ſagement le filence;
Ou vous n'auriez de moi que de vaines chanſons ;
Si je n'avois connu qu'une heureuſe naiſſance
Avoit dans votre coeur prévenu mes leçons.
Souffrez donc que ces vers aident à vous conduire
En cet âge charmant dont vous allez jouir ;
Aſſez d'autres ſans moi voudront vous réjouir ,
Mais peu ſe chargeront du ſoin de vous inſtruire.
Commencez aujourd'hui le cours
D'une longue ſuite d'années .
Eſperez , en croiflant , d'heureuſes deſtinées ,
Et qu'une belle humeur anime vos beaux jours.
Il fied mal à vingt ans d'être triſte & rêveuſe ,
Mais n'accordez à vos defirs ,
AOUST. 1749. 93
Si vous avez deſſein d'être long-tems heureuſe ,
Que ce que la nature a d'innocens plaiſirs.
Vous n'avez pas beſoin , Iris , que je m'arrête
Avous montrer quelle eſt cette ſévere loi ,
Qui-vous commande d'être honnête.
Le ſang dont vous ſortez le fera mieux que moi.
Cet ordre ſouverain n'admet point de diſpenſes ,
Et l'honneur en eſt ſi jaloux ,
Que ſur les moindres apparences
Ce Juge rigoureux prononce contre vous.
( Fuyez dans vos diſcours l'enflure & labaſſeſſe ;
Qu'ainſi qu'en vos habits rien n'y ſoitaffecté ,
Qu'une noble fimplicitė
Enfaſſe l'ornement , la grace & la richeſſe:
Celles dont la témérité
Determes trop ſçavans pare leur éloquence ,
Aulieu de montrer leur ſcience ,
Nemontre que leur vanité.
Evitez la plaifanterie ,
Dont les traits médiſans percent juſques au coeur,
Et pour rejouir l'auditeur ,
Ne faites point de raillerie
Qui puiſſe bleſſer ſon honneur,
Si vos paroles prononcées
94 MERCURE DEFRANCE .
Sont l'image de vos penſées ,
Voici , ſans vous flater d'un traitementtrop doux,
Ce que des têtes bien ſenſées
Sur de pareils diſcours doivent juger de vous.
Qu'une ſévere contenance
Necondamne jamais la modeſte licence
Despropos que vous entendrez .
Aux bons mots que l'on dit ,joignez plutôt les
vôtres ,
Mais faites , quand vous en direz ,
Que les gens que vous raillerez
Puiflent rite comme les autres.
Qui fouffre l'affiduité
De l'amant qu'a fait labeauté ,
Envain auprès de lui veut paſſer pour cruelle,
Unhomme qui ſe voit d'une femme écouté ,
Semble devoir eſperer d'elle.
N'accoûtumez point votre coeur ,
séduit par la vertu de l'objet qui letente ,
A s'attendrir par la douceur ,
Même d'une amitié qui peut être innocente.
L'honneur dans le commerce eſt fort mal aſſuré,
Ne vous y laiſſez point ſurprendie ;
Un ami ſi ſage & fi tendre
Etbien plus dangereux qu'un amant déclaré.
AOUST. 1749. 95
Je ne défends pas à la prude
De prendre un peu de ſoin de ce qu'elle a d'at
traits,
Ce ſeroit une ingratitude
De négliger les dons que le Ciel nousa faits.
Mais ſi vous prétendez qu'on vous eſtime ſage;
Apprenez que le trop grand ſoin
De conſerver cet avantage ,
Eſt un infaillible témoin ,
Qui prouve qu'on en fait quelque galant ulage.
Celui qui ſans difcernement
Adreſſe à tous venansles louanges qu'il donne,
Fait grand tort à fon jugement ,
Et ne tast honneur à pertonne.
Mais auſſi d'un coeur inhumain ,
N'allez point inftulter aux foibleſſes des autres;
Et que les défauts du prochain
Vous donnent ſeulement du dégoût pour les vôtres.
Ne diſputez jamais avec trop de chaleur ,
Mais jugeant de ſang- troid & du pour &du con
tre ,
慶
Si vous vous trompez par malheur ,
Loin de foutenir votre erreur ,
Laiſſez-vous vaincre en ce rencontre,
Et par un beau retour ,plein de ſincérité ,
96 MERCURE DE FRANCE.
Revenez à la vérité ,
Qui que ce ſoit qui vous la montre.
Il ne faut point chercher à voir
Les intérêts cachés d'une intrigue ſecrette.
Quand on eft curieuſe ,&qu'on veut tout ſçavoir
On est sûrement indiſcrette.
Sile ſecret vous eſt malgré vous revelé ,
Cachez- le avec un tel filence ,
Même à celui , dont l'imprudence
Vous en a fait la confidence ,
Qu'il doute quelquefois s'il vous en aparlé,
Celle qui ſouffre en ſa préſence ,
Qu'on vante en elle des appas ,
Ou des vertus qu'elle n'a pas ,
N'eſt qu'une idole qu'on encenſe :
Unejuſte louange ade quoi nous charmer ;
Mais un efprit bien fait doit prendre
Bienmoins de plaifir à l'entendre ,
Que de peine à la mériter.
La mode eſt un tyran dont rien ne nous délivre ,
Afonbizarre goût il fauts'accommoder ,
Mais ſous ſes folles loix étant forcé de vivre,
Leſagen'est jamais le premier à la ſuivre,
Nile dernier à lagarder,
AOUST. 1749. 97
J
AParis , le 24 Juin 1749 .
Ai lû , Monfieur , avec bien du plaiſir
dans le Mercure du mois d'Avril dernier
, à la page 40, la réflexion faite , &
les deux ſolutions données ſur un Problême
d'Arithmétique , trouvé dans les ouvrages
de M. Barême ,& exposé par M.
Faiguer , à la page 72 du Mercure de
Janvier.
J'ai auſſi obſervé , que Meſſieurs Darême
& Faiguet ne démontrent pas leurs
opérations ; il n'y acertainement aucune
proportion , ni dans l'une , ni dans l'autre ,
& chacun d'eux s'eſt mépris.
Cette réflexion a ſon lieu , mais des
deux folutions , la derniere eſt la ſeule qui
puiſſey convenir , & qui donne connoifſance
de la jufte diviſion , qui doit être
faite entre la mere & les enfans, de la fomme
de 100000 liv. ſuivant l'intention du
Teſtateur ; mais comme elle n'eſt aucunement
démonſtrative , je prens , Monfieur ,
la liberté de vous préſenter ci-deſſous cel.
le que j'y ai donnée , dont les opérations
étant appuyées aux régles de proportion ,
pourront fervir de preuve & de régle
générale , pour réfoudre tous Problêmes
E 1
98 MERCURE DE FRANCE.
ſemblables , ainſi qu'on peut le voir par
celle que j'ai auſſi donnée dans le mois de
Mai dernier , à une propoſition de même
nature qui m'étoit parvenue , & que j'ai
l'honneur de vous faire paffer ci-jointe ,
ainſi que trois réſolutions algébriques de
trois Problêmes , qui m'ont été adreſſés
d'Italie.
Vous vous appercevrez ſans doute
du mauvais langage dans lequel je ſuis
obligé de m'exprimer ; mais vous voudrez
bien , Monfieur , excuſer un Italien , né
& Citoyen de Milan , depuis peu dans
cette Capitale , & très- peu verſé dans la
Langue Françoiſe. Ce n'eſt pas que je
n'euffe une bonne envie de faire un certain
progrès , d'autant plus que cette Langue
,& toutes perſonnes en général de
la Nation Françoiſe , me ſont infiniment
agréables. Au reſte , ſi vous étiez dans
ledeſſein de faire uſage de mes ſolutions ,
je me perfuade que vous voudrez bien
prendre la peine de les rendre dans la Langue
convenable.
Je ſuis bien flatté de ce que la lecture
du Mercure de France me procure le plaifir&
l'honneur de vous afsûrer de la confidération
infinie , avec laquelle j'ai l'honneur
d'être , Monfieur , &c .
Rusca.
AOUST. 1749. 99
PROBLESME DE M. BARESME.
Unhomme mourant laiſſe ſa femme enceinte
, & cent mille francs de fon chef,
Il ordonne par ſon testament , que ſi elle
accouche d'un garçon , l'enfant aura les
trois cinquiémes de la ſomme ,& la mere
łes deux cinquiémes , & que ſi elle accouche
d'une fille , l'enfant aura les trois feptiémes
, & la mere les quatre ſeptiémes .
Il arrive que cette veuve accouche à la
fois d'une fille & d'un garçon : ſçavoir ,
combien chacun doit avoir de ladite fomme
, en confervant toujours la proportion de
lamere aux enfans.
RESOLUTION.
Pour réſoudre ledit Problême on doit :
19. trouver un nombre le plus petit , qui
contienne les parties qui y ſont requiſes ,
ce qu'on aura , en réduisant à un commun
dénominateur , les fractions ci-deſſus données
au moyen de quoi on appercevra ,
que le nombre qui peut y fatisfaire , eft
35.
2°. Par la précifué de la propoſition , la
mere , accouchant d'un garçon , doit avoir
les de la ſomme de 100000 liv. &
5
==
35
l'enfant , les , & accouchant d'une
20
fille les = , & l'enfant , les = 15
7 35
E ij
100 MERCURE DEFRANCE .
21
,
Or ayant accouché à la fois d'un garçon
& d'une fille , elle doit avoir en conféquence
les deux cinquièmes dans la part
du garçon , & les quatre ſeptièmes dans
celle de la fille , ſçavoir , pour ſa portion
, le garçon & la fille ; mais
comme leſdites trois parties enſemble furpaſſent
le tout d'un entier , & que la
mere avec ſa ſeule part abſorberoit prefque
toute la ſomme (ce qui ſeroit injuſte
) ainſi l'on doit avoir recours à la
proportion , compoſée ſuivant les régles
de ſociété auſquelles cette propoſition ſe
rapporte , & prendre du nombre 35 , les
parties convenables à chacun d'eux , ce
quoi faiſant , l'on aura 14+ 20 =
pour les + , dûs à la mere , 21 pour
les trois cinquiémes dûs au garçon , & 15
pour les trois fepriémes dûs à la fille. Enſuite
dreſſant la proportion , dont le premier
terme ſera 70 , ſomme deſdites parties
, le ſecond 100000 liv. quantité à
diviſer , & le troiſiéme chacune pour chacune
de ces mêmes parties , ſçavoir , 34,
21 & 15 .
34,
3 °. On fera les opérations ſuivant les
régles , pour avoir le quatrième terme
& on trouvera 48571 liv . trois ſeptièmes,
pour la portion de la mere ; 30000 liv .
AOUST. 101 1749.
pour celle du garçon , & 21428 , quatre
ſeptièmes pour celle de la fille , dont la
fomme eſt 100000 liv . C. Q. F. J.
Sx7 = 35 .
Pour la mere, { 14}=342
Pour le garçon,
Pour la fille ,
5
20
=== 1
34.48571
21
15)
70.100000. 21.300001
15.21728
PROBLEME.
70
Un gros Commerçant de Normandie
laiſſe , en mourant , fon épouſe avec huit
garçons & une fille; il fait par ſon reſtament
ſon fils ainé légataire univerſel de
tous ſes biens , felon la loidu pays , qui ſe
montent à 900000 livres , à la charge
que ſon fils aîné prendra , ſuivant ladite
loi , moitié ; que les autres garçons ſes freres
auront chacun un huitieme , & la mere
un quart. Qu'à l'égard de la fille , ils feront
lefdits freres tenus de lui faire chacun une
penſion au proratade ce qu'ils auront retiré.
On veut ſçavoir ce qu'ils auront cha-
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
cun pour leur part,& ce qu'ils feront obliges
dedonner de penſion chacun à leur foeur.
SOLUTION .
Comme de la maniere que la ſuſdire
propoſition vient d'être expoſée , il paroît
impoſſible de fatisfaire à la volonté du Teftateur
, car la moitié que doit prendre le
fils aîné , plus les ſept huitièmes qui font
dûs aux autres ſept freres , ſurpaſſent le
tout en trois huitièmes ; en forte que trois
deſdits ſept freres , ainſi que la mere , ne
pourroient pas avoir ce quileur vient , ce
qui feroit contraire à ladiſpoſition du reftament
& des Loix. Ainſi dans toutes ces
pareilles circonstances il faut ſe prendre
à l'équité de la proportion compoſée , &
trouver un nombre le plus petit , qui contienne
les parties requiſes , dont la ſomme
d'icelles fera le premier terme de la proportion
; le ſecond ſera le nombre donné à
diviſer , & le troiſième ſera chacun pour
chacune deſdites parties. Or le plus peric
nombre qui contient les parties requiſes
de ladite propoſition eſt 16 , dont la moitié
eſt 8 , le huitiéme 2 , & le quart 4 , &
leur ſomme eſt 26. On aura pourtant la
proportion ci deſſous , dont on trouve en
faiſant les opérations , que le fils aîné doit
avoir 276923 livres un treiziéme , chacun
AOUS T. 1749.
103
des autres ſept freres 69230 livres , dix
treiziémes ,& la mere 138471 livres, ſept
treiziémes , enſorte que leur ſomme fait
900000 livres , comme on peut voir par
ce calcul. C. Q. F. J.
26. १००००० .
8
2
2
2
2
2
2
2
4
X
8 276923
2 69230
10
2 69230
2 69230
る
26. 500000 .
10
2 69230
2 69230
TO
2 69230
10
10
2 69230
4138471
Al'égard de la penſion que chacun des
freres eft obligé de faire au prorata à leur
foeur , comme dans ledit Problême il n'eſt
E iiij
104 MERCURE DEFRANCE.
pas dit ſur quel pied elle doit être, il faut
Içavoir fi par la Loi du pays elle eſt fixée ,
ſans quoi leſdits freres pourroient lui affigner
une penſion à leur goût au prorata de
ce qu'ils auroient retiré.
Il eſt bien vr. ique filad.fille devoit avoir
le fond capital qui lui reviendroit en divifion
avec ſes freres , comme la proportion
quipaſſe entre le fils aîné & ſes freres, eſt de
8,2 ; à l'égard de la fille elle feroit de 4, 1 :
ainſi en trouvant le plus petit nombre qui
ait les parties requiſes , tel qu'eſt le nombre
16& faiſant la ſomme deſdites parties,
qui eſt 23 , ſi l'on divife 761538 livres
ſomme de ce qui appartient auſdits freres,
par 23 , on aura 33110 livres pour le
fond qui devroit être donné à ladite
fille , en diviſion , & qui devroit être
payée par ſes freres , au prorata de la fomme
touchée par chacun d'eux, ſçavoir ,
12040 livres par ſon frere aîné , &
3010 livres par chacun des autres.
וכ
40
299
110
249
Et comme par cette opération eſt conftatée
la portion du fond de raiſon de
ladite fille , & la quote que ſeroient
obligés leſdits freres de lui payer , ſi les
intérêts font fixés par la loi às pour cent,
la penſion ſera de 1655 livres , c'est-àdire
, 602 livres pour celle que devra
299
AOUST. 1749. 105
payer le fils aîné , & 150 livres 299pour
celle qui devra être payée par chacun des
autres ſept freres. C. Q. F. J.
REMARQUES.
On doit regarder cette propoſition &
ſes ſemblables comme une reglede ſociété;
en voici la démonſtration par le ſuivant
Problême. Un Négociant ayant fait banqueroute
, laiſſe pour tout ſon bien la
fomme de 27000 livres ; un de ſes créanciers
doit avoir 36000 livres , un autre
9000 livres , & un autre 18000 livres ,
enſorte que les dettes dudit Négociant ſe
montent à la fomme de 63000 livres. On
voit pourtant qu'avec le fond de 27000
livres il n'y en a pas aſſez pour fatisfaire
à tous leſdits créanciers , ainſi il faut que
chacun d'eux en ſupporte la perte au prorata
de leur créance ; c'eſt pourquoi en
dreſſant une regle de fociété on trouvera
15428 livres quatre ſeptièmes pour le
premier , 3857 livres un ſeptiéme pour le
fecond , & 7714- livres deux ſeptiémes
pour le troiſiéme , dont la ſomme eſt de
27000 livres. C. Q F. D.
AParisle 25 Mai 1749.
M
Ev
106 MERCURE DE FRANCE ..
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗器
SEANCE PUBLIQUE
De l'Académie Françoise.
M
Onfieur le Maréchal Duc de Belle-
Ifle ayant été élu pour remplir la
place qui vaquoit dans l'Académie par la
mort de M. Amelot , y prit féance le 30 ,
Juin , & prononça ſon Diſcours de remerciment.
» Meſſieurs , dit il , l'honneur que je
>> reçois aujourd'hui ne me fait point illu-
>> ſion ſur les principales qualités que doi-
>>>vent avoir ceux que vous admettez au
>>nombre de vos Confreres. Je ſçais que
» toutes les richeſſes du génie & de la lit-
>> térature furent le partage des Hommes
> illuftres , qui depuis l'origine de l'Aca-
>>démie ont rempli les places que vous
occupez ...
» Juſqu'à préſent une vie ſans ceſſe agi-
>> tée ne m'auroit point permis de profiter
»de la faveur que vous venez de m'accor
>> der : je la reçois au moment que je puis
>> en jouir. Ces jours tranquilles que ra-
>mene la Paix , vous avez voulu me les.
>> rendre agréables , & vous me ménagez
1
AOUST. 1749. 107
" encore pour un âge plus avancé tout ce
>> qui peut en faire les délices .
Après avoir payé le tribut de louanges
que l'Académie exige des nouveaux Académiciens
pour le Cardinal de Richelieu
& pour le Chancelier Séguier , & avoir
parlé de l'honneur que Louis XIV. a fait
àl'Académie de ſe déclarer fon Protecteur,
M. le Maréchal de Belle- Ifſſe ajoûra , » Ce
>> Prince , dont le Regne ne fut qu'un tiſſu
>>de merveilles , & qui voulut , pour la
>>>grandeur de cette Couronne , en tranf-
>>>mettre le modéle à ſes deſcendans , ſen--
>>>tit , Meſſieurs , combien vous lui deve-
>> niez néceſſaires :c'étoit par vous qu'il
>> devoit inſtruire la poſtérité. Vous avez
>>rempli ſes eſpérances ,& par un juſte re-
>>t our vos éloges ont rendu à Louis XIV.
>> la gloire que vous en avez reçûe.
Le portrait du Roi eſt le morceau qui a
le plus frappédans le diſcours dont nous
donnons l'extrait. >>> Il étoit réſervé à Louis ,
>>>XV , dit M. le Maréchal de Belle- Ifle
>>d'apprendre à l'Univers qu'un Roi peut
>>>combattre & vaincre ſans ambition. Ne
>faiſons point un crime à l'Europe de ſes
>>> craintes inquiettes. Aucun ſiécle n'avoit
» vû le Maître d'un vaſte Empire n'avoir
>>des Princes guerriers que l'activité & ود
১১ l'intrépidité ; ne ſe mettre en mouve-
Evj..
108 MERCURE DEFRANCE.
>> ment que pour l'intérêt de ſes Alliés , &
» s'arrêter dès qu'il ne reſte que l'intérêt
>>perſonnel ; ne chercher la victoire que
»pour arriver à la paix , ne ſignaler fa
>>puiſſance par ſes conquêtes , qu'afin de
>>couper la racine des défiances & des ja-
» louſies, en raffûürant les eſprits par le plus
>> grand exemple de modération. La poli-
>> tique , toujours timide , n'oſoit ſe livrer
>> à des eſpérances , que l'hiſtoire de tous
>> les peuples ne lui permettoit pas de for-
>> mer . L'Europe ne voyoit que les con-
>> quêtes de Louis XV, elle ne voyoit point
fon coeur.
Ce diſcours , écrit avec la noble ſimpli
cité qui convient à un Général & à un
hommed'Etat , occupé d'objets plus importans
que celui de compofer une Piéce d'Eloquence
, fut généralement applaudi .
M. l'Abbé du Reſnel , Directeur de l'Académie
, répondit à M. le Maréchal de
Belle- Ifle . 11 commença par rappeller le
fouvenir de pluſieurs grands hommes , qui
revêtus , comme ce Général , de la plus
haute dignité , à laquelle la vertu militaire
puiffe élever , & célébres par une ſuite d'actions
également honorables pour eux &
pour la Nation , fe font fait une,gloire
d'entrelacer les lauriers , qu'ils avoient
moiſſonnés dans les champs de Mars, avee
AOUS T. 1749. 109
ceux qu'Apollon diſpenſe à ſes favoris.
>>>Nous ſommes très- flattés , Monfieur ,
>> poursuivit-il, mais nous neſommes point
>> ſurpris que vous ayez déſiré d'être admis
>>>dans le Sanctuaire des Muſes. Il touche
> deprès auTemple de Mémoire , où déja
>> vous vous étiez afſfüré une place , & à fi
>>juſte titre.
>> La Nature vous a formé pour être ſe-
>>>lon les diverſes circonstances des tems ,
>>>tout ce que demandoient les emplois
>>qui vous ont été confiés...
>>Par la facilité que vous avez à deſcen-
>>dre des plus grandes affaires juſqu'aux
>> plus petits détails , il n'eſt rien de fi
>> étendu que votre eſprit n'embraffe. Fé-
>>cond en reſſources dans les occafions où
>>i>l ſembloit que la prudence humaine
>> n'en pouvoit plus imaginer , tout ce qui
>> vous aparu néceſſaire ,vous a paru pof-
>>fible , & l'eſt deyenu..
>>Nos braves François ſont-ils inveſtis
>dans une Ville,immenfe & ruinée , où
>> leur valeur ne peut ſe défendre,& dontil
>>paroît encore plus impoſſible qu'ils puif
>> ſent ſe dérober ? Vous forcez tous les
>> obſtacles que la rigueur de la ſaiſon , la
>> longueur & la difficulté des marches
>> les efforts d'une armée nombreuſe , op-
>>poſent à leur retraite......
29
NO MERCURE DE FRANCE.
» L'irruption d'une armée formidable
➤ dans une de nos Provinces,y répand- elle
>>une allarme générale ? Par de ſçavantes
» manoeuvres qu'il n'appartient qu'aux
>> Maîtres de l'art , d'expliquer , vous la
>> chaſſez de nos frontieres. Elle ſe retire
» avec une perte auſſi conſidérable , que fi
>>elle eût été défaite en bataille rangée.
>>Ce n'eſt pas aſſez pour vous d'en avoir
>>délivré la France. Par des moyens dont
>>le ſuccès ſeul a prouvé la poſſibilité , vous
>> fourniſſez à de généreux Alliés des fe-
>>>cours continuels d'hommes & de vivres ;
>> vous ſecondez ſi habilement la valeur de
>> cet illuſtre François *, l'objet de leurs
>> regrets & des nôtres , que les efforts des
>>Puiſſances conjurées deviennent inutiles..
>>Ce Siége à jamais célebre , & par leur
>>opiniâtreté , & par la vigoureuſe réſif-
>>>tance qu'elles ont éprouvées , eſt levé
Génes ne craint plus pour ſa liberté , &
>>ſi l'ennemi ne peut encore ſe réſoudre à
>>laiſſer échapper une ſi belle proye , ce
>>>digne Héritier du nom & des qualités
>>ſupérieures du grand Armand , leur ôte
>>>tout eſpoir de la ravir. Quelle gloire
>>pour nous de compter parmi nos Con-
>>freres les deux Libérateurs d'une Répu
M. le Duc deBouffters.
1
AOUST. 1749. 111
>>blique , dont la ruine auroit entraîné
>> celle de l'Italie ! ......
A l'éloge de M. le Maréchal de Belle-
Iſle , M. l'Abbé du Reſnel fit fuccéder celui
de M. Amelot , & il le peignit ainfi.
>>Eloigné de toute eſpece d'oftentation,
>> ſes manieres étoient ſi ſimples & fi dou-
>> ces , il paroiſſoit fi peu occupé du défir
>>d'attirer ſur lui les regards des autres ,,
>>que le commun des hommes n'auroit
>>peut- être pas rendu toute la justice qui
>>>étoit due à ſes talens , ſi de degrés en de--
>> grés ils ne l'euffent élevé juſqu'au Mi-
>>niftere.
>Dans un poſte ſi flatteur ,& peut-être
>>>encore plus redoutable , il ſe prêta à la
>>>fortune , mais ſeulement affez pour lui
laiſſer le pouvoir d'augmenter ſon bonheur
;jamais affez pour qu'il dépendît
d'elle de le lui faire perdre.
>>Tous les momens dont l'intérêt de
>>l'Etat lui permettoient de diſpoſer , il
>>l>es donnoit à ſa famille &àſes anciens.
>> amis ; il s'y livroit alors tout entier , &
>>> avec cette gayeté qu'inſpire la confiance
>> de n'avoir aucun reproche à craindre de
>>>ſoi-même ni des autres. Il portoit dans
> la Société un eſprit ſv aimable , qu'il n'y
>> donna jamais lieu à perſonne de ſouhai
ter qu'il en eût moins..
MERCURE DE FRANCE.
>>Convaincu par une longue expérience
que rien dans la vie n'offre des plaiſirs
>>mieux aſſortis à toutes eſpeces de for-
>>tunes & de fituations , que l'étude des
>>>Lettres & des Arts , M. Amelot en
>>faiſoit ſes plus cheres délices dans les
>>teams mêmes qu'il ne pouvoit en faire
>> fon occupation. .......
Refferrés dans des bornes trop étroites ,
nous ne pouvons copier tous les morceaux
remarquables de laRéponſe de M. l'Abbé
du Reſnel.
Lorſqu'il ent ceſſfé de parler , M. de
Foncemagne lut des Reflexions de M. de
Fontenelle ſur la Poefie. Il fut ſouvent
interrompu par des battemens de mains ,
qui annonçoient également, & la juſte admiration
des Auditeurs pour M. de Fontenelle
, & l'intérêt que prend le Public
à la perſonne & à la gloire de cet illuftre
Doyen de l'Académie...
AOUST. 1749. 113
On a dû expliquer l'Enigme & les Logogryphes
du Mercurede Juillet par le pas
pier ,crime , Roſſignol , Médecine , Cubécumene&
chandelle. On trouve dans le
premier Logogryphe cri , rime, Rié, mie, re,
mi , merci , cîme , mer , ire & cire. On trouve
dans le ſecond Mede , Medie , mine .
mie , Enée , dime , Medée , Nice , Nicée
Cid & niéce. On trouve dans le troiſiéme
Numa , chat , ane , mât , ut , Cham , manche,
ha, hé, menuet , Theme , muet , meute&ame.
On trouvedans le quatrième Canelle, ane
Caën , lance , lande , dance& an.
و
LOGOGRYPHE.
JE ſuis décharné , maigre , étique ,
Et courbé ſous le faix des ans ;
Mais malgré ma figure antique ,
Je compte encor des partiſans.
Quoiqu'amateur des dons de Cerès , de Pomone,
Je ne parois jamais dans l'été , dans l'automne
J'affronte l'hyver redouté ,
Et quand par ſes chants Philomele
Annonce la ſaifon nouvelle ,
Je pars fans être regretté.
114 MERCURE DE FRANCE.
:
Six pieds compoſent ma ſtructure ,
Quarante autres font ma meſure ,
Avec quatre on me voit dans les plaines de Mars .
Fixer le fort & la victoire ,
Et les eſclaves de la gloire
Ne doivent point ſans moi s'expoſer aux hazards.
Mais tel eſt du fort le caprice :
Apeine ces pieds ſont changés ,
Qu'à Marseille ils font le ſupplice
Des hommes pour crime engagés
Dans une honteuſe milice.
Lecteur , j'offre encor à tes yeux
Un non qui flatte & qui décore
L'Iris , dont l'Hymenée a couronné les feux ;
Mais ce même nom déshonore ,
Quand l'amour de l'Hymen n'a point ferré les
noeuds.
Penferme un élement qui m'eſt très néceſſaire.
Il fournit à mes partiſans
Des mets variés & frians ,
Dont ils font toujours maigre chere .
Je ſuis encor l'enfant gâté
Qui fut maudit dans 'a colére
Du Patriarche reſpecté ,
Sans qui nous boirions de l'eau claire.
Je ſuis avec cinq pieds le Diſciple ſacré
D'un Citoyen des Cieux qu'on n'a point enterré.
)
AOUST. 1749.
Poffre encor un ragoût dont fait un granduſage
Le laboureur dans ſes repas ,
Et quoique commun au Village ,
Les Grands ne le dédaignent pas.
Mais àpropos , Lecteur , les beaux jours vont renaître
,
Je dois ſonger à diſparoître.
Le Normand ..
TRE.
Sou Ouvent les curieux de l'Art, de laNature ,
Par moi font mis à la torture;
Mais , pour à leurs fins parvenir ,
Us ſçavent quelquefois par le feum'en punir.
Toujours ſur neuf pieds je chemine.
Qui fuis-je donc ? Lecteur , lis &devine.
Par cinq , forte femelle est tenue en priſon :
Je ſuis des jardins la parure;
Enigme , ou Diſcours fans raiſon ;
Inquiétude , ou Aeur ; bois propre à ligature ,
Ce que toujours le Magiſter défend ;
Hors la ville une promenade ;
Vieux mot marquant d'où la race deſcend ,
Etce donton reçoit dangereuſe gourmade.
Par quatre , je montre un P. ſteur ;
'L'Auteur fréquent de bonne ou mauvaiſe fortune;
Rerraite ordinaire au voleur
2
116 MERCURE DE FRANCE.
Un lieu rempli d'humains , ſous une loi commune ;
Ce qui le Prince par tout ſuit ,
Lenom d'un ſujet de la Porte ,
Mot , qui dit édifice , engin, ruſe & circuit ;
Un échange ; un vaiſſeau pour le vin qu'on
tranſporte.
Pa trois , je marque où l'Archer viſe ;
Pierre dure ; outil de labeur ;
Un homme notéde bêtife ;
Etat d'une biche en chaleur.
Vent d'eſtomach ; jus d'herbe ; une marque de
joie;
Une groffe piéce d'argent ;
Inſtrument , qu'un Veneur employe ;
Et l'auge , qu'on ſuit chez la myſtique Gent
Mais j'ai déja d'ici ſubi l'exil ,
Ou tun'as pas l'eſprit fubtil.
AUTRE.
JE change par goût; laNature
Mefait auffi changer de forme & de figure.
Mes membres combinés font un arbre fameux;
Animal fier & courageux ,
De France en même tems une Ville brillante;
Autre animal craintif, à chair appétiſſante ,
Dont l'homme le plus délicat
Pour l'ordinaire fait grand cas.
Simple ſoldat dans une armée
AOUSΤ.. 1749 . 127
Qui n'eſt jamais fans tête couronnée.
Habitant d'un pays ſis au Septentrion ,
Ce qu'eſt l'homme formé parl'éducation.
Eleuve d'Afrique , un autre d'Italie;
Choſe néceſſaire à la vie ;
Saint reveré par le Normand ,
Autre à qui dans le premier tems
L'Eglife ,
Comme à Saint Pierre , fut foumife ;
Sous même nom , plante dont le produit
Peut nous ſervir & le jour & la nuit;
Femmede Patriarche ; enfin plante commune ,
Dont l'odeur ſouvent importune.
Par M. G.de Mont.
NOUVELLES LITTERAIRES ,
I
DES BEAUX- ARTS , ७ .
L paroît une troiſième édition de
l'ABRAGE' CHRONOLOGIQUE de M. le
P. H. in- 8°. & in- 4°. L'in-octavo eſt en
deux volumes , fans vignettes , & l'in
quarto eſt orné de toutce qui peut rendre
une édition précieuſe. Cette édition ſe
vend chez Prault , pere & fils , & chez
Defaint & Saillant.
18 MERCURE DE FRANCE.
L'ouvrage eſt augmenté d'environ un
cinquiéme , & l'on y a joint une Table
très- étendue , dont l'utilité ſe fera ſentir
chaque fois qu'on la confultera. Nous
tranſcrirons ſeulement une des additions
faites par l'Auteur. Elle regarde l'année
1650.
>>Mort de Descartes le 1 Février à
» Stockholm. On a dit de Descartes , qu'il
>> avoit donné le ton à ſon ſiècle. On pou-
>>voit dire que ſon ſiècle avoit un autre
>> ton qu'il lui a fait perdre : c'eſt celui
»d'une érudition , dénuée des lumieres de
>> la Philofophie ; en forte que d'un fiécle
» qui n'étoit que ſçavant , il en a fait un
•fiécle vraiment éclairé. C'eſt le juge-
>> ment que Bayle porre du ſeiziéme & du
>dix- ſeptiéme ſiécle. Je crois , dit- il , que
→ le ſeizième siècle a produit un plus grand
nnombre de sçavans hommes que le dix fep-
» tiéme néanmoins il s'en faut beaucoup
»que le premier de ces deuxfiécles ait eu anwtant
de lumieres que l'autre..... Les gens
»ſont aujourd'hui moins ſavans & plus ha-
>> biles. Hobbes enchérit bien fur Bayle.
>> Ce Philoſophe Anglois , qui avoit beau-
> coup plus medité qu'il n'avoit lû , ne
faiſoit nul cas de la ſcience , & diſoit
>> affez plaiſamment , que s'il avoit donné
» à la lecture autant de temsque les autres
AOUST. 1749. 119
hommes de Lettres , il auroit été auſſi
>>ignorant qu'ils le font. On fent com-
>>bien cela eſt outré , mais c'eſt un Philo-
>> ſophe qui reproche à la Science le mau-
> vais uſage qu'en faifoient alors les Sça-
>> vans , & qui s'éleve contre des hommes
» qui ne ſçavoient raiſonner que par cita-
>>tions& par autorités. A ces deux fiécles
>> en a ſuccedé un troiſiéme , où loin d'a-
>>dopter les opinions des autres
>>peut être un peu trop affecté de ne puiſer
>>que dans ſon propre fond ,& où l'am-
>>bition de ce que l'on appelle le belef-
>>prit , a fait que l'on a abuté quelquefois
>> du véritable. Prenons garde que le dix-
>>huitiéme ſiécle ne décrie l'eſprit , com-
»me le ſeiziéme avoit décrié l'érudition .
on a
La plupart des autres additions font du
même mérite que celle-ci ,& c'eſt avec
regret que nous n'ornons pas notre Recueil
des articles qui concernent les Régences
, les Ennobliſſemens , les Fiefs ,
les Communes , l'Univerſité , le Concordat
, l'état de la Cour à l'avenement de
Louis XIV , &c. Nous ſommes ſurtout
fâchés de ne pouvoir donner place ici aux
réflexions de l'Auteur , fur les progrès que
les Loix avoient faits , depuis le commencement
de la Monarchie , juſqu'au milieu
du feiziéme fiécle.
120 MERCURE DEFRANCE .
"Il nous ſeroit difficile d'encherir ſur les
éloges , que le feu Abbé Desfontaines a
donnés à l'Abregé Chronologique. Ce
Critique , ſi peu accoûtumé à louer fes-contemporains
, l'a comparé au Bouclier d'Achille
, & à celui d'Enée , où le Dieu du
feu avoit ſçû tracer d'une main ſçavante
toute l'Hiſtoire des Romains. Clypei non
-enarrabile textum , & c.
OBSERVATIONS SUR LES GRECS. Par
M. l'Abbé de Mably. A Geneve,Par la Compagnie
des Libraires , 1749 , in- 12. pp .
273 .
L'Erudit ne cherche dans la lecture de
l'Hiſtoire que laconnoiſſance des faits&
desdattes. Le Politique y cherche la connoiſſance
des cauſes qui ont produit les
évenemens , & des refforts qui ont fait
échouer ou réuffir les grandes entrepriſes.
Le Philoſophe y étudie principalement
les opinions , les moeurs, les uſages , les
loix , le gouvernement des peuples , & les
caractéres des perſonnages célébres qui paroiſſent
ſur la ſcene.
Par ce que nous avons dit ci- deſſus de
l'Abregé Chronologique , on a vû que l'Auteur
a également travaillé pour ces trois
claſſes de Lecteurs. Mais dans ſon ouvrage
les remarques politiques & philofophiques
ne fontque l'acceſſoire. M. le P. H.
les
AOUST. 1749. 121
les donne de furabondance ; & il fuit ,
en les joignant à ſes notes hiſtoriques ,
l'exemple de ces bienfaicteurs généreux ,
qui non contens d'accorder ce qu'on leur
demande , ſe diftinguent par des largeſſes
qu'onn'avoit point droit d'eſperer.
Il n'en eſt pas de même de l'Auteur des
Obſervations que nous annonçons. M
l'Abbé de Mably s'oblige par le titre de
fon ouvrage , à n'être Hiſtorien qu'accidentellement
, & à ne rapporter les évenemens
, que pour avoir occaſion de juger
les Acteurs qui y ont eu la principale
part.
La maniere , dont il remplit ſes engagemens
, lui fait autant d'honneur , qu'elle
fera de plaiſir à ſes lecteurs. Fineſſe dans
les réflexions , profondeur dans les raiſonnemens,
élegance dans le ſtyle ,tout ce
qui peut rendre un Livre utile & agréable,
ſe trouve dans celui de M. l'Abbé de
Mably. Notre Auteur excelle particulierement
dans l'art de peindre les hommes.
On pourra juger de la délicateſſe & de la
vérité de ſon pinceau par ce portrait qu'il
nous fait d'Alcibiade.
>>Ce n'étoit pas un ambitieux , mais
>> un homme vain , qui vouloit faire du
» bruit & occuper les Athéniens. Sa valeur
, ſon éloquence ,tout dans lui étoit
F
122 MERCURE DEFRANCE.
رد
د
,
>>embelli par des graces . Abandonné aux
>>v>oluptés de la table &de l'amour
>>jaloux des agrémens & d'une certaine
élégance de moeurs qui en annonce
>>>preſque toujours la ruine , il ſembloit
>>ne ſe mêler des affaires de la Républi-
>> que , que pour ſe délaſſer des plaiſirs. Il
>>avoit l'eſprit d'un grand homme , mais
>> foname , dont les refforts amollis
> étoient devenus incapables d'une appli-
>>cation conſtante , ne pouvoit s'élever au
>> grand que par boutade *. J'ai bien de la
>>peine à croire , qu'un homme affez fou-
>>ple pour être à Sparte , auffi dur & auffi
>> ſevere qu'un Spartiate; dans l'Ionie, auffi
>> recherché dans ſes plaiſirs qu'un Ionien ;
>> qui donnoit en Thrace des exemples
>>de ruſticité , & qui dans l'Aſie faifoit
>> envier ſon luxe par les Satrapes du Roi
>> de Perſe , fût propre à faire un grand
>> homme,
OEUVRES de M. Remond de Saint Mard.
Nouvelle édition. A Amſterdam ; chez
Pierre Mortier , 1749 , 5 vol. in- 1 2..
Tous les amateurs des ouvrages de goût
ont lû les Dialogues des Dieux , les Lertres
galantes & philoſophiques , & les
* Nous defirerions que l'Auteur eût employé un
autre not , celui de BOUTADE n'étant pas allez
noble.
AOUST. 1749. 123
réflexions de M. Remond de Saint Mard
fur la Poëfie. Le Public a accordé à cha.
cune de ces productions l'eſtime qu'elle
méritoit , & les Dialogues des Dieux ont
été comptés avec justice au nombre des
écrits les plus ingénieux de ce ſiécle.
Cette édition , non-feulement par le
mérite de pluſieurs piéces qui n'avoient
pas été imprimées , mais encore par l'é
légance des ornemens & par la correc.
tion , eſt extrêmement digne d'être recherchée.
Voici un avertiſſement que le
Libraire a mis à la tête.
• Les differens ouvrages qu'on a tou
>>jours donnés à M. Remond de Saint
» Mard , n'ont paru long-tems que dans
» des volumes ſeparés. Des Libraires en
>> 1742 les raſſemblerent ,& les mirent en
>> trois volumes ; mais l'édition ,faite ap-
>>paremment ſans ſoin& avec promptitu-
>>de , eſt tellement chargée de fautes ,
>>même de celles qu'un Lecteur intelli-
>>gent a peine à ſuppléer , que nous comp-
>>tons faire un préſent au Public, en lui en
>>donnant une correcte. Le hazard nous
>> a mis en état d'y parvenir ; une copie
>> des ouvrages de l'Auteur nous eſt.tom-
>>bée depuis peu dans les mains , &com-
>>me elle nous a paru parfaitement exacte,
>>nous nous flatons que le Public fera
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
<<content de l'édition que nous lui don-
>> nons. Avec pluſieurs morceaux qui ont
>>été augmentés ou retouchés; avec une
>>grande quantité de notes , qui ,quoique
>>très-propres à embellir le texte, ont paru
» à l'Auteur avoir meilleure grace à être
>>miſes à part , on y trouvera quantité de
> choſes qu'on n'a pas vûës , par exemple ,
» quelques piéces de vers , dix Dialogues
>> nouveaux , pluſieurs nouvelles Lettres ,
»& un morceau de Littérature en forme de
>>Lettre , adreſſé à M. Crevier.
CHOIX de differens morceaux de Poësie ,
traduits de l'Anglois , par M. Trochereau.
A Paris , chez la veuve Piſſot , Quai de
Conti , à la Croix d'or , & Piſſot , fils ,
Quai des Auguſtins , à la Sageſſe , 1749.
Nous avions promis de nous étendre
fur le Diſcours Préliminaire , que M. Trochereau
a joint à ſes Traductions. L'abondance
des matieres ne nous permet pas de
tenir notre promeffe ,& nous nous contenterons
de remarquer , que l'Auteur ſe
propoſe , 1 °. de combattre l'opinion des
perſonnes qui prétendent que les Poëtes
ne peuvent être bien traduits qu'en vers ;
2º.de relever les faux jugemens que pluſieurs
Ecrivains Anglais ont portés denos
meilleurs Auteurs. Ce Difcours eſt compoſé
avec ſageſſe. M. Trochereauy montre
AOUST .
1749. 129
autant de modeſtie que d'érudition. Peutêtre
lui reprochera-t'on ſes citations trop
fréquentes , mais il n'a point à craindre
qu'on l'accuſe d'avoir cultivé ſa mémoire
au dépens de ſon difcernement.
Selon les apparences , dans une ſeconde
édition il nous donnera des détails plus
circonstanciés ſur les vies des Poëtes qu'il
traduit , & il corrigera la faute qu'il a faite
, d'attribuer à un ſeul Duc de Buckingham
les ouvrages de deux differens Seigneurs
de ce nom .
LE TEMPLE DE LA RENOMME'E. Poëте
de M. Poppe , traduit en vers François.
A Londres , 1749. Brochure in- 12 . pp .
33.
Cette Traduction a paru quelques jours
avant celle que M. Trochereau a donnée
du même Poëme , & qui fait partie du
Recueil dont nous venons de parler. Elle
étoit compoſéedepuis dix ans ,& la Muſe
anonyme , àqui nous la devons , ne fon.
geoit point à la rendre publique ; mais
ayant appris qu'on en imprimoit une en
proſe , elle a voulu conſtater le droit d'aîneſſe
de la ſienne .
HISTOIRE DU CHEVALIER DU SOLEIL.
Tirée de l'Eſpagnol. A Londres , 1749,4
vol. in 12. Vol. 1 , pp. 138 , vol . 2 , pp .
130 ; vol. 3 , pp . 152 ; vol. 4, pp. 156.
Fiij
126 MERCURE DEFRANCE.
On a une Traduction Françoiſe de
ce Roman , & elle a reçu dans ſon tems
un accueil favorable , mais à préſent
on foûtiendroit difficilement la lecture
de huit volumes énormes , remplis d'épiſodes
inutiles , de converſations languiffantes
, & d'ennuyeuſes répétitions.
C'eſt rendre ſervice au Public , que de lui
fournir , en retranchant ces défauts d'un
ouvrage dont le fond par lui-même eſt
excellent , le moyen de le lite fans ennui.
Il nous paroît que l'Abbreviateur du Roman
en queſtion a fait plus , & qu'il l'a
mis en état d'être lû avec plaifir.
VOYAGE de la Baye de Hudſon , fait en
1746 & 1747 , pour la découverte du
paffage de Nord-Ouest , contenant une
Deſcription exacte des Côtes , & l'Hiſtoire
naturelle du Pays , avec une Relation hif
torique de toutes les expéditions , faites
juſqu'ici pour la découverte d'un paſſage
plus court aux Indes Orientales , & des
preuves évidentes de la réalité de ce pafſage.
Traduit de l'Anglois de M. Henri
Ellis , Agent des Propriétaires pour cette
expédition. A Paris , chez SebastienForry,
Imprimeur-Libraire , rue de Hurepoix ,
aux Cigognes , 1749. Avec Approbation
& Privilége. 2 vol. in- 12 . Premier vo.
lume , pp. 182 , fans y comprendre la Pré
AOUST 1749. 127
:
:
face & la Table qui en rempliffent 56.
Second volume , pp . 319 .
Un ouvrage , auſſi intéreſſant que celuici
pour le Commerce & pour la Géographie
, mérite d'être annoncé autrement
que par ſon titre. Nous en parlerons plus
au longdans un des prochains Mercures.
COURS DE CHYMIE , 1749 , in- 12 . pp.
191 .
Les Lecteurs font redevables de cet ou
vrage à M. Gontard , Médecin à Villefranche
en Beaujolois. Il avertit dans une
courte Préface ,.qu'il ne donne ici rien de
lui ,& qu'il a recueilliſeulement les leçons
d'un des Médecins de Montpellier les plus
célébres , fur les opérations & fur les remédes
chymiques .
TRAITE' fur les Maladies Veneriennes ,
dans lequel on explique l'origine & la
communication de cette maladie en général
, & de toutes ſes eſpèces en particulier
, avec les remédes ſpécifiques pour
leur guériſon ; deux Traités , l'un des
écrouelles & de tous les ulcéres , l'autre
des quinteſſences tirées des trois Regnes ;
& pluſieurs Differtations ſur les matieres
qui compoſent les remédes , & far leurs
préparations . Avec un Difcours Préliminaire.
Par M. Jourdan de Pellerin, Médecin
Chymyſte. AParis, chez Michel Jombert
Fiiij
128 MERCURE DEFRANCE.
Porte Saint Michel , à l'entrée de la rue
Hyacinte , & Prault , pere , Quai de Gêvres
, 1749. Avec Approbation & Privilége.
LE COMEDIEN , ouvrage diviſé en deux
Parties . Par M. Remond de Sainte Albine.
Nouvelle édition , corrigée & augmentée.
A Paris , chez Vincent , fils rue Saint
Severin.
DICTIONNAIRE UNIVERSEL de Mathé .
matique & de Phyſique , contenant l'explicationdes
termes de ces deux Sciences ,
& des Arts qui en dépendent , tirés des
Dictionnaires de Mathématique d'Ozanam
, de Wolf, de Stone , & d'un grand
nombre d'autres ouvrages ; avec leur origine
, leurs progrès , leurs révolutions ,
leurs principes , & les ſentimens des plus
célébres Auteurs fur chaque matiere. Par
M. Saverien , Ingénieurde la Marine. En
deux volumes in-4 . enrichis de cent planches.
A Paris , chez Rollin , fils , Quai des
Auguſtins , à Saint Athanaſe , & au Palmier
; Charles-Antoine Fombert , Libraire
du Roi , pour l'Artillerie & le Génie , au
coin de la rue Gille-Coeur , à l'Image
Notre-Dame , 1749. Avec Approbation
& Privilége du Roi.
Nous ferons imprimer dans le prochain
Mercure quelques uns des articles de ce
AOUST. 1749. 129
Dictionnaire , afin de donner aux lecteurs
uneidéede la maniere dont il eſt exécuté.
Charles-Antoine Jombert publiera inceſſammentun
ouvrage intitulé : L'Art de
mesurer sur mer leſillage du Vaiſſeau ; avec
l'idée de l'état d'armement des Vaiſſeaux
de France . Par le même Auteur. Volume
in- 8 ° . avec figures , ſous preſſe.
TABLE des Mémoires en faveur de la
Nobleſſe de France . Motifs de cet ouvrage
, avec differens autres objets intéreffans
, pour le Roi & ſes Sujets , énoncés
dans l'Avertiſſement. Mérite de la Nobleſſe
Françoiſe , portrait d'un vrai Gentilhomme
, utilité de la Nobleſſe dans un
Etat , cauſes de ſa décadence dans ce
Royaume. La Nobleſſe de France , éclipſée
par les gens de nouvelle fortune , dont
une très-grande partie eſt infiniment plus
nuiſible à l'Etat , qu'elle ne peut lui être
de quelque utilité. Quelles ſont les fortunes
légitimes , avantageuſes à la Patrie.
La pauvreté de la Nobleſſe cauſe le déperiffementdans
tous les Etats & Empires
du monde Chrétien. Juvenal ſur la pauvreté.
Deſcription de la pauvreté , & les
mauvais effets qu'elle produit parmi la
Nobleſſe . Le bien du ſervice du Roi , &
la puiſſance de l'Etat , demandent que la
Nobleſſe ſoit aiſée. Anciens exemples qui
Fy
130 MERCUREDEFRANCE.
prouvent cette vérité. Exemples modernes
qui la confirment. Secours à accorder
à la Nobleſſe dans ſes quatre âges , de
jeuneſſe , d'adolefcence , de virilité , &de
caducité , dans les deux ſexes , ſans qu'il en
coûte rien au Roi ni à l'Etat. Pour les vrais
Gentilshommes dans leur adolefcence.
Propoſition d'établir à cet effet dixhuit
Colléges Royaux , pour 4320 Nobles
, dans les vûes du Roi François I.
Montant de la dépenſe pour de fi beaux
établiſſemens , avec les économies fondamentales
néceſſaires, Emplacement à de
beaucoup moindres frais , d'un de cesColléges
Royaux , dans la Ville de Touloufe.
Facilités à accorder à la Nobleffe
dans lesUniverſités , pour le foulagement
des Gentilshommes pauvres. Justice , &
préferences que le Roi peut accorder à la
Nobleſſe dans le parti de l'Eglife . Dans
leClergé Séculier. Dans l'Ordre Monaftique.
Aux Demoiselles dans le même Ordre
, au grand foulagement des familless
nobles. Secours propoſés pour l'éducation
des Demoiselles dans leur jeuneffe. Prédilections
qui feroient rechercher en mariage
les vraies Demoiſelles , malgré leur peu
de facultés. Montagne ſur les méfalliances.
Eloge de l'Epée Françoiſe. Débouché
néceſſaire pour la jeune Nobleſſe ,peu acAOUST.
1749. 131
commodée des biens de la fortune , par la
création de fix Compagnies de Cadets ,
fur l'établiſſement de Louis leGrand. De
la Justice diſtributive. Expédient établi en
Eſpagne pour ſupprimer les follicitations,
diminuer conſidérablement les frais des
Procès , & en accélerer les Jugemens.
Dureté de la Loi des Fiefsdans le Reffort
du Parlement de Toulouſe. Exemple &
conféquencesde la Jurisprudence de cette
Cour Priviléges que le Roi peut accorder
à la Nobleſſe dans la Robe , dans l'état
préſent de la Judicature. Moyens pour
abréger les Procès , & en modérer beaucoup
les frais , en faveur de la vraie Nobleſſe
, ſans déranger l'ordre actuel de la
Jurisprudence . Portrait de la Chicane ,
par Mezerai . Eloge du Parlement de
Toulouſe. Permettre à la Nobleſſe quelque
eſpéce de commerce , ſans indécence
pour améliorer fon état. Du Commerce
Maritime , & de l'utilité générale & commune
à toutes les Nations de l'Europe ,
d'en laiſſer la Navigation libre en paix &
en guerre , avec les précautions de convenance.
Des Banqueroutes. Éxpédient pour
conſerver les biens dans les familles nobles
,& en prévenir les diſfipations , ſans
intéreſſfer la foi publique. Mariages des
Sauvages de l'Amérique , ménagemens &
د
Fvj
# 32 MERCURE DEFRANCE.
eſpéce de politeſſe dont ils uſent lors de
leurs ſéparations , qui devroient être établis
parmi la Nobleſſe pour ſauver l'honneur
des familles , & pour prévenir les combats
& les meurtres qui arrivent quelquefois
parmi les gens de condition , à quoi il
feroit important & facile au Roi de pourvoir
par les expédiens propoſés. Juſtice
d'épargner à la Nobleſſe les frais inutiles ,
dont le Roi ne profite pas , lors des hommages
& dénombremens. Utilité pour le
Domaine du Roi , de la verte des petits
Domaines , & de la revente de ceux aliénés,
ſous desAlbergues au profit du Roi ,
en faveur de la Nobleſſe poſſédant Fiefs .
Repréſentations ſur le fait de la Chaffe ,
àl'égard de la Nobleſſe. Déſordres caufés
par l'exceffive licence du port des armes à
feu , prouvés par de nouveaux & funeſtes
accidens. Expédient aſſuré pour
faire obſerver les Ordonnances rendues
fur un ſujet auſſi important. Moyen certain
pour faire exécuter les ſalutaires Déclarations
, qui reſtent ſans effet au ſujet
de l'exceſſive licence du port de l'Epée ,
& de ſes conféquences. Propoſition de
rétablir en France l'ancien Ordre de Chevalerie
Militaire , par l'inſtitution d'un
nouvel Ordre , ſur le modéle de ceux de
Saint Jacques & d'Alcantara en Eſpagne ;
AOUST. 1749. 733
de Chriſt & de Calatrava , en Portugal ;
de Saint Etienne , en Toſcane ; de Saint
Lazare , en France & autres Pays , pour
fecourir la vraie Nobleffe . Origine , Création
& Priviléges accordés à ces fix Ordres.
Juſtice de diſtinguer dans les Priviléges
les Nobles de pere & de mere ,
d'avec les nouveaux annoblis , & de
ceux qui ſe ſeront méſalliés , ou qui ne
feront pas profeſſion de la Religion Romaine.
Compoſer un Corps équestre de
Gentilshommes pour le Service du Roi ,
en tems de guerre , au grand foulagement
de l'Etat , dont l'utilité eſt prouvée
par les ſervices importans que de pareils
Corps rendent dans differens Royau
mes. De la néceſſité de ramener les domeſtiques
à leur devoir par des établiſſemens
nouveaux , pour les progrès de l'Agriculture
,, celui du Commerce , & au
grand avantage du ſervice des Maiſons
de la Ville &de la Campagne. Etabliſſement
de Maiſons de retraite pour la Nobleffe
, dans ſon âge de caducité. Une pareille
Maiſon pour nombre de veuves des
Gentilshommes , à établir dans la Ville
de Toulouſe , fans aucun débourſé. Indication
des fonds ſuffifans pour tous les établiſſemens
propoſés , avec quelque ſecours
aux Hôpitaux Généraux , pour leur aider
#34 MERCUREDE FRANCE.
au renfermement de partie des coureurs ,
des faineans , des vagabonds , & des mandians
volontaires , qui augmentent tous
les jours àun excès inſupportable. Projet
de la répartition des fonds indiqués. Conclufionde
ces Mémoires .
Permis l'impreſſion ce premier Avril 1745,
Signé , de Morthon , Juge Mage. AToulouſe
, de l'Imprimerie de N. Caranove ,
&Caranove , fils , à la Bible d'or .
Nous ſommes priés d'inférer ici l'avertiſſement
ſuivant.
Charles - Antoine Jombert , vient d'imprimer
une Explication du Flux & Reflux
, auſſi neuve que ſon expoſition
dans ſes véritables circonstances , qui
avoient été déguiſées ou diffimulées. En
un volume in- 4°.
On y prouve , 1º. que le Flux , bien
loin de s'étendre de l'Equateur aux Poles
& le Reflux des Pôles à l'Equateur , arri
vent au même tems dans des Ports peu ou
fort éloignés , qui ont pleine& baſſe mer
à la même heure , dans des diviſions de
mer qui leur font adjacentes , auſſi limitées
& entremêlées que celles qu'on fait connoître
par une Table fort curieuſe.
2º. Qu'il réſulte de certe Table , tirée
du Neptune François & de la Connoiffance
des Tems , & de l'application des
AOUST. 1749.
135
régles pour prévoir l'heure de la marée ,
que la ſtation de pleine mer après le Flux
& de baffle mer après le Reflux , n'existe
dans les Ports & diviſions de l'Océan ,
que dans des tems differens & inégaux ,
õu ſemblables , bien loin d'exiſter ſous
toutes les zones à la fois , ou fucceffivement.
3°.Que la marée , bien loin d'y retarder
chaque jour , comme le retour de la
Lune au Méridien , avance des Quartiers
aux Sizigies dans tout Port d'Europe de
5 heures , 12 à 14 minutes , & en retarde
ſeulement des Sizigies aux Quartiers , de
quelque inégalité que foit l'intervalle dé
ces phaſes , & la durée des jours lunaires
qu'il comprend.
4°. Que l'heure de pleine mer eft toujours
ſemblable en conféquence , dans un
même Port au jour des Sizigies , & toujours
differente de cet eſpace de tems au
jour des Quadratures , & d'une partie
proportionnelle aux jours d'intervalle ,
avec une équation déterminée , parce que
felon le nombre de jours & d'heures d'intervalle
d'une phaſe à l'autre , elle avance
on retarde journellement , d'une partie
proportionnelle de 312 à 314 minutes.
5°. Que cette heure eſt tellement artachée
à la phaſede la Lune ,&à fon âge ,
136 MERCURE DE FRANCE.
qu'elle a ſervi deux fois à M. Caſſini ,
pour reconnoître une erreur qui s'étoit
gliſſée dans le calculde la phaſe lunaire ,
de même que cette phaſe eſt un Cadran
conſtant de l'heure de pleine mer en tous
ces Ports , avec une équation dont les réglesfont
connues.
6° . Que cependant cette heure eſt differente
depuis une heure du jour Aſtronomique
qui commence à midi juſqu'à 12 &
demi dans des Ports, auſſi voiſins que ceux
des Iſles de Zélande , de Fleſſingue & de
l'Ecluſe , & femblable dans d'autres auſſi
éloignés que ceux de Bayonne & Dublin ,
ou de Belle- Ifle & Bergue .
7°. Que l'accroiſſement des marées des
Quadratures aux Sizigies , & leur décroifſement
des Sizigies aux Quadratures , eſt
à peu près périodique comme leur heure ,
avec cette difference que la plus haute marée
n'arrive qu'un ou deux ou trois jours
ſelon les differens Ports , avant ou après
la nouvelle ou pleine Lune ,& la plus foible
avant ou après les Quartiers , & que
partout la marée eſt plus forte à une Sizigie
des Equinoxes que des Solſtices , &
plus foible à une Quadrature des Solſticet
que des Equinoxes.
8° . Qu'en toutes conjonctures & cir
conſtances Aſtronomiques elle a plus de
AQUST. 1749. 137
force ſous le milieu des zones tempérées
que ſous la zône Torride , à laquelle la
Lune peut feulement être verticale , de
même que le Soleil.
9° . Que la diverſité de leur diſtance &
de leur déclinaiſon contribue , comme la
proximité d'un Solſtice ou d'un Equinoxe ,
à faire varier la hauteur de la marée , mais
jamais autant que leur configuration actuelle,
qui ſeule influe ſur la variation de l'heure
de pleine & de baſſe mer , leur paſſage
par leur Méridien ayant plus d'influence
ſur la force de la marée , que ſur la détermination
de cette heure.
10 ° . Que ce Phénoméne n'a pas moins
été déguisé en plufieurs autres circonſtances
effentielles , afin de l'accommoder au
Syſtème Coſmographique de Copernic&
au Syſtême Phyſique de Descartes ou de
Newton , & qu'afin de ne pas découvrir
combien il leur est contraire , on n'a pas
moins continué ce déguiſement , malgré
les Mémoires lûs à l'Académie des Sciences
de Paris , qui établiſſent les articles
précédens fur des Journaux d'obſervations,
faites à ſa ſollicitation par ordre du Roi
pendant huit ans dans les Ports principaux
de France.
Le même Libraire débite les Lettres fur
la Coſmographie, avec l'Analyſe raiſonnée
138 MERCURE DE FRANCE.
du Systêmé moderne de Cosmographie de
Physique générale , dont l'un eſt un état apparent
du Ciel , ſyſtématiſé , après avoir
été drefſfé & publié en quatre Planches par
M. Caffini, dans les Mémoires de l'Académie
pour 1709 ; & l'autre un réſultat fyftématique
des expériences les plus uſuelles
fur l'électricité. Prix broché trois livres.
LETTRE
De M. Racine , de l'Académie Royale des
Belles- Lettres , à M. Remond de Sainte
Albine , au sujet de l'Edition qu'on vient
de donner des Lettres de Rouſſeau .
I
E vous porte ma plainte , Monfieur ,
afin que vous ayez la bonté de la rendre
publique , du titre d'Editeur des Lettres
de Rouffeau , qu'on a voulu me donner.
Si j'avois été le maître de ce recueil ,
je ne l'aurois préſenté à l'impreſſion que réduit
àunpetit volume , parce que n'y laiffant
que ce qui peut intéreſſer la Littérature
,j'en auroisretranché tous les détails
inutiles , pluſieurs critiques d'ouvrages
modernes , & les éloges des miens. J'ai
l'honneur d'être , &c.
Le 12. Juillet 1749.
Racine.
AOUST. 1749. 139
PLANCHES ANATOMIQUES.
LEOS Gautier
E Sr Gautier vient de préſenter au
fes Planches Anatomiques
; il a eu l'honneur de dédier à Sa Majeſté
la Céphalatomie ou l'Anatomie complette
de la tête. Le Roi a reçû favorablement
la Dédicace de cet Ouvrage & le
nouveau Livre . L'Auteur a eu l'honneur
d'être préſenté à Sa Majesté par M. le Maréchal
Duc de Richelieu , Premier Gentilhomme
de la Chambre .
Epitre Dédicatoire du Sr. Gautier.
SIRE ,
Avicéne , célebre dans la Médecine ,
étoit Princede Cordoue. Mithridate , amateur
de cette ſcience , étoit Roi de Pont.
Plus d'un Souverain & plus d'un Potentat
ont cultivé l'art de guérir , & par conféquent
l'Anatomie , qui en eſt la baze ; j'cferai
donc dédier à Votre Majeſté mes tableaux
imprimés de l'Anatomie de la tête.
Vous y admirerez , SIRE , la ſtructure
de cette partie du corps humain , qui ,
plusque toute autre , diftingue l'homme
des animaux ſoumis à fon empire . C'eſt
le Temple de la ſageſſe , le Sanctuaire de
la vertu ; c'eſt le moule divin , où ſe forme
140 MERCURE DE FRANCE.
la modération des Conquérans pacifiques
& l'amabilité des Rois chéris de leurs peuples
.
Votre Majeſté ne dédaignera pas de jer
ter les yeux ſur des merveilles qui la touchent
de ſi près. Je les lui préſente fidellement
exprimées d'après nature. Mon
burin lui ſauvera l'horreur que lui inſpireroit
la Nature elle- même , violée par un
fer , peut-être barbare. Ce n'eſt que dans
les champs de Mars , que de pareils objets
ne sçauroient ébranler votre intrépidité ,
par tout ailleurs il ſont capables de ſaiſir
un Roi ſenſible , digne du ſurnom qu'il
tient de l'amour de ſes Sujets.
SIRE ,
De Votre Majesté , le très-obéiſſant &&
fidéle ferviteur & fujet ,
Jacques Gautier.
L'Auteur diftribue la Myologie complette
deM. Duverney, en vingt Planches ,
de couleur & grandeur naturelle , & la
Céphalatomie ou Anatomie de la tête ,
qu'il vient de préſenter au Roi , en huit
Planches. Il a propoſé dans le premier
volume du Mercure de Juin dernier ſon
projet de ſouſcription pour ce qui reſte à
donner dans l'Anatomie complette.
AOUST . 1749. 141
MEMOIRE
Que M. J. R. Percire a lù dans la Séance de
LAcadémie Royale des Sciences le 11 Juin
1749 , &dans lequel, en préſentantàcette
Compagnie un jeune fourd & muetde naiffance,
il expose avec quel ſuccès il lui a
appris à parler. On y a ajouté plusieurs
obſervations qui n'ont point été lûes à l'Af
ſemblée , & qui font néceſſaires pour un
plus grand éclaircifſſement. Ce sont celles
qu'on trouve enforme de notes au bas des
pages.
MEffieurs , après les gracieux applaudiſſemens
que la ſçavante Académic
desBelles- Lettres de Caën & nombre de
perſonnes éclairées m'ont ſi généreuſement
prodigués ſur ma méthode pour apprendre
à parler & à raiſonner aux fourds •
&muers , rien n'a pû détourner mon efpritd'aſpirer
au bonheur de mériter l'approbation
d'une Compagnie , qui par l'auguſte
protection du plus grand des Monarques
& par les incomparables lumieres des
Membres qui la compofent , fait ſi dignement
l'admiration & l'ornement le plus
folide de la France , de l'Europe , de l'Univers.
142 MERCURE DE FRANCE.
C'eſt dans une vûe auſſi flatteuſe , que je
viens vous ſupplier , Meſſieurs , d'examiner
les effets que mes foins ontjuſqu'ici
produit ſur M. d'Azy d'Etavigny , fourd
& muet de naiſſance , que j'ai l'honneur
de vous préſenter.
Ses progrès actuels fourniront à votre
pénétration admirable aſſez de matiere ,
pour porter un jugement déciſif ſur tous
les avantages que les fourds & muets devront
attendre de mon art. J'ai formé fur
ce ſujet un Mémoire qui contient en outre
quelques remarques qui lui font relatives ;
daignez , Meſſieurs , je vous prie , en entendre
la lecture .
MEMOIRE.
Ce jeune Sourd & muet prononce diftinctement
, quoique très lentement encore,
les lettres , les ſyllabes , les mots , ſoit
qu'on les lui écrive , ſoit qu'on les lui indique
par ſignes. Il répond de ſon chef
verbalement ou par écrit aux queſtions familieres
qu'on lui fait ; il en forme luimême
très- ſouvent , il agit en conféquence
de ce qu'on lui propoſe de faire , ſoit
qu'on lui parle par écrit ou par l'alphabet
manuel dont ſon Maître ſe ſert envers lui ,
ſans qu'il foit beſoin d'y ajoûter aucun
autre ſigne qui indique ce qu'on veut qu'il
AOUST. 1749.
143
faffe. Il demande , par le moyen de ſa langue
, les choſes dont il a beſoin journellement.
Il récite par coeur le Décalogue , le
Pater & quelques autres prieres, & répond
avec intelligence à pluſieurs queſtions du
Catéchiſme. En Grammaire , il donne l'article
convenable à chaque nom (rarement
il s'y trompe ) il en connoît un peu la valeur
des cas ; il a une médiocre connoifſance
, principalement dans la pratique
despronomsdont on ſe ſert le plus communément.
A l'égard des verbes , non- feulement
il les ſçait conjuguer,dès qu'ils font
réguliers , mais il en dit encore la perfonne
qu'on lui demande ſéparément,de quelque
nombre , tems & mode qu'elle foit
(fon plus fort cependant eſt ſur l'indicatif.
) Sur les autres parties du diſcours, ainſi
que ſur la Syntaxe , il connoît , à quelque
choſe près , ce qu'il y en a de plus
néceſſaire dans les expreſſions les plus
communes & familieres ; il ne donne pas ,
par exemple , un adjectif féminin à un
ſubſtantif masculin , ni un pluriel à un ſingulier
; il ne ſe trompe que rarement fur
les tems , les nombres & les perfonnes des
verbes qu'il fait entrerdans ſes expreſſions,
fur tout fi c'eſt au mode indicatif qu'il doit
les employer ; il évite déja bien des répetitions
par le moyen des pronoms & par144
MERCURE DE FRANCE
ticules relatifs , qu'il employe le plus fouvent
fort à propos. Il obſerve finalement
quelques regles d'orthographe paſſablementbien.
Il eſt de plus à remarquer , 10.
que ſi ſur tout cela on lui fait des fautes en
lui écrivant , il s'en apperçoit pour l'ordinaire
, & même les corrige , dès qu'on lui
permet de le faire. 2 °. Il change ſa pronon
ciation en differentes façons , il parle haut
ou bas , ſuivant qu'on l'exige de lui ; il
imite par le tonde ſa voix ,mais ce n'eſt
pas encore bien exactement , les differences
qu'ony fait ſentir,lorſqu'on interroge,
qu'on récite , qu'on prie , qu'on commande
, &c. 3 °. Quoique les lettres , & principalement
les voyelles , foient dans le
François ſuſceptibles de differentes prononciations
, n'y en ayant aucune qui n'en
admette pluſieurs , & qui ne devienne
muette dans quelques rencontres , néanmoins
M. d'Azy d'Etavigny ne manque
point à leur donner la valeur convenable ;
s'il s'y trompe quelque fois , ce n'eſt que
dans des mots qui lui font inconnus. Il
ſçait en Arithmétique , quoique ſans fractions,
les quatre Regles , les deux premieres,
même par livres , fols & deniers ; & il
nombre verbalement toutes les ſommes
qu'on lui propoſe en chiffres. EnGéographie
, il diftingue ſur la Carte les quatre
parties
AOUST. 1749.
145
parties du Monde , les principaux Royaumes
de l'Europe , dont il nomme les Capitales
;il étend ſon ſçavoit ſur la France aux
Provinces & aux Villes les plus remarquables.
Il a encore quelques autres connoif-
Lances qu'on pourroit rapporter à la Chronologie
, comme la diviſion qu'il fait de
l'année , du mois , de la ſemaine ; à l'Hif
toire , comme la création du monde , qu'il
récite , & même à des ſciences plus abſtraites
, mais il feroit difficile d'en donner par
écrit une juſte idee .
M. d'Azy d'Etavigny eſt âgé de 19 ans.
Pereire commença à l'inſtruire dans le
Collége de M. le Duc d'Orléans , à Beaumont-
en-Auge , en Normandie , le 13 Juillet
1746. Dans peu de jours il parvint à
lui apprendre à prononcer quelques mots
intelligiblement ; il eut l'honneur quatre
mois après,de le préſenter à l'Académic des
Belles-Lettres de Caën , où préſidoit , comme
Protecteur , M. l'Evêque de Bayeux ,
pour y être examiné ſur ſes progrès , lefquels
étoient déja aſſez conſidérables du
côté de la prononciation , pour le peu de
tems qu'il y avoit que Pereire l'inſtruiſoit.
Il fut obligé de quitter ſon Eleve au commencement
du mois de Mai 1747 , lors,
que celui- ci avoit l'intelligence d'environ
treize cens mots &lifoit& prononçoit
G
146 MERCURE DE FRANCE.
tout distinctement *. Pereire n'a pû repren
dre ſon inſtruction qu'au 15 Février 1748;
il trouva ſa prononciation , faute d'un affez
long uſage ſous ſa direction , extrê
mement vicieuſe & très-peu intelligible ,
enforte qu'on pourroit aſſurer, ſans crainte
de s'y tromper beaucoup , eu égard au
tems qu'il a fallu pour la corriger, que tout
ce que M. d'Azy ſçait à preſent, a été l'ouvragedu
tems écoulé depuis cette derniere
époque , c'eſt-à-dire , d'environ ſeize
mois.
On obſerve , outre la lenteur , une certaine
rudeſſe dans la prononciation de
ce jeune homme ; elle provient en partie
des vices contractés pendant les dix
mois d'interruption qu'il a euë , mais principalement
de la roideur de ſes organes ,
leſquels avoient beaucoup perdu de leur
lexibilité , lorſque Pereire a commencé à
les faire agir , ſon Eleve ayant déja dans
ce tems-là ſeize ans ** . On juge bien , au
*Tout cela ſe trouve circonstancié & vérifié
dans les Piéces ſuivantes de 1747 , Journal des
Sçavans de Juillet , Mercure de France d'Août ,
Journal de Verdun de Novembre , &c.
** On ſent bien que plus les muets feront jeunes
, plus les organes de la parole auront d'aptitude
chez eux pour une prononciation aiſée. Il eſt
-certain que pour concevoir, ſur tout lorſqu'il s'agitde
ce qui eft abſtrait , les plus âgés ont plu
AOUST. 1749. 147
reſte , que ces défauts diminueront confidérablement
chez lui à proportion qu'il
continuera , ſous les ſoins de ſon Maître ,
à faire uſage de la parole, car il n'eſt point
douteux que les parties qui la forment,n'acquierent
par ce moyenplusde ſoupleſſe &
d'agilité,& ne lui rendent par conféquent
l'articulation plus facile&plus réguliere.
On voitpar le contenu de ce Mémoire,
que les vûes de Pereire ſur l'inſtruction
• des ſourds & muets s'étendent à leur apprendre
non ſeulement à prononcer tous
les mots de la Langue Françoiſe , ( ou de
ſieurs avantages ſur ceux qui le ſont moins , mais
auſſi n'est il pas moins vrai que les enfans,dès l'Age
de fix ans & avant même , commencent à comprendre
un grand nombre de petites choſes , qui
ſuffiſent à M. Pereire à l'égard de ſes Eleves , pour
donner l'exercice convenable à leur langue ,&
pour les mener inſenſiblement à des connoif
Tances plus conſidérables , & cela avec d'autant
plusde facilité que leur ayant rendu comme natu
rel l'uſagede la parole,ils s'expliqueront avecune
aiſance que les grands ne ſçauroient acquérir que
par unepratique beaucoup plus longue. Il eſt à
proposd'avertir ici que la méthode de M. Pereire ,
(qu'il exerce par lui-même &par ſon frere ſeulement
) quoiqu'extrêmement pénible pour lui , n'a
cependant riende violent ni de déſagréable pour
fesEleves , &n'eſt pour eux qu'une eſpeced'amuſement.
M. Pereire pourroit encore ſe faire aider
par Mlle ſa ſoeur , s'il étoit queſtion d'inſtruire
quelque Demoiselle.
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
toute autre Langue , pourvû qu'il l'ait appriſe
lui-même auparavant ,) mais encore ,
ce qui en eſt l'efſſentiel , à comprendre le
ſens de ces mots , & à produire d'eux-mêmes,
tant verbalement que par écrit , tou
tes leurs penſées comme les autres hommes
, ce qui par conféquent les rendra
*
* Il y a une très-grande difference ( laquelle eſt
beaucoup plus conſidérable chez les muets que
dansles autres hommes,) entre ſçavoir prononcer
, & comprendre ce qu'on ſçait prononcer ;
cela échappe ordinairement aux perſonnes qui
p'y font point d'attention , ou qui n'ont appris
d'autre Langue que celle de leur pays. Qu'on ſe
donne la peine d'y refléchir , on verra qu'à l'ex
ception des dictions qui ſignifient des choſes vifbles
, preſque tous les mots d'un Dictonnaire font
très difficiles à expliquer aux muets , & que pour
P'ordinaire, ſur les choſes purement intellectuelles,
on ne leur fait comprendre que des idées im,
parfaites.
(On a jugé que les remarques ſuivantes ne ſeront
pas ici tout à fait déplacées. )
M. Pereire diviſe le total de ſon inſtruction en
deux parties principales : la prononciation & l'intelligence
; il apprend aux ſourds & muets , par la
premiere, à lire & prononcer le François ( ou tout
autre langage , s'il en étoit queſtion , ) mais fans
leur faire comprendre que les noms des choſes
viſibles &d'un uſage journalier , telles que les
alimens , & les habillemens ordinaires , les parties,
meubles & immeubles d'une maiſon , &c. Dans la
ſeconde partie, il leur apprend tout le reſte de l'inftruction
, c'est- à-dire à comprendre la valeur des
AOUST. 1749. 149
capables d'apprendre & de pratiquer comme
eux quelque art ou quelque ſcience
que ce ſoit, ſi l'on en excepte ſeulement, à
mots contenus dans toutes les parties du diſcours ,
&à s'en ſervir à propos , ſoit en parlant , foit en
écrivant , conformément aux regles grammaticales
, & au génie particulier de la Langue.
Dès le quinziéme jour d'inſtruction , les Eleves
de M. Pereire commencent pour l'ordinaire à prononcer
quelques mots intelligiblement; pour les
inſtruire ſur la premiere partie de ſon art, il lui
fuffit de douze à quinze mois , ſur tout s'ils font
d'un âge encore tendre , mais pour la parfaite
inſtruction ſur la ſeconde partie, il lui faur un tems
plus conſidérable.
M. Pereire n'exige rien d'avance; on pourra
convenir avec lui,pour la premiere partie,d'unprix
payable en trois payemens ; le premier ne lui devra
être délivré qu'après que ſon Eleve articulera
distinctement quarante à cinquante mots ; on ne
donnera le ſecond que lorſqu'il en ſçaura prononcer
quatre à cinq cens , ni le troifiéme , que
quand M. Pereire ſe ſera acquitté de cette premiere
partie de ſon inſtruction; le prix de la ſeconde
ſe réglera fur celuide la premiere , & on
aura égard au tems qu'il lui aura fallu y employer.
Afin d'informer d'une maniere entierement fatisfaiſante
les parens,qui ne réſideront pas à Paris ,
Įdes progrès des Eleves , M. Pereire foumettra au
jugment de Meſſieurs de l'Académie Royale des
Sciences , ou à celui de quelques perſonnes éclairées
, dont on conviendra avec lui , la déciſion de
ces progrès , pour être en droit d'exiger les récompenſes
qui lui en ſeront dûes.
Avertissement pour les Etrangers. Si au lieu du
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
l'égard de la pratique , les choſes pour
leſquelles l'oïie eſt indiſpenſablementnéceffaire.
Pereire leur apprend lui-même
l'Arithmétique , & peut leur donner quelques
connoiſſances ſur le commerce , les
Mathématiques , & c .
On penſe bien que pour parler aux
Eleves de Pereire , il faudra ſe ſervir
ou de l'écriture ou des ſignes ordinaires.
Quoique ce dernier moyen ait
toujours quelque choſe de confus& d'ambigu
, il eſt clair néanmoins que les interrogations
verbales, que les ſourds & muets
feront obligés de faire pour s'aſſurer de ce
qu'on voudra leur dire , ſuppléeront à ce
défaut d'une maniere ſuffiſante .
Outre ces deux moyens de leur parler ,
Pereire en employe un troifiéme qui a les
François , il falloit apprendre àquelque perſonne
muette l'Eſpagnol ou le Portugais , M. Pereire le
feroit d'autant plus volontiers , que l'orthographe
en eſt bien plus aifée,& qu'il poſſede ces deux Langues.
Pour inſtruire un muer ſur un langage dif
ferent des trois mentionnés , il faudroit àM.
Pereire , comme il l'a dit dans le Mémoire , l'apprendre
lui même auparavant. La Langue Italienne
, dont il a quelque connoiffance , lui feroit
pour cet effet la moins difficile.
M. Pereire demeure à l'Hôtel de Bourgogne,
ruë de Savoye, près des Grands Auguftins à Paris.
Les perſonnes qui voudront lui écrire ſont pries
d'affranchir le port des lettres.
LOUST. 151 1749.
avantages d'être auſſi expreſſif que le premier
, plus bien ſéant que le ſecond , &
plus aiſé que tous les deux . C'eſt un alphabet
manuel qu'il a appris en Eſpagne ,
mais qu'il lui a fallu augmenter & perfec
tionner confidérablement pour le rendre
propre à parler exactement en François ;
ils'en en ſert avec une brieveté qui approche
plus de la promptitude de la langue que de
la lenteur de la plume . Cet alphabet eft
contenu dans les doigts d'une ſeule main ,
laquelle ſuffit encore à Pereire pour exprimer
en chiffres toutes fortes de ſommes ,&
pour enſeigner à ſes Eleves,bien plus facilement&
plus fûrementque par les méthodes
ordinaires , les quatre regles d'Arithmétique.
Ce ne ſont pas là les ſeules reſſources
qui pourront adoucir le malheur de la
furditédans les éleves de Pereire : ils autontencore
la facilité d'entendre aux mouvemens
naturels des lévres , des yeux , de
la tête , des mains , &c. des perſonnes qui
les fréquenteront , ce qu'on voudra leur
dire. Cette façon de concevoir demande
cependant une étude d'un tems conſidérable
,& fera toujours néanmoins ſujette à
quelques équivoques , fur tout fi ceux qui
parleront aux muets , ne leur font pas bien
connus, & fi les diſcours qu'on leur tien
G iiij
152 MERCURE DEFRANCE .
dra, s'éloignent des converſations familieres;
cependant elle leur ſera toujours de
quelque utilité, & pourra être perfectionnée
à la longue par leur propre pénétration
& par la pratique.
Conclusion..
Ce feroit trop abuſer de votre complaifance
, Meſſieurs , que d'ofer m'arrêter à
vous expoſer ici nombre d'obſervations
que je pourrois faire fur le contenu de ce
Mémoire ; j'eſpere cependant qu'elles auront
encore lieu,& qu'il me fera même plus
convenabłe de vous en parler, ſi vous me le
permettez , à mefure que vous examinerez
les progrès de mon Eleve ,& que vous daignerez
me continuer l'honneur de votre
attention ſur chacun en particulier.
Lû par M. Pereire à l'Académie le tr
Juin 1749 .
Paraphé par M. de Fouchi , Secretaire
perpéinet de l'Académie Royale des Sciences.
Extrait des Registres de l'Académie Royale
des Sciences du 9 Juillet 1749 .
Nous avons vû par ordre de l'Académie
un Mémoire que M. Pereire a lû dans l'Afſemblée
du 11 du mois dernier , ſur les effets
de fon art pour apprendre à parler aux
fourds &'muets de naiſſance,& nous avons
AOUST. 1749 .
153
en conféquence examiné en particulier ce
qu'il y rapporte de M. d'Azy d'Etavigny,
fon éleve , fourd & muet de naiſſance.
Ce n'eſt point d'aujourd'hui qu'on voit
confirmerparl'expérience la poſſibilité d'un
art fi curieux & fi utile ; M. Wallis en Angleterre
& M. Amman en Hollande l'ont
pratiqué avec ſuccès dans le ſiécle dernier;
les ouvragesde ces deux Sçavans ſont connusde
tout le monde ;il paroît par leur témoignage
qu'un certain Religieux s'y étoit
exercé bien avant eux. Emanuel Ramires
de Cortonne & Pierre de Castro , Eſpagnols
, avoient auſſi traité cette matiere
long- tems auparavant , & nous ne doutons
point que d'autres Auteurs n'ayent encore
écrit& donné au Public des méthodes fur
cet art , ( mais ) l'exemple de M. d'Azy
d'Etavigny eſt le premier & le ſeul dont
nous ayons connoiſſance..
On voit par le Mémoire & par les Certificats
que rapporte M. Pereire , qu'il
avoit déja fait d'autres eſſais de cette nature
avec ſuccès ; qu'il entreprit en Normandie
le 13 Juillet 1746 l'inſtruction de ce
Jeune fourd&muet ,âgé pour lors de 16
ans ; que dans peu de jours il lui apprit à
articuler quelques mots , comme papa ,
maman , château , Madame , chapeau : qu'au
mois de Novembre ſuivant il le préſenta à
Gy
154 MERCUREDE FRANCE.
l'Académie des Belles-Lettres de Caën , laquelle
trouva qu'il prononçoit déja diftinctement&
avecintelligence , un grand
nombre de mots ; que M. Pereire fut obligéde
le quitter au commencement du mois
deMai 1747 , dans le tems qu'il avoit connoiſſance
d'environ treize cens mots , &
qu'il commençoit à lire & à articuler paſſablement
; qu'il reprit ſon éleve le 15 Février
1748 , & qu'il a été obligé , par rapport
aux défauts qui s'étoient gliffés pendant
ce tems là dans ſa prononciation, encore
peu affermie , de commencer de nouveau
, pour ainſi dire , ſon inſtruction , ce
qui fait que M. Pereire penſe avec raifon
qu'on doit réputer le ſçavoir de ce jeune
homme comme l'ouvrage de ſeize mois.
Al'égarddes progrès actuels de M.d'Azy
d'Etavigny , quoique ce que nous en avons
vû dans l'Académie nous paroiffe ſuffiſant
pouren juger,notre devoir néanmoins nous
engage à entrer là-deſſus dans un détail un
peu circonstancié.
M. Pereire rapporte dans ſon Mémoire ,
&nous avons verifié par l'expérience , que
ce jeune fourd & muet lit & prononce
diftinctement toutes fortes d'expreffions
Françoifes ; qu'il donne des réponſes trèsfenfées,
tant verbalement que par écrit, aux
queſtions familieres qu'on lui fait par écrit
AOUST. 1749.
on par ſignes; qu'il comprend & qu'il exécute
promptement ce qu'on lui propoſede
fairepar lemoyende l'écriture ou par l'alphabet
manuel dont fon Maître le ferr;
qu'il récite pluſieurs prieres par coeur; qu'il
donneaux noms le genre, le cas& le nombre
qui leurconviennent. Il connoît& employe
à propos lespronoms qui font leplus
d'ulage,& il conjugue les verbes, ſoit qu'on
lui propoſe de le faire d'une façon fuivie ,
foit qu'on lui renverſe l'ordre des modes ,
des tems , des perſonnes& des nombres :
il en faut excepter cependant les conjugaifons
irrégulieres & peu communes. Il a
une connoiffance proportionnée au reſte
de ſon ſçavoir ſur les participes , les adverbes,
les prépoſitions&les conjonctions,
& il obſerve dans la conſtruction de la
phrafe&dans l'orthographe pluſieursrégles
avec affez d'exactitude. On voit même avec
furpriſe , que ſouventil corrige les fautes
que l'on fait en écrivant, contre l'orthogra
phe ou contre la Syntaxe ;que malgré les
differentes prononciations qu'on donne à
chaque lettre & à chaque ſyllabe , il les articule
néanmoinsde la maniere qu'on doit
le faire ; qu'il parle à ſon gré haut ou bas ,
& qu'il fait fentir quelque difference dans
les tons entre la queſtion & la réponſe
lapriere & lecommandement , &c.
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE !
On obferve que la prononciation de M..
d'Etavigny eſt lente , grave , comme tirée
du fond de la poitrine , & qu'il ne lie pas
aflez les fyllabes; M. Pereire en donne pour
raiſon principale l'inaction dans laquelle
fes organes avoient demeuré pendant ſeize
ans,& le trop peu de tems qu'ils onteujufqu'ici
pour acquerir par l'uſage la flexibilité
néceſſaire à une articulation aiſée. Il
n'eſt pas douteux que ces irrégularités.
n'ayent été bien plus conſidérablesdans le
commencement de l'éducation , & il eſt
naturel de penſer qu'elles diminueront de
plus en plus , à meſure que M. Pereire con
tinuera à lui donner fes inſtructions.
M. d'Azy ſçait les quatre régles d'Arithmétique,&
connoît ſur la Carte les parties
du monde , les Royaumes & les Capitales.
de l'Europe , les Provinces & les Villes
principales de la France.
M. Pereire ſe fert fort à propos d'un alphabet
manuel pour s'exprimer avec fon
Eleve , & il le fait par ce moyen bien plus
commodément & plus briévement que par
l'écriture , ce qui lui évite l'incommodité
d'avoir continuellement la main ala plume.
M. Pereire eſpere porter encore ſon art
un bien plus haut degré de perfection , il
viſe àinſtruire les fourds & muets au point
de comprendre ce qu'on voudra leur dire
2
AOUST. 1749. 157
aux mouvemens ordinaires deslévres& dur
viſage de ceux qui leur parleront:sil ref
traint cependant cela aux perſonnes avec
leſquelles ſes Eleves auront de l'habitude 5
leur intelligence avec les autres , dit M.
Pereire , ſera bien plus bornée ; il faudra,
pour ſe faire entendre aux muets , avoir
fouvent recours à l'écriture ou aux fignes
ordinaires.
On voit par l'exemple de M. d'Azy, que
les vûes de M. Pereire , en inftruiſant les
fourds & muets , font de leur apprendre à
lire , à écrire & à parler la Langue qu'il
leur aura enſeignée ; à en comprendre le
ſens , à produire d'eux-mêmes leurs penfées
, ſoit par l'écriture , ſoit par la parole,
&à acquérir , comme les autres hommes,
toutes les connoiffances , excepté les idées
pour leſquelles la ſenſationde l'oüie eft
abſolument néceſſaire ..
Nous trouvons que les progrès queM
d'Azy d'Etavigny a faitsen fi peu de tems,
prouvent très-ſuffisamment la bonté de la
méthode que M. Pereire ſuit dans ſon inftruction
, & démontrent la fingularité de
fon talent pour la pratiquer ; qu'il y a tout
heu d'eſperer que par ce moyen les fourds
&muetsde naiſtance pourront non-feulement
prononcer & lire toutes fortes de
mots,& comprendre la valeur de ceux qui
158 MERCURE DE FRANCE!
déſignent des choſes viſibles , mais encore
acquérir les notions abſtraires & générales
qui leur manquent , & devenir ſociables ,
capables de raiſonner &d'agir de la même
maniere que font les perſonnes qui ont
perdu par accident l'oüie après avoir
atteint l'âge de raiſon. Comme on a
vû de cette eſpece de ſourds qui comprenoient
au mouvement des lévres ce
qu'on vouloit leur dire ,nous ne faifons
pas difficulté de croire que M. Pereire
pourroit parvenir à donner à ſes Eleves
une femblable facilité , en y joignant les
restrictions qu'il marque dans ſon Mémoire.
Nous penfons auſſi que l'alphabet manuel
de M. Pereire , pour lequel il n'em
ploye qu'une feule main , deviendra , s'il
le rend public , d'autant plus commode
pour fes Eleves& pour ceux qui voudront
commercer avec eux , qu'il paroît extrêmement
ſimple & expéditif , par confé
quent aiſé à apprendre & à pratiquer .
Nous jugeons donc que l'art d'apprendre
à lire & à parler aux muets , tel que M.Pereire
le pratique , eſt extrêmement ingénieux;
que fon uſage intéreſſe beaucoup le
bien public, & qu'on ne sçauroit trop encourager
M. Pereire à le cultiver & à le
perfectionner,
AOUST.
159 1749.
Au reſte il nousparoît qu'il n'a rien.exageré
dans ſon Mémoire. Fait à Paris ce 9
Juillet 1749. Signé, d'Ortous de Mairan ,
Buffon ,& Ferrein .
Je certifie l'Extrait ci-deſſus &des autres
parts , conforme à fon original & au jugement
de l'Académie. Signé Grandjean de
Fouchy, Secretaire perpétuel de l'Académie
Royale des Sciences.
'Académie des Jeux Floraux fera la
Ldiſtribution de ſes prix le troiſieme
Mai 1750.
Ces prix font une Amaranthe d'or de
la valeur de quatre cens livres , qui eſt
deſtinée à une Ode.
Une Eglantine d'or , de la valeur de
quatre cens cinquante livres , deſtinée à
unePiéce d'éloquence d'un quart d'heure ,
ou d'une petite demi- heure de lecture ,
dont le ſujet ſera pour la même année
1750 :
NOTRE BONHEUR EST EN NOUS-MESMES,
fuivant le ſens de ces paroles : Nemo laditur
nifi àse ipso.
Une Violette d'argent de la valeur de
deux cens cinquante livres , deſtinée à un
Poëme de foixante vers au moins , ou de
cent vers au plus , qui doivent êtreAle
160 MERCURE DE FRANCE.
xandrins , & dont le ſujet doit être héroïque
ou dans le genre noble.
Un Souci d'argent , de la valeur de deux
cens livres , qui eſt deſtinée à une Elégie ,
à une Idyle ou à une Eglogue , ces trois
genres d'ouvrages concourant pour le même
prix. Les vers en doivent être auſſi
Alexandrins , ſans mêlange de vers d'autre
meſure.
Un Lys d'argent , de la valeur de foixante
livres , deſtiné à un Sonnet à l'honneur
de la Sainte Vierge.
Les ſujets des differens genres d'ouvrages
auſquels l'Amaranthe , la Violette & le
Souci , ſont deſtinés , eſt au choix des Au--
teurs, qui font avertis de ne pas fe négliger
ſur les rimes & fur toutes les régles de
la verfification , auſſi-bien que les Auteurs
du Sonner.
Les ouvrages qui ne font que des Traductions
ou des imitations , ceux qui trairent
des ſujets donnés par d'autres Acade
mies , ceux qui ont quelque choſe de burleſque
, de ſatyrique , ou d'indécent , font
exclus des prix.
Les ouvrages qui auront paru dans le
public , & ceux dont les Auteurs ſe ſeront
fait connoître avant le jugement , ou pour
leſquels ils auront ſollicité ou fait folliciter:
les Juges , en font auſſi exclus.
AOUST. 1749. 161
Les Aureurs qui traitent des matieres
Théologiques , doivent faire mettre au
bas de leurs ouvrages l'Approbation de
deux Docteurs en Théologie ,ce qui ſera
obſervé même à l'égard du Sonnet , ſans
quoi ces ouvrages ne feront pas mis au
concours.
On doit faire remettre,dans tout le mois
de Janvier de l'année 1750 , par des perfonnes
domiciliées à Toulouſe , troisCo
pies bien liſibles de chaque ouvrage à M.
le Chevalier d'Aliez , Sécretaire Perpétuel
de l'Académie , logé rue des Coûteliers
. Son Regiſtre devant être barré dès
le premier jour de Février , on ne ſera plus
àtems à lui remettre des ouvrages , dès
que le mois de Janvier ſera expiré.
Les ouvrages feront déſignés , non-feulement
par leurtitre, mais encore par une
déviſe ou ſentence , que M. le Sécretaire
écrira dans fon Regiſtre , auffi-bien que
le nom , la qualité ou la profeſſion , & la
demeure des perſonnes qui les lui auront
remis , leſquelles ſigneront la réception
que M. le Sécretaire en aura écritedans
fon Regiſtre , après quoi il leur en expédiera
le récépifſé.
M. le Secretaire ne recevra point les
paquets qui lui feront adreſſés par la Poſte
endroiture, s'ils ne ſont affranchisde port,
162 MERCURE DE FRANCE!
& il ne répondra point aux Lettres qu'on
lui écrira ſans avoir cette attention. Les
Auteurs font avertis que l'Académie exclud
même du concours tous les ouvrages
qui n'ont pas été remis à M. le Secretaire
par une perſonne domiciliée à Toulouſe ,
la voie de la Poſte en droiture étantſujette
à trop d'inconveniens.
M. le Secretaire avertira les perſonnes
qui auront remis les ouvrages que l'Académie
aura couronnés , afin que les Auteurs
viennent eux-mêmes recevoir les
prix , l'après-midi du troiſiéme Mai , à
l'aſſemblée que l'Académie tient dansle
Grand Confiſtoire de l'Hôtel-de- Ville où
ils font diſtribués. Si les Auteurs font hors
de portée de venir les recevoir eux-mêmes,
ils doivent envoyer à une perſonne domiciliée
à Toulouſe , une Procuration en
bonne forme , où ils ſe déclarent affirmativement
les Auteurs de l'ouvrage couronné,
&cette perſonneretirera le prix des mains
de M. le Secretaire , ſur la Procuration de
l'Auteur , & fur le récépiſſé de l'ouvrage.
On ne peut remporter que trois fois
chacundes prixque l'Académie diſtribue :
les Auteurs des ouvrages qu'elle décou
vrira avoir enfreint cette loi , en feront
exclus, auſſi bien que les ouvrages qu'on
pourra juſtement préſumer être préſentés
fous des noms d'Auteurs ſuppoſés.
AOUST. 163 1749.
Après que les Auteurs ſe ſeront fait con
noître , M. le Secretaire leur donnera des
atteſtations , portant qu'un tel ,une telle
année , pour tel ouvrage par lui compofé ,
a remporté un tel prix , & l'ouvrage en
original ſera attaché à ces atteſtations , ſous
le Contre -Scel des Jeux .
Ceux qui auront remporté trois Prix ,
(celui du Sonnet excepté )& l'undeſquels
foit celui de l'Ode , pourront obtenir ſelon
l'ancien uſage , des Lettres de Maîtres des
Jeux Floraux , qui leur donneront le droir
d'opiner comme Juges & comme étant
du Corps des Jeux, dans les aſſemblées
générales& particulieres des Jeux Floraux,
& d'affiſter aux Séances publiques .
Par les dernieres Lettres Patentes du
Roi , qui autoriſent l'augmentation du
prix du difcours , les Auteurs qui auront
remporté trois fois ce prix depuis cetre
augmentation , pourront auſſi obtenir des
Lettres de Maîtres des Jeux,Floraux , fans
qu'il foit néceffaire qu'ils ayent remporté
des prix de Poëfie .
L'Ode qui a pour titre LA CHASSE , &
pour Sentence Manet ſub Jove frigido Venator
tenera conjugis immemor , a remporté
le prix de ce genre d'ouvrage.
Le diſcours qui a pour Sentence, Aurum
eftpericulum poſſidentium,enervatio virtutum,
164 MERCURE DEFRANCE .
a remporté le prix d'Eloquence de cette
année.
Le Poëme qui a pour titre LE TRIOMPHE
DE LA VERITE' , & pour Sentence ,
Confundentur ab Idolis quibusfacrificaverunt,
aremporté le prix.
Le prix du genre Bucolique a été adjugé
à l'Idyle , intitulée LE LABOUREUR , qui
a pour Sentence : Omne tulit punctum , qui
mifcuit utile dulci.
Le Sonnet qui a pour Sentence : El sta
tuit aquas quafi in utre , a remporté le Prix
de ce genre.
L'Académie a réſervé un prix de Difcours
, un prix de Poëme , & deux prix de
Sonnet , qui l'avoient déja été les années
précédentes.
Lademie Ange
'Académie Royale d'Angers avoit pro-
, ſujet
eſt le progrès des Sciences &des BeauxArts
fous le Regre de Louis XV. avec la liberté
de le traiter en proſe ou en vers , & un
prix dePhyſique ſur cette queſtion.
Les animaux les métaux ne deviennentils
électriques que par communication ? Pourquoi
ne le deviennent-ils pas par les moyens
que l'on employe pour rendre les autres corps
électriques ?
AOUST. 1749.
169
Ces prix devoient être délivrés en
1748 , mais l'Académie s'eſt trouvée obligée
de les remeure , & dansiune aſſemblée
publique, tenue le 3 du mois de Juin dernier
, elle a adjugé celui dont le ſujet eſt
le progrès des Sciences & des Beaux Arts,
a une Ode qui eſt de M. la Combe , &
qui a pour déviſe , Sunt gloria Principis
Artes.
Nous n'en donnons ici que quelques
ſtrophes , qui pourront préſenter une idée
de la Piéce , & faire connoître les talens
de fon jeune Auteur pour la Poëfic,
Strophe IV. *
CEffez , vains Héros de la Fable ,
Ceſſez de vanter vos travaux :
Une gloire plus véritable
Immortaliſe vos rivaux
Voyez ſur quelle affreuſe plage ,
Malgré l'horreur d'un Ciel ſauvage ,
L'amour du vrai conduit leurs pas :
Enfin de la terre étonnée
La figure eſt déterminée ,
Les Dieux ont guidé leurs compas.
:
* Progrès de l'Astronomie & de laGéographie;
voyage de Meſſieursde l'Académie des Sciences pour
fixer lafigure de la terre.
166 MERCURE DE FRANCE.
Strophe VI. *
Comme ,dans ſon effor rapide,
Le fier oiſeau de Jupiter
Domine le peuple timide
Qui ſous lui voltige dans l'air
Ainſi l'amant de Therpficore
Par un vol plus rapide encore
S'éleve entre tous ſes rivaux ,
Et ſur les aîles du génie ,
Juſqu'au Temple de l'Harmonie
Se trace des ſentiers nouveaux.
Stropbe VII. **
Est-ce Appollon qui de ſa Lyre
Exprime ces accords , ces fons ,
Et parle à l'eſprit qu'il inſpire
Le langage des paſſions ?
J'éprouve à ſon gré la triſteſſe ,
Et les tranſports de l'allegreſſe ,
Et les accès de la fureur :
C'eſt écho qui ſoupire encore ,
Zéphyre qui careſſe Flore
L'Amour qui charme un jeune coeur.
,
La ſeconde Ode ſur le même ſujet , eſt
du Pere Chabaud , de l'Oratoire , Profef-
*Progrès de laMusique Lyrique , queM. Rameau
étendue de perfectionnée.
** Progrès de la Musique inſtrumentale.
AOUST. 1749. 167
ſeur de Rhéthorique à Boulogne , &
Membre des Académies de Villefranche
&de Pau. Elle eſt ſous cette déviſe : Veteres
revolavit artes , Horace.
Nous en donnons également iciquelques
ſtrophes.
Strophe X.
L'oubli pour toi n'aura point d'ombres ,
La Peyronie ! envain la mort t'enleve à nous :
Ton nom , quand tu deſcends dans les royaumes
ſombres ,
Eſt indépendant de ſes coups.
Par tes dons * génereux le criminel infame
De nos jours fortunés a prolongé latrame.
Son ſupplice eſt un double gain :
Par ſa mort même il nous fait vivre ;
Mutilé , ſon corps eſt un Livre ,
Utile à tout le genre humain.
Strophe XII.
Trop long-tems votre petiteſſe * ,
Inſectes , vous valut nos injuſtes mépris.
Survous l'obſervateur, qui connut votre adreſſe,
Afixénos regards ſurpris ;
* Leprogrès de l'Anatomie , par les fondations qu'a
faitM. de la Peyronie à Saint Come & à laFaculté
deMédecine de Montpellier.
*Progrès del'Histoire naturelle.
168 MERCURE DE FRANCE.
Le docte Réaumur découvre un nouveau monde;
Que d'animaux vivoient ſur la terre&dans l'onde,
Qui n'exiſtoient point ànos yeux !
Les Cieux me peignent ta puiſſance ,
Grand Dieu ! mais ton intelligence ,
Dans un Ciron , je la vois mieux.
L'Académie a adjugé le prix de Phyſique
, dont le ſujet eſt , Les animaux &
les métauxne deviennent-ils électriques , &c.
à une Differtation qui eſt du Pere Beraut ,
Jefuite , Profeffeur de Mathématiques à
Lyon.
L
ESTAMPES NOUVELLES.
E Sieur Moyreau , Graveur du Roi , vient de
mettre au jour une nouvelle Eſtampe , intitulée
, l'Abreuvoir Hollandois , nº. 62. de ſa ſuite.
Cette Eſtampe eſt gravée d'après un Tableau de
Wouvermens , qui eſt dans le Cabinet de M. de la
Haye , Fermier Général.
On trouve chez le Sieur Odieuvre , Marchand
d'Eſtampes , rue des Mathurins , une Eſtampe nouvelle
du portrait du Prince Charles Edouard
Stuard , peint par le Sieur Toqué , & gravé par le
Sieur Bafan. Le même Marchand débite une autre
Eſtampe , qui a pour titre , Vue & Perspective
de Londres du côté de la Tamiſe. Cette Eſtampe
eſt gravée par le Sieur Tardieu , d'après le Tableau
du Sieur Charles- Léopold de Grevenbroeck.
Le ſuccès brillant de l'Abregé Chronologique
de
CE.
AOUST. 1749. 169
de l'Histoire de France , par M. le Préfident He
nault , ayant encouragé le Sieur Odizuvre , à former
une ſuite complette des portraits des François
Illuſtres , il avertit le Public , qu'il a employé
tous ſes ſoins pour la rendre auſſi parfaite qu'il eſt
poſſible. Dans le cours de ce mois , il expoſera en
vente tous les portraits gravés qu'il a préparéspour
cet ouvrage.
L
E Sieur le Rouge , Ingénieur Géographe du
Roi , vient de publier un nouveau plan de
Paris , dans lequel on aeu ſoin de marquer les
fauxbourgs & les marais , tels qu'ils font aujourd'hui
; ce qui le rend entierement different des
-anciens.
Q
CHANSON .
Ui la voit un jour ſeulement ,
Voudroit ne plus voir qu'elle :
Sans peine on dévine comment
Ce charme-là s'appelle.
D'autres auront de plus beaux traits ,
Et vous plairont moins qu'elle ;
Amour m'a dit par quels ſecrets ,
C'eſt qu'elle eft mieux que belle.
**
;
4
170 MERCURE DE FRANCE.
Dans ſes yeux eſt un aſcendant ,
Dont voici le myſtére ;
Son eſprit s'y peint chaque inſtant ;
Jugez s'ils doivent plaire.
SPECTACLES.
E Mardi 15 Juillet , l'Académie Royale de
Lique remis ſur ſon Theatre les Caractéres
de l'Amour , Ballet héroïque , repréſenté
pour la premiere fois le 15 Avril 1739. On peut
s'inſtruire dans l'Avertiſſement, du mérite des differentes
Muſes à qui le Public doit les vers de ce
Ballet ,& de ſa premiere deſtinée ; cette ſeconde
édition eſt précédée d'une Epitre Dédicatoire à
Monſeigneur le Dauphin , où l'Eloge fincere &
mérité de ſon illuſtre Epouſe , & celui de notre
auguſte Monarque , ne font pas oubliés.
Dans le Prologue , le Théatre repréſente l'Ifie
de Cythère dans une belle nuit : Venus paroît au
milieu de ſa Cour , qui célébre avec la Déeſſe les
avantages de la nuit. L'Amour deſcend des
Cieux , il évoque les ombres des Poëtes renom -
més , lesinvite à publier ſa puiflance & fa gloire
, & fait le partage des trois Actes du Ballet des
Caractéres de l'Amour dans ces vers .
Rendez-lui le tribut qu'il exige de vous ,
Il eſt couſtant , il eſt jaloux ,
Et quelquefois il eſt volage ,
Mais il eſt , quel qu'il ſoit , digne de votre hom
mage.
AOUSΤ. 1749. 171
Un Ballet figuré , ingénieuſement compoſé , &
bien exécuté par Miles Mimi & Lani , & les
Sieurs du Moulin , Aubri & de Viſſe , exprime
agréablement ces trois caractéres.
Dans la premiere entrée , deſtinée à l'Amour
conftant , le Théatre repréſente la Fontaine de
Vaucluſe , ſi renommée par les promenades de
Laure , & tant chantée par l'amoureux Petrarque ;
ce Poëte fameux y revient après une longue abfence
& des périls efſſuyés , il y rencontre ſon ami
Octave , ordonnateur d'une Fête qu'Alphonſe ,
Prince ſouverain d'Avignon , prépare pour Laure
qu'il prétend époufer. Petrarque , pat Pindulgence
d'octave, aſſiſte à la fête, déguisé ſous la figure du
Dieu du Rhône , ſa jalousie éclate; il eſt reconnu
& plaint par Laure , menacé par Alphonfe , qui
vaincu par ſa générofité , lui pardonne & unit ces
deux amans fi dignes d'être heureux .
La deuxième entrée eſt remplie par Elmire ,
Princeſſe Afriquaine ; Arfane, Prince Africain, ſon
amant, & Almanſor, fon rival, Prince Sarrazin &
Magicien. La jalouſie y paroît perſonifiée, & évoquée
par le Magicien ,elle triomphe & immole
les trois amans à ſa fureur.
La troiſieme entrée , conſacrée à l'Amour volage
, ſe paſſe dans un agréable ſéjour champêtre,
on l'inconſtance regne ſur des coeurs ordinairement
fidéles , & amuſe le ſpectateur par des ſcénes
vives & legéres , & par un divertiſſement qui termine,
au gré du Parterre , ce Ballet, dont la Mufiquegracieuſe
eſt de la compoſition de M. Collin
de Blamont , Sur- Intendant dela Muſique de la
Chambre du Roi, M. Lani , Compoſiteur des danſes
de l'Académie Royale de Muſique , a fait briller
fon génie & fon goût.
Les Comédiens Italiens ont donné une Piece
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
dans le goût ultramontain , intitulée , Arlequin ,
Roi par kazard , qui a plû par ſo ſpectacle & fes
lazi. Le petit Vincenty adanſé avec l'aimable Camille
, & ils ont été fort applaudis .
Les mêmes Comédiens ont remis au Théatre la
Comédie de la Surpriſe de l'Amour , de M. de Marivaux.
Mlle Sylvia , ſelon fa coûtume , a charmé
les Spectateurs par ton jeu également naturel &
fin, & le Sieur Riccoboni s'eſt ſurpaflé dans le rôle
de l'amant.
CONCERTS A LA COUR.
L
E Samedi 21 Juin ,le Lundi 23 , & le Mercredi
25 , on executa en Concert chez la
Reine , le Prologue & les cinq Actes de l'Opéra
d'Atis . Les rôles ont été cliantés par les Demoifelles
Chevalier , Fel , de Selle , d'Aigremont &
par les Sieurs de Chaflé , la Garde , Jeliotte , Poirier
, Dabourg , Richer & Godonneſche.
Le Samedi 18 , on chanta le Prologue & le
ſecond Acte de l'Opera de Tarfis & Zelie , de
Mrs Rebel & Francoeur, Sur- Intendans de la Mufique
de la Chambre du Roi. Les Demoitelles
de Selle & Mathieu en remplirent les rôles , ainfi
que e Sr Benoît.
Le Samedi 12 Juillet , le Lundi 14 , & le Samedi
ry , on executa à Compiegne chez la Reine
P'Opera d' phigenie. Les Demoiselles Lalande ,
Mathieu , de Selle , Canavas, Godonneſche & Bezn,
en ont chante les rôles , ainſi que les Sieurs
Benoît , Poirier & Dubourg.
AOUST. 1749. 173
AVERTISSEMENT.
Sur les Nouvelles Etrangeres & Sur le
Journal de la Cour , &c .
Es Auteurs du Mercure ont toujours
Leggere foit pour les
Nouvelles de Politique & de Guerre , ſoit
pour le Journal de la Cour & de Paris ,
ils ont , de tems immémorial , copié mot à
mot la Gazette de France. Tant que M.
Remond de Sainte Albine a compoſé ces
deux Ouvrages périodiques , cette omifſion
étoit plus excuſable chez lui que chez
un autre. A préſent qu'il n'eſt plus chargé
de la Gazette , il ſe feroit un ſcrupule de
garder là-deſſus plus long-tems le filence..
Il annonce done qu'il continuera de ſuivre
l'uſage établi , mais que ne devant à l'avenir
avoir d'autre part aux articles mentionnés
ci-deſſus , que le ſoin de les faire
tranfcrire ou tout au plus abreger , il ne
prétend point ſe faire honneur d'aucun
de cesarticles.
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE .
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
NOUVELLES ETRANGERES.
DE CONSTANTINOPLE , le 10 Mai.
NParticuliers que arrêté depuis quelques jours pluſieurs
tenoient des diſcours féditieux.
LeGrand Seigneur , qui avoit été indiſpoſé
dans le commencement de ce mois , ſe porte
beaucoup mieux, L'arrivée d'un courier des frontieres
de la Perſe , a donné lieu à la tenue d'un
grand Divan , après lequel il a été dépêché plu.
fieurs couriers.
Le Capitan Bacha , commandant la Flotte deftinée
pour aller faire le recouvrement des ſommes
dues au Grand Seigneur dans les Ifles de
l'Archipel , ſous le nom de tribut , a mis à la voile
hier : on dit qu'il eſt chargé d'ordres ſecrets pour
examiner dans ſa tournée la conduite de pluſieurs
Officiers publics , contre leſquels il y a des plaintes
,& de les punir , s'ils ſe trouvent coupables ,
ou par la privation de leurs Charges , ou par la
mort.
Il eſt arrivé hier un courier de Babylone ; depuis
qu'il a remis ſes dépêches au Grand Vifir
le bruit courtque le nouveau Bacha , envoyé par
leGrand Seigneur dans cette Ville , après y avoir
fait fon entrée en triomphe , avoit fait arrêter une
quarantaine de perſonnes du parti contraire , aufquelles
il avoit fait couper le tête , afin que cet
exemple en imposât aux ſéditieux , dont le nombre
augmente tous les jours.
Les , trois Députés de la Régence d'Alger furent
admis à l'audience du Grand Vifit ; on dit
AOUST. 1749. 175
que l'objet de leur venue eſt d'obtenir du Grand
Seigneur quelques Vaiſſeaux de guerre , pour
être en état d'en impoſer aux PuiffancesChrétiennes
, leſquelles , à ce qu'ils ont aſſuré , inéditent
de concert de les attaquer. Le bruit court que ces
Députés n'ont pas été bien reçûs ; que le Grand
Vifir leur a reproché les excès auſquels ils ſe porrent
tous les jours par leurs pirateries , ſans égard
même à la foi des Traités , leur notifiant , que s'ils
ne changeoient de conduire , le Grand Seigneur
leur retireroit ſa puiſlante protection.
D'ALGER , le 25 Mai .
CUr le bruit qui s'eſt répandu , il y aquelques
jours , que le Port d'Oran ſe rempliffoit de
Vaiſſeaux , qu'on y faiſoit de grands préparatifs
de guerre, & que les Eſpagnols avoient pour objet
the entrepriſe contre cette Ville , afin de punir la
Régence d'avoir ſouffert que les Corſaires donnaffent
la chaſſe àleurs Bâtimens,le Gouvernement
a ordonné à tous les Bayts , Caitz , & autresChefs
deMilice , de raſſembler leurs troupes , & qu'elles
fuffent en état de marcher au premier commandement.
La crainte d'un bombardement a
faitprendre auffi differentes meſures pour mettre
cette Ville à l'abri de la bombe . Tous les poſtes
voiſins où l'on pourroit craindre une deſcente
font déja renforcés ; les ſentinelles de nuit pour
crier l'alerte , ſont doublées , & l'on travaille ſans
relâche à mettre les Châteaux & les ouvrages en
état de faire une bonne défenſe , en cas que les
Eſpagno's parviennent à en faire le ſiége dans les
formes.
Il ſe tintle 17 de ce mois un Divan, dans lequel
il a été déliberé ſur toutes les autres meſures qu'il
Hiiij
176 MERCURE DEFRANCE.
falloit prendre pour ſe garantir de l'attaque dont
l'Etat eſt menacé. Il a été décidé que toutes les
troupes ſe porteroient ſur le rivage , & qu'elles
feroient les derniers efforts pour empêcher que les
Eſpagnols ne fiffent une defcente.
Le Contre-Aniral Frenfel , commandant les
Vaiſſeaux de guerre , ſervant d'eſcorte à quatre
Flutes Hollandoiſes , que les Etats Généraux des
Provinces-Unies envoyent chargées de préſens
pour la Régence , arriva les du mois paſſe dans
cette Ville , & eut une audience du Dey le 7 ;
M. Frenſel étoit accompagné de M. Paravicini ,
Conſul de la Naton , du Comte de Byland &
де М. Нееткегке , Capitaines , en préſentant la
Lettre , dont il étoit chargé de la part de leurs
Hautes Puiff nees , il fit un compliment ſur l'objet
de ſon arrivée : il expliqua en quosconfif
toient les préſens que la République envoyoit. Le
Dey marqua dans les termes les plus obligeans la
fatisfaction qu'il reſſentoit de l'attention de leurs
Hautes Puiſſances à l'égard des Algériens ; mais
M. Frenfel , ayant fait apporter les préſens qu'il
avoit ordre de lui remettre en particulier , le Dey
acette vûe ne put contenir ſa joie & ſes tranfports
, il s'écria , que les Etats Généraux étoient
de vrais amis & de grands am's , &qu'il étoit aisé
d'en juger par la quantité & la richeffe de leurs
préfens.
Le 3 de ce mois , il entra dans ce Port un Bâtiment
Vénitien , venant de Marseille , chargé de
fucre & de cire , dont les Corſaires de cette Ville
s'étoient emparés à la hauteur de Civita Vecchia ;
l'équipage a eu le bonheur d'échapper à l'eſclavage,
en gagnant le rivage , à la faveur de la
Chaloupe. Le 10 , un petir Vaiſſeau de Raguſe ,
que les Corſaires avoient amené le 7 , fut relâché ,
AOUST. 1749. 177
le Capitaine ayant produit un ſauve- conduit du
Grand Seigneur , par lequel ſa Hauteffe accorde
ſa protection aux Bâtimens de la République de
Raguſe , qui commercent , en conſidération du
tribut qu'elle lui paye , & qui menace de ſon indignation
les Vaifleaux Turcs , & fpécialement
ceux de Tunis , de Tripoli & d'Alger , qui oferent
Houbler les Raguſains dans leur navigation.
DE MOSCOu , le 23 Juin.
Il arriva le 22 du mois dernier ,un courier ex
traordinaire dépêché par le Gouverneur de Cazan,
avec la triſte nouvelle que le feu avoit réduit en
cendres cette grande Ville , Capitale d'une des
plus fertiles Provinces de Ruffie , ſans qu'il eût été
poſſible d'arrêter les progrès de l'incendie : elle fut
fr entiere, qu'il n'est pas reſté une ſeule maiſon
ſur pied. Ce fâcheux évenement a fait une fi grande
impreſſion ſur l'eſprit de l'Impératrice , qu'elle
a ordonné que les précautions fuſſent redoublées .
ici, pour prévenir de pareils accidens. Le contr'ordre
a été auſſi envoyé dans la même crainte
au Directeur des Bâtimens , pour qu'il firceſſer le
Palais de bois , auquel on travailloit pour loger
l'Impératrice , ſon intention étant qu'il foit bâti
depierre , pour ne pas être expoſée aux riſques du
feu.
Le Landgrave de Heſſe-Hombourg a envoyé
ces jours paffés aux Bureaux des Affaires Etrangeres
les titres qui l'autoriſent à le mettre fur les
rangs comme Candidat , lorſqu'on procédera à
PElection d'un Duc de Courlande. Ce Prince recommande
en même tems ſesintérêts pour l'héré.
dité du feu Landgrave de Heſſe-Hombourg.
L'Impératrice qui a été fort indiſpoſee , eftpar-
H
178 MERCURE DE FRANCE .
faitement rétablie ; la Majesté Impériale s'eſt rendue
le 3 de ce mois à la Maiſon de campagne de
Ferrowa,où elle eſt actuellement, tous les Miniſtres
Etrangers font venus lui faire leur cour , & la féliciter
ſur ſa convalescence..
La Cour envoya la ſemaine paſſée des ordres
dans les Villes Limitrophes de l'Ukraine , pour
qu'on tirât des magazins qui les approvifionnent ,
le bled dont elles pourront ſe paſſer , pour le verſer
dans cette Province , ſa Majesté Impériale
ayant été émûe de compaſſion , en apprenant par
les Députés , qui lui ont été envoyés à ce ſujet ,
que les fauterelles avoient fait un fi grand ravage
dans ce Pays l'année derniere , qu'il n'y avoit
point eu de récolte, que les peuples y languifſoient
, & qu'ils étoient à la veille de périr , à
moins qu'ils ne fuſſent promptement ſecourus.
On aſſure qu'après la tenue d'un Conſeil , où
l'Impératrice a préſidé , il a été dépêché de nouveaux
couriers à Pétersbourg & en Finlande ; on
ditqu'ils portent un contr'ordre pour que la Flotte
qui devoit mettre en mer inceffamment, reſtât dans
le Port ,& pour ſuſpendre la marche des troupes
& leur embarquement.
L'Impératrice, le Grand Duc & la Grande Ducheffe
, font revenus le 20 en cette Ville , & doivent
en partir demain pour ſe rendre au Monaftére
de Traitza , dans l'intention d'y pafler quelques .
jours. Sa Majesté Impériale , informée que le
Prince Jean , fils du Duc Antoine Ulrich de Brunfwich
, devenoit d'un âge à recevoir une éducation
conforme à fon rang, a fait choix elle-même.
des ſujets qu'elle a jugés dignes de ce ſoin : indépendemment
de tous les Maitres qu'elle a nomimés
pourl'inſtruire detout ce que doit ſçavoir un
Prince de ſon rang , elle a encore envoyé ordre.
AOUS T. 1749. 179
qu'on lui en donnât pour apprendre les Langues
Ruſſionne , Allemande & Latine.
Tous les dérails qu'on a reçûs de l'incendie
arrivé à Caſan , confirment la ruine de cette
grande Ville : rien n'a échappé aux Aammes , &
juſqu'aux Archives du Royaume ont été conſumées
par le feu : il vient d'arriver un malheur
égal à Kalogua, Ville diſtante de cette Capitale de
cent quatre-vingt werſtes ; le dommage y a été
d'autant plus conſidérable que tous les magaſins
ont été brûlés entierement. Le 4 , le feu prit auffi
à un Village voiſin de Perrowa où étoit alors
l'Impératrice & fa Cour , ce qui a été cauſe que ſa
Majesté Impériale en eſt partie le lendemain pour
ſe rendre ici.
Le Comte de Beſtuchef, Grand Chancelier , ſe
rendit le sauprès de l'Impératrice , pour recevoir
fes ordres , à l'occaſion de plufieurs dépêches apportées
par differens couriers. Le lendemain , le
Général Bernes , Ambaſſadeur de l'Empereur &
de l'Impératrice des Romains , confera avec le
Grand Chancelier , & le 7 il dépêcha un courier à
ſa Cour.
L'Impératrice a envoyé ordre à Pétersbourg ,
pour qu'on habillâtde neuftoute laGarde à pied ,
& qu'on lui diſtribuât dix Etendaits , dont le premier
ſera de ſatin banc , relevé par une broderie
d'or aux deux côtés , avec les Armes de l'Empire
au milieu , les bords garnis de franges d'or. Les
neuf autres Etendarts ſeront de ſatin rouge , auffi
relevés d'une broderie d'or .
DE STOCKHOLM , le 30 Juin.
Le Roi continne ſon ſéjour à Carlberg , où ſa
Majesté prend alternativement le plaifir de la
Hvj
180 MERCURE DEFRANCE.
chaſſe & de la promenade. On apprend de Carele
ſcroom , Port fur la mer Baltique , qu'il s'y trouve
actuellement dix huit Vaiſſeaux de guerre ,&dix
Fregates , prêts à mettre à la voile , quand le befoin
l'exigera.
D'autres avis de Calmar , dans la Province de
Smalar d , portent que l'on y avoit lancé à l'eau
une Galére nouvellement conſtruite , & que dans
•deux autres Ports , à Weſterwich & Norkoping
il en avoit été miſes en mer deux autres , ſous les
noms de Jankoping & de l'Ostrogotie.
Le Baron de Scheffer , Colonel au ſervice de
France , vient d'obtenir une Compagnie dans le
Régiment des Gardes , & le Roi a accordé à M.
Morath , Capitaine du Régiment du PrinceGuftave
, le titre de Major , & lui a permis de donner
fa démafſſion pour ſa Compagnie.
Le Marquis d'Avrincourt , Ambaſladeur de
France en cette Cour , a de fréquentes conférences
avec le Comte de Teſſin , & les autres Minif
tres du Roi. Il reçut ces jours paſſés un courier de
Norwege , dépêché par l'Abbé le Maire , Miniſtre
deFrance auprès du Roi de Dannemarck .
Onne doute pas que ſa Majesté ne nomme inceſſamment
un Miniſtre pour aller réſider en Aogleterre
, le Baron d'Hamilton qui avoit été choiſi
pour s'y rendre , ayant fupplié le Roi de l'en difpenſer.
Le Sénéchal Jean Guillaume Liliemberg
vient d'obtenir le Gouvernement d'Abo , Ville
Maritime de la Province de Finlande.
AOUST. 1749.
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 4 Juillet.
Impératrice Reine a approuvé le Réglement
dreflé par le Comte de Choteck , Intendant
Général du Commerce des Provinces Héréditai
res, pour améliorer les Manufactures , & pour
procurer le débit des dentées de ces-Provinces.
,
Le 8 du mois dernier , on s'apperçut ici d'un
tremblementde terre, Il dura une minute : le jour
ſuivant , on fut effrayé par une ſeconde ſecouffe
mais elle n'occafionna aucun fâcheux accident.
Le 12, on ſentit une troiſième ſecouffe de trem
blement de terre, il ne cauſa aucundommagedans
cette Capitale , mais il n'en a pas été de même à
la campagne , où il ya eu plufieurs maiſons entr'ouvertes.
On apprend de Neustadt , que les
Moines d'un Convent ſitué dans les Montagnes ,
avoient été ſi effrayés de l'ébranlement de leur
maiſon , qu'ils s'étoient ſauvés , & qu'un inſtant.
après elle avoit été convertie enmafure...
Deux Edits viennent d'être publiés : le premier
régle le tems de la durée des Foires , & les droits
àpercevoir fur les marchandises& denrées qui s'y
débiteront. Le ſecond Edit arrête les droits d'en--
trée & de fortie du tabac , tant du crû du Pays ,
que pour celui qu'on apporte des Pays Etrangers.
La groffeffe de l'Impératrice,Reine a été déclarée
le 14 du mois dernier. ,
Dans l'Edit publié ces jours paſſes , qui commuez
la peine de mort , dont étoit puni cisdevant le
crime de déſertion, on promet à tous ceux quia
arrêteront des déferteurs foit, cavaliers ou fol
dats , une récompenſe de vingt florins parsête,d
182 MERCURE DEFRANCE .
condition qu'ils feront remis entre les mains de la
Juſtice. Il eſt défendu par le même Réglement ,
ſous peine d'une amende conſidérable , de leur
donner aucun azile , ſoit dans les Convents , ou
dans les maiſons de ſéculiers..
Depuisque la Comteſſe de Fuchs , Grande Maî
treffe de la Maiſon de l'Impératrice , prend les
bains a Mannerſdorff , ſa Majesté Impériale y fait
de tems en tems des voyages.
On apprend par les dernieres Lettres de Prague,
que le Corps d'artillerie qui eſt en quartier à
Budweis & dans les environs , a commencé à faire
ſes exercices , depuis l'arrivée du Prince de Lichtenſtein
qui en eſt le Grand Maître.
Lestroupes qui font en garniſon en Boheme , à
Prague , à Pilfen , à Egra , &c. ont ordre de ſe tenir
prêtes à marcher pour les camps qu'on doit
former inceſſamment. On travaille actuellement
pour qu'elles ſoient habillées de neuf.
L'Impératrice Douairiere eſt partie le 21 du
mois dernier , pour le endre à Hertzdorff , on ſa
Majesté Impériale doit paſſer l'uté. Elle ya donné
audience le 24. àM. Blondel , Miniſtre de Sa MajeſtéTrès
Chrétienne.
La levée des recrues pourla Cavalerie eſt com.
plette ,maison preſſe avec chaleur celles de l'Infanterie
, & à mesure qu'il en arrive , on les fait
partir pour leur destination. Les Régimens de
Cavalerie qui étoient répartis en Hongrie , font
déja ſortis de leurs quartiers , pour aller former less
Camps que l'Imperatrice Reine a ordonnés.
DE BRESLAU , le 6 Juillet ..
La nuit du 21 an 22 du mois dernier , il y eut
ici un orage épouventable ,dont les fuites ont été
AOUST. 1749. 183:
les plus funeſtes : à trois heures après minuit , le
tonnerre tomba ſur un magaſin rempli de cinq
cens milliers de poudre , & y mit le feu : le bruit
épouventable que cet horrible accident occafionna
, ébranla toutes les maiſons de la Ville. Le dégât
à la campagne& aux environs occaſionnépar
la tempête , & par l'éclat de la poudre , a été fort
grand , & il y a péri un grand nombre de Beftiaux.
Le Gouverneur de cette Ville a fait percer des
maiſons , pour ſervir de magazins aux effets des
particuliers dont les maiſons font ouvertes , &y
a fait porter les habitans bleſſés , afin qu'ils y
trouvent de prompts ſecours. Il a depêché un
courier à Berlin pour rendre compte au Roi des
malheurs arrives en cette Ville.
DE DRESDE ,le 7 Juillet..
On apprend de Warſovie que le Tribunal Af
fefforial travaille avec beaucoup d'affiduité auxs
affaires du Royaume ,& que le Grand Chancelier
Malachousxi ſe trouve régulierement aux léances..
Les mêmes avis ajoutent qu'il paroîtra dans peu
un nouveau Réglement pour augmenter les Finances
, qui améliorera le revenu de cette Cou
ronne , ſans être à charge aux peuples , & qu'on
eft auffi occupé dans les Conférences , de trouver
les moyens de rendre le Commerce floriflant ,
& d'y donner plus d'étendue qu'il n'en a eu juf.
qu'ici .
Par les dernieres Lettres de Gracovie , on eft
informé que le Prévôt de cette Ville eſt mort:
à Prziſbyławice , d'une petite vérole qui eft rentrée.
Les troupesde l'Impératrice de Ruffie , revenues ,
134 MERCURE DE FRANCE.
deBoheme en dernier lieu , ont été miſes en garniſon
en Courlande & en Livonie. On écrit de
cette derniere Province , auffi-bien que de l'Eſtonie,
qu'ils'en trouvoit un fi grand nombre dans ces
quartiers-là , que l'on avoit été dans l'obligation
d'en faire cantonner une partie dans les Villages
voiſins. ン
Le Maréchal Comte de Saxe arrivarici de Paris
le 22 : leurs Majeſtés l'ont reçû avec les témoignages
de la bienveillance la plus fincére. Toute
la Cour s'eſt empreſſée de ſon côté de le féliciter
fur ton heureuſe arrivée , & il n'y a perſonne quis
n'ait tâché de lui marquer le vrai plaifir qu'on en
arreffenti.
L
ESPAGNE.
DE MADRID , le 8 Juillet..
E 30 du mois dernier ,le Roi , la Reine &
l'Infante , qui jouiflent d'une parfaite ſanté,
partirent du Château d'Aranjuez pour ſe rendre
au Palais du Buen - Retiro Le 24 , Fête de S.Jean-
Baptifte , dont le Roi de Portugal porte le nom ,.
laCour fut fort nombreuſe , & leurs Majestés reçurent
à cette occafion les complimens des Miniftres
étrangers & de tous les Grands de cette Cour
Don Jofeph Cantelmo Estuard, Duc de Popoli,.
Prince de Peterano , Grand d'Eſpagne de la premiere
Clave , Chevalier de l'Ordre de Saint Janvier
, Commandeur de "Ordre d'Alcantara , Gentithommede
la Chambre du Roi en exercice pour
cette annee & Lieutenant Général des armées
desa Majesté, mourut en cette Ville le 17 du mois
paffé , âgé de cinquante fix ans Il n'étoit pas
moins recommandable par les ſervices.importans
९
AOUSΤ. 1749. 185
qu'il a rendus , que par ſa naiſſance diftinguée.
M. Keene , Miniſtre Plénipotentiaire du Roi de
la Grande Bretagne , vient de dépêcher un courier
à Lordres , par lequel il envove un ordre de ſa
Maveſté Catholique , pour la reſtitutionde tous les
Bâtimens Anglois enlevés par les Eſpagnols depuis
l'expiration du terme indiqué dars les préliminaires
de Paix, figrés à Aix- la Chapelle. Conſequemment
aux Conférences tenues à cette occafion
entre les Miniſtres des deux Puiflances , il a été reglé
que ſa Majesté Britannique ordonneroit la
même reſtitution en faveur des Négocians de cet
te Couronne, qui ſeront dans le même cas . Avant
que.Don Ferdinand Pignatelli partit pour fon
Ambaſlade auprès du Roi Très Chrétien , leurs
Majeſtés lui ont fait remettre de magnifiques préſens
, pour les rendre de leur part à ſon arrivée en
France à l'Infante Duchefſſe de Parme.
Onaffure que le Comte de Sade qui est parti
pour ſe rendre à Turin , en qualité d'Ambafladeur
de la Majefé auprès du Roi de Sardaigne, a ordrede
remettre au Duc de Savoye le portrait de
L'Infante Marie Antoinette.
Le Roi a nommé l'Abbé de Grimaldi , ſon Miniſtre
auprès du Roi de Suede. Cet Abbé a réſidé
ici , il y a quelques années , en'a même qualité ,
de la part de la République de Cénes.
Le Comte de Flemming , Miniſtre de Suéde ,
arriva ici la ſemaine derniere .
Le Roi travaille avec beaucoup d'affidrité aux
affaires de l'Etat ,& à mettre un fi bon ordre dans
les Finances , que les dettes occaſionnées par la
derniere guerre , puiſſent être libérées fans être à
charge à ſes peuples. Sa Majesté a déja obtenu du
Pape un Bref, par lequel St Sainteté permet au
Roi de lever un indultde troispour cent,ſur tous
186 MERCURE DE FRANCE:
les revenus Eccléſiaſtiques , tant à la nouvelle Ef
pagne qu'au Pérou. Ce moyen fournira des
fommes confidérables , & il eſt d'autant plus à
ſa place , que le Clergé en Amérique qui y
poſlede des biens immenfes , n'a preſque point
contribué , ou du moins fort peu, aux charges
publiques & aux frais de la derniere guerre.
ITALI E.
DE CIVITA VECCHIA , le 29 Juin.
La accordéesjours
A permiſſion accordée ces jours paſſés au
Smirne , de mettre àterre pluſieurs paſlagers qui
étoient ſur ſon bord , & differentes marchandiſes
dont il vouloit faire le tranſport , a penſé occafionner
ici un foulevement général . La populace s'eſt
attroupée , a couru en foule chez le Cominandant
de la Place , & a demandé à grands cris que cette
permiffion fût révoquée. Sur les enquêtes qu'on
fit auſſi-tôt pour être informé des raiſons qui
avoient occaſionné cette rumeur , on apprit que
le peuple ſe perfuadoit que fi le débarquement
dont il étoit queſtion ſe faiſoit, il en réſulteroit la
communication du mal contagieux contre lequel
on eſt actuellement en garde dans tous les Ports.
En vain a-t'on voulu faire comprendre à cette populace
allarmée , que fa terreur étoit frivole , rien
n'a été capable de la calmer ; pour la raffûrer & la
faire rentrer dans le devoir , il a fallu révoquer la
permiffion accordée , & envoyer ordre au Vaifſeau
Suédois de remettre à la voile,& de fortir fur
le champ de ce Porr.
AOUST. 1749. 187
DE GENES , le 9 Juillet .
Le Patron d'un Navire venant de Cadix , richement
chargé , qui est arrivé, il y a quelques jours,
dans cette Rade , a rapporté qu'il avoit rencontré
àlahauteur du Cap de Palo , un Vaiff au de guerre
de Malte , deux d'Eſpagne & deux Chebecqs ,
qui croiſoient dans les Mers de Catalogne, & qui
donnoient la chaſſe aux Corſaires de Barbarie. On
eſt informé par la même voye , que l'on attend
avec d'autant plus d'impatience à Cadix le retour
de la Flotte de la Vera- Crux & de la Havanne
que l'on est perfuadé dans ce Port , que le projet
d'attaquer les Barbareſques , ſuppoſé que l'Eſpagne
l'ait réellement formé , n'aura lieu que lorfque
cette Flotte ſera arrivée.
Le crédit de la Banque de Saint Georges commence
à ſe rétablir; les Billets de cette Banque
font augmentés depuis quelques jours de quatre
pour cent. La commiſſion établie pour cet effet
travaille aſſiduement aux moyens de lui rendre
fon ancien crédit .
On apprend de Livourne , par un VaiſſeauAnglois
, arrivé en cinq jours de Navigation , que
les Algériens ſont dans la conſternation , à cauſe
des nouvelles qu'ils ont reçûes des armemens que
differentes Puiſſances Chrétiennes vont mettre en
mer pour les punir de leurs Pirateries , & que la
Régence de cette Ville a envoyé des ordres pour
que les Corfaires qui ſe préparoient à fortir du
Port , dans le deſſein d'aller en courſe , ne miſſent
point à la voile,
188 MERCURE DE FRANCE.
L
GRANDE BRETAGNE .
DE LONDRES , le 17 Juillet.
E 7 de ce mois , le Roi partit du Palais de
Kenfington pour aller à Clermont , T rre appartenante
au Duc de Newcastle, & fit l'honneur à
ce Seigneur de dîner avec lui. Pluſieurs perſonnes
de confidération y furent invitées. Sa Majesté retourna
le ſoir à Kensington .
