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1749, 07
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MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU
ROI.
AV
JUILLET .
1749 .
LIGIT
UT
"
SPARGAT
Chez
A PARIS ,
ANDRE' CAILLEAU , rue Saint
Jacques , à S. André.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ,
à la defcente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais,
JACQUES BARROIS , Quai
des Auguftins , à la ville de Nevers.
M. DCC . XLIX.
Avec Approbation & Privilege du Roin
A VIS.
'ADRESSE générale duMercure eft
à M. DE CLEVES D'ARNICOURT ,
ruë des Mauvais Garçons , fauxbourg Saint
Germain , à l'Hôtel de Mâcon. Nous prions
très - inftamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le
Port , pour nous épargner le déplaifir de les
rebuter, & à eux, celui de ne pas voir paroître
leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , &plus promptement;
n'auront qu'à écrire à l'adreffe ci-deffus
indiquée ; onfe conformera très- exactement à
leurs intentions.
Ainfi il faudra mettre fur les adreſſes à M.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France , rue des Mauvais Garçons , pourremettre
à M. Remond de Sainte Albine.
PRIX XXX. SOLS.
IBLIOTHECA
REGLA
MONACENSIS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
JUILLET . 1749.
PIECES FUGITIVES,
en Vers & en Profe.
MEMOIRE
Sur l'année de la mort , & le lieu de la fepuliure
de Philippe de France , premier Duc
d'Orleans.
Р
Hilippe de France , fils puîné du
Roi Philippe VI.dit de Valois , &
de la Reine Jeanne de Bourgogne,
fa premiere femme, mourut
le premier Septembre 1375 , & fut inhumé
dans l'Eglife Cathédrale d'Orléans .
Deux points que je me propofe de prouver
1
A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
à fond , contre ceux qui ont avancé , que
ce Prince , étant mort feize ans plus tard , en
1391 , fon corps avoit reçû la fépulture devant
le Sanctuaire de l'Eglife des Célestins
de Paris. Entre ceux -là j'ai principalement
en vûe le P. Beuvrier , dans fes Antiquités
des Célestins de Paris , p . 281 , & M.Piganiol
de la Force , qui tout récemment l'a fuivi
mot à mot dans la nouvelle Deſcription de
cette Ville. Tome IV . p . 43 .
Le jour de la mort du Duc Philippe , au
premier Septembre , n'eft point contefté ,
& pour peu qu'il le fût , il feroit aifé de l'établir
par le Martyrologe de l'Eglife d'Orléans
, que j'aurai occafion de citer ci - après.
Quant à l'année 1375 , elle fe prouve fans
réplique par des Lettres du Roi Charles
V. fon neveu , qui peu de jours après la
mort de ce Prince réunit le Duché d'Orléans
à la Couronne , pour n'en être plus
feparé à l'avenir. Ces Lettres , dont l'original
eft confervé au Tréfor de notre
Hôtel- de-Ville , font dattées du Bois de
Vincennes , au mois de Septembre de cette
même année 1375. Datum in Caftro noftro
Nemoris Vicennar, anno Domini M, CCC.
LXXV, regni noftri XII . menfe Septembri ,
& elles ont été confirmées pour les difpofitions
qu'elles contiennent , par des
Lettres du Roi Charles VI . données à Paris
JUILLET.
S
1749.
au mois de Mars i 38 , confervées au même
Tréfor. Datum Parifiis menfe Martii anno
Domini M. CCC . LXXX. regni vero 1º .
Il est étonnant que François le Maire ,
qui nous a donné une Hiftoire fort ample
de la Ville d'Orléans , Hiftoire compofée
en partie fur les piéces qu'il avoit trouvées
dans le Tréfor de l'Hôtel - de- Ville , où il
avoit l'entrée libre , n'ait point vû ces Lertres
de Charles V. & de Charles VI, &
qu'il ait été obligé , pour fixer la mort de
Philippe , Duc d'Orléans , d'avoir recours
à des Auteurs auffi peu fûrs que Gaguin &
Nicole Gilles , qui lui ont fait prendre le
change fur cet article.
,
Je paffe au lieu de la fépulture du même
Duc Philippe dans l'Eglife d'Orléans :
elle y eft marquée d'une maniere bien expreffe
dans l'Acte de fondation , que Blanche
de France , fa veuve , fit le 13 Juillet
1384 , d'un Anniverfaire pour fon trèsredouté
Seigneur & efpoux Philippes , fils de
Roy de France , Duc d'Orliens , Comte de
Valois de Beaumont , que Dieu abfoille ,
duquel , par le plaifir de Dieu , le corps gift
& repofe en l'Eglife Sainte Croix d'Orliens ;
ce qui eft répété dans le teftament que la
même Princeffe fit à Paris le 21 Mai de
l'année fuivante 1392 , où elle ordonne
fépulture ; en l'Eglife de Saint Denis fon
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
corps en l'Eglife Sainte Croix d'Orliens , en
Laquelle gift & repofe fon très - chier Seigneur
& efpoux, que Dieu abfoille , fon cuer ,
& en
P'Eglife du Pont-aux - Dames , en la Chaftellenie
de Crecy en Brie , fes entrailles. A quoi
on peut ajouter , par abondance de droit ,
le Martyrologe de l'Eglife d'Orléans dreffé
du vivant même de la Ducheffe Blanche ,
où on lit la même chofe , au premier Septembre
: September Kal , hac die obiit bone
memorie Philippus Regis Francie filius , Dux
Aurelienenfis , Valefie & Bellimontis Comes ,
cujus corpus in hac Ecclefia requiefcit.
Le tombeau de ce Prince étoit au milleu
du Choeur de cette Eglife , mais nous ignorons
quelle en étoit la forme , & s'il étoit de
pierre ou de marbre. Nous avons de même
perdu l'épitaphe qu'on y lifoit , & que
Meffieurs de Sainte Marthe citent dans les.
additions au premier volume de leur Hiftoire
Génealogique de France. Tout ce
que nous fçavons , c'eft que ce tombeau
étoit fort élevé : nous apprenons cette circonftance
de certaines Lettres de Charles
Duc d'Orléans , du 15 Février 141 ,
portant que fur les repréſentations des Chanoines
, que fepulture étant au Cuer de ladite
Eglife , en laquelle fepulture reposent le
corps de feu de bonne mémoire Monfr Phelippe
, jadis fils de Roy de France , & fon
JUILLET. 1749. 7
Prédéceffeur Duc d'Orliens , & le cuer de feu
Madame Blanche , jadis fille de Roy de France
& de Navarre , fa femme , a fait ou temps
paffe & encores fait de prefent grant encombrier
& empefchement audit Cueur d'icelle
Eglife , par ce que aux heures que le fervice
eft faict & celebré , lesdits Doyen & Chapitre
& les Chapelains , faisant ledit fervice , n'ont
pû & puevent pleinement veoir l'un l'autre ,
ainfi que fouventefois en a été & eft de neceffite.
Ce Prince leur permet qu'il puiffe faire lever
ladicte fepulture du lieu où elle est de prefent
affife , & icelle transporter.... près dugrant
Autel & comme au droit de la Chapelle.....
à laquelle eft chafcun jour dicte & celebrée
une Meffe pour le falut des ames d'iceux Duc
Ducheffe. Ce tombeau eft refté dans ce
fecond endroit , qui étoit du côté de l'Evangile
, jufqu'aux premiers troubles de la
Religion , que les Religionnaires au mois
d'Avril 1562 , s'étant rendus maîtres d'Orléans
, le ruinerent ainfi que les Autels &
tous les ornemens de l'Eglife .
On peut objecter contre ce que nous
venons de dire , une réfléxion que font
Meffieurs de Sainte Marthe dans l'endroit
de leur Hiftoire que nous avons cité,
pour concilier la contradiction qui fe rencontre
entre les monumens de l'Eglife
d'Orléans , & la tradition des Célestins

A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
de Paris , fçavoir que le Duc Philippe ,
après avoir été premierement dépoſé dans
l'Eglife d'Orléans , avoit été dans la fuite
porté à Paris par les foins de Louis XII ,
mais outre que ce n'eft qu'une conjecture
hazardée au befoin , il refteroit des marques
de cette tranflation , fi elle avoit été
faite , ou dans le Tréfor de l'Eglife d'Orléans
, ou aux Céleftins de Paris , ou enfin
dans les Auteurs qui ont écrit la vie de
Louis XII ; on n'en trouve point , &
c'en eft affez pour ôter à cette conjecture
toute la vraisemblance qu'on penfoit lui
donner d'ailleurs .
Sans fortir des Céleftins de Paris , qu'il
me foit permis de faire remarquer une faute
dans laquelle est tombé l'Hiſtorien de
ce Monaftére , & qu'on trouve auffi dans
les Antiquités de Paris de du Breuil , 688 ,
& dans celles de Sauval , tome 1. p . 460 ,
qui tous ont écrit que le coeur de François
II. repofe dans la Chapelle d'Orléans en un
vafe doré , fur lequel un Ange tient une Couronne
élevée en l'air , qui eft de bronze , le
tout pofe fur une haute colomne parfemée de
flammes de feu. Il eft vrai que ce monument
avoit été erigé pour y mettre le coeur
de ce Prince , mais on ne l'y mit jamais ;
car étant mort à Orléans le 5 Décembre
1560 , fon corps fut porté à Saint Denis ,
JUILLE T. 1749.
9
& fon coeur à la Cathedrale d'Orléans ,
où il fut enterré dans le Sanctuaire de
cette Eglife , & où il eft refté jufqu'aux pre
miers troubles , que les Religionnaires , le
même jour qu'ils ruinerent le tombeau de
Philippe Duc d'Orléans , le chercherent
pour profiter d'une boëte d'argent en forme
de coeur dans laquelle il étoit enfermé,
& l'en tirerent pour le jetter au feu , comme
le marquent Belleforêt , la Popeliniere
& les Hiftoriens d'Orléans , fuivant
des Mémoires manufcrits dreffés par Hector
Desfriches , homme fort inftruit des
particularités de ce tems- là , qu'il avoit
apprifes de gens qui vivoient pour lors .
Les Religionnaires ayant à demi brûlé ce
coeur , ils jetterent le reste aux chiens .
D. Polluche , de la Société Littéraire d'Oréans
.
CACACACDCDCDEDVACA VDCDCƏ
SUR UNE MALADIE.
Mille maux,belle Iris , fans compter votre ་ abfence ,
Sur votre tendre amant exercent leur pouvoir :
Son courage les prend affez en patience ;
Le feul infupportable eft de ne vous point voir.
Je fens qu'à la douleur notre corps s'habitue ;
A v
To MERCURE DE FRANCE.
Mais je ne puis accoûtumer
Mes yeux à fe paffer de votre aimable vûe ,
Et moins encor mon coeur à ne vous plus aimer,
La perte de votre préfence
M'occupe fi parfaitement ,
Qu'elle fouftrait mon ame à toute autre fouffrance
Que celle qui lui vient de votre éloignement ;
Mais des autres douleurs fi l'amour me difpenfe ,
Il me le fait hélas ! payer bien cherement :
Je fouffre plus de votre abſence ,
Que je ne fouffrirois de tout autre tourment.
Par M. le Chevalier de R***
+3*X**3X++3 X** X* X*X* X
A
Sur une convalefcence.
Quels tourmens les deftins nous expofent !
Au grand galop ils me faifoient courir
Vers le lieu fombre où mes ayeux repoſent.
Aimable Iris , je croyois bien mourir.
Les Dieux enfin autrement en diſpoſent ,
Non , pour ceffer de me faire fouffrir :
L'art d'Efculape a ſçû me ſecourir
Contre les maux que les Cieux nous impofent ;
Mais de celui que vos beaux yeux me caufent
Il n'eft point d'art qui me puiffe guérir.
Par le même.
JUILLET. 1749 . I1
Sur un mal d'yeux.
Si le mal que l'on fait ,tient toujours lieu de
crime ,
Le tourment de vos yeux n'eft que trop légitime ;
D'une jufte vengeance, Iris , il eft l'effet :
Je reflens comme vous leurs douleurs inhumaines ;
Mais quelque foit l'excès de leurs cruelles peines ,
Ils n'en peuvent fouffrir autant qu'ils en ont fait.
Par le même.
Sur une Navette.
Navette trop fortunée !
Que ne donneroient pas les plus heureux humains,
Pour avoir , feulement pendant une journée ,'
La gloire d'amufer ces mains , ces belles mains
Que vous feule amufez prefque toute l'année ?
Les Sceptres & les Souverains
Doivent être jaloux de votre destinée.
Il n'eft point de belle en ces lieux ,
Qui fe ferve de vous avec tant de vîteffe ;
Qui fçache vous donner des tours plus gracieux
Que votre charmante Maîtreffe.
Ses doigts dans un inftant font fur vous mille
noeuds ;
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Mais , avec toute leur adreffe ,
Ses doigts en font encor bien moins que
yeux,
fes beaux
Par le même,
送洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗選邈
M
LETTRE
A M. Rémond de Sainte Albine.
Onfieur , le projet d'une Bibliothéque
, annoncé dans les Mémoires
de Trevoux de Février dernier , & dans
le Journal de Verdup , eft une entrepriſe
intéreffante pour la République des Lettres
, s'il eft exécuté avec le foin que l'exige
un travail de cette nature. Ce fera un repertoire
pour tous les gens d'étude , en
quelque genre d'art ou de fcience que ce
foit ils y trouveront au moins l'indication
des fources où ils peuvent puiſer des
fecours. Il y a fept ou huit ans que commençant
à me livrer à quelques études ,
après ma fortie du Collège , l'idée d'une
Bibliothèque univerfelle me frappa , au
point que j'entrepris d'en former une pour
mon propre ufage , & je devins , faute de
réflexions , fi fort amoureux de ce travail ,
quoique très pénible , qu'en cherchant ce
qui m'intéreffoit , je recueillois , chemn
JUILLET. 1749. 13
faifant , tout ce qui étoit étranger au genre.
d'étude auquel je m'appliquois . La difficulté
de pouvoir procéder à ce travail avec
un certain ordre , m'engagea à mettre fur
des papiers feparés tout ce que je découvrois
à fur & à mefure , & quand la collection
me parut un peu abondante , je commençai
à ranger tous mes papiers dans des
cartons. Cette pratique me donna la facilité
de changer au moins vingt fois mon
arrangement , felon que j'y trouvois des
inconvéniens pour la recherche ; & les
Ouvrages périodiques , Journaux littéraires
, Bibliographes , Dictionnaires &
Catalogues , que j'ai eu occafion de voir
dans le cours de ce travail , m'ont fait faire '
les réflexions fuivantes , dont je prends la
liberté de vous faire part , Monfieur , pour
les inferer dans le Mercure . Je compte
que l'Auteur du nouveau projet ne manque
pas de lire chaque mois ce Recueil ,
& il fera du peu d'expérience que j'ai acquis
fur ce fujet , tel ufage qu'il jugera à
propos.

Mon projet étoit comme le fien , de divifer
ma Bibliographie en deux parties ,
l'une concernant les Auteurs , & l'autre
les matieres. J'avois crû devoir ranger les
Auteurs par ordre chronologique , en prenant
la datte de leur mort pour époque .
14 MERCURE DE FRANCE .
J'avois donné la préference à cet arrangement
, parce qu'il me fembloit qu'il pouvoit
former une efpéce de tableau hiftorique
de la Littérature , en préfentant l'abregé
de la vie des Auteurs , un détail fuccinct
de leurs difputes littéraires , le Catalogue
de leurs ouvrages avec la notice
des Critiques & des Apologies aufquelles
ils avoient donné lieu , & la citation des
Livres où il étoit parlé de ces mêmes Auteurs.
Un autre avantage que je croyois voir
dans ma Méthode , étoit de pouvoir
ajouter l'article d'un Auteur à la fuite de
la collection , à mesure que la République
des Lettres faifoit une perte.
J'avois encore conçu une pratique capable
de concilier tous les goûts pour l'arrangement
des Auteurs . C'étoit de faire imprimer
l'article de chaque Auteur fur une
feuille feparée , en forte que chaque perfonne
, qui auroit foufcrit pour la Bibliothéque
, auroit pû les difpofer felon fon
goût par ordre alphabétique , par ordre
chronologique , où par ordre de Nations
& de Facultés , mettant les Théologiens
enfemble , les Jurifconfultes d'une autre
part , & c.
Une reffource que je trouvois dans cette
pratique , & qu'il feroit peut-être à fou- .
JUILLET: * 15 1749.
haiter , malgré fa fingularité , que l'on
pût introduire dans bien d'autres ouvrages
que celui ci , c'eft que , comme il eſt
prefque inévitable dans une collection de
cette nature , de tomber dans une multitude
d'omiffions , foit de certains articles
en entier , foit de quelques circonstances
notables qui regardent les Auteurs & leurs
ouvrages , & qu'il furvient des éditions
nouvelles & dignes de remarques , des
Traductions , des Critiques , des Apologies
, on peut réparer les omiffions d'articles
, fans troubler l'ordre , en inferant un
Auteur oublié , ou ajouter des cartons à
la fin de la feuille , pour corriger les erreurs
& marquer les changemens.
Que de Dictionnaires & de Catalogues
bibliographiques deviendroient plus utiles,
s'ils étoient partagés de cette forte ? Quel
degré de perfection n'auroit pas un Dic
tionnaire de Moreri , par exemple , où à la
fin de chaque article de familles , on pourroit
ajouter les nouvelles alliances , les
morts , les naiffances , les faits notables;
où entre deux noms illuftres on pourroit
en inferer un autre qui commence à le
devenir , ou qui a échapé aux recherches
des précédens Compilateurs ; un Dictionnaire
d'Hiftoire naturelle & de Phyfique ,
où à la fin de chaque article on pourroit
16 MERCURE DEFRANCE.
ajouter les nouvelles découvertes ; un Dic
tionnaire géographique , un Pouillé de la
France , où on pourroit corriger les erreurs
& marquer les changemens , en faifant
réimprimer l'article fur lequel l'un ou
l'autre tomberoit ?
Par-là on pourroit même fe procurer
un plus grand nombre de Soufcripteurs
pour un ouvrage confidérable , en le donnant
par parties & périodiquement , ou à
mefure que les matériaux viendroient , ce
qui feroit en même tems un foulagement
pour les facultés des curieux , & pour le
travail des autres . Mais en tous cas , il me
paroît qu'il n'eft point d'ouvrage auquel
cette pratique convienne mieux qu'à une
Bibliothéque univerfelle . En fuivant ce
confeil , l'Auteur du projet en queſtion
aura la fatisfaction de commencer à jouir
plutôt du fruit de fes recherches laborieufes
, dont le retard le dégouteroit peutêtre
par la fuite.
A l'égard de la feconde partie concernant
les matieres , mon goût s'accorderoit
avec celui de l'Auteur , en les rangeant
par ordre alphabétique en forme de Dictionnaire
, non pas en raffemblant tous
les ouvrages de Jurifprudence , de Médecine
, de Théologie , &c . fous des titres fi
généraux ; moins encore en ayant égard
JUILLET . 1749. 17
aux premiers mots des titres , dont la plûpart
font vagues & ne qualifient rien ,
mais en mettant fous chaque nom de chofe
phyfique ou morale , fous chaque nom de
lieu ou d'époque , fous chaque nom d'art
ou de métier particulier , fous chaque nom
de queftion notable de Théologie , Jurif
prudence , Philofophie , &c . fous chaque
nom d'homme fameux dans l'Hiftoire ancienne
ou moderne , fous chaque nom de
production naturelle ou artificielle , les
ouvrages hiftoriques , critiques , didactiques
, polemiques , philofophiques , & c.
qui y ont rapport.
Je n'aurois pas manqué , comme vous
l'imaginerez fans doute , Monfieur , de
faire auffi un cahier feparé pour chaque
mot , afin de faciliter les corrections &
les additions , que de nouveaux ouvrages
fur chaque matiere , ou de nouvelles éditions
des anciens, rendent frequentes. J'aurois
par conféquent trouvé l'ufage de ces
cahiers plus néceffaire encore , ou du moins
autant ; dans la feconde partie que dans la
premiere..
A l'égard des traités généraux de fcience
, comme les cours de Philofophie , de
Théologie , de Jurifprudence , de Médecine
, je me contentois d'en faire mention
à l'article de leurs Auteurs ; mais à cet
18 MERCURE DE FRANCE.
!
>
égard je cherchois la briéveté par des raifons
qu'un autre n'auroit peut-être pas.
Voilà , Monfieur mes réflexions . Elles
font le fruit des inconvéniens que j'ai
trouvés dans une multitude d'autres Méthodes
, dont j'ai effayé fucceffivement.
Il n'y a furtout rien de fi incommode que
les fupplémens , aufquels on eft obligé
d'avoir recours dans tous les ouvrages de
compilations.
Votre zéle pour la République des Lettres
, où vous tenez , Monfieur , un rang
fi diftingué , m'engage à vous adreffer cet
effai , en le foumettant à vos lumieres , &
en vous priant d'y faire les changemens &
les additions que vous croirez propres à le
rendre plus digne de l'attention de l'Auteur
du projet , & du Public. Je prendrai
la liberté de vous adreffer quelquefois
des productions digerées avec plus de foin .
J'ai l'honneur , &c.
Le Moyne.
De Dieuze , en Lorraine , le 10 Avril.
JUILLET. 1749. 19
@ ® @: ❁ ཡུ % གུ
A M. OU DRY,
Peintre du Roi.
LES DEUX BUCHES ,
FABLE.
Toi ,dont les immortels pinceauz
Rendent trait pour trait la nature ,
Et font de tes brillans tableaux
Les chefs-d'oeuvre de la Peinture ,
Oudry , pour un moment , laifle ces animaux
A qui , lorfqu'il te plaît , ton art donne la vie;
Et jette un oeil d'ami ſur cette rêverie
Que vient d'enfanter mon repos.
Le fage quelquefois à fes nobles travaux
.
Doit mêler un peu de folie.
Le livre que tu m'as prêté ,
Sans me l'avoir fait trop attendre,
M'a fourni la moralité
Du récit que tu vas entendre.
Pour réchauffer fes triftes Lares ,
Qui grelotoient dans leur foyer ,
Un jour un riche Métayer ,
Dont les mains n'étoient point avares,
Mit deux groffes buches au feu ,
A
20 MERCURE DE FRANCE.
L'une de chêne & l'autre de bois neuf.
Sur celle- ci le foufflet eut à peine
Agité l'air par fa preffante haleine ,
Qu'on vit la flamme tout -à - coup
Gagner de l'un à l'autre bout ,
Et récréer par fa chaleur fubite
Les Pénates tranfis & le Maître du gîte ;
L'autre au contraire , au lieu de s'enflammer ,
Noircir fous le foufflet qui cherche à l'animer.
Une épaiffe fumée abforbe les bluettes ,
Qu'on tâche à grands coups de pincettes
De faire fortir de fon fein ;
On la tourne cent fois , on y perd fon latin .
Honteufe de fon lambinage ,
Sa compagne lui dit , ma chere foeur , pourquoi
Ne pas brûler auffi vîte que moi ,
Puiſque vous êtes faite exprès pour le chauffage?
Si , lorfqu'on l'exige de vous ,
Vous répandiez au loin vos chaleurs bienfaisantes ,
Ces mains dont vous fentez les coups ,
Seroient pour vous des mains reconnoiffantes ,
Et votre fort en feroit bien plus doux.
Quand vous vous réduiſez en braiſe ,
Vos feux viennent toujours trop tard.
Corrigez-vous , ma foeur , & j'en ferai bien aile.
Rendre fervice à propos , eſt un art ,
Dont vous mettez toujours la pratique à l'écart ;
JUILLET. 1749. 21
Mais fçachez ( ne vous en déplaife )
Que l'on oblige doublement ,
Lorfqu'on oblige promptement.
薪洗洗洗洗洗洗洗洗洗:洗洗洗洗洗洗
REFLEXIONS.
LEs faux amisfontcomme les fauxbra
ves ; ils vous abandonnent toujours
dans le befoin.
La beauté eft comme l'aprêt dans les
marchandiſes ; elle s'évanouit dans l'uſage
que l'on en fait,
Toute paffion violente eft folie , puifqu'elle
affoiblit les forces de l'entendement.
L'amour & la domination ne veulent
point avoir de collegues .
Un homme vraiment méchant ne fait
jamais à moitié une méchante action .
Le naturel des femmes eft de vouloir
tout & ne vouloir rien , c'est- à- dire que
leur volonté fe laiffe emporter à tous les
objets qui leur femblent beaux , bons ou
nouveaux , mais fans s'attacher à un feul
folidement , de forte que quand quelque
chofe fe préfente à leurs yeux , elles en
deviennent épriſes , ſemblables en cela à
22 MERCURE DE FRANCE
ces malades qui defirent tout ce qu'ils
n'ont pas , & ne fe foucient nullement de
ce qu'ils ont.
C'est une fouveraine prudence que de
fçavoir nous plaire en ce que la néceflité
nous rend inévitable.
La beauté n'est peut- être qu'une opinion
de celui qui la juge telle .
Les poltrons & les amans font extrêmement
fujets à l'hyperbole.
La préfence de la perfonne aimée eft
T'un des plus fouverains remédes que la
trifteffe puiffe recevoir .
Les amans , les plaideurs & les écoliers,
ne mefurent pas le tems comme les autres
hommes , mais felon l'impatience de la
paffion qui les poffede.
La fortune & l'amour fe mocquent de
la prudence.
Celui qui veut donner de la peine à
autrui , s'en prépare la plus grande partic.
Rien n'eft peut-être plus amufant que
de toujours faire des projets pour fe marier
, mais il faut dans bien des cas fe
der de conclure.
garde
Ce n'eft pas aimer véritablement que
cacher quelque chofe à la perfonne aimée .
Celui qui voit ce qui eft aimable fans
Faimer , manque d'efprit ou de courage .
JUILLET.
1749. 23
On doit plus confidérer l'honneur de
l'objet aimé, que la fatisfaction de celui
qui aime,
L'amour flate toujours fes malades d'efpérance.
La jeuneffe & la beauté ont une ſympapatie
qui n'eft pas petite .
Tout eft bon , & tout eft mauvais , regardé
par differens côtés .
11 eft des perfonnes dont le mépris ne
fçauroit offenfer.
Une coquette & une prude font égale
ment à craindre.
La chicanne eft comme la protectrice
des méchans & le fleau des bons .
Il faut bien aimer pour aimer fon rival,
Il vaut beaucoup mieux n'avoir jamais
eu de félicité , que d'en être privé.
Le mariage , felon les uns , eft le tombeau
de la liberté , & felon d'autres , la
ceffation de l'esclavage.
Un véritable ami eft prefque auffi rare
qu'une jeune perfonne conftante.
Un bon écolier eft comme un bon fonds
où tout profite & vient en maturité.
Un homme nouvellement tiré de l'extrême
mifere & parvenu à une fortune ,
quoique médiocre , eft très-fouvent dans
le cas de fe méconnoître .
24 MERCURE DE FRANCE.
Perfonne ne méprife davantage, que ceux
qui véritablement font méprifables.
L'amour eft de toutes les paffions la plus
pardonnable.
Un homme fenfé & généreux ne fera
jamais confifter le beau d'une entrepriſe
dans les difficultés qui s'y rencontrent.
Ce n'eft point la charge , telle qu'elle,
puiffe être , qui doit honorer celui qui
la poffedes c'est à lui à faire honneur à la
dignité qu'il remplit,
Il faut ne faire un choix gueres aimable ,
pour pouvoir aimer fans avoir de rivaux .
Tour ne refpire à préfent que la légereté.
La conftance , en quoi que ce foit ,
a l'air trop bourgeois.
Par M. Pigeon , Bachelier en Droit en
'Univerfité de Caen.
VERS
JUILLET.
25 1749 .
VERS
De M. Baſton , à une Demoiſelle qui faifoit
le rôle de Zaïre.
Quandje voyois étaler fur la fcéne
Le fpectacle de tes douleurs
Mon coeur aimoit à partager ta peine ,
Mes yeux à partager tes pleurs.
De tes foupirs la apide énergie
Jettoit le trouble en mon ame attendrie ;
La terreur , la pitié , l'amour ,
De mes fens foulevés difpofoient tour à tour.
Mais bien- tôt l'amour ſeul exerçant ſon empire ,
J'étois , hélas ! le dirai - je ? Zaïre ,
J'étois jaloux des pleurs que tu verfais ,
Des tranfports qu'à la fois ton coeur ſent & condamne
.
J'étois le rival d'Oroſmane ,
Et je le fuis plus que jamais.
A Dieppe , le 15 Mai 1749.
26 MERCURE DE FRANCE.
Đ
!
LETTRE
De M. *** à M. *** fur l'Hiftoire
naturelle des Punaiſes.
I
Left étonnant que perfonne , comme
vous dites , Monfieur , n'ait entrepris
de nous donner l'hiftoire naturelle des Punaifes
, lefquelles peuvent , auffi-bien que
les autres Infectes , nous fournir des obfervations
curieufes , fingulieres , également
intereffantes & dignes de notre admiration.
Dans ce que j'ai pû apprendre à
ce fujet , je vous communiquerai avec plaifir
ce qui me paroîtra être le plus capable
de piquer votre curiofité.
ñ
La Punaiſe en Latin eft le Cimex de Pline
, en Greco & Kopis epos. Il paroît que
le mot de Cimex vient du mot Grec Kiuas
Cubo , je fuis couché , parce qu'on trouve
communément ces fortes d'Infectes dans
les lits . Le nom de Punaiſe eft dérivé du
mot Latin Punicea , à caufe de la couleur
rougeâtre de ce petit animal. On a donné
ce nom premierement aux Punaifes rouges ,
& enfuite à toutes les autres. Ménage , en
rapportant l'étimologie de ce mot , ne
parle que des Punaifes des Indes qui font
JUILLET.
1749. 27
les véritables Cochenilles. Il y en a des
jardin , qui font vertes & auffi puantes
que les autres ; il y a auffi des Punaiſes de
terre volantes , qu'on trouve dans les
champs fur les arbres. Hoefnaget a dépeint
cette forte de Punaiſes de terre volantes
; il y a auffi des Punaiſes d'eau qui
volent , & ont un aiguillon dont elles
piquent très -fort ; mais on ne parlera ici
que de la Punaife ordinaire , Cimex Lectu
larius , ou Cimex Domefticus.
C'eſt un Infecte prefque rond ou de figure
rhomboïde , fort plat , de la figure
d'une petite lentille , d'une couleur de canelle
foncée , ayant la peau d'une extrême.
fineffe , ce qui le rend facile à écraſer pour
peu qu'on le touche . Son bec eft courbé ;
fa gueule eft panchée fous la poitrine ; fa
poitrine a une bordure ou marge tout au
tour ; il a le dos plat , des antennes ou
cornes à quatre jointures; il a fix pieds proà
courir , une efpece de trompe pour
fucer , & une tariere pour percer le bois;
fon corps a de l'odeur , laquelle , lorfqu'on
l'écrafe , devient encore plus infupportable
.
pres
Les cornes ou antennes des Punaiſes
font d'une beauté finguliere, quand on les
regarde avec le microfcope , & on croit
qu'elles ne leur fervent pas
feulement pour
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
par
orner leur tête , mais auffi pour tâter le
chemin qui eft devant elles , & connoître
là s'il n'y a rien qui s'oppofe au paffage
de leurs corps , rien qui puiffe les falir
ou les noyer ; il eft vifible, que lorfque ces
animaux marchent , leurs cornes vont ordinairement
dreffées vers l'endroit où ils
veulent aller ; peut-être que cela eft néceffaire
par des raifons que Ï'on ne peut facilement
découvrir.
Cet Infecte , comme les autres , ayant
en foi une matiere propre à produire un
animal fon femblable , & fe trouvant dans
un lieu propre à fa nourriture , y dépoſe
quantité d'oeufs ; ces oeufs produifent d'autres
Infectes , ces Infectes d'autres oeufs , &
toujours ainfi jufqu'à l'infini .
Dans nos climats les Punaiſes meurent
dans l'hyver , ou fe retirent dans des trous ;
mais elles laiffent une infinité d'oeufs légerement
blanchâtres , qui fe confervent
pendant cette faiſon , & qui aux approches
de la chaleur s'ouvrent en foule , &
laiffent éclore les petits animaux qu'ils
renferment. Ces Infectes fe multiplient
prodigieufement , parce qu'ils font trèsféconds.
L'humeur qui exhale de la fuperficie des
corps des animaux ; les matieres putrides
proche les lits,celle qui tranfpire peu à peu
JUILLET. 1749 29
du bois , & c. contribuent àfaire éclore ces
Infectes,parce que la pourriture eft comme
le nid où leurs oeufs fe convent & éclofent
mieux. Ce petit animal naît dans les vieilles
maiſons , dans celles qui font proche
des colombiers & des loges des cailles ,
dans les vieilles folives des maifons , dans
les lits , ceux fur-tout dont le bois eft de
fapin , & ceux où il y a de vieilles paillaffes
, ou dont la paille & les draps ne font
pas fouvent renouvellés ; dans les lits qui
font proche les murailles , ou les cloiſons ,
fur-tout celles qui font enduites de plâtre
ou qui font près de vieux livres ; on en
voit une plus grande quantité aux chambres
d'en haut , aux lieux fecs , & il s'en
trouve plus dans les appartemens expofés
au Midi , que dans ceux qui ont une autre
fituation.
Les Punaiſes fe nourriffent de fang ,
de chair , de laine , des étoffes , du bois
qui eft tendre , vieux ou pourri , c'eft - àdire
de quelques humidités qui s'y trou
vent , ainfi que d'autres matieres excrementielles
& corrompues ; il paroît encore
conftant que ces Infectes fe mangent,
comme font les araignées , les uns les
autres.
$
Ils ont le fang fi groffier & fi gluti-
, que l'air pris dans les poulmons ne neux
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
fuffiroit pas pour le faire circuler ; mais
la nature y a pourvû en leur donnant une
trachée artere qui regne d'une extremité
du corps à l'autre , & diftribue partout fes
rameaux , même à plufieurs ouvertures
percées à droite & à gauche par où ils
prennent l'air, & c'est ce qui fait que ( comme
les autres Infectes ) ces animaux , frottés
d'huile , meurent , parce qu'on leur a
fermé les conduits de la refpiration.
Parmi les fleaux que la divine Providence
a répandus fur la terre pour punir la
vanité & la molleffe de l'homme , je crois
que les Punaifes ne font pas le moindre.
On s'eft mis beaucoup en peine de chercher
des fecours pour nous défendre cóntre
ces ennemis de notre repos , & il eſt
étonnant de voir la quantité de recettes
que les anciens & les modernes nous donnent
pour cet effet en forme d'huiles , d'onguens
, de lotions , de fumigations , &c.
Je ne parlerai ici que des remédes qui
paroiffent les plus efficaces ou les plus curieux
.
L'huile , comme on vient de le dire ,
tuë indifferemment toutes fortes d'Infectes
quand ils y ont été plongés un moment .
Selon Mouffet , le marc de beure qu'on
* Mouffetus , Infectorum five minimorum animalium
theatrum. Lond. 1634. folio, lib . 2. cap. xxv.p.
269. c.
JUILLET. 1749. 3x
aura fait bouillir , jetté fur les endroits où
viennent les Punaiſes , les détruit d'une
maniere furprenante , les faifant , dit- il ,
crever de replétion ; » c'eft peut - être
» cette graiffe dont Cardan parle en ces
» termes : J'ai connu autrefois ( mais je ne
» m'en fouviens plus ) une espece de graif-
»fe , laquelle fi on en frottoit une affierte
»de bois , s'attiroit toutes les Punaifes , de
maniere qu'on ne voyoit plus le bois.
Quant aux huiles ,
onguens , & c . dont
on a coûtume de fe fervir contre les Punaifes,
& dont il y a un très- grand nombre,
il faut pour qu'ils produifent leur effet ,
abfolument en frottet & bien imbiber le
mur , le bois de lit , toutes les jointures ,
trous & crevaffes , ainfi que le chevet du
lit, & les endroits tout autour dans lefquels
les Punaifes fe nichent & font leurs couvées
; mais l'effet qui en réfulte , n'eft ni
confidérable ni aucunement durable ; il
faudroit pour cela que tout le tour du lit
jufqu'aux rideaux , plis , doublures , pentes
rubans , tout ce qu'il y a autour
des anneaux, en fuffent bien pénetrés , fans
quoi les Punaiſes ne manquent pas de reparoître
peu
de tems après qu'on s'en eft
fervi ; outre que ces fortes d'applications ,
quelques efficaces qu'on les trouve , doivent
être fouvent renouvellées , & par-là
,
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
elles gâtent néceffairement le coucher &
le tour du lit.
Florentinus rapporte que les Punaiſes
font tuées par le parfum des Sangfuës , &
les Sangfuës par celui des Punaifes , ce que
Pline a dit avant lui .
*
Selon Hippocrate , la fiente de taureau ,
& fi l'on en croit Avicenne , celle de
l'homme chaffe les Infectes venimeux &
les Punaiſes , fi on en fait une fumigation .
Aldrovandus affûre que la fumée du vitriol
& du verdet les tue , mais cela n'empêche
pas , ajoûte- t'il , qu'elles ne reviennent
bien- tôt. On vante auffi beaucoup
la fumée de la nielle , de la fcolopendre ,
de la cigue & une infinité d'autres.
Il y a effectivement de ces fumigations
qui chaffent les Punaifes , mais ce n'eſt
que pour fort peu de tems , & comme il
eft néceffaire de les réïtérer fort ſouvent ,
elles ne manquent point de ternir les tableaux
, gâter les dorures , livres & autres
ameublemens.
Lorfqu'on ufe de fumigations , il faut
avoir l'attention de bien enfermer la fumée
par le moyen des rideaux , draps , & c . "
& e. ~
dont on couvrira bien le lit , afin de conferver
plus long- tems la vapeur.
Démocrite , au rapport de Pline , affir-
* De Infectis Bonan. folio 1638 , p. 138.
JUILLE T. 1749. 33
me que malgré la faleté des endroits où
l'on couche, & ce qui tranfpire des murs,
les Punaifes ne fe reproduifent point, fi on
attache des pieds de lievres ou de cerfs
autour du pied du lit ; il nous dit encore ,
fi on fufpend du crin de cheval à l'entrée
de la chambre à coucher , que les Punaifes
n'y entreront pas ; mais il faut avouer que
tout cela fent bien la fiction. Quelquesuns
pendent un linge trempé dans de l'eau
froide , ce qui éloigne les Punaifes
par la
fraîcheur actuelle. Quand on eft en voyage
, fi on met fous le lit un vaiffeau plein
d'eau froide pendant qu'on dort , les Pus
naifes n'approcheront point. Mouffet affûre
que le chanvre ou le fruit d'Alkeken .
ge , fufpendu dans le lit , éloigne les Punai -
fes. Si on met du chanvre dans le lit , dit
Aldrovandus , elles s'enfuyent & ne reviendront
plus. Rhafis affirme que fi on
fe.frotte le corps avec de l'huile dans la
quelle on aura fait bouillir de l'abfinthe ,
les Punaifes ne pourront approcher.
On dit encore que l'hyeble , étendu fous
le lit , chaffe les Punaifes , vrai - femblablement
à cauſe de fon odeur forte . La matt
vaife odeur du cuir rouge que les Allemands
appellent Ruffiſch Leder , fi l'on
en enferme une certaine quantité dans
un endroit , les détruit d'une manie
B v
34 MERCURE DE FRANCE.
re -furprenante , * felon Aldrovandus &
Mouffet.
"Enfin tous les Auteurs conviennent
que
les drogues qui ont une odeur forte , font
très-contraires aux Punaifes , & on remarque
que chez les Apoticaires Droguiſtes &
Corroyeurs , on ne voit pas de cette vermine.
On fçait combien les Anciens fe ſont
efforcés de trouver quelque reméde qui
pût détruire toutes fortes de vermines , &
combien il y a eu de fuperftition dans ce
qu'on appelloit Taliſmans & amulettes ;
mais fans avoir recours à la magie , on
trouve chez les modernes de ces remédes
externes , dont l'effet eft réel , & peut s'expliquer
par la méchanique.
On nous a donné depuis peu un certain
Prophylactique contre les Punaifes , qui
eft fort en ufage , & qu'on appelle l'Amulette
de la Chine , où il paroît qu'on a
voulu raffembler & concentrer certaines
odeurs ( qu'on aura trouvées être contraires
à cette vermine ) dans un petit efpace
fous une forme folide & durable , capable
cependant d'une tranfpiration perpetuelle,
& par conféquent de pouvoir agir fur les
corps délicats de ces Infectes avec des efforts
redoublés par un concours d'exha-
Aux endroits ci-devant cités.
JUILLET. 1749. 35
laifons odoriferentes & penetrantes , que
cette Amulette leur envoye fans ceffe.
Je ne puis affûrer fi l'Amulette de la
Chine détruit réellement ou fait mourir
les Punaifes , mais on peut dire en faveur
de ce reméde , que c'eft le plus commode
& un des plus efficaces qui ait encore paru
contre cette vermine, & qu'il les chaffe &
éloigne de maniere à l'empêcher d'être
aucunement incommode , comme l'affûrent
encore beaucoup de perfonnes qui en
ont fait l'expérience . Il y a lieu d'efpérer
que l'Auteur de ce reméde ne négligera
rien pour perfectionner de plus en plus
une découverte fi utile au Public. 11 eft
extrêmement probable que la connoiffance
de quelques antipathies qu'il y a dans la
nature , ou des impreffions fingulieres que
font certaines chofes fur d'autres animaux ,
pourra enfin conduire par des expériences
analogiques , à la découverte du vrai fpécifique
contre une vermine fi incommode.
Un heureux hazard nous découvre même
fouvent des chofes d'une utilité infinie.
On affûre qu'on a trouvé depuis peu à
Edimbourg , que de certaines odeurs ou
exhalaifons chaffent les rats . Dans un magafin
de marchandife de toutes efpeces , il
fe trouva une grande quantité de ces animaux
; après y avoir mis plufieurs cailles
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
nouvelles , on fut fort furpris de trouver
que les rats avoient entierement difparu ,
& on eut la curiofité d'en rechercher la
cauſe ; on remua & l'on ôta de ce magafin
plufieurs drogues & marchandifes , &
l'on trouva enfin que cet effet étoit dû à
une caiffe de Sel de Succin , laquelle étant
ôtée , les rats reprirent leur ancienne demeure
, & difparurent encore lorfqu'on
eut remis la même caiffe de Sel , dont les
exhalaifons apparemment font infupportables
à ces animaux .
Dans l'Amérique Septentrionale les habitans
, pour fe garantir du Serpent à fonnettes,
qui eft fort venimeux & dangereux,
portent attaché au bout d'un bâton un petit
morceau d'une racine de Virginie ,
qu'on appelle Viperina Radix. Quand ils
entendent par le bruit des fonnettes que le
Serpent approche , ils lui font fentir cette
racine , qui par fon odeur le met hors d'état
d'avancer.
On a obfervé que partout où croît le
Pouliot fanvage ou , Dictame de Virginie,
on ne voit point de Serpens à fonnettes.
Extrait du Journal d'Angleterre , Journal
des Sçavans , Mats 1666 .
Quoiqu'il y ait des perfonnes qui croyent
que les Infectes ne connoillent prefque
les objets que par la vûe & le fens du touJUILLET
. 1749 . 37
,
>
cher qu'ils ont excellent , il eft néanmoins
plus que probable que les Infectes ont
l'organe de l'odorat ; il y a même lieu
d'attribuer particulierement aux Punaifes
une extrême délicatefle ou fineffe
d'odorat , & par - là on explique pours
quoi de deux perfonnes couchées dans
un même lit qui fourmille de Punaifes
, l'une fe trouve mordue & l'au
tre point : c'eft , fans doute à caufe
de leur odorat extrêmement fin , ce qui
fait qu'elles font differenment affectées
par les corpufcules differens qui tranfpirent
des deux corps humains , &
qu'elles s'attachent à l'un , & paffent
l'autre fans y toucher , felon que le fang
de ces differens corps peut leur fournir
une bonne ou mauvaife nourriture , ou
qu'il peut favorifer la confervation ou déranger
l'economie de ces petits animaux .
Quoiqu'il en foit , il n'eft pas facile d'expli
quer autrement ce fait, ni comment certai
nes drogues odorantes , telles que l'Amulette
de la Chine , éloignent les Punaiſes ,
à moins qu'on ne dife que cela s'opére par
quelque antipathie particuliere , on par
quelque autre vertu cachée dont on ne peut
découvrir la raifon , d'autant plus que tou
tes chofes odoriferentes ne font pas le même
effet. Tout ce qu'on peut dire de plus
38 MERCURE DE FRANCE
probable pour expliquer la maniere dont
certaines drogues " odorantes opérent fur
ces animaux , c'eft qu'il s'en exhale de
certaines particules extrêmement fines &
pénétrantes , lefquelles armées peut- être
de quelques fels particuliers, & venant à fe
répandre & à s'introduire par leurs pointes
dans le corps tendre & délicat des Punaifes
, rompent ou menacent de rompre la
liaifon de leurs parties , ce qui oblige ces
Infectes de s'éloigner , fans qu'on puiffe
leur refufer pour cela la faculté que la nature
a accordée à tous les animaux qu'elle
a formés , qui confifte à difcerner ce qui
convient à leur bien pour le fuivre , & au
contraire de diftinguer ce qui peut leur
être nuifible , pour le fuir , foit qu'on l'appelle
inftinct ou autrement.
Les Punaiſes nous fourniffent quantité
de faits & d'obſervations curieufes ; les
bornes que je me fuis prefcrites ne me permettent
pas de décrire exactement la ftructure
de leurs petits organes , ou d'entrer
dans le détail de tout ce qui regarde la génération
, la multiplication , &c. de ces Infectes.
Il fera plus à propos de renvoyer
cela à une Diſſertation particuliere qu'on
médite à ce ſujet . Je fuis , Monfieur , &c.
A Avignon , le 2 Avril 1749.
JUILLET. 1749.
39
nununuDUDY: D
EPITRE
A M ***.
Dans un de ces bofquets où l'Art & la Nature
S'unirent pour répondre aux défirs d'un grand Roi,
Sous la voûte d'un Ifqui garde fa verdure ,
Quand l'Orme dépouillé cede aux rigueurs du
froid
,
Ami , j'invoquois Melpomene ,
Et lui difois , Muſe, ma Reine ,
Si vous vouliez m'admettre au rang de vos amis,
On verroit fortir de ma veine
Un ouvrage nouveau qui plairoit fur la fcéne
Plus que Catilina , plus que Sémiramis.
J'unirois en moi feul la force de Corneille
Avec ce que Racine offre de fentimens ;
J'attacherois l'efprit , je charmerois l'oreille ,
coeurs attendris par mes chants féduifans
Et les
Rendroient hommage à la merveille
Qui fçauroit réunir les cabales du tems.
La demande étoit téméraire ,
Et je ne fus paint écouté ..
Ami , je m'en étois douté.
Mais la Mufe , pour me diftraire
Du projet trop haydi , dont j'étois entêté ,
40 MERCURE DE FRANCE.
Fit affeoir près de l'hermitage ,
Où j'avois droit de Citoyen ,
Deux perfonues, dont l'entretien
Me parut fi touchant , fi fage ,
Que je me réfolus d'en faire un prompt uſage.
Il me plut ; fçais - tu bien pourquoi ? "
C'eftque je vis deux creurs s'exprimer fans partage
Sur ce qui charme dans le Roi.
Sans en être apperçû , je pouvois les entendre ,
Leurs difcours me firent comprendre
Qu'à titre different ils avoient de l'emploi ; 1
L'un éroit Commenfal , & l'autre Militaire ;
Leurs noms ne font rien à l'affaire ,
Tu t'en pafferas comme moi.
Je vais fimplement & fans glofe ,
Te répeter en vers ce qu'ils dirent en profe.
L'Officier Commenfal.
La Paix te rend donc à mes voeux ,
Ami: tu viens fans doute à l'abri des allarmes ,
En goûter avec nous les charmes ,
Et t'affocier à nos jeux.
L'Officier Militaire.
Après avoir bravé les fureurs de la guerre
Sous le Héros vainqueur qui nous donne la loi ,
Je viens , cher ami , comme toi ,
Admirer à mon tour avec toute la terre ,
Moins le Héros que le bon Roi,
JUILLET.
1749. 41