La Compagnie des Indes Orientales s'aſſembla
extraordinairement le 2 de ce mois ; l'affare concernant
les obligations données par le Gouverneur
de Madras , & le Conſeil de cet établiſſement
,au mois de Septembre 1746 , fut appellée
devant les Proprietaires & examinée par des Jurif.
confultes. Conféquemment àleur déciſion , il fut
réſo'u unanimement que ces obligations , ſelon les
loix devoient être acquittées àla réſerve d'une
ſeule decent trente mille Pagodes , au profit du
Gouverneur Mourſe, dont il falloit ſuſpendre le
payement, attendu que le Gouverneur&le Conſeil
de Madras ont manqué au devoir de leur charge,&
par leur conduite ſont trouvés coupables
de fraude , & que dans le cas que la Compagnie
pût prouver que les poſſeſſeurs de ces obligations
fuffent complices du monopole , elle feroit en
droit de ſe pourvoir contre eux en Juſtice , en
conféquence de cette déciſion , la propoſition fut
faite d'acquitter les dettes obligatoires , à condi..
tionque ceux qui s'en trouvent les poiſeſſeurs,autoriferoient
da Compagnie par un écrit qu'ils figuerosent
, à uſtifier la fraude , & à ſe pourvoir en
Juſtice contre ceux qui s'en trouveroient coupables,
fort que ce fuſſent les poffeffeurs des obligations,
ou leGouverneur , ou le Conſeil de Madras
AOUST. 1749. 189
Après de vifs débats , cette propoſition paſſa à la
negative , & l'affaire demeura fulpenduefine die.
La principale raiſon qui a porté la Compagnie à
prendre ce parti , c'eſt l'eſpérance qu'elle a conçûede
recouvrer dans peu les Regiſtres & les papiersque
les François ont enleves, orſqu'ils ſe ſont
emparés de Madras & du Fort de Saint Georges ,
n'étant pas douteux qu'ils ne ſoient rendus avec
cette Place , ce qui mettant alors la Compagnie à
portée de vénfier le fait , elle ſe trouvera en état de
juget fairement & équitablement la conteftation.
Le Brigantin Angloisle Thomas & Marie , appartenant
à Scarbouroug , Ville de la Province
d'York , pris, il y a quelques mois, par le Turpin ,
Armateur de Dunkerque , doit être reſtitué dans
peu aux proprietaires, parce qu'il a été prouvé
que ce Vaiſſeau avoit été enlevé depuis l'expiration
du terme porté par le Traité de Paix. Le Roi
Très Chrétien a ordonné qu'il fût rendu , & que
le Corfaire payâr les trais & dommages convenables
pour ce ſujer.
On publie affirmativement que le Roi de Pruſſe
a envoyé ici une fomme d'argent pour acquitter
l'emprunt qu'il a fait , il ya quelques années , &
qu'il a hypotequé ſur la Silefie L'intérêt des neuf
-années de cetemprunt, eſt ſur le piedde ſept pour
centpar an.
190 MERCURE DE FRANCE.
XXXXXXXXXXXXXXXXXX XXX ああ
FRANCE.
L
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E 29 Juin , le Roi alla àChoiſy ,& Sa Majesté
en revint le 2 Juillet.
Le 3 de ce même mois , le Roi alla au Château
de la Mentte , & Sa Majesté fit dans le Bois de
Boulogne la revue des deux Compagnies des
Mouſquetaires de ſa Garde .
Madame la Dauphine coucha le 25 du mois de
Juin à Gizors ; le lendemain elle artiva à Forges ,
&le 27, elle commença à prendre les eaux.
Le Roi a diſpoſé de la Charge de Prevôt & Maî
tre des Cérémonies de l'Ordre du Saint Eſprit ,
qu'avoit feu M. Amelot , en faveur du Marquis de
Brezé , Lieutenant Général de ſes Armées.
Sa Majesté a donné la Charge de Maître d'HôtelOrdinaire
de la Reine, vacante par la mort de
M. Fournier , au fils de M. Helvetius .
Le Maréchal Duc de Belle- Ifle fut reçu le 30
Juin à l'Académie Françoiſe , & il fit fon diſcours
de remerciment , auquel l'Abbé du Reſnel, Directeur
, répondit au nom de l'Académie.
Le 3 du mois dernier , les Actions de la Compa
gniedes Indes étoient à dix ſept cens trente livres;
lesBilletsde lapremiere Lotterie Royale , à cinq
cens quatre-vingt-dix huit , & ceux de la fecondeà
cinq cens ſoixante-feize .
Le Roi partit le 4 Juillet du Château de la Meutte
, accompagné de Monſeigneur le Dauphin &
de Madame Infante , d'où Sa Majesté arriva à
Compiegne le mêmejour.
AOUST. 1749. 19
La Reine & Meldames de France ne s'y rendi
rent que le 7.
Les , l'Infante Iſabelle y arriva dans les carofſes
du Roi .
àla
Madame la Dauphine continue avec ſuccès à
prendre les eauxà Forges. Depuisque le tems s'eſt
remis au beau, la Princeſſe va les prendre
Fontaine. L'empreſſement de lui faire ſa cour y
attire tous les jours la Nobleſſe de la Province , &
une grande affluence de perſonnes de differentes
Villes des environs .
Le 10 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix-ſept cens quarante-cinq livres; les
Billets de la premiere Lotterie Royale , à cinq cens
quatre-vingt-dix neuf,& ceux de la ſeconde àcinq
cens ſoixante-dix-huit.
Le 13 , la Reine accompagnée de Monſeigneur
le Dauphin & de Meſdames de France , ſe rendit à
l'Egliſe de la Paroiſſe du Château , & Sa Majesté
y aſſiſta à la grande Mefle.
L'après midi , la Reine alla entendre les Vépres
dans l'Egliſe du Monastere des Religieuſes de la
Congrégation de Notre-Dame.
Le foir , le Roi & la Reine , accompagnés de
Monſeigneur le Dauphin , de Madame Intante &
de Mesdames de France , affifterent au Salut du
Saint Sacrementdans l'Egliſe Royale & Collégiale
de Saint Clément.
Le 16 , la Reine ſe rendit au Convent des Reli
gieuſes Carmélites , qui célébroient la Fête de Notre-
Dame du Mont-Carmel. Sa Majesté y entendit
la Grande Meſſe , & communia par les mains
de l'Archevêque de Rouen , ſon Grand Aumônier.
L'après midi , elle aſſiſta aux Vêpres & au Sermon
du Pere Bouchot , Gardien du Convent des
Cordeliers de Noyon ,& le ſoir elle entendit le
Salut.
192 MERCURE DE FRANCE.
(
Le 17 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix- huit cens quinze livres, les Billers
de la premiere Lotterie Royale , à fix cens , &
ceux de la ſeconde à cing cens quatre-vingt.
BENEFICES DONNE'S.
LoRa SaintMartin de
E Roi a accordé l'Abbaye de Saint Martin de
Rouen , à l'Abbé de Goayon , Aumônier de la
Reine.
Celle de Morigny , même Ordre , Diocèle de
Sens , à l'Abbé Drouas , Vicaire Général de l'Archevêché
de Sens.
Celle de Ferrieres , même Ordre , même Diocè -
ſe , à l'Abbé Onic , Aumônier du Duc d'Orléans.
Celle de Fontaine- le Comte , Ordre de Saint Augustin,
Diocèſe de Poitiers , à l'Abbé de Ribeyreys.
Celle de Marvilles , Ordre de Saint Benoît ,
Diocèſe de Cambray , à Dom Doffegnies , Religieux
du même Ordre.
Celle de la Prete-Dieu , Ordre de Citeaux ,
Diocèle de Troyes , à Dom Morice , Religieux du
même Ordre
Celle d'Arrouaiſe , Ordre de Saint Augustin ,
Diocèſe d'Arras , à Dom Saladin , Religieux du
même Ordre.
L'Abbaye de Saint Jean le Grand , Ordre de
Saint Benoît , Diocèse & Ville d'Autun , à la Dame
le Beck
Celle de Saint Remy , près Villers- Cotterêts ,
Ordre de Saint Benoît , Diocèſe de Soiſſons , à la
Dame de Chanut.
Le Prieuré de Moutons , Ordre de S. Benoît,
Diocèle d'Avranches , à la Dame de Vargemont .
NAISAOUST.
193 1749.
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗:洗洗
NAISSANCE, MARIAGES
L
Morts.
E 12 Juillet, est né & a été baptisé Ceſar-Louis-
Marie - François- Ange , filsde Claude Conftance-
Cefar de Houdetot , Comte de Houdetor , Seigneur
de la Paroiſſe de Saint Germain de Noards
en Normandie , Chevalier de l'Ordre Militaire
de Saint Louis , & Capitaine- Lieutenant des Gendarmes
de Berry , & d'Elizabeth Sophie- Françoiſe
de la Live. Il a été tenu ſur les Fonts de Baptême
par Louis - Denis de la Live de Bellegarde , ſon
ayeul maternel , Seigneur d'Epinay, la Chevrette ,
la Briche , &c. repréſenté par Ange Laurentde la
Live de Jully, ſon fils , & par Marie-Louiſe-Françoiſe
Fillion de Villemur , veuve de Louis Pierre ,
Comte de Houdetot , & épouſe d'Alphonfe-Marie-
Louis , Comte de Saint Severin d'Arragon ,
Chevalier des Ordres du Roi , & Miniſtre d'Etat ,
tante paternelle.
Le Comte de Houdetot, pere de celui qui donne
lieu à cet article , étoit ſecond fils de feu Charles
de Houdetot , Marquis de Houdetot , Lieutenant
Général des Armées du Roi , Lieutenant Général
de la Province de l'Iſle de France , & Commandant
pour le Roi dans la Comté de Bourgogne
, mort les Juin 1748 ; & de feue Catherine-
Magdeleine-Théreſe Carrel morte le 4 Janvier
1749.
,
LeComte de Houdetot eſt de la ſeconde branchede
ſa Maiſon , une des plus anciennes de Normandie
, où elle eſt connue par les Titres & les
Hiſtoires depuis l'an 1034 ; ſes armes, de toute an
I
494 MERCURE DE FRANCE .
cienneté , ſont d'argent à une bande d'azur dia
prée d'or de trois pieces , celle du milieu chargée
d'un lion , & les deux autres d'un aigle à deux têtes,
le tout d'or. Voyez cette Généalogie bien détaillée
dans l'Histoire des Grands Officiers de la Couronne,
Tom. 8. fol. 16. .
Le 17 Février , Louis-Thomas , Comte deHumes
de Cherify , Seigneur de Ville-Dieu , Deminats
, & autres Lieux , Capitaine de Cavalerie ,
épouſa dans la Chapelle du Château de Flogny ,
entre Tonnerre & Saint Florentin , Marie-Elizabeth
de Braque , fille de feu Paul-Emile de Braque ,
Marquis de Braque , Comte de Loches , Seigneur
du Luat , Pifcop, & autres Lieux , & de MarieGe
neviève Amiot.
Louis-Thomas eſt fils de Louis- Benigne , Comte
de Humes de Cherify , Capitaine de Cavalerie au
Régiment de Turenne , & d'Armande -Jeanne-
Blanche Hue de Miromenil.
La Maiſon de Humes , originaire d'Ecoffe , eſt
une des plus anciennes & des plus grandes de ce
Royaume. Ceux de ce nom en étoient les premiers
Barons. Voyez Sainte Marthe , Etat général
de l'Europe , publié en 1680. T
Georges de Humes paſſa en France ſous le regne
de François I. avec Robert Stuart , depuis
Maréchalde France ſous le nom d'Aubigny, Prince
de la Maiſon Royale d'Ecofle ,& obtint des Lettres
de Naturalité au mois de Juin 1534 .
Antoine de Humes , Seigneur de Cherify & de
Sancy , Gouverneur de Montbelliard & de Flavigny,
prit alliance dans la Maiſon de Stuart par
fon mariage du premier Septembre 1571 , avec
Martine Stuart, Dame de Quicerot, Jours, Samboc
&Vermanton , niéce du Maréchal d'Aubigny, en
préſence de Robert Stuart , Seigneur deVeſignes
fonfrere.
AOUS T.
της 1749.
Jean de Humes , Lieutenant des Gardes du
Corps , obtint en récompenſe de ſes ſervices rendus
au ſiége d'Amiens le 9 Juin 1611 , une perfion
de 2400 livres, & le 30 Juillet 1615, il fut nommé
Gouverneur du Marquis deVerneuil, frere naturel
de Louis XIII .
Charles- Antoine de Humes fut nommé Colonel-
Lieutenant du Régiment de Condé , par Brevet
du 25 Juillet 1648 , & Maréchal de Camp le 15
Août 1652 Louis-Thomas , qui donne lieu à cet
article , eſt ſon arriere petit- fils.
La Maiſon de Braque eſt arcienne& illuftre.
Elle a contracté des alliances avec les Maiſons de
Savoye & de Stuart ,& elle a fondé le Couvent des
Peres de la Mercy, à Paris , près la rue de Braque ,
Loù eſt encore un ancien Hôtel de même nom.
Le 9 Juin , Claude - Alexandre Toustain , Scigueurde
Greſmes les Murs , & autres Lieux, Chevalier
de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis ,
&ſous-Lieutenant des Grenadiers à Cheval de la
Garde du Roi , épouſa dans l'Egliſe Paroiſſiale de
SaintGervais , Françoiſe Magdeleine Midy fille de
feu Claude Midy, Conſeiller du Roi , Auditeur en
faChambredes Comptes de Paris , &de Marie-
Jeanne le Marchand.
Claude-Alexandre eſt fils de François Touſtain ,
&de Marie de Mailly.
Le 14, Marguerite Baron, épouſe de PierreMontholon
, ancien Officier desVaiſſeaux du Roi , mоц.
zur âgée de 44 ans ,& fut inhumée à Saint Paul.
Le 21 , Marie- Charlotte d'Estampes , fille de
PhilippeClaude d'Estampes , Marquis de la Ferté
Imbaut , Colonel du Régiment de même nom ,
mourut âgée de 13 ans , & fut inhumée à Saint
Roch.
Le même jour ,Charles Caffin , ancien Rectent
I ij
196 MERCURE DEFRANCE
,
de l'Univerſité de Paris , & Principal du Collége
de Beauvais , mourut d'une fluxion de poitrine ,
dans la ſoixante-treiziéme année de fon âge , étant
né le 4 Octobre 1675 à Zuſage , Bourg du Dioceſe
de Rheims. Il vint à Paris en 1693 achever ſes
études . Les progrès qu'il y fit , & fes talens pour
enſeigner , n'échapperent point aux yeux de M.
Rollin , alors Principal du Collége de Beauvais
qui en 1701 le nomma Régent de Seconde dans
ceCollege, Ilſe diftingua dans cette place par un
grand nombre de pieces en proſe & en vers , qui
furent imprimées chacune dans leur tems , & que
l'on trouve recueillies avec beaucoup d'autres
qu'il a faites depuis , dans un volume imprimé en
1727 chez Quillau , ſous ce titre : Selecta carmina
Orationesque clariffimorum quorumdam in Univerfitate
Parisiensi Profefſſorum . Trois Harangues qu'il
prononça ; l'une en 1709 , fur les dangers & les
avantages des Belles Lettres ; la ſeconde en 1710 ,
fur l'utilité de l'Hiſtoire prophane , & la troifiéme
en 1712 , fur lamort du Duc de Bourgogne , lui firent
auſſibeaucoup d'honneur,
,
En 1712 , M. Rollin s'étant retiré du Collége
de Beauvais , feu M. de Meſmes , Premier Préffdent
du Parlement de Paris , chargea M. Coffin de
l'adminiſtration de ce College ,qui eſt ſous la direction
immédiate du Parlement , & au mois de
Juin 1713 , il fut établi Principal en titre.
Il fut élû Recteur en 1718 , & continué l'année
ſuivante. Son Rectorat fut illustré par l'établiſſement
de l'inſtruction gratuite , projet formé par
le Cardinal de Richelieu , & que la faveur & la
protection de M. le Duc d'Orleans , Régent du
Royaume , réaliſa par les ſoins de eu M. d'Argenſon,
Garde des Sceaux & Vice- Chancelier. Les
complimens& les remerciemens que M. Coffin fit
AOUST.
1749. 197
au Roi & au Prince Régent , ont été imprimés,
ainſi que la harangue qu'il prononça au nom de
Puniverfié , ſur l'heureuſe naiſſance de Monfeigneur
le Dauphin .
Connu par fon talent pour la Poëſie ſacrée, plufieurs
Eglifes lui demanderent des Hymnes à leur
ufage , & le nouveau Bréviaire de Paris en contient
un grand nombre.
Il a été inhumé le 22 dans la Chapelle du Collége
de Beauvais , ſur la Paroiſſe de Saint Etienne
du Mont.
Le 23 , Joſeph Sevin , Comte de Quincy , Lieutenant
de Roi de la Province d'Orleanois & Cheva .
lier de l'Ordre Royal & Militaire de Saint Louis ,
mourut âgé de 72 ans , fur la Paroiſſe de Saint
Roch , & fut tranſporté aux Feuillans.
,
Il avoit épousé en premieres néces Magdeleine
de Seve , veuve d'Anne Poitiers Seigneur du
Parc , morte le 20 Octobre 1729 , âgée de si
ans ; & en ſecondes noces Marie - Magdeleine
Eugenie de Tournai d'Aſigny d'Oiſy, morte le 11
Mai 1738.
Il étoit fils d'Auguſtin Sevin , Seigneur de la
Carbonniere , près de Brie Comte Robert , & de
Françoiſe Clupion de la Boiffiere , petit - fils de
Charles Sevin , Seigneur de Quincy , Maître des
Requêtes , & de Marie le Maître , fille d'Auguſtin
le Maître , Conſeiller au Parlement.
Cette famille eſt ancienne dans la Robe . François
Sevin , ayeul de Charles , étoit Préſident à la
Cour des Aydes. Il épouſa Antoinette le Rebours ,
Dame de Quincy. Jean Sevin , Seigneur deVitré ,
biſayeul de Charles , demeuroit à Orleans , & fon
fils Macé vint s'établir à Paris .
Le même jour , Gabriel-Jean de Pleurre , Maître
des Requêtes , & Intendant de la Généralité de la
I iij
198 MERCUREDEFRANCE:
Rochelle , mourutdans ſon Intendance, âgé d'environ
36 ans . Il avoit été reçû Confeiller au Parlement
en la ſeconde Chambre des Enquêtes le 26
Mars 1733 , & Maître des Requêtes au mois de Février
1741. Le 1s Janvier 1742 il avoit épousé
Adelaïde- Sophic l'Epinau , fille unique de Nicolas
l'Epinau & d'Anne Morel.
,
Il étoit fils de Jean - Nicolas de Pleurre , Sei
gneur de Romilly, Conſeiller au Parlement de Paris
le 20 Avril 1701 , &de Marie- Françoiſe de la
Porte , morte le 15 Avril 1713 , âgée de 32 ans .
Le 25 , Michel -Joſeph Serrion , Seigneur d'Agleghen
, mourut âgé de sfans , & fut inhumé à
Saint Germain l'Auxerrois.
Le 29 , Jean Bodinier , de la Paroiſſe de Urriz ,
Dioceſe de Nantes mourut fans ſouffrir aucun
mal , âgé de 102 ans. Il avoit toujours joui d'une
pleine ſanté , & trois jours avant ſa mort , il avoit
été à la Meffe à une lieue de distance de ſa demeure.
Le premier Juillet , Charles Coffin , Seigneur de
la Quaquetiere , & autres Lieux , Lieutenant Général
d' Artillerie de France, mourut, & fut inhumé
àSaint Jeanen Greve.
Le s, Magdeleine Andreas du Meſnil, épouſe de
N. de Souligné, Conſeiller, Secretaire du Roi , Mai.
fon & Couronne de France & de ſes Finances ,
mourut , & fat inhumée à Saint Roch .
Le 6 , Angélique de Hautefort ,veuve de Cefar-
Phebus, Marquis de Bonneval , mourut à Paris
dans la quatre-vingt-onzième année de ſon âge.
Le 7 , Marthe Vergez mourut à Vienne , près
de Nerac , dans la cent dixième année de ſon âge.
Elle étoit veuve du nommé Louis Landis, mortde
puis environ deux ans , âgé de 104 ans.
AOUST. 1749. 199
L
ARTICLE
Sur feu M. le Cardinal de Rohan.
19 Juillet , Armand-Gaston-Maximilien do
Rohan , Cardinal Prêtre de la Sainte Egliſe Romaine,
du Titre de la Trinité in monte Pincio, Evêque
& Prince de Strasbourg , Landgrave d'Alface ,
Prince du S. Empire , Grand Aumônier de France,
Commandeurde l'Ordre du Saint Esprit, Proviſeur
de Sorbonne , Abbé des Abbayes Royales de Saint
Waaſt d'Arras , de la Chaise Dieu , & de Foigny,
l'un des Quarante de l'Académie Françoile , &
Honoraire de celle des Inſcriptions & Belles Lettres
, mourut à Paris en ſon appartement du Louvre
, dans la foixante-ſeizième année de ton âge.
Son corps a été tranſporté le 21 en l'Egliſe Paroiffiale
de Saint Germain l'Auxerrois, &de- là au
Convent des Religieux de la Mercy, lieu de ſa ſépulture.
Il avoit été élú Chanoine de Strasbourg le 2
Septembre 1690 ; reçû Capitulaire le 6 Septembre
1692, nommé Coadjuteur du Cardinal de Furſtem
berg , Evêque de Strasbourg , le 28 Février 1701 ;
facié Evêque deTiberiade le 26 Juin ſuivant , dans
l'Egliſe Abbatiale de Saint Germain des Prés , par
le. même Cardinal de Furſtemberg , qui en étoit
Abbé.Devenu Titulaire de l'Evéché de Strasbourg
en 1704 , il prêta ſerment de fidélité au Roi le 15
Juin de la même année. Au mois de Juin 1706 ,
Sa Majesté lui donna ſa nomination au Cardina
lat ,& le Pape Clement XI le créa Cardinal le
18 Mai 1712. Il reçut la Barrette des mains de Sa
Majesté le 21 Juillet ſuivant.Après la mort du Car
L
I iij
100 MERCURE DE FRANCE .
dinal de Janſon , il fut nommé Grand Aumonier
de France , & en cette qualité Commandeur de
l'Ordre du Saint Eſprit , & il prêta ferment le 10-
Juin 1713 .
,
M. le Cardinal de Rohan étoit le quatrième
fils de François Prince de Roham , quia com .
mencé la branche des Princes de Soubiſe , Ducs
de Rohan- Rohan , Pairs de France , & d'Anne
de Chabot, fille aînée de Henri de Chabot, Duc de
Rohan , Pair de France , & de Marguerite , Ducheffe
de Rohan .
François étoit fils de Hercules , Prince de Rohan
, Duc de Montbazon , Pair de France , & de
MargueritedeBretagne , ſa feconde femme.
Hercules , qui a fait la branche des Ducs de
Montbazon, Pairs de France, étoit fils de Louis VI.
du nom , Prince de Guemené , & d'Eléonore de
Rohan , ſa parente.
Louis étoit le ſixiéme defcendant de Charles de
Rohan Charles a fait la branche des Princes de
Guemené , il étoit fils aîné de Jean I. du nom ,
Vicomte de Rohan , & de Jeanne de Navarre ,
fille de Philippe , Comte d'Evreux , Roi de Navarre
, & de Jeanne de France . Par cette alliance ;
Jean I. fut petit fils de Louis Hutin, Roi de France,
& beau-frere de Philippe de Valois, Roide France ;
de Pierre , Roi d'Arragon ; de Gaston , Comte de
Foix , & de Charles II. Roi de Navarre .
Le même Jean I. Vicomte de Rohan , étoit le
huitiéme deſcendant d'Alain I. du nom , Vicomte
de Rohan , mort l'an 1128 .
Alain I. étoit le troiſiéme fils d'Eudon I. Comte
de Porhoet , Vicomte de Rennes , & d'Anne de
Leon.
Eudon I. étoit petit fils de Guemené , Comte de
Porhoet,Vicomte de Rennes , vivant l'an 1008.
AOUST. 201 1749.
Tous les anciens monumens , qui concernent
cette Maiſon , prouvent qu'elle eſt iſſue de celle de
Bretagne , & tous les Hiſtoriens , qui en parlent ,
rendent le même témoignage.
M. le Cardinal de Rohan foutenoit une origine
fi illuftre par tout ce qui peut en relever l'éclat.
Avec l'extérieur qu'il avoit reçû de la nature , il
n'avoit preſque pas beſoin des marques de ſes dignités
, pour annoncer ſa haute naiſſance . La nobleſſe
de ſon ame répondoit à l'air de grandeur
qui brilloit dans ſa perſonne ; & quelque confidérablesque
fuflent ſes revenus , à peine paroiſſoientils
proportionnés à ſon humeur magnifique & bienfaiſante.
N'ayant uſe de ſes richeſſes & de ſon crédit,
que pour faire le bien;ayant joint toujours, aux
qualités les plus propres à imprimer le reſpect,celles
par leſquelles on réuſſit le plus à ſe faire aimer, il eſt
auſſi juſtement regretté aprés lamort , qu'il a été
loué généralement pendant ſa vie.
Le Sieur Hericé , Architecte de feu M. le Prince
deCarignan,vient d'achever au mois d'Avril 1749,
deux nouvelles Machines des plus fimples pour
récurer les portsde mer, rivieres, canaux , marais ,
étangs , &c. L'une de ces machines eft à double
pelle grillée , qui opere des deux côtés. Elle est
compoſée de quatre treuils ſeulement , & peut
enlever ( à vingt pieds de profondeur) tre te pieds
tubes en moins d'un demi quart d'heunre , avec
dix hommes .
La feconde pour le même ſujet eſt avec un mouton
pour faire entrer une pelle dans les forts tufs
que l'on peut rencontrer; on évitera par ces Machines
les balancemens des pelles que les courans
des eaux peuvent occaſionner par la maniere dont
Iv
202 MERCUREDE FRANCE.
les cordages des treuils retiennent ces pelles , lorfqu'elles
font defcendues & montées.
Ceux qui ſe trouveront dans le cas d'en avoir
beſoin , pourront voit la manoeuvre des modeles
chez M. Chapelet , joignant les Prêtres de l'Oratoire.
IH
Lyaprèsde trente ans que M. & Madame
Harrington , compoſent, avec leurs enfans, differens
remedes pour le ſoulagement des malades.
L'intérêt qu'ils prennent à Putilité publique
les porte , quant à présent , à donner avis d'une
pommade ou remede extérieur dont ils uſent depuis
biendes années avec un ſuccès toujours égal ,
& qui fans altérer l'économie animale , guérit en
peu de tems par la tranſpiration , les paralies
goutte ſciatique, & rhumatifmes, amollit & rend
la liaiſon & la force aux nerfs , en les allongeant
lorſqu'ils font raccourcis , & rappelle aux malades
leur premiere vigueur. Plus de cinq cens perfonnes
enont reffenti les bons effets l'année derniere :
les uns extrêmement ågés, qui depuis quinze vingt
&vingt trois ans,avoient tenté les remedes ordinai
res, les eaux, &c. fans avoir reçû de ſoulagement ;
les autres qu'on ne pouvoit depuis bien des années
remuer qu'avec le drap delt , par les cruelles dou
leurs dont ils étoient tourmentés, ont éte guéris par
ce remede , & ſe portent au mieux . M Harrington
eſt'en état de faire voir quantité de Lettres de remerciemens
, Certificats , Actes paſſés devant des
Notaires Royaux Attestations, de beaucoup de
Meffieurs les Recteurs , Curés , Prêtres & Gentilshommes,
Gardiens ou Prêtres d'Hôpitaux, de Religieuſes
Hofpitalieres , & autres de plufieurs perſonnes
de conſidération qui affirment ces guéris
AOUST.
1749. 203
fons , auxquels on peut d'ai leurs écrire , fi l'on
yeut être inſtruitdel'état actuel des malades guéris.
Quoiqu'il y ait peu de jours que M. Harrington
ſoit à Paris, il indiquera des perſonnes
diftinguées qui y reffentent les bons effetsde ſon
remede , qui rétablit auſſi les enfans noués , &
raffermiten vingt-quatreheures les nerfs des membresdémis
: ce remede ne peut jamais faire aucun
mal , mais toujours beaucoup de bien.
M. Harrington fait ſa réſidence en la Province
deBretagne , ſon adreſſe eſt à M. Harrington de la
Corderie , Chevalier de Saint Lazare , à ſon Châ
teau de la Broufle , par Lamballe , à Matignon.
Ceux qui lui écriront auront agréable d'affranchir
le port.
Quelques affaires l'ont appellé à Paris , où il
pourra refter juſqu'au mois de Septembre , fi pendant
le ſéjour qu'il y fera , quelqu'un a beſoin
de fon fecours , il ſe fera un plaifir de le lui donner.
Il occupe le premier appartement au Caffé
Beaulieu , place Maubert.
NOUVELLES preuves des effets extraordinaires
desGouttes duGénéral de lai
Morbe , qui font voir qu'elles font d'une
grande reſſource dans les cas les plus cri-
2
tiques.
LE troifiéme Juin 17491
, la Dame l'illot;
demeurant à Paris , vieille rue du Temple , au
bour de la rue Paradis , a eu une perte de fang
des plus conſidérables pendant deux fois vingtquatre
heures , après un accouchement fort laborieux
; pour l'arrêter on la faigua deux fois ,
!
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE:
ce qui la réduiſit dans une foibleſſe extrême , accompagnée
d'un violent mal de tête juſqu'a
12 du même mois , où ce mal est devenu fi furieux
, qu'elle tomboit ſouvent dans des eſpéces
de convulfions. Elle réſiſta pendant deux jours ,
fans vouloir conſentir àune faignée du pied qu'on
propoſoit ; mais le mal de tête , les convulfions&
les faignemens de nés , devinrent fi exceffifs
qu'elle y confentit ; elle ne pouvoit pas nême
prendre aucune nourriture ſansvomir. Auſſi- têt
qu'il fut forti environ une poëlette & demie de
fang,la malade tomba dans une foibleſſe convulfive
qui arrêta le ſang ,& qui dura vingt minutes.
Elle futjugée & mal enfuite ,que l'Accoucheur affura
qu'à moins d'un miracle , elle n'avoit pas
encore une heure à vivre Une ſeconde convulfion
la reprit encore , ce qui fit juger au Pere Filiſtin
, Carme Déchauffé , ſon Confeſſeur , qui
éroitpréfent , que c'étoit fa derniere heure , d'autantqu'on
ne trouvoit plus de pouls.
Madame de Mars , tante de la malade , arriva
dans ce moment. Ayant déja vú des miracles.
faits par les gouttes de M. le Général de la Mothepourdes
fuites de couches, elle prit ſur elle de
lui en donner vingt gouttes , ce qui la ranima fi
bien qu'elle fut en état de recevoir les Sacremens.
Auſſi tôt apres eile lui en fit reprendre trente gouttes,
enfuite deſquelles la vue preſque éteinte ,
auffi-bien que la parole, lui revinrent : enfin
quelques heures après on lui en donna encore
vingt gouttes , ce qui commença àdonner au lait
un cours par les urines avec des fueurs confidérables
, fur tout à la tête : le pouls revint dans ſon
état naturel , les maux de tête diminuerent confidérablement
, & enfin à la faveur encore de quelques
priſes , tous les maux ont diſparu ,&le 29
AOUST.
1749. 205
da même mois de Juin , la malade a été entierement
en parfaite ſanté-
LETTRE aux Auteurs du Mercure.
C
,
گن
Omme l'objet principalde vos travaux , Meffieurs
, eſt l'utilité &l'instruction du Public
j'ai crû que vous voudriez bien lui faire part d'une
découverte fort avantageuſe pour ceux qui font
dans lecas de faire uſage de remedes purgatifs :
les Medecins font toujours convenus qu'il feroit à
fouhaiter qu'on pût trouver quelques moyens pour
les rendre moins déſagréables non ſeulement
pour éviter le dégoût qu'ils cauſent en les avalant
mais encore pour empêcher que l'eſtomach ne les
rejette , & que l'on ne perde par ce moyen le ſecours
que l'on en eſpéroit , en caufant au malade.
une double occaſion de dégoût ; pluſieurs Artiſtes
ont tenté juſqu'à ce jour d'enlever la fadeur de la
caffe , de la manne , du fené , & l'amertume de
la rhubarbe agaric : leurs peines ont été inutiles ;
mais le Sieur de la Planche, Maître Apoticaire, rue
du Roulle, y a réuſſi : il a communiqué ſes découvertes
à ſes Eleves dans le cours de Chymie.
LE Sieur Flechy , de Paris , ancien Chirurgien-
Major aux Armées & Hôpitaux du Roi , cidevant
Médecin & Chirurgien - Major en chef
des troupes de Son Altefle Electorale Palatine
Inſpecteur Général des Hôpitaux , Chirurgien-
Major Civil des Ducliés de Bergue & de Juliers ,
Profeffeur d'Anatomie à Duffeldorff , & Accoucheur
de la Cour , a crû devoir informer lePublic,
Y
206 MERCURE DEFRANCE.
qu'il traite chez lui toutes les maladies Chirurgi
cales ,& particulierement les Maladies Veneriennes
, & les humeurs froides , avec d'autant plus
de ſuccès , qu'une longue expérience lui a acquisune
méthode fûre & parfaite , pour le traitement
& la guériſon de celles-ci , quelque invétérées
qu'elles foient. La réputation qu'il s'eſt acquiſe ,
tant dans les Cours Etrangeres qu'aux Armées ,
eſt un préjugé légitime du ſuccès qu'il ſe promet
d'avoir à Paris . Il donnera gratis ſes avis aux pauvres
, depuis midi juſqu'à deux heures. Il demeure
vue Saint Denis , au Café, vis-à- vis la rue de la
Hexumerie , près la Porte- Paris .
L
E Sieur Rosa partira à la fin de Septembre
pour Lyon , pour recueillir les biens confidérables
qui lui ont été adjugés par pluſieurs Arrêts.
Il donne avis au Public qu'il y diftribuera ſes Bandages
pour les hernies , comme il faifoit à Paris
où il a guéri plus de huit cens perſonnes ; il guérir
hommes ,femmes & enfans , fans aucune incifion
ni opération , ſans prendre aucun remédé par la
bouche , & fans garder la chambre ;il poſléde le
fecret de faire plufieurs fortes de bandages fans
fer , qui n'incommodent jamais , quelques exer
cices que l'on faſſe; ilavertit auſſi les Dames qui
ont le nombril gâté , & qui cachent leur maladie
aux Médecins ou Chirurgiens , qu'il a le ſecret de
guérir radicalement cette maladie , dont plus de
quatre cens perſonnes font mortes depuis le mois
de Janvier dernier , faute d'avoir déclaré leur maladie
, ou du moins l'ayant déclarée trop tard ,
la gangrene s'y étant moſe ,& n'y ayant plus pour
lorsde reméde .
Ceux qui ſe trouveront incommodés des ſuſdi
AOUST. 207. 1749.
zes maladies , n'ont qu'à lui envoyer la meſure
aujuſte , priſe ſur la chair où le mal fe trouve , &
affranchir les ports de Lettres .
Sademeure à Paris , est chez le Sieur Flavigny
Traiteur , rue de la Calandre , près le Palais . Eta
Lyon , Place des Carmes , pr sles Terraux.
L
AVIS AU PUBLIC.
A veuve du Sieur Bunon, Dentiſte des Enfans de
France,donne avis qu'elle débite journellement
chez elle, rue Sainte Avoye, au coin de la rue de Braque,
chez M. Georget, fon frere ,Chirurgien , les
remedes de feu ſon mari , dont elle a ſeule la
compoſition , & qu'elle a toujours préparés ellemême.
Sçavoir : 1º.Un Elixir anti ſcorbutique qui raffermit
les dents , diſlippe le gonflement & Pinflammation
des gencives, les fortifie, les tait recroître,
diflippe & prévient toutes les afflictions ſcorbutiques
, & appaiſe la douleur de dents .
2º. Une Eau appellée Souveraine , qui affermit
auffi les dents , rétablit les gencives , en diſſippe
toutes tumeurs , chancres & boutons qui viennent
auffi à la langue , à l'intérieur des lévres & des
joues , en ſe rinçant la bouche de quelques gouttes
dans de l'eau tous les jours , elle la rend fraîche
&fans odeur, & en éloigne les corruptions , elle
calme la douleur des dents.
3 °. Un piat pour affermir & blanchir les dents,
diffiper le ſang épais & guoffier des gencives , qui
les rend tendres & mollaffes , & cauſe de l'odeurà
la bouche,
4º Une Poudre de Corail pour blanchir les
dents& les entretenis, elle empêche que le limon
108 MERCURE DE FRANCE.
ne fe forme en tartre , & qu'il ne corrompe les
gencives , & elle les conſerve fermes & bonnes ;
de forte qu'elle peut fuffire pour les perſonnes qui
ont ſoin de leurs dents, fans qu'il foit néceffaire de
les faire nettoyer. Les plus petites bouteilles , font
d'une livre dix fols .
Les plus petites bouteilles d'Eau Souveraine ,
fontd'une livre quatre ſols ; mais plus grandes que
celles de l'Elixir.
Les pots d'Opiat , les plus petits ſont d'une li
vredix ſols.
Les boëtes de Poudre de Corail, ſont d'une livre
quatre fols..
Maniere deſe ſervir des remedes ci deſſus ,
leurs usages.
Avant de ſe ſervir de l'Elixir , fi les dents font
chargées de tartre ou autres malpropretés , il faut
les faire nettoyer, & dégorger les gencives , enfaite
ſe gargarifer trois ou quatre fois la bouche
plus ou moins par jour , de quatre à cinq gouttes
d'Elixir dans un demi verre d'eau tiede ou froide ,
felon qu'il y a de ſenſibilité , même d'une demie
cuillerée d'Elixir pur, fi la corruption des gencives
eſt plus forte ,& frotter avec le doigt , en gargarifant
, & baffiner les endroits de la bouche qui
ſe trouveront plus irrités , avec cet Elixir pur ,
s'il est néceſſaire. Pour la douleur des dents, on en
met dans la carrie avec du coton imbibé , & on le
renouvelle .
On tire un grand avantage de l'Eau Souveraine
, lorſqu'on a la bouche échauffée & de mauvaiſe
odeur , les gencives tendres & les dents foibles
& branlantes , de même que lorſqu'il y a
quelques petits chancres ou boutons , foit à la
langue , auxlévres && à l'intérieur des joues. Pour
AOUS T. 1749. 109
les premieres circonstances , on ſe rince la bouche
cinq à fix fois le jour , d'une demie cuilletée
de cette Eau , dans le quart d'un verre d'eau ,
comme pour l'Elixir ,juſqu'à ce que l'échauffement
,
foit diffippé & les dents raffermies ; il fuffic
après , d'une ou deux fois par jour , le matin & le
foir . Pour les boutons ou chancres on en met
une demie cuillerée , dans deux ou trois cuillerées
d'eau , qu'on roule dans la bouche , on renouvelle
de momens à autres pendant quelques demies heures
, ce qui ſuffit pour diffiper cette incommodité.
L'Opiat blanchit & raffermit les dents , rétablit
le mauvais état des gencives ; il en diſſippe
le ſang groffier , qui les rend tendres & mollaffes
cequi cauſe de la mauvaiſe odeur :pour plus d'efficacité
, il faut faire ôter le tartre. On prend de cet
Opiat au bout d'une racine , d'une éponge ou
d'un linge , & on frotte les dents & les bords des
gencives autant qu'il est néceſſaire pour les réta
blir , après quoi , une fois ou deux par ſemaine
fuffit.
Pour ceux à qui le goût fait préférer la Poudre
deCorail , ils s'en fervent de même que de l'Opiat
, avec une racine ou une éponge ; le cas où
on la doit préférer à l'Opiat , eſt lorſque les gencives
ſont fermes& faines : elle empêche que l'une
& l'autre ne décheoient de cette perfection , elle
conſerve la bonne qualité de l'émail & fa blancheur
, & le blanchit , quand cette perfection lui
manque.
Ontrouve auffi chez elle des Racines préparées &
des Eponges fines .
Laveuve Bunon ofe affurer que le Public ſera
auſſi fatisfait de la bonté deſdits remedes , dont les
Dames de France ont uſe ,qu'il l'étoit du vivant de
fon mari.
210 MERCURE DEFRANCE,
:
Ce qu'on doit obſerver pour entretenir la
bouchepropre & conſerver les dents .
Il est très important d'empêcher que le limon
ne ſéjourne fur les dents & les gencives ; pour
yparvenir , il faut avoir l'attention de ſe rincer
labouche tous les matins avant que de manger ;
pour cela, il faut ſe ſervir d'un cure dent de plume,
une petite éponge ou une racine , de quelque
bonne poudre ou opiat , avec de l'eau un pet
tiéde , un peu d'eau-de-vie , de vulnéraire , d'eau
ſouveraine ou de lavande , diſtilée à la commodité
on volonté des perſonnes : on prend de l'eau dans
la bouche , gargarifaut & frottant avec le doigt ,
en comprimant les gencives du haut en bas àla
fupérieure , & du ſens oppoſé pour l'autre , on
prend le cure-dent enſuite pour dégager le limon
d'entre les dents , doucement , ſans effort , & en
prendre de plus minces , s'il est néceſſaire ; après
quoi , on paſſe un peu d'eau dans ſa bouche , &
puis on prend l'éponge ou la racine ,& on frotte
du ſens droit les dents , & non de travers , & on
prend garde qu'd ne reſte point de limon ſur les
rebords des gencives , & cela , pour éviter qu'il
ne ſe forme un tartre ou chancre , & lorſque le
cure-dent , l'éponge ou la racine, ne peuventôter
le limon déja un peu attaché ſur les dents , alors
il faut ſe ſervir d'un peu de poudre ou d'opiar ,
en frottant avec la même éponge ou racine , lé
gerement & n'en point mettre trop ſouvent , ne
s'en ſervant que lorſque les dents ne peuvent être
bien nettoyées ſans ce ſecours , & lorſque le tartre
eſt tropottaché , & qu'il mange les gencives ,
il faut faire nettoyer les dents plus tôt que plus
tard , pour éviter le danger. Il faut habituer de
bonne heure les enfans à ſe laver la bouche , &
AOUST. 1749. 211
avoir recours à l'oeil & à la main du Dentiſte au
beſoin. Les jeunes femmes après leurs groſſeſſes
doivent faire examiner leur bouche , pour prévenir
la perte des dents , & les accidens qui s'enfuivent
; il faut auffi ſe rincer la bouche après le
repas.
**************
ARRESTS NOTABLES.
A
RREST du Conſeil d'Etat du Roi , du 30
Décembre 1738 , portant reglement pour
Padminiſtration des deniers communs du Corps &
Communauté des Marchands de Vin , & pour la
reddition des Comptes des Maîtres & Gardes du
dit Corps & Communauté.
- AUTRE du 26 Avril 1746, portant regle
ment pour l'adminiſtration des deniers communs
du Corps & Communauté des Marchands de vin ,
&pour la reddition des comptes des Maîtres &
Gardes duditCorps & Communauté.
EDIT du Roi , donné à Versailles au mois
Avril 1749 , portant fuppreffion des Jurisdictions
des Prévôtés , Châtellenies , Prévôtés- foraines ,
Vicomtés , Vigueries ,& toutes autres Jurildictions
Royales établies dans les Villes où il y a des
Siéges de Bailliage ou Sénéchauffée ; & réunion
aux Bailliages ou Sénéchauffées deſdites Villes .
ARREST du 29 , port nt que les Négocians
acquitterontles quatre fols pour livre des droits des
Marchandiſes qu'ils ontfait& feront venir de l'és
212 MERCURE DEFRANCE.
tranger , ainſi que le montantdes ſoumiffions par
eux fournies pour raiſon des mêmes quatre fols
pour livre fur les Marchandises qu'ils ont tirées de
l'étranger depuis le mois de Mars 1746.
4
AUTRE du même jour , qui ordonne que le
fieur Sanfon , Receveur des Confignations à Paris,
remettra dans le jour de la fignification d'icelui
à l'Adjudicataire des Fermes Générales unies, une
ſomme de quatre mille huit cens quarante- ſept
livres quinze ſols trois deniers , provenans de la
vente des biens immeubles ſaiſis réellement ſur
Jean Chaudun , Receveur des Gabelles à Brou ,
reliquataire , & ce , ſans aucune diminution ni retenue
du droit de Conſignation prétendu par ledit
feur Sanfon.
ORDONNANCE du 8 Mai , concernant
les Compagnies de bas Officiers de l'Hôtel Royal
des Invalides.
ARREST dute , qui ordonne l'exemption du
Dixiéme pour les Rentes créées par Edit du préfent
mois.
AUTRE du 31 , qui permet aux Prieur &
Religieux de Saint Martin des Champs , de continuer
de tenir un Bac fur la riviere de Marne au
lieu d'Annet , & de percevoir , pour le ſervice du
paſſage , les droits qui y font énoncés.
AUTRE du 10 Juin , portant reglement fur
la preſtation de ferment & l'enregiſtrement des
Provifions des Officiers des Greniers àà fel dans les
Bureaux des Finances.
↓
AOUST. 1749. 213
AUTRE du même jour portant nomination
des perſonnes qui ſigneront les Coupons des Re.
connoiſſances qui doivent être fournies par le
Tréſorier de la Caiſſe générale des Amortiſſemens
aux acquéreurs des Rentes créées par Edit du mois
deMai dernier.
AUTRE du même jour , qui fait défenſes
toutes perſonnes , de quelque qualité & condition
qu'elles foient, de faire fortir des Provinces de
Flandre , du Haynault , de Picardie , d'Artois &
du Soiffonnois , pour l'Etranger , aucuns Lins ou
Filets gris ou écrus , ni aucuns Fils retors , qui ne
foient teints ou blanchis .
AUTRE du même jour , qui ordonne que
les Poffeffeurs des maiſons & héritages , ſitués
dans la Ville de Caën , & tenus de Sa Majefté en
fief , rôture , franc- bourgage ou franche bourgeoifie
, feront tenus de repréſenter leurs titres de
proprieté aux Receveurs & Contrôleurs Généraux
des Domaines de la Généralité de Caen , pour être
enregistrés & contrôlés .
ORDONNANCE du Roi du 6 juillet ,
qui défend àſes Sujets , réſidens dans les Echelles
de Levant & de Barbarie , d'y acquerir des biens
fonds.
AVIS.
0
Des Auteurs du Mercure.
N prie ceux qui doivent des Mercures
, de les payer dans le courant
decemois.
J
APPROBATIO Ν.
Ai lû par ordre de Monſeigneur le Chancelier
le Mercure de France du mois d'Août
$749. A Paris , le premier Août 1749.
P
MAIGNAN DE SAVIGNY,
TABLE.
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe.
Lettre ſur la Comédie du Méchant ,
Phébus & l'Amour , Ode Anacreontique ,
L'Abeille , Emblême de l'Amour ,
La gentilleſſe & la beauté , réunies ,
3
22
2.5
27
Lettre de M. D. D. à M. Remond de Sainte Albine
, 29
Reflexions ſur la transfuſion du ſang ,
Le Retour du Printems. Divertiſſement Paſto-
33
ral , 49
Extrait d'un Diſcours Latin ſur la Paix , prononcé
par le Pere du Rivet , Jeſuite , au Collége des
des Jéſuites de Caën , D
Parallele de Louis XV avec Louis XIV , 72
Reflexions ſur la nouvelle Carte de M. de
Thury , 78
Madrigal, 84
Naïs , Cantatille , 85
Lettre touchant le vrainom d'un Poëte François
du quinziéme fiécle , 87
Amphion , Cantatille , १०
Conſeils d'un ami à une Dile par un Auteur anonyme,
92
Lettre fur le Problême d'Arithmétique propoſé
par M. Faiguet , 97
Séance publique de l'Académie Françoiſe , 106
Mots de l'Enigme & des Logogryphes du Mercure
de Juillet , 113
Logogryphes , ibid.
Nouvelles Litteraires , des Beaux-Arts , &c. 117
Lettre de M. Racine à M. Remond de Sainte Albine
, au ſujet de l'Edition des Lettres de Roufſeau
, 138
Planches Anatomiques du Sr Gautier , 139
Mémoire lû par M. Pereire dans la Séance de l'Académie
Royale des Sciences au ſujet d'un ſourd
& muet , auquel il a appris à parler , 141
Programme de l'Académie des Jeux Floraux , 159
Celui de l'Académie Royale d'Angers , 164
Eſtampes nouvelles & Plan de Paris , 168
Chanſon notée , 169
Spectacles , 170
Concerts à la Cour , 172
Avertiſſement ſur les Nouvelles Etrangeres & fur
le Journal de la Cour , &c . 173
Nouvelles Etrangeres , 1,74
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c . 190
Bénéfices donnés , 192
Naiflance , Mariages &Morts , 193
Article ſur feu M. le Cardinal de Rohan , 199
Son Eloge, 201
Machines pour récurer les Ports de Mer , &c . 201
Pomade pour les Paraliſies ,&c . 202
Guériſon extraordinaire , opérée par les Goutes
de feu M. le Général la Mothe , 203
Secret pour rendre les médecines moins déagréables,
205
Avis du Sr Flechy , ibid.
Du Sr Roſa , 206
De la veuve Bunon , 207
211 Arrêts notables ,
LaChansonnotéedoit regarder la paze
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
169
besten de zn. Remmurd deVallice
Su un han
defraue
Louw aller
Sungulies. Pag. 141 .
MERCURE
citl
DE FRANCE ,
1 1
DÉDIÉ AU ROI.
SEPTEMBRE. 1749 .
GITUT SPARGAT
Chez
A PARIS ,
ANDRE' CAILLEAU , rue Saint
Jacques , à S André.
La Veuv PISSOT, Quai de Conty ,
àla defcerte du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY, au Palais ,
JACQUES BARROIS , Quai
des Auguſtins , à la ville de Nevers.
M. DCC. XLIX.
Avec Approbation& Privilege du Roi.
AVIS.
1
1749
La
'ADRESSEgénérale duMercure est
à M. DE CLEVES D'ARNICOURT ,
840.6 rue des MauvaisGarçons , fauxbourg Saint
M & Germain , à l'Hôtel de Macon. Nous prions
très - instamment ceux qui nous adreſſeront
des Paquets par la Poſte , d'en affranchir le
Port ,pour nous épargner le déplaisir de les
rebuter, & à eux, celui de nepas voirparoître
leurs Ouvrages.
Sept.
Les Libraires des Provinces ou
Etrangers , qui ſouhaiteront avoirle
deFrancede la premiere main , Oplus
tement, n'auront qu'à écrire àl'adreſſe c
indiquée ; onse conformera très-exact
leurs intentions.
Ainsi il faudra mettrefur les adreſſfe.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au M
de France , rue des Mauvais Garçons ,
remettre à M. Remond de Sainte Albin
PRIX XXX. SOLS,
MERCURE
1
DE FRANCE ,
1
DÉDIÉ av ROI .
SEPTEMBRE . 1749 .
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
LE PRINCE DE NOISY.
S
Ballet heroïque.
Ans doute les Habitans des Provinces
nous ſçauront gré , de
leur faire lire un ouvrage ingénieux
, qui n'eſt connu que de
la Cour , & d'un certain nombre de perſonnes
de cette Capitale. Ce Ballet a éré
repréſenté devant le Roi , ſur le Théatre
des petits Appartemens. Le Poëme eſt de
M. de la Bruere , qui dans ſon Ballet des
A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
Voyages de l'Amour , & dans l'Opéra de
Dardanus , avoit donné des preuves brillantes
de ſon talent pour la Poëſie Lyrique
. Meſſieurs Rebel & Francoeur , Sur-
Intendans de la Muſique de Sa Majesté ,
ont compoſé la Muſique du nouveau Ballet
, & elle n'a pas été moins applaudie
que les paroles,
PERSONAGES,
Le Druide , Enchanteur , pere d'Alic,
Choeur de Gnomes .
Alie , fille du Druide .
Le Prince de Noiſy , connu ſous le nom
de Poinçon , & amant d'Alie .
Un Druide , Grand Prêtre , & Ordonnanateur
des Jeux.
Druides , & Peuples des Gaules,
Un Suivantdu Druide.
Moulineau , Géant & Magicien , amou
reux d'Alie.
Suite du Druide , déguiſée en Saltimbanques.
Génies & Fées,
SEPTEMBRE. 17494
cacancacaca cacataca
АСТЕ PREMIER .
Le Théatre repréſente l'endroit le plus
épais d'une Forêt , orné de Monumens
antiques , entre leſquels eſt le Bufte de
Cléopatre : on voit le Chêne facré où
l'on doit couper le Guy ; au pied eſt un
Autel ruſtique .
దలసభనంకానలనల నల R
SCENE PREMIERE.
LE DRUIDE.
Esprits qui commandez aux ombres ,
Et qui tremblez ſous mes loix ,
Sortez de vos antres ſombres ,
Venez , accourez à ma voix .
Les Gnomes fortent du ſeinde la terre
à la voix du Druide.
Choeur des Gnomes.
Sortons , accourons à ſa voix .
Le Druide.
L'avenir , dont mon art ſçait percer les ténébres ,
Ne m'annonce en ce jour que des objets funébres.
2
Le Ciel feroit - il le ſoutien
Du perfide ennemi qui me livre la guerre ?
Aiij
6 MERCUREDE FRANCE :
Ce monftre le mépris & l'horreur de la terre ;
Verroit-il ſon deſtind'emporter ſur le mien ?
Choeur des Gnomes.
D'un Oracle irrévocable
Obſerve les décrets ;
Crains un danger redoutable ,
Si tu mépriſes ſes Arrêts.
Le Druide.
J'ai ſuivi vos conſeils , j'ai fait des ſon enfance
Conduire dans ces lieux le Prince de Noify :
Enfermé dans ce Buſte , il y garde en filence
Ce Glaive précieux , ma plus chere eſperance.
Je lui cache avec ſoin que mon coeur l'a choiſt
Pour lui donner ma fille & ma puiſſance.
Le fecretde ſa naiſtance
Doit refter enſeveli
Juſqu'au jour de ma vengeance.
On danſe.
Le Choeur.
Contre l'Amour & ſes traits
Défens leur foible jeuneſſe :
S'ils connoiſſent ſes ſecrets ,
A l'inſtant ton pouvoir ceſſe.
On danſe.
Le Druide.
Le Deſtin a preſcrit qu'une heure chaque jour
Ils puiſſent ſe voir & s'entendre,
SEPTEMBRE. 1749 .
Par leur fimplicité je cherche à les défendre.
Hélas ! c'eſt un foible détour ;
Unregard éclaire un coeur tendre
Sur tous les fecrets de l'Amour.
LesGnomes ſe retirent.
SCENE ΙΙ.
LE DRUIDE , ALIE.
Alie.
Seigneur , déja l'heure s'envole ,
Poinçon devroit être en ces lieux.
Quoi ! ne verra-t'il point lesJeux?
Le Druide.
Quel ſoin ! quelle crainte frivole !
Poinçon va paroître à vos yeux.
Mafille , occupez-vous du danger qui nous preflex
Contre l'Amour gardez bien votre coeur ,
Songez qu'un éternel malheur
Suivroit un inſtant de foibleſſe.
Alie.
Je ſçais combien je dois redouter ſa fureur.
Vous me l'avez trop dit..... Mais que Poinçon
paroiffe.
Le Druide touche avec ſa baguette le
piédeſtal du Buſte de Cléopatre. Poinçon
en fort ; il vole vers Alie , qui va au-devantde
lui avec le même empreſſement.
Aiiij
11. TRE DE FRANCE.
Préfidez tous
い
:
Druide .
crés ,
> Curprendre :
s,
are.
ΙΙ.
Tandis que vous dé
SCENL
• POINÇON , ALIE .
Poinçons
On coeur peut donc s'ouvrir auplaiſir leplus
Mon coeur
doux ;
Je ſoupirois déja de ne point voir Alie.
Ah ! je voudrois retrancher de ma vie
Tous les momens que je paſſe ſans vous.
Vous ne partagez point ma vive impatience ;
Le doux plaiſir regne en ces lieux charmans ;
Il abrege pour vous les heures de l'abfence ,
Etj'en comptetous les momens.
Alie .
Cette retraite eft embellie
Par l'effort de l'art enchanteur }
Mais aucun des plaiſirs dont je la vois remplie ,
Aucun n'a ce charme flatteur
Que vous portez dans mon ame ravie.
2
Au ſein de ces plaifirs , vous manquez à mon
coeur ;
Quandje vous vois, je les oublie
SEPTEMBRE. 1749 .
Poinçon.
Que cet aven m'eſt doux ! que mon fort est heureux
!
Alie.
Notre bonheur dépend de notre obéiſſance .
Si le fatal Amour diſpoſoit de nos voeux ,
Nous ſommes menacés des maux les plus affreux.
Poinçon.
Aidons- nous l'un & l'autre à braver ſa puiſſance.
Alie.
Quoi ! les piéges qu'il tend font ils ſi dangereux ?
Poinçon.
Onditque ſous fon eſclavage ,
Par l'eſpoir le plus doux il ſçait nous attirer ;
Mais quel bien peut defirer
Un coeur que remplit votre image ?
A peine le mien tout entier
Suffit à l'amitié dont le noeud nous engage :
Loin de chercher aucun partage ,
Il voudroit ſe multiplier ,
Pour vous aimer davantage.
Eh ! quel bien peut déſirer
Un coeur que remplit votre image ?
Alie.
Vous peignez tous nres ſentimens :
Les grandeurs , les tréſors , les plaiſirs , les déli
ces,
Av
10 MERCURE DEFRANCE.
Je les donnerois tous pour un de nos momens ,
Et je ne croirois pas faire de ſacrifices.
Enſemble.
Porte ailleurs tes enchanteinens ,
Fuis , Amour , tyran redoutable.
Alie.
Vous plaire , vous aimer , eſt le bien véritable.
Enſemble .
Porte ailleurs tes enchantemens ,
Fuis , Amour , tyran redoutable.
Poinçon.
Je trouve dans vos yeux charmans
Un tréſor inépuiſable
De plaiſirs , de raviſſemens.
Enſemble.
Fuis , Amour , tyran redoutable ,
Porte ailleurs tes enchantemens.
SCENE IV.
POINÇON , ALIE , LE GRAND
PRESTRE , Ordonnateur des Jeux;
Druides & Peuples qui viennent célébrer
la Fête du Guy ſacré.
Poinçon.
Vous , Divinité puiſfante ,
Que nous cache l'horreur de ces Bois ténébreux,
SEPTEMBRE. 1749.
Recevez l'encens & les væ
Qu'un peuple foumis vous préſente.
Le Choeur.
Ovous , Divinité puiſſante , &c.
Poinçon.
De nos chants harmonieux
Que ce Bocage retentiſſe ;
Que tout l'Univers applaudifle
A la gloire de nos Dieux.
Le Choeur.
De nos chants harmonieux , &c.
On danſe.
Le Grand- Prêtre.
L'heure approche , il eſt tems : venez , Miniſtres
faints ;
Du fer ſacré venez ariner mes mains.
Sur une Symphonie mystérieuſe, on apporte
la Faucille d'or , & les Urnes dans
lefquelles on doit brûler l'encens.
Le Grand- Prêtre.
Prophanes , détournez vos regards téméraires.
Peuple fidéle , fuivez - moi
Aux Autels des Dieux de nos Peres.
Frémiſſons tous d'un ſaint effroi ,
En célébrant ces auguſtes Mystéres.
Le Choeur.
Frémiſſons tous ,&c.
AVANESCERE DE FRANCE,
:
Ramada
Quittez
Toinen.
een térieux ,
Brûlez , encens , onder dies , tre Une facrée ,
Montez juſquatredes Dieux.
Le Grand- Prêtre cope le Guy ſacré
les Druides vont l'adorer : enfuite les Peuples
célébrent la Fête par des danſes .
Poinçon , alternativement avec le Choeur.
Les ris & les jeux
Regnent dans ces lieux :
Sans chaînes ,
Sans peines ,
Tout flatte nos voeux.
D'un Dieu dangereux
Evitons les feux :
L'Amour de nos jours
Troubleroit le cours :
Les craintes ,
:
Les plaintes ,
Le ſuivent toujours.
On danſe.
Le Choeur.
Bänniſſons de ce Bocage
L'Amour , ce tyran des coeurs. :
SEPTEMBRE 1749 . 13
Le Grand- Prêtre
S'il a d'abord quelques douceurs ,
Bientôt il fait ſentir ſa rage.
Le Choeur.
Banniffons de ce Bocage , &c.
Le Grand-Prêtre.
S'il a d'abord quelques douceurs ,
Bientôt il fait ſentir ſa rage.
Le Choeur .
Banniſſons de ce Bocage
L'Amour , ce tyran des coeurs.
LeGrand- Prêtre , avecle Choeur .
C'eſt un Soleil brûlant qui conſume & ravage
Les champs où ſon aurore a fait naître des fleurs -
Banniſſons de ce Bocage
L'Amour , ce tyran des coeurs.
Poinçon au Grand- Prêtre .
Daignez m'apprendre à le connoître ,
Pour m'aider à l'éviter mieux.
Le Grand- Prêtre .
Quand on aime , on ſe donne un Maître.
L'eſclave le plus malheureux
Eft plus libre cent fois que le coeur qui ſoupire ;
C'eſt pour l'objet aimé qu'il vit & qu'il reſpire ;
Tous ſes ſentimens ,tous ſes voeux
Dépendent de ce qu'il aime,
Un coeur vraiment amoureux
2 T
MOSCURE DEFRANCE.
trà lui-même ,
Pour êtreLLEURS Petjet de les voeux.
Pant wers Alie .
Dieux ! Quel capaffé dans mon
ame!
C'étoit l'Amour , Alie...
Alie , arse effor
Ah ! Je lis de 5000 60.00
Quoi ! Le fatal Amour....
Poinçon.
Ne craignez point fa flamme :
Unſentiment fi doux peut- il être une erreur ?
On entend le bruitdu tonnerre ; le Ciel
s'obſcurcit ; la terre tremble ; tous lesMonumens
fe briſent. On voit , ſur le piédeftal
du Buſte qui renfermoit Poinçon , le
Glaive d'or , qui jette une vive lumiere au
milieu de l'obſcurité.
SCENE V.
Les Acteurs de la Scéne précédente , un
Suivant du Druide.
L
LeSuivant du Druide.
E Ciel contre nous ſe déclare,
Le Druide eſt vaincu ; ſon ennemi barbare
mes yeux l'a chargédefer.s
SEPTEMBRE. 1749 13
Poinçon.
Hélas ! Mon imprudence acaufé ce revers.
CeGlaive précieux du moins nous reſte encore...
Il prend le Glaive magique.
Glaive cher & facré , daignez armer mon brasi
Alie.
Contre un Tyran cruel que pourriez-vous , hélas !
Tout l'Enfer le ſeconde.
Poinçon.
Et moi je vous adore
L'Amour qui vient de m'égarer ,
L'Amour m'encourage& m'éclaire ;
C'eſt lui qui va réparer
La faute qu'il m'a fait faire.
L'Ordonnateur.
J'approuve ces nobles tranſports.
Mais il faut du Tyran tromper la vigilance.
Venez, fuivez mes pas ,vous ſcaurez quels ref
forts
Peuvent ſervir votre vaillance.
Venez, ſuivez mes pas , courez à la vengeance.
Poinçon & le Choeur.
Courons, courons à la vengeance.
6 MERCURE DEFRANCE.
ACTE II .
LeThéatre repréſente les Jardins de Moulincau.
IL gémit dan
SCENE Ι .
MOULINEAU.
L gémit dans les fers , ceDruide orgueilleux
✔Qui m'oſa refuſer Alie :
La main qu'il dédaigna , l'accable & l'humilie ;
Malgré lui , je vais être heureux.
Eſprits , qui ſervez ma puiſſance ,
Hâtez-vous , conduiſez Alie en ce ſéjour :
Que le triomphe de l'Amour
Suive celui de la vengeance.
Les Génies s'envolent pour aller chercher
Alie. On entend une ſymphonie
gaye.
Quels fons! ... Quels doux concerts !
БЕРТЕMBRE. 1749. 17
J
SCENE II .
MOULINEAU , POINÇON conduiduifant
les Suivans du Druide traveſtis en
Saltimbanques , qui arrivent en danſant.
Moulineau .
Uel ſpectacle nouveau !
Poinçon à Moulineau.
Ces jeux vous ſont offerts,
Notre art eſt de ſéduire ,
Notre gloire eft de le dire ;
Le plaifir nous inſpire ;
Offrez- lui , pour être heureux,
Vos voeux.
Nos jeux
Sçauront vous inſtruire
Des loix qu'il veut preſcrire :
Cedez tous
Afon empire.
Queldeſtin peut être plus doux
Pour vous ?
Qui le cherche , le voit paroître ;
Qui s'y livre le ſent renaître :
Tout vous invite à dire avec nous ,
C'eſt notre Maître,
Moulineau à Poinçon.
T
Quel est ton fort
18 MERCURE DEFRANCE .
Poinçon.
Tout cede à mes charmes puiſſans :
Je diffipe à mon gré la triſteſſe ſauvage ;
L'Amour vole à mes accens ,
Et le plaifir eſt mon ouvrage.
Moulineau .
Pourſuivez vos jeux , j'y confens.
On danſe .
Poinçon , alternativement avec le Choeur.
L'éclat de la grandeur
N'eſt ſouvent qu'une erreur.
Cherchez -vous le bonheur ?
Ecoutez votre coeur.
Un moment vient s'offrir ,
Vous devez le ſaiſir :
On ajoute au plaifir ,
Lorſqu'on ſçait en jouir,
Un coeur tendre
Doit attendre
De beaux jours
Filés toujours
Par la main des Amours.
Le Choeur.
Aimons , aimons ſans ceffe ;
Redoublons nos feux ;
Le penchant qui nous preſſe
Nous égale aux Dicux.
(
SEPTEMBRE . 1749. 19
Poinçonſeul.
!
La troupe légere
Des ris & des jeux ,
Du Dieu de Cythere
Vient former les noeuds.
Petit Choeur defemmes.
La raiſon ſe fait entendre ,
Elle vient pour nous défendre.
Poinçon ſeul.
Mais le coeur inquiet
Rediten ſecret :
Aimons , &c.
On danſe .
Poinçon.
A nos concerts l'Amour préſide ;
Peut- on trop chanter ſes attraits ?
Du vrai bonheur feul il décide ;
Al'envi prévenons fes traits :
Si quelques maux fuivent ſes chaines ,
Doit- on craindre un doux lien ?
Un jour finit les peines ;
Le paflé n'eſt rien.
On danſe.
Moulineau .
J'aimé , & de la beauté dont mon coeur et épris,
Bien-tôt je me verrai le maître,
20 MERCURE DE FRANCE.
1
Poinçon.
Que dites-vous ?
Moulineau.
Alie à tes yeux va paroître ;
De ma victoire elle ſera le prix.
Poinçon à part.
Je préviendrai ce moment redoutable.
Moulineau.
Apprens-moi le ſecret de lui paroître aimable.
Poinçon.
Pour plaire , l'art ne peut prêter
Qu'une foible impoſture ;
C'eſt le ſecret de la Nature ,
Qu'en vain il voudroit imiter.
D'une ardeur fincere
Laiflez vous enflammer :
S'il eſt un art pour plaire ,
C'eſt de bien aimer .
Moulineau .
J'entens peu ce ſubtil langage :
Je te charge du ſoin de lui vanter ma foi ;
Et moi je punirai le rival qui m'outrage ,
t
Yous avez un rival e
Poinçon.
SEPTEMBRE. 2 1749.
Moulineau.
Rien n'eſt caché pour moi :
Je poſlede en ces lieux un Oracle- infaillible ;
Il m'a dit qu'Alie eſt ſenſible .
Poinçon.
A-t'il nommé l'objet de ſes deſirs ſecrets ?
Moulineau.
Un Prince de Noiſy que je ne vis jamais,
Poinçon.
yous croyez que ſon coeur......
A
Moulineau.
La preuve en eſt certaine ;
Jamais mon art ne m'a trahi.
Je vais de mon ennemi
Appéſantir encor la chaîne.
Attens ici mon retour
,
Et pendant que ce ſoin m'appelle ;
Prépare une fête nouvelle
Pour l'objetde mon amour.
Il fort.
SCENE III .
POINÇON Oſaſuite.
Lie en aime un autre ! Alie étoit parjure !
Quel trait empoiſonne vient de frapper mon coeur
Mais ſi c'étoit une impoſture ...
12 MERCURE DE FRANCE.
Que dis je , hélas ! & quelle eſt mon erreur !
Qui peut à me tromper engager l'enchanteur a
Toi , qui ſemblois ſi bien m'entendre ,
Tu répondois à d'autres voeux !
L'amour qui brilloit dans tes yeux ,
Cet amour que j'ai crû ſi tendre ,
N'avoit donc pour objet que mon rival heureuxt
Je ſuccombe , je cede à mes maux rigoureux.
Le Choeur.
Trahirez vous notre eſpérance
Poinçon.
La mort eſt tout ce que je veux.
Le Choeur .
L'Amour est outragé , vivez pour la vengeance.
Le Druide enchaîné ....
Poinçon.
Quel reproche !
Le Choeur.
Armez vous
Poinçon.
Inlanguitdans les fers... &par mon imprudence.
Périſſe l'enchanteur , qu'il tombe ſous mescoups! ..
Le Choeur.
Périſſe l'enchanteur, qu'il tombe ſousvos coups.
SEPTEMBRE .
1749. 23
Poinçon.
N'eſperons point de vaincre en ces lieux ſa puifſance
;
Un ſecours plus certain doit ſervir mon courroux.
Au mil eu de nos chants, préparez vos guirlandes ,
Déposez à ſes pieds nos magiques offrandes ,
Et bientôt le ſommeil viendra fermer ſes yeux.
Il faut chanter l'Amour, ſes plaiſirs & la lamme,
Lorſque le déſeſpoir trouble & remplit mon ame
Le tyran reparoît , recommencez vos jeux.
La ſuite de Poinçon danſe autour de
Moulineau , & l'enchaîne avec les guirlandes
enchantées. Poinçon lui offre une
Couronne de fleurs.
Poinçon, alternativement avec leChoeur.
Laiſſez-vous couronner
De ces fleurs qui parent nos têtes,
L'Amour va vous enchaîner ,
Tout puiffant que vous êtes ;
Mais les fers qu'il veut vous donnes
Valent toutes vos conquêtes.
On danſe .
Moulineau,
Iaterrompez vos chants ; Morphée & ſespavots
Me font reſſentir leur puiſſance,
Attendez en filence
24 MERCUREDE FRANCE.
Mes ordres pour des jeux nouveaux.
Moulineau s'endort.
Poinçon.
Le charme eft accompli , frappons notre victime.
Ilfrappe Moulineau du glaiveſacré.
De ce Monſtre cruel j'ai purgé l'Univers,
ASa Suite,
Partez , & du Druide allez briſer les fers .
J
SCENE
Poinçon feul.
IV .
E ne puis réſiſter au déſir qui m'anime.
Je veux dans ce Palais reſter quelques inftans ,
Interroger cet Oracle moi-même.
Une réponſe affreuſe eſt tout ce que j'attens ,*
Mais pour condamner ce qu'on aime ,
Peut- on vouloir trop de garants !
Ah ! dans le trouble que je ſens ,
C'est un bonheur extrême
Quede pouvoir encor douter quelques momens.
1
:
ACTE
SEPTEMBRE. 1749.
25
ACTE III .
Le Théatre repréſente un Veſtibule du
Palais de Moulineau. On voit au milieu
un grand Portique , ſur lequel eſt
écrit , Temple de Vérité ,& dans le fond
la ſtatue enchantée qui rend des oracles.
L
SCENE I.
POINÇON feul.
E voilà cet Oracle affreux.
Il me ſemble déja qu'il prononce & m'accable ;
Je marche, en frémiſſant, vers ce lieu redoutable ,
J'oſe à peine lever les yeux.
En lifant l'inscription qui eſt ſur le portique.
Temple de Verité..... La vérité terrible
Habite donc fur cet Autel ?
Toi , qui vas d'un coeur trop ſenſible
Combler le déſeſpoir mortel,
Adoucis ta lumiere horrible ,
Ou permets-moi , s'il eſt poſſible ,
De détourner mes yeux de ton flambeau cruel.
Les Génies que Moulineau avoit envoyés
pour enlever Alie , l'amenent fur
un nuage qu'ils conduiſent.
B
26 MERCUREDE FRANCE.
Choeur des Génies.
Triomphez , belle Alie , & regnez àjamais.
Poinçon.
Quels chants... Dieux, je la vois paroître !
Aux Génies.
Eſclaves du Tyran , qui ſerviez ſes forfaits ,
Il n'eſt plus , j'ai puni ce traître.
Sous mes loix tremblez déſormais ,
Ou redoutez le ſort de votre maître .
SCENE ΙΙ .
ALIE , POINÇON.
Alie.
Uoi c'eſt vous ! Mon amant eſt mon libérateur
?
Ah! que c'eſt un plaifir flateur
De tout devoir à ce qu'on aime !
Mon bonheur m'en paroît plus doux ,
Et les biens que je tiens de vous
Ontle charme de l'Amour même.
Poinçon à part.
Elle oſe feindre encor la plus fincere ardeur.
àpart. à Alie.
L'Ingrate .... Alie .... O Dieux !
Alie.
Quel trouble vous dévore?
SEPTEMBRE. 1749 .
27
D'où naît cette ſombre fureur ?
Quoi ! ne m'aimez vous plus ?
Poinçon avec fureur.
Hélas! je vous adore ....
Mais vous , n'eſperez pas de me tromper encore;
Je le connois trop bien , ce coeur qui m'a trahi.
Qu'entens-je ?
Alie.
Poinçon.
Vous aimez le Prince de Noiſy.
Mes yeux ſe ſont ouverts ſur ce myſtere horrible.
Alie.
Dieux cruels ! quel affreux ſoupçon !
Pour la premiere fois j'entens nommer ce nom.
Poinçon.
L'enchanteur me l'a dit , ſon art eſt infaillible.
Alie.
Et vous croyez plutôt un ennemi jaloux ,
Qu'une amante ſimple & ſenſible ,
Qui ne reſpire que pour vous .
Hélas ! que mon coeur eſt plus tendre !
Quand l'Univers entier
Contrevous ſe feroit entendre ,
Un regard ſuffiroit pour vous juſtifier.
Poinçon.
Eh bien, ſur cet amour que votre coeur m'annonce
Bij
28 MERCURE DEFRANCE .
Que l'Oracle prononce.
Vous le voyez ... Je vais l'interroger.
Alie .
Non , par ce doute affreux ceſſez de m'outrager
Poinçon.
Eh quoi ! craignez-vous la réponſe
Alie.
Je voulois que votre amour
Vous répondît de ma flame :
Mais ſi l'Oracle ſeul peut r'affûrer votre ame,
Je vais l'interroger ſans crainte & fansdétour.
Al'Oracle,
Si la vérité t'inſpire ,
Je ne crains point tes Arrêts ;
Dévoile de mon coeur tous les replis ſecrets ,
Nomme l'objet pour qui ce coeur ſoupire.
Après une ſymphonie mystérieuſe , l'Oracleprononce.
L'amantqu'Alie a choisi,
Est le Prince de Noisy .
:
Les portes du Temple ſe ferment,
Poinçon désesperé,
Alie.
Dieux!
Non , c'eſt toi ſeul que j'aime
SEPTEMBRE. 1949. 29
Garde-toi d'écouter un preſtige impoſteur.
Quand le Ciel parleroit lui- même ,
Le Ciel ſeroit démenti par mon coeur.
Tu détournes de moi tes yeux remplis de larmes
Rougis-tu de t'attendrir
Par l'excès de mes allarmes ?
Poinçon.
Cruelle , laiſſez - moi vous fuir.
Alie.
Non , non , je te ſuivrai ſans ceſſfe.
Tout eſpoir eft perdu pour moi :
Je me voue àjamais aux pleurs , à la triſteſſe ;
Mais je ſouffrirai près de toi ;
Bientôt j'en mourrai peut- être.
Heureuſe , ſi du moins le dernier de mes jours
Te prouve que mon coeur n'eut jamais d'autre
maître ,
Etque ce fut mon fort de t'adorer toujours.
Poinçon.
:
Eh bien , tu le veux donc , ta victoire eſt certaine,
Périffe cet Oracle affreux .
De tes douleurs le charme impérieux ,
Malgré moi , m'attire & m'entraîne.
Ah ! fije ſuis trompé , fais que ce charme heureux
Toujours te ſuive & m'environne ;
N'écarte jamais de mes yeux
Le bandeau que l'Amour me donne.
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
Alie.
Aquels ſoupçons encor ton ame s'abandonne !
SCENE III .
Les Acteurs de la Scéne précédente ,
J
LE DRUIDE.
Le Druide à Poinçon.
Eune Héros, reprenez votre nom ,
Je puis enfin vous en inſtruire :
Le Prince de Noiſy reſpire ,
Cache ſous l'habit de Poinçon.
Alie & le Prince de Noify.
O Dieux ! par ce ſeul mot que vous calmez de
peines !
Le Druide.
L'Hymen va vous unir de ſes plusdouces chaînes!
Le Prince de Noisy àAlie.
Oui , j'en fais le ferment ,
Des ſoupçons l'atteinte cruelle
Ne troublera plus votre amant.
Le Prince de Noisy & Alie,
Oui , j'en fais le ferment ;
Oui , j'aimerai fi tendrement ,
Que vous ne pourrez pas devenir infidello.
SEPTEMBRE . 31 1749.
?
Le Druide.
D'un jour ſi beau rendons la mémoire éternelle.
Qu'un ſuperbe Palais s'éleve dans ces lieux.
Et vous , Eſprits , à mes ordres fidelles ,
Accourez àma voix , Subſtances immortelles.
Le Théatre change, & repréſente un Palais
éclatant ; les Génies & les Fées viennent
s'y rendre de toutes parts. On y voit
un Trône préparé pour le Prince de Noiſy
& pour Alie.
Le Druide aux Génies.
Que vos ſons volent juſqu'aux Cieux;
Chantez de ces amans le bonheur& la gloire ;
L'amour doit à leurs feux
Sa plus éclatante victoire.
Choeur des Génies .
Que nos chants volent juſqu'auxCieux ,
Chantons ,&c.
Ondanſe.
Le Prince de Noify .
Vole , Amour , regne ſur nos ames ;
Tu triomphes , tu nous enflames :
Par l'attente de tes plaiſirs
Ranime encore nos défirs.
Vole , Amour , regne sur nos ames ,
Tu triomphes , tu nous enflames .
Bij
32 MERCURE DE FRANCE .
Pour annoncer à quel degré les danses de
ce Ballet ont réuſſi , il ſuffit de dire qu'elles
fontde la compofition du ſieur de Heffe, Compofiteur
Ordinaire des Ballets des petitsAppartemens
, & l'un des Comédiens Italiens de
Sa Majesté,
LETTRE
D'un Sçavant Genevois , à M. Remond
de Sainte Albine , ſur les Evêques de
Geneve.
MOnſieur, n'ayant ppaass l'avantagede
connoître les RR. PP. Benedictins
qui travaillent àune nouvelle Gaule Chré.
tienne , vous me permettrez de m'adreſſer
à vous , pour leur faire parvenir ce que je
pourrois avoir à leur communiquer de relatif
à leur ouvrage. J'ai remarqué que
d'autres dans cette même vûe , ont eu recours
à votre Journal *. Il est devenu entre
vos mains un Recueil de Piéces dont
la plupart font inſtructives , & il n'y a
preſque aucun genre de Littérature , qui
n'y puiffe entrer aujourd'hui .
Le ſeul article que je toucherai ici ,
*Mercure de France , Octobre 1748 , p. 72 .
SEPTEMBRE. 1749 . 33
c'eſt celui des Evêques de Geneve. Quel.
que habileté qu'ayent les nouveaux Editeurs
,quelque ſagacité qu'ils ayent montrée
juſqu'ici à puiſer dans les véritables fources
de l'Histoire Eccléſiaſtique , il me ſemble ,
que quand il s'agit de donner la ſuite des
Evêques d'un Diocéſe, ceux qui ſont actuellement
ſur les lieux,peuvent connoître certains
faits , dont des Sçavans , qui travaillentdans
un autre pays, ne ſeroient jamais
informés , fi on négligeoitde les leur communiquer.
Je me flatte que la difference
de Religion ne rendra point mes Mémoires
ſuſpects , mais ce que j'ai lieu de craindre
, c'eſt qu'on n'y trouve bien des choſes
inutiles & fuperflues , parce qu'elles
étoient deja connues à Meffieurs de Saint
Germain-des-Prez . Après tout , le mal ne
fera pas grand ;j'aurai montré par- là ma
bonne volonté à concourir à la perfection
d'un ouvrage auffi intéreſſant , & il y aura
-an moins un certain nombre de ceux qui
liſent votre Journal ,& qui ont du goût
-pour ces fortes de recherches ,qui yverront
des particularités qui feront nouvelles
pour eux .
Nous avons pluſieurs Catalogues , plus
ou moins anciens , de nos Evêques de Geneve.
Celui dont on fait le plus de cas ,
ſe voyoit autrefois à la fin d'une Bible
By
34 MERCURE DE FRANCE.
Latine du dixiéme ſiècle , que l'on conſerve
dans notre Biblioteque publique. II
ne s'y trouve plus; mais Bonnivard , qui
étoit Prieur d'un Convent de l'Ordre de
Cluni , lors du changement de Religion ,
nous l'a conſervé dans une Chronique
manufcrite que l'on a de lui . Ce Catalogue
paroît être originairement du dixiéme
fiécle , comme la Bible où il étoit inſeré.
Il eſt vrai qu'on y voyoit pluſieurs Evêques
des fiécles fuivans , mais qui y avoient été
ajoutés d'une ſeconde main , avec le titre
de Subſequentes , pour les diſtinguer de
ceux du Catalogue primitif. Guichenon
en eut une copie , qu'il communiqua aux
Freres de Sainte Marthe , qui s'en font
beaucoup ſervis dans leur Gallia Chriftiana.
Nous avons encore une liſte des Evêques
de Geneve , dreſſée par François-Augustin
della Chiesa , qui vivoit au milieu du
fiécle paffé ( a ). Il étoit Evêque de Saluces.
Ughelli , dans fon Italie Sacrée , en
parle fort avantageuſement. Il nous apprend
qu'il étoit Hiftoriographe du Duc
de Savoye , & que c'eſt de lui qu'il tient
le Catalogue des Evêques de Saluces , que
l'on voit dans l'Italia Sacra ( b ) . Il faur
(a ) Hift. Pedemont. Ch. XLVI. p. 345.
(6) Tom. I. p. 1233. Edit. de Venise.
SEPTEMBRE. 1749. 35
ſuppoſer qu'il y a mieux réuſſi que fur les
Evêques de Geneve. On ne peut rien de
plus mal digeré , que ce qu'il dit des huit
ou dix premiers. Ce ſont des anachronifmescontinuels.
Je pourrai en relever que!-
ques- uns dans la ſuite , quand l'occaſion
s'en préſentera.
Le dernier Catalogue que je connoiffe ,
eſt inſeré dans le Miſſel ou Rituel du Diocéſe
de Geneve , réimprimé à Annecy en
1747 , fur une édition précédente faite à
Rumilli , petite Ville de Savoye. Il eſt fort
ample & fort étendu. Il commence par
un Evêque de Geneve, qu'on nous donne
pour avoir été Diſciple de Saint Pierre ,
& il finit par le Prélat qui fiége anjourd'hui
à Annecy.Ceux qui ont dreſſé ceCatalogue,
ont profité de tous les précédens.
Ils nous avertiſſent dans une petite Préface
, qu'ils ont auſſi puiſedans laChronique
de Saint Antonin , dans le Marty.
rologe Gallican de Sudauſſai , & dans
d'autres bons Auteurs. On verra par- là ,
diſent-ils , uneſucceſſion d'Evêques , non- interrompue
depuis les Apôtres , & prouvée
d'une maniere plus claire que la lumiere du
Soleil. Il me femble qu'ils promettent un
peu trop. Les véritables Sçavans , tels que
les nouveaux Editeurs de Saint Germaindes-
Prez , ne font pas ſidéciſifs. Ils recon
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE .
noiſſent de bonne foi , que le Soleil qui
les éclaire dans ces fortes de recherches ,
eſt ſouvent couvert de nuages , & qu'il les
Jaiſſe dans l'obſcurité. Ils se trouvent fréquemment
arrêtés faute de lumiere. Ils
n'ont que de ſombres lueurs , qui les obligent
de tâtonner pour pouvoir faire chemin.
On est réduit à faire cet aveu
peu qu'on ſe pique de fincérité.
, pour
L'Histoire d'un Diocéſe doit commencer
par fixer le tems que le Chriſtianiſme
y a été établi , & c'eſt ordinairement ce
qu'il y a de plus difficile. Dans les frécles
paffés , chaque Egliſe prétendoit avoir été
fondée ,ou du tems des Apôtres , ou fort
peu après. Alors tous les peuples vouloient
tirer leur origine des Héros de
Troye , & toutes les Egliſes , ou des Apôtres
mêmes , ou de leurs Succeſſeurs immédiats.
Geneve a eu cette ambition comme
les autres. On a débité affez long tems
que Nazaire , Diſciple de Saint Pierre ,
étoit venu dans notre Ville ; qu'il y avoit
converti , entr'autres , Celſe , qui l'avoit
beaucoup aidé dans la fuite à y établir
l'Evangile. Cette tradition a été adoptée
dans le Gallia Chriſtiana *. On la
trouve de même dans le Rituel d'Annecy.
*T. II . p. 594.
SEPTEMBRE. 1749. 37
A la tête de la Liſte des Evêques , on lit
ces mots : S. Nazarius B. Petri Apoftoli
Difcipulus qui S. Celfum , Civem Geneven-
Sem Evangelio peperit. On trouve quelque
choſe de ſemblable dans la Legende Dorée ,
&c'eſt- làſa véritable place, car rien ne ſent
plus la Légende . Nazaire ni Celfe n'ont
jamais été à Geneve. Un Hiſtorien de
Génes a dit , que les Habitans de cette
Ville s'étoient éclairés à la prédication de
Nazaire & de Celſe , & il y avoit une
Egliſe qui portoit leur nom. La reffemblance
du nom de Geneve & de celui de
Génes aura caufé l'équivoque. Il y a même
beaucoup d'apparence que chez eux ,
comme chez nous , Celſe eſt un Prédicateur
imaginaire , & qui n'a aucune réalité
*.
Après avoir fait répandre à Nazaire les
premiers rayons du Chriftianiſme dans
Geneve , on prétend que cette Egliſe naifſante
prit des accroiſſemens confidérables
* L'Egliſe de Milan pourroit auſſi les révendiquer.
On lit dans l'Histoire Eccléſiaſtique , que
Pan 394 , Saint Ambroiſe fit déterrer les corps des
Saints Nazaire & Celſe qui étoient enterrés dans
un jardin hors de la Ville , & qu'il les fit tranſporter
àMilan dans l'Eglise des Apôtres , qu'on nom
moit la Romaine.
38 MERCUREDEFRANCE.
par les ſoins de Paracodus , ou Paracodés ,
comme quelques autres le nomment. On
veut qu'il ait été un des ſoixante- dix Difciples
, & on le fait venir dans les Gaules
avec Denisl'Areopagite. Les Freres de Sainte
Marthe placent Denis & Paracodés dans
le ſecond ſiècle , & cela , pour s'être fiés
trop légérement à certaines Lettres des
Papes , qui font reconnues aujourd'hui
pour ſuppoſées. La Chieſa met de même
Paracodés àl'an 1955 ,, fur la foi d'une prétendue
Lettre du Pape Victor à cet Evêque.
Paracodés fut Evêque de Vienne , &
non pas deGeneve , quoique peut-être il
y ait fait annoncer l'Evangile en y envoyant
des Prédicateurs. La queſtion eſt
de ſçavoir quand il a vêcu. Les Evêques
de Vienne font dans cet ordre. Verus ,
qui ſouſcrivit au Concile d'Arles en 314.
Justus , Denis , Paracodés , & Florent qui
ſouſcrivit au Concile de Valence en 374.
Paracodés vivoit donc vers le milieu du
quatriéme frécle ,& il y a beaucoup d'apparence
que c'eſt-là la véritable époque
du Chriftianiſme dans notre Ville . On ne
doit l'y chercher , que lorſqu'il eut déja
fait d'aſſez grands progrès dans lesGaules.
C'eſt ce que l'on a affez bien éclairci dans
SEPTEMBRE . 1749 . 39
la derniere édition de l'Histoire de Geneve
*.
Le Catalogue des Evêques de Geneve ,
auquel j'ai donné la préference , & qui a
été tiré d'une ancienne Bible de notre Bibliothéque
, avertit dans une Préface , que
l'Eglise de Geneve a étéfondée par Paracodus
, Diſciple des Apôtres , & Evêque de
Vienne. Il faut remarquer que cette qualité
de Disciple desApôtres ne doit pas être
prife à la rigueur , comme fi cet Evêque
avoit été leur contemporain. On peut
prendre ces termes dans le même ſens ,
que Pallade appelle Saint Hippolyte Difciple
des Apôtres , pour dire leur Succeffeur
, quoique fort éloigné. C'eſt en ce
fens que Gregoire de Tours dit de Saint
Saturnin ,venu ſelon lui- même ſous Déce,
qu'il avoit été ordonné par les Diſciples des
Apôtres. On a donné le même titre à plufieurs
Fondateurs des Egliſes de laGaule.
Une preuve que celui qui a dreſſé ce
Catalogue, a pris ce terme dans cette étendue
, c'eſt que le premier Évêque de Geneve
qu'il nomme, n'eſt que du quatriéme
fiécle. C'eft Diogenus , que d'autres nomment
Diogenés. Il afſiſta au Concile d'Aquilée
qui fe tint l'an 381. Voilà donc
* Hist. de Geneve, 1730. Edit. in-4°. P. 17, dans
lanote.
40 MERCURE DEFRANCE.
une date fûre , & il eſt ſatisfaiſant de pouvoir
ſe reconnoître dans ces tems téné
breux. Mais ce qui altére un peu cette fatisfaction
, c'eſt la prétention de l'Eglife
de Génes , qui dit que cet Evêque lui appartient.
Voici ſa ſignature au Concile
d'Aquilée , Diogenus Epifcopus Genuenfis.
Cela peut marquer également Génes &
Geneve. Ughelli l'a placé parmi les Evêques
de Génes. Mais il reconnoît en même
tems que rien n'eſt plus obfcur que
l'Histoire des Evêques de ce tems là , &
qu'il n'y a aucuns monumens pour l'éclaircir.
Il va plus loin ; il avoue de bonne
foi , que ceux qui avoient travaillé
avant lui à cette Liſte , y trouvant de trop
grands vuides , les avoient remplisdu nom
de quelques Evêques qui nous appartiennent
incontestablement , tels qu'un Maxime
& un Optandus. Pour donner auffi de
notre côté des preuves d'impartialité , je
crois que nous pouvons abandonner aux
Génois ce Diogenes , comme leur appartenant
plus légitimement qu'à nous. Je ſuis
d'avis au moins de nous en rapporter à la
déciſion des nouveaux Editeurs , qui ne
manqueront pas de prononcer ſur ce petit
differend.
Ce n'est pas ſeulement dans l'Hiſtoire
Eccléſiaſtique , que la reſſemblance des
SEPTEMBRE. 1749 .
noms de Génes & de Geneve a mis de la
confufion ; on s'en apperçoit auſſi dans
l'Hiſtoire Civile. Il parut en 1713 un ouvrage
où l'on donne le Catalogue des Auteurs
qui ont écrit ſur chaque Pays. Il eſt
d'un Théatin Italien , nommé Savonarola ,
mais qui a déguisé fon nom (a). On y voit
une Liſte de ceux qui ont travaillé fur
l'Hiſtoire de Geneve , & l'on y en trouve
deux ou trois qui ſont évidemment des
Hiſtoriens de Génes. Le pas eſt ſi gliſſant ,
que le Pere le Long , avec toute ſon exactitude,
s'y eſt auſſi mépris.On trouve, dans ſa
Bibliothéque des Hiſtoriens de France, le titre
d'une Hiſtoire de Geneve, qui regarde uniquement
la Ville de Génes. L'Auteur eſt
un Italien qui s'appelloit Bizaro (b) .
Le Pere le Cointe veut auffi que l'on ait
confondu quelques Evêques de Geneve
avec ceux de Mende , dans les Cevennes
( c ). Il trouve notre Catalogue fort
confus après Pappole , qui aſſiſta avec Protais
de Sion au Concile de Châlons ,
l'an 644. 11 prétend qu'on a îmêlé nos Evê-
(a ) Alphonsi Laſor à Varca Univerfus Terrarum
orbis , &c. Patavii 1713 .
( b ) Genevensis Senatus Populique rerum geftarum
Annales , in fol . Antuerpia 1979. n° . 15417 .
( c ) Annal, Franc. Tom . III. ad ann. 644. n°.
36, & 37.
42 MERCURE DE FRANCE.
ques avec ceux de Mende. Le mot de Gebenna
, qui déſigne quelquefois Geneve &
quelquefois les Cevennes , aura pû donner
lieu à l'équivoque. Onconnoît ce vers
de Lucain.
Gens habitat canâ pendentes rupe Gebennas
Quelques Auteurs l'ont entendu de Geneve
, quoique le Poëte ait voulu parler
des montagnesdes Cevennes. J'avoue que
ſi l'on trouvoit dans un ancien Auteur le
titre d'Episcopi Gebennenſes , ſans que rien
déterminât s'il s'agit des Evêques des Cevennes
ou de ceux de Geneve , on pourroit
d'abord ſe trouver un peu embarraffé :
mais s'il s'agiſſoit de ceux de Mende en
particulier , il n'y a plus moyen de les
confondre. Un Evêque de Mende ſignoit
Epifcopus Gabalitanus, nom totalementdifferent
de celui de Gebennenfis.
Il y a plus. J'ai oui dire à un homme de
Lettres , qui a fort étudié les antiquités de
notre Ville , que le mot de Gebenna , pour
déſigner Geneve , n'eſt pas fort ancien , &
n'étoit pas ufité dans le ſiécle dont parle
le Pere le Cointe. Dans les tems reculés ,
le nom de Geneve étoit Geneva , comme
il paroît par les Commentaires de Céfar.
Dans la Table Théodofienne ou de Peutinger
, on lit Gennava. Dans Grégoire de
SEPTEMBRE. 1749. 43
Tours Jenuba , & Jenuva *. Dans la vie
de Pepin , Janua. Ce ne fut que dans le
onziéme ou douziéme fiécle , que preſque
tous les Auteurs s'accorderent à appeller
Geneve , Gebenna. Voici la raiſon qu'en
donne notre Sçavant. Il y a apparence ,
dit- il , que quelque Notaire de ce tems là ,
ou quelque demi-ſcavant , voulant faire
l'habile , crut que Lucain avoit déſigné
Geneve dans le vers que j'ai cité. Ce Notaire
, pour ſe donner des airs d'érudition ,
commença dans ſes Actes àappeller Geneve
, Gebenna , & il ne tarda pas à être
ſuivi des autres. Il eſt vrai qu'on objecte
à notre Sçavant un Pafinge d'Eginard où
on lit Gebenna, ce qui rendroit ce nom auffi
ancien que Charlemagne. Il répond qu'il
y a beaucoup d'apparence que les Copiſtes
ont alteré le texte original , & il allégue
pour foutenir ſon ſentiment une note marginale
de Duchefne , où il avertit que dans
quelques manuscrits on lit Geneva.
Le Pere le Cointe ajoute que dans un
certain eſpace de tems notre Liſte paroît
avoir trop d'Evêques. Depuis Pappulus ,
qui eſt le douziéme dans le Gallia Chriftiana
, juſqu'au trente- cinquième , qui eſt
Walternus ce Critique د trouve l'eſpace
* Liv. IV. chap. 31.
44 MERCURÈDE FRANCE.
trop petit pour en fournir un ſi grandnom
bre. Le Catalogue des Evêques de Mende
au contraire eſt ſi peu chargé , que depuis
l'an 140 juſqu'à 630 , il ne fournit que
trois Evêques. Il eſt difficile de répondre
àla difficulté du Perele Cointe , tirée de la
trop grande abondance de notre Catalogue
, oppoſée à la difette & à la ſtérilité
de celui de Mende , mais il ne ſuit point
du tout de- là , que notre Liſte ait été drefſée
aux dépens de celle de cette Eglife ,
& que leurs Evêques ayent verſé chez
nous .
Par ſurabondancede droit ,je vais hazarder
quelques conjectures ſur la difficulté
qu'on nous fait , ſur ce que nous
avons eu trop d'Evêques dans un affez
petit intervalle. Je ne les donne que pour
ce qu'elles font , c'est-à dire pour très-legeres,
n'en pouvant guéres avoir que de ce
genre fur des Evêques , dont nous n'avons
preſque que les noms , fans aucune circonſtancede
leur vie.
Peut-être que quand on voit des noms
differens dans ces Liſtes , ils ne déſignent
pas toujours des perſonnes differentes. Je
trouve dans le Gallia Chriſtiana , que le
dix huitiéme Evêque eſt Andreas , qui eſt
ſuivi immédiatement par Gracus. Quelque
Copiſte aura ſéparé ces deux mots qui
SEPTEMBRE. 1749. 45
devoient être joints , & ne faire qu'un
ſeul Evêque , Grec d'origine. On a des
exemples d'attributs , ou de titres ainſi
perſonifiés , & cela dans des fiécles beaucoup
plus connus ,& où l'on avoit plus
de ſecours pour ne s'y pas méprendre.
Les Freres de Sainte Marthe nous donnent
pour quatre-vingt onziéme Evêque Louis
de Rie , qu'ils font précéder par un Auberius
, perſonnage tout- à-fait inconnu. Ce
Prélat étoit Abbé d'Auberive , & cette
Abbaye a produit cet Evêque imaginaire,
Le Rituel d'Annecy l'a retranché fort ſagement
de ſa Liſte. Ils ne pouvoient pas s'y
méprendre. Louis de Rie leur étoit parfaitement
connu. Il vivoit en 1548 , c'eſtà-
dire , depuis le changement de Religion
arrivé à Geneve ,& il avoit fiégé à
Annecy .
Un Evêque peut avoir eu deux noms
differens , qui rapportés l'un & l'autre
dans le Catalogue , auront fait deux Evêques
au lieu d'un, On a auſſi des exemples
de ſemblables mépriſes ſur des Evêques
qui n'ont pas vêcu dans des ſiécles fort re
culés.Le ſoixante-quatorziéme denos Evêques
eſt Jean de la Roche-Taillée , en Latin
de Petra ſciſſa. J'ai vu un Catalogue où
l'on en fait deux Prélats differens , l'un
Jean de Roche-Taillée , & l'autre Jean de
45 MERCURE DE FRANCE.
y
Pierre- cife. C'est dans un ouvrage de controverſe
que fit imprimer un Curé de Savoye
, il
a plus de trente ans *. On ne
doit pas douter que dans les ſiécles précédens
on n'ait fait quelquefois de femblables
mépriſes. Quand on a ainſi coupé un
Evêque en deux , comme a fait notre bon
Curé , chaque moitié a la propriété du
Polype d'eau douce , & devient avec le
tems un Evêque complet. Il y a lieu de
ſoupçonner que ce ſont de ces bévûes qui
ont contribué à groſſir nos Liſtes & à multiplier
nos Evêques.
On trouve dans quelques-unes de nos
Liſtes des eſpéces de Paſſe volans , ſi j'oſe
me ſervir de ce terme , qui ne ſont connus
de perſonne. Tel eſt un Amianus , que la
Chieſa& le Rituel d'Annecy mettent dans
le rang des Evêques de Genéve , & qu'ils
font paſſer en revûe. Nous ne ſçavons ni
d'où eſt cet Amianus, ni qui il eſt. Il faut
cependant faire quelque tentative pour
deviner de quel pays il peut nous être venu,&
par quelle aventure il ſe trouve dans
ces deux Catalogues ſeuls.
Genabum , qui étoit l'ancien nom d'Orleans
, a auſſi ſignifié quelquefois la Ville
deGenéve.
*Motifs de la converfion du Chevalier Minutoli
, 1714.
SEPTEMBRE. 1749. 47
L'Itinéraire d'Antonin l'a pris dans l'un &
l'autre de ces ſens. Cela a cauſé quelquefois
de l'équivoque. Divers Auteurs ont dit,par
exemple , que l'Empereur Aurélien avoit
rebâti Genéve après un incendie qui
l'avoit entierement confumée. Philippe
de Bergame l'aſſure *. Pluſieurs autres
l'ont dit après lui. On voit clairement
qu'ils ont pris Genéve pour Orleans. Certe
mépriſe dans l'Hiſtoire Civile en a cauſé
une autre dans l'Hiſtoire Eccléſiaſtique.
Ces mêmes Auteurs ont dit que pluſieurs
hommes célébres ont illuſtré notre Ville ,
&dans ceux qu'ils nomment,on reconnoît
viſiblement des Evêques d'Orleans. Gebenna
, dit Philippe de Bergame , in quâ plurimi
claruêre viri , quorum numero Anianus
urbis Epifcopus **. Peut- on méconnoître
S. Agnan , qui lorſqu'Attila fit le ſiége
d'Orleans , l'an 451 , en étoit actuellement
Evêque ? Voici donc ma conjecture . S.
Amianus eſt une faute de copiſte pour S.
Anianus.L'Evêque de Saluces ayant trouvé
cedernier dans Philippe de Bergame, comme
ayant fiégé à Genève, n'a pas héſité à lui
donner rang dans ſa Liſte ; mais comme la
Chronique n'a point marqué le tems où
* Voyez Supplementum Chronicarum Philippi
Borgomatis, Venet. 1490. p. 126.
** Ibid.
48 MERCURE DE FRANCE.
vivoit S. Agnan , la Chieſa y a été embarraffé
; il l'a placé au hazard dans le ſeptiéme
ou huitiéme ſiècle , ſans aucune date
préciſe , quoiqu'il ait pris ſoin de marquer
celle des autres Evêques. Le Rituel
d'Annecy a copié la Chieſa. Voila le fond
qu'on peut faire ſur leur S. Amianus , Evêque
deGenéve.
L'article le plus difficile ſur nos Evêques
, c'eſt de trouver ceux qui ont fiégé
depuis l'établiſſement du Chriſtianiſme
juſqu'à Maxime , qui aſſiſta au Concile
d'Epaone. Il s'agit d'environ un demi fiécle.
Voici ceux que nous fournit notre
ancien Catalogue , que je crois le plus fidéle
de tous. Après avoir rendu aux Génois
leur Diogenes , le premier qui ſuit, eſt
Domnus, le ſecond Salvianus , le troiſiéme
Elheuthere , le quatrième Théoplaſte , déja
Evêque en 475 ; le cinquième Fraternus ,
le fixiéme Palafcus , le ſeptiéme Maxime ,
élu en 513 , & qui ſigna au Concile d'Epaone
en 517. Ici nous commençons à
avoir un point fixe , propre à redreſſer la
Chronologie.
Je n'ai point mis dans cette petite Liſte
Florentin , quoiqu'il ait été élu Evêque de
Genéve immédiatement avant Maxime ;
en voici la raiſon , c'eſt qu'il abdiqua auffi-
tôt après avoir été ſacré. Il étoit du
nombre
SEPTEMBRE. 1749. 49
nombre des Sénateurs , & il avoit été élu
d'une voix unanime ; mais de retour au
logis pour l'apprendre à ſa femme Artemie
, elle l'obligea à renoncer inceffamment
à ſon élection , ce qui arriva l'an
513 , peu de mois avant la naiſſance de
S. Niziés leur fils, depuis Evêque de Lyon.
Grégoire de Tours , ſon petit neveu & fon
diſciple , rapporte le fait de cette maniere.
C'eſt la raiſon pour laquelle notre ancien
Catalogue ne fait aucune sention de Flerentin.
Il eſt un peu plus difficile de donner
la raiſon de ce qu'on n'y voit point paroître
non plus un Ifaac & un Salowius
,qui doivent avoir gouverné l'Egliſe
de-Geneve avant Maxime. L'article de Salonius
demande une diſcuſſion un peu étendue
, qui pourra venir dans la ſuite. Pour
Ifaac , le feul endroit où il en eſt parlé ,
c'eſt dansune Lettre adreſſée àSalvius , où
l'on trouve l'hiſtoire des MartyrsThebéens,
&que l'on attribue à Eucher , Evêque de
Lyon. On ſçait que des Critiques , un peu
ſéveres , ontdouté de l'authenticitéde ces
ActesduMartyre de la LégionThébéenne* .
Ils ont remarqué que cet Ifaac ne ſe trouve
nulle part ailleurs , & que ce pourroit
•Bibliot. Raiſonnée, T. XXXVI. p. 427.
C
5o MERCURE DE FRANCE.
bien être un perſonnage imaginaire *
Quoiqu'il en ſoit , il a été au moins inconnu
à ceux qui ontdreſſe notre ancien
Catalogue dans le I X. fiécle. Cependant
je ne veux point conteſter là- deſſus. Il
ne s'agit que de lui aſſigner fon rang parmi
nos anciens Evêques. Il eſt dit dans cette
Lettre d'Eucher , qu'Isaac avoit appris
l'histoire des Martyrs Thébéens , du BienheureuxThéodore
, Evêque de Sion . Eucher étoit
déja vieux , quand il fut au Concile d'Orange
en 44 1. Théodore , Evêque de Sion,
s'étoit trouvé au Conciled'Aquilée en 381 .
On peut donc placer Ifaac vers la fin du
1 V. fiécle **.
Gregorio Leti , dans ſon Hiſtoire de Ge
neve , nomme encore cinq ou fix Evêques
, qu'il prétend avoir vêcu avant le
Concile d'Epaone , Donnellus , Hyginus ,
* Quand même les Actes du Martyre de la Légion
Thébéenne ſeroient une Légende fabuleuſe ,
comme le croyent pluſieurs Auteurs , cela n'empêcheroit
pas que cet Ifaac , Evêque de Genéve ,
qui y eſt cité,n'ait effectivement ſiégédans ceDiocèſe.
Ily eſt nommé avec Théodore, Evêque d'Oc.
todurum , qui eſt un perſonnage très- réel.
***On trouve dans le Catalogue de la Chieſa ,
immédiatement après Paracodés , Isaac , nommé
par S. Eucher , l'an 250. Il eſt ſurprenant que le
bon Evêque de Saluces , qui cite Eucher , ſoit
tombé dansun ſemblable anachroniſme ..
SEPTEMBRE. 1749.
SE
Fronze , Thélesphore , Tiburne , noms inconnus
à tout autre qu'à cet Hiſtorien.
Ilcite pour fon garant un manufcrit, conte
nant une Description de Genève , dédiée à
la Reine Clémence , femme de Louis X. Roi
de France. L'Auteur étoit un Religieux
de l'Ordre de Saint Benoît , nommé Frere
Jean de Anfelmo . On nous dit que cette
rare piece fut trouvée dans une armoire
murée du Château de Prangin , à quatre
lieues deGenève , ſur la fin du ſiécle paffé.
Le Général Balthafar , Seigneur du lieu ,
faiſant quelques réparations à ſon Châ
teau , découvrit heureuſement ce manufcrit.
Il le communiqua à Leti , qui le fir
déchiffrer à Genéve par deux Experts, dont
on nous dit les noms. * Cet Hiſtorien en
a tiré je ne ſçais combien de particularités
qui ne ſe trouvent point ailleurs. On voit
continuellement dans la marge de ſon Livre
, MS. Balthasaro.
Mais une armoire de la Bibliotheque
de Genéve , qui n'avoit point été fouillée
depuis long-tems , vient de donner un dé.
menti formel à l'armoire du Château de
Prangin , que l'on dit avoir enfanté ce ma
auſcrit. Il s'y eſt trouvé un Certificat dů
Miniſtre du lieu , qui déclare que tout ce
*Historia Genevrina, Tom. 1. p. 46.
Cij
32 MERCURE DEFRANCE.
,
que Leti a dit de cette belle trouvaille , eſt
une pure fable. Il nous aſſure qu'ayant lu
l'Hiſtoire de Geneve de Leti , il voulut
s'éclaircir , auprès duGénéral Balthafar ,
de ladécouverte de ce manufcrit Gaulois
& que ce Seigneur lui déclara que tout
ce qu'en avoit dit Leti , étoit une pure
fiction , & qu'il ne s'étoit trouvé aucun manuſcrit
dans ſon Château. Il paroît de-là ,
que ces anciens Evêques que l'on trouve de
plus dans l'Historia Genevrina, que dans les
autres Catalogues , n'ont jamais fiégé que
dans le cerveau creux de Leti.
Le Curé de Savoye dont j'ai déja parlé,
ayoit ſaiſi avidement dans ſon Livre de
Controverſe ces cinq ou fix Evêques de
la façon de l'Auteur Italien. Il groffiffois
par- là ſa Liſte. Mais il en a été raillé fort
vivement dans un Journal , ſans que l'on
fût encore informé du Certificat qui met
cesEvêques dans les eſpaces imaginaires.*
On l'a attaqué ſur l'abſurdité de quelques
particularités de leur vie,qu'il a rapportées
d'après Leti . Depuis peu de tems , on a in
ſéré le Certificat du Miniſtre de Prangin
dansun Journal qui s'imprime à Neucha
zel en Suiffe. Il paroît clairement que l'hiſ.
toire de la découverte de ce prétendumanuſcrit
n'eſt que ſuppoſition & que faits
Journ. Helvetig. Mars 1746. p. 220,
:
SEPTEMBRE. 1749. 53
,
controuvés. On y donne les raiſons de ce
qu'on a attendu ſi tard à publier cette déclaration.
Puffendorffappelloit Varillas
I'Archimenteur. Leti peut bien partager
avec lui cette honorable épithete . Quoique
les nouveaux Editeurs ne ſoient pas
gens à s'en laiſſer impoſer par un Auteur
tel que le Signor Gregorio , on a crû devoir
les informer de ce fait , pour leur
épargner la peine de quelque diſcuſſion
ſur ces Evêques chimériques.
Je ſuis , &c.
【洗洗洗洗洗
T
A MLLE DE CR .....
Qui m'avoit demandé ſon Portrait.
Ravaillant l'autre jour au portrait d'Uranie ,
Dans ma chambre enferméj'excitois mon génie.
Pour tout meuble en mon attelier ,
J'avois de l'encre & du papier.
C'en eſt affez pour un Poëte ;
Tout le reſte eſt pris dans ſa tête ;
Mais ſi pour prix de ſon tableau ,
11 attend un accueil honnête ,
Il doit produire du nouveau.
Déja fous mes doigts , mille rofes
:
C iij
34 MERCURE DE FRANCE.
:
t
D'un trait de plume étoient écloſes.
Je comptois ajoûter des lys
Au Pinde récemment cueillis ,
Et ne négligeant rien pour ſa riche parure ,
J'aurois fait de la belle une telle peinture ,
Que contre juſtice & raiſon ,
Vénus n'eût été rien, miſe en comparaiſon.
Apollon, qui par fois préſide à mon ouvrage,
Vint me dire à l'oreille , efface cette page ,
Tu vas débiter des fadeurs ,
Comme font tant d'autres rimeurs ,
Qui tous les jours me donnent des vapeurs.
Faut- il , pour foumettre les coeurs,
Etre de la beauté le plus parfait modéle ?
Je connoisUranie,& fçais bien qu'elle est belle,
Mais belle de mille agrémens ,
La plus part fort indépendans
Deces traitsque ſouvent, ſans aimer, on admire.
Près d'elle il faut penſer , rarement on ſoupire.
Celui qui vit ſous ſon empire ,
Ignore ces ſentimens ,
Ou tendres , ou languiſſans ,
Qui donnent un air malade
A l'amant langoureux & fade.
De ce charmant objet les yeux , ſans être grands
Sont pleins de feu , vifs & brillans ;
Pénetrent juſqu'au fond de l'ame >
SEPTEMBRE. 1749. 55
Et vont porter partout la flame.
Ces yeux noirs , ces perfides yeux ,
Ne peuvent cacher leur malice.
De tous les maux qu'ils font vous les voyez joyeux,
Sans que plus on les en haïffe.
L'éclat des lys n'eſt point éteint
Par le coloris de ſon teint ;
Convenons-en ; mais en revanche
S'il eſt quelque beauté plus blanche ,
Quel air plus grand , plus noble ,& quel port plus
romain !
D'une fiere Amazone elle a le coeur hautain ;
Le trait qui vous ſurprend, n'amollit ni n'énerve ;
Non,ce n'eſt point Vénus, c'eſt Pallas ou Minerve.
Un mortel prétend-il lui plaire & l'engager ?
Qu'il ſe montre un Héros ,& non pas un berger.
L'amour qu'on ſent pour elle, éleve le courage ;
Le ſage qui la voit , n'en devient que plus ſage ;
L'amant rougit , l'étourdi ſe contient ,
Et le petit maître devient ,
Tant auprès d'elle il faut ſecontrefaire ,
Un homme preſque ordinaire.
Oncraint les traits de ſon eſprit.
Tout mot équivoque eſt proſcrit ,
Si le bon goût & la fineſſe
Ne font unis à la délicateſſe .
Sur ce que plus haut j'ai cité ,
On la croiroit un peu méchante ;
1
:
C iiij
56 MERCURE DE FRANCE.
Je doute auſſi que la bonté
Soit ſa qualité dominante.
Mais qui la voit , conviendra bien ,
Pour peu qu'il ſoit juſte & fincere ,
Que fa malice n'ôte rien
A ſon aimable caractére.
Je ne dis plus qu'un mot de ſes talens divers.
J'ai retenu quelques bons vers,
Qu'elle cache par modeſtie.
A la toilette d'Uranie
Ontrouve un compas, un écrin
Un tome de M. Rollin ,
Un Livre nouveau de muſique ,
Avec un Traité de Phyſique .
Là ce ſont ponpons & rubans ,
Qu'elle agence dans ſa cornette ;
Plus loin des mouches & des gants ;
Puis les regles de la Comete.
Mêler au ſérieux un aimable enjouement ;
Faire marcher de pair le ſçavoir , l'agrément ;
S'amuſer du badin , ſans négliger l'utile ;
Rien pour elle n'eſt difficile .
S'il ſe peut , Uranie , oſez déſavouer
L'éloge que le Dieu , qui ſeul à juſte titre
Peut ſe mêler de vous louer ,
M'a dicté ſur votre chapitre.
SEPTEMBRE.
1749. 57
PENSE'ES
Traduites de l'Anglois.
C
E n'eſt pas dans le mépris des richefſes
, ni dans le refus des honneurs
que réſide la vraye Philoſophie , mais dans
lebon uſage qu'on en fair.
La fortune favoriſe Damis ; la faveur
da Prince l'honore des premieres places ;
il eſt décoré de tous les honneurs ; il eſt
grand , il eſt noble ;une maiſon vaſte ,
ornée& fuperbe ; une table bien ſervie ,
un nombreux domeſtique , des équipages
leſtes & brillans ; tout cela n'ôte rien à ſa
généroſité. Il l'exerce partout; le vice même
en reffentiroit les effets , ſi ce n'étoit
point ſe rendre criminel que de partager
ſes biens avec ceux qu'il infecte. Damis
ſe plaît à élever le mérite ; il ne fe fouvient
jamais de ſes poſtes , de ſes honneurs,
que pour ſe reſſouvenir qu'il nedoit
s'employer qu'à faire des heureux ; il n'eſt
attaché à ſa fortune , que par cequ'elle lui
procure le doux plaifir de ſoulager ceux
que l'injuſtice perſécute.On ne le voit jamais
dans ſon particulier , fans être touché
dubonheur de ceux qui l'environnent ; il
Cy
SS MERCURE DE FRANCE.
1
eſt homme , & veut vivre avec des hommes;
ce ne ſont point des eſclaves qui le
fervent; ſes domeſtiques ſont ſes amis , ils
font tous heureux , & quelque médiocre
que foit leur état , ils l'oublient , quand ils
penſent à celui qui les nourrit , qui les habille
, qui les paye & qui leur commande.
Tel eſt Damis ; voilà le ſage , voilà le Philoſophe.
Recevoir un conſeil , c'eſt acquérir le
droitd'en donner.
Tout est au-deſſus de l'homme vicieux
tout est au-deffous de l'homme vertueux.
Un homme que les paffions honteuſes
poſſedent , lorſqu'il eſt connu , n'eſt plus
àcraindre; c'eſt un être indifferent pour
la ſociété.
Les défauts , les imperfections & les vices
de l'homme corrompu , font autantde
boucliers qui repouffent les traits que la
noirceur de ſon coeur lui fait lancer contre
le mérite & la vertu.
Avoir recours à un homme vicieux,
c'eſt être fur le point d'abandonner la
vertu.
Ne pas oublier les ſervices qu'on a rendus
, c'eſt ſe rendre indigne d'en rendre.
Exiger de la reconnoiffance , c'eſt en
exempter.
Lamédifance eſt une petiteſſe dans l'efSEPTEMBRE.
1749. 59
prit , ou une noirceur dans le coeur ; elle
doit toujours ſa naiſſance à la jalouſie , à
l'envie , à l'avarice , ou à quelqu'autre pafſion;
elle est la preuve de l'ignorance on
de la malice ; médire ſans deſſein , c'eſt bêtiſe
; médire avec reflexion , c'eſt noirceur.
Que le médiſant choiſiſſe, qu'il opte,
il eſt inſenſé ou méchant .
Le peuple juge du coeur des hommes
par leur façon d'agir , le ſage n'en juge
que par leur façon de penſer.
La pratique d'une vertu ne fait pas
l'homme de bien. En faiſant le bien , on
ne fait ſouvent qu'une action très-ordinaire.
Damon tient parole à un Grand ,
c'eſt la crainte , l'ambition ou l'avarice ,
peut-être toutes les trois qui le font agir.
Je ne l'en foupçonne pas, quand il tient fa
promeſſe à ſes enfans , à ſes domeſtiques,
à ſes vaffaux ; mais je ſuis prêt de dire que
c'eſtpar amourpropre. Sans être vertueux,
onfait ſouvent de grandes actions ; mais
que Damon ne ſe démente point , qu'il
faſſe toujours le bien ,& qu'il le faſſe fans
motif d'intérêt , de crainte ou de vanité,
alors je dirai que Damon aime la vertu.
AOrleans , ce 21 Juillet.
Cvj
06M ERCURE DE FRANCE :
:
LE PRINTEMS ,
A Mlle C ......
D
Ans cette riante ſaiſon ,
Où ſur un renaiſſant gazon
Brille une agréable verdure
Tout ſe ranime en la Nature.
La terre , Iris , nous offre des préſens
Qu'étouffoit en ſonſein l'importune froidure.
Ces fleurs, qui quelquefois vous ferventd'orne
mens ,
Font même ſa moindre parure.
Autour des humides roſeaux ,
Le doux Zéphir forme un léger murmure;
Et ſe joue en ſoufflant fur la face des eaux.
Dès l'aurore , fa fraîche haleine
Nous invite à courir dans la plaine.
Là, vous voyez mille amoureux oiſeaux ,
Par leurs chants à l'envi , célébrer tous enſemble
Cetheureux jour qui les rafſfemble.
Quel ſpectacle plus enchanteur ?
Ici , Tircis à fon Amynthe
Déclare ſes feux , & l'ardeur
Dont ſon ame eſt pour elle atteinte,
Elle qui ſe ſent contraints
SEPTEMBRE . 1749.
61
Par une auſtére pudeur ,
Lui laiſſe adroitement lire
Dans ſesyeux languiſſans ceque penſe ſon coeur.
Si par hazard , dans un tendre délire ,
Alafaveur d'unbois , quittant ſa fiere humeur ,
Elle accorde àregret quelqu'honnête faveur ,
CeBerger prend fa flûte ,& chante fon bonheur
Que les échos voiſins ont le ſoin de redire ,
Ce qui le lui rend plus Aateur.
Vous le voyez , belle Iris ; tout soupire ;
Livrons-nous aux plaiſirs que leprintems inſpire ;
Onn'entendprononcer que lenom de l'Amour ,
Votre coeur ſeul ſeroit- il inſenſible ?
Ce Dieu , quand on l'aigrit, devient unDieuter
rible ;
Contre ſon pouvoir invincible
Ne vous révoltez pas ; profitons du beau jour ,
Et parlons- en tous deux à notre tour.
7. F. Guichard.
MERCUREDEFRANCE.
LES DEUX BOUQUETIERES ,
L
FABLE.
A faifon triſte && rigoureuſe
Venoit de terminer ſa carriere ennuyeuſe ;
Aux Aquilons fuccedoient les Zéphirs ,
Et du peuple de l'air la voix mélodieuſe ,
De l'Amour vantant les plaiſirs ,
Rempliffoit chaque bocage
De la douceurde ſon ramage.
Laterre reprenoit ſes premieres beautés,
Et l'on voyoit de tous côtés
Les animaux joyeux fortir de leurs tannieres,
Lorſque deux Bouquetieres ,
Allant cueillir les précieux préſens
Que leur offroit le retour duprintems .
Virentde loinune prairie
Spacieuſe &bien fleurie.
La diverſité des couleurs
Les porte auſſi tôt à s'y rendre ,
Et la beauté des fleurs ,
4
Et leurs douces odeurs ,
Les y firent bien-tôt deſcendre.
L'une , ſans fortir de ſa place ,
Prend toutes ces fleurs à la fois ,
Et fans choix;
SEPTEMBRE. 1749. 63
Elle en fait un bouquet fans agrémens, fansgrace
*
Ce n'est qu'un mêlange confus ,
Qui des paſſans attire & mépris & refus.
Sa compagne , bien loin d'imiter ſa pareffe ,
Va, court , & revient & s'empreſſe ,
Sçait ménager les ornemens ,
Rejette ce qui pourroit nuire ,
:
Le remet dans un autre tems :
Ici c'eſt du jaſmin , & là c'eſt un oeillet ,
En un mot , pour le dire ,
Elle fait de ce tout un ſuperbe bouquet.
On le voir , on accourt , on l'admire , onl'achette.
D'un côté je peins un Poëte ,
Qui traitant des ſujets qui ſont déja traités ,
Leur donne cependant de nouvelles beautés:
Et de l'autre , un ſot plagiaire ,
Qui prend tout, & n'en fait rien faire.
:
Parlemême..
Du 24 Mai 1749 .
64 MERCURE DE FRANCE!
EXTRAIT d'une Lettre écritepar M.
Short , de la Societé Royale de Londres ,
àM. Folkes ,Préſident de cette Académie,
far les Télescopes à réflexion. Cette Lettre
a été lùe dans une des affemblées de la Société
Royale de Londres.
Na
0
vû , à la page 172 du Mercure
d'Avril dernier ,,une Lettre de M.
Koenig , Profeſſeur de Mathématiques à
laHaye; dans laquelle il annonce les progrès
conſidérables qu'a fait M. Mégard ,
du Canton de Berne , dans l'art de perfectionner
les Télescopes à réflexion. Ce
Profeſſeur ne s'eſt pas contenté de parler
avantageuſement de ſon ami; il n'a pas
fait difficulté de dire qu'il foupçonnoit
lesAnglois d'avoir profité de ſes vûes , par
la communication d'une de ſes Lettres
dont il avoit envoyé des copies à Londres .
Il ajoute que ce qui le confirme dans cette
idée , c'eſt qu'il ne lui parut pas , fix mois
auparavant , lorſqu'il étoit en Angleterre,
qu'on y pensat le moins du monde à perfectionner
ces fortes d'inſtrumens , endiminuant
leur longueur.
M. Short , habile Artiſte Anglois , qui
a conſtruit le fameux Télescopede douze
SEPTEMBRE. 1749. 63
コー
,
-
c
er
S
it
ar
,
S.
e
is
-e,
er
Hiui
pieds , placé dans l'Hôtel de Marlboroug
a crû que ces reproches intéreſſoient , nonſeulement
ſon honneur , mais auſſi celui
de toute ſa Nation. Il n'a pû fouffrir
qu'on l'accusat d'avoir voulu s'approprier
des remarques qui ne lui appartenoient
pas : il a écrit pour ſajuftification , le 11
Mai dernier , une affez longue Lettre à
M. Folkes , Préſident de la Société Royale
de Londres , afin qu'il la communiquât à
cette ſçavante Compagnie ; & il a produit
en même tems une copie de la Lettre ,
dont on prétendoit qu'il avoit tiré des ſecours.
On nous a communiqué l'une &
l'autre piece , & il nous a paru que la juftice
que nos Journaux doivent àtout le
monde , exigeoit de nous que nous inſeraffions
ici un extrait qu'on nous a envoyé
de la Lettre de M. Short. Ce morceau fuffira
, pour mettre au fait de la conteftation
les Lecteurs qui s'intéreſſent aux progrès
des Arts , & dont la curiofité ſera ſans
doute excitée par les avantages que laMarine
& l'Astronomie recevront vraiſemblablement
un jour de l'uſage des nouveaux
Télescopes.
L'Artiſte de Londres prétend ,que les
Copies de la Lettre de M. Mégard n'auroient
pû lui apprendre que ce qu'on étoit
déja en poſleſſion de ſçavoir en Angles
66 MERCURE DE FRANCE.
terre. M. Smith ayant propoſé à la Société
Royale de Londres dès le mois de Janvier
1740 , de ſubſtituer aux miroirs de métal,
dans les Téleſcopes , des miroirs de verre ,
inégalement épais vers le bord& vers le
centre , ou dont les deux ſurfaces ne fufſent
pas paralelles ; ſa propoſition , qui eſt
appuyée de toutes les recherches néceſſaires
de Théorie , a été imprimée dans les
Tranſactions philoſophiques Nº. 456 , &
il y eſt prouvé qu'on peut proportionner
tellement les deux courbures , qu'on évitera
, par les refractions que ſouffriront
les rayons de lumiere en traverſantdeux
fois la ſurface concave , preſque toute la
ſéparation nuifible des rayons de differentes
couleurs. Il eſt parlé de ce même expédient
dans le Syſtème d'Optique de M.
Smith , & dans la Relation des expériences
qu'on en a faites en préſence de pluſieurs
perſonnes. Les images des objets
paroiſſoient très-diftinctes , mais elles
étoient environnées d'une ſeconde lumiere
,qui étoit vraiſemblablement réflechie
par la furface concave. M. Short affûre
qu'il avoit remarqué la même choſe , en
ſe ſervant d'un miroir de verre , conſtruit
de la maniere indiquée par M. Newton
dans ſon Optique ,&qu'il obſerva que ces
miroirs étoient encore ſujets à un autre
SEPTEMBRE. 1749 . 67
-
13en
bé
M
en
[ueti
16
lie
ni
TU
τρί
défaut très-conſidérable. Ils affoibliſſent
la lumiere ,& ils la diminuent ſouvent de
plus de moitié , ſi on les compare à des
miroirs de métal. Toutes ces obfervations
répetées avec ſoin avoient déterminé
M. Short , long- tems avant qu'il entendit
parler de M. Mégard , à renoncer
aux miroirs de verre , pour ne s'occuper
que de la perfection de ceux de métal ,
dont il s'occupe encore actuellement , &
auſquels il travaille depuis 1733-
Il fuit de-là , fi l'on s'en rapporte , comme
il nous paroît qu'on le doit faire , aux
piéces qu'on nous a communiquées , que
les procédés des deux inventeurs font
tout-à-fait differens , & qu'il n'y a pas le
moindre lieu de regarder l'un comme
plagiaire des vûes ou des découvertes de
P'autre , ce qui fait tomber abſolument les
foupçons de M. Koenig. On fe propoſe
d'un côté de conſtruire des Télescopes
avec des miroirs de verre , dont les deux
furfaces feront de differentes courbures
pendant qu'on travaille de Pautre côté à
former des Télefcopes avec des miroirs de
métal , qu'on tache de rendre plus par
faits. M. Short ajoute qu'il ſe conformoir
d'abord à la Table publiée par M. Newton
, dans les Tranſactions philofophi
ques,mais qu'ils'apperçut dès 1740, qu'o
D
:
68 MERCURE DEFRANCE.
,
pouvoit donner une plus grande ouver
ture àces inſtrumens , ou , ce qui reviene
au même , qu'on pouvoit gagner ſur leur
-longueur , en la diminuant conſidérablement.
C'eſt ce qu'il justifie , non- feulement
par l'exemple du grand Télescope
de douze pieds , achevé en 1747 , & placé
dans le jardin de l'Hôtel de Marlboroug ,
mais par pluſieurs autres dont il fait
mention dans ſa Lettre à M. Folkes , &
à l'égard deſquels il paroît qu'il a changé
d'une façon avantageuſe le rapport entre
leurs principales dimenſions. Celui de
douze pieds , dont le miroir a dix huis
pouces de diametre , eſt réduit de plus de
moitié , puiſqu'il eût été long de vingtneuf
pieds , ſi l'on ſe fût conformé aux
régles de M. Newton. Ainſi , ſelon M.
Short , ce n'est que parce que M. Koenig
n'avoit examiné la choſe qu'avec précipitation,
qu'il a pûdire ,que lorſqu'il étoit en
Angleterre , on n'avoit aucune notion de
la vraie maniere de perfectionner les Téleſcopes
en les accourciſſant .
M. Short ſe propoſe de conſtruire un de
ces inſtrumens , qui n'aura que dix - huit
pouces de longueur , quoiqu'il en ait fix
d'ouverture. Cela rendra encore plus néceſſaire
l'attention qu'il a toujours eue de
donner une figure parabolique au grand
SEPTEMBRE. 1749.
miroir , & une ellyptique au petit , toutes
les fois qu'il a percé le grand miroir , ſelon
la méthode de Grégori .
Nous pourrons ſçavoir bientôt ce qu'il
faut penſer de ce qu'avance M. Koenig ,
au ſujet d'un ouvrier de Franquer , qui
conſtruit , à ce qu'il affûre , des Téleſcopes
incomparablement meilleurs que ceux
qu'on fait en Angleterre , & qui les donne
àun tiers meilleur marché. M. Short
s'eſt adreſſé à M. le Comte de Bentinck ,
Ambaſladeur des EtatsGénéraux des Provinces-
Unies auprès de Sa Majesté Britannique
, pour le prier de vouloir bien
lui procurer un de ces inſtrumens , en obſervant
toutes les formalités néceſſaires ,
pour que le Public puiffe ajouter foi à l'examen&
à la comparaiſon qu'on en fera
à Londres , en préſence de Juges inté
gres& éclairés,
70 MERCURE DE FRANCE!
:
POEME ,
Ou Effai ,sur leprogrès des Sciences &des
Beaux Arts,sous le Regne de LOUIS
le Bien-Aimé , dédié à Meſſieurs de l'Académie
des Belles- Lettres de Montauban ,
par M. de la Soriniere , de l'Acadé
mie Royale des Belles- Lettres d'Angers.
1749 .
Ο
Vous , dont les brillans eſſais *
S'annonçent par des coups de maître,
Dans la lice où j'oſe paroître
Aſſûrez-moi d'heureux ſuccès :
sidans l'art des beaux vers j'ai fait quelques pro
grès ,
C'eſt vous qui les avez fait naître.
Quels progrès éclatans paroiſſent à mes yeux !
Les Sciences , les Arts , riches préſens des Cieur ,
Par les ſoins de Louis s'accroiſſant dans leur
courſe ,
Deviennent chaquejour plus dignes de leur ſource!
Semblables à ces eaux dont l'humide criſtal ,
Au fortir d'un rocher ſe creuſant un canal ,
*L'Académie de Montauban eft nouvellement éta
blie.
1
SEPTEMBRE. 1749. 71
Forme un fleuve écumeux , dont les ondes altieres
Roulent en bouillonnant les eaux de cent rivieres,
Le Pastel.
Un Art ne fait qu'éclore : il eſt déja complet ,
Le Paſtel en naiſſant m'offre un tableau parfait,
:
L'Opéra,
Sur ces bords où la Seine , en miracles féconde ;
Raſſemble tous les Arts qui décorent le monde ,
Il eſt un Sanctuaire aux graces conſacré ,
Séjour des Amadis , & des Dieux révéré.
C'eſt unTemple lyrique , où l'enfant de Cythere
Vient entendre des airs inſpirés par ſa mere ,
Et verſer à long traits ce dangereux poifon ,
Qui dévore le coeur , & trouble la raiſon,
Le Dieu s'en applaudit , & doublement perfide
Bleſſe le ſpectateur du même trait qu'Armide :
Il rit de voir Isméne , en proye à ſes douleurs ,
Aux ſoupirs qu'elle exhale entre-mêler des pleurs,
Et pour de faux Rolands réaliſant ſes peines ,
Se forger dans ſon coeur de véritables chaînes.
Dans ces lieux enchantés , tout prend une ame
un corps ;
Tout s'y perſonnifie , & reſſent des tranſports.
La force du pinceau du Dieu de la peinture
Ytrace mille objets plus beaux que la nature *;
J'y vois dans des lointains avec art ménagés
*Décorations.
72 MERCURE DE FRANCE.
bes Palais dans l'inſtant erigés :
rune en courroux , commandant aux orages
,
ots entr'ouverts produire des naufrages.
Le calme reparoît , & ſoudain des danſeurs
Foulent d'un pied léger la verdure & les fleurs
Et des Amours badins une troupe enfantine
Répéte de Rameau la Muſique divine.j
CeMonarque des Sons , par Euterpe enfanté ,
Donne à tout ce qu'il touche unton de vérité ,
Qui , de l'art enchanteur augmentant le preſtige ,
Frappe , étonne , conduit de prodige en prodige,
Quel charme me tranſporte ! Etquelle illuſion
Sur mes ſens éperdus fait tant d'impreſſion !
Les Chênes de Dodone en ces heureux ſpectacles
Parlent , ſe font entendre , & rendent des oracles
Tout s'anime , fe meut , & des quatre élemens
Agités , confondus , dans des chocs éclatans ,
Naiſſent des feux ſoudains ,dont les bruyantes
Aammes
Excitent la terreur & le trouble en nos ames *
N'eft- ce point Jupiter , qui du Dieude Lemnos ,
Lance ſur les Titans la foudre & les carreaux ?
Ou qui , pour conſumer un autre Salmonée ,
Arme ce bras vengeur qui punit Capanée?
* Le Tonperre del'Opéra
La
SEPTEMBRE. 1749: 73
e
९.
les
es
ens
antes
OS,
,
La Guerre.
Jamais aux champs de Mars l'Art des Déme
trius (a)
N'avoit tant illustré les Siéges , les Blocus.
L'Europe en est témoin ; cent Villes aſſiégées
Se ſont ſous nos drapeaux & ſous nos loix rangées :
Etdans moins de quatre ans le Belge plein d'effroi ,
Areconnu mon Prince & Lours pour ſon Roi.
Marches & campemens , fourages , ſubſiſtance ;
Contre-marches, ſecours,magnifique ordonnance ,
Ont vu des plans nouveaux que l'Art ſeul dirigeoit
,
Et que , ſuivant les lieux , la raiſon corrigeoit.
Non , jamais la Tactique aux champs deMana
tinée (b) ,
N'acquit autant d'honneur que dans cette jour
née (c) ,
Où par un coup de l'art l'Anglois ſi redouté
Vit ſon hardi projet compris ,déconcerté :
Et le fier bataillon , la terrible colomne ,
Que menoit Cumberland ſur les pas de Bellone ;
(a) Demetrius Poliorcétes , ou le preneur de Vil
les... Fils d'Antigone , &c .
(b ) L'affaire de Mantinée , ſelon les connoiſſeurs ;
nous offre le plus bel ordre de bataille qu'ait fourni
l'antiquité : l'Epaminondas de notre fiecle sçaurois
bien en juger.
(c) Fontenoy.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
Miſe en poudre auſſi tot par ce Prince guerrier
'attendoit dans ces champs le plus digne laurier
d'un coup d'oeil y fixer la victoire :
mirant , ſouſcrivit à ſa gloire,
2nces traits , illuftres Orateurs (a) =
onſacrer , gravez-les dans vos coeurs,
fille du Çiel , divine Poësie (6) ,
:
Qui ez les tons forts à la tendre harmonie ,
Dans une autre Henriade accordez vos concerts,
Voltaire , c'eſt à lui que tu dois tes beaux vers (c)
Avant lui , tu le ſçais , la ſublime Epopée ,
Dans l'enfance des tems encore enveloppée ,
Aux François é onnés ne s'étoit point fait voir.
Après les Childebrand (d) on n'eût oſé prévoir ,
Que la France eût ſon Taſſe , ainſi que l'Italie ;
Il falloit que Louis échauffat ton génie.
Perfection du Microscope, &du Télescope
à réflexion.
Apprens-moi , Réaumur , quel eſt cet inſtru
ment
Qui voit dans un Ciron chaleur & battement :
La nature eſt à nud , lorſque ton Microſcope
Dans les mains de Mairan s'unit au Télescopea
(a) L'Eloquence. (b) La Poëfic. (c) La Henriades
(d) Childebrand , Poëme prétendu Epique de
M. de Sainte Garde. Il est au- dessous de l'Alaric de
M. de Scuderi; & peut- être plus ennuyeux que la
Pucelle de Chapelain.
1
SEPTEMBRE . 1749.
=.
et
:
18.
(c)
= ;
cope
:
pei
mrinde .
me de
aric de
quela
Electricité,&Physique expérimentale (a) .
Et vous , docte Nollet , dont l'Electricité ,
Par des ſentiers ſecrets , mene à la vérité ,
Vous ne vous vantez point de ces hardis ſyſtêmes
Qui n'offrent à nos yeux que de brillans problê
mes :
Vous regnez ſur nos fens ,que vous ſubordonnez
Aux loix de l'évidence : & quand vous raiſonnez ,
L'expérience enfin qu'on ne peut contredire
Sur le plus incrédule exerce ſon empire.
Le célébre Fluteur , & les autres machines
furprenantes de M. de Vaucanfon , un des
plus grands Mechaniciens qui ayent jamais
paru.
,
O nouvel Archimede , illuſtre Vaucanſon ;
Qui , mettant la Nature & l'Art à l'uniſſon ,
Sçavez donner la vie à de froids Automates
Dans l'aſſemblage heureux de matieres ingrates ,
J'entens les doux concerts d'un célébre Flûteur ,
Qui , ſurprenant l'eſprit , charme & ravit le coeur.
Opérations de Meſſieurs Bouguer & de la
Condamine , pour déterminer lafigure de la
Terre (b) .
(a) M. l'Abbé Nollet a donné un ouvrage fur
PElectricité ,& déja 4 vol. de fa Physique expéri
mentale.....
(b) OnSuppose au commun des Lecteurs , du moins
Dij
ARCUREDEFRANCE.
efez dans vos mains ce que ſon globeenferre;
us avez estimé par un calcul nouveau
Les oſcillations de Paris à Quito :
Et ſur des plans certains , qu'on avoit crû frivoles
Elevé l'Equateur , en rapprochant les Pôles.
Argonautes François , quels immenfes travaux ,
Aux yeux de l'Univers , étonnent vos rivaux !
AMeſſieurs de l'Académie.
Beaux Cygnes aſſemblés dans ce docte Licée ;
Célébrez de mon Roi l'auguſte Caducée (a) ;
Chantez ſes hauts exploits , ſa douceur , ſa bonté
Ses vertus , ce beau nom juſtement mérité.
Que votre amour pour lui ſoit conſtamment fidéle
Des tendres ſentimens lui - même eſt le modéle.
Traduction du fameux Dyſtique de Virgile.
Nocte pluit totâ ; redeunt ſpectacula manè ;
Divifum imperium cum Jove Cefar habet.
Il plut toute la nuit ; le beau revient le jour :
Jupiter & César gouvernent tour à tour.
une légere connoissance des Relations & du Livre de
ces Meſſieurs , & quelque médiocre teinture de la
matiere dont il s'agit. Tandis que Meffiears Bouguer
& de la Condamine parcouroient les Plages
Brûlantes du Pérou , d'autressçavansAcadémiciens
affrontoient & franchiſſoient courageuſement les glaces
du Nord, pour le même objet..... Toutes ces Rela
tionsfont imprimées....
(a) Le Roi afait & donné la Paix à toute l'En
sope.
SEPTEMBRË. 17
S
e;
té
déle
e.
le.
VERS , fur le Parnaffe Fran
Titon du Tillet , exécuté en
la gloire des Auteurs illustres ..
٤٠٠٠٠
Heureux Auteurs , dont la lyre m'enchante ,
Ah ! que j'envierois votre ſort !
Vainqueurs du tems & de la mort ,
Heureux Auteurs , Titon vous chante !
Dans les faſtes brillans de l'immortalité ,
Son burin conduit par la gloire ,
Tranſmet vos noms à la poſtérité ;
Et vous viviez enſemble au Temple de Mémoire.
rele
He la
Bou
Flager
niciens
sglatu
sReise
el'E
AVERTISSEMENT
Sur la Lettre ſuivante .
Odela
N n'a point voulunous dire le vrai nom
jeune beauté ,,qui se cache ſous celui
de Philarete , mais pour peu qu'on connoiffe
Turin , on la devinera facilement , & l'on
trouvera que les éloges contenus dans la Lettre
qu'on va lire , ne font point exagerés.
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
V
LETTRE
De M. de S. R. à M. Rémond
de Sainte Albine.
Ouss avez expoſé , Monfieur , dans
les Mercures des mois de Janvier
& d'Avril de cette année , quelques ſolutionsd'un
Problême aſſez difficile. Miſes
fous les yeux d'une Nymphe charmante
des bords du Pô , elles n'ont pas pû lui paroître
fatisfaiſantes , mais elles ont excité
ſes talens. J'ai l'honneur de vous adreſſer
la copie du travail de cette belle perfonne
fur le Problême en queſtion , elle eſt écrite
de fa main.
Philarete eft fon nom , elle est née &
demeure à Turin. Décorée de la plus haute
naiſſance , formée par les graces , inſpirée
par la ſageſſe , elle joint à tous les
dons de la nature , aux charmes d'une jeuneffe
brillante , l'eſprit le plus délicat, la
converfarion la plus ornée , & des talens
peu communs dans les perſonnes de fon
fexe.
N'est- ce pas vous donner , Monfieur ,
une preuve de mes ſentimens pour vous ,
que de vous mettre en état de rendre juſtice
au mérite de la belle Philarete , en faiSEPTEMBRE.
ans
er
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02-
cite
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hau-
πρί
les
jeula
lens
e fon
fieur,
vous,
ejuftine
sv
ſant paroître ſon travail d '
du mois prochain ? Je puis
l'honneur de vous dire , que celle
tion de votre part ne peut que confirmer
la haute opinion que l'on a de vos talens
&de vos lumieres au-delà des Alpes. Elle
vous attirera auffi dans ce pays-ci des remercimens
que vous ferez très- aiſe de
vous procurer.
J'ai l'honneur d'être , &c
AParis , ce 11 Juillet 1749 .
U
D. S. R.
PROBLEME ,
Résolu par l'illustre Philarete.
N homme à l'article de la mort ,
laiſſant ſa femme enceinte , ordonne
par ſon teſtament que fi elle accouche d'un
fils , ce fils aura les trois cinquiénes de fon
bien , & la mere les autres deux cinquiémes
, & que fi au contraire elle accouche
d'une fille , les quatre ſeptièmes feront
pour la mere , & la fille aura les autres
trois ſeptièmes. Or il arrive qu'elle met
au monde un fils & une fille , & l'on demande
ce que la mere , le fils & la fille.
Diiij
80 MERCURE DEFRANCE.
doivent avoir ſur l'héritage qui ſe trouve
de 100000 livres , en confervant toujours
lamême proportion de la mere aux enfans.
Conſidérons premierement que ſelon
l'intention du pere , le fils doit avoir
un cinquiéme plus que la mere , & la mere
doit avoir un ſeptième plus que fa fille.
Ainſi , ſi nous prenons 35 pour le fils , la
mere aura 28 & la fille 24 , & ces trois
nombres ajoûtés enſemble font 87. Donc
il n'y plus qu'à faire trois regles de proportion,
en diſant , ſi ſur 87, le fils prend
35 , combien prendra-t'il ſur 100000 , &
ainſi de même pour la mere & pour la
fille
36
87,35,100000,40229 , 17,8 pour le fils.
87,28,100000,32183,18 , I
1
pour la mere.
87,24 , 100000,27586 , 4 , 1 pour la fille .
100000 00
Et ces trois ſommes font enſemble
100000 livres , qui eſt juſtement le fond
de l'héritage.
On trouveroit la même choſe en ſuppoſant
la portion du fils = x , & alors la
portion de la mere feroit , & celle de la
fille ,& faiſant tout l'héritage 100000
=a , on auroit l'équation x +++
= a. En la réduisant on trouvera x =
254
872
35
c'est- à- dire x=40229 , 17,8 pour 87
SEPTEMBRE.
le fils ;332183,18,1
x = 27586,4 , mere ; x
fille.
35
Autrement.
37
La volonté du pere fut de laiſſer à fon
fils un cinquième de tout l'héritage de
plus qu'à la mere , à laquelle il vouloit
laiſſer un ſeptiéme de plus qu'à ſa fille ,
de tout l'héritage auffi . Donc ſi l'on fuppoſe
tout l'héritage = a , & la part du fils
=x , celle de la mere fera=x
cellede la fille =x
24 a
- &
-- , ſomme de ces trois
3xportions
étant = a , nous aurons l'équa-
194
tion ſuivante 3 x - = a, & en tranſpo
fant
194
35
3x= + = , & en divifant
18a
35
par 3 ; x = ; & comme on ſuppoſe
a = 100000 livres , nous aurons
x= 51428 pour le fils.
x - 31428 pour la mere.
x = 17142 pour la fille,
a
100000 liv.
Dy
82 MERCURE DEFRANCE.
Ииии
VERS
Envoyés à une Dame , qui avoit fait préſent
d'un cabaret de porcelaine à l'Auteur.
LAMaîtreffe du cabaret
Mérite bien qu'on la dépeigne.
Qui vit l'amour , vit ſon portrait =
Celui d'Hebé lui fertd'enſeigne.
Bacchus , affis ſur ſon tonneau ,
La prend pour la fille de l'onde.
Même en ne verſant que de l'eau ,
Elle ſçait ennyvrer ſon monde.
VERS de M. de Voltaire , àMde de B. R..
V
Os yeux font beaux,mais votre ame eſt plus
belle ,
Vous tres ſimple & naturelle ,
Et fans prétendre à rien , vous triomphez de tout.
Si vous euſſiez vêcu du tems de Gabrielle ,
Je ne ſçais pas ce qu'on eût dit de vous ,
Mais l'on n'auroit point parlé d'elle.
SEPTEMBRE ...
VERS du même , à Madame
P
1
la Neuville , en lui envoyant l'Epitrej
la Calomnie.
Arcourez donc de vos yeux pleins d'attraits
Ces vers contre la calomnie,
Cemonftre dangereux ne vous bleſſa jamais;
Vous êtes cependant ſa plus grande ennemie,
Votre eſprit ſage& meſuré ,
Non moins indulgent qu'éclairé ,
Excuſe , quand il peut médire ;
Etdes vices de l'univers ,
Votre vertu mieux que mes vers ,
Fait à tout moment la ſatyre.
PHilis ,
MADRIGAL.
, te ſouviens - tu de cejouragréable
Où te livrant aux jeux , aux chanſons , aux plaifirs
Tu folâtrois avec un air aimable
Et plus vive que les Zéphirs
Tu voltigeois en habit de bergere ,
Entre les fleurs & la fougere.
Pour moi jem'en fouviens. Que cejour futchar
mant !
Jete vis , tume plus , je devins ton amant;
Dvj
54 MERCURE DE FRANCE.
4
Ce jour-là même étoit ma fête .
Pouvois-je avoir un deſtin plus heureux
Que d'être ta conquête ,
Ett'offrir pour toujours mon encens & mes voeux ?
Si du Soleil j'obſerve la viteſſe ,
Depuis cinq ans tu connois mon amour ,
Mais ſi j'en crois mes feux & ma tendrefle
Je t'aime de ce jour.
w.
VERS , envoyés de Paris à un ami, qui avoit
engagé l'Auteur à revenir en Province.
VAinement par ta voix l'amitié me rappelle.
Dans des lieux où l'Amour ſe plaît à m'outrager ,
Pour oublier mon infidelle ,
Des charines de Paris ' oſe tout eſperer ;
Hélas ! en me rapprochant d'elle
J'animerois des feux que je veux étouffer.
Par lemême.
VERS à Madame de F • ... niècede
M. de Voltaire , jouant le rôle de Céliante
dans le Philoſophe marié.
QUand l'aimable raiſon ſe déguife encaprice ;
Elle s'efforce envain de faire illuſion ,
SEPTEMBRE. 1749.8
Le Spectateur charmé qui ſent tout l'artifice ,
Pour Céliante a les yeux de Damon .
Par le même.
DISCOURS
Qui a été fait pour être prononcé à l'ouverture
d'une Ecole Royale de Mathématiques à
Nancy, parM.Gautier, Chanoine Régulier,
Professeur de Mathématiques & d'Hiftoire
des Gentilshommes Cadets du Roi de
Pologne. ( Ce Difcours contient en général
des vûes utiles ſur la meilleure maniere
d'étudier &d'enſeigner toutes les ſciences
quifont du reffort de l'esprit.)
M
Effieurs , il eft tant d'Arts & de
Sciences qui dépoſent en faveurdes
Mathématiques ,qu'on eſt diſpenſé d'en
* Le Roi de Pologne , Duc de Lorraine &de
Bar , a été ſur le point de fonder à Nancy des
Ecoles de Mathématiques & de Deſſeing. On au
roit ſuivi un plan à peu près ſemblable à celui que
Meſſieurs de l'Académie Royale des Sciences ont
approuvé pour les Ecoles de Rheims. ( Voyez le
Mercuredu mois de Sept. 1748. On auroit conferé
àces Sçavans le droit de nommer les Profeffeurs,
On devoit démontrer toutes les parties des Mathématiques,&
faire des Cours de Phyſique Expés
86 MERCURE DE FRANCE.
faire l'éloge. Elles guident le Phyſicien ,
'Aſtronome , le Navigateur ; la Peinture
lui doit ſes chefs-d'oeuvre de perſpective;
la Géographie, ſa perfection ; la Muſique ,
la théorie de ſes rapports. Elles forment
des Arithméticiens & des Algébriftes. Les
Géometres , les Mechaniciens , les Architectes
, les Ingénieurs , en empruntent
Jeurs connoiſſances. Quels ſervices ne rendent
- elles pas à l'Arpentage , & à tant
d'autres Sciences , qui en font les parties ,
ou qui y tiennent par quelque endroit ?
Leurs influences ſe répandent juſques fur
les Arts qui en paroiſſent les plus éloignés
; frappés de l'ordre , de la préciſion
de la juſteſſe qu'elles s'aſſocient toujours ,
ils tâchent de les faire paſſer dans leurs productions.
A ne les confidérer même qu'en
tant qu'elles ſervent à former l'eſprit
quelle idée avantageuſe ne doit on pas en
avoir ? Elles lui donnent de la pénétration
, en l'habituant à prêter une attention
foutenue en le pliant à des réflexions ,
>
mentale fuivant la méthode de M. l'Abbé Nollet.
L'Auteur de ce Diſcours étoit deſtiné par Sa
Majesté à remplir ces deux derniers emplois.
On peut encore eſpérer que ces établiſſemens
euront lieu à Nancy , puiſque depuis le tems où ils
ont été projettés , S. M. Polonoiſe a fondé une
Chaire de Profeffeur de Mathématiques chez les
RR.PP. Jéſuites de Pont-à-Mouflon.
SEPTEMBRE. 1749. 87
profondes qui le font percer au travers
des voiles les plus épais ; de la juſteſſe , en
lui procurant le goût du vrai, &les moyens
de diftinguer les nuances du faux : de la
préciſion , en préſentant les objets dégagés
des inutilités acceſſoires , dépouillés des
ornemens propres à ſéduire l'imagination ;
de la netteté , par la nature des objets qu'elles
offrent , objets propres à être conçus
diſtinctement ; de l'étendue , par la diverfité
des rapports & des idées qu'elles obligent
d'embraſſer d'un coup d'oeil ; de la
profondeur, en le fixant ſucceſſivement ſur
toutes les faces d'un objet qu'elles occupent
, qu'elles analyſent pour en pénétrer
l'intérieur.
Plus cette ſcience eſt utile , plus il eſt
importantde bien connoître la maniere de
l'apprendre foi - même , & de l'apprendre
aux autres . Les plus grands fuccès ſont fouvent
dûs à d'heureux commencemens , &
ces derniers à la route qu'on a choifie.
PREMIERE PARTIE .
Quoique lesMathématiques foientd'une
vaſte étendue , l'expérience a montré qu'on
pouvoit en poffeder toutes les parties. Ne
croyons pas que l'eſprit doive ſe refferrer
dans un ſeul genre de connoiffances:
8 MERCURE DE FRANCE.
rance le ſoin d'accréditer
les hommes laborieux ſe
fferentes carrieres , leur
caconteſtée par de petits génies.
Ils ne concevront pas comment on
peut ſaiſir tant de rapports , lier tant d'idées
, les placer ſans confufion. Il n'est
donné qu'à des perſonnes de beaucoup d'efprit,
de connoître juſqu'où va celui des autres;
les vrais éloges ne partent guéres que
de ceux qui les méritent.
Pour s'en rendre digne , il eſt important
, lorſqu'on étudie ſeul,de ſe former
un plan &de ménager ſes forces. Les autres
Sciences l'exigent : à plus forte raiſon
les Mathématiques , dont les vérités font
enchaînées plus intimement , les difficultés
plus nombreuſes , les démonstrations
plus compliquées. Faute d'une bonne méthode
, on multiplie ſes travaux inutilement.
Combien ignorent leurs talens pour
les avoir mal tâtés ou n'en font plus
aucun uſage ; parce qu'ils en ont bruſqué
les effais , & font tombés dans ur découragement
, dont les ſuites font plus facheuſes
que celles de la préſomption ! On
double ſon eſprit par la maniere de l'employer.
A l'aide d'une machine , on éleve
un gros fardeau avec une force médiocre.
L'art des recherches a ſes procedés ,ſes fa
د
SEPTEMBRE. 1749 . S
çons. Qui ſçait les apprécier,en eſt preſque
le créateur.
J'avoue qu'on peut ſe repoſer du plast
fur des Auteurs qui ont aſſorti les vérités
Mathématiques avec toute la clarté poffible
, avec l'ordre le plus convenable . Mais
la maniere de ſuivre ce plan doit être décidé
par le plus ou le moins d'intelligence
dont on eſt doué. Il en eſt qui voulant
franchir les limites que la Nature leur a
tracées , tâchent de marcher à grands pas ;
ils effleurent les rapports , & ils les manquent.
Leurs idées n'ont pas le tems de
prendre affez de corps : d'autres idées , au
lieu de s'arranger de front , ſe placent devant
celles- ci ; bientôt elles attirent toute
la foible attention d'un eſprit qui ſe précipite
; les premieres ne font apperçues
que pardes teintes extrêmement affoiblies,
& ne ſemblent exiſter que pour faire appercevoir
les dernieres. Ainsi dans la Peinture
, la dégradation des lointains fait fortir
les objets qui ſont ſur le devant du tableau.
De- là la confufion , la néceſſité de
retourner ſur ſes pas,une marche craintive,
le dégoût toujours voiſin des efforts tériles.
Avance - t - on avec une lente activité ;
les idées ſe preſſent , s'emboitent , ſe fortifient
en s'étayant, elles formentdes points
CUREDEFRANCE.
canlables ; on apperçoit leurs
leurs differences , leurs divers
é.
¡ cut tomber dans un inconvénient
qui n'eſtpas moins à craindre que la précipitation
; c'eſt de regarder toutes les vérités
Géométriques , comme également importantes
: l'attention ſe répandant de la
même maniere fur les conféquences&fur
les principes fondamentaux , l'eſprit ſe
bande trop , ſes forces diminuent , parce
qu'elles font trop partagées. Il faut des
points dominans , où l'attention ſe replie
plusque fur les autres. La connoiffancedes
vérités capitales emporte celle des fubalternes
. Maître du trone , on l'eſt des branches.
Ily a une infinité de propoſitions renfermées
dans d'autres , leur développement
fatigue ceux qui débutent. Quand on connoîtbien
les maſſes principales de l'édifice
, on entre avec bien plus de facilité
dans le détail des petites diſtributions : il
faut tendre à l'enſemble. L'eſprit qui ne
voit que des parties iſolées , eſt toujours
médiocre. On énerve ſes forces dans les
conféquences minucieuſes .
Mais quelque ſoin qu'on prenne de les
ménager , il arrive quelquefois qu'on eſt
arrêté, ſoit par des vérités profondes, dont
on ne peut approcher que par des circuits ,
SEPTEMBRE. 1749.9
foit par un grand nombre de propoſitions"
qu'il faut ſe rappeller & ſuivre comme une
chaîne qui aboutit au noeud de la difficulté;
foit par des démonttrations qu'un Auteur
a mal articulées , qu'obſcurciſſent des ſousententes
, des ambiguités. Il y a tant de ma
nieres de défigurer le vrai.
Ne le diſlimulons pas , il eſt des raiſonnemens
dont le fil ne peut être ſuivi que
par des efprits peu communs Que ceux
qui ontde la peine à concevoir , ne fe découragent
point. Letems ſupplée ſouvent
à la ſagacité . A force de remanier les mêmes
idées , on découvre les endroits par
où elles peuvent s'aſſembler ; c'eſt en luttant
contre les obſtacles , que l'eſprit devient
robuſte ; d'ailleurs ce qui a coûté ne
s'oublie point .
Les efforts font-ils inutiles ? On doit
recourir à d'autres Auteurs qui ont traité
la même matiere. Par- là , on a l'avantage
des perſonnes qui ſont enſeignées de vive
voix; c'eſt de paſſer en revûe les mêmes vérités
offertes de differentes manieres .
Un bon Maître , il faut l'avouer , vous
épargnera beaucoup de tems & de peines
, en retournant chaque objet , ſuivant
l'aſpect qui donne le plus de priſe à votre
intelligence ; mais cela ne doit pas vous
diſpenſer de travailler en votre particu
JREDE FRANCE :
Me de donner de l'exercice à l'ef
1 devient incapable de marcher ſeul ;
contracte une forte de molleſſe qui le
fait gliffer fur tout ce qui paroît épineux .
Craindre le travail , c'eſt renoncer à pluſieurs
vérités . Sous les yeux même du Maî
tre , l'Eleve doit tendre ſon eſprit , afin de
le devancer , pour ainſi dire , dans ſes dé -
monſtrations ; il doit rapprocher ce qui a
été dit,de ce qu'il prévoit qu'on va dire .
L'eſprit de comparaiſon remplace les autres
genres d'eſprit , il ne peut jamais être
remplacé.
Prête - t - on une attention aſſez foible
pour ſe laiſſer emporter àdes idées étrangeres
? On ne peut ſe flatter d'aller bien
loin dans les Sciences : la vérité eſt jaloufe,
elle veut qu'on ſoit tout à elle.
Une des ſuites de l'inattention , eſt d'ignorer
pourquoi on ne conçoit pas un raiſonnementqued'autres
trouvent très-clair.
Il eſt cependant effentiel pour faire des
progrès ſolides,de pouvoir aſſigner lepoint
précis où commence l'obſcurité. En dévoiler
les cauſes , c'eſt la diſſiper .
Effet plus nuiſible de l'inattention , on
croit entendre des propoſitions qu'on n'entend
point. On ſe contente d'entrevoir
quelques rapports , fans examiner s'ils s'adaptent
à la matiere dont il s'agit : ou on
SEPTEMBR
les refferre , ou on les ét
rapport en amene un
reur en erreur on parvie.....
évidence ,qui ne permet ni de fam
ni de s'en écarter entierement.
Le remede à ces inconvéniens ſeroit
ſans doute de ſecouer le joug d'une honte
déplacée , qui nous empêche d'avouer que
nous concevons difficilement. Il ſemble
qu'on aime mieux ne pas pénétrer, que de
paffer pour manquer de pénétration. Il ar
rive de- là, qu'on ſe voit privé,dans la ſuite,
d'une réputation qu'on auroit acquiſe , ſi
on n'avoit pas crû la mériter. Pourquoi
ne pas demander des éclairciſſemens ? Eſt il
honteux de chercher à faire des progrès ?
L'amour propre est bien mal ſervi par la
vanité.
Je ſçais , Meſſieurs , qu'en apprenant
les autres Sciences , on doit éviter la plûpart
des défauts que nous indiquons. Nous
rachons d'infinuer des vérités générales
qu'on ne sçauroit trop inculquer , & qui
font ſurtout importantes dans les Mathématiques
, où la liaiſon & la ſévérité des
matieres ne permet point de voltiger , de
ſe borner à des notions vagues & indéter
minées.
Heureux les Maîtres , fi leurs Diſciples
ont les diſpoſitions que nous demandons
94 MERCURE DE FRANCE.
plus heureux les Diſciples , ſi leurs Maîtres
Plu
les enſeignent de la maniere que nous allons
développer .
SECONDE PARTIE .
Figurons-nous un Mathématicien doué
des talens néceſſaires pour former de bons
Eleves ; un eſprit clair , net , juſte , précis
, à qui l'étude des vérités abſtraites n'ait
ni noirci l'humeur , ni deſſeché l'imagination
; également propre à enſeigner, foit
en particulier, ſoit en public. Dans le premier
cas , il s'appliquera à difcerner lesdivers
génies , & y pliera fa méthode.
S'il rencontre des eſprits lourds , il ne
laiſſera pas tranſpirer le jugement qu'il en
porte ; il ne leur ôtera point la fatisfaction
qui reſte à ceux qui ſont dépourvus d'intelligence
, la perſuaſion d'en avoir ; il
leur applanira toutes les difficultés , les
dédommagera par ſes égardsde ce que la
Nature leur a refuſé , convaincu que les
Diſciples qui méritent le moins d'attention
, ſont ceux qui en ont le plus de
beſoin ; que des eſprits peſans peuvent
devenir très-utiles àla ſociété,en acquérant,
par une étude opiniâtre , des connoiſfan-
-ces d'autant plus sûres , qu'ils font forcés
des'y renfermer.
Pour les eſprits dont les idées ſont vola
SEPTEMBRE. 1749. 95
tiles , il liera commerce avec leur imagination
, tantôt par des comparaiſons , par
des expreſſions figurées , tantôt par des
applications aux opérations des Arts , par
une pratique qui fait tableau. Il y auroit
trop d'inconvéniens à vouloir les aſſervir
à une application auftere , dont leur légereté
eſt incapable ; on gagne peu à fe roidir
contre des défauts qui tiennent à l'organiſation.
Le moyen de ne pas déroger à
la méthode ordinaire avec des Eleves qui
n'ont rien de fixe que le défir de changer
d'objets ?
Avec des eſprits timides, dont les talens
ſont enveloppés dans un germe qu'il ne
s'agit que de faire éclore , il deſcendra
à une douce familiarité , il applaudira à
tous leurs fuccès ; bientôt une louange occafionnera
le ſujet d'une autre ; il parviendra
à leur inſpirer une noble confiance qui
eſt toujours la ſource des progrès ,quand
elle eſt le fruit du travail. Les Eleves timides
ſont ſenſibles , il faut meſurer ſes
expreſſions avec eux : il ſe les attachera par
des prévenances polies , par des foins obligeans
, qu'il fera prendre pour une marque
de ſa propre fatisfaction.
Les eſprits préſomptueux qui croyent
poſſeder une ſcience , lorſqu'ils en ont a
peineune teinture , il les ramenera pen
E DEFRANCE.
1
doivent avoir de leur
tra ſouvent à même de
! faut ſe défier de ſes
Lanant des objections qu'ils
..e pourront pas réfoudre , & dont il tirera
la folution des propoſitions mêmes
qu'ils ſe flattoient de concevoir. On fe
connoîtmieux par les choſes qu'on ne peut
pas faire , que par celles que l'on fait,
Ades eſprits vifs , dont la pénétration
dévore les difficultés , il les leur préfen
tera ſous unſeul point de vûe ; il ne fera
que dégroffir les matieres , indiquer l'ordre
qu'il faut fuivre , donner la main dans
les mauvais pas. Il les engagera à déduire
eux - mêmes pluſieurs conféquences , découvertes
, qui animeront leur émulation ,
&leur feront naître le défir d'en faire de
plus importantes. Les grandes font dûes
aux petites.
Si ce Maître trouve de ces eſprits lents ,
qui ne laiſſent pas d'avoir de la juſteſſe
&de l'intelligence ; il offre ſon ſujet par
le côté le plus lumineux ; il en ferre les
parties , afin que l'une faſſe appercevoir
P'autre ; il recharge ſes teintes quoique foncées
, il nequitte le pinceau , que quand
il voit l'objet bien figuré dans leur eſprit ;
ce qu'il reconnoît ailément à une certaine
libertéqui ſe répand ſur leur phyſionomie .
Les
SEPTEMBRE. 1749.
Cevo
e
es
11
Ut
100
Fen
era
or
253
_nir
de
on
ede
dues
efon
Quan
omia
.
Les
Les yeux ſurtout dénotent ſi l'on conçoit ;
ils ceſlent d'être fixes , & ſe tournent avec
agilité.Quand on porte l'attention juſqu'à
cepoint , on épargne ſouvent à des Diſciples
la confufion de n'avoir pas entendu
une propoſition qu'on leur fait répeter ; &
on ſçait qu'ils eſtiment les Sciences à proportionqu'elles
leur donnent plus d'occa-
Lions de s'eſtimer eux- mêmes.
Avecdes eſprits étendus , il épuiſe toutes
les parties d'un genre ; profonds , il
les fait remonter à l'origine des chofes ,
& en démêler les dépendances les plus
cachées.
On me dira qu'il eſt difficile qu'un Profeſſeur
nivelle ainſi la portéede ſes Eleves.
Il eſt vrai que cela demande de l'atrention
;mais le déſir de remplir ſaprofeſſion
avec honneur, rend tout facile, fournit
des moyens qui échappent à l'homme
mercenaire.
Celui qui n'enſeigne qu'en public , a
unemoindre tâche à remplir ; il n'eſt point
dans
l'obligation de creuſer les diversget
nies. Il doit pourtant partir d'une portée
commune , & y ajuſter ſa méthode. Il ſuppoſera
que ſes Diſciples ont un eſprit trèsmédiocre
, de -là la néceffité de n'employer
que des expreſſions claires , &pour ainſi
dire transparentes , nulles phrases entor
E
ARCURE DE FRANCE.
4
ge.
s , nuls détours ennuyeux , aucun pla-
さい
:
Il évitera de ſubſtituer de nouvelles fa
çons de parler , à celles qui ſont reçûes. Le
langage des Mathématiques eſt une eſpece
de Langue ſacrée,qui ne permet point d'innovations
, moins encore d'enluminures.
Un Phyſicien fort eſtimé a voulu répandie
quelques agrémens ſur des élémens
de Géométrie , il a rendu obſcures des démonſtrations
énoncées clairement dansdes
ouvrages médiocres. Il eſt des vérités que
la parure offuſque. Le vrai Mathématique
eſt au-deſſus des jeux & du faſte de l'imagination,
il veut être peint avec des couleurs
mattes ,un coloris gai le rendroit ridicule.
Le langage fût- il clair & modefte ; la
plupart des raiſonnemens ſeroient difficiles
à pénétrer , ſi on ne les alignoit fuivant
l'analogiela plus ſimple,& fi on laiſſoit
des vuides entre les idées. Il faut pour le
grand nombre des Diſciples ,que les rapports
ſe touchent ou s'embraſſent les uns
les autres, C'eſt le beau de l'Art , de les
réunir à une ſeule tige , d'où ils fortent
comme des rameaux. Alors il eſt aiſé de
les ſuivre , ſurtout ſi l'on eſquiſſe un petit
plan de la démonstration qu'on va donner.
Un pareil raccourci ſauve à l'eſprit une
incertitude qui le tiraille. Sans cette pré-
1
SEPTEMBRE. 1749 .
وو
caution ,il eſt ſuſpendu par differentes pro
poſitions dont il n'apperçoit pas le terme ;
au lieu qu'en lui marquant la route qu'on
va choiſir , les allées qui ſe croiſeront , les
circuits qu'on fera obligé de faire pour
atteindre le but , il porte tranquillement
ſonattention fur chaque branche de la difficulté
, il ſuit facilement un chemin qu'il
peut déja tracer lui - même.
1
Il prend un effor plus libre encore
lorſqu'on lui abrége le nombre des idées
moyennes , de ces idées qui s'appellent
mutuellement. La ſuppreſſion dequelques
anneaux , en raccourciſſant la chaîne des
preuves , en augmente la force, & les met à
portée d'un plus grand nombre d'eſprits.
En prenant les mesures que nous indiquons,&
celles qu'elles ſuppoſent, on mene
clairement ſes Éleves aux conclufions , a
moins qu'on ne leur ait pas laiſſé le tems
de ſe familiariſer avec les idées ſimples ,
debien appercevoir leur liaiſon , & qu'on
ait paffé trop légerement ſur les définitions,
fur les premieres notions qu'on doit leur
donner. Tout dépend des couches prélimi.
naires.
Nous tâcherons,Meſſieurs, de les appliquer
de telle forte , que nous n'ayons rien
ànous reprocher. Puiſſions- nous nous élever
audegré de perfection qu'exigent les
E ij
foo MERCUREDEFRANCE.
s du Roi , être occupés des
nos Eleves , comme il l'eſt du
ic! Il ne croit pas l'avoir proit'il
apperçoit des moyens de
...., & il en voit toujours , parce
qu'il défire toujours d'en voir,
新洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
Quatrième Lettre de M. Cantwell , Docteur
Régent de la Faculté de Paris , Profeffeur
de Chirurgie aux Ecoles de Médecine ,
Membre de la Société Royale de Londres,
JE
Evous ai entretenu , Monfieur , dans
ma derniere Lettre , des affections du
conduit urinaire, & des bougies qu'on em.
ploye pour les guérir : je vous entretiendrai
dans celle- ci de l'action du Mercure.
L'objet de votre difficulté eſt , que regardant
la ſalivation , comme contraire à
la cure des maladies vénériennes , je ſuis
d'avis qu'on employe pour chaque traitement
le double , ou plus que le double de
la quantité de mercure qu'on y employe
ordinairement , & vous demandez comment
avec cette double quantité de mercu
re , je puis prévenir le Ptyaliſme.
1 Pour mettre plus d'exactitude dans ma
réponſe , je diviſerai cette Lettre en trois
articles. Dans lepremier,je dirai quelque
SEPTEMBRE. 1749. 101
choſe du virus , & j'expoſerai les voïes par
leſquelles il s'infinue dans la maſſe des humeurs
; dans le ſecond ,je regarderai la
falivation comme un effet accidentel da
mercure , j'en expliquerai les cauſes ,&
j'indiquerai les moyens de l'éviter ; dans le
troifiéme , je l'enviſagerai comme un effet
qui dépend de quelque qualité inhérente
de ce minéral , & j'examinerai ſi l'on peut
le dépouiller de cette vertu.
Premier Article.
Le virus eſt un poiſon , dont la moin
dre particule,mêlée avec nos humeurs , en
change la diſpoſition naturelle , & lui
communique la ſienne. Toutes nos humeurs
font dans une circulation conti
nuelle , & ſe remêlent néceſſairement les
unes avec les autres , excepté les excrémens
qui font expulſés du corps comme
inutiles & nuiſibles. Toute l'habitude du
corps humain , toutes les membranes qui
entapiſſent les cavités , ſont parfemées de
vaiſſeaux abſorbans. Ces vaiſſeaux , on ces
pores , ſi vous voulez les appeller de ce
nom , pompent les particules les plus fubtiles
des corps qui leur font appliqués , &
les charrient dans les veines lymphatiques .
Les emplâtres véſicatoires , celui de vigo ,
L'onguent mercuriel , & les bains domeſti.
Eiij
*RCURE DE FRANCE.
fourniſſent des preuves de cette
a des voies ouvertes au virus.
s malades qui n'accuſent qu'un
t , des gands , ou d'autres vêtemens
ut avoient fervi àdes gens infectés de
cette maladie. D'autres affurent que la
feule cauſe qui peut leur avoir occaſionné
ce mal , c'eſt d'avoir couché dans les draps
de quelques perſonnes qui en étoient travaillées.
Ces cas me paroiſſent poſſibles ,
mais fort ſuſpects. Que le virus s'infinue
par les pores de l'uréthre , ou des parties
voiſines,ou attenantes de la matrice , c'eſt
un fait qui ne ſouffre point de difficultés .
Quelquefois il ſe niche dans un coin , &
ycauſe une inflammation , qui ſe termine
parun abſcès ou un ulcére,d'où les particules
du pus ſe tranſmettent dans la maffe
deshumeurs. Quelquefois il rencontreune
glande , une lacune ou une playe , par
laquelle il s'infinue avec facilité. Il ya apparence
que danstrois de ces derniers cas ,
il s'introduit immédiatement dans les veines
lymphatiques ou dans les fanguines.
C'eſt dans celles-ci , ou dans le réſervoir
commun , que les veines lymphatiques le
conduiſent , d'où il eſt porté à la veine
ſouſclaviere , à la veine cave , au coeur ,
& de- là à toutes les parties de la machine.
Le virus peut rouler long-tems dans le
SEPTEMBRE. 17
1.
fang , fans caufer des ſym
rens. Mais quand il ſe mar
endroit , n'a-t'on pas lien de cran.
n'ait laiſſe ailleurs la difpofition de paro
tre également ? Peut-on croire qu'il n'aura
pas changé la modification naturelle de
la lymphe , &communiqué à nos humeurs
une altération qui pourra éclore tôt ou
tard ? La lymphe & le ſang , qui reviennent
des parties couvertes de porreaux ,
de verues , ou d'autres excroiffances femblables
, en font vraiſemblablement enti
chés. Le pus , qui fe forme dans les abſcès
ou dans les ulcéres, en eſt infecté indubitablement.
En pareil cas , ne doit-on pas
craindre le progrès du mal , & une infection
générale Peut-on être sûr que la
lymphe de quelque partie que ce ſoit ,
n'en aura pas reçu l'impreſſion ? L'expérience
eſt d'accord avec la raiſon ,& ne
permet pas de révoquer en doute une vérité
ſi conftante..
Ce principe une fois établi , fi le mercure
eſt le vrai ſpécifique du mal , il
faut le faire paffer & repaffer pluſieurs fois
dans toutes les parties du corps. Pour qu'il
produiſe plus ſûrement fon effet , il doit
être tellement diſtribué , qu'il puiffe rencontres
ſouvent toutes les particules des
Lumeurs , pour ydétruire l'altération que
E inj
104 MERCURE DE FRANCE.
le virus y aura pû cauſer. Tout diviſible
que foit le mercure ,je ne crois pas que dix
ou douze gros de ce minéral, mis enmouvement
par les ſeules puiſſances vitales ,
puiſſent être reduits en particules fi petites
, que le nombre en égale celui des vaifſeaux
qui compoſent le corps humain. A
plus forte raiſon ne fourniroient- ils pas
aſſez de particules pour rencontrer toutes
celles de nos humeurs . On ne les adminiſtre
pas tous à la fois ,& il s'en échappe
à chaque inſtant par toutes les ſecrétions ,
de fortequ'il ne reſte jamais ni letiers , ni
même le quart de cette quantité , à la fois
dans le corps. Si les excretions font augmentées
, les pertes augmenteront à proportion
,& la quantité du mercure reſtant
fera toujours moindre. C'eſt ſur ce fondementqueje
penſe , qu'on doit employer
pour le moins deux onces , ou deux onces
&demiedemercure , fans compter l'axon
ge ou le beurre de cacao.
Second Article.
Le mercure , tranſmis dans le ſang par
les vaiſſeaux abſorbans , arrive à la fin au
ventricule gauche du coeur , qui le rejette
dans l'aorte , d'où il eſt porté dans toutes
les artéres ſanguines , ſéreuſes , lymphatiques
, & nevro-lymphatiques , &diftribué
SEPTEMBRE. 1749. 1ος
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bus
९
dans toutes les parties de la machine. Les
veines qui répondent à ces artéres , reçoivent
la plus grande portion de cemer
cure ,qu'elles conduiſent au ventricule
droit. Celui-ci l'envoye aux poulmons
par l'artére pulmonaire , dont la veine
congenere le rapporte au ventricule gauche.
Jedis que les veines reçoivent la plus
grande partie du mercure que le ventricule
gauche ajetré dans l'aorte , parce qu'il
s'en échappe par les vaiſſeaux perfpiratoires
; ce qui ſe prouve par la blancheur marquée
que l'on apperçoit ſur les bagues des
perſonnes à qui on fait les frictions , fur
les cannes à pommes d'or qu'elles manient
,fur l'or & les montres qu'elles peuvent
porter dans le gouffer. Il s'en perd
encore par les autres ſecrétions , puiſqu'on
en trouve dans l'urine de ceux qui ont les
voies urinaires fort ouvertes , &dans la
falive de ceux à qui l'on a provoqué le
Pryaliſme. Celui qui tombe dans les cavités
qui n'ont point d'iffue , eſt repompé
par les vaiſſeaux abſorbans , & rapporté
dans les voiesde la circulation. C'eſt dans
cette circulation continuelle où eſt le mercure
avec le fang& la lymphe , qu'il doit
rencontrer tous les globules de nos humeurs
, les brifer , les diviſer ,&détruire
toute la modification contre nature , qu'ils
Ev
: ANCE!
:
Satuite.
t Hadie. S'il enn
qit échappé à
mu. de eſt manymptomes
paroiffent
Voyons maintenant comment cela peut
arriver à ceux àqui l'on procure la ſalivation.
Le commencement de l'aorte eſt
une eſpéce de courbe , & par conféquent
le ſegment dequelque cercle. Le ſang eft
de lui-même un liquide héterogene , & le
mêlange du mercure augmente en lui cette
qualité. Tout corps , mû circulairement ,
tache de s'échapper par les tangentesdu
cercle qu'il décrit. Donc les particules
qui compoſent ce liquide hétérogéne ,
tachent auffi dans la portion circulairede
l'aorte , de fortir par les tangentes. Plus le
corps mû circulairement eſt agité avec
force , plus grand auffi eſt l'effort qu'il fait
pour s'échapper. Les particulesdu mercure,
étant plus denſes que celles du ſang,
reçoivent plus de mouvement qu'elles.
Leur effort à paffer par les tangentes eft
donc plus fortque celui des particules du
fang ;elles s'approcheront donc plus de la
furface ſupérieure de cette courbe que dé
crit le commencement de l'aorte , que n'en
approcheront les particules du fang. C'eſt
decette ſurface ſupérieure que naiſſent en
SEPTEMBRE 1749. 107
۱۰
لالس
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de la
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en'en
C'el
ten
tangentes , ou approchant de tangentes ,
des vaiſſeaux qui peuvent les laiſſer échapper.
Ces vaiſſeaux font deux ſouſclavieres,&
lacarotide , dont les diamétres font
conſidérables. Donc la ſtructure du com
mencement de l'aorte ,& la naiſſance des
fouclavieres & de la carotide , font paffer
plus demercure à proportion vers les parties
ſupérieures que vers les inferieures.
Les artéres carotides ſe diviſent à une cer
taine hauteur en internes & en externes.
Celles-là font , pour ainſi dire , perpendi
culaires; celles-ci forment des plans inelinés.
Les externes vont au col , à la gorge
, à la bouche , aux glandes qui s'y trouvent
, & àtoutes les parties extérieures de
la tête. Un corps s'éleve plus facilement
par unplan incliné que par une ligne perpendiculaire.
Donc les particules de mercure,
qui paffent par les carotides externes
, confervent plus de leur mouvement ,
qu'elles n'en auroient confervé , ſi elles
avoient paffé par les carotides internes.
Il y a même lieu de croire que cette origine
des carotides externes facilite l'entrée
du mercure qui y paffe , & multiplie
le nombre de ſes particules. Il n'eſt done
pas ſurprenant , qu'après trois ou quatre
frictions faites coup fur coup ,ou à un
petit intervalle l'une de l'autre , les vaif-
1
E vj
CITRE DE FRANCE.
১ .
Calvaires de rempliffent , les glandes
* gées , la bouche s'échaufen
..., des vaiſſeaux s'y romsy
forme des chancres&des ulcéres
, les malades ſouffrent de grandes
douleurs , le Ptyaliſme ſurvient , & le
mercure s'évacue avec le ſang , le pus , la
falive& les crachats .
Dans le tems de la ſalivation , le mercure
trouve moins d'obstacles dans labouche
, qu'il n'y en trouvoit auparavant. IL
y coule avec plus de facilité , & s'y porte
en plus grande quantité , comme fait la
ſérofité dans les inteſtins , lorſqu'on a pris
médecine , ou dans la veſſie , lorſqu'on a
avalé un diurétique qui a ouvert les
tuyaux des reins. Avant le Ptyaliſme , la
plus grande portiondu mercure,qui venoir.
à la bouche ,retournoit au coeur par les.
ve ines ,&continuoit àrouler avec le ſang ,
mais dès qu'on a provoqué le Ptyaliſme ,
elle paſſe par les vaiſſeaux dilatés , déchirés
ou ulcerés. Chaque contraction du
coeur y en envoye une nouvelle quantité :
fi le coeur ſe contracte quatre mille fois.
par heure , la déperdition du mercure ſera
repetée quatre-vingt ſeize mille fois par
jour ,& toujours à raiſon de la quantité
dela falivation , du nombre des ulcéres &
des déchirures. Ce n'eſt pas-là la ſeule
SEPTEMBRE. 1749. 109
voie par laquelle le mercure s'échappe dans
le tems de la ſalivation : la ſueur de la tête
& des parties voiſines augmente ordinairement
pour lors ,& en entraine avec elle
une partie. La facilité que le mercure
trouve à paffer par la bouche , diminue la
quantité qui devroit ſe porter aux autres
parties, qui en peu de tems n'en reçoivent
plus du tour. Le ravage qu'il a caufé dans
la bouche & à la gorge , empêche qu'on
ne faſſe de nouvelles frictions , & le malade
conſerve encore chez lui quelques
parties de virus. On croiroit que du moins
la bouche & la gorge en devroient être abfolument
dégagées ,& que le retour du
mal ne devroit point commencer à s'y mafefter.
L'expérience journaliere prouve
cependant le contraire , & la raiſon en eſt
bien claire. C'eſt que tous les vaiſſeaux
de la bouche & de la gorge ne ſontpas
également gonftés dans le Ptyaliſme : les
plus dilatés en compriment d'autres , que
le mercure ne peus enfiler ,parce que le
cours des humeurs y eſt gêné , de forte que
le virus qui s'y trouve,ne peut être détruit,
on y eſt ſi foiblement combattu , qu'il
peut reparoître dans quelque tems avec
toute fa force& fon énergie. Et ſi cela arrive
dans la bouche , qui dans le tems de
la ſalivation reçoit àproportion plus da
MERCURE DE FRANCE.
: ٢٠٠
→ les autres parties du corps ,
as craindre pour celles-ci qui
ors privées de leur contingent .
Dineral ?
Je n'ajouterai point à ces réflexions
l'expérience & le calcul que j'ai inſerés
dans ma Theſe * ,& qui fourniffent des
preuves de ce que j'avance. Vous pouvez
laconfulter ,Monfieur ,puiſque vous l'avez
entre les mains.
Il s'enfuit de tout ce que je viens de
dire , que la cauſe du Ptyaliſme eſt la trop
grande quantité de mercure qui vient à la
bouche , ou l'impétuoſité avec laquelle il
s'y porte. Pour prévenir cet effet , il faut
1º. adminiſtrer le mercure ,de forte qu'il
n'arrive qu'en petite quantité à la fois au
ventricule gauche du coeur , & par ce
moyen il n'y en entrera que peu à chaque
contraction de ce viſcére dans la croſſe de
laorte. Ce peu ſera diftribué à tous les
vaiſſeaux , & quoique les carotides & les
fouclavieres en reçoivent plus à proportion
que les autres , la quantité en fera toujours
petite par rapport à la bouche.
2°. Pour prévenir l'impétuoſité dumercure
, il faut faire enforte qu'il ne s'excite
*Voyez ma Theſe de l'an 1741. An Pryalismus
frictionibus mercurialibus provocatus , perfects
luis veneresfanationi adverſetur ?
- SEPTEMBRE. 1749. IIF
dans le corps , ni fiévre , ni mouvement
déréglé ou impétueux. Tout Médecin doi
être en état de prendre ces précautions ,
puiſque ces mouvemens ne font occafionnés
que par des accidens dépendans des
chofes non-naturelles.
L'onguent fait au tiers me paroît plus
propre à ce deſſein , que celui qui eft fait
de parties égales de mercure & de graiffe
&il eſt plus à propos de faire les frictions
fur une grande étendue de l'habitude du
corps, que ſur une petite. La raiſon de
l'un& de l'autre eſt facile à comprendre .
Quant au nombre des frictions , à la doſe
de l'onguent qu'on doit employer pour
chacune,& à l'intervalle qu'on doit garder
entre elles , il n'y a qu'une connoiffance
parfaite des régles que je viens de poſer ;
un examen journalier de la bouche&de
lagorge ;une attention infinie àl'état du
poulx,un foin extrême de découvrir le
plus ou le moins d'élaſticité , & de tenfion
des fibres , & la viſcoſité ou la fluidité
du ſang , avec beaucoup d'expérience
qui puiffent l'enſeigner. Vous concevez
bien qu'il ne faut pas traiter tous les malades
de la même maniere ;que la diffe
rence du tempérament , la force ou la
foibleſſe du malade , les maladies qui peuvent
ſe trouver compliquées avec celle
SONFEDE FRANCE.
on travel ſymptômes qui l'acsou
le moins de difda
nerardie qu'on a de moucher ou
de
ta tactic plus ou moins granaequeles
amigdales ont às'engorger , doivent
beaucoup varier le traitement. C'eſt
auMédecin d'appliquer ces régles auxdifpoſitions
de chaque malade en particulier ,
& de veiller par lui même à la conduite
du traitementt., fans fuivre l'exemple
quelques-uns des grands Maîtres , qui l'abandonnent
à quelque Miniſtre ſubalterne
, qui n'eſt guére plus éclairé ni mieux
inſtruit que le malade qu'il a à traiter ;
fource inévitable de beaucoup d'accidens
qui aigriffent le mal , & en font manquer
la cure. Il eſt étonnant de voir combien
de gens font profeſſion de traiter cette
maladie , quoiqu'ils n'ayent pas la moindre
teinture des premiers principes de
l'Art. Vieilles femmes , petits fraters ,
charlatans étrangers , tous s'en mêlent , au
grand malheurdes Citoyens ,qui ne font
que trop ſouvent la dupe de leur fotte
crédulité. Il me paroît à moi , qu'on ne
ſçauroit être trop éclairé , trop expérimenté
, ni trop attentif , pour réuſſir dans le
traitementde cette maladie.
SEPTEMBRE. 1749. 113
Troifiéme Article.
Je viens de regarder le mercure , com
me un fluide très- peſant , toujours diviſibledansdes
particules homogénes au tour,
& fans autres préparations que quelques-
unes de celles qu'aucun Médecin ne
devroit ignorer. C'eſt dans cette derniere
hypothéſe , que j'ai expliqué la cauſedu
Ptyalifme , & propoſé des régles pour l'éviter.
La crainte des inconvéniens de la
ſalivation ayant fait naître àd'autres Praticiens
le deſſeinde la prévenir , voici de
quelle façon ils s'y ſont pris. Les uns ont
penſé qu'il falloit donner le mercure en
très-petite doſe ,& laiſſer des intervalles
conſidérables entre les frictions , de forte
que fuivant leur méthode il faut quatre
ou cinq mois au moins pour achever la
cure. D'autres vouloient qu'on fit de plus
amples frictions , & qu'on purgeât le malade
le lendemain de chacune , pour détourner
le reméde de la bouche , & le précipiter
en bas. Enfin d'autres ont crû qu'il
falloit corriger le mercure ,&le dépouillerde
ſa verru falivante.
La premiere de ces méthodes pourroit
être efficace , ſi l'on n'avoit pas à craindre
l'impatience du malade ou du Médecin.
Quelque inattention accidentelle de la
-4 REDE FRANCE.
ciſtd'une dangereuſe conarrive
ſouvent des ſympi
ne ſouffrent point une
ale temeur , qui s'augmentent de
plus enplus ,& font un ravage extrême ,
même dans la méthode ordinaire , avant
que le mercure ſoit parvenu à les combattre.
Ajoutez à cela qu'il y a bien des malades
, à qui les affaires,&les circonstances
particulieres où ils ſe trouvent , ne permettent
pas de donner un tems ſi conſidérable
au rétabliſſement de leur ſanté.
La ſeconde méthode n'eſt pas plus füre
que celle de la falivation. Le mercure
que l'on tranſmet dans le ſang par les
frictions, en est bientôt expulſé par les purgatifs.
Les inteſtins , & les autres viſcéres
du bas ventre , en font accablés , & les
accidens qui arrivent en conféquence , ne
permettent pas de l'adopter ; comme dévoyemens
, dyſſenterie, hémorrhoïdes , &
quantité d'autres auſſi douloureux & embarraſfans.
La troifiéme méthode a réuſſi à peu de
perſonnes. Jedis à peu de perſonnes , car
il y en a effectivement qui l'ont employée
avec fuccès , & qui ſçavent donner le
mercure en une doſe conſidérable , fans
craindre qu'il ſe porte à la bouche. Je
n'hésite pas de l'avancer , & j'ai pour ga
SEPTEMBRE. 1749. 115
.
rant unMédecin de Paris , qui n'eſt pas
moins digne de foi , que célébre par ſes
lumieres & fon expérience ,& qui m'a affüré
qu'il ſçavoit dépouiller le mercure de
ſa vertu ſalivante , ſans lui ôter rien de
fa vertu ſpécifique. Son nom ſeul , fi j'ofois
m'en appuyer , ne laiſſeroit là-deſſus
aucun doute dans l'eſprit le plus incrédule.
Mais le profond reſpect que j'ai
pour fes talens & pour ſon mérite , m'impoſe
le filence,juſqu'à ce qu'il m'ait permis
de le rompre.
:
CONCLUSION.
Les frictions mercurielles adminiſtrées
de la maniere ordinaire , ſoit à un malade
, ſoit à une perſonne ſaine , excitent
la ſalivation. On guérit cependant nombre
de malades par le moyen des frictions ,
fans les faire faliver. M. Chicoineau l'a
affûré dans ſa Théſe. M. de la Peyronie
me l'a ſouvent dit , & s'attribuoit le mérite
de l'invention de cette méthode.
M. Aſtrue même ne le nie pas dans ſon
excellent ouvrage de Morbis Venereis. Et
il n'y a guéres de Médecins , à qui il ne ſoit
arrivé de guérir ſans Ptyaliſme. La ſalivation
n'eſt donc pas abſolument néceffaire
pour détruire le virus. Il me ſemble
que j'ai prouvé qu'elle peut apporter un
70DREDE FRANCE.
le lon
La cure :elle est donc non ſeuwer
murile mais même contraire au
ſe propoſe. Tout le
qu'elle eſt fâcheuſe , inode
, dangereuſe , & quelquefois
mortelle. Pourquoi donc en riſquer l'évenement
? Et y a-t'il ſujet de s'étonner
qu'on l'évite , quand on a des régles pour
ſe conduire ,& qu'on peut dépouiller le
mercure des qualités qui produiſent cet
effet ? Voilà , Monfieur , ce que j'avois à
répondre aux principales queſtions de
votre Lettre ; mes affaires m'empêchent
de vous donner ſur les autres des réponſes
particulieres ; mais vous pourrez affifter
aux leçons publiques queje dois bientôt
faire ,& qui rouleront pour la plupart
fur ces matieres.
J'ai l'honneur d'être , &c.
SEPTEMBRE. 1749 .
cacancacacacicacacacaen
RELATION
Du Servicefolemnelqui aété fait dans l'Egliſe
des Peres Barnabites du Collège de
Montargis le 20 Mars 1749 , pour le repos
de l'ame de très-haute , très-puiſſante
très-excellente , Princeſſe Marie Françoife
de Bourbon , Douairiere de S. A. R.
Philippe Duc d'Orléans , Régent du
Royaume.
E deſſein de la pompe funebre , pré.
Iparce pour ce service, avoit te pris
d'après le deſſein du rétable de l'Egliſe des
Peres Barnabites ; rétable que les. Connoiffeurs
eſtiment , & qui étant compoſé
dequatre colomnes , avec nombre de pilaſtres
de marbre noir,&de pierrede lierre
parfaitement belles , traçoit naturellement
ledeſſein qu'on devoit ſuivre pour la décoration
de l'Eglife . Trente-quatre pilaftres ,
qui partagent ce vaiſſeau , étoient revêtus
d'un marbre fimulé , parfaitement reſſemblant
aux pilaftres , & aux colomnes de
marbre qui font dans le Sanctuaire. Differentes
litresd'une belle largeur , reparties
dans toute l'étendue de l'Eglife , la partageoienten
autant de parties & de figures
CURE DE FRANCE .
s qu'il en falloit pour rendre fideant
ledeſſein du rétable . Les deux Auas
plus petits ,qui forment comme une
dépendance du grand , n'étant qu'en ſimple
boiſerie d'une belle ſculpture , on les
avoitrevêtus en blanc;les colomnes avoient
été miſes en marbre noir : & par cette difpoſition
, elles ne formoient avec le grand
Autel qu'untout parfaitement reſſemblant.
Sur le haut de ces trois Autels , on avoit
placé de grands écuſſons accolés extrêmement
riches. On en avoit également orné
toutes les litres, mais en les variant. Les uns
étoient en palmes , tantôt en or , tantôt en
argent; les autres avec des manteaux d'hermine
, ſemés de Fleurs de Lys d'or ſur le
revers; les autres avec des cordelieres de
toute efpece.
Les intervalles, entre les pilaſtres placés
dans la Nef, étoient remplis par des emblêmes
, qui caractériſoient les differens
traits de la vie & de la morr de l'auguſte
Princeſſe qui faiſoit l'objet de cette triſte
cérémonie , & à tous ces emblèmes répondoient
autant de luſtres qui éclairoient
cette hiſtoire ſymbolique ; au-deffus &
au-deſſous de ces emblêmes , on avoit
orné les litres du chiffre de cette illuftre
Princeſſe, qui étoit en or.Tous les pilaſtres
ſembloient s'unir par des guirlandes en
SEPTEMBRE. 1749. II,
noir & en blanc , qui regnoient dans toute
l'Eglife. La corniche de ces pilaſtres étoit
remplie de flambeaux d'argent avec des
bougies. Telle étoit ladiſpoſition générale
de l'Eglife .
Le Sanctuaire étoitorné ſimplement, mais
avec goût. Les tableaux des trois Autels
étoient couverts de draps mortuaires , des
plus beaux. Tout leblanc, qui en forme la
Croix , étoit ſeme de Fleurs de Lys , de
palmes ,de chiffres , de couronnes en ors
tout le noir étoit enrichi de larmes , de
têtes de mort , de chiffres , & autres ornemens
en argent.Les Armoiries dela Princeſſeformoientlesquatre
coinsde ces draps
mortuaires , & étoient auſſi riches que tout
le reſte. Tout l'eſpace qui ſe trouve depuis
le rétable du grand Autel juſqu'aux petits
, étoit rempli par des pieces d'étoffe ,
diſpoſées en colomnes , mi- parties de
blanc & de noir , ſur lesquelles on avoit
mislemême deſſein que ſur lesdraps mor
tuaires des Autels. Toutes les colomnes
blanches étoient enrichies de divers ornemens
en or ; toutes les colomnes noires l'étoient
en argent.
Sur une baze quarrée de douze pieds
en longueur , de onze en largeur , & de
fix en hauteur, placée dans le milieu de la
Croix de l'Eglife , s'élevoient fix dégrés
HOURE DEFRANCE.
১.০
,qui réunis avec la baſe ,
titigure pyramidale de la haudeals
de onze pieds. Le dernier
pramide ſoutenoit un toma
la Romaine, de marbre noir. Cette
urne , qui étoit de cinq pieds de haut ,
étoit ornée , dans toutes les faces , des armoiries
de la Princeſſe , de ſon chiffre ,
de têtes de mort, & d'autres ornemens placés
avec ſymmétrie. Sur le haut de l'urne,
étoit placée une couronne d'or qui repoſoit
ſur un carreau de deuil : on l'avoit
couverte d'un voile tranſparent ,qui en
laiſſoit entrevoir l'éclat. Ce catafalque
étoit orné auſſi richement que le Sanctuaire
, & dans le mêmegoût. On avoit pris
des plus belles étoffes neuves en noir & en..
blanc , qui rempliſſoient tous les gradins
d'une maniere uniforme. L'or & l'argent
répandus ſur les écuſſons, les Fleurs de Lys,
les chiffres , les palmes , têtes de mort ,
larmes , &c. qui ornoient ces piecesd'étoffe
, réfléchiffoient avec beaucoup d'éclat
la lumiere que jettoit un nombre
preſque infinidebougies placées avec ſymmétrie
ſur les ſix dégrés , dans des chandeliers
ou des flambeaux d'argent , & fembloient
la reproduire. Quatre Vertus appuyées
ſur le premier gradin d'en bas ,
dans les quatre coins du catafalque , préfentoient
A
SEPTEMBRE.
fentoient tous lesος ,
effets de la doule
pleurer une Princes
τ
de la Religion , & devenoient paris
propres à exprimer les regrets d'unCollége ,
ſi ſpécialementdévouuééàl'AuguſteMaiſon
d'Orleans .
Au- deſſus du catafalque , s'élevoit un
dôme de dix- ſept pieds de haut ,qui prenant
ſa naiſſance dans la voûte de l'Eglife ,
deſcendoit en proportion , & formoit , en
s'élargiſſant toujours , un grand rond qui
renfermoit toute l'étendue du carafalque.
De ce cul de lampe renverſé , qui en dedans
& en dehors étoit orné de larmes , de
têtes de mort , avec de grands galons d'argent
, & qui étoit terminé par de beaux
feſtons , pendoient quatre rideaux d'une
étendue immenfe , mi-partis de blanc &
de noir, garnis d'hermine ſur le blanc , de
larmes & de têtes de mort ſur le noir. Les
rideaux après avoir formé un grand feſton,
en deſcendant à volonté , étoient attachés
aux quatre maîtres piliers de la Croix , d'où
ils deſcendoient en feſtons juſqu'à terre.
Entre ces rideaux & les bords du dôme ,
pendoient quatre lampes d'argent. Du centre
pendoit un grand lustre de criſtal, dont
les bougies conduiſoient avec les lampes
la lumiere par dégrés , depuis le catafalque
F
MERCURE DE FRANCE.
juſqu'au grand cercle du dôme , qui ſem
bloit ne former lui-même qu'un grand cercle
de lumiere , par la multitude de bougies
dont il étoit garni , à très-peu de diſtance
l'une de l'autre. Pluſieurs autres luftres
qu'on avoit placés dans le Sanctuaire , dans
les côtés du catafalque & dans la Nefde
l'Egliſe , avec un grand nombre de flambeaux
d'argent , qu'on avoit répandus par
tout où les luftres ne pouvoient être placés,
remplaçoient abondamment, par la lumiere
des bougies dont ils étoient char.
gés, la lumieredujour qu'on avoit dérobée,
en fermant exactement toutes les fenêtres
& toutes les portes.
Dès la veille de la cérémonie , tous les
exercices du Collége avoient été entierement
ſuſpendus en ſigne de deuil. Les cloches
du Collége l'annonçoient d'heure en
heure. M. le Prieur de.Montargis voulut
donner dans cette occafion une nouvelle
preuve de fon zele pour la Maiſon d'Or
Jeans , en faiſant fonner également toutes
les cloches de l'Egliſe Paroiſſiale, Vers les
neuf heures & demie , M. le Prieur de
Montargis avec tout le Clergé de la Paroiffe
, les Peres Bénédictins de Ferrieres ,
les Peres Récollets , le Préſidial , le Corps
de Ville , les Eaux & Forêts , l'Election ,
& tous les autres Corps qu'on avoit in
SEPTEMBRE. 1749 124
vités en cérémonie, s'étant rendus dans l'Egliſe
des Peres Barnabites , avec une exactitude
digne du zele qui anime les Chefs &
les Membres de ces differentes Compagnies
pour l'auguſte Maiſon d'Orleans , le
Servicecommença. La Meſſe fut célebrée
par le Supérieur du Collége , & chantée
à pluſieurs choeurs d'une Muſique propre
à la cérémonie lugubre qui en faifoit le
ſujet. L'Oraiſon funebre , qui fut prononcée
par le Profeſſeur de Rhétorique après
l'Evangile , étant achevée , on continua
la grande Meſſe , après laquelle on fit les
abſoutes ,afperfions , & les encenfemens
ordinaires. La cérémonie finit par un Do
profundis chanté par la Muſique.
L'Oraiſon funebre prononcée par le Prod
feſſeur de Rhétorique exprimoit trop fide
lement les ſentimens qu'on avoit éprouvés ,
& qu'on éprouvoit encore à Montargis ,
pour ne pas être goûtée. L'Orateur prit fon
texte de cet endroitduChapitre 16 duLivre
d'Esther : Luxit eam omnis populus. Après
avoir rappellé, de la manierela plus énergi
que, cetre triſteſſe générale répandue dans
tous les coeurs , lorſqu'on apprit dans cette
Ville la mort de cette illuſtre Princeſſe ,
il trouva dans les motifs de cette douleur
le plan & ladivifion de ſon diſcours. Elle
fut pleurée de tout le monde , dit - il
.
Fij
REDEFRANCE.
g
:
qu'elle faiſoit le bon
des hommes , par les
ion cour ; parce qu'elle
ce& l'ornement de la Relipleninence
de ſes vertus .
Le modenie de l'Orateur ne lui ayant
pas permis de remettre ſa piece pour en
faire ou une copie , ou du moins des extraits
en régle , on ſe contente d'en tracer
ici quelques traits échappés , qui pour être
plus frappans , ſe ſont gravés plus profondément
dans la mémoire. En parlant de
l'innocence de cette grande Princefle pendant
ſon ſéjour à la Cour , voici à peu près
comment l'Orateur commençoit.
>> Mais qù la fit - elle éclatter , cette in-
>> nocence ! Et ſur quel Théatre viens -je
→ ici vous préſenter cette religieuſe Prin-
>>ceffe ? Sageſſe adorable de mon Dieu, par
>> quelles routes conduiſez-vous vos Elus ?
» Ah ! Mrs , ne perdez rien d'une cir-
>> conſtance auſſi intéreſſante : c'eſt dans le
> ſein de la Cour la plus brillante de l'Uni-
>>vers que je viens la produire. Quel Théa-
>>tre pour la vertu ! Et l'avoir nommé
>» n'est- ce pas d'avance vous avoir donné
>>l'idée de la grandeur du danger ? Pour-
» quoi la Cour des Princes de la terre
>>qui nous offre l'image la plus ſenſible de
la grandeur , de la puiſſance du ſouve
i
SEPTEMBRE. 1749. 125
rain Maître , n'en exprime - t - elle pas
>> auſſi la fainteté ? Pourquoi ces Sanctuai-
>>res ſi reſpectables , fi dignes de tous nos
>>>hommages , font - ils en même tems le
>> trop juſte objet de nos larmes & de notre
>> zéle ?
Ici l'Orateur faiſoit le portrait de la
Cour , & le frappoit avec les couleurs les
plus vives , il le finiſſoit à peu près en ces
termes .
..... La Cour , où pour l'ordinaire
>> on n'adore que la fortune , & le puiſſant
>> Monarque qui la tient dans ſes mains ;
>> où la vérité ne fit preſque jamais en-
>> tendre ſa voix fans contradiction & fans
>> danger ; où mille ſyſtèmes , enfans du
>>>libertinage & de l'orgueil , portent tous
> les jours de nouvelles atteintes à un reſte
>> de Religion qu'on cherche à étouffer ;
>>la Cour , en un mot : tel eſt le Théatre
>> où la Providence veut faire briller l'in-
>>>nocence& la piété de notre illuftre Prin-
>> ceffe .
» Ici , Meſſicurs , repréſentez vous To-
>> bie , qui encore jeune , dans le tems que
>> tout le monde alloit adorer les Veaux
>> d'or qu'avoit élevés Jeroboam , confus
>>de l'encens idolâtre qu'il voyoit offrir,
>> couroit aux pieds des faints Autels pour
« y a dorer le vrai Dicu ; image ſenſible
Fiij
RCURE DE FRANCE
ence de cette grande Princeſſe !
zous pû la méconnoître à des
emblans ! Voilà ſa conduite :
L'elle faifoit pour ſon Dieu
un âge , où pour l'ordinaire , la rai-
> fon & la Religion ont ſi peu d'empire
>>>fur le coeur humain , dans un lieu où tout
→ eſt écueil pour l'innocence. Hac &hisfi-
→miliafecundum Legem Dei .... obfervabat.
>>>Vivre dans la retraite & le recueille-
>ment , lorſque la décence de ſon état lui
>> permet de s'y renfermer ; & n'en fortir
»que pour répandre au dehors la bonne
>> odeur de Jeſus -Chriſt. Etre continuelle-
>>ment en garde contre les ſurpriſes de la
>> ſéduction , & en repouſſer les atteintes
> avec une force qui ſemble tenir du mi-
>> racle ; entretenir la paix & l'union avec
د
tout le monde & cependant ne rien
> perdre , ne rien laiffer altérer de fon in-
>>nocence par la contagion du mauvais
❤exemple ; condamner les vices , cen-
>> furer les paſſions dominantes , & ce-
>pendant rendre cette cenfure aimable ;
>> faire honorer la vertu , l'accréditer par
>> fon exemple ; voilà l'occupation , je di-
>>rois preſque , voilà les miracles de cette
>> augufte Princeſſe dans ce lieu tout à la
>> fois , & le plus reſpecté ,& le plus re-
>>douré par les vrais partiſans de la Reli
SEPTEMBRE. 1749. 127
> gion . L'y vit- onjamais ,vile eſclave d'une
>>prudence mondaine, encenſer des idoles
>> qu'elle y vit adorer ? L'y vit- on,vile adu-
>> latrice des Dieux de la terre , y appuyer
>> de ſon ſuffrage des excès qu'elle devoit
>> condamner ? L'y entendit- on, ſéduite par
>>une préſomption téméraire , répandre ,
>>comine tant d'autres,mille doutes fur des
>>>vérités ſaintes qu'elle devoit croire & ref-
>>>pecter ? Non , non , ſa politique fut tou-
>>jours celle de la Religion même. Jamais
>> elle n'en connut , elle n'en ſuivit d'au-
>> tre. Ce qu'elle autoriſoit , ce qu'elle con-
>> damnoit , ce qu'elle propoſoit ; voilà ce
»qui fit toujours la régle invariable de ſes
>penſées , de ſes paroles , de ſes démar-
> ches. Ainſi dans le ſéjour du menfonge
& de la diffimulation , dans le centre
» de la licence du coeur & de l'eſprit ,
>> ſcut-elle conferver la candeur de la vé-
>> rité , l'innocence des moeurs , toute la
pureté de fa foi. Hac&his fimiliafecundum
Legem Dei ..... obfervabat.
L'Orateur parlant enſuite de fa retraite
de la Cour, s'exprimoit en ces termes .
>T>r>op long-tems elle agémi , comme
>>E>fther , fur une cruelle néceflité de faſte
>&de diffipation , impoſée par fa condi-
>>tion: elle veut ſecouer un joug qui l'empêche
de s'occuper uniquement de fon
Fiij
SACUREDEFRANCE.
:
des honneurs , que les charmes
enchantent les enfans du fiéreligieufe
Princeſſe ne peut
le poids . Elle s'éloigne donc
an heu où ſa piété eſt aſſujettie à des
" bornes trop étroites , & en s'éloignant
" ainſi du centre des honneurs , elle donne
ود
cette importante leçon ,que comme dans
" le Chriftianiſme on peut vivre au milieu
"des honneurs par état ou par obéiſſance ,
on doit cependant les fuir par goût &
par Religion. Juſqu'ici elle a juſtifié par
" ſon exemple , qu'on peut , & comment
on peut allier l'innocence & la ſainteté
avec les honneurs ; il eſt une ſeconde
>>inſtruction également précieuſe ,
>>peut - être plus difficile dans la pratique,
»
ود
هد
&
que cette religieuſe Princeſſe réſervoit
> aux Grands du monde ; c'étoit de leur ap-
> prendre à s'en détacher, &c.
L'humilité Chrétienne de cette grande.
Princeſſe avoit été miſe dans tout fonjour .
Voici comine l'Orateur rendoitſes dernieres
volontés pour ſa pompe funebre.
>>Tel eſt l'excès de l'aveuglement & de
>> l'orgueil des Grands. Ils naiſſent dans la
>>pourpre , ils vivent dans le ſein des hon-
" neurs ; ils veulent que la magnificence
»les ſuive même après leur mort. Etrange
fascination ! oui , Meſſieurs , ce ſuperbe
SEPTEMBRE. 1749 . 129
>> appareil qui embellit leurs Palais, ils exi-
>> gent qu'il foit comme reproduit fur leur
>> tombeau. Ici l'ordre eſt renverſé. Comme
>> la gloite qui environne les Princes , ne
>> fut jamais pour notre illuſtre Princeffe
>>qu'un objet de mépris , cette pompe qui
>> les fuit après leur trépas , devient éga-
>>> lement l'objet de fon dédain. Un cer-
>>>>cueil ordinaire , un convoi ſimple & fans
>art, ſuffiſent à cette grande Princeffe. Et
>> fi elle pouvoit interrompre le filence du
>> tombeau où elle eſt defcendue , ne devrions-
nous pas craindre qu'elle ne nous
>> adreſsât ces paroles fi confornies à cetre
>>grandeur d'ame qui formoit ſon vrai ca-
>> ractere ? Miniſtres du Seigneur , où vous
>> emporte un zele ardent ? Et pour qui
>> offrez- vous un encens qui brule avectant
>> de profufion ? Mais pardonnez , grande
>>P>rinceſſe , pardonnez ce foible témoi-
>> gnage de notre reſpect& de notre recon-
>> noiffance; ainſi cherchons-nous à tromper
notre douleur : fi dans un Sanctuaire, mo-
>> nument précieux de la munificencede vos
>>glorieux ancêtres , nous nous bornions à
>> une expreſſion ordinaire , les pierres mê-
>> mes de ceTemple auguſte , élevé par leur
>> générosité, ne dépoſeroient-elles pas con-
>>> tre nous ?
:. La charité que cette grande Princeffe a
Fv
130 MERCURE DE FRANCE
fait éclatter dans tous les rems pour les pauvies
,n'avoitpas échappé à l'Orateur. Voici
à peu près comme il s'exprimoit.
>> On l'avoit vûe cette grande Princeſſe ,
» au milieu de la Cour la plus brillante
>> qui ſoit dans l'Univers, uſer de ſes grands
>> biens, comme n'en uſant pas. On l'avoit
>> vûe, ſur ce Théatre où l'on ne voit qu'e-
>>mulation de luxe & de vanité , donner
> à la charité ce que la décence la plus reli-
>> gieuſe n'exigeoit pas indiſpenſablement
>>pour ſon uſage. Sa retraite l'a heureu-
>>>ſement affranchie des bienſéances de fon
>> états il n'eſt plus de lien qui l'attache
>aux biens de la terre. Deſormais la Re-
>>ligion& la charité en régleront ſeules
>>>l'uſage & la deſtination. Nourrir avec
une ſainte profuſion les membres d'un
>>Dieu ſouffrant ; briſer les chaînes des
>>malheureux qui gémiſſent dans les prifons;
fournir àl'entretien,àla décoration
>>de ces lieux reſpectables, établis contre le
→déſeſpoirde l'indigence ; conſacrer à la
> pompe des Temples ce que la terre a de
>>plus précieux ornemens,tel eſt l'uſageque
»cette religieuſe Princeffe fait des grands
>biensque laProvidence lui a confiés.
>>Prodigue de ſes tréſors pour s'en faire
>>des amis pour le Ciel , ou pour ériger des
trophées à la Religion ,elle ne connoît
:
SEPTEMBRE. 1749. 131
»d'économie que lorſqu'il eſt queſtion
>>d'elle-même. Inépuiſable dans ſes reffour-
>> ces pour les autres , ſa charité ne s'ex .
>prime que par des miracles : pas de be-
>> ſoin qui échappe à fa générofité. Inſen-
>> fible pour elle-même , elle ne connoît ,
>elle n'écoute que la voix du retranche-
>ment & du ſacrifice . Merveilleux con-
>>>traſte produit par la charité ! Un coeur
>>qui en eſt rempli ſuffit à tout le monde :
>>ſes intérêts propres font les feuls qu'il
>>oublie , les feuls dont il ne sçauroit s'oc-
>>cuper. Faut- il , Meſſieurs , des preuvesde
>> la vérité que j'avance ? Je n'en veux d'au-
>> tre que les larmes ameres que tant de
>> pauvres , que tantde malheureux ont ré-
>>panduesſur ſon tombeau Vous le ſçavez ,
> Meſſieurs; on les a vus, dans ces joursde
>> triſteſſe & de deuil , venir en foule au-
>>tour de fon Palais , & publier par leurs
> cris lamentables tant de charités que no
>> tre illuftre Princeſſe avoit cherché à dé
>> rober à la connoiſſance des hommes. O
>>>mon Dieu, ferez-vous inſenſible aux gé.
>> miſſemens de tant de veuves éplorées ,
>>de tant de pauvres inconfolables , qui
>vous demandent le falut de l'illustre
ר
Princeffe , &c. 「
L'Orateur avoir une occaſion trop na
turelle de parter de S. A. S. M. le Duc
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE.
d'Orléans , Protecteur du Collége des Pees
Barnabites , pour ne pas la faifir ; il
continuoit à peu près en ces termes.
>>
>>>C'en est donc fait , familles déſolées ,
» vous avez perdu votre confolation. Pu-
>pilles , abandonnés à toute la rigueur du
>>fort , vous avez perdu une mere tendre
•& compatiffante. Pauvres , accablés fous
>> le poids de votre miſere , vous avez per-
>>du une reſſource inépuiſable dans vos
>> maux. Mais qu'ai -je dit ? Non , non ,
conſolez- vous ; celui qui du haut du
>Ciel jette les yeux fur l'affligé & fur l'in-
>digent , a pourvû à vos beſoins ; il pere
»péruë dans l'auguſte fils les charitables
>>profufions de l'illuftre mere Pouvoit- il
>>vous conſoler plus tendrement de la per-
>> te de l'une , qu'en vous ménageant de
>> puiſſans ſecours dans la charité de l'au-
>>>tre ? Quel heureux préſage n'en trouvez-
>> vous pas dans la conduite de ce grand
>Prince , l'objet de notre admiration , de
>notre reſpect & de notre amor ? Juf
>> qu'ici quelle eſpece de beſoin à pu
> échapper à ſa miféricordieuſe vigilance ?
>> Avec quel foin le voyons nous tous les
>>jour's bannir l'indigence , écarter par fes
>> largeſſes les mauvais conſeils d'une pau-
>vreté honteuſe ? Miniſtre fidéle du Dieu
» des miféricordes ; coopérateur de ſes
SEPTEMBRE. 1749.
bontés , image la plus reſſemblante
>>>tendres attentions de la Providence
>> comme il eſt l'expreſſion la plus fidei ..
>>> de la ſainteté d'un Dieu par ſes vertus ,
>> que ne peut on pas ſe promettre d'un
>>Prince , qui n'aime à compter ſes jours,
>> ſes momens , que par ſes bienfaits ?
L'Orateur finiffoit ſon difcours par
une Priere conçue à peu près en ces
termes .
>>>Mais , Seigneur , fi malgré toute l'ef-
>> pérance que nous donnent tantde graces
>> reçûes , tant de vertus pratiquées , il ref
>> te encore dans cette grande ame quelque
>> légere faute à expier ; fi les larmes& les
>>prieres de tout un peuple attentif à im-
>>plorer pour elle vos divines miféricor-
>>des , n'ont pas encore fatisfait à toute
>>>l'étendue de votre Juſtice:ne rejettez pas ,
>> ô mon Dieu, les voeux de toute une Ville
>> proſternée aux pieds de votre Trône ,
>> prêtez l'oreille à la voix de tant de Mi
>>niſtres de vos Autels , qui peu contens
>>de vous avoir offert déja pluſieurs fois
>>>pour fon repos le Sacrifice d'expiation ,
>>ſe réuniffent encore aujourd'hui pour
>>>vous l'offrir tous enſemble. Exaucez les
>> voeux de ces illuftres Compagnies , qui
>> peu contentes d'avoir déja fait éclatter
leur zéle pour cette illuftre Princeſſe ,
RCURE DE FRANCE.
:
nt aujourd'hui répandre de nous
larmes ſur ſon tombeau. Exaucez
voeux ardens que vous offre pour ele
tout un College,que la reconnoiſſance
pour l'auguſte Maiſon d'Orléans a déja
ſi ſouvent conduit aux pieds de ces
Autels. Exaucez le Sacrificateur par le
>>>mérite du Sacrifice , faites entrer dans
>>> votre faint repos cette illuftre Princeſſe ,
>> qui fit toujours de votre Loi fainte
>>l'unique régle de ſa conduite. Que
votre Justice , ô mon Dieu , ſoit fatisfaite
par une victime ſi précieuſe ,& qui
>>>coûte tantde regrets à notre coeur . Con-
>ſervez-nous le grand Prince qui nous retrace
ſi parfaitement cette religieufe
•Princeffeque nous pleurons. Son fort
> fait celui de ces Provinces , j'oſe dire
>>celui de la Religion. Conſervez- nous
>>ſon auguſte fils ; dès l'aurore de fes jours
il a fait notre gloire , pourroit- il ne pas
faire notre bonheur ? Oui , conſerveznous
ces deux têtes ſi précieuſes ; que votre
miféricorde ſe répande ſur les dignes
objets de leur tendreſſe : dès lors nos dé-
>> firs font remplis , nous leur abandon-
>>>nonsavec confiance tous les ſoins de notre
félicité.
SEPTEMBRE. 1749. 135
Emblèmes placés dans la Nef de l'Eglise
pour caractériſer les traits de la vie &de la
mort de S. A. R. Madame , Ducheffe
d'Orléans.
Le premier caractériſoit ſa tendre pieté;
c'étoit l'Héliotrope , tourné vers le Soleil
, avec cette inſcription : Te quocumque
fequar.
Cette fleur à l'Aſtre du jour
Rend hommage de ſa naiffance ;
Mille ſoins affidus lui prouvent ſon retour ,
Et ſapure reconnoiſſance ;
Elle imite ſon cours,& le ſuit en tous licur.
Telle chaque jour à nos yeux
On vous vit rendre , adorable Princeſſe ,
Au ſouverain Maître des Cieux
Un hommage conſtant d'amour & de tendreſſe
3
Le ſecond marquoir ſa dévotion envers
le Saint Sacrement , figurée par l'Aigle fixant
fes regards ſur le Soleil , avec cette
infcription : Non aciem radius lædit .
CetAigle fixe ſes regards
Sur l'Aſtre qui du jour diſpente la lumiere
Et qui du hautde ſa carriere
Répand fes feux de toutes parts,
Princeſſe , la piéte qui regnoit dans votre ame,
Quand la mortde vos jours éteignit le flambeau ;
136 MERCURE DEFRANCE.
Fit brûler votre coeur d'une céleste flame
Pour un Dieu , dont la voix réclame
Un hommage toujours nouveau.
Le troifiéme exprimoit ſa fidélité pour
Dieu au milieu des dangers du monde
qu'on avoit figurée par une bouffole que
les mouvemens & les agitations n'empêchent
pas de tourner vers l'étoile polaire ,
& qui fuit toujours le mouvement qui l'y
porte , avec cette inſcription : Et regit
regitur.
Miſérable jouet d'un aveugle caprice ,
Qui de ton coeur conſacre & nourrit les défirs ;
Mortel,qui fais pour quelques faux plaiſirs
De ton repos le ſacrifice ;
En vain loin de l'objet qui peut te rendre heureux,
Cherches- tu le bonheur ſolide .
Ah ! ſi tu l'aimes , fuis mille écueils dangereux ;
Lâche,je veux t'apprendre àtourner tous tes voeux
Vers celui qui des coeurs eſt le fidéle guide.
Le quatrième caractériſoit ſon amour
pour Dieu , figuré par une balance , qui
d'un côté porte un globe, & de l'autre un
triangle , ſur lequel eſt un coeur enflammé,
qui la fait pancher , avec cette infcription
: Orbi praponderat amor.
En vain lemonde avec tous ſes attraits .
SEPTEMBRE. 1749. 137
Vouloit-il à ce coeur faire rendre les armes ;
Ses honneurs, ſes plaiſirs, ſes biens les plus parfaits,
Ne purent l'éblouir jamais ;
Un plus aimable objet le ſoumit à ſes charmes ,
Et fixa fur lui ſes ſouhaits.
Le cinquième marquoit ſon reſpect
dans les Temples , figuré par la vapeur de
l'encens , avec cette inſcription : Numen
veneratur odore.
L'agréable odeur que j'exhale ,
Me conſacre à l'Autel du Souverain des jours.
B.ûler d'un feu ſacré , mais y brûler toujours ,
C'eſt ma fonction principale.
Sage Princeſſe , bélas ! lorſqu'une vive ardeur
Vous dévoroit dans nos faints temples ,
De votre pieté mille rares exemples
Répandoient parmi nous une céleste odeur.
:
Le fixiéme exprimoit ſa retraite & fon
recueillement , figurés par un ver à foye
dans ſa coque , avec cette inſcription :
Melior fortuna ſequetur.
Renfermé dans cette retraite ,
Pour quelque tems j'y perds ma liberté ;
Mais durant una captivité ,
:
す
Pour un fort plus heureux j'agis , je m'inquiéte
Pour un deſtin plus glorieux ,
M CURE DEFRANCE.
!
, ru dois agir ſans ceſſe ;
amment , travaille ſans foibleſſe ;
t'apprend à mériter les Cieux!
ne caractériſoit fa charité pour
figurée par une fontaine
,avec cette inſcription : Affluit
S
ida.
nalheureux qu'une affreuſe miſere
Sacrifioit à ſa rigueur ,
Ont mille fois , dans votre coeur ,
Trouvé les ſentimens de la plus tendre mere ;
Princeſſe , dont la mort cauſe notre douleur,
Lorſque par vos bienfaits vous terminiez leur
peine ,
N'étiez-vous pas cette claire fontaine ,
D'où couloient à la fois leur gloire & leur bond
heur
Le huitiéme exprimoit ſa douceur & fa
complaiſance dans le commerce de la vie ,
figurées par la glace d'un miroir avec cette
inſcription : Omnibus omnia.
Si je prends de chacun le propre caractére,
:
J'imite de l'ami ſincére
La complaiſance & la candeur.
Princeſſe , l'aimable douceur
QueleCiel avec vous fit naître ;
SEPTEMBRE . 1749 . 139
Cette douceur qu'en vous on vit toujours paroître
,
Fut l'image de votre coeur.
Le neuviéme marquoit la patience édi
fiante avec laquelle cette illuftre Princeffe
a foutenu ſa maladie. On l'avoit figurée
par une torche qui brille encore , quoique
prête à finir avec cette inſcription :
Pereundo coruscat .
,
En répandant une vive lumiere ,
Comme l'Aſtre du jour qui brille dans les Cieux ,
J'ai rempli conftamment mon deſtin glorieux ;
Prête à terminer ma carriere ,
Jebrille comme lui d'un éclat radieux.
Le dixieme caractériſoit la mort de la
Princeſſe , figurée par l'Eclipfe de la Lune,
avec cette infcription : Rediviva micabo.
Si je ne répands plus dans ce vaſte hemisphere
Lebel éclat que mille objets
Recevoient par mon miniſtere ,
C'eſt que la terre , oubliant mes bienfaits
Arrête les regards de l'Aſtre qui m'éclaire ,
Mais quand poursuivant ſa carriere ,
L'ingrate aura paſſé dans quelqu'autre climat,
Brillante alors d'une vive lumiere ,
Je paroîtrai dans mon prémier éclat
1
MOLOUREDE FRANCE .
rtériſoit la famille auinceſſe
, en particulier
.... e Duc d'Orléans , qui la fait
...vre à elle-même. On l'avoit figurée
par un grand nombre d'étoiles , précédées
d'une plus grande & plus brillante , qui
fortent d'une fufée qui éclatte dans l'air ,
avec cette inſcription : Succedit lucida
proles.
Ce beau feu, qui brilloit dans l'air
Déja commence à diſparoître ;
Le même inſtant qui l'a vû naître ,
Le voit finir comme un éclair .
Mais cette lumiere féconde ,
Qui de la nuit perçoit les voiles ténebreux ;
Attentive au bonheur du monde ,
Fait fortir de ſon ſein mille Aftres radieux.
,
Le douziéme exprimoit les regrets qu'a
çaufés la mort de la Princeſſe, ſpécialement
au Collège de Montargis , qui a l'honneur
d'être ſous la protection de la Maiſon
d'Orléans. Ils étoient figurés par une
Fleur de Lys deſſechée & flétrie , dont la
tige tient encore à ſa racine , qui a la forme
d'un coeur , avec cette inſcription : In
corde fuperftes.
Telle eſt la fin de la grandeur;
On a vû cette belle fleur
SEPTEMBRE. 1749. 141
Naître avec la brillante aurore ;
Mais victime du tems , elle perd ſa couleur;
Elle a péri ; nous la pleurons encore,
Ce que vous eûtes de mortel ,
Hélas ! adorable Princeſſe ,
Devoit un jour être offert à l'Autel ;
Mais la vertu , mais la ſageſſe ,
Qui vous ont conſacré nos pleurs ,
Vous feront à jamais revivre dans nos coeurs.
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗器
LETTRE
AM. Remond de Sainte Albine , ſur une
Monnoye finguliere.
S-HDD
- MAN
CHARLE
LIARD
DE
FRANC- C
A
:
Rouvez bon , Monfieur ,que je me
Tferve de la voye du Mercure pour
demander l'explication d'une Piéce que je
poſſede dès le tems que j'étois écolier ,
c'est-à- dire il y a bien 35 à 36 ans ; c'eſt
par elle que j'ai commencé mon petit Médailler,
Čette Médaille , s'il eſt permis de
UNF DEFRANCE .
6
1.6 eft ni Egyptienne ni
hetto telle, je n'y connoî-
Grecque , j'en con .
es lettres , deſquelles
emblage ; elle est donc Romore
,vont s'écrier Meſſieurs les Antivns,
est- ce une Médaille Confu.
e
tale des premiers Empereurs
ou du bas Ianpire ? eſt- elle d'or ou d'argent
? eſt-elle en grand ou petit bronze ?
a-t'elle un beau vernis ? eſt-elle empreinte
de la précieuſe rouille? ou enfin eſt- elle
fruſte ?
Rien de tout cela , Meſſieurs. C'eſt donc
unc Médaille Papale ? pointdu tout , c'eſt
une pièce de monnoye de France , de laquelle
le Blanc , en ſon Traité Hiſtorique,
n'a pas jugé à propos de parler. Pour finir,
c'eſt un Liard & un Liard de France , frappé
en 1656 , marqué à la lettre A; & par
conféquent àParis.
Or ce Liard extraordinaire , le voilà , je
vous l'envoye,Monfieur, je m'en dépouille
en faveur du Public, vous le ferez graver, ſi
vous le jugez à propos .
N'allez pas croire pourtant que je vous
faſſe un grand facrifice , car il est bon de
vous dire que cette Piéce n'eſt pas auſſi ràre
que l'eſt un Othon , un Pertinax , ou un
Peſcennius Niger. Non,Monfieur, il n'eſt
SEPTEMBRE. 1749. 145
pas abſolument bien difficile d'en trouver
de ſemblables dans le commerce ,&j'aurois
pû , depuis que j'ai celle-là , lui donner
une trentaine de compagnes , mais néan
moins peu ou point d'auſſi liſibles.
Vous voyez , Monfieur , qu'il n'y a rien
d'extraordinaire dans ce Liard du côté où
l'on lit , Liard de France , & où l'on voit
au-deſſous un A entre trois Fleurs de Lys ,
finon qu'il y a un point après le C du mot
Franc , & un O au lieu d'E , qui ſemble
ſuivre ce point. On pourroit dire que ce
que je prends pour unO, eſt un petit e;
cela peut être , mais ce qu'il y a de vrai ,
c'eſt que ſur les Liards de Louis XIV du
même tems , l'E qui finit le mot France , eſt
un grand E , ſans qu'il y ait de point entre
le C & l'E ; voila toute la difference des
autres Liards à celui- là de ce côté .
A l'égard du côté de la tête ( voici l'extraordinaire
) & fur quoi on demande une
explication , ce n'eſt pas Louis XIV , lors
regnant , qui y eſt repréſenté ; c'eſt Charles.
II , Duc de Mantoue , couronné de fa
Couronne Ducale , fermée par le mont
Olimpe , & on lit autour du buſte Charles
II , D D. Mantou , 1656 .
Quel droit avoit donc Charles II , Duc
de Mantoue , de faire frapper des Liards
en France en 1656 , ou s'il les faiſoit frap
REDE FRANCE.
i
I droitavoit- il d'y faire
France?
٢٠٠ briquer dans la Princi-
1. hes , dont Charleville eſt la
'eſt ce que j'ignore. Cette
n'appartenoit- elle pas dès- lors
Gonzague , Princeſſe Palatine ,
a tante ? & n'est-ce pas par le mariage de ſa
fille Madame la Princeſſe Anne Palatine
de Baviere avec Henri-Jules de Bourbon
Prince de Condé , que cet Etat a paflé dans
la Maiſon de Condé ? En un mot quel
droit avoit le Duc de Mantoue de faire
mettre ſon effigie ſur une monnoye de
France?
La curiofité ſur les petites chofes peut
produire des remarques intéreſſantes pour
'Hiſtoire ; celle- ci me paroît de ce nom.
bre. Si Meſſieurs de la Monnoye ont autant
d'empreſſement pour fatisfaire la curioſité
du Public , que j'en viens de donner
à quelques Lecteurs , j'eſpere qu'il
fera bien- tôt fatisfait , & ils en font trèshumblement
priés. Je ſuis très-parfaitement
,&c,
OBSER
SEPTEMBRE . 1749 .
145
OBSERVATION
۱
Sur Martial d'Auvergne , ancien Poëte
de Paris.
I
Left certain , Monfieur , que laCroix
Maine s'eſt trompé en parlant de
Martial d'Auvergne , fameux Poëte François
du quinziéme ſiècle , lorſqu'il a aſſuré
que ce Poëte mourut à Paris d'une fiévre
chaude,& qu'il ſe précipita dans l'eau, étant
preſſéde la fureur de ſon mal.
,
M. l'Abbé Goujet , en ſon dixiéme tome
de la Bibliothéque Françoiſe , a bien fait ,
pour montrer l'erreur de cet Ecrivain
de produire le morceau de la Chronique
de Louis XI , d'où il avoit puiſé quelque
choſe de cette Hiſtoire. Ily eſt marqué en
effet qu'en 1466 un jeune homme , nommé
Martial d'Auvergne , Procureur au
Parlement & Notaire au Châtelet de Paris
, ayant perdu l'eſprit vers la Saint Jean ,
au tems que les féves fleuriſſent , ſe jetta
par la fenêtre de ſa chambre dans la rue ,
ſe rompit une cuiſſe , ſe froiſſa tout le
corps,& fut en grand danger d'en mourir.
M. Goujet ſe contente d'inferer de ces
dernieres paroles de la Chronique , que
d'Auvergne ne mourut pas de ſa chûte ;&
G
3CURE DE FRANCE.
:.
!
d
ande édition de cette Chro
née en 1558 , les titres de Pro-
Notaire ne ſe trouvent point ſpéarticle
de ce fait, il en conclut que
eut être que par conjecture que la
du Maine a penſé que le fait rapen
cet endroit concernoit le Poëte
tial d'Auvergne,
C'eſt un malheur à la Croix du Maine
de s'être contredit dans cette occafion ,
puiſque malgré ce qu'il a avancé,que d'Auvergne
mourut de ſa chûte , qui étoit arri.
vée en 1466 , il le fait vivre encore en
1483. Mais auffi je ne penſe pas qu'il faille
lui donner tout le tort , lorſqu'il affûre en
général que c'étoit à un Poëte de ce nom
qu'étoit arrivé le malheur de s'être jetté
par une fenêtre dans la chaleur d'une frenéſie.
D'Auvergne étoit jeune lors de cet
évenement; le Chroniqueur l'affûre en termes
formels. Il eſt également certain qu'il
fut Notaire au Châtelet. J'ai vû des Actes
d'environ l'an 1455 ou 60 , ſignés , d'Auvergne
, & paſſés par devant lui ( Martial
d'Auvergne ) & Jean Larchier, Notaires au
Châtelet. De plus ,M. Goujet ne pouyoitil
pas recourir à d'autres éditions qu'à celle
qu'a donnée Denis Godefroy de la Chronique
de Louis XI , vulgairement ( mais
mal- à-propos ) appelléeſcandalense ? Enre
SEPTEMBRE 1749. 147
montant à celle d'Antoinerard de l'an
1500 , qui eſt la plus ancienne , & qui
ſe trouve jointe aux Chroniques Martiniennes
en lettres gothiques in-folio , il y
auroit trouvé à l'an 1466 , mot pour mot
P'hiſtoire de la frénéſie de Martial d'Auvergne
, auſſi-bien que la note de ſon maria .
ge tout récent avec une des filles de Jacques
Fournier , Conſeiller au Parlement ,
telle queGodefroy & autres l'ont publiée,
avec la difference cependant que dans cette
édition le récit ne finit point par ces
mots , & fut en grand dangier de mourir ;
mais qu'on y lit deux ou trois lignes de
plus , ſçavoir , &fut en grand dangier de
mourir , & depuis persévéra longuement en
ladite frénéfie , & après ce revint & fut en
fon bon fens.
Rien n'empêche donc de croire que
Martial d'Auvergne de la Chronique ,&
le Poëte qui a compoſé les Vigiles deCharles
VII, n'est qu'un ſeul & même homme
qui a pû continuer & perfectionner ſon
ouvrage , lorſqu'il fut revenu en ſon bon
ſens , tant ſous Louis XI , que ſous Char- .
les VIII , avant que de ſe faire imprimer.
J'abandonne ceci aux réflexions des Lecreurs.
Au reſte ceux qui ne peuvent ſe
procurer tous les anciens Poëtes François ,
ont obligation à M. Goujet de leur avoir
Gij
CURE DEFRANCE.
cri
dans
exemple.
naſtéres
s fragmens où , d'Auvergne
défordres qui regnoient
re de ces tems- là ; par
Bibliothéques des Moenues
des Faulconne .
ries ; que st ' giſtes , qui revenoient
de l'Univ the d Orléans , n'y avoient appris
autre choſe , ſinon à bien jouer des fluies
, &c. De pareilles circonstances n'auront
pas , ſans doute , été oubliées par ceux
de nos modernes , qui ſe ſont propoſé de
repréſenter l'état des ſciences en France
durant le quinziéme ſiécle.
Les mots des Logogryphes du Mercure
d'Août , ſont Carême , obscurité & Papillon .
On trouve dans le premier arme , rame .
ame
, mer , Cam , mere , Carme & crême.
On trouve dans le ſecond écrou , buis , rébus
,fouci, ofier , bruit , cours , eftoc , Curé ,
fort , bois , Cité , Cour , Ture , tour , troc
broc , but , roc , foc , fot , rut , rot , fuc , ris
écu , cor & rit . Ontrouve dans le troiſiéme
Pin , Lion , Lyon, Lapin, pion, Lapon, poli,
Nil , Pô , pain , Saint Lô , Saint Lin , lin ,
Lia&ail.
SEPTEMBRE. 1749 . 149
J
ENIGME .
E ne tiens point de la baleine ,
Ne reſſemble pas au goujon :
Mais j'ai ſept lettres dans mon nom ,
'Ainſi que ces habitans de la liquide plaine.
Je ſuis être , qui dis & le mal & le bien ;
Aſſez ſouvent , porte ſur rien ,
Sur rien ? Non, c'est trop peu ; mais fur nulle
matiere.
Je fais ſur le vaſteOcéan ,
Ou bien ſur la mer du Sultan ,
Tant eſt ma nature legere ,
Autant de chemin qu'un vaiſſeau ,
Quand ilſuivroit le vol du plus fubtil oiſeau.
Je ſuis en France , en Italie ,
AVaugirard , en Laponie ,
Er toujours le même en tous lieux.
Rien ne peut éviter mes yeux ;
J'arrête une main parricide ;
Je romps les deſſeins d'un perfide ,
Je rends meilleur P'homme de bien ,
Et quelquefois bon ſujet , un vaurien.
Je fais encor bien autre choſe ;
Mais j'en dirois trop , bouche cloſe,
Giij
OPREDE FRANCE..
L .. ΓΥΡΗ Ε.
:
SI jamais ur l'inconſtant Neptune ,
Fui-moi : par no l'on perd la vie ou la fortune.
De mes pieds ſi tu veux retrancher le dernier ,
Sous un nomfeminin , je ſuis encor moi-même.
Si le ſecond précede le premier ,
Les autres à l'écart , par mon pouvoir fuprême ,
Je tiens lieu de beauté , d'eſprit , de vertu même.
Je renferme encor dans mon ſein '
Une note , un inftrument rauque ,
Une terre jaunâtre : un Saint-
Que pour un fléau l'on invoque :
Cette amante , qui d'une tour
Se lança dans la plaine humide ,
Appercevant le corps livide
De ſon ansant privé du jour :
Une Nymphe , dont le coeur tendre
Ne fut payé d'aucun retour ,
Et qui gémit ſouvent d'un malheureux amour ,
Comme en la conſultant on peut encor l'entendre.
Enfin pour peu , Lecteur , que tu ſois attentif ,
Tu peux dans un , deux , trois , voir mon diminutif.
Brunet , de Dijon.
SEPTEMBRE. 1749.
AUTRE.
MAffe brute & fans agrément ,
Au fortir du fein de ma mere ,
Sous les efforts de l'art j'éprouve d'ordinaire
Le plus fuperbe changement.
Même ſans m'exalter plus qu'il n'eſt néceſſaire ,
Je puis dire , Lecteur , qu'aux yeux de l'Univers
J'offre encor tous les jours cent chefs-d'oeuvre.
divers.
La veille de certaine Fête ,
Je péris par le feu , ſi tu tranches ma tête.
Prends trois de mes pieds , ſur mes flots
L'on eſt en graud danger pendant une tempêtes
Combinant autrement , tu peux des matelots
Trouver en moi le commun uſtencile :
Une ſubſtance : un inſtrument utile
Au fupplice d'un ſcélerat :
Ce qu'un guerrier doit porter au combat :
Choſe auffi peu commune aux champs que dans
la Ville :
Un endroit où l'eau ne vaut rien :
Enfin certain ſujet d'un Monarque Indien.
Par lemême.
Giiij
t TREDE FRANCE..
L
1
A
Jefre
Mes quatre
Qu'on ne peu
YHF
renommé ;
ſein tout abonde ;
il eft charmé;
lus beau monde.
préſentent un talent,
02
quer , s'il ne vient en naiſſant ;
Trois autres et suivant , une plante très- forte ,
Qui ſouvent à pleurer nous porte .
Ceci n'eſt-il pas fingulier ?
Je montre encor ſur mer un espace de terre ;
Je contiens de l'eſprit l'aliment néceſſaire ;
La femelle du ſanglier ;
Une femme proſtituée ,
Et chez les Turcs enfin un endroit enchanteur ,
Où vous , ainſi que moi , Lecteur ,
Voudriez-bien , je crois , avoir entrée.
J. F. Guichard.
Faità Versailles , ce30 Juillet 1749.
:
SEPTEMBRE. 1749. 131
AUTRE.
NOUVELLES
LA
LITERARES ,
DES BEAUX - ARTS , &c.
A GRANDEUR DE DIEU dans les merveilles
de la Nature. Poёте ,, parM.
Dulard , de l'Académie des Belles Lettres
de Marseille. A Paris , chez Deffaint &
Saillant rue Saint Jean de Beauvais ,
1749. Avec Approbation & Privilége du
Roi.
Chanter la grandeur de l'Etre ſuprême ,
peindre les merveilles que nous offre le
ſpectacle de l'Univers , voilà ſans doute
lesdeux objets les plus nobles que la Poëfie
puiſſe ſe propoſer. Non-ſeulement il
n'eſt point de ſujet plus propre à fournir
des idées ſublimes , mais il n'en eſt point
de plus fécond. Où trouver une fource
plus inépuiſable de tableaux frappans &
variés , que dans les ouvrages de l'Auteur
de la Nature ?
M. Dulard ne s'eſt point diffimulé que
fi le champ étoit vaſte , il étoit rempli de
beaucoup d'épines. Mais la richeffe & la
beauté de la matiere l'ont étourdi far les
difficultés. Son ouvrage , à ce qu'il nous
annnonce a été composé parmi des alter
Gv
CURE DE FRANCE.
de courage & de crainte , de vi-
. & de laffitude. Enfin d'efforts en
torts , il a été achevé. » Je ne ſçais , dit
>>l'Auteur , ſi le Public déſapprouvera le-
>>>xécution , ou s'il daignera la mettre au
>> rang de ces ſuccès ineſperés , qui font
>>moins dûs à la capacité qu'à une heu-
>> reuſe audace. Le promt débit de la premiere
édition de ce Poëme doit avoir tiné
M. Dulard de ſon incertitude , & eſt une
preuve du jugement favorable qu'on a
porté de ſon ouvrage.
LES VIES DES HOMMES ILLUSTRES de la
France , continuées par M. l'Abbé Peran ,
Licentié de la Maiſon & Société de Sorbonne.
Tome XVII. A Amsterdam , &
ſe vend à Paris , chez le Gras , Grande
Salle du Palais , à I'L Couronnée , 1749 ,
in- 12 . pp. 567 , fans y comprendre la
Table des marieres.
Cevolume eſt un des plus intéreſſans de
tous ceux qui compoſent juſqu'à préſent
la ſuite des vies de nos Hommes illuftres .
Onn'en ſera pas ſurpris , quand on ſçaura
qu'il contient la vie du fameux Duc de
Guiſe le Balafré.
Les grandes qualités & les vices brillans
de cet illuftre audacieux ; ſes attentats & fa
fin tragique , forment un des morceaux
les plus curieux de notre Hiſtoire. M.
SEPTEMBRE . 1749 . I
l'Abbé Perau n'a négligé aucune des 1
cherches , qui pouvoient ajouter quelque
prix à fon ouvrage. Il a raſſemblé avec
foin pluſieurs anecdotes , éparſes de côté
&d'autre , & dont la lecture ne peut être
qu'agréable.-
د
HISTOIRE DE PIRRHUS , Roi d'Epire.
Par M. Jourdan. A Amſterdam , chez
Pierre Mortier 1749. Deux volumes
in- 12 . Le premier volume pp. 375 , &
le ſecond 486 , en y comprenant les Tables.
Il y a quatre ans qu'il parut à Londres
un Livre , ſous le titre de Voyages & Expéditions
de Pirrhus. Cet ouvrage , qui
n'est qu'une eſpéce de Roman politique ,
a fait naître à M. Jourdan l'idée de compoſer
'Hiſtoire d'un Prince , à qui les Romains
ont dû les premieres connoiſſances
• qu'ils ont acquiſes dans l'art militaire. M..
Jourdan avoue qu'il y a dans ſon premier
volume bien des choſes qu'il doit à l'Auteur
du Livre imprimé en Angleterre ..
Dans le ſecond volume ,qui renfermeparticulierement
la vie de Pirrhus , il s'écarte
totalement de la route qu'a ſuivie le premier
Ecrivain. Non content de corrigor
les fautes , il ſupplée aux omiffions,& ill
s'étend conſidérablement ſur pluſieurs faits
qui méritoient d'être approfondis. Glauw
Gvjj
JUREDEFRANCE.
! de Pirthus , ayant été détrôné
Dir voulu foutenir les intérêts
mas après la mort d'Alexandre , &
s ayant été mêlé dans les guerres des
feurs de ce célébre Conquerant ,
Jourdan ne pouvoit guéres ſe diſpend'entrer
dans pluſieurs détails qui concernent
Alexandre , & même Philippe.
Il a abregé ces détails autant qu'il a pû ,
& il en a uſé de même pour tout ce qui
n'étoit pas intimement de ſon ſujet. Par
une licence qu'on ne ſe permet ordinairement
que dans les ouvrages de fiction , il
place une partie de ces recits dans la bouche
d'un des perſonnages qu'il fait paroître
ſur la ſcéne. Il eſſaye dejuſtifier par
plufieurs raifons l'innovation qu'il veut
introduire à cet égard dans le genre hiſtorique.
HISTOIRE D'ARISTOMENE , Général des
Meffeniens. Avec quelques réflexions ſur
la Tragédie dece nom. Par le même Auteur
, 1749 .
Tout ce qui regarde ici la vie d'Ariftomene
, eſt puisé dans Paufanias , & quel
quefois M. J.emprunte même les expreffions
de la Traduction faite de cetAuteur
par l'Abbé Gedoyn, mais pour l'ordinaire il
eſt plus vif& plus ferré que fon modéle.
La critique qu'il fait de la Tragédie ,
SEPTEMBRE. 1749. 197
dont Ariftomene eſt le Héros , paroîtra
bien ſevere à la plûpart des Lecteurs. Selon
lui , le ſujet de cette piéce n'est pas
fondé ; les trois premiers Actes font vuides
d'action , & ne ſe ſoutiennent que par
quelques maximes impoſantes ; le quatriéme
eſt fort découfu , & le cinquiéme beau .
coup trop chargé de récits .
RECUEIL de pluſieurs Piéces d'éloquence
& de Poëfie , préſentées à l'Académie
des Jeux Floraux , l'année 1749 , avec les
Difcours prononcés dans les aſſemblées
publiques de l'Académie. AToulouse , chez
Claude-Gilles Lecamus , feul Imprimeur
du Roi , & de l'Academie des Jeux Floraux.
Avec Privilége du Roi.
L'Ode , qui a remporté le premier Prix
de Poësie , eſt de M. de Marmontel , & elle
a pour ſujet la Chaffe. M. Chalamont de la
Vifclede, Secretaire de l'Académie de Marfeille
, eſt Auteur du Diſcours qui a été
couronné , & dont le ſujet étoit , lesRichefſesſont-
elles un écucil plus dangereux pour
la vertu , que la pauvreté ?
DICTIONNAIRE UNIVERSEL de Mathematiques
& de Physique, contenant l'explication
des termes de ces deux Sciences &
des Arts qui en dépendent , &c. Par M.
Saverien , Ingénieur de la Marine. A Paris,
chez Jacques Rollin & Charles-Antoine
REDEFRANCE.
::
On pu
tionnaire
robation & Privilé
in-4°. Nous av
leMercure quelq
cet ouvrage eſt co..
fatisfaire à notre engag
rochaine ce Dicdeux
volumes
Sucs
ſerer dans
'es , dont
Lous allons
ATT. Attraction. Terme de Phyſique : l'action
d'attirer. Kepler eſt le premier , qui a établi
une loi d'Attraction dans tous les Corps. M Frenicle
l'admettoit aufi ; & M. Roberval la définif
foit : Vim quamdam corporibus infitam , quâ partes
illarum in unum coire affectent. Suivant Newton ,
l'Attraction eſt une propriété inséparable de la-mariere
, par laquelle elle eſt unie , & tend à s'unir
(quá corpora adſe mutuo tendant ). Pour concevoir
cette Attraction mutuelle & réciproque dans les
Corps , il faut leur ſuppoſer une vertu ou faculté
Attractive. Cette vertu eſt ſans doute une des qualités
occultes. Descartes ,qui ne les vouloit pas reconnoître
, avoit auſſi banni de la Phyſique & l'At.
traction & le Vuide , & on les en croyoitbannispour
toujours , lorſque le grand Newton les retablit
d'une façon nouvelle ,& armés , comme le dit
agréablement M. de Fontenelle , d'une force dont
on ne les croyoit pas capables ( Suite desEloges
desAcad. Eloge de Newton ).
Kepler avoit obſervé , que la Force qui empêche
que les Corps céleſtes ſuivent dans leurs Mouvemens
la Ligne droite , avoit une action variable
felon les differentes diſtances , & cela en raifon
renversée du Quarré des diſtances au Centre de
leur Mouvement. En forte que fi un Corps eft:
trois fois plus éloigné, la Force Centrale ou CenSEPTEMBRE.
1749. 15
tripete , Force qui retire le corps vers ſon centre ,
eft neuf fois moins forte .
2. Newton eſt parti de là. Abſtraction faite de
cette loi & de ce principe , il a cherché dans les
Phénomenes le principe. Au lieu de ſuppoſer que
Les Planettes peſent ou ſont attirées par le Soleil ,
en raiſon renverſée du Quarré de leurs diſtances ;
pour expliquer le cours des Planettes , le Philofophe
Anglois a au contraire du cours déduit la loi,
Ce grand Homine a démontré , que les Planettes
ne peuvent décrire un Ellipfe , dont le Soleil oc
cupe l'undes Foyers , que leur Attraction ne varie
dans la raiſon inverſe du Quarré des diſtances.
Cette loi a lieu dans tous les Corps qui décrivent
par leur mouvement cette Courbe.
Cela une fois démontré , M. Newton en a con,
clu , que les Corps peſent les uns fur les autres,
& qu'ils s'attirent réciproquement en raiſon de
leur maffe. Et quand ils varient dans le même
tems; qu'ils tournent vers un Centre commun.;
qu'ils font attirés & qu'ils s'attirent , leurs Forces
Attractives varient dans la raiſon renversée des
Quartés de leurs diſtances à ce Centre. Tel eſt le
fond de ſon Syſtême , celui de ſon grand Ouvrage
des principes ; & , pour tout dire , tel eſt le triomplie
de l'Attraction.
Un fameux diſciple de Newton , M. de Maupertuis
, a encore rencheri fur cette Démonſtration;
it a oſe ſonder les vues du Créateur . De
toutes les loix générales qu'il a dû choiſir , dit- il ,.
la plus ſimple a ſans doute été préferée. Or , cette
fimplicité eff renfermée dans la loi de l'Attraction .
Celle-là ſeule , ſuivant le calcul du Préſident de
l'Académie de Berlin , réunit l'avantage dela diminutiondes
effets , avec l'éloignement des cauſes.
C'eſt pouffer loin ſes recherches , & les poufler
CURE DEFRANCE
d'une façon bien hardie &bien ingé-
• noire de l'Acad. 1732 .
que puiſſante que ſoit la démonstration
on, & quelque victorieux que pu ffe être
nement de M. de Maupertuis , l'Attrac-
* point généra'ement admiſe. La cauſe de
ttraction est bien moins ſenſible que l'effet
,
lui attribue . Encore cet effet eſt il conteſté.
M. Bernoulli prétend , 1 °.Que les Corps ne peuvent
s'attirer réciproquement c'eſt à dire , ſe
mettre d'eux - mêmes en mouvement , parce qu'on
ne connoît aucune caufe de ce mouvement , &
qu'un effer fans caufe , & une action ſans principe
d'agir , eſt une chimere ; 2°. Que si l'Attraction
avoit lieu dans les corps , elle devroit y avoir lieu ,
non en raiſon de leur ſurface , mais en raiſon de
leur maffe . Il s'enfuivroit de-là une terrible conféquence.
C'eſt que leur Attraction diminueroit en
raiſon triplée , ou comme le Cube de leurs diſtances,
& nullement comme les quarrés de ces diſtamces.
Bernoulli Opera. T. III. Nouv. Pens.fur leſyſt.
de Descartes
A ces objections , M. Clairaut en ajoint tout
récemment une autre. Il s'agit du mouvement de
l'Apogée de la Lune , non calculé par M. Newton.
Le Géométre François , après avoir trouvé l'Equation
de la courbe que décrit la Lune , a reconnu
, que fi la loi de l'Attraction ſuivoit exactement
leRapport renverſé du Quarré des diſtances , l'Apogée
ne feroit une révolution qu'en 18 ans
&elle la fait en 9 ; d'où M. Clairaut conclut que
la Loi de l'Attraction nefuit pas tout-à-fait le quarré
des distances inverſes , mais celle des quarrés , plus
d'une certaine fonction de ces quarrés , oumême d'une
autre puiſſance de ces distances. Mém. pour l'Hist. des
Scienc. mois de Janv . 1748 .
"
SEPTEMBRE. 1749. 161
4. Que doit-on penſer maintenant de l'Attraction
? Les Corps céleftes font- ils doués d'une vertu
Attractive ? Il ya dans ce mot un je ne ſçais quel
air de myſtére qui fait peine . Si au lieu d'Attraction
, nous nous ſervions du mot de Pefanteur , ou
de gravitation , peut-être nous entendroit-on
mieux ; car tout le monde ſçait que les Corps pefent
; & le terme de Peſanteur est plus connu ,
plus familier que l'autre , quoique ſon principe foir
auſſi caché que celui d'Attraction , & qu'il dépende
peut- être de l'Attraction même. Lorſqu'on
dit donc qu'une Planette eſt attirée par le Soleil
on entend que cette Planette peſe ou gravite fur
le Soleil. Qu'il y a-r'il là d'étonnant ? On demandera
peut- être pourquoi elle n'y tombe pas. Si les
Planettes n'étoient pas dans un mouvement trèsrapide
, qui l'emporte par ſa vitefle fur la Force
de la maffe, il eſt certain qu'elles ne tarderoient
pas à reſſentir les impreffions ardentes de cet
Aſtre. Le mouvement auquel elles ſont en
proye , ne leur perinet pas de ſuivre la loi de la
Peſanteur. C'eſt la force centrifuge , qui les en
éloigne. A l'égard de la loi de l'Attraction ou gravitation
, elle doit être renfermée dans celle de la
Force Centrifuge , & celle de la Force Centripete,
c'eſt- à dire , dans la loi de ces deux Forces , ſelon
Jeſquelles les Corps tendent par leur maſſe vers
Teur Centre de Peſanteur ,& s'en éloignent par le
mouvement . Voyez Force centrifuge , & Force centripete.
,
5. Ceci ne regarde que l'Attraction , quant aux
Corps céleſtes , quant au Systême du Monde. Les
Newtoniens ne s'en tiennent pas là Ils veulent
que l'Attraction ait lieu dans tous les Corps ; qu'elle
foit la cauſe de tous les Phénoménes , comme
de la Cohéfion,de l'aſcenſion de l'eau dans les
LEDE FRANCE.
caf
.onie
moin:
L
de la chûte des Corps , de la
miere . Il eſt même des Newnent
que l'Attraction n'est pas
1x Corps , que leur étendue.
dei Edition de M. Cotes , des Princ.
On che de prouver cela par diffe.
1°. C'est une vérité reconnue
de tosas , que les parties d'un liquide,
(V.1
Phil.
rentes
quel
s'attiren
pervu qu'il ſe diviſe par goutes ,
103tement dans le Plein , comme
dans le Vuide. 2°. Que pluſieurs Corps folides
ont une veitu Attractive , dont on peut être témoin
lorſqu'on veut , Qu'on mette deux Miroirs l'un fur
l'autre , on ne les ſéparera qu'avec peine , & cette
peine ſera très-fenfible , ſi on les a un peu preflés .
M. Defaguliers a remarqué , que deux Sphères de
criftal, qui ſe touchent par une ſurface de la dixié.
me partie d'un pouce , ayant été un peu preflées.,
font Equilibre par leur vertu Attractive avec une
Force de 19 onces. Ce n'eſt pas tout. Deux Miroirs
, qui ne fe touchent point , ne laiſſent pas
que de s'attirer , s'ils ſont ſéparés par une foie.
Un Cône de verre , ſuivant les Expériences de
Newton , détourne la Lumiere à une & même
deux lignes de distance . Eh! combien d'autres
expériences n'a- t'on pas , qui établiſſent une loi
d'Attraction univerſelle ? ( V. l'Eſſai de Phy. Par
M. Muſchenbroeck. T. I. L'Optique de Newton.
Les El. de Phys. de s'Gravesande , & la Micrographied'Hook.
Il y a des Sçavans qui le diſent, comme ils le
penſent. M. Keil , par exemple , veut , que les effets
de la ſecrétion ayent l'Attraction pour cauſe.
Et un Auteur , qu'on connoît bien , qu'on a même
nommé dans cet article ,a voulu prouver , que
C'est à l'Attraction , que le Foetus doit laformatiom
SEPTEMBRE. 1749. 163
L
( V. Animal Secretionis par Keil. Venus Physique.
C. XVII . ) Sans parler du Docteur Mead , qui fait
de l'Attraction la clef de la Médecine.
Comme les Auteurs ,qui ont écrit ſur l'Attrac
tion , ne l'ont fait que pour adopter ou réfuter le
ſyſteme de Newton , je me réſerve de les faire
connoître à cet article. Voyez Systéme.
BO M. Bombe. Boule de fer creuſe , armée de
deux anſes ,plus épaiſſe de métal dans ſon culot
que dans ſa partie ſupérieure ,où elle eſt percée
pour être remplie de poudre. On ne fait pas uſage
dans l'Artillerie d'autre compoſition . La queſtion
eſt ſeulement de la remplir comme il faut.
M. Wolf , dans le quatrième Tome de ſes elementa
Matheſeos univerſa , apporte à cet égard
quelqu'attention qu'on ne doit pas négliger avant
que de la remplir. Il veut qu'on chauffe d'abord
IaBombe , pour s'aſſurer s'il n'y a point de crevafſes,
que la dilatation de l'air rendra plus ſenſibles ,
&dont on jugera , ſi après y avoir mis de l'eau
froide, on la bouche exactement , & qu'on la faſſe
tremper dans de l'eau bouillante. ( On prend de
l'eau de ſavon , parce qu'elle a plus de chaleur ,
Iorſqu'elle est échauffée,que toute autre. ) Alors
l'air , renfermé dans la Bombe , étant dilaté par la
chaleur de cette eau bouillante , s'échappera de la
Bombe , & formera ſur la furface des petites bulles
d'air , ſuppoſé que la Bombe ait des crevaſſes oudes
fentes , qui lui donnent iſſue.
Une fois qu'on a reconnu que la Bombe n'a point
de fentes , on la remplit de poudre non pilée , &
on enfonce avec force une fuſée par la lumiere ,
pour communiquer le feu à cette poudre. On
bouche exactement ce trou avec une eſpéce de
maftic , capable de réſiſter aux efforts de la poudre
enflammée , qui réduit dans cet état la Bombe en
ERCURE DE FRANCE .
Les, On jette la Bombe par le moyen du Morer.
Voyez Mortier.
Metius, dans ſon Traité d'Artillerie , T. II . ch .
4. conſeille de ſe ſervir, pour remplir la Bombe, de
cette compofition. Au lieu de poudre commune ,
il prend 20 livres de ſalpêtre , 13 livres de ſoufre
bien broyés pendant 24 heures,& humectés avec de
bon vinaigre , où il a mêlé de l'eſprit de vin camphré
, & dans lequel il a fait infufer de l'ail. Ce
mêlange forme une pâte qu'on réduit en grain
comme la poudre ordinaire.
La charge d'une Bombe de 17 pouces de diamétre
, qui eft de la plus grande efpece , eſt ordinairement
de 48 livres de poudre, Elle peſe ,étant
chargée , environ 490 livres. Je ſuppoſe ici qu'il
ne s'agit que de faire crever la Bombe ; car fi l'on
vouloit par ſon moyen mettre le feu à une Ville , il
ne faudroit pas épargner la poudre. M. Belidor a
donné des régles pour charger les Bombes qu'on
veut faire crever , déduites de pluſieurs expériences.
Voyez fon Bombardier François , fans négliger
les Mémoires de l'Artillerie de S. Remi.
2. Charger comme il faut une Bombe , n'eſt pas
difficile ; mais ce n'eſt pas là en quoi confiſte l'art
du Bombardier. Le grand point eſt de la ſçavoir
jetter. En effet , à quoi ſerviroit une Bombe bien
chargée, fi elle étoit mal dirigée ? Voici quelques
principes qui renferment toutes les régles de l'art
de jetter les Bombes. Ces régles font des corollaires
de la théorie de cet art , dont on trouvera les
fondemens au mot Balliſtique .
Il eſt démontré que la portée de differens coups est,
àcharge égale, comme le double des Sinus desAngles
d'élévation du Mortier. Delà il ſuit que connoiffant
la portée d'un coup à une élévation donnée ,
on äura celle de tel autre coup , en telle élévation
SEPTEMBRE .
15 1749 .
qu'on voudra , en diſant : Le Sinus du double de
PAngle de l'élévation connue est au double du Sinus
de l'Angle de l'élévation proposée , comme la portée
connue està la portée qu'on demande.
Pour avoir cette portée , qui doit ſervir de fondement
à toutes les autres , il faut faire une Expérience.
Dans les choſes Pyſiques on eſt toujours
obligé d'en venir là. Galilée & ſon ſucceſſeur Toricelli
n'ont pû faire autrement , eux à qui l'on eſt
redevable de l'art qui fait ici l'objet de nos réflexions.
Une Bombe étant donc chaffée ſous un angle
d'élévation déterminé , on meſure exactement la
portée de cet angle ; ce qui donne le premier Terme
d'une régle de Proportion pour toutes les portées
quelconques , qu'on formera comme ci-de
vant. Ajoutons que ces deux portées étant données
, cette Experience ſervira également pour
trouver les Angles d'élévation par cette Analogie :
Laportée connue est à la portée donnée, comme le
double du Sinus de l'Angle de l'élévation du Mortier,
avec laquelle on a fait l'expérience , est au double du
Sinus de l'Angle que l'on cherche.
Au reſte, je dois dire ici , pour ceux qui ne le ſçavent
pas,qu'on ſuppoſe que la portée donnée n'ex
cede pas celle que peut donner 45° d'élévation ,
qui eft la plus grande, comme l'a reconnu le premier
Tartaglia. Et à propos de 45 ° , n'oublions
pas , pour le cas précédent que ſi l'Angle qu'on
propoſe , a plus de 45°, il ne faudra pas prendre le
double pour avoir le Sinus que demande la régle ;
mais doubler celuide ſon complement.
Il ne reſte plus pour achever l'ébauche de l'art
de jetter les Bombe , que de faire mention des
inftrumens néceſſaires pour connoître l'Angle d'élévation
du Mortier. On en a inventé de pluſieurs
fortes. Le plus ſimple eſt, ſans contredit , l'equere
PCURE DE FRANCE ,
Vo
3.
prati
des C
appellé Equerre des Canoniers.
jetter les Bombes , tel qu'on le
ezlong-tems. De nos jours
eurs ont voulu le rendre plus
terribi du Canon , M. de Vauban a
invento ' Voyez Batterie. ) Ce ricochet,
fi taque des Places , fit penfer
que fi l r les Bombes à ricochet , on
perfectio ment certe partie de l'art
dela gue 1723 , des Expériences furent faites
à ce ſujet , & de ces expériences il réſulta que
lesObus, forte de Mortier , ( Voyez Mortier ) in-
-clinés depuis 8º degrés juſqu'à 12º toujours entre
ces deux Nombres, chaſloient la Bombe de telle
maniere qu'elle ne ſe mouvoit que par fauts &
par bonds. L'effet de cesBatterieess àricochet doit
être terrible. Qui en doute? Il est bon cependant
de voir là-deſſus les reflexions de M. Belidor dans
fon Bombardier François.
4. Cet art doit ſa naiſſance à un habitant de
Vanlo , dans la Province de Gueldres. Ce fut pour
le divertiſſement du Duc de Cleves , qu'il imagina
ce ſpectacle. Il enjetta pluſieurs en ſa préſence ,
dont une tombant par malheur fur une maiſon
, où elle perça , embraſa la moitié de la Ville.
Quelques Hiſtoriens Hollandois veulent que
cet art ſoit plus ancien. Ils en font honneur à
un Ingénieur qui avoit fait antérieurement des expériences
à Bergo-op-zom , honneur qu'il paya
cher: il lui coûta la vie .
Casimir Siemienowicz prétend que c'eſt au Siégede
la Rochelle, qu'ont été jettées en France les
premieres Bombes. Si l'on en croit M. Blondel , on
n'a commencé à en faire uſage qu'au fiége de la
Motte en 1634. Selon cetAuteur , le premier qui
:
SEPTEMBRE. 1749. 167
en a jetté eſt un Ingénieur Anglois nommé Malthus
, que Louis XIII avoit fait venir , & dont les
commencemens ne furent pas heureux. Comme il
alloit en tétonnant ,& que ſuivant que le coup
portoit, il hauſſoit ou baiſſoit au hazard ſon Mor
tier , il tuoit beaucoup de François qui étoient de
P'autre côté de la Ville. Ce n'est qu'entre les mains
deGalibée & de Toricelli , que l'art de jetter les
Bombes a pris une autre forme , & qu'une sçavante
théorie en a établi les folides fondemens.
Il est vrai que Tartaglia , ainſi que je l'ai dit ,
avoit déja reconnu que les coups tirés à 459
étoient ceux qui donnoient une plus grande portée.
Son Livre , où l'on trouve de très -bonnes chos
ſes , a pour titre : De la Science nouvelle. Après lui
le Pere Merſene a publié le ſien. Il eſt intitulé : La
Ballistique. M. Blondel a écrit ex profeſſo ſur cette
matiere. Il a établi dans toutes les régles un artde
jetter les Bombes. M. Belidor en a auſſi donné quelques
principes dans ſon nouveau cours deMathématiques
& des Tables très-utiles pour connoître
l'étendue de toutes les portées dans ſon Bombar.
dier François. J'ai déja cité les Mémoires d'Artille
rie de S. Remi , T. II . Il me reſte à faire mention
d'un ouvrage où il eſt traité du Jet des Bombes ſe-
Ion toutes les inclinaiſons . C'est la nouvelle Théorie
ſur leMéchanisme de l'Artillerie , par M. Du
Lacq.
CAL. Calcul. Opération par Nombre & par
lettres , par laquelle on diviſe untout en ſes par
ties,& on réduit les parties en leur tout ; & par la
quelle on évalue , on compare pluſieurs Quantités
pour endécouvrir le rapport. Le Calcul Arithmétique
, qui s'exerce ſur les Nombres , ſemble ne
mettre ſous les yeux que l'expreſſion de pluſieurs
Nombres ou unis ou déſunis , &préſentés par or
7
CUREDEFRANCE .
b
P
15
1
C
{
Lecalcul Algébrique n'est pas fi
ercher le rapport des Nombres , &
connoît , il découvre ceux qu'on
ment. Voyez Arithmétique & Al-
Infiniment petits. Dans le tems de
ne connoiſſoit que ces Calculs qui
: des quantités finies. Depuis ce
ce on a été plus loin. Les Calcula.
teurs ont ofé porter leur vue ſur lesQuantités infinies
& réduire ſous leur main l'infini ; que dis-je
Pinfini ! l'infini même de l'infini , & comme le dit
l'illustre Marquis de l'Hopital , une infinité d'infinis.
Ceci paroît paſſer les bornes de l'eſprit humain.
Aufſi dès que le Calcul des Infiniment petits
parut , on crut réellement que les Géométres ne
meſuroient plus leur force ,& que leurs idées alloient
beaucoup au de-là. Des Mathématiciens
mêmes , ainſi que Niewentit , Rolle , Ceva , en fu.
rent ſérieuſement effrayés. En Angleterre , des
Docteurs monterent exprès en chaire pour avertir
le Publicde ſe méfier d'eux , de les regarder comme
des gens perdus , qui donnoient tête baillée
dans des chimeres , & d'éviter leur commerce ,
comme très-dangereux pour l'eſprit & pour la Religion.
Par ce trait le Lecteur juge combien c'eſt
une belle & hardie découverte que celle du Calcul
de l'infini. On peut dire fans exagération que c'eſt
celled'un nouveau monde Géométrique. Les Mathématiques
y perdroient trop,ſi je laiſſois échappercette
occaſion d'en donner la carte , & la plû
partdes Lecteurs n'y gagneroient pas aſſez , fi je
ne les conduiſois parla main dans un pays fi peu
connu encore& fi peu fréquenté.
2. Faiſons abſtraction de l'infini. Que ce mot
ne nous effraye pas. Sans prévention , remontons
àl'origine
SEPTEMBRE . 1749. 169
l'origine de ce Calcul. Conſidérons une Courbe ,
un Cercle , pour fixer notre imagination , &
voyons commentnous pourrions faire pour connoître
le développement de cette Courbe , c'est- àdire
, ſa longueur en ligne droite. Que firent les
premiers Géométres , lorſqu'ils ſe propoſerent ce
Problême ? Archimede ſuppoſa ſans façon , que le
Cercleeſt compoſé d'une infinitéde petites Lignes
droites , & cela pour faire évanouir la courbure.
Plus cespetites Lignes étoient ſuppoſées en grand
nombre , plus la ſuppoſition s'approchoit de la
réalité. En concevant le Cercle diviſé en une infinité
de petites parties , il n'y avoit plus de difficulté
à l'admettre . Premiere idée , on peut dire
même premiere époque du Calcul des infiniment
petits.
3. Juſques- là c'était concevoir les Courbes d'une
maniere bien vague . Suivant la nature des
Courbes qu'on vouloit développer , ces petites Lignes
devoient être , & en plus grand nombre , de
quelque façon qu'on pût ſe repréſer ter l'infini des
unes & des autres , & diverſement ſituées pour
former telle courbe ou telle courbure. Les parties
infiniment petites , ou , pour abreger , les Elémens
d'un Cercle doivent être differens de ceux de la
Parabole , de l'Hyperbole , &c . Archimede , &
après lui Appollonius , Grégoire de S. Vincent , qui
le comprirent chacun en leur maniere , imaginerent
d'inscrire & de circonfcrire des Poligones
d'une infinité de côtés connus , c'eſt- c'est- à-dire ,dont
le rapport étoit établi avec une connue , par une
ſuite infinie , une méthode d'aproximation , à peu
près comme l'on connoît la Racine d'un Nombre
fourd. C'eſt ainſi que les plus grands Géométres
anciens , tels que Cavallerius , Fermat , Wallis ,
Pascal , confidérerent l'infini & en firent l'appli
H
MERCURE DE FRANCE.
ton àlaGéométrie , en ſuivant néanmoins les
chemins qu'ils ſe frayoient chacun en particulier.
Telle étoit avant Newton & Leibnaz, & pour
parler avec plus de précifion , avant Barrow, la
ſciencede l'infini . Car on doit regarder la nouvelle
, ſuivant pluſieurs Mathématiciens , comme
ayant germé entre les mains de Barrow, Maisce
n'en étoit que le germe. MM. Leibnitz & Newton
firent végérer ce germe , auſquels MM. Bernoulli
, freres , &le Marquis de l'Hôpital firent porter
des fleurs .
Puiſque nous ſommes à l'hiſtoire du Calcul de
Pinfini , il eſt dans l'ordre que nous en connoiſſions
l'inventeur , avant que d'entrer dans le Calcul meme.
C'est une grande queſtion parmi les Sçavans,
que celle dedécider à qui nous sommes redevables
dece Calcul. Newton & Leibnitz partagent l'honneur
de cette découverte. Les Anglois en font
honneur abiolument à Newton . Dans les Actes de
Leipfic , M. Leibnitz en a la gloire. Quel parti
prendre ? Il faut remonter à la ſource avantque
de ſe déterminer.
4. On ſçait que MM. Newton & Leibnitz ſe
communiquoient mutuellement leurs découvertes.
Newton fit part à Leibnitz de celle du nouveau
Calcul & de ſa Méthode. Leibnitz répondit qu'il
avoit un Calcul ſemblable , mais dont la méthode
étoit differente , & publia en 1684 les principes du
Calcul des infiniment petits, ſous le titre du Calcul
differentiel. (On verra ci après la raiſon de ce titre.)
Lors de cette publication , où Newton étoit oublié
, le Géométre Anglois , qui auroit peut- être
pû ſe plaindre , ne dit mot. M. Fatio de Duillers
fut le premier qui cria àl'injuſtice. Il prétendit
que M. Leibnitz n'avoit imaginé le Calcul differen.
sel, queparce que Newton lui avoir fait connoîtes
SEPTEMBRE. 1749. 171
la méthode des Fluxions , qui n'étoit autre choſe
que ce Calcul. Leibnitz répondit qu'il ne connoiffoit
nullement les découvertes de Newton en ce
genre, lorſqu'il inventa le Calcul differentiel.
Cette réponſe auroit du ſuffire ; mais M. Leibnitz
, l'un des principaux Auteurs des Actes de
Leipfic , ne ſe contenta pas de refuſer d'imprimer
la réplique que faifoit M. Fatio à la réponſe. Il
s'oublia encore plus. Dès que le Traité de New.
ton ſur les Quadratures parut , il confentit que les
Auteurs de ces Actes rabbaiſſaſſent l'Ouvrage du
docte Anglois , & qu'ils lui préferaflent Tschirnhaus.