Le Commenfal.
Si fes fiers ennemis l'ont trouvé redoutable ,
Quand la foudre à la main il les a combattus ;
Que pour eux il feroit aimable ,
S'ils étoient comme nous, témoins de fes vertus !
Dans ce Palais charmant où fon peuple fans ceffe
Se raffemble de toutes parts ,
De Courtisans zelés une foûle s'empreſſe
A fixer un de ſes regards.
Le Soleil , en fortant de l'onde ,
Réveille & réjouit le monde ;
Ses rayons annoncent le jour .
Louis paroît : une allégreffe ,
'Dont notre ame n'eft pas maîtreffe ,
Précede & prouve notre amour.
Le Militaire.
C'eft ainfi qu'au milieu des feux que l'airain lance ,
Dans les coeurs des -guerriers fon augufte préſence ,
En répandant la joye , animoit la valeur.
Sous les yeux le François contre la réſiſtance
Arma toujours un bras vainqueur.
Eh ! de quoi n'eft- il pas capable ,
Quand guidé par un Roi brave , intrépide, aimable,
Il ne confulte que fon coeur.?
Le Commenfal.
Le voir eft un bonheur pour un fujet fidelle ,
L'approcher , le fervir , eft le comble des voeux ;...
42 MERCURE DE FRANCE.
D'un regard il fait un heureux ;
Dans fa Royale bouche un mot eft l'étincelle
Qui porte dans un coeur le feu pris par les yeux.
Le Militaire.
Mais de l'éclat qui l'environne
L'efprit & les yeux éblouis
Donnent peut-être à la Couronne
Ce qui n'appartient qu'à Louis ?
Le Commenfal.
Non ; ce n'eft point en lui l'éclat du Diadême'
Qui le rend cher à fes Sujets ;
Le refpect fuit le rang fuprême ,
L'amour veut de plus doux objets.
'Dans Louis fçais-tu ce qu'on aime ?
Ce n'eft pas fon rang , c'eft lui -même :
C'est ce front plein de Majefté
Où fe peint la férénité
Qui regne toujours dans fon ame ;
Ce coeur qu'anime la bonté
Qu'envain perfonne ne réclame ,
S'il n'a contre foi l'équité .
Le Militaire.
Je l'ai vu dans ces champs où l'affreufe Bellonne
Répandoir le trouble & l'effroi ' ;
J'ai vu la mort voler autour de fa perfonne ,
Quand il vainquit à Fontenoy.
Tranquille & l'oeil ferein dans ce péril extrême
JUILLET:
43
1749.
Où tout annonçoit le trépas ,
Il ne craignoit rien pour lui-même ,
Er craignoit tout pour les foldats.
Quelles précautions ne l'a t'on pas va prendre
Pour mettre leurs jours à couvert !
Sa tendreffe pour eux lui fait tout entreprendre ;
Contre tous les dangers il cherche à les défendre ;
Le chagrin dans fes yeux fe peint quand il les perd.
Le Commenfal.
Ce n'eft- là , cher ami , qu'ébaucher fa tendreffe.
Jufques dans ces horribles lieux ,
Dont les objets bleffent les yeux ,
Et que fuit la délicateffe ,
Combien de fois moi-même ai - je fuivi ſes pas 7
Pour ces victimes de la gloire ,
Dont le fang lui donnoit une pleine victoire ,
A quels foins paternels ne ſe livroit- il pas
Dans ces braves j'ai vu la vie ,
Qui leur alloit être rayie ,
Se ranimer entre les bras.
Ils ne craignoient plus le trépas ;
Eprouvant dans l'azile ouvert à la mifere ,
Les largeffes d'un Prince , & les bontés d'un pere;
Le Militaire.
J'en fus témoin , j'en fus charmé.
Le Commenfal.
Abfice Prince eft grand , ami , qu'il eft aimable,
44 MERCURE DE FRANCE.
Et qu'il mérite d'être aimé !
Oui , c'eft pour des Sujets un bien inestimable ,
Qu'un Roi que les vertus pour le Trône ont formé
Le Militaire.
L'Anglois , ce rival de la France ,
Défait , bleffé , captif, eut part à fes bienfaits.
Louis ne mit alors aucune difference
Entre fes ennemis , & fes braves Sujets ,
Et comme eux de fes foins ils furent les objets.
Le Commenfal.
Ses ennemis l'ont fait connoître ;
Ils ont développé les Royales' vertus ;
Son coeur les renfermoit ; on les a vû paroître
Au moment qu'il les a vaincus ;
Ils ne croyoient pas redoutable
Un Prince qu'ils fçavoient humain.
Lorfqu'Ypres , Furnes & Menin
Subirent à leurs yeux un joug inévitable ,
Alors pour eux , alors , il devint formidable .
Eh ! pouvoient -ils penfer que du fein de la paix ,
Des plaisirs qu'elle donne abandonnant les charmes
,
Louis uniquement connu par des bienfaits ,
Iroit fuivi de Mars tentet le fort des armes ?
Le Militaire.
Ignoroient- ils que les Bourbons
Sont vaillans autant qu'ils font bons ?
JUILLET.
1749. 45
Ils devoient preffentir l'orage.
Pourquoi de ce lion réveiller le courage ,
Et troubler par leurs cris fon paifible fommeilė
Ah ! que de fang , que de carnage
Le vangerent de ce réveil !
Vingt Villes fous le joug , trois batailles rangées ,
Où toujours la victoire a fuivi nos Drapeaux ,
Tant de Provinces ravagées ,
Dans le Prince paiſible ont montré le Héros
Le Commenfal.
De ces rivaux de notre gloire
Les projets font évanouis.
Ils fe promettoient la victoires
Malgré leurs efforts réunis ,
Il trouvent leur bonheur , en cédant à Louis .
Le Militaire.
Enfin ils ont pû fe convaincre
Que d'injuftes foupçons les ont long-tems deçûs ;
Ils ne paroiffoient pas laffés d'être vaincus ,
Et Louis l'étoit de les vaincre.
Il a fallu que ce Héros
Les forçât de goûter les douceurs du repos.
Il a parlé , bientôt on les a vûs ſe rendre.
L'équité dans ſa bouche aux coeurs s'eft fait ens
tendre .
Ses armes les avoient défaits ;
Des traits de fa bonté pouvoient- ils fe défendre a
Nos plus fiers ennemis lui demandent la paix,
46 MERCURE DEFRANCE.
Le Commenfal.
Quelle gloire pour lui , pour nous quel avantage !
Dans les faftes des tems nous voyons des vainqueurs
Semer de toutes parts la guerre & fes horreurs ,
Porter en tous lieux le
ravage ,
Réduire tout à l'eſclavage :
Louis , plus grand , fçait vaincre , & foumettre les
coeurs.
Le Militaire.
Eh ! qui n'aimeroit pas un Prince pacifique ,
Qui préfere l'olive à l'éclat da laurier !
Un Prince brave , né guerrier,
Qui , malgré fes fuccès , n'a d'autre politique
Que la félicité publique !
A ſa voix , la tranquillité
Succéde dans les coeurs à l'amour de la guerre ;
Tous veulent à l'envi la bannir de la terre ;
La paix devient l'objet de leur félicité.
Le Commenfal.
Un changement fi prompt avoit droit de fur
prendre ;
Cher ami , pouvoit- on s'attendre
A cet admirable concours ?
La paix va donc enfin defcendre ,
Et nous affûrer d'heureux jours.
Que j'aimerois d'entendre aux fons de la mufette
JUILLET.
47
1749.
La Nymphe que tu vois verfer ici les eaux ,
Chanter la paix , & le Héros
Qui fait taire aujourd'hui la guerriere trompette }
Et fe fait un bonheur de la fin de nos maux !
Iln'avoit pas fini ces mots ,
Que les tendres accords d'une douce harmonie
Dans le même bofquet vinrent frapper mes fens
Aux charmes de la ſymphonie
Se joignirent les plus beaux chants ;
De ces fons enchanteurs je ne puis rien te rendre;
Voici du moins les voeux qu'ils nous firent entendre.
Fille du Ciel , charmante Paix ,
Qui faites le bonheur de la troupe immortelle ;
Aimable objet de nos ſouhaits ,
Defcendez ; Louis vous appelle .
Envain Mars offre à ce Héros
Les lauriers que donne la gloire ;
Il préfere notre repos
A tout l'éclat de la victoire,
Ecoutez les juftes defirs;
Venez , rendez-vous à la terre ;
Faites fuccéder les plaifirs
Aux fureurs d'une longue guerre,
48 MERCURE DE FRANCE.
Ce que
Sans vous les jeux n'ont point d'appas ;
Ils n'ofent paroître ,
Vous les faites naître ; *
En eft- il où vous n'êtes pas ?
Venez tarir nos larmes ;
Defcendez , douce Paix ;
Oppofez vos bienfaits
Au bruit affreux des armes ;
Douce Paix ,
Ne nous quittez jamais .
Tu me demanderas peut- être
font devenus mes interlocuteurs ?
Au premier coup d'archet je les vis difparoître.
Sans doute , ils vouloient reconnoître ,
Et voir de plus près les Acteurs
Qui formoient ce Concert champêtre.
Pour moi , charmé de leurs difcours ,
Marqués au coin du vrai , mais qui furent trop
courts ,
Je fentis en mon ame un nouveau feu renaître ,
Et vis avec plaifir & leurs coeurs & leurs voix
S'accorder en fecret pour faire de leur Maître ,
Le Héros le plus grand , & le meilleur des Rois.
Par un Officier de la Chambre du Roi.
PROPOSITION
JUILLET.. 1749. 49
M洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗渗
PROPOSITION
En faveur du Commerce Maritime .
Mémoire fait pendant la guerre , & depuis
adapté aux circonftances de la Paix.
que j'ai dans la Compagnie
des Indes , & l'ufage où l'on eft à préfent
de confulter les Actionnaires, & de vifer
en tout à l'utilité commune , m'ont fait
penfer aux moyens d'établir de plus en
plus le crédit & le commerce de cette
Compagnie. J'en ai imaginé un des plus
efficaces , & que je crois praticable. Ce
feroit de ménager la liberté de la navigátion
entre les Etats Belligerens , de façon
que les Commerçans pûffent naviger
parmi le trouble des armes , avec autant de
fecurité que dans les tems de paix.
Ce nouveau Concordat n'empêcheroit
point l'ufage des Flottes & des Efcadres
deftinées à des expéditions militaires, ni de
fermer , fi l'on veut , les Ports refpectifs
entre Nations ennemies , mais il empêcheroit
les particuliers de fe combattre , de fe
piller , de fe ruiner réciproquement , fous
prétexte que les Puiffances ont des démêlés
terminer par la guerre. Ces démêlés , après
C
50 MERCURE DE FRANCE.
tout , n'ont prefque rien de commun avec
les affaires des Sujets , & les petites guer
res ufitées entre les Navigateurs ne fervent
qu'à l'affoibliffement des deux Parties , &
à l'interruption du Commerce , fans décider
la querelle des Potentats.
Il faut bien diftinguer la guerre qui fe
fait entre Nations , de celle qui fe fait fur
mer entre Particuliers. La premiere eſt
fouvent inévitable , l'autre eft proprement
d'inftitution libre. Ainfi puifque malgré
la guerre entre les Princes , on facilite , au
moyen des paffeports , le Commerce & les
voyages de terre aux Sujets des Puiffances
ennemies ; qui empêche qu'on ne ménage
également une convention bien expreffe ,
pour leur affûrer en tems de guerre la liberté
du Commerce maritime , telle qu'el
le eft à peu près dans les tems de paix ?
Chacun fent l'avantage immenfe qui en
réfulteroit pour les Peuples Belligerens ,
& l'on ne fçauroit oppofer qu'une malheureuſe
coûtume , qui ne s'accorde ni
avec la Religion , ni avec la politeffe de
nos moeurs. Rien en effet de plus contraire
au droit de gens , rien qui fente plus la
barbarie , que de voir de fimples Particuliers
infefter les mers par des pirateries
autorisées.
On fçait que fous Louis XIV. les FranJUILLET.
1749.
St
çois & les Hollandois , qui habitoient en
commun quelques-unes des Antilles , convinrent
de bonne foi d'une parfaite neutralité
, au fujet des guerres allumées pour
lors entre les deux Nations. Cet arrangement
fi fage fauva ces Colonies , fans nuire
aux affaires de l'Europe , & perfonne n'en
parut mécontent. On affûre qu'il s'eft fair
dans la derniere guerre , vers 1746 , une
convention de la même nature entre les
Efpagnols & les Anglois , fur quelque
branche de Commerce qui intéreſſoit les
deux peuples . Voilà donc une partie de
ce que je propofe , déja réalifée par l'exécution
, & qui par conféquent ne doit plus
paroître chimérique.
Mais il y a quelque chofe de plus fort
dans le Traité de Commerce , publié dans
les Gazettes vers la mi-Janvier 1749 , &
conclu depuis peu entre le Roi de Dannemarck
& le Roi des Deux Siciles . Il
eft dit , entr'autres articles , qu'au cas de
guerre entre les Puiffances contractantes ,
Les Sujets auront deux ans pour arranger
leurs affaires , & retirer leurs effets de part
& d'autre , fans pouvoir être inquiétés ,
&c. Ce qui eft une convention inouie , &
* La Neutralité a été auſſi fidélement obſervée
dans la derniere guerre , entre le Pays de Luxembourg
& le Pays Meffin.
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
qui va bien au-delà de mes propofitions ;
puifque ces Princes , dans le cas d'une
guerre ouverte entr'eux , affûrent dès -lors
aux Négocians deux années entieres d'une
correfpondance libre & facile dans leurs
Etats refpectifs , pour ménager les inté
rêts d'un Commerce réciproque entre
leurs Sujets , au lieu que je ne demande
ici que de ne pas autorifer les particuliers
à faire les uns fur les autres le métier de
Corfaires. Ainfi plus nous avançons , plus
la raifon & l'humanité gagnent de terrein,
& plus nous avons lieu d'efperer qu'un
jour le Commerce maritime ne fera plus interrompu
par la guerre. Je ne doute pas enfin
, que fi les deux Princes, qui ont fait un
Traité fi fage & fi favorable au Commerce,
avoient eu connoiffance de la propofition
énoncée dans ce Mémoire , ils ne l'euffene
admife en fon entier , & qu'ils n'en euffent
fait un des principaux articles de leur
Concordat.
Quoiqu'il en foit , ne vantons point ici
les grands fuccès de nos Armateurs ; ce
font tout au plus quelques fortunes particulieres
qui ne fçauroient compenfer la
perte & la défolation publique , & il n'eft
pas douteux que la navigation ,rendue fûre
& facile, ne fût infiniment plus fructueuſe.
Le Commerce libre & paisible eft propre
JUILLET . 1749. 53
ment une pluie douce & continue qui
humecte , qui pénétre & qui fertilife les
terres ; au lieu que les pirateries & les
pillages de toute efpéce ne peuvent être
comparés qu'à des inondations ruineufes ,
qui loin d'améliorer un terroir , ne font le
plus fouvent que le dégraiffer & le ravager
; raifonnement dont les Etats Belligerens
doivent bien reconnoître aujourd'hui
la vérité . En effet , fi les Anglois nous ont
caufé du dommage fur mer , nous les avons
auffi défolés en cent occafions , & nous
avons fait fur eux une grande quantité de
prifes , de forte que ce qu'il y a de plus
exact & de plus vrai fur cela , c'eft qu'on
s'eft fait de part & d'autre beaucoup de mal
en pure perte.
Rien donc de plus utile aux Nations
commerçantes & à leurs Colonies , que de
procurer la fûreté des mers. Ce feroit- là
une convention de plus à joindre au dernier
Traité de Paix , & il me femble
que
les Protecteurs de notre Commerce , &
les principaux Agens de notre Compagnie ,
devroient s'employer de leur mieux pour
parvenir à ce grand but , & pour épargner
à la poftérité les pertes inexprimables qui
s'enfuivent de tant de pirateries avouées
des Puiffances .
Au refte , c'eft dans un tems de calme ,
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
comme celui -ci , que l'on doit fonger à
de tels arrangemens , qui font d'ordinaire
impraticables dans le cas d'une guerre actuelle
ou prochaine. Les efprits , divifés
pour lors par de grands intérêts , ne ſe
prêtent pas volontiers à la conciliation .
C'est pourquoi il faut s'y prendre de bonne
heure , faifir habilement les conjonctures
les plus propres pour faire agréer de
telles propofitions , & pour cimenter d'avance
, autant qu'il eft poffible , un Concordat
fi favorable à tous les Etats commerçans.
Au furplus , je ne cherche point ici l'avantage
d'une Nation feule , je parle comme
Citoyen de l'univers . Egalement Fran
çois , Efpagnol , Anglois ou Hollandois ,
tous les intérêts des hommes me font chers.
J'envifage le bien de tous les peuples , &
c'eft-là le vrai motif qui me détermine à
préfenter ce Mémoire , dans la pensée
qu'on n'y trouvera rien qui foit dangereux
ou chimérique.
Par M, Faiguet.
A Paris , le 12 Avril 1749 .
8
JUILLET . 1749. 55
asas as as as as asas asas **
EPITRE
De M. Racine , fur l'abus que les Poëtes font
de la Poëfie , à M. de Valincourt , traduite
en Latin par M. Heerkens.
Fruftrà me patrio vatem decorare cothurno ,
Care VALINCERI , fatagunt fine fine ſodales ;
Fruftrà hederas laurumque mihi gens improba
fpondet.
Te fequor , & vanis claudens monitoribus aurem,
Corneliique parum rivalibus invida , vitat
Vanum Mufa decus , cujufque aliquando pigeret .
Nam pridem fcelere & quorumdam turpibus aufis
Infecta eft miferè cafta & generofa Poëfis ,
Ars ortu tam pura , Deûm quam laudibus olim
Addixti , pia Relligio , rebufque facratis .
Tu Dea , tu mater Phoebi , Phoebique fororum ,
Per te hominum mens acta , modos & carminis
artem ,
Plectrique & Cytharæ cognovit amabilis ufum.
Primùm Hebræus homo numeris includere vocem
'Aufus erat , fuperifque fimul cantavit , & aris.
Duxerat Ifacides Egypti immitibus arvis ,
Nube viris monftrante viam ; venientibus æquor
"
1
C iiij
16 MERCURE DE FRANCE.
Ceffit, & infanas fecludere debuit undas ,
Tranfitus ut populo felix fauftufque daretur.
At fluctu revocato iterum , res mira , fequentes
Merfit Niliacos , fævique Pharaonis agnen.
Dux profugum Moyfes facro tum percitus cftro
Incinuit , gratefque piâ Dîs egit avenâ ,
Scilicet id fcribens quod adhuc legit & colit orbis .
Omnibus in terris modus idem patribus , idem
Gentibus incultis ferè conftitit , Ethnicus aris
Suppliciter pendebat Epos , odamque , vel hym
num ,
Dîs ubi pro quodam deberet munere grates.
Horreaque auricoma fi meffe replêrat arator ,
Farra dabat fuperis , numerifque agreftia certis
Verba canebat ovans , fudorum atque immemor
æftus.
Ufque adeo purâ facra ars ab origine venit !
Quis verò , quis ab innocui caftique parentis
Ore habituque queat fobolem dignofcere ? Quam
2 11on
Ah !quam non aliena illa eft oblitaque ftirpis !
Quippe procax vulgoque nimis ftudiofa placere
Illicitis vaga matre procul fe credidit ulnis.
· Protinus & male fuada , probâque à virgine lena
Evafit , tenerofque aufa eft corrumpere mores.
Moonides primùm , fingendi callidus , orbi
Dum fatagit fuperos , fuperumque oftendere
vitam
,
JUILLET . 57 1749 .
Impofuit facili cupidis mortalibus arte.
Hea pictor quam falfus , ab ægro & mentis onufta
Terrigenâ menfus cæleftes ! Mæchus , iniquus ,
Perfidus eft illi , cerebrofus & æger olympo
Jupiter omnipotens , metuendique arbiter ignis.
Ille etiam inceftus , Paphiæque libidinis artes
Arcanas cecinit , lenamque à numine fecit .
Denique fpirabat quos improba Leſbis amores
Illius ex fcriptis duxiffe videtur , ut inde
Et laudes vini vinofus Anacreon haufit
Palladiæ nunquam , licet urbs popularis , Athena
Infringi videre fuis , carpive Theatris
Jura verecundi majeftatemque cothurni .
Duriciem propter dominarum atque afpera verba
Quis gemere heroes ibi vidit fyrmate longo ?
Quis Quis Melpomenem male frivola dicere
fecit ,
Languidulamque illic , & plenam oftendit amore?)
Affectus , fævofque humani pectoris æftus
Infauftos Sophocles exponit , ut inde doceret.
Edipus , invitò fceleratus , criminis offert
Horrorem , lachrymafque ciet ſpectantibus unà.
Oppreffofque chorus dum confolatur & offert ,
Juftus ovat , trepidantque rei , virtufque lucratur .
Ufa minus rectè locco fuit Attica , falfum
Juvit Ariſtophanem ringente forore Thalia :
Ut lubuit , quemcunque maligno ludere verfu
Suetus erat ; Socratefque acris faftidia mufa
C v
58 MERCURE DE FRANCE .
Sæpe tulit ; quin nulla Deos fatis ara tegebat
Illius à fannis ; ridebat & ufque theatro
Plebs populufque Jovem , cui publica templa
ftruebant.
Roma fuperba leves Græcorum difcere mores ,
Et victæ quafi jura fequi , præceptaque gentis
Non dubitavit ; iners & inermis ferva ferocem
Illecebris dominam , mufarumque arte revinxit.
Sic didicit molles tener ille Tibullus amores ,
Deliciafque fuas noctefque referre Catullus.
Sic Nafo fua furta , atque artem fcripfit amandi ,
Artem , jam nimis ; ah ! facilem difcentibus ante .
Quid Flaccus ? male qui mifcendo facra profanis
Præcipit & corrumpit , honeftus & improbus idem .
Nec melior Juvenalis , atro qui percitus cftro
Et nimius plerumque , nefanda procaciter edit .
Pejus & hoc multò refonabat Bilbilis * illic :
Extundat Veneri Petroni mufa pudorem ,
Denique lauricomis referebat Roma Poëtis
Cæfareis quidquid peccatum viderat aulis.
At Venus & Veneris tunc templa merebat
adulter ;.
Mortales fcelus hoc divorum exempla docebant.
Excufanda ferè tunc vatum infania , crimen
Non mage crimen erat , cum defiit effe videri.
Nos verò docti meliora , quid obfecro larvæ
* Martialis.
JUILLET. 19
1749 .
Stultitiæ fimili prætendimus ? Ufque patramus
Romuleis pejora , malis pejora Pelafgis.
Cur non egregium vates genus ardua famæ
Tradimus , aut vulgo prodeffe decenter amamus ?
Ah ! meritò res flenda ! probrum ! queis finxerat
æther
Corda luto meliore , placet turpiffimus error !
Noftra quidem infecit nondum hactenus ora
cothurnus
Turpibus exemplis , fed inerti invitus amori
Jam didicit fervire ; indutaque fyrmate longo
Gallica Melpomene , gemitus & amantia verba
Molliter & teneras vifa effutire querelas .
Fertur ad hæc fpectator , hiat , totoque movetur
Pectore , peftiferumque imis bibit offibus ignem
Infelix : tantum nugæ & vox mellea pollent !
Immunes animos fervemus , libera quovis
Colla jugo , culpâque alios oneraffe putemus ;
Aut pereant potius lyra , carmen , & omnia Phoebi.
Majeftas , focii , majeftas debita mufis
Reddatur ; Superis & Relligionis honori
Cantemus , plenâque Deo libemas acerrâ,
Rari equidem tali aufpicio placuêre poëtæ ,
Chrifticolæque movent faftidia fæpè Camoenæ,
At non materiæ vitium hoc : præfertilis illa :
Culpa eft fcriptorum non æqua fubinde camentum,
Sunt qui ætate graves, & onufti tempora canis
C vj
60 MERCURE DE FRANCE .
Incipiunt primum fua plectra impendere Divis ,
Cum foedè , donec viridis permiferat ætas ,
Per fordes coenumque volutavêre Camoenam .
Qui Phædram exponens furiofam in fyrmate
Aletam ,
Elicuit patrio , poft ſcenâ ſanctiùs ufus
Præfulis ac infantis ope admirabilis aulæ
Extitit , & gravidus lauris fic defiit , ante
Quam vires fenium quoque fregerat , atraque
mortis
Proximitas aviis impleffet corda Poëtæ .
Scilicet interdum tumuli vicinia pravi
Corrigit ingenium , lachefique propinqua fenectus
Flectat Aretinum . Luduntur imagine falsâ
Corda humana diu , fed fato inftante rece lunt
Mendaces tenebræ , verumque falubre refulget.
Tum piget, & cytharam nollent tetigiffe , lyramque,
Quodque ævi fupereft , fatagunt impendere coelo ,
Si fuperos placare queant , & vindicis orci
Effugerent tormenta , & feri hi fæpe dolores ,
Seri ! nec veniæ locus infelicibus : eheu !
Profpiciat fibi quifque , Beatus ! qui mala tanta
Prævenit , & feri faftidia prævidet ævi ,
Vitamque incipiat , velit ut fapientior actam.
Grata igitur mihi fcena licet , placeatque theatri
Sæpè fuperbus honor ; metuendum , ne levis olim
JUILLET.. 61 1749.
Poeniteat coepti : damnaffe , quod ordiar , odi ,
Nec laurum aut hederas lachrymis aliquando
piandas
Ambitiofus emo ; facris mea dedico , facris ,
Normaque carus erit nato pater : ô übi dignè
Illius exemplis infiftere , feffus & ævo
Poffem aris mea plectra , tholoque affigere
Divum !
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗:洗洗
LETTRE
De Mel'Abbé Picault de la Rimbertiere ,
à M. de *** ,fur la pétrification des coquillages
, appellés la Telline ou le Flion ,
& de ceux à peuprès de la même espéce.
A nature , Monfieur , eft un tableau
Lfur lequel nous devons continuelle
ment jetter les yeux : tout y eft grand &
admirable. Les chofes mêmes qui nous
paroiffent les plus fimples en apparence ,
réfléchies & méditées avec une férieufe
attention , fouvent donnent à l'efprit une
connoiffance plus parfaite & plus diftincte
, que ne produiroit peut-être la lecture
d'un grand nombre de Philofophes . C'eft
l'obfervation particuliere que je fis , Monfieur
, il y a quelques jours , à l'occaſion
61 MERCURE DE FRANCE.