Les Journaliſtes de Leipſic , en voulant défavorifer
Newton , qui les offuſquoit par rapport à
Leibnitz , ſuſciterent à celui- ci une querelle terriblede
la part des Anglois. Cette comparaiſon injuſte
les indiſpoſa , &Keil ſe chargea , au nom de
laNation , plus jalouſe de lagloire de Newton ,
que Newton même , ſe chargea , dis - je , de tirer
raiſon d'une forte d'inſulte qu'ils attribuoient à
M. Leibnitz ; & qu'ils prenoient pour eux. Keil
fit donc imprimer en 1708 dans les Transactions
Philofophiques , que Newton étoit l'inventeur du
Calcul des infiniment petits , & que Leibnitz s'en
étoit emparé , après avoir défiguré la méthode de
Newton , en changeant le titre ou le nom , & le
caractére ou la notation .
On devine aisément qu'un pareil plagiat , attritribué
à un homme tel que Leibnitz , dut beaucoup
lepiquer. Il en porta plainte à la Société Royale
de Londres; demanda & une rétractation & une
réparation authentique de la part de Keil, qu'il appellahomo
novus & rerum ante actarum parum pes
vitus. Sur ce que celui-ci répondit , la Société
pomma des Commiſſaires de toutes lesNations
Hij
MERCURE DE FRANCE.
T
ar juger le differend ;& le rapport que les Com
Loiſſaires firent , donna , avec art , gain de cauſe à
Keil : je dirois à Newton , puiſque ce procès le
regardoit en propre; mais le filence qu'affectoit
cegrand homme , doit être conſervé dans cette
partiede fonHiſtoire, & c'eſt ſe conformer à ſa
modeftie que de ne laiſſer parler ici que le Lecteur
pour lui.
De ce petit détail hiſtorique , on peut conclure
deux choses; l'une, qu'il eſt certain que M. Newton
a inventé le Calcul des infiniment petits ; l'autre
qu'il y auroit de l'injuſtice à vouloir que M. Leibnitz
ne l'ait pas découvert , aidé de ſon ſeul &admirable
génie. Dans une diſpute où les plus grands
Géométres ont obſervé une exacte neutralité , je
n'ai garde de décider. Les perſonnes , qui voudront
être inſtruites du fond de ce procès , doivent avoir
recours aux piéces même du procès , imprimées
conjointement avec le rapport des Commiſſaires
nommés par la Société Royale de Londres , ſous
ce titre : Commercium Epiſtolicum. On trouvera
plufieurs Ecrits ſur cette matiere dans les Journaux
Litteraires des mois de Mai & Juillet 1713 , T. I.
P. 208. Novembre & Décembre 1713 , T. II.
2 Part. p. 445 , & M. de Juillet 1714, p. 319 ; &
dans un Livre intitulé : Recueil de diverſes Piéces
fur la Philofophie , la Religion naturelle & les Mathématiques
, par MM. Newton , Leibnitz & Clark,
T. II. La belle Préface , dont M. de Buffon a or
né ſa Traduction du Traité des Fluxions de M.
Newton , eft encore biendigne d'être citée. Elle
mérite d'être lúe avec la plus grande attention.
Voyez auffi Wallis opera Mathematica. T. III . p.
45 & 648 ; Philoſophia naturalis principia Math.
pag. 253 , de la premiere Edition , & pag. 226
de la ſeconde; Acta eruditorum 1684 , pag. 467.
SEPTEMBRE. 1749. 173
:
& Philofoph. Transact. 1708 , mois de Mai &
Juin ..... , & c.
ATTAQUES , Plan & environs de la Ville d'Ypres
, affiégée par le Roi le 6 Juin 1744 , & priſe
le 25 ſuivant , levés &deſſinés ſur les lieux , par
M. Pierre de Jeandeau , Ingénieur & Géographe
ordinaire du Roi .
L'Auteur de ceste Carte travaille à en faire exécuter
pluſieurs autres par lui levées ſur les lieux ,
qui contiendront les Marches , Campemens , Siéges
& Batailles , depuis environ dix ans , ce qui
formera un Théatre complet des Guerres de Flandre
, d'Italie & d'Allemagne , dont il donnera inceffamment
le Prospectus bien détaillé. Il ſe propoſe
de donner auffi au Public un très grand ouvrage
concernant le génie.
Cette Carte ſe vend à Paris , chez Lantino , rue
du Cherche midi , à l'Hôtel du Roure ; Bernard ,
Quai de l'Horloge ; Gandouin , Libraire , Quai
deConty; les freres Morel , Grande Salle du Palais ,
Guillyn , Libraire , Quai des Auguftins , & Julien ,
à l'Hôtel de Soubize. Le prix eſt de 35 f. tiré ſur
papier lavé & battu , pour recevoir les couleurs ,
&30 f. fur papier ordinaire.
LETTRE
Ecrite à M. Remondde Sainte Albine ,fur
le Voyage Pictoresque de Paris.
L
EVoyage Pictoresque de Paris , que vous avez
annoncé , Monfieur , dans le Mercure de
Juillet , exigeoit , ce me ſemble , de votre part
Hiij
ERCURE DE FRANCE.
ques lignes un peu avantageuſes , ſeulement
at établir les differences qui la diftinguent des
aeſcriptions de cette Ville. L'accueil favorable
que le Public a la bonté d'y faire , eſt bien capable
d'encourager un Magiſtrat parvenu à peine à fon
cinquiéme lustre. Un des principaux agrémens de
ce Livre est un Catalogue des Tableaux de M. le
Duc d'Orleans , chambre par chambre , & fuivant
la place qu'ils y occupent. Nous avions déja,
il eſt vrai , une deſcription de ces Tableaux , par
du Bois de Saint Gelais , mais le défaut d ordre &
d'arrangement la rend totalement inutile , au lieu
que celle- ci facilite extrêmement le moyen de
connoître la quantité & le nom des Auteurs dont
on voit les productions. La Table alphabétique
des Peintres , Sculpteurs & Architectes , qui termine
l'ouvrage , n'est pas indifferente. Vous
voyez un Tableau , une Sculpture d'un habile
homme , vous defirez ſçavoir le lieu de ſa naif
fance, fon pays en un mot: cette Table vous
Papprend avec ſfon furnom & fon nom de baptême.
La justice que vous avez accoûtumé de rendre
aux Auteurs , me fait eſperer , Monfieur , que
vous voudrez bien inferer ma Lettre dans le Mer.
cure , pour réparer cette petite omiffion , qui n'a
pû naître que de l'oubli.
J'ai l'honneur d'être , &c.
AParis , ce 28 Juillet 1749.
D***.
SEPTEMBRE. 1749. 175
LETTRE
De M. Trochereau , au même.
MEpardonnerez- vous, Monfieur, d'interroma
pre un moment vos occupations littéraires ,
pourvous faire partdu chagrin que j'ai de quelques
fautesgroſſieres , qui ſe ſontgliffées dans lesnotes
dupetit ouvrage que je viens de donner au Public,
&au ſuccèsduquel vous avez bien voulu vous intéreſſer.
Lors de l'impreſſion de cet ouvrage , je
fus obligé de quitter Paris ,& je ne pus pas veiller
moi-même à la correction des épreuves. Indépendamment
d'un nombre affez conſidérable de fautes
typographiques qui gâtent le texte voici
quelques bévues quej'ai eu le chagrin de trouver
dansles notes.
,
1°. P. 34. Ingentes dolores ftupent , parvi loquuntur
.
Voici le vers de Seneque , tel qu'il faut le rétablir.
Cura leves loquuntur , ingentesſtupent.
Art . 2 Hypp . f 3. v. 18 .
2º . p. 78. Necfic incipies , ut Poëta Cyclicus olim ,
Il doit y avoir , ut fcriptor Cyclicus . Art. p. v.
136.
3 °. p. 100. Si vis me flere dolendum eft ipfi tibi,
Il faut lire ainfi :
Si vis me flere , dolendum est
Primum ipfi tibi Art. p. v. 103 & 104.
Diſcours préliminaire , p. xxxiv. liv. 10. Ho
race , lifez Virgile fixiéme Livre de l'Enéïde .
Mes amis qui ſçavent que j'ai paſſe la meilleure
partie de ma jeuneſſe àl'étude des Auteurs an-
Hiiij
MERCURE DEFRANCE.
ens , ne mettront pas ces fautes groffieres fur
mon compte , mais je pense que je dois au Public
de le prévenir moi-même. Il n'est pas obligé de
nous traiter mieux que nous ne paroiffons le mériter.
Je me flatte que les preuves d'amitié , dont
vous m'avez honoré juſqu'à préfent , & auſquelles
je ſuis extrêmement ſenſible , vous détermineront
à vouloir bien vous donner la peine d'en faire une
note dans l'article littéraire du Mercure prochain .
Il m'eſt tombé hier entre les mains un ouvrage
périodique Anglois , qui paroît à Londres tous les
mois , intitulé : The Gentleman's magazine. J'y
ai lû les particularités ſuivantes , extraites des
Transactions philoſophiques ( nº. 484. ) qui viennentd'être
miſes au jour.J'ai crû qu'ellespourroient
intéreſſer la curiofité des amateurs des Arts & de
l'Antiquité. J'ai l'honneur de vous en envoyer
la Traduction. Vous en ferez l'uſage que vous
jugerez à propos d'en faire : fi vous croyez qu'elles
puiffent être agréables au Public , je vous prie
de leur donner une place dans le Mercure prochain
. Les voici :
>
Une Lettre de M Hoare dattée de Rome .
du mois d'Août 1747 , apprend que le Tableau
repréſentant Achilles & Chiron , trouvé à Herculanum
, eft de cinq pieds de long ſur quatre de
large ; que les figures en font moitié grandes
comme nature ; qu'elles font très fraîches , artiſtement
coloriées ; & bien deffinées ; que celle
d'Hercule eſt parfaite ; que le Tableau de Theſée
&du Minotaure eſt haut de cinq pieds , & quelque
choſe de plus. Theſée eſt debout dans une
belle attitude , un pied fur la tête du Minotaure ;
certe tête eſt celle d'un taureau jointe à un
corps humain. On y voit quelques Génies ou
'Amours , s'empreffant à l'envi de careffer leur
SEPTEMBRE. 1749 .
iberateur : l'un lui baiſe la main , l'autre lui em
braſſe la jambe ; pluſieurs autres , dans differente
attitudes , lui témoignent les ſentimens de leur
reconnoiffance .
Un autre Tableau contient l'Hiſtoire de Virginie
; elle est fondante en larmes,& on s'intéreſſe
à ſes malheurs. Appius eſt agité par des tranſports
furieux ; l'expreffion de ce Decemvir eft admirable.
Un autre repréſente Hercule & la Déeſſe de la
Nature . Ce Tableau est orné de plufieurs figures
ſymboliques : on y remarque particulierement un
enfant qui tette une daine. Celle- ci léche les genoux
de cet enfant , comme une marque de tendreffe
, & arrange ſes jambes , de façon qu'elle ne
puifle pas le bleſſer. La Victoire couronne le Héios
, qui s'appuye ſur ſa maſſue , & la Nature eſt
aſſiſe devant lui ; elle applaudit àſes travaux ; le
deſſein en eſt exquis & parfait.
Il y a un autre Tableau extrêmement fingulier
&bizarre ; il a dix-huit pouces fur neuf ; il repréfente
un perroquet traînant un char , dans lequel
eſt unegrofle mouche , dont les cornes ſervent de
bride pour conduire le perroquer .
Deux Tableaux de quatre pieds &demi de long
repréſentent des Comédiens fur le Théâtre. La
perſpective en eſt fort bien obſervée.
Un autre eſtune nôce. Iln'eſt compofé que de
trois perſonnes. Il eſt fort dans le goût de la Noce
Aldobrandine qui est à Rome.
On trouve dans ces décombres une multitude
infinie de petits ſujets , qui repréſentent les céré
monies des anciens facrifices. La plupart fone
peintes ſur des fonds rouges ou noirs ; on y vois
aufh quelques groteſques .
Ces Peintures réſolvent une de nos difputes
Hy
ERCURE DEFRANCE.
!:
aires ,& nous convainquent que les anciens
onnoiffoient la perſpective .
Cette derniere réflexion eſt une nouvelle preuve
que les anciens excelloient dans les Arts , & que
nos modernes , dont le ton eſt de déprimer l'Antiquité
, rougiront de la témérité de leur critique ,
ſouvent indécente , à mesure que d'heureux hazards
nous découvriront de précieux monumens
qu'on pourroit appeller les médailles juſtificatives
des connoiſſances des anciens dans les Arts. Peutêtre
ſerions - nous petits devant les Egyptiens , fi
nous étions parfaitement inſtruits , juſqu'à quel
dégré de perfection ils ont pouflé la Statique , la
Gnomonique , l'Hydraulique , &c .
Je ſuis perfuadé que cette façon de penfer eft
de votre goût, Monfieur , vous qui eftimez l'Antiquité
, parce que vous la connoiffez , & que vous
l'avez étudiée.
Je vous ſupplie d'être intimement perſuadé de
lapuretéde mes ſentimens ,& du parfait attachement
, &de la fincere reconnoiſſance avec laquelle
j'ai l'honneur d'être , & c.
Trochereau.
LETTRE
DeM. Collin de Blamont , Sur- Intendantde
la Muſique du Roi , au même.
J
Eme ſuis apperçu , Monfieur , que dans leCa
talogue de mes ouvrages , dont ileft faitmention
dans le Mercure du mois de Juillet , vous
avez obmis de marquer au ſujet de la Tragédie de
SEPTEMBRE. 1749. 179
Jupiter , reprefentée devant le Roi au Théatre des
grandes Ecuries , que M. de Bury , mon neveu ,
Maître de la Muſique de la Chambre , avoit part
à cet ouvrage. Je vous ſupplie de vouloir bien
contribuer avec moi à lui rendre aux yeux du
Public la justice qu'il mérite , en faiſant inferer
cette Lettredans votre prochain Journal.
Je ſuis ,&c.
Collinde Blamont.
AParis , ce 11 Août 1749.
LETTRE écrite par M. Briſſeand,de la
Ville d'Orbe , Canton de Berne & de Fri.
bourg , à M. Bourgeois, Docteur enMédecine
de la Ville d'Yverdun , Canton de
Berne en Suiffe , ausujet de la Méthodede
M. Daran, Chirurgien du Roi, pour traiter
les maladies de l'uréthre.
M
Onfieur , je vous ai promis , en partant pouz
Paris , de vous rendre compte du ſuccès des
remédes de M. Daran , entre les mains de qui je
venois me mettre. Je n'ai attendu fi long tems
à m'acquitter de ma parole , que parce que je vou
lois être aflûré de ma parfaite guérifon , avant de
vous en inſtruire .
Quoique des accidens de la nature de ceux qui
m'ont déterminé à faire ce voyage ; faffent des
impreſſions qui ne s'effaçent pas aisément , je vais,
Monfieur, vous retraçer en peu de mots la fituation
où je me trouvois, lorſque j'arrivai à Paris,
j'avois le perinée ciblé de trois fiftules ,&deux à
Hvj
AERCURE DEFRANCE:
!
e près du fondement , par leſquelles Purine
'échappoit avec des douleurs inouies . Je ne pouvois
demeurer ni affis , ni couché , ni debout. La
ſituation la plus commode que je pouvois trouver
étoit de me mettre ſur les genoux, en m'appuyant
fur les mains , & quoique j'euſſe toujours eu recours
aux perſonnes les plus célébres de l'art , je
n'en avois retiré aucun foulagement.
Cet affreux état , auquel je ne comptois trouver
de reſſources que dans la mort , dont les approches
me paroiſſoient plus à defirer qu'à crain
dre, étoit la ſuite des embarras qui s'étoient formés
dans le canal de l'uréthre . Le fil de mes urines
diminua ſenſiblement , je ne les rendis plus
ſans ardeurs ; je fis alors beaucoup de remédes qui
furent infructueux. Je ne retirai pas un plusgrand
foulagement des bains de Plombieres , dont on me
conſeilla Pufage. Ces differens remédes n'arrêterent
point même le progrès du mal. Les embarras
de l'uréthre augmenterent tellement, qu'il fe forma
au perinée, & à côté, des abſcèsqui donnerent
paffage à l'urine & au pus. On traita vainement
ces nouveaux accidens par les remédes , qui furent
jugés les plus convenables. Je vous priai dans ces
circonstances , Monfieur , de conſulter àParis ' es
perſonnes qui ont le plus de réputation pour la
guérifon des maux auſquels j'étois en proye. Un
des plus célébres Médecins de cette Capitale , &
qui est fort en réputation pour les maladies de la
nature de la mienne, fut confulté. Mais je trouvai
qu'il valoit mieux mourir que de ſuivre fon
avis C'étoit , comme vous vous en ſouvenez ,
Monfieur , de m'ouvrir toutes les parties affligées.
juſqu'à la veffie , & d'emporter avec les inftrumens
tranchans toutes les excroiſſances qui fai
foient obstacle à la fortie de l'arine,
• SEPTEMBRE. 1749 . 181
Heureuſement M. Daran , confulté en même
tems , avoit donné une réponſe plus favorable. Il
marquoit que ma maladie lui étoit bien connue
par le mémoire que je lui en avois envoyé , qu'elle
étoit de la nature de celles qu'il traite habituellement
, & qu'il répondoit de ma guériſon , ſi je
pouvois faire le voyage de Paris .
Dès ce moment même , je me fis accommoder
une berline garnie de matelats ,& foutenue de
pluſieurs refforts pour rendre fon mouvement plus
ſupportable dans mon état , pendant une route
aufli longue que celle que j'allois entreprendre.
J'arrivai heureuſement àParis le quinziéme Octobre
1747 , & je fus deſcendre chez M. Daran ,
qui m'avoit fait préparer une chambre chez lui
afin d'être àportée de ſuivre l'effet de ſes remédes
avec la plus fcrupuleuſe exactitude.
2.
Comme il eſt dans l'uſage de n'entreprendre le
traitementd'aucun malade ſans en avoir fait conf
tater l'état par des gens de l'Art , on fit une conſultation
où se trouverent M. Chomel , Médecin
ordinaire du Roi , & Meſſieurs Dumoulin , Doyen
des Chirurgiens de Saint Côme , & Malaval , dont
le nom eſt très célébre dans la même Compagnie.
Ces Meffieurs , après un mur examen , furent ef
frayés de ma fruation , & convinrent qu il feroit:
très difficile de me guérir.
Je le fuis cependant , Monfieur ,& je jouis d'une
fanté plus parfaite que je n'ai fait depuis plus
de vingt ans. C'eſt ce que vous pourrez attefter
àceux qui vous demanderoient des nouvelles de
mon état. Il est vrai qu'il a fallu un tems confidé.
rable pour y parvenir , mais j'étois dans un étar fi
pitoyable , lorſque M. Daran a commencé à me
traiter , que je regarde ma guériſon preſque come
me une création nouvelle;
RCURE DEFRANCE.
compte, Monfieur , que vous ne ferez pas
ché que je rende cette Lettre publique , & qu'à
votre témoignage pour la vérité des faits qui ſe
fontpaffés ſous vos yeux ,je joigne auſſi celui de
M. le Confeiller Bourgeois , Chirurgien d'Orbe
qui fit alors tout ſon poſſible pour me foulager.
Au reſte c'eſt moins àma reconnoiffance pour le
ſervice effentiel que M. Daran m'a rendu , que je
crois devoir la publication de ma Lettre , qu'à
P'humanité entiere , qui a intérêt d'être inſtruite
que des maux ſemblables aux miens ſont ſuſceptibles
de guériſon. Si trois ans plutôt quelque malade,
dans l'état où je me trouvois , du grand
nombre que M. Daran traite, m'eût fait connoître
les reſſources que Pon peut trouverdans ſon expérience
confommée , quelle obligation ne lui aurois-
je pas eue, & combien de ſouffrances ne m'aus
roit-il pas épargnées !
J
Nous ſouffignés certifions qu'il n'y a riendans
cette Lettre que de conforme à la vérité ; que
nous avons vu le malade le 18 Octobre 1747 ;
qu'après l'avoir examiné avec attention , nous
avons trouvé pluſieurs fiſtules , non- feulement au
perinée , mais encore aux parties latérales , en
forte que le malade n'urinant que goute à goute
par la voie ordinaire ,les urines refluoient , &
fortoient par ces differentes fiſtules , commepar
un arroſoir ; que lorſque M. Daran voulut introduire
une de ſes bougies dansl'aréthre ,elle ne
put faire route que de deux travers de doigt ;
qu'aujourd'hui nous avons vu avec ſatisfaction
la bougie pénétrer facilement dans toute l'étenduedu
canal juſqu'à la veſſie,ſans trouver de réſiftance
, quoiqu'elle fût des plus groſſes ; qu'enfin
nous avons trouvé les fiſtules guéries & cicatrifées
,& le malade fort bien guéri , en foi de quoi
SEPTEMBRE. 1749. 183
nous avons figné le préſent certificat , cevingrhuitiéme
Juillet 1749. Dumoulin , Doyen , Chomel,
Malaval.
Avis aux amateurs de l'Histoire naturelle.
Lateur Guy B
,
E Sieur Guyot , Apoticaire-Chymiſte de Ma
donne avis au Public
qu'il eſt le ſeul Auteur de la compoſition d'une
liqueur préſervative , conſervative & univerſelle ,
à laquelle il réuffit depuis douze ans , qui ne reçoit
aucune variation , ni de la gelée , ni des grandes
chaleurs , & qui conſerve parfaitement toutes fortes
deplantes en fleurs& en fruits.
En conséquence il a fait à M. d'Ons-en-Bray pen
dant le tems fuſdit , un Cabinet à Bercy-lez -Paris,
contenant deux mille bouteilles,dont quinze à feize
cens renferment des plantes graſſes , marines &
aquatiques , la plupart étrangeres , & celles qui
font employées avec avantage en Médecine.
cou-
De même , cent cinquante eſpécesde champignons
de differentes formes & de diverſes
leurs , les uns plus délicats que les autres ; ainſ
quequelques noſtocs , agarics , & autres excroifſances
végétales.
Cette liqueur ne borne pas ici ſes effets . Elle
conferve encore au naturel les poiffons de mer
& d'eau douce de toutes les eſpèces , même les
inſectes les plus glutineux , tels que la limace , les
vers , & c.
En un mot , tous les animaux , tant volatils que
terreftres ; & ce qui eſt plus étonnant , les parties
les plus tendres &lesp us délicates, qui dépendent
de ces deux genres , végétaux & animaux , contenus
dans le ſuſdit Cabinet ,& qui font foide ce
qu'onavance.
MERCURE DE FRANCE.
Le Sicur Guyot prend d'autant plus volontiers
La liberté d'en informer le Public , qu'il laiſſe à
penſer aux Sçavans de quelle utilité peut être une
pareille découverte , pour apporter au naturel , &
mettre ſous nos yeux les richeſſes de cette nature,
qu'on poffede inutilement pour nous aux extremités
du monde , &deſquelles nous n'avons qu'une
connoiſſance imparfaite , faute d'avoir trouvé
juſqu'ici le fecret de les apporter , & de les conferver
au naturel.
プ
Le Sieur Guyot a déja eu lieu d'être fatisfait
du jugement avantageux qu'en ont porté pluſieurs
Membres illaſtres de l'Académie des Sciences
ainſi qu'un grand nombre de perſonnes de la premiere
distinction , qui ont vu les effets finguliers
decette Liqueur.
Autre avissur un Anemomètre fonnant.
وہ
Eft
C
une machine inventée par M. l'Abbé
Aubert , de Verdun ſur Meuſe , perpétuelle
fans poids , ni rowe , & fans qu'on aitjamais beſoin
d'y toucher, laquelle pronoſtique par une
muſique divertiſſante dans une chambre lesdif
ferens tems qu'il doit faire , les differentes forces
du vent , la pluye , le beau tems , le froid , le
chaud , bien plus ſurement , & plus promptement
que le Baroniétre , qui eſt ſujet à ſe déranger par
les perméations réitérées d'un air fubtil , &enſuite
de quelque choſe de l'air plus groffier. Celle-
ci ne peut jamais ſe déranger , & quand on y
toucheroit pour la faire carillonner à volonté ,
elle ſe remet juſte d'elle même. Elle eſt auſſi avec
fourdine & répetition , & amuſe agréablement
SEPTEMBRE. 1749. 185
dans une chambre , parce qu'elle forme une mufique
continuelle & en accord ſuivant les differens
airs qui diftinguent les tems , & on ſe donne
ainſi un concert pendant un repas , ou avant de
s'endormir ou à ſon lever , la machine jouant
toujours d'elle-même , à moins qu'on ne ſuſpende
pour un tems ces petits carillons , qui autrement
iroient ſeuls perpétuellement .
ESTAMPÉ NOUVELLE ,
Et Réception de M. Balechou , à l'Académic
Royale de Peinture , Sculpture , &c .
L
,
E Samedi 19 Mars 1749 , P'Académie Royale
de Peinture & Sculpture agréa unanimement
M. Balechou , Graveur fur le portrait qu'il a
gravé du Roi de Pologne Electeur de Saxe , peint
par feu M. Rigaud. Ce morceau est d'une grande
beauté , & il fait voir àquel degré de perfection la
gravure eſt parvenue en ce fiécle ; il a deux pieds
&demi de haut fur vingt-un pouces de large. Le
Roi de Pologne y paroît dans un champ borné
par un Laurier & par une eſpéce de rocher tronqué.
Ce Prince eſt debout , tenant un Bâton de
Commandement , qui porte ſur le rocher. Sur les
épaules de Sa Majefté Polonoiſe flotte un Manteau
Royal , doublé d'hermine , qui répand une
lumiere éclatante du côté droit. A gauche on voit
un Maure qui ſemble marcher , & venit préſenter
un caſque au Roi. L'ombre de la figure de Sa
Majefté tombe fur ce Maure ,& occafionne avec
la doublure d'hermine , qui répand de l'éclat du
côté droit , un très bel effet de clair obſcur .
2
MERCURE DE FRANCE :
:
Les Curieux pourront voir cette Eſtampe chez
l'Auteur , Graveur du Roi , rue Saint Etienne
des Grecs , avec trois autres qu'il préſenta en même
tems , deux d'après M. Jeaurat , & la troifiéme
d'après M. Nattier.
LETTRE
De l'Auteur de l'Ombre du grand Colbert,
àM. Remond de Sainte Albine *.
DErmettez-moi , Monfieur , de vous marquer
ma reconnoiffance de la façon obligeante dont
vous avez parlé de l'Ombre du grand Colbert dans
le Mercure. Je vous en fais des remercimens
fincéres,& vous prie de croire que j'y ſuis très-lenfible.
Je ne l'ai pas moins été à l'accueil que le
Public a eu la bonté de faire à l'ouvrage & à l'Auteur.
Quelle a été ma joye d'avoir trouvé une fouleauffi
grande de Citoyens & de vrais François qui
*foupirent après le rétabliſſement de l'honneur&
de la décence du Louvre & la liberté de ſa façade ;
qui défirentde tout leur coeur ,& contribueroient
de leur propre bien à l'achevement d'un Edifice
qui feroit la gloire de la Nation , le Monument le
plus fuperbe du regne de Louis XV, & dont le ſeul
aſpect du Périſtile publieroit , avec autant d'éclat
que toutes les bouches de la Renommée , la ſublimité
du goût François !
Mondeffein, dans la feinte réſurrection de ce
* Ily a déja quelque tems que cette Lettre nous a
été envoyée , ma's nous n'avons pu la faire paritre
plutôt,par l'abondance des matieres.
SEPTEMBRE. 1749. 187
Miniſtre immortel , a été de reſſuſciter avec lui la
grandeur & l'ancienne vigueur du génie de la Nation
, non- feulement dans les Beaux- Arts , mais
dans tout ce qui peut ſervir à la puiſſance & à la
ſplendeur de ce Royaume , & d'engager ceux à
qui ce génie obéït , à le relever de ſa chûte & l'arracher
à l'oppreffion & à la perſécution à laquelle
il est abandonné. Si mon deſſein n'a malheureuſe-
--ment aucun effet , ſoit par la révolution prodigieufe
qu'un tems fort court a faire fur nos elprits , ſoit
par la fatalité des circonstances , au moins j'aurai
la gloire d'avoir défendu le bon goût contre les
abus & l'ignorance qui l'attaquent de toutes parts,
&lui portent tous les jours des coups mortels. Je
jouirai chez la poſtérité du triſte honneur d'avoir
vû mes efforts applaudis par tous les braves Citoyens
& généreux François , mes contemporains,
non- feulement par ceux qui font dans les plus hautes
places , mais encore par les plus illuftres Etrangers&
du plus grand nom .
Je viens au fujet de cette Lettre . Vous avez dit ,
Monfieur , dans l'article du Mercure qui parle
de l'Ombre du grand Colbert , que l'Auteur de
ce Dialogue étoit déja connu par d'autres ouvrages
fur les Beaux-Arts. Ayant appris de pluſieurs
perſonnes , que l'on m'a attribué ſur cette matiere
les brochures , où l'on a critiqué très- durement
quelques ouvrages de nos Peintres & de nos Sculpteurs
qui ont le plus de réputation , j'ai l'honneur
de vous écrire pour me plaindre d'une méprite auffi
injuſte. Après la Lettre que je donnai à la fuite de
mes Reflexions ſur l'état de la Peinture en France,
où j'expoſai mes ſentimens à ce ſujet , ſentimens
qui feront toujours en moi fermes & invariables ,
je n'aurois pas dû m'attendre à ce reproche , qui
an'a été très- ſenſible. J'y avois dit , qu'attaquer
ر MERCURE DEFRANCE.
fans ménagement les talens d'un Artiſte & la ré
putation qu'ils lui ont acquiſe , c'étoit lui enlever
non ſeulement la fatisfaction qui fait le bonheur
de la vie , je veux dire l'opinion de l'excellence de
fes ouvrages , mais encore lui ravir le fruit de fes
travaux, & tarir la ſource de ſa fortune en ruinant
fa réputation , ſon bien le plus flatteur & le plus
folide. Quelle apparence , qu'après m'être élevé
avec tant de force contre cette injuftice,& fans aucun
intérê : que celui de l'équité & du bien général
de nos grands Ouvriers , je me fuſſe rétracté
autfi lachenment & preſque au même inſtant ! Er
d'ailleurs, quel est le but de mes Ecrits ? N'eſt ce pas
uniquement le progrès des Arts& leur perfection?
Comment donc aurois-je pris une voye auffi oppoſée
à mon deſſein , que celle de bleffer l'amour
propre de ceux qui y peuvent le plus contribuer ,
avec les armes les plus offenſantes , pleinement
convaincu qu'une critique violente & groffierement
ſincére n'a jamais produit que la haine du
cenfeur , & ce qui est bien plus important , le découragement
de l'offenſé. Je ne parle point des
coups que ces Critiques ont dû porter aux Ouvrages
expoſés ,en prévenant contre eux ceux à
qui ils étoient deſtinés. Attentat à la fortune de
leurs Auteurs , que j'eſtime très- grave , & dont je
me croirois irréparablement coupable.
Il eſt douloureux pour rot de n'avoir pû perſuader
par le ton de mes Ecrits, que je ne ſuis critique
ni par goût, ni par humeur , je le ſuis encore
moins par intérêt , mon état n'ayant nul beſoin des
reffources infamantes d'une plume vénale ou chargée
de fiel , que la malignité de l'homme & ſes
goûts pervers ne rendent que trop lucratives &
trop faciles. On auroit tort cependant de conclure
de la facilité d'une critique amere , celle d'ure cri
SEPTEMBRE. 1749. 189
tique modérée & en même tems utile , ni qu'elle
fût même plus aiſée que la louange. Je conviens
qu'une cenfure , armée de traits piquans & empoi-
Connés , qui affligent & qui déſeſperent , une critique
impétueuſe,qui ne connoît de frein que la licence,
& de justice que ſa paſſion , coûte peu à l'ef
prit abondamment aidé de la corruption du coeur ;
mais une cenfure exacte , & en même tems modefte,
qui ne veut point briller par l'étalage de ſes connoiffances
, mais ſeulement faire appercevoir les
fautes néceflairement cachées aux yeux de toutAuteur
qui ne voit que par les fiens ; une cenſure
adroite , détournée ou voilée ſous une fiction qui
préſente les défauts obliquement & comme dans
un miroir de reflexion , qui toujours attentive à ne
point bleſſer l'amour propre , n'a pour armes
qu'un compas & une balance que ni la prévention
ni les antipathies de caprice & fans fondement,
ni aucun intérêt perſonnel , ne sçauroient faire incliner
par de faux poids , & qui cependant ait afſez
d'attrait & de force pour plaire & pour corriger
; non , non , cette façon de critiquer , la ſeule
digne d'un galant homme , n'eſt point allée , & je
la tiens beaucoup plus difficile & plus méritoire
que la louange , cet art ſi vanté , & cependant ſi
funeſte à tous les hommes par l'orgueil & par la
ſauſſeté qu'il met dans leurs idées & ſurtout dans
celles de leurs productions .
Je déclare donc non-feulement que je n'ai aud
cune part à ces brochures qui contiennent des critiques
indécentes & fi peu meſurées pour les expreſſions
, mais j'ajoute encore que je les défa
prouve hautement , en convenant cependant que
la plupart des ouvrages critiqués , je ne dis pas tous,
le ſont avec justice, & qu'il n y manque que la décence&
la maniere, Je conviens encore que l'op
190 MERCURE DE FRANCE.
y trouve des réflexions ſenſées & des projets dont
Péxécution ſeroit fort avantageuſe à l'embelliffe.
ment de Paris & au bon ordre , auſſi bien qu'au
progrès des Arts. Vous m'obligerez beaucoup ,
Monfieur, de mettre dans le Mercure cette déclaration
ou plutôt ce renouvellement public de
mes ſentimens. J'ai l'honneur d'être , & c.
D. L. F. de Saint Yenne.
VERS
A Mlle Labat , Comédienne & premiere
Danfeuſe de la Troupe de l'Infant Duc de
Parme, fur ce qu'elle quittoit quelquefois
la danse noble , pour danser déguisée en
Matelot.
M
Uſe de tous nos jeux , objet de nos home
mages ,
Sçachez que ledépit ſe mêle ànos fuffrages ,
Lorſque vous empruntez des traveſtiſſemens
Troppeu dignes de vous, malgré leurs agrémens ;
D'un naturel heureux l'aſcendant eſt extrême ;
Pour nous plaire toujours , ſoyez toujours vousmême.
Sous des myrthes fleuris , dans des Palais charmans
,
Dèsque vousdevenez Dryade ou Néréïde ,
Ou compagne de Flore, ou Bergere , ou Silphide,
2
2
¡ EPTEMBRE . 1749. 191
ſez dans les coeurs de doux enchantemens.
nure s'éleve , éclatte , augmente encore ;
tendez par tout mille applaudiſſemens ;
omphe flateur ? c'eſt un peuple d'Amans
Qui couronne ce qu'il adore.
1 , croyez- les donc, ces coeurs que vous
troublez ;
s déguiſemens que votre art vous préſente ,
Vous n'êtes jamais plus charmante ,
Que quand vous vous reſſemblez.
DUO A BOIRE.
FNtre l'Amour &levin
Je ne vois point de difference ;
Tous deux charment notre deſtin ;
Nul ne mérite préférence ,
Diſoit Lucas quelque matin.
Tu te trompes , répond Grégoire ;
in,mieux que l'Amour, ſcut toujours me char
mer,
Et la raiſon que je vais t'en donner ,
1
C'eſt qu'en aimant j'ai foif & voudrois boire,
Mais quand je bois , je me paſſe d'aimer,
W
192 MERCURE DE FRANCE
:
SPECTACLES.
E Concert Spirituel du Château des Thuille
Leone de Tourde
l'Aflomption , a commencé par une ſymphonie
gracieuſe , terminée par un Menuet applaudi. En
fuite on a chanté Domini eft terra , Motet à grand
choeur de la compoſition de M.le Febvre , Orga
niſte de la Paroiſſe de S. Louis dans l'Ifle , qui
obtenu l'approbation d'une très nombreuſe affem
blée. M. Taillard le cadet , a joué fur la flûte tra
verhere un Concerto de Vivaldi. Benedictus Do
minus , petit Motet tant de fois chanté , du mélo
dieux Mouret , a eu un ſuccès nouveau & des plu
brilians , érant exécuté par M. Beſche le cadet
haute-contre célébre de la Muſique de Notre-Da
me. Le Public, par des applaudiſſemens fans cefl
redoublés , a fait l'éloge de la beauté extraordi
naire de cette voi ,& le plaifir fingulier de Penten
dre avoit attiré une foule innombrable d'amateurs
Cette foule ſe trouvoit les Samedis au Motet
Notre-Dame depuis l'arrivée de M. Befche à Paris
Il a couronné leConcert en chantant le Gloria pa
tri de Cantate Domino , Motet à grand choeur de
M. de la Lande , qui à éte pedr
to de M. Gavinies .
L'Académie Royale
ar un Conce
continue aved
un ſuccès auffi brillante,les Repréſen
tations des Caractéresser
Le troifiéme Acte deceip. flera toujours
3
toient au Théatre pourun des plus agro
Lyrique.Dans les deu me les ainſi que dans
lePrologue, il y a grade morceaux de
Muſique,
SEPTEMBRE. 1749. 193
Muſique , frappés au meilleur coin ,& l'on admire
fur tout laChacone. L'Air que chante Mlle Chevalier
, eſt d'une beauté finguliere , & l'accompagnement
en eſt également lingénieux & fçavant.
Mlle Lani , ſuivant ſa coûtume , a charmé dans ce
Balletpar la fineſſe , la préciſion & la légeretéde
ſa danſe. On y a vû débuter avec plaifir Mlle Victoire
, aimable & jeune Danſeuſe , arrivée de l'Opera
de Bruxelles. ::
Après les Caractéres de l'Amour, l'Opera donnera
un Ballet nouveau en trois Actes , précedé,
d'un Prologue , & intitulé le Carnaval du Parnaſſe
Les paroles font de M. Fuzelier, un des Auteurs du
Mercure. La Muſique est de M. Mondonville ,
Maître de Muſique de la Chapelle de Sa Majesté ,
& connu par la beautéde ſes Motets.
Les Comédiens François repréſentérent le 24
Juillet pour la premiere fois la Tragédie des Ama-
Zones. Cette Piéce eſt de Mad, du Boccage , çélebre
par ſon Poëme du Paradis Terrestre, imité de
Milton. On en trouvera l'Extrait dans un'article
ſéparé. Ils ontdonné le Mercredi 13 , la premiere
repréſentation du Faux Sçavant , Comédie en trois
Actes ,de la compoſition de M. du Vaur , Gentilhomme
Languedocien, & Officier dans les Troupes
du Roi . Cet Anteur a déja donné au Théatre
quelques fruits de fes amuſemens. Le Faux Sçavant
eſt une Piéce très bien écrite, le ſtyle en eft
vif , léger , extrêmement gai , & ce ne ſont pas de
ees bluettes néologiques , tant frondées par l'Abbé
des Fontaines & par tous les partifans du bon
goût.
Le Lundi 21 Juillet , les Comédiens Italiens ont
remis au Théatre le Prologue qui a pour titre les
C médiens Esclaves , avec Arcagambis , Tragédie
burleſque , enun Acte, des Srs Romagnefi &Do-
I
194 MERCURE DEFRANCE.
minique , & avec la Comédie du Silphe. Il eſt inu.
tile d'ajouter à cette Piéce le nom deM. de Sainte
Foy; la fineſſe du ſtyle décéle affez l'Auteur.
•Le Dimanche 27 , les mêmes Comédiens ont
donné pour la premiere fois un brillant Feu d'artifice
, nommé les Jardins de Flore , Spectacle nouveau,
très-gracieux & très bien imaginé. Les couleurs
variées des fleurs , vûes à travers de mille
feux étincelans , produiſent un tableau frappant.
Le Mardis Août , la Dile Favar,jeune Actrice,
qui raſſemble tous les talens agréables , préconisés
dans le Prologue du Ballet des Fêtes Grecques
Romaines , a débuté dans les Débuts &dans l'Epreuve.
t M. de Heffe , qui ne peut jamais être loué avec
autant de génie & de varieté qu'il en met dans ſes
aimables compoſitions , a donné un Ballet nouveau
de Savoyards , qui aun ſuccès des plus éclattans,
& dont tous les perſonnages ſont animés&
comiques.L'Actrice nouvelle ybrille par ſa danſe,
&par le débit naifd'un Vaudeville dans le goût
des Porteuſes de Marmote,
:
S
EXTRAIT .
De la Tragédie intitulée, lesAmazones.
I l'on en croit quelques Hiſtoriens , une contrée
voiſinede la Scythie a étéhabitéepar un
peuple d'Héroïnes , connues ſous le nom d'Amazones,&
tout homme , que ſon malheur y conduiſoit,
fubiffoit la mort ou l'esclavage. Mad. du
Boccage ſuppoſe que Theſée , en allant à la pourfuitedes
mouſtres &desbrigands , arrive chez les
1
J
- SEPTEMBRE. 1749. 195
Scythes ,dans le tems que ces femmes guerrieres
ſediſpoſent à les attaquer. Avec les Grecs qui
P'accompagnent , il marche au ſecours des Scythes.
L'action s'engage ,& il eſt fait prifonnier , ainſi
qu'ldas ſon Confident.
Orithie , Reine des Amazones , ne peut à la vue
deThéſée, conſerver ſon inſenſibilité. Elle ſe propoſe
de le dérober au fort qui le menace , & elle
Juidonne afile dans ſon Palais .
Dans la premiere Scéne de la Tragédie , Menalippe
, une des principales Amazones , demande
en leur nom , que ce Prince ſoit, ſacrifié au Dieu
Mars. La Reine ne ſe laiſſe point ébranler par des
diſcours qui lui paroiffent bleſſer ſon autorité ,&
elle répond fierement ,
Les mortels , dont le front eſt ceint du diadême ,
Ne connoiffent de loi que leur pouvoir ſuprême.
Souventjugeant à tort de leurs motifs ſecrets ,
De la plus juſte cauſe on blâme les effets.
Nous devons mépriſer la cenſure publique ,
Etdans tous ſes détours ſuivre la politique .
Sa prudence , inconnue aux vulgaires humains,
Par un crime apparent prévient des maux certains.
Cependant , pour faire ceffer les clameurs du
peuple ,ellepromet de confulter les Dieux. La
troiſfiéme Scéne ſe paſſe entre Orithie & Antiope ,
jeune Amazone , à qui Theſée a ſauvé la vie.
La Reine y fait l'aveu de ſes ſentimens pour ce
Prince , & ellejuſtiſie ſa foibleſſe, en diſant ,
Qui venge l'Univers , peut bien dompter mon
coeur.
I ij
196 MERCURE DEFRANCE
Antiope.
Dans la noble fierté qu'inſpire un diadême ,
Vous ſçaurez en ſecret triompher de vous-même
Orithie.
Je le croyois ainſi , mais hélas ! la grandeur
Ne fert qu'à foutenir les caprices du coeur.
Confiante en ſa force , ignorant les contraintes
Ses déſirs véhémens triomphent de ſes craintes ,
Et les réflexions d'un grand coeur amoureux
Autoriſent ſon choix , & nourriſſent ſes feux.
Theſée ouvre le ſecond Acte avec Idas. Ils font
interrompus par Orithie , qui fait preſſentir au
Prince ſes diſpoſitions favorables pour lui . Elle
fortpeu contente des réponſes de Theſée , & Antiope
, reſtée ſeule avec ce Prince , lui déclare l'amour
de la Reine. Theſée profite de l'occaſion
pour annoncer à la jeune Amazone , qu'elle ſeule
a pû toucher ſon coeur , & qu'il eſt le Guerrier
qui l'a garantie du trépas.
Le troifiéme Acte commence par ce Monolo
gue d'Orithie.
Le
Devoir , honte , remords , cédez à ma tendreſſe.
De l'amour , Mars lui même a reſſenti l'yvreſſe ;
Seules dans l'Univers aurons-nous en horreur
Ce feu dont la Nature eſt l'ouvrage & l'auteur ?
Cette Princeſſe apprenant que Theſée n'a pour
elle que du reſpect , menace de s'en venger. Quoi !
s'écrie-t'elle ,
........
i
Un mortel, inftruit de mon amour ,
:
:
11
SEPTEMBRE . 1749 . 197
1
Mépriſant mes tranſports, verroit encor le jour ?
Non. Qui reſte inſenſible aux ſoins de ma tendreſſe;
Qui du coeur d'Orithie a cauſé la foibleſſe ,
S'il n'y répond ........ eſt digne de la mort.
Theſée , aux Dieux vengeurs j'abandonne ton fort.
:
Un Ambaſſadeur des Scythes vient propoſer la
paix, & demande Antiope en mariage pour Gelon ,
leur Souverain. La jeune Amazone , à qui Theſée
a inſpiré d'autres ſentimens que ceux de la fimple
recounoiffance , eſſaye de détourner la Reine d'accepter
les offres de l'Ambaſſadeur. Elle en reçoit
cette réponſe.
Pour le bonheur du peuple on établit des loix ,
Mais le beſoin préſent change ou restraint leurs
droits.
L'oeil du Législateur n'a pû voir la meſure
Des divers intérêts de la race future .
Souvent le mal prévû nous arrive le moins ,
Et d'autres accidens exigent d'autres ſoins .
Orithie la quitte , en lui ordonnant de ſe préparer
à donner la main à Gelon . Avant qu'Antiope
ſe ſoit remiſe de ſon premier trouble , Theſée la
joint, & elle ne peut lui taire ce qu'elle fent pour
lui. Cette Scéne , déja touchante par elle-même ,
acquiert un nouveau degré d'intérêt par ces modulations
de voix ſi tendres , avec lesquelles Mile
Gauffin eft certaine de charmer les oreilles des
plus indifferens. Pendant la converſation d'Antiope
avec Theſée , Idas vient avertir ce Prince ,
que lesGrecs de ſa ſuite ſe ſont avancés dans la
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
forêt de Themifcire , pour tâcher de l'enlever des
mains des Amazones.
Au quatrième Acte , Orithie , ſur la nouvelle
qu'ldas a pris la fuite , recommande d'obſerver
Theſée de plus près. On la preſſe de publier la
volonté desDieux , & elle déclare qu'ils condamnent
à lamort le Héros prifonnier. En même-tems
Antiope, perfiftant à refuſer d'épouſer Gelon , eft
arrêtée par ordre de la Reine. La cinquiéme Scéne
entre Orithie & Theſée est celle qui a eu le
plus d'applaudiſſemens , & elle en mérite beaucoup.
Nous en copierons ici les principaux traits.
Orithie.
'Autour de ce Palais mon peuple matiné ,
Qui îmême avant les Dieux vous avoit condamné ,
Armé par lavengeance , attendle ſacrifice.
Je ne puis plus régler ſa haine ou ſon caprice.
L'oracle eſt divulgué ; l'Esat en eſt inſtruit.
Il faut que je vous livre , ou mon regne eſt détruit.
Theſée.
:
'Armez mon bras , Madame , & par ma ſeule audace
J'éloignerai de vous le coup qui vous ménace.
Pour payer vos bienfaits , au péril demonfang,
Je ferai reſpecter les droits de votre rang.
: : :
Orithie.
:
Sij'avois par mes ſoins obtenu ta tendrelle,
SEPTEMBRE. 1749. 199
Sanscouriraux combats , pour conferver tes jours,
Ton coeur dans mon amour chercheroit du ſecours,
Cet inſtant favorable eſt le ſeul qui te reſte,
Parle. Un mot peut changer ton deſtin trop funeſte,
Pour attendrir ton ame , en cet inſtant peins-toi
Mes exploits , mes bienfaits , ma Aanme & mon
effroi.
Une Amazone en pleurs, quand la mort te menace,
Mérite bien le coeur d'un Héros de ta race,
Theſée.
Reine , votre beauté, vos vertus , vos exploits.
Orithie.
L
....... Laiſſe ma gloire , & conſerve tavie.
Je chériſſois nos loix ,je te les ſacrifie :
Fidele à la vertu , ſans toi montriſte coeur
Jamais des feux d'amour n'eût reſſenti l'ardeur ;
Et ſur le Thermodon tu portes plus d'allarmes ,
Queles monftres cruels, terraſſés par tes armés.
Leurs perfides regards du moins n'ont point
d'appas ,
L
Qui voilent lesdangers qu'on trouve fur leurspas.
•
S'il eſt des mortels faits pour tout charmer ,
I j
200 MMEERRCCUURE DE FRANCE.
Que n'ont ils donc des coeurs que l'on puifle en
flammer ?
Hélas!
:
: :
Theſée.
Orithie.
:
Det'attendrir mes pleurs auroient- ils le pouvoir ?
S'il étoit vrai , grands Dieux , j'oublierois mes al
larmes ,
3
Mes soupçons , mes remords, un trône plein de
charmes .
:
Par des détours cachés t'arrachant à la mort ,
Avectoi j'oſerai fortir de mon Empire. *
Les Dieux & les humains t'enlevent leur ſecours.
Prens l'unique moyen de conſerver tes jours.
Viens , je veux avec toi porter partout la guerre.
De monftres, de brigands , allons purger la terre.
Montrons à l'Univers , à quel point de grandeur
L'amour d'une Amazone éleva ſa valeur.
* Ce discours pourroit paroître indécent dans la bouche
d'unefemme ordinaire , mais il ne doit point bleffer
de la part d'une Amazone , qui étant une espece
defemme homme , ne se croit point aſſujettie à la retenue
quenous imposons aux perſonnes de fonSexe.
1
2
SEPTEMBRE. 1749 . 201
Pour une Amante , née au milieu des allarmes ,
Ne crains ni les dangers , ni la foif, ni les armes.
1
12
Quelle félicité de partager la gloire
De l'obretde ſes feux , chéri de la victoire !
D'avoir les mêmes ſoins ,les mêmes ennemis ,
Se voir tous deux vainqueurs , &le reſte ſoumis !
1
1 1
Tant de paſſion ne peut faire oublier à Theſée
la fidélité qu'il a promiſe à Antiope , & la Reine
le congédie , en lui diſant ,
• ... .... C'en eſt affez , Theſée
!
La lumiere renaît dans mon ame abuſée ;
Epargnez - moi l'horreur de gémir à vos yeux,
Et ne jouiſſez plus d'un triomphe odieux . *
Entre le quatriéme & le cinquiéme Acte , The
ſée est délivré par les Grecs , pendant qu'on le
conduit à l'Autel pour y être immolé. Menalippe,
dans la trofiéme Scéne du dernier Acte , fait la
relation du combat. qui s'eſt donné à cette occafion.
Cette Amazone afflûre que Theſée y a perdu
la vie ,&elle termine fon récit par ces vers .
L'Univers étonné , ſur nous fixant la vue ,
Verra nos traits vainqueurs d'une attaque imprévue;
Quelque admirable que foit toujours Mlle du
Mesnil , elle s'est montrée supérieure à elle-même
dans cette Scéne,
メー
202 MERCURE DE FRANCE.
Le plus grand des mortels aſſervi ſous nos fers ,
Et rendu par nos coups aux rives des Enfers.
1
2
Un grand bruit ſe fait entendre , & bien-tôt la
nouvelle apportée par Menalippe , eſt détruite, Onm
apprend que Theſée non-ſeulement eſt vivant
mais encore qu'il a renverſé tout ce qui s'eſt oppoſe
à fon paflage , & qu'il eſt rentré triomphant dans
Themiſcyre. Ce Héros paroît avec pluſieursAmazones
enchaînées &lesGrecs de ſa ſuite. Après
avoir annoncé qu'Idas a été pris pour lui , il invite
la Reine à reprendre ſon rang & tous ſes droits
& il ne demande pour prix de ſa victoire que la
maind'Antiope.
Orithie.
Theſée! as-tu penſé que la main qui me tue,
Pût me rendre des biens dont j'aimaſſe à jouir ?
...
t
Le comble des maux, en terminantmacourſe,
Eſtd'avoir un moment vu ton ſexe orgueilleux
Regner fur un climat ſi rebelle àſes voeux.
Puiffes tu quelque jour
Languir dans le mépris qu'un feu jaloux inſpire,
Voit tes Etats gémir ſous un pouvoir nouveau ,
Etdans ton déſeſpoir te plonger au tombeau.
En ſe perçant , elle ajoûte ,
:
Menalippe , regnez ſur ce triſte rivage.
Maîtreſſe de vos ſens,vous ſçaurez mieux que moi,
Gouverner unEtat dont j'ai trahi la loi. 1
SEPTEMBRE. 1749. 20.3
Enacceptant mon fceptre , épouſez mon offense;.
Que j'emporte avec moi l'eſpoirde la vengeance.
Je meurs , & le trépas me rend la liberté.
Pluſieurs Mufes fe font empreſſées de célebrer le
fuccès de cette Tragédie. Les vers François qui
ſuivent, ſont tirés d'une Epitre, adreſſée àMad. du
Boccage par M. Tanevot.
Callioped'abord a filé vos deſtins,
La tromperte d'Homere a paſſé dans vosmains.
Déja vous avez ſçû par d'héroïques veilles
Vous placer auprès de Milton ,
3
Et Melpomene en pleurs , aux bords du. Ther
modon,
Vous a miſe à côté de l'ainé des Corneilles.
Voici unDiſtique latin, compoſé en l'honneus
de cette moderne Héroïne du Pinde.
Lesbia , Amazonibus vitam vocemque dedifti.
11
Ut placeant, oculos , Lesbia,junge tuos.
Nous mêlerons nos voix à ce concert de louan
ges , pour féliciter Mad, du Boccage d'employer
ainfi fon loiſir.
2
7
i
1
1
204 MERCURE DEFRANCE.
XXXXXXXXXXXXXXXXXX XXXXX
FRANCE.
L
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E 18 Juillet , le Marquis de Saint Germain ,
Ambaffadeur Ordinaire du Roi de Sardaigne ,
eut à Compiegne ſa premiere audience particuliere
de Sa Majesté , à laquelle il préſenta ſes Lettres de
Créance. Il fut conduit à cette audience , ainſi
qu'à celles de la Reine , de Monſeigneur le Dauphin
, de Madame Infante & de Meſlames de
France, par le Chevalier de Sainctot, Introducteur
des Ambaſſadeurs.
On a appris parun courier extraordinaire d'Ef
pagne, que le 11 du même mois il étoit entié dans
lePortdu Ferol cinq vaiſſeaux de guerre , trois
navires Marchands & un Paquebot , qui étoient
arrivés de la Havanne , très-richement chargés ,
&qui faifoient partie de l'Eſcadre commandée par
Don André Reggio, Lieutenant Général des Armées
Navales de Sa Majesté Catholique .
Le 24 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente livres; les Billets de
la premiere Lotterie Royale à fix cens , & ceux
de lafeconde
,
à cinq cens foixante dix neuf.
Le 27,Monſeigneur leDauphin partit de Compiegne,&
arriva le même jour à Verſailles.
Madame la Dauphine partit de Forges le 26 ;
elle coucha le même jour à Gizors , & le lendemain
elle arriva à Verſailles.
M. Hurſon , Conſeiller au Parlement ,
a été
nommé à l'Intendance de la Martinique .
Le 31 , les Actions de la Compagnie des Indes
SEPTEMBRE. 1749. 205
étoient à dix-huit cens quarante-cinq livres; les
Billets de la premiere Lotterie Royale , à fix cens
cinq , & ceux de la ſeconde , à cinq cens ſoixante
dix-neuf.
Le Roi s'étant rendu le 7 Juillet à l'Egliſe du
Collége des Jéſuites de Compiegne , qui célébroient
la Fête de S Ignace , Sa Majefté y affifta
au Salut , après lequel elle affigna une ſomme
d'argent pour diftribuer des Prix aux Ecoliers de
ceCollége.
La Reine partit le même jour au matin , pour
retourner à Versailles . 1
Le 30 , le Comte d'Albermale , Gentilhomme
de la Chambre , & Ambaſſadeur Extraordinaire &
Plénipotentiaite du Roi d'Angleterre , eut ſa premiere
audience particuliere du Roi , dans laquelle
il préſenta à Sa Majesté ſes Lettres de Créance. 11
futconduit à cette audience , ainſi qu'à celles de
la Reine , de Madame Infante & de Mesdames de
France, par le Chevalier de Sainctor , Introducteur
des Ambafladeurs .
Les Août,le Commandeur Don François Pignatelli
,Ambaſſadeur ordinaire du Roi d'Elpagne, eut
auſſi ſa premiere audience particuliere du Roi , &
ily fut conduit , ainſi qu'à celles de la Reine , de
Madame Infante & de Mesdames de France , par
le même Introducteur .
L'Univerſité fit le 4 , dans la Salle des Ecoles
extérieures de Sorbonne , la diftribution des Prix,
fondés par le feu Abbé le Gendre , & le Parlement
y aſſiſta. Cette cérémonie fut précédée d'un
Difcours Latin, prononcé par M. Guérin , Profeffeur
de Rhétorique au Collége du Pleffis. Après
ce Difcours , M. de Maupeou , Premiet Préfident
du Parlement , donna le premier Prix . Les autres
furent diſtribués par M. Hamelin , Recteur.
206 MERCURE DE FRANCE.
On apprendde la Haye , que les EtatsGéné
rauxdesProvinces Unies ont nommé M. Leſtevenonde
Berkenrode , Echevin de la Ville d'Am
ſterdam , pour venir réſider auprès du Roi , en
qualité de leur Ambaſſadeur.
Le 7 Août, les Actions de la Compagniedes
Indes étoient à dix-huit cens trente-cinq livres ;
les Billets de la premiere Lotterie Royale , à fix
cens trois ,& ceux de la feconde, à cinq cens
quatre-vingt.
...Le Roi partir de Compiegne le 10 du moisdernier
, & le lendemain Sa Majesté ſe renditau Châ
teaude la Meute.
Sa Majesté a donné le Gouvernement du Châ
Beau Royal de la Baſtille , vacant par la mortde
M Jourdan de Lounay , à M. Bayle , Lieutenant
de Roi du Château de Vincennes,
: Le , la Maiſon & Société de Sorbonne tintune
affemblée extraordinaire , compoſée du Cardinal
deSoubize, de l'Archevêque d'Embrun , de l'Evê
que du Puy & d'un grand nombre de Docteurs.
Le Cardinal de Tencin y fut élu unanimement
Proviſeur , à la place da feu Cardinal de Rohan.
Le 14 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix-huit cens quarante livres , les Billets
de la premiere Lotterie Royale , à fix cens dixhuit
,& ceux de la ſeconde , à cinq cens quatrevingt-
onze.
Le 14, veilledela Fête del'Afſomption , laReine
communia par les mains de l'Archevêque de
Rouen , fon Grand Aumônier.
Le 1s ,jour de la Fête , le Roi & la Reine accompagnés
de Monſeigneur le Dauphin, deMadame
la Dauphine , de Madame Infante & des
Meſdames de France , entendirent la grandeMeffe
célébrée pontificalement par l'Evêque de Bayeux
SEPTEMBRE. 1749.. 207
&chantée par la Muſique. L'après midi , leure
Majeſtés aſſiſterent aux Vêpres , & enfuite à la
Proceffion.
Lemême jour , le Commandeur Don François
Pignatelli , Ambaſſadeur Ordinaire du Roi d'Efpagne,
eut ſa premiere audience de Monſeigneur
Ie Dauphin. li y fut conduit, ainſi qu'à celle de
Madame la Dauphine , par le Chevalier de Sainctot
, Introducteur des Ambaſſadeurs.
Le 16 , pendant la Meſſe du Roi , le Cardinal de
Soubize , Evêque de Strasbourg , & Grand Aumô
nier de France , prêta ſerment de fidélité entre les
mains de Sa Majeſté.
Le Roi a reglé que la Place deſtinée pour la
StatueEquestre , que Sa Majesté a permis à la Vil
lede Panis de lui ériger , ſeroit au Carrefour de
Buffy.
2
)
1
Le 1s du mois dernier , Fête de l'Afſomption de
la fainte Vierge, la Proceſſion ſolemnelle qui ſe
fait tous les ans à pareil jour , en exécution de
Væn de Louis XIII , ſe fit avec les cérémonies ordinaires
, & l'Archevêque de Paris y officia pontificalement.
Le Parlement, la Chambre des Comp
tes, la Cour desAides & le Corps de Ville , y
affifterent. :
Dans l'Aſſemblée tenue le 16 par le Corps de
Ville, M. de Bernage a été continué Prévôt des
Marchands , & Mrs Ruelle & Allen ont été élus
Echevins.
Le 21, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix- huit cens quarante-deux livres & demi
; les Billets de la premiere Lotterie Royale , à
fix cens vingt,&ceux de la feconde ,à cinq cens
quatre-vingt-dix &demi. 1
208 MERCUREDE FRANCE.
PLANCHES ANATOMIQUES.
om pre-
Navertit les Souſcripteurs des Planches Ana-
Goutier ,que l'on fera la
miere diſtribution de la quatrième Soufcription
dans le courantde Novembre procham.Cette Soufcription
a été ainoncée dans le Mercure de Juillet
dernier. Elle contiendra dix-huit Planches qui repréſenteront
les parties de la génération des deux .
fexes , le foetus dans la matrice l'Angeologic
en entier , & la Neurologie. Douze de ces Planches
formeront quatre figures ſur pied , de grandeur
humaine, tant de l'homme que de la femme,
cequi ſera extrêmement utile à l'étude de l'Anato--
mie. On recevra les ſouſcriptions juſqu'à la fin
d'Octobre chez M. Gautier , rue de la Harpe.
,
Morceau fingulier d'Architecture.
LE fieur Siluy , ayant fait la découverte des
principes généraux d'Architecture des Anciens
, vientde compoſer ſur ces mêmes principes
un Frontiſpice de deux ordonnances Doriques ,
P'une fur l'autre , ce que les modernes ont juſqu'à
préſent eſtimé impoffible. Les perſonnes curieuſes
en cet Art,& qui aiment la pureté des proportions,
lanoble fimplicité & beauté des ſymmétries Architectoniques
des anciens Grecs , qui en ſont créateurs
, peuvent voir cet ouvrage chez l'Auteur ,
rue neuve des petits Champs , près l'Hôtel de S.
Pouange , au magaſin de la Poudre Alchimique.
:
1
SEPTEMBRE. 1749. 209
:
:
MARIAGE ET MORTS.
A nuit du 8 au 9 du mois deMai dernier , M.
Leveque de Pamier Pamier lacere
monie du mariage de Charles-Antoine- François-
Marie , Marquis de Wignacourt , avec Damoiſelle
Conſtance- Françoiſe Duſſon de Bonac , fille de feu
Jean-Louis Duflon, Marquis de Bonac, Lieutenant
de Roi au Pays de Foix , Ambaſſadeur Extraordi
naire à la Porte Ottomane , Chevalier de l'Ordre
de Saint André de Ruſſie , & de Magdeleine- Fran
çoiſe de Gontaut , fille du Maréchal Duc de Biron .
La Maiſon Dution , noble & ancienne , tire fon
nom de la Baronie & Château Duſſon , ſitués dans
le Pays de Donezan , dont les Seigneurs Duffon
ont diſputé la poſſeſſion pendant un fiécle aux
Comtes de Foix.
LeMarquis de Wignacourt eſt fils de Roberti
'Antoine , dit Comte de Wignacourt , Seigneur de
Warnaucourt, de Brunohamel , &c . & de Daine
Marie- Louiſe Goujon de Condé , & petit- fils
d'Antoine , Marquis de Wignacourt , Gouverneur
de la Ville de Doncheri ,& de Dame Marie-Helene-
Magdeleinede Villelongue.
La Maiſon de Wignacourt , qui a donné dans
le dernier fiécle deux Grands Maîtres à l'Ordre de
Malte, ſçavoir Aloff & Adrien de Wignacourt,
le premier mortle 14 Septembre 1622 , & le
dernier le quatre Fevrier 1667 , eft originaire
d'Artois ,& tient rang parmi les plus nobles&
anciennes familles de ce pays , dent plufieurs
branches ſe ſont répandues en Picardie & en
Champagne. Le Marquisde Wignacourt , dons
210 MERCURE DEFRANCE:
nous annonçons le mariage , eſt de la branchede
Warnaucourt , aînée de celles qui ſont établies en
Champagne.
Le to Juillet, Marie-Geneviève Leſchaſſier des
Champs de Morel, épouſe de Jean Baptifte-Pierre
Lambert , Confeiller du Roi , Correcteur ordinaire
en ſa Chambre des Comptes , mourut à Paris
, & fut inhumée à Saint Côme .
Le 12 , Marie-Nicole Sevin , époule de N. Nigon
, Receveur Général des Domaines & Bois de
Ja Généralité de Caën , nrourut ,& fut inhumée à
SaintGervais.
Le 13 , Charles , de Beauharnois , Commandeur
de l'Ordre Royal & Militaire de
Saint Louis , Lieutenant Général des armées Navales
de Sa Majesté , ci-devant Gouverneur &
Lieutenant Général pour le Roi de toute la Nouvelle
France , Pays de la Louifiane & Iles adjacentes,
mourut âgé de ſoixante dix -neuf ans , &
fut inhumé à Saint Sauveur.
Barthelemi-Joachim de Melun , Seigneur de
Brumets&de Somme-py , appellé le Vicomtede
Melun , titre primitif de ſa Maiſon , qu'il avoit
repris depuis l'extinction des branches aînées,
eſt décedédans ſon Château de Brumets , le 17
Juillet , âgé de foixante-cinq ans , neuf mois ,
deux jours , étant né le 15 Octobre 1683 , & a
étéenterrédans le chooeur de l'Eglife Paroiffiale de
Brumets, ſous le tombeaude Henri-Joachim Comse
de Melun ,&de Françoiſe de Lyons d'Expaux ,
ſes pere &mere. Il deſcendoit d'Adam III. Vicomte
de Melun ,né en 1211 , &de la Comtefle
de Sancerre , Maiſon de Champagne , par leur
ſecond filsJean de Melun , Auteurdes branchesde
la Borde-le-Vicomte , frere cadet d'Adam IV.
Chef des Comtes de Tancarville & des Princes
-SÉPTEMBRE. 1749. 211
d'Epinoy , & Paîné de Simon de Melun , Maré
chai de France en 1293 , tué à la bataillede Courtrai
, le 11 Juillet 1302 , & il avoit pour premier
ayeul connu , Salon , Vicomte de Melun , un des,
Grandsdu Royaume en 991 ,& d'origine Royale ..
ſuivant la déclaration du Roi Louis le Grand
dans les Lettres d'Erection du Duché- Pairie de
Joyeuſe , données à Louis de Melun , Prince d'Epinoy
, le mois d'Octobre 1714 , & enregiſtrées
au Parlement le 18 Décembre de la même année
; origine ſi éclatante que l'Empereur Rodolplie
II . juge les alliances avec la Maiſon deMelun
un relief, dans le Diplôme de Prince d'Empire en,
faveur de Lamoral , Comte de Ligne , de l'année
1601.
Barthelemi-Joachim de Melun avoit épousé le
28 Janvier 1728 Louife-Renée de Belinzani , famille
noble du Mantouan. Il laifſe de ſa veuve
Adam-Joachim-Marie , Vicomte de Melun , né le
30 Octobre 1730 , Aloff- Claude - Marie , Comte
de Melun , né le 2 Février 1736 , & Adelaïde-
Louife de Melun , née le 10 Avril 1733.
Le 19 , mourut Jerôme Gabriel Cousinet , Com
feiller du Roi , Maître ordinaire en ſa Chambre
des Comptes de Paris.
Le 26 , Guillaume Favieres , Seigneur du Pleſſis.
le-Vicomte &deCharmoi , Conſeiller du Roien
fes Conſeils , & Maître ordinaire en ſa Chambre
des Comptes , mourut & fut inhumé à Saint
Paul.
Le 28 , N. Felix , Controleur Général de la
Maiſon de Sa Majesté , mourut ,& fut inhumé à
Saint Germain l'Auxerrois.
Charles-Antoine de Chabannes I. du nom , eft
mort dans les derniers jours du même mois à Saint
Michel en Lorraine ,âgé de cinquante- cinq ans,
212 MERCURE DEFRANCE:
Il avoit paſſé la plus grande partie de ſa vie au
ſervice du Roi , & ne s'étoit point marié. Il étoit
lè quatriéme fils de Gilbert de Chabannes , Marquis
de Pionfac , Colonel du Régiment de Navarre
, Gouverneur des Ifles d'Oleron , Maréchal
des Camps & armées du Roi , & d'Anne Françoiſe
de Lutzelbourg fille d'Antoine de Lutzelbourg ,
Seigneur d'Imling , & de Marie-Magdeleine de
Schellemberg , qui avoient été mariés le 30 Juin
1681. Ses trois aînés ſont 1º. Gaſpard-Gilbert ,
qui a épousé en Avril 1708 Philiberte d'Apchon ,
fille du Marquis d'Apchon , de laquelle ſont nés
Gilbert, Jean & Joſeph . 2°. François - Antome ,
mort en 1734 , 3°. Thomas , mort le 7 Juin
1735. Il avoit eu auſſi deux foeurs , 1. Marguerite
, Religieufe , morte à la Magdeleine de Tref
nel de Paris , 2º. Anne , ntariée en 1708 , à Anne
de la Queille , Seigneur de Pramenoux , fils du
Vicomte de Châteaugai.
La Maiſon de Chabannes eſt des plus illuftres
par fon ancienneté , les alliances & ſes ſervices.
Gilbert , pere de Charles Antoine , qui donne
lieu à cet article , étoit artiere- petit- fils de Gabriel
de Chabances , dernier fils de joachim de
Chabannes, Gabriel , qui a fait la branche des
Seigneurs de Pronfac , eut pour femme Gabrielle
d'Apchon. Joachim avoit en quatre femmes , 1º.
Petronille de Levis , fille de Gilbert de Levis I. du
nom , Comte de Ventadour. 2º Louiſe de Pompadour,
fille d'Antoine , Seigneur de Pompadour.
3°. Catherine-Claude de la Rochefoucault, fille
de François I. Gomte de la Rochefoucault.4º.
Chariote de Vienne , veuve de Jacques de Montboifier
,Marquis de Canillac ,file de Gerardde,
Vienne, Seigneur de Pirmont & de Ruffey ; dece
dernier mariage fortit Gabriel,
SEPTEMBRE. 1749. 215
J
sachim étoit petit fils de Gilbert , qui afait la
che des Seigneurs de Curton. Ce Gilbert étoit
sde Jacques , petit fils de Hugues de Chaban-
Seigneur de Chatlus-le-Pailloux.
12 Août , Louiſe-Joſephe de Graves , veuvede
te Armand , Comte de Jaucourt , mourut âgée
2 ans ,& fur inhumée à S. Sulpice.
: même jour , Emery- Louis-André Tauxier ,
neur de Valzibert & autres lieux , Conſeiller
de Roi , Auditeur en ſa Chambre des Comptes ,
en Commiflaire des guerres , mourut ,& fur
alumé à Saint Louis- en- l'Ile .
e 6 René Jourdan , Seigneur de Launai, de la
ronniere , & autres lieux , Capitaine & Gou.
meur du Château Royal de la Baſtille ,& Cheer
de l'Ordre Royal & militaire de Saint Louis,
rurut âgé de ſoixante feize ans , d'une attaque
oplexie.
Lez, Marie-Catherine le Bouts , veuve d'Elie
Louis de Courance, Seigneur de la Fredonnerie ,
ancienCapitaine de Cavalerie , mourut, & fut ins
humée à Saint Nicolas- des Champs...
Louis Auguſte Thibouft de Berry , Chevalier Seigneur
& Comte de la Chapelle Thibouſt de Ber
ry , anciennement la Chapelle-Gautier en Brie,
Seigneur du Ru-Guerin , des grand & petit Tref
nels , des Hangets , de Gatins & autres lieux
Confeiller d'honneur au Baillage & Siege Préfidial
de la Ville de Melun , mourut le 13 en fon Châ
teau de la Chapelle , dans la cinquante-neuviéme
année de fon âge .
Illaiffe quatre enfans de ſon mariage avecMarguerite
Charlotte le Petit de la Grand cour , fçavoir
,Louis- Charles Nicolas Thibouſt de Berry ,
Cointe de la Chapelle , fi's majeur ; François Thi
bouſt de Berry , depuis peu forti des Pages de
214 MERCUREDEFRANCE.
Madame la Dauphine ,& à préſent Lieutenant
dans le Régiment Infanterie de Mailly ; Louiſe-
Marguerite Thibouſt de Berry , & Charlotte-
Louiſe-AgatheThibouſt de Berry, ces trois detniers
enfans mineurs,
Il étoit als de Louis Thibouſt de Berry , Seigneur
& Comte de la Chapelle,&petit fils de
Gabriel Thibouſt de Berry , Seigneur & Comte de
Ja Chapelle , Gouverneur &Capitaine des Chaſſes
de Fontainebleau .
2. Cette Maiſon de Thibouſt est très-ancienne ,&
deſcendd'un Thibouſt , Prevot des Marchands de
laVilledeParis ſous Philippe leBel.
N
Ous ne devons point paſſer ſons filence la
mort de Martin Paîné , Verniſſeur du Roi.
CetArtiſte , imitateur des ouvrages de la Chine &
du Japon , a furpaſſe ſes modéles par un goût des
plus recherchés , qui regnoit dans tous ſes deſſeins,
Ayant apprisque le Sieur Julien Martin , ſon frere,
qui a toujours travaillé avec ledéfunt, s'eſt aſſociéavecla
veuve , nous annonçons au Public avec
plaifir , qu'il ne ſera pas privé des ouvrages du
Japon&de laChine , aici que des beaux vernis
&belles dorures qui ſe fabriqueront toujoursdans
la même maiſondufeu Sieur Martin, fauxbourg
Saint Denis , àgauche..
APPROBATION.
Ai lâu par ordre de Monſeigneur le Chance
lier leMercure de France du mois de Septem
bre 1749. A Paris , le 28 Août 1749.
MAIGNAN DE SAVIGNY,
TABLE .
IECES FUGITIVES en Vers & en Proſe.
Le Prince de Noiſy , Ballet Héroïque ,
tre d'un ſçavant Genevois à M. Remond de
SainteAlbine, fur les EvêquesdeGenéve ,
Vers à Mile de Cr *****
funſées traduites de l'Anglois ,
Le Printems àMile C ***
7es deux Bouquetieres , Fable ,
3
34
53
57
60
63
Extrait d'une Lettre ſur les Télescopes à reflexion
, 64
Poëme fur le progrès des Sciences & des Beaux-
Arts, ſous le Regne de Louis le Bien aimé , 70
Lettre de M. de S. R. à M. Remond de Sainte Albine
, 78
Problême réſolu par l'illuſtre Philarete , 79
* ers envoyés à une Dame qui avoit fait préſent
d'un Cabaret de porcelaine à l'Auteur , 82
utres de M. de Voltaire à Mad. de B. R.
ibid,
⚫utres du même à Mad. la Comteſſe de la Neuvil
le, en lui envoyant l'Epitre ſur la Calomnie , 83
Madrigal , ibid.
⚫ers envoyés de Paris à un ami qui avoit engagé
l'Auteur à revenir en Province ,
atre àMad. de F ..., niéce de M. de Voltaire
jouant le rôle de Celiante dans le Philoſophe
marié,
84
ibid.
Tiſcours fait pour être prononcé àl'ouverture d'u.
ne Ecole Royale de Mathématiques à Nancy, 85
patriéme Lettre de M. Cantwel , Docteur Régent
de la Facultéde Paris, Profeſleurde Chirurgie
aux Ecoles de Médecine , Membre de la Société
Royale de Londres , 100
lation du Service ſolemnel qui a été fait dans
Pegliſe des Peres Barnabites du Collège de
Montargis , pour le repos de l'ame de S. A. Ra
Madame la Ducheſſe d'Orleans , 117
Lettre à M. Remond de Sainte Albine fur une
Monnoye unguliere , 141
Obfervation fur Martial d'Auvergne , ancien Poëte
, 145
Mots des Logogryphes du Mercure d'Août , 148
Enigme & Logogryphes , 149
Nouvelles Litteraires , des Beaux- Arts , &c . 153
Plans & Cartes , 173
Lettre à M. Remond de Sainte Albine ſur le voyage
Pictoreſque de Paris , ibid.
Lettre de M. Trochereau au même , 175
Lettre de M. Collin de Blamont, Sur Intendant de
* la Muſique du Roi , au même , 178
Autre écrite par M. Brifleaud , de la Villed'Orbe ,
àM. Bourgeois, Docteur en Médecine , au ſujet
de la Méthode de M. Daran , Chirurgien du
Roi, pour traiter les maladies del'uréthre , 179
Avis aux amateurs de l'Hiſtoire Naturelle , 183
Are avis fur unAnemometre ſonnant , 18.4
ille & fentiende M Balechou à
&C. 185
NAPO Pro Colbert ,
186
a fue Laba , Cornea ennemmereDan-
1
ne Parme;
**fur ce qu'elle quittoit quelquefois laDanſenoble
feuſe de la Troupe de
pour danſer déguiſée en Matelot , 190
Duo à boire , 191
Spectacles, 192
Extrait de la Tragédie intitulée'les Amazones, 194
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 204
Planches Anatomiques du Sr Gautier , 208 P
Morceau fingulier d'Architecture , ibid.
Mariage&Morts , 209
LaChanfon notée doit regarder la page 191
DE FRANCE ,
1
DÉDIÉ AU ROI.
AOUST . 1749 .
IGITUT SPARGAT
T
Chez
A PARIS ,
CANDRE' CAILLEAU , rue Saint
Jacques , à S André.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ,
àladeſce te du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais .
JACQUES BARROIS , Qual
des Auguſtins , à la ville de Nevers.
M. DCC. XLIX.
AvecApprobation& Privilegedu Roi.
AVIS.
L
'ADRESSE générale duMercure el
àM. DE CLEVES D'ARNICOURT ,
vë des Mauvais Garçons ,fauxbourg Saint
rmain , à l'Hôtel de Mâcon. Nous prions
- instamment ceux qui nous adrefferont
Paquets par la Poste , d'en affranchir le
,pour nous épargner ledéplaisir de les
uter,&à eux, celui de nepas voirparoître
curs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui souhaiteront avoir le Mercure
846,6 de France de la premiere main, &plus promp
tement,n'auront qu'à écrire àl'adreſſe ci-deſſus 1558
indiquée ; onse conformera cactement à
1749 leurs intentions.
Ainsi il faudra mettr
de Cleves d'Arnicourt , ** errure
de France , rue des Mauva
remettre à M. Remond de Sai
FX XXX. SOLS,
ep
T,
1798
ONS
MERCURE
DE FRANCE ,
1
DÉDIÉ av ROI.
ont
Le
1
les
tre
ays
AOUST. 1749.
P PIECES FUGITIVES,
Jus
are
en Vers & en Profe.
LETTRE *
Ecritede ..... fur la Comédie du Méchant.
M
Adame , vous me demandez un
examen de la Comédie que vous
avez eu la bonté de m'envoyer ,
& mon premier ſoin eſt de joindre
à mes remerciemens la preuve de ma
* Cette Lestre a déja eté imprimée au commencement
de l'année derniere. Pluſieurs des reflexions
qu'on y lit ausujet de la Comédie du Méchant ,feretrouvant
dans le nouvel ouvrage périodique , intitulé,
A ij
4 MERCURE DEFRANCE.
déférence pour vos ordres. Amie des talens
, mais zélée pour la perfection des
Arts , vous voulez qu'on rende juſtice à
toutes les beautés d'un ouvrage , mais vous
ne croyez pas qu'on doive s'aveugler fur
ſes défauts. Je me conformerai à votre
goût , & je ne m'interdirai ni les éloges ,
ni les critiques que mérite la Piéce ſur laquelle
vous déſirez de ſçavoir mon fentiment.
Quelques- uns de vos beaux eſprits , à ce
que vous m'apprenez , Madame , prétendent
qu'il n'eſt pas permis de prendre pour
le ſujet d'une Comédie un caractére haïfſable.
Je penſe differemment. Le vice ,
ainſi que le ridicule , eſt admis au Théatre,
pourvû qu'en nous inſpirant de la haine
pour ce qui eſt blamable , on ait le fecret
de nous faire rire , & j'en ai pour garant
le ſuccès avec lequel Moliere a mis ſur la
ſcéne l'impieté & l'hypocrifie.
Cléon étant encore moins odieux que
Don Juan & que le Tartuffe , je ne ferai
donc point le procès à M. Greffer , de nous
avoir peint un fourbe digne de notre aver
ſion. Je lui reprocherai ſeulement d'avoir
LETTRES SUR QUELQUES ECRITS DI
CBTEMS , nous croyons faire pla fir aux Lecteurs
en les mestarten état de comparer les obfervations
desdeux Critiques,
AOUST. 1749. 5
A
embrallé dans ſon Poëme un ſujet trop
vaſte. Si un Auteur intituloit une Comédie
LE VICIEUX , nous lui dirions avec
raiſon : Le caractère que vous nous annoncez,
est trop composé. Pour remplir votre titre, vous
êtes obligé de nous montrer dans un mêmehomme
tous les vices , ou du moins les plus remar.
quables . Ce monstrueux aſſemblage partagera
notre attention entre pluſieurs objets , &nous
voulons qu'un seul nous occupe au Théatre. Le
nom de Méchant étant générique , & ne
comprenant pasmoins d'eſpeces d'hommes
differens que le nom de Vicieux , on peut
faire àM. Greffet une pareille objection .
Autant défaprouvé-je le trop d'extenfion
donné par cet Auteur au caractére de fon
perſonnage dominant , autant j'applaudis
au choixde ſes Acteurs ſubalternes. Ils font
tous ingénieuſement adoptés, ou pour
contraſter avec le Méchant , ou pour lui
donner occafion d'exercer ſon malheureux
penchant à nuire. Je ne m'arrêterai point
au rôle d'Ariſte , pour prouver le difcernement
de l'Auteurdans ce choix. Le Poëte
le plus médiocre auroit fenti la néceflité
d'oppoſer à Cléon un homme véritablement
vertueux. Ce dont je tiens compte à
M. Greffet , c'eſt d'avoir ſuppoſé dans la
mere & dans l'amant de Chloë la diſpoſition
qu'ont la plupart des femmes & des
A inj
6 MERCURE DE FRANCE.
jeunes gens de notre nation àſe laiſſer ſeduire
par l'extérieur , & à méconnoîtrele
ridicule & même le vice , dès qu'ils ſe
déguiſent ſous des dehors brillans .
M. Greffet n'a pas été auſſi heureux dans
l'invention de la fable de ſa Comédie, que
dans le choix de ces deux perſonnages. Je
ne me plains point comme vous , Madame,
de ce qu'il ny a pas dans ſon Poёте се
qu'on appelle communément intérêt. Selon
moi , une Piéce comique eſt faite pour
amufer l'eſprit , & non pour remuer le
coeur. Quand du ſujet il naît naturellement
une ſituation attendriſſante , je n'ai garde
d'exiger qu'on la rejette ; mais quoiqu'à
préfent les perſonnes de votre ſexe defirent
de trouver de pareilles ſituations dans la
Comédie , je crois non-ſeulement qu'elles
n'y ſont pas néceſſaires, mais encore qu'elles
font étrangeres au genre , & que Moliere
& Regnard ſe feroient mocqués de quelqu'un
, qui leur auroit demandé fi cette
eſpece d'intérêt ſe rencontroit dans une
Piéce nouvelle de leur compoſition.
Le ſeul intérêt qu'ils penſoient à faire
entrer dans leurs ouvrages dramatiques, eſt
celui que les connoiffeurs nomment intérêt
de curioſité. Il conſiſte à exciter dans
le Spectateur un déſir inquiet de ſçavoir
ce qui doit ſuivre chaque incident. M.
AOUST. 1749. 7
Greffet avoit deux moyens de produire
cet intérêt. L'un étoit de faire en forte
que le Méchant fût exposé continuellement
au péril prochain de ſe voir démafqué
, &que fon habileté lui fournît , jufqu'au
dénouement , des reſſources pour ſe
tirer de ce péril. L'autre étoit dejetter ſans
ceffe dans l'embarras , par les intrigues du
Méchant , les Acteurs auſquels nous nous
ſerions intéreſſés , & de ménager , à chaque
inſtant où Cléon avoit ſujet de croire
qu'il étoit prêt de triompher d'eux , un
hazard favorable qui s'opposât à ſon fuccès.
Par- là, M. Greſſet auroit mis de l'action
dans ſa Piéce , & j'accorde à ſes Cenſeurs,
qu'il a trop négligé cet article. Sa Comédie
n'a de vraies ſcénes théâtrales , que
celle dans laquelle Valére (a) s'efforce de
dégoûter Geronte de lui ; celle dans laquelle
Cléon , ignorant qu'il eſt entendu
de Floriſe , en fait à Lifetre (6) un portrait
ſi défavantageux ; celle ( c ) de la rupture
de Florife avec le Méchant ,& fi l'on veur,
celle imaginée (d) pour procurer à Liſerre
de l'écriture. de Frontin. Nous verrons
(a) Act. III . Scen- 7.
( 6 ) Act. IV. Scen. 9.
( c) Act. V. Scen. 7 .
(d ) Act, V. Scen. 1 .
A iiij
* MERCURE DEFRANCE.
dans la ſuite , que la premiere eſt défec
tueuſe. La ſeconde a été employée pluſieurs
fois. Pour la quatrième , elle eſt
neuve & jolie , mais elle ne mérite pas le
nom de ſituation . Ce nom n'eſt légitimement
dû qu'à la premiere & à la troiſieme.
Je me doute que cette derniere a été fort
applaudie , & l'intrépide malignité , avec
laquelle Cléon , après être tombé aux genoux
de Floriſe , ſe releve & la badine ,
me paroît un de ces coups de Théâtre ,
propres à faire une vive impreſſion ſur
tous les Spectateurs .
Vous me mandez , Madame , qu'on a
regardé comme un art dans M. Greffet ,
de n'avoir fait le Méchant ni intéreſſé ni
amoureux , & de ne lui avoir prêté , pour
mettre obſtacle au mariage de Valére &
de Chloë , d'autre motif que celui de porter
le trouble dans deux maiſons . Je n'adopte
pas le principe ſur lequel cette opinion
est fondée. Il eſt vrai que par là
Cléon en eſt plus méchant , mais par-là
l'Auteur le rend aufſi plus odieux , & cela
fans en retirer aucun avantage. En effer
que M. Greffet gagne t'il à prendre ce parti
? Premierement , l'objet de la Comédie
eſt l'imitation des défauts communs ; & en
nous peignant un homme qui fait le mal
précisément pour le mal ,l'Auteur nous
AOUST. 1749.
و
offreun être ſi ſingulier ,qu'à peine il exiſte
àla fois cinq ou fix de ſes ſemblables chez
tonte une Nation . Secondement , nous
exigeons dans les Poëmes dramatiques une
vraiſemblance beaucoup plus rigoureuſe
que dans d'autres ouvrages. Ce qui peut
nous paroître vrai dans un Roman , ce qui
l'eſt même dans l'Hiſtoire , quelquefois ne
nous le paroît pas au Théâtre , parce que
nous n'y trouvons vraiſemblable que ce
que nous voyons arriver le plus ordinairement.
Nous ſommes accoûtumés à ne voir
les hommes les plus pervers ſe déterminer
an crime , que parce qu'ils ont , ou s'imaginent
avoir quelque intérêt à le commertre.
Dans les régles de la vérité théâtrale
Cléon devoit reſſembler aux méchans que
nous connoillons.
Il y auroit diverſes autres remarques
à faire fur la fable de la Comédie du Méchant.
Pour ne pas vous ennuyer , Madame
, par de trop longs détails , je palle à
l'examende la conduite de ce Poëme.
On ne peut fans injustice refuſer des
louanges à M. Greffet , fur l'adreſſe avec
laquelle il nous épargne les récits longs &
fatiguans , dont quelquefois les expolitions
ſont furchargées. Tout ce que nous
avons beſoin de ſçavoir pour l'intelligence
de l'action de ſa Comédie , il le dit ſans
Ay
10 MERCURE DE FRANCE:
laiſſer entrevoir le deſſein de nous inſtruire.
C'eſt dommage qu'il n'établiſſe pas
avec aſſez de préciſion le caractére de ſon
principal perſonnage. Suivant la peinture
que nous fait Lifette , Cléon eft ,
(a ) Un homme faux , deshonoré , perdu ,
Qui nuit à tout le monde , & croit tout legitime!
De pareilles qualifications ne conviennent
qu'au plus horrible ſcélerat. Cependant
, preſque dans toute la Piéce , Cléon
n'eſt qu'un tracaffier & un médifant. J'avoue
que le conſeil qu'il donne à Floriſe
( b ) , de faire interdire Geronte , manifeſte
de la noirceur , & je ſens que l'Auteur
a eſſayé par-là de juſtifier ſon titre.
Il auroit dû s'appercevoir , qu'en voulant
pallier une faute , il en commettoit une
plus confidérable , que je vous ferai bientôt
obſerver.
Je ſuis beaucoup moins content du
noeud de la Piéce que de l'expoſition. Il
me ſemble qu'un ſimple caprice de Floriſe
eſt un trop leger obſtacle au mariage de
Valére , & qu'il n'eſt pas naturel que Geronte
, qui a un intérêt preſſant de voir
conclure cette affaire , ne prenne pas avec
ſa ſoeur , dans une occaſion ſi eſſentielle ,
(a) Act. I. Scen. 1.
(6) Act . II . Scen. 3.
AOUST. 1749. 11
an ton plus abſolu. La Piéce auroit été
mieux nouée ,ſi M. Greffet , au lieu de
ſuppoſer Chloë niéce deGeronte , le lui
eût donné pour pere ; ſi les richeſſes qu'elle
peut eſpérer , ne devoient lui venir que
du côté de Floriſe , & fi l'Auteur , à la
place de l'amour qu'il prête à la ſoeur de
Geronte pour Cléon , n'eût donné à cette
folle qu'un goût vifd'eſtime , qui lui eût
fait ſouhaiter que leMéchant épousat ſa
niéce. Alors les raiſons de Florife , pour
s'oppoſer àl'union de Valére & de Chloë,
feroient plus fortes que celles qu'elle al
légue ,& les complaiſances de Geronte
pour ſa foeur auroient un fondement plus
légitime.
Ce qui peut être défectueux dans le
noeudde la Comédie de M. Greffer , n'eſt
pas de nature à être remarqué par le commun
des Spectateurs. Tous au contraire
ont été certainement frappés du vice du
dénouement. Tous ont dû s'écrier que le
Méchant étoit trop foiblement puni , &
que la perte de l'eſtime de gens qu'il
• mépriſe , n'étoit pas pour lui une difgrace
fort affligeante. Il auroit été plus ſenſible
au malheur d'être privé d'une maîtreffe
qu'il auroit aimée , oude l'eſpérance d'une
fortune qui auroit été l'objet de ſon ambi.
tion;& cette réflexion auroit du ſuffire
Avi
12 MERCURE DE FRANCE .
à M. Greffet , pour rendre Cléon intéreſſé
ou amoureux.
Voilà , Madame , les défauts généraux
qui me bleſſent dans la conduite de la Piéce.
Je vais vous en détailler quelques-uns
departiculiers.
L'Auteur , & c'eſt ici la faute que je
vous ai promis , il y a un moment , de
vous faire obſerver ; l'Auteur , dis- je , n'a
pas pris garde qu'il n'eſt nullement vraiſemblable
que le Méchant , qui eft reconnu
pour avoir de l'eſprit ,& qui en a effectivement
beaucoup , hazarde la propofition
de faire interdire Geronte. Quelle
apparence qu'un homme , tel que Cléon ,
dévoile fi groſſierement ſa méchanceté
vis-à-vis d'une femme dont il veut ſe
ménager la confiance ? Est- il d'ailleurs
poffible qu'il ignore que de ſages Magiftrats
, malgré tous les efforts de la chicane
la plus fubtile , ne prononcent pas fi
légerement l'interdiction d'une perſonne ,
qui ne donne ſur elle aucune priſe à la
cenfure ?
Ce n'eſt pas la feule occafion , dans laquelle
l'Auteur n'obſerve pas l'uniformité
de chaque caractére. Sa Floriſe du cinquiéme
Acte n'eſt point celle du premier,
Dans le premier , c'eſt une petite maîtreffe,
preſque unpetit-maître. Dans le cinquiéAOUST.
1749. 13
me , c'eſt la femme la plus raiſonnable,
preſque une femme philoſophe. Avec
Ariſte, homme extrêmement eſtimable ,
qui n'a fans doute eu pour elle que les
manieres les plus polies , elle n'a pû cacher
ſa mauvaiſe humeur. Avec Cléon
qu'elle vientd'entendre la déchirer cruellement
, elle a la force de diſſimuler un
courroux , que les Prudes , les plus exercées
à compoſer leur ton & leur maintien ,
auroient de la peine à ne pas faire éclater.
En vain M. Greſſet , pour ſa justification
, rappellera- t'il ce diſcours de la Suivante
:
* J'ai déja vû Madame avoir quelques amans.
Elle en a toujours pris l'humeur , les fentimens ,
Le different eſprit. Tour à tour je l'ai vue ,
Ou folle , ou de bon ſens , &c.
Ces métamorphoſes ne ſont pas abſolument
ſans exemple ; mais elles ne ſe ſuccédentpas
fi rapidement. Pour l'ordinaire,
dansun feuljour , l'étourderie ne ſe change
pas en ſageffe. De plus , quand on accorderoit
à l'Auteur la poſſibilité de ce chan
gement , on lui objecteroit que Cléon n'a
pointde fucceſſeur dans lecoeur de Florife,
&que puiſque de l'aveu de Lifette ,
* Act. I. Scen. 2.
14 MERCURE DE FRANCE.
* Elle n'a d'ame... que par celui qu'elle aime ,
elle ne doit naturellement ſe guérir de ſes
travers , que lorſqu'elle aura le bonheur
de faire un amant capable de l'en corriger
Nous avons vû que le Méchant , contre
l'idée que nous devons avoir de lui ,
montre peu d'eſprit &de connoiſſance du
monde ,dans l'endroit que j'ai cité de ſa
premiere Scéne avec Floriſe. Valére , dans
la Scéne ſeptiéme du troiſiéme Acte , joue
le rôle d'un extravagant. On ne devine
pas , comment M. Greſſet n'a pas fenti
que , quelque envie que Valére ait de dégoûter
Geronte de lui , il ne peut vouloir
⚫ paſſer dans l'eſprit de ce vieillard , pour
un homme qui a le tranſport au cerveau.
On devine encore moins , comment un
Auteur , qui a autant de goût que M. Greffet
, s'eſt perſuadé que les propos ſans fuite,
tenus par le jeune ami de Cléon au ſujet
de la maiſon de campagne de Geronte ,
düſſent produire un effet agréable.
En général , M. Greffet reſpecte peu la
vraiſemblance. Je puis , Madame ,vous
en convaincre par d'autres preuves que
celles rapportées ci-deſſus ,& fon dénouement
m'en fournit une nouvelle. Je de
• Ibid
AOUST. 1749: Ty
mande à cet Auteur , ſur quelle eſpérance
Cléon , après que Florife a rejetté la propoſitionqu'il
lui a faite , écrit à ſon Procureur
pour le conſulter ſur l'interdiction
de Geronte. Il n'eſt pas douteux qu'il ne
fût néceſſaire de deſſiller les yeux de l'oncle
de Chloë fur le compte du Méchant.
Mais il n'eſt pas douteux non plus , que le
moyen , dont l'Auteur ſe ſert pour y parvenir
, ne ſoit abfolument dépourvû de
tout air de vérité.
Que M. Greffet me permette auſſi de
remarquer , que toute ſa Piéce porte fur
une fuppofition extrêmement forcée. Il
paroît fort extraordinaire que Florife ,
dans le voyage qu'elle a fait avec Lifette ,
nait rien appris des détails ſcandaleux ,
dont cette Suivante eſt ſibien inſtruite. Il
n'eſt pas moins furprenant que Valére
étant répandu dans le grand monde , ne
ſcache point que Cléon eſt en horreur à
tous les honnêtes gens , & que ce jeunehomme
craigne de ſe donner un ridicule
en rompant avec un tel ami.
Après vous avoir communiqué mes réflexions
, Madame , ſur les caractéres , fur
la fable & fur la conduite de la Comédie
du Méchant , il me reſte à vousparler du
Dialogue de cette Piéce , & de la maniere
dont elle eſt écrite. Je diftingue ces deux
16 MERCURE DE FRANCE.
choſes , parce qu'un ouvrage dramatique
peut être bien écrit , ſans être bien dialogué.
Celui de M. Greſſet eſt dans ce cas , du
moins pour ce qui regarde quelques Scénes
, particulierement celle dans laquelle
Valére entreprend * l'apologie de Cléon .
Vous m'avouez , Madame , que malgré les
applaudiſſemens donnés à cette Scéne par
le Public , vous ne pouvez ſupporter qu'Ariſte
n'y reprenne jamais la parole , qu'en
relevant le dernier mot de Valére , & que
celui-ci ſemble ne jouer vis-à-vis de ce
Diſcoureur ſententieux , que le fade rôle
deſtiné dans un exercice ſcholaſtique aux
complaifans , qui ſe chargent de faire briller
la mémoire du Héros de la Fête . Vous
m'avouerez auſſi que ce dernier défaut fe
rencontre dans plus d'une autre Scéne , &
que l'Auteur n'y fait ſouvent , comme dans
celle- ci , parler un Acteur , que pour donner
occafion à un autre , de débirer des
portraits oudes maximes. Vous ne diſconviendrez
pas non plus , que ſouvent un
perſonnage ne répond pas à ce qui lui a été
dit , & que même quelquefois il paffe d'une
matiere à une autre toute differente ,
ſans que la tranſition ſoit ménagée par aucune
nuance intermédiaire.
* A&. IV. Scen. 4.
AOUST. 1749. 17.
Je me hâte , Madame , de venir à la
partie , qui fait le plus d'honneur à M.
Greffet dans fon ouvrage. Les détails ,
qu'on y a le plus applaudis , ne font pas ce
que j'y louerai le plus. Soitdans le portrait
que Cléon fait de Paris * , foit dans
les diſcours par leſquels Ariſte combat les
faux principes du Méchant , ou la folle
prévention de Valére pour cet eſprit dangereux
, l'Auteur ſoutient dignement la
réputation qu'il s'eſt ſi juſtement acquiſe
par le Vert-vert & par la Chartreuſe . Autant
que perſonne , je ſens le prix de pluſieurs
traits heureux , par leſquels il nous
prouve la ſupériorité de ſon talent , & l'excellence
de ſon coeur. Mais ils n'annoncent
que l'homme d'eſprit , qui écrit & qui
penſe bien , & l'on peut réunir ces deux
avantages, ſans être propre à compoſer des
Comédies.
Si M. Greffet ne ſçavoit que coudre enſemble
des converſations ingénieuſes , &
mettre en vers élegans ſes réflexions morales
, je lui conſeillerois de ne pas ſe croire
né pour le genre comique. Il pofféde
dans undegré éminentle don de faire par
ler les vicieux & les ridicules , de maniere
que leurs caractéres ſepeignent dans leurs
* Act. I. Scen. 2.
18 MERCURE DEFRANCE.
diſcours , & c'eſt par-là que je le juge
digne de marcher ſur les traces de l'admirable
Moliere.
En faveur de ce don , & de celui d'écrire
en général avec un agrément fingulier
, je fais grace à M. Greffet fur certaines
négligences de ſtyle. Cependant il
n'eſt pas inutile d'avertir les Auteurs novices
, que quelques-unes de ſes expreffions
ne doivent pas être imitées.
L'exactitude grammaticale n'admet point
ce tour ,
(a) Et pour qui votre goût m'eſt incompréhenfible.
Ces deux vers ,
(b) Que la plate amitié , dont on fait tant de cas ,
Ne vaut pas les plaiſirs des gens qu'on n'aimepas.
ne portent point à l'eſprit une idée difſtincte.
On ne dit point ,
(c) Votre eſtime ..... n'a pas fait plus de frais
pour les femmes.
En eſt un mot fuperflu dans ce vers ,
(d)Cen'eſt pas ſur leurs moeurs que je veux qu'on
encaufe.
(a) Acte I. Scéne z .
(b) Acte II. Scéne r.
(c) Acte I I. Scéne 3 .
(d) Acte I I. Scéne 3 .
AOUST. 1749. 19
Latranſpoſition ,
(a)Avous en eſt toute la gloire ,
eſt trop violente. Dans cette fraſe ,
(6) Ma mere m'a man dé que c'eſt un homme ſage;
Que c'étoit ſon ami , & c .
l'imparfait figure mal après le préſent.
A ce diſcours de Valere ,
(c) C'eſt juger par des bruits de Pédans , de Comeres
,
1
Ariſte , au lieu de dire , non , par la voix
publique , doit répondre , non, mais par la
voix publique. Géronte ne parle pas correcrement,
en diſant (d), que tuferois bien fait,
noblement , & il faut qu'il repére le mot
fait avec ce ſecond adverbe. La fraſe ,
(e) A-t'on vû quelque part un fonds d'impertinences
,
eſt vicieuſe , le régime impertinence devant
être au fingulier. De plus , fond s'écrit ſans
s. On dit bien , l'orateur des Foyers ,
(a) Acte I I. Scéne 7.
(b) Ibid.
( c) Acte III. Scéne 6.
(d Ate III . Scéne 9.
(e) Acte III . Scéne 10.
20 MERCURE DE FRANCE.
mais on n'a jamais écrit , (a) l'Orateur des
mauvais propos. Le mot Parodie n'eſt pas
le terme propre en cet endroit- ci , qui
d'ailleurs eſt fort beau.
(6) Quels titres font les fiens ? L'inſolence &
des mots ;
Les applaudiſſemens , le reſpect idolatre
D'un eſſain d'étourdis , chenilles du Théatre ,
Et qui venant toûjours groſſir le Tribunal
Du Bavard impoſant qui dit le plus de mal ,
Vont ſemer d'après lui l'ignoble Parodie
Sur les fruits des talens & les dons du génie.
Même,avec un peu de mauvaiſe humeur,
on pourroit critiquer l'expreſſion , groffer
le Tribunal. Il y a de l'obſcurité dans cette
autre fraſe ,
(c) Stérilité de l'ame , &de ce naturel
Agréable , amusant , ſans baſſeſle & fans fiel
On peut faire le même reproche à celle-ci ,
(d) où vous êtes vous-même ,ſans lendemain.
Celle , ils ont d'avance (e) un air queje trouve
à ton Maître , ne ſignifie pas la même
choſe que , je trouve d'avance leur air à ton
Maure. Sans courir riſque de paffer pour
(a) Acte IV. Scéne 4. ( d ) Ibid.
(6) Ibud. ( e ) Acte V. Scéne .
(c) A IV. Scéne 4.
AOUST. 1749. 21
trop ſévére , je condamne auſſi ce vers ,
(a) A moi , dont vous ſcavez l'eſtime & la tene
drefle.
On connoît l'eſtime & la tendreſſe d'un
amant , & l'on ne les ſçait point.
Sans doute, les amis de M. Greffet fouhaiteroient
que ces taches ne ſe trouvaffent
point dans ſon ouvrage , mais elles ne
doivent riendiminuer de notre eſtime pour
les beautés de détail dont ce Poëme eft
rempli. J'apprens qu'on deſtine à cet Auteur
la premiere place,qui vaquera (6) dans
l'Académie Françoife. Cette Compagnie
ne peut affürément faireun meilleur choix,
&ſes ſuffrages ſont prévenus par ceux du
Public.
ma
Dans le moment , Madame , que je finis
na Lettre ,je reçois la critique , que vous
me marquez avoir ſuivi de près l'impreſ
fion de la Comédie du Méchant. Vous
trouverez mes obſervations fort differentes
de celles du Cenſeur anonyme. Peutêtre
n'approuverez-vous ni les unes ni les
autres , mais vous devez du moins approuver
mon exactitude à vous obéir..
Je ſuis avec reſpect , &c .
( a ) Alte V. Scéne 7.
(b)MGreflet n'a 'té nomméAcadémicien qua
quelque tems après la publication de ceste Letura,
:
22 MERCURE DE FRANCE .
PHEBUS ET L'AMOUR.
ODE ANACREONTIQUE.
C'Elt
Par M. Senant du Chaſtelier.
Eſt de toi , Dieu de la lumiere ,
C'eſt detes fecondes chaleurs ,
Que la nature toute entiere
Reçoit la vie & les couleurs.
Nosprés , nos bois en ton abſence
Languiſſent privés d'ornement ,
Lesoiſeauxgardent le filence ,
Et leseaux font lans mouvement.
Mais lorsque la faiſon de Flore
Vient nous annoncer ton retour ,
Et que les Zéphirs font éclore
Les fleurs, doux fruits de leur amour;
•Less ruiſſeaux libres de leurs chaînes,
Leshôtes allés de nosbois,
,
AOUST. 1749. 23
Célébrent la fin de leurs peines,
Par leurs murmures & leurs voiz.
Phébus , les gazons & l'ombrage ,
Nous les devons à tes chaleurs ,
Mais qui nous en apprit l'uſage?
C'eſt l'Amour , le ſoleil des coeurs,
Par un arrêt des deſtinées
Tu partages avec la nuit
L'empire éternel des années,
Nuit & jour ſon Aambeau nous luit
Pendant l'hyver , tes feux ſtériles
Eclairent à peine nos champs ;
Dans nos coeurs ſes flammes fertiles
Font toujours regner le printems .
Plus doux que celui du Zéphire ,
Son ſouffle échauffant les deſirs ,
Anime tout ce qui reſpire ;
On ne vit que par ſes plaiſirs.
Si l'aveugle enfant ne ſeconde
Tes traits ſur la terre ſemés .
24 MERCURE DEFRANCE.
1 Tu n'éclaires , flambeau du monde ,
Que des êtres inanimés.
Sur ſon front les deſtins injuftes
Ont mis un voile injurieux ,
Mais ſes coups n'en ſont pas moins juſtes ,
Ma Cloris lui prête les yeux.
Pour elle en ce brillant parterre
Phébus fait éclore les fleurs ;
Sur ſon teint le Dieu de Cythere
Les fait naître par ſes ardeurs,
Tant que tu voudras par ta flamme
Animer mes tendres chansons ,
Son ardeur échauffant mon ame
Produira d'agréables ſons.
Allez mes vers , ofez paroître
Avec les fleurs en ce printems ;
L'aimable Dieu , qui vous fit naître ,
Yous feradurerplus long-tems.
AUTRE
AOUS T. 1749. 23
AUTRE.
L'ABEILLE , EMBLESME DE L'AMOUR,
T
Out en l'univers ſommeille ;
Moi ſeul , de fi grand matin ,
Er la diligente abeille ,
Nous parcourons ce jardin .
De l'amour elle eſt'l'emblême
Avant la pointe du jour
Elle ſe leve : l'Amour
S'éveille toujours demême.
Ils font tous les deux petits.
Si de la moindre fleurette ,
Et fi des moindres réduits
L'abeille fait ſa retraite :
Dans l'oeil d'un objet charmant ,
Dans le coin de ſa paupiere ,
Le petit Dieu de Cythere
Se loge facilement .
Si l'abeille chérit Flore ,
L'Amour aime les zéphirs ;
Le doux Printems fait éclore
B
26 MERCURE DE FRANCE .
Et les fleurs & les défirs .
Ils font tous deux munis d'aîles ,
Et d'aiguillons aſſaſſins.
Tous les deux font des larcins ,
L'une aux fleurs , & l'autre aux belles.
Mais leurs vols ſont innocens;
C'eſt en ſemant qu'ils moiſſonnent.
Leurs larcins ſont des préſens ,
Puiſqu'en dérobant ils donnent.
De ce butin précieux ,
Pris ſur le lys & la roſe ,
Leur adreſſe nous compofe
Un nectar délicieux.
あ
Leurs bleſſures ſont cruelles,
Si leurs dons ont des attraits !
Mais combien ſont plus mortelles
Amour , celles de tes traits ?
L'on doit craindre ta vengeance ,
Nul ne le ſçait mieux que moi.
Mais pourquoi , cruel , pourquoi ,
Panis-tu , ſans qu'on t'offenſe ?
Parle même.
AOUST.
1749. 27
AUTRE.
LA GENTILLESSE
ET LA BEAUTE RÉUNIES.
A Mademoiselle Gauſſin.
Cupidon , Upidon , cet enfant gâté ,
Eut ces jours paſſés àCythere
Une diſpute avec ſa mere :
Venus diſoit que la beauté ,
Pour faire naître la tendreſſe,
Avoit lesplus puiſſans attraits,
Et l'amour , que la gentilleſſe
Lui fourniſſoit bien plus de traits
Elle eſt femme , ſon fils rébelle
Aucun d'eux ne voulant céder ,
Un combat devoit décider
Pour terminer cette quérelle.
De la plus belle de fa Cour ,
La Souveraine d'Idalie
Devoit faire choix , & l'Amour,
En élire la plus jolie.
Cemortel , qui par ſes écrits,
Bij
18 MERCURE DE FRANCE.
Dit Venus , nous prouve ſon zéle,
De nos ſujets le plus fidéle
Sera ton Juge , & mon Paris.
Elle crut par ce ſtratagême
Corrompre mon intégrité ,
Mais je ſuis plus que d'elle-même
Partiſan de la vérité.
*
Le petit Dieu , par qui tout aime,
Nomma la charmante Gauffin.
Ah ! dit Cypris , j'avois deſſein ,
Pour moi de l'élire elle-même.
Raſſemblez donc tous vos appas ,
Et diſputez-lui la victoire ,
Dit l'Amour : Venus n'oſa pas
Riſquer le combat & fa gloire,
Gauffin , cet aimable ſouris ,
Ces yeux à qui tout rend les armes ,
Auroient rendu vains tous les charines
De la ceinture de Cypris .
Vous auriez remporté la pomme ;
J'étois votre Juge en cejour ,
Et je vous voyois.... Mais quel homme
Ne vous voit des yeux de l'amour ?
Parle même,
AOUST. 1749. 19
J
LETTRE
De M. D. D. à M. Rémond
de Sainte Albine.
Éconſidére
comme des archives où chacun a la liberté
de dépoſer ſes ſentimens , fur ce
qui a rapport aux Sciences & aux Beaux
Arts , le Public.
Monfieur , le Mercure ,
pouryyêtre jugé par
Voici deux obfervations , auſquelles
je vous ſupplie de vouloir bien donner
place.
Je voudrois 1º. qu'on pût obtenir de
nos Phyſiciens , qu'ils ne regardaffent
jamais leurs découvertes , comme une nouveauté
que leur génie a créée ; & qu'ils ſe
perfuadaffent , qu'il n'y a rien qui n'ait été
connudes anciens ſous d'autres dénoniinations
, que celle que les modernes leur donnent
: l'électricité , l'attraction , par exemple,
fontde ce nombre : cela n'empêche pas
que retrouvant des choſes perdues , ils ne
puiſſent ſe faire honneur de les reveler ,
d'y ajouter leurs remarques , & d'en aug
menter l'utilité& le prix .
2º. Qu'ils ne s'en tinſſent pas à l'apparence
trompeuſe des nouveaux ſyſtêmes ,
B iij
30 MERCUREDE FRANCE .
qu'un autre qui fuccéde immédiatement détruit;
& qu'ils méditaſſent & analyſaffent
profondément, avant d'expoſer leurs idées ,
afin de mériter à bon titre l'immortalité à
laquelle ils afpirent.
J'ai vû dans le ſecond volume du Mercure
de ce mois ( Juin 1749 ) deux erreurs
de fait , que je ne puis m'empêcher de relever:
l'une , page 8 , ligne 18 ; l'autre ,
page 128 , ligne 15 .
Par la premiere , l'Auteur dit , qu'il ne
connoît point de procédé chymique ,par lequel
on puiſſe tirer duſel de l'eau.
S'il eût mis de l'eau en putréfaction ,
ou s'il avoit fait de longues diſtillations, &
digeſtions au bain marie ; que ce bain für
d'eau de pluye , ou de riviere , ou de puits,
n'importe ; qu'il n'eût point changé cette
eau ,mais qu'il l'eût ſeulement remplacée
par de nouvelle , à meſure de l'évaporation
, il auroit trouvé beaucoup de ſel ; &
de ce ſel , il en auroit tiré du ſoufre oa de
P'huile. Il auroit encore pû, en calcinant ce
fel pluſieurs fois, trouver un attrament qui
lui auroit procuré des principes homogénes
aëriens . C'eſt par de ſemblables procédés
que les Philoſophes , élaborant le ſel
de nature innominé , &non déterminé , obtiennent
le diſſolvant univerſel , l'unique
clefde la ſageſſe.
AOUST. 1749. 31
L'autre erreur ( page 128 ) eſt renfermée
dans cet expoſé. La prétendue invention de
transmuer les métaux, n'a point fait fortune
dans les esprits : la deftruction de la matiere ,
eſt au même point : lesélemensſont toujours indestructibles
, ou immuables ; ce n'est pas cependant
faute d'efforts de la part des Chy.
mistes , pour faire croire la poſſibilité de ces
changemens &anéantiſſemens.
De quoi s'eſt aviſé l'Auteur de ces propos,
d'attaquer, pour faire valoir la méchanique
du Bureau Typographique , laChymie
qui n'étoit point de ſa ſphere ? Qui
lui a dit que les métaux ne peuvent être
tranſmués ? L'a-t'il lû dans Lemery ?A-t'il
été la dupe de quelques foufleurs eſcrocs ,
ignorans , illitterés , & qui ne ſçavent
que tromper par leurs ſophistications ?
Tout lemonde ſçait à préſent , que l'on
peut déſoufrer de l'or , & remétaliſer ſon
ſoufre , en y joignant du mercure commun.
Cette opération , qui n'eſt pas philoſophique
,&qui ne rend qu'à peine poids
pour poids , fert néanmoins de preuve à la
vérité de la transmutation : on doit conclure
, qu'il eſt ridicule de nier qu'il ne
s'en puiſſe faire de plus conſidérables .
Que veut dire le Typographe ? Les
élemens font indestructibles & invariables ,
&c.
B iiij
3.2 MERCURE DEFRANCE.
De qui a- t'il appris que les Chymiſtes
ayent tentéde détruire les élemens ? Ils ne
connoiſſent qu'un ſeul principe , & deux
matieres élementées (la terre & l'eau). Ces
matieres procédent de ce premier principe
:elles ſe convertiſſent & ſe changent
perpétuellement l'une en l'autre : car , l'eau
devient chair , os , terre , bois , pierre ,
marbre , diamant , métal , &c. & toutes
ces chofes redeviennent eau.
Le principe feul eſt invariable : ſonunité
fous la forme de ſel , contient le feu &
l'eſprit ; voilà la ſource féconde de tous
les êtres , & de toutes les formes déterminées
au premier jour.
Ceci n'eſt pas un ſyſteme imaginé , mais
une vérité tirée de la nature même par
ceux qui ſe donnent la peine de la con,
fulter , aidés de la doctrine des anciens
Philofophes & de pluſieurs modernes , qui
s'occupent dans leur folitude ſans diſtraction
, à faire des décompoſitions & des
analyſes ; qui ſuivent pas à pas , avec une
extrême attention , le développement des
differens mixtes , ſortis de la même &
unique ſource . Que les Antichymiſtes jettent
les yeux fur tout ce qu'a produit cette
Science pour la néceſſité, la commodité ,
la ſanté , la sûreté , la perfection des Arts,.
enun mot le bien être en général ; ils ſe
AOUST. 1749.
33
perfuaderont bientôt , que ce n'eſt point
une ſcience vaine & ſyſtématique , qui ne
met en avant que despures idées , des mots
& des diſputes d'école ; & que la ſaine
Chymie eſt une Anatomie univerſelle , une
Phyſique démontrée , qui ne préſente que
des vérités cachées au vulgaire, mais effentielles
à la ſociété en général.
J'ai l'honneur d'être , &c ..
REFLEXIONS
Sur la transfusion dusang, àl'occaſion di
laquelleM. Cantwell , Docteur en Médecine
د aécrit une Lettre inferée dans le
Mercure de Juin 1749 , page 161 .
Onfieur Cantwell a tout ce
Mqu'un Medecin peut dire plus
probable , pour prouver que la transfusion
ne peut être pratiquée avec ſuccès. Il ſe"
fonde aavec raiſon ,fur la differente ſtructure
des corps , la nature duſang ,& la conftitu--
tion des tempéramens de chaque individu :
Il obſerve judicieuſement , que lefangn'est
pas un ſimple produit , ou l'elixir des alimens
, & qu'il y entre une grande quantité de
recremens depuis la maftication ,jusqu'à fon
entréedans laſouſclaviere..
By
34 MERCURE DE FRANCE.
1
Mais pour prouver encore avec plus de
force , que la transfuſion n'eſt pas propofable
, il faut entrer dans un examen profond
de la nature par l'analyſe , & démontrer
que quoique tous les êtres fortent
de la même ſource , le principe qui
en découle eft differemment déterminé , &
qu'il ne peut enſuite de cette détermination
ſe rétablir dans ſon état primitif ,
qu'après de longues élaborations , qui diviſent
& féparent les matieres paſſives ,
jointes poſtérieurement à la détermination
ſpécifique ; en premier lieu , au genre
animal , végétal & minéral ; en fecond
lieu , au caractére particulier de chaque
individu , tous differens , quoique de la
même eſpéce.
Pour établir évidemment cette vérité ..
je commencerai par expliquer ce qu'on
doit entendre par la détermination de ce
principe dans le genre végétal , & j'en
prouverai enfuite l'analogie avec l'animal.
Dans un jardin d'un arpent , plus ou
moins , n'importe , je peux ſemer un trèsgrand
nombre de végétaux ; ils y croîtront
& produiront chacun ſelon ſon eſpéce ,
par le ſecours de la chaleur humide du
globe terrestre , de l'air , des pluyes , de la
rofée,&des rayons vivifians du Soleil.
OUST.
1749. 55
Cette chaleur humide de la terre opére
le dévelopement du fétusrenfermé dans
chaque ſemence , comme l'animal l'eſt
dans l'oeuf; elle putréfie la matiere paſſive
élementée : voilà le premier degré de la
régénération de tous les êtres.
La putréfaction , diviſant cette matiere,
met en liberté le principe générateur : ce
principe contientdans ſonunité une portion
de ſoufre , qui eſt le feu ; une portion
demercure , qui eſt l'air ou eſprit ;& une
portion de ſel , qui eſt le corps , particulierement
configuré &déterminé àl'eſpéce
dont la ſemence procéde *.
Le premier rudiment de la tige commence
à s'élever, à meſure que du côté oppoſé
les racines s'étendent & attirent la
matiere élementée , que la putréfaction a
liquefiée ; cette matiere , comme le fang
de la mere de l'animal , eſt la premiere
nourriture de l'embrion. Ces racines naiffantes
, qui ne font encore que de petits
filamens , preſque imperceptibles , néan-
*Ce foufre , ce mercure& ce fel, ne fontpas
les communs.
Les Phyſiciens n'ignorentpas que le ſel de chaque
genre a ſa configuration particuliere : le ſel
philoſophique renferme dans ſa ficcité l'eſprit &
Phumide radical , inséparablement unis , & c'eft
cetteunité , qui eft le principe univerſel.
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE!
moins caractérisés dans leur contexture ,
ſelon l'eſpéce , attirent (car chaque eſpéce
aſon attrament propre.) attirent , dis - je ,
&n'admettent , en s'étendant enſuite dans
la terre , que la matiere élementée de fon
genre ; de même que les filets de cotony
dont on ſe ſertpour ſéparer de l'huile mêlée
d'eau , n'admettent que l'une des deux
liqueurs dont on les a d'abord imprei
gnés * . C'eſt ainſi que la ſéve , qui de la
terre pénétre, par les racines fortifiées par
le tems , eſt portée juſqu'au fommer du vé
gétal qu'elle édifie ; mais fi par cas fortuit,
il ſe mêle à cette ſéve des héterogénités
quidérangent la circulation , l'eſpéce-lan--
gair & meurt..
Ce n'eſt pas tout ce qui eſt à confidéren
dans la régénération des végétaux ; il faur
remarquer la configuration ſpécifique des
-couloirs ,& les métamorphoſes ſurprenan
tes qui en réſultent , puiſqu'il ſe produit
d'un végétal ſauvage un autre végétak
*Quoique le chyle ſoit un compoſede diverſes
parties diffemblables , les filtres par où il paffe , &
lorſqu'il est converti en fang , n'admettent que les
particules d'un fluide , dont ils ont été primitivement
abreuvés;& encore que ces filtres ſoient pref- .
que confondus les uns avec les autres , ils ne per-.
mettent pas fans violence l'entrée, de ce qui leur
aſt hétérogéne , tel eſt l'admirable méchaniſme des
diviſons & des ſecrétions dans tous les genres...
AOUST.
1749. 377
parfait. Le fruit du premier eſt déſagréable
au goût , celui du ſecond le flatte &
excite nos defirs ..
La greffe des arbres ſe fait avec auſſi
peu de réflexion de la part du Jardinies
qui l'opére , que du Phyſicien ſcholaftique
qui en voit le progrès .
Elle ne confifte , 1 ° . qu'à appliquer fur
un ſauvageon , dont on veut perfectionner
la production , ou la changer entiere
ment de forme , un oeil , oubouton à fruit,
enlevé d'un arbre delaplus belle & de la
plus excellente eſpéce. 2°. De retrancher
du ſauvageon toutes les branches qui ne
font point greffées , enforte que la ſéve
abondante foit forcée de ne pénétrer que
par les couloirs , ou les pores de la greffe..
Cette ſéve qui étoit propre à ne produire ,
par exemple , que de mauvaiſes prunes
acres , ne trouvant plus les paſſages libres
pour ſes particules paffives , trop chargées
de ſel &de foufre groffiers , hétérogénes
aux nouveaux filtres , ne paſſe pas outre
dans ſa totalité , parce que la greffe que
je ſuppoſe avoir été tirée d'un pêcher ,
eft configurée differemment , & ne peut
admettre qu'une féve homogéne à ſon ef
péce. Après que la tige a acquis la confiftance
ligneufe , que les filtres& les noeuds,.
qui.comme les glandes des animaux , font
S MERCURE DE FRANCE
les inſtrumens ſéparateurs & excrétoires ,
ont été perfectionnés , le mouvement de
circulation & de cohobation de la ſéve ,
digerée , vivifiée par les rayons pénétrans
du Soleil qui diſſipent le phlegme , rend
même ſéve balſamique : elle ſe
manifefte , en premier lieu , en fleurs , enfuite
en fruits, au centre deſquels ſe réunit
la plus pure ſubſtance élementée , qui fous
la forme d'amande , renferme le principe
générateur.
cette
Cette amande , comme celle dont elle
procéde originairement , contient done
P'intégrité des principes générateurs , déterminés
à produire par l'addition des matieres
paſſives ( la terre & l'eau ) , une longue
ſuite de poſtérité toujours eſſentiellement
de même nature: ce principe ainſi
déterminé , eſt un aiman , qui comme le
ferrugineux que le vulgaire connoîtį, n'attire
que les particules élementées qui lui
font homogenes. C'eſt par cette vertu ,
dont la parfaite connoiffance eſt réſervée
à la majeſté du Créateur , que les races des
differens êtres ſe perpétuent : le filtre , ou
moule , fixe la meſure ; l'attraction en détermine
la qualité ; c'eſt l'un & l'autre qui
diſpenſent à l'embrion les premieres notions
des formes ſolides , molles , fluides
& fpiritueuſes; les couleurs , la faveur ,
AOUST. 1749. 39
l'odeur , &c. dans une juſte proportion
ſymmétrique & caractériſtique de chaque
efpéce.
Que l'on fuppofe un vieux chêne
dont le ſommet foit couronné , ou dontle
tronc& les branches foient languiſſantes ::
qu'on recueille de la ſéve d'un autre
chêne jeune & vigoureux , ou par incifion
, ou en coupant l'extrêmité d'une de
ſes groſſes racines ; enfin qu'on en arroſe
rant qu'on voudra le vieux chêne : on ne
pourra ni le rajeunir , ni le ſauver , fi cette
ſéve n'a été élaborée par un ſçavantArriſte
, qui ſcache en tirer la quinteſſence
falutaire aux animaux , comme aux végétaux
,parce qu'il n'y a que les principes
actifs , purgés de phlegmes & de matieres
impures ,qui puiſſent ranimer la vie de
l'animal & du végétal ;mais cette revivificationanéceſſairement
ſon terme, felon la
conftitution du ſujet , & l'attention qu'on
a eûe pour le conferver par un régime réglé
, àl'égarddes hommes ,& une culture
foignée , à l'égard des végétaux.
Il faut à préſent appliquer ce que je
viens d'établir , au genre animal ; recher
eher quelles font l'origine& la qualité du
fang , qui comme la ſéve conſtitue les ſolides;
les fluides& les eſprits. Et d'autant
que lagénérationde toutes les eſpéces eft
40 MERCUREDEFRANCE.
uniforme , je ferai le parallele du dévé
loppement d'un poulet , avec celui de
Phomme.
Que la poule couve extérieurement
l'oeufqui contient l'embrion , dans un nid
qu'elle arrange elle- même ,ou qu'on lui a.
préparé , & que la femme couve dans l'uterus
celui qui a été déposé en elle ; cela
revient au même. Lorſque le coq introduit
l'embrion dans la poule , elle lui .
fournit auſſi-tôt de ſa propre ſubſtance ,.
ce qui est néceſſaire à ſa nourriture & à
fon accroiſſement, juſqu'à ce qu'il forte
de la coquille : & la femme nourrit intérieurement
, pendant les neuf mois de ſa
groſſeſſe , le férus dont l'homme lui a fait
le dépôt : c'eſt en cela ſeul que la tranfmiſſion
de la ſubſiſtance , & la couvaiſon.
du poulet , different des autres animaux
développés. dans le ſein de leur mere ; &
quoiqu'en diſent quelques Anatomiſtes ,.
la femme n'a pas plusde partque la poule.
à la formation de fon fruit ; & le concours
des trompes. de falope , leur méchaniſme:
forcé , l'ovaire , les oeufs , & les vermif
ſeaux , hommes imaginés par les Harvey &
les Dodart , font de pures idées démenties.
par la nature , que le préjugé & la réputation
de ces Syſtématiques ont perpétuées
par la négligence des gens de l'art à dé
AOUST . 1749.
velopper la vérité. J'ai plus amplement
traité ceci dans une Differtation particuliere
,fur la cauſe phyſique des fignes&
des configurations monftrueuſes , que les
enfans reçoivent dans le fein de leur mere ;
j'en ai prouvé l'origine ; j'ai fait connoître
le filtre , ou le moule qui détermine la matiere
ſéminale , &de quelle maniere l'embrion
ſe développe dans l'uterus.
Il faut maintenant examiner la compofition
du ſang , & ſi ſa ſubſtance , paſſant
immédiatement d'un corps ſain dans un
cacochime , ou décrépit , ſoit qu'il procéde
d'un animal de même eſpéce que celui auquel
on le ſubſtitue, ſoir qu'on introduiſe
dans les veines d'un homme celui d'une.
bête; ſi , disje , ce ſang étranger peut
procurer la guériſon d'un malade , ou la
réparation de la décrépitude.
Lefang, fuivant M. Cantwel , est la quinteffence
des alimens , dont l'animal se nourrit.
Je dis de plus que ce ſang , de même que
la ſéve, contient les principes actifs & la
matiere élementée , & que dans la plus.
grande partie des hommes & des femmes ,,
ceſang eſt mêléde beaucoup d'hétérogénités
, qui procédent de la diverſité des viandes
dont ils uſent ſans modération . Vio
tentant ainſi la nature , ils n'attendent pas.
que leur eftomach les avertiſſe de ſes be
42 MERCURE DE FRANCE.
foins , ils l'excitent & l'empliſſent avec
excès ; & quoiqu'il ſoit déja chargé de
mauvais levains , ils le comblent encore
par differens mets éguisés d'effences &
d'épiceries qui forment un agréable poifon
, auquel ils joignent beaucoup de vin ,
de liqueurs , & des actions violentes de
toutes eſpéces de voluptés : enforte que
le chyle ,qui réſulte de ce mêlange , eſt
une eau forte , laquelle au lieu de conferver
& augmenter les globules balfamiquesduſang,
les diviſe &les détruit ; elle
corrode les filtres , change la nature des
parties ſolides , molles & fluides ; enfin les
eſprits ne ſont quedes particules de feu
violent , qui portant l'incendie dans le
genre nerveux , dérangent ou détruiſent
les molécules du cerveau , & troublent la
raiſon ; voilà la ſource féconde de toutes
les maladies graves& aigues , qu'on reproche
aux ſuppôts d'Eſculape de ne pouvoir
guérir , malgré la phlebotomie excefflivement
réitérée , & les rafraîchiſſans fans
vertu : voilà d'où procédent lesrégénérations
cacochimes de ces hommes de foible
complexion , très-communs aujourd'hui
, ſujets à toutes les infirmités de tempérament,
débiles,& fans vigueur : voilà ce
qui fait dire aux fots , aux imbéciles , que
la nature dépérit , que les hommes ne font
AOUST. 1749: 43
plus ce qu'ils étoient autrefois ; que les
alimens n'ont plus la ſaveur qu'ils avoient
dutems denos peres ,&même lors de leur
adolefcence.
Quoique le ſang ſoit la quinteffence
des alimens des animaux en général , il
faut diftinguer celui des bêtes , de celui
deshommes.
Le premier doit ſe ſubdiviſer en deux
claffes. Celui des bêtes qui ne vivent que
de foin , de grain &d'herbes qu'elles
broutent , eſt ſimple ,& la chair qui en
provient , eſt ſans contredit , pour l'homme
, la nourriture la plus homogéne , après
le lait& le fruit.
Mais le fangdes bêtes voraces , qui ne
ſe repaiffent que d'autres animaux , ou de
la corruption des immondices , eſt trop
chargéde ſoufre &de ſel impurs ; la chair
qui en procéde ne peut être pour l'homme
qu'un mauvais aliment.
Les bêtes de la premiere claſſe transforment
en leur propre ſubſtance le grain ,
le foin & l'herbe , par la trituration& la
digeftion , & l'homme qui ſe nourrit de
cette fubftance homogéne déja bien préparée
, qui la triture & la digere une ſeconde
fois dans ſon eftomach , gouverné
par la ſobriété & la continence , ſe procure
un chyle très-parfait.
44 MERCURE DE FRANCE.
La forme du ſang , proprement dit , eſt
globuleuſe ; il circule dans les veines avec
une ſéroſité qu'on appelle lymphe : lorfque
la proportion de nature eſt bien compaffée
entr'eux , que la tranſpiration eſt
en équilibre avec la nutrition ,& que cette
nutrition ne fait que remplacer le volume
& le poids des ſécretions , ſi la volupté
effrenée ne la corrompoit pas , l'homme
jouiroit d'une bonne & conftante ſanté ,
qui le conduiroit paiſiblement à cette vénérable
décrépitude des anciens , exempt
deshorreurs de ſa deſtruction au milieu de
fa carriere: foname , après un ſiécle , s'envoleroit
ſans qu'il s'en apperçût.
J'ai diviſé le fang des bêtes en deux
claſſes ſeulement , mais celui de l'homme
eſt ſuſceptible d'une bien plus nombreuſe
diſtinction , non relativement aux princi
pes , qui ſont ſemblables & inaltérables ,
mais à cauſe des matieres élementées qui
les enveloppent' , les diviſent & circulent
dans toutes les parties de l'individu. Ces
matieres ſont plus ou moins hétérogénes ,
à raiſon des foufres , des ſels impurs &des
rerreſtréités qui tirent leur origine des differens
alimens & boiſſonsdont les hommes
uſent , ou ſobrement , ou avec excès ;
à quoi il faut ajouter la varieté de leurs
moeurs, de leur conduite réguliere ou dé
AOUST.
1749. 45
réglée; de leur état tranquile , ou tumultueux;
de leurs exercices violens ou modérés
, foit du corps, ſoit ſans actions corporelles
; car toutes ces choses qui influent
fur la compoſition des liqueurs , confervent
, ou alterent la conſtitution primitive
dufang.
Si l'on met du ſang en putréfaction , il
s'enfuit une puanteur inſupportable,mais
ſi par des diſtillations & cohobations réitérées
on dégage ſa vraie ſubſtance de
toutes impuretés , il s'en exhale une odeur
plus fuave & plus parfaite , que celle des
plus précieux parfums de l'Orient.
Enfin ſi l'on entire le ſel par des calcinations
, & qu'on réduiſe ce ſel en huile
philoſophique , il produit un reméde ſi
fouverain , que deux grains pris dans un
véhicule convenable rétabliſſent la maffe
ſanguine la plus appauvrie ; ſon feu homo
géne ranime &dégage celui que l'impureté
aattenué ; il abſorbe à fon tour cette impureté.
Ce ſpécifique eſt plus fûr que la transfuſion
,d'autant que le ſang de l'animal
le plus ſain , le plus vigoureux , eſt trèsabondant
en férofité & en terreſtreité , &
qu'il ne contient qu'une très-petite portion
de ce feu de nature où réſide la vie,
Que ſi les alimens les plus ſimples après
46 MERCURE DEFRANCE.
avoir été broyés dans la bouche , digerés
dans l'estomach , mêlés dans le duodenum
avec la bile& le fuc pancréatique , réduits
en chyledans le méſantere; que dans tous
ces différens paſſages , ce compoſé ait reçû
des diffolvans qui coopérent à ſa diviſion
parfaite , & qu'à l'entrée du méſantere , la
ſéparation des impuretés les plus groffieretés
ſe ſoit faite , enforte que le réſidu
arrivant au réſervoir de Pecquet , ſoit un
fluide reſſemblant àdu lait , que ce fluide
pénétrant par la veine ſouſclaviere pour delà
paſſer dans le coeur & circuler enſuite
dans toutes les partiesdu corps , traverſant
unegrande quantité de filtres ſéparateurs ;
enfin fi cen'est qu'après tout l'appareil que
je viensd'expliquer très-ſuperficiellement,
que les alimens peuvent être convertis en
notre propre ſubſtance , comment pouvoir
raiſonnablement s'imaginer qu'un ſang
étranger , tranſmis d'un côté à meſure
qu'on retire de l'autre celui auquel on
le ſubſtitue , puiſſe opérer le ſuccès qu'on
ſe propoſe de la transfuſion ? Quel rapport
, quelle homogénité y a-t'il entre ce
nouveau ſang & les filtres & les couloirs
où on le fait entrer ? Quelle vertu médécinale
contient-il pour anéantir les levains
dont celui qu'il remplace a impreigné les
inſtrumens ſéparateurs , les arteres , les
AOUST . 1749. 47
veines , le genre nerveux & les parties
ſolides ? De quelle maniere peut-il abforber
les dépôts & les empêchemens dans
les vifceres , rendre le reſſort aux fibres
obſtrués d'un paralitique , ramollir les cartilages
offifiés des vieillards ? Comment
peut-il réparer les ravages que les eſprits
ardens d'un furieux ont faits dans laſubtance
molle & délicate du ſiége de l'ame ?
Loin de pouvoir produire la réparation
de la décrépitude ,le rétabliſſement de la
cacochimie , il eſt démontré que le ſang
étranger ne pourroit qu'occaſionner la
corruption de l'individu où on le tranfmettroit
, & bien-tôt la mort.
Mais quand l'uſagede latransfuſionſeroit
autant avantageux qu'il eſt mal imaginé &
pervers , il ſeroit imprudent de l'autoriſer,
parcequelesperſonnes opulentes qui pourroient
en hazarder l'eſſai, ne ſe feroient pas
ſcrupulede ſacrifier la vie de jeunes gens
les plus ſains & les plus vigoureux ; confidération
qui exige l'attention des Magiſtrats
, pour s'oppoſer à ce cruel , inutile &
extravagant reméde ; j'ai prouvé qu'il n'avoit
pas plus d'efficacité pour les végétaux.