d'un coquillage que le hazard me procura.
D'abord, il n'y avoit rien à l'extérieur, qui
femblât mériter l'occupation d'un curieux.
On n'y voyoit fimplement qu'une pierre
en forme de caillou , de huit à neuf lignes
d'épaiffeur , fur environ un pouce & demi
de largeur , & autant de longueur . Mais
lorfque par un coup violent on eut féparé
cette pierre par moitié , ce fut en
ce moment , qu'on apperçut ce coquillage
reffemblant affez à ceux qu'on nomme
communément la telline ou le flion . Il fe
trouvoit maftiqué d'un côté dans la pierre,
& dans l'autre partie on y découvroit
très-diftinctement fon empreinte. Quoique
dans un terrein fort élevé & à plus
de cent lieues de la mer , je ne fus point
furpris de l'y trouver. Je fçais , avec le plus
grand nombre de ceux qui ont traité ces
matieres , & furtout avec le célébre Auteur
du Spectacle de la Nature , qu'on en
trouve abondamment de tous côtés jufques
fur le fommet des plus hautes montagnes
, & fouvent des poiffons entierement
pétrifiés ; le déluge univerfel , comme
nous n'en pouvons douter , en eft la
véritable caufe : Opertique funt , dit l'Ecriture
, omnes montes excelfi fub univerfo coelo.
Quindecim cubitis altior fuit aqua fuper montes
quos operuerat. Genef. 7. v. 19. & 20.
JUILLET .
1749. G3
Point de texte qui en démontre mieux la
vérité. Car , de bonne foi , ne feroit- ce
pas donner dans l'abfurdité la plus affreufe
, que de perffer avec un Auteur * , qui
tout nouvellement vient de paroître fur
la fcéne , que l'effet de cette merveille'
provient de ce que tous les terreins dont
notre Globe eft compofé , & même les plus
hautes montagnes , ont été formés & pétris
dans le fein de la mer & que fes
caux diminuant , comme elles diminuent
tous lesjours , laiffent aprèsellediminuent
ces veftiges
? J'aurois prefque autant aimé , pour
rendre raifon de ces efpéces de pétrifications
, admettre le déluge, dont Ovide fait
fi ingénieuſement la defcription : j'y trouverois
quelque chofe de moins ridicule.
Jamque mare & tellus nullum difcrimen habebant,
Qmnia pontus erant , deerant quoque littora ponte
Lib. 1. Metam . c. 10 .
Mais pour revenir à ce dont il s'agit , &
furtout pour répondre à la queftion que
Vous me fîtes , pourquoi l'on trouvoit
rant de pierres ou cailloux , fur lesquels,
on remarquoit une ou plufieurs empreintes
de coquillage , je vous dirai tout naturellement
que je penfe que cela vient
Talliamed.
64 MERCURE DE FRANCE.
de ce que les fucs lapidifiques pénétrent
plus difficilement le deffus que l'intérieur
des coquillages en général , & je trouve
deux raifons qui paroiffent appuyer mon
fentiment La premiere eft leur concavité
, qui formant par elle-même comme
un réfervoir , donne aux fucs lapidifiques.
un moyen de s'y attacher plus aifément :
la feconde eft , que dans l'intérieur des
coquillages , il peut fe trouver de certaines
matieres glaireufes,qui jointes aux premieres
, fervent à leur donner cette apparence
de pétrification que j'ai remarquée
en plufieurs , & en celui dont il eft queftion
. Il n'en eft pas ainfi de ces fucs qui
couvrent le deffus . Ne trouvant pas un
femblable avantage , ils ne fe lient à eux
que foiblement , & ils s'en détachent peu à
peu ou tout à coup, foit par quelques rudes
froiffemens , foit même , ce qui eft le plus
ordinaire , par la trop grande rigueur d'un
hyver. Vous ne devez donc pas être furpris
, Monfieur , d'en trouver' fi fréquemment.
Il eft bon auffi que vous remarquiez
qu'il arrive quelquefois qu'il ne s'en détache
que quelque partie , ce qui fait
qu'on voit quantité de ces cailloux repréfentans
des empreintes imparfaites. Je ne
fçais trop fi vous ferez fatisfait de cette folution
; au moins , puis-je me flatter , que
JUILLET. 1749 .
os
vous le ferez de mon zéle à vous faire
connoître combien je fuis , &c.
A Orleans , ce 28 Mai 1749.
CICƏCACI CPCA CACaCaca✔IRD
LE TRIOMPHE DE L'AMOUR
ET DE LA BEAUTE.
CANTATE.
A & Lcandre & Palemon, bergers du même lieu ,
Se difoient tour à tour dans un doux tête à tête ,
Leurs penfers differens fur le compte du Dieu
Par qui l'on voit unir le Sceptre & la houlette.
L'Amour eft , felon l'un des deux ;
Maître abfolu de la victoire ;
Rien ne peut arrêter fa gloire ;
Tout cede à l'ardeur de fes feux.
Raiſon , devoir , & vous , fierté ,
Que vous avez de foibles armes
Pour nous garantir de ſes charmes ,
Et fauver notre liberté !
L'Amour eft , felon l'un des deux ;
Maître abfolu de la victoire ;
Rien ne peut arrêter la gloire ;
66 MERCURE DEFRANCE.
Tout céde à l'ardeur de fes feux.
C'étoit le fentiment d'Alcandre
Qui de Philis adoroit les appas ;
Palémon , encore peu tendre ,
Dédaignoit un vainqueur qu'il ne connoiſſoit pas,
On ne peut dans l'indifference
Juger du pouvoir de l'Amour ,
Mais il eft à craindre qu'un jour
On n'en faffe l'expérience.
'Amphitrite brûle dans l'onde ;
Pluton dans le fond des Enfers.
On ne doit point braver les fers
De qui fubjugue tout le monde.
On ne peut dans l'indifference
Juger du pouvoir de l'Amour ,
Mais il eſt à craindre qu'un jour
On n'en falle l'expérience.
L'indifcret Palémon du plus puiffant des Dieux
S'obſtinoit à parler en jeune audacieux ,
Quand , d'un autre hameau , la plus grande merveille
,
Life , cette beauté qui n'a point de pareille ,
Pour la premiere fois le préſente à les yeux.
JUILLE T. 1749. 67
1
Que devient le berger II s'étonne , il admire ;
Interdit , confus , il foupire ;
Son coeur vent réfiſter , vain projet ! vains efforts !
Ce qu'il voit cauſe fa défaite ,
Et d'une paffion parfaite
11 fent au même inftant les plus ardens tranfports
Triomphez , bergeres aimables ;
Brillez , regnez toujours fur nous ;
En vain veut-on parer vos coups,
Vous en portez d'inévitables.
Il n'eft point de coeur infenfible ;
Le plus froid peut être enflammé,
Diane & Bachus ont aimé ;
La beauté trouve tout poffible.
Triomphez , bergeres aimables ;
Brillez , regnez toujours fur nous
En vain veut-on parer vos coups ;
Vous en portez d'inévitables.
Par M. L... B ... C... de Montpellier:
E
AIR.
Pris d'une flame finçére ,
Je fens que des plaifirs l'amour eſt le plus doux;
KS MERCURE DE FRANCE
Mais fi j'en fuis fi fort jaloux ,
Qu'à tout autre je le préfere ;
Belle Liris , c'eft que j'efpere ,
De le partager avec vous.
Par le même.
LETTRE
A M. Remond de Sainte Albine.
Monfieur ,vous engagez par vos exhortations
les amateurs de la Littérature
à vous communiquer les piéces fugitives
dignes d'être confervées ; j'efpere
que vous ne défaprouverez pas la liberté
que je prens de vous prier d'inférer dans
le Mercure la Lettre ci-jointe. Elle renferme
une Anecdote qui intéreffe l'hiſtoire
Littéraire , & dont on n'a pas connoiffance
; elle mérite , je crois , d'être
publiée. Cette Lettre eft écrite par un
Sçavant de cette Province , très- verfé dans
l'érudition ancienne & moderne , à un
de fes amis , qui étoit alors à Strasbourg ,&
qui eft mort depuis un an ; je vous envoye
la Lettre en original , telle que je l'ai
trouvée avec plufieurs autres dans le por-
$
JUILLET . 60 1749 .
te-feuille du défunt . J'ai l'honneur d'ê
tre , & c.
JE
De S.... Docteur en Droit , &C
De Nancy , le 13 Mai
1749 .
E fuis très- flatté , Monfieur , des marques
d'eftime & d'affection que vous
me renouvellez dans les circonftances où je
me trouve. Pouvois je être plus agréablement
furpris que de trouver à mon retour
de Paris une lettre de votre part ? Quelle
douce confolation pour moi d'être affûré
que je n'ai pas perdu un ami fi digne de
mon attachement !
Je voudrois pouvoir vous fatisfaire à
préfent fur les differentes queftions que
vous me faites, mais comptez que je ne négligerai
rien pour vous donner les éclairciffemens
que vous fouhaitez .
Je fuis charmé que vous goûtiez mon
travail fur les Ecrivains Lorrains. Le titre
de Bibliothèque Lorraine me paroît lui convenir
le mieux . Les matériaux que j'ai déja
affemblés , pourroient faire trois volumes
in- 12 ; mon intention n'est pas cependant
d'en rien publier fitôt. Verum atque de-
• cens curo & rogo , & omnis in hoc fum.
L'ouvrage de François de Refieres , fus
70 MERCURE DE FRANCE
lequel vous êtes fi curieux de fçavoir`mon
fentiment , eft aujourd'hui fort rare. Il eſt
intitulé , STEMMATUM LOTHARINGIE
AC BARRI DUCUM TOMI
SEPTEM. Ab Antenore , Trojanarum reliquiarum
ad paludes moeotidas Rege , ad bec
ufque Illuftriffimi & Sereniffimi Caroli III.
Ducis Lotharingia tempora. In quibus præterea
habes totius orbis nobiliorum familiarum ,
ac rerum ubique gentium præclarè geftarum à
fupremis Pontificibus , Imperatoribus Orientis
& Occidentis , Regibus , Ducibus , Comitibus
, etiam Turcis & Barbaris , perutile
compendium , mirabile Theatrum , & ad vivum
ex felectiffimis & graviffimis quibufque
Chronographis hiftoriarum effe poffit. Autore
Francifco DE ROSIERES , Nobili & Patricio
Barroducao , Archidiacono Tullenfi.
Parifiis , apud Guillelmum Chaudiere , viâ
Jacobea , fub figno temporis & hominis filveftris,
1580 , cum Privilegio Regia Majeftatis.
Ce titre n'eft-il pas une analyſe ?
L'anecdote que je vais vous communiquer
me difpenfera de vous en faire une
plus étendue. La voici telle que je l'ai copiée
fur l'exemplaire de M. Bayon , homme
de mérite , Avocat à la Cour Souveraine
de Lorraine. Elle eft écrite de la main .
de Jerome Luillier , Maître des Requê
JUILLET. 1749 71
tes & Procureur Général à la Chambre des
Comptes de Paris , à qui cet exemplaire
appartenoit en 1606.
ور
» Pour ce que cette Hiftoire ( dit ce Pro
» cureur Général ) n'eſt pas écrite au vrai
» & fans paffion , & qu'il y a beaucoup de
chofes fauffes & au deshonneur & defa-
» vantage du Roi Henri III . & de la
» France , j'ai voulu en avertir le Lecteur
» enſemble de la confeffion & reconnoif-
» fance qu'en fit l'Auteur au Confeil du
» Roi en l'an 1583 , le xxvi Avril , dont
» a été dreffé Procès verbal par le fieur
Brulart , lors Secretaire d'Etat de Sa Majefté
, qui eft au Greffe du Parlement .
39
»
» Voici les paroles que l'Auteur dit au
» Confeil, en préſence du Roi , de la Rei❤
» ne, fa mere, & plufieurs Princes du Sang
» & autres , Cardinaux & Seigneurs dudit
" Confeil y dénommés.
SIRE , je fupplie très- humblement V o-
TRE MAJESTE' de mepardonner la faute
& offenſe que je reconnois avoir faite , qui
eft telle que fans votre bonté & clémence , je
ferois digne de grande punition pour avoir mal
& calomnieufement écrit pluſieurs chofes dans
l'Hiftoire qui a été par moi compofee & publiée
fous mon nom contre l'honneur & gran .
deur de VOTRE MAJESTE' & des Rois
vos prédéceffeurs, & de ce Royaume, & contra
72 MERCURE DE FRANCE.
la vérité de l'Hiftoire . J'en fuis très- marri &
très-déplaifant , & m'en repens , & fuis prêt
d'en recevoir telle condamnation qu'il plaira à
VOTRE MAJESTE' ordonner , & vous fupplie
très-humblement , en l'honneur de Dieu ,
ufer de votre bonté accoûtumée & miféricorde
envers moi.
Signé , DE ROSIERES.
Extrait des originaux,
>> Etant de la qualité que je fuis , j'ai dû
»mettre au commencement de cette Hif-
>> toire cette confeffion & efpece d'amen-
» de honorable & qui devroit être partout,
» & fans ce devroient être deffendus tels
»Livres & Hiſtoires.
Sed quotus quifque qui decus publicum
curet.
Hierôme Luillier , Confeiller du Roi,
»Maître des Requêtes ordinaire de l'Hô-
» tel de Sa Majesté , & fon Procureur Gé-
» néral à Chambre des Comptes 1606.
Vous recevrez , le premier Ordinaire ,
un abregé hiftorique de la vie de ce François
de Rofieres , avec la critique que j'ai
faite de fon ouvrage.
Je m'eftimerois heureux de pouvoir
vous témoigner la reconnoiffance , l'artachement
JUILLET.
1749. 73
chement & la confidération avec lefquels
je ferai toute ma vie . Votre , & c .
L. G. D, E. T. C. C. D. C.
A Nancy , le 30 Août 1747.
ODE SUR LA PAIX ,
Par M. Vaniere , neveu dufeu Pere Vaniere,
Jésuite , fi célebre dans la République des
Lettres par fon Poëme du Prædium Rufticuum
, des travaux , des amusemens & des
plaifirs de la campagne , divife en xxvI
Livres , qui contiennent environ quinze
mille vers Latins , dignes du fiècle d'Augufte.
1749.
Ieux ouvrez-vous : les Dieux propices
Ont replongé dans les Enfers
La Difcorde avec tous les vices
Dont elle fouilloit l'Univers.
O Paix fi long tems defirée !
Enfin de la voûte azurée ....
Mais , pourquoi ces noirs étendards
Quoi la Déeffe de la guerre
Ofe encore effrayer la terre
Du feu cruel de fes regards ! ....
A
74 MERCURE DE FRANCE.
Ne redoutons plus fon empire ;
Tout fon éclat est éclipfé ..
Elle gémit , elle foupife .
Loin de fon Trône repverfé.
De ce long & cruel orage ,
Qu'a partout fait tonner fa rage ,
Tous les feux font évanouis.
Aux accens de la voix.plaintive
T
Prêtons une oreille attentive :
Elle les adreffe à Louis.
C'est donc en vain que de mon Trône ,
Prince , je t'ai crû le foutien !
Mais le triomphe de Bellone
N'étoit - il pas auffi le tien ?
Quoi ! tandis que nulle barriere
Dans la plus brillante carriere
N'arrête tes pas glorieux ,
Faut - il que d'injuftes limites
Par ta main même foient prefcrites
A des faits admirés des Dieux !
Lorfque le Ciel vous donne au monde ,
Ce n'eft pas pour un calme vain ,
Héros fa fageffe profonde
N'éclate jamais fans deffein .
JUILLET.
75
1749.
O noms , que je ne puis redire ,
Sans retracer de mon Empire :
Un trifte & cruel fouvenir !
Noms éternifés dans nos Temples ! ....
Quels faits encore & quels exemples
Alloient étonner l'avenir !
Vois de ta valeur intrépide
Tes guerriers refpectant les droits ,
Souhaiter que ta foudre guide
Le cours de leurs nouveaux exploits.
Avec cet air & ce courage ,
Dont tu les vis braver l'orage
Que diffipa ton front ferein ,
Tu verras ces ames divines
Partout fur d'illuftres ruines
Montrer ton pouvoir fouverain.
***
De cette triomphante élite ,
Qui veille au falu de fon Roi ,
Dans les coeurs que ta gloire irrite ,
Le feul afpect jette ' l'effroi .
Envain la jalouſe fürie
D'une triple Puiffance unie
Ofe balancer tes défins ;
Ta troupe les rompt , les difperfe ;
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Et bientôt avec eux renverfe
Leurs foudres dans leur fang éteints.
***
Tels que jadis ceux de Turenne ,
Sous leurs chefs tes vaillans foldats
Brûlent d'un feu qui les entraîne
Vers les aflauts & les combats :
Tous les exploits leur font poffibles :
Les murs les plus inacceffibles
Sont pour eux de foibles remparts.
L'airain tonnant qui les menace ,
N'eft qu'un chemin à leur audace , is ra
(
Pour y porter tes étendards . C 21 ?
1
Quel fpectacle donnent au monde-
Ces affaillans audacieux ,
Qui fi long tems bravent dans l'onde
Les foudres qui tonnent fur eux !
Pourvu que leur bras indomptable .
D'un fer ou d'un plomb redoutable
Puiffe diriger les coups fûrs ,
Malgré fon orgueil indocile ,
Ils forceront bientôt l'azile
Du Germain tremblant fur les murs.
***
Crains -tu que l'horreur où la haine ;
}
2
JUILLE T. 1749. 77

Qui fuivent les pas des guerriers,
Ne terniffent de leur haleine
Le vif éclat de tes lauriers ?
A tous ceux qu'ont foumis tes armes ,
La victoire offre mille charmes
Dans ton coeur fur eux attendri .
Combats , mille palmes font piêtes :
Tu peux étendre tes conquêtes ,
Toujours craint , encor plus chéri.
+3x+
Si raffafié de la gloire
Des triomphes & des combats ,
Ton coeur néglige la victoire ,
Laiffe ton fils entre fes bras.
Sous tes yeux , fon jeune courage
A peine a fait l'apprentiſſage
Du noble métier des Héros :
Tout l'éclat , que de fon aurore
Fontenoi furpris vit éclore ,
ya s'éteindre dans le repos.
Je ne veux point rougir fes palmes
Du fang trop cher de tes fujets :
Ses jours triomphans feront calmes ,
Comme les plus beaux jours de paix.
Devant lui , devant tes armées ,.c

Di
78 MERCURE DE FRANCE.
De ton feu , du fien animées ,
Oui , la terreur triomphera :
Et ce qu'elle ne pourra faire
Contre une valeur téméraire' ,
LOUIS , ton nom feul le fera.
* X*
Que vois-je ! quel bras invincible
Protege les jours des humains ?
Quoi ! Minerve , à leuts voeux fenfible
T'arrache la foudre des mains !
Ah ! fans doute cette immortelle ,
Veut former un parfait modelle
De fes pacifiques vertus ; 7
Mais fur les traces d'Aléxandre ,
Sied - il aux Héros de prétendre
Aux foibles honneurs des Titus ?
*XXX
4
Peut- être en voyant ta fageffe
Triompher dans le coeur des Rois,
Cette impérieufe Déeffe
Croit m'avoir foumise à fes loix ;
Mais qu'elle fçache que Bellonne
De la Paix que fa main couronne
Peut renverfer tous les Autels ,
་་་ ་་་
?
Et qu'il me refte des reffóurces ,
Pour troubler , jufques dans fes faurces ,
repos de tous les mortels. - Le
JUILLET 1749. 79
Toi , devant qui foible & tremblante
La Paix fuit loin de tous les coeurs ,
Viens de ta flâme dévorante ,
Chere Envie , aider mes fureurs.
Fais qu'une fuperbe rivale
Voye aux triomphes qu'elle étale ,
Succeder de triftes retours.
A tes yeux Bellonne outragée
Doit par toi feule être vengée ;
Ne differe pas tes fecours.
*XX
Vole , de tous tes feux armée ,
Vers ces Princes trop fatisfaits ,
Dont l'ardeur , envain ranimée ,
S'endort dans les bras de la Paix.
Vas retracer dans leur mémoire
Toute la grandeur & la gloire
Dont brillent aujourd'hui les Lys :
Que leur coeur s'irrite & s'offenfe ,
En avouant la préférence
Que l'Univers donne à LOUIS .
Que tous tes ferpens fur leurs têtes
Soufflent la fureur des combats :
Qu'ils excitent mille tempêtes
Dans les plus tranquilles Etats .
Changeons ces beaux jours pleins de charmes
Dij
So
MERCURE DE
FRANCE.
En des jours d'horreur & d'allarmes :
Que la Paix tombe fous nos coups ,
Et qu'un déluge de victimes
Au fond des ténébreux abîmes
Aille éternifer mon courroux .
Aimable Paix , que fur la terre
Rappelle un Roi chéri des Cieux ,
De la Déeffe de la guerre
Brave les cris féditieux .
Envain fa compagne éternelle ,
L'envie , encore plus cruelle ,
Ira frémir autour des Rois ;
Contre celui qui te protége ,
Que peut fa haine facrilege ?
Que peut tout l'Enfer à la fois
**
Oui, fi fa gloire trop brillante fifa
Va des Rois irriter les coeurs ,
Sa bonté toujours bienfaisante
Y porte auffi fes traits vainqueurs.
Un Monarque , qui rend aimables
Les vertus les plus redoutables ,
Peut - il faire des ennemis ?
Heureux l'Univers qui l'admire ,
S'il jouiffoit fous fon empire
Des beaux jours qui nous font promis !
JUILLET. $1. 1749 .
Mais je veux que l'envie enflamme
Le coeur des plus fiers Potentats ;
Iront -ils , Louis , dans ton ame
Rallumer la foif des combats ?
Non , non fûrs du pouvoir fuprême
D'un Roi , qui maître de lui-même ,
Sçait triompher de fa valeur ,
Voudroient - ils éprouver encore
Ce que peut un Héros , qu'adore
Un peuple guerrier & vainqueur ?
***
Eft - il d'affez illuftre titre
Qui puiffe , au gré de nos fouhaits ,
Te peindre , & fouverain Arbitre
Et de la guerre & de la paix ?
A ta place quel autre Alcide
Eût fixé dans fon cours rapide
Un auffi glorieux deftin
Et fous les plus heureux aufpices ;
Aimé mieux être les délices ,
Que la terreur du genre humain ?
Non , non : un choix fi magnanime
N'appartient qu'aux enfans des Dieux ,
Dont la gloire la plus fublime
Seule peut attirer les yeux..
Grand Roi , laiffe au Héros vulgaire ,
Du Dieu que la Thrace révére
D'y
82 MERCURE DE FRANCE.
Encenfer les affreux Autels :
Sa fureur ne voit fur la terre
De lauriers , que ceux que la guerre
Arrofe du fang des mortels.
Mais , lorfqu'un noble facrifice
. Des .triomphes où tu volois ,
Te montre à nos yeux fi propice
Aux voeux que t'adreffe la Paix ,
Tu fçais combien cette victoire
T'eleve au- deffus de la gloire
Des Conquérans les plus fameux ;
Et que les plus brillantes marques.
De la grandeur des vrais Monarques.
Sont des fujets toujours heureux.
O Mars loin tes préfens funeftes.
Pair , chere Paix , à pleines mains.
Répans fur nous tes dons céleftes ,
Verfe-les fur tous les humains.
Que des neuf Soeurs la voix s'empreffe ,.
Dans mille concerts d'allégreffe ,
De chanter tes divins attraits !!
Quel Roi la trompette & la lyre:
Vont célébrer fous ton Empire !!
Qu'il vive autant que les bienfaits!
JUILLE T. 1749%
ASSEMBLE'E publique de l'Académie
Royale des Belles Lettres de la Rochelle
Avril 1749 .
du
23
E Pere Valois , Jefuite , Profeffeur
› &
Directeur de l'Académie , ouvrit la féance
par un Difcours fur l'efprit géométrique
rélativement à ces paroles de M. de Fon
tenelle. L'efprit géométrique n'eft pas fi attaché
à la Géométrie , qu'il n'en puiſſe être tiré
& transporté à d'autres connoiffances. Un
ouvrage de morale , de politique , de critique ,
· peut-être même d'éloquence , en fera plus
beau.

» Nous connoîtrions mal l'efprit géo
»métrique , dit l'Auteur , fi nous le bor-
» nions à la juſteffe & à la proportion . Ap
profondiffons d'abord ce qui le caracte
» rife effentiellement , & nous reconnof
» trons enfuite, d'un côté, quels avantages
il offre aux Littérateurs , & de l'autre
quels abus fe gliffent quelquefois dans
l'ufage qu'ils en font ...Il a , entr'autres,
»trois caractéres qui font à lui , & qui ne
»font qu'à lui.
" '
»Caractére de clarté & d'étendue : tout
»autre efprit tâche d'ambraffer . les objets
D vj
84
MERCURE
DE
FRANCE
.
» tout à la fois , & de trancher d'un feul
>> coup des questions compliquées. Qu'arrive-
il La meilleure partie de ce qu'il
cherche , échappe à fes réflexions , & ce
qu'il tient , il le tient mal ; d'un côté il
»faifit le vrai ; l'erreur fe gliffe par cent
» autres ; elle le noye , elle le rend inu-
» tile , quelquefois même elle s'en fert pour
»s'accréditer.
ל כ
» L'efprit géométrique décompofe fon
» objet , il prend chaque fil , il le dé
» brouille , il le fuit jufqu'au bout : fem-
» blable à cet habile Romain qui triompha
» des Curiaces , en les attaquant féparé-
» ment , il fait perdre aux difficultés toute
»leur force, en les défuniffant ; & c .
32
22
» Où conduit néanmoins la feule clarté
»des penſées ? Avec elle on voit , mais
auprès de foi & à une fi courte diftance ,
qu'il n'eft pas étonnant que la lumiere.
» ne fe diffipe pas. L'efprit géométrique .
donne une efpéce d'immenfité , en ac-
» coûtumant à porter par gradatioir une
»vûe préciſe fur chaque face d'un même.
» objet .
3
» Caractére d'attention , & de pénétra- »tion.·
» L'efprit diftrait ne fait que gliffer fur
les objets , il n'y entre pas. C'eft l'at-
»tention qui rend pénétrant , l'attention
JUILLE T. 1749. &s
"
à chaque branche d'un objet , ou à tous
» les objets particuliers , renfermés dans
» un objet déja décompofé & fuffifamment
» éclairé.... Un efprit ouvert aux divers
rayons que réflechit chaque partie , &
>> qui s'eft tenu dans cette firuation gênan-
»te , éprouve bientôt après le plaifir le
plus touchant , celui de fentir que la ré-
»folution de chaque fubdivifion entraîne
» enfin la décifion générale.
» Caractére de patience & d'ardeur.
» Avec la feule patience , l'efprit eft inca-
»pable de roidir fon attention ; il n'a pas
» affez de nerf, pour jetter un coup d'oeil
»sûr & rapide fur beaucoup d'objets , ou
>>fur plufieurs parties du même objet , fans
» qu'aucune échappe à fa préciſion & à fa
pénétration. Avec la feule ardeur , il ſe
» rebuteroit dans la progreffion meſurée .
»de fes opérations , & il réuffiroit tout au
plus dans une faillie , dans un effort de
génie , produit par le hazard . L'heureuſe
»trempe pour l'efprit géométrique , c'eſt
» ce mêlange de conftance & de vivacité ,
» que rien ne laffe.
22
"
99
Après avoir développé ces trois caractéres
de l'efprit géométrique , le Pere
Valois en fit l'application à ces Littéra
teurs effentiels & utiles , qui nous rendent
fenfible ce que l'Hiftoire a dẹ cer-
6
86 MERCURE DE FRANCE.
» tain ; ce que les langues ont de varieté ,
» de délicatele , d'énergie ; ce que la Re-
» ligion a de fublime , & d'intéreffant
» dans fes oracles & dans fa morale ; ce
» que l'éloquence & la poëfie ont de for-
» ce , ou de charme ; & infiftant fur ces:
deux dernieres parties des Belles Lettres ,
il mit dans tour leur jour les fecours mutuels
que fe prêtent à l'envi l'efprit
géométrique , qui pofe les fondemens , &
F'efprit littérateur , qui décore l'édifice.
Confidérés féparément , ajouta- t'il ,
» le premier nous fortifieroit aux dépens
de la Langue, & des graces qui affaifon-
» nent la raiſon ; le fecond nous poliroit
" aux dépens de la force & de la folidité.
S'ils agiffent de concert , l'efprit geométrique
confirmera dans l'Orateur les
» droits de la raifon ; il réglera & étendra
» dans le Poëte ceux de l'imagination .
99
» Accoûtumé de bonne heure à réunir
»avec préciſion , & à appliquer avec pro-
»portion tout ce qui appartient à un
fujet , l'Orateur faifira , fans embarras
» tout ce que fa matiere offre d'important,
»> & tout ce qu'elle a de propre dans les
»circonftances : faifant par - là un double
ufage de la méthode géométrique , il fe
rendra intéreffant , foit par l'abondance:
» des chofes , fort par le rapport qu'elles
JUILLET. 1749.
ont avec les perfonnes ; il ira an- delà de
l'éloquence des mots , & tout ce qu'il
»dira fera approprié au goûr & aux befoins
» de ceux aufquels il parlera.
» Mais ce que j'ai avancé touchant le
» Poëte , continue le Pere Valois , ne
paroîtra- il point tenir du paradoxe ?
» Rien n'eft cependant plus vrai ; car s'il
eft une imagination capricieufe & vaga
bonde , qui emporte le Poëte au-delà
» des limites , n'eft- il pas auffi une imagi
» nation rétive qui l'empêche d'avancer
» Er n'eft-ce pas elle qui fouvent borne
de nos jours le génie du Poëte dramati
➡que , à ce qu'il y a de moins effentiel.
» dans la conftitution de fon Poëme Son
imagination fe renferme dans un cercletrop
étroit vous le voyez jetter tout
»fon feu dans quelques fcénes , dans quel
ques portraits ; il s'épuife à verfifier , à
peindre , à mettre de l'efprit , à fentencier.
Il ne lui refte plus de force pour-
» l'ordonnance , pour toute la conduite
» de la pièce , pour l'intrigue , parce que
l'efprit géométrique n'a pas forcé l'ima
gination à embraffer fon fujet avec tous
les rapports
.

".
La derniere partie du difconrs a pour
objet les gens de Lettres qui abufent quel
quefois de l'efprit géométrique , furtout
$ 8 MERCURE DE FRANCE .
[
ם כ
lorfqu'ils cultivent auffi les fciences.
L'Auteur fait voir , » que s'ils ne fe tien
»nent pas fur leurs gardes , il les defféche,
»il les roidit , il les appefantit dans la car-
» riere de l'éloquence , & encore plus dans
» celle de la Poëfie.... H , leur ôte cette
» efpéce de foupleffe , ces dehors libres &
» aifés , fi néceffaires au commerce de la
viel, à la politeffe des moeurs , ces manie→
» res aimables , qui rendent tous les coeurs
» comme tributaires. ..., Il leur donne un
» de ces caractéres infléxibles , qui intro-
>> duifent dans les cercles l'efprit de contention
, les chicanes , la maniere de
raifonner dure & algébrique , dont ils
» font fi jaloux , parce que leur fageffe ne
peut fe dégager des chaînes géométri
"ques , felon l'expreffion du lyrique Fran-
ȍois ; ils veulent que les autres en parta
gent la péfanteur.
:
Le Pere Valois ne pouvoit mieux prouver
l'heureux accord de l'efprit géométri
que avec les Belles Lettres , qu'en jettant
dans fon difcours quelques traits , qui fixerent
les yeux avec complaifance fur deux
perfonnes de l'affemblée * ; il finit par
l'é-
* M. de Pleurre , Intendant , & M. Artus , Maréchal
des Camps & Armées du Roi , Directeur
Général des Fortifications de l'Aunis , & un des
Académiciens titulaires.
no
1749. .89
JUILLET
.
loge d'un célébre Ecrivain * , dont l'éru-
» dition , le goût & les talens fupérieurs ,
» donnent depuis plufieurs années un no
» vel éclat à la pourpre Romaine.
"
"
» Verfé dans les Langues fçavantes. &
» dans l'Hiftoire , plein de fagacité pour
» l'intelligence des Auteurs , connu par
» des ouvrages que l'Europe entiere ne
» ceffe d'admirer , M. le Cardinal Querini
» fait de tems en tems fes délices de la
» Poëfie Françoiſe , dont il fe plaît à aſſo-
» cier les graces à celles de la Poëfie Ita-
>> lienne & Latine . Comme fi fon zéle eût
» été trop refferré dans la vafte enceinte ,
"
qui renferme les Livres du Vatican con-
" fiés à fes foins , il a ouvert dans fon Pa-
" lais une riche Bibliothéque à tous les
» amateurs des Lettres , dont il eft le pro-
» tecteur & l'ami . "
»
» A ces titres , Meffieurs , ajoûte le P.
" V. vous ne pourrez manquer de fixer
» fes regards. Il a franchi l'intervalle
que fon rang a mis entre vous &
» lui , & il a fouhaité de fe voir aſſocié à
vos travaux. Infiniment fenfibles à l'hon-
" neur que vous fait une adoption auffi
a glorieufe , oublierez-vous jamais les ex-
* Son Eminence M. le Cardinal Querini , Evėque
de Breffe , Bibliotéquaire de l'Eglife Romaine,
Affocié honoraire de l'Académie,
)
96 MERCURE DE FRANCE.
و و
.
preffions modeftes & les termes de bonté,
»dont il s'eft fervi dans fa Lettre , pour
ous témoigner fa reconnoiffance ?
»Déformais , Meffieurs , nos Mufes paf-
»feront les Alpes , & il leur fera permis de
» cueillir des fleurs , où notre augufte Pro-
» tecteur vient de cueillir tant de lauriers. "
» Commerce bien flatteur , & bien avantàgeux
pour nous ! Par une heureuſe circu-
» lation nous foumettrons nos effais au ju-
»gement de la Capitale du monde, & à fon
tour elle nous enrichira de fes tréfors ; les
cinq volumes que le fçavant Cardinal a
» compofés, & que nous devons à fa libera
» lité , en font déja d'heureuſes prémices.
Enfuite M. Boutiron Avocat , Chancelier
, lut un Difcours fur la gloire lit
téraire .
Après avoir montré que le defir de la
gloire eft naturel à l'homme , qu'il naît
avec lui , qu'il eft le reffort univerfel qui
mer en action fes talens & fes vertus , il
avoue que la véritable gloire , la gloire
brillante , eft le partage des Héros qui prodiguent
leur fang pour la défente de la
Patrie mais il eft , dit- il , une autre forte
de gloire , non moins folide , quoique
moins éclatante , & c'eft celle qu'acquiert
tout Citoyen généreux , qui, à l'exemple de
l'Orateur Romain , confacte utilement fes
.6
JUILLET. 1749. 91
travaux au bien public ; c'eft auffi celle que
mérite tout Artifte qui fe diftingue dans
fon Art. L'homme de Lettres , ajoute - t'il ,
feroit-il le feul à qui il ne fût pas permis
de fe livrer à l'attrait de la gloire ? Il eft
vrai que la gloire littéraire eft mife à un
fi haut prix , que l'éloignement du terme
eft capable d'infpirer du découragement ,
mais les difficultés ne doivent pas rebuter
un efprit qui fçait s'élever , & qui eft fufceptible
de ces fentimens de générosité ,
inféparable de l'amour des Lettres.
Il eft donc honnête , même avantagens ,
de fe laiffer enflammer du defir de la gloire
littéraire , mais ce feroit manquer fon but
que de ne pas fe propofer d'autre objet .
L'Auteur entrant dans les preuves de la
premiere partie , commence par la réfutation
d'une Critique de Montaigne ,
)
qui
-dit , que
, que de toutes
les rêveries
du monde
, la
plus
reçue
& la plus
univerfelle
, c'est lefoin
de la réputation
& de la gloire
, que nous
épouſons
,juſqu'à
quitter
les richeffes
; le repos,
la vie , lafanté
, qui font
biens
affectnels
&
fubftantiaux
pourfuivre
ceste vaine
image
cette
fimple
voix , qui n'a ni corps
mi prife.
» Quoi dit M. Boutiron , on appellera
>> rêverie ce fentiment de l'ame qui eft en
» nous , même malgré nous ? Ce fentiment
» commun à tous les hommes , qui agit

92 MERCURE DE FRANCE.
» avec tant de vehemence , qu'il fait facri-
» fier jufqu'aux richeffes , au repos , à la
»vie , à la fanté ? Ce font des biens fans
doute , mais la réputation & la gloire
font les biens de l'ame , biens qui l'emportent
autant fur les autres par leur ex-
» cellence , qu'il eft vrai de dire
eft notre plus noble fubftance.
que l'ame
L'Auteur établit enfuite , que fans for--
tir des bornes d'une modeftie exacte , &
fans exciter une jufte jaloufie , on peut af
pirer à la gloire littéraire , en prenant foin
de fe rendre aimable par l'eftime fincére
qu'on fera des autres , & de leurs talens...
Car , ajoute- t'il , la gloire littéraire ne
confifte pas dans la bonne opinion qu'on a
de foi-même,quelque fondée qu'elle puiffe
être ; encore moins dans des comparaifons
toujours odieufes en elles-mêmes
mais dans des fuccès avoués généralement...
Et alors il eft permis de fe prêter
à un fentiment également pur , délicat &
flatteur pour l'amour- propre ; de goûter
' cette douce fatisfaction d'avoir fait le bien,
& de l'avoir fait affez efficacement pour
l'intérêt de la Société.
Quels efforts un tel efpoir n'eft-il pas
capable d'exciter ? C'eft ainfi que vainqueur
des obftacles , l'homme de Lettres
va fort fouvent beaucoup au- delà de ce
JUILLE T. 1749.
93
qu'il auroit pû fe promettre naturellement ;
& delà , quels avantages pour le Public ,
pour lui - même ! ...
n
"
"
» des
» Un Auteur s'eft propofé de nous don-
» ner une Hiftoire ; il a dans cette vûe fait
toutes les recherches néceflaires pour
approfondir la vérité des faits ; il les a
» difcutés par la Critique la plus judicieu
fe. Il a orné fon ftyle de tous les embel
» liffemens dont fa matiere étoit fufcepti-
»ble. Son Difcours eft nerveux , folide ,
éloquent de l'éloquence convenable au
fujet les fentimens qu'il infpire , font
» les fentimens de la probité : il ne parte
d'une maniere à:
gens vertueux , que
faire chérir la vertu , & il ne parle des
»méchans , que pour faire haïr & détefter
» le mal : il peint avec tant de force les
caractéres & les moeurs , il fait des por-
» traits fi vifs , fi animés , fi vrais , qu'on
ne peut s'empêcher , quand on le lit , de
»fe remettre au tems dont il nous parle ,
»& que notre imagination féduite par les
preftiges de fon art nous repréfente les
objets , non pas comme des chofes dont
" on nous fait le récit , mais comme des
»évenemeus qui ſe paffent fous nos yeux ,
& avec des perfonnes avec qui nous vivons
& nous converfons .
» Le bien qu'a fait un tel Auteur à la
14 MERCURE DE FRANCE.
,
fociété , eft un bien inestimable ; ſes techerches
remettent fous les yeux un beau
» tableau des faits les plus intéreffans , qui
»feroient demeurés épars & hors de
» portée : fa Critique nous en garantit la
» certitude , ou nous fait toucher , comme
» au doigt , les raiſons de douter de ceux
» qu'il ne nous a donnés que comme аро-
cryphes : fon ftyle nous plaît , par les
» beautés dont il a eu foin d'orner fon
difcours. Son Livre eft pour nous un
» amuſement gracieux , en même tems qu'il
»s eft pour notre efprit une nourriture fo-
» lide , qui l'enrichit des plus belles con
» noiffances : il nous a portés à la vertu
» & nous a détournés du mal , par les fentimens
qu'il a exprimés : ces fentimens
» font devenus les nôtres , & il nous femi-
» ble que dès lors nous entrons en part
» avec lui du fruit de fes travaux .
Un autre a mefuré les fiécles . Dans :
Dun difcours de quelques heures de lec- :
sture , il embraffe tous les âges du monde,
» & il nous peint tous les évenemens avec
» un pinceau fi vif , fi fin & fi délicat ,
» qu'il nous femble , en le lifant, que nous
les voyons tous fans mêlange , fans confufion
& fans aucun nuage . Sans perdre
» un moment le fil de fa narration , qui fe.
fuit avec bien plus de rapidité que des
JUILLET. 1749.

inftans ne paffent , il ne nous permet
» pas en même tems de perdre de vûe la
main adorable de celui qui conduit tout
Ȉ fes fins , avec autant de douceur que de
»force. Il nous donne l'Hiftoire de l'U-
» nivers , & il nous oblige de conclure
» avec lui , que tous les grands évenemens ,
» qui ont rempli la fcéne , n'ont eu d'autre
» but que de préparer les voies à celui pár
» qui il a fait les fiécles. .39
Dans la feconde partie M. Boutiron fait
voir , combien s'abufent ceux qui dans la
carriere des Lettres ne cherchent qu'à
briller , à plaire , en un mot qu'à acquerir
une vaine réputation d'homme d'efprit.
» Celui , dit-il , qui ne veut que plaire ,
réuflit ordinairement très - mal..... De
» même ceux qui ne veulent que faire rire,
» ne manquent gueres de glacer les ſens ,
» & d'exciter contre eux une fecrerte indignation
; ils prétendent qu'on paye
>>> d'un mouvement de l'ame , qui n'eſt que
» l'effet d'une agréable furprife , les attenstions
qu'ils fe donnent , & qu'ils avertiffent
qu'ils fe donnent pour le caufer.
Il en eft de la gloire littéraire , par rap-
» port aux ouvrages d'efprit , à peu près
»comme des alimens, par rapport au corps .
» Les alimens nous font le plaifir le plus
- » ſenſible , mais c'eſt un plaifir dont les
A
96 MERCURE DE FRANCE.
»honnêtes gens ne s'apperçoivent pas en
quelque forte. Trop le goûter , c'eft
» s'avilir , c'eft fe dégrader : de même ſe
» voir avec trop de complaifance dans des
» ouvrages d'efprit , n'avoir d'autre objet
que celui de fe faire un nom , c'eſt fe
»montrer indigne de la gloire littéraire;
c'eft en décheoir. Celui qui y afpire &
qui per fe promettre un heureux fuc-
» cès , c'est celui qui avec des talens au-
» deffus du commun & avec affez de
» conftance pour triompher des obſtacles ,
fe propofe une fin plus noble & plus relevée
que cette gloire même.
»
"
"
,
» C'eft celui, qui traitant un fujet de morale
avec toutes les graces dont il peut
être fufceptible , fe propofe pour but de
régler & de réformer les moeurs.......
»Ainfi les Bourdalouës , les Fenelons , les
» Fléchiers , font parvenus à fe faire du
»monde entier un peuple d'admirateurs ;
ils ne cherchoient pas la gloire , elle eſt
venue au-devant d'eux .
"
"
» par

» C'est encore ce Phyficien attentif , qui
fon étude , par fon application , par
les recherches approfondies , par ſa ſagacité
, nous dévoile la nature , non en
» formant orgueilleufement quelques nouveaux
fyftêmes , dignes de trouver place
parmi ceux des Philofophes aveugles ,
»
1
mais
JUILLET.1749. 97
20
T
mais en confidérant avec fimplicité les
objets féparément , & en nous y faifant
obferver des beautés qu'il fembloit.que
» la nature eût voulu tenir toujours ca-
» chées , & qu'elle n'a revelées qu'à lui
feul.
Dans tous les genres enfin , l'Auteur
veut qu'on ait en vûe plutôt l'inftruction
& l'utilité publique , que l'envie de paroître
& de fe diftinguer ; à ce prix il promet
aux talens une portion de gloire qui ne
leur fera pas ravie , pourvû que les Ecrivains
ne s'en prévalent pas , & qu'ils ne
faffent pas d'eux- mêmes , avec autrui , des
paralleles humilians , &c.
Après ces deux Difcours , M.. Thilorier
lut une Ode du Pere Lombart , Affocié de
l'Académie , fur le retour des Arts en Ita
lie après la prife de Conftantinople , &
une Requête en vers de M. de Bologne ,
aufli Affocié de l'Académie , à M. l'Inten
dant de Limoges.
Voici quelques ftrophes de l'Ode.
LE Goût revoit ces lieux , autrefois fon Empire ;
Dans une nuit obſcure il découvre la lyre
Qui fous les doigts d'Horace annoblit tous fes
fons ;
E
98 MERCURE DE FRANCE,
Et ce Dieu la plaçant fur un throne de rofe ,
Soudainement éclofe ,
Elle pafle , dit- il , écoutez mes leçons.
Il cherche ces objets , qu'à la vûe enchantée
Offrirent le Cifeau , rival de Promethée ,
Les bronzes attendris , les marbres animés ;
Du fauvage Alaric il querelle les armes ,
Et baigne de fes larmes
La terre qui les tient dans fon flanc enfermés,
***
Artiftes , puiffiez - vous , formés fur ces modéles,
Préferer leur éclat aux vaines étincelles ,
Et fixer parmi nous le fimple , ami du beau !
Un goût pervers fuccéde au Gépide , au Vandale ;
Et fa licence fatale
Peut replonger les Arts dans la nuit du tombeau.
La Requête eft dans le ftyle qui convient
au fujet , & peut plaire par le tour que
l'Auteur y a donné .
ON croit penfer avec raiſon ,
Que le terroir du nouveau monde
Faifant germer l'or à foiſon ,
Partant j'ai dû dans ma maiſon
En rapporter bowrfe fort ronde,
JUILLET 1749.
On m'a joué le tour malin
Sur une idée auffi folette
De me taxer comme un Dupin ,
Sans égard au nom de Poëte ,
Et de Poëte du Dauphin.
Dans un diſtrict comme le vôtre ,
On ofe me vexer contre toutes les loix ,
Moi , qu'on a vu d'un pôlé à l'autre ,
Par des accords chéris des Rois ,
Porter la gloire & les exploits
D'un Conquérant , tel que le nôtre .
D'ailleurs , fi les Répartiteurs
Avoient eu quelque connoiffance
Des ûs du Pinde & de nos moeurs ,
Ils auroient fçû que les Rimeurs
Ne font gens à groffe chévance- :
Ils auroient vû que de tout tems
( S'ils avoient un peu lû l'Hiftoire )
Belles , Monarques , Intendans ,
Se.font toujours fait une gloire
D'accueillir les doctes enfans
De la Déeffe de Mémoire.
Ce mûrement confidéré ,
Miniftre équitable , éclairé ,
Ile vous plaira de faire fête
ma légitime Requête
Eij
400
MERCURE DE FRANCE
1
Et de régler modiquement
Le malhonnête compliment ,
Que d'un air doux & débonnaire
Les Receveurs me viennent faire,
De ces gens-là , fi j'ai raiſon ,
Comme pouvez faire fans peine ,
Par de beaux vers de la façon
D'une mufette amériquaine ,
Vous verrez votre illuftre nom
Balancer celui de Mécéne
Dans les archives d'Apollon.
La féance fut terminée par un Difcours
de M. Boutiron , fils , Avocat , Académi
cien nouvellement élû.
Le fujet de ce Difcours eft , que les con
noiffances de l'homme font proportionnées
à fes befoins.
L'Auteur commence par remarquer que
'efprit de l'homme eft tout à la fois , rem-
Pli de lumieres & de ténébres : » Intelli-
"}
gence vaſte , dit- il , il porte quelquefois
'» fon vol fi haut , que dans l'éloignement
»où il fe trouve placé , à peine peut- il être
apperçû , tandis que fur d'autres fujets
» refferré dans le cercle le plus étroit , il ne
≫comprend pas ce qui l'environne.
22
» C'eft de- là que certains Philofophes
» ont pris prétexte de dire qu'il falloir
JUILLET.
1749. 10F
» douter de tout ; & d'autres , de rabaiffer
» l'homme & d'infulter à fon Auteur : c'eft
» la réfutation de ce fentiment & de ces
» plaintes que ce Difcours a pour objet.
ود
» N'y a-t'il de bon , dit M. B. que ce qui
» eft parfait ? Ce ne font pas des biens immenfes
qui font le bonheur du fage :
» celui qui en a affez pour fournir à um
»honnête néceffaire , doit trouver le refte
» dans la modération de fes defurs . L'envie
»de fçavoir , femblable à l'avarice , ne di-
» roit peut-être jamais , c'eft affez ; mais
»la fageffe n'en doit pas accepter avec
moins de gratitude le préfent de con-
» noiffances que la nature nous fait , fi
» tout borné qu'il eft , il fuffit à nos be-
»foins.
Pour prouver que nos connoiffances
font en effet fuffifantes, il préfente d'abord
une raiſon générale , qui eft , que tout eft ·
exactement proportionné dans la nature
que de tous les animaux qui diverfifient fi
agréablement le fpectacle de l'univers , il
n'en eft aucun , qui n'ait reçû , felon fa differente
espéce , tout ce qui eft néceffaire
à fa deftination.
Ne feroit-ce donc , reprend-t'il , quo
pour l'homme que la nature auroit été
avare ? Il fait enfuite une comparaifon détaillée
des connoiffances & des befoins de
j
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
l'homme , il le confidére fous trois rapports
, dans l'ordre de la Religion , dans
F'ordre de la nature , dans l'ordre de la
fociété ; fi fous ces trois points de vûë là ,
dit il , il a tout ce qui lui eft néceffaire
que lui refte-t'il à défirer ?
>.
Comme la nature d'un difcours Academique
ne permettoit pas à l'Auteur de s'étendre
fur l'article de la Religion , il s'eſt
borné dans cette premiere partie à prouver
en peu de mots , que les connoiffances que
nous avons fur la Religion , font proportionnées
à l'état dans lequel il a plû à la
Providence de nous placer .
» A la vérité , dit-il , la lumiere que
» nous donne la foi , n'eft point ce jour de
l'évidence qui force & qui entraîne l'efso
prit : mêlée , pour ainfi parler , d'éclairs
» & d'obscurité , elle nous offre une face
lumineufe , & une autre impénétrablé
aux lumieres de notre intelligence ; mais
» la feule raifon fuffit pour découvrir le
motif de celui qui en eft l'Auteur.
» Comme créature libre , Paifonnable , intelligente
, la foi ne devoit point nous
commander en tyran , impérieux ; mais
auffi en nous propofant des objets que
nous ne pouvons comprendre , elle éta-
» blit fur les motifs les plus puiffans , les
hommages qu'elle exige de nous . Ainfi
>
JUILLET. 1749. 103
» notre foumiffion eft éclairée au même
» tems qu'elle a le mérite de l'obéiffance ...
La proportion de nos connoiffances
avec nos befoins naturels eft prouvée par
une expofition abregée des differentes fortes
d'induſtrie que l'homme met en ufage
pour le les procurer. » Si le boeuf , docile
» au joug, traîne à pas tranquilles la charue
» que l'homme a fçû conftruite pour fou-
» lager fes travaux ; également captivés
par fon induſtrie , l'air , l'eau & le feu ,
» font mouvoir les ingénieufes machines
qu'il expofe à leur action , Dans fes mains
» induftrieufes , rien n'eft inutile ; tous les
» êtres lui offrent , les uns contre les au-
>> tres , un fecours réciproque .
»
» Pour le mettre à l'abri des injures de
» l'air, un toit ruftique, entrelaffé de brang
»> ches & de chaume , lui auroit fuffi ; la
» nature n'a donné aux oiſeaux que l'inf
»tinct de ramaffer quelques brins d'her-
»bes épars , pour faire un azile à leurs pe-
» tits ; mais le Maître des animaux ne de-
» voit pas être ainfi réduit au fimple néceffaire.
La terre renferme de toutes parts
» les matériaux convenables pour lui fai-
» re une demeure plus gracieufe ; bientôt
» l'homme apprit à s'en fervir . Le fer lui
» fournit le cizeau , qui devoit polir là
pierre & le marbre ; les métaux prirent
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
16
à fon. gré la forme qu'il voulut leur don
ner , & l'on vit les palais magnifiques ,
deftinés à loger les Rois , contraſter avec
» l'humble cabane dont le pauvre fe con-
»
"
tente.....
» Il n'a point fallu , pourfuit l'Auteur ,
des révolutions de fiécles pour lui ap-
» prendre ce que fes befoins exigeoient
qu'il fçût. Les arts les plus utiles ont été
trouvés les premiers , & les premiers
perfectionnés ..... au lieu que cette phi
lofophie , qui cherche à nous inftruire
» de la nature des chofes , n'a fait que des
découvertes lentes ; on apperçoit dans
cette oppofition le deffein de la nature
» dans la carriere, détournée , où notre
curiofité nous a conduits ; à peine fom-
» mes-nous plus avancés qu'aupremier pas,
» & dans les recherches où le befoin nous
»a guidés , nos fuccès ont toujours été à
la fitite de nos defirs... Non-feulement,
arien ne nous manque de ce qui eft néceffaire
à la vie , mais pour nous en pro-
" curer l'utilité & l'agrément , nous n'a
» vons été que trop induftrieux ; notre
» coeur , en s'ouvrant trop au plaifir que la
nature , attache au contentement du befoin
, a forcé l'art à des rafinemens que
la raifon défavoue ; & l'avare cupiditédes
Artiftes , dont l'induftrie étoit defti
2
JUILLE TJ 1749 .
105
née à un plus fimple ufage , a amorcé par
» d'agréables nouveautés la crédule yvreffe
>> de l'amour-propre...
La troifiéme divifion , de l'homme confidéré
du côté de la fociété , eft celle fur la
quelle l'Auteur s'eft le plus étendu.
» Si l'homme , dit-il , eût été deftiné à
» vivre feul , il lui auroit fuffi; de fçavoir
rendre ce qu'il devoit à fon Auteur ;;
mais obligé de vivre avec les femblables,
il étoit néceffaire qu'il connût cette équi
té diftributive qui lui fir rendre ce qu'il
devoit à chacun d'eux . Ce fentiment a
» été gravé dans fon coeurs fa fenfibilité
pour ce qui le regarde lui- même , lui a
» été donnée pour en être la régle..
» Quand ce qui eft jufte , ne fe trouve
»point dépendant de quelque Loi arbi-
» traire , une fecrette fympathie y conduit
»l'efprit humain : fur la fimple expofition
»il eft naturellement équitable..
» Ces notions de ce qui eft jufte envers
les autres , ne font point à la vérité en
» nous l'impreffion d'une conviction rai-
»fonnée , qui puiffe fe réduire en derniere
analyfe à une même idée ; elles ne font
» pas
fondées
fur une
démonftration
géométrique
; mais
nous
en éprouvons
la
certitude
par une impreffion
intime: que
❤nous
ne pouvons
méconnoître
, & c'eſt
Ev
106 MERCURE DEFRANCE
pour nous une évidence plus perfuafive
parce que c'eft l'évidence du coeur....
» A ces connoiffances des vertus & des
vices , il falloit ajouter un reffort qui
les rendît agiffantes ; tout eft fimple dans.
» les mains de la nature : ce reffort , c'eſt
l'amour de foi- même , appanage inalié..
nable de tout être qui fe connoît. Quois
» qu'il n'ait que nous-mêmes pour fin , it
fe répand néanmoins fur tous ..... Ces.
»travaux mercénaires que la feule nécef
fité arrache , ne tournent pas moins à l'a
vantage de la fociété , que le dévoues
ment généreux de ceux qui s'y confacrent.
à deffein....
39.
30
Cependant le defir du bonheur , qui.
» met tout en mouvement , s'il fûr reſté
» fans frein , auroit pû tout renverser :un
zéphir rafraîchiffant donne à l'air une
agitation utile , tandis que l'aquilon
fougueux enléve l'efpérance de nos
>> moillons ...... Mais nous fçavons que
2 nous ne pouvons trouver notre propre-
» bonheur , qu'en contribuant à celui des
autres.... Modérés par cette confidéra-
≫tion , le defir d'être heureux fe plie néacellairement
à l'obfervation des devoirs...
La crainte de la réfiftance impofe
l'heureufe néceffité de chercher à gagner
» par la douceur ce qu'on tenteroit inuJUILLET.
1749%
ן י ס ק
»tilement d'obtenir par la violence. Les
» hommes , déja inftruits à être équitables
» & juftes , apprennent encore par- là à
parer leurs vertus de ces dehors aimables,
qui font fur les coeurs de fi sûres impref-
>>fions.
Les bornes qu'on eft obligé de donner
à un extrait , ne permettent pas de fuivre
l'Auteur dans le développement de fes
idées. Voici ce qu'il dit fur ce que la con
noiffance de l'effence des chofes , & de la
nature des êtres , nous a été refufée.
2. » Ces objets font placés hors du cercle
» qui mefure l'étendue de nos connoiffan-
» ces. Le point de vue fe perd dans l'ef-
» pace immenfe qui les dérobe à nos regards
; ils échappent dès qu'on croit les
» faifir.. Que l'efprit humain fe contenté
» donc d'un coup d'oeil confus que la
nature lui permet de jetter fur cette eſpé
» ce de vuide : il ne lui préfentera à la vés
» rité aucune idée diftincte , mais auffi il
ne le livrera à aucune illufion ; tel que
» nous ne voyons jamais mieux le Ciel ,
» que quand, pur & dégagé de nuages, nos
yeux qui fe perdent dans l'athmofphére ,
» n'apperçoivent que cette voûte azurée ,
dont leur foibleffe feule leur trace le
»
contour.
» Mais pourquoi l'homme fe plaindroit-
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
" il de n'avoir pas des connoiffances qui
» ne lui font pas cffentielles , & qui peut-
» être lui feroient préjudiciables ? Rai-
»fonneur oifif , uniquement occupé de
ces brillantes fpéculations , peut-être
laifferoit- il languir fon induftrie dans.
une inaction funefte ? La terre n'eft pour
lui qu'un féjour paffager , il n'en a que
le domaine utile , il n'eft point chargé
de la rendre féconde , d'organifer fes
productions , de mettre en jeu les éle
mens ; a-t'il donc befoin de connoître
Fintérieur des chofes ? C'eft affez qu'il
feache jouir , puifque tout fe produifant
» fans lui , il n'a aurre chofe à faire qu'à
profiter de ce qu'il trouve fous fa main.
" La nature eft fagement liberale ; ce
»fant nos defirs qui font immodérés ;
qu'importe que je ne fçache point par
quelle fecrette loi les parties de mon
corps obéiffent fi exactement à ma vo
alonté ? Envain Defcartes , Malebranche
» Leibnitz ont- ils médité là - deffus , ils ne
m'ont rien appris ; mais quand je veux.
agir , mes bras fe meuvent, fans que j'aye
Kembarras de leur commander ; j'ignore
quel jeu de mufcles les met en action
mais ils opérent , ils exécutent , que me
faut- il davantage ? ...
DD
>>
L'agréable concordance d'une multiJUILLET.
1749 FOO
»tude de fons harmoniques qui frappent
tout à coup mon' oreille , charme mon
» ame , elle fe livre toute entiere au fenti
» ment du plaifir qui la faifit ; fuis -je à
» plaindre alors de ce que je ne fçais pas
comment l'air peut me rendre fans confufton
& dans le même tems un nom
bre de fons fi divers , ni comment l'é
» branlement infenfible des parties de l'o
» reille peut produire en mon ame un fen
» timent fi vif …….
و و
Pourquoi vouloir s'élever au fommet
de la nature , & fonder trop curieufe
» ment les vérités fimples qui nous doi
vent fervir de régle ? Vous allez , dit
l'Auteur au Philofophe fpéculatif, placer
votre demeure fur la cime de cette mon
tagne qui s'éleve au -deffus des nues ;
→vous cherchez un point de vue d'où vous
» puiffiez tout découvrir mais trop éloi
» gné des objets , vous ne les appercevez
*99
plus; ou du moins vous ne les diftinguez
'» pàs. Cet air n'eft pas fart pour vous:
»Trop fubtil & trop froid , il vous glace,
>il vous fuffoque ; le Soleil eft là fans ac-
>>tion , la nature y eft morte , & n'offre
aux yeux qu'une affreufe ftérilité ; def
» cendez dans la plaine , & venez jouie-
»avec nous de la fécondité & des richeffes
dont elle fe pare : la perfpective y eft.
110 MERCURE DE FRANCE.
« bornée , mais elle n'en eft que plus agréa
"ble : tous les objets y feront à votre por
» tée,vous les verrez plus diftinctement...
"
» Si le fentiment eft , comme on n'en
» peut douter , le dernier période de la
conviction , & par -là une des plus sûres
régles de nos jugemens , dès que ce fentiment
tombe fur des idées fimples , fur
» ces vérités primitives , dont tous les hom-
» mes reconnoiffent l'évidence , pourquoi
» aller plus avant ? La fubtilité d'une vaine
dialectique nous donnera- t'elle quelque
» chofe de plus ? Que gagne -t'on à paffer
ces bornes On veut analyfer le fenti
ment , le décompofer , le réduire à une
forte de matiere premiere ; il fe perd , il
» s'évapore : On cherche des preuves ulté
» rieures , on n'en trouve point , on doute
» alors , ou l'on croit être en droit de dou-
»ter ; on ne trouve plus rien de certain ,
& l'on débite avec emphafe toutes ces.
abfurdités , dont nous fommes redeva-
» bles à tant de graves Philofophes... Que
le curieux contemplateur de l'effence &
» des propriétés des êtres , exagere , tant
» qu'il voudra , l'empire & Fillufion des
fens , il eſt des vérités que nous ne de-
» vons qu'à eux . Ce. que tout le monde
voit , ce que tout le monde entend , n'a
»pas befoin de preuves. Tout ce difcours
JUILLET. 17492 FIE
eff d'un détail intéreffant , d'un ftyle plein.
de feu , & extrêmement varié.
mumy myADALA
L'HEUREUX BERGER.
Cantate à voix feule & avec fymphonie . Par
M. Jouin-de-Saufeüil. A Mlle du Pas.
Ur les bords enchantés d'une ende pure &
claire ,
Occupé de fa belle & du foin de lui plaire ,
L'heureux Tircis goûtoit à l'ombre des ormeaux
Le plaifir innocent d'enfler fes chalumeaux ,
De chanter les beaux yeux de fa tendre bergere ,
Et de faire redire aux échos d'alentour
Ces chants que lui dictoit l'Amour.
Vous, qui par vos plaintes fecrettes,
Rempliffant l'air de vos douleurs ,
Troublez ces paifibles retraites ,
Ceffez de chanter vos malheurs.
Lorfque dans l'amoureux Empire
L'Amour même comble nos voeux
On ne doit y penfer qu'à rire ,
Et qu'y couler des jours heureux.
Vous , qui , &c.,
2
#12 MERCURE DEFRANCE
C'est ainsi que Tircis célebroit chaque jour
Sur fon- haut-bois , fur fa mufette ,
La douceur parfaite
Que produit dans les coeurs un vif& tendre amour
Il aimoit la jeune Lifette ,
Que la plus belle ardeur confumoit à fon tour.
Leur mutuelle flâme embrafoit leur retraite ,,
Et tout n'y refpiroit qu'amour,
Quand à fa mufette:
La.tendre. Lifette
Accordoit la voix ,
Les oifeaux des bois
Et ceux du rivage ,
Joignoient leur ramage
Aux fons éclatans
De leurs tendres accens
Une onde docile
Rouloit plus tranquilles `
• Ses paisibles eaux”,
Et les clairs ruiffeaux
Au tendre murmure ,,
Paroient la Nature
De ces lieux charmans:
2:
De leurs plus beaux préfens
Les regrets , les langueurs , les foncis & les peiness,
JUILLET . 1749 11
De ces climats heureux font bannis pour toujours
Les amoureux Zéphirs de leurs douces haleines
Les rafraîchiffent tous les jours.
Les charmes , les appas , les plaifirs & les graces ,
De nos heureux amans pour embellir les traces ,
Voltigent fur leurs pas ,fuivis par les Amours ,
Quand la conftance & la tendrefle
Réuniffent deux jeunes coeurs
Par les liens de la ſageſſe ,
Ils ne goûtent que des douceurs.
Tout charme un fi doux efclavage ;
Les ris , les jeux & les Amours ,
Qui leur font donnés en partage ,
Ne leur filent que d'heureux jours.
Quand la conftance , &c.
3:棠3 +3 33. 李茶+3 +3
L'HY ME N..
Cantate à deux voix , & aveafymphonie,
Par le même
"
Tircis
Nfin un doux bymen vient de combler mes
voeux ;
Vous vous êtes rendue à mon ardeur extrême ;
Je pourrai déſormais vous avouer mes. feux
114 MERCURE DE FRANCE.
Et vous jurer fans ceffe , Iris , que je vous aime
Vous êtes faite pour charmer ;
De tous les coeurs vous méritez l'hommage ;
Mais le mien feul a l'avantage
De pouvoir aflez vous aimer .
Qu'il eft doux de s'engager
Avec l'objet que l'on aime !
L'on repoſe fans danger
Dans le fein du plaifir même.
Plaignons les coeurs que l'Amour
Fait gémir dans fon empire,
Si l'hymen ne vient un jour
Finir leur cruel martyre .
Qu'il eft doux , &c.
Iris.
Je chéris , il est vrai , le noeud qui nous engage
Mon coeur à vous aimer trouve mille plaiſirs ;
Mais ce coeur pouffe auffi quelquefois des foupirs,
Et dans le calme même il redoute l'orage.
Vous fûtes mon amant , vous êtes mon époux ,
Sans ce titre jamais vous n'auriez fçû me plaire :
Toutefois pardonnez un aveu trop fincere ,
C'est toujours mon amant que je veux voir en vous.
• Lotfque l'Amour nous follicite ,
JUILLET.
IIS
1749.
Il nous promet mille douceurs ;
Mais que rarement il s'aquitte ,
Lorſqu'il eft maître de nos eoeurs
Heureux qui peut le fuir fans cefle
Mais hélas ! comment l'éviter !
Il connoît trop patre foibleffe ;
Nous aimons trop à l'écouter.
Lorfque l'Amour , &c.
Tircis
Vos foupçons , belle Iris , vos injuftes allarmes ,