Que les Miniſtres des maladies s'appliquent
à conferver le ſang plutôt qu'à
l'extraire & à le remplacer; qu'ils le purifient
, qu'ils ſe procurent d'un nombre
:
8 MERCURE DE FRANCE.
d'hommes ſains , forts & robuſtes , par des
faignées qu'ils appellent de précaution .
le fel ou la quinteſſence du fang humain
, ou plutôt qu'ils cherchent ce fel
précieux dans celui de nature , qui eſt ſi
commun & fi univerſel , ils feront des miracles
; qu'ils confultent pour cette recherche
les anciens Philofophes , les Nourriffons
d'Hermès , & non Gallien , ils trouveront
ce divin reméde. Mais auſſi que les
hommes concourent differemment qu'ils
ne font à conferver leur ſanté, qu'ils foient
ſobres , qu'ils n'uſent que d'alimens & de
boiſſons ſimples , qu'ils ayent de la modération
dans leurs paſſions & de la retenue
dans la volupté.
D. D.
LE
AOUST.
49
1749.
LE RETOUR DU PRINTEMS .
DIVERTISSEMENT
PASTORAL.
Premier couplet chantépar une bergere,
Q U'il eſt triſte d'être ſévére !
Que l'amour a de doux momens )
Et que cette retraite eft chere
Aux coeurs ſenſibles & conſtans !
Chaque berger pour ſa bergere
Brûle du feu le plus fincére.
Accourez , trop heureux amans ,
Chantons le retour du printems.
Un berger répond.
Chantez , on vous doit cethommage ;
Chantez , vous êtes en touttems
Entre les belles du Village ,
Par vos fons flatteurs & touchans;
Et par votre ſimple langage ,
Ce que ſousun épais teuillage ,
Entre tant d'oiſeaux differens ,
Le roſſignol eſt au printems.
* Ce Divertiſſement étoit joint à une Comédie
destinéepour l'amusement d'unesociétéparticuliere.
C
50 MERCURE DEFRANCE.
La bergere chante tous les couplets
qui ſuivent.
Chantons la paix , ce don ſuprême
Du plus tendre des Conquerans ;
Nous ſommes , comme il dit lui-même ,
Moins ſes ſujets que ſes enfans.
Chantons cedigne fils qu'il aime :
:
i
Déja ſa valeur eſt extrême ;
Qu'il fera d'exploits éclatans !
N'en jugeons que par ſon printems.
L
Tous ceux qui ſçavent ſe connoître
Au front des Rois les plus clémens ,
Nous diſent qu'on y voit paroître
Des nuages affez fréquens ;
Celui de notre auguſte Maitre
•Eft toujours calme , on n'y voit naître
Aucuns jours moins beaux , moins rians ;
On n'y trouve que le printems. 4
Sous ſes loix l'Amour nous appelle,
Connoiſſons ſes ſoins bienfaiſans ,
Chantons ſa puiſſance immortelle ,
Et parons nous de ſes préſens *.
Chaque jour dans un coeur fidéle
:
*A ce vers elle distribue desfleurs à tous lesbergers
bergeres,
:
:
AOUST.
54 1749.
Il prend une force nouvelle ,
Mais dans les coeurs indifferens
Il veut naître avec le printems,
Dela Louptiere.
EXTRAIT
D'un discours Latin fur la paix , prononce
an College des Jesuites de Caen , par le
Pere du Rivet , de la Compagnie de Jefus.
Ila
S
paix que Louis XV. vient de procurer
à l'Europe , fait le bonheur de
la France , elle ne fait pas moins celui des
Nations étrangeres. Aufſi l'Orateur , dont
nous analyſons ici le Diſcours, ſe propoſet'ild'examiner
quels doivent être à l'égard
du Roi leurs ſentimens & les nôtres. 11
détermine leurs obligations à un tribut de
reconnoiſſance , grati animi tributum ; &
les nôtres , aux ſentimens d'un amour ſans
bornes , amoris fummi ſtipendium . Dès
l'Exorde, l'Orateur préſente en racourci un
tableau de la derniere guerre. Il prie les
Nations étrangeres de ne point s'offenfer
des traits qui pourroient lui échapper ,
moins avantageux peut-être qu'il ne le
Couhaiteroit pour leur gloire;mais que
C
2 MERCURE DE FRANCE.
l'Hiſtoire lui fournit pour preuves. Ici ,
dit l'Orateur , l'Histoire doit me servir de
guide. Si je n'avois à parler que de vous ,
(Nations étrangeres , ) je confulterois un
oracle plus favorable ; mais je parle de Louis ,
c'est dans l'Histoire ſeule de ce Monarque
qu'il faut chercher fon éloge. Cet Exorde
promet du beau & du vrai. Nous aurons
lieu de faire remarquer dans toute la ſuite
du Diſcours , que cette promeſſe eſt ac
quittée.
PREMJERE PARTIE.
Le tribut de reconnoiſſance que doivent
au Roi les Nations étrangeres , eſt
fondé ſur deux raiſons principales ; l'une ,
c'eſt que Louis leur a procuré la paix , dans
un tems où elle leur étoit devenue nécef-.
faire : l'autre , c'eſt qu'il leur a librement
abandonné preſque tout le fruit de
cette paix qui leur étoit devenue ſi néceſſaire.
C'eſt à ce double point de vûe que s'attache
l'Orateur dans cette premiere Partie
de ſon Diſcours. L'épuiſement univerſel
des Nations étrangeres, au tems de la concluſion
de la paix , rend tout-à fait fenfible
le premier de ces deux points de vûe.
En effet l'Autriche ne ſe ſoutenoit alors
que par le ſecours de ſes Alliés ,& fesAlliés
étoient las de la ſoûtenir. LaReing
AOUST. 1749. 53
de Hongrie s'étoit vûe dans l'obligation
de céder à la Pruſſe victorieuſe , la Siléfie
; à la Savoye , beaucoup de ſes Pays
héréditaires.
Il eſt à propos de remarquer , que quoique
l'Orateur ait ſemblé annoncer dans
fon Exorde aux peuples étrangers , des
traits fâcheux , ce ne ſont pas ceux de la
déclamation& de l'aigreur. Il rend justice
à leurs vertus & à leur mérite , il reſpecte
•même juſqu'à leurs malheurs. On verra
dans la ſuite du diſcours , qu'il eſt bien
éloigné d'employer cette façon de louer
révoltante , qui ne ſçait élever la gloire
du Vainqueur , que ſur la honte perfonnelle
des vaincus ,& qui ſemble ne lui
donner à combattre & à vaincre que des vices,
non des hommes , ou des hommes déja
vaincus par leurs vices & leur foibleſſe .
Quels rivaux , que des ennemis de cette
eſpéce ? Honorent- ils beaucoup un triomphe
? La route que l'Orateur fuit ici , eft
plus sûre : la politeſſe y jouit de ſes droits,
& la vérité n'a point à réclamer les ſiens ;
l'éloge ne riſque pas d'être confondu avec
l'adulation , parce qu'on ne confond pas
la vérité avec l'aigreur ; la cauſe du Héros
n'en eſt pas moins bonne ,& la condition
de l'Orateur n'en devient que meilleure .
C'eſt d'après des vûes ſi fages ,& qui de-
C iij
54 MERCURE DEFRANCE.
vroient être une régle dans l'art du Panégyrique
, que le P. D. R. trace le portrait
de l'Impératrice Reine .
>>> La France , dit- il , avoit craint long-
>> tems , & avoit pû craindre ſans honte
>>>une fille des Céſars ..... Redevable de
>> deux couronnes à ſa naiſſance , & d'une
>> troiſième à ſon mérite ... Aſſez ſolide
-pour écouter de ſages conſeils & pour
>>les ſuivre , affez judicieuſe pour les ap-
>> précier avec intelligence , affez ferme
>>>pour s'attacher invariablement à ſes
>>projets , affez pénétrante pour démêler
>> les talens propres à la fervir , affez fé-
>> conde en refſources , pour pouvoir être
>> quelquefois malheureuſe impunément ,
>> &c. le reſte du portrait eſt également
heureux & fidéle. Si ce n'étoit ici un fimple
extrait , nous aurions à nous reprocher
de priver les gens de goût de certains morceaux
qu'il faudroit expoſer dans leur total
pour les montrer dans tout leur beau .
Nous nous engageons cependant de leur
en préſenter affez pour les flatter. Il n'y
aura que le choix de difficile , Le caractére
que l'Auteur trace du Roi de Pruſſe , nous
fournit de quoi remplir notre engagement.
Voici comme il peint ce Héros.
>> Rappellez vous , Meſſieurs , les célé
>>bres victoires du Monarque Pruffien....
AOUST. 1749. 55
>>Héros , dont la vigilance égale la viva-
>> cité , prompt à prévenir les deſſeins de
>> ſes ennemis , heureux à les déconcerter ,
>> habile àcacher les ſiens , juſqu'à ce qu'ils
>> puiſſent éclater avec avantage , remplif-
>> fant tour à tour avec autant de valeur
» que d'activité tous les devoirs d'un
>>parfait Général , imitant dans la rapidité
>>de ſes opérations celle de la foudre ,
>>>dont les coups inattendus préviennent
>> le moment de la fuite , ou la rendent
>>>inutile ; digne par cette rapidité même
>>d'unir ſes armes à celles de Louis; ſe dé-
>>clarant pour la paix , fitôt qu'il a manqué
>> de raiſons plauſibles pour nous feconder
» dans la guerre , c'est- à-dire , tenant en-
>> core à Louis par la conformité des vûes ,
>> lors même qu'il ceſſoit d'être joint à
> nous par les armes .
و
Revocate in memoriam infignes illas,quibus
Europa perſonuit, Friderici Pruſſiorum Regis
victorias cum Bohemiam , Silefiam victor
peragraret ; heros vigil , in pravertendis hoftium
confiliis acer , in evertendis felix , in
fuis , donec erumpere tuto poſſent , diſſimulandisfolers
, ad omnes Ducis partes ſtrenuus
impiger ,hoftem ferire folitus more fulminis
quod improvisos occupat , fugam meditantes
affligit , conversos in fugam affequitur ; dignus
vincendi celeritate , quem bellifocium Ludo-
Ciiij
56 MERCURE DEFRANCE.
vicus haberet ; ubi ſtudendi palam defecerunt
honeste rationes , tum verò promovende pacis
cupidus , ideft , cum Ludovico , ſi non armorum
, faltem focietate conjunctus animorum.
Toujours dans ſon ſujet , l'Orateur décrit
enſuite l'épuiſement où étoient l'Angleterre
& la Hollande , les murmures &
les clameurs dont retentiſſoient Londres
& la Haye , au ſujet des ſubſides & des
impôts qu'il falloit payer ; il rappelle cet
acte public qui parut à l'ouverture de la
Campagne de 1748 , où les Provinces-
Unies annonçoient leurs frayeurs à toute
l'Europe . L'effroi de la Hollande à la vûe
de l'abbaiſſement dont elle eſt menacée ,
tandis que Génes ſe releve avec éclat ,
donne lieu à un parallele contrafté entre
ces deux Républiques ; nous nous contentons
de le donner en François. Ce même
parallele amene naturellement l'éloge du
Duc de Boufflers & du Maréchal Duc de
Richelieu . Nous traduirons ce morceau
auſſi littéralement qu'il nous ſera poſſible ,
& nous y joindrons le Latin , pour qu'on
puiſſe juger en même tems , &du ſtyle de
l'Orateur & de notre fidélité.
>> Infortunée Hollande , je ne veux ni
>> examiner de trop près , ni malignement
>>>interprêter ici le ſyſtême de votre poli-
>>tique. Je conſens même qu'on vous faffe
AOUST. 1749.
57
>> un mérite d'avoir fermé les yeux fur vos
>>propres périls , pour ne penſer qu'à ceux
>>de votre auguſte Alliée ; mais que la
>> République de Génes , en remettant en-
>> tre les mains de.Louis les intérêts de ſes
>>Citoyens& de ſon Sénat , aété bien plus
>>ſage que vous, &que par cette judicieuſe
>>précaution , elle a joué ſur le Théâtre de
>>l'Europe un rôle bien ſupérieur au vôtre !
>> D'abord éloignée du péril , vous n'en-
>> tendiez que de loin les foudres de la
>> guerre : tranquille au ſein de vos marais,
>>vous contempliez dans un calme pro-
>> fond les Villes de vos voiſins fumantes
>& renverſées. Cependant vos Ambaffa-
>>deurs parcouroient avec confiance les
>>Cours de l'Europe , portant partout la
» balance de la paix : Génes au contraire ,
> victime déplorable du plus affreux def-
>> tin , malheureuſe de ſurvivre à la perte
» de ſa liberté , expirante ſous le joug
>> d'une domination étrangere , réduite à
>>éprouver les rigueurs d'un humiliant ef-
« clavage , oſoit à peine ,du ſein de l'op-
>> preſſion , élever de timides regards &
» demander un vengeur ! Quelle étonnan-
» te révolution a changé tout à coup vos
>> deſtinées & les ſiennes ; Génes déſolée ,
> tremblante de frayeur , abimée dans le
deuil , fort de deſſous ſes ruines , ſes lar-
Cy
SS MERCURE DEFRANCE.
>>>mes ſont ſéchées , ſes eſpérances renaif
>> fent , l'aſſurance prend ſur ſon front la
>>place de la crainte ; libre de ſes fers , elle
>>>rend inutiles les efforts de ſes enneinis ;
>>elle écarte les dangers loin de ſes murail-
>>>les , elle brave les menaces de l'Autri-
>> che , elle échappe aux entrepriſes de la
>> Savoye , elle regarde ſans effroi les flot-
>>tes de l'Angleterre : & vous fiers Bata-
» ves , vous pâliſſez à votre tour , vous
>>déplorez vos pertes , vous vous plaignez
>>des caprices du fort qui vous porte des
>> coups mortels. Comment donc la ter
>> reur a-t'elle paffé des murs de Génes
>>dans vos Provinces ? C'eſt que les Génois
>> ont eû Louis pour défenſeur , & que
>>>vous n'avez pas craint de l'avoir pour
» ennemi.
>> O Boufflers , ô ſoutien d'une Répu
» blique ébranlée , ô digne inſtrument des
>> deffeins de Louis ! Génes ſubſiſte , elle
>>doit ſon repos à vos ſoins , ſon ſalut à
>>>votre bravoure ; pourquoi faut- il qu'un
>> fort cruel vous frappe dans le cours des
>> plus glorieux ſuccès ? Le tombeau s'ou
>>vre pour vous recevoir , Génes voit luire
>>fur elle les premiers rayons de fa liberté
>> naiſſante , & les horreurs du trépas vous
>>environnent ; vous êtes privé du fruit
>>de vos travaux,comme ſi la mort, en vous
AOUS. T. رو . 1749
>> prenant pour victime , avoit voulu rem-
>>placer celles que vous aviez défendues
>> contre ſes coups. Cependant , ô Héros
>> infortuné , cher & tendre objet de nos
>> regrets , conſolez -vous ; Richelieu fou-
>> tiendra la gloire de vos nobles travaux ;
>> il achevera votre ouvrage : Guerrier &
>>>>Courtiſan , tout enſemble ; ſçavant dans
>>l'art de la paix , habile dans celui des
>>>>combats , uniſſant aux dons du genie ,
» aux charmes de la politeſſe , au brillant
>>des graces , le feu de la valeur & le
>>phlegme de la prudence , c'est- à- dire ,
>> capable tout à la fois d'embellir les plus
>> belles Cours , & de fauver les Etats chan-
>>>celans , il fera retrouver en lui ce que
>>Génes vient de perdre en vous . On ad-
>>>mirera notre bonheur d'avoir dans
>ſa perſonne un Héros qui vous ref-
>> ſemble : la préſence de ce Guerrier bannira
la terreur , & écartera les ravages
>>d'une ville qui pofféde vos cendres ,&
>>comme votre tombeau ſera dans la ſuite
» des âges l'autel de la liberté publique ,
>> la ſtatue de Richelieu deviendra pout
>> Génes , ce qu'étoit celle de Pallas pour
>>>l'Empire Troyen , l'immortelle fauve-
>>garde de ſes autels &de ſes murs.
O Buffleri ! Civitatis afflicte columen ! 6
Ludovici confiliorum adminiſter animoſe ?
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
Genua stat tuis fecura vigiliis , tuis protecta
laboribus , tuis recreata periculis , & ( ô vim
fati duriffimam ) jaces , tu , immaturo cafu
prareptus , tumuli detruſus ad tenebras , cum
illa , per te fofpes ,ſuaviſſimâ rediviva libertatis
aurora incipit ſerenari , nec ad te vel
leviſſimus laborum tuorum fructus pertinuit ,
quaſimors defensam à tuis ictibus Genuenfium
Salutem tuo capite ulcifci voluiſſet. Solaretamen
fortis iniquas vices , heros defideratiſſime
; quos enim fociis in integrum reftituendis
labores tam alacriter impendiſti , eorum laudem
tuebitur Richelius ; abſolvet quod inceperas
, vir pacis idem & Martis artibus potens
, bellator ac aulicus ,fic argutias ingenii ,
lautitias urbanitatis , elegantia delicias , cum
fedulitate , cum prudentiâ , cum fortitudine
conſocians , ut alteris dotibus aulam omnium
Splendidiffimam ornare poffit , alteris verò
imperium aut rempublicam turbulentiffimis
bellı fluctibus agitatam à naufragio vindicare.
Qua propter , ô Buffleri , repræfentabit in fe
Richelins , &repræfentabit quantum est quod
amiſſum in te lugent ; orbi teſtatum relinquet ,
Galliam non unum civem haberefimilem tui ;
cuftodem cinerum tuorum Civitatem ab hoftili
feritate praftabit illaſam ; erit tuus ille tumulus
, ara quædam libertatis ; erit autem Richelii
in marmorefimulacrum velut illa Palladis
effigies Troja quondamſoſpitairix, ab ara
AOUST. 61
1749.
violationem hofticam , à muris Genuenfibus
vaftitatem propulfabit .
L'Orateur avoit d'abord expoſé l'épui
fement des Puiſſances ennemies ,& le beſoin
qu'elles avoient de la paix. Il ſe préſentoit
naturellement une objection : la
France n'étoit-t'elle pas dans le même état
d'épuiſement ? Objection ſpécieuſe ; mais
dont il montre le frivole , en appréciant
les pertes & les avantages , les dépenſes
& les reffources des differentes Nations;
il examine , il peſe tout. Un détail brillant
forme à ce ſujet des preuves qui vont jufqu'à
la conviction.
L'Orateur paſſe enſuite au déſintéreſſement
du Roi dans les concluſions de la
paix , ſecondmotifde reconnoiſſance pour
les Nations étrangeres : >>Ce déſintéreſſe-
>> ment , dit- il , n'a pas beſoin d'être prou-
>>vé, puiſqu'il n'a eu que tropde cen-
>>feurs. Les uns n'ont pû voir fans cha-
* grin , qu'un Roi , digne de gouverner
>> l'univers , refusât de s'aggrandir ; les au-
>>tres , dupes aveugles des préjugés popu-
>>laires ont confondu la grandeur du
>> Souverain avec la grandeur du Royau-
>> me; ils ont crû que le mérite du Mo-
>>narque confiſtoit à commander à plus
>>de peuples : idée fauſſe , puiſque le mé-
>>rite des Princes eſt indépendant de l'é-
د
62 MERCURE DE FRANCE.
>> tendue de leur empire , & que leurs ver-
>> tus ne doivent pas ſe compter par le
> nombre de leurs Provinces.
On releve enſuite ce déſintéreſſement fi
généreux , en montrant combien il a été
libre & volontaire . En effet , armées nombreuſes
, troupes aguerries , habiles Généraux
, artillerie formidable , munitions
abondantes , rien ne nous manquoit , &
jamais l'avenir ne nous avoit offert une
perſpective plus flatteuſe.
» Mais Louis , dit l'Orateur , dès le
>>commencement de la guerre , avoit ré-
>> ſolu de vaincre pour ſes Alliés , & non
»pour lui-même ; que dis-je réſolu , il s'y
>> étoit engagé , &c. Qu'on nous permette
ici d'envier le droit de faire une Traduction
, plutôt qu'un Extrait ; il y auroit
pour le Traducteur une gloire à laquelle
nous ne pouvons prétendre n'ayant que le
mérite du choix .
SECONDE PARTIE.
L'Orateur prétend , comme on a dit
plus haut , qu'en nous procurant la paix
Louis a mérité de notre part des ſentimens
d'un amour ſans bornes. Pourquoi ? Parce
que pour nous procurer la paix , il a fait un
des plus grands facrifices dont les Héros
ſoient capables , est illa pax grandi redemp
AOUST. 1749. 63
ta pretio ; premiere raiſon. Parce qu'en ſecond
lieu cette paix qu'il nous procure , ne
peut manquer d'être durable , est ad diuturnitatem
compofita. En faveur des nations
étrangeres , Louis avoit refuſé d'agrandir
ſes Etats ; en faveur de la France , il refuſe
de multiplier ſes victoires. Maître de Bergopzoom,
nous étions devant Mastricht,&
Maſtricht , étoit ſur le point de ſe rendre ,
ainſi l'entrée de la Hollande nous étoit ouverte.
Le nom de Bergopzoom rappelloit
naturellement celui du Maréchal de Lowendal
; voici comment en parle l'Orateur.
» Quelle difficulté étoit capable d'arrê-
> ter un Héros , qui pour eſſayer ſon bras
>> dans le métier de la guerre, avoit domp-
» té les Tartares ? Qui d'un théatre moins
>> illuſtre appellé ſur celui de la France , y
>> paroiſſoit avec tant de dignité , en aug-
>>mentoit l'éclat par ſes vertus militaires ,
>> en égaloit la grandeur par celle de ſes
> exploits ; guerrier , qui tantôt par fa
>> promptitude trompe la fortune , pour
» ainſi dire , prévient ſes caprices & ne lui
>>donne pas le tems de balancer ; tantôt
>> par la patience triomphe des obſtacles &
>> rachete la lenteur des opérations par le
merveilleux du ſuccès : toujours fage ,
>> jamais heureux par hazard , lors même
64 MERCURE DEFRANCE.
» qu'il l'eſt le plus promptement ; auſſi di-
>> gne du ſuffrage de Louis , lorſqu'il em-
>> porte Oftende en trois jours , que lorf-
>> qu'il lutte contre les réſiſtances de Ber-
>> gopzoom , qu'il l'attaque par trois en-
> droits, & l'oblige de reconnoître pour la
>> premiere fois un vainqueur.
Ce caractére eſt ſuivi d'une courte defcription
de Maſtricht ; dont le péril détermine
enfin les ennemis à ſolliciter la paix.
Que fera le Roi , demande l'Orateur ?Habile
à ſaiſir tout ce qui peut entrer en
preuve de ſon ſujet , l'Orateur tire avantage
de la difficulté que les Héros ont naturellement
à ſe vaincre ſur un point
auſſi délicat que le ſont les occafions qui
s'offrent d'ajoûter à leur gloire; c'eſt une
carriere brillante qui s'ouvre devant
eux . Quelle grandeur d'ame ne faut- il pas
pour ſçavoir s'y arrêter , lorſqu'on peut la
parcourir avec ſuccès ? C'eſt cette réflexion
, embellie par le brillant du ſtyle &
la vivacité des images, qui termine la premiere
preuve ſur laquelle l'Orateur a fondé
le tribut d'amour que nous devons au
Roi .
Il tire ſa ſeconde raiſon , de la conduite
que le Roi a tenue dans la concluſion de la
paix, & qui nous en affûre la durée. Pour
s'appuyer fur des titres que la malignité &
AOUST. 1749. 65
l'envie ne puiſſent rejetter, il remonte d
la ſource de preſque toutes les guerres qui
ont agité la France depuis un fiécle. Il en
attribue la cauſe à la jalousie de l'Europe
& aux vûes d'ambition qu'elle nous ſuppoſoit.
Tels furent en effet les refforts que
mit en oeuvre le fameux Prince d'Orange
Guillaume III . Or le déſintéreſſement du
Roi dans la concluſion de la paix permetil
encore à la jalouſie de s'irriter de notre
grandeur , & à la malignité de nous ſuppoſer
des projets d'ambition ? Que nous
envieront les nations étrangeres , elles à
qui nous cédons tout juſqu'ànos conquêtes
, finon le pouvoir de les rendre heureuſes?
Quelles vûes nous prêteront-elles,
finon celles de nous les attacher par les
liens du bienfait& de la confiance. C'eſt
fur ces principes que l'Orateur appuye ſes
conjectures fur la durée de la paix. Cependant
comme fi ces raiſons ne fuffifoient
pas , il a recours à l'expérience que nos ennemis
ont faite durant le cours de la guerre
, des reſſources inépuiſables qu'avoit la
France pour ſe rendre le fort des armes favorable
; reſſources dans les vertus du Roi,
refſſources dans les qualités auguſtes de
Monſeigneur le Dauphin , reſſources dans
la préſence même du Roi commandant en
perſonne ſes armées , reſſourcesdans la va66
MERCURE DE FRANCE .
leur des Princes du Sang , reſſources dans
la capacité des Généraux , reſſources dans
la multitude de nos troupes , reſſources
dans la bravoure du ſoldat , enfin reffources
dans le zéle de tous les Citoyens & de
tous les Corps du Royaume.
Le détail de ces differentes reſſources
eſt un morceau trop étendu pour trouver
place ici , on pourra juger du reſte par ce
que nous en allons rapporter .
>>Reſſources , dit l'Orateur, dans les ver-
» tus du Roi . En est - il dont il n'ait donné
> des exemples éclatans ? Exemple de pru-
>>dence, de bravoure, de hardieſſe,de conf-
>>tance , de modeſtie, d'humanité, de bonté
>>pour les foldats , de généroſité à l'égard
>même de ſes ennemis. Les champs de Fontenoy
ſont principalement le théatre où
l'Orateur fait remarquer l'aſſemblage de
ces vertus héroïques. Lejour ſous lequel il
les fait paroître , en aſſûrant au Roi le tributd'amour
que nous lui devons , promet
à l'Orateur cet hommage d'eſtime qu'on
ne peut refuſer à ceux qui ſçavent peindre
les Héros tels qu'ils font , & la vertu
telle qu'elle doit être pour emporter tous
les fuffrages.
>>Reſſources dans la capacité des Géné-
>> néraux & des premiers Officiers. Ici ,
Meſſieurs , quelle foule de noms illuftres
AOUST. 1749. 67
> ſe préſente à moi ? Les Clermont , les
» Broglie , les Coigni , les Maillebois , les
>>> Birons , les Segurs , les d'Eſtrées , les
►Contades, les d'Armantieres& tant d'au-
>> tres qu'il fuffit de nommer pour avoir
>>fait leur éloge ? Que ne puis-je du moins
>>vous peindre en traits affez majestueux
>> ce brave & intrépide Saxon , né pour
>>l'avantage de cet Empire , quoiqu'il foit
" né hors de ſon ſein , comme ſi le Ciel
>> eût voulu que le même homme fit par ſa
» naiſſance la gloire de l'Allemagne ,& par
>>ſes exploits celle de la France ? Que de
> talens ! que de qualités s'offriroient à
>> votre admiration ! S'il aſſure dans la
>> Flandre le fruit de nos victoires contre
>> les entrepriſes d'une armée formidable ,
>> commandée par les chefs les plus habiles ;
>> c'eſt Turenne , qui à la tête de quel-
>>>ques troupes , défend une feconde fois
>>>nos Provinces contre toutes les forces de
» l'Empire . S'il livre une bataille , s'il at
>> taque en perfonne ; c'eſt un Condé qui
>>triomphe encore à Lens, à Nortelingue,
>> à Rocroi : s'il marche pour aller inveſtir
>> Maſtricht , & prenant ſa route au tras
» vers des ennemis , il échappe à toute
>>leur vigilance ; c'eſt Luxembourg qui re-
>> nouvelle le prodige de la marche de Vi-
>>>gnamont , & qui l'efface par un prodige
68 MERCURE DEFRANCE
encore plus grand : s'il régle toutes les
>>opérations d'une Campagne ; c'eſt Cati-
>>>nat qui joint aux grandes vûes l'eſprit
>>de détail , qui change de vertus ſelon les
>> conjonctures ; dans les favorables ofe
>>tout avec hardieſſe , dans les difficiles
» n'agit qu'avec précaution, dans la né-
>> ceflité ne ménage rien. On diroit que
>>Maurice tient à tous les fiécles ; aux paf-
❤ſés , dont il fait revivre en lui les Héros,
>>au préſent qu'il honore par ſes exploits ,
>>aux futurs dont il ſera le modéle.
>> Que j'aimerois encore à vous peindre
> cet autre Général, qui joint une noble&
>>heureuſe audace à l'activité de l'efprit , à
>>la ſupériorité des lumieres & de l'intel-
>>>ligence; dont le courage a défendu Pra-
>>>gue , les foins , fortifié & embelli Metz .
>>>Négociateur profond , qui démêle avec
>>adreſſe le noeud des affaires les plus dif-
>>>ficiles , & qui à la tête des armées le tran-
>> che , s'il le faut , avec le fer; guerrier
>> toujours redoutable à nos ennemis , foit
>> qu'il les attaque ſur leurs terres , foit
>>qu'il les chaſſe de deſſus les nôtres ; auſſi
>>maître des eſprits qu'il domine par l'é-
>>tendue du ſien , que de la victoire qu'il
>>enchaîne par ſa valeur ; Citoyen diſtin-
>>gué par l'éclat de ſes ſervices , ne profi
AOUST. 1749. 69
> tant de l'élevation de ſa fortune que
>> pour faire du bien. Que dirai-je de plus ?
>Objet de la jalouſie , parce que le deſtin
>>du mérite fut toujours d'avoir des ja-
>>loux.
Adjumenta in bellicis ducum prafectorumque
virtutibus. Hic autem , auditores , grot
ſplendida occurrunt nomina , Claromontii,
Broglii , Cognai , Mallebofii , Segurtii , Bironii
, Estrai, Contadii , Armentarii , & alia
tam multa que praconio non indigent , quoniam
ipſum nomen inſtar ampliſſima laudis eft?
Quin faltem licet animofum illum Saxonem
adumbrare vobis , ut par eft ; Gallia natum ,
quamvis natus fit extra Galliam,ut idem Ger
manis apud illos naſcendo , idem Gallis apud
nos militando , claritatem afferret ? Quot in
uno collecta dotes, congestaque decora veftrum
omnium animos admiratione defixos fufpenderent
! Ille,fi cumpauciffimis numero copiisvictoriarum
noftrarumfructus contra celeberrimos
boftium duces , numerofiffimumque exercitum
tutatur in Belgio, crederes adeffe Turennium
noſtras provincias adversus imperii vires nou
nifi cum lectiſſimâ militum manu iterum de
fendentem. Si confligit instructa acie &hoftes
impetit, confilio rem gerens ac manu, crederes
adeſſe Condeum ad rupem regiam , ad Ne
rolingam , ad Lentiam , triumphantem , Si
70 MERCURE DEFRANCE.
Trajectum ad Mosam circumceffurus , iter
inftituit cum exercitu , &-intento per mediam
federatorum ducum aciem itinere , experrectam
illorum vigilantiam ludificatur , crederes
adefſſe Luxemburgium Vinea- Montani itineris
renovantem prodigia &majoribusfuperantem.
Sı belli rationem omnem componit tacitus ,cre.
deres adeffe Catinatum pro difficultate temporis
cautè , pro commoditate rerum audacter , pro
neceffitate fortiter , fingulis rebus &univerfis
providentem. Adeo Mauricius ad omnes atates
quafi pertinet , ad præteritas quarum heroes
ab inferis excitat , ad prafentem quam
bellicis decoribus illuftrat , ad poſteras qua.
rum exemplar futurus est .
Quidni etiam vacat aliter quam brevioribus
lineamentis Ducem illum deſignare confilio
non feracem minus &promptum quam feliciter
audacem , Pragisftrenuè defensis clarum ,
Metis adſplendorem fimul &fecuritatem amplificatis
confpicuum , non modo rebus adhibitâ
ingenii dexteritate folerter expediendis ,
fed etiam, ubi opus eft , ferro ſecandis habilem ;
qui quam laudabiliter ſe geſſu in hoftiumſolo ,
tam efficaciter impedivit ne latrocinaremur
in noſtro ; cujus eft &mentibus victoria do.
minari , quoniam alterum amplitudinem mentis
, alterum animi fortitu inem postulat ,
utroque fimul eminet. Civis meritorum clariAOUST.
1749. 71
1
1
1.
is
0
1
tate ſpectandus , in fortuna faftigio plures beneficiis
demereri cupidus , cui nec illud etiam
deeft quod fumma virtuti numquam defuit ,
habere invidos.
On regrette d'être obligé de mettre des
bornes à cet Extrait , nous y avons fait remarquer
bien des beautés , mais nous ne
les avons pas épuisées. L'Orateur partout
ſemblable à lui-même s'eſt foutenu dans
les endroits même qui paroiſſent les moins
du reffort du génie. Son discours eſt terminé
par une peroraiſon digne du reſte de
l'ouvrage. Il rapproche les preuves ,&
en forme une image , où l'on reconnoît la
grandeur du Héros & les titres ſur lef
quels font fondés les ſentimens de reconnoiſſance
que ne peuvent lui refuſer les
Nations étrangeres , & le tribut d'amour
que la France lui doit pour le bienfait de
lapaix.
72 MERCUREDE FRANCE .
PARALLELE DE LOUIS XV.
A
AVEC LOUIS XIV.
Te louer , grand Roi , dans l'ardeur qui
m'engage ,
Je ne ſçais qui je dois admirer davantage ,
Ou Louis qui tranſmit ſes vertus dans ton coeur ,
Qu toi, dont l'héroïſme en foutient la ſplendeur.
Combien de fois vit-on, d'un floriſſant Empire
Tout l'éclat s'éclipſer, quand le Monarque expire ?
Souvent le fils s'endort , & perd dans le repos
La gloire que le pere acquit par ſes travaux.
L'infatigable Roi que le François adore ,
Fait douter ſi Louis ne regne pas encore :
Partout il ſuit ſes pas ,& la foudre à la main ,
Comme lui de la gloire il s'ouvre le chemin ,
Mais quel aſtre , jaloux du bonheur de la France ,
Fait fentir à Louis ſa maligne influence ?
La fiévre au frontlivide & la pâle langueur
Dans ſa courſe brillante arrêtent ce vainqueur,
La gloire eſt conſternée & laFrance éperdue :
Tout n'offre que triſteſſe & que pleurs àma vue.
Tendres François, voici votre jour le plus beau ,
Jour heureux , où Louis triomphe du tombeau.
L'amour qu'il eut pour vous lui raviſſoit la vie :
Apeine il la reprend , qu'il vous la ſacrifie.
Comme
,
AOUST. 1749. 73
Comme Louis le Grand , ſe plaignant autrefois
Qu'un fleuve impétueux retarde ſes exploits ,
Avec ſes Légions le traverſe à la nage ,
Et le rend malgré lui témoin de ſon courage ;
'Ainſi ſon fils , touché qu'au jour de ſes ſuccès
Un accident fatal ſuſpende ſes progrès,
Ranime ſes eſprits , combat la douleur vive ,
Qui retient dans ſon ſein ſa grande ame captive :
Il ſurmonte ſes maux , vole au-delà du Rhin :
J'admire dans Fribourg le vainqueur de Menin.
Vous voyez ce Héros dans laplaine Belgique
Enchaîner d'une main lavaleur Britannique ,
De l'autre foudroyer des remparts & des tours,
Torrent impétueux ,rien n'arrête ſon cours.
Naſſau que retenoit une lente prudence ,
De Louis devant Mons admira la vaillance.
Plus bouillant, plus hardi, le jeune Cumberland ,
Se prépare à combattre un Héros qui l'attend.
Allons, dit-il, marchons : qu'à travers le carnage
Mes bataillons ſerrés ſe faſſent unpaſſage.
C'eſt Tournai qui m'appelle , il faut le ſecourir,
Fondre , frapper , percer , triompher ou périr.
Sa colonne terrible & ſa voix menaçante
Ad'autres qu'aux François eût donnél'épouvante,
Louis d'un ſeul regard anime ſes ſoldats ,
Et force la victoire à marcher ſur ſes pas.
Va, vole, dis par tout ,bruyante Renommée,
D
74 MERCURE DEFRANCE .
Qu'à force de courage , enfonçant d'une armée
La colonne effrayante , un intrépide Roi
A renverſé 'Anglois aux champs de Fontenoy :
Quetouché de leurs cris , il reçoit dans ſes tentes
Et ſoulage de Mars les victimes ſanglantes.
Et toi , brillante gloire , éleve des Autels
Auplus vaillant des Rois, au plus doux des mortels.
Vous , Héros , dont le ſang a cimenté le Trône ,
Recevez les lauriers dont ſa main vous couronne.
Que de nouveaux exploits , quels lieux , quelle
faiton
Qui ne ſerve , Louis , à ſignaler ton nom !
Dans l'horreur de l'hyver , ici Bruxelles priſe
Allarme le Danube & a fiere Tamile :
Là vainement la mer s'arme , combat pour vous,
Oſtende , & vous , Anvers , vous tombez ſous nos
coups
A peine par Conty Mons eſt réduit en poudre ,
Que Namur par Clermont eſt frappé de la foudre
Ce fils du grand Condé , plein d'ardeur pour fon
Roi ,
Nous rappelle à Raucoux le beau jour de Rocroy.
Peins, Muſe, dignementle François magnanime
Ne craignant que la nuit dans l'ardeur qui l'anime
:
Peins-nous , comme un Turenne , au milieu des
guerriers ,
Maurice, pour Louis moiſſonnant des lauriers.
AOUST.
75
1749.
Charles,de ce vainqueur redoutant la pourſuite ,
Cherche , tout grand qu'il eſt ,ſon ſalut dans la
fuite.
Suſpens , Aſtre du jour, ton cours précipité:
Quelques moinens encor prête-nous ta clarté.
Sur la France Raucoux répandra plus degloire,.
Que ne fit de Steinkerque autrefois la victoire.
Nous oublions ces lieux où les Héros François
Firent de leur valeur de ſi nobles eſſais.
Sur tes plus hautes tours Belle-Iſle me tranſporte,
Prague , fameuſe Prague , auſſi foible que forte :
Foible, quand les François l'attaquent en Céfars ,
Forte, lorſque leurs corps lui ferventde remparts.
Afesyeux toujoursgrands pat leur valeur extrême,
Ils le ſont encor plus pat leur retraite même ,
Ils bravent les frimats ſous des cieux inconnus ,
Et s'ouvrent un chemin à force de vertus.
Du courſier d'Apollon je vole ſur les aîles ,
Versces monts ou desRoiss'aigriffent les que
relles.
Enproye aux ennemis ,&déja dans les fers ,
Gênes , ta délivrance étonne l'Univers.
J'apperçois le poignard , je vois la main levée,
Intrépide elle frappe , & la Ville eſt ſauvée.
Ah! pour te recouvrer , aimable liberté ,
Que n'oſe point un coeur de ſes fers irrité !
Louis prête fon bras ,& partage la gloire ..
Dij
76 MERCURE DEFRANCE.
Du noble & nouveau trait dont brillera l'histoires
Richelieu , dont le nom eſt ſi cher & fi grand ,
Acheve les exploits de Boufflers expirant .
Du haut des monts , enflé d'une vaine eſpérance
,
Browne comme un torrent inonde la Provence :
D'Amédée imitant le dangereux effort ,
Ofe-t'il ſe flatter d'avoir un autre ſort ?
Audacieux projet , entrepriſe inutile !
L'un fuit devant Teſſé , l'autre devant Belle-Ine.
Nervinde reparoît , Lawfeld la reproduit ,
'Avec non moins de ſang , mais avec plus de fruit.
Nous touchons aux marais de la riche Zélande ,
Etdéja nous ſemons l'effroi dans la Hollande.
Louis , ſur Bergopzom ton bras s'appéſantit :
Des traits de Lowendal rien ne le garantit :
Parunheureuxdeſtin devenant notre proye ,
De la Paix deſirée il prépare la voye.
Nos champs n'offrent encor que d'horribles gla
çons ,
QuandMaſtrichtdelauriersnousoffre des moiſſons
Atravers les éclairs , la foudre & le tonnerre ,
DontBellone en fureur épouvante la terre ,
Au milieu des ſoupirs, dans le centre des maux ,
Qu'enfante chaque jour le plus granddes fleaux,
Quelle divinité , douce ,tranquille , aimable ,
Jette ſur les mortels un regard favorable
AOUST. 77 1749.
D'une puiſſante voix , P'olivier à la main ,
Elle impoſe ſilence à cent bouches d'airain .
Tel un calme profond fuccédant à l'orage ,
Qui n'a produit par tout que grêle & que ravage,
Raflûre les mortels, diffipe la terreur ,
Dont les vents irrités avoient frappé leur coeur ;
Telle la paix ſuccéde au monſtre redoutable ,
Qui ſe nourrit du ſangdes peuples qu'il accable ,
Regle les intérêts qui nous déſuniſſoient ,
Et fait quitter aux Rois les foudres qu'ils lançoient.
La victoire s'arrête & ſe tait devant elle :
L'heureux jour deNimegue enfin ſe renouvelle.
Comme ſon Biſayeul oubliant ſes exploits,
De ſes armes Louis abandonne les droits.
Afoulager ſon peuple il trouve plus de gloire ,
Qu'à conſerver les fruits qu'il tient de la victoire.
Eh quoi! pour retenir tant de pays conquis ,
Faut- il qu'un nouveau ſang en devienne le prix ?
Plus un Empire eſt grand , plus ſa chûte eſt prochaine.
Decent Princes jaloux il fomente la haine.
Loin d'ici le vainqueur , dont les heureux ſuccès ,
Et l'ardeur d'envahir éloigneroient la paix.
J'adore un Conquérant que guide la juſtice ,
Et qui des dons de Mars ſçait faire un facrifice.
De cent États en feu le Pacificateur
Dij
78 MERCURE DE FRANCE.
Eſt plus grand à mes yeux, que le plus grandvainqueur.
Achevons des deux Rois le brillant parallele :
Que d'amour dans leur coeur pour leur peuple
fidéle!
L'éclat que leur Empire emprunte des Beaux Arts ,
Le diſpute à l'éclat qu il reçoit du Dieu Mars.
Nos Héros exercés , & la France aguerrie ,
A l'abri des revers mettent leur Monarchie.
Que de traits reflemblans ! L'on diroit que par tour
Leur gloire ſe confond, & ne forme qu'un tout.
REFLEXIONS .
Sur la nouvelle Carte que M. de Thuri
vient de donner au Public.
D
E toutes les entrepriſes qui ont été
faites en France pour la perfection de
la Géographie & de la Navigation , il n'en
eſt point qui faffe plus d'honneur à la Nation
que celle qui regarde la deſcription
géométrique de la France. Que la Terre
, felon la remarque de M. de Fontenelle
* , foit un ſphéroïde allongé ou applatti
vers les poles , la difference ſera toujours fi
petite , que cette queſtion peut paroître
* M. 1740 , page 74-
AOUST. 1749. 79
plus curieuſe qu'importante; mais que l'on
donne plus ou moins d'étendue aux parties
qui compoſent l'étendue de la France ,
c'eſt une queſtion dont l'importance eſt
plus ſenſible & l'utilité plus marquée.
D'ailleurs les autresNations partagent avec
la France * la gloire d'avoir concouru à la
connoiſſance de la grandeur des degrés
terreſtres , tandis qu'aucune n'avoit peutêtre
encore pensé à ſe procurerdes Cartes
exactes de ſon pays .
Il ſembloit pourtant que l'intérêt du Roi
&celui de ſes Sujets , ſe trouvoient réunis
dans l'exécution de cette entrepriſe. Que
l'on propoſe à un Miniſtre de faire conftruire
denouveaux chemins , de régler la
marche des troupes dans l'intérieur du
Royaume, il faut toujours avoir recours
à la Carte , pour la diriger par la voie la
plus courte,( la diligence eſt auſſi néceffaire
pour le bien du commerce que pour
le ſuccès des armes ) il n'eſt point de particulier
qui ne ſente la neceſſité d'avoir
un plan exact , ou le papier terrier de ſa
terre , & nous ſentons tous combien il
nous eſt avantageux que le Roi ait le plan
exactde tout ſon Royaume.
Il ne faut pas croire que la préciſion
géométrique ſoit abſolument inutile , &
*Grandeur & figure de la Terre , p . 17 .
Dij
80 MERCUREDEFRANCE .
4
que la Géographie de la France , dans l'état
où elle ſe trouvoit auparavant , fût
d'une exactitude plus que ſuffiſante : il
fuffir de jetter les yeux ſur la Carte de M.
de Thuri , pour voir combien la France
a , pour ainſi dire , changéde face depuis
ſa nouvelle réforme ; & pour reconnoître
toutes les erreurs où nos meilleurs Géographes
font tombés , on trouve des differences
de 4 à sooo toiſes entre la diftance
d'une Ville à l'autre, déterminée par
lestriangles,& celle que donnent lesCartes
des Sieurs Delifle & Jaillot. Il ſeroit trop
longdedonner ici le détail de toutes les remarques
que j'ai faites ſur le rapport de ces
Cartes, je me contenteraid'en rapporter ici
quelques-unes.
Les diſtances ſuivantes font marquées
en minutes d'un grand cercle , qui répondent
à 951 toiſes , parce que c'eſt une mefure
commune à toutes les Cartes.
Thuri. Delifle. Jaillot.
De Tarbe à Auch , 33 38 40.
2
D'Auch à Toulouſe ,
37
De S. Bertrand à Lombés ,
30
I
2
41 40
35-
2
2 33
De Langres à Châlons , 77 71
De Troyes à Sens ,
2
32 28
De Châlons à Rheims , 21
25
De Langres à Dole , 48
40
De Dole à Châlons , .. 32
35
AOUST. 1749.
Thuri. Delisle. Jaillot.
D'Auxerre à Saulieu , 37 41
De Philifbourg à Strasbourg , 49
De Strasbourg àNeuf Brifac , 35 33
De Colmar à Befort ,
44
2
2
33 29
De Fréjus à Nice , 29 26
r
Du S. Eſprit à Arles 35 39
,
Du Queſnoi à Rocroi , 39 32
De Sancerre à Montargis , 41 37
DeMontargis à Sens ,
26 23
De Saintes àla Rochelle , 32
33 31
D'Angoulême , 33 34 30
De Perigueux à Limoges , 45 53
De Lion à Grenoble , SI 42
De Mende à S. Flour , 35
32
De Bordeaux à Agen , 63 60
De Nevers à Moulins , 26
23
De Moulins à Autun , 47
2
De Bourges à Limoges , १० 83
2
De Bourges à Moulins , so 55
De Nantes à Luçon , 49 44
De Verdun à Longwy , 28
30
De Clermont à Verdun , 11- 13
2 2
De Langres à Chaumont , IS 19
2
De Mets à Thionville . 15 18
2
De Troyes à Langres , 57 53
Après avoir comparé les diſtances des
principales Villes , ſituées dans l'intérieur
&vers les confins du Royaume , j'ai examiné
de la même maniere toutes celles qui
D v
82 MERCURE DEFRANCE.
font placées ſur les côtes de l'Océan , &
aux environs : on ſçait que nous n'avons
rien de plus exact que les Cartes inſerées
dans le Neptune François , on y remarque
cependant des differences de 2 à 3000
toiſes dans la diſtance d'une Ville à l'autre
; il eſt vrai qu'il s'en trouve pluſieurs
abſolument conformes à la Carte de M.
de Thuri. Je ne rapporterai ici que celles
où j'ai remarqué les differences les plus
conſidérables.
Les diſtances fuivantes font marquées
en toiſes.
Selon M. de Selon le Nep
Thuri. tuneFrançois.
DeDouvres à Calais , 21700 22200
De S. Vallery à Dieppe , 26000
24000
De Dieppe à Fécamp , 27500
26000
De Gramville à S. Malo , 20000 18500
De Frehel à S. Brieu , 19500 14800
De S. Brieu à Treguier , 23500 20000
De S Pol de Leon à Gouluen , 13000 11000
De Breſt à Crauſen ,
8000
7000
De Pontcroix à Quimper , 15000 13500
DeQuimperlai au M deGroix , 14000 12000
De l'Orient à Auray ,
16000 14000
D'Auray . Vannes , १००० >8000
De Vannes à Guerande , 23000 21000
Des Sables d'Olonne à la Ro- 32000 28500
chelle ,
De Soulac à la Tête Dubuc , 50500 47500
Dans la Carte du Diocéſe de Courance,
levée par le Sieur de la Pagerie ,
AOUST. 1749. $3
& unedes plus exactes detoutes celles qui
ont paru juſqu'à préſent , on remarque
une difference de près de 1 500 toiſes dans
la diſtance de l'Iſle Saint Marcou à Valogne
, que M. de la Pagerie établit plus
grande qu'on ne la trouve dans la Carte
de M. de Thuri.
Si les differences que l'on remarque
entre la Carte de M. de Thuri & celles des
autres Géographes , paroiſſent exorbitantes
, eu égard à la quantité de Cartes qui
ont paru ſucceſſivement , & à l'habileté
de ceux qui les ont miſes au jour , il faut
aufli convenir que les moyens , qui ont
étémis en uſage pour les dreſſer , paroiffoient
peu propres à donner l'exactitude
que l'on pouvoir deſirer. En effet quel art
ne falloit-il pas fuppofer dans un Géographe
, pour ſçavoir difcerner parmi le
grandnombre de Mémoires qui lui étoient
communiqués , ceux qui avoient été faits
par les perſonnes les plus intelligentes ?
Quel tems immenfe & quelle longue
fuite de combinaiſons ,pour débrouiller un
chaos d'obfervations qui ſe contredifent
les unes les autres ; & ne pourroit-t'on pas
dire que nos meilleursGéographes font
ceux qui ont ſçû le mieux deviner ?
د
J'attends avec impatience que M. de
Thuri nous donne le détail de routes fes
Dvj
$ 4 MERCUREDE FRANCE .
opérations , pour pouvoir calculer la difrance
de toutes les Villes principales les
unes par rapport aux autres , car l'échelle
de ſa Carte eſt trop petite pour que l'on
puiſſe eſtimer les diſtances à 2 ou 300
près.
A Lyon ,le 26 Mai.
MADRIGAL.
C'Eft Eſt envain que vous m'exhortez ,
Ingénieuſe Iris à peindre vos beautés ;
Je me garderai bien de cette audace infigne.
Avant que de vos yeux j'euſſe ſenti les coups,
Mon coeur ne trouvoit rien qui de mes vers fût
digne ,
Et je ne trouve pas mes vers dignes de vous.
Parle Chevalier D... R...
M
AOUST . 85 1749
SSSSSSSSSSS
מ מ
NAIS.
CANTATILLE ,
Mise en Muſique par M. N**.
D Epuis qu'un Etranger aimable
Embellit ce rivage heureux ,
Les roſſignols ſemblent plus amoureux .
L'Empire de Neptune eſt toujours favorable ,
Et lemurmure des ruiffeaux
Se mêle aux chantsde mille oiſeaux.
Roſſignols , votre doux ramage ,
Paſſe juſqu'au fond de mon coeur:
L'amour , dont j'ignorois l'uſage ,.
Eſt enfin moncharmant vainqueur.
Pour l'Etranger que l'on admire ,
Je ſens des tranſports trop connus :
C'eſt pour lui ſeul que je foupire ;
Ah ! que ſes ſoins font affidus !
Je nel'apperçois point encore ,
Etdéja le Soleil éclaire ce ſéjour !
Il devoit devancer l'Aurore
Pour venir me faire ſa cour..:
1
86 MERCURE DE FRANCE.
Je
Mais Dieux ! j'entends ſa voix enchantereſſe ! ১
Ses yeux , remplis des plus beaux feux ,
Vont m'aſſûrer de ſa tendreſſe ...
le vois , il approche , il va combler mes voeux,
Belle Nymphe , un Dieu pour vous plaire
S'eſt caché juſques à ce jour :
Ici , vous allez voir Cythere ,
C'eſt le triomphe de l'Amour.
Enmoi reconnoiſſez Neptune ,
Enchanté de vos yeux charmans :
Pour lui la plus belle. fortune ,
C'est d'effacer tous vos amans.
Venez , Divinité nouvelle ;
Venez, regnez ſur mes ſujets :
Mon Trône eſt fait pour la plus belle ,
En vous je vois briller ſes traits,
Laffichard.
6
CetteCantatille , qui ſe vend ſeulement
chez M. le Clerc , rue du Roule , à la Croix
d'or , eſt miſe en Mufique par un Auteur
qui , fans copier M. Rameau , a ſçû raffembler
dans ſon ouvrage une partie des graces
de ce célébre Muſicien. Prix 30 f.
L'illustre Alliance , Cantatille de M.
Noblet , fe vend I liv. 16 ſ, aux adreſſes
AOUST. 1749. 87
ordinaires , de même que le retour de Philinte
, Cantatille , miſe en Muſique par une
jeune Demoiselle , ſe vend I liv. 4 f.
LETTRE
免洗洗洗萧
Touchant le vrai nom d'un Poëte François ,
qui a été célébre au XIV. fiècle.
JEEnnee puis , Monfieur , m'empêcher de
donner à l'Auteur de la Bibliothéque
Françoiſe toutes les louanges qu'il mérite
, pour avoir ſurmonté les dégoûts qui
ſe préſentent à la lecture de nos anciens
Poëtes , dont il a rendu compte dans ſon
ouvrage. Il faut pour ce travail un genre
de conſtance , dont tous les Ecrivains ne
font pas fufceptibles. M. l'Abbé Goujet
afait voir que rien ne l'avoit rébuté dans
fon entrepriſe. Comme je crois que c'eſt
lui faire plaifir que de lui propoſer les
doutes qui peuvent naître dans l'eſprit de
ſes lecteurs , je lui en propoſe , Monfieur ,
par votre canal , un qui m'eſt venu , en lifant
ſon neuvième tome.
En parlant d'un Religieux de l'A'bbaye
de Chaalis , proche Senlis , qui a écrit
dans le quatorziéme fiécle , ſous le regne
de Philippe de Valois , differens fonges
88 MERCURE DEFRANCE .
en vers François , ſous le titre de Peleri
nages , il affecte de l'appeller toujours
Guillaume de Deguilleville. Ce ne peut pas
être une faute d'impreſſion , puiſque de
Deguilleville y est répeté plus de ſoixante
fois. C'eſt donc de propos déliberé que
M. L. G. donne à ce Poëte le nom de
Deguilleville.
Cependant il ſemble que juſqu'à lui ,
on ne l'avoit point connu autrement que
ſous le nom de Guillaume de Guilleville ,
Guillelmus de Guillevilla. On peut voir
differens catalogues de manuscrits , que je
n'ai pas actuellement ſous la main : M.
Goujet fournit lui -même des preuves que
le de redoublé , eſt une altération du nom
de cet Auteur : car à la page 92 l'Abbréviateur
de ſa Poëfie l'appelle ſimplement
Guilleville... Il eſt vrai qu'à la page 75 ,
dans les vers de Pierre Virgin , qui a retouché
notre Poëtre après qu'il fut décedé ,
on lit ces vers :
>>Cy enſuit le noble Romant
>>D>u Pelerin , bon& utile ,
>> Compoſé bien élegamment
>>>Par Guillaume de Deguilleville ,
>> De Chalis de Pontigny , fille ,
>>M>o>inede l'Ordre de Ciſteaux ,
AOUST. 1749. S9
>> Diftingué par voye très- ſubtile
>> En trois livres ſpéciaux.
Mais j'ai tout lieu de ſoupçonner qu'il
y a eu de l'inattention de la part duCopiſte
dans le quatriéme vers , parce qu'il
renferme une ſyllabe de trop. Donnezvous
la peinede ſcander , & vous ſentirez
qu'il faut lire , par Guillaume de Guilleville
.
Outre cela le nom de Deguilleville me
paroît tout- à- fait bizarre. Sa terminaiſon
en ville marque qu'il a été formé de celni
de quelque lien ; or , je ne vois aucun
exemple qui prouve que jamais aucun pofſeſſeur
de terre , ou Fondateur de Village
, ſe ſoit appellé Deguille , mais ſeulement
Guille , qui étoit l'abregé de Guillaume.
Auſſi avons-nous en France une
Paroiſſe appellé Guilleville : elle eſt ſituée
au Diocéſe d'Orleans , fur la route de
cette Ville à Chartres , & nous n'en avons
aucune du nom de Deguilleville.
Je m'étends peut- être un peu trop fur
cette minutie ; mais je compte que M. L.
G. ne trouvera pas mauvais que je lui aye
demandé la preuve qu'il peut avoir euë ,
pour allonger d'une fyllabe le nom de
notre Poëte; toujours diſpoſé àme conformer
à la maniere dont il l'écrit , s'il me
१० MERCURE DE FRANCE .
fait voir par votre Journal , ou par un au
tre , que l'aſſemblage des lettres initiales
de chaque couplet , des lamentations
de ce Poëte dont il parle , page 82 , forme
Guillermusde Deguillevilla.
A
AMPHΙΟΝ .
CANTATILLE,
. Mour , Dieu puiſſant que j'implore ,
Viens offrir à mes yeux la beauté que j'adore.
Soit que leblond Phébus quitte le ſein des mers ,
Ou qu'à l'obſcure nuit il céde l'univers ,
Quand le Dieu du ſommeil partage ſon empire,
Et lorſque tout ce qui reſpire
Se ſoumet à ſa douce loi :
L'écho répete au loin les accens de mavoix.
J'attire les forêts ,& j'applanis les monts ,
J'amollis les rochers par les ſons de ma lyre.
Cruelle, ton coeur ſeul me refuſeun empire ,
:
4
:
:
Que tout cede à mes chanſons.
Amphionau comble du malheur ,
Perdant tout eſpoir de plaire ,
Exprimoit ainſi ſa douleur ,
Quand l'aimable Dieu de Cythere
AOUST. 1749.
ود
De Niobé toucha le coeur ,
Et vainquit ſa rigueur.
Aveugle, elle fuit ſeul lepenchantqui l'entraîne;
L'Amouren ſouriant l'enchaîne ,
Et lui fait adorer les fers
Dont il accable l'univers.
De ce Dien redoutez les armes ,
Belles , fuyez , fuyez ſes charmes :
Que de larmes , que d'aigreur
Suivent un inſtant de douceur !
Amphion par fes chants mélodieux
Obtient le bonheur de lui plaire ,
L'Hymen & le Dieu de Cythère ,
Les joignent par les plus doux noeuds.
A l'Amour durant le bel âge
On s'engage facilement ,
On aime les chants d'un amant ,
On en écoute le langage ,
Et l'on en prend les ſentimens,
Dece Dieu , &c.
D'A..
92 MERCURE DEFRANCE,
CONSEILS d'un ami à une Demoisellede
Beauvais , par un Auteur anonyme.
J''AAii des conſeils à vous donner,
Ce n'eſt pas le moyen de plaire ,
Iris , on ne divertit guere ,
Quand on ne fait que raiſonner,
Auſſi j'aurois gardé ſagement le filence;
Ou vous n'auriez de moi que de vaines chanſons ;
Si je n'avois connu qu'une heureuſe naiſſance
Avoit dans votre coeur prévenu mes leçons.
Souffrez donc que ces vers aident à vous conduire
En cet âge charmant dont vous allez jouir ;
Aſſez d'autres ſans moi voudront vous réjouir ,
Mais peu ſe chargeront du ſoin de vous inſtruire.
Commencez aujourd'hui le cours
D'une longue ſuite d'années .
Eſperez , en croiflant , d'heureuſes deſtinées ,
Et qu'une belle humeur anime vos beaux jours.
Il fied mal à vingt ans d'être triſte & rêveuſe ,
Mais n'accordez à vos defirs ,
AOUST. 1749. 93
Si vous avez deſſein d'être long-tems heureuſe ,
Que ce que la nature a d'innocens plaiſirs.
Vous n'avez pas beſoin , Iris , que je m'arrête
Avous montrer quelle eſt cette ſévere loi ,
Qui-vous commande d'être honnête.
Le ſang dont vous ſortez le fera mieux que moi.
Cet ordre ſouverain n'admet point de diſpenſes ,
Et l'honneur en eſt ſi jaloux ,
Que ſur les moindres apparences
Ce Juge rigoureux prononce contre vous.
( Fuyez dans vos diſcours l'enflure & labaſſeſſe ;
Qu'ainſi qu'en vos habits rien n'y ſoitaffecté ,
Qu'une noble fimplicitė
Enfaſſe l'ornement , la grace & la richeſſe:
Celles dont la témérité
Determes trop ſçavans pare leur éloquence ,
Aulieu de montrer leur ſcience ,
Nemontre que leur vanité.
Evitez la plaifanterie ,
Dont les traits médiſans percent juſques au coeur,
Et pour rejouir l'auditeur ,
Ne faites point de raillerie
Qui puiſſe bleſſer ſon honneur,
Si vos paroles prononcées
94 MERCURE DEFRANCE .
Sont l'image de vos penſées ,
Voici , ſans vous flater d'un traitementtrop doux,
Ce que des têtes bien ſenſées
Sur de pareils diſcours doivent juger de vous.
Qu'une ſévere contenance
Necondamne jamais la modeſte licence
Despropos que vous entendrez .
Aux bons mots que l'on dit ,joignez plutôt les
vôtres ,
Mais faites , quand vous en direz ,
Que les gens que vous raillerez
Puiflent rite comme les autres.
Qui fouffre l'affiduité
De l'amant qu'a fait labeauté ,
Envain auprès de lui veut paſſer pour cruelle,
Unhomme qui ſe voit d'une femme écouté ,
Semble devoir eſperer d'elle.
N'accoûtumez point votre coeur ,
séduit par la vertu de l'objet qui letente ,
A s'attendrir par la douceur ,
Même d'une amitié qui peut être innocente.
L'honneur dans le commerce eſt fort mal aſſuré,
Ne vous y laiſſez point ſurprendie ;
Un ami ſi ſage & fi tendre
Etbien plus dangereux qu'un amant déclaré.
AOUST. 1749. 95
Je ne défends pas à la prude
De prendre un peu de ſoin de ce qu'elle a d'at
traits,
Ce ſeroit une ingratitude
De négliger les dons que le Ciel nousa faits.
Mais ſi vous prétendez qu'on vous eſtime ſage;
Apprenez que le trop grand ſoin
De conſerver cet avantage ,
Eſt un infaillible témoin ,
Qui prouve qu'on en fait quelque galant ulage.
Celui qui ſans difcernement
Adreſſe à tous venansles louanges qu'il donne,
Fait grand tort à fon jugement ,
Et ne tast honneur à pertonne.
Mais auſſi d'un coeur inhumain ,
N'allez point inftulter aux foibleſſes des autres;
Et que les défauts du prochain
Vous donnent ſeulement du dégoût pour les vôtres.
Ne diſputez jamais avec trop de chaleur ,
Mais jugeant de ſang- troid & du pour &du con
tre ,
慶
Si vous vous trompez par malheur ,
Loin de foutenir votre erreur ,
Laiſſez-vous vaincre en ce rencontre,
Et par un beau retour ,plein de ſincérité ,
96 MERCURE DE FRANCE.
Revenez à la vérité ,
Qui que ce ſoit qui vous la montre.
Il ne faut point chercher à voir
Les intérêts cachés d'une intrigue ſecrette.
Quand on eft curieuſe ,&qu'on veut tout ſçavoir
On est sûrement indiſcrette.
Sile ſecret vous eſt malgré vous revelé ,
Cachez- le avec un tel filence ,
Même à celui , dont l'imprudence
Vous en a fait la confidence ,
Qu'il doute quelquefois s'il vous en aparlé,
Celle qui ſouffre en ſa préſence ,
Qu'on vante en elle des appas ,
Ou des vertus qu'elle n'a pas ,
N'eſt qu'une idole qu'on encenſe :
Unejuſte louange ade quoi nous charmer ;
Mais un efprit bien fait doit prendre
Bienmoins de plaifir à l'entendre ,
Que de peine à la mériter.
La mode eſt un tyran dont rien ne nous délivre ,
Afonbizarre goût il fauts'accommoder ,
Mais ſous ſes folles loix étant forcé de vivre,
Leſagen'est jamais le premier à la ſuivre,
Nile dernier à lagarder,
AOUST. 1749. 97
J
AParis , le 24 Juin 1749 .
Ai lû , Monfieur , avec bien du plaiſir
dans le Mercure du mois d'Avril dernier
, à la page 40, la réflexion faite , &
les deux ſolutions données ſur un Problême
d'Arithmétique , trouvé dans les ouvrages
de M. Barême ,& exposé par M.
Faiguer , à la page 72 du Mercure de
Janvier.
J'ai auſſi obſervé , que Meſſieurs Darême
& Faiguet ne démontrent pas leurs
opérations ; il n'y acertainement aucune
proportion , ni dans l'une , ni dans l'autre ,
& chacun d'eux s'eſt mépris.
Cette réflexion a ſon lieu , mais des
deux folutions , la derniere eſt la ſeule qui
puiſſey convenir , & qui donne connoifſance
de la jufte diviſion , qui doit être
faite entre la mere & les enfans, de la fomme
de 100000 liv. ſuivant l'intention du
Teſtateur ; mais comme elle n'eſt aucunement
démonſtrative , je prens , Monfieur ,
la liberté de vous préſenter ci-deſſous cel.
le que j'y ai donnée , dont les opérations
étant appuyées aux régles de proportion ,
pourront fervir de preuve & de régle
générale , pour réfoudre tous Problêmes
E 1
98 MERCURE DE FRANCE.
ſemblables , ainſi qu'on peut le voir par
celle que j'ai auſſi donnée dans le mois de
Mai dernier , à une propoſition de même
nature qui m'étoit parvenue , & que j'ai
l'honneur de vous faire paffer ci-jointe ,
ainſi que trois réſolutions algébriques de
trois Problêmes , qui m'ont été adreſſés
d'Italie.
Vous vous appercevrez ſans doute
du mauvais langage dans lequel je ſuis
obligé de m'exprimer ; mais vous voudrez
bien , Monfieur , excuſer un Italien , né
& Citoyen de Milan , depuis peu dans
cette Capitale , & très- peu verſé dans la
Langue Françoiſe. Ce n'eſt pas que je
n'euffe une bonne envie de faire un certain
progrès , d'autant plus que cette Langue
,& toutes perſonnes en général de
la Nation Françoiſe , me ſont infiniment
agréables. Au reſte , ſi vous étiez dans
ledeſſein de faire uſage de mes ſolutions ,
je me perfuade que vous voudrez bien
prendre la peine de les rendre dans la Langue
convenable.
Je ſuis bien flatté de ce que la lecture
du Mercure de France me procure le plaifir&
l'honneur de vous afsûrer de la confidération
infinie , avec laquelle j'ai l'honneur
d'être , Monfieur , &c .
Rusca.
AOUST. 1749. 99
PROBLESME DE M. BARESME.
Unhomme mourant laiſſe ſa femme enceinte
, & cent mille francs de fon chef,
Il ordonne par ſon testament , que ſi elle
accouche d'un garçon , l'enfant aura les
trois cinquiémes de la ſomme ,& la mere
łes deux cinquiémes , & que ſi elle accouche
d'une fille , l'enfant aura les trois feptiémes
, & la mere les quatre ſeptiémes .
Il arrive que cette veuve accouche à la
fois d'une fille & d'un garçon : ſçavoir ,
combien chacun doit avoir de ladite fomme
, en confervant toujours la proportion de
lamere aux enfans.
RESOLUTION.
Pour réſoudre ledit Problême on doit :
19. trouver un nombre le plus petit , qui
contienne les parties qui y ſont requiſes ,
ce qu'on aura , en réduisant à un commun
dénominateur , les fractions ci-deſſus données
au moyen de quoi on appercevra ,
que le nombre qui peut y fatisfaire , eft
35.
2°. Par la précifué de la propoſition , la
mere , accouchant d'un garçon , doit avoir
les de la ſomme de 100000 liv. &
5
==
35
l'enfant , les , & accouchant d'une
20
fille les = , & l'enfant , les = 15
7 35
E ij
100 MERCURE DEFRANCE .
21
,
Or ayant accouché à la fois d'un garçon
& d'une fille , elle doit avoir en conféquence
les deux cinquièmes dans la part
du garçon , & les quatre ſeptièmes dans
celle de la fille , ſçavoir , pour ſa portion
, le garçon & la fille ; mais
comme leſdites trois parties enſemble furpaſſent
le tout d'un entier , & que la
mere avec ſa ſeule part abſorberoit prefque
toute la ſomme (ce qui ſeroit injuſte
) ainſi l'on doit avoir recours à la
proportion , compoſée ſuivant les régles
de ſociété auſquelles cette propoſition ſe
rapporte , & prendre du nombre 35 , les
parties convenables à chacun d'eux , ce
quoi faiſant , l'on aura 14+ 20 =
pour les + , dûs à la mere , 21 pour
les trois cinquiémes dûs au garçon , & 15
pour les trois fepriémes dûs à la fille. Enſuite
dreſſant la proportion , dont le premier
terme ſera 70 , ſomme deſdites parties
, le ſecond 100000 liv. quantité à
diviſer , & le troiſiéme chacune pour chacune
de ces mêmes parties , ſçavoir , 34,
21 & 15 .
34,
3 °. On fera les opérations ſuivant les
régles , pour avoir le quatrième terme
& on trouvera 48571 liv . trois ſeptièmes,
pour la portion de la mere ; 30000 liv .
AOUST. 101 1749.
pour celle du garçon , & 21428 , quatre
ſeptièmes pour celle de la fille , dont la
fomme eſt 100000 liv . C. Q. F. J.
Sx7 = 35 .
Pour la mere, { 14}=342
Pour le garçon,
Pour la fille ,
5
20
=== 1
34.48571
21
15)
70.100000. 21.300001
15.21728
PROBLEME.
70
Un gros Commerçant de Normandie
laiſſe , en mourant , fon épouſe avec huit
garçons & une fille; il fait par ſon reſtament
ſon fils ainé légataire univerſel de
tous ſes biens , felon la loidu pays , qui ſe
montent à 900000 livres , à la charge
que ſon fils aîné prendra , ſuivant ladite
loi , moitié ; que les autres garçons ſes freres
auront chacun un huitieme , & la mere
un quart. Qu'à l'égard de la fille , ils feront
lefdits freres tenus de lui faire chacun une
penſion au proratade ce qu'ils auront retiré.
On veut ſçavoir ce qu'ils auront cha-
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
cun pour leur part,& ce qu'ils feront obliges
dedonner de penſion chacun à leur foeur.
SOLUTION .
Comme de la maniere que la ſuſdire
propoſition vient d'être expoſée , il paroît
impoſſible de fatisfaire à la volonté du Teftateur
, car la moitié que doit prendre le
fils aîné , plus les ſept huitièmes qui font
dûs aux autres ſept freres , ſurpaſſent le
tout en trois huitièmes ; en forte que trois
deſdits ſept freres , ainſi que la mere , ne
pourroient pas avoir ce quileur vient , ce
qui feroit contraire à ladiſpoſition du reftament
& des Loix. Ainſi dans toutes ces
pareilles circonstances il faut ſe prendre
à l'équité de la proportion compoſée , &
trouver un nombre le plus petit , qui contienne
les parties requiſes , dont la ſomme
d'icelles fera le premier terme de la proportion
; le ſecond ſera le nombre donné à
diviſer , & le troiſième ſera chacun pour
chacune deſdites parties. Or le plus peric
nombre qui contient les parties requiſes
de ladite propoſition eſt 16 , dont la moitié
eſt 8 , le huitiéme 2 , & le quart 4 , &
leur ſomme eſt 26. On aura pourtant la
proportion ci deſſous , dont on trouve en
faiſant les opérations , que le fils aîné doit
avoir 276923 livres un treiziéme , chacun
AOUS T. 1749.
103
des autres ſept freres 69230 livres , dix
treiziémes ,& la mere 138471 livres, ſept
treiziémes , enſorte que leur ſomme fait
900000 livres , comme on peut voir par
ce calcul. C. Q. F. J.
26. १००००० .
8
2
2
2
2
2
2
2
4
X
8 276923
2 69230
10
2 69230
2 69230
る
26. 500000 .
10
2 69230
2 69230
TO
2 69230
10
10
2 69230
4138471
Al'égard de la penſion que chacun des
freres eft obligé de faire au prorata à leur
foeur , comme dans ledit Problême il n'eſt
E iiij
104 MERCURE DEFRANCE.
pas dit ſur quel pied elle doit être, il faut
Içavoir fi par la Loi du pays elle eſt fixée ,
ſans quoi leſdits freres pourroient lui affigner
une penſion à leur goût au prorata de
ce qu'ils auroient retiré.
Il eſt bien vr. ique filad.fille devoit avoir
le fond capital qui lui reviendroit en divifion
avec ſes freres , comme la proportion
quipaſſe entre le fils aîné & ſes freres, eſt de
8,2 ; à l'égard de la fille elle feroit de 4, 1 :
ainſi en trouvant le plus petit nombre qui
ait les parties requiſes , tel qu'eſt le nombre
16& faiſant la ſomme deſdites parties,
qui eſt 23 , ſi l'on divife 761538 livres
ſomme de ce qui appartient auſdits freres,
par 23 , on aura 33110 livres pour le
fond qui devroit être donné à ladite
fille , en diviſion , & qui devroit être
payée par ſes freres , au prorata de la fomme
touchée par chacun d'eux, ſçavoir ,
12040 livres par ſon frere aîné , &
3010 livres par chacun des autres.
וכ
40
299
110
249
Et comme par cette opération eſt conftatée
la portion du fond de raiſon de
ladite fille , & la quote que ſeroient
obligés leſdits freres de lui payer , ſi les
intérêts font fixés par la loi às pour cent,
la penſion ſera de 1655 livres , c'est-àdire
, 602 livres pour celle que devra
299
AOUST. 1749. 105
payer le fils aîné , & 150 livres 299pour
celle qui devra être payée par chacun des
autres ſept freres. C. Q. F. J.
REMARQUES.
On doit regarder cette propoſition &
ſes ſemblables comme une reglede ſociété;
en voici la démonſtration par le ſuivant
Problême. Un Négociant ayant fait banqueroute
, laiſſe pour tout ſon bien la
fomme de 27000 livres ; un de ſes créanciers
doit avoir 36000 livres , un autre
9000 livres , & un autre 18000 livres ,
enſorte que les dettes dudit Négociant ſe
montent à la fomme de 63000 livres. On
voit pourtant qu'avec le fond de 27000
livres il n'y en a pas aſſez pour fatisfaire
à tous leſdits créanciers , ainſi il faut que
chacun d'eux en ſupporte la perte au prorata
de leur créance ; c'eſt pourquoi en
dreſſant une regle de fociété on trouvera
15428 livres quatre ſeptièmes pour le
premier , 3857 livres un ſeptiéme pour le
fecond , & 7714- livres deux ſeptiémes
pour le troiſiéme , dont la ſomme eſt de
27000 livres. C. Q F. D.
AParisle 25 Mai 1749.
M
Ev
106 MERCURE DE FRANCE ..
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗器
SEANCE PUBLIQUE
De l'Académie Françoise.
M
Onfieur le Maréchal Duc de Belle-
Ifle ayant été élu pour remplir la
place qui vaquoit dans l'Académie par la
mort de M. Amelot , y prit féance le 30 ,
Juin , & prononça ſon Diſcours de remerciment.
» Meſſieurs , dit il , l'honneur que je
>> reçois aujourd'hui ne me fait point illu-
>> ſion ſur les principales qualités que doi-
>>>vent avoir ceux que vous admettez au
>>nombre de vos Confreres. Je ſçais que
» toutes les richeſſes du génie & de la lit-
>> térature furent le partage des Hommes
> illuftres , qui depuis l'origine de l'Aca-
>>démie ont rempli les places que vous
occupez ...
» Juſqu'à préſent une vie ſans ceſſe agi-
>> tée ne m'auroit point permis de profiter
»de la faveur que vous venez de m'accor
>> der : je la reçois au moment que je puis
>> en jouir. Ces jours tranquilles que ra-
>mene la Paix , vous avez voulu me les.
>> rendre agréables , & vous me ménagez
1
AOUST. 1749. 107
" encore pour un âge plus avancé tout ce
>> qui peut en faire les délices .
Après avoir payé le tribut de louanges
que l'Académie exige des nouveaux Académiciens
pour le Cardinal de Richelieu
& pour le Chancelier Séguier , & avoir
parlé de l'honneur que Louis XIV. a fait
àl'Académie de ſe déclarer fon Protecteur,
M. le Maréchal de Belle- Ifſſe ajoûra , » Ce
>> Prince , dont le Regne ne fut qu'un tiſſu
>>de merveilles , & qui voulut , pour la
>>>grandeur de cette Couronne , en tranf-
>>>mettre le modéle à ſes deſcendans , ſen--
>>>tit , Meſſieurs , combien vous lui deve-
>> niez néceſſaires :c'étoit par vous qu'il
>> devoit inſtruire la poſtérité. Vous avez
>>rempli ſes eſpérances ,& par un juſte re-
>>t our vos éloges ont rendu à Louis XIV.
>> la gloire que vous en avez reçûe.
Le portrait du Roi eſt le morceau qui a
le plus frappédans le diſcours dont nous
donnons l'extrait. >>> Il étoit réſervé à Louis ,
>>>XV , dit M. le Maréchal de Belle- Ifle
>>d'apprendre à l'Univers qu'un Roi peut
>>>combattre & vaincre ſans ambition. Ne
>faiſons point un crime à l'Europe de ſes
>>> craintes inquiettes. Aucun ſiécle n'avoit
» vû le Maître d'un vaſte Empire n'avoir
>>des Princes guerriers que l'activité & ود
১১ l'intrépidité ; ne ſe mettre en mouve-
Evj..
108 MERCURE DEFRANCE.
>> ment que pour l'intérêt de ſes Alliés , &
» s'arrêter dès qu'il ne reſte que l'intérêt
>>perſonnel ; ne chercher la victoire que
»pour arriver à la paix , ne ſignaler fa
>>puiſſance par ſes conquêtes , qu'afin de
>>couper la racine des défiances & des ja-
» louſies, en raffûürant les eſprits par le plus
>> grand exemple de modération. La poli-
>> tique , toujours timide , n'oſoit ſe livrer
>> à des eſpérances , que l'hiſtoire de tous
>> les peuples ne lui permettoit pas de for-
>> mer . L'Europe ne voyoit que les con-
>> quêtes de Louis XV, elle ne voyoit point
fon coeur.
Ce diſcours , écrit avec la noble ſimpli
cité qui convient à un Général & à un
hommed'Etat , occupé d'objets plus importans
que celui de compofer une Piéce d'Eloquence
, fut généralement applaudi .
M. l'Abbé du Reſnel , Directeur de l'Académie
, répondit à M. le Maréchal de
Belle- Ifle . 11 commença par rappeller le
fouvenir de pluſieurs grands hommes , qui
revêtus , comme ce Général , de la plus
haute dignité , à laquelle la vertu militaire
puiffe élever , & célébres par une ſuite d'actions
également honorables pour eux &
pour la Nation , fe font fait une,gloire
d'entrelacer les lauriers , qu'ils avoient
moiſſonnés dans les champs de Mars, avee
AOUS T. 1749. 109
ceux qu'Apollon diſpenſe à ſes favoris.
>>>Nous ſommes très- flattés , Monfieur ,
>> poursuivit-il, mais nous neſommes point
>> ſurpris que vous ayez déſiré d'être admis
>>>dans le Sanctuaire des Muſes. Il touche
> deprès auTemple de Mémoire , où déja
>> vous vous étiez afſfüré une place , & à fi
>>juſte titre.
>> La Nature vous a formé pour être ſe-
>>>lon les diverſes circonstances des tems ,
>>>tout ce que demandoient les emplois
>>qui vous ont été confiés...
>>Par la facilité que vous avez à deſcen-
>>dre des plus grandes affaires juſqu'aux
>> plus petits détails , il n'eſt rien de fi
>> étendu que votre eſprit n'embraffe. Fé-
>>cond en reſſources dans les occafions où
>>i>l ſembloit que la prudence humaine
>> n'en pouvoit plus imaginer , tout ce qui
>> vous aparu néceſſaire ,vous a paru pof-
>>fible , & l'eſt deyenu..
>>Nos braves François ſont-ils inveſtis
>dans une Ville,immenfe & ruinée , où
>> leur valeur ne peut ſe défendre,& dontil
>>paroît encore plus impoſſible qu'ils puif
>> ſent ſe dérober ? Vous forcez tous les
>> obſtacles que la rigueur de la ſaiſon , la
>> longueur & la difficulté des marches
>> les efforts d'une armée nombreuſe , op-
>>poſent à leur retraite......
29
NO MERCURE DE FRANCE.
» L'irruption d'une armée formidable
➤ dans une de nos Provinces,y répand- elle
>>une allarme générale ? Par de ſçavantes
» manoeuvres qu'il n'appartient qu'aux
>> Maîtres de l'art , d'expliquer , vous la
>> chaſſez de nos frontieres. Elle ſe retire
» avec une perte auſſi conſidérable , que fi
>>elle eût été défaite en bataille rangée.
>>Ce n'eſt pas aſſez pour vous d'en avoir
>>délivré la France. Par des moyens dont
>>le ſuccès ſeul a prouvé la poſſibilité , vous
>> fourniſſez à de généreux Alliés des fe-
>>>cours continuels d'hommes & de vivres ;
>> vous ſecondez ſi habilement la valeur de
>> cet illuſtre François *, l'objet de leurs
>> regrets & des nôtres , que les efforts des
>>Puiſſances conjurées deviennent inutiles..
>>Ce Siége à jamais célebre , & par leur
>>opiniâtreté , & par la vigoureuſe réſif-
>>>tance qu'elles ont éprouvées , eſt levé
Génes ne craint plus pour ſa liberté , &
>>ſi l'ennemi ne peut encore ſe réſoudre à
>>laiſſer échapper une ſi belle proye , ce
>>>digne Héritier du nom & des qualités
>>ſupérieures du grand Armand , leur ôte
>>>tout eſpoir de la ravir. Quelle gloire
>>pour nous de compter parmi nos Con-
>>freres les deux Libérateurs d'une Répu
M. le Duc deBouffters.
1
AOUST. 1749. 111
>>blique , dont la ruine auroit entraîné
>> celle de l'Italie ! ......
A l'éloge de M. le Maréchal de Belle-
Iſle , M. l'Abbé du Reſnel fit fuccéder celui
de M. Amelot , & il le peignit ainfi.
>>Eloigné de toute eſpece d'oftentation,
>> ſes manieres étoient ſi ſimples & fi dou-
>> ces , il paroiſſoit fi peu occupé du défir
>>d'attirer ſur lui les regards des autres ,,
>>que le commun des hommes n'auroit
>>peut- être pas rendu toute la justice qui
>>>étoit due à ſes talens , ſi de degrés en de--
>> grés ils ne l'euffent élevé juſqu'au Mi-
>>niftere.
>Dans un poſte ſi flatteur ,& peut-être
>>>encore plus redoutable , il ſe prêta à la
>>>fortune , mais ſeulement affez pour lui
laiſſer le pouvoir d'augmenter ſon bonheur
;jamais affez pour qu'il dépendît
d'elle de le lui faire perdre.
>>Tous les momens dont l'intérêt de
>>l'Etat lui permettoient de diſpoſer , il
>>l>es donnoit à ſa famille &àſes anciens.
>> amis ; il s'y livroit alors tout entier , &
>>> avec cette gayeté qu'inſpire la confiance
>> de n'avoir aucun reproche à craindre de
>>>ſoi-même ni des autres. Il portoit dans
> la Société un eſprit ſv aimable , qu'il n'y
>> donna jamais lieu à perſonne de ſouhai
ter qu'il en eût moins..
MERCURE DE FRANCE.
>>Convaincu par une longue expérience
que rien dans la vie n'offre des plaiſirs
>>mieux aſſortis à toutes eſpeces de for-
>>tunes & de fituations , que l'étude des
>>>Lettres & des Arts , M. Amelot en
>>faiſoit ſes plus cheres délices dans les
>>teams mêmes qu'il ne pouvoit en faire
>> fon occupation. .......
Refferrés dans des bornes trop étroites ,
nous ne pouvons copier tous les morceaux
remarquables de laRéponſe de M. l'Abbé
du Reſnel.
Lorſqu'il ent ceſſfé de parler , M. de
Foncemagne lut des Reflexions de M. de
Fontenelle ſur la Poefie. Il fut ſouvent
interrompu par des battemens de mains ,
qui annonçoient également, & la juſte admiration
des Auditeurs pour M. de Fontenelle
, & l'intérêt que prend le Public
à la perſonne & à la gloire de cet illuftre
Doyen de l'Académie...
AOUST. 1749. 113
On a dû expliquer l'Enigme & les Logogryphes
du Mercurede Juillet par le pas
pier ,crime , Roſſignol , Médecine , Cubécumene&
chandelle. On trouve dans le
premier Logogryphe cri , rime, Rié, mie, re,
mi , merci , cîme , mer , ire & cire. On trouve
dans le ſecond Mede , Medie , mine .
mie , Enée , dime , Medée , Nice , Nicée
Cid & niéce. On trouve dans le troiſiéme
Numa , chat , ane , mât , ut , Cham , manche,
ha, hé, menuet , Theme , muet , meute&ame.
On trouvedans le quatrième Canelle, ane
Caën , lance , lande , dance& an.
و
LOGOGRYPHE.
JE ſuis décharné , maigre , étique ,
Et courbé ſous le faix des ans ;
Mais malgré ma figure antique ,
Je compte encor des partiſans.
Quoiqu'amateur des dons de Cerès , de Pomone,
Je ne parois jamais dans l'été , dans l'automne
J'affronte l'hyver redouté ,
Et quand par ſes chants Philomele
Annonce la ſaifon nouvelle ,
Je pars fans être regretté.
114 MERCURE DE FRANCE.
:
Six pieds compoſent ma ſtructure ,
Quarante autres font ma meſure ,
Avec quatre on me voit dans les plaines de Mars .
Fixer le fort & la victoire ,
Et les eſclaves de la gloire
Ne doivent point ſans moi s'expoſer aux hazards.
Mais tel eſt du fort le caprice :
Apeine ces pieds ſont changés ,
Qu'à Marseille ils font le ſupplice
Des hommes pour crime engagés
Dans une honteuſe milice.
Lecteur , j'offre encor à tes yeux
Un non qui flatte & qui décore
L'Iris , dont l'Hymenée a couronné les feux ;
Mais ce même nom déshonore ,
Quand l'amour de l'Hymen n'a point ferré les
noeuds.
Penferme un élement qui m'eſt très néceſſaire.
Il fournit à mes partiſans
Des mets variés & frians ,
Dont ils font toujours maigre chere .
Je ſuis encor l'enfant gâté
Qui fut maudit dans 'a colére
Du Patriarche reſpecté ,
Sans qui nous boirions de l'eau claire.
Je ſuis avec cinq pieds le Diſciple ſacré
D'un Citoyen des Cieux qu'on n'a point enterré.
)
AOUST. 1749.
Poffre encor un ragoût dont fait un granduſage
Le laboureur dans ſes repas ,
Et quoique commun au Village ,
Les Grands ne le dédaignent pas.
Mais àpropos , Lecteur , les beaux jours vont renaître
,
Je dois ſonger à diſparoître.
Le Normand ..
TRE.
Sou Ouvent les curieux de l'Art, de laNature ,
Par moi font mis à la torture;
Mais , pour à leurs fins parvenir ,
Us ſçavent quelquefois par le feum'en punir.
Toujours ſur neuf pieds je chemine.
Qui fuis-je donc ? Lecteur , lis &devine.
Par cinq , forte femelle est tenue en priſon :
Je ſuis des jardins la parure;
Enigme , ou Diſcours fans raiſon ;
Inquiétude , ou Aeur ; bois propre à ligature ,
Ce que toujours le Magiſter défend ;
Hors la ville une promenade ;
Vieux mot marquant d'où la race deſcend ,
Etce donton reçoit dangereuſe gourmade.
Par quatre , je montre un P. ſteur ;
'L'Auteur fréquent de bonne ou mauvaiſe fortune;
Rerraite ordinaire au voleur
2
116 MERCURE DE FRANCE.
Un lieu rempli d'humains , ſous une loi commune ;
Ce qui le Prince par tout ſuit ,
Lenom d'un ſujet de la Porte ,
Mot , qui dit édifice , engin, ruſe & circuit ;
Un échange ; un vaiſſeau pour le vin qu'on
tranſporte.
Pa trois , je marque où l'Archer viſe ;
Pierre dure ; outil de labeur ;
Un homme notéde bêtife ;
Etat d'une biche en chaleur.
Vent d'eſtomach ; jus d'herbe ; une marque de
joie;
Une groffe piéce d'argent ;
Inſtrument , qu'un Veneur employe ;
Et l'auge , qu'on ſuit chez la myſtique Gent
Mais j'ai déja d'ici ſubi l'exil ,
Ou tun'as pas l'eſprit fubtil.
AUTRE.
JE change par goût; laNature
Mefait auffi changer de forme & de figure.
Mes membres combinés font un arbre fameux;
Animal fier & courageux ,
De France en même tems une Ville brillante;
Autre animal craintif, à chair appétiſſante ,
Dont l'homme le plus délicat
Pour l'ordinaire fait grand cas.
Simple ſoldat dans une armée
AOUSΤ.. 1749 . 127
Qui n'eſt jamais fans tête couronnée.
Habitant d'un pays ſis au Septentrion ,
Ce qu'eſt l'homme formé parl'éducation.
Eleuve d'Afrique , un autre d'Italie;
Choſe néceſſaire à la vie ;
Saint reveré par le Normand ,
Autre à qui dans le premier tems
L'Eglife ,
Comme à Saint Pierre , fut foumife ;
Sous même nom , plante dont le produit
Peut nous ſervir & le jour & la nuit;
Femmede Patriarche ; enfin plante commune ,
Dont l'odeur ſouvent importune.
Par M. G.de Mont.
NOUVELLES LITTERAIRES ,
I
DES BEAUX- ARTS , ७ .
L paroît une troiſième édition de
l'ABRAGE' CHRONOLOGIQUE de M. le
P. H. in- 8°. & in- 4°. L'in-octavo eſt en
deux volumes , fans vignettes , & l'in
quarto eſt orné de toutce qui peut rendre
une édition précieuſe. Cette édition ſe
vend chez Prault , pere & fils , & chez
Defaint & Saillant.
18 MERCURE DE FRANCE.
L'ouvrage eſt augmenté d'environ un
cinquiéme , & l'on y a joint une Table
très- étendue , dont l'utilité ſe fera ſentir
chaque fois qu'on la confultera. Nous
tranſcrirons ſeulement une des additions
faites par l'Auteur. Elle regarde l'année
1650.
>>Mort de Descartes le 1 Février à
» Stockholm. On a dit de Descartes , qu'il
>> avoit donné le ton à ſon ſiècle. On pou-
>>voit dire que ſon ſiècle avoit un autre
>> ton qu'il lui a fait perdre : c'eſt celui
»d'une érudition , dénuée des lumieres de
>> la Philofophie ; en forte que d'un fiécle
» qui n'étoit que ſçavant , il en a fait un
•fiécle vraiment éclairé. C'eſt le juge-
>> ment que Bayle porre du ſeiziéme & du
>dix- ſeptiéme ſiécle. Je crois , dit- il , que
→ le ſeizième siècle a produit un plus grand
nnombre de sçavans hommes que le dix fep-
» tiéme néanmoins il s'en faut beaucoup
»que le premier de ces deuxfiécles ait eu anwtant
de lumieres que l'autre..... Les gens
»ſont aujourd'hui moins ſavans & plus ha-
>> biles. Hobbes enchérit bien fur Bayle.
>> Ce Philoſophe Anglois , qui avoit beau-
> coup plus medité qu'il n'avoit lû , ne
faiſoit nul cas de la ſcience , & diſoit
>> affez plaiſamment , que s'il avoit donné
» à la lecture autant de temsque les autres
AOUST. 1749. 119
hommes de Lettres , il auroit été auſſi
>>ignorant qu'ils le font. On fent com-
>>bien cela eſt outré , mais c'eſt un Philo-
>> ſophe qui reproche à la Science le mau-
> vais uſage qu'en faifoient alors les Sça-
>> vans , & qui s'éleve contre des hommes
» qui ne ſçavoient raiſonner que par cita-
>>tions& par autorités. A ces deux fiécles
>> en a ſuccedé un troiſiéme , où loin d'a-
>>dopter les opinions des autres
>>peut être un peu trop affecté de ne puiſer
>>que dans ſon propre fond ,& où l'am-
>>bition de ce que l'on appelle le belef-
>>prit , a fait que l'on a abuté quelquefois
>> du véritable. Prenons garde que le dix-
>>huitiéme ſiécle ne décrie l'eſprit , com-
»me le ſeiziéme avoit décrié l'érudition .
on a
La plupart des autres additions font du
même mérite que celle-ci ,& c'eſt avec
regret que nous n'ornons pas notre Recueil
des articles qui concernent les Régences
, les Ennobliſſemens , les Fiefs ,
les Communes , l'Univerſité , le Concordat
, l'état de la Cour à l'avenement de
Louis XIV , &c. Nous ſommes ſurtout
fâchés de ne pouvoir donner place ici aux
réflexions de l'Auteur , fur les progrès que
les Loix avoient faits , depuis le commencement
de la Monarchie , juſqu'au milieu
du feiziéme fiécle.
120 MERCURE DEFRANCE .
"Il nous ſeroit difficile d'encherir ſur les
éloges , que le feu Abbé Desfontaines a
donnés à l'Abregé Chronologique. Ce
Critique , ſi peu accoûtumé à louer fes-contemporains
, l'a comparé au Bouclier d'Achille
, & à celui d'Enée , où le Dieu du
feu avoit ſçû tracer d'une main ſçavante
toute l'Hiſtoire des Romains. Clypei non
-enarrabile textum , & c.
OBSERVATIONS SUR LES GRECS. Par
M. l'Abbé de Mably. A Geneve,Par la Compagnie
des Libraires , 1749 , in- 12. pp .
273 .
L'Erudit ne cherche dans la lecture de
l'Hiſtoire que laconnoiſſance des faits&
desdattes. Le Politique y cherche la connoiſſance
des cauſes qui ont produit les
évenemens , & des refforts qui ont fait
échouer ou réuffir les grandes entrepriſes.
Le Philoſophe y étudie principalement
les opinions , les moeurs, les uſages , les
loix , le gouvernement des peuples , & les
caractéres des perſonnages célébres qui paroiſſent
ſur la ſcene.
Par ce que nous avons dit ci- deſſus de
l'Abregé Chronologique , on a vû que l'Auteur
a également travaillé pour ces trois
claſſes de Lecteurs. Mais dans ſon ouvrage
les remarques politiques & philofophiques
ne fontque l'acceſſoire. M. le P. H.
les
AOUST. 1749. 121
les donne de furabondance ; & il fuit ,
en les joignant à ſes notes hiſtoriques ,
l'exemple de ces bienfaicteurs généreux ,
qui non contens d'accorder ce qu'on leur
demande , ſe diftinguent par des largeſſes
qu'onn'avoit point droit d'eſperer.
Il n'en eſt pas de même de l'Auteur des
Obſervations que nous annonçons. M
l'Abbé de Mably s'oblige par le titre de
fon ouvrage , à n'être Hiſtorien qu'accidentellement
, & à ne rapporter les évenemens
, que pour avoir occaſion de juger
les Acteurs qui y ont eu la principale
part.
La maniere , dont il remplit ſes engagemens
, lui fait autant d'honneur , qu'elle
fera de plaiſir à ſes lecteurs. Fineſſe dans
les réflexions , profondeur dans les raiſonnemens,
élegance dans le ſtyle ,tout ce
qui peut rendre un Livre utile & agréable,
ſe trouve dans celui de M. l'Abbé de
Mably. Notre Auteur excelle particulierement
dans l'art de peindre les hommes.
On pourra juger de la délicateſſe & de la
vérité de ſon pinceau par ce portrait qu'il
nous fait d'Alcibiade.
>>Ce n'étoit pas un ambitieux , mais
>> un homme vain , qui vouloit faire du
» bruit & occuper les Athéniens. Sa valeur
, ſon éloquence ,tout dans lui étoit
F
122 MERCURE DEFRANCE.
رد
د
,
>>embelli par des graces . Abandonné aux
>>v>oluptés de la table &de l'amour
>>jaloux des agrémens & d'une certaine
élégance de moeurs qui en annonce
>>>preſque toujours la ruine , il ſembloit
>>ne ſe mêler des affaires de la Républi-
>> que , que pour ſe délaſſer des plaiſirs. Il
>>avoit l'eſprit d'un grand homme , mais
>> foname , dont les refforts amollis
> étoient devenus incapables d'une appli-
>>cation conſtante , ne pouvoit s'élever au
>> grand que par boutade *. J'ai bien de la
>>peine à croire , qu'un homme affez fou-
>>ple pour être à Sparte , auffi dur & auffi
>> ſevere qu'un Spartiate; dans l'Ionie, auffi
>> recherché dans ſes plaiſirs qu'un Ionien ;
>> qui donnoit en Thrace des exemples
>>de ruſticité , & qui dans l'Aſie faifoit
>> envier ſon luxe par les Satrapes du Roi
>> de Perſe , fût propre à faire un grand
>> homme,
OEUVRES de M. Remond de Saint Mard.
Nouvelle édition. A Amſterdam ; chez
Pierre Mortier , 1749 , 5 vol. in- 1 2..
Tous les amateurs des ouvrages de goût
ont lû les Dialogues des Dieux , les Lertres
galantes & philoſophiques , & les
* Nous defirerions que l'Auteur eût employé un
autre not , celui de BOUTADE n'étant pas allez
noble.
AOUST. 1749. 123
réflexions de M. Remond de Saint Mard
fur la Poëfie. Le Public a accordé à cha.
cune de ces productions l'eſtime qu'elle
méritoit , & les Dialogues des Dieux ont
été comptés avec justice au nombre des
écrits les plus ingénieux de ce ſiécle.
Cette édition , non-feulement par le
mérite de pluſieurs piéces qui n'avoient
pas été imprimées , mais encore par l'é
légance des ornemens & par la correc.
tion , eſt extrêmement digne d'être recherchée.
Voici un avertiſſement que le
Libraire a mis à la tête.
• Les differens ouvrages qu'on a tou
>>jours donnés à M. Remond de Saint
» Mard , n'ont paru long-tems que dans
» des volumes ſeparés. Des Libraires en
>> 1742 les raſſemblerent ,& les mirent en
>> trois volumes ; mais l'édition ,faite ap-
>>paremment ſans ſoin& avec promptitu-
>>de , eſt tellement chargée de fautes ,
>>même de celles qu'un Lecteur intelli-
>>gent a peine à ſuppléer , que nous comp-
>>tons faire un préſent au Public, en lui en
>>donnant une correcte. Le hazard nous
>> a mis en état d'y parvenir ; une copie
>> des ouvrages de l'Auteur nous eſt.tom-
>>bée depuis peu dans les mains , &com-
>>me elle nous a paru parfaitement exacte,
>>nous nous flatons que le Public fera
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
<<content de l'édition que nous lui don-
>> nons. Avec pluſieurs morceaux qui ont
>>été augmentés ou retouchés; avec une
>>grande quantité de notes , qui ,quoique
>>très-propres à embellir le texte, ont paru
» à l'Auteur avoir meilleure grace à être
>>miſes à part , on y trouvera quantité de
> choſes qu'on n'a pas vûës , par exemple ,
» quelques piéces de vers , dix Dialogues
>> nouveaux , pluſieurs nouvelles Lettres ,
»& un morceau de Littérature en forme de
>>Lettre , adreſſé à M. Crevier.
CHOIX de differens morceaux de Poësie ,
traduits de l'Anglois , par M. Trochereau.
A Paris , chez la veuve Piſſot , Quai de
Conti , à la Croix d'or , & Piſſot , fils ,
Quai des Auguſtins , à la Sageſſe , 1749.
Nous avions promis de nous étendre
fur le Diſcours Préliminaire , que M. Trochereau
a joint à ſes Traductions. L'abondance
des matieres ne nous permet pas de
tenir notre promeffe ,& nous nous contenterons
de remarquer , que l'Auteur ſe
propoſe , 1 °. de combattre l'opinion des
perſonnes qui prétendent que les Poëtes
ne peuvent être bien traduits qu'en vers ;
2º.de relever les faux jugemens que pluſieurs
Ecrivains Anglais ont portés denos
meilleurs Auteurs. Ce Difcours eſt compoſé
avec ſageſſe. M. Trochereauy montre
AOUST .
1749. 129
autant de modeſtie que d'érudition. Peutêtre
lui reprochera-t'on ſes citations trop
fréquentes , mais il n'a point à craindre
qu'on l'accuſe d'avoir cultivé ſa mémoire
au dépens de ſon difcernement.
Selon les apparences , dans une ſeconde
édition il nous donnera des détails plus
circonstanciés ſur les vies des Poëtes qu'il
traduit , & il corrigera la faute qu'il a faite
, d'attribuer à un ſeul Duc de Buckingham
les ouvrages de deux differens Seigneurs
de ce nom .
LE TEMPLE DE LA RENOMME'E. Poëте
de M. Poppe , traduit en vers François.
A Londres , 1749. Brochure in- 12 . pp .
33.
Cette Traduction a paru quelques jours
avant celle que M. Trochereau a donnée
du même Poëme , & qui fait partie du
Recueil dont nous venons de parler. Elle
étoit compoſéedepuis dix ans ,& la Muſe
anonyme , àqui nous la devons , ne fon.
geoit point à la rendre publique ; mais
ayant appris qu'on en imprimoit une en
proſe , elle a voulu conſtater le droit d'aîneſſe
de la ſienne .
HISTOIRE DU CHEVALIER DU SOLEIL.
Tirée de l'Eſpagnol. A Londres , 1749,4
vol. in 12. Vol. 1 , pp. 138 , vol . 2 , pp .
130 ; vol. 3 , pp . 152 ; vol. 4, pp. 156.
Fiij
126 MERCURE DEFRANCE.
On a une Traduction Françoiſe de
ce Roman , & elle a reçu dans ſon tems
un accueil favorable , mais à préſent
on foûtiendroit difficilement la lecture
de huit volumes énormes , remplis d'épiſodes
inutiles , de converſations languiffantes
, & d'ennuyeuſes répétitions.
C'eſt rendre ſervice au Public , que de lui
fournir , en retranchant ces défauts d'un
ouvrage dont le fond par lui-même eſt
excellent , le moyen de le lite fans ennui.
Il nous paroît que l'Abbreviateur du Roman
en queſtion a fait plus , & qu'il l'a
mis en état d'être lû avec plaifir.
VOYAGE de la Baye de Hudſon , fait en
1746 & 1747 , pour la découverte du
paffage de Nord-Ouest , contenant une
Deſcription exacte des Côtes , & l'Hiſtoire
naturelle du Pays , avec une Relation hif
torique de toutes les expéditions , faites
juſqu'ici pour la découverte d'un paſſage
plus court aux Indes Orientales , & des
preuves évidentes de la réalité de ce pafſage.
Traduit de l'Anglois de M. Henri
Ellis , Agent des Propriétaires pour cette
expédition. A Paris , chez SebastienForry,
Imprimeur-Libraire , rue de Hurepoix ,
aux Cigognes , 1749. Avec Approbation
& Privilége. 2 vol. in- 12 . Premier vo.
lume , pp. 182 , fans y comprendre la Pré
AOUST 1749. 127
:
:
face & la Table qui en rempliffent 56.
Second volume , pp . 319 .
Un ouvrage , auſſi intéreſſant que celuici
pour le Commerce & pour la Géographie
, mérite d'être annoncé autrement
que par ſon titre. Nous en parlerons plus
au longdans un des prochains Mercures.
COURS DE CHYMIE , 1749 , in- 12 . pp.
191 .
Les Lecteurs font redevables de cet ou
vrage à M. Gontard , Médecin à Villefranche
en Beaujolois. Il avertit dans une
courte Préface ,.qu'il ne donne ici rien de
lui ,& qu'il a recueilliſeulement les leçons
d'un des Médecins de Montpellier les plus
célébres , fur les opérations & fur les remédes
chymiques .
TRAITE' fur les Maladies Veneriennes ,
dans lequel on explique l'origine & la
communication de cette maladie en général
, & de toutes ſes eſpèces en particulier
, avec les remédes ſpécifiques pour
leur guériſon ; deux Traités , l'un des
écrouelles & de tous les ulcéres , l'autre
des quinteſſences tirées des trois Regnes ;
& pluſieurs Differtations ſur les matieres
qui compoſent les remédes , & far leurs
préparations . Avec un Difcours Préliminaire.
Par M. Jourdan de Pellerin, Médecin
Chymyſte. AParis, chez Michel Jombert
Fiiij
128 MERCURE DEFRANCE.
Porte Saint Michel , à l'entrée de la rue
Hyacinte , & Prault , pere , Quai de Gêvres
, 1749. Avec Approbation & Privilége.
LE COMEDIEN , ouvrage diviſé en deux
Parties . Par M. Remond de Sainte Albine.
Nouvelle édition , corrigée & augmentée.
A Paris , chez Vincent , fils rue Saint
Severin.
DICTIONNAIRE UNIVERSEL de Mathé .
matique & de Phyſique , contenant l'explicationdes
termes de ces deux Sciences ,
& des Arts qui en dépendent , tirés des
Dictionnaires de Mathématique d'Ozanam
, de Wolf, de Stone , & d'un grand
nombre d'autres ouvrages ; avec leur origine
, leurs progrès , leurs révolutions ,
leurs principes , & les ſentimens des plus
célébres Auteurs fur chaque matiere. Par
M. Saverien , Ingénieurde la Marine. En
deux volumes in-4 . enrichis de cent planches.
A Paris , chez Rollin , fils , Quai des
Auguſtins , à Saint Athanaſe , & au Palmier
; Charles-Antoine Fombert , Libraire
du Roi , pour l'Artillerie & le Génie , au
coin de la rue Gille-Coeur , à l'Image
Notre-Dame , 1749. Avec Approbation
& Privilége du Roi.
Nous ferons imprimer dans le prochain
Mercure quelques uns des articles de ce
AOUST. 1749. 129
Dictionnaire , afin de donner aux lecteurs
uneidéede la maniere dont il eſt exécuté.
Charles-Antoine Jombert publiera inceſſammentun
ouvrage intitulé : L'Art de
mesurer sur mer leſillage du Vaiſſeau ; avec
l'idée de l'état d'armement des Vaiſſeaux
de France . Par le même Auteur. Volume
in- 8 ° . avec figures , ſous preſſe.
TABLE des Mémoires en faveur de la
Nobleſſe de France . Motifs de cet ouvrage
, avec differens autres objets intéreffans
, pour le Roi & ſes Sujets , énoncés
dans l'Avertiſſement. Mérite de la Nobleſſe
Françoiſe , portrait d'un vrai Gentilhomme
, utilité de la Nobleſſe dans un
Etat , cauſes de ſa décadence dans ce
Royaume. La Nobleſſe de France , éclipſée
par les gens de nouvelle fortune , dont
une très-grande partie eſt infiniment plus
nuiſible à l'Etat , qu'elle ne peut lui être
de quelque utilité. Quelles ſont les fortunes
légitimes , avantageuſes à la Patrie.
La pauvreté de la Nobleſſe cauſe le déperiffementdans
tous les Etats & Empires
du monde Chrétien. Juvenal ſur la pauvreté.
Deſcription de la pauvreté , & les
mauvais effets qu'elle produit parmi la
Nobleſſe . Le bien du ſervice du Roi , &
la puiſſance de l'Etat , demandent que la
Nobleſſe ſoit aiſée. Anciens exemples qui
Fy
130 MERCUREDEFRANCE.
prouvent cette vérité. Exemples modernes
qui la confirment. Secours à accorder
à la Nobleſſe dans ſes quatre âges , de
jeuneſſe , d'adolefcence , de virilité , &de
caducité , dans les deux ſexes , ſans qu'il en
coûte rien au Roi ni à l'Etat. Pour les vrais
Gentilshommes dans leur adolefcence.
Propoſition d'établir à cet effet dixhuit
Colléges Royaux , pour 4320 Nobles
, dans les vûes du Roi François I.
Montant de la dépenſe pour de fi beaux
établiſſemens , avec les économies fondamentales
néceſſaires, Emplacement à de
beaucoup moindres frais , d'un de cesColléges
Royaux , dans la Ville de Touloufe.
Facilités à accorder à la Nobleffe
dans lesUniverſités , pour le foulagement
des Gentilshommes pauvres. Justice , &
préferences que le Roi peut accorder à la
Nobleſſe dans le parti de l'Eglife . Dans
leClergé Séculier. Dans l'Ordre Monaftique.
Aux Demoiselles dans le même Ordre
, au grand foulagement des familless
nobles. Secours propoſés pour l'éducation
des Demoiselles dans leur jeuneffe. Prédilections
qui feroient rechercher en mariage
les vraies Demoiſelles , malgré leur peu
de facultés. Montagne ſur les méfalliances.
Eloge de l'Epée Françoiſe. Débouché
néceſſaire pour la jeune Nobleſſe ,peu acAOUST.
1749. 131
commodée des biens de la fortune , par la
création de fix Compagnies de Cadets ,
fur l'établiſſement de Louis leGrand. De
la Justice diſtributive. Expédient établi en
Eſpagne pour ſupprimer les follicitations,
diminuer conſidérablement les frais des
Procès , & en accélerer les Jugemens.
Dureté de la Loi des Fiefsdans le Reffort
du Parlement de Toulouſe. Exemple &
conféquencesde la Jurisprudence de cette
Cour Priviléges que le Roi peut accorder
à la Nobleſſe dans la Robe , dans l'état
préſent de la Judicature. Moyens pour
abréger les Procès , & en modérer beaucoup
les frais , en faveur de la vraie Nobleſſe
, ſans déranger l'ordre actuel de la
Jurisprudence . Portrait de la Chicane ,
par Mezerai . Eloge du Parlement de
Toulouſe. Permettre à la Nobleſſe quelque
eſpéce de commerce , ſans indécence
pour améliorer fon état. Du Commerce
Maritime , & de l'utilité générale & commune
à toutes les Nations de l'Europe ,
d'en laiſſer la Navigation libre en paix &
en guerre , avec les précautions de convenance.
Des Banqueroutes. Éxpédient pour
conſerver les biens dans les familles nobles
,& en prévenir les diſfipations , ſans
intéreſſfer la foi publique. Mariages des
Sauvages de l'Amérique , ménagemens &
د
Fvj
# 32 MERCURE DEFRANCE.
eſpéce de politeſſe dont ils uſent lors de
leurs ſéparations , qui devroient être établis
parmi la Nobleſſe pour ſauver l'honneur
des familles , & pour prévenir les combats
& les meurtres qui arrivent quelquefois
parmi les gens de condition , à quoi il
feroit important & facile au Roi de pourvoir
par les expédiens propoſés. Juſtice
d'épargner à la Nobleſſe les frais inutiles ,
dont le Roi ne profite pas , lors des hommages
& dénombremens. Utilité pour le
Domaine du Roi , de la verte des petits
Domaines , & de la revente de ceux aliénés,
ſous desAlbergues au profit du Roi ,
en faveur de la Nobleſſe poſſédant Fiefs .
Repréſentations ſur le fait de la Chaffe ,
àl'égard de la Nobleſſe. Déſordres caufés
par l'exceffive licence du port des armes à
feu , prouvés par de nouveaux & funeſtes
accidens. Expédient aſſuré pour
faire obſerver les Ordonnances rendues
fur un ſujet auſſi important. Moyen certain
pour faire exécuter les ſalutaires Déclarations
, qui reſtent ſans effet au ſujet
de l'exceſſive licence du port de l'Epée ,
& de ſes conféquences. Propoſition de
rétablir en France l'ancien Ordre de Chevalerie
Militaire , par l'inſtitution d'un
nouvel Ordre , ſur le modéle de ceux de
Saint Jacques & d'Alcantara en Eſpagne ;
AOUST. 1749. 733
de Chriſt & de Calatrava , en Portugal ;
de Saint Etienne , en Toſcane ; de Saint
Lazare , en France & autres Pays , pour
fecourir la vraie Nobleffe . Origine , Création
& Priviléges accordés à ces fix Ordres.
Juſtice de diſtinguer dans les Priviléges
les Nobles de pere & de mere ,
d'avec les nouveaux annoblis , & de
ceux qui ſe ſeront méſalliés , ou qui ne
feront pas profeſſion de la Religion Romaine.
Compoſer un Corps équestre de
Gentilshommes pour le Service du Roi ,
en tems de guerre , au grand foulagement
de l'Etat , dont l'utilité eſt prouvée
par les ſervices importans que de pareils
Corps rendent dans differens Royau
mes. De la néceſſité de ramener les domeſtiques
à leur devoir par des établiſſemens
nouveaux , pour les progrès de l'Agriculture
,, celui du Commerce , & au
grand avantage du ſervice des Maiſons
de la Ville &de la Campagne. Etabliſſement
de Maiſons de retraite pour la Nobleffe
, dans ſon âge de caducité. Une pareille
Maiſon pour nombre de veuves des
Gentilshommes , à établir dans la Ville
de Toulouſe , fans aucun débourſé. Indication
des fonds ſuffifans pour tous les établiſſemens
propoſés , avec quelque ſecours
aux Hôpitaux Généraux , pour leur aider
#34 MERCUREDE FRANCE.
au renfermement de partie des coureurs ,
des faineans , des vagabonds , & des mandians
volontaires , qui augmentent tous
les jours àun excès inſupportable. Projet
de la répartition des fonds indiqués. Conclufionde
ces Mémoires .
Permis l'impreſſion ce premier Avril 1745,
Signé , de Morthon , Juge Mage. AToulouſe
, de l'Imprimerie de N. Caranove ,
&Caranove , fils , à la Bible d'or .
Nous ſommes priés d'inférer ici l'avertiſſement
ſuivant.
Charles - Antoine Jombert , vient d'imprimer
une Explication du Flux & Reflux
, auſſi neuve que ſon expoſition
dans ſes véritables circonstances , qui
avoient été déguiſées ou diffimulées. En
un volume in- 4°.
On y prouve , 1º. que le Flux , bien
loin de s'étendre de l'Equateur aux Poles
& le Reflux des Pôles à l'Equateur , arri
vent au même tems dans des Ports peu ou
fort éloignés , qui ont pleine& baſſe mer
à la même heure , dans des diviſions de
mer qui leur font adjacentes , auſſi limitées
& entremêlées que celles qu'on fait connoître
par une Table fort curieuſe.
2º. Qu'il réſulte de certe Table , tirée
du Neptune François & de la Connoiffance
des Tems , & de l'application des
AOUST. 1749.
135
régles pour prévoir l'heure de la marée ,
que la ſtation de pleine mer après le Flux
& de baffle mer après le Reflux , n'existe
dans les Ports & diviſions de l'Océan ,
que dans des tems differens & inégaux ,
õu ſemblables , bien loin d'exiſter ſous
toutes les zones à la fois , ou fucceffivement.
3°.Que la marée , bien loin d'y retarder
chaque jour , comme le retour de la
Lune au Méridien , avance des Quartiers
aux Sizigies dans tout Port d'Europe de
5 heures , 12 à 14 minutes , & en retarde
ſeulement des Sizigies aux Quartiers , de
quelque inégalité que foit l'intervalle dé
ces phaſes , & la durée des jours lunaires
qu'il comprend.
4°. Que l'heure de pleine mer eft toujours
ſemblable en conféquence , dans un
même Port au jour des Sizigies , & toujours
differente de cet eſpace de tems au
jour des Quadratures , & d'une partie
proportionnelle aux jours d'intervalle ,
avec une équation déterminée , parce que
felon le nombre de jours & d'heures d'intervalle
d'une phaſe à l'autre , elle avance
on retarde journellement , d'une partie
proportionnelle de 312 à 314 minutes.
5°. Que cette heure eſt tellement artachée
à la phaſede la Lune ,&à fon âge ,
136 MERCURE DE FRANCE.
qu'elle a ſervi deux fois à M. Caſſini ,
pour reconnoître une erreur qui s'étoit
gliſſée dans le calculde la phaſe lunaire ,
de même que cette phaſe eſt un Cadran
conſtant de l'heure de pleine mer en tous
ces Ports , avec une équation dont les réglesfont
connues.
6° . Que cependant cette heure eſt differente
depuis une heure du jour Aſtronomique
qui commence à midi juſqu'à 12 &
demi dans des Ports, auſſi voiſins que ceux
des Iſles de Zélande , de Fleſſingue & de
l'Ecluſe , & femblable dans d'autres auſſi
éloignés que ceux de Bayonne & Dublin ,
ou de Belle- Ifle & Bergue .
7°. Que l'accroiſſement des marées des
Quadratures aux Sizigies , & leur décroifſement
des Sizigies aux Quadratures , eſt
à peu près périodique comme leur heure ,
avec cette difference que la plus haute marée
n'arrive qu'un ou deux ou trois jours
ſelon les differens Ports , avant ou après
la nouvelle ou pleine Lune ,& la plus foible
avant ou après les Quartiers , & que
partout la marée eſt plus forte à une Sizigie
des Equinoxes que des Solſtices , &
plus foible à une Quadrature des Solſticet
que des Equinoxes.
8° . Qu'en toutes conjonctures & cir
conſtances Aſtronomiques elle a plus de
AQUST. 1749. 137
force ſous le milieu des zones tempérées
que ſous la zône Torride , à laquelle la
Lune peut feulement être verticale , de
même que le Soleil.
9° . Que la diverſité de leur diſtance &
de leur déclinaiſon contribue , comme la
proximité d'un Solſtice ou d'un Equinoxe ,
à faire varier la hauteur de la marée , mais
jamais autant que leur configuration actuelle,
qui ſeule influe ſur la variation de l'heure
de pleine & de baſſe mer , leur paſſage
par leur Méridien ayant plus d'influence
ſur la force de la marée , que ſur la détermination
de cette heure.
10 ° . Que ce Phénoméne n'a pas moins
été déguisé en plufieurs autres circonſtances
effentielles , afin de l'accommoder au
Syſtème Coſmographique de Copernic&
au Syſtême Phyſique de Descartes ou de
Newton , & qu'afin de ne pas découvrir
combien il leur est contraire , on n'a pas
moins continué ce déguiſement , malgré
les Mémoires lûs à l'Académie des Sciences
de Paris , qui établiſſent les articles
précédens fur des Journaux d'obſervations,
faites à ſa ſollicitation par ordre du Roi
pendant huit ans dans les Ports principaux
de France.
Le même Libraire débite les Lettres fur
la Coſmographie, avec l'Analyſe raiſonnée
138 MERCURE DE FRANCE.
du Systêmé moderne de Cosmographie de
Physique générale , dont l'un eſt un état apparent
du Ciel , ſyſtématiſé , après avoir
été drefſfé & publié en quatre Planches par
M. Caffini, dans les Mémoires de l'Académie
pour 1709 ; & l'autre un réſultat fyftématique
des expériences les plus uſuelles
fur l'électricité. Prix broché trois livres.
LETTRE
De M. Racine , de l'Académie Royale des
Belles- Lettres , à M. Remond de Sainte
Albine , au sujet de l'Edition qu'on vient
de donner des Lettres de Rouſſeau .
I
E vous porte ma plainte , Monfieur ,
afin que vous ayez la bonté de la rendre
publique , du titre d'Editeur des Lettres
de Rouffeau , qu'on a voulu me donner.
Si j'avois été le maître de ce recueil ,
je ne l'aurois préſenté à l'impreſſion que réduit
àunpetit volume , parce que n'y laiffant
que ce qui peut intéreſſer la Littérature
,j'en auroisretranché tous les détails
inutiles , pluſieurs critiques d'ouvrages
modernes , & les éloges des miens. J'ai
l'honneur d'être , &c.
Le 12. Juillet 1749.
Racine.
AOUST. 1749. 139
PLANCHES ANATOMIQUES.
LEOS Gautier
E Sr Gautier vient de préſenter au
fes Planches Anatomiques
; il a eu l'honneur de dédier à Sa Majeſté
la Céphalatomie ou l'Anatomie complette
de la tête. Le Roi a reçû favorablement
la Dédicace de cet Ouvrage & le
nouveau Livre . L'Auteur a eu l'honneur
d'être préſenté à Sa Majesté par M. le Maréchal
Duc de Richelieu , Premier Gentilhomme
de la Chambre .
Epitre Dédicatoire du Sr. Gautier.
SIRE ,
Avicéne , célebre dans la Médecine ,
étoit Princede Cordoue. Mithridate , amateur
de cette ſcience , étoit Roi de Pont.
Plus d'un Souverain & plus d'un Potentat
ont cultivé l'art de guérir , & par conféquent
l'Anatomie , qui en eſt la baze ; j'cferai
donc dédier à Votre Majeſté mes tableaux
imprimés de l'Anatomie de la tête.
Vous y admirerez , SIRE , la ſtructure
de cette partie du corps humain , qui ,
plusque toute autre , diftingue l'homme
des animaux ſoumis à fon empire . C'eſt
le Temple de la ſageſſe , le Sanctuaire de
la vertu ; c'eſt le moule divin , où ſe forme
140 MERCURE DE FRANCE.
la modération des Conquérans pacifiques
& l'amabilité des Rois chéris de leurs peuples
.
Votre Majeſté ne dédaignera pas de jer
ter les yeux ſur des merveilles qui la touchent
de ſi près. Je les lui préſente fidellement
exprimées d'après nature. Mon
burin lui ſauvera l'horreur que lui inſpireroit
la Nature elle- même , violée par un
fer , peut-être barbare. Ce n'eſt que dans
les champs de Mars , que de pareils objets
ne sçauroient ébranler votre intrépidité ,
par tout ailleurs il ſont capables de ſaiſir
un Roi ſenſible , digne du ſurnom qu'il
tient de l'amour de ſes Sujets.
SIRE ,
De Votre Majesté , le très-obéiſſant &&
fidéle ferviteur & fujet ,
Jacques Gautier.
L'Auteur diftribue la Myologie complette
deM. Duverney, en vingt Planches ,
de couleur & grandeur naturelle , & la
Céphalatomie ou Anatomie de la tête ,
qu'il vient de préſenter au Roi , en huit
Planches. Il a propoſé dans le premier
volume du Mercure de Juin dernier ſon
projet de ſouſcription pour ce qui reſte à
donner dans l'Anatomie complette.
AOUST . 1749. 141
MEMOIRE
Que M. J. R. Percire a lù dans la Séance de
LAcadémie Royale des Sciences le 11 Juin
1749 , &dans lequel, en préſentantàcette
Compagnie un jeune fourd & muetde naiffance,
il expose avec quel ſuccès il lui a
appris à parler. On y a ajouté plusieurs
obſervations qui n'ont point été lûes à l'Af
ſemblée , & qui font néceſſaires pour un
plus grand éclaircifſſement. Ce sont celles
qu'on trouve enforme de notes au bas des
pages.
MEffieurs , après les gracieux applaudiſſemens
que la ſçavante Académic
desBelles- Lettres de Caën & nombre de
perſonnes éclairées m'ont ſi généreuſement
prodigués ſur ma méthode pour apprendre
à parler & à raiſonner aux fourds •
&muers , rien n'a pû détourner mon efpritd'aſpirer
au bonheur de mériter l'approbation
d'une Compagnie , qui par l'auguſte
protection du plus grand des Monarques
& par les incomparables lumieres des
Membres qui la compofent , fait ſi dignement
l'admiration & l'ornement le plus
folide de la France , de l'Europe , de l'Univers.
142 MERCURE DE FRANCE.
C'eſt dans une vûe auſſi flatteuſe , que je
viens vous ſupplier , Meſſieurs , d'examiner
les effets que mes foins ontjuſqu'ici
produit ſur M. d'Azy d'Etavigny , fourd
& muet de naiſſance , que j'ai l'honneur
de vous préſenter.
Ses progrès actuels fourniront à votre
pénétration admirable aſſez de matiere ,
pour porter un jugement déciſif ſur tous
les avantages que les fourds & muets devront
attendre de mon art. J'ai formé fur
ce ſujet un Mémoire qui contient en outre
quelques remarques qui lui font relatives ;
daignez , Meſſieurs , je vous prie , en entendre
la lecture .
MEMOIRE.
Ce jeune Sourd & muet prononce diftinctement
, quoique très lentement encore,
les lettres , les ſyllabes , les mots , ſoit
qu'on les lui écrive , ſoit qu'on les lui indique
par ſignes. Il répond de ſon chef
verbalement ou par écrit aux queſtions familieres
qu'on lui fait ; il en forme luimême
très- ſouvent , il agit en conféquence
de ce qu'on lui propoſe de faire , ſoit
qu'on lui parle par écrit ou par l'alphabet
manuel dont ſon Maître ſe ſert envers lui ,
ſans qu'il foit beſoin d'y ajoûter aucun
autre ſigne qui indique ce qu'on veut qu'il
AOUST. 1749.
143
faffe. Il demande , par le moyen de ſa langue
, les choſes dont il a beſoin journellement.
Il récite par coeur le Décalogue , le
Pater & quelques autres prieres, & répond
avec intelligence à pluſieurs queſtions du
Catéchiſme. En Grammaire , il donne l'article
convenable à chaque nom (rarement
il s'y trompe ) il en connoît un peu la valeur
des cas ; il a une médiocre connoifſance
, principalement dans la pratique
despronomsdont on ſe ſert le plus communément.
A l'égard des verbes , non- feulement
il les ſçait conjuguer,dès qu'ils font
réguliers , mais il en dit encore la perfonne
qu'on lui demande ſéparément,de quelque
nombre , tems & mode qu'elle foit
(fon plus fort cependant eſt ſur l'indicatif.
) Sur les autres parties du diſcours, ainſi
que ſur la Syntaxe , il connoît , à quelque
choſe près , ce qu'il y en a de plus
néceſſaire dans les expreſſions les plus
communes & familieres ; il ne donne pas ,
par exemple , un adjectif féminin à un
ſubſtantif masculin , ni un pluriel à un ſingulier
; il ne ſe trompe que rarement fur
les tems , les nombres & les perfonnes des
verbes qu'il fait entrerdans ſes expreſſions,
fur tout fi c'eſt au mode indicatif qu'il doit
les employer ; il évite déja bien des répetitions
par le moyen des pronoms & par144
MERCURE DE FRANCE
ticules relatifs , qu'il employe le plus fouvent
fort à propos. Il obſerve finalement
quelques regles d'orthographe paſſablementbien.
Il eſt de plus à remarquer , 10.
que ſi ſur tout cela on lui fait des fautes en
lui écrivant , il s'en apperçoit pour l'ordinaire
, & même les corrige , dès qu'on lui
permet de le faire. 2 °. Il change ſa pronon
ciation en differentes façons , il parle haut
ou bas , ſuivant qu'on l'exige de lui ; il
imite par le tonde ſa voix ,mais ce n'eſt
pas encore bien exactement , les differences
qu'ony fait ſentir,lorſqu'on interroge,
qu'on récite , qu'on prie , qu'on commande
, &c. 3 °. Quoique les lettres , & principalement
les voyelles , foient dans le
François ſuſceptibles de differentes prononciations
, n'y en ayant aucune qui n'en
admette pluſieurs , & qui ne devienne
muette dans quelques rencontres , néanmoins
M. d'Azy d'Etavigny ne manque
point à leur donner la valeur convenable ;
s'il s'y trompe quelque fois , ce n'eſt que
dans des mots qui lui font inconnus. Il
ſçait en Arithmétique , quoique ſans fractions,
les quatre Regles , les deux premieres,
même par livres , fols & deniers ; & il
nombre verbalement toutes les ſommes
qu'on lui propoſe en chiffres. EnGéographie
, il diftingue ſur la Carte les quatre
parties
AOUST. 1749.
145
parties du Monde , les principaux Royaumes
de l'Europe , dont il nomme les Capitales
;il étend ſon ſçavoit ſur la France aux
Provinces & aux Villes les plus remarquables.
Il a encore quelques autres connoif-
Lances qu'on pourroit rapporter à la Chronologie
, comme la diviſion qu'il fait de
l'année , du mois , de la ſemaine ; à l'Hif
toire , comme la création du monde , qu'il
récite , & même à des ſciences plus abſtraites
, mais il feroit difficile d'en donner par
écrit une juſte idee .
M. d'Azy d'Etavigny eſt âgé de 19 ans.
Pereire commença à l'inſtruire dans le
Collége de M. le Duc d'Orléans , à Beaumont-
en-Auge , en Normandie , le 13 Juillet
1746. Dans peu de jours il parvint à
lui apprendre à prononcer quelques mots
intelligiblement ; il eut l'honneur quatre
mois après,de le préſenter à l'Académic des
Belles-Lettres de Caën , où préſidoit , comme
Protecteur , M. l'Evêque de Bayeux ,
pour y être examiné ſur ſes progrès , lefquels
étoient déja aſſez conſidérables du
côté de la prononciation , pour le peu de
tems qu'il y avoit que Pereire l'inſtruiſoit.
Il fut obligé de quitter ſon Eleve au commencement
du mois de Mai 1747 , lors,
que celui- ci avoit l'intelligence d'environ
treize cens mots &lifoit& prononçoit
G
146 MERCURE DE FRANCE.
tout distinctement *. Pereire n'a pû repren
dre ſon inſtruction qu'au 15 Février 1748;
il trouva ſa prononciation , faute d'un affez
long uſage ſous ſa direction , extrê
mement vicieuſe & très-peu intelligible ,
enforte qu'on pourroit aſſurer, ſans crainte
de s'y tromper beaucoup , eu égard au
tems qu'il a fallu pour la corriger, que tout
ce que M. d'Azy ſçait à preſent, a été l'ouvragedu
tems écoulé depuis cette derniere
époque , c'eſt-à-dire , d'environ ſeize
mois.
On obſerve , outre la lenteur , une certaine
rudeſſe dans la prononciation de
ce jeune homme ; elle provient en partie
des vices contractés pendant les dix
mois d'interruption qu'il a euë , mais principalement
de la roideur de ſes organes ,
leſquels avoient beaucoup perdu de leur
lexibilité , lorſque Pereire a commencé à
les faire agir , ſon Eleve ayant déja dans
ce tems-là ſeize ans ** . On juge bien , au
*Tout cela ſe trouve circonstancié & vérifié
dans les Piéces ſuivantes de 1747 , Journal des
Sçavans de Juillet , Mercure de France d'Août ,
Journal de Verdun de Novembre , &c.
** On ſent bien que plus les muets feront jeunes
, plus les organes de la parole auront d'aptitude
chez eux pour une prononciation aiſée. Il eſt
-certain que pour concevoir, ſur tout lorſqu'il s'agitde
ce qui eft abſtrait , les plus âgés ont plu
AOUST. 1749. 147
reſte , que ces défauts diminueront confidérablement
chez lui à proportion qu'il
continuera , ſous les ſoins de ſon Maître ,
à faire uſage de la parole, car il n'eſt point
douteux que les parties qui la forment,n'acquierent
par ce moyenplusde ſoupleſſe &
d'agilité,& ne lui rendent par conféquent
l'articulation plus facile&plus réguliere.
On voitpar le contenu de ce Mémoire,
que les vûes de Pereire ſur l'inſtruction
• des ſourds & muets s'étendent à leur apprendre
non ſeulement à prononcer tous
les mots de la Langue Françoiſe , ( ou de
ſieurs avantages ſur ceux qui le ſont moins , mais
auſſi n'est il pas moins vrai que les enfans,dès l'Age
de fix ans & avant même , commencent à comprendre
un grand nombre de petites choſes , qui
ſuffiſent à M. Pereire à l'égard de ſes Eleves , pour
donner l'exercice convenable à leur langue ,&
pour les mener inſenſiblement à des connoif
Tances plus conſidérables , & cela avec d'autant
plusde facilité que leur ayant rendu comme natu
rel l'uſagede la parole,ils s'expliqueront avecune
aiſance que les grands ne ſçauroient acquérir que
par unepratique beaucoup plus longue. Il eſt à
proposd'avertir ici que la méthode de M. Pereire ,
(qu'il exerce par lui-même &par ſon frere ſeulement
) quoiqu'extrêmement pénible pour lui , n'a
cependant riende violent ni de déſagréable pour
fesEleves , &n'eſt pour eux qu'une eſpeced'amuſement.
M. Pereire pourroit encore ſe faire aider
par Mlle ſa ſoeur , s'il étoit queſtion d'inſtruire
quelque Demoiselle.
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
toute autre Langue , pourvû qu'il l'ait appriſe
lui-même auparavant ,) mais encore ,
ce qui en eſt l'efſſentiel , à comprendre le
ſens de ces mots , & à produire d'eux-mêmes,
tant verbalement que par écrit , tou
tes leurs penſées comme les autres hommes
, ce qui par conféquent les rendra
*
* Il y a une très-grande difference ( laquelle eſt
beaucoup plus conſidérable chez les muets que
dansles autres hommes,) entre ſçavoir prononcer
, & comprendre ce qu'on ſçait prononcer ;
cela échappe ordinairement aux perſonnes qui
p'y font point d'attention , ou qui n'ont appris
d'autre Langue que celle de leur pays. Qu'on ſe
donne la peine d'y refléchir , on verra qu'à l'ex
ception des dictions qui ſignifient des choſes vifbles
, preſque tous les mots d'un Dictonnaire font
très difficiles à expliquer aux muets , & que pour
P'ordinaire, ſur les choſes purement intellectuelles,
on ne leur fait comprendre que des idées im,
parfaites.
(On a jugé que les remarques ſuivantes ne ſeront
pas ici tout à fait déplacées. )
M. Pereire diviſe le total de ſon inſtruction en
deux parties principales : la prononciation & l'intelligence
; il apprend aux ſourds & muets , par la
premiere, à lire & prononcer le François ( ou tout
autre langage , s'il en étoit queſtion , ) mais fans
leur faire comprendre que les noms des choſes
viſibles &d'un uſage journalier , telles que les
alimens , & les habillemens ordinaires , les parties,
meubles & immeubles d'une maiſon , &c. Dans la
ſeconde partie, il leur apprend tout le reſte de l'inftruction
, c'est- à-dire à comprendre la valeur des
AOUST. 1749. 149
capables d'apprendre & de pratiquer comme
eux quelque art ou quelque ſcience
que ce ſoit, ſi l'on en excepte ſeulement, à
mots contenus dans toutes les parties du diſcours ,
&à s'en ſervir à propos , ſoit en parlant , foit en
écrivant , conformément aux regles grammaticales
, & au génie particulier de la Langue.
Dès le quinziéme jour d'inſtruction , les Eleves
de M. Pereire commencent pour l'ordinaire à prononcer
quelques mots intelligiblement; pour les
inſtruire ſur la premiere partie de ſon art, il lui
fuffit de douze à quinze mois , ſur tout s'ils font
d'un âge encore tendre , mais pour la parfaite
inſtruction ſur la ſeconde partie, il lui faur un tems
plus conſidérable.
M. Pereire n'exige rien d'avance; on pourra
convenir avec lui,pour la premiere partie,d'unprix
payable en trois payemens ; le premier ne lui devra
être délivré qu'après que ſon Eleve articulera
distinctement quarante à cinquante mots ; on ne
donnera le ſecond que lorſqu'il en ſçaura prononcer
quatre à cinq cens , ni le troifiéme , que
quand M. Pereire ſe ſera acquitté de cette premiere
partie de ſon inſtruction; le prix de la ſeconde
ſe réglera fur celuide la premiere , & on
aura égard au tems qu'il lui aura fallu y employer.
Afin d'informer d'une maniere entierement fatisfaiſante
les parens,qui ne réſideront pas à Paris ,
Įdes progrès des Eleves , M. Pereire foumettra au
jugment de Meſſieurs de l'Académie Royale des
Sciences , ou à celui de quelques perſonnes éclairées
, dont on conviendra avec lui , la déciſion de
ces progrès , pour être en droit d'exiger les récompenſes
qui lui en ſeront dûes.
Avertissement pour les Etrangers. Si au lieu du
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
l'égard de la pratique , les choſes pour
leſquelles l'oïie eſt indiſpenſablementnéceffaire.
Pereire leur apprend lui-même
l'Arithmétique , & peut leur donner quelques
connoiſſances ſur le commerce , les
Mathématiques , & c .
On penſe bien que pour parler aux
Eleves de Pereire , il faudra ſe ſervir
ou de l'écriture ou des ſignes ordinaires.