1
·Offenſent mon coeur & vos charmes ;
Goûtons les biens parfaits qui nous font deftinés ,
Au refte des mortels que notre exemple apprenne
Que ceux qu'un doux hymen enchaîne
Sont les feuls amansfortunés.
Duo.
Dieu des tendres fâmes ,
Regne dans nos coeurs ;
Que toujours nos ames.
Sentent tes ardeurs.
Toutes les careffes
D'un objet charmant ,
Si tu ne nous bleffes 2.
Touchent foiblement.
Dieu des , & c..
116 MERCURE DE FRANCE.
PORT
LETTRE
De M. Rameau à M. Remond de Sainte
J
Albine.
E ne puis me difpenfer , Monfieur ,
de relever un fait avancé dans le
Journal des Sçavans du mois dernier , fur
mon Opera de Placée.
Il y eft dit, à propos des Poemes Lyri - comiques
du feu fieur Hautteau , que des
cinq Poëmes de ce genre de cet Auteur ,
il n'y a eu que Platée qui ait paru fur fe
Théatre , & qu'il n'a pas réuffi , quoique
mis en mufique par , &c.
Je paffe fous filence l'éloge que ces
Meffieurs ont bien voulu faire néanmoins
de mes talens , & je leur en fuis - toujours
bien obligé ; mais je vous avoue qu'un peu
plus d'exactitude m'auroit flatté davantage.
Je ne crois pas qu'il y ait eu au Théatre
de fuccès plus marqué que celui de
Platée.
Les fept premieres repréfentations don
nées dans l'efpace de dix jours , & que
Fon pourroit équitablement réduire à fix ,
vû qu'il fut joué le Jeudi , jour du Feu de
JUILLET . 1749. 117
Hôtel - de-Ville , & les trois derniers
jours gras confécutivement , ont produit
19672 liv . 10 fols.
Les fix repréſentations qui en ont été
données enfuite dans le Carême , uniquement
pour fatisfaire à l'empreffement du
Public l'intention n'ayant été d'abord
que de le donner en carnaval , ont produit
11892 liv . ce qui fait près de 32000
liv. en treize repréſentations.
,
Cela joint à la comparaison des dernieres
repréſentations de ce Ballet , donné
les Mardis & les Jeudis , avec les premieres
d'un ouvrage d'un autre genre , que
l'on donnoit les Vendredis & les Dimanches
, font des preuves écrites que je ne
me ferois jamais crû dans la néceffité d'oppofer
, tant la chofe eft notoire ; auffi n'eftce
point pour rectifier cet Ecrivain auprès
des perfonnes qui habitent Paris , que je
vous fupplie , Monfieur , d'inférer ma Lettre
dans le Mercure , mmaaiiss bien pour les
Provinces , qui ne peuvent être inftruires
de beaucoup de faits que par les
Journaux , & que l'on devroit par conféquent
avoir plus d'attention à ne pas indui.
re en erreur. D'ailleurs je fuis trop jaloux
des fuccès que le Public daigne accorder
à mes ouvrages , pour fouffrir qu'on cherche
à en diminuer le nombre,
116 MERCURE DE FRANCE.
Pénétré de la plus vive & de la plus fin
cére réconnoiffance des nouvelles marques
qu'il vient de me donner encore de fa
bonté , à l'occafion de mon Opera de la
Paix , j'oſe vous affûrer que je ne me fens
que plus encouragé à mériter la continua
tion d'une faveur qui a été & fera toujours
l'objet de tous mes voeux , & que je
ne défirerois rien tant que d'être plus à por
tée de lui procurer encore plus de plaifir ,
& de pouvoir à mon gré pouffer aufli loin
que j'en puis être capable , un art qui
fait feul l'occupation de toute ma vie.
J'ai l'honneur d'être , &c.
L
Les mots des Enigmes & des Logogryphes
du fecond volume de Juin , font le
Mercure , le femblable , le miroir , l'inftant,
le col , fable , ail & chalumeau. Dans le
premier Logogryphe , qui exprime auffi la
ville & le Marquifat de Sablé , dans le
Maine , en mettant un trait fur l'é , on
trouve bal , Albe , Bafle , fale , bas , baſe ,
la , Abel , Bela , Ela , Seba , bel , fel , bale
de fufil , bale d'Imprimeur , bale de paume.
On trouve dans le fecond aï , ïa , Ali ,
Lia , la & la , fille d'Atlas. Le troifiéme
renferme tous les mots qui y font exprimés.
JUILLET. 1749. 119
ENIG ME.
Avant de devenir ce que tu me vois être ;
Je change quatre fois & de nom & d'état.
Jouet infortuné du fort qui me fait naître ,
Jeune on m'arrache & rompt ; vieux on me noye
& bat.
Enfin c'eft fous les coups & dans le fein de l'onde
Que l'art ingénieux me forme & reproduit.
Je deviens être utile à prefque tout le monde ,
Même au trifte mortel que fon bâton conduit.
Je ferois infini fi je donnois la lifte
De tout ce qui par moi ſe débite & ſe fait ;
Trop d'ardeur me détruit , trop d'humide m'aq
trifte.
Je me trahis moi- même & donne inon fecret.
Roy , l'aîné.
De Langres , le 15 Avril 1749 .
LOGOGRYPHE.
L'Age d'or finiffoit , lorſque j'ai pris naiſſance;
Dès que je fis voir ma puiffance ,
Auffi-tôt la vertu remonta dans les Cieux à
120 MERCUREDE FRANCE .
Ce fut moi qui forçai les Dieux ,
Juftement irrités , à s'armer du tonnerre.
Depuis ce tems je regne & défole la terre.
J'eus toujours dans la France un ennemi puiſſant ;
Qui punit les efforts de mon bras infolent .
Si , Lecteur, à ces traits tu ne peux me connoître ,
Combine les cinq pieds qui compofent mon être
Les trois premiers feront paroître
L'effet fubit de la frayeur ;
Les quatre derniers font le tourment d'un rimeur;
Qu'on dérange le tout , c'eft une Lile de France ;
Ce que cherchent les dents de tout vieillard trem
blant ;
Deux Notes de plein chant ;
Un terme familier à la reconnoiffances
Le haut d'une montagne ; un terrible Elément
Une paffion furieuſe ;
Le fruit utile & merveilleux
D'une mouche laborieufe ;
J'en dis affez , Lecteur, devine , tu le peux.
Par A, N. S.-D.
A Paris , à la Communauté de fainte
Barbe , le 28 Janvier 1749.
AUTRE
JUILLET. 121 1749.
AUTR E.
DEs que la diligente Aurore ;
Dans le plus brillant appareil ,
Annonce à l'Univers le retour du Soleil;
Je célebre l'enfant qu'à Cithere on adore.
Des neuf pieds qui forment mon corps ,
Si tu démembres la ftructure ,
Six fupprimés , je fuis dans la Nature
Ce que jamais Sçavant , malgé tous les efforts ;
N'a pu jufques ici précisément connoître ;
Enfuite , en cherchant dans l'effain
. Des mots que renferme mon fein ;
Bientôt tu pourras voir paroître
Deux notes ; un beau titre , un précieux métal ;
Un grand fleuve d'Egypte ; un petit animal ,
Qui dort la moitié de l'année ;
Les délices d'un chien , le tems de la journée ,
Où Tircis fatigué raffemble fon bétail
Pour le reconduire au bercail ;
..
La graiffe que produit un animal immonde ,
Dont fix,un, huir, cinq, fept, formeront le mufeau ;
Certaine Déeffe de l'onde ;
Un homme déja vieux ; ce qu'avec fon fuſeau
Fabrique une jeune bergere ,
En gardant les moutons fur la verte fougere ,
Un meuble de cuifine ; une fleur ; un oiſeau ;
F
122 MERCURE DE FRANCE,
Le Roi des animaux ; une couleur obfcure ,
Qui de l'aſtre du jour abſorbe les rayons ;
L'inftitut néceffaire à l'humaine Nature ;
Une espece de grain ; trois Villes.... Finiffons ,
C'eft affez te donner, Lecteur , la tablature.
Brunet de Dijon.
AUTRE.
Quelquefois falutaire ,
Très-fouvent néceffaire ;
De buit pieds mon corps eft formé.
Un , deux , trois , quatre , un peuple renommé ;
Un, deux , trois , fix & buit , le pays qu'il habite ;
Un, fix , fept, huit, d'un fat je fais tout le mérite ;
Un , fix & deux , ce que cherche un vieillard ;
Deux , fept , quatre avec huit , Héros dont les
hazards
D'un Poëte Latin éternifent la gloire ,
Et le rendent célebre au Temple de Mémoire ;
Trois & fix , un & deux , la portion de fruit
Dönt le Seigneur jouit.
Un , deux , trois , huit & quatre , une femme fameufe
Par fa méchanceté.
Sept , fix , cinq , deux , je fuis une Cité ,
Dans ces derniers tems malheureufe
JUILLET . 1749. 123
Ajoûtez huit , autre Ville , où l'erreur
Fut condamnée avec fon défenfeur .
[
Cinq , fix & trois , Seigneur dont le courage ;
Malgré les traits d'une envieuſe rage ,
Au Théatre François, paroît avec honneur ;
Mais c'eſt affez , adieu , Lecteur ,
Scache pourtant qu'une parente
Sous cinq membres encore à tes yeux fe préſente.
Par M. Gir. de Mont.
AUTR E.
E ne fuis point encor ce qu'un jour je dois
J'E
être
Je differe pour mieux connoître
Ce qui doit bientôt m'éclairer.
Chez moi , Lecteur , tu peux trouver
Un Roi, Législateur d'une Ville naiffante
Qui devint depuis très- puiflante ;
Animal reſpecté par le Mahométan ,
Un autre animal moins méchant ,
Dont plus d'un Auteur fait l'éloge ,
Et chez qui patience loge .
D'un très-beau jeu terme fatal.
1
Ton muſical .
Un fils du Patriarche
Qui fe fauva dans l'Arche.
D'habit & d'ipstrument certaine portion ;
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
Une exclamation ;
'Autre encore ; une Danfe
Qu'on doit apprendre dès l'enfance ;
Et qu'il ne faut point négliger ;
Ce qu'on voit fouvent dégoûter ;
Un Etudiant en Grammaire ;
Un homme obligé de fe taire ;
Equipage d'un grand Seigneur ,
Qui fait bruit , profit & honneur,
De l'homme enfin la plus noble partie.
A toi , Lecteur , ma carriere eft finie.
Par le même
AUTRE.
CE n'eft qu'après la mort
De celui dont je fors ,
Que l'on me fait changer d'état & de figures
Je remplace dans la Nature ,.
Et fur tout dans un certain tems ;
L'éclat d'un aſtre renaiſſant.
En combinant , je ſuis excellent Aromate
Un animal preſque automate ;
De Normandie une belle Cité ;
'Arme offenfive & dont coup fut porté ,
Qui devroit chaque jour faire couler nos larmesį
Stérile lieu fans culture , fans charmes ;
Pour la plupart des jeunes gens ,
Trés-agréable amuſement
JUILLET.
1749. 125
Du tems une partic
Qui regle celui de la vie .
Autre choſe chez moi peut encor ſe trouver
Mais c'eſt aſſez , Lecteur , pour te faire rêver.
Par le même.
লিখে লিখে নাস্তানাও নাস্ত
NOUVELLES
LITTERAIRES ,
DES BEAUX - ARTS , &c.
SUITE DE L'EX TRAIT
Du Livre intitulé LE COMEDIEN .
Ddreavec la multitude les perfonnes
E même qu'on ne doit pas confonqui
ont du goût & du difcernement , on
doit auffi diftinguer deux claffes parmi les
Spectateurs de cette feconde efpece . » Chez
» les uns , dit M. Remond de Sainte Albine ;
l'efprit juge fainement de ce qu'on lui .
» préfente , mais renfermé dans certaines
» bornes , il n'examine pas fi ce qu'il voit ,
» eft tout ce qu'il avoit droit d'attendre.
» Chez les autres , une imagination vive .
» & féconde accompagne une raifon droi-
» te & lumineufe , & ceux-ci , ne fe contentant
pas que ce qui leur eft offert, foit
bon , fe plaignent fi on ne leur donne
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
» pas tout ce qu'ils efperoient. Quand un
" Acteur met à peu près dans fon action
» & dans fa récitation toute la vérité con-
» venable ; quand il ne laiffe appercevoir
» nulle part le travail ni l'effort , les Spectateurs
de la premiere claffe ne deman-
» dent
>>
pas davantage , parce qu'ils n'imaginent
rien au- delà . Il n'en eft pas de
» même de ceux de la feconde . A leur
» tribunal , il y a entre le jeu qui n'eft que
>> naturel & vrai , & celui qui de plus eft
ingénieux & fin , la même difference
» qu'entre le livre d'un homme qui n'a
que du fçavoir & du bon fens , & le livre
» d'un homme de génie . Ils veulent non-
» feulement que le Comédien foit copifte
» fidéle , mais encore qu'il foit créateur.
C'est dans ce dernier point , que l'Au-'
teur fait confifter les fineffes de l'art des
Comédiens .
»
"
» Quelque application qu'un Poëte Dra-
» matique apporte à la perfection de fon'
» ouvrage , il ne penfe pas à tout , & ik
» lui arrive quelquefois d'omettre diver
»fes chofes , qui auroient fait grace dans
»fa Piéce . De tems en tems aufli , la gêne
» de la mèfure & de la rime ne lui permet
» pas de dire tout ce qu'il fent , & , par la
» fuppreffion d'un mot qu'il ne peut pla
» cer , une idée fine eft perdues pour
و ر
JUILLET. 1749. 127
D
»un grand nombre de perfonnes , fi le
» Comédien ne les aide à la découvrir.
» Au lieu que les Acteurs médiocres ne
Dvoyent que par les yeux du Pore ; au
lieu qu'ils ne foupçonnent point qu'il
» ait pû rien ajoûter à ce qu'il dit , les re-
» marques qui lui ont échappé, ſont ſaiſies
» par les Acteurs fupérieurs , & ce qui
" manque dans le dialogue, fe retrouve dans
»'le jeu. Avec eux , on peut fans riſqué
» omettre ou fous entendre . On eſt tou-
» jours fûr du ſupplément & du commen-
» taire.
M. Remond de Sainte Albine , après avoir
examiné les fineffes de l'art du Comédien
par rapport à ce qui conftitue leur eſſence ,
les confidere par rapport à leur differente
deftination , & il entre dans le détail de
celles qui appartiennent particulierement à
la Tragédie , & de celles qui ne conviennent
qu'au Comique. Nous rapporterons
feulement quelques fragmens du Chapitre
où il eft parlé de ces dernieres .
» Vous devez dans la Tragédie , oba
» ſerve l'Auteur , nous préfenter toujours
» votre perſonnage fous les faces qui lui
»font le plus avantageufes. Dans la Co-
» médie , vous êtes fouvent obligé de nous
» le préfenter fous celles qui le lui font
moins. Elle fe plaît fingulierement à
F iiij
128 MERCURE DE FRANCE .
"
» à nous peindre l'homme extravagant &
» foible…………. Par un air ridiculément pré-
» cieux , plutôt que par un fentiment réfléchi
, certaines perfonnes mettent une
grande diſtance entre le Comique noble
» & ce qu'elles appellent injurieufement le
" bas Comique ...... Il faut cependant
» pour le moins autant de génie , & aux
» Poëtes , & aux Comédiens , pour être
»fupérieurs dans un genre , que pour ex-
» celler dans l'autre. Le Comique noble
» ne nous montre la nature que polie par
» l'éducation ; le Comique du genre op-
"
pofé nous la montre privée de cette cul-
" ture. A cette difference près , non-feule-
» ment les deux genres ont le même objet,
» celui de nous corriger ou du moins de
» nous amufer , mais encore ils puifent
» leurs fineffes dans les mêmes four-
» ces , dont le nombre fe réduit à deux.
»Les Acteurs Comiques excitent notre
» gayeté , ou par l'air rifible qu'ils prêtent
Ȉ leurs perfonnages , ou par le talent
qu'ils ont de nous faire rire des autres
» perſonnages de la Piece.
» Il eft une infinité de moyens de fatis-
» faire à la premiere obligation , & celui
auquel il faut principalement avoir re-
" cours , eft de profiter des circonftances
qui peuvent fervir à faire fortir le ca
">
JUILLET ( 1749 . 129
20
» ractére du perfonnage..... Vous nous
peignez un faux libéral . Il eft contraint
» de faire une largeffe , & le hazard veut
qu'il laiffe tomber quelque monnoye.
»Il doit la ramaffer & fe hâter de la re-
» mettre dans la bourſe.
"9
L'Auteur fait une longue énumération
des autres moyens , dont les Acteurs Comiques
peuvent ufer pour rendre risible
le perfonnage qu'ils repréfentent. Ils y
réuffiffent , en développant avec foin tous
les défauts qui entrent dans la compofition
du caractère de ce perfonnage ; en lui prê
tant les tics communs chez les perfonnes
de fa condition ; en ayant attention , fi par
hazard le Poëte ne l'a pas caractérisé par
quelque travers, de lui donner ceux qu'on
peut vrai femblablement lui fuppofer ; en
faifant lire dans fes moindres actions , furtout
dans celles qu'il eft cenfé commettre
involontairement , le jeu des paffions qui
l'agitent ; en employant certaines . difparates
& divers contraftes que le Spectateur
n'attendoit pas , mais qu'il eft étonné, lorſqu'il
les apperçoit , de n'avoir pas prévûs.
Ce n'eft pas affez qu'un Acteur Comique
fonge à faire rire de fon perfonnage .
Il doit chercher , s'il fe propofe de jouer
finement , à nous réjouir aux dépens des
F v
130 MERCURE DE FRANCE.
autres parfonnages de la Comédie . M. Remond
de Sainte Albine remarqué que les
Comédiens pour cela n'ont befoin fouvent
que des feuls fecours, que la Piéce leur offre.
Ces fecours font de deux efpéces.
» Par les uns , la leçon de l'Acteur fui eft
» toute dictée , & pour les mettre à profit ,
» il n'a qu'à rendre littéralement fon rôle .
» Les autres ne lui font utiles qu'autant
» qu'il fçait en faire ufage . De ce nombre
>>font certaines ironies délicates , cer-
» taines allufions malignes , qui ne font
» pas diftinctement prononcées par le dia-
» logue
»
» Une des reffources les plus fûres que
les Comédiens puiffent trouver dans la
» Piéce, pour atteindre au dernier des deux
»buts propofés , eft l'occafion que le Poëte
leur donne de parodier quelques- uns des
» perfonnages avec lefquels ils font en fcé-
>> ne. Ces imitations font fréquentes "dans
» la Comédie. Elles font fuppofées être
» dictées , tantôt par le reffentiment , ainfi
» que dans la Scéne du Mifantrope , où
» Čelimene emprunte les tons de la prude
» & jaloufe Arfinoë ; tantôt par le fimple
»enjouement , comme lorfque Damon
>> dans le Philofophe marié répete après
>> Celiante
JUILLET. 17498 131
7
Ce portrait-là n'eft pas fort à votre avantage ,
Mais malgré vos défauts je vous aime à la rage."
» Et lorfque Pafquin dans l'Homme à
>> bonnes fortunes , ** affectant les grands
» airs de fon maître , adreffe à Marton les
» mêmes difcours tenus par Moncade à cet-
»te Suivante.
Si les grands Acteurs , ajoûte M. R. de
S. A. ne peuvent tirer de la Piéce les fecours
dont ils ont befoin , ils les tirent de
leur propre génie. Guidés par ce maître ,
ils s'ouvrent plufieurs routes qui les conduifent
à la fin en queſtion.
Le Chapitre des fineffes du Jeu comique
eft fuivi d'un expofé des regles générales
, qu'on doit obferver dans l'ufage
des fineffes. L'Auteur explique enfuite ce
qu'on doit entendre par Jeux de Théatre ,
& il donne fur cette partie de l'art des Comédiens
quelques préceptes importans.
Dans le dix -feptiéme Chapitre , il parle
de la néceffité dont il eft que les Acteurs
varient leur jeu. » La varieté , dit- il , eſt
» encore plus effentielle à l'Acteur Comi-
» que qu'à l'Acteur Tragique. La Comédie
s'égaye indifferemment à tout peindre
& tout original eft bon pour elle , dès
4
* Acte 2. Scene S.
** Acte 1. Scéne 12.
>
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
» qu'elle efpere de faire rire de la copie.
" Moins libre dans le choix des fujets de
»fes tableaux, la Tragédie a coûtume de
" n'offrir à nos regards que des perfonna-
"
ges illuftres. Son principal objet eft de
" nous toucher par des malheurs extraor-
» dinaires , ou de nous étonner & de nous .
»inftruire par de grands exemples , & elle
fe met peu en peine fi les Héros d'une
» Piéce reffemblent à ceux d'une autre.
» Pourvû qu'elle nous conduife par l'in-
" certitude., par la crainte & par les larmes
, jufqu'à la catastrophe , nous fom-
» mes contens ; & lorfque les Acteurs ,
» qu'elle introduit fur la fcéne , font pla-
» cés dans une fituation intéreffante &
" neuve , lorfqu'ils agiffent & parlent con-
» venablement à leur fituation , nous n'exa-
»minons point s'ils ont les mêmes caractéres
» que nous avons vûs déja plufieurs fois au
Théatre . Nous ne nous ennuyons pas mê-
»me d'y voir reparoître les mêmes Héros ,
" fi par de nouveaux moyens ils nous re-
" plongent dans de nouvelles allarmes.
Selon M. R. de S. A. quelque reffemblance
qui foit entre certains perfonnages,
ils different toujours par quelques nuances.
Il cite pour exemple le Beau- pere du Glorieux
& l'oncle du Philofophe marié , & il
montre que s'ils font tous les deux brufJUILLET.
1749. 133
ques , ils le font de diverſes manieres &
par des principes differens ; » que la brufquerie
du premier n'a rien d'arrogant ni
d'injurieux ; que celle du fecond eft hautaine
& défobligeante
; que l'une peut
* 39
» fubfifter fans fottife & fans vices , que
» l'autre fuppofe la groffiereté de l'efprit
» & la dureté du coeur , & qu'en s'appli
quant à caractériser ce qui diftingue ces
» deux Financiers , l'Acteur fera difparoî-
» tre leur prétendue reffemblance.
"
و د
20
pour
M. R. de S. A. veut que les Comédiens
varient leur jeu , non-feulement lorsqu'ils
jouent des rôles qui fe reffemblent , mais
encore lorfqu'ils jouent le même rôle. » Les
» perfonnes de Théatre , remarque- t'il , ne
font l'ordinaire fi uniformes , que
» parce qu'elles jouent plus de mémoire que
» de fentiment. Quand un Acteur , qui a
» du feu , eft bien pénetré de fa fituation ;
» quand il a le don de fe transformer en fon
perfonnage, il n'a pas beſoin d'étude pour
» varier. Quoiqu'obligé en jouant le mê-
»me rôle , de paroître le même homme ,
» il trouve le moyen de paroître toujours
>>
» nouveau .
En vain le jeu Théatral' eft-il parfaitement
vrai. En vain eft- il naturel . En vain
eft - il fin & varié. Il manquera encore
quelque chofe à l'Acteur pour nous
f
134 MERCURE DE FRANCE.
plaire , s'il ne joint à ces avantages les gra
ces du débit & de l'action . L'Auteur ayant
annoncé ailleurs , que tout doit être majeftueux
dans la Tragédie , & par confé..
quent ayant renfermé en un un feul mot
tout ce qu'on peut dire fur les graces propres
aux Acteurs qui chauffent le cothurne,
il ne lui reftoit à traiter que des graces né
ceffaires aux Acteurs Comiques.
. Celles qu'exige le Comique noble ,
ne font autre chofe ,.dit M. R. de S. A.
que l'art de rendre la nature élégante jufques
dans fes défauts. L'Auteur exhorte
quiconque n'eft pas capable de donner à
fon jeu cette élégance aimable, à renoncer
au haut Comique , & ce qu'il confeille
aux Acteurs , il le recommande encore plus
aux Actrices. » Ce vernis féduifant , cet
» élégant je ne fçais quoi , qui nous charme
dans le jeu comique du genre noble , doit
»varier felon les tableaux , mais on veut
toujours le reconnoître. Tantôt ce font
>> les graces vives & légeres que diftinguent
» la jeuneffe Françoife , & qui feroient les
plus défirables de toutes , fi elles n'étoient
»pas fi fouvent en divorce avec les qualités
folides & effentielles. Tantôt ce font
graces mains enjouées. La gayeté fri-
»vole du Petit-Maître ne fied point au Glorieux
ni même à l'Homme à bonnes for-
» des
JUILLET.. 1177449 9135
» tunes. Elle s'accorde mal avec le caract
» tére d'un Important toujours occupé du
>>foin d'imprimer le refpect ou de la crain
te qu'on ne lui en manque , & avec le
» fyftême d'un Galant fcélérat , qui fe fair
» une étude de tromper méthodiquement
» des Beautés crédules....
1
Puifque nous demandons des graces ,
même quand on copie des défauts , à plus
forte raifon en demandons-nous , quand
on repréfente des perfonnages caractérisés
feulement par quelque foibleffe , ſurtout
fi ces perfonnages font deftinés à exciter
l'intérêt. Dans certains rôles , les graces
naïves font les plus importantes. Dans
d'autres , ce font les graces nobles qui font
les plus néceffaires. »Et qu'on ne croye
» pas , ajoute l'Auteur , que le privilége
» de nous rejouir foit incompatible avec
» les graces nobles ...Qu'on ne croye pas
» non plus , que nous n'exigions des gra
» ces que chez les Acteurs qui jouent dans
» le haut Comique. Nous en exigeons
» même chez ceux dont les perſonnages
» font difpenfés d'en avoir.... Que votre
» perfonnage reffemble aux perfonnes de
» fa condition , mais qu'il leur reffemble
» en beap. Colette au Théatre , n'eft pas
» la même que dans fon village. Il doit y
avoir entre fes manieres & celles de fes
136 MERCURE DE FRANCE .
»pareilles , la même difference , qui eft ,
entre fes habits & ceux d'une payfanne
ordinaire .
Toute la Théorie ; dont nous venons ,
de rendre
compte , eft éclaircie
par des
exemples
destinés
à fixer les idées des Lecteurs
, & à répandre
de l'agrément
& de
la variété
dans l'ouvrage. Ces exemples
font empruntés
de la maniere
de jouer de.
nos Acteurs les plus célébres , morts ou
vivans , que l'Auteur
loue & critique
, felon
qu'ils lui paroiffent
mériter
fes éloges
ou fa cenfure ; & autant qu'il eft poffible ,
les applications
des préceptes
font prifes
dans les plus belles Scénes des meilleures
Piéces du Théatre
François.
Avant que ce Traité fût imprimé , certaines
perfonnes , foit par l'intérêt qu'elles
prenoient à M. Remond de Sainte Albine
, foit par d'autres motifs , firent leurs
efforts pour le détourner de traiter un
fujet , qu'elles prétendoient ne devoir
fournir que des détails fecs & minutiels.
On peutjuger, en lifant cet article , & ceux
inferés dans les Journaux des Sçavans &
de Trevoux , fi elles avoient raifon .
La même matiere , qu'elles avoient d'abord
regardée comme ftérile , leur a femblé
très- abondante , après que l'ouvrage a
vû le jour , & quelques - unes d'elles , qui
JUILLET . 1749. 137
avoient foutenu qu'elle ne pouvoit être
que l'objet d'une Lettre fort courte , ont
tenté d'infinuer qu'elle n'étoit qu'effleurée
dans un volume de trois cent cinquante
pages. C'eft auffi au Public à décider fur
ce point entre ces Juges & l'Auteur . M.
R. de S. A. n'a garde de croire avoir épuifé
fan fujet. Il eft perfuadé qu'on auroit
pû dire plus de chofes qu'il n'en a dit ,
& qu'il n'en a même apperçu . Mais il a
lieu de préfamer , que s'il en avoit oublié
d'effentielles , on auroit televé fes omiffions.
En tout cas , il fouhaite qu'on les
lui faffe remarquer , & il profitera , avec
reconnoiffance , des avis par lefquels on
voudra bien fuppléer à fes lumieres .
Ses Cenfeurs condamnent particulierement
le parti qu'il a pris de ne parler que
de l'action théatrale. Ils auroient voulu
qu'il eût traité en même tems de l'action
du Bareau , & même de celle de la Chaire.
Comment n'ont- ils pas fait attention que
cet affemblage auroit formé un mêlange
bizarre , & qu'en embraffant des objets
d'efpéces fi differentes , il étoit impoffible
de garder cette unité de ton & cette har
monie de coloris , auffi néceffaires dans les
écrits que dans les tableaux ?
Des perfonnages refpectables ont fait un
autre reproche à l'Auteur. Ils convien13S
MERCURE
DE FRANCE.
nent qu'il n'y a de matieres ingrates que
pour les Ecrivains fans génie. Ils avouent
même que celle choifie par M. Res
mond de Sainte Albine pouvoit donner
prife à une Métaphyfique très - fine " . &
étoit fufceptible de beaucoup d'ornemens.
fi elle étoit maniée par une imagination
féconde & riante, maisils témoignent quel
que regret de ce qu'il s'eft exercé fur un
fujet qui à leurs yeux eft frivole . Ils font
priés d'obferver que ce qui a pour eux une
apparence de frivolité , ne l'a pas pour un
grand nombre d'autres perfonnes. De tout
tems , on a compré les amuſemens parmi
nos befoins ; & de tous les plaifirs recherchés
par les Nations policées , il n'en eft
point pour qui elles ayent montré un goût
plus vif que pour les fictions theatrales .
Sans doute , on fera toujours plus louable ,
en effayant de nous rendre meilleurs ,
qu'en travaillant à perfectionner les
moyens de nous amufer. Mais ce dernier
objet n'a jamais paffé pour indigne des recherches
d'un homme d'efprit.
De plus , c'eft une occupation trèsdigne
même d'un Philofophe , que de s'appliquer
à foumettre au raifonnement un art
qui fembloit n'être que du reffort du fenti,
ment ; à porter le jour dans une matiere ,
fur laquelle on avoit peu de principes
JUILLET. 1749. 139
clairs & fuffifamment développés ; à combattre
des préjugés , auffi généralement
qu'anciennement établis , & à donner des
fignifications déterminées à une infinité
de mots , employés continuellement & jamais
définis .
Au refte , files Juges dont nous parlons,
blâment indiftinctement tout ce qui ne
porte pas le caractére férieux , on n'a rien
à leur répondre. Si au contraire ils croyent'
que le fpectacle ne doive pas être profcrit ,
s'ils ne traitent pas de pures bagatelles
toutes les Piéces de Théatre , & les ouvrages
qu'Ariftote & d'autres Sçavans illuftres
ont écrits fur l'art de compofer les
Poëmes Dramatiques , on demande pourquoi
l'on donneroit le nom de frivole a'
un Livre fur l'art d'ajouter une nouvelle´
perfection à ces Poëmes par la vérité de
la repréfentation .
Peut- être en finiffant cet article , conviendroit-
il d'examiner fi l'ouvrage de M,
R. de S. A. doit contribuer , effectivement
à procurer cet avantage. Il feroit du moins
facile de prouver la fauffeté des allégations
de quelques gens à talent , qui ayant in-,
térêt que nous n'ayons point de régles
fixes pour les juger , s'efforçent de nous
perfuader que dans les Arts de goûr les
moyens de réuffir font arbitraires , &
140 MERCURE DE FRANCE.
qu'ainfi l'on ne peut établir à ce fujer une
théorie conftante . Cette difcuffion nous
meneroit trop loin , & elle pourra faire
dans la fuite le fujet d'une Differtation
particuliere.
TRAITE' des maladies des yeux. Par M.
Herman Boerhaave. On y a joint fon Introduction
à la Pratique Clinique ; fes
leçons fur la pierre ; quelques defcriptions
de maladies , & diverfes confultations du
même Auteur. Le tout traduit du Latin ,
& orné de figures en taille douce. A Paris,
rue Saint Jacques , chez Briaffon , à l'Ange
Gardien & à la Science , in- 12 . page 371 ,
Avec Approbation & Privilége.
Le nom de M. Boerhaave eft fi connu ,
qu'il eft inutile de faire l'éloge de ce fçavant
Médecin. Tous les ouvrages , dont
on nous donne ici la Traduction , avoient
été imprimés , mais avec plufieurs lacunes
& avec un grand nombre de fautes , qu'un
Copifte ignorant y avoit femées prefque à.
chaque page. Le Traducteur annonce qu'il
a fait en forte de fuppléer aux unes , & de
corriger les autres.
M. Boerhaave divife fon Traité des Maladies
des yeux en trois Parties. Dans la
premiere , il examine les affections des
parties externes de cet organe. Il décrit
dans la feconde les accidens , qui furvien
JUILLET. 1749. 14
nent aux parties internes. La troifiéme
partie contient diverfes obfervations fur
la vûe obtuſe , fur la vûe louche , fur la
vûe confufe , fur le ftrabifme , fur l'ufage
des microfcopes , fur la vûe des vieillards ,
& fur la myopie , c'eft- à- dire fur la vuc
courte,
Les Réflexions fur la Pierre jointes à ce
Traité , n'ont point été publiées d'après
un manufcrit de l'Auteur . Elles font don.
nées telles qu'on a pû les recueillir de fes
leçons verbales. Il ne faut point y chercher
les agrémens du ftyle , mais on y trouvera
beaucoup de méthode & de clarté , plufieurs
vûes ingénieufes & fçavantes , & un
grand nombre d'expériences auffi curieufes
qu'utiles,
NOUVEAUX MEMOIRES d'Hiftoire , de
Critique de Littérature , par M. l'Abbé
d'Artigny. A Paris , chez de Bure , l'aîné
Quai des Auguftins , à l'Image Saint Paul
1749. Avec Approbation & Privilége
in- 12 . pp. 502 , en y comprenant la Table
& l'Errata.
Ces Mémoires font écrits d'un ftyle facile
, & il y regne une très- grande variété,
Les principaux roulent fur l'étude de la .
* On nomme ainfi l'incommodité des perfon
nes , dont un oeil regarde en haut & l'autre ca
basa
142 MERCURE DE FRANCE.
4
Chronologie fur les Antiquités Egyptiennes
& Chaldéennes ; fur l'origine de la
Magie & des autres fuperftitions ; far quelques
particularités romanefques de la vie
de Moyle , inventées par les anciens Rabbins
; fur l'époque du Regne de Sefoftris ;
fur l'exiftence des Géans ; fur l'origine &
des Dieux des Philiftins ; fur les fectes des
Juifs fur les richeſſes immenfes que David
laiffa à Salomon , pour la conftruction. du
Temple de Jerufalem ; fur le caractére de
Bayle , fur fon Dictionnaire , & fur les
amours avec la femme du Miniftre Juried.
Sur les prétendus fragmens de Petrone ,
publiés par M. Nodot ; fur un endroit de
Ja Bibliothéque Françoife , de M. l'Abbé
Goujet ; fur une anecdote intéreſſante , qui
concerne le Marquis de Langallerie ; fur
les leçons diverfes de Pierre Meffie ; fur
les Noëls Bourguignons , de M. de la
Monnoye ; fur quelques Fables débitées ,
par Jean Struys & par Tavernier ; fur plu-
Geurs Libelles publiés dans le tems de la
Ligue.
1
CHOIX de differens morceaux de Poësie ,
traduits de l'Anglois , par M. Trochereau.
A Paris , chez la veuve Piffot , Quai de
Conti , à la defcente du Pont- neuf, à la
Croix d'or , & chez Piffor , fils , Quai des
Auguftins , à la Sageffe , 1749 , in- 12g
PP. 206.
JUILLET .
1749. 143
Les piéces contenues dans ce Recueil ,
font l'Effai du Duc de Buckingham , fur la
Poëfie ; l'Effai du Comte de Rofcomon , fur
la maniere de traduire les Poëtes ; le Temple
de la Renommée , par M. Poppe' ; l'Ode de
M. Dryden , fur le pouvoir de la Mufique
& le petit ouvrage de M. Pomfret , fur le
choix d'un genre de vie. La Traduction de
chaque Poëme eft précedée d'une vie abregée
de l'Auteur qui l'a compofé , & à lá
tête du Recueil eft un Difcours préliminaire
dont nous parlerons dans un autre Mer
cure ,
NOUVELLE TRADUCTION de Salufte ,
avec des notes critiques fur le texte , par
M . *** , de l'Oratoire . A Paris , chez
Lottin & Butard , rue Saint Jacques , in-
12. de 304 pages.
EXTRAIT d'un Traité démonſtratif de
la quadrature du cercle , & de la duplication
du cube , contenant des principes
nouveaux , par M. ** . A la Haye , 17.48 ,
in-4 °. de 26 pages , fans compter les planches
.
HISTOIRE générale d'Allemagne , par
le Pere Barre , Chanoine Régulier de
Sainte Geneviève , & Chancelier de l'Univerfité
de Paris. Tome IX. qui com
prend les regnes depuis 1558 , jufqu'en
$ 44 MERCURE DE FRANCE.
1658, A Paris , chez Delefpine & Hérif
fant , de 896 pages.
LUDOVICO XV. victori Pacifico Panegyricus
dictus in Collegio Divio-Godranio Soc.
JESU , à Claudio Bichot , Societatis ejufdem
Prefbytero , XIV Kal. Décembris anno 1748,
in-12 . de 34 pages. A Dijon , chez De
faint , 1749.
> -
DISCOURS qui a remporté le prix d'E
loquence ,, ppaarr le jugement de l'Académic
Françoife , en l'année 1748 avec plufieurs
Piéces de Poëfie , dédiées à Madame
la Dauphine , par M. Soret , Licentié en
Droit. A Paris , chez Claude Hériffant ,
rue neuve Notre-Dame , in- 12 . de So pages.
BENEDICTI XIV . Pont. Opt. Max. olim
Profperi Card. de Lambertinis primùm Anconitana
Ecclefia Epifcopi, deinde Bononienfis
Archiepifcopi , de Synodo Dioecefanâ Libri
VIII, nunc primùm editi ad ufum Academia
Liturgica Conimbricenfis , Roma, .1748 , in-
4°. 649 pages .
VENERABILIS Viri Jofephi- Maria Thor
mafii S. R. E. Card, opera omnia, 3 vol.
in-4°. Roma,
DELLA Hiftoria Ecclefiaftica defcritta da
F. Giuseppe Agostino Orfi dell' Ordine de
Predicatori , Segretario della Saer, Congreg
dell
JUILLET. 1749. 145
dell' Indice, Tomes 3. in- 4° . Roma. On
trouve ces trois derniers ouvrages à Paris
chez Cavelier , pere , Libraire , rue Saint
Jacques , au Lys d'or.
CAUSE & Méchanique de l'Electricité.
A Paris , chez Pierre Prault , Quai de
Gêvres.
POETIQUE Françoiſe , à l'uſage des Dames
, avec des exemples. A Paris , chez
Ganeau , rue Saint Severin , à Saint Louis
& aux Armes de Dombes , 1749. Deux
volumes in- 12 .
MARIE d'Angleterre , Reine- Ducheffe .
Volume in- 12 . dédié à Madame la Marquife
de Pompadour , par Mlle. de Luffan.
A Amfterdam , chez Jacques Defbordes ,
près le Comptoir de Cologne , 1749.
SERMONS de M. Gafpard Terraffon , cidevant
Prêtre de l'Oratoire. Quarre volumes
in- 12 . A Paris , chez Didot , Libraire
, Quai des Auguftins , à la Bible
d'or , 1749.
ABREGE' de l'Hiſtoire générale du Languedoc
, par D. Vaiffette , Religieux Benedictin
de la Congrégation de Saint Maur.
A Paris , chez Jacques Vincent , Imprimeur
des Etats de Languedoc , rue Saint Severin
, à l'Ange , 1749 , fix volumes in 12.
HISTOIRE DE LOUIS XIV. depuis la
mort du Cardinal Mazarin en 1661 , juf-
G
146 MERGURE DE FRANCE .
qu'à la Paix de Nimegue en 1678 , pat
M. Peliffon , de l'Académie Françoiſe. A
Paris , chez Rollin , fils , Quai des Auguſtins
à Saint Athanafe & au Palmier , 1749 ,
in- 12. trois volumes.
>
OBSERVATIONS expérimentales fur les
eaux des rivieres de Seine , de Marne , fur.
les eaux de puits , fur celles d'Arcueil , &
fur les filtres & les vailleaux les plus pro
pres à purifier & à conferver l'eau, A Pa
ris , au Palais , chez Morel , le jeune , au
grand Cyrus , 1749 .
CODE VOITURIN , ou Recueil des Edits,
Déclarations , Lettres Patentes , Arrêts &
Réglemens , concernant les fonctions ,
droits , priviléges , immunités & exemptions
, tant des Meffagers Royaux que de
ceux de l'Univerfité de Paris , & autres
Voituriers publics , depuis 1200 jufqu'en
1748. A Paris , chez Prault , Quai de
Gêvres , au Paradis , deux volumes in- 4°.
COMMENTAIRES fur la Coûtume du
Baillage & Comté d'Auxerre , ancien reffort
& enclaves , redigés en préfence &
du confentement des trois Etats du Pays.
Par M. Jean-Baptifte Née de la Rochelle ,
Avocat du Parlement. A Paris , chez Bauche
, fils , Libraire , Quai des Auguftins , à
l'Image Sainte Geneviève , 1749 , in-4° .
LES TOMES 4 , 5 & 6 , de la Bible
JUILLET .
147 1749.
> en Latin & en François avec les notes
littérales , critiques & hiftoriques ,
tirées du P. Calmet , in- 4°. A Paris , chez
Mariette , Guerin , Martin , Libraires , rue
Saint Jacques.
HISTOIRE des Hommes Illuftres de l'Ordre
de Saint Dominique, par le P. Touron,
Religieux du même Ordre . A Paris , chez
Babuty , rue Saint Jacques , à Saint Chry
foftôme , & Quillan , pere , rue Galande ,
à l'Annonciation , 1749 , in- 4°. cinquiéme
volume .
INSTRUCTION Paftorale de M. l'Archevêque
de Tours, fur la Juſtice Chrétienne,
par rapport aux Sacremens de Pénitence &
d'Euchariftie. A Paris , de l'Imprimerie
de Guillaume Després , Imprimeur ordinaire
du Roi , & du Clergé de France
à Saint Profper & aux trois Vertus , 1749,
in-4°.
MEMOIRES pour fervir à commencer
'Hiftoire des Araignées
aquatiques. A
Paris , chez Piffot , Quai des Auguftins , à
la Sageffe , 1749 , in- 12.
. CONFERENCES Eccléfiaftiques du Diocéfe
d'Angers , fur les cas réservés , &c. Tome
III. A Angers , de l'Imprimerie de Pierre-
Louis Dubé , 1748 , & le trouve à Paris ,
chez les freres Guerin , rue Saint Jacques ,
in- 1 2. de 402 pages.
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
LA VIE de Mahomet , traduite & compilée
de l'Alcoran , des traditions authentiques
de la Sanna , & des meilleurs Auteurs
Arabes , par M. Jean Gagnier , Profeffeur
en Langues Orientales à Oxfort.
Trois volumes in- 12 . A Amfterdam , chez
Weftein & Smith , 1748 .
A
RECUEIL des Poëfies d'Adrien Reland ,
par les foins d'Abraham Perrenot.
Utrecht , chez Henri Spruit.
QUESTION de Médecine , s'il faut bannir
tout vafe de cuivre de la préparation
des alimens ; propofée par M. François
Thierri de Thulle , Docteur de Pont -à-
Mouffon , fous la Préfidence de M. Falconet
, Docteur de Paris , &c. A Paris , chez
Quillau , 1749.
DISSERTATION. fur la Chronologie des
Rois Merovingiens , depuis la mort de
Dagobert I. jufqu'au Sacre de Pepin , &c .
par M. Gouye de Longuemare , Avocat au
Parlement , & Greffier au Baillage Royal
de Verfailles , in- 12. de 113 pages , en y
comprenant d'autres piéces détachées , de
207 pages. A Paris , chez Chaubert , Quai
des Auguftins.
DISCOURS prononcé à l'Académie d'Angers
, le Vendredi 24 Janvier 1749 , par
M. de la Blandiniere , Chanoine de Saint
Maarille , & Prieur de Saint Sulpice de
JUILLET. 1749. 149
Ballée , lors de fa réception à la place de
M. l'Abbé le Gouvello. A Angers , chez
Pierre- Louis Dubé , de 30 pages in-4°.
ABREGE' de la Grammaire Françoiſe ,
ou principes généraux & régles principales
de la Langue Françoife , pour ceux qui
n'ont point étudié. A Paris , chez Guillaume
Defprés , & Pierre- Guillaume Cavelier
, rue Saint Jacques , in - 12 . de 176
pages.
MAXIMES pour fe conduire chrétiennement
dans le monde , par M. l'Abbé Clement
, Aumônier du Roi de Pologne Duc
de Lorraine , & Prédicateur du Roi . A
Paris , chez Hippolite - Louis Guerin , rue
Saint Jacques , in- 12 . de 322 pages.
SUITE de la defcription des maladies
veneriennes . Ouvrage dans lequel on traité
des rétentions d'urine , & en général
des maladies de l'uréthre . Par M. Dibon,
Chirurgien ordinaire du Roi dans la Compagnie
des Cent Suiffes de la garde de Sa
Majefté. A Paris , chez de la Guette , Imprimeur
de l'Académie Royale de Chirur
gie , rue Saint Jacques.
LETTRE fur la Proceffion qui fe fait tous
les fept ans , par les Religieux de l'Abbaye
Royale de Saint Denis , à celle des Dames
de Montmartre , in-4° . A Paris , chez
Merigot , Libraire , Quai des Auguſtins .
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
, aug-
LES RUDIMENS de la Langue Latine ,
par M. Vallart , feptième édition
mentée des genres , des préterits & fupins,
& d'un petit Dictionnaire qui renferme
les régles particulieres. A Paris , chez Lottin
& Butard , Imprimeur- Libraires , rue
Saint Jacques , à la Vérité.
Six Concerto & douze ouvertures pour
les violons , par M. Handel. A Paris , chez
Vincent , cul-de-fac de l'Etoile , rue Thevenot
, & Madame Boivin , rue Saint Honoré
, à la Régle d'or.
AIRS & Duo , tendres & bachiques ,
par M. Felord , de l'Académie Royale de
Mufique. Premier Recueil , gravé par
Madame Brouet, Prix 3 liv . A Paris , chez
l'Auteur , rue Saint Thomas du Louvre
& Madame Boivin.
SEI SONATE à due violini, flauti , corni da
caccia , baffon è baffo , a tre cinque è feiparti,
nuovamente compofte dall Signor Andrea
Adolphati, di Venezia. Opera prima , gravé
par Madame Brouet , prix 9 liv. A Paris ,
chez Madame Boivin ; M. le Clerc , rue du
Roule , & Mlle Caftagnery , rue des Prouvaires.
NOUVEAU SUPPLEMENT au Dictionnaire
de Moreri , in-folio. Deux volumes , faifant
les tomes IX. & X. de ce Dictionnaire ,
1749. A Paris , chez Vincent , Coignard
JUILLET. 1749. 151
I
& Boudet , le Mercier , Deffaint & Saillant ,
Heriffant & Prieur , Libraires. A
VOYAGE PICTORESQUE de Paris , qu
indication de tout ce qu'il y a de plus curieux
dans cette grande Ville , en Peinture
, Sculpture & Architecture , par M.
D.... A Paris , chez Debure , l'aîné ,
Quai des Auguftins.
>
8
Quillau , pere & fils , Delormel & Leloup,
Libraires à Paris , donnent avis qu'ils im-
-priment actuellement le nouveau Voyage
autour du monde , fait dans les années
1740 , 41 , 42 , 43 & 44 , par George
Anfon Commandant en Chef d'une
Efcadre de fa Majefté Britannique , laquelle
avoit été mife en commiffion pour
être employée à une expédition fecrette
dans la mer du Sud ; traduit de l'Anglois
par M. l'Abbé du Gua de Malves , de l'Académie
Royale des Sciences, III . volumes
in-12. & un volume in-4° . ornés de beaucoup
de planches en taille douce , & enrichis
de notes , foit pour ce qui regarde la
Phyfique , foit pour ce qui a rapport à la
Marine.
Quillau fils met en vente 1. un Livre
intitulé , Methode naturelle de guérir les
maladies du corps , & les déréglemens de
l'efprit qui en dépendent , traduite de
l'Anglois de M. Cheine , Médecin & Ma-
Giiij
152 MERCURE DE FRANCE .
"
thématicien Ecoffois , & Membre de la
Société Royale de Londres , par M. de la
Chapelle , de la même Société , en deux
volumes in- 12, fur la troifiéme édition da
texte Anglois .
Outre un grand nombre de réflexions
générales & philofophiques fur l'économie
de la nature , dans la vie animale , le
premier volume contient des obfervations
très approfondies fur la nature du mercure
& fur celle du lait , de quelque efpé
ce qu'il foit , en tant que ces deux fluides
ont rapport au rétabliffement , ou à la
confervation de la fanté. L'Auteur de la
Traduction y a joint une préface très curieufe
, qui contient , entr'autres , la Defcription
, l'Hiftoire , la Méthode , & les
effets de la fameufe transfufion du fang.
Le fecond volume traite de toutes les
maladies chroniques en particulier , c'eſtà
- dire , des maladies longues , lentes ou
habituelles , telles que la goutte , l'aftme ,
l'hydropifie , &c. On s'y étend beaucoup
fur les précautions que doivent prendre les
femmes enceintes pour éviter les fauffes
couches ; fur la maniere dont les perfonnes
de l'un & l'autre fexe doivent fe conduire
pour éviter la fterilité ; enfin fur le
régime que doivent obferver les valetudinaires
, pour fe délivrer de leurs infirmités
JUILLET. 1749. 153
fans le fecours des médicamens , ainſi que
les perfonnes âgées pour le procurer une
verte vieilleffe.
Cet ouvrage eft écrit de maniere que
l'on peut en entendre la plus grande partie
, fans être verfé dans la Médecine ;
ainfi il convient aux perfonnes de tous
états & de toutes conditions , d'autant plus
qu'il renferme en général tout ce qui a
rapport à l'art de ſe conſerver la ſanté.
2. Defcription du mal de gorge accom-
• pagné d'ulcéres , qui a paru ces dernieres
années à Londres , ainfi qu'en differentes
contrées d'Angleterre ; maladie qui regne
actuellement en France , & principalement
à Paris traduite de l'Anglois de Jean
Sothergill , Docteur en Médecine , par M.
de la Chapelle , Membre de la Société
Royale de Londres . Brochure in- 12 . fur la
feconde édition du texte Anglois.
:
Il est d'autant plus néceffaire que l'on fe
mette bien au fait des fymptômes & du
traitement de cette maladie , qu'elle ne
reffemble guéres aux maux de gorge ordinaires
, & qu'elle eft prefque toujours
mortelle , quand on la traite fuivant la
méthode ufitée en pareil cas , ainfi qu'on
en a euun très-grand nombre d'experiences
, & qu'on en a encore tous les jours à
Paris même , & en beaucoup d'autres en-
Gv
154 MERCURE DE FRANCE:
C
droits du Royaume , où il paroît qu'on en
a ignoré , & qu'on en ignore encore la
véritable nature , ce qui rend ce mal fort
redoutable . 11 eft donc du plus grand intérêt
du Public de s'inftruire promptement
fur la conduite que l'on doit tenir , quand
on en eft attaqué.
3 °. Aftronomie phyfica , juxtà Neutonis
principia , breviarium , methodo Scholaftica ,
ad ufum ftudiofe juventutis , Authore Petri
Sigorgne , focio Sorbonico & Philofophia Profeffore
in Univerfitate Parienfi.
On trouve chez le même Libraire un
Livre beaucoup plus ample fur cette matiere
, intitulé :Inftitutions Neutoniennes, ou
Introduction à la Philofophie de Newton , par
le même Auteur. Deux volumes in- 8 °. figures
.
La Philofophie de Newton , étant devenue
celle des Sçavans , l'Auteur a voulu
la proportionner à la capacité des jeunes
gens , & aux forces de ceux qui ne voudroient
pas faire une étude longue & pénible
de la Géométrie , pour fe mettre en
état de lire l'ouvrage même de M. Newton.
Ces inftitutions comprennent toute
l'Aftronomie phyfique , le flux & le reflux
de la mer , les principales découvertes de
Newton fur la lumiere , & leur explication
; les principes de Chymie , & leur
JUILLET . 1749. 155
application aux phenoménes les plus remarquables.
C'eft le: Commentaire fur
Newton le plus complet , & le plus élementaire
, qui ait encore paru . Il eſt jà la
portée de ceux qui ont étudié les élemens.
de Géométrie. L'abregé Latin que l'Auteur
en a fait , ne contient que l'Aftronomie
, & l'explication des marées . Il eft
en formé fcholaftique pour la commodité
des claffes , & ne fuppofe prefque point
de Géométrie.
Il étoit tems de rendre familiere une
Philofophie fi sûre & fi profonde , & de
détruire des préjugés , d'autant plus nuifibles
aux progrès de la Phyfique , qu'ils
étoient plus fondés en apparence , & qu'il
étoit plus difficile de s'en défaire , foit par
la lecture de M. Newton , foit même
celle de fes Commentateurs .
ESTAMPES NOUVELLES .
(
par
L paroît depuis peu chez le Sr Tardieu,
Graveur du Roi , une Eftampe gravée
par lui , d'après un des plus beaux tableaux
de Teniers , du Cabinet de M. le Comte
de Vence ; ce tableau repréfente une trou
pe de foldats qui pillent une Ferme . At
milieu eft le maître de la maifon , lequel
leur demande la vie à genoux ,
tandis que genoux , tandis
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
fa femme effrayée leur apporte fon argent.
Plufieurs foldats tiennent lié le Bourguemeftre
du lieu , pour le rendre témoin du
Idéfaftre ; dans le refte du tableau font
d'autres foldats , dont l'un pourfuit le fils
de la maifon l'épée à la main , les autres
emmenent les beftiaux , &c .
Cette Eftampe, qui'a pour titre lesMiféres
de la Guerre,fait pendant à celle des Oeuvres
de mifericorde , d'après le même Auteur ,
que le Sieur le Bas , Graveur du Roi , donna
au Public il y a deux ans.
Le Sieur Tardien , Auteur de celle que
nous annonçons , demeure rue S. Jacques,
près la rue des Noyers , à Paris .
Le Sieur Petit , Graveur , rue Saint Jacques
, près les Mathurins , continue de
graver la fuite des Hommes illuftres de feu
M. Defrochers , Graveur ordinaire du Roi ,
& il vient de mettre au jour les portraits
fuivans.
NICOLAS LENGLET DU FRESNOY , né
à Paris les Octobre 1674. On lit ces
vers au bas , de M. le Chevalier de Neufville.
Le tems de qui Lenglet , malgré d'épaiffes ombres,
Retrouve tous les pas , qu'il montre à nos efprits ,
Le tems fur les doctes écrits
Ne laiffera jamais tomber fes voiles fombres.
JUILLET. 1749. IST
CLAUDE PAJON , né à Romorentin en
1626 , Docteur & Profeffeur en Théolo
gie , Miniftre à Bione , près d'Orleans ,
mort en 1685.
JEAN -BABTISTE SILVA , Ecuyer , Docteur
Regent de la Faculté de Médecine ,
en l'Univerfité de Paris , Médecin du Roi ,
& ordinaire du Prince de Condé ; peint
par feu M Rigaud .
Il charmoir les efprits par fes traits éloquens ,
Et portoit dans les mains les tréſors de la vie.
Admiré du Public , & recherché des Grands ,
Il fe rendit célébre , & terraffa l'envie..
SIMON VOUET , Peintre du Roi , Maître
de l'Ecole Françoife , né à Paris en 1582 ,
mort en 1641 , enterré à Saint Jean - en-
Grêve .
Ce fut lui parmi nous , qui fit fi bien connoître
L'art de rendre la toile animée à nos yeux ;
Son pinceau charma nos ayeux :/
Mais ce grand Artifte peut- être
En France feroit moins fameux ,
Si de fon Raphaël il n'étoit pas le Maître .
PIERRE MIGNARD , Ecuyer , Premier
Peintre du Roi , Directeur & Chancelier
en fon Académie de Peinture & de Sculpture
, né à Troyes en Champagne , en
158 MERCURE DE FRANCE.
1610 , mort à Paris en 1695 ; peint par
feu M. Rigaud .
Par les graces de fon pinceau ,
Mignard a de la Grece égalé les ouvrages ;
Et ce fuperbe Dôme , où regne un goût nouveau
Qui mérite tous les fuffrages ,
Eft encor de Paris le plus bel ornement ,

Et d'un talent divin le plus beau monument.
Les vers qui font au bas de ces trois-derniers
portraits
, font de M. Daquin.
LETTRE
AM. de Boze , de l'Académie Françoife .
& Honoraire de l'Académie de Peinture
Sculpture , Garde des Médailles &
Pierreries du Cabinet du Roi , c. & c.
Monfieur ,à qui devois- je à plus jufte
titre offrir mes découvertes dans
l'art de peindre en gravûre , qu'à vous
qui avez mérité d'être l'arbitre de ceux qui
cultivent les Arts & les Sciences; qu'à vous,
à
la protection finguliere de qui je me dois
tout entier , & fans laquelle je n'euffe jamais
échappé aux malheureux traits de
l'envie ? Souffrez donc , Monfieur , puifJUILLET.
1749. 159
qu'on ofe encore aujourd'hui m'accufer
d'être éleve de le Blond , & que fous le
même titre de l'art de peindre en gravûre,
on veut confondre mon fyftême avec le
fien , que je mette ces deux fyftêmes en parallele
, que je détermine.l'époque de leur
invention , que par leur difference mar
quée je repouffe l'injure qu'on m'a voulu
faire , de me fuppofer capable de m'emparer
des découvertes d'autrui , fous prétexte
d'y avoir fait quelque changement .
Epoque de l'établissement de l'art d'imprimer
les Tableaux.
Laftman , Peintre Hollandois , qui vivoit
en 1626 ( duquel Rembrandt Van-
Rheyn étoit difciple ) imagina l'impreffion
des Eftampes en couleur ; mais n'ayant
pas réuffi dans fes tentatives , les ouvriers
dont il s'étoit fervi , fe réduifirent à placer
fur un feul cuivre les differentes couleurs
dont ils vouloient fe fervir , & mirent fousleur
nom , ou fous celui de quelque parti
culier des planches dans cette maniere , repréfentant
des oifeaux , des fleurs & des
plantes ; ces planches étoient gravées au
*
* On trouve de ces Eftampes à Londres dans les
Recueils de la Société Royale , & M. de Mortimer
, Secretaire de cette Académie , m'en a fait
voir plufieurs qu'il a lui-même dans fon cabinet.
160 MERCURE DE FRANCE.
burin & à l'eau forte . D'autres fe fervirent
des gravûres au berceau, imprimées en bleu ,
fur lefquelles ils appliquerent d'autres couleurs.
Les nouveautés ne réuffiffent pas toujours,
mais elles ont leur utilité , & fi ces premiers
Maîtres dans l'art de peindre en gravûre
n'eurent pas tout le fuccès qu'ils devoient
attendre de leur nouvelle invention
, ils ne doivent en accufer que la dureté
& le mauvais goût de leurs ouvrages.
En effet les dépenfes qu'on a faites dans la
fuite pour perfectionner cet art , font une
preuve de l'accueil favorable qu'on fe
difpofoit à lui faire fi-tôt qu'il auroit trouvé
l'art de plaire. Le Blond , Peintre , Allemand
de nation , difciple ( difoit il ) de
Carlo Maratti , vint en Hollande vers l'an
1704 , il effaya d'appliquer à la Peinture
la théorie du grand Newton fur les couleurs
, & voyant que les tentatives , affez
infructueules , qu'on avoit faites pour
peindre en gravûre , loin d'en dégoûter le
Public , ne faifoient au contraire que piquer
fa curiofité , & garantir le fuccès de
ceux qui parviendroient à la perfectionner
, propofa à divers Graveurs Hollandois
de faire quelques effais fur les couleurs ,
conformément au Syftême de Newton. I
ne put réuffic en Hollande. Il alla en An
JUILLET. 1749. 161
gleterre , où il propofa d'abord à la Socié
té Royale le projet qu'il avoit formé de
graver des planches en couleur fur differens
cuivres ; il lui fut facile de faire entendre
qu'il réuffiroit en fuivant le Syſtême
de Newton , & il forma une Société
affez nombreuſe , dont les avances confidérables
le mirent pendant long-tems en
état de fubfifter , & de faire tous les effais
néceffaires pour la réuffite de fon fyftême
pratique ; mais ayant par lui- même , ou
par d'autres voyes , découvert
que toutes
les couleurs pouvoient fe réduire à trois
primitives , il s'imagina que le feul moyen
de réuffir étoit de graver trois cuivres , de
maniere à pouvoir former les differentes
nuances intermédiaires. Il ne voulut poine
fe départir de ce fentiment. Il réuffit mal ,
& il s'en prit au peu d'habileté des Graveurs
& des Imprimeurs qu'il faifoit travailler.
Vingt années s'écoulerent fans que
les bénéfices du nouvel art euffent enrichi
fes Affociés ; il fe retira & vint s'établir
en France. Il arrive à l'aris en 1735 ; il y
forme une Société ; il y fait annoncer fon
talent ; tous les amateurs du nouvel art de
peindre accourent fur les merveilles qu'il
promet , & l'efpoir d'une fortune immenfe
lui fit bien- tôt trouver des fonds , mais ne
le mit pas en état de réuffir , car il s'agiffois
162 MERCURE DE FRANCE.
moins d'un fecret , que de l'art de plaire.
Il débuta par une Vierge d'après fon cher
Maître Carlo Marati , & choifit M. Tardieu
, Graveur en - taille- douce , pour exécu
ter ce morceau . Il avoit cependant appor
té d'Angleterre un tableau des enfans de
Van-dyck & une Vierge , qu'il avoit fait
graver à Londres. Ces deux morceaux ,
gravés felon fon fyftême , furent affez
goutés , mais ils étoient finis au pinceau
avec des couleurs en huile ; c'eft -là ce
qu'il appelloit mignaturer l'Estampe. Le
tems qu'on employoit à mignaturer ainft
Eftampe , faifoit perdre le fruit qu'on
auroit tiré , s'il avoit eu le talent de les
faire fortir de la preffe telles qu'elles devoient
être , fans ce fecours étranger ; c'eft
là ce qui lui fit tenter d'exécuter la Vierge
de Carlo Maratti fur ce plan; mais M. Tardieu
, quoi qu'entrant parfaitement dans
les vûës de le Blond , ne put parvenir à
faire un morceau digne d'être préfenté au
Public , qui fe dégoûta bientôt de le
Blond .
J'arrivai dans ce tems - là à Paris avec un
projet tout femblable , enfanté à Marseille
ma patrie , fur des principes differens &
oppofés à celui de l'Auteur dont nous venons
de parler. Agé de 20 ans, inftruit comme
on l'eft ordinairement dans la Provin
JUILLET . 1749. 1631
*
ce , j'ignorois , & on le croira fans peine ,
les grandes merveilles de Paris & de Londres.
La deftinée qui fembloit me fixer
dans Marſeille , me faifoit perdre de vûe
les avantages de ces Capitales pour les
hommes à talens. J'aimois la Peinture.
j'en faifois même ma principale occupation
. Les Manufactures d'Indiennes , ft
communes à Marseille qu'on y voit partout
les ouvriers travailler dans les rues , attirerent
mes regards , & c'eft là d'où me
vint l'idée de tenter d'imprimer les ta
bleaux dans le même goût . Les grands
projets ne peuvent s'exécuter que dans les
grandes Villes , & je m'imaginai ne le
pouvoir faire qu'à Paris. L'amour de la
gloire me fit renoncer aux engagemens les
plus doux. J'arrivai donc à Paris , je me
gardai bien de communiquer mes idées
je ne voulois cependant pas être ignoré ,
je cherchai les moyens de me faire connoître
, & je les trouvai .
J
Le Pere Caftel me propofa , avant que de
me faire connoître le Blond , un effai fur le
nouvel art de peindre en gravûre . Je choisis
un fujer fimple qu'on pouvoit faire à trois
planches , & le Pere Caftel lui- même me
fit donner une Coquille par M. Mortin ,
du Pont Notre- Dame je la gravai ainsi ,
parce que les quatre couleurs dont je me
164 MERCURE DEFRANCE.
fers , n'étoient pas néceffaires pour ce fujet.
Le Pere Caftel fut content de l'exécution ,
il m'en fit tirer plufieurs exemplaires ; il me
prôna aux perfonnes qui avoient foutenu
le Blond ; il fit renouer la partie ; les Intéreffés
dans l'entreprife de le Blond , crurent
qu'il étoit à propos avant tout d'obtenir
de la Cour un Privilege exclufif qui
leur fut accordé par Arrêt du Confeil le
11 Novembre 1737 , qui donnoit à le
Blond exclufivement à toute autre perfonne ,
le droit d'imprimer les tableaux avec trois
planches ; & par autre Arrêt du premier
Avril 1738 , Sa Majesté confirma le précé
dent Arrêt , & nomma des Adjoints en prés
fence defquels lefieur le Blond feroit tenu de
travailler. Le 24. du même mois , c'eſt àdire
24 jours après , je fus appellé pour
aider le Blond , fous l'efpoir d'une part
dans l'entrepriſe, & on m'accorda , en atten
dant, 6 livres par jour. Je ne fus pas longtems
à m'appercevoir que le Blond avoit
d'autres vûes , & je réfolus de le quitter.
Je mis donc à profit les vuides que me
laiffoient les occupations que j'avois avec
lui , je paffai même quelques nuits à exécuter
un morceau fuivant mon fyltême des
quatre couleurs d'après une tête de S. Pierre
, que M. Tardieu ( qui gravoit pour lors
chez le Blond les portraits de feu fon E. M.
JUILLET. 1749. 169
le Cardinal de Fleury & de Van-dyck) me
prêta. Je fis préfent des Eftampes que j'avois
tirées,aux perfonnes qui protegeoient
le Blond & an R. P. Caftel ; mais voyant
que je ne pouvois par là déterminer le
Blond à tenir fes engagemens , je le quit
tai le 8 Juin 1738 , c'eft-à- dire fix femaines
après m'être lié avec lui. M. Tardieu
finit le portrait du Cardinal & la copie de
Van- dyck. Le Blond fit enfuite graver le
portrait du Roi par M. Robert , & commencer
par le même Graveur une planche
d'Anatomie , repréſentant des inteftins.
Le Blond mourut , & fon dernier Eleve finit
après la mort cette derniere planche.
N'ayant encore découvert aucun Mécéne,
fous les aufpices duquel je pûffe mettre mes
ouvrages aujour,je ne perdis cependant pas
courage ; je travaillai & je gravai 22 morceaux
differens dans mon fyftême des quatre
couleurs , tant en Hiftoire , en Payfage ,
qu'en portraits , fruits , fleurs , coquilles
& autres fujets d'Hiftoire naturelle ; & fur
la permiffion que j'obtins par un Arrêt du
Confeil , après la mort de le Blond , le s
Septembre 1741 , j'expofai mes ouvrages
en vente. J'ai depuis executé de plus grands
fujets , qui peuvent aller de pair avec de
vrais tableaux , & j'aurois continué , fans
un Cours d'Anatomie en quarante-fix plane
ches , qui m'occupe préfentement .
166 MERCURE DE FRANCE .
Systême - pratique des trois couleurs
de le Blond
Le Blond fit imprimer à Londres un
Traité intitulé , il coloritto , dans lequel
il donne la théorie des couleurs dans le
nouvel art d'imprimer. La Peinture , ditil
, peut repréfenier tous les objets visibles
avec trois couleurs , fçavoir , le jaune , le
rouge & le bleu , car toutes les autres couleurs
fe peuvent compofer de ces trois , que je nomme
couleurs primitives : par exemple, le jaune &
le rouge font l'orange ; le rouge & le bleu
font le violet ; le bleu le jaune font le vert ,
le mêlange de ces trois couleurs primitives
enfemble produit le noir & toutes les autres
couleurs , comme je l'ai fait voir dans la pratique
de mon invention d'imprimer tous les objets
avec leurs couleurs naturelles. Je ne parle
ici que des couleurs matérielles , c'est - à - dire ,
des couleurs dont fe fervent les Peintres ; car
le mêlange de toutes les couleurs primitives
impalpables ne , produit pas le noir , mais
précisément le contraire , c'est-à -dire, le blanc,
comme l'a démontré l'incomparable M. le
Chevalier Newton dans fon Optique. Il
ajoûte enfuite , le blanc eft une concentration
ou un excès de lumiere ; le noir eft
une privation ou un défaut de lumiere . L'un
l'autre fe produit par le mêlange des couJUILLET.
1749 . 167
?
leurs primitives , mais l'un réfulte du mêlange
des couleurs impalpables , & l'autre des
couleurs matérielles . Il termine ce Traite
par la méthode de préparer les couleurs
fur la palette pour peindre , & il indique
aux Peintres la façon de faire les lumieres ,
les ombres , les reflets , les fuyans, les teintes
générales & les meféteintes . [ Léonard
de Vinci nous a donné à peu près les mêmes
préceptes .]Voyez dans la planche ci jointe
les trois couleurs de le Blond & leurs combinaifons
repréfentées autour de la palette.
a , dénote le bleu ; b , le jaune ; c , le rouges
abc , indique les trois couleurs enfemble
que le Blond difoit produire le noir ; ac ,
les deux qui doivent produire le violer
ou le pourpre ab , les deux qui produifent
le vert ; be , celle qui produit l'orangé.
Je ne fçais comment le Blond pouvoit
former les autres couleurs dont fe feryent
les Peintres , avec ces trois couleurs
primitives , puifque leurs differentes combinaifons
ne peuvent produire que celles
dont nous venons de parler , que leurs
differentes proportions dans leurs mêlanges
ne font que des teintes intermédiaires
de ces couleurs , & qu'aucune de ces teintes
ne peut fuppléer aux autres couleurs,
Il eft bien vrai que le Blond ajoûtoit quelquefois
aux trois planches qui portoient
168 MERCURE DE FRANCE.
Les trois couleurs primitives , une quatrié
me & même une cinquiéme planche ; mais.
ces planches ne portoient que quelque
trait de burin pour réparer les touches de
blanc qu'il ne pouvoir conferver dans fes
trois planches primitives ; telle eft par
exemple , la quatriéme planche qu'il fit
graver au fieur Tardieu , laquelle portoit
quelques traits de burin pour former le
bord du colet & la chevelure du portrait
de S. E. M. le Cardinal de Fleury . Il fit
de même graver par le fieur Robert une
quatrième planche au portrait du Roi ,
qui portoit une couleur pour glacer le
cordon bleu , parce que le bleu de fa premiere
planche étoit trop fale. C'est donc
mal à propos qu'on a voulu faire entendre
que ces contre-planches avoient du rapport
à ma quatrième planche ; je me fers
auffi quelquefois de ces contre- planches
pour former des dentelles fur des portraits,
mais je ne les trouve propres qu'à cet ufage
, elles n'ont rien de commun avec mes
quatre planches primitives fur lefquelles
eft fondé mon fyftême , de- même qu'elles
n'avoient aucun rapport aux trois dont fe
fervoit ordinairement le Blond , & on`ne
pourra jamais conclure de là que le Blond
ait pratiqué mon fyftême , ni que j'aye pratiqué
le fien , quelque détour ſpécieux que
l'on
JUILLE T. 1749. 169
l'on prenne pour le faire entendre au Public.
Pour le confirmer , voici quel eft
mon fyfteme.
Systême pratique des quatre couleurs primitives
du fieur Gautier.
Je me fers de quatre couleurs , pour imiter
tous les tableaux peints en huile , fçavoir
, du noir , du bleu , du jaune & du
rouge ; ces quatre couleurs & le blanc du
papier forment toutes les autres couleurs
imaginables , comme je le vais prouver.
C'eft pourquoi je grave quatre planches
, fur lefquelles j'applique ces quatre
couleurs , qui avec le blanc du papier, doivent
par leurs differentes nuances , former
le tableau .Ceux qui diront qu'on peut ajoûter
pour la perfection de l'art une quatriéme
& même cinquième couleur primitive ,
font dans l'erreur , & n'ont point de connoiffance
de la nature des couleurs prariques
.
Explication de la Palette imprimée ,
du fieur Gautier.
>
Les Peintres fçavent que les couleurs matérielles
, dont ils fe fervent pour peindre
en huile , & repréfenter tous les objets vifibles
, font ,
1°. Le blanc de plomd ou de cerufe.
H
1
170 MERCURE DE FRANCE:
2°. Le jaune de Naples.
3°. L'ocre claire ou commune .
4°. L'ocre de Rome ou obfcure,
5°. Le cinabre.
6°. Le brun rouge.
7°. L'ocre brûlé ou d'Angleterre.
S°. La terre d'ombre .
9. La terre de Cologne.
10°. Le noir d'yvoire , de vigne , d'Allemagne
ou de fumée.
11°. L'outre- mer ou le bleu de Pruffe,
12 °. La terre de Verone.
13 °. Le ftil de grain .
14°. La laque de Venife ou le carmin ,
Les Peintres fuppléent , par le moyen des
couleurs précédentes , à d'autres couleurs
qu'on trouve auffi toutes formées ; telles
font la cendre bleue , qu'on fait avec le
blanc & l'outre- mer , l'indigo avec le noir
& le bleu de Pruffe , la cendre verte avec
le jaune de Naple & le bleu , les machicots
dorés & pâles avec le jaune de Naples , le
blanc & un peu de cinabre ; les orpins dorés
avec le jaune de Naple & le cinabre
la laque colombine avec la laque & le
bleu , la mine de plomb avec le cinabre
& le blanc. Il y a encore d'autres
couleurs defquelles on ne fe fert
munément , & qui font des compofés de
celles- ci. Or toutes ces couleurs font ré-
>
pas comcouleur
de carmin .
J'ai donné un exemple de cette couleur dans
mon tableau imprimé de l'Efpion au Confeil de
guerre.
Hij
Gautier Sculp.
b
E
irs defquelles on ne le 1ert pas con
ement , & qui font des compofés de
Les-ci. Or toutes ces couleurs font réJUILLET.
1749.
171
prefentées fur ma Palette , imprimée fuivani
mon fyftême , dans laquelle ,
E répréfente le blanc de cérufe ou de
plomb , c'eſt le blanc du papier.
EC répréſente le jaune de Naple , com .
pofé du blanc & de la couleur C.
C , l'ocre claire ou commune , couleur
primitive.
AC , l'ocre de Rome ou obfcure , compofée
du noir & du jaune.
D , le cinabre , couleur primitive.
AD , le brun rouge , compofé de noir
& de rouge.
ACD , l'ocre brûlée , compoſeé de noir,
de jaune & de rouge.
ABCD , la terre d'ombre , compofée
des quatre couleurs.
BCD
de trois.
la terre de Cologne , compofée
A, le noir d'yvoire ou d'Allemagne ;
couleur primitive.
B , l'outremer ou le bleu de Pruffe , couleur
primitive.
ABC , la terre verte de Verone , compofée
de noir , de bleu & de jaune.
BD , la laque de Venife , compofée de
rolige & de bleu ; je puis donner en place
la couleur de carmin . *
* J'ai donné un exemple de cette couleur dans
mon tableau imprimé de l'Efpion au Confeil de
guerre.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE!
EB , la cendrée bleue .
AB, l'indigo, compofé de noir & de bleu .
BC , la cendre verte , compofée de bleu
& de jaune.
CD , l'orpin doré , compofé de rouge &
de jaune .
D, DB , ou pour mieux dire, B, DB , eſt
la couleur de laque colombine , faite du
bleu B , & de la laque D B.
BDA , Une couleur innominée.
E A , teinte grife , compofée du noir &
da blanc .
Les couleurs dont je me fers,peuquatre
vent donc , comme je viens de le faire
voir , fuppléer à toutes les autres couleurs .
Quant au ftil de grain , comme c'eſt une
couleur qui n'a aucun corps , & qui ne fert
qu'à glacer , à faire des verds & à donner
certaines teintes aux autres , on peut le
comparer à la couleur ABCD , quand il eſt
fur palette , & à la couleur E C , quand
il eft mêlé de blanc , ces deux couleurs produifant
le même effet.
Je pourrois ajoûter ici quelques refléxions
, qui en étendant davantage mes
idées , jetteroient plus de jour fur mon fyftême
, mais ne feroit- ce pas abufer de votre
complaiſance, Monfieur ? J'ai l'honneur
d'être avec un profond respect , &c.
S. Gautier,
JUILLET. 1749. 173
REPONSE de M. de Montdorge , aux
informations de M. Rémond de Sainte.
Albine , au fujet de la conteftation entre
deux élèves de feu le Blond , dans l'art
d'imprimer les tableaux..
I Left vereséclairci, lur
Left vrai , Monfieur , que vous ne pouviez
>
conteftation qui s'eft élevée dans vos Journaux ,
au fujet des Eitampes colorées . Le Blond qui en
eft l'Ingenteur , auroit- il laiffé fon art imparfait ?
Le Sieur Gautier en eft il , comme il le dit , le
Reftaurateur ? Et le Sieur Robert a- t'il pû apprendre
quelque chofe , en méditant fur les cuivres
gravés du Sieur Gautier ? Voilà , je crois , les trois
points , de part ou d'autre , conteftés dans differens
Mercures.
Plufieurs Eftampes coloriées , que le Blond a
laiffées entre mes mains , font des garans inconteftables
, que l'art n'eft pas demeuré imparfait.
Tableaux d'Hiftoire , Portraits d'après le Titien ,
d'après Vandyck , Morceaux d'Anatomie furtout,
qui loin de paroître coloriés fous la preffe, paroftront
aux yeux même des plus fins connoiffeurs le
chef- d'oeuvre d'un Peintre en miniature ; tous ces
ouvrages , dis -je , fi l'on veut les confulter , ne laifferont
jamais douter que le Blond n'ait pouffé fon
art à la perfection .
Mais , pourront dire les vrais Connoiffeurs , fi
le Blond étoit capable de conduire les ouvrages à
la perfection , pourquoi n'a- t'il donné en France
des morceaux qui laiſſent tant à défirer ?
On devroit s'étonner au contraire , que les
que
>
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
1
morceaux dont on parle ici , ayent laiffé entrevoir
fitôt des efperances de fuccès.
Quand le Blond travailloit en Angleterre ,
c'étoit au centre des bons Graveurs pour la maniere
noire , la maniere des Smiths . Cette maniere
, qui eft le premier principe du nouvel art ,
étant abandonnée depuis long-tems de nes Graveurs
& de nos Imprimeurs François , on conviendra
qu'il falloit au moins quelques années d'eflai
pour former des éleves : & la mort enleva le Maî
tre dans un âge fort avancé , au moment qu'il alloit
triompher des objections & des critiques
qu'on ne ceffoit de faire fur fes ouvrages.
Je déclare , en paffant au fecond article , que
mon intention n'eft affûrement pas de déprifer les
talens du Sieur Gautier ; il a de la pénétration &
de l'activité ; mais en admirant avec tout le monde
les progrès qu'il a faits dans l'art de le Bond
je fuis obligé de certifier que le fuccès eft entierement
dû à l'Inventeur . On fçait , dit cependant le
Sieur Gautier à la page 180 du Mercure de Décembre
1748. On fçait que le Blond ne travailloit
qu'en trois . couleurs ; le Traité , imprimé à
Londres , qu'il a donné au Public , les trois
Planches qu'il a faites à Paris , & le Privilége
qu'il a obtenu , le prouvent évidemment ; ainfi
» le Sieur Robert , en gravant fur quatre Planches,
ne peut fe dire éleve de feu le Blond.
Je réponds à cela , que c'eft préciſement pour
avoir travaillé avec quatre Planches , que le Sieur
Robert doit être confirmé dans la qualité d'éleve
de le Blond , puifque la réunion des quatre planches
étoit la méthode la plus fûre de fon Maître ;
on en peut juger par les propres termes d'un Mémoire
, que feu M. du Fay m'engagea à faire pour
PAcadémie des Sciences , dans le tems que le Blond
follicitoit fon Privilége.
JUILLE T. 1749.
173
>> C'eft avec trois planches , dit ce Mémoire ,
que furent conduits les premiers ouvrages admirés
en Angleterre. On pourroit abfolument
» s'en tenir à cette façon d'opérer : mais l'Inven-
» teur travaille aujourd'hui avec plus de promptitude
& plus de fûreté.
.
30
Quatre planches font néceffaires dans la nouvelle
façon d'opérer : on grave d'abord fur la
premiere tous les noirs du tableau , felon la
force que demande chaque partie ; & pour rompre
l'uniformité qui tiendroit trop de l'art noir
» ordinaire , on ménage dans les trois planches
» qui doivent fuivre , des endroits qui puiffent
glacer fur le noir. Le papier étant chargé de
>>tous les bruns , il eft aifé de comprendre que la
feconde planche qui imprime en bleu , puifqu'on
ne la forçoit que pour aider à faire ces
» ombres , doit être beaucoup moins chargée de
couleur qu'elle ne l'étoit , en travaillant felon
les premiers principes . De même la planche
jaune & la planche rouge , qui fervoient par
tout à former les ombres , ne font plus chargées
que des parties qui veulent marquer en jaune &
en rouge purs , & de quelques autres parties en
core qui glaceront pour fondre ces couleurs
» ou qui réunies en produiront d'autres , ainfi que
le bleu & le jaune produifent enfemble le verd ,
" & que le jaune & le rouge produiſent l'oran
gé , & c .
ל כ
D
פכ
2
On trouve , dit encore ce Mémoire dans un
» autre article , on trouve dans prefque tous les
» tableaux des tranfparens à rendre , qui deman-
» dent une opération particuliere ; des vîtres dans
l'architecture , des voiles dans les draperies , des
» nuées dans les Ciels , & c. Le papier qui fait le
» clair de nos teintes , a été couvert de differentes
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
couleurs , & par conféquent ne peut plus fervir
›› pour
faire ces tranfparens , qui doivent être
» blancs ou blanchâtres , & paroitre fur les cou-
» leurs qu'on voit à travers . On fera donc obligé
" pour former ces tranfparens , d'avoir recours à
» une cinquiéme planche , ou plutôt à l'une des
» quatre qui ont déja ſervi .
35
Le Mémoire explique ici , par le fecours d'une
figure numerotée , de quelle façon on doit opérer
pour employer à l'impreffion le mêlange de toutes
les couleurs ; & ajoute : » Qu'on peut profiter
» des places vuides dans chaque planche , pour
donner,fi l'on veut,de certaines touches qui aug.
> menteront la force , & avec d'autant plus de fa-
» cilité , que la même planche pourra imprimer,
>> fous un feul coup de preffe , trois ou quatre
» couleurs à la fois , en mettant , ou du bleu , ou
» differens blancs , ou du verd , ou d'autres couleurs
dans des parties affez éloignées les unes des
autres , pour qu'on puiffe les étendre & les
"effuyer fur la planche fans les confondre.
Le Sieur Gautier ne doit plus fe diffimuler , me
femble , que plufieurs planches , outre les vraies
primitives , n'ayent été employées avant lui , puifque
c'eft d'après differentes opérations faites en
Angleterre , que le Blond nous a démontré , les
épreuves à la main , qu'il étoit avantageux de s'en
fervir, mais il fe gardoit bien de faire parade de ce
fecours étranger à fon fyftême ; il n'admettoit les
planches au- delà des primitives , que pour exécuter
en quinze jours ce qui auroit coûté peut- être
deux mois de travail , en ſe bornant à trois plan_
ches. Toute fon ambition étoit de prouver , com_
me il l'a fait fi ſouvent , que dès que les trois cou
leurs primitives pouvoient rendre par leur mêlange
autant de nuances qu'en fournit la nature
JUILLET. 1749. 177:
trois cuivres combinés devoient rendre à l'impreffion
le tableau du plus habile colorifte . C'eft
pour la gloire de ce fyftême , que le Privilége n'a
fait mention que de trois couleurs , & à parler en
Phyficien , la premiere planche n'apportant que
du noir , rien n'empêche de nommer l'art de le
Blond , l'art d'imprimer les tableaux en trois cou
leurs.
- A préfent que je crois avoir établi , que l'Inventeur
formoit fes éleves à travailler par l'affemblage
de quatre planches , je fuis obligé de convenir
, que dans le tems que le Sieur Gautier gra
voit fous lui , le Blond n'avoit point encore déclaré
que , pour aller à la perfection par un chemin plus
court , on devoit employer le noir , avant d'employer
les trois couleurs primitives ; il attendoit ,
pour ne rien cacher de fon art , que le Privilége fûc
expédié.
Ainfi le Sieur Gautier peut avancer hardiment
que fon Maitre ne lui a jamais dit , faites marcher
une planche noire avant les trois autres ; mais les
tableaux que ce Maître a imprimés à Londres , les
effais qu'il a imprimés à Paris , une quatrième
planche blanche que le Sieur Gautier a gravée luimême
fous le Blond , en difent affez à un Artiſte
intelligent. D'ailleurs le Traité donné en Angleterre
, que le Sieur Gautier eite je ne fçais pourquoi
, dit clairement à la page 17. En prenant
plus ou moins de noir , vous pouvez faire diffe
rens degrés de mézeteintes , felon que vous en
» aurez befoin ; & joignez- y de votre couleur principale
( le rouge ) vous verrez fort facilement
combien de cette teinture il y faut mêler ; car
» fi vous n'en donnez pas affez , votre mézeteinte
fera tropbleuâtre , ou en terme de Peintre , trop
froide , & fi vous en mêlez trop , votre méze-
» teinte fera fale .
ود
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
Ce n'est donc point fur les cuivres du Sieur
Gautier , comme il fe ' imagine , que le Sieur.
Robert a perfectionné fon talent : mais l'un &
l'autre doivent tout ce qu'ils fçavent en ce geure ,
aux leçons , au Traité , & aux modéles de l'Inventeur.
Le Sieur Robert n'eft pas le feul qui fe foir
formé fous le Blond : le Sieur Tardieu , Graveur ,
très-connu , le Sieur Blackey , Peintre , & plufieurs
jeunes éleves , font en état de travailler à
trois , à quatre & à cinq planches. Le Christ que
vient d'imprimer le Sieur Robert , prouve que les
intentions du Roi ont été fuivies ; car en accor¬
dant une penfion à l'Inventeur , qui- même après
fa mort a été payée à fes enfans , l'Arrêt qui accorde
le Privilége , ne l'accorde que fous condition
que l'art du Privilégié ne fera plus un art
fecret , & qu'en formaut des éleves il le rendra
tile à la Botanique , à la Géographie , & furtout
l'Anatomie.
On a vû , il y a quelques années , une Planche
anatomique , gravée fous la conduite de M. Hu
naut , de l'Académie des Sciences , par le Sieur
Robert , qui n'eft point inférieure à celles du Sieen
Gautier , & fi vous me demandez , Monfieur ,.
pourquoi je n'ai pas fuivi ce projet d'Anatomie ,
auquel je m'étois d'abord intéreffé , je vous avoue--
rai franchement que j'ai trouvé qu'il ſe préfentondans
la vie cent occupations plus féduifantes que
celle de tourner & retourner les entrailles ou le
oeur d'un pendu .
Cette Lettre eft déja de moitié plus longue que
je ne comptois la faire : infenfiblement le ton de
la Differtation alloit me gagner ; & c'eft pour l'éviter
que je finis en vous difant , Monfieur , que
tous les faits que je viens de vous expofer , peuJUILLET.
1749. 179
vent être atteftés par M. Duhamel , de l'Académie
des Sciences , avec lequel j'eus l'honneur d'être
nommé Commiffaire par le Roi , conjointement
avec M. du Fay , pour être dépofitaires du fecret
de le Blond.
Le R. Pere Caftel , fi intéreffé au triomphe da
Systême des trois couleurs primitives , me permettra
de le citer auffi , comme témoin oculaire
de la fuite progreffive des opérations de le Blond
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Paris , le 20Juin 1749.
Montdorge
Troifiéme Lettre de M. Cantwell , Docteur
Regent de la Faculté de Médecine de Paris,
Membre de la Societé Royale de Londres ,
à Monfieur M. J. P. D. V.

Omme j'ai à vous entretenir aujourd'hui ,
Monfieur , des maladies de l'uréthre , je vous
préviens , fuivant ce que je vous avois déja dit
dans ma premiere Lettre , que vous ne devez attendre
rien de précis de ma part , fur la compofition
des bougies. Elles font en ufage depuis près
de quatre cens ans * , & il y en a plus de treize
Gaddifen , Anglois , donna la Méthode de guévir
les carnofités de l'uréthre , par le moyen des bougies
, en 1390. Charles IX. fut guéri d'un embarrass
dans l'uréthre de cette maniere .. Borelli , en 1686 ,
donna la compofition de la bougie d'un Chirurgien de
H.vj
180 MERCURE DE FRANCE.
cens que le feul ingrédient utile , qu'on puiffe y
faire entrer fans rifque , eft connu des Médecins ';
cependant à mon égard M Daran eft le premier
entre les mains de qui j'aye vû des bougies bien
faites . C'eft à l'infpection des fiennes , à l'obfervation
des effets qu'elles produifent , à la lecture
& à mes propres réflexions que j'en dois la décou-
2
Frontignan. Sennert l'avoit donnée long- tems avant
lui. Aquependens me paroît être l'Auteur de la
canulle des tentes , dont fe fervoit Alliés à Paris .
Parée Fabrice Hildanne donnent auffi leur compofition
& leur Méthode. Gabriël Fallope en fait
de même dans fon Traité des Tumeurs. Alphonfe
Ferreïus fait entrer la poudre de Sabine dans fa
bougie . Pierre Foreftus , dans fes Obfervations ,
donne la recette d'un onguent qu'il met au bout de fa
bougie ; il indique même la façon de l'y incorporer.
François Peccetius Jean Prevoft & Euftache
Rudius enfeignent chacun leur reméde Outre ceuxei
, il y a nombre d'Auteurs qui ont traité la méme
matiere : on les trouvera cités dans la Sylva Medica
de George Walter , imprimé en 1679. Mufitan admet
la poffibilité de la carnofité , mais il la croit xtrèmement
rare. Meffieurs Lapi , Marini Saviard
la rejettent. Blegni , Mufitan & Marini , donnent la
compofition de leur bougie . Vercelloni , pour l'extirpation
de la carnofité , qu'il appelle une fubftance
fongueufe , propofe les remédes les méthodes de
Haitian Fennert , Regius & Brôen ; il parle de
la façon de faire la bougie , & du choix des cauftiques.
En voila bien affez pour prouver que la bougie
eft très-ancienne , & quiconque voudra fe donner la
peine de lire tous les Auteurs que je viens de nommer ,
conviendra que M. Daran n'a pas le mérite de la
nouveauté.
JUILLET. 1749. 181
verte , le dépit de ne pas comprendre ce que je
voyois , & la crainte d'être obligé d'avoir recours
à un autre , dans des cas qui ont une liaiſon ſi
étroite avec des maladies que je traite tous les
jours , m'ont foûtenu dans mes recherches , M.
Daran m'y a fervi de guide en quelque forte , fins
le fçavoir , & j'aurois grand tort de lui nuire par
un trait de plume , qui montreroit plus de jalousie
que de générosité.
La bougie n'eft autre chofe qu'un morceau
de toile , imbibé dans une compofition , ou dans
une emplâtre fondue , & roulée fur elle même
en forme de petite chandelle ; on l'introduit
dans l'uréthre par la pointe, auffi loin qu'il eft
poffible , jufques au col de la veffie ; le gros bout
en eft attaché au gland par un fil de coton qui
fert de bandage : on laiffe la bougie dans l'uréthre
cinq , fix , fept , huit ou dix heures ,felon les indications
qui fe préfentent , on y en introduit deux
par jour. Ceux des anciens , qui n'y en introduifoient
qu'une dans l'efpace des vingt - quatre heures,
appréhendoient un effet trop violent de leur
bougie . On la retire quelquefois toute couverte
d'une matiere , que M Daran appelle du pus ,
& que M. Goulard affûte n'être qu'une matiere
glaireufe , ou une espéce de lymphe exprimée des
glandes , qui fe trouvent fituées le long du canal.
Quelquefois la bougie fort tachée , plus ou moins,
en cinq ou fix endroits de cette matiere , d'autres
fois on n'y en voit point du tout : S'il n'y a point
de cauftique dans la bougie , dit M. Goulard , pourquoi
nommer cette matiere- là , du pus, qui ne fçauroit
Se former en fi peu de tems , ni paroître en cas de
caufique , fans que l'efcarre foit tombée ? On pourroit
lui répondre , avec M. Quefnay , que le pus
dont il s'agit , eft un pus d'hemorragie. L'obler
182 MERCURE DE FRANCE. /
vation même de M. Goulard pourra nous fervir de
preuve , puifque felon lui , on voit ſouvent voltiger
des lames membraneufes , ou de petites pellicules
, dans les urines de ceux qui font ufage des
bougies. Mais d'où viennent ces pellicules ? Si
c'eft des parois de l'uréthre , la bougie qu'on y introduit
, n'est rien moins que douce . J'ai quelquefois
vu de ces pellicules à la fuite des violentes
dyuries , mais jamais dans l'urine de ceux que j'ai
traités pour quelque maladie de l'uréthre par le
moyen des bougies.
Parmi les Auteurs qui parlent de la bougie ,
vous en trouverez qui la font de lut , d'autres de
cuir , d'autres de cordes à boyaux , d'autres des
côtes de quelque feuille , d'autres de cire , d'autres
de baleine , d'autres de plomb , d'autres enfin
de differentes emplâtres. Les uns fe fervoient de
tentes armées , les autres introduifoient dans l'uréthre
un cauftique liquide, par le moyen d'une canulle.
J'ai vu pratiquer cette derniere méthode
à Paris , par un nommé Guillemandet. Il y en a
qui rejettent tout cauftique , tandis que d'autres
ne croyent pas la cure poffible , fans le fecours de
ces remédes .
Ne croyez pas au refte , Monfieur , qu'une feube
efpéce de bougie foit capable de détruire toutes
les affections de l'uréthre. Il en eft que toutes les
bougies du monde ne fçauroient guérir radicalement
, quoiqu'elles puiflent faciliter dans ce caslâ
l'excrétion de l'urine ; je mets de ce nombre
celles qui dépendent d'un virus caché ; elles ne
réfifteront pas moins à la bougie , qu'une playe
d'une perfonne attaquée de la même maladie réfifte
aux panfemens ordinaires : elles paroîtront
céder à la longue , mais elles renaîtront dans la
faite , ou elles en produiront d'autres au voifinage ,.
JUILLET. 1749. 1.83
somme un chancre , qui céde à un topique , re
paroît fouvent , ou en produit d'autres auprès .
Les affections de l'uréthre , qui empêchent ou
dérangent l'évacuation de l'urine , peuvent fe rés
duire, 1. aux chancres & aux ulcéres- , foit que les
bords en foient calleux ou non ; 2 °. au gonflement
de quelque glande , ou de la fubftance ſpongieufe
ou de la celluleufe , caufée par l'amas de quelque
humeur ; 3. au gonflement de quelque partie de-
Puréthre , caufé par l'érofion d'une portion des
parois de ce canal , ce font les gonflemens que M.
Goulard compare aux faux anévrifmes . 4. A quel
ques abfcès ou quelques tumeurs , cachés dans certaines
parties de l'uréthre. 5°. A l'endurciffement
de quelque glande ou du verumentanum * . 6º . A ·la
* C'est une petite éminence ovale , fituée au fond de
Buréthre , là où elle s'enfonce dans le corps des profa
zes ; elle eft longuette , groffe en arriere , allongée &
terminée en pointe en devant ; on l'appelle caroncule
grain d'orge , tête de poule , éminence ovale ou véru
montanum. Оп remarque dans fa graffe portion les ori
fices des canaux excretoires des vesicules féminaires . A
côté de ces orifices font placés en croiffant les orifices des
canaux.excretoires des proftates . L'endurciſſement de
sette partie , comme celui des proftates , eft ordinairerement
ce que les ignorans prennent pour une carnofité.
La pretefa carnofita , dit un fçavant Italien , non è
altro , chè infezione contratta nel roftro del grano
ordeaceo , o proftate , o pure nel medifimo
grano con infiamento , ed induratione. On conçois
facilement que cette fauffe idée de carnofité induit en
erreur , & que les caufiques dont on fe fert pour la
d truire, détruifent les valvules ou les sphincters , s'il
en a , des orifices des canaux excretoires , placés dans
lafubfiance & autour du verumanianum , d'où ſus,
184 MERCURE DE FRANCE.
contraction de l'uréthre , ordinairement caufée
par des injections trop aftringentes . 7° . A quelque
verrue , à quelque porreau , à quelque fubftance
fongleufe , à quelque carnofité ou excroiffance de
chair , ou à quelque polype. Ces cas font très ra
res , mais on n'en fçauroit nier la poffibilité ; je ne
fuis pas le feul qui aye vû des polypes fortant de
P'orifice de l'uréthre ; & des perfonnes dignes de
foi m'ont affûré avoir vû couper des porreaux dans
Puréthre d'un malade , que l'excès de la douleur
avoit déterminé à la laiffer ouvrir , pour fe procurer
du foulagement . Je ne parle pas des cas où il
peut fe rencontrer des glaires ou des pierres engagées
dans l'uréthre .
Or toutes ces affections font des vices locaux , &
les bougies qu'on introduit dans l'uréthre pour les
guérir , font des topiques ; je demande donc aux
Médecins , qui doivent fçavoir la Chirurgie , &
à tous les Chirurgiens qui la pratiquent , fi les premiers
ordonneroient & fi les derniers employeroient
un même topique pour la guétifon de ces
differentes affections , ſi elles étoient externes , &
qu'il ne leur fût pas permis de fe fervir du fer .
Je fens bien qu'en cas de virus , le mercure duement
préparé & marié avec d'autres remédes convenables
, fuffiroit , quant au lieu , pour la plus
grande partie ; mais il faudroit ouvrir l'abcès , braler
les verrues , les porreaux , &c. humnecter & ramollir
la partie contractée & retrecie , ronger cel-
'une gonnorhée habituelle & incurable . Hæc caroncula
ab ignaris Chirurgis deprehenfa cum renifu ,
pro carnofitate habetur & caufticis erola atque
confumpta , perpetuam parit gonnorrheam ; nullis
medicamentis curandam . Drake dans fon Anthropologie
fait la même remarque.
JUILLET. 1749. 185
le qui feroit endurcie , procurer l'évacuation de
l'humeur amaffée & la régénération des membranes
rongées. Si les indications étoient differentes
dans ces divers cas externes , pourquoi ne feroientelles
pas differentes auffi dans les mêmes cas renfermés
dans l'uréthre , dont la fonction ne peut
pas ceffer long-tems fans un changement notable
de la fanté , fans des fouffrances horribles &
fans un danger éminent de la vie ? Une verrue ou un
porreau à la main ne m'empêche pas de m'en fervir,
ou même ,abfolument parlant , je puis m'en pal
fer à la rigueur, & attendre avec patience l'extirpa
tion de cette verrue ou de ce porreau ; il en eft de
même d'une tumeur au bras , elle n'exige pas que
je la faffe ouvrir fur le champ ; mais dans l'uréthre
l'attente pourroit être de la derniere conféquence ;
ici il faut remplir & au plus vite les indications
qui fe préfentent , de peur que l'uréthre ne ſe bou .
che tout-à- fait , & qu'il ne fe fafle une fuppreffion
totale de l'urine , fuppreffion qui pourroit être fatale
, ou qui rendroit la ponction du périnée abfolument
néceffaire .
On doit faire fuppurer les chancres , les ulcéres ,
les déterger , les confolider ; on doit fondre les
bords calleux , & proportionner le fondant au degré
de dureté qui s'y trouve. Il eft aifé de concevoir
que le vrai point d'activité du fondant demande
beaucoup de connoiffances & de réflexions .
Pour produire l'hemorrhagie dans le gonflement
de la membrane celluleufe , doit - on fe fervir d'un
fimple fondant ou d'un cauftique ? Ne fent -on pas
l'infuffifance de l'un & le danger de l'autre , s'il
n'eft choifi par un homme parfaitement inftruit
de l'action des remedes , & guidé par la main d'une
perfonne qui connoiffe à fonds la ftructure & la fituation
des parties ? Combien de malades fans cela
ne font- ils pas tombés dans une impuiffance in186
MERCURE DE FRANCE.
curable Combien de gonnorhées incommodes ,
enfuite de ces remedes mal choifis , mal appliqués
Inflammations dans les parties , fiévres violentes
furvenues fubitement pendant le traitement , tous
accidens à craindre ? On n'a qu'à lire les Auteurs
qui ont traité cette matiere pour s'en convaincre;
on y verra que la faute la moins lourde qu'on
puiffe faire , eft de prolonger le traitement pendant
dix , douze & quinze mois.
Mais pour revenir aux indications , les gonfle
mens aneviifmaux doivent être doucement comprimés
; les abcès ouverts , les endurciffemens fon
dus , les excroiffances de chair détruites , les fibres
contractées & retrécies , humectées & ramollies ;
il n'eft pas poffible de produire tous ces differens
effets par des bougies de la même efpece ; on trouve
chez les Auteurs la compofition des bougies
fondantes , des bougies fuppuratives , des adouciffantes
& emollientes , des rongeantes , des comprimantes
, des defficatives & des anodynes , où entre
l'opiam , pour appaifer les douleurs que caufoiene
les irritans & les cauftiques , bien ou mal appliqués;
on y en trouve d'antivéroliques , dont quel
ques-uns faifoient mal- à - propos tant de cas , qu'ils
croyoient pouvoir tout guérir par leur ufage, comme
fi une maladie vénérienne confirmée devoit
céder à la petite quantité de mercure que fournit
une bougie introduite dans l'uréthre , idée auffi
fauffe que celle de croire que le virus puiffe refter
cantonné dans l'uréthre fans fe communiquer aux
autres parties du corps . On m'oppoferoit en vain
que la bougie produit la falivation ; je n'en doute
nullement , elle en feroit autant fur un homme qui
n'auroit jamais été entiché de ce mal ; celui - ci n'en
retireroit aucun avantage , & celui-là en retireroit
fi peu , que le même vice ne manqueroit pas de
separoître dans la fuite , s'il négiigeoit de le faire
י
JUILLET. 1749. 187
adminiftrer les frictions mercurielles en forme.
Ajoûtons à cela que la feule falivation qui furvient
fi facilement par l'ufage des bougies , ne me
permet pas de douter du mêlange d'un cauftique
avec le mercure. Appliquez de l'onguent mercuriel
fur une partie excoriée , la bouche fera bientôt
frappée , & la falivation ne tardera pas à fe
manifefter ; appliquez- le fur la même partie , couverte
de fa peau , la falivation ne paroîtra peutêtre
point, ou ne fe fera fentir que très- tard. Voila
ce que l'expérience journaliere apprend à ceux
qui traitent le plus de ces maladies. Je ferai voir
dans ma Lettre du mois prochain, qu'on peut frotter
tout le corps d'onguent mercuriel & guérir la
maladie vénérienne la plus invéterée ,fans produire
le pryalyfme.
Enfin les véritables bougies falutaires font celles
que le malade peut fupporter fans douleur , celles
qu'on peut renouveller de huit en huit heures fans
incommodité ; celles qui n'empêchent pas d'uriner,
& qui fans aucun de ces inconvéniens guériſ
fent dans l'efpace de deux , de trois ou de quatre
mois, tout au plus.
Qu'on en puiffe faire de pareilles , cela est trèscertain
, la raiſon le dicte & l'expérience me l'a
confirmé. Comme il parcir que vous lifez toutes
mes Théles , je vous promets de traiter cette
matiere plus au long dans la premiere que je donnerai
fur la Chirurgie . Je dois cet hommage à la
Faculté dont j'ai l'honneur d'être ; c'eft fon approbation
que j'ambitionne , & c'eft à fes jugemens.
que je dois foumettre mes connoiffances & ma
pratique. J'ai l'honneur d'être , & c.
*Voyez ma Théfe, Antthyalyfmus frictionibus mev
Burialibus provocatus perfecta luis venerea curationi,
adverfetur
88 MERCURE DE FRANCE,
"Defcription d'un Surtout de Table , executé
en argent par le Sr Roettiers , Orfévre
du Roi , pour l'Electeur de Cologne.
C'effetcontribuerau des artiftes , en annonçant
'Eft contribuer aux progrès des Arts ,que d'exleurs
fuccès. Nous manquerions à l'un de nos principaux
devoirs , fi nous ne faifions pas mention
d'un Surtout de Table , que le Sieur Giroft , Commiffionnaire
de Son Alteffe Séréniffime Electorale
de Cologne , a fait éxécuter dans cette Ville , en
conféquence des ordres de ce Prince , par le Sieur
Roettiers , Orfévre ordinaire du Roi, & déja connu
par d'autres ouvrages.
Ce Surtout , compofé d'un milieu , de deux
dormans & de quatre girandolles , le tout d'une
perfection finguliere , repréfente un point de
vue de forêts , & des fujets de chaffe , tels qu'ils
ont été donnés à l'Artifte par le Prince même ,
pour lequel il a été ordonné , & il ne mérite
pas moins d'éloges par l'exécution précife & finie ,
que par la hardieffe & la poëfie de la compoſition .
Telle est en général l'idée du fujet & de l'ouvrage .
Voici la defcription détaillée de ce morceau fingulier
d'orfévrerie.
La piece du milieu eftcompofée de quatre grou
pes de rochers qui forment une voûte naturelle
fur le fommet de laquelle eft établie une maiſon
ruftique , couverte de chaume. Sur le comble de
cette chaumiere, on voit un cerf aux abois , qui s'y
eft fauvé , poursuivi par des chiens .
Nous avons averti que cette pofition extraor
dinaire n'eft point de l'invention du Sieur Roettiers.
C'eft un fait arrivé à une chaffe de l'Electeur
de Cologne . Un cerf que ce Prince couroit , a été
pris effectivement dans une pareille circonſtance ,
JUILLET. 1749. 189
& Son Alteffe Electorale a voulu que le Sieur Roet
tiers repréfentât cet évenement. Au- deffous de la
voûte que forment les groupes de rochers , on
découvre un taillis , dans lequel eft un cerf couché
, mais qui par l'attention qu'il porte au bruit
d'un génie conduifant un limier prêt à le lancer ,
paroît fe difpofer à partir . Le caractere de vérité
qui regne dans la compofition de tout cet ouvrage,
eft encore en quelque façon animé par une infinité
de détails particuliers , qui repréfentent en action
differens petits infectes, tels que lézards, limaçons ,
& autres , finis comme nature .