Quoique ce dernier moyen ait
toujours quelque choſe de confus& d'ambigu
, il eſt clair néanmoins que les interrogations
verbales, que les ſourds & muets
feront obligés de faire pour s'aſſurer de ce
qu'on voudra leur dire , ſuppléeront à ce
défaut d'une maniere ſuffiſante .
Outre ces deux moyens de leur parler ,
Pereire en employe un troifiéme qui a les
François , il falloit apprendre àquelque perſonne
muette l'Eſpagnol ou le Portugais , M. Pereire le
feroit d'autant plus volontiers , que l'orthographe
en eſt bien plus aifée,& qu'il poſſede ces deux Langues.
Pour inſtruire un muer ſur un langage dif
ferent des trois mentionnés , il faudroit àM.
Pereire , comme il l'a dit dans le Mémoire , l'apprendre
lui même auparavant. La Langue Italienne
, dont il a quelque connoiffance , lui feroit
pour cet effet la moins difficile.
M. Pereire demeure à l'Hôtel de Bourgogne,
ruë de Savoye, près des Grands Auguftins à Paris.
Les perſonnes qui voudront lui écrire ſont pries
d'affranchir le port des lettres.
LOUST. 151 1749.
avantages d'être auſſi expreſſif que le premier
, plus bien ſéant que le ſecond , &
plus aiſé que tous les deux . C'eſt un alphabet
manuel qu'il a appris en Eſpagne ,
mais qu'il lui a fallu augmenter & perfec
tionner confidérablement pour le rendre
propre à parler exactement en François ;
ils'en en ſert avec une brieveté qui approche
plus de la promptitude de la langue que de
la lenteur de la plume . Cet alphabet eft
contenu dans les doigts d'une ſeule main ,
laquelle ſuffit encore à Pereire pour exprimer
en chiffres toutes fortes de ſommes ,&
pour enſeigner à ſes Eleves,bien plus facilement&
plus fûrementque par les méthodes
ordinaires , les quatre regles d'Arithmétique.
Ce ne ſont pas là les ſeules reſſources
qui pourront adoucir le malheur de la
furditédans les éleves de Pereire : ils autontencore
la facilité d'entendre aux mouvemens
naturels des lévres , des yeux , de
la tête , des mains , &c. des perſonnes qui
les fréquenteront , ce qu'on voudra leur
dire. Cette façon de concevoir demande
cependant une étude d'un tems conſidérable
,& fera toujours néanmoins ſujette à
quelques équivoques , fur tout fi ceux qui
parleront aux muets , ne leur font pas bien
connus, & fi les diſcours qu'on leur tien
G iiij
152 MERCURE DEFRANCE .
dra, s'éloignent des converſations familieres;
cependant elle leur ſera toujours de
quelque utilité, & pourra être perfectionnée
à la longue par leur propre pénétration
& par la pratique.
Conclusion..
Ce feroit trop abuſer de votre complaifance
, Meſſieurs , que d'ofer m'arrêter à
vous expoſer ici nombre d'obſervations
que je pourrois faire fur le contenu de ce
Mémoire ; j'eſpere cependant qu'elles auront
encore lieu,& qu'il me fera même plus
convenabłe de vous en parler, ſi vous me le
permettez , à mefure que vous examinerez
les progrès de mon Eleve ,& que vous daignerez
me continuer l'honneur de votre
attention ſur chacun en particulier.
Lû par M. Pereire à l'Académie le tr
Juin 1749 .
Paraphé par M. de Fouchi , Secretaire
perpéinet de l'Académie Royale des Sciences.
Extrait des Registres de l'Académie Royale
des Sciences du 9 Juillet 1749 .
Nous avons vû par ordre de l'Académie
un Mémoire que M. Pereire a lû dans l'Afſemblée
du 11 du mois dernier , ſur les effets
de fon art pour apprendre à parler aux
fourds &'muets de naiſſance,& nous avons
AOUST. 1749 .
153
en conféquence examiné en particulier ce
qu'il y rapporte de M. d'Azy d'Etavigny,
fon éleve , fourd & muet de naiſſance.
Ce n'eſt point d'aujourd'hui qu'on voit
confirmerparl'expérience la poſſibilité d'un
art fi curieux & fi utile ; M. Wallis en Angleterre
& M. Amman en Hollande l'ont
pratiqué avec ſuccès dans le ſiécle dernier;
les ouvragesde ces deux Sçavans ſont connusde
tout le monde ;il paroît par leur témoignage
qu'un certain Religieux s'y étoit
exercé bien avant eux. Emanuel Ramires
de Cortonne & Pierre de Castro , Eſpagnols
, avoient auſſi traité cette matiere
long- tems auparavant , & nous ne doutons
point que d'autres Auteurs n'ayent encore
écrit& donné au Public des méthodes fur
cet art , ( mais ) l'exemple de M. d'Azy
d'Etavigny eſt le premier & le ſeul dont
nous ayons connoiſſance..
On voit par le Mémoire & par les Certificats
que rapporte M. Pereire , qu'il
avoit déja fait d'autres eſſais de cette nature
avec ſuccès ; qu'il entreprit en Normandie
le 13 Juillet 1746 l'inſtruction de ce
Jeune fourd&muet ,âgé pour lors de 16
ans ; que dans peu de jours il lui apprit à
articuler quelques mots , comme papa ,
maman , château , Madame , chapeau : qu'au
mois de Novembre ſuivant il le préſenta à
Gy
154 MERCUREDE FRANCE.
l'Académie des Belles-Lettres de Caën , laquelle
trouva qu'il prononçoit déja diftinctement&
avecintelligence , un grand
nombre de mots ; que M. Pereire fut obligéde
le quitter au commencement du mois
deMai 1747 , dans le tems qu'il avoit connoiſſance
d'environ treize cens mots , &
qu'il commençoit à lire & à articuler paſſablement
; qu'il reprit ſon éleve le 15 Février
1748 , & qu'il a été obligé , par rapport
aux défauts qui s'étoient gliffés pendant
ce tems là dans ſa prononciation, encore
peu affermie , de commencer de nouveau
, pour ainſi dire , ſon inſtruction , ce
qui fait que M. Pereire penſe avec raifon
qu'on doit réputer le ſçavoir de ce jeune
homme comme l'ouvrage de ſeize mois.
Al'égarddes progrès actuels de M.d'Azy
d'Etavigny , quoique ce que nous en avons
vû dans l'Académie nous paroiffe ſuffiſant
pouren juger,notre devoir néanmoins nous
engage à entrer là-deſſus dans un détail un
peu circonstancié.
M. Pereire rapporte dans ſon Mémoire ,
&nous avons verifié par l'expérience , que
ce jeune fourd & muet lit & prononce
diftinctement toutes fortes d'expreffions
Françoifes ; qu'il donne des réponſes trèsfenfées,
tant verbalement que par écrit, aux
queſtions familieres qu'on lui fait par écrit
AOUST. 1749.
on par ſignes; qu'il comprend & qu'il exécute
promptement ce qu'on lui propoſede
fairepar lemoyende l'écriture ou par l'alphabet
manuel dont fon Maître le ferr;
qu'il récite pluſieurs prieres par coeur; qu'il
donneaux noms le genre, le cas& le nombre
qui leurconviennent. Il connoît& employe
à propos lespronoms qui font leplus
d'ulage,& il conjugue les verbes, ſoit qu'on
lui propoſe de le faire d'une façon fuivie ,
foit qu'on lui renverſe l'ordre des modes ,
des tems , des perſonnes& des nombres :
il en faut excepter cependant les conjugaifons
irrégulieres & peu communes. Il a
une connoiffance proportionnée au reſte
de ſon ſçavoir ſur les participes , les adverbes,
les prépoſitions&les conjonctions,
& il obſerve dans la conſtruction de la
phrafe&dans l'orthographe pluſieursrégles
avec affez d'exactitude. On voit même avec
furpriſe , que ſouventil corrige les fautes
que l'on fait en écrivant, contre l'orthogra
phe ou contre la Syntaxe ;que malgré les
differentes prononciations qu'on donne à
chaque lettre & à chaque ſyllabe , il les articule
néanmoinsde la maniere qu'on doit
le faire ; qu'il parle à ſon gré haut ou bas ,
& qu'il fait fentir quelque difference dans
les tons entre la queſtion & la réponſe
lapriere & lecommandement , &c.
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE !
On obferve que la prononciation de M..
d'Etavigny eſt lente , grave , comme tirée
du fond de la poitrine , & qu'il ne lie pas
aflez les fyllabes; M. Pereire en donne pour
raiſon principale l'inaction dans laquelle
fes organes avoient demeuré pendant ſeize
ans,& le trop peu de tems qu'ils onteujufqu'ici
pour acquerir par l'uſage la flexibilité
néceſſaire à une articulation aiſée. Il
n'eſt pas douteux que ces irrégularités.
n'ayent été bien plus conſidérablesdans le
commencement de l'éducation , & il eſt
naturel de penſer qu'elles diminueront de
plus en plus , à meſure que M. Pereire con
tinuera à lui donner fes inſtructions.
M. d'Azy ſçait les quatre régles d'Arithmétique,&
connoît ſur la Carte les parties
du monde , les Royaumes & les Capitales.
de l'Europe , les Provinces & les Villes
principales de la France.
M. Pereire ſe fert fort à propos d'un alphabet
manuel pour s'exprimer avec fon
Eleve , & il le fait par ce moyen bien plus
commodément & plus briévement que par
l'écriture , ce qui lui évite l'incommodité
d'avoir continuellement la main ala plume.
M. Pereire eſpere porter encore ſon art
un bien plus haut degré de perfection , il
viſe àinſtruire les fourds & muets au point
de comprendre ce qu'on voudra leur dire
2
AOUST. 1749. 157
aux mouvemens ordinaires deslévres& dur
viſage de ceux qui leur parleront:sil ref
traint cependant cela aux perſonnes avec
leſquelles ſes Eleves auront de l'habitude 5
leur intelligence avec les autres , dit M.
Pereire , ſera bien plus bornée ; il faudra,
pour ſe faire entendre aux muets , avoir
fouvent recours à l'écriture ou aux fignes
ordinaires.
On voit par l'exemple de M. d'Azy, que
les vûes de M. Pereire , en inftruiſant les
fourds & muets , font de leur apprendre à
lire , à écrire & à parler la Langue qu'il
leur aura enſeignée ; à en comprendre le
ſens , à produire d'eux-mêmes leurs penfées
, ſoit par l'écriture , ſoit par la parole,
&à acquérir , comme les autres hommes,
toutes les connoiffances , excepté les idées
pour leſquelles la ſenſationde l'oüie eft
abſolument néceſſaire ..
Nous trouvons que les progrès queM
d'Azy d'Etavigny a faitsen fi peu de tems,
prouvent très-ſuffisamment la bonté de la
méthode que M. Pereire ſuit dans ſon inftruction
, & démontrent la fingularité de
fon talent pour la pratiquer ; qu'il y a tout
heu d'eſperer que par ce moyen les fourds
&muetsde naiſtance pourront non-feulement
prononcer & lire toutes fortes de
mots,& comprendre la valeur de ceux qui
158 MERCURE DE FRANCE!
déſignent des choſes viſibles , mais encore
acquérir les notions abſtraires & générales
qui leur manquent , & devenir ſociables ,
capables de raiſonner &d'agir de la même
maniere que font les perſonnes qui ont
perdu par accident l'oüie après avoir
atteint l'âge de raiſon. Comme on a
vû de cette eſpece de ſourds qui comprenoient
au mouvement des lévres ce
qu'on vouloit leur dire ,nous ne faifons
pas difficulté de croire que M. Pereire
pourroit parvenir à donner à ſes Eleves
une femblable facilité , en y joignant les
restrictions qu'il marque dans ſon Mémoire.
Nous penfons auſſi que l'alphabet manuel
de M. Pereire , pour lequel il n'em
ploye qu'une feule main , deviendra , s'il
le rend public , d'autant plus commode
pour fes Eleves& pour ceux qui voudront
commercer avec eux , qu'il paroît extrêmement
ſimple & expéditif , par confé
quent aiſé à apprendre & à pratiquer .
Nous jugeons donc que l'art d'apprendre
à lire & à parler aux muets , tel que M.Pereire
le pratique , eſt extrêmement ingénieux;
que fon uſage intéreſſe beaucoup le
bien public, & qu'on ne sçauroit trop encourager
M. Pereire à le cultiver & à le
perfectionner,
AOUST.
159 1749.
Au reſte il nousparoît qu'il n'a rien.exageré
dans ſon Mémoire. Fait à Paris ce 9
Juillet 1749. Signé, d'Ortous de Mairan ,
Buffon ,& Ferrein .
Je certifie l'Extrait ci-deſſus &des autres
parts , conforme à fon original & au jugement
de l'Académie. Signé Grandjean de
Fouchy, Secretaire perpétuel de l'Académie
Royale des Sciences.
'Académie des Jeux Floraux fera la
Ldiſtribution de ſes prix le troiſieme
Mai 1750.
Ces prix font une Amaranthe d'or de
la valeur de quatre cens livres , qui eſt
deſtinée à une Ode.
Une Eglantine d'or , de la valeur de
quatre cens cinquante livres , deſtinée à
unePiéce d'éloquence d'un quart d'heure ,
ou d'une petite demi- heure de lecture ,
dont le ſujet ſera pour la même année
1750 :
NOTRE BONHEUR EST EN NOUS-MESMES,
fuivant le ſens de ces paroles : Nemo laditur
nifi àse ipso.
Une Violette d'argent de la valeur de
deux cens cinquante livres , deſtinée à un
Poëme de foixante vers au moins , ou de
cent vers au plus , qui doivent êtreAle
160 MERCURE DE FRANCE.
xandrins , & dont le ſujet doit être héroïque
ou dans le genre noble.
Un Souci d'argent , de la valeur de deux
cens livres , qui eſt deſtinée à une Elégie ,
à une Idyle ou à une Eglogue , ces trois
genres d'ouvrages concourant pour le même
prix. Les vers en doivent être auſſi
Alexandrins , ſans mêlange de vers d'autre
meſure.
Un Lys d'argent , de la valeur de foixante
livres , deſtiné à un Sonnet à l'honneur
de la Sainte Vierge.
Les ſujets des differens genres d'ouvrages
auſquels l'Amaranthe , la Violette & le
Souci , ſont deſtinés , eſt au choix des Au--
teurs, qui font avertis de ne pas fe négliger
ſur les rimes & fur toutes les régles de
la verfification , auſſi-bien que les Auteurs
du Sonner.
Les ouvrages qui ne font que des Traductions
ou des imitations , ceux qui trairent
des ſujets donnés par d'autres Acade
mies , ceux qui ont quelque choſe de burleſque
, de ſatyrique , ou d'indécent , font
exclus des prix.
Les ouvrages qui auront paru dans le
public , & ceux dont les Auteurs ſe ſeront
fait connoître avant le jugement , ou pour
leſquels ils auront ſollicité ou fait folliciter:
les Juges , en font auſſi exclus.
AOUST. 1749. 161
Les Aureurs qui traitent des matieres
Théologiques , doivent faire mettre au
bas de leurs ouvrages l'Approbation de
deux Docteurs en Théologie ,ce qui ſera
obſervé même à l'égard du Sonnet , ſans
quoi ces ouvrages ne feront pas mis au
concours.
On doit faire remettre,dans tout le mois
de Janvier de l'année 1750 , par des perfonnes
domiciliées à Toulouſe , troisCo
pies bien liſibles de chaque ouvrage à M.
le Chevalier d'Aliez , Sécretaire Perpétuel
de l'Académie , logé rue des Coûteliers
. Son Regiſtre devant être barré dès
le premier jour de Février , on ne ſera plus
àtems à lui remettre des ouvrages , dès
que le mois de Janvier ſera expiré.
Les ouvrages feront déſignés , non-feulement
par leurtitre, mais encore par une
déviſe ou ſentence , que M. le Sécretaire
écrira dans fon Regiſtre , auffi-bien que
le nom , la qualité ou la profeſſion , & la
demeure des perſonnes qui les lui auront
remis , leſquelles ſigneront la réception
que M. le Sécretaire en aura écritedans
fon Regiſtre , après quoi il leur en expédiera
le récépifſé.
M. le Secretaire ne recevra point les
paquets qui lui feront adreſſés par la Poſte
endroiture, s'ils ne ſont affranchisde port,
162 MERCURE DE FRANCE!
& il ne répondra point aux Lettres qu'on
lui écrira ſans avoir cette attention. Les
Auteurs font avertis que l'Académie exclud
même du concours tous les ouvrages
qui n'ont pas été remis à M. le Secretaire
par une perſonne domiciliée à Toulouſe ,
la voie de la Poſte en droiture étantſujette
à trop d'inconveniens.
M. le Secretaire avertira les perſonnes
qui auront remis les ouvrages que l'Académie
aura couronnés , afin que les Auteurs
viennent eux-mêmes recevoir les
prix , l'après-midi du troiſiéme Mai , à
l'aſſemblée que l'Académie tient dansle
Grand Confiſtoire de l'Hôtel-de- Ville où
ils font diſtribués. Si les Auteurs font hors
de portée de venir les recevoir eux-mêmes,
ils doivent envoyer à une perſonne domiciliée
à Toulouſe , une Procuration en
bonne forme , où ils ſe déclarent affirmativement
les Auteurs de l'ouvrage couronné,
&cette perſonneretirera le prix des mains
de M. le Secretaire , ſur la Procuration de
l'Auteur , & fur le récépiſſé de l'ouvrage.
On ne peut remporter que trois fois
chacundes prixque l'Académie diſtribue :
les Auteurs des ouvrages qu'elle décou
vrira avoir enfreint cette loi , en feront
exclus, auſſi bien que les ouvrages qu'on
pourra juſtement préſumer être préſentés
fous des noms d'Auteurs ſuppoſés.
AOUST. 163 1749.
Après que les Auteurs ſe ſeront fait con
noître , M. le Secretaire leur donnera des
atteſtations , portant qu'un tel ,une telle
année , pour tel ouvrage par lui compofé ,
a remporté un tel prix , & l'ouvrage en
original ſera attaché à ces atteſtations , ſous
le Contre -Scel des Jeux .
Ceux qui auront remporté trois Prix ,
(celui du Sonnet excepté )& l'undeſquels
foit celui de l'Ode , pourront obtenir ſelon
l'ancien uſage , des Lettres de Maîtres des
Jeux Floraux , qui leur donneront le droir
d'opiner comme Juges & comme étant
du Corps des Jeux, dans les aſſemblées
générales& particulieres des Jeux Floraux,
& d'affiſter aux Séances publiques .
Par les dernieres Lettres Patentes du
Roi , qui autoriſent l'augmentation du
prix du difcours , les Auteurs qui auront
remporté trois fois ce prix depuis cetre
augmentation , pourront auſſi obtenir des
Lettres de Maîtres des Jeux,Floraux , fans
qu'il foit néceffaire qu'ils ayent remporté
des prix de Poëfie .
L'Ode qui a pour titre LA CHASSE , &
pour Sentence Manet ſub Jove frigido Venator
tenera conjugis immemor , a remporté
le prix de ce genre d'ouvrage.
Le diſcours qui a pour Sentence, Aurum
eftpericulum poſſidentium,enervatio virtutum,
164 MERCURE DEFRANCE .
a remporté le prix d'Eloquence de cette
année.
Le Poëme qui a pour titre LE TRIOMPHE
DE LA VERITE' , & pour Sentence ,
Confundentur ab Idolis quibusfacrificaverunt,
aremporté le prix.
Le prix du genre Bucolique a été adjugé
à l'Idyle , intitulée LE LABOUREUR , qui
a pour Sentence : Omne tulit punctum , qui
mifcuit utile dulci.
Le Sonnet qui a pour Sentence : El sta
tuit aquas quafi in utre , a remporté le Prix
de ce genre.
L'Académie a réſervé un prix de Difcours
, un prix de Poëme , & deux prix de
Sonnet , qui l'avoient déja été les années
précédentes.
Lademie Ange
'Académie Royale d'Angers avoit pro-
, ſujet
eſt le progrès des Sciences &des BeauxArts
fous le Regre de Louis XV. avec la liberté
de le traiter en proſe ou en vers , & un
prix dePhyſique ſur cette queſtion.
Les animaux les métaux ne deviennentils
électriques que par communication ? Pourquoi
ne le deviennent-ils pas par les moyens
que l'on employe pour rendre les autres corps
électriques ?
AOUST. 1749.
169
Ces prix devoient être délivrés en
1748 , mais l'Académie s'eſt trouvée obligée
de les remeure , & dansiune aſſemblée
publique, tenue le 3 du mois de Juin dernier
, elle a adjugé celui dont le ſujet eſt
le progrès des Sciences & des Beaux Arts,
a une Ode qui eſt de M. la Combe , &
qui a pour déviſe , Sunt gloria Principis
Artes.
Nous n'en donnons ici que quelques
ſtrophes , qui pourront préſenter une idée
de la Piéce , & faire connoître les talens
de fon jeune Auteur pour la Poëfic,
Strophe IV. *
CEffez , vains Héros de la Fable ,
Ceſſez de vanter vos travaux :
Une gloire plus véritable
Immortaliſe vos rivaux
Voyez ſur quelle affreuſe plage ,
Malgré l'horreur d'un Ciel ſauvage ,
L'amour du vrai conduit leurs pas :
Enfin de la terre étonnée
La figure eſt déterminée ,
Les Dieux ont guidé leurs compas.
:
* Progrès de l'Astronomie & de laGéographie;
voyage de Meſſieursde l'Académie des Sciences pour
fixer lafigure de la terre.
166 MERCURE DE FRANCE.
Strophe VI. *
Comme ,dans ſon effor rapide,
Le fier oiſeau de Jupiter
Domine le peuple timide
Qui ſous lui voltige dans l'air
Ainſi l'amant de Therpficore
Par un vol plus rapide encore
S'éleve entre tous ſes rivaux ,
Et ſur les aîles du génie ,
Juſqu'au Temple de l'Harmonie
Se trace des ſentiers nouveaux.
Stropbe VII. **
Est-ce Appollon qui de ſa Lyre
Exprime ces accords , ces fons ,
Et parle à l'eſprit qu'il inſpire
Le langage des paſſions ?
J'éprouve à ſon gré la triſteſſe ,
Et les tranſports de l'allegreſſe ,
Et les accès de la fureur :
C'eſt écho qui ſoupire encore ,
Zéphyre qui careſſe Flore
L'Amour qui charme un jeune coeur.
,
La ſeconde Ode ſur le même ſujet , eſt
du Pere Chabaud , de l'Oratoire , Profef-
*Progrès de laMusique Lyrique , queM. Rameau
étendue de perfectionnée.
** Progrès de la Musique inſtrumentale.
AOUST. 1749. 167
ſeur de Rhéthorique à Boulogne , &
Membre des Académies de Villefranche
&de Pau. Elle eſt ſous cette déviſe : Veteres
revolavit artes , Horace.
Nous en donnons également iciquelques
ſtrophes.
Strophe X.
L'oubli pour toi n'aura point d'ombres ,
La Peyronie ! envain la mort t'enleve à nous :
Ton nom , quand tu deſcends dans les royaumes
ſombres ,
Eſt indépendant de ſes coups.
Par tes dons * génereux le criminel infame
De nos jours fortunés a prolongé latrame.
Son ſupplice eſt un double gain :
Par ſa mort même il nous fait vivre ;
Mutilé , ſon corps eſt un Livre ,
Utile à tout le genre humain.
Strophe XII.
Trop long-tems votre petiteſſe * ,
Inſectes , vous valut nos injuſtes mépris.
Survous l'obſervateur, qui connut votre adreſſe,
Afixénos regards ſurpris ;
* Leprogrès de l'Anatomie , par les fondations qu'a
faitM. de la Peyronie à Saint Come & à laFaculté
deMédecine de Montpellier.
*Progrès del'Histoire naturelle.
168 MERCURE DE FRANCE.
Le docte Réaumur découvre un nouveau monde;
Que d'animaux vivoient ſur la terre&dans l'onde,
Qui n'exiſtoient point ànos yeux !
Les Cieux me peignent ta puiſſance ,
Grand Dieu ! mais ton intelligence ,
Dans un Ciron , je la vois mieux.
L'Académie a adjugé le prix de Phyſique
, dont le ſujet eſt , Les animaux &
les métauxne deviennent-ils électriques , &c.
à une Differtation qui eſt du Pere Beraut ,
Jefuite , Profeffeur de Mathématiques à
Lyon.
L
ESTAMPES NOUVELLES.
E Sieur Moyreau , Graveur du Roi , vient de
mettre au jour une nouvelle Eſtampe , intitulée
, l'Abreuvoir Hollandois , nº. 62. de ſa ſuite.
Cette Eſtampe eſt gravée d'après un Tableau de
Wouvermens , qui eſt dans le Cabinet de M. de la
Haye , Fermier Général.
On trouve chez le Sieur Odieuvre , Marchand
d'Eſtampes , rue des Mathurins , une Eſtampe nouvelle
du portrait du Prince Charles Edouard
Stuard , peint par le Sieur Toqué , & gravé par le
Sieur Bafan. Le même Marchand débite une autre
Eſtampe , qui a pour titre , Vue & Perspective
de Londres du côté de la Tamiſe. Cette Eſtampe
eſt gravée par le Sieur Tardieu , d'après le Tableau
du Sieur Charles- Léopold de Grevenbroeck.
Le ſuccès brillant de l'Abregé Chronologique
de
CE.
AOUST. 1749. 169
de l'Histoire de France , par M. le Préfident He
nault , ayant encouragé le Sieur Odizuvre , à former
une ſuite complette des portraits des François
Illuſtres , il avertit le Public , qu'il a employé
tous ſes ſoins pour la rendre auſſi parfaite qu'il eſt
poſſible. Dans le cours de ce mois , il expoſera en
vente tous les portraits gravés qu'il a préparéspour
cet ouvrage.
L
E Sieur le Rouge , Ingénieur Géographe du
Roi , vient de publier un nouveau plan de
Paris , dans lequel on aeu ſoin de marquer les
fauxbourgs & les marais , tels qu'ils font aujourd'hui
; ce qui le rend entierement different des
-anciens.
Q
CHANSON .
Ui la voit un jour ſeulement ,
Voudroit ne plus voir qu'elle :
Sans peine on dévine comment
Ce charme-là s'appelle.
D'autres auront de plus beaux traits ,
Et vous plairont moins qu'elle ;
Amour m'a dit par quels ſecrets ,
C'eſt qu'elle eft mieux que belle.
**
;
4
170 MERCURE DE FRANCE.
Dans ſes yeux eſt un aſcendant ,
Dont voici le myſtére ;
Son eſprit s'y peint chaque inſtant ;
Jugez s'ils doivent plaire.
SPECTACLES.
E Mardi 15 Juillet , l'Académie Royale de
Lique remis ſur ſon Theatre les Caractéres
de l'Amour , Ballet héroïque , repréſenté
pour la premiere fois le 15 Avril 1739. On peut
s'inſtruire dans l'Avertiſſement, du mérite des differentes
Muſes à qui le Public doit les vers de ce
Ballet ,& de ſa premiere deſtinée ; cette ſeconde
édition eſt précédée d'une Epitre Dédicatoire à
Monſeigneur le Dauphin , où l'Eloge fincere &
mérité de ſon illuſtre Epouſe , & celui de notre
auguſte Monarque , ne font pas oubliés.
Dans le Prologue , le Théatre repréſente l'Ifie
de Cythère dans une belle nuit : Venus paroît au
milieu de ſa Cour , qui célébre avec la Déeſſe les
avantages de la nuit. L'Amour deſcend des
Cieux , il évoque les ombres des Poëtes renom -
més , lesinvite à publier ſa puiflance & fa gloire
, & fait le partage des trois Actes du Ballet des
Caractéres de l'Amour dans ces vers .
Rendez-lui le tribut qu'il exige de vous ,
Il eſt couſtant , il eſt jaloux ,
Et quelquefois il eſt volage ,
Mais il eſt , quel qu'il ſoit , digne de votre hom
mage.
AOUSΤ. 1749. 171
Un Ballet figuré , ingénieuſement compoſé , &
bien exécuté par Miles Mimi & Lani , & les
Sieurs du Moulin , Aubri & de Viſſe , exprime
agréablement ces trois caractéres.
Dans la premiere entrée , deſtinée à l'Amour
conftant , le Théatre repréſente la Fontaine de
Vaucluſe , ſi renommée par les promenades de
Laure , & tant chantée par l'amoureux Petrarque ;
ce Poëte fameux y revient après une longue abfence
& des périls efſſuyés , il y rencontre ſon ami
Octave , ordonnateur d'une Fête qu'Alphonſe ,
Prince ſouverain d'Avignon , prépare pour Laure
qu'il prétend époufer. Petrarque , pat Pindulgence
d'octave, aſſiſte à la fête, déguisé ſous la figure du
Dieu du Rhône , ſa jalousie éclate; il eſt reconnu
& plaint par Laure , menacé par Alphonfe , qui
vaincu par ſa générofité , lui pardonne & unit ces
deux amans fi dignes d'être heureux .
La deuxième entrée eſt remplie par Elmire ,
Princeſſe Afriquaine ; Arfane, Prince Africain, ſon
amant, & Almanſor, fon rival, Prince Sarrazin &
Magicien. La jalouſie y paroît perſonifiée, & évoquée
par le Magicien ,elle triomphe & immole
les trois amans à ſa fureur.
La troiſieme entrée , conſacrée à l'Amour volage
, ſe paſſe dans un agréable ſéjour champêtre,
on l'inconſtance regne ſur des coeurs ordinairement
fidéles , & amuſe le ſpectateur par des ſcénes
vives & legéres , & par un divertiſſement qui termine,
au gré du Parterre , ce Ballet, dont la Mufiquegracieuſe
eſt de la compoſition de M. Collin
de Blamont , Sur- Intendant dela Muſique de la
Chambre du Roi, M. Lani , Compoſiteur des danſes
de l'Académie Royale de Muſique , a fait briller
fon génie & fon goût.
Les Comédiens Italiens ont donné une Piece
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
dans le goût ultramontain , intitulée , Arlequin ,
Roi par kazard , qui a plû par ſo ſpectacle & fes
lazi. Le petit Vincenty adanſé avec l'aimable Camille
, & ils ont été fort applaudis .
Les mêmes Comédiens ont remis au Théatre la
Comédie de la Surpriſe de l'Amour , de M. de Marivaux.
Mlle Sylvia , ſelon fa coûtume , a charmé
les Spectateurs par ton jeu également naturel &
fin, & le Sieur Riccoboni s'eſt ſurpaflé dans le rôle
de l'amant.
CONCERTS A LA COUR.
L
E Samedi 21 Juin ,le Lundi 23 , & le Mercredi
25 , on executa en Concert chez la
Reine , le Prologue & les cinq Actes de l'Opéra
d'Atis . Les rôles ont été cliantés par les Demoifelles
Chevalier , Fel , de Selle , d'Aigremont &
par les Sieurs de Chaflé , la Garde , Jeliotte , Poirier
, Dabourg , Richer & Godonneſche.
Le Samedi 18 , on chanta le Prologue & le
ſecond Acte de l'Opera de Tarfis & Zelie , de
Mrs Rebel & Francoeur, Sur- Intendans de la Mufique
de la Chambre du Roi. Les Demoitelles
de Selle & Mathieu en remplirent les rôles , ainfi
que e Sr Benoît.
Le Samedi 12 Juillet , le Lundi 14 , & le Samedi
ry , on executa à Compiegne chez la Reine
P'Opera d' phigenie. Les Demoiselles Lalande ,
Mathieu , de Selle , Canavas, Godonneſche & Bezn,
en ont chante les rôles , ainſi que les Sieurs
Benoît , Poirier & Dubourg.
AOUST. 1749. 173
AVERTISSEMENT.
Sur les Nouvelles Etrangeres & Sur le
Journal de la Cour , &c .
Es Auteurs du Mercure ont toujours
Leggere foit pour les
Nouvelles de Politique & de Guerre , ſoit
pour le Journal de la Cour & de Paris ,
ils ont , de tems immémorial , copié mot à
mot la Gazette de France. Tant que M.
Remond de Sainte Albine a compoſé ces
deux Ouvrages périodiques , cette omifſion
étoit plus excuſable chez lui que chez
un autre. A préſent qu'il n'eſt plus chargé
de la Gazette , il ſe feroit un ſcrupule de
garder là-deſſus plus long-tems le filence..
Il annonce done qu'il continuera de ſuivre
l'uſage établi , mais que ne devant à l'avenir
avoir d'autre part aux articles mentionnés
ci-deſſus , que le ſoin de les faire
tranfcrire ou tout au plus abreger , il ne
prétend point ſe faire honneur d'aucun
de cesarticles.
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE .
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
NOUVELLES ETRANGERES.
DE CONSTANTINOPLE , le 10 Mai.
NParticuliers que arrêté depuis quelques jours pluſieurs
tenoient des diſcours féditieux.
LeGrand Seigneur , qui avoit été indiſpoſé
dans le commencement de ce mois , ſe porte
beaucoup mieux, L'arrivée d'un courier des frontieres
de la Perſe , a donné lieu à la tenue d'un
grand Divan , après lequel il a été dépêché plu.
fieurs couriers.
Le Capitan Bacha , commandant la Flotte deftinée
pour aller faire le recouvrement des ſommes
dues au Grand Seigneur dans les Ifles de
l'Archipel , ſous le nom de tribut , a mis à la voile
hier : on dit qu'il eſt chargé d'ordres ſecrets pour
examiner dans ſa tournée la conduite de pluſieurs
Officiers publics , contre leſquels il y a des plaintes
,& de les punir , s'ils ſe trouvent coupables ,
ou par la privation de leurs Charges , ou par la
mort.
Il eſt arrivé hier un courier de Babylone ; depuis
qu'il a remis ſes dépêches au Grand Vifir
le bruit courtque le nouveau Bacha , envoyé par
leGrand Seigneur dans cette Ville , après y avoir
fait fon entrée en triomphe , avoit fait arrêter une
quarantaine de perſonnes du parti contraire , aufquelles
il avoit fait couper le tête , afin que cet
exemple en imposât aux ſéditieux , dont le nombre
augmente tous les jours.
Les , trois Députés de la Régence d'Alger furent
admis à l'audience du Grand Vifit ; on dit
AOUST. 1749. 175
que l'objet de leur venue eſt d'obtenir du Grand
Seigneur quelques Vaiſſeaux de guerre , pour
être en état d'en impoſer aux PuiffancesChrétiennes
, leſquelles , à ce qu'ils ont aſſuré , inéditent
de concert de les attaquer. Le bruit court que ces
Députés n'ont pas été bien reçûs ; que le Grand
Vifir leur a reproché les excès auſquels ils ſe porrent
tous les jours par leurs pirateries , ſans égard
même à la foi des Traités , leur notifiant , que s'ils
ne changeoient de conduire , le Grand Seigneur
leur retireroit ſa puiſlante protection.
D'ALGER , le 25 Mai .
CUr le bruit qui s'eſt répandu , il y aquelques
jours , que le Port d'Oran ſe rempliffoit de
Vaiſſeaux , qu'on y faiſoit de grands préparatifs
de guerre, & que les Eſpagnols avoient pour objet
the entrepriſe contre cette Ville , afin de punir la
Régence d'avoir ſouffert que les Corſaires donnaffent
la chaſſe àleurs Bâtimens,le Gouvernement
a ordonné à tous les Bayts , Caitz , & autresChefs
deMilice , de raſſembler leurs troupes , & qu'elles
fuffent en état de marcher au premier commandement.
La crainte d'un bombardement a
faitprendre auffi differentes meſures pour mettre
cette Ville à l'abri de la bombe . Tous les poſtes
voiſins où l'on pourroit craindre une deſcente
font déja renforcés ; les ſentinelles de nuit pour
crier l'alerte , ſont doublées , & l'on travaille ſans
relâche à mettre les Châteaux & les ouvrages en
état de faire une bonne défenſe , en cas que les
Eſpagno's parviennent à en faire le ſiége dans les
formes.
Il ſe tintle 17 de ce mois un Divan, dans lequel
il a été déliberé ſur toutes les autres meſures qu'il
Hiiij
176 MERCURE DEFRANCE.
falloit prendre pour ſe garantir de l'attaque dont
l'Etat eſt menacé. Il a été décidé que toutes les
troupes ſe porteroient ſur le rivage , & qu'elles
feroient les derniers efforts pour empêcher que les
Eſpagnols ne fiffent une defcente.
Le Contre-Aniral Frenfel , commandant les
Vaiſſeaux de guerre , ſervant d'eſcorte à quatre
Flutes Hollandoiſes , que les Etats Généraux des
Provinces-Unies envoyent chargées de préſens
pour la Régence , arriva les du mois paſſe dans
cette Ville , & eut une audience du Dey le 7 ;
M. Frenſel étoit accompagné de M. Paravicini ,
Conſul de la Naton , du Comte de Byland &
де М. Нееткегке , Capitaines , en préſentant la
Lettre , dont il étoit chargé de la part de leurs
Hautes Puiff nees , il fit un compliment ſur l'objet
de ſon arrivée : il expliqua en quosconfif
toient les préſens que la République envoyoit. Le
Dey marqua dans les termes les plus obligeans la
fatisfaction qu'il reſſentoit de l'attention de leurs
Hautes Puiſſances à l'égard des Algériens ; mais
M. Frenfel , ayant fait apporter les préſens qu'il
avoit ordre de lui remettre en particulier , le Dey
acette vûe ne put contenir ſa joie & ſes tranfports
, il s'écria , que les Etats Généraux étoient
de vrais amis & de grands am's , &qu'il étoit aisé
d'en juger par la quantité & la richeffe de leurs
préfens.
Le 3 de ce mois , il entra dans ce Port un Bâtiment
Vénitien , venant de Marseille , chargé de
fucre & de cire , dont les Corſaires de cette Ville
s'étoient emparés à la hauteur de Civita Vecchia ;
l'équipage a eu le bonheur d'échapper à l'eſclavage,
en gagnant le rivage , à la faveur de la
Chaloupe. Le 10 , un petir Vaiſſeau de Raguſe ,
que les Corſaires avoient amené le 7 , fut relâché ,
AOUST. 1749. 177
le Capitaine ayant produit un ſauve- conduit du
Grand Seigneur , par lequel ſa Hauteffe accorde
ſa protection aux Bâtimens de la République de
Raguſe , qui commercent , en conſidération du
tribut qu'elle lui paye , & qui menace de ſon indignation
les Vaifleaux Turcs , & fpécialement
ceux de Tunis , de Tripoli & d'Alger , qui oferent
Houbler les Raguſains dans leur navigation.
DE MOSCOu , le 23 Juin.
Il arriva le 22 du mois dernier ,un courier ex
traordinaire dépêché par le Gouverneur de Cazan,
avec la triſte nouvelle que le feu avoit réduit en
cendres cette grande Ville , Capitale d'une des
plus fertiles Provinces de Ruffie , ſans qu'il eût été
poſſible d'arrêter les progrès de l'incendie : elle fut
fr entiere, qu'il n'est pas reſté une ſeule maiſon
ſur pied. Ce fâcheux évenement a fait une fi grande
impreſſion ſur l'eſprit de l'Impératrice , qu'elle
a ordonné que les précautions fuſſent redoublées .
ici, pour prévenir de pareils accidens. Le contr'ordre
a été auſſi envoyé dans la même crainte
au Directeur des Bâtimens , pour qu'il firceſſer le
Palais de bois , auquel on travailloit pour loger
l'Impératrice , ſon intention étant qu'il foit bâti
depierre , pour ne pas être expoſée aux riſques du
feu.
Le Landgrave de Heſſe-Hombourg a envoyé
ces jours paffés aux Bureaux des Affaires Etrangeres
les titres qui l'autoriſent à le mettre fur les
rangs comme Candidat , lorſqu'on procédera à
PElection d'un Duc de Courlande. Ce Prince recommande
en même tems ſesintérêts pour l'héré.
dité du feu Landgrave de Heſſe-Hombourg.
L'Impératrice qui a été fort indiſpoſee , eftpar-
H
178 MERCURE DE FRANCE .
faitement rétablie ; la Majesté Impériale s'eſt rendue
le 3 de ce mois à la Maiſon de campagne de
Ferrowa,où elle eſt actuellement, tous les Miniſtres
Etrangers font venus lui faire leur cour , & la féliciter
ſur ſa convalescence..
La Cour envoya la ſemaine paſſée des ordres
dans les Villes Limitrophes de l'Ukraine , pour
qu'on tirât des magazins qui les approvifionnent ,
le bled dont elles pourront ſe paſſer , pour le verſer
dans cette Province , ſa Majesté Impériale
ayant été émûe de compaſſion , en apprenant par
les Députés , qui lui ont été envoyés à ce ſujet ,
que les fauterelles avoient fait un fi grand ravage
dans ce Pays l'année derniere , qu'il n'y avoit
point eu de récolte, que les peuples y languifſoient
, & qu'ils étoient à la veille de périr , à
moins qu'ils ne fuſſent promptement ſecourus.
On aſſure qu'après la tenue d'un Conſeil , où
l'Impératrice a préſidé , il a été dépêché de nouveaux
couriers à Pétersbourg & en Finlande ; on
ditqu'ils portent un contr'ordre pour que la Flotte
qui devoit mettre en mer inceffamment, reſtât dans
le Port ,& pour ſuſpendre la marche des troupes
& leur embarquement.
L'Impératrice, le Grand Duc & la Grande Ducheffe
, font revenus le 20 en cette Ville , & doivent
en partir demain pour ſe rendre au Monaftére
de Traitza , dans l'intention d'y pafler quelques .
jours. Sa Majesté Impériale , informée que le
Prince Jean , fils du Duc Antoine Ulrich de Brunfwich
, devenoit d'un âge à recevoir une éducation
conforme à fon rang, a fait choix elle-même.
des ſujets qu'elle a jugés dignes de ce ſoin : indépendemment
de tous les Maitres qu'elle a nomimés
pourl'inſtruire detout ce que doit ſçavoir un
Prince de ſon rang , elle a encore envoyé ordre.
AOUS T. 1749. 179
qu'on lui en donnât pour apprendre les Langues
Ruſſionne , Allemande & Latine.
Tous les dérails qu'on a reçûs de l'incendie
arrivé à Caſan , confirment la ruine de cette
grande Ville : rien n'a échappé aux Aammes , &
juſqu'aux Archives du Royaume ont été conſumées
par le feu : il vient d'arriver un malheur
égal à Kalogua, Ville diſtante de cette Capitale de
cent quatre-vingt werſtes ; le dommage y a été
d'autant plus conſidérable que tous les magaſins
ont été brûlés entierement. Le 4 , le feu prit auffi
à un Village voiſin de Perrowa où étoit alors
l'Impératrice & fa Cour , ce qui a été cauſe que ſa
Majesté Impériale en eſt partie le lendemain pour
ſe rendre ici.
Le Comte de Beſtuchef, Grand Chancelier , ſe
rendit le sauprès de l'Impératrice , pour recevoir
fes ordres , à l'occaſion de plufieurs dépêches apportées
par differens couriers. Le lendemain , le
Général Bernes , Ambaſſadeur de l'Empereur &
de l'Impératrice des Romains , confera avec le
Grand Chancelier , & le 7 il dépêcha un courier à
ſa Cour.
L'Impératrice a envoyé ordre à Pétersbourg ,
pour qu'on habillâtde neuftoute laGarde à pied ,
& qu'on lui diſtribuât dix Etendaits , dont le premier
ſera de ſatin banc , relevé par une broderie
d'or aux deux côtés , avec les Armes de l'Empire
au milieu , les bords garnis de franges d'or. Les
neuf autres Etendarts ſeront de ſatin rouge , auffi
relevés d'une broderie d'or .
DE STOCKHOLM , le 30 Juin.
Le Roi continne ſon ſéjour à Carlberg , où ſa
Majesté prend alternativement le plaifir de la
Hvj
180 MERCURE DEFRANCE.
chaſſe & de la promenade. On apprend de Carele
ſcroom , Port fur la mer Baltique , qu'il s'y trouve
actuellement dix huit Vaiſſeaux de guerre ,&dix
Fregates , prêts à mettre à la voile , quand le befoin
l'exigera.
D'autres avis de Calmar , dans la Province de
Smalar d , portent que l'on y avoit lancé à l'eau
une Galére nouvellement conſtruite , & que dans
•deux autres Ports , à Weſterwich & Norkoping
il en avoit été miſes en mer deux autres , ſous les
noms de Jankoping & de l'Ostrogotie.
Le Baron de Scheffer , Colonel au ſervice de
France , vient d'obtenir une Compagnie dans le
Régiment des Gardes , & le Roi a accordé à M.
Morath , Capitaine du Régiment du PrinceGuftave
, le titre de Major , & lui a permis de donner
fa démafſſion pour ſa Compagnie.
Le Marquis d'Avrincourt , Ambaſladeur de
France en cette Cour , a de fréquentes conférences
avec le Comte de Teſſin , & les autres Minif
tres du Roi. Il reçut ces jours paſſés un courier de
Norwege , dépêché par l'Abbé le Maire , Miniſtre
deFrance auprès du Roi de Dannemarck .
Onne doute pas que ſa Majesté ne nomme inceſſamment
un Miniſtre pour aller réſider en Aogleterre
, le Baron d'Hamilton qui avoit été choiſi
pour s'y rendre , ayant fupplié le Roi de l'en difpenſer.
Le Sénéchal Jean Guillaume Liliemberg
vient d'obtenir le Gouvernement d'Abo , Ville
Maritime de la Province de Finlande.
AOUST. 1749.
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 4 Juillet.
Impératrice Reine a approuvé le Réglement
dreflé par le Comte de Choteck , Intendant
Général du Commerce des Provinces Héréditai
res, pour améliorer les Manufactures , & pour
procurer le débit des dentées de ces-Provinces.
,
Le 8 du mois dernier , on s'apperçut ici d'un
tremblementde terre, Il dura une minute : le jour
ſuivant , on fut effrayé par une ſeconde ſecouffe
mais elle n'occafionna aucun fâcheux accident.
Le 12, on ſentit une troiſième ſecouffe de trem
blement de terre, il ne cauſa aucundommagedans
cette Capitale , mais il n'en a pas été de même à
la campagne , où il ya eu plufieurs maiſons entr'ouvertes.
On apprend de Neustadt , que les
Moines d'un Convent ſitué dans les Montagnes ,
avoient été ſi effrayés de l'ébranlement de leur
maiſon , qu'ils s'étoient ſauvés , & qu'un inſtant.
après elle avoit été convertie enmafure...
Deux Edits viennent d'être publiés : le premier
régle le tems de la durée des Foires , & les droits
àpercevoir fur les marchandises& denrées qui s'y
débiteront. Le ſecond Edit arrête les droits d'en--
trée & de fortie du tabac , tant du crû du Pays ,
que pour celui qu'on apporte des Pays Etrangers.
La groffeffe de l'Impératrice,Reine a été déclarée
le 14 du mois dernier. ,
Dans l'Edit publié ces jours paſſes , qui commuez
la peine de mort , dont étoit puni cisdevant le
crime de déſertion, on promet à tous ceux quia
arrêteront des déferteurs foit, cavaliers ou fol
dats , une récompenſe de vingt florins parsête,d
182 MERCURE DEFRANCE .
condition qu'ils feront remis entre les mains de la
Juſtice. Il eſt défendu par le même Réglement ,
ſous peine d'une amende conſidérable , de leur
donner aucun azile , ſoit dans les Convents , ou
dans les maiſons de ſéculiers..
Depuisque la Comteſſe de Fuchs , Grande Maî
treffe de la Maiſon de l'Impératrice , prend les
bains a Mannerſdorff , ſa Majesté Impériale y fait
de tems en tems des voyages.
On apprend par les dernieres Lettres de Prague,
que le Corps d'artillerie qui eſt en quartier à
Budweis & dans les environs , a commencé à faire
ſes exercices , depuis l'arrivée du Prince de Lichtenſtein
qui en eſt le Grand Maître.
Lestroupes qui font en garniſon en Boheme , à
Prague , à Pilfen , à Egra , &c. ont ordre de ſe tenir
prêtes à marcher pour les camps qu'on doit
former inceſſamment. On travaille actuellement
pour qu'elles ſoient habillées de neuf.
L'Impératrice Douairiere eſt partie le 21 du
mois dernier , pour le endre à Hertzdorff , on ſa
Majesté Impériale doit paſſer l'uté. Elle ya donné
audience le 24. àM. Blondel , Miniſtre de Sa MajeſtéTrès
Chrétienne.
La levée des recrues pourla Cavalerie eſt com.
plette ,maison preſſe avec chaleur celles de l'Infanterie
, & à mesure qu'il en arrive , on les fait
partir pour leur destination. Les Régimens de
Cavalerie qui étoient répartis en Hongrie , font
déja ſortis de leurs quartiers , pour aller former less
Camps que l'Imperatrice Reine a ordonnés.
DE BRESLAU , le 6 Juillet ..
La nuit du 21 an 22 du mois dernier , il y eut
ici un orage épouventable ,dont les fuites ont été
AOUST. 1749. 183:
les plus funeſtes : à trois heures après minuit , le
tonnerre tomba ſur un magaſin rempli de cinq
cens milliers de poudre , & y mit le feu : le bruit
épouventable que cet horrible accident occafionna
, ébranla toutes les maiſons de la Ville. Le dégât
à la campagne& aux environs occaſionnépar
la tempête , & par l'éclat de la poudre , a été fort
grand , & il y a péri un grand nombre de Beftiaux.
Le Gouverneur de cette Ville a fait percer des
maiſons , pour ſervir de magazins aux effets des
particuliers dont les maiſons font ouvertes , &y
a fait porter les habitans bleſſés , afin qu'ils y
trouvent de prompts ſecours. Il a depêché un
courier à Berlin pour rendre compte au Roi des
malheurs arrives en cette Ville.
DE DRESDE ,le 7 Juillet..
On apprend de Warſovie que le Tribunal Af
fefforial travaille avec beaucoup d'affiduité auxs
affaires du Royaume ,& que le Grand Chancelier
Malachousxi ſe trouve régulierement aux léances..
Les mêmes avis ajoutent qu'il paroîtra dans peu
un nouveau Réglement pour augmenter les Finances
, qui améliorera le revenu de cette Cou
ronne , ſans être à charge aux peuples , & qu'on
eft auffi occupé dans les Conférences , de trouver
les moyens de rendre le Commerce floriflant ,
& d'y donner plus d'étendue qu'il n'en a eu juf.
qu'ici .
Par les dernieres Lettres de Gracovie , on eft
informé que le Prévôt de cette Ville eſt mort:
à Prziſbyławice , d'une petite vérole qui eft rentrée.
Les troupesde l'Impératrice de Ruffie , revenues ,
134 MERCURE DE FRANCE.
deBoheme en dernier lieu , ont été miſes en garniſon
en Courlande & en Livonie. On écrit de
cette derniere Province , auffi-bien que de l'Eſtonie,
qu'ils'en trouvoit un fi grand nombre dans ces
quartiers-là , que l'on avoit été dans l'obligation
d'en faire cantonner une partie dans les Villages
voiſins. ン
Le Maréchal Comte de Saxe arrivarici de Paris
le 22 : leurs Majeſtés l'ont reçû avec les témoignages
de la bienveillance la plus fincére. Toute
la Cour s'eſt empreſſée de ſon côté de le féliciter
fur ton heureuſe arrivée , & il n'y a perſonne quis
n'ait tâché de lui marquer le vrai plaifir qu'on en
arreffenti.
L
ESPAGNE.
DE MADRID , le 8 Juillet..
E 30 du mois dernier ,le Roi , la Reine &
l'Infante , qui jouiflent d'une parfaite ſanté,
partirent du Château d'Aranjuez pour ſe rendre
au Palais du Buen - Retiro Le 24 , Fête de S.Jean-
Baptifte , dont le Roi de Portugal porte le nom ,.
laCour fut fort nombreuſe , & leurs Majestés reçurent
à cette occafion les complimens des Miniftres
étrangers & de tous les Grands de cette Cour
Don Jofeph Cantelmo Estuard, Duc de Popoli,.
Prince de Peterano , Grand d'Eſpagne de la premiere
Clave , Chevalier de l'Ordre de Saint Janvier
, Commandeur de "Ordre d'Alcantara , Gentithommede
la Chambre du Roi en exercice pour
cette annee & Lieutenant Général des armées
desa Majesté, mourut en cette Ville le 17 du mois
paffé , âgé de cinquante fix ans Il n'étoit pas
moins recommandable par les ſervices.importans
९
AOUSΤ. 1749. 185
qu'il a rendus , que par ſa naiſſance diftinguée.
M. Keene , Miniſtre Plénipotentiaire du Roi de
la Grande Bretagne , vient de dépêcher un courier
à Lordres , par lequel il envove un ordre de ſa
Maveſté Catholique , pour la reſtitutionde tous les
Bâtimens Anglois enlevés par les Eſpagnols depuis
l'expiration du terme indiqué dars les préliminaires
de Paix, figrés à Aix- la Chapelle. Conſequemment
aux Conférences tenues à cette occafion
entre les Miniſtres des deux Puiflances , il a été reglé
que ſa Majesté Britannique ordonneroit la
même reſtitution en faveur des Négocians de cet
te Couronne, qui ſeront dans le même cas . Avant
que.Don Ferdinand Pignatelli partit pour fon
Ambaſlade auprès du Roi Très Chrétien , leurs
Majeſtés lui ont fait remettre de magnifiques préſens
, pour les rendre de leur part à ſon arrivée en
France à l'Infante Duchefſſe de Parme.
Onaffure que le Comte de Sade qui est parti
pour ſe rendre à Turin , en qualité d'Ambafladeur
de la Majefé auprès du Roi de Sardaigne, a ordrede
remettre au Duc de Savoye le portrait de
L'Infante Marie Antoinette.
Le Roi a nommé l'Abbé de Grimaldi , ſon Miniſtre
auprès du Roi de Suede. Cet Abbé a réſidé
ici , il y a quelques années , en'a même qualité ,
de la part de la République de Cénes.
Le Comte de Flemming , Miniſtre de Suéde ,
arriva ici la ſemaine derniere .
Le Roi travaille avec beaucoup d'affidrité aux
affaires de l'Etat ,& à mettre un fi bon ordre dans
les Finances , que les dettes occaſionnées par la
derniere guerre , puiſſent être libérées fans être à
charge à ſes peuples. Sa Majesté a déja obtenu du
Pape un Bref, par lequel St Sainteté permet au
Roi de lever un indultde troispour cent,ſur tous
186 MERCURE DE FRANCE:
les revenus Eccléſiaſtiques , tant à la nouvelle Ef
pagne qu'au Pérou. Ce moyen fournira des
fommes confidérables , & il eſt d'autant plus à
ſa place , que le Clergé en Amérique qui y
poſlede des biens immenfes , n'a preſque point
contribué , ou du moins fort peu, aux charges
publiques & aux frais de la derniere guerre.
ITALI E.
DE CIVITA VECCHIA , le 29 Juin.
La accordéesjours
A permiſſion accordée ces jours paſſés au
Smirne , de mettre àterre pluſieurs paſlagers qui
étoient ſur ſon bord , & differentes marchandiſes
dont il vouloit faire le tranſport , a penſé occafionner
ici un foulevement général . La populace s'eſt
attroupée , a couru en foule chez le Cominandant
de la Place , & a demandé à grands cris que cette
permiffion fût révoquée. Sur les enquêtes qu'on
fit auſſi-tôt pour être informé des raiſons qui
avoient occaſionné cette rumeur , on apprit que
le peuple ſe perfuadoit que fi le débarquement
dont il étoit queſtion ſe faiſoit, il en réſulteroit la
communication du mal contagieux contre lequel
on eſt actuellement en garde dans tous les Ports.
En vain a-t'on voulu faire comprendre à cette populace
allarmée , que fa terreur étoit frivole , rien
n'a été capable de la calmer ; pour la raffûrer & la
faire rentrer dans le devoir , il a fallu révoquer la
permiffion accordée , & envoyer ordre au Vaifſeau
Suédois de remettre à la voile,& de fortir fur
le champ de ce Porr.
AOUST. 1749. 187
DE GENES , le 9 Juillet .
Le Patron d'un Navire venant de Cadix , richement
chargé , qui est arrivé, il y a quelques jours,
dans cette Rade , a rapporté qu'il avoit rencontré
àlahauteur du Cap de Palo , un Vaiff au de guerre
de Malte , deux d'Eſpagne & deux Chebecqs ,
qui croiſoient dans les Mers de Catalogne, & qui
donnoient la chaſſe aux Corſaires de Barbarie. On
eſt informé par la même voye , que l'on attend
avec d'autant plus d'impatience à Cadix le retour
de la Flotte de la Vera- Crux & de la Havanne
que l'on est perfuadé dans ce Port , que le projet
d'attaquer les Barbareſques , ſuppoſé que l'Eſpagne
l'ait réellement formé , n'aura lieu que lorfque
cette Flotte ſera arrivée.
Le crédit de la Banque de Saint Georges commence
à ſe rétablir; les Billets de cette Banque
font augmentés depuis quelques jours de quatre
pour cent. La commiſſion établie pour cet effet
travaille aſſiduement aux moyens de lui rendre
fon ancien crédit .
On apprend de Livourne , par un VaiſſeauAnglois
, arrivé en cinq jours de Navigation , que
les Algériens ſont dans la conſternation , à cauſe
des nouvelles qu'ils ont reçûes des armemens que
differentes Puiſſances Chrétiennes vont mettre en
mer pour les punir de leurs Pirateries , & que la
Régence de cette Ville a envoyé des ordres pour
que les Corfaires qui ſe préparoient à fortir du
Port , dans le deſſein d'aller en courſe , ne miſſent
point à la voile,
188 MERCURE DE FRANCE.
L
GRANDE BRETAGNE .
DE LONDRES , le 17 Juillet.
E 7 de ce mois , le Roi partit du Palais de
Kenfington pour aller à Clermont , T rre appartenante
au Duc de Newcastle, & fit l'honneur à
ce Seigneur de dîner avec lui. Pluſieurs perſonnes
de confidération y furent invitées. Sa Majesté retourna
le ſoir à Kensington .
La Compagnie des Indes Orientales s'aſſembla
extraordinairement le 2 de ce mois ; l'affare concernant
les obligations données par le Gouverneur
de Madras , & le Conſeil de cet établiſſement
,au mois de Septembre 1746 , fut appellée
devant les Proprietaires & examinée par des Jurif.
confultes. Conféquemment àleur déciſion , il fut
réſo'u unanimement que ces obligations , ſelon les
loix devoient être acquittées àla réſerve d'une
ſeule decent trente mille Pagodes , au profit du
Gouverneur Mourſe, dont il falloit ſuſpendre le
payement, attendu que le Gouverneur&le Conſeil
de Madras ont manqué au devoir de leur charge,&
par leur conduite ſont trouvés coupables
de fraude , & que dans le cas que la Compagnie
pût prouver que les poſſeſſeurs de ces obligations
fuffent complices du monopole , elle feroit en
droit de ſe pourvoir contre eux en Juſtice , en
conféquence de cette déciſion , la propoſition fut
faite d'acquitter les dettes obligatoires , à condi..
tionque ceux qui s'en trouvent les poiſeſſeurs,autoriferoient
da Compagnie par un écrit qu'ils figuerosent
, à uſtifier la fraude , & à ſe pourvoir en
Juſtice contre ceux qui s'en trouveroient coupables,
fort que ce fuſſent les poffeffeurs des obligations,
ou leGouverneur , ou le Conſeil de Madras
AOUST. 1749. 189
Après de vifs débats , cette propoſition paſſa à la
negative , & l'affaire demeura fulpenduefine die.
La principale raiſon qui a porté la Compagnie à
prendre ce parti , c'eſt l'eſpérance qu'elle a conçûede
recouvrer dans peu les Regiſtres & les papiersque
les François ont enleves, orſqu'ils ſe ſont
emparés de Madras & du Fort de Saint Georges ,
n'étant pas douteux qu'ils ne ſoient rendus avec
cette Place , ce qui mettant alors la Compagnie à
portée de vénfier le fait , elle ſe trouvera en état de
juget fairement & équitablement la conteftation.
Le Brigantin Angloisle Thomas & Marie , appartenant
à Scarbouroug , Ville de la Province
d'York , pris, il y a quelques mois, par le Turpin ,
Armateur de Dunkerque , doit être reſtitué dans
peu aux proprietaires, parce qu'il a été prouvé
que ce Vaiſſeau avoit été enlevé depuis l'expiration
du terme porté par le Traité de Paix. Le Roi
Très Chrétien a ordonné qu'il fût rendu , & que
le Corfaire payâr les trais & dommages convenables
pour ce ſujer.
On publie affirmativement que le Roi de Pruſſe
a envoyé ici une fomme d'argent pour acquitter
l'emprunt qu'il a fait , il ya quelques années , &
qu'il a hypotequé ſur la Silefie L'intérêt des neuf
-années de cetemprunt, eſt ſur le piedde ſept pour
centpar an.
190 MERCURE DE FRANCE.
XXXXXXXXXXXXXXXXXX XXX ああ
FRANCE.
L
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E 29 Juin , le Roi alla àChoiſy ,& Sa Majesté
en revint le 2 Juillet.
Le 3 de ce même mois , le Roi alla au Château
de la Mentte , & Sa Majesté fit dans le Bois de
Boulogne la revue des deux Compagnies des
Mouſquetaires de ſa Garde .
Madame la Dauphine coucha le 25 du mois de
Juin à Gizors ; le lendemain elle artiva à Forges ,
&le 27, elle commença à prendre les eaux.
Le Roi a diſpoſé de la Charge de Prevôt & Maî
tre des Cérémonies de l'Ordre du Saint Eſprit ,
qu'avoit feu M. Amelot , en faveur du Marquis de
Brezé , Lieutenant Général de ſes Armées.
Sa Majesté a donné la Charge de Maître d'HôtelOrdinaire
de la Reine, vacante par la mort de
M. Fournier , au fils de M. Helvetius .
Le Maréchal Duc de Belle- Ifle fut reçu le 30
Juin à l'Académie Françoiſe , & il fit fon diſcours
de remerciment , auquel l'Abbé du Reſnel, Directeur
, répondit au nom de l'Académie.
Le 3 du mois dernier , les Actions de la Compa
gniedes Indes étoient à dix ſept cens trente livres;
lesBilletsde lapremiere Lotterie Royale , à cinq
cens quatre-vingt-dix huit , & ceux de la fecondeà
cinq cens ſoixante-feize .
Le Roi partit le 4 Juillet du Château de la Meutte
, accompagné de Monſeigneur le Dauphin &
de Madame Infante , d'où Sa Majesté arriva à
Compiegne le mêmejour.
AOUST. 1749. 19
La Reine & Meldames de France ne s'y rendi
rent que le 7.
Les , l'Infante Iſabelle y arriva dans les carofſes
du Roi .
àla
Madame la Dauphine continue avec ſuccès à
prendre les eauxà Forges. Depuisque le tems s'eſt
remis au beau, la Princeſſe va les prendre
Fontaine. L'empreſſement de lui faire ſa cour y
attire tous les jours la Nobleſſe de la Province , &
une grande affluence de perſonnes de differentes
Villes des environs .
Le 10 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix-ſept cens quarante-cinq livres; les
Billets de la premiere Lotterie Royale , à cinq cens
quatre-vingt-dix neuf,& ceux de la ſeconde àcinq
cens ſoixante-dix-huit.
Le 13 , la Reine accompagnée de Monſeigneur
le Dauphin & de Meſdames de France , ſe rendit à
l'Egliſe de la Paroiſſe du Château , & Sa Majesté
y aſſiſta à la grande Mefle.
L'après midi , la Reine alla entendre les Vépres
dans l'Egliſe du Monastere des Religieuſes de la
Congrégation de Notre-Dame.
Le foir , le Roi & la Reine , accompagnés de
Monſeigneur le Dauphin , de Madame Intante &
de Mesdames de France , affifterent au Salut du
Saint Sacrementdans l'Egliſe Royale & Collégiale
de Saint Clément.
Le 16 , la Reine ſe rendit au Convent des Reli
gieuſes Carmélites , qui célébroient la Fête de Notre-
Dame du Mont-Carmel. Sa Majesté y entendit
la Grande Meſſe , & communia par les mains
de l'Archevêque de Rouen , ſon Grand Aumônier.
L'après midi , elle aſſiſta aux Vêpres & au Sermon
du Pere Bouchot , Gardien du Convent des
Cordeliers de Noyon ,& le ſoir elle entendit le
Salut.
192 MERCURE DE FRANCE.
(
Le 17 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix- huit cens quinze livres, les Billers
de la premiere Lotterie Royale , à fix cens , &
ceux de la ſeconde à cing cens quatre-vingt.
BENEFICES DONNE'S.
LoRa SaintMartin de
E Roi a accordé l'Abbaye de Saint Martin de
Rouen , à l'Abbé de Goayon , Aumônier de la
Reine.
Celle de Morigny , même Ordre , Diocèle de
Sens , à l'Abbé Drouas , Vicaire Général de l'Archevêché
de Sens.
Celle de Ferrieres , même Ordre , même Diocè -
ſe , à l'Abbé Onic , Aumônier du Duc d'Orléans.
Celle de Fontaine- le Comte , Ordre de Saint Augustin,
Diocèſe de Poitiers , à l'Abbé de Ribeyreys.
Celle de Marvilles , Ordre de Saint Benoît ,
Diocèſe de Cambray , à Dom Doffegnies , Religieux
du même Ordre.
Celle de la Prete-Dieu , Ordre de Citeaux ,
Diocèle de Troyes , à Dom Morice , Religieux du
même Ordre
Celle d'Arrouaiſe , Ordre de Saint Augustin ,
Diocèſe d'Arras , à Dom Saladin , Religieux du
même Ordre.
L'Abbaye de Saint Jean le Grand , Ordre de
Saint Benoît , Diocèse & Ville d'Autun , à la Dame
le Beck
Celle de Saint Remy , près Villers- Cotterêts ,
Ordre de Saint Benoît , Diocèſe de Soiſſons , à la
Dame de Chanut.
Le Prieuré de Moutons , Ordre de S. Benoît,
Diocèle d'Avranches , à la Dame de Vargemont .
NAISAOUST.
193 1749.
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗:洗洗
NAISSANCE, MARIAGES
L
Morts.
E 12 Juillet, est né & a été baptisé Ceſar-Louis-
Marie - François- Ange , filsde Claude Conftance-
Cefar de Houdetot , Comte de Houdetor , Seigneur
de la Paroiſſe de Saint Germain de Noards
en Normandie , Chevalier de l'Ordre Militaire
de Saint Louis , & Capitaine- Lieutenant des Gendarmes
de Berry , & d'Elizabeth Sophie- Françoiſe
de la Live. Il a été tenu ſur les Fonts de Baptême
par Louis - Denis de la Live de Bellegarde , ſon
ayeul maternel , Seigneur d'Epinay, la Chevrette ,
la Briche , &c. repréſenté par Ange Laurentde la
Live de Jully, ſon fils , & par Marie-Louiſe-Françoiſe
Fillion de Villemur , veuve de Louis Pierre ,
Comte de Houdetot , & épouſe d'Alphonfe-Marie-
Louis , Comte de Saint Severin d'Arragon ,
Chevalier des Ordres du Roi , & Miniſtre d'Etat ,
tante paternelle.
Le Comte de Houdetot, pere de celui qui donne
lieu à cet article , étoit ſecond fils de feu Charles
de Houdetot , Marquis de Houdetot , Lieutenant
Général des Armées du Roi , Lieutenant Général
de la Province de l'Iſle de France , & Commandant
pour le Roi dans la Comté de Bourgogne
, mort les Juin 1748 ; & de feue Catherine-
Magdeleine-Théreſe Carrel morte le 4 Janvier
1749.
,
LeComte de Houdetot eſt de la ſeconde branchede
ſa Maiſon , une des plus anciennes de Normandie
, où elle eſt connue par les Titres & les
Hiſtoires depuis l'an 1034 ; ſes armes, de toute an
I
494 MERCURE DE FRANCE .
cienneté , ſont d'argent à une bande d'azur dia
prée d'or de trois pieces , celle du milieu chargée
d'un lion , & les deux autres d'un aigle à deux têtes,
le tout d'or. Voyez cette Généalogie bien détaillée
dans l'Histoire des Grands Officiers de la Couronne,
Tom. 8. fol. 16. .
Le 17 Février , Louis-Thomas , Comte deHumes
de Cherify , Seigneur de Ville-Dieu , Deminats
, & autres Lieux , Capitaine de Cavalerie ,
épouſa dans la Chapelle du Château de Flogny ,
entre Tonnerre & Saint Florentin , Marie-Elizabeth
de Braque , fille de feu Paul-Emile de Braque ,
Marquis de Braque , Comte de Loches , Seigneur
du Luat , Pifcop, & autres Lieux , & de MarieGe
neviève Amiot.
Louis-Thomas eſt fils de Louis- Benigne , Comte
de Humes de Cherify , Capitaine de Cavalerie au
Régiment de Turenne , & d'Armande -Jeanne-
Blanche Hue de Miromenil.
La Maiſon de Humes , originaire d'Ecoffe , eſt
une des plus anciennes & des plus grandes de ce
Royaume. Ceux de ce nom en étoient les premiers
Barons. Voyez Sainte Marthe , Etat général
de l'Europe , publié en 1680. T
Georges de Humes paſſa en France ſous le regne
de François I. avec Robert Stuart , depuis
Maréchalde France ſous le nom d'Aubigny, Prince
de la Maiſon Royale d'Ecofle ,& obtint des Lettres
de Naturalité au mois de Juin 1534 .
Antoine de Humes , Seigneur de Cherify & de
Sancy , Gouverneur de Montbelliard & de Flavigny,
prit alliance dans la Maiſon de Stuart par
fon mariage du premier Septembre 1571 , avec
Martine Stuart, Dame de Quicerot, Jours, Samboc
&Vermanton , niéce du Maréchal d'Aubigny, en
préſence de Robert Stuart , Seigneur deVeſignes
fonfrere.
AOUS T.
της 1749.
Jean de Humes , Lieutenant des Gardes du
Corps , obtint en récompenſe de ſes ſervices rendus
au ſiége d'Amiens le 9 Juin 1611 , une perfion
de 2400 livres, & le 30 Juillet 1615, il fut nommé
Gouverneur du Marquis deVerneuil, frere naturel
de Louis XIII .
Charles- Antoine de Humes fut nommé Colonel-
Lieutenant du Régiment de Condé , par Brevet
du 25 Juillet 1648 , & Maréchal de Camp le 15
Août 1652 Louis-Thomas , qui donne lieu à cet
article , eſt ſon arriere petit- fils.
La Maiſon de Braque eſt arcienne& illuftre.
Elle a contracté des alliances avec les Maiſons de
Savoye & de Stuart ,& elle a fondé le Couvent des
Peres de la Mercy, à Paris , près la rue de Braque ,
Loù eſt encore un ancien Hôtel de même nom.
Le 9 Juin , Claude - Alexandre Toustain , Scigueurde
Greſmes les Murs , & autres Lieux, Chevalier
de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis ,
&ſous-Lieutenant des Grenadiers à Cheval de la
Garde du Roi , épouſa dans l'Egliſe Paroiſſiale de
SaintGervais , Françoiſe Magdeleine Midy fille de
feu Claude Midy, Conſeiller du Roi , Auditeur en
faChambredes Comptes de Paris , &de Marie-
Jeanne le Marchand.
Claude-Alexandre eſt fils de François Touſtain ,
&de Marie de Mailly.
Le 14, Marguerite Baron, épouſe de PierreMontholon
, ancien Officier desVaiſſeaux du Roi , mоц.
zur âgée de 44 ans ,& fut inhumée à Saint Paul.
Le 21 , Marie- Charlotte d'Estampes , fille de
PhilippeClaude d'Estampes , Marquis de la Ferté
Imbaut , Colonel du Régiment de même nom ,
mourut âgée de 13 ans , & fut inhumée à Saint
Roch.
Le même jour ,Charles Caffin , ancien Rectent
I ij
196 MERCURE DEFRANCE
,
de l'Univerſité de Paris , & Principal du Collége
de Beauvais , mourut d'une fluxion de poitrine ,
dans la ſoixante-treiziéme année de fon âge , étant
né le 4 Octobre 1675 à Zuſage , Bourg du Dioceſe
de Rheims. Il vint à Paris en 1693 achever ſes
études . Les progrès qu'il y fit , & fes talens pour
enſeigner , n'échapperent point aux yeux de M.
Rollin , alors Principal du Collége de Beauvais
qui en 1701 le nomma Régent de Seconde dans
ceCollege, Ilſe diftingua dans cette place par un
grand nombre de pieces en proſe & en vers , qui
furent imprimées chacune dans leur tems , & que
l'on trouve recueillies avec beaucoup d'autres
qu'il a faites depuis , dans un volume imprimé en
1727 chez Quillau , ſous ce titre : Selecta carmina
Orationesque clariffimorum quorumdam in Univerfitate
Parisiensi Profefſſorum . Trois Harangues qu'il
prononça ; l'une en 1709 , fur les dangers & les
avantages des Belles Lettres ; la ſeconde en 1710 ,
fur l'utilité de l'Hiſtoire prophane , & la troifiéme
en 1712 , fur lamort du Duc de Bourgogne , lui firent
auſſibeaucoup d'honneur,
,
En 1712 , M. Rollin s'étant retiré du Collége
de Beauvais , feu M. de Meſmes , Premier Préffdent
du Parlement de Paris , chargea M. Coffin de
l'adminiſtration de ce College ,qui eſt ſous la direction
immédiate du Parlement , & au mois de
Juin 1713 , il fut établi Principal en titre.
Il fut élû Recteur en 1718 , & continué l'année
ſuivante. Son Rectorat fut illustré par l'établiſſement
de l'inſtruction gratuite , projet formé par
le Cardinal de Richelieu , & que la faveur & la
protection de M. le Duc d'Orleans , Régent du
Royaume , réaliſa par les ſoins de eu M. d'Argenſon,
Garde des Sceaux & Vice- Chancelier. Les
complimens& les remerciemens que M. Coffin fit
AOUST.
1749. 197
au Roi & au Prince Régent , ont été imprimés,
ainſi que la harangue qu'il prononça au nom de
Puniverfié , ſur l'heureuſe naiſſance de Monfeigneur
le Dauphin .
Connu par fon talent pour la Poëſie ſacrée, plufieurs
Eglifes lui demanderent des Hymnes à leur
ufage , & le nouveau Bréviaire de Paris en contient
un grand nombre.
Il a été inhumé le 22 dans la Chapelle du Collége
de Beauvais , ſur la Paroiſſe de Saint Etienne
du Mont.
Le 23 , Joſeph Sevin , Comte de Quincy , Lieutenant
de Roi de la Province d'Orleanois & Cheva .
lier de l'Ordre Royal & Militaire de Saint Louis ,
mourut âgé de 72 ans , fur la Paroiſſe de Saint
Roch , & fut tranſporté aux Feuillans.
,
Il avoit épousé en premieres néces Magdeleine
de Seve , veuve d'Anne Poitiers Seigneur du
Parc , morte le 20 Octobre 1729 , âgée de si
ans ; & en ſecondes noces Marie - Magdeleine
Eugenie de Tournai d'Aſigny d'Oiſy, morte le 11
Mai 1738.
Il étoit fils d'Auguſtin Sevin , Seigneur de la
Carbonniere , près de Brie Comte Robert , & de
Françoiſe Clupion de la Boiffiere , petit - fils de
Charles Sevin , Seigneur de Quincy , Maître des
Requêtes , & de Marie le Maître , fille d'Auguſtin
le Maître , Conſeiller au Parlement.
Cette famille eſt ancienne dans la Robe . François
Sevin , ayeul de Charles , étoit Préſident à la
Cour des Aydes. Il épouſa Antoinette le Rebours ,
Dame de Quincy. Jean Sevin , Seigneur deVitré ,
biſayeul de Charles , demeuroit à Orleans , & fon
fils Macé vint s'établir à Paris .
Le même jour , Gabriel-Jean de Pleurre , Maître
des Requêtes , & Intendant de la Généralité de la
I iij
198 MERCUREDEFRANCE:
Rochelle , mourutdans ſon Intendance, âgé d'environ
36 ans . Il avoit été reçû Confeiller au Parlement
en la ſeconde Chambre des Enquêtes le 26
Mars 1733 , & Maître des Requêtes au mois de Février
1741. Le 1s Janvier 1742 il avoit épousé
Adelaïde- Sophic l'Epinau , fille unique de Nicolas
l'Epinau & d'Anne Morel.
,
Il étoit fils de Jean - Nicolas de Pleurre , Sei
gneur de Romilly, Conſeiller au Parlement de Paris
le 20 Avril 1701 , &de Marie- Françoiſe de la
Porte , morte le 15 Avril 1713 , âgée de 32 ans .
Le 25 , Michel -Joſeph Serrion , Seigneur d'Agleghen
, mourut âgé de sfans , & fut inhumé à
Saint Germain l'Auxerrois.
Le 29 , Jean Bodinier , de la Paroiſſe de Urriz ,
Dioceſe de Nantes mourut fans ſouffrir aucun
mal , âgé de 102 ans. Il avoit toujours joui d'une
pleine ſanté , & trois jours avant ſa mort , il avoit
été à la Meffe à une lieue de distance de ſa demeure.
Le premier Juillet , Charles Coffin , Seigneur de
la Quaquetiere , & autres Lieux , Lieutenant Général
d' Artillerie de France, mourut, & fut inhumé
àSaint Jeanen Greve.
Le s, Magdeleine Andreas du Meſnil, épouſe de
N. de Souligné, Conſeiller, Secretaire du Roi , Mai.
fon & Couronne de France & de ſes Finances ,
mourut , & fat inhumée à Saint Roch .
Le 6 , Angélique de Hautefort ,veuve de Cefar-
Phebus, Marquis de Bonneval , mourut à Paris
dans la quatre-vingt-onzième année de ſon âge.
Le 7 , Marthe Vergez mourut à Vienne , près
de Nerac , dans la cent dixième année de ſon âge.
Elle étoit veuve du nommé Louis Landis, mortde
puis environ deux ans , âgé de 104 ans.
AOUST. 1749. 199
L
ARTICLE
Sur feu M. le Cardinal de Rohan.
19 Juillet , Armand-Gaston-Maximilien do
Rohan , Cardinal Prêtre de la Sainte Egliſe Romaine,
du Titre de la Trinité in monte Pincio, Evêque
& Prince de Strasbourg , Landgrave d'Alface ,
Prince du S. Empire , Grand Aumônier de France,
Commandeurde l'Ordre du Saint Esprit, Proviſeur
de Sorbonne , Abbé des Abbayes Royales de Saint
Waaſt d'Arras , de la Chaise Dieu , & de Foigny,
l'un des Quarante de l'Académie Françoile , &
Honoraire de celle des Inſcriptions & Belles Lettres
, mourut à Paris en ſon appartement du Louvre
, dans la foixante-ſeizième année de ton âge.
Son corps a été tranſporté le 21 en l'Egliſe Paroiffiale
de Saint Germain l'Auxerrois, &de- là au
Convent des Religieux de la Mercy, lieu de ſa ſépulture.
Il avoit été élú Chanoine de Strasbourg le 2
Septembre 1690 ; reçû Capitulaire le 6 Septembre
1692, nommé Coadjuteur du Cardinal de Furſtem
berg , Evêque de Strasbourg , le 28 Février 1701 ;
facié Evêque deTiberiade le 26 Juin ſuivant , dans
l'Egliſe Abbatiale de Saint Germain des Prés , par
le. même Cardinal de Furſtemberg , qui en étoit
Abbé.Devenu Titulaire de l'Evéché de Strasbourg
en 1704 , il prêta ſerment de fidélité au Roi le 15
Juin de la même année. Au mois de Juin 1706 ,
Sa Majesté lui donna ſa nomination au Cardina
lat ,& le Pape Clement XI le créa Cardinal le
18 Mai 1712. Il reçut la Barrette des mains de Sa
Majesté le 21 Juillet ſuivant.Après la mort du Car
L
I iij
100 MERCURE DE FRANCE .
dinal de Janſon , il fut nommé Grand Aumonier
de France , & en cette qualité Commandeur de
l'Ordre du Saint Eſprit , & il prêta ferment le 10-
Juin 1713 .
,
M. le Cardinal de Rohan étoit le quatrième
fils de François Prince de Roham , quia com .
mencé la branche des Princes de Soubiſe , Ducs
de Rohan- Rohan , Pairs de France , & d'Anne
de Chabot, fille aînée de Henri de Chabot, Duc de
Rohan , Pair de France , & de Marguerite , Ducheffe
de Rohan .
François étoit fils de Hercules , Prince de Rohan
, Duc de Montbazon , Pair de France , & de
MargueritedeBretagne , ſa feconde femme.
Hercules , qui a fait la branche des Ducs de
Montbazon, Pairs de France, étoit fils de Louis VI.
du nom , Prince de Guemené , & d'Eléonore de
Rohan , ſa parente.
Louis étoit le ſixiéme defcendant de Charles de
Rohan Charles a fait la branche des Princes de
Guemené , il étoit fils aîné de Jean I. du nom ,
Vicomte de Rohan , & de Jeanne de Navarre ,
fille de Philippe , Comte d'Evreux , Roi de Navarre
, & de Jeanne de France . Par cette alliance ;
Jean I. fut petit fils de Louis Hutin, Roi de France,
& beau-frere de Philippe de Valois, Roide France ;
de Pierre , Roi d'Arragon ; de Gaston , Comte de
Foix , & de Charles II. Roi de Navarre .
Le même Jean I. Vicomte de Rohan , étoit le
huitiéme deſcendant d'Alain I. du nom , Vicomte
de Rohan , mort l'an 1128 .
Alain I. étoit le troiſiéme fils d'Eudon I. Comte
de Porhoet , Vicomte de Rennes , & d'Anne de
Leon.
Eudon I. étoit petit fils de Guemené , Comte de
Porhoet,Vicomte de Rennes , vivant l'an 1008.
AOUST. 201 1749.
Tous les anciens monumens , qui concernent
cette Maiſon , prouvent qu'elle eſt iſſue de celle de
Bretagne , & tous les Hiſtoriens , qui en parlent ,
rendent le même témoignage.
M. le Cardinal de Rohan foutenoit une origine
fi illuftre par tout ce qui peut en relever l'éclat.
Avec l'extérieur qu'il avoit reçû de la nature , il
n'avoit preſque pas beſoin des marques de ſes dignités
, pour annoncer ſa haute naiſſance . La nobleſſe
de ſon ame répondoit à l'air de grandeur
qui brilloit dans ſa perſonne ; & quelque confidérablesque
fuflent ſes revenus , à peine paroiſſoientils
proportionnés à ſon humeur magnifique & bienfaiſante.
N'ayant uſe de ſes richeſſes & de ſon crédit,
que pour faire le bien;ayant joint toujours, aux
qualités les plus propres à imprimer le reſpect,celles
par leſquelles on réuſſit le plus à ſe faire aimer, il eſt
auſſi juſtement regretté aprés lamort , qu'il a été
loué généralement pendant ſa vie.
Le Sieur Hericé , Architecte de feu M. le Prince
deCarignan,vient d'achever au mois d'Avril 1749,
deux nouvelles Machines des plus fimples pour
récurer les portsde mer, rivieres, canaux , marais ,
étangs , &c. L'une de ces machines eft à double
pelle grillée , qui opere des deux côtés. Elle est
compoſée de quatre treuils ſeulement , & peut
enlever ( à vingt pieds de profondeur) tre te pieds
tubes en moins d'un demi quart d'heunre , avec
dix hommes .
La feconde pour le même ſujet eſt avec un mouton
pour faire entrer une pelle dans les forts tufs
que l'on peut rencontrer; on évitera par ces Machines
les balancemens des pelles que les courans
des eaux peuvent occaſionner par la maniere dont
Iv
202 MERCUREDE FRANCE.
les cordages des treuils retiennent ces pelles , lorfqu'elles
font defcendues & montées.
Ceux qui ſe trouveront dans le cas d'en avoir
beſoin , pourront voit la manoeuvre des modeles
chez M. Chapelet , joignant les Prêtres de l'Oratoire.
IH
Lyaprèsde trente ans que M. & Madame
Harrington , compoſent, avec leurs enfans, differens
remedes pour le ſoulagement des malades.
L'intérêt qu'ils prennent à Putilité publique
les porte , quant à présent , à donner avis d'une
pommade ou remede extérieur dont ils uſent depuis
biendes années avec un ſuccès toujours égal ,
& qui fans altérer l'économie animale , guérit en
peu de tems par la tranſpiration , les paralies
goutte ſciatique, & rhumatifmes, amollit & rend
la liaiſon & la force aux nerfs , en les allongeant
lorſqu'ils font raccourcis , & rappelle aux malades
leur premiere vigueur. Plus de cinq cens perfonnes
enont reffenti les bons effets l'année derniere :
les uns extrêmement ågés, qui depuis quinze vingt
&vingt trois ans,avoient tenté les remedes ordinai
res, les eaux, &c. fans avoir reçû de ſoulagement ;
les autres qu'on ne pouvoit depuis bien des années
remuer qu'avec le drap delt , par les cruelles dou
leurs dont ils étoient tourmentés, ont éte guéris par
ce remede , & ſe portent au mieux . M Harrington
eſt'en état de faire voir quantité de Lettres de remerciemens
, Certificats , Actes paſſés devant des
Notaires Royaux Attestations, de beaucoup de
Meffieurs les Recteurs , Curés , Prêtres & Gentilshommes,
Gardiens ou Prêtres d'Hôpitaux, de Religieuſes
Hofpitalieres , & autres de plufieurs perſonnes
de conſidération qui affirment ces guéris
AOUST.
1749. 203
fons , auxquels on peut d'ai leurs écrire , fi l'on
yeut être inſtruitdel'état actuel des malades guéris.
Quoiqu'il y ait peu de jours que M. Harrington
ſoit à Paris, il indiquera des perſonnes
diftinguées qui y reffentent les bons effetsde ſon
remede , qui rétablit auſſi les enfans noués , &
raffermiten vingt-quatreheures les nerfs des membresdémis
: ce remede ne peut jamais faire aucun
mal , mais toujours beaucoup de bien.
M. Harrington fait ſa réſidence en la Province
deBretagne , ſon adreſſe eſt à M. Harrington de la
Corderie , Chevalier de Saint Lazare , à ſon Châ
teau de la Broufle , par Lamballe , à Matignon.
Ceux qui lui écriront auront agréable d'affranchir
le port.
Quelques affaires l'ont appellé à Paris , où il
pourra refter juſqu'au mois de Septembre , fi pendant
le ſéjour qu'il y fera , quelqu'un a beſoin
de fon fecours , il ſe fera un plaifir de le lui donner.
Il occupe le premier appartement au Caffé
Beaulieu , place Maubert.
NOUVELLES preuves des effets extraordinaires
desGouttes duGénéral de lai
Morbe , qui font voir qu'elles font d'une
grande reſſource dans les cas les plus cri-
2
tiques.
LE troifiéme Juin 17491
, la Dame l'illot;
demeurant à Paris , vieille rue du Temple , au
bour de la rue Paradis , a eu une perte de fang
des plus conſidérables pendant deux fois vingtquatre
heures , après un accouchement fort laborieux
; pour l'arrêter on la faigua deux fois ,
!
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE:
ce qui la réduiſit dans une foibleſſe extrême , accompagnée
d'un violent mal de tête juſqu'a
12 du même mois , où ce mal est devenu fi furieux
, qu'elle tomboit ſouvent dans des eſpéces
de convulfions. Elle réſiſta pendant deux jours ,
fans vouloir conſentir àune faignée du pied qu'on
propoſoit ; mais le mal de tête , les convulfions&
les faignemens de nés , devinrent fi exceffifs
qu'elle y confentit ; elle ne pouvoit pas nême
prendre aucune nourriture ſansvomir. Auſſi- têt
qu'il fut forti environ une poëlette & demie de
fang,la malade tomba dans une foibleſſe convulfive
qui arrêta le ſang ,& qui dura vingt minutes.
Elle futjugée & mal enfuite ,que l'Accoucheur affura
qu'à moins d'un miracle , elle n'avoit pas
encore une heure à vivre Une ſeconde convulfion
la reprit encore , ce qui fit juger au Pere Filiſtin
, Carme Déchauffé , ſon Confeſſeur , qui
éroitpréfent , que c'étoit fa derniere heure , d'autantqu'on
ne trouvoit plus de pouls.
Madame de Mars , tante de la malade , arriva
dans ce moment. Ayant déja vú des miracles.
faits par les gouttes de M. le Général de la Mothepourdes
fuites de couches, elle prit ſur elle de
lui en donner vingt gouttes , ce qui la ranima fi
bien qu'elle fut en état de recevoir les Sacremens.
Auſſi tôt apres eile lui en fit reprendre trente gouttes,
enfuite deſquelles la vue preſque éteinte ,
auffi-bien que la parole, lui revinrent : enfin
quelques heures après on lui en donna encore
vingt gouttes , ce qui commença àdonner au lait
un cours par les urines avec des fueurs confidérables
, fur tout à la tête : le pouls revint dans ſon
état naturel , les maux de tête diminuerent confidérablement
, & enfin à la faveur encore de quelques
priſes , tous les maux ont diſparu ,&le 29
AOUST.
1749. 205
da même mois de Juin , la malade a été entierement
en parfaite ſanté-
LETTRE aux Auteurs du Mercure.
C
,
گن
Omme l'objet principalde vos travaux , Meffieurs
, eſt l'utilité &l'instruction du Public
j'ai crû que vous voudriez bien lui faire part d'une
découverte fort avantageuſe pour ceux qui font
dans lecas de faire uſage de remedes purgatifs :
les Medecins font toujours convenus qu'il feroit à
fouhaiter qu'on pût trouver quelques moyens pour
les rendre moins déſagréables non ſeulement
pour éviter le dégoût qu'ils cauſent en les avalant
mais encore pour empêcher que l'eſtomach ne les
rejette , & que l'on ne perde par ce moyen le ſecours
que l'on en eſpéroit , en caufant au malade.
une double occaſion de dégoût ; pluſieurs Artiſtes
ont tenté juſqu'à ce jour d'enlever la fadeur de la
caffe , de la manne , du fené , & l'amertume de
la rhubarbe agaric : leurs peines ont été inutiles ;
mais le Sieur de la Planche, Maître Apoticaire, rue
du Roulle, y a réuſſi : il a communiqué ſes découvertes
à ſes Eleves dans le cours de Chymie.
LE Sieur Flechy , de Paris , ancien Chirurgien-
Major aux Armées & Hôpitaux du Roi , cidevant
Médecin & Chirurgien - Major en chef
des troupes de Son Altefle Electorale Palatine
Inſpecteur Général des Hôpitaux , Chirurgien-
Major Civil des Ducliés de Bergue & de Juliers ,
Profeffeur d'Anatomie à Duffeldorff , & Accoucheur
de la Cour , a crû devoir informer lePublic,
Y
206 MERCURE DEFRANCE.
qu'il traite chez lui toutes les maladies Chirurgi
cales ,& particulierement les Maladies Veneriennes
, & les humeurs froides , avec d'autant plus
de ſuccès , qu'une longue expérience lui a acquisune
méthode fûre & parfaite , pour le traitement
& la guériſon de celles-ci , quelque invétérées
qu'elles foient. La réputation qu'il s'eſt acquiſe ,
tant dans les Cours Etrangeres qu'aux Armées ,
eſt un préjugé légitime du ſuccès qu'il ſe promet
d'avoir à Paris . Il donnera gratis ſes avis aux pauvres
, depuis midi juſqu'à deux heures. Il demeure
vue Saint Denis , au Café, vis-à- vis la rue de la
Hexumerie , près la Porte- Paris .
L
E Sieur Rosa partira à la fin de Septembre
pour Lyon , pour recueillir les biens confidérables
qui lui ont été adjugés par pluſieurs Arrêts.
Il donne avis au Public qu'il y diftribuera ſes Bandages
pour les hernies , comme il faifoit à Paris
où il a guéri plus de huit cens perſonnes ; il guérir
hommes ,femmes & enfans , fans aucune incifion
ni opération , ſans prendre aucun remédé par la
bouche , & fans garder la chambre ;il poſléde le
fecret de faire plufieurs fortes de bandages fans
fer , qui n'incommodent jamais , quelques exer
cices que l'on faſſe; ilavertit auſſi les Dames qui
ont le nombril gâté , & qui cachent leur maladie
aux Médecins ou Chirurgiens , qu'il a le ſecret de
guérir radicalement cette maladie , dont plus de
quatre cens perſonnes font mortes depuis le mois
de Janvier dernier , faute d'avoir déclaré leur maladie
, ou du moins l'ayant déclarée trop tard ,
la gangrene s'y étant moſe ,& n'y ayant plus pour
lorsde reméde .
Ceux qui ſe trouveront incommodés des ſuſdi
AOUST. 207. 1749.
zes maladies , n'ont qu'à lui envoyer la meſure
aujuſte , priſe ſur la chair où le mal fe trouve , &
affranchir les ports de Lettres .
Sademeure à Paris , est chez le Sieur Flavigny
Traiteur , rue de la Calandre , près le Palais . Eta
Lyon , Place des Carmes , pr sles Terraux.
L
AVIS AU PUBLIC.
A veuve du Sieur Bunon, Dentiſte des Enfans de
France,donne avis qu'elle débite journellement
chez elle, rue Sainte Avoye, au coin de la rue de Braque,
chez M. Georget, fon frere ,Chirurgien , les
remedes de feu ſon mari , dont elle a ſeule la
compoſition , & qu'elle a toujours préparés ellemême.
Sçavoir : 1º.Un Elixir anti ſcorbutique qui raffermit
les dents , diſlippe le gonflement & Pinflammation
des gencives, les fortifie, les tait recroître,
diflippe & prévient toutes les afflictions ſcorbutiques
, & appaiſe la douleur de dents .
2º. Une Eau appellée Souveraine , qui affermit
auffi les dents , rétablit les gencives , en diſſippe
toutes tumeurs , chancres & boutons qui viennent
auffi à la langue , à l'intérieur des lévres & des
joues , en ſe rinçant la bouche de quelques gouttes
dans de l'eau tous les jours , elle la rend fraîche
&fans odeur, & en éloigne les corruptions , elle
calme la douleur des dents.
3 °. Un piat pour affermir & blanchir les dents,
diffiper le ſang épais & guoffier des gencives , qui
les rend tendres & mollaffes , & cauſe de l'odeurà
la bouche,
4º Une Poudre de Corail pour blanchir les
dents& les entretenis, elle empêche que le limon
108 MERCURE DE FRANCE.
ne fe forme en tartre , & qu'il ne corrompe les
gencives , & elle les conſerve fermes & bonnes ;
de forte qu'elle peut fuffire pour les perſonnes qui
ont ſoin de leurs dents, fans qu'il foit néceffaire de
les faire nettoyer. Les plus petites bouteilles , font
d'une livre dix fols .
Les plus petites bouteilles d'Eau Souveraine ,
fontd'une livre quatre ſols ; mais plus grandes que
celles de l'Elixir.
Les pots d'Opiat , les plus petits ſont d'une li
vredix ſols.
Les boëtes de Poudre de Corail, ſont d'une livre
quatre fols..
Maniere deſe ſervir des remedes ci deſſus ,
leurs usages.
Avant de ſe ſervir de l'Elixir , fi les dents font
chargées de tartre ou autres malpropretés , il faut
les faire nettoyer, & dégorger les gencives , enfaite
ſe gargarifer trois ou quatre fois la bouche
plus ou moins par jour , de quatre à cinq gouttes
d'Elixir dans un demi verre d'eau tiede ou froide ,
felon qu'il y a de ſenſibilité , même d'une demie
cuillerée d'Elixir pur, fi la corruption des gencives
eſt plus forte ,& frotter avec le doigt , en gargarifant
, & baffiner les endroits de la bouche qui
ſe trouveront plus irrités , avec cet Elixir pur ,
s'il est néceſſaire. Pour la douleur des dents, on en
met dans la carrie avec du coton imbibé , & on le
renouvelle .
On tire un grand avantage de l'Eau Souveraine
, lorſqu'on a la bouche échauffée & de mauvaiſe
odeur , les gencives tendres & les dents foibles
& branlantes , de même que lorſqu'il y a
quelques petits chancres ou boutons , foit à la
langue , auxlévres && à l'intérieur des joues. Pour
AOUS T. 1749. 109
les premieres circonstances , on ſe rince la bouche
cinq à fix fois le jour , d'une demie cuilletée
de cette Eau , dans le quart d'un verre d'eau ,
comme pour l'Elixir ,juſqu'à ce que l'échauffement
,
foit diffippé & les dents raffermies ; il fuffic
après , d'une ou deux fois par jour , le matin & le
foir . Pour les boutons ou chancres on en met
une demie cuillerée , dans deux ou trois cuillerées
d'eau , qu'on roule dans la bouche , on renouvelle
de momens à autres pendant quelques demies heures
, ce qui ſuffit pour diffiper cette incommodité.
L'Opiat blanchit & raffermit les dents , rétablit
le mauvais état des gencives ; il en diſſippe
le ſang groffier , qui les rend tendres & mollaffes
cequi cauſe de la mauvaiſe odeur :pour plus d'efficacité
, il faut faire ôter le tartre. On prend de cet
Opiat au bout d'une racine , d'une éponge ou
d'un linge , & on frotte les dents & les bords des
gencives autant qu'il est néceſſaire pour les réta
blir , après quoi , une fois ou deux par ſemaine
fuffit.
Pour ceux à qui le goût fait préférer la Poudre
deCorail , ils s'en fervent de même que de l'Opiat
, avec une racine ou une éponge ; le cas où
on la doit préférer à l'Opiat , eſt lorſque les gencives
ſont fermes& faines : elle empêche que l'une
& l'autre ne décheoient de cette perfection , elle
conſerve la bonne qualité de l'émail & fa blancheur
, & le blanchit , quand cette perfection lui
manque.
Ontrouve auffi chez elle des Racines préparées &
des Eponges fines .
Laveuve Bunon ofe affurer que le Public ſera
auſſi fatisfait de la bonté deſdits remedes , dont les
Dames de France ont uſe ,qu'il l'étoit du vivant de
fon mari.
210 MERCURE DEFRANCE,
:
Ce qu'on doit obſerver pour entretenir la
bouchepropre & conſerver les dents .
Il est très important d'empêcher que le limon
ne ſéjourne fur les dents & les gencives ; pour
yparvenir , il faut avoir l'attention de ſe rincer
labouche tous les matins avant que de manger ;
pour cela, il faut ſe ſervir d'un cure dent de plume,
une petite éponge ou une racine , de quelque
bonne poudre ou opiat , avec de l'eau un pet
tiéde , un peu d'eau-de-vie , de vulnéraire , d'eau
ſouveraine ou de lavande , diſtilée à la commodité
on volonté des perſonnes : on prend de l'eau dans
la bouche , gargarifaut & frottant avec le doigt ,
en comprimant les gencives du haut en bas àla
fupérieure , & du ſens oppoſé pour l'autre , on
prend le cure-dent enſuite pour dégager le limon
d'entre les dents , doucement , ſans effort , & en
prendre de plus minces , s'il est néceſſaire ; après
quoi , on paſſe un peu d'eau dans ſa bouche , &
puis on prend l'éponge ou la racine ,& on frotte
du ſens droit les dents , & non de travers , & on
prend garde qu'd ne reſte point de limon ſur les
rebords des gencives , & cela , pour éviter qu'il
ne ſe forme un tartre ou chancre , & lorſque le
cure-dent , l'éponge ou la racine, ne peuventôter
le limon déja un peu attaché ſur les dents , alors
il faut ſe ſervir d'un peu de poudre ou d'opiar ,
en frottant avec la même éponge ou racine , lé
gerement & n'en point mettre trop ſouvent , ne
s'en ſervant que lorſque les dents ne peuvent être
bien nettoyées ſans ce ſecours , & lorſque le tartre
eſt tropottaché , & qu'il mange les gencives ,
il faut faire nettoyer les dents plus tôt que plus
tard , pour éviter le danger. Il faut habituer de
bonne heure les enfans à ſe laver la bouche , &
AOUST. 1749. 211
avoir recours à l'oeil & à la main du Dentiſte au
beſoin. Les jeunes femmes après leurs groſſeſſes
doivent faire examiner leur bouche , pour prévenir
la perte des dents , & les accidens qui s'enfuivent
; il faut auffi ſe rincer la bouche après le
repas.
**************
ARRESTS NOTABLES.
A
RREST du Conſeil d'Etat du Roi , du 30
Décembre 1738 , portant reglement pour
Padminiſtration des deniers communs du Corps &
Communauté des Marchands de Vin , & pour la
reddition des Comptes des Maîtres & Gardes du
dit Corps & Communauté.
- AUTRE du 26 Avril 1746, portant regle
ment pour l'adminiſtration des deniers communs
du Corps & Communauté des Marchands de vin ,
&pour la reddition des comptes des Maîtres &
Gardes duditCorps & Communauté.
EDIT du Roi , donné à Versailles au mois
Avril 1749 , portant fuppreffion des Jurisdictions
des Prévôtés , Châtellenies , Prévôtés- foraines ,
Vicomtés , Vigueries ,& toutes autres Jurildictions
Royales établies dans les Villes où il y a des
Siéges de Bailliage ou Sénéchauffée ; & réunion
aux Bailliages ou Sénéchauffées deſdites Villes .
ARREST du 29 , port nt que les Négocians
acquitterontles quatre fols pour livre des droits des
Marchandiſes qu'ils ontfait& feront venir de l'és
212 MERCURE DEFRANCE.
tranger , ainſi que le montantdes ſoumiffions par
eux fournies pour raiſon des mêmes quatre fols
pour livre fur les Marchandises qu'ils ont tirées de
l'étranger depuis le mois de Mars 1746.
4
AUTRE du même jour , qui ordonne que le
fieur Sanfon , Receveur des Confignations à Paris,
remettra dans le jour de la fignification d'icelui
à l'Adjudicataire des Fermes Générales unies, une
ſomme de quatre mille huit cens quarante- ſept
livres quinze ſols trois deniers , provenans de la
vente des biens immeubles ſaiſis réellement ſur
Jean Chaudun , Receveur des Gabelles à Brou ,
reliquataire , & ce , ſans aucune diminution ni retenue
du droit de Conſignation prétendu par ledit
feur Sanfon.
ORDONNANCE du 8 Mai , concernant
les Compagnies de bas Officiers de l'Hôtel Royal
des Invalides.
ARREST dute , qui ordonne l'exemption du
Dixiéme pour les Rentes créées par Edit du préfent
mois.
AUTRE du 31 , qui permet aux Prieur &
Religieux de Saint Martin des Champs , de continuer
de tenir un Bac fur la riviere de Marne au
lieu d'Annet , & de percevoir , pour le ſervice du
paſſage , les droits qui y font énoncés.
AUTRE du 10 Juin , portant reglement fur
la preſtation de ferment & l'enregiſtrement des
Provifions des Officiers des Greniers àà fel dans les
Bureaux des Finances.
↓
AOUST. 1749. 213
AUTRE du même jour portant nomination
des perſonnes qui ſigneront les Coupons des Re.
connoiſſances qui doivent être fournies par le
Tréſorier de la Caiſſe générale des Amortiſſemens
aux acquéreurs des Rentes créées par Edit du mois
deMai dernier.
AUTRE du même jour , qui fait défenſes
toutes perſonnes , de quelque qualité & condition
qu'elles foient, de faire fortir des Provinces de
Flandre , du Haynault , de Picardie , d'Artois &
du Soiffonnois , pour l'Etranger , aucuns Lins ou
Filets gris ou écrus , ni aucuns Fils retors , qui ne
foient teints ou blanchis .
AUTRE du même jour , qui ordonne que
les Poffeffeurs des maiſons & héritages , ſitués
dans la Ville de Caën , & tenus de Sa Majefté en
fief , rôture , franc- bourgage ou franche bourgeoifie
, feront tenus de repréſenter leurs titres de
proprieté aux Receveurs & Contrôleurs Généraux
des Domaines de la Généralité de Caen , pour être
enregistrés & contrôlés .
ORDONNANCE du Roi du 6 juillet ,
qui défend àſes Sujets , réſidens dans les Echelles
de Levant & de Barbarie , d'y acquerir des biens
fonds.
AVIS.
0
Des Auteurs du Mercure.
N prie ceux qui doivent des Mercures
, de les payer dans le courant
decemois.
J
APPROBATIO Ν.
Ai lû par ordre de Monſeigneur le Chancelier
le Mercure de France du mois d'Août
$749. A Paris , le premier Août 1749.
P
MAIGNAN DE SAVIGNY,
TABLE.
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe.
Lettre ſur la Comédie du Méchant ,
Phébus & l'Amour , Ode Anacreontique ,
L'Abeille , Emblême de l'Amour ,
La gentilleſſe & la beauté , réunies ,
3
22
2.5
27
Lettre de M. D. D. à M. Remond de Sainte Albine
, 29
Reflexions ſur la transfuſion du ſang ,
Le Retour du Printems. Divertiſſement Paſto-
33
ral , 49
Extrait d'un Diſcours Latin ſur la Paix , prononcé
par le Pere du Rivet , Jeſuite , au Collége des
des Jéſuites de Caën , D
Parallele de Louis XV avec Louis XIV , 72
Reflexions ſur la nouvelle Carte de M. de
Thury , 78
Madrigal, 84
Naïs , Cantatille , 85
Lettre touchant le vrainom d'un Poëte François
du quinziéme fiécle , 87
Amphion , Cantatille , १०
Conſeils d'un ami à une Dile par un Auteur anonyme,
92
Lettre fur le Problême d'Arithmétique propoſé
par M. Faiguet , 97
Séance publique de l'Académie Françoiſe , 106
Mots de l'Enigme & des Logogryphes du Mercure
de Juillet , 113
Logogryphes , ibid.
Nouvelles Litteraires , des Beaux-Arts , &c. 117
Lettre de M. Racine à M. Remond de Sainte Albine
, au ſujet de l'Edition des Lettres de Roufſeau
, 138
Planches Anatomiques du Sr Gautier , 139
Mémoire lû par M. Pereire dans la Séance de l'Académie
Royale des Sciences au ſujet d'un ſourd
& muet , auquel il a appris à parler , 141
Programme de l'Académie des Jeux Floraux , 159
Celui de l'Académie Royale d'Angers , 164
Eſtampes nouvelles & Plan de Paris , 168
Chanſon notée , 169
Spectacles , 170
Concerts à la Cour , 172
Avertiſſement ſur les Nouvelles Etrangeres & fur
le Journal de la Cour , &c . 173
Nouvelles Etrangeres , 1,74
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c . 190
Bénéfices donnés , 192
Naiflance , Mariages &Morts , 193
Article ſur feu M. le Cardinal de Rohan , 199
Son Eloge, 201
Machines pour récurer les Ports de Mer , &c . 201
Pomade pour les Paraliſies ,&c . 202
Guériſon extraordinaire , opérée par les Goutes
de feu M. le Général la Mothe , 203
Secret pour rendre les médecines moins déagréables,
205
Avis du Sr Flechy , ibid.
Du Sr Roſa , 206
De la veuve Bunon , 207
211 Arrêts notables ,
LaChansonnotéedoit regarder la paze
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
169
besten de zn. Remmurd deVallice
Su un han
defraue
Louw aller
Sungulies. Pag. 141 .
MERCURE
citl
DE FRANCE ,
1 1
DÉDIÉ AU ROI.
SEPTEMBRE. 1749 .
GITUT SPARGAT
Chez
A PARIS ,
ANDRE' CAILLEAU , rue Saint
Jacques , à S André.
La Veuv PISSOT, Quai de Conty ,
àla defcerte du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY, au Palais ,
JACQUES BARROIS , Quai
des Auguſtins , à la ville de Nevers.
M. DCC. XLIX.
Avec Approbation& Privilege du Roi.
AVIS.
1
1749
La
'ADRESSEgénérale duMercure est
à M. DE CLEVES D'ARNICOURT ,
840.6 rue des MauvaisGarçons , fauxbourg Saint
M & Germain , à l'Hôtel de Macon. Nous prions
très - instamment ceux qui nous adreſſeront
des Paquets par la Poſte , d'en affranchir le
Port ,pour nous épargner le déplaisir de les
rebuter, & à eux, celui de nepas voirparoître
leurs Ouvrages.
Sept.
Les Libraires des Provinces ou
Etrangers , qui ſouhaiteront avoirle
deFrancede la premiere main , Oplus
tement, n'auront qu'à écrire àl'adreſſe c
indiquée ; onse conformera très-exact
leurs intentions.
Ainsi il faudra mettrefur les adreſſfe.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au M
de France , rue des Mauvais Garçons ,
remettre à M. Remond de Sainte Albin
PRIX XXX. SOLS,
MERCURE
1
DE FRANCE ,
1
DÉDIÉ av ROI .
SEPTEMBRE . 1749 .
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
LE PRINCE DE NOISY.
S
Ballet heroïque.
Ans doute les Habitans des Provinces
nous ſçauront gré , de
leur faire lire un ouvrage ingénieux
, qui n'eſt connu que de
la Cour , & d'un certain nombre de perſonnes
de cette Capitale. Ce Ballet a éré
repréſenté devant le Roi , ſur le Théatre
des petits Appartemens. Le Poëme eſt de
M. de la Bruere , qui dans ſon Ballet des
A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
Voyages de l'Amour , & dans l'Opéra de
Dardanus , avoit donné des preuves brillantes
de ſon talent pour la Poëſie Lyrique
. Meſſieurs Rebel & Francoeur , Sur-
Intendans de la Muſique de Sa Majesté ,
ont compoſé la Muſique du nouveau Ballet
, & elle n'a pas été moins applaudie
que les paroles,
PERSONAGES,
Le Druide , Enchanteur , pere d'Alic,
Choeur de Gnomes .
Alie , fille du Druide .
Le Prince de Noiſy , connu ſous le nom
de Poinçon , & amant d'Alie .
Un Druide , Grand Prêtre , & Ordonnanateur
des Jeux.
Druides , & Peuples des Gaules,
Un Suivantdu Druide.
Moulineau , Géant & Magicien , amou
reux d'Alie.
Suite du Druide , déguiſée en Saltimbanques.
Génies & Fées,
SEPTEMBRE. 17494
cacancacaca cacataca
АСТЕ PREMIER .
Le Théatre repréſente l'endroit le plus
épais d'une Forêt , orné de Monumens
antiques , entre leſquels eſt le Bufte de
Cléopatre : on voit le Chêne facré où
l'on doit couper le Guy ; au pied eſt un
Autel ruſtique .
దలసభనంకానలనల నల R
SCENE PREMIERE.
LE DRUIDE.
Esprits qui commandez aux ombres ,
Et qui tremblez ſous mes loix ,
Sortez de vos antres ſombres ,
Venez , accourez à ma voix .
Les Gnomes fortent du ſeinde la terre
à la voix du Druide.
Choeur des Gnomes.
Sortons , accourons à ſa voix .
Le Druide.
L'avenir , dont mon art ſçait percer les ténébres ,
Ne m'annonce en ce jour que des objets funébres.
2
Le Ciel feroit - il le ſoutien
Du perfide ennemi qui me livre la guerre ?
Aiij
6 MERCUREDE FRANCE :
Ce monftre le mépris & l'horreur de la terre ;
Verroit-il ſon deſtind'emporter ſur le mien ?
Choeur des Gnomes.
D'un Oracle irrévocable
Obſerve les décrets ;
Crains un danger redoutable ,
Si tu mépriſes ſes Arrêts.
Le Druide.
J'ai ſuivi vos conſeils , j'ai fait des ſon enfance
Conduire dans ces lieux le Prince de Noify :
Enfermé dans ce Buſte , il y garde en filence
Ce Glaive précieux , ma plus chere eſperance.
Je lui cache avec ſoin que mon coeur l'a choiſt
Pour lui donner ma fille & ma puiſſance.
Le fecretde ſa naiſtance
Doit refter enſeveli
Juſqu'au jour de ma vengeance.
On danſe.
Le Choeur.
Contre l'Amour & ſes traits
Défens leur foible jeuneſſe :
S'ils connoiſſent ſes ſecrets ,
A l'inſtant ton pouvoir ceſſe.
On danſe.
Le Druide.
Le Deſtin a preſcrit qu'une heure chaque jour
Ils puiſſent ſe voir & s'entendre,
SEPTEMBRE. 1749 .
Par leur fimplicité je cherche à les défendre.
Hélas ! c'eſt un foible détour ;
Unregard éclaire un coeur tendre
Sur tous les fecrets de l'Amour.
LesGnomes ſe retirent.
SCENE ΙΙ.
LE DRUIDE , ALIE.
Alie.
Seigneur , déja l'heure s'envole ,
Poinçon devroit être en ces lieux.
Quoi ! ne verra-t'il point lesJeux?
Le Druide.
Quel ſoin ! quelle crainte frivole !
Poinçon va paroître à vos yeux.
Mafille , occupez-vous du danger qui nous preflex
Contre l'Amour gardez bien votre coeur ,
Songez qu'un éternel malheur
Suivroit un inſtant de foibleſſe.
Alie.
Je ſçais combien je dois redouter ſa fureur.
Vous me l'avez trop dit..... Mais que Poinçon
paroiffe.
Le Druide touche avec ſa baguette le
piédeſtal du Buſte de Cléopatre. Poinçon
en fort ; il vole vers Alie , qui va au-devantde
lui avec le même empreſſement.
Aiiij
11. TRE DE FRANCE.
Préfidez tous
い
:
Druide .
crés ,
> Curprendre :
s,
are.
ΙΙ.
Tandis que vous dé
SCENL
• POINÇON , ALIE .
Poinçons
On coeur peut donc s'ouvrir auplaiſir leplus
Mon coeur
doux ;
Je ſoupirois déja de ne point voir Alie.
Ah ! je voudrois retrancher de ma vie
Tous les momens que je paſſe ſans vous.
Vous ne partagez point ma vive impatience ;
Le doux plaiſir regne en ces lieux charmans ;
Il abrege pour vous les heures de l'abfence ,
Etj'en comptetous les momens.
Alie .
Cette retraite eft embellie
Par l'effort de l'art enchanteur }
Mais aucun des plaiſirs dont je la vois remplie ,
Aucun n'a ce charme flatteur
Que vous portez dans mon ame ravie.
2
Au ſein de ces plaifirs , vous manquez à mon
coeur ;
Quandje vous vois, je les oublie
SEPTEMBRE. 1749 .
Poinçon.
Que cet aven m'eſt doux ! que mon fort est heureux
!
Alie.
Notre bonheur dépend de notre obéiſſance .
Si le fatal Amour diſpoſoit de nos voeux ,
Nous ſommes menacés des maux les plus affreux.
Poinçon.
Aidons- nous l'un & l'autre à braver ſa puiſſance.
Alie.
Quoi ! les piéges qu'il tend font ils ſi dangereux ?
Poinçon.
Onditque ſous fon eſclavage ,
Par l'eſpoir le plus doux il ſçait nous attirer ;
Mais quel bien peut defirer
Un coeur que remplit votre image ?
A peine le mien tout entier
Suffit à l'amitié dont le noeud nous engage :
Loin de chercher aucun partage ,
Il voudroit ſe multiplier ,
Pour vous aimer davantage.
Eh ! quel bien peut déſirer
Un coeur que remplit votre image ?
Alie.
Vous peignez tous nres ſentimens :
Les grandeurs , les tréſors , les plaiſirs , les déli
ces,
Av
10 MERCURE DEFRANCE.
Je les donnerois tous pour un de nos momens ,
Et je ne croirois pas faire de ſacrifices.
Enſemble.
Porte ailleurs tes enchanteinens ,
Fuis , Amour , tyran redoutable.
Alie.
Vous plaire , vous aimer , eſt le bien véritable.
Enſemble .
Porte ailleurs tes enchantemens ,
Fuis , Amour , tyran redoutable.
Poinçon.
Je trouve dans vos yeux charmans
Un tréſor inépuiſable
De plaiſirs , de raviſſemens.
Enſemble.
Fuis , Amour , tyran redoutable ,
Porte ailleurs tes enchantemens.
SCENE IV.
POINÇON , ALIE , LE GRAND
PRESTRE , Ordonnateur des Jeux;
Druides & Peuples qui viennent célébrer
la Fête du Guy ſacré.
Poinçon.
Vous , Divinité puiſfante ,
Que nous cache l'horreur de ces Bois ténébreux,
SEPTEMBRE. 1749.
Recevez l'encens & les væ
Qu'un peuple foumis vous préſente.
Le Choeur.
Ovous , Divinité puiſſante , &c.
Poinçon.
De nos chants harmonieux
Que ce Bocage retentiſſe ;
Que tout l'Univers applaudifle
A la gloire de nos Dieux.
Le Choeur.
De nos chants harmonieux , &c.
On danſe.
Le Grand- Prêtre.
L'heure approche , il eſt tems : venez , Miniſtres
faints ;
Du fer ſacré venez ariner mes mains.
Sur une Symphonie mystérieuſe, on apporte
la Faucille d'or , & les Urnes dans
lefquelles on doit brûler l'encens.
Le Grand- Prêtre.
Prophanes , détournez vos regards téméraires.
Peuple fidéle , fuivez - moi
Aux Autels des Dieux de nos Peres.
Frémiſſons tous d'un ſaint effroi ,
En célébrant ces auguſtes Mystéres.
Le Choeur.
Frémiſſons tous ,&c.
AVANESCERE DE FRANCE,
:
Ramada
Quittez
Toinen.
een térieux ,
Brûlez , encens , onder dies , tre Une facrée ,
Montez juſquatredes Dieux.
Le Grand- Prêtre cope le Guy ſacré
les Druides vont l'adorer : enfuite les Peuples
célébrent la Fête par des danſes .
Poinçon , alternativement avec le Choeur.
Les ris & les jeux
Regnent dans ces lieux :
Sans chaînes ,
Sans peines ,
Tout flatte nos voeux.
D'un Dieu dangereux
Evitons les feux :
L'Amour de nos jours
Troubleroit le cours :
Les craintes ,
:
Les plaintes ,
Le ſuivent toujours.
On danſe.
Le Choeur.
Bänniſſons de ce Bocage
L'Amour , ce tyran des coeurs. :
SEPTEMBRE 1749 . 13
Le Grand- Prêtre
S'il a d'abord quelques douceurs ,
Bientôt il fait ſentir ſa rage.
Le Choeur.
Banniffons de ce Bocage , &c.
Le Grand-Prêtre.
S'il a d'abord quelques douceurs ,
Bientôt il fait ſentir ſa rage.
Le Choeur .
Banniſſons de ce Bocage
L'Amour , ce tyran des coeurs.
LeGrand- Prêtre , avecle Choeur .
C'eſt un Soleil brûlant qui conſume & ravage
Les champs où ſon aurore a fait naître des fleurs -
Banniſſons de ce Bocage
L'Amour , ce tyran des coeurs.
Poinçon au Grand- Prêtre .
Daignez m'apprendre à le connoître ,
Pour m'aider à l'éviter mieux.
Le Grand- Prêtre .
Quand on aime , on ſe donne un Maître.
L'eſclave le plus malheureux
Eft plus libre cent fois que le coeur qui ſoupire ;
C'eſt pour l'objet aimé qu'il vit & qu'il reſpire ;
Tous ſes ſentimens ,tous ſes voeux
Dépendent de ce qu'il aime,
Un coeur vraiment amoureux
2 T
MOSCURE DEFRANCE.
trà lui-même ,
Pour êtreLLEURS Petjet de les voeux.
Pant wers Alie .
Dieux ! Quel capaffé dans mon
ame!
C'étoit l'Amour , Alie...
Alie , arse effor
Ah ! Je lis de 5000 60.00
Quoi ! Le fatal Amour....
Poinçon.
Ne craignez point fa flamme :
Unſentiment fi doux peut- il être une erreur ?
On entend le bruitdu tonnerre ; le Ciel
s'obſcurcit ; la terre tremble ; tous lesMonumens
fe briſent. On voit , ſur le piédeftal
du Buſte qui renfermoit Poinçon , le
Glaive d'or , qui jette une vive lumiere au
milieu de l'obſcurité.
SCENE V.
Les Acteurs de la Scéne précédente , un
Suivant du Druide.
L
LeSuivant du Druide.
E Ciel contre nous ſe déclare,
Le Druide eſt vaincu ; ſon ennemi barbare
mes yeux l'a chargédefer.s
SEPTEMBRE. 1749 13
Poinçon.
Hélas ! Mon imprudence acaufé ce revers.
CeGlaive précieux du moins nous reſte encore...
Il prend le Glaive magique.
Glaive cher & facré , daignez armer mon brasi
Alie.
Contre un Tyran cruel que pourriez-vous , hélas !
Tout l'Enfer le ſeconde.
Poinçon.
Et moi je vous adore
L'Amour qui vient de m'égarer ,
L'Amour m'encourage& m'éclaire ;
C'eſt lui qui va réparer
La faute qu'il m'a fait faire.
L'Ordonnateur.
J'approuve ces nobles tranſports.
Mais il faut du Tyran tromper la vigilance.
Venez, fuivez mes pas ,vous ſcaurez quels ref
forts
Peuvent ſervir votre vaillance.
Venez, ſuivez mes pas , courez à la vengeance.
Poinçon & le Choeur.
Courons, courons à la vengeance.
6 MERCURE DEFRANCE.
ACTE II .
LeThéatre repréſente les Jardins de Moulincau.
IL gémit dan
SCENE Ι .
MOULINEAU.
L gémit dans les fers , ceDruide orgueilleux
✔Qui m'oſa refuſer Alie :
La main qu'il dédaigna , l'accable & l'humilie ;
Malgré lui , je vais être heureux.
Eſprits , qui ſervez ma puiſſance ,
Hâtez-vous , conduiſez Alie en ce ſéjour :
Que le triomphe de l'Amour
Suive celui de la vengeance.
Les Génies s'envolent pour aller chercher
Alie. On entend une ſymphonie
gaye.
Quels fons! ... Quels doux concerts !
БЕРТЕMBRE. 1749. 17
J
SCENE II .
MOULINEAU , POINÇON conduiduifant
les Suivans du Druide traveſtis en
Saltimbanques , qui arrivent en danſant.
Moulineau .
Uel ſpectacle nouveau !
Poinçon à Moulineau.
Ces jeux vous ſont offerts,
Notre art eſt de ſéduire ,
Notre gloire eft de le dire ;
Le plaifir nous inſpire ;
Offrez- lui , pour être heureux,
Vos voeux.
Nos jeux
Sçauront vous inſtruire
Des loix qu'il veut preſcrire :
Cedez tous
Afon empire.
Queldeſtin peut être plus doux
Pour vous ?
Qui le cherche , le voit paroître ;
Qui s'y livre le ſent renaître :
Tout vous invite à dire avec nous ,
C'eſt notre Maître,
Moulineau à Poinçon.
T
Quel est ton fort
18 MERCURE DEFRANCE .
Poinçon.
Tout cede à mes charmes puiſſans :
Je diffipe à mon gré la triſteſſe ſauvage ;
L'Amour vole à mes accens ,
Et le plaifir eſt mon ouvrage.
Moulineau .
Pourſuivez vos jeux , j'y confens.
On danſe .
Poinçon , alternativement avec le Choeur.
L'éclat de la grandeur
N'eſt ſouvent qu'une erreur.
Cherchez -vous le bonheur ?
Ecoutez votre coeur.
Un moment vient s'offrir ,
Vous devez le ſaiſir :
On ajoute au plaifir ,
Lorſqu'on ſçait en jouir,
Un coeur tendre
Doit attendre
De beaux jours
Filés toujours
Par la main des Amours.
Le Choeur.
Aimons , aimons ſans ceffe ;
Redoublons nos feux ;
Le penchant qui nous preſſe
Nous égale aux Dicux.
(
SEPTEMBRE . 1749. 19
Poinçonſeul.
!
La troupe légere
Des ris & des jeux ,
Du Dieu de Cythere
Vient former les noeuds.
Petit Choeur defemmes.
La raiſon ſe fait entendre ,
Elle vient pour nous défendre.
Poinçon ſeul.
Mais le coeur inquiet
Rediten ſecret :
Aimons , &c.
On danſe .
Poinçon.
A nos concerts l'Amour préſide ;
Peut- on trop chanter ſes attraits ?
Du vrai bonheur feul il décide ;
Al'envi prévenons fes traits :
Si quelques maux fuivent ſes chaines ,
Doit- on craindre un doux lien ?
Un jour finit les peines ;
Le paflé n'eſt rien.
On danſe.
Moulineau .
J'aimé , & de la beauté dont mon coeur et épris,
Bien-tôt je me verrai le maître,
20 MERCURE DE FRANCE.
1
Poinçon.
Que dites-vous ?
Moulineau.
Alie à tes yeux va paroître ;
De ma victoire elle ſera le prix.
Poinçon à part.
Je préviendrai ce moment redoutable.
Moulineau.
Apprens-moi le ſecret de lui paroître aimable.
Poinçon.
Pour plaire , l'art ne peut prêter
Qu'une foible impoſture ;
C'eſt le ſecret de la Nature ,
Qu'en vain il voudroit imiter.
D'une ardeur fincere
Laiflez vous enflammer :
S'il eſt un art pour plaire ,
C'eſt de bien aimer .
Moulineau .
J'entens peu ce ſubtil langage :
Je te charge du ſoin de lui vanter ma foi ;
Et moi je punirai le rival qui m'outrage ,
t
Yous avez un rival e
Poinçon.
SEPTEMBRE. 2 1749.
Moulineau.
Rien n'eſt caché pour moi :
Je poſlede en ces lieux un Oracle- infaillible ;
Il m'a dit qu'Alie eſt ſenſible .
Poinçon.
A-t'il nommé l'objet de ſes deſirs ſecrets ?
Moulineau.
Un Prince de Noiſy que je ne vis jamais,
Poinçon.
yous croyez que ſon coeur......
A
Moulineau.
La preuve en eſt certaine ;
Jamais mon art ne m'a trahi.
Je vais de mon ennemi
Appéſantir encor la chaîne.
Attens ici mon retour
,
Et pendant que ce ſoin m'appelle ;
Prépare une fête nouvelle
Pour l'objetde mon amour.
Il fort.
SCENE III .
POINÇON Oſaſuite.
Lie en aime un autre ! Alie étoit parjure !
Quel trait empoiſonne vient de frapper mon coeur
Mais ſi c'étoit une impoſture ...
12 MERCURE DE FRANCE.
Que dis je , hélas ! & quelle eſt mon erreur !
Qui peut à me tromper engager l'enchanteur a
Toi , qui ſemblois ſi bien m'entendre ,
Tu répondois à d'autres voeux !
L'amour qui brilloit dans tes yeux ,
Cet amour que j'ai crû ſi tendre ,
N'avoit donc pour objet que mon rival heureuxt
Je ſuccombe , je cede à mes maux rigoureux.
Le Choeur.
Trahirez vous notre eſpérance
Poinçon.
La mort eſt tout ce que je veux.
Le Choeur .
L'Amour est outragé , vivez pour la vengeance.
Le Druide enchaîné ....
Poinçon.
Quel reproche !
Le Choeur.
Armez vous
Poinçon.
Inlanguitdans les fers... &par mon imprudence.
Périſſe l'enchanteur , qu'il tombe ſous mescoups! ..
Le Choeur.
Périſſe l'enchanteur, qu'il tombe ſousvos coups.
SEPTEMBRE .
1749. 23
Poinçon.
N'eſperons point de vaincre en ces lieux ſa puifſance
;
Un ſecours plus certain doit ſervir mon courroux.
Au mil eu de nos chants, préparez vos guirlandes ,
Déposez à ſes pieds nos magiques offrandes ,
Et bientôt le ſommeil viendra fermer ſes yeux.
Il faut chanter l'Amour, ſes plaiſirs & la lamme,
Lorſque le déſeſpoir trouble & remplit mon ame
Le tyran reparoît , recommencez vos jeux.
La ſuite de Poinçon danſe autour de
Moulineau , & l'enchaîne avec les guirlandes
enchantées. Poinçon lui offre une
Couronne de fleurs.
Poinçon, alternativement avec leChoeur.
Laiſſez-vous couronner
De ces fleurs qui parent nos têtes,
L'Amour va vous enchaîner ,
Tout puiffant que vous êtes ;
Mais les fers qu'il veut vous donnes
Valent toutes vos conquêtes.
On danſe .
Moulineau,
Iaterrompez vos chants ; Morphée & ſespavots
Me font reſſentir leur puiſſance,
Attendez en filence
24 MERCUREDE FRANCE.
Mes ordres pour des jeux nouveaux.
Moulineau s'endort.
Poinçon.
Le charme eft accompli , frappons notre victime.
Ilfrappe Moulineau du glaiveſacré.
De ce Monſtre cruel j'ai purgé l'Univers,
ASa Suite,
Partez , & du Druide allez briſer les fers .
J
SCENE
Poinçon feul.
IV .
E ne puis réſiſter au déſir qui m'anime.
Je veux dans ce Palais reſter quelques inftans ,
Interroger cet Oracle moi-même.
Une réponſe affreuſe eſt tout ce que j'attens ,*
Mais pour condamner ce qu'on aime ,
Peut- on vouloir trop de garants !
Ah ! dans le trouble que je ſens ,
C'est un bonheur extrême
Quede pouvoir encor douter quelques momens.
1
:
ACTE
SEPTEMBRE. 1749.
25
ACTE III .
Le Théatre repréſente un Veſtibule du
Palais de Moulineau. On voit au milieu
un grand Portique , ſur lequel eſt
écrit , Temple de Vérité ,& dans le fond
la ſtatue enchantée qui rend des oracles.
L
SCENE I.
POINÇON feul.
E voilà cet Oracle affreux.
Il me ſemble déja qu'il prononce & m'accable ;
Je marche, en frémiſſant, vers ce lieu redoutable ,
J'oſe à peine lever les yeux.
En lifant l'inscription qui eſt ſur le portique.
Temple de Verité..... La vérité terrible
Habite donc fur cet Autel ?
Toi , qui vas d'un coeur trop ſenſible
Combler le déſeſpoir mortel,
Adoucis ta lumiere horrible ,
Ou permets-moi , s'il eſt poſſible ,
De détourner mes yeux de ton flambeau cruel.
Les Génies que Moulineau avoit envoyés
pour enlever Alie , l'amenent fur
un nuage qu'ils conduiſent.
B
26 MERCUREDE FRANCE.
Choeur des Génies.
Triomphez , belle Alie , & regnez àjamais.
Poinçon.
Quels chants... Dieux, je la vois paroître !
Aux Génies.
Eſclaves du Tyran , qui ſerviez ſes forfaits ,
Il n'eſt plus , j'ai puni ce traître.
Sous mes loix tremblez déſormais ,
Ou redoutez le ſort de votre maître .
SCENE ΙΙ .
ALIE , POINÇON.
Alie.
Uoi c'eſt vous ! Mon amant eſt mon libérateur
?
Ah! que c'eſt un plaifir flateur
De tout devoir à ce qu'on aime !
Mon bonheur m'en paroît plus doux ,
Et les biens que je tiens de vous
Ontle charme de l'Amour même.
Poinçon à part.
Elle oſe feindre encor la plus fincere ardeur.
àpart. à Alie.
L'Ingrate .... Alie .... O Dieux !
Alie.
Quel trouble vous dévore?
SEPTEMBRE. 1749 .
27
D'où naît cette ſombre fureur ?
Quoi ! ne m'aimez vous plus ?
Poinçon avec fureur.
Hélas! je vous adore ....
Mais vous , n'eſperez pas de me tromper encore;
Je le connois trop bien , ce coeur qui m'a trahi.
Qu'entens-je ?
Alie.
Poinçon.
Vous aimez le Prince de Noiſy.
Mes yeux ſe ſont ouverts ſur ce myſtere horrible.
Alie.
Dieux cruels ! quel affreux ſoupçon !
Pour la premiere fois j'entens nommer ce nom.
Poinçon.
L'enchanteur me l'a dit , ſon art eſt infaillible.
Alie.
Et vous croyez plutôt un ennemi jaloux ,
Qu'une amante ſimple & ſenſible ,
Qui ne reſpire que pour vous .
Hélas ! que mon coeur eſt plus tendre !
Quand l'Univers entier
Contrevous ſe feroit entendre ,
Un regard ſuffiroit pour vous juſtifier.
Poinçon.
Eh bien, ſur cet amour que votre coeur m'annonce
Bij
28 MERCURE DEFRANCE .
Que l'Oracle prononce.
Vous le voyez ... Je vais l'interroger.
Alie .
Non , par ce doute affreux ceſſez de m'outrager
Poinçon.
Eh quoi ! craignez-vous la réponſe
Alie.
Je voulois que votre amour
Vous répondît de ma flame :
Mais ſi l'Oracle ſeul peut r'affûrer votre ame,
Je vais l'interroger ſans crainte & fansdétour.
Al'Oracle,
Si la vérité t'inſpire ,
Je ne crains point tes Arrêts ;
Dévoile de mon coeur tous les replis ſecrets ,
Nomme l'objet pour qui ce coeur ſoupire.
Après une ſymphonie mystérieuſe , l'Oracleprononce.
L'amantqu'Alie a choisi,
Est le Prince de Noisy .
:
Les portes du Temple ſe ferment,
Poinçon désesperé,
Alie.
Dieux!
Non , c'eſt toi ſeul que j'aime
SEPTEMBRE. 1949. 29
Garde-toi d'écouter un preſtige impoſteur.
Quand le Ciel parleroit lui- même ,
Le Ciel ſeroit démenti par mon coeur.
Tu détournes de moi tes yeux remplis de larmes
Rougis-tu de t'attendrir
Par l'excès de mes allarmes ?
Poinçon.
Cruelle , laiſſez - moi vous fuir.
Alie.
Non , non , je te ſuivrai ſans ceſſfe.
Tout eſpoir eft perdu pour moi :
Je me voue àjamais aux pleurs , à la triſteſſe ;
Mais je ſouffrirai près de toi ;
Bientôt j'en mourrai peut- être.
Heureuſe , ſi du moins le dernier de mes jours
Te prouve que mon coeur n'eut jamais d'autre
maître ,
Etque ce fut mon fort de t'adorer toujours.
Poinçon.
:
Eh bien , tu le veux donc , ta victoire eſt certaine,
Périffe cet Oracle affreux .
De tes douleurs le charme impérieux ,
Malgré moi , m'attire & m'entraîne.
Ah ! fije ſuis trompé , fais que ce charme heureux
Toujours te ſuive & m'environne ;
N'écarte jamais de mes yeux
Le bandeau que l'Amour me donne.
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
Alie.
Aquels ſoupçons encor ton ame s'abandonne !
SCENE III .
Les Acteurs de la Scéne précédente ,
J
LE DRUIDE.
Le Druide à Poinçon.
Eune Héros, reprenez votre nom ,
Je puis enfin vous en inſtruire :
Le Prince de Noiſy reſpire ,
Cache ſous l'habit de Poinçon.
Alie & le Prince de Noify.
O Dieux ! par ce ſeul mot que vous calmez de
peines !
Le Druide.
L'Hymen va vous unir de ſes plusdouces chaînes!
Le Prince de Noisy àAlie.
Oui , j'en fais le ferment ,
Des ſoupçons l'atteinte cruelle
Ne troublera plus votre amant.
Le Prince de Noisy & Alie,
Oui , j'en fais le ferment ;
Oui , j'aimerai fi tendrement ,
Que vous ne pourrez pas devenir infidello.
SEPTEMBRE . 31 1749.
?
Le Druide.
D'un jour ſi beau rendons la mémoire éternelle.
Qu'un ſuperbe Palais s'éleve dans ces lieux.
Et vous , Eſprits , à mes ordres fidelles ,
Accourez àma voix , Subſtances immortelles.
Le Théatre change, & repréſente un Palais
éclatant ; les Génies & les Fées viennent
s'y rendre de toutes parts. On y voit
un Trône préparé pour le Prince de Noiſy
& pour Alie.
Le Druide aux Génies.
Que vos ſons volent juſqu'aux Cieux;
Chantez de ces amans le bonheur& la gloire ;
L'amour doit à leurs feux
Sa plus éclatante victoire.