La terraffe, qui fert de bafe à tous ces differens
objets forme un plateau d'un deffein très- élégant
, décoré de quatre têtes de lion , analogues
aux fupports des armes de Son Alteffe Electorale
qui font fur les faces , accompagnées d'ornemens
convenables au fujet. Cette feule partie fuffiroir
pour faire connoître ce qu'on doit attendre du
Sieur Roettiers pour la perfection de fon art.
Aux deux bouts de ce plateau principal font
deux dormans qui l'accompagnent , & qui forment
une continuation de forêts ; l'un repréfente
un fanglier arrêté fous un grand chêne par les
chiens , dont l'un le coeffe , & les autres dans
des attitudes differentes agiffent autour de lui.
Le fecond dormant représente un loup fe défendant
contre des chiens , & cherchant à fe fauver
à travers les taillis qui l'environnent. Les plateaux
de ces deux dormans comme celui du milieu ,
font d'une forme gracieufe & nouvelle , & font
un tout , dont les parties font admirablement liées
enfemble par quatre girandoles formées par autant
de grands chênes , qui femblent ne faire du
tout qu'une forêt. Au pied de ces arbres font des
groupes de génies donnans du cor , & qui paroiffent
par leur action prendre part à la prife du
190 MERCURE DE FRANCE.
cerf ,qui fait le principal objet de tout l'ouvrage.
Le Sieur Roettiers a ménagé & difpofé avec tant
d'art , dans les arbres de la piece du milieu & des
deux dormans , & dans les quatre girandolles
la place des lumieres , qu'en confiderant la compofition
du tout enfemble , même dans le ferv ce
de jour, on a de la peine à s'appercevoir de ces pla
ces deftinées pour vingt huit bougies diftribuées
dans les touffes de feuilles , & difpofées avecla plus
exacte fymmérrie .
Ce morceau qui a été vû ici avec admiration
par tous les connoiffeurs , & par un grand nombre
de perfonnes de diftinction de la Cour , & des
Cours étrangeres , prouve en même tems la magnificence
du Prince qui l'a ordonné , la perfection
que les arts acquierent tous les jours en
France , & en particulier celle à laquelle le Sieur
Roettiers porte tous les ouvrages qui fortent de fes
mains.
光求求求求求洗洗洗洗洗洗洗:洗洗
SPECTACLES.
E 16 du mois dernier , les Comédiens Fran-
Lois donnerent la premiere repréſentation de
Nanine , Piéce du célebre M. de Voltaire. Cet ouvrage
Dramatique , écrit en vers de dix fillabes ,
eft en trois Actes, dont le premier eft fort brillant,
& le troifiéme a fait répandre des larmes . L'action
étant abfolument la même que celle du Roman
de Pamela , nous croyons inutile de faire l'analyfe
de ce Poëme. Depuis la premiere
repréſentation , M. de Voltaire a fait , nonfeulement
dans le Dialogue , mais encore dans
la conduite de fa Fable , quelques change
JUILLET. 1749. 191
mens, qui en montrant la facilité à travailler, prouvent
fon empreffement à profiter des critiques ju
dicieufes , & par conféquent fa fupériorité. Il n'appartient
qu'aux génies du premier ordre , de
paffer facilement condamnation fur les endroits
foibles de leurs ouvrages.
Convaincus de la vérité de ce principe , nous
ne craignons point de déplaire à M. de Voltaire , en
remarquant qu'on fouhaiteroit ,que lorfque la Baronne
le difpofe à partir avec Nanine pour la mener
au Convent , le Comte allât lui - même s'oppofer
au départ de cette jeune perfonne , & ne
chargeât pas un valet de cette commiffion. Peutêtre
feroit-il à propos auffi d'adoucir quelques
expreffions dans le rôle de la Baronne , & de rendre
en général le ftyle de la Piéce moins fententieux.
Les Comédiens Italiens repréſenterent le 11
une nouvelle Comédie à fcénes détachées , intitu
lée la Cométe , qui n'a point réuſſi
Jufqu'à préfent , l'Académie Royale de
Mufique a continué les repréſentations de
l'Opéra de Nais , qui ont conftamment attiré la
même affluence de fpectateurs. On va reprendre
au Théatre Lyrique les Caractéres de l'Amour ,
Ballet héroique , donné avec fuccès en 1738. Ce
Ballet eft de la compofition de M. de Blamont ,
Sur Intendant de la Mufique du Roi,
L'Auteur donne en même-tems une nouvelle
Edition de cet ouvrage avec quelques augmenta
tions & changemens qu'il a faits à l'occafion de
certe repriſe,
Nous mettrons ici le Catalogue des Ouvrages
de M. de Blamont, qui ont été donnés au Public,
gravés ou imprimés.
Les Fêtes Grecques & Romaines , Ballet héroï
que, in-4°. imprimées,
192 MERCURE DE FRANCE.
Premier , deux & troifiéme Livres de Cantates ,
in-folio , gravés.
Le retour des Dieux , Divertiffement , in-4°.
imprimé.
Le Caprice d'Erato ou les Caractéres de la Mufique
, en forme de Ballet , in-40 . gravé.
Diane & Endimion , Paftorale héroïque , in- 4°.
imprimée.
Premier & deuxième Livres de Motets à une &
deux voix & à grand choeur.
Premier , deux & troifiéme Recueils d'Airs férieux
& à boire , in -4° . gravés.
La Fête de Diane , quatriéme Entrée , ajoutée
aux Fêtes Grecques & Romaines , à l'avant - derniere
repriſe.
Les Caractéres de l'Amour , Ballet héroïque ,
in-folio , gravé.
Autres Ouvrages manufcrits.
Les Préfens des Dieux , Concert.
Le Parnaffe Lyrique , Ballet compofé de fragmens
.
La Fête du Labyrinte.
Les Hefperides , Concert.
Zéphire & Flore , Ballet ,
L'Amour vengé , Concert.
Ces divers ouvrages ont été faits pour la Cour ,
ainfi que Jupiter vainqueur des Titans , Tragédie
repréfentée au Théatre de la grande Ecurie , &
qui n'eft point encore imprimée.
CONCERTS A LA COUR.
E Lundi 19 Mai , on chanta chez Madame la
LB
Ballet des Elémens.
Le
JUILLET.
1749. 193
Les Mercredis 21 & 28 , le deux & le troifiéme
Actes du même Ballet.
Le Samedi 31 , on exécuta le quatriéme A&te
chez la Reine .
Les Rôles ont été remplis par les Diles Lalande,
Canavas , Chevalier , de Selle , Fel & Bezin , &
par les Srs Benoît , Joguet , Poirier , Lagarde &
Jeliotte.
La Dlle Bezin , nouvellement reçûe à la Mufique
de la Chambre , a fait grand plaifir dans le
rôle de l'Amour, de l'Acte du Feu, ainfi que le Sr.
Joguet dans ce même Acte où il a chanté le rôle ,
de Valere , & dans le rôle de Saturne au Prologue.
Le Lundi 2 Juin , on donna en Concert chez la
Reine le quatre & le cinquiéme Actes de l'Opéra
de Roland. Les Diles Chevalier , Bezin & Mathieu
en ont chanté les rôles , ainfi que les Srs le Page ,
Poirier , Richer & Tavernier.
Le Samedi 14 , le Prologue & le premier Acte.
de l'Opéra de Scanderberg, de Mrs Rebel & Francoeur
, Sur Intendans de la Mufique de la Chambre
du Roi , furent chantés à Marly. Les Diles
Chevalier , de Selles , Mathieu , Canavas & Ro .
mainville , ainfi que les Srs Jeliotte , Benoît , Lagarde
, Poirier & Godonnefche , en ont rempli les
rôles.
Le Lundi 16 , on exécuta à Marly le deux &
le troifiéme Actes du même Opéra.
Le Mercredi 18 , les deux derniers Actes de
Scanderberg. La Dile Bezin'chanta un Monologue
de l'Europe Galante , & fut fort applaudie.
194 MERCURE DE FRANCE.
COUPLETS
A l'occafion de la Paix , fur l'Air : Va
Manon , ne pleure pû.
CA , Cataud , j'ons donc la Paix ,
On ne peut pû s'en dédire.
Louis la donne à jamais ,
Oh ventre bleu qu'eu maître Sire !
Il eft affable à chacun,;.
Le voir & l'aimer c'eft tout un.
Veux-tu fçavoir ſon himeur ?
Tout partout c'eft Henri Quatre ;
Bien loin de dire aux Seigneurs ,
Aguyeu , bon foir , allez vous battre ;
Il étoit à Fontenoy.
Qui faifoit fon méquier de Roi.
Pour rompre le Bataillon ,
La befogne fut tenace ;
J'en rapportis tras gazons
Et deux balafres fur la face,
C'eft la Croix de Chevayer
Entre nous autres Grenadiers,
J'ons de la premiere main
а
1
JUILLET. 1749 .
195
Eu des Billets pour la Ville ,
Par la veuve d'un coulin
Qui demeuroit à Franconville
Cheux le neveu du Parain
Du biau-frere d'un Echevin.
Tu reffembles , cher objet ,
A la fufé qui s'élance ,
Car , tiens , la tige , le jet ,
Oui , de te voir c'eſt l'eſpérance ;
Ta préfence en eft l'effet ,
Mais ton regard c'est le Bouquet.
VERS préfentés à M. D * . L* . G * . le jour
defa fête , par M. fon fils.
SI jadis un illuſtre Auteur ,
Le favori d'Augufte , & l'honneur du Parnaffe ;
Le fenfé , le profond , le délicat Horace ,
Aux mortels éloignés des rives du bonheur
Fit la Bouffole en main connoître leur erreur ;
Trop féduit par mon guide , irai-je fur fa trace
Peindre leur inconftance en ſevere Cenfeur ?
Je dois à leurs défauts donner quelque couleur ,
Ou même taire une diſgrace
Que je déplore au fond du coeur.
Un pere à qui mon zéle éleveroit un Temple ;
Et dont l'inépuisable & la rare bonté
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Pourroit vaincre en vertus , en générofité ,
Celui que le Romain nous donne pour exemple ,
Sur mes fecrets penchans doit être confulté.
;
Tout détour captieux l'attiédit & le bleffe ;
Peignons - lui les combats d'une trifte raiſon
Il pardonne aux erreurs de la jeune ſaiſon :
Lui feul plus vertueux fut exempt de foibleſſe.
Le deffein de la Fable , en plaçant chez les Dieux
Un modéle parfait , une auftére Déeffe ,
Etoit de mettre un frein au goût contagieux ,
Prêté par les humains aux habitans des Cieux
Pour autorifer la molleffe.
Tout l'Olympe n'offroit qu'un exemple odieux ,
Et les mortels , nés vicieux ,
Traitoient de douce pente , & de délicateffe ,
Ce qui ceffoit d'être crime à leurs yeux.
Sur les Autels de l'aimable Sageffe ,
Brilloit dans ce défordre un dépôt précieux ,
Que j'admire en un pere , objet de ma tendreffe.
Fais , Minerve , à fon fils un préfent auffi doux ;
Dans ton Temple défert que l'ençens fume encore
;
Qu'Epicure foumis embraffe tes genoux.
Et toi , vice enchanteur , triomphe loin de nous ;
Ton culte anéantit l'inſenſé qui t'adore .
Mais trop fouvent en proye aux folles paffions,
JUILLET. 1749. 197
D'un Vaiffeau fur les flots l'homme foible eft
l'image ;
Environné d'écueils & battu de l'orage ,
Si le calme fuccéde à ſes réflexions ,
La tempête renaît & le livre à fa rage.
Quoi ! faut- il que nous périffions ,
Sans oppoſer avec courage
De conftantes vertus aux dangers du jeune âge
Non ; d'heureuſes impreffions
Me fauvent déja du naufrage.
Ah! fi dès fon printems , un pere eut en partage
Un folide tréfor , un célefte appanage ,
Mon efpoir , mes prétentions ,
Sur un fi noble & fi doux héritage ,
Me font braver Eole & fon affreux ravage.
L'honneur , Nautonier sûr , conduit mes actions:
A Madame de B ** . fur la naiſſance
de fon fecond fils.
LA poftérité de Cythere
Fut toujours moins féconde en filles qu'en garçons
;
Trois graces feulement en font des rejettons.
Mais de combien d'Amours ,Venus , es- tu la mere?
C'est l'exemple, Philis,qu'aujourd'hui vous prenez.
Voilà déja deux fils qui vous font nés ,
Et qui n'ont qu'une foeur unique .
Elle réunit les attraits
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
De celles dont Cypris a formé tous les traits ,
Et peut fuffire feule à votre République.
Ainfi je prévois qu'un effain
De ris , de jeux , d'Amours naîtra de votre fein.
Par M.T.
CDCOVICƏCƏYİ DƏCƏYƏCƏYATA
FRANC E.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
LE
E Roi partit de Verfailles le 7 du mois dernier
pour aller au Château de Rambouillet , & Sa
Majefté en revint le 9.
Le 12 , jour de l'Octave de la Fête du Saint Sacrement
, le Roi accompagné de Monfeigneur le
Dauphin & de Mefdames de France , alla à l'Eglife
de la Paroiffe du Château, où S.M. entendit la
grande Melle , après avoir affifté à la Proceffion ."
Pendant l'Octave du Saint Sacrement , le Roi ,
la Reine , Monfeigneur le Dauphin , Madame la
Dauphine & Mefdames de France , ont affifté au
Salut dans differentes Eglifes .
La Reine communia le 12 par les mains de l'Evêque
de Chartres , fon Premier Aumônier.
Le Roi partit le même jour au foir pour ſe rendre
à Marly.
Sa Majefté a nommé fon Ambaffadeur auprès de
l'Empereur & de l'Impératrice Reine de Hongrie
& de Bohême , le Marquis d'Haute fort , Maréchal
de fes Camps & Armées.
>
Le Roi a donné le Gouvernement du Canada à
M. de la Jonquiere , Chef d'Efcadre & il doit
s'embarquer dans peu fur le Vaiffeau de guerre le
Leopold, commandé par M. d'Aubigny, pour le rendre
à fon Gouvernement.
JUILLET. 1749. 199
Le 10 , le Chevalier Offorio , Gentilhomme de
Ja Chambre du Roi de Sardaigne , & fon Ambaffadeur
Ordinaire auprès du Roi d'Efpagne , qui doit
fe rendre inceffamment à Madrid , eut une audience
particuliere du Roi. Il fut conduit à cette
audience , ainfi qu'à celles de la Reine , de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame la Dauphine , de
Madame l'Infante , & de Mefdames de France
par le Marquis de Verneuil, Introducteur des Ambaffadeurs.
3
La Marquife de Boufflers Remiancourt a été
nommée Dame de Compagnie de Mefdames de
France.
Le Roi a donné le Régiment de Condé au Chevalier
de la Guiche.
Le Comte d'Argenſon , Miniftre & Secrétaire
d'Etat , ayant le département de la Guerre & de
Paris , prit féance le 3 du mois dernier à l'Académie
Royale.des Infcriptions & Belles Lettres , en
qualité d'Honoraite furnuméraire .
M. Bertin de Blagny & M. l'Abbé Ladvocat
ont été nommés par cette Académie , pour remplir
la place d'Affocié , vacante par la mort de M.
d'Egly. Le premier a été choisi par Sa Majesté.
Le Prince Louis de Wirtemberg Stuttgard , Chevalier
de Malte , freré puîné du Duc regnant de
Wirtemberg , arriva à Paris le 6.
Le 11 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix- fept cens quarante- cinq livres , les Biblets
de la premiere Lotterie Royale , à cinq cens
quatre-vingt fix , & ceux de la feconde , à cinq
cens foixante.
Le Maréchal Comte de Saxe fe rendit les du
mois dernier àVerfailles , il prit congé du Roi , &
le 9 il partit pour fe rendre à Drefde.
Le Prince de Conty fut inftallé le 10 au Temple
avec les cérémonies accoutumées , en qualité de
Grand Prieur de France,
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE;
Le 19 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix-fept cens cinquante livres , les Billers
de la premiere Lotterie Royale , à cinq cens quatrevingt-
dix neuf , & ceux de la feconde , à cinq cens
foixante quinze.
Le 21 du mois dernier , Leurs Majeftés & toute
la Cour revinrent du Château de Marly à Verfailles.
Le Roi , Monfeigneur le Dauphin , Madame
Infante & Meldames de France, allerent le 25 au
Château de Rambouillet.
Madame la Dauphine partit le même jour pour
aller prendre les eaux de Forges.
Le 26 , la Reine alla à Lucienne dîner chez la
Comteffe de Touloufe .
Le Roi a accordé au Prince Louis de Wirtemberg
le Brevet de Brigadier d'Infanterie au fervice de
Sa Majesté .
3
Le 26 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix fept cens foixante livres ; les Billets
de la premiere Lotterie Royale , à cinq cens quatre-
vingt- dix neuf , & ceux de la feconde ,
cens foixante dix - huit.
MORT S.
à
cing
Lde Saint Suplix ,Baron de Crépon , Seigneur
E 13 Mai 1749 , Alexandre Cofté , Marquis
& Gouverneur de la Ville d'Harfleur , de Buglife ,
de Saint Barthelemy , d'Ecrepentot , de Vaux
de Grais , de Bavan , du Quefnay , de Cambres ,
de Sainte Croix fur Mer , & autres Lieux , mourut
à Paris , âgé de 18 ans & quelques mois
& fut inhumé fur la Parole de Saint Etienne
du Mont le 14 fuivant . Il étoit fils d'Alexandre
Cofté Marquis de S. Suplix , Confeiller au Parlement
de Normandie, & de Marguerite de Blais, Baronne
de Crêpon, Dame de Vaux, Grais , & autres
JUILLET . 1749. 201
Lieux. Il avoit époufé en premieres nôces , ' le 15 .
Décembre 1717 , Marie - Guillemette de Moura
fille de Don Antoine de Moura , & d'Antoinette
de Cimigna , dont font fortis Alexandre- Antoine-
Sebaſtien Cofté , Marquis de Saint Suplix , cidevant
Officier dans le Régiment du Roi , Infanterie
, & Ayde de Camp de S. A. S. M. le
Comte de Clermont ; Pierre-Jacques Alexandre
Cofté , Comte de Saint Suplix , ci- devant Officier
dans le même Régiment du Roi , puis Capitaine.
dans celui de Bonac ; Dame Marguerite- Angélique
Cofté , époufe de M. Noel Florimond Huchet
, Comte de la Bedoyere , & Anonyme Cofté
de Saint Suplix . Et en fecondes nôces , Catherine-
Françoife Thomas de Montroger , fille de feu M.
Nicolas Thomas de Montroger , Chevalier , Seigneur
du Bois Guillaume lès Rouen . De ce fecond
mariage , il n'eft point forti de poftérité .
Cette famille eft originaire du Pays de Caux
en Normandie , où elle poflede des Terres & Fiefe
depuis Saint Louis : la preuve s'en tire des Lettres
d'Affranchiflement émanées de ce Prince , dattées
de Poiffy au mois de Juillet 1259 , données en faveur
de Roger Cofté , par lesquelles fon Fief de
Nideliu , fitué dans la Paroiffe de Senneville , eft
affranchi de certaines redevances , dont l'Original
nous a été communiqué par M. Pierre Coté ,
Chevalier , Seigneur de Triqueville , chef de la
branche cadette de ce nom , propriétaire actuel
de ce même Fief, qui lui étoit échû lors des partages
à la féparation des branches , & qui a toujours
été poffedé fans interruption depuis Saint
Louis dans cette famille , ainfi qu'il eſt conſtaté
par tous les Regiftres de la Chambre des Comptes
de Normandie , & par l'Epitaphe de Jean Cofté ,
Seigneur d'Harfleur , qui fubfifte encore dans la
même Paroiffe de Senneville , cù il a été inhumé
Man 15 35. Cette famille étoit connue même avanc
I v
202 MERCURE DEFRANCE.
Saint Louis dans cette Province : il ne faut qu'en
confulter l'Hiftoire , dans laquelle il eft fait mention
d'Hugues Cofté dans les liftes & dénom
bremens des Seigneurs & Chevaliers qui. firent le
voyage d'Outremer en 1191 , avec Richard , furnommé
Coeur de Lion , Duc de Normandie ,
Roi d'Angleterre .
32
en
Jean Cofté dont nous venons de parler , étoit
feptiéme ayeul d'Alexandre Cofté qui donne lieu
à cet article , fur lequel nous nous étendons
étant mieux inftruits de l'ancienneté de fa famille ,
que lorsque nous en fimes mention dans l'article
de notre Mercure du mois d'Octobre 1746 ,
annonçant le mariage de Madame la Comteſſe
de la Bedoyere , fa fille . De même mieux informés
que nous ne l'étions alors de l'ancienneté de celle
de Huchet de la Bedoyere ; c'est ici la place de
dire en peu de mots , que ceux de ce nom étoient
connus en Bretagne dès le commencement du
quatorziéme fiécle , pour anciens Gentilshommes
& illuftrés : les Charges & Dignités qu'ils poffedoient
dans ces tems reculés , ainfi que la Montre
de 1420 , dans laquelle ils font défignés comme
anciens Gentilhommes de la Province , en font
des preuves inconteftables. En 1407, Bertrand Huchet
qui étoit Garde des Sceaux & Secretaire d'Etat
duDuc de Bretagne, pour lors régnant, fut nominé
Ambaffadeur de ce Prince à la Cour d'Angleterre
;ce fut lui , qui ayant épousé l'héritiere de
la Maiſon de la Bedoyere , à condition d'en porter
le nom & les armes , que fes defcendans portent
encore aujourd'hui , quitta les anciennes armes
de la fienne qui étoient d'azur à trois cors de
chaffe , appellés dans le langage du tems des Huchets.
Les alliances enfin que fes defcendans ont fait ,
ne fervent qu'à confirmer ce que nous venons de
dire de leur ancienneté. Nous pouvons nommer
en particulier celles qu'ils ont contractées avec
JUILLET. 1749. 203
les Maifons de Cahideux , du Gage , Treceffon ,
Barrin , Pelletier , Sesmaifons , Gouyon , Servien ,
du Puis , Murinais , Saint Brieux , Tanguy , du
Châtel , la Valliere , Beauvilliers , Maillé , Pieffis
Belliere , la Vauguyon , Lufignan , la Châtre ,
Treffan , Corfiny.
Les Terres de Saint Suplix , Buglife , & Saint
Barthelemy , font entrées dans la famille de Cofté,
du chef deJeanne le Normant , fille deJean le Normant
, Seigneur defditesTerres , qui épousa Pierre
Cofté , Seigneur d'Harfleur, de Videlieu & de Nonneville,
qui mourut en 1577, Doyen de la Chambre
des Comptes de Normandie , & Confeiller d'Etat..
Celle de Saint Suplix fut érigée en Châtellenie ,
en faveur de Pierre Cofté II . du nom , petit-fils
précédent & de Jeanne le Normant , mort Doyen
du Parlement de Normandie , Confeiller d'Etat. &
Privé , & un des Commiffaires de la Cour pour la
réformation de la Coutume de cette Province.
Les Terres & Baronnies de Crêpon , de Vaux
& Grais , font entrées dans la famille de Saint
Suplix , du chef de Marguerite de Blais , mere du
défunt , iffue d'une très -ancienne Maifon de Normandie
, qui les poffedoit de tems immémorial,
Elle étoit fille de Jean de Blais , filleul de Louis
XIII. Confeiller d'Etat, & d'Ifabelle le Sens. Le
célebre M. Huet , Evêque d'Avranches , avec qui
se Magiftrat étoit en commerce littéraire , lui
avoit dédié une partie de les Ouvrages ; il étoit
fils de N. de Blais , Confeiller d'Etat , & de ....
Dubec de Vardes , qui époufa en fecondes noces
François le Tellier , Seigneur de la Luthuniere ,
dont eft fortie une fille qui époufa Henri de Marignon
, Comte de Thorigny. De ce mariage font
iffues deux filles uniques dont l'une a épousé
le Comte de Matignon , & l'autre en premieres
noces le Marquis de Seignelay , Miniftre d'Etat .
De ce premier mariage eft iffu M. le Marquis
>
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
de Seignelay , pere de feue Madame la Ducheffe
de Luxembourg . En fecondes nôces elle époufa
M. le Comte de Marfan , pere de Mrs les Princes
de Pons & de Lixain . La trifayeule maternelle
du défunt , étoit Elizabeth Morel de Putange ,
du chef de laquelle il avoit hérité en partie , peu de
tems avant fon décès , d'Iſabelle , Claire , Eugenie
de Dreux , Marquise de Brezé, petite- fille de Charlotte
Morel de Putange.
Cette famille enfin eft alliée à toutes les meil.
leures Maifons de Normandie , telles que celles
de Faux, de Garnetot , d'Hieville , d'Etampes , de la
Luzerne , Brevan , d'Oizy, de Civille , de Naffi , de
Bec de Lievre , de Mathan , Tierceville ,
Rochaimon , Seppeville , Caftel de Crevecoeur ,
Gouffrer d'Ailly.
·
la
Dame Magdeleine - Charlotte Emilie le Févre
de Caumartin , veuve de Jacques de la Cour , Marquis
de la Cour , Seigneur de Balleroy , du Vernay
& du Tronquai , mourut au Château de Balleroy
près Bayeux , le 9 du même mois , dans
Ja foixante-feizième année de fon âge . Elle étoit
fille de Louis le Févre de Caumartin , Confeiller
d'Etat , & de Catherine-Magdeleine de Verthamont.
Elle laiffe deux enfans vivans , Jacques-
Claude Auguftin de la Cour, Marquis de Balleroy,
Lieutenant Général des Armées du Roi , & Premier
Ecuyer de M. le Duc d'Orleans , & Louis- Jacques
de la Cour , Chevalier de Malte , Commandeur
d'Auxerre .
9 Le premier Juin Michel Guillaume Lushier
, Seigneur de Saint Martin , & Villy le Maréchal
, Confeiller du Roi , Maître ordinaire en
fa Chambre des Comptes , où il fut reçu le 19
Juin 176 , mourut d'une attaque d'apoplexie
âgé de 81 ans , & fut inhumé le 3 à Saint Paul
1a Paroifle , laiffant de fon mariage d'avec Catherine
Moriau , morte en couches le 26 Février
JUILLET. 1749. 205
· "
1728 , foeur de Nicolas Guillaume Moriau
Avocat & Procureur du Roi de la Ville de Paris ,
une fille unique Catherine Luthier de Saint Martin,
femme de Jean - Baptifte François de Lamichodiere
, Seigneur d'Hauteville en Champagne ,
Maître des Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roi ,
reçû le 19 Août 1745 dont le mariage eft
rapporté dans le Mercure du mois de Février
1745 , volume II . page 297 .
>
La famille de Luthier de Saint Martin , origi
naire de Mont Trichard en Touraine , eft fort an
cienne , & il en exifte encore une branche en Poitou
, du furnom de la Richerie , Seigneurs d'Abain
& d'Armançay.
Le 4 , Marie Charlotte de Montmorenci
veuve de Joachim Louis de Montagu , Vicomte de
Beaune , Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant
Général de fes Armées , & Gouverneur de
Brouage , mourut à Paris , âgée de 47 ans , étant
née le 8 Février1702 , & fut inhumée à Saint Suf
pice . Elle avoit été mariée le
Décembre 1726.
Elle étoit fille puînée de Leon de Montmorenci
, Marquis de Foflux , & de Marie Magdeleine
Jeanne de Pouflemothe de l'Etoile. Leon
étoit le feptiéme defcendant de Louis de Montmorenci
, qui a fait la branche des Marquis de
Foffeux , & Louis étoit fils puîné de Jean II . Seigneur
de Montmorenci , treiziéme defcendant de
Bouchard I. le plus ancien que l'on connoiffe de
cette illuftre Maifon.
Cette branche des Marquis de Foffeux eft devenue
l'aînée de la Mailon de Montmorenci , par le
défaut de celle des Seigneurs de Nivelle en Flandres
, qui s'éteignit en 1570.
Le 8 , Marie Françoife Henriette Langlois
époufe de N. de Fourcy , Préfident au Parlement
mourut à Paris , & fut inhumée à Saint Gervais.
Le 9 , François Hervé , Seigneur de Monberton
206 MERCURE DE FRANCE.
Montreuil aux Lions , & autres Lieux , Chevalier
de l'Ordre Militaire de Saint Lazare , mourut , &
fut inhumé à Saint Jacques du Haut- Pas .
"
Le même jour , Gabrielle-Marguerite Ferreau
veuve d'Antoine de Romicu , ancien Officier des
Gardes Françoifes , mourut à Paris , & fut inhumée
à Saint Merry.
Le 13 , Nicole Bachelier , veuve de Joſeph- Jac
ques de Peluys , Confeiller du Roi , Maître ordinaire
en fa Chambre des Comptes de Paris
mourut à Paris , & fut inhumée à S. Louis en l'Iffe.
Le même jour , Michel Borthon , Chevalier de
l'Ordre Royal & Militaire de Saint Louis , ancien
Maréchal des Logis des Gendarmes de la Garde du
Roi , Meſtre de Camp de Cavalerie , mourut à Pa
ris , & fut inhumé à Saint Nicolas des Champs.
REPONSE
De M. Daviel , Confeiller - Chirurgien ordinaire
, & Oculifte du Roi , à la Lettre
Critique de M. Rouffilles , Chirurgien-
Oculifte de la Ville de Chartres en Beauce
imprimée dans le fournal de Verdun , du
mois de Février 1749. page 101.
"
des miracles en guériffant certaines maladies
des yeux , que les plus habiles gens , de la
même profeffion que lui ,regardent comme abfolument
incurables , ou s'il poffede en effet le talent
phyfique de les guérir , ou enfin s'il s'eft
trompé , lorfqu'il a crû en avoir guéri quelques-
" unes. On va répondre à cette triple question, que
l'on regarde comme très-intéreffante , & qui fait
"le fajet principal de la Lettre de M. Rouffilles ,
" dont on va faire connoître la fauffeté.
JUILLỄ T. 1749 207. 1749..
Rien ne m'a paru plus défagréable que d'être,
obligé de répondre à une critique auffi déplacée ,
& d'entrer dans des difcuffions auffi mal fondées
que celles de M. Rouffi les , mais ce ne fera pas
d'une maniere auffi peu décente ; je n'employerai
point les termes de groffier & de lourd , dont il
s'eft fervi ; il eft des moyens plus doux & plus
honnêtes pour dévoiler les fautes qu'on veut critiquer
, fans fe fervir de ces paroles dures & impo
lies , qui ne conviennent qu'aux gens fans éduca
tion : on ne fe compromet jamais , lorsqu'on fçait
Part de corriger les autres avec adreffe ; une
Eritique polie fait aisément convenir de la vérité
l'homme du monde le plus rempli d'amour -propre ,
au lieu que les invectives & les railleries fades
révoltent les perfonnes les plus tranquilles.
Seroit - il fi extraordinaire après tout ,
de fe
tromper , puifque les plus grands hommes peuvent
fe tromper tous les jours ? Je l'avouerois même
ingénuement , fi cela étoit car j'ai toujours
cru qu'il valoit beaucoup mieux fe dédire , que
de paroître entêté ; mais je ne puis fouffrir , fans
me plaindre , que M. Rouffilles ait entrepris de me
cenfurer , tandis qu'il ne connoît pas lui même ce
qu'il veut critiquer. Comme fouvent la fimple appréhenfion
donne lieu à un jugement faux . Je ne
fuis pas furpris que M. Rouffies ait fi mal jugé ,
puifqu'il a fi mal réflechi ; je vais tâcher , en me
difculpant envers le Public , de lui faire connoître
que c'eft à tort , que cet Oculifte a voulu me faire
paffer pour un homme fans foi , en m'accufant
mat-à-propos de m'être vanté d'avoir guéri 19
cataractes adhérentes , dont il a été fi étonné , qu'il
n'a pu s'empêcher de crier au miracle. Cependant
l'adhérence des cataractes n'eft pas nouvelle , M.
Rouffilles n'a feulement qu'à ouvrir le Traité des
maladies de l'oeil, fait par M.Antoine ,Maître Jean ,
P. 202. de la feconde Edition ; il y verfa que ce
205 MERCURE DE FRANCE.
Chirurgien a traité avec fuccès en 1694. deux
cataractes adhérentes , à la nommée Madame Germain
de Villenoxe ; ces cataractes étoient fort
adhérentes à la prunelle. M. Rouffilles peur encore
lire , s'il veut , le Certificat rapporté à la fin
de cette Lettre ; il y verra auffi que j'ai guéri une
cataracte très-adhérente par une piqûre d'épine ,
depuis 7 ans , au fils de M. Carquet , Miître Apo
tiquaire de Montpellier ; ce qui eft attesté par
plufieurs des plus habile , tant en Médecine
qu'en Chirurgie , de la même Ville . En voilà affez ,
ce me femble , pour lui prouver la poffibilité des
cataractes adhérentes , & celle de les traiter avec
fuccès . S'il étoit néceffaire d'en donner d'autres
preuves , on le feroit , puifque plufieurs Auteurs
dignes de foi le rapportent. J'ai même fait plus
de so fois cette opération avec faccès. Entr'autres ,
une à M. Miran , Receveur du Canal de Carcaffonne
en Languedoc , en 1736. Meffieurs Fabre &
Bougnol , Médecins très- habiles , étoient préfens
à cette opération . Ce malade , qui avoit
pour lors 75 ans , avoit perdu l'oeil depuis 15
ans , droit par une cataracte laquelle étoit adhé.
rante à l'iris , & à la prunelle par une piqûre d'épine
de rofeau; & quoique je fuffe refté près d'une
demi-heure dans l'opération , & qu'une petite portion
de la partie poftérieure de l'iris fût déchirée, le
malade n'eut pas le moindre accident , & voyoit à
lire avec une lunette à cataracte . 2 °. M. de Gaillard-
Bois , Officier de Marine à Toulon , avoit une
´cataracte à l'oeil droit , occafionnée par un coup de
baguette fur cet oeil depuis 36 ans , dont je lui ai
fait l'opération le 14 Avril 1741 , avec fuccès , quoique
cette cataracte fût adhérente à toure la cir
conférence interne de la prunelle à la fuite du coup
& par confufion . M. Boucault , célébré Chirur
gien , & Chirurgien Major de la Marine de Toulon
, étoit préfent à cette opération , & a vû le
JUILLET. 1749. 209
malade bien guéri . Je ne crois pas que M. Rouf
filles veuille révoquer en doute le témoigna
ge d'auffi grands Chirurgiens que Maîtrejean ,
de Meffieurs Fabre , Baugniol & Boucault , &
encore moins des faits donc la premiere
queftion de M. Rouffiiles tombe d'elle - même ,
puiique beaucoup de témoignages , non-fufpects ,
prouvent qu'il eft des cataractes adhérentes , &
qu'un homme habile peut les guérir . .
de M. Rouffilles m'accufe fort mal à propos
plagiat , en difant que l'aiguille que j'ai citée dans
ma Lettre , fe trouve dans la Chirurgie d'Hefter.
partition feconde, Section 2. Chap . 55. & Planche .
17, tandis que rien n'eft plus faux , puifqu'il n'y
en a pas une dans la Planche 17 de M. Heifter
qui reffemble à la mienne , comme tous ceux qui
m'ont vu opérer avec cette aiguille pourroient le
juftifier ; & en dernier lieu Meffieurs Chicoyneau
, Helvetius , Bouillac & Marcot , premiers
Médecins du Roi , de la Reine , de Monſeigneur
le Dauphin , & de Mefdames de France . Meffieurs
de la Martiniere , la Foffe , Hevin & Louftonneau
, premiers Chirurgiens du Roi , de la Reine ,
de Madame la Dauphine & de Meldames de
France , de même que Meffieurs Morand & Faget,
deux célébres Chirurgiens , dont on peut voir
les Certificats à la fin de ma Lettre , que M.
Rouilles a jugé à propos de critiquer. Ceux qui
ne l'ont pas vûe , la trouveront dans le Mercure
de Septembre 1748 , pag. 198. Nombre d'autres
célébres Médecins & Chirurgiens , qui ont vu mon
aiguille tant à Paris qu'ailleurs , me rendront
affez de juftice , j'ofe m'en flatter , pour dire que
Cette aiguille n'eft pas dans Heifter : donc la feconde
imputation de la Lettre de M Rouffilles
fe trouve détruite , & pour peu qu'il doute für
cette aiguille , il peut s'en affurer lui-même . Malgré
la légèreté de fes accufations , & les termes
210 MERCURE DE FRANCE.
peu ménagés dont il fe fert , je me prêterai volon
tiers à le guérir de fes doutes , s'ils ne font pas volontaires
, & s'il veut de bonne - foi qu'on l'en
guériffe.
Il mefera encore moins difficile de répondre à la
troifiéme question de M.Rouffilles , qui nie la poffibilité
de l'opération que j'ai faite à M. Garion , le
malade cité dans ma Lettre , p. 9 & 11. C'eft être
bien hardi d'ofer nier un fait , furtout lorsqu'il eft
auffi conftaté que l'eft cette opération rien n'eſt
plus facile à M. Rouffilles , que de s'en convaincre
lui-même en examinant l'oeil de ce malade , & en
interrogeant ceux qui ont affifté à l'opération .
&
Je crois avoir fuffifamment répondu aux trois
queftions de M. Rouffilles , aux injures près , dont
il lui a plû accompagner une critique amere ,
qu'il eût dû faire dans des termes plus convenables.
Sen exemple ne m'engagera point à m'écar
ter des régles de la modération que je me fuis
preferite , & je me contente de lui repérer que
s'il veut encore avoir des doutes , il lui fera facile
de s'adreffer à moi pour y mettre ordre , & je lui
prouverai que ce n'eft pas ma faute , fi dans plufieurs
années de féjour àDreux , le long & affidu
travail qu'il a fait fur les maladies des yeux , il n'a
pas vu des cataractes adhérentes ; je lui prouverai
auffi que c'eft la faute d'avoir vu mon aiguille dans
M. Heifter ; je lui produirai des Témoins auffi
refpectables , qu'irréprochables , de l'opération
que j'ai faite à M. Garion , & il ne tiendra qu'à
lui d'apprendre qu'un homme fage ne doit pas
être moins circonfpect à nier des faits , qu'à en
avancer. M. Rouffilles croit- il que les Médecins
& les Chirurgiens de Paris ne fçachent pas votr
comme ceux de Chartres & de Dreux , qu'ils
n'ayent pas les Ouvrages d'Heifter entre leurs
& peut-il efpérer que les négations & les
mains ,
JUILLET. 1749. 21
affirmations hardies auront plus de poids , que les
témoignages des plus habiles hommes de la Capitale,
de Montpellier & de Marfeille , & autres endroits
, & que celui d'Antoine Maîtrejean , Auteur ,
dont M. Rouffilles doit refpecter les décifions , &
ne pas improuver des faits , parce qu'il ne les a
jamais vús ?
Une cataracte ne peut fe rendre adhérente à la
partie poftérieure de l'iris , felon cet Oculifte , que
dans deux cas. Le premier , par le defléchement
de l'humeur de morgagni ; & le deuxième à l'ocfion
des contufions , & des ophtalmies internes de
- l'oeil. Mais comme il y a toute apparence que cet
Oculiste ignore le troifiéme cas , qui rend les cataractes
adhérentes , puifqu'il n'en dit rien dans ſa
Lettre , je fuis perfuadé qu'il ne trouvera pas mauvais
que je le lui apprenne.
Le troifiéme cas qui rend les cataractes adhérentes
, & qui eft un des plus fréquens , font les
piqûres d'épine , d'épingles , de cifeaux , d'aleines ,
& autres inftrumens tranchants & piquans , lefquels
occafionnent prefque toujours des adhérences
de l'iris à la cornée ; furtout lorsque ces
- inftrumens ont percé cette membrane , l'iris & le
cristalin c'eft à la fuite de ces fortes de playes
qu'il fe forme prefque toujours une union fi intirue
de la membrane du cristalin à la partie poſtérieure
de l'iris , qu'il eft fouvent très -difficile d'a
battre ces fortes de cataractes , & de rompre l'ad-
-hérence contractée. Cependant comme j'ai fait
plufieurs de ces opérations avec fuccès , je ne les ai
jamais regardées comme impoffibles , ni comme
incurables. Ces cataractes font extrêmement difficiles
à abattre , je l'avoue ; car il faut fçavoir fe
pofléder , & manier adroitement une aiguille pour
faire cette opération : de plus , bien connoître la
véritable ftructure de Poil. Je conviens même
avec M. Rouffilles , qu'il n'appartient, pas à tous
212 MERCURE DE FRANCE.
C
les Oculiftes de la faire ; mais comme je l'ai faite
fouvent avec fuccés , je foutiens que tout habile
Chirurgien Oculifte peut la faire comme moi &
fans aucun rifque que celui de caufer un fimple larmoyement
qui n'eft pas dangéreux , ni de longue
: durée .
&
Je foutiens encore , que la cataracte ne fe rend
jamais adhérente par fon ancienneté . M. Rouffilles
en convient lui -même , & feu M. Petit , le
pere , célébre Médecin Oculifte , la nie même abſolument.
En effet, c'eft fi peu l'ancienneté des cataractes,
qui les rend adhérentes à la partie poftérieure
de l'iris , que cette adhérence fe contracte
prefque toujours dès le commencement , & beaucoup
plus lorsque les cataractes font molles , que
quand elles font dures & fort folides. La raifon de
cela eft , que le criftalin dans cet état de mollefte,
étant preffé par l'humeur vitrée , le porte en avant
& vers la partie antérieure de l'oeil , dont l'action
des quatre muſcles accélere encore l'allongement ;
pour lors la membrane qui envelope le cristalin
venant à s'allonger , donne lieu à ce corps de s'appliquer
fortement à la partie poftérieure de l'iris
& de la prunelle , dans laquelle il s'engage quelquefois
, & forme ce qu'on peut fort bien appeller
une hernie du criftalin dans la prunelle , & principalement
lorsque la membrane a été bleſſée par
un inftrument tranchant c'eft cet engagement
& ce collement , qui fait la grande difficulté de
l'opération de la cataracte , comme je l'ai expérimenté
plufieurs fois j'ai même vû ce cas , il y a
environ quatre mois , fur l'oeil gauche d'une jeune
· Demoifelle de Bernay en haute-Normandie , qui
me fut adreffée par M. de la Flêche , très - habile
Chirurgien de la même Ville , & Lieutenant de
M. le premier Chirurgien du Roi , auquel M.
Rouffilles peut écrire , & voir lui- même la malade
pour peu qu'il en doute.
;
JUILLET. 1749. 213 ?
Les cataractes qui furviennent à la fuite des
ophtalmies internes , ou de la chorroïde , ne fel
rendent jamais, ou très- rarement adhérentes , à la
partie poftérieure de l'iris , quelque forte que foit
l'ophtalmie qui a précedé , à moins qu'il ne fe foit
formé des abcès confidérables , & des épanchemens
de pus , dans la chambre poftérieure de l'oeil , entre
le cristalin & l'iris. Il n'y a tout au plus qu'un
fimple collement du criftalin à cette partie , de
même qu'à la prunelle qu'il est très facile de
féparer fans rien déchirer , en paffant une aiguille
telle que la mienne entre le cristalin & l'iris . J'ai
fait cette expérience nombre de fois fur des yeux
de cadavre cataractés à l'occafion des ophtalmies
internes ; & j'ai remarqué qu'on pouvoit aisément
féparer le cristalin fans le rompre en aucune
maniere , de même que la lame poftérieure de
l'itis ; & quand bien même cette lame fe trouveroit
déchirée dans l'opération , il n'y a rien à crain
dre , comme je l'ai vu arriver quelquefois auffi en
opérant la cataracte fur des fujers vivans ; ainfi
cette prétendue adhérence eft abfolument fauffe ,
quoiqu'en dife M. Rouffilles Les adhérences du
criftalin à l'iris ne fe contractent prelque jamais
que dans l'état de molleffe des cataractes , ou à la
fuite des piques d'inftrumens tranchans , & des
coups portés fur les yeux . Je vois bien que cet
Oculifte ignore l'endroit où les cataractes le rendent
adhérentes , & de quelle maniere ; c'eft ce que
je vais lui dire ,
Jamais une cataracte ne peut le rendre adhé
rente à la partie postérieure de l'iris , que dans les
deux cas fuivans, Le premier*, lorfque les catarac
tes font fort molles ; le fecond , à l'occafion des
piqûres & des coups , comme nous venons de le
prouver ; mais on doit obferver que ce n'eft pas-là
* Maladie de yeux de M.Boerhaave de 1749. p. 1889.
214 MERCURE DE FRANCE.
ce qui forme la grande adhérence dont j'entends
parler. Le voici : Tous ceux qui ont bien examiné ›
l'oeil , fçavent que la membrane du cristalin eft unie
aux procès ciliaires , & beaucoup plus dans les
inflamations de la chorroïde , que dans l'état naturel
; c'eft directement dans cet endroit , qui fait les
limites de la chambre poftérieure de cet organe ,
que le criftalin,dont la membrane pour lors eft fort
épaiffe , fe rend fi adhérent aux procès ciliaires ,
qu'il eft toujours tres-difficile de l'en pouvoir féparer
, de même que dans l'état de mollefle des
cataractes. C'est donc dans cet endroit que l'Ocu
lifte éclairé a beſoin de tout fon jugement , pour
conduire avec adreffe fon aiguille jufqu'à cette
digue ,afin de la détruire & de renverser le cristalin
avec la membrane . Mais il eft bon que l'on fçache
que je n'ai jamais entendu comprendre dans le
nombre des cataractes adhérentes curables , celles
qui viennent à la fuite des ophtalmies internes &
des abcès dans ces parties ; car l'oeil fe trouve
quelquefois dans un trop grand défordre par la
fonte de l'humeur vitrée ; de plus , cet organe
devient plus petit & s'affoiblit , de forte que l'opé
ration deviendroit prefque toujours inutile en ce
cas , puifque le malade ne verroit pas lorsqu'elle
feroit faite , quand même le criſtalin ſeroit bien :
abattu.
و د
» Pour guérir toute espéce de cataracte , dit M.
» Rouffilles , il faut chaffer le cristalin de fa capfu-
» le , & le loger dans le vitré . C'est l'unique .
d'en lever l'obftacle , qui dans cette ma- moyen
ladie empêche les rayons de lumiere de fraper
l'organe immédiat de la vûe. Pour guérir done
» une cataracte adhérente à l'uvée , il faudroit la
» détacher , la feparer de cette partie à laquelle
elle eft collée : or on ne peut tenter cette féparation
dans l'oeil , fans déchirer l'uvée , fans
rompre un grand nombre de ſes fibres , & faus
לכ
>
1
JUILLE T. 1749. 215
»la détruire en tout , ou en partie . M. Rouffilles ,
oſe même affûrer , que la moindre bleffure de
l'iris occafionne des accidens terribles , qui fou
vent ne font fuivis de rien moins que de la perte
entiere de l'oeil ; que je ne l'ignore pas , & que
c'eft l'expérience de ces fâcheux accidens , qui m'a
engagé de me fervir d'une aiguille mouffe. Maiscet
Oculifte va voir dans le moment , que je fuis
bien éloigné de ſa façon de penfer.
Pour guérir toute efpéce de cataractes , felon
moi , & la guérir radicalement , il faut abattre le
criftalin avec fa capfule , & le loger dans l'humeur
vitrée ; fans quoi il eſt moralement impoffible de
rendre l'oeil net , & que la vûe le fafle parfaitement
, furtout lorsqu'on eft obligé d'abattre des
cataractes molles , ou trop folides ; dans ces dernieres
, le cristalin eft quelquefois fi adhérent à fa
capfule , qu'il n'eft pas poffible de l'en faire fortir,
fans la rompre , & occafionner de grandes inflam
mations, Je vais prouver dans le moment l'un &;
l'autre cas,
:
Le criftalin eft un corps gelatineux , plus ou
moins folide dans certains fujets . Que la cataracte
foit ancienne ou récente , recouverte d'une membrane
auffi plus ou moins épaifle dans certains
fujets le cristalin , ou fe trouve folide , ou non.
S'il eft trop folide & deffeché , ou les couches an-,
térieures ,comme le dit M.Rouffilles dans fa Lettre ,.
page 6. lig. 19. il fe rend adhérent à la membrane :
>> Souvent dans ce cas les couches antérieures font
» même très-intimement unies à la portion antérieure
de la capfule cristaline , alors il n'eft pas
poffible de détacher l'un fans déchirer l'autre : en
ce cas , la membrane devient inutile , & je foutiens
même qu'elle forme à peu près le même
obftacle que le cristalin obfcurci ; ce qu'il eft fort
facile d'obferver fur les yeux des malades , auf
quels on a abattu la cataracte. Par cette méthode
93
216 MERCURE DEFRANCE
on voit paroftre dans l'inftant même de l'opération
, ou quelque tems après , la membrane du
criſtalin , comme un voile déchiré & partagé en
plufieurs morceaux , qui fortent dans l'humeur
vitrée , qui empêche toujours les malades de
voir les objets avec précifion ; ce qui n'arrive pas
lorfqu'on a abattu le cristalin avec toute la capfale
, furtout lorfqu'on abat des cataractes molles ,
comme je vais le prouver ci- après.
f Lorfqu'on abat une cataracte molle , on a beau
ouvrir la membrane & preffet fur le corps du
criſtalin : il ne fort tout au plus qu'en partie , qui
fe mêle avec l'humeur vitrée qu'il trouble La plus
grande partie du criftalin refte colée aux parois
intérieurs de la membrane qui l'envelope , où elle
forme le même obftacle qu'avant l'opération :
donc il faut abattre le cristalin avec fa membrane
dans ce fecond cas , fans quoi on le trouve avoir
fait une opération inutile , dont les malades ne
tirent d'autre fruit , que de voir les objets avec une
grande confufion ; ces malades ne peuvent jamais.
parvenir à pouvoir lire avec des lunettes à cataracte
, même les mieux faites .
UnArtifte enOptique de Paris, " m'a communiqué
depuispeu quelques unes de les réflexions fur l'opération
de la cataracte, dans un Traité d'Optique méchanique,
actuellement fous preffe, & qu'il compte
inceffamment donner au Public , par lefquelles il
prétend qu'on ne peut donner des lunettes aux pet .
fonnes opérées , que trois mois après l'opération .
Je lui ai prouvé par un malade que j'avois alors
chez moi , ( M. Abbé Bouvel de Langres , ) que
quand une opération étoit bien faite , on pouvoit
procurer le fecours des lunettes plus promp-
* M. Thomin , Marc and Miroitier Lunetier , rue
Saint Jacques , près le Collège du Pleffis , qui excelle
dansfon arte
Cement
JUILLET. 1749. 217
rement. Effectivement il vint lui- même chezmoi ,
& fit voir au malade en queftion , le feizième jour
après l'opération , à pouvoir lire & écrire avec des
verres, à la vérité très réguliers , & tout ce que l'art'
pouvoit donner de plus parfait. Je lui prouvai encore
fur une feconde réflexion qu'il fait dans fon
Traité , Qu'on ne peut donner aux perfonnes opérées ,"
du fecours qu'avec des verres de foyer, depuis 18 lignes
jusqu'à 20, & parprogreſſion jusqu'à 4 pouces inclufivement.
Ce dernier , felon lui , eft le plus long
foyer qu'il ait jamais pu donner à ceux que
d'autres que moi ont opérés. Je lui prouvai , disje
, que certains fujets , ayant fouffert par
plufieurs opérations douloureufes & leurs fuites
après la cataracte , j'avois fi bien rétabli let
' méchanifme de l'oeil , par ma nouvelle méthode
d'opérer la cataracte que fix mois ou un an
après , ils étoient en état de lire & écrire avec
un verre de fix pouces de foyer. Je lui ai fait
voir entr'autres une Dame , pour lors à Paris ( Ma-`
dame de Vandeül citée dans ma Lettre ) page 18. '
à laquelle il a donné lui même des lunettes du
foyer dont je parle . Il fut très étonné de la longueur
de la vue de la perfonne en queſtion , qui ne
voyoit rien du tout avec ce qu'on appelle lunette '
à cataractes ordinaires , & m'avoua qu'il n'en
avoit encore jamais vû à qui la vue fût ralongée
de cette force - là . Voilà deux faits dont il eft témoin
oculaire , & que j'ofe me flatter qu'il atteftera
à tous ceux qui pourroient le lui demander . M.
Thomin fait encore une réflexion , qu'il a trouvé
bien des perfonnes opérées aufquelles il n'a pû être d'au .
cun fecours. Je ne vois pas que de tous ceux que j'ai
traités , il puiffe m'en prouver un à qui il n'ait
réuffi rélativement à l'ufage des lunettes ; & à
l'égard de bien d'autres qui ſe mêlent de la même
opération à tort & à travers , fans aucunes précau
tions antérieures ni poftérieures , en vrais charla-
K
pas
218 MERCURE DE FRANCE.
tans, Mettez- vous-là , je vais vous guérir dans la
minutte.
Je lui prouverai , s'il n'eft pas difpofé à me rendre .
justice lui -même là -deffus , fur 100 perfonnes ,
plus de so auxquelles il n'a pas réuffi à leur communiquer
la route exacte des rayons de la lumiere ,
par les moyens que la dioptrique nous fournit.
elle Pour ce qui concerne la bleffure de l'iris ,
n'eft pas à beaucoup près aufli dangéreufe que fe
le perfuade M. Rouffilles . Si cela étoit , un grand
nombre de malades courroient rifque de perdre
Ja vûe à tout moment dans plufieurs opérations
qu'on eft obligé de faire fur les yeux , principalement
dans la catara&te , furtout de celles qui ont`
contracté des adhérences fi intimes avec l'iris ,
qu'il eft très difficile de venir à bout de les en
féparer fans déchirer cette partie. Cependant , il
n'en réfulte pas le plus petit accident , comme je
in'en fuis convaincu dans plufieurs opérations de.
Cataractes adhérentes par des coups , ou des piqûres
d'inftrumens tranchans & piquans , & dans
ape infinité d'autres opérations , que j'ai été obligé
de faire dans la chambre antérieure de l'oeil , &
fur l'itis , dont j'ai quelquefois emporté des portions
, comme il arrive auffi affez fouvent dans l'opération
du ftophiloma.
: La bleffure de l'itis eft de fi peu de conféquence,
qu'on peut l'ouvrir même de toute la longueur
fans rien craindre. La preuve en eft évidente , furtout
lorsqu'on eft obligé de faire une prunelle
artificielle , comme l'a fait heureufement M.
Chefelden , célébre Chirurgien à Londres , ainfi que
le rapporte M.Heifter dans faChymie , Partition 2 .
Section 2. Chap . 55. page 616. & Planche 17. du
même Livre ; & comme on peut le voir encore
dans le Traité d'Opérations de M. Scharp , trèshabile
Chirurgien de la même Ville , que j'ai vû il
y a un mois & demi chez M. Daran Chirurgien ,
JUILLE T. 1749. 219
ordinaire du Roi , qui enfeigne , comme M. Chefelden
, la maniere de faire cette opération . M.
Rouffilles a donc fort mal interprété mon fentiment
à ce fujet. Pour ce qui regarde les accidens
qui ont coûtume d'accompagner l'opération de la
cataracte , dont l'inflammation & le larmoyement
font les plus confidérables de tous , l'inflammation
eft toujours le plus à craindre , furtout lorsqu'elle
perfifte long tems : cet accident entraîne prefque
toujours après lui une fuppuration totale du globe
de l'oeil , fouvent fans remede. Cette fuppuration
eft quelquefois fi prompte, qu'elle arrive en moins.
de 24 heures , quoique la cataracte ait été abattue
dans une minute ; & voici comme cela fe fait .
Lorfqu'on porte l'aiguille dans l'oeil , & qu'on
la dirige fur le corps de la cataracte pour l'abaiffer ,
foit antérieurement , on poftérieurement ;
car il
n'y a que ces deux méthodes d'abaiffer la cataracte,
(je compte même d'être le premier qui ai porté
mon aiguille tout droit vers la partie antérieure
du criftalin ) il faut toujours que la capfule criftalloïde
foit déchirée dans l'union de fes deux lames
qui l'attachent aux procès ciliaires , & que ce déchirement
foit fait à la partie fupérieure moyenne ,
ou inférieure de cette capfule antérieurement ou
poftérieurement ; & comme cette capfu e eft
fortement unie aux procès ciliaires , ainfi que
nous l'avons déja dit , & qu'elle s'enclave même
dans toute la circonférence de la retine en forme
de langue de gueule ; il eft moralement impoffible
qu'en preffant avec l'aiguille fur le corps du criftalin
antérieurement ou poftérieurement, pour le
faire fortir de la membrane , ou de fon chaton , que
les procès ciliaires ( qui font partie de la chorroïde)
ne foient tiraillés de même que la retine : par
conféquent tout le fond de l'oeil en fouffrira de
violentes fecouffes & commotions ; tous les vaiffeaux
fanguins, limphatiques , & furtout les petits
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
filets nerveux qui répondent à ces parties , fe trouveront
déchirés & crifpés dans leur principe , & fe
retireront à peu près comme une corde à boyau ,
qui fe caffe lorfqu'elle eft bien tendue ; de-là , il
arrive de violentes douleurs à la têté , aux oreilles,
aux dents , dans toute la circonférence de l'oeil &
de l'orbite , fuivies de vomiflemens & d'une infinité
d'autres accidens , & enfin quelquefois de la
fuppuration totale de cet organe , fans que l'iris
ait été ni touché , ni bleſſé en aucune maniere ;
donc ce n'eft pas à l'iris bleffé , ni déchiré , qu'on
doit rapporter tous les accidens & les défordres
qui ont coûtume de fuivre l'opération de la cataracte,
même la mieux faite .
"
au rang
Il eft auffi abfolument faux que l'adhérence de
la cataracte rende la prunelle immobile. Quelque'
forte que foit la preffion du criftalin contre la
partie poftérieure de la prunelle ; même dans prefque
toutes les cataractes occafionnées par des ophtalmies
internes , la prunelle conferve ſouvent le
quart de fon mouvement. Mais j'ai déja dir , que
je n'ai pas prétendu mettre ces fortes de cataractes
des autres ; M. Rouffilles a donc pris le
change dans cette occafion . Il eft vrai que le peu
de mouvement de la prunelle peut en impofer à
des Oculites ordinaires , & les empêcher d'entreprendre
des opérations heureufes . La cataracte du
feptiéme malade, dont j'ai parlé dans ma premieret
Lettre , p. 4. auroit fans doute paffé pour incurable
aux yeux de M. Rouffilles , pui qu'elle étoit de cette
nature . La prunelle n'avoit prefque aucun mouvement,&
à moins que d'y
faire une grande attention
, à peine pouvoit on l'appercevoir. Cependant
cette cataracte a parfaitement réuffi , & quoiqu'elle
parût fort adhérente , je ne la jugeai pas
telle . Le malade n'a eu aucun accident , & voit à
lire de cet oeil , au moyen d'une lunette à cataracte.
JUILLET. 1749. 221
M. Rouffilles n'a rien dit de nouveau , lorſqu'il
a affûré que toutes les cataractes ne fe reffemblent
pas ; il y a fort long- tems qu'on le fçait ; & fans
entrer dans un détail ici trop déplacé , cet Oculifte
auroit fimplement dû prouver , s'il lui avoit
été poffible , qu'il n'y avoit point de cataractes
adhérentes , fans entrer dans un long verbiage ,
qui ne peut tout au plus qu'ennuyer un lecteur ,
lans l'inftruire.
Je le repéte encore , les accidens qui ont fuivi
quelques- unes de mes opérations , ne m'ont jamais
fait croire que les cataractes étoient adhé
rentes , tandis qu'elles ne l'étoient pas , & s'il faut
que je cite à mon tour le nombre d'années de mes
travaux , j'ai aflez étudié l'oeil & fes maladies
pendant près de vingt-cinq ans dans des Hopitaux
, plus nombreux fans doute , que ceux de
Dreux & de Chartres , furtout dans celui des Galéres
de Marfeille , où j'ai fait plus de fept mille
expériences fur des yeux de cadavres , & nombre
d'autres opérations de toute efpéce fur des fujets
vivans , comme je fuis en état de le prouver , pour
m'être laiffé féduire par des faufles apparences . Je
fuis perfuadé même , que fi M. Rouffilles veut
faire un peu d'attention à ce que je viens de dire
, il conviendra par les preuves que je lai en
donne , qu'il y a des cataractes adhérentes , &
que la plupart font curables ; que mon aiguille
n'eft ni dans la Chirurgie d'Heifter , ni ailleurs ,
que l'opération que j'ai faite à M. Garion , étoit
bien indiquée , & qu'elle étoit poffible , puifqu'il
n'eft pas nouveau d'ouvrir la chambre antérieure
de l'oeil , & quede-là on peut paffer un inftrument
dans la chambre poftérieure pour en extraire un
corps . Il eft vrai que cette opération m'eft parti -
culiere , & M. Rouffilles n'a pas tort de dire ?
voilà du neuf affûrement, puifqu'il ne trouvera pas
une pareille obfervation dans aucun Auteur . Il ne
K iij
222 MERCURE DE FRANCE :
s'agit donc plus à préfent que de prouver que les
Cataractes peuvent être tout à la fois fort molles &
très-adhérentes , très- molles & pierreufes , & que
j'ai réellement guéri les 61 cataractes dont j'ai
parlé dans ma Lettre.
Les cataractes peuvent être tout à la fois,fort molles
& très - adhérentes . J'ai déja dit que l'adhérence
de la cataracte ſe formoit toujours plutôt dans fon
état de molleffe que lorfqu'elle étoit folide , la cataracte
peut donc fe rencontrer fort molle , & trèsadhérente
tout à la fois ; une cataracte peut encore
être fort molle dans toute la circonférence ,
& fe trouver pierreufe dans fon centre ; c'eft ce
que j'ai vu auffi plufieurs fois . J'ai même communiqué
le 2 Avril 1742 , une obfervation à l'Acadé
mie Royale des Sciences au fujet de la pétrification
du criftalin , & l'offification des membranes
de l'oeil la cataracte étoit cependant fort molle
dans toute fa circonference . Voici les propres
termes de M. Morand , qui m'écrit de la part de l'Académie,
& à qui j'ai envoyé les pieces offeufes .
» J'ai préfenté , Monfieur , à l'Académie Royale
» des Sciences , celle de vos trois obfervations qui
roule fur la pétrification du criftalin , & l'offi-
» fication des membranes. Cette obfervation a été
très- bien reçûe , & elle fera inferée dans l'Hiftoire
de cette année.
כ כ
J'ai auffi obfervé plufieurs fois que le milieu
de la cataracte étoit pierreux , & très -fouvent offeux
fur des cataractes que j'ai abattues à des malades.
J'ai trouvé ces cataractes fort molles dans
la circonference , comme je viens de le dire , qui
n'ont pas laiffé de bien réuffir. Il ne me reste donc
plus qu'à citer les malades que j'ai operés , pour
accomplir les foixante-une cataractes que j'ai réellement
guéries, Des 75 que j'ai opérées dans l'ef
pace de près de deux ans à Paris , comme je l'ai
avancé dans ma Lettre , que M. Rouffilles fe perJUILLET
223 1749.
fuade une fois pour toutes , que je n'ai pas prétendu
en impofer au Public , & fi je n'ai pas nommé
tous les malades dont je parle , c'eft que bien des
perfonnes ne me l'avoient pas confeillé ; mais la
défiance de cet Oculifte m'oblige à lui communiquer
charitablement la lifte.de ces malades : je
l'avois épargnée au Public pour ne pas le fatiguer.
Je finis , en priant M. Rouffilles de fe fouvenir ,
que deux confreres doivert traiter vis- à- vis l'un
de l'autre avec modération les queftions , où ils fe
trouvent d'un fentiment contraire , & qu'ils le
doivent par respect pour le Public , autant que
par refpect pour eux- mêmes. Les injures & les
termes durs , ou peu mefurés , ne pafferont jamais
pour des argumens aux yeux des gens éclairés. Au
furplus je prends la liberté de l'avertir encore , qu'il
peut déformais écrire contre moi , autant qu'il
lui plaira , fans que je lui réponde. J'aime mieux
employer mon tems à tacher de m'inftruire , autant
qu'il me fera poffible , dans un art dont l'étendue
eft immenfe. Une feule découverte , quelque
médiocre qu'elle foit , me dédommagera abondamment
de la patience , avec laquelle je prends le
parti de laiffer en repos ceux qui tenteront inutilement
de troubler le mien par de fauffes accufations,
ou par des injures que je tacherai par ma droiture ,
mon application , & par la vérité dont je fais profeffion
, de ne pas mériter qu'on m'accufe , & je
fais vou de préferer le parti du filence , à la trifte
fatisfaction de rendre des injures pour des injures.
Signé , DAVIEL , A Paris , le premier Juillet 1749.
Supplément des foixante cataractes dont j'ai
parlé dans ma premiere Lettre .
Madame Morel , 60 ans , place du vieux Louvre
, deux cataractes depuis 7 ans .
Le Sr Soquet , 40 ans , cataracte depuis 2 ans ,
224 MERGUREDE FRANCE.
rue du Bouloir , chez feu M. de Herfan , près un
Bourrelier.
M. du Vochel , 65 ans , une cataracte depuis fix
ans , à Abbeville en Picardie.
Charles Malo , 66 ans , deux cataractes depuis
fix ans , à Bicêtre.
Marie Mabil , 25 ans , cataracte depuis 18 , avec
ophtalmie & ulcéres de la cornée tranſparente ,
Trefnel , fauxbourg faint Antoine.
deux ca-
Catherine Perria , Servante , 30 ans ,
taractes , depuis deux ans de l'oeil droit , gauche
huit , avec ophtalmie & ulcéres de la cornée
transparente.
Jean Ché , des Nos en Champagne , deux cataractes
depuis dix ans , avec ophtalmie confidérable
fur les deux yeux.
Marie Septier , femme de Jean Chauvin , Menuifier
, 65 ans , tue S. Antoine , près les Enfans
Trouvés , cataracte depuis deux ans.
Madame Abert , 60 ans , une cataracte depuis
deux ans , à Nevers.
Madame Cardon , so ans , cataracte depuis cinq
ans, chez Mad , du Trulot ,citée dans ma ire .Lettre.
Louis Bourgeot , 72 ans , deux cataractes depuis
trois ans , de Coulommiers en Brie.
Jean François Boufquet , ancien Soldat de Navarre
, de Villefranche en Rouergue , 36 ans , cataracte
depuis deux ans.
N. Milon , Cabaretier de Rofoy en Brie , âgé
de 66 ans , cataracte depuis quatre ans.
Mad. de Brie , 47 ans , cataracte depuis deux ans,
avec ophtalmie & ulcétes de la cornée transparente,
place des Victoires, chez Mlle Migniere.
M. Genêt , Hôte de Nemours , auquel M. Rouffilles
avoit abattu une cataracte à l'oeil gauche
depuis le dix - feptiéme Mai 1746 , dont ce
malade n'a rien vû après l'opération , & a fouftert
de violentes douleurs , quoique cette catarac
JUILLET . 1749. 225
te fût de la meilleure efpece, felon le rapport dudit
malade & de ceux qui l'avoient vû avant l'opération
; l'oeil de ce malade eft totalement perdu fans
aucune reffource ; il eft fâcheux pour M. Rouffilles
que je fois forcé par lui - même de me juftifier à fes
dépens , je ne prétends cependant pas le taxer d'ignorance
pour avoir manqué une cataracte,ce qui
peut arriver au plus habile Oculifte.
J'ai operé une cataracte à l'oeil droit du Sr Genêt
, qui n'en voyoit pas depuis cinq ans : cette
opération m'a parfaitement réuffi , & fans qu'il me
foit furvenu le moindre accident.
Je compte préfentement que la furpriſe de M.
Rouffilles doit ceffer , lorfqu'il verra le fupplément
des 61 cataractes que j'ai guéries , comme je l'ai
avancé dans ma premiere Lettre ; & fi c'étoit une
perte pour le Public de n'en avoir cité que 40 de 61 ,
comme l'a malicieufement dit cet Oculifte, je viens
de réparer cette perte en nommant les 21 catarac
tes qui me reftoient encore , mais je fuis fâché , com .
me je l'ai déja dit, que M.Rouffilles m'ait mis dans
la dure néceffité de nommer ce dernier malade ,
dont je n'aurois jamais dit un mot , fi M. Rouffilles
ne m'avoit pas attaqué.
Copie d'un Certificat de plufieurs Médecins
Chirurgiens de Montpellier , qui prouvent
l'adhérence de la Cataracte occafionnée
par une piqûre d'épine.
Nous Antoine Fizés , Confeiller , Medecin
du Roi , en l'Univerfité de Medecine de Montpellier
, de la Société Royale des Sciences ,
Certifions que le Sieur Jacques Daviel , Maîtreès
-Arts , Chirurgien Juré de Marfeille , entretenu
fur les Galeres du Roi , de la Société des Sciences
de Toulouſe , Affocié , Correfpondant de l'Académie
Royale de Chirurgie de Paris , Membre
126
MERCURE DE
FRANCE.
de celle des Sciences de l'Inftitut de Bologne ;
Profeffeur &
Démonftrateur Royal de
Chirurgie
› &
d'Anatomie de ladite Ville de Marſeille , a fait
avec beaucoup de dextérité , & entier fuccès , en
notre préfence , l'opération de la cataracte a l'oeil
droit du Sieur Jacques Carquer , fils du Sieur Antoine
Carquet , Maître
Apoticaire de
Montpellier,
laquelle
cataracte avoit été
occafionnée par une
piqûre
d'épine depuis fept ans , ce qui l'avoit
rendue
adhérente du côté du petit angle , & faifoit
la grande difficulté de
l'operation , qui n'a été
fuivie d'aucun accident. En foi de quoi nous avons
figné le préfent
Certificat. A
Montpellier le 19 Fé
vrier 1743. Signé , Fizés.