Choeur des Génies .
Que nos chants volent juſqu'auxCieux ,
Chantons ,&c.
Ondanſe.
Le Prince de Noify .
Vole , Amour , regne ſur nos ames ;
Tu triomphes , tu nous enflames :
Par l'attente de tes plaiſirs
Ranime encore nos défirs.
Vole , Amour , regne sur nos ames ,
Tu triomphes , tu nous enflames .
Bij
32 MERCURE DE FRANCE .
Pour annoncer à quel degré les danses de
ce Ballet ont réuſſi , il ſuffit de dire qu'elles
fontde la compofition du ſieur de Heffe, Compofiteur
Ordinaire des Ballets des petitsAppartemens
, & l'un des Comédiens Italiens de
Sa Majesté,
LETTRE
D'un Sçavant Genevois , à M. Remond
de Sainte Albine , ſur les Evêques de
Geneve.
MOnſieur, n'ayant ppaass l'avantagede
connoître les RR. PP. Benedictins
qui travaillent àune nouvelle Gaule Chré.
tienne , vous me permettrez de m'adreſſer
à vous , pour leur faire parvenir ce que je
pourrois avoir à leur communiquer de relatif
à leur ouvrage. J'ai remarqué que
d'autres dans cette même vûe , ont eu recours
à votre Journal *. Il est devenu entre
vos mains un Recueil de Piéces dont
la plupart font inſtructives , & il n'y a
preſque aucun genre de Littérature , qui
n'y puiffe entrer aujourd'hui .
Le ſeul article que je toucherai ici ,
*Mercure de France , Octobre 1748 , p. 72 .
SEPTEMBRE. 1749 . 33
c'eſt celui des Evêques de Geneve. Quel.
que habileté qu'ayent les nouveaux Editeurs
,quelque ſagacité qu'ils ayent montrée
juſqu'ici à puiſer dans les véritables fources
de l'Histoire Eccléſiaſtique , il me ſemble ,
que quand il s'agit de donner la ſuite des
Evêques d'un Diocéſe, ceux qui ſont actuellement
ſur les lieux,peuvent connoître certains
faits , dont des Sçavans , qui travaillentdans
un autre pays, ne ſeroient jamais
informés , fi on négligeoitde les leur communiquer.
Je me flatte que la difference
de Religion ne rendra point mes Mémoires
ſuſpects , mais ce que j'ai lieu de craindre
, c'eſt qu'on n'y trouve bien des choſes
inutiles & fuperflues , parce qu'elles
étoient deja connues à Meffieurs de Saint
Germain-des-Prez . Après tout , le mal ne
fera pas grand ;j'aurai montré par- là ma
bonne volonté à concourir à la perfection
d'un ouvrage auffi intéreſſant , & il y aura
-an moins un certain nombre de ceux qui
liſent votre Journal ,& qui ont du goût
-pour ces fortes de recherches ,qui yverront
des particularités qui feront nouvelles
pour eux .
Nous avons pluſieurs Catalogues , plus
ou moins anciens , de nos Evêques de Geneve.
Celui dont on fait le plus de cas ,
ſe voyoit autrefois à la fin d'une Bible
By
34 MERCURE DE FRANCE.
Latine du dixiéme ſiècle , que l'on conſerve
dans notre Biblioteque publique. II
ne s'y trouve plus; mais Bonnivard , qui
étoit Prieur d'un Convent de l'Ordre de
Cluni , lors du changement de Religion ,
nous l'a conſervé dans une Chronique
manufcrite que l'on a de lui . Ce Catalogue
paroît être originairement du dixiéme
fiécle , comme la Bible où il étoit inſeré.
Il eſt vrai qu'on y voyoit pluſieurs Evêques
des fiécles fuivans , mais qui y avoient été
ajoutés d'une ſeconde main , avec le titre
de Subſequentes , pour les diſtinguer de
ceux du Catalogue primitif. Guichenon
en eut une copie , qu'il communiqua aux
Freres de Sainte Marthe , qui s'en font
beaucoup ſervis dans leur Gallia Chriftiana.
Nous avons encore une liſte des Evêques
de Geneve , dreſſée par François-Augustin
della Chiesa , qui vivoit au milieu du
fiécle paffé ( a ). Il étoit Evêque de Saluces.
Ughelli , dans fon Italie Sacrée , en
parle fort avantageuſement. Il nous apprend
qu'il étoit Hiftoriographe du Duc
de Savoye , & que c'eſt de lui qu'il tient
le Catalogue des Evêques de Saluces , que
l'on voit dans l'Italia Sacra ( b ) . Il faur
(a ) Hift. Pedemont. Ch. XLVI. p. 345.
(6) Tom. I. p. 1233. Edit. de Venise.
SEPTEMBRE. 1749. 35
ſuppoſer qu'il y a mieux réuſſi que fur les
Evêques de Geneve. On ne peut rien de
plus mal digeré , que ce qu'il dit des huit
ou dix premiers. Ce ſont des anachronifmescontinuels.
Je pourrai en relever que!-
ques- uns dans la ſuite , quand l'occaſion
s'en préſentera.
Le dernier Catalogue que je connoiffe ,
eſt inſeré dans le Miſſel ou Rituel du Diocéſe
de Geneve , réimprimé à Annecy en
1747 , fur une édition précédente faite à
Rumilli , petite Ville de Savoye. Il eſt fort
ample & fort étendu. Il commence par
un Evêque de Geneve, qu'on nous donne
pour avoir été Diſciple de Saint Pierre ,
& il finit par le Prélat qui fiége anjourd'hui
à Annecy.Ceux qui ont dreſſé ceCatalogue,
ont profité de tous les précédens.
Ils nous avertiſſent dans une petite Préface
, qu'ils ont auſſi puiſedans laChronique
de Saint Antonin , dans le Marty.
rologe Gallican de Sudauſſai , & dans
d'autres bons Auteurs. On verra par- là ,
diſent-ils , uneſucceſſion d'Evêques , non- interrompue
depuis les Apôtres , & prouvée
d'une maniere plus claire que la lumiere du
Soleil. Il me femble qu'ils promettent un
peu trop. Les véritables Sçavans , tels que
les nouveaux Editeurs de Saint Germaindes-
Prez , ne font pas ſidéciſifs. Ils recon
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE .
noiſſent de bonne foi , que le Soleil qui
les éclaire dans ces fortes de recherches ,
eſt ſouvent couvert de nuages , & qu'il les
Jaiſſe dans l'obſcurité. Ils se trouvent fréquemment
arrêtés faute de lumiere. Ils
n'ont que de ſombres lueurs , qui les obligent
de tâtonner pour pouvoir faire chemin.
On est réduit à faire cet aveu
peu qu'on ſe pique de fincérité.
, pour
L'Histoire d'un Diocéſe doit commencer
par fixer le tems que le Chriſtianiſme
y a été établi , & c'eſt ordinairement ce
qu'il y a de plus difficile. Dans les frécles
paffés , chaque Egliſe prétendoit avoir été
fondée ,ou du tems des Apôtres , ou fort
peu après. Alors tous les peuples vouloient
tirer leur origine des Héros de
Troye , & toutes les Egliſes , ou des Apôtres
mêmes , ou de leurs Succeſſeurs immédiats.
Geneve a eu cette ambition comme
les autres. On a débité affez long tems
que Nazaire , Diſciple de Saint Pierre ,
étoit venu dans notre Ville ; qu'il y avoit
converti , entr'autres , Celſe , qui l'avoit
beaucoup aidé dans la fuite à y établir
l'Evangile. Cette tradition a été adoptée
dans le Gallia Chriſtiana *. On la
trouve de même dans le Rituel d'Annecy.
*T. II . p. 594.
SEPTEMBRE. 1749. 37
A la tête de la Liſte des Evêques , on lit
ces mots : S. Nazarius B. Petri Apoftoli
Difcipulus qui S. Celfum , Civem Geneven-
Sem Evangelio peperit. On trouve quelque
choſe de ſemblable dans la Legende Dorée ,
&c'eſt- làſa véritable place, car rien ne ſent
plus la Légende . Nazaire ni Celfe n'ont
jamais été à Geneve. Un Hiſtorien de
Génes a dit , que les Habitans de cette
Ville s'étoient éclairés à la prédication de
Nazaire & de Celſe , & il y avoit une
Egliſe qui portoit leur nom. La reffemblance
du nom de Geneve & de celui de
Génes aura caufé l'équivoque. Il y a même
beaucoup d'apparence que chez eux ,
comme chez nous , Celſe eſt un Prédicateur
imaginaire , & qui n'a aucune réalité
*.
Après avoir fait répandre à Nazaire les
premiers rayons du Chriftianiſme dans
Geneve , on prétend que cette Egliſe naifſante
prit des accroiſſemens confidérables
* L'Egliſe de Milan pourroit auſſi les révendiquer.
On lit dans l'Histoire Eccléſiaſtique , que
Pan 394 , Saint Ambroiſe fit déterrer les corps des
Saints Nazaire & Celſe qui étoient enterrés dans
un jardin hors de la Ville , & qu'il les fit tranſporter
àMilan dans l'Eglise des Apôtres , qu'on nom
moit la Romaine.
38 MERCUREDEFRANCE.
par les ſoins de Paracodus , ou Paracodés ,
comme quelques autres le nomment. On
veut qu'il ait été un des ſoixante- dix Difciples
, & on le fait venir dans les Gaules
avec Denisl'Areopagite. Les Freres de Sainte
Marthe placent Denis & Paracodés dans
le ſecond ſiècle , & cela , pour s'être fiés
trop légérement à certaines Lettres des
Papes , qui font reconnues aujourd'hui
pour ſuppoſées. La Chieſa met de même
Paracodés àl'an 1955 ,, fur la foi d'une prétendue
Lettre du Pape Victor à cet Evêque.
Paracodés fut Evêque de Vienne , &
non pas deGeneve , quoique peut-être il
y ait fait annoncer l'Evangile en y envoyant
des Prédicateurs. La queſtion eſt
de ſçavoir quand il a vêcu. Les Evêques
de Vienne font dans cet ordre. Verus ,
qui ſouſcrivit au Concile d'Arles en 314.
Justus , Denis , Paracodés , & Florent qui
ſouſcrivit au Concile de Valence en 374.
Paracodés vivoit donc vers le milieu du
quatriéme frécle ,& il y a beaucoup d'apparence
que c'eſt-là la véritable époque
du Chriftianiſme dans notre Ville . On ne
doit l'y chercher , que lorſqu'il eut déja
fait d'aſſez grands progrès dans lesGaules.
C'eſt ce que l'on a affez bien éclairci dans
SEPTEMBRE . 1749 . 39
la derniere édition de l'Histoire de Geneve
*.
Le Catalogue des Evêques de Geneve ,
auquel j'ai donné la préference , & qui a
été tiré d'une ancienne Bible de notre Bibliothéque
, avertit dans une Préface , que
l'Eglise de Geneve a étéfondée par Paracodus
, Diſciple des Apôtres , & Evêque de
Vienne. Il faut remarquer que cette qualité
de Disciple desApôtres ne doit pas être
prife à la rigueur , comme fi cet Evêque
avoit été leur contemporain. On peut
prendre ces termes dans le même ſens ,
que Pallade appelle Saint Hippolyte Difciple
des Apôtres , pour dire leur Succeffeur
, quoique fort éloigné. C'eſt en ce
fens que Gregoire de Tours dit de Saint
Saturnin ,venu ſelon lui- même ſous Déce,
qu'il avoit été ordonné par les Diſciples des
Apôtres. On a donné le même titre à plufieurs
Fondateurs des Egliſes de laGaule.
Une preuve que celui qui a dreſſé ce
Catalogue, a pris ce terme dans cette étendue
, c'eſt que le premier Évêque de Geneve
qu'il nomme, n'eſt que du quatriéme
fiécle. C'eft Diogenus , que d'autres nomment
Diogenés. Il afſiſta au Concile d'Aquilée
qui fe tint l'an 381. Voilà donc
* Hist. de Geneve, 1730. Edit. in-4°. P. 17, dans
lanote.
40 MERCURE DEFRANCE.
une date fûre , & il eſt ſatisfaiſant de pouvoir
ſe reconnoître dans ces tems téné
breux. Mais ce qui altére un peu cette fatisfaction
, c'eſt la prétention de l'Eglife
de Génes , qui dit que cet Evêque lui appartient.
Voici ſa ſignature au Concile
d'Aquilée , Diogenus Epifcopus Genuenfis.
Cela peut marquer également Génes &
Geneve. Ughelli l'a placé parmi les Evêques
de Génes. Mais il reconnoît en même
tems que rien n'eſt plus obfcur que
l'Histoire des Evêques de ce tems là , &
qu'il n'y a aucuns monumens pour l'éclaircir.
Il va plus loin ; il avoue de bonne
foi , que ceux qui avoient travaillé
avant lui à cette Liſte , y trouvant de trop
grands vuides , les avoient remplisdu nom
de quelques Evêques qui nous appartiennent
incontestablement , tels qu'un Maxime
& un Optandus. Pour donner auffi de
notre côté des preuves d'impartialité , je
crois que nous pouvons abandonner aux
Génois ce Diogenes , comme leur appartenant
plus légitimement qu'à nous. Je ſuis
d'avis au moins de nous en rapporter à la
déciſion des nouveaux Editeurs , qui ne
manqueront pas de prononcer ſur ce petit
differend.
Ce n'est pas ſeulement dans l'Hiſtoire
Eccléſiaſtique , que la reſſemblance des
SEPTEMBRE. 1749 .
noms de Génes & de Geneve a mis de la
confufion ; on s'en apperçoit auſſi dans
l'Hiſtoire Civile. Il parut en 1713 un ouvrage
où l'on donne le Catalogue des Auteurs
qui ont écrit ſur chaque Pays. Il eſt
d'un Théatin Italien , nommé Savonarola ,
mais qui a déguisé fon nom (a). On y voit
une Liſte de ceux qui ont travaillé fur
l'Hiſtoire de Geneve , & l'on y en trouve
deux ou trois qui ſont évidemment des
Hiſtoriens de Génes. Le pas eſt ſi gliſſant ,
que le Pere le Long , avec toute ſon exactitude,
s'y eſt auſſi mépris.On trouve, dans ſa
Bibliothéque des Hiſtoriens de France, le titre
d'une Hiſtoire de Geneve, qui regarde uniquement
la Ville de Génes. L'Auteur eſt
un Italien qui s'appelloit Bizaro (b) .
Le Pere le Cointe veut auffi que l'on ait
confondu quelques Evêques de Geneve
avec ceux de Mende , dans les Cevennes
( c ). Il trouve notre Catalogue fort
confus après Pappole , qui aſſiſta avec Protais
de Sion au Concile de Châlons ,
l'an 644. 11 prétend qu'on a îmêlé nos Evê-
(a ) Alphonsi Laſor à Varca Univerfus Terrarum
orbis , &c. Patavii 1713 .
( b ) Genevensis Senatus Populique rerum geftarum
Annales , in fol . Antuerpia 1979. n° . 15417 .
( c ) Annal, Franc. Tom . III. ad ann. 644. n°.
36, & 37.
42 MERCURE DE FRANCE.
ques avec ceux de Mende. Le mot de Gebenna
, qui déſigne quelquefois Geneve &
quelquefois les Cevennes , aura pû donner
lieu à l'équivoque. Onconnoît ce vers
de Lucain.
Gens habitat canâ pendentes rupe Gebennas
Quelques Auteurs l'ont entendu de Geneve
, quoique le Poëte ait voulu parler
des montagnesdes Cevennes. J'avoue que
ſi l'on trouvoit dans un ancien Auteur le
titre d'Episcopi Gebennenſes , ſans que rien
déterminât s'il s'agit des Evêques des Cevennes
ou de ceux de Geneve , on pourroit
d'abord ſe trouver un peu embarraffé :
mais s'il s'agiſſoit de ceux de Mende en
particulier , il n'y a plus moyen de les
confondre. Un Evêque de Mende ſignoit
Epifcopus Gabalitanus, nom totalementdifferent
de celui de Gebennenfis.
Il y a plus. J'ai oui dire à un homme de
Lettres , qui a fort étudié les antiquités de
notre Ville , que le mot de Gebenna , pour
déſigner Geneve , n'eſt pas fort ancien , &
n'étoit pas ufité dans le ſiécle dont parle
le Pere le Cointe. Dans les tems reculés ,
le nom de Geneve étoit Geneva , comme
il paroît par les Commentaires de Céfar.
Dans la Table Théodofienne ou de Peutinger
, on lit Gennava. Dans Grégoire de
SEPTEMBRE. 1749. 43
Tours Jenuba , & Jenuva *. Dans la vie
de Pepin , Janua. Ce ne fut que dans le
onziéme ou douziéme fiécle , que preſque
tous les Auteurs s'accorderent à appeller
Geneve , Gebenna. Voici la raiſon qu'en
donne notre Sçavant. Il y a apparence ,
dit- il , que quelque Notaire de ce tems là ,
ou quelque demi-ſcavant , voulant faire
l'habile , crut que Lucain avoit déſigné
Geneve dans le vers que j'ai cité. Ce Notaire
, pour ſe donner des airs d'érudition ,
commença dans ſes Actes àappeller Geneve
, Gebenna , & il ne tarda pas à être
ſuivi des autres. Il eſt vrai qu'on objecte
à notre Sçavant un Pafinge d'Eginard où
on lit Gebenna, ce qui rendroit ce nom auffi
ancien que Charlemagne. Il répond qu'il
y a beaucoup d'apparence que les Copiſtes
ont alteré le texte original , & il allégue
pour foutenir ſon ſentiment une note marginale
de Duchefne , où il avertit que dans
quelques manuscrits on lit Geneva.
Le Pere le Cointe ajoute que dans un
certain eſpace de tems notre Liſte paroît
avoir trop d'Evêques. Depuis Pappulus ,
qui eſt le douziéme dans le Gallia Chriftiana
, juſqu'au trente- cinquième , qui eſt
Walternus ce Critique د trouve l'eſpace
* Liv. IV. chap. 31.
44 MERCURÈDE FRANCE.
trop petit pour en fournir un ſi grandnom
bre. Le Catalogue des Evêques de Mende
au contraire eſt ſi peu chargé , que depuis
l'an 140 juſqu'à 630 , il ne fournit que
trois Evêques. Il eſt difficile de répondre
àla difficulté du Perele Cointe , tirée de la
trop grande abondance de notre Catalogue
, oppoſée à la difette & à la ſtérilité
de celui de Mende , mais il ne ſuit point
du tout de- là , que notre Liſte ait été drefſée
aux dépens de celle de cette Eglife ,
& que leurs Evêques ayent verſé chez
nous .
Par ſurabondancede droit ,je vais hazarder
quelques conjectures ſur la difficulté
qu'on nous fait , ſur ce que nous
avons eu trop d'Evêques dans un affez
petit intervalle. Je ne les donne que pour
ce qu'elles font , c'est-à dire pour très-legeres,
n'en pouvant guéres avoir que de ce
genre fur des Evêques , dont nous n'avons
preſque que les noms , fans aucune circonſtancede
leur vie.
Peut-être que quand on voit des noms
differens dans ces Liſtes , ils ne déſignent
pas toujours des perſonnes differentes. Je
trouve dans le Gallia Chriſtiana , que le
dix huitiéme Evêque eſt Andreas , qui eſt
ſuivi immédiatement par Gracus. Quelque
Copiſte aura ſéparé ces deux mots qui
SEPTEMBRE. 1749. 45
devoient être joints , & ne faire qu'un
ſeul Evêque , Grec d'origine. On a des
exemples d'attributs , ou de titres ainſi
perſonifiés , & cela dans des fiécles beaucoup
plus connus ,& où l'on avoit plus
de ſecours pour ne s'y pas méprendre.
Les Freres de Sainte Marthe nous donnent
pour quatre-vingt onziéme Evêque Louis
de Rie , qu'ils font précéder par un Auberius
, perſonnage tout- à-fait inconnu. Ce
Prélat étoit Abbé d'Auberive , & cette
Abbaye a produit cet Evêque imaginaire,
Le Rituel d'Annecy l'a retranché fort ſagement
de ſa Liſte. Ils ne pouvoient pas s'y
méprendre. Louis de Rie leur étoit parfaitement
connu. Il vivoit en 1548 , c'eſtà-
dire , depuis le changement de Religion
arrivé à Geneve ,& il avoit fiégé à
Annecy .
Un Evêque peut avoir eu deux noms
differens , qui rapportés l'un & l'autre
dans le Catalogue , auront fait deux Evêques
au lieu d'un, On a auſſi des exemples
de ſemblables mépriſes ſur des Evêques
qui n'ont pas vêcu dans des ſiécles fort re
culés.Le ſoixante-quatorziéme denos Evêques
eſt Jean de la Roche-Taillée , en Latin
de Petra ſciſſa. J'ai vu un Catalogue où
l'on en fait deux Prélats differens , l'un
Jean de Roche-Taillée , & l'autre Jean de
45 MERCURE DE FRANCE.
y
Pierre- cife. C'est dans un ouvrage de controverſe
que fit imprimer un Curé de Savoye
, il
a plus de trente ans *. On ne
doit pas douter que dans les ſiécles précédens
on n'ait fait quelquefois de femblables
mépriſes. Quand on a ainſi coupé un
Evêque en deux , comme a fait notre bon
Curé , chaque moitié a la propriété du
Polype d'eau douce , & devient avec le
tems un Evêque complet. Il y a lieu de
ſoupçonner que ce ſont de ces bévûes qui
ont contribué à groſſir nos Liſtes & à multiplier
nos Evêques.
On trouve dans quelques-unes de nos
Liſtes des eſpéces de Paſſe volans , ſi j'oſe
me ſervir de ce terme , qui ne ſont connus
de perſonne. Tel eſt un Amianus , que la
Chieſa& le Rituel d'Annecy mettent dans
le rang des Evêques de Genéve , & qu'ils
font paſſer en revûe. Nous ne ſçavons ni
d'où eſt cet Amianus, ni qui il eſt. Il faut
cependant faire quelque tentative pour
deviner de quel pays il peut nous être venu,&
par quelle aventure il ſe trouve dans
ces deux Catalogues ſeuls.
Genabum , qui étoit l'ancien nom d'Orleans
, a auſſi ſignifié quelquefois la Ville
deGenéve.
*Motifs de la converfion du Chevalier Minutoli
, 1714.
SEPTEMBRE. 1749. 47
L'Itinéraire d'Antonin l'a pris dans l'un &
l'autre de ces ſens. Cela a cauſé quelquefois
de l'équivoque. Divers Auteurs ont dit,par
exemple , que l'Empereur Aurélien avoit
rebâti Genéve après un incendie qui
l'avoit entierement confumée. Philippe
de Bergame l'aſſure *. Pluſieurs autres
l'ont dit après lui. On voit clairement
qu'ils ont pris Genéve pour Orleans. Certe
mépriſe dans l'Hiſtoire Civile en a cauſé
une autre dans l'Hiſtoire Eccléſiaſtique.
Ces mêmes Auteurs ont dit que pluſieurs
hommes célébres ont illuſtré notre Ville ,
&dans ceux qu'ils nomment,on reconnoît
viſiblement des Evêques d'Orleans. Gebenna
, dit Philippe de Bergame , in quâ plurimi
claruêre viri , quorum numero Anianus
urbis Epifcopus **. Peut- on méconnoître
S. Agnan , qui lorſqu'Attila fit le ſiége
d'Orleans , l'an 451 , en étoit actuellement
Evêque ? Voici donc ma conjecture . S.
Amianus eſt une faute de copiſte pour S.
Anianus.L'Evêque de Saluces ayant trouvé
cedernier dans Philippe de Bergame, comme
ayant fiégé à Genève, n'a pas héſité à lui
donner rang dans ſa Liſte ; mais comme la
Chronique n'a point marqué le tems où
* Voyez Supplementum Chronicarum Philippi
Borgomatis, Venet. 1490. p. 126.
** Ibid.
48 MERCURE DE FRANCE.
vivoit S. Agnan , la Chieſa y a été embarraffé
; il l'a placé au hazard dans le ſeptiéme
ou huitiéme ſiècle , ſans aucune date
préciſe , quoiqu'il ait pris ſoin de marquer
celle des autres Evêques. Le Rituel
d'Annecy a copié la Chieſa. Voila le fond
qu'on peut faire ſur leur S. Amianus , Evêque
deGenéve.
L'article le plus difficile ſur nos Evêques
, c'eſt de trouver ceux qui ont fiégé
depuis l'établiſſement du Chriſtianiſme
juſqu'à Maxime , qui aſſiſta au Concile
d'Epaone. Il s'agit d'environ un demi fiécle.
Voici ceux que nous fournit notre
ancien Catalogue , que je crois le plus fidéle
de tous. Après avoir rendu aux Génois
leur Diogenes , le premier qui ſuit, eſt
Domnus, le ſecond Salvianus , le troiſiéme
Elheuthere , le quatrième Théoplaſte , déja
Evêque en 475 ; le cinquième Fraternus ,
le fixiéme Palafcus , le ſeptiéme Maxime ,
élu en 513 , & qui ſigna au Concile d'Epaone
en 517. Ici nous commençons à
avoir un point fixe , propre à redreſſer la
Chronologie.
Je n'ai point mis dans cette petite Liſte
Florentin , quoiqu'il ait été élu Evêque de
Genéve immédiatement avant Maxime ;
en voici la raiſon , c'eſt qu'il abdiqua auffi-
tôt après avoir été ſacré. Il étoit du
nombre
SEPTEMBRE. 1749. 49
nombre des Sénateurs , & il avoit été élu
d'une voix unanime ; mais de retour au
logis pour l'apprendre à ſa femme Artemie
, elle l'obligea à renoncer inceffamment
à ſon élection , ce qui arriva l'an
513 , peu de mois avant la naiſſance de
S. Niziés leur fils, depuis Evêque de Lyon.
Grégoire de Tours , ſon petit neveu & fon
diſciple , rapporte le fait de cette maniere.
C'eſt la raiſon pour laquelle notre ancien
Catalogue ne fait aucune sention de Flerentin.
Il eſt un peu plus difficile de donner
la raiſon de ce qu'on n'y voit point paroître
non plus un Ifaac & un Salowius
,qui doivent avoir gouverné l'Egliſe
de-Geneve avant Maxime. L'article de Salonius
demande une diſcuſſion un peu étendue
, qui pourra venir dans la ſuite. Pour
Ifaac , le feul endroit où il en eſt parlé ,
c'eſt dansune Lettre adreſſée àSalvius , où
l'on trouve l'hiſtoire des MartyrsThebéens,
&que l'on attribue à Eucher , Evêque de
Lyon. On ſçait que des Critiques , un peu
ſéveres , ontdouté de l'authenticitéde ces
ActesduMartyre de la LégionThébéenne* .
Ils ont remarqué que cet Ifaac ne ſe trouve
nulle part ailleurs , & que ce pourroit
•Bibliot. Raiſonnée, T. XXXVI. p. 427.
C
5o MERCURE DE FRANCE.
bien être un perſonnage imaginaire *
Quoiqu'il en ſoit , il a été au moins inconnu
à ceux qui ontdreſſe notre ancien
Catalogue dans le I X. fiécle. Cependant
je ne veux point conteſter là- deſſus. Il
ne s'agit que de lui aſſigner fon rang parmi
nos anciens Evêques. Il eſt dit dans cette
Lettre d'Eucher , qu'Isaac avoit appris
l'histoire des Martyrs Thébéens , du BienheureuxThéodore
, Evêque de Sion . Eucher étoit
déja vieux , quand il fut au Concile d'Orange
en 44 1. Théodore , Evêque de Sion,
s'étoit trouvé au Conciled'Aquilée en 381 .
On peut donc placer Ifaac vers la fin du
1 V. fiécle **.
Gregorio Leti , dans ſon Hiſtoire de Ge
neve , nomme encore cinq ou fix Evêques
, qu'il prétend avoir vêcu avant le
Concile d'Epaone , Donnellus , Hyginus ,
* Quand même les Actes du Martyre de la Légion
Thébéenne ſeroient une Légende fabuleuſe ,
comme le croyent pluſieurs Auteurs , cela n'empêcheroit
pas que cet Ifaac , Evêque de Genéve ,
qui y eſt cité,n'ait effectivement ſiégédans ceDiocèſe.
Ily eſt nommé avec Théodore, Evêque d'Oc.
todurum , qui eſt un perſonnage très- réel.
***On trouve dans le Catalogue de la Chieſa ,
immédiatement après Paracodés , Isaac , nommé
par S. Eucher , l'an 250. Il eſt ſurprenant que le
bon Evêque de Saluces , qui cite Eucher , ſoit
tombé dansun ſemblable anachroniſme ..
SEPTEMBRE. 1749.
SE
Fronze , Thélesphore , Tiburne , noms inconnus
à tout autre qu'à cet Hiſtorien.
Ilcite pour fon garant un manufcrit, conte
nant une Description de Genève , dédiée à
la Reine Clémence , femme de Louis X. Roi
de France. L'Auteur étoit un Religieux
de l'Ordre de Saint Benoît , nommé Frere
Jean de Anfelmo . On nous dit que cette
rare piece fut trouvée dans une armoire
murée du Château de Prangin , à quatre
lieues deGenève , ſur la fin du ſiécle paffé.
Le Général Balthafar , Seigneur du lieu ,
faiſant quelques réparations à ſon Châ
teau , découvrit heureuſement ce manufcrit.
Il le communiqua à Leti , qui le fir
déchiffrer à Genéve par deux Experts, dont
on nous dit les noms. * Cet Hiſtorien en
a tiré je ne ſçais combien de particularités
qui ne ſe trouvent point ailleurs. On voit
continuellement dans la marge de ſon Livre
, MS. Balthasaro.
Mais une armoire de la Bibliotheque
de Genéve , qui n'avoit point été fouillée
depuis long-tems , vient de donner un dé.
menti formel à l'armoire du Château de
Prangin , que l'on dit avoir enfanté ce ma
auſcrit. Il s'y eſt trouvé un Certificat dů
Miniſtre du lieu , qui déclare que tout ce
*Historia Genevrina, Tom. 1. p. 46.
Cij
32 MERCURE DEFRANCE.
,
que Leti a dit de cette belle trouvaille , eſt
une pure fable. Il nous aſſure qu'ayant lu
l'Hiſtoire de Geneve de Leti , il voulut
s'éclaircir , auprès duGénéral Balthafar ,
de ladécouverte de ce manufcrit Gaulois
& que ce Seigneur lui déclara que tout
ce qu'en avoit dit Leti , étoit une pure
fiction , & qu'il ne s'étoit trouvé aucun manuſcrit
dans ſon Château. Il paroît de-là ,
que ces anciens Evêques que l'on trouve de
plus dans l'Historia Genevrina, que dans les
autres Catalogues , n'ont jamais fiégé que
dans le cerveau creux de Leti.
Le Curé de Savoye dont j'ai déja parlé,
ayoit ſaiſi avidement dans ſon Livre de
Controverſe ces cinq ou fix Evêques de
la façon de l'Auteur Italien. Il groffiffois
par- là ſa Liſte. Mais il en a été raillé fort
vivement dans un Journal , ſans que l'on
fût encore informé du Certificat qui met
cesEvêques dans les eſpaces imaginaires.*
On l'a attaqué ſur l'abſurdité de quelques
particularités de leur vie,qu'il a rapportées
d'après Leti . Depuis peu de tems , on a in
ſéré le Certificat du Miniſtre de Prangin
dansun Journal qui s'imprime à Neucha
zel en Suiffe. Il paroît clairement que l'hiſ.
toire de la découverte de ce prétendumanuſcrit
n'eſt que ſuppoſition & que faits
Journ. Helvetig. Mars 1746. p. 220,
:
SEPTEMBRE. 1749. 53
,
controuvés. On y donne les raiſons de ce
qu'on a attendu ſi tard à publier cette déclaration.
Puffendorffappelloit Varillas
I'Archimenteur. Leti peut bien partager
avec lui cette honorable épithete . Quoique
les nouveaux Editeurs ne ſoient pas
gens à s'en laiſſer impoſer par un Auteur
tel que le Signor Gregorio , on a crû devoir
les informer de ce fait , pour leur
épargner la peine de quelque diſcuſſion
ſur ces Evêques chimériques.
Je ſuis , &c.
【洗洗洗洗洗
T
A MLLE DE CR .....
Qui m'avoit demandé ſon Portrait.
Ravaillant l'autre jour au portrait d'Uranie ,
Dans ma chambre enferméj'excitois mon génie.
Pour tout meuble en mon attelier ,
J'avois de l'encre & du papier.
C'en eſt affez pour un Poëte ;
Tout le reſte eſt pris dans ſa tête ;
Mais ſi pour prix de ſon tableau ,
11 attend un accueil honnête ,
Il doit produire du nouveau.
Déja fous mes doigts , mille rofes
:
C iij
34 MERCURE DE FRANCE.
:
t
D'un trait de plume étoient écloſes.
Je comptois ajoûter des lys
Au Pinde récemment cueillis ,
Et ne négligeant rien pour ſa riche parure ,
J'aurois fait de la belle une telle peinture ,
Que contre juſtice & raiſon ,
Vénus n'eût été rien, miſe en comparaiſon.
Apollon, qui par fois préſide à mon ouvrage,
Vint me dire à l'oreille , efface cette page ,
Tu vas débiter des fadeurs ,
Comme font tant d'autres rimeurs ,
Qui tous les jours me donnent des vapeurs.
Faut- il , pour foumettre les coeurs,
Etre de la beauté le plus parfait modéle ?
Je connoisUranie,& fçais bien qu'elle est belle,
Mais belle de mille agrémens ,
La plus part fort indépendans
Deces traitsque ſouvent, ſans aimer, on admire.
Près d'elle il faut penſer , rarement on ſoupire.
Celui qui vit ſous ſon empire ,
Ignore ces ſentimens ,
Ou tendres , ou languiſſans ,
Qui donnent un air malade
A l'amant langoureux & fade.
De ce charmant objet les yeux , ſans être grands
Sont pleins de feu , vifs & brillans ;
Pénetrent juſqu'au fond de l'ame >
SEPTEMBRE. 1749. 55
Et vont porter partout la flame.
Ces yeux noirs , ces perfides yeux ,
Ne peuvent cacher leur malice.
De tous les maux qu'ils font vous les voyez joyeux,
Sans que plus on les en haïffe.
L'éclat des lys n'eſt point éteint
Par le coloris de ſon teint ;
Convenons-en ; mais en revanche
S'il eſt quelque beauté plus blanche ,
Quel air plus grand , plus noble ,& quel port plus
romain !
D'une fiere Amazone elle a le coeur hautain ;
Le trait qui vous ſurprend, n'amollit ni n'énerve ;
Non,ce n'eſt point Vénus, c'eſt Pallas ou Minerve.
Un mortel prétend-il lui plaire & l'engager ?
Qu'il ſe montre un Héros ,& non pas un berger.
L'amour qu'on ſent pour elle, éleve le courage ;
Le ſage qui la voit , n'en devient que plus ſage ;
L'amant rougit , l'étourdi ſe contient ,
Et le petit maître devient ,
Tant auprès d'elle il faut ſecontrefaire ,
Un homme preſque ordinaire.
Oncraint les traits de ſon eſprit.
Tout mot équivoque eſt proſcrit ,
Si le bon goût & la fineſſe
Ne font unis à la délicateſſe .
Sur ce que plus haut j'ai cité ,
On la croiroit un peu méchante ;
1
:
C iiij
56 MERCURE DE FRANCE.
Je doute auſſi que la bonté
Soit ſa qualité dominante.
Mais qui la voit , conviendra bien ,
Pour peu qu'il ſoit juſte & fincere ,
Que fa malice n'ôte rien
A ſon aimable caractére.
Je ne dis plus qu'un mot de ſes talens divers.
J'ai retenu quelques bons vers,
Qu'elle cache par modeſtie.
A la toilette d'Uranie
Ontrouve un compas, un écrin
Un tome de M. Rollin ,
Un Livre nouveau de muſique ,
Avec un Traité de Phyſique .
Là ce ſont ponpons & rubans ,
Qu'elle agence dans ſa cornette ;
Plus loin des mouches & des gants ;
Puis les regles de la Comete.
Mêler au ſérieux un aimable enjouement ;
Faire marcher de pair le ſçavoir , l'agrément ;
S'amuſer du badin , ſans négliger l'utile ;
Rien pour elle n'eſt difficile .
S'il ſe peut , Uranie , oſez déſavouer
L'éloge que le Dieu , qui ſeul à juſte titre
Peut ſe mêler de vous louer ,
M'a dicté ſur votre chapitre.
SEPTEMBRE.
1749. 57
PENSE'ES
Traduites de l'Anglois.
C
E n'eſt pas dans le mépris des richefſes
, ni dans le refus des honneurs
que réſide la vraye Philoſophie , mais dans
lebon uſage qu'on en fair.
La fortune favoriſe Damis ; la faveur
da Prince l'honore des premieres places ;
il eſt décoré de tous les honneurs ; il eſt
grand , il eſt noble ;une maiſon vaſte ,
ornée& fuperbe ; une table bien ſervie ,
un nombreux domeſtique , des équipages
leſtes & brillans ; tout cela n'ôte rien à ſa
généroſité. Il l'exerce partout; le vice même
en reffentiroit les effets , ſi ce n'étoit
point ſe rendre criminel que de partager
ſes biens avec ceux qu'il infecte. Damis
ſe plaît à élever le mérite ; il ne fe fouvient
jamais de ſes poſtes , de ſes honneurs,
que pour ſe reſſouvenir qu'il nedoit
s'employer qu'à faire des heureux ; il n'eſt
attaché à ſa fortune , que par cequ'elle lui
procure le doux plaifir de ſoulager ceux
que l'injuſtice perſécute.On ne le voit jamais
dans ſon particulier , fans être touché
dubonheur de ceux qui l'environnent ; il
Cy
SS MERCURE DE FRANCE.
1
eſt homme , & veut vivre avec des hommes;
ce ne ſont point des eſclaves qui le
fervent; ſes domeſtiques ſont ſes amis , ils
font tous heureux , & quelque médiocre
que foit leur état , ils l'oublient , quand ils
penſent à celui qui les nourrit , qui les habille
, qui les paye & qui leur commande.
Tel eſt Damis ; voilà le ſage , voilà le Philoſophe.
Recevoir un conſeil , c'eſt acquérir le
droitd'en donner.
Tout est au-deſſus de l'homme vicieux
tout est au-deffous de l'homme vertueux.
Un homme que les paffions honteuſes
poſſedent , lorſqu'il eſt connu , n'eſt plus
àcraindre; c'eſt un être indifferent pour
la ſociété.
Les défauts , les imperfections & les vices
de l'homme corrompu , font autantde
boucliers qui repouffent les traits que la
noirceur de ſon coeur lui fait lancer contre
le mérite & la vertu.
Avoir recours à un homme vicieux,
c'eſt être fur le point d'abandonner la
vertu.
Ne pas oublier les ſervices qu'on a rendus
, c'eſt ſe rendre indigne d'en rendre.
Exiger de la reconnoiffance , c'eſt en
exempter.
Lamédifance eſt une petiteſſe dans l'efSEPTEMBRE.
1749. 59
prit , ou une noirceur dans le coeur ; elle
doit toujours ſa naiſſance à la jalouſie , à
l'envie , à l'avarice , ou à quelqu'autre pafſion;
elle est la preuve de l'ignorance on
de la malice ; médire ſans deſſein , c'eſt bêtiſe
; médire avec reflexion , c'eſt noirceur.
Que le médiſant choiſiſſe, qu'il opte,
il eſt inſenſé ou méchant .
Le peuple juge du coeur des hommes
par leur façon d'agir , le ſage n'en juge
que par leur façon de penſer.
La pratique d'une vertu ne fait pas
l'homme de bien. En faiſant le bien , on
ne fait ſouvent qu'une action très-ordinaire.
Damon tient parole à un Grand ,
c'eſt la crainte , l'ambition ou l'avarice ,
peut-être toutes les trois qui le font agir.
Je ne l'en foupçonne pas, quand il tient fa
promeſſe à ſes enfans , à ſes domeſtiques,
à ſes vaffaux ; mais je ſuis prêt de dire que
c'eſtpar amourpropre. Sans être vertueux,
onfait ſouvent de grandes actions ; mais
que Damon ne ſe démente point , qu'il
faſſe toujours le bien ,& qu'il le faſſe fans
motif d'intérêt , de crainte ou de vanité,
alors je dirai que Damon aime la vertu.
AOrleans , ce 21 Juillet.
Cvj
06M ERCURE DE FRANCE :
:
LE PRINTEMS ,
A Mlle C ......
D
Ans cette riante ſaiſon ,
Où ſur un renaiſſant gazon
Brille une agréable verdure
Tout ſe ranime en la Nature.
La terre , Iris , nous offre des préſens
Qu'étouffoit en ſonſein l'importune froidure.
Ces fleurs, qui quelquefois vous ferventd'orne
mens ,
Font même ſa moindre parure.
Autour des humides roſeaux ,
Le doux Zéphir forme un léger murmure;
Et ſe joue en ſoufflant fur la face des eaux.
Dès l'aurore , fa fraîche haleine
Nous invite à courir dans la plaine.
Là, vous voyez mille amoureux oiſeaux ,
Par leurs chants à l'envi , célébrer tous enſemble
Cetheureux jour qui les rafſfemble.
Quel ſpectacle plus enchanteur ?
Ici , Tircis à fon Amynthe
Déclare ſes feux , & l'ardeur
Dont ſon ame eſt pour elle atteinte,
Elle qui ſe ſent contraints
SEPTEMBRE . 1749.
61
Par une auſtére pudeur ,
Lui laiſſe adroitement lire
Dans ſesyeux languiſſans ceque penſe ſon coeur.
Si par hazard , dans un tendre délire ,
Alafaveur d'unbois , quittant ſa fiere humeur ,
Elle accorde àregret quelqu'honnête faveur ,
CeBerger prend fa flûte ,& chante fon bonheur
Que les échos voiſins ont le ſoin de redire ,
Ce qui le lui rend plus Aateur.
Vous le voyez , belle Iris ; tout soupire ;
Livrons-nous aux plaiſirs que leprintems inſpire ;
Onn'entendprononcer que lenom de l'Amour ,
Votre coeur ſeul ſeroit- il inſenſible ?
Ce Dieu , quand on l'aigrit, devient unDieuter
rible ;
Contre ſon pouvoir invincible
Ne vous révoltez pas ; profitons du beau jour ,
Et parlons- en tous deux à notre tour.
7. F. Guichard.
MERCUREDEFRANCE.
LES DEUX BOUQUETIERES ,
L
FABLE.
A faifon triſte && rigoureuſe
Venoit de terminer ſa carriere ennuyeuſe ;
Aux Aquilons fuccedoient les Zéphirs ,
Et du peuple de l'air la voix mélodieuſe ,
De l'Amour vantant les plaiſirs ,
Rempliffoit chaque bocage
De la douceurde ſon ramage.
Laterre reprenoit ſes premieres beautés,
Et l'on voyoit de tous côtés
Les animaux joyeux fortir de leurs tannieres,
Lorſque deux Bouquetieres ,
Allant cueillir les précieux préſens
Que leur offroit le retour duprintems .
Virentde loinune prairie
Spacieuſe &bien fleurie.
La diverſité des couleurs
Les porte auſſi tôt à s'y rendre ,
Et la beauté des fleurs ,
4
Et leurs douces odeurs ,
Les y firent bien-tôt deſcendre.
L'une , ſans fortir de ſa place ,
Prend toutes ces fleurs à la fois ,
Et fans choix;
SEPTEMBRE. 1749. 63
Elle en fait un bouquet fans agrémens, fansgrace
*
Ce n'est qu'un mêlange confus ,
Qui des paſſans attire & mépris & refus.
Sa compagne , bien loin d'imiter ſa pareffe ,
Va, court , & revient & s'empreſſe ,
Sçait ménager les ornemens ,
Rejette ce qui pourroit nuire ,
:
Le remet dans un autre tems :
Ici c'eſt du jaſmin , & là c'eſt un oeillet ,
En un mot , pour le dire ,
Elle fait de ce tout un ſuperbe bouquet.
On le voir , on accourt , on l'admire , onl'achette.
D'un côté je peins un Poëte ,
Qui traitant des ſujets qui ſont déja traités ,
Leur donne cependant de nouvelles beautés:
Et de l'autre , un ſot plagiaire ,
Qui prend tout, & n'en fait rien faire.
:
Parlemême..
Du 24 Mai 1749 .
64 MERCURE DE FRANCE!
EXTRAIT d'une Lettre écritepar M.
Short , de la Societé Royale de Londres ,
àM. Folkes ,Préſident de cette Académie,
far les Télescopes à réflexion. Cette Lettre
a été lùe dans une des affemblées de la Société
Royale de Londres.
Na
0
vû , à la page 172 du Mercure
d'Avril dernier ,,une Lettre de M.
Koenig , Profeſſeur de Mathématiques à
laHaye; dans laquelle il annonce les progrès
conſidérables qu'a fait M. Mégard ,
du Canton de Berne , dans l'art de perfectionner
les Télescopes à réflexion. Ce
Profeſſeur ne s'eſt pas contenté de parler
avantageuſement de ſon ami; il n'a pas
fait difficulté de dire qu'il foupçonnoit
lesAnglois d'avoir profité de ſes vûes , par
la communication d'une de ſes Lettres
dont il avoit envoyé des copies à Londres .
Il ajoute que ce qui le confirme dans cette
idée , c'eſt qu'il ne lui parut pas , fix mois
auparavant , lorſqu'il étoit en Angleterre,
qu'on y pensat le moins du monde à perfectionner
ces fortes d'inſtrumens , endiminuant
leur longueur.
M. Short , habile Artiſte Anglois , qui
a conſtruit le fameux Télescopede douze
SEPTEMBRE. 1749. 63
コー
,
-
c
er
S
it
ar
,
S.
e
is
-e,
er
Hiui
pieds , placé dans l'Hôtel de Marlboroug
a crû que ces reproches intéreſſoient , nonſeulement
ſon honneur , mais auſſi celui
de toute ſa Nation. Il n'a pû fouffrir
qu'on l'accusat d'avoir voulu s'approprier
des remarques qui ne lui appartenoient
pas : il a écrit pour ſajuftification , le 11
Mai dernier , une affez longue Lettre à
M. Folkes , Préſident de la Société Royale
de Londres , afin qu'il la communiquât à
cette ſçavante Compagnie ; & il a produit
en même tems une copie de la Lettre ,
dont on prétendoit qu'il avoit tiré des ſecours.
On nous a communiqué l'une &
l'autre piece , & il nous a paru que la juftice
que nos Journaux doivent àtout le
monde , exigeoit de nous que nous inſeraffions
ici un extrait qu'on nous a envoyé
de la Lettre de M. Short. Ce morceau fuffira
, pour mettre au fait de la conteftation
les Lecteurs qui s'intéreſſent aux progrès
des Arts , & dont la curiofité ſera ſans
doute excitée par les avantages que laMarine
& l'Astronomie recevront vraiſemblablement
un jour de l'uſage des nouveaux
Télescopes.
L'Artiſte de Londres prétend ,que les
Copies de la Lettre de M. Mégard n'auroient
pû lui apprendre que ce qu'on étoit
déja en poſleſſion de ſçavoir en Angles
66 MERCURE DE FRANCE.
terre. M. Smith ayant propoſé à la Société
Royale de Londres dès le mois de Janvier
1740 , de ſubſtituer aux miroirs de métal,
dans les Téleſcopes , des miroirs de verre ,
inégalement épais vers le bord& vers le
centre , ou dont les deux ſurfaces ne fufſent
pas paralelles ; ſa propoſition , qui eſt
appuyée de toutes les recherches néceſſaires
de Théorie , a été imprimée dans les
Tranſactions philoſophiques Nº. 456 , &
il y eſt prouvé qu'on peut proportionner
tellement les deux courbures , qu'on évitera
, par les refractions que ſouffriront
les rayons de lumiere en traverſantdeux
fois la ſurface concave , preſque toute la
ſéparation nuifible des rayons de differentes
couleurs. Il eſt parlé de ce même expédient
dans le Syſtème d'Optique de M.
Smith , & dans la Relation des expériences
qu'on en a faites en préſence de pluſieurs
perſonnes. Les images des objets
paroiſſoient très-diftinctes , mais elles
étoient environnées d'une ſeconde lumiere
,qui étoit vraiſemblablement réflechie
par la furface concave. M. Short affûre
qu'il avoit remarqué la même choſe , en
ſe ſervant d'un miroir de verre , conſtruit
de la maniere indiquée par M. Newton
dans ſon Optique ,&qu'il obſerva que ces
miroirs étoient encore ſujets à un autre
SEPTEMBRE. 1749 . 67
-
13en
bé
M
en
[ueti
16
lie
ni
TU
τρί
défaut très-conſidérable. Ils affoibliſſent
la lumiere ,& ils la diminuent ſouvent de
plus de moitié , ſi on les compare à des
miroirs de métal. Toutes ces obfervations
répetées avec ſoin avoient déterminé
M. Short , long- tems avant qu'il entendit
parler de M. Mégard , à renoncer
aux miroirs de verre , pour ne s'occuper
que de la perfection de ceux de métal ,
dont il s'occupe encore actuellement , &
auſquels il travaille depuis 1733-
Il fuit de-là , fi l'on s'en rapporte , comme
il nous paroît qu'on le doit faire , aux
piéces qu'on nous a communiquées , que
les procédés des deux inventeurs font
tout-à-fait differens , & qu'il n'y a pas le
moindre lieu de regarder l'un comme
plagiaire des vûes ou des découvertes de
P'autre , ce qui fait tomber abſolument les
foupçons de M. Koenig. On fe propoſe
d'un côté de conſtruire des Télescopes
avec des miroirs de verre , dont les deux
furfaces feront de differentes courbures
pendant qu'on travaille de Pautre côté à
former des Télefcopes avec des miroirs de
métal , qu'on tache de rendre plus par
faits. M. Short ajoute qu'il ſe conformoir
d'abord à la Table publiée par M. Newton
, dans les Tranſactions philofophi
ques,mais qu'ils'apperçut dès 1740, qu'o
D
:
68 MERCURE DEFRANCE.
,
pouvoit donner une plus grande ouver
ture àces inſtrumens , ou , ce qui reviene
au même , qu'on pouvoit gagner ſur leur
-longueur , en la diminuant conſidérablement.
C'eſt ce qu'il justifie , non- feulement
par l'exemple du grand Télescope
de douze pieds , achevé en 1747 , & placé
dans le jardin de l'Hôtel de Marlboroug ,
mais par pluſieurs autres dont il fait
mention dans ſa Lettre à M. Folkes , &
à l'égard deſquels il paroît qu'il a changé
d'une façon avantageuſe le rapport entre
leurs principales dimenſions. Celui de
douze pieds , dont le miroir a dix huis
pouces de diametre , eſt réduit de plus de
moitié , puiſqu'il eût été long de vingtneuf
pieds , ſi l'on ſe fût conformé aux
régles de M. Newton. Ainſi , ſelon M.
Short , ce n'est que parce que M. Koenig
n'avoit examiné la choſe qu'avec précipitation,
qu'il a pûdire ,que lorſqu'il étoit en
Angleterre , on n'avoit aucune notion de
la vraie maniere de perfectionner les Téleſcopes
en les accourciſſant .
M. Short ſe propoſe de conſtruire un de
ces inſtrumens , qui n'aura que dix - huit
pouces de longueur , quoiqu'il en ait fix
d'ouverture. Cela rendra encore plus néceſſaire
l'attention qu'il a toujours eue de
donner une figure parabolique au grand
SEPTEMBRE. 1749.
miroir , & une ellyptique au petit , toutes
les fois qu'il a percé le grand miroir , ſelon
la méthode de Grégori .
Nous pourrons ſçavoir bientôt ce qu'il
faut penſer de ce qu'avance M. Koenig ,
au ſujet d'un ouvrier de Franquer , qui
conſtruit , à ce qu'il affûre , des Téleſcopes
incomparablement meilleurs que ceux
qu'on fait en Angleterre , & qui les donne
àun tiers meilleur marché. M. Short
s'eſt adreſſé à M. le Comte de Bentinck ,
Ambaſladeur des EtatsGénéraux des Provinces-
Unies auprès de Sa Majesté Britannique
, pour le prier de vouloir bien
lui procurer un de ces inſtrumens , en obſervant
toutes les formalités néceſſaires ,
pour que le Public puiffe ajouter foi à l'examen&
à la comparaiſon qu'on en fera
à Londres , en préſence de Juges inté
gres& éclairés,
70 MERCURE DE FRANCE!
:
POEME ,
Ou Effai ,sur leprogrès des Sciences &des
Beaux Arts,sous le Regne de LOUIS
le Bien-Aimé , dédié à Meſſieurs de l'Académie
des Belles- Lettres de Montauban ,
par M. de la Soriniere , de l'Acadé
mie Royale des Belles- Lettres d'Angers.
1749 .
Ο
Vous , dont les brillans eſſais *
S'annonçent par des coups de maître,
Dans la lice où j'oſe paroître
Aſſûrez-moi d'heureux ſuccès :
sidans l'art des beaux vers j'ai fait quelques pro
grès ,
C'eſt vous qui les avez fait naître.
Quels progrès éclatans paroiſſent à mes yeux !
Les Sciences , les Arts , riches préſens des Cieur ,
Par les ſoins de Louis s'accroiſſant dans leur
courſe ,
Deviennent chaquejour plus dignes de leur ſource!
Semblables à ces eaux dont l'humide criſtal ,
Au fortir d'un rocher ſe creuſant un canal ,
*L'Académie de Montauban eft nouvellement éta
blie.
1
SEPTEMBRE. 1749. 71
Forme un fleuve écumeux , dont les ondes altieres
Roulent en bouillonnant les eaux de cent rivieres,
Le Pastel.
Un Art ne fait qu'éclore : il eſt déja complet ,
Le Paſtel en naiſſant m'offre un tableau parfait,
:
L'Opéra,
Sur ces bords où la Seine , en miracles féconde ;
Raſſemble tous les Arts qui décorent le monde ,
Il eſt un Sanctuaire aux graces conſacré ,
Séjour des Amadis , & des Dieux révéré.
C'eſt unTemple lyrique , où l'enfant de Cythere
Vient entendre des airs inſpirés par ſa mere ,
Et verſer à long traits ce dangereux poifon ,
Qui dévore le coeur , & trouble la raiſon,
Le Dieu s'en applaudit , & doublement perfide
Bleſſe le ſpectateur du même trait qu'Armide :
Il rit de voir Isméne , en proye à ſes douleurs ,
Aux ſoupirs qu'elle exhale entre-mêler des pleurs,
Et pour de faux Rolands réaliſant ſes peines ,
Se forger dans ſon coeur de véritables chaînes.
Dans ces lieux enchantés , tout prend une ame
un corps ;
Tout s'y perſonnifie , & reſſent des tranſports.
La force du pinceau du Dieu de la peinture
Ytrace mille objets plus beaux que la nature *;
J'y vois dans des lointains avec art ménagés
*Décorations.
72 MERCURE DE FRANCE.
bes Palais dans l'inſtant erigés :
rune en courroux , commandant aux orages
,
ots entr'ouverts produire des naufrages.
Le calme reparoît , & ſoudain des danſeurs
Foulent d'un pied léger la verdure & les fleurs
Et des Amours badins une troupe enfantine
Répéte de Rameau la Muſique divine.j
CeMonarque des Sons , par Euterpe enfanté ,
Donne à tout ce qu'il touche unton de vérité ,
Qui , de l'art enchanteur augmentant le preſtige ,
Frappe , étonne , conduit de prodige en prodige,
Quel charme me tranſporte ! Etquelle illuſion
Sur mes ſens éperdus fait tant d'impreſſion !
Les Chênes de Dodone en ces heureux ſpectacles
Parlent , ſe font entendre , & rendent des oracles
Tout s'anime , fe meut , & des quatre élemens
Agités , confondus , dans des chocs éclatans ,
Naiſſent des feux ſoudains ,dont les bruyantes
Aammes
Excitent la terreur & le trouble en nos ames *
N'eft- ce point Jupiter , qui du Dieude Lemnos ,
Lance ſur les Titans la foudre & les carreaux ?
Ou qui , pour conſumer un autre Salmonée ,
Arme ce bras vengeur qui punit Capanée?
* Le Tonperre del'Opéra
La
SEPTEMBRE. 1749: 73
e
९.
les
es
ens
antes
OS,
,
La Guerre.
Jamais aux champs de Mars l'Art des Déme
trius (a)
N'avoit tant illustré les Siéges , les Blocus.
L'Europe en est témoin ; cent Villes aſſiégées
Se ſont ſous nos drapeaux & ſous nos loix rangées :
Etdans moins de quatre ans le Belge plein d'effroi ,
Areconnu mon Prince & Lours pour ſon Roi.
Marches & campemens , fourages , ſubſiſtance ;
Contre-marches, ſecours,magnifique ordonnance ,
Ont vu des plans nouveaux que l'Art ſeul dirigeoit
,
Et que , ſuivant les lieux , la raiſon corrigeoit.
Non , jamais la Tactique aux champs deMana
tinée (b) ,
N'acquit autant d'honneur que dans cette jour
née (c) ,
Où par un coup de l'art l'Anglois ſi redouté
Vit ſon hardi projet compris ,déconcerté :
Et le fier bataillon , la terrible colomne ,
Que menoit Cumberland ſur les pas de Bellone ;
(a) Demetrius Poliorcétes , ou le preneur de Vil
les... Fils d'Antigone , &c .
(b ) L'affaire de Mantinée , ſelon les connoiſſeurs ;
nous offre le plus bel ordre de bataille qu'ait fourni
l'antiquité : l'Epaminondas de notre fiecle sçaurois
bien en juger.
(c) Fontenoy.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
Miſe en poudre auſſi tot par ce Prince guerrier
'attendoit dans ces champs le plus digne laurier
d'un coup d'oeil y fixer la victoire :
mirant , ſouſcrivit à ſa gloire,
2nces traits , illuftres Orateurs (a) =
onſacrer , gravez-les dans vos coeurs,
fille du Çiel , divine Poësie (6) ,
:
Qui ez les tons forts à la tendre harmonie ,
Dans une autre Henriade accordez vos concerts,
Voltaire , c'eſt à lui que tu dois tes beaux vers (c)
Avant lui , tu le ſçais , la ſublime Epopée ,
Dans l'enfance des tems encore enveloppée ,
Aux François é onnés ne s'étoit point fait voir.
Après les Childebrand (d) on n'eût oſé prévoir ,
Que la France eût ſon Taſſe , ainſi que l'Italie ;
Il falloit que Louis échauffat ton génie.
Perfection du Microscope, &du Télescope
à réflexion.
Apprens-moi , Réaumur , quel eſt cet inſtru
ment
Qui voit dans un Ciron chaleur & battement :
La nature eſt à nud , lorſque ton Microſcope
Dans les mains de Mairan s'unit au Télescopea
(a) L'Eloquence. (b) La Poëfic. (c) La Henriades
(d) Childebrand , Poëme prétendu Epique de
M. de Sainte Garde. Il est au- dessous de l'Alaric de
M. de Scuderi; & peut- être plus ennuyeux que la
Pucelle de Chapelain.
1
SEPTEMBRE . 1749.
=.
et
:
18.
(c)
= ;
cope
:
pei
mrinde .
me de
aric de
quela
Electricité,&Physique expérimentale (a) .
Et vous , docte Nollet , dont l'Electricité ,
Par des ſentiers ſecrets , mene à la vérité ,
Vous ne vous vantez point de ces hardis ſyſtêmes
Qui n'offrent à nos yeux que de brillans problê
mes :
Vous regnez ſur nos fens ,que vous ſubordonnez
Aux loix de l'évidence : & quand vous raiſonnez ,
L'expérience enfin qu'on ne peut contredire
Sur le plus incrédule exerce ſon empire.
Le célébre Fluteur , & les autres machines
furprenantes de M. de Vaucanfon , un des
plus grands Mechaniciens qui ayent jamais
paru.
,
O nouvel Archimede , illuſtre Vaucanſon ;
Qui , mettant la Nature & l'Art à l'uniſſon ,
Sçavez donner la vie à de froids Automates
Dans l'aſſemblage heureux de matieres ingrates ,
J'entens les doux concerts d'un célébre Flûteur ,
Qui , ſurprenant l'eſprit , charme & ravit le coeur.
Opérations de Meſſieurs Bouguer & de la
Condamine , pour déterminer lafigure de la
Terre (b) .
(a) M. l'Abbé Nollet a donné un ouvrage fur
PElectricité ,& déja 4 vol. de fa Physique expéri
mentale.....
(b) OnSuppose au commun des Lecteurs , du moins
Dij
ARCUREDEFRANCE.
efez dans vos mains ce que ſon globeenferre;
us avez estimé par un calcul nouveau
Les oſcillations de Paris à Quito :
Et ſur des plans certains , qu'on avoit crû frivoles
Elevé l'Equateur , en rapprochant les Pôles.
Argonautes François , quels immenfes travaux ,
Aux yeux de l'Univers , étonnent vos rivaux !
AMeſſieurs de l'Académie.
Beaux Cygnes aſſemblés dans ce docte Licée ;
Célébrez de mon Roi l'auguſte Caducée (a) ;
Chantez ſes hauts exploits , ſa douceur , ſa bonté
Ses vertus , ce beau nom juſtement mérité.
Que votre amour pour lui ſoit conſtamment fidéle
Des tendres ſentimens lui - même eſt le modéle.
Traduction du fameux Dyſtique de Virgile.
Nocte pluit totâ ; redeunt ſpectacula manè ;
Divifum imperium cum Jove Cefar habet.
Il plut toute la nuit ; le beau revient le jour :
Jupiter & César gouvernent tour à tour.
une légere connoissance des Relations & du Livre de
ces Meſſieurs , & quelque médiocre teinture de la
matiere dont il s'agit. Tandis que Meffiears Bouguer
& de la Condamine parcouroient les Plages
Brûlantes du Pérou , d'autressçavansAcadémiciens
affrontoient & franchiſſoient courageuſement les glaces
du Nord, pour le même objet..... Toutes ces Rela
tionsfont imprimées....
(a) Le Roi afait & donné la Paix à toute l'En
sope.
SEPTEMBRË. 17
S
e;
té
déle
e.
le.
VERS , fur le Parnaffe Fran
Titon du Tillet , exécuté en
la gloire des Auteurs illustres ..
٤٠٠٠٠
Heureux Auteurs , dont la lyre m'enchante ,
Ah ! que j'envierois votre ſort !
Vainqueurs du tems & de la mort ,
Heureux Auteurs , Titon vous chante !
Dans les faſtes brillans de l'immortalité ,
Son burin conduit par la gloire ,
Tranſmet vos noms à la poſtérité ;
Et vous viviez enſemble au Temple de Mémoire.
rele
He la
Bou
Flager
niciens
sglatu
sReise
el'E
AVERTISSEMENT
Sur la Lettre ſuivante .
Odela
N n'a point voulunous dire le vrai nom
jeune beauté ,,qui se cache ſous celui
de Philarete , mais pour peu qu'on connoiffe
Turin , on la devinera facilement , & l'on
trouvera que les éloges contenus dans la Lettre
qu'on va lire , ne font point exagerés.
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
V
LETTRE
De M. de S. R. à M. Rémond
de Sainte Albine.
Ouss avez expoſé , Monfieur , dans
les Mercures des mois de Janvier
& d'Avril de cette année , quelques ſolutionsd'un
Problême aſſez difficile. Miſes
fous les yeux d'une Nymphe charmante
des bords du Pô , elles n'ont pas pû lui paroître
fatisfaiſantes , mais elles ont excité
ſes talens. J'ai l'honneur de vous adreſſer
la copie du travail de cette belle perfonne
fur le Problême en queſtion , elle eſt écrite
de fa main.
Philarete eft fon nom , elle est née &
demeure à Turin. Décorée de la plus haute
naiſſance , formée par les graces , inſpirée
par la ſageſſe , elle joint à tous les
dons de la nature , aux charmes d'une jeuneffe
brillante , l'eſprit le plus délicat, la
converfarion la plus ornée , & des talens
peu communs dans les perſonnes de fon
fexe.
N'est- ce pas vous donner , Monfieur ,
une preuve de mes ſentimens pour vous ,
que de vous mettre en état de rendre juſtice
au mérite de la belle Philarete , en faiSEPTEMBRE.
ans
er
ใน
fes
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02-
cite
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ite
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hau-
πρί
les
jeula
lens
e fon
fieur,
vous,
ejuftine
sv
ſant paroître ſon travail d '
du mois prochain ? Je puis
l'honneur de vous dire , que celle
tion de votre part ne peut que confirmer
la haute opinion que l'on a de vos talens
&de vos lumieres au-delà des Alpes. Elle
vous attirera auffi dans ce pays-ci des remercimens
que vous ferez très- aiſe de
vous procurer.
J'ai l'honneur d'être , &c
AParis , ce 11 Juillet 1749 .
U
D. S. R.
PROBLEME ,
Résolu par l'illustre Philarete.
N homme à l'article de la mort ,
laiſſant ſa femme enceinte , ordonne
par ſon teſtament que fi elle accouche d'un
fils , ce fils aura les trois cinquiénes de fon
bien , & la mere les autres deux cinquiémes
, & que fi au contraire elle accouche
d'une fille , les quatre ſeptièmes feront
pour la mere , & la fille aura les autres
trois ſeptièmes. Or il arrive qu'elle met
au monde un fils & une fille , & l'on demande
ce que la mere , le fils & la fille.
Diiij
80 MERCURE DEFRANCE.
doivent avoir ſur l'héritage qui ſe trouve
de 100000 livres , en confervant toujours
lamême proportion de la mere aux enfans.
Conſidérons premierement que ſelon
l'intention du pere , le fils doit avoir
un cinquiéme plus que la mere , & la mere
doit avoir un ſeptième plus que fa fille.
Ainſi , ſi nous prenons 35 pour le fils , la
mere aura 28 & la fille 24 , & ces trois
nombres ajoûtés enſemble font 87. Donc
il n'y plus qu'à faire trois regles de proportion,
en diſant , ſi ſur 87, le fils prend
35 , combien prendra-t'il ſur 100000 , &
ainſi de même pour la mere & pour la
fille
36
87,35,100000,40229 , 17,8 pour le fils.
87,28,100000,32183,18 , I
1
pour la mere.
87,24 , 100000,27586 , 4 , 1 pour la fille .
100000 00
Et ces trois ſommes font enſemble
100000 livres , qui eſt juſtement le fond
de l'héritage.
On trouveroit la même choſe en ſuppoſant
la portion du fils = x , & alors la
portion de la mere feroit , & celle de la
fille ,& faiſant tout l'héritage 100000
=a , on auroit l'équation x +++
= a. En la réduisant on trouvera x =
254
872
35
c'est- à- dire x=40229 , 17,8 pour 87
SEPTEMBRE.
le fils ;332183,18,1
x = 27586,4 , mere ; x
fille.
35
Autrement.
37
La volonté du pere fut de laiſſer à fon
fils un cinquième de tout l'héritage de
plus qu'à la mere , à laquelle il vouloit
laiſſer un ſeptiéme de plus qu'à ſa fille ,
de tout l'héritage auffi . Donc ſi l'on fuppoſe
tout l'héritage = a , & la part du fils
=x , celle de la mere fera=x
cellede la fille =x
24 a
- &
-- , ſomme de ces trois
3xportions
étant = a , nous aurons l'équa-
194
tion ſuivante 3 x - = a, & en tranſpo
fant
194
35
3x= + = , & en divifant
18a
35
par 3 ; x = ; & comme on ſuppoſe
a = 100000 livres , nous aurons
x= 51428 pour le fils.
x - 31428 pour la mere.
x = 17142 pour la fille,
a
100000 liv.
Dy
82 MERCURE DEFRANCE.
Ииии
VERS
Envoyés à une Dame , qui avoit fait préſent
d'un cabaret de porcelaine à l'Auteur.
LAMaîtreffe du cabaret
Mérite bien qu'on la dépeigne.
Qui vit l'amour , vit ſon portrait =
Celui d'Hebé lui fertd'enſeigne.
Bacchus , affis ſur ſon tonneau ,
La prend pour la fille de l'onde.
Même en ne verſant que de l'eau ,
Elle ſçait ennyvrer ſon monde.
VERS de M. de Voltaire , àMde de B. R..
V
Os yeux font beaux,mais votre ame eſt plus
belle ,
Vous tres ſimple & naturelle ,
Et fans prétendre à rien , vous triomphez de tout.
Si vous euſſiez vêcu du tems de Gabrielle ,
Je ne ſçais pas ce qu'on eût dit de vous ,
Mais l'on n'auroit point parlé d'elle.
SEPTEMBRE ...
VERS du même , à Madame
P
1
la Neuville , en lui envoyant l'Epitrej
la Calomnie.
Arcourez donc de vos yeux pleins d'attraits
Ces vers contre la calomnie,
Cemonftre dangereux ne vous bleſſa jamais;
Vous êtes cependant ſa plus grande ennemie,
Votre eſprit ſage& meſuré ,
Non moins indulgent qu'éclairé ,
Excuſe , quand il peut médire ;
Etdes vices de l'univers ,
Votre vertu mieux que mes vers ,
Fait à tout moment la ſatyre.
PHilis ,
MADRIGAL.
, te ſouviens - tu de cejouragréable
Où te livrant aux jeux , aux chanſons , aux plaifirs
Tu folâtrois avec un air aimable
Et plus vive que les Zéphirs
Tu voltigeois en habit de bergere ,
Entre les fleurs & la fougere.
Pour moi jem'en fouviens. Que cejour futchar
mant !
Jete vis , tume plus , je devins ton amant;
Dvj
54 MERCURE DE FRANCE.
4
Ce jour-là même étoit ma fête .
Pouvois-je avoir un deſtin plus heureux
Que d'être ta conquête ,
Ett'offrir pour toujours mon encens & mes voeux ?
Si du Soleil j'obſerve la viteſſe ,
Depuis cinq ans tu connois mon amour ,
Mais ſi j'en crois mes feux & ma tendrefle
Je t'aime de ce jour.
w.
VERS , envoyés de Paris à un ami, qui avoit
engagé l'Auteur à revenir en Province.
VAinement par ta voix l'amitié me rappelle.
Dans des lieux où l'Amour ſe plaît à m'outrager ,
Pour oublier mon infidelle ,
Des charines de Paris ' oſe tout eſperer ;
Hélas ! en me rapprochant d'elle
J'animerois des feux que je veux étouffer.
Par lemême.
VERS à Madame de F • ... niècede
M. de Voltaire , jouant le rôle de Céliante
dans le Philoſophe marié.
QUand l'aimable raiſon ſe déguife encaprice ;
Elle s'efforce envain de faire illuſion ,
SEPTEMBRE. 1749.8
Le Spectateur charmé qui ſent tout l'artifice ,
Pour Céliante a les yeux de Damon .
Par le même.
DISCOURS
Qui a été fait pour être prononcé à l'ouverture
d'une Ecole Royale de Mathématiques à
Nancy, parM.Gautier, Chanoine Régulier,
Professeur de Mathématiques & d'Hiftoire
des Gentilshommes Cadets du Roi de
Pologne. ( Ce Difcours contient en général
des vûes utiles ſur la meilleure maniere
d'étudier &d'enſeigner toutes les ſciences
quifont du reffort de l'esprit.)
M
Effieurs , il eft tant d'Arts & de
Sciences qui dépoſent en faveurdes
Mathématiques ,qu'on eſt diſpenſé d'en
* Le Roi de Pologne , Duc de Lorraine &de
Bar , a été ſur le point de fonder à Nancy des
Ecoles de Mathématiques & de Deſſeing. On au
roit ſuivi un plan à peu près ſemblable à celui que
Meſſieurs de l'Académie Royale des Sciences ont
approuvé pour les Ecoles de Rheims. ( Voyez le
Mercuredu mois de Sept. 1748. On auroit conferé
àces Sçavans le droit de nommer les Profeffeurs,
On devoit démontrer toutes les parties des Mathématiques,&
faire des Cours de Phyſique Expés
86 MERCURE DE FRANCE.
faire l'éloge. Elles guident le Phyſicien ,
'Aſtronome , le Navigateur ; la Peinture
lui doit ſes chefs-d'oeuvre de perſpective;
la Géographie, ſa perfection ; la Muſique ,
la théorie de ſes rapports. Elles forment
des Arithméticiens & des Algébriftes. Les
Géometres , les Mechaniciens , les Architectes
, les Ingénieurs , en empruntent
Jeurs connoiſſances. Quels ſervices ne rendent
- elles pas à l'Arpentage , & à tant
d'autres Sciences , qui en font les parties ,
ou qui y tiennent par quelque endroit ?
Leurs influences ſe répandent juſques fur
les Arts qui en paroiſſent les plus éloignés
; frappés de l'ordre , de la préciſion
de la juſteſſe qu'elles s'aſſocient toujours ,
ils tâchent de les faire paſſer dans leurs productions.
A ne les confidérer même qu'en
tant qu'elles ſervent à former l'eſprit
quelle idée avantageuſe ne doit on pas en
avoir ? Elles lui donnent de la pénétration
, en l'habituant à prêter une attention
foutenue en le pliant à des réflexions ,
>
mentale fuivant la méthode de M. l'Abbé Nollet.
L'Auteur de ce Diſcours étoit deſtiné par Sa
Majesté à remplir ces deux derniers emplois.
On peut encore eſpérer que ces établiſſemens
euront lieu à Nancy , puiſque depuis le tems où ils
ont été projettés , S. M. Polonoiſe a fondé une
Chaire de Profeffeur de Mathématiques chez les
RR.PP. Jéſuites de Pont-à-Mouflon.
SEPTEMBRE. 1749. 87
profondes qui le font percer au travers
des voiles les plus épais ; de la juſteſſe , en
lui procurant le goût du vrai, &les moyens
de diftinguer les nuances du faux : de la
préciſion , en préſentant les objets dégagés
des inutilités acceſſoires , dépouillés des
ornemens propres à ſéduire l'imagination ;
de la netteté , par la nature des objets qu'elles
offrent , objets propres à être conçus
diſtinctement ; de l'étendue , par la diverfité
des rapports & des idées qu'elles obligent
d'embraſſer d'un coup d'oeil ; de la
profondeur, en le fixant ſucceſſivement ſur
toutes les faces d'un objet qu'elles occupent
, qu'elles analyſent pour en pénétrer
l'intérieur.
Plus cette ſcience eſt utile , plus il eſt
importantde bien connoître la maniere de
l'apprendre foi - même , & de l'apprendre
aux autres . Les plus grands fuccès ſont fouvent
dûs à d'heureux commencemens , &
ces derniers à la route qu'on a choifie.
PREMIERE PARTIE .
Quoique lesMathématiques foientd'une
vaſte étendue , l'expérience a montré qu'on
pouvoit en poffeder toutes les parties. Ne
croyons pas que l'eſprit doive ſe refferrer
dans un ſeul genre de connoiffances:
8 MERCURE DE FRANCE.
rance le ſoin d'accréditer
les hommes laborieux ſe
fferentes carrieres , leur
caconteſtée par de petits génies.
Ils ne concevront pas comment on
peut ſaiſir tant de rapports , lier tant d'idées
, les placer ſans confufion. Il n'est
donné qu'à des perſonnes de beaucoup d'efprit,
de connoître juſqu'où va celui des autres;
les vrais éloges ne partent guéres que
de ceux qui les méritent.
Pour s'en rendre digne , il eſt important
, lorſqu'on étudie ſeul,de ſe former
un plan &de ménager ſes forces. Les autres
Sciences l'exigent : à plus forte raiſon
les Mathématiques , dont les vérités font
enchaînées plus intimement , les difficultés
plus nombreuſes , les démonstrations
plus compliquées. Faute d'une bonne méthode
, on multiplie ſes travaux inutilement.
Combien ignorent leurs talens pour
les avoir mal tâtés ou n'en font plus
aucun uſage ; parce qu'ils en ont bruſqué
les effais , & font tombés dans ur découragement
, dont les ſuites font plus facheuſes
que celles de la préſomption ! On
double ſon eſprit par la maniere de l'employer.
A l'aide d'une machine , on éleve
un gros fardeau avec une force médiocre.
L'art des recherches a ſes procedés ,ſes fa
د
SEPTEMBRE. 1749 . S
çons. Qui ſçait les apprécier,en eſt preſque
le créateur.
J'avoue qu'on peut ſe repoſer du plast
fur des Auteurs qui ont aſſorti les vérités
Mathématiques avec toute la clarté poffible
, avec l'ordre le plus convenable . Mais
la maniere de ſuivre ce plan doit être décidé
par le plus ou le moins d'intelligence
dont on eſt doué. Il en eſt qui voulant
franchir les limites que la Nature leur a
tracées , tâchent de marcher à grands pas ;
ils effleurent les rapports , & ils les manquent.
Leurs idées n'ont pas le tems de
prendre affez de corps : d'autres idées , au
lieu de s'arranger de front , ſe placent devant
celles- ci ; bientôt elles attirent toute
la foible attention d'un eſprit qui ſe précipite
; les premieres ne font apperçues
que pardes teintes extrêmement affoiblies,
& ne ſemblent exiſter que pour faire appercevoir
les dernieres. Ainsi dans la Peinture
, la dégradation des lointains fait fortir
les objets qui ſont ſur le devant du tableau.
De- là la confufion , la néceſſité de
retourner ſur ſes pas,une marche craintive,
le dégoût toujours voiſin des efforts tériles.
Avance - t - on avec une lente activité ;
les idées ſe preſſent , s'emboitent , ſe fortifient
en s'étayant, elles formentdes points
CUREDEFRANCE.
canlables ; on apperçoit leurs
leurs differences , leurs divers
é.
¡ cut tomber dans un inconvénient
qui n'eſtpas moins à craindre que la précipitation
; c'eſt de regarder toutes les vérités
Géométriques , comme également importantes
: l'attention ſe répandant de la
même maniere fur les conféquences&fur
les principes fondamentaux , l'eſprit ſe
bande trop , ſes forces diminuent , parce
qu'elles font trop partagées. Il faut des
points dominans , où l'attention ſe replie
plusque fur les autres. La connoiffancedes
vérités capitales emporte celle des fubalternes
. Maître du trone , on l'eſt des branches.
Ily a une infinité de propoſitions renfermées
dans d'autres , leur développement
fatigue ceux qui débutent. Quand on connoîtbien
les maſſes principales de l'édifice
, on entre avec bien plus de facilité
dans le détail des petites diſtributions : il
faut tendre à l'enſemble. L'eſprit qui ne
voit que des parties iſolées , eſt toujours
médiocre. On énerve ſes forces dans les
conféquences minucieuſes .
Mais quelque ſoin qu'on prenne de les
ménager , il arrive quelquefois qu'on eſt
arrêté, ſoit par des vérités profondes, dont
on ne peut approcher que par des circuits ,
SEPTEMBRE. 1749.9
foit par un grand nombre de propoſitions"
qu'il faut ſe rappeller & ſuivre comme une
chaîne qui aboutit au noeud de la difficulté;
foit par des démonttrations qu'un Auteur
a mal articulées , qu'obſcurciſſent des ſousententes
, des ambiguités. Il y a tant de ma
nieres de défigurer le vrai.
Ne le diſlimulons pas , il eſt des raiſonnemens
dont le fil ne peut être ſuivi que
par des efprits peu communs Que ceux
qui ontde la peine à concevoir , ne fe découragent
point. Letems ſupplée ſouvent
à la ſagacité . A force de remanier les mêmes
idées , on découvre les endroits par
où elles peuvent s'aſſembler ; c'eſt en luttant
contre les obſtacles , que l'eſprit devient
robuſte ; d'ailleurs ce qui a coûté ne
s'oublie point .
Les efforts font-ils inutiles ? On doit
recourir à d'autres Auteurs qui ont traité
la même matiere. Par- là , on a l'avantage
des perſonnes qui ſont enſeignées de vive
voix; c'eſt de paſſer en revûe les mêmes vérités
offertes de differentes manieres .
Un bon Maître , il faut l'avouer , vous
épargnera beaucoup de tems & de peines
, en retournant chaque objet , ſuivant
l'aſpect qui donne le plus de priſe à votre
intelligence ; mais cela ne doit pas vous
diſpenſer de travailler en votre particu
JREDE FRANCE :
Me de donner de l'exercice à l'ef
1 devient incapable de marcher ſeul ;
contracte une forte de molleſſe qui le
fait gliffer fur tout ce qui paroît épineux .
Craindre le travail , c'eſt renoncer à pluſieurs
vérités . Sous les yeux même du Maî
tre , l'Eleve doit tendre ſon eſprit , afin de
le devancer , pour ainſi dire , dans ſes dé -
monſtrations ; il doit rapprocher ce qui a
été dit,de ce qu'il prévoit qu'on va dire .
L'eſprit de comparaiſon remplace les autres
genres d'eſprit , il ne peut jamais être
remplacé.
Prête - t - on une attention aſſez foible
pour ſe laiſſer emporter àdes idées étrangeres
? On ne peut ſe flatter d'aller bien
loin dans les Sciences : la vérité eſt jaloufe,
elle veut qu'on ſoit tout à elle.
Une des ſuites de l'inattention , eſt d'ignorer
pourquoi on ne conçoit pas un raiſonnementqued'autres
trouvent très-clair.
Il eſt cependant effentiel pour faire des
progrès ſolides,de pouvoir aſſigner lepoint
précis où commence l'obſcurité. En dévoiler
les cauſes , c'eſt la diſſiper .
Effet plus nuiſible de l'inattention , on
croit entendre des propoſitions qu'on n'entend
point. On ſe contente d'entrevoir
quelques rapports , fans examiner s'ils s'adaptent
à la matiere dont il s'agit : ou on
SEPTEMBR
les refferre , ou on les ét
rapport en amene un
reur en erreur on parvie.....
évidence ,qui ne permet ni de fam
ni de s'en écarter entierement.
Le remede à ces inconvéniens ſeroit
ſans doute de ſecouer le joug d'une honte
déplacée , qui nous empêche d'avouer que
nous concevons difficilement. Il ſemble
qu'on aime mieux ne pas pénétrer, que de
paffer pour manquer de pénétration. Il ar
rive de- là, qu'on ſe voit privé,dans la ſuite,
d'une réputation qu'on auroit acquiſe , ſi
on n'avoit pas crû la mériter. Pourquoi
ne pas demander des éclairciſſemens ? Eſt il
honteux de chercher à faire des progrès ?
L'amour propre est bien mal ſervi par la
vanité.
Je ſçais , Meſſieurs , qu'en apprenant
les autres Sciences , on doit éviter la plûpart
des défauts que nous indiquons. Nous
rachons d'infinuer des vérités générales
qu'on ne sçauroit trop inculquer , & qui
font ſurtout importantes dans les Mathématiques
, où la liaiſon & la ſévérité des
matieres ne permet point de voltiger , de
ſe borner à des notions vagues & indéter
minées.
Heureux les Maîtres , fi leurs Diſciples
ont les diſpoſitions que nous demandons
94 MERCURE DE FRANCE.
plus heureux les Diſciples , ſi leurs Maîtres
Plu
les enſeignent de la maniere que nous allons
développer .
SECONDE PARTIE .
Figurons-nous un Mathématicien doué
des talens néceſſaires pour former de bons
Eleves ; un eſprit clair , net , juſte , précis
, à qui l'étude des vérités abſtraites n'ait
ni noirci l'humeur , ni deſſeché l'imagination
; également propre à enſeigner, foit
en particulier, ſoit en public. Dans le premier
cas , il s'appliquera à difcerner lesdivers
génies , & y pliera fa méthode.
S'il rencontre des eſprits lourds , il ne
laiſſera pas tranſpirer le jugement qu'il en
porte ; il ne leur ôtera point la fatisfaction
qui reſte à ceux qui ſont dépourvus d'intelligence
, la perſuaſion d'en avoir ; il
leur applanira toutes les difficultés , les
dédommagera par ſes égardsde ce que la
Nature leur a refuſé , convaincu que les
Diſciples qui méritent le moins d'attention
, ſont ceux qui en ont le plus de
beſoin ; que des eſprits peſans peuvent
devenir très-utiles àla ſociété,en acquérant,
par une étude opiniâtre , des connoiſfan-
-ces d'autant plus sûres , qu'ils font forcés
des'y renfermer.
Pour les eſprits dont les idées ſont vola
SEPTEMBRE. 1749. 95
tiles , il liera commerce avec leur imagination
, tantôt par des comparaiſons , par
des expreſſions figurées , tantôt par des
applications aux opérations des Arts , par
une pratique qui fait tableau. Il y auroit
trop d'inconvéniens à vouloir les aſſervir
à une application auftere , dont leur légereté
eſt incapable ; on gagne peu à fe roidir
contre des défauts qui tiennent à l'organiſation.
Le moyen de ne pas déroger à
la méthode ordinaire avec des Eleves qui
n'ont rien de fixe que le défir de changer
d'objets ?
Avec des eſprits timides, dont les talens
ſont enveloppés dans un germe qu'il ne
s'agit que de faire éclore , il deſcendra
à une douce familiarité , il applaudira à
tous leurs fuccès ; bientôt une louange occafionnera
le ſujet d'une autre ; il parviendra
à leur inſpirer une noble confiance qui
eſt toujours la ſource des progrès ,quand
elle eſt le fruit du travail. Les Eleves timides
ſont ſenſibles , il faut meſurer ſes
expreſſions avec eux : il ſe les attachera par
des prévenances polies , par des foins obligeans
, qu'il fera prendre pour une marque
de ſa propre fatisfaction.
Les eſprits préſomptueux qui croyent
poſſeder une ſcience , lorſqu'ils en ont a
peineune teinture , il les ramenera pen
E DEFRANCE.
1
doivent avoir de leur
tra ſouvent à même de
! faut ſe défier de ſes
Lanant des objections qu'ils
..e pourront pas réfoudre , & dont il tirera
la folution des propoſitions mêmes
qu'ils ſe flattoient de concevoir. On fe
connoîtmieux par les choſes qu'on ne peut
pas faire , que par celles que l'on fait,
Ades eſprits vifs , dont la pénétration
dévore les difficultés , il les leur préfen
tera ſous unſeul point de vûe ; il ne fera
que dégroffir les matieres , indiquer l'ordre
qu'il faut fuivre , donner la main dans
les mauvais pas. Il les engagera à déduire
eux - mêmes pluſieurs conféquences , découvertes
, qui animeront leur émulation ,
&leur feront naître le défir d'en faire de
plus importantes. Les grandes font dûes
aux petites.
Si ce Maître trouve de ces eſprits lents ,
qui ne laiſſent pas d'avoir de la juſteſſe
&de l'intelligence ; il offre ſon ſujet par
le côté le plus lumineux ; il en ferre les
parties , afin que l'une faſſe appercevoir
P'autre ; il recharge ſes teintes quoique foncées
, il nequitte le pinceau , que quand
il voit l'objet bien figuré dans leur eſprit ;
ce qu'il reconnoît ailément à une certaine
libertéqui ſe répand ſur leur phyſionomie .
Les
SEPTEMBRE. 1749.
Cevo
e
es
11
Ut
100
Fen
era
or
253
_nir
de
on
ede
dues
efon
Quan
omia
.
Les
Les yeux ſurtout dénotent ſi l'on conçoit ;
ils ceſlent d'être fixes , & ſe tournent avec
agilité.Quand on porte l'attention juſqu'à
cepoint , on épargne ſouvent à des Diſciples
la confufion de n'avoir pas entendu
une propoſition qu'on leur fait répeter ; &
on ſçait qu'ils eſtiment les Sciences à proportionqu'elles
leur donnent plus d'occa-
Lions de s'eſtimer eux- mêmes.
Avecdes eſprits étendus , il épuiſe toutes
les parties d'un genre ; profonds , il
les fait remonter à l'origine des chofes ,
& en démêler les dépendances les plus
cachées.
On me dira qu'il eſt difficile qu'un Profeſſeur
nivelle ainſi la portéede ſes Eleves.
Il eſt vrai que cela demande de l'atrention
;mais le déſir de remplir ſaprofeſſion
avec honneur, rend tout facile, fournit
des moyens qui échappent à l'homme
mercenaire.
Celui qui n'enſeigne qu'en public , a
unemoindre tâche à remplir ; il n'eſt point
dans
l'obligation de creuſer les diversget
nies. Il doit pourtant partir d'une portée
commune , & y ajuſter ſa méthode. Il ſuppoſera
que ſes Diſciples ont un eſprit trèsmédiocre
, de -là la néceffité de n'employer
que des expreſſions claires , &pour ainſi
dire transparentes , nulles phrases entor
E
ARCURE DE FRANCE.
4
ge.
s , nuls détours ennuyeux , aucun pla-
さい
:
Il évitera de ſubſtituer de nouvelles fa
çons de parler , à celles qui ſont reçûes. Le
langage des Mathématiques eſt une eſpece
de Langue ſacrée,qui ne permet point d'innovations
, moins encore d'enluminures.
Un Phyſicien fort eſtimé a voulu répandie
quelques agrémens ſur des élémens
de Géométrie , il a rendu obſcures des démonſtrations
énoncées clairement dansdes
ouvrages médiocres. Il eſt des vérités que
la parure offuſque. Le vrai Mathématique
eſt au-deſſus des jeux & du faſte de l'imagination,
il veut être peint avec des couleurs
mattes ,un coloris gai le rendroit ridicule.
Le langage fût- il clair & modefte ; la
plupart des raiſonnemens ſeroient difficiles
à pénétrer , ſi on ne les alignoit fuivant
l'analogiela plus ſimple,& fi on laiſſoit
des vuides entre les idées. Il faut pour le
grand nombre des Diſciples ,que les rapports
ſe touchent ou s'embraſſent les uns
les autres, C'eſt le beau de l'Art , de les
réunir à une ſeule tige , d'où ils fortent
comme des rameaux. Alors il eſt aiſé de
les ſuivre , ſurtout ſi l'on eſquiſſe un petit
plan de la démonstration qu'on va donner.
Un pareil raccourci ſauve à l'eſprit une
incertitude qui le tiraille. Sans cette pré-
1
SEPTEMBRE. 1749 .
وو
caution ,il eſt ſuſpendu par differentes pro
poſitions dont il n'apperçoit pas le terme ;
au lieu qu'en lui marquant la route qu'on
va choiſir , les allées qui ſe croiſeront , les
circuits qu'on fera obligé de faire pour
atteindre le but , il porte tranquillement
ſonattention fur chaque branche de la difficulté
, il ſuit facilement un chemin qu'il
peut déja tracer lui - même.
1
Il prend un effor plus libre encore
lorſqu'on lui abrége le nombre des idées
moyennes , de ces idées qui s'appellent
mutuellement. La ſuppreſſion dequelques
anneaux , en raccourciſſant la chaîne des
preuves , en augmente la force, & les met à
portée d'un plus grand nombre d'eſprits.
En prenant les mesures que nous indiquons,&
celles qu'elles ſuppoſent, on mene
clairement ſes Éleves aux conclufions , a
moins qu'on ne leur ait pas laiſſé le tems
de ſe familiariſer avec les idées ſimples ,
debien appercevoir leur liaiſon , & qu'on
ait paffé trop légerement ſur les définitions,
fur les premieres notions qu'on doit leur
donner. Tout dépend des couches prélimi.
naires.
Nous tâcherons,Meſſieurs, de les appliquer
de telle forte , que nous n'ayons rien
ànous reprocher. Puiſſions- nous nous élever
audegré de perfection qu'exigent les
E ij
foo MERCUREDEFRANCE.
s du Roi , être occupés des
nos Eleves , comme il l'eſt du
ic! Il ne croit pas l'avoir proit'il
apperçoit des moyens de
...., & il en voit toujours , parce
qu'il défire toujours d'en voir,
新洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
Quatrième Lettre de M. Cantwell , Docteur
Régent de la Faculté de Paris , Profeffeur
de Chirurgie aux Ecoles de Médecine ,
Membre de la Société Royale de Londres,
JE
Evous ai entretenu , Monfieur , dans
ma derniere Lettre , des affections du
conduit urinaire, & des bougies qu'on em.
ploye pour les guérir : je vous entretiendrai
dans celle- ci de l'action du Mercure.
L'objet de votre difficulté eſt , que regardant
la ſalivation , comme contraire à
la cure des maladies vénériennes , je ſuis
d'avis qu'on employe pour chaque traitement
le double , ou plus que le double de
la quantité de mercure qu'on y employe
ordinairement , & vous demandez comment
avec cette double quantité de mercu
re , je puis prévenir le Ptyaliſme.
1 Pour mettre plus d'exactitude dans ma
réponſe , je diviſerai cette Lettre en trois
articles. Dans lepremier,je dirai quelque
SEPTEMBRE. 1749. 101
choſe du virus , & j'expoſerai les voïes par
leſquelles il s'infinue dans la maſſe des humeurs
; dans le ſecond ,je regarderai la
falivation comme un effet accidentel da
mercure , j'en expliquerai les cauſes ,&
j'indiquerai les moyens de l'éviter ; dans le
troifiéme , je l'enviſagerai comme un effet
qui dépend de quelque qualité inhérente
de ce minéral , & j'examinerai ſi l'on peut
le dépouiller de cette vertu.
Premier Article.
Le virus eſt un poiſon , dont la moin
dre particule,mêlée avec nos humeurs , en
change la diſpoſition naturelle , & lui
communique la ſienne. Toutes nos humeurs
font dans une circulation conti
nuelle , & ſe remêlent néceſſairement les
unes avec les autres , excepté les excrémens
qui font expulſés du corps comme
inutiles & nuiſibles. Toute l'habitude du
corps humain , toutes les membranes qui
entapiſſent les cavités , ſont parfemées de
vaiſſeaux abſorbans. Ces vaiſſeaux , on ces
pores , ſi vous voulez les appeller de ce
nom , pompent les particules les plus fubtiles
des corps qui leur font appliqués , &
les charrient dans les veines lymphatiques .
Les emplâtres véſicatoires , celui de vigo ,
L'onguent mercuriel , & les bains domeſti.
Eiij
*RCURE DE FRANCE.
fourniſſent des preuves de cette
a des voies ouvertes au virus.
s malades qui n'accuſent qu'un
t , des gands , ou d'autres vêtemens
ut avoient fervi àdes gens infectés de
cette maladie. D'autres affurent que la
feule cauſe qui peut leur avoir occaſionné
ce mal , c'eſt d'avoir couché dans les draps
de quelques perſonnes qui en étoient travaillées.
Ces cas me paroiſſent poſſibles ,
mais fort ſuſpects. Que le virus s'infinue
par les pores de l'uréthre , ou des parties
voiſines,ou attenantes de la matrice , c'eſt
un fait qui ne ſouffre point de difficultés .
Quelquefois il ſe niche dans un coin , &
ycauſe une inflammation , qui ſe termine
parun abſcès ou un ulcére,d'où les particules
du pus ſe tranſmettent dans la maffe
deshumeurs. Quelquefois il rencontreune
glande , une lacune ou une playe , par
laquelle il s'infinue avec facilité. Il ya apparence
que danstrois de ces derniers cas ,
il s'introduit immédiatement dans les veines
lymphatiques ou dans les fanguines.
C'eſt dans celles-ci , ou dans le réſervoir
commun , que les veines lymphatiques le
conduiſent , d'où il eſt porté à la veine
ſouſclaviere , à la veine cave , au coeur ,
& de- là à toutes les parties de la machine.
Le virus peut rouler long-tems dans le
SEPTEMBRE. 17
1.
fang , fans caufer des ſym
rens. Mais quand il ſe mar
endroit , n'a-t'on pas lien de cran.
n'ait laiſſe ailleurs la difpofition de paro
tre également ? Peut-on croire qu'il n'aura
pas changé la modification naturelle de
la lymphe , &communiqué à nos humeurs
une altération qui pourra éclore tôt ou
tard ? La lymphe & le ſang , qui reviennent
des parties couvertes de porreaux ,
de verues , ou d'autres excroiffances femblables
, en font vraiſemblablement enti
chés. Le pus , qui fe forme dans les abſcès
ou dans les ulcéres, en eſt infecté indubitablement.
En pareil cas , ne doit-on pas
craindre le progrès du mal , & une infection
générale Peut-on être sûr que la
lymphe de quelque partie que ce ſoit ,
n'en aura pas reçu l'impreſſion ? L'expérience
eſt d'accord avec la raiſon ,& ne
permet pas de révoquer en doute une vérité
ſi conftante..
Ce principe une fois établi , fi le mercure
eſt le vrai ſpécifique du mal , il
faut le faire paffer & repaffer pluſieurs fois
dans toutes les parties du corps. Pour qu'il
produiſe plus ſûrement fon effet , il doit
être tellement diſtribué , qu'il puiffe rencontres
ſouvent toutes les particules des
Lumeurs , pour ydétruire l'altération que
E inj
104 MERCURE DE FRANCE.
le virus y aura pû cauſer. Tout diviſible
que foit le mercure ,je ne crois pas que dix
ou douze gros de ce minéral, mis enmouvement
par les ſeules puiſſances vitales ,
puiſſent être reduits en particules fi petites
, que le nombre en égale celui des vaifſeaux
qui compoſent le corps humain. A
plus forte raiſon ne fourniroient- ils pas
aſſez de particules pour rencontrer toutes
celles de nos humeurs . On ne les adminiſtre
pas tous à la fois ,& il s'en échappe
à chaque inſtant par toutes les ſecrétions ,
de fortequ'il ne reſte jamais ni letiers , ni
même le quart de cette quantité , à la fois
dans le corps. Si les excretions font augmentées
, les pertes augmenteront à proportion
,& la quantité du mercure reſtant
fera toujours moindre. C'eſt ſur ce fondementqueje
penſe , qu'on doit employer
pour le moins deux onces , ou deux onces
&demiedemercure , fans compter l'axon
ge ou le beurre de cacao.
Second Article.
Le mercure , tranſmis dans le ſang par
les vaiſſeaux abſorbans , arrive à la fin au
ventricule gauche du coeur , qui le rejette
dans l'aorte , d'où il eſt porté dans toutes
les artéres ſanguines , ſéreuſes , lymphatiques
, & nevro-lymphatiques , &diftribué
SEPTEMBRE. 1749. 1ος
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D
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au
ece
res
ath
bus
९
dans toutes les parties de la machine. Les
veines qui répondent à ces artéres , reçoivent
la plus grande portion de cemer
cure ,qu'elles conduiſent au ventricule
droit. Celui-ci l'envoye aux poulmons
par l'artére pulmonaire , dont la veine
congenere le rapporte au ventricule gauche.
Jedis que les veines reçoivent la plus
grande partie du mercure que le ventricule
gauche ajetré dans l'aorte , parce qu'il
s'en échappe par les vaiſſeaux perfpiratoires
; ce qui ſe prouve par la blancheur marquée
que l'on apperçoit ſur les bagues des
perſonnes à qui on fait les frictions , fur
les cannes à pommes d'or qu'elles manient
,fur l'or & les montres qu'elles peuvent
porter dans le gouffer. Il s'en perd
encore par les autres ſecrétions , puiſqu'on
en trouve dans l'urine de ceux qui ont les
voies urinaires fort ouvertes , &dans la
falive de ceux à qui l'on a provoqué le
Pryaliſme. Celui qui tombe dans les cavités
qui n'ont point d'iffue , eſt repompé
par les vaiſſeaux abſorbans , & rapporté
dans les voiesde la circulation. C'eſt dans
cette circulation continuelle où eſt le mercure
avec le fang& la lymphe , qu'il doit
rencontrer tous les globules de nos humeurs
, les brifer , les diviſer ,&détruire
toute la modification contre nature , qu'ils
Ev
: ANCE!
:
Satuite.
t Hadie. S'il enn
qit échappé à
mu. de eſt manymptomes
paroiffent
Voyons maintenant comment cela peut
arriver à ceux àqui l'on procure la ſalivation.
Le commencement de l'aorte eſt
une eſpéce de courbe , & par conféquent
le ſegment dequelque cercle. Le ſang eft
de lui-même un liquide héterogene , & le
mêlange du mercure augmente en lui cette
qualité. Tout corps , mû circulairement ,
tache de s'échapper par les tangentesdu
cercle qu'il décrit. Donc les particules
qui compoſent ce liquide hétérogéne ,
tachent auffi dans la portion circulairede
l'aorte , de fortir par les tangentes. Plus le
corps mû circulairement eſt agité avec
force , plus grand auffi eſt l'effort qu'il fait
pour s'échapper. Les particulesdu mercure,
étant plus denſes que celles du ſang,
reçoivent plus de mouvement qu'elles.
Leur effort à paffer par les tangentes eft
donc plus fortque celui des particules du
fang ;elles s'approcheront donc plus de la
furface ſupérieure de cette courbe que dé
crit le commencement de l'aorte , que n'en
approcheront les particules du fang. C'eſt
decette ſurface ſupérieure que naiſſent en
SEPTEMBRE 1749. 107
۱۰
لالس
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de la
e de
en'en
C'el
ten
tangentes , ou approchant de tangentes ,
des vaiſſeaux qui peuvent les laiſſer échapper.
Ces vaiſſeaux font deux ſouſclavieres,&
lacarotide , dont les diamétres font
conſidérables. Donc la ſtructure du com
mencement de l'aorte ,& la naiſſance des
fouclavieres & de la carotide , font paffer
plus demercure à proportion vers les parties
ſupérieures que vers les inferieures.
Les artéres carotides ſe diviſent à une cer
taine hauteur en internes & en externes.
Celles-là font , pour ainſi dire , perpendi
culaires; celles-ci forment des plans inelinés.
Les externes vont au col , à la gorge
, à la bouche , aux glandes qui s'y trouvent
, & àtoutes les parties extérieures de
la tête. Un corps s'éleve plus facilement
par unplan incliné que par une ligne perpendiculaire.
Donc les particules de mercure,
qui paffent par les carotides externes
, confervent plus de leur mouvement ,
qu'elles n'en auroient confervé , ſi elles
avoient paffé par les carotides internes.
Il y a même lieu de croire que cette origine
des carotides externes facilite l'entrée
du mercure qui y paffe , & multiplie
le nombre de ſes particules. Il n'eſt done
pas ſurprenant , qu'après trois ou quatre
frictions faites coup fur coup ,ou à un
petit intervalle l'une de l'autre , les vaif-
1
E vj
CITRE DE FRANCE.
১ .
Calvaires de rempliffent , les glandes
* gées , la bouche s'échaufen
..., des vaiſſeaux s'y romsy
forme des chancres&des ulcéres
, les malades ſouffrent de grandes
douleurs , le Ptyaliſme ſurvient , & le
mercure s'évacue avec le ſang , le pus , la
falive& les crachats .
Dans le tems de la ſalivation , le mercure
trouve moins d'obstacles dans labouche
, qu'il n'y en trouvoit auparavant. IL
y coule avec plus de facilité , & s'y porte
en plus grande quantité , comme fait la
ſérofité dans les inteſtins , lorſqu'on a pris
médecine , ou dans la veſſie , lorſqu'on a
avalé un diurétique qui a ouvert les
tuyaux des reins. Avant le Ptyaliſme , la
plus grande portiondu mercure,qui venoir.
à la bouche ,retournoit au coeur par les.
ve ines ,&continuoit àrouler avec le ſang ,
mais dès qu'on a provoqué le Ptyaliſme ,
elle paſſe par les vaiſſeaux dilatés , déchirés
ou ulcerés. Chaque contraction du
coeur y en envoye une nouvelle quantité :
fi le coeur ſe contracte quatre mille fois.
par heure , la déperdition du mercure ſera
repetée quatre-vingt ſeize mille fois par
jour ,& toujours à raiſon de la quantité
dela falivation , du nombre des ulcéres &
des déchirures. Ce n'eſt pas-là la ſeule
SEPTEMBRE. 1749. 109
voie par laquelle le mercure s'échappe dans
le tems de la ſalivation : la ſueur de la tête
& des parties voiſines augmente ordinairement
pour lors ,& en entraine avec elle
une partie. La facilité que le mercure
trouve à paffer par la bouche , diminue la
quantité qui devroit ſe porter aux autres
parties, qui en peu de tems n'en reçoivent
plus du tour. Le ravage qu'il a caufé dans
la bouche & à la gorge , empêche qu'on
ne faſſe de nouvelles frictions , & le malade
conſerve encore chez lui quelques
parties de virus. On croiroit que du moins
la bouche & la gorge en devroient être abfolument
dégagées ,& que le retour du
mal ne devroit point commencer à s'y mafefter.
L'expérience journaliere prouve
cependant le contraire , & la raiſon en eſt
bien claire. C'eſt que tous les vaiſſeaux
de la bouche & de la gorge ne ſontpas
également gonftés dans le Ptyaliſme : les
plus dilatés en compriment d'autres , que
le mercure ne peus enfiler ,parce que le
cours des humeurs y eſt gêné , de forte que
le virus qui s'y trouve,ne peut être détruit,
on y eſt ſi foiblement combattu , qu'il
peut reparoître dans quelque tems avec
toute fa force& fon énergie. Et ſi cela arrive
dans la bouche , qui dans le tems de
la ſalivation reçoit àproportion plus da
MERCURE DE FRANCE.
: ٢٠٠
→ les autres parties du corps ,
as craindre pour celles-ci qui
ors privées de leur contingent .
Dineral ?
Je n'ajouterai point à ces réflexions
l'expérience & le calcul que j'ai inſerés
dans ma Theſe * ,& qui fourniffent des
preuves de ce que j'avance. Vous pouvez
laconfulter ,Monfieur ,puiſque vous l'avez
entre les mains.
Il s'enfuit de tout ce que je viens de
dire , que la cauſe du Ptyaliſme eſt la trop
grande quantité de mercure qui vient à la
bouche , ou l'impétuoſité avec laquelle il
s'y porte. Pour prévenir cet effet , il faut
1º. adminiſtrer le mercure ,de forte qu'il
n'arrive qu'en petite quantité à la fois au
ventricule gauche du coeur , & par ce
moyen il n'y en entrera que peu à chaque
contraction de ce viſcére dans la croſſe de
laorte. Ce peu ſera diftribué à tous les
vaiſſeaux , & quoique les carotides & les
fouclavieres en reçoivent plus à proportion
que les autres , la quantité en fera toujours
petite par rapport à la bouche.
2°. Pour prévenir l'impétuoſité dumercure
, il faut faire enforte qu'il ne s'excite
*Voyez ma Theſe de l'an 1741. An Pryalismus
frictionibus mercurialibus provocatus , perfects
luis veneresfanationi adverſetur ?
- SEPTEMBRE. 1749. IIF
dans le corps , ni fiévre , ni mouvement
déréglé ou impétueux. Tout Médecin doi
être en état de prendre ces précautions ,
puiſque ces mouvemens ne font occafionnés
que par des accidens dépendans des
chofes non-naturelles.
L'onguent fait au tiers me paroît plus
propre à ce deſſein , que celui qui eft fait
de parties égales de mercure & de graiffe
&il eſt plus à propos de faire les frictions
fur une grande étendue de l'habitude du
corps, que ſur une petite. La raiſon de
l'un& de l'autre eſt facile à comprendre .
Quant au nombre des frictions , à la doſe
de l'onguent qu'on doit employer pour
chacune,& à l'intervalle qu'on doit garder
entre elles , il n'y a qu'une connoiffance
parfaite des régles que je viens de poſer ;
un examen journalier de la bouche&de
lagorge ;une attention infinie àl'état du
poulx,un foin extrême de découvrir le
plus ou le moins d'élaſticité , & de tenfion
des fibres , & la viſcoſité ou la fluidité
du ſang , avec beaucoup d'expérience
qui puiffent l'enſeigner. Vous concevez
bien qu'il ne faut pas traiter tous les malades
de la même maniere ;que la diffe
rence du tempérament , la force ou la
foibleſſe du malade , les maladies qui peuvent
ſe trouver compliquées avec celle
SONFEDE FRANCE.
on travel ſymptômes qui l'acsou
le moins de difda
nerardie qu'on a de moucher ou
de
ta tactic plus ou moins granaequeles
amigdales ont às'engorger , doivent
beaucoup varier le traitement. C'eſt
auMédecin d'appliquer ces régles auxdifpoſitions
de chaque malade en particulier ,
& de veiller par lui même à la conduite
du traitementt., fans fuivre l'exemple
quelques-uns des grands Maîtres , qui l'abandonnent
à quelque Miniſtre ſubalterne
, qui n'eſt guére plus éclairé ni mieux
inſtruit que le malade qu'il a à traiter ;
fource inévitable de beaucoup d'accidens
qui aigriffent le mal , & en font manquer
la cure. Il eſt étonnant de voir combien
de gens font profeſſion de traiter cette
maladie , quoiqu'ils n'ayent pas la moindre
teinture des premiers principes de
l'Art. Vieilles femmes , petits fraters ,
charlatans étrangers , tous s'en mêlent , au
grand malheurdes Citoyens ,qui ne font
que trop ſouvent la dupe de leur fotte
crédulité. Il me paroît à moi , qu'on ne
ſçauroit être trop éclairé , trop expérimenté
, ni trop attentif , pour réuſſir dans le
traitementde cette maladie.
SEPTEMBRE. 1749. 113
Troifiéme Article.
Je viens de regarder le mercure , com
me un fluide très- peſant , toujours diviſibledansdes
particules homogénes au tour,
& fans autres préparations que quelques-
unes de celles qu'aucun Médecin ne
devroit ignorer. C'eſt dans cette derniere
hypothéſe , que j'ai expliqué la cauſedu
Ptyalifme , & propoſé des régles pour l'éviter.
La crainte des inconvéniens de la
ſalivation ayant fait naître àd'autres Praticiens
le deſſeinde la prévenir , voici de
quelle façon ils s'y ſont pris. Les uns ont
penſé qu'il falloit donner le mercure en
très-petite doſe ,& laiſſer des intervalles
conſidérables entre les frictions , de forte
que fuivant leur méthode il faut quatre
ou cinq mois au moins pour achever la
cure. D'autres vouloient qu'on fit de plus
amples frictions , & qu'on purgeât le malade
le lendemain de chacune , pour détourner
le reméde de la bouche , & le précipiter
en bas. Enfin d'autres ont crû qu'il
falloit corriger le mercure ,&le dépouillerde
ſa verru falivante.
La premiere de ces méthodes pourroit
être efficace , ſi l'on n'avoit pas à craindre
l'impatience du malade ou du Médecin.
Quelque inattention accidentelle de la
-4 REDE FRANCE.
ciſtd'une dangereuſe conarrive
ſouvent des ſympi
ne ſouffrent point une
ale temeur , qui s'augmentent de
plus enplus ,& font un ravage extrême ,
même dans la méthode ordinaire , avant
que le mercure ſoit parvenu à les combattre.
Ajoutez à cela qu'il y a bien des malades
, à qui les affaires,&les circonstances
particulieres où ils ſe trouvent , ne permettent
pas de donner un tems ſi conſidérable
au rétabliſſement de leur ſanté.
La ſeconde méthode n'eſt pas plus füre
que celle de la falivation. Le mercure
que l'on tranſmet dans le ſang par les
frictions, en est bientôt expulſé par les purgatifs.
Les inteſtins , & les autres viſcéres
du bas ventre , en font accablés , & les
accidens qui arrivent en conféquence , ne
permettent pas de l'adopter ; comme dévoyemens
, dyſſenterie, hémorrhoïdes , &
quantité d'autres auſſi douloureux & embarraſfans.
La troifiéme méthode a réuſſi à peu de
perſonnes. Jedis à peu de perſonnes , car
il y en a effectivement qui l'ont employée
avec fuccès , & qui ſçavent donner le
mercure en une doſe conſidérable , fans
craindre qu'il ſe porte à la bouche. Je
n'hésite pas de l'avancer , & j'ai pour ga
SEPTEMBRE. 1749. 115
.
rant unMédecin de Paris , qui n'eſt pas
moins digne de foi , que célébre par ſes
lumieres & fon expérience ,& qui m'a affüré
qu'il ſçavoit dépouiller le mercure de
ſa vertu ſalivante , ſans lui ôter rien de
fa vertu ſpécifique. Son nom ſeul , fi j'ofois
m'en appuyer , ne laiſſeroit là-deſſus
aucun doute dans l'eſprit le plus incrédule.
Mais le profond reſpect que j'ai
pour fes talens & pour ſon mérite , m'impoſe
le filence,juſqu'à ce qu'il m'ait permis
de le rompre.
:
CONCLUSION.
Les frictions mercurielles adminiſtrées
de la maniere ordinaire , ſoit à un malade
, ſoit à une perſonne ſaine , excitent
la ſalivation. On guérit cependant nombre
de malades par le moyen des frictions ,
fans les faire faliver. M. Chicoineau l'a
affûré dans ſa Théſe. M. de la Peyronie
me l'a ſouvent dit , & s'attribuoit le mérite
de l'invention de cette méthode.
M. Aſtrue même ne le nie pas dans ſon
excellent ouvrage de Morbis Venereis. Et
il n'y a guéres de Médecins , à qui il ne ſoit
arrivé de guérir ſans Ptyaliſme. La ſalivation
n'eſt donc pas abſolument néceffaire
pour détruire le virus. Il me ſemble
que j'ai prouvé qu'elle peut apporter un
70DREDE FRANCE.
le lon
La cure :elle est donc non ſeuwer
murile mais même contraire au
ſe propoſe. Tout le
qu'elle eſt fâcheuſe , inode
, dangereuſe , & quelquefois
mortelle. Pourquoi donc en riſquer l'évenement
? Et y a-t'il ſujet de s'étonner
qu'on l'évite , quand on a des régles pour
ſe conduire ,& qu'on peut dépouiller le
mercure des qualités qui produiſent cet
effet ? Voilà , Monfieur , ce que j'avois à
répondre aux principales queſtions de
votre Lettre ; mes affaires m'empêchent
de vous donner ſur les autres des réponſes
particulieres ; mais vous pourrez affifter
aux leçons publiques queje dois bientôt
faire ,& qui rouleront pour la plupart
fur ces matieres.
J'ai l'honneur d'être , &c.
SEPTEMBRE. 1749 .
cacancacacacicacacacaen
RELATION
Du Servicefolemnelqui aété fait dans l'Egliſe
des Peres Barnabites du Collège de
Montargis le 20 Mars 1749 , pour le repos
de l'ame de très-haute , très-puiſſante
très-excellente , Princeſſe Marie Françoife
de Bourbon , Douairiere de S. A. R.
Philippe Duc d'Orléans , Régent du
Royaume.
E deſſein de la pompe funebre , pré.
Iparce pour ce service, avoit te pris
d'après le deſſein du rétable de l'Egliſe des
Peres Barnabites ; rétable que les. Connoiffeurs
eſtiment , & qui étant compoſé
dequatre colomnes , avec nombre de pilaſtres
de marbre noir,&de pierrede lierre
parfaitement belles , traçoit naturellement
ledeſſein qu'on devoit ſuivre pour la décoration
de l'Eglife . Trente-quatre pilaftres ,
qui partagent ce vaiſſeau , étoient revêtus
d'un marbre fimulé , parfaitement reſſemblant
aux pilaftres , & aux colomnes de
marbre qui font dans le Sanctuaire. Differentes
litresd'une belle largeur , reparties
dans toute l'étendue de l'Eglife , la partageoienten
autant de parties & de figures
CURE DE FRANCE .
s qu'il en falloit pour rendre fideant
ledeſſein du rétable . Les deux Auas
plus petits ,qui forment comme une
dépendance du grand , n'étant qu'en ſimple
boiſerie d'une belle ſculpture , on les
avoitrevêtus en blanc;les colomnes avoient
été miſes en marbre noir : & par cette difpoſition
, elles ne formoient avec le grand
Autel qu'untout parfaitement reſſemblant.
Sur le haut de ces trois Autels , on avoit
placé de grands écuſſons accolés extrêmement
riches. On en avoit également orné
toutes les litres, mais en les variant. Les uns
étoient en palmes , tantôt en or , tantôt en
argent; les autres avec des manteaux d'hermine
, ſemés de Fleurs de Lys d'or ſur le
revers; les autres avec des cordelieres de
toute efpece.
Les intervalles, entre les pilaſtres placés
dans la Nef, étoient remplis par des emblêmes
, qui caractériſoient les differens
traits de la vie & de la morr de l'auguſte
Princeſſe qui faiſoit l'objet de cette triſte
cérémonie , & à tous ces emblèmes répondoient
autant de luſtres qui éclairoient
cette hiſtoire ſymbolique ; au-deffus &
au-deſſous de ces emblêmes , on avoit
orné les litres du chiffre de cette illuftre
Princeſſe, qui étoit en or.Tous les pilaſtres
ſembloient s'unir par des guirlandes en
SEPTEMBRE. 1749. II,
noir & en blanc , qui regnoient dans toute
l'Eglife. La corniche de ces pilaſtres étoit
remplie de flambeaux d'argent avec des
bougies. Telle étoit ladiſpoſition générale
de l'Eglife .
Le Sanctuaire étoitorné ſimplement, mais
avec goût. Les tableaux des trois Autels
étoient couverts de draps mortuaires , des
plus beaux. Tout leblanc, qui en forme la
Croix , étoit ſeme de Fleurs de Lys , de
palmes ,de chiffres , de couronnes en ors
tout le noir étoit enrichi de larmes , de
têtes de mort , de chiffres , & autres ornemens
en argent.Les Armoiries dela Princeſſeformoientlesquatre
coinsde ces draps
mortuaires , & étoient auſſi riches que tout
le reſte. Tout l'eſpace qui ſe trouve depuis
le rétable du grand Autel juſqu'aux petits
, étoit rempli par des pieces d'étoffe ,
diſpoſées en colomnes , mi- parties de
blanc & de noir , ſur lesquelles on avoit
mislemême deſſein que ſur lesdraps mor
tuaires des Autels. Toutes les colomnes
blanches étoient enrichies de divers ornemens
en or ; toutes les colomnes noires l'étoient
en argent.
Sur une baze quarrée de douze pieds
en longueur , de onze en largeur , & de
fix en hauteur, placée dans le milieu de la
Croix de l'Eglife , s'élevoient fix dégrés
HOURE DEFRANCE.
১.০
,qui réunis avec la baſe ,
titigure pyramidale de la haudeals
de onze pieds. Le dernier
pramide ſoutenoit un toma
la Romaine, de marbre noir. Cette
urne , qui étoit de cinq pieds de haut ,
étoit ornée , dans toutes les faces , des armoiries
de la Princeſſe , de ſon chiffre ,
de têtes de mort, & d'autres ornemens placés
avec ſymmétrie. Sur le haut de l'urne,
étoit placée une couronne d'or qui repoſoit
ſur un carreau de deuil : on l'avoit
couverte d'un voile tranſparent ,qui en
laiſſoit entrevoir l'éclat. Ce catafalque
étoit orné auſſi richement que le Sanctuaire
, & dans le mêmegoût. On avoit pris
des plus belles étoffes neuves en noir & en..
blanc , qui rempliſſoient tous les gradins
d'une maniere uniforme. L'or & l'argent
répandus ſur les écuſſons, les Fleurs de Lys,
les chiffres , les palmes , têtes de mort ,
larmes , &c. qui ornoient ces piecesd'étoffe
, réfléchiffoient avec beaucoup d'éclat
la lumiere que jettoit un nombre
preſque infinidebougies placées avec ſymmétrie
ſur les ſix dégrés , dans des chandeliers
ou des flambeaux d'argent , & fembloient
la reproduire. Quatre Vertus appuyées
ſur le premier gradin d'en bas ,
dans les quatre coins du catafalque , préfentoient
A
SEPTEMBRE.
fentoient tous lesος ,
effets de la doule
pleurer une Princes
τ
de la Religion , & devenoient paris
propres à exprimer les regrets d'unCollége ,
ſi ſpécialementdévouuééàl'AuguſteMaiſon
d'Orleans .
Au- deſſus du catafalque , s'élevoit un
dôme de dix- ſept pieds de haut ,qui prenant
ſa naiſſance dans la voûte de l'Eglife ,
deſcendoit en proportion , & formoit , en
s'élargiſſant toujours , un grand rond qui
renfermoit toute l'étendue du carafalque.
De ce cul de lampe renverſé , qui en dedans
& en dehors étoit orné de larmes , de
têtes de mort , avec de grands galons d'argent
, & qui étoit terminé par de beaux
feſtons , pendoient quatre rideaux d'une
étendue immenfe , mi-partis de blanc &
de noir, garnis d'hermine ſur le blanc , de
larmes & de têtes de mort ſur le noir. Les
rideaux après avoir formé un grand feſton,
en deſcendant à volonté , étoient attachés
aux quatre maîtres piliers de la Croix , d'où
ils deſcendoient en feſtons juſqu'à terre.
Entre ces rideaux & les bords du dôme ,
pendoient quatre lampes d'argent. Du centre
pendoit un grand lustre de criſtal, dont
les bougies conduiſoient avec les lampes
la lumiere par dégrés , depuis le catafalque
F
MERCURE DE FRANCE.
juſqu'au grand cercle du dôme , qui ſem
bloit ne former lui-même qu'un grand cercle
de lumiere , par la multitude de bougies
dont il étoit garni , à très-peu de diſtance
l'une de l'autre. Pluſieurs autres luftres
qu'on avoit placés dans le Sanctuaire , dans
les côtés du catafalque & dans la Nefde
l'Egliſe , avec un grand nombre de flambeaux
d'argent , qu'on avoit répandus par
tout où les luftres ne pouvoient être placés,
remplaçoient abondamment, par la lumiere
des bougies dont ils étoient char.
gés, la lumieredujour qu'on avoit dérobée,
en fermant exactement toutes les fenêtres
& toutes les portes.
Dès la veille de la cérémonie , tous les
exercices du Collége avoient été entierement
ſuſpendus en ſigne de deuil. Les cloches
du Collége l'annonçoient d'heure en
heure. M. le Prieur de.Montargis voulut
donner dans cette occafion une nouvelle
preuve de fon zele pour la Maiſon d'Or
Jeans , en faiſant fonner également toutes
les cloches de l'Egliſe Paroiſſiale, Vers les
neuf heures & demie , M. le Prieur de
Montargis avec tout le Clergé de la Paroiffe
, les Peres Bénédictins de Ferrieres ,
les Peres Récollets , le Préſidial , le Corps
de Ville , les Eaux & Forêts , l'Election ,
& tous les autres Corps qu'on avoit in
SEPTEMBRE. 1749 124
vités en cérémonie, s'étant rendus dans l'Egliſe
des Peres Barnabites , avec une exactitude
digne du zele qui anime les Chefs &
les Membres de ces differentes Compagnies
pour l'auguſte Maiſon d'Orleans , le
Servicecommença. La Meſſe fut célebrée
par le Supérieur du Collége , & chantée
à pluſieurs choeurs d'une Muſique propre
à la cérémonie lugubre qui en faifoit le
ſujet. L'Oraiſon funebre , qui fut prononcée
par le Profeſſeur de Rhétorique après
l'Evangile , étant achevée , on continua
la grande Meſſe , après laquelle on fit les
abſoutes ,afperfions , & les encenfemens
ordinaires. La cérémonie finit par un Do
profundis chanté par la Muſique.
L'Oraiſon funebre prononcée par le Prod
feſſeur de Rhétorique exprimoit trop fide
lement les ſentimens qu'on avoit éprouvés ,
& qu'on éprouvoit encore à Montargis ,
pour ne pas être goûtée. L'Orateur prit fon
texte de cet endroitduChapitre 16 duLivre
d'Esther : Luxit eam omnis populus. Après
avoir rappellé, de la manierela plus énergi
que, cetre triſteſſe générale répandue dans
tous les coeurs , lorſqu'on apprit dans cette
Ville la mort de cette illuſtre Princeſſe ,
il trouva dans les motifs de cette douleur
le plan & ladivifion de ſon diſcours. Elle
fut pleurée de tout le monde , dit - il
.
Fij
REDEFRANCE.
g
:
qu'elle faiſoit le bon
des hommes , par les
ion cour ; parce qu'elle
ce& l'ornement de la Relipleninence
de ſes vertus .
Le modenie de l'Orateur ne lui ayant
pas permis de remettre ſa piece pour en
faire ou une copie , ou du moins des extraits
en régle , on ſe contente d'en tracer
ici quelques traits échappés , qui pour être
plus frappans , ſe ſont gravés plus profondément
dans la mémoire. En parlant de
l'innocence de cette grande Princefle pendant
ſon ſéjour à la Cour , voici à peu près
comment l'Orateur commençoit.
>> Mais qù la fit - elle éclatter , cette in-
>> nocence ! Et ſur quel Théatre viens -je
→ ici vous préſenter cette religieuſe Prin-
>>ceffe ? Sageſſe adorable de mon Dieu, par
>> quelles routes conduiſez-vous vos Elus ?
» Ah ! Mrs , ne perdez rien d'une cir-
>> conſtance auſſi intéreſſante : c'eſt dans le
> ſein de la Cour la plus brillante de l'Uni-
>>vers que je viens la produire. Quel Théa-
>>tre pour la vertu ! Et l'avoir nommé
>» n'est- ce pas d'avance vous avoir donné
>>l'idée de la grandeur du danger ? Pour-
» quoi la Cour des Princes de la terre
>>qui nous offre l'image la plus ſenſible de
la grandeur , de la puiſſance du ſouve
i
SEPTEMBRE. 1749. 125
rain Maître , n'en exprime - t - elle pas
>> auſſi la fainteté ? Pourquoi ces Sanctuai-
>>res ſi reſpectables , fi dignes de tous nos
>>>hommages , font - ils en même tems le
>> trop juſte objet de nos larmes & de notre
>> zéle ?
Ici l'Orateur faiſoit le portrait de la
Cour , & le frappoit avec les couleurs les
plus vives , il le finiſſoit à peu près en ces
termes .
..... La Cour , où pour l'ordinaire
>> on n'adore que la fortune , & le puiſſant
>> Monarque qui la tient dans ſes mains ;
>> où la vérité ne fit preſque jamais en-
>> tendre ſa voix fans contradiction & fans
>> danger ; où mille ſyſtèmes , enfans du
>>>libertinage & de l'orgueil , portent tous
> les jours de nouvelles atteintes à un reſte
>> de Religion qu'on cherche à étouffer ;
>>la Cour , en un mot : tel eſt le Théatre
>> où la Providence veut faire briller l'in-
>>>nocence& la piété de notre illuftre Prin-
>> ceffe .
» Ici , Meſſicurs , repréſentez vous To-
>> bie , qui encore jeune , dans le tems que
>> tout le monde alloit adorer les Veaux
>> d'or qu'avoit élevés Jeroboam , confus
>>de l'encens idolâtre qu'il voyoit offrir,
>> couroit aux pieds des faints Autels pour
« y a dorer le vrai Dicu ; image ſenſible
Fiij
RCURE DE FRANCE
ence de cette grande Princeſſe !
zous pû la méconnoître à des
emblans ! Voilà ſa conduite :
L'elle faifoit pour ſon Dieu
un âge , où pour l'ordinaire , la rai-
> fon & la Religion ont ſi peu d'empire
>>>fur le coeur humain , dans un lieu où tout
→ eſt écueil pour l'innocence. Hac &hisfi-
→miliafecundum Legem Dei .... obfervabat.
>>>Vivre dans la retraite & le recueille-
>ment , lorſque la décence de ſon état lui
>> permet de s'y renfermer ; & n'en fortir
»que pour répandre au dehors la bonne
>> odeur de Jeſus -Chriſt. Etre continuelle-
>>ment en garde contre les ſurpriſes de la
>> ſéduction , & en repouſſer les atteintes
> avec une force qui ſemble tenir du mi-
>> racle ; entretenir la paix & l'union avec
د
tout le monde & cependant ne rien
> perdre , ne rien laiffer altérer de fon in-
>>nocence par la contagion du mauvais
❤exemple ; condamner les vices , cen-
>> furer les paſſions dominantes , & ce-
>pendant rendre cette cenfure aimable ;
>> faire honorer la vertu , l'accréditer par
>> fon exemple ; voilà l'occupation , je di-
>>rois preſque , voilà les miracles de cette
>> augufte Princeſſe dans ce lieu tout à la
>> fois , & le plus reſpecté ,& le plus re-
>>douré par les vrais partiſans de la Reli
SEPTEMBRE. 1749. 127
> gion . L'y vit- onjamais ,vile eſclave d'une
>>prudence mondaine, encenſer des idoles
>> qu'elle y vit adorer ? L'y vit- on,vile adu-
>> latrice des Dieux de la terre , y appuyer
>> de ſon ſuffrage des excès qu'elle devoit
>> condamner ? L'y entendit- on, ſéduite par
>>une préſomption téméraire , répandre ,
>>comine tant d'autres,mille doutes fur des
>>>vérités ſaintes qu'elle devoit croire & ref-
>>>pecter ? Non , non , ſa politique fut tou-
>>jours celle de la Religion même. Jamais
>> elle n'en connut , elle n'en ſuivit d'au-
>> tre. Ce qu'elle autoriſoit , ce qu'elle con-
>> damnoit , ce qu'elle propoſoit ; voilà ce
»qui fit toujours la régle invariable de ſes
>penſées , de ſes paroles , de ſes démar-
> ches. Ainſi dans le ſéjour du menfonge
& de la diffimulation , dans le centre
» de la licence du coeur & de l'eſprit ,
>> ſcut-elle conferver la candeur de la vé-
>> rité , l'innocence des moeurs , toute la
pureté de fa foi. Hac&his fimiliafecundum
Legem Dei ..... obfervabat.
L'Orateur parlant enſuite de fa retraite
de la Cour, s'exprimoit en ces termes .
>T>r>op long-tems elle agémi , comme
>>E>fther , fur une cruelle néceflité de faſte
>&de diffipation , impoſée par fa condi-
>>tion: elle veut ſecouer un joug qui l'empêche
de s'occuper uniquement de fon
Fiij
SACUREDEFRANCE.
:
des honneurs , que les charmes
enchantent les enfans du fiéreligieufe
Princeſſe ne peut
le poids . Elle s'éloigne donc
an heu où ſa piété eſt aſſujettie à des
" bornes trop étroites , & en s'éloignant
" ainſi du centre des honneurs , elle donne
ود
cette importante leçon ,que comme dans
" le Chriftianiſme on peut vivre au milieu
"des honneurs par état ou par obéiſſance ,
on doit cependant les fuir par goût &
par Religion. Juſqu'ici elle a juſtifié par
" ſon exemple , qu'on peut , & comment
on peut allier l'innocence & la ſainteté
avec les honneurs ; il eſt une ſeconde
>>inſtruction également précieuſe ,
>>peut - être plus difficile dans la pratique,
»
ود
هد
&
que cette religieuſe Princeſſe réſervoit
> aux Grands du monde ; c'étoit de leur ap-
> prendre à s'en détacher, &c.
L'humilité Chrétienne de cette grande.
Princeſſe avoit été miſe dans tout fonjour .
Voici comine l'Orateur rendoitſes dernieres
volontés pour ſa pompe funebre.
>>Tel eſt l'excès de l'aveuglement & de
>> l'orgueil des Grands. Ils naiſſent dans la
>>pourpre , ils vivent dans le ſein des hon-
" neurs ; ils veulent que la magnificence
»les ſuive même après leur mort. Etrange
fascination ! oui , Meſſieurs , ce ſuperbe
SEPTEMBRE. 1749 . 129
>> appareil qui embellit leurs Palais, ils exi-
>> gent qu'il foit comme reproduit fur leur
>> tombeau. Ici l'ordre eſt renverſé. Comme
>> la gloite qui environne les Princes , ne
>> fut jamais pour notre illuſtre Princeffe
>>qu'un objet de mépris , cette pompe qui
>> les fuit après leur trépas , devient éga-
>>> lement l'objet de fon dédain. Un cer-
>>>>cueil ordinaire , un convoi ſimple & fans
>art, ſuffiſent à cette grande Princeffe. Et
>> fi elle pouvoit interrompre le filence du
>> tombeau où elle eſt defcendue , ne devrions-
nous pas craindre qu'elle ne nous
>> adreſsât ces paroles fi confornies à cetre
>>grandeur d'ame qui formoit ſon vrai ca-
>> ractere ? Miniſtres du Seigneur , où vous
>> emporte un zele ardent ? Et pour qui
>> offrez- vous un encens qui brule avectant
>> de profufion ? Mais pardonnez , grande
>>P>rinceſſe , pardonnez ce foible témoi-
>> gnage de notre reſpect& de notre recon-
>> noiffance; ainſi cherchons-nous à tromper
notre douleur : fi dans un Sanctuaire, mo-
>> nument précieux de la munificencede vos
>>glorieux ancêtres , nous nous bornions à
>> une expreſſion ordinaire , les pierres mê-
>> mes de ceTemple auguſte , élevé par leur
>> générosité, ne dépoſeroient-elles pas con-
>>> tre nous ?
:. La charité que cette grande Princeffe a
Fv
130 MERCURE DE FRANCE
fait éclatter dans tous les rems pour les pauvies
,n'avoitpas échappé à l'Orateur. Voici
à peu près comme il s'exprimoit.
>> On l'avoit vûe cette grande Princeſſe ,
» au milieu de la Cour la plus brillante
>> qui ſoit dans l'Univers, uſer de ſes grands
>> biens, comme n'en uſant pas. On l'avoit
>> vûe, ſur ce Théatre où l'on ne voit qu'e-
>>mulation de luxe & de vanité , donner
> à la charité ce que la décence la plus reli-
>> gieuſe n'exigeoit pas indiſpenſablement
>>pour ſon uſage. Sa retraite l'a heureu-
>>>ſement affranchie des bienſéances de fon
>> états il n'eſt plus de lien qui l'attache
>aux biens de la terre. Deſormais la Re-
>>ligion& la charité en régleront ſeules
>>>l'uſage & la deſtination. Nourrir avec
une ſainte profuſion les membres d'un
>>Dieu ſouffrant ; briſer les chaînes des
>>malheureux qui gémiſſent dans les prifons;
fournir àl'entretien,àla décoration
>>de ces lieux reſpectables, établis contre le
→déſeſpoirde l'indigence ; conſacrer à la
> pompe des Temples ce que la terre a de
>>plus précieux ornemens,tel eſt l'uſageque
»cette religieuſe Princeffe fait des grands
>biensque laProvidence lui a confiés.
>>Prodigue de ſes tréſors pour s'en faire
>>des amis pour le Ciel , ou pour ériger des
trophées à la Religion ,elle ne connoît
:
SEPTEMBRE. 1749. 131
»d'économie que lorſqu'il eſt queſtion
>>d'elle-même. Inépuiſable dans ſes reffour-
>> ces pour les autres , ſa charité ne s'ex .
>prime que par des miracles : pas de be-
>> ſoin qui échappe à fa générofité. Inſen-
>> fible pour elle-même , elle ne connoît ,
>elle n'écoute que la voix du retranche-
>ment & du ſacrifice . Merveilleux con-
>>>traſte produit par la charité ! Un coeur
>>qui en eſt rempli ſuffit à tout le monde :
>>ſes intérêts propres font les feuls qu'il
>>oublie , les feuls dont il ne sçauroit s'oc-
>>cuper. Faut- il , Meſſieurs , des preuvesde
>> la vérité que j'avance ? Je n'en veux d'au-
>> tre que les larmes ameres que tant de
>> pauvres , que tantde malheureux ont ré-
>>panduesſur ſon tombeau Vous le ſçavez ,
> Meſſieurs; on les a vus, dans ces joursde
>> triſteſſe & de deuil , venir en foule au-
>>tour de fon Palais , & publier par leurs
> cris lamentables tant de charités que no
>> tre illuftre Princeſſe avoit cherché à dé
>> rober à la connoiſſance des hommes. O
>>>mon Dieu, ferez-vous inſenſible aux gé.
>> miſſemens de tant de veuves éplorées ,
>>de tant de pauvres inconfolables , qui
>vous demandent le falut de l'illustre
ר
Princeffe , &c. 「
L'Orateur avoir une occaſion trop na
turelle de parter de S. A. S. M. le Duc
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE.
d'Orléans , Protecteur du Collége des Pees
Barnabites , pour ne pas la faifir ; il
continuoit à peu près en ces termes.