Filz Gerald ,
Profeffeur en
Medecine , & Botanique
de la même
Univerfité de
Montpellier , & de
la Société Royale des Sciences , certifie la même
chofe comme M. Fizés .
Gouraigne , de la Société Royale des Sciences ,
premier Medecin de la Charité. Soulliers , Serres ,
Henry & Mejan, Maîtres
Chirurgiens , qui attef
tent la même choſe.
Nous Maire , &
Lieutenant de Maire , Confuls
& Viguiers de la Ville de
Montpellier , certifions
à tous ceux qu'il
appartiendra que Meffieurs Fizés ,
Filz Gerald , qui ont figné le Certificat ci- defus ,
font
Profeffeurs Royaux en
l'Univerfité de Medecine
de
Montpellier , comme auffi que M. Gouraigne
, qui a pareillement figné le préfent Certificat
, eft premier Medecin de la Charité de ladite
Ville , & que les Sieurs
Soulliers , Serres ,
Henri & Mejan font Maîtres
Chirurgiens de ladite
Ville , aux feings defquels foi doit être ajoutée
, tant en jugement que hors. En foi de quoi ·
nous avons figné le préfent , & fait contre-figner
par notre Greffier , & à icelui fait pofer le fceau
& armes de ladite Ville .Fait à
Montpellier le 27 Férier
1743 Signé , Nadal ,
Lieutenant de Maire
JUILLET. 1749. 227
P. Baftide , Conful . Berger , Conful . Par leſdits
Sieurs , Caftagne , pour le Greffier.
AVIS.
Comme il eft revenu depuis quelque tems à M.
Daviel , qu'on avoit débité dans le Public qu'il
étoit parti pour s'en retourner à Marſeille , il a été
bien aife de donner avis du contraire , & d'avertir
ceux qui auroient pu le croire , qu'il a fixé pour
toujours fa réfidence à Paris , où il a fait venir toute
fa famille depuis le 8 du mois de Mai dernier
le Roi l'ayant honoré de la Charge de fon Chirur
gien Oculifte le premier Janvier dernier. Il demeure
toujours fur le quai Malaquais , près l'Hô
tel de Bouillon , dans la Maiſon de M. Mandat ,
Maître des Requêtes , où il continue de faire des
Cours particuliers pour les maladies des yeux , de
prendre des penfionnaires chez lui pour ces fortes
de maladies .On le trouve tous les matins depuis, fept
heures jufqu'à dix , & l'après midi , depuis trois
jufqu'à cinq à la maiſon. On prie ceux qui vou
dront lui écrire dorénavant de quelqu'endroit que
ce foit , d'affranchir leurs lettres , fans quoi il ne
fera aucune réponſe.
J
APPROBATION.
Ai la par ordre de Monfeigneur le Chancelier
le Mercure de France du mois de Juillet 1749.
A Paris le premier Juillet 1749.
MAIGNAN DE SAVIGNY,
TABL E.
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe.
P Mémoirefur fannée de la mort& le lieude la
Lépulture de Philippe de France , premier Duc
d'Orleans ,
Vers fur une maladie ,
Autres fur une convalefcence , 10
Autres fur un mal d'yeux , & fur une navette, 11
Lettre à M. Remond de Sainte Albine
Les deux Buches , Fable à M. Oudry
Refléxions ,
Vers de M. Bafton à une Dlle ,
Lettre fur l'hiftoire naturelle des Punaifes ,
Epitre à M. ***
12
19
21
25
26
39
ss
Propofition en faveur du Commerce maritime , 49
Epitre de M. Racine à M. de Valincourt ,
Lettre fur la pétrification des coquillages ,
61
Le triomp. de l'Amour & de la Beauté,Cantate , 65
Air ,
Lettre à M. Remond de Sainte Albine ,
Ode fur la Paix ,
66
68
73
Affemblée publique de l'Académie Royale des
Belles Lettres de la Rochelle ,
L'heureux Berger , Cantate ,
L'Hymen , autre Cantate ,
Lettre de M. Rameau à M. R. de S. A.
83
III
113
116
Mots des Enigmes & Logogryphes du fecond
volume de Juin ,
Enigmes & Logogryphes ,
Nouvelles Litteraires , des Beaux-Arts , & c.
Estampes nouvelles ,
Lettre à M. de Boze ,
Lettre de M. de Mondorge à M. R. de S. A.
Troifiéme Lettre de M. Cantwel ,
Defcription d'un Surtout de Table ,
Spectacles ,
Chanfon notée ,
Vers à M. D L. G. Autres à Mad. de B.
118
119
125
155
158
173
179
188
190
194
1
195
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , & c . 198
Morts •
Réponse de M. Daviel à M. Rouffilles ,
La Planche gravée doit regarder la page
La Chanfon notée lapage
201
207
171
194
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le