>>
>>>C'en est donc fait , familles déſolées ,
» vous avez perdu votre confolation. Pu-
>pilles , abandonnés à toute la rigueur du
>>fort , vous avez perdu une mere tendre
•& compatiffante. Pauvres , accablés fous
>> le poids de votre miſere , vous avez per-
>>du une reſſource inépuiſable dans vos
>> maux. Mais qu'ai -je dit ? Non , non ,
conſolez- vous ; celui qui du haut du
>Ciel jette les yeux fur l'affligé & fur l'in-
>digent , a pourvû à vos beſoins ; il pere
»péruë dans l'auguſte fils les charitables
>>profufions de l'illuftre mere Pouvoit- il
>>vous conſoler plus tendrement de la per-
>> te de l'une , qu'en vous ménageant de
>> puiſſans ſecours dans la charité de l'au-
>>>tre ? Quel heureux préſage n'en trouvez-
>> vous pas dans la conduite de ce grand
>Prince , l'objet de notre admiration , de
>notre reſpect & de notre amor ? Juf
>> qu'ici quelle eſpece de beſoin à pu
> échapper à ſa miféricordieuſe vigilance ?
>> Avec quel foin le voyons nous tous les
>>jour's bannir l'indigence , écarter par fes
>> largeſſes les mauvais conſeils d'une pau-
>vreté honteuſe ? Miniſtre fidéle du Dieu
» des miféricordes ; coopérateur de ſes
SEPTEMBRE. 1749.
bontés , image la plus reſſemblante
>>>tendres attentions de la Providence
>> comme il eſt l'expreſſion la plus fidei ..
>>> de la ſainteté d'un Dieu par ſes vertus ,
>> que ne peut on pas ſe promettre d'un
>>Prince , qui n'aime à compter ſes jours,
>> ſes momens , que par ſes bienfaits ?
L'Orateur finiffoit ſon difcours par
une Priere conçue à peu près en ces
termes .
>>>Mais , Seigneur , fi malgré toute l'ef-
>> pérance que nous donnent tantde graces
>> reçûes , tant de vertus pratiquées , il ref
>> te encore dans cette grande ame quelque
>> légere faute à expier ; fi les larmes& les
>>prieres de tout un peuple attentif à im-
>>plorer pour elle vos divines miféricor-
>>des , n'ont pas encore fatisfait à toute
>>>l'étendue de votre Juſtice:ne rejettez pas ,
>> ô mon Dieu, les voeux de toute une Ville
>> proſternée aux pieds de votre Trône ,
>> prêtez l'oreille à la voix de tant de Mi
>>niſtres de vos Autels , qui peu contens
>>de vous avoir offert déja pluſieurs fois
>>>pour fon repos le Sacrifice d'expiation ,
>>ſe réuniffent encore aujourd'hui pour
>>>vous l'offrir tous enſemble. Exaucez les
>> voeux de ces illuftres Compagnies , qui
>> peu contentes d'avoir déja fait éclatter
leur zéle pour cette illuftre Princeſſe ,
RCURE DE FRANCE.
:
nt aujourd'hui répandre de nous
larmes ſur ſon tombeau. Exaucez
voeux ardens que vous offre pour ele
tout un College,que la reconnoiſſance
pour l'auguſte Maiſon d'Orléans a déja
ſi ſouvent conduit aux pieds de ces
Autels. Exaucez le Sacrificateur par le
>>>mérite du Sacrifice , faites entrer dans
>>> votre faint repos cette illuftre Princeſſe ,
>> qui fit toujours de votre Loi fainte
>>l'unique régle de ſa conduite. Que
votre Justice , ô mon Dieu , ſoit fatisfaite
par une victime ſi précieuſe ,& qui
>>>coûte tantde regrets à notre coeur . Con-
>ſervez-nous le grand Prince qui nous retrace
ſi parfaitement cette religieufe
•Princeffeque nous pleurons. Son fort
> fait celui de ces Provinces , j'oſe dire
>>celui de la Religion. Conſervez- nous
>>ſon auguſte fils ; dès l'aurore de fes jours
il a fait notre gloire , pourroit- il ne pas
faire notre bonheur ? Oui , conſerveznous
ces deux têtes ſi précieuſes ; que votre
miféricorde ſe répande ſur les dignes
objets de leur tendreſſe : dès lors nos dé-
>> firs font remplis , nous leur abandon-
>>>nonsavec confiance tous les ſoins de notre
félicité.
SEPTEMBRE. 1749. 135
Emblèmes placés dans la Nef de l'Eglise
pour caractériſer les traits de la vie &de la
mort de S. A. R. Madame , Ducheffe
d'Orléans.
Le premier caractériſoit ſa tendre pieté;
c'étoit l'Héliotrope , tourné vers le Soleil
, avec cette inſcription : Te quocumque
fequar.
Cette fleur à l'Aſtre du jour
Rend hommage de ſa naiffance ;
Mille ſoins affidus lui prouvent ſon retour ,
Et ſapure reconnoiſſance ;
Elle imite ſon cours,& le ſuit en tous licur.
Telle chaque jour à nos yeux
On vous vit rendre , adorable Princeſſe ,
Au ſouverain Maître des Cieux
Un hommage conſtant d'amour & de tendreſſe
3
Le ſecond marquoir ſa dévotion envers
le Saint Sacrement , figurée par l'Aigle fixant
fes regards ſur le Soleil , avec cette
infcription : Non aciem radius lædit .
CetAigle fixe ſes regards
Sur l'Aſtre qui du jour diſpente la lumiere
Et qui du hautde ſa carriere
Répand fes feux de toutes parts,
Princeſſe , la piéte qui regnoit dans votre ame,
Quand la mortde vos jours éteignit le flambeau ;
136 MERCURE DEFRANCE.
Fit brûler votre coeur d'une céleste flame
Pour un Dieu , dont la voix réclame
Un hommage toujours nouveau.
Le troifiéme exprimoit ſa fidélité pour
Dieu au milieu des dangers du monde
qu'on avoit figurée par une bouffole que
les mouvemens & les agitations n'empêchent
pas de tourner vers l'étoile polaire ,
& qui fuit toujours le mouvement qui l'y
porte , avec cette inſcription : Et regit
regitur.
Miſérable jouet d'un aveugle caprice ,
Qui de ton coeur conſacre & nourrit les défirs ;
Mortel,qui fais pour quelques faux plaiſirs
De ton repos le ſacrifice ;
En vain loin de l'objet qui peut te rendre heureux,
Cherches- tu le bonheur ſolide .
Ah ! ſi tu l'aimes , fuis mille écueils dangereux ;
Lâche,je veux t'apprendre àtourner tous tes voeux
Vers celui qui des coeurs eſt le fidéle guide.
Le quatrième caractériſoit ſon amour
pour Dieu , figuré par une balance , qui
d'un côté porte un globe, & de l'autre un
triangle , ſur lequel eſt un coeur enflammé,
qui la fait pancher , avec cette infcription
: Orbi praponderat amor.
En vain lemonde avec tous ſes attraits .
SEPTEMBRE. 1749. 137
Vouloit-il à ce coeur faire rendre les armes ;
Ses honneurs, ſes plaiſirs, ſes biens les plus parfaits,
Ne purent l'éblouir jamais ;
Un plus aimable objet le ſoumit à ſes charmes ,
Et fixa fur lui ſes ſouhaits.
Le cinquième marquoit ſon reſpect
dans les Temples , figuré par la vapeur de
l'encens , avec cette inſcription : Numen
veneratur odore.
L'agréable odeur que j'exhale ,
Me conſacre à l'Autel du Souverain des jours.
B.ûler d'un feu ſacré , mais y brûler toujours ,
C'eſt ma fonction principale.
Sage Princeſſe , bélas ! lorſqu'une vive ardeur
Vous dévoroit dans nos faints temples ,
De votre pieté mille rares exemples
Répandoient parmi nous une céleste odeur.
:
Le fixiéme exprimoit ſa retraite & fon
recueillement , figurés par un ver à foye
dans ſa coque , avec cette inſcription :
Melior fortuna ſequetur.
Renfermé dans cette retraite ,
Pour quelque tems j'y perds ma liberté ;
Mais durant una captivité ,
:
す
Pour un fort plus heureux j'agis , je m'inquiéte
Pour un deſtin plus glorieux ,
M CURE DEFRANCE.
!
, ru dois agir ſans ceſſe ;
amment , travaille ſans foibleſſe ;
t'apprend à mériter les Cieux!
ne caractériſoit fa charité pour
figurée par une fontaine
,avec cette inſcription : Affluit
S
ida.
nalheureux qu'une affreuſe miſere
Sacrifioit à ſa rigueur ,
Ont mille fois , dans votre coeur ,
Trouvé les ſentimens de la plus tendre mere ;
Princeſſe , dont la mort cauſe notre douleur,
Lorſque par vos bienfaits vous terminiez leur
peine ,
N'étiez-vous pas cette claire fontaine ,
D'où couloient à la fois leur gloire & leur bond
heur
Le huitiéme exprimoit ſa douceur & fa
complaiſance dans le commerce de la vie ,
figurées par la glace d'un miroir avec cette
inſcription : Omnibus omnia.
Si je prends de chacun le propre caractére,
:
J'imite de l'ami ſincére
La complaiſance & la candeur.
Princeſſe , l'aimable douceur
QueleCiel avec vous fit naître ;
SEPTEMBRE . 1749 . 139
Cette douceur qu'en vous on vit toujours paroître
,
Fut l'image de votre coeur.
Le neuviéme marquoit la patience édi
fiante avec laquelle cette illuftre Princeffe
a foutenu ſa maladie. On l'avoit figurée
par une torche qui brille encore , quoique
prête à finir avec cette inſcription :
Pereundo coruscat .
,
En répandant une vive lumiere ,
Comme l'Aſtre du jour qui brille dans les Cieux ,
J'ai rempli conftamment mon deſtin glorieux ;
Prête à terminer ma carriere ,
Jebrille comme lui d'un éclat radieux.
Le dixieme caractériſoit la mort de la
Princeſſe , figurée par l'Eclipfe de la Lune,
avec cette infcription : Rediviva micabo.
Si je ne répands plus dans ce vaſte hemisphere
Lebel éclat que mille objets
Recevoient par mon miniſtere ,
C'eſt que la terre , oubliant mes bienfaits
Arrête les regards de l'Aſtre qui m'éclaire ,
Mais quand poursuivant ſa carriere ,
L'ingrate aura paſſé dans quelqu'autre climat,
Brillante alors d'une vive lumiere ,
Je paroîtrai dans mon prémier éclat
1
MOLOUREDE FRANCE .
rtériſoit la famille auinceſſe
, en particulier
.... e Duc d'Orléans , qui la fait
...vre à elle-même. On l'avoit figurée
par un grand nombre d'étoiles , précédées
d'une plus grande & plus brillante , qui
fortent d'une fufée qui éclatte dans l'air ,
avec cette inſcription : Succedit lucida
proles.
Ce beau feu, qui brilloit dans l'air
Déja commence à diſparoître ;
Le même inſtant qui l'a vû naître ,
Le voit finir comme un éclair .
Mais cette lumiere féconde ,
Qui de la nuit perçoit les voiles ténebreux ;
Attentive au bonheur du monde ,
Fait fortir de ſon ſein mille Aftres radieux.
,
Le douziéme exprimoit les regrets qu'a
çaufés la mort de la Princeſſe, ſpécialement
au Collège de Montargis , qui a l'honneur
d'être ſous la protection de la Maiſon
d'Orléans. Ils étoient figurés par une
Fleur de Lys deſſechée & flétrie , dont la
tige tient encore à ſa racine , qui a la forme
d'un coeur , avec cette inſcription : In
corde fuperftes.
Telle eſt la fin de la grandeur;
On a vû cette belle fleur
SEPTEMBRE. 1749. 141
Naître avec la brillante aurore ;
Mais victime du tems , elle perd ſa couleur;
Elle a péri ; nous la pleurons encore,
Ce que vous eûtes de mortel ,
Hélas ! adorable Princeſſe ,
Devoit un jour être offert à l'Autel ;
Mais la vertu , mais la ſageſſe ,
Qui vous ont conſacré nos pleurs ,
Vous feront à jamais revivre dans nos coeurs.
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗器
LETTRE
AM. Remond de Sainte Albine , ſur une
Monnoye finguliere.
S-HDD
- MAN
CHARLE
LIARD
DE
FRANC- C
A
:
Rouvez bon , Monfieur ,que je me
Tferve de la voye du Mercure pour
demander l'explication d'une Piéce que je
poſſede dès le tems que j'étois écolier ,
c'est-à- dire il y a bien 35 à 36 ans ; c'eſt
par elle que j'ai commencé mon petit Médailler,
Čette Médaille , s'il eſt permis de
UNF DEFRANCE .
6
1.6 eft ni Egyptienne ni
hetto telle, je n'y connoî-
Grecque , j'en con .
es lettres , deſquelles
emblage ; elle est donc Romore
,vont s'écrier Meſſieurs les Antivns,
est- ce une Médaille Confu.
e
tale des premiers Empereurs
ou du bas Ianpire ? eſt- elle d'or ou d'argent
? eſt-elle en grand ou petit bronze ?
a-t'elle un beau vernis ? eſt-elle empreinte
de la précieuſe rouille? ou enfin eſt- elle
fruſte ?
Rien de tout cela , Meſſieurs. C'eſt donc
unc Médaille Papale ? pointdu tout , c'eſt
une pièce de monnoye de France , de laquelle
le Blanc , en ſon Traité Hiſtorique,
n'a pas jugé à propos de parler. Pour finir,
c'eſt un Liard & un Liard de France , frappé
en 1656 , marqué à la lettre A; & par
conféquent àParis.
Or ce Liard extraordinaire , le voilà , je
vous l'envoye,Monfieur, je m'en dépouille
en faveur du Public, vous le ferez graver, ſi
vous le jugez à propos .
N'allez pas croire pourtant que je vous
faſſe un grand facrifice , car il est bon de
vous dire que cette Piéce n'eſt pas auſſi ràre
que l'eſt un Othon , un Pertinax , ou un
Peſcennius Niger. Non,Monfieur, il n'eſt
SEPTEMBRE. 1749. 145
pas abſolument bien difficile d'en trouver
de ſemblables dans le commerce ,&j'aurois
pû , depuis que j'ai celle-là , lui donner
une trentaine de compagnes , mais néan
moins peu ou point d'auſſi liſibles.
Vous voyez , Monfieur , qu'il n'y a rien
d'extraordinaire dans ce Liard du côté où
l'on lit , Liard de France , & où l'on voit
au-deſſous un A entre trois Fleurs de Lys ,
finon qu'il y a un point après le C du mot
Franc , & un O au lieu d'E , qui ſemble
ſuivre ce point. On pourroit dire que ce
que je prends pour unO, eſt un petit e;
cela peut être , mais ce qu'il y a de vrai ,
c'eſt que ſur les Liards de Louis XIV du
même tems , l'E qui finit le mot France , eſt
un grand E , ſans qu'il y ait de point entre
le C & l'E ; voila toute la difference des
autres Liards à celui- là de ce côté .
A l'égard du côté de la tête ( voici l'extraordinaire
) & fur quoi on demande une
explication , ce n'eſt pas Louis XIV , lors
regnant , qui y eſt repréſenté ; c'eſt Charles.
II , Duc de Mantoue , couronné de fa
Couronne Ducale , fermée par le mont
Olimpe , & on lit autour du buſte Charles
II , D D. Mantou , 1656 .
Quel droit avoit donc Charles II , Duc
de Mantoue , de faire frapper des Liards
en France en 1656 , ou s'il les faiſoit frap
REDE FRANCE.
i
I droitavoit- il d'y faire
France?
٢٠٠ briquer dans la Princi-
1. hes , dont Charleville eſt la
'eſt ce que j'ignore. Cette
n'appartenoit- elle pas dès- lors
Gonzague , Princeſſe Palatine ,
a tante ? & n'est-ce pas par le mariage de ſa
fille Madame la Princeſſe Anne Palatine
de Baviere avec Henri-Jules de Bourbon
Prince de Condé , que cet Etat a paflé dans
la Maiſon de Condé ? En un mot quel
droit avoit le Duc de Mantoue de faire
mettre ſon effigie ſur une monnoye de
France?
La curiofité ſur les petites chofes peut
produire des remarques intéreſſantes pour
'Hiſtoire ; celle- ci me paroît de ce nom.
bre. Si Meſſieurs de la Monnoye ont autant
d'empreſſement pour fatisfaire la curioſité
du Public , que j'en viens de donner
à quelques Lecteurs , j'eſpere qu'il
fera bien- tôt fatisfait , & ils en font trèshumblement
priés. Je ſuis très-parfaitement
,&c,
OBSER
SEPTEMBRE . 1749 .
145
OBSERVATION
۱
Sur Martial d'Auvergne , ancien Poëte
de Paris.
I
Left certain , Monfieur , que laCroix
Maine s'eſt trompé en parlant de
Martial d'Auvergne , fameux Poëte François
du quinziéme ſiècle , lorſqu'il a aſſuré
que ce Poëte mourut à Paris d'une fiévre
chaude,& qu'il ſe précipita dans l'eau, étant
preſſéde la fureur de ſon mal.
,
M. l'Abbé Goujet , en ſon dixiéme tome
de la Bibliothéque Françoiſe , a bien fait ,
pour montrer l'erreur de cet Ecrivain
de produire le morceau de la Chronique
de Louis XI , d'où il avoit puiſé quelque
choſe de cette Hiſtoire. Ily eſt marqué en
effet qu'en 1466 un jeune homme , nommé
Martial d'Auvergne , Procureur au
Parlement & Notaire au Châtelet de Paris
, ayant perdu l'eſprit vers la Saint Jean ,
au tems que les féves fleuriſſent , ſe jetta
par la fenêtre de ſa chambre dans la rue ,
ſe rompit une cuiſſe , ſe froiſſa tout le
corps,& fut en grand danger d'en mourir.
M. Goujet ſe contente d'inferer de ces
dernieres paroles de la Chronique , que
d'Auvergne ne mourut pas de ſa chûte ;&
G
3CURE DE FRANCE.
:.
!
d
ande édition de cette Chro
née en 1558 , les titres de Pro-
Notaire ne ſe trouvent point ſpéarticle
de ce fait, il en conclut que
eut être que par conjecture que la
du Maine a penſé que le fait rapen
cet endroit concernoit le Poëte
tial d'Auvergne,
C'eſt un malheur à la Croix du Maine
de s'être contredit dans cette occafion ,
puiſque malgré ce qu'il a avancé,que d'Auvergne
mourut de ſa chûte , qui étoit arri.
vée en 1466 , il le fait vivre encore en
1483. Mais auffi je ne penſe pas qu'il faille
lui donner tout le tort , lorſqu'il affûre en
général que c'étoit à un Poëte de ce nom
qu'étoit arrivé le malheur de s'être jetté
par une fenêtre dans la chaleur d'une frenéſie.
D'Auvergne étoit jeune lors de cet
évenement; le Chroniqueur l'affûre en termes
formels. Il eſt également certain qu'il
fut Notaire au Châtelet. J'ai vû des Actes
d'environ l'an 1455 ou 60 , ſignés , d'Auvergne
, & paſſés par devant lui ( Martial
d'Auvergne ) & Jean Larchier, Notaires au
Châtelet. De plus ,M. Goujet ne pouyoitil
pas recourir à d'autres éditions qu'à celle
qu'a donnée Denis Godefroy de la Chronique
de Louis XI , vulgairement ( mais
mal- à-propos ) appelléeſcandalense ? Enre
SEPTEMBRE 1749. 147
montant à celle d'Antoinerard de l'an
1500 , qui eſt la plus ancienne , & qui
ſe trouve jointe aux Chroniques Martiniennes
en lettres gothiques in-folio , il y
auroit trouvé à l'an 1466 , mot pour mot
P'hiſtoire de la frénéſie de Martial d'Auvergne
, auſſi-bien que la note de ſon maria .
ge tout récent avec une des filles de Jacques
Fournier , Conſeiller au Parlement ,
telle queGodefroy & autres l'ont publiée,
avec la difference cependant que dans cette
édition le récit ne finit point par ces
mots , & fut en grand dangier de mourir ;
mais qu'on y lit deux ou trois lignes de
plus , ſçavoir , &fut en grand dangier de
mourir , & depuis persévéra longuement en
ladite frénéfie , & après ce revint & fut en
fon bon fens.
Rien n'empêche donc de croire que
Martial d'Auvergne de la Chronique ,&
le Poëte qui a compoſé les Vigiles deCharles
VII, n'est qu'un ſeul & même homme
qui a pû continuer & perfectionner ſon
ouvrage , lorſqu'il fut revenu en ſon bon
ſens , tant ſous Louis XI , que ſous Char- .
les VIII , avant que de ſe faire imprimer.
J'abandonne ceci aux réflexions des Lecreurs.
Au reſte ceux qui ne peuvent ſe
procurer tous les anciens Poëtes François ,
ont obligation à M. Goujet de leur avoir
Gij
CURE DEFRANCE.
cri
dans
exemple.
naſtéres
s fragmens où , d'Auvergne
défordres qui regnoient
re de ces tems- là ; par
Bibliothéques des Moenues
des Faulconne .
ries ; que st ' giſtes , qui revenoient
de l'Univ the d Orléans , n'y avoient appris
autre choſe , ſinon à bien jouer des fluies
, &c. De pareilles circonstances n'auront
pas , ſans doute , été oubliées par ceux
de nos modernes , qui ſe ſont propoſé de
repréſenter l'état des ſciences en France
durant le quinziéme ſiécle.
Les mots des Logogryphes du Mercure
d'Août , ſont Carême , obscurité & Papillon .
On trouve dans le premier arme , rame .
ame
, mer , Cam , mere , Carme & crême.
On trouve dans le ſecond écrou , buis , rébus
,fouci, ofier , bruit , cours , eftoc , Curé ,
fort , bois , Cité , Cour , Ture , tour , troc
broc , but , roc , foc , fot , rut , rot , fuc , ris
écu , cor & rit . Ontrouve dans le troiſiéme
Pin , Lion , Lyon, Lapin, pion, Lapon, poli,
Nil , Pô , pain , Saint Lô , Saint Lin , lin ,
Lia&ail.
SEPTEMBRE. 1749 . 149
J
ENIGME .
E ne tiens point de la baleine ,
Ne reſſemble pas au goujon :
Mais j'ai ſept lettres dans mon nom ,
'Ainſi que ces habitans de la liquide plaine.
Je ſuis être , qui dis & le mal & le bien ;
Aſſez ſouvent , porte ſur rien ,
Sur rien ? Non, c'est trop peu ; mais fur nulle
matiere.
Je fais ſur le vaſteOcéan ,
Ou bien ſur la mer du Sultan ,
Tant eſt ma nature legere ,
Autant de chemin qu'un vaiſſeau ,
Quand ilſuivroit le vol du plus fubtil oiſeau.
Je ſuis en France , en Italie ,
AVaugirard , en Laponie ,
Er toujours le même en tous lieux.
Rien ne peut éviter mes yeux ;
J'arrête une main parricide ;
Je romps les deſſeins d'un perfide ,
Je rends meilleur P'homme de bien ,
Et quelquefois bon ſujet , un vaurien.
Je fais encor bien autre choſe ;
Mais j'en dirois trop , bouche cloſe,
Giij
OPREDE FRANCE..
L .. ΓΥΡΗ Ε.
:
SI jamais ur l'inconſtant Neptune ,
Fui-moi : par no l'on perd la vie ou la fortune.
De mes pieds ſi tu veux retrancher le dernier ,
Sous un nomfeminin , je ſuis encor moi-même.
Si le ſecond précede le premier ,
Les autres à l'écart , par mon pouvoir fuprême ,
Je tiens lieu de beauté , d'eſprit , de vertu même.
Je renferme encor dans mon ſein '
Une note , un inftrument rauque ,
Une terre jaunâtre : un Saint-
Que pour un fléau l'on invoque :
Cette amante , qui d'une tour
Se lança dans la plaine humide ,
Appercevant le corps livide
De ſon ansant privé du jour :
Une Nymphe , dont le coeur tendre
Ne fut payé d'aucun retour ,
Et qui gémit ſouvent d'un malheureux amour ,
Comme en la conſultant on peut encor l'entendre.
Enfin pour peu , Lecteur , que tu ſois attentif ,
Tu peux dans un , deux , trois , voir mon diminutif.
Brunet , de Dijon.
SEPTEMBRE. 1749.
AUTRE.
MAffe brute & fans agrément ,
Au fortir du fein de ma mere ,
Sous les efforts de l'art j'éprouve d'ordinaire
Le plus fuperbe changement.
Même ſans m'exalter plus qu'il n'eſt néceſſaire ,
Je puis dire , Lecteur , qu'aux yeux de l'Univers
J'offre encor tous les jours cent chefs-d'oeuvre.
divers.
La veille de certaine Fête ,
Je péris par le feu , ſi tu tranches ma tête.
Prends trois de mes pieds , ſur mes flots
L'on eſt en graud danger pendant une tempêtes
Combinant autrement , tu peux des matelots
Trouver en moi le commun uſtencile :
Une ſubſtance : un inſtrument utile
Au fupplice d'un ſcélerat :
Ce qu'un guerrier doit porter au combat :
Choſe auffi peu commune aux champs que dans
la Ville :
Un endroit où l'eau ne vaut rien :
Enfin certain ſujet d'un Monarque Indien.
Par lemême.
Giiij
t TREDE FRANCE..
L
1
A
Jefre
Mes quatre
Qu'on ne peu
YHF
renommé ;
ſein tout abonde ;
il eft charmé;
lus beau monde.
préſentent un talent,
02
quer , s'il ne vient en naiſſant ;
Trois autres et suivant , une plante très- forte ,
Qui ſouvent à pleurer nous porte .
Ceci n'eſt-il pas fingulier ?
Je montre encor ſur mer un espace de terre ;
Je contiens de l'eſprit l'aliment néceſſaire ;
La femelle du ſanglier ;
Une femme proſtituée ,
Et chez les Turcs enfin un endroit enchanteur ,
Où vous , ainſi que moi , Lecteur ,
Voudriez-bien , je crois , avoir entrée.
J. F. Guichard.
Faità Versailles , ce30 Juillet 1749.
:
SEPTEMBRE. 1749. 131
AUTRE.
NOUVELLES
LA
LITERARES ,
DES BEAUX - ARTS , &c.
A GRANDEUR DE DIEU dans les merveilles
de la Nature. Poёте ,, parM.
Dulard , de l'Académie des Belles Lettres
de Marseille. A Paris , chez Deffaint &
Saillant rue Saint Jean de Beauvais ,
1749. Avec Approbation & Privilége du
Roi.
Chanter la grandeur de l'Etre ſuprême ,
peindre les merveilles que nous offre le
ſpectacle de l'Univers , voilà ſans doute
lesdeux objets les plus nobles que la Poëfie
puiſſe ſe propoſer. Non-ſeulement il
n'eſt point de ſujet plus propre à fournir
des idées ſublimes , mais il n'en eſt point
de plus fécond. Où trouver une fource
plus inépuiſable de tableaux frappans &
variés , que dans les ouvrages de l'Auteur
de la Nature ?
M. Dulard ne s'eſt point diffimulé que
fi le champ étoit vaſte , il étoit rempli de
beaucoup d'épines. Mais la richeffe & la
beauté de la matiere l'ont étourdi far les
difficultés. Son ouvrage , à ce qu'il nous
annnonce a été composé parmi des alter
Gv
CURE DE FRANCE.
de courage & de crainte , de vi-
. & de laffitude. Enfin d'efforts en
torts , il a été achevé. » Je ne ſçais , dit
>>l'Auteur , ſi le Public déſapprouvera le-
>>>xécution , ou s'il daignera la mettre au
>> rang de ces ſuccès ineſperés , qui font
>>moins dûs à la capacité qu'à une heu-
>> reuſe audace. Le promt débit de la premiere
édition de ce Poëme doit avoir tiné
M. Dulard de ſon incertitude , & eſt une
preuve du jugement favorable qu'on a
porté de ſon ouvrage.
LES VIES DES HOMMES ILLUSTRES de la
France , continuées par M. l'Abbé Peran ,
Licentié de la Maiſon & Société de Sorbonne.
Tome XVII. A Amsterdam , &
ſe vend à Paris , chez le Gras , Grande
Salle du Palais , à I'L Couronnée , 1749 ,
in- 12 . pp. 567 , fans y comprendre la
Table des marieres.
Cevolume eſt un des plus intéreſſans de
tous ceux qui compoſent juſqu'à préſent
la ſuite des vies de nos Hommes illuftres .
Onn'en ſera pas ſurpris , quand on ſçaura
qu'il contient la vie du fameux Duc de
Guiſe le Balafré.
Les grandes qualités & les vices brillans
de cet illuftre audacieux ; ſes attentats & fa
fin tragique , forment un des morceaux
les plus curieux de notre Hiſtoire. M.
SEPTEMBRE . 1749 . I
l'Abbé Perau n'a négligé aucune des 1
cherches , qui pouvoient ajouter quelque
prix à fon ouvrage. Il a raſſemblé avec
foin pluſieurs anecdotes , éparſes de côté
&d'autre , & dont la lecture ne peut être
qu'agréable.-
د
HISTOIRE DE PIRRHUS , Roi d'Epire.
Par M. Jourdan. A Amſterdam , chez
Pierre Mortier 1749. Deux volumes
in- 12 . Le premier volume pp. 375 , &
le ſecond 486 , en y comprenant les Tables.
Il y a quatre ans qu'il parut à Londres
un Livre , ſous le titre de Voyages & Expéditions
de Pirrhus. Cet ouvrage , qui
n'est qu'une eſpéce de Roman politique ,
a fait naître à M. Jourdan l'idée de compoſer
'Hiſtoire d'un Prince , à qui les Romains
ont dû les premieres connoiſſances
• qu'ils ont acquiſes dans l'art militaire. M..
Jourdan avoue qu'il y a dans ſon premier
volume bien des choſes qu'il doit à l'Auteur
du Livre imprimé en Angleterre ..
Dans le ſecond volume ,qui renfermeparticulierement
la vie de Pirrhus , il s'écarte
totalement de la route qu'a ſuivie le premier
Ecrivain. Non content de corrigor
les fautes , il ſupplée aux omiffions,& ill
s'étend conſidérablement ſur pluſieurs faits
qui méritoient d'être approfondis. Glauw
Gvjj
JUREDEFRANCE.
! de Pirthus , ayant été détrôné
Dir voulu foutenir les intérêts
mas après la mort d'Alexandre , &
s ayant été mêlé dans les guerres des
feurs de ce célébre Conquerant ,
Jourdan ne pouvoit guéres ſe diſpend'entrer
dans pluſieurs détails qui concernent
Alexandre , & même Philippe.
Il a abregé ces détails autant qu'il a pû ,
& il en a uſé de même pour tout ce qui
n'étoit pas intimement de ſon ſujet. Par
une licence qu'on ne ſe permet ordinairement
que dans les ouvrages de fiction , il
place une partie de ces recits dans la bouche
d'un des perſonnages qu'il fait paroître
ſur la ſcéne. Il eſſaye dejuſtifier par
plufieurs raifons l'innovation qu'il veut
introduire à cet égard dans le genre hiſtorique.
HISTOIRE D'ARISTOMENE , Général des
Meffeniens. Avec quelques réflexions ſur
la Tragédie dece nom. Par le même Auteur
, 1749 .
Tout ce qui regarde ici la vie d'Ariftomene
, eſt puisé dans Paufanias , & quel
quefois M. J.emprunte même les expreffions
de la Traduction faite de cetAuteur
par l'Abbé Gedoyn, mais pour l'ordinaire il
eſt plus vif& plus ferré que fon modéle.
La critique qu'il fait de la Tragédie ,
SEPTEMBRE. 1749. 197
dont Ariftomene eſt le Héros , paroîtra
bien ſevere à la plûpart des Lecteurs. Selon
lui , le ſujet de cette piéce n'est pas
fondé ; les trois premiers Actes font vuides
d'action , & ne ſe ſoutiennent que par
quelques maximes impoſantes ; le quatriéme
eſt fort découfu , & le cinquiéme beau .
coup trop chargé de récits .
RECUEIL de pluſieurs Piéces d'éloquence
& de Poëfie , préſentées à l'Académie
des Jeux Floraux , l'année 1749 , avec les
Difcours prononcés dans les aſſemblées
publiques de l'Académie. AToulouse , chez
Claude-Gilles Lecamus , feul Imprimeur
du Roi , & de l'Academie des Jeux Floraux.
Avec Privilége du Roi.
L'Ode , qui a remporté le premier Prix
de Poësie , eſt de M. de Marmontel , & elle
a pour ſujet la Chaffe. M. Chalamont de la
Vifclede, Secretaire de l'Académie de Marfeille
, eſt Auteur du Diſcours qui a été
couronné , & dont le ſujet étoit , lesRichefſesſont-
elles un écucil plus dangereux pour
la vertu , que la pauvreté ?
DICTIONNAIRE UNIVERSEL de Mathematiques
& de Physique, contenant l'explication
des termes de ces deux Sciences &
des Arts qui en dépendent , &c. Par M.
Saverien , Ingénieur de la Marine. A Paris,
chez Jacques Rollin & Charles-Antoine
REDEFRANCE.
::
On pu
tionnaire
robation & Privilé
in-4°. Nous av
leMercure quelq
cet ouvrage eſt co..
fatisfaire à notre engag
rochaine ce Dicdeux
volumes
Sucs
ſerer dans
'es , dont
Lous allons
ATT. Attraction. Terme de Phyſique : l'action
d'attirer. Kepler eſt le premier , qui a établi
une loi d'Attraction dans tous les Corps. M Frenicle
l'admettoit aufi ; & M. Roberval la définif
foit : Vim quamdam corporibus infitam , quâ partes
illarum in unum coire affectent. Suivant Newton ,
l'Attraction eſt une propriété inséparable de la-mariere
, par laquelle elle eſt unie , & tend à s'unir
(quá corpora adſe mutuo tendant ). Pour concevoir
cette Attraction mutuelle & réciproque dans les
Corps , il faut leur ſuppoſer une vertu ou faculté
Attractive. Cette vertu eſt ſans doute une des qualités
occultes. Descartes ,qui ne les vouloit pas reconnoître
, avoit auſſi banni de la Phyſique & l'At.
traction & le Vuide , & on les en croyoitbannispour
toujours , lorſque le grand Newton les retablit
d'une façon nouvelle ,& armés , comme le dit
agréablement M. de Fontenelle , d'une force dont
on ne les croyoit pas capables ( Suite desEloges
desAcad. Eloge de Newton ).
Kepler avoit obſervé , que la Force qui empêche
que les Corps céleſtes ſuivent dans leurs Mouvemens
la Ligne droite , avoit une action variable
felon les differentes diſtances , & cela en raifon
renversée du Quarré des diſtances au Centre de
leur Mouvement. En forte que fi un Corps eft:
trois fois plus éloigné, la Force Centrale ou CenSEPTEMBRE.
1749. 15
tripete , Force qui retire le corps vers ſon centre ,
eft neuf fois moins forte .
2. Newton eſt parti de là. Abſtraction faite de
cette loi & de ce principe , il a cherché dans les
Phénomenes le principe. Au lieu de ſuppoſer que
Les Planettes peſent ou ſont attirées par le Soleil ,
en raiſon renverſée du Quarré de leurs diſtances ;
pour expliquer le cours des Planettes , le Philofophe
Anglois a au contraire du cours déduit la loi,
Ce grand Homine a démontré , que les Planettes
ne peuvent décrire un Ellipfe , dont le Soleil oc
cupe l'undes Foyers , que leur Attraction ne varie
dans la raiſon inverſe du Quarré des diſtances.
Cette loi a lieu dans tous les Corps qui décrivent
par leur mouvement cette Courbe.
Cela une fois démontré , M. Newton en a con,
clu , que les Corps peſent les uns fur les autres,
& qu'ils s'attirent réciproquement en raiſon de
leur maffe. Et quand ils varient dans le même
tems; qu'ils tournent vers un Centre commun.;
qu'ils font attirés & qu'ils s'attirent , leurs Forces
Attractives varient dans la raiſon renversée des
Quartés de leurs diſtances à ce Centre. Tel eſt le
fond de ſon Syſtême , celui de ſon grand Ouvrage
des principes ; & , pour tout dire , tel eſt le triomplie
de l'Attraction.
Un fameux diſciple de Newton , M. de Maupertuis
, a encore rencheri fur cette Démonſtration;
it a oſe ſonder les vues du Créateur . De
toutes les loix générales qu'il a dû choiſir , dit- il ,.
la plus ſimple a ſans doute été préferée. Or , cette
fimplicité eff renfermée dans la loi de l'Attraction .
Celle-là ſeule , ſuivant le calcul du Préſident de
l'Académie de Berlin , réunit l'avantage dela diminutiondes
effets , avec l'éloignement des cauſes.
C'eſt pouffer loin ſes recherches , & les poufler
CURE DEFRANCE
d'une façon bien hardie &bien ingé-
• noire de l'Acad. 1732 .
que puiſſante que ſoit la démonstration
on, & quelque victorieux que pu ffe être
nement de M. de Maupertuis , l'Attrac-
* point généra'ement admiſe. La cauſe de
ttraction est bien moins ſenſible que l'effet
,
lui attribue . Encore cet effet eſt il conteſté.
M. Bernoulli prétend , 1 °.Que les Corps ne peuvent
s'attirer réciproquement c'eſt à dire , ſe
mettre d'eux - mêmes en mouvement , parce qu'on
ne connoît aucune caufe de ce mouvement , &
qu'un effer fans caufe , & une action ſans principe
d'agir , eſt une chimere ; 2°. Que si l'Attraction
avoit lieu dans les corps , elle devroit y avoir lieu ,
non en raiſon de leur ſurface , mais en raiſon de
leur maffe . Il s'enfuivroit de-là une terrible conféquence.
C'eſt que leur Attraction diminueroit en
raiſon triplée , ou comme le Cube de leurs diſtances,
& nullement comme les quarrés de ces diſtamces.
Bernoulli Opera. T. III. Nouv. Pens.fur leſyſt.
de Descartes
A ces objections , M. Clairaut en ajoint tout
récemment une autre. Il s'agit du mouvement de
l'Apogée de la Lune , non calculé par M. Newton.
Le Géométre François , après avoir trouvé l'Equation
de la courbe que décrit la Lune , a reconnu
, que fi la loi de l'Attraction ſuivoit exactement
leRapport renverſé du Quarré des diſtances , l'Apogée
ne feroit une révolution qu'en 18 ans
&elle la fait en 9 ; d'où M. Clairaut conclut que
la Loi de l'Attraction nefuit pas tout-à-fait le quarré
des distances inverſes , mais celle des quarrés , plus
d'une certaine fonction de ces quarrés , oumême d'une
autre puiſſance de ces distances. Mém. pour l'Hist. des
Scienc. mois de Janv . 1748 .
"
SEPTEMBRE. 1749. 161
4. Que doit-on penſer maintenant de l'Attraction
? Les Corps céleftes font- ils doués d'une vertu
Attractive ? Il ya dans ce mot un je ne ſçais quel
air de myſtére qui fait peine . Si au lieu d'Attraction
, nous nous ſervions du mot de Pefanteur , ou
de gravitation , peut-être nous entendroit-on
mieux ; car tout le monde ſçait que les Corps pefent
; & le terme de Peſanteur est plus connu ,
plus familier que l'autre , quoique ſon principe foir
auſſi caché que celui d'Attraction , & qu'il dépende
peut- être de l'Attraction même. Lorſqu'on
dit donc qu'une Planette eſt attirée par le Soleil
on entend que cette Planette peſe ou gravite fur
le Soleil. Qu'il y a-r'il là d'étonnant ? On demandera
peut- être pourquoi elle n'y tombe pas. Si les
Planettes n'étoient pas dans un mouvement trèsrapide
, qui l'emporte par ſa vitefle fur la Force
de la maffe, il eſt certain qu'elles ne tarderoient
pas à reſſentir les impreffions ardentes de cet
Aſtre. Le mouvement auquel elles ſont en
proye , ne leur perinet pas de ſuivre la loi de la
Peſanteur. C'eſt la force centrifuge , qui les en
éloigne. A l'égard de la loi de l'Attraction ou gravitation
, elle doit être renfermée dans celle de la
Force Centrifuge , & celle de la Force Centripete,
c'eſt- à dire , dans la loi de ces deux Forces , ſelon
Jeſquelles les Corps tendent par leur maſſe vers
Teur Centre de Peſanteur ,& s'en éloignent par le
mouvement . Voyez Force centrifuge , & Force centripete.
,
5. Ceci ne regarde que l'Attraction , quant aux
Corps céleſtes , quant au Systême du Monde. Les
Newtoniens ne s'en tiennent pas là Ils veulent
que l'Attraction ait lieu dans tous les Corps ; qu'elle
foit la cauſe de tous les Phénoménes , comme
de la Cohéfion,de l'aſcenſion de l'eau dans les
LEDE FRANCE.
caf
.onie
moin:
L
de la chûte des Corps , de la
miere . Il eſt même des Newnent
que l'Attraction n'est pas
1x Corps , que leur étendue.
dei Edition de M. Cotes , des Princ.
On che de prouver cela par diffe.
1°. C'est une vérité reconnue
de tosas , que les parties d'un liquide,
(V.1
Phil.
rentes
quel
s'attiren
pervu qu'il ſe diviſe par goutes ,
103tement dans le Plein , comme
dans le Vuide. 2°. Que pluſieurs Corps folides
ont une veitu Attractive , dont on peut être témoin
lorſqu'on veut , Qu'on mette deux Miroirs l'un fur
l'autre , on ne les ſéparera qu'avec peine , & cette
peine ſera très-fenfible , ſi on les a un peu preflés .
M. Defaguliers a remarqué , que deux Sphères de
criftal, qui ſe touchent par une ſurface de la dixié.
me partie d'un pouce , ayant été un peu preflées.,
font Equilibre par leur vertu Attractive avec une
Force de 19 onces. Ce n'eſt pas tout. Deux Miroirs
, qui ne fe touchent point , ne laiſſent pas
que de s'attirer , s'ils ſont ſéparés par une foie.
Un Cône de verre , ſuivant les Expériences de
Newton , détourne la Lumiere à une & même
deux lignes de distance . Eh! combien d'autres
expériences n'a- t'on pas , qui établiſſent une loi
d'Attraction univerſelle ? ( V. l'Eſſai de Phy. Par
M. Muſchenbroeck. T. I. L'Optique de Newton.
Les El. de Phys. de s'Gravesande , & la Micrographied'Hook.
Il y a des Sçavans qui le diſent, comme ils le
penſent. M. Keil , par exemple , veut , que les effets
de la ſecrétion ayent l'Attraction pour cauſe.
Et un Auteur , qu'on connoît bien , qu'on a même
nommé dans cet article ,a voulu prouver , que
C'est à l'Attraction , que le Foetus doit laformatiom
SEPTEMBRE. 1749. 163
L
( V. Animal Secretionis par Keil. Venus Physique.
C. XVII . ) Sans parler du Docteur Mead , qui fait
de l'Attraction la clef de la Médecine.
Comme les Auteurs ,qui ont écrit ſur l'Attrac
tion , ne l'ont fait que pour adopter ou réfuter le
ſyſteme de Newton , je me réſerve de les faire
connoître à cet article. Voyez Systéme.
BO M. Bombe. Boule de fer creuſe , armée de
deux anſes ,plus épaiſſe de métal dans ſon culot
que dans ſa partie ſupérieure ,où elle eſt percée
pour être remplie de poudre. On ne fait pas uſage
dans l'Artillerie d'autre compoſition . La queſtion
eſt ſeulement de la remplir comme il faut.
M. Wolf , dans le quatrième Tome de ſes elementa
Matheſeos univerſa , apporte à cet égard
quelqu'attention qu'on ne doit pas négliger avant
que de la remplir. Il veut qu'on chauffe d'abord
IaBombe , pour s'aſſurer s'il n'y a point de crevafſes,
que la dilatation de l'air rendra plus ſenſibles ,
&dont on jugera , ſi après y avoir mis de l'eau
froide, on la bouche exactement , & qu'on la faſſe
tremper dans de l'eau bouillante. ( On prend de
l'eau de ſavon , parce qu'elle a plus de chaleur ,
Iorſqu'elle est échauffée,que toute autre. ) Alors
l'air , renfermé dans la Bombe , étant dilaté par la
chaleur de cette eau bouillante , s'échappera de la
Bombe , & formera ſur la furface des petites bulles
d'air , ſuppoſé que la Bombe ait des crevaſſes oudes
fentes , qui lui donnent iſſue.
Une fois qu'on a reconnu que la Bombe n'a point
de fentes , on la remplit de poudre non pilée , &
on enfonce avec force une fuſée par la lumiere ,
pour communiquer le feu à cette poudre. On
bouche exactement ce trou avec une eſpéce de
maftic , capable de réſiſter aux efforts de la poudre
enflammée , qui réduit dans cet état la Bombe en
ERCURE DE FRANCE .
Les, On jette la Bombe par le moyen du Morer.
Voyez Mortier.
Metius, dans ſon Traité d'Artillerie , T. II . ch .
4. conſeille de ſe ſervir, pour remplir la Bombe, de
cette compofition. Au lieu de poudre commune ,
il prend 20 livres de ſalpêtre , 13 livres de ſoufre
bien broyés pendant 24 heures,& humectés avec de
bon vinaigre , où il a mêlé de l'eſprit de vin camphré
, & dans lequel il a fait infufer de l'ail. Ce
mêlange forme une pâte qu'on réduit en grain
comme la poudre ordinaire.
La charge d'une Bombe de 17 pouces de diamétre
, qui eft de la plus grande efpece , eſt ordinairement
de 48 livres de poudre, Elle peſe ,étant
chargée , environ 490 livres. Je ſuppoſe ici qu'il
ne s'agit que de faire crever la Bombe ; car fi l'on
vouloit par ſon moyen mettre le feu à une Ville , il
ne faudroit pas épargner la poudre. M. Belidor a
donné des régles pour charger les Bombes qu'on
veut faire crever , déduites de pluſieurs expériences.
Voyez fon Bombardier François , fans négliger
les Mémoires de l'Artillerie de S. Remi.
2. Charger comme il faut une Bombe , n'eſt pas
difficile ; mais ce n'eſt pas là en quoi confiſte l'art
du Bombardier. Le grand point eſt de la ſçavoir
jetter. En effet , à quoi ſerviroit une Bombe bien
chargée, fi elle étoit mal dirigée ? Voici quelques
principes qui renferment toutes les régles de l'art
de jetter les Bombes. Ces régles font des corollaires
de la théorie de cet art , dont on trouvera les
fondemens au mot Balliſtique .
Il eſt démontré que la portée de differens coups est,
àcharge égale, comme le double des Sinus desAngles
d'élévation du Mortier. Delà il ſuit que connoiffant
la portée d'un coup à une élévation donnée ,
on äura celle de tel autre coup , en telle élévation
SEPTEMBRE .
15 1749 .
qu'on voudra , en diſant : Le Sinus du double de
PAngle de l'élévation connue est au double du Sinus
de l'Angle de l'élévation proposée , comme la portée
connue està la portée qu'on demande.
Pour avoir cette portée , qui doit ſervir de fondement
à toutes les autres , il faut faire une Expérience.
Dans les choſes Pyſiques on eſt toujours
obligé d'en venir là. Galilée & ſon ſucceſſeur Toricelli
n'ont pû faire autrement , eux à qui l'on eſt
redevable de l'art qui fait ici l'objet de nos réflexions.
Une Bombe étant donc chaffée ſous un angle
d'élévation déterminé , on meſure exactement la
portée de cet angle ; ce qui donne le premier Terme
d'une régle de Proportion pour toutes les portées
quelconques , qu'on formera comme ci-de
vant. Ajoutons que ces deux portées étant données
, cette Experience ſervira également pour
trouver les Angles d'élévation par cette Analogie :
Laportée connue est à la portée donnée, comme le
double du Sinus de l'Angle de l'élévation du Mortier,
avec laquelle on a fait l'expérience , est au double du
Sinus de l'Angle que l'on cherche.
Au reſte, je dois dire ici , pour ceux qui ne le ſçavent
pas,qu'on ſuppoſe que la portée donnée n'ex
cede pas celle que peut donner 45° d'élévation ,
qui eft la plus grande, comme l'a reconnu le premier
Tartaglia. Et à propos de 45 ° , n'oublions
pas , pour le cas précédent que ſi l'Angle qu'on
propoſe , a plus de 45°, il ne faudra pas prendre le
double pour avoir le Sinus que demande la régle ;
mais doubler celuide ſon complement.
Il ne reſte plus pour achever l'ébauche de l'art
de jetter les Bombe , que de faire mention des
inftrumens néceſſaires pour connoître l'Angle d'élévation
du Mortier. On en a inventé de pluſieurs
fortes. Le plus ſimple eſt, ſans contredit , l'equere
PCURE DE FRANCE ,
Vo
3.
prati
des C
appellé Equerre des Canoniers.
jetter les Bombes , tel qu'on le
ezlong-tems. De nos jours
eurs ont voulu le rendre plus
terribi du Canon , M. de Vauban a
invento ' Voyez Batterie. ) Ce ricochet,
fi taque des Places , fit penfer
que fi l r les Bombes à ricochet , on
perfectio ment certe partie de l'art
dela gue 1723 , des Expériences furent faites
à ce ſujet , & de ces expériences il réſulta que
lesObus, forte de Mortier , ( Voyez Mortier ) in-
-clinés depuis 8º degrés juſqu'à 12º toujours entre
ces deux Nombres, chaſloient la Bombe de telle
maniere qu'elle ne ſe mouvoit que par fauts &
par bonds. L'effet de cesBatterieess àricochet doit
être terrible. Qui en doute? Il est bon cependant
de voir là-deſſus les reflexions de M. Belidor dans
fon Bombardier François.
4. Cet art doit ſa naiſſance à un habitant de
Vanlo , dans la Province de Gueldres. Ce fut pour
le divertiſſement du Duc de Cleves , qu'il imagina
ce ſpectacle. Il enjetta pluſieurs en ſa préſence ,
dont une tombant par malheur fur une maiſon
, où elle perça , embraſa la moitié de la Ville.
Quelques Hiſtoriens Hollandois veulent que
cet art ſoit plus ancien. Ils en font honneur à
un Ingénieur qui avoit fait antérieurement des expériences
à Bergo-op-zom , honneur qu'il paya
cher: il lui coûta la vie .
Casimir Siemienowicz prétend que c'eſt au Siégede
la Rochelle, qu'ont été jettées en France les
premieres Bombes. Si l'on en croit M. Blondel , on
n'a commencé à en faire uſage qu'au fiége de la
Motte en 1634. Selon cetAuteur , le premier qui
:
SEPTEMBRE. 1749. 167
en a jetté eſt un Ingénieur Anglois nommé Malthus
, que Louis XIII avoit fait venir , & dont les
commencemens ne furent pas heureux. Comme il
alloit en tétonnant ,& que ſuivant que le coup
portoit, il hauſſoit ou baiſſoit au hazard ſon Mor
tier , il tuoit beaucoup de François qui étoient de
P'autre côté de la Ville. Ce n'est qu'entre les mains
deGalibée & de Toricelli , que l'art de jetter les
Bombes a pris une autre forme , & qu'une sçavante
théorie en a établi les folides fondemens.
Il est vrai que Tartaglia , ainſi que je l'ai dit ,
avoit déja reconnu que les coups tirés à 459
étoient ceux qui donnoient une plus grande portée.
Son Livre , où l'on trouve de très -bonnes chos
ſes , a pour titre : De la Science nouvelle. Après lui
le Pere Merſene a publié le ſien. Il eſt intitulé : La
Ballistique. M. Blondel a écrit ex profeſſo ſur cette
matiere. Il a établi dans toutes les régles un artde
jetter les Bombes. M. Belidor en a auſſi donné quelques
principes dans ſon nouveau cours deMathématiques
& des Tables très-utiles pour connoître
l'étendue de toutes les portées dans ſon Bombar.
dier François. J'ai déja cité les Mémoires d'Artille
rie de S. Remi , T. II . Il me reſte à faire mention
d'un ouvrage où il eſt traité du Jet des Bombes ſe-
Ion toutes les inclinaiſons . C'est la nouvelle Théorie
ſur leMéchanisme de l'Artillerie , par M. Du
Lacq.
CAL. Calcul. Opération par Nombre & par
lettres , par laquelle on diviſe untout en ſes par
ties,& on réduit les parties en leur tout ; & par la
quelle on évalue , on compare pluſieurs Quantités
pour endécouvrir le rapport. Le Calcul Arithmétique
, qui s'exerce ſur les Nombres , ſemble ne
mettre ſous les yeux que l'expreſſion de pluſieurs
Nombres ou unis ou déſunis , &préſentés par or
7
CUREDEFRANCE .
b
P
15
1
C
{
Lecalcul Algébrique n'est pas fi
ercher le rapport des Nombres , &
connoît , il découvre ceux qu'on
ment. Voyez Arithmétique & Al-
Infiniment petits. Dans le tems de
ne connoiſſoit que ces Calculs qui
: des quantités finies. Depuis ce
ce on a été plus loin. Les Calcula.
teurs ont ofé porter leur vue ſur lesQuantités infinies
& réduire ſous leur main l'infini ; que dis-je
Pinfini ! l'infini même de l'infini , & comme le dit
l'illustre Marquis de l'Hopital , une infinité d'infinis.
Ceci paroît paſſer les bornes de l'eſprit humain.
Aufſi dès que le Calcul des Infiniment petits
parut , on crut réellement que les Géométres ne
meſuroient plus leur force ,& que leurs idées alloient
beaucoup au de-là. Des Mathématiciens
mêmes , ainſi que Niewentit , Rolle , Ceva , en fu.
rent ſérieuſement effrayés. En Angleterre , des
Docteurs monterent exprès en chaire pour avertir
le Publicde ſe méfier d'eux , de les regarder comme
des gens perdus , qui donnoient tête baillée
dans des chimeres , & d'éviter leur commerce ,
comme très-dangereux pour l'eſprit & pour la Religion.
Par ce trait le Lecteur juge combien c'eſt
une belle & hardie découverte que celle du Calcul
de l'infini. On peut dire fans exagération que c'eſt
celled'un nouveau monde Géométrique. Les Mathématiques
y perdroient trop,ſi je laiſſois échappercette
occaſion d'en donner la carte , & la plû
partdes Lecteurs n'y gagneroient pas aſſez , fi je
ne les conduiſois parla main dans un pays fi peu
connu encore& fi peu fréquenté.
2. Faiſons abſtraction de l'infini. Que ce mot
ne nous effraye pas. Sans prévention , remontons
àl'origine
SEPTEMBRE . 1749. 169
l'origine de ce Calcul. Conſidérons une Courbe ,
un Cercle , pour fixer notre imagination , &
voyons commentnous pourrions faire pour connoître
le développement de cette Courbe , c'est- àdire
, ſa longueur en ligne droite. Que firent les
premiers Géométres , lorſqu'ils ſe propoſerent ce
Problême ? Archimede ſuppoſa ſans façon , que le
Cercleeſt compoſé d'une infinitéde petites Lignes
droites , & cela pour faire évanouir la courbure.
Plus cespetites Lignes étoient ſuppoſées en grand
nombre , plus la ſuppoſition s'approchoit de la
réalité. En concevant le Cercle diviſé en une infinité
de petites parties , il n'y avoit plus de difficulté
à l'admettre . Premiere idée , on peut dire
même premiere époque du Calcul des infiniment
petits.
3. Juſques- là c'était concevoir les Courbes d'une
maniere bien vague . Suivant la nature des
Courbes qu'on vouloit développer , ces petites Lignes
devoient être , & en plus grand nombre , de
quelque façon qu'on pût ſe repréſer ter l'infini des
unes & des autres , & diverſement ſituées pour
former telle courbe ou telle courbure. Les parties
infiniment petites , ou , pour abreger , les Elémens
d'un Cercle doivent être differens de ceux de la
Parabole , de l'Hyperbole , &c . Archimede , &
après lui Appollonius , Grégoire de S. Vincent , qui
le comprirent chacun en leur maniere , imaginerent
d'inscrire & de circonfcrire des Poligones
d'une infinité de côtés connus , c'eſt- c'est- à-dire ,dont
le rapport étoit établi avec une connue , par une
ſuite infinie , une méthode d'aproximation , à peu
près comme l'on connoît la Racine d'un Nombre
fourd. C'eſt ainſi que les plus grands Géométres
anciens , tels que Cavallerius , Fermat , Wallis ,
Pascal , confidérerent l'infini & en firent l'appli
H
MERCURE DE FRANCE.
ton àlaGéométrie , en ſuivant néanmoins les
chemins qu'ils ſe frayoient chacun en particulier.
Telle étoit avant Newton & Leibnaz, & pour
parler avec plus de précifion , avant Barrow, la
ſciencede l'infini . Car on doit regarder la nouvelle
, ſuivant pluſieurs Mathématiciens , comme
ayant germé entre les mains de Barrow, Maisce
n'en étoit que le germe. MM. Leibnitz & Newton
firent végérer ce germe , auſquels MM. Bernoulli
, freres , &le Marquis de l'Hôpital firent porter
des fleurs .
Puiſque nous ſommes à l'hiſtoire du Calcul de
Pinfini , il eſt dans l'ordre que nous en connoiſſions
l'inventeur , avant que d'entrer dans le Calcul meme.
C'est une grande queſtion parmi les Sçavans,
que celle dedécider à qui nous sommes redevables
dece Calcul. Newton & Leibnitz partagent l'honneur
de cette découverte. Les Anglois en font
honneur abiolument à Newton . Dans les Actes de
Leipfic , M. Leibnitz en a la gloire. Quel parti
prendre ? Il faut remonter à la ſource avantque
de ſe déterminer.
4. On ſçait que MM. Newton & Leibnitz ſe
communiquoient mutuellement leurs découvertes.
Newton fit part à Leibnitz de celle du nouveau
Calcul & de ſa Méthode. Leibnitz répondit qu'il
avoit un Calcul ſemblable , mais dont la méthode
étoit differente , & publia en 1684 les principes du
Calcul des infiniment petits, ſous le titre du Calcul
differentiel. (On verra ci après la raiſon de ce titre.)
Lors de cette publication , où Newton étoit oublié
, le Géométre Anglois , qui auroit peut- être
pû ſe plaindre , ne dit mot. M. Fatio de Duillers
fut le premier qui cria àl'injuſtice. Il prétendit
que M. Leibnitz n'avoit imaginé le Calcul differen.
sel, queparce que Newton lui avoir fait connoîtes
SEPTEMBRE. 1749. 171
la méthode des Fluxions , qui n'étoit autre choſe
que ce Calcul. Leibnitz répondit qu'il ne connoiffoit
nullement les découvertes de Newton en ce
genre, lorſqu'il inventa le Calcul differentiel.
Cette réponſe auroit du ſuffire ; mais M. Leibnitz
, l'un des principaux Auteurs des Actes de
Leipfic , ne ſe contenta pas de refuſer d'imprimer
la réplique que faifoit M. Fatio à la réponſe. Il
s'oublia encore plus. Dès que le Traité de New.
ton ſur les Quadratures parut , il confentit que les
Auteurs de ces Actes rabbaiſſaſſent l'Ouvrage du
docte Anglois , & qu'ils lui préferaflent Tschirnhaus.
Les Journaliſtes de Leipſic , en voulant défavorifer
Newton , qui les offuſquoit par rapport à
Leibnitz , ſuſciterent à celui- ci une querelle terriblede
la part des Anglois. Cette comparaiſon injuſte
les indiſpoſa , &Keil ſe chargea , au nom de
laNation , plus jalouſe de lagloire de Newton ,
que Newton même , ſe chargea , dis - je , de tirer
raiſon d'une forte d'inſulte qu'ils attribuoient à
M. Leibnitz ; & qu'ils prenoient pour eux. Keil
fit donc imprimer en 1708 dans les Transactions
Philofophiques , que Newton étoit l'inventeur du
Calcul des infiniment petits , & que Leibnitz s'en
étoit emparé , après avoir défiguré la méthode de
Newton , en changeant le titre ou le nom , & le
caractére ou la notation .
On devine aisément qu'un pareil plagiat , attritribué
à un homme tel que Leibnitz , dut beaucoup
lepiquer. Il en porta plainte à la Société Royale
de Londres; demanda & une rétractation & une
réparation authentique de la part de Keil, qu'il appellahomo
novus & rerum ante actarum parum pes
vitus. Sur ce que celui-ci répondit , la Société
pomma des Commiſſaires de toutes lesNations
Hij
MERCURE DE FRANCE.
T
ar juger le differend ;& le rapport que les Com
Loiſſaires firent , donna , avec art , gain de cauſe à
Keil : je dirois à Newton , puiſque ce procès le
regardoit en propre; mais le filence qu'affectoit
cegrand homme , doit être conſervé dans cette
partiede fonHiſtoire, & c'eſt ſe conformer à ſa
modeftie que de ne laiſſer parler ici que le Lecteur
pour lui.
De ce petit détail hiſtorique , on peut conclure
deux choses; l'une, qu'il eſt certain que M. Newton
a inventé le Calcul des infiniment petits ; l'autre
qu'il y auroit de l'injuſtice à vouloir que M. Leibnitz
ne l'ait pas découvert , aidé de ſon ſeul &admirable
génie. Dans une diſpute où les plus grands
Géométres ont obſervé une exacte neutralité , je
n'ai garde de décider. Les perſonnes , qui voudront
être inſtruites du fond de ce procès , doivent avoir
recours aux piéces même du procès , imprimées
conjointement avec le rapport des Commiſſaires
nommés par la Société Royale de Londres , ſous
ce titre : Commercium Epiſtolicum. On trouvera
plufieurs Ecrits ſur cette matiere dans les Journaux
Litteraires des mois de Mai & Juillet 1713 , T. I.
P. 208. Novembre & Décembre 1713 , T. II.
2 Part. p. 445 , & M. de Juillet 1714, p. 319 ; &
dans un Livre intitulé : Recueil de diverſes Piéces
fur la Philofophie , la Religion naturelle & les Mathématiques
, par MM. Newton , Leibnitz & Clark,
T. II. La belle Préface , dont M. de Buffon a or
né ſa Traduction du Traité des Fluxions de M.
Newton , eft encore biendigne d'être citée. Elle
mérite d'être lúe avec la plus grande attention.
Voyez auffi Wallis opera Mathematica. T. III . p.
45 & 648 ; Philoſophia naturalis principia Math.
pag. 253 , de la premiere Edition , & pag. 226
de la ſeconde; Acta eruditorum 1684 , pag. 467.
SEPTEMBRE. 1749. 173
:
& Philofoph. Transact. 1708 , mois de Mai &
Juin ..... , & c.
ATTAQUES , Plan & environs de la Ville d'Ypres
, affiégée par le Roi le 6 Juin 1744 , & priſe
le 25 ſuivant , levés &deſſinés ſur les lieux , par
M. Pierre de Jeandeau , Ingénieur & Géographe
ordinaire du Roi .
L'Auteur de ceste Carte travaille à en faire exécuter
pluſieurs autres par lui levées ſur les lieux ,
qui contiendront les Marches , Campemens , Siéges
& Batailles , depuis environ dix ans , ce qui
formera un Théatre complet des Guerres de Flandre
, d'Italie & d'Allemagne , dont il donnera inceffamment
le Prospectus bien détaillé. Il ſe propoſe
de donner auffi au Public un très grand ouvrage
concernant le génie.
Cette Carte ſe vend à Paris , chez Lantino , rue
du Cherche midi , à l'Hôtel du Roure ; Bernard ,
Quai de l'Horloge ; Gandouin , Libraire , Quai
deConty; les freres Morel , Grande Salle du Palais ,
Guillyn , Libraire , Quai des Auguftins , & Julien ,
à l'Hôtel de Soubize. Le prix eſt de 35 f. tiré ſur
papier lavé & battu , pour recevoir les couleurs ,
&30 f. fur papier ordinaire.
LETTRE
Ecrite à M. Remondde Sainte Albine ,fur
le Voyage Pictoresque de Paris.
L
EVoyage Pictoresque de Paris , que vous avez
annoncé , Monfieur , dans le Mercure de
Juillet , exigeoit , ce me ſemble , de votre part
Hiij
ERCURE DE FRANCE.
ques lignes un peu avantageuſes , ſeulement
at établir les differences qui la diftinguent des
aeſcriptions de cette Ville. L'accueil favorable
que le Public a la bonté d'y faire , eſt bien capable
d'encourager un Magiſtrat parvenu à peine à fon
cinquiéme lustre. Un des principaux agrémens de
ce Livre est un Catalogue des Tableaux de M. le
Duc d'Orleans , chambre par chambre , & fuivant
la place qu'ils y occupent. Nous avions déja,
il eſt vrai , une deſcription de ces Tableaux , par
du Bois de Saint Gelais , mais le défaut d ordre &
d'arrangement la rend totalement inutile , au lieu
que celle- ci facilite extrêmement le moyen de
connoître la quantité & le nom des Auteurs dont
on voit les productions. La Table alphabétique
des Peintres , Sculpteurs & Architectes , qui termine
l'ouvrage , n'est pas indifferente. Vous
voyez un Tableau , une Sculpture d'un habile
homme , vous defirez ſçavoir le lieu de ſa naif
fance, fon pays en un mot: cette Table vous
Papprend avec ſfon furnom & fon nom de baptême.
La justice que vous avez accoûtumé de rendre
aux Auteurs , me fait eſperer , Monfieur , que
vous voudrez bien inferer ma Lettre dans le Mer.
cure , pour réparer cette petite omiffion , qui n'a
pû naître que de l'oubli.
J'ai l'honneur d'être , &c.
AParis , ce 28 Juillet 1749.
D***.
SEPTEMBRE. 1749. 175
LETTRE
De M. Trochereau , au même.
MEpardonnerez- vous, Monfieur, d'interroma
pre un moment vos occupations littéraires ,
pourvous faire partdu chagrin que j'ai de quelques
fautesgroſſieres , qui ſe ſontgliffées dans lesnotes
dupetit ouvrage que je viens de donner au Public,
&au ſuccèsduquel vous avez bien voulu vous intéreſſer.
Lors de l'impreſſion de cet ouvrage , je
fus obligé de quitter Paris ,& je ne pus pas veiller
moi-même à la correction des épreuves. Indépendamment
d'un nombre affez conſidérable de fautes
typographiques qui gâtent le texte voici
quelques bévues quej'ai eu le chagrin de trouver
dansles notes.
,
1°. P. 34. Ingentes dolores ftupent , parvi loquuntur
.
Voici le vers de Seneque , tel qu'il faut le rétablir.
Cura leves loquuntur , ingentesſtupent.
Art . 2 Hypp . f 3. v. 18 .
2º . p. 78. Necfic incipies , ut Poëta Cyclicus olim ,
Il doit y avoir , ut fcriptor Cyclicus . Art. p. v.
136.
3 °. p. 100. Si vis me flere dolendum eft ipfi tibi,
Il faut lire ainfi :
Si vis me flere , dolendum est
Primum ipfi tibi Art. p. v. 103 & 104.
Diſcours préliminaire , p. xxxiv. liv. 10. Ho
race , lifez Virgile fixiéme Livre de l'Enéïde .
Mes amis qui ſçavent que j'ai paſſe la meilleure
partie de ma jeuneſſe àl'étude des Auteurs an-
Hiiij
MERCURE DEFRANCE.
ens , ne mettront pas ces fautes groffieres fur
mon compte , mais je pense que je dois au Public
de le prévenir moi-même. Il n'est pas obligé de
nous traiter mieux que nous ne paroiffons le mériter.
Je me flatte que les preuves d'amitié , dont
vous m'avez honoré juſqu'à préfent , & auſquelles
je ſuis extrêmement ſenſible , vous détermineront
à vouloir bien vous donner la peine d'en faire une
note dans l'article littéraire du Mercure prochain .
Il m'eſt tombé hier entre les mains un ouvrage
périodique Anglois , qui paroît à Londres tous les
mois , intitulé : The Gentleman's magazine. J'y
ai lû les particularités ſuivantes , extraites des
Transactions philoſophiques ( nº. 484. ) qui viennentd'être
miſes au jour.J'ai crû qu'ellespourroient
intéreſſer la curiofité des amateurs des Arts & de
l'Antiquité. J'ai l'honneur de vous en envoyer
la Traduction. Vous en ferez l'uſage que vous
jugerez à propos d'en faire : fi vous croyez qu'elles
puiffent être agréables au Public , je vous prie
de leur donner une place dans le Mercure prochain
. Les voici :
>
Une Lettre de M Hoare dattée de Rome .
du mois d'Août 1747 , apprend que le Tableau
repréſentant Achilles & Chiron , trouvé à Herculanum
, eft de cinq pieds de long ſur quatre de
large ; que les figures en font moitié grandes
comme nature ; qu'elles font très fraîches , artiſtement
coloriées ; & bien deffinées ; que celle
d'Hercule eſt parfaite ; que le Tableau de Theſée
&du Minotaure eſt haut de cinq pieds , & quelque
choſe de plus. Theſée eſt debout dans une
belle attitude , un pied fur la tête du Minotaure ;
certe tête eſt celle d'un taureau jointe à un
corps humain. On y voit quelques Génies ou
'Amours , s'empreffant à l'envi de careffer leur
SEPTEMBRE. 1749 .
iberateur : l'un lui baiſe la main , l'autre lui em
braſſe la jambe ; pluſieurs autres , dans differente
attitudes , lui témoignent les ſentimens de leur
reconnoiffance .
Un autre Tableau contient l'Hiſtoire de Virginie
; elle est fondante en larmes,& on s'intéreſſe
à ſes malheurs. Appius eſt agité par des tranſports
furieux ; l'expreffion de ce Decemvir eft admirable.
Un autre repréſente Hercule & la Déeſſe de la
Nature . Ce Tableau est orné de plufieurs figures
ſymboliques : on y remarque particulierement un
enfant qui tette une daine. Celle- ci léche les genoux
de cet enfant , comme une marque de tendreffe
, & arrange ſes jambes , de façon qu'elle ne
puifle pas le bleſſer. La Victoire couronne le Héios
, qui s'appuye ſur ſa maſſue , & la Nature eſt
aſſiſe devant lui ; elle applaudit àſes travaux ; le
deſſein en eſt exquis & parfait.
Il y a un autre Tableau extrêmement fingulier
&bizarre ; il a dix-huit pouces fur neuf ; il repréfente
un perroquet traînant un char , dans lequel
eſt unegrofle mouche , dont les cornes ſervent de
bride pour conduire le perroquer .
Deux Tableaux de quatre pieds &demi de long
repréſentent des Comédiens fur le Théâtre. La
perſpective en eſt fort bien obſervée.
Un autre eſtune nôce. Iln'eſt compofé que de
trois perſonnes. Il eſt fort dans le goût de la Noce
Aldobrandine qui est à Rome.
On trouve dans ces décombres une multitude
infinie de petits ſujets , qui repréſentent les céré
monies des anciens facrifices. La plupart fone
peintes ſur des fonds rouges ou noirs ; on y vois
aufh quelques groteſques .
Ces Peintures réſolvent une de nos difputes
Hy
ERCURE DEFRANCE.
!:
aires ,& nous convainquent que les anciens
onnoiffoient la perſpective .
Cette derniere réflexion eſt une nouvelle preuve
que les anciens excelloient dans les Arts , & que
nos modernes , dont le ton eſt de déprimer l'Antiquité
, rougiront de la témérité de leur critique ,
ſouvent indécente , à mesure que d'heureux hazards
nous découvriront de précieux monumens
qu'on pourroit appeller les médailles juſtificatives
des connoiſſances des anciens dans les Arts. Peutêtre
ſerions - nous petits devant les Egyptiens , fi
nous étions parfaitement inſtruits , juſqu'à quel
dégré de perfection ils ont pouflé la Statique , la
Gnomonique , l'Hydraulique , &c .
Je ſuis perfuadé que cette façon de penfer eft
de votre goût, Monfieur , vous qui eftimez l'Antiquité
, parce que vous la connoiffez , & que vous
l'avez étudiée.
Je vous ſupplie d'être intimement perſuadé de
lapuretéde mes ſentimens ,& du parfait attachement
, &de la fincere reconnoiſſance avec laquelle
j'ai l'honneur d'être , & c.
Trochereau.
LETTRE
DeM. Collin de Blamont , Sur- Intendantde
la Muſique du Roi , au même.
J
Eme ſuis apperçu , Monfieur , que dans leCa
talogue de mes ouvrages , dont ileft faitmention
dans le Mercure du mois de Juillet , vous
avez obmis de marquer au ſujet de la Tragédie de
SEPTEMBRE. 1749. 179
Jupiter , reprefentée devant le Roi au Théatre des
grandes Ecuries , que M. de Bury , mon neveu ,
Maître de la Muſique de la Chambre , avoit part
à cet ouvrage. Je vous ſupplie de vouloir bien
contribuer avec moi à lui rendre aux yeux du
Public la justice qu'il mérite , en faiſant inferer
cette Lettredans votre prochain Journal.
Je ſuis ,&c.
Collinde Blamont.
AParis , ce 11 Août 1749.
LETTRE écrite par M. Briſſeand,de la
Ville d'Orbe , Canton de Berne & de Fri.
bourg , à M. Bourgeois, Docteur enMédecine
de la Ville d'Yverdun , Canton de
Berne en Suiffe , ausujet de la Méthodede
M. Daran, Chirurgien du Roi, pour traiter
les maladies de l'uréthre.
M
Onfieur , je vous ai promis , en partant pouz
Paris , de vous rendre compte du ſuccès des
remédes de M. Daran , entre les mains de qui je
venois me mettre. Je n'ai attendu fi long tems
à m'acquitter de ma parole , que parce que je vou
lois être aflûré de ma parfaite guérifon , avant de
vous en inſtruire .
Quoique des accidens de la nature de ceux qui
m'ont déterminé à faire ce voyage ; faffent des
impreſſions qui ne s'effaçent pas aisément , je vais,
Monfieur, vous retraçer en peu de mots la fituation
où je me trouvois, lorſque j'arrivai à Paris,
j'avois le perinée ciblé de trois fiftules ,&deux à
Hvj
AERCURE DEFRANCE:
!
e près du fondement , par leſquelles Purine
'échappoit avec des douleurs inouies . Je ne pouvois
demeurer ni affis , ni couché , ni debout. La
ſituation la plus commode que je pouvois trouver
étoit de me mettre ſur les genoux, en m'appuyant
fur les mains , & quoique j'euſſe toujours eu recours
aux perſonnes les plus célébres de l'art , je
n'en avois retiré aucun foulagement.
Cet affreux état , auquel je ne comptois trouver
de reſſources que dans la mort , dont les approches
me paroiſſoient plus à defirer qu'à crain
dre, étoit la ſuite des embarras qui s'étoient formés
dans le canal de l'uréthre . Le fil de mes urines
diminua ſenſiblement , je ne les rendis plus
ſans ardeurs ; je fis alors beaucoup de remédes qui
furent infructueux. Je ne retirai pas un plusgrand
foulagement des bains de Plombieres , dont on me
conſeilla Pufage. Ces differens remédes n'arrêterent
point même le progrès du mal. Les embarras
de l'uréthre augmenterent tellement, qu'il fe forma
au perinée, & à côté, des abſcèsqui donnerent
paffage à l'urine & au pus. On traita vainement
ces nouveaux accidens par les remédes , qui furent
jugés les plus convenables. Je vous priai dans ces
circonstances , Monfieur , de conſulter àParis ' es
perſonnes qui ont le plus de réputation pour la
guérifon des maux auſquels j'étois en proye. Un
des plus célébres Médecins de cette Capitale , &
qui est fort en réputation pour les maladies de la
nature de la mienne, fut confulté. Mais je trouvai
qu'il valoit mieux mourir que de ſuivre fon
avis C'étoit , comme vous vous en ſouvenez ,
Monfieur , de m'ouvrir toutes les parties affligées.
juſqu'à la veffie , & d'emporter avec les inftrumens
tranchans toutes les excroiſſances qui fai
foient obstacle à la fortie de l'arine,
• SEPTEMBRE. 1749 . 181
Heureuſement M. Daran , confulté en même
tems , avoit donné une réponſe plus favorable. Il
marquoit que ma maladie lui étoit bien connue
par le mémoire que je lui en avois envoyé , qu'elle
étoit de la nature de celles qu'il traite habituellement
, & qu'il répondoit de ma guériſon , ſi je
pouvois faire le voyage de Paris .
Dès ce moment même , je me fis accommoder
une berline garnie de matelats ,& foutenue de
pluſieurs refforts pour rendre fon mouvement plus
ſupportable dans mon état , pendant une route
aufli longue que celle que j'allois entreprendre.
J'arrivai heureuſement àParis le quinziéme Octobre
1747 , & je fus deſcendre chez M. Daran ,
qui m'avoit fait préparer une chambre chez lui
afin d'être àportée de ſuivre l'effet de ſes remédes
avec la plus fcrupuleuſe exactitude.
2.
Comme il eſt dans l'uſage de n'entreprendre le
traitementd'aucun malade ſans en avoir fait conf
tater l'état par des gens de l'Art , on fit une conſultation
où se trouverent M. Chomel , Médecin
ordinaire du Roi , & Meſſieurs Dumoulin , Doyen
des Chirurgiens de Saint Côme , & Malaval , dont
le nom eſt très célébre dans la même Compagnie.
Ces Meffieurs , après un mur examen , furent ef
frayés de ma fruation , & convinrent qu il feroit:
très difficile de me guérir.
Je le fuis cependant , Monfieur ,& je jouis d'une
fanté plus parfaite que je n'ai fait depuis plus
de vingt ans. C'eſt ce que vous pourrez attefter
àceux qui vous demanderoient des nouvelles de
mon état. Il est vrai qu'il a fallu un tems confidé.
rable pour y parvenir , mais j'étois dans un étar fi
pitoyable , lorſque M. Daran a commencé à me
traiter , que je regarde ma guériſon preſque come
me une création nouvelle;
RCURE DEFRANCE.
compte, Monfieur , que vous ne ferez pas
ché que je rende cette Lettre publique , & qu'à
votre témoignage pour la vérité des faits qui ſe
fontpaffés ſous vos yeux ,je joigne auſſi celui de
M. le Confeiller Bourgeois , Chirurgien d'Orbe
qui fit alors tout ſon poſſible pour me foulager.
Au reſte c'eſt moins àma reconnoiffance pour le
ſervice effentiel que M. Daran m'a rendu , que je
crois devoir la publication de ma Lettre , qu'à
P'humanité entiere , qui a intérêt d'être inſtruite
que des maux ſemblables aux miens ſont ſuſceptibles
de guériſon. Si trois ans plutôt quelque malade,
dans l'état où je me trouvois , du grand
nombre que M. Daran traite, m'eût fait connoître
les reſſources que Pon peut trouverdans ſon expérience
confommée , quelle obligation ne lui aurois-
je pas eue, & combien de ſouffrances ne m'aus
roit-il pas épargnées !
J
Nous ſouffignés certifions qu'il n'y a riendans
cette Lettre que de conforme à la vérité ; que
nous avons vu le malade le 18 Octobre 1747 ;
qu'après l'avoir examiné avec attention , nous
avons trouvé pluſieurs fiſtules , non- feulement au
perinée , mais encore aux parties latérales , en
forte que le malade n'urinant que goute à goute
par la voie ordinaire ,les urines refluoient , &
fortoient par ces differentes fiſtules , commepar
un arroſoir ; que lorſque M. Daran voulut introduire
une de ſes bougies dansl'aréthre ,elle ne
put faire route que de deux travers de doigt ;
qu'aujourd'hui nous avons vu avec ſatisfaction
la bougie pénétrer facilement dans toute l'étenduedu
canal juſqu'à la veſſie,ſans trouver de réſiftance
, quoiqu'elle fût des plus groſſes ; qu'enfin
nous avons trouvé les fiſtules guéries & cicatrifées
,& le malade fort bien guéri , en foi de quoi
SEPTEMBRE. 1749. 183
nous avons figné le préſent certificat , cevingrhuitiéme
Juillet 1749. Dumoulin , Doyen , Chomel,
Malaval.
Avis aux amateurs de l'Histoire naturelle.
Lateur Guy B
,
E Sieur Guyot , Apoticaire-Chymiſte de Ma
donne avis au Public
qu'il eſt le ſeul Auteur de la compoſition d'une
liqueur préſervative , conſervative & univerſelle ,
à laquelle il réuffit depuis douze ans , qui ne reçoit
aucune variation , ni de la gelée , ni des grandes
chaleurs , & qui conſerve parfaitement toutes fortes
deplantes en fleurs& en fruits.
En conséquence il a fait à M. d'Ons-en-Bray pen
dant le tems fuſdit , un Cabinet à Bercy-lez -Paris,
contenant deux mille bouteilles,dont quinze à feize
cens renferment des plantes graſſes , marines &
aquatiques , la plupart étrangeres , & celles qui
font employées avec avantage en Médecine.
cou-
De même , cent cinquante eſpécesde champignons
de differentes formes & de diverſes
leurs , les uns plus délicats que les autres ; ainſ
quequelques noſtocs , agarics , & autres excroifſances
végétales.
Cette liqueur ne borne pas ici ſes effets . Elle
conferve encore au naturel les poiffons de mer
& d'eau douce de toutes les eſpèces , même les
inſectes les plus glutineux , tels que la limace , les
vers , & c.
En un mot , tous les animaux , tant volatils que
terreftres ; & ce qui eſt plus étonnant , les parties
les plus tendres &lesp us délicates, qui dépendent
de ces deux genres , végétaux & animaux , contenus
dans le ſuſdit Cabinet ,& qui font foide ce
qu'onavance.
MERCURE DE FRANCE.
Le Sicur Guyot prend d'autant plus volontiers
La liberté d'en informer le Public , qu'il laiſſe à
penſer aux Sçavans de quelle utilité peut être une
pareille découverte , pour apporter au naturel , &
mettre ſous nos yeux les richeſſes de cette nature,
qu'on poffede inutilement pour nous aux extremités
du monde , &deſquelles nous n'avons qu'une
connoiſſance imparfaite , faute d'avoir trouvé
juſqu'ici le fecret de les apporter , & de les conferver
au naturel.
プ
Le Sieur Guyot a déja eu lieu d'être fatisfait
du jugement avantageux qu'en ont porté pluſieurs
Membres illaſtres de l'Académie des Sciences
ainſi qu'un grand nombre de perſonnes de la premiere
distinction , qui ont vu les effets finguliers
decette Liqueur.
Autre avissur un Anemomètre fonnant.
وہ
Eft
C
une machine inventée par M. l'Abbé
Aubert , de Verdun ſur Meuſe , perpétuelle
fans poids , ni rowe , & fans qu'on aitjamais beſoin
d'y toucher, laquelle pronoſtique par une
muſique divertiſſante dans une chambre lesdif
ferens tems qu'il doit faire , les differentes forces
du vent , la pluye , le beau tems , le froid , le
chaud , bien plus ſurement , & plus promptement
que le Baroniétre , qui eſt ſujet à ſe déranger par
les perméations réitérées d'un air fubtil , &enſuite
de quelque choſe de l'air plus groffier. Celle-
ci ne peut jamais ſe déranger , & quand on y
toucheroit pour la faire carillonner à volonté ,
elle ſe remet juſte d'elle même. Elle eſt auſſi avec
fourdine & répetition , & amuſe agréablement
SEPTEMBRE. 1749. 185
dans une chambre , parce qu'elle forme une mufique
continuelle & en accord ſuivant les differens
airs qui diftinguent les tems , & on ſe donne
ainſi un concert pendant un repas , ou avant de
s'endormir ou à ſon lever , la machine jouant
toujours d'elle-même , à moins qu'on ne ſuſpende
pour un tems ces petits carillons , qui autrement
iroient ſeuls perpétuellement .
ESTAMPÉ NOUVELLE ,
Et Réception de M. Balechou , à l'Académic
Royale de Peinture , Sculpture , &c .
L
,
E Samedi 19 Mars 1749 , P'Académie Royale
de Peinture & Sculpture agréa unanimement
M. Balechou , Graveur fur le portrait qu'il a
gravé du Roi de Pologne Electeur de Saxe , peint
par feu M. Rigaud. Ce morceau est d'une grande
beauté , & il fait voir àquel degré de perfection la
gravure eſt parvenue en ce fiécle ; il a deux pieds
&demi de haut fur vingt-un pouces de large. Le
Roi de Pologne y paroît dans un champ borné
par un Laurier & par une eſpéce de rocher tronqué.
Ce Prince eſt debout , tenant un Bâton de
Commandement , qui porte ſur le rocher. Sur les
épaules de Sa Majefté Polonoiſe flotte un Manteau
Royal , doublé d'hermine , qui répand une
lumiere éclatante du côté droit. A gauche on voit
un Maure qui ſemble marcher , & venit préſenter
un caſque au Roi. L'ombre de la figure de Sa
Majefté tombe fur ce Maure ,& occafionne avec
la doublure d'hermine , qui répand de l'éclat du
côté droit , un très bel effet de clair obſcur .
2
MERCURE DE FRANCE :
:
Les Curieux pourront voir cette Eſtampe chez
l'Auteur , Graveur du Roi , rue Saint Etienne
des Grecs , avec trois autres qu'il préſenta en même
tems , deux d'après M. Jeaurat , & la troifiéme
d'après M. Nattier.
LETTRE
De l'Auteur de l'Ombre du grand Colbert,
àM. Remond de Sainte Albine *.
DErmettez-moi , Monfieur , de vous marquer
ma reconnoiffance de la façon obligeante dont
vous avez parlé de l'Ombre du grand Colbert dans
le Mercure. Je vous en fais des remercimens
fincéres,& vous prie de croire que j'y ſuis très-lenfible.
Je ne l'ai pas moins été à l'accueil que le
Public a eu la bonté de faire à l'ouvrage & à l'Auteur.
Quelle a été ma joye d'avoir trouvé une fouleauffi
grande de Citoyens & de vrais François qui
*foupirent après le rétabliſſement de l'honneur&
de la décence du Louvre & la liberté de ſa façade ;
qui défirentde tout leur coeur ,& contribueroient
de leur propre bien à l'achevement d'un Edifice
qui feroit la gloire de la Nation , le Monument le
plus fuperbe du regne de Louis XV, & dont le ſeul
aſpect du Périſtile publieroit , avec autant d'éclat
que toutes les bouches de la Renommée , la ſublimité
du goût François !
Mondeffein, dans la feinte réſurrection de ce
* Ily a déja quelque tems que cette Lettre nous a
été envoyée , ma's nous n'avons pu la faire paritre
plutôt,par l'abondance des matieres.
SEPTEMBRE. 1749. 187
Miniſtre immortel , a été de reſſuſciter avec lui la
grandeur & l'ancienne vigueur du génie de la Nation
, non- feulement dans les Beaux- Arts , mais
dans tout ce qui peut ſervir à la puiſſance & à la
ſplendeur de ce Royaume , & d'engager ceux à
qui ce génie obéït , à le relever de ſa chûte & l'arracher
à l'oppreffion & à la perſécution à laquelle
il est abandonné. Si mon deſſein n'a malheureuſe-
--ment aucun effet , ſoit par la révolution prodigieufe
qu'un tems fort court a faire fur nos elprits , ſoit
par la fatalité des circonstances , au moins j'aurai
la gloire d'avoir défendu le bon goût contre les
abus & l'ignorance qui l'attaquent de toutes parts,
&lui portent tous les jours des coups mortels. Je
jouirai chez la poſtérité du triſte honneur d'avoir
vû mes efforts applaudis par tous les braves Citoyens
& généreux François , mes contemporains,
non- feulement par ceux qui font dans les plus hautes
places , mais encore par les plus illuftres Etrangers&
du plus grand nom .
Je viens au fujet de cette Lettre . Vous avez dit ,
Monfieur , dans l'article du Mercure qui parle
de l'Ombre du grand Colbert , que l'Auteur de
ce Dialogue étoit déja connu par d'autres ouvrages
fur les Beaux-Arts. Ayant appris de pluſieurs
perſonnes , que l'on m'a attribué ſur cette matiere
les brochures , où l'on a critiqué très- durement
quelques ouvrages de nos Peintres & de nos Sculpteurs
qui ont le plus de réputation , j'ai l'honneur
de vous écrire pour me plaindre d'une méprite auffi
injuſte. Après la Lettre que je donnai à la fuite de
mes Reflexions ſur l'état de la Peinture en France,
où j'expoſai mes ſentimens à ce ſujet , ſentimens
qui feront toujours en moi fermes & invariables ,
je n'aurois pas dû m'attendre à ce reproche , qui
an'a été très- ſenſible. J'y avois dit , qu'attaquer
ر MERCURE DEFRANCE.
fans ménagement les talens d'un Artiſte & la ré
putation qu'ils lui ont acquiſe , c'étoit lui enlever
non ſeulement la fatisfaction qui fait le bonheur
de la vie , je veux dire l'opinion de l'excellence de
fes ouvrages , mais encore lui ravir le fruit de fes
travaux, & tarir la ſource de ſa fortune en ruinant
fa réputation , ſon bien le plus flatteur & le plus
folide. Quelle apparence , qu'après m'être élevé
avec tant de force contre cette injuftice,& fans aucun
intérê : que celui de l'équité & du bien général
de nos grands Ouvriers , je me fuſſe rétracté
autfi lachenment & preſque au même inſtant ! Er
d'ailleurs, quel est le but de mes Ecrits ? N'eſt ce pas
uniquement le progrès des Arts& leur perfection?
Comment donc aurois-je pris une voye auffi oppoſée
à mon deſſein , que celle de bleffer l'amour
propre de ceux qui y peuvent le plus contribuer ,
avec les armes les plus offenſantes , pleinement
convaincu qu'une critique violente & groffierement
ſincére n'a jamais produit que la haine du
cenfeur , & ce qui est bien plus important , le découragement
de l'offenſé. Je ne parle point des
coups que ces Critiques ont dû porter aux Ouvrages
expoſés ,en prévenant contre eux ceux à
qui ils étoient deſtinés. Attentat à la fortune de
leurs Auteurs , que j'eſtime très- grave , & dont je
me croirois irréparablement coupable.
Il eſt douloureux pour rot de n'avoir pû perſuader
par le ton de mes Ecrits, que je ne ſuis critique
ni par goût, ni par humeur , je le ſuis encore
moins par intérêt , mon état n'ayant nul beſoin des
reffources infamantes d'une plume vénale ou chargée
de fiel , que la malignité de l'homme & ſes
goûts pervers ne rendent que trop lucratives &
trop faciles. On auroit tort cependant de conclure
de la facilité d'une critique amere , celle d'ure cri
SEPTEMBRE. 1749. 189
tique modérée & en même tems utile , ni qu'elle
fût même plus aiſée que la louange. Je conviens
qu'une cenfure , armée de traits piquans & empoi-
Connés , qui affligent & qui déſeſperent , une critique
impétueuſe,qui ne connoît de frein que la licence,
& de justice que ſa paſſion , coûte peu à l'ef
prit abondamment aidé de la corruption du coeur ;
mais une cenfure exacte , & en même tems modefte,
qui ne veut point briller par l'étalage de ſes connoiffances
, mais ſeulement faire appercevoir les
fautes néceflairement cachées aux yeux de toutAuteur
qui ne voit que par les fiens ; une cenſure
adroite , détournée ou voilée ſous une fiction qui
préſente les défauts obliquement & comme dans
un miroir de reflexion , qui toujours attentive à ne
point bleſſer l'amour propre , n'a pour armes
qu'un compas & une balance que ni la prévention
ni les antipathies de caprice & fans fondement,
ni aucun intérêt perſonnel , ne sçauroient faire incliner
par de faux poids , & qui cependant ait afſez
d'attrait & de force pour plaire & pour corriger
; non , non , cette façon de critiquer , la ſeule
digne d'un galant homme , n'eſt point allée , & je
la tiens beaucoup plus difficile & plus méritoire
que la louange , cet art ſi vanté , & cependant ſi
funeſte à tous les hommes par l'orgueil & par la
ſauſſeté qu'il met dans leurs idées & ſurtout dans
celles de leurs productions .
Je déclare donc non-feulement que je n'ai aud
cune part à ces brochures qui contiennent des critiques
indécentes & fi peu meſurées pour les expreſſions
, mais j'ajoute encore que je les défa
prouve hautement , en convenant cependant que
la plupart des ouvrages critiqués , je ne dis pas tous,
le ſont avec justice, & qu'il n y manque que la décence&
la maniere, Je conviens encore que l'op
190 MERCURE DE FRANCE.
y trouve des réflexions ſenſées & des projets dont
Péxécution ſeroit fort avantageuſe à l'embelliffe.
ment de Paris & au bon ordre , auſſi bien qu'au
progrès des Arts. Vous m'obligerez beaucoup ,
Monfieur, de mettre dans le Mercure cette déclaration
ou plutôt ce renouvellement public de
mes ſentimens. J'ai l'honneur d'être , & c.
D. L. F. de Saint Yenne.
VERS
A Mlle Labat , Comédienne & premiere
Danfeuſe de la Troupe de l'Infant Duc de
Parme, fur ce qu'elle quittoit quelquefois
la danse noble , pour danser déguisée en
Matelot.
M
Uſe de tous nos jeux , objet de nos home
mages ,
Sçachez que ledépit ſe mêle ànos fuffrages ,
Lorſque vous empruntez des traveſtiſſemens
Troppeu dignes de vous, malgré leurs agrémens ;
D'un naturel heureux l'aſcendant eſt extrême ;
Pour nous plaire toujours , ſoyez toujours vousmême.
Sous des myrthes fleuris , dans des Palais charmans
,
Dèsque vousdevenez Dryade ou Néréïde ,
Ou compagne de Flore, ou Bergere , ou Silphide,
2
2
¡ EPTEMBRE . 1749. 191
ſez dans les coeurs de doux enchantemens.
nure s'éleve , éclatte , augmente encore ;
tendez par tout mille applaudiſſemens ;
omphe flateur ? c'eſt un peuple d'Amans
Qui couronne ce qu'il adore.
1 , croyez- les donc, ces coeurs que vous
troublez ;
s déguiſemens que votre art vous préſente ,
Vous n'êtes jamais plus charmante ,
Que quand vous vous reſſemblez.
DUO A BOIRE.
FNtre l'Amour &levin
Je ne vois point de difference ;
Tous deux charment notre deſtin ;
Nul ne mérite préférence ,
Diſoit Lucas quelque matin.
Tu te trompes , répond Grégoire ;
in,mieux que l'Amour, ſcut toujours me char
mer,
Et la raiſon que je vais t'en donner ,
1
C'eſt qu'en aimant j'ai foif & voudrois boire,
Mais quand je bois , je me paſſe d'aimer,
W
192 MERCURE DE FRANCE
:
SPECTACLES.
E Concert Spirituel du Château des Thuille
Leone de Tourde
l'Aflomption , a commencé par une ſymphonie
gracieuſe , terminée par un Menuet applaudi. En
fuite on a chanté Domini eft terra , Motet à grand
choeur de la compoſition de M.le Febvre , Orga
niſte de la Paroiſſe de S. Louis dans l'Ifle , qui
obtenu l'approbation d'une très nombreuſe affem
blée. M. Taillard le cadet , a joué fur la flûte tra
verhere un Concerto de Vivaldi. Benedictus Do
minus , petit Motet tant de fois chanté , du mélo
dieux Mouret , a eu un ſuccès nouveau & des plu
brilians , érant exécuté par M. Beſche le cadet
haute-contre célébre de la Muſique de Notre-Da
me. Le Public, par des applaudiſſemens fans cefl
redoublés , a fait l'éloge de la beauté extraordi
naire de cette voi ,& le plaifir fingulier de Penten
dre avoit attiré une foule innombrable d'amateurs
Cette foule ſe trouvoit les Samedis au Motet
Notre-Dame depuis l'arrivée de M. Befche à Paris
Il a couronné leConcert en chantant le Gloria pa
tri de Cantate Domino , Motet à grand choeur de
M. de la Lande , qui à éte pedr
to de M. Gavinies .
L'Académie Royale
ar un Conce
continue aved
un ſuccès auffi brillante,les Repréſen
tations des Caractéresser
Le troifiéme Acte deceip. flera toujours
3
toient au Théatre pourun des plus agro
Lyrique.Dans les deu me les ainſi que dans
lePrologue, il y a grade morceaux de
Muſique,
SEPTEMBRE. 1749. 193
Muſique , frappés au meilleur coin ,& l'on admire
fur tout laChacone. L'Air que chante Mlle Chevalier
, eſt d'une beauté finguliere , & l'accompagnement
en eſt également lingénieux & fçavant.
Mlle Lani , ſuivant ſa coûtume , a charmé dans ce
Balletpar la fineſſe , la préciſion & la légeretéde
ſa danſe. On y a vû débuter avec plaifir Mlle Victoire
, aimable & jeune Danſeuſe , arrivée de l'Opera
de Bruxelles. ::
Après les Caractéres de l'Amour, l'Opera donnera
un Ballet nouveau en trois Actes , précedé,
d'un Prologue , & intitulé le Carnaval du Parnaſſe
Les paroles font de M. Fuzelier, un des Auteurs du
Mercure. La Muſique est de M. Mondonville ,
Maître de Muſique de la Chapelle de Sa Majesté ,
& connu par la beautéde ſes Motets.
Les Comédiens François repréſentérent le 24
Juillet pour la premiere fois la Tragédie des Ama-
Zones. Cette Piéce eſt de Mad, du Boccage , çélebre
par ſon Poëme du Paradis Terrestre, imité de
Milton. On en trouvera l'Extrait dans un'article
ſéparé. Ils ontdonné le Mercredi 13 , la premiere
repréſentation du Faux Sçavant , Comédie en trois
Actes ,de la compoſition de M. du Vaur , Gentilhomme
Languedocien, & Officier dans les Troupes
du Roi . Cet Anteur a déja donné au Théatre
quelques fruits de fes amuſemens. Le Faux Sçavant
eſt une Piéce très bien écrite, le ſtyle en eft
vif , léger , extrêmement gai , & ce ne ſont pas de
ees bluettes néologiques , tant frondées par l'Abbé
des Fontaines & par tous les partifans du bon
goût.
Le Lundi 21 Juillet , les Comédiens Italiens ont
remis au Théatre le Prologue qui a pour titre les
C médiens Esclaves , avec Arcagambis , Tragédie
burleſque , enun Acte, des Srs Romagnefi &Do-
I
194 MERCURE DEFRANCE.
minique , & avec la Comédie du Silphe. Il eſt inu.
tile d'ajouter à cette Piéce le nom deM. de Sainte
Foy; la fineſſe du ſtyle décéle affez l'Auteur.
•Le Dimanche 27 , les mêmes Comédiens ont
donné pour la premiere fois un brillant Feu d'artifice
, nommé les Jardins de Flore , Spectacle nouveau,
très-gracieux & très bien imaginé. Les couleurs
variées des fleurs , vûes à travers de mille
feux étincelans , produiſent un tableau frappant.
Le Mardis Août , la Dile Favar,jeune Actrice,
qui raſſemble tous les talens agréables , préconisés
dans le Prologue du Ballet des Fêtes Grecques
Romaines , a débuté dans les Débuts &dans l'Epreuve.
t M. de Heffe , qui ne peut jamais être loué avec
autant de génie & de varieté qu'il en met dans ſes
aimables compoſitions , a donné un Ballet nouveau
de Savoyards , qui aun ſuccès des plus éclattans,
& dont tous les perſonnages ſont animés&
comiques.L'Actrice nouvelle ybrille par ſa danſe,
&par le débit naifd'un Vaudeville dans le goût
des Porteuſes de Marmote,
:
S
EXTRAIT .
De la Tragédie intitulée, lesAmazones.
I l'on en croit quelques Hiſtoriens , une contrée
voiſinede la Scythie a étéhabitéepar un
peuple d'Héroïnes , connues ſous le nom d'Amazones,&
tout homme , que ſon malheur y conduiſoit,
fubiffoit la mort ou l'esclavage. Mad. du
Boccage ſuppoſe que Theſée , en allant à la pourfuitedes
mouſtres &desbrigands , arrive chez les
1
J
- SEPTEMBRE. 1749. 195
Scythes ,dans le tems que ces femmes guerrieres
ſediſpoſent à les attaquer. Avec les Grecs qui
P'accompagnent , il marche au ſecours des Scythes.
L'action s'engage ,& il eſt fait prifonnier , ainſi
qu'ldas ſon Confident.
Orithie , Reine des Amazones , ne peut à la vue
deThéſée, conſerver ſon inſenſibilité. Elle ſe propoſe
de le dérober au fort qui le menace , & elle
Juidonne afile dans ſon Palais .
Dans la premiere Scéne de la Tragédie , Menalippe
, une des principales Amazones , demande
en leur nom , que ce Prince ſoit, ſacrifié au Dieu
Mars. La Reine ne ſe laiſſe point ébranler par des
diſcours qui lui paroiffent bleſſer ſon autorité ,&
elle répond fierement ,
Les mortels , dont le front eſt ceint du diadême ,
Ne connoiffent de loi que leur pouvoir ſuprême.
Souventjugeant à tort de leurs motifs ſecrets ,
De la plus juſte cauſe on blâme les effets.
Nous devons mépriſer la cenſure publique ,
Etdans tous ſes détours ſuivre la politique .
Sa prudence , inconnue aux vulgaires humains,
Par un crime apparent prévient des maux certains.
Cependant , pour faire ceffer les clameurs du
peuple ,ellepromet de confulter les Dieux. La
troiſfiéme Scéne ſe paſſe entre Orithie & Antiope ,
jeune Amazone , à qui Theſée a ſauvé la vie.
La Reine y fait l'aveu de ſes ſentimens pour ce
Prince , & ellejuſtiſie ſa foibleſſe, en diſant ,
Qui venge l'Univers , peut bien dompter mon
coeur.
I ij
196 MERCURE DEFRANCE
Antiope.
Dans la noble fierté qu'inſpire un diadême ,
Vous ſçaurez en ſecret triompher de vous-même
Orithie.
Je le croyois ainſi , mais hélas ! la grandeur
Ne fert qu'à foutenir les caprices du coeur.
Confiante en ſa force , ignorant les contraintes
Ses déſirs véhémens triomphent de ſes craintes ,
Et les réflexions d'un grand coeur amoureux
Autoriſent ſon choix , & nourriſſent ſes feux.
Theſée ouvre le ſecond Acte avec Idas. Ils font
interrompus par Orithie , qui fait preſſentir au
Prince ſes diſpoſitions favorables pour lui . Elle
fortpeu contente des réponſes de Theſée , & Antiope
, reſtée ſeule avec ce Prince , lui déclare l'amour
de la Reine. Theſée profite de l'occaſion
pour annoncer à la jeune Amazone , qu'elle ſeule
a pû toucher ſon coeur , & qu'il eſt le Guerrier
qui l'a garantie du trépas.
Le troifiéme Acte commence par ce Monolo
gue d'Orithie.
Le
Devoir , honte , remords , cédez à ma tendreſſe.
De l'amour , Mars lui même a reſſenti l'yvreſſe ;
Seules dans l'Univers aurons-nous en horreur
Ce feu dont la Nature eſt l'ouvrage & l'auteur ?
Cette Princeſſe apprenant que Theſée n'a pour
elle que du reſpect , menace de s'en venger. Quoi !
s'écrie-t'elle ,
........
i
Un mortel, inftruit de mon amour ,
:
:
11
SEPTEMBRE . 1749 . 197
1
Mépriſant mes tranſports, verroit encor le jour ?
Non. Qui reſte inſenſible aux ſoins de ma tendreſſe;
Qui du coeur d'Orithie a cauſé la foibleſſe ,
S'il n'y répond ........ eſt digne de la mort.
Theſée , aux Dieux vengeurs j'abandonne ton fort.
:
Un Ambaſſadeur des Scythes vient propoſer la
paix, & demande Antiope en mariage pour Gelon ,
leur Souverain. La jeune Amazone , à qui Theſée
a inſpiré d'autres ſentimens que ceux de la fimple
recounoiffance , eſſaye de détourner la Reine d'accepter
les offres de l'Ambaſſadeur. Elle en reçoit
cette réponſe.
Pour le bonheur du peuple on établit des loix ,
Mais le beſoin préſent change ou restraint leurs
droits.
L'oeil du Législateur n'a pû voir la meſure
Des divers intérêts de la race future .
Souvent le mal prévû nous arrive le moins ,
Et d'autres accidens exigent d'autres ſoins .
Orithie la quitte , en lui ordonnant de ſe préparer
à donner la main à Gelon . Avant qu'Antiope
ſe ſoit remiſe de ſon premier trouble , Theſée la
joint, & elle ne peut lui taire ce qu'elle fent pour
lui. Cette Scéne , déja touchante par elle-même ,
acquiert un nouveau degré d'intérêt par ces modulations
de voix ſi tendres , avec lesquelles Mile
Gauffin eft certaine de charmer les oreilles des
plus indifferens. Pendant la converſation d'Antiope
avec Theſée , Idas vient avertir ce Prince ,
que lesGrecs de ſa ſuite ſe ſont avancés dans la
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
forêt de Themifcire , pour tâcher de l'enlever des
mains des Amazones.
Au quatrième Acte , Orithie , ſur la nouvelle
qu'ldas a pris la fuite , recommande d'obſerver
Theſée de plus près. On la preſſe de publier la
volonté desDieux , & elle déclare qu'ils condamnent
à lamort le Héros prifonnier. En même-tems
Antiope, perfiftant à refuſer d'épouſer Gelon , eft
arrêtée par ordre de la Reine. La cinquiéme Scéne
entre Orithie & Theſée est celle qui a eu le
plus d'applaudiſſemens , & elle en mérite beaucoup.
Nous en copierons ici les principaux traits.
Orithie.
'Autour de ce Palais mon peuple matiné ,
Qui îmême avant les Dieux vous avoit condamné ,
Armé par lavengeance , attendle ſacrifice.
Je ne puis plus régler ſa haine ou ſon caprice.
L'oracle eſt divulgué ; l'Esat en eſt inſtruit.
Il faut que je vous livre , ou mon regne eſt détruit.
Theſée.
:
'Armez mon bras , Madame , & par ma ſeule audace
J'éloignerai de vous le coup qui vous ménace.
Pour payer vos bienfaits , au péril demonfang,
Je ferai reſpecter les droits de votre rang.
: : :
Orithie.
:
Sij'avois par mes ſoins obtenu ta tendrelle,
SEPTEMBRE. 1749. 199
Sanscouriraux combats , pour conferver tes jours,
Ton coeur dans mon amour chercheroit du ſecours,
Cet inſtant favorable eſt le ſeul qui te reſte,
Parle. Un mot peut changer ton deſtin trop funeſte,
Pour attendrir ton ame , en cet inſtant peins-toi
Mes exploits , mes bienfaits , ma Aanme & mon
effroi.
Une Amazone en pleurs, quand la mort te menace,
Mérite bien le coeur d'un Héros de ta race,
Theſée.
Reine , votre beauté, vos vertus , vos exploits.
Orithie.
L
....... Laiſſe ma gloire , & conſerve tavie.
Je chériſſois nos loix ,je te les ſacrifie :
Fidele à la vertu , ſans toi montriſte coeur
Jamais des feux d'amour n'eût reſſenti l'ardeur ;
Et ſur le Thermodon tu portes plus d'allarmes ,
Queles monftres cruels, terraſſés par tes armés.
Leurs perfides regards du moins n'ont point
d'appas ,
L
Qui voilent lesdangers qu'on trouve fur leurspas.
•
S'il eſt des mortels faits pour tout charmer ,
I j
200 MMEERRCCUURE DE FRANCE.
Que n'ont ils donc des coeurs que l'on puifle en
flammer ?
Hélas!
:
: :
Theſée.
Orithie.
:
Det'attendrir mes pleurs auroient- ils le pouvoir ?
S'il étoit vrai , grands Dieux , j'oublierois mes al
larmes ,
3
Mes soupçons , mes remords, un trône plein de
charmes .
:
Par des détours cachés t'arrachant à la mort ,
Avectoi j'oſerai fortir de mon Empire. *
Les Dieux & les humains t'enlevent leur ſecours.
Prens l'unique moyen de conſerver tes jours.
Viens , je veux avec toi porter partout la guerre.
De monftres, de brigands , allons purger la terre.
Montrons à l'Univers , à quel point de grandeur
L'amour d'une Amazone éleva ſa valeur.
* Ce discours pourroit paroître indécent dans la bouche
d'unefemme ordinaire , mais il ne doit point bleffer
de la part d'une Amazone , qui étant une espece
defemme homme , ne se croit point aſſujettie à la retenue
quenous imposons aux perſonnes de fonSexe.
1
2
SEPTEMBRE. 1749 . 201
Pour une Amante , née au milieu des allarmes ,
Ne crains ni les dangers , ni la foif, ni les armes.
1
12
Quelle félicité de partager la gloire
De l'obretde ſes feux , chéri de la victoire !
D'avoir les mêmes ſoins ,les mêmes ennemis ,
Se voir tous deux vainqueurs , &le reſte ſoumis !
1
1 1
Tant de paſſion ne peut faire oublier à Theſée
la fidélité qu'il a promiſe à Antiope , & la Reine
le congédie , en lui diſant ,
• ... .... C'en eſt affez , Theſée
!
La lumiere renaît dans mon ame abuſée ;
Epargnez - moi l'horreur de gémir à vos yeux,
Et ne jouiſſez plus d'un triomphe odieux . *
Entre le quatriéme & le cinquiéme Acte , The
ſée est délivré par les Grecs , pendant qu'on le
conduit à l'Autel pour y être immolé. Menalippe,
dans la trofiéme Scéne du dernier Acte , fait la
relation du combat. qui s'eſt donné à cette occafion.
Cette Amazone afflûre que Theſée y a perdu
la vie ,&elle termine fon récit par ces vers .
L'Univers étonné , ſur nous fixant la vue ,
Verra nos traits vainqueurs d'une attaque imprévue;
Quelque admirable que foit toujours Mlle du
Mesnil , elle s'est montrée supérieure à elle-même
dans cette Scéne,
メー
202 MERCURE DE FRANCE.
Le plus grand des mortels aſſervi ſous nos fers ,
Et rendu par nos coups aux rives des Enfers.
1
2
Un grand bruit ſe fait entendre , & bien-tôt la
nouvelle apportée par Menalippe , eſt détruite, Onm
apprend que Theſée non-ſeulement eſt vivant
mais encore qu'il a renverſé tout ce qui s'eſt oppoſe
à fon paflage , & qu'il eſt rentré triomphant dans
Themiſcyre. Ce Héros paroît avec pluſieursAmazones
enchaînées &lesGrecs de ſa ſuite. Après
avoir annoncé qu'Idas a été pris pour lui , il invite
la Reine à reprendre ſon rang & tous ſes droits
& il ne demande pour prix de ſa victoire que la
maind'Antiope.
Orithie.
Theſée! as-tu penſé que la main qui me tue,
Pût me rendre des biens dont j'aimaſſe à jouir ?
...
t
Le comble des maux, en terminantmacourſe,
Eſtd'avoir un moment vu ton ſexe orgueilleux
Regner fur un climat ſi rebelle àſes voeux.
Puiffes tu quelque jour
Languir dans le mépris qu'un feu jaloux inſpire,
Voit tes Etats gémir ſous un pouvoir nouveau ,
Etdans ton déſeſpoir te plonger au tombeau.
En ſe perçant , elle ajoûte ,
:
Menalippe , regnez ſur ce triſte rivage.
Maîtreſſe de vos ſens,vous ſçaurez mieux que moi,
Gouverner unEtat dont j'ai trahi la loi. 1
SEPTEMBRE. 1749. 20.3
Enacceptant mon fceptre , épouſez mon offense;.
Que j'emporte avec moi l'eſpoirde la vengeance.
Je meurs , & le trépas me rend la liberté.
Pluſieurs Mufes fe font empreſſées de célebrer le
fuccès de cette Tragédie. Les vers François qui
ſuivent, ſont tirés d'une Epitre, adreſſée àMad. du
Boccage par M. Tanevot.
Callioped'abord a filé vos deſtins,
La tromperte d'Homere a paſſé dans vosmains.
Déja vous avez ſçû par d'héroïques veilles
Vous placer auprès de Milton ,
3
Et Melpomene en pleurs , aux bords du. Ther
modon,
Vous a miſe à côté de l'ainé des Corneilles.
Voici unDiſtique latin, compoſé en l'honneus
de cette moderne Héroïne du Pinde.
Lesbia , Amazonibus vitam vocemque dedifti.
11
Ut placeant, oculos , Lesbia,junge tuos.
Nous mêlerons nos voix à ce concert de louan
ges , pour féliciter Mad, du Boccage d'employer
ainfi fon loiſir.
2
7
i
1
1
204 MERCURE DEFRANCE.
XXXXXXXXXXXXXXXXXX XXXXX
FRANCE.
L
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E 18 Juillet , le Marquis de Saint Germain ,
Ambaffadeur Ordinaire du Roi de Sardaigne ,
eut à Compiegne ſa premiere audience particuliere
de Sa Majesté , à laquelle il préſenta ſes Lettres de
Créance. Il fut conduit à cette audience , ainſi
qu'à celles de la Reine , de Monſeigneur le Dauphin
, de Madame Infante & de Meſlames de
France, par le Chevalier de Sainctot, Introducteur
des Ambaſſadeurs.
On a appris parun courier extraordinaire d'Ef
pagne, que le 11 du même mois il étoit entié dans
lePortdu Ferol cinq vaiſſeaux de guerre , trois
navires Marchands & un Paquebot , qui étoient
arrivés de la Havanne , très-richement chargés ,
&qui faifoient partie de l'Eſcadre commandée par
Don André Reggio, Lieutenant Général des Armées
Navales de Sa Majesté Catholique .
Le 24 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente livres; les Billets de
la premiere Lotterie Royale à fix cens , & ceux
de lafeconde
,
à cinq cens foixante dix neuf.
Le 27,Monſeigneur leDauphin partit de Compiegne,&
arriva le même jour à Verſailles.
Madame la Dauphine partit de Forges le 26 ;
elle coucha le même jour à Gizors , & le lendemain
elle arriva à Verſailles.
M. Hurſon , Conſeiller au Parlement ,
a été
nommé à l'Intendance de la Martinique .
Le 31 , les Actions de la Compagnie des Indes
SEPTEMBRE. 1749. 205
étoient à dix-huit cens quarante-cinq livres; les
Billets de la premiere Lotterie Royale , à fix cens
cinq , & ceux de la ſeconde , à cinq cens ſoixante
dix-neuf.
Le Roi s'étant rendu le 7 Juillet à l'Egliſe du
Collége des Jéſuites de Compiegne , qui célébroient
la Fête de S Ignace , Sa Majefté y affifta
au Salut , après lequel elle affigna une ſomme
d'argent pour diftribuer des Prix aux Ecoliers de
ceCollége.
La Reine partit le même jour au matin , pour
retourner à Versailles . 1
Le 30 , le Comte d'Albermale , Gentilhomme
de la Chambre , & Ambaſſadeur Extraordinaire &
Plénipotentiaite du Roi d'Angleterre , eut ſa premiere
audience particuliere du Roi , dans laquelle
il préſenta à Sa Majesté ſes Lettres de Créance. 11
futconduit à cette audience , ainſi qu'à celles de
la Reine , de Madame Infante & de Mesdames de
France, par le Chevalier de Sainctor , Introducteur
des Ambafladeurs .
Les Août,le Commandeur Don François Pignatelli
,Ambaſſadeur ordinaire du Roi d'Elpagne, eut
auſſi ſa premiere audience particuliere du Roi , &
ily fut conduit , ainſi qu'à celles de la Reine , de
Madame Infante & de Mesdames de France , par
le même Introducteur .
L'Univerſité fit le 4 , dans la Salle des Ecoles
extérieures de Sorbonne , la diftribution des Prix,
fondés par le feu Abbé le Gendre , & le Parlement
y aſſiſta. Cette cérémonie fut précédée d'un
Difcours Latin, prononcé par M. Guérin , Profeffeur
de Rhétorique au Collége du Pleffis. Après
ce Difcours , M. de Maupeou , Premiet Préfident
du Parlement , donna le premier Prix . Les autres
furent diſtribués par M. Hamelin , Recteur.
206 MERCURE DE FRANCE.
On apprendde la Haye , que les EtatsGéné
rauxdesProvinces Unies ont nommé M. Leſtevenonde
Berkenrode , Echevin de la Ville d'Am
ſterdam , pour venir réſider auprès du Roi , en
qualité de leur Ambaſſadeur.
Le 7 Août, les Actions de la Compagniedes
Indes étoient à dix-huit cens trente-cinq livres ;
les Billets de la premiere Lotterie Royale , à fix
cens trois ,& ceux de la feconde, à cinq cens
quatre-vingt.
...Le Roi partir de Compiegne le 10 du moisdernier
, & le lendemain Sa Majesté ſe renditau Châ
teaude la Meute.
Sa Majesté a donné le Gouvernement du Châ
Beau Royal de la Baſtille , vacant par la mortde
M Jourdan de Lounay , à M. Bayle , Lieutenant
de Roi du Château de Vincennes,
: Le , la Maiſon & Société de Sorbonne tintune
affemblée extraordinaire , compoſée du Cardinal
deSoubize, de l'Archevêque d'Embrun , de l'Evê
que du Puy & d'un grand nombre de Docteurs.
Le Cardinal de Tencin y fut élu unanimement
Proviſeur , à la place da feu Cardinal de Rohan.
Le 14 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix-huit cens quarante livres , les Billets
de la premiere Lotterie Royale , à fix cens dixhuit
,& ceux de la ſeconde , à cinq cens quatrevingt-
onze.
Le 14, veilledela Fête del'Afſomption , laReine
communia par les mains de l'Archevêque de
Rouen , fon Grand Aumônier.
Le 1s ,jour de la Fête , le Roi & la Reine accompagnés
de Monſeigneur le Dauphin, deMadame
la Dauphine , de Madame Infante & des
Meſdames de France , entendirent la grandeMeffe
célébrée pontificalement par l'Evêque de Bayeux
SEPTEMBRE. 1749.. 207
&chantée par la Muſique. L'après midi , leure
Majeſtés aſſiſterent aux Vêpres , & enfuite à la
Proceffion.
Lemême jour , le Commandeur Don François
Pignatelli , Ambaſſadeur Ordinaire du Roi d'Efpagne,
eut ſa premiere audience de Monſeigneur
Ie Dauphin. li y fut conduit, ainſi qu'à celle de
Madame la Dauphine , par le Chevalier de Sainctot
, Introducteur des Ambaſſadeurs.
Le 16 , pendant la Meſſe du Roi , le Cardinal de
Soubize , Evêque de Strasbourg , & Grand Aumô
nier de France , prêta ſerment de fidélité entre les
mains de Sa Majeſté.
Le Roi a reglé que la Place deſtinée pour la
StatueEquestre , que Sa Majesté a permis à la Vil
lede Panis de lui ériger , ſeroit au Carrefour de
Buffy.
2
)
1
Le 1s du mois dernier , Fête de l'Afſomption de
la fainte Vierge, la Proceſſion ſolemnelle qui ſe
fait tous les ans à pareil jour , en exécution de
Væn de Louis XIII , ſe fit avec les cérémonies ordinaires
, & l'Archevêque de Paris y officia pontificalement.
Le Parlement, la Chambre des Comp
tes, la Cour desAides & le Corps de Ville , y
affifterent. :
Dans l'Aſſemblée tenue le 16 par le Corps de
Ville, M. de Bernage a été continué Prévôt des
Marchands , & Mrs Ruelle & Allen ont été élus
Echevins.
Le 21, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix- huit cens quarante-deux livres & demi
; les Billets de la premiere Lotterie Royale , à
fix cens vingt,&ceux de la feconde ,à cinq cens
quatre-vingt-dix &demi. 1
208 MERCUREDE FRANCE.
PLANCHES ANATOMIQUES.
om pre-
Navertit les Souſcripteurs des Planches Ana-
Goutier ,que l'on fera la
miere diſtribution de la quatrième Soufcription
dans le courantde Novembre procham.Cette Soufcription
a été ainoncée dans le Mercure de Juillet
dernier. Elle contiendra dix-huit Planches qui repréſenteront
les parties de la génération des deux .
fexes , le foetus dans la matrice l'Angeologic
en entier , & la Neurologie. Douze de ces Planches
formeront quatre figures ſur pied , de grandeur
humaine, tant de l'homme que de la femme,
cequi ſera extrêmement utile à l'étude de l'Anato--
mie. On recevra les ſouſcriptions juſqu'à la fin
d'Octobre chez M. Gautier , rue de la Harpe.
,
Morceau fingulier d'Architecture.
LE fieur Siluy , ayant fait la découverte des
principes généraux d'Architecture des Anciens
, vientde compoſer ſur ces mêmes principes
un Frontiſpice de deux ordonnances Doriques ,
P'une fur l'autre , ce que les modernes ont juſqu'à
préſent eſtimé impoffible. Les perſonnes curieuſes
en cet Art,& qui aiment la pureté des proportions,
lanoble fimplicité & beauté des ſymmétries Architectoniques
des anciens Grecs , qui en ſont créateurs
, peuvent voir cet ouvrage chez l'Auteur ,
rue neuve des petits Champs , près l'Hôtel de S.
Pouange , au magaſin de la Poudre Alchimique.
:
1
SEPTEMBRE. 1749. 209
:
:
MARIAGE ET MORTS.
A nuit du 8 au 9 du mois deMai dernier , M.
Leveque de Pamier Pamier lacere
monie du mariage de Charles-Antoine- François-
Marie , Marquis de Wignacourt , avec Damoiſelle
Conſtance- Françoiſe Duſſon de Bonac , fille de feu
Jean-Louis Duflon, Marquis de Bonac, Lieutenant
de Roi au Pays de Foix , Ambaſſadeur Extraordi
naire à la Porte Ottomane , Chevalier de l'Ordre
de Saint André de Ruſſie , & de Magdeleine- Fran
çoiſe de Gontaut , fille du Maréchal Duc de Biron .
La Maiſon Dution , noble & ancienne , tire fon
nom de la Baronie & Château Duſſon , ſitués dans
le Pays de Donezan , dont les Seigneurs Duffon
ont diſputé la poſſeſſion pendant un fiécle aux
Comtes de Foix.
LeMarquis de Wignacourt eſt fils de Roberti
'Antoine , dit Comte de Wignacourt , Seigneur de
Warnaucourt, de Brunohamel , &c . & de Daine
Marie- Louiſe Goujon de Condé , & petit- fils
d'Antoine , Marquis de Wignacourt , Gouverneur
de la Ville de Doncheri ,& de Dame Marie-Helene-
Magdeleinede Villelongue.
La Maiſon de Wignacourt , qui a donné dans
le dernier fiécle deux Grands Maîtres à l'Ordre de
Malte, ſçavoir Aloff & Adrien de Wignacourt,
le premier mortle 14 Septembre 1622 , & le
dernier le quatre Fevrier 1667 , eft originaire
d'Artois ,& tient rang parmi les plus nobles&
anciennes familles de ce pays , dent plufieurs
branches ſe ſont répandues en Picardie & en
Champagne. Le Marquisde Wignacourt , dons
210 MERCURE DEFRANCE:
nous annonçons le mariage , eſt de la branchede
Warnaucourt , aînée de celles qui ſont établies en
Champagne.
Le to Juillet, Marie-Geneviève Leſchaſſier des
Champs de Morel, épouſe de Jean Baptifte-Pierre
Lambert , Confeiller du Roi , Correcteur ordinaire
en ſa Chambre des Comptes , mourut à Paris
, & fut inhumée à Saint Côme .
Le 12 , Marie-Nicole Sevin , époule de N. Nigon
, Receveur Général des Domaines & Bois de
Ja Généralité de Caën , nrourut ,& fut inhumée à
SaintGervais.
Le 13 , Charles , de Beauharnois , Commandeur
de l'Ordre Royal & Militaire de
Saint Louis , Lieutenant Général des armées Navales
de Sa Majesté , ci-devant Gouverneur &
Lieutenant Général pour le Roi de toute la Nouvelle
France , Pays de la Louifiane & Iles adjacentes,
mourut âgé de ſoixante dix -neuf ans , &
fut inhumé à Saint Sauveur.
Barthelemi-Joachim de Melun , Seigneur de
Brumets&de Somme-py , appellé le Vicomtede
Melun , titre primitif de ſa Maiſon , qu'il avoit
repris depuis l'extinction des branches aînées,
eſt décedédans ſon Château de Brumets , le 17
Juillet , âgé de foixante-cinq ans , neuf mois ,
deux jours , étant né le 15 Octobre 1683 , & a
étéenterrédans le chooeur de l'Eglife Paroiffiale de
Brumets, ſous le tombeaude Henri-Joachim Comse
de Melun ,&de Françoiſe de Lyons d'Expaux ,
ſes pere &mere. Il deſcendoit d'Adam III. Vicomte
de Melun ,né en 1211 , &de la Comtefle
de Sancerre , Maiſon de Champagne , par leur
ſecond filsJean de Melun , Auteurdes branchesde
la Borde-le-Vicomte , frere cadet d'Adam IV.
Chef des Comtes de Tancarville & des Princes
-SÉPTEMBRE. 1749. 211
d'Epinoy , & Paîné de Simon de Melun , Maré
chai de France en 1293 , tué à la bataillede Courtrai
, le 11 Juillet 1302 , & il avoit pour premier
ayeul connu , Salon , Vicomte de Melun , un des,
Grandsdu Royaume en 991 ,& d'origine Royale ..
ſuivant la déclaration du Roi Louis le Grand
dans les Lettres d'Erection du Duché- Pairie de
Joyeuſe , données à Louis de Melun , Prince d'Epinoy
, le mois d'Octobre 1714 , & enregiſtrées
au Parlement le 18 Décembre de la même année
; origine ſi éclatante que l'Empereur Rodolplie
II . juge les alliances avec la Maiſon deMelun
un relief, dans le Diplôme de Prince d'Empire en,
faveur de Lamoral , Comte de Ligne , de l'année
1601.
Barthelemi-Joachim de Melun avoit épousé le
28 Janvier 1728 Louife-Renée de Belinzani , famille
noble du Mantouan. Il laifſe de ſa veuve
Adam-Joachim-Marie , Vicomte de Melun , né le
30 Octobre 1730 , Aloff- Claude - Marie , Comte
de Melun , né le 2 Février 1736 , & Adelaïde-
Louife de Melun , née le 10 Avril 1733.
Le 19 , mourut Jerôme Gabriel Cousinet , Com
feiller du Roi , Maître ordinaire en ſa Chambre
des Comptes de Paris.
Le 26 , Guillaume Favieres , Seigneur du Pleſſis.
le-Vicomte &deCharmoi , Conſeiller du Roien
fes Conſeils , & Maître ordinaire en ſa Chambre
des Comptes , mourut & fut inhumé à Saint
Paul.
Le 28 , N. Felix , Controleur Général de la
Maiſon de Sa Majesté , mourut ,& fut inhumé à
Saint Germain l'Auxerrois.
Charles-Antoine de Chabannes I. du nom , eft
mort dans les derniers jours du même mois à Saint
Michel en Lorraine ,âgé de cinquante- cinq ans,
212 MERCURE DEFRANCE:
Il avoit paſſé la plus grande partie de ſa vie au
ſervice du Roi , & ne s'étoit point marié. Il étoit
lè quatriéme fils de Gilbert de Chabannes , Marquis
de Pionfac , Colonel du Régiment de Navarre
, Gouverneur des Ifles d'Oleron , Maréchal
des Camps & armées du Roi , & d'Anne Françoiſe
de Lutzelbourg fille d'Antoine de Lutzelbourg ,
Seigneur d'Imling , & de Marie-Magdeleine de
Schellemberg , qui avoient été mariés le 30 Juin
1681. Ses trois aînés ſont 1º. Gaſpard-Gilbert ,
qui a épousé en Avril 1708 Philiberte d'Apchon ,
fille du Marquis d'Apchon , de laquelle ſont nés
Gilbert, Jean & Joſeph . 2°. François - Antome ,
mort en 1734 , 3°. Thomas , mort le 7 Juin
1735. Il avoit eu auſſi deux foeurs , 1. Marguerite
, Religieufe , morte à la Magdeleine de Tref
nel de Paris , 2º. Anne , ntariée en 1708 , à Anne
de la Queille , Seigneur de Pramenoux , fils du
Vicomte de Châteaugai.
La Maiſon de Chabannes eſt des plus illuftres
par fon ancienneté , les alliances & ſes ſervices.
Gilbert , pere de Charles Antoine , qui donne
lieu à cet article , étoit artiere- petit- fils de Gabriel
de Chabances , dernier fils de joachim de
Chabannes, Gabriel , qui a fait la branche des
Seigneurs de Pronfac , eut pour femme Gabrielle
d'Apchon. Joachim avoit en quatre femmes , 1º.
Petronille de Levis , fille de Gilbert de Levis I. du
nom , Comte de Ventadour. 2º Louiſe de Pompadour,
fille d'Antoine , Seigneur de Pompadour.
3°. Catherine-Claude de la Rochefoucault, fille
de François I. Gomte de la Rochefoucault.4º.
Chariote de Vienne , veuve de Jacques de Montboifier
,Marquis de Canillac ,file de Gerardde,
Vienne, Seigneur de Pirmont & de Ruffey ; dece
dernier mariage fortit Gabriel,
SEPTEMBRE. 1749. 215
J
sachim étoit petit fils de Gilbert , qui afait la
che des Seigneurs de Curton. Ce Gilbert étoit
sde Jacques , petit fils de Hugues de Chaban-
Seigneur de Chatlus-le-Pailloux.
12 Août , Louiſe-Joſephe de Graves , veuvede
te Armand , Comte de Jaucourt , mourut âgée
2 ans ,& fur inhumée à S. Sulpice.
: même jour , Emery- Louis-André Tauxier ,
neur de Valzibert & autres lieux , Conſeiller
de Roi , Auditeur en ſa Chambre des Comptes ,
en Commiflaire des guerres , mourut ,& fur
alumé à Saint Louis- en- l'Ile .
e 6 René Jourdan , Seigneur de Launai, de la
ronniere , & autres lieux , Capitaine & Gou.
meur du Château Royal de la Baſtille ,& Cheer
de l'Ordre Royal & militaire de Saint Louis,
rurut âgé de ſoixante feize ans , d'une attaque
oplexie.
Lez, Marie-Catherine le Bouts , veuve d'Elie
Louis de Courance, Seigneur de la Fredonnerie ,
ancienCapitaine de Cavalerie , mourut, & fut ins
humée à Saint Nicolas- des Champs...
Louis Auguſte Thibouft de Berry , Chevalier Seigneur
& Comte de la Chapelle Thibouſt de Ber
ry , anciennement la Chapelle-Gautier en Brie,
Seigneur du Ru-Guerin , des grand & petit Tref
nels , des Hangets , de Gatins & autres lieux
Confeiller d'honneur au Baillage & Siege Préfidial
de la Ville de Melun , mourut le 13 en fon Châ
teau de la Chapelle , dans la cinquante-neuviéme
année de fon âge .
Illaiffe quatre enfans de ſon mariage avecMarguerite
Charlotte le Petit de la Grand cour , fçavoir
,Louis- Charles Nicolas Thibouſt de Berry ,
Cointe de la Chapelle , fi's majeur ; François Thi
bouſt de Berry , depuis peu forti des Pages de
214 MERCUREDEFRANCE.
Madame la Dauphine ,& à préſent Lieutenant
dans le Régiment Infanterie de Mailly ; Louiſe-
Marguerite Thibouſt de Berry , & Charlotte-
Louiſe-AgatheThibouſt de Berry, ces trois detniers
enfans mineurs,
Il étoit als de Louis Thibouſt de Berry , Seigneur
& Comte de la Chapelle,&petit fils de
Gabriel Thibouſt de Berry , Seigneur & Comte de
Ja Chapelle , Gouverneur &Capitaine des Chaſſes
de Fontainebleau .
2. Cette Maiſon de Thibouſt est très-ancienne ,&
deſcendd'un Thibouſt , Prevot des Marchands de
laVilledeParis ſous Philippe leBel.
N
Ous ne devons point paſſer ſons filence la
mort de Martin Paîné , Verniſſeur du Roi.
CetArtiſte , imitateur des ouvrages de la Chine &
du Japon , a furpaſſe ſes modéles par un goût des
plus recherchés , qui regnoit dans tous ſes deſſeins,
Ayant apprisque le Sieur Julien Martin , ſon frere,
qui a toujours travaillé avec ledéfunt, s'eſt aſſociéavecla
veuve , nous annonçons au Public avec
plaifir , qu'il ne ſera pas privé des ouvrages du
Japon&de laChine , aici que des beaux vernis
&belles dorures qui ſe fabriqueront toujoursdans
la même maiſondufeu Sieur Martin, fauxbourg
Saint Denis , àgauche..
APPROBATION.
Ai lâu par ordre de Monſeigneur le Chance
lier leMercure de France du mois de Septem
bre 1749. A Paris , le 28 Août 1749.
MAIGNAN DE SAVIGNY,
TABLE .
IECES FUGITIVES en Vers & en Proſe.
Le Prince de Noiſy , Ballet Héroïque ,
tre d'un ſçavant Genevois à M. Remond de
SainteAlbine, fur les EvêquesdeGenéve ,
Vers à Mile de Cr *****
funſées traduites de l'Anglois ,
Le Printems àMile C ***
7es deux Bouquetieres , Fable ,
3
34
53
57
60
63
Extrait d'une Lettre ſur les Télescopes à reflexion
, 64
Poëme fur le progrès des Sciences & des Beaux-
Arts, ſous le Regne de Louis le Bien aimé , 70
Lettre de M. de S. R. à M. Remond de Sainte Albine
, 78
Problême réſolu par l'illuſtre Philarete , 79
* ers envoyés à une Dame qui avoit fait préſent
d'un Cabaret de porcelaine à l'Auteur , 82
utres de M. de Voltaire à Mad. de B. R.
ibid,
⚫utres du même à Mad. la Comteſſe de la Neuvil
le, en lui envoyant l'Epitre ſur la Calomnie , 83
Madrigal , ibid.
⚫ers envoyés de Paris à un ami qui avoit engagé
l'Auteur à revenir en Province ,
atre àMad. de F ..., niéce de M. de Voltaire
jouant le rôle de Celiante dans le Philoſophe
marié,
84
ibid.
Tiſcours fait pour être prononcé àl'ouverture d'u.
ne Ecole Royale de Mathématiques à Nancy, 85
patriéme Lettre de M. Cantwel , Docteur Régent
de la Facultéde Paris, Profeſleurde Chirurgie
aux Ecoles de Médecine , Membre de la Société
Royale de Londres , 100
lation du Service ſolemnel qui a été fait dans
Pegliſe des Peres Barnabites du Collège de
Montargis , pour le repos de l'ame de S. A. Ra
Madame la Ducheſſe d'Orleans , 117
Lettre à M. Remond de Sainte Albine fur une
Monnoye unguliere , 141
Obfervation fur Martial d'Auvergne , ancien Poëte
, 145
Mots des Logogryphes du Mercure d'Août , 148
Enigme & Logogryphes , 149
Nouvelles Litteraires , des Beaux- Arts , &c . 153
Plans & Cartes , 173
Lettre à M. Remond de Sainte Albine ſur le voyage
Pictoreſque de Paris , ibid.
Lettre de M. Trochereau au même , 175
Lettre de M. Collin de Blamont, Sur Intendant de
* la Muſique du Roi , au même , 178
Autre écrite par M. Brifleaud , de la Villed'Orbe ,
àM. Bourgeois, Docteur en Médecine , au ſujet
de la Méthode de M. Daran , Chirurgien du
Roi, pour traiter les maladies del'uréthre , 179
Avis aux amateurs de l'Hiſtoire Naturelle , 183
Are avis fur unAnemometre ſonnant , 18.4
ille & fentiende M Balechou à
&C. 185
NAPO Pro Colbert ,
186
a fue Laba , Cornea ennemmereDan-
1
ne Parme;
**fur ce qu'elle quittoit quelquefois laDanſenoble
feuſe de la Troupe de
pour danſer déguiſée en Matelot , 190
Duo à boire , 191
Spectacles, 192
Extrait de la Tragédie intitulée'les Amazones, 194
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 204
Planches Anatomiques du Sr Gautier , 208 P
Morceau fingulier d'Architecture , ibid.
Mariage&Morts , 209
LaChanfon notée doit regarder la page 191
